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1
p. 144-146
« La Comedie du Curieux Impertinent, en vers & en cinq actes, que les Comediens [...] »
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La Comedie du Curieux Impertinent, en vers & en cinq actes, que les Comediens [...]
Mots clefs :
Tragédie, Comédiens, Comédiens-Italiens
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texteReconnaissance textuelle : « La Comedie du Curieux Impertinent, en vers & en cinq actes, que les Comediens [...] »
La Comédie du Curieux Impertinent ?
envers 5c en cinq actes, que les Comé
diens François représentèrent à la Cous
le j de ce mois , fit un extrême plaisir.
C'est la première Piece de M. Nericault
Destouches , qui eut beaucoup de succèí
en i / 1 o. dans fa nouveauté , & qui ne fait
pas moins de plaisir aujoutd'huy. Elle eíl
parfaitement représentée , quoiqu'il n'y
ait que lcS' de la Thorilliere , de rous
ceux qui en remplissoient les rôles en ce
tems-là ; il y joue le même rôle de l'Olive*
Celui de Ger»met joué par lc feu Sr Guetin
g
jAWvrER. î7?». r4*f
rih, est rempli par leSr du Chemin, pcrc.
Celui de Julie fa fille, joué par Made Dan*
cour, pat la DUe Labar. Celai de Leanire,
joué par. le Sr Baron fils, parle SrQuinaur.
Celui rie Daynon par le y Poisson fils ; par
le Sr /Jufresne. La suivante Nennt , jouée
par ivlad1,e Desmares , par la D,le Qui--
uaut. Crispin , joué alors par le Sr Pois--
ûm pere, aujourd'huy par le Sieur Pois-
/íon fils.
Le 10. les mêmes Comédiens represen^
terent à la. Cour la Tragédie de.Berenice^
le Retour imprévu.
Le li. Jodnlet Maître & Georges Dandine-
Le ï 7. La Tragédie d'EleCtre & Y Avare
amoureux.
Le iç.te Philosophe mariêSc la Sérénade
Le 26. Esope k la Cour, & pour petire
Piece Colin Maillard.
On donnera la première représentation'
és la Tragédie de Callyflene le 1 o. ou le
xl du mois prochain. .
Le 2 $. les Comédiens Italiens donnèrent
là première représentation d'une Piece
nouvelle en Prose & en trois actes , de M.
de Marivaux , intitulée U Jeu de F Amour
& du Hasard , laquelle a été reçue trèsfavorablement
du Public. On en parlera
plus au long; Elle a un très -grand succès.
Le 7. le&mémes Comédiens represeatereoç.
t'4^t tàfcRCUkE DE FIANCE;
tèrent à la Cous » la surprise de l''Amour Ç.,
CSomedie en trois actes , avoO la petice
Piecc des Debftn, dans laquelle la D"e Sitvia
& le Sf Theveneau, jouerait d'une
manière inimitable la Parodie d:Vi trois
Intermèdes du Joueur , qui ont été repré
sentés fur le Théâtre de l'Opera au t.nois
de Juin dernier. Cetie Parodie qui a été
si goûtée à l'Hôtel de Bourgogne, n'a pas -
moins plû à la Cour.
Le 1 4. ils représentèrent Us Comédiens
Esclaves y . & la petite Pieçc de la veuve
Coquette. ■
Le i r . AHêquitt S-uitvage S< Arlequin
Poli par P Amours
Le z 8. la Piecê nouvelle du Jeu de
V-A*nonr & du Haz.ard { qui a été tresgpûtée,
& fHoroscope accompli.'
Le 6. Janvier', Fctc dés Ròis I'Acâdemie
Royale de Mutìque donna le pre- •
mier Bal de cettë année , qu'elle contimiéra
de donner dirferencs jours de la
íémaine pendant le Carnaval jusqu'au •
Carême.
envers 5c en cinq actes, que les Comé
diens François représentèrent à la Cous
le j de ce mois , fit un extrême plaisir.
C'est la première Piece de M. Nericault
Destouches , qui eut beaucoup de succèí
en i / 1 o. dans fa nouveauté , & qui ne fait
pas moins de plaisir aujoutd'huy. Elle eíl
parfaitement représentée , quoiqu'il n'y
ait que lcS' de la Thorilliere , de rous
ceux qui en remplissoient les rôles en ce
tems-là ; il y joue le même rôle de l'Olive*
Celui de Ger»met joué par lc feu Sr Guetin
g
jAWvrER. î7?». r4*f
rih, est rempli par leSr du Chemin, pcrc.
Celui de Julie fa fille, joué par Made Dan*
cour, pat la DUe Labar. Celai de Leanire,
joué par. le Sr Baron fils, parle SrQuinaur.
Celui rie Daynon par le y Poisson fils ; par
le Sr /Jufresne. La suivante Nennt , jouée
par ivlad1,e Desmares , par la D,le Qui--
uaut. Crispin , joué alors par le Sr Pois--
ûm pere, aujourd'huy par le Sieur Pois-
/íon fils.
Le 10. les mêmes Comédiens represen^
terent à la. Cour la Tragédie de.Berenice^
le Retour imprévu.
Le li. Jodnlet Maître & Georges Dandine-
Le ï 7. La Tragédie d'EleCtre & Y Avare
amoureux.
Le iç.te Philosophe mariêSc la Sérénade
Le 26. Esope k la Cour, & pour petire
Piece Colin Maillard.
On donnera la première représentation'
és la Tragédie de Callyflene le 1 o. ou le
xl du mois prochain. .
Le 2 $. les Comédiens Italiens donnèrent
là première représentation d'une Piece
nouvelle en Prose & en trois actes , de M.
de Marivaux , intitulée U Jeu de F Amour
& du Hasard , laquelle a été reçue trèsfavorablement
du Public. On en parlera
plus au long; Elle a un très -grand succès.
Le 7. le&mémes Comédiens represeatereoç.
t'4^t tàfcRCUkE DE FIANCE;
tèrent à la Cous » la surprise de l''Amour Ç.,
CSomedie en trois actes , avoO la petice
Piecc des Debftn, dans laquelle la D"e Sitvia
& le Sf Theveneau, jouerait d'une
manière inimitable la Parodie d:Vi trois
Intermèdes du Joueur , qui ont été repré
sentés fur le Théâtre de l'Opera au t.nois
de Juin dernier. Cetie Parodie qui a été
si goûtée à l'Hôtel de Bourgogne, n'a pas -
moins plû à la Cour.
Le 1 4. ils représentèrent Us Comédiens
Esclaves y . & la petite Pieçc de la veuve
Coquette. ■
Le i r . AHêquitt S-uitvage S< Arlequin
Poli par P Amours
Le z 8. la Piecê nouvelle du Jeu de
V-A*nonr & du Haz.ard { qui a été tresgpûtée,
& fHoroscope accompli.'
Le 6. Janvier', Fctc dés Ròis I'Acâdemie
Royale de Mutìque donna le pre- •
mier Bal de cettë année , qu'elle contimiéra
de donner dirferencs jours de la
íémaine pendant le Carnaval jusqu'au •
Carême.
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Résumé : « La Comedie du Curieux Impertinent, en vers & en cinq actes, que les Comediens [...] »
Le document décrit diverses représentations théâtrales à la cour sur une période d'un mois. La pièce 'La Comédie du Curieux Impertinent' de M. Nericault Destouches, jouée le 5 du mois, a connu un grand succès. Les rôles principaux étaient interprétés par la Thorilliere, le Sr Guetin et la Sr Baron fils. Les Comédiens Français ont présenté plusieurs pièces, notamment 'Bérénice' et 'Le Retour imprévu' le 10, 'Jodlet Maître & Georges Dandin' le 11, 'Électre' et 'L'Avare amoureux' le 17, 'Le Philosophe marié' et 'La Sérénade' le 18, 'Esope' et 'Colin Maillard' le 26, et 'Callyphène' prévue pour le 10 ou le 11 du mois suivant. Les Comédiens Italiens ont également donné plusieurs représentations, dont 'Le Jeu de l'Amour et du Hasard' de M. de Marivaux le 25, 'La Surprise de l'Amour' le 7, 'Les Comédiens Esclaves' le 14, et 'L'Horoscope accompli' le 28. Le 6 janvier, l'Académie Royale de Musique a organisé le premier bal de l'année, continuant cette tradition différents jours de la semaine pendant le Carnaval jusqu'au Carême.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 370-371
« Le 5. les Comediens Italiens remirent au Théatre l'Italien Marié à Paris, Piece [...] »
Début :
Le 5. les Comediens Italiens remirent au Théatre l'Italien Marié à Paris, Piece [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens
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texteReconnaissance textuelle : « Le 5. les Comediens Italiens remirent au Théatre l'Italien Marié à Paris, Piece [...] »
Le 5. les Comédiens Italiens remirent
du Théâtre {'Italien Marie' a d'ans , Piece
-, Françoise ,en cinq Actes , avec des agré"-
Jnens , de la composition du sieur Lelic.
Elle fut donnée dans fa nouveauté ea
Ïji6. Elle étoit pour lors en Italien:
l'Auteur, qui y joiioit le principal Rôle ,
la donna en François au mois de Novem
bre
FEVRIER. 17? o..' J7 r
t>re i 7 2 8 . Le sieur Paghety a joíié celui
du sieuc LeRo à cette derniere reprise , &c
a rempli le caractère de Jaloux, sur le
quel roule toute la Piece. On en peut
yoir le Sujet 8c ('Extrait dans le premier
-yolume de Décembre 17:8.
Le 6. les mêmes Comédiens jouèrent
Arlequin Mut t par crainte , Comédie Ita
lienne , en trois Actes , du mime Auteur
de Y Italien Marié a Paris. M. le Duc
de Lorraine honora cette Piece. de fa pré
sence , & parut y prendre beaucoup de
plaisir , surtout par le Rôle d'Arlequin,
qui a presque tout le jeu de la Piece. On
joiïa ensuite la' petite Piece du Retour de
Tendress ,,quí ne fit pas moins de plaisir
à la nombreuse Assemblée qu'il y eut cc
jour-là à l'Hòtel de Bourgogne.
du Théâtre {'Italien Marie' a d'ans , Piece
-, Françoise ,en cinq Actes , avec des agré"-
Jnens , de la composition du sieur Lelic.
Elle fut donnée dans fa nouveauté ea
Ïji6. Elle étoit pour lors en Italien:
l'Auteur, qui y joiioit le principal Rôle ,
la donna en François au mois de Novem
bre
FEVRIER. 17? o..' J7 r
t>re i 7 2 8 . Le sieur Paghety a joíié celui
du sieuc LeRo à cette derniere reprise , &c
a rempli le caractère de Jaloux, sur le
quel roule toute la Piece. On en peut
yoir le Sujet 8c ('Extrait dans le premier
-yolume de Décembre 17:8.
Le 6. les mêmes Comédiens jouèrent
Arlequin Mut t par crainte , Comédie Ita
lienne , en trois Actes , du mime Auteur
de Y Italien Marié a Paris. M. le Duc
de Lorraine honora cette Piece. de fa pré
sence , & parut y prendre beaucoup de
plaisir , surtout par le Rôle d'Arlequin,
qui a presque tout le jeu de la Piece. On
joiïa ensuite la' petite Piece du Retour de
Tendress ,,quí ne fit pas moins de plaisir
à la nombreuse Assemblée qu'il y eut cc
jour-là à l'Hòtel de Bourgogne.
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Résumé : « Le 5. les Comediens Italiens remirent au Théatre l'Italien Marié à Paris, Piece [...] »
Le 5 février 1728, les Comédiens Italiens ont présenté la pièce 'Françoise' en cinq actes, avec des agréments composés par le sieur Lelic. Initialement en italien, la pièce a été traduite en français en novembre. Lors de la dernière représentation, le sieur Paghety a interprété le rôle du jaloux, personnage central. Un sujet et un extrait de cette pièce sont disponibles dans le premier volume de décembre 1728. Le 6 février, les mêmes comédiens ont joué 'Arlequin Mut par crainte', une comédie italienne en trois actes du même auteur, en présence du Duc de Lorraine, qui a apprécié le rôle d'Arlequin. Ensuite, la pièce 'Le Retour de Tendresse' a été jouée à l'Hôtel de Bourgogne, suscitant beaucoup de plaisir parmi l'assemblée nombreuse présente.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 772-779
Extrait de la Comédie intitulée le Jeu de l'Amour, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 23 Janvier les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentatoin d'une Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Théâtre, Comédie, Amour, Maître, Travestissement, Sentiment, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Comédie intitulée le Jeu de l'Amour, &c. [titre d'après la table]
E 23 Janvier les Comédiens Italiens donnela
premiere Repréſentation d'une Comé
die en Profe , & en trois Actes , intitulée : Le Jeu
de l'Amour & du Hazard. Cette Piéce,qui eft de
M. de Marivaux, a été reçue favorablement du
public. En voici l'Extrait , avec quelques remarques
qui font venuës jufqu'à nous.
Au premier Acte , Silvia & fa fuivante Liſette
ouvrent la Scene . Sylvia paroît fâchée contre Lifette,
parce qu'elle a dit ingénument à Orgon fon
pere , qu'elle feroit bien aife d'être mariée . La
raifon qui la porte à témoigner ce mécontentement
à la Suivante , c'eft qu'elle ne fçait pas fi le
mari que fon perelui deftine lui conviendra, quoiqu'on
lui en ait fait des rapports tres-avantageux.
Orgon vient annoncer à fa fille que fon Prétendu
doit arriver ce jour même. Sylvia ne reçoit pas
Cette
AVRIL. 1730. 773
gette nouvelle fans quelques troubles , dont fon
pere lui demande la raiſon ; elle lui fait entendre
- qu'elle voudroit bien voir , avant que de s'engager
, fi cet époux dont on dit tant de bien , lui
convient. Elle prie Orgon de confentir qu'elle l'éprouve
fous les habits & le nom de Lifette , tandis
que Lifette paffera pour Sylvia. Cette idée fait
rire Orgon pour des raifons qu'on va apprendre
dans la Scene fuivante. Il confent au double traveftiffement.
Sylvia & Liſette fortent pour l'aller
exécuter.
Mario , fils d'Orgon , vient féliciter fa foeur
fur fon Hymen prochain , mais elle le quitte en
lui difant qu'elle a des affaires plus férieufes &
plus preffées . Orgon explique cet Enigme à fon
fils ; il commence par lui lire un Fragment d'une
Lettre du pere de fon gendre futur. En voici les
propres termes :
Je ne fçai, au refte , ce que vous penferez d'une
imagination qui eft venue à mon fils ; elle eft
bizare, il en convient lui - même , mais le motif
en eft pardonnable & même délicat ; c'est qu'il
m'a prié de lui permettre de n'arriver d'abord
ehez vous que fous la figure defon valet , qui
de fon côtéfera le perfonnage de fon Maître.
Cette idée paroît tout -à-fait finguliere à Mario
; mais il l'a trouve bien plus comique quand
Orgon lui apprend que par un effet du bazard ,
Sylvia entreprend le même déguiſement faus ſçavoir
le traveftiffement de fon futur époux ; le pere
& le fils fe propofent de jouir de cette Comedie ,
fans prévenir aucun des perfonnages qui l'a vont
jouer.
?
Sylvia , n'ayant pas befoin d'employer tant de
temps que Lifette à fe métamorphofer , revient la
premiere de fa Toilette,& le prépare à bien jouer
fon nouveau rôle.
Derante
774 MER CURE DE FRANCE
Dorante arrive fous les habits d'Arlequin fon
valet , fuivant le projet déja annoncé ; fon début
n'eft pas moins galant que fa perfonne eft relevée.
Orgon & Mario le laiffent tête à tête avec
la fauffe Lifette ; leur converfation eft tout-à-fait
plaifante ; & leurs coeurs commencent à fentir de
la difpofition à s'unir ; ils ont beau protefter l'un
& l'autre que leur horofcope porte qu'ils n'aimeront
que des perfonnes de condition; leur penchant
les entraine malgré eux ce qui femble
les authoriſer en fecret , c'eft que Dorante de fon
côté dit à Sylvia qu'il n'eft pas né pour être va
let, & que Sylvia fait entendre quelque chofe d'aprochant.
Quoiqu'il en foit , cette Scene a fait
plaifir , & a commencé à intereffer le public.
Arlequin arrive enfin ; mais toutes ces paroles
& toutes fes actions font fi peut dignes du perfonnage
qu'il vient reprefenter, que Sylvia le quitte
brufquement, en difant à part : Que le fort eft
bifarre ! aucun de ces deux hommes n'eft à fa
place.
Ce que l'Auteur met dans la bouche du vrai
Dorante , prévient la critique qu'il n'a pas manqué
de prévoir. Il lui dit qu'il lui avoit promis
de quitter fes manieres de parler fottes & triviales
, & qu'il lui avoit fur tout recommandé
d'être férieux , mais a -t- il dû ſe promettre qu'un
Butor lui tiendroit parole ? En effet il retombe
le moment après dans la même faute; on en peut
juger par la réponſe à Orgon, fon prétendu beaupere
; la voicy :
Monfieur, mille pardons! c'eft beaucoup trop ,
& il n'en faut qu'un, quand on n'a fait qu'une
faute ; aufurplus tous mes pardonsfont à votre
Service.
Dans la premiere Scene du fecond Acte , Lifette
fait entendre à Orgon, qu'il eft temps de finir
AVRIL 1730. 775.
nir un jeu qui pourroit aller trop loin , parce que
fes charmes commencent à faire bien du ravage
fur le coeur de Dorante , & que de la maniere
dont il prend feu , elle fe garantit bien - tôt
adorée. Orgon la félicite de fa conquête , & lui
dit qu'il confent qu'elle pouffe fa bonne fortune
jufqu'à l'Hymen. Il l'a charge de faire entendre'
à fa Maîtreffe qu'elle foupçonne Bourguignon , le
prétendu valet de Dorante , de la prévenir contre
fon Maître. Lifette lui promet tout , & fe promer
tout à elle -même. Orgon fe retire voyant venir
le faux Dorante.
Arlequin parle d'amour à Lifette à fa maniere;
le vrai Dorante le vient interrompre pour lui
ordonner tout bas de le débaraffer de tout ce qui
fe paffe , de ne fe point trop livrer à dire fes impertinences
ordinaires , & de paroître férieux ,
rêveur & mêcontent .
Arlequin & Lifette continuent leur entretien ;
chacun d'eux fe croyant indigne de fon bonheur,
s'humilie : Vous me croyez plus de quali
tez que je n'en ay , dit Lifette. Et vous , Madame
, répond Arlequin ; vous ne sçavez pas
les miennes , & je ne devrois vous parler qu'à
genoux. Cette Scene eft le germe de la reconnoiffance
qui doit fe faire entr'eux dans le troifiéme
Acte.
La fauffe Lifette vient les interrompre , comme
le faux Bourguignon vient de faire. Arlequin fe
retire.
Sylvia ordonne à Lifette de fe défaire de ce
brutal qui vient de lui dire des groffiéretez . Lifette
lui répond que M. Orgon vient de lui donner
des ordres directement oppofez aux fiens
elle lui parle de Bourguignon , comme d'un valer
qui l'a prévient contre fon Maître, Sylvia ne peut
s'empêcher de prendre le parti du faux Bourguignon
>
776 MERCURE DE FRANCE
!
gnon, ce qui donne d'étranges foupçons à Lifette,
Les foupçons , quoiqu'ils ne foient expliquez qu'à
demi, la mettent dans une mauvaiſe humeur qui
l'oblige à chaffer Liſette.
Sylvia fait entrevoir dans un court monolo
gue une partie de ce qui fe paffe dans fon coeur.
Voicy par où elle finit fon monologue , voyant
paroître Bourguignon : Voilà cet objet en queftion
, pour qui on veut que je m'emporte , mais
se n'est pas fa faute , le pauvre garçon , ¿je
ne dois pas m'en prendre à lui.
Le faux Bourguignon fait une Scene avec la
fauffe Lifette , dans laquelle ils paroiffent également
agitez. Cette Scene eft interrompue par
l'arrivée d'Orgon & de Mario, qui ayant furpris
Bourguignon à fes genoux, lui en font la guerre
a
d'une maniere à la livrer toute entiere à ſon dépit;
fon pere lui ordonne de continuer fon dé→
guifement , pour voir fi l'averfion qu'elle a pour
Dorante continuëra.
Le faux Bourguignon vient renouer avec la
fauffe Lifette la converfation qu'Orgon & Mario
avoient interrompuë. Cette Scene a été generalement
applaudie & a paru la plus intéreffante de
la Piece. Dorante, par un fentiment de probité
ne veut plus abufer la prétendue Sylvia , qui fe
livre un peu trop au faux Dorante; il déclare à la
fauffe Lifette qu'il n'eft que fon valet , & que c'eft
le vrai Dorante qui lui parle actuellement. Il lui
dit que l'amour qu'il a pour elle ne lui permet
plus aucun engagement , & que ne pouvant être
uni avec elle , attendu la diftance des conditions
qui les fépare ; il feroit trop heureux s'il pouvoit
être affuré de fon coeur. Sylvia lui fait efperer cet
amour qu'il lui demande ; cependant , elle ne lui
rend pas confidence pour confidence , fans qu'on
en puifle pénétrer d'autre raifon que celle de faiAVRIL.
1730. 777
te durer la piece , qui n'eft encore qu'à la fin du
fecond Acte : Paffons au troifiéme.
Nous ne nous étendrons pas beaucoup fur ce
dernier Acte. Il ne s'y agit que de fatisfaire la
petite vanité de Sylvia , qui veut que Dorantefo
détermine à l'époufer , malgré la prétendue inégalité
de conditions. Nous n'appuyerons pas
beaucoup fur la jaloufie que Dorante prend au
fujet de Mario ; la Piece n'en a pas befoin pour
aller fon train.
Dans la premiere Scene , Dorante par un fentiment
de probité , ne veut pas que la fauffe Sylvia
foit abufée plus long-temps par un valet déguifé
. Arlequin ne pouvant obtenir de lui qu'il
lui laiffe pouffer fa pointe , lui promet de lui déclarer
fon état , & le prie de ne pas s'opposer à
fa bonne fortune , fi malgre fa qualité de valet ,
elle veut bien confentir à l'épouſer. Dorante
croyant la chofe impoffible , lui promet ce qu'il
lui demande. Lifette a déja obtenu la même grace
de M. Orgon , qui la lui a d'autant plus facilement
accordée , qu'il fçavoit l'égalité des conditions.
Nous paffons le plus promptement qu'il
nous eft poffible à la reconnoiffance réciproque
du valet & de la fervante. Cette Scene contrafte
parfaitement avec celle duMaître & de la Maîtreſſe
que nous avons déja vûë ; fi cette derniere a été
intereffante , celle qui la fuit eft plaifante . Arlequin
& Lifette s'humilient l'un devant l'autre ,
faute de fe connoître ; enfin Lifette , que la modeftie
outrée d'Arlequin commence à faire douter
de quelque chofe, après avoir dit à part: Tant
d'abaiffement n'eft pas naturel; lui dit tout haut:
Pourquoi me dites - vous cela? Arlequin lui avouë
enfin qu'il n'eft que le valet de Dorante, & Life:-
te ne pouvant s'empêcher d'en rire , prend fa revanche
en lui confeffant qu'elle n'eft que la Sui
vante de Sylvia. G Dorante
A
778 MERCURE DE FRANCE
Dorante a encore une tres -belle Scene avec
Sylvia , mais on l'a trouvée inférieure à celle du
fecond Acte. Elle roule fur la jaloufie que Mario
a donnée à Dorante , dont , comme on l'a déja
remarqué , la piece n'avoit prefque que faire.Le
facrifice que Dorante fait à fa prétendue Suivante,
qui eft de confentir à l'époufer , toute Lifette
qu'elle paroît , détermine enfin Sylvia à lui apprendre
tout fon bonheur.
Voicy les remarques qu'on a faites fur cette
Comédie ; nous ne lommes icy que les échos
du Public. On dit , 1 ° . qu'il n'eft pas vrai-femblable
que Sylvia puiffe fe perfuader qu'un butor
tel qu'Arlequin foit ce même Dorante dont on
lui a fait une peinture fi avantageufe. En effet ,
dès la premiere Scene de la piece, Lifette lui parle
ainfi : On dit que votre futur est bien fait , aimable
, de bonne mine, qu'on ne peut pas avoir
plus d'efprit , qu'on ne sçauroit être d'un meilleur
caractere , &c. Sylvia lui répond : L'Utile
& l'agréable fe trouvent dans le portrait que tu
en fais, on dit qu'il lui reffemble . Dans la
Scene fuivante , M. Orgon parle ainfi à fa fille :
Pour moi , je n'ai jamais vu Dorante , il étoit
abfent quand j'étois chez fon pere ; mais, fur
tout le bien qu'on m'en a dit , je ne sçaurois
craindre que vous vous déplaifiez ni l'un ni
l'autre. La feule vue du faux Dorante ne doitelle
pas faire foupçonner du myftere , fur tout à
Sylvia qui fe trouve dans le cas d'un traveftiffement
, dont elle peut facilement foupçonner fon
Prétendu?
2. Arlequin, à t'on dit, ne ſoûtient pas fon ca
ractere par tout ; des chofes tres-jolies fuccedent
à des groffieretés . En effet,peut-on s'imaginer que
celui qui a dit fi maufladement à fon prétendu
Beaupere : Au furplus tous mes pardons font à
*
Votre
AVRIL. 1730. 779
votre fervice , dife fi joliment à la fauffe Sylvia:
Je voudrois bien pouvoir baiser ces petits mots
là les cueillir fur votre bouche avec la
mienne. 3
3°On auroit voulu que le fecondActe eût été le
troifiéme , & l'on croît que cela n'auroit pas été
difficile ; la raifon qui empêche Sylvia de fe découvrir
après avoir appris que Bourguignon eft
Dorante , n'étant qu'une petite vanité , ne fçau
roit excufer fon filence ; d'ailleurs , Dorante &
Sylvia étant les objets principaux de la piece, c'é
toit par leur reconnoiffance qu'elle devoit finir
& non par celle d'Arlequin & de Lifette , qui
ne font que les finges , l'un de fon Maître , l'autre
de fa Maîtreffe. Au refte tout le monde convient
que la Piece eft bien écrite & pleine d'efprit ,
fentiment & de délicateffe.
premiere Repréſentation d'une Comé
die en Profe , & en trois Actes , intitulée : Le Jeu
de l'Amour & du Hazard. Cette Piéce,qui eft de
M. de Marivaux, a été reçue favorablement du
public. En voici l'Extrait , avec quelques remarques
qui font venuës jufqu'à nous.
Au premier Acte , Silvia & fa fuivante Liſette
ouvrent la Scene . Sylvia paroît fâchée contre Lifette,
parce qu'elle a dit ingénument à Orgon fon
pere , qu'elle feroit bien aife d'être mariée . La
raifon qui la porte à témoigner ce mécontentement
à la Suivante , c'eft qu'elle ne fçait pas fi le
mari que fon perelui deftine lui conviendra, quoiqu'on
lui en ait fait des rapports tres-avantageux.
Orgon vient annoncer à fa fille que fon Prétendu
doit arriver ce jour même. Sylvia ne reçoit pas
Cette
AVRIL. 1730. 773
gette nouvelle fans quelques troubles , dont fon
pere lui demande la raiſon ; elle lui fait entendre
- qu'elle voudroit bien voir , avant que de s'engager
, fi cet époux dont on dit tant de bien , lui
convient. Elle prie Orgon de confentir qu'elle l'éprouve
fous les habits & le nom de Lifette , tandis
que Lifette paffera pour Sylvia. Cette idée fait
rire Orgon pour des raifons qu'on va apprendre
dans la Scene fuivante. Il confent au double traveftiffement.
Sylvia & Liſette fortent pour l'aller
exécuter.
Mario , fils d'Orgon , vient féliciter fa foeur
fur fon Hymen prochain , mais elle le quitte en
lui difant qu'elle a des affaires plus férieufes &
plus preffées . Orgon explique cet Enigme à fon
fils ; il commence par lui lire un Fragment d'une
Lettre du pere de fon gendre futur. En voici les
propres termes :
Je ne fçai, au refte , ce que vous penferez d'une
imagination qui eft venue à mon fils ; elle eft
bizare, il en convient lui - même , mais le motif
en eft pardonnable & même délicat ; c'est qu'il
m'a prié de lui permettre de n'arriver d'abord
ehez vous que fous la figure defon valet , qui
de fon côtéfera le perfonnage de fon Maître.
Cette idée paroît tout -à-fait finguliere à Mario
; mais il l'a trouve bien plus comique quand
Orgon lui apprend que par un effet du bazard ,
Sylvia entreprend le même déguiſement faus ſçavoir
le traveftiffement de fon futur époux ; le pere
& le fils fe propofent de jouir de cette Comedie ,
fans prévenir aucun des perfonnages qui l'a vont
jouer.
?
Sylvia , n'ayant pas befoin d'employer tant de
temps que Lifette à fe métamorphofer , revient la
premiere de fa Toilette,& le prépare à bien jouer
fon nouveau rôle.
Derante
774 MER CURE DE FRANCE
Dorante arrive fous les habits d'Arlequin fon
valet , fuivant le projet déja annoncé ; fon début
n'eft pas moins galant que fa perfonne eft relevée.
Orgon & Mario le laiffent tête à tête avec
la fauffe Lifette ; leur converfation eft tout-à-fait
plaifante ; & leurs coeurs commencent à fentir de
la difpofition à s'unir ; ils ont beau protefter l'un
& l'autre que leur horofcope porte qu'ils n'aimeront
que des perfonnes de condition; leur penchant
les entraine malgré eux ce qui femble
les authoriſer en fecret , c'eft que Dorante de fon
côté dit à Sylvia qu'il n'eft pas né pour être va
let, & que Sylvia fait entendre quelque chofe d'aprochant.
Quoiqu'il en foit , cette Scene a fait
plaifir , & a commencé à intereffer le public.
Arlequin arrive enfin ; mais toutes ces paroles
& toutes fes actions font fi peut dignes du perfonnage
qu'il vient reprefenter, que Sylvia le quitte
brufquement, en difant à part : Que le fort eft
bifarre ! aucun de ces deux hommes n'eft à fa
place.
Ce que l'Auteur met dans la bouche du vrai
Dorante , prévient la critique qu'il n'a pas manqué
de prévoir. Il lui dit qu'il lui avoit promis
de quitter fes manieres de parler fottes & triviales
, & qu'il lui avoit fur tout recommandé
d'être férieux , mais a -t- il dû ſe promettre qu'un
Butor lui tiendroit parole ? En effet il retombe
le moment après dans la même faute; on en peut
juger par la réponſe à Orgon, fon prétendu beaupere
; la voicy :
Monfieur, mille pardons! c'eft beaucoup trop ,
& il n'en faut qu'un, quand on n'a fait qu'une
faute ; aufurplus tous mes pardonsfont à votre
Service.
Dans la premiere Scene du fecond Acte , Lifette
fait entendre à Orgon, qu'il eft temps de finir
AVRIL 1730. 775.
nir un jeu qui pourroit aller trop loin , parce que
fes charmes commencent à faire bien du ravage
fur le coeur de Dorante , & que de la maniere
dont il prend feu , elle fe garantit bien - tôt
adorée. Orgon la félicite de fa conquête , & lui
dit qu'il confent qu'elle pouffe fa bonne fortune
jufqu'à l'Hymen. Il l'a charge de faire entendre'
à fa Maîtreffe qu'elle foupçonne Bourguignon , le
prétendu valet de Dorante , de la prévenir contre
fon Maître. Lifette lui promet tout , & fe promer
tout à elle -même. Orgon fe retire voyant venir
le faux Dorante.
Arlequin parle d'amour à Lifette à fa maniere;
le vrai Dorante le vient interrompre pour lui
ordonner tout bas de le débaraffer de tout ce qui
fe paffe , de ne fe point trop livrer à dire fes impertinences
ordinaires , & de paroître férieux ,
rêveur & mêcontent .
Arlequin & Lifette continuent leur entretien ;
chacun d'eux fe croyant indigne de fon bonheur,
s'humilie : Vous me croyez plus de quali
tez que je n'en ay , dit Lifette. Et vous , Madame
, répond Arlequin ; vous ne sçavez pas
les miennes , & je ne devrois vous parler qu'à
genoux. Cette Scene eft le germe de la reconnoiffance
qui doit fe faire entr'eux dans le troifiéme
Acte.
La fauffe Lifette vient les interrompre , comme
le faux Bourguignon vient de faire. Arlequin fe
retire.
Sylvia ordonne à Lifette de fe défaire de ce
brutal qui vient de lui dire des groffiéretez . Lifette
lui répond que M. Orgon vient de lui donner
des ordres directement oppofez aux fiens
elle lui parle de Bourguignon , comme d'un valer
qui l'a prévient contre fon Maître, Sylvia ne peut
s'empêcher de prendre le parti du faux Bourguignon
>
776 MERCURE DE FRANCE
!
gnon, ce qui donne d'étranges foupçons à Lifette,
Les foupçons , quoiqu'ils ne foient expliquez qu'à
demi, la mettent dans une mauvaiſe humeur qui
l'oblige à chaffer Liſette.
Sylvia fait entrevoir dans un court monolo
gue une partie de ce qui fe paffe dans fon coeur.
Voicy par où elle finit fon monologue , voyant
paroître Bourguignon : Voilà cet objet en queftion
, pour qui on veut que je m'emporte , mais
se n'est pas fa faute , le pauvre garçon , ¿je
ne dois pas m'en prendre à lui.
Le faux Bourguignon fait une Scene avec la
fauffe Lifette , dans laquelle ils paroiffent également
agitez. Cette Scene eft interrompue par
l'arrivée d'Orgon & de Mario, qui ayant furpris
Bourguignon à fes genoux, lui en font la guerre
a
d'une maniere à la livrer toute entiere à ſon dépit;
fon pere lui ordonne de continuer fon dé→
guifement , pour voir fi l'averfion qu'elle a pour
Dorante continuëra.
Le faux Bourguignon vient renouer avec la
fauffe Lifette la converfation qu'Orgon & Mario
avoient interrompuë. Cette Scene a été generalement
applaudie & a paru la plus intéreffante de
la Piece. Dorante, par un fentiment de probité
ne veut plus abufer la prétendue Sylvia , qui fe
livre un peu trop au faux Dorante; il déclare à la
fauffe Lifette qu'il n'eft que fon valet , & que c'eft
le vrai Dorante qui lui parle actuellement. Il lui
dit que l'amour qu'il a pour elle ne lui permet
plus aucun engagement , & que ne pouvant être
uni avec elle , attendu la diftance des conditions
qui les fépare ; il feroit trop heureux s'il pouvoit
être affuré de fon coeur. Sylvia lui fait efperer cet
amour qu'il lui demande ; cependant , elle ne lui
rend pas confidence pour confidence , fans qu'on
en puifle pénétrer d'autre raifon que celle de faiAVRIL.
1730. 777
te durer la piece , qui n'eft encore qu'à la fin du
fecond Acte : Paffons au troifiéme.
Nous ne nous étendrons pas beaucoup fur ce
dernier Acte. Il ne s'y agit que de fatisfaire la
petite vanité de Sylvia , qui veut que Dorantefo
détermine à l'époufer , malgré la prétendue inégalité
de conditions. Nous n'appuyerons pas
beaucoup fur la jaloufie que Dorante prend au
fujet de Mario ; la Piece n'en a pas befoin pour
aller fon train.
Dans la premiere Scene , Dorante par un fentiment
de probité , ne veut pas que la fauffe Sylvia
foit abufée plus long-temps par un valet déguifé
. Arlequin ne pouvant obtenir de lui qu'il
lui laiffe pouffer fa pointe , lui promet de lui déclarer
fon état , & le prie de ne pas s'opposer à
fa bonne fortune , fi malgre fa qualité de valet ,
elle veut bien confentir à l'épouſer. Dorante
croyant la chofe impoffible , lui promet ce qu'il
lui demande. Lifette a déja obtenu la même grace
de M. Orgon , qui la lui a d'autant plus facilement
accordée , qu'il fçavoit l'égalité des conditions.
Nous paffons le plus promptement qu'il
nous eft poffible à la reconnoiffance réciproque
du valet & de la fervante. Cette Scene contrafte
parfaitement avec celle duMaître & de la Maîtreſſe
que nous avons déja vûë ; fi cette derniere a été
intereffante , celle qui la fuit eft plaifante . Arlequin
& Lifette s'humilient l'un devant l'autre ,
faute de fe connoître ; enfin Lifette , que la modeftie
outrée d'Arlequin commence à faire douter
de quelque chofe, après avoir dit à part: Tant
d'abaiffement n'eft pas naturel; lui dit tout haut:
Pourquoi me dites - vous cela? Arlequin lui avouë
enfin qu'il n'eft que le valet de Dorante, & Life:-
te ne pouvant s'empêcher d'en rire , prend fa revanche
en lui confeffant qu'elle n'eft que la Sui
vante de Sylvia. G Dorante
A
778 MERCURE DE FRANCE
Dorante a encore une tres -belle Scene avec
Sylvia , mais on l'a trouvée inférieure à celle du
fecond Acte. Elle roule fur la jaloufie que Mario
a donnée à Dorante , dont , comme on l'a déja
remarqué , la piece n'avoit prefque que faire.Le
facrifice que Dorante fait à fa prétendue Suivante,
qui eft de confentir à l'époufer , toute Lifette
qu'elle paroît , détermine enfin Sylvia à lui apprendre
tout fon bonheur.
Voicy les remarques qu'on a faites fur cette
Comédie ; nous ne lommes icy que les échos
du Public. On dit , 1 ° . qu'il n'eft pas vrai-femblable
que Sylvia puiffe fe perfuader qu'un butor
tel qu'Arlequin foit ce même Dorante dont on
lui a fait une peinture fi avantageufe. En effet ,
dès la premiere Scene de la piece, Lifette lui parle
ainfi : On dit que votre futur est bien fait , aimable
, de bonne mine, qu'on ne peut pas avoir
plus d'efprit , qu'on ne sçauroit être d'un meilleur
caractere , &c. Sylvia lui répond : L'Utile
& l'agréable fe trouvent dans le portrait que tu
en fais, on dit qu'il lui reffemble . Dans la
Scene fuivante , M. Orgon parle ainfi à fa fille :
Pour moi , je n'ai jamais vu Dorante , il étoit
abfent quand j'étois chez fon pere ; mais, fur
tout le bien qu'on m'en a dit , je ne sçaurois
craindre que vous vous déplaifiez ni l'un ni
l'autre. La feule vue du faux Dorante ne doitelle
pas faire foupçonner du myftere , fur tout à
Sylvia qui fe trouve dans le cas d'un traveftiffement
, dont elle peut facilement foupçonner fon
Prétendu?
2. Arlequin, à t'on dit, ne ſoûtient pas fon ca
ractere par tout ; des chofes tres-jolies fuccedent
à des groffieretés . En effet,peut-on s'imaginer que
celui qui a dit fi maufladement à fon prétendu
Beaupere : Au furplus tous mes pardons font à
*
Votre
AVRIL. 1730. 779
votre fervice , dife fi joliment à la fauffe Sylvia:
Je voudrois bien pouvoir baiser ces petits mots
là les cueillir fur votre bouche avec la
mienne. 3
3°On auroit voulu que le fecondActe eût été le
troifiéme , & l'on croît que cela n'auroit pas été
difficile ; la raifon qui empêche Sylvia de fe découvrir
après avoir appris que Bourguignon eft
Dorante , n'étant qu'une petite vanité , ne fçau
roit excufer fon filence ; d'ailleurs , Dorante &
Sylvia étant les objets principaux de la piece, c'é
toit par leur reconnoiffance qu'elle devoit finir
& non par celle d'Arlequin & de Lifette , qui
ne font que les finges , l'un de fon Maître , l'autre
de fa Maîtreffe. Au refte tout le monde convient
que la Piece eft bien écrite & pleine d'efprit ,
fentiment & de délicateffe.
Fermer
Résumé : Extrait de la Comédie intitulée le Jeu de l'Amour, &c. [titre d'après la table]
Le 23 janvier, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie en prose et en trois actes intitulée 'Le Jeu de l'Amour et du Hazard' de Pierre de Marivaux. La pièce a été bien accueillie par le public. L'intrigue commence avec Silvia, fille d'Orgon, qui est mécontente de sa suivante Lisette après que celle-ci a exprimé son désir de se marier. Silvia craint que le mari choisi par son père ne lui convienne pas. Orgon annonce à Silvia que son prétendant, Dorante, doit arriver ce jour-là. Silvia demande à son père de lui permettre d'éprouver Dorante en échangeant leurs rôles avec Lisette. Orgon accepte cette idée. Mario, fils d'Orgon, félicite Silvia pour son prochain mariage, mais elle le quitte pour des affaires plus urgentes. Orgon explique à Mario le projet de Silvia et lui lit une lettre du père de Dorante, qui révèle que Dorante souhaite arriver déguisé en valet. Silvia revient déguisée en Lisette et rencontre Dorante, déguisé en valet. Leur conversation est plaisante et ils commencent à s'attirer mutuellement. Cependant, Silvia est déçue par le comportement d'Arlequin, le valet de Dorante, qui ne correspond pas à l'image qu'elle avait de Dorante. Dans le deuxième acte, Lisette informe Orgon que Dorante est tombé amoureux d'elle. Orgon lui permet de poursuivre sa 'bonne fortune'. Dorante ordonne à Arlequin de se comporter sérieusement. Silvia, toujours déguisée, ordonne à Lisette de se débarrasser du valet brutal. Lisette révèle à Silvia que Bourguignon, le valet de Dorante, l'a prévenue contre son maître, ce qui suscite des soupçons chez Silvia. Dans le troisième acte, Dorante, par probité, révèle son identité à Silvia. Arlequin et Lisette se reconnaissent mutuellement comme valets. Silvia finit par révéler son identité à Dorante, qui accepte de l'épouser malgré les différences de condition. La pièce se termine par la reconnaissance réciproque des personnages. Les critiques notent que certaines scènes sont peu vraisemblables et que le caractère d'Arlequin manque de cohérence. Cependant, la pièce est jugée bien écrite et pleine d'esprit, de sentiment et de délicatesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 991-1003
Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 24. Avril, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation d'une Comédie [...]
Mots clefs :
Amour, Époux, Scène, Démocrite, Hippocrate, Plaisir, Rire, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24. Avril , les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Repréfentation d'une Comédie
en Vers & en trois Actes , intitulée Démocrite
Prétendu Fou. Cette Piéce dont M. Autreau eft
l'Auteur , eft eftimée une des meilleures qui ayent
encore paru à l'Hôtel de Bourgogne. Elle fut reçue
avec beaucoup d'applaudiffemens qui n'ont
fait qu'augmenter dans la fuite. Nous abrégeons
les éloges pour donner l'Extrait que voici.
L'expofition du Sujet eft faite au premier Acte
par deux Païfans d'auprès d'Abdere , dans une
Maifon deCampagne queDémocrite a choifie pour
fon féjour. Damafippe , l'un de ces deux Païfans,
apprend à Criton , fon camarade , que Démocrite
paffe pour fol dáns Abdere , & qu'à la follicitation
de Damaftus , fon frere , le Sénat paroît
très-difpofé à l'exiler ; il fait connoître à Criton
qu'il a été placé auprès de Démocrite par Damaftus
pour épier tous fes divers genres de folie,
& pour l'en inftruire . Voici les fignes de folie fur
Gij lequels
992 MERCURE DE FRANCE
lefquels il appuye le plus confulter la Lune ,
rire de chacun , lâcher continuellement des traits
critiques , rire feul , fe promener au milieu des
tombeaux , pour fe mocquer même des morts ,
&c. il s'exprime ainfi :
Il va fe gobarger des morts mal à propos
Comme s'ils avoient tort de n'être plus en vie.
Ce qui oblige Criton à lui répondre :
Oh ! pour le coup , c'eft lui- même qui a tort ,
C'eft malgré foi qu'on devient mort ;
Aucun d'eux n'en avoit enyie .
་
Damafippe ajoûte que fa folie le porte à méprifer
les richeffes, à paffer la nuit , à regarder les
Etoiles , à faire des ronds & des quarrés , des iz
& des as , de prédire des Eclipfes , d'avoir la
vertu fecrette de lire fur le vifage des filles quand
elles ne le font plus enfin de vouloir épou
fer une de fes affranchies.
>
La feconde Scene eft entre Myfis , la cadette des
deux affranchies de Démocrite, & Philolaus, fon
Amant , homme de condition d'Abdere , & ami
du Philofophe Prétendu Fou ; elle lui foûtient que
Démocrite eft amoureux de fa four aînée appel,
lée Sophie. Voici ce qu'elle lui dit :
Dès qu'il quitte l'étude ,
Il demande Sophie , & ne peut s'en paſſer ;
De ſon front elle feule a le droit de chaſſer
Ce qu'un trop long travail y peut laiffer de rude
Vient- elle à paroître foudain
De fon air enjoué le retour eft certain ;
Plus,
ނ
MA Y. : 993 1730.
- Plus de marque de laffitude , &c.
Un des goûts de ma foeur eft de parler morale ,
Et volontiers il l'en régale ,
Mais d'un ton doux , d'un air humain ;
Point de grimace Magiſtrale ;
;
Tout au contraire ; il aime à lui prendre la main;
Le moindre petit foin près d'elle l'intereffe ;
Il rajufte un frifon , il détourne une treffe
Qui lui couvre un peu trop le fein ,
Sur lequel fein , quand elle fe redreffe
(Ce que fouvent elle fait à deffein )
Vous voyez de mon Sage une oeillade traitreffe
Se rabattre & tomber foudain ,
Tout en lui prêchant la fageffe ,
Et la leçon marche toujours fon train ;
Et puis fous le mentón doucement la careffe ,
Quand elle a' bien compris quelque trait un peu
iin .
Myfis ordonne à Philolaus d'aller voir Démocrite
, & de ne rien oublier pour penétrer fon
amour , par l'interêt qu'ils y ont tous deux , la
cadette ne pouvant raifonnablement être mariée
qu'après l'aînée .
Danaftus parlant à Philolaus parcourt la vie
de fon frere ; il expofe que Démocrite acheta a
fon retour d'Egypte trois Efclaves , fçavoir Egine
qui eft la mere , & Sophie & Myfis , fes deux
filles .
Dans un entretien que les deux freres ont en
ſemble , Damaſtus a du deffous ; Démocrite exer
ee à fes dépens fon talent de rire ; il le raille vi-
G iij
yement
994 MERCURE DE FRANCE
(
´vement fur la coquet erie de fa femme ; il fait ce
portrait de lui-même ' , & ce tableau de fa maniere
de vie dans fa campagne , pour faire contraſte
à celle de fon frere dans la Ville.
:
D'abord , pour Intendant , j'ai l'aimable Sophie ,
Qui paroiffant , le mémoire à la main ,
ཨཉྙཾ
Me trouve tous les jours l'oeil gay , le front ferein;
Comme en elle je me confie ,
Nos comptes font aifés , d'autant plus qu'ils font
courts ;
" Après , felon mon habitude ,
Le reste du matin je le donne à l'étude ,
Delice de l'efprit , & pendant les beaux jours
Dans mes Jardins je fais deux ou trois tours ;
Tout y croît ,y fleurit , tout y fent l'oeil du Maître
;
Et lorsque le Soleil eft au haut de fon cours
Un repas de mets domestiques ,
Apprêté par de belles mains ,
Vins de mon crû , fruits nés dans mes Jardins
Yflattent mieux mon goût que les plus magnifiques.
Damaftus fe retire peu fatisfait de fon frere
Sophie paroît pour la premiere fois ; Démocrite
pour l'éprouver lui propofe un Epoux ; il lui dit
pour lui mieux faire prendre le change , que cet
Epoux dont il lui parle eft jeune. Sophie lui répond
qu'elle aimeroit mieux qu'il fut âgé , &
voici la raifon qu'elle en donne.
C'est que je veux qu'il m'aime ;
Or
MAY. 1730. 995
Ör , afin qu'il m'aimât long- tems
Je le voudrois au moins de quarante ans , &c.
J'ai remarqué que la jeuneffe
Paffe chez une femme avec plus de vîteffe
Qu'elle ne fait chez un Mari ;
Que dans le cours des ans
un Epoux à quarante "
Paroît encor jeune & Aeuri ,
Et que notre éclat paffe à trente.
Quand un trop jeune Epoux en paroît dégoûté,
Je lui pardonne , ce me ſemble ;
Pour conferver l'amour il faut
que la beauté
Marche d'un pas égal d'un & d'autre côté ,
Et qu'on ne les perde qu'ensemble.
il lui
Démocrite prie Sophie de préparer un repas pour
des amis qu'il attend. Philolaus vient , l'inftruit
de ce qui fe trame contre lui dans Abdere ;
annonce un effein de Sçavans qui doivent venir
exprès pour l'examiner.
Les premieres Scenes du fecond Acte ne font
pas de celles qui intereffent vivement les fpectateurs.
Démocrite dans un à parte fait entrevoir
qu'il fçait le fort de fes affranchies , & que c'eft
là ce qui l'empêche de s'oppofer à l'Hymen que
Philolaus fon ami fouhaite avec tant d'empreffement.
Dans la feconde , Criton vient lui rendre
une lettre qu'il a oublié de lui remettre . Par cette
lettre , Démocrite eft inftruit de tout ce qui fe
trame contre lui dans le Senat d'Abdere ; c'eſt un
Sénateur de fes amis qui lui donne cet avis fecret,
il n'en eft pas plus inquiet.
:
Philolaus , dans une feconde Scene qu'il a avec
Myfis,lui apprend que Démocrite eft impenétra-
G iiij ble
996 MERCURE DE FRANCE
ble fur l'amour qu'elle prétend qu'il a pour Sophie.
Cette Scene eft fuivie d'une autre entre Myfis
& Sophie qui fait beaucoup plus de plaifir ; en
voici quelques fragmens . La Scene roule fur l'amour
reciproque de Sophie & de Démocrite ,
que Sophie ne veut pas avouer.
Myfis.
Pour vous y rendre plus fçavante ,
Répondez-moi fincerement ,
Quand dans Abdere il fait trop longue réfidence
N'eft- il pas vrai que fon abſence
Vous cauſe en fecret de l'ennui ?
Sophie.
Il eft vrai que je fens beaucoup d'impatience
De le voir de retour chez lui.
Myfis.
Et quand il vous rend fa préfence
Ne Vous fentez-vous pas le coeur tout réjoui
Sophie.
Oh! pour cela , je l'avouë , oiii.
Myfis
Et quand il vous fourit , cela vous fait bien aife ?
Sophie.
Je n'ai point de chagrin que fon rire n'appaife.
Myfts.
MAY. 997 1730.
Myfis
Ma foeur la Philofophe apprenez en ce jour ,
Mais apprenez fans aucun doute
Que vous fentez du bon du veritable amour ,
Ou votre grand efprit pourtant ne voyoit goute
La Scene qui fuit eft auffi intereffante que
celle -là eft divertiffante. Elle eft entre Démocrite
& Sophie. Démocrite a fait entendre dans un Mo
nologue qu'il veut éprouver fi Sophie l'aime , ou
fi ce n'eft que par reconnoiffance qu'elle s'attache
à lui. Voici ce que Sophie lui répond :
Eh ! pourquoi voudrois -je rien taire ?
Je vous regarde comme un pere ;
Mon coeur à votre feul afpect
Sent un mouvement qui le preffe
Mêlé de joye & de reſpect ,
Qui des liens du fang égale la tendreffe.
Non , je ne puis affez vous faire concevoir
Ce qu'il a fur moi de pouvoir ;
Mais c'eft encor bien peu pour pouvoir reconnof
tre
Tant de bienfaits d'un fi bon Maître.
Démocrite apprend avec beaucoup de plaifir le
progrès qu'il a fait fur le coeur de fa chere affranchie
; il lui fait entrevoir un fort heureux , & la
quitte après lui avoir récommandé le fecret fur
ee qu'il vient de lui dire en termes ambigus
Sophie commente agréablement ce que Démocrite
ne lui a dit que d'une maniere un petz
Gy cblouse
898 MERCURE DE FRANCE
obfcure ; elle finit fon tendre monologue par ces
Vers :
Suivons pourtant , fuivons les loix de mon cher
Maître ;
Renfermons notre feu naiffant
Peut-être qu'en obéïffant
Mon amour à lui ſeul ſe fera mieux connoître ;
Peut-être qu'à fon tour lui - même il en reſſent.
Myfis vient troubler la joye fecrette de Sophie;
elle lui apprend que le Sénat va bannir Démocrite
d'Abdere pour le punir de l'amour qu'il fent
- pour elle : Sophie à cette affligeante nouvelle ne
peut plus garder fon feerct.
Les Philofophes qui ont été annoncés dès le
premier Acte arrivent leur converſation avec
Démocrite et toute des plus riantes , & fait un
plaifir infini aux fpectateurs. Ces Philofophes font
Diogene , Ariftippe & Straton. Démocrite pour
rendre la converfation plus jolie & plus legere , la
tourne fur cette question : L'amour est - il un bien
ou un mal ? voici quelles font les differentes
opinions de nos fçavans Acteurs :
Democrite.
Accordez , Meffieurs , à ma priere
De refoudre entre vous ce point :
Doit-on aimer , ou n'aimer point
Diogene.
La choſe à décider me paroît difficile ,
Quand Laïs avec moi le prend d'un mauvais tom
L'amour m'échaufe trop la bile
Mais
MAY. 1730.
999
Mais quand elle change de ftile ,
Et prend l'air un peu plus mouton ,
L'amour eft bon : mais je vous dis fort bon.
Straton.
En aimant la raifon s'oublie :
Sans la raifon l'homme eft un fot :
L'amour eft donc une folie ,
Par force il faut trancher le mot :
Mais du moins c'eft la plus jolie.
Ariftippe.
Moi j'accorde fort bien l'amour & la fageffe :
J'en prends un peu felon l'occafion ,
Et ma raiſon n'y voit rien qui la bleſſe :
Il eft chez moi plaifir & jamais paffion :
La paffion feule eft foibleffe :
Et voila ma conclufion.
Démocrite.
Il eft peine & plaifir au fens de Diogene
Il eft folie à celui de Straton :
Chez Ariftipe il eſt plaifir fans peine :
Lequel des trois en croira- t'on ?
Ou foyez fur l'amour d'accord tous trois enfemble
:
Ou laiffez-moi, Meffieurs , aimer , fi bon meſem❤
ble ..
Pouvoit -on ne pas applaudir à une Theſe fe
galante , & no pas fçavoir gré à M. Autreau d'a
Voic
1000 MERCURE DE FRANCE
voir fi bien égayé la Philofophie ? la converſation
roule enfin fur les Sciences : mais c'eſt pour donner
à Démocrite matiere à exercer fon talent de
rire. Ce fecond Acte finit par l'annonce
fis vient faire de l'arrivée d'Hyppocrate.
que My-
Démocrite commence le troifiéme Acte par un
court Monologue ; il fait entendre qu'après un
long examen fur fa prétendue folie , Hippocrate
à conclu qu'il lui reftoit quelque bon fens.
Philolaus vient avertirDémocrites des réfolutions
que le Sénat d'Abdere vient de prendre contre lui ,
& lui dit que fon ami Philoxene viendra bientôt
lui prononcer fon Arrêt. Démocrite n'en fait
que rire. Hippocratę vient reprocher à Démocrite
fon amour pour une Efclave : Démocrite , pour
juftifier les fentimens de fon coeur , ordonne
qu'on fafie venir Sophie ;à peine Hippocrate l'apperçoit
, qu'il en devient amoureux ; Sophie fe
retire. Démocrite demande à Hippocrate ce qu'il
penfe de fon amour depuis qu'il en a vu l'objet.
Hippocrate convient que Sophie eft adorable ,
mais il lui dit , comme Rival , qu'elle ne convient
pas à fon âge. Démocrite lui répond qu'elle conviendroit
encore moins au fien , attendu qu'il eft
beaucoup plus avancé dans la carriere ; Hippocrate
fe retranche fur l'excellence de fon Art ,
ce qui oblige Démocrite à lui lâcher ce trait.
Votre Art fouvent par trop de foin ,
De la fanté hâte bien la ruine ;
Et quand l'Amour prend medecine ,
C'eft figne qu'il n'ira pas loin .
L'Auteur prépare le dénouement par la fin de
cette Scene. Démocrite demande à Hippocrate ce
qu'il a fait d'Egine , fa premiere femme , &c.
Hippocrate lui répond que fon pere. ayant appris
fon
MAY. 1730. ΙΟΟΥ
fon Hymen clandeftin , le força de quitter fa trif
te famille , qui confiftoit en la mere & deux filles ;
il ajoute qu'il apprit au retour de fes longs voyages
que tout étoit mort , il conclut de - là que for
veuvage le met en liberté d'époufer Sophie ; Démocrite
feint d'y conſentir .
#
Nous paffons les autres Scenes moins importantes
, pour venir plutôt à la plus touchante de
la Piece ; elle eft entre Démocrite & Sophie. En
voici quelques morceaux .
Sophie.
On ne pardonne point un amour témeraire' ;
Mais , hélas ! eft-il volontaire ,
Lorfque d'un mérite parfait ,
Il eft un effet neceffaire ?
Démocrite.
Si là-deffus votre aveu ne m'éclaire ,
Je ne puis décider de fa témerité ;
Mais je ne prétens point penetrer un miftere ,
Que vous voulez couvrir de tant d'obſcurité.
Sophie.
Vous qui lifez fi bien dans le fond de mon ame ,
Ignorez- vous l'objet d'une fi jufte flamme ?
Démocrite
Quand je pourrois ne le pas ignorer ,
Oferois-je le déclarer?
Non , je crains trop de m'y méprendre ;
Soyez libre dans votre choix ;
Non
1002 MERCURE DE FRANCE
Non , fi jamais je veux l'apprendre ,
Ce doit être par votre voix , &c.
Sophie voyant que Démocrite lui reproche
fon filence , lui répond ainfi :
Je reçois l'exemple de vous ,
Qui du Sénat me cachez la colere y
Quand je fuis le fujet de ce jufte courroux.
Démocrite.
Devois-je vous parler d'une vaine chimere
Sophie.
Vos fecrets font connus , Seigneur , je les fçais
tous ;
Je n'ai que trop appris votre péril extrême ;
Mais je puis , grace au Ciel , vous en tirer moimême
;
C'est pour me confoler , un plaifir affez doux..
Par vos leçons , mon coeur eft devenu capable
De faire un genereux effort ;
J'appris à refpecter les volontez du fort ;
Pour vous le rendre favorable ,
Daignez dans ce deffein me prêter du fecours
Chaque inftant près de vous me rendroit plus
coupable ;
Il faut , Seigneur , il faut vous quitter pour toujours.
Démocrit : le jettant à fes pieds.
Ah ! c'en eft trop , adorable Sophie,
-
Je
MAY . 1730 . 1003
Je fuis au comble de mes voeux ;
Quittez cette fatale envie ;
Nous fommes réſervez pour un fort plus heu
reux ;
Vous m'aimez & je vous adore ;
Bien-tôt pour nous vous allez voir éclore ,
Le bonheur le moins attendu ;
Dans ce jour fortuné vous allez vous connoître
, & c.
Hippocrate furpris de trouver Démocrite aux
pieds de Sophie , lui reproche la trahison qu'il
lui fait. Philoxene , Sénateur , ami de Démocrite ,
vient lui apprendre que le Sénat , loin de le bannir
, lui envoye cinq cens Talens , pour prix d'um
excellent Livre forti de fa plume. Ce même Sénateur
annonce à Hippocrate que fon Epouſe Egine
vient de lui déclarer fon fort ; Hippocrate
par cette nouvelle , apprend que Sophie & Mifis
font fes filles. Il confent à rendre heureux Démocrite
& Philolaus.La Piece eft terminée par une
Fête des Habitans d'Abdere , dont la Mufique eft
de M. Mouret.
la premiere Repréfentation d'une Comédie
en Vers & en trois Actes , intitulée Démocrite
Prétendu Fou. Cette Piéce dont M. Autreau eft
l'Auteur , eft eftimée une des meilleures qui ayent
encore paru à l'Hôtel de Bourgogne. Elle fut reçue
avec beaucoup d'applaudiffemens qui n'ont
fait qu'augmenter dans la fuite. Nous abrégeons
les éloges pour donner l'Extrait que voici.
L'expofition du Sujet eft faite au premier Acte
par deux Païfans d'auprès d'Abdere , dans une
Maifon deCampagne queDémocrite a choifie pour
fon féjour. Damafippe , l'un de ces deux Païfans,
apprend à Criton , fon camarade , que Démocrite
paffe pour fol dáns Abdere , & qu'à la follicitation
de Damaftus , fon frere , le Sénat paroît
très-difpofé à l'exiler ; il fait connoître à Criton
qu'il a été placé auprès de Démocrite par Damaftus
pour épier tous fes divers genres de folie,
& pour l'en inftruire . Voici les fignes de folie fur
Gij lequels
992 MERCURE DE FRANCE
lefquels il appuye le plus confulter la Lune ,
rire de chacun , lâcher continuellement des traits
critiques , rire feul , fe promener au milieu des
tombeaux , pour fe mocquer même des morts ,
&c. il s'exprime ainfi :
Il va fe gobarger des morts mal à propos
Comme s'ils avoient tort de n'être plus en vie.
Ce qui oblige Criton à lui répondre :
Oh ! pour le coup , c'eft lui- même qui a tort ,
C'eft malgré foi qu'on devient mort ;
Aucun d'eux n'en avoit enyie .
་
Damafippe ajoûte que fa folie le porte à méprifer
les richeffes, à paffer la nuit , à regarder les
Etoiles , à faire des ronds & des quarrés , des iz
& des as , de prédire des Eclipfes , d'avoir la
vertu fecrette de lire fur le vifage des filles quand
elles ne le font plus enfin de vouloir épou
fer une de fes affranchies.
