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1
s. p.
LE TRAVAIL. ODE.
Début :
Travail, qui sous un front sévére, [...]
Mots clefs :
Travail, Délivrance, Libre, Divinité, Héros, Repos, Patrie
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texteReconnaissance textuelle : LE TRAVAIL. ODE.
LE TRAVAIL.
O D E.
Ravail , qui sous un front sévére ;
Es un puissant consolateur ;
En qui les Vertus ont un pere
Et les vices un destructeur,
Ferme soûtien des Républiques ,
Auteur de succès héroïques ,
Et dans la Guerre et dans la Paix ,
A ij Vien
I.Vol
522 MERCURE DE FRANCE
Vien polir toi-même l'image
Où ma main qui te rend hommage
Veut faire admirer tes attraits.
Ata noble perséverance
Les Dieux accordent leurs présens,
L'Homme te doit sa délivrance
De mille et mille maux cuisans.
En fruits aussi charmans qu'utiles
Les champs par ton moyenfertiles
Le sont pour combler ses desirs ?
Il vit libre sous ton Empire ,
Et de ta rigueur même il tire
L'abondance et les vrais plaisirs,
Si dans le crédit , la richesse ,
Il trouve du contentement
>
Bien souvent ce n'est qu'une yvresse
Qui se dissipe en un moment.
Foible , malgré sa vaine audace ,
Son cœur à la moindre disgrace
Par eux n'est point superieur ;
Et ces éclatantes chimeres
N'étouffent point de ses miseres
Le sentiment interieur.
1.Vol.
To
DECEMBRE 1732 2523
Toi seul , qui du Fer et des Roches
Sçais surmonter la dureté ,
Noble travail , tu te raproches
Du sort de la Divinité.
Toi seul as merité des Temples
A ces Heros dont les exemples
Feront honte à quiconque croit ,
Que la grandeur et l'opulence
De nous livrer à l'indolence
Peuvent nous acquerir le droit.
Elle est une source de vices , '
De nécessitez et d'ennuis.
Pour ceux queK ses fausses délices
Ont malheureusement séduits.
Des maux,fils de cette perfide ,
Chaque jour , la troupe homicide
Avance le coup d'Atropos ;
Et c'est elle qui dans nos ames
Allumant les desirs infames ,
En bannit l'innocent repos.
Oui , de ses délices fatales
Naissent pour nous couvrir d'affronts ,
Les crimes des Sardanapales ,
Des Ægystes et des Nerons.
Sur le bord des plus noirs abîmes
I. Vol.
A iij Elle
7514 232 MERCURE DE FRANCE
Elle endort ses lâches victimes,
Dignes d'un éternel mépris..
Vile Circé , son charme étrange
En Tirans haïssables change
Des Princes autrefois chéris.
Rappelons-nous l'impure vie ,
Par qui , bravant toutes les loix ,
L'éxécrable fils de Livie
Obscurcit ses premiers exploits.
Tibere en vain par sa vaillance
S'acquit d'abord la bienveillance
Et des étrangers et des siens ;
'Au changement qu'il fit paroître ,
Tous cesserent de reconnoître
Le vainqueur des Illyriens.
La gloire que vos cœurs souhaitent ,
Humains, est un bien qui n'est dû
Qu'aux grands courages, qui l'achetent
Au prix d'un travail assidu ;
Plus rare en effet , plus celébre
Que l'or qu'en ses eaux roule l'Ebre ,
Elle est bien digne de vos vœux ;
Des Heros elle est le partage ,
Et c'est le plus riche héritage
Qu'ils transmettent à leurs Neveux.
I.Vol
* Mais
DECEMBRE. 1732 2525,
Mais du moyen qui la procure
Souvent vous n'aimez que le nom :
Et vous vivez comme Epicure ,
En raisonnant comme Zenon ;
Fertiles en projets sublimes
En vain semblez-vous magnanimes ,
Si , trop prompts à se rebuter ,
Vos cœurs qu'assoupit la mollesse
Ne montrent que de la foiblesse
Quand il s'agit d'éxecuter.
Si content d'éblouir la Terre
Par quelques discours spécieux ,
Alcide n'eut pas fait la guerre
A cent monstres pernicieux ,
Au lieu d'un Heros intrépide
La terre Jadis dans Alcide
N'eut connu qu'un Sophiste vain
Et du méprisable vulgaire
Elle ne distingueroit guére
Cet Homme issu d'un sang divin.
Moins pour vivre dans les Histoires
Que pour secourir les Mortels
Il gagna d'illustres Victoires ;
Ils lui dresserent des Autels.
Sa vertu portée à détruire
I. Vol.
-Tout A iiij
2526 MERCURE DE FRANCE
Tout monstre qui pouvoit leur nuire
Se déclara par des effets ;
Et parcourant la Terre et l'Onde ,
Elle laissa dans tout le monde
Des Monumens de ses bienfaits.
Vous , qu'à l'abri de l'indigence
La Fortune semble avoir mis ,
Et qui pour vous pleins d'indulgence
Vous croyez tous plaisirs permis ,
Domtez un penchant détestable
Et par un travail profitable
Vous rendant dignes d'être heureux ;
Au Prince , au Peuple , à la Patrie ,
De vos soins , de votre industrie
Prêtez les secours généreux.
Et vous , sur qui les destinées
Ont éxercé plus de rigueur ,
De vos florissantes années
Mettez à profit la vigueur.
Songez que les remords d'Oreste ,
De Tantale l'état funeste ,
D'Irus la triste pauvreté ,
Sont l'image du sort tragique
Qu'à son esclave létargique ,
Ourdit sans fin l'oisiveté.
I. Vo
O D E.
Ravail , qui sous un front sévére ;
Es un puissant consolateur ;
En qui les Vertus ont un pere
Et les vices un destructeur,
Ferme soûtien des Républiques ,
Auteur de succès héroïques ,
Et dans la Guerre et dans la Paix ,
A ij Vien
I.Vol
522 MERCURE DE FRANCE
Vien polir toi-même l'image
Où ma main qui te rend hommage
Veut faire admirer tes attraits.
Ata noble perséverance
Les Dieux accordent leurs présens,
L'Homme te doit sa délivrance
De mille et mille maux cuisans.
En fruits aussi charmans qu'utiles
Les champs par ton moyenfertiles
Le sont pour combler ses desirs ?
Il vit libre sous ton Empire ,
Et de ta rigueur même il tire
L'abondance et les vrais plaisirs,
Si dans le crédit , la richesse ,
Il trouve du contentement
>
Bien souvent ce n'est qu'une yvresse
Qui se dissipe en un moment.
Foible , malgré sa vaine audace ,
Son cœur à la moindre disgrace
Par eux n'est point superieur ;
Et ces éclatantes chimeres
N'étouffent point de ses miseres
Le sentiment interieur.
1.Vol.
To
DECEMBRE 1732 2523
Toi seul , qui du Fer et des Roches
Sçais surmonter la dureté ,
Noble travail , tu te raproches
Du sort de la Divinité.
Toi seul as merité des Temples
A ces Heros dont les exemples
Feront honte à quiconque croit ,
Que la grandeur et l'opulence
De nous livrer à l'indolence
Peuvent nous acquerir le droit.
Elle est une source de vices , '
De nécessitez et d'ennuis.
Pour ceux queK ses fausses délices
Ont malheureusement séduits.
Des maux,fils de cette perfide ,
Chaque jour , la troupe homicide
Avance le coup d'Atropos ;
Et c'est elle qui dans nos ames
Allumant les desirs infames ,
En bannit l'innocent repos.
Oui , de ses délices fatales
Naissent pour nous couvrir d'affronts ,
Les crimes des Sardanapales ,
Des Ægystes et des Nerons.
Sur le bord des plus noirs abîmes
I. Vol.
A iij Elle
7514 232 MERCURE DE FRANCE
Elle endort ses lâches victimes,
Dignes d'un éternel mépris..
Vile Circé , son charme étrange
En Tirans haïssables change
Des Princes autrefois chéris.
Rappelons-nous l'impure vie ,
Par qui , bravant toutes les loix ,
L'éxécrable fils de Livie
Obscurcit ses premiers exploits.
Tibere en vain par sa vaillance
S'acquit d'abord la bienveillance
Et des étrangers et des siens ;
'Au changement qu'il fit paroître ,
Tous cesserent de reconnoître
Le vainqueur des Illyriens.
La gloire que vos cœurs souhaitent ,
Humains, est un bien qui n'est dû
Qu'aux grands courages, qui l'achetent
Au prix d'un travail assidu ;
Plus rare en effet , plus celébre
Que l'or qu'en ses eaux roule l'Ebre ,
Elle est bien digne de vos vœux ;
Des Heros elle est le partage ,
Et c'est le plus riche héritage
Qu'ils transmettent à leurs Neveux.
I.Vol
* Mais
DECEMBRE. 1732 2525,
Mais du moyen qui la procure
Souvent vous n'aimez que le nom :
Et vous vivez comme Epicure ,
En raisonnant comme Zenon ;
Fertiles en projets sublimes
En vain semblez-vous magnanimes ,
Si , trop prompts à se rebuter ,
Vos cœurs qu'assoupit la mollesse
Ne montrent que de la foiblesse
Quand il s'agit d'éxecuter.
Si content d'éblouir la Terre
Par quelques discours spécieux ,
Alcide n'eut pas fait la guerre
A cent monstres pernicieux ,
Au lieu d'un Heros intrépide
La terre Jadis dans Alcide
N'eut connu qu'un Sophiste vain
Et du méprisable vulgaire
Elle ne distingueroit guére
Cet Homme issu d'un sang divin.
Moins pour vivre dans les Histoires
Que pour secourir les Mortels
Il gagna d'illustres Victoires ;
Ils lui dresserent des Autels.
Sa vertu portée à détruire
I. Vol.
-Tout A iiij
2526 MERCURE DE FRANCE
Tout monstre qui pouvoit leur nuire
Se déclara par des effets ;
Et parcourant la Terre et l'Onde ,
Elle laissa dans tout le monde
Des Monumens de ses bienfaits.
Vous , qu'à l'abri de l'indigence
La Fortune semble avoir mis ,
Et qui pour vous pleins d'indulgence
Vous croyez tous plaisirs permis ,
Domtez un penchant détestable
Et par un travail profitable
Vous rendant dignes d'être heureux ;
Au Prince , au Peuple , à la Patrie ,
De vos soins , de votre industrie
Prêtez les secours généreux.
Et vous , sur qui les destinées
Ont éxercé plus de rigueur ,
De vos florissantes années
Mettez à profit la vigueur.
Songez que les remords d'Oreste ,
De Tantale l'état funeste ,
D'Irus la triste pauvreté ,
Sont l'image du sort tragique
Qu'à son esclave létargique ,
Ourdit sans fin l'oisiveté.
I. Vo
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Résumé : LE TRAVAIL. ODE.
Le poème 'Le Travail', publié dans le Mercure de France en décembre 1732, célèbre les vertus du travail, le présentant comme un puissant consolateur et un destructeur des vices. Le travail est décrit comme un soutien essentiel des républiques et comme l'auteur de succès héroïques, tant en temps de guerre qu'en temps de paix. Il permet de polir l'image du travail et de rendre hommage à ses attraits. Les dieux récompensent la noble persévérance, et l'homme doit au travail sa délivrance de nombreux maux. Les champs, fertilisés par le travail, comblent les désirs humains, offrant liberté et abondance. Cependant, la richesse et le crédit peuvent être éphémères et trompeurs, souvent sources de vices et d'ennuis. Le travail est comparé à une divinité capable de surmonter la dureté du fer et des roches, méritant des temples dédiés aux héros dont les exemples inspirent. La véritable gloire est acquise par un travail assidu et non par l'indolence. Les humains sont souvent attirés par le nom du travail sans en apprécier les efforts réels, vivant comme Épicure tout en raisonnant comme Zénon. Le poème met en garde contre la mollesse et l'incapacité à exécuter les projets, illustrant cela par l'exemple d'Hercule. Il encourage à utiliser la vigueur des jeunes années pour éviter les remords et la pauvreté, soulignant que l'oisiveté mène à un sort tragique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 2527-2545
LES AMES RIVALES, HISTOIRE FABULEUSE.
Début :
Dans une des plus agréables Contrées de l'Inde, est un Royaume nommé [...]
Mots clefs :
Indes, Mallean, Amour, Femmes, Rivalité, Époux, Princesse, Malheurs, Corps, Âme
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texteReconnaissance textuelle : LES AMES RIVALES, HISTOIRE FABULEUSE.
LES AMES RIVALES ,
HISTOIRE FABULEUSE.
Ans une des plus agréables Contrées
de l'Inde , est un Royaume nommé
Mallean , où les femmes ontune autorité
entiere sur les hommes ; dispensatrices
des Loix , l'administration du Gouvernement les regarde seules , tandis que les
hommes enfermez dans le sein des maisons , et livrez à des occupations frivoles ,
ont pour tout avantage la parure , le
plaisir de plaire et d'être prévenus , la tịmidité , la paresse , et pour devoirs , la
solitude , la pudeur et la fidelité.
Ce genre de domination n'a pas tou
jours subsisté chez les Malleanes ; il est
l'ouvrage de l'Amour ; les femmes qui
d'abord ne pouvoient avoir qu'un époux,
acquirent avec adresse le droit d'en aug
menter le nombre , dont elles parvinrent
enfin à ne faire que des esclaves.
Cette superiorité ne les a peut- être pas
rendues plus heureuses , si l'on en croit
le souvenir qu'elles gardent encore du ré1. Vol.
Av gne
2528 MERCURE DE FRANCE
gne de Masulhim , qui fut le plus doux
qu'ayent éprouvé les peuples ; ce Régne
est rapporté dans un des principaux Livres de la Religion des Indiens telles
étoient alors les mœurs.
Dès qu'une fille avoit atteint l'âge de
dix ans , ses parens lui présentoient douze Amans convenables par leur âge et par
leur naissance , et ces Amans passoient une
année auprès d'elle , sans la perdre de vuë
un seul moment ; ce temps révolu , elle
pouvoit choisir un d'entre eux ; ce choix
lui donnoit le titre d'époux , et devenoit
une exclusion pour les onze autres ; elle
étoit libre aussi de ne point aimer , c'està dire , de prendre douze nouveaux
Amans , et de n'avoir point d'époux ;
quelque soin qu'eussent les Amans de
dissimuler leur caractere lorsqu'ils avoient
interêt de le cacher ; une fille pendant le
cours de cette année où ils vivoient avec
elle , avoit tout le tems de le pénétrer ;
ainsi on s'unissoit autant par convenance
que par penchant , eh ! quelle felicité accompagnoit cette union ! Deux époux ne
concevoient pas qu'on pût cesser de s'aimer , et ils s'aimoient toujours. Peut-être
pour garder une fidelité inviolable , ne
faut il que la croire possible?
La Princesse Amassita , fille du Roi
1.Vol. de ༤ ༽
DECEMBRE. 1732. 2529
'de Mallean , étant parvenue à l'âge d'être
mariée , les plus grands Princes de l'Inde .
se disputerent l'honneur d'être du nombre des douze Amans ; elle étoit bien digne de cet empressement ; elle joignoit à
une figure charmante , un certain agrément dans l'esprit et dans le caractere
qui forçoit les femmes les plus vaines à
lui pardonner d'être plus aimable qu'elles. Parmi les illustres concurrens qui furent préferés , Masulhim , Prince de Carnate , et Sikandar , Prince de Balassor , se
distinguerent bien- tôt ; l'un par les graces
avec lesquelles il cherchoit à plaire , et
l'autre par l'impetuosité de sa passion.
à
Cette tendresse très - vive de part et
d'autre ne mit point cependant d'égalité
entre eux aux yeux de la Princesse. Le
Prince de Carnate interessoit le mieux
son cœur , mais elle n'osa d'abord se l'a- .
vouer à elle- même , dans la crainte de ne
pas garder assez séverement l'exterieur
d'indifférence qu'elle devoit marquer
ses Amans jusqu'au jour où elle choisiroit
un époux. Elle regardoit comme un crime les moindres mouvemens qui pouvoient découvrir le fond de son ame :
dans le tableau qu'on se fait de ses devoirs,
peut-être faut- il grossir les objets pour
les appercevoir tels qu'ils sont.
I. Vol. A vj Le
2530 MERCURE DE FRANCE
Le Prince de Carnate étoit dans une ex- .
trême agitation ; la veritable tendresse est
timide; il n'osoit se flater de l'emporter
sur le Prince de Balassor , toujours occupé d'Amassita , il joüissoit du plaisir de
la voir sans cesse par le secours du Dieu
des ames , qui lui avoit accordé le pouvoir de donner l'essor à la sienne ; son
amour lui avoit fait obtenir cette faveur
singuliere. Son ame alloit donc à son gré,
habiter le corps d'une autre personne , ou
se placer dans des plantes , dans des aniet revenoit s'emparer de sa demeure ordinaire. Ainsi dès que la nuit
étoit venuë , l'ame du Prince de Carnate
partoit et s'introduisoit dans l'appartement de la Princesse , dont l'accès étoit
alors interdit à ses Amans; ce secret lui
épargnoit des momens d'absence qui lui
auroient été insupportables , mais il ne
lui donnoit à cet égard aucun avantage
sur son Rival , qui possedoit comme lui
cette merveilleuse liberté d'ame.
maux ,
$
La Princesse ne pût si bien dissimuler
le penchant qu'elle avoit pour le Prince
de Carnate , qu'il ne parût à bien des
marques dont elle ne s'appercevoit point;
c'est l'illusion ordinaire des Amans , ils
croyent que leur secret ne s'est point
échapé , tant qu'ils ne se sont point per
I. Vol. miş
DECEMBRE. 1732. 2537
mis la satisfaction de le trahir ; Masulhim
eut entr'autres cette préference , mais cette idée flateuse s'évanouissoit bien- tôt ;
inquiet dans ce qu'il osoit se promettre ,
il falloit pour être tranquille , un mot de
la bouche de la Princesse ;; eh ! comment
l'obtenir ? Amassita ne voyoit jamais ses
Amans qu'ils ne fussent ensemble , et ne
leur parloit jamais qu'en public , ainsi on
ayoit toujours ses Rivaux pour confidens.
Un jour qu'ils étoient chez la Princesse,
Masulhim imagina un moyen pour avoir
un entretien secret avec elle ; la conversation étoit generale , et rouloit selon la
coûtume ordinaire , sur les charmes d'Amassita : Madame , dit le Prince de Car
nate , n'osant nous flater de vous avoir
plû , nous devons bien craindre de vous.
ennuyer ; vous n'entendez jamais que
des louanges , que des protestations éxagerées peut-être ( ' quoique vous soyez.
charmante et que nous vous aimions de
bonne foi ( vous ne trouvez des prévenances qui ne vous laissent pas un moment le plaisir de désirer ; il est sûr que
si l'un de vos Amans est assez heureux
pour que vous lui sçachiez gré de ce continuel empressement , les onze autres vous
en deviennent plus insupportables , oseque
1. Vola rois
2532 MERCURE DE FRANCE
rois-je vous proposer un arrangement qui
vous sauveroit de ces hommages dont
vous êtes peut-être excedée. Souffrés qu'aujourd'hui tous vos Amans vous entretien
nent avec quelque liberté un quart d'heure seulement ; leur amour n'aura qu'à
s'empresser de se faire connoître , ce quart
d'heure expiré , les sermens , les reproches , les louanges à découvert , enfin
toute cette déclamation ordinaire de la
tendresse ne leur sera plus permise ; il
faudra qu'ils paroissent hors d'interêt dans
tout ce qu'ils vous diront ; ainsi l'enjoüment , l'agrément de l'esprit prendront
la place du sérieux de l'Amour qui en est
toujours l'ennuyeux dans les Amans qui
ne sont point aimés. Mon cœur ne m'a
fait vous proposer cette conduite que parce que si je ne suis pas assez heureux pour
meriter votre foi , ne vous plus parler de
ma tendresse , en est , je croi , la scule
marque qui puisse vous plaire.
La Princesse parut surprise du discours
de Masulhim : votre idée , lui réponditelle , est effectivement très- raisonnable ;
il est vrai que si mon cœur s'étoit déja déterminé , l'Amant vers lequel il pancheroit , se tairoit comme les autres , et
peut-être que son silence me seroit plus
à charge que l'ennui d'entendre ses RiI.Vol.
vaux.
DECEMBRE. 9732 2533
vaux. J'accepte cependant le projet que
votre prudence vous fait imaginer ; je
ne veux pas être moins raisonnable que
vous la Princesse prit un air sérieux en
achevant cette réponse , sans s'appercevoir que ce sérieux alors pouvoit ressembler à un reproche. Amassita commença
dès le même jour cette espéce d'audience ,
à laquelle elle venoit de s'assujettir. Le
tems de la promenade et celui des Jeux
fûrent employés à écouter ses Amans. Les
concurrens du Prince de Carnate eurent
les premiers momens que la Princesse
abrégea souvent d'autorité. Il ne restoit
plus que le Prince de Balassor et lui. SiKandar approcha d'elle avec assez de confiance de n'être point haï. Dans les momens ou par le secours des différentes
métamorphoses qu'il pouvoit prendre , il
entroit dans l'appartement d'Amassita
qui n'étoit alors qu'avec ses femmes ; il
avoit remarqué une réverie , une distraction qui s'emparoit de la Princesse ; il
l'avoit expliquée favorablement pour lui ,
tandis que le Prince de Carnate , sans oser
s'en flater , en avoit tout l'honneur. La
Princesse l'écouta sans jamais lui répon
dre , et le quart d'heure à peine achevé :
Souvenez-vous , lui dit-elle , que c'est la
derniere fois que je dois vous entendre ;
1. Vol * elle
2534 MERCURE DE FRANCE
,
elle fut jointe alors par le Prince de Carnate et les autres Amans observerent
avec inquiétude cette espéce de tête à
tête , qui étoit le dernier qu'Amassita devoit accorder.
Masulhim aborda la Princesse avec un
embarras qui ne lui laissa point appercevoir qu'elle n'avoit pas une contenance
plus assûrée que la sienne : Madame
lui dit- il , à présent je suis au désespoir
de la loi que je vous ai engagée à prescrire ; voici peut-être la derniere fois que
je puis vous dire que je vous aime , que
deviendrai-je si votre choix regarde un
autre que le Prince de Carnate , le plus
tendre de vos Amans ? Alors fixant ses
yeux sur ceux de la Princesse , son trouble en augmenta , et il cessa de parler.
Amassita qui sembloit ne s'occuper que
d'un tapis de fleurs sur lequel ils se promenoient n'étoit rien moins que distraite ; elle ne sentoit plus l'impatience
qu'elle avoit euë de voir finir la conversation avec ses autres Amans ; elle avoit
trouvé dans leurs discours trop d'empressement de paroître amoureux , trop d'envie de plaire. Celui de Masulhim ne lui
parut pas assez tendre ; elle tourna les
yeux sur les siens , sans trop démêler encore ce qu'elle y cherchoit , et voyant
,
1. vol. qu'il
DECEMBRE. 1732 2535.
qu'il gardoit toujours le silence : vous
n'avés qu'un quart d'heure , dit elle ; à
ces mots son embarras augmenta , et elle
resta à son tour quelques momens sans
parler.
Belle Amassita , reprit Masulhim , ch'
pourquoi me faites- vous sentir davantage
le peu qu'il durera ce moment, ce seul
moment où je puis vous parler sans voir
mes odieux Rivaux pour témoins ! Ah !
si j'étois l'Amant que vous préfererés ,
qu'il vous seroit aisé de m'ôter mon incertitude sans que personne au monde
connut mon bonheur ! J'ai obtenu du
Dieu des Ames le pouvoir de disposer de
la mienne , séparée du corps qui la contraint , elle habite chaque nuit votre Palais ; j'étois cette nuit même avec toutes
ces images que vous n'avés regardées que
comme un songe ; j'animois ces génies
qui sous des formes charmantes répandoient des fleurs sur votre tête ; je pas
sois dans ces timbres et dans ces chalu
meaux dont ils formoient des Concerts ,
et je tâchois d'en rendre les sons plus touchans. Ce matin j'étois cet Oyseau à qui
vous n'avez appris que votre nom , et qui
vous a surpris par tout ce qu'il vous a dit
de tendre. Que ces momens me rendent
heureux ! ne pouvant me flater d'être ce
I. Vol. que
536 MERCURE DE FRANCE
>
que vous aimés , j'ai du moins le plaisir
de devenir tout ce qui vous amuse , et je
serai toujours tout ce qui vous environnera , tout ce qui sera attaché à vous pour
toute la vie Quoi ! vous êtes toujours
où je suis , répondit la Princesse ! Oüi
belle Amassità, reprit Masulhim ; ce n'est
que depuis que je vous aime que j'ai ce
pouvoir sur mon ame et je ne veux jamais l'employer que pour vous ; daignés
le partager ce pouvoir si désirable , il ne
dépend que de quelques mots prononcés
songés quel est l'avantage de donner à
son ame la liberté de parcourir l'Univers. Non , interrompit la Princesse , si
j'apprenois ce secret ; je voudrois n'en
faire usageque par vos conseils : mon ame¹
voudroit toujours être suivie de la
vôtre.
A ces mots , Amassita s'apperçut que
son secret s'étoit échapé , mais il ne lui
restoit pas le tems de se le reprocher ; le
quart d'heure étoit déja fini , elle se hâta
d'apprendre les mots consacrés ; elle convint que le soir même pour faire l'épreuve de son nouveau secret , dès que ses
femmes la croiroient endormie , son ame
iroit joindre celle du Prince , et ils choisirent l'Etoile du matin pour le lieu du
rendez-vous. Ils se séparerent ; la PrinI.Vel. cesse
DECEMBREE. 1732. 2537
cesse rentra dans son appartement , et Masulhim retourna à son Palais. Tous deux
ne respiroient que la fin du jour , et ce
jour ne finissoit point , la nuit vint cependant , l'ame du Prince étoit déja partic
bien auparavant : enfin elle vit arriver
celle de la Princesse ; elles se joignirent
au plutôt , elles se confondirent , elles
goûterent cette joye , cette satisfaction
profonde que les Amans qui ne sont pas
assez heureux pour être débarassés de leurs
corps , ne connoissent point. Ces ames li
bres ne furent plus qu'amour pur , que
plaisirs inalterables , chacune appercevoit
toute la tendresse qu'elle faisoit naître , et
c'étoit le bonheur parfait qu'elle portoit
dans l'ame cherie , qui fafsoit tout l'excès
du sien ; elles ne voyoient nulles peines
à prévenir , nulles satisfactions à désirer ,
enfin elles ne faisoient que sentir et qu'être heureuses , et la nuit se passa précipitamment pour elles ; il fallut s'en retourner. La Princesse vouloit avant l'heure ordinaire de son lever , rejoindre son
corps qu'elle avoit laissé dans son lit. Ces
Amans se demanderent et se promirent
un même rendez-vous pour la nuit d'ensuite , et ayant fait la route ensemble , ils
ne se séparerent qu'au moment de retourner à leur habitation,
1.Vol.
On
2538 MERCURE DE FRANCE
On croiroit qu'une union où l'ame
seule agit , est exemte des révolutions qui
persécutent les passions vulgaires , mais
l'amour ne va jamais sans quelque trouble quelle surprise pour l'ame de la
Princesse , lorsque rentrant dans son appartement , elle apperçût son corps déja
éveillé et environné de ses femmes , qui
s'occupoient à le parer. Le Prince de Balassor par le secours d'une Métamorphose
avoit entendu les Amans lorsqu'ils se
donnoient rendez-vous à l'Etoile du matin , et dès l'instant qu'il avoit vû partir
l'ame de la Princesse , il avoit été s'emparer de sa représentation.
Amassita resta embarassée , éperduë à
un point qu'on ne sçauroit exprimer. Elle
n'avoit plus Masulhim pour l'aider de ses
conseils ; elle n'étoit point accoûtumée à
disposer de son ame sans être conduite.
par celle de son Amant , elle resta incertaine, errante , formant mille projets et ne s'arrêtant à aucun.
Il paroît surprenant qu'une ame qui
agissoit librement , ne trouva point d'abord de ressources pour se tirer de
peine ; mais quand les ames sont bien li
vrées à l'Amour , elles négligent si fort
toutes les autres opérations dont elles sont 1. Vel сара-
DECEMBRE. 1732. 2535
Capables , qu'elles ne sçavent plus qu'ai◄
mer.
Masulhim qui ignoroit ses malheurs ;,
vint à l'heure ordinaire chez la Princesse; il avoit cette joye si délicieuse , que les
Amans ont tant de peine à cacher quand
ils commencent d'être heureux. Quel
étonnement pour lui de ne point trouver
dans la Princesse ce caractere de douceur
et de dignité qui lui étoit si naturelle !
son langage et son maintien étoient de
venus méprisans à son égard , et marquoient une coqueterie grossiere pour ses
Rivaux ; car le Prince de Balassor faisoit
malignement agir la fausse Princesse , de
façon à désesperer Masulhim.
Le Prince de Carnate ne pouvoit rien
comprendre à ce changement ,
il ne pouvoit le croire. Sikandar lisoit dans ses
yeux toute sa douleur , et ressentoit autant de joye dans le fond de cette ame
dont il animoit le corps de la Princesse ,
et pour porter à son Rival un coup irrémediable , il fit assembler les Bramines ,
et leur déclara ( paroissant toujours la
Princesse que quoique l'année ne fut
point encore révolue , elle étoit prête
s'ils y consentoient, à déclarer son Epoux;
on applaudit à cette proposition , et la
I.Vol. fausse
2540 MERCURE DE FRANCE
fausse Princesse nomma le Prince de Balass or.
Après cette démarche , si funeste pour
Masulhim et pour Amassita , l'ame de
Sikandar partit , et celle de la Princesse
qui étudioit le moment de rentrer dans
sa propre personne , ne manqua pas de
s'en emparer dès que Sikandar l'eut abang
donnée.
Mais tous les maux que le Prince de
Balassor venoit de causer ne suffisoient
pas à sa fureur , ce n'étoit pas assez pour
lui d'avoir obtenu par une trahison le titre d'Epoux,que son Rival n'auroit voulu recevoir que des mains de l'Amour , il
voulut encore lui ravir le cœur de la Princesse , en semant entr'eux des sujets horribles de jalousie et de haine. Comme il
méditoit ce projet , il apperçût l'ame du
Prince de Carnate qui alloit rejoindre son
corps dont elle s'étoit séparée par inquié
tude. L'ame de Sikandar suivit celle
de Masulhim avec tant de précision ,
qu'elles y entrerent en même tems ; celle
du Prince de Carnate fut au désespoir de
trouver une compagnie si odieuse , mais
comment s'en séparer ? lui abandonner la
place , pouvoit être un parti dangereux.
Ces deux ames resterent ainsi renfermées,
sans avoir de commerce ensemble. Elles
1. Vol. réso
DECEMBRE. 1732. 2548
résolurent de se nuire en tout ce qu'elles
pourroient , par les démarches qu'elles
feroient faire à leur commune machine.
Il n'y avoit qu'une seule opération à laquelle elles pouvoient se porter de concert ; c'étoit de songer à a Princesse , et
de conduire chez elle leur personne. Ces
deux Rivaux se rendirent donc ensemble
au Palais d'Amassita. A peine apperçûtelle Masulhim , qu'elle s'empressa de se
justifier sur le choix qu'elle paroissoit
avoir fait devant ses Etats assemblez. Le
Prince de Carnate attendri par la douleur
de la Princesse , voulut se jetter à ses genoux , mais cette autre ame qui agissoit
en lui de son côté , troubloit toujours les
mouvemens que le Prince de Carnate vouloit exprimer : s'il juroit à la Princesse de
l'aimer toute sa vie,, l'autre ame lui faisoit prendre un ton d'ironie qui sembloit
désavoüer tout ce qu'il pouvoit dire. Ces
dehors offensans qui étoient apperçûs de
la Princesse , la blessoient ; elle faisoit des
reproches à Masulhim. Il en étoit attendri , désesperé , mais dans le moment
qu'il la rassuroit par les discours les plus
tendres , l'ame ennemie lui imprimoit un
air de distraction et de fausseté qui les
rebroüilloient avec plus de colere. Enfin ,
ces deux Amans éprouverent la situaI. Vol. tion
2542 MERCURE DE FRANCE
tion du monde la plus triste et la plus singuliere.
