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1
p. 29-31
« Les Poëtes qui ont de tout temps esté de grands [...] »
Début :
Les Poëtes qui ont de tout temps esté de grands [...]
Mots clefs :
Poètes, Menteurs, Fable
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texteReconnaissance textuelle : « Les Poëtes qui ont de tout temps esté de grands [...] »
Les Poëtes qui ont de tout temps efté de grands men- teurs , ne diſent plus que des veritez , lorſqu'ils parlent des furprenantes Conquestes du Roy 5 mais comme ils ne pour- roient rien inventer , qui eût plus de ce merveilleux,qui ap- prochede la Fable , les Siecles àvenir pourroient bien pren- dre pour des fictions tout ce qu'ils diſent aujourd'huy de plus veritable. Ce n'eſt pas
GALANT. 23
leur faute ; pourquoy le Roy fait-il de fi grandes choſes que la Poſterité aurade la peine à
les croire ?
GALANT. 23
leur faute ; pourquoy le Roy fait-il de fi grandes choſes que la Poſterité aurade la peine à
les croire ?
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2
p. 202-203
III. A IRIS.
Début :
Dans la Fable à Mercure, on voit la verité. [...]
Mots clefs :
Fable, Grand Louis, Amour, Héros, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : III. A IRIS.
AIIRIII. S.
DAns la Fable 4 MercllreJ 01'"
voit la verité.
Autrefois Genes la Superbe,
Rombpea,nte aujourd'huy comme ther-
AH.'t: pieds du GRAND LoürsAflHmilsa
fierté.
Contre luyles efforts font toujours inutiles,
De mesme que tAmour efllemaiflre des
coeurs,
Ce Héros invincible efl le Aiaiflre des
YiJles#-
7/ les br/tic. il les prend malgré leurs défendeurs.
Tripoli vient encor d'en sentir les ardeurst.
IrisJ depuis long tftnps je languis dllnJ
vos chaînes,
Vous méprisez.toujours le pouvoir de
CAmour;
Pour me vanner de tant de peines,
Craignez, que ce Dien quelque jour
Ne faJfe avcftre coeursentirle fort de
Genes.
DiEREVILH.
DAns la Fable 4 MercllreJ 01'"
voit la verité.
Autrefois Genes la Superbe,
Rombpea,nte aujourd'huy comme ther-
AH.'t: pieds du GRAND LoürsAflHmilsa
fierté.
Contre luyles efforts font toujours inutiles,
De mesme que tAmour efllemaiflre des
coeurs,
Ce Héros invincible efl le Aiaiflre des
YiJles#-
7/ les br/tic. il les prend malgré leurs défendeurs.
Tripoli vient encor d'en sentir les ardeurst.
IrisJ depuis long tftnps je languis dllnJ
vos chaînes,
Vous méprisez.toujours le pouvoir de
CAmour;
Pour me vanner de tant de peines,
Craignez, que ce Dien quelque jour
Ne faJfe avcftre coeursentirle fort de
Genes.
DiEREVILH.
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Résumé : III. A IRIS.
Le poème célèbre la puissance de Louis XIV, surnommé 'le Grand', qui a vaincu Gênes et Rome. Il compare cette domination à l'amour invincible. Tripoli a récemment subi cette puissance. Le poète exprime son tourment amoureux face à une personne insensible à l'amour, mettant en garde contre la résistance à ce pouvoir irrésistible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
s. p.
AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart, Court Neuve du Palais, au Dauphin.
Début :
Recherches curieuses d'Antiquité, contenuës en plusieurs Dissertations, [...]
Mots clefs :
Dissertations , Sentiments, Lettres, Dialogue, Histoire, Fable, Conversions, Cérémonies, Description, Réflexion, Traité, Relations, Discours philosophiques, Dictionnaire
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texteReconnaissance textuelle : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart, Court Neuve du Palais, au Dauphin.
AVIS ET CATALOGVE
des Livres qui fe vendent chez
la Venue Blageart , Court Neuve
du Palau , au Dauphin .
RE
Echerches curieufes d'Antiquité
contenues en plufieurs Diflertations
, fur des Médailles , Bas- reliefs ,
Statuës , Mofaïques , & Infcriptions
antiques , enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille- douce. In 4. 71 .
Heures en Vers , par feu Mr de Corneille,
30 f.
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire
, avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
Lettres diverfes de M. le Chevalier
d'Her. Indouze.
30 f.
30 f.
Nouveaux Dialogues des Morts
Premiere Partie. Indouze. 30 £
Seconde Partie des Dialogues des
Morts. Indonze.
30 f.
›
Jugement de Pluton fur les deux Parties
des Nouveaux Dialogues des
Morts,
La Ducheffe d'Eftramene .
Volumes in douze.
Le Napolitain , Nouv.Indouze.
Académie Galante , I. Partie,
Académie Galante , II. Partie ,
30f.
Deux
40 f.
20 f.
30 f.
30 f.
Cara Muftapha, dernier Grand Vizir,
Hiftoire contenant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers emplois,
& le vray fujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec fa
30 f.
mort,
Les Dames Galantes , ou la Confidence
réciproque , en deux vol .
Les diférens Caracteres de l'Amour,
3 l.
in douze,
Le Serafkier, in douze ,
L'Illuftre Génoife, in douze,
30 .
30 f.
Fables Nouvelles en Vers,
30
f.
20 f.
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30f,
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant Génes par l'Armée Navale
du Roy, 30 f.
X
-30 f.
is f.
15f.
10 f.
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
fur l'Alcali. Indouze.
La Devinereffe, Comedie .
Artaxerce, avec fa Critique.
La Comete, Comedie.
Coverfions de M.Gilly& Courdil. 20f.
Cent quarante - deux Volumes du
Mercure, avec les Relations & les
Extraordinaires . Il y a huit Relations
qui contiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle avec le Roy
d'Espagne .
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiſelle de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur le Dauphin
avec la Princeffe Anne - Chref
tienne Victoire de Baviere .
Le Voyage du Roy en Flandre en 1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjouillances
qui fe font faites pour la Naillance de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne .
Une Defcription entiere du Siege de
量
Vienne, depuis le commencement jalqu'à
la levée du Siege en 1683 .
Les deux Relations de ce qui s'eſt ·
paflé au Carrouſel qui s'eft fait à Verfailles
par l'ordre de Monfeigneur le
Dauphin, enrichies de quatre grandes
Figures en taille douce , qui repreſentent
la Marche des deux Quadrilles
dans l'avant-Court de Verſailles ; La
Comparfe ; L'Ordre des Chevaliers
& de leur Suite pendant les Courſes;
L'Ordre de Bataille des deux Quadrilles
pour fortir de la Carriere . 45f
Traité de la Tranſpiration des [ humeurs
qui font les caufes des Maladies ,
ou la Méthode de guérir les Malades,
fans le trifte fecours de la fréquente
faignée, Difcours Philofophique. 30f.
Il y a trente Extraordinaires, qui
outre les Queſtions galantes, & d'éru
dition , & les Ouvrages de Vers , contiennent
plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur la
maniere dont chacun forme fon Ecri
៩
ture . Des Deviſes , Emblèmes , & Revers
de Médailles De la Peinture , &
de la Sculpture. Du Parchemin , & du
Papier. Du Verre . Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture. De la Contef
tion. Des Armes , Armoiries , & de leur
progrés . De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cerémonies . Des Taliſmans. De la
Poudre à Canon. De la Pierre Philo
fophale . Des Feux dont les Anciens ſe
fervoient dans leurs Guerres, & de leur
compofition. De la fimpathie , & de
l'anthipatie des Corps . De la Dance,
de ceux qui l'ont inventée , & de ſes
diferentes efpeces . De ce qui contribue
le plus des cinq fens de Nature à la fasfaction
de l'Homme. De l'ufage de
la Glace. De la nature des Efprits folets
, s'ils font de tous Païs , & ce qu'ils
ont fait . De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de fes effets . Du fréquent
ufage de la Saignée . De la Nobleffe.
Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire . Des effets
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires . Dela Chaſſe.
Des Metéores , & de la Comete apparue
en 1680. Des Armes de quelques
Familles de France . Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention , tres
propre à eftre rendue univerfelle, avec
celuy d'une Langue qui en réfulte, l'un
& l'autre d'un ufage facile pour la com
munication des Nations . De l'air du
Monde, de la veritable Politeffe , & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
progrés & de l'état préfent de la Medecine.
Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin . De l'Honnefteté , &
de la veritable Sageffe . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage. De la marque la plus effentielle
de la veritable amitié. L'A
bregé du Dictionnaire Univerfel . Du
mépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes , & de leurs efpeces . Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du SeCret.
De la Converfation . De la Vie
heureuſe . Des Cloches, & de leur antiquité.
Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains . Du bon &
du mauvais ufage de la Lecture . De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadrans Solaires ; & des Jeux. Plufieurs
Traitez de l'Origine & de l'Antiquité
des Sepultures & des Monumens
.
On fera une bonne compofition à
ceux qui prendront les cent quarante
deux Volumes, ou la plus grande partie .
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois, le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt -cinq
en parchemin.
Elle fera toûjours les Pacquets gratis
pour les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces . Ils n'auront le
foin que d'en acquiter le port fur les
Lieux
des Livres qui fe vendent chez
la Venue Blageart , Court Neuve
du Palau , au Dauphin .
RE
Echerches curieufes d'Antiquité
contenues en plufieurs Diflertations
, fur des Médailles , Bas- reliefs ,
Statuës , Mofaïques , & Infcriptions
antiques , enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille- douce. In 4. 71 .
Heures en Vers , par feu Mr de Corneille,
30 f.
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire
, avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
Lettres diverfes de M. le Chevalier
d'Her. Indouze.
30 f.
30 f.
Nouveaux Dialogues des Morts
Premiere Partie. Indouze. 30 £
Seconde Partie des Dialogues des
Morts. Indonze.
30 f.
›
Jugement de Pluton fur les deux Parties
des Nouveaux Dialogues des
Morts,
La Ducheffe d'Eftramene .
Volumes in douze.
Le Napolitain , Nouv.Indouze.
Académie Galante , I. Partie,
Académie Galante , II. Partie ,
30f.
Deux
40 f.
20 f.
30 f.
30 f.
Cara Muftapha, dernier Grand Vizir,
Hiftoire contenant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers emplois,
& le vray fujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec fa
30 f.
mort,
Les Dames Galantes , ou la Confidence
réciproque , en deux vol .
Les diférens Caracteres de l'Amour,
3 l.
in douze,
Le Serafkier, in douze ,
L'Illuftre Génoife, in douze,
30 .
30 f.
Fables Nouvelles en Vers,
30
f.
20 f.
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30f,
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant Génes par l'Armée Navale
du Roy, 30 f.
X
-30 f.
is f.
15f.
10 f.
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
fur l'Alcali. Indouze.
La Devinereffe, Comedie .
Artaxerce, avec fa Critique.
La Comete, Comedie.
Coverfions de M.Gilly& Courdil. 20f.
Cent quarante - deux Volumes du
Mercure, avec les Relations & les
Extraordinaires . Il y a huit Relations
qui contiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle avec le Roy
d'Espagne .
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiſelle de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur le Dauphin
avec la Princeffe Anne - Chref
tienne Victoire de Baviere .
Le Voyage du Roy en Flandre en 1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjouillances
qui fe font faites pour la Naillance de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne .
Une Defcription entiere du Siege de
量
Vienne, depuis le commencement jalqu'à
la levée du Siege en 1683 .
Les deux Relations de ce qui s'eſt ·
paflé au Carrouſel qui s'eft fait à Verfailles
par l'ordre de Monfeigneur le
Dauphin, enrichies de quatre grandes
Figures en taille douce , qui repreſentent
la Marche des deux Quadrilles
dans l'avant-Court de Verſailles ; La
Comparfe ; L'Ordre des Chevaliers
& de leur Suite pendant les Courſes;
L'Ordre de Bataille des deux Quadrilles
pour fortir de la Carriere . 45f
Traité de la Tranſpiration des [ humeurs
qui font les caufes des Maladies ,
ou la Méthode de guérir les Malades,
fans le trifte fecours de la fréquente
faignée, Difcours Philofophique. 30f.
Il y a trente Extraordinaires, qui
outre les Queſtions galantes, & d'éru
dition , & les Ouvrages de Vers , contiennent
plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur la
maniere dont chacun forme fon Ecri
៩
ture . Des Deviſes , Emblèmes , & Revers
de Médailles De la Peinture , &
de la Sculpture. Du Parchemin , & du
Papier. Du Verre . Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture. De la Contef
tion. Des Armes , Armoiries , & de leur
progrés . De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cerémonies . Des Taliſmans. De la
Poudre à Canon. De la Pierre Philo
fophale . Des Feux dont les Anciens ſe
fervoient dans leurs Guerres, & de leur
compofition. De la fimpathie , & de
l'anthipatie des Corps . De la Dance,
de ceux qui l'ont inventée , & de ſes
diferentes efpeces . De ce qui contribue
le plus des cinq fens de Nature à la fasfaction
de l'Homme. De l'ufage de
la Glace. De la nature des Efprits folets
, s'ils font de tous Païs , & ce qu'ils
ont fait . De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de fes effets . Du fréquent
ufage de la Saignée . De la Nobleffe.
Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire . Des effets
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires . Dela Chaſſe.
Des Metéores , & de la Comete apparue
en 1680. Des Armes de quelques
Familles de France . Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention , tres
propre à eftre rendue univerfelle, avec
celuy d'une Langue qui en réfulte, l'un
& l'autre d'un ufage facile pour la com
munication des Nations . De l'air du
Monde, de la veritable Politeffe , & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
progrés & de l'état préfent de la Medecine.
Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin . De l'Honnefteté , &
de la veritable Sageffe . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage. De la marque la plus effentielle
de la veritable amitié. L'A
bregé du Dictionnaire Univerfel . Du
mépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes , & de leurs efpeces . Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du SeCret.
De la Converfation . De la Vie
heureuſe . Des Cloches, & de leur antiquité.
Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains . Du bon &
du mauvais ufage de la Lecture . De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadrans Solaires ; & des Jeux. Plufieurs
Traitez de l'Origine & de l'Antiquité
des Sepultures & des Monumens
.
On fera une bonne compofition à
ceux qui prendront les cent quarante
deux Volumes, ou la plus grande partie .
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois, le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt -cinq
en parchemin.
Elle fera toûjours les Pacquets gratis
pour les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces . Ils n'auront le
foin que d'en acquiter le port fur les
Lieux
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Résumé : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart, Court Neuve du Palais, au Dauphin.
Le document est un catalogue de livres proposés à la vente par la Veuve Blageart, située au Palais du Dauphin. Il offre une large sélection d'ouvrages couvrant divers genres littéraires et historiques. Parmi les titres notables, on trouve 'Écherches curieuses d'Antiquité', enrichi de figures gravées, 'Heures en Vers' de Corneille, et 'Sentiments sur les Lettres & sur l'Histoire'. Plusieurs volumes des 'Dialogues des Morts' sont également disponibles. Le catalogue inclut des œuvres historiques telles que 'Histoire du Siège de Luxembourg' et 'Relation Historique de tout ce qui s'est fait devant Gênes par l'Armée Navale du Roy'. Des collections de 'Mercure' relatant des événements extraordinaires comme des mariages royaux et des cérémonies sont aussi mentionnées. Le document précise les prix des volumes individuels et propose des offres spéciales pour les achats en gros. De plus, les frais de port sont offerts pour les particuliers et les libraires de province.
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4
p. 146-151
Labirinthe & ses Fontaines, [titre d'après la table]
Début :
Tous ces lieux ont chacun leurs noms qui conviennent, ou [...]
Mots clefs :
Labyrinthe, Fontaines, Figures, Allées, Endroits, Eaux, Fable, Jean de La Fontaine, Bassins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Labirinthe & ses Fontaines, [titre d'après la table]
Tous ces
lieux ont chacun leurs noms
qui conviennent , ou à ce
que marque leur terrain , ou
à ce que les Figures ou les
Eaux reprefentent. Il y a
outre cela quantité de Fontaines,
ou au bout des allées ,
ou dans le milieu ou qui
aboutiſſent à pluſieurs allées
ou dans les Parterres , & cela
fans compter le Canal , &
trois pieces d'caux preſque
و
auffi grandes , ce qui doit pa
des Amb. de Siam.
133
roiſtre incroyable à ceux qui
feront reflexion qu'il n'y avoit
pas une goute d'eau à
Verſailles quand le Roy a
commencé à y faire faire
des Fontaines. Il faut vous
parler du Labirinthe , puiſque
c'eſt par là que les Ambaſſadeurs
commencerent à voir
joüer les Eaux qu'on vient
admirer de toutes les Parties
du Monde. Ce Boſquet eſt un
des plus grands de Verſailles
puis qu'il renferme 38. Fontaines
, & ces Fontaines un
tres-grand nombre de Jets.
Une Fable d'Eſope fait le ſujet
de chacune ; il n'est pas
Mij
134 Suite du Voyage
neceſſaire de les expliquer
icy , ces Fables n'eſtant ignorées
de perſonne. Chacune a
fon Baffin où elle eſt reprefentée
par des Figures en
relief faites de metal , & le
fujet de la Fable y eſt auſſi
marqué. Je ne parle point
des Coquillages & des ornemens
des Baffins , qui font
en grand nombre , & qui
forment des Figures differentes
non plus que de la
quantité de Iets d'eau qui
accompagnent ces Baffins ,
& qui font proportionnez
aux Sujets qui y font reprefentez
. Ceux qui ſont com
2.
des Amb. de Siam.
135
me dans des Arcades formées
dans des paliſſades , font à
moitié couverts , & environnez
de feuilles & de rofeaux
qui jettent de l'eau. La
pluſpart ſont de fer blanc ,
& d'autre matiere propre à
cet uſage , auffi-bien que les
branches par où paffe T'eau ,
& le tout eſtant peint d'un
(vert qui imite le naturel ,
paffe pourune veritable verdure
, juſqu'à ce qu'on en
voye fortir l'eau . Le mot de
Labirinthe marque affez que
ee lieu eft remply de détours.
& d'allées meflées les unes
trempty
dans les autres , ce qui fait
Miij
136 Suite du Voyage
qu'avant qu'on en puiffe
trouver la porte , il arrive
bien ſouvent que l'on re
vient aux meſmes endroits
dont on croit eſtre fort éloigné.
Le premier Ambaffadeur
dont je vous parle en
pluſieurs endroits ſous le
ſimple nom d'Ambaſſadeur
pour éviter les repetitions du
mot de premier , tourna luymeſme
la pluſpart des Robinets,
qui font dans ce lieu ,
chercha les endroits qui donnent
de l'eau aux autres , & fit
voir que rien n'échappe à la
connoiffance .
lieux ont chacun leurs noms
qui conviennent , ou à ce
que marque leur terrain , ou
à ce que les Figures ou les
Eaux reprefentent. Il y a
outre cela quantité de Fontaines,
ou au bout des allées ,
ou dans le milieu ou qui
aboutiſſent à pluſieurs allées
ou dans les Parterres , & cela
fans compter le Canal , &
trois pieces d'caux preſque
و
auffi grandes , ce qui doit pa
des Amb. de Siam.
133
roiſtre incroyable à ceux qui
feront reflexion qu'il n'y avoit
pas une goute d'eau à
Verſailles quand le Roy a
commencé à y faire faire
des Fontaines. Il faut vous
parler du Labirinthe , puiſque
c'eſt par là que les Ambaſſadeurs
commencerent à voir
joüer les Eaux qu'on vient
admirer de toutes les Parties
du Monde. Ce Boſquet eſt un
des plus grands de Verſailles
puis qu'il renferme 38. Fontaines
, & ces Fontaines un
tres-grand nombre de Jets.
Une Fable d'Eſope fait le ſujet
de chacune ; il n'est pas
Mij
134 Suite du Voyage
neceſſaire de les expliquer
icy , ces Fables n'eſtant ignorées
de perſonne. Chacune a
fon Baffin où elle eſt reprefentée
par des Figures en
relief faites de metal , & le
fujet de la Fable y eſt auſſi
marqué. Je ne parle point
des Coquillages & des ornemens
des Baffins , qui font
en grand nombre , & qui
forment des Figures differentes
non plus que de la
quantité de Iets d'eau qui
accompagnent ces Baffins ,
& qui font proportionnez
aux Sujets qui y font reprefentez
. Ceux qui ſont com
2.
des Amb. de Siam.
135
me dans des Arcades formées
dans des paliſſades , font à
moitié couverts , & environnez
de feuilles & de rofeaux
qui jettent de l'eau. La
pluſpart ſont de fer blanc ,
& d'autre matiere propre à
cet uſage , auffi-bien que les
branches par où paffe T'eau ,
& le tout eſtant peint d'un
(vert qui imite le naturel ,
paffe pourune veritable verdure
, juſqu'à ce qu'on en
voye fortir l'eau . Le mot de
Labirinthe marque affez que
ee lieu eft remply de détours.
& d'allées meflées les unes
trempty
dans les autres , ce qui fait
Miij
136 Suite du Voyage
qu'avant qu'on en puiffe
trouver la porte , il arrive
bien ſouvent que l'on re
vient aux meſmes endroits
dont on croit eſtre fort éloigné.
Le premier Ambaffadeur
dont je vous parle en
pluſieurs endroits ſous le
ſimple nom d'Ambaſſadeur
pour éviter les repetitions du
mot de premier , tourna luymeſme
la pluſpart des Robinets,
qui font dans ce lieu ,
chercha les endroits qui donnent
de l'eau aux autres , & fit
voir que rien n'échappe à la
connoiffance .
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Résumé : Labirinthe & ses Fontaines, [titre d'après la table]
Le château de Versailles est célèbre pour ses nombreux éléments aquatiques, chacun portant un nom en fonction de son terrain ou des figures représentées. Les fontaines sont stratégiquement placées au bout des allées, au milieu ou à l'intersection de plusieurs allées, ainsi que dans les parterres. Le canal et trois pièces d'eau impressionnantes, presque aussi grandes que le canal, attirent particulièrement les visiteurs, notamment les ambassadeurs de Siam. À l'origine, Versailles était dépourvu d'eau avant que le roi n'y fasse construire des fontaines. Le labyrinthe, l'un des plus grands bosquets, compte 38 fontaines avec de nombreux jets illustrant des fables d'Ésope. Chaque fontaine est ornée de figures en relief en métal et de bassins décorés de coquillages et d'autres ornements. Certains bassins sont situés dans des arcades partiellement couvertes et entourées de feuilles et de roseaux. Le labyrinthe, avec ses détours et allées complexes, rend la recherche de la sortie difficile. L'ambassadeur de Siam a exploré les mécanismes des fontaines, démontrant une connaissance approfondie du lieu.
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5
p. 115-121
FABLE addressée à Mercure.
Début :
Les bons Rois sont des Dieux les vivantes images, [...]
Mots clefs :
Fable, Mercure, Lion, Journal espagnol, Couronne d'Espagne, Guerre franco-espagnole
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texteReconnaissance textuelle : FABLE addressée à Mercure.
FABLE
addreffée à Mercure.
Les bons Rois font des Dieux
les vivantes images ,
•Kij
116 MERCURE
Et puifquefur la terre ilsfont
Jes Lieutenans,
Etats , Villes , Sujets en rendant leurs hommages.
Comme aux Divinitez leur
doivent des prefens.
Sur ce fujet , Seigneur
Mercure ,
Si vous voulez par avanture
Inftruire la Pofterité;
J'ay reduit dans ces vers , dont
vousprendrez lecture ,
Un Journal Espagnol plein
defincerité.
Quand par l'ordre du Ciel
Philippe dans l'Efpagne
GALANT. 117
Reçeut les honneurs fouverains ,
Un Lion qu'en tous lieuxfon
grand cœur accompagne ,
Lion apprivoife , Lion des
plus humains ,
Autrefois amené des deferts
Affriquains ,
Député de Léon en quitta la
Campagne
Pour offrir au Monarque une
Couronne d'or,
Que l'on porta dans le
Trefor,
D'Afie originaire, &d'antique
famille
Vint un fage Elephant, Spectacle tout nouveau,
18 MERCURE
Qui pour l'hommage de
Caftille
Sur fon dos élevé préſentoit
un Chaft au.
Ainfi pouffé de vive & noble
jaloufic
Unfier chevald'Andaloufie
Apportoit un riche harnois
Qui fervit , comme on croit , à
Xerxes autrefois.
}
Pour une pareille Ambaffade
Sortit des &Forefts de
Grenade
Un Cerf, dont chaque cor de
grenades orné
Eit voir pompeufement, Panis
malcouronnés alana
GALANT. 119
Du fidel Pays des Nobles
Afturies
En vain l'homme croyoit a
river des premiers.
( Pouvoit-il devancer de fi
legers Courriers?)
Pour orner du Palais les
longues Galleries
Par tout il voit mefl : r les lys
& les lauriers.
Il présente une toile , où la
Gloire découvre
Des Augufte Bourbons mille
& mille neveux ,
Que dans Madrid er dans
le Louvre
Adoreront un jour tant de
peuples heureux
120 MERCURE
Reünis par lafoy d'une illuſtre
alliance
Qui fera triompher & l'Ef
pagne & la France.
Le Monarque content de leur
foumiffion ,
Et des prefens offerts pour leur
reconnoiẞance ,
Leur promit fa protection ;
Sa liberté marqua fa bienveillance.
De la Catalogne à l'inftant
A tortueux replis arrive un
long Serpent,
Qui tient entre fes dents une
rofe incarnate,
Teinte
+
GALANT. 126
Teinte du beau fang de
Venus
D'une Courfine & delicate
Alors d'un vain plaifir les
yeuxfont pre-venus
Mais ,fuis loin, dit le Roys
c'eft en vainqu'on meflate:
Tu caches ton venin qui peut
faire mourir..
De charbons enflamez on deKoit te couvrir.
Retourne à Barcelonne, &
rentré en ta mafure.
Là tous font tes pareils , amis
2003 de l'imposture,
Gens plus méchants que tog
qui te ferontperir.
Octobre 1712.
addreffée à Mercure.
Les bons Rois font des Dieux
les vivantes images ,
•Kij
116 MERCURE
Et puifquefur la terre ilsfont
Jes Lieutenans,
Etats , Villes , Sujets en rendant leurs hommages.
Comme aux Divinitez leur
doivent des prefens.
Sur ce fujet , Seigneur
Mercure ,
Si vous voulez par avanture
Inftruire la Pofterité;
J'ay reduit dans ces vers , dont
vousprendrez lecture ,
Un Journal Espagnol plein
defincerité.
Quand par l'ordre du Ciel
Philippe dans l'Efpagne
GALANT. 117
Reçeut les honneurs fouverains ,
Un Lion qu'en tous lieuxfon
grand cœur accompagne ,
Lion apprivoife , Lion des
plus humains ,
Autrefois amené des deferts
Affriquains ,
Député de Léon en quitta la
Campagne
Pour offrir au Monarque une
Couronne d'or,
Que l'on porta dans le
Trefor,
D'Afie originaire, &d'antique
famille
Vint un fage Elephant, Spectacle tout nouveau,
18 MERCURE
Qui pour l'hommage de
Caftille
Sur fon dos élevé préſentoit
un Chaft au.
Ainfi pouffé de vive & noble
jaloufic
Unfier chevald'Andaloufie
Apportoit un riche harnois
Qui fervit , comme on croit , à
Xerxes autrefois.
}
Pour une pareille Ambaffade
Sortit des &Forefts de
Grenade
Un Cerf, dont chaque cor de
grenades orné
Eit voir pompeufement, Panis
malcouronnés alana
GALANT. 119
Du fidel Pays des Nobles
Afturies
En vain l'homme croyoit a
river des premiers.
( Pouvoit-il devancer de fi
legers Courriers?)
Pour orner du Palais les
longues Galleries
Par tout il voit mefl : r les lys
& les lauriers.
Il présente une toile , où la
Gloire découvre
Des Augufte Bourbons mille
& mille neveux ,
Que dans Madrid er dans
le Louvre
Adoreront un jour tant de
peuples heureux
120 MERCURE
Reünis par lafoy d'une illuſtre
alliance
Qui fera triompher & l'Ef
pagne & la France.
Le Monarque content de leur
foumiffion ,
Et des prefens offerts pour leur
reconnoiẞance ,
Leur promit fa protection ;
Sa liberté marqua fa bienveillance.
De la Catalogne à l'inftant
A tortueux replis arrive un
long Serpent,
Qui tient entre fes dents une
rofe incarnate,
Teinte
+
GALANT. 126
Teinte du beau fang de
Venus
D'une Courfine & delicate
Alors d'un vain plaifir les
yeuxfont pre-venus
Mais ,fuis loin, dit le Roys
c'eft en vainqu'on meflate:
Tu caches ton venin qui peut
faire mourir..
De charbons enflamez on deKoit te couvrir.
Retourne à Barcelonne, &
rentré en ta mafure.
Là tous font tes pareils , amis
2003 de l'imposture,
Gens plus méchants que tog
qui te ferontperir.
Octobre 1712.
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Résumé : FABLE addressée à Mercure.
Le texte, adressé à Mercure, célèbre les bons rois qui deviennent des dieux vivants et reçoivent des hommages. Il relate l'accession au trône de Philippe en Espagne, où divers animaux symboliques offrent des présents. Un lion, représentant Léon, apporte une couronne d'or. Un éléphant d'Asie, pour la Castille, présente un chast. Un cheval d'Andalousie offre un riche harnois ayant appartenu à Xerxès. Un cerf des Asturies, orné de grenades, apporte des présents pompeux. Un homme du Pays Basque offre une toile montrant la gloire des Bourbons, qui seront adorés en Espagne et en France grâce à une alliance illustre. Le roi, satisfait de ces hommages, promet sa protection et sa bienveillance. Un serpent de Catalogne, tenant une rose incarnate, est repoussé par le roi, qui le renvoie à Barcelone, le comparant à des imposteurs. Le texte se conclut en octobre 1712.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 207-211
FABLE.
Début :
Tous les animaux faisant leur cour au Lion malade, & [...]
Mots clefs :
Lion, Renard, Fable, Loup, Vieillesse, Médisance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLE.
FABLE.
TOus les animaux faisant
leur cour au Lion malade,
ôc le Renard n'y paj-
pii&nc point, le Loup savisa
de dire au Lion que Id
,
Renard faisoit peu de cas
de lui. Dans le moment le
Renard arrive, qui avoit
,tout entendu; voyant le
Lion en colere contre lui
il lui dit hardiment: Vousn.
ave^ perfo%ne.plujattentif
que moy à ce qui vous, 'ltgar..
4e>ïet°k occupéàchercher un
remède pourvotre w~,
l'ai enfin trouvé.Ilfaut, ditil,
si uoùs uoullez guérir de,
vôtrerhumatisme, écorcher les
Loup tout pif,votamettra
jtfn*[dpeautoute chaude.cs
qui fut executésur lecharnt)-
£flui
Celui qui louë trop, 6c
clui qui critique trop ne
roit pas avoir assez d'esprit
pour se faire valoir par
oy-même. C'estunemarque
qu'on n'est point conent
desafortune,quand on
e fait ou l'esclave,oul'ennemi
de la fortuned'autrui.
Si nousn'avionspoint de
défauts, nous ne ferions pas
i attentifs àen remarquer
dans lesautres. «
Ceux qui ont sujet d'apprehender
qu'on dise du
mnalide'eurxsen,disent les pre'•
La plupartnedisent du
mald'autrui, que parce qu'-
ils ne sont pas en état de
lui en faire.