>
La feconde Scene eft entre Myfis , la cadette des
deux affranchies de Démocrite, & Philolaus, fon
Amant , homme de condition d'Abdere , & ami
du Philofophe Prétendu Fou ; elle lui foûtient que
Démocrite eft amoureux de fa four aînée appel,
lée Sophie. Voici ce qu'elle lui dit :
Dès qu'il quitte l'étude ,
Il demande Sophie , & ne peut s'en paſſer ;
De ſon front elle feule a le droit de chaſſer
Ce qu'un trop long travail y peut laiffer de rude
Vient- elle à paroître foudain
De fon air enjoué le retour eft certain ;
Plus,
ނ
MA Y. : 993 1730.
- Plus de marque de laffitude , &c.
Un des goûts de ma foeur eft de parler morale ,
Et volontiers il l'en régale ,
Mais d'un ton doux , d'un air humain ;
Point de grimace Magiſtrale ;
;
Tout au contraire ; il aime à lui prendre la main;
Le moindre petit foin près d'elle l'intereffe ;
Il rajufte un frifon , il détourne une treffe
Qui lui couvre un peu trop le fein ,
Sur lequel fein , quand elle fe redreffe
(Ce que fouvent elle fait à deffein )
Vous voyez de mon Sage une oeillade traitreffe
Se rabattre & tomber foudain ,
Tout en lui prêchant la fageffe ,
Et la leçon marche toujours fon train ;
Et puis fous le mentón doucement la careffe ,
Quand elle a' bien compris quelque trait un peu
iin .
Myfis ordonne à Philolaus d'aller voir Démocrite
, & de ne rien oublier pour penétrer fon
amour , par l'interêt qu'ils y ont tous deux , la
cadette ne pouvant raifonnablement être mariée
qu'après l'aînée .
Danaftus parlant à Philolaus parcourt la vie
de fon frere ; il expofe que Démocrite acheta a
fon retour d'Egypte trois Efclaves , fçavoir Egine
qui eft la mere , & Sophie & Myfis , fes deux
filles .
Dans un entretien que les deux freres ont en
ſemble , Damaſtus a du deffous ; Démocrite exer
ee à fes dépens fon talent de rire ; il le raille vi-
G iij
yement
994 MERCURE DE FRANCE
(
´vement fur la coquet erie de fa femme ; il fait ce
portrait de lui-même ' , & ce tableau de fa maniere
de vie dans fa campagne , pour faire contraſte
à celle de fon frere dans la Ville.
:
D'abord , pour Intendant , j'ai l'aimable Sophie ,
Qui paroiffant , le mémoire à la main ,
ཨཉྙཾ
Me trouve tous les jours l'oeil gay , le front ferein;
Comme en elle je me confie ,
Nos comptes font aifés , d'autant plus qu'ils font
courts ;
" Après , felon mon habitude ,
Le reste du matin je le donne à l'étude ,
Delice de l'efprit , & pendant les beaux jours
Dans mes Jardins je fais deux ou trois tours ;
Tout y croît ,y fleurit , tout y fent l'oeil du Maître
;
Et lorsque le Soleil eft au haut de fon cours
Un repas de mets domestiques ,
Apprêté par de belles mains ,
Vins de mon crû , fruits nés dans mes Jardins
Yflattent mieux mon goût que les plus magnifiques.
Damaftus fe retire peu fatisfait de fon frere
Sophie paroît pour la premiere fois ; Démocrite
pour l'éprouver lui propofe un Epoux ; il lui dit
pour lui mieux faire prendre le change , que cet
Epoux dont il lui parle eft jeune. Sophie lui répond
qu'elle aimeroit mieux qu'il fut âgé , &
voici la raifon qu'elle en donne.
C'est que je veux qu'il m'aime ;
Or
MAY. 1730. 995
Ör , afin qu'il m'aimât long- tems
Je le voudrois au moins de quarante ans , &c.
J'ai remarqué que la jeuneffe
Paffe chez une femme avec plus de vîteffe
Qu'elle ne fait chez un Mari ;
Que dans le cours des ans
un Epoux à quarante "
Paroît encor jeune & Aeuri ,
Et que notre éclat paffe à trente.
Quand un trop jeune Epoux en paroît dégoûté,
Je lui pardonne , ce me ſemble ;
Pour conferver l'amour il faut
que la beauté
Marche d'un pas égal d'un & d'autre côté ,
Et qu'on ne les perde qu'ensemble.
il lui
Démocrite prie Sophie de préparer un repas pour
des amis qu'il attend. Philolaus vient , l'inftruit
de ce qui fe trame contre lui dans Abdere ;
annonce un effein de Sçavans qui doivent venir
exprès pour l'examiner.
Les premieres Scenes du fecond Acte ne font
pas de celles qui intereffent vivement les fpectateurs.
Démocrite dans un à parte fait entrevoir
qu'il fçait le fort de fes affranchies , & que c'eft
là ce qui l'empêche de s'oppofer à l'Hymen que
Philolaus fon ami fouhaite avec tant d'empreffement.
Dans la feconde , Criton vient lui rendre
une lettre qu'il a oublié de lui remettre . Par cette
lettre , Démocrite eft inftruit de tout ce qui fe
trame contre lui dans le Senat d'Abdere ; c'eſt un
Sénateur de fes amis qui lui donne cet avis fecret,
il n'en eft pas plus inquiet.
:
Philolaus , dans une feconde Scene qu'il a avec
Myfis,lui apprend que Démocrite eft impenétra-
G iiij ble
996 MERCURE DE FRANCE
ble fur l'amour qu'elle prétend qu'il a pour Sophie.
Cette Scene eft fuivie d'une autre entre Myfis
& Sophie qui fait beaucoup plus de plaifir ; en
voici quelques fragmens . La Scene roule fur l'amour
reciproque de Sophie & de Démocrite ,
que Sophie ne veut pas avouer.
Myfis.
Pour vous y rendre plus fçavante ,
Répondez-moi fincerement ,
Quand dans Abdere il fait trop longue réfidence
N'eft- il pas vrai que fon abſence
Vous cauſe en fecret de l'ennui ?
Sophie.
Il eft vrai que je fens beaucoup d'impatience
De le voir de retour chez lui.
Myfis.
Et quand il vous rend fa préfence
Ne Vous fentez-vous pas le coeur tout réjoui
Sophie.
Oh! pour cela , je l'avouë , oiii.
Myfis
Et quand il vous fourit , cela vous fait bien aife ?
Sophie.
Je n'ai point de chagrin que fon rire n'appaife.
Myfts.
MAY. 997 1730.
Myfis
Ma foeur la Philofophe apprenez en ce jour ,
Mais apprenez fans aucun doute
Que vous fentez du bon du veritable amour ,
Ou votre grand efprit pourtant ne voyoit goute
La Scene qui fuit eft auffi intereffante que
celle -là eft divertiffante. Elle eft entre Démocrite
& Sophie. Démocrite a fait entendre dans un Mo
nologue qu'il veut éprouver fi Sophie l'aime , ou
fi ce n'eft que par reconnoiffance qu'elle s'attache
à lui. Voici ce que Sophie lui répond :
Eh ! pourquoi voudrois -je rien taire ?
Je vous regarde comme un pere ;
Mon coeur à votre feul afpect
Sent un mouvement qui le preffe
Mêlé de joye & de reſpect ,
Qui des liens du fang égale la tendreffe.
Non , je ne puis affez vous faire concevoir
Ce qu'il a fur moi de pouvoir ;
Mais c'eft encor bien peu pour pouvoir reconnof
tre
Tant de bienfaits d'un fi bon Maître.
Démocrite apprend avec beaucoup de plaifir le
progrès qu'il a fait fur le coeur de fa chere affranchie
; il lui fait entrevoir un fort heureux , & la
quitte après lui avoir récommandé le fecret fur
ee qu'il vient de lui dire en termes ambigus
Sophie commente agréablement ce que Démocrite
ne lui a dit que d'une maniere un petz
Gy cblouse
898 MERCURE DE FRANCE
obfcure ; elle finit fon tendre monologue par ces
Vers :
Suivons pourtant , fuivons les loix de mon cher
Maître ;
Renfermons notre feu naiffant
Peut-être qu'en obéïffant
Mon amour à lui ſeul ſe fera mieux connoître ;
Peut-être qu'à fon tour lui - même il en reſſent.
Myfis vient troubler la joye fecrette de Sophie;
elle lui apprend que le Sénat va bannir Démocrite
d'Abdere pour le punir de l'amour qu'il fent
- pour elle : Sophie à cette affligeante nouvelle ne
peut plus garder fon feerct.
Les Philofophes qui ont été annoncés dès le
premier Acte arrivent leur converſation avec
Démocrite et toute des plus riantes , & fait un
plaifir infini aux fpectateurs. Ces Philofophes font
Diogene , Ariftippe & Straton. Démocrite pour
rendre la converfation plus jolie & plus legere , la
tourne fur cette question : L'amour est - il un bien
ou un mal ? voici quelles font les differentes
opinions de nos fçavans Acteurs :
Democrite.
Accordez , Meffieurs , à ma priere
De refoudre entre vous ce point :
Doit-on aimer , ou n'aimer point
Diogene.
La choſe à décider me paroît difficile ,
Quand Laïs avec moi le prend d'un mauvais tom
L'amour m'échaufe trop la bile
Mais
MAY. 1730.
999
Mais quand elle change de ftile ,
Et prend l'air un peu plus mouton ,
L'amour eft bon : mais je vous dis fort bon.
Straton.
En aimant la raifon s'oublie :
Sans la raifon l'homme eft un fot :
L'amour eft donc une folie ,
Par force il faut trancher le mot :
Mais du moins c'eft la plus jolie.
Ariftippe.
Moi j'accorde fort bien l'amour & la fageffe :
J'en prends un peu felon l'occafion ,
Et ma raiſon n'y voit rien qui la bleſſe :
Il eft chez moi plaifir & jamais paffion :
La paffion feule eft foibleffe :
Et voila ma conclufion.
Démocrite.
Il eft peine & plaifir au fens de Diogene
Il eft folie à celui de Straton :
Chez Ariftipe il eſt plaifir fans peine :
Lequel des trois en croira- t'on ?
Ou foyez fur l'amour d'accord tous trois enfemble
:
Ou laiffez-moi, Meffieurs , aimer , fi bon meſem❤
ble ..
Pouvoit -on ne pas applaudir à une Theſe fe
galante , & no pas fçavoir gré à M. Autreau d'a
Voic
1000 MERCURE DE FRANCE
voir fi bien égayé la Philofophie ? la converſation
roule enfin fur les Sciences : mais c'eſt pour donner
à Démocrite matiere à exercer fon talent de
rire. Ce fecond Acte finit par l'annonce
fis vient faire de l'arrivée d'Hyppocrate.
que My-
Démocrite commence le troifiéme Acte par un
court Monologue ; il fait entendre qu'après un
long examen fur fa prétendue folie , Hippocrate
à conclu qu'il lui reftoit quelque bon fens.
Philolaus vient avertirDémocrites des réfolutions
que le Sénat d'Abdere vient de prendre contre lui ,
& lui dit que fon ami Philoxene viendra bientôt
lui prononcer fon Arrêt. Démocrite n'en fait
que rire. Hippocratę vient reprocher à Démocrite
fon amour pour une Efclave : Démocrite , pour
juftifier les fentimens de fon coeur , ordonne
qu'on fafie venir Sophie ;à peine Hippocrate l'apperçoit
, qu'il en devient amoureux ; Sophie fe
retire. Démocrite demande à Hippocrate ce qu'il
penfe de fon amour depuis qu'il en a vu l'objet.
Hippocrate convient que Sophie eft adorable ,
mais il lui dit , comme Rival , qu'elle ne convient
pas à fon âge. Démocrite lui répond qu'elle conviendroit
encore moins au fien , attendu qu'il eft
beaucoup plus avancé dans la carriere ; Hippocrate
fe retranche fur l'excellence de fon Art ,
ce qui oblige Démocrite à lui lâcher ce trait.
Votre Art fouvent par trop de foin ,
De la fanté hâte bien la ruine ;
Et quand l'Amour prend medecine ,
C'eft figne qu'il n'ira pas loin .
L'Auteur prépare le dénouement par la fin de
cette Scene. Démocrite demande à Hippocrate ce
qu'il a fait d'Egine , fa premiere femme , &c.
Hippocrate lui répond que fon pere. ayant appris
fon
MAY. 1730. ΙΟΟΥ
fon Hymen clandeftin , le força de quitter fa trif
te famille , qui confiftoit en la mere & deux filles ;
il ajoute qu'il apprit au retour de fes longs voyages
que tout étoit mort , il conclut de - là que for
veuvage le met en liberté d'époufer Sophie ; Démocrite
feint d'y conſentir .
#
Nous paffons les autres Scenes moins importantes
, pour venir plutôt à la plus touchante de
la Piece ; elle eft entre Démocrite & Sophie. En
voici quelques morceaux .
Sophie.
On ne pardonne point un amour témeraire' ;
Mais , hélas ! eft-il volontaire ,
Lorfque d'un mérite parfait ,
Il eft un effet neceffaire ?
Démocrite.
Si là-deffus votre aveu ne m'éclaire ,
Je ne puis décider de fa témerité ;
Mais je ne prétens point penetrer un miftere ,
Que vous voulez couvrir de tant d'obſcurité.
Sophie.
Vous qui lifez fi bien dans le fond de mon ame ,
Ignorez- vous l'objet d'une fi jufte flamme ?
Démocrite
Quand je pourrois ne le pas ignorer ,
Oferois-je le déclarer?
Non , je crains trop de m'y méprendre ;
Soyez libre dans votre choix ;
Non
1002 MERCURE DE FRANCE
Non , fi jamais je veux l'apprendre ,
Ce doit être par votre voix , &c.
Sophie voyant que Démocrite lui reproche
fon filence , lui répond ainfi :
Je reçois l'exemple de vous ,
Qui du Sénat me cachez la colere y
Quand je fuis le fujet de ce jufte courroux.
Démocrite.
Devois-je vous parler d'une vaine chimere
Sophie.
Vos fecrets font connus , Seigneur , je les fçais
tous ;
Je n'ai que trop appris votre péril extrême ;
Mais je puis , grace au Ciel , vous en tirer moimême
;
C'est pour me confoler , un plaifir affez doux..
Par vos leçons , mon coeur eft devenu capable
De faire un genereux effort ;
J'appris à refpecter les volontez du fort ;
Pour vous le rendre favorable ,
Daignez dans ce deffein me prêter du fecours
Chaque inftant près de vous me rendroit plus
coupable ;
Il faut , Seigneur , il faut vous quitter pour toujours.
Démocrit : le jettant à fes pieds.
Ah ! c'en eft trop , adorable Sophie,
-
Je
MAY . 1730 . 1003
Je fuis au comble de mes voeux ;
Quittez cette fatale envie ;
Nous fommes réſervez pour un fort plus heu
reux ;
Vous m'aimez & je vous adore ;
Bien-tôt pour nous vous allez voir éclore ,
Le bonheur le moins attendu ;
Dans ce jour fortuné vous allez vous connoître
, & c.
Hippocrate furpris de trouver Démocrite aux
pieds de Sophie , lui reproche la trahison qu'il
lui fait. Philoxene , Sénateur , ami de Démocrite ,
vient lui apprendre que le Sénat , loin de le bannir
, lui envoye cinq cens Talens , pour prix d'um
excellent Livre forti de fa plume. Ce même Sénateur
annonce à Hippocrate que fon Epouſe Egine
vient de lui déclarer fon fort ; Hippocrate
par cette nouvelle , apprend que Sophie & Mifis
font fes filles. Il confent à rendre heureux Démocrite
& Philolaus.La Piece eft terminée par une
Fête des Habitans d'Abdere , dont la Mufique eft
de M. Mouret.
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Résumé : Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24 avril, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie en vers et en trois actes intitulée 'Démocrite Prétendu Fou' à l'Hôtel de Bourgogne. Cette pièce, écrite par M. Autreau, a été acclamée comme l'une des meilleures de la saison et a reçu des applaudissements croissants. L'intrigue se déroule à Abdère et commence par une exposition où Damafippe informe Criton que Démocrite est considéré comme fou dans la ville. Le Sénat envisage de l'exiler à la demande de Damafippe, qui surveille Démocrite pour observer ses comportements étranges, tels que consulter la Lune, rire de tout, critiquer les autres et se promener parmi les tombeaux. La pièce explore également les relations amoureuses de Démocrite. Myfis, une affranchie de Démocrite, révèle à Philolaus, son amant, que Démocrite est amoureux de Sophie, une autre affranchie. Sophie exprime son amour pour Démocrite de manière subtile et réservée. Le Sénat d'Abdère, soupçonnant Démocrite de folie, envoie des philosophes pour l'examiner. Démocrite engage une conversation philosophique avec eux sur la nature de l'amour, démontrant ainsi sa sagesse et sa lucidité malgré les apparences. Dans le dénouement, Hippocrate, un médecin, reproche à Démocrite son amour pour Sophie, une esclave. Démocrite utilise cette situation pour révéler que Sophie est en réalité sa femme légitime, ayant été forcé de la quitter par son père. La pièce se conclut par la reconnaissance de l'amour véritable entre Démocrite et Sophie. Dans un dialogue entre Démocrite et Sophie, Sophie exprime son désir de quitter Démocrite pour éviter de le mettre en danger. Démocrite, épris de Sophie, lui demande de rester et lui assure un avenir heureux. Hippocrate, surpris de trouver Démocrite aux pieds de Sophie, reproche à Démocrite sa trahison. Philoxène, un sénateur et ami de Démocrite, annonce que le Sénat n'a pas banni Démocrite mais lui a attribué une somme de cinq cents talents pour un livre remarquable. Philoxène révèle également à Hippocrate que son épouse Egine lui a déclaré son amour, et qu'Hippocrate est le père de Sophie et Misis. Hippocrate accepte alors de rendre heureux Démocrite et Philolaus. La pièce se termine par une fête des habitants d'Abdère, accompagnée de musique composée par M. Mouret.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 1200-1201
« L'Academie Royale de Musique a repris l'Opera de Thesée. On prépare le Carnaval [...] »
Début :
L'Academie Royale de Musique a repris l'Opera de Thesée. On prépare le Carnaval [...]
Mots clefs :
Thésée, Comédiens-Italiens, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Academie Royale de Musique a repris l'Opera de Thesée. On prépare le Carnaval [...] »
L'Academie Royale de Mufique a re
pris l'Opera de Thefee. On prépare le Carnaval
& la Folie , Ballet.
Les Comédiens François remirent au
Théatre au commencement de ce mois
la petite Comédie des trois Gafcons.Ils donnerent
le 24 , la Tragédie d'Andromaque
dans laquelle la jeune Dule Dangeville , qui
n'avoit encore brillé que dans des Rôles
Comiques , joua celui d'Hermione ; elle y
I. Vol. fut
JUIN. 1730.
1201
fut generalement applaudie , & les plus
difficiles furent également fatisfaits &
étonnez de trouver tant de talens dans
une auffi jeune perfonne. Le fieur Dangeville
fon frere , a été reçu depuis peu,
dans cette Troupe , à laquelle if ya eu
quelques changemens. Les fieurs Dumirail
& du Chemin fils , & les Dlles le Grand
& de Cléves n'y font plus .
Le 14. les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Repréſentation d'une
Piéce nouvelle en Profe & en trois Actes ,
avec trois Divertiffemens , compofez de
Danfes & de Vaudevilles , intitulée : PAmoureuxfans
le fçavoir ; laquelle n'ayant
pas été goûtée du public , n'a eu qu'une
feule Repréfentation,
pris l'Opera de Thefee. On prépare le Carnaval
& la Folie , Ballet.
Les Comédiens François remirent au
Théatre au commencement de ce mois
la petite Comédie des trois Gafcons.Ils donnerent
le 24 , la Tragédie d'Andromaque
dans laquelle la jeune Dule Dangeville , qui
n'avoit encore brillé que dans des Rôles
Comiques , joua celui d'Hermione ; elle y
I. Vol. fut
JUIN. 1730.
1201
fut generalement applaudie , & les plus
difficiles furent également fatisfaits &
étonnez de trouver tant de talens dans
une auffi jeune perfonne. Le fieur Dangeville
fon frere , a été reçu depuis peu,
dans cette Troupe , à laquelle if ya eu
quelques changemens. Les fieurs Dumirail
& du Chemin fils , & les Dlles le Grand
& de Cléves n'y font plus .
Le 14. les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Repréſentation d'une
Piéce nouvelle en Profe & en trois Actes ,
avec trois Divertiffemens , compofez de
Danfes & de Vaudevilles , intitulée : PAmoureuxfans
le fçavoir ; laquelle n'ayant
pas été goûtée du public , n'a eu qu'une
feule Repréfentation,
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Résumé : « L'Academie Royale de Musique a repris l'Opera de Thesée. On prépare le Carnaval [...] »
En juin 1730, l'Académie Royale de Musique a repris l'opéra 'Théée' et préparait un ballet intitulé 'Le Carnaval et la Folie'. Les Comédiens Français ont rouvert leur théâtre au début du mois avec la pièce 'Les Trois Gafcons'. Le 24 juin, ils ont joué 'Andromaque', où Mlle Dangeville a interprété Hermione, malgré son expérience principalement comique, elle a été acclamée par le public. Son frère, M. Dangeville, a récemment rejoint la troupe, qui a également vu plusieurs départs, notamment ceux des sieurs Dumirail et du Chemin fils, ainsi que des demoiselles Le Grand et de Clèves. Le 14 juin, les Comédiens Italiens ont présenté 'Les Amoureux sans le savoir', une pièce en prose et en trois actes, accompagnée de divertissements musicaux. Cependant, cette pièce n'a pas été appréciée du public et n'a eu qu'une seule représentation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 1402
« Le 28 Juin, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Representation [...] »
Début :
Le 28 Juin, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Representation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 28 Juin, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Representation [...] »
E 28 Juin , les Comédiens Italiens
donnerent la premiereReprefentation
d'une petite Piece nouvelle , en Profe & en
un Acte , qui a pour titre : Le Mariage
fait par crainte , que le public n'a pas goutée
elle n'a été jouée qu'une feule fois.
Les Comédiens François ont repris quelques
Pieces qui font beaucoup de plaifir,
comme la Tragédie d'Electre , la Comédie
des trois Coufines , celle de la Coupe enchantée.
Ils vont remettre la Tragédie
d'Abfalon , & repetent une Piece nouvelle
dont on parlera dans fon tems.
donnerent la premiereReprefentation
d'une petite Piece nouvelle , en Profe & en
un Acte , qui a pour titre : Le Mariage
fait par crainte , que le public n'a pas goutée
elle n'a été jouée qu'une feule fois.
Les Comédiens François ont repris quelques
Pieces qui font beaucoup de plaifir,
comme la Tragédie d'Electre , la Comédie
des trois Coufines , celle de la Coupe enchantée.
Ils vont remettre la Tragédie
d'Abfalon , & repetent une Piece nouvelle
dont on parlera dans fon tems.
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Résumé : « Le 28 Juin, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Representation [...] »
Le 28 juin, les Comédiens Italiens ont joué 'Le Mariage fait par crainte', une pièce en prose et en un acte, qui n'a été représentée qu'une seule fois. Les Comédiens Français ont repris 'Électre', 'Les Trois Cousines' et 'La Coupe enchantée'. Ils prévoient de rejouer 'Absalon' et de répéter une nouvelle pièce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 1633-1634
« Le premier Juin, le Roi, par Arrêt de son Conseil du même jour, a accordé à [...] »
Début :
Le premier Juin, le Roi, par Arrêt de son Conseil du même jour, a accordé à [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Comédiens-Français, Opéra comique, Roi, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le premier Juin, le Roi, par Arrêt de son Conseil du même jour, a accordé à [...] »
Le premier Juin , le Roi , par Arrêt de
fon Confeil du même jour , a accordé à
M. Gruer , le Privilege de l'Académie
Royale de Mufique , pour en jouir pendant
le cours de trente deux années..
M..
•
1834 MERCURE DE FRANCE
M. Deftouches , Sur-Intendant de la Muque
du Roi , que S M. avoit nommé Directeur
General de la même Académie au
mois de Février 1728. s'eft retiré avec
4000. livres de penfion .
Le 20. l'Opera Comique donna la premiere
Repréſentation d'une Piece nouvelle
en trois Actes , ornée de Chants &
de Danfes , qui a pour titre , les deux Suivantes.
On en parlera plus au long . Elle
été reçûë favorablement du Public.
Les Comédiens François ont remis aut
Théatre la Tragedie d'Abfalon , de feu
M. Duché , qui a un fort grand fuccès .
Elle eft très-bien repréfentée . Ils repetent
le Prince de Noify , Comédie nouvelle.
ཏྭཱ་
Les Comédiens Italiens doivent donner
le premier Août, une petite Piece nouvelle
d'un Acte , avec un Divertiffement qui
pour titre ,
titre , la Reunion Forcée , dont on
pourra parler plus au long.
fon Confeil du même jour , a accordé à
M. Gruer , le Privilege de l'Académie
Royale de Mufique , pour en jouir pendant
le cours de trente deux années..
M..
•
1834 MERCURE DE FRANCE
M. Deftouches , Sur-Intendant de la Muque
du Roi , que S M. avoit nommé Directeur
General de la même Académie au
mois de Février 1728. s'eft retiré avec
4000. livres de penfion .
Le 20. l'Opera Comique donna la premiere
Repréſentation d'une Piece nouvelle
en trois Actes , ornée de Chants &
de Danfes , qui a pour titre , les deux Suivantes.
On en parlera plus au long . Elle
été reçûë favorablement du Public.
Les Comédiens François ont remis aut
Théatre la Tragedie d'Abfalon , de feu
M. Duché , qui a un fort grand fuccès .
Elle eft très-bien repréfentée . Ils repetent
le Prince de Noify , Comédie nouvelle.
ཏྭཱ་
Les Comédiens Italiens doivent donner
le premier Août, une petite Piece nouvelle
d'un Acte , avec un Divertiffement qui
pour titre ,
titre , la Reunion Forcée , dont on
pourra parler plus au long.
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Résumé : « Le premier Juin, le Roi, par Arrêt de son Conseil du même jour, a accordé à [...] »
Le 1er juin, le Roi a octroyé à M. Gruer un privilège pour l'Académie Royale de Musique, valable pour trente-deux ans. En 1834, M. Deftouches, nommé Directeur Général de l'Académie en février 1728, a pris sa retraite avec une pension de 4000 livres. Le 20 juin, l'Opéra Comique a présenté la première de 'Les deux Suivantes', une pièce en trois actes bien accueillie par le public. Les Comédiens Français ont repris la tragédie 'Absalon' de M. Duché, qui a connu un grand succès, et répètent une nouvelle comédie intitulée 'Le Prince de Noisy'. Les Comédiens Italiens prévoient de jouer 'La Réunion Forcée', une pièce en un acte, le 1er août.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 1853-1856
La Réünion forcée, Comédie, &c. [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation d'une petite Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comtesse, Procureur, Maître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Réünion forcée, Comédie, &c. [titre d'après la table]
Les Comédiens Italiens donnerent la
premiere Repréfentation d'une petite Comédie
en Profe, en un Acte , avec un Divertiffement
; elle a pour titre la Réunion
forcée. Cette Piece ne promet pas un grand
fuccès , le Lecteur en va juger par la legere
idée que nous en allons donner.
Une Comteffe fur le retour , ayant
époufé un jeune Cavalier appellé Damon ,
qui n'a pas pour elle les égards qu'elle s'en
étoit promis , veut fe venger de lui par
le divorce ; elle ouvre la Scene avec fa
fuivante Finette , qui la flatte d'un fort
plus heureux qui fuivra le gain de fon
procès. M.du Doffier, fon Procureur , vient
lui annoncer un triomphe prématuré ,
qui n'exifte que dans fon imagination , &
qu'il dit infaillible
P'heureuſe difpofition
qu'il dit avoir mife dans ce Procès.
Sur cette frivole efperance , il ofe parler
d'Amour & d'Hymen à la Comteffe , qui
reçoit fa déclaration avec fierté , attendu
par
l'inegalté
1854 MERCURE DE FRANCE
l'inegalité des conditions. Du Doſſier a
recours à Finette ; & pour la mettre dans
fes interêts , il lui promet de lui faire
époufer l'Avenir , fon Maître Clerc, Finette
, non moins fiere que fa Maîtreffe ,
ne veut pas d'un Clerc de Procureur pour
Mari. Du Doffier lui promet de le mettre
en poffeffion d'une belle & bonne Charge
d'Huiffier à Verge. Finette l'accepte à ce
prix , mais elle doute que fa Maîtreſſe
puiffe fe réfoudre à époufer un Procureur ;
elle dit à du Doffier que le gout de la
Comteffe feroit plutôt pour un Financier,
ce qui détermine du Doffier à revenir ſe
prefenter à elle fous le nom & l'habit
d'un frere qu'il a dans la Finance , appellé
M. du Zero. Il execute fon projet ,
& fous le nom de Financier il eft parfaitement
bien reçû de la Comteffe . Damon
fon jeune mary , vient troubler leur naiffante
intelligence ; il demande à la Comteffe
cent piftoles dont il a befoin , &
qu'il veut avoir fur le champ ; les injures
ne font épargnées de part & d'autre ;
M.du Zero , pour faire fa cour à la Comteffe
, donne un billet au porteur de mille
francs , que Finette reçoit malgré fa Maîtreffe.
Oronte , pere de Damon , vient annoncer
à la Comteffe fa Bru , qu'elle a perdu
fon Procès tout au long , & qu'on vient
de
A O UST. 1730. 1855
de la déclarer non - recevable ; elle ſe plaint
de l'injustice de fes premiers Juges, & dit
qu'elle en veut appeller. Damon fait le
doucereux auprès d'elle & la détermine
à fe réconcilier avec lui ; elle y confent ;
le faux du Zero redemande fon Billet à
Finette, qui le garde comme étant de bonne
prife ; l'Avenir reconnoît fon Maître
du Doffier , fous les habits de du Zero. La
Piece finit par un Divertiffement qu'on
trouvé trop bien amené ; cette
Fête a été préparée par l'étourdi Damon ;
c'eſt à proprement parler une nouvelle
infulte qu'il fait à la Comteſſe ſa femme ;
on en peut juger par ce premier Air
qu'on chante :
n'a
pas
Au premier âge ,
On méprifoit les biens ;
L'Amour feul formoit les liens ,
D'un heureux mariage :
Plutus ne regnoit point encor ;
Ce Dieu , Maître à prefent de notre destinée ,
Nous vend au poids de l'or ,
Le plus trifte Hymenée,
Le Vaudeville eft fur le même ton ;
en voici deux Couplets .
Femme riche & fur le retour ,
Voit croître les Amans près d'elle ;
Filla
1856 MERCURE DE FRANCE
Fille fans biens , mais jeune & belle ,
Les voit déferter de la Cour ,
Point d'argent , point de mariage ;
Argent & vieilleffe , on dit bon ;
Sans argent , jeuneſſe , on dit non :
C'eſt aujourd'hui l'uſage.
Arlequin au Parterre.
"
Si chacun de vous eft content ;
Qu'aujourd'hui l'on vous ait fait rire ,
Oh ! Meffieurs , vous n'avez qu'à dire ;
Apportez-nous bien de l'argent :
Point d'argent , adieu le courage ;
Quand j'en vois beaucoup , je dis bon ;
Mais quand j'en vois peu , je dis non :
Je fuis dans cet uſage.
La Mufique du Divertiſſement eſt toûjours
de M. Mouret.
premiere Repréfentation d'une petite Comédie
en Profe, en un Acte , avec un Divertiffement
; elle a pour titre la Réunion
forcée. Cette Piece ne promet pas un grand
fuccès , le Lecteur en va juger par la legere
idée que nous en allons donner.
Une Comteffe fur le retour , ayant
époufé un jeune Cavalier appellé Damon ,
qui n'a pas pour elle les égards qu'elle s'en
étoit promis , veut fe venger de lui par
le divorce ; elle ouvre la Scene avec fa
fuivante Finette , qui la flatte d'un fort
plus heureux qui fuivra le gain de fon
procès. M.du Doffier, fon Procureur , vient
lui annoncer un triomphe prématuré ,
qui n'exifte que dans fon imagination , &
qu'il dit infaillible
P'heureuſe difpofition
qu'il dit avoir mife dans ce Procès.
Sur cette frivole efperance , il ofe parler
d'Amour & d'Hymen à la Comteffe , qui
reçoit fa déclaration avec fierté , attendu
par
l'inegalté
1854 MERCURE DE FRANCE
l'inegalité des conditions. Du Doſſier a
recours à Finette ; & pour la mettre dans
fes interêts , il lui promet de lui faire
époufer l'Avenir , fon Maître Clerc, Finette
, non moins fiere que fa Maîtreffe ,
ne veut pas d'un Clerc de Procureur pour
Mari. Du Doffier lui promet de le mettre
en poffeffion d'une belle & bonne Charge
d'Huiffier à Verge. Finette l'accepte à ce
prix , mais elle doute que fa Maîtreſſe
puiffe fe réfoudre à époufer un Procureur ;
elle dit à du Doffier que le gout de la
Comteffe feroit plutôt pour un Financier,
ce qui détermine du Doffier à revenir ſe
prefenter à elle fous le nom & l'habit
d'un frere qu'il a dans la Finance , appellé
M. du Zero. Il execute fon projet ,
& fous le nom de Financier il eft parfaitement
bien reçû de la Comteffe . Damon
fon jeune mary , vient troubler leur naiffante
intelligence ; il demande à la Comteffe
cent piftoles dont il a befoin , &
qu'il veut avoir fur le champ ; les injures
ne font épargnées de part & d'autre ;
M.du Zero , pour faire fa cour à la Comteffe
, donne un billet au porteur de mille
francs , que Finette reçoit malgré fa Maîtreffe.
Oronte , pere de Damon , vient annoncer
à la Comteffe fa Bru , qu'elle a perdu
fon Procès tout au long , & qu'on vient
de
A O UST. 1730. 1855
de la déclarer non - recevable ; elle ſe plaint
de l'injustice de fes premiers Juges, & dit
qu'elle en veut appeller. Damon fait le
doucereux auprès d'elle & la détermine
à fe réconcilier avec lui ; elle y confent ;
le faux du Zero redemande fon Billet à
Finette, qui le garde comme étant de bonne
prife ; l'Avenir reconnoît fon Maître
du Doffier , fous les habits de du Zero. La
Piece finit par un Divertiffement qu'on
trouvé trop bien amené ; cette
Fête a été préparée par l'étourdi Damon ;
c'eſt à proprement parler une nouvelle
infulte qu'il fait à la Comteſſe ſa femme ;
on en peut juger par ce premier Air
qu'on chante :
n'a
pas
Au premier âge ,
On méprifoit les biens ;
L'Amour feul formoit les liens ,
D'un heureux mariage :
Plutus ne regnoit point encor ;
Ce Dieu , Maître à prefent de notre destinée ,
Nous vend au poids de l'or ,
Le plus trifte Hymenée,
Le Vaudeville eft fur le même ton ;
en voici deux Couplets .
Femme riche & fur le retour ,
Voit croître les Amans près d'elle ;
Filla
1856 MERCURE DE FRANCE
Fille fans biens , mais jeune & belle ,
Les voit déferter de la Cour ,
Point d'argent , point de mariage ;
Argent & vieilleffe , on dit bon ;
Sans argent , jeuneſſe , on dit non :
C'eſt aujourd'hui l'uſage.
Arlequin au Parterre.
"
Si chacun de vous eft content ;
Qu'aujourd'hui l'on vous ait fait rire ,
Oh ! Meffieurs , vous n'avez qu'à dire ;
Apportez-nous bien de l'argent :
Point d'argent , adieu le courage ;
Quand j'en vois beaucoup , je dis bon ;
Mais quand j'en vois peu , je dis non :
Je fuis dans cet uſage.
La Mufique du Divertiſſement eſt toûjours
de M. Mouret.
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Résumé : La Réünion forcée, Comédie, &c. [titre d'après la table]
Le texte relate la première représentation de 'La Réunion forcée', une comédie en prose des Comédiens Italiens. La pièce, en un acte, raconte l'histoire d'une comtesse souhaitant divorcer de son mari, Damon, en raison de son manque de respect. Encouragée par sa servante, Finette, et son procureur, M. du Dossier, elle refuse les avances de ce dernier en raison de la différence de leurs conditions sociales. M. du Dossier, se faisant passer pour un financier, M. du Zero, tente de séduire la comtesse. Damon interrompt leur entretien en réclamant de l'argent, ce qui provoque des échanges tendus. M. du Zero offre un billet de mille francs à la comtesse via Finette. Oronte, le père de Damon, annonce que la comtesse a perdu son procès. Damon convainc alors la comtesse de se réconcilier. M. du Zero réclame son billet, mais Finette le garde. La pièce se conclut par un divertissement organisé par Damon, incluant des airs et des couplets sur l'amour et l'argent, avec une musique de M. Mouret.
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9
p. 2032-2033
« Le premier de ce mois, les Comédiens Italien firent éclater leur joye pour la [...] »
Début :
Le premier de ce mois, les Comédiens Italien firent éclater leur joye pour la [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Naissance du duc d'Anjou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le premier de ce mois, les Comédiens Italien firent éclater leur joye pour la [...] »
Le premier de ce mois , les Comédiens
Italiens firent éclater leur joye pour la
Naiffance de Monfeigneur le Duc D'ANJou
, avec beaucoup de zele. On alluma
des Feux & on fit des Illuminations dans
les deux ruës où font les Portes de l'Hôtel
de Bourgogne ; ils donnerent gratisle
même jour à une nombreuſe Affemblée
, les trois Comédies des Payfans de
Qualité , du Triomphe de Plutus , & du
May , ornées de Divertiffemens qui fatisfirent
extrémement les Spectateurs. Le
feur Charpentier , excellent Joueur de
Mufette
SEPTEMBRE . 1730. 2033
Mulette , n'y contribua pas peu par les
differens Airs qu'il joüa.
Italiens firent éclater leur joye pour la
Naiffance de Monfeigneur le Duc D'ANJou
, avec beaucoup de zele. On alluma
des Feux & on fit des Illuminations dans
les deux ruës où font les Portes de l'Hôtel
de Bourgogne ; ils donnerent gratisle
même jour à une nombreuſe Affemblée
, les trois Comédies des Payfans de
Qualité , du Triomphe de Plutus , & du
May , ornées de Divertiffemens qui fatisfirent
extrémement les Spectateurs. Le
feur Charpentier , excellent Joueur de
Mufette
SEPTEMBRE . 1730. 2033
Mulette , n'y contribua pas peu par les
differens Airs qu'il joüa.
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Résumé : « Le premier de ce mois, les Comédiens Italien firent éclater leur joye pour la [...] »
Le 1er septembre 1730, les Comédiens Italiens célébrèrent la naissance du Duc d'Anjou. Des feux et des illuminations furent allumés dans les rues menant à l'Hôtel de Bourgogne. Ils offrirent trois comédies gratuites : 'Les Paysans de Qualité', 'Le Triomphe de Plutus' et 'Le May'. Les représentations incluaient des divertissements et des airs interprétés par Charpentier.
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10
p. 2277-2279
« Le 26. de ce mois, on donna la premiere Représentation de Pyrrhus, nouvel [...] »
Début :
Le 26. de ce mois, on donna la premiere Représentation de Pyrrhus, nouvel [...]
Mots clefs :
Théâtre, Opéra comique, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 26. de ce mois, on donna la premiere Représentation de Pyrrhus, nouvel [...] »
Le 26. de ce mois , on donna la premiere
Repréſentation de Pyrrhus , nouvel
Opera , qui fut fort bien reçû du Public.
On en parlera plus au long dans le
prochain Mercure .
Le 29. Septembre , l'Opera Comique
donna la premiere Repréſentation d'une
petite Piece d'un Acte en Vaudevilles , &
un Divertiffement , ayant pour titre le
Sylphe fuppofe. Cette Piece fut continuée
les deux jours fuivans , ce qui fit la clôture
du Théatre. 3
Les Comédiens Italiens ont annoncé
unc
2278 MERCURE DE FRANCE
une Piece nouvelle , fous le titre du
Triomphe de l'Interêt.
Au commencement de ce mois , les
Comédiens François remirent au Théatre
la Tragédie de la Mort de Pompée , dans
laquelle la De Le Grand remplit le Rôle
de Cornelie , & fut encore plus applaudie
que dans celui de Roxane qu'elle avoit
joué peu de jours auparavant. C'eſt une
grande perfonne bien faite qui a de la
voix & une belle repréſentation.
Le 8. ils donnerent la Tragédie de
Phedre , dont la Dme de la Traverſe , petite
fille du feu fieur Baron , joua le
principal Rôle ; elle y fut beaucoup applaudie.
C'eft une grande & belle per-
Tonne qui pare bien le Théatre , avec l'air
noble , une grande voix & une belle prononciation.
Quelques jours après , elle
joua le Rôle de Roxane , dans la Tragédie
de Bajazet , & elle y fut encore plus
applaudie. Elle a auffi joué le Rôle d'Ariane
, avec plus de fuccès .
Le 13. on donna fur le même Théatre
le Flateur , Comédie en Profe & en cinq
Actes , de M. Rouffeau, que le Public revoit
avec beaucoup de plaifir.Elle eſt très
bien repréſentée par les fieurs Quinaut ,
Duchemin , Dubreuil , Poiffon & Armand
, & par les Diles Labat & du Bocage.
OCTOBRE. 1730. 2279
ge. Cette Piéce parut dans la nouveauté
y a près de 30. ans ; on l'avoit repriſe
en 1717 & en 1721. au mois d'Avril.
il
On repete actuellement la Comédie
nouvelle du Prince de Noifi ; & les Rôles
de la Tragédie nouvelle de Brutus , par
M. de Voltaire , font diftribués.
Repréſentation de Pyrrhus , nouvel
Opera , qui fut fort bien reçû du Public.
On en parlera plus au long dans le
prochain Mercure .
Le 29. Septembre , l'Opera Comique
donna la premiere Repréſentation d'une
petite Piece d'un Acte en Vaudevilles , &
un Divertiffement , ayant pour titre le
Sylphe fuppofe. Cette Piece fut continuée
les deux jours fuivans , ce qui fit la clôture
du Théatre. 3
Les Comédiens Italiens ont annoncé
unc
2278 MERCURE DE FRANCE
une Piece nouvelle , fous le titre du
Triomphe de l'Interêt.
Au commencement de ce mois , les
Comédiens François remirent au Théatre
la Tragédie de la Mort de Pompée , dans
laquelle la De Le Grand remplit le Rôle
de Cornelie , & fut encore plus applaudie
que dans celui de Roxane qu'elle avoit
joué peu de jours auparavant. C'eſt une
grande perfonne bien faite qui a de la
voix & une belle repréſentation.
Le 8. ils donnerent la Tragédie de
Phedre , dont la Dme de la Traverſe , petite
fille du feu fieur Baron , joua le
principal Rôle ; elle y fut beaucoup applaudie.
C'eft une grande & belle per-
Tonne qui pare bien le Théatre , avec l'air
noble , une grande voix & une belle prononciation.
Quelques jours après , elle
joua le Rôle de Roxane , dans la Tragédie
de Bajazet , & elle y fut encore plus
applaudie. Elle a auffi joué le Rôle d'Ariane
, avec plus de fuccès .
Le 13. on donna fur le même Théatre
le Flateur , Comédie en Profe & en cinq
Actes , de M. Rouffeau, que le Public revoit
avec beaucoup de plaifir.Elle eſt très
bien repréſentée par les fieurs Quinaut ,
Duchemin , Dubreuil , Poiffon & Armand
, & par les Diles Labat & du Bocage.
OCTOBRE. 1730. 2279
ge. Cette Piéce parut dans la nouveauté
y a près de 30. ans ; on l'avoit repriſe
en 1717 & en 1721. au mois d'Avril.
il
On repete actuellement la Comédie
nouvelle du Prince de Noifi ; & les Rôles
de la Tragédie nouvelle de Brutus , par
M. de Voltaire , font diftribués.
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Résumé : « Le 26. de ce mois, on donna la premiere Représentation de Pyrrhus, nouvel [...] »
En octobre 1730, plusieurs événements marquants ont eu lieu dans le monde du théâtre. Le 26 octobre, l'opéra 'Pyrrhus' a été bien accueilli par le public. Le 29 septembre, l'Opéra Comique a présenté 'Le Sylphe supposé', une pièce en vaudevilles, jouée pendant trois jours consécutifs, marquant ainsi la clôture de la saison théâtrale. Les comédiens italiens ont annoncé une nouvelle pièce intitulée 'Le Triomphe de l'Intérêt'. Au début du mois, les comédiens français ont repris la tragédie 'La Mort de Pompée', avec Madame de Le Grand dans le rôle de Cornélie, acclamée pour sa performance. Le 8 octobre, 'Phèdre' a été jouée, avec Madame de la Traverse dans le rôle principal, qui a également été très applaudie. Elle a ensuite interprété Roxane dans 'Bajazet' et Ariane avec succès. Le 13 octobre, la comédie 'Le Flateur' de M. Rouffeau a été représentée avec enthousiasme par une distribution notable. Des répétitions étaient en cours pour la comédie nouvelle 'Le Prince de Noisi' et la distribution des rôles pour la tragédie nouvelle 'Brutus' de M. de Voltaire était en cours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 2492-2494
Le Triomphe de l'Interêt, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 8. de ce mois, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation d'une Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédie, Théâtre
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texteReconnaissance textuelle : Le Triomphe de l'Interêt, Extrait, [titre d'après la table]
Le 8. de ce mois , les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Repréfentation d'une Comédie
nouvelle en Vers libres , en un Acte , avec quelques
Vaudevilles & un Divertiffement de M. Mouret
, intitulée , Le Triomphe de l'interêt. Le
fonds de la Piéce confifte en ceci : l'Interêt ,
qu'on perfonifie , s'applaudit en préſence de Mereure
du crédit & du pouvoir qu'il a en France.
Mercure lui apprend que l'Honneur ,ſon ennemi
irréconciliable , fe prépare à l'attaquer , & qu'il
a réfolu de lui faire une vive guerre. L'Interêt
frappé de cette nouvelle , fort à l'inftant pour raf
fembler toutes fes troupes & fe mettre en état.
de repouffer les efforts de fon ennemi. Maïs
auparavant il prie Mercure de vouloir bien donner
audiance en fa place à tous ceux qui viendront
dans fon Palais pour le confulter ou lui
demander quelque grace. La premiere perfonne
qui paroît eft Fanchon , Grifette qui n'a rien ,
petite brune qui veut faire fortune ; elle demande
à Mercure un protecteur qui lui aide à
débuter fur la Scene Françoife. M. Jacquin , riche
Caiffier , ſe préfente ; & comme il aime beau--
coup , le chant , il détermine Fanchon pour le
Théatre de l'Opera , & lui donne auffi tôt des
diamans pour la parer. Cette Scene eft mêlée de
Vaudevilles & d'Airs férieux .
Un vieux Soldat vient enfuite , & demande un
emploi de finance que Mercure lui accorde. Arlequin
, au contraire , qui vient après , ne demande
rien , & déclare qu'il eft neutre entre l'Interêt
& l'Honneur , c'est - à- dire , qu'il n'eft partifan
ni de l'un ni de l'autre , & que fa fantaific
eft ſon ſeul guide ; c'eft là qu'il dit ce Vers heureux
:
L'interet eft Normand & l'Honneur eft Gafcon.
C'eft
NOVEMBRE. 1730. 2493
C'eft en vain que Mercure veut l'attirer au
parti de l'Interêt ; Arlequin le regarde comme
un fuborneur qui pourroit le corrompre , &
s'enfuit.
M. Jacquin & Fanchon reviennent , mais auf
brouillés qu'ils étoient bien enſemble peu de tems
auparavant. Le fujet de la brouillerie eft que
Fanchon ne veut point rendre les diamans que
M. Jacquin foutient lui avoir prêtés & non donnés.
Mercure juge en faveur de Fanchon . Après
ces Scenes diverſes , l'Interêt revient fur le Théatre
, & dit qu'il a inventé un ftratagême pour
confondre fon Ennemi , & lui enlever tous fes
partifans ; il fait la revue de fes Troupes ; l'Honneur
paroît , & en fait autant ; mais fur le point
de combatre on tire le rideau , & l'Interêt fait
paroître aux yeux des Soldats de l'Honneur des
Fleuves d'or & d'argent , des Cafcades de perles
& de diamans , & enfin leur étale toutes les richeffes.
A cet afpect tous les Soldats de l'Honneur
défertent , & paffent du côté de l'Interé : qui
celebre fon Triomphe par un magnifique Diver 、
tiffement.
Cette Piéce a été genéralement applaudie . Il y
a long- tems qu'on n'a vu un concours fi prodigieux
de fpectateurs , & un fuccès fi plein , fi parfait
& fi foutenu. On y trouve beancoup d'efprit
& de fel , une verfification aiſée & élegante ,
& même des ménagemens , car Fanchon ne prétend
avoir gagné les diamans que par les Récitatifs
& les Arietes , & M. Jacquin en convient
de bonne foi. On doit imprimer cette Piéce
lorfqu'elle paroîtra , nous en pourrons donner
un Extrait plus étendu. L'Auteur eft M. Du
Caftre d'Aurigny , âgé de 18. ans , qui à l'age
de 16. a donné au Public un Abregé de l'Hifsoire
de France , imprimé à Paris , chez Le Gras,
&
,
2494 MERCURE DE FRANCE
& qui eft eftimée. Il a donné cet Eté au Théatre
François la Comédie intitulée : La Tragédie en
Profe , ou la Tragédie extravagante , petite
Piéce bien écrite , comme nous l'avons dit alors,
mais qui n'a eu qu'un fuccès médiocre. Enfin il
fera paroître le mois prochain une Hiſtoire Galante
& Héroïque , intitulée Les Avantures d'Ariftée
de Telafie en 2. vol . chez là Veuve
Guillaume. La même Libraire vendra fa Comédie
en même -tems.
la premiere Repréfentation d'une Comédie
nouvelle en Vers libres , en un Acte , avec quelques
Vaudevilles & un Divertiffement de M. Mouret
, intitulée , Le Triomphe de l'interêt. Le
fonds de la Piéce confifte en ceci : l'Interêt ,
qu'on perfonifie , s'applaudit en préſence de Mereure
du crédit & du pouvoir qu'il a en France.
Mercure lui apprend que l'Honneur ,ſon ennemi
irréconciliable , fe prépare à l'attaquer , & qu'il
a réfolu de lui faire une vive guerre. L'Interêt
frappé de cette nouvelle , fort à l'inftant pour raf
fembler toutes fes troupes & fe mettre en état.
de repouffer les efforts de fon ennemi. Maïs
auparavant il prie Mercure de vouloir bien donner
audiance en fa place à tous ceux qui viendront
dans fon Palais pour le confulter ou lui
demander quelque grace. La premiere perfonne
qui paroît eft Fanchon , Grifette qui n'a rien ,
petite brune qui veut faire fortune ; elle demande
à Mercure un protecteur qui lui aide à
débuter fur la Scene Françoife. M. Jacquin , riche
Caiffier , ſe préfente ; & comme il aime beau--
coup , le chant , il détermine Fanchon pour le
Théatre de l'Opera , & lui donne auffi tôt des
diamans pour la parer. Cette Scene eft mêlée de
Vaudevilles & d'Airs férieux .
Un vieux Soldat vient enfuite , & demande un
emploi de finance que Mercure lui accorde. Arlequin
, au contraire , qui vient après , ne demande
rien , & déclare qu'il eft neutre entre l'Interêt
& l'Honneur , c'est - à- dire , qu'il n'eft partifan
ni de l'un ni de l'autre , & que fa fantaific
eft ſon ſeul guide ; c'eft là qu'il dit ce Vers heureux
:
L'interet eft Normand & l'Honneur eft Gafcon.
C'eft
NOVEMBRE. 1730. 2493
C'eft en vain que Mercure veut l'attirer au
parti de l'Interêt ; Arlequin le regarde comme
un fuborneur qui pourroit le corrompre , &
s'enfuit.
M. Jacquin & Fanchon reviennent , mais auf
brouillés qu'ils étoient bien enſemble peu de tems
auparavant. Le fujet de la brouillerie eft que
Fanchon ne veut point rendre les diamans que
M. Jacquin foutient lui avoir prêtés & non donnés.
Mercure juge en faveur de Fanchon . Après
ces Scenes diverſes , l'Interêt revient fur le Théatre
, & dit qu'il a inventé un ftratagême pour
confondre fon Ennemi , & lui enlever tous fes
partifans ; il fait la revue de fes Troupes ; l'Honneur
paroît , & en fait autant ; mais fur le point
de combatre on tire le rideau , & l'Interêt fait
paroître aux yeux des Soldats de l'Honneur des
Fleuves d'or & d'argent , des Cafcades de perles
& de diamans , & enfin leur étale toutes les richeffes.
A cet afpect tous les Soldats de l'Honneur
défertent , & paffent du côté de l'Interé : qui
celebre fon Triomphe par un magnifique Diver 、
tiffement.
Cette Piéce a été genéralement applaudie . Il y
a long- tems qu'on n'a vu un concours fi prodigieux
de fpectateurs , & un fuccès fi plein , fi parfait
& fi foutenu. On y trouve beancoup d'efprit
& de fel , une verfification aiſée & élegante ,
& même des ménagemens , car Fanchon ne prétend
avoir gagné les diamans que par les Récitatifs
& les Arietes , & M. Jacquin en convient
de bonne foi. On doit imprimer cette Piéce
lorfqu'elle paroîtra , nous en pourrons donner
un Extrait plus étendu. L'Auteur eft M. Du
Caftre d'Aurigny , âgé de 18. ans , qui à l'age
de 16. a donné au Public un Abregé de l'Hifsoire
de France , imprimé à Paris , chez Le Gras,
&
,
2494 MERCURE DE FRANCE
& qui eft eftimée. Il a donné cet Eté au Théatre
François la Comédie intitulée : La Tragédie en
Profe , ou la Tragédie extravagante , petite
Piéce bien écrite , comme nous l'avons dit alors,
mais qui n'a eu qu'un fuccès médiocre. Enfin il
fera paroître le mois prochain une Hiſtoire Galante
& Héroïque , intitulée Les Avantures d'Ariftée
de Telafie en 2. vol . chez là Veuve
Guillaume. La même Libraire vendra fa Comédie
en même -tems.
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Résumé : Le Triomphe de l'Interêt, Extrait, [titre d'après la table]
Le 8 novembre 1730, les Comédiens Italiens ont présenté 'Le Triomphe de l'intérêt', une comédie en vers libres écrite par M. Mouret. La pièce met en scène l'Interêt personnifié, qui se félicite de son influence en France. Mercure informe l'Interêt que l'Honneur, son ennemi, se prépare à l'attaquer. L'Interêt rassemble ses troupes et demande à Mercure d'accorder audience à ceux qui viennent le consulter. Plusieurs personnages apparaissent, dont Fanchon, une jeune femme désirant faire fortune au théâtre, aidée par M. Jacquin, un riche cafetier amoureux du chant. Un vieux soldat obtient un emploi de finance, tandis qu'Arlequin déclare sa neutralité entre l'Interêt et l'Honneur. Fanchon et M. Jacquin se disputent à propos de diamants prêtés, et Mercure tranche en faveur de Fanchon. L'Interêt révèle un stratagème pour séduire les partisans de l'Honneur en leur montrant des richesses, entraînant la défection des soldats de l'Honneur. La pièce a été acclamée par le public et a connu un succès durable. L'auteur, M. Du Castre d'Aurigny, est un jeune homme de 18 ans ayant déjà publié un abrégé de l'histoire de France et une comédie intitulée 'La Tragédie en Prose'. Il prépare également une 'Histoire Galante & Héroïque' intitulée 'Les Aventures d'Aristée de Télasie'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 2687-2689
« Au commencement de ce mois les Comédiens François ont remis au [...] »
Début :
Au commencement de ce mois les Comédiens François ont remis au [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Comédiens-Italiens, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Au commencement de ce mois les Comédiens François ont remis au [...] »
U commencement de ce mois les
Comédiens François ont remis au
Théatre une petie Piece d'un Acte , intitulée
Crifpin bel efprit , qu'on n'avoit
joüée depuis très - long - temps , & qu'on
revoit avec beaucoup de plaifir. Elle eft
imprimé fous le nom de la Thuillerie ,
ancien Comédien ; mais on affure que feu
I. Vol. l'Abbé
2688 MERCURE DE FRANCÈ
l'Abbé Abeille en eft Auteur , ainfi que
des Tragédies d'Hercule & de Soliman ,
qu'on voit aufli imprimées fous le même
nom .
Le Lundi 11. de ce mois , on donna
an Theatre François la premiere Repréfentation
de la Tragédie de Brutus , de
M. de Voltaire , qui fut extrémement applaudie
par une très belle & très- nombreufe
Affemblée . Nous en parlerons plus
au long dans le fecond Volume de ce
mois .
Les Comédiens François repréſenterent
à la Cour le Mardi 5. Décembre la Comédie
de l'Esprit folet.
Le 7. la Tragédie de Medée , de M. de
Longepierre , & la petite Comédie de
Crifpin Rival de fon Maître.
Le 12. D. Japhet d'Armenie.
Le 14. Bajazet & Crifpin bel Efprit.
Le 19. les Menechmes & la Comteffe
'd'Efcarbagnas:
Le 2. Décembre , les Comédiens Italien ,
repréſenterent à la Cour la Sylphide , la
petite Piece nouvelle du Triomphe de
'Interêt,& la Parodie du MaryJoueur & de
la Femme Bigotte , Scenes Italiennes , chantées
fur le Théatre de l'Opera au mois
de Juin 1729. Cette Parodie qui a fait
beaucoup de plaifir à la Cour , n'eft joüée
I. Vol
que
DECEMBRE 1730. 268**
que par la De Silvia & le fieurTheveneau
qui y ont été fort applaudis.
Le 9. ils reprefenterent les Amans réunis
& les Paifans de qualité.
Le 16. Timon le Misantrope & le Por
trait.
Le 21. l'Académie Royalé de Mufique
remit au Théatre l'Opera de Phaeton, qui
n'avoit pas été joué depuis le mois de
Novembre 1721. Cette Piece qui vient
d'être remife d'une maniere très- brillante
en habits & en décorations , a été reçuë
très favorablement du Public. On en parlera
plus au long , fur tout des Decorations
, qui font l'admiration de tous les
Spectateurs.
Comédiens François ont remis au
Théatre une petie Piece d'un Acte , intitulée
Crifpin bel efprit , qu'on n'avoit
joüée depuis très - long - temps , & qu'on
revoit avec beaucoup de plaifir. Elle eft
imprimé fous le nom de la Thuillerie ,
ancien Comédien ; mais on affure que feu
I. Vol. l'Abbé
2688 MERCURE DE FRANCÈ
l'Abbé Abeille en eft Auteur , ainfi que
des Tragédies d'Hercule & de Soliman ,
qu'on voit aufli imprimées fous le même
nom .
Le Lundi 11. de ce mois , on donna
an Theatre François la premiere Repréfentation
de la Tragédie de Brutus , de
M. de Voltaire , qui fut extrémement applaudie
par une très belle & très- nombreufe
Affemblée . Nous en parlerons plus
au long dans le fecond Volume de ce
mois .
Les Comédiens François repréſenterent
à la Cour le Mardi 5. Décembre la Comédie
de l'Esprit folet.
Le 7. la Tragédie de Medée , de M. de
Longepierre , & la petite Comédie de
Crifpin Rival de fon Maître.
Le 12. D. Japhet d'Armenie.
Le 14. Bajazet & Crifpin bel Efprit.
Le 19. les Menechmes & la Comteffe
'd'Efcarbagnas:
Le 2. Décembre , les Comédiens Italien ,
repréſenterent à la Cour la Sylphide , la
petite Piece nouvelle du Triomphe de
'Interêt,& la Parodie du MaryJoueur & de
la Femme Bigotte , Scenes Italiennes , chantées
fur le Théatre de l'Opera au mois
de Juin 1729. Cette Parodie qui a fait
beaucoup de plaifir à la Cour , n'eft joüée
I. Vol
que
DECEMBRE 1730. 268**
que par la De Silvia & le fieurTheveneau
qui y ont été fort applaudis.
Le 9. ils reprefenterent les Amans réunis
& les Paifans de qualité.
Le 16. Timon le Misantrope & le Por
trait.
Le 21. l'Académie Royalé de Mufique
remit au Théatre l'Opera de Phaeton, qui
n'avoit pas été joué depuis le mois de
Novembre 1721. Cette Piece qui vient
d'être remife d'une maniere très- brillante
en habits & en décorations , a été reçuë
très favorablement du Public. On en parlera
plus au long , fur tout des Decorations
, qui font l'admiration de tous les
Spectateurs.
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Résumé : « Au commencement de ce mois les Comédiens François ont remis au [...] »
En décembre 1730, les Comédiens Français ont repris la pièce 'Crifpin bel esprit', attribuée à l'Abbé Abeille, et ont présenté pour la première fois 'Brutus' de Voltaire, qui a reçu un accueil enthousiaste. Les Comédiens Français ont également joué plusieurs pièces à la Cour, dont 'l'Esprit follet', 'Médée', 'Crifpin Rival de son Maître', 'D. Japhet d'Arménie', 'Bajazet', 'les Ménéchmes' et 'la Comtesse d'Escarbagnas'. Les Comédiens Italiens ont représenté des œuvres comme 'la Sylphide', 'le Triomphe de l'Intérêt', et des parodies du 'Mari Joueur' et de 'la Femme Bigotte'. Ils ont également joué 'les Amans réunis', 'les Paysans de qualité', 'Timon le Misantrope' et 'le Portrait'. L'Académie Royale de Musique a repris l'opéra 'Phaéton', absent des scènes depuis novembre 1721, avec des décors et des costumes remarquables, suscitant l'admiration du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 147-149
« Le 6 Janvier, Fête des Rois, l'Académie Royale de Musique [...] »
Début :
Le 6 Janvier, Fête des Rois, l'Académie Royale de Musique [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Opéra, Comédiens-Italiens, Parodie, Comédie, Carnaval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 6 Janvier, Fête des Rois, l'Académie Royale de Musique [...] »
Le 6 Janvier , Fête des Rois , l'Aca
démie Royale de Musique , qui continue
toujours
148 MERCURE DE FRANCE
toujours les Représentations de Phaéton ,
avec un tres-grand concours , donna le
premier Bal de cette année sur le Théatre
de l'Opera , qu'elle continuera de
donner differens jours de la semaine ,
pendant le Carnaval .