Ce cruel pouvoir de l'ame du Prince de
Balassor mit entre eux la désunion et le
désespoir. Les Malleans étoient extrêmement surpris de voir ces contrastes dans
le Prince de Carnate. Ils ne sçavoient point
encore que dans un Amant l'inégalité et
l'inconstance ne sont que l'ouvrage d'une
ame étrangere qui le fait agir malgré soi ,
et que la veritable reste toujours fidelle.
- Masulhim et Amassita outrément aigris
l'un contre l'autre , Sikandar crut qu'il
n'avoit qu'à reparoître sous sa forme ordinaire. Il se sépara de l'ame de son
Rival c'étoit le jour même où les Malléanes avoient marqué la cerémonie de son union avec la Princesse.
Les Bramines s'assemblerent , et la Fête
fut commencée. Quelle situation pour
Masulhim ! la Princesse toujours irritée
contre lui , toujours livrée à la cruelle erreur que lui avoit causé l'ame de Sikandar , jointe à celle de son Amant , ne son.
gea plus qu'à l'oublier. Elle se laissa parer
du voile de felicité ; c'est ainsi qu'on appelloit les habits de cette cerémonie. On
la conduisit au Temple des deux Epoux
immortels. Le Prince de Balassor mar1. Vol. choit
DECEMBRE. 1737 2548
choit à côté de la Princesse , et Masulhim
qui voyoit son malheur assûré , suivoit ,
confondu dans la foule et noyé dans la
douleur et dans le désespoir. Le Prêtre et
la Prêtresse firent asseoir Amassita , et
placerent à côté d'elle l'indigne Amant
dont elle alloit faire un Epoux. Le trouble
de la Princesse s'augmenta ; un torrent de
larmes vint inonder ses yeux ; elle sentit
au moment de donner sa foi à un autre
qu'à Masulhim , qu'il y avoit encore un
supplice plus grand que de le croise infidele. O Malleanes , dit- elle , soyés touchés du sort de votre Princesse ; il s'agit
du bonheur de sa vie. Elle déclara alors
la trahison de Sikandar , lorsque faisant
parler sa représentation , il s'étoit nommé lui- même pour l'Amant préferé de la
Princesse jugés , ajoûta-t'elle , de l'horreur de ma situation ; si vous me forcés
à être unie avec le Prince de Balassor , je,
vous l'ai avoué : favorisée du Dieu des
ames , j'ai le pouvoir de disposer de la
mienne. Le serment par lequel vous m'attacherés à un Amant que je déteste , ne
lui livrera que ma représentation ; ma
foi , mes desirs , mon ame enfin , en seront séparés à tous les momens de mavie,
Quelle union chez les Malleanes ! je vois
que la seule idée vous en fait frémir. Les
:
I. Vol. B Mal-
2544 MERCURE DE FRANCE
Malleanes firent un cri d'effroi , et d'une
voix unanime releverent la Princesse de
ses engagemens.
"
Enfin , me voilà libre , s'écria- t'elle
helas ! si le Prince de Carnate m'avoit
toujours aimée , que j'aurois été éloignée
de séparer mon cœur de ma main ! in cut
toujours trouvé en moi mon ame toute
entiere. A ces mots Masulhim se jetta aux
pieds de la Princesse , qui ne lui donna
pas le tems de parler. Elle sentit dans le
fond de son cœur toute l'innocence de son
Amant. Elle le déclara son Epoux , elle le
répeta plusieurs fois , de crainte de n'être
pas assez liée par les sermens ordinaires.
Masulhim fut prêt d'expirer de joye et
d'amour.
Le désespoir de Sikandar fut égal au
bonheur de ces deux Amans. Il alla cacher sa honteet sa fureur dans le sein d'une étoile funeste de laquelle son ame étoit
émanée. Sa fuite ne rassûra pas entierement les deux Epoux ; et pour prévenir
les entreprises qu'il pouvoir faire contre
eux par le secours de ses Métamorphoses,
ils convinrent que leurs ames ne quitte
roient jamais leurs corps. Ils aimerent
mieux perdre de leur bonheur et de leur:
amour qui étoit cent fois plus parfait lorsqu'il n'étoit causé que par les purs mouI.Vok vemens
DECEMBRE. 1732 2345
vemens de leurs ames ; et ce dernier exemple a été le seul imité. On a perdu dans
le monde l'idée de leur premiere tendresse , les Amans ne sont plus assez heureux
pour sentir que leur vrai bonheur consiste dans la seule union des ames.
HISTOIRE FABULEUSE.
Ans une des plus agréables Contrées
de l'Inde , est un Royaume nommé
Mallean , où les femmes ontune autorité
entiere sur les hommes ; dispensatrices
des Loix , l'administration du Gouvernement les regarde seules , tandis que les
hommes enfermez dans le sein des maisons , et livrez à des occupations frivoles ,
ont pour tout avantage la parure , le
plaisir de plaire et d'être prévenus , la tịmidité , la paresse , et pour devoirs , la
solitude , la pudeur et la fidelité.
Ce genre de domination n'a pas tou
jours subsisté chez les Malleanes ; il est
l'ouvrage de l'Amour ; les femmes qui
d'abord ne pouvoient avoir qu'un époux,
acquirent avec adresse le droit d'en aug
menter le nombre , dont elles parvinrent
enfin à ne faire que des esclaves.
Cette superiorité ne les a peut- être pas
rendues plus heureuses , si l'on en croit
le souvenir qu'elles gardent encore du ré1. Vol.
Av gne
2528 MERCURE DE FRANCE
gne de Masulhim , qui fut le plus doux
qu'ayent éprouvé les peuples ; ce Régne
est rapporté dans un des principaux Livres de la Religion des Indiens telles
étoient alors les mœurs.
Dès qu'une fille avoit atteint l'âge de
dix ans , ses parens lui présentoient douze Amans convenables par leur âge et par
leur naissance , et ces Amans passoient une
année auprès d'elle , sans la perdre de vuë
un seul moment ; ce temps révolu , elle
pouvoit choisir un d'entre eux ; ce choix
lui donnoit le titre d'époux , et devenoit
une exclusion pour les onze autres ; elle
étoit libre aussi de ne point aimer , c'està dire , de prendre douze nouveaux
Amans , et de n'avoir point d'époux ;
quelque soin qu'eussent les Amans de
dissimuler leur caractere lorsqu'ils avoient
interêt de le cacher ; une fille pendant le
cours de cette année où ils vivoient avec
elle , avoit tout le tems de le pénétrer ;
ainsi on s'unissoit autant par convenance
que par penchant , eh ! quelle felicité accompagnoit cette union ! Deux époux ne
concevoient pas qu'on pût cesser de s'aimer , et ils s'aimoient toujours. Peut-être
pour garder une fidelité inviolable , ne
faut il que la croire possible?
La Princesse Amassita , fille du Roi
1.Vol. de ༤ ༽
DECEMBRE. 1732. 2529
'de Mallean , étant parvenue à l'âge d'être
mariée , les plus grands Princes de l'Inde .
se disputerent l'honneur d'être du nombre des douze Amans ; elle étoit bien digne de cet empressement ; elle joignoit à
une figure charmante , un certain agrément dans l'esprit et dans le caractere
qui forçoit les femmes les plus vaines à
lui pardonner d'être plus aimable qu'elles. Parmi les illustres concurrens qui furent préferés , Masulhim , Prince de Carnate , et Sikandar , Prince de Balassor , se
distinguerent bien- tôt ; l'un par les graces
avec lesquelles il cherchoit à plaire , et
l'autre par l'impetuosité de sa passion.
à
Cette tendresse très - vive de part et
d'autre ne mit point cependant d'égalité
entre eux aux yeux de la Princesse. Le
Prince de Carnate interessoit le mieux
son cœur , mais elle n'osa d'abord se l'a- .
vouer à elle- même , dans la crainte de ne
pas garder assez séverement l'exterieur
d'indifférence qu'elle devoit marquer
ses Amans jusqu'au jour où elle choisiroit
un époux. Elle regardoit comme un crime les moindres mouvemens qui pouvoient découvrir le fond de son ame :
dans le tableau qu'on se fait de ses devoirs,
peut-être faut- il grossir les objets pour
les appercevoir tels qu'ils sont.
I. Vol. A vj Le
2530 MERCURE DE FRANCE
Le Prince de Carnate étoit dans une ex- .
trême agitation ; la veritable tendresse est
timide; il n'osoit se flater de l'emporter
sur le Prince de Balassor , toujours occupé d'Amassita , il joüissoit du plaisir de
la voir sans cesse par le secours du Dieu
des ames , qui lui avoit accordé le pouvoir de donner l'essor à la sienne ; son
amour lui avoit fait obtenir cette faveur
singuliere. Son ame alloit donc à son gré,
habiter le corps d'une autre personne , ou
se placer dans des plantes , dans des aniet revenoit s'emparer de sa demeure ordinaire. Ainsi dès que la nuit
étoit venuë , l'ame du Prince de Carnate
partoit et s'introduisoit dans l'appartement de la Princesse , dont l'accès étoit
alors interdit à ses Amans; ce secret lui
épargnoit des momens d'absence qui lui
auroient été insupportables , mais il ne
lui donnoit à cet égard aucun avantage
sur son Rival , qui possedoit comme lui
cette merveilleuse liberté d'ame.
maux ,
$
La Princesse ne pût si bien dissimuler
le penchant qu'elle avoit pour le Prince
de Carnate , qu'il ne parût à bien des
marques dont elle ne s'appercevoit point;
c'est l'illusion ordinaire des Amans , ils
croyent que leur secret ne s'est point
échapé , tant qu'ils ne se sont point per
I. Vol. miş
DECEMBRE. 1732. 2537
mis la satisfaction de le trahir ; Masulhim
eut entr'autres cette préference , mais cette idée flateuse s'évanouissoit bien- tôt ;
inquiet dans ce qu'il osoit se promettre ,
il falloit pour être tranquille , un mot de
la bouche de la Princesse ;; eh ! comment
l'obtenir ? Amassita ne voyoit jamais ses
Amans qu'ils ne fussent ensemble , et ne
leur parloit jamais qu'en public , ainsi on
ayoit toujours ses Rivaux pour confidens.
Un jour qu'ils étoient chez la Princesse,
Masulhim imagina un moyen pour avoir
un entretien secret avec elle ; la conversation étoit generale , et rouloit selon la
coûtume ordinaire , sur les charmes d'Amassita : Madame , dit le Prince de Car
nate , n'osant nous flater de vous avoir
plû , nous devons bien craindre de vous.
ennuyer ; vous n'entendez jamais que
des louanges , que des protestations éxagerées peut-être ( ' quoique vous soyez.
charmante et que nous vous aimions de
bonne foi ( vous ne trouvez des prévenances qui ne vous laissent pas un moment le plaisir de désirer ; il est sûr que
si l'un de vos Amans est assez heureux
pour que vous lui sçachiez gré de ce continuel empressement , les onze autres vous
en deviennent plus insupportables , oseque
1. Vola rois
2532 MERCURE DE FRANCE
rois-je vous proposer un arrangement qui
vous sauveroit de ces hommages dont
vous êtes peut-être excedée. Souffrés qu'aujourd'hui tous vos Amans vous entretien
nent avec quelque liberté un quart d'heure seulement ; leur amour n'aura qu'à
s'empresser de se faire connoître , ce quart
d'heure expiré , les sermens , les reproches , les louanges à découvert , enfin
toute cette déclamation ordinaire de la
tendresse ne leur sera plus permise ; il
faudra qu'ils paroissent hors d'interêt dans
tout ce qu'ils vous diront ; ainsi l'enjoüment , l'agrément de l'esprit prendront
la place du sérieux de l'Amour qui en est
toujours l'ennuyeux dans les Amans qui
ne sont point aimés. Mon cœur ne m'a
fait vous proposer cette conduite que parce que si je ne suis pas assez heureux pour
meriter votre foi , ne vous plus parler de
ma tendresse , en est , je croi , la scule
marque qui puisse vous plaire.
La Princesse parut surprise du discours
de Masulhim : votre idée , lui réponditelle , est effectivement très- raisonnable ;
il est vrai que si mon cœur s'étoit déja déterminé , l'Amant vers lequel il pancheroit , se tairoit comme les autres , et
peut-être que son silence me seroit plus
à charge que l'ennui d'entendre ses RiI.Vol.
vaux.
DECEMBRE. 9732 2533
vaux. J'accepte cependant le projet que
votre prudence vous fait imaginer ; je
ne veux pas être moins raisonnable que
vous la Princesse prit un air sérieux en
achevant cette réponse , sans s'appercevoir que ce sérieux alors pouvoit ressembler à un reproche. Amassita commença
dès le même jour cette espéce d'audience ,
à laquelle elle venoit de s'assujettir. Le
tems de la promenade et celui des Jeux
fûrent employés à écouter ses Amans. Les
concurrens du Prince de Carnate eurent
les premiers momens que la Princesse
abrégea souvent d'autorité. Il ne restoit
plus que le Prince de Balassor et lui. SiKandar approcha d'elle avec assez de confiance de n'être point haï. Dans les momens ou par le secours des différentes
métamorphoses qu'il pouvoit prendre , il
entroit dans l'appartement d'Amassita
qui n'étoit alors qu'avec ses femmes ; il
avoit remarqué une réverie , une distraction qui s'emparoit de la Princesse ; il
l'avoit expliquée favorablement pour lui ,
tandis que le Prince de Carnate , sans oser
s'en flater , en avoit tout l'honneur. La
Princesse l'écouta sans jamais lui répon
dre , et le quart d'heure à peine achevé :
Souvenez-vous , lui dit-elle , que c'est la
derniere fois que je dois vous entendre ;
1. Vol * elle
2534 MERCURE DE FRANCE
,
elle fut jointe alors par le Prince de Carnate et les autres Amans observerent
avec inquiétude cette espéce de tête à
tête , qui étoit le dernier qu'Amassita devoit accorder.
Masulhim aborda la Princesse avec un
embarras qui ne lui laissa point appercevoir qu'elle n'avoit pas une contenance
plus assûrée que la sienne : Madame
lui dit- il , à présent je suis au désespoir
de la loi que je vous ai engagée à prescrire ; voici peut-être la derniere fois que
je puis vous dire que je vous aime , que
deviendrai-je si votre choix regarde un
autre que le Prince de Carnate , le plus
tendre de vos Amans ? Alors fixant ses
yeux sur ceux de la Princesse , son trouble en augmenta , et il cessa de parler.
Amassita qui sembloit ne s'occuper que
d'un tapis de fleurs sur lequel ils se promenoient n'étoit rien moins que distraite ; elle ne sentoit plus l'impatience
qu'elle avoit euë de voir finir la conversation avec ses autres Amans ; elle avoit
trouvé dans leurs discours trop d'empressement de paroître amoureux , trop d'envie de plaire. Celui de Masulhim ne lui
parut pas assez tendre ; elle tourna les
yeux sur les siens , sans trop démêler encore ce qu'elle y cherchoit , et voyant
,
1. vol. qu'il
DECEMBRE. 1732 2535.
qu'il gardoit toujours le silence : vous
n'avés qu'un quart d'heure , dit elle ; à
ces mots son embarras augmenta , et elle
resta à son tour quelques momens sans
parler.
Belle Amassita , reprit Masulhim , ch'
pourquoi me faites- vous sentir davantage
le peu qu'il durera ce moment, ce seul
moment où je puis vous parler sans voir
mes odieux Rivaux pour témoins ! Ah !
si j'étois l'Amant que vous préfererés ,
qu'il vous seroit aisé de m'ôter mon incertitude sans que personne au monde
connut mon bonheur ! J'ai obtenu du
Dieu des Ames le pouvoir de disposer de
la mienne , séparée du corps qui la contraint , elle habite chaque nuit votre Palais ; j'étois cette nuit même avec toutes
ces images que vous n'avés regardées que
comme un songe ; j'animois ces génies
qui sous des formes charmantes répandoient des fleurs sur votre tête ; je pas
sois dans ces timbres et dans ces chalu
meaux dont ils formoient des Concerts ,
et je tâchois d'en rendre les sons plus touchans. Ce matin j'étois cet Oyseau à qui
vous n'avez appris que votre nom , et qui
vous a surpris par tout ce qu'il vous a dit
de tendre. Que ces momens me rendent
heureux ! ne pouvant me flater d'être ce
I. Vol. que
536 MERCURE DE FRANCE
>
que vous aimés , j'ai du moins le plaisir
de devenir tout ce qui vous amuse , et je
serai toujours tout ce qui vous environnera , tout ce qui sera attaché à vous pour
toute la vie Quoi ! vous êtes toujours
où je suis , répondit la Princesse ! Oüi
belle Amassità, reprit Masulhim ; ce n'est
que depuis que je vous aime que j'ai ce
pouvoir sur mon ame et je ne veux jamais l'employer que pour vous ; daignés
le partager ce pouvoir si désirable , il ne
dépend que de quelques mots prononcés
songés quel est l'avantage de donner à
son ame la liberté de parcourir l'Univers. Non , interrompit la Princesse , si
j'apprenois ce secret ; je voudrois n'en
faire usageque par vos conseils : mon ame¹
voudroit toujours être suivie de la
vôtre.
A ces mots , Amassita s'apperçut que
son secret s'étoit échapé , mais il ne lui
restoit pas le tems de se le reprocher ; le
quart d'heure étoit déja fini , elle se hâta
d'apprendre les mots consacrés ; elle convint que le soir même pour faire l'épreuve de son nouveau secret , dès que ses
femmes la croiroient endormie , son ame
iroit joindre celle du Prince , et ils choisirent l'Etoile du matin pour le lieu du
rendez-vous. Ils se séparerent ; la PrinI.Vel. cesse
DECEMBREE. 1732. 2537
cesse rentra dans son appartement , et Masulhim retourna à son Palais. Tous deux
ne respiroient que la fin du jour , et ce
jour ne finissoit point , la nuit vint cependant , l'ame du Prince étoit déja partic
bien auparavant : enfin elle vit arriver
celle de la Princesse ; elles se joignirent
au plutôt , elles se confondirent , elles
goûterent cette joye , cette satisfaction
profonde que les Amans qui ne sont pas
assez heureux pour être débarassés de leurs
corps , ne connoissent point. Ces ames li
bres ne furent plus qu'amour pur , que
plaisirs inalterables , chacune appercevoit
toute la tendresse qu'elle faisoit naître , et
c'étoit le bonheur parfait qu'elle portoit
dans l'ame cherie , qui fafsoit tout l'excès
du sien ; elles ne voyoient nulles peines
à prévenir , nulles satisfactions à désirer ,
enfin elles ne faisoient que sentir et qu'être heureuses , et la nuit se passa précipitamment pour elles ; il fallut s'en retourner. La Princesse vouloit avant l'heure ordinaire de son lever , rejoindre son
corps qu'elle avoit laissé dans son lit. Ces
Amans se demanderent et se promirent
un même rendez-vous pour la nuit d'ensuite , et ayant fait la route ensemble , ils
ne se séparerent qu'au moment de retourner à leur habitation,
1.Vol.
On
2538 MERCURE DE FRANCE
On croiroit qu'une union où l'ame
seule agit , est exemte des révolutions qui
persécutent les passions vulgaires , mais
l'amour ne va jamais sans quelque trouble quelle surprise pour l'ame de la
Princesse , lorsque rentrant dans son appartement , elle apperçût son corps déja
éveillé et environné de ses femmes , qui
s'occupoient à le parer. Le Prince de Balassor par le secours d'une Métamorphose
avoit entendu les Amans lorsqu'ils se
donnoient rendez-vous à l'Etoile du matin , et dès l'instant qu'il avoit vû partir
l'ame de la Princesse , il avoit été s'emparer de sa représentation.
Amassita resta embarassée , éperduë à
un point qu'on ne sçauroit exprimer. Elle
n'avoit plus Masulhim pour l'aider de ses
conseils ; elle n'étoit point accoûtumée à
disposer de son ame sans être conduite.
par celle de son Amant , elle resta incertaine, errante , formant mille projets et ne s'arrêtant à aucun.
Il paroît surprenant qu'une ame qui
agissoit librement , ne trouva point d'abord de ressources pour se tirer de
peine ; mais quand les ames sont bien li
vrées à l'Amour , elles négligent si fort
toutes les autres opérations dont elles sont 1. Vel сара-
DECEMBRE. 1732. 2535
Capables , qu'elles ne sçavent plus qu'ai◄
mer.
Masulhim qui ignoroit ses malheurs ;,
vint à l'heure ordinaire chez la Princesse; il avoit cette joye si délicieuse , que les
Amans ont tant de peine à cacher quand
ils commencent d'être heureux. Quel
étonnement pour lui de ne point trouver
dans la Princesse ce caractere de douceur
et de dignité qui lui étoit si naturelle !
son langage et son maintien étoient de
venus méprisans à son égard , et marquoient une coqueterie grossiere pour ses
Rivaux ; car le Prince de Balassor faisoit
malignement agir la fausse Princesse , de
façon à désesperer Masulhim.
Le Prince de Carnate ne pouvoit rien
comprendre à ce changement ,
il ne pouvoit le croire. Sikandar lisoit dans ses
yeux toute sa douleur , et ressentoit autant de joye dans le fond de cette ame
dont il animoit le corps de la Princesse ,
et pour porter à son Rival un coup irrémediable , il fit assembler les Bramines ,
et leur déclara ( paroissant toujours la
Princesse que quoique l'année ne fut
point encore révolue , elle étoit prête
s'ils y consentoient, à déclarer son Epoux;
on applaudit à cette proposition , et la
I.Vol. fausse
2540 MERCURE DE FRANCE
fausse Princesse nomma le Prince de Balass or.
Après cette démarche , si funeste pour
Masulhim et pour Amassita , l'ame de
Sikandar partit , et celle de la Princesse
qui étudioit le moment de rentrer dans
sa propre personne , ne manqua pas de
s'en emparer dès que Sikandar l'eut abang
donnée.
Mais tous les maux que le Prince de
Balassor venoit de causer ne suffisoient
pas à sa fureur , ce n'étoit pas assez pour
lui d'avoir obtenu par une trahison le titre d'Epoux,que son Rival n'auroit voulu recevoir que des mains de l'Amour , il
voulut encore lui ravir le cœur de la Princesse , en semant entr'eux des sujets horribles de jalousie et de haine. Comme il
méditoit ce projet , il apperçût l'ame du
Prince de Carnate qui alloit rejoindre son
corps dont elle s'étoit séparée par inquié
tude. L'ame de Sikandar suivit celle
de Masulhim avec tant de précision ,
qu'elles y entrerent en même tems ; celle
du Prince de Carnate fut au désespoir de
trouver une compagnie si odieuse , mais
comment s'en séparer ? lui abandonner la
place , pouvoit être un parti dangereux.
Ces deux ames resterent ainsi renfermées,
sans avoir de commerce ensemble. Elles
1. Vol. réso
DECEMBRE. 1732. 2548
résolurent de se nuire en tout ce qu'elles
pourroient , par les démarches qu'elles
feroient faire à leur commune machine.
Il n'y avoit qu'une seule opération à laquelle elles pouvoient se porter de concert ; c'étoit de songer à a Princesse , et
de conduire chez elle leur personne. Ces
deux Rivaux se rendirent donc ensemble
au Palais d'Amassita. A peine apperçûtelle Masulhim , qu'elle s'empressa de se
justifier sur le choix qu'elle paroissoit
avoir fait devant ses Etats assemblez. Le
Prince de Carnate attendri par la douleur
de la Princesse , voulut se jetter à ses genoux , mais cette autre ame qui agissoit
en lui de son côté , troubloit toujours les
mouvemens que le Prince de Carnate vouloit exprimer : s'il juroit à la Princesse de
l'aimer toute sa vie,, l'autre ame lui faisoit prendre un ton d'ironie qui sembloit
désavoüer tout ce qu'il pouvoit dire. Ces
dehors offensans qui étoient apperçûs de
la Princesse , la blessoient ; elle faisoit des
reproches à Masulhim. Il en étoit attendri , désesperé , mais dans le moment
qu'il la rassuroit par les discours les plus
tendres , l'ame ennemie lui imprimoit un
air de distraction et de fausseté qui les
rebroüilloient avec plus de colere. Enfin ,
ces deux Amans éprouverent la situaI. Vol. tion
2542 MERCURE DE FRANCE
tion du monde la plus triste et la plus singuliere.
Ce cruel pouvoir de l'ame du Prince de
Balassor mit entre eux la désunion et le
désespoir. Les Malleans étoient extrêmement surpris de voir ces contrastes dans
le Prince de Carnate. Ils ne sçavoient point
encore que dans un Amant l'inégalité et
l'inconstance ne sont que l'ouvrage d'une
ame étrangere qui le fait agir malgré soi ,
et que la veritable reste toujours fidelle.
- Masulhim et Amassita outrément aigris
l'un contre l'autre , Sikandar crut qu'il
n'avoit qu'à reparoître sous sa forme ordinaire. Il se sépara de l'ame de son
Rival c'étoit le jour même où les Malléanes avoient marqué la cerémonie de son union avec la Princesse.
Les Bramines s'assemblerent , et la Fête
fut commencée. Quelle situation pour
Masulhim ! la Princesse toujours irritée
contre lui , toujours livrée à la cruelle erreur que lui avoit causé l'ame de Sikandar , jointe à celle de son Amant , ne son.
gea plus qu'à l'oublier. Elle se laissa parer
du voile de felicité ; c'est ainsi qu'on appelloit les habits de cette cerémonie. On
la conduisit au Temple des deux Epoux
immortels. Le Prince de Balassor mar1. Vol. choit
DECEMBRE. 1737 2548
choit à côté de la Princesse , et Masulhim
qui voyoit son malheur assûré , suivoit ,
confondu dans la foule et noyé dans la
douleur et dans le désespoir. Le Prêtre et
la Prêtresse firent asseoir Amassita , et
placerent à côté d'elle l'indigne Amant
dont elle alloit faire un Epoux. Le trouble
de la Princesse s'augmenta ; un torrent de
larmes vint inonder ses yeux ; elle sentit
au moment de donner sa foi à un autre
qu'à Masulhim , qu'il y avoit encore un
supplice plus grand que de le croise infidele. O Malleanes , dit- elle , soyés touchés du sort de votre Princesse ; il s'agit
du bonheur de sa vie. Elle déclara alors
la trahison de Sikandar , lorsque faisant
parler sa représentation , il s'étoit nommé lui- même pour l'Amant préferé de la
Princesse jugés , ajoûta-t'elle , de l'horreur de ma situation ; si vous me forcés
à être unie avec le Prince de Balassor , je,
vous l'ai avoué : favorisée du Dieu des
ames , j'ai le pouvoir de disposer de la
mienne. Le serment par lequel vous m'attacherés à un Amant que je déteste , ne
lui livrera que ma représentation ; ma
foi , mes desirs , mon ame enfin , en seront séparés à tous les momens de mavie,
Quelle union chez les Malleanes ! je vois
que la seule idée vous en fait frémir. Les
:
I. Vol. B Mal-
2544 MERCURE DE FRANCE
Malleanes firent un cri d'effroi , et d'une
voix unanime releverent la Princesse de
ses engagemens.
"
Enfin , me voilà libre , s'écria- t'elle
helas ! si le Prince de Carnate m'avoit
toujours aimée , que j'aurois été éloignée
de séparer mon cœur de ma main ! in cut
toujours trouvé en moi mon ame toute
entiere. A ces mots Masulhim se jetta aux
pieds de la Princesse , qui ne lui donna
pas le tems de parler. Elle sentit dans le
fond de son cœur toute l'innocence de son
Amant. Elle le déclara son Epoux , elle le
répeta plusieurs fois , de crainte de n'être
pas assez liée par les sermens ordinaires.
Masulhim fut prêt d'expirer de joye et
d'amour.
Le désespoir de Sikandar fut égal au
bonheur de ces deux Amans. Il alla cacher sa honteet sa fureur dans le sein d'une étoile funeste de laquelle son ame étoit
émanée. Sa fuite ne rassûra pas entierement les deux Epoux ; et pour prévenir
les entreprises qu'il pouvoir faire contre
eux par le secours de ses Métamorphoses,
ils convinrent que leurs ames ne quitte
roient jamais leurs corps. Ils aimerent
mieux perdre de leur bonheur et de leur:
amour qui étoit cent fois plus parfait lorsqu'il n'étoit causé que par les purs mouI.Vok vemens
DECEMBRE. 1732 2345
vemens de leurs ames ; et ce dernier exemple a été le seul imité. On a perdu dans
le monde l'idée de leur premiere tendresse , les Amans ne sont plus assez heureux
pour sentir que leur vrai bonheur consiste dans la seule union des ames.
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Résumé : LES AMES RIVALES, HISTOIRE FABULEUSE.
Le texte 'Les Âmes Rivales' se déroule dans le royaume de Mallean, en Inde, où les femmes détiennent l'autorité et les hommes sont confinés à des rôles domestiques. Cette domination féminine résulte de l'évolution des mœurs, permettant aux femmes d'avoir plusieurs époux réduits à des esclaves. Autrefois, à l'âge de dix ans, une fille choisissait un époux parmi douze prétendants après une année de cohabitation, marquant une union fidèle et amoureuse. La princesse Amassita, fille du roi de Mallean, doit choisir un époux parmi douze princes, dont Masulhim de Carnate et Sikandar de Balassor. Amassita préfère Masulhim mais dissimule ses sentiments. Masulhim, grâce à un pouvoir divin, peut séparer son âme de son corps pour visiter Amassita en secret. Il propose un arrangement où chaque prétendant aurait un quart d'heure pour s'exprimer librement. Amassita accepte et écoute les princes. Sikandar est le dernier à parler, mais Amassita l'interrompt, annonçant que c'est la dernière fois qu'elle l'entendra. Lors de son tour, Masulhim exprime son désespoir et révèle son pouvoir de séparer son âme. Touché par ses paroles, Amassita avoue son amour et apprend le secret pour séparer son âme. Ils se donnent rendez-vous près de l'étoile du matin. Cette nuit-là, leurs âmes se rejoignent et goûtent un bonheur parfait, libéré des contraintes corporelles. Après cette nuit, ils se promettent de se revoir. Cependant, Sikandar utilise une métamorphose pour prendre le contrôle du corps d'Amassita et semer la discorde. Il manipule Amassita pour qu'elle nomme Sikandar comme son époux, causant la douleur et la confusion de Masulhim. Sikandar introduit la jalousie et la haine entre les amants en faisant cohabiter leurs âmes dans le corps de Masulhim, entraînant des malentendus et des souffrances. Lors de la cérémonie de mariage, Amassita révèle la trahison de Sikandar aux Malleanes, qui la libèrent de ses engagements. Amassita et Masulhim se réconcilient et décident de ne plus jamais séparer leurs âmes de leurs corps pour éviter de futures manipulations. Sikandar, déchu, se retire dans une étoile funeste.
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3
p. 2545-2549
ODE. SUR L'AMITIÉ.
Début :
Descendez, Nymphe du Permesse, [...]
Mots clefs :
Amitié, Innocence, Doux charmes, Imposteurs, Envie, Fureur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE. SUR L'AMITIÉ.
ODE.
SUR L'AMITIE.
DEscendez , Nymphe du Permesse ;
Je soupire après vos bienfaits ;
Soutenez- moi dans mon yvresse ,
Qu'elle éclate par d'heureux traits.
Dans les mouvemens de mon ame
Versez cette divine flamme ,
D'où naissent les sons merveilleux ;
Tranquile devant les Menades,
Des Orestes et des Filades
Je vais chanter les tendres nœuds,
M
Douce amitié de l'innocence ;
Fais régner la naïveté ;
D'une sincere intelligence
Daigne affermir la sûreté :
1. Vola Bij Pan
2546 MERCURE DE FRANCE
- Parois au milieu de l'orage ;
Viens dissiper l'épais nuage ,
Qui veut t'obscurcir à nos yeux :
Quels cœurs pourroient à tes doux charmes
Refuser de rendre les armes ?
Seule , tu sçais nous rendre heureux.
M
Sentiment généreux , solide ,
Digne de toucher un grand cœur ,
Toi , par qui la raison nous guide
Dans les sentiers du vrai bonheur,
Se pourroit- il que l'imposture
Osat ravir à la Nature
Tes sinceres attachemens !