L'habitude de médire est
quasiincorrigible. ^IJuand
une fois le Lion a léché du
làng;" il en demeure toûjours
friand. 'jLa vieillesse
ne corrigepas l'âpreté de
l'espritcomme celle du vin.
On peut dire que lamedifance
est un commerce ;
car tel qui vousdit du mal
d'autruien dira également
de vous à un autre: ainsi
,: cf¡
t'eftvous porter pour rem-.
porter.
ENIGME
TOus les animaux faisant
leur cour au Lion malade,
ôc le Renard n'y paj-
pii&nc point, le Loup savisa
de dire au Lion que Id
,
Renard faisoit peu de cas
de lui. Dans le moment le
Renard arrive, qui avoit
,tout entendu; voyant le
Lion en colere contre lui
il lui dit hardiment: Vousn.
ave^ perfo%ne.plujattentif
que moy à ce qui vous, 'ltgar..
4e>ïet°k occupéàchercher un
remède pourvotre w~,
l'ai enfin trouvé.Ilfaut, ditil,
si uoùs uoullez guérir de,
vôtrerhumatisme, écorcher les
Loup tout pif,votamettra
jtfn*[dpeautoute chaude.cs
qui fut executésur lecharnt)-
£flui
Celui qui louë trop, 6c
clui qui critique trop ne
roit pas avoir assez d'esprit
pour se faire valoir par
oy-même. C'estunemarque
qu'on n'est point conent
desafortune,quand on
e fait ou l'esclave,oul'ennemi
de la fortuned'autrui.
Si nousn'avionspoint de
défauts, nous ne ferions pas
i attentifs àen remarquer
dans lesautres. «
Ceux qui ont sujet d'apprehender
qu'on dise du
mnalide'eurxsen,disent les pre'•
La plupartnedisent du
mald'autrui, que parce qu'-
ils ne sont pas en état de
lui en faire.
L'habitude de médire est
quasiincorrigible. ^IJuand
une fois le Lion a léché du
làng;" il en demeure toûjours
friand. 'jLa vieillesse
ne corrigepas l'âpreté de
l'espritcomme celle du vin.
On peut dire que lamedifance
est un commerce ;
car tel qui vousdit du mal
d'autruien dira également
de vous à un autre: ainsi
,: cf¡
t'eftvous porter pour rem-.
porter.
ENIGME
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Résumé : FABLE.
La fable raconte la visite des animaux auprès d'un lion malade. Le loup, jaloux du renard, accuse ce dernier de se moquer du lion. Le renard, ayant entendu, explique au lion qu'il cherchait un remède pour sa maladie et suggère d'écorcher le loup et de lui appliquer sa peau chaude, ce qui est exécuté. La morale de la fable est que ceux qui louent ou critiquent excessivement les autres manquent d'esprit pour se valoriser eux-mêmes. Elle souligne également que les personnes mécontentes de leur propre sort peuvent devenir les esclaves ou les ennemis de la fortune des autres. De plus, elle observe que chacun est attentif aux défauts des autres parce qu'il en a lui-même. L'énigme mentionnée à la fin du texte n'est pas développée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 173-206
LE VERLUISANT, L'ABEILLE, ET LE VER-A-SOYE. FABLE.
Début :
On ne voit point de si pestite Beste, [...]
Mots clefs :
Fable, Verluisant, Abeille, Amour, Nature, Musique, Rejet , Morale, Mariage, Ver
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE VERLUISANT, L'ABEILLE, ET LE VER-A-SOYE. FABLE.
LE VERLVISANT,
L'ABEILLE,
ET LE V E R-A-S O Y E.
FABLE.
On ne
voit point de si
-~ petite Beste, ;: ~S
Qui dans sa jeune,ou sa vieillefaison, I
Ne se mette l'amour, en
P' , ~i teste.i H
Et qui ne croye encor le
,' faire avecraison. A
Ce que je dis estveritable,
La preuve en est dans cette
table.
Sous le pied d'une Ruche
un certain Verluisant
Logeoit; & ce Logis estoit
assez plaisant.
Nostre bonne Mere NaLturc,
Soit à dessein, foit par hazard
* De ses faveurs au Vers ajvoit
fait bonne part.
Il
,
trouvoit. pour sa
*
nour- ~-xiture*i: ')
A quatre pas dequoy inan.
; geravec plaisïr '., - l*
Herbe seche
,
Herbe fraîche
, il n'avoit qu'à
choisir
S'il en vouloir faire pâture,
Tout alloit sélon son desir.
Mais helas ! du moment
--
f ..: :.
qu'on,aime ,'. -;:
A moins que ce ne soit par
un bonheur extrême,.r.
Il faut se réfoudreàiou ffrir.
L'Amour est unvray crou- :ble-£este,••
Des Hommes en ont pu
:., mourir; ; i Voyons comme ihtraita
une beste.
Dans la Ruche, lieu propre
& très- bien habité,
Entre plusieurs, logeoit
certaine jeune Abeille,
Dont lecoeur à l'amour estoit
assez porté.
Ce n'estoit pas grande merveille
A cette passion le Sexe fé.
,'r- minin
Est enclin,-
Autant & plus que ness le
masculin.
Ajoutez que le voisinage
Donnant les moyens de Ce
: voir
Matin <3e soit,
Insensiblement on s'engage.
Venons au Ver. Il avoic de
l'esprit
Il n'estoit rien de beau, ny
de bon, qu'il n'apprît>
Aussi jamais n'avoit on veu
Reprile
En belles qualitez aucanc
que iuy fertile.
il dançoit & chantoit fore
agréablement
;
Mais ce que l'on trouvoie
de rare,
Et dans un Ver qui l'est a£
surément,
C'estqu'iljoüoit dela Guitare
Panablemenr.
Enfin pour la galanterie
Il avoit un si beau talent,
Qu'en Prose cpmme en
,'. Poësie,,
Cestoit un Aucheur excellent.
Quvrage en Vers , Bitlejr*
& Lettre,
Le tout estant de sa façon,
On n'y trouvoit plus rien
-; n' • a mettre :
Et Voirureencomparaiso.ln,
<
Auroit auprès de luy passé
pour un Oyso1n.
Voila le Ver. Quant à
l'Abeille,
Et pour l'esprit, & pour le
corps,
De la Nature elle eut les
plus riches trésors.
Du Monde ellepassoit pour
huitième Merveille,
Ellejoüitdu Clavessin,
Elle avoir appris WMusi-j
v que, ;>
Parloit Italien, &-' mesme
un peuLatin.
Sa mémoire estoit angéli-
.que,-/
?
';!:-j
Aussi l'exerçoit-elle avec
juste raison.
Elle lisoit la Fable,elle lisoit
l'Histoire,
Elle lisoit, cela se peut-il
croire?
Jusques aux Livresde Blazon.
S'il faut parler de sa personne
,
Quoyqu'elle eust assez
- d'embonpoint,
Sa
-
mtaiillge nestooisngranndee &,
Et le bon air n'y manquoit
",. :',':' point. -.. ,-:
Au reste,c'écoituneBlonde,
Dont le teint blanc, frais,
,
& poly,
L'eust fait seul passer dans
le monde
Pour l'Objet le plus accomply.
Cependant malgré tous
ces charmes,
L'Histoire dit que nostre
Verluifant
Eust bravé son pouvoir, s'il
n'eust rendu les armes
Au regard tendre & languissant,
Dont ( quand il plaisoit à la
Dame) Le coeur le plus glacé se
sentoittouten flaâmmee..
C'est en vain qu'on voudroit
resister à l'Amour.
Tortoutard ,
quoyqu'on
fasse, ilest Maistre à son
- tour.
Ce petit Dieu
,
de toute :/i!:: chosè- En ce monde à son grédispcrfe.
L'Abeille est amoureuse,&
leVer amoureux,
Sans que cependant tous
les deux
De leur trou ble secret sçachent
d'abord la cause ;
Mais comme en eux ce
trouble est tous les jours
plus grand
,
L'un &l'autre bientostl'ap-
,
prend.
LeVerestenhumeur chagriné,
Quand il ne voit pas favoisine
;
Et del'Abeille lechagrin
C'est de ne point voirson Voisin.
Quesi quelque doux te steàteste
Se rencontre pour nos A- mans,
Ils ne font que trop voir
dans cesheureux momens
Que l'un de l'autre est la
conqueste.
En mille & mille occasions
Que leur donnoïclafoli-.
tude,
Sans soucy
,
sans inquiétude,
Satisfaisant leurs payions,,
Ils passerent deuxans dans
ce doux badinage.
Mais à la fin eslans surpris,
Il fallut que le Versortist
duvoisinage.
C'estoir le seul moyen- de
dissiperl'ombrage -
Que les Parens de l'Abeille
avoienc pris.
Tout d'un coup il plia bagage,
Et
Et crut àfranchement:par-
-
ler,
Qu'afin de fauter mieux,il alloitreculer.
C'estoitagir en Ver tressage;
Mais par malheur, le pau-
.< vreDiablealla
Pis que de CaribdeenSylla.
,
Comme il ne voyoit plus
qu'une fois la semaine,'.::
Encarincognito,toujours
mesmeavecpeiné,
L-'objetde ses tcadr£$rar mours. ; >
°,r-
Luy quipouvoit le voir autrefoistous
les jours 1
Par un revers en tel cas or-
A mesure qu'il futmoins Veu, -
,}
( Qui de l'Abeille l'auroit
A ) J. -
A mesure il cessa deplaire.
De plus, Dame Avarice
;-""Y" vint mettredusien,
Elle qui tous lesjours: de
etant de maux-c
Les Parens
-
del'Abeille .Lvoietbeaucoupde
Bien è]
Et ceux duGalant n'a-
-r-.r.l'Oi'yûticvnt•'ntn-jr,p ''L
Q(I tourau plus si peu de
chose
Que jen'ose
Là-dessus seulement sous-
Ecdevouloirlesaccoupler
Ec devouloir les accoupler,
Lecoup paroissoit impossible-
A l'Abeille on ditbien&
-
beau,:
(
Qu'ondoimeroit sur lemu-
-4 i
seau,
Si plusau Verluisanton la
:., :-Noÿoit fenCble;
Quenfin elle devoir avoir
Sur.sarichesse un autre esi,
poir,
Puisque leMielpouvoir làmettre
enl'alliance
Du plus riche Animal de
France. »'i I
Fy d'un Ver, disoit-on,qui
napour tout vaillant
Qu'une etincelle de brillant.
Or donc parheureuse.
rencontre,
A nostreVerluifantunjour
L'inconstante Abeille se
moncre. :,
Il luy parla d'abord de son
amour.
Elle recoure sans repondre.
Questce donc qui peut vous
confondre,
Luy dit ce Ver,luy-mesme
confondu
De ce qu'à ses propos elle
n'arépon d u?
Ay je quelque Rival à craindre
?
Non de cela, dit elle, il ne
fautpasvous plaindre; ',"
Si l'airfroid dont J'agis fait
vostre estonnement,
Je m'en vaisvous contersans feindre,
Ce qui causece changement.
Tous mes Parens
, ne vous
:
déplaiseT
SortiGensquisontfort à leur*
aise.
Et lesyoftrpjs3,mvm.vçuil
enseriezlefin,
N'ont pasun semblable destin.
Il est vrayquevous eKr
, (7
moychétive Abeille, >v--V
Nostrecondition si trouve ast
,
sezpareille.
Mais onnecomptepointsur
cettif-éXae. ; Dans laplupart des Maria.
ges ; Etce qui les fautchez les Sages,
Ce n'estquelaréalité --,
Ergo. Parmes
Biensseulsestantrecommandable,
Je dois fairechoixd' un Party
que vd.M Wtfâïfar
table*
Mes Parens à nos feux n'ont
jamaisconsenty.
Ainsicherchez une Maistresse
Quiveuille bien recevoiren
payement
V..ps douceurs& vopre ten- Ànjjf-:
Jy renonce, & dés ce moment
Jelésseavosdpftrfilibertétçttte
entiere
,
Dese donnerailleurscarriere.
L'Abetil^difp.arçi(t vkVer
au desespoir
A tout cela qu'eust-il pû
dire?
Si vous desurezJesçavoir,
Il est dans ceRondeau, vous
n'avez qu'à le lire.
Un tendre coeur fait tout
mon bien;
Et pour n'avoir que cesoustien;
Jeseraytoujoursmiserable;
Car dans ce temps abominable,
On regarde un Gueux comme
un Chien.
• Des amitiez le seul lien,
Argent
,
bel argent, cejl le
tien;
Etsanstoyl'onenvoyeau
-
,
Un.-:Dia£/e tendre coeur.
Tay mon sort, chacun à le
,::. ; :'
,
:-:, sien , Mais
Mais en est-ilcomme le mien?
En est-il d'aussu deplorable ?
Non,non,jesuisinconsolable,
Si l'Abeillecompte pour rien
Vn tendre coeur.
Pendant qu'ainsi nostre
Vermoralise,
L'Abeille sans s'en soucier,
Prend sonessorjusque sur
un Meurier,
Où si-tost qu'elle se suc
n1ise)
Ses yeux d'un ver-à foye
attaquent la franchise.
(Sur ces Arbres tousjours
,.
Ver-àsoye esterrant. )*
Ce Ver la voit, l'aborde,
& dit en son langage,
Aprés l'humble salut que
l'Abeille luy rend;
A veniren ces lieux quelsujet
vous engage?
Vous n'y trouverez point de Fleur,
? Mais en récompense mon cteu-Y
Vient s'offrir à vostre pillage.
Pour vous il est sans aucun
fiel,
Vous en pourriez faire du
Miel;
Belle Abeille,daignezleprendre.
Nostre Abeille sans plus attendre,
Aprés un regard des plus
doux,
Luy dit, Tout de bon, m'aimez-
vous ?
A peine encor m'avez - vous
veuë ;
Et cependant, sivous quittez
ces lieux;
Répond le Ver,vostreabsence
me tuë
, Je ne puis vivreesloigné de
vos jeux.
Je ne sçaurois aussi sans défiance
Croire , un amoursi prompt, si
plein de violence,
Repartl'Abeille au Ver.
; Mais en cas que demain
Vous yresserntieez pareille m.Lar-
Vousviendrez chez,moy me le
dire
y Et vous n'yvviaendirnez p.as en
jidtf'u, beau Ver,je me
retire.
..-"" r'
Quandl'Abeille esten sa
Maison
, .', Ellesonge à sonavanture,
Èt par leSiecle d'or en soymesme
elle jure
Qu'elle fera tres prompte
1
guérison
De la blessure
,
Qu'au coeur du Ver-à soye
ont fait ses doux appas,
Si l'Animal porte les pas
Le lendemain du costé de
la Ruc he.
Quoy,jiii-n-rûistt-igueuxde
Verluisant, Disoit elleenreste hiffanc>
Ilfl!tj¡OÚ rjM'r je fasseCrache.
Vivent mes nouvelles amours
Ah, quellejoye !
Jevais coulerle reste de mes
jours
Et dans le miel
, & dans la
soye.
Elle passa la nuit à raisonnerainsi;
Et des le grand marin elle
n'eut desoucy
Que de demeurer sur sa
Porte,
Croyant de moment en
moment
Qu'il faut que le bon vent
y porte
LebeauVer
,
son nouvel
-
Amant, Il en arriva d'autre sorte,
Pour elle c'estoit temps
perdu.
Son Ver-à soye étoit dodu,
Et marchoit lentement,suivy
de l'équipage
Qu'un Ver semblable à luy
méne à son Mariage.
Le Rendez-vous estoitun
Rendez-vous d'amour;
Mais pour faire un pareil
voyage, Au pesant Ver-à-soye ilfalloit
plus d'un jour.
Quoyqu'il en fust,voicyla
triste destinée
Qu'autour delaRuchetraînoit
Le pauvre Verluisant. Son
ame abandonnée
Au plus mortel chagrin
sans ccèe examinoit
Par où pouvoir adoucir
l'Inhumaine.
Sur Je feüil dela Ruche il
la surprit le soir.
Elle n'estoit pas là sans
doute pour le voir.
J\I*aure^-rusMpoint pitié, luy.
dit il, de ma peine?
Je vous aime tousjours, &..
vousnem'aimezplus
Ingrate, insensible , insidelle,
Que dites-vousune flâmesi
belle?
Messoûpirs si conjlansferont-
-
ilssuperstus?
Enfin, tout de bon, dois-je
croire
v
Que contre rno) vous soyezen
courroux,
Et que vous perdiez la mémoire
De tout ce que l'Amour m'a
faitfaire pour vous ?
Vil Animal
,
Infecte teméraire,
Qu'a'Vez vousfaitqu'envous
trompant
Répond l'Abeill3e, & que
pouviez vous faire ?
Ce que j'ayfait, dit le Ver
en rampant ? Je m'en vay vous l'apprendre,
Abeilie trop légere.
J'ay fait, nonsans de grands
travaux ,
Pour vous conter mes doleances
Messoins, mes soucis, mesfouf
frances, -
Tous les joursmille Vers nouveaux.
J'ayfait cent t7 cent Madrigaux
Sur la moindre de vos absences;
J'ay fait des Odes & des
Stances,
Chansons
,
Triolets, & Rondeaux.
J'ay fait pour vous des Epigrammes
)
Et mesme quelquesAnagrammes
y Le tout d'unstile pur & net.
Et s'il eust esté necessaire
, J'avoistelle ardeur de VOUA plaire,
Que jcujje esté jusqu'au Sonnet.
De tout cela je vous tiens
peu de compte,
Répond l'Abeille, & je
mourrois de honte,
Si javois de l'attachement
Pour un Amant
Dontleplussolide merite
Consiste en beaux discours; dés
mes plus jeunes ans
On m'offusquoit de cetEncens.
JaimeAujourd'huy celuy de la
Marmite.
Elle rentre en sa Ruche, en
disantce beau mot.
Aussi le Verluisantestoit-il
un grand sot,
D'oseraspireràla proye,
Que fuivanc les regles du
temps
Doit attraperle riche Verà
soye.
Qu'il soit donc sage à fcs
dépens,
Et secontente d'une Mouche
>
Qui n'aura comme luy,
que l'esprit & la bouc he,
Il passera par là pour un
Ver de bon sens.
,.J'ay prétendu qu'en cet- te Fable,
Pour que lque Amant peutéstre
Histoireverita ble,
Et les Filles, &les Garçons,
Trouveroient de bonnes
leçons.
Les unes sur l'obéïssance
Que rend l'Abeille aux
droits de la naissance,
Profiteront en la lisant;
Et les autres sujetsàl'aveugle
tendresse,
Quand ils voudront choisir
uneMaistresse,
Consulteront leVerluisant;
Il sçait dans l'amoureuse affaire
Comme est punile Temeraire.
L'ABEILLE,
ET LE V E R-A-S O Y E.
FABLE.
On ne
voit point de si
-~ petite Beste, ;: ~S
Qui dans sa jeune,ou sa vieillefaison, I
Ne se mette l'amour, en
P' , ~i teste.i H
Et qui ne croye encor le
,' faire avecraison. A
Ce que je dis estveritable,
La preuve en est dans cette
table.
Sous le pied d'une Ruche
un certain Verluisant
Logeoit; & ce Logis estoit
assez plaisant.
Nostre bonne Mere NaLturc,
Soit à dessein, foit par hazard
* De ses faveurs au Vers ajvoit
fait bonne part.
Il
,
trouvoit. pour sa
*
nour- ~-xiture*i: ')
A quatre pas dequoy inan.
; geravec plaisïr '., - l*
Herbe seche
,
Herbe fraîche
, il n'avoit qu'à
choisir
S'il en vouloir faire pâture,
Tout alloit sélon son desir.
Mais helas ! du moment
--
f ..: :.
qu'on,aime ,'. -;:
A moins que ce ne soit par
un bonheur extrême,.r.
Il faut se réfoudreàiou ffrir.
L'Amour est unvray crou- :ble-£este,••
Des Hommes en ont pu
:., mourir; ; i Voyons comme ihtraita
une beste.
Dans la Ruche, lieu propre
& très- bien habité,
Entre plusieurs, logeoit
certaine jeune Abeille,
Dont lecoeur à l'amour estoit
assez porté.
Ce n'estoit pas grande merveille
A cette passion le Sexe fé.
,'r- minin
Est enclin,-
Autant & plus que ness le
masculin.
Ajoutez que le voisinage
Donnant les moyens de Ce
: voir
Matin <3e soit,
Insensiblement on s'engage.
Venons au Ver. Il avoic de
l'esprit
Il n'estoit rien de beau, ny
de bon, qu'il n'apprît>
Aussi jamais n'avoit on veu
Reprile
En belles qualitez aucanc
que iuy fertile.
il dançoit & chantoit fore
agréablement
;
Mais ce que l'on trouvoie
de rare,
Et dans un Ver qui l'est a£
surément,
C'estqu'iljoüoit dela Guitare
Panablemenr.
Enfin pour la galanterie
Il avoit un si beau talent,
Qu'en Prose cpmme en
,'. Poësie,,
Cestoit un Aucheur excellent.
Quvrage en Vers , Bitlejr*
& Lettre,
Le tout estant de sa façon,
On n'y trouvoit plus rien
-; n' • a mettre :
Et Voirureencomparaiso.ln,
<
Auroit auprès de luy passé
pour un Oyso1n.
Voila le Ver. Quant à
l'Abeille,
Et pour l'esprit, & pour le
corps,
De la Nature elle eut les
plus riches trésors.
Du Monde ellepassoit pour
huitième Merveille,
Ellejoüitdu Clavessin,
Elle avoir appris WMusi-j
v que, ;>
Parloit Italien, &-' mesme
un peuLatin.
Sa mémoire estoit angéli-
.que,-/
?
';!:-j
Aussi l'exerçoit-elle avec
juste raison.
Elle lisoit la Fable,elle lisoit
l'Histoire,
Elle lisoit, cela se peut-il
croire?
Jusques aux Livresde Blazon.
S'il faut parler de sa personne
,
Quoyqu'elle eust assez
- d'embonpoint,
Sa
-
mtaiillge nestooisngranndee &,
Et le bon air n'y manquoit
",. :',':' point. -.. ,-:
Au reste,c'écoituneBlonde,
Dont le teint blanc, frais,
,
& poly,
L'eust fait seul passer dans
le monde
Pour l'Objet le plus accomply.
Cependant malgré tous
ces charmes,
L'Histoire dit que nostre
Verluifant
Eust bravé son pouvoir, s'il
n'eust rendu les armes
Au regard tendre & languissant,
Dont ( quand il plaisoit à la
Dame) Le coeur le plus glacé se
sentoittouten flaâmmee..
C'est en vain qu'on voudroit
resister à l'Amour.
Tortoutard ,
quoyqu'on
fasse, ilest Maistre à son
- tour.
Ce petit Dieu
,
de toute :/i!:: chosè- En ce monde à son grédispcrfe.
L'Abeille est amoureuse,&
leVer amoureux,
Sans que cependant tous
les deux
De leur trou ble secret sçachent
d'abord la cause ;
Mais comme en eux ce
trouble est tous les jours
plus grand
,
L'un &l'autre bientostl'ap-
,
prend.
LeVerestenhumeur chagriné,
Quand il ne voit pas favoisine
;
Et del'Abeille lechagrin
C'est de ne point voirson Voisin.
Quesi quelque doux te steàteste
Se rencontre pour nos A- mans,
Ils ne font que trop voir
dans cesheureux momens
Que l'un de l'autre est la
conqueste.
En mille & mille occasions
Que leur donnoïclafoli-.
tude,
Sans soucy
,
sans inquiétude,
Satisfaisant leurs payions,,
Ils passerent deuxans dans
ce doux badinage.
Mais à la fin eslans surpris,
Il fallut que le Versortist
duvoisinage.
C'estoir le seul moyen- de
dissiperl'ombrage -
Que les Parens de l'Abeille
avoienc pris.
Tout d'un coup il plia bagage,
Et
Et crut àfranchement:par-
-
ler,
Qu'afin de fauter mieux,il alloitreculer.
C'estoitagir en Ver tressage;
Mais par malheur, le pau-
.< vreDiablealla
Pis que de CaribdeenSylla.
,
Comme il ne voyoit plus
qu'une fois la semaine,'.::
Encarincognito,toujours
mesmeavecpeiné,
L-'objetde ses tcadr£$rar mours. ; >
°,r-
Luy quipouvoit le voir autrefoistous
les jours 1
Par un revers en tel cas or-
A mesure qu'il futmoins Veu, -
,}
( Qui de l'Abeille l'auroit
A ) J. -
A mesure il cessa deplaire.
De plus, Dame Avarice
;-""Y" vint mettredusien,
Elle qui tous lesjours: de
etant de maux-c
Les Parens
-
del'Abeille .Lvoietbeaucoupde
Bien è]
Et ceux duGalant n'a-
-r-.r.l'Oi'yûticvnt•'ntn-jr,p ''L
Q(I tourau plus si peu de
chose
Que jen'ose
Là-dessus seulement sous-
Ecdevouloirlesaccoupler
Ec devouloir les accoupler,
Lecoup paroissoit impossible-
A l'Abeille on ditbien&
-
beau,:
(
Qu'ondoimeroit sur lemu-
-4 i
seau,
Si plusau Verluisanton la
:., :-Noÿoit fenCble;
Quenfin elle devoir avoir
Sur.sarichesse un autre esi,
poir,
Puisque leMielpouvoir làmettre
enl'alliance
Du plus riche Animal de
France. »'i I
Fy d'un Ver, disoit-on,qui
napour tout vaillant
Qu'une etincelle de brillant.
Or donc parheureuse.
rencontre,
A nostreVerluifantunjour
L'inconstante Abeille se
moncre. :,
Il luy parla d'abord de son
amour.
Elle recoure sans repondre.
Questce donc qui peut vous
confondre,
Luy dit ce Ver,luy-mesme
confondu
De ce qu'à ses propos elle
n'arépon d u?
Ay je quelque Rival à craindre
?
Non de cela, dit elle, il ne
fautpasvous plaindre; ',"
Si l'airfroid dont J'agis fait
vostre estonnement,
Je m'en vaisvous contersans feindre,
Ce qui causece changement.
Tous mes Parens
, ne vous
:
déplaiseT
SortiGensquisontfort à leur*
aise.
Et lesyoftrpjs3,mvm.vçuil
enseriezlefin,
N'ont pasun semblable destin.
Il est vrayquevous eKr
, (7
moychétive Abeille, >v--V
Nostrecondition si trouve ast
,
sezpareille.
Mais onnecomptepointsur
cettif-éXae. ; Dans laplupart des Maria.
ges ; Etce qui les fautchez les Sages,
Ce n'estquelaréalité --,
Ergo. Parmes
Biensseulsestantrecommandable,
Je dois fairechoixd' un Party
que vd.M Wtfâïfar
table*
Mes Parens à nos feux n'ont
jamaisconsenty.
Ainsicherchez une Maistresse
Quiveuille bien recevoiren
payement
V..ps douceurs& vopre ten- Ànjjf-:
Jy renonce, & dés ce moment
Jelésseavosdpftrfilibertétçttte
entiere
,
Dese donnerailleurscarriere.
L'Abetil^difp.arçi(t vkVer
au desespoir
A tout cela qu'eust-il pû
dire?
Si vous desurezJesçavoir,
Il est dans ceRondeau, vous
n'avez qu'à le lire.
Un tendre coeur fait tout
mon bien;
Et pour n'avoir que cesoustien;
Jeseraytoujoursmiserable;
Car dans ce temps abominable,
On regarde un Gueux comme
un Chien.
• Des amitiez le seul lien,
Argent
,
bel argent, cejl le
tien;
Etsanstoyl'onenvoyeau
-
,
Un.-:Dia£/e tendre coeur.
Tay mon sort, chacun à le
,::. ; :'
,
:-:, sien , Mais
Mais en est-ilcomme le mien?
En est-il d'aussu deplorable ?
Non,non,jesuisinconsolable,
Si l'Abeillecompte pour rien
Vn tendre coeur.
Pendant qu'ainsi nostre
Vermoralise,
L'Abeille sans s'en soucier,
Prend sonessorjusque sur
un Meurier,
Où si-tost qu'elle se suc
n1ise)
Ses yeux d'un ver-à foye
attaquent la franchise.
(Sur ces Arbres tousjours
,.
Ver-àsoye esterrant. )*
Ce Ver la voit, l'aborde,
& dit en son langage,
Aprés l'humble salut que
l'Abeille luy rend;
A veniren ces lieux quelsujet
vous engage?
Vous n'y trouverez point de Fleur,
? Mais en récompense mon cteu-Y
Vient s'offrir à vostre pillage.
Pour vous il est sans aucun
fiel,
Vous en pourriez faire du
Miel;
Belle Abeille,daignezleprendre.
Nostre Abeille sans plus attendre,
Aprés un regard des plus
doux,
Luy dit, Tout de bon, m'aimez-
vous ?
A peine encor m'avez - vous
veuë ;
Et cependant, sivous quittez
ces lieux;
Répond le Ver,vostreabsence
me tuë
, Je ne puis vivreesloigné de
vos jeux.
Je ne sçaurois aussi sans défiance
Croire , un amoursi prompt, si
plein de violence,
Repartl'Abeille au Ver.
; Mais en cas que demain
Vous yresserntieez pareille m.Lar-
Vousviendrez chez,moy me le
dire
y Et vous n'yvviaendirnez p.as en
jidtf'u, beau Ver,je me
retire.
..-"" r'
Quandl'Abeille esten sa
Maison
, .', Ellesonge à sonavanture,
Èt par leSiecle d'or en soymesme
elle jure
Qu'elle fera tres prompte
1
guérison
De la blessure
,
Qu'au coeur du Ver-à soye
ont fait ses doux appas,
Si l'Animal porte les pas
Le lendemain du costé de
la Ruc he.
Quoy,jiii-n-rûistt-igueuxde
Verluisant, Disoit elleenreste hiffanc>
Ilfl!tj¡OÚ rjM'r je fasseCrache.
Vivent mes nouvelles amours
Ah, quellejoye !
Jevais coulerle reste de mes
jours
Et dans le miel
, & dans la
soye.
Elle passa la nuit à raisonnerainsi;
Et des le grand marin elle
n'eut desoucy
Que de demeurer sur sa
Porte,
Croyant de moment en
moment
Qu'il faut que le bon vent
y porte
LebeauVer
,
son nouvel
-
Amant, Il en arriva d'autre sorte,
Pour elle c'estoit temps
perdu.
Son Ver-à soye étoit dodu,
Et marchoit lentement,suivy
de l'équipage
Qu'un Ver semblable à luy
méne à son Mariage.
Le Rendez-vous estoitun
Rendez-vous d'amour;
Mais pour faire un pareil
voyage, Au pesant Ver-à-soye ilfalloit
plus d'un jour.
Quoyqu'il en fust,voicyla
triste destinée
Qu'autour delaRuchetraînoit
Le pauvre Verluisant. Son
ame abandonnée
Au plus mortel chagrin
sans ccèe examinoit
Par où pouvoir adoucir
l'Inhumaine.
Sur Je feüil dela Ruche il
la surprit le soir.
Elle n'estoit pas là sans
doute pour le voir.
J\I*aure^-rusMpoint pitié, luy.
dit il, de ma peine?