›
Les Comédiens Italiens ont perdu l'un
de leurs meilleurs sujets , en la personne
de Pierre Alborghet , natif de Venise
connu sous le nom de Pantalon , qui
mourut le 4 de ce mois , âgé d'environ
55 ans , après une longue maladie . C'étoit
un homme d'une probité reconnue ,
et un excellent sujet dans sa profession;
il jouoit ordinairement dans les Pieces
Italiennes , en habit de Noble Venitien ,
et sous le Masque , d'une maniere inimitable.
Les amateurs de la Comedie
Italienne le regrettent fort. Son jeu étoit
naturel , plein d'action , animé et dans
le vrai goût de son païs. Il a été inhumé
à S. Eustache sa Paroisse , aprés avoir
reçu tous ses Sacremens .
,
Le 12. les mêmes Comédiens remirent
au Theatre la Parodie du Mari joueur, et
de la Femme bigotte , Scenes Italiennes
jouées sur le Theatre de l'Opera. La Damoiselle
Thomassin doubla pour la premiere
fois le Rôle de Serpilla , qu'elle
joua avec beaucoup de vivacité , et fut
fort aplaudie.
La
JANVIER. 1731 . 149
Le 24. les mêmes Comediens donnerent
la premiere Représentation d'une
petite Comédie en vers Alexandrins , et
en un acte , intitulée Bolus , qui a été
reçuë fort favorablement du public , C'est
une Parodie de la Tragedie nouvelle de
Brutus , qui a été Jouée au Theatre François.
On en parlera plus au long.
Le 28 Decembre , Fête des SS . Innocens
on ouvrit , selon la coutume
les Theatres de Rome , et on représenta
sur celui de Capranica , l'Opera de l'Adone
, Roy de Chipre ; et sur celui de
Don Dominique Walle , des Comédies
à l'improviste.
démie Royale de Musique , qui continue
toujours
148 MERCURE DE FRANCE
toujours les Représentations de Phaéton ,
avec un tres-grand concours , donna le
premier Bal de cette année sur le Théatre
de l'Opera , qu'elle continuera de
donner differens jours de la semaine ,
pendant le Carnaval .
›
Les Comédiens Italiens ont perdu l'un
de leurs meilleurs sujets , en la personne
de Pierre Alborghet , natif de Venise
connu sous le nom de Pantalon , qui
mourut le 4 de ce mois , âgé d'environ
55 ans , après une longue maladie . C'étoit
un homme d'une probité reconnue ,
et un excellent sujet dans sa profession;
il jouoit ordinairement dans les Pieces
Italiennes , en habit de Noble Venitien ,
et sous le Masque , d'une maniere inimitable.
Les amateurs de la Comedie
Italienne le regrettent fort. Son jeu étoit
naturel , plein d'action , animé et dans
le vrai goût de son païs. Il a été inhumé
à S. Eustache sa Paroisse , aprés avoir
reçu tous ses Sacremens .
,
Le 12. les mêmes Comédiens remirent
au Theatre la Parodie du Mari joueur, et
de la Femme bigotte , Scenes Italiennes
jouées sur le Theatre de l'Opera. La Damoiselle
Thomassin doubla pour la premiere
fois le Rôle de Serpilla , qu'elle
joua avec beaucoup de vivacité , et fut
fort aplaudie.
La
JANVIER. 1731 . 149
Le 24. les mêmes Comediens donnerent
la premiere Représentation d'une
petite Comédie en vers Alexandrins , et
en un acte , intitulée Bolus , qui a été
reçuë fort favorablement du public , C'est
une Parodie de la Tragedie nouvelle de
Brutus , qui a été Jouée au Theatre François.
On en parlera plus au long.
Le 28 Decembre , Fête des SS . Innocens
on ouvrit , selon la coutume
les Theatres de Rome , et on représenta
sur celui de Capranica , l'Opera de l'Adone
, Roy de Chipre ; et sur celui de
Don Dominique Walle , des Comédies
à l'improviste.
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Résumé : « Le 6 Janvier, Fête des Rois, l'Académie Royale de Musique [...] »
Le 6 janvier, l'Académie Royale de Musique a organisé le premier bal de l'année au Théâtre de l'Opéra, marquant la Fête des Rois avec des représentations de 'Phaéton'. Ces bals se poursuivront divers jours de la semaine pendant le Carnaval. Le 4 janvier, les Comédiens Italiens ont perdu Pierre Alborghet, connu sous le nom de Pantalon, décédé à environ 55 ans après une longue maladie. Natif de Venise, il était reconnu pour sa probité et son excellence dans sa profession. Il jouait souvent dans des pièces italiennes en habit de noble vénitien et sous le masque. Il a été inhumé à l'église Saint-Eustache. Le 12 janvier, les Comédiens Italiens ont repris la parodie du 'Mari joueur' et de 'la Femme bigotte', avec la demoiselle Thomassin interprétant Serpilla pour la première fois. Le 24 janvier, ils ont présenté 'Bolus', une petite comédie en vers alexandrins parodiant la tragédie 'Brutus'. Le 28 décembre, les théâtres de Rome ont ouvert avec la représentation de l'opéra 'l'Adone, Roy de Chipre' et des comédies improvisées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 340-342
« On continuë toujours la Tragédie d'Amasis, dont on a [...] »
Début :
On continuë toujours la Tragédie d'Amasis, dont on a [...]
Mots clefs :
Amasis, Tragédie, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On continuë toujours la Tragédie d'Amasis, dont on a [...] »
On continue toujours la Tragédie d'Amasis
, dont on a déja donné 16. Représentations
, et le Public ne se lasse pas de
la voir et de l'applaudir . Cette Piéce est
de M. de la Grange ; nous en avons déja
parlé , mais nous nous sommes trompés
en disant que c'étoit sa seconde Tragédie,
c'est la cinquième des huit que nous connoissons
de ce Poëte , qui sont :
Adherbal ,
Oreste et Pilade ,
Meleagre ,
Athenaïs
Amasis ,
Alceste ,
Ino et Melicerte ,
Sophonisbe, qui n'a point été imprimée.
On
FEVRIER . 1731. 341
que
On peut en ajoûter une neuvième du
même Auteur , sous le titre d'Erigone
les Comédiens ont lûë & reçûë depuis
quelques jours et qu'on met au- dessus
d'Amasis pour la diction & pour l'interêt.
Nous en rendrons compte quand on
la jouëra .>
La Piéce nouvelle d'Alcibiade , en vers
et en trois Actes , fut représentée le Samedi
23 de ce mois , et tres- applaudie du
public.Elle est fort bien écrite et fort bien
representée. Nous en parlerons plus aų
long.
L'Académie Royale de Musique continue
toujours,avec un tres- grand concours,
l'Opéra de Phaeton . On a changé la disposition
de quelques Rôles, et on les trouve
plus avantageusement remplis ; celui
de Climene est joué par la Dlle Herremans,
et celui de Théone , par la De Pélissier
dont on connoît les grands talens pour
le goût du chant et l'action théatrale.
L'interêt qu'elle a sçu mettre dans ce Rôle
, augmente beaucoup le nombre de ses
partisans. La Dlle le Maure , dont la voix
est si admirable , joue toujours le Rôle
de Lybie et la De Petitpas , celui
d'Astrée.
On donna les deux derniers jours de
Carnaval, le Balet du Carnaval et de laFolie,
avec
242 MERCURE DE FRANCE
avec les Divertissemens du Cariselli et de
Pourseaugnac , de M. Lully. Pieces tresconvenables
au tems qu'on les a données,
et dans lesquelles le sieur Tribou met au
tant de vivacité que de gayeté.
Le 7 Janvier , on representa à Naples ;
le nouvel Opéra, d'Arthemise , qui eut
beaucoup de succès .
On a representé à Venise , sur le Theatre
de Saint Ange , le nouvel Opera du
Triomphe de la Constance ; et sur celui de
S. Jean Chrisostome, celui de Sireé, Roy
de Perse.
Le 14 , les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Représentation d'une
Piece nouvelle, en Prose et en trois Actes,
qui a pour titre : Lafausse Inconstance , qui n'a pas été goutée
du public
.
Le 15. les mêmes Comédiens représenterent
à la Cour le Jeu de l'Amour et du
Hazard , et Arlequin Hulla.
, dont on a déja donné 16. Représentations
, et le Public ne se lasse pas de
la voir et de l'applaudir . Cette Piéce est
de M. de la Grange ; nous en avons déja
parlé , mais nous nous sommes trompés
en disant que c'étoit sa seconde Tragédie,
c'est la cinquième des huit que nous connoissons
de ce Poëte , qui sont :
Adherbal ,
Oreste et Pilade ,
Meleagre ,
Athenaïs
Amasis ,
Alceste ,
Ino et Melicerte ,
Sophonisbe, qui n'a point été imprimée.
On
FEVRIER . 1731. 341
que
On peut en ajoûter une neuvième du
même Auteur , sous le titre d'Erigone
les Comédiens ont lûë & reçûë depuis
quelques jours et qu'on met au- dessus
d'Amasis pour la diction & pour l'interêt.
Nous en rendrons compte quand on
la jouëra .>
La Piéce nouvelle d'Alcibiade , en vers
et en trois Actes , fut représentée le Samedi
23 de ce mois , et tres- applaudie du
public.Elle est fort bien écrite et fort bien
representée. Nous en parlerons plus aų
long.
L'Académie Royale de Musique continue
toujours,avec un tres- grand concours,
l'Opéra de Phaeton . On a changé la disposition
de quelques Rôles, et on les trouve
plus avantageusement remplis ; celui
de Climene est joué par la Dlle Herremans,
et celui de Théone , par la De Pélissier
dont on connoît les grands talens pour
le goût du chant et l'action théatrale.
L'interêt qu'elle a sçu mettre dans ce Rôle
, augmente beaucoup le nombre de ses
partisans. La Dlle le Maure , dont la voix
est si admirable , joue toujours le Rôle
de Lybie et la De Petitpas , celui
d'Astrée.
On donna les deux derniers jours de
Carnaval, le Balet du Carnaval et de laFolie,
avec
242 MERCURE DE FRANCE
avec les Divertissemens du Cariselli et de
Pourseaugnac , de M. Lully. Pieces tresconvenables
au tems qu'on les a données,
et dans lesquelles le sieur Tribou met au
tant de vivacité que de gayeté.
Le 7 Janvier , on representa à Naples ;
le nouvel Opéra, d'Arthemise , qui eut
beaucoup de succès .
On a representé à Venise , sur le Theatre
de Saint Ange , le nouvel Opera du
Triomphe de la Constance ; et sur celui de
S. Jean Chrisostome, celui de Sireé, Roy
de Perse.
Le 14 , les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Représentation d'une
Piece nouvelle, en Prose et en trois Actes,
qui a pour titre : Lafausse Inconstance , qui n'a pas été goutée
du public
.
Le 15. les mêmes Comédiens représenterent
à la Cour le Jeu de l'Amour et du
Hazard , et Arlequin Hulla.
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Résumé : « On continuë toujours la Tragédie d'Amasis, dont on a [...] »
En février 1731, la tragédie 'Amasis' de M. de la Grange connaît un succès notable avec 16 représentations. Cette pièce est la cinquième des huit tragédies connues de l'auteur, qui incluent également 'Adherbal', 'Oreste et Pilade', 'Meleagre', 'Athenaïs', 'Alceste', 'Ino et Melicerte', et 'Sophonisbe', cette dernière n'ayant pas été imprimée. Une neuvième tragédie, 'Erigone', a été lue et reçue par les comédiens et est considérée supérieure à 'Amasis' pour la diction et l'intérêt. La pièce nouvelle 'Alcibiade', en vers et en trois actes, a été représentée le 23 février et a été très applaudie. L'Académie Royale de Musique poursuit la représentation de l'opéra 'Phaeton' avec un grand succès, avec des rôles redistribués à des artistes reconnues. Les deux derniers jours de Carnaval ont vu la représentation du ballet 'Le Carnaval et la Folie', ainsi que des divertissements de 'Cariselli et Pourseaugnac'. À Naples, l'opéra 'Arthemise' a été représenté avec succès. À Venise, deux nouveaux opéras ont été présentés : 'Le Triomphe de la Constance' et 'Sireé, Roy de Perse'. Les Comédiens Italiens ont donné la première représentation de 'La fausse Inconstance' le 14 février, sans succès, et ont joué 'Le Jeu de l'Amour et du Hazard' et 'Arlequin Hulla' à la Cour le 15 février.
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15
p. 768-771
« Le Mardi 3. de ce mois, les Comédiens François ouvrirent [...] »
Début :
Le Mardi 3. de ce mois, les Comédiens François ouvrirent [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédie en vers, Rime, Tragédie, Comédiens-Italiens, Londres, Académie royale de musique
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texteReconnaissance textuelle : « Le Mardi 3. de ce mois, les Comédiens François ouvrirent [...] »
SPECTACLE S.
E Mardi 3. de ce mois , les Comédiens
François ouvrirent leur Theatre
par la Tragedie de Polyeucte , qui fut
suivie de la Comedie d'Alcibiade. Le
Sieur de Montemenil fit un compliment
au Public qui fut fort bien reçu .
Quelques jours après ils remirent au
theatre la Comédie en vers , et en trois
Actes , de l'Ecole des Amans de M. Joli ,
qu'on revoit avec un extrême plaisir ; car
outre que c'est un très bon ouvrage ,
dont les honnêtes, gens et les gens d'esprit
et de goût font beaucoup de cas ,
on peut dire que cette piece est jouée dans
la plus grande perfection . Le Sieur Quinaut
y joue le principal rôle , et le Sieur
de Grandval celui de son rival . Les
Diles Labat et Quinaut y remplis
sent ceux de la Maîtresse et de la Gouvernante
, et les Sieurs Poisson et Montmenil
, joüent les deux valets.
Il vient de paroître une nouvelle edition
de cette Piece , chez Chaubert , Quai
des Augustins , qui doit faire honneur
au Libraire non seulement la correction
, mais par la beauté du papier
, par
ct
AVRIL. 1731. 769
+
et par la netteté des caracteres .
On apprend dans l'avertissement que
M. Joly , auteur de cette excellente Piece
, a non seulement refondu plusieurs
vers , mais encore rétabli des rimes qui
n'étoient pas exactes. Je sçai , dit- il , que
de celebres Poëtes modernes se croyent en
droit de regarder la rime comme un vain
ornement dont notre Poësie peut se pas
ser , ou plutôt comme une servitude incommode
, dont il sied bien à des esprits
superieurs de secouer le joug : présomption
qui seule les affranchit d'une
regle que nos plus grands Maîtres ont respectée.
Pour moi j'ai suivi autant qu'il
m'a été possible , l'exemple de ceux- ci ,
étant bien persuadé qu'un Auteur dont
les Ouvrages ne sont pas sans défauts ,
doit du moins faire ensorte qu'on ne puisse
pas lui reprocher la négligence ou la
singularité.
C
>
Le 14. Les mêmes Comédiens remirent
au Theatre la Tragedie de Saul ,
de M. l'Abbé Nadal , qui eut un fort
grand succez dans sa nouveauté il y a
25. ans , elle n'en a pas moins aujourd'hui.
Le Sieur Dufresne y joüe le principal
rôle. La Dlle Balicour y remplit
celui de la Pythonisse.
Le 3: Avril les Comédiens Italiens
G firent
770 MERCURE DE FRANCE
firent l'ouverture de leur Theatre par
la Comédie de Timon le Misantrope , avec
tous ses agrémens , elle fut suivie de la
petite Piece de l'Isle des Efclaves. Le
Sieur Sticotti fit le compliment qu'on
fait ordinairement toutes les années à la
rentrée du Theatre.
Le 7. ils représenterent à la Cour la
-Double Inconftance , et Arlequin poli par
l'Amour , et le 21. Arlequin Sauvage et
l'Isle des Efclaves.
Le : 11. ils remirent au Théatre le
Trefor fuppofe , Comédie en trois actes ,
avec dés divertissemens , joüée dans sa
nouveauté en Fevrier 1720 .
>
On a représenté à Londres sur les Thea
tres de Drury- Lane et de Lincolns-
Infields , deux Comedies nouvelles , intitulées
le Reffentiment des femmes , et La
Femme Campagnarde .
Le 3. Avril l'Académie Royale de Musique
donna pour l'ouverture du Thea
tre une représentation de Phaeton avec
un très grand concours ; il paroît que
le public ne se lasse point de revoir
ce magnifique Opera.
Le 12. on donna une représentation
de Thesée pour les Acteurs , comme cela
se pratique toutes les années ; la Die.Camargo
AVR FL. 1731 .
77¹
margo , les Sieurs Blondi et Dumoulins
danserent le pas de Trois à la fin de la Piece
, qui fait toûjours beaucoup de plaisir.
E Mardi 3. de ce mois , les Comédiens
François ouvrirent leur Theatre
par la Tragedie de Polyeucte , qui fut
suivie de la Comedie d'Alcibiade. Le
Sieur de Montemenil fit un compliment
au Public qui fut fort bien reçu .
Quelques jours après ils remirent au
theatre la Comédie en vers , et en trois
Actes , de l'Ecole des Amans de M. Joli ,
qu'on revoit avec un extrême plaisir ; car
outre que c'est un très bon ouvrage ,
dont les honnêtes, gens et les gens d'esprit
et de goût font beaucoup de cas ,
on peut dire que cette piece est jouée dans
la plus grande perfection . Le Sieur Quinaut
y joue le principal rôle , et le Sieur
de Grandval celui de son rival . Les
Diles Labat et Quinaut y remplis
sent ceux de la Maîtresse et de la Gouvernante
, et les Sieurs Poisson et Montmenil
, joüent les deux valets.
Il vient de paroître une nouvelle edition
de cette Piece , chez Chaubert , Quai
des Augustins , qui doit faire honneur
au Libraire non seulement la correction
, mais par la beauté du papier
, par
ct
AVRIL. 1731. 769
+
et par la netteté des caracteres .
On apprend dans l'avertissement que
M. Joly , auteur de cette excellente Piece
, a non seulement refondu plusieurs
vers , mais encore rétabli des rimes qui
n'étoient pas exactes. Je sçai , dit- il , que
de celebres Poëtes modernes se croyent en
droit de regarder la rime comme un vain
ornement dont notre Poësie peut se pas
ser , ou plutôt comme une servitude incommode
, dont il sied bien à des esprits
superieurs de secouer le joug : présomption
qui seule les affranchit d'une
regle que nos plus grands Maîtres ont respectée.
Pour moi j'ai suivi autant qu'il
m'a été possible , l'exemple de ceux- ci ,
étant bien persuadé qu'un Auteur dont
les Ouvrages ne sont pas sans défauts ,
doit du moins faire ensorte qu'on ne puisse
pas lui reprocher la négligence ou la
singularité.
C
>
Le 14. Les mêmes Comédiens remirent
au Theatre la Tragedie de Saul ,
de M. l'Abbé Nadal , qui eut un fort
grand succez dans sa nouveauté il y a
25. ans , elle n'en a pas moins aujourd'hui.
Le Sieur Dufresne y joüe le principal
rôle. La Dlle Balicour y remplit
celui de la Pythonisse.
Le 3: Avril les Comédiens Italiens
G firent
770 MERCURE DE FRANCE
firent l'ouverture de leur Theatre par
la Comédie de Timon le Misantrope , avec
tous ses agrémens , elle fut suivie de la
petite Piece de l'Isle des Efclaves. Le
Sieur Sticotti fit le compliment qu'on
fait ordinairement toutes les années à la
rentrée du Theatre.
Le 7. ils représenterent à la Cour la
-Double Inconftance , et Arlequin poli par
l'Amour , et le 21. Arlequin Sauvage et
l'Isle des Efclaves.
Le : 11. ils remirent au Théatre le
Trefor fuppofe , Comédie en trois actes ,
avec dés divertissemens , joüée dans sa
nouveauté en Fevrier 1720 .
>
On a représenté à Londres sur les Thea
tres de Drury- Lane et de Lincolns-
Infields , deux Comedies nouvelles , intitulées
le Reffentiment des femmes , et La
Femme Campagnarde .
Le 3. Avril l'Académie Royale de Musique
donna pour l'ouverture du Thea
tre une représentation de Phaeton avec
un très grand concours ; il paroît que
le public ne se lasse point de revoir
ce magnifique Opera.
Le 12. on donna une représentation
de Thesée pour les Acteurs , comme cela
se pratique toutes les années ; la Die.Camargo
AVR FL. 1731 .
77¹
margo , les Sieurs Blondi et Dumoulins
danserent le pas de Trois à la fin de la Piece
, qui fait toûjours beaucoup de plaisir.
Fermer
Résumé : « Le Mardi 3. de ce mois, les Comédiens François ouvrirent [...] »
Le 3 avril 1731, les Comédiens Français inaugurèrent leur théâtre avec la tragédie 'Polyeucte' et la comédie 'Alcibiade'. Le Sieur de Montemenil reçut un accueil favorable pour son compliment. Quelques jours plus tard, ils reprirent 'L'École des Amants' de M. Joly, avec les rôles principaux interprétés par le Sieur Quinaut et le Sieur de Grandval. Une nouvelle édition de cette pièce, corrigée et améliorée, fut publiée chez Chaubert. Le 14 avril, ils jouèrent la tragédie 'Saul' de l'Abbé Nadal, avec le Sieur Dufresne et la Dame Balicour dans les rôles principaux. Le même jour, les Comédiens Italiens ouvrirent leur théâtre avec 'Timon le Misantrope' et 'L'Île des Esclaves'. Les 7 et 21 avril, ils représentèrent respectivement 'La Double Inconstance' et 'Arlequin Sauvage'. Le 11 avril, ils reprirent 'Le Trésor supposé'. À Londres, deux nouvelles comédies, 'Le Ressentiment des femmes' et 'La Femme Campagnarde', furent jouées sur les théâtres de Drury Lane et de Lincoln's Inn Fields. L'Académie Royale de Musique donna une représentation de 'Phaéton' le 3 avril et joua 'Thésée' le 12 avril, avec des danses des Sieurs Blondi et Dumoulins et de la Dame Camargo.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 1816-1822
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 3 Juillet, les Comédiens François représenterent à la Cour la Tragédie [...]
Mots clefs :
Cour, Comédiens-Français, Tragédie, Comédiens-Italiens, Concert, Ballet
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 3 Juillet , les Comédiens François
Lrepresenterent à la Cour la Tragédie
de Phédre et Hipolite , qui fut suivie de la
petite Comédie de l'Eté des Coquetes.
Les , la Mere Coquette.
Le 10, Radamiste et Zénobie : Tragédie
de
JUILLET. 1731. 1817
de M. Crébillon , qui fut suivie de l'Eté
des Coquetes , que la Cour fut bien - aise de
voir.
Le 12 , la Comédie du Joueur.
Le 17 , Astrate , Tragédie de M. Quinaut
, et le François à Londres.
Le 19 , le Muet.
Le 24 , le Cid et l'Amour Medecin.
La Dile Gossin joüa pour la premiere
fois à la Cour le rôle de Chimene.Elle fut
fort applaudie
.
Le 28. l'Italie Galante. Ce sont trois
petites Piéces de M.de la Motte , qui ont
été fort goûtées , et tres- bien joüées , par
les Comédiens François de la Cour et de
Paris.
Le Mardi 31. le Faux Sincere,Comédie
nouvelle , ens actes , par feu M. Dufreni,
qui a été fort goûtée , et les trois Cousines
par les Comédiens qui étoient restez à
Paris , et qui joueront pendant le reste du
voyage de Fontainebleau , à la place de
ceux qui avoient suivi la Cour.
Le 7 Juillet , les Comédiens Italiens représenterent
le Jeu de l'Amour et du Hazard
, qui fut suivi de la petite Comédie
du Retour de Tendresse.
Le 14 , Arlequin Muet par crainte ; Pié-
I ce
1818 MERCURE DE FRANCE :
ce Italienne , qui fit beaucoup de plaisir ,
et pour petite Piéce , le Portrait.
Le 21 , Arlequin Sauvage et Arlequin
Hulla.
Le 26 , l'Embarras des Richesses et Arlequin
Phaeton , Parodie. Il y a eu une nouvelleDécoration
,et un nouveauSoleil faits
à Fontainebleau , par le sieur Lemaire ,
Auteur de la premiere Décoration qu'on
a vû à l'Hôtel de Bourgogne. On en poutra
parler plus au long.
Le 4 Juillet , il y eut Concert chez la
Reine. M. de Blamont , Sur -Intendant
de la Musique du Roy , de Sémestre , fit
chanter le second et le troisiéme Acte de
l'Opera de Roland , qui fut continué le
9,par le 4 et le dernier Acte.
Le 11 , on chanta le Prologue et le premier
Acte du Balet des Fêtes Venitiennes,
de M. Campra.
Le 15 , il y eut Promenade et une gran
de Simphonie sur le Canal. La Reine
étoit en Gondole , avec les Princesses et
les Dames du Palais , & c.
,
Le 18 , on exécuta les deux derniers
Actes du même Balet des Fêtes Vénitiennes ,
qui sont l'Amour Saltinbanque et le Bal.
Le 23 , il y eut Promenade , Symphonie
et Collation sur l'Etang du Jardin neuf ,
et
JUILLET. 1731. 1819
et le 30 , on chanta le Prologue et le
mier Acte de Bellerophon.
pre-
Le Roy a donné le Gouvernement du
Prat-de-Mouliou en Roussillon , à M.de
Beaupuy,Commandant duRegiment d'Infanterie
de Toulouse. M. le Marquis de la
Vieuville qui l'avoit , s'est retiré avec une
pension de 2000 liv.
On a appris des côtes de Barbarie que
M. Duguai-Trouin , Lieutenant General
des Armées Navales du Roy , étoit sur son
départ , dans la Rade d'Alger , avec les
quatre Vaisseaux de Guerre qu'il commande
, et que la Régence lui avoit fait
rendre 29 Esclaves, tant François que Gênois,
qu'il avoit redemandez, et qui avoient
été priscontre la teneur des Traitez .
Le 18 de ce mois , l'Académie François
se fit faire dans 1 Eglise des Cordeliers du
Grand Couvent, un Service pour le repos
de l'ame de feu M. de la Faye .
Le
24 la
Lotterie
de la
Compagnie
des
Indes
, établie
pour
le remboursement
des
Actions
, fut
tirée
en
la maniere
accoûtumée
, à l'Hôtel
de
la
Compagnie
. La
Liste
des
Numero
gagnans
des
Actions
et Dixiémes
I ij
1820 MERCURE DE FRANCE
xièmes d'Actions , qui doivent être remboursées
, a été renduë publique , faisant
en tout le nombre de 309 Actions.
Le Roy a accordé à la Ville de Valencienne
un Marché franc , qui se tiendra le
16 de chaque mois . Toutes sortes de personnes
, tant Etrangers qu'autres , pourront
y aller librement , pour vendre, acheter
et troquer des Chevaux, Boeufs, Moutons
et autres Bestiaux , et retourner sans
payer aucun droit , et sans que leurs personnes
ou marchandises puissent être arrêtées
ou saisies , Ce Marché franc commencera
le 16 du mois d'Août , auquel
jour on distribuera trois Prix : Un pour
le
plus beau Cheval de Selle ; le second , pour
Ja plus belle couple de Chevaux de Carosse
; et le troisiéme , pour le plus beau
Cheval de trait,
Après la mort du Marquis de Goussainville
, Conseiller au Parlement , reçû
en survivance dans la Charge de son pere ,
premier Président de la Chambre des
Comptes , le Roy a accordé le Regiment
de Dragons du Marquis de Nicolai , à
present son fils aîné , à son frere , Chevalier
de Malthe , qui étoit Capitaine dans
le même Regiment,lequel a un autre frere
aussi
JUILLET. 1731. 1821
aussi Chevalier de Malthe . C'est à ce sujet
que les Vers suivans ont été envoïez au
Marquis de Nicolai , qui a repris le parti
de la Robe , ayant été reçû Avocat avant
d'être Colonel.
Thémis reprend ses droits
avec elle ,
Mars d'accord
Consent qu'en imitant vos illustres Ayeux ,
Vous remplissiez un jour le destin glorieux ;
Où la Déesse vous appelle.
Il est jaloux de la faveur nouvelle ,
Qui lui ravit en vous un sujet belliqueux
Mais il ne perdra rien de sa Cour militaire.
Pour deux freres , jeunes guerriers ,
Dont la vertu paroît hereditaire ,
Il réservera les Lauriers ,
Qu'ils cueilleront dans leur noble carriere ,
Ainsi par votre nom , il est dédommagé ,
Et l'on dira de vous , Cedant Arma Toga.
M. D. M.
Le ri de ce mois Aly Mehemet , Mahométan
, natif d'Alger , âgé de 31 ans ,
a été baptisé à Moulins , ville capitale du
Bourbonnois , dans l'Eglise Parroissiale de
S. Jean ; il a été instruit pendant près
d'un an des veritez de la Religion chré-
I iij
tienne ,
1822 MERCURE DE FRANCE
tienne , par M. le Maître , Curé de la même
Paroisse , et Official de M. l'Evêque
d'Autun.
Ce Baptême se fit sur les 4 heures après
midi , les Administrateurs de l'Hôpital .
General , où ce Cathécumene avoit trouvé
un azile secourable , le conduisirent à l'Eglise.
Le Parrain fut M.de Vanolles, Maître
des Requêtes , Intendant de la Province
; et la Marraine , Madame d'Alençon
, épouse de M. d'Alençon , cy- devant
Colonel d'Infanterie , au service du Roy
Stanislas. Les cérémonies furent faites
avec beaucoup d'ordre et de dignité ; la
Maréchaussée étoit rangée aux Portes et
avenues de l'Eglise ; les Tambours de la
Ville et des Instrumens de toute espece
augmenterent encore la pompe de cette
Fête ; Madame l'Intendante , les principaux
Magistrats , plusieurs personnes de
l'un et l'autre sexe , tant du Corps de la
Noblesse , que des autres Etats les plus
distinguez de la Ville , y assisterent. Il y cut
le soir à l'Intendance un grand souper, on
y servit deux Tables avec autant de délicatesse
que de propreté.
E 3 Juillet , les Comédiens François
Lrepresenterent à la Cour la Tragédie
de Phédre et Hipolite , qui fut suivie de la
petite Comédie de l'Eté des Coquetes.
Les , la Mere Coquette.
Le 10, Radamiste et Zénobie : Tragédie
de
JUILLET. 1731. 1817
de M. Crébillon , qui fut suivie de l'Eté
des Coquetes , que la Cour fut bien - aise de
voir.
Le 12 , la Comédie du Joueur.
Le 17 , Astrate , Tragédie de M. Quinaut
, et le François à Londres.
Le 19 , le Muet.
Le 24 , le Cid et l'Amour Medecin.
La Dile Gossin joüa pour la premiere
fois à la Cour le rôle de Chimene.Elle fut
fort applaudie
.
Le 28. l'Italie Galante. Ce sont trois
petites Piéces de M.de la Motte , qui ont
été fort goûtées , et tres- bien joüées , par
les Comédiens François de la Cour et de
Paris.
Le Mardi 31. le Faux Sincere,Comédie
nouvelle , ens actes , par feu M. Dufreni,
qui a été fort goûtée , et les trois Cousines
par les Comédiens qui étoient restez à
Paris , et qui joueront pendant le reste du
voyage de Fontainebleau , à la place de
ceux qui avoient suivi la Cour.
Le 7 Juillet , les Comédiens Italiens représenterent
le Jeu de l'Amour et du Hazard
, qui fut suivi de la petite Comédie
du Retour de Tendresse.
Le 14 , Arlequin Muet par crainte ; Pié-
I ce
1818 MERCURE DE FRANCE :
ce Italienne , qui fit beaucoup de plaisir ,
et pour petite Piéce , le Portrait.
Le 21 , Arlequin Sauvage et Arlequin
Hulla.
Le 26 , l'Embarras des Richesses et Arlequin
Phaeton , Parodie. Il y a eu une nouvelleDécoration
,et un nouveauSoleil faits
à Fontainebleau , par le sieur Lemaire ,
Auteur de la premiere Décoration qu'on
a vû à l'Hôtel de Bourgogne. On en poutra
parler plus au long.
Le 4 Juillet , il y eut Concert chez la
Reine. M. de Blamont , Sur -Intendant
de la Musique du Roy , de Sémestre , fit
chanter le second et le troisiéme Acte de
l'Opera de Roland , qui fut continué le
9,par le 4 et le dernier Acte.
Le 11 , on chanta le Prologue et le premier
Acte du Balet des Fêtes Venitiennes,
de M. Campra.
Le 15 , il y eut Promenade et une gran
de Simphonie sur le Canal. La Reine
étoit en Gondole , avec les Princesses et
les Dames du Palais , & c.
,
Le 18 , on exécuta les deux derniers
Actes du même Balet des Fêtes Vénitiennes ,
qui sont l'Amour Saltinbanque et le Bal.
Le 23 , il y eut Promenade , Symphonie
et Collation sur l'Etang du Jardin neuf ,
et
JUILLET. 1731. 1819
et le 30 , on chanta le Prologue et le
mier Acte de Bellerophon.
pre-
Le Roy a donné le Gouvernement du
Prat-de-Mouliou en Roussillon , à M.de
Beaupuy,Commandant duRegiment d'Infanterie
de Toulouse. M. le Marquis de la
Vieuville qui l'avoit , s'est retiré avec une
pension de 2000 liv.
On a appris des côtes de Barbarie que
M. Duguai-Trouin , Lieutenant General
des Armées Navales du Roy , étoit sur son
départ , dans la Rade d'Alger , avec les
quatre Vaisseaux de Guerre qu'il commande
, et que la Régence lui avoit fait
rendre 29 Esclaves, tant François que Gênois,
qu'il avoit redemandez, et qui avoient
été priscontre la teneur des Traitez .
Le 18 de ce mois , l'Académie François
se fit faire dans 1 Eglise des Cordeliers du
Grand Couvent, un Service pour le repos
de l'ame de feu M. de la Faye .
Le
24 la
Lotterie
de la
Compagnie
des
Indes
, établie
pour
le remboursement
des
Actions
, fut
tirée
en
la maniere
accoûtumée
, à l'Hôtel
de
la
Compagnie
. La
Liste
des
Numero
gagnans
des
Actions
et Dixiémes
I ij
1820 MERCURE DE FRANCE
xièmes d'Actions , qui doivent être remboursées
, a été renduë publique , faisant
en tout le nombre de 309 Actions.
Le Roy a accordé à la Ville de Valencienne
un Marché franc , qui se tiendra le
16 de chaque mois . Toutes sortes de personnes
, tant Etrangers qu'autres , pourront
y aller librement , pour vendre, acheter
et troquer des Chevaux, Boeufs, Moutons
et autres Bestiaux , et retourner sans
payer aucun droit , et sans que leurs personnes
ou marchandises puissent être arrêtées
ou saisies , Ce Marché franc commencera
le 16 du mois d'Août , auquel
jour on distribuera trois Prix : Un pour
le
plus beau Cheval de Selle ; le second , pour
Ja plus belle couple de Chevaux de Carosse
; et le troisiéme , pour le plus beau
Cheval de trait,
Après la mort du Marquis de Goussainville
, Conseiller au Parlement , reçû
en survivance dans la Charge de son pere ,
premier Président de la Chambre des
Comptes , le Roy a accordé le Regiment
de Dragons du Marquis de Nicolai , à
present son fils aîné , à son frere , Chevalier
de Malthe , qui étoit Capitaine dans
le même Regiment,lequel a un autre frere
aussi
JUILLET. 1731. 1821
aussi Chevalier de Malthe . C'est à ce sujet
que les Vers suivans ont été envoïez au
Marquis de Nicolai , qui a repris le parti
de la Robe , ayant été reçû Avocat avant
d'être Colonel.
Thémis reprend ses droits
avec elle ,
Mars d'accord
Consent qu'en imitant vos illustres Ayeux ,
Vous remplissiez un jour le destin glorieux ;
Où la Déesse vous appelle.
Il est jaloux de la faveur nouvelle ,
Qui lui ravit en vous un sujet belliqueux
Mais il ne perdra rien de sa Cour militaire.
Pour deux freres , jeunes guerriers ,
Dont la vertu paroît hereditaire ,
Il réservera les Lauriers ,
Qu'ils cueilleront dans leur noble carriere ,
Ainsi par votre nom , il est dédommagé ,
Et l'on dira de vous , Cedant Arma Toga.
M. D. M.
Le ri de ce mois Aly Mehemet , Mahométan
, natif d'Alger , âgé de 31 ans ,
a été baptisé à Moulins , ville capitale du
Bourbonnois , dans l'Eglise Parroissiale de
S. Jean ; il a été instruit pendant près
d'un an des veritez de la Religion chré-
I iij
tienne ,
1822 MERCURE DE FRANCE
tienne , par M. le Maître , Curé de la même
Paroisse , et Official de M. l'Evêque
d'Autun.
Ce Baptême se fit sur les 4 heures après
midi , les Administrateurs de l'Hôpital .
General , où ce Cathécumene avoit trouvé
un azile secourable , le conduisirent à l'Eglise.
Le Parrain fut M.de Vanolles, Maître
des Requêtes , Intendant de la Province
; et la Marraine , Madame d'Alençon
, épouse de M. d'Alençon , cy- devant
Colonel d'Infanterie , au service du Roy
Stanislas. Les cérémonies furent faites
avec beaucoup d'ordre et de dignité ; la
Maréchaussée étoit rangée aux Portes et
avenues de l'Eglise ; les Tambours de la
Ville et des Instrumens de toute espece
augmenterent encore la pompe de cette
Fête ; Madame l'Intendante , les principaux
Magistrats , plusieurs personnes de
l'un et l'autre sexe , tant du Corps de la
Noblesse , que des autres Etats les plus
distinguez de la Ville , y assisterent. Il y cut
le soir à l'Intendance un grand souper, on
y servit deux Tables avec autant de délicatesse
que de propreté.
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En juillet 1731, plusieurs événements culturels et administratifs ont marqué la Cour. Les Comédiens Français ont présenté diverses tragédies et comédies, notamment 'Phèdre et Hippolyte' suivie de 'L'Été des Coquettes', 'Radamiste et Zénobie' de Crébillon, 'Astrate' de Quinaut, 'Le Cid', et 'L'Italie Galante' de La Motte. La comédienne Dile Gossin a été particulièrement applaudie dans le rôle de Chimène. Les Comédiens Italiens ont également donné des représentations, comme 'Le Jeu de l'Amour et du Hazard' et 'Arlequin Muet par crainte'. Des concerts et des promenades ont été organisés, incluant un concert chez la Reine avec des extraits de l'opéra 'Roland' et des représentations du ballet 'Les Fêtes Vénitiennes'. Le Roi a pris plusieurs décisions administratives, telles que l'attribution du gouvernement du Prat-de-Mouliou à M. de Beaupuy et une pension à M. de la Vieuville. M. Duguay-Trouin a négocié la libération d'esclaves à Alger. L'Académie Française a rendu hommage à M. de la Faye. La lotterie de la Compagnie des Indes a été tirée, remboursant 309 actions. Le Roi a accordé un marché franc à la ville de Valenciennes. Après le décès du Marquis de Goussainville, le régiment de dragons a été transmis au Chevalier de Malthe. Aly Mehemet, un Algérien, a été baptisé à Moulins après avoir été instruit dans la foi chrétienne.
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17
p. 2222-2223
L'Amante difficile, Comedie nouvelle. [titre d'après la table]
Début :
Le 23. Août, les Comédiens Italiens joüerent l'Amante difficile, Comédie de [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédie, Divertissements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Amante difficile, Comedie nouvelle. [titre d'après la table]
Le 23. Août , les Comédiens Italiens
joüerent l'Amante difficile , Comédie de
M. de la Motte , en Prose et en cinq
Actes , avec trois Divertissemens mis en
Musique par M. Mouret. Le Canevas de
cette Piéce avoit été donné par M. de la
Motte aux Comédiens Italiens à leur premiere
nouveauté ; ils l'executerent en 1716
en Italien avec beaucoup de succès , sans
en avoir fait une seule répetition , et seulement
aprés avoir écouté avec beaucoup
d'attention le sujet bien détaillé par le
sieur Lelio. Le plaisir que fit le gros de
P'action ( quoi que le détail se sentit bien
de l'impromptu ) persuada à M. de la
Motte , que les Scenes écrites avec soin
ne feroient qu'augmenter l'agrément du
Sujet. Il y a répandu beaucoup d'esprit et
'de sentiment.. L'action est bien conduite
et interessante ; et elle le seroit encoredavantage
, si les Scenes entre les Valets :
qui sont trop épisodiques et trop boufonnes
, ne l'interrompoient et ne l'avilissoient
même un peu . La De Silvia jouë
dans la perfection le rôle de l'Amantedifficile
: elle en a rendu les differens déguis
SEPTEMBRE . 1731. 2223
.
guisemens dans leur vrai caractere , et fur
tout le personnage de Gascon , avec toutes
les graces et la vivacité qui lui sont propres.
joüerent l'Amante difficile , Comédie de
M. de la Motte , en Prose et en cinq
Actes , avec trois Divertissemens mis en
Musique par M. Mouret. Le Canevas de
cette Piéce avoit été donné par M. de la
Motte aux Comédiens Italiens à leur premiere
nouveauté ; ils l'executerent en 1716
en Italien avec beaucoup de succès , sans
en avoir fait une seule répetition , et seulement
aprés avoir écouté avec beaucoup
d'attention le sujet bien détaillé par le
sieur Lelio. Le plaisir que fit le gros de
P'action ( quoi que le détail se sentit bien
de l'impromptu ) persuada à M. de la
Motte , que les Scenes écrites avec soin
ne feroient qu'augmenter l'agrément du
Sujet. Il y a répandu beaucoup d'esprit et
'de sentiment.. L'action est bien conduite
et interessante ; et elle le seroit encoredavantage
, si les Scenes entre les Valets :
qui sont trop épisodiques et trop boufonnes
, ne l'interrompoient et ne l'avilissoient
même un peu . La De Silvia jouë
dans la perfection le rôle de l'Amantedifficile
: elle en a rendu les differens déguis
SEPTEMBRE . 1731. 2223
.
guisemens dans leur vrai caractere , et fur
tout le personnage de Gascon , avec toutes
les graces et la vivacité qui lui sont propres.
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Résumé : L'Amante difficile, Comedie nouvelle. [titre d'après la table]
Le 23 août, les Comédiens Italiens ont interprété 'L'Amante difficile', une comédie en prose et en cinq actes écrite par M. de la Motte. La pièce incluait trois divertissements musicaux composés par M. Mouret. Le canevas de cette œuvre avait été donné par M. de la Motte aux Comédiens Italiens lors de leur première nouveauté en 1716, qu'ils avaient jouée en italien avec succès après une préparation rapide. La pièce est riche en esprit et en sentiment, avec une action bien conduite et intéressante. Cependant, les scènes entre les valets sont trop épisodiques et bouffonnes, interrompant et avilissant légèrement l'action. La comédienne De Silvia a interprété à la perfection le rôle de l'Amante difficile, rendant les différents déguisements avec toutes les grâces et la vivacité nécessaires, notamment le personnage de Gascon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 2636-2640
Le Phénix ou la fidelité mise à l'épreuve, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens Italiens donnerent le 5. Novembre, une petite Piece en Vers libres [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Pièce en vers libres, Versification, Jardinier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Phénix ou la fidelité mise à l'épreuve, [titre d'après la table]
Les Comédiens Italiens donnerent le
Novembre , une petite Piece en Vers libres
, qui a pour titre , le Phenix , on la
Fidelite mise à l'épreuve. Cet Ouvrage ,
qui est le coup d'esssay de son Auteur ,
a été assez bien reçû pour l'engager à
continuer. La Versification n'en fait pas
le moindre prix , au jugement des connoisseurs
désinterressez ; en voici le Sujet.
Isabelle , femme de Cynthia , ayant appris
que son mari a fait nauffrage , et
NOVEMBRE. 1731. 2637
le croyant mort , se retire dans un Château
et s'y confine pour le reste de ses
jours . Ce Château est le lieu de la Scene.
Cynthio y arrive , Blaise , son Jardinier,
le prend pour un Revenant , mais enfin
rassuré et convaincu que c'est son
Maître lui- même , il lui apprend que sa
: femme a fait divorce avec le monde pour
se livrer toute entiere à la douleur que
sa mort prétenduë lui cause. Cynthio
n'est pas tout à fait content de cette marque
d'amour et de fidelité ; il veut mettre
: le coeur d'Isabelle à de nouvelles épreuves
; il ordonne au Jardinier de tenir son
: retour secret , et prie Mario , son ami ,
et son compagnon de voyage , de se travestir
en Prince et de mettre tout en
usage pour tenter la fidelité de son Epouse.
Mario blâme sa défiance et ne consent
qu'à regret à jouer le personnage qu'il
lui propose ; il s'y resout enfin , il se
presente à Isabelle avec toute la magnificence
qui doit accompagner le rang qu'il
se donne. Il fait étaler à ses yeux tout ce
- que la fortune peut avoir de plus séduisant
; il parle d'hymen , et sur tout d'amour
de la maniere la plus persuasive ,
d'autant mieux que la feinte chez lui est
devenue une verité ; tout cela n'ébranle
point la fidelité d'Isabelle ; il en rend un
boo
2838 MERCURE DE FRANCE
bon compte à son ami , et après lui avoir
avoué qu'il est veritablement devenu
amoureux de sa femme , il lui conseille
de s'en tenir à une épreuve si forte et
le prie de trouver bon qu'il le quitte pour
toujours , pour se guerir par l'absence des
impressions que les charmes d'Isabelle
Iont faites sur son coeur ; Cynthio n'est
pas encore satisfait , il veut faire une
derniere tentative ; il se travestir en Corsaire
, et prétend obtenir par la force ce
qu'on a refusé à l'Amour et au rang prétendu
de Mario. Cette derniere épreuve
a le sort de la précedente ; on l'a trouvée
la plus foible des deux ; l'Auteur doit
l'avoir senti lui- même ; mais il en avoit
besoin pour ménager une reconnoissance
qui a fait beaucoup de plaisir. La Piece
finit par une Fête de Matelots , dont
Cynthio régale sa fidelle Epouse. Arlequin
joue à peu près le même Rôle avec
sa femme Rosette 3 mais le succès en est
bien different ; Rosette lui fait tout au
moins une demie infidelité , et le force à
convenir qu'il a été justement payé de sa
curiosité impertinente.
Le 10. les mêmes Comédiens représen
terent à la Cour la Comédie de l'Amank
difficile de M. de la Mothe , qui fut suivie
de la petite Piece du Je ne sçai quoi , de
M.
NOVEMBRE. 1731. 2639
M. de Boissy. Ces deux Pieces furent trèsbien
représentées et firent beaucoup de
plaisir.
L'Académie Royale de Musique , continuë
toûjours avec un grand succès , les
Représentations de l'Opera d'Amadis
dans lequel la De Le Maure s'attire tous
les jours de nouveaux applaudissemens
par sa belle voix et par son jeu simple ,
noble et naturel . Il semble que le Rôle
d'Oriane , qui n'a jamais été si bien chanré
, à beaucoup près , soit fait pour cette
Acttice.
La Dile Camargo , qui n'avoit point
paru dans les premieres Représentations
de cetOpera , y dansa au commencement
de ce mois , deux Airs au quatrième Acte
, au grand contentement des Spectageurs.
Cette excellente Danseuse a voulu ,
sans doute , avoir quelque part au grand
succès de cet Opera.
Le 15. on remit au Théatre le Ballet
des Fêtes Venitiennes , pour être joué les
Jeudis , comme cela se pratique après
la S. Martin. On y a ajoûte une quatriéme
Entrée qui avoit été jouče en
Septembre 1721. intitulée l'Opera. Les
Vers sont toûjours de M. Danchet , et
la Musique de M. Campra , dont les Ouvrages
2640 MERCURE DE FRANCE
•
〃
vrages sont en possession d'être reçûs favorablement
du Public. La Dle Sallé ,
danse dans le Divertissement de cette Entrée
avec les graces que tout le monde
lui connoît ; et la De Camargo y brille
à son ordinaire , d'une maniere très- éclatante.
Le 11. Fête de S. Martin , la même
Académie donna le premier Bal public
qu'on donne tous les ans à pareil jour , et
qu'on continue pendant differens jours
jusqu'à l'Avent. On les reprend ordinairement
Novembre , une petite Piece en Vers libres
, qui a pour titre , le Phenix , on la
Fidelite mise à l'épreuve. Cet Ouvrage ,
qui est le coup d'esssay de son Auteur ,
a été assez bien reçû pour l'engager à
continuer. La Versification n'en fait pas
le moindre prix , au jugement des connoisseurs
désinterressez ; en voici le Sujet.
Isabelle , femme de Cynthia , ayant appris
que son mari a fait nauffrage , et
NOVEMBRE. 1731. 2637
le croyant mort , se retire dans un Château
et s'y confine pour le reste de ses
jours . Ce Château est le lieu de la Scene.
Cynthio y arrive , Blaise , son Jardinier,
le prend pour un Revenant , mais enfin
rassuré et convaincu que c'est son
Maître lui- même , il lui apprend que sa
: femme a fait divorce avec le monde pour
se livrer toute entiere à la douleur que
sa mort prétenduë lui cause. Cynthio
n'est pas tout à fait content de cette marque
d'amour et de fidelité ; il veut mettre
: le coeur d'Isabelle à de nouvelles épreuves
; il ordonne au Jardinier de tenir son
: retour secret , et prie Mario , son ami ,
et son compagnon de voyage , de se travestir
en Prince et de mettre tout en
usage pour tenter la fidelité de son Epouse.
Mario blâme sa défiance et ne consent
qu'à regret à jouer le personnage qu'il
lui propose ; il s'y resout enfin , il se
presente à Isabelle avec toute la magnificence
qui doit accompagner le rang qu'il
se donne. Il fait étaler à ses yeux tout ce
- que la fortune peut avoir de plus séduisant
; il parle d'hymen , et sur tout d'amour
de la maniere la plus persuasive ,
d'autant mieux que la feinte chez lui est
devenue une verité ; tout cela n'ébranle
point la fidelité d'Isabelle ; il en rend un
boo
2838 MERCURE DE FRANCE
bon compte à son ami , et après lui avoir
avoué qu'il est veritablement devenu
amoureux de sa femme , il lui conseille
de s'en tenir à une épreuve si forte et
le prie de trouver bon qu'il le quitte pour
toujours , pour se guerir par l'absence des
impressions que les charmes d'Isabelle
Iont faites sur son coeur ; Cynthio n'est
pas encore satisfait , il veut faire une
derniere tentative ; il se travestir en Corsaire
, et prétend obtenir par la force ce
qu'on a refusé à l'Amour et au rang prétendu
de Mario. Cette derniere épreuve
a le sort de la précedente ; on l'a trouvée
la plus foible des deux ; l'Auteur doit
l'avoir senti lui- même ; mais il en avoit
besoin pour ménager une reconnoissance
qui a fait beaucoup de plaisir. La Piece
finit par une Fête de Matelots , dont
Cynthio régale sa fidelle Epouse. Arlequin
joue à peu près le même Rôle avec
sa femme Rosette 3 mais le succès en est
bien different ; Rosette lui fait tout au
moins une demie infidelité , et le force à
convenir qu'il a été justement payé de sa
curiosité impertinente.
Le 10. les mêmes Comédiens représen
terent à la Cour la Comédie de l'Amank
difficile de M. de la Mothe , qui fut suivie
de la petite Piece du Je ne sçai quoi , de
M.
NOVEMBRE. 1731. 2639
M. de Boissy. Ces deux Pieces furent trèsbien
représentées et firent beaucoup de
plaisir.
L'Académie Royale de Musique , continuë
toûjours avec un grand succès , les
Représentations de l'Opera d'Amadis
dans lequel la De Le Maure s'attire tous
les jours de nouveaux applaudissemens
par sa belle voix et par son jeu simple ,
noble et naturel . Il semble que le Rôle
d'Oriane , qui n'a jamais été si bien chanré
, à beaucoup près , soit fait pour cette
Acttice.
La Dile Camargo , qui n'avoit point
paru dans les premieres Représentations
de cetOpera , y dansa au commencement
de ce mois , deux Airs au quatrième Acte
, au grand contentement des Spectageurs.
Cette excellente Danseuse a voulu ,
sans doute , avoir quelque part au grand
succès de cet Opera.
Le 15. on remit au Théatre le Ballet
des Fêtes Venitiennes , pour être joué les
Jeudis , comme cela se pratique après
la S. Martin. On y a ajoûte une quatriéme
Entrée qui avoit été jouče en
Septembre 1721. intitulée l'Opera. Les
Vers sont toûjours de M. Danchet , et
la Musique de M. Campra , dont les Ouvrages
2640 MERCURE DE FRANCE
•
〃
vrages sont en possession d'être reçûs favorablement
du Public. La Dle Sallé ,
danse dans le Divertissement de cette Entrée
avec les graces que tout le monde
lui connoît ; et la De Camargo y brille
à son ordinaire , d'une maniere très- éclatante.
Le 11. Fête de S. Martin , la même
Académie donna le premier Bal public
qu'on donne tous les ans à pareil jour , et
qu'on continue pendant differens jours
jusqu'à l'Avent. On les reprend ordinairement
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Résumé : Le Phénix ou la fidelité mise à l'épreuve, [titre d'après la table]
En novembre 1731, les Comédiens Italiens présentèrent la pièce en vers libres 'Le Phénix, ou la Fidélité mise à l'épreuve', premier essai de son auteur. Cette œuvre raconte l'histoire d'Isabelle, épouse de Cynthia, qui se retire dans un château après avoir appris la mort présumée de son mari. Cynthia, revenu, découvre qu'Isabelle s'est retirée du monde par fidélité. Pour tester sa fidélité, Cynthia ordonne à son jardinier de garder son retour secret et demande à son ami Mario de se déguiser en prince pour séduire Isabelle. Malgré les tentatives de Mario, Isabelle reste fidèle. Cynthia, insatisfait, se déguise ensuite en corsaire pour tenter de forcer Isabelle, mais échoue à nouveau. La pièce se termine par une fête de matelots. Parallèlement, Arlequin tente de tester la fidélité de Rosette, mais celle-ci lui fait une demi-infidélité. Le 10 novembre, les mêmes comédiens représentèrent à la cour 'L'Amant difficile' de M. de La Mothe et 'Le Je ne sçai quoi' de M. de Boissy, toutes deux très bien reçues. L'Académie Royale de Musique continua les représentations de l'opéra 'Amadis', où la De Le Maure reçut des applaudissements pour son rôle d'Oriane. La Dile Camargo dansa deux airs au quatrième acte. Le 15 novembre, le ballet 'Les Fêtes Vénitiennes' fut remis au théâtre avec une nouvelle entrée. Le 11 novembre, à la fête de Saint-Martin, l'Académie donna le premier bal public de l'année.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 2853-2871
Arlequin Amadis, Extrait. [titre d'après la table]
Début :
Le 27 Novembre, les Comédiens Italiens donnerent la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Masque, Enfers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arlequin Amadis, Extrait. [titre d'après la table]
Le 27 Novembre , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere représentation
d'une Parodie nouvelle , intitulée :
Arlequin Amadis , en un Acte et en Vaudevilles
' dont voici l'Extrait. Les Sieurs
Dominique etRomagnesi sont les Auteurs .
ACTEURS.
Amadis ,
Florestan
,
Arlequin,
La Dile Belmont.
Corisande La De Thomassin.
Oriane , La Dle Silvia.
Arcabonne , Le S Thevenot.
Arcalaus , Le S Romagnesi.
Urgande ,
La Dile la Lande.
L'ombre , D'Ardan Canele.
Captifs , un Géolier , Nimphes , Bergers,
Diables , &c.
Amadis arrive sur le Théatre , qui re
présente un Palais avec Florestan son frecelui
cy lui demande la cause de sa
tristesse ; Amadis répond sur l'air de l'Opera.
re ;
Paime , hélas ! c'est assez pour être malhes
reux,
Il ajoute qu'il aime Oriane , et qu'elle
l'a condamnée à ne la jamais revoir . Florestan
lui represente qu'il doit se consoler
I. Val. avec
2856 MERCURE DE FRANCE
avec la gloire : Amadis lui répond sur un
air de
Belphegor.
J'ai choisi la gloire pour guide ,
Et marchant sur les pas d'Alcide ,
Je cours imiter sa valeur
Je n'imite que sa folie ;
En cela seul j'ai le bonheur
D'être sa fidelle copie.
Amadis se retire , Florestan reste , et
Corisande paroît; ils témoignent tous deux
le plaisir qu'ils ont de se revoir. Oriane
loue la fidélité de Florestan et se plaint de
l'inconstance d'Amadis qui aime Briolanie.
Florestan veut la désabuser , en lui
disant le couplet suivant , sur l'air : Tis
n'as pas le pouvoir.
Il est l'ennemi redouté,
De l'infidelité,
Et puisqu'il punit les ingrats
Sans doute il ne l'est pase
Oriane:
Vous contez une belle histoire
Ce Héros suivant son désir ,
Punit les ingrats pour sa gloire;
Et les imite pour son plaisir.
1. Vol. Corisande
DECEMBRE 1731 2857
Corisande et Florestan.
On sort malaisement
D'un tendre engagement
Oriane.
Ah ! quel cruel tourment
D'avoir un volage amant !
Il accable votre coeur
D'une mortelle douleur,
Tous trois.
On sort malaisément
D'un tendre engagement,
Et lorsqu'on voit changer ,
Cela vous fait
enrager.
Corisande annonce des guerriers qui
viennent , dit- elle , se battre pour divertir
Oriane. Cette Princesse demande qui
les envoye: A quoi on répond qu'on ne le
sçait pas. Hé bien , ajoute Oriane , on n'a
qu'à les renvoyer , je ne veux point d'un divertissement
anonime ; fuivez- moi.
Le Théatre change et represente une
Forêt , dont les Arbres sont chargez des
dépouilles de ceux qu'Arcalans a vaincusi
on y voit au milieu un grand Pont : Arcabone
chante sur l'air : J'ai révé toute la
nait.
J. Vol. Amour
2858 MERCURE DE FRANCE
Amour que veux tu de moi ş
Mon coeur n'est pas fait pour toi.
Je veux inspirer l'effroi
C'est-là mon emploi .
'Amour que veux - tu de moi ,
Mon coeur n'est pas fait pour toi.
bis.
'Arcalaüs arrive et demande à sa soeur ;
quel est le sujet de sa mélancolie. Arcabonne
chante sur l'air : Ah ! Pierre; Ab
Pierre.
Par sa valeur guerriere
Un Héros tres- poli ,
Contre un Monstre en colere ,
Un jour prit mon parti ;
Mon frere , mon frere ,
J'étois morte sans lui.
Bon , les enchanteurs craignent - ils les
monstres? répondArcalaus . Arcabonne continuë
sur l'air : Le Masque tombe , et l'ox
voit la Coquette.
En rendant grace au vaillant personnage,
Je m'informai de son nom vainement ,
Mais remarquez le bel évenement ,
Son Casque tombe , et je vois son visage.
I.Vol. Arca
DECEMBRE. 1731. 2859
'Arcalais chante sur l'air : Aurois-je jamais
un Amant.
Délivrez- vous de l'esclavage ,
Où le traître amour
Vous engage
Dans ce jour
:
Vous qui commandez aux Enfers
Brisez donc vos fers.
Arcabonne.
Je les briserois ,
Si je le pouvois ,
Mais je ne sçaurois.
Arcalaus.
Songez-vous , ma soeur ,
Que la fureur ,
L'effroi , l'horreur
De votre coeur ,
Sont le
partage ,
Qu'Ardan
fut occis,
Par le felon Amadis.
Ah ! que le nom d'Amadis m'inspire de
rage , s'écrie Arcabonne . Ils chantent tous
deux , sur l'air : Lucas pour se moquer de
nous.
ALV Un
2860 MERCURE DE FRANCE
Un jour pour se mocquer de nous ,
Le perfide assomma notre malheureux frere ,
Mais à ton tour il doit sentir nos coups ? nos
coups.
Livrons -nous à notre colere ,
Ma chere :
Mon frere.
Oui , qu'il périsse le pendard ,
Ah ! qu'il est doux d'exercer la vengeance 3
Punissons plutôt que plus tard ,
Pour nous mocquer de lui , frapons , perçons sa
panse ,
Frappons , morbleu , frappons , perçons à grands
coups de Poignard.
Laissez- moi l'engager dans mes enchan
temens , dit Arcalaüs. Arcabone se retire.
Arcalaus au son de la simphonie , forme
avec sa baguerte plusieurs cercles magiques,
et voyant venir Amadis; ilfaut, ajoute-
t-il,qu'il foit bien malheureux pour tomber
ainsi dans les piegés que je lui dresse.Amadis
et Corisande se cherchent dans le
bois ; ils s'appellent , et se reconnoissent.
Arcalaus s'oppose au passage d'Amadis.
en lui chantant sur l'air du Chasseur,
Arrête
I.Vol
Amadis
Crois-tu m'effraiera
AreaDECEMBRE.
1731. 2861
Arcalaus.
Ce passage est en ma puissance ;
Voi ce magnifique attelier 3
Il est le prix de ma vaillance
Je dépouille icy tout guérier.
Amadis.
3
Voyez quelle insolence ,
J'ai toujours passé sans payer ,
Sur tous les Ponts de France.
1
Tu ne passeras pas sur celui- ci , lui répond
Arcalaüs: Nous allons voir, dit Amadis.