Et sa venimeuse influence
Donneroit- elle la naissance
Ade tristes égaremens ?
·粥
Union pure et simpatique ,
Dans tes épanchemens de cœur
D'une trompeuse politique
Tu fais sentir toute l'horreur :
C'est en vain qu'un traître se pare
D'un faux dehors , qui nous prépare
L'appast qu'il nous cache avec art ,
Anous le démasquer habile ,
I,Vol. Tu
DECEMBRE. 1732. 2547,"
Tu sçais bien-tôt rendre inutile
Son déguisement et son fard.
溶
Quelle multitude innombrable
De ces imposteurs odieux
Opose leur haine implacable.
Ames accens harmonieux !
Loin d'ici , profane cohuë ,
Revérez ma verve ingenuë ;
Renoncez aux lâches détours ;
Vils enfans de la perfidie
Je déteste la noire envie
Quivous prête de vains secours ↓
E®
Comme par un heureux présage
Le Palinure vigilant
.Prévoit d'un dangereux naufrage
Le déplorable évenement ;
De la trop bouillante jeunesse ,
Flotant au gré de la molesse
Tu prédis ainsi le malheur ;
2
Mais brisant tes plus douces chaînes
Bien-tôt aux Circés , aux Syrenes
Elle se livre avec fureur.
I. Vol Biij En
2548 MERCURE DE FRANCE
En vain une injuste Puissance , (a)
Tramant de nouveaux attentats ,
་
Dujeune Oreste sans deffense ,
Osera ravir les Etats :
Tu sçais dissiper ses allarmes ; ( 6)
Tu cours , tu prends en main les armes,
Tu détruis ces lâches projets ;
Solide appui , sage Minerve ,
Le prompt secours qui le conserve ,
N'est que le fruit de tes bienfaits.
Cede , cruel fils de Plisthene , (c)
Qu'un indigne amour posseda ,
Au zele ardent qui se déchaîne ,
Contre la fille de Leda. (d)
Lâche Thoas , ton cœur barbare ,
N'a rien qui trouble et qui sépare
Deux cœurs fermes et génereux. ( e)
Tel paroît le Scyte intrépide ,
Rachetant d'un Chef homicide , (f)
(a) Egisthe.
"
(b) Oreste secouru de son ami Pilade , fit périv
Egisthe , et rentra dans ses Etats. 200 .
(c) Egisthe.
(d) Clitemnestre.
(e) Oreste et Pilade en Tauride.
( f) Dendamis consentit à perdre les yeux pour
vacheter des mains des Sarmates , son Ami Amisoque. Voyez Lucien , dans Toxaris de l'Amitié.
1. Vol.
Amisoque
DECEMBRE. 1732 2540
Amisoque, au prix de ses yeux..
Mais du vaillant fils de Pelée,
Découvrant la juste fureur !
Aux yeux d'Hecube desolée ,
Pourquoi seme-t'il la terreure
La mort de Patrocle l'anime ;
La pitié lui paroît un crime ;
'Hector expire sous son bras ;
Dans la rage qui le dévore ,
Il poursuit le Troyen encore ,
Jusques au-delà du trépas.
› De la constante Penelope ,
Suivons le fils infortuné.
Ala trame qui l'enveloppe ,
Le verrons-nous abandonné ?
Non, d'une ardeur vive et sincere ,
Mentor prédit ce qu'il espere, (4)
Au jeune Prince sans appui.
Où la douce amitié domine,
Le sort fatal en vain s'obstine
A nous entraîner avec lui.
Par M. de Peyron , d'Arles en Provence.
SUR L'AMITIE.
DEscendez , Nymphe du Permesse ;
Je soupire après vos bienfaits ;
Soutenez- moi dans mon yvresse ,
Qu'elle éclate par d'heureux traits.
Dans les mouvemens de mon ame
Versez cette divine flamme ,
D'où naissent les sons merveilleux ;
Tranquile devant les Menades,
Des Orestes et des Filades
Je vais chanter les tendres nœuds,
M
Douce amitié de l'innocence ;
Fais régner la naïveté ;
D'une sincere intelligence
Daigne affermir la sûreté :
1. Vola Bij Pan
2546 MERCURE DE FRANCE
- Parois au milieu de l'orage ;
Viens dissiper l'épais nuage ,
Qui veut t'obscurcir à nos yeux :
Quels cœurs pourroient à tes doux charmes
Refuser de rendre les armes ?
Seule , tu sçais nous rendre heureux.
M
Sentiment généreux , solide ,
Digne de toucher un grand cœur ,
Toi , par qui la raison nous guide
Dans les sentiers du vrai bonheur,
Se pourroit- il que l'imposture
Osat ravir à la Nature
Tes sinceres attachemens !
Et sa venimeuse influence
Donneroit- elle la naissance
Ade tristes égaremens ?
·粥
Union pure et simpatique ,
Dans tes épanchemens de cœur
D'une trompeuse politique
Tu fais sentir toute l'horreur :
C'est en vain qu'un traître se pare
D'un faux dehors , qui nous prépare
L'appast qu'il nous cache avec art ,
Anous le démasquer habile ,
I,Vol. Tu
DECEMBRE. 1732. 2547,"
Tu sçais bien-tôt rendre inutile
Son déguisement et son fard.
溶
Quelle multitude innombrable
De ces imposteurs odieux
Opose leur haine implacable.
Ames accens harmonieux !
Loin d'ici , profane cohuë ,
Revérez ma verve ingenuë ;
Renoncez aux lâches détours ;
Vils enfans de la perfidie
Je déteste la noire envie
Quivous prête de vains secours ↓
E®
Comme par un heureux présage
Le Palinure vigilant
.Prévoit d'un dangereux naufrage
Le déplorable évenement ;
De la trop bouillante jeunesse ,
Flotant au gré de la molesse
Tu prédis ainsi le malheur ;
2
Mais brisant tes plus douces chaînes
Bien-tôt aux Circés , aux Syrenes
Elle se livre avec fureur.
I. Vol Biij En
2548 MERCURE DE FRANCE
En vain une injuste Puissance , (a)
Tramant de nouveaux attentats ,
་
Dujeune Oreste sans deffense ,
Osera ravir les Etats :
Tu sçais dissiper ses allarmes ; ( 6)
Tu cours , tu prends en main les armes,
Tu détruis ces lâches projets ;
Solide appui , sage Minerve ,
Le prompt secours qui le conserve ,
N'est que le fruit de tes bienfaits.
Cede , cruel fils de Plisthene , (c)
Qu'un indigne amour posseda ,
Au zele ardent qui se déchaîne ,
Contre la fille de Leda. (d)
Lâche Thoas , ton cœur barbare ,
N'a rien qui trouble et qui sépare
Deux cœurs fermes et génereux. ( e)
Tel paroît le Scyte intrépide ,
Rachetant d'un Chef homicide , (f)
(a) Egisthe.
"
(b) Oreste secouru de son ami Pilade , fit périv
Egisthe , et rentra dans ses Etats. 200 .
(c) Egisthe.
(d) Clitemnestre.
(e) Oreste et Pilade en Tauride.
( f) Dendamis consentit à perdre les yeux pour
vacheter des mains des Sarmates , son Ami Amisoque. Voyez Lucien , dans Toxaris de l'Amitié.
1. Vol.
Amisoque
DECEMBRE. 1732 2540
Amisoque, au prix de ses yeux..
Mais du vaillant fils de Pelée,
Découvrant la juste fureur !
Aux yeux d'Hecube desolée ,
Pourquoi seme-t'il la terreure
La mort de Patrocle l'anime ;
La pitié lui paroît un crime ;
'Hector expire sous son bras ;
Dans la rage qui le dévore ,
Il poursuit le Troyen encore ,
Jusques au-delà du trépas.
› De la constante Penelope ,
Suivons le fils infortuné.
Ala trame qui l'enveloppe ,
Le verrons-nous abandonné ?
Non, d'une ardeur vive et sincere ,
Mentor prédit ce qu'il espere, (4)
Au jeune Prince sans appui.
Où la douce amitié domine,
Le sort fatal en vain s'obstine
A nous entraîner avec lui.
Par M. de Peyron , d'Arles en Provence.
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Résumé : ODE. SUR L'AMITIÉ.
L''Ode sur l'amitié' est un poème publié dans le Mercure de France en décembre 1732. L'auteur y invoque la nymphe du Permesse pour célébrer les liens d'amitié. L'amitié est décrite comme un sentiment généreux et solide, capable de guider vers le bonheur véritable. Elle dissipe les nuages et les impostures, révélant la sincérité et la solidarité entre amis. Le poème mentionne plusieurs figures mythologiques, telles qu'Oreste et Pilade, Egisthe, Clitemnestre et Hector, pour illustrer la puissance de l'amitié. Cette dernière est présentée comme un rempart contre les trahisons et les dangers, offrant un soutien indéfectible. Le texte se conclut par des références à l'amitié entre Amisoque et Dendamis, ainsi qu'entre Achille et Patrocle, soulignant la constance et la fidélité de ce lien.
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4
p. 2550-2562
SECONDE LETTRE DE M. D. L. R. à M. A. C. D. V. au sujet du Marquis de Rosny, depuis Duc de Sully, &c. contenant quelques Remarques Historiques.
Début :
Avant que de répondre, Monsieur, aux autres demandes que vous me [...]
Mots clefs :
Marquis de Rosny, Duc de Sully, Abbaye de Saint Taurin, Lettre, Mémoires, Boisrozé, Général, Henriade, Méprises, Courage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE DE M. D. L. R. à M. A. C. D. V. au sujet du Marquis de Rosny, depuis Duc de Sully, &c. contenant quelques Remarques Historiques.
SECONDE LETTRE de
M. D L. R. à M. A. C. D. V. au
sujet du Marquis de Rosny , depuis Duc
de Sully , &c. contenant quelques Remarques Historiques.
A
Vant que de répondre , Monsieur ,
aux autres demandes que vous me
faites au sujet du Marquis de Rosny.
j'ay encore quelque chose à vous dire
sur votre premiere question concernant
l'Abbaye de S. Taurin , que ce Seigneur
a possedée par la nomination du Roy
Henry III . Outre la double preuve que
je vous ai apportée de ce fait dans mapremiere Lettre , en voici encore deux autres
qu'il est bon de ne pas omettre.
La premiere est dans le XLI. Chapitre du I. Vol. des Memoires de
Sully. On voit sur la fin de ce Chapitre
que le Marquis de Rosny étant allé à sa
Terre de Bontin pour quelques affaires
domestiques , le Roy lui écrivit la Lettre
qui suit , pour le faire revenir à Fon- tainebleau.
Mon Ami, je ne vous avois donné congé
que pour dix jours , et neanmoins ily ena
1. Vol. déja
DECEMBRE. 1732. 2551 7
déja quinze que vous êtes partis ce n'estpas
votre coutume de manquer à ce que vous
promettez , ni d'être paresseux : partant revenez-vous-en me trouver , c'est chose necessaire pour mon service , tant pour voir
des Lettres que Madame de Simiers et un
nommé la Font (qui , à mon avis , est celui
de qui vous sçaviez des nouvelles durant
notre grand Siege ) qui vous écrivent de
Rouen, lesquelles sont en chiffres ; et par si
peu que nous en avons pu déchiffrer ( car
je les ai fait ouvrir ) nous jugeons qu'elles
importent à mon service. Il y en a encore.
une d'un nommé Desportes , qui demeure à
Verneuil, lequel vous prie de lui mander
s'il sera le bien venu pour vous parler d'une
chose dont vous conferâtes une fois ensemble.
à Evreux dans votre Abbaye de S. Taurin , que le feu Roy vous donna. J'ay aussi
plusieurs choses à vous dire , et s'en présente tous les jours une infinité sur lesquelles
je serai bien aise de prendre vos avis , comme j'ai fait sur beaucoup d'autres , dont je
me suis bien trouvé. Partant , partez en diligence et me venez trouver à Fontainebleau,
Adieu. Ce 3. Septembre 1593.
Vous voyez , Monsieur , dans cette Lettre le fait en question constaté de la main
du Roy ; on y voit aussi que le Marquis
de Rosny se retiroit quelquefois à saint
VI. Vel By Taurin
2552 MERCURE DE FRANCE
Taurin d'Evreux , pour gouter dans une
agréable solitude le repos qu'il ne trouvoit pas ailleurs , et qui ne laissoit pas
d'être encore interrompu dans cette Âbbaye par les affaires importantes qui le
sùivoient par tout.
L'autre preuve se trouve dans le même
premier Vol. des Memoires, Chap. XLVI.
où il est traité de la Négociation que
M. de Rosny fit à Rouen avec Amiral
de Villars , pour la réduction de toute
la Normandie. On voit là qu'entre autres demandes que faisoit cet Amiral de
là Ligue , il voulut avoir les Abbayes de
Jumieges, de Tiron , de Bomport , de
Valasse et de S. Taurin : les Memoires
ne disent point si c'étoit pour lui-même
ou pour ses amis qu'il faisoit cette de-,
mande , mais les Auteurs qui ont écrit
ces Memoires , et qui , comme vous sçavez , adressent toûjours la parole au Marquis de Rosny , leur Maître , s'expriment
én ces termes sur cet article.
De tous lesquels points dans quatre jours
vons convintes ensemble et en demeurâtes
d'accord , voire de S. Taurin , quoique
l'Abbayefût à vous.
Cela , au reste , ne fut pas un simple
projet , l'execution suivit et se trouve confirmée par le discours que tint M. de,
1. Vol A.,Rosny
DECEMBRE. 1732. 255 3
Rosny au sieur de Boisrosé , que vous
avez lû dans ma précédente Lettre ; ainsi
il est démontré non- seulement que ce
Seigneur a été Abbé de S. Taurin d'Evreux ; mais on sçait à peu près le temps.
et à quelle occasion il eut la generosité
de se dépouiller de cette Abbaye. 2
On apprend dans le même endroit que
quelque ample pouvoir qu'eût le Marquis de Rosny de traiter avec M. de Villars , pour l'entiere réduction de la Normandie , il y eut cependant trois Articles
sur lesquels il ne voulut rien prendre
sur lui.
Les deux premiers concernoient M. de
Montpensier et M. de Biron , et le troi,
siéme regardoit le sieur de Boisrozé , à
cause , disent les Memoires , de la baute
qualité des deux premiers , et de l'injustice
qu'il sembloit y avoir en l'autre. Sur quoi
M. de Rosny desira avoir un ordre particulier de la propre main du Roy, &c.
Vous êtes , sans doute surpris , Monsieur , de voir ici les petits interêts d'un
simple Gouverneur de Fécamp , mêlez
avec ceux d'un Prince du Sang , Gouverneur de Normandie et avec ceux de M. de
Biron , que le Roy avoit fait depuis peu
Amiral de France , Charge que M. de
Villars vouloit garder pour lui-même , les
2.1. Vol. B vj interêts
2554 MERCURE DE FRANCE
intetêts , dis-je , du sieur de Boisrozé
dont l'avanture vous a réjoui dans me
premiere Lettre , faire un objet considerable dans la Négociation d'un Traité si
important.
Cela a besoin d'un petit Commentaire.
Je vais vous le faire d'autant plus volontiers , qu'après avoir un peu maltraité,
ce me semble , se pauvre Gentilhomme
( en vous parlant de l'avanture de Louviers ) je profiterai de l'occasion pour le
réhabiliter dans votre esprit , en vous le
montrant par le plus bel endroit , et je
vous exposerai en même- temps un trait
de hardiesse et de valeur peu commune
qui mérite d'être distingué dans notre
Histoire, et que je trouve peu exactement *
par Mezeray et par le P. Daniel.
Je trouve ce fait dans le XLIII. Chapitre des Memoires, intitulé : Affaires Mi
litaires et d'Etat. J'en abregerai la narration tant que je pourrai,sans en rien omettre d'essentiel.
narré
Fécamp est une petite Ville Maritime
de la Haute Normandie , située à 15.
* Mezeray a défiguré jusqu'au nom de ce brave
homme, qu'il appelloit Bosc Rosé, il lui rend d'ailleurs justice sur sa valeur. Il s'étoit auparavant
très- distingué dans Roïen assiegé par l'Armée da Roy en 1992.
1. Fol. lieües
DECEMBRE. 1732. 2555
lieuës de Rouen vers le Couchant , à 8.
du Havre de Grace , et à 12 de Dieppe.
Elle étoit munie alors d'une bonne For
teresse , qu'on appelle aujourd'hui le
Château , élevé sur un Rocher escarpé
qui regarde la Mer. Boisrozé étoit dans.
la Place, lorsque M. de Biron l'assiegea et
la prit sur ceux de la Ligue. Avant que
d'en sortir il forma le dessein de la reprendre et il s'y prit de la maniere qui
suit. Après avoir bien instruit deux Soldats de la valeur et de la fidelité desquels
il étoit assuré , il trouva le moyen de
les faire entrer et admettre parmi ceux
de la Garnison. De son côté il s'assura
de so. autres Soldats ou Matelots , des
plus déterminez et des plus experts au
métier de grimper aux Hunes par les
cordages , &c. son dessein étoit d'escalader lui et les siens , le Rocher dont je
viens de parler , et d'entrer par là dans la
Place.
L'entreprise étoit des plus témeraires.
Le Roc en question de cent toises de
hauteur , est non- seulement escarpé et
coupé en précipice , mais son pied est
ordinairement battu de vagues de
la Mer , excepté quatre ou cinq fois de
l'année , au temps des plus basses Marées;
alors durant quelques heures seulement
1. Vol
2556 MERCURE DE FRANCE
la Mer laisse un certain espace sec au
pied du Rocher, ce qui arrive quelquefois la nuit et quelquefois le jour,
Boisrozé devoit executer son dessein
dans l'un de ces intervales , assez incer
tains , et pour cela il se munit d'un Cable
de longueur convenable pour le Roc qu'il
vouloit gravir, et à icelui d'espace en espace,
fut fairedes noeuds pour se tenir des mains, et
des étriers de corde avec de petits bâtons
pour y apposer les pieds. Avec cet appareil il s'embarqua lui et ses Gens dans
deux Chalouppes et vint par une nuit fort
noire , aborder le plus près du Roc que
la bassesse de l'eau put le lui permettre.
Sur le haut de ce Roc logeoit dans quel
que Hute l'un des deux Soldats gagnez ,
et il veilloit exactement à toutes les basses marées , pour entendre le signal dont
on étoit convenu, Il ne fut donc pas difficile, au moyen de ce signal, de jetter une
corde à l'extremité de laquelle fut attaché le bout du gros cable , que le Soldat
tira incontinent à lui. Le bout du cable
étoit muni d'un crampon de fer qui fut
aussi-tôt attaché dans l'entre- deux, d'une
canoniere avec un gros levier.
Après avoir tiré et ébranlé plusieurs
fois le cable pour s'assurer de la solidité
d'une Echelle si périlleuse , Boisrosé fit
--- I. Vol. d'abord,
DECEMBRE. 1732. 2557
d'abord monter l'un des deux Sergens
du nombre des so. hommes , auquel il
se fioit le plus , et l'ayant fait suivre par
tous les autres , il monta lui- même tout
le dernier , afin que nul ne s'en pût dédire
et qu'il leur servit de chasse-avant.
Cette précaution étoit nécessaire , car,
dans le temps qu'il fallut employer pour
placer les so. hommes sur cette corde er
à monter les uns après les autres avec
leurs armes bien attachées autour du
corps , la marée avoit commencé de revenir et elle étoit déja à six pieds de
hauteur contre le Rocher , que Boisrozé
et les Siens n'étoient encore qu'à moitié
chemin ; desorte qu'étant ainsi pendus et
comme enfilez à ce cable , il ne leur restoit plus aucune esperance de salut que
par la prise de la Place. Boisrozé , armé
d'un courage intrépide et bien résolu de
mourir plutôt que de reculer , la tenoit
toûjours pour indubitable , lorsque le Sergent qui montoit le premier , soit à cause de l'extreme hauteur où il étoit parvenu , soit à cause du bruit des vagues
qui venoient se briser contre le Roc
commença de s'effrayer , à dire que la
tête lui tournoit , et qu'il étoit impossi
ble de monter plus haut.
Cet incident étant rapporté de bouche
1- Vol.... ...cn
2558 MERCURE DE FRANCE
en bouche à Boisrozé ; celui cy après
avoir tenté inutilement de faire rassurer
son homme, prit la résolution de l'aller
joindre lui- même , et passant par- dessus
les corps et les têtes de ses Compagnons
suspendus en l'air , il parvint jusqu'à lui
et le rassura aucunement ; puis le poignard à la main , il le contraignit de continuer à monter , tant qu'enfin le jour
étant prêt à paroître ils parvinrent tous
sur le haut du Rocher sans autre inconvenient. Ils furent incontinent reçûs par
les deux Soldats , et connoissant tous ensemble les êtres et les avenues du Fort , ils
surprirent facilement le Corps de Garde
et les Sentinelles qui étoient du côté de
la Ville , car on ne faisoit aucune gardedu côté de la Mer estimé inaccessible, On
fit main bisse sur eux , et on tailla
en pieces tout ce qui vint successivement
au secours ; enfin Boisrozé se rendït le
maître du Fort , de quoi il avertit aussitôt M. de Villars , tant pour lui deLe P. Daniel dit que Boisrozé mécontent de
Villars , surprit Fécamp et s'y retrancha si bien que
ce Gouverneur , qui vint l'y attaquer , ne put le
forcer, &c.
L'Auteur se trompe et confond ici les choses ,
étant bien certain que Boisrozé ne fit son Expedition de Fécamp, qu'en faveur de la Ligue et de
M. de Villars , et que sa brouillerie avec ce Ge
meral n'arriva que dans la suite , &c. ·
DECEMBRE. 1732. 2559.
mander du monde , afin de se saisir de
la Ville et de pouvoir la garder , que
pour s'assurer du Gouvernement de la
Place , qu'il croyoit avoir bien mérité.
:
Vous jugés bien , M. que ce General ne
lui refusa rien mais j'apprends au même,
endroit que dans la suite Boisrosé s'étant
brouillé avec lui , et craignant toujours
de perdre son Gouvernement , il se donna entierement au Roi , et ne voulut plus
reconnoître les ordres de M. Villars. Ce
General le fit investir et le resserra si fort
dans Fecamp , que le Roi , dont le nouveau Gouverneur implorà le secours ,
vint en personne le dégager , en contraignant les Troupes de la Ligue de se retirer , et en donnant tous les ordres néces
saires pour la conservation du Fort de
Fécamp, dont ce grand Prince reconnois
soit l'importance.
Boisrozé en étoit donc paisible Gouver
neur , lorsque le Marquis de Rosny- traitoit de la réduction de toute la Normandie avec M. de Villars , et qu'il fut obligé de passer au nom du Roi toutes les
conditions qu'on éxigeoit , à l'exception
des trois dont il est parlé ci-dessus. Vous
vous souvenez , Monsieur , que la considération particuliere de Boisrozé formoit
la troisième , et vous voyez à présent que
I. Vol. CO
2560 MERCURE DE FRANCE
ce n'est pas sans raison , M. de Rosny
trouvant de l'injustice de déplacer un si
brave homme, et ne pouvant se résoudre
de le faire de son chef. Ii fallut cependant y venir , le Roi , à qui les trois articles furent renvoyés , n'hesita pas de
les passer pour parvenir à un si grand
bien. Je ne vous dis rien du bruit qu'en
fir Boisrozé , vous en sçavez assez par le
récit de l'avanture de Louviers. Le bon
homme , plein de son ressentiment, ignoroit alors tout ce que M. de Rosny
avoit fait pour le maintenir dans son
poste.
Au reste , dès que le Traité eut été ar
rêté et signé , M. de Rosny en écrivit de
Rouen une Lettre au Roi , dont je ne
rapporterai ici que le commencement
pour abreger.
SIRE ,
-La bonté de Dieu , votre vertu et votre
fortune , ont tellement fortifié mon courage
et bien heuré mon entremise , queje vous puis
maintenant nommer Ducpaisible de toute la
Normandie , &c.
dit
Le Roi ayant reçû cette Lettre , répon
par le même Courrier , et de sa propre main , au Marquis de Rosny, de la maniere qui suit.
İvel. MON-
DECEMBRE. 1732. 2561
MONSIEUR,
J'ai vû > tant par votre derniere Lettre
que par vos précedentes , les signalez servi➡
ces que vous m'avez rendus pour la Rêduction entiere de la Normandie en mon obeissance , lesquels j'appellervis volontiers des
miracles , si je ne sçavois bien que l'on nè
donne point ce titre aux choses tantjourna
lieres et ordinaires , que me sont les preuves
par effet de votre loyale affection , laquelle
aussi je n'oublieraijamais , &c. Adieu mon
Ami. De Senlis , le 14. Mars 1594
HENRY.
Je finis ici ma Lettre , Monsieur, pour
ne plus vous parler de l'Abbaye de
S.Taurin, ni du sieur de Boisrozé. Il falloit
vous faire ce détail pour répondre perti
nemment à votre premiere question , et
ne vous laisserrien ignorer sur une matiere qui entre si naturellement dans l'éxecution du projet d'Histoire que vous avez formé.
J'ai mes Mémoires prêts pour répondre
à vos autres demandes au sujet du Marquis de Rosny , et je n'oublierai pas ceque vous me marqués en dernier lieu sur
les variations et sur les méprises de l'Auteur du Poëme de la Ligue , ou la Hen- I. Vol. riade
2562 MERCURE DE FRANCE riade , par rapport à ce Seigneur. Je suis
toujours , &c.
AParis , le 20 Mars 1732.
M. D L. R. à M. A. C. D. V. au
sujet du Marquis de Rosny , depuis Duc
de Sully , &c. contenant quelques Remarques Historiques.
A
Vant que de répondre , Monsieur ,
aux autres demandes que vous me
faites au sujet du Marquis de Rosny.
j'ay encore quelque chose à vous dire
sur votre premiere question concernant
l'Abbaye de S. Taurin , que ce Seigneur
a possedée par la nomination du Roy
Henry III . Outre la double preuve que
je vous ai apportée de ce fait dans mapremiere Lettre , en voici encore deux autres
qu'il est bon de ne pas omettre.
La premiere est dans le XLI. Chapitre du I. Vol. des Memoires de
Sully. On voit sur la fin de ce Chapitre
que le Marquis de Rosny étant allé à sa
Terre de Bontin pour quelques affaires
domestiques , le Roy lui écrivit la Lettre
qui suit , pour le faire revenir à Fon- tainebleau.
Mon Ami, je ne vous avois donné congé
que pour dix jours , et neanmoins ily ena
1. Vol. déja
DECEMBRE. 1732. 2551 7
déja quinze que vous êtes partis ce n'estpas
votre coutume de manquer à ce que vous
promettez , ni d'être paresseux : partant revenez-vous-en me trouver , c'est chose necessaire pour mon service , tant pour voir
des Lettres que Madame de Simiers et un
nommé la Font (qui , à mon avis , est celui
de qui vous sçaviez des nouvelles durant
notre grand Siege ) qui vous écrivent de
Rouen, lesquelles sont en chiffres ; et par si
peu que nous en avons pu déchiffrer ( car
je les ai fait ouvrir ) nous jugeons qu'elles
importent à mon service. Il y en a encore.
une d'un nommé Desportes , qui demeure à
Verneuil, lequel vous prie de lui mander
s'il sera le bien venu pour vous parler d'une
chose dont vous conferâtes une fois ensemble.
à Evreux dans votre Abbaye de S. Taurin , que le feu Roy vous donna. J'ay aussi
plusieurs choses à vous dire , et s'en présente tous les jours une infinité sur lesquelles
je serai bien aise de prendre vos avis , comme j'ai fait sur beaucoup d'autres , dont je
me suis bien trouvé. Partant , partez en diligence et me venez trouver à Fontainebleau,
Adieu. Ce 3. Septembre 1593.
Vous voyez , Monsieur , dans cette Lettre le fait en question constaté de la main
du Roy ; on y voit aussi que le Marquis
de Rosny se retiroit quelquefois à saint
VI. Vel By Taurin
2552 MERCURE DE FRANCE
Taurin d'Evreux , pour gouter dans une
agréable solitude le repos qu'il ne trouvoit pas ailleurs , et qui ne laissoit pas
d'être encore interrompu dans cette Âbbaye par les affaires importantes qui le
sùivoient par tout.
L'autre preuve se trouve dans le même
premier Vol. des Memoires, Chap. XLVI.
où il est traité de la Négociation que
M. de Rosny fit à Rouen avec Amiral
de Villars , pour la réduction de toute
la Normandie. On voit là qu'entre autres demandes que faisoit cet Amiral de
là Ligue , il voulut avoir les Abbayes de
Jumieges, de Tiron , de Bomport , de
Valasse et de S. Taurin : les Memoires
ne disent point si c'étoit pour lui-même
ou pour ses amis qu'il faisoit cette de-,
mande , mais les Auteurs qui ont écrit
ces Memoires , et qui , comme vous sçavez , adressent toûjours la parole au Marquis de Rosny , leur Maître , s'expriment
én ces termes sur cet article.
De tous lesquels points dans quatre jours
vons convintes ensemble et en demeurâtes
d'accord , voire de S. Taurin , quoique
l'Abbayefût à vous.
Cela , au reste , ne fut pas un simple
projet , l'execution suivit et se trouve confirmée par le discours que tint M. de,
1. Vol A.,Rosny
DECEMBRE. 1732. 255 3
Rosny au sieur de Boisrosé , que vous
avez lû dans ma précédente Lettre ; ainsi
il est démontré non- seulement que ce
Seigneur a été Abbé de S. Taurin d'Evreux ; mais on sçait à peu près le temps.
et à quelle occasion il eut la generosité
de se dépouiller de cette Abbaye. 2
On apprend dans le même endroit que
quelque ample pouvoir qu'eût le Marquis de Rosny de traiter avec M. de Villars , pour l'entiere réduction de la Normandie , il y eut cependant trois Articles
sur lesquels il ne voulut rien prendre
sur lui.
Les deux premiers concernoient M. de
Montpensier et M. de Biron , et le troi,
siéme regardoit le sieur de Boisrozé , à
cause , disent les Memoires , de la baute
qualité des deux premiers , et de l'injustice
qu'il sembloit y avoir en l'autre. Sur quoi
M. de Rosny desira avoir un ordre particulier de la propre main du Roy, &c.
Vous êtes , sans doute surpris , Monsieur , de voir ici les petits interêts d'un
simple Gouverneur de Fécamp , mêlez
avec ceux d'un Prince du Sang , Gouverneur de Normandie et avec ceux de M. de
Biron , que le Roy avoit fait depuis peu
Amiral de France , Charge que M. de
Villars vouloit garder pour lui-même , les
2.1. Vol. B vj interêts
2554 MERCURE DE FRANCE
intetêts , dis-je , du sieur de Boisrozé
dont l'avanture vous a réjoui dans me
premiere Lettre , faire un objet considerable dans la Négociation d'un Traité si
important.
Cela a besoin d'un petit Commentaire.
Je vais vous le faire d'autant plus volontiers , qu'après avoir un peu maltraité,
ce me semble , se pauvre Gentilhomme
( en vous parlant de l'avanture de Louviers ) je profiterai de l'occasion pour le
réhabiliter dans votre esprit , en vous le
montrant par le plus bel endroit , et je
vous exposerai en même- temps un trait
de hardiesse et de valeur peu commune
qui mérite d'être distingué dans notre
Histoire, et que je trouve peu exactement *
par Mezeray et par le P. Daniel.
Je trouve ce fait dans le XLIII. Chapitre des Memoires, intitulé : Affaires Mi
litaires et d'Etat. J'en abregerai la narration tant que je pourrai,sans en rien omettre d'essentiel.
narré
Fécamp est une petite Ville Maritime
de la Haute Normandie , située à 15.
* Mezeray a défiguré jusqu'au nom de ce brave
homme, qu'il appelloit Bosc Rosé, il lui rend d'ailleurs justice sur sa valeur. Il s'étoit auparavant
très- distingué dans Roïen assiegé par l'Armée da Roy en 1992.
1. Fol. lieües
DECEMBRE. 1732. 2555
lieuës de Rouen vers le Couchant , à 8.
du Havre de Grace , et à 12 de Dieppe.
