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1
p. 54
« J'avois déja veu ce Placet, dit la Duchesse, & je vous [...] »
Début :
J'avois déja veu ce Placet, dit la Duchesse, & je vous [...]
Mots clefs :
Corneille, Mercure, Lire
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texteReconnaissance textuelle : « J'avois déja veu ce Placet, dit la Duchesse, & je vous [...] »
J’avois déjà veu ce Placer,
dit la Duchelfe, & je voudrois que Moniteur le Chevalierledonnait àfonAmy
pour le mettre dans fon
Mercure, car le grand Corneille'fera toujours inimitable, & les moindres chofes de luy font à conferver.
Le Chevalier s’eftant chargé de ce qu’on fouhaitoit,
con tinua de lire ce qui fuit
dit la Duchelfe, & je voudrois que Moniteur le Chevalierledonnait àfonAmy
pour le mettre dans fon
Mercure, car le grand Corneille'fera toujours inimitable, & les moindres chofes de luy font à conferver.
Le Chevalier s’eftant chargé de ce qu’on fouhaitoit,
con tinua de lire ce qui fuit
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2
p. 164-181
Avantures des Thuilleries. [titre d'après la table]
Début :
Comme mes Lettres que vous avez bien voulu laisser devenir [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Devenir publique, Lettres, Tuileries, Livres, Lire, Femme, Curiosité, Public, Auteur, Louer, Galanterie, Guerre, France, Aventure, Nouvelles, Vers
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texteReconnaissance textuelle : Avantures des Thuilleries. [titre d'après la table]
Comme mes Lettres que vous avez bien voulu laifferdevenir
publiques , ont donné cours au Mercure , je croy vous devoir rendre compte d'un commencement d'Avanture qu'il a caus ſé dans les premiers jours de eeMois. Ils ont eſte ſi beaux,
i
Ev
106 LE MERCVRE
que jamais on n'a veu tant de monde aux Thuilleries. Un
Gentil - homme s'y promenoit ſeul un foir , reſvant peut-eſtre à quelque affaire de cœur,
quand il apperçeut ce quieſtoit fort capable de luy en faireune.
C'eſtoitune jeune Perſonne d'u- ne beauté ſurprenante. Elle eſtoit avec un Homme de Robe qu'il luy entendit nommer fon Coufin , en la ſuivant d'af- fez prés, comme il fit tant qu'el--- le marcha. Apres quelques tours d'Allée , elle alla s'aſſeoir
fur un Banc; & le Gentilhomme impatient de ſçavoir fi elle eſtoit auſſi ſpirituelle que belle,
ſe coula le plus promptement qu'il pût derriere une Paliſſade,
qui luy donna moyend'écouter fans eſtre apperçeu. Je vous l'a-e
voue, diſait-elle quand ils'ap
GALANT. 107
procha , la lecture a tant de charmes pour moy , qu'on ne me ſçauroit obliger plus ſenſi blement, que de me fournir de- quoy lire. J'y paſſe trois &qua- tre heures , de ſuite ſans m'en- nuyer , & les Livres ſont mon entretien ordinaire au defaut
de la Converſation. Et quels Livres , luy dit le Parent , vous divertiſſent leplus?Toutm'eft
propre, reprit elle. Hiſtoires ,
Voyages , Romans , Comédies,
je lis tout; &je vous diray mê- me, au hazard de paffer pour ri- dicule aupres de vous, qu'ilm'a pris fantaiſie depuis peu de parcourir cette Philofophie nou- velle qui fait tant debruit dans le monde. Je ſuis Femme , &
par conſequent curieuſe. Dés qu'on me parle d'une nouveau- té, je brûle d'envie de la voir,
Evj
108 LEMERCVRE
&tandis que mon Pere & ma Mere iront ſolliciter leur Procés, je prétens bien me fatisfai- re l'eſprit ſur toutes les agreables Bagatelles qui s'impriment tous les jours à Paris, car je ne croy pas que nous retournions en Bretagne avant le Careſme. Je m'imagine mabelle Parente, luy dit le Coufin, que vous ne manquerez pas à commencer par le Mercure Galant. Il n'y a point de Livre qui ſoit plus en vogue,
& il feroit honteux qu'il vous échapaſt , puis que vous faites profeffion de rout lire. Et de- quoy traite ce Mercure,luy de- manda - t-elle avec précipita- tion ?De toute forte de matieres , répondit-il. Il parle de la Guerre, &il ne ſe paſſe rien en France , & particulierement à
Paris, qui ſoit unpeu remarqua
GALANT. Log
ble, dont il n'informe le Public.
L'Autheur y meſle ce qu'il apprend de petites Avantures cauſées parl'Amour ; le tout eft diverſifié par des Pieces galan- tes de Vers & de Profe , & ce
mélange a quelque choſe d'a- greable qui fait que ceux qui approuvent le moins fon Livre,
ont toûjours la curiofité de le voir. Pour moy,j'en fuisfi fa- tisfait , que je ferois tres-faché,
qu'il ne le continuaſt pas ; ce.
qui divertit, l'emporte de beau- coup fur ce qui feroit capable d'ennuyer, & fij'y trouve quel- que choſe à redire , c'eſt qu'il louë avec profuſion, &qu'il s'é- tendunpeu trop fur les Articles de Guerre , car il perd plus de temps à décrire la priſe des Vil- les , que le Roy n'en a employé à les conquérir. Vous allez,
IIO LE MERCVRE
loin , répondit l'aimable Coufi- ne , & je ne ſçay ce que vous entendez par ce terme de pro- fuſion. Eft- ce qu'en loiiant les Gens ,l'Autheur du Mercure
neparticulariſe rien,& que fon- dant le bien qu'il en dit fur des expreſſions generales , il affure feulement qu'ils font tous d'un merite achevé , qu'aucune belle qualité ne leur manque , &
qu'il s'y trouve un affemblage de vertus ſi parfait , qu'il eſt im- poſſible d'aller au dela ? Voila ,
ce me ſemble, ce qui s'appelle- roit loüer avec profufion , quoy qu'en effet ce ne fuſt point du tout louer. Je ne ſuis point affez injuſte , repliqua- t- il , pour ac- cuſer l'Autheur dont je vous parle de loüer indiféremment tout le monde. Il éleve plus ou moins ceux qu'il a occaſion de
GALANT. III
nommer ſelon les choſes par leſquelles ils meritent d'eſtre loüez; il cite leurs Actions , fait
connoiſtre les Emplois qui leur ontdonné lieu de ſe rendre confiderables : mais comme je n'ay aucu interêt àcequi les touche,
j'aimerois mieux qu'il m'apprift quelque nouvelle agreable ,
que de me dire ce qu'ilne m'im- porte point de ſçavoir. C'eſt à
dire , mon cher Cousin , reprit la Belle en fiant , que ſi vous ou vos Amis vous aviez de longs Articles dans le Mercure , vous ne trouveriez point qu'il louaſt exceſſivement. Voila l'injustice de beaucoup de Gens. Ils vou- droient qu'il ne ſe fift rienque pour eux , & ils ne confidérent pas , quand on donne quelque ehoſe au Public,que ce Public eftantun Tout composé de di
112 LE MERCVRE
ferentes parties , il faut s'il ſe peut , trouver le moyen de con- tenter toutes fortes d'Eſprits. Je ne ſçay ceque c'eſt quele Mer- cure , mais peut-eſtre n'a- t- il
aucun Article qui ne rencontre ſes Partiſans , quand il auroit meſme quelque chose d'effecti- vement ennuyeux. Les tins s'at- tacherontaux Nouvelles ſerieuſes , les autres aux Avantures d'amour ; ceux cy cherche- ront les Vers ,ceux - là quelqu'autre Galanterie ; & com- me yous m'avez dit que c'eſt un Livre où tout cela eſt
ramaffé , j'ay peine à croire qu'on puſt former un deſſein plus capable de réüiffir. Quant auxloüanges, vouspouvez paf- fer par deſſus ſi vous enſou- frez; mais mille &mille honneſtes Gens qui font en France >
-
r
4 GALANT. 113
ne meritent-ils pas qu'on parle d'eux ? & le defir de ſe rendre
digne d'eſtre loüé, ſervantquel.- quefois d'aiguillon à la Vertu ,
doit-on envierà tant de Braves
qui hazardent tous les jours leur viepour ſervir l'Etat , une récompenſe ſi legitimement deuë à leurs grandes actions ?
La Juſtice qu'aparemment leur rend le Mercure , redouble la
curioſitéque j'ay de le voir, &
je ne crains pointque le trop de Guerre m'importune. La prife de Valenciennes a couſté ſi peu de temps , que je ne m'étonne pas qu'il en faille employer da- vantageà la décrire ; mais outre que dans les Caffandres & les Cyrus j'ay tout lû juſqu'aux plus longues deſcriptions des Barailles , je ſuis perfuadéeque nous ne pouvons ſçavoir trop
114 LE MERCVRE exactementce qui ſe faitde nos jours. Les Relations les plus fi- delles oublient toûjours quel- ques circonstances, &nousn'en
voyons aucune qui n'ait ſa nou- veauté ,du moins par quel- que endroit particulier qui n'a point eſté touché dans les autres.
La nuit s'avançoit , la Belle ſe retira , & le Gentilhomme
que fon eſprit n'avoitpasmoins furpris que fa beauté , la fit fui- vre parun Laquais. Il luy envo- yades le lendemain les ſept pre- miers Tomes du Mercure Galant , avec ces Vers.
LE
MERCVRE GALANT ,
A LA BELLE INCONNUE
qui a dela curioſité pour luy.
AMyde Cupidon , Galant de Rea1.
Je parle également & d'Amour &
d'Armée,
Etviens,mais en tremblant vous conter en cejour Des Nouvelles d'amour.
Si vous me recevezſans vous mettre en
couroux ,
১
Si jeſuispar hazardle bien venu chez
vous,
Rienne peut égaler le bonheur &la
joye Deceluyqui m'envoye.
Vous l'avez avoñé,vous aimez la leEture
116 LE MERCVRE
Vous vous divertiſſez àlire une Avanture;
Mesme dans les Romans ,jeſçay que les Combats
Nevous déplaiſentpas.