Je vous aime tousjours, &..
vousnem'aimezplus
Ingrate, insensible , insidelle,
Que dites-vousune flâmesi
belle?
Messoûpirs si conjlansferont-
-
ilssuperstus?
Enfin, tout de bon, dois-je
croire
v
Que contre rno) vous soyezen
courroux,
Et que vous perdiez la mémoire
De tout ce que l'Amour m'a
faitfaire pour vous ?
Vil Animal
,
Infecte teméraire,
Qu'a'Vez vousfaitqu'envous
trompant
Répond l'Abeill3e, & que
pouviez vous faire ?
Ce que j'ayfait, dit le Ver
en rampant ? Je m'en vay vous l'apprendre,
Abeilie trop légere.
J'ay fait, nonsans de grands
travaux ,
Pour vous conter mes doleances
Messoins, mes soucis, mesfouf
frances, -
Tous les joursmille Vers nouveaux.
J'ayfait cent t7 cent Madrigaux
Sur la moindre de vos absences;
J'ay fait des Odes & des
Stances,
Chansons
,
Triolets, & Rondeaux.
J'ay fait pour vous des Epigrammes
)
Et mesme quelquesAnagrammes
y Le tout d'unstile pur & net.
Et s'il eust esté necessaire
, J'avoistelle ardeur de VOUA plaire,
Que jcujje esté jusqu'au Sonnet.
De tout cela je vous tiens
peu de compte,
Répond l'Abeille, & je
mourrois de honte,
Si javois de l'attachement
Pour un Amant
Dontleplussolide merite
Consiste en beaux discours; dés
mes plus jeunes ans
On m'offusquoit de cetEncens.
JaimeAujourd'huy celuy de la
Marmite.
Elle rentre en sa Ruche, en
disantce beau mot.
Aussi le Verluisantestoit-il
un grand sot,
D'oseraspireràla proye,
Que fuivanc les regles du
temps
Doit attraperle riche Verà
soye.
Qu'il soit donc sage à fcs
dépens,
Et secontente d'une Mouche
>
Qui n'aura comme luy,
que l'esprit & la bouc he,
Il passera par là pour un
Ver de bon sens.
,.J'ay prétendu qu'en cet- te Fable,
Pour que lque Amant peutéstre
Histoireverita ble,
Et les Filles, &les Garçons,
Trouveroient de bonnes
leçons.
Les unes sur l'obéïssance
Que rend l'Abeille aux
droits de la naissance,
Profiteront en la lisant;
Et les autres sujetsàl'aveugle
tendresse,
Quand ils voudront choisir
uneMaistresse,
Consulteront leVerluisant;
Il sçait dans l'amoureuse affaire
Comme est punile Temeraire.
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Résumé : LE VERLUISANT, L'ABEILLE, ET LE VER-A-SOYE. FABLE.
La fable 'Le Verluisant, l'Abeille, et le Ver-à-soye' raconte l'histoire d'un ver nommé Verluisant, qui vit sous une ruche et bénéficie des faveurs de la nature pour sa nourriture. Cependant, Verluisant est tourmenté par l'amour et tombe amoureux d'une abeille habitant la ruche. Cette abeille est décrite comme ayant de nombreux talents et qualités, mais elle ne répond pas aux avances de Verluisant. L'abeille, bien que charmée par les talents de Verluisant, finit par le repousser en raison de sa condition sociale inférieure. Elle rencontre ensuite un ver-à-soye, qui lui déclare son amour. Après une nuit de réflexion, l'abeille décide de se rendre au rendez-vous avec le ver-à-soye, laissant Verluisant dans le désespoir. Verluisant, désespéré, tente de comprendre pourquoi l'abeille l'a rejeté. Il lui rappelle tous les efforts qu'il a faits pour elle, mais l'abeille reste insensible à ses discours. Elle lui avoue préférer un amant plus riche et plus solide, comme le ver-à-soye. Verluisant est alors qualifié de sot pour avoir osé aspirer à l'abeille, et on lui conseille de se contenter d'une mouche. La fable se conclut par une morale destinée aux jeunes amants, leur apprenant à respecter les droits de la naissance et à éviter la témérité en matière d'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 160-165
L'INDIEN ET LE SOLEIL, FABLE.
Début :
Grand Roy, qui vois les Arts d'un regard favorable, [...]
Mots clefs :
Roi, Indien, Fable, Soleil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'INDIEN ET LE SOLEIL, FABLE.
V I N D I E N
ETLE SOLEIL,
FABLE.
GRandRoy
,
qui vois
les Arts d'un regard
favorable,
Et dont avec transport
j'éprouvela honte
Sou,ffre
Souffre qu'ici la Verite
Se cache un moment feus
la Fable.
UNhabitant de i3Inde
adoroit le Soleil.
Vn Zjéle renaissant nuit
é5jour le devore,
Etyplein de l'objet qu'il
adore,
L'ardeur de le loüer interrompt
son sommeil.
Quelquefois célébrant sa
lumiere seconde
D'un regard attentifaille
suitdansson cours,
MAdmire en lui l'Ame du
monde s
Toûjours chantant,&se
plaignant toujours
Qj£acequ'ilJent nul terme
ne réponde.
Il peint tantôt le celeste
lfambeau
Vainement assiegé par les
sombres nuages,
Et bten-tost vainqueur
des orages
Reparoissant encore plus
beau.
Il fait Hymnte sur
Hymne, en remplit
la contrée s
Tout accourt àsa voix, f5
chacun l'écoutant,
Benssoit la puissance en
ses vers célebrée,
Tandis que duplaisir de
la voir adorée
Le chantre se tient trop
content,
Le Soleil touché de ce
zJle,
Surfis cLamps dessechez,
jette un oeilcaî-eslàns.
Soudain,moisson double
plusbelle
, Verger fertile t5 steurissant.
Soleil, dit l'Indien, je
rends à tes largejjes
Tout l'hommage que je
leur doi :
Tes bienfaitscependant
n'acquiérentriensur
mois
Tu peux augmenter mes
richesses
Mais non pas mon ZLele
I pourtoî.
ETLE SOLEIL,
FABLE.
GRandRoy
,
qui vois
les Arts d'un regard
favorable,
Et dont avec transport
j'éprouvela honte
Sou,ffre
Souffre qu'ici la Verite
Se cache un moment feus
la Fable.
UNhabitant de i3Inde
adoroit le Soleil.
Vn Zjéle renaissant nuit
é5jour le devore,
Etyplein de l'objet qu'il
adore,
L'ardeur de le loüer interrompt
son sommeil.
Quelquefois célébrant sa
lumiere seconde
D'un regard attentifaille
suitdansson cours,
MAdmire en lui l'Ame du
monde s
Toûjours chantant,&se
plaignant toujours
Qj£acequ'ilJent nul terme
ne réponde.
Il peint tantôt le celeste
lfambeau
Vainement assiegé par les
sombres nuages,
Et bten-tost vainqueur
des orages
Reparoissant encore plus
beau.
Il fait Hymnte sur
Hymne, en remplit
la contrée s
Tout accourt àsa voix, f5
chacun l'écoutant,
Benssoit la puissance en
ses vers célebrée,
Tandis que duplaisir de
la voir adorée
Le chantre se tient trop
content,
Le Soleil touché de ce
zJle,
Surfis cLamps dessechez,
jette un oeilcaî-eslàns.
Soudain,moisson double
plusbelle
, Verger fertile t5 steurissant.
Soleil, dit l'Indien, je
rends à tes largejjes
Tout l'hommage que je
leur doi :
Tes bienfaitscependant
n'acquiérentriensur
mois
Tu peux augmenter mes
richesses
Mais non pas mon ZLele
I pourtoî.
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Résumé : L'INDIEN ET LE SOLEIL, FABLE.
La fable 'Le Soleil' se déroule en Inde et raconte l'histoire d'un habitant qui adore le Soleil et est inspiré par sa lumière. Cet homme célèbre le Soleil jour et nuit, admirant son rôle dans le monde et chantant ses louanges. Ses hymnes attirent une foule qui bénit la puissance du Soleil. Ému par cet amour, le Soleil, par un simple regard, fait croître les récoltes et rend les vergers fertiles. L'Indien, reconnaissant, rend hommage aux bienfaits du Soleil mais souligne que, bien que le Soleil puisse augmenter ses richesses, il ne peut accroître son zèle et son amour pour lui.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 193-195
ENIGME.
Début :
Sans Corps & sans Couleur je raisonne sur tout, [...]
Mots clefs :
Fable
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Sans Corps & ſans
Couleur je raisonne
fur tout ,
May 1714. R
194 MERCURE
Toûjours Misterieuse , ou
Simple oufigurée ;
Des animaux, des fleurs
dont la terre estparée ,
Les difcours par mon Art
ont fait un nouveau
:
goût.
Fayfait mille tableaux, où
j'aydepeint leshommes :
La nature a formé mes
traits & mes craiyons ,
Je luy dois les comparaifons
7
Qui nous peignent tels que
noussommes.
GALANT. 125
Mais en vain lesſçavans
qui travaillent fur
mays meling
Employent mon fecours
pour démasquer le
vice,
Chacun mefent,m'avoue,
&l'on a l'injustice
De nourrir les défauts
qu'on reconnoitroit enfoy.
Sans Corps & ſans
Couleur je raisonne
fur tout ,
May 1714. R
194 MERCURE
Toûjours Misterieuse , ou
Simple oufigurée ;
Des animaux, des fleurs
dont la terre estparée ,
Les difcours par mon Art
ont fait un nouveau
:
goût.
Fayfait mille tableaux, où
j'aydepeint leshommes :
La nature a formé mes
traits & mes craiyons ,
Je luy dois les comparaifons
7
Qui nous peignent tels que
noussommes.
GALANT. 125
Mais en vain lesſçavans
qui travaillent fur
mays meling
Employent mon fecours
pour démasquer le
vice,
Chacun mefent,m'avoue,
&l'on a l'injustice
De nourrir les défauts
qu'on reconnoitroit enfoy.
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10
p. 272-273
Explication de la premiere Enigme.
Début :
La Fable qu'Esope conta [...]
Mots clefs :
Fable
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explication de la premiere Enigme.
Explication de la premiere
Enigme.
La Fable qu'Eſope conta
ADame Aminte la facha
Parce qu'il demasqua fon
vive
La comparant à l'Ecreviffe.
Maintes Amintes aujourd'huy
Semblable aux Damesde
Thrace
Se rueroient fortement fur
luy ,
GALANT
Sans respecter boffe ny
face
Tel ne craint point un fon
femblable
Qui au lieu de comparai
fans
DeSymbololeess&&ddee LLeeççoonnss
Donne à deviner le mot
FableAJ
Enigme.
La Fable qu'Eſope conta
ADame Aminte la facha
Parce qu'il demasqua fon
vive
La comparant à l'Ecreviffe.
Maintes Amintes aujourd'huy
Semblable aux Damesde
Thrace
Se rueroient fortement fur
luy ,
GALANT
Sans respecter boffe ny
face
Tel ne craint point un fon
femblable
Qui au lieu de comparai
fans
DeSymbololeess&&ddee LLeeççoonnss
Donne à deviner le mot
FableAJ
Fermer
11
p. 179-180
EXTRAIT D'UNE LETTRE
Début :
Aprés vous avoir entretenu, Mr de ce qu'il y a à Paris [...]
Mots clefs :
Bagatelles, Comédie italienne, Acteurs, Langue, Troupes, Éloge, Élégance, Fable, Arlequin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'UNE LETTRE
EXTRAIT D'UNE LETTRE
Après vous avoir entretenu , Mr
de ce qu'il y a à Paris de nouvelles
importantes ; il eft jufte que pour
vous égayer , je paffe à quelques
bagatelles qui puillent vous inter-
Lefler ; fi l'on doit donner le nom de
bagatelles à ce qui peut faire plaifir
. Je fçais l'eftime que vous faites
de la plupart des Acteurs qui compolent
la Comedie Italienne. Vous
entendés leur langue ; vous avez
178 LENOU VE AU
demeurez longtemps dans leur Pays,
& vous êtes plus capable qu'un autre
d'en juger. Vous avez aperçû
une troupe entiére dans les yeux ,
& fur le vifage de Lelio ; en effet
on y voit fon coeur & fon efprit ;
& quoiqu'on ne Sçache pas l'Italien ,
on ne perd prefque rien de tout ce
ce qu'il dit. C'est l'éloge qu'en a
fait une grande Princefle ; & ce fuffrage
lui fait d'autant plus d'honneur
qu'il s'accorde avec celui du
Public. Je ne vous parleray point
de lélegance de Flaminia , de la naïveté
de Siria , de l'abondante facilité
de Mario , du jeu fçavant du
Docteur du naturel de Pantalon , de
la vivacité de Violette , ni du Jeu
fenfé de Scapin. C'eſt à nôtre charmant
Arlequin , que je m'arête :
vous fçavez qu'elles font les graces
de ce Pantomime. Qu'elle aimable
Balourdile , qu'elle variété de
tons , qu'elle abondance de lazis ;
vous ignorez ce que nous voyons
avec un plaifir infini ; c'eft qu'il fe
perfectionne tous les jours; la nature
l'aMERCURE.
179
mit à côté de ce que nous avons
vû de meilleur en ce genre , & il
y a apparence que l'étude , & l'exercice
l'éléveront jufqu'au premier
dégré de fon art .
Dernierement aprés la reprefentation
du Boufon à la Cour , il s'avança
fur le bord du Theatre , & fe fervant
d'un jargon moitié François &
moitié Italien qui fait plaifir dans fa
bouche . Meffieurs , dit- il , je veux
vous dire una piciolé Fable , que j'ai
lûe ce matin : car il me prend quelque
fois envie de diventer Sçavant :
Mais la diro en Italien ; & ceux qui
l'entenderanno , l'expliqueranno à
ceux qui ne l'entendent . Alors il conta
fort comiquement la Fable du
Meunier , de fon fils & de l'Ane. -
Comme cet Apologue eft fçu d'un
chacun je ne la rapporterai point ,
en tout cas on peut avoir recours à
M. de la Fontaine .
Il feroit à fouhaiter que je puffe
rendre ici les geftes dont Arlequin
accompagna cette fable il defcendoit
de l'Afne avec le meunier , il y mon13.0
NOUVEAU
›
toit avec le jeune homme , il trotoit
devant eux il prenoit le ton des
Controlleurs , & celui des Controlleufes
; & aprés fon recit , il ajouta
en François ; venons Meffieurs à
l'application ; je fuis le bon homme
& je fuis fon fils , je fuis encore l'Ane.
Plufieurs perfonnes me difent, Arlequin
faut parler François , les Dames
ne vous entendent point , &
bien des hommes ne vous entendent
gueres , lorfque je les ay remercié
de leurs avis ; je me portai d'un autre
côté , où des Seigneurs me dirent.
Arlegun , vous ne devez pas parler
François , vous ruinerez voftre feu .
Je fuis bien embaraflé , parlerai-je
Italien , parlerai - je François . Je vous
le demande ,Meffieurs , alors un homme
du parterre qui avoit apparemment
recueilli les voix , répondit
parlez comme il vous plaira , vous
ferez toûjours plaifir ; Arlequin fr
une grande reverence , avec un ferviteur
trés humble , Meffieurs . On
battit des mains , & chacun s'en alla
content,
Après vous avoir entretenu , Mr
de ce qu'il y a à Paris de nouvelles
importantes ; il eft jufte que pour
vous égayer , je paffe à quelques
bagatelles qui puillent vous inter-
Lefler ; fi l'on doit donner le nom de
bagatelles à ce qui peut faire plaifir
. Je fçais l'eftime que vous faites
de la plupart des Acteurs qui compolent
la Comedie Italienne. Vous
entendés leur langue ; vous avez
178 LENOU VE AU
demeurez longtemps dans leur Pays,
& vous êtes plus capable qu'un autre
d'en juger. Vous avez aperçû
une troupe entiére dans les yeux ,
& fur le vifage de Lelio ; en effet
on y voit fon coeur & fon efprit ;
& quoiqu'on ne Sçache pas l'Italien ,
on ne perd prefque rien de tout ce
ce qu'il dit. C'est l'éloge qu'en a
fait une grande Princefle ; & ce fuffrage
lui fait d'autant plus d'honneur
qu'il s'accorde avec celui du
Public. Je ne vous parleray point
de lélegance de Flaminia , de la naïveté
de Siria , de l'abondante facilité
de Mario , du jeu fçavant du
Docteur du naturel de Pantalon , de
la vivacité de Violette , ni du Jeu
fenfé de Scapin. C'eſt à nôtre charmant
Arlequin , que je m'arête :
vous fçavez qu'elles font les graces
de ce Pantomime. Qu'elle aimable
Balourdile , qu'elle variété de
tons , qu'elle abondance de lazis ;
vous ignorez ce que nous voyons
avec un plaifir infini ; c'eft qu'il fe
perfectionne tous les jours; la nature
l'aMERCURE.
179
mit à côté de ce que nous avons
vû de meilleur en ce genre , & il
y a apparence que l'étude , & l'exercice
l'éléveront jufqu'au premier
dégré de fon art .
Dernierement aprés la reprefentation
du Boufon à la Cour , il s'avança
fur le bord du Theatre , & fe fervant
d'un jargon moitié François &
moitié Italien qui fait plaifir dans fa
bouche . Meffieurs , dit- il , je veux
vous dire una piciolé Fable , que j'ai
lûe ce matin : car il me prend quelque
fois envie de diventer Sçavant :
Mais la diro en Italien ; & ceux qui
l'entenderanno , l'expliqueranno à
ceux qui ne l'entendent . Alors il conta
fort comiquement la Fable du
Meunier , de fon fils & de l'Ane. -
Comme cet Apologue eft fçu d'un
chacun je ne la rapporterai point ,
en tout cas on peut avoir recours à
M. de la Fontaine .
Il feroit à fouhaiter que je puffe
rendre ici les geftes dont Arlequin
accompagna cette fable il defcendoit
de l'Afne avec le meunier , il y mon13.0
NOUVEAU
›
toit avec le jeune homme , il trotoit
devant eux il prenoit le ton des
Controlleurs , & celui des Controlleufes
; & aprés fon recit , il ajouta
en François ; venons Meffieurs à
l'application ; je fuis le bon homme
& je fuis fon fils , je fuis encore l'Ane.
Plufieurs perfonnes me difent, Arlequin
faut parler François , les Dames
ne vous entendent point , &
bien des hommes ne vous entendent
gueres , lorfque je les ay remercié
de leurs avis ; je me portai d'un autre
côté , où des Seigneurs me dirent.
Arlegun , vous ne devez pas parler
François , vous ruinerez voftre feu .
Je fuis bien embaraflé , parlerai-je
Italien , parlerai - je François . Je vous
le demande ,Meffieurs , alors un homme
du parterre qui avoit apparemment
recueilli les voix , répondit
parlez comme il vous plaira , vous
ferez toûjours plaifir ; Arlequin fr
une grande reverence , avec un ferviteur
trés humble , Meffieurs . On
battit des mains , & chacun s'en alla
content,
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Résumé : EXTRAIT D'UNE LETTRE
L'auteur d'une lettre exprime ses impressions sur la Comédie Italienne à Paris, mettant en avant la performance exceptionnelle d'Arlequin. Ce dernier est décrit comme un pantomime remarquable, doté de grâce, de variété de tons et d'une grande richesse de lazzi. Arlequin se distingue également par sa capacité à s'améliorer continuellement. Lors d'une représentation à la cour, il raconte la fable du Meunier, de son fils et de l'âne en italien, laissant aux spectateurs le soin de la traduire. Il utilise des gestes appropriés pour imiter divers personnages de la fable. À la fin de son récit, il demande au public s'il doit continuer en italien ou en français, obtenant l'approbation de poursuivre comme il le souhaite. La lettre se conclut par l'approbation unanime du public, satisfait par la performance d'Arlequin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 103-113
ARTICLE DES SPECTACLES
Début :
Le 7 du mois dernier, l'Academie Royale de Musique représenta [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Tragédie, Auteurs de musique, Opéra, Versificateur, Fable, Ariane , Minos, Minotaure, Thésée, Crète, Princesse, Jalousie, Hyménée , Athéniens, Vaisseau, Labyrinthe, Actes, Comédiens italiens
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texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES SPECTACLES
ARTICLE DES SPECTACLES
E l'Aca-
Ldemie Royale de Mufique repréfenta
pour la prémiére fois
ARIANE , Tragédie nouvelle .
M. Roy & M. de la Grange font
Auteurs du Poëme..
Le fieur Mouret eft Auteur de
la Mufique.
Cet Opéra n'a pas été accueilli
favorablement du Public. Je crois
néanmoins qu'on fera bien aiſe d'en
voir le Plan.
Les Auteurs du Poëme me permettront
, s'il leur plaît , de dire
en général , qu'il s'en faut beaucoup
que la Fable de leur Piéce
réponde à la haute espérance que
le Public avoit concuë de leur
union. Il n'étoit pas cependant poffible
que deux Verfificateurs de leur
104 LE MERCURE
mérite ne répandiffent dans l'ouvra.
ge commun , grand nombre de traits
marqués au coin du Génie. Auffi
peut-on dire qu'il n'y a aucun Acte
dans lequel on ne trouve des Morceaux
faillants , des graces neuves,
des hardieffes heureufes mais cela
ne fuffit pas pour fauver un Ouvrage
dont le tiffu n'est pas induf
trieux ; rien ne rachette le vice d'une
Fable qui viole les bienfeances
ou qui pêche contre la vrai -femblance
, telle eft la Fable d'Ariane .
FABLE DE LA TRAGEDIE
d'Ariane.
ANDROGE'E fils de Minos
ayant été affaffiné par les Athéniens
; les Crétois arment contre
les Coupables , & les forcent par
un Traité de Paix ,à livrer tous les
ans , certain nombre d'Athéniens ,
pour être dévorez par le Minotaure
afin de venger la mort d'Androgée
.
THESE'E Voulant affranchir les
D'AVRI L. 105
Athéniens de ce barbare Tribut ,
forme une Ligue puiffante. Vingt
Roys fes Alliez , s'embarquent avec
lui pour defcendre en Créte :
la Flotte conféderée et battue
de la Tempête ; tout l'Armement
périt , & le feul Vaiffeau qui
porte Théfée eft jetté par les vents
au Port de Sydonie en Créte.
MINOS eft parti pour fe faire
livrer les Victimes Athéniénes , il a
deffendu en partant qu'on laiffât entrer
aucun Etranger dans le Port .
ARIANE reçoit Théfée , &
quoiquelle ne voye en lui qu'un
Etranger fans nom , elle s'enfâmme
pourcet inconnu d'une violente
paffion.
On annonce le retour de Minos.
en Créte , Ariane dit à l'Etranger
de fuir la colere de Minos .
Lorfque je vous permis d'entrer
dans fes Etats.
وو
Je trahis fa Loy fouveraine.
Minos arrive au Port avec les
Captifs Athéniens. Peribée Princeffe
Athéniene , deftinée à l'Hy106
LE MERCURE
men de Thefée , eft au nombre des
Captifs.Minos à conçu une violente
paffion pour cette Princeffe ; il compâtit
à fon fort , & charge Ariane
de propofer à la Princeffe captive ,
de fauver fes jours en époufant Minos
Ariane s'acquite de cette
Commiffion , mais Peribée refiftant
courageufement à cette offre , on la
conduit avec les autres Captifs au
Tombeau d'Androgée , pour y être
immolée . Lorsqu'on eft fur le point
de faire ce Sacrifice Théfée
arrive feul , qui aprend aux Athéniens
qu'il a forcé la Garde , pour
accourir à leur fecours , & dit à Péribée
& aux autres Captifs , de le
fuivre & de prendre les armes des
Soldats qu'il vient de tuer à la
Porte ; les Captifs nomment Théfée
& le fuivent fans obftacle.
>
Ariane qui aprend que l'Etranger
qu'elle aime , eft Thefée , &
qu'elle a dans Péribée une Rivale ,
pour qui fon Amant foupçonné d'ingratitude
, vient d'ofer tant hazarder,
Ariane , dis -je , fe livre aux fureurs
de la jaloufie .
D'AVRIL. 107
Quoique Théfée & les Captifs faffent
des prodiges de valeur , ils font
néanmoins vaincus par les Troupes
de Minos , & remis dans les fers ;
Minos témoin du courage de Péribée
, s'eft de plus en plus enflâmé
pour Elle. Il propofe à Péribée de
T'époufer , à cette condition il s'engage
de faire grace aux Athéniens ,
& de les délivrer à jamais du Tribut
annuel . Péribée , pour fauver
Théfée & fa Patrie, accepte la main
de Minos , réfoluë de fe donner la
mort,aprés avoir fauvé l'un& l'autre
Les Epoux arrivent à l'Autel
de l'Hymen pour fe jurer la
Foy mutuelle . Les ferments de
Minosfont interrompus
par l'Ombre
d'Androgée
, qui exige une
Victime unique , que le fort doit
choifir entre les Captifs .
On prépare une Urne où les Athéniens
Captifs doivent mettre leur
nom. Théfée fubftitue le fien à celui
de Peribée.
Peribée qui a fû de Théfee même.
qu'il s'expofe pour elle , im108
LE MERCURE
plore la Juftice de Minos , & le prie
envain de la rendre à fon fort , en
fauvant Thefée . Le fort fatal
tombe fur Thefée .
Ariane émuë du danger de fon
Amant, s'emflâmme d'autant plus
pour lui , qu'elle a fû de lui même ,
que le devoir feul & non l'Amour,
l'a forcé à fe dévouer pour Peribée
, elle médite de le fécourir ,
s'il eft poffible.
On conduit la Victime au Labirinthe
, pour y être dévorée par le
Minotaure . Ariane trouve le moïen
d'armer Théfée, & met tout fon
efpoir dans le courage du Héros .
Elle prend toutefois la précaution
de faire préparer un Vaiffeau prés
du Rivage deftiné à le conduire
àAthènes aprés la mort du Monftre .
Thefte fort vainqueur du Labirin .
the , Ariane qui fe trouve à fa rencontre
, le preffe de s'embarquer
dans le Vaiffeau préparé. Thefée
ne peut fe réfoudre , comme galant
homme , de laiffer Ariane en proïe
aux fureurs de Minos. Envain il
l'invite .
DAVRIL. 109
l'invite , il la preffè à fuir avec lui.
Peribée arrive avec empreffement
& avertit Thefée , que Minos vient
avec des Troupes pour ſe faifir de
lui. Minos paroît dans l'inftant même
, & fait éclarer fa fureur contre
Ariane. Un nuage épais envelope
fort à propos Ariane & Thefée ,
& les tranfporte dans le Vaiffeau
qui doit les ramener à Athenes .
Venus qui a operé ce prodige .
infulte à Minos , & découvre à Peribée
la trahifon de Thefée.
Peribée fe donne la mort , & Minos
défefpéré appelle la foudre
qui , à fon commandement , réduit
le Labirinthe en cendres.
Les perfonnes qui n'ont point lû
ce Poëme, pourront aifément juger
de fa conftitution , par le tiflu dont
je viens de donner l'extrait. Du
refte , le Poëme étoit femé de quantité
de traits qui font honneur aux
deux Poëtes affuciez . Peut- on rien
de plus noble que ce que dir
Thefée inconnu à Ariane dans la
2e Scene du 1er Acte ? aprés la dé-
Avril , 1717.
>
K
110 LE MERCURE
claration d'amour qu'il a fait à
cette Princeffe , qui en témoigne
fon indignation par ces paroles.
Qu'entens- je , quel difcours ?
,, On reconnoît ainfi les bontés
d'Ariane . "
THESE E LUI REPOND ,
,, Il n'eft plus tems de fuir. D'un
Amour malheureux ,
Vous avez percé le мyftere :
,, Vous m'avez fait parler , quand
j'ai voulu me taire .
,, Ma mort doit prévénir vos ordres
rigoureux ;
"> Mais avant ce moment , on pourra
me connoître :
,, Et mes derniers foûpiis juftificront
peut-être ,
La témérité de mes feux .
Minos frapé d'admiration pour le
courage héroïque de Peribée qu'il
avûà la tête de fes Compagnes ,
deffendant les jours de Thefée
s'exprime ainfi dans la 2e Scene ,
D'AVRIL. 111
du troifiéme Acte .
17
J'ai vu la fureur dans les Graces ,
" J'ai vû la beauté même effrayer
mes regards,
" J'ai vu cette Princeffe & terrible
& charmante ,
19
A côté de Thefée , imiter fes
exploits.
Elle fe montroit à la fois
Et fa Rivale & fon Amante.
La Scene 4º du 4º Acté eſt tout à
fait touchante & bien dialoguée ,
comme il faudroit la tranfcrire toute
entiere ; je fuis obligé d'y renvoyer
mon Lecteur , afin de paffer à
quelque autre Article.
La Mufique de cet Opera eft de
M. Mouret , Auteur de la mufique.
des Fêtes de Thalie. Le Public
a grand penchant à l'abfoudre ; il
eft tres -digne de cette indulgence.
Cet Opera a été relevé par HYPER.
MNESTRE remife au Théatre , avec
un se Acte fubftitué à l'ancien ;
on y a fait encore d'autres changemens
que l'on a jugé neceffaires .
Kij
D'AVRIL.
En tout cas on repere actuellement
TANCREDE, qui fera fuivi des
Fêtes Corinthiennes , Balet que
l'on prépare pour le commencement
de Juin. Les Paroles font de м.
AUTEREAU , & la мufique de м.
CAMPRA.
Les Comediens Italiens jouérent
le 7 du mois pour la premiere
fois , fur le Téatre de l'Hôtel de
Bourgogne , la pauvreté de Renauld
de Montauban , Comedie
tirée de l'Espagnole , à laquelle le
Public ne fit pas un favorable accueil.
Le Samedy onze, les Comediens
François donnerent la premiere
Réprefentation de SEMIRAMIS
Tragédie de M. de Crebillon. On
en a d'abord dit du moins autant
de mal , que de bien ; c'eſt l'allure
ordinaire . Malgré ce partage de
fentimens , elle fut continuée le
Lundi , le mercredi fuivant & le
Jeudi : Elle fut jouée avec fuccez ,
en préfence de la Cour fur le Théaue
du Palais Royal : ce qui fait
D'AVRIL. II3
préfumer qu'elle fe foûtiendra malgré
la critique. Mile Defiarts qui
fait le Rôle de SEMIRAMIS , m'en
eft caution : D'ailleurs , le Rôle
D'AGENOR qui eft le dominant
de la Piéce , & fenfément executé
par M. Beaubourg , ne contribuera
pas peu à la maintenir . Je
m'abftiendrai donc d'hazarder mon
jugement, jufques à ce qu'elle foit
imprimée , ou dévolte à la Troupe.
C'est une Loi que je me fuis impofée
, à laquelle je ferai fort religieux
par la fuite. On doit ces égards
aux Auteurs , tant que leur Piéce
eft en vigueur ; après quoi , il eſt
du devoir du Mercure d'en rendre
compte au Public , en faifant un
examen équitable fur les differentes
parties qui entrent dans l'oeconomie
d'un ouvrage de Théatre .
E l'Aca-
Ldemie Royale de Mufique repréfenta
pour la prémiére fois
ARIANE , Tragédie nouvelle .
M. Roy & M. de la Grange font
Auteurs du Poëme..
Le fieur Mouret eft Auteur de
la Mufique.
Cet Opéra n'a pas été accueilli
favorablement du Public. Je crois
néanmoins qu'on fera bien aiſe d'en
voir le Plan.