Elle étoit munie alors d'une bonne For
teresse , qu'on appelle aujourd'hui le
Château , élevé sur un Rocher escarpé
qui regarde la Mer. Boisrozé étoit dans.
la Place, lorsque M. de Biron l'assiegea et
la prit sur ceux de la Ligue. Avant que
d'en sortir il forma le dessein de la reprendre et il s'y prit de la maniere qui
suit. Après avoir bien instruit deux Soldats de la valeur et de la fidelité desquels
il étoit assuré , il trouva le moyen de
les faire entrer et admettre parmi ceux
de la Garnison. De son côté il s'assura
de so. autres Soldats ou Matelots , des
plus déterminez et des plus experts au
métier de grimper aux Hunes par les
cordages , &c. son dessein étoit d'escalader lui et les siens , le Rocher dont je
viens de parler , et d'entrer par là dans la
Place.
L'entreprise étoit des plus témeraires.
Le Roc en question de cent toises de
hauteur , est non- seulement escarpé et
coupé en précipice , mais son pied est
ordinairement battu de vagues de
la Mer , excepté quatre ou cinq fois de
l'année , au temps des plus basses Marées;
alors durant quelques heures seulement
1. Vol
2556 MERCURE DE FRANCE
la Mer laisse un certain espace sec au
pied du Rocher, ce qui arrive quelquefois la nuit et quelquefois le jour,
Boisrozé devoit executer son dessein
dans l'un de ces intervales , assez incer
tains , et pour cela il se munit d'un Cable
de longueur convenable pour le Roc qu'il
vouloit gravir, et à icelui d'espace en espace,
fut fairedes noeuds pour se tenir des mains, et
des étriers de corde avec de petits bâtons
pour y apposer les pieds. Avec cet appareil il s'embarqua lui et ses Gens dans
deux Chalouppes et vint par une nuit fort
noire , aborder le plus près du Roc que
la bassesse de l'eau put le lui permettre.
Sur le haut de ce Roc logeoit dans quel
que Hute l'un des deux Soldats gagnez ,
et il veilloit exactement à toutes les basses marées , pour entendre le signal dont
on étoit convenu, Il ne fut donc pas difficile, au moyen de ce signal, de jetter une
corde à l'extremité de laquelle fut attaché le bout du gros cable , que le Soldat
tira incontinent à lui. Le bout du cable
étoit muni d'un crampon de fer qui fut
aussi-tôt attaché dans l'entre- deux, d'une
canoniere avec un gros levier.
Après avoir tiré et ébranlé plusieurs
fois le cable pour s'assurer de la solidité
d'une Echelle si périlleuse , Boisrosé fit
--- I. Vol. d'abord,
DECEMBRE. 1732. 2557
d'abord monter l'un des deux Sergens
du nombre des so. hommes , auquel il
se fioit le plus , et l'ayant fait suivre par
tous les autres , il monta lui- même tout
le dernier , afin que nul ne s'en pût dédire
et qu'il leur servit de chasse-avant.
Cette précaution étoit nécessaire , car,
dans le temps qu'il fallut employer pour
placer les so. hommes sur cette corde er
à monter les uns après les autres avec
leurs armes bien attachées autour du
corps , la marée avoit commencé de revenir et elle étoit déja à six pieds de
hauteur contre le Rocher , que Boisrozé
et les Siens n'étoient encore qu'à moitié
chemin ; desorte qu'étant ainsi pendus et
comme enfilez à ce cable , il ne leur restoit plus aucune esperance de salut que
par la prise de la Place. Boisrozé , armé
d'un courage intrépide et bien résolu de
mourir plutôt que de reculer , la tenoit
toûjours pour indubitable , lorsque le Sergent qui montoit le premier , soit à cause de l'extreme hauteur où il étoit parvenu , soit à cause du bruit des vagues
qui venoient se briser contre le Roc
commença de s'effrayer , à dire que la
tête lui tournoit , et qu'il étoit impossi
ble de monter plus haut.
Cet incident étant rapporté de bouche
1- Vol.... ...cn
2558 MERCURE DE FRANCE
en bouche à Boisrozé ; celui cy après
avoir tenté inutilement de faire rassurer
son homme, prit la résolution de l'aller
joindre lui- même , et passant par- dessus
les corps et les têtes de ses Compagnons
suspendus en l'air , il parvint jusqu'à lui
et le rassura aucunement ; puis le poignard à la main , il le contraignit de continuer à monter , tant qu'enfin le jour
étant prêt à paroître ils parvinrent tous
sur le haut du Rocher sans autre inconvenient. Ils furent incontinent reçûs par
les deux Soldats , et connoissant tous ensemble les êtres et les avenues du Fort , ils
surprirent facilement le Corps de Garde
et les Sentinelles qui étoient du côté de
la Ville , car on ne faisoit aucune gardedu côté de la Mer estimé inaccessible, On
fit main bisse sur eux , et on tailla
en pieces tout ce qui vint successivement
au secours ; enfin Boisrozé se rendït le
maître du Fort , de quoi il avertit aussitôt M. de Villars , tant pour lui deLe P. Daniel dit que Boisrozé mécontent de
Villars , surprit Fécamp et s'y retrancha si bien que
ce Gouverneur , qui vint l'y attaquer , ne put le
forcer, &c.
L'Auteur se trompe et confond ici les choses ,
étant bien certain que Boisrozé ne fit son Expedition de Fécamp, qu'en faveur de la Ligue et de
M. de Villars , et que sa brouillerie avec ce Ge
meral n'arriva que dans la suite , &c. ·
DECEMBRE. 1732. 2559.
mander du monde , afin de se saisir de
la Ville et de pouvoir la garder , que
pour s'assurer du Gouvernement de la
Place , qu'il croyoit avoir bien mérité.
:
Vous jugés bien , M. que ce General ne
lui refusa rien mais j'apprends au même,
endroit que dans la suite Boisrosé s'étant
brouillé avec lui , et craignant toujours
de perdre son Gouvernement , il se donna entierement au Roi , et ne voulut plus
reconnoître les ordres de M. Villars. Ce
General le fit investir et le resserra si fort
dans Fecamp , que le Roi , dont le nouveau Gouverneur implorà le secours ,
vint en personne le dégager , en contraignant les Troupes de la Ligue de se retirer , et en donnant tous les ordres néces
saires pour la conservation du Fort de
Fécamp, dont ce grand Prince reconnois
soit l'importance.
Boisrozé en étoit donc paisible Gouver
neur , lorsque le Marquis de Rosny- traitoit de la réduction de toute la Normandie avec M. de Villars , et qu'il fut obligé de passer au nom du Roi toutes les
conditions qu'on éxigeoit , à l'exception
des trois dont il est parlé ci-dessus. Vous
vous souvenez , Monsieur , que la considération particuliere de Boisrozé formoit
la troisième , et vous voyez à présent que
I. Vol. CO
2560 MERCURE DE FRANCE
ce n'est pas sans raison , M. de Rosny
trouvant de l'injustice de déplacer un si
brave homme, et ne pouvant se résoudre
de le faire de son chef. Ii fallut cependant y venir , le Roi , à qui les trois articles furent renvoyés , n'hesita pas de
les passer pour parvenir à un si grand
bien. Je ne vous dis rien du bruit qu'en
fir Boisrozé , vous en sçavez assez par le
récit de l'avanture de Louviers. Le bon
homme , plein de son ressentiment, ignoroit alors tout ce que M. de Rosny
avoit fait pour le maintenir dans son
poste.
Au reste , dès que le Traité eut été ar
rêté et signé , M. de Rosny en écrivit de
Rouen une Lettre au Roi , dont je ne
rapporterai ici que le commencement
pour abreger.
SIRE ,
-La bonté de Dieu , votre vertu et votre
fortune , ont tellement fortifié mon courage
et bien heuré mon entremise , queje vous puis
maintenant nommer Ducpaisible de toute la
Normandie , &c.
dit
Le Roi ayant reçû cette Lettre , répon
par le même Courrier , et de sa propre main , au Marquis de Rosny, de la maniere qui suit.
İvel. MON-
DECEMBRE. 1732. 2561
MONSIEUR,
J'ai vû > tant par votre derniere Lettre
que par vos précedentes , les signalez servi➡
ces que vous m'avez rendus pour la Rêduction entiere de la Normandie en mon obeissance , lesquels j'appellervis volontiers des
miracles , si je ne sçavois bien que l'on nè
donne point ce titre aux choses tantjourna
lieres et ordinaires , que me sont les preuves
par effet de votre loyale affection , laquelle
aussi je n'oublieraijamais , &c. Adieu mon
Ami. De Senlis , le 14. Mars 1594
HENRY.
Je finis ici ma Lettre , Monsieur, pour
ne plus vous parler de l'Abbaye de
S.Taurin, ni du sieur de Boisrozé. Il falloit
vous faire ce détail pour répondre perti
nemment à votre premiere question , et
ne vous laisserrien ignorer sur une matiere qui entre si naturellement dans l'éxecution du projet d'Histoire que vous avez formé.
J'ai mes Mémoires prêts pour répondre
à vos autres demandes au sujet du Marquis de Rosny , et je n'oublierai pas ceque vous me marqués en dernier lieu sur
les variations et sur les méprises de l'Auteur du Poëme de la Ligue , ou la Hen- I. Vol. riade
2562 MERCURE DE FRANCE riade , par rapport à ce Seigneur. Je suis
toujours , &c.
AParis , le 20 Mars 1732.
Fermer
Résumé : SECONDE LETTRE DE M. D. L. R. à M. A. C. D. V. au sujet du Marquis de Rosny, depuis Duc de Sully, &c. contenant quelques Remarques Historiques.
La lettre de M. D L. R. à M. A. C. D. V. traite de la possession de l'Abbaye de Saint-Taurin par le Marquis de Rosny, devenu Duc de Sully. L'auteur répond à une question concernant cette abbaye, dont la possession par le Marquis de Rosny a été confirmée par la nomination du roi Henri III. Deux preuves sont fournies pour étayer ce fait. La première est une lettre du roi Henri III, datée du 3 septembre 1593, où le roi demande au Marquis de Rosny de revenir à Fontainebleau pour des affaires importantes, mentionnant explicitement l'Abbaye de Saint-Taurin. La seconde preuve se trouve dans les Mémoires de Sully, où il est question d'une négociation à Rouen avec l'Amiral de Villars pour la réduction de la Normandie. L'Amiral demandait plusieurs abbayes, dont celle de Saint-Taurin, confirmant ainsi la possession du Marquis de Rosny. La lettre détaille également une négociation complexe où le Marquis de Rosny refusait de prendre des décisions sur trois articles sans un ordre particulier du roi. L'un de ces articles concernait le sieur de Boisrosé, gouverneur de Fécamp. L'auteur narre ensuite une expédition audacieuse de Boisrosé pour reprendre Fécamp, malgré les dangers et les obstacles. Cette action est décrite en détail, soulignant le courage et la détermination de Boisrosé. Par ailleurs, une autre correspondance, datée du 14 mars 1594, montre le roi Henri IV exprimant sa gratitude au Marquis de Rosny pour ses services dans la réduction de la Normandie. Le roi qualifie ces services de 'miracles' en raison de leur efficacité et de leur régularité. La lettre du roi a été écrite de Senlis. Un autre correspondant, écrivant en mars 1732, mentionne la fin d'une lettre concernant l'Abbaye de Saint-Taurin et le sieur de Boisrozé, et indique qu'il a des mémoires prêts pour répondre à d'autres demandes concernant le Marquis de Rosny. Il fait également référence aux variations et méprises de l'auteur du poème 'La Ligue' ou 'La Henriade' par rapport au Marquis de Rosny.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 2567-2570
LETTRE écrite au sujet d'une nouvelle Edition des Romans de Mlle de Scudery.
Début :
J'apprends, Messieurs, qu'on réimprie les grands et fameux Romans de [...]
Mots clefs :
Nouvelle édition, Mademoiselle de Scudéry, Romans, Femmes illustres, Académie des Belles-Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite au sujet d'une nouvelle Edition des Romans de Mlle de Scudery.
LETTRE écrite au sujet d'une nouvelle
Edition des Romans de Mlle de Scudery.
J'Apprends me ,Messieurs et fameux, qu'on Romans réimpri- de
Mlle de Scudery ; tous les amateurs de la
politesse et de la galanterie héroïque s'en
réjouissent.
Comme j'ignore le nom de l'Imprimeur
qui entreprend cette Edition, je m'adresse à vous , pour lui faire sçavoir dans votre Journal , que presque toutes les descriptions de Palais et de pays qui sont
dans ses Ouvrages n'ont d'imaginaire que
les noms : cette illustre fille dont le cœur
étoit encore , s'il se peut, superieur à l'esprit , toujours occupée de ses amis et des
Lieux qu'ils aimoient , se plaisoit à les célébrer. Toutes ses descriptions ont un fondement veritable , représentant quelqu'une des jolies Maisons de campagne des environs de Paris ; elle y joint ordinairement le Portrait pris aussi d'après nature
du Maître de la maison ; tous ses amis
étoient d'un mérite rare ; ce qu'il y a eu
de gens fameux dans son siécle , soit à la
Cour , soit dans les Lettres , se sont fait
I. Vol. /C . un
2568 MERCURE DE FRANCE
un honneur d'être en liaison avec elle; de
son tems , les talens étoient infiniment réverés , je le remarque à la honte de celuici. Il seroit également curieux et interes-
"sant pour le Public de reconnoître tant de
Portraits faits par cette habile main , et
d'apprendre ce qui a caracterisé ce nombre infini de gens celébres qui ont illustré le Régne de Louis XIV. L'Imprimeur
rajeuniroit extrêmement ses anciens Romans , s'il donnoit la clef des Portraits et
des Descriptions. Ce qui ne paroît qu'une
fiction deviendroit un morceau précieux
pour la Litterature , et très- chér aux descendans des grands hommes qu'elle a représentez ceux qui possedent à présent
Jes Maisons qu'elle a décrites , et où elle
n'a souvent ajoûté que les ornemens pompeux , des colomnes de marbre ou de jaspe, verroient aussi avec joye leurs Maisons immortalisées ; les habitans des pays
qu'elle a peints y prendroient part ; parlà , l'ouvrage seroit plus universellement
recherché , et le Public qui ignore souvent les beautez les plus proches de lui
apprendroit par ces Notes à connoître
les dons que la Nature et l'Art ont répandus dans tous les environs de Paris.
La difficulté de trouver des gens assez
instruits de ces Anecdotes , pour fournir I. Vol. la
DECEMBRE. 1732 2569.
la clef que je propose , arrêtera peut-être
l'Imprimeur ; mais il doit , en déclarant
son nom et sa demeure dans le Mercure,
demander des secours à ceux qui sont en
état de lui en donner; si je n'étois pas
en Province je lui en procurerois , je lui
indique toûjours dans Paris M. de Cham
bord de l'Académie des Belles- Lettres ,
que je sçais qui travaille à l'Histoire des
Femmes illustres dans les Lettres , et qui
á été ami particulier de Mlle de Scudery;
M. l'Abbé Boquillon , attaché à elle par
des sentimens qui lui ont fait entreprendre l'Histoire de cette celebre Fille , Ouvrage que la délicatesse de son stile peut "
rendre aussi agréable que la matiere en
est interessante , et que le Public désire
avecempressement depuis trop long tems.
On peut tirer aussi de grandes lumieres de Me l'Heritier , à qui nous devons
l'ingénieuse apothéose de Mlle de Scudery,
Ouvrage très-applaudi , et qu'il seroit
fort convenable de réimprimer à l'occasion de la nouvelle Edition de ses Romans.
On se plaint depuis long- temps de
la négligence avec laquelle la plupart des
Imprimeurs François servent le Public ,
ils ne sçavent presque jamais consulter
les Gens de Lettres et n'ont nul soin d'en普
I. Vol. richir C ij
2570 MERCURE DE FRANCE
richir leurs Editions de ce qui peut les
rendre précieuses ; cette négligence est
absolument contre leur interêt : Les Etrangers , soit par amour pour les Lettres , soit
par une politique mieux entenduë , l'emportent de beaucoup sur nous à cet égard.
Je suis , &c.
Le 15. Novembre 1732.
Edition des Romans de Mlle de Scudery.
J'Apprends me ,Messieurs et fameux, qu'on Romans réimpri- de
Mlle de Scudery ; tous les amateurs de la
politesse et de la galanterie héroïque s'en
réjouissent.
Comme j'ignore le nom de l'Imprimeur
qui entreprend cette Edition, je m'adresse à vous , pour lui faire sçavoir dans votre Journal , que presque toutes les descriptions de Palais et de pays qui sont
dans ses Ouvrages n'ont d'imaginaire que
les noms : cette illustre fille dont le cœur
étoit encore , s'il se peut, superieur à l'esprit , toujours occupée de ses amis et des
Lieux qu'ils aimoient , se plaisoit à les célébrer. Toutes ses descriptions ont un fondement veritable , représentant quelqu'une des jolies Maisons de campagne des environs de Paris ; elle y joint ordinairement le Portrait pris aussi d'après nature
du Maître de la maison ; tous ses amis
étoient d'un mérite rare ; ce qu'il y a eu
de gens fameux dans son siécle , soit à la
Cour , soit dans les Lettres , se sont fait
I. Vol. /C . un
2568 MERCURE DE FRANCE
un honneur d'être en liaison avec elle; de
son tems , les talens étoient infiniment réverés , je le remarque à la honte de celuici. Il seroit également curieux et interes-
"sant pour le Public de reconnoître tant de
Portraits faits par cette habile main , et
d'apprendre ce qui a caracterisé ce nombre infini de gens celébres qui ont illustré le Régne de Louis XIV. L'Imprimeur
rajeuniroit extrêmement ses anciens Romans , s'il donnoit la clef des Portraits et
des Descriptions. Ce qui ne paroît qu'une
fiction deviendroit un morceau précieux
pour la Litterature , et très- chér aux descendans des grands hommes qu'elle a représentez ceux qui possedent à présent
Jes Maisons qu'elle a décrites , et où elle
n'a souvent ajoûté que les ornemens pompeux , des colomnes de marbre ou de jaspe, verroient aussi avec joye leurs Maisons immortalisées ; les habitans des pays
qu'elle a peints y prendroient part ; parlà , l'ouvrage seroit plus universellement
recherché , et le Public qui ignore souvent les beautez les plus proches de lui
apprendroit par ces Notes à connoître
les dons que la Nature et l'Art ont répandus dans tous les environs de Paris.
La difficulté de trouver des gens assez
instruits de ces Anecdotes , pour fournir I. Vol. la
DECEMBRE. 1732 2569.
la clef que je propose , arrêtera peut-être
l'Imprimeur ; mais il doit , en déclarant
son nom et sa demeure dans le Mercure,
demander des secours à ceux qui sont en
état de lui en donner; si je n'étois pas
en Province je lui en procurerois , je lui
indique toûjours dans Paris M. de Cham
bord de l'Académie des Belles- Lettres ,
que je sçais qui travaille à l'Histoire des
Femmes illustres dans les Lettres , et qui
á été ami particulier de Mlle de Scudery;
M. l'Abbé Boquillon , attaché à elle par
des sentimens qui lui ont fait entreprendre l'Histoire de cette celebre Fille , Ouvrage que la délicatesse de son stile peut "
rendre aussi agréable que la matiere en
est interessante , et que le Public désire
avecempressement depuis trop long tems.
On peut tirer aussi de grandes lumieres de Me l'Heritier , à qui nous devons
l'ingénieuse apothéose de Mlle de Scudery,
Ouvrage très-applaudi , et qu'il seroit
fort convenable de réimprimer à l'occasion de la nouvelle Edition de ses Romans.
On se plaint depuis long- temps de
la négligence avec laquelle la plupart des
Imprimeurs François servent le Public ,
ils ne sçavent presque jamais consulter
les Gens de Lettres et n'ont nul soin d'en普
I. Vol. richir C ij
2570 MERCURE DE FRANCE
richir leurs Editions de ce qui peut les
rendre précieuses ; cette négligence est
absolument contre leur interêt : Les Etrangers , soit par amour pour les Lettres , soit
par une politique mieux entenduë , l'emportent de beaucoup sur nous à cet égard.
Je suis , &c.
Le 15. Novembre 1732.
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Résumé : LETTRE écrite au sujet d'une nouvelle Edition des Romans de Mlle de Scudery.
La lettre discute de la réimpression des romans de Mlle de Scudéry et de l'intérêt qu'elle suscite. L'auteur, ignorant le nom de l'imprimeur, se tourne vers le journal pour transmettre des informations essentielles. Les descriptions de palais et de pays dans les œuvres de Mlle de Scudéry sont inspirées de lieux réels, souvent des maisons de campagne autour de Paris, et les portraits des maîtres de ces maisons sont basés sur des personnes réelles. Les amis de Mlle de Scudéry étaient des figures célèbres de son époque, tant à la cour qu'en littérature. L'auteur propose que l'imprimeur enrichisse l'édition en fournissant une clé pour identifier les portraits et les descriptions, ce qui rendrait l'ouvrage précieux pour la littérature et les descendants des grands hommes représentés. Cela permettrait également aux propriétaires actuels des maisons décrites de voir leurs biens immortalisés. L'auteur mentionne la difficulté de trouver des personnes suffisamment instruites pour fournir ces informations et recommande plusieurs individus à Paris, comme M. de Chambord et l'Abbé Boquillon, pour aider l'imprimeur. La lettre critique également la négligence des imprimeurs français, qui ne consultent pas assez les gens de lettres pour enrichir leurs éditions, contrairement aux étrangers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 2570-2573
MISSIVE du Chevalier de Leucotece, à l'Infante de Malcrais, Princesse Armorique.
Début :
L'Enfant gâté de Melpomene, [...]
Mots clefs :
Berger, Esprit, Infante de Malcrais, Figure d'ange, Querelle
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texteReconnaissance textuelle : MISSIVE du Chevalier de Leucotece, à l'Infante de Malcrais, Princesse Armorique.
MISSIVE du Chevalier de Leucotece,
à l'Infante de Malcrais , Princesse
Armorique.
L'Enfan 'Enfant gâté de Melpomene ,
Le Berger, habitant les Rives de la Seine ,
Et certain Rimeur Marseillois >
Ja de bon compte sont- ils trois ,
Auxquels aurai non pas petite affaire ,
Et seront par moi déconfits.
Non par mes très limez et délicats Ecrits.
Les deux premiers , en ce genre d'escrime ,
Sont trop ferrus pour moi, qui n'ai raison ni rime,
Comme il convient à tout Chevalier preux ,
Rien ne sçachant, sinon pourfendre en deux ,
Net et jus les arçons , tout Mortel témeraire ,
Osant en conter , ou déplaire ,
A l'objet de ses vœux.
1. Vol. Parquoi
DECEMBRE. 1732. 257%
Parquoi , Dame de mes pensées ,
Illustre et sublime Malcrais ,
De grace , ne trouvez mauvais ,
Si jambes et têtes cassées ,
Pour commencer ma déclaration ,
Je vous fais députation ,
Quelque matin , du dernier Personnage ;
Pour faire réparation ,
A vous, au Sexe qu'il outrage ;
C'est le devoir de ma Profession,
En tout honneur , bien et discrétion ,
Sommes tenus proteger les Infantes ,
Les faire déclarer charmantes ,
Non moins d'esprit comme de corps ,
En un mot , réparer les torts.
A donc ira le Rimeur de Marseille ,
Droit au Croisil , en l'état dessus dit ,
Illec verra qu'estes merveille ,
Non moins de corps comme d'esprit,
Confessera qu'il se dédit ,
D'avoir écrit que c'est un cas étrange
De trouver sous figure d'Ange ,
L'esprit sublime et le sçavoir profond.
Voilà pour un. A l'égard du second ,
De ce Berger à la douce Musette ,
Berger heureux dont demandez le nom
Que ce desir me picque , m'inquiete !
Ah ! s'il vous plaisoit moins , certain de sa défaite,
I. Vol. C
il iij
2572 MERCURE DE FRANCE
Il n'est baume de fier-à- bras ,
Qui le garantit du trépas.
Mais quoi ! ses chants ont pour vous des appas ,
L'Echo de votre cœur sans cesse les repete..
Sçachez du moins que sous l'air imposteur
De Berger, de Moutons , de Chien et de Houlette >
Il cache un malin Enchanteur ;
Un mortel ennemi de toute votre espece ,
De ceux qui détenoient une pauvre Princesse,
Pendant des deux et trois mille ans ,
Dans des Châteaux de Diamans ,
Gardez par Dragons et Geans.
Ors attendant que puisse le pourfendre ,
Lui faisant vuider les arçons ,
C'est à vous à vous bien deffendre ,
De ses charmes , de ses Chansons.
Je vous en avertis , ce sont Philtres magiques,
Ce sont appas qui cachent un poison,
Riant d'abord, ayant suites tragiques ,
Otant esprit , repos , raison ,
Poison dont le remede est seulement la fuite ,
Mais c'est assez ; vous voilà bien instruite.
Venons enfin à mon dernier Rival , *
Je conviens qu'il n'a point d'égal ,
Si ce n'est Apollon lui- même ;
Mais Preux ne cede ce qu'il aime
M. de Voltaire.
(
1. Vol.
Sans
DECEMBRE. 1732 2573.
Sans ferrailler , sans faire appel.
Suivant ces us , malgré votre gloire immortelle,
Malgré tous vos Lauriers , Rival que je querelle,
Avec crainte et respect , agréez mon Cartel.
Malcrais vaut bien qu'on ferraille pour elle,,
C'est la raison. Je vous laisse le choix ,
Des armes et du Champ , mais seriez discourtois,'
Vû vos forces et ma foiblesse ,
Si ne me permettiez d'excepter le Permesse.
à l'Infante de Malcrais , Princesse
Armorique.
L'Enfan 'Enfant gâté de Melpomene ,
Le Berger, habitant les Rives de la Seine ,
Et certain Rimeur Marseillois >
Ja de bon compte sont- ils trois ,
Auxquels aurai non pas petite affaire ,
Et seront par moi déconfits.
Non par mes très limez et délicats Ecrits.
Les deux premiers , en ce genre d'escrime ,
Sont trop ferrus pour moi, qui n'ai raison ni rime,
Comme il convient à tout Chevalier preux ,
Rien ne sçachant, sinon pourfendre en deux ,
Net et jus les arçons , tout Mortel témeraire ,
Osant en conter , ou déplaire ,
A l'objet de ses vœux.
1. Vol. Parquoi
DECEMBRE. 1732. 257%
Parquoi , Dame de mes pensées ,
Illustre et sublime Malcrais ,
De grace , ne trouvez mauvais ,
Si jambes et têtes cassées ,
Pour commencer ma déclaration ,
Je vous fais députation ,
Quelque matin , du dernier Personnage ;
Pour faire réparation ,
A vous, au Sexe qu'il outrage ;
C'est le devoir de ma Profession,
En tout honneur , bien et discrétion ,
Sommes tenus proteger les Infantes ,
Les faire déclarer charmantes ,
Non moins d'esprit comme de corps ,
En un mot , réparer les torts.
A donc ira le Rimeur de Marseille ,
Droit au Croisil , en l'état dessus dit ,
Illec verra qu'estes merveille ,
Non moins de corps comme d'esprit,
Confessera qu'il se dédit ,
D'avoir écrit que c'est un cas étrange
De trouver sous figure d'Ange ,
L'esprit sublime et le sçavoir profond.
Voilà pour un. A l'égard du second ,
De ce Berger à la douce Musette ,
Berger heureux dont demandez le nom
Que ce desir me picque , m'inquiete !
Ah ! s'il vous plaisoit moins , certain de sa défaite,
I. Vol. C
il iij
2572 MERCURE DE FRANCE
Il n'est baume de fier-à- bras ,
Qui le garantit du trépas.
Mais quoi ! ses chants ont pour vous des appas ,
L'Echo de votre cœur sans cesse les repete..
Sçachez du moins que sous l'air imposteur
De Berger, de Moutons , de Chien et de Houlette >
Il cache un malin Enchanteur ;
Un mortel ennemi de toute votre espece ,
De ceux qui détenoient une pauvre Princesse,
Pendant des deux et trois mille ans ,
Dans des Châteaux de Diamans ,
Gardez par Dragons et Geans.
Ors attendant que puisse le pourfendre ,
Lui faisant vuider les arçons ,
C'est à vous à vous bien deffendre ,
De ses charmes , de ses Chansons.
Je vous en avertis , ce sont Philtres magiques,
Ce sont appas qui cachent un poison,
Riant d'abord, ayant suites tragiques ,
Otant esprit , repos , raison ,
Poison dont le remede est seulement la fuite ,
Mais c'est assez ; vous voilà bien instruite.
Venons enfin à mon dernier Rival , *
Je conviens qu'il n'a point d'égal ,
Si ce n'est Apollon lui- même ;
Mais Preux ne cede ce qu'il aime
M. de Voltaire.
(
1. Vol.
Sans
DECEMBRE. 1732 2573.
Sans ferrailler , sans faire appel.
Suivant ces us , malgré votre gloire immortelle,
Malgré tous vos Lauriers , Rival que je querelle,
Avec crainte et respect , agréez mon Cartel.
Malcrais vaut bien qu'on ferraille pour elle,,
C'est la raison. Je vous laisse le choix ,
Des armes et du Champ , mais seriez discourtois,'
Vû vos forces et ma foiblesse ,
Si ne me permettiez d'excepter le Permesse.
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Résumé : MISSIVE du Chevalier de Leucotece, à l'Infante de Malcrais, Princesse Armorique.
Le Chevalier de Leucotece écrit à l'Infante de Malcrais pour annoncer sa volonté de défendre son honneur contre trois rivaux. Il ne compte pas utiliser ses écrits mais ses compétences de chevalier. Les rivaux sont l'Enfant gâté de Melpomène, le Berger habitant les rives de la Seine, et un Rimeur Marseillois. Le Chevalier prévoit d'envoyer un messager pour réparer les torts causés à l'Infante et au sexe féminin. Il défiera le Rimeur Marseillois au Croisil pour qu'il reconnaisse les qualités de l'Infante. Il met en garde l'Infante contre les chants enchanteurs du Berger, qu'il compare à des philtres magiques dangereux. Concernant le troisième rival, identifié comme M. de Voltaire, le Chevalier lui envoie un cartel, respectueusement, laissant le choix des armes et du champ de bataille, tout en excluant le Parnasse.
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7
p. 2573
« La Piece qui suit est sur un sujet des plus interessants pour la Religion et [...] »
Début :
La Piece qui suit est sur un sujet des plus interessants pour la Religion et [...]
Mots clefs :
Pièce, Sujet
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texteReconnaissance textuelle : « La Piece qui suit est sur un sujet des plus interessants pour la Religion et [...] »
Piece qui suit est sur un sujet des
Lplus interessants pour la Religion ec
le plus convenable au temps où nous
sommes. Elle est du R. P. de Belmont ,
Jesuite , Recteur de l'Université et du
College de Pau , déja connu par divers
Poëmes Latins et François , imprimez à
Pau, et goûtez des Connoisseurs.
Lplus interessants pour la Religion ec
le plus convenable au temps où nous
sommes. Elle est du R. P. de Belmont ,
Jesuite , Recteur de l'Université et du
College de Pau , déja connu par divers
Poëmes Latins et François , imprimez à
Pau, et goûtez des Connoisseurs.
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8
p. 2573-2577
CANTATE. SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
Début :
La Fille du grand Roi que Bethléem vit naître, [...]
Mots clefs :
Naissance de Jésus-Christ, Puissance, Enfant, Univers, Adorer
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texteReconnaissance textuelle : CANTATE. SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
CANTAT E.
SUR LA NAISSANCE
DE JESUS- CHRIST.
LA Fille du grand Roi que Betlhéem vit naître
La fille de David , Pere de tant de Rois ,
Dans sa propre Patrie en vain se fait connoître ,
P
I. Vol. Citij L'in
2574 MERCURE DE FRANCE
L'ingrate Betlhéem se rend sourde à sa voix.
Tandis que l'Etranger chez l'Etranger tranquile ,
Ygoûte les douceurs d'un paisible repos ,
La Mere de celui qui vient finir nos maux ,
Erre loin de ses murs , pour chercher un azile ;
Un voile tenebreux lui cache l'Univers.