Pourquoy vous déplairoy-je en mafincerité ?
Ie nedis jamais rien contre la verité;
Maissur tout aujourd'huy , sans que
l'on me renvoye ,
Ieprétensqu'on le croye.
Cette impréveuë Galanterie embaraſſaunmoment la Belle.
Elle vit bien que la converſa- tion qu'elle avoit euële ſoir pré- cedent aux Thuilleries , eſtoit
cauſedu Préſent qu'on luy fai- foit. Il ne luy déplaiſoit pas,puis qu'il fatisfaifoit l'impatience où elle eftoit de voir le Mercure. Je
ne vous puis dire ce qu'elle pen- ſa , ny par quel motif de curio- fité ou d'intrigue elle fit la Ré
E
GALANT 117 .
ponſe que yous allez voir , car je n'ay point ſceu quelle ſuite a
eul'Avanture , mais il eſt certain qu'elle ne reçeut point le Meſſage en Provinciale façon- niere , & qu'eſtant entrée dans #fon Cabinet , elle écrivit ces
deux Vers qu'elle revint donner au Porteur.
Les Nouvelles d'amourdeceluy qui t'envoye
Ne medéplairont pas,jeprétensqu'il le
croye.
publiques , ont donné cours au Mercure , je croy vous devoir rendre compte d'un commencement d'Avanture qu'il a caus ſé dans les premiers jours de eeMois. Ils ont eſte ſi beaux,
i
Ev
106 LE MERCVRE
que jamais on n'a veu tant de monde aux Thuilleries. Un
Gentil - homme s'y promenoit ſeul un foir , reſvant peut-eſtre à quelque affaire de cœur,
quand il apperçeut ce quieſtoit fort capable de luy en faireune.
C'eſtoitune jeune Perſonne d'u- ne beauté ſurprenante. Elle eſtoit avec un Homme de Robe qu'il luy entendit nommer fon Coufin , en la ſuivant d'af- fez prés, comme il fit tant qu'el--- le marcha. Apres quelques tours d'Allée , elle alla s'aſſeoir
fur un Banc; & le Gentilhomme impatient de ſçavoir fi elle eſtoit auſſi ſpirituelle que belle,
ſe coula le plus promptement qu'il pût derriere une Paliſſade,
qui luy donna moyend'écouter fans eſtre apperçeu. Je vous l'a-e
voue, diſait-elle quand ils'ap
GALANT. 107
procha , la lecture a tant de charmes pour moy , qu'on ne me ſçauroit obliger plus ſenſi blement, que de me fournir de- quoy lire. J'y paſſe trois &qua- tre heures , de ſuite ſans m'en- nuyer , & les Livres ſont mon entretien ordinaire au defaut
de la Converſation. Et quels Livres , luy dit le Parent , vous divertiſſent leplus?Toutm'eft
propre, reprit elle. Hiſtoires ,
Voyages , Romans , Comédies,
je lis tout; &je vous diray mê- me, au hazard de paffer pour ri- dicule aupres de vous, qu'ilm'a pris fantaiſie depuis peu de parcourir cette Philofophie nou- velle qui fait tant debruit dans le monde. Je ſuis Femme , &
par conſequent curieuſe. Dés qu'on me parle d'une nouveau- té, je brûle d'envie de la voir,
Evj
108 LEMERCVRE
&tandis que mon Pere & ma Mere iront ſolliciter leur Procés, je prétens bien me fatisfai- re l'eſprit ſur toutes les agreables Bagatelles qui s'impriment tous les jours à Paris, car je ne croy pas que nous retournions en Bretagne avant le Careſme. Je m'imagine mabelle Parente, luy dit le Coufin, que vous ne manquerez pas à commencer par le Mercure Galant. Il n'y a point de Livre qui ſoit plus en vogue,
& il feroit honteux qu'il vous échapaſt , puis que vous faites profeffion de rout lire. Et de- quoy traite ce Mercure,luy de- manda - t-elle avec précipita- tion ?De toute forte de matieres , répondit-il. Il parle de la Guerre, &il ne ſe paſſe rien en France , & particulierement à
Paris, qui ſoit unpeu remarqua
GALANT. Log
ble, dont il n'informe le Public.
L'Autheur y meſle ce qu'il apprend de petites Avantures cauſées parl'Amour ; le tout eft diverſifié par des Pieces galan- tes de Vers & de Profe , & ce
mélange a quelque choſe d'a- greable qui fait que ceux qui approuvent le moins fon Livre,
ont toûjours la curiofité de le voir. Pour moy,j'en fuisfi fa- tisfait , que je ferois tres-faché,
qu'il ne le continuaſt pas ; ce.
qui divertit, l'emporte de beau- coup fur ce qui feroit capable d'ennuyer, & fij'y trouve quel- que choſe à redire , c'eſt qu'il louë avec profuſion, &qu'il s'é- tendunpeu trop fur les Articles de Guerre , car il perd plus de temps à décrire la priſe des Vil- les , que le Roy n'en a employé à les conquérir. Vous allez,
IIO LE MERCVRE
loin , répondit l'aimable Coufi- ne , & je ne ſçay ce que vous entendez par ce terme de pro- fuſion. Eft- ce qu'en loiiant les Gens ,l'Autheur du Mercure
neparticulariſe rien,& que fon- dant le bien qu'il en dit fur des expreſſions generales , il affure feulement qu'ils font tous d'un merite achevé , qu'aucune belle qualité ne leur manque , &
qu'il s'y trouve un affemblage de vertus ſi parfait , qu'il eſt im- poſſible d'aller au dela ? Voila ,
ce me ſemble, ce qui s'appelle- roit loüer avec profufion , quoy qu'en effet ce ne fuſt point du tout louer. Je ne ſuis point affez injuſte , repliqua- t- il , pour ac- cuſer l'Autheur dont je vous parle de loüer indiféremment tout le monde. Il éleve plus ou moins ceux qu'il a occaſion de
GALANT. III
nommer ſelon les choſes par leſquelles ils meritent d'eſtre loüez; il cite leurs Actions , fait
connoiſtre les Emplois qui leur ontdonné lieu de ſe rendre confiderables : mais comme je n'ay aucu interêt àcequi les touche,
j'aimerois mieux qu'il m'apprift quelque nouvelle agreable ,
que de me dire ce qu'ilne m'im- porte point de ſçavoir. C'eſt à
dire , mon cher Cousin , reprit la Belle en fiant , que ſi vous ou vos Amis vous aviez de longs Articles dans le Mercure , vous ne trouveriez point qu'il louaſt exceſſivement. Voila l'injustice de beaucoup de Gens. Ils vou- droient qu'il ne ſe fift rienque pour eux , & ils ne confidérent pas , quand on donne quelque ehoſe au Public,que ce Public eftantun Tout composé de di
112 LE MERCVRE
ferentes parties , il faut s'il ſe peut , trouver le moyen de con- tenter toutes fortes d'Eſprits. Je ne ſçay ceque c'eſt quele Mer- cure , mais peut-eſtre n'a- t- il
aucun Article qui ne rencontre ſes Partiſans , quand il auroit meſme quelque chose d'effecti- vement ennuyeux. Les tins s'at- tacherontaux Nouvelles ſerieuſes , les autres aux Avantures d'amour ; ceux cy cherche- ront les Vers ,ceux - là quelqu'autre Galanterie ; & com- me yous m'avez dit que c'eſt un Livre où tout cela eſt
ramaffé , j'ay peine à croire qu'on puſt former un deſſein plus capable de réüiffir. Quant auxloüanges, vouspouvez paf- fer par deſſus ſi vous enſou- frez; mais mille &mille honneſtes Gens qui font en France >
-
r
4 GALANT. 113
ne meritent-ils pas qu'on parle d'eux ? & le defir de ſe rendre
digne d'eſtre loüé, ſervantquel.- quefois d'aiguillon à la Vertu ,
doit-on envierà tant de Braves
qui hazardent tous les jours leur viepour ſervir l'Etat , une récompenſe ſi legitimement deuë à leurs grandes actions ?
La Juſtice qu'aparemment leur rend le Mercure , redouble la
curioſitéque j'ay de le voir, &
je ne crains pointque le trop de Guerre m'importune. La prife de Valenciennes a couſté ſi peu de temps , que je ne m'étonne pas qu'il en faille employer da- vantageà la décrire ; mais outre que dans les Caffandres & les Cyrus j'ay tout lû juſqu'aux plus longues deſcriptions des Barailles , je ſuis perfuadéeque nous ne pouvons ſçavoir trop
114 LE MERCVRE exactementce qui ſe faitde nos jours. Les Relations les plus fi- delles oublient toûjours quel- ques circonstances, &nousn'en
voyons aucune qui n'ait ſa nou- veauté ,du moins par quel- que endroit particulier qui n'a point eſté touché dans les autres.
La nuit s'avançoit , la Belle ſe retira , & le Gentilhomme
que fon eſprit n'avoitpasmoins furpris que fa beauté , la fit fui- vre parun Laquais. Il luy envo- yades le lendemain les ſept pre- miers Tomes du Mercure Galant , avec ces Vers.
LE
MERCVRE GALANT ,
A LA BELLE INCONNUE
qui a dela curioſité pour luy.
AMyde Cupidon , Galant de Rea1.
Je parle également & d'Amour &
d'Armée,
Etviens,mais en tremblant vous conter en cejour Des Nouvelles d'amour.
Si vous me recevezſans vous mettre en
couroux ,
১
Si jeſuispar hazardle bien venu chez
vous,
Rienne peut égaler le bonheur &la
joye Deceluyqui m'envoye.
Vous l'avez avoñé,vous aimez la leEture
116 LE MERCVRE
Vous vous divertiſſez àlire une Avanture;
Mesme dans les Romans ,jeſçay que les Combats
Nevous déplaiſentpas.
Pourquoy vous déplairoy-je en mafincerité ?
Ie nedis jamais rien contre la verité;
Maissur tout aujourd'huy , sans que
l'on me renvoye ,
Ieprétensqu'on le croye.
Cette impréveuë Galanterie embaraſſaunmoment la Belle.