Les Auteurs du Poëme me permettront
, s'il leur plaît , de dire
en général , qu'il s'en faut beaucoup
que la Fable de leur Piéce
réponde à la haute espérance que
le Public avoit concuë de leur
union. Il n'étoit pas cependant poffible
que deux Verfificateurs de leur
104 LE MERCURE
mérite ne répandiffent dans l'ouvra.
ge commun , grand nombre de traits
marqués au coin du Génie. Auffi
peut-on dire qu'il n'y a aucun Acte
dans lequel on ne trouve des Morceaux
faillants , des graces neuves,
des hardieffes heureufes mais cela
ne fuffit pas pour fauver un Ouvrage
dont le tiffu n'est pas induf
trieux ; rien ne rachette le vice d'une
Fable qui viole les bienfeances
ou qui pêche contre la vrai -femblance
, telle eft la Fable d'Ariane .
FABLE DE LA TRAGEDIE
d'Ariane.
ANDROGE'E fils de Minos
ayant été affaffiné par les Athéniens
; les Crétois arment contre
les Coupables , & les forcent par
un Traité de Paix ,à livrer tous les
ans , certain nombre d'Athéniens ,
pour être dévorez par le Minotaure
afin de venger la mort d'Androgée
.
THESE'E Voulant affranchir les
D'AVRI L. 105
Athéniens de ce barbare Tribut ,
forme une Ligue puiffante. Vingt
Roys fes Alliez , s'embarquent avec
lui pour defcendre en Créte :
la Flotte conféderée et battue
de la Tempête ; tout l'Armement
périt , & le feul Vaiffeau qui
porte Théfée eft jetté par les vents
au Port de Sydonie en Créte.
MINOS eft parti pour fe faire
livrer les Victimes Athéniénes , il a
deffendu en partant qu'on laiffât entrer
aucun Etranger dans le Port .
ARIANE reçoit Théfée , &
quoiquelle ne voye en lui qu'un
Etranger fans nom , elle s'enfâmme
pourcet inconnu d'une violente
paffion.
On annonce le retour de Minos.
en Créte , Ariane dit à l'Etranger
de fuir la colere de Minos .
Lorfque je vous permis d'entrer
dans fes Etats.
وو
Je trahis fa Loy fouveraine.
Minos arrive au Port avec les
Captifs Athéniens. Peribée Princeffe
Athéniene , deftinée à l'Hy106
LE MERCURE
men de Thefée , eft au nombre des
Captifs.Minos à conçu une violente
paffion pour cette Princeffe ; il compâtit
à fon fort , & charge Ariane
de propofer à la Princeffe captive ,
de fauver fes jours en époufant Minos
Ariane s'acquite de cette
Commiffion , mais Peribée refiftant
courageufement à cette offre , on la
conduit avec les autres Captifs au
Tombeau d'Androgée , pour y être
immolée . Lorsqu'on eft fur le point
de faire ce Sacrifice Théfée
arrive feul , qui aprend aux Athéniens
qu'il a forcé la Garde , pour
accourir à leur fecours , & dit à Péribée
& aux autres Captifs , de le
fuivre & de prendre les armes des
Soldats qu'il vient de tuer à la
Porte ; les Captifs nomment Théfée
& le fuivent fans obftacle.
>
Ariane qui aprend que l'Etranger
qu'elle aime , eft Thefée , &
qu'elle a dans Péribée une Rivale ,
pour qui fon Amant foupçonné d'ingratitude
, vient d'ofer tant hazarder,
Ariane , dis -je , fe livre aux fureurs
de la jaloufie .
D'AVRIL. 107
Quoique Théfée & les Captifs faffent
des prodiges de valeur , ils font
néanmoins vaincus par les Troupes
de Minos , & remis dans les fers ;
Minos témoin du courage de Péribée
, s'eft de plus en plus enflâmé
pour Elle. Il propofe à Péribée de
T'époufer , à cette condition il s'engage
de faire grace aux Athéniens ,
& de les délivrer à jamais du Tribut
annuel . Péribée , pour fauver
Théfée & fa Patrie, accepte la main
de Minos , réfoluë de fe donner la
mort,aprés avoir fauvé l'un& l'autre
Les Epoux arrivent à l'Autel
de l'Hymen pour fe jurer la
Foy mutuelle . Les ferments de
Minosfont interrompus
par l'Ombre
d'Androgée
, qui exige une
Victime unique , que le fort doit
choifir entre les Captifs .
On prépare une Urne où les Athéniens
Captifs doivent mettre leur
nom. Théfée fubftitue le fien à celui
de Peribée.
Peribée qui a fû de Théfee même.
qu'il s'expofe pour elle , im108
LE MERCURE
plore la Juftice de Minos , & le prie
envain de la rendre à fon fort , en
fauvant Thefée . Le fort fatal
tombe fur Thefée .
Ariane émuë du danger de fon
Amant, s'emflâmme d'autant plus
pour lui , qu'elle a fû de lui même ,
que le devoir feul & non l'Amour,
l'a forcé à fe dévouer pour Peribée
, elle médite de le fécourir ,
s'il eft poffible.
On conduit la Victime au Labirinthe
, pour y être dévorée par le
Minotaure . Ariane trouve le moïen
d'armer Théfée, & met tout fon
efpoir dans le courage du Héros .
Elle prend toutefois la précaution
de faire préparer un Vaiffeau prés
du Rivage deftiné à le conduire
àAthènes aprés la mort du Monftre .
Thefte fort vainqueur du Labirin .
the , Ariane qui fe trouve à fa rencontre
, le preffe de s'embarquer
dans le Vaiffeau préparé. Thefée
ne peut fe réfoudre , comme galant
homme , de laiffer Ariane en proïe
aux fureurs de Minos. Envain il
l'invite .
DAVRIL. 109
l'invite , il la preffè à fuir avec lui.
Peribée arrive avec empreffement
& avertit Thefée , que Minos vient
avec des Troupes pour ſe faifir de
lui. Minos paroît dans l'inftant même
, & fait éclarer fa fureur contre
Ariane. Un nuage épais envelope
fort à propos Ariane & Thefée ,
& les tranfporte dans le Vaiffeau
qui doit les ramener à Athenes .
Venus qui a operé ce prodige .
infulte à Minos , & découvre à Peribée
la trahifon de Thefée.
Peribée fe donne la mort , & Minos
défefpéré appelle la foudre
qui , à fon commandement , réduit
le Labirinthe en cendres.
Les perfonnes qui n'ont point lû
ce Poëme, pourront aifément juger
de fa conftitution , par le tiflu dont
je viens de donner l'extrait. Du
refte , le Poëme étoit femé de quantité
de traits qui font honneur aux
deux Poëtes affuciez . Peut- on rien
de plus noble que ce que dir
Thefée inconnu à Ariane dans la
2e Scene du 1er Acte ? aprés la dé-
Avril , 1717.
>
K
110 LE MERCURE
claration d'amour qu'il a fait à
cette Princeffe , qui en témoigne
fon indignation par ces paroles.
Qu'entens- je , quel difcours ?
,, On reconnoît ainfi les bontés
d'Ariane . "
THESE E LUI REPOND ,
,, Il n'eft plus tems de fuir. D'un
Amour malheureux ,
Vous avez percé le мyftere :
,, Vous m'avez fait parler , quand
j'ai voulu me taire .
,, Ma mort doit prévénir vos ordres
rigoureux ;
"> Mais avant ce moment , on pourra
me connoître :
,, Et mes derniers foûpiis juftificront
peut-être ,
La témérité de mes feux .
Minos frapé d'admiration pour le
courage héroïque de Peribée qu'il
avûà la tête de fes Compagnes ,
deffendant les jours de Thefée
s'exprime ainfi dans la 2e Scene ,
D'AVRIL. 111
du troifiéme Acte .
17
J'ai vu la fureur dans les Graces ,
" J'ai vû la beauté même effrayer
mes regards,
" J'ai vu cette Princeffe & terrible
& charmante ,
19
A côté de Thefée , imiter fes
exploits.
Elle fe montroit à la fois
Et fa Rivale & fon Amante.
La Scene 4º du 4º Acté eſt tout à
fait touchante & bien dialoguée ,
comme il faudroit la tranfcrire toute
entiere ; je fuis obligé d'y renvoyer
mon Lecteur , afin de paffer à
quelque autre Article.
La Mufique de cet Opera eft de
M. Mouret , Auteur de la mufique.
des Fêtes de Thalie. Le Public
a grand penchant à l'abfoudre ; il
eft tres -digne de cette indulgence.
Cet Opera a été relevé par HYPER.
MNESTRE remife au Théatre , avec
un se Acte fubftitué à l'ancien ;
on y a fait encore d'autres changemens
que l'on a jugé neceffaires .
Kij
D'AVRIL.
En tout cas on repere actuellement
TANCREDE, qui fera fuivi des
Fêtes Corinthiennes , Balet que
l'on prépare pour le commencement
de Juin. Les Paroles font de м.
AUTEREAU , & la мufique de м.
CAMPRA.
Les Comediens Italiens jouérent
le 7 du mois pour la premiere
fois , fur le Téatre de l'Hôtel de
Bourgogne , la pauvreté de Renauld
de Montauban , Comedie
tirée de l'Espagnole , à laquelle le
Public ne fit pas un favorable accueil.
Le Samedy onze, les Comediens
François donnerent la premiere
Réprefentation de SEMIRAMIS
Tragédie de M. de Crebillon. On
en a d'abord dit du moins autant
de mal , que de bien ; c'eſt l'allure
ordinaire . Malgré ce partage de
fentimens , elle fut continuée le
Lundi , le mercredi fuivant & le
Jeudi : Elle fut jouée avec fuccez ,
en préfence de la Cour fur le Théaue
du Palais Royal : ce qui fait
D'AVRIL. II3
préfumer qu'elle fe foûtiendra malgré
la critique. Mile Defiarts qui
fait le Rôle de SEMIRAMIS , m'en
eft caution : D'ailleurs , le Rôle
D'AGENOR qui eft le dominant
de la Piéce , & fenfément executé
par M. Beaubourg , ne contribuera
pas peu à la maintenir . Je
m'abftiendrai donc d'hazarder mon
jugement, jufques à ce qu'elle foit
imprimée , ou dévolte à la Troupe.
C'est une Loi que je me fuis impofée
, à laquelle je ferai fort religieux
par la fuite. On doit ces égards
aux Auteurs , tant que leur Piéce
eft en vigueur ; après quoi , il eſt
du devoir du Mercure d'en rendre
compte au Public , en faifant un
examen équitable fur les differentes
parties qui entrent dans l'oeconomie
d'un ouvrage de Théatre .
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Résumé : ARTICLE DES SPECTACLES
L'Académie Royale de Musique a présenté 'Ariane', une tragédie écrite par M. Roy et M. de la Grange, avec la musique composée par le sieur Mouret. Malgré un accueil mitigé du public, l'opéra contient des morceaux brillants, des grâces nouvelles et des audaces heureuses. Cependant, la fable est critiquée pour ses violations des bienséances et son manque de vraisemblance. L'intrigue relate l'histoire d'Androgée, fils de Minos, assassiné par les Athéniens. En représailles, les Crétois exigent chaque année un tribut d'Athéniens à sacrifier au Minotaure. Thésée, voulant libérer les Athéniens, forme une ligue et se rend en Crète. Après un naufrage, seul son vaisseau atteint la Crète. Ariane, fille de Minos, tombe amoureuse de Thésée malgré son statut d'étranger. À l'annonce du retour de Minos, Ariane conseille à Thésée de fuir. Minos revient avec des captifs athéniens, dont Périthée, destinée à Thésée. Minos, amoureux de Périthée, propose de l'épouser en échange de la libération des Athéniens. Périthée accepte pour sauver Thésée et sa patrie, résolue à se donner la mort après. Lors du sacrifice au Minotaure, Thésée est désigné comme victime. Ariane, émue, décide de le secourir. Elle l'aide à vaincre le Minotaure et prépare un vaisseau pour leur fuite. Minos, furieux, est arrêté par Vénus qui révèle la vérité. Le texte est un extrait du Mercure d'avril 1717, discutant de diverses représentations théâtrales et musicales. Il mentionne un poème loué pour ses traits nobles et un échange entre Thésée et Ariane. La musique de l'opéra est composée par M. Mouret et l'œuvre a été révisée par Hyppocrate. La prochaine représentation de 'Tancrede' et des 'Fêtes Corinthiennes' est annoncée, avec des paroles de M. Autreau et une musique de M. Campra. Les comédiens italiens ont joué 'La pauvreté de Renaud de Montauban' sans succès. Les comédiens français ont présenté 'Sémiramis' de M. de Crébillon, bien reçue en présence de la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 113-118
ORPHEE. Paraphrase d'une Rédondille Espagnole de D. Francisco de Quévédo, qui commence, Al Infierno el Tracio Orfée Su muger Baxó à Buscar &c.
Début :
La Rédondille d'Orphée est une Piéce de M. de Senecé, / Pour r'avoir sa Femme Euridice [...]
Mots clefs :
Femme, Enfers, Jugement, Diable, Coupables, Tourment, Passion, Parque, Époux, Ennui, Cruauté, Fable
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texteReconnaissance textuelle : ORPHEE. Paraphrase d'une Rédondille Espagnole de D. Francisco de Quévédo, qui commence, Al Infierno el Tracio Orfée Su muger Baxó à Buscar &c.
La Rédondille d'Orphée eft
une Piéce de M. de Senecé , Prej
mier Valer de Chambre de la feuë
Kiij
114 LE MERCURE
Reïne , dont on imprime actuellement
un Volume d'Epigrames &
d'autres Poëfies qui paroîtront
dans peu . Le Public pourra juger
de l'Ouvrage par cet Echantillon.
ORPHE' E.
Paraphrafe d'une Rédondille Ef
pagnole de D. Francifco de
Quévédo , qui commence , Al Infierno
el Tracio Orfeo Su muger
baxó à Buscar &c .
Po
Our r'avoir fa Femme Euridice
Orphée aux Enfers s'en alla :
Eft-il fibizarre caprice
Dont on s'étonne aprés cela ?.
Dans un accez de ce délire
Où fon Jugement fe perdit ,
Pouvoit- il chercher rien de pire ;
Ny dans un endroit plus maudit ?
Il chanta des airs pitoyables ,
Dont le tendre accompagnement
fufpendit la fureur des Diables ,
Et des Coupables , le tourment.
Sa voix ne touchoit point leur
Ame ,
·•
D'AVRIL 315
Mais la feule admiration
Qu'un fot , pour recouvrer la Femme,
Témoignât tant de Paffion .
Alors Pluton , hôchant la tête ,
Dit au Chanteur Alangouri :
O ! Maître fou , comme Poëte .
Et beaucoup plus comme Mari .
Proferpine eft bonne Diableffe ;
Mais je te jure fur ma Foy ,
Que les fix mois qu'elle me laiffe
Ne font pas les moins gays pour
moy.
Fût - elle aux Cieux cent ans
encore
Pour fe fouftraire à mon pouvoir ,
Je n'irois point fur la Mandore
Braire en Bémol pour la r'avoir.
Quand tu concus quelque efpérance
De nous fléchir par tes accords
Ignorois - tu que le Silence
Eft le charme unique des Morts ?
Puifqu'une impertinente flâme
Pour le troubler t'a fait venir ,
Parques , qu'on lui rende fa Fem-
K iiij me,
116 LE MERCURE
On ne fçauroit mieux le punir.
En vertu de mon indulgence
Bientôt , puifqu'il le veut ainsi ,
Il fera damné par avance ,
Et peut - être un peu plus qu'icy.
Mais pour payer de fa Mufique
Le plaifir aux Enfers fi neuf,
Ajoutons y quelque Rubrique
Qui puiffe encore le faire veuf :
A ce foin l'équité m'invite ,
Qui fouffre qu'enmême fujet
On récompenfe le mérite
Quand on a puni le forfait.
-
Rendez - lui donc fa Demoifelle
Qui le fuivra fans dire mot ;
Mais , s'il tourne les yeux fur elle ,
Qu'on me la refourre au Cachot.
Peu de coeurs , de chaîne auffi
forte ,
Avec leurs moitiés font unis :
Que j'en fçais , qui de cette forte.
Seroient charmés d'être punis !
Ah ! fi des Femmes incommodes
Des tours de tête délivroient ;-
Que de Maris , comme Pagodes
D ' AVRIL. 117
Inceffamment la tourneroient !
Ainfi fur fon Thrône de braize
Parla le Monarque enroüé :
Son fage Arrêt , dans la fournaize
Par tout fon Peuple fut loué.
L'ordre eft fuivi. Mais cette Fête
Se termine en piteux regrets :
Orphée ayant tourné la tête
Redevient veuf fur nouveaux frais.
Dans fon impatience extrême
Que fa raifon ne peut calmer ,
Le malheureux perd ce qu'il aime
Aforce de le trop aimer.
Vaine & légere comme un fonge
Qu'un dormeur prend pour vérité ,
L'Ombre gémit , & fe replonge
Dans l'éternelle obfcurité.
Sans murmurer de fon fupplice
La pauvre ame renonce au jour :
Pouvoit-elle en bonne juftice
Se plaindre d'un excez d'amour ?
Sa double mort la défefpére
Qui vient rompre un noeud fi parfait;
Mais quoi ? La caufe en eft fi chére .
Qu'il faut pardonner à l'effet .
L'Epoux qui la voit difparoître
Se livre à fon mortel ennuy ,
118. LE MERCURE
Incapable de reconnoître
Le bien qu'on lui fait malgré lui .
L'Enfer à fes plaintes touchantes
Ceffant de fe laiffer charmer ,
Dans laThrace , par les Bacchantes
Il s'en va fe faire affommer.
Du beau fexe double victime
Chantre affligé , confole toi ;
Force gens d'un rang plus fublime ´-
Ont bien fubi la même Loy.
C'eft vainement qu'on s'évertuë
Contre un vainqueur fi redouté :
Et qu'importe,au fond,qui nous tuë,
Ses faveurs , ou fa Cruauté ?
Femmes , fi cette Hiftoriette
Irrite vos coeurs inhumains ,
C'est un Espagnol qui l'a faite ,
Pour moi , je m'en lave les mains.
Ovide , à cette même Fable
( Direz- vous) donne untour galant}
Le Romain étoit raifonnable ,
L'Efpagnol n'eft qu'un infolent .
Et vive Hymen ! fous fon Empire
On boit , on mange , on fait dodo
Puis .. d'accord. Mais le mot pour
rire
Eft cependant pour QUE VA'DO.
une Piéce de M. de Senecé , Prej
mier Valer de Chambre de la feuë
Kiij
114 LE MERCURE
Reïne , dont on imprime actuellement
un Volume d'Epigrames &
d'autres Poëfies qui paroîtront
dans peu . Le Public pourra juger
de l'Ouvrage par cet Echantillon.
ORPHE' E.
Paraphrafe d'une Rédondille Ef
pagnole de D. Francifco de
Quévédo , qui commence , Al Infierno
el Tracio Orfeo Su muger
baxó à Buscar &c .
Po
Our r'avoir fa Femme Euridice
Orphée aux Enfers s'en alla :
Eft-il fibizarre caprice
Dont on s'étonne aprés cela ?.
Dans un accez de ce délire
Où fon Jugement fe perdit ,
Pouvoit- il chercher rien de pire ;
Ny dans un endroit plus maudit ?
Il chanta des airs pitoyables ,
Dont le tendre accompagnement
fufpendit la fureur des Diables ,
Et des Coupables , le tourment.
Sa voix ne touchoit point leur
Ame ,
·•
D'AVRIL 315
Mais la feule admiration
Qu'un fot , pour recouvrer la Femme,
Témoignât tant de Paffion .
Alors Pluton , hôchant la tête ,
Dit au Chanteur Alangouri :
O ! Maître fou , comme Poëte .
Et beaucoup plus comme Mari .
Proferpine eft bonne Diableffe ;
Mais je te jure fur ma Foy ,
Que les fix mois qu'elle me laiffe
Ne font pas les moins gays pour
moy.
Fût - elle aux Cieux cent ans
encore
Pour fe fouftraire à mon pouvoir ,
Je n'irois point fur la Mandore
Braire en Bémol pour la r'avoir.
Quand tu concus quelque efpérance
De nous fléchir par tes accords
Ignorois - tu que le Silence
Eft le charme unique des Morts ?
Puifqu'une impertinente flâme
Pour le troubler t'a fait venir ,
Parques , qu'on lui rende fa Fem-
K iiij me,
116 LE MERCURE
On ne fçauroit mieux le punir.
En vertu de mon indulgence
Bientôt , puifqu'il le veut ainsi ,
Il fera damné par avance ,
Et peut - être un peu plus qu'icy.
Mais pour payer de fa Mufique
Le plaifir aux Enfers fi neuf,
Ajoutons y quelque Rubrique
Qui puiffe encore le faire veuf :
A ce foin l'équité m'invite ,
Qui fouffre qu'enmême fujet
On récompenfe le mérite
Quand on a puni le forfait.
-
Rendez - lui donc fa Demoifelle
Qui le fuivra fans dire mot ;
Mais , s'il tourne les yeux fur elle ,
Qu'on me la refourre au Cachot.
Peu de coeurs , de chaîne auffi
forte ,
Avec leurs moitiés font unis :
Que j'en fçais , qui de cette forte.
Seroient charmés d'être punis !
Ah ! fi des Femmes incommodes
Des tours de tête délivroient ;-
Que de Maris , comme Pagodes
D ' AVRIL. 117
Inceffamment la tourneroient !
Ainfi fur fon Thrône de braize
Parla le Monarque enroüé :
Son fage Arrêt , dans la fournaize
Par tout fon Peuple fut loué.
L'ordre eft fuivi. Mais cette Fête
Se termine en piteux regrets :
Orphée ayant tourné la tête
Redevient veuf fur nouveaux frais.
Dans fon impatience extrême
Que fa raifon ne peut calmer ,
Le malheureux perd ce qu'il aime
Aforce de le trop aimer.
Vaine & légere comme un fonge
Qu'un dormeur prend pour vérité ,
L'Ombre gémit , & fe replonge
Dans l'éternelle obfcurité.
Sans murmurer de fon fupplice
La pauvre ame renonce au jour :
Pouvoit-elle en bonne juftice
Se plaindre d'un excez d'amour ?
Sa double mort la défefpére
Qui vient rompre un noeud fi parfait;
Mais quoi ? La caufe en eft fi chére .
Qu'il faut pardonner à l'effet .
L'Epoux qui la voit difparoître
Se livre à fon mortel ennuy ,
118. LE MERCURE
Incapable de reconnoître
Le bien qu'on lui fait malgré lui .
L'Enfer à fes plaintes touchantes
Ceffant de fe laiffer charmer ,
Dans laThrace , par les Bacchantes
Il s'en va fe faire affommer.
Du beau fexe double victime
Chantre affligé , confole toi ;
Force gens d'un rang plus fublime ´-
Ont bien fubi la même Loy.
C'eft vainement qu'on s'évertuë
Contre un vainqueur fi redouté :
Et qu'importe,au fond,qui nous tuë,
Ses faveurs , ou fa Cruauté ?
Femmes , fi cette Hiftoriette
Irrite vos coeurs inhumains ,
C'est un Espagnol qui l'a faite ,
Pour moi , je m'en lave les mains.
Ovide , à cette même Fable
( Direz- vous) donne untour galant}
Le Romain étoit raifonnable ,
L'Efpagnol n'eft qu'un infolent .
Et vive Hymen ! fous fon Empire
On boit , on mange , on fait dodo
Puis .. d'accord. Mais le mot pour
rire
Eft cependant pour QUE VA'DO.
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Résumé : ORPHEE. Paraphrase d'une Rédondille Espagnole de D. Francisco de Quévédo, qui commence, Al Infierno el Tracio Orfée Su muger Baxó à Buscar &c.
Le texte présente une pièce intitulée 'La Rédondille d'Orphée' écrite par M. de Senecé, Premier Valet de Chambre de la reine. Cette œuvre est une adaptation d'une rédondille espagnole de Don Francisco de Quevedo. L'intrigue suit Orphée, qui descend aux Enfers pour récupérer sa femme Eurydice. La musique d'Orphée apaise les diables et les damnés, mais Pluton, le dieu des Enfers, refuse initialement de rendre Eurydice, soulignant que les six mois passés avec elle sont agréables. Pluton accepte finalement de libérer Eurydice à une condition : Orphée ne doit pas se retourner avant d'avoir atteint le monde des vivants. Cependant, Orphée, incapable de résister à la tentation, se retourne et perd ainsi Eurydice une seconde fois. Le texte se conclut par une réflexion sur la fatalité de l'amour et la cruauté du destin. L'auteur précise qu'il s'est inspiré de l'histoire espagnole mais y a apporté des modifications. Il termine sur une note humoristique concernant le mariage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 45-49
LE PANTHEON BACHIQUE Sur l'Air Ton humeur est Catherene Plus aigre qu'un citron vard, &c.
Début :
De tous les Dieux que la Fable [...]
Mots clefs :
Fable, Panthéon, Bacchus, Gloire, Temples, Combats, Querelles, Sagesse, Déesses
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texteReconnaissance textuelle : LE PANTHEON BACHIQUE Sur l'Air Ton humeur est Catherene Plus aigre qu'un citron vard, &c.
LE PANTHEON BACHIQUE
Sur l'Air.
Ton humeur eſt Catherene
Plus aigre qu'un citron vard , &c.
Detous les Dieux que la Fable
Consacre enfon Pantheon ,
Il n'en est qu'un véritable ,
Seul digne d'un si grand nom ;
C'est Bachus que je veux dire ,
Cardes autres Immortels ,
Je crois qu'un Buveur peut rire ,
Jusqu'aux pieds de leurs Autels.
Jupin toûjours redoutable ,
Tonne inceſſament sur nous ,
Bachus toûjours favorable ,
Metàprofitfon courroux ;
46 LE MERCURE
Car, tandis que fur la Terre
Ce Fanfaron gronde en vain ,
Bachus aux feux du tonnere ,
Fait meurir notre raisin.
Neptune a pourson partage
L'espace immense des Eaux .
Bachus apour appanage
Les Vignesde nos Coteaux :
Si le Trident formidable
Fait taire les Vents mutins ,
Mieux encor le Thyrſe aimable
Calme les plus noirs chagrins.
Pluton avec Proserpine
Regnesur les fombres Bords ,
Je crois qu'ilsfont triste mine ,
L'Ennui dévore les Morts.
Dans cette Courinfernalle ,
Cher Bachus, fois monſoûtien ,
Sauve-moi d'être Tantale ,
Dureſteje ne crains rien .
Mars criant partout victoire ,
Decide dans les Combats;
Les Victimes de la gloire
• Suivent en fouleſes pas ,
Dansle Temple de Mémoire ,
DE JUILLET. 47
7
LeGuerriercroit être bien,
LenomduPereGregoire ,
Dureraplus que le fien.
Les Rimeurs avec emphase ,
Vantent le Dien d'Helicon ,
Ilsparoiffent en extase,
QuandSa Lyreforme unſon :
Penſent-ils par leursfornettes ,
M'enrôlerſous Apollon;
Le Vinfaitplus dePoëtes
Que l'Eau duSacré Valon.
Dans cette Vieille Quérelle :
De l'Amour avec Bachus ,
J'appelle du parallele,
Voicy mes moyens d'abus :
L'Amourparun doux Peut-être
Abuſe un coeur qu'il ſoûmet ,
Bachus n'estfourbe ni traitre ,
Iltient tout cequ'ilpromet.
Minerve quise fit prude,
Après l'Arrêt de Paris ,
Parla Science & l'Etude,
Cherche à regler nos Esprits :
Tous cesgrands Donsdeſageſſe
Sont undangereux poison ;
48 LE MERCURE
Unjourpassédans l'yvreſſe
Vaut unfieclede raiſon.
Eh quoi ! Vulcain se presente
Avec labelle Venus ,
I'faudra donc queje chante
LeGrand Patron des C ....
CeCyclopeàface noire,
Sansmarquertant de regrets ,
Auroit bien mieuxfait de boire ,
Que de fabriquer des Rets.
Plutus dans un Antre ſombre .
Dévoréde milleſoins ,
Parmi des trésorsfans nombre
Se trouve encordes besoins :
Crois-tu , Pintus , qu'en esclave ,
J'aillelanguirſous ta loi
Bachus arempli ma cave ,
Jeſuis plus riche quetoi.
,
Momus toûjours prêt àrire,
Veut être mis enſonticu ,
S'il aimoit moins la Satire ,
Ceseroit unjoli Dieu :
Je les veuxplacer à Table ,
Bachus le trouvera bon
Pour rendre un repas aimable ,
il
DE JUILLET
Ilfautdumoins un Bouffon.
Laiſſons les Dieux , les Déeffes,
Nosdiscoursfontſuperflus ,
Parpitié, pour leurs foibleſſes .
Chers Amis , n'en parlons plus :
De Bachus &desa Gloire
Faifons retentir ces lieux ;
C'est Bachus qui donneàboire ,
C'est doncle plus grand des Dieux.
Sur l'Air.
Ton humeur eſt Catherene
Plus aigre qu'un citron vard , &c.
Detous les Dieux que la Fable
Consacre enfon Pantheon ,
Il n'en est qu'un véritable ,
Seul digne d'un si grand nom ;
C'est Bachus que je veux dire ,
Cardes autres Immortels ,
Je crois qu'un Buveur peut rire ,
Jusqu'aux pieds de leurs Autels.
Jupin toûjours redoutable ,
Tonne inceſſament sur nous ,
Bachus toûjours favorable ,
Metàprofitfon courroux ;
46 LE MERCURE
Car, tandis que fur la Terre
Ce Fanfaron gronde en vain ,
Bachus aux feux du tonnere ,
Fait meurir notre raisin.
Neptune a pourson partage
L'espace immense des Eaux .
Bachus apour appanage
Les Vignesde nos Coteaux :
Si le Trident formidable
Fait taire les Vents mutins ,
Mieux encor le Thyrſe aimable
Calme les plus noirs chagrins.
Pluton avec Proserpine
Regnesur les fombres Bords ,
Je crois qu'ilsfont triste mine ,
L'Ennui dévore les Morts.
Dans cette Courinfernalle ,
Cher Bachus, fois monſoûtien ,
Sauve-moi d'être Tantale ,
Dureſteje ne crains rien .
Mars criant partout victoire ,
Decide dans les Combats;
Les Victimes de la gloire
• Suivent en fouleſes pas ,
Dansle Temple de Mémoire ,
DE JUILLET. 47
7
LeGuerriercroit être bien,
LenomduPereGregoire ,
Dureraplus que le fien.
Les Rimeurs avec emphase ,
Vantent le Dien d'Helicon ,
Ilsparoiffent en extase,
QuandSa Lyreforme unſon :
Penſent-ils par leursfornettes ,
M'enrôlerſous Apollon;
Le Vinfaitplus dePoëtes
Que l'Eau duSacré Valon.
Dans cette Vieille Quérelle :
De l'Amour avec Bachus ,
J'appelle du parallele,
Voicy mes moyens d'abus :
L'Amourparun doux Peut-être
Abuſe un coeur qu'il ſoûmet ,
Bachus n'estfourbe ni traitre ,
Iltient tout cequ'ilpromet.