Lejour depuis long-tems se reposoit dans l'Onde,
A ses pas égarez une Grote profonde ,
Où regnent les sombres Hyvers ,
Parmi de vils Troupeaux offre un triste réfuge :
C'est-là qu'un Dieu Sauveur oubliant qu'il est
Juge ,
Oubliant nos forfaits , et son juste courroux ,
Vient de naître et commence à
s'immoler pour
•
nous.
Air.
Volez, Zéphirs , que votre haleine ,
Dans cet Antre profond ramene ,
La douce chaleur du Printemps.
Pere du jour , avant le temps ,
Recommencez votre carriere ,
Chassez les ombres de la nuit ;
L'Univers étonné languit ,
Dans l'attente de la lumiere :
Chassez les ombres de la nuit.
Quels prodiges divers ! la terre est agitée ,
Elle tremble et frémit d'allegresse et d'effroi :
1. Vol.
La
DECEMBRE. 1732. 2575
La Mer, comme autrefois, craintive, épouvantée,
Suspend ses flots bruyans , pour adorer son Roi ,
Dans un Enfant plein de foiblesse.
Le jour , le plus beau jour à paroître s'empresse :
Dévoilez , cher Enfant , l'éternelle beauté ;
Trop long- temps votre Mere a souffert de vos larmes :
Montrez-vous , soulagez ses mortelles allarmes.
Vous , qui de cet Enfant craignez la Majesté ,
Et qui vous nourissez dans le Ciel de ses charmes,
Heureux Esprits , chantez , découvrez- nous l'amour
Qui l'anime pour nous en cet affreux séjour.
Ecoutons ; le Ciel s'ouvre , un Chœur d'Anges
s'apprête
Acelebrer dans les airs une Fête.
Air.
Le Verbe s'est fait chair pour sauver les Mortels;
Dans ses abaissemens éternisons sa gloire :
Il triomphe des cœurs, pour prix de sa victoire,
Il se verra sans cesse élever des Autels ;
Toujours de sa bonté durera la memoire.
Heureux Mortels , recevez les bienfaits ,
Qu'il vient répandre sur la Terre ;
Déja sa main écarte le Tonnerre ;
Il pleure vos forfaits ,
Il vous offre la paix ,
Et replonge aux Enfers l'impitoyable guerre.
I. Vol CY .Heu-
2576 MERCURE DE FRANCE
Heureux Mortels, recevez les bienfaits
Qu'il vient répandre sur la Terre.
On mêle à ces Concerts de rust ques accens ;
De vigilans Bergers accourus vers l'Etable ,
Y portent des cœurs innocens ,
Et forment au Sauveur la Cour la plus aimable ;'
Tandis que pleins d'amour ils pleurent ses dou- leurs ,
L'un d'eux forme ces sons , qu'interrompent
ses pleurs.
Air.
Foible Enfant, Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime.
Vous soulagez tous nos besoins ,
Tout m'annonce vos tendres soins ,
Et vous vous oubliez vous- même
Vous êtes plus pauvre que nous ,
Et tout l'Univers est à vous
Foible Enfant, Puissance suprême
Je vous adore et je vous aime.
Votre main soutient l'Univers.
Elle transporte les Montagnes ;
Elle fait naître en nos Campagnes ,
Et nourrit mille fruits divers.
Votre voix ramene l'Aurore ,
Qui nous éclaire chaque jour ,
1. Vol. Et
DECEMBRE. 1732. 2577
Et les fleurs qu'elle fait éclore ,
Sont les présens de votre amour.
Foible Enfant , Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime
SUR LA NAISSANCE
DE JESUS- CHRIST.
LA Fille du grand Roi que Betlhéem vit naître
La fille de David , Pere de tant de Rois ,
Dans sa propre Patrie en vain se fait connoître ,
P
I. Vol. Citij L'in
2574 MERCURE DE FRANCE
L'ingrate Betlhéem se rend sourde à sa voix.
Tandis que l'Etranger chez l'Etranger tranquile ,
Ygoûte les douceurs d'un paisible repos ,
La Mere de celui qui vient finir nos maux ,
Erre loin de ses murs , pour chercher un azile ;
Un voile tenebreux lui cache l'Univers.
Lejour depuis long-tems se reposoit dans l'Onde,
A ses pas égarez une Grote profonde ,
Où regnent les sombres Hyvers ,
Parmi de vils Troupeaux offre un triste réfuge :
C'est-là qu'un Dieu Sauveur oubliant qu'il est
Juge ,
Oubliant nos forfaits , et son juste courroux ,
Vient de naître et commence à
s'immoler pour
•
nous.
Air.
Volez, Zéphirs , que votre haleine ,
Dans cet Antre profond ramene ,
La douce chaleur du Printemps.
Pere du jour , avant le temps ,
Recommencez votre carriere ,
Chassez les ombres de la nuit ;
L'Univers étonné languit ,
Dans l'attente de la lumiere :
Chassez les ombres de la nuit.
Quels prodiges divers ! la terre est agitée ,
Elle tremble et frémit d'allegresse et d'effroi :
1. Vol.
La
DECEMBRE. 1732. 2575
La Mer, comme autrefois, craintive, épouvantée,
Suspend ses flots bruyans , pour adorer son Roi ,
Dans un Enfant plein de foiblesse.
Le jour , le plus beau jour à paroître s'empresse :
Dévoilez , cher Enfant , l'éternelle beauté ;
Trop long- temps votre Mere a souffert de vos larmes :
Montrez-vous , soulagez ses mortelles allarmes.
Vous , qui de cet Enfant craignez la Majesté ,
Et qui vous nourissez dans le Ciel de ses charmes,
Heureux Esprits , chantez , découvrez- nous l'amour
Qui l'anime pour nous en cet affreux séjour.
Ecoutons ; le Ciel s'ouvre , un Chœur d'Anges
s'apprête
Acelebrer dans les airs une Fête.
Air.
Le Verbe s'est fait chair pour sauver les Mortels;
Dans ses abaissemens éternisons sa gloire :
Il triomphe des cœurs, pour prix de sa victoire,
Il se verra sans cesse élever des Autels ;
Toujours de sa bonté durera la memoire.
Heureux Mortels , recevez les bienfaits ,
Qu'il vient répandre sur la Terre ;
Déja sa main écarte le Tonnerre ;
Il pleure vos forfaits ,
Il vous offre la paix ,
Et replonge aux Enfers l'impitoyable guerre.
I. Vol CY .Heu-
2576 MERCURE DE FRANCE
Heureux Mortels, recevez les bienfaits
Qu'il vient répandre sur la Terre.
On mêle à ces Concerts de rust ques accens ;
De vigilans Bergers accourus vers l'Etable ,
Y portent des cœurs innocens ,
Et forment au Sauveur la Cour la plus aimable ;'
Tandis que pleins d'amour ils pleurent ses dou- leurs ,
L'un d'eux forme ces sons , qu'interrompent
ses pleurs.
Air.
Foible Enfant, Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime.
Vous soulagez tous nos besoins ,
Tout m'annonce vos tendres soins ,
Et vous vous oubliez vous- même
Vous êtes plus pauvre que nous ,
Et tout l'Univers est à vous
Foible Enfant, Puissance suprême
Je vous adore et je vous aime.
Votre main soutient l'Univers.
Elle transporte les Montagnes ;
Elle fait naître en nos Campagnes ,
Et nourrit mille fruits divers.
Votre voix ramene l'Aurore ,
Qui nous éclaire chaque jour ,
1. Vol. Et
DECEMBRE. 1732. 2577
Et les fleurs qu'elle fait éclore ,
Sont les présens de votre amour.
Foible Enfant , Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime
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Résumé : CANTATE. SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
Le poème relate la naissance de Jésus-Christ à Bethléem, la ville natale du roi David. Marie, sa mère, cherche un refuge et trouve abri dans une grotte sombre. Jésus, un Dieu Sauveur, naît en oubliant ses pouvoirs pour se sacrifier pour l'humanité. La terre tremble de joie et la mer suspend ses flots pour adorer le nouveau roi. Le jour le plus beau se hâte d'apparaître, et les anges célèbrent cet événement dans les airs. Le Verbe s'est fait chair pour sauver les mortels, et sa bonté durera éternellement. Les bergers, pleins d'amour, accourent vers l'étable pour adorer le Sauveur. Un berger exprime son admiration et son amour pour cet enfant puissant et humble, reconnaissant que sa main soutient l'univers et qu'il est l'auteur de toutes les bénédictions.
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9
p. 2577
« L'Ode qui suit, a été envoyée de Montargis, Ville de l'Apanage de M. le [...] »
Début :
L'Ode qui suit, a été envoyée de Montargis, Ville de l'Apanage de M. le [...]
Mots clefs :
Réjouissances publiques, Rétablissement, Santé, Duc d'Orléans
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texteReconnaissance textuelle : « L'Ode qui suit, a été envoyée de Montargis, Ville de l'Apanage de M. le [...] »
Ltargis , Ville de l'Apanage de M. le
Duc d'Orleans. Elle fit , pour ainsi- dire,
la clôture des Réjouissances publiques,
qui furent faites le 16. Novembre par
les R R. Peres Barnabites du College de
cette Ville , à l'occasion du Rétablissement de la santé de leurs A. S
Duc d'Orleans. Elle fit , pour ainsi- dire,
la clôture des Réjouissances publiques,
qui furent faites le 16. Novembre par
les R R. Peres Barnabites du College de
cette Ville , à l'occasion du Rétablissement de la santé de leurs A. S
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10
p. 2577-2580
ODE.
Début :
Ville, qu'après tant de conquêtes [...]
Mots clefs :
Venin, Soulager, Triomphes, Médecin, Coup funeste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE.
O D E.
VIlle, * qu'après tant de conquêtes ,
Le fier Anglois ne put dompter ,
Sortez de l'allarme où vous êtes ,
Et cessez de vous attrister ;
Le fils de votre auguste Prince ,
Seul espoir de cette Province ,
Survit au danger de ses maux ,
Un secours divin l'en préserve ,
* Les Anglois du temps de leur invasion ne pusentjamais prendre la Ville de Montargis.
I. Vol Cvj La
2578 MERCURE DE FRANCE
),
La Providence le conserve
Pour multiplier les Héros.
Par le venin le plus à craindre ,
Tous ses sens étoient affoiblis ;
Sa vie étoit prête à s'éteindre ,
Avant deux lustres accomplis;
Mais par une crise subite ,
Ce jeune Prince ressuscite ,
Sa beauté renaît avec lui.
Grand-Dieu , ce miracle s'opere }
Par les saintes vertus d'un Pere ,
Qui met en vous tout son appuy.
M
De la pompe qui l'environne ,
Il méprise les vains attraits ,
La ferveur que sa foi lui donne ,
Aspire à des biens plus parfaits :
Ennemi du plaisir frivole ,
Son cœur se dévouë et s'immole ,
Aux rigueurs de l'austerité ,
Et pour soulager l'indigence,
Une liberale dépense ,
Se regle sur sa charité.
Qu'il est rare de voir paroître ,
I. Vol. Uni
DECEMBRE. 1732. 2579
Un Prince qui dès son printemps ,
Des voluptez se rend le maître ,
Par des triomphes si constans !
Grands du monde , je vous appelle .
Ouvrez les yeux sur ce Modele ,
Exempt de toute passion ,
Et dont l'oreille favorable ,
N'est jamais sourde au miserable ,
Qui gémit dans l'oppression.
M
Mais qu'entends- je , quel coup funeste ,
Vient renouveller nos frayeurs !
Est-ce donc le courroux Celeste ,
Qui veut redoubler nos malheurs !
Ce Prince accablé de tristesse ,
Près d'un Fils souffrant qu'il caresse
Est frappé du même venin.
Seigneur , secourez l'un et l'autre
Pour votre gloire et pour la nôtre ;
Je crains tout autre Medecin.
M
Rassurons-nous , calmons nos craintes ,
Déja nos vœux sont exaucez ,
Ils sont tous deux hors des atteintes ,
Dont leurs jours étoient menacez.
Livrons donc nos cœurs à la joye ,
Il est temps qu'elle se déploye,
I, Vol. Que
2580 MERCURE DE FRANCE
Que nos feux brillent dans les airs ,
Et qu'une Ville si fidele ,
Témoigne du moins par son zele ,
Combien ses Princes lui sont chers.
VIlle, * qu'après tant de conquêtes ,
Le fier Anglois ne put dompter ,
Sortez de l'allarme où vous êtes ,
Et cessez de vous attrister ;
Le fils de votre auguste Prince ,
Seul espoir de cette Province ,
Survit au danger de ses maux ,
Un secours divin l'en préserve ,
* Les Anglois du temps de leur invasion ne pusentjamais prendre la Ville de Montargis.
I. Vol Cvj La
2578 MERCURE DE FRANCE
),
La Providence le conserve
Pour multiplier les Héros.
Par le venin le plus à craindre ,
Tous ses sens étoient affoiblis ;
Sa vie étoit prête à s'éteindre ,
Avant deux lustres accomplis;
Mais par une crise subite ,
Ce jeune Prince ressuscite ,
Sa beauté renaît avec lui.
Grand-Dieu , ce miracle s'opere }
Par les saintes vertus d'un Pere ,
Qui met en vous tout son appuy.
M
De la pompe qui l'environne ,
Il méprise les vains attraits ,
La ferveur que sa foi lui donne ,
Aspire à des biens plus parfaits :
Ennemi du plaisir frivole ,
Son cœur se dévouë et s'immole ,
Aux rigueurs de l'austerité ,
Et pour soulager l'indigence,
Une liberale dépense ,
Se regle sur sa charité.
Qu'il est rare de voir paroître ,
I. Vol. Uni
DECEMBRE. 1732. 2579
Un Prince qui dès son printemps ,
Des voluptez se rend le maître ,
Par des triomphes si constans !
Grands du monde , je vous appelle .
Ouvrez les yeux sur ce Modele ,
Exempt de toute passion ,
Et dont l'oreille favorable ,
N'est jamais sourde au miserable ,
Qui gémit dans l'oppression.
M
Mais qu'entends- je , quel coup funeste ,
Vient renouveller nos frayeurs !
Est-ce donc le courroux Celeste ,
Qui veut redoubler nos malheurs !
Ce Prince accablé de tristesse ,
Près d'un Fils souffrant qu'il caresse
Est frappé du même venin.
Seigneur , secourez l'un et l'autre
Pour votre gloire et pour la nôtre ;
Je crains tout autre Medecin.
M
Rassurons-nous , calmons nos craintes ,
Déja nos vœux sont exaucez ,
Ils sont tous deux hors des atteintes ,
Dont leurs jours étoient menacez.
Livrons donc nos cœurs à la joye ,
Il est temps qu'elle se déploye,
I, Vol. Que
2580 MERCURE DE FRANCE
Que nos feux brillent dans les airs ,
Et qu'une Ville si fidele ,
Témoigne du moins par son zele ,
Combien ses Princes lui sont chers.
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Résumé : ODE.
Le texte narre les événements impliquant un prince et son fils, tous deux victimes d'un venin. La ville de Montargis, jamais conquise par les Anglais, est en alarme. Le fils du prince, seul espoir de la province, survit grâce à un secours divin. Le prince, affaibli par le venin, renaît miraculeusement grâce aux vertus de son père. Ce dernier, malgré sa position, méprise les plaisirs frivoles et consacre sa vie à la charité et à l'aide des misérables. Le texte encourage les grands du monde à suivre cet exemple de vertu et de compassion. Cependant, une nouvelle frayeur survient lorsque le père est également frappé par le même venin. Les prières sont exaucées, et tous deux sont sauvés. La ville est invitée à se réjouir et à témoigner de son zèle et de son attachement à ses princes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 2580
« Les Vers qu'on va lire sont adressez à la Duchesse du Maine, dont tout le [...] »
Début :
Les Vers qu'on va lire sont adressez à la Duchesse du Maine, dont tout le [...]
Mots clefs :
Occasion, Gens de Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Vers qu'on va lire sont adressez à la Duchesse du Maine, dont tout le [...] »
L
,
Es Vers qu'on va lire sont adressez
à la Duchesse du Maine , dont tout le
monde connoît le goût sûr les lumieres et la protection éclairée qu'elle accorde aux Gens de Lettres ; ils sont
de M. du Vaure , et faits à l'occasion
d'une Comédie nouvelle du même Auteur , reçue par les Comédiens François ,
sous le titre de l'Ecole des Sçavans , en
5. Actes avec un Prologue , et lûë à
Sceaux , chez cette illustre Princesse. On
trouva a Piece bien écrite , le Sujet bien
traité , les Caracteres soutenus , &c.
,
Es Vers qu'on va lire sont adressez
à la Duchesse du Maine , dont tout le
monde connoît le goût sûr les lumieres et la protection éclairée qu'elle accorde aux Gens de Lettres ; ils sont
de M. du Vaure , et faits à l'occasion
d'une Comédie nouvelle du même Auteur , reçue par les Comédiens François ,
sous le titre de l'Ecole des Sçavans , en
5. Actes avec un Prologue , et lûë à
Sceaux , chez cette illustre Princesse. On
trouva a Piece bien écrite , le Sujet bien
traité , les Caracteres soutenus , &c.
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Résumé : « Les Vers qu'on va lire sont adressez à la Duchesse du Maine, dont tout le [...] »
Le texte présente des vers de M. du Vaure dédiés à la Duchesse du Maine, célèbre pour son soutien aux gens de lettres. Ces vers accompagnent la lecture de sa comédie 'L'École des Sçavans', composée de cinq actes et d'un prologue, à Sceaux. La pièce a été bien reçue pour son écriture, son sujet et ses personnages.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 2580-2581
« Estre Auteur et sensé, fut toûjours difficile; [...] »
Début :
Estre Auteur et sensé, fut toûjours difficile; [...]
Mots clefs :
Goût, Amour, Public, Génie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Estre Auteur et sensé, fut toûjours difficile; [...] »
Estre Auteur et sensé , fut toûjours difficile ;
Tel est le préjugé de la Cour , de la Ville :
Préjugé contre moi peut être de saison ;
Ai-je dans mon Ouvrage écouté la raison ?
Je l'ignore. Au Public ambitieux de plaire ,
( L'amour propre enfanta ce projet témeraire )
Des faux Sçavans du temps je trace les Portraits :
Mais qui déciderà si j'ai saisi leurs traits ?
I. Vol. Comé-
DECEMBRE. 1732. 2581
Comédiens en Corps , duppes des apparences ,
Rarement le Public confirme vos Sentences.
Par envie , ou par air, Savans , vous blâmez tout
Grand Monde délicat qui possedez le goût ,
Vous êtes trop poli pour être bien sincere.
Quel parti puis-je prendre ? O Ciel ! que dois- je faire ? ....
Quel Génie à l'instant se présente à mes yeux !
Vole à Sceaux , me dit-il , on rassemble en ces
Lieux
Esprit , talent , bonté , sincerité Romaine ,
Amour des Arts, sçavoir , goût épuré d'Athéne ;
A cette Cour choisie expose tes Ecrits ,
Une Muse y préside , on t'y dira leur prix
Tel est le préjugé de la Cour , de la Ville :
Préjugé contre moi peut être de saison ;
Ai-je dans mon Ouvrage écouté la raison ?
Je l'ignore. Au Public ambitieux de plaire ,
( L'amour propre enfanta ce projet témeraire )
Des faux Sçavans du temps je trace les Portraits :
Mais qui déciderà si j'ai saisi leurs traits ?
I. Vol. Comé-
DECEMBRE. 1732. 2581
Comédiens en Corps , duppes des apparences ,
Rarement le Public confirme vos Sentences.
Par envie , ou par air, Savans , vous blâmez tout
Grand Monde délicat qui possedez le goût ,
Vous êtes trop poli pour être bien sincere.
Quel parti puis-je prendre ? O Ciel ! que dois- je faire ? ....
Quel Génie à l'instant se présente à mes yeux !
Vole à Sceaux , me dit-il , on rassemble en ces
Lieux
Esprit , talent , bonté , sincerité Romaine ,
Amour des Arts, sçavoir , goût épuré d'Athéne ;
A cette Cour choisie expose tes Ecrits ,
Une Muse y préside , on t'y dira leur prix
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Résumé : « Estre Auteur et sensé, fut toûjours difficile; [...] »
En décembre 1732, un auteur évoque les défis de la création et de la réception de son œuvre, marquée par des préjugés à la cour et en ville. Il souhaite peindre les portraits des faux savants et des comédiens, critiqués pour leur manque de sincérité. Un génie lui conseille de se rendre à Sceaux, où il trouvera des esprits éclairés et pourra exposer ses écrits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 2581-2588
SIXIÈME Lettre écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. au sujet de la Conquête d'Oran, &c.
Début :
Je n'ai pas conjecturé juste, Monsieur, quand je vous ai marqué par ma derniere Lettre que [...]
Mots clefs :
Conquête d'Oran, Château de Sainte Croix, Royaume d'Alger, Marquis de Santa Cruz, Chevalier Wogan, Maures, Troupes, Provisions, Secours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SIXIÈME Lettre écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. au sujet de la Conquête d'Oran, &c.
SIXIE'ME Lettre écrite par M. D. L. R.
à M. le Marquis de B. au sujet de la
Conquête d'Oran , &c.
JT
E n'ai pas conjecturé juste , Monsieur , quand
je vous ai marqué par ma derniere Lettre que
je ne croyois pas d'avoir rien à vous écrire au
sujet d'Oran avant le Printemps prochain ; les
apparences étoient telles , mais l'Evenement a
détruit les apparences : Les Maures se sont mis
en campagne pour executer de grands projets ,
ils veulent batailler en plein hyver, d'un côté devant Oran , de l'autre devant Ceuta ; il faut vous
rendre compte de leurs Operations ; elles sont
yenues depuis peu à ma connoissance par plu- I. Vol. sieurs
2582 MERCURE DE FRANCE
sieurs Lettres écrites d'Espagne et d'Affrique,
Vous sçavez , Monsieur , qu'Oran et Marsalquibir ont fait partie du Royaume d'Alger , et
quelle a été la consternation de la Ville d'Alger
et de tout le Païs , lors de la prise de ces deux
Places par l'armée du Roy d'Espagne. La retraite
de cette Armée , le départ de la Flote , la mort
du vieux Dey d'Alger , âgé de 88. ans auquel a
succedé le Khaznadar ou Trésorier de la Régence , tout cela ensemble a fait cesser la consternation ; les Maures ont repris courage et paroissent disposez à faire de grands efforts pour
reprendre les Places conquises et chasser entierement les Espagnols des Côtes d'Affrique.
Dabord cette Régence a envoyé un secours
considerable au Dey Bigotillos , qu'on dit être
un Renegat Catalan , cy-devant Gouverneur d'Oran , lequel pendant une partie du mois de Septembre à fort inquieté la Garnison , occupée aux
nouvelles Fortifications de cette Place. Les escarmouches ont été fréquents , toûjours avec grande perte du côté des Maures , qui cependant ont
reçû d'autres renforts , et enfin ils se sont trouvez
en état de commencer le Siege d'Oran avec deux
Armées , dont l'une est commandée par Bigotillos , et l'autre par le fils du dernier Dey d'Alger, qui est Aga des Spahis , ou Commandant de
la Cavalerie.
Leurs premieres vûës ont été de surprendre
quelques-uns des principaux Châteaux qui envi
ronnent la Place et dont vous connoissez la si
tuation et l'importance par le Plan general d'O
ran et de Marsalquibir , que je vous ai envoyé.
Le Marquis de Santa- Cruz a pris là - dessus toutes
les précautions necessaires, et a fait les plus sages
dispositions pour la conservation de ces Forts.
1. Vol. Le
DECEMBRE. 1732. 2583
Le dernier jour du mois de Septembre , les
Maures , suivant le projet que je viens de dire ,
ayant formé un Corps considerable , tenterent de
couper la communication de la Place avec le Fort
de S. Philippe , ils y vinrent dabord avec une
grande intrépidité , mais ils furent repoussez par
un Détachement de Grenadiers , et enfin entierement chassez par un Détachement de Cavalerie. L'action fut des plus vives , les Maures y
perdirent près de deux mille hommes , sans les
blessez. Les Espagnols n'eurent que huit hommes
de tuez et quelques blessez.
Le 4. d'Octobre il se donna un combat plus
considerable , à l'occasion d'un convoy que le
Marquis de Santa- Cruz voulut faire entrer dans le
Fort de Sainte- Croix, et qui y entra effectivement.
Toutes les circonstances de cette Action sont remarquables et interessantes ; je suis assuré , Monsieur, que vous me sçaurez bon gré de vous en ap- prendre le détail , au risque d'allonger un peu ma Lettre. Le voici tel qu'il a été envoyé à la Cour,
et conforme à toutes mes Lettres particulieres.
Le Chevalier Wogan , Colonel de jour , ( 4.
Octobre ) sortit vers les cinq heures du ma- tin , à la tête d'un Détachement composé de plusieurs Compagnies de Grenadiers et de quelques
Compagnies de Cavalerie pour escorter un grand Convoi de Vivres et de Munitions , que le Mar
quis de Santa-Cruz envoyoit au Château de Sainte-Croix , qui domine la Ville d'Oran , tous les Châteaux voisins et même l'entrée du Port. Il y
avoit près d'un mois que Bigotillos , cy-devant
Gouverneur d'Oran, assiegeoit ce Château, ayant
placé ses Batteries sur la Mezeta , Montagne fort
élevée et à une portée de fusil , mais séparée du
Château par une gorge très-profonde et très- es- I. Vel. carpée.
2584 MERCURE DE FRANCE
carpée. Cette Batterie avec déja fait une breche
considerable à la muraille du Château ; mais la
breche étant inutile aux ennemis , à cause des Rochers escarpez qui se trouvoient entre leur Camp
et le Château , Bigotillos prit le parti d'appliquer
le Mineur à l'autre côté du demi- Bastion qu'il
avoit battu en breche : les Mines ne firent aucun
effet , parce qu'elles ne penetroient pas le Roc ,
plusieurs assauts qu'il voulut donner par escalade,
firent périr près de 10000. Turcs ou Algeriens ,
fils de Turcs.
Cependant la Garnison Espagnole du Château de Sainte-Croix , qui n'est que de 5oo. hommes,
étoit considerablement diminuée par toutes ces
attaques ; et manquant de tout , elle auroit été
obligée de se rendre. C'est ce qui détermina le
Marquis de Santa- Cruz à tout risquer pour la
secourir ; ainsi avant que de faire sortir le Détachement commandé par le Chevalier de Wogan , il fit faire une fausse attaque du Fort de
S. Philippe sur la batterie des Retranchemens du
fils du Dey d'Alger , qui étoit à la droite de la
tranchée des Ennemis , afin d'y attirer les Troupes de Bigotillos et de dégarnir son poste de la
gauche. Pendant le feu continuel de cette fausse
attaque , le Chevalier de Wogan , Colonel Commandant du Détachement , fit avancer quatre
Compagnies de Grenadiers sur la demi Côte entre
les Châteaux de S. Gregoire et de Sainte Croix ,
pour arrêter ceux qui tenteroient de couper le
Convoy par en haut. Il envoya deux autres Compagnies au bas du Rocher qui est au pied du dernier de ces deux Châteaux , et il marcha ensuite
en bataille avec le reste de son Détachement , occupant toute la Plaine par son front jusqu'au
bord du Baranco , gorge profonde , où les Mau- - Vol. *CS
DECEMBRE. 1732. 2585
res et les Turcs se tenoient ordinairement en
embuscade.
Vers les sept heures du matin , la tête du Convoy s'étant avancée jusqu'à Sainte- Croix , quelques Compagnies de la Garnison de ce Château ,
sortirent pour renforcer l'Escorte , et se posterent sous le Canon du demi- Bastion , qui fit un
feu si continuel et si violent , que les Maures en
furent épouventez , et s'il eût été permis au Chevalier de Wogan de contrevenir aux ordres du
Marquis de Santa-Cruz, et de passer les bords du
Baranco , on ne doute point qu'il ne les`eût chassez de leur retranchement, et qu'il n'eût pû jetter
leur batterie dans les précipices; mais le Marquis de Santa Cruz n'avoit d'autre vûé que de secou
rir le Fort sans rien risquer ; cependant les En- nemis voyant qu'on ne tentoit pas de passer le
Baranco , revinrent y planter leurs Etendarts par
maniere de défi , et il y eut pendant une heure un
feu continuel de Mousqueterie , qui leur tua plus
de 1000 ou 1200. hommes. Bigotillos ayant fait
revenir une partie de ses Troupes , que la fausse attaque du Fort S. Philippe avoit attirée , se dé- termina à traverser la gorge du Baranco. Alors
le Chevalier de Wogan fit marcher deux Compagnies de Grenadiers pour occuper le passage de cette gorge , par lequel les Maures auroient pu couper le Convoy, ils commencerent à entrer dans
Sainte Croix , ce qui obligea Bigotillos à changer de dessein , quoique ses Troupes qui étoient
alors dans la gorge, montassent à plus de 15000
hommes , et après avoir essuyé plusieurs déchar ges de l'Artillerie du Fort , il alla se mettre à
couvert derriere les Rochers qui sont au - dessous
du Château , d'où les bombes qu'on y rouloit ,
obligerent les Maures de se retirer et de remonter i. Vol.
wyers
2585 MERCURE DE FRANCE
vers leur batterie , dont un coup de Canon bles
sa un Officier Espagnol et couvrit de poussiere le Chevalier de Wogan.
Vers les neuf heures du matin , toutes les voitures du Convoi étant retournées à Oran , après
avoir déchargé leurs provisions dans le Fort de
Sainte Croix , la Cavalerie du Détachement se
mit en bataille du côté de la Marine , pour soutenir l'Infanterie voisine dans sa retraite. Le
Chevalier deWogan reçut en cet endroit un coup
de fusil qui l'obligea de se retirer et de laisser le
commandement au Marquis de Turbilly , son
Lieutenant Colonel ; il étoit resté vers le Rocher
de Sainte- Croix six Compagnies de Grenadiers ,
dont trois devoient rentrer dans le Château, et les
trois autres retourner à Oran avec le reste du Détachement.
La Cavalerie , par un ordre mal entendu , commençoit déja à défiler , et ne pouvoit plus les secourir , desorte que ces Compagnies furent obligées de lâcher pied et de se retirer en confusion,
trois sous le Canon de Sainte Croix et le reste du
côté du Fortin de la Marine. Un Capitaine du
Régiment de Dragons de Belgia , nommé le Chevalier de Wuilts , au desespoir de voir les Maures
courir la Plaine impunément , s'avança à la tête
de 30. de ses Dragons , les arrêta pour quelque
temps, et après en avoir tué un grand nombre, et
perdu la moitié de sa Troupe , il se retira en bon ordre.
Les Maures , de leur côté , craignant une sortie
de la Garnison d'Oran , se retirerent par les Rochers de Sainte- Croix , où ils essuyerent tout le
feu de l'Artillerie du Château , et on compte que
pendant le défilé du Convoy , ils ont perdu prés
de 3000. hommes , parmi lesquels il y a cu 19.
" I. Vol.
Agas
DECEMBRE. 1732. 2587
Agas ou Officiers de distinction et un des fils de
Bigotillos. Cette journée a été très- glorieuse pour
les Espagnols , malgré la déroute des Compagnies
de Grenadiers qui n'ont pû faire assez iôt leur retraite.
Le Château de Sainte-Croix a présentement
en abondance toutes sortes de provisions et de munitions de guerre; l'entrée du Convoy a tellement déconcerté les Turcs et les Maures , que
malgré le cordon ou la ligne que Bigotillos avoit fait faire derriere son Camp , pour empêcher la
désertion , la plus grande partie de sa Cavalerie l'a abandonné. Le Détachement de la Garnison
d'Oran n'étoit en tout que de 1300. hommes.
L'Armée des Maures , dont ce Détachement a
soutenu les differentes attaques , étoit au moins de 17. à 18000. hommes.
