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1
p. 22-34
LETTRE écrite à une Dame de Province, au sujet de la Critique du Spectacle de la Nature, par le R. P. G. Minime, inserée dans le Mercure de France du mois de Novembre dernier.
Début :
Vous avez donc lû, Madame, le Spectacle de la Nature ? Ce que vous [...]
Mots clefs :
Spectacle de la nature, Dialogues, Vérité, Critiques, Poème dramatique, Pièces de théâtre, Jeunes gens, Silence, Personnages, Lettres, Savants, Critique
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à une Dame de Province, au sujet de la Critique du Spectacle de la Nature, par le R. P. G. Minime, inserée dans le Mercure de France du mois de Novembre dernier.
L E TTR écrire à une Dame de Province,
au sujet dard, Critique du Spectacle de
la Nature, par le R 1’. G rMinime,
inserée dans le Mercure de F rance du
mai: de Novembre dernier.
Ous avezhclonc lû , Madame , le
Spectacle de la Nature? Ce que vous
A m’cn avez écrit , me fait connoxtre qu’en
-. ' ' - Provincq
.‘ 'J
JANVIER. ‘I753. ‘a;
Ÿrovince comme à Paris , il trouve des
Apologistes et des Critiques, et que le
nombre des premiers y est , comme ici ,
le plus grand. Ce que les autres trou
vent à redire dans cet Ouvrage , ne porte
et ne peut porter aucune atteinte à son
mérite. Les sujets y sont traitez avec‘ tant
de gtace et de solidité , que les plus dif
‘ficiles sont obligez d'avouer que ce ne
peut être que la production d’un habile
‘homme. Ce seroit peu que ce Livre n’eût.
d’autres avantages que les beautez de la
Langue, et qu'il ne présenxât à l'esprit
qu'une vaine recherche de choses qui
dans le fond nous interessent peu: il y
a, on le peut dire, un vrai profit, je
‘ne dis pas à le" lire , mais à l'étudier.
L’Auteur ne s’est pas contenté d‘y t'as
sembler tout ce qui est le plus capabe de
ïpicqucr la curiosité , il s’est aussi appli
‘qué à nous faire comprendre Pusage qu'on
en doit faire, et à prescrire les bornes
qu’elle doit avoir. -
Qlelque bonne idée, dites vous, que
vous en ayez , et quelque excellv nt que
cet Ouvrage vous ait paiû et vous pa
roisse encore, vous rie-pouvez» vous em
' “cher de vous rendre aux raisons du
. P. G. Minime, dont la Lettre Criti
z _ que est , au ‘jugement de plusicgurs. ,' fort
" " ' ‘ judicieuse
'14 MERCURE DE FRANCE
judicieuse. Il est vrai que d’abord on est
frappé de ce u’il dit; mais si on y
prend bien garde , c’est que son stile aisé
et insinuant fait recevoir pour bon tout
ce qui, éxauniné de près , paroît tout
autrement. Je vous exposerai, si vous
voulez bien me le permettre , quelques
réflexions que j'ai Faites sur cette Lettre,
et je serai assez témeraire pour hazarder
de dire librement ce que j'en pense. Je
ne Pentteprcnds que parce que FAuteur
du Spectacle de la Nature a résolu de ne
I
, as re ondre.
P ~,UP I O d l du .
u 1l me soit permis e e 1re. nos
Sçavans ne devroient pas affecter tant
dîndifference pour les Critiques que l’on
fait de leurs Ouvrages. Il y en a,sans
doute , qui ne méritent pas dattention.
I.e faux et l'absurde qui y domine, les
détruit assez, et le meilleur moyen de
réfuter les Auteurs de ces Critiques , est
de garder le silence en les laissant s’ap
plaudir d'un triomphe imaginaire. Mais
qu’en confonde les bonnes Critiques avec
les mauvaises, c’est ce qui ne peut être
qu’injuste,et même , si je l’ose dire , peu
conforme à la charité.