Arcalaüs le repousse . Corisande demande
du secours à Amadis . Arcalaüs la
fait saisir par des diables qui l'enlevent.
Amadis outré de colere , rosse Arcalaüs
et chante sur l'air : Les petits valent bien
Les grands .
Maraut , tu cherches ton malheur ,
Tu vas éprouver ma valeur.
Arcalaus.
Venez empêcher ma défaite ;
Messieurs les Démons , il est temps.
Amadis , après avoir battu Arcalaüs.
Les petits tourelourirette ,
Valent bien les grands.
1. Vol.
H Une
2862 MERCURE DE FRANCE
Une Troupe de Nimphes et de Bergers
forment une danse pour enchanter Amadis
qui prend une danseuse pour Orianen
lui disant : Tene , ma Mignone
vous avez si - bien dansé que je vous fais
present de mon épés . Bon , continuët-il , je
suis bien bête , et change :
ne,
Et lon lan la ,
Que fais -je la,
Est-ce avec cèla ,
Qu'on regale les Danseuses ?
La Nimphe emmene Amadis avec elle ;
le Théatre change et represente un palais
ruiné et des cachots. Cette décoration
, qui est de M. le Maire , a été tresbien
goutée , comme toutes celles qu'il a
faites pour le Théatre Italien.
Florestan , Corisande et les Captifs qui
sortent de leurs Cachots , se plaignent
des maux qu'ils souffrent Corisande
chante sur l'air : Tarare pompon.
}
Sont- ce là les liens que l'Hymen nous prépare
?
Encor si l'on étoit dans la même prison ,
On pourroit , sort Barbare !
Se faire une raison.
Mettez- nous-y •
I. Vol.
Le
DECEMBRE 1731. 2863.
Le Géolier.
Pompon.
Tarare ,
Arcabonne sous la figure d'un gros
Chat monstrueux , descend dans la prison
et dit le couplet qui suit , sur l'air :
On n'aime plus dans nos Forêts .
Sortez , trainez icy vos fers ,
Cessez vos plaintes ennuieuses.
Les Captifs.
Des maux que nous avons soufferts ,
Terminez les rigueurs affreuses.
Arcabonne , d'un air doux.
Vous allez cesser de souffrir ,
Mes enfans vous allez mourir.
Coriande , sur l'air de Griselidis.
Avec vous la mort même
A pour moi des appas.
Florestan.
C'est aussi mon systême.
Arcabonne.
Ne vous le dis -je pas.
1. Vol.
Hij Fo
2864 MERCURE DE FRANCE
Forestan & Corisande.
Oui , le trépas ,,"
Avec ce que l'on aime
Est doux à recevoir.
Arcabonne.
Vous allez voir.
Florestan et Corisande chantent encore
un Duo langouteux et passionné ce qui
donne lieu au couplet suivant. Arcabonne
chante sur l'air : F'ai le coeur tendre .
C'est trop entendre
•
Ce maudit refrain ,
J'ai le coeur tendre ,
Il ine inet en train ,
C'est trop entendre
Ce maudit refrain.
Arcabonne évoque l'ombre de son frere,
et chante.
Toi , qui n'es qu'un reste de cendre ,
Oh , oh
Dans ce noir tombeau
Reçois , et sans plus attendre ,
Oh , oh
Le joli cadeau ,
Du sang que je vais répandre.
1. Vol. L'Om
DECEMBRE . 1737. 2865.
L'ombre du fond de son tombeau, aches
vant l'air :
Oh , oh , oh
Tourelouribeau.
Quel hurlement ! s'écrie Arcabonne , je
Jure , mon frere , que dans un instant vous
serez satisfait.
L'ombre paroissant.
Tu vas trahir ton serment-
Menteuse bis.
Tu vas trahir ton serment .
Menteuse en ce moment
Ne vous fâchez pas , mon frere , lui die
Arcabonne , j'ai juré , cela doit vous suffire.
L'Ombre, sur l'air : Je suis toujours prête
à danser.
Ah! tu vas trahir tes sermens
Le jour me blesse , je retombe ;
Le grand air me fait mal aux dents.
Je me trouve mieux dans ma tombe
Tu me suivras dans peu de
temps
Que je t'attens ,
C'est aux
I Vol.
C'est aux enfers que je t'attens ,
enfers que je t'attens.
bis.
Hiij Allez
2866 MERCURE DE FRANCE
Allez-y toujours devant, lui répond Arcabonne
, on lui amene Amadis , qu'elle
veut immoler à sa vangeance ; mais elle
le reconnoît aussi-tôt pour le Héros qui
lui a sauvé la vie . Les armes lui tombent
des mains. Il n'est pasjuste , dit- elle , que
je tue un homme à qui j'ai tant d'obligation,
dites- vous-même , continuë t- elle ; la récom
pense de vos services , et j'y souscris . Amadis
demande qu'on donne la clef des champs
à tous ces malheureux. Il est dans l'instant
obéi ; Florestan , Corisande et tous les
Captifs sont mis en liberté. Arcabonne
dità Amadis de le suivre : Que j'aille seul
avec vous , lui dit Amadis : Je n'ose ; allons
, marchez petitgarçon , continuë Arcabonne.
Amadis chante sur l'air : Tandis
que je dresse.
Elle veut me faire
La bonne sorciere ,
Elle eut me faire
Payer leur rançon.
Arcabonne caressant Amadis,
Le joli garçon
Il est formé pour plaire.
Amadis à part.
Elle veut me faire
Payer leur rançon,
1. Vel.
Les
DECEMBRE. 1731 2867
Les Captifs se réjouissent de sortir d'esclavage.
Le Théatre change, et represente
lå Mer. Afcalaüs dit qu'il vient de faire
encore un enchantement qui leur livre
Oriane : Vous avez eu , ma soeur , bien du
plaisir à tuer Amadis , lui dit Arcalaus.
Arcabonne soupire et lui dit ingénuëment
qu'elle a trouvé dans son ennemi même
l'objet de son amour , et qu'à sa considération
, elle a donné la liberté à tous les
Captifs : Vous avez fait là une belle besogne,
répond Arcalaus , et chante sur l'air :
J'ai peur.
II vit donc ici.
Arcabonne
Oiii. •
Arcalaus.
Il est votre ami.
Arcabonne.
Oui,
Arcalans.
L'amour aujourd'hui
Vous parle donc pour lui.
Arcabonne.
Oui.
1. Vol. Hijij Arca2868
MERCURE DE FRANCE
Arcalaüs.
O foiblesse étrange ,
Prendre ainsi le change !
Arcabonne.
Plaignez une soeur ,
Qu'un tendre amour dérange,
Arca!aus.
La main me demange ;
Il faut que je vange
Sur vous mon bonneur
Ma honte et ma douleur..
Arcabonne.
J'ai peur.
Mais , ajoute Arcabonne , je sens que la
fureur l'emporte sur l'amour ; voici ma rivale
, vous allez voir tous les tours que je vais
luijouer. Oriane paroît . Arcalais vient lui :
dire qu'il a vaincu ce vainqueur invincible
: et que puisqu'elle le hait , elle doitêtre
bien contente . Il fait venir Amadis
qui paroît mort. Oriane se désespere , et
chante le couplet suivant , sur l'air ; J'ens.
tens déja le bruit des armes .
J'entens Amadis qui m'apelle ;
Pour gage certain de ma foy ,
I. Vol. Mon
DECEMBRE 1731 2869
Mon cher , dans la nuit éternelle ,
Je me précipite avec toi.
Elle tombe évanouies-
Amadis surun gazon .
Ah ! vertubleu , que ne vient - elle
S'évanouir auprès de moi.
Arcalais et Arcabonne se réjouissent :
du désespoir de ces deux amans ; aussi -tôt
on voit sur la mer un Rocher enflamé ; et
ensuite la grande Serpente , d'où sort U
gande , avec plusieurs femmes qui sont :
avec elle . Arcalaüs chante sur l'air : Je ne
suis flateur ni menteur.
D'où part ce spectacle nouveau ??
Arcabonne.
D'un pouvoir plus grand que le nôtre.
Arcalaus.
Est-ce un serpent ? Est-ce unvaisseau ?
Non
Arcabonne.
1 , non , ce n'est ni l'un ni l'autre,
Arcalaüs
Má soeur qu'est- ce donc que cela ? ?
1 Vol. Hy Arcani.
380 MERCURE DE FRANCE
Arcabonne.
Le Magazin de l'Opera.
Urgande enchante Arcabonne , et Arcalaüs
, et désenchante Oriane et Amadis , et
les mene avec elle; après avoir rendu à Arcabonne
et à Arcalaus l'usage de leurs
sens ; Arcabonne et Arcalaüs appellent les
démons de la terre à leur secours qui
combattent contre les démons de l'air, qui
obligent ceux de la terre à leur ceder la
victoire. Arcalaüs et Arcabonne se retirent
; le Theatre change et représente
l'Arc des loyaux Amans : Urgande conduit
avec elle Oriane et Amadis qu'elle a
racommodés ensemble. Si vous voulez ,
dit Amadis et Oriane , je passerai fous
l'Arc des loyaux Amans , pour vous prouver
ma fidelité : Non , non , répond Urgande
, cela seroit trop ennuyeux , passons
vite à la Chaconne. Les loyaux Amans
forment une danse avec leurs Amantes
en parodiant la Chaconne d'Amadis . La
Piece finit par un Vaudeville , dont le refraint
est :
Ce n'est plus le temps
Des loyaux Amans.
I. Vol.
•
Les
DECEMBRE 1731. 2872
Les mêmes Comédiens représenterent
le même jour une petite Piece nouvelle
en Prose , mêlée de Fables , qui a pour
titre , La Verité Fabuliste. Elle a été trèsgoûtée.
Comme on a cessé les Représentations
de cette Piece pour y ajoûter deux
Scenes nouvelles , on en parlera plus au
Jong quand elles auront paru .
On apprend de Naples , qu'on y répresente
l'Opera de Semiramis reconnue , avec
beaucoup de succès. On représente à
Londres l'Opera de Tamerlan , en Italien,
et à Vienne on répresenta le 27 du mois
dernier , devant L. M. I. sur le Théatre
du Palais , le nouvel Opera de Demetrius ,
pour lequel on a fait beaucoup de dé
penses et qui fut universellement applaudi
.
donnerent la premiere représentation
d'une Parodie nouvelle , intitulée :
Arlequin Amadis , en un Acte et en Vaudevilles
' dont voici l'Extrait. Les Sieurs
Dominique etRomagnesi sont les Auteurs .
ACTEURS.
Amadis ,
Florestan
,
Arlequin,
La Dile Belmont.
Corisande La De Thomassin.
Oriane , La Dle Silvia.
Arcabonne , Le S Thevenot.
Arcalaus , Le S Romagnesi.
Urgande ,
La Dile la Lande.
L'ombre , D'Ardan Canele.
Captifs , un Géolier , Nimphes , Bergers,
Diables , &c.
Amadis arrive sur le Théatre , qui re
présente un Palais avec Florestan son frecelui
cy lui demande la cause de sa
tristesse ; Amadis répond sur l'air de l'Opera.
re ;
Paime , hélas ! c'est assez pour être malhes
reux,
Il ajoute qu'il aime Oriane , et qu'elle
l'a condamnée à ne la jamais revoir . Florestan
lui represente qu'il doit se consoler
I. Val. avec
2856 MERCURE DE FRANCE
avec la gloire : Amadis lui répond sur un
air de
Belphegor.
J'ai choisi la gloire pour guide ,
Et marchant sur les pas d'Alcide ,
Je cours imiter sa valeur
Je n'imite que sa folie ;
En cela seul j'ai le bonheur
D'être sa fidelle copie.
Amadis se retire , Florestan reste , et
Corisande paroît; ils témoignent tous deux
le plaisir qu'ils ont de se revoir. Oriane
loue la fidélité de Florestan et se plaint de
l'inconstance d'Amadis qui aime Briolanie.
Florestan veut la désabuser , en lui
disant le couplet suivant , sur l'air : Tis
n'as pas le pouvoir.
Il est l'ennemi redouté,
De l'infidelité,
Et puisqu'il punit les ingrats
Sans doute il ne l'est pase
Oriane:
Vous contez une belle histoire
Ce Héros suivant son désir ,
Punit les ingrats pour sa gloire;
Et les imite pour son plaisir.
1. Vol. Corisande
DECEMBRE 1731 2857
Corisande et Florestan.
On sort malaisement
D'un tendre engagement
Oriane.
Ah ! quel cruel tourment
D'avoir un volage amant !
Il accable votre coeur
D'une mortelle douleur,
Tous trois.
On sort malaisément
D'un tendre engagement,
Et lorsqu'on voit changer ,
Cela vous fait
enrager.
Corisande annonce des guerriers qui
viennent , dit- elle , se battre pour divertir
Oriane. Cette Princesse demande qui
les envoye: A quoi on répond qu'on ne le
sçait pas. Hé bien , ajoute Oriane , on n'a
qu'à les renvoyer , je ne veux point d'un divertissement
anonime ; fuivez- moi.
Le Théatre change et represente une
Forêt , dont les Arbres sont chargez des
dépouilles de ceux qu'Arcalans a vaincusi
on y voit au milieu un grand Pont : Arcabone
chante sur l'air : J'ai révé toute la
nait.
J. Vol. Amour
2858 MERCURE DE FRANCE
Amour que veux tu de moi ş
Mon coeur n'est pas fait pour toi.
Je veux inspirer l'effroi
C'est-là mon emploi .
'Amour que veux - tu de moi ,
Mon coeur n'est pas fait pour toi.
bis.
'Arcalaüs arrive et demande à sa soeur ;
quel est le sujet de sa mélancolie. Arcabonne
chante sur l'air : Ah ! Pierre; Ab
Pierre.
Par sa valeur guerriere
Un Héros tres- poli ,
Contre un Monstre en colere ,
Un jour prit mon parti ;
Mon frere , mon frere ,
J'étois morte sans lui.
Bon , les enchanteurs craignent - ils les
monstres? répondArcalaus . Arcabonne continuë
sur l'air : Le Masque tombe , et l'ox
voit la Coquette.
En rendant grace au vaillant personnage,
Je m'informai de son nom vainement ,
Mais remarquez le bel évenement ,
Son Casque tombe , et je vois son visage.
I.Vol. Arca
DECEMBRE. 1731. 2859
'Arcalais chante sur l'air : Aurois-je jamais
un Amant.
Délivrez- vous de l'esclavage ,
Où le traître amour
Vous engage
Dans ce jour
:
Vous qui commandez aux Enfers
Brisez donc vos fers.
Arcabonne.
Je les briserois ,
Si je le pouvois ,
Mais je ne sçaurois.
Arcalaus.
Songez-vous , ma soeur ,
Que la fureur ,
L'effroi , l'horreur
De votre coeur ,
Sont le
partage ,
Qu'Ardan
fut occis,
Par le felon Amadis.
Ah ! que le nom d'Amadis m'inspire de
rage , s'écrie Arcabonne . Ils chantent tous
deux , sur l'air : Lucas pour se moquer de
nous.
ALV Un
2860 MERCURE DE FRANCE
Un jour pour se mocquer de nous ,
Le perfide assomma notre malheureux frere ,
Mais à ton tour il doit sentir nos coups ? nos
coups.
Livrons -nous à notre colere ,
Ma chere :
Mon frere.
Oui , qu'il périsse le pendard ,
Ah ! qu'il est doux d'exercer la vengeance 3
Punissons plutôt que plus tard ,
Pour nous mocquer de lui , frapons , perçons sa
panse ,
Frappons , morbleu , frappons , perçons à grands
coups de Poignard.
Laissez- moi l'engager dans mes enchan
temens , dit Arcalaüs. Arcabone se retire.
Arcalaus au son de la simphonie , forme
avec sa baguerte plusieurs cercles magiques,
et voyant venir Amadis; ilfaut, ajoute-
t-il,qu'il foit bien malheureux pour tomber
ainsi dans les piegés que je lui dresse.Amadis
et Corisande se cherchent dans le
bois ; ils s'appellent , et se reconnoissent.
Arcalaus s'oppose au passage d'Amadis.
en lui chantant sur l'air du Chasseur,
Arrête
I.Vol
Amadis
Crois-tu m'effraiera
AreaDECEMBRE.
1731. 2861
Arcalaus.
Ce passage est en ma puissance ;
Voi ce magnifique attelier 3
Il est le prix de ma vaillance
Je dépouille icy tout guérier.
Amadis.
3
Voyez quelle insolence ,
J'ai toujours passé sans payer ,
Sur tous les Ponts de France.
1
Tu ne passeras pas sur celui- ci , lui répond
Arcalaüs: Nous allons voir, dit Amadis.
Arcalaüs le repousse . Corisande demande
du secours à Amadis . Arcalaüs la
fait saisir par des diables qui l'enlevent.
Amadis outré de colere , rosse Arcalaüs
et chante sur l'air : Les petits valent bien
Les grands .
Maraut , tu cherches ton malheur ,
Tu vas éprouver ma valeur.
Arcalaus.
Venez empêcher ma défaite ;
Messieurs les Démons , il est temps.
Amadis , après avoir battu Arcalaüs.
Les petits tourelourirette ,
Valent bien les grands.
1. Vol.
H Une
2862 MERCURE DE FRANCE
Une Troupe de Nimphes et de Bergers
forment une danse pour enchanter Amadis
qui prend une danseuse pour Orianen
lui disant : Tene , ma Mignone
vous avez si - bien dansé que je vous fais
present de mon épés . Bon , continuët-il , je
suis bien bête , et change :
ne,
Et lon lan la ,
Que fais -je la,
Est-ce avec cèla ,
Qu'on regale les Danseuses ?
La Nimphe emmene Amadis avec elle ;
le Théatre change et represente un palais
ruiné et des cachots. Cette décoration
, qui est de M. le Maire , a été tresbien
goutée , comme toutes celles qu'il a
faites pour le Théatre Italien.
Florestan , Corisande et les Captifs qui
sortent de leurs Cachots , se plaignent
des maux qu'ils souffrent Corisande
chante sur l'air : Tarare pompon.
}
Sont- ce là les liens que l'Hymen nous prépare
?
Encor si l'on étoit dans la même prison ,
On pourroit , sort Barbare !
Se faire une raison.
Mettez- nous-y •
I. Vol.
Le
DECEMBRE 1731. 2863.
Le Géolier.
Pompon.
Tarare ,
Arcabonne sous la figure d'un gros
Chat monstrueux , descend dans la prison
et dit le couplet qui suit , sur l'air :
On n'aime plus dans nos Forêts .
Sortez , trainez icy vos fers ,
Cessez vos plaintes ennuieuses.
Les Captifs.
Des maux que nous avons soufferts ,
Terminez les rigueurs affreuses.
Arcabonne , d'un air doux.
Vous allez cesser de souffrir ,
Mes enfans vous allez mourir.
Coriande , sur l'air de Griselidis.
Avec vous la mort même
A pour moi des appas.
Florestan.
C'est aussi mon systême.
Arcabonne.
Ne vous le dis -je pas.
1. Vol.
Hij Fo
2864 MERCURE DE FRANCE
Forestan & Corisande.
Oui , le trépas ,,"
Avec ce que l'on aime
Est doux à recevoir.
Arcabonne.
Vous allez voir.
Florestan et Corisande chantent encore
un Duo langouteux et passionné ce qui
donne lieu au couplet suivant. Arcabonne
chante sur l'air : F'ai le coeur tendre .
C'est trop entendre
•
Ce maudit refrain ,
J'ai le coeur tendre ,
Il ine inet en train ,
C'est trop entendre
Ce maudit refrain.
Arcabonne évoque l'ombre de son frere,
et chante.
Toi , qui n'es qu'un reste de cendre ,
Oh , oh
Dans ce noir tombeau
Reçois , et sans plus attendre ,
Oh , oh
Le joli cadeau ,
Du sang que je vais répandre.
1. Vol. L'Om
DECEMBRE . 1737. 2865.
L'ombre du fond de son tombeau, aches
vant l'air :
Oh , oh , oh
Tourelouribeau.
Quel hurlement ! s'écrie Arcabonne , je
Jure , mon frere , que dans un instant vous
serez satisfait.
L'ombre paroissant.
Tu vas trahir ton serment-
Menteuse bis.
Tu vas trahir ton serment .
Menteuse en ce moment
Ne vous fâchez pas , mon frere , lui die
Arcabonne , j'ai juré , cela doit vous suffire.
L'Ombre, sur l'air : Je suis toujours prête
à danser.
Ah! tu vas trahir tes sermens
Le jour me blesse , je retombe ;
Le grand air me fait mal aux dents.
Je me trouve mieux dans ma tombe
Tu me suivras dans peu de
temps
Que je t'attens ,
C'est aux
I Vol.
C'est aux enfers que je t'attens ,
enfers que je t'attens.
bis.
Hiij Allez
2866 MERCURE DE FRANCE
Allez-y toujours devant, lui répond Arcabonne
, on lui amene Amadis , qu'elle
veut immoler à sa vangeance ; mais elle
le reconnoît aussi-tôt pour le Héros qui
lui a sauvé la vie . Les armes lui tombent
des mains. Il n'est pasjuste , dit- elle , que
je tue un homme à qui j'ai tant d'obligation,
dites- vous-même , continuë t- elle ; la récom
pense de vos services , et j'y souscris . Amadis
demande qu'on donne la clef des champs
à tous ces malheureux. Il est dans l'instant
obéi ; Florestan , Corisande et tous les
Captifs sont mis en liberté. Arcabonne
dità Amadis de le suivre : Que j'aille seul
avec vous , lui dit Amadis : Je n'ose ; allons
, marchez petitgarçon , continuë Arcabonne.
Amadis chante sur l'air : Tandis
que je dresse.
Elle veut me faire
La bonne sorciere ,
Elle eut me faire
Payer leur rançon.
Arcabonne caressant Amadis,
Le joli garçon
Il est formé pour plaire.
Amadis à part.
Elle veut me faire
Payer leur rançon,
1. Vel.
Les
DECEMBRE. 1731 2867
Les Captifs se réjouissent de sortir d'esclavage.
Le Théatre change, et represente
lå Mer. Afcalaüs dit qu'il vient de faire
encore un enchantement qui leur livre
Oriane : Vous avez eu , ma soeur , bien du
plaisir à tuer Amadis , lui dit Arcalaus.
Arcabonne soupire et lui dit ingénuëment
qu'elle a trouvé dans son ennemi même
l'objet de son amour , et qu'à sa considération
, elle a donné la liberté à tous les
Captifs : Vous avez fait là une belle besogne,
répond Arcalaus , et chante sur l'air :
J'ai peur.
II vit donc ici.
Arcabonne
Oiii. •
Arcalaus.
Il est votre ami.
Arcabonne.
Oui,
Arcalans.
L'amour aujourd'hui
Vous parle donc pour lui.
Arcabonne.
Oui.
1. Vol. Hijij Arca2868
MERCURE DE FRANCE
Arcalaüs.
O foiblesse étrange ,
Prendre ainsi le change !
Arcabonne.
Plaignez une soeur ,
Qu'un tendre amour dérange,
Arca!aus.
La main me demange ;
Il faut que je vange
Sur vous mon bonneur
Ma honte et ma douleur..
Arcabonne.
J'ai peur.
Mais , ajoute Arcabonne , je sens que la
fureur l'emporte sur l'amour ; voici ma rivale
, vous allez voir tous les tours que je vais
luijouer. Oriane paroît . Arcalais vient lui :
dire qu'il a vaincu ce vainqueur invincible
: et que puisqu'elle le hait , elle doitêtre
bien contente . Il fait venir Amadis
qui paroît mort. Oriane se désespere , et
chante le couplet suivant , sur l'air ; J'ens.
tens déja le bruit des armes .
J'entens Amadis qui m'apelle ;
Pour gage certain de ma foy ,
I. Vol. Mon
DECEMBRE 1731 2869
Mon cher , dans la nuit éternelle ,
Je me précipite avec toi.
Elle tombe évanouies-
Amadis surun gazon .
Ah ! vertubleu , que ne vient - elle
S'évanouir auprès de moi.
Arcalais et Arcabonne se réjouissent :
du désespoir de ces deux amans ; aussi -tôt
on voit sur la mer un Rocher enflamé ; et
ensuite la grande Serpente , d'où sort U
gande , avec plusieurs femmes qui sont :
avec elle . Arcalaüs chante sur l'air : Je ne
suis flateur ni menteur.
D'où part ce spectacle nouveau ??
Arcabonne.
D'un pouvoir plus grand que le nôtre.
Arcalaus.
Est-ce un serpent ? Est-ce unvaisseau ?
Non
Arcabonne.
1 , non , ce n'est ni l'un ni l'autre,
Arcalaüs
Má soeur qu'est- ce donc que cela ? ?
1 Vol. Hy Arcani.
380 MERCURE DE FRANCE
Arcabonne.
Le Magazin de l'Opera.
Urgande enchante Arcabonne , et Arcalaüs
, et désenchante Oriane et Amadis , et
les mene avec elle; après avoir rendu à Arcabonne
et à Arcalaus l'usage de leurs
sens ; Arcabonne et Arcalaüs appellent les
démons de la terre à leur secours qui
combattent contre les démons de l'air, qui
obligent ceux de la terre à leur ceder la
victoire. Arcalaüs et Arcabonne se retirent
; le Theatre change et représente
l'Arc des loyaux Amans : Urgande conduit
avec elle Oriane et Amadis qu'elle a
racommodés ensemble. Si vous voulez ,
dit Amadis et Oriane , je passerai fous
l'Arc des loyaux Amans , pour vous prouver
ma fidelité : Non , non , répond Urgande
, cela seroit trop ennuyeux , passons
vite à la Chaconne. Les loyaux Amans
forment une danse avec leurs Amantes
en parodiant la Chaconne d'Amadis . La
Piece finit par un Vaudeville , dont le refraint
est :
Ce n'est plus le temps
Des loyaux Amans.
I. Vol.
•
Les
DECEMBRE 1731. 2872
Les mêmes Comédiens représenterent
le même jour une petite Piece nouvelle
en Prose , mêlée de Fables , qui a pour
titre , La Verité Fabuliste. Elle a été trèsgoûtée.
Comme on a cessé les Représentations
de cette Piece pour y ajoûter deux
Scenes nouvelles , on en parlera plus au
Jong quand elles auront paru .
On apprend de Naples , qu'on y répresente
l'Opera de Semiramis reconnue , avec
beaucoup de succès. On représente à
Londres l'Opera de Tamerlan , en Italien,
et à Vienne on répresenta le 27 du mois
dernier , devant L. M. I. sur le Théatre
du Palais , le nouvel Opera de Demetrius ,
pour lequel on a fait beaucoup de dé
penses et qui fut universellement applaudi
.
Fermer
Résumé : Arlequin Amadis, Extrait. [titre d'après la table]
Le 27 novembre, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la parodie 'Arlequin Amadis' en un acte et en vaudevilles, écrite par les Sieurs Dominique et Romagnesi. La pièce met en scène plusieurs personnages, dont Amadis, Florestan, Arlequin, et Oriane. L'intrigue commence avec Amadis, qui explique à Florestan sa tristesse due à son amour pour Oriane, qui l'a condamné à ne plus la revoir. Florestan lui conseille de se consoler avec la gloire, mais Amadis préfère imiter la folie d'Alcide. La pièce se poursuit avec des interactions entre les personnages. Corisande et Florestan se réjouissent de se revoir. Oriane, quant à elle, se plaint de l'inconstance d'Amadis. Des guerriers apparaissent pour divertir Oriane, mais elle refuse un divertissement anonyme. Le théâtre change ensuite pour représenter une forêt où Arcabonne et Arcalaus discutent de leur mélancolie et de leur désir de vengeance contre Amadis. Arcalaus tente d'empêcher Amadis de passer un pont, mais Amadis le bat et libère Corisande. Plus tard, Arcabonne reconnaît Amadis comme le héros qui lui a sauvé la vie et le libère, ainsi que tous les captifs. Oriane, croyant Amadis mort, se désespère et tombe évanouie. Urgande intervient alors, enchante Arcabonne et Arcalaus, et désenchante Oriane et Amadis, les réunissant finalement. La pièce se termine par une danse parodique de la Chaconne d'Amadis et un vaudeville. Le même jour, les comédiens ont également représenté une petite pièce en prose mêlée de fables intitulée 'La Vérité Fabuliste', très appréciée du public. Par ailleurs, le texte mentionne des représentations d'opéras dans différentes villes européennes. À Naples, l'opéra 'Semiramis reconnue' rencontre un grand succès. À Londres, 'Tamerlan' est joué en italien. À Vienne, l'opéra 'Demetrius' est représenté le 27 du mois précédent devant Sa Majesté Impériale au théâtre du Palais. Cette production a nécessité des dépenses considérables et a été acclamée par le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 371-373
« Les Comédiens François ont donné sur la fin de ce [...] »
Début :
Les Comédiens François ont donné sur la fin de ce [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Académie royale de musique, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont donné sur la fin de ce [...] »
Les Comédiens François ont donné sur
la fin de ce mois plusieurs Représentations de la Tontine ; petite Piece d'un Acte , fort bien écrite et dont le sujet est
assez plaisant. Un Médecin fondé de
grandes esperances d'un revenu consideHiiij table
372 MERCURE DE FRANCE
rable par le choix qu'il a fait d'un homme fort et robuste , sur la tête duquel il
a mis à la Tontine ; et qu'il prétend faire
vivre au moins cent ans , par le regime
qu'il lui fait observer, et par les autres secours de son Art.
Les mêmes Comédiens donneront avant
la fin de l'Hyver , la Tragedie d'Eriphile ,
de M. de Voltaire.
Ils ont remis au Théatre , depuis peu ,
la Tragédie d'Agrippa , ou le Faux Tiberinus , de M.Quinault, dont les Représentations font beaucoup de plaisir par l'art
admirable dont cette Piece est écrite et
conduite. Elle est aussi fort bien représentée. Le sieur de Grandval y remplit le
principal Rôle , et le sieur Sarrasin celui
de Tirene. La Dile Dufresne joue celui de
la Princesse , avec beaucoup d'intelligence , de feu et de précision.
Le 9 Février , les Comédiens Italiens
donnerent une petite Piece nouvelle, d'un
Acte en Vers,, avec des Divertissemens
intitulée La Critique , précédée d'un Prologue , qui a pour titre, l'Auteur Superstitieux. Ces deux Piéces sont de la composition de M. de Boissy , et ont été reçuës
. très favorablement du Public. Nous en
parlerons plus au long.
-
Le
FEVRIER 1732. 373
Le 12 Février , l'Académie Royale de
Musique , donna sur le Théatre de l'Ope
ra, le Divertissement qui avoit été représenté à la Cour , le 28 Janvier , on y a
joué l'Acte de l'Amour Saltinbanque , du
Balet des Fêtes Venitiennes , qui a été suivi des trois autres Actes , qui avoient été
joüez en présence de leurs Majestez. Ce
Divertissement a attiré de nombreuses assemblées , et a été parfaitement bien exécuté. La Dile Camargo a dansé un Tambourin à la fin de l'Acte du Bal , avec la
brillante vivacité , que tout le monde lui
connoît.
On donna les deux derniers jours de
Carnaval , le même Balet , qui fut suivi
du Divertissement de Pourceaugnac , deM.
de Lully ; Piece tres convenable au temps
qu'on l'a donnée , et dans lequel le sieur
Tribou , met autant de vivacité que de
gayeté.
1
Le Février , l'ouverture de la Foire
S. Germain fut faite par le Lieutenant General de Police, en la maniere accoutumée.
la fin de ce mois plusieurs Représentations de la Tontine ; petite Piece d'un Acte , fort bien écrite et dont le sujet est
assez plaisant. Un Médecin fondé de
grandes esperances d'un revenu consideHiiij table
372 MERCURE DE FRANCE
rable par le choix qu'il a fait d'un homme fort et robuste , sur la tête duquel il
a mis à la Tontine ; et qu'il prétend faire
vivre au moins cent ans , par le regime
qu'il lui fait observer, et par les autres secours de son Art.
Les mêmes Comédiens donneront avant
la fin de l'Hyver , la Tragedie d'Eriphile ,
de M. de Voltaire.
Ils ont remis au Théatre , depuis peu ,
la Tragédie d'Agrippa , ou le Faux Tiberinus , de M.Quinault, dont les Représentations font beaucoup de plaisir par l'art
admirable dont cette Piece est écrite et
conduite. Elle est aussi fort bien représentée. Le sieur de Grandval y remplit le
principal Rôle , et le sieur Sarrasin celui
de Tirene. La Dile Dufresne joue celui de
la Princesse , avec beaucoup d'intelligence , de feu et de précision.
Le 9 Février , les Comédiens Italiens
donnerent une petite Piece nouvelle, d'un
Acte en Vers,, avec des Divertissemens
intitulée La Critique , précédée d'un Prologue , qui a pour titre, l'Auteur Superstitieux. Ces deux Piéces sont de la composition de M. de Boissy , et ont été reçuës
. très favorablement du Public. Nous en
parlerons plus au long.
-
Le
FEVRIER 1732. 373
Le 12 Février , l'Académie Royale de
Musique , donna sur le Théatre de l'Ope
ra, le Divertissement qui avoit été représenté à la Cour , le 28 Janvier , on y a
joué l'Acte de l'Amour Saltinbanque , du
Balet des Fêtes Venitiennes , qui a été suivi des trois autres Actes , qui avoient été
joüez en présence de leurs Majestez. Ce
Divertissement a attiré de nombreuses assemblées , et a été parfaitement bien exécuté. La Dile Camargo a dansé un Tambourin à la fin de l'Acte du Bal , avec la
brillante vivacité , que tout le monde lui
connoît.
On donna les deux derniers jours de
Carnaval , le même Balet , qui fut suivi
du Divertissement de Pourceaugnac , deM.
de Lully ; Piece tres convenable au temps
qu'on l'a donnée , et dans lequel le sieur
Tribou , met autant de vivacité que de
gayeté.
1
Le Février , l'ouverture de la Foire
S. Germain fut faite par le Lieutenant General de Police, en la maniere accoutumée.
Fermer
Résumé : « Les Comédiens François ont donné sur la fin de ce [...] »
En février 1732, les Comédiens Français ont présenté 'La Tontine', une pièce en un acte relatant l'histoire d'un médecin cherchant à obtenir un revenu en choisissant un homme robuste pour une tontine. Ils prévoient également de jouer 'Ériphile' de Voltaire et ont remis en scène 'Agrippa, ou le Faux Tibérinus' de Quinault, avec les acteurs Grandval, Sarrasin et Dufresne. Le 9 février, les Comédiens Italiens ont présenté 'La Critique' et 'L'Auteur Superstitieux' de Boissy, bien accueillis par le public. Le 12 février, l'Académie Royale de Musique a donné un divertissement à l'Opéra incluant 'L'Amour Saltimbanque' et le ballet 'Les Fêtes Vénitiennes', avec une performance remarquée de la demoiselle Camargo. Les derniers jours du carnaval, 'Les Fêtes Vénitiennes' ont été suivis de 'Le Bourgeois Gentilhomme' de Lully, interprété par le sieur Tribou. La foire Saint-Germain a été ouverte le 1er février par le Lieutenant Général de Police.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 525-534
La Critique, Comédie, &c. [titre d'après la table]
Début :
LA CRITIQUE, Comédie de M. de Boissi, représentée pour la [...]
Mots clefs :
Critique, Comédie, Comédiens-Italiens, Prologue, Faiblesses superstitieuses, Apollon, Chrisante
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Critique, Comédie, &c. [titre d'après la table]
LA CRITIQUE, Comédie de M. de
Boissi , représentée pour la premiere fois
par les Comédiens Italiens le 9. Fevrier
1732. A Paris, chez P. Prault , Quay de
Gesures, 1732. prix 24. sols.
Nous croyons que cette Piece sera luë
avec
26 MERCURE DE FRANCE
avec autant de plaisir qu'on en a vû les
Représentations. Elle est pleine d'esprit
et bien versifiée ; mais comme ce n'est
pas une Comédie réguliere , et que beau
coup de Scenes pourroient s'en détacher
aisément , sans nuire au progrès de l'action , nous n'en donnerons pas un Extrait
bien regulier , quoiqu'il y ait de quoi en
faire un fort long , si nous voulions y
faire entrer tout ce qui a été applaudi.
Cette Piece est precédée d'un Prologue
intitulé , L'Auteur Superstitieux. Dans la
Représentation , le sieur Romagnesi ,
sous le nom de Clitandre , entre très- bien
dans ce caractere. Il dit à son ami Damon
qui combat ses foiblesses superstitieuses.
L'Interêt , la gloire avec l'Amour ;
Ils m'occupent tous trois , et dans ce même jour,
Onjuge mon affaire , on doit jouer ma Piece ,
Et je suis sur le point d'épouser ma Maîtresse....
Tous mes sens sont émus d'une façon terrible.
Pour l'interêt , amis , je suis très -peu sensible.
Si je perds mon procès , comme je le crois fort ,
Je m'en consolerai sans faire un grand effort.
Pour l'Amour et la gloire il n'en est pas de même,
Tous deux mé font sentir leur ascendant suprême ,
Tous deux d'un feu pareil enflâment mon desir ,
Et sont enmême temps ma peine et mon plaisir.
Dans
7
MARS. 1732. 527
Dans mes sens agitez leur cruelle puissance ,
Fait succeder la peur sans cesse à l'esperance.
Plaire à l'objet que j'aime, et mevoir son époux
Offreà moncœur sensible un triomphe bien doux;
Mais la crainte de perdre un bien si plein de
charmes,
Y porte au même instant les plus vives allarmes.
Par un brillant Ouvrage assembler tout Paris ,
Réunir tous les goûts, charmer tous les esprits ,
Malgré tous les efforts que tente la Critique ,
Captiver par son Art l'attention publique ,
Forcer deux mille mains d'applaudir à la fois ,
Et s'entendre loüer d'une commune voix ,
Presente à mon esprit la plus haute victoire
D'un Guerrier qui triomphe on égale la gloire :
Mais si l'honneur est grand le revers est affreux;
DuParterre indigné , les cris tumultueux,
Sa fureur qui maudit et l'Auteur et l'Ouvrage ,
La tristesse et l'ennui peints sur chaque visage,
Tous les brocards malins qu'on vous donne en
1
:
sortant ,
Et votre nom en butte au mépris éclatant.
Le desert qui succede à la foule écartée ,
Accablent à leur tour mon ame épouventée ;
Je crains de deux côtez d'avoir un sort fâcheux ,
D'être Amant traversé comme Auteur malheu reux.
Il ajoûte en répondant à Damon.
Tout
28, MERCURE DE FRANCE
Tout ce que vous direz ne servira de rien ;
Et pour finir le cours d'un pareil entretien ,
Né superstitieux , je ne suis pas mon Maître ,
Je pense commevous qu'il est honteux de l'être.
Ma raison me le dit , mais elle perd ses soins ;
J'en sens le ridicule et ne le suis pas moins.
Contre les préjugez en vain on se rebelle ,
Lasuperstition à l'homme est naturelle ,
Et le hazard malin pour la fortifier >
Se plaît incessamment à la justifier.
Je l'ai trop éprouvé dans plus d'une occurrence
La raison ne tient pas contre l'experience;
Et votre cœur peut- être auroit le même effroi ,
Si vous étiez, Monsieur, sur le point comme moi,
D'attirer du Public la loüange ou le blâme ,
De perdre ou d'obtenir l'objet de votre flame.
La Scene du Prologue se passe chezClitandre.
Les Acteurs de la Piece , dont la Scene
est au Parnasse , sont Apollon , Thalie ,
la Critique.Un Auteur satyrique , le sieur
Dominique, Chrisante, homme singulier,
le sieur Romagnesi. La Médisance , la
Dlle Sylvia. Le Vaudeville , le sieur Thévenot. Coxesus, Arlequin.La Contredanse,
le Tambourin , le Menuet , &c.
Apollon et Thalie ouvrent la Scene ;
la Muse commence ainsi.
Seigneur,
MARS. 1732 5299
Seigneur , malgré la brigue et la clameur pu
blique , 1
Parmi les doctes Sœurs vous venez de placer
La juste et la saine Critique.
Elle vient s'établir dans l'Etat Poëtique,
Pour y maintenir l'ordre et pour le policer.
Je ne sçaurois, pour moi qui préside au Comique,
Et qui tiens de ses traits mon plus grand agré ment ,
Donner à votre choix trop d'applaudissement.
Quel bonheur de la voir gouverner le Parnasse
Elle qui par le vrai se regle uniquement ,
Et ne fait à personne injustice ni grace,
Apollon.
Dans le monde on a d'elle une autre opinion
Par un injuste effet de la prévention
De tout le Genre humain on la croit l'ennemie
On croit que sans égard et sans distinction ,
Elle condamne tout par une basse envie.
Pour détruire les faux Portraits ,
Qu'a fait d'elle en tous lieux la noire calomnie ,
Il faut aux yeux de tous qu'elle se justifie ,
Et dévoile an grand jour ses veritables traits.
Chacun viendra lui rendre hommage
Et la feliciter sur ses honneurs nouveaux ;
Elle doit faire voir que son goût toûjours sage,
Scait approuver le vrai , comme blâmer le faux;
Qu'elle
530 MERCURE DE FRANCE
Qu'elle reprend sans fiel , et que son badinage ,
Sans blesser la personne , attaque les deffauts ;
Elle ne prétend plus sur tout qu'on la confonde ,
Avec la Satyre , sa sœur ,
Qui sous son nom , s'affichant dans le
monde ,
Lui fair partager sa nóirceur ;
Elle sent trop qu'il est de son honneur,
De démasquer cette même Satyre ,
Qui dans sa maligne fureur
Ne reprend point par le désir d'instruire ,
Mais par le noir plaisir qu'elle prend à médire
Et de désavoüer tous ces Auteurs obscurs
Dont la plume anonyme,
Jusques sur la vertu , répand ses traits impurs
Et qu'inspire en secret , sa scœur illégitime.
t Je dois moi-même les punir ,
.Et pour jamais bannir
Cette engeance coupable ,
Pour la gloire de l'Art qu'elle rend méprisable,
Dans la troisiéme Scene , Chrisante
s'applaudit d'un ouvrage qu'il a entrepris ; c'est la Critique du Public. Ce Tableau présenté au Public lui - même ,
sous les traits les plus ressemblans , est un
morceau
MARS. 17320 535
morceau que nous n'avons pas cru devoir
ometre.
Apollon.
mais voudriez- vous bien Le projet est nouveau ,
Me détailler et m'apprendre
Ce que dans le Public vous trouvez à reprendre
Soit dans ses actions , ou dans son entretien ?
Chrisante.
Mille travers , mille bévuës ,
Son gout pour le Clinquant , dont il est le sou tien ,
Et pour la nouveauté qu'il porte jusqu'aux nuës,
Ou qu'il met au dessous du rien ;
Carjamais il ne garde un milieu raisonnable
Chez lui tout est divin , ou tout est misérable.
Sa fureur pour la mode et pour tout Charlatan 7
Tous les usages foux dont il est partisan ,
Toutes ses politesses fades ,
Ses visites , ses embrassades ,
Et ses saluts du premier jour de l'an,
Du Carnaval ses Mascarades ,
Du Mardy Gras son transport Calotin ,
Et son air sot le lendemain ;
Son exercice aux Thuileries',
Ses caracols , ses lorgneries ;
'Aux Spectacles , ses flots , ses vertiges frequens ,
Ses battemens de mains donnez à contre- temps :
£ Tous
32 MERCURE DE FRANCE
Toutes ses moucheries ,
Ses baillemens , ses crachemens
Aux endroits les plus beaux , les plus interes sans ;
Son ridicule étrange
De recevoir avidement
La plus insipide louange ,
d'applaudir toujours le banal compliment ;
Qu'on lui retourne incessament ;
Sa rage opiniatre ,
De crier presqu'à tout moment ,
Place aux Dames , place au Théatre;
Parlez plus haut ; l'habit noir , chapeau bas ♬
Paix , Monsieur l'Abbé , haut les bras ;
Annoncez ; bis , la Capriole,
Et pour tout dire , enfin , l'insupportable Rôle
Qu'il fair , dès qu'au Parterre il se trouve pressé ,
Ce qui révolte l'ame , et fait hausser l'épaule
A tout homme de gout , છેà. tout homme sensé,
Apollon.
Vous peignez là la multitude ,
Mere du tumulte et du bruit ,
Que n'arrête aucun frein , que l'exemple séduit
Qu'entraîne la coutume , ou l'aveugle habitude
Et non le vrai Public que la raison conduit ,
?
D'où part ce grand corps de lumiere ,
Qui me guide moi - même , et sans cesse m³é—
Claire Ce
MARS. 17320 333
Ce Public, en un mot , avec choix assemblé
Tel qu'on le voit paroître
Aux yeux d'un Théatre réglé.
Quand il écoute en Sage , et qu'il prononce es
Maître
Ses Arrêts qui le font si dignement connoître,
Et dont nul , avant vous , n'a jamais appellé.
Pour mettre le Lecteur en état de juger
du Dialoguede cette Piece , voici le commencement de la 6* Scene , entre la Critique et la Médisance.
Madame , je prens part , comme votre parenté
A votre fortune éclatante.
La Critique.
Pardon, j'ai de la peine à remettre vos traits
J'ai beau vous regarder de près.
La Médisance.
J'ai poutant avec vous assez de ressemblance
La Critique ne devroit pas
Méconnoître la Médisance.
Et de moi dans le monde on fait assez de cas ;
Pour m'avouer d'abord sans nulle repugnance.
La Critique.
Si je vous méconnois , il n'est pas surprenant;
Le chemin que je tiens , est different du vôtre ;
Fij La
$ 34 MERCURE DE FRANCE
La Raison et le Vrai , me guident constam
ment,
Et vous plaisés le plus souvent ,
Aux dépens de l'un et de l'autre , &c.
Les dernieres Scenes se passent entre la
Critique , le Vaudeville , la Contredanse ,
le Menuet , &c. et la Piéce finit par un
diverti
Boissi , représentée pour la premiere fois
par les Comédiens Italiens le 9. Fevrier
1732. A Paris, chez P. Prault , Quay de
Gesures, 1732. prix 24. sols.
Nous croyons que cette Piece sera luë
avec
26 MERCURE DE FRANCE
avec autant de plaisir qu'on en a vû les
Représentations. Elle est pleine d'esprit
et bien versifiée ; mais comme ce n'est
pas une Comédie réguliere , et que beau
coup de Scenes pourroient s'en détacher
aisément , sans nuire au progrès de l'action , nous n'en donnerons pas un Extrait
bien regulier , quoiqu'il y ait de quoi en
faire un fort long , si nous voulions y
faire entrer tout ce qui a été applaudi.
Cette Piece est precédée d'un Prologue
intitulé , L'Auteur Superstitieux. Dans la
Représentation , le sieur Romagnesi ,
sous le nom de Clitandre , entre très- bien
dans ce caractere. Il dit à son ami Damon
qui combat ses foiblesses superstitieuses.
L'Interêt , la gloire avec l'Amour ;
Ils m'occupent tous trois , et dans ce même jour,
Onjuge mon affaire , on doit jouer ma Piece ,
Et je suis sur le point d'épouser ma Maîtresse....
Tous mes sens sont émus d'une façon terrible.
Pour l'interêt , amis , je suis très -peu sensible.
Si je perds mon procès , comme je le crois fort ,
Je m'en consolerai sans faire un grand effort.
Pour l'Amour et la gloire il n'en est pas de même,
Tous deux mé font sentir leur ascendant suprême ,
Tous deux d'un feu pareil enflâment mon desir ,
Et sont enmême temps ma peine et mon plaisir.
Dans
7
MARS. 1732. 527
Dans mes sens agitez leur cruelle puissance ,
Fait succeder la peur sans cesse à l'esperance.
Plaire à l'objet que j'aime, et mevoir son époux
Offreà moncœur sensible un triomphe bien doux;
Mais la crainte de perdre un bien si plein de
charmes,
Y porte au même instant les plus vives allarmes.
Par un brillant Ouvrage assembler tout Paris ,
Réunir tous les goûts, charmer tous les esprits ,
Malgré tous les efforts que tente la Critique ,
Captiver par son Art l'attention publique ,
Forcer deux mille mains d'applaudir à la fois ,
Et s'entendre loüer d'une commune voix ,
Presente à mon esprit la plus haute victoire
D'un Guerrier qui triomphe on égale la gloire :
Mais si l'honneur est grand le revers est affreux;
DuParterre indigné , les cris tumultueux,
Sa fureur qui maudit et l'Auteur et l'Ouvrage ,
La tristesse et l'ennui peints sur chaque visage,
Tous les brocards malins qu'on vous donne en
1
:
sortant ,
Et votre nom en butte au mépris éclatant.
Le desert qui succede à la foule écartée ,
Accablent à leur tour mon ame épouventée ;
Je crains de deux côtez d'avoir un sort fâcheux ,
D'être Amant traversé comme Auteur malheu reux.
Il ajoûte en répondant à Damon.
Tout
28, MERCURE DE FRANCE
Tout ce que vous direz ne servira de rien ;
Et pour finir le cours d'un pareil entretien ,
Né superstitieux , je ne suis pas mon Maître ,
Je pense commevous qu'il est honteux de l'être.
Ma raison me le dit , mais elle perd ses soins ;
J'en sens le ridicule et ne le suis pas moins.
Contre les préjugez en vain on se rebelle ,
Lasuperstition à l'homme est naturelle ,
Et le hazard malin pour la fortifier >
Se plaît incessamment à la justifier.
Je l'ai trop éprouvé dans plus d'une occurrence
La raison ne tient pas contre l'experience;
Et votre cœur peut- être auroit le même effroi ,
Si vous étiez, Monsieur, sur le point comme moi,
D'attirer du Public la loüange ou le blâme ,
De perdre ou d'obtenir l'objet de votre flame.
La Scene du Prologue se passe chezClitandre.
Les Acteurs de la Piece , dont la Scene
est au Parnasse , sont Apollon , Thalie ,
la Critique.Un Auteur satyrique , le sieur
Dominique, Chrisante, homme singulier,
le sieur Romagnesi. La Médisance , la
Dlle Sylvia. Le Vaudeville , le sieur Thévenot. Coxesus, Arlequin.La Contredanse,
le Tambourin , le Menuet , &c.
Apollon et Thalie ouvrent la Scene ;
la Muse commence ainsi.
Seigneur,
MARS. 1732 5299
Seigneur , malgré la brigue et la clameur pu
blique , 1
Parmi les doctes Sœurs vous venez de placer
La juste et la saine Critique.
Elle vient s'établir dans l'Etat Poëtique,
Pour y maintenir l'ordre et pour le policer.
Je ne sçaurois, pour moi qui préside au Comique,
Et qui tiens de ses traits mon plus grand agré ment ,
Donner à votre choix trop d'applaudissement.
Quel bonheur de la voir gouverner le Parnasse
Elle qui par le vrai se regle uniquement ,
Et ne fait à personne injustice ni grace,
Apollon.
Dans le monde on a d'elle une autre opinion
Par un injuste effet de la prévention
De tout le Genre humain on la croit l'ennemie
On croit que sans égard et sans distinction ,
Elle condamne tout par une basse envie.
Pour détruire les faux Portraits ,
Qu'a fait d'elle en tous lieux la noire calomnie ,
Il faut aux yeux de tous qu'elle se justifie ,
Et dévoile an grand jour ses veritables traits.
Chacun viendra lui rendre hommage
Et la feliciter sur ses honneurs nouveaux ;
Elle doit faire voir que son goût toûjours sage,
Scait approuver le vrai , comme blâmer le faux;
Qu'elle
530 MERCURE DE FRANCE
Qu'elle reprend sans fiel , et que son badinage ,
Sans blesser la personne , attaque les deffauts ;
Elle ne prétend plus sur tout qu'on la confonde ,
Avec la Satyre , sa sœur ,
Qui sous son nom , s'affichant dans le
monde ,
Lui fair partager sa nóirceur ;
Elle sent trop qu'il est de son honneur,
De démasquer cette même Satyre ,
Qui dans sa maligne fureur
Ne reprend point par le désir d'instruire ,
Mais par le noir plaisir qu'elle prend à médire
Et de désavoüer tous ces Auteurs obscurs
Dont la plume anonyme,
Jusques sur la vertu , répand ses traits impurs
Et qu'inspire en secret , sa scœur illégitime.
t Je dois moi-même les punir ,
.Et pour jamais bannir
Cette engeance coupable ,
Pour la gloire de l'Art qu'elle rend méprisable,
Dans la troisiéme Scene , Chrisante
s'applaudit d'un ouvrage qu'il a entrepris ; c'est la Critique du Public. Ce Tableau présenté au Public lui - même ,
sous les traits les plus ressemblans , est un
morceau
MARS. 17320 535
morceau que nous n'avons pas cru devoir
ometre.
Apollon.
mais voudriez- vous bien Le projet est nouveau ,
Me détailler et m'apprendre
Ce que dans le Public vous trouvez à reprendre
Soit dans ses actions , ou dans son entretien ?
Chrisante.
Mille travers , mille bévuës ,
Son gout pour le Clinquant , dont il est le sou tien ,
Et pour la nouveauté qu'il porte jusqu'aux nuës,
Ou qu'il met au dessous du rien ;
Carjamais il ne garde un milieu raisonnable
Chez lui tout est divin , ou tout est misérable.
Sa fureur pour la mode et pour tout Charlatan 7
Tous les usages foux dont il est partisan ,
Toutes ses politesses fades ,
Ses visites , ses embrassades ,
Et ses saluts du premier jour de l'an,
Du Carnaval ses Mascarades ,
Du Mardy Gras son transport Calotin ,
Et son air sot le lendemain ;
Son exercice aux Thuileries',
Ses caracols , ses lorgneries ;
'Aux Spectacles , ses flots , ses vertiges frequens ,
Ses battemens de mains donnez à contre- temps :
£ Tous
32 MERCURE DE FRANCE
Toutes ses moucheries ,
Ses baillemens , ses crachemens
Aux endroits les plus beaux , les plus interes sans ;
Son ridicule étrange
De recevoir avidement
La plus insipide louange ,
d'applaudir toujours le banal compliment ;
Qu'on lui retourne incessament ;
Sa rage opiniatre ,
De crier presqu'à tout moment ,
Place aux Dames , place au Théatre;
Parlez plus haut ; l'habit noir , chapeau bas ♬
Paix , Monsieur l'Abbé , haut les bras ;
Annoncez ; bis , la Capriole,
Et pour tout dire , enfin , l'insupportable Rôle
Qu'il fair , dès qu'au Parterre il se trouve pressé ,
Ce qui révolte l'ame , et fait hausser l'épaule
A tout homme de gout , છેà. tout homme sensé,
Apollon.
Vous peignez là la multitude ,
Mere du tumulte et du bruit ,
Que n'arrête aucun frein , que l'exemple séduit
Qu'entraîne la coutume , ou l'aveugle habitude
Et non le vrai Public que la raison conduit ,
?
D'où part ce grand corps de lumiere ,
Qui me guide moi - même , et sans cesse m³é—
Claire Ce
MARS. 17320 333
Ce Public, en un mot , avec choix assemblé
Tel qu'on le voit paroître
Aux yeux d'un Théatre réglé.
Quand il écoute en Sage , et qu'il prononce es
Maître
Ses Arrêts qui le font si dignement connoître,
Et dont nul , avant vous , n'a jamais appellé.
Pour mettre le Lecteur en état de juger
du Dialoguede cette Piece , voici le commencement de la 6* Scene , entre la Critique et la Médisance.
Madame , je prens part , comme votre parenté
A votre fortune éclatante.
La Critique.
Pardon, j'ai de la peine à remettre vos traits
J'ai beau vous regarder de près.
La Médisance.
J'ai poutant avec vous assez de ressemblance
La Critique ne devroit pas
Méconnoître la Médisance.
Et de moi dans le monde on fait assez de cas ;
Pour m'avouer d'abord sans nulle repugnance.
La Critique.
Si je vous méconnois , il n'est pas surprenant;
Le chemin que je tiens , est different du vôtre ;
Fij La
$ 34 MERCURE DE FRANCE
La Raison et le Vrai , me guident constam
ment,
Et vous plaisés le plus souvent ,
Aux dépens de l'un et de l'autre , &c.
Les dernieres Scenes se passent entre la
Critique , le Vaudeville , la Contredanse ,
le Menuet , &c. et la Piéce finit par un
diverti
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Résumé : La Critique, Comédie, &c. [titre d'après la table]
La pièce 'La Critique' de M. de Boissi a été représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens le 9 février 1732 à Paris. Cette comédie est décrite comme pleine d'esprit et bien versifiée, mais elle ne suit pas une structure régulière. Le texte mentionne un prologue intitulé 'L'Auteur Superstitieux', dans lequel le personnage Clitandre, interprété par le sieur Romagnesi, exprime ses angoisses avant la représentation de sa pièce et son mariage imminent. Il parle de ses craintes concernant le jugement du public, l'amour et la gloire. La scène principale se déroule au Parnasse et met en scène plusieurs personnages, dont Apollon, Thalie, la Critique, et divers autres acteurs. Apollon et Thalie discutent de l'importance de la Critique, qui doit maintenir l'ordre et la justice dans le domaine poétique. La Critique se défend contre les préjugés qui la présentent comme une ennemie, affirmant qu'elle juge avec sagesse et sans partialité. Chrisante critique le public pour ses travers et ses comportements ridicules, comme son goût pour la mode, ses politesses excessives, et ses réactions exagérées lors des spectacles. Apollon distingue ce public superficiel du véritable public guidé par la raison. La pièce se termine par une interaction entre la Critique et la Médisance, où la Critique affirme qu'elle est guidée par la raison et la vérité, contrairement à la Médisance. Les dernières scènes impliquent la Critique, le Vaudeville, la Contredanse, et le Menuet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 601-602
« Le 9 de ce mois, les Députez des Etats d'Artois [...] »
Début :
Le 9 de ce mois, les Députez des Etats d'Artois [...]
Mots clefs :
Princesse de Conti, Audience du roi, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 9 de ce mois, les Députez des Etats d'Artois [...] »
RANCE,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &C.
E 9 de ce mois , les Députez des Etats
d'Artois eurent audiance du Roy ,
étant présentés par le Duc d'Elbeuf, Gouverneur de la Province , et par M. d'Angervilliers , Ministre et Secretaire d'Etat.
Ils y furent conduits en la maniere accoutumée , par le Grand-Maître et le Maî
tre des Cérémonies. La Députation étoit
composée de l'Abbé de Ruissauvaille
pour le Clergé , qui porta la parole ; du
Comte de Louvignies pour la Noblesse
et de M. Henin , Echevin de la Ville
d'Arras pour le Tiers Etat.
La Princesse de Conti , seconde Douairiere, ayant demandé par son Testament
d'être enterrée sans aucune des Cérémo
nies qui s'observent après la mort des Princesses du Sang, son corps qui avoit été embaumé le 22 de Fév. ne fut exposé dans
son Hôtel que le 28. Ce jour-là , vers les
9 heures du soir , il fut porté en Carosse
à
602 MERCURE DE FRANCE
à l'Eglise de S. André des Arcs , et il furt
presenté au Curé par l'Evêque de Leitoure qui étoit accompagné du Curé de
la Paroisse de S. Sulpice. La Princesse de
de Conty , troisiéme Doüairiere , accòmpagnée de la Princesse de Conty, sa bellefille , de la Princesse de Lambesc , et de
la Princesse de Lixin , menoit le Deüil.
Après les Prieres ordinaires , le Corps de
la Princesse de Conty fut mis dans le
Caveau où est le Corps du Prince son
Epoux.
Le Marquis de Vaugrenant , que le
Roi a nommé son Ambassadeur auprès
du Roy de Sardaigne , prit congé de
S. M. le 18. de ce mois , et il partira incessamment pour se rendre à Turin.
Le Roy a donné le Gouvernement de
Boüay au Comte de Beauvau , Chevalier des Ordres de S. M. Lieutenant General de ses Armées , et Directeur General de Cavalerie , et celui des Iles de
sainte Marguerite et de S. Honorat , au
Marquis de Dreux , Grand-Maître des
Ceremonies de France , et Lieutenant
General des Armées du Roy.
Le premier Mars , les Comédiens ItaHens représenterent à la Cour la Double
In-
MARS. 17328 63
Inconstance , et la petite Piece nouvelle
de la Critique.
Le 8. Le Prince Travesti , et la Veuve
Coquette.
Le 15. La Piéce nouvelle du Triomphe
de l'Amour, et Agnès de Chaillot.
+
Le 22: Démocrite , prétendu Fon , et le
Retour de Tendresse.
Le Mardy 4. les Comédiens François
représenterent à la Cour , Espritfolet, et
l'Esprit de contradiction.
Le 6. Les Ménechmes , et le Deuil.
Le 11. Agrippa , ou le Faux Tiberinus,
et Crispin , Rival de son Maître.
Le 13. Le Flateur , et le Mariageforce".
Le 18. Phedre et Hyppolite, et la Comtesse d'Escarbagnas.
Le 20. La Réconciliation Normande , et
La Tontine.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &C.
E 9 de ce mois , les Députez des Etats
d'Artois eurent audiance du Roy ,
étant présentés par le Duc d'Elbeuf, Gouverneur de la Province , et par M. d'Angervilliers , Ministre et Secretaire d'Etat.
Ils y furent conduits en la maniere accoutumée , par le Grand-Maître et le Maî
tre des Cérémonies. La Députation étoit
composée de l'Abbé de Ruissauvaille
pour le Clergé , qui porta la parole ; du
Comte de Louvignies pour la Noblesse
et de M. Henin , Echevin de la Ville
d'Arras pour le Tiers Etat.