On a appris par des Lettres posterieures , qu'on
avoit construit un Ouvrage entre le Château de
Sainte-Croix et celui de S. Gregoire , pour conserver la communication entre ces deux Forts ,
qu'on avoit introduit un nouveau secours dans le
premier , dont les Maures continuoient le Siege ,
mais avec moins de vigueur que cy-devant , qu'ils
avoient fait sauter une Mine qui n'avoit point endommagé la muraille , mais qui avoit tué trois
Mineurs d'une Contremine et blessé trois Grenadiers , qu'il n'y avoit que trois minutes que le
Marquis de Santa- Cruz et M. de la Croix , Commandant de l'Artillerie , étoient sortis de cette
Contremine , qu'ils étoient allé visiter ; que les
trois derniers jours du mois d'Octobre , l'Artil- lerie des Ennemis avoit fait peu de feu ; qu'on
avoit appris depuis que de trois grosses pieces de
Canons qu'ils avoient dans leur batterie de la
Mezetta , il y en avoit deux de crevées ; que les I. Vel, Maures
2588 MERCURE DE FRANCE
>
Maures qui font le Siege du Fort de S. Philippe ,
avoient cessé de tirer depuis cinq jours , ce qu'on
attribue au deffaut de Munitions et aux pluyes continuelles qui sont tombées pendant ce tempslà, et qui ont inondé toutes leurs tranchées ; enfin
que la Garnison avoit profité de ce temps pour
élever une nouvelle batterie , qui incommodoit
beaucoup les Ennemis , et que le fils du feu Dey
d'Alger, qui commande au Siege du Fort de
S. Philippe et qui s'en étoit absenté pendant
quelques jours , y étoit révenu
Cependant il est arrivé à Oran plusieurs secours de Troupes et de Provisions , ensorte qu'il
y a tout lieu d'esperer que les Maures , après
avoir perdu bien du monde , n'auront fait qu'une
tentative inutile et témeraire. Les principaux Algeriens sont convenus eux-mêmes en plein Divan, que sans le secours d'une Flote , qu'ils ne
sont pas en état d'équiper , il leur est absolument
impossible de reprendre cette Place. Il est vrai
que suivant les dernieres Lettres il avoit paru au commencement de Novembre aux environs d'Oran , huit ou neuf Vaisseaux de guerre d'Alger ;
mais ces Lettres ajoûtent que sur les premiers
avis , le Roy d'Espagne avoit envoyé des ordres précis aux Commandans de trois de ses Vaisseaux de guerre , de joindre trois autres
Vaisseaux de guerre de Malthe qui sont dans ces
Mers et d'aller attaquer conjointement les Vaisseaux Turcs; ensorte , Monsieur , que nous sommes actuellement dans l'attente de plusieurs nouvelles importantessur la suite des affaires d'Oran.
Je renvoye à une autre Lettre celles qui regardent Ceuta , pour ne point donner ici dans
une excessive longueur. J'ai l'honneur d'être, &c.
A Paris , le 22. Novembre 1732.
I. Vol.
R
à M. le Marquis de B. au sujet de la
Conquête d'Oran , &c.
JT
E n'ai pas conjecturé juste , Monsieur , quand
je vous ai marqué par ma derniere Lettre que
je ne croyois pas d'avoir rien à vous écrire au
sujet d'Oran avant le Printemps prochain ; les
apparences étoient telles , mais l'Evenement a
détruit les apparences : Les Maures se sont mis
en campagne pour executer de grands projets ,
ils veulent batailler en plein hyver, d'un côté devant Oran , de l'autre devant Ceuta ; il faut vous
rendre compte de leurs Operations ; elles sont
yenues depuis peu à ma connoissance par plu- I. Vol. sieurs
2582 MERCURE DE FRANCE
sieurs Lettres écrites d'Espagne et d'Affrique,
Vous sçavez , Monsieur , qu'Oran et Marsalquibir ont fait partie du Royaume d'Alger , et
quelle a été la consternation de la Ville d'Alger
et de tout le Païs , lors de la prise de ces deux
Places par l'armée du Roy d'Espagne. La retraite
de cette Armée , le départ de la Flote , la mort
du vieux Dey d'Alger , âgé de 88. ans auquel a
succedé le Khaznadar ou Trésorier de la Régence , tout cela ensemble a fait cesser la consternation ; les Maures ont repris courage et paroissent disposez à faire de grands efforts pour
reprendre les Places conquises et chasser entierement les Espagnols des Côtes d'Affrique.
Dabord cette Régence a envoyé un secours
considerable au Dey Bigotillos , qu'on dit être
un Renegat Catalan , cy-devant Gouverneur d'Oran , lequel pendant une partie du mois de Septembre à fort inquieté la Garnison , occupée aux
nouvelles Fortifications de cette Place. Les escarmouches ont été fréquents , toûjours avec grande perte du côté des Maures , qui cependant ont
reçû d'autres renforts , et enfin ils se sont trouvez
en état de commencer le Siege d'Oran avec deux
Armées , dont l'une est commandée par Bigotillos , et l'autre par le fils du dernier Dey d'Alger, qui est Aga des Spahis , ou Commandant de
la Cavalerie.
Leurs premieres vûës ont été de surprendre
quelques-uns des principaux Châteaux qui envi
ronnent la Place et dont vous connoissez la si
tuation et l'importance par le Plan general d'O
ran et de Marsalquibir , que je vous ai envoyé.
Le Marquis de Santa- Cruz a pris là - dessus toutes
les précautions necessaires, et a fait les plus sages
dispositions pour la conservation de ces Forts.
1. Vol. Le
DECEMBRE. 1732. 2583
Le dernier jour du mois de Septembre , les
Maures , suivant le projet que je viens de dire ,
ayant formé un Corps considerable , tenterent de
couper la communication de la Place avec le Fort
de S. Philippe , ils y vinrent dabord avec une
grande intrépidité , mais ils furent repoussez par
un Détachement de Grenadiers , et enfin entierement chassez par un Détachement de Cavalerie. L'action fut des plus vives , les Maures y
perdirent près de deux mille hommes , sans les
blessez. Les Espagnols n'eurent que huit hommes
de tuez et quelques blessez.
Le 4. d'Octobre il se donna un combat plus
considerable , à l'occasion d'un convoy que le
Marquis de Santa- Cruz voulut faire entrer dans le
Fort de Sainte- Croix, et qui y entra effectivement.
Toutes les circonstances de cette Action sont remarquables et interessantes ; je suis assuré , Monsieur, que vous me sçaurez bon gré de vous en ap- prendre le détail , au risque d'allonger un peu ma Lettre. Le voici tel qu'il a été envoyé à la Cour,
et conforme à toutes mes Lettres particulieres.
Le Chevalier Wogan , Colonel de jour , ( 4.
Octobre ) sortit vers les cinq heures du ma- tin , à la tête d'un Détachement composé de plusieurs Compagnies de Grenadiers et de quelques
Compagnies de Cavalerie pour escorter un grand Convoi de Vivres et de Munitions , que le Mar
quis de Santa-Cruz envoyoit au Château de Sainte-Croix , qui domine la Ville d'Oran , tous les Châteaux voisins et même l'entrée du Port. Il y
avoit près d'un mois que Bigotillos , cy-devant
Gouverneur d'Oran, assiegeoit ce Château, ayant
placé ses Batteries sur la Mezeta , Montagne fort
élevée et à une portée de fusil , mais séparée du
Château par une gorge très-profonde et très- es- I. Vel. carpée.
2584 MERCURE DE FRANCE
carpée. Cette Batterie avec déja fait une breche
considerable à la muraille du Château ; mais la
breche étant inutile aux ennemis , à cause des Rochers escarpez qui se trouvoient entre leur Camp
et le Château , Bigotillos prit le parti d'appliquer
le Mineur à l'autre côté du demi- Bastion qu'il
avoit battu en breche : les Mines ne firent aucun
effet , parce qu'elles ne penetroient pas le Roc ,
plusieurs assauts qu'il voulut donner par escalade,
firent périr près de 10000. Turcs ou Algeriens ,
fils de Turcs.
Cependant la Garnison Espagnole du Château de Sainte-Croix , qui n'est que de 5oo. hommes,
étoit considerablement diminuée par toutes ces
attaques ; et manquant de tout , elle auroit été
obligée de se rendre. C'est ce qui détermina le
Marquis de Santa- Cruz à tout risquer pour la
secourir ; ainsi avant que de faire sortir le Détachement commandé par le Chevalier de Wogan , il fit faire une fausse attaque du Fort de
S. Philippe sur la batterie des Retranchemens du
fils du Dey d'Alger , qui étoit à la droite de la
tranchée des Ennemis , afin d'y attirer les Troupes de Bigotillos et de dégarnir son poste de la
gauche. Pendant le feu continuel de cette fausse
attaque , le Chevalier de Wogan , Colonel Commandant du Détachement , fit avancer quatre
Compagnies de Grenadiers sur la demi Côte entre
les Châteaux de S. Gregoire et de Sainte Croix ,
pour arrêter ceux qui tenteroient de couper le
Convoy par en haut. Il envoya deux autres Compagnies au bas du Rocher qui est au pied du dernier de ces deux Châteaux , et il marcha ensuite
en bataille avec le reste de son Détachement , occupant toute la Plaine par son front jusqu'au
bord du Baranco , gorge profonde , où les Mau- - Vol. *CS
DECEMBRE. 1732. 2585
res et les Turcs se tenoient ordinairement en
embuscade.
Vers les sept heures du matin , la tête du Convoy s'étant avancée jusqu'à Sainte- Croix , quelques Compagnies de la Garnison de ce Château ,
sortirent pour renforcer l'Escorte , et se posterent sous le Canon du demi- Bastion , qui fit un
feu si continuel et si violent , que les Maures en
furent épouventez , et s'il eût été permis au Chevalier de Wogan de contrevenir aux ordres du
Marquis de Santa-Cruz, et de passer les bords du
Baranco , on ne doute point qu'il ne les`eût chassez de leur retranchement, et qu'il n'eût pû jetter
leur batterie dans les précipices; mais le Marquis de Santa Cruz n'avoit d'autre vûé que de secou
rir le Fort sans rien risquer ; cependant les En- nemis voyant qu'on ne tentoit pas de passer le
Baranco , revinrent y planter leurs Etendarts par
maniere de défi , et il y eut pendant une heure un
feu continuel de Mousqueterie , qui leur tua plus
de 1000 ou 1200. hommes. Bigotillos ayant fait
revenir une partie de ses Troupes , que la fausse attaque du Fort S. Philippe avoit attirée , se dé- termina à traverser la gorge du Baranco. Alors
le Chevalier de Wogan fit marcher deux Compagnies de Grenadiers pour occuper le passage de cette gorge , par lequel les Maures auroient pu couper le Convoy, ils commencerent à entrer dans
Sainte Croix , ce qui obligea Bigotillos à changer de dessein , quoique ses Troupes qui étoient
alors dans la gorge, montassent à plus de 15000
hommes , et après avoir essuyé plusieurs déchar ges de l'Artillerie du Fort , il alla se mettre à
couvert derriere les Rochers qui sont au - dessous
du Château , d'où les bombes qu'on y rouloit ,
obligerent les Maures de se retirer et de remonter i. Vol.
wyers
2585 MERCURE DE FRANCE
vers leur batterie , dont un coup de Canon bles
sa un Officier Espagnol et couvrit de poussiere le Chevalier de Wogan.
Vers les neuf heures du matin , toutes les voitures du Convoi étant retournées à Oran , après
avoir déchargé leurs provisions dans le Fort de
Sainte Croix , la Cavalerie du Détachement se
mit en bataille du côté de la Marine , pour soutenir l'Infanterie voisine dans sa retraite. Le
Chevalier deWogan reçut en cet endroit un coup
de fusil qui l'obligea de se retirer et de laisser le
commandement au Marquis de Turbilly , son
Lieutenant Colonel ; il étoit resté vers le Rocher
de Sainte- Croix six Compagnies de Grenadiers ,
dont trois devoient rentrer dans le Château, et les
trois autres retourner à Oran avec le reste du Détachement.
La Cavalerie , par un ordre mal entendu , commençoit déja à défiler , et ne pouvoit plus les secourir , desorte que ces Compagnies furent obligées de lâcher pied et de se retirer en confusion,
trois sous le Canon de Sainte Croix et le reste du
côté du Fortin de la Marine. Un Capitaine du
Régiment de Dragons de Belgia , nommé le Chevalier de Wuilts , au desespoir de voir les Maures
courir la Plaine impunément , s'avança à la tête
de 30. de ses Dragons , les arrêta pour quelque
temps, et après en avoir tué un grand nombre, et
perdu la moitié de sa Troupe , il se retira en bon ordre.
Les Maures , de leur côté , craignant une sortie
de la Garnison d'Oran , se retirerent par les Rochers de Sainte- Croix , où ils essuyerent tout le
feu de l'Artillerie du Château , et on compte que
pendant le défilé du Convoy , ils ont perdu prés
de 3000. hommes , parmi lesquels il y a cu 19.
" I. Vol.
Agas
DECEMBRE. 1732. 2587
Agas ou Officiers de distinction et un des fils de
Bigotillos. Cette journée a été très- glorieuse pour
les Espagnols , malgré la déroute des Compagnies
de Grenadiers qui n'ont pû faire assez iôt leur retraite.
Le Château de Sainte-Croix a présentement
en abondance toutes sortes de provisions et de munitions de guerre; l'entrée du Convoy a tellement déconcerté les Turcs et les Maures , que
malgré le cordon ou la ligne que Bigotillos avoit fait faire derriere son Camp , pour empêcher la
désertion , la plus grande partie de sa Cavalerie l'a abandonné. Le Détachement de la Garnison
d'Oran n'étoit en tout que de 1300. hommes.
L'Armée des Maures , dont ce Détachement a
soutenu les differentes attaques , étoit au moins de 17. à 18000. hommes.
On a appris par des Lettres posterieures , qu'on
avoit construit un Ouvrage entre le Château de
Sainte-Croix et celui de S. Gregoire , pour conserver la communication entre ces deux Forts ,
qu'on avoit introduit un nouveau secours dans le
premier , dont les Maures continuoient le Siege ,
mais avec moins de vigueur que cy-devant , qu'ils
avoient fait sauter une Mine qui n'avoit point endommagé la muraille , mais qui avoit tué trois
Mineurs d'une Contremine et blessé trois Grenadiers , qu'il n'y avoit que trois minutes que le
Marquis de Santa- Cruz et M. de la Croix , Commandant de l'Artillerie , étoient sortis de cette
Contremine , qu'ils étoient allé visiter ; que les
trois derniers jours du mois d'Octobre , l'Artil- lerie des Ennemis avoit fait peu de feu ; qu'on
avoit appris depuis que de trois grosses pieces de
Canons qu'ils avoient dans leur batterie de la
Mezetta , il y en avoit deux de crevées ; que les I. Vel, Maures
2588 MERCURE DE FRANCE
>
Maures qui font le Siege du Fort de S. Philippe ,
avoient cessé de tirer depuis cinq jours , ce qu'on
attribue au deffaut de Munitions et aux pluyes continuelles qui sont tombées pendant ce tempslà, et qui ont inondé toutes leurs tranchées ; enfin
que la Garnison avoit profité de ce temps pour
élever une nouvelle batterie , qui incommodoit
beaucoup les Ennemis , et que le fils du feu Dey
d'Alger, qui commande au Siege du Fort de
S. Philippe et qui s'en étoit absenté pendant
quelques jours , y étoit révenu
Cependant il est arrivé à Oran plusieurs secours de Troupes et de Provisions , ensorte qu'il
y a tout lieu d'esperer que les Maures , après
avoir perdu bien du monde , n'auront fait qu'une
tentative inutile et témeraire. Les principaux Algeriens sont convenus eux-mêmes en plein Divan, que sans le secours d'une Flote , qu'ils ne
sont pas en état d'équiper , il leur est absolument
impossible de reprendre cette Place. Il est vrai
que suivant les dernieres Lettres il avoit paru au commencement de Novembre aux environs d'Oran , huit ou neuf Vaisseaux de guerre d'Alger ;
mais ces Lettres ajoûtent que sur les premiers
avis , le Roy d'Espagne avoit envoyé des ordres précis aux Commandans de trois de ses Vaisseaux de guerre , de joindre trois autres
Vaisseaux de guerre de Malthe qui sont dans ces
Mers et d'aller attaquer conjointement les Vaisseaux Turcs; ensorte , Monsieur , que nous sommes actuellement dans l'attente de plusieurs nouvelles importantessur la suite des affaires d'Oran.
Je renvoye à une autre Lettre celles qui regardent Ceuta , pour ne point donner ici dans
une excessive longueur. J'ai l'honneur d'être, &c.
A Paris , le 22. Novembre 1732.
I. Vol.
R
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Résumé : SIXIÈME Lettre écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. au sujet de la Conquête d'Oran, &c.
La lettre de M. D. L. R. au Marquis de B. décrit la situation à Oran et les opérations militaires des Maures. Contrairement aux attentes, les Maures ont lancé des offensives en hiver pour reprendre Oran et Ceuta. La prise de ces villes par l'Espagne avait initialement causé une consternation à Alger, mais la retraite de l'armée espagnole et la mort du Dey avaient redonné courage aux Maures. Les Maures ont envoyé des renforts à Bigotillos, un renégat catalan et ancien gouverneur d'Oran, qui harcelait la garnison espagnole. Ils ont tenté de surprendre des châteaux autour d'Oran, mais ont été repoussés. Le 4 octobre, un combat significatif a eu lieu lors de l'escorte d'un convoi vers le château de Sainte-Croix. Les Espagnols, sous le commandement du Chevalier Wogan, ont réussi à sécuriser le convoi malgré les attaques des Maures, qui ont subi de lourdes pertes. Le château de Sainte-Croix est désormais bien approvisionné, et les Maures ont perdu une grande partie de leur cavalerie. Des renforts espagnols sont arrivés à Oran, et les Maures semblent manquer de munitions. La situation reste tendue, avec des attentes de nouvelles importantes concernant les opérations à Oran.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 2589-2590
REQUESTE presentée à M. le Prévôt des Marchands. Par M. Richer.
Début :
Tous les François sujets à même Loy, [...]
Mots clefs :
Requête, Prévôt des marchands, Lois, Magistrat, Impôt, Modérer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REQUESTE presentée à M. le Prévôt des Marchands. Par M. Richer.
REQUESTE presentée à M. le Prévôs
des Marchands. Par M. Richer.
Tous les François sujets à même Loy ,
Doivent par tête un tribut à leur Roy ;
Mais il te rend arbitre de la somme,
Qu'à Paris doit payer chaque homme,
Sage Turgot. Louis , dans tout l'Etat
N'eût pû choisir plus digne Magistrat.
Cette équité , ce zele qui t'anime ,
Donne à chacun la taxe légitime ,
Qui lui convient suivant ses facultez ;
Et s'il advient que par quelque artifice ,
Le noir mensonge ait surpris ta justice ,
Lors du Plaintif les cris sont écoutez ,
Les Supplians t'éprouvent secourable.
En cas pareil sois moi donc favorable ,
Grand Magistrat , car un exposé faux ,
D'un impôt juste a fait enfler le taux.
Quelqu'un t'a peint ma fortune meilleure ;
Et plût au Ciel qu'il eût dit verité ;
Mais par malheur trop bien prouve à cette heure ,
Que ce rapport est sans sincerité ;
Car ce n'est point aux Rives du Permesse ,
Tu le sçais bien , qu'habite la richesse.
I. Vol. L'on
2590 MERCURE DE FRANCE
L'on ne vit onc dans le sacré Valon ,
Plutus l'aveugle , ennemi d'Apollon.
Le Dieu des Vers à ses enfans ne donne ,
Pour tout loyer qu'une belle Couronne ,
De Lauriers verds , ornement glorieux ,
Qui remplit peu la bourse des Poëtes.
Leurs meubles sont Hautbois , Lyres , Troms
pettes ,
Faisant ouir des sons mélodieux ,
Pour celebrer Héros et demi Dieux ,
Et Magistrats d'un mérite sublime.
Donc inspiré du Maître de la Rime ,
Qui sçait combien tu prises ses Chansons ,
Que protegeat toûjours ses Nourrissons,
J'ai par son ordre écrit cette Requête.
Daigne la lire en faveur de Phébus ;
Et qu'il te plaise , en faisant droit dessus ,
De moderer l'impôt mis sur ma tête,
Et le réduire au taux que cy-
-devant c ,
Par toi réglé payoit le Suppliant.
Cette Requête a été réponduëfavorablement.
des Marchands. Par M. Richer.
Tous les François sujets à même Loy ,
Doivent par tête un tribut à leur Roy ;
Mais il te rend arbitre de la somme,
Qu'à Paris doit payer chaque homme,
Sage Turgot. Louis , dans tout l'Etat
N'eût pû choisir plus digne Magistrat.
Cette équité , ce zele qui t'anime ,
Donne à chacun la taxe légitime ,
Qui lui convient suivant ses facultez ;
Et s'il advient que par quelque artifice ,
Le noir mensonge ait surpris ta justice ,
Lors du Plaintif les cris sont écoutez ,
Les Supplians t'éprouvent secourable.
En cas pareil sois moi donc favorable ,
Grand Magistrat , car un exposé faux ,
D'un impôt juste a fait enfler le taux.
Quelqu'un t'a peint ma fortune meilleure ;
Et plût au Ciel qu'il eût dit verité ;
Mais par malheur trop bien prouve à cette heure ,
Que ce rapport est sans sincerité ;
Car ce n'est point aux Rives du Permesse ,
Tu le sçais bien , qu'habite la richesse.
I. Vol. L'on
2590 MERCURE DE FRANCE
L'on ne vit onc dans le sacré Valon ,
Plutus l'aveugle , ennemi d'Apollon.
Le Dieu des Vers à ses enfans ne donne ,
Pour tout loyer qu'une belle Couronne ,
De Lauriers verds , ornement glorieux ,
Qui remplit peu la bourse des Poëtes.
Leurs meubles sont Hautbois , Lyres , Troms
pettes ,
Faisant ouir des sons mélodieux ,
Pour celebrer Héros et demi Dieux ,
Et Magistrats d'un mérite sublime.
Donc inspiré du Maître de la Rime ,
Qui sçait combien tu prises ses Chansons ,
Que protegeat toûjours ses Nourrissons,
J'ai par son ordre écrit cette Requête.
Daigne la lire en faveur de Phébus ;
Et qu'il te plaise , en faisant droit dessus ,
De moderer l'impôt mis sur ma tête,
Et le réduire au taux que cy-
-devant c ,
Par toi réglé payoit le Suppliant.
Cette Requête a été réponduëfavorablement.
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Résumé : REQUESTE presentée à M. le Prévôt des Marchands. Par M. Richer.
M. Richer adresse une requête à M. Turgot, Prévôt des Marchands de Paris, nommé par le roi Louis. Richer reconnaît la dignité et l'équité de Turgot pour fixer une taxe juste en fonction des capacités de chacun. Cependant, il conteste un rapport erroné ayant surévalué sa fortune, augmentant ainsi son impôt. Richer, poète, affirme que sa richesse réside dans son art, qui lui rapporte seulement une couronne de lauriers. Il demande à Turgot de réviser l'impôt en fonction de sa véritable situation financière, comme il l'avait déjà fait par le passé. La requête a été acceptée favorablement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 2591-2594
LETTRE du R. P. Dom Toussaints du Plessis, écrite de Roüen le 14. Novembre 1732. sur quelques endroits de son Histoire de l'Eglise de Meaux.
Début :
On m'a fait remarquer une ou deux fautes qui me sont échappées dans [...]
Mots clefs :
Histoire de l'Église de Meaux, Fautes
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE du R. P. Dom Toussaints du Plessis, écrite de Roüen le 14. Novembre 1732. sur quelques endroits de son Histoire de l'Eglise de Meaux.
LETTRE du R. P. Dom Toussaints
du Plessis , écrite de Rouen le 14. Novembre 1732. sur quelques endroits de
son Histoire de l'Eglise de Meaux.
O
fautes
qui
N m'a fait remarquer une ou deux
qui me sont échappées dans l'Histoire de l'Eglise de Meaux , et j'en
avois déja moi-même apperçu une autre.
Il est juste de me corriger ; cette Lettre
pourra servir d'Errata à mon Livre ; je
vous prie , Monsieur , de vouloir bien la
rendre publique.
1°. A la page 427. je dis que le second
Chapitre Generalde la Congrégation de Saint
Maur, se tint dans l'Abbaye de S. Faros
de Meaux en 1623. Il y eut , à la verité ,
un Chapitre General à S. Faron , le 14.
Septembre 1623. mais ce fut le cinquié
me, et non le second. Le premier fus
tenu à Paris aux Blancs-Manteaux , le 29.
Septembre 1618. Le second , au même
licu , le 7. Février 1720. Le troisième ,
dans l'Abbaye de Jumiege en Normandie , le 8. Juillet 1621. Le quatrième ,
dans celle de Corbie en Picardie , en 1622.
et enfin le cinquième à S. Faron, en 1623 .
1. Vol D 2 .
2592 MERCURE DE FRANCE
,
2. A la page 594. dans le Catalogue
des Abbesses de Jouarre , j'ai dit que
Jeanne de Lorraine étoit Professe du
Monastere de Promille Ordre de FontEvraud. On ne connoît point , dit-on ,
de Maison de ce nom dans tout l'Ordre.
Ainsi, ou elle n'étoit pas Professe de l'Or
dre de Fond- Evraud , ou elle l'étoit d'un
autre Monastere.
que
3º. Ala page 599. dans le Catalogue
des Abbesses de N. D. de Meaux , j'ai dit
Me de Mornay de Montchevreuil
étoit Niece d'une autre Dame de Montchevreuil , Abbesse de S. Antoine des
Champs à Paris. Elle étoit sa sœur , me
marque- t'on , et non sa niece.
A la page 161. où je parle du Monastere de Raroy , je dis que MM. de
Gesvres se sont approprié la Justice de
ce lieu ; et cette expression a fait de la
peine. C'est donner à entendre , me diton, qu'ils l'ont usurpée. Cependant je
ne farde point trop mes expressions quand
je veux parler d'usurpation , je ne vais
point chercher d'autre mot que celui d'usurpation même. Ici s'approprier ne peut
signifier autre chose qu'acquerir ou acheter; je renvoye même mon Lecteur à un
Traité de l'an 1618. que j'ai inseré dans
le second Tome , et qui fait foi de cette
.
I. Vol. acquisition
DECEMBRE. 1732. 2593
acquisition. C'en est assez , je crois , pour
me laver d'un pareil reproche.
A la page 638. de ce second Tome,
dans le Pouillié , on trouve l'article de
Croйy. Là , dit- on , j'avance que le Curé
de cette Paroisse , en abandonnant Raroy
à celle de Trêmes ou de Gesvres- le- Duc ,
n'a pû transiger sur cela au nom de ses
Successeurs. Or c'est ce que je ne dis en
aucune maniere ; j'observe seulement que
le Curé de Croüy le dit ainsi . Il est vrai
qu'en cela je parois donner quelque poids
à la prétention du Curé de Crouy ; et on
m'objecte une Sentence de M. le Cardinal de Bissy , qu'on ne date point , mais
qui attache , dit- on , pour toujours à la
Paroisse de Gesvres , les Domestiques du
dehors et les Fermiers de Raroy. Je ne
doute point que cette Sentence ne soit
dans toutes les formes , mais très- certai
nement elle ne m'a point été communiquée. Il en sera de même apparemment
de plusieurs autres omissions que l'on
pourra me reprocher ; mais que l'on auroit tort , par cette même raison , de re
jetter sur mon compte.
J'ai tâché de prouver dans une de mes
Notes ( Tome I. page 698. ) que sainte
Aubierge n'étoit point bâtarde , et que
le Filia naturalis du venerable Bede ne
I. Vol. Dij peur
2594 MERCURE DE FRANCE
peut signifier autre chose que Fille légi
time d'Anne , Roy d'Estanglie , et d'Hereswite , son Epouse. Comme mes preuves n'ont pas satisfait également tous mes
Lecteurs , je renvoye ceux qui ont de la
peine à se rendre au troisiéme Tome du
Spicilege de Dom Luc d'Achery , page
258. ils y trouveront que Hardecanut ,
fils légitime de Canut , est appellé filius
naturalis , par opposition même à Harold,
qui étoit son bâtard. Je suis , &c.
du Plessis , écrite de Rouen le 14. Novembre 1732. sur quelques endroits de
son Histoire de l'Eglise de Meaux.
O
fautes
qui
N m'a fait remarquer une ou deux
qui me sont échappées dans l'Histoire de l'Eglise de Meaux , et j'en
avois déja moi-même apperçu une autre.
Il est juste de me corriger ; cette Lettre
pourra servir d'Errata à mon Livre ; je
vous prie , Monsieur , de vouloir bien la
rendre publique.
1°. A la page 427. je dis que le second
Chapitre Generalde la Congrégation de Saint
Maur, se tint dans l'Abbaye de S. Faros
de Meaux en 1623. Il y eut , à la verité ,
un Chapitre General à S. Faron , le 14.
Septembre 1623. mais ce fut le cinquié
me, et non le second. Le premier fus
tenu à Paris aux Blancs-Manteaux , le 29.
Septembre 1618. Le second , au même
licu , le 7. Février 1720. Le troisième ,
dans l'Abbaye de Jumiege en Normandie , le 8. Juillet 1621. Le quatrième ,
dans celle de Corbie en Picardie , en 1622.
et enfin le cinquième à S. Faron, en 1623 .
1. Vol D 2 .
2592 MERCURE DE FRANCE
,
2. A la page 594. dans le Catalogue
des Abbesses de Jouarre , j'ai dit que
Jeanne de Lorraine étoit Professe du
Monastere de Promille Ordre de FontEvraud. On ne connoît point , dit-on ,
de Maison de ce nom dans tout l'Ordre.
Ainsi, ou elle n'étoit pas Professe de l'Or
dre de Fond- Evraud , ou elle l'étoit d'un
autre Monastere.
que
3º. Ala page 599. dans le Catalogue
des Abbesses de N. D. de Meaux , j'ai dit
Me de Mornay de Montchevreuil
étoit Niece d'une autre Dame de Montchevreuil , Abbesse de S. Antoine des
Champs à Paris. Elle étoit sa sœur , me
marque- t'on , et non sa niece.
A la page 161. où je parle du Monastere de Raroy , je dis que MM. de
Gesvres se sont approprié la Justice de
ce lieu ; et cette expression a fait de la
peine. C'est donner à entendre , me diton, qu'ils l'ont usurpée. Cependant je
ne farde point trop mes expressions quand
je veux parler d'usurpation , je ne vais
point chercher d'autre mot que celui d'usurpation même. Ici s'approprier ne peut
signifier autre chose qu'acquerir ou acheter; je renvoye même mon Lecteur à un
Traité de l'an 1618. que j'ai inseré dans
le second Tome , et qui fait foi de cette
.
I. Vol. acquisition
DECEMBRE. 1732. 2593
acquisition. C'en est assez , je crois , pour
me laver d'un pareil reproche.
A la page 638. de ce second Tome,
dans le Pouillié , on trouve l'article de
Croйy. Là , dit- on , j'avance que le Curé
de cette Paroisse , en abandonnant Raroy
à celle de Trêmes ou de Gesvres- le- Duc ,
n'a pû transiger sur cela au nom de ses
Successeurs. Or c'est ce que je ne dis en
aucune maniere ; j'observe seulement que
le Curé de Croüy le dit ainsi . Il est vrai
qu'en cela je parois donner quelque poids
à la prétention du Curé de Crouy ; et on
m'objecte une Sentence de M. le Cardinal de Bissy , qu'on ne date point , mais
qui attache , dit- on , pour toujours à la
Paroisse de Gesvres , les Domestiques du
dehors et les Fermiers de Raroy. Je ne
doute point que cette Sentence ne soit
dans toutes les formes , mais très- certai
nement elle ne m'a point été communiquée. Il en sera de même apparemment
de plusieurs autres omissions que l'on
pourra me reprocher ; mais que l'on auroit tort , par cette même raison , de re
jetter sur mon compte.
J'ai tâché de prouver dans une de mes
Notes ( Tome I. page 698. ) que sainte
Aubierge n'étoit point bâtarde , et que
le Filia naturalis du venerable Bede ne
I. Vol. Dij peur
2594 MERCURE DE FRANCE
peut signifier autre chose que Fille légi
time d'Anne , Roy d'Estanglie , et d'Hereswite , son Epouse. Comme mes preuves n'ont pas satisfait également tous mes
Lecteurs , je renvoye ceux qui ont de la
peine à se rendre au troisiéme Tome du
Spicilege de Dom Luc d'Achery , page
258. ils y trouveront que Hardecanut ,
fils légitime de Canut , est appellé filius
naturalis , par opposition même à Harold,
qui étoit son bâtard. Je suis , &c.