Minerve quise fit prude,
Après l'Arrêt de Paris ,
Parla Science & l'Etude,
Cherche à regler nos Esprits :
Tous cesgrands Donsdeſageſſe
Sont undangereux poison ;
48 LE MERCURE
Unjourpassédans l'yvreſſe
Vaut unfieclede raiſon.
Eh quoi ! Vulcain se presente
Avec labelle Venus ,
I'faudra donc queje chante
LeGrand Patron des C ....
CeCyclopeàface noire,
Sansmarquertant de regrets ,
Auroit bien mieuxfait de boire ,
Que de fabriquer des Rets.
Plutus dans un Antre ſombre .
Dévoréde milleſoins ,
Parmi des trésorsfans nombre
Se trouve encordes besoins :
Crois-tu , Pintus , qu'en esclave ,
J'aillelanguirſous ta loi
Bachus arempli ma cave ,
Jeſuis plus riche quetoi.
,
Momus toûjours prêt àrire,
Veut être mis enſonticu ,
S'il aimoit moins la Satire ,
Ceseroit unjoli Dieu :
Je les veuxplacer à Table ,
Bachus le trouvera bon
Pour rendre un repas aimable ,
il
DE JUILLET
Ilfautdumoins un Bouffon.
Laiſſons les Dieux , les Déeffes,
Nosdiscoursfontſuperflus ,
Parpitié, pour leurs foibleſſes .
Chers Amis , n'en parlons plus :
De Bachus &desa Gloire
Faifons retentir ces lieux ;
C'est Bachus qui donneàboire ,
C'est doncle plus grand des Dieux.
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Résumé : LE PANTHEON BACHIQUE Sur l'Air Ton humeur est Catherene Plus aigre qu'un citron vard, &c.
Le texte 'Le Panthéon Bachique' est une ode à Bacchus, le dieu du vin, considéré comme le seul véritable dieu parmi les divinités de la mythologie. L'auteur loue Bacchus pour sa capacité à apaiser les chagrins et à rendre la vie plus agréable. Contrairement à d'autres dieux tels que Jupiter, Neptune, Pluton, Mars, Minerve, Vulcain, Plutus et Momus, dont les domaines ou actions sont jugés moins bénéfiques ou même négatifs, Bacchus est présenté sous un jour favorable. Le poème compare également Bacchus à l'amour et à Apollon, affirmant que le vin inspire plus de poètes que l'eau de la source sacrée d'Hélicon. L'auteur conclut en célébrant Bacchus comme le plus grand des dieux, capable de rendre les repas agréables et de combler les besoins humains mieux que les autres divinités.
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15
p. 185-216
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Nous nous contentâmes le mois dernier d'annoncer la mort de M. Santerre. / Jean Baptiste Santerre naquit d'honêtes Parens à Magni, près de Pontoise, [...]
Mots clefs :
Conseil, Finances, Régent, M. Santerre, Décès, Prince, Nature, Peinture, Ennemis, Ouvrages, Parlement, Cardinal, Princesse, Empereur, Duchesse, Abbé, Charges, Invention , Ordonnance, Dons du roi, Négociations, Assassinat, Comédiens, Fable, Pièce
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
Nous nous contentames le mois dernier
d'annoncer la mort de M. Santerre.
Depuis ce tems- là , un de fes Amis particuliers,
curieux d'ailleurs , bon connoiffeur
, m'a communiquécet Eloge, dont je
crois que la lecture fatisfera le Public.
JOURNAL DE PARIS.
Ban Baptifte Santerre naquit d'ho
nêtes Parens à Magni , près de Pontoife
, au mois de Mars de l'année ISSIO
Il perdit fon pere & fa mere dés fa
plus tendre enfance . I hérita d'eux
avec un peu de bien , beaucoup de
candeur & de probité .
.
Ses autres Parens incertains de la
profeffion dans laquelle ils engageroient
cet enfant , fe déterminérent
par le penchant de l'enfant même.
Q
185 LE MERCURE
Ils furent en cela plus faciles & plus
fages que les Parens ordinaires , qui
bornant opiniatrément leur vûë à l'état
où ils fe trouvent , contrarient &
étouffent fouvent dans leurs enfans ,
les difpofitions les plus hûreufes &
les talens les plus marquez . L'ardeur
& le goût que celui - ci montroit pour
le deffin , fit prendre le parti de le
livrer à la Peinture , & de l'amener à
Paris .
M. Santerre eft peut - être l'exemple
le plus fenfible , de ce que peut la feule
Nature en un Sujet qu'elle favoriſe.
Dans l'âge , & au centre des diffipations
, abandonné à lui-même , il ne
palla pas un jour fans faire quelque
êtude quieût raport à fon Art.
Malgré la modeftie & la docilité qui
le caractérifoient ec tous les Eléves,
´il ne put jamais s'empêcher de cher- .
cher la perfection de la Peinture , pardes
routes oppofées à celles qui lui
eltoient indiquées , & qui estoient fuivies
par fes Maîtres . Ils l'en reprenoient
fouvent ; on ne peut les en blamer : Ils
n'eftoient pas obligez de fçavoir , que
la Nature elle - même conduifoit ces.
Eléve pas à pas..
DE DECEMBRE. 187
Le jeune Santerre comprit de bonneheure
, que la feule Nature eftoit un
guide infaillible , & il réfolut de ne
s'attacher qu'à elle .
Il eft vrai, que par une grande méfiance
de foi-même ( qualité néceffaire
& peu commune à fon âge ) il quitta
quelquefois la route ordinaire, & chercha
à imiter les Maîtres les plus eftimés
de fon tems ; mais , il ne tarda gué
res à reconnoitre fon erreur. Averti
par deux perfonnes diftinguées
qui frapées de fes premiers fuccez
lui confeillérent alors de perdre de vûë
tous les Maîtres & de fuivre la feule
Nature , il fe livra à elle fans retour ;
il ne difcontinua plus de la chercher ,
& l'imita fidélement jufqu'au tombeau
.
L'événement juftifia fon choix : Sa
maniere de peindre fut fi différente de
celle de tous les Maîtres connus ,
qu'un jour , Monfeigneur le Régent ,
Prince auffi eftimable par fon grand
goût pour les Sciences & les Arts , que
refpectable par fon Augufle Naiffance
* M. le Marquis de Villarfean &
M. Defpreaux
1
185 LEMERCURE
ayant demandé à M. Santerre , & ayant
appris de lui , quels avoient efté les
Maîtres ; il lui fit l'honneur de lui répondre
: Vous avez bien fait de me.
les nommer ; car je ne les aurois jamais
devinez .
Ce grand Prince l'honoroit de fon
eitime : Il lui en a donné de fréquens témoignages
, il a eu la bonté de venir le
voir travailler plufieurs fois chez lui ;
depuis même que le poids de la
Régence lui laiffe fi peu de moments
libres. Un Suffrage fi éclairé fait feul
Féloge de M. Santerre Le Public
connoiffeur ne m'en défavoüera pas.
Ainfi , moins pour la gloire de cet
illuftre Peintre , que pour la fatisfa
&tion de ceux qui , comme lui , cherchent
le vrai , j'expoferai quelques
principes,& quelques maximes, dont il
a fouvent dit qu'il s'êtoit bien trouvé.J'y
joindrai quelques faits & quelques remarques,
qui acheveront fon caractére .
M. Santerre fit de bonne- heure des
études profondes fur l'Anatomie . Il
fe trouvoit fréquemment aux diffetions
; il en faifoit fouvent chez lui ;
& en parlant de cette Science , il difeit
que dans fon Art, il en fall favoir
DE DECEMBRE: 189
beaucoup , pour en laiffer voir un peu..
Son Principe, pour éviter d'eftre maniéré,
altoit d'imiter en tout la feuleNa--
ture ; parce que la Nature ne fe répétant
prefque jamais , & variant à l'infini
,le Peintre qui ne cherche qu'elle ,,
varie comme elle.
Il difoit fouvent , qu'il avoit apris ce
qu'il fçavoit , avec deux fortes de perfonnes
: La Méchanique de fon Art
dans les Académies & chez les Maitres;
tout le refte, avec les gens d'efprit .
C'est peut-être au commerce de ces
derniers qu'il doit ces penfées & ces
expreffions fines que l'on voit dans fes
Tableaux d'idée , & l'art de porter
ces fineffes de penfées & d'expreffions
jufques dans les Portraits .
Raportant tout la feule Nature
qu'il étudioit fans rélache , il trouvoit
des défauts dans l'antique même , &
dans les plus grands Peintres d'Italie ,
qu'il n'imitoit pas en tout : Il trouvoit
auffi des beautés dans les Modernes &
dans fes Contemporains. Il n'eftimoir
pas outrément les uns ; il rendoit justice
aux autres .
Quand les Connoiffeurs ou fes
Amis le follicitoient de fe faire une
190 LE MERCURE
1
maniére plus expéditive , & de ne pas
fondre fi parfaitement fes ouvrages ;
il leur répondoit deux chofes : La
premiére ; mes ouvrages , il eft vrai ,
font fondus avec un grand foin ; mais
la Nature l'eft encore davantage , &
je cherche à l'imiter : La feconde ; les
meilleurs Tableaux de Raphaél , du
Corege, du Titien & des autres grands
Maîtres font du moins auffi fondus
que les miens . Ainfi , la Nature m'ordonne
, & les exemples des grands
Maîtres me perfuadent de continuer ,..
comme j'ai commencé.
Il n'eft point de foins qu'il ne fe
foit donnés , pour rendre fes ouvrages -
durables , & pour ainfi dire , inaltera
bles : Il obfervoit jufqu'aux enfeignes
des boutiques ; il y remarquoit les couleurs
que le tems & le grand air detruifent
, & celles qu'ils laiffent dans
leur force. Enfin , aprés de mûres réflexions
fur cette partie de fon Art ,
il s'êtoit fait une regle , de n'employer
que des Terres au nombre de 4 ou 5 ,
dont le mélange lui fourniffoit toutes
fes reintes. Comme ces Terres font
fortes & entiéres , le mélange & lunion
en êtoit difficile ; il en venoir à
DE DECEMBRE.
19
boût par une longue patience ; il repeignoit
jufqu'à trois & quatre fois la
même choſe ; & fans le fecours des
laques & des ftils de grain dont il ne
fe fervoit prefque jamais , parce que
le tems les altere ,la patience fecondée
d'un grand jugement donnoit à
fes ouvrages le fondu , la fraicheur ,
& l'union que l'on y remarque. Cette
maniéré lui a fi bien reuffi que l'on
voit de lui des Portraits peints , il y a
vingt , ,trente , & quarante années,
prefque auffi frais que le premier jour .
L'empreffement que le Public avoit
pour les Ouvrages de ce Peintre célébre
, & le prix qu'il y mettoit , n'ont
jamais diminué fa modeſtle , je dirai
même fa timidité : Elle paroiffoit par
tout , excepté dans fes Ouvrages.
Cette difpofition de l'Ame • qu'on
regarde comme une foibleffe , il la
chérifloit & fe la croyoit néceffaire :
Ma timidité , difoit il , m'empefche de
trop préfumer de mes forces , fur les
applaudiſſemens dont le Public m'honore.
Parce que je fuis timide , je veille .
& j'eftudie toûjours , & je me dis fouvent
à moi-mefme , que pour mériter:
une folide réputation , il faut toujours.
•
A
192 LE MERCURE
ignorer qu'elle eft acquife.
•
Par tout ce qui précéde , on comprendra
quel eftoit le caractére de M.-
Santerre. Je me contenterai d'ajouter
ici , pour en donner une idée plus
complete qu'un extérieur fimple
& naturel , eftoit toûjours chez lui
une marque certaine du fonds de fon
Ame. Qui jamais en effet le trouva
différent de ce qu'il paroiffoit eftre ?:
Sa converfation eftoit remplie de fertimens
d'honneur , d'équité , & de mc--
dération. Il aimoit la réputation & la
gloire ; c'eft pour elle feule qu'il a
travaillé toute fa vie , avec tant de .
foins & de peines. Jamais l'intereft nefui
a fait paffer la moindre faute dans
fes Ouvrages , ni emprunter la main
d'autrui , pour hâter fon gain . Il aimoit
le Public , il aimoit ceux qui
travaillent à lui plaire. Senfible à l'a .
mitié , il préféroit le plaifir de travailler
pour fes amis , aux avantages qui
lui eftoient offerts tous les jours par les
Grands & par les Riches. Et pour exprimer
en deux mots , le mérite du Peintre
& celui de l'homme fociable ; if
avoit des Envieux , mais il n'eut jamais
un Ennemi..
Un
DE DECEMBRE. 193
Un caractére fi fage & fi raiſonnable,
ne pouvoit pas fe démentir dans
l'occafion la plus importante. Apeine
fe crut-il menacé de la mort , qu'il remplît
avec une grande préfence d'efprit ,
tous les devoirs d'un bon Chrêtien ; &
aprés une maladie de fept jours , il
mourut enfin , pleuré de fes amis &.
regretté de tout le monde , le 21 de
Novembre , aux Galleries du Louvre ,
où le Roy lui avoit donné un logement
avec une penſion.
Ses principaux Ouvrages , font détaillés
dans le Dictionaire de Morery
de la derniere édition . Il a fait depuis,
entre autres Tableaux , & fuivant
l'ordre des tems , le Portrait de S.
A. S. Mlle de Clermont : Un Tableau
de huit ou neuf pieds de hauteur , réprefentant
les cinq fens , fous les Pottraits
de M. Périchon Notaire , de fa
Femme , & de leurs trois Enfans , to s
cinq de grandeur naturelle & en pie ".
Le Portrait de Mer le Régent auffi
enpied , & grand comme Nature , a .
compagné d'une Minerve & des autributs
de la Régence. Enfin, il a fini peu
de jours avant fa mort , un Tableau e
fept pieds de haut , réprefentant Adam
Décembre 1717. R
194 LE MERCURE
& Eve au Paradis Terreftre , avec un
grand Païfage , & quelques Animaux.
M. Santerre a fouvent dit › que dans
aucun de fes Ouvrages , il n'avoit
pouffé fi loin , felon lui , l'élegance &
la correction du deffin , la finelle de
l'expreffion , & la verité du coloris .
C'eſt par ces côtés qu'il le regardoit,
comme fon chef- d'oeuvre ; le Public
paroît confirmer de jugement , & la
Pofterité en dira peut- être davantage.
Comme il s'étoit répandu depuis
quelques jours dans cette Capitale ,
plufieurs Exemplaires d'un Ecrit qui
a pour Titre : Acte d'Appel de S. E.
M. le Cardinalde Noailles Archevêque
de Paris du 3 Avril 1717 , au Pape
mieux confeillé , & au futur Concile
Général , de la Conftitution de N. S. P.
le Pape Clément XI. du 8 Septembre
1717 , imprimé fans l'aveu & la parsicipation
de ce Prélat. Le Parlement s'affembla
le premier de ce mois & la Cour
faifant droit fur les Conclufions du
Procureur Général du Roy , ordonna
que les Exemplaires dudit Imprimé ,
feroient & demeureroient fupprimez ,
a fait deffenfes à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs & autres , d'en
DE DECORE. 196
-imprimer , vendre , débiter , ou autrement
diftribuer , fous les peines portées
par la Déclaration du 7 Octobre denier
, qui fufpend toutes les Difputes
& les Conteftations formées dans le
Royaume , à l'occafion de la derniere
Conſtitution du Pape .
Madame la Princeffe de Soubize
eft accouchée d'un garçon
Mademoiſelle de Duras , qui a époufé
M le Comte d'Egmont , prit le
29 du mois paffé , le Tabouret, pour la
premiere fois chez le Roy .
Le 2 , Madame permit à Me la
Ducheffe d'Aremberg , qui eft depuis
quelques tems à Paris , de l'aller voir.
Elle a anffi trouvé bon , que Mde la
Comteffè de Kinigfek Epoule de l'Am-
: baffadeur de l'Empereur , ût le même
honneur ; mais , comme ce Seigneur
n'a pas fait fon Entrée publique ,
cetre Dame ne peut pas encore être
reçûë en cérémonie.
Le 3 , on ût des nouvelles certaines
que la fanté du Roy d'Eſpagne fe rétabliffoit
de jour, en jour.
Le même jour , le Parlement fir
brûler par la main du Boureau, un Ecrit
imprimé à 2 colonnes : L'une conté
Rij
196 LE MERCURE
nant la Déclaration du Roy du 7 0-
tobre dernier , & l'autre , une Tra
duction en françois du Type de l'Em
pereur Conftant , qui deffend toutes les
difputes , conteftations & différens formés
dans fon Empire à l'occafion de la
Queſtion* d'une ou de deux volontés en
J. C. Au bas de cet Ecrit,fe trouve une
autre Traduction , intitulée : Le jugement
du Concile de Latran , fur le Type.
On reconnoit aifément , à la vûë de
ce Libelle , quelle a êté l'intention de
ceux qui l'ont répandu dans le Public ;
puifque le Parallele qu'ils font duType
de l'Empereur Conftant & de la Déclaration
du Roy , fait affez entendre ,
que comme le Concile de Latran a condamné
l'un , ils portent le même jugement
fur l'autre : De forte que fuivant
leur opinion , la derniére Déclaration
du Roy porte le caractére d'une Loy
injufte , laquelle ne doit point avoir
d'exécution . Comme cet efprit de
Critique , & en même tems de révolte
, eft un attentat contre l'Autorité
* Héréfie des Monothélites , qui fu
rent ainfi appellez ; parce qu'ils n'admettoient
qu'uneseule volonté en en]. C.
DE DECEMBRE. 197
Royale , la Cour ne pouvoit févir trop
rigoureufement contre un pareil Ecrit
& contre fon Auteur .
Le
Le4 ,les Etats d'Artois affemblez à Arras
, accordérent àS.M. d'un confentement
unanime , le don gratuit ordinaire .
5 , M. de Paris- Fontaine Ayde-
Major Général unique des Gardes du
Corps , fut gratifié par S. M. de la
Brigade -Lieutenance de feu M. de la
Boulaye
Madame Ducheffe de Berry , tine
Toilette , à laquelle fe trouvérent tous
les Miniftres Errangers , avec un grand
nombre de Courtifans.
On fut informé à la Cour , que M.
le Marquis d'Alincourt petit - fils de M.
le Maréchal de Villeroy , s'êtoit rendu
d'Allemagne à Venife , où il arriva le
12 Novembre ; aprés un féjour de
dix jours , il en eft parti pour Rome.
Le 7 , M. l'Abbé Dubois qui, par
ordre de la Cour , êtoit paffé à Londres
depuis quelques femaines , arriva ici
le 7 Décembre , pour rendre compte
à S. A. R. de fa Commiffion ; il deyoit
retourner dans peu .
y
M. de laBellarderie ancien Exempt ,
& Ayde-Major de la Compagnie de
Riij
198 LE MERCURE
Charôt , eft monté à l'Aide- Majorité
de Paris- Fontaine, à condition qu'on
ne le fépareroit pas de fes Camarades,
avec lefquels il avoit coûtume de fervir
M les Aydes- Majors feront le
fervice pour lui , quand il ne poura pas
s'y trouver.
Mgr le Duc s'eft abfenté des Confeils
, Samedy , Dimanche & Lundy ,
à caufe de la petite vérole de Malle de
Charolois , dont cette belle Princeffe
a êté attaquée ; on eſpére qu'elle n'en
fera point marquée.
Depuis que Mer le Duc eft Grand-
Maître des Miniéres de France , on
s'empreffe à lui envoyer plufieurs effais
de Mines d'or & d'argent , tirées des
différentes parties du Royaume ; dans
l'efpérance que ce Prince contribuëra
de tout fon pouvoir , à faire des épreuves
qui puiffent être avantageufes à
l'Etat .
Un Particulier a compofé un nouveau
métal , qui approche tellement de l'argent
, qu'il en a le poids , la couleur &
la dureté. L'Inventeur en follicite le
Privilége , & s'engage de le donner à
so fols la livre ; mais , on ne doute pas
que les Orfèvres & les Poitiers d'étain
DE DECEMBRE. 199
ne s'y oppofent pour empêcher qu'on
ne le mette en oeuvre .
M. le Comte de Clermont paroît
préfentement à la Cour en habit
´d Abbé .
Le 10 , il parut une Ordonnance du
Roy , portant réglement au fujet des
départemens du Confeil des Finances .
Elle est énoncée , comme il s'enfuit . "
→
A MAJESTE, par l'Article dernier
de fon Ordonnance du 14 .
Novembre 1715. fervant de Réglement
pour le Confeil de Finances
ayant ordonné que Monfieur le Duc
d'Orleans fon Oncle Regent , auroit
la faculté de changer tous les ans
ainfi qu'il jugeroit à propos , les Departemens
des membres dudit Confeil
: Eftant d'ailleurs convenable , de
former des Departemens pour les perfonnes
qui y ont efté appellées de.
puis ledit jour 14. Novembre 1715 .
& de faire une nouvelle diftribution,
à ceux qui eftoient chargez de dif
ferentes affaires qui ne fubfiftent plus ;
afin qu'ils puiffent tous travailler pour
le bien de l'Eftat. SA MAJESTE'
s'eftant fait reprefenter ladite Ordonnance
& celle du 24. Novembre
200 LE MERCURE
dernier , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a Ordonné & Ordonne
que les Departemens particuliers
dudit Confeil , feront reglez à
l'avenir de la maniere fuivante.
LE REGENT , en qualité d'Ordonnateur
, aura feul la Signature de
toures les Ordonnances concernant
les Dépenfès comptables & les Comptans
; tant pour Dépenfes fecrettes ,
Remifes , Interests , qu'autres de toute
nature , ainfi & de la même maniere
que faifoit le feu Roy , conformément
a la Declaration du 23. Septembre
1-715.
,'
LB REGENT aura pareillement
le Trefor Royal & les Parties Cafuelles
fuivant qu'il eft porté par
l'Ordonnance, fervant de Reglement
pour le Confeil de Finances du 14 .
Novembre 1715. & il a commis le
Sr. LE COUSTURIER , pour tenir
feul fous fes ordres , les Regiftres du
Roy , luy rendre compte directement
des Placets qui feront préfentez , pour
demander des Payemens ; Enfemble
pour expédier les Eftats de diftribution
& ordres neceffaires.
LADITE Ordonnance du 14.
:
DE DECEMBRE. 201
Novembre 1715. fervant de Reglement
pour ledit Confeil de Finances ,
fera executée fuivant fa forme & teen
ce qui concerne le Chef dudit
Confeil , le Prefident & le Vice-
Prefident .
neur ,
A l'égard des Départemens.
LE ST. DUC DE LA FORCE Vice-
Prefident , aura les Eftats des Finan--
ces des Généralitez de Toulouſe &
Montpellier , & ceux des Provinces
de Bretagne , Bourgogne , Artois .,
Bearn , Bigorre & Navarre , & les
Cahiers des Eftats defdites Provinces.
LE ST. AMELOT aura Entrée ,
Séance & Voix deliberative audit Confeil
, tant par rapport aux affaires .
du Commerce , qu'aux differens Bu-:
reaux des Finances dont il eft chargé.
LE Sr. LE PELLETIER DESFORTS
aura les Domaines , les Eftats des
Domaines , la Capitation , les Impofitions
des Provinces de Flandres
& de Franche Comté , les Eftats des.
Finances de Provence , & le Cahier
de l'Affemblée des Communautéz
dudit Pays.
LE Sr. ROULLIE' DU COUDRAY aura
202 LE MERCURE
•
l'infpection du Controlle des Quittances
du Tréfor Royal , des Parties
Cafuelles , & autres dependantes du
Controlle General des Finances ; les
Rentes , les grandes & petites Gabelles
, les Etats des Fermes , & les
Cinq Groffes Fermes .
>
LE Sr. LE PELLETIER DE LA
HOUSSAYE aura le Clergé , les
Monnoyes , les Impofitions d'Alface
& de Metz , les Fonds & Eftats au
vray de l'Extraordinaire des Guerres ,
Pain de Munition , Vivres , Artillerie,
des Baftimens & Maifons Royales ,
& de la Marine du Levant & du
Ponant.
LE Sr. FAGON aura les Eaux & Forefts
, les Eftats des Bois , les Chambres
des Compres du Royaume , les
debets & toute autre nature de deniers
& revenans- bons , à la pourfuite & diligence
du Controlleur des Reftes &
autres.
LE Sr. D'ORMESSON aura la Ferme
du Tabac , la Ferme des Poudres
& Salpêtres , les Eftats au vray des
Comptes à rendre du Dixième.
LE Sr. GILBERT DE VOYSINS aura
les Generalitez des Pays d'Elections ,
DE DECEMBRE. 204
pour la Taille , le Taillon , & les
Eftats des Finances defdites Généralitez
.
LE Sr. DE GAUMONT aura les Aydes
& Papier timbré , les Otroys
des Villes & dettes des Communautez .
LE ST . DE BAUDRY aura tous les
Eftats de dépenfe de la Maifon de Sa
Majefté , les Penfions , les Eftats de
dépenfes des Maifons de Madame lat
Ducheffe de Berry , de Madame , du
Regent , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans ; les Ponts & Chauffées
Turcies & levées , Barrage & Pavé
de Paris : En ce qui eft de Finance ,
les petites Chancelleries , les Ligues
Suilles .
Le St Dodun aura les Parlemens &
Cours Superieures , la Ferme des Greffes
, Amortiffemens , Franc - Fiefs &
nouveaux Acquets , celle du Contrôlle
& des Infinuations , la Ferme des
Huiles & les Etapes .
Le St de Fourqueux aura le Domaine
d'Occident , le Grand'Confeil , les
Bureaux des Finances.
Il fera établi un Bureau chez le Sr
Amelot Confeiller d'Etat , auquel affilteront
les Srs le Pelletier Desforts ,
>
234 LE MERCURE
•
de la Houffaye Confeillers d'Etat , les
Srs d'Ormeffon , Gilbert de Voyfins &
de Gaumont Maiftres des Requeſtes ;
pour travailler à l'Exécution de l'Art.
IX de l'Edit du mois d'Aouft dernier,
concernant toutes les différentes parties
employées dans tous les Etats qui
s'arrêtent au Confeil.
Il fera pareillement tenu un Bureau
chez le Sr Roüillé du Coudray , auquel
affifteront les Srs Fagon Confeiller
d'Etat , de Baudry , Dodun & de
Fourqueux ; pour travailler en exécution
de l'Article X dudit Etat du mois .
d'Aouft dernier , à dreffer un Etat Général
diftingué par Chapitres de toutes
les Finances des Offices & Droits fupprimez
; afin de pourvoir au payement
des interefts defdites Finances , & au
Remboursement des Capitaux.
Les Traitez ou Négociations , qui
auront paffé par les mains de ceux du
Confeil qui ont des Départemens Particuliers
, feront toujours propofez &
rédigez de concert avec les Chef &
Préfident dudit Confeil , qui recevront
les ordres du Régent,fur ce qui devra
eftre propofé audit Confeil ; & lorfqu'il
s'agira d'écrire des Lettres , &
DEDECEMBRE . 205
de donner ou d'envoyer des ordres
concernant les affaires générales , lefdites
Lettres feront écrites , & les ordres
fignez & envoyez par le Chef
ou par le Préſident dudit Confeil .
LES Fonctions qui appartiennent aux
Chef & Prefident dudit Confeil , fuivant
le préfent Reglement , & l'Ordonnance
du 14. Novembre 17 15.feront
exercées par le Vice- Prefident ,
en cas d'abſence ou maladie des Chef
& Prefident , qui ne leur permettront
pas d'y vacquer ; ce qui aura lieu
pareillement pour l'ancien dudit Confeil
en cas d'abſence , maladie ou empefchement
dudit Vice Preſident .
ORDON NE au furplus Sa Majefté,
que ladite Ordonnance , en forme de
Reglement du 14. Novembre 1715.
feraExecutée fe'on fa forme & teneur,
en tout ce qui n'eft point contraire au
prefent Reglement.
.
On a publié enLorraine , une Bulle
du Pape , par laquelle le S. P. accorde
à S. A. R. la permiffion de lever pendant
3 ans , le vingtiéme denier , fur les
revenus des biens Eccléfiaftiques de
fes Etats , même fur le cafuel des Carez
; en confidération des dépenses
-206
LE MERCURE
que ce Prince fait pour fecourir l'Empire
contre les Infidèles . Les particu-
Iters , dont lesBénéfices font fitués dans
le Barois , principalement ceux de
Ligni qui font du reffort de Paris , fe
difpofent d'appeller comme d'abus , à
ce dernier Tribunal , d'une Bulle qui
n'y a pas êté enregistrée .
Le onze , on publia une Ordonnance
de S. M. , qui deffend expreffément
à toutes perfonnes , de quelque qualité
& condition qu'elle foit , de tenir aucune
afféniblée de Jeux , même dans
les Maifons qui ont pour Infcription .
fur les Portes , les noms des Princes &
Princeffes du Sang Royal . Cette Ordonnance
à û un tel effet , que le lendemain
toutes les Académies de Jeux
ont êté fermées , perfonne n'ayant ofé
y contrevenir.
On a remarqué que M. le Prince
de Cellemaré Ambaffadeur d'Espagne,
n'a jamais voulu permettre qu'on fe
fervit de fon nom ni de fon droit ,
pour ces fortes d'Affemblées Les Fêtes
cependant , n'en ont pas êté moins fréquentes
dans fon Hôtel , où tout s'eft
toûjours paffé avec la derniére magnificence
.
DE DECEMBRE 207
Le 14 , Mst le Duc Regent fe fit
appliquer une feconde fois fur fon oeil ,
le remede Topique de M. Mouffart .
Le même jour , M. le Cardinal de
Rohan arriva ici de Strasbourg par
ordre de la Cour. Le16 , cette Eminence
alla voir Mer le Duc Régent ; & le
lendemain, M. le Cardinal de Noailles .
Le 18 , le Cardinal Archevêque alla
rendre fa vifire à M. de Strasbourg.
Ces deux Eminences paroiffent fort
contentes l'une de l'autre .
Le 15 au matin , on trouva M.
l'Abbé de Bonneuil affaffiné dans fon
Appartement avec fon Valet . Sur le
rapport des Chirurgiens , on a reconnu
qu'ils avoient û latête écrafée à coups
de bâtons de cotret , que les Auteurs
de ce meurtre avoient laiffés dans la
Chambre teins de leur fang ; & que le
Domestique avoit êté tué entre dix &
onze du foir , plus d'une heure avant
fon Maître . Comme l'Abbé étoit allé
fouper en Ville & qu'il ne rentroit ordinairement
que fort tard ils crurentqu'ils
auroient tout le temsde foüillerpar tout ,
& de faire leur main , avant fon retour ;
mais êtant revenu fur le minuit ,
beaucoup plûtôt qu'ils ne l'attendoient
>
208 LE MERCURE
avec fes Porteurs qu'il renvoya malhûreufement
, fans les faire monter
avec lui ; ces Scélérats ne fçachant
comment s'échaper, fans être apperçus
ou rencontrés , piirent fur le champ , le
parti de lui faire éprouver le même
fort qu'à fon Laquais ; ce qu'ils exécutérent
auffi facilement . Ce qui paroît
fort étonnant , c'eſt qu'on ait ôté la vie
à deux hommes ,fans que les Locataires
de la Maifon qui êtoient au deffus ,
au deffous, & à côté de l'endroit où cerse
action Tragique s'eft paffée , n'ayent
rien entendu de tous ces mouvemens.