L‘Amo.ur de la paix ne peut être 1e
"principe d’une t lle conduite , et quand
Vil seroit vrai , personne ne s'en persuade
a
J A N VI E R.’ I753.‘ a‘;
"t'a. Les uns prendront le silence d"un Au
teur censuré pour un mépris , et les autres
pourun aveu de ses erreurs; ce qui me
paroi‘: égalemïtt dangereux. A quoi ne
s’emportent pas ceux qui se croyent mé-‘
Prisez E OEe d’invectives de leur partÊ
souvent dans des Ecrits publics. Que de
termes peu mesurez! Et, le dirai je ? que
dïnjures débitées avec amphase et d'une
maniere siindigne du Christianisme! mais
cela n’est propre qu’à ceux qui se croyent
mêprisez. Qie ne disent et que ne pensent
pas ceux qui ont connoissance et de l’Ou—
vrage et de sa Critique? ils se laissent fa-a
cilement emporter â de vains. discours,
delà à la médisance et insensiblement-à la
calomnie. _
Ceux qui au contraire ont assez de va-Î
nité pour regarder le silence d’un Auteur
contre lequel ils auront écrit , comme
un aveu des fautes qu’ils prétendront avoir
relevées , ceux-là , dis- je , ne tardent:
gueres de s’enhardir à quelque chose de
plus , ils se familiarisent avec leurs prê
jugez , et y entraînent les simples et les
ignorans; enfin ils se croyent de grands
génies, et cette erreur dont on ne tra
vaille pas â les désabuser , les engage à
deshonorer la République des Lettres par
des fratras de\ Livres qui ne contiennent
le plus souvent que des mots:
f2? MERCURE DE FRANCE
z On me dira que de véritables Chrétiens
ne tomberont jamais dans l’un ni dans
_1’autre de ces excès. Il est vrai: mais peut
_on se flatter qu’en n'a affaire qu‘à de tol
les gens e Tout un PubliÊnÆst-"il päs té-'
moin de ce qui se passe , et entte-t-il dans
des vuës si justes et si saintes? 1l est né:
cessaire de lui faire connoitre la vérité soie
en avoiiant ses fautes de bonne foi , soit
en réfutant sans aigreur ce qui est injuse
tement censuré. Pardonnezomoi , Maclay-Ï
_me , cette petite disgression , je reviens
à la lettre du R. P. G.
_ Je ne puis y souffrir les équivoques de
Ioäanges et de blâme qui y regnent. (Lie!
est le but de la Critique , si ce n’est de
faire connoîtrc la vérité et de combattre
_lc Faux? Dira-t-on que c’est remplir cc
but, lotsqu’on ne ÿexplique que d’une
maniere équivoque? Il faut, et surtout
dans la Satyre , ÿexpliquer nettement , et
ne point aller chercher du mistcre où il n’y
en a point. C’est abuser de la Critique ,‘
que de ne la pas faire servir à montrer la.
-verité dans tout son jour , et à ne la faire
appercevoir qu'au travers d’une fausse
lueur, ou même d’une épaisse obscurité.
Le R. P. G. auroit pu-temperer quelques
‘termes qui sonnent mal, mais sans doute
il a agi de bonne foi. Il ne fam pas lui
prem’
JANVIE RA.‘ 17332-17
prctcr trop de malice; cela sera échappe’ à
son attention, et il n’aura pas manqué de
se condamner le remier là-dessus.
Bien difierent e vous , Madame ,le R.‘
P. trouve les Dialogues du Spectacle de la
nature froids et languissanrs 5 la raison
qu’il‘cn donne, c'est que les Interlocu
teurs ne lui plaisent pas , parce qu’ils lui
sont inconnus. Il voudroit qu'au lieu de
ceux-ci , on eut fait parler un Dcscartes ,
un Rohault, un P. Malebranchc, 85e. Il
veut prouver son sentiment par l’exem
pie du Poëme Dramatique, et il seroit d'a
vis que, comme dans celui-ci , on n’in-‘
troduisit dans le Dialogue que des homà
mes célebres Je serois tenté de croire que
le R.. P. G. ne cormoît pas bien la nature
ni du Dialogue ni du Poëme Dramatique.‘
Il est vrai qu’on ne perd rien à ignorer
celui-ci et qu’un bon Religieux n’en doit
prepdreconnoissanccqueäpour être mieux
en etat de faire senrirJe anger des SPCC!
taeles. Mais il fandroit être plus circons
pect sur ce qu'on avance. Comparer le
Dialogue au PoëmeDramatique , des:
comparer un sim le appartement à un
grand Palais‘, et ire qu’on_ peut se for
mer la même idée de cet Appartement
que de tout le Palais cl’ont il n’esr qu’une
très-petite partie: sur ce pied un Palais
‘ CI
O
'23 MER CURE DE FRANCE
en contiendroit une centaine d’aurres ,
comme un Poëme Dramatique renferme
roqir en luièmême trente ou quarante au
tres Poëmes Dramatiques , puisque toutes
les Scenes sont presque toujours autant '
de Dialogues, il est inutile dînsisrer sur:
le faux de cette comparaison , il se fait
assez sentir de lui même. Je remarquerai
seulement que les Dialogues sont suscepÂ
Iibles du grand et du merveilleux; ce
pendant le R. P. G. semblene mettre de
difïerence entre les Pièces de Thèarrè et
l'es Dialogues qu’en ce que lcs sujets de
ceux cl sont plus paisibles et plus rran-.
quilès que ceux quioccupenr no‘; Thèarres.