Elle vit bien que la converſa- tion qu'elle avoit euële ſoir pré- cedent aux Thuilleries , eſtoit
cauſedu Préſent qu'on luy fai- foit. Il ne luy déplaiſoit pas,puis qu'il fatisfaifoit l'impatience où elle eftoit de voir le Mercure. Je
ne vous puis dire ce qu'elle pen- ſa , ny par quel motif de curio- fité ou d'intrigue elle fit la Ré
E
GALANT 117 .
ponſe que yous allez voir , car je n'ay point ſceu quelle ſuite a
eul'Avanture , mais il eſt certain qu'elle ne reçeut point le Meſſage en Provinciale façon- niere , & qu'eſtant entrée dans #fon Cabinet , elle écrivit ces
deux Vers qu'elle revint donner au Porteur.
Les Nouvelles d'amourdeceluy qui t'envoye
Ne medéplairont pas,jeprétensqu'il le
croye.
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Résumé : Avantures des Thuilleries. [titre d'après la table]
Le texte décrit une aventure aux Tuileries où un gentilhomme remarque une jeune femme d'une beauté exceptionnelle en compagnie d'un homme de robe, qu'elle appelle son cousin. Intrigué, le gentilhomme se cache pour écouter leur conversation. La jeune femme exprime son amour pour la lecture, mentionnant divers genres, y compris la philosophie nouvelle. Son cousin lui suggère de lire le Mercure Galant, un journal populaire qui traite de sujets variés comme la guerre et les aventures amoureuses, apprécié pour son mélange de nouvelles et de pièces galantes. La jeune femme montre de l'intérêt pour le Mercure Galant. Son cousin explique que le journal loue souvent les gens avec profusion mais distingue les mérites de chacun. La jeune femme défend le journal, affirmant qu'il contient quelque chose pour tous les goûts et que ses louanges peuvent encourager la vertu. Elle souhaite également lire des nouvelles exactes sur les événements contemporains. Impressionné par la beauté et l'esprit de la jeune femme, le gentilhomme la fait suivre par un laquais et lui envoie les sept premiers tomes du Mercure Galant accompagnés d'un poème. La jeune femme, flattée par ce geste, répond de manière élégante, exprimant son intérêt pour les nouvelles d'amour contenues dans le journal.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 184-186
Extrait de la Lettre d'un Solitaire. [titre d'après la table]
Début :
Je sçay qu'il en est qui condamnent toutes les [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Solitude, Lire
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texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Lettre d'un Solitaire. [titre d'après la table]
Je
E GALANT. 119
T
je
F
ſçay qu'il en eſt qui condam- nent toutes les loüangesqui ne les regardent pas ; mais ce n'eſt pas unſentiment qui ſoit gené- ralement ſuivy ; &pour en eſtre perfuadée , voyez je vous prie,
ce commencement d'une Lettre
quim'a eſté écrite de SaintMai- xent par un Inconnu. Elle eſt de celuy qui a fait le Sonnet contre l'Hypocrite , queje vous ay dit qui m'avoit eſté envoyé de Poitou.
Ie fais ma demeure dans une
Province où l'on Sçait rarement
des nouvelles du grand monde , &
ily alongtemps queje vis dans une espece defolitude , mais je n'aypû m'empeſcher de sçavoir qu'il y
avoitun Mercure Galant.I'ay bien
voulule lire , &je ne me repens point de l'avoirlú.l'ay toûjours ai
120 LE MERCVRE
mé la maniere aisée & naturelle
dont il est écrit , &jesuis bien aise,
Monfieur , de vous voir dire du
bien des Gens dont vous parlez ,
contre l'ordinaire de ceux quifont
imprimer. Cette honneſteté marque un bon cœur , & toſt ou tard .
&c.
E GALANT. 119
T
je
F
ſçay qu'il en eſt qui condam- nent toutes les loüangesqui ne les regardent pas ; mais ce n'eſt pas unſentiment qui ſoit gené- ralement ſuivy ; &pour en eſtre perfuadée , voyez je vous prie,
ce commencement d'une Lettre
quim'a eſté écrite de SaintMai- xent par un Inconnu. Elle eſt de celuy qui a fait le Sonnet contre l'Hypocrite , queje vous ay dit qui m'avoit eſté envoyé de Poitou.
Ie fais ma demeure dans une
Province où l'on Sçait rarement
des nouvelles du grand monde , &
ily alongtemps queje vis dans une espece defolitude , mais je n'aypû m'empeſcher de sçavoir qu'il y
avoitun Mercure Galant.I'ay bien
voulule lire , &je ne me repens point de l'avoirlú.l'ay toûjours ai
120 LE MERCVRE
mé la maniere aisée & naturelle
dont il est écrit , &jesuis bien aise,
Monfieur , de vous voir dire du
bien des Gens dont vous parlez ,
contre l'ordinaire de ceux quifont
imprimer. Cette honneſteté marque un bon cœur , & toſt ou tard .
&c.
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Résumé : Extrait de la Lettre d'un Solitaire. [titre d'après la table]
Un inconnu de Saint-Maixent admire le *Mercure Galant*, un périodique qu'il a récemment lu. Vivant dans une province éloignée, il apprécie son style naturel et accessible. Il loue l'honnêteté du rédacteur, qui parle bien des personnes, témoignant d'un bon cœur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 22-34
EPITRE CHAGRINE DE MADAME DES HOULIERES A MADEMOISELLE ***
Début :
Les disputes où le brillant de l'esprit se fait paroistre, / Quel espoir vous séduit ? Quelle gloire vous tente ? [...]
Mots clefs :
Bel esprit, Ouvrages, Cabinet, Lire, Auteur, Pièce, Renommée, Cour, Science, Savoir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE CHAGRINE DE MADAME DES HOULIERES A MADEMOISELLE ***
t qu'ils eftoient du bon
Party.
Les difputes où le brillant
de l'efprit fe fait paroiftre,
font toûjours fort agreables;
cepédant fi nous en croyons
une Illuftre de vostre fexe,
il n'y a rien qui foit plus à
craindre , que de s'acquérir
le nom de bel Efprit. Madame des Houlieres , dont
tous les Ouvrages font fi
eftimez , a traité cette matiere avec un agrément qui
vous charmera. C'eft affez
GALANT 23
que de vous l'avoir nommée,
pour vous faire attendre de
la lecture de ce dernier, tout
le plaifir que vous ont donné
les autres.
25522-52S2S32 23SS
EPITRE CHAGRINE
DE MADAME DES HOULIERES
AMADEMOISELLE ***
Velefpoir vous feduit? Quelle
Ordegloire voustente?
Quelcaprice! àquoypensez vous?
Voulez- vous devenirfçavante?
Hélas ! dubel Efpritfçavez vous les
dégoufts?
Cenomjadisfibeau,firevcréde tous,
24 MERCURE
N'a plus rien, aimable Amarante,
Ny d'honorable ny de doux.
22.
Si-toftqueparla voix commune
De ce titre odieux onſetrouve charge,
De toutes les vertus n'en manquaft- il
pas-une,
Suffit qu'en bel Esprit on vous ait:
érigé,
Pour ne pouvoirprétendre à la moindre Fortune.
$2
Jefeay bien quele Ciel afçû vous departir
Cequifoûtient l'éclat d'uneilluftre
naiſſance,
Quefans espoirde récompenſe
Vous ne travaillerez quepourvous
divertir.
C'est un malheurde moins, mais il en
eftiani d'autres,
Dont
GALANT 25
Donton nepeutfe garantir,
Queje vous verrayrepentir
D'avoirmoins écouté mes raisons que
les veftres.
S&
Pourrez- vous toûjours voir voſtre
Cabinetplein
Etde Pédans & de Poëtes,
Qui vousfatigueront avec unfront
ferein
Desfottifes qu'ils aurontfaites?
Pourrez- vousfupporter qu'un Fat de
qualité,
Quifçait à peine lire , &qu'un caprice guide,
De tous vos Ouvrages décide?
Vnefpr t demalignité
Dansle mondea fçûfe répandre.
On achete un bon Livre , afin de s'en
moquer,
Novembre 1684. C
26 MERCURE
C'eft des pluslongs travaux lefruit
qu'ilfautattendre;
Perfonne nelit pour apprendre,
On nelit quepour critiquer.
Vousricz ! vous croyez mafrayeur
chimérique.
L'amourpropre vous dit tout bas
Queje vousfais grand tort, que vous
ne devez pas
Du plus rude Cenfeur redouter la critique.
Eb- bien confiderez que dans chaque
Maifon
Où vous aura conduit un importun
ufage,
Dés qu'un Laquais aura prononcé
voftre nom,
C'eft unbel Efprit, dira- t- on,
Changeons de voix & de langage.
•
GALANT. 27.
$2
Alorsfur unprécieuxton,
Des plus grands mots faiſant un
affemblage,
On ne vous parlera que d'Ouvrages
nouveaux,
On vous demandera ce qu'il faut
qu'on enpenfe,
Enfaceon vous dira que les voftres
font beaux,
Et l'on pouffera l'imprudence
Infques àvouspreffer d'en dire des
morceaux.
S2
Si tout voflre difcours n'eft obfcur,
emphatique,
Onfe dira tout bas , C'eſt- là ce bel
Efprit!
Tout commeune autre elle s'explique,
On entend tout ce qu'elle dit.
Cij
28 MERCURE
Se
Irez- vous voirjouer une Piece nouvelle,
Ilfaudrapourl' Autheur eftre pleine
d'égards;
Il expliquera tout , mines , geftes,
regards;
Etfifa Piéce n'est pas belle,
Il vous imputera tout ce qu'on dira
d'elle,
Et defa colere immortelle
Il vous faudra courir tous les bazards.
Sa
Mais , me répondrez vous , fortez
d'inquiétude,
Neprenez point pour moy d'inu ,
tiles frayeurs;
Je me déroberayfans peine à ces
malheurs,
Enévitant la folle multitude.
GALANT. 29
$2
Ileft vray ; mais commentpourrezvous éviter
Les chagrins qu'à la Cour un bel
Esprit attire?
Vous ne voulez pas la quiters
Cependantl'air qu'on y respire
Eft mortelpourles Gens quife mêlent
d'écrire.