Outre les coups fur la tête , dont ces
victimes infortunées ont êté affommées
, on a encore remarqué cinq bieflures
poftiches dans le corps du Maître , &
fept dans celui du Valet , faites felon
toutes les apparences , avec un gros
ftilet ; mais on prétend , que ni l'un ,
ny l'autre n'avoit déja plus de vie ,
lorfqu'on leur a porté ces nouveaux
coups ; & que ces Affaffin ; n'en ont
ufé ainfi , que pour mieux s'affûrer de
leur mort. Car , pour l'épée du Valet ,
& un couteau de chaffe du Maître , qui
êtoient auprés des deux cadavres , il n'y
a prefque pointde doute qu'ils n'y ayent
efté
DE DECEMBRE. 209
été mis exprés , pour faire croire qu'ils
s'êtoient battus enfemble . Quoique
M. Mariet Commiffaire , ait trouvé fur
l'Abbé , cinq louis neufs & deux loüis
vieux , fans compter un baffin à barbe
avec l'étuy à favonnere d'argent, il n'y a
prefque point de doute qu'on n'ait enle
vé quelque fomme confidérable.
Le 15 , Madame alla dîner à l'Abbaye
de Chelles , pour y voir Mademoifelle
, qui continue toûjours avec
ferveur fon Noviciar.
"
t
Le 17 , les Comédiens ordinaires da
Roy repréfentérent pour la premiere
fois fur leur Théatre , une Piéce en 3
Actes , en Vers , intitulée : La Métamorphofe
des Dieux , ou les Dieux
Comédiens . Elle eft de la compofition
du fieur Dancourt , & la Mufique des
Intermédes , de M. Mourer.
Le fond ou fujet de la Fable , n'eſt
autre que Jupiter , qui galand , à fon
ordinaire , defcend du Ciel pour cul
tiver , ou plûtôt pour féduire le coeur
d'une jeune Bergere , nommée Corine ,
dont il et éperduement amoureux . Il
amène à fuire les Divinitez , qui peuvent:
contribuer aux plaifirs de fa nonvelle:
Maiwelfactes qu
LE MERCURE
-
Bachus , Faunus &c. Le Maître des
Dieux à qui les déguifemens coutoient
fi peu fe traveftit en Homme d'affaires :
Par malheur pour lui , fa Maîtreffe
n'êtoit point du fiécle , & fon goût n'êtoit
point à la mode. Elle aime un
fimple Berger ; fon nom eft Philene ,
dont le coeur naïf & tendre lui tient
hieu de tout & fair fa félicité . Jupiter
joüoitd'un grand malheur ;car ,peut-être
cette fille eftoit- elle un Phénix unique
en fon efpéce. La fatalité de l'amour
du Dieu ne finit pas là ; Junon eft avertie
de la fortie galante de fon perfide
Epoux Pour la traverfer , elle
prend à fon tour, la figure de la Tante
de la Bergere ; & fous ce déguifement
confeille à ce coeur innocent , de fe referver
tout entiere à fon Perger , & de
tenir ferme contre la fortune & les préfens
du Dieu Partifan. Junon revole
aux Cieux Aprés ceeetite fupercherie
qui fortifie la petite fille dans
fes projets de conftance , la vraie Tante
paroit on la reconnoit par le relâchement
de fa Morale auprès de fa niéce .
Ce relâchement eft d'ufage : M. Dancourt
a faifi le vrai des moeurs de pareilles
Tutrices. Il feroit à fouhaiter
DE DECEMBRE. 211
que les images de ce vrai , n'emportaffent
pas avec elle certain caractére
trop peu ménagé qui en diminuë le
prix. On ne peut critiquer l'Auteur
que fur le choix de fon vrai , non fur
Fexpofition qu'il en a donné , qui n'eſt
que trop en ufage . Jupiter , qui en bon
mary, craint le reffentiment de fa femme
, & qu'elle ne foit affés magicienne ,
pour lui enlever la Corine , charge
Bachus d'un Anneau conftellé, pour en
faire préfent à fa Maîtreffe. Après
bien des façons , elle l'accepte , ayant
reconnu par expérience qu'il avoit la
vertu de rendre invifible quiconque
le porteroit au doigt. La jeune fille fe
fert de la bague contre le Dieu même.
Bien plus , elle fe fouftrait & fait
fouftraire Philéne par fa lumiére magique
aux yeux des Argus qu'il avoit
placé auprés d'elle ; à plus forte taifən
de la Tante moyénenfe , & par fon fecours,
elle a le plaifir de fe livrer à fon
Amant. Jupiter s'emporte contre les
Amours qui l'avoient fi mal fervi : Il·les
accufe du mauvais fuccés de fon in
trigue . Effectivement , ces Dieux fri
Pons s'êtoient piêtez aux deffeins ja
Joux de Junon. Le Maître du Tonnerre
Sij
212
LE MERCURE
voulant s'en vanger , les condamne
dans fa colere, à mourir comme les autres
homines ; & pour rendre fon Arrêt
irrévocable , il en jure par les eaux du
Stix . Devenu plux doux enfuite , par
un nouvel attachement & par les priéres
de Vénus , il adhère à l'adouciffement
que l'Inconftance lui propofe de
mettre à l'effet de fon ferment, qui eft,
que , puifqu'il ne peut plus empêcher
que les Amours ne meurent, il les laiffe
renaître auffitôt dans d'autres coeurs.
Voilà ce qui fonde la Métempficofe des
Amours.
Cette Piéce eft bien êcrite , & remplie
de traits d'efprit variés ; de façon
qu'onperd de vue les fautes principales,
s'il y en a. Jupiter à la vérité n'y eft
pas délicat ; mais , il y eft Partifan'; &
fous certe figure , il y donne les exemples
d'infidélité conjugale , que fourniffent
fouvent les originaux dont il
eft copie.
Il faut convenir que fi cette Comédie
a de quoi plaire , elle tire une partie
de fon agrement des Feftes que Jupiter
ordonne , pour amufer fa chere
Corine dans des Jardins enchantez ,
ù elle est renfermée. La, Mufique
·
DE DECEMBRE. 213
des Intermédes en eft aisée • enjoüée
, bien caractérisée & tout
à fait chantante ; auffi eft- elle de l'Auteur
des Festes de Thalie
Le 18 , les deux Batons d'Exempt
dans la Compagnie de Charôt eftant
vacants , ils ont efté donnés , l'un à
M. d'Augé fils du Comte , Major Génér
ral de la Gendarmerie
efté retiré de ce corps , & l'autre , à M.
d'Anault ,ancien Brigadier de ce Corps
qui avoit
Le 19 , Madame Ducheffe de Berry
tint Toilette , où fe trouvérent tous
les Ambaffadeurs & Miniftres , avec
un grand nombre de Seigneurs & de
Dames qui formoient un cercle magnifique
.
Le 11 , il arriva un Courier de
Bretagne qui a rapporté , que par ordre
du Roy , les Etats de cette Province
avoient esté fufpendus.
Le même jour , Mgr le Duc déclara
aux Maîtres d'Hotel du Roy , que
leur différent avec les premiers Gentils-
hommes de la Chambre , avoit êté
réglé , que fur leurs rémontrances & l'éxamen
de leurs Titres , touchant ce
qui fe pratiquoit du tems de Louis
XIV. Ils avoient êté mantenus en pof214
LE MERCURE
feffion de paroître chez le Roy , avec
leur Bâton de cérémonie , & d'avertir
eux -mêmes S. M. dans fa Chambre ,
dans fon grand Cabinet , chez M. le
Maréchal de Villeroy & chez Madame
la Ducheffe de Vantadour , que la
viande êtoit fervie ; mais , qu'ils n'entreroient
point dans le Cabinet particulier
, le Roy pouvant s'y être enfermé
pour des affaires particuliéres ;
que dans ce cas , ils fe contenteroient
d'avertir l'Huiffier que la viande eft
fur la Table.
2
M. le Comte de Kiniffegg Ambaffa
deur de l'Empereur ayant efté attaqué
en même tems de la goute & d'une
douleur très violente au fondement ;
après avoir êté agité de maux infupportables
pendant 15 jours , M. Anėl
Chirurgien de S. E. jugea à propos de
lui faire l'Opération de la fiftule à
Panus , parce qu'il y remarqua une eſpéce
de dureré fans tumeur fituée entre
le coxix & l'anus , qui fut fuivie
peu de tems après , d'une élévation à
la peau ; c'est ce qui détermina d'abord
ce Chirurgien à plonger fa lancette
de l'épaiffeur d'un pouce , avant
que d'arriver à la matiére qu'il fit écou
•
DE DECEMBRE.
215
•
ler , à la faveur de laquelle il fit le
lendemain 18 la grande Opération ,
en préſence de M. Helvetius le fils ,
Médecin , de M. le Dran le pere , de
M. Maliffain & Tartanfon , trois fameux
Chirurgiens de cette Ville , M.
Dubois célébre Apoticaire , y fut auffi
appellé. Si M. Anel n'avoit pas ouvert
cet abcés auffi ponctuellement ,'
il y avoit à craindre que S. Ex . n'en
ût êtéincommodée le reite de ſa vie
Voilà la deuxième fois que M. Anel
a fait hûreufement 2 cures très périlleufes
à ce Seigneur ; l'une en Italie ,
où il lui tira avec toute la dextérité
imaginable , une bale perdue dans les
chairs ; & l'autre , en cette derniére
occafion , fans qu'il luy foit furvenu le
moindre accident , & fans qu'il ait
û de fiévre : Tous les panfemens ont
êté fuportables & deviennent tous les
jours moins douloureux ; on juge qu'-
il ne faut que cinq femaines pour fon
parfait rétab iffement .
M. l'Abbé Bignon a reçu une Lettre
de M. Arefkin Général Ajudant &
Chambellan , du Czar , êcrite de Peterbourg
le 7 Novembre , dont voici
la fubftance ; il lui marque : Que S.
216 LE MERCURE
"
M. CZ. eft très fatisfaite que l'il'uftre.
Corpsde l'Academie des Sciences veüille
bien l'a gréger au nombre des Membres
qui le composent , en lui offrant fes nobles
travaux * depuis l'année 1699
jufqu'à préfent , comme un Tribut appartenant
de droit à chaque Académicien
; quefon Maître cherchera les occafions
d'en marquer fa reconno : fance ;
& que par la recherche exacte de toutes
les curiofitez les nouveautez que S.
M. pouradécouvrir dans fes Etats , elle
tâchera en les communiquant , de mé
riter le nom d'un bon Membre de cette
illuftre Académie.
du
S. M. approuve fort vôtre pensée ,
Monfieur, qu'en fait de Science , la difinition
fe tire moins du rang , que dis
génie , des talents & de l'application.
Pour ce qui vous concerne , elle est très
fenfible à votre manière d'agir envers
elle , pendant fon féjour en France , &
fouhaite des occafions de vous témoigner
toute l'amitiéqu'elle a confervéepourpous .
Pource qui eft de moi , M,je ne perdrai
jamais le précieux fouvenir de vôt , baute
capacité & decette extréme politeffe qui
• vous attirel'eftime la vénération de tous
les honêtes gens.
d'annoncer la mort de M. Santerre.
Depuis ce tems- là , un de fes Amis particuliers,
curieux d'ailleurs , bon connoiffeur
, m'a communiquécet Eloge, dont je
crois que la lecture fatisfera le Public.
JOURNAL DE PARIS.
Ban Baptifte Santerre naquit d'ho
nêtes Parens à Magni , près de Pontoife
, au mois de Mars de l'année ISSIO
Il perdit fon pere & fa mere dés fa
plus tendre enfance . I hérita d'eux
avec un peu de bien , beaucoup de
candeur & de probité .
.
Ses autres Parens incertains de la
profeffion dans laquelle ils engageroient
cet enfant , fe déterminérent
par le penchant de l'enfant même.
Q
185 LE MERCURE
Ils furent en cela plus faciles & plus
fages que les Parens ordinaires , qui
bornant opiniatrément leur vûë à l'état
où ils fe trouvent , contrarient &
étouffent fouvent dans leurs enfans ,
les difpofitions les plus hûreufes &
les talens les plus marquez . L'ardeur
& le goût que celui - ci montroit pour
le deffin , fit prendre le parti de le
livrer à la Peinture , & de l'amener à
Paris .
M. Santerre eft peut - être l'exemple
le plus fenfible , de ce que peut la feule
Nature en un Sujet qu'elle favoriſe.
Dans l'âge , & au centre des diffipations
, abandonné à lui-même , il ne
palla pas un jour fans faire quelque
êtude quieût raport à fon Art.
Malgré la modeftie & la docilité qui
le caractérifoient ec tous les Eléves,
´il ne put jamais s'empêcher de cher- .
cher la perfection de la Peinture , pardes
routes oppofées à celles qui lui
eltoient indiquées , & qui estoient fuivies
par fes Maîtres . Ils l'en reprenoient
fouvent ; on ne peut les en blamer : Ils
n'eftoient pas obligez de fçavoir , que
la Nature elle - même conduifoit ces.
Eléve pas à pas..
DE DECEMBRE. 187
Le jeune Santerre comprit de bonneheure
, que la feule Nature eftoit un
guide infaillible , & il réfolut de ne
s'attacher qu'à elle .
Il eft vrai, que par une grande méfiance
de foi-même ( qualité néceffaire
& peu commune à fon âge ) il quitta
quelquefois la route ordinaire, & chercha
à imiter les Maîtres les plus eftimés
de fon tems ; mais , il ne tarda gué
res à reconnoitre fon erreur. Averti
par deux perfonnes diftinguées
qui frapées de fes premiers fuccez
lui confeillérent alors de perdre de vûë
tous les Maîtres & de fuivre la feule
Nature , il fe livra à elle fans retour ;
il ne difcontinua plus de la chercher ,
& l'imita fidélement jufqu'au tombeau
.
L'événement juftifia fon choix : Sa
maniere de peindre fut fi différente de
celle de tous les Maîtres connus ,
qu'un jour , Monfeigneur le Régent ,
Prince auffi eftimable par fon grand
goût pour les Sciences & les Arts , que
refpectable par fon Augufle Naiffance
* M. le Marquis de Villarfean &
M. Defpreaux
1
185 LEMERCURE
ayant demandé à M. Santerre , & ayant
appris de lui , quels avoient efté les
Maîtres ; il lui fit l'honneur de lui répondre
: Vous avez bien fait de me.
les nommer ; car je ne les aurois jamais
devinez .
Ce grand Prince l'honoroit de fon
eitime : Il lui en a donné de fréquens témoignages
, il a eu la bonté de venir le
voir travailler plufieurs fois chez lui ;
depuis même que le poids de la
Régence lui laiffe fi peu de moments
libres. Un Suffrage fi éclairé fait feul
Féloge de M. Santerre Le Public
connoiffeur ne m'en défavoüera pas.
Ainfi , moins pour la gloire de cet
illuftre Peintre , que pour la fatisfa
&tion de ceux qui , comme lui , cherchent
le vrai , j'expoferai quelques
principes,& quelques maximes, dont il
a fouvent dit qu'il s'êtoit bien trouvé.J'y
joindrai quelques faits & quelques remarques,
qui acheveront fon caractére .
M. Santerre fit de bonne- heure des
études profondes fur l'Anatomie . Il
fe trouvoit fréquemment aux diffetions
; il en faifoit fouvent chez lui ;
& en parlant de cette Science , il difeit
que dans fon Art, il en fall favoir
DE DECEMBRE: 189
beaucoup , pour en laiffer voir un peu..
Son Principe, pour éviter d'eftre maniéré,
altoit d'imiter en tout la feuleNa--
ture ; parce que la Nature ne fe répétant
prefque jamais , & variant à l'infini
,le Peintre qui ne cherche qu'elle ,,
varie comme elle.
Il difoit fouvent , qu'il avoit apris ce
qu'il fçavoit , avec deux fortes de perfonnes
: La Méchanique de fon Art
dans les Académies & chez les Maitres;
tout le refte, avec les gens d'efprit .
C'est peut-être au commerce de ces
derniers qu'il doit ces penfées & ces
expreffions fines que l'on voit dans fes
Tableaux d'idée , & l'art de porter
ces fineffes de penfées & d'expreffions
jufques dans les Portraits .
Raportant tout la feule Nature
qu'il étudioit fans rélache , il trouvoit
des défauts dans l'antique même , &
dans les plus grands Peintres d'Italie ,
qu'il n'imitoit pas en tout : Il trouvoit
auffi des beautés dans les Modernes &
dans fes Contemporains. Il n'eftimoir
pas outrément les uns ; il rendoit justice
aux autres .
Quand les Connoiffeurs ou fes
Amis le follicitoient de fe faire une
190 LE MERCURE
1
maniére plus expéditive , & de ne pas
fondre fi parfaitement fes ouvrages ;
il leur répondoit deux chofes : La
premiére ; mes ouvrages , il eft vrai ,
font fondus avec un grand foin ; mais
la Nature l'eft encore davantage , &
je cherche à l'imiter : La feconde ; les
meilleurs Tableaux de Raphaél , du
Corege, du Titien & des autres grands
Maîtres font du moins auffi fondus
que les miens . Ainfi , la Nature m'ordonne
, & les exemples des grands
Maîtres me perfuadent de continuer ,..
comme j'ai commencé.
Il n'eft point de foins qu'il ne fe
foit donnés , pour rendre fes ouvrages -
durables , & pour ainfi dire , inaltera
bles : Il obfervoit jufqu'aux enfeignes
des boutiques ; il y remarquoit les couleurs
que le tems & le grand air detruifent
, & celles qu'ils laiffent dans
leur force. Enfin , aprés de mûres réflexions
fur cette partie de fon Art ,
il s'êtoit fait une regle , de n'employer
que des Terres au nombre de 4 ou 5 ,
dont le mélange lui fourniffoit toutes
fes reintes. Comme ces Terres font
fortes & entiéres , le mélange & lunion
en êtoit difficile ; il en venoir à
DE DECEMBRE.
19
boût par une longue patience ; il repeignoit
jufqu'à trois & quatre fois la
même choſe ; & fans le fecours des
laques & des ftils de grain dont il ne
fe fervoit prefque jamais , parce que
le tems les altere ,la patience fecondée
d'un grand jugement donnoit à
fes ouvrages le fondu , la fraicheur ,
& l'union que l'on y remarque. Cette
maniéré lui a fi bien reuffi que l'on
voit de lui des Portraits peints , il y a
vingt , ,trente , & quarante années,
prefque auffi frais que le premier jour .
L'empreffement que le Public avoit
pour les Ouvrages de ce Peintre célébre
, & le prix qu'il y mettoit , n'ont
jamais diminué fa modeſtle , je dirai
même fa timidité : Elle paroiffoit par
tout , excepté dans fes Ouvrages.
Cette difpofition de l'Ame • qu'on
regarde comme une foibleffe , il la
chérifloit & fe la croyoit néceffaire :
Ma timidité , difoit il , m'empefche de
trop préfumer de mes forces , fur les
applaudiſſemens dont le Public m'honore.
Parce que je fuis timide , je veille .
& j'eftudie toûjours , & je me dis fouvent
à moi-mefme , que pour mériter:
une folide réputation , il faut toujours.
•
A
192 LE MERCURE
ignorer qu'elle eft acquife.
•
Par tout ce qui précéde , on comprendra
quel eftoit le caractére de M.-
Santerre. Je me contenterai d'ajouter
ici , pour en donner une idée plus
complete qu'un extérieur fimple
& naturel , eftoit toûjours chez lui
une marque certaine du fonds de fon
Ame. Qui jamais en effet le trouva
différent de ce qu'il paroiffoit eftre ?:
Sa converfation eftoit remplie de fertimens
d'honneur , d'équité , & de mc--
dération. Il aimoit la réputation & la
gloire ; c'eft pour elle feule qu'il a
travaillé toute fa vie , avec tant de .
foins & de peines. Jamais l'intereft nefui
a fait paffer la moindre faute dans
fes Ouvrages , ni emprunter la main
d'autrui , pour hâter fon gain . Il aimoit
le Public , il aimoit ceux qui
travaillent à lui plaire. Senfible à l'a .
mitié , il préféroit le plaifir de travailler
pour fes amis , aux avantages qui
lui eftoient offerts tous les jours par les
Grands & par les Riches. Et pour exprimer
en deux mots , le mérite du Peintre
& celui de l'homme fociable ; if
avoit des Envieux , mais il n'eut jamais
un Ennemi..
Un
DE DECEMBRE. 193
Un caractére fi fage & fi raiſonnable,
ne pouvoit pas fe démentir dans
l'occafion la plus importante. Apeine
fe crut-il menacé de la mort , qu'il remplît
avec une grande préfence d'efprit ,
tous les devoirs d'un bon Chrêtien ; &
aprés une maladie de fept jours , il
mourut enfin , pleuré de fes amis &.
regretté de tout le monde , le 21 de
Novembre , aux Galleries du Louvre ,
où le Roy lui avoit donné un logement
avec une penſion.
Ses principaux Ouvrages , font détaillés
dans le Dictionaire de Morery
de la derniere édition . Il a fait depuis,
entre autres Tableaux , & fuivant
l'ordre des tems , le Portrait de S.
A. S. Mlle de Clermont : Un Tableau
de huit ou neuf pieds de hauteur , réprefentant
les cinq fens , fous les Pottraits
de M. Périchon Notaire , de fa
Femme , & de leurs trois Enfans , to s
cinq de grandeur naturelle & en pie ".
Le Portrait de Mer le Régent auffi
enpied , & grand comme Nature , a .
compagné d'une Minerve & des autributs
de la Régence. Enfin, il a fini peu
de jours avant fa mort , un Tableau e
fept pieds de haut , réprefentant Adam
Décembre 1717. R
194 LE MERCURE
& Eve au Paradis Terreftre , avec un
grand Païfage , & quelques Animaux.
M. Santerre a fouvent dit › que dans
aucun de fes Ouvrages , il n'avoit
pouffé fi loin , felon lui , l'élegance &
la correction du deffin , la finelle de
l'expreffion , & la verité du coloris .
C'eſt par ces côtés qu'il le regardoit,
comme fon chef- d'oeuvre ; le Public
paroît confirmer de jugement , & la
Pofterité en dira peut- être davantage.
Comme il s'étoit répandu depuis
quelques jours dans cette Capitale ,
plufieurs Exemplaires d'un Ecrit qui
a pour Titre : Acte d'Appel de S. E.
M. le Cardinalde Noailles Archevêque
de Paris du 3 Avril 1717 , au Pape
mieux confeillé , & au futur Concile
Général , de la Conftitution de N. S. P.
le Pape Clément XI. du 8 Septembre
1717 , imprimé fans l'aveu & la parsicipation
de ce Prélat. Le Parlement s'affembla
le premier de ce mois & la Cour
faifant droit fur les Conclufions du
Procureur Général du Roy , ordonna
que les Exemplaires dudit Imprimé ,
feroient & demeureroient fupprimez ,
a fait deffenfes à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs & autres , d'en
DE DECORE. 196
-imprimer , vendre , débiter , ou autrement
diftribuer , fous les peines portées
par la Déclaration du 7 Octobre denier
, qui fufpend toutes les Difputes
& les Conteftations formées dans le
Royaume , à l'occafion de la derniere
Conſtitution du Pape .
Madame la Princeffe de Soubize
eft accouchée d'un garçon
Mademoiſelle de Duras , qui a époufé
M le Comte d'Egmont , prit le
29 du mois paffé , le Tabouret, pour la
premiere fois chez le Roy .
Le 2 , Madame permit à Me la
Ducheffe d'Aremberg , qui eft depuis
quelques tems à Paris , de l'aller voir.
Elle a anffi trouvé bon , que Mde la
Comteffè de Kinigfek Epoule de l'Am-
: baffadeur de l'Empereur , ût le même
honneur ; mais , comme ce Seigneur
n'a pas fait fon Entrée publique ,
cetre Dame ne peut pas encore être
reçûë en cérémonie.
Le 3 , on ût des nouvelles certaines
que la fanté du Roy d'Eſpagne fe rétabliffoit
de jour, en jour.
Le même jour , le Parlement fir
brûler par la main du Boureau, un Ecrit
imprimé à 2 colonnes : L'une conté
Rij
196 LE MERCURE
nant la Déclaration du Roy du 7 0-
tobre dernier , & l'autre , une Tra
duction en françois du Type de l'Em
pereur Conftant , qui deffend toutes les
difputes , conteftations & différens formés
dans fon Empire à l'occafion de la
Queſtion* d'une ou de deux volontés en
J. C. Au bas de cet Ecrit,fe trouve une
autre Traduction , intitulée : Le jugement
du Concile de Latran , fur le Type.
On reconnoit aifément , à la vûë de
ce Libelle , quelle a êté l'intention de
ceux qui l'ont répandu dans le Public ;
puifque le Parallele qu'ils font duType
de l'Empereur Conftant & de la Déclaration
du Roy , fait affez entendre ,
que comme le Concile de Latran a condamné
l'un , ils portent le même jugement
fur l'autre : De forte que fuivant
leur opinion , la derniére Déclaration
du Roy porte le caractére d'une Loy
injufte , laquelle ne doit point avoir
d'exécution . Comme cet efprit de
Critique , & en même tems de révolte
, eft un attentat contre l'Autorité
* Héréfie des Monothélites , qui fu
rent ainfi appellez ; parce qu'ils n'admettoient
qu'uneseule volonté en en]. C.
DE DECEMBRE. 197
Royale , la Cour ne pouvoit févir trop
rigoureufement contre un pareil Ecrit
& contre fon Auteur .
Le
Le4 ,les Etats d'Artois affemblez à Arras
, accordérent àS.M. d'un confentement
unanime , le don gratuit ordinaire .
5 , M. de Paris- Fontaine Ayde-
Major Général unique des Gardes du
Corps , fut gratifié par S. M. de la
Brigade -Lieutenance de feu M. de la
Boulaye
Madame Ducheffe de Berry , tine
Toilette , à laquelle fe trouvérent tous
les Miniftres Errangers , avec un grand
nombre de Courtifans.
On fut informé à la Cour , que M.
le Marquis d'Alincourt petit - fils de M.
le Maréchal de Villeroy , s'êtoit rendu
d'Allemagne à Venife , où il arriva le
12 Novembre ; aprés un féjour de
dix jours , il en eft parti pour Rome.
Le 7 , M. l'Abbé Dubois qui, par
ordre de la Cour , êtoit paffé à Londres
depuis quelques femaines , arriva ici
le 7 Décembre , pour rendre compte
à S. A. R. de fa Commiffion ; il deyoit
retourner dans peu .
y
M. de laBellarderie ancien Exempt ,
& Ayde-Major de la Compagnie de
Riij
198 LE MERCURE
Charôt , eft monté à l'Aide- Majorité
de Paris- Fontaine, à condition qu'on
ne le fépareroit pas de fes Camarades,
avec lefquels il avoit coûtume de fervir
M les Aydes- Majors feront le
fervice pour lui , quand il ne poura pas
s'y trouver.
Mgr le Duc s'eft abfenté des Confeils
, Samedy , Dimanche & Lundy ,
à caufe de la petite vérole de Malle de
Charolois , dont cette belle Princeffe
a êté attaquée ; on eſpére qu'elle n'en
fera point marquée.
Depuis que Mer le Duc eft Grand-
Maître des Miniéres de France , on
s'empreffe à lui envoyer plufieurs effais
de Mines d'or & d'argent , tirées des
différentes parties du Royaume ; dans
l'efpérance que ce Prince contribuëra
de tout fon pouvoir , à faire des épreuves
qui puiffent être avantageufes à
l'Etat .
Un Particulier a compofé un nouveau
métal , qui approche tellement de l'argent
, qu'il en a le poids , la couleur &
la dureté. L'Inventeur en follicite le
Privilége , & s'engage de le donner à
so fols la livre ; mais , on ne doute pas
que les Orfèvres & les Poitiers d'étain
DE DECEMBRE. 199
ne s'y oppofent pour empêcher qu'on
ne le mette en oeuvre .
M. le Comte de Clermont paroît
préfentement à la Cour en habit
´d Abbé .
Le 10 , il parut une Ordonnance du
Roy , portant réglement au fujet des
départemens du Confeil des Finances .
Elle est énoncée , comme il s'enfuit . "
→
A MAJESTE, par l'Article dernier
de fon Ordonnance du 14 .
Novembre 1715. fervant de Réglement
pour le Confeil de Finances
ayant ordonné que Monfieur le Duc
d'Orleans fon Oncle Regent , auroit
la faculté de changer tous les ans
ainfi qu'il jugeroit à propos , les Departemens
des membres dudit Confeil
: Eftant d'ailleurs convenable , de
former des Departemens pour les perfonnes
qui y ont efté appellées de.
puis ledit jour 14. Novembre 1715 .
& de faire une nouvelle diftribution,
à ceux qui eftoient chargez de dif
ferentes affaires qui ne fubfiftent plus ;
afin qu'ils puiffent tous travailler pour
le bien de l'Eftat. SA MAJESTE'
s'eftant fait reprefenter ladite Ordonnance
& celle du 24. Novembre
200 LE MERCURE
dernier , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a Ordonné & Ordonne
que les Departemens particuliers
dudit Confeil , feront reglez à
l'avenir de la maniere fuivante.
LE REGENT , en qualité d'Ordonnateur
, aura feul la Signature de
toures les Ordonnances concernant
les Dépenfès comptables & les Comptans
; tant pour Dépenfes fecrettes ,
Remifes , Interests , qu'autres de toute
nature , ainfi & de la même maniere
que faifoit le feu Roy , conformément
a la Declaration du 23. Septembre
1-715.
,'
LB REGENT aura pareillement
le Trefor Royal & les Parties Cafuelles
fuivant qu'il eft porté par
l'Ordonnance, fervant de Reglement
pour le Confeil de Finances du 14 .
Novembre 1715. & il a commis le
Sr. LE COUSTURIER , pour tenir
feul fous fes ordres , les Regiftres du
Roy , luy rendre compte directement
des Placets qui feront préfentez , pour
demander des Payemens ; Enfemble
pour expédier les Eftats de diftribution
& ordres neceffaires.
LADITE Ordonnance du 14.
:
DE DECEMBRE. 201
Novembre 1715. fervant de Reglement
pour ledit Confeil de Finances ,
fera executée fuivant fa forme & teen
ce qui concerne le Chef dudit
Confeil , le Prefident & le Vice-
Prefident .
neur ,
A l'égard des Départemens.
LE ST. DUC DE LA FORCE Vice-
Prefident , aura les Eftats des Finan--
ces des Généralitez de Toulouſe &
Montpellier , & ceux des Provinces
de Bretagne , Bourgogne , Artois .,
Bearn , Bigorre & Navarre , & les
Cahiers des Eftats defdites Provinces.
LE ST. AMELOT aura Entrée ,
Séance & Voix deliberative audit Confeil
, tant par rapport aux affaires .
du Commerce , qu'aux differens Bu-:
reaux des Finances dont il eft chargé.
LE Sr. LE PELLETIER DESFORTS
aura les Domaines , les Eftats des
Domaines , la Capitation , les Impofitions
des Provinces de Flandres
& de Franche Comté , les Eftats des.
Finances de Provence , & le Cahier
de l'Affemblée des Communautéz
dudit Pays.
LE Sr. ROULLIE' DU COUDRAY aura
202 LE MERCURE
•
l'infpection du Controlle des Quittances
du Tréfor Royal , des Parties
Cafuelles , & autres dependantes du
Controlle General des Finances ; les
Rentes , les grandes & petites Gabelles
, les Etats des Fermes , & les
Cinq Groffes Fermes .