Il cuOEsoit du témoignage et de Pexem
le de Ciccrompour‘ llcur moyen dïnrerespsreroulveesrleqcuteeulres mdeainls
un Dialogue èroit de nefaire parler que
de ‘grands hommes qui se fussent rendus
fameux dans les Sciences sur lesquelles on
veut discourir. Le R. P. G. auroir pu
employer de bonnes raisons pour assurer
son sentiment, plutosr que d’allcr cheræ
cher dans I-Iorace des passages qui ne re
äardentque les Pièces de Théarre. Je veux
ien pour un moment qu’il n'y air point
de diflërence ( quant au fond) entre le
Poëme Dramatique et: le Dialogue. Alors
si des Pièces de Thèarre ont eu un grand
succès
JANVIE RJ17”. 2’
"succès , quoique le fonds et les personna
ges soient de pures fictions, il faut con
venir que des Dialogues dont le sujet est
important , mais dont les interlocuteurs
«sont imaginez , peuvent et avec plus de.
raison que ces Pieces , être du goût des
Sçavans. Or presque toutes les Coméq
dies n’ont d’autre fonds que la fiction
et d'autres personnages que des noms en
l'ait. .
Je ne veux pour preuve de ceci ue
les Comedies de Terence; elles ont ait
tadmiration de tous les siecles et sont en
core aujourdbui les délices des amateurs
des Belles-Lettres. Cependant comment
connoîtuon les personnages qui y jouent
leurs rôles? quel est leur Pays ‘.7 quelles
sont leurs grandes actions P ou dira-fion
que ces Pieccs si parfaites, ne sont pas
es Poëmes Dramatiques?
Le précepte d’Horace de nîmroduire
sur la Scene que des Heros connus , ne re-u.
garde que le Tragique. Encore ce Poëre ne‘
dit-il pas qu’on ne puisse passer outre,
et la manierc dont il le propose est plu
_tôt un conseil qu'une reglc dont la pra.
tique soit absolument necessaire. Ccst ce
pendant â la Comedie plutôt qug 1a T,"
êdie , que le R. P, G. compare le Dia-ç
Îogue. Pourquoi donc citer Horaçe O _
. » n
3e MERCURE DE FRANCE
Ou accordera que le Dialogue feroit
Plus d’impression sur l’esprit des Lec
teurs si on n’y faisoit parler que des
rands hommes. Mais quoi 2 ne tiendra
‘t’il ’à l l l b h d ï
qu eut mettre (ans a ouc e es
discours qu’ils ont peut-être bien tenus
à quelques Particuliers , mais qui ne sont
peut-être jamais entrez ni dans leurs con
versations ni dans leurs disputes? Qïon
ne s’y trompe pas , les Dialogues de Ci
ceron ne sont pas tout-Êt-fait de l’ima
gination de ce sçavant Orateur; il n’a.a
fait dire à ses Interlocuteurs que ce qu’ils
avoienr dit entre eux 5 il est vrai qu'il a
poli leurs discours et que même il y a mis
du sien ; mais le fond est réel 3 ce qui est
nécessaire pour conserver la vrai-sem
blance. .
On peut dire la même chose de Platon.
Ces deux Auteûrs qu’en peut regarder
comme les plus sages et les plus éclairez
de PAntiquitÉ Payenne, nous ont laissé"
dans leurs Dialogues des Chefs-d'oeuvres
de l’Art. Mais ils ne sont faits que pour
"des hommes dont le jugement est formé.
Ces Dialogues s, tout beaux qu’ils sont ,
_ne pourroient, entre les mains de jeu;
nes gens , que leur causer du dégoût et
de l'ennui; tandis que je suis persuadé
que l'es‘ Entretiens ‘du Spectacle de la N44
‘ mm
J V Ï E R. I73;. 31;
mm les charmeront et ne les lasserone
iamais. Cependant les Interlocuteurs de
ces derniers sont deo personnages ima
ginez et ceux des autres sont des homo.
.mes de la plus haute réputation. Et qui
de ce catactere le R. P. G. auroit-il voulu
qu’on fit parler dans les Dialogues du
Spectacle de la Nature? M" Descartes ,
Gassendi , Rohault, Régis , «Sec? C’eûc
été sans doute un plaisant spectacle de
voir ces esprits sublimes , tout pleins de
‘grands objets qu’ils venoient de méditer,
en‘ venir tout d’un coup aux prises les
uns apec les autres sur un Insecte , un
Coquillage , un Poisson , un Oiseau , ôcc.‘
Voilà cependantce qui auroir été du goût
du R. P. Ne pourrdit-on pas lui deman
der s’il y a bien pensé ?