A réver dans un coin onfe trouve
réduit;
Cen'estpointun contepour rire.
Dés que la Renomée aurafemé le bruit
Que vousfçavez toucher la Lyre,
Hommes , Femmes , tout vous
craindra,
Hommes, Femmes,tout vousfuira,
Parce qu'ils nesçauront en mille ans
que vous dire.
C iij
30 MERCURE
$2
Ils ont là- defusdes travers
Quinepeuventfouffrir d'excuses;
Ilspenfent, quandon a commerce avec
les Mufes,
Qu'on nefçaitfaire que des Vers.
$2
Ce que prêtela Fable à lahaute Eloquence,
Ce que l'Hiftoire a consacré,
Ne vautjamais rien à leur grés
Ce qu'onfait plus qu'eux les
offenfe.
S&
On dirait àles voir, de l'airprésomptueux
Dont ils s'empreffent pour entědre
Des Vers qu'on ne lit pointpour
eux,
Qu'à déciderdetout ils ont droit de
prétendre.
GALANT 31
Surce dehors trompeur onne doitpoint
compter;
Bienfouventfans les écouter,
Plusfouventfansyrien coprendre,
On les voit les blâmer, on les voitles
défendre.
Quelquesfauxbrilläs bien placez
Toute la Piéce eft admirable;
Unmotleur déplaift, c'eft affez,
Toute la Piéce eft déteftable.
S&
Dans ladébanche & dans lejeu
nourris,
Onles voit avec m'fme audace
Parler&d'Homere & d'Horace,
Comparerleurs divins Ecrits,
Confondreleurs beautez, leurtour,
leurs caracteres
Siconnus&fidiférens,
Fraiter des Ouvrages fi grands
Debadinages, de chimeres,
Cüiij
32 MERCURE
Et cruels ennemis des Langues Etran
geres,
Eftre orgueilleux d'eftre ignorans.
S2
Quelques Seigneurs reftez d'une
Cour plus galante,
Etmoins dure aux Autheurs
d'aujourd'huy,
que celle
Sontencore, il est vray, legenéreux
appuy
Dela Science étonnée &mourante;
Maispourcombien detemps aurezvousleurfecours?
Hélas !j'enpâlis, j'enfriſſonne.
Les trois fitales Sœurs qui n'épargnentperfonne,
Sontpreftes à couper la trame deleurs
jours.
$2
Queferez- vous alors ? Vous rougirez
fansdoute
GALANT. 33
Detout l'efpritque vous aurcz.
Amarante, vous chanterez,
Sans queperfonne vous écoute.
Plus d'un exemple vous répond
Desmalheurs dont icy je vous ay menacée.
Lefçavoir nuit à tout, la mode en est
paffée;
Oncroit qu'unbel Efprit nefçauroit
eftre bon.
S2
Detant de veritez confervezla mémoire;
Qu'ellesfervent à vaincre un aveugle défir,
Necherchez plus unefrivolegloire
Quicaufe tant depeine, &fipeude
plaifir.
Fe la connois, &vous m'en pouvez
croire.
Jamais dinsHipocréne on nem'auroit
và boires
34 MERCURE
Si le Cielm'custlaiffée enpouvoirde
choifir;
Mais hélas! defonfortperfonnen'est
le Maistre,
Lepanchant denos cœurs est toûjours
violent.
J'ayfçufaire des Vers, avant quede
connoiftre
Les chagrins attachez à ce maudit
talent.
Vous que le Cicl n'a point fait
naiftre
Avecce talent queje hais,
Croyez- en mesconfeils, ne l'acqucrez
jamais.
Party.
Les difputes où le brillant
de l'efprit fe fait paroiftre,
font toûjours fort agreables;
cepédant fi nous en croyons
une Illuftre de vostre fexe,
il n'y a rien qui foit plus à
craindre , que de s'acquérir
le nom de bel Efprit. Madame des Houlieres , dont
tous les Ouvrages font fi
eftimez , a traité cette matiere avec un agrément qui
vous charmera. C'eft affez
GALANT 23
que de vous l'avoir nommée,
pour vous faire attendre de
la lecture de ce dernier, tout
le plaifir que vous ont donné
les autres.
25522-52S2S32 23SS
EPITRE CHAGRINE
DE MADAME DES HOULIERES
AMADEMOISELLE ***
Velefpoir vous feduit? Quelle
Ordegloire voustente?
Quelcaprice! àquoypensez vous?
Voulez- vous devenirfçavante?
Hélas ! dubel Efpritfçavez vous les
dégoufts?
Cenomjadisfibeau,firevcréde tous,
24 MERCURE
N'a plus rien, aimable Amarante,
Ny d'honorable ny de doux.
22.
Si-toftqueparla voix commune
De ce titre odieux onſetrouve charge,
De toutes les vertus n'en manquaft- il
pas-une,
Suffit qu'en bel Esprit on vous ait:
érigé,
Pour ne pouvoirprétendre à la moindre Fortune.
$2
Jefeay bien quele Ciel afçû vous departir
Cequifoûtient l'éclat d'uneilluftre
naiſſance,
Quefans espoirde récompenſe
Vous ne travaillerez quepourvous
divertir.
C'est un malheurde moins, mais il en
eftiani d'autres,
Dont
GALANT 25
Donton nepeutfe garantir,
Queje vous verrayrepentir
D'avoirmoins écouté mes raisons que
les veftres.
S&
Pourrez- vous toûjours voir voſtre
Cabinetplein
Etde Pédans & de Poëtes,
Qui vousfatigueront avec unfront
ferein
Desfottifes qu'ils aurontfaites?
Pourrez- vousfupporter qu'un Fat de
qualité,
Quifçait à peine lire , &qu'un caprice guide,
De tous vos Ouvrages décide?
Vnefpr t demalignité
Dansle mondea fçûfe répandre.
On achete un bon Livre , afin de s'en
moquer,
Novembre 1684. C
26 MERCURE
C'eft des pluslongs travaux lefruit
qu'ilfautattendre;
Perfonne nelit pour apprendre,
On nelit quepour critiquer.
Vousricz ! vous croyez mafrayeur
chimérique.
L'amourpropre vous dit tout bas
Queje vousfais grand tort, que vous
ne devez pas
Du plus rude Cenfeur redouter la critique.
Eb- bien confiderez que dans chaque
Maifon
Où vous aura conduit un importun
ufage,
Dés qu'un Laquais aura prononcé
voftre nom,
C'eft unbel Efprit, dira- t- on,
Changeons de voix & de langage.
•
GALANT. 27.
$2
Alorsfur unprécieuxton,
Des plus grands mots faiſant un
affemblage,
On ne vous parlera que d'Ouvrages
nouveaux,
On vous demandera ce qu'il faut
qu'on enpenfe,
Enfaceon vous dira que les voftres
font beaux,
Et l'on pouffera l'imprudence
Infques àvouspreffer d'en dire des
morceaux.
S2
Si tout voflre difcours n'eft obfcur,
emphatique,
Onfe dira tout bas , C'eſt- là ce bel
Efprit!
Tout commeune autre elle s'explique,
On entend tout ce qu'elle dit.
Cij
28 MERCURE
Se
Irez- vous voirjouer une Piece nouvelle,
Ilfaudrapourl' Autheur eftre pleine
d'égards;
Il expliquera tout , mines , geftes,
regards;
Etfifa Piéce n'est pas belle,
Il vous imputera tout ce qu'on dira
d'elle,
Et defa colere immortelle
Il vous faudra courir tous les bazards.
Sa
Mais , me répondrez vous , fortez
d'inquiétude,
Neprenez point pour moy d'inu ,
tiles frayeurs;
Je me déroberayfans peine à ces
malheurs,
Enévitant la folle multitude.
GALANT. 29
$2
Ileft vray ; mais commentpourrezvous éviter
Les chagrins qu'à la Cour un bel
Esprit attire?
Vous ne voulez pas la quiters
Cependantl'air qu'on y respire
Eft mortelpourles Gens quife mêlent
d'écrire.
A réver dans un coin onfe trouve
réduit;
Cen'estpointun contepour rire.
Dés que la Renomée aurafemé le bruit
Que vousfçavez toucher la Lyre,
Hommes , Femmes , tout vous
craindra,
Hommes, Femmes,tout vousfuira,
Parce qu'ils nesçauront en mille ans
que vous dire.
C iij
30 MERCURE
$2
Ils ont là- defusdes travers
Quinepeuventfouffrir d'excuses;
Ilspenfent, quandon a commerce avec
les Mufes,
Qu'on nefçaitfaire que des Vers.
$2
Ce que prêtela Fable à lahaute Eloquence,
Ce que l'Hiftoire a consacré,
Ne vautjamais rien à leur grés
Ce qu'onfait plus qu'eux les
offenfe.
S&
On dirait àles voir, de l'airprésomptueux
Dont ils s'empreffent pour entědre
Des Vers qu'on ne lit pointpour
eux,
Qu'à déciderdetout ils ont droit de
prétendre.
GALANT 31
Surce dehors trompeur onne doitpoint
compter;
Bienfouventfans les écouter,
Plusfouventfansyrien coprendre,
On les voit les blâmer, on les voitles
défendre.
Quelquesfauxbrilläs bien placez
Toute la Piéce eft admirable;
Unmotleur déplaift, c'eft affez,
Toute la Piéce eft déteftable.
S&
Dans ladébanche & dans lejeu
nourris,
Onles voit avec m'fme audace
Parler&d'Homere & d'Horace,
Comparerleurs divins Ecrits,
Confondreleurs beautez, leurtour,
leurs caracteres
Siconnus&fidiférens,
Fraiter des Ouvrages fi grands
Debadinages, de chimeres,
Cüiij
32 MERCURE
Et cruels ennemis des Langues Etran
geres,
Eftre orgueilleux d'eftre ignorans.
S2
Quelques Seigneurs reftez d'une
Cour plus galante,
Etmoins dure aux Autheurs
d'aujourd'huy,
que celle
Sontencore, il est vray, legenéreux
appuy
Dela Science étonnée &mourante;
Maispourcombien detemps aurezvousleurfecours?