>
LE Sr. LE PELLETIER DE LA
HOUSSAYE aura le Clergé , les
Monnoyes , les Impofitions d'Alface
& de Metz , les Fonds & Eftats au
vray de l'Extraordinaire des Guerres ,
Pain de Munition , Vivres , Artillerie,
des Baftimens & Maifons Royales ,
& de la Marine du Levant & du
Ponant.
LE Sr. FAGON aura les Eaux & Forefts
, les Eftats des Bois , les Chambres
des Compres du Royaume , les
debets & toute autre nature de deniers
& revenans- bons , à la pourfuite & diligence
du Controlleur des Reftes &
autres.
LE Sr. D'ORMESSON aura la Ferme
du Tabac , la Ferme des Poudres
& Salpêtres , les Eftats au vray des
Comptes à rendre du Dixième.
LE Sr. GILBERT DE VOYSINS aura
les Generalitez des Pays d'Elections ,
DE DECEMBRE. 204
pour la Taille , le Taillon , & les
Eftats des Finances defdites Généralitez
.
LE Sr. DE GAUMONT aura les Aydes
& Papier timbré , les Otroys
des Villes & dettes des Communautez .
LE ST . DE BAUDRY aura tous les
Eftats de dépenfe de la Maifon de Sa
Majefté , les Penfions , les Eftats de
dépenfes des Maifons de Madame lat
Ducheffe de Berry , de Madame , du
Regent , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans ; les Ponts & Chauffées
Turcies & levées , Barrage & Pavé
de Paris : En ce qui eft de Finance ,
les petites Chancelleries , les Ligues
Suilles .
Le St Dodun aura les Parlemens &
Cours Superieures , la Ferme des Greffes
, Amortiffemens , Franc - Fiefs &
nouveaux Acquets , celle du Contrôlle
& des Infinuations , la Ferme des
Huiles & les Etapes .
Le St de Fourqueux aura le Domaine
d'Occident , le Grand'Confeil , les
Bureaux des Finances.
Il fera établi un Bureau chez le Sr
Amelot Confeiller d'Etat , auquel affilteront
les Srs le Pelletier Desforts ,
>
234 LE MERCURE
•
de la Houffaye Confeillers d'Etat , les
Srs d'Ormeffon , Gilbert de Voyfins &
de Gaumont Maiftres des Requeſtes ;
pour travailler à l'Exécution de l'Art.
IX de l'Edit du mois d'Aouft dernier,
concernant toutes les différentes parties
employées dans tous les Etats qui
s'arrêtent au Confeil.
Il fera pareillement tenu un Bureau
chez le Sr Roüillé du Coudray , auquel
affifteront les Srs Fagon Confeiller
d'Etat , de Baudry , Dodun & de
Fourqueux ; pour travailler en exécution
de l'Article X dudit Etat du mois .
d'Aouft dernier , à dreffer un Etat Général
diftingué par Chapitres de toutes
les Finances des Offices & Droits fupprimez
; afin de pourvoir au payement
des interefts defdites Finances , & au
Remboursement des Capitaux.
Les Traitez ou Négociations , qui
auront paffé par les mains de ceux du
Confeil qui ont des Départemens Particuliers
, feront toujours propofez &
rédigez de concert avec les Chef &
Préfident dudit Confeil , qui recevront
les ordres du Régent,fur ce qui devra
eftre propofé audit Confeil ; & lorfqu'il
s'agira d'écrire des Lettres , &
DEDECEMBRE . 205
de donner ou d'envoyer des ordres
concernant les affaires générales , lefdites
Lettres feront écrites , & les ordres
fignez & envoyez par le Chef
ou par le Préſident dudit Confeil .
LES Fonctions qui appartiennent aux
Chef & Prefident dudit Confeil , fuivant
le préfent Reglement , & l'Ordonnance
du 14. Novembre 17 15.feront
exercées par le Vice- Prefident ,
en cas d'abſence ou maladie des Chef
& Prefident , qui ne leur permettront
pas d'y vacquer ; ce qui aura lieu
pareillement pour l'ancien dudit Confeil
en cas d'abſence , maladie ou empefchement
dudit Vice Preſident .
ORDON NE au furplus Sa Majefté,
que ladite Ordonnance , en forme de
Reglement du 14. Novembre 1715.
feraExecutée fe'on fa forme & teneur,
en tout ce qui n'eft point contraire au
prefent Reglement.
.
On a publié enLorraine , une Bulle
du Pape , par laquelle le S. P. accorde
à S. A. R. la permiffion de lever pendant
3 ans , le vingtiéme denier , fur les
revenus des biens Eccléfiaftiques de
fes Etats , même fur le cafuel des Carez
; en confidération des dépenses
-206
LE MERCURE
que ce Prince fait pour fecourir l'Empire
contre les Infidèles . Les particu-
Iters , dont lesBénéfices font fitués dans
le Barois , principalement ceux de
Ligni qui font du reffort de Paris , fe
difpofent d'appeller comme d'abus , à
ce dernier Tribunal , d'une Bulle qui
n'y a pas êté enregistrée .
Le onze , on publia une Ordonnance
de S. M. , qui deffend expreffément
à toutes perfonnes , de quelque qualité
& condition qu'elle foit , de tenir aucune
afféniblée de Jeux , même dans
les Maifons qui ont pour Infcription .
fur les Portes , les noms des Princes &
Princeffes du Sang Royal . Cette Ordonnance
à û un tel effet , que le lendemain
toutes les Académies de Jeux
ont êté fermées , perfonne n'ayant ofé
y contrevenir.
On a remarqué que M. le Prince
de Cellemaré Ambaffadeur d'Espagne,
n'a jamais voulu permettre qu'on fe
fervit de fon nom ni de fon droit ,
pour ces fortes d'Affemblées Les Fêtes
cependant , n'en ont pas êté moins fréquentes
dans fon Hôtel , où tout s'eft
toûjours paffé avec la derniére magnificence
.
DE DECEMBRE 207
Le 14 , Mst le Duc Regent fe fit
appliquer une feconde fois fur fon oeil ,
le remede Topique de M. Mouffart .
Le même jour , M. le Cardinal de
Rohan arriva ici de Strasbourg par
ordre de la Cour. Le16 , cette Eminence
alla voir Mer le Duc Régent ; & le
lendemain, M. le Cardinal de Noailles .
Le 18 , le Cardinal Archevêque alla
rendre fa vifire à M. de Strasbourg.
Ces deux Eminences paroiffent fort
contentes l'une de l'autre .
Le 15 au matin , on trouva M.
l'Abbé de Bonneuil affaffiné dans fon
Appartement avec fon Valet . Sur le
rapport des Chirurgiens , on a reconnu
qu'ils avoient û latête écrafée à coups
de bâtons de cotret , que les Auteurs
de ce meurtre avoient laiffés dans la
Chambre teins de leur fang ; & que le
Domestique avoit êté tué entre dix &
onze du foir , plus d'une heure avant
fon Maître . Comme l'Abbé étoit allé
fouper en Ville & qu'il ne rentroit ordinairement
que fort tard ils crurentqu'ils
auroient tout le temsde foüillerpar tout ,
& de faire leur main , avant fon retour ;
mais êtant revenu fur le minuit ,
beaucoup plûtôt qu'ils ne l'attendoient
>
208 LE MERCURE
avec fes Porteurs qu'il renvoya malhûreufement
, fans les faire monter
avec lui ; ces Scélérats ne fçachant
comment s'échaper, fans être apperçus
ou rencontrés , piirent fur le champ , le
parti de lui faire éprouver le même
fort qu'à fon Laquais ; ce qu'ils exécutérent
auffi facilement . Ce qui paroît
fort étonnant , c'eſt qu'on ait ôté la vie
à deux hommes ,fans que les Locataires
de la Maifon qui êtoient au deffus ,
au deffous, & à côté de l'endroit où cerse
action Tragique s'eft paffée , n'ayent
rien entendu de tous ces mouvemens.
Outre les coups fur la tête , dont ces
victimes infortunées ont êté affommées
, on a encore remarqué cinq bieflures
poftiches dans le corps du Maître , &
fept dans celui du Valet , faites felon
toutes les apparences , avec un gros
ftilet ; mais on prétend , que ni l'un ,
ny l'autre n'avoit déja plus de vie ,
lorfqu'on leur a porté ces nouveaux
coups ; & que ces Affaffin ; n'en ont
ufé ainfi , que pour mieux s'affûrer de
leur mort. Car , pour l'épée du Valet ,
& un couteau de chaffe du Maître , qui
êtoient auprés des deux cadavres , il n'y
a prefque pointde doute qu'ils n'y ayent
efté
DE DECEMBRE. 209
été mis exprés , pour faire croire qu'ils
s'êtoient battus enfemble . Quoique
M. Mariet Commiffaire , ait trouvé fur
l'Abbé , cinq louis neufs & deux loüis
vieux , fans compter un baffin à barbe
avec l'étuy à favonnere d'argent, il n'y a
prefque point de doute qu'on n'ait enle
vé quelque fomme confidérable.
Le 15 , Madame alla dîner à l'Abbaye
de Chelles , pour y voir Mademoifelle
, qui continue toûjours avec
ferveur fon Noviciar.
"
t
Le 17 , les Comédiens ordinaires da
Roy repréfentérent pour la premiere
fois fur leur Théatre , une Piéce en 3
Actes , en Vers , intitulée : La Métamorphofe
des Dieux , ou les Dieux
Comédiens . Elle eft de la compofition
du fieur Dancourt , & la Mufique des
Intermédes , de M. Mourer.
Le fond ou fujet de la Fable , n'eſt
autre que Jupiter , qui galand , à fon
ordinaire , defcend du Ciel pour cul
tiver , ou plûtôt pour féduire le coeur
d'une jeune Bergere , nommée Corine ,
dont il et éperduement amoureux . Il
amène à fuire les Divinitez , qui peuvent:
contribuer aux plaifirs de fa nonvelle:
Maiwelfactes qu
LE MERCURE
-
Bachus , Faunus &c. Le Maître des
Dieux à qui les déguifemens coutoient
fi peu fe traveftit en Homme d'affaires :
Par malheur pour lui , fa Maîtreffe
n'êtoit point du fiécle , & fon goût n'êtoit
point à la mode. Elle aime un
fimple Berger ; fon nom eft Philene ,
dont le coeur naïf & tendre lui tient
hieu de tout & fair fa félicité . Jupiter
joüoitd'un grand malheur ;car ,peut-être
cette fille eftoit- elle un Phénix unique
en fon efpéce. La fatalité de l'amour
du Dieu ne finit pas là ; Junon eft avertie
de la fortie galante de fon perfide
Epoux Pour la traverfer , elle
prend à fon tour, la figure de la Tante
de la Bergere ; & fous ce déguifement
confeille à ce coeur innocent , de fe referver
tout entiere à fon Perger , & de
tenir ferme contre la fortune & les préfens
du Dieu Partifan. Junon revole
aux Cieux Aprés ceeetite fupercherie
qui fortifie la petite fille dans
fes projets de conftance , la vraie Tante
paroit on la reconnoit par le relâchement
de fa Morale auprès de fa niéce .
Ce relâchement eft d'ufage : M. Dancourt
a faifi le vrai des moeurs de pareilles
Tutrices. Il feroit à fouhaiter
DE DECEMBRE. 211
que les images de ce vrai , n'emportaffent
pas avec elle certain caractére
trop peu ménagé qui en diminuë le
prix. On ne peut critiquer l'Auteur
que fur le choix de fon vrai , non fur
Fexpofition qu'il en a donné , qui n'eſt
que trop en ufage . Jupiter , qui en bon
mary, craint le reffentiment de fa femme
, & qu'elle ne foit affés magicienne ,
pour lui enlever la Corine , charge
Bachus d'un Anneau conftellé, pour en
faire préfent à fa Maîtreffe. Après
bien des façons , elle l'accepte , ayant
reconnu par expérience qu'il avoit la
vertu de rendre invifible quiconque
le porteroit au doigt. La jeune fille fe
fert de la bague contre le Dieu même.
Bien plus , elle fe fouftrait & fait
fouftraire Philéne par fa lumiére magique
aux yeux des Argus qu'il avoit
placé auprés d'elle ; à plus forte taifən
de la Tante moyénenfe , & par fon fecours,
elle a le plaifir de fe livrer à fon
Amant. Jupiter s'emporte contre les
Amours qui l'avoient fi mal fervi : Il·les
accufe du mauvais fuccés de fon in
trigue . Effectivement , ces Dieux fri
Pons s'êtoient piêtez aux deffeins ja
Joux de Junon. Le Maître du Tonnerre
Sij
212
LE MERCURE
voulant s'en vanger , les condamne
dans fa colere, à mourir comme les autres
homines ; & pour rendre fon Arrêt
irrévocable , il en jure par les eaux du
Stix . Devenu plux doux enfuite , par
un nouvel attachement & par les priéres
de Vénus , il adhère à l'adouciffement
que l'Inconftance lui propofe de
mettre à l'effet de fon ferment, qui eft,
que , puifqu'il ne peut plus empêcher
que les Amours ne meurent, il les laiffe
renaître auffitôt dans d'autres coeurs.
Voilà ce qui fonde la Métempficofe des
Amours.
Cette Piéce eft bien êcrite , & remplie
de traits d'efprit variés ; de façon
qu'onperd de vue les fautes principales,
s'il y en a. Jupiter à la vérité n'y eft
pas délicat ; mais , il y eft Partifan'; &
fous certe figure , il y donne les exemples
d'infidélité conjugale , que fourniffent
fouvent les originaux dont il
eft copie.
Il faut convenir que fi cette Comédie
a de quoi plaire , elle tire une partie
de fon agrement des Feftes que Jupiter
ordonne , pour amufer fa chere
Corine dans des Jardins enchantez ,
ù elle est renfermée. La, Mufique
·
DE DECEMBRE. 213
des Intermédes en eft aisée • enjoüée
, bien caractérisée & tout
à fait chantante ; auffi eft- elle de l'Auteur
des Festes de Thalie
Le 18 , les deux Batons d'Exempt
dans la Compagnie de Charôt eftant
vacants , ils ont efté donnés , l'un à
M. d'Augé fils du Comte , Major Génér
ral de la Gendarmerie
efté retiré de ce corps , & l'autre , à M.
d'Anault ,ancien Brigadier de ce Corps
qui avoit
Le 19 , Madame Ducheffe de Berry
tint Toilette , où fe trouvérent tous
les Ambaffadeurs & Miniftres , avec
un grand nombre de Seigneurs & de
Dames qui formoient un cercle magnifique
.
Le 11 , il arriva un Courier de
Bretagne qui a rapporté , que par ordre
du Roy , les Etats de cette Province
avoient esté fufpendus.
Le même jour , Mgr le Duc déclara
aux Maîtres d'Hotel du Roy , que
leur différent avec les premiers Gentils-
hommes de la Chambre , avoit êté
réglé , que fur leurs rémontrances & l'éxamen
de leurs Titres , touchant ce
qui fe pratiquoit du tems de Louis
XIV. Ils avoient êté mantenus en pof214
LE MERCURE
feffion de paroître chez le Roy , avec
leur Bâton de cérémonie , & d'avertir
eux -mêmes S. M. dans fa Chambre ,
dans fon grand Cabinet , chez M. le
Maréchal de Villeroy & chez Madame
la Ducheffe de Vantadour , que la
viande êtoit fervie ; mais , qu'ils n'entreroient
point dans le Cabinet particulier
, le Roy pouvant s'y être enfermé
pour des affaires particuliéres ;
que dans ce cas , ils fe contenteroient
d'avertir l'Huiffier que la viande eft
fur la Table.
2
M. le Comte de Kiniffegg Ambaffa
deur de l'Empereur ayant efté attaqué
en même tems de la goute & d'une
douleur très violente au fondement ;
après avoir êté agité de maux infupportables
pendant 15 jours , M. Anėl
Chirurgien de S. E. jugea à propos de
lui faire l'Opération de la fiftule à
Panus , parce qu'il y remarqua une eſpéce
de dureré fans tumeur fituée entre
le coxix & l'anus , qui fut fuivie
peu de tems après , d'une élévation à
la peau ; c'est ce qui détermina d'abord
ce Chirurgien à plonger fa lancette
de l'épaiffeur d'un pouce , avant
que d'arriver à la matiére qu'il fit écou
•
DE DECEMBRE.
215
•
ler , à la faveur de laquelle il fit le
lendemain 18 la grande Opération ,
en préſence de M. Helvetius le fils ,
Médecin , de M. le Dran le pere , de
M. Maliffain & Tartanfon , trois fameux
Chirurgiens de cette Ville , M.
Dubois célébre Apoticaire , y fut auffi
appellé. Si M. Anel n'avoit pas ouvert
cet abcés auffi ponctuellement ,'
il y avoit à craindre que S. Ex . n'en
ût êtéincommodée le reite de ſa vie
Voilà la deuxième fois que M. Anel
a fait hûreufement 2 cures très périlleufes
à ce Seigneur ; l'une en Italie ,
où il lui tira avec toute la dextérité
imaginable , une bale perdue dans les
chairs ; & l'autre , en cette derniére
occafion , fans qu'il luy foit furvenu le
moindre accident , & fans qu'il ait
û de fiévre : Tous les panfemens ont
êté fuportables & deviennent tous les
jours moins douloureux ; on juge qu'-
il ne faut que cinq femaines pour fon
parfait rétab iffement .
M. l'Abbé Bignon a reçu une Lettre
de M. Arefkin Général Ajudant &
Chambellan , du Czar , êcrite de Peterbourg
le 7 Novembre , dont voici
la fubftance ; il lui marque : Que S.
216 LE MERCURE
"
M. CZ. eft très fatisfaite que l'il'uftre.
Corpsde l'Academie des Sciences veüille
bien l'a gréger au nombre des Membres
qui le composent , en lui offrant fes nobles
travaux * depuis l'année 1699
jufqu'à préfent , comme un Tribut appartenant
de droit à chaque Académicien
; quefon Maître cherchera les occafions
d'en marquer fa reconno : fance ;
& que par la recherche exacte de toutes
les curiofitez les nouveautez que S.
M. pouradécouvrir dans fes Etats , elle
tâchera en les communiquant , de mé
riter le nom d'un bon Membre de cette
illuftre Académie.
du
S. M. approuve fort vôtre pensée ,
Monfieur, qu'en fait de Science , la difinition
fe tire moins du rang , que dis
génie , des talents & de l'application.
Pour ce qui vous concerne , elle est très
fenfible à votre manière d'agir envers
elle , pendant fon féjour en France , &
fouhaite des occafions de vous témoigner
toute l'amitiéqu'elle a confervéepourpous .
Pource qui eft de moi , M,je ne perdrai
jamais le précieux fouvenir de vôt , baute
capacité & decette extréme politeffe qui
• vous attirel'eftime la vénération de tous
les honêtes gens.
Fermer
Résumé : JOURNAL DE PARIS.
Baptiste Santerre, né en 1692 à Abancourt, fut un peintre reconnu pour sa probité et son ardeur. Orphelin, il hérita d'une fortune et d'un goût pour le dessin, ce qui le conduisit à Paris pour étudier la peinture. Santerre privilégiait l'observation directe de la nature et évitait de copier les maîtres, critiquant même les œuvres antiques et italiennes. Il se concentra sur l'étude de l'anatomie et utilisa des terres pour assurer la durabilité de ses œuvres. Ses portraits, réalisés avec patience, étaient appréciés pour leur durabilité et leur fraîcheur. Santerre valorisait la réputation et l'intégrité, préférant travailler pour ses amis plutôt que pour des personnes influentes. Ses œuvres incluaient des portraits de personnalités notables et des tableaux religieux. Il décéda le 21 novembre après une courte maladie, laissant une réputation intacte. Le texte mentionne également des controverses religieuses et des événements politiques. Une traduction française du 'Type de l'Empereur Constance' défendait les monothélites, provoquant une réaction sévère de la cour. Divers événements à la cour sont relatés, incluant des nominations et des promotions. Le document détaille aussi la répartition des responsabilités financières parmi plusieurs individus, chacun supervisant des domaines spécifiques comme les Domaines, les finances du Clergé, les Eaux et Forêts, et les généralités des pays d'élections. En décembre, plusieurs événements marquants eurent lieu. Le 15 décembre, le meurtre de l'Abbé de Bonneuil et de son valet fut découvert. Le 17 décembre, les comédiens du roi présentèrent 'La Métamorphose des Dieux, ou les Dieux Comédiens' de Dancourt, avec la musique des intermèdes composée par Mourer. Cette pièce explore les intrigues amoureuses et les transformations des dieux. Le 18 décembre, deux postes de Batons d'Exempt dans la Compagnie de Charôt furent attribués à M. d'Augé et M. d'Anault. Le 19 décembre, Madame la Duchesse de Berry organisa une toilette à laquelle assistèrent ambassadeurs, ministres, seigneurs et dames. Le 11 décembre, les États de Bretagne furent suspendus sur ordre du Roi. M. l'Abbé Bignon reçut une lettre de M. Areskin, Général Ajudant et Chambellan du Czar, exprimant la satisfaction de Sa Majesté impériale d'être agrégé à l'Académie des Sciences.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16
p. 86-117
LETTRE CRITIQUE Ecrite à l'Auteur du Mercure, sur la Comedie qui a pour titre, Momus Fabuliste, ou les Nôces de Vulcain.
Début :
C'EST un coup assez hardi, Monsieur, pour un homme de Province, [...]
Mots clefs :
Momus, Fables, Fable, Jupiter, Vénus, Pièce, Comédie, Auteur, Fabuliste, Vulcain, Dieux, Théâtre, Satire, Caractère, Tuteur, Dieu, Esprit, Public, Déesse, Destin, Plutus, Neptune, Singe, Petit maître, Succès, Arrangement, Liberté, Scène, Animaux, Jean de La Fontaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE CRITIQUE Ecrite à l'Auteur du Mercure, sur la Comedie qui a pour titre, Momus Fabuliste, ou les Nôces de Vulcain.
LETTRE CRITIQUE
Ecrite à l'Auteur du Mercure , fur la
Comedie qui a pour titre , Momus
Fabulifte , on les Nôces de Vulcain.
'EST un coup affez hardi , Monfieur
, pour un homme de Province
, que de trouver à reprendre
dans ce que Paris a honoré
de fon approbation. Les applaudiffemens
extraordinaires que Momus Fabulifte avoit
reçûs fur le Théatre , durant une longue
fuite de repreſentations , s'étoient fait entendre
jufques dans nos contrées , & je ne
me ferois pas confolé de me voir par ma
fituation , privé du plaifir d'entendre une
piece que le fuccès rendoit fi fameufe , fi
je n'avois efperé que l'impreffion fuppléroit
pour nous en quelque forte à ce que
notre éloignement nous faifoit perdre du
côté de la reprefentation . Heureuſement
notre efperance n'a pas été vaine ; & comme
je fuis affez bien fervi par rapport aux
*
DE JANVIER. 87
nouveautez qui fortent de Paris , je n'ay
pas attendu long- temps après celle - cy. Je
l'ay reçue avec tranfport , & je l'ay lue
avec empreffement. La reputation de la
piece , & l'idée que je m'en étois faite ,
me foutinrent dans la premiere lecture ; ce
ne fut pas la même chofe dans la feconde ;
j'y trouvai du déchet. L'ayant voulu relire
le lendemain , je me furpris moi- même
baillant ; je m'en fçûs mauvais gré , & je
me dis , fauf reſpect , je fuis un grand animal
de bâiller à la lecture d'une piece qui a
charmé toutParis:car je ne pouvois pas douter
d'un fuccès que je trouvois autentiquement
attefté par l'Auteur même de la Préface
, où il le croit obligé à quelque forte de
reconnoiffance envers le Public , fur une
Comedie qu'il a fi extrordinairement favorifée.
Je me donnai bien de garde de me
laiffer penétrer fur cela , aux beaux efprits
mes compatriotes , qui m'auroient unanimement
fiftlé fur mon mauvais goût : car
vous ne fçauriez croire , Monfieur , jufqu'où
va la déference qu'on a en Province
pour les decifions de Paris . Une piece y a
été bien reçûë ? elle eft donc bonne. Une
autre n'a pas été goûtée ? elle ne vaut donc
rien. Voilà les regles de notre Logique ,
elle ne va pas plus loin. Momus Fabulifte
a donc été reçû ici avec les mêmes applau
diffemens qu'il avoit eûs dans la Capitale.
B8
LE MERCURE
;
On l'a lue publiquement en plufieurs com-.
pagnies ; chacun fe récrioit aux beaux endroits
; je me fuis récrié moy même : mais
* avec vous , Monfieur , j'en uferay plus fincerement.
Le Mercure eft toûjours difcret
& quand il le feroit moins qu'il ne l'eft ,
comme vous ne me connoiffez pas , & que
je n'ay nulle envie de me faire connoître ,
je ne rifque rien à vous faire part de mes
remarques , & de mes reflexions , dont
vous ferez tel ufage qu'il vous plaira , foit
pour leur donner place dans votre Livre ,
fi vous les en jugez dignes , foit pour les
mettre au rebut , fi vous ne les trouvez
pas d'alloy ; du moins je me ferai fatisfait ;
car je n'y puis plus tenir , il faut que je
m'explique , ou je diray comme Pafquin ,
à qui on avoit mis un bâillon : io crepo.
Je ne fuis pas 'du nombre de ceux que
M. Fuzelier accufe de juger d'une piece
par le nom de l'Auteur. Si je jugeois de
la fienne par cet endroit , je porterois un
jugement bien plus avantageux que je ne
fais . Je ne connois point M. Fuzelier par
lui-même , mais je le connois fort par fes
ouvrages , c'est- à -dire , par
differentes petites
pieces detachées qui font venuës jufqu'à
nous en Province , & qui m'ont paru
d'un fort bon goût , on y trouve de l'efprit
, de l'imagination , de la fécondité ,
de la delicateffe & du naturel , c'eſt- à- dire ,
que
DE JANVIER
1
89
ay
que je le regarde fort au deffus de fon
Momus Fabulifte , que j'enviſage feul ; &
indépendamment de l'Auteur , dans l'examen
critique que je vais en faire , & que je
feray fans partialité & fans paffion. Ce leroit
dommage qu'un génie auffi facile s'endormit
fur le fuccès de fa Comedie . Rien
n'eft fi équivoque en certaines occafions
que le faccès d'une piece . Il y a des fuccès
qu'on doit à la brigue & à la protection ;
il y en a qu'on doit à la fatyre , & il y en
a qu'on doit à la conjoncture , foit des .
temps , foit des lieux , foit des chofes. Le
fuccès de Momus Fabulifte me paroît être
de cette troifiéme efpece , & tenir même
quelque chofe de la feconde . On étoit
dans le goût des Fables . Les nouvelles Fables
qui venoient de paroître , avoient reveillé
fur ce genre de Poëfie l'attention du
Public ; on annonce fur cela Momus Fabuliſte
, voilà ce qui s'appelle une fituation.
Sur l'etiquete feule , on y courts on y
croit trouver le Phenomene potager , le
Greffier folaire , & autres termes des Fables
nouvelles malignement mifes en oeuvre .
Voilà le fel de la fatyre ; il n'en faut pas
davantage pour amorcer le Public. Il vient
en foule , il applaudit ; mais fi dans un
an , que le goût des Fables fera apparemment
furanné , on lui redonnoit Momus
Fabulite , je fuis perfuadé que ce même
H
90 LE MERCURE
Public qui l'a couru cet hyver , le fiffleroit
l'hyver prochain. La conjoncture ne
feroit plus la même , & la fatyre feroit
ufée. Que vous ôtiez à Momus Fabulifte
ces deux appuis , & que vous le reduifiez
à lui-même , il faut qu'il tombe neceſſairement.
Vous demanderez pourquoy ? en
voici la raiſon ; c'eft que dans cette piece
on ne vous donne rien de ce qu'on nous
promet ; on nous promet une Comedie ;
& cette Comedie pretenduë n'eft rien
moins qu'une Comedie ; Momus Fabulifte
nous promet des Fables , & fes Fables ne
font point du tout des Fables , au moins
pour la plupart. Voilà , Monfieur , ce que
je me fais fort de vous rendre fenfible , en
vous développant la piece.
En effet , de quoi s'agit-il ? de Venus qui
eft à marier , & à laquelle tous les Dieux
prétendent de maniere ou d'autre ; à com
mencer par Jupiter , comme il ne peutl'époufer
, parce qu'apparemment la Poli
gamie eft un cas pendable auffi bien chez
les Dieux que chez les hommes bien policcz
, il feroit bien aiſe qu'elle reſtât fille ,
fans s'éloigner d'auprès de lui ; mais fi
l'ordre du Deſtin veut abſolument qu'elle
fe marie il s'arrange pour lui faire époufer
fon fils . Voilà le projet de Jupiter ;
voilà la fin où doit tendre cette Comedie ,
où doit aboutir le dénouement. Il abou
DE JANVIER.
tit là en effet , car la piece finit par le mariage
de Venus & de Vulcain que la Déeffe
prefere à tous les rivaux. Mais , quoique
la piece aboutiſſe là , elle eſt neanmoins
fans dénouëment , & il ne peut même y
en avoir , puifqu'il n'y a point de noeud.
Le commencement & la fin de la piece
fe répondent en quelque chofe , puifque
Venus époufe Vulcain , & que c'étoit ce
que Jupiter s'étoit propofé ; mais nous ne
voyons rien qui lie ce commencement à
la fin ; nous ne voyons point d'intrigue
formée , pour ménager cet évenement &
amener Venus au but que Jupiter fe propofoit.
Il est bien vrai que ce grand Jupiter
, qui jouë ici le perſonnage d'un vrai
Jocriffe , dit dès la premiere fcene , qu'il
s'arrange pour faire époufer Vulcain à Venus
; mais on ne voit point dans le refte
de la piece comment il s'arrange pour y
arriver , ni en quoi confifte ce prétendu .
arrangement. S'il avoit pris des mefures
pour empêcher le Deftin de fe méler de
Paffaire , ou pour l'engager à le laiffer en
qualité de Souverain des Dieux , arbitre du
fort de Venus , il y auroit là quelque forte
d'arrangement ; mais le bon Jupiter ne
porte pas fes vies fi loin . Le Deftin le mande
pour lui donner les ordres ; il s'arrange ;
il va le recevoir en toute humilité. Il apprend
que le Deftin laiffe à Venus la liberté.
Hij
92 LE MERCURE
du choix pour fe donner un mari . Venus
ne dépend donc plus que d'elle- même ;
voilà matiere à un nouvel arrangement.