De plus , que fairedire 5. ces grandi
hommes sur des matieres ausquelles ils
ne se sont peut-être jamais arrêtés. Ou il
eût fallu les faire parler en Philosophes,
et‘ alors les jeunes gens pour qui prin
cipalempnt l’Ouvrage dont il s'agir a été
compose,.n’y ourroienratteindre; ou il
eût fallu les aire entrer clairs un Petit
détail de choses qui ne pouvoient être
nouvelles ni aux uns ni aux autres, ce
qui‘ ne seroit plus soutenir leurs carac
teres. Pourquoi le R. P. G. voudroit-il
a {IONS
‘g: MERCURE DE FRANCE
nous persuader qu’un jeune homme â la
{leur de son âge , soit inca able de Par
tention qu’il faut apporter a des Confeq
rences reglées, sur tout lorsque la ma
tiere qu’on y traite est curieuse , agréable
et‘ interessante i‘ Il n’est que trop vrai ;
les jeunes gens de condition sont pou:
‘la plupart ennemis de toute application
d'esprit à ce qui regarde la Religion e:
les Belles-Lettres, et c’est ce qu'on ne
peut trop déplorer. Mais aussi n’y a t’il
pas toûjours de ces heureux génies qui
se portent au bien dès leur jeunesse , _el:
qui saisissent avidement tout ce qu’ils
çroyent pouvoir contribuer à les‘ rendre
meilleurs? ne peut-on pas en supposer
cun pareil? ' v
Je ne sçai ce qui peut faire paroîtrc
méprlsables au R. P. les petits traits de
morale ré andus dans les Entretiens dont
il s’agit. c prétendu defiaut qu’on re
proche encore à un homme recomman
dable par sa pieté et par sa science , s'é
Vanoüitoit bien-tôt; si on pensoit une
bonne fois ue c’est pour jeunesse quclil écrigaussi-bl’iiennsqtruuectli’oAnudteeulra
du Spectacle d: la Nature. Les jeunes gens
font rarement refléxion sur ce qu'ils lisent,
ce qui fait qu’ils ne retirent aucun fruit de
routes leurs lecturesll est donc important
de
, JANVIER. 1733.‘ 5;!
de les accoûtumer de bonne heure à peu;
9er et à tirer d’utilcs leçons de tout ce
qui‘ passe devant leurs yeux. Je veux
bien que dans une Histoire composée
pourjdes Sçavans , on se d_ispense de met.
tre des Refléxions morales un peu éten
duës; mais on ne doit pas blâmer ceux
qui ppur Putilité des jeunes gens, ju,
genra propos d’en ‘user autrement. Si
tant de personnes s’élev_cnt contre cette
pratique-fil faut en convenir, des: que lfa.
mour propre n’y trouve pas son compte.
Une verité qu’on lui montre au doigt, lui
déplaît; il voudroit toujours avoir la satis
factionde l’appercevoir le premienCcst de
tous les ‘vices le plus dominant dans l’hom-,
me et le’ plus injurieux àlaMajesté divine;
dedesr cependant- celui qu’on‘ fomente
avec le plus d’ardeur , au lieu de tâcher
de le réprimer. Il est triste quede nos‘
jours on veüille en faire l’ame de l’ins
nruçriorndes Enfans. Grandinconvenieqt
que "des personnes sensées ont remarqué
ansAun‘ nouveausystême , qui d’ailleurs'
paropxtexcellent. . » ,_ .
_ lînfin le Portrait dt} ŸAne que le R.P.G;
a voulu tourneren ridicule , paroît tel
détache de ce qui précede et de ce qui
\5UlÎ. u’o_n le lise dans le Livrp même
e}: qufpn 1e liscisans préjugé , on n’y dé
couvrira
'54. MERCURE DE FRANCE
couvrira qu’un simple badinage , qugâ
la verité , auroir mieux convenu dansla.
bouche d’un Candidat de Réthorique.
' J ‘ai Fhbnneur d’être , Madame, ôcc.
Le x9 Dccembn 1732.
au sujet dard, Critique du Spectacle de
la Nature, par le R 1’. G rMinime,
inserée dans le Mercure de F rance du
mai: de Novembre dernier.