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Résumé : LETTRE du R. P. Dom Toussaints du Plessis, écrite de Roüen le 14. Novembre 1732. sur quelques endroits de son Histoire de l'Eglise de Meaux.
Dans une lettre datée du 14 novembre 1732, le R. P. Dom Toussaints du Plessis corrige plusieurs erreurs présentes dans son 'Histoire de l'Eglise de Meaux'. Il rectifie d'abord l'année du second Chapitre Général de la Congrégation de Saint Maur, précisant qu'il s'est tenu en 1623 à l'Abbaye de Saint-Faron de Meaux et qu'il s'agissait en réalité du cinquième Chapitre. Il détaille ensuite les dates et lieux des premiers Chapitres. Il corrige également une erreur concernant Jeanne de Lorraine, qui n'était pas Professe du Monastère de l'Ordre de Fontevraud. De plus, il précise que Me de Mornay de Montchevreuil était la sœur, et non la nièce, d'une autre Dame de Montchevreuil. La lettre aborde également des clarifications sur des expressions et des faits historiques, notamment concernant la justice du Monastère de Raroy et les prétentions du Curé de Croüy. Enfin, il défend la légitimité de sainte Aubierge, renvoyant les lecteurs à des sources pour des preuves supplémentaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 2594-2597
A MADLLE de Malcrais de la Vigne du Croisic en Bretagne.
Début :
D'un maritime Port l'ornement et la gloire, [...]
Mots clefs :
Gloire, Tribunaux, Travaux, Art, Débats, Verve poétique, Voltaire, Houdard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADLLE de Malcrais de la Vigne du Croisic en Bretagne.
'A MADILE de Malcrais de la Vigne
du Croisic en Bretagne.
D'Unmaritime Port l'ornement et la gloire ,
Aimable et sçavante Malcrais ,
Souffre qu'un Habitant des Rives de la Loire
Te témoigne la part qu'il prend à tes succès.
Nantes d'un œil de complaisance
Alieu de regarder le fruit de tes travaux ;
Le séjour où tu pris naissance ,
Est soumis à ses Tribunaux.
Que dis-je , il t'en souvient , vingt fois notre
Rivage,
Entendit I, Vol.
DECEMBRE. 1732. 2599
Entendit de tes Vers les sons harmonieux ,
Et tu fis dans nos Murs le noble apprentissage ,
De cet Art si cheri des hommes et des Dieux.
O que j'aime à te voir , en Bergere affligée ,
Du départ d'un Amant en bute aux flots amers
Confier la douleur où ton ame est plongée ,
Aux rapides Oiseaux qui traversent les Mers !
Que des constantes Tourterelles ,
Tu peins bien les tendres amours ,
Et que par ce portrait de leurs ardeurs fidelles ,
Tu dois faire rougir les Amans de nos jours !
Qui peut sans répandre des larmes ,
Qui peut sans frissonner d'horreur,
Ecouter le récit des cruelles allarmes ,
Dont la mort de ton Pere avoit saisi ton cœur j
Corisque , Ménalis , quelle délicatesse ,
Respirent vos jaloux débats !
Oui , d'une paisible tendresse
Yos soupçons , vos dépits surpassent les appas,
Poursuis, Malcrais, poursuis; désabuse la Seine,
Quidans son préjugé contre certains Cantons ,
S'imagine que l'Hipocrêne,
I. Vol.
Diij Dé-
2596 MERCURE DE FRANCE
Dédaigne d'arroser ceux que nous habitons.
Force-la d'avouer que la terre Armorique.
Connoît Phébus et les neuf Sœurs ,
Et que la Verve Poëtique ,
fait sentir aussi ses divines fureurs.
Mais quoi ! sans être si tardive ,
Elle a déja rendu justice à tes accords ,
Et la Marne, comme elle , à tes sons attentive ,
En a fait éclater ses éloquents transports.
Houdart tout prêt d'entrer dans la fatale Barque
Charmé de tes talens divers ,
Voulut t'en donner une marque ,
En vantant à la fois et ta Prose et tes Versi
Voltaire, le fameux Voltaire ,
Enchanté comme lui de tes doctes Ecrits ,
Vient d'apprendre à toute la Terre,
Combien il en sent tout le prix.
C'est donc & honte extrême ! à ta seule Patrie ,
Qu'on peut à juste droit reprocher aujourdhui ,
De ne sçavoir pas rendre à ton rare génie ,
L'honneur qu'elle reçoit de lui,
1. Vol
DECEMBRE. 1732. 2597
Et moi, que ta belle ame honore ,
Du précieux dépôt de tous tes sentimens ,
Je suis bien plus coupable encore ,
D'avoir tant balancé pour t'offrir mon encens!
Pardonne , illustre Amie , Apollon m'est avare ,
Des faveurs que sans cesse il verse dans ton sein :
Heureux que ma verve bizarre ,
Ait du moins en ce jour secondé mon dessein.
Chevaye , Auditeur à la Chambre des
Comptes de Bretagne.
du Croisic en Bretagne.
D'Unmaritime Port l'ornement et la gloire ,
Aimable et sçavante Malcrais ,
Souffre qu'un Habitant des Rives de la Loire
Te témoigne la part qu'il prend à tes succès.
Nantes d'un œil de complaisance
Alieu de regarder le fruit de tes travaux ;
Le séjour où tu pris naissance ,
Est soumis à ses Tribunaux.
Que dis-je , il t'en souvient , vingt fois notre
Rivage,
Entendit I, Vol.
DECEMBRE. 1732. 2599
Entendit de tes Vers les sons harmonieux ,
Et tu fis dans nos Murs le noble apprentissage ,
De cet Art si cheri des hommes et des Dieux.
O que j'aime à te voir , en Bergere affligée ,
Du départ d'un Amant en bute aux flots amers
Confier la douleur où ton ame est plongée ,
Aux rapides Oiseaux qui traversent les Mers !
Que des constantes Tourterelles ,
Tu peins bien les tendres amours ,
Et que par ce portrait de leurs ardeurs fidelles ,
Tu dois faire rougir les Amans de nos jours !
Qui peut sans répandre des larmes ,
Qui peut sans frissonner d'horreur,
Ecouter le récit des cruelles allarmes ,
Dont la mort de ton Pere avoit saisi ton cœur j
Corisque , Ménalis , quelle délicatesse ,
Respirent vos jaloux débats !
Oui , d'une paisible tendresse
Yos soupçons , vos dépits surpassent les appas,
Poursuis, Malcrais, poursuis; désabuse la Seine,
Quidans son préjugé contre certains Cantons ,
S'imagine que l'Hipocrêne,
I. Vol.
Diij Dé-
2596 MERCURE DE FRANCE
Dédaigne d'arroser ceux que nous habitons.
Force-la d'avouer que la terre Armorique.
Connoît Phébus et les neuf Sœurs ,
Et que la Verve Poëtique ,
fait sentir aussi ses divines fureurs.
Mais quoi ! sans être si tardive ,
Elle a déja rendu justice à tes accords ,
Et la Marne, comme elle , à tes sons attentive ,
En a fait éclater ses éloquents transports.
Houdart tout prêt d'entrer dans la fatale Barque
Charmé de tes talens divers ,
Voulut t'en donner une marque ,
En vantant à la fois et ta Prose et tes Versi
Voltaire, le fameux Voltaire ,
Enchanté comme lui de tes doctes Ecrits ,
Vient d'apprendre à toute la Terre,
Combien il en sent tout le prix.
C'est donc & honte extrême ! à ta seule Patrie ,
Qu'on peut à juste droit reprocher aujourdhui ,
De ne sçavoir pas rendre à ton rare génie ,
L'honneur qu'elle reçoit de lui,
1. Vol
DECEMBRE. 1732. 2597
Et moi, que ta belle ame honore ,
Du précieux dépôt de tous tes sentimens ,
Je suis bien plus coupable encore ,
D'avoir tant balancé pour t'offrir mon encens!
Pardonne , illustre Amie , Apollon m'est avare ,
Des faveurs que sans cesse il verse dans ton sein :
Heureux que ma verve bizarre ,
Ait du moins en ce jour secondé mon dessein.
Chevaye , Auditeur à la Chambre des
Comptes de Bretagne.
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Résumé : A MADLLE de Malcrais de la Vigne du Croisic en Bretagne.
Le poème est dédié à Madame de Malcrais de la Vigne du Croisic en Bretagne. L'auteur, habitant des rives de la Loire, exprime son admiration pour les succès littéraires de Madame de Malcrais. Bien que Nantes ne puisse revendiquer sa naissance, la ville a entendu ses vers harmonieux et a vu son apprentissage de la poésie. Le poème mentionne des œuvres spécifiques de Madame de Malcrais, telles que des poèmes sur la douleur d'une bergère affligée par le départ d'un amant et sur la mort de son père. L'auteur loue sa délicatesse et son talent poétique, comparant ses écrits à ceux inspirés par les Muses. Voltaire a également reconnu la valeur de ses écrits. Le poème critique la patrie de Madame de Malcrais, qui ne lui rend pas justice, et l'auteur s'excuse pour avoir tardé à lui rendre hommage. L'auteur se présente comme Chevaye, Auditeur à la Chambre des Comptes de Bretagne.
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17
p. 2597-2599
A MADAME DE *** Qui m'avoit demandé des Vers pour la desennuyer à la Campagne.
Début :
C'est un foible tours que cekui d'Apollon, [...]
Mots clefs :
Charmer les ennuis, Solitude, Distraire, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE *** Qui m'avoit demandé des Vers pour la desennuyer à la Campagne.
A MADAME DE ***
Qui m'avoit demandé des Vers pour
desennuyer à la Campagne.
C'Est ' Est un foible secours que celui d'Apollon ,.
Pour charmer les ennuis d'un lieu trop solitaire,
Ils naissent comme ailleurs dans le sacré Vallon.
Telle est notre condition ,
Qu'il n'est rien ici bas où nous puissions nou
plaire.
Vous avez cependant tout ce qu'il faut avoir ,
Pour trouver du plaisir dans une solitude ;
Un esprit sans inquietude ,
Qui re connoît de loix que celles du devoir ,
I. Vol. Diiij Un
2598 MERCURE DE FRANCE
Un cœur religieux que rien ne peut distraire ,
Du soin de s'occuper de son unique affaire.
C'estainsi que sans peine et sans autre desir ,
Que de la voir renaître encore ,
On voit naître et mourir l'Aurore ,
C'est ainsi que l'on voit soupirer le Zéphir ,
Auprès de la Déesse Flore ,
Sans qu'il nous en coûte un 'soupir.
Seul au milieu de la Nature ,
Dans les moindres objets on voit le Créateur.
De vos Jardins l'émail , de vos Prez la verdure
A leur couleur et leur structure ,
D'une main qui peut tout , font connoître le trait ,
La Nature a cet avantage ;
Que nous considerions son plus petit Ouvrage
Plus on regarde et plus on le trouve parfait.
Il n'en est pas ainsi des hommes ,
Leur mérite de loin a tout un autre prix,
Mais qui les voit de près , loin d'en être surs
pris ,
Trouve qu'ils sont ce que nous sommes ,
Il n'est qu'un tendre cœur né simple et ver
tueux ,
Qui gagne à se faire connoître ,
Et sa vertu qui brille en venant à paroître ,
Prend sa lumiere dans nos yeux.
Je m'arrête , aussi- bien j'oublie ,
Que ce discours est un Portrait.
1Vol.
Mais
DECEMBRE. 1732. 2592
Mais n'en déplaise à votre modestie ,
Je suis charmé de l'avoir fait.
Carelet.
Qui m'avoit demandé des Vers pour
desennuyer à la Campagne.
C'Est ' Est un foible secours que celui d'Apollon ,.
Pour charmer les ennuis d'un lieu trop solitaire,
Ils naissent comme ailleurs dans le sacré Vallon.
Telle est notre condition ,
Qu'il n'est rien ici bas où nous puissions nou
plaire.
Vous avez cependant tout ce qu'il faut avoir ,
Pour trouver du plaisir dans une solitude ;
Un esprit sans inquietude ,
Qui re connoît de loix que celles du devoir ,
I. Vol. Diiij Un
2598 MERCURE DE FRANCE
Un cœur religieux que rien ne peut distraire ,
Du soin de s'occuper de son unique affaire.
C'estainsi que sans peine et sans autre desir ,
Que de la voir renaître encore ,
On voit naître et mourir l'Aurore ,
C'est ainsi que l'on voit soupirer le Zéphir ,
Auprès de la Déesse Flore ,
Sans qu'il nous en coûte un 'soupir.
Seul au milieu de la Nature ,
Dans les moindres objets on voit le Créateur.
De vos Jardins l'émail , de vos Prez la verdure
A leur couleur et leur structure ,
D'une main qui peut tout , font connoître le trait ,
La Nature a cet avantage ;
Que nous considerions son plus petit Ouvrage
Plus on regarde et plus on le trouve parfait.
Il n'en est pas ainsi des hommes ,
Leur mérite de loin a tout un autre prix,
Mais qui les voit de près , loin d'en être surs
pris ,
Trouve qu'ils sont ce que nous sommes ,
Il n'est qu'un tendre cœur né simple et ver
tueux ,
Qui gagne à se faire connoître ,
Et sa vertu qui brille en venant à paroître ,
Prend sa lumiere dans nos yeux.
Je m'arrête , aussi- bien j'oublie ,
Que ce discours est un Portrait.
1Vol.
Mais
DECEMBRE. 1732. 2592
Mais n'en déplaise à votre modestie ,
Je suis charmé de l'avoir fait.
Carelet.
Fermer
Résumé : A MADAME DE *** Qui m'avoit demandé des Vers pour la desennuyer à la Campagne.
Dans une lettre datée de décembre 1732, l'auteur répond à Madame de *** qui a sollicité des vers pour se divertir à la campagne. Il reconnaît que la poésie offre peu de secours contre l'ennui dans un lieu solitaire, car l'ennui est omniprésent. Cependant, il souligne que Madame de *** possède les qualités nécessaires pour apprécier la solitude : un esprit sans inquiétude, un cœur religieux et un sens du devoir. Il décrit la beauté de la nature et la perfection de ses moindres détails, contrastant avec les imperfections humaines. L'auteur affirme que seule une personne au cœur tendre et vertueux gagne à se faire connaître, et que sa vertu brille aux yeux des autres. Il s'arrête, réalisant que son discours est un portrait de Madame de ***, et exprime son plaisir d'avoir écrit ce texte. La lettre est signée Carelet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18
p. 2599-2605
EXTRAIT du Memoire de M. Pitot, contenant la Description d'une Machine pour mesurer la vitesse des Eaux courantes, et le chemin ou le sillage des Vaisseaux; lû à la Rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences, le lendemain de la S. Martin, 12. Novembre 1732.
Début :
Mr Pitot commence son Memoire par quelques Refléxions sur les ravages [...]
Mots clefs :
Vitesse, Machine, Eaux , Académie royale des sciences, Force, Courant, Navigation, Tube, Hydrauliques, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Memoire de M. Pitot, contenant la Description d'une Machine pour mesurer la vitesse des Eaux courantes, et le chemin ou le sillage des Vaisseaux; lû à la Rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences, le lendemain de la S. Martin, 12. Novembre 1732.
EXTRAITdu Memoire de M.Pitot ,
contenant la Description d'une Machine
pour mesurer la vitesse des Eaux courantes , et le chemin ou le sillage des
Vaisseaux ; lû à la Rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences , le
lendemain de la S. Martin , 12. Novembre 1732.
Pitot commence son Memoire
Mpar quelques Reflexions sur les ravages que causent la plupart des Fleuves et des Rivieres , par leurs changemens de lit et leurs débordemens. Que
pour construire utilement des Ouvrages
capables de prévenir ces désordres , comme des Levées , des Digues , des Jettées ,
il est important de connoître le degré
de force ou de vitesse du courant de l'eau,
de voir l'endroit du Fleuve où le courant
est le plus rapide , et de déterminer la direction du fil de l'eau. Il y a un grand
nombre d'autres occasions ( ajoûte M. Pitot ) où l'on a besoin de connoître la
1. Vala DY vitesse
2600 MERCURE DE FRANCE
vitesse des eaux des Rivieres , des Aque
ducs , des Ruisseaux , des Fontaines , soit
par la mesure de la jauge des mêmes
eaux, ce qui arrive fort souvent pour des
Projets de Canaux de Navigation , soit
pour connoître la force des eaux sur les
roues de Moulin ou de toute autre Machine muë par des courans d'eau, et connoître leurs effets ou leur produit ; soit
enfin pour déterminer l'endroit le plus
avantageux d'une Riviere pour placer ces
mêmes Machines.
M. Pitor explique ensuite la Methode
dont on s'est servi jusqu'à present pour
mesurer la vitesse des eaux courantes , et
expose les inconveniens de cette Méthode , dont les plus considerables sont de
ne pouvoir pas connoître la vitesse de
l'eau dans les endroits où il importe le
plus de la connoître , comme à l'entrée
ou à la sortie d'une Arche de Pont , &c.
La question de sçavoir si la vitesse des
caux vers le fond des Rivieres , est plus
grande ou plus petite qu'à leurs surfaces,
est curieuse et a souvent partagé les sentimens des Sçavans ; car suivant les loix
des Hydroliques , la vitesse des eaux vers
le fond doit être plus grande qu'à la surface; mais d'un autre côté les frottemens
des eaux contre le fond et les bords des
J. Vol Rivieres
DECEMBRE. 1732 2601
Rivieres , sont si considerables , que suivant les Démonstrations de M. Pitot , sans
les frottemens , la vitesse des eaux des
Fleuves seroit vingt ou trente fois plus
grande qu'elle n'est réellement. Ainsi
sans les frottemens , presque toutes les
eaux courantes seroient des Torrens affreux dont on ne tireroit aucun avan
tage.
au
Toutes ces questions également utiles
et curieuses , peuvent être éclaircies sur
le champ avec une grande facilité ,
moyen de l'Instrument proposé par M.Pitot; l'opération en est aussi simple que
celle de plonger un bâton dans l'eau et de
le retirer. Par cette Machine , ajoûte l'Académicien , on mesurera la juste quan
tité de la vitesse des eaux à telle profondeur qu'on voudra , et cela aussi aisément qu'à leur surface. On mesurera aussi
la vitesse de l'eau à l'entrée et à la sortie
des Arches de Pont , et il sera toûjours
aisé de trouver l'endroit du courant où
elle est la plus grande.
Cette Machine est très simple , M. Pitot la construit de deux façons ; la premiere consiste à un Tube de verre recourbé par un bout en entonnoir , ce Tube est log: dans une rénure faite à une
tringle de bois , taillée en prisme trianJ₂ Vola Dvj gulaire
4602 MERCURE DE FRANCE
gulaire. Les vitesses sont marquées en
pieds par seconde de temps , sur une
regle de cuivre qu'on peut arrêter le long
de la tringle ; à la seconde Machine , il
y a deux Tubes de verre , dont l'un n'est
pas recourbé et sért pour marquer le niveau de l'eau. Mais pour donner une description exacte et complette de ces Machines , il faudroit joindre ici des figures
et entrer dans des détails que nous renvoyons au Mémoire de l'Auteur.
Après la Description de la Machine et
'des moyens de s'en servir pour les eaux
coutantes , M. Pitot rapporte plusieurs
Experiences qu'il a faites sur les Ponts
de Paris , et dans plusieurs autres endroits de la Seine , où il a pris la vitesse
des eaux , tant à leurs surfaces que dans
le fond. Un des principaux résultats de
ces Experiences est qu'en general la vi--
tesse des eaux va en diminuant vers le
fond , sur tout aux endroits où elle est
le plus rapide vers la surface , il se trouve
aussi dans quelques endroits des mouvemens d'eau en tourbillon qui sont cachez¸
pour ainsi-dire , dans l'interieur des eaux,
mais que la Machine fait découvrir aisé
ment.
M. Pitot ajoûte encore à l'usage de sa
Machine , qu'on pourra faire plusieurs
LeVol. autres
་ DECEMBRE. 1732: 2603
·
autres Observations sur les eaux courant
res , utiles et curieuses , pour connoître
par exemple , la vitesse moyenne du total
des eaux d'une Riviere. Pour sçavoir si
les augmentations de vitesse sont proportionnelles aux accroissemens des eaux
ou dans quel rapport , pour voir quelle
est la relation entre les volumes d'eau es
la quantité des frottemens , &c. De-là
M. Pitot passe à la démonstration de l'effet de la Machine , il fait voir que cet
effet n'est qu'une application très-simple
du principe ou de la loi fondamentale
des Hydrauliques et du mouvement des
eaux ; application dont vrai-semblablement personne ne s'étoit encore avisé
elle est même très heureuse pour avoir
de justes déterminations. Car les vitesses
des eaux sont mesurées à cette Machine
par les élevations ou ascensions de l'eau,
et par le principe , les élevations de l'eau
sont comme les quarres des vitesses , une
vitesse double donne une hauteur quadruple ; une vitesse triple donne une hauteur neuffois plus grande ; ainsi le moindre changement de vitesse se fait connoître sur la Machine, par des differences très-sensibles. Après les Démonstrations de l'effet de la Machine , M. Pitot
donne les regles pour avoir les vitesses
1. Vol des
2604 MERCURE DE FRANCE
des eaux courantes en pieds et pouces par
seconde de temps relative aux élevations
de l'eau , et il a joint une Tablede toutes
les vitesses en pieds et pouces , correspon
dantes aux élevations de l'eau de pouces
en pouces et même de ligne en ligne.
Mais l'application la plus importante
et la plus utile que M. Pitot prétend qu'on
peut tirer de cette découverte , c'est la
connoissance et la mesure du chemin ou
du sillage des Vaisseaux ; ' il espere que
les Officiers de Marine et les Pilotes ,--les
plus obstinez à ne pas recevoir des nouveautez , seront forcez de convenir qu'on
n'a rien fait jusques à present , de plus
sûr et de plus commode pour mesurer
exactement la vitesse des Vaisseaux. Mais
il n'a point encore déterminé la meil
lure façon de placer sa Machine sur le
Vaisseau , elle ne consistera qu'en deux
petits tuyaux fixes , à l'un desquels on
verra le chemin du Vaisseau en toises par
minutes et par heures , comme l'on voit
les dégrez de chaleur à un Thermometre.
Enfin , M. Fitor finit son Memoire en
rapportant quelques Experiences qui ont
rapport au Sillage des Vaisseaux , ayant
remonté la Riviere sur un petit Bateau
à la voile par un ass z grand vent et
mesuré avec sa Machine le chemin du.
MI.Vol Batcaus
DECEMBRE. 1732. 2605
Bateau ; il assure que ces Experiences
lui ont réussi au- delà de son attente , les
mouvemens du Bateau causez par degrosses vagues , ne causent aucuns obstacles
à l'effet de la Machine , et il est convaincu qu'il n'y aura rien à craindre
non plus de la part des Roulis et du Tangage des Vaisseaux , ce qui´est extréme
ment avantageux.
contenant la Description d'une Machine
pour mesurer la vitesse des Eaux courantes , et le chemin ou le sillage des
Vaisseaux ; lû à la Rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences , le
lendemain de la S. Martin , 12. Novembre 1732.
Pitot commence son Memoire
Mpar quelques Reflexions sur les ravages que causent la plupart des Fleuves et des Rivieres , par leurs changemens de lit et leurs débordemens. Que
pour construire utilement des Ouvrages
capables de prévenir ces désordres , comme des Levées , des Digues , des Jettées ,
il est important de connoître le degré
de force ou de vitesse du courant de l'eau,
de voir l'endroit du Fleuve où le courant
est le plus rapide , et de déterminer la direction du fil de l'eau. Il y a un grand
nombre d'autres occasions ( ajoûte M. Pitot ) où l'on a besoin de connoître la
1. Vala DY vitesse
2600 MERCURE DE FRANCE
vitesse des eaux des Rivieres , des Aque
ducs , des Ruisseaux , des Fontaines , soit
par la mesure de la jauge des mêmes
eaux, ce qui arrive fort souvent pour des
Projets de Canaux de Navigation , soit
pour connoître la force des eaux sur les
roues de Moulin ou de toute autre Machine muë par des courans d'eau, et connoître leurs effets ou leur produit ; soit
enfin pour déterminer l'endroit le plus
avantageux d'une Riviere pour placer ces
mêmes Machines.
M. Pitor explique ensuite la Methode
dont on s'est servi jusqu'à present pour
mesurer la vitesse des eaux courantes , et
expose les inconveniens de cette Méthode , dont les plus considerables sont de
ne pouvoir pas connoître la vitesse de
l'eau dans les endroits où il importe le
plus de la connoître , comme à l'entrée
ou à la sortie d'une Arche de Pont , &c.
La question de sçavoir si la vitesse des
caux vers le fond des Rivieres , est plus
grande ou plus petite qu'à leurs surfaces,
est curieuse et a souvent partagé les sentimens des Sçavans ; car suivant les loix
des Hydroliques , la vitesse des eaux vers
le fond doit être plus grande qu'à la surface; mais d'un autre côté les frottemens
des eaux contre le fond et les bords des
J. Vol Rivieres
DECEMBRE. 1732 2601
Rivieres , sont si considerables , que suivant les Démonstrations de M. Pitot , sans
les frottemens , la vitesse des eaux des
Fleuves seroit vingt ou trente fois plus
grande qu'elle n'est réellement. Ainsi
sans les frottemens , presque toutes les
eaux courantes seroient des Torrens affreux dont on ne tireroit aucun avan
tage.
au
Toutes ces questions également utiles
et curieuses , peuvent être éclaircies sur
le champ avec une grande facilité ,
moyen de l'Instrument proposé par M.Pitot; l'opération en est aussi simple que
celle de plonger un bâton dans l'eau et de
le retirer. Par cette Machine , ajoûte l'Académicien , on mesurera la juste quan
tité de la vitesse des eaux à telle profondeur qu'on voudra , et cela aussi aisément qu'à leur surface. On mesurera aussi
la vitesse de l'eau à l'entrée et à la sortie
des Arches de Pont , et il sera toûjours
aisé de trouver l'endroit du courant où
elle est la plus grande.
Cette Machine est très simple , M. Pitot la construit de deux façons ; la premiere consiste à un Tube de verre recourbé par un bout en entonnoir , ce Tube est log: dans une rénure faite à une
tringle de bois , taillée en prisme trianJ₂ Vola Dvj gulaire
4602 MERCURE DE FRANCE
gulaire. Les vitesses sont marquées en
pieds par seconde de temps , sur une
regle de cuivre qu'on peut arrêter le long
de la tringle ; à la seconde Machine , il
y a deux Tubes de verre , dont l'un n'est
pas recourbé et sért pour marquer le niveau de l'eau. Mais pour donner une description exacte et complette de ces Machines , il faudroit joindre ici des figures
et entrer dans des détails que nous renvoyons au Mémoire de l'Auteur.
Après la Description de la Machine et
'des moyens de s'en servir pour les eaux
coutantes , M. Pitot rapporte plusieurs
Experiences qu'il a faites sur les Ponts
de Paris , et dans plusieurs autres endroits de la Seine , où il a pris la vitesse
des eaux , tant à leurs surfaces que dans
le fond. Un des principaux résultats de
ces Experiences est qu'en general la vi--
tesse des eaux va en diminuant vers le
fond , sur tout aux endroits où elle est
le plus rapide vers la surface , il se trouve
aussi dans quelques endroits des mouvemens d'eau en tourbillon qui sont cachez¸
pour ainsi-dire , dans l'interieur des eaux,
mais que la Machine fait découvrir aisé
ment.
M. Pitot ajoûte encore à l'usage de sa
Machine , qu'on pourra faire plusieurs
LeVol. autres
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autres Observations sur les eaux courant
res , utiles et curieuses , pour connoître
par exemple , la vitesse moyenne du total
des eaux d'une Riviere. Pour sçavoir si
les augmentations de vitesse sont proportionnelles aux accroissemens des eaux
ou dans quel rapport , pour voir quelle
est la relation entre les volumes d'eau es
la quantité des frottemens , &c. De-là
M. Pitot passe à la démonstration de l'effet de la Machine , il fait voir que cet
effet n'est qu'une application très-simple
du principe ou de la loi fondamentale
des Hydrauliques et du mouvement des
eaux ; application dont vrai-semblablement personne ne s'étoit encore avisé
elle est même très heureuse pour avoir
de justes déterminations. Car les vitesses
des eaux sont mesurées à cette Machine
par les élevations ou ascensions de l'eau,
et par le principe , les élevations de l'eau
sont comme les quarres des vitesses , une
vitesse double donne une hauteur quadruple ; une vitesse triple donne une hauteur neuffois plus grande ; ainsi le moindre changement de vitesse se fait connoître sur la Machine, par des differences très-sensibles. Après les Démonstrations de l'effet de la Machine , M. Pitot
donne les regles pour avoir les vitesses
1. Vol des
2604 MERCURE DE FRANCE
des eaux courantes en pieds et pouces par
seconde de temps relative aux élevations
de l'eau , et il a joint une Tablede toutes
les vitesses en pieds et pouces , correspon
dantes aux élevations de l'eau de pouces
en pouces et même de ligne en ligne.
Mais l'application la plus importante
et la plus utile que M. Pitot prétend qu'on
peut tirer de cette découverte , c'est la
connoissance et la mesure du chemin ou
du sillage des Vaisseaux ; ' il espere que
les Officiers de Marine et les Pilotes ,--les
plus obstinez à ne pas recevoir des nouveautez , seront forcez de convenir qu'on
n'a rien fait jusques à present , de plus
sûr et de plus commode pour mesurer
exactement la vitesse des Vaisseaux. Mais
il n'a point encore déterminé la meil
lure façon de placer sa Machine sur le
Vaisseau , elle ne consistera qu'en deux
petits tuyaux fixes , à l'un desquels on
verra le chemin du Vaisseau en toises par
minutes et par heures , comme l'on voit
les dégrez de chaleur à un Thermometre.
Enfin , M. Fitor finit son Memoire en
rapportant quelques Experiences qui ont
rapport au Sillage des Vaisseaux , ayant
remonté la Riviere sur un petit Bateau
à la voile par un ass z grand vent et
mesuré avec sa Machine le chemin du.
MI.Vol Batcaus
DECEMBRE. 1732. 2605
Bateau ; il assure que ces Experiences
lui ont réussi au- delà de son attente , les
mouvemens du Bateau causez par degrosses vagues , ne causent aucuns obstacles
à l'effet de la Machine , et il est convaincu qu'il n'y aura rien à craindre
non plus de la part des Roulis et du Tangage des Vaisseaux , ce qui´est extréme
ment avantageux.
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Résumé : EXTRAIT du Memoire de M. Pitot, contenant la Description d'une Machine pour mesurer la vitesse des Eaux courantes, et le chemin ou le sillage des Vaisseaux; lû à la Rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences, le lendemain de la S. Martin, 12. Novembre 1732.
Le mémoire de M. Pitot, présenté à l'Académie Royale des Sciences le 12 novembre 1732, introduit une machine destinée à mesurer la vitesse des eaux courantes et le sillage des vaisseaux. Pitot met en avant les dommages causés par les fleuves et rivières en raison de leurs changements de lit et de leurs débordements, soulignant l'importance de connaître la vitesse du courant pour construire des ouvrages de prévention tels que des levées, des digues et des jetées. Pitot identifie plusieurs situations nécessitant la mesure de la vitesse des eaux, comme la jauge des eaux pour des projets de canaux, l'évaluation de la force des eaux sur les roues de moulin, ou la détermination des emplacements optimaux pour des machines hydrauliques. Il critique les méthodes existantes, notant qu'elles ne permettent pas de mesurer la vitesse dans des endroits critiques, comme à l'entrée ou à la sortie d'une arche de pont. Il aborde également la controverse sur la vitesse des eaux au fond des rivières par rapport à leur surface, en tenant compte des lois hydroliques et des frottements. La machine proposée par Pitot permet de mesurer la vitesse des eaux à différentes profondeurs et dans des endroits spécifiques, comme les arches de pont. Elle est composée de tubes de verre et de règles graduées. Pitot décrit plusieurs expériences réalisées sur la Seine, montrant que la vitesse des eaux diminue généralement vers le fond. Il mentionne également l'application de sa machine pour mesurer le sillage des vaisseaux, espérant que les officiers de marine reconnaîtront son utilité. Pitot conclut en rapportant des expériences réussies sur le sillage des bateaux, affirmant que les mouvements causés par les vagues n'affectent pas l'efficacité de la machine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 2605-2612
EPITRE A M. Aroüet de Voltaire, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, pour le remercier du présent qu'il lui a fait de son Histoire de Charles XII. de sa Henriade et du Recueil de quelques-unes de ses Tragédies.