Hélas !j'enpâlis, j'enfriſſonne.
Les trois fitales Sœurs qui n'épargnentperfonne,
Sontpreftes à couper la trame deleurs
jours.
$2
Queferez- vous alors ? Vous rougirez
fansdoute
GALANT. 33
Detout l'efpritque vous aurcz.
Amarante, vous chanterez,
Sans queperfonne vous écoute.
Plus d'un exemple vous répond
Desmalheurs dont icy je vous ay menacée.
Lefçavoir nuit à tout, la mode en est
paffée;
Oncroit qu'unbel Efprit nefçauroit
eftre bon.
S2
Detant de veritez confervezla mémoire;
Qu'ellesfervent à vaincre un aveugle défir,
Necherchez plus unefrivolegloire
Quicaufe tant depeine, &fipeude
plaifir.
Fe la connois, &vous m'en pouvez
croire.
Jamais dinsHipocréne on nem'auroit
và boires
34 MERCURE
Si le Cielm'custlaiffée enpouvoirde
choifir;
Mais hélas! defonfortperfonnen'est
le Maistre,
Lepanchant denos cœurs est toûjours
violent.
J'ayfçufaire des Vers, avant quede
connoiftre
Les chagrins attachez à ce maudit
talent.
Vous que le Cicl n'a point fait
naiftre
Avecce talent queje hais,
Croyez- en mesconfeils, ne l'acqucrez
jamais.
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Résumé : EPITRE CHAGRINE DE MADAME DES HOULIERES A MADEMOISELLE ***
Le texte aborde les dangers et les inconvénients liés à l'obtention du titre de 'bel esprit'. Madame des Houlières, dont les œuvres sont très appréciées, met en garde contre les disputes où l'esprit peut briller, mais qui peuvent s'avérer redoutables. Être considéré comme un bel esprit peut entraîner des critiques et des malheurs. Les personnes ainsi étiquetées sont souvent perçues comme manquant de vertus et ne peuvent prétendre à aucune fortune. Le texte décrit les désagréments de la vie d'un bel esprit, notamment les critiques constantes, les pédants et les poètes qui les fatiguent, et les décisions arbitraires des ignorants sur leurs œuvres. Il souligne également les difficultés rencontrées à la cour et les travers des gens qui se mêlent d'écrire. Madame des Houlières conseille de ne pas chercher cette gloire frivole, car elle cause beaucoup de peine et peu de plaisir. Elle regrette d'avoir elle-même acquis ce talent et met en garde contre les chagrins qu'il engendre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 129-134
AVERTISSEMENT du Livre qui a pour titre La nouvelle Astrée.
Début :
Une Dame que la naissance & les biens de la [...]
Mots clefs :
Avertissement, La Nouvelle Astrée, Céladon, Honoré d'Urfé, Romans, Lire, L'Astrée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT du Livre qui a pour titre La nouvelle Astrée.
AVERTISSEMENT
du Livre qui a pour titre
La nouvelleAstrée.
Une Dame que la naissance & les biens de la fortune rendent moins recommandable que les qualitez personnelles, m'a donné sans y
penser, la premiere idée de ce petit ouvrage. Elle avoit oiiy dire qLi"-
une jeune personne,qui
veut avoir de l'esprit doit
lire & relire le Roman d'Aftrée ;,& cependant, malgré
sa préventionellen'avok
jamais pu aller jusqu'à la
findu premier volume. Les
Episodes continuels, l'affectation d'une vaine science dont elle ne s'imaginoit
pas avoir grand besoin,
l'estalage de la doctrine
profonde des anciens Druides, les Poësies frequen es1
ôc froides,tout cela l'avoit
assez rebutée pour ne pas
continuer une lecture qu'-
elle trouvoit ennuyeuse;
mais en mesme temps la
deffiance de coy-mesme qui'
accompagne d'ordinaire les
bons esprits,.luy faisoit croi-
reque l'approbation du public devoit prévaloir à son
sentiment particu lier, &
que l'ouvrage ne laissoit pas
d'être fort bon quoyqu'il ne
seust pas divertie. Elle me
fit l'honneur de m'en parler en ce fens- là,&je ne
fus pas de l'avis de sa modestie, persuadée que tout
ce qui lui avoir déplû dans
Astrée, devoit luy déplaire.
Je luy propose d'en oster
tous les deffauts qu'elle
avoic sentis par un bon
goust naturel
,
d'en faire un
petit Ouvrage de galante-1
rie champestre, d'en adoucir certains endroits un peu
libres, que la pudeur scrupuleuse de nostre siecle ne
sçauroit souffrir dans les Livres, de le purger de Theologie,dePolitique, de Mcdecine
,
de Poësie
;
d'en
esloigner rous les personnages inutiles
,
de n'y jamais perdre de veuë Astrée
& Celadon, & d'éviterpar
là l'écuëil de tous leslongs
Romans, où le Heros &
l'Heroïne ne passent sur la
scene que rarement;ce qui
empesche qu'onne s'affec-
tionneàla suite derleurs
avantures ;
leurs amis
,
&
leurs amies
,
qu'on n'aime
pas tant qu'eux;tenant ordinairement lestrois quarts
du Livre. Il a
fallu de plus
changer de stile,quoyqu'il
eust beaucoupde forcedans
l'original. Cent ans dans
une langue vivante, mettent tout hors de mode.J'ay
pourtant conservé certains
traits qu'on remarquera al:
fez aux mots antiques, &
encore mieux à la beauté
des sentimens. Un homme
de la condition de Monsieur
d'Ursé, ne pouvoir en avoir
que de fort nobles & de
forteslevez.
Voila, mon cher Lecteur, ce qui a
fait naistre la
petite histoire d'Astrée ôc
de Celadon. L'accuëil favorable que vous avez fait
à quelques bagatelles qui
me sont échappez, m'a enhardie à vousfairecepetit
present
;
il ne tiendra qu'à
vous devousenattirerbientost un autre
du Livre qui a pour titre
La nouvelleAstrée.
Une Dame que la naissance & les biens de la fortune rendent moins recommandable que les qualitez personnelles, m'a donné sans y
penser, la premiere idée de ce petit ouvrage. Elle avoit oiiy dire qLi"-
une jeune personne,qui
veut avoir de l'esprit doit
lire & relire le Roman d'Aftrée ;,& cependant, malgré
sa préventionellen'avok
jamais pu aller jusqu'à la
findu premier volume. Les
Episodes continuels, l'affectation d'une vaine science dont elle ne s'imaginoit
pas avoir grand besoin,
l'estalage de la doctrine
profonde des anciens Druides, les Poësies frequen es1
ôc froides,tout cela l'avoit
assez rebutée pour ne pas
continuer une lecture qu'-
elle trouvoit ennuyeuse;
mais en mesme temps la
deffiance de coy-mesme qui'
accompagne d'ordinaire les
bons esprits,.luy faisoit croi-
reque l'approbation du public devoit prévaloir à son
sentiment particu lier, &
que l'ouvrage ne laissoit pas
d'être fort bon quoyqu'il ne
seust pas divertie. Elle me
fit l'honneur de m'en parler en ce fens- là,&je ne
fus pas de l'avis de sa modestie, persuadée que tout
ce qui lui avoir déplû dans
Astrée, devoit luy déplaire.
Je luy propose d'en oster
tous les deffauts qu'elle
avoic sentis par un bon
goust naturel
,
d'en faire un
petit Ouvrage de galante-1
rie champestre, d'en adoucir certains endroits un peu
libres, que la pudeur scrupuleuse de nostre siecle ne
sçauroit souffrir dans les Livres, de le purger de Theologie,dePolitique, de Mcdecine
,
de Poësie
;
d'en
esloigner rous les personnages inutiles
,
de n'y jamais perdre de veuë Astrée
& Celadon, & d'éviterpar
là l'écuëil de tous leslongs
Romans, où le Heros &
l'Heroïne ne passent sur la
scene que rarement;ce qui
empesche qu'onne s'affec-
tionneàla suite derleurs
avantures ;
leurs amis
,
&
leurs amies
,
qu'on n'aime
pas tant qu'eux;tenant ordinairement lestrois quarts
du Livre. Il a
fallu de plus
changer de stile,quoyqu'il
eust beaucoupde forcedans
l'original. Cent ans dans
une langue vivante, mettent tout hors de mode.J'ay
pourtant conservé certains
traits qu'on remarquera al:
fez aux mots antiques, &
encore mieux à la beauté
des sentimens. Un homme
de la condition de Monsieur
d'Ursé, ne pouvoir en avoir
que de fort nobles & de
forteslevez.
Voila, mon cher Lecteur, ce qui a
fait naistre la
petite histoire d'Astrée ôc
de Celadon. L'accuëil favorable que vous avez fait
à quelques bagatelles qui
me sont échappez, m'a enhardie à vousfairecepetit
present
;
il ne tiendra qu'à
vous devousenattirerbientost un autre
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Résumé : AVERTISSEMENT du Livre qui a pour titre La nouvelle Astrée.
Le texte est un avertissement pour un livre intitulé 'La nouvelle Astrée'. L'auteur explique que l'idée de cet ouvrage lui a été inspirée par une dame aux qualités exceptionnelles. Cette dame avait entendu dire que 'Astrée' était un livre à lire pour acquérir de l'esprit, mais elle n'avait jamais pu aller au-delà du premier volume en raison de divers obstacles, tels que les épisodes continus, l'affectation de science, la doctrine profonde des anciens Druides, et les poésies fréquentes et froides. Malgré cela, elle croyait en la valeur de l'ouvrage grâce à l'approbation du public. L'auteur propose de corriger les défauts perçus dans 'Astrée' en créant un ouvrage de galanterie champêtre. Elle suggère d'adoucir certains passages trop libres pour la pudeur du siècle et d'éliminer les éléments de théologie, de politique, de médecine et de poésie. L'auteur souhaite également se concentrer sur les personnages principaux, Astrée et Celadon, pour éviter les écueils des longs romans où les héros apparaissent rarement. Le style a été modifié pour s'adapter à la langue contemporaine, tout en conservant certains traits et sentiments nobles de l'original. L'auteur espère que le lecteur appréciera cette nouvelle version, inspirée par l'accueil favorable reçu pour ses précédentes œuvres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 1579-1587
Assemblée publique de la Société Royale de Montpelier, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 17 Février dernier, la Société Royale des Sciences de Montpellier [...]