Ous avezhclonc lû , Madame , le
Spectacle de la Nature? Ce que vous
A m’cn avez écrit , me fait connoxtre qu’en
-. ' ' - Provincq
.‘ 'J
JANVIER. ‘I753. ‘a;
Ÿrovince comme à Paris , il trouve des
Apologistes et des Critiques, et que le
nombre des premiers y est , comme ici ,
le plus grand. Ce que les autres trou
vent à redire dans cet Ouvrage , ne porte
et ne peut porter aucune atteinte à son
mérite. Les sujets y sont traitez avec‘ tant
de gtace et de solidité , que les plus dif
‘ficiles sont obligez d'avouer que ce ne
peut être que la production d’un habile
‘homme. Ce seroit peu que ce Livre n’eût.
d’autres avantages que les beautez de la
Langue, et qu'il ne présenxât à l'esprit
qu'une vaine recherche de choses qui
dans le fond nous interessent peu: il y
a, on le peut dire, un vrai profit, je
‘ne dis pas à le" lire , mais à l'étudier.
L’Auteur ne s’est pas contenté d‘y t'as
sembler tout ce qui est le plus capabe de
ïpicqucr la curiosité , il s’est aussi appli
‘qué à nous faire comprendre Pusage qu'on
en doit faire, et à prescrire les bornes
qu’elle doit avoir. -
Qlelque bonne idée, dites vous, que
vous en ayez , et quelque excellv nt que
cet Ouvrage vous ait paiû et vous pa
roisse encore, vous rie-pouvez» vous em
' “cher de vous rendre aux raisons du
. P. G. Minime, dont la Lettre Criti
z _ que est , au ‘jugement de plusicgurs. ,' fort
" " ' ‘ judicieuse
'14 MERCURE DE FRANCE
judicieuse. Il est vrai que d’abord on est
frappé de ce u’il dit; mais si on y
prend bien garde , c’est que son stile aisé
et insinuant fait recevoir pour bon tout
ce qui, éxauniné de près , paroît tout
autrement. Je vous exposerai, si vous
voulez bien me le permettre , quelques
réflexions que j'ai Faites sur cette Lettre,
et je serai assez témeraire pour hazarder
de dire librement ce que j'en pense. Je
ne Pentteprcnds que parce que FAuteur
du Spectacle de la Nature a résolu de ne
I
, as re ondre.
P ~,UP I O d l du .
u 1l me soit permis e e 1re. nos
Sçavans ne devroient pas affecter tant
dîndifference pour les Critiques que l’on
fait de leurs Ouvrages. Il y en a,sans
doute , qui ne méritent pas dattention.
I.e faux et l'absurde qui y domine, les
détruit assez, et le meilleur moyen de
réfuter les Auteurs de ces Critiques , est
de garder le silence en les laissant s’ap
plaudir d'un triomphe imaginaire. Mais
qu’en confonde les bonnes Critiques avec
les mauvaises, c’est ce qui ne peut être
qu’injuste,et même , si je l’ose dire , peu
conforme à la charité.
L‘Amo.ur de la paix ne peut être 1e
"principe d’une t lle conduite , et quand
Vil seroit vrai , personne ne s'en persuade
a
J A N VI E R.’ I753.‘ a‘;
"t'a. Les uns prendront le silence d"un Au
teur censuré pour un mépris , et les autres
pourun aveu de ses erreurs; ce qui me
paroi‘: égalemïtt dangereux. A quoi ne
s’emportent pas ceux qui se croyent mé-‘
Prisez E OEe d’invectives de leur partÊ
souvent dans des Ecrits publics. Que de
termes peu mesurez! Et, le dirai je ? que
dïnjures débitées avec amphase et d'une
maniere siindigne du Christianisme! mais
cela n’est propre qu’à ceux qui se croyent
mêprisez. Qie ne disent et que ne pensent
pas ceux qui ont connoissance et de l’Ou—
vrage et de sa Critique? ils se laissent fa-a
cilement emporter â de vains. discours,
delà à la médisance et insensiblement-à la
calomnie. _
Ceux qui au contraire ont assez de va-Î
nité pour regarder le silence d’un Auteur
contre lequel ils auront écrit , comme
un aveu des fautes qu’ils prétendront avoir
relevées , ceux-là , dis- je , ne tardent:
gueres de s’enhardir à quelque chose de
plus , ils se familiarisent avec leurs prê
jugez , et y entraînent les simples et les
ignorans; enfin ils se croyent de grands
génies, et cette erreur dont on ne tra
vaille pas â les désabuser , les engage à
deshonorer la République des Lettres par
des fratras de\ Livres qui ne contiennent
le plus souvent que des mots:
f2? MERCURE DE FRANCE
z On me dira que de véritables Chrétiens
ne tomberont jamais dans l’un ni dans
_1’autre de ces excès. Il est vrai: mais peut
_on se flatter qu’en n'a affaire qu‘à de tol
les gens e Tout un PubliÊnÆst-"il päs té-'
moin de ce qui se passe , et entte-t-il dans
des vuës si justes et si saintes? 1l est né:
cessaire de lui faire connoitre la vérité soie
en avoiiant ses fautes de bonne foi , soit
en réfutant sans aigreur ce qui est injuse
tement censuré. Pardonnezomoi , Maclay-Ï
_me , cette petite disgression , je reviens
à la lettre du R. P. G.