La Princesse de Conti , seconde Douairiere, ayant demandé par son Testament
d'être enterrée sans aucune des Cérémo
nies qui s'observent après la mort des Princesses du Sang, son corps qui avoit été embaumé le 22 de Fév. ne fut exposé dans
son Hôtel que le 28. Ce jour-là , vers les
9 heures du soir , il fut porté en Carosse
à
602 MERCURE DE FRANCE
à l'Eglise de S. André des Arcs , et il furt
presenté au Curé par l'Evêque de Leitoure qui étoit accompagné du Curé de
la Paroisse de S. Sulpice. La Princesse de
de Conty , troisiéme Doüairiere , accòmpagnée de la Princesse de Conty, sa bellefille , de la Princesse de Lambesc , et de
la Princesse de Lixin , menoit le Deüil.
Après les Prieres ordinaires , le Corps de
la Princesse de Conty fut mis dans le
Caveau où est le Corps du Prince son
Epoux.
Le Marquis de Vaugrenant , que le
Roi a nommé son Ambassadeur auprès
du Roy de Sardaigne , prit congé de
S. M. le 18. de ce mois , et il partira incessamment pour se rendre à Turin.
Le Roy a donné le Gouvernement de
Boüay au Comte de Beauvau , Chevalier des Ordres de S. M. Lieutenant General de ses Armées , et Directeur General de Cavalerie , et celui des Iles de
sainte Marguerite et de S. Honorat , au
Marquis de Dreux , Grand-Maître des
Ceremonies de France , et Lieutenant
General des Armées du Roy.
Le premier Mars , les Comédiens ItaHens représenterent à la Cour la Double
In-
MARS. 17328 63
Inconstance , et la petite Piece nouvelle
de la Critique.
Le 8. Le Prince Travesti , et la Veuve
Coquette.
Le 15. La Piéce nouvelle du Triomphe
de l'Amour, et Agnès de Chaillot.
+
Le 22: Démocrite , prétendu Fon , et le
Retour de Tendresse.
Le Mardy 4. les Comédiens François
représenterent à la Cour , Espritfolet, et
l'Esprit de contradiction.
Le 6. Les Ménechmes , et le Deuil.
Le 11. Agrippa , ou le Faux Tiberinus,
et Crispin , Rival de son Maître.
Le 13. Le Flateur , et le Mariageforce".
Le 18. Phedre et Hyppolite, et la Comtesse d'Escarbagnas.
Le 20. La Réconciliation Normande , et
La Tontine.
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Résumé : « Le 9 de ce mois, les Députez des Etats d'Artois [...] »
Le 9 mars, les députés des États d'Artois furent reçus par le roi, accompagnés par le duc d'Elbeuf et M. d'Angervilliers. La délégation incluait l'abbé de Ruissauvaille pour le clergé, le comte de Louvignies pour la noblesse, et M. Henin pour le tiers état. La princesse de Conti, seconde douairière, avait demandé à être enterrée sans cérémonies. Son corps, embaumé le 22 février, fut exposé le 28 mars et transporté à l'église de Saint-André-des-Arts. La princesse de Conti, troisième douairière, mena le deuil, accompagnée de plusieurs princesses. Après les prières, le corps fut placé dans le caveau où reposait son époux. Le marquis de Vaugrenant, nommé ambassadeur auprès du roi de Sardaigne, prit congé le 18 mars et partit pour Turin. Le roi attribua le gouvernement de Bouay au comte de Beauvau et celui des îles de Sainte-Marguerite et de Saint-Honorat au marquis de Dreux. En mars, les comédiens italiens représentèrent plusieurs pièces à la cour, dont 'La Double Inconstance' et 'La Critique'. Les comédiens français jouèrent également diverses pièces, comme 'Espritfolet', 'Les Ménechmes', 'Phedre et Hyppolite', et 'La Réconciliation Normande'.
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23
p. 778-782
Le Triomphe de l'Amour, Piece nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens Italiens donnerent le 12 Mars, la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Triomphe de l'Amour, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Triomphe de l'Amour, Piece nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Les Comédiens. Italiens donnerent le
12 Mars , la premiere Représentation ‹
d'une Comédie en trois Actes , en Prose,
intitulée : Le Triomphe de l'Amour; cette
Piéce n'a pas eu le succès qu'elle méritoit;
c'est une des mieux intriguées qui soient
sorties de la plume de M. de Marivaux :
voicy un Argument qui doit tenir lieu d'Extrait.
Une
AVRIL. 1732. 779
Une jeune Princesse ,
amoureuse d'un
Prince opprimé , auquel un Philosophe
a donné un azyle chez lui , pour le dérober au péril qui menaceroit sa vie, sil
la passoit dans l'éclat qui convient à sa
naissance , se travestit en homme , pour s'introduire chez Hermocratè, ( c'est le nom
du Philosophe qui l'a élevé chez lui dès
sa plus tendre enfance. ) Ce Philosophe a
une sœur, appellée Léontine , d'une humeur encore plus austere. La Princesse déguisée sous le nom de Phocion , commence par mettre la sœur du Philosophe dans
ses interêts, en lui faisant croire qu'il l'aime, et que ce n'est que par le bruit de ses
perfections , qui lui tiennent lieu de tout
ce que la beauté a de plus piquant , qu'il
est venu la chercher dans saretraite; l'aústerité de cette prude est d'abord effarouchée ; elle ne sçauroit consentir à laisser
entrer et séjourner chez elle , un homme
dont elle est aimée ; mais l'amour qui
commence àtriompher de son cœur , lui
fait insensiblement oublier ce qu'elle doit
à sa gloire ; elle lui promet de faire con-- sentir Hermocrate son Frere , à le recevoir chez lui et à l'y souffrir pour quelques jours , par droit d'hospitalité ; ce
premier obstacle franchi , le prétendu
Phocion n'a pas beaucoup de peine à lier
4
›
un
الم
780 MERCURE DE FRANCE
1
un commerce d'amitié avec Agis , c'est le
nom de son amant ; cependant comme
tout est suspect aux yeux d'Hermocrate ,
ce Philosophe ne consent pas encore à recevoir Phocion dans sa retraite ; les jours
d'Agis lui sont trop chers pour le laisser
approcher de qui que ce soit ; nouvel embarras pour Phocion ; mais il a pourvû à
tout , et sa batterie est dressée de loin. Il a
une conversation avec Hermocrate: Autre
incident, par un hazard que l'Auteur a
pris soin d'expo.er dans la premiere Scene.
Hermocrate a vû Phocion depuis peu dans
la Forêt prochaine , sous les habits de son
sexe ; il reconnoît ses traits malgré son
travestissement ; le faut Cavalier a pris
ses mesures contre cet inconvenient; il se
donne pour ce qu'il est , et joue avec le
Frere le même Rôle qui lui a si -bien réüssi avec la sœur ; deux portraits qu'il a fait
faire de l'un er de l'autre , présentez à
propos , le font passer pour l'amant le
plus passionné , et l'amante la plus sincere qui fut jamais.
Egalement aimé de la Prude et du Phi-
-losophe , il ne lui reste plus que de l'être
de son cher Agis ; dans une Scene ingénieusement traitée , l'ami prétendu se déclare tendre amant; l'amitié d'Agis devient
amour , et l'amour produit en lui la jalousie
AVRIL. 1732 781
lousie dès qu'il apprend qu'Hermocrate
est aimé. Leonide , c'est le veritable nom
de la Princesse , n'a pas beaucoup de pei
ne à dissiper ses soupçons ; le nom de
fide que son Amant lui a donné dans sa
colere , nesert qu'à lui faire voir qu'elle
est aimée autant qu'elle aime.
per.
Le dénouement de cette avanture est
des plus Comiques. Léonide , pour écar
ter le Philosophe et sa sœur , leur dit de
l'aller attendre à Athénes , où elle doit
les épouser solemnellement ; ils se font
une confidence reciproque de leut amour
qu'ils cessent d'envisager comme une foiblesse. Léontine nomme son vainqueur
au Philosophe qui ne lui répond que par
un grand éclat de rire ; il lui dit que Phocion est une fille , et que c'est l'amour
qu'elle a pour lui qui l'a obligée à déguiser son sexe ; mais le pauvre Philosophe
est confondu à son tour , quand il aprend
de la bouche d'Agis , que c'est lui qui est
l'Amant favorisé et qui doit devenir son
heureux Epoux. Hermocrate a beau vouloir s'y opposer et prendre le ton de Maître ; on vient lui dire que sa Maison est
entourée de Soldats , commandez par le
Capitaine des Gardes de la Princesse. Léonide vient et se fait reconnoître pour la
Princesse de Sparthe ; elle rend à son cher
Agis ,
782 MERCURE DE FRANCE
Agis , Fils de Cléomene , le Thrône que
son Pere avoit usurpé sur lui. Voilà à peu
près le sujet de cette Comédie ; tout le
monde convient que les Scenes en sont
parfaitement bien dialoguées et remplies
de pensées et de sentimens ; mais on croit
que cette intrigue auroit encore mieux
convenuà une simple Bourgeoise qu'à une
Princesse de Sparthe.
Le 29 , les mêmes Comédiens donnerent la Tragi- Comédie de Samson , pour
la clôture du Théatre.
Le 21 Avril , ils rouvrirent le Théatre
par une Comédie-nouvelle en Vers et en
trois Actes , de la composition des sieurs,
Romagnesy et Lélio le fils , intitulée , les
Amusemens à la mode , précédée d'un Prologue. La Dile Silvia fit le complimen.
qu'on a accoutumé de faire toutes les an
nées à la rentrée du Théatre , lequel fut
fort applaudi , ainsi que la Piece dont on
parlera plus au long.
12 Mars , la premiere Représentation ‹
d'une Comédie en trois Actes , en Prose,
intitulée : Le Triomphe de l'Amour; cette
Piéce n'a pas eu le succès qu'elle méritoit;
c'est une des mieux intriguées qui soient
sorties de la plume de M. de Marivaux :
voicy un Argument qui doit tenir lieu d'Extrait.
Une
AVRIL. 1732. 779
Une jeune Princesse ,
amoureuse d'un
Prince opprimé , auquel un Philosophe
a donné un azyle chez lui , pour le dérober au péril qui menaceroit sa vie, sil
la passoit dans l'éclat qui convient à sa
naissance , se travestit en homme , pour s'introduire chez Hermocratè, ( c'est le nom
du Philosophe qui l'a élevé chez lui dès
sa plus tendre enfance. ) Ce Philosophe a
une sœur, appellée Léontine , d'une humeur encore plus austere. La Princesse déguisée sous le nom de Phocion , commence par mettre la sœur du Philosophe dans
ses interêts, en lui faisant croire qu'il l'aime, et que ce n'est que par le bruit de ses
perfections , qui lui tiennent lieu de tout
ce que la beauté a de plus piquant , qu'il
est venu la chercher dans saretraite; l'aústerité de cette prude est d'abord effarouchée ; elle ne sçauroit consentir à laisser
entrer et séjourner chez elle , un homme
dont elle est aimée ; mais l'amour qui
commence àtriompher de son cœur , lui
fait insensiblement oublier ce qu'elle doit
à sa gloire ; elle lui promet de faire con-- sentir Hermocrate son Frere , à le recevoir chez lui et à l'y souffrir pour quelques jours , par droit d'hospitalité ; ce
premier obstacle franchi , le prétendu
Phocion n'a pas beaucoup de peine à lier
4
›
un
الم
780 MERCURE DE FRANCE
1
un commerce d'amitié avec Agis , c'est le
nom de son amant ; cependant comme
tout est suspect aux yeux d'Hermocrate ,
ce Philosophe ne consent pas encore à recevoir Phocion dans sa retraite ; les jours
d'Agis lui sont trop chers pour le laisser
approcher de qui que ce soit ; nouvel embarras pour Phocion ; mais il a pourvû à
tout , et sa batterie est dressée de loin. Il a
une conversation avec Hermocrate: Autre
incident, par un hazard que l'Auteur a
pris soin d'expo.er dans la premiere Scene.
Hermocrate a vû Phocion depuis peu dans
la Forêt prochaine , sous les habits de son
sexe ; il reconnoît ses traits malgré son
travestissement ; le faut Cavalier a pris
ses mesures contre cet inconvenient; il se
donne pour ce qu'il est , et joue avec le
Frere le même Rôle qui lui a si -bien réüssi avec la sœur ; deux portraits qu'il a fait
faire de l'un er de l'autre , présentez à
propos , le font passer pour l'amant le
plus passionné , et l'amante la plus sincere qui fut jamais.
Egalement aimé de la Prude et du Phi-
-losophe , il ne lui reste plus que de l'être
de son cher Agis ; dans une Scene ingénieusement traitée , l'ami prétendu se déclare tendre amant; l'amitié d'Agis devient
amour , et l'amour produit en lui la jalousie
AVRIL. 1732 781
lousie dès qu'il apprend qu'Hermocrate
est aimé. Leonide , c'est le veritable nom
de la Princesse , n'a pas beaucoup de pei
ne à dissiper ses soupçons ; le nom de
fide que son Amant lui a donné dans sa
colere , nesert qu'à lui faire voir qu'elle
est aimée autant qu'elle aime.
per.
Le dénouement de cette avanture est
des plus Comiques. Léonide , pour écar
ter le Philosophe et sa sœur , leur dit de
l'aller attendre à Athénes , où elle doit
les épouser solemnellement ; ils se font
une confidence reciproque de leut amour
qu'ils cessent d'envisager comme une foiblesse. Léontine nomme son vainqueur
au Philosophe qui ne lui répond que par
un grand éclat de rire ; il lui dit que Phocion est une fille , et que c'est l'amour
qu'elle a pour lui qui l'a obligée à déguiser son sexe ; mais le pauvre Philosophe
est confondu à son tour , quand il aprend
de la bouche d'Agis , que c'est lui qui est
l'Amant favorisé et qui doit devenir son
heureux Epoux. Hermocrate a beau vouloir s'y opposer et prendre le ton de Maître ; on vient lui dire que sa Maison est
entourée de Soldats , commandez par le
Capitaine des Gardes de la Princesse. Léonide vient et se fait reconnoître pour la
Princesse de Sparthe ; elle rend à son cher
Agis ,
782 MERCURE DE FRANCE
Agis , Fils de Cléomene , le Thrône que
son Pere avoit usurpé sur lui. Voilà à peu
près le sujet de cette Comédie ; tout le
monde convient que les Scenes en sont
parfaitement bien dialoguées et remplies
de pensées et de sentimens ; mais on croit
que cette intrigue auroit encore mieux
convenuà une simple Bourgeoise qu'à une
Princesse de Sparthe.
Le 29 , les mêmes Comédiens donnerent la Tragi- Comédie de Samson , pour
la clôture du Théatre.
Le 21 Avril , ils rouvrirent le Théatre
par une Comédie-nouvelle en Vers et en
trois Actes , de la composition des sieurs,
Romagnesy et Lélio le fils , intitulée , les
Amusemens à la mode , précédée d'un Prologue. La Dile Silvia fit le complimen.
qu'on a accoutumé de faire toutes les an
nées à la rentrée du Théatre , lequel fut
fort applaudi , ainsi que la Piece dont on
parlera plus au long.
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Résumé : Le Triomphe de l'Amour, Piece nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 12 mars, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie en trois actes et en prose intitulée 'Le Triomphe de l'Amour' de Marivaux. Cette pièce, bien que bien construite, n'a pas rencontré le succès escompté. L'intrigue suit une jeune princesse, Léonide, amoureuse d'un prince opprimé, Agis. Ce dernier se réfugie chez un philosophe nommé Hermocrate. Pour se rapprocher du prince, Léonide se déguise en homme sous le nom de Phocion et gagne la confiance de Léontine, la sœur austère du philosophe. Phocion parvient à convaincre Léontine de l'accueillir, puis à se lier d'amitié avec Agis. Hermocrate, méfiant, refuse d'abord de recevoir Phocion. Cependant, Phocion révèle son identité à Hermocrate et à Léontine, utilisant des portraits pour prouver son amour. Léonide doit finalement révéler sa véritable identité pour écarter le philosophe et sa sœur. Elle les envoie à Athènes pour les épouser, révélant ainsi son amour pour Agis. Léonide se fait reconnaître comme la princesse de Sparthe et rend le trône à Agis, fils de Cléomène. La pièce est appréciée pour ses dialogues et ses pensées, mais certains estiment que l'intrigue aurait mieux convenu à une bourgeoise qu'à une princesse. Le 29 mars, les Comédiens Italiens ont joué la tragédie-comédie de 'Samson' pour la clôture du théâtre. Le 21 avril, ils ont rouvert le théâtre avec la comédie en vers 'Les Amusements à la mode' de Romagnesy et Lélio le fils.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 982-993
Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
Début :
Le 21 Avril, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Les Amusements à la mode, Romagnesi, Riccoboni, Comédie, Théâtre, Acteurs, Actes, Danse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
SPECTACLES.
L
E 21 Avril , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
d'une Piece en trois - Actes, intitulée : Les
Amusemens àla mode. Cette Comédie
dont les Sieurs Romagnesy et Riccoboni
sont Auteurs , fut précédée d'un Prologue. Voici l'Extrait de cet Ouvrage , que
le Public a reçu tres- favorablement , en
ayant trouvé le titre bien rempli , a beaucoup d'égards , et heureusement saisi , car
on n'a jamais tant vû de gens de tous
Etats , se faire un amusement de jouer la
Comédie, &c.
Au Prologue , Le Théatre représente le Théatre même. La De Sylvia y
paroît assise dans un Fauteuil. Le St Romagnési vient interrompre sa profonde
rêverie, dont il-lui demande la cause ; elle
lui dit qu'elle pense tres- sérieusement à
la sottise qu'ils vont faire de donner une
si mauvaise Piéce au public ; Piece qu'ils
n'auroient jamais dû recevoir.Romagnesi
lui dit que c'est à juste titre qu'on l'a reçue, et la premiere raison qu'il en donne,
C'est qu'il en est l'Auteur. Sylvia témoigne
MAY. 1732 १६
gnë sa surprise , attendu le peu de bon
sens qui regne dans tout l'Ouvrage, Romagnesi ne croit pas pouvoir mieux imposer silence à sa critique , qu'en ajoûtant , qu'elle est interressée plus qu'elle ne
pense à épargner l'Ouvrage , puisque son
parent Riccoboni ya travaillé conjointement avec lui : La Piece n'est donc pas
mauvaise , répond Sylvia ; elle fait plus
elle se charge de faire un Compliment au
public , pour le prévenir en faveur de
Ouvrage. Ce Compliment a paru tresjoli , aussi bien que le Prologue. La Dile
Silvia restée seule , s'exprime ainsi :
si
MESSIEURS , c'est vainement qu'il
pense ,
Que j'ose me charger du soin
De lasser votre patience ;
Quelle que soit votre indulgence
Ce seroit la pousser trop loin ,
De la mésurer au besoin
Qu'en aura notre insuffisance.
D'ailleurs , je tenterois des efforts superflus
Et c'est en vain qu'on se propose ,
D'adoucir un Public que l'Ouvrage indispose
Il ne le siffle point , mais il n'y revient plus ,
C'est à peu près la même chose.
Il faut pourtant vous demander ,
Car vous sçavez que c'est l'usage ,
G iij Et
984 MERCURE DE FRANCE
Et si vous daignez m'accorder
Le bien dont je me fais la plus fateuse image
Tout autre sort au nôtre doit ceder;
C'est d'être convainca de notre ardent hom
mage
De croire , que le soin qui peut seul nous guider
but que votre suffrage ,
Que dis je il est notre unique partage ;
N'a
pour
In douter un moment , c'est nous déposseder
Des droits d'un si juste héritage.
Acteurs de la Piece.
Mr Oronte, pere de Lucile,le sieur Pagheti.
MmeOronte , mere de Lucile , la Dille Belmont.
1102 5
Eraste, Amant de Lucile, le St Theveneau.
Lucile , fille de Met de Mme Oronte , la
Dlla Sylvia.
Rigolet , amoureux de Lucile , le sieur
Sticotti.
Lisidor et Coqueluche , amis de Rigolet,
joüans la Comédie de même que Ri
golet , les sieurs Mario et Romagnesi.
Valentin , Valet d'Eraste , le sieur Lelio.
Spinette , suivante de Lucile,la Dile Lelio.
La Scene est dans la Maison de Monsieur Oronte.
Acte
M AY. 17327 98
Acte Scene ; Oronte veut marier sa fille à Mr
Rigolet , parce qu'il déclame bien ; Mate
Oronté qui a autánt d'aversion pour le
talent de déclamer, que son mari ya de
panchant, s'oppose à son choix; Mr Oronte lui dit qu'elle seroit d'accord avec lui ,
s'il panchoit du côté d'Eraste , pár la seule raison qu'il chante bien , parce qu'elle
aime le chant. Made Oronte lui répond
qu'elle ne donnera sa fille ni à lun, ni à
l'autre , et s'en va.
Mr et Mme Oronte ouvrent la
Oronte se plaint de l'indocilité de sa femme, Lucile vient,suivie de Spinette; elle demande à son pere, d'où peut venir sa có
lere: M'Oronte lui dit que ce n'est rien,
qu'il vient de quereller avec sa femme ,
qui , selon sa coûtume , n'est pas , de son
sentiment ; qu'il s'agit d'un mariage qu'il
vient de lui proposer. Lucile lui demande quel choix il a proposé à sa mere ; l'éloge que M'Oronte fait de l'époux qu'il
veut lui donner, persuadant à Lucile que
ce'ne peut être qu'Eraste ; elle y donne
un plein consentement ; mais dès qu'elle
est mieux éclaircie , elle lui fait entendre
qu'elle ne sçauroit aimer Rigolet. Oronte
fait valoir l'authorité de pere , et prétend
absolument qu'elle épouse celui qu'elle
fui destine.
Fiiij Lucile
986 MERCURE DE FRANCE
:
Lucile témoigne sa douleur à Spinette,
qui lui conseille de ne point obéir à son
Pere. Eraste survient. Lucile lui apprend
son malheur Valentin , Valet d'Eraste,
leur promet de parer ce coup fatal par un
stratagême qu'il vient d'imaginer.
Eraste , pour remercier Lucile des bontez qu'elle a pour lui , se jette à ses pieds,
Valentin se jette à son tour aux pieds de
Spinette.Oronte rentre et surprend le Maî
tre et le Valet dans cette posture tendre et
suppliante. Valentin lui veut persuader
que c'est une Scene de Tragedie que Lucile et Eraste répetent , et qu'il vient lui
même d'y ajouter un troisiéme personnage; c'est-à-dire , celui de César , surprenant Antoine aux pieds de Cléopatre. Ce
faux -fuyant plaît d'abord à M. Oronte
par rapport au panchant qu'il a pour le
Théatre , mais il ne change pas de résolution ; il dit à Madame Öronte qui survient , la situation où il a trouvé Eraste.
Madame Oronte trouve tres - mauvais
qu'Eraste soit entré sans se faire annoncer. Valentin lui répond que M. Oronte
vient de faire de même. Madame Oronte
les congédie tous.
Valentin reste et fait entendre à Mad.
Oronte que la victoire qu'elle prétend
remporter sur son mari n'est pas assez
com-
MAY. 17328 987
complette , si elle ne fait voir qu'elle est
la maîtresse absoluë , en mariant sa fille à
Eraste dont il rejette le choix. Madame.
Oronte lui dit qu'elle n'acceptera jamais
pour gendre un homme qui sçachant
qu'elle aime le chant , va chanter autre
part que chez elle. Valentin jugeant parlà que Madame Oronte est picquée de la
préférence qu'Eraste donne à une autre ,
Tui fait entendre que si son Maître chante chez sa tante, plutôt que chez elle, c'est
parce qu'elle l'a menace de le deshériter ,
S'il ne lui consacre tous ses Concerts ; il
ajoute que le péril de l'exhérédation néne l'a
pas empêché de se livrer enfin à son inelination , et qu'il étoit venu chez elle
pour la prier de vouloir entendre un Ope-
-ra qu'il vouloit faire représenter chez elle.
Au nom d'Opera, Mad. Oronte est transportée et dit à Valentin d'aller faire revenir son Maître ; Valentin qui ne croyoit
pas être pris au mot , paroît très embarrassé; il fait entendre à Mad. Oronte qu'il
craint qu'Eraste au désespoir n'ait déja
contremandé tous les Acteurs. Madame
Oronte le presse de les aller rassembler ;
Valentin enrage de s'être embarqué si
avant , mais il se détermine enfin à s'en
tirer comme il pourra , &c.
Ce premier Acte a paru un peu froid .
Gv mais
988 MERCURE DE FRANCES
maisil ne laisse pas d'être dans les regles ,.
et de promette du plaisir aux Spectateurs.
Les Auteurs leur tiendront parole dans le second.
3
Eraste et Valentin commencent ce se--
cond Acte : le Maître est fort irrité contre le Valet,de ce qu'il a promis un Opéra
à Mad. Oronte, et lui dit que puisquec'est
lui qui l'a mis dans cet embarras ; ce sera
lui-même qui l'en tirera ; Valentin convient de tout et sort avec son Maître,
pour aller chercher des Musiciens qu'il
compte de trouver tous assemblez chezDupuy; c'est un celebre Caffé. M. Oron--
te vient , suivi de son gendre futur pré--
tendu , de Lisidor , et de Coqueluche , l'un
Comédien , l'autre Auteur, Il se promet
beaucoup de plaisir à entendre déclamer
par Rigolet des Stances de Coqueluche.
3
Mad. Oronte survient avec Lucile. et
Spinette elles se préparent bien toutes &
trois à rire deces Originaux qu'elles trouvent avec M. Oronte. Rigolet fait son
compliment à Lucile , qui loin d'y prêter
attention , écoute l'éloge que Coquelu
che fait de son sçavoir. Rigolet déclame
les Stances de Coqueluche , dont le sujet
est Marius , se plaignant du sort qui l'a
abandonné , pour se ranger du parti de
Sylla; mais il gesticule si mal , que Coqueluche
M A Y. 1732. 989
fuche ne pouvant souffrir qu'on gâte son
ouvrage , se met en état de faire les gestes
à mesure que Rigolet ne fera que prononcer. Cette Scene a paru originale au Théatre , et a excité de grands éclats de rire.
Valentin vient donner un plat de son
métier , déguisé en Comédien; il embrasse Rigolet, comme étant un de ses plus
chers camarades ; il contrefait si-bien un
des meilleurs Acteurs de la Comédie Françoise , qu'on croit le voir lui- même ;
cette imitation a fait un honneur infini
au jeune Lélio , qui fait tous les jours de
nouveaux progrès dans sa profession ;
Rigolet passant pour Comédien , malgré
tout ce qu'il dit , pour détruire l'imposture , est congédié non seulement par
Mad. Oronte , mais par mári même
qui dit qu'il est si faché que sa femme
ait raison , qu'il ne veut plus désormais se
mêler de marier sa fille. Mad. Oronte se
charge de ce soin , et se déclaré pour Eraste. La Piece paroît dénoüée par cet inci- "
dent , et Valentin qui se fait connoître
pour ce qu'il est en effet, pourroit se dispenser de donner à Mad. Oronte l'Opéra
qu'il lui a promis; mais elle s'y attend et
il faut la satisfaire ; nous allons dire en
peu de mots de quoi il s'agit dans ce troisiéme Acte , qui à pour titre: Les Catasson
*
Gvj rophes
990 MERCURE DE FRANCE
trophes Lyri-tragi - Comiques. C'est une espece de Parodie de l'Opéra de Jephié , et
de la Tragédie d'Eryphile.
Acteurs
Le Roy, amoureux de Buquemeque , le
sieur Theveneau.
Amphigourie , fille du Roy , la De Sylvia.
Buquemeque , mere d'Albumazar , la D'leBelmont.
Albumazar , amant d'Amphigourie , le
sieur Romagnesi.
Venus , la Chanteuse.
Troupe de Guerriers , de Démons , &c.
Les noms Burlesques qu'on a pris soin
de donner aux Héros de cette Parodie ,
Lyri-tragi-Comique , n'ont pas fait prendre le change sur les deux sujets qui y
ont donné lieu ; on n'a pas osé nommer
les principaux personnages , mais on les
a trop bien indiquez , pour donner lieu
aux Spectateurs de s'y méprendre : En
voici un petit Extrait..
Buquemeque et Amphigourie se font
une confidence réciproque de leurs sentimens ; la premiere,destinée à épouser le
Roy, craint qu'il ne devienne volage après
'Hymen, et s'exprime ainsi :
&
Le
MAY. 17320 991
Le plus fidelle Amant ,
Du nœud le plus charmant ,
Quelquefois se dégage ;
Et le plus tendre Epoux ,
Dans un lieu moins doux,
Peut devenir volage.
La seconde fait entendre qu'elle craint
d'avoir fait une folie , en donnant son
cœur au Fils de cette même Buquemeque
à qui elle parle ; elle assaisonne ce petit aveu de cette maxime :
Quand l'Amour de sestraits nous blesse,
Nous ne sentons que son poison ;
S'il pouvoit suivre la raison
Auroit- il le com de foiblesse
Un bruit de Trompettes annonce le retour et la victoire du Roy et d'Albumazar ; ce sont les deu Héros pour lesquels
ces deux Amantes s'interessent ; après la
fetele Roy ordonne à tout le monde de "
se retirer , comme au commencement du
troisiéme Acte de Jephré , le seul Albumazar reste ; autre confidence réciproque
de sentimens , ils sont tous deux consternez ; l'un par un serment indiscret , a
promis aux Dieux de leur immoler sa
fille Buquemeque; voilà Jephté et Iphise 3
l'autre par l'ordre de l'ombre de son pere
}
doit
991 MERCURE DE FRANCE
doit donner la mort à sa mere ; voilà Alcméon et Eryphile ; un bruit infernal leur
fait dire à tous deux
C'est l'Enfer qui vient en ces lieux ,
Nous prier d'obéir aux Dieux. ·
Cette Entrée de Démons et l'arrivée de
Vénus n'ayant plus rien qu'on puisse ap--
peller Parodie , nous en épargnons le déTail aux Lecteurs, et nous nous contentons
de dire , que Buquemeque et Amphigourie en sont quittes pour la peur,parce que·
l'Amour combat pour elle's.
Les mêmes Comédiens doivent jouer
dans peu une Piece nouvelle , en 3 Actès,
avec un Divertissement, elle a pour titre :
LeTuteur Genereux , ou l' Amour trompé par
Papparence, dont on parlera plus au long. -
Le 1 May , le S Roland , originaire de
Provence , cy-devant premier Danseur du
feu Duc de Mantouë , qui l'avoit amené -
à Paris en 1704. et la De Roland sa fille,
née à Venise , âgée de 17 ans , parurent
pour la premiere fois sur le Theatre de
l'Hôtel de Bourgogne ; le premier exécuta une Danse comique et grotesque en
Païsan , qui fut applaudie du public. La Dile Roland dansa à la fin de la Pièce les
caracteres de la Danse , avec beaucoup . '
din
MAY 17323 9935
d'intelligence et de vivacité ; les Cabrioles et les Entrechats ne lui coutent rien ;
et quoiqu'elle ait encore bien des perfections à acquerir , le public qui la regarde
comme un tres-bon sujet, l'a fort applau
die. Il n'y a pas long-tems qu'elle a dansé
à l'Opéra de Londres et dans ceux des
Provinces de France. Outre ses talenspour la Danse , elle est encore bonne
Comédienne , ayant joué différens Rôles en François et en Italien dans diverses
Troupes.
L
E 21 Avril , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
d'une Piece en trois - Actes, intitulée : Les
Amusemens àla mode. Cette Comédie
dont les Sieurs Romagnesy et Riccoboni
sont Auteurs , fut précédée d'un Prologue. Voici l'Extrait de cet Ouvrage , que
le Public a reçu tres- favorablement , en
ayant trouvé le titre bien rempli , a beaucoup d'égards , et heureusement saisi , car
on n'a jamais tant vû de gens de tous
Etats , se faire un amusement de jouer la
Comédie, &c.
Au Prologue , Le Théatre représente le Théatre même. La De Sylvia y
paroît assise dans un Fauteuil. Le St Romagnési vient interrompre sa profonde
rêverie, dont il-lui demande la cause ; elle
lui dit qu'elle pense tres- sérieusement à
la sottise qu'ils vont faire de donner une
si mauvaise Piéce au public ; Piece qu'ils
n'auroient jamais dû recevoir.Romagnesi
lui dit que c'est à juste titre qu'on l'a reçue, et la premiere raison qu'il en donne,
C'est qu'il en est l'Auteur. Sylvia témoigne
MAY. 1732 १६
gnë sa surprise , attendu le peu de bon
sens qui regne dans tout l'Ouvrage, Romagnesi ne croit pas pouvoir mieux imposer silence à sa critique , qu'en ajoûtant , qu'elle est interressée plus qu'elle ne
pense à épargner l'Ouvrage , puisque son
parent Riccoboni ya travaillé conjointement avec lui : La Piece n'est donc pas
mauvaise , répond Sylvia ; elle fait plus
elle se charge de faire un Compliment au
public , pour le prévenir en faveur de
Ouvrage. Ce Compliment a paru tresjoli , aussi bien que le Prologue. La Dile
Silvia restée seule , s'exprime ainsi :
si
MESSIEURS , c'est vainement qu'il
pense ,
Que j'ose me charger du soin
De lasser votre patience ;
Quelle que soit votre indulgence
Ce seroit la pousser trop loin ,
De la mésurer au besoin
Qu'en aura notre insuffisance.
D'ailleurs , je tenterois des efforts superflus
Et c'est en vain qu'on se propose ,
D'adoucir un Public que l'Ouvrage indispose
Il ne le siffle point , mais il n'y revient plus ,
C'est à peu près la même chose.
Il faut pourtant vous demander ,
Car vous sçavez que c'est l'usage ,
G iij Et
984 MERCURE DE FRANCE
Et si vous daignez m'accorder
Le bien dont je me fais la plus fateuse image
Tout autre sort au nôtre doit ceder;
C'est d'être convainca de notre ardent hom
mage
De croire , que le soin qui peut seul nous guider
but que votre suffrage ,
Que dis je il est notre unique partage ;
N'a
pour
In douter un moment , c'est nous déposseder
Des droits d'un si juste héritage.
Acteurs de la Piece.
Mr Oronte, pere de Lucile,le sieur Pagheti.
MmeOronte , mere de Lucile , la Dille Belmont.
1102 5
Eraste, Amant de Lucile, le St Theveneau.
Lucile , fille de Met de Mme Oronte , la
Dlla Sylvia.
Rigolet , amoureux de Lucile , le sieur
Sticotti.
Lisidor et Coqueluche , amis de Rigolet,
joüans la Comédie de même que Ri
golet , les sieurs Mario et Romagnesi.
Valentin , Valet d'Eraste , le sieur Lelio.
Spinette , suivante de Lucile,la Dile Lelio.
La Scene est dans la Maison de Monsieur Oronte.
Acte
M AY. 17327 98
Acte Scene ; Oronte veut marier sa fille à Mr
Rigolet , parce qu'il déclame bien ; Mate
Oronté qui a autánt d'aversion pour le
talent de déclamer, que son mari ya de
panchant, s'oppose à son choix; Mr Oronte lui dit qu'elle seroit d'accord avec lui ,
s'il panchoit du côté d'Eraste , pár la seule raison qu'il chante bien , parce qu'elle
aime le chant. Made Oronte lui répond
qu'elle ne donnera sa fille ni à lun, ni à
l'autre , et s'en va.
Mr et Mme Oronte ouvrent la
Oronte se plaint de l'indocilité de sa femme, Lucile vient,suivie de Spinette; elle demande à son pere, d'où peut venir sa có
lere: M'Oronte lui dit que ce n'est rien,
qu'il vient de quereller avec sa femme ,
qui , selon sa coûtume , n'est pas , de son
sentiment ; qu'il s'agit d'un mariage qu'il
vient de lui proposer. Lucile lui demande quel choix il a proposé à sa mere ; l'éloge que M'Oronte fait de l'époux qu'il
veut lui donner, persuadant à Lucile que
ce'ne peut être qu'Eraste ; elle y donne
un plein consentement ; mais dès qu'elle
est mieux éclaircie , elle lui fait entendre
qu'elle ne sçauroit aimer Rigolet. Oronte
fait valoir l'authorité de pere , et prétend
absolument qu'elle épouse celui qu'elle
fui destine.
Fiiij Lucile
986 MERCURE DE FRANCE
:
Lucile témoigne sa douleur à Spinette,
qui lui conseille de ne point obéir à son
Pere. Eraste survient. Lucile lui apprend
son malheur Valentin , Valet d'Eraste,
leur promet de parer ce coup fatal par un
stratagême qu'il vient d'imaginer.
Eraste , pour remercier Lucile des bontez qu'elle a pour lui , se jette à ses pieds,
Valentin se jette à son tour aux pieds de
Spinette.Oronte rentre et surprend le Maî
tre et le Valet dans cette posture tendre et
suppliante. Valentin lui veut persuader
que c'est une Scene de Tragedie que Lucile et Eraste répetent , et qu'il vient lui
même d'y ajouter un troisiéme personnage; c'est-à-dire , celui de César , surprenant Antoine aux pieds de Cléopatre. Ce
faux -fuyant plaît d'abord à M. Oronte
par rapport au panchant qu'il a pour le
Théatre , mais il ne change pas de résolution ; il dit à Madame Öronte qui survient , la situation où il a trouvé Eraste.
Madame Oronte trouve tres - mauvais
qu'Eraste soit entré sans se faire annoncer. Valentin lui répond que M. Oronte
vient de faire de même. Madame Oronte
les congédie tous.
Valentin reste et fait entendre à Mad.
Oronte que la victoire qu'elle prétend
remporter sur son mari n'est pas assez
com-
MAY. 17328 987
complette , si elle ne fait voir qu'elle est
la maîtresse absoluë , en mariant sa fille à
Eraste dont il rejette le choix. Madame.
Oronte lui dit qu'elle n'acceptera jamais
pour gendre un homme qui sçachant
qu'elle aime le chant , va chanter autre
part que chez elle. Valentin jugeant parlà que Madame Oronte est picquée de la
préférence qu'Eraste donne à une autre ,
Tui fait entendre que si son Maître chante chez sa tante, plutôt que chez elle, c'est
parce qu'elle l'a menace de le deshériter ,
S'il ne lui consacre tous ses Concerts ; il
ajoute que le péril de l'exhérédation néne l'a
pas empêché de se livrer enfin à son inelination , et qu'il étoit venu chez elle
pour la prier de vouloir entendre un Ope-
-ra qu'il vouloit faire représenter chez elle.
Au nom d'Opera, Mad. Oronte est transportée et dit à Valentin d'aller faire revenir son Maître ; Valentin qui ne croyoit
pas être pris au mot , paroît très embarrassé; il fait entendre à Mad. Oronte qu'il
craint qu'Eraste au désespoir n'ait déja
contremandé tous les Acteurs. Madame
Oronte le presse de les aller rassembler ;
Valentin enrage de s'être embarqué si
avant , mais il se détermine enfin à s'en
tirer comme il pourra , &c.
Ce premier Acte a paru un peu froid .
Gv mais
988 MERCURE DE FRANCES
maisil ne laisse pas d'être dans les regles ,.
et de promette du plaisir aux Spectateurs.
Les Auteurs leur tiendront parole dans le second.
3
Eraste et Valentin commencent ce se--
cond Acte : le Maître est fort irrité contre le Valet,de ce qu'il a promis un Opéra
à Mad. Oronte, et lui dit que puisquec'est
lui qui l'a mis dans cet embarras ; ce sera
lui-même qui l'en tirera ; Valentin convient de tout et sort avec son Maître,
pour aller chercher des Musiciens qu'il
compte de trouver tous assemblez chezDupuy; c'est un celebre Caffé. M. Oron--
te vient , suivi de son gendre futur pré--
tendu , de Lisidor , et de Coqueluche , l'un
Comédien , l'autre Auteur, Il se promet
beaucoup de plaisir à entendre déclamer
par Rigolet des Stances de Coqueluche.
3
Mad. Oronte survient avec Lucile. et
Spinette elles se préparent bien toutes &
trois à rire deces Originaux qu'elles trouvent avec M. Oronte. Rigolet fait son
compliment à Lucile , qui loin d'y prêter
attention , écoute l'éloge que Coquelu
che fait de son sçavoir. Rigolet déclame
les Stances de Coqueluche , dont le sujet
est Marius , se plaignant du sort qui l'a
abandonné , pour se ranger du parti de
Sylla; mais il gesticule si mal , que Coqueluche
M A Y. 1732. 989
fuche ne pouvant souffrir qu'on gâte son
ouvrage , se met en état de faire les gestes
à mesure que Rigolet ne fera que prononcer. Cette Scene a paru originale au Théatre , et a excité de grands éclats de rire.
Valentin vient donner un plat de son
métier , déguisé en Comédien; il embrasse Rigolet, comme étant un de ses plus
chers camarades ; il contrefait si-bien un
des meilleurs Acteurs de la Comédie Françoise , qu'on croit le voir lui- même ;
cette imitation a fait un honneur infini
au jeune Lélio , qui fait tous les jours de
nouveaux progrès dans sa profession ;
Rigolet passant pour Comédien , malgré
tout ce qu'il dit , pour détruire l'imposture , est congédié non seulement par
Mad. Oronte , mais par mári même
qui dit qu'il est si faché que sa femme
ait raison , qu'il ne veut plus désormais se
mêler de marier sa fille. Mad. Oronte se
charge de ce soin , et se déclaré pour Eraste. La Piece paroît dénoüée par cet inci- "
dent , et Valentin qui se fait connoître
pour ce qu'il est en effet, pourroit se dispenser de donner à Mad. Oronte l'Opéra
qu'il lui a promis; mais elle s'y attend et
il faut la satisfaire ; nous allons dire en
peu de mots de quoi il s'agit dans ce troisiéme Acte , qui à pour titre: Les Catasson
*
Gvj rophes
990 MERCURE DE FRANCE
trophes Lyri-tragi - Comiques. C'est une espece de Parodie de l'Opéra de Jephié , et
de la Tragédie d'Eryphile.
Acteurs
Le Roy, amoureux de Buquemeque , le
sieur Theveneau.
Amphigourie , fille du Roy , la De Sylvia.
Buquemeque , mere d'Albumazar , la D'leBelmont.
Albumazar , amant d'Amphigourie , le
sieur Romagnesi.
Venus , la Chanteuse.
Troupe de Guerriers , de Démons , &c.
Les noms Burlesques qu'on a pris soin
de donner aux Héros de cette Parodie ,
Lyri-tragi-Comique , n'ont pas fait prendre le change sur les deux sujets qui y
ont donné lieu ; on n'a pas osé nommer
les principaux personnages , mais on les
a trop bien indiquez , pour donner lieu
aux Spectateurs de s'y méprendre : En
voici un petit Extrait..
Buquemeque et Amphigourie se font
une confidence réciproque de leurs sentimens ; la premiere,destinée à épouser le
Roy, craint qu'il ne devienne volage après
'Hymen, et s'exprime ainsi :
&
Le
MAY. 17320 991
Le plus fidelle Amant ,
Du nœud le plus charmant ,
Quelquefois se dégage ;
Et le plus tendre Epoux ,
Dans un lieu moins doux,
Peut devenir volage.
La seconde fait entendre qu'elle craint
d'avoir fait une folie , en donnant son
cœur au Fils de cette même Buquemeque
à qui elle parle ; elle assaisonne ce petit aveu de cette maxime :
Quand l'Amour de sestraits nous blesse,
Nous ne sentons que son poison ;
S'il pouvoit suivre la raison
Auroit- il le com de foiblesse
Un bruit de Trompettes annonce le retour et la victoire du Roy et d'Albumazar ; ce sont les deu Héros pour lesquels
ces deux Amantes s'interessent ; après la
fetele Roy ordonne à tout le monde de "
se retirer , comme au commencement du
troisiéme Acte de Jephré , le seul Albumazar reste ; autre confidence réciproque
de sentimens , ils sont tous deux consternez ; l'un par un serment indiscret , a
promis aux Dieux de leur immoler sa
fille Buquemeque; voilà Jephté et Iphise 3
l'autre par l'ordre de l'ombre de son pere
}
doit
991 MERCURE DE FRANCE
doit donner la mort à sa mere ; voilà Alcméon et Eryphile ; un bruit infernal leur
fait dire à tous deux
C'est l'Enfer qui vient en ces lieux ,
Nous prier d'obéir aux Dieux. ·
Cette Entrée de Démons et l'arrivée de
Vénus n'ayant plus rien qu'on puisse ap--
peller Parodie , nous en épargnons le déTail aux Lecteurs, et nous nous contentons
de dire , que Buquemeque et Amphigourie en sont quittes pour la peur,parce que·
l'Amour combat pour elle's.
Les mêmes Comédiens doivent jouer
dans peu une Piece nouvelle , en 3 Actès,
avec un Divertissement, elle a pour titre :
LeTuteur Genereux , ou l' Amour trompé par
Papparence, dont on parlera plus au long. -
Le 1 May , le S Roland , originaire de
Provence , cy-devant premier Danseur du
feu Duc de Mantouë , qui l'avoit amené -
à Paris en 1704. et la De Roland sa fille,
née à Venise , âgée de 17 ans , parurent
pour la premiere fois sur le Theatre de
l'Hôtel de Bourgogne ; le premier exécuta une Danse comique et grotesque en
Païsan , qui fut applaudie du public. La Dile Roland dansa à la fin de la Pièce les
caracteres de la Danse , avec beaucoup . '
din
MAY 17323 9935
d'intelligence et de vivacité ; les Cabrioles et les Entrechats ne lui coutent rien ;
et quoiqu'elle ait encore bien des perfections à acquerir , le public qui la regarde
comme un tres-bon sujet, l'a fort applau
die. Il n'y a pas long-tems qu'elle a dansé
à l'Opéra de Londres et dans ceux des
Provinces de France. Outre ses talenspour la Danse , elle est encore bonne
Comédienne , ayant joué différens Rôles en François et en Italien dans diverses
Troupes.
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Résumé : Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
Le 21 avril, les Comédiens Italiens ont présenté pour la première fois la pièce en trois actes intitulée 'Les Amusemens à la mode', écrite par les sieurs Romagnesy et Riccoboni. Cette comédie, précédée d'un prologue, a été bien accueillie par le public, qui a trouvé le titre approprié et a noté l'engouement général pour le théâtre. Dans le prologue, Sylvia exprime ses doutes sur la qualité de la pièce, mais Romagnesy la rassure en affirmant qu'il en est l'auteur et que Riccoboni y a également contribué. Sylvia décide alors de complimenter le public pour les prévenir en faveur de l'œuvre. La pièce met en scène plusieurs personnages, dont Oronte, père de Lucile, qui souhaite marier sa fille à Rigolet en raison de ses talents de déclamateur. Mme Oronte, qui préfère le chant, s'oppose à ce mariage. Lucile, amoureuse d'Eraste, refuse également Rigolet. Valentin, valet d'Eraste, imagine un stratagème pour résoudre la situation. Le premier acte est jugé un peu froid mais prometteur. Le second acte voit Valentin promettre un opéra à Mme Oronte, ce qui conduit à des quiproquos et des révélations. La pièce se termine par une parodie lyrique et tragique, intitulée 'Les Catastrophes Lyri-tragi-comiques', qui parodie des œuvres célèbres. Les Comédiens Italiens doivent également jouer prochainement une nouvelle pièce intitulée 'Le Tuteur Généreux, ou l'Amour trompé par l'apparence'. Le 1er mai, le sieur Roland et sa fille, tous deux danseurs, ont fait leurs débuts sur la scène de l'Hôtel de Bourgogne, recevant des applaudissements pour leurs performances.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 1422
« Le 30. Juin, les Comédiens Italiens remirent au Théatre la [...] »
Début :
Le 30. Juin, les Comédiens Italiens remirent au Théatre la [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Colombine, Avocat pour ou Contre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 30. Juin, les Comédiens Italiens remirent au Théatre la [...] »
Le 30. Juin , les Comédiens Italiens remirent au Théatre la Comédie de Colombine , Avocat Pour et Contre , en Prose et
en trois Actes , représentée dans sa nouveauté par les anciens Comédiens Italiens
en 1685. La De Roland , nouvelle Danseuse Italienne , dont on a parlé, y debuta.
pour la premiere fois par le Rôle de Colombine , qu'elle joua avec assez d'intelligence , ayant été applaudie du Public.
en trois Actes , représentée dans sa nouveauté par les anciens Comédiens Italiens
en 1685. La De Roland , nouvelle Danseuse Italienne , dont on a parlé, y debuta.
pour la premiere fois par le Rôle de Colombine , qu'elle joua avec assez d'intelligence , ayant été applaudie du Public.
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26
p. 1619
« Le 26 Juillet, les Comédiens Italiens donnerent une petite Pièce [...] »
Début :
Le 26 Juillet, les Comédiens Italiens donnerent une petite Pièce [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Opéra comique, Ecole des Mères, Fille Sauvage, Sophie et Sigismond
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texteReconnaissance textuelle : « Le 26 Juillet, les Comédiens Italiens donnerent une petite Pièce [...] »
Le 26 Juillet , les Comédiens Italiens
donnerent une petite Piéce nouvelle , eà
un Acte en Prose , qui a pour titre l'E;
cole des Meres , avec un Divertissement.
Elle est de M.de Marivaux. Le Public l'a
reçuë tres favorablement. On en parlera
plus au long.
Le 7 Juillet, l'Opera Comique fit l'ou
verture de son Théatre de la Foire S.Lau
rent , par deux Pieces nouvelles , d'un
Acte chacune, avec des Divertissements
intitulées : Sophie et Sigismond, et la Fille
Sauvage , précédées d'un Prologue. C'est
le S' Hamoche , connu depuis tres- longtemps du public , sous le nom de Pierrot
qui est presentement l'Entrepreneur de
ce Theatre , et le St Gilliers compose la
Musique des Divertissemens, qui est toujours goûtée du public.
donnerent une petite Piéce nouvelle , eà
un Acte en Prose , qui a pour titre l'E;
cole des Meres , avec un Divertissement.
Elle est de M.de Marivaux. Le Public l'a
reçuë tres favorablement. On en parlera
plus au long.
Le 7 Juillet, l'Opera Comique fit l'ou
verture de son Théatre de la Foire S.Lau
rent , par deux Pieces nouvelles , d'un
Acte chacune, avec des Divertissements
intitulées : Sophie et Sigismond, et la Fille
Sauvage , précédées d'un Prologue. C'est
le S' Hamoche , connu depuis tres- longtemps du public , sous le nom de Pierrot
qui est presentement l'Entrepreneur de
ce Theatre , et le St Gilliers compose la
Musique des Divertissemens, qui est toujours goûtée du public.
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Résumé : « Le 26 Juillet, les Comédiens Italiens donnerent une petite Pièce [...] »
Le 26 juillet, les Comédiens Italiens ont joué 'L'École des Mères' de Marivaux. Le 7 juillet, l'Opéra Comique a inauguré son théâtre de la Foire Saint-Laurent avec 'Sophie et Sigismond' et 'La Fille Sauvage'. L'entrepreneur était S' Hamoche, et la musique était de St Gilliers. Les représentations ont été bien accueillies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 1845-1846
« Le 14 Aoust, les Comédiens Italiens remirent au Théatre la Comédie Héroïque, [...] »
Début :
Le 14 Aoust, les Comédiens Italiens remirent au Théatre la Comédie Héroïque, [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Jeux Olympiques, Comédie héroïque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 14 Aoust, les Comédiens Italiens remirent au Théatre la Comédie Héroïque, [...] »
Le 14 Aoust , les Comédiens Italiens
remirent au Théatre la Comédie Héroïque
en Vers et en trois Actes , des Jeux Olympiques , ou le Prince Malade. Cette Piece
qui est de M. de la Grange ,fut donnée pour
la premierefois , en Novembre 1729, et fut
H iij requë
1846 MERCURE DE FRANCE
reçûë tres-favorablement du public ; la reprise afait beaucoup de plaisir, parla ma
niere vive et précise , avec laquelle cette
Piece est representée. Les Jeux Olympiques
font le principal Divertissement dela Piece.
La De Roland y danse une Entrée en Magicienne , avec une vivacité et une légèreté
surprenante; elle acquiert tous les jours de
nouvelles perfections . Le S* Lélio , qui jouë
le principal Rôle dans cette Piece , danse
aussi à lafin du dernier Divertissement une
Entrée , qui a été très- applaudie.
Nous avons donné dans le Mercure de
Novembre 1729. un Extrait de la piece de
Divertissemens et des Décorations.
remirent au Théatre la Comédie Héroïque
en Vers et en trois Actes , des Jeux Olympiques , ou le Prince Malade. Cette Piece
qui est de M. de la Grange ,fut donnée pour
la premierefois , en Novembre 1729, et fut
H iij requë
1846 MERCURE DE FRANCE
reçûë tres-favorablement du public ; la reprise afait beaucoup de plaisir, parla ma
niere vive et précise , avec laquelle cette
Piece est representée. Les Jeux Olympiques
font le principal Divertissement dela Piece.
La De Roland y danse une Entrée en Magicienne , avec une vivacité et une légèreté
surprenante; elle acquiert tous les jours de
nouvelles perfections . Le S* Lélio , qui jouë
le principal Rôle dans cette Piece , danse
aussi à lafin du dernier Divertissement une
Entrée , qui a été très- applaudie.
Nous avons donné dans le Mercure de
Novembre 1729. un Extrait de la piece de
Divertissemens et des Décorations.
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Résumé : « Le 14 Aoust, les Comédiens Italiens remirent au Théatre la Comédie Héroïque, [...] »
Le 14 août, les Comédiens Italiens ont joué 'Les Jeux Olympiques, ou le Prince Malade', une comédie héroïque en vers de M. de la Grange. Créée en novembre 1729, la pièce a été bien accueillie. La danseuse De Roland et l'acteur Lélio ont été applaudis pour leurs performances. Le Mercure de France a publié des extraits des divertissements et des décorations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 2068-2069
« Le 4 Août on chanta au Concert de la Reine le Prologue et le premier Acte de Bellerophon; il [...] »
Début :
Le 4 Août on chanta au Concert de la Reine le Prologue et le premier Acte de Bellerophon; il [...]
Mots clefs :
Concert, Choeur, Violons, Prologue, Reine, Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Loterie de la Compagnie des Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 4 Août on chanta au Concert de la Reine le Prologue et le premier Acte de Bellerophon; il [...] »
Le 4 Août on chanta au Concert de la Reine le
Prologue et le premier Acte de Bellerophon ; il fut continué le 6 et le 11. Les principaux rôles
furent remplis par les Sieurs d'Angerville , Tribou , Chassé et du Bourg , et par les Diles Du- hamel , Courvasier et Robelin , lesquels furent très-bien éxécutéz.
Le 13. on chanta le Prologue et le premier
'Acte de Jephté.
Le 18. le second et le troisiéme Acte ; on répéta le Choeur du premier Acte que la Cour souhaita d'entendre encore une fois , et on finit cet
Opéra le 20. par le quatriéme et cinquième Acte ; le Rôle d'Apollon dans le Prologue fut chanté
par le sieur Dubourg , et ceux de Polymnie, Terpsicore , Venus et la Verité , par les Des Courvasier , Robelin , Mathieu et Lenner ; les principaux Rôles de la Piéce furent chantez par les
Ds Antier et le Maure , et par les Sieurs Chas◄
sé , le Begue , Ducros et Petillot. Ce Concert >
dont l'éxécution fut parfaite , fit beaucoup de
plaisir à la Reine et à toute la Cour , les Auteurs
du Poëme et de la Musique en reçûment des
complimens très-gracieux.
Le 25. jour de S. Louis , les 24 Violons de la Chambre exécuterent au dîné et au souper du
Roi plusieurs Piéces de Simphonies de la compo- sition de M. de Blamont , Sur - Intendant de la
Musique du Roi.
Le 27. on concerta chez la Reiné le Prologue
le premier Acte des Fêtes Grecques et Romai nes&
SEPTEMBRE. 1732. 2069
TIES du même Auteur , qu'on continua le
trente par le second et le troisiéme Acte ; il y
eut le même jour au Souper du Roi une grande
Simphonie , composée de toute sorte d'Instru
mens.
Le 15. 17. et 22. Septembre , on chanta chez
la Reine le Prologue et les cinq Entrées de l'E
rope Galante dont l'éxécution fut parfaite ; les principaux Rôles furent chantés par les meilleurs
Sujets de la Musique du Roi..
Le 16 Septembre les Comédiens François représenterent à Fontainebleau la Tragédie d'Habis , qui fut suivie de la petite Comédie de l'Indiscret , de M. de Voltaire.
Le 18. Les Femmes Sçavantes.
Le 23. La Tragédie de Venceslas et l'Epreuve
Réciproque.
Le 25. Le Médisant.
Le 30. Rhadamiste et l'Amour Diable.
Le 13. les Comédiens Italiens représenterent
l'Embarras des Richesses et la petite Comédie de
l'Ecole des Meres. Le sicur Roland´, dont il a été
parlé , dansa à la fin de la premiere Piéce une
Entrée de Sabotier , et la D Roland , sa fille ,
dansa ensuite un Pas de Deux avec le sieur Lélio qui fit beaucoup de plaisir.
1°
Le 20. Le Jeu de l'Amour et du Hazard ,
fut suivi de la Comédie de la Silphide.
qui
Le 24. Démocrite prétendu Fon , et les Effets du
Dépit.
Le 25. Septembre la Lotterie de la Compagnie
des Indes , établie pour le remboursement des Actions fut tirée en la maniere accoutumée à
PHO
2070 MERCURE DE FRANCE
l'Hôtel de la Compagnie. La Liste des Numeros
gagnans des Actions et dixièmes d'Actions qui
doivent être remboursées a été renduë publique,
aisant en tout le nombre de 319. Actions.
Prologue et le premier Acte de Bellerophon ; il fut continué le 6 et le 11. Les principaux rôles
furent remplis par les Sieurs d'Angerville , Tribou , Chassé et du Bourg , et par les Diles Du- hamel , Courvasier et Robelin , lesquels furent très-bien éxécutéz.
Le 13. on chanta le Prologue et le premier
'Acte de Jephté.
Le 18. le second et le troisiéme Acte ; on répéta le Choeur du premier Acte que la Cour souhaita d'entendre encore une fois , et on finit cet
Opéra le 20. par le quatriéme et cinquième Acte ; le Rôle d'Apollon dans le Prologue fut chanté
par le sieur Dubourg , et ceux de Polymnie, Terpsicore , Venus et la Verité , par les Des Courvasier , Robelin , Mathieu et Lenner ; les principaux Rôles de la Piéce furent chantez par les
Ds Antier et le Maure , et par les Sieurs Chas◄
sé , le Begue , Ducros et Petillot. Ce Concert >
dont l'éxécution fut parfaite , fit beaucoup de
plaisir à la Reine et à toute la Cour , les Auteurs
du Poëme et de la Musique en reçûment des
complimens très-gracieux.
Le 25. jour de S. Louis , les 24 Violons de la Chambre exécuterent au dîné et au souper du
Roi plusieurs Piéces de Simphonies de la compo- sition de M. de Blamont , Sur - Intendant de la
Musique du Roi.
Le 27. on concerta chez la Reiné le Prologue
le premier Acte des Fêtes Grecques et Romai nes&
SEPTEMBRE. 1732. 2069
TIES du même Auteur , qu'on continua le
trente par le second et le troisiéme Acte ; il y
eut le même jour au Souper du Roi une grande
Simphonie , composée de toute sorte d'Instru
mens.
Le 15. 17. et 22. Septembre , on chanta chez
la Reine le Prologue et les cinq Entrées de l'E
rope Galante dont l'éxécution fut parfaite ; les principaux Rôles furent chantés par les meilleurs
Sujets de la Musique du Roi..
Le 16 Septembre les Comédiens François représenterent à Fontainebleau la Tragédie d'Habis , qui fut suivie de la petite Comédie de l'Indiscret , de M. de Voltaire.
Le 18. Les Femmes Sçavantes.
Le 23. La Tragédie de Venceslas et l'Epreuve
Réciproque.
Le 25. Le Médisant.
Le 30. Rhadamiste et l'Amour Diable.
Le 13. les Comédiens Italiens représenterent
l'Embarras des Richesses et la petite Comédie de
l'Ecole des Meres. Le sicur Roland´, dont il a été
parlé , dansa à la fin de la premiere Piéce une
Entrée de Sabotier , et la D Roland , sa fille ,
dansa ensuite un Pas de Deux avec le sieur Lélio qui fit beaucoup de plaisir.
1°
Le 20. Le Jeu de l'Amour et du Hazard ,
fut suivi de la Comédie de la Silphide.
qui
Le 24. Démocrite prétendu Fon , et les Effets du
Dépit.
Le 25. Septembre la Lotterie de la Compagnie
des Indes , établie pour le remboursement des Actions fut tirée en la maniere accoutumée à
PHO
2070 MERCURE DE FRANCE
l'Hôtel de la Compagnie. La Liste des Numeros
gagnans des Actions et dixièmes d'Actions qui
doivent être remboursées a été renduë publique,
aisant en tout le nombre de 319. Actions.
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Résumé : « Le 4 Août on chanta au Concert de la Reine le Prologue et le premier Acte de Bellerophon; il [...] »
Du 4 au 20 août 1732, plusieurs représentations musicales se déroulèrent au Concert de la Reine. Le 4 août, le prologue et le premier acte de 'Bellerophon' furent interprétés par les sieurs d'Angerville, Tribou, Chassé, du Bourg, et les demoiselles Duhamel, Courvasier et Robelin. Les représentations continuèrent les 6 et 11 août. Le 13 août, le prologue et le premier acte de 'Jephté' furent chantés, suivis des deuxième, troisième, quatrième et cinquième actes les 18 et 20 août, avec des rôles interprétés par les sieurs Dubourg, Courvasier, Robelin, Mathieu, Lenner, Antier, le Maure, Chassé, le Bègue, Ducros et Petillot. L'exécution fut acclamée par la Reine et la Cour. Le 25 août, à la fête de Saint-Louis, les 24 Violons de la Chambre jouèrent des symphonies de M. de Blamont. Le 27 août, le prologue et le premier acte des 'Fêtes Grecques et Romaines' furent chantés chez la Reine. En septembre, plusieurs représentations eurent lieu. Du 15 au 22 septembre, le prologue et les cinq entrées de 'L'Europe Galante' furent chantés chez la Reine. Le 16 septembre, les Comédiens Français jouèrent 'Habis' et 'L'Indiscret' de Voltaire à Fontainebleau. Du 18 au 30 septembre, diverses pièces de théâtre furent représentées, incluant 'Les Femmes Savantes', 'Venceslas', 'Le Médisant', 'Rhadamiste' et 'L'Amour Diable'. Les Comédiens Italiens jouèrent 'L'Embarras des Richesses' et 'L'École des Mères', avec des danses du sieur Roland et de la demoiselle Roland. Le 25 septembre, la lotterie de la Compagnie des Indes fut tirée à l'Hôtel de la Compagnie, avec 319 actions remboursées.