Début :
Tes deux Héros, Voltaire, enfin sont arrivez; [...]
Mots clefs :
Voltaire, Henriade, Charles XII, Tragédies, Tasse, Politesse, Plume, Gloire, Amitiés
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. Aroüet de Voltaire, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, pour le remercier du présent qu'il lui a fait de son Histoire de Charles XII. de sa Henriade et du Recueil de quelques-unes de ses Tragédies.
EPITRE
A M. Aronet de Voltaire , par MH de
Malcrais de la Vigne , du Croisic en
Bretagne , pour le remercier du présent
qu'il lui afait de son Histoire de Ĉharles
XII. de sa Henriade et du Recueil de
quelques-unes de ses Tragédies.
TEs deux Héros , Voltaire, enfin sont arrivez;
Bonjour, leur ai-je dit , couple de Rois celebres,
Conquerans dont les noms , de l'horreur des te
nebres ,
Ont été par Voltaire à jamais préservez.
Vous êtes- vous bien conservez ,
Pendant la longueur du voyage ?
Auriez-vous essuyé d'un insolent orage,
Les brusques incommoditez ?
1. Vel
2606 MERCURE DE FRANCE
Non, vos habits brillans (a) n'ont point été gatez.
Votre Redingote luisante ,
Faite d'une toile glissante , (b)
Des torrens pluvieux vous a très-bien gardez ;
Mais combien avez- vous ŝuspendu mon attente ♣
Combien mes plaisirs retardez ,
Ont-ils fait murmurer mon ame impatiente !
Trois fois dix jours , bon Dieu ! pour venir de Paris
AuPays des Bretons ! votre marche est trop lente:
Où si je l'ai bien compris ,
Il faut que vous ayez pris
La route des Pirenéés ;
Autrement sans m'étonner ,
Je ne puis m'imaginer ,
Qu'à si petites journées,
Guerrier veuille cheminer.
Cependant Charles douzième , (c)
S'offre à mes regards contens ,
Mars autant que Mars lui- même ,
Terrible , armé jusqu'aux dents ,
Comme sil alloit se battre.
Quel air d'intrépidité ?
Il est encor tout botté.
(a) Ces Livres étoient couverts de papier marbré.
(b) Ils étoient enveloppez dans une toile cirée.
(c) Allusion à l'Estampe qui est en tête de l'His- toire de Charles XII
1. Vol.
Ni
DECEMBRE. 1732. 260%
Ni Charles ni , Henry quatre,
N'étoient de minces Héros ,
Enervés dans le repos ,
Qui craignent la pleuresie .
Et n'épargnent leurs Chevaux ,
Que pour épargner leur vie.
Après avoir attendu pendant un grand
mois , j'ai reçû , Monsieur , le présent dont vous m'avez honorée. Vous avez
ajoûté à Charles XII. et à la Henriade
que vous me promettiez dans le Mercure de Septembre , Oedipe , Mariamne
et Brutus. Cette genereuse politesse m'a
surprise agréablement , je n'avois vû jusqu'à ce jour votre Brutus que par Extrait ; et qu'est-ce qu'un Extrait quand la Piece est toute belle ? cela ne sert
qu'à mettre le Lecteur en appétit , j'étois
comme celle à qui l'on fait sentir une
Orange, qu'on lui ôte aussi-tôt de dessous le nez , afin qu'il ne lui en demeure
que l'odeur. La paresse du Messager m'a
fort impatientée , et le feu Pere du Cerceau n'a jamais murmuré davantage contre le Messager du Mans. Vous ne sçau-
- riez croire combien vos Vers et votre présent m'ont rendue glorieuse.Vedendo dono
cosi gentile, non resto nel mio cuore dramma,
cba 1. Vol.
2608 MERCURE DE FRANCE
che non fosse od amista , è fiamma. Personne ne me vient voir que je n'en fasse
parade à ses yeux 3 enfin je ne me troquerois pas aujourd'hui pour une autre.
Que quelqu'un désormais me dise ,
Que mon Pegase va le trot ,
Que mon Phébus parle ostrogot ,
Et que mes Vers sont Marchandise ,
Avendre un sou marqué le lot ;
Je répondrai tout aussi-tôt ,
Esprit fait dans un méchant moule,
Demandez à Voltaire , à ce fameux Auteur ;
Il sçait comment ma veine coule ,
Et si mes Vers sont sans valeur ;
Marchand d'oignon se connoît en ciboule.
Comme je prise infiniment tout ce qui
sort de votre plume , et que je serois fachée de perdre de vos Ouvrages , jusqu'à
la moindre ligne ; je me suis chagrinée
quand j'ai vu qu'à la fin du volume de la
Henriade , il manquoit quelques feüillets à la vie du Tasse, de cet homme divin
avec qui vous partagez tout mon cœur.
Mais à cheval donné regarde- t- on la bride ♪
Ce mot m'est échappé , Voltaire , ami, par don ,
C'est le Proverbe qui me guide
1. Vol.
DECEMBRE. 1732. 2609
A faire la comparaison
Qui convient mal au riche don ,
Dont en divers climats mon nom se glorifie
Exprimons-nous donc autrement ;
Supposons que d'un Diamant
Un humain libéral un autre gratifie ,
Se persuadera- t- on qu'il fut si délicat ,
Qu'à cause d'un petit éclat ,
Dont le défaut laissât la pierre moins finie
D'accepter le présent il fit cérémonie !
Je ne me suis nullement étonnée, quand
j'ai vû par la Piéce que vous m'adressez
que toutce qu'il y a de beau étoit du ressort de votre esprit. Vous vous êtes , pour
ainfi dire , signalé en tous genres , Historien du premier ordre , Poëte excellent
Epique , Tragique , Comique , &c. est- il
quelqu'illustre de l'Antiquité , dont vous
dussiez envier la gloire ? que n'avez- vous
point essayé ? et en quoi n'avez - vous
point réussi ? j'avouerai pourtant qu'il est
une exception , mais une touchante exception à faire à la plénitude de votre
contentement : quoi à trente- sept ans vous
Vous trouvez hors d'âge de pouvoir aimer ? vous avez donc été bien amoureux
à vingt , et comme un dépensier vous
avez mangé le fond et le revenu de bon
1. Vol. no
2610 MERCURE DE FRANCE
3
ne heure. Que la condition de certains
hommes est bizarre ! à dix neuf et vingt
ans vous faisiez des Vers à merveille , à
trente- sept vous vous en acquittez encore mieux. Helas ! et trente sept ans en
amour ne représentent que l'ombre , et
le fantôme de votre premiere et douce
réalité !
Votre expérience confirme
La verité de ce qu'on lit ,
Qu'esprit est prompt , mais qne chair est ing firme ,
D'ailleurs Ciceron nous a dit ,
Ce docte Ciceron , Professeur en sagesse ,
Que les plaisirs vifs et pressans
Où se laisse avec fougue emporter la jeug nesse >
La livrent par avance aux désirs impuissans
De la foible et triste vieillesse.
Je me trompe , Monsieur , et je dois
penser tout autrement fur votre compte.
Si vous quittez l'Amour , c'est que vous
avez découvert tout le faux de ses charmes , et penetré tout le vuide de ses
plaisirs. Votre sort bien loin d'être à
plaindre est digne d'envie , et vous n'en
êtes encore que plus estimable. Vous
avez fait les mêmes refléxions qu'Arioste
I.Vol. dans
'DECEMBRE: 1732: 2611
7
dans la premiere Stance du chant 24 de
Roland furieux.
Chi mette il piè sù l'amorosa pania ;
Cerchi ritrarlo , è non v'inveschi l'ale ;
Che non è in somma Amor, se non insania }
Al gindicio dè savii , universale.
C'est trop parler morale , chut , je vois
que toutes les oreilles ne s'y prêtent pas
de la même maniere. Je reviens à Charles XII. et à la Henriade dont je ne sçaurois me lasser de vous remercier , je vous
assure que quoique venus les derniers ils
feront au rang principal dans ma petite
Bibliotheque , et qu'avec vos Tragédies Ce seront mes Livres favoris.
Mais comme je les ai reçus ,
D'un Tafetas changeant légerement vétus
J'ai craint que le froid et la brume
Venans avec l'Hiver , afreux porteur de rhume
Ne les eussent incommodez.
C'est pourquoi proprement on a pris leur me
sure ,
Puis on a mis sur eux des habits sans cou
ture ,
D'or magnifiquement bordez ,
A qui le taferas a servi de doublure.
J'accepte avec joye l'amitié que vous
I. Vol. me
2612 MERCURE DE FRANCE
me promettez à la fin de votre Lettre.
Nous nous en sommes donné des preuves
réciproques que je crois aussi since es de
votre part qu'elles le sont de la mienne.
Les amitiez que le hazard fait naître sont
souvent de plus longue durée que les autres. Il ne tiendra point à moi que la
nôtre ne finisse jamais. Je voudrois avoir
quelque chose qui fut digne de vous être
envoyé en revanche de votre présent ;
mais c'est là souhaitter l'impossible.
Quel ch'io vi debbo , posso di parole
Pagare in parte , è d'opera d'inchiostro
Ne che pocho vi dia da imputar sono ,
Che quanto io posso , dar , tutto vi dono.
·
Vous voudrez bien que les sentimens
de mon cœur suppléent au reste. Je suis
avec toute la reconnoissance , toute l'amitié et tout le respect possible , Monsieur , votre très humble, &c.
A M. Aronet de Voltaire , par MH de
Malcrais de la Vigne , du Croisic en
Bretagne , pour le remercier du présent
qu'il lui afait de son Histoire de Ĉharles
XII. de sa Henriade et du Recueil de
quelques-unes de ses Tragédies.
TEs deux Héros , Voltaire, enfin sont arrivez;
Bonjour, leur ai-je dit , couple de Rois celebres,
Conquerans dont les noms , de l'horreur des te
nebres ,
Ont été par Voltaire à jamais préservez.
Vous êtes- vous bien conservez ,
Pendant la longueur du voyage ?
Auriez-vous essuyé d'un insolent orage,
Les brusques incommoditez ?
1. Vel
2606 MERCURE DE FRANCE
Non, vos habits brillans (a) n'ont point été gatez.
Votre Redingote luisante ,
Faite d'une toile glissante , (b)
Des torrens pluvieux vous a très-bien gardez ;
Mais combien avez- vous ŝuspendu mon attente ♣
Combien mes plaisirs retardez ,
Ont-ils fait murmurer mon ame impatiente !
Trois fois dix jours , bon Dieu ! pour venir de Paris
AuPays des Bretons ! votre marche est trop lente:
Où si je l'ai bien compris ,
Il faut que vous ayez pris
La route des Pirenéés ;
Autrement sans m'étonner ,
Je ne puis m'imaginer ,
Qu'à si petites journées,
Guerrier veuille cheminer.
Cependant Charles douzième , (c)
S'offre à mes regards contens ,
Mars autant que Mars lui- même ,
Terrible , armé jusqu'aux dents ,
Comme sil alloit se battre.
Quel air d'intrépidité ?
Il est encor tout botté.
(a) Ces Livres étoient couverts de papier marbré.
(b) Ils étoient enveloppez dans une toile cirée.
(c) Allusion à l'Estampe qui est en tête de l'His- toire de Charles XII
1. Vol.
Ni
DECEMBRE. 1732. 260%
Ni Charles ni , Henry quatre,
N'étoient de minces Héros ,
Enervés dans le repos ,
Qui craignent la pleuresie .
Et n'épargnent leurs Chevaux ,
Que pour épargner leur vie.
Après avoir attendu pendant un grand
mois , j'ai reçû , Monsieur , le présent dont vous m'avez honorée. Vous avez
ajoûté à Charles XII. et à la Henriade
que vous me promettiez dans le Mercure de Septembre , Oedipe , Mariamne
et Brutus. Cette genereuse politesse m'a
surprise agréablement , je n'avois vû jusqu'à ce jour votre Brutus que par Extrait ; et qu'est-ce qu'un Extrait quand la Piece est toute belle ? cela ne sert
qu'à mettre le Lecteur en appétit , j'étois
comme celle à qui l'on fait sentir une
Orange, qu'on lui ôte aussi-tôt de dessous le nez , afin qu'il ne lui en demeure
que l'odeur. La paresse du Messager m'a
fort impatientée , et le feu Pere du Cerceau n'a jamais murmuré davantage contre le Messager du Mans. Vous ne sçau-
- riez croire combien vos Vers et votre présent m'ont rendue glorieuse.Vedendo dono
cosi gentile, non resto nel mio cuore dramma,
cba 1. Vol.
2608 MERCURE DE FRANCE
che non fosse od amista , è fiamma. Personne ne me vient voir que je n'en fasse
parade à ses yeux 3 enfin je ne me troquerois pas aujourd'hui pour une autre.
Que quelqu'un désormais me dise ,
Que mon Pegase va le trot ,
Que mon Phébus parle ostrogot ,
Et que mes Vers sont Marchandise ,
Avendre un sou marqué le lot ;
Je répondrai tout aussi-tôt ,
Esprit fait dans un méchant moule,
Demandez à Voltaire , à ce fameux Auteur ;
Il sçait comment ma veine coule ,
Et si mes Vers sont sans valeur ;
Marchand d'oignon se connoît en ciboule.
Comme je prise infiniment tout ce qui
sort de votre plume , et que je serois fachée de perdre de vos Ouvrages , jusqu'à
la moindre ligne ; je me suis chagrinée
quand j'ai vu qu'à la fin du volume de la
Henriade , il manquoit quelques feüillets à la vie du Tasse, de cet homme divin
avec qui vous partagez tout mon cœur.
Mais à cheval donné regarde- t- on la bride ♪
Ce mot m'est échappé , Voltaire , ami, par don ,
C'est le Proverbe qui me guide
1. Vol.
DECEMBRE. 1732. 2609
A faire la comparaison
Qui convient mal au riche don ,
Dont en divers climats mon nom se glorifie
Exprimons-nous donc autrement ;
Supposons que d'un Diamant
Un humain libéral un autre gratifie ,
Se persuadera- t- on qu'il fut si délicat ,
Qu'à cause d'un petit éclat ,
Dont le défaut laissât la pierre moins finie
D'accepter le présent il fit cérémonie !
Je ne me suis nullement étonnée, quand
j'ai vû par la Piéce que vous m'adressez
que toutce qu'il y a de beau étoit du ressort de votre esprit. Vous vous êtes , pour
ainfi dire , signalé en tous genres , Historien du premier ordre , Poëte excellent
Epique , Tragique , Comique , &c. est- il
quelqu'illustre de l'Antiquité , dont vous
dussiez envier la gloire ? que n'avez- vous
point essayé ? et en quoi n'avez - vous
point réussi ? j'avouerai pourtant qu'il est
une exception , mais une touchante exception à faire à la plénitude de votre
contentement : quoi à trente- sept ans vous
Vous trouvez hors d'âge de pouvoir aimer ? vous avez donc été bien amoureux
à vingt , et comme un dépensier vous
avez mangé le fond et le revenu de bon
1. Vol. no
2610 MERCURE DE FRANCE
3
ne heure. Que la condition de certains
hommes est bizarre ! à dix neuf et vingt
ans vous faisiez des Vers à merveille , à
trente- sept vous vous en acquittez encore mieux. Helas ! et trente sept ans en
amour ne représentent que l'ombre , et
le fantôme de votre premiere et douce
réalité !
Votre expérience confirme
La verité de ce qu'on lit ,
Qu'esprit est prompt , mais qne chair est ing firme ,
D'ailleurs Ciceron nous a dit ,
Ce docte Ciceron , Professeur en sagesse ,
Que les plaisirs vifs et pressans
Où se laisse avec fougue emporter la jeug nesse >
La livrent par avance aux désirs impuissans
De la foible et triste vieillesse.
Je me trompe , Monsieur , et je dois
penser tout autrement fur votre compte.
Si vous quittez l'Amour , c'est que vous
avez découvert tout le faux de ses charmes , et penetré tout le vuide de ses
plaisirs. Votre sort bien loin d'être à
plaindre est digne d'envie , et vous n'en
êtes encore que plus estimable. Vous
avez fait les mêmes refléxions qu'Arioste
I.Vol. dans
'DECEMBRE: 1732: 2611
7
dans la premiere Stance du chant 24 de
Roland furieux.
Chi mette il piè sù l'amorosa pania ;
Cerchi ritrarlo , è non v'inveschi l'ale ;
Che non è in somma Amor, se non insania }
Al gindicio dè savii , universale.
C'est trop parler morale , chut , je vois
que toutes les oreilles ne s'y prêtent pas
de la même maniere. Je reviens à Charles XII. et à la Henriade dont je ne sçaurois me lasser de vous remercier , je vous
assure que quoique venus les derniers ils
feront au rang principal dans ma petite
Bibliotheque , et qu'avec vos Tragédies Ce seront mes Livres favoris.
Mais comme je les ai reçus ,
D'un Tafetas changeant légerement vétus
J'ai craint que le froid et la brume
Venans avec l'Hiver , afreux porteur de rhume
Ne les eussent incommodez.
C'est pourquoi proprement on a pris leur me
sure ,
Puis on a mis sur eux des habits sans cou
ture ,
D'or magnifiquement bordez ,
A qui le taferas a servi de doublure.
J'accepte avec joye l'amitié que vous
I. Vol. me
2612 MERCURE DE FRANCE
me promettez à la fin de votre Lettre.
Nous nous en sommes donné des preuves
réciproques que je crois aussi since es de
votre part qu'elles le sont de la mienne.
Les amitiez que le hazard fait naître sont
souvent de plus longue durée que les autres. Il ne tiendra point à moi que la
nôtre ne finisse jamais. Je voudrois avoir
quelque chose qui fut digne de vous être
envoyé en revanche de votre présent ;
mais c'est là souhaitter l'impossible.
Quel ch'io vi debbo , posso di parole
Pagare in parte , è d'opera d'inchiostro
Ne che pocho vi dia da imputar sono ,
Che quanto io posso , dar , tutto vi dono.
·
Vous voudrez bien que les sentimens
de mon cœur suppléent au reste. Je suis
avec toute la reconnoissance , toute l'amitié et tout le respect possible , Monsieur , votre très humble, &c.
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Résumé : EPITRE A M. Aroüet de Voltaire, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, pour le remercier du présent qu'il lui a fait de son Histoire de Charles XII. de sa Henriade et du Recueil de quelques-unes de ses Tragédies.
L'épître est une lettre de remerciement écrite par MH de Malcrais de la Vigne à Voltaire. Elle exprime sa gratitude pour la réception de plusieurs ouvrages, notamment l'Histoire de Charles XII, la Henriade, et des tragédies telles que Œdipe, Mariamne et Brutus. L'auteur mentionne son impatience due au retard de la livraison des livres, qui ont été protégés par une toile cirée pendant leur voyage. L'auteur admire particulièrement les personnages de Charles XII et Henri IV, qu'elle décrit comme des héros intrépides. Elle loue la générosité de Voltaire et la qualité exceptionnelle de ses œuvres, qu'elle considère comme des chefs-d'œuvre en histoire et en poésie. Elle note une petite lacune dans le volume de la Henriade, mais cela n'altère en rien son admiration pour Voltaire. MH de Malcrais de la Vigne conclut en acceptant l'amitié de Voltaire et en exprimant son désir de lui offrir quelque chose en retour, bien qu'elle reconnaisse que cela soit impossible. Elle exprime sa gratitude et son admiration pour Voltaire, soulignant la valeur de ses contributions littéraires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
20
p. 2613
SONNET en Bouts-Rimez, proposez dans le Mercure de France du mois de Mai 1732. à M. F...
Début :
Ami le croirois-tu le Dieu qui nous fait Boire [...]
Mots clefs :
Boire, Larron, Cupidon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET en Bouts-Rimez, proposez dans le Mercure de France du mois de Mai 1732. à M. F...
SONNETen Bouts- Rimez , proposez dans
le Mercure de France du mois de Mai
1732. à M. F...
A
Mi le croirois-tu le Dieu qui nous fait
Boire
Du Dieu qui fait aimer m'a rendu le Butin,
Tu sçais qu'à fuir leurs traits on perdroit son
Latinz
Quand ils sont de complot comme larron en Foire
Sur les bords de la Marne ainsi que sur la Loire
Cupidon n'est au fond qu'un franc petit Lutin .
Il nous paroît d'abord aussi doux que Satin,
Pour rendre notre cœur tendre comme
Mais envain d'Apollon je prendrois le
Pour en Vers bien polis critiquer ce
une
Poire
Rabot
Nabot ,
Sur ce sujet ma Muse est pire qu'une Souche ;
Oui > Caron m'auroit vu dans son fatal Bateau ,
J'aurois de l'Acheron passé le noir Ruisseau,
Avant que j'eusse pû voir l'amour d'un ceil
Louche
Pesselier de la Ferté sonsJouare.
I.Vol. O
le Mercure de France du mois de Mai
1732. à M. F...
A
Mi le croirois-tu le Dieu qui nous fait
Boire
Du Dieu qui fait aimer m'a rendu le Butin,
Tu sçais qu'à fuir leurs traits on perdroit son
Latinz
Quand ils sont de complot comme larron en Foire
Sur les bords de la Marne ainsi que sur la Loire
Cupidon n'est au fond qu'un franc petit Lutin .
Il nous paroît d'abord aussi doux que Satin,
Pour rendre notre cœur tendre comme
Mais envain d'Apollon je prendrois le
Pour en Vers bien polis critiquer ce
une
Poire
Rabot
Nabot ,
Sur ce sujet ma Muse est pire qu'une Souche ;
Oui > Caron m'auroit vu dans son fatal Bateau ,
J'aurois de l'Acheron passé le noir Ruisseau,
Avant que j'eusse pû voir l'amour d'un ceil
Louche
Pesselier de la Ferté sonsJouare.
I.Vol. O
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Résumé : SONNET en Bouts-Rimez, proposez dans le Mercure de France du mois de Mai 1732. à M. F...
Le sonnet, publié en mai 1732 dans le Mercure de France, compare l'amour à un lutin malicieux et insidieux. L'auteur reconnaît la douceur trompeuse de l'amour, qui rend le cœur tendre. Il avoue son incapacité à critiquer l'amour poétiquement et préfère éviter ses travers. Le sonnet est dédié à Pesselier de la Ferté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 2614
Enigmes, Logogryphes, &c. [titre d'après la table]
Début :
On a dû expliquer les mots de l'Enigme et des Logogryphes du mois dernier [...]
Mots clefs :
Masque, Présage, Poulet, Sens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Enigmes, Logogryphes, &c. [titre d'après la table]
On a dû expliquer les mots de l'Enig
me et des Logogryphes du mois dernier
par le Mafque , Présages , Poulet
Sens.
me et des Logogryphes du mois dernier
par le Mafque , Présages , Poulet
Sens.
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22
p. 2614
ENIGME.
Début :
Quand j'ai de l'eau, ma foi, je n'en bois pas, [...]
Mots clefs :
Meunier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Q
Uand j'ai de l'eau , ma foi , je n'en boi
pas ,
Je bois fort bien du vin à mes repàs ;
Et ma mesure devient pleine
Dans l'accroissement de la Seine :
Mais helas ! je ne bois que de l'eau seulement ,
Quand elle manque absolument
Q
Uand j'ai de l'eau , ma foi , je n'en boi
pas ,
Je bois fort bien du vin à mes repàs ;
Et ma mesure devient pleine
Dans l'accroissement de la Seine :
Mais helas ! je ne bois que de l'eau seulement ,
Quand elle manque absolument
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23
p. 2614-2616
LOGOGRYPHE.
Début :
Enfant infortuné du meilleur sang du monde, [...]
Mots clefs :
Goret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
KXXXXXXXXXX:
LOGOGRYPHË.
Enfant infortuné du meilleur sang du monde ;
Je ne reçois le jour d'une mere féconde ,
Que pour périr bientôt par les mains d'ua bourreau
Qui lui-même devient mon funeste tombeau.
Quand le dessein est pris , et qu'on veut me dé- truire ,
1. Vol. Le
DECEMBR E. 1732 2615
Le feu , le fer , et l'eau • tout conspire à me
nuire.
Plus on a soin de moi , plus je dois avoir
peur ;
Et ce trop heureux tems présage mon mal- heur.
Combinés mes cinq pieds : fraîche sombre et
riante ,
>
Au plus fort de l'été je suis fort attrayante ;
Discrete , solitaire agrément des Jardins ,
Je suis propre à cacher les amoureux lar⇒ cins.
-
On me trouve en Europe , on me trouve co Asie ;
Je suis dans les déserts de l'ardente Libye :
Et dans ce dernier sens ma lugubre noir
ceur ,
,
Al'homme le plus ferme inspire la terreur.
Si vous changez encor mon entiere struc
ture ,
A certains animaux souvent je sers d'armure ;
Ad'autres je dénote un signe de bonté.
Et si vous me donnez differente tournure,
En moi l'on trouve un vent de fort vilain aus
gure.
Un peuple belliqueux , par Tacite vanté.
Ce qui du pâle avare augmente la torture.
Un Tribunal à Rome , aux Prélats affecté.
Enfin , à la campagne , un grain qui vous pre- cure ,
I.Vol. E Ainsi
2616 MERCURE DE FRANCE
Ainsi qu'aux animaux une ample nourri ture.
LOGOGRYPHË.
Enfant infortuné du meilleur sang du monde ;
Je ne reçois le jour d'une mere féconde ,
Que pour périr bientôt par les mains d'ua bourreau
Qui lui-même devient mon funeste tombeau.
Quand le dessein est pris , et qu'on veut me dé- truire ,
1. Vol. Le
DECEMBR E. 1732 2615
Le feu , le fer , et l'eau • tout conspire à me
nuire.
Plus on a soin de moi , plus je dois avoir
peur ;
Et ce trop heureux tems présage mon mal- heur.
Combinés mes cinq pieds : fraîche sombre et
riante ,
>
Au plus fort de l'été je suis fort attrayante ;
Discrete , solitaire agrément des Jardins ,
Je suis propre à cacher les amoureux lar⇒ cins.
-
On me trouve en Europe , on me trouve co Asie ;
Je suis dans les déserts de l'ardente Libye :
Et dans ce dernier sens ma lugubre noir
ceur ,
,
Al'homme le plus ferme inspire la terreur.
Si vous changez encor mon entiere struc
ture ,
A certains animaux souvent je sers d'armure ;
Ad'autres je dénote un signe de bonté.
Et si vous me donnez differente tournure,
En moi l'on trouve un vent de fort vilain aus
gure.
Un peuple belliqueux , par Tacite vanté.
Ce qui du pâle avare augmente la torture.
Un Tribunal à Rome , aux Prélats affecté.
Enfin , à la campagne , un grain qui vous pre- cure ,
I.Vol. E Ainsi
2616 MERCURE DE FRANCE
Ainsi qu'aux animaux une ample nourri ture.
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24
p. 2616-2617
AUTRE. A M. l'Abbé R.....
Début :
Toi qui bois à longs traits de l'eau de l'Hypocrêne, [...]
Mots clefs :
Agen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE. A M. l'Abbé R.....
animaux une ample nourri ture.
T
AUTRE.
A M. l'Abbé R.....
Oi qui bois à longs traits de l'eau de l'Hypocrêne ,
Et qui prens tes plaisirs dans le sacré vallon ,
Tu penses que ma verve ait droit sur la Fon
taine ?
Non , cela n'appartient qu'aux amis d'A
pollon ,
Mais puisqu'un ami le désire,
Tâchons d'aranger quelques Vers ;
De tout ceci je crains le pire ,
C'eft qu'ils ne soient tous de travers.
N'importe , me dis-tu , je veux des Logogri phes ,
Je conte qui plus est d'abord les deviner :
J'y consens , en voici. Je n'ai que quatre pri
ses ,
Et j'habite un pays très-facile à trouver.
Oui, sans te donner la torture ,
Renverse-moi ; sans rien changer ,
Un mot latin fait ma structure
Et le sens qu'on y peut donner.
Dans mon premier état si-tôt qu'on me rés
place ,
Je fais plaisir aux uns , aux autres je déplais ;
1.Vol. Pourvu
DECEMBRE 1732. 2617
Pourvû face ;
que de mon nom la derniere on efObservés que ce mot n'est pas grec mais françois.
De plus le milieu de moi- même,
Mis à ma fin , en combinant ,
T'apprend dans un péril extrême ,
A te sauver d'un élément.
2 र
Allons , courage , allons ; vîtes , mettés mon
quatre
D'abord après mon chef , j'habite dans les cieux.
Otés la penultiéme , alors sans rien rabatre ,
Mon chant est ridicule et des moins gracieux.
›
Enfin j'ai tenu ma parole ;
Tu tiens le mot , j'en suis certain :
Cher ami , j'ai joué mon rôle ;
J'en promets un autre demain.
L'Abbé D. L. M. de Montargis.
T
AUTRE.
A M. l'Abbé R.....
Oi qui bois à longs traits de l'eau de l'Hypocrêne ,
Et qui prens tes plaisirs dans le sacré vallon ,
Tu penses que ma verve ait droit sur la Fon
taine ?
Non , cela n'appartient qu'aux amis d'A
pollon ,
Mais puisqu'un ami le désire,
Tâchons d'aranger quelques Vers ;
De tout ceci je crains le pire ,
C'eft qu'ils ne soient tous de travers.
N'importe , me dis-tu , je veux des Logogri phes ,
Je conte qui plus est d'abord les deviner :
J'y consens , en voici. Je n'ai que quatre pri
ses ,
Et j'habite un pays très-facile à trouver.
Oui, sans te donner la torture ,
Renverse-moi ; sans rien changer ,
Un mot latin fait ma structure
Et le sens qu'on y peut donner.
Dans mon premier état si-tôt qu'on me rés
place ,
Je fais plaisir aux uns , aux autres je déplais ;
1.Vol. Pourvu
DECEMBRE 1732. 2617
Pourvû face ;
que de mon nom la derniere on efObservés que ce mot n'est pas grec mais françois.
De plus le milieu de moi- même,
Mis à ma fin , en combinant ,
T'apprend dans un péril extrême ,
A te sauver d'un élément.
2 र
Allons , courage , allons ; vîtes , mettés mon
quatre
D'abord après mon chef , j'habite dans les cieux.
Otés la penultiéme , alors sans rien rabatre ,
Mon chant est ridicule et des moins gracieux.
›
Enfin j'ai tenu ma parole ;
Tu tiens le mot , j'en suis certain :
Cher ami , j'ai joué mon rôle ;
J'en promets un autre demain.
L'Abbé D. L. M. de Montargis.
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25
p. 2617
AUTRE.
Début :
Je ne crains ni chaleur, ni le vent, ni la glace, [...]
Mots clefs :
If
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E ne crains ni chaleur , ni le vent , ni
JEglace ,
Lecteur, en ton jardin peut-être j'ai ma place ; :
Mon nom est des plus courts , qu'à rebours je sais
pris.
Je suis un mot burlesque, un terme de mépris.
E ne crains ni chaleur , ni le vent , ni
JEglace ,
Lecteur, en ton jardin peut-être j'ai ma place ; :
Mon nom est des plus courts , qu'à rebours je sais
pris.
Je suis un mot burlesque, un terme de mépris.
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26
p. *2618-2618
AUTRE.
Début :
Dans mon envers je suis en certains lieux festé ; [...]
Mots clefs :
Noël
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Ans mon envers je suis en certains lieux
festé ;
Dans mon endroit , je suis Fête féconde ;
A mon pied près
vanté
, je suis un Ancien fort
Dans cet état mon cœur ôté ,
Je suis nouveau né dans le monde.
Ans mon envers je suis en certains lieux
festé ;
Dans mon endroit , je suis Fête féconde ;
A mon pied près
vanté
, je suis un Ancien fort
Dans cet état mon cœur ôté ,
Je suis nouveau né dans le monde.
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