_ Je ne puis y souffrir les équivoques de
Ioäanges et de blâme qui y regnent. (Lie!
est le but de la Critique , si ce n’est de
faire connoîtrc la vérité et de combattre
_lc Faux? Dira-t-on que c’est remplir cc
but, lotsqu’on ne ÿexplique que d’une
maniere équivoque? Il faut, et surtout
dans la Satyre , ÿexpliquer nettement , et
ne point aller chercher du mistcre où il n’y
en a point. C’est abuser de la Critique ,‘
que de ne la pas faire servir à montrer la.
-verité dans tout son jour , et à ne la faire
appercevoir qu'au travers d’une fausse
lueur, ou même d’une épaisse obscurité.
Le R. P. G. auroit pu-temperer quelques
‘termes qui sonnent mal, mais sans doute
il a agi de bonne foi. Il ne fam pas lui
prem’
JANVIE RA.‘ 17332-17
prctcr trop de malice; cela sera échappe’ à
son attention, et il n’aura pas manqué de
se condamner le remier là-dessus.
Bien difierent e vous , Madame ,le R.‘
P. trouve les Dialogues du Spectacle de la
nature froids et languissanrs 5 la raison
qu’il‘cn donne, c'est que les Interlocu
teurs ne lui plaisent pas , parce qu’ils lui
sont inconnus. Il voudroit qu'au lieu de
ceux-ci , on eut fait parler un Dcscartes ,
un Rohault, un P. Malebranchc, 85e. Il
veut prouver son sentiment par l’exem
pie du Poëme Dramatique, et il seroit d'a
vis que, comme dans celui-ci , on n’in-‘
troduisit dans le Dialogue que des homà
mes célebres Je serois tenté de croire que
le R.. P. G. ne cormoît pas bien la nature
ni du Dialogue ni du Poëme Dramatique.‘
Il est vrai qu’on ne perd rien à ignorer
celui-ci et qu’un bon Religieux n’en doit
prepdreconnoissanccqueäpour être mieux
en etat de faire senrirJe anger des SPCC!
taeles. Mais il fandroit être plus circons
pect sur ce qu'on avance. Comparer le
Dialogue au PoëmeDramatique , des:
comparer un sim le appartement à un
grand Palais‘, et ire qu’on_ peut se for
mer la même idée de cet Appartement
que de tout le Palais cl’ont il n’esr qu’une
très-petite partie: sur ce pied un Palais
‘ CI
O
'23 MER CURE DE FRANCE
en contiendroit une centaine d’aurres ,
comme un Poëme Dramatique renferme
roqir en luièmême trente ou quarante au
tres Poëmes Dramatiques , puisque toutes
les Scenes sont presque toujours autant '
de Dialogues, il est inutile dînsisrer sur:
le faux de cette comparaison , il se fait
assez sentir de lui même. Je remarquerai
seulement que les Dialogues sont suscepÂ
Iibles du grand et du merveilleux; ce
pendant le R. P. G. semblene mettre de
difïerence entre les Pièces de Thèarrè et
l'es Dialogues qu’en ce que lcs sujets de
ceux cl sont plus paisibles et plus rran-.
quilès que ceux quioccupenr no‘; Thèarres.
Il cuOEsoit du témoignage et de Pexem
le de Ciccrompour‘ llcur moyen dïnrerespsreroulveesrleqcuteeulres mdeainls
un Dialogue èroit de nefaire parler que
de ‘grands hommes qui se fussent rendus
fameux dans les Sciences sur lesquelles on
veut discourir. Le R. P. G. auroir pu
employer de bonnes raisons pour assurer
son sentiment, plutosr que d’allcr cheræ
cher dans I-Iorace des passages qui ne re
äardentque les Pièces de Théarre. Je veux
ien pour un moment qu’il n'y air point
de diflërence ( quant au fond) entre le
Poëme Dramatique et: le Dialogue. Alors
si des Pièces de Thèarre ont eu un grand
succès
JANVIE RJ17”. 2’
"succès , quoique le fonds et les personna
ges soient de pures fictions, il faut con
venir que des Dialogues dont le sujet est
important , mais dont les interlocuteurs
«sont imaginez , peuvent et avec plus de.
raison que ces Pieces , être du goût des
Sçavans. Or presque toutes les Coméq
dies n’ont d’autre fonds que la fiction
et d'autres personnages que des noms en
l'ait. .