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29
p. 2279-2282
« Les Augustins Déchaussez de la Congrégation de France, ayant ouvert leur Chapitre général [...] »
Début :
Les Augustins Déchaussez de la Congrégation de France, ayant ouvert leur Chapitre général [...]
Mots clefs :
Roi, Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Concert, Fontainebleau, Loterie de la Compagnie des Indes
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texteReconnaissance textuelle : « Les Augustins Déchaussez de la Congrégation de France, ayant ouvert leur Chapitre général [...] »
Es Augustins Déchaussez de la Congrégation France , ayant ouvert leur Chapitre géné ral à Paris le 26. de Septembre , ils ont élu le
P. Paulin de la Province de Provence , pour leur
Vicaire General.
Le Roi a donné au fils du Marquis de Bissy
l'agrément du Régiment d'Anjou , Cavalerie , vacant par la démission volontaire du Duc de Gon- tault.
S. M. a accordé 3000 livres de pension &
M. d'Audiffret , cy- devant Envoyé Extraordinai
re de S. M. à la Cour de Lorraine.
Le 9. de ce mois , il y eut une espece de Vendange au Château de Versailles. La Duchesse de
Ventadour , Gouvernante des Enfans de France
conduisit Monseigneur le Dauphin dans la Salle
des Gardes , où l'on avoit mis et disposé d'une
maniere commode , des seps de Vigne chargez
de raisins , que ce Prince coupa fort adroitement
avec une serpette , et les distribua avec les graces
qui lui sont naturelles , à tous ceux qui étoient
présens.
17 Le 7 Octobre , le Duc de Chartres , fils unique du Duc d'Orleans, se trouva indisposé à
Se
2285 MERCURE DE FRANCE
,
S. Cloud d'un grand mal de tête et de la fièvre ,
ce qui fit appréhender la petite verole ; elle parut
en effet le lendemain au visage en petite quantité,.
mais beaucoup plus abondamment sur tout le
reste du corps. Le Duc d'Orleans ayant une en-- tiere confiance au sieur Marsolan , son premier
Chirurgien et au sieur Imbert son premier:
Apotiquaire , confia à leurs soins la maladie du
Prince , âgé de 7 ans et demi son attente n'a
pas été trompée , puisqu'au bout de dix jours
il a été hors de tout danger ; il fut purgé lègerement le 18. et depuis ce tems-là sa santé s'est entierement rétablie. Le Duc d'Orleans ne l'a
point quitté pendant les dix premiers jours, c'està-dire qu'après sa parfaite guérison. S. A. R. qui a été penetrée d'une vive douleur sur la maladie
de ce Prince a été régulierement tous les jours
S. Cloud pour le voir , ainsi que la-Reine d'Espagne , sa Tante.
Le 2 Octobre , les Comédiens François reprécenterent à Fontainebleau l'Important de Cour..
Le 7. Iphigenie , et l'Aveugle Clairvoyant .
Le 9. LeTartuffe et le Florentin.
Le 14. Herode et Mariamne, et le Medecinmalgré lui.
Le 16. L'Homme à bonnesfortunes , et la Com
esse d'Escarbagnas..
• Le 21. La Mere Coquette et le Grondeur.
Le 23. Britannicus et l'Amour Medecin.
Le 30. Andromaque et la Serenade..
Le 27 Septembre , les Comédiens Italiens représenterent devant la Reine à Fontainebleau la
Comédie dArlequin Sauvage , qui fut suivie de la
petite Piéce d'Arlequin Hulla , après laquelle ta Duc
OCTOBRE. 8732. 228x
De Roland dansa une Entrée seule.
Le 4 Octobre , Arlequin Enfant , Statue et
Perroquet , Comédie Italienne en cinq Actes qui
divertit beaucoup L. M. et toute la Cour.
Le les Amusemens à la mode , qui furent
suivis de la Parodie de l'Opera d'Alceste , la Dile
Roland y dansa encore une Entrée qui fit beau→
coup de plaisir.
Le 18. L'Amour Précepteur , Comédie Fran→
çoise , en trois Actes.
Le 25. La Surprise de l'Amour , et Arlequin
toujours Arlequin.
Le 24 et le 29 Septembre il y eut Concert à
Fontainebleau chez la Reine , M. de Blamont
Sur-Intendant de la Musique du Roi , fit chanter le Prologue et trois Entrées du Ballet des Sens dont les Principaux Rôles furent chantez par les
Des Courvasier , Duhamel et Pitron , de la Mu--
sique du Roi , et par la De Petitpas , qui fit le
Rôle de l'Amour avec applaudissement.
Le 4. Octobre , on finit par les deux dernieres
Entrées du même Ballet , lequela fait autant de
plaisir à la Cour qu'il en avoit fait sur le Théatre de Paris.
Le 20
Le 6 , le 8 , et le 15. on chanta l'Opera de
Thetis et Pelée , dont les premiers Rôles ont été chantez par les Sieurs d'Angerville , Ducros , et
le Prince , et par les De Mathieu et Drouin.
on executa le Prologue et le premier
Acte de la Pastorale Héroïque de Diane et Endimion , l'Auteur y joignit le Retour des Dieux sur
la Terre , Divertissement de, M. de Blamont.
chanté plusieurs fois devant L. M. et qui a tou
jours servi de Prologue à cet Opera ; la De Pe
gitpas chanta le Rôle de l'Amour ,. en un morceau ajouté
2
2282 MERCURE DE FRANCE
ajouté pour être chanté par elle.
Le 22 , on finit le même Opéra par le second
et le troisiéme Acte , dans lequel le sieur Tribou chanta le Rôle d'Endimion ; ces deux derniers Concerts furent éxecutez avec beaucoup de
succès , et ont été generalement applaudis de tou
te la Cour.
Le 25 Octobre , la Lotterie de la Compagnie
des Indes , établie pour le remboursement des
Actions , fut tirée en la maniere accoûtumée à
l'Hôtel de la Compagnie. La Liste des Numeros
gagnans des Actions et Dixiémes d'Actions qui
doivent être remboursées,a été rendue publique ,
faisant en tout le nombre de 319 Actions
P. Paulin de la Province de Provence , pour leur
Vicaire General.
Le Roi a donné au fils du Marquis de Bissy
l'agrément du Régiment d'Anjou , Cavalerie , vacant par la démission volontaire du Duc de Gon- tault.
S. M. a accordé 3000 livres de pension &
M. d'Audiffret , cy- devant Envoyé Extraordinai
re de S. M. à la Cour de Lorraine.
Le 9. de ce mois , il y eut une espece de Vendange au Château de Versailles. La Duchesse de
Ventadour , Gouvernante des Enfans de France
conduisit Monseigneur le Dauphin dans la Salle
des Gardes , où l'on avoit mis et disposé d'une
maniere commode , des seps de Vigne chargez
de raisins , que ce Prince coupa fort adroitement
avec une serpette , et les distribua avec les graces
qui lui sont naturelles , à tous ceux qui étoient
présens.
17 Le 7 Octobre , le Duc de Chartres , fils unique du Duc d'Orleans, se trouva indisposé à
Se
2285 MERCURE DE FRANCE
,
S. Cloud d'un grand mal de tête et de la fièvre ,
ce qui fit appréhender la petite verole ; elle parut
en effet le lendemain au visage en petite quantité,.
mais beaucoup plus abondamment sur tout le
reste du corps. Le Duc d'Orleans ayant une en-- tiere confiance au sieur Marsolan , son premier
Chirurgien et au sieur Imbert son premier:
Apotiquaire , confia à leurs soins la maladie du
Prince , âgé de 7 ans et demi son attente n'a
pas été trompée , puisqu'au bout de dix jours
il a été hors de tout danger ; il fut purgé lègerement le 18. et depuis ce tems-là sa santé s'est entierement rétablie. Le Duc d'Orleans ne l'a
point quitté pendant les dix premiers jours, c'està-dire qu'après sa parfaite guérison. S. A. R. qui a été penetrée d'une vive douleur sur la maladie
de ce Prince a été régulierement tous les jours
S. Cloud pour le voir , ainsi que la-Reine d'Espagne , sa Tante.
Le 2 Octobre , les Comédiens François reprécenterent à Fontainebleau l'Important de Cour..
Le 7. Iphigenie , et l'Aveugle Clairvoyant .
Le 9. LeTartuffe et le Florentin.
Le 14. Herode et Mariamne, et le Medecinmalgré lui.
Le 16. L'Homme à bonnesfortunes , et la Com
esse d'Escarbagnas..
• Le 21. La Mere Coquette et le Grondeur.
Le 23. Britannicus et l'Amour Medecin.
Le 30. Andromaque et la Serenade..
Le 27 Septembre , les Comédiens Italiens représenterent devant la Reine à Fontainebleau la
Comédie dArlequin Sauvage , qui fut suivie de la
petite Piéce d'Arlequin Hulla , après laquelle ta Duc
OCTOBRE. 8732. 228x
De Roland dansa une Entrée seule.
Le 4 Octobre , Arlequin Enfant , Statue et
Perroquet , Comédie Italienne en cinq Actes qui
divertit beaucoup L. M. et toute la Cour.
Le les Amusemens à la mode , qui furent
suivis de la Parodie de l'Opera d'Alceste , la Dile
Roland y dansa encore une Entrée qui fit beau→
coup de plaisir.
Le 18. L'Amour Précepteur , Comédie Fran→
çoise , en trois Actes.
Le 25. La Surprise de l'Amour , et Arlequin
toujours Arlequin.
Le 24 et le 29 Septembre il y eut Concert à
Fontainebleau chez la Reine , M. de Blamont
Sur-Intendant de la Musique du Roi , fit chanter le Prologue et trois Entrées du Ballet des Sens dont les Principaux Rôles furent chantez par les
Des Courvasier , Duhamel et Pitron , de la Mu--
sique du Roi , et par la De Petitpas , qui fit le
Rôle de l'Amour avec applaudissement.
Le 4. Octobre , on finit par les deux dernieres
Entrées du même Ballet , lequela fait autant de
plaisir à la Cour qu'il en avoit fait sur le Théatre de Paris.
Le 20
Le 6 , le 8 , et le 15. on chanta l'Opera de
Thetis et Pelée , dont les premiers Rôles ont été chantez par les Sieurs d'Angerville , Ducros , et
le Prince , et par les De Mathieu et Drouin.
on executa le Prologue et le premier
Acte de la Pastorale Héroïque de Diane et Endimion , l'Auteur y joignit le Retour des Dieux sur
la Terre , Divertissement de, M. de Blamont.
chanté plusieurs fois devant L. M. et qui a tou
jours servi de Prologue à cet Opera ; la De Pe
gitpas chanta le Rôle de l'Amour ,. en un morceau ajouté
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ajouté pour être chanté par elle.
Le 22 , on finit le même Opéra par le second
et le troisiéme Acte , dans lequel le sieur Tribou chanta le Rôle d'Endimion ; ces deux derniers Concerts furent éxecutez avec beaucoup de
succès , et ont été generalement applaudis de tou
te la Cour.
Le 25 Octobre , la Lotterie de la Compagnie
des Indes , établie pour le remboursement des
Actions , fut tirée en la maniere accoûtumée à
l'Hôtel de la Compagnie. La Liste des Numeros
gagnans des Actions et Dixiémes d'Actions qui
doivent être remboursées,a été rendue publique ,
faisant en tout le nombre de 319 Actions
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Résumé : « Les Augustins Déchaussez de la Congrégation de France, ayant ouvert leur Chapitre général [...] »
En septembre 1726, la Congrégation des Augustins Déchaussés a tenu son Chapitre général à Paris et a élu le Père Paulin de la Province de Provence comme Vicaire Général. Le roi a approuvé la nomination du fils du Marquis de Bissy au Régiment d'Anjou, vacant après la démission du Duc de Gontaut. Une pension de 3000 livres a été accordée à M. d'Audiffret, ancien Envoyé Extraordinaire à la Cour de Lorraine. Le 9 octobre, une vendange symbolique a eu lieu au Château de Versailles, où le Dauphin a coupé des raisins sous la supervision de la Duchesse de Ventadour. Le Duc de Chartres, fils du Duc d'Orléans, a contracté la variole le 7 octobre mais s'est rétabli après dix jours grâce aux soins du chirurgien Marsolan et de l'apothicaire Imbert. À Fontainebleau, les Comédiens Français ont représenté plusieurs pièces, dont 'L'Important' le 2 octobre, et diverses autres œuvres jusqu'au 30 octobre. Les Comédiens Italiens ont également donné des représentations, notamment 'Arlequin Sauvage' le 27 septembre et 'Arlequin Enfant' le 4 octobre. Des concerts ont eu lieu chez la Reine à Fontainebleau, avec des performances du Ballet des Sens et de l'opéra 'Thétis et Pélée'. Le 25 octobre, la lotterie de la Compagnie des Indes a été tirée, remboursant 319 actions.
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30
p. 1468-2470
« Le 11. Novembre, les Comédiens Italiens firent l'ouverture de leur Théatre, depuis leur [...] »
Début :
Le 11. Novembre, les Comédiens Italiens firent l'ouverture de leur Théatre, depuis leur [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, La vie est un songe, Lopes de Vega, Théâtre italien, Fontainebleau
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texteReconnaissance textuelle : « Le 11. Novembre, les Comédiens Italiens firent l'ouverture de leur Théatre, depuis leur [...] »
e 11. Novembre , les Comédiens Italiens firent l'ouverture de leur Théatre , depuis leur
retour de Fontainebleau , par la Tragi- Comédie
de la Vie est un Songe , tirée de l'Espagnol de
Lopes
NOVEMBRE. 1732. 2459
Lopes de Vega, sous le titre la vida es sueno. Cette
Piéce Italienne en cinq Actes avoit été jouée sur
le Théatre Italien avec grand succès en 1717.
elle vient d'être mise en Vers François par
M. de Boissy ; les Représentations sont reçûës très favorablement du Public ; nous en parlerons
plus au long ; on peut voir l'Extrait de la Piéce
originale dans le Mercure de Mars 1717.
Le 10 Novembre , le sieur Theveneau , natif
de Paris , l'un des Comédiens du Roi de l'Hôtel
de Bourgogne , mourut à Fontainebleau , âgé de
37 ans, après avoir reçû tous ses Sacremens.
C'étoit un très-bon sujet qu'on regrete infiniment. Outre les talens qu'il avoit pour la Musique et le Chant , il avoit encore acquis ceux de
la déclamation et de l'action comique ; il fut reçû dans la Troupe du Roi en Novembre 1730.
où il étoit déja en qualité de Chanteur depuis
plus de 14 ans.
Le 14. le sieur Paghetti , autre Comédien Italien du même Théatre , originaire de Brescia
dans l'Etat de Venise , mourut à Paris après avoir reçû tous ses Sacremens , âgé de 58 ans , il fut
inhumé le lendemain à S. Sauveur , sa Paroisse ,
dont le Curé a rendu des témoignages publics,
de la constance et de la parfaite résignation
avec laquelle il est mort. Cet Acteur , que le
Public regrete fort , étoit venu fort jeune en
France , il parloit également bien le François et,
l'Italien ; on n'a guére vû d'Acteurs rassembler
tant de talens pour le Théatre et pour toutes.
sortes de Rôles,de quelques caracteres qu'ils fussent ; et quoiqu'il ne fut pas d'une, figure ni d'une.
taille avantageuse , il les jouoit avec une justesse
et une précision qui ne laissoit rien à désirer. Il avait
2470 MERCURE DE FRANCE
•
avoit été reçû au Théatre Italien au commence- ment de l'année 1720.
Le 19. le fils du sieur Thomassin, de la Comé→ ·
die Italienne , âgé de 15 ans , débuta pour la
premiere fois , dans la Parodie du Joueur , composée de Scenes Italiennes . jouées autrefois sur
le Théatre du Palais Royal par des Acteurs Italiens. Il joua le Rôle de Baiocco , qui en est le
principal avec assez d'intelligence pour son âge,
et fut applaudi du Public.
retour de Fontainebleau , par la Tragi- Comédie
de la Vie est un Songe , tirée de l'Espagnol de
Lopes
NOVEMBRE. 1732. 2459
Lopes de Vega, sous le titre la vida es sueno. Cette
Piéce Italienne en cinq Actes avoit été jouée sur
le Théatre Italien avec grand succès en 1717.
elle vient d'être mise en Vers François par
M. de Boissy ; les Représentations sont reçûës très favorablement du Public ; nous en parlerons
plus au long ; on peut voir l'Extrait de la Piéce
originale dans le Mercure de Mars 1717.
Le 10 Novembre , le sieur Theveneau , natif
de Paris , l'un des Comédiens du Roi de l'Hôtel
de Bourgogne , mourut à Fontainebleau , âgé de
37 ans, après avoir reçû tous ses Sacremens.
C'étoit un très-bon sujet qu'on regrete infiniment. Outre les talens qu'il avoit pour la Musique et le Chant , il avoit encore acquis ceux de
la déclamation et de l'action comique ; il fut reçû dans la Troupe du Roi en Novembre 1730.
où il étoit déja en qualité de Chanteur depuis
plus de 14 ans.
Le 14. le sieur Paghetti , autre Comédien Italien du même Théatre , originaire de Brescia
dans l'Etat de Venise , mourut à Paris après avoir reçû tous ses Sacremens , âgé de 58 ans , il fut
inhumé le lendemain à S. Sauveur , sa Paroisse ,
dont le Curé a rendu des témoignages publics,
de la constance et de la parfaite résignation
avec laquelle il est mort. Cet Acteur , que le
Public regrete fort , étoit venu fort jeune en
France , il parloit également bien le François et,
l'Italien ; on n'a guére vû d'Acteurs rassembler
tant de talens pour le Théatre et pour toutes.
sortes de Rôles,de quelques caracteres qu'ils fussent ; et quoiqu'il ne fut pas d'une, figure ni d'une.
taille avantageuse , il les jouoit avec une justesse
et une précision qui ne laissoit rien à désirer. Il avait
2470 MERCURE DE FRANCE
•
avoit été reçû au Théatre Italien au commence- ment de l'année 1720.
Le 19. le fils du sieur Thomassin, de la Comé→ ·
die Italienne , âgé de 15 ans , débuta pour la
premiere fois , dans la Parodie du Joueur , composée de Scenes Italiennes . jouées autrefois sur
le Théatre du Palais Royal par des Acteurs Italiens. Il joua le Rôle de Baiocco , qui en est le
principal avec assez d'intelligence pour son âge,
et fut applaudi du Public.
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Résumé : « Le 11. Novembre, les Comédiens Italiens firent l'ouverture de leur Théatre, depuis leur [...] »
En novembre 1732, les Comédiens Italiens ont rouvert leur théâtre à Paris avec la tragicomédie 'La Vie est un Songe', adaptée de l'œuvre espagnole de Lope de Vega 'La vida es sueño'. Cette pièce, traduite en français par M. de Boissy et jouée pour la première fois en 1717, a été bien accueillie par le public. Le 10 novembre, le comédien Theveneau, membre de la troupe du Roi à l'Hôtel de Bourgogne, est décédé à Fontainebleau à l'âge de 37 ans. Reconnu pour ses talents en musique, chant, déclamation et comédie, il avait rejoint la troupe royale en novembre 1730 après y avoir été chanteur depuis plus de 14 ans. Le 14 novembre, le comédien italien Paghetti, originaire de Brescia, est décédé à Paris à l'âge de 58 ans. Apprécié pour sa maîtrise du français et de l'italien, ainsi que pour sa capacité à interpréter divers rôles, il avait été engagé au Théâtre Italien au début de l'année 1720. Le 19 novembre, le fils du comédien Thomassin, âgé de 15 ans, a fait ses débuts sur scène dans la parodie 'Le Joueur', interprétant le rôle principal de Baiocco et recevant les applaudissements du public.
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31
p. 2667-2673
Arlequin au Parnasse, ou la Folie de Melpomene, &c. [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens Italiens donnerent le 4. de ce mois la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Arlequin, Comédiens-Italiens, Parodie, Zaïre, Parnasse
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texteReconnaissance textuelle : Arlequin au Parnasse, ou la Folie de Melpomene, &c. [titre d'après la table]
es Comédiens Italiens donnerent le 4.
de ce mois la premiere représentation
d'une Parodie de la Tragédie de Zaire.
Cette petite Piece est intitulée : Arlequin
au Parnasse , ou la Folie de Melpomene.
Comme l'Auteur à qui on` l'attribue la
désavoie , nous nous dispenserons de le
nommer ; mais comme nous ne devons
pas moins à nos engagemens envers le Public , qu'à la modestie des Autheurs qui
veulent se dérober à la gloire qui leur est
D. I. Vel. duë, G iij
2368 MERCURE DE FRANCE
düe , nous n'avons garde de nous imposer
silence sur une maniere de Parodier, qui a
parû très singuliere et tout- à-fait neuve
aux connoisseurs ; voicy en peu de mots
l'idée de l'Autheur anonime.
LeThéatre represente le Mont Parnasse,
Arlequin et un de ses camarades forment
le noble dessein d'y monter pour obtenir
de Thalie quelqu'heureuse nouveauté ,
qui attire des spectateurs à leur Théatre.
La difficulté rebute Arlequin ; il ne veut
pas se donner la peine de grimper si haut,
et prétend en être suffisamment dispensé
par l'exemple de bien des Auteurs qui du
pied du Parnasse , prétendent égaler ceux
qui s'élevent jusqu'à la double cime. Il se
croit inspiré , il tient déja le titre d'une
Piece nouvelle ; voilà le Parnasse , dit-il,
et me voicy; je n'ai donc qu'à intituler
ma Piéce , Arlequin au Parnasse : son camarade a beau lui diré , qu'un titre ne suf
fit pas , et qu'il faut inventer de quoi le
remplir , il lui répond que cela pourra venir chemin faisant.
Thalie vient finir la contestation , et
leur dit qu'elle leur apporte le sujet, attendu que sa sœur Melpomene vient de devenir folle tout subitement ; cet heureux
évenement donne lieu à la seconde partie du titre de la Piece et les extravaganI. Vol ces
DECEMBRE. 1732. 2669
tes deMelpomene en fournissent le sujet.
Thalie cede la place à Melpomene qui s'avance; elle fait entendre qu'elle va rejoindre Apollon qui doit déliberer en plein conseil sur les moyens les plus propres à remé
dier aux folles saillies de la Muse tragique.
Melpomene arrive ; l'entousiasme dont
elle est transportée , lui fait tenir des discours injurieux au Sophocle et à l'Euripide de la France ; l'idée dont elle est remplie lui promet des succès infiniment plus
éclatants que tous ceux des Corneilles et
des Racines ; des routes nouvelles s'ouvrent devant ses pas ; elle y va entrer pour
La premiere fois , et tout lui répond de
remplir dignement la brillante carriere
qu'elle se propose de commencer. Le camarade d'Arlequin ne lui faithumblement
La réverence que sous le nom de Comédien François ; pour Arlequin , ne pouvant l'aborder à la faveur de la même
imposture , attendu que son habit et son
masque le décéleroient aux yeux de la superbe Muse, il prend le parti de suivre Thalie , comme Muse de sa connoissance. Melpomene trompée par le nom
de Comédien François , que le camarade
d'Arlequin se donne , lui dit qu'ils n'ont
ses heureux camarades et lui , qu'à préparer leurs cofres-forts , et que la riche
I. Vol. Giiij idée
2670 MERCURE DE FRANCE
idée qu'elle roule dans sa tête sera un Perou pour leur Troupe. Comme cette idée
n'est pas encore assez débrouillée , la Muse se jette sur un lit de gazon pour y rêver et elle s'y endort. Des songes chimeriques se présentent à elle , et achevent de
lui faire digerer le Chef d'oeuvre qu'elle
s'est promis. Elle s'éveille enfin et fait entendre que son ouvrage est consommé.
Le Comédien Italien , soi disant Comédien François , la prie de lui donner sa
Tragédie ; elle ne lui répond que par de
magnifiques promesses réïterées , sans se
donner la peine de lui dire ni quel est le
sujet de sa Piece , ni quelle en est la distribution : il y a des Auteurs , ajoute- t-elle,
qui croyent se couvrir de gloire, en disant
qu'ils ont fait cinq Actes en trois semaines , et moi je ne demande que trois minutes , et si tu en veux voir une épreuve,
je vais te la donner sur le champ : allons ,
poursuit- elle, que les cinq Actes dont j'ai
besoin obéissent à ma voix ; qu'ils paroissent à mes yeux. A peine a- t-elle parlé ;
qu'on voit sortir cinq Actes personifiez et
numerotez du premier au cinquiéme par
une étiquette qui les distingue les uns des autres.
Chacun de ces Actės , à commencer par
le premier , rend compte de la fonction
I.Vol.
qu'il
DECEMBRE. 1732. 2871
qu'il a dans la nouvelle Tragédie qui doit
attirer tout Paris. L'ordre de la marche
théatrale est un peu troublé par une petite.
altercation qui s'éleve entre le second et
le troisiéme , qui se reprochent récipro-.
quement d'être déplacez ; les autres se
suivent conformément au numero qu'on.
leur a assigné.
Le cinquiéme Acte paroit enfin , tout
fier d'être destiné à finir un si bel ouvrage ; voici les derniers vers qu'il récite
avec une parfaite sécurité , en parlant de
son Héros.
Du même fer il se perce lui-même;
At-onjamais fini par un plus beau Morceau ?
Melpomene en est si satisfaite qu'elle en
pleure de joie. Quoi ? Muse, vous pleurez!
dit le cinquiéme Acte personifié ; la Muse remplit le dernier hémistiche , par ces paroles que l'admiration lui arrache , trèsbeau , très-beau , très- beau.
Le ravissement de la Muse tragique et
de ses cinq Actes est troublé par l'arrivée.
de Thalie , qui dit d'un air malicieux
qu'elle apporte le sixième Acte ; Melpomene jette sur elle de fiers regards qui lui
annoncent le cas qu'elle fait de l'addition
qu'elle prétend faire à son chef- d'œuvre
mais Thalie.rabbat son orgueil , en lui ap1. Vol.
Gy pre-
2672 MERCURE DE FRANCE
prenant que le Conseil du Mont sacré
vient de la condamner aux petites Maisons , et ses cinq Actes à l'oubli. Melpomene en est au désespoir , et ses cinq Actes se reprochent les uns aux autres l'affront qu'ils viennent de recevoir ; on auroit souhaitté que l'Auteur eut saisi ce
nouyer incident pour critiquer la Piéce
qui est l'objet de la Parodie , et que chaque Acte fit voir maniere de reproche les défauts qu'on y peut censurer.
Les cinq Actes ayant enfin disparu ,
Melpomene finit par ces Vers , parodiez du Čid.
par
Pleurez , pleurez mes yeux ; fondez en cata ractes ;
Je perds toute ma gloire en perdant mes cinq Actes.
,
Au reste , tous les Amateurs de Piéces
de Théatre ont été surpris , que l'Auteur
d'une idée si neuve , et si susceptible de
traits comiques l'ait si négligemment
remplie ; on diroit qu'il n'a voulu donner qu'une esquisse , pour apprendre aux
faiseurs de Parodies , qu'on peut s'écartér
des sentiers trop battus dans ce genre de
Comédie , qui pourroit être très- utile , si
l'on ne s'y attachoit plutôt à divertir qu'à
instruire et à corriger. Nous n'avons vû
1. Vol. depuis
DECEMBRE. 1732. 2673
depuis plusieurs années que très-peu de
Parodies dignes d'être estimées ; telles
sont , Oedipe travesti , Agnés de Chaillot , et le mauvais Ménage ; la plupart
des autres ne sont qu'une imitation servile des Tragédies qu'elles prétendent tourner en ridicule ; ce genre est sans contredit le plus aisé ; mais il s'en faut bien qu'il
soit le plus estimable , et le plus couru ,
à moins qu'on n'y trouve quelque heureux incident qui attire le Public , soit
par la beauté du Spectacle , soit par quelque chose de bruyant , tel que la fureur
que de Roland , &c.
de ce mois la premiere représentation
d'une Parodie de la Tragédie de Zaire.
Cette petite Piece est intitulée : Arlequin
au Parnasse , ou la Folie de Melpomene.
Comme l'Auteur à qui on` l'attribue la
désavoie , nous nous dispenserons de le
nommer ; mais comme nous ne devons
pas moins à nos engagemens envers le Public , qu'à la modestie des Autheurs qui
veulent se dérober à la gloire qui leur est
D. I. Vel. duë, G iij
2368 MERCURE DE FRANCE
düe , nous n'avons garde de nous imposer
silence sur une maniere de Parodier, qui a
parû très singuliere et tout- à-fait neuve
aux connoisseurs ; voicy en peu de mots
l'idée de l'Autheur anonime.
LeThéatre represente le Mont Parnasse,
Arlequin et un de ses camarades forment
le noble dessein d'y monter pour obtenir
de Thalie quelqu'heureuse nouveauté ,
qui attire des spectateurs à leur Théatre.
La difficulté rebute Arlequin ; il ne veut
pas se donner la peine de grimper si haut,
et prétend en être suffisamment dispensé
par l'exemple de bien des Auteurs qui du
pied du Parnasse , prétendent égaler ceux
qui s'élevent jusqu'à la double cime. Il se
croit inspiré , il tient déja le titre d'une
Piece nouvelle ; voilà le Parnasse , dit-il,
et me voicy; je n'ai donc qu'à intituler
ma Piéce , Arlequin au Parnasse : son camarade a beau lui diré , qu'un titre ne suf
fit pas , et qu'il faut inventer de quoi le
remplir , il lui répond que cela pourra venir chemin faisant.
Thalie vient finir la contestation , et
leur dit qu'elle leur apporte le sujet, attendu que sa sœur Melpomene vient de devenir folle tout subitement ; cet heureux
évenement donne lieu à la seconde partie du titre de la Piece et les extravaganI. Vol ces
DECEMBRE. 1732. 2669
tes deMelpomene en fournissent le sujet.
Thalie cede la place à Melpomene qui s'avance; elle fait entendre qu'elle va rejoindre Apollon qui doit déliberer en plein conseil sur les moyens les plus propres à remé
dier aux folles saillies de la Muse tragique.
Melpomene arrive ; l'entousiasme dont
elle est transportée , lui fait tenir des discours injurieux au Sophocle et à l'Euripide de la France ; l'idée dont elle est remplie lui promet des succès infiniment plus
éclatants que tous ceux des Corneilles et
des Racines ; des routes nouvelles s'ouvrent devant ses pas ; elle y va entrer pour
La premiere fois , et tout lui répond de
remplir dignement la brillante carriere
qu'elle se propose de commencer. Le camarade d'Arlequin ne lui faithumblement
La réverence que sous le nom de Comédien François ; pour Arlequin , ne pouvant l'aborder à la faveur de la même
imposture , attendu que son habit et son
masque le décéleroient aux yeux de la superbe Muse, il prend le parti de suivre Thalie , comme Muse de sa connoissance. Melpomene trompée par le nom
de Comédien François , que le camarade
d'Arlequin se donne , lui dit qu'ils n'ont
ses heureux camarades et lui , qu'à préparer leurs cofres-forts , et que la riche
I. Vol. Giiij idée
2670 MERCURE DE FRANCE
idée qu'elle roule dans sa tête sera un Perou pour leur Troupe. Comme cette idée
n'est pas encore assez débrouillée , la Muse se jette sur un lit de gazon pour y rêver et elle s'y endort. Des songes chimeriques se présentent à elle , et achevent de
lui faire digerer le Chef d'oeuvre qu'elle
s'est promis. Elle s'éveille enfin et fait entendre que son ouvrage est consommé.
Le Comédien Italien , soi disant Comédien François , la prie de lui donner sa
Tragédie ; elle ne lui répond que par de
magnifiques promesses réïterées , sans se
donner la peine de lui dire ni quel est le
sujet de sa Piece , ni quelle en est la distribution : il y a des Auteurs , ajoute- t-elle,
qui croyent se couvrir de gloire, en disant
qu'ils ont fait cinq Actes en trois semaines , et moi je ne demande que trois minutes , et si tu en veux voir une épreuve,
je vais te la donner sur le champ : allons ,
poursuit- elle, que les cinq Actes dont j'ai
besoin obéissent à ma voix ; qu'ils paroissent à mes yeux. A peine a- t-elle parlé ;
qu'on voit sortir cinq Actes personifiez et
numerotez du premier au cinquiéme par
une étiquette qui les distingue les uns des autres.
Chacun de ces Actės , à commencer par
le premier , rend compte de la fonction
I.Vol.
qu'il
DECEMBRE. 1732. 2871
qu'il a dans la nouvelle Tragédie qui doit
attirer tout Paris. L'ordre de la marche
théatrale est un peu troublé par une petite.
altercation qui s'éleve entre le second et
le troisiéme , qui se reprochent récipro-.
quement d'être déplacez ; les autres se
suivent conformément au numero qu'on.
leur a assigné.
Le cinquiéme Acte paroit enfin , tout
fier d'être destiné à finir un si bel ouvrage ; voici les derniers vers qu'il récite
avec une parfaite sécurité , en parlant de
son Héros.
Du même fer il se perce lui-même;
At-onjamais fini par un plus beau Morceau ?
Melpomene en est si satisfaite qu'elle en
pleure de joie. Quoi ? Muse, vous pleurez!
dit le cinquiéme Acte personifié ; la Muse remplit le dernier hémistiche , par ces paroles que l'admiration lui arrache , trèsbeau , très-beau , très- beau.
Le ravissement de la Muse tragique et
de ses cinq Actes est troublé par l'arrivée.
de Thalie , qui dit d'un air malicieux
qu'elle apporte le sixième Acte ; Melpomene jette sur elle de fiers regards qui lui
annoncent le cas qu'elle fait de l'addition
qu'elle prétend faire à son chef- d'œuvre
mais Thalie.rabbat son orgueil , en lui ap1. Vol.
Gy pre-
2672 MERCURE DE FRANCE
prenant que le Conseil du Mont sacré
vient de la condamner aux petites Maisons , et ses cinq Actes à l'oubli. Melpomene en est au désespoir , et ses cinq Actes se reprochent les uns aux autres l'affront qu'ils viennent de recevoir ; on auroit souhaitté que l'Auteur eut saisi ce
nouyer incident pour critiquer la Piéce
qui est l'objet de la Parodie , et que chaque Acte fit voir maniere de reproche les défauts qu'on y peut censurer.
Les cinq Actes ayant enfin disparu ,
Melpomene finit par ces Vers , parodiez du Čid.
par
Pleurez , pleurez mes yeux ; fondez en cata ractes ;
Je perds toute ma gloire en perdant mes cinq Actes.
,
Au reste , tous les Amateurs de Piéces
de Théatre ont été surpris , que l'Auteur
d'une idée si neuve , et si susceptible de
traits comiques l'ait si négligemment
remplie ; on diroit qu'il n'a voulu donner qu'une esquisse , pour apprendre aux
faiseurs de Parodies , qu'on peut s'écartér
des sentiers trop battus dans ce genre de
Comédie , qui pourroit être très- utile , si
l'on ne s'y attachoit plutôt à divertir qu'à
instruire et à corriger. Nous n'avons vû
1. Vol. depuis
DECEMBRE. 1732. 2673
depuis plusieurs années que très-peu de
Parodies dignes d'être estimées ; telles
sont , Oedipe travesti , Agnés de Chaillot , et le mauvais Ménage ; la plupart
des autres ne sont qu'une imitation servile des Tragédies qu'elles prétendent tourner en ridicule ; ce genre est sans contredit le plus aisé ; mais il s'en faut bien qu'il
soit le plus estimable , et le plus couru ,
à moins qu'on n'y trouve quelque heureux incident qui attire le Public , soit
par la beauté du Spectacle , soit par quelque chose de bruyant , tel que la fureur
que de Roland , &c.
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Résumé : Arlequin au Parnasse, ou la Folie de Melpomene, &c. [titre d'après la table]
Le 4 décembre, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation d'une parodie intitulée 'Arlequin au Parnasse, ou la Folie de Melpomene', inspirée de la tragédie 'Zaire'. L'auteur de cette pièce est resté anonyme par respect pour sa modestie. L'intrigue se déroule sur le Mont Parnasse, où Arlequin et un camarade cherchent une nouveauté pour attirer des spectateurs. Arlequin, paresseux, préfère rester au pied du Mont Parnasse et se contente de trouver un titre pour sa pièce. Thalie intervient alors pour annoncer que Melpomene, la muse de la tragédie, est devenue folle, fournissant ainsi le sujet de la parodie. Dans son délire, Melpomene critique les tragédiens français et promet des succès éclatants. Elle s'endort et rêve de son œuvre, qu'elle présente ensuite sous forme de cinq actes personnifiés. Thalie interrompt finalement Melpomene en annonçant que le conseil du Mont Parnasse a condamné Melpomene aux petites maisons et ses actes à l'oubli. La pièce se termine par une parodie de vers du 'Cid'. Les amateurs de théâtre ont été surpris par la négligence de l'auteur, qui n'a pas pleinement exploité le potentiel comique de son idée. La parodie est vue comme une esquisse, encourageant les futurs auteurs à innover dans ce genre. Le texte mentionne quelques parodies estimables comme 'Oedipe travesti', 'Agnès de Chaillot' et 'Le mauvais ménage', mais critique la plupart des autres pour leur imitation servile des tragédies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 2850-2852
La Vie est un Songe, Comédie, [titre d'après la table]
Début :
LA VIE EST UN SONGE, Comédie héroïque de M. de Boissy, représentée par [...]
Mots clefs :
La vie est un songe, Boissy, Comédie héroïque, Comédiens-Italiens, Traduction
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texteReconnaissance textuelle : La Vie est un Songe, Comédie, [titre d'après la table]
LA VIE EST UN SONGE , Comédie héroïque de M. de Boissy , représentée par
les Comédiens Italiens , au mois de Novembre 1732. prix , 24 sols. A Paris
chez P. Prauli , Quai de Gêvres , 1732.
in- 8. de 80 pages , prix 24 sols.
Cette Piéce en Vers libres , n'est pas
une simple Traduction de l'Italien ; on a
senti dans les Représentations , les changemens avantageux que l'Auteur a faits
dans ce Poëme ; pour donner une idée de
la maniere dontil est écrit, et du caractere
des deux principaux Personnages , nous
Insererons ici un Fragment de la Scene
entre Bazile , Roi de Pologne , et Sigismond , son fils , retenu dans une dure
captivité par son Pere depuis sa nais- sance.
II. Vol. Le
DECEMBRE.
1732. 2851
Le
Roy.
Ah ! ces retours affreux et l'horreur qu'ils t’ins«
pirent ,
Me font trop voir que les Astres sont vrais
Dans le malheur qu'ils me prédirent :
Il est écrit sur ton front irrité ;
Et j'y lis d'un Tyran toute la dureté.
Sigismond.
Pere cruel ! dont la bouche m'outrage ,
Si je suis un Tiran , n'en accuse que toi ;
Par ton ordre , élevé comme un monstre sau→
vage ,
Je ne fais que répondre aux soins qu'on cut de , moi ,
J'imite ton exemple , et je suis ton ouvrage ,
D'autant plus excusable en mon emportement ,
Que la raison l'approuve , et que ma tiran
nie
Par un juste retour et par un mouvement
Que la Nature justifie
N'aspire qu'à punir les Tirans de mavie;
Mais toi , Pere coupable et bourreau de ton
fils ,
Tu t'es montré cruel contre toute justice ,
Contre les droits humains et les loix du Pays,
Pour m'enterrer vivant dans un noir précipice ,
11. Vol. F
Quel
2852 MERCURE DE FRANCE
Quel forfait en naissant avois-je donc commis
C'est peu de me cacher à ma Patrie entiere ,
Tum'as tout refusé jusques à la lumiere :
Pour la premiere fois aujourd'hui j'en jóüis,
Dans les transports de sa colere ,
Contre moy, que pourroit imaginer de pis,
Le plus cruel de tous mes ennemis ?
Parens dénaturés , à vos ordres bizares ,
Quoi nos jours innocens seront- ils asser vis?
Serés- vous envers nous impunément barba
res ,
Et les ressentimens nous sont- ils interdits ?
Non , non 2 c'est une erreur dont vous êtes sé duits.
Par une sage prévoyance
Les équitables Dieux ont borné vos pouvoirs
Ainsi que nous , Vous avés vos devoirs,
Et si nous vous devons avec l'obéissance
Des marques de respect et de reconnoissance ,
Vous nous devés des soins à votre tour ,
Conformes à notre naissance •
Et des preuves de votre amour.
les Comédiens Italiens , au mois de Novembre 1732. prix , 24 sols. A Paris
chez P. Prauli , Quai de Gêvres , 1732.
in- 8. de 80 pages , prix 24 sols.
Cette Piéce en Vers libres , n'est pas
une simple Traduction de l'Italien ; on a
senti dans les Représentations , les changemens avantageux que l'Auteur a faits
dans ce Poëme ; pour donner une idée de
la maniere dontil est écrit, et du caractere
des deux principaux Personnages , nous
Insererons ici un Fragment de la Scene
entre Bazile , Roi de Pologne , et Sigismond , son fils , retenu dans une dure
captivité par son Pere depuis sa nais- sance.
II. Vol. Le
DECEMBRE.
1732. 2851
Le
Roy.
Ah ! ces retours affreux et l'horreur qu'ils t’ins«
pirent ,
Me font trop voir que les Astres sont vrais
Dans le malheur qu'ils me prédirent :
Il est écrit sur ton front irrité ;
Et j'y lis d'un Tyran toute la dureté.
Sigismond.
Pere cruel ! dont la bouche m'outrage ,
Si je suis un Tiran , n'en accuse que toi ;
Par ton ordre , élevé comme un monstre sau→
vage ,
Je ne fais que répondre aux soins qu'on cut de , moi ,
J'imite ton exemple , et je suis ton ouvrage ,
D'autant plus excusable en mon emportement ,
Que la raison l'approuve , et que ma tiran
nie
Par un juste retour et par un mouvement
Que la Nature justifie
N'aspire qu'à punir les Tirans de mavie;
Mais toi , Pere coupable et bourreau de ton
fils ,
Tu t'es montré cruel contre toute justice ,
Contre les droits humains et les loix du Pays,
Pour m'enterrer vivant dans un noir précipice ,
11. Vol. F
Quel
2852 MERCURE DE FRANCE
Quel forfait en naissant avois-je donc commis
C'est peu de me cacher à ma Patrie entiere ,
Tum'as tout refusé jusques à la lumiere :
Pour la premiere fois aujourd'hui j'en jóüis,
Dans les transports de sa colere ,
Contre moy, que pourroit imaginer de pis,
Le plus cruel de tous mes ennemis ?
Parens dénaturés , à vos ordres bizares ,
Quoi nos jours innocens seront- ils asser vis?
Serés- vous envers nous impunément barba
res ,
Et les ressentimens nous sont- ils interdits ?
Non , non 2 c'est une erreur dont vous êtes sé duits.
Par une sage prévoyance
Les équitables Dieux ont borné vos pouvoirs
Ainsi que nous , Vous avés vos devoirs,
Et si nous vous devons avec l'obéissance
Des marques de respect et de reconnoissance ,
Vous nous devés des soins à votre tour ,
Conformes à notre naissance •
Et des preuves de votre amour.
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Résumé : La Vie est un Songe, Comédie, [titre d'après la table]
Le texte présente 'La Vie est un Songe', une comédie héroïque de M. de Boissy, jouée par les Comédiens Italiens à Paris en novembre 1732. L'œuvre, publiée par P. Prauli, est disponible en format in-8 de 80 pages au prix de 24 sols. Contrairement à une simple traduction de l'italien, la pièce a été modifiée par l'auteur. Un extrait de la scène entre Bazile, roi de Pologne, et Sigismond, son fils retenu en captivité depuis sa naissance, illustre le style et les personnages principaux. Sigismond, libéré, exprime son amertume et sa colère envers son père, l'accusant de l'avoir élevé dans des conditions inhumaines, ce qui l'a rendu tyrannique. Sigismond justifie ses actions par les mauvais traitements subis et affirme que les parents ont des devoirs envers leurs enfants, notamment des preuves d'amour et de respect.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 2868-2883
Les Enfans Trouvez, Parodie, [titre d'après la table]
Début :
Le 9. Décembre, les Comédiens Italiens donnerent la première Représentation [...]
Mots clefs :
Enfants trouvés, Romagnesi, Riccoboni, Comédiens-Italiens, Pièce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Enfans Trouvez, Parodie, [titre d'après la table]
PECTACLE S.
LEE 9. Décembre , les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation des Enfans Trouvez , ou le Sultan poli par l'Amour , dont les Sieurs Dominique , Romagnesy et Riccoboni, sont.
les Auteurs. Cette Piece fut reçue peu favorablement du Public à la premiere Représentation , et on prétend qu'une assemblée tumultueuse mêlée de quelques
personnes mal intentionnées , en fut la
cause. La Piéce fut écoutée beaucoup plus
tranquillement à la seconde Représentation , et elle a toujours été de plus en
plus goûtée et applaudie. Nous allons tâcher de mettre le Lecteur en état d'en
juger.
ACTEURS..
Themire,
Fatime ,
la Dlle Sylvia.
la Dlle la Lande.
Diaphane , Roi de Tripoli , le sieur RoAlcidor , Pere de Themire , le sieur Domagnesy
minique.
Ale 11.
Cara
Volcan
DECEMBR E. 1732. 2869
Carabin , frere de Themire , le sicur RicOrosmin , Visir ,
Un Esclave ,
coboni.
Arlequin.
le sieur Sticotti.
Fatime ouvre la Scene , et paroît surprise de voirThemire plus gaye et plus contente qu'à l'ordinaire ; elle lui en demande la raison , et dit :
Quoi ! vous ne tournés plus les yeux vers les climats ,
Qu ce vaillant François devoit guider nos pas ?
Vous ne me parlés plus des plaisirs que la
France
Permet à notre Sexe avec tant de licence ,
Vous ne l'ignorés pás ; c'est là que les maris
Vivent d'intelligence avec les Favoris ;
Que la femme y bravant la contrainte fa- tale ,
Est prude avec renom dale.
" coquette sans scan◄
Themire lui répond que le Serrail fait
aujourd'hui tout son bonheur , et ajoûte :
Chez les Mahometans dès l'enfance enfermée ,
A leur façon d'agir ils m'ont accoûtumée.
II. Vol. Tout
2870 MERCURE DE FRANCE
Tout le monde en convient , le Roi de Tri
poli ,
Est malgré sa moustache , un Seigneur trèspoli.
Fatime représente à Themire que ce
jeune Officier qui est parti , et qui va revenir pour briser leurs fers , se donnera
de la peine en vain. Themire répond que
cet Officier est Gascon , &c. et découvre
en même tems à sa Confidente l'amour
qu'elle a pour le Sultan , et lui apprend
qu'il doit l'épouser dans la journée , Fati
me l'en félicite , et lui dit :
Mais ce cœur qui se livre à de si doux trans
* ports
En épousant un Turc , n'a-t'il point de re mords ?
Carabin vous a dit cent fois par la fenêtre ,
Que le sang d'un François vous avoit donné l'être ,
Que vous et vos parens dans un combat faq tal ,
Aviez subi le joug d'un Corsaire brutal.
Ne vous souvient - il plus que dans une Gag lere....
Themire.
Ma foi , s'il m'en souvient , il ne m'en souvient
guére.
II. Vol. Themi
DECEMBRE. 1732. 2877
Themire continuë , et fait le Portrait
du Sultan.
Oui , si le Ciel aux fers eut condamné sa
vie ,
Si l'Affrique à mes loix se voyoit asservie ,
Ou mon amour me trompe , ou Themire au
jourd'ui ,
Pour l'élever à soi descendroit jusqu'à lui.
Fatime.
r le faut avouer , cette pensée est belle ,
Mais convenés aussi qu'elle n'est pas nou
velle,
Diaphane arrive , et dit à Themire qu'il
pourroit lui faire un long discours ,lui
parler de ses Ayeux et des malheurs des
Sultans , ses Confreres.
Au sein des voluptez bien loin que je m'endorme ,
Si je tiens un Serrail > ce n'est que pour la
forme ;
Les loix que dès long-tems suivent les Mahomets ,
Nous deffendent le vin , moi je me le per
mets,
Tout usage ancien céde à ma politique,
Et je suisun Sultan de nouvelle fabrique,
Parlons seulement de l'amour que j'ai
II.Vel pour
2872 MERCURE DE FRANCE
pour vous poursuit-il . ) Je jure de vous
prendre pour Maîtresse et pour Femme
est-ce assez ? Oui, répond Themire, je ne
veux rien de plus , &c.
Orosmin vient annoncer au Sultan le retour de Carabin.
Pourquoi n'entre- t'il pas , dit le Sultan,
Orosmin.
Vous sçavez que toujours votre porte est fer mée.
Le Sultan.
Oui , c'étoit autrefois la régle accoûtumée ,
Mais , il faut que d'entrer , on ait permis- sion ,
Si tu veux qu'au Sérrail se passe l'action.
Carabin dit au Sultan qu'il apporte de
France de l'argent comptant , et continue :
Grace au Ciel , c'en est fait , et la somme est
complette ;
Commence par lâcher la fille et la soubrete ,
Nous choisirons après dix autres prisoniers.
Quant à moi je demeure , étant court de de niers ;
Qu'ils partent sur le champ , je resterai pour
gage,
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1732 2873
Le Sultan.
N'en rachete que neuf, et met - toi du voya
ge.....
Embarque cent Captifs , si tu veux , dit
le Sultan , mais pour Themire , ne croy
pas que tout l'or du monde puisse m'engager à re la rendre. Carabin est fort surpris que le Sultan veuille manquer à sa
parole , à quoi le Sultan répond :
Lorsque je te promis d'accorder ta demande ,
Ce n'étoit qu'un Enfant , à présent elle est
grande....
Du moins ,, dit ' le Gascon , ne me refuse
pas ce malheureux Vieillard , puisqu'il n'a
peut-être pas une heure à vivre. Le Sultan
consent de le rendre pourvû qu'il meure
auparavant , &c.
Themire reste avec Carabin , et lui dit
qu'elle est fâchée de ne pouvoir partir
avec lui , mais qu'il peut compter qu'elle
aura toujours beaucoup de déference pour
tous les François , &c.
Alcidor , ce venerable Vieillard , arrive ;
il est soutenu par deux François , sa vue
est si troublée , et son corps est si foible
qu'à peine il peut se soûtenir ; il deman
de où il est , et à qui il doit le bonheur
de revoir la lumiere, Themire répond
II. Vol. que
2874 MERCURE DE FRANCE
que c'est à ce Cavalier ( en montrant
Carabin. )
Alcidor.
Des Chevaliers Gascons je reconnois l'ardeur ,
S'ils n'ont pas de grands biens , ils ont tous de l'honneur.
Themire demande au Gascón com nent
Il a pû faire pour trouver une somme si considérable. Il répond :
Echapé de mes fers , chose impossible à croire ,
Arrivant au pays je me fis Grenadier,
On ne s'enrichit point à ce noble métier ;
Je me remis sur Mer , et l'ingrate fortune ,
Ne me traita pas mieux dans le sein de Neptune,
Je fus repris , Madame , et par un grand bon heur ,
Je vous vis au Serrail malgré le Grand Sei
gneur ;
Eunuques blancs et noirs , Bostangis , Jannis- saires ,
Ne m'empêcherent point de vous parler d'af
faires;
Le trait est surprenant , mais passons là - dessus.
Or , comme en mon Pays on craint peu les refus ,
Fallai voir le Sultan , lequel sur ma parole ,
Me laissa repartir pour un projet frivole,
II.Vol. Avec
DECEMBRE 1732 2875
Avec lui cependant , je m'étois engagé ,
De revenir bien-tôt payer votre congé.
> De retour dans la France une veuve fring
gante ,
Me prit en mariage aux bords de la Cha- rante.
Elle mourut bien-tôt , une autre succeda ,
Et cette autre en trois mois à son tour déceda.
Je convolai bien- tôt avec une troisiéme ,
Qui mourut en Avril , je ne sçais le quan tiéme ?
Heritier de leurs biens , et plus content qu'un
Roi ,
J'ai vendu trois Châteaux qui n'étoient moi.
pas à
Alcidor leur demande s'ils ne pourroient
leur donner des nouvelles de deux de
ses Enfans , et dit :
pas
Mon fils fut fait esclave , et sa sœur plus petite ,
Au Serrail avec lui , par des Turcs fut con.
duite.
Il m'arriva reprend le Gascon ) même chose
jadis.
A l'âge de quatre ans par les Turcs je fus
pris ,
Mené dans le Serrail avec cette personne ,
Et d'être tant soit peu ma sœur,
çonne.
je la soup
II. Vol. G. Themire
2876 MERCURE DE FRANCE
Themire.
Qu'entends-je !
Alcidor étonné.
Ce minois , cet air vif et coquet ,
De ma défunte femme est le vivant por trait ,
Même à ce que je crois , ce Gascon me res
semble.
Dans quel tems , s'il vous plaît , fûtes-vous pris
ensemble ?
Je ne prétens ici rien décider en l'air :
Surtout en fait d'enfans , on ne peut trop vois clair.
Carabin.
Je fus , il m'en souvient , pris en mil sept cent
seize.
Alcidor.
Epoque trop heureuse , et qui me comble d'aise ,
Et quel âge avez-vous à présent ?
Carabin.
J'ai vingt ans.
Alcidor.
Et vous ?
Themire.
J'en ai dix-huit.
Alcidor.
Baisez-moi, mes Enfans.
II.Vol. La
DECEMBRE. 1732 2877 La reconnoissance se fait d'une maniere très-comique , le pere embrasse ses enfans , et poursuit :
Quand je songe en quels lieux je la vois retea nuë ,
Je n'ose sur ma fille ensor jetter la vuë ,
Ojour qui me la rens , comment me la renstu ?
Tu pleures , je t'entends..... tu n'as plus de
vertu !
Themire avoue ingénument àson pere
que le Sultan l'adore et doit bien tôt l'épouser. Alcidor lui fait de sanglans reproches , et se retire outré de désespoir.
1
Themire reste avec Carabin , qui l'engage à le suivre , après lui avoir représenté son crime.
Themire y consent après
avoir combattu quelque tems , et dit à
son frere :
Mais du moins tu devrois aller voir notre
Pere
Nous le laissons mourir d'une étrange mad
niere.
Bon , répond Carabin , je le compte
pour mort ; il fait promettre en mêmetems à sa sœur de se tenir prête pour fuïr
avec lui,et se retire. Themire reste seule,
s'éxamine et se demande à elle- même , si
II. Vol. Gij elle
2878 MERCURE DE FRANCE
elle est Turque ou Françoise , et ne pouvant pas bien se définir , elle termine son
Monologue par ces Vers qu'elle adresse au
Sultan.
Ah ! puisque ta devois m'épouser dès ce soir ,
Pourquoi m'apprenoit-on aujourd'hui mon de
voir ?
Frere trop rigoureux , du moins pour me l'apa
prendre ,
Jusqu'à demain matin tu pouvois bien at
tendre.
Le Sultan arrive à la fin du Monologue pour conduire avec lui Themire à la
Mosquée : venez , lui dit- il ,
Themire l'appercevant,
Où me cacher !
Le Sultan.
Que dites-vous ?
Themire.
Je n'ose,
Le Sultan.
Vous n'osez ?
Themire,
Non, Seigneur.
Le Sultan.
Et pourquoi donc ?
II. Vol Themire
DECEMBRE. 1732. 2875
Themire:
Le Sultan.
Pour cause.
Ah ! je vois ce que c'est , sans doute la pu deur....
Themire.
Non, ce n'est point cela ; vous vous trompez ;
Seigneur..
Elle prie le Sultan de vouloir bien dif
ferer cet Hymen , le Sultan s'emporte et
dit , lorsque Themire se retire :
Je n'y comprens plus rien pourquoi partir si-tôt ?
Dites-moi vos raisons...
Themire en s'en allant.
Je les dirai tantôt.
Le Sultan reste avec le Vizir ; il commence àsoupçonnerThemire d'inconstance , et Carabin d'être son Rival , le Vizir lui dit :
Prenez- vous ce Garçon , Seigneur , pour une bête ,
Vous les avez laissés ensemble tête à tête.
Le Sultan.
Je ne le ferai plus.
II. Vol. G iij Le
2330 MERCURE DE FRANCE
Le Vizir.
Vous aurez bien raison ,
Ah ! que la prévoyance est ici de saison !
tain. ...
Themire revient , le Sultan lui fait encore des reproches , et lui dit qu'il ne la
reverra jamais. Quoi , Seigneur , répond
Themire , est-il bien assûré que vous ne
m'aimez plus ? Non , rien n'est plus cerque j'aimai... que je hais. . . .
Themire éclate de rire,le Sultan lui dit avec
transport,Themire vous riez...elle répond:
Eh !qui pourroit s'empêcher de rire de
toutes vos extravagances et de mon incertitude ? le Sultan toujours plus amoureux,
ne pouvant pas se contraindre , lui avoüe
qu'il l'aime plus que jamais , et que tout
ce qu'il lui a dit , n'étoit que pour rire.
Themire prie le Sultan de lui accorder du
moins une grace. Et de quoi s'agit-il a
répond le Sultan.
Themire.
Permettés que je sorte;
་
Le Sultan.
Quoi toujours me quitter , et de la mêms sorte !..
Themire lui dit en sortant, quedemain
II. Vol. tous
DECEMBRE. 1732. 2881
tous ses secrets lui seront revelez. Le Sultan reste avec le Vizir ; un Esclave lui apporte une Lettre adressée à Themire , par
laquelle Carabin lui marque de se rendre
vers la Mosquée par un sentier obscur."
Le Sultan se livre à toute sa fureur , et
ordonne au Vizir d'aller poignarder l'infidelle, puis le retient, en disant :
Je prétends lui parler , qu'on le fasse venir.
Le Vizir.
Encor un entretien , Seigneur !
Le Sultan.
C'est pour finit.
Finissez sans cela , répond le Visir. ...
mais il me vient une bonne idée , faites
remettre cette Lettre entre les mains de
Themire , et qu'elle ne sache point que
vous l'avez ouverte. Le Sultan approuve
fort le conseil du Vizir , qui promet de
recacheter la Lettre et de la faire rendre
à Themire. Le Sultan resté seul, dit :
Le Vizir a raison , et de cette maniere ,
La conduite sera beaucoup plus réguliere;
Car si je la voyois , il faudroit lui prouver
Qu'elle m'est infidelle , et cherche à se sau- ver. I
, .II. Vol. Ginij Mais
2882 MERCURE DE FRANCE
Mais je n'en ferai rien , et n'osant lui répon➡ dre ,
J'oublirois les moyens que j'ai de la confon- dre ;
Je connois ma foiblesse , et sans les employer
On me verroit sans fruit encor la renvoyer.
Le Vizir arrive avec empressement ; il
'dit au Sultan qu'il a fait rendre la Lettre
à Themire, qui a promis de venir bien- tôt
aurendez-vous trouver Carabin.Themire
y arrive, conduite par Fatime; on entend
quelque bruit ; elle dit est-ce vous Carabin ? lequel répond , êtes-vous là , ma
sœur ? Le Sultan qui s'étoit avancé à l'arrivée de Themire pour la poignarder, s'écrie avec étonnement :
Ma sœur ah ! j'allois faire une belle so- tise !
Cet éclaircissement m'épargne une méprise.
Themire.
Que vois-je , le Sultan !
Carabin.
Nous sommes découverts,
Ah ! Sandis , nous allons retomber dans les
fers.
Le Sultan à Carabin.
Est- elle bien ta sœur ?
II. Vol. Carabin
DECEMBRE. 1732 288 3
Carabin.
Alcidor est son pere.
Je suis fils d'Alcidor , ergo , je suis son frere.
Le Sultan fait encore des reproches à
Themire, et dit ensuite qu'il est trop délicat pour la garder ; qu'elle peut partir ,
&c. le Vizir ajoûte:
C'est fort bien fait , Seigneur , renvoyés la Ma toise ;
Qu'elle fasse à Paris l'amour à la Françoise.
Le Sultan dit ensuite que puisquil faut
necessairement que quelqu'un meure , il
va se tuer, mais Carabin l'arrête , en lui
disant :
Ah ! ne vous tuez pas avant notre voyage ;
Car si vous expirez on nous remet en cage ,
Que de la mort au moins nous soyons ga rantis.
Le Sultan,
Hé bien ! je metuerai quand vous serés partis.
LEE 9. Décembre , les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation des Enfans Trouvez , ou le Sultan poli par l'Amour , dont les Sieurs Dominique , Romagnesy et Riccoboni, sont.
les Auteurs. Cette Piece fut reçue peu favorablement du Public à la premiere Représentation , et on prétend qu'une assemblée tumultueuse mêlée de quelques
personnes mal intentionnées , en fut la
cause. La Piéce fut écoutée beaucoup plus
tranquillement à la seconde Représentation , et elle a toujours été de plus en
plus goûtée et applaudie. Nous allons tâcher de mettre le Lecteur en état d'en
juger.
ACTEURS..
Themire,
Fatime ,
la Dlle Sylvia.
la Dlle la Lande.
Diaphane , Roi de Tripoli , le sieur RoAlcidor , Pere de Themire , le sieur Domagnesy
minique.
Ale 11.