Mots clefs :
Société royale des sciences de Montpellier, Assemblée publique, Académie, Mémoires, Lire, Plantes, Etamines, Huiles, Carnosité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Assemblée publique de la Société Royale de Montpelier, &c. [titre d'après la table]
Le 17 Février dernier , la Societé Roya
le des Sciences de Montpellier , tint son
Assemblée publique dans la grande Sale
de l'Hôtel de Vilie , en présence des trois
Etats de la Province de Languedoc , qui
occupoient leurs places ordinaires ; l'Académie étoit dans le Parterre , autour
d'une grande Table , au haut de laquelle
étoient placez les Académiciens Honoraires. M. de Bernage de S. Maurice , Intendant de Languedoc , comme Président cette année , occupoit la place du
milieu. Il avoit à sa droite l'Archevêque
de Narbonne , Président né des Etats , et
P'Archevêque d'Albi , Académicien Honoraire ; et à sa gauche M. de Montferrier le fils , Directeur de la Compagnie.
Les Académiciens étoient placez sur des
bancs , aux côtez de la Table , et les Adjoints occupoient le bas bout sur des
chaises. Le reste de la Sale étoit rempli
d'un grand nombre de personnes, attirées
par la curiosité d'entendre lire les Mémoires , et par la majesté de l'Assemblée ,
qui étoit très-auguste , &c. M. le Président ne manqua pas de remarquer cette
derniere circonstance dans le petit Discours qu'il fir , en parlant des occupations
de la Societé Royale , et en annonçant les
Mémoires qu'on alloit lire.
Celui
580 MERCURE DE FRANCE
Celui de M. Danyzy avoit pour sujet
la Poussée des Voutes. Il examina avec
quelle force , et dans quelle direction les
Voussoirs agissent contre les Pieds droits
pour les renverser. Les connoissances
qu'il a acquises lui ont fourni le moyen
de déterminer l'épaisseur qu'il faut don
ner aux Pieds droits , afin que par leur
propre pesanteur ils soyent en équilibre
avec les efforts , & c.
Comme nous ne pouvons donner ici
qu'une idée succinte de ce qui s'est passé
dans cette Assemblée , nous n'entrerons
pas dans un trop grand détail , ne connoissant les Mémoires lús , que par les
Extraits qu'on en a imprimés à Montpellier , dans une petite Brochure in 4. de
40 pages. Mais nous sommes priez de rétablir une lacune faite dans le même imprimé , ou à la page 7. après la dix- neuviéme ligne , il faut lire ce qui suit.
Pour donner le loisir d'éxaminer la ma
niere dont les Voussoirs agissent , tl´avoit
fait tous les pieds droits H, h , foibles , er
pour les soutenir'yy avoit ajoûté des contreforts K, k, qui étant reculez tout doucement,
ne laissoient écarter les pieds droits que d'une certaine quantité qui n'étoit pas suffisante
pour faire crouler l'arceau , mais qui lefai- soit
JUILLET. 17327 1581
soit voir dans le tems qu'il étoit prêt à
crouler.
On vitpour lors là voute à plein cintre ;
dont le nombre des voussoirs étoit impair ,
s'écraser et s'ouvrir aux deux joints de la
clef, en dedans et en- dehors , en plusieurs
endroits vers les reins. Voyez la seconde
Figure.
M. Chicoyneau le fils , reçû en survivance aux Charges de Chancelier de l'Ecole de Médecine , et de Professeur d'Anatomie et de Botanique , fit part à la
Compagnie des Observations qu'il a faites sur les Plantes sensitives , et sur la
Mécanique d'où dépend cette espéce de
sensibilité qu'on leur attribuë.
pas
Il observa d'abord que les Plantes sensitives proprement dites , n'étoient
les seules dans lesquelles on remarque ces
mouvemens automatiques , puisque les
Etamines de l'Opuntia et de l'Heliantemum n'en sont pas exemples.
Les Etamines de l'Opuntia se raprochent du pistile , dit il , dès qu'on les
touche ou qu'on secoue un peu la plante , et les Etamines de l'Heliantemum ,
s'éloignent de leur pistile , dès qu'on les
met en jeu par quelque mouvement semblable ; mais ces imouvemens , quoique
differens , ne changent rien à la MécaniF que
82 MERCURE DE FRANCE
$que , par laquelle M. Chicoyneau les
explique ; et il a fait voir que par le seul
changement de situation des tuyaux des
Plantes et de ceux des Etamines , il est
aisé de rendre raison d'un Phénomene
qui a éxercé de tout tems les Botanistes et
les Physiciens.
Pour cet effet , il commence par établir trois propositions , qu'on peut regarder comme des principes qui n'ont pas
besoin de preuve , et qui ne peuvent pas
par conséquent lui être contestez.
Le premier principe est , que les fibres des Plantes sont élastiques.
Le second , que les sucs nourriciers cou
lent dans la cavité de ces fibres comme
dans autant de tuyaux.
Le troisième , que les sucs étendent
les parois de ces tuyaux , et tiraillent les fibres dont ils sont composez.
Par le premier et par le second principe , il est clair que quand par quelque
cause exterieure, comme par quelque attouchement , ou par quelque secousse ,
de ressort des fibres sera mis en jeu , elles
dévront chasser le suc qui est contenu
dans leur cavité , et qu'alors la Plante fera un mouvement particulier , qui la fera
changer de figure ; et il est evident par le
troisième principe que la force du ressort
s'étant
JUILLET. 1732. 1583
s'etant affoiblie , le suc de la Plante rentrera peu à peu dans les cavitez de ses fibres , et que la Plante se remettra dans son état ordinaire.
Mais cela supposé , dit M. Chicoyneau , que dans l'état naturel , le ressort et le suc des Plantes sensitives
sont dans une espece d'équilibre ; car si
le suc étoit en trop grande abondance ,
comme il arrive en temps de pluye , avant
le lever ou après le coucher du Soleil ,
ou quand ces Plantes ont été trop arrosées , il est clair qu'alors Lur ressort ne
pouvant pas surmonter la résistance des
fibres trop tendues par l'abondance des
liqueurs dont elles sont remplies , les sen- sitives ne feront aucun mouvement ,
quoiqu'on les touche ou qu'on les secouë,
et elles ne deviendroient sensibles que
pendant le temps sec , et long- temp
après le lever du Soleil ; c'est- là ce qu
l'experience confirme , et c'est aussi la
raison naturelle et generale du mouvement Automatique des Plantes sensitives ;
mais comme ces mouvemens ne sont pas
les mêmes dans toutes les sensitives , et
qu'il y a de ces Plantes dont les branches s'abatent totalement, et d'autres dont
les feuilles ne font que se replier et s'approcher les unes des autres , M. ChicoyFij nean
MERCURE DE FRANCE
1
neau en supposant toujours l'Elasticité
des tuyaux de ces Plantes , ne fait que
les placer par paquets au colet et en dehors des branches ; dans les sensitives
dont toutes les branches sabattent et en
dedans des Pedicules des feuilles , dans
celles dont les feuilles se replient et s'approchent les unes des autres. Il explique
par la même Mécanique , les mouvemens des Etamines de l'Opuntia , et de plusieurs especes d'Héliantemum
qu'il a observées ; et cette explication
très simple et par là très conforme aux
Loix de la Nature , porte avec soi un
caractere de verité auquel on ne peut pas
refuser son consentement , &c.
C Ce sont ces Etamines chargées en Petale , dit M. Chicoineau en finissant , qui
produisent ces agreables Monstres , qu'on
appelle fleurs doubles , et qui étant simples à la campagne , d'où elles ont été
sirées , ont acquis par la culture , ce degré de beauté qui les fait admirer dans
des Jardins.
Untroisiéme Mémoire fut lû par M. de
Plantade , sur quelques nouvelles experiences du Barometre et la pesanteur de
l'Air , faites pour la plupart sur les Pyrenées.
Le quatrième Memoire de M. Lamorier,
JUILLET. 1732 1985
rier, contient ses Observations sur l'usa
ge de l'eau commune dans la Chirurgie.
Il est surprenant, dit l'Auteur duMémoire , que l'eau commune ne soit pas
d'un plus grand usage pour les playes.
Peut-être le reméde est trop commun *;
le Public fait peu de cas de ce que la Nature lui donne avec profusion : il estime
un reméde rare , qui vient de loin , qu'il
achete chérement , et qui même lui paroît inconnu. Plusieurs aussi pensent ,
qu'un reméde aussi simple que l'eau , ne
peut avoir aucune efficacité. Pour ôter
ces préventions il a fait plusieurs expériences trois entr'autres , au mois de
Janvier de l'année derniere sur trois horames , dont l'un avoit un vieux ulcère
-sur la cheville exterieure du pied , de la
grandeur de la paume dela main. Le deuxiéme , Soldar du Régiment de Médoc ,
avoit reçû un coup de sabre sur le dos de
la main , qui lui avoit coupé les tendons
extenseurs du poignet et des doigts , et
avoit séparé les deux os du métacarpe qui
soutiennent le petit doigt et l'annulaire.
Cette playe fut suivie de fluxions et d'abcès , qui inonderent presque tout l'a- vant bras. La fiévre et le desséchement
de tout le corps , faisoient beaucoup
Fiij
,
crain .
1586 MERCURE DE FRANCE
craindre pour sa vie . Le troisiéme , autre
Soldat du même Régiment , avoit reçû
un coup d'épée à travers l'avant bras , et
avoit ouvert l'artère qui est entre les deux.
s. Il y eut bien du sang épanché dans
les muscles , et de très grandes supurations : ce blessé fut en très-mauvais état.
On fit construire une botte de cuir , dans
laquelle on mettoit de l'eau commune
chaude , pour y faire tremper la jambe
ulcerée. Le malade restoit une heure par
jour dans ce bain. Peu de jours après les
duretez des bords se fondirent , la cicatrice s'avançoit sensiblement d'un jour à
l'autre , et il fut parfaitement guéri.