Je ne veux pour preuve de ceci ue
les Comedies de Terence; elles ont ait
tadmiration de tous les siecles et sont en
core aujourdbui les délices des amateurs
des Belles-Lettres. Cependant comment
connoîtuon les personnages qui y jouent
leurs rôles? quel est leur Pays ‘.7 quelles
sont leurs grandes actions P ou dira-fion
que ces Pieccs si parfaites, ne sont pas
es Poëmes Dramatiques?
Le précepte d’Horace de nîmroduire
sur la Scene que des Heros connus , ne re-u.
garde que le Tragique. Encore ce Poëre ne‘
dit-il pas qu’on ne puisse passer outre,
et la manierc dont il le propose est plu
_tôt un conseil qu'une reglc dont la pra.
tique soit absolument necessaire. Ccst ce
pendant â la Comedie plutôt qug 1a T,"
êdie , que le R. P, G. compare le Dia-ç
Îogue. Pourquoi donc citer Horaçe O _
. » n
3e MERCURE DE FRANCE
Ou accordera que le Dialogue feroit
Plus d’impression sur l’esprit des Lec
teurs si on n’y faisoit parler que des
rands hommes. Mais quoi 2 ne tiendra
‘t’il ’à l l l b h d ï
qu eut mettre (ans a ouc e es
discours qu’ils ont peut-être bien tenus
à quelques Particuliers , mais qui ne sont
peut-être jamais entrez ni dans leurs con
versations ni dans leurs disputes? Qïon
ne s’y trompe pas , les Dialogues de Ci
ceron ne sont pas tout-Êt-fait de l’ima
gination de ce sçavant Orateur; il n’a.a
fait dire à ses Interlocuteurs que ce qu’ils
avoienr dit entre eux 5 il est vrai qu'il a
poli leurs discours et que même il y a mis
du sien ; mais le fond est réel 3 ce qui est
nécessaire pour conserver la vrai-sem
blance. .
On peut dire la même chose de Platon.
Ces deux Auteûrs qu’en peut regarder
comme les plus sages et les plus éclairez
de PAntiquitÉ Payenne, nous ont laissé"
dans leurs Dialogues des Chefs-d'oeuvres
de l’Art. Mais ils ne sont faits que pour
"des hommes dont le jugement est formé.
Ces Dialogues s, tout beaux qu’ils sont ,
_ne pourroient, entre les mains de jeu;
nes gens , que leur causer du dégoût et
de l'ennui; tandis que je suis persuadé
que l'es‘ Entretiens ‘du Spectacle de la N44
‘ mm
J V Ï E R. I73;. 31;
mm les charmeront et ne les lasserone
iamais. Cependant les Interlocuteurs de
ces derniers sont deo personnages ima
ginez et ceux des autres sont des homo.
.mes de la plus haute réputation. Et qui
de ce catactere le R. P. G. auroit-il voulu
qu’on fit parler dans les Dialogues du
Spectacle de la Nature? M" Descartes ,
Gassendi , Rohault, Régis , «Sec? C’eûc
été sans doute un plaisant spectacle de
voir ces esprits sublimes , tout pleins de
‘grands objets qu’ils venoient de méditer,
en‘ venir tout d’un coup aux prises les
uns apec les autres sur un Insecte , un
Coquillage , un Poisson , un Oiseau , ôcc.‘
Voilà cependantce qui auroir été du goût
du R. P. Ne pourrdit-on pas lui deman
der s’il y a bien pensé ?
De plus , que fairedire 5. ces grandi
hommes sur des matieres ausquelles ils
ne se sont peut-être jamais arrêtés. Ou il
eût fallu les faire parler en Philosophes,
et‘ alors les jeunes gens pour qui prin
cipalempnt l’Ouvrage dont il s'agir a été
compose,.n’y ourroienratteindre; ou il
eût fallu les aire entrer clairs un Petit
détail de choses qui ne pouvoient être
nouvelles ni aux uns ni aux autres, ce
qui‘ ne seroit plus soutenir leurs carac
teres. Pourquoi le R. P. G. voudroit-il
a {IONS
‘g: MERCURE DE FRANCE
nous persuader qu’un jeune homme â la
{leur de son âge , soit inca able de Par
tention qu’il faut apporter a des Confeq
rences reglées, sur tout lorsque la ma
tiere qu’on y traite est curieuse , agréable
et‘ interessante i‘ Il n’est que trop vrai ;
les jeunes gens de condition sont pou:
‘la plupart ennemis de toute application
d'esprit à ce qui regarde la Religion e:
les Belles-Lettres, et c’est ce qu'on ne
peut trop déplorer. Mais aussi n’y a t’il
pas toûjours de ces heureux génies qui
se portent au bien dès leur jeunesse , _el:
qui saisissent avidement tout ce qu’ils
çroyent pouvoir contribuer à les‘ rendre
meilleurs? ne peut-on pas en supposer
cun pareil? ' v
Je ne sçai ce qui peut faire paroîtrc
méprlsables au R. P. les petits traits de
morale ré andus dans les Entretiens dont
il s’agit. c prétendu defiaut qu’on re
proche encore à un homme recomman
dable par sa pieté et par sa science , s'é
Vanoüitoit bien-tôt; si on pensoit une
bonne fois ue c’est pour jeunesse quclil écrigaussi-bl’iiennsqtruuectli’oAnudteeulra
du Spectacle d: la Nature. Les jeunes gens
font rarement refléxion sur ce qu'ils lisent,
ce qui fait qu’ils ne retirent aucun fruit de
routes leurs lecturesll est donc important
de
, JANVIER. 1733.‘ 5;!