Cara
Volcan
DECEMBR E. 1732. 2869
Carabin , frere de Themire , le sicur RicOrosmin , Visir ,
Un Esclave ,
coboni.
Arlequin.
le sieur Sticotti.
Fatime ouvre la Scene , et paroît surprise de voirThemire plus gaye et plus contente qu'à l'ordinaire ; elle lui en demande la raison , et dit :
Quoi ! vous ne tournés plus les yeux vers les climats ,
Qu ce vaillant François devoit guider nos pas ?
Vous ne me parlés plus des plaisirs que la
France
Permet à notre Sexe avec tant de licence ,
Vous ne l'ignorés pás ; c'est là que les maris
Vivent d'intelligence avec les Favoris ;
Que la femme y bravant la contrainte fa- tale ,
Est prude avec renom dale.
" coquette sans scan◄
Themire lui répond que le Serrail fait
aujourd'hui tout son bonheur , et ajoûte :
Chez les Mahometans dès l'enfance enfermée ,
A leur façon d'agir ils m'ont accoûtumée.
II. Vol. Tout
2870 MERCURE DE FRANCE
Tout le monde en convient , le Roi de Tri
poli ,
Est malgré sa moustache , un Seigneur trèspoli.
Fatime représente à Themire que ce
jeune Officier qui est parti , et qui va revenir pour briser leurs fers , se donnera
de la peine en vain. Themire répond que
cet Officier est Gascon , &c. et découvre
en même tems à sa Confidente l'amour
qu'elle a pour le Sultan , et lui apprend
qu'il doit l'épouser dans la journée , Fati
me l'en félicite , et lui dit :
Mais ce cœur qui se livre à de si doux trans
* ports
En épousant un Turc , n'a-t'il point de re mords ?
Carabin vous a dit cent fois par la fenêtre ,
Que le sang d'un François vous avoit donné l'être ,
Que vous et vos parens dans un combat faq tal ,
Aviez subi le joug d'un Corsaire brutal.
Ne vous souvient - il plus que dans une Gag lere....
Themire.
Ma foi , s'il m'en souvient , il ne m'en souvient
guére.
II. Vol. Themi
DECEMBRE. 1732. 2877
Themire continuë , et fait le Portrait
du Sultan.
Oui , si le Ciel aux fers eut condamné sa
vie ,
Si l'Affrique à mes loix se voyoit asservie ,
Ou mon amour me trompe , ou Themire au
jourd'ui ,
Pour l'élever à soi descendroit jusqu'à lui.
Fatime.
r le faut avouer , cette pensée est belle ,
Mais convenés aussi qu'elle n'est pas nou
velle,
Diaphane arrive , et dit à Themire qu'il
pourroit lui faire un long discours ,lui
parler de ses Ayeux et des malheurs des
Sultans , ses Confreres.
Au sein des voluptez bien loin que je m'endorme ,
Si je tiens un Serrail > ce n'est que pour la
forme ;
Les loix que dès long-tems suivent les Mahomets ,
Nous deffendent le vin , moi je me le per
mets,
Tout usage ancien céde à ma politique,
Et je suisun Sultan de nouvelle fabrique,
Parlons seulement de l'amour que j'ai
II.Vel pour
2872 MERCURE DE FRANCE
pour vous poursuit-il . ) Je jure de vous
prendre pour Maîtresse et pour Femme
est-ce assez ? Oui, répond Themire, je ne
veux rien de plus , &c.
Orosmin vient annoncer au Sultan le retour de Carabin.
Pourquoi n'entre- t'il pas , dit le Sultan,
Orosmin.
Vous sçavez que toujours votre porte est fer mée.
Le Sultan.
Oui , c'étoit autrefois la régle accoûtumée ,
Mais , il faut que d'entrer , on ait permis- sion ,
Si tu veux qu'au Sérrail se passe l'action.
Carabin dit au Sultan qu'il apporte de
France de l'argent comptant , et continue :
Grace au Ciel , c'en est fait , et la somme est
complette ;
Commence par lâcher la fille et la soubrete ,
Nous choisirons après dix autres prisoniers.
Quant à moi je demeure , étant court de de niers ;
Qu'ils partent sur le champ , je resterai pour
gage,
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1732 2873
Le Sultan.
N'en rachete que neuf, et met - toi du voya
ge.....
Embarque cent Captifs , si tu veux , dit
le Sultan , mais pour Themire , ne croy
pas que tout l'or du monde puisse m'engager à re la rendre. Carabin est fort surpris que le Sultan veuille manquer à sa
parole , à quoi le Sultan répond :
Lorsque je te promis d'accorder ta demande ,
Ce n'étoit qu'un Enfant , à présent elle est
grande....
Du moins ,, dit ' le Gascon , ne me refuse
pas ce malheureux Vieillard , puisqu'il n'a
peut-être pas une heure à vivre. Le Sultan
consent de le rendre pourvû qu'il meure
auparavant , &c.
Themire reste avec Carabin , et lui dit
qu'elle est fâchée de ne pouvoir partir
avec lui , mais qu'il peut compter qu'elle
aura toujours beaucoup de déference pour
tous les François , &c.
Alcidor , ce venerable Vieillard , arrive ;
il est soutenu par deux François , sa vue
est si troublée , et son corps est si foible
qu'à peine il peut se soûtenir ; il deman
de où il est , et à qui il doit le bonheur
de revoir la lumiere, Themire répond
II. Vol. que
2874 MERCURE DE FRANCE
que c'est à ce Cavalier ( en montrant
Carabin. )
Alcidor.
Des Chevaliers Gascons je reconnois l'ardeur ,
S'ils n'ont pas de grands biens , ils ont tous de l'honneur.
Themire demande au Gascón com nent
Il a pû faire pour trouver une somme si considérable. Il répond :
Echapé de mes fers , chose impossible à croire ,
Arrivant au pays je me fis Grenadier,
On ne s'enrichit point à ce noble métier ;
Je me remis sur Mer , et l'ingrate fortune ,
Ne me traita pas mieux dans le sein de Neptune,
Je fus repris , Madame , et par un grand bon heur ,
Je vous vis au Serrail malgré le Grand Sei
gneur ;
Eunuques blancs et noirs , Bostangis , Jannis- saires ,
Ne m'empêcherent point de vous parler d'af
faires;
Le trait est surprenant , mais passons là - dessus.
Or , comme en mon Pays on craint peu les refus ,
Fallai voir le Sultan , lequel sur ma parole ,
Me laissa repartir pour un projet frivole,
II.Vol. Avec
DECEMBRE 1732 2875
Avec lui cependant , je m'étois engagé ,
De revenir bien-tôt payer votre congé.
> De retour dans la France une veuve fring
gante ,
Me prit en mariage aux bords de la Cha- rante.
Elle mourut bien-tôt , une autre succeda ,
Et cette autre en trois mois à son tour déceda.
Je convolai bien- tôt avec une troisiéme ,
Qui mourut en Avril , je ne sçais le quan tiéme ?
Heritier de leurs biens , et plus content qu'un
Roi ,
J'ai vendu trois Châteaux qui n'étoient moi.
pas à
Alcidor leur demande s'ils ne pourroient
leur donner des nouvelles de deux de
ses Enfans , et dit :
pas
Mon fils fut fait esclave , et sa sœur plus petite ,
Au Serrail avec lui , par des Turcs fut con.
duite.
Il m'arriva reprend le Gascon ) même chose
jadis.
A l'âge de quatre ans par les Turcs je fus
pris ,
Mené dans le Serrail avec cette personne ,
Et d'être tant soit peu ma sœur,
çonne.
je la soup
II. Vol. G. Themire
2876 MERCURE DE FRANCE
Themire.
Qu'entends-je !
Alcidor étonné.
Ce minois , cet air vif et coquet ,
De ma défunte femme est le vivant por trait ,
Même à ce que je crois , ce Gascon me res
semble.
Dans quel tems , s'il vous plaît , fûtes-vous pris
ensemble ?
Je ne prétens ici rien décider en l'air :
Surtout en fait d'enfans , on ne peut trop vois clair.
Carabin.
Je fus , il m'en souvient , pris en mil sept cent
seize.
Alcidor.
Epoque trop heureuse , et qui me comble d'aise ,
Et quel âge avez-vous à présent ?
Carabin.
J'ai vingt ans.
Alcidor.
Et vous ?
Themire.
J'en ai dix-huit.
Alcidor.
Baisez-moi, mes Enfans.
II.Vol. La
DECEMBRE. 1732 2877 La reconnoissance se fait d'une maniere très-comique , le pere embrasse ses enfans , et poursuit :
Quand je songe en quels lieux je la vois retea nuë ,
Je n'ose sur ma fille ensor jetter la vuë ,
Ojour qui me la rens , comment me la renstu ?
Tu pleures , je t'entends..... tu n'as plus de
vertu !
Themire avoue ingénument àson pere
que le Sultan l'adore et doit bien tôt l'épouser. Alcidor lui fait de sanglans reproches , et se retire outré de désespoir.
1
Themire reste avec Carabin , qui l'engage à le suivre , après lui avoir représenté son crime.
Themire y consent après
avoir combattu quelque tems , et dit à
son frere :
Mais du moins tu devrois aller voir notre
Pere
Nous le laissons mourir d'une étrange mad
niere.
Bon , répond Carabin , je le compte
pour mort ; il fait promettre en mêmetems à sa sœur de se tenir prête pour fuïr
avec lui,et se retire. Themire reste seule,
s'éxamine et se demande à elle- même , si
II. Vol. Gij elle
2878 MERCURE DE FRANCE
elle est Turque ou Françoise , et ne pouvant pas bien se définir , elle termine son
Monologue par ces Vers qu'elle adresse au
Sultan.
Ah ! puisque ta devois m'épouser dès ce soir ,
Pourquoi m'apprenoit-on aujourd'hui mon de
voir ?
Frere trop rigoureux , du moins pour me l'apa
prendre ,
Jusqu'à demain matin tu pouvois bien at
tendre.
Le Sultan arrive à la fin du Monologue pour conduire avec lui Themire à la
Mosquée : venez , lui dit- il ,
Themire l'appercevant,
Où me cacher !
Le Sultan.
Que dites-vous ?
Themire.
Je n'ose,
Le Sultan.
Vous n'osez ?
Themire,
Non, Seigneur.
Le Sultan.
Et pourquoi donc ?
II. Vol Themire
DECEMBRE. 1732. 2875
Themire:
Le Sultan.
Pour cause.
Ah ! je vois ce que c'est , sans doute la pu deur....
Themire.
Non, ce n'est point cela ; vous vous trompez ;
Seigneur..
Elle prie le Sultan de vouloir bien dif
ferer cet Hymen , le Sultan s'emporte et
dit , lorsque Themire se retire :
Je n'y comprens plus rien pourquoi partir si-tôt ?
Dites-moi vos raisons...
Themire en s'en allant.
Je les dirai tantôt.
Le Sultan reste avec le Vizir ; il commence àsoupçonnerThemire d'inconstance , et Carabin d'être son Rival , le Vizir lui dit :
Prenez- vous ce Garçon , Seigneur , pour une bête ,
Vous les avez laissés ensemble tête à tête.
Le Sultan.
Je ne le ferai plus.
II. Vol. G iij Le
2330 MERCURE DE FRANCE
Le Vizir.
Vous aurez bien raison ,
Ah ! que la prévoyance est ici de saison !
tain. ...
Themire revient , le Sultan lui fait encore des reproches , et lui dit qu'il ne la
reverra jamais. Quoi , Seigneur , répond
Themire , est-il bien assûré que vous ne
m'aimez plus ? Non , rien n'est plus cerque j'aimai... que je hais. . . .
Themire éclate de rire,le Sultan lui dit avec
transport,Themire vous riez...elle répond:
Eh !qui pourroit s'empêcher de rire de
toutes vos extravagances et de mon incertitude ? le Sultan toujours plus amoureux,
ne pouvant pas se contraindre , lui avoüe
qu'il l'aime plus que jamais , et que tout
ce qu'il lui a dit , n'étoit que pour rire.
Themire prie le Sultan de lui accorder du
moins une grace. Et de quoi s'agit-il a
répond le Sultan.
Themire.
Permettés que je sorte;
་
Le Sultan.
Quoi toujours me quitter , et de la mêms sorte !..
Themire lui dit en sortant, quedemain
II. Vol. tous
DECEMBRE. 1732. 2881
tous ses secrets lui seront revelez. Le Sultan reste avec le Vizir ; un Esclave lui apporte une Lettre adressée à Themire , par
laquelle Carabin lui marque de se rendre
vers la Mosquée par un sentier obscur."
Le Sultan se livre à toute sa fureur , et
ordonne au Vizir d'aller poignarder l'infidelle, puis le retient, en disant :
Je prétends lui parler , qu'on le fasse venir.
Le Vizir.
Encor un entretien , Seigneur !
Le Sultan.
C'est pour finit.
Finissez sans cela , répond le Visir. ...
mais il me vient une bonne idée , faites
remettre cette Lettre entre les mains de
Themire , et qu'elle ne sache point que
vous l'avez ouverte. Le Sultan approuve
fort le conseil du Vizir , qui promet de
recacheter la Lettre et de la faire rendre
à Themire. Le Sultan resté seul, dit :
Le Vizir a raison , et de cette maniere ,
La conduite sera beaucoup plus réguliere;
Car si je la voyois , il faudroit lui prouver
Qu'elle m'est infidelle , et cherche à se sau- ver. I
, .II. Vol. Ginij Mais
2882 MERCURE DE FRANCE
Mais je n'en ferai rien , et n'osant lui répon➡ dre ,
J'oublirois les moyens que j'ai de la confon- dre ;
Je connois ma foiblesse , et sans les employer
On me verroit sans fruit encor la renvoyer.
Le Vizir arrive avec empressement ; il
'dit au Sultan qu'il a fait rendre la Lettre
à Themire, qui a promis de venir bien- tôt
aurendez-vous trouver Carabin.Themire
y arrive, conduite par Fatime; on entend
quelque bruit ; elle dit est-ce vous Carabin ? lequel répond , êtes-vous là , ma
sœur ? Le Sultan qui s'étoit avancé à l'arrivée de Themire pour la poignarder, s'écrie avec étonnement :
Ma sœur ah ! j'allois faire une belle so- tise !
Cet éclaircissement m'épargne une méprise.
Themire.
Que vois-je , le Sultan !
Carabin.
Nous sommes découverts,
Ah ! Sandis , nous allons retomber dans les
fers.
Le Sultan à Carabin.
Est- elle bien ta sœur ?
II. Vol. Carabin
DECEMBRE. 1732 288 3
Carabin.
Alcidor est son pere.
Je suis fils d'Alcidor , ergo , je suis son frere.
Le Sultan fait encore des reproches à
Themire, et dit ensuite qu'il est trop délicat pour la garder ; qu'elle peut partir ,
&c. le Vizir ajoûte:
C'est fort bien fait , Seigneur , renvoyés la Ma toise ;
Qu'elle fasse à Paris l'amour à la Françoise.
Le Sultan dit ensuite que puisquil faut
necessairement que quelqu'un meure , il
va se tuer, mais Carabin l'arrête , en lui
disant :
Ah ! ne vous tuez pas avant notre voyage ;
Car si vous expirez on nous remet en cage ,
Que de la mort au moins nous soyons ga rantis.
Le Sultan,
Hé bien ! je metuerai quand vous serés partis.
Fermer
Résumé : Les Enfans Trouvez, Parodie, [titre d'après la table]
Le 9 décembre, les Comédiens Italiens ont présenté pour la première fois la pièce 'Les Enfants Trouvés, ou le Sultan poli par l'Amour', écrite par les sieurs Dominique, Romagnesy et Riccoboni. La réception initiale fut tumultueuse, mais la pièce a gagné en popularité par la suite. La pièce met en scène plusieurs personnages, dont Themire, Fatime, Diaphane (roi de Tripoli), Alcidor (père de Themire), Carabin (frère de Themire), et Orosmin (visir). Themire, retenue dans le sérail, exprime son bonheur malgré les circonstances. Fatime évoque un officier français qui pourrait les libérer, mais Themire avoue son amour pour le sultan et son intention de l'épouser. Le sultan Diaphane, respectueux des lois mahométanes mais indulgent et politique, déclare son amour à Themire et lui promet de l'épouser. Carabin arrive avec de l'argent pour racheter des captifs, mais le sultan refuse de rendre Themire. Alcidor, le père de Themire, apparaît ensuite, faible et aveugle. Carabin raconte comment il a amassé une fortune en France pour racheter Themire. Alcidor reconnaît Themire et Carabin comme ses enfants, enlevés par des Turcs lorsqu'ils étaient jeunes. Themire avoue à son père son amour pour le sultan et son intention de l'épouser. Alcidor, outré, se retire. Themire décide ensuite de suivre Carabin pour fuir le sérail. Le sultan, soupçonnant une infidélité, ordonne au vizir de poignarder Themire, mais change d'avis après avoir intercepté une lettre de Carabin. Le sultan découvre que Carabin est le frère de Themire, évitant ainsi une tragédie. La pièce se termine par cet éclaircissement, révélant les liens familiaux et les intentions sincères des personnages. Le sultan exprime des reproches à Themire et lui permet de partir. Le vizir approuve cette décision et suggère que Themire puisse vivre à Paris. Le sultan annonce son intention de se tuer, mais Carabin l'en dissuade, arguant qu'ils seraient remis en cage s'il se tuait avant leur départ. Le sultan accepte alors de reporter son geste jusqu'après leur départ.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 145-147
« Les Comédiens François, qui ont interrompu les Représentations de la Comédie [...] »
Début :
Les Comédiens François, qui ont interrompu les Représentations de la Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Vienne, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François, qui ont interrompu les Représentations de la Comédie [...] »
Les Comédiens François, qui ont in?
terrompu les Représentations de la Co-j
médie du Camplaimnr, par la maladie de
quelqÿues Acteurs, donneront le mardï
3. Fevricr, la premier-e Représentation
i}: Gumzve V454, Tragédie nouvelle de
. Piron.
Le S. Février, les Comédiens Fran.‘
çois représenterent à la Cour l1 Comédie
de PEsprit Folez, et pour petite Piecg le
Mexicain malgré lui.
_. Le 13.. ‘la Piece nouvelle du Camplaisant,‘
qui fit beaucoup de plaisir , et laiScrcnade.
. Le xo. de ce mois , les Comédiens
Italiens y représentercnt le Faùcan ou lu
Oye: de 30mn: , et la Parodie des Enfant
Trauwz. , qui fit beaucoup de plaisir.
- Le 5. Janvier , le sieur Fabio , nouveau‘
Comédien Italien , qui u’avoit jamais a4,
m sur aucun Thêatre, débuta sur cefiul
de lT-Iôrel de Bourgogne, et y joüa le‘
Rôle de Pantalon avec applaudissement ,‘
dans une Comédie Italienne, intitulée ä
Arlequin Medecin 71014711. Ce nouvel Ac—‘
_ teur est d’une taille avantageuse, et il
enttî
f4! MERCURE DE FRANCE
entre très-bien dans le caractete de ce
Personnage qu’il a joüé depuis dans d'au-i
tres Picces Italiennes , et il a été applaudi
du Public. _ _
Le 19. les mêmes Comédiens donneo‘
rent une petite Piece nouvelle en Vers et
en un Acte, avec des Divertissemens, qui
a pour titre , les Etrgnmr‘ ou l4 Bagatelle.‘
Cette nouveauté qui est‘ de la composi-j
tlon de M. de Boissy , a été rcçûë très
favorablement du Public , et attire tous
les jours de ‘nombreuses Assemblées au
Théatre Italien. ’ La Dlle Roland , qui a
étéoreçûë depuis“ peu dans la Troupe,‘
danse un Pas de Deux avec le sieur Ric
coboni, qui est Fort applaudi son par
lera plus particulieremcnt de cette Piece.‘
Le 2.5. Janvier , l’Académic Royale
de Musique donna la derniere Représen
tation de l’Opera d’lsis , et le 27. elle
mit au Théatre Ompbnle , dont le Poëme
est de feu M. de la Matin, et la Musique
de M. des Tbucbes, Sur-Intendant de l:
Musique du Roy. Cette Picce, qui fait
très-grand plaisir au Public, n'avoir pas
été remise depuis le mois d’Avril x7214‘
on en parlera plus au long.
On apprend de Vienne , qu’en y a‘
Construîl
_ ‘LIA N VIE R} 1735. » ‘r47.
construit au commencement de ce mois
un Théarre privilegié , près de la Porte.
diltalie, où ‘on représente actuellement
un Opera qui a pour titre: Le Miroir 4
de la Fidclite’. i
terrompu les Représentations de la Co-j
médie du Camplaimnr, par la maladie de
quelqÿues Acteurs, donneront le mardï
3. Fevricr, la premier-e Représentation
i}: Gumzve V454, Tragédie nouvelle de
. Piron.
Le S. Février, les Comédiens Fran.‘
çois représenterent à la Cour l1 Comédie
de PEsprit Folez, et pour petite Piecg le
Mexicain malgré lui.
_. Le 13.. ‘la Piece nouvelle du Camplaisant,‘
qui fit beaucoup de plaisir , et laiScrcnade.
. Le xo. de ce mois , les Comédiens
Italiens y représentercnt le Faùcan ou lu
Oye: de 30mn: , et la Parodie des Enfant
Trauwz. , qui fit beaucoup de plaisir.
- Le 5. Janvier , le sieur Fabio , nouveau‘
Comédien Italien , qui u’avoit jamais a4,
m sur aucun Thêatre, débuta sur cefiul
de lT-Iôrel de Bourgogne, et y joüa le‘
Rôle de Pantalon avec applaudissement ,‘
dans une Comédie Italienne, intitulée ä
Arlequin Medecin 71014711. Ce nouvel Ac—‘
_ teur est d’une taille avantageuse, et il
enttî
f4! MERCURE DE FRANCE
entre très-bien dans le caractete de ce
Personnage qu’il a joüé depuis dans d'au-i
tres Picces Italiennes , et il a été applaudi
du Public. _ _
Le 19. les mêmes Comédiens donneo‘
rent une petite Piece nouvelle en Vers et
en un Acte, avec des Divertissemens, qui
a pour titre , les Etrgnmr‘ ou l4 Bagatelle.‘
Cette nouveauté qui est‘ de la composi-j
tlon de M. de Boissy , a été rcçûë très
favorablement du Public , et attire tous
les jours de ‘nombreuses Assemblées au
Théatre Italien. ’ La Dlle Roland , qui a
étéoreçûë depuis“ peu dans la Troupe,‘
danse un Pas de Deux avec le sieur Ric
coboni, qui est Fort applaudi son par
lera plus particulieremcnt de cette Piece.‘
Le 2.5. Janvier , l’Académic Royale
de Musique donna la derniere Représen
tation de l’Opera d’lsis , et le 27. elle
mit au Théatre Ompbnle , dont le Poëme
est de feu M. de la Matin, et la Musique
de M. des Tbucbes, Sur-Intendant de l:
Musique du Roy. Cette Picce, qui fait
très-grand plaisir au Public, n'avoir pas
été remise depuis le mois d’Avril x7214‘
on en parlera plus au long.
On apprend de Vienne , qu’en y a‘
Construîl
_ ‘LIA N VIE R} 1735. » ‘r47.
construit au commencement de ce mois
un Théarre privilegié , près de la Porte.
diltalie, où ‘on représente actuellement
un Opera qui a pour titre: Le Miroir 4
de la Fidclite’. i
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Résumé : « Les Comédiens François, qui ont interrompu les Représentations de la Comédie [...] »
En janvier 1735, les Comédiens Français ont interrompu les représentations de *Camplaimnr* en raison de la maladie d'acteurs. Ils ont repris avec *Genseric* de Piron le 3 février, puis joué *L'Esprit Follet* et *Le Mexicain malgré lui* à la Cour le 5 février. La pièce *Le Camplaisant* a été bien accueillie le 13 février. Les Comédiens Italiens ont représenté *Le Faucon ou l'Oye de 30 mm* et *La Parodie des Enfants Trouvés* le 20 février. Le 5 janvier, le comédien italien Fabio a débuté au théâtre de l'Hôtel de Bourgogne dans *Arlequin Médecin*, jouant Pantalon avec succès. Le 19 janvier, les Comédiens Italiens ont présenté *Les Étrangers ou la Bagatelle* de M. de Boissy, avec des applaudissements pour Mlle Roland et le sieur Riccoboni. L'Académie Royale de Musique a donné la dernière représentation de l'opéra *Isis* le 25 janvier et a mis en scène *Omphale* le 27 janvier, absente des scènes depuis avril 1724, avec un poème de feu M. de La Motte et la musique de M. des Tricheurs. À Vienne, un théâtre privilégié a été construit près de la Porte d'Italie, où l'on représente actuellement *Le Miroir de la Fidélité*.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 1630-1634
Le Temple du Goût, Comédie, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens Italiens représenterent le 11 Juillet une petite Piéce en un Acte, [...]
Mots clefs :
Temple du goût, Goût, Dieu, Critique, Sens, Esprit, Comédiens-Italiens, Lélio, Arlequin
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texteReconnaissance textuelle : Le Temple du Goût, Comédie, [titre d'après la table]
Les Comédiens Italiens représenterent
le 11 Juillet une petite Piéce en un Acte ,
et en Vers libres , intitulée : le Temple
du Goût , ornée d'un Divertissement :
nous n'en donnerons qu'une légere idée
en attendant que l'impression nous donne
lieu d'en détacher quelques fragmens.
ACTEURS.
Le Dieu du Goût ,
La Critique ,
le Sr Romagnesi.
la Dlle Belmont.
Une Habitante du Temple du Goût
la Dile Sylvia.
L'EsJUILLET.
1733. 1631
la même.
L'Esprit ,
Le bon Sens
Arlequin.
Le Faux Goût ,
le Sr Dominique.
le Sr Lelio.
La Scene est dans le Temple du Goût.
Le Théatre représente d'abord le nouyeau
Temple du Goût. Une Habitante du
Temple , surprise du changement qu'on
y a fait en son absence , s'en plaint à la
Critique , à qui elle attribue cette nouvelle
métamorphose : la Critique lui répond
qu'elle n'y a point de part , et que
c'est l'ouvrage de sa soeur la Raillerie
qui à inspiré cette réforme à un Génie du
premier ordre.
: Le Dieu du Goût arrive , tout instruit
de ce qui s'est passé ; il rétablit son premier
Temple , et charge la Critique d'y
introduire ceux qu'elles en trouvera dignes.
Le bon Sens et l'Esprit y sont les premiers
introduits ; comme ils entrent en
se querellant , le Dieu du Goût les prend
pour un mari et sa femme. Ils se font
connoître à lui pour ce qu'ils sont en
effet , et lui font réciproquement leurs
plaintes. Le Dieu du Goût les écoute
avec douceur , et n'oublie rien pour les
réunir , attendu qu'ils ne peuvent rien
faire
1632 MERCURE DE FRANCE
faire de bon l'un sans l'autre ; il leur
dit que l'Esprit est Métaphisicien , et le
bon Sens Geometre. L'Esprit s'obstine à
ne vouloir point de commerce avec le
bon Sens ; il méprise la décision du Dieu
du Goût; il se retire , le bon Sens le suit
pésamment , et comme l'Esprit est fémelle
, il dit au bon Sens qu'il faut être
plus léger pour attraper les Belles.
Arlequin est introduit le second dans
le Temple rétabli ; il est étonné de l'honneur
que la Critique lui a fait de lui en
ouvrir l'entrée ; le Dieu du Goût lui dit
obligeamment qu'il est plus digne qu'il
ne pense d'y occuper une place ; Arlequin
lui avoue qu'il est venu dans son Temple
sans le sçavoir ; il ajoûte qu'il jouit
d'un heureux loisir depuis qu'il a quitté
son métier de Comédien..Le Dieu du
Goût lui demande d'où vient qu'il a
quitté un Théatré dont il faisoir le prin
cipal ornement . Arlequin lui répond ;
qu'il n'y faisoit plus rien , attendu la
désertion presque generale des Spectateurs
; il prie le Dieu du Goût de lui
donner quelques Piéces qui ramenent le
Public chez ses Camarades , s'il veut qu'il
les aille rejoindres le Dieu lui dit qu'il
juge des Ouvrages , mais qu'il n'en fait
point ; il lui annonce qu'il trouvera sur
le
JUILLET. 1733 1635
* {
le Theatre qu'il a quitté une Piéce nouvelle
qui pourra lui attirer de nouvelles
Pratiques , mais qu'il ne répond pas die
succès, flatté de cette espérance, toute incertaine
qu'elle est ; il sort du Temple
pour aller reparoître sur son Théatre.
Le faux Goût en arrivant , ordonne
aux Danseurs et aux Chanteurs de sa
suite , de se tenir prêts pour la Fête nouvelle
qu'il veur célébrer dans son nouveau
Temple ; il est très - étonné de trouver
toutes choses dans leur premier état ;
il s'en plaint au Dieu du Goût , qui lui
reproche la temerité qu'il a euë de vouloir
réformer son Temple : cette Scene
donne licu à des traits décochez de part
et d'autre le Faux Goût se retiré pour
åller rassembler ses Chanteurs et ses Danseurs.
·
La Critique vient rendre compte au
Dieu du Goût du soin qu'elle a pris d'e
xécuter ses ordres , et finit la Piéce par
une Fable , qui pour prouver trop ne
prouve rien. Elle suppose dans cette Fable
que dans les premiers tems Jupiter
donna tous les talens à ceux qui se présenterent
à lui , et ne donna aux derniers
venus que la bonne opinion d'euxmêmes,
2012
Au reste cette Piéce est bien repré-
H seni
1634 MERCURE DE FRANCE
sentée , et le Public la voit avec beau
coup de satisfaction. Il y a plusieurs
traits de critiques répandus dans l'Ouvrage.
Le sieur Lélio , à la tête du Di,
vertissement , danse une Entrée avec la
Dile Rolland , avec autant de justesse que
de vivacité et après plusieurs Danses figurées,
la Fête est terminée par une autre
Entrée , dansée par la Dile Sylvia , et le
sigur Romagnesy , qui est très - applaudie.
La Décoration de l'ancien Temple du
Goût , éxecutée par le sieur le Maire
est très- bien caracterisée et goûtée des
Connoisseurs on en ppaarrlleerraa plus au
long.
le 11 Juillet une petite Piéce en un Acte ,
et en Vers libres , intitulée : le Temple
du Goût , ornée d'un Divertissement :
nous n'en donnerons qu'une légere idée
en attendant que l'impression nous donne
lieu d'en détacher quelques fragmens.
ACTEURS.
Le Dieu du Goût ,
La Critique ,
le Sr Romagnesi.
la Dlle Belmont.
Une Habitante du Temple du Goût
la Dile Sylvia.
L'EsJUILLET.
1733. 1631
la même.
L'Esprit ,
Le bon Sens
Arlequin.
Le Faux Goût ,
le Sr Dominique.
le Sr Lelio.
La Scene est dans le Temple du Goût.
Le Théatre représente d'abord le nouyeau
Temple du Goût. Une Habitante du
Temple , surprise du changement qu'on
y a fait en son absence , s'en plaint à la
Critique , à qui elle attribue cette nouvelle
métamorphose : la Critique lui répond
qu'elle n'y a point de part , et que
c'est l'ouvrage de sa soeur la Raillerie
qui à inspiré cette réforme à un Génie du
premier ordre.
: Le Dieu du Goût arrive , tout instruit
de ce qui s'est passé ; il rétablit son premier
Temple , et charge la Critique d'y
introduire ceux qu'elles en trouvera dignes.
Le bon Sens et l'Esprit y sont les premiers
introduits ; comme ils entrent en
se querellant , le Dieu du Goût les prend
pour un mari et sa femme. Ils se font
connoître à lui pour ce qu'ils sont en
effet , et lui font réciproquement leurs
plaintes. Le Dieu du Goût les écoute
avec douceur , et n'oublie rien pour les
réunir , attendu qu'ils ne peuvent rien
faire
1632 MERCURE DE FRANCE
faire de bon l'un sans l'autre ; il leur
dit que l'Esprit est Métaphisicien , et le
bon Sens Geometre. L'Esprit s'obstine à
ne vouloir point de commerce avec le
bon Sens ; il méprise la décision du Dieu
du Goût; il se retire , le bon Sens le suit
pésamment , et comme l'Esprit est fémelle
, il dit au bon Sens qu'il faut être
plus léger pour attraper les Belles.
Arlequin est introduit le second dans
le Temple rétabli ; il est étonné de l'honneur
que la Critique lui a fait de lui en
ouvrir l'entrée ; le Dieu du Goût lui dit
obligeamment qu'il est plus digne qu'il
ne pense d'y occuper une place ; Arlequin
lui avoue qu'il est venu dans son Temple
sans le sçavoir ; il ajoûte qu'il jouit
d'un heureux loisir depuis qu'il a quitté
son métier de Comédien..Le Dieu du
Goût lui demande d'où vient qu'il a
quitté un Théatré dont il faisoir le prin
cipal ornement . Arlequin lui répond ;
qu'il n'y faisoit plus rien , attendu la
désertion presque generale des Spectateurs
; il prie le Dieu du Goût de lui
donner quelques Piéces qui ramenent le
Public chez ses Camarades , s'il veut qu'il
les aille rejoindres le Dieu lui dit qu'il
juge des Ouvrages , mais qu'il n'en fait
point ; il lui annonce qu'il trouvera sur
le
JUILLET. 1733 1635
* {
le Theatre qu'il a quitté une Piéce nouvelle
qui pourra lui attirer de nouvelles
Pratiques , mais qu'il ne répond pas die
succès, flatté de cette espérance, toute incertaine
qu'elle est ; il sort du Temple
pour aller reparoître sur son Théatre.
Le faux Goût en arrivant , ordonne
aux Danseurs et aux Chanteurs de sa
suite , de se tenir prêts pour la Fête nouvelle
qu'il veur célébrer dans son nouveau
Temple ; il est très - étonné de trouver
toutes choses dans leur premier état ;
il s'en plaint au Dieu du Goût , qui lui
reproche la temerité qu'il a euë de vouloir
réformer son Temple : cette Scene
donne licu à des traits décochez de part
et d'autre le Faux Goût se retiré pour
åller rassembler ses Chanteurs et ses Danseurs.
·
La Critique vient rendre compte au
Dieu du Goût du soin qu'elle a pris d'e
xécuter ses ordres , et finit la Piéce par
une Fable , qui pour prouver trop ne
prouve rien. Elle suppose dans cette Fable
que dans les premiers tems Jupiter
donna tous les talens à ceux qui se présenterent
à lui , et ne donna aux derniers
venus que la bonne opinion d'euxmêmes,
2012
Au reste cette Piéce est bien repré-
H seni
1634 MERCURE DE FRANCE
sentée , et le Public la voit avec beau
coup de satisfaction. Il y a plusieurs
traits de critiques répandus dans l'Ouvrage.
Le sieur Lélio , à la tête du Di,
vertissement , danse une Entrée avec la
Dile Rolland , avec autant de justesse que
de vivacité et après plusieurs Danses figurées,
la Fête est terminée par une autre
Entrée , dansée par la Dile Sylvia , et le
sigur Romagnesy , qui est très - applaudie.
La Décoration de l'ancien Temple du
Goût , éxecutée par le sieur le Maire
est très- bien caracterisée et goûtée des
Connoisseurs on en ppaarrlleerraa plus au
long.
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Résumé : Le Temple du Goût, Comédie, [titre d'après la table]
Le 11 juillet 1733, les Comédiens Italiens ont présenté 'Le Temple du Goût', une pièce en un acte et en vers libres, accompagnée d'un divertissement. L'action se déroule dans le Temple du Goût, où une habitante, surprise par les modifications effectuées en son absence, s'en plaint à la Critique. Cette dernière révèle que la réforme a été réalisée par la Raillerie, inspirée par un génie du premier ordre. Le Dieu du Goût rétablit alors son temple et charge la Critique d'y introduire les personnes dignes. Le bon Sens et l'Esprit sont les premiers introduits, mais ils se disputent. Le Dieu du Goût les réconcilie en soulignant leur complémentarité. L'Esprit, obstiné, se retire, suivi par le bon Sens. Ensuite, Arlequin est introduit et exprime sa surprise d'être admis dans le temple. Il explique avoir quitté le théâtre en raison de la désertion des spectateurs et demande des pièces pour ramener le public. Le Dieu du Goût lui annonce qu'une nouvelle pièce pourrait attirer de nouvelles pratiques. Le faux Goût arrive ensuite, ordonnant des préparatifs pour une fête dans son nouveau temple, mais il trouve tout restauré à l'état initial. Le Dieu du Goût lui reproche sa témérité. La Critique rend compte de ses actions et conclut la pièce par une fable. La représentation est bien accueillie par le public, avec des danses et des entrées applaudies. La décoration de l'ancien Temple du Goût, exécutée par le sieur Le Maire, est particulièrement appréciée des connaisseurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 1860-1861
« Le 29 de ce mois, on donna au Théatre François, la 16 Représentation de la Tragédie de [...] »
Début :
Le 29 de ce mois, on donna au Théatre François, la 16 Représentation de la Tragédie de [...]
Mots clefs :
Mademoiselle Dufresne, Pélopée, Comédiens-Italiens, Bouquet
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texteReconnaissance textuelle : « Le 29 de ce mois, on donna au Théatre François, la 16 Représentation de la Tragédie de [...] »
Le 29 de ce mois, on donna au Théatre Fran
çois , la 16 Représentation de la Tragédie de
Péloppée , à laquelle le public prend toujours
beaucoup d'intérêt et de plaisir. Le principal
Rôle est excellemment joué par la Dlle Dufresne.
Ceux d'Atrée , de Thieste et d'Egyste sont
fort bien remplis par les Srs Sarrazin , Dufresne
et Grand-Val. On a suspendu les Représentations
de cette Piéce , pour la reprendre dans un
tems plus favorable.
Le 12. de ce mois , les Comédiens Italiens
donA
O UST . 1733 .
1861
donnerent une Comédie nouvelle sous le titre
de Bouquet , que le Public reçut favorablement.
On en parlera plus au long.
çois , la 16 Représentation de la Tragédie de
Péloppée , à laquelle le public prend toujours
beaucoup d'intérêt et de plaisir. Le principal
Rôle est excellemment joué par la Dlle Dufresne.
Ceux d'Atrée , de Thieste et d'Egyste sont
fort bien remplis par les Srs Sarrazin , Dufresne
et Grand-Val. On a suspendu les Représentations
de cette Piéce , pour la reprendre dans un
tems plus favorable.
Le 12. de ce mois , les Comédiens Italiens
donA
O UST . 1733 .
1861
donnerent une Comédie nouvelle sous le titre
de Bouquet , que le Public reçut favorablement.
On en parlera plus au long.
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Résumé : « Le 29 de ce mois, on donna au Théatre François, la 16 Représentation de la Tragédie de [...] »
Le 29 du mois, la tragédie 'Péloppée' a été jouée pour la seizième fois au Théâtre Français, avec Mlle Dufresne dans le rôle principal et les sieurs Sarrazin, Dufresne et Grand-Val dans les rôles d'Atrée, Thyeste et Égyste. Le 12 du mois, les Comédiens Italiens ont présenté la comédie 'Bouquet', bien accueillie par le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 2046
« Le 2. et le 6. Septembre, les mêmes Comédiens remirent au Théâtre la Comédie [...] »
Début :
Le 2. et le 6. Septembre, les mêmes Comédiens remirent au Théâtre la Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens
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texteReconnaissance textuelle : « Le 2. et le 6. Septembre, les mêmes Comédiens remirent au Théâtre la Comédie [...] »
Le 2, et le 6. Septembre , les mêmes
Comédiens remirent au Théatre la Comédie
du Prince Malade ou les Jeux
Olympiques , et la petite Piece du Je ne
sçai quoi , dans lesquelles le sieur Berard,
nouveau Chanteur , chanta differens Airs
des Divertissemens de la premiere Piece ,
avec applaudissement; il chanta aussi dans
la seconde Piece la Scene du Maître à
Chanter , qui est une Parodie d'une Scene
du Balet des Fêtes Venitiennes . Ce nouvel
Acteur est jeune , bien fait , et a la
voix très-jolie ; il a été fort goûté et applaudi
du Public.
Comédiens remirent au Théatre la Comédie
du Prince Malade ou les Jeux
Olympiques , et la petite Piece du Je ne
sçai quoi , dans lesquelles le sieur Berard,
nouveau Chanteur , chanta differens Airs
des Divertissemens de la premiere Piece ,
avec applaudissement; il chanta aussi dans
la seconde Piece la Scene du Maître à
Chanter , qui est une Parodie d'une Scene
du Balet des Fêtes Venitiennes . Ce nouvel
Acteur est jeune , bien fait , et a la
voix très-jolie ; il a été fort goûté et applaudi
du Public.
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Résumé : « Le 2. et le 6. Septembre, les mêmes Comédiens remirent au Théâtre la Comédie [...] »
Les 2 et 6 septembre, les comédiens ont joué 'Le Prince Malade ou les Jeux Olympiques' et 'Le Je ne sçai quoi'. Le chanteur Bérard, jeune et bien fait, a interprété divers airs et une scène parodique. Il a été bien accueilli et applaudi par le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 2466-2469
« Le 11. Novembre, Fête de S. Martin, l'Academie Royale de Musique, donna [...] »
Début :
Le 11. Novembre, Fête de S. Martin, l'Academie Royale de Musique, donna [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Vienne, Naples, Théâtre-Français, Comédiens-Français, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 11. Novembre, Fête de S. Martin, l'Academie Royale de Musique, donna [...] »
E Novembre , Fête de S. Martin ,
L'Academie Royale de Musique, don
na le premier Bal public qu'on donne
tous les ans à pareil jour , et qu'on con
tinuë pendant differens jours jusqu'à l'Avent.
On les réprend ordinairement à la
Fête des Rois jusqu'à la fin du Carnaval.
Le 17.la même Académie donna la 21 .
Représentation de l'Opera d'Hippolyte et
Aricie , dont il a été parlé , et le 19. Elle
remit au Théatre Issé , Pastorale Heroique
, qui n'avoit pas été reprise depuis
le mois de Septembre
1719. Cette Piece, dont le Poëme est de feu M. de la Mothe,
et la Musique de M. d'Estouches
Sur-
Intendant
de la Musique
du Roi , est
reçue du Public avec de grands applaudissemens
; la Dlle le Maure y jouë le
principal
rolle ; les autres sont aussi parfaitement
bien remplis
: Nous en parle
tons
NOVEMBRE. 1733. 2467
tons plus au long. On n'a pas cessé les
Représentations d'Hippolyte et Aricie , on
joue actuellement cette Piece tous les
Jeudis.
On apprend de Vienne , qu'on y a représenté
devant la Cour Imperiale l'Opera
de Demophon , avec un grand succès
le 4. de ce mois .
On apprend aussi de Londres , qu'on
y a représenté devant le Roi et la Famille
Royale, avec un fort grand succès, lenou
vel Opera de Semiramis.
Le 1. Octobre , on représenta à Naples
sur le Théatre de S. Barthelemy , le nouvel
Opera intitulé , Il Pastor Sfortunato.
Le Théatre François n'a rien donné de
nouveau depuis assez long - tems ; on a
seulement remis au Théatre depuis peu ,
une ancienne Comedie en vers et en cinq
Actes , de feu M. Dancour , intitulée La
Trahison punie , dans laquelle il y a un
rôle de Suivante , rempli autrefois par
Mlle Desmarres , dont la Dlle d'Angeville,
sa Niéce , rappelle aujourd'hui parfaitement
le souvenir , à la grande satisfaction
des Spectateurs.
Le 23. de ce mois on donna enfin sur
CO
1458 MERCURE DE FRANCE
ce Théatre la premiere Représentation
d'une Piece en un Acte , en Vers de M.
de Boissy , intitulée le Badinage, que nous
avons déja annoncée, et depuis long- tems
promise , elle est dans le goût des autres
Parodies de cet Auteur. La critique de
celle - ci , bien plus severe que badine
tombe sur le nouvel Opera d'Hyppolite
et Avicie.
Le 3. Novembre les Comediens François
représenterent à Fontainebleau Esope
à la Cour , et Crispin Médecin.
Le s . Heraclius , et le Rendez- vous .
Le 9. L'Avare , et la Comtesse d'Escarbagnas.
Le 11. L'Andrienne , & Crispin bel
esprit.
Le 16. La Tragedie de Guftave et le
Dédit.
Le 18. L'Ecole des Maris et les Bourgeoises
de Qualité.
Les Comediens Italiens , représenterent
fur le même Théatre , la Comedie du
Prince malade , ou les Jeux Oylmpiques ,
ornée de quatre Intermedes , qui fut suivie
des Effets du Dépit.
Le 14. Les Quatre Semblables , Comedie
du sieur Dominique qui fut fort goutée ,
et l'Ecole des Meres.
Le
NOVEMBRE. 1733. 2469
Le 21. Arlequin apprentif Philosophe , et
la petite Piece d'Arlequin Voleur.
Le 29. Novembre , les Comediens Italiens
firent l'ouverture de leur Théatre à
Paris, après leur retour de Fontainebleau,
par la Comedie de Timon le Misantrope,
par la petite Piéce du Retour de tendresse.
Le 30. ils donnerent une petite Piece
nouvelle d'un Acte , en Vaudevilles, avec
des divertissemens de chants et de danses
intitulée Hyppolite et Aricie , Parodie de
Opera qui porte le même nom ; on ca
parlera plus au long.
L'Academie Royale de Musique, don
na le premier Bal public qu'on donne
tous les ans à pareil jour , et qu'on con
tinuë pendant differens jours jusqu'à l'Avent.
On les réprend ordinairement à la
Fête des Rois jusqu'à la fin du Carnaval.
Le 17.la même Académie donna la 21 .
Représentation de l'Opera d'Hippolyte et
Aricie , dont il a été parlé , et le 19. Elle
remit au Théatre Issé , Pastorale Heroique
, qui n'avoit pas été reprise depuis
le mois de Septembre
1719. Cette Piece, dont le Poëme est de feu M. de la Mothe,
et la Musique de M. d'Estouches
Sur-
Intendant
de la Musique
du Roi , est
reçue du Public avec de grands applaudissemens
; la Dlle le Maure y jouë le
principal
rolle ; les autres sont aussi parfaitement
bien remplis
: Nous en parle
tons
NOVEMBRE. 1733. 2467
tons plus au long. On n'a pas cessé les
Représentations d'Hippolyte et Aricie , on
joue actuellement cette Piece tous les
Jeudis.
On apprend de Vienne , qu'on y a représenté
devant la Cour Imperiale l'Opera
de Demophon , avec un grand succès
le 4. de ce mois .
On apprend aussi de Londres , qu'on
y a représenté devant le Roi et la Famille
Royale, avec un fort grand succès, lenou
vel Opera de Semiramis.
Le 1. Octobre , on représenta à Naples
sur le Théatre de S. Barthelemy , le nouvel
Opera intitulé , Il Pastor Sfortunato.
Le Théatre François n'a rien donné de
nouveau depuis assez long - tems ; on a
seulement remis au Théatre depuis peu ,
une ancienne Comedie en vers et en cinq
Actes , de feu M. Dancour , intitulée La
Trahison punie , dans laquelle il y a un
rôle de Suivante , rempli autrefois par
Mlle Desmarres , dont la Dlle d'Angeville,
sa Niéce , rappelle aujourd'hui parfaitement
le souvenir , à la grande satisfaction
des Spectateurs.
Le 23. de ce mois on donna enfin sur
CO
1458 MERCURE DE FRANCE
ce Théatre la premiere Représentation
d'une Piece en un Acte , en Vers de M.
de Boissy , intitulée le Badinage, que nous
avons déja annoncée, et depuis long- tems
promise , elle est dans le goût des autres
Parodies de cet Auteur. La critique de
celle - ci , bien plus severe que badine
tombe sur le nouvel Opera d'Hyppolite
et Avicie.
Le 3. Novembre les Comediens François
représenterent à Fontainebleau Esope
à la Cour , et Crispin Médecin.
Le s . Heraclius , et le Rendez- vous .
Le 9. L'Avare , et la Comtesse d'Escarbagnas.
Le 11. L'Andrienne , & Crispin bel
esprit.
Le 16. La Tragedie de Guftave et le
Dédit.
Le 18. L'Ecole des Maris et les Bourgeoises
de Qualité.
Les Comediens Italiens , représenterent
fur le même Théatre , la Comedie du
Prince malade , ou les Jeux Oylmpiques ,
ornée de quatre Intermedes , qui fut suivie
des Effets du Dépit.
Le 14. Les Quatre Semblables , Comedie
du sieur Dominique qui fut fort goutée ,
et l'Ecole des Meres.
Le
NOVEMBRE. 1733. 2469
Le 21. Arlequin apprentif Philosophe , et
la petite Piece d'Arlequin Voleur.
Le 29. Novembre , les Comediens Italiens
firent l'ouverture de leur Théatre à
Paris, après leur retour de Fontainebleau,
par la Comedie de Timon le Misantrope,
par la petite Piéce du Retour de tendresse.
Le 30. ils donnerent une petite Piece
nouvelle d'un Acte , en Vaudevilles, avec
des divertissemens de chants et de danses
intitulée Hyppolite et Aricie , Parodie de
Opera qui porte le même nom ; on ca
parlera plus au long.
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Résumé : « Le 11. Novembre, Fête de S. Martin, l'Academie Royale de Musique, donna [...] »
En novembre 1733, l'Académie Royale de Musique organise des bals publics annuels à partir de la fête de Saint-Martin jusqu'à l'Avent, et des représentations reprennent à la fête des Rois jusqu'à la fin du Carnaval. Le 17 novembre, l'Académie présente la 21e représentation de l'opéra 'Hippolyte et Aricie'. Le 19 novembre, elle remet en scène 'Issé', une pastorale héroïque acclamée. Des succès sont notés à Vienne avec 'Demophon' et à Londres avec 'Semiramis'. À Naples, 'Il Pastor Sfortunato' est représenté le 1er octobre. Le Théâtre Français joue 'La Trahison punie' avec la Dlle d'Angeville. Le 23 novembre, 'Le Badinage' critique 'Hippolyte et Aricie'. Les Comédiens Français jouent à Fontainebleau, tandis que les Comédiens Italiens représentent des comédies à Paris, dont 'Arlequin apprenti philosophe' et 'Timon le Misantrope'. Le 30 novembre, les Comédiens Italiens ouvrent leur théâtre parisien avec une parodie de 'Hippolyte et Aricie'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 139-141
« Le 14 de ce mois les Comédiens François remirent au Theatre la [...] »
Début :
Le 14 de ce mois les Comédiens François remirent au Theatre la [...]
Mots clefs :
Théâtre, Comédie, Comédiens, Représentation, Comédiens-Français, Théâtre-Français, Comédiens-Italiens, Théâtre de l'Opéra, Bajazet, Adélaïde du Guesclin, Voltaire, Arlequin Grand Mogol, Misanthrope, Fêtes grecques et romaines, Fabrice, Théâtre du marché au foin, Carnaval
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texteReconnaissance textuelle : « Le 14 de ce mois les Comédiens François remirent au Theatre la [...] »
E 14 de ce mois les Comédiens
François remirent au Theatre la
Tragédie de Bajazet , dans laquelle la
Dlle Grandval, épouse du Sr Grandval
Comédien du Roy , joia pour la
premiere
fois le rôle d'Atalide et le joua
fort naturellement et avec intelligence .
Elle fut fort applaudie ; ce n'est cependant
que son coup d'essai. Les rôles Comiques
qu'elle a joués depuis, ont encore,
confirmé la bonne opinion qu'on a de ses,
talens , sur tout dans le rôle d'Hortense
dans la petite Comédie du Florentin.
. Le Lundi 18 , on donna sur le Theatre
François la premiere représentation d'Adelaide
Tragédie de M. de Voltaire :
elle fut aussi extraordinairement applaudie
و
que sevérement critiquée par une très
nombreuse assemblée , et peut- être à
l'excès ; car le Public, ne se contient
gueres dans de justes bornes sur les premieres
impressions qu'il reçoit d'un Ouvrage
d'esprit. Celui - ci fut beaucoup
mieux entendu , plus goûté et plus applaudi
à la seconde représentation qu'on
en donna le Mercredy 27. après quelques
Gvj chan
140 MERCURE DE FRANCE
changemens
faits par l'Auteur sur les
observations
du Public. Nous parlerons.
plus au long de cette Tragédie , dont
tous les Personnages
portent des noms
illustres
connus dans l'Histoire de
France .
>
On doit donner sur le même Theatre
au commencement de Février, une petite
Comédie nouvelle en un Acte , en Prose
de M. Fagan , sous le titre de la Grondense.
Le 14. les Comédiens Italiens donnerent
la premiere représentation d'une Comédie
nouvelle en Prose , en trois Actes , ornée
de trois Divertissements de Chant et de
Danses , ayant pour titre , Arlequin
Grand Mogo'. Elle est de la composition
de M. Delisle , Auteur de Timon le Misantrope,
et d'autres Piéces qu'il a données
au Theatre Italien .
Le 5. de ce mois les Comédiens François
représenterent à Versailles la Comédie
du Misantrope et la petite Piéce du
Tuteur. Le Sr Fiet ville joua avec applaudissement
le principal rôle dans la premiere
, et celui de Lucas dans l'autre.
Le 28. Andronic , et l'Impromptu de
Campagne.
Le 30. Janvier les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour la Comédie
JANVIER . 1734. 141
Arlequin Sauvage , et celle d'Arlequin
Poli par l'Amour.
On continue sur le Theatre de l'Opera
les représentations d'Issé , et de Hypolite
et Aricie. On remettra au commencement
du mois prochain, le Ballet des Fêtes Grecques
etRomaines , avec une nouvelleEntrée,
Les paroles sont de M. Fuzelier , et la
Musique de M. de Blamont.
le 9
L'Opera de Fabrice en Italien,a été représenté
depuis peu à Londres , en présence
du Roy , de la Reine et de la Famille
Royale , avec beaucoup de succès.
On a appris de la même Ville que
de ce mois , on représenta en présence
du Roy et de la Reine sur le Theatre de
Lincols Innfiglds , le nouvel Opera
d'Ariadne. C'est le premier qu'on ait representé
sur ce Theâtre.
-
Le 16. on représenta à Londres , sur le
Theatre du Marché au Foin l'Opera
d'Arbaces. Et le même jour on joüa sur
le Theatre de Lincolns Innfields , celui
d'Ariadne.
On représenta le même jour pour l'ouverturedu
Carnaval à Rome , on donna sur le Theatre
de Florence , la premiere représentation d'une
Piéce intitulée Neron , ou le Mariage par interests:
François remirent au Theatre la
Tragédie de Bajazet , dans laquelle la
Dlle Grandval, épouse du Sr Grandval
Comédien du Roy , joia pour la
premiere
fois le rôle d'Atalide et le joua
fort naturellement et avec intelligence .
Elle fut fort applaudie ; ce n'est cependant
que son coup d'essai. Les rôles Comiques
qu'elle a joués depuis, ont encore,
confirmé la bonne opinion qu'on a de ses,
talens , sur tout dans le rôle d'Hortense
dans la petite Comédie du Florentin.
. Le Lundi 18 , on donna sur le Theatre
François la premiere représentation d'Adelaide
Tragédie de M. de Voltaire :
elle fut aussi extraordinairement applaudie
و
que sevérement critiquée par une très
nombreuse assemblée , et peut- être à
l'excès ; car le Public, ne se contient
gueres dans de justes bornes sur les premieres
impressions qu'il reçoit d'un Ouvrage
d'esprit. Celui - ci fut beaucoup
mieux entendu , plus goûté et plus applaudi
à la seconde représentation qu'on
en donna le Mercredy 27. après quelques
Gvj chan
140 MERCURE DE FRANCE
changemens
faits par l'Auteur sur les
observations
du Public. Nous parlerons.
plus au long de cette Tragédie , dont
tous les Personnages
portent des noms
illustres
connus dans l'Histoire de
France .
>
On doit donner sur le même Theatre
au commencement de Février, une petite
Comédie nouvelle en un Acte , en Prose
de M. Fagan , sous le titre de la Grondense.
Le 14. les Comédiens Italiens donnerent
la premiere représentation d'une Comédie
nouvelle en Prose , en trois Actes , ornée
de trois Divertissements de Chant et de
Danses , ayant pour titre , Arlequin
Grand Mogo'. Elle est de la composition
de M. Delisle , Auteur de Timon le Misantrope,
et d'autres Piéces qu'il a données
au Theatre Italien .
Le 5. de ce mois les Comédiens François
représenterent à Versailles la Comédie
du Misantrope et la petite Piéce du
Tuteur. Le Sr Fiet ville joua avec applaudissement
le principal rôle dans la premiere
, et celui de Lucas dans l'autre.
Le 28. Andronic , et l'Impromptu de
Campagne.
Le 30. Janvier les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour la Comédie
JANVIER . 1734. 141
Arlequin Sauvage , et celle d'Arlequin
Poli par l'Amour.
On continue sur le Theatre de l'Opera
les représentations d'Issé , et de Hypolite
et Aricie. On remettra au commencement
du mois prochain, le Ballet des Fêtes Grecques
etRomaines , avec une nouvelleEntrée,
Les paroles sont de M. Fuzelier , et la
Musique de M. de Blamont.
le 9
L'Opera de Fabrice en Italien,a été représenté
depuis peu à Londres , en présence
du Roy , de la Reine et de la Famille
Royale , avec beaucoup de succès.
On a appris de la même Ville que
de ce mois , on représenta en présence
du Roy et de la Reine sur le Theatre de
Lincols Innfiglds , le nouvel Opera
d'Ariadne. C'est le premier qu'on ait representé
sur ce Theâtre.
-
Le 16. on représenta à Londres , sur le
Theatre du Marché au Foin l'Opera
d'Arbaces. Et le même jour on joüa sur
le Theatre de Lincolns Innfields , celui
d'Ariadne.
On représenta le même jour pour l'ouverturedu
Carnaval à Rome , on donna sur le Theatre
de Florence , la premiere représentation d'une
Piéce intitulée Neron , ou le Mariage par interests:
Fermer
Résumé : « Le 14 de ce mois les Comédiens François remirent au Theatre la [...] »
En janvier 1734, plusieurs événements marquants eurent lieu dans le monde du théâtre. Le 14 janvier, les Comédiens Français reprirent 'Bajazet', avec la demoiselle Grandval interprétant Atalide pour la première fois, recevant des applaudissements. Le 18 janvier, la tragédie 'Adélaïde' de Voltaire fut jouée au Théâtre Français, mieux appréciée lors de la seconde représentation le 27 janvier après modifications. Les Comédiens Italiens présentèrent 'Arlequin Grand Mogo', une comédie en prose en trois actes avec des divertissements. Les Comédiens Français jouèrent 'Le Misanthrope' et 'Le Tuteur' à Versailles le 5 janvier, et 'Andronic' et 'L'Impromptu de Versailles' le 28 janvier. Le 30 janvier, les Comédiens Italiens interprétèrent 'Arlequin Sauvage' et 'Arlequin Poli par l'Amour' à la Cour. À l'Opéra, les représentations d''Issé' et d''Hypolite et Aricie' continuaient, avec le ballet 'Les Fêtes Grecques et Romaines' prévu pour le mois suivant. À Londres, l'opéra 'Fabrice' fut représenté en présence de la famille royale, ainsi que 'Ariadne'. Le 16 janvier, 'Arbaces' et 'Ariadne' furent joués sur différents théâtres. À Rome, la pièce 'Néron, ou le Mariage par intérêts' ouvrit le carnaval.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 366-368
« Les Comédiens François représenterent à la Cour, le 4 de ce mois, la Comédie [...] »
Début :
Les Comédiens François représenterent à la Cour, le 4 de ce mois, la Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédiens-Français, Comédie, Pièce, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François représenterent à la Cour, le 4 de ce mois, la Comédie [...] »
Les Comédiens François représenterent
à la Cour , le 4 de ce mois , la Comédie
du Menteur , et celle du double Veuvage.
Le 9 , la Tragédie de Bajazet , et le
Retour imprévu . La Dlle Grandval joüa le
Rôle d'Atalide , dans la premiere Piéce ,
avec beaucoup de succès . Cette nouvelle
Actrice joua quelques jours après à Paris,
le Rôle de la Duchesse , dans la Tragédie
,
FEVRIER: 1734: 367
die du Comte d'Essex , et elle y fut fort
applaudie.
Les mêmes Comédiens ont remis au
Théatre le 27 de ce mois, la Fausse Antipatie
, Comédie en Vers , en trois Actes ,
avec un Prologue , de M. de la Chaussée.
C'est un Ouvrage generalement goûté
des connoisseurs , et aussi ingénieux et
bien écrit , que plein d'esprit , de délicatesse
et de moeurs . On avoit déja donné
quelques Représentations de cette Piece
PAutomne dernier , avant le Voyage de
Fontainebleau , et le Public lui avoit fait
un accueil tres - favorable et tel qu'elle le
merite. Nous en parlerons plus au long.
Le 6 de ce mois, les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour , la Comédie du
Faucon ou les Oyes de Bocace , et la Verité
Fabuliste.
Le 10 , les mêmes Comédiens donnerent
sur leur Théatre, la premiere Représentation
d'une Comédie en Vers et en
trois -Actes , avec un Divertissement de
chants et de danses , intitulée : La Surprise
de la Haine. Cette Piece a été reçuë
tres-favorablement du public . Elle attire
de nombreuses assemblées à l'Hôtel de
Bourgogne. On en parlera plus au long,
Hij
Le
368 MERCURE DE FRANCE .
Le 3 Février , l'ouverture de la Foire
S. Germain fut faite par le Lieutenant
Général de Police en la maniere accoutumée.
Le 27 , l'Opéra Comique fit l'ouverture
d'un nouveau Théatre , qu'on a construit
dans la rue de Bussy , et on y representa
le même jour deux Pieces nouvelles
, d'un Acte chacune , avec des Divertissements
, intitulés : le Palais enchanté
, et l'Heureux Déguisement. Ces deux
Comédies sont précédées d'un Prologue ,
qui a pour titre Le Retour de l'Opera
Comique au Fauxbourg S. Germain , dont
on parlera plus au long.