On fit faire deux machines de fer blanc,
dans lesquelles les deux Soldats pûssent
tremper commodément le bras , depuis
la main jusqu'au dessus du coude. A mesure qu'on trempoit leurs playes dans
l'eau , les suppurations se vuidoient beaucoup mieux , ils remuoient plus facilement les doigts , la douleur et la fièvre
diminuoient tous les jours ; en un mot ,
ils furent entierement guéris.
Dans les personnes atteintes de carnositez , difficultez et retentions d'urine ,
Occasionnées par le séjour des glaires ,
épaisses et abondantes , on a accoûtumé
d'injecter l'huile d'amende douce ou de
lait.
JUILLET. 173201587 lait . Les huiles en général échauffent , et
se mêlent avec peine avec les glaires , les
parties butireuses du lait s'épaississent
dans l'hurétre par la chaleur des parties ,
et bouchent le passage ; ce qui a fait imaginer à M. Lamorier d'injecter l'eau com
mune tiéde , qui relâché les carnositez
et se mêlant avec les glaires , les détrempe , et les malades sont soulagezi
le des Sciences de Montpellier , tint son
Assemblée publique dans la grande Sale
de l'Hôtel de Vilie , en présence des trois
Etats de la Province de Languedoc , qui
occupoient leurs places ordinaires ; l'Académie étoit dans le Parterre , autour
d'une grande Table , au haut de laquelle
étoient placez les Académiciens Honoraires. M. de Bernage de S. Maurice , Intendant de Languedoc , comme Président cette année , occupoit la place du
milieu. Il avoit à sa droite l'Archevêque
de Narbonne , Président né des Etats , et
P'Archevêque d'Albi , Académicien Honoraire ; et à sa gauche M. de Montferrier le fils , Directeur de la Compagnie.
Les Académiciens étoient placez sur des
bancs , aux côtez de la Table , et les Adjoints occupoient le bas bout sur des
chaises. Le reste de la Sale étoit rempli
d'un grand nombre de personnes, attirées
par la curiosité d'entendre lire les Mémoires , et par la majesté de l'Assemblée ,
qui étoit très-auguste , &c. M. le Président ne manqua pas de remarquer cette
derniere circonstance dans le petit Discours qu'il fir , en parlant des occupations
de la Societé Royale , et en annonçant les
Mémoires qu'on alloit lire.
Celui
580 MERCURE DE FRANCE
Celui de M. Danyzy avoit pour sujet
la Poussée des Voutes. Il examina avec
quelle force , et dans quelle direction les
Voussoirs agissent contre les Pieds droits
pour les renverser. Les connoissances
qu'il a acquises lui ont fourni le moyen
de déterminer l'épaisseur qu'il faut don
ner aux Pieds droits , afin que par leur
propre pesanteur ils soyent en équilibre
avec les efforts , & c.
Comme nous ne pouvons donner ici
qu'une idée succinte de ce qui s'est passé
dans cette Assemblée , nous n'entrerons
pas dans un trop grand détail , ne connoissant les Mémoires lús , que par les
Extraits qu'on en a imprimés à Montpellier , dans une petite Brochure in 4. de
40 pages. Mais nous sommes priez de rétablir une lacune faite dans le même imprimé , ou à la page 7. après la dix- neuviéme ligne , il faut lire ce qui suit.
Pour donner le loisir d'éxaminer la ma
niere dont les Voussoirs agissent , tl´avoit
fait tous les pieds droits H, h , foibles , er
pour les soutenir'yy avoit ajoûté des contreforts K, k, qui étant reculez tout doucement,
ne laissoient écarter les pieds droits que d'une certaine quantité qui n'étoit pas suffisante
pour faire crouler l'arceau , mais qui lefai- soit
JUILLET. 17327 1581
soit voir dans le tems qu'il étoit prêt à
crouler.
On vitpour lors là voute à plein cintre ;
dont le nombre des voussoirs étoit impair ,
s'écraser et s'ouvrir aux deux joints de la
clef, en dedans et en- dehors , en plusieurs
endroits vers les reins. Voyez la seconde
Figure.
M. Chicoyneau le fils , reçû en survivance aux Charges de Chancelier de l'Ecole de Médecine , et de Professeur d'Anatomie et de Botanique , fit part à la
Compagnie des Observations qu'il a faites sur les Plantes sensitives , et sur la
Mécanique d'où dépend cette espéce de
sensibilité qu'on leur attribuë.
pas
Il observa d'abord que les Plantes sensitives proprement dites , n'étoient
les seules dans lesquelles on remarque ces
mouvemens automatiques , puisque les
Etamines de l'Opuntia et de l'Heliantemum n'en sont pas exemples.
Les Etamines de l'Opuntia se raprochent du pistile , dit il , dès qu'on les
touche ou qu'on secoue un peu la plante , et les Etamines de l'Heliantemum ,
s'éloignent de leur pistile , dès qu'on les
met en jeu par quelque mouvement semblable ; mais ces imouvemens , quoique
differens , ne changent rien à la MécaniF que
82 MERCURE DE FRANCE
$que , par laquelle M. Chicoyneau les
explique ; et il a fait voir que par le seul
changement de situation des tuyaux des
Plantes et de ceux des Etamines , il est
aisé de rendre raison d'un Phénomene
qui a éxercé de tout tems les Botanistes et
les Physiciens.
Pour cet effet , il commence par établir trois propositions , qu'on peut regarder comme des principes qui n'ont pas
besoin de preuve , et qui ne peuvent pas
par conséquent lui être contestez.
Le premier principe est , que les fibres des Plantes sont élastiques.
Le second , que les sucs nourriciers cou
lent dans la cavité de ces fibres comme
dans autant de tuyaux.
Le troisième , que les sucs étendent
les parois de ces tuyaux , et tiraillent les fibres dont ils sont composez.
Par le premier et par le second principe , il est clair que quand par quelque
cause exterieure, comme par quelque attouchement , ou par quelque secousse ,
de ressort des fibres sera mis en jeu , elles
dévront chasser le suc qui est contenu
dans leur cavité , et qu'alors la Plante fera un mouvement particulier , qui la fera
changer de figure ; et il est evident par le
troisième principe que la force du ressort
s'étant
JUILLET. 1732. 1583
s'etant affoiblie , le suc de la Plante rentrera peu à peu dans les cavitez de ses fibres , et que la Plante se remettra dans son état ordinaire.
Mais cela supposé , dit M. Chicoyneau , que dans l'état naturel , le ressort et le suc des Plantes sensitives
sont dans une espece d'équilibre ; car si
le suc étoit en trop grande abondance ,
comme il arrive en temps de pluye , avant
le lever ou après le coucher du Soleil ,
ou quand ces Plantes ont été trop arrosées , il est clair qu'alors Lur ressort ne
pouvant pas surmonter la résistance des
fibres trop tendues par l'abondance des
liqueurs dont elles sont remplies , les sen- sitives ne feront aucun mouvement ,
quoiqu'on les touche ou qu'on les secouë,
et elles ne deviendroient sensibles que
pendant le temps sec , et long- temp
après le lever du Soleil ; c'est- là ce qu
l'experience confirme , et c'est aussi la
raison naturelle et generale du mouvement Automatique des Plantes sensitives ;
mais comme ces mouvemens ne sont pas
les mêmes dans toutes les sensitives , et
qu'il y a de ces Plantes dont les branches s'abatent totalement, et d'autres dont
les feuilles ne font que se replier et s'approcher les unes des autres , M. ChicoyFij nean
MERCURE DE FRANCE
1
neau en supposant toujours l'Elasticité
des tuyaux de ces Plantes , ne fait que
les placer par paquets au colet et en dehors des branches ; dans les sensitives
dont toutes les branches sabattent et en
dedans des Pedicules des feuilles , dans
celles dont les feuilles se replient et s'approchent les unes des autres. Il explique
par la même Mécanique , les mouvemens des Etamines de l'Opuntia , et de plusieurs especes d'Héliantemum
qu'il a observées ; et cette explication
très simple et par là très conforme aux
Loix de la Nature , porte avec soi un
caractere de verité auquel on ne peut pas
refuser son consentement , &c.
C Ce sont ces Etamines chargées en Petale , dit M. Chicoineau en finissant , qui
produisent ces agreables Monstres , qu'on
appelle fleurs doubles , et qui étant simples à la campagne , d'où elles ont été
sirées , ont acquis par la culture , ce degré de beauté qui les fait admirer dans
des Jardins.
Untroisiéme Mémoire fut lû par M. de
Plantade , sur quelques nouvelles experiences du Barometre et la pesanteur de
l'Air , faites pour la plupart sur les Pyrenées.
Le quatrième Memoire de M. Lamorier,
JUILLET. 1732 1985
rier, contient ses Observations sur l'usa
ge de l'eau commune dans la Chirurgie.
Il est surprenant, dit l'Auteur duMémoire , que l'eau commune ne soit pas
d'un plus grand usage pour les playes.
Peut-être le reméde est trop commun *;
le Public fait peu de cas de ce que la Nature lui donne avec profusion : il estime
un reméde rare , qui vient de loin , qu'il
achete chérement , et qui même lui paroît inconnu. Plusieurs aussi pensent ,
qu'un reméde aussi simple que l'eau , ne
peut avoir aucune efficacité. Pour ôter
ces préventions il a fait plusieurs expériences trois entr'autres , au mois de
Janvier de l'année derniere sur trois horames , dont l'un avoit un vieux ulcère
-sur la cheville exterieure du pied , de la
grandeur de la paume dela main. Le deuxiéme , Soldar du Régiment de Médoc ,
avoit reçû un coup de sabre sur le dos de
la main , qui lui avoit coupé les tendons
extenseurs du poignet et des doigts , et
avoit séparé les deux os du métacarpe qui
soutiennent le petit doigt et l'annulaire.
Cette playe fut suivie de fluxions et d'abcès , qui inonderent presque tout l'a- vant bras. La fiévre et le desséchement
de tout le corps , faisoient beaucoup
Fiij
,
crain .
1586 MERCURE DE FRANCE
craindre pour sa vie . Le troisiéme , autre
Soldat du même Régiment , avoit reçû
un coup d'épée à travers l'avant bras , et
avoit ouvert l'artère qui est entre les deux.
s. Il y eut bien du sang épanché dans
les muscles , et de très grandes supurations : ce blessé fut en très-mauvais état.
On fit construire une botte de cuir , dans
laquelle on mettoit de l'eau commune
chaude , pour y faire tremper la jambe
ulcerée. Le malade restoit une heure par
jour dans ce bain. Peu de jours après les
duretez des bords se fondirent , la cicatrice s'avançoit sensiblement d'un jour à
l'autre , et il fut parfaitement guéri.
On fit faire deux machines de fer blanc,
dans lesquelles les deux Soldats pûssent
tremper commodément le bras , depuis
la main jusqu'au dessus du coude. A mesure qu'on trempoit leurs playes dans
l'eau , les suppurations se vuidoient beaucoup mieux , ils remuoient plus facilement les doigts , la douleur et la fièvre
diminuoient tous les jours ; en un mot ,
ils furent entierement guéris.
Dans les personnes atteintes de carnositez , difficultez et retentions d'urine ,
Occasionnées par le séjour des glaires ,
épaisses et abondantes , on a accoûtumé
d'injecter l'huile d'amende douce ou de
lait.
JUILLET. 173201587 lait . Les huiles en général échauffent , et
se mêlent avec peine avec les glaires , les
parties butireuses du lait s'épaississent
dans l'hurétre par la chaleur des parties ,
et bouchent le passage ; ce qui a fait imaginer à M. Lamorier d'injecter l'eau com
mune tiéde , qui relâché les carnositez
et se mêlant avec les glaires , les détrempe , et les malades sont soulagezi
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Résumé : Assemblée publique de la Société Royale de Montpelier, &c. [titre d'après la table]
Le 17 février, la Société Royale des Sciences de Montpellier a organisé son Assemblée publique dans la grande salle de l'Hôtel de Ville, en présence des trois États de la Province de Languedoc. L'Académie était présidée par M. de Bernage de Saint-Maurice, Intendant de Languedoc. À sa droite se trouvaient l'Archevêque de Narbonne et l'Archevêque d'Albi, et à sa gauche, M. de Montferrier le fils, Directeur de la Compagnie. Les académiciens étaient assis sur des bancs, et les adjoints sur des chaises. La salle était comble de personnes venues écouter les mémoires présentés. M. Danyzy a présenté un mémoire sur la poussée des voûtes, analysant la force et la direction avec lesquelles les voussoirs agissent contre les pieds droits pour les renverser. Il a déterminé l'épaisseur nécessaire des pieds droits pour qu'ils soient en équilibre avec les efforts exercés. M. Chicoyneau le fils, nouvellement nommé Chancelier de l'École de Médecine et Professeur d'Anatomie et de Botanique, a partagé ses observations sur les plantes sensitives et la mécanique de leur sensibilité. Il a expliqué que les mouvements automatiques des plantes sensitives sont dus à l'élasticité des fibres et à la circulation des sucs nourriciers. Il a également observé des mouvements similaires chez les étamines de l'Opuntia et de l'Hélianthemum. M. de Plantade a lu un mémoire sur de nouvelles expériences avec le baromètre et la pesanteur de l'air, réalisées principalement dans les Pyrénées. M. Lamorier a présenté un mémoire sur l'usage de l'eau commune en chirurgie. Il a rapporté des expériences réussies où l'eau chaude a guéri des ulcères et des blessures graves chez des soldats. Il a également recommandé l'injection d'eau commune tiède pour traiter les carnossités et les difficultés urinaires, en remplacement des huiles et du lait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 2761-2763
EPITRE à M. de Voltaire, par M. Clement, Conseiller du Roi, Receveur des Tailles de Dreux.
Début :
De tes talens admirateur sincere, [...]
Mots clefs :
Voltaire, Talents, Malcrais, Lire, Sensibilité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE à M. de Voltaire, par M. Clement, Conseiller du Roi, Receveur des Tailles de Dreux.
EPITRE à M. de Voltaire , par M. Cle
ment , Conseiller du Roi , Receveur des
Tailles de Dreux.
DEE tes talens admirateur sincere ,
Je t'adresse , illustre Voltaire ,
Ce foible essai que j'ai construit ,
Loin des Curieux et du bruit
Si ma Muse ici pour te plaire
;
Fait par hazard des efforts superflus ,
Ton silence bien- tôt m'apprenant à me taire ,
De mes deffauts me corrigera plus
Que ne seroit le sifflet du Partere.
D'où vient donc ce transport nouveau ?
Les Provinciaux , vas tu dire ,
Connoissent-ils le charme de ma Lire !
Oui ; Voltaire , ici le vrai beau
Sur les cœurs maintient son empire ,
Et , comme à Paris , l'on sçait rire
Des vains efforts d'un débile cerveau.
Jadis , en ce lieu les Druides ,
: -II. Vol. Biiij Fai-
2762 MERCURE DE FRANCE
Faisoient sous leurs mains homicides,
Gémir les crédules humains ;
Tu sçais qu'arbitres des destins ,
Aux Mortels simples , sans science ,
Ils faisoient respecter leur trompeuse igno rance ;
Nous vivons sous un autre tems ,
De ces beaux lieux les doctes habitans ,
Desabusés du faux , du ridicule ,
Ont sçû bannir préjugés et scrupule ,
'Amour du vrai charme ici les esprits
De toi sans cesse en relit les écrits ,
Et ta Henriade immortelle >
Par des traits touchans , enchanteurs ;
De la ligue et de ses fureurs
Nous rend la peinture si belle ,
Que nous cherissons les malheurs
Qui de ta muse ont excité le zele.
Charles , Brutus , Edipe , enfans de ton loisir;
Nous offrent tour à tour un différent plaisir.
De tes Vers la douce harmonie
Tient surtout mon ame ravie ;
Que ne puis-je avec dignité ,
Te peindre ici ma sensibilité !
Et t'exprimer avec ton énergie
A quel point tu m'as enchanté!
Vains efforts , je sens ma foiblesse ,
Et tout mon feu n'est qu'une yvresse ,
II. Vol. Dont
DECEMBRE. 1732. 2763
Dont tu ris peut-être à présent.
Reçois du moins ce badinage ,
D'un œil moderé , complaisant ;
Si Malcrais sçût plus dignement
T'offrir de son pays le fastueux hommage ,
Qu'il te souvienne seulement ,
Qu'inferieurs à son ouvrage ,
Nous l'égalons en sentiment.
ment , Conseiller du Roi , Receveur des
Tailles de Dreux.
DEE tes talens admirateur sincere ,
Je t'adresse , illustre Voltaire ,
Ce foible essai que j'ai construit ,
Loin des Curieux et du bruit
Si ma Muse ici pour te plaire
;
Fait par hazard des efforts superflus ,
Ton silence bien- tôt m'apprenant à me taire ,
De mes deffauts me corrigera plus
Que ne seroit le sifflet du Partere.
D'où vient donc ce transport nouveau ?
Les Provinciaux , vas tu dire ,
Connoissent-ils le charme de ma Lire !
Oui ; Voltaire , ici le vrai beau
Sur les cœurs maintient son empire ,
Et , comme à Paris , l'on sçait rire
Des vains efforts d'un débile cerveau.
Jadis , en ce lieu les Druides ,
: -II. Vol. Biiij Fai-
2762 MERCURE DE FRANCE
Faisoient sous leurs mains homicides,
Gémir les crédules humains ;
Tu sçais qu'arbitres des destins ,
Aux Mortels simples , sans science ,
Ils faisoient respecter leur trompeuse igno rance ;
Nous vivons sous un autre tems ,
De ces beaux lieux les doctes habitans ,
Desabusés du faux , du ridicule ,
Ont sçû bannir préjugés et scrupule ,
'Amour du vrai charme ici les esprits
De toi sans cesse en relit les écrits ,
Et ta Henriade immortelle >
Par des traits touchans , enchanteurs ;
De la ligue et de ses fureurs
Nous rend la peinture si belle ,
Que nous cherissons les malheurs
Qui de ta muse ont excité le zele.
Charles , Brutus , Edipe , enfans de ton loisir;
Nous offrent tour à tour un différent plaisir.
De tes Vers la douce harmonie
Tient surtout mon ame ravie ;
Que ne puis-je avec dignité ,
Te peindre ici ma sensibilité !
Et t'exprimer avec ton énergie
A quel point tu m'as enchanté!
Vains efforts , je sens ma foiblesse ,
Et tout mon feu n'est qu'une yvresse ,
II. Vol. Dont
DECEMBRE. 1732. 2763
Dont tu ris peut-être à présent.
Reçois du moins ce badinage ,
D'un œil moderé , complaisant ;
Si Malcrais sçût plus dignement
T'offrir de son pays le fastueux hommage ,
Qu'il te souvienne seulement ,
Qu'inferieurs à son ouvrage ,
Nous l'égalons en sentiment.
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Résumé : EPITRE à M. de Voltaire, par M. Clement, Conseiller du Roi, Receveur des Tailles de Dreux.
L'épître est adressée à Voltaire par M. Clément, Conseiller du Roi et Receveur des Tailles de Dreux. L'auteur exprime son admiration pour les talents de Voltaire et lui présente un essai écrit à l'abri des regards curieux. Il anticipe le silence de Voltaire, qui corrigera plus efficacement que les critiques du public. L'auteur souligne que les provinciaux, comme les Parisiens, apprécient le véritable talent et se moquent des efforts médiocres. Il compare les Druides, qui imposaient leur ignorance, aux habitants actuels de Dreux, éclairés et débarrassés des préjugés. Ces habitants aiment la vérité et lisent les œuvres de Voltaire, notamment 'L'Henriade', qui les enchante par sa beauté et son émotion. L'auteur mentionne également d'autres œuvres de Voltaire, comme 'Charles XII', 'Brutus' et 'Œdipe', et admire la douceur de ses vers. Il conclut en offrant ce badinage à Voltaire, espérant qu'il le recevra avec complaisance, et se compare à Malcrais, un autre admirateur de Voltaire.
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