Il ne s'agit que de gagner Venus ; & de la
degoûter des autres Dieux , pour la porter
à le déterminer en faveur de Vulcain. Que
fait pour cela Jupiter ? luy, parle- t- il fur
ce ton ? ou lui fait- il parler par quelqu'un ?
rien moins. S'il s'étoit intrigué pour infpirer
à Venus de mauvaiſes préventions contre
les autres Dieux , qu'il eût trouvé moyen
de les commettre enfemble , & à les engager
de fe décrier les uns les autres auprés
d'elle , qu'il lui cût fait infinuer adroitement
que le fejour de la Mer étoit trop
trifte pour
elle ; que Mars n'avoit pas l'air
d'être un mari commode , qu'Apollon n'étoit
qu'un Pedant , que Plutus avec toutes
fes richeffes étoit toûjours enfeveli dans un
fond de melancolie dont l'enjoüement de
la Déeffe ne s'accommoderoit pas , & que
Mercure enfin étoit trop rufe , & en fçayoit
trop long pour une femme qui étoit
bien aife d'avoir les coudées franches ; &
qu'aprés cela , il eût produit Vulcain comme
un bon Garçon qui n'avoit point de
malice , qui étoit d'humeur pacifique , &
qui vivoit bien avec tout le monde , on
pouroit dire alors que ce ne feroit pas en
vain que Jupiter fe feroit arangé , pour engager
Venus à préferer Vulcain aux autres
DE JANVIER. 93
Dieux dans le choix d'un mari. Mais Jupiter
ne fait rien de tout cela : à quoi donc
va fon arangement ? à affembler les Dieux ,
à leur fignifier l'ordre du Deftin ; il le déclare
à Vénus même. Allons , dit il , aimable
Venus ; nè balancez pas davantage ,
choififfez un mari & une demeure ; & il en
refte là fans pouffer l'arangement plus loin.
Sur quoi il faut lui rendre cette juſtice ,
qu'on ne peut pas executer les ordres du
Deftin avec moins de partialité qu'il le fait.
Un autre à fa place auroit pu en fignifiant
ces ordres , y mêler quelques reflexions
adroites fur l'importance dont il étoit pour
Venus de choifir un mari fortable à fes
manieres & à fon humeur , & qui fut d'un
caractere à ne fe pas effaroucher mal à propos
: mais l'arangement de Jupiter ne va
pas jufqués là ; il fe tient renfermé dans
une neutralité parfaite , il eft vrai qu'il n'a
pas lieu de s'en repentir , & que Venus
choifit Vulcain comme il le fouhaitoit ; mais
il n'en a l'obligation qu'au bon efprit & à
la politique de la Déeffe coquette , & non
aux arangemens qu'il auroit pu prendre,
pour l'amener là , & qu'il n'a pas pris.
Voilà comment Jupiter s'arange : s'il n'en
fçait pas plus long dans les autres arangemens
qu'il prend , c'eft un pauvre Sire.
Il paroît donc que les parties de cette
prétendue Comedie n'ont nulle fiaifon en94
LE MERCURE
1
.
tre elle , qu'elle eft fans noeud & fans dénouement
, que l'évenement qui la termine
dans la vingtiéme Scene , n'eft point l'effet
d'une intrigue qui l'ait préparé ; que tout
ce qui a précedé jufques là , n'a contribué
en rien à déterminer Venus au choix qu'elle
fait qu'elle choifit Vulcain par principe
de coqueterie , qu'elle l'auroit choifi également
, quand les Dieux & les Déeffes qui
ont occupé le Theatre durant la piece , n'auroient
point parlé ; que les Scenes qui la
compofent , font pour la plupart fi independantes
les unes des autres , qu'on pouroit les
difpofer au hazard , fans que la Piece en
fouffrit ; n'y ayant point de raiſon qui oblige
Neptune & Mercure à paroître fur le
Theatre avant Plutus & Apollon , ou avant.
Junon & Venus ; c'eft à dire qu'il refulte
de tout cecy que cette Comedie n'eft point
une Comedie . Qu'est ce donc ? C'est une
fuite de Dialogues dans le goût de Lucien
qu'on a mis les uns aprés les autres , en
faifant dire à Jupiter dans le premier Dialogue,
qu'il s'arrange pour faire épouferVulcain
à Venus , & en faifant qu'elle l'époufeen
effet dans le dernier , fans que tout ce
qui fe dit entre deux , contribue en rien
à l'évenement . Si une Piece de cette nature
eft une Comedie , les Comediens pouront
, quand il leur plaira , nous reciter les
Dialogues de Lucien , fans qu'il leur en
DE JANVIER. 956
coûte autre choſe que de donner un mariage
au bout .
·
On me dira que dans ces fortes de
Pieces d'un Acte fimple , on ne doit pas
exiger tant de regularité. Aufli ne demande
t'on pas que tout y foit compaffé
avec la même exactitude , que dans .
une Piece complette & de cinq Actes ; mais
du moins , faut- il qu'une Comedie ſoit une
Comedie ; qu'elle ait un but , qu'il y ait
une intrigue & un dénoücment ; tout cela
fe trouve dans les plus petites Pieces de Moliere
, & devroit le trouver dans celle cy ,
puifqu'on nous la donne pour Comedie ;
& dés que ces parties effentielles ne s'y
rencontrent pas , je croi être en droit de
dire que ce n'eft pas une Comedie.
Il paroît que le Public a fait fur , cela
grace à l'Auteur avec un peu trop d'indulgence
; qu'on s'eft plus attaché à Momus
Fabulifte & Cauftique , qu'aux nôces
de Vulcain : mais Momus Fabuliſte n'eft
pas plus Comedie que le refte. On lui interdit
la raillerie dés les premieres Scenes ,
on ne lui rend pas fur cela la liberté dans la
derniere
. Quoi qu'il
ait la place d'honneur
dans les deux titres qu'on donne à
cette prétendue Comedie , il n'y elt cependant
qu'en fecond. Jupiter fe fâche
de quelques petits traits de raillerie
que lui lance Momus. Il la lui in96
LE MERCURE
vent ,
terdit pour tout ce jour- là. Momus. fur
cette défenſe s'avife de fe fervir du voile de
la Fable , pour infinuer des veritez qu'il
n'oſe plus dite ouvertement ; & afin d'exercer
fon talent , il va attendre au paffage
les Dieux fes Confreres , fur le chemin du
Temple du Deftin , où à mesure qu'ils arriil
dit à chacun fa Fable ; je ne vois
pas qu'il y ait beaucoup d'art ni d'inven ·
tion dans cette difpofition ; cela paroît bien
uni , & je crois qu'on auroit pû imaginer
quelque chofe de plus naturel & de plus
vrai-femblable , pour occafionner la rencontre
du Momus avec tous ces Dieux &
ces Déeffes , qu'il femble qu'on n'amene
là l'un après l'autre que pour en avoir des
nazardes. Je ne trouve pas d'ailleurs que
leurs caracteres pour la plupart foient affez
mefurez ; & pour commencer par Jupiter ,
qui eft lepremier & le fouverain des Dieux,
il est un peu trop de mauvaiſe humeur , &
il fe fâche contre Momus affez à contretemps.
Car fur quoi le fâche-t-il ? fur ce
qu'ayant dit qu'il aimeroit mieux que la
Déeffe reftat fille : Momus répond , refter
fille & eftre maîtreſſe de Jupiter ! Pourquoi
s'aigrit -il plus de ce trait que de plufieurs
autres du moins auffi piquants que Momus
lui avoit déja fait effuyer dans la mê ne
fcene, & qu'il avoit avalez fort doucement ?
Momus le raille fur le joug d'un mariage
d'une
DE JANVIER . $7
d'une éternité , & appelle cela ingenieulement
lesgaleres perpetuelles ; il lui demande
s'il ne vient point plaider en feparation devant
le Deftin ; il lui dit tout net qu'à la formalité
prés , la pauvre Junon est trés repudiée
; Et fur ce que Jupiter lui fait enten .
dre que s'il faut abfolument que la Deeffe
fe marie , il s'arrange pour lui faire époufer
Vulcain ; Momus fe recrie , oh le fage
arrangement ! on vous y reconnoît. Jupiter
écoute tout cela avec toute la debonaireté
poffible , il ne fe fâche que lorfque Momus
dit , refterfille & Maitreffe de Jupiter ! qui
n'eft proprement que l'explication de ce
qu'il venoit de lui dire d'une maniere moins
groffiere, & par confequent plus picquante
dans le fage arrangement , fur lequel il s'étoit
recrié: mais enfin , Jupiter eft à bout;
ce trait le déconcerte , & il s'en trouve ſi
picqué , qu'il déclare à Momus qu'il eſt
furieufement las de fes plaifanteries.En verité
le bon Jupiter ne fe connoît gueres en plaifanteries
. Le fage arrangement que Momus
venoit de relever , en étoit une ; Jupiter
ne s'en choque point ; refter fille être
Maitreffe de Jupiter ! étoit dans la bouche
de Momus une groffiereté plûtôt qu'une
raillerie fine. Jupiter s'en offenfe. Il commence
à s'appercevoir que Momus le turlupine
depuis une infinité de fiecles ; & il
ne veut plus être turlupiné. Il devoit ,
I
ce
98 LE MERCURE
me femble , y être fait , on n'attend pas
fi tard à s'en choquer ; mais enfin , il perd
patience aprés tant de fiecles & moi ,
Monfieur , je la pers auffi , lors que j'entens
raifonner d'une maniere fi indigne de
la Majefté de ce Souverain des Dieux , qui
en fronçant feulement les fourcils fait
trembler le Ciel & la Terre.
"
>
Mais , me dira-t-on , ce qui le rend de
plus mauvaiſe humeur dans cette rencontre
, n'eft pas tant ce que lui dit Momus ,
que la conjoncture où il le lui dit. Jupiter
eft amoureux de Venus , & dans l'impof
fibilité où il fe voit de l'époufer fon
amour fe tourne en chagrin , & le rend plus
aifé à choquer ; à la bonne heure : j'aurois
donc voulu que la querelle qu'il fait à
Momus , fut un effet de ſa paſſion ; & pour
cela , j'aurois fuppofé que Momus ayant
lâché quelque trait malin contre cetté
Déeffe , elle en fait fes plaintes à Jupiter ,
celui- ci amoureux au point qu'il l'étoit ,
auroit été en droit de prendre feu là - deffus ,
& d'interdire à Momus une liberté dont
il auroit abufé à l'égard d'une Décffe qui
étoit fi chere au Souverain des Dieux. Jupiter
pouvoit ouvrir le Theatre en fulminant
contre Momus , en difant qu'il ne l'a
fouffert , tant qu'il ne s'eft attaqué qu'à lui ;
mais qu'ayant l'audace de s'attaquer à Ve- *
nus même , qui lui en a fait fes plaintes , &z
DE JANVIER. 99
pour qui il n'ignore pas les égards qu'il veut
qu'on ait , il ne laiffera pas l'offenfe impunie
, & fur cela ordonner à Mercure de le
faire venir ; il me paroît qu'en prenant ce
l'interdiction de Momus feroit bien
mieux fondée dans la piece , où l'on ne voit
point pourquoi Jupiter s'avife de s'offenſer
d'une liberté à laquelle Momus avoit depuis
une infinité de fiecles pris ſoin de l'y
accoûtumer. Le debut vaudroit mieux , ce
me femble , que le perfonnage de Benest que
Pon fait faire à Jupiter , en lui faiſant crier
à deux repriſes , ô Junon ! ô Venus ! pour
nous dire pourquoi fuis je marié avec la
premiere , & hors d'état d'époufer la feconde
! Mais laiffons- là le pauvre Jupiter ;
c'eft bien le plus Dadais de tous les Dieux
qu'on introduit dans cette Piece.
Quant à Neptune , Monfieur fon frere ,
s'il n'eft pas tout- à - fait fi fot que fon aîné ,
il ne lui en doit de gueres , & foutient affez
dignement le ftile de la famille , lorfqu'il
trouve à redire que Jupiter faffe mauvais
ménage avec ſa femme , & galantiſe Venus,
qui doit eftre la mienne , dit - il , felon les
apparences , & cela fondé fur certains égards
qu'elle a pour lui. Il ne s'explique pas davantage
; car les Dieux marins font diſcrets,
¿ il feroit joly que le Dieu des Poiffons ne
Seut pas le taire. Mercure voudroit le piquer
pourle faire jafer ; mais à qui fe jouë-
I jj
80015
160 LE MERCURE
t-il ? ahlah ! vous voulez me tirer les vers du
nez ; vous êtes un fripon , mon neven . Cela
eft bien vrai pour le neveu & toute l'antiquité
en convient ; mais il me femble que ce
n'étoit pas à l'oncle à nous l'apprendre ; &
que quand il auroit un peu plus fardé les
neveux , il n'y auroit rien eu en cela contre
la bienfeance . A l'égard de celui- cy ,
je m'en tiens à ce qu'en dit Neptune , &
je n'ay rien à ajouter à ce portrait que
l'oncle fait du neveu ; fi ce n'eſt que tout
fripon & fourbe fieffé qu'on nous le reprefente
, on ne lui donne pas un caractere de
friponrerie auffi fin & auffi delié qu'il convient
à Mercure .
A ces deux Meffieurs , fuccedent Plutus
& Vulcain , qui entrent tous deux fur la
fcene , non que l'ordre de la Piece l'exige
ainfi , mais parce qu'il l'a plu de la forte
à l'Auteur, uniquement de fa pure grace
& de fon bon plaifir. Ils debutent d'abord
par fe reprocher leurs defauts naturels ,
fur ce que l'un eft aveugle , & que l'autre
boite. Cela eft paffablement groffier , &
convient à peu près à l'un & à l'autre. Je
youdrois feulement qu'on eût foutenu ce
caractere dans Vulcain , & qu'on n'eût paş
mis dans la bouche d'un Forgeron qui a
Ja phifionomie affez épaiffe , des traits de
fatyre auffi ingenieux que ceux qu'on lui
prête , comme quand Plutus dit qu'il eſt
DE JANVIER.
Tot
affiegé de toutes les belles , Vulcain ajoûte ,
quifçavent l'arithmetique . Quand le premier
dit que fon porte- feüille vaut mieux
que celui d'Appollon ; l'autre remarque
qu'en difant cela , il ne couche pas gross
& qu'il lui dit un moment après , on voit
bien que l'efprit vous coûte , & que vous ne
le prodiguez pas. Je ne me ferois pas attendu
, je vous l'avoue , à trouver tant d'efprit
dans Vulcain ; auffi femble- t - il qu'il
en ait honte ; & c'eft pour rentrer dans
fon naturel , que lorfque Momus lui pro
pofe une Fable , il commence à fe défier
de fa pénétration , & le prie que cela foit
intelligible.
Pour Mars , qui paroît enfuite couplé
avec Apollon , je n'ay rien à en dire , &
il foutient affez bien fon caractere de petit
Maître. Dès qu'on en veut faire un petit
Maître , il eft tel qu'il doit être , mais je
ne fçai s'il étoit à propos qu'on lui donnât
ce caractere ; fon Antagoniſte peut auffi
paffer abfolument ; mais quand on lui auroit
donné un peu plus d'efprit & de delicateffe
, cela n'auroit rien gâté , & j'ay
peine à digerer que le Dieu des beaux efprits
dife des chofes moins fpirituelles &
moins brillantes , que celles qu'on fait dire
à Vulcain. Que dirons- nous de la mere
de celui- ci , la Dame Junon , & de la belle
Venus ? la premiere eft une prude acariâtre,
1- iij
102 LE MERCURE
à qui je voudrois qu'on eût donné dans fa
pruderie un peu plus de dignité ? car dans
la feverité de fa vertu , elle le prend fur
un ton qui conviendroit mieux dans les
Halles que dans l'Olympe .
Pour Venus , c'est une coquette tirant
un peu fur la Pimpefouée. Je lui voudrois.
quelque chofe de plus vif & de plus picquant
dans fon caractere. Il faut que fes
charmes pour lefquels on voit tous les Dieux
unanimement foupirer , fe reduifent à fa
feule beauté : car , dans le reste de fa Perfonne
, je ne vois rien qui doive caufer
rant de fracas ; ce qu'elle dit , & la maniere
dont elle le dit , tient quelque chofe
d'une certaine langueur indolente & minaudiere
, qui affadit à la langue.
J'oubliois prefque la jeune Æglé , & il
n'y auroit pas eu grand mal , fans la fable
de la Dragée qu'elle occafione ; car on
ne voit pas pourquoi elle paroît ici plùtôt
qu'Hebé la Maîtreffe mais , comme
le refte des Perſonnages n'eft gueres plus
effentiel à la Piece que le fien, il ne faut pas
lui faire un procés là deffus ; je ne ditay
rien de fon caractere ; cette Nimphe et
fi peu connue , qu'on a pû nous la dépeindre
comme on a voulu mais il faut
admirer ici l'adreffe de l'Auteur , qui , pour
amener cette Scene , fait reprocher à Venus
par Junon dans la Scene précedente , qu'el
:
DE JANVIER 103
le avoit furpris , la veille , cette Déeffe avec
Zephire dans un cabinet de verdure ; car,
comme Zephire étoit amant d'Æglé , cela
lui donne lieu d'entrer fur la Scene pour fe
plaindre à Momus de l'inconftance de ce
petit Volage.
Il me reste à parler de Momus que j'ay
refervé pour le dernier , comme le plus important
Perfonnage & le Heros de la Piece
, dont on peut dire qu'il eft en même
temps le bel efprit. Auffi lui en donnet'on
plus qu'à un autre ; il glofe , il pointille
fur tout , & ne perd point d'occafion
de briller ; mais je ne fçai fi on ne peutroit
pas l'accufer quelquefois de ne faire
que la moitié de fa befogne. Comme il domine
dans toute la Piece , & qu'il y tient
le Dé à tout venant ; il feroit long d'examiner
en détail tout ce qu'il dit , ce n'eft
pas même dequoi il eft ici queftion . Son
principal caractere eft de faire des Fables ;
il s'agit de Momus Fabulifte. Si les Fables
font bonnes , il n'y a rien à lui dire ; fi
elles ne font pas dans les regles , il pêche
dans le point le plus effentiel ; c'eſt donc à
quoi il faut nous reduire , & ce que nous
avons à examiner.
Quand Momus ne nous apprendroit pas,
comme il fait , qu'il n'eft qu'un Fabu.ifte
de hazard ( p 16 ) & que les Fables qu'il
donne ici , ne font que fon coup d'effai ,
I iiij.
104 LE MERCURE
on s'en feroit bien apperçû , & il n'y a rien
qui n'y paroiffe . Apollon lui avoit prédit
que fi jamais il les faifoit imprimer , il feroit
bien houfpillé ( p. 37 ) La prédiction
d'un Dieu dont les Oracles ont eu autrefois
tant de vogue , devoit ce femble , le
tenir en refpect , & le faire aller bride
en main pour l'impreffion : cependant elles
paroiffent. Et , comme toute la grace qu'il
a demandée eft qu'on ne fifle point ſes Fables
qu'elles ne foient imprimées ; il ne peut
point trouver mauvais à prefent qu'elles
le font , qu'on prene la liberté de dire fon
avis .
S'il étoit auffi aifé de faire de bonnes
Fables , que de dire , inventons des Fables,
devenons Fabulifte ( p . 8 ) , on pouroit en
quelque forte excufer Momus d'avoir hazarde
les fienes ; mais il devoit fçavoir lui,
qui eft fi alerte à relever ce qu'il croit ridicule
en autrui , qu'on donne foi-méme
dans le ridicule , quand on veut fe mêler
d'un metier qu'on n'entend pas ; & il n'eft
pas difficile de montrer que Momus n'entend
rien à celui de Fabulifte . Je ne ferai
point pour cela de longue differtation ; car
je ne prétends point, non plus que l'Auteur
de la Piece , m'ériger en faiſeur de diſcours .
Je n'avancerai que des principes trés- fimples
, & des regles trés- connues , fur lefquelles
le Public poura juger fi les Fables
DE JANVIER. 105
que
Momus nous donne , le mettoient en
droit de s'ériger en faiſeur de Fables .
Ceux qui s'imaginent que ce qu'on ap
pelle Fable , confiite à faire raiſonner enfemble
des animaux , & que , pourvu que
l'on mette fur la Scene un Loup & un Renard
, ún Chat & un Singe , on a fait une
Fable, font bien loin de compte. La Fable eft
une forte de fimilitude & de comparaiſon,
ou par ce qu'on fait faire , ou dire à des
animaux , & qu'on a lieu de préfumer qu'ils
feroient & qu'ils diroient en certaines conjonctures
, s'ils avoient l'ufage de la raiſon
& de la parole ; on apprend à l'homme
ce qu'il doit penſer & faire dans des rencontres
femblables. Or qui dit comparaifon
, dit deux chofes , qui , quoique differentes
entre elles , ont neanmoins un
rapport de convenances qui les unit
dans un point. Qu'eft ce que la Fable
de la Cigale , qui aprés s'être amusée
à chanter tout PEté , au lieu de préparer
des proviſions pour l'Hyver , eft rebutée
de la Fourmi , lorfqu'elle va chez elle
crier famine ? C'eft une fimilitude qui nous
apprend que quand , au lieu de travailler
dans fa jeuneffe , on n'a fongé qu'à fes plai
firs , on eft en danger de mourir de faim
dans fa vieilleffe . La Cigale repreſente
l'homme qui s'amufe à la bagatelle , &
PEté marque le temps de la jeuneffe , com
106 LE MERCURE
n'eft
me l'hyver celui de la vieilleffe . De forte que
c'eft comme fi on difoit ; de même que la
Cigale qui ne s'amufe qu'à chanter durant
l'Eté , court rifque de mourir de faim l’Hyver
, de même l'homme qui ne fonge qu'au
plaifir durant l'Eté de fon âge , fe trouve-
La miferable quand il viendra fur le déclin.
Toute Fable qui ne peut pas fe reduire à
une comparaison de cette nature
point une Fable. Il faut donc que la chofe
que l'on compare , foit differente de celle
à laquelle on la compare , & ce n'est plus
comparaiſon , fi on la compare à elle- mêine.
Que doit-on penfer fur ce pied là de
la Fable du Saumon Tuteur ? je n'examine
point ici fi le Saumon eft bien apparié
avec l'Anguille legere , & fi le Loup Marin
qui le dit Procureur des Poiffons , eft
fondé en bonne procuration , pour figurer
là plûtôt que tout autre Poiffon d'une ef
pece plus connue ; c'eft une attention que
ne doit pas negliger un Fabulifte qui ne
fçauroit prêter trop de vraifemblance à la
fiction. Je m'arrête feulement à ce qui
rouche la comparaifon.
Neptune prétend être en droit d'efperer
que Venus lui donnera la préference fur fes
Rivaux , parce qu'il eft fon Tuteur ; & Momus
pour lui faire fentir qu'il fe trompe ,
Lui recite fa Fable du Saumon Tuteur : Neptune
trouve la Fable fort, impertinente (P
DE JANVIER 107
•
3
13 ) & il n'a pas tort. Car , comme le
nom de Neptune & celui de Saumon , ne
font rien à l'affaire , c'est à peu prés, comme
s'il lui difoit ;, de même qu'un Tuteur n'eft
pas toûjours aimé de fa Pupille , de même
il n'eſt pas fûr que pour être Tuteur
de Venus , votre Pupille vous prefere aux
autres ; ce qui eft , comparer les droits.
d'un Tuteur aux droits d'un Tuteur , c'eft
à dire , comparer une chofe à elle- même :
car , que ce Tuteur foit Dieu , ou qu'il
foit Poiffon , cette alternative ne change
rien aux choles , puifque ce n'eft que fur
la qualité de Tuteur , commune à l'un & à
l'autre , que tombe la comparaiſon & par
confequent la Fable. Voilà une forte de défauts
fur un point effentiel & capital qu'on
ne trouvera pas dans les Fables de M. de
lá Motte , malgré tout le mal qu'en dit Momus.
Je ne prétends point faire l'apologie
des Fables nouvelles , mais il me paroît
que le Dieu Fabulifte auroit grand befoin
d'aller quelque temps à l'école de l'Academicien
, tant pour ce qui regarde l'inven--
tion , que pour les autres parties qui entrent
dans une Fable. Un autre que
auroit imaginé une Fable où il fe fut contenté
de montrer en general que l'amour
ne fe regle pas fur les obligations & fur
les devoirs , d'où il auroit été ailé de con
clure que les obligations qu'un Pupille peut
lui
108 LE MERCURE
avoir pour fon Tuteur > ne font pas un
droit pour en être aimé. C'eſt ce qu'on au
roit pu faire entendre à Neptune d'une maniere
délicate , & dont il n'auroit pû fe
choquer au lieu que Momus lui dit lạ
choſe fi cruement , & avec fi peu de ménagement,
dans fa Fable prétenduë , qu'autant
vaudroit-il qu'il parlât dans fon naturel
, puifque la Fable, qu'il employe ,
n'eft rien moins qu'un voile qui ferve à
déguifer ce qu'il veut dire : Voilà ce qu'on
peut appeller juftement des Satires àl'eau
de vie ( p. 21. ) Si ce nouveau Fabuliſte
en fait louvent de cette tournure là , je ne
lui, confeille pas de les faire imprimer ( P.
5o. ) Mais , comme il dit , on aura peutêtre
de l'indulgence pour fon coup d'effay
( p . 62. ) C'eſt ſa premiere Fable ; & il
n'en eft qu'à fon apprentiffage . Les Animaux
polis , Fable employée dans la Préface
, péchent encore par le même endroit,
auffi-bien qu'une partie de la Piece , comme
il fera aifé de le voir à quiconque les
examinera de' prés.
Pour le Singe dépouillé , qui tient auſſi
du même defaut , il péche de plus du côté
de la juſteffe , ce qui rend fa comparaifon
fauffe. Momus , pour faire entendre à
Plutus qu'il ne doit pas compter fur l'appas
de fes richeffes pour réuffir auprés de Venus
, lui allegue la Fable du Singe thefan
DE JANVIER. 109
rifeur , qui recherché & courtiſé tant qu'il
fut riche , fe vit abandonné & méprifé
dès qu'il eut perdu fes trefors. La Fable
çût été juſte , & la comparaiſon bonne , ſi
- Plutus eût couru rifque de perdre les fiens
de même que le Singe ; mais comme il
ne peut perdre fes richeffes qui font attachées
à la divinité fa , comme fon appanage,
la Fable ne prouve rien contre lui , & il
auroit pû répondre à Momus , tu ne dis
rien qui vaille , mon ami ; car , fi je plais
à venus , tant que j'auray des trefors , je
fuis fûr de lui plaire toûjours. Tant que le
singe fut riche , on l'accabla , felon toy ,
de prefens & de careffes , les belles fonpiroient
pourluy ou ppoouurr les beaux yeux defa
Caffette ; mais enfin que la Caſſette en fut
le motif, c'étoit toûjours à lui qu'alloient
Les foupirs ; ainfi ta Fable prouve que j'ay
tout à efperer.de Venus. Voilà comme le
Dieu des richeſſes auroit pû prouver à
Momus , non pas que fon cheval , comme
dit le Proverbe , mais que fon Singe n'étoit
qu'une bête ; mais le bon Plutus eft
gros Caiffier , dont la penetration ne va
pas jufques là.
La Fable du Lion petit Maître , renferme
de même un autre defaut de jufteffe
qui n'eft pas moins reprehenfible. Mars
fe vante que tout le monde le lonë , & qu'on
Se relaye pour l'admirer ( p. 30 ) Momus
710
LE MERCURE
pour lui faire entendre que c'eft moins à
la fincerité qu'il doit ces demonftrations
d'eftime & ces louanges , qu'à la crainte
que fa force imprime , introduit un Lion
petit Maître. Pour le Lion , paffe , le per-
Tonnage convenoit ; mais pour le petit
Maître il n'y vient pas , un petit Maître
n'eft pas fait pour être craint , on rit de
fes façons & de fes airs ; mais fa griffe ne
fait peur à perfonne : pourquoi donc faire
de ce Lion un petit Maître ? on a cru qu'il
en reviendroit du relief à la Fable ; mais
en voulant lui en donner , on l'a gâtée.
,
La Poule prude feroit de mile , fi un
Cocq le contentoit d'une Poule pour femmais
comme la loy contre la Polygamie
, n'eft pas faite pour les Cocqs , &
qu'on n'en met qu'un pour plufieurs Poules
, il a droit de les fervir toutes , fans
pouvoir être accufé d'aller au change. Je
ne fçais pas d'où vient que l'Auteur ayant
une Fable à faire fur une Prude , va choifir
precifément l'efpece de tous les animaux qui
eft le moins en droit d'exiger que fon måle
garde la fidelité conjugale
ne fçai ſi c'eſt ma faute , mais je n'ai
point compris la fin de la Fable de Pot felé.
Si Momus eft un Fabulifte tiré au clair
(p. 22 ) comme il s'en vante , ce n'eft pas
du moins dans cette Fable qui eft des plus
obfcures ; auffi ne l'avoit- il pas encore faite,
DE JANVIER.
lorfqu'il le fatte dans le même endroit
qu'il n'aura jamais l'affront d'être commenté-;
mais c'eft un affront d'avoir befoin d'un
Commentaire pour être entendu , & le be-
Loin paroît ici tout viſible.
Je n'entreray pas dans un plus grand
détail fur les Fables , ſoit de la Preface
foit de la Piece , it fuffit de dire qu'à
celle de la Dragée près , qui eft fort ingenieufe
& fort jolie ; toutes les autres , pour
la plupart , péchent par quelque endroit
effentiel , & qu'à prendre les chofes exacte
ment, ce ne font pas des Fables. On s'ap
perçoit affez que Momus fait tout ce
qu'il peut pour pouvoir égaïer fes Fables, &
leur donner quelque chofe de cet enjouëment
qui charme dans celles de la Fontaine ;
mais le pauvre garçon n'y entend rien , &
le Dieu des bons mots n'eſt rien moins dans
cette Piece , que ce qu'il devroit être. La
Fontaine pouroit dire ici de Momus , ce
que le Singe dit du Leopard , dans la Fable
de ces deux animaux,
Cette diverfité dont on vous parle tant ,
Mon voifin Leopard l'a ſur ſoyſeulement ;
Moy, je l'ay dans l'efprit:
C'est-à- dire que l'enjouement de la Fontaine
eft dans la naïveté de la narration ,
& que celui de Momus ne confifte que
dans la recherche de certaines expreflions
I 1.2 LE MERCURE
détournées , qu'il a voulu tranfplanter du
Theatre des Danfeurs de corde à celui de
la Comedie . De là viennent toutes ces gentilleffes
qu'il debite tout à la franquette ,
un attrait poftiche , des Iris guenons . Le
Termometre de la finance , c'eſt par où il
defigne l'infolence ; le Cheval qui vit en
homme , pour dire qui dans fes amours étoit
inconftant & volage , comme les hommes ;
Soupirer à l'uniffon , un cercle chien , & autres
expreffions femblables , qui n'ont rien
à reprocher au Phenomene potager , & au
Greffier folaire . Que fi après avoir examiné
fes Fables pour le fond & pour la tournure
, on vient à les examiner encore du
côté de la verfification , on y trouvera
beaucoup de negligence pour le ftile , fouvent
lâche , & plein de vers plutôt jettez ,
que maniez avec art. De forte que fi l'Auteur
ne les avoit avoüez dans la Preface ,
j'aurois prefque été tenté d'être du fentiinent
de ces Differtateurs , c'est le nom
dont il fe fert , qui ont crû qu'il avoit
fait faire fes Fables en Ville ; car je n'ay
gueres vû de Vers de fa façon qui ne fuffent
beaucoup mieux tournez que ceux-cy.
Pourquoi donc toutes defectueufes que
font ces Fables par tant d'endroits , ontelles
réuffi fur le Theatre ? peut - être que
l'habileté du Momus qui les recitoit , n'y
aura pas nuit , & que l'Auteur aura été
affez
DE JANVIER. Iz
affez heureux pour rencontrer un de ces
gofiers harmonieux & feducteurs dont il
parle dans fa Preface , qui fervent des
Poëtes , bien mieux que leur plume.
Rien n'eſt plus ordinaire que de voir des
Pieces qui ont charmé dans le