à la Cour , le 4 de ce mois , la Comédie
du Menteur , et celle du double Veuvage.
Le 9 , la Tragédie de Bajazet , et le
Retour imprévu . La Dlle Grandval joüa le
Rôle d'Atalide , dans la premiere Piéce ,
avec beaucoup de succès . Cette nouvelle
Actrice joua quelques jours après à Paris,
le Rôle de la Duchesse , dans la Tragédie
,
FEVRIER: 1734: 367
die du Comte d'Essex , et elle y fut fort
applaudie.
Les mêmes Comédiens ont remis au
Théatre le 27 de ce mois, la Fausse Antipatie
, Comédie en Vers , en trois Actes ,
avec un Prologue , de M. de la Chaussée.
C'est un Ouvrage generalement goûté
des connoisseurs , et aussi ingénieux et
bien écrit , que plein d'esprit , de délicatesse
et de moeurs . On avoit déja donné
quelques Représentations de cette Piece
PAutomne dernier , avant le Voyage de
Fontainebleau , et le Public lui avoit fait
un accueil tres - favorable et tel qu'elle le
merite. Nous en parlerons plus au long.
Le 6 de ce mois, les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour , la Comédie du
Faucon ou les Oyes de Bocace , et la Verité
Fabuliste.
Le 10 , les mêmes Comédiens donnerent
sur leur Théatre, la premiere Représentation
d'une Comédie en Vers et en
trois -Actes , avec un Divertissement de
chants et de danses , intitulée : La Surprise
de la Haine. Cette Piece a été reçuë
tres-favorablement du public . Elle attire
de nombreuses assemblées à l'Hôtel de
Bourgogne. On en parlera plus au long,
Hij
Le
368 MERCURE DE FRANCE .
Le 3 Février , l'ouverture de la Foire
S. Germain fut faite par le Lieutenant
Général de Police en la maniere accoutumée.
Le 27 , l'Opéra Comique fit l'ouverture
d'un nouveau Théatre , qu'on a construit
dans la rue de Bussy , et on y representa
le même jour deux Pieces nouvelles
, d'un Acte chacune , avec des Divertissements
, intitulés : le Palais enchanté
, et l'Heureux Déguisement. Ces deux
Comédies sont précédées d'un Prologue ,
qui a pour titre Le Retour de l'Opera
Comique au Fauxbourg S. Germain , dont
on parlera plus au long.
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Résumé : « Les Comédiens François représenterent à la Cour, le 4 de ce mois, la Comédie [...] »
En février 1734, plusieurs événements culturels marquèrent la Cour et Paris. Les Comédiens Français présentèrent 'Le Menteur' et 'Le Double Veuvage' le 4 février, puis 'Bajazet' et 'Le Retour imprévu' le 9 février. Mademoiselle Grandval interpréta Atalide dans 'Bajazet' et joua la Duchesse dans 'La Tragédie du Comte d'Essex' à Paris, où elle fut acclamée. Le 27 février, les Comédiens Français reprirent 'La Fausse Antipathie'. Les Comédiens Italiens jouèrent 'Le Faucon ou les Oyes de Bocace' et 'La Vérité Fabuliste' le 6 février à la Cour, et 'La Surprise de la Haine' le 10 février à l'Hôtel de Bourgogne, avec un grand succès. La Foire Saint-Germain ouvrit le 3 février sous la supervision du Lieutenant Général de Police. Le 27 février, l'Opéra Comique inaugura un nouveau théâtre rue de Bussy avec deux pièces nouvelles, 'Le Palais enchanté' et 'L'Heureux Déguisement', précédées d'un prologue intitulé 'Le Retour de l'Opéra Comique au Faubourg Saint-Germain'.
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41
p. 760-761
« Le 10. Avril, les Comédiens Italiens donnerent pour la clôture de leur Théatre, la Comédie [...] »
Début :
Le 10. Avril, les Comédiens Italiens donnerent pour la clôture de leur Théatre, la Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Clôture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 10. Avril, les Comédiens Italiens donnerent pour la clôture de leur Théatre, la Comédie [...] »
Le ro. Avril , les Comédiens Italiens donnerent
pour la clôture de leur Théatre , la Coméd
die des Amans Réunis , qui fut suivie de la petite
Piece
AVRIL . 1734. 761
Piece de l'Apologie du Siecle , dont nous parlelerons
le mois prochain. Le sieur Riccoboni
prononça le Compliment qu'on fait ordinairement
toutes les années , qui fut fort applaudi
du Public, Ce Discours en Vers parut imprimé
le même jour,
pour la clôture de leur Théatre , la Coméd
die des Amans Réunis , qui fut suivie de la petite
Piece
AVRIL . 1734. 761
Piece de l'Apologie du Siecle , dont nous parlelerons
le mois prochain. Le sieur Riccoboni
prononça le Compliment qu'on fait ordinairement
toutes les années , qui fut fort applaudi
du Public, Ce Discours en Vers parut imprimé
le même jour,
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42
p. 1203-1204
« L'Académie Royale de Musique, continuë toujours avec succès les Représentations [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique, continuë toujours avec succès les Représentations [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Ballet des Éléments, Comédiens-Italiens, Petit Maître amoureux, Ballet, Musique, Succès, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique, continuë toujours avec succès les Représentations [...] »
L'Académie Royale de Musique , continue
toujours avec succès les Représentations
du Ballet des Elemens ; c'est le même
qui fut dansé par le Roi en son Château
des Thuilleries au mois de Decembre
1721. Nous avons déja donné un Extrait
du Poëme , de la composition de
M.Roy, qu'on peut voir dans le Mercure
de Janvier 1722. Ce Ballet qui fut remis
ensuite au Theatre de l'Opera en Mai
1625. et en Fevrier 1727. est toujours
composé d'un Prologue , dont le sujet est.
·le Cabos, et de quatre differentes Entrées ,
l'Air , le Feu , l'Eau , et laTerre . Les Dlles
Antier , le Maure et Petitpas remplissent
parfaitement bien les principaux Rôles
les Sieurs Dun ,
que
Tribou et Jeliot. Le Ballet composé par le
Sr. Blondi , fait beaucoup de plaisir , et
les danses en particulier sont très- bien cade
même
I. Vol.
Chassé ,
racte1204
MERCURE DE FRANCE
racterisées , distribuées avec art et parfaitement
executées par les meilleurs Sujets
de l'Académie.Cet Opera a un fort grand
succès , la Musique est de M. Destouches .
Les Comediens Italiens préparent une
Comedie nouvelle , sous le titre du Petit
Maître Amoureux , dont on parlera en
son tems.
toujours avec succès les Représentations
du Ballet des Elemens ; c'est le même
qui fut dansé par le Roi en son Château
des Thuilleries au mois de Decembre
1721. Nous avons déja donné un Extrait
du Poëme , de la composition de
M.Roy, qu'on peut voir dans le Mercure
de Janvier 1722. Ce Ballet qui fut remis
ensuite au Theatre de l'Opera en Mai
1625. et en Fevrier 1727. est toujours
composé d'un Prologue , dont le sujet est.
·le Cabos, et de quatre differentes Entrées ,
l'Air , le Feu , l'Eau , et laTerre . Les Dlles
Antier , le Maure et Petitpas remplissent
parfaitement bien les principaux Rôles
les Sieurs Dun ,
que
Tribou et Jeliot. Le Ballet composé par le
Sr. Blondi , fait beaucoup de plaisir , et
les danses en particulier sont très- bien cade
même
I. Vol.
Chassé ,
racte1204
MERCURE DE FRANCE
racterisées , distribuées avec art et parfaitement
executées par les meilleurs Sujets
de l'Académie.Cet Opera a un fort grand
succès , la Musique est de M. Destouches .
Les Comediens Italiens préparent une
Comedie nouvelle , sous le titre du Petit
Maître Amoureux , dont on parlera en
son tems.
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Résumé : « L'Académie Royale de Musique, continuë toujours avec succès les Représentations [...] »
L'Académie Royale de Musique présente avec succès le Ballet des Éléments, initialement dansé par le Roi au Château des Tuileries en décembre 1721. Un extrait du poème de M. Roy a été publié dans le Mercure de janvier 1722. Ce ballet a été repris au Théâtre de l'Opéra en mai 1625 et en février 1727. Il comprend un prologue sur le Chaos et quatre entrées représentant l'Air, le Feu, l'Eau et la Terre. Les rôles principaux sont interprétés par les demoiselles Antier, le Maure et Petitpas, ainsi que par les sieurs Dun, Tribou et Jeliot. Le ballet, chorégraphié par M. Blondi, est apprécié pour ses danses bien exécutées par les meilleurs sujets de l'Académie. La musique est composée par M. Destouches. Par ailleurs, les Comédiens Italiens préparent une nouvelle comédie intitulée 'Le Petit Maître Amoureux'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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43
p. 174-185
« Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heureux [...] »
Début :
Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heureux [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Air, Capitaine, Servante, Vieillard, Chocolat, Personnages, Maître, Époux, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heureux [...] »
Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de
leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heu
reux ftratagême , très -ingénieufe Comédie Françoife
, en trois actes , de M. de Marivaux ; elle a
été fuivie de Baftien de Baftienne . Le Jeudi 14
DECEMBRE. 1754. 175
ils ont repris , toujours avec fuccès , la Servante
Maitreffe, dont voici l'extrait .
ACTEURS.
Pandolfe , vieillard ,
Zerbine , fa fervante ,
Scapin , fon valet ,
M. Rochard.
Mlle Favart.
Perfonnage muet.
Pandolfe ouvre la fcene par le monologue fuivant
; il eſt affis devant une petite table.
AIR.
Long-tems attendre
Sans voir venir ;
Au lit s'étendre ,
Ne point dormir ;
Grand'peine prendre
Sans parvenir ;
Sont trois fujets d'aller fe pendre.
C'eft auffi ſe mocquer des gens ;
Voilà trois heures que j'attends
Que ma fervante enfin m'apporte
Mon chocolat ; elle n'a pas le tems.
Cependant il faut que je forte :
Elle me dira , que m'importe ?
Oh ! c'en eft trop ; je fuis trop bon ;
Mais je vais prendre un autre ton .
Le vieillard appelle Zerbine de toutes les for
ces. En fe retournant il apperçoit Scapin , qui eft
entré fans dire mot , & qui fe tient tranquillement
derriere lui. Comme malgré les cris de fon
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE .
maître , il ne s'empreffe pas d'aller chercher Zerbine
, Pandolphe eft obligé de le pouffer dehors
par les épaules. Il continue enfuite de fe plaindre
de fa fervante.
Récitatif accompagné .
Voilà pourtant , voilà comment
On fait foi-même fon tourment.
Je trouve cette enfant qui me paroît gentille ;
Je la demande à fa famille ;
On ! me la donne , & depuis ce moment
Je l'éleve comme ma fille .
Que m'en revient-il à préfent ?
Mes bontés l'ont rendue à tel point infolente ,
Capricieuſe , impertinente ,
Qu'il faut avant qu'il foit long- tems ,
S'attendre enfin que la fervante
Sera la maîtreffe céans.
Oh ! tout ceci m'impatiente.
Zerbine entre en difputant avec Scapin , & lui
dit :
AIR.
Eh bien , finiras - tu , deux fois , trois fois ;.
Je n'en ai pas le tems , cela te doit fuffire.
Fort bien.
Pandolfe , à part.
Zerbine.
Combien de fois faut-il te le redire ?
DECEMBRE. 1754. 177
Si ton maître eft preffé faut- il que je le fois
A merveille.
Pandolfe , à part.
Zerbine.
Finis , Scapin , fi tu m'en crois ,
Ma patience enfin ſe laffe ;
Si tu la réduis aux abois ,
Je vais faire pleuvoir vingt foufflets fur ta face.
Elle fe met en devoir de fouffleter Scapin :
Pandolfe l'arrête , & lui demande ce qui peut la
mettre fi fort en courroux ; elle lui répond qu'elle
ne veut pas fouffrir que Scapin lui donne des leçons.
Pandolfe a beau lui dire que c'eſt de fa
part , & qu'il veut avoir fon chocolat . Ce chocolat
n'eft point fait , & Zerbine n'a pas le tems
d'en faire . Pandolfe impatienté , & hors de luimême
, fait beaucoup rire Scapin ; Zerbine s'en
offenfe , & Pandolfe avoue qu'on a raiſon de ſe
mocquer de lui , mais il affure que tout ceci finira.
AIR.
Sans fin , fans ceffe ,
Nouveaux procès ;
Et fi , & mais ,
Et oui , & non ,
Tout fur ce ton ;
Jamais , jamais , au grand jamais ,
On n'eft en paix,
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Mais que t'en femble à toi ?
Dois-je en crever , moi ?
Non , par ma foi.
Un jour viendra ,
Qu'on fe plaindra ,
Qu'on gémira ,
Quand on fera
Dans la détreffe ;
On maudira
à Scapin.
Son trifte fort ,
On fentira
Qu'on avoit tort .
à Scapin
Qu'en penfes-tu ? n'eft - il pas vrai è
Hai ,
Dis , toi ,
Quoi !
Oui , oui fur ma foi.
Sans fin , fans ceffe , & c:
Pandolfe demande à Scapin fa canne & fon épée
pour fortir. Zerbine 's'y oppofe ; il faut encore
que le vieillard en paffe par là. L'infolence de fa
fervante lui fait prendre la réfolution de fe marier
, fût-ce à une guenon. Zerbine le raille fur
ce prétendu mariage , & lui dit que s'il fe marie
, il n'aura pas d'autre femme qu'elle . Cette
imprudence redouble la colere de Pandolfe ; Zerbine
infifte fur fon projet.
DECEMBRE. 1754 179
Duo en Dialogue.
Je devine
Zerbine.
A ces yeux , à cette mine
Fine ,
Lutine ,
Affaffine ;
Vous avez beau dire non ;
Bon , bon ;
Vos yeux me difent que fi ,
Et je veux le croire ainfi .
Pandolfe.
Ma divine ,
Vous vous trompez à ma mine
Très-fort ;
Prenez un peu moins l'effor ,
Mes yeux avec moi d'accord ,
Vous diront vous avez tort.
Zerbine.
Mais comment ! mais pourquoi
Je fuis jolie ,
Mais très-jolie ,
Douce , polie :
Voulez-vous de l'agrément , de la fineffe
Des bons airs de toute espéce ,
Gentilleffe ,,
Nobleffe ?
Regardez-moi.
Hvj
480. MERCURE DE FRANCE.
Pandolfe , à part.
Sur mon ame , elle me tente ;
Elle eft charmante.
Zerbine , à
part.
Pour le coup il devient tendre .
Il faut fe rendre.
Pandolfe.
Ah ! laiffes-moi.
Zerbine.
Il faut me prendre.
Pandolfe.
Tu rêves , je crois.
Zerbine.
à Pandolfe.
Tu veux en vain t'en défendre :
11 faut que tu fois à moi.
Zerbine,
Je t'aime ,
Je fuis à toi ,
Sois donc à moi.
Pandolfe?
O peine extrême !
Je fuis , ma foi ,
Tout hors de moi.
Le fecond acte commence par un air que
Zerbine chante feule , & dont les paroles conviennent
à toutes les filles qui pourront fe trouves
dans le cas où elle est.
DECEMBRE. 1754. 181
AIR.
Vous gentilles ,
Jeunes filles ,
'Aux vieillards qui tendez vos filets ;
Qui cherchez des maris , beaux ou laids ,
Apprenez , retenez bien mes fecrets ;
Vous allez voir comme je fais.
Tour à tour avec adreffe ,
Je menace , je careffe ;
Quelque tems
Je me défends ,
Mais enfin je me rends.
Elle a mis Scapin dans fes intérêts ; il confent
à faire le perfonnage d'un Capitaine déguifé qui
la demande en mariage. Zerbine appercevant
Pandolfe , fait femblant de fe repentir de fes infolences
& de fa témérité , & elle lui dit qu'elle eft
recherchée par le Capitaine Tempête , auquel
elle a promis fa foi . Elle chante enfuite les paroles
qui fuivent.
Récitatif accompagné .
Jouiffez cependant du deftin le plus doux ;
Soyez long- tems l'heureux époux
De celle que le Ciel aujourd'hui vous deftine .
Souvenez -vous quelquefois de Zerbine ,
Qui tant qu'elle vivra ſe ſouviendra de vous .
AIR , tendrement.
A Zerbine laiff ez , par grace,
Sz MERCURE DEFRANCE,
Quelque place
En votre fouvenir ;
L'en bannir ;
Quelle difgrace !
Eh comment la foutenir ?
Pandolfe s'attendrit par dégrés , & veut cacherfo
attendrisjement.
Zerbine à part , gaiement.
Il eft , ma foi , dupe de ma grimace ,
Je le vois déja s'attendrir.
à Pandolfe , tendrement.
De Zerbine gardez , par grace
Quelque trace ;
L'oublier , quelle diſgrace !
Eh , comment le foutenir ?
* part , gaiement
Il y va venir.
Pandolfe s'attendrit de plus en pluss
Il ne peut long-tems tenir.
Pandolfe , tendrement.
Si je fus impertinente ,
Contrariante ,
Vous m'en voyez repentante ,
Pardonnez-moi.
Elle fejette auxgenoux de Pandolfe , qui luiprend
la main comme en cachette.
à part , gaiement.
Mais..... il me prend la main ,
DECEMBRE. 1754 183
Ma foi l'affaire eft en bon train.
Zerbine demande enfuite à Pandolfe la permiffion
de lui préfenter fon prétendu ; Pandolfe y
confent. Cet homme lui fait peur par fon air
bourru & par les grimaces. Le vieillard commence
à plaindre Zerbine de tomber en de pareilles
mains. Le Capitaine garde un filence obftiné
en préfence de Pandolfe , qui s'en étonne.
Zerbine promet en le tirant à l'écart de le faire
parler ; la réponſe qu'elle rapporte eft que le Capitaine
demande à Pandolfe la dot de fa future ,
puifqu'il lui a tenu lieu de pere : Pandolfe , plus
furpris quejamais , dit qu'il aille fe promener . Le
faux Capitaine fait femblant d'entrer en fureur , &
menace Pandolfe en grinçant les dents . Pandolfe
appelle Scapin à fon fecours : Scapin qui ne
fonge plus au perfonnage de Capitaine qu'il étoit
obligé de faire , veut accourir , & Zerbine le retient.
Pandolfe qui a perdu tout à fait la tête , fe
propofe pour époux à Zerbine fi elle veut congé
dier le Capitaine.
Zerbine , en le regardant tendrement.
Vous , Monfieur !
Pandolfe , vivement .
Oui , ma chere , il n'eft plus tems de feindre
A cet aveu tu fçais à la fin me contraindre.
Je t'aime , je t'adore , & je fuis comme un fou :
Prends ma main , prends mon coeur , prends mon
bien , & renvoie
Ce maudit fpadaffin , ce franc oifeau de proie
A qui Satan puiffe tordre le cou.
184 MERCURE DE FRANCE,
Zerbine.
Ah ! mon cher maître , en confcience ,
Vous méritez la préférence ;
Je vous la donne , & c'eft de très -grand coeur :
Voilà ma main , vous êtes le vainqueur.
Pandolfe.
Il ne faut pas non plus braver le Capitaine ;
Attends qu'il foit forti de ma maifon.
Zerbine.
Oh ! ne vous mettez pas en peine ;
Je vais d'un mot le mettre à la raiſon.
à Scapin.
Scapin , tu peux quitter cet attirail fantafque ;
Nous n'avons plus befoin de maſque.
Scapin fe découvre en riant aux éclats.
Pandolfe.
Comment , coquin , c'est toi !
Zerbine.
De quoi vous plaignez-vous ;
Quand vous devez ma main à ſon adreſſe ?
Pandolfe.
left vrai , je ne puis me fàcher d'une piece
Qui met le comble à mesvoeux les plus doux.
DECEMBRE , 1754. 185
Zerbine.
Elle remplit auffi les miens , mon cher époux.
à part.
J'étois fervante , & je deviens maîtrefle.
La piece finit par un duo en dialogue de Pan-
'dolfe & de Zerbine.
Tous les amateurs ont été fi contens de la traduction
de la Serva padrona , qu'ils invitent M.
Borans à vouloir bien traduire les autres intermedes
Italiens qui ont réuſſi .
leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heu
reux ftratagême , très -ingénieufe Comédie Françoife
, en trois actes , de M. de Marivaux ; elle a
été fuivie de Baftien de Baftienne . Le Jeudi 14
DECEMBRE. 1754. 175
ils ont repris , toujours avec fuccès , la Servante
Maitreffe, dont voici l'extrait .
ACTEURS.
Pandolfe , vieillard ,
Zerbine , fa fervante ,
Scapin , fon valet ,
M. Rochard.
Mlle Favart.
Perfonnage muet.
Pandolfe ouvre la fcene par le monologue fuivant
; il eſt affis devant une petite table.
AIR.
Long-tems attendre
Sans voir venir ;
Au lit s'étendre ,
Ne point dormir ;
Grand'peine prendre
Sans parvenir ;
Sont trois fujets d'aller fe pendre.
C'eft auffi ſe mocquer des gens ;
Voilà trois heures que j'attends
Que ma fervante enfin m'apporte
Mon chocolat ; elle n'a pas le tems.
Cependant il faut que je forte :
Elle me dira , que m'importe ?
Oh ! c'en eft trop ; je fuis trop bon ;
Mais je vais prendre un autre ton .
Le vieillard appelle Zerbine de toutes les for
ces. En fe retournant il apperçoit Scapin , qui eft
entré fans dire mot , & qui fe tient tranquillement
derriere lui. Comme malgré les cris de fon
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE .
maître , il ne s'empreffe pas d'aller chercher Zerbine
, Pandolphe eft obligé de le pouffer dehors
par les épaules. Il continue enfuite de fe plaindre
de fa fervante.
Récitatif accompagné .
Voilà pourtant , voilà comment
On fait foi-même fon tourment.
Je trouve cette enfant qui me paroît gentille ;
Je la demande à fa famille ;
On ! me la donne , & depuis ce moment
Je l'éleve comme ma fille .
Que m'en revient-il à préfent ?
Mes bontés l'ont rendue à tel point infolente ,
Capricieuſe , impertinente ,
Qu'il faut avant qu'il foit long- tems ,
S'attendre enfin que la fervante
Sera la maîtreffe céans.
Oh ! tout ceci m'impatiente.
Zerbine entre en difputant avec Scapin , & lui
dit :
AIR.
Eh bien , finiras - tu , deux fois , trois fois ;.
Je n'en ai pas le tems , cela te doit fuffire.
Fort bien.
Pandolfe , à part.
Zerbine.
Combien de fois faut-il te le redire ?
DECEMBRE. 1754. 177
Si ton maître eft preffé faut- il que je le fois
A merveille.
Pandolfe , à part.
Zerbine.
Finis , Scapin , fi tu m'en crois ,
Ma patience enfin ſe laffe ;
Si tu la réduis aux abois ,
Je vais faire pleuvoir vingt foufflets fur ta face.
Elle fe met en devoir de fouffleter Scapin :
Pandolfe l'arrête , & lui demande ce qui peut la
mettre fi fort en courroux ; elle lui répond qu'elle
ne veut pas fouffrir que Scapin lui donne des leçons.
Pandolfe a beau lui dire que c'eſt de fa
part , & qu'il veut avoir fon chocolat . Ce chocolat
n'eft point fait , & Zerbine n'a pas le tems
d'en faire . Pandolfe impatienté , & hors de luimême
, fait beaucoup rire Scapin ; Zerbine s'en
offenfe , & Pandolfe avoue qu'on a raiſon de ſe
mocquer de lui , mais il affure que tout ceci finira.
AIR.
Sans fin , fans ceffe ,
Nouveaux procès ;
Et fi , & mais ,
Et oui , & non ,
Tout fur ce ton ;
Jamais , jamais , au grand jamais ,
On n'eft en paix,
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Mais que t'en femble à toi ?
Dois-je en crever , moi ?
Non , par ma foi.
Un jour viendra ,
Qu'on fe plaindra ,
Qu'on gémira ,
Quand on fera
Dans la détreffe ;
On maudira
à Scapin.
Son trifte fort ,
On fentira
Qu'on avoit tort .
à Scapin
Qu'en penfes-tu ? n'eft - il pas vrai è
Hai ,
Dis , toi ,
Quoi !
Oui , oui fur ma foi.
Sans fin , fans ceffe , & c:
Pandolfe demande à Scapin fa canne & fon épée
pour fortir. Zerbine 's'y oppofe ; il faut encore
que le vieillard en paffe par là. L'infolence de fa
fervante lui fait prendre la réfolution de fe marier
, fût-ce à une guenon. Zerbine le raille fur
ce prétendu mariage , & lui dit que s'il fe marie
, il n'aura pas d'autre femme qu'elle . Cette
imprudence redouble la colere de Pandolfe ; Zerbine
infifte fur fon projet.
DECEMBRE. 1754 179
Duo en Dialogue.
Je devine
Zerbine.
A ces yeux , à cette mine
Fine ,
Lutine ,
Affaffine ;
Vous avez beau dire non ;
Bon , bon ;
Vos yeux me difent que fi ,
Et je veux le croire ainfi .
Pandolfe.
Ma divine ,
Vous vous trompez à ma mine
Très-fort ;
Prenez un peu moins l'effor ,
Mes yeux avec moi d'accord ,
Vous diront vous avez tort.
Zerbine.
Mais comment ! mais pourquoi
Je fuis jolie ,
Mais très-jolie ,
Douce , polie :
Voulez-vous de l'agrément , de la fineffe
Des bons airs de toute espéce ,
Gentilleffe ,,
Nobleffe ?
Regardez-moi.
Hvj
480. MERCURE DE FRANCE.
Pandolfe , à part.
Sur mon ame , elle me tente ;
Elle eft charmante.
Zerbine , à
part.
Pour le coup il devient tendre .
Il faut fe rendre.
Pandolfe.
Ah ! laiffes-moi.
Zerbine.
Il faut me prendre.
Pandolfe.
Tu rêves , je crois.
Zerbine.
à Pandolfe.
Tu veux en vain t'en défendre :
11 faut que tu fois à moi.
Zerbine,
Je t'aime ,
Je fuis à toi ,
Sois donc à moi.
Pandolfe?
O peine extrême !
Je fuis , ma foi ,
Tout hors de moi.
Le fecond acte commence par un air que
Zerbine chante feule , & dont les paroles conviennent
à toutes les filles qui pourront fe trouves
dans le cas où elle est.
DECEMBRE. 1754. 181
AIR.
Vous gentilles ,
Jeunes filles ,
'Aux vieillards qui tendez vos filets ;
Qui cherchez des maris , beaux ou laids ,
Apprenez , retenez bien mes fecrets ;
Vous allez voir comme je fais.
Tour à tour avec adreffe ,
Je menace , je careffe ;
Quelque tems
Je me défends ,
Mais enfin je me rends.
Elle a mis Scapin dans fes intérêts ; il confent
à faire le perfonnage d'un Capitaine déguifé qui
la demande en mariage. Zerbine appercevant
Pandolfe , fait femblant de fe repentir de fes infolences
& de fa témérité , & elle lui dit qu'elle eft
recherchée par le Capitaine Tempête , auquel
elle a promis fa foi . Elle chante enfuite les paroles
qui fuivent.
Récitatif accompagné .
Jouiffez cependant du deftin le plus doux ;
Soyez long- tems l'heureux époux
De celle que le Ciel aujourd'hui vous deftine .
Souvenez -vous quelquefois de Zerbine ,
Qui tant qu'elle vivra ſe ſouviendra de vous .
AIR , tendrement.
A Zerbine laiff ez , par grace,
Sz MERCURE DEFRANCE,
Quelque place
En votre fouvenir ;
L'en bannir ;
Quelle difgrace !
Eh comment la foutenir ?
Pandolfe s'attendrit par dégrés , & veut cacherfo
attendrisjement.
Zerbine à part , gaiement.
Il eft , ma foi , dupe de ma grimace ,
Je le vois déja s'attendrir.
à Pandolfe , tendrement.
De Zerbine gardez , par grace
Quelque trace ;
L'oublier , quelle diſgrace !
Eh , comment le foutenir ?
* part , gaiement
Il y va venir.
Pandolfe s'attendrit de plus en pluss
Il ne peut long-tems tenir.
Pandolfe , tendrement.
Si je fus impertinente ,
Contrariante ,
Vous m'en voyez repentante ,
Pardonnez-moi.
Elle fejette auxgenoux de Pandolfe , qui luiprend
la main comme en cachette.
à part , gaiement.
Mais..... il me prend la main ,
DECEMBRE. 1754 183
Ma foi l'affaire eft en bon train.
Zerbine demande enfuite à Pandolfe la permiffion
de lui préfenter fon prétendu ; Pandolfe y
confent. Cet homme lui fait peur par fon air
bourru & par les grimaces. Le vieillard commence
à plaindre Zerbine de tomber en de pareilles
mains. Le Capitaine garde un filence obftiné
en préfence de Pandolfe , qui s'en étonne.
Zerbine promet en le tirant à l'écart de le faire
parler ; la réponſe qu'elle rapporte eft que le Capitaine
demande à Pandolfe la dot de fa future ,
puifqu'il lui a tenu lieu de pere : Pandolfe , plus
furpris quejamais , dit qu'il aille fe promener . Le
faux Capitaine fait femblant d'entrer en fureur , &
menace Pandolfe en grinçant les dents . Pandolfe
appelle Scapin à fon fecours : Scapin qui ne
fonge plus au perfonnage de Capitaine qu'il étoit
obligé de faire , veut accourir , & Zerbine le retient.
Pandolfe qui a perdu tout à fait la tête , fe
propofe pour époux à Zerbine fi elle veut congé
dier le Capitaine.
Zerbine , en le regardant tendrement.
Vous , Monfieur !
Pandolfe , vivement .
Oui , ma chere , il n'eft plus tems de feindre
A cet aveu tu fçais à la fin me contraindre.
Je t'aime , je t'adore , & je fuis comme un fou :
Prends ma main , prends mon coeur , prends mon
bien , & renvoie
Ce maudit fpadaffin , ce franc oifeau de proie
A qui Satan puiffe tordre le cou.
184 MERCURE DE FRANCE,
Zerbine.
Ah ! mon cher maître , en confcience ,
Vous méritez la préférence ;
Je vous la donne , & c'eft de très -grand coeur :
Voilà ma main , vous êtes le vainqueur.
Pandolfe.
Il ne faut pas non plus braver le Capitaine ;
Attends qu'il foit forti de ma maifon.
Zerbine.
Oh ! ne vous mettez pas en peine ;
Je vais d'un mot le mettre à la raiſon.
à Scapin.
Scapin , tu peux quitter cet attirail fantafque ;
Nous n'avons plus befoin de maſque.
Scapin fe découvre en riant aux éclats.
Pandolfe.
Comment , coquin , c'est toi !
Zerbine.
De quoi vous plaignez-vous ;
Quand vous devez ma main à ſon adreſſe ?
Pandolfe.
left vrai , je ne puis me fàcher d'une piece
Qui met le comble à mesvoeux les plus doux.
DECEMBRE , 1754. 185
Zerbine.
Elle remplit auffi les miens , mon cher époux.
à part.
J'étois fervante , & je deviens maîtrefle.
La piece finit par un duo en dialogue de Pan-
'dolfe & de Zerbine.
Tous les amateurs ont été fi contens de la traduction
de la Serva padrona , qu'ils invitent M.
Borans à vouloir bien traduire les autres intermedes
Italiens qui ont réuſſi .
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Résumé : « Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heureux [...] »
Les Comédiens Italiens ont inauguré leur théâtre le 13 novembre 1754 avec la pièce 'Le Faux Fratagem' de Marivaux, suivie de 'Bastien et Bastienne'. Le 14 décembre 1754, ils ont repris avec succès 'La Servante Maîtresse' de Marivaux. Cette pièce met en scène trois personnages principaux : Pandolfe, un vieillard, Zerbine, sa servante, et Scapin, le valet de Zerbine. Pandolfe, impatient d'attendre son chocolat, se plaint de l'insolence de Zerbine. Zerbine et Scapin se disputent, et Zerbine menace de le gifler. Exaspéré, Pandolfe décide de se marier, même avec une guenon. Zerbine le raille et insiste sur son projet. Dans le deuxième acte, Zerbine chante un air où elle conseille aux jeunes filles de se défendre tout en se rendant. Elle manipule Pandolfe en lui faisant croire qu'un capitaine, en réalité Scapin déguisé, la demande en mariage. Pandolfe, attendri, finit par avouer son amour à Zerbine. Zerbine accepte et révèle que Scapin était déguisé. La pièce se termine par un duo entre Pandolfe et Zerbine, qui deviennent mari et femme. Les spectateurs ont apprécié la traduction de 'La Servante Maîtresse' et souhaitent que d'autres intermèdes italiens soient traduits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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44
p. 187-189
« L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...] »
Début :
L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...] »
Académie royale de Mufique a donné
le Dimanche premier Décembre , la
derniere repréſentation des Fêtes de Thalie.
M. Vallée avoit débuté dans ce ballet , le
19 Novembre , par un air qu'on avoit
ajouté dans le troifiéme acte , & il a depuis
chanté dans le prologue . Le nouvel acteur
peut , avec beaucoup de travail & le fecours
des bons maîtres , devenir une jolie haute-
contre.
Le public commençoit à trouver un peu
lents les progrès de Mlle Davaux , dont la
figure , la voix & le talent avoient d'abord
donné de fi grandes efpérances. Cette actrice
a fait de fes cenfeurs autant de partifans
, le 19 Novembre . Elle a ce jour- là , &
les repréſentations fuivantes , fi bien chanté
& joué avec tant de fineffe & d'intelligence
le rolle de Califte dans le troifieme acte
des Fêtes de Thalie , qu'elle a réuni tous les
188 MERCURE DE FRANCE.
fuffrages. Nous efperons que Mlle Davaux
ne regardera pas ce fuccès comme une
preuve qu'elle ait atteint le point de perfection
qu'on defiroit d'elle , mais comme
une certitude qu'elle y arrivera , fi elle
continue à travailler opiniâtrément , & à
fe livrer avec docilité aux foins de l'excellent
maître qui la dirige.
LES Comédiens François ont repris le
Mercredi 20 Novembre , les Troyennes, Tragédie
de M. de Châteaubrun , mife pour
la premiere fois au théatre avec un fuccès
éclatant , le Lundi 11 Mars de cette année.
On ne l'a jouée que cinq fois à cette reprife.
Le Samedi 30 , jour de la derniere
repréſentation , il s'eft préfenté an fpectacle
trois fois plus de monde que la falle
n'en pouvoit contenir. Tout eft naturel
dans cette Tragédie ; il n'y a ni de ces coups
imprévus ni de ces fituations forcées qui
éblouiffent d'abord & qui révoltent enfuite.
La vérité , qui doit être l'effence de tout
poëme dramatique , eft peinte dans tous
les actes , avec une fimplicité noble & touchante
. On s'attendrit par dégrés. Les malheurs
dont la famille de Priam eft accablée,
fe fuccédent fans effort les uns aux autres ,
& les Spectateurs croyent être transportés
devant Troye brûlée & faccagée.
. DECEMBRE . 1754. 189
Nous avons remarqué une chofe qui
doit paroître extraordinaire , & qui prouve
que les acteurs de la Comédie Françoife
font tous leurs efforts pour varier les amufemens
du public . Ils ont repréfenté vingtfept
tragédies depuis le 22 Avril , jour de
l'ouverture du théatre , jufques & compris
le 2 Décembre ; fçavoir , le Cid , les Horaces
, Rodogune , & Polieucte , de Pierre
Corneille ; Andromaque , Britannicus
Bajazet , Mithridate , Phédre , & Athalie
de Racine ; Ariane , de Thomas Corneille ;
Fénelope , de l'Abbé Geneft ; Manlius , de
la Foffe ; Médée , de Longepierre ; Inès de
Caftro , de Lamotte ; Radamiſte & Zénobie
, de M. de Crébillon ; OEdipe , Herode
& Mariamne , Brutus , Zaïre , Ālzire , Mérope,
& Mahomet , de M. de Voltaire ; Guftave
, de M. Piron ; Didon , de M. Lefranc ;
les Troyennes , de M. de Châteaubrun ; &
Amalazonte , de M. le Marquis de Ximenès.
LES Comédiens Italiens continuent avec
un fuccès toujours foutenu , la Servante
maîtreffe. Cet ouvrage eft à fa quarantieme
repréſentation .
le Dimanche premier Décembre , la
derniere repréſentation des Fêtes de Thalie.
M. Vallée avoit débuté dans ce ballet , le
19 Novembre , par un air qu'on avoit
ajouté dans le troifiéme acte , & il a depuis
chanté dans le prologue . Le nouvel acteur
peut , avec beaucoup de travail & le fecours
des bons maîtres , devenir une jolie haute-
contre.
Le public commençoit à trouver un peu
lents les progrès de Mlle Davaux , dont la
figure , la voix & le talent avoient d'abord
donné de fi grandes efpérances. Cette actrice
a fait de fes cenfeurs autant de partifans
, le 19 Novembre . Elle a ce jour- là , &
les repréſentations fuivantes , fi bien chanté
& joué avec tant de fineffe & d'intelligence
le rolle de Califte dans le troifieme acte
des Fêtes de Thalie , qu'elle a réuni tous les
188 MERCURE DE FRANCE.
fuffrages. Nous efperons que Mlle Davaux
ne regardera pas ce fuccès comme une
preuve qu'elle ait atteint le point de perfection
qu'on defiroit d'elle , mais comme
une certitude qu'elle y arrivera , fi elle
continue à travailler opiniâtrément , & à
fe livrer avec docilité aux foins de l'excellent
maître qui la dirige.
LES Comédiens François ont repris le
Mercredi 20 Novembre , les Troyennes, Tragédie
de M. de Châteaubrun , mife pour
la premiere fois au théatre avec un fuccès
éclatant , le Lundi 11 Mars de cette année.
On ne l'a jouée que cinq fois à cette reprife.
Le Samedi 30 , jour de la derniere
repréſentation , il s'eft préfenté an fpectacle
trois fois plus de monde que la falle
n'en pouvoit contenir. Tout eft naturel
dans cette Tragédie ; il n'y a ni de ces coups
imprévus ni de ces fituations forcées qui
éblouiffent d'abord & qui révoltent enfuite.
La vérité , qui doit être l'effence de tout
poëme dramatique , eft peinte dans tous
les actes , avec une fimplicité noble & touchante
. On s'attendrit par dégrés. Les malheurs
dont la famille de Priam eft accablée,
fe fuccédent fans effort les uns aux autres ,
& les Spectateurs croyent être transportés
devant Troye brûlée & faccagée.
. DECEMBRE . 1754. 189
Nous avons remarqué une chofe qui
doit paroître extraordinaire , & qui prouve
que les acteurs de la Comédie Françoife
font tous leurs efforts pour varier les amufemens
du public . Ils ont repréfenté vingtfept
tragédies depuis le 22 Avril , jour de
l'ouverture du théatre , jufques & compris
le 2 Décembre ; fçavoir , le Cid , les Horaces
, Rodogune , & Polieucte , de Pierre
Corneille ; Andromaque , Britannicus
Bajazet , Mithridate , Phédre , & Athalie
de Racine ; Ariane , de Thomas Corneille ;
Fénelope , de l'Abbé Geneft ; Manlius , de
la Foffe ; Médée , de Longepierre ; Inès de
Caftro , de Lamotte ; Radamiſte & Zénobie
, de M. de Crébillon ; OEdipe , Herode
& Mariamne , Brutus , Zaïre , Ālzire , Mérope,
& Mahomet , de M. de Voltaire ; Guftave
, de M. Piron ; Didon , de M. Lefranc ;
les Troyennes , de M. de Châteaubrun ; &
Amalazonte , de M. le Marquis de Ximenès.
LES Comédiens Italiens continuent avec
un fuccès toujours foutenu , la Servante
maîtreffe. Cet ouvrage eft à fa quarantieme
repréſentation .
Fermer
Résumé : « L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...] »
L'Académie royale de Musique a présenté la dernière représentation des 'Fêtes de Thalie' le 1er décembre. M. Vallée, débutant le 19 novembre, a montré un potentiel prometteur en tant que haute-contre. Mlle Davaux, après des progrès jugés lents, a gagné des partisans en interprétant le rôle de Calife avec finesse et intelligence. Les Comédiens Français ont repris 'Les Troyennes' de M. de Châteaubrun le 20 novembre, après un succès initial le 11 mars. La dernière représentation, le 30 novembre, a attiré trois fois plus de monde que la salle ne pouvait en contenir. La tragédie se distingue par sa naturalité et sa simplicité touchante, transportant les spectateurs devant Troie en flammes. Depuis l'ouverture du théâtre le 22 avril, les Comédiens Français ont représenté vingt-sept tragédies différentes. Les Comédiens Italiens continuent de présenter 'La Servante maîtresse' avec succès, à sa quarantième représentation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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45
p. 196-197
« Le 14 du même mois d'Octobre, les Comédiens François représenterent le [...] »
Début :
Le 14 du même mois d'Octobre, les Comédiens François représenterent le [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 14 du même mois d'Octobre, les Comédiens François représenterent le [...] »
Le 14 du même mois d'Octobre , les
Comédiens François repréfenterent le
Muet , de Brueys , avec Crifpin Medecin ,
de Hauteroche.
L'Opera donna le 15 une feconde repréfentation
de la Naiſſance d'Ofiris , de
' Acte des Incas , & de Pigmalion.
Le 16 Herode & Mariamne , tragédie
de M. de Voltaire , & le Legs , petite comé
die de M. de Marivaux , un des quarante
de l'Académie Françoife , furent repréfentées
par les Comédiens François.
Le Vendredi 18 , on repréfenta Thefee,
célébre Opéra de Quinault & de Lulli
avec la plus grande magnificence , & avec
DECEMBRE . 1754. 197
toute la dignité dont cet excellent ouvrage
eft fufceptible . On avoit pris le foin de
l'embellir encore par quelques morceaux
de chant , & plufieurs fymphonies du choix
de MM. Rebel & Francoeur , dont le public
a fi fouvent applaudi le goût , l'intelligence
, & les talens. Les principaux rolles
en furent remplis avec tout le pathétique
, la nobleffe , & l'énergie qu'on eft en
droit d'attendre des talens fupérieurs ; fçavoir
, Médée , par Mlle Chevalier ; Eglé ,
par Mlle Fel ; Théfee , par M. Jeliote ;
Egée , par M. de Chaffé.
Le Lundi fuivant 21 , on exécuta le même
fpectacle avec autant de zéle & de
fuccès.
Le 23 l'Opéra repréfenta Anacréon ,
ballet héroïque nouveau en un acte , précédé
du Mari garçon , Comédie de M. de
Boiffy , de l'Académie Françoife , qui fut
repréfentée par les Comédiens Italiens.
Comédiens François repréfenterent le
Muet , de Brueys , avec Crifpin Medecin ,
de Hauteroche.
L'Opera donna le 15 une feconde repréfentation
de la Naiſſance d'Ofiris , de
' Acte des Incas , & de Pigmalion.
Le 16 Herode & Mariamne , tragédie
de M. de Voltaire , & le Legs , petite comé
die de M. de Marivaux , un des quarante
de l'Académie Françoife , furent repréfentées
par les Comédiens François.
Le Vendredi 18 , on repréfenta Thefee,
célébre Opéra de Quinault & de Lulli
avec la plus grande magnificence , & avec
DECEMBRE . 1754. 197
toute la dignité dont cet excellent ouvrage
eft fufceptible . On avoit pris le foin de
l'embellir encore par quelques morceaux
de chant , & plufieurs fymphonies du choix
de MM. Rebel & Francoeur , dont le public
a fi fouvent applaudi le goût , l'intelligence
, & les talens. Les principaux rolles
en furent remplis avec tout le pathétique
, la nobleffe , & l'énergie qu'on eft en
droit d'attendre des talens fupérieurs ; fçavoir
, Médée , par Mlle Chevalier ; Eglé ,
par Mlle Fel ; Théfee , par M. Jeliote ;
Egée , par M. de Chaffé.
Le Lundi fuivant 21 , on exécuta le même
fpectacle avec autant de zéle & de
fuccès.
Le 23 l'Opéra repréfenta Anacréon ,
ballet héroïque nouveau en un acte , précédé
du Mari garçon , Comédie de M. de
Boiffy , de l'Académie Françoife , qui fut
repréfentée par les Comédiens Italiens.
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Résumé : « Le 14 du même mois d'Octobre, les Comédiens François représenterent le [...] »
Du 14 au 23 octobre, une série de représentations théâtrales et musicales ont été organisées. Le 14 octobre, les Comédiens Français ont joué 'Le Muet' de Brueys et 'Crispin Médecin' de Hauteroche. Le 15 octobre, l'Opéra a présenté 'La Naissance d'Osiris', 'Acte des Incas' et 'Pigmalion'. Le 16 octobre, les Comédiens Français ont interprété 'Hérode et Mariamne' de Voltaire et 'Le Legs' de Marivaux, membre de l'Académie Française. Le 18 octobre, l'Opéra a donné une représentation somptueuse de 'Théée', œuvre de Quinault et Lully, enrichie de morceaux de chant et de symphonies de Rebel et Francoeur. Les rôles principaux ont été interprétés par Mlle Chevalier, Mlle Fel, M. Jéliote et M. de Chassé. Le 21 octobre, cette représentation a été répétée avec succès. Le 23 octobre, l'Opéra a présenté 'Anacréon', ballet héroïque en un acte, précédé de 'Le Mari garçon', comédie de Boissy, interprétée par les Comédiens Italiens.
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46
p. 198-200
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
Les Comédiens Italiens ont donné le 5 Décembre, la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Opéra, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE.
Les Comédiens Italiens ont donné le
Décembre , la premiere repréſentation
de la Fête d'Amour , petite piéce en un
acte , & en vers , avec un divertiſſement.
Elle eft de Madame Favart * . On peut dire
qu'elle en fait les honneurs , & que c'eft
fa propre fête , non - feulement par la fa-
Et de M. Chevalier qui l'a rimée.
*
1755. 199
JANVIER.
çon dont elle y joue , mais encore par l'amour
que le public a pour elle. Jamais
actrice n'en fut plus aimée , ni plus digne
de l'être . Comme Mme Favart a autant de
docilité que de connoiffance du théatre ,
elle a fait plufieurs corrections ou retranchemens
à fa Comédie dès la feconde repréfentation
; depuis ce jour la Fête d'Amour
a été auffi fuivie qu'applaudie , le
talent de l'actrice y fert bien l'efprit de
l'auteur ; on voit que , l'un & l'autre partent
du même fujet . M. Favart , fous le
titre de parodies , ou fous le nom d'opera
comiques , nous a donné d'agréables Bergeries
, & l'aimable Baftienne fa femme ,
pat une émulation louable , nous donne
de jolies payfanneries.
La Fête d'Amour eft conftamment accompagnée
de la Servanie Maitreffe , qui
fert fi bien les autres & qui ne s'ufe point.
Cette piece finguliere femble former un
nouveau genre , Comme le fonds eſt un vrai
fujet de Comédie , & que l'ariette ou le
chant y font mêlés au dialogue fimplement
déclamé , je trouve qu'elle mérite mieux
que le titre d'Opera comique , & qu'on
doit plutôt l'appeller Comédie Opera. On
la joue avec la Fête d'amour le Lundi , le
*
* Nous donnerons l'extrait de cette piece en
Fevrier.
Iiiij
200 MERCURE DE FRANCE.
Mercredi & le Samedi . On repréſente le
Jeudi & le Dimanche Coraline Magicienne
, Comédie Italienne remiſe , avec des
divertiffemens.
Ces divertiffemens font de M. Deheffe ;
ils font auffi agréables que diverfifiés . Le
dernier eft un Ballet Polonois parfaitement
caracterifé. Cet habile compofiteur eft non
feulement le Teniers , mais encore le Vateau
de la danfe. Dans tous fes tableaux , it
prend pour modele la nature , il eſt toujours
nouveau & varié comme elle .
Les Comédiens Italiens ont donné le
Décembre , la premiere repréſentation
de la Fête d'Amour , petite piéce en un
acte , & en vers , avec un divertiſſement.
Elle eft de Madame Favart * . On peut dire
qu'elle en fait les honneurs , & que c'eft
fa propre fête , non - feulement par la fa-
Et de M. Chevalier qui l'a rimée.
*
1755. 199
JANVIER.
çon dont elle y joue , mais encore par l'amour
que le public a pour elle. Jamais
actrice n'en fut plus aimée , ni plus digne
de l'être . Comme Mme Favart a autant de
docilité que de connoiffance du théatre ,
elle a fait plufieurs corrections ou retranchemens
à fa Comédie dès la feconde repréfentation
; depuis ce jour la Fête d'Amour
a été auffi fuivie qu'applaudie , le
talent de l'actrice y fert bien l'efprit de
l'auteur ; on voit que , l'un & l'autre partent
du même fujet . M. Favart , fous le
titre de parodies , ou fous le nom d'opera
comiques , nous a donné d'agréables Bergeries
, & l'aimable Baftienne fa femme ,
pat une émulation louable , nous donne
de jolies payfanneries.
La Fête d'Amour eft conftamment accompagnée
de la Servanie Maitreffe , qui
fert fi bien les autres & qui ne s'ufe point.
Cette piece finguliere femble former un
nouveau genre , Comme le fonds eſt un vrai
fujet de Comédie , & que l'ariette ou le
chant y font mêlés au dialogue fimplement
déclamé , je trouve qu'elle mérite mieux
que le titre d'Opera comique , & qu'on
doit plutôt l'appeller Comédie Opera. On
la joue avec la Fête d'amour le Lundi , le
*
* Nous donnerons l'extrait de cette piece en
Fevrier.
Iiiij
200 MERCURE DE FRANCE.
Mercredi & le Samedi . On repréſente le
Jeudi & le Dimanche Coraline Magicienne
, Comédie Italienne remiſe , avec des
divertiffemens.
Ces divertiffemens font de M. Deheffe ;
ils font auffi agréables que diverfifiés . Le
dernier eft un Ballet Polonois parfaitement
caracterifé. Cet habile compofiteur eft non
feulement le Teniers , mais encore le Vateau
de la danfe. Dans tous fes tableaux , it
prend pour modele la nature , il eſt toujours
nouveau & varié comme elle .
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Résumé : COMEDIE ITALIENNE.
En décembre 1755, les Comédiens Italiens ont présenté 'La Fête d'Amour', une pièce en un acte et en vers de Madame Favart, qui en joue également le rôle principal. La pièce, rimée par M. Chevalier, a été améliorée dès la seconde représentation, devenant très populaire. Madame Favart est louée pour son talent et sa docilité, complétant l'esprit de l'auteur. M. Favart a créé des bergeries agréables, tandis que Madame Favart offre des pastorales charmantes. 'La Fête d'Amour' est accompagnée de 'La Servante Maîtresse', interprétée par un acteur polyvalent, introduisant un nouveau genre de 'Comédie Opéra'. Cette pièce est jouée les lundis, mercredis et samedis. Les jeudis et dimanches, la troupe présente 'Coraline Magicienne', une comédie italienne révisée avec des divertissements composés par M. Deheffe, incluant un ballet polonais. M. Deheffe est comparé à Teniers et Vateau pour ses créations dansées, toujours inspirées par la nature et novatrices.
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47
p. 200-201
SPECTACLES DE LA COUR.
Début :
Le 27 Novembre, les Comédiens Italiens donnerent en présence du Roi & [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Ballet
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texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR.
SPECTACLES DE LA COUR.
E 27 Novembre , les Comédiens Italiens
donnerent en préſence du Roi &
de toute la Famille royale , Arlequin veleur
, Prévôt & Juge.
:
Le 4 Décembre , le Retour d'Arlequin &
la Servante Maîtreffe. A la fin de la premiere
piece on donna un divertiffement
exécuté par Mlle Catinon & M. Balletti
cadet en pas de deux à la fin de la Servante
Maitreffe on ajouta le Colin maillard
, danfé par Mlle Camille & M. Billioni
, en pas de deux ; Mlle Marine feule
; Mlle Maffon & M. Berquelor en pas
de deux .
JANVIER. 1755. 201
Corps de Ballet.
MESSIEURS.
Rouſſeau ,
Martin ,
MESDEMOISELLES .
Gotton ,
Rouffelet ,
Foulquier , Granger
Giguet ,
Defmartins.
Rouffe ,
Verfian.
Le 11 , Monfeigneur le Dauphin fir
donner la repréſentation d'Arlequin perſecuté
par la Dame invisible . Hauteroche en
a tiré l'Esprit follet , que les Comédiens
François avoient donné huit jours auparavant.
Le 18 , on repréſenta les Déguisemens
amoureuxx Comédie Italienne en trois
actes.
E 27 Novembre , les Comédiens Italiens
donnerent en préſence du Roi &
de toute la Famille royale , Arlequin veleur
, Prévôt & Juge.
:
Le 4 Décembre , le Retour d'Arlequin &
la Servante Maîtreffe. A la fin de la premiere
piece on donna un divertiffement
exécuté par Mlle Catinon & M. Balletti
cadet en pas de deux à la fin de la Servante
Maitreffe on ajouta le Colin maillard
, danfé par Mlle Camille & M. Billioni
, en pas de deux ; Mlle Marine feule
; Mlle Maffon & M. Berquelor en pas
de deux .
JANVIER. 1755. 201
Corps de Ballet.
MESSIEURS.
Rouſſeau ,
Martin ,
MESDEMOISELLES .
Gotton ,
Rouffelet ,
Foulquier , Granger
Giguet ,
Defmartins.
Rouffe ,
Verfian.
Le 11 , Monfeigneur le Dauphin fir
donner la repréſentation d'Arlequin perſecuté
par la Dame invisible . Hauteroche en
a tiré l'Esprit follet , que les Comédiens
François avoient donné huit jours auparavant.
Le 18 , on repréſenta les Déguisemens
amoureuxx Comédie Italienne en trois
actes.
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Résumé : SPECTACLES DE LA COUR.
En novembre 1754 et janvier 1755, la cour a assisté à plusieurs spectacles. Les Comédiens Italiens ont joué 'Arlequin veleur, Prévôt & Juge' le 27 novembre et 'Le Retour d'Arlequin & la Servante Maîtreffe' le 4 décembre. En janvier 1755, 'Arlequin persecuté par la Dame invisible' et 'Les Déguisemens amoureux' ont été représentés. Divers danseurs et membres du corps de ballet ont participé à ces divertissements.
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48
p. 199
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
Les Comédiens Italiens ont donné le 25, la dix-huitiéme représentation de [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE.
L
Es Comédiens Italiens ont donné le
25 , la dix-huitiéme repréſentation de
la Fête de l'Amour , toujours fuivie de la
Servante Maîtreſſe , & précédée fucceffivement
des Incas , & des Amans inquiers ,
parodies repriſes . Voici des vers adreffés
à Mme Favard , en attendant l'extrait de
fa piece , que le peu d'efpace qui me reſte
m'oblige encore à remettre au mois de
Mars.
L
Es Comédiens Italiens ont donné le
25 , la dix-huitiéme repréſentation de
la Fête de l'Amour , toujours fuivie de la
Servante Maîtreſſe , & précédée fucceffivement
des Incas , & des Amans inquiers ,
parodies repriſes . Voici des vers adreffés
à Mme Favard , en attendant l'extrait de
fa piece , que le peu d'efpace qui me reſte
m'oblige encore à remettre au mois de
Mars.
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49
p. 161-162
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Les Comédiens Italiens ont donné le 12, pour la premiere fois, le Caprice [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
L
Es Comédiens Italiens ont donné le
&
12 , pour la premiere fois , le Caprice
amoureux , ou Ninette à la Cour , comédie
en trois actes en vers , mêlée d'ariettes ,
parodiée de Bertholde à la Cour . C'eſt une
foeur de la Servante maîtreffe , mais qui
n'eft pas du même pere : M. Favard en eft
l'auteur ; on y reconnoît fa maniere & fon
coloris. Le public l'a très-bien reçue ; elle
attire de fortes chambrées ; ce qui confirme
le fuccès , & le juftifie mieux , fur- tout
aux yeux des Comédiens , que les applaudiffemens
, qui ne font pas toujours fuivis
de l'affluence. Cette nouveauté eft termi- .
née par un bal , qui eft fans contredit le
meilleur de l'année . Cet agréable divertiffement
eft de M. Deheffe , qui poffede
l'art de Médée. Il rajeunit les fujets les
plus vieux , & place fi bien fes différens
danfeurs , qu'ils brillent tous fans fe nuire ,
& varient toujours le tableau fans le charger.
J'applaudis d'abord la précifion brillante
de Mlle Catinon dans fon pas avec
les deux Negres ; j'admire enfuite la force
du fieur Saudi en Scaramouche. La gaité
légere du jeune Baletti me tranfporte à fon
162 MERCURE DE FRANCE.
tour , & je fuis en même tems enchanté
des graces vives de Mlle Camille , qui dif
pute avec lui d'enjoument.
L
Es Comédiens Italiens ont donné le
&
12 , pour la premiere fois , le Caprice
amoureux , ou Ninette à la Cour , comédie
en trois actes en vers , mêlée d'ariettes ,
parodiée de Bertholde à la Cour . C'eſt une
foeur de la Servante maîtreffe , mais qui
n'eft pas du même pere : M. Favard en eft
l'auteur ; on y reconnoît fa maniere & fon
coloris. Le public l'a très-bien reçue ; elle
attire de fortes chambrées ; ce qui confirme
le fuccès , & le juftifie mieux , fur- tout
aux yeux des Comédiens , que les applaudiffemens
, qui ne font pas toujours fuivis
de l'affluence. Cette nouveauté eft termi- .
née par un bal , qui eft fans contredit le
meilleur de l'année . Cet agréable divertiffement
eft de M. Deheffe , qui poffede
l'art de Médée. Il rajeunit les fujets les
plus vieux , & place fi bien fes différens
danfeurs , qu'ils brillent tous fans fe nuire ,
& varient toujours le tableau fans le charger.
J'applaudis d'abord la précifion brillante
de Mlle Catinon dans fon pas avec
les deux Negres ; j'admire enfuite la force
du fieur Saudi en Scaramouche. La gaité
légere du jeune Baletti me tranfporte à fon
162 MERCURE DE FRANCE.
tour , & je fuis en même tems enchanté
des graces vives de Mlle Camille , qui dif
pute avec lui d'enjoument.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le 12 du mois a eu lieu la première représentation de la comédie italienne 'Le Caprice amoureux, ou Ninette à la Cour'. Cette pièce, en trois actes et en vers, intègre des ariettes et parodie 'Bertholde à la Cour'. Elle s'inspire de 'La Servante maîtresse', mais les personnages principaux ne sont pas du même père. L'auteur, M. Favard, est identifiable par son style et son 'coloris'. La pièce a rencontré un grand succès auprès du public, attirant un nombre significatif de spectateurs. La soirée s'est conclue par un bal, considéré comme le meilleur de l'année, chorégraphié par M. Deheffe. Ce dernier est reconnu pour sa capacité à renouveler des sujets anciens et à coordonner les danseurs. Les performances des artistes, notamment Mlle Catinon, M. Saudi, le jeune Baletti et Mlle Camille, ont été saluées pour leur précision, leur force et leur enjouement.
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50
p. 179
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Les Comédiens Italiens ont joué le 6 Camille, Esprit follet, comédie Italienne [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIEN NE.
Es Comédiens Italiens ont joué le 6
Camille,Espritfollet , comédie Italienne
en quatre aches , remife , avec deux
divertiffemens. Mlle Coraline y a beaubrillé
dans fon début. Mlle Camille
fa foeur , remplit aujourd'hui fon rôle avec
une égale réuffite : cette piece eft une heureufe
fucceffion dans la famille.
coup
Le 15 , les mêmes Comédiens ont donné
pour la clôture de leur théatre , la
quatorziéme repréfentation de Ninette à la
Cour, qu'on a vue avec plaifir & en nombreufe
compagnie. Mme Favart & Arlequin
ont fait le compliment de la clôture
en dialogue & en plaifanterie : le public
s'y eft prêté avec bonté , & l'a applaudi .
Voici l'extrait de Ninette à la Cour , qui
fe vend chez la veuve Delormel , rue du
Foin ; & Prault fils , quai de Conti . Prix
trente fols . Cette édition eft ornée d'une
eftampe , qui repréfente Mme Favart en
villageoife . Elle mérite bien cette diftinction
, par la maniere charmante dont elle
rend fon rôle
Es Comédiens Italiens ont joué le 6
Camille,Espritfollet , comédie Italienne
en quatre aches , remife , avec deux
divertiffemens. Mlle Coraline y a beaubrillé
dans fon début. Mlle Camille
fa foeur , remplit aujourd'hui fon rôle avec
une égale réuffite : cette piece eft une heureufe
fucceffion dans la famille.
coup
Le 15 , les mêmes Comédiens ont donné
pour la clôture de leur théatre , la
quatorziéme repréfentation de Ninette à la
Cour, qu'on a vue avec plaifir & en nombreufe
compagnie. Mme Favart & Arlequin
ont fait le compliment de la clôture
en dialogue & en plaifanterie : le public
s'y eft prêté avec bonté , & l'a applaudi .
Voici l'extrait de Ninette à la Cour , qui
fe vend chez la veuve Delormel , rue du
Foin ; & Prault fils , quai de Conti . Prix
trente fols . Cette édition eft ornée d'une
eftampe , qui repréfente Mme Favart en
villageoife . Elle mérite bien cette diftinction
, par la maniere charmante dont elle
rend fon rôle
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le 6, les comédiens italiens ont joué 'Camille, Esprit follet'. Mlle Coraline et Mlle Camille ont brillé. Le 15, ils ont donné la quatorzième représentation de 'Ninette à la Cour'. Mme Favart et Arlequin ont clôturé la représentation. Un extrait de la pièce est en vente chez la veuve Delormel et Prault fils.
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