de les accoûtumer de bonne heure à peu;
9er et à tirer d’utilcs leçons de tout ce
qui‘ passe devant leurs yeux. Je veux
bien que dans une Histoire composée
pourjdes Sçavans , on se d_ispense de met.
tre des Refléxions morales un peu éten
duës; mais on ne doit pas blâmer ceux
qui ppur Putilité des jeunes gens, ju,
genra propos d’en ‘user autrement. Si
tant de personnes s’élev_cnt contre cette
pratique-fil faut en convenir, des: que lfa.
mour propre n’y trouve pas son compte.
Une verité qu’on lui montre au doigt, lui
déplaît; il voudroit toujours avoir la satis
factionde l’appercevoir le premienCcst de
tous les ‘vices le plus dominant dans l’hom-,
me et le’ plus injurieux àlaMajesté divine;
dedesr cependant- celui qu’on‘ fomente
avec le plus d’ardeur , au lieu de tâcher
de le réprimer. Il est triste quede nos‘
jours on veüille en faire l’ame de l’ins
nruçriorndes Enfans. Grandinconvenieqt
que "des personnes sensées ont remarqué
ansAun‘ nouveausystême , qui d’ailleurs'
paropxtexcellent. . » ,_ .
_ lînfin le Portrait dt} ŸAne que le R.P.G;
a voulu tourneren ridicule , paroît tel
détache de ce qui précede et de ce qui
\5UlÎ. u’o_n le lise dans le Livrp même
e}: qufpn 1e liscisans préjugé , on n’y dé
couvrira
'54. MERCURE DE FRANCE
couvrira qu’un simple badinage , qugâ
la verité , auroir mieux convenu dansla.
bouche d’un Candidat de Réthorique.
' J ‘ai Fhbnneur d’être , Madame, ôcc.
Le x9 Dccembn 1732.
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Résumé : LETTRE écrite à une Dame de Province, au sujet de la Critique du Spectacle de la Nature, par le R. P. G. Minime, inserée dans le Mercure de France du mois de Novembre dernier.
La lettre de L E TTR, publiée dans le Mercure de France de novembre 1752, examine la critique du 'Spectacle de la Nature' par le Père G. Minime. L'auteur note que cet ouvrage suscite des avis variés, tant en province qu'à Paris, et reconnaît ses mérites malgré les critiques. Il souligne que le livre offre un véritable profit à l'étude, au-delà des simples beautés linguistiques. L'auteur critique sévèrement la lettre du Père G. Minime, la qualifiant d'équivoque et malveillante, et regrette que l'auteur du 'Spectacle de la Nature' ne réponde pas aux critiques. Il insiste sur la nécessité de prendre en compte et de réfuter les critiques sans aigreur. L'auteur conteste également les comparaisons établies par le Père G. Minime entre le dialogue et le poème dramatique, défendant la pertinence des interlocuteurs imaginaires dans les dialogues. Il conclut en soulignant l'importance de la morale et de l'éducation des jeunes gens à travers des lectures appropriées. Par ailleurs, le texte aborde la pratique des réflexions morales dans l'écriture de l'histoire. Il reconnaît que, bien que les historiens puissent éviter ces réflexions dans des œuvres destinées à des savants, d'autres souhaitent les inclure pour l'utilité des jeunes gens. Cette pratique est critiquée, notamment parce qu'elle heurte l'amour-propre, un vice dominant et injurieux à la majesté divine, souvent encouragé plutôt que réprimé. L'auteur exprime sa tristesse face à l'intégration de ce vice dans l'éducation des enfants, soulignant un inconvénient remarqué par des personnes sensées. Le texte mentionne également un portrait ridicule d'une jeune fille, présenté comme un simple badinage plutôt qu'une critique sérieuse. La lettre se termine par l'expression de l'honneur de l'auteur à être au service de Madame, datée du 19 décembre 1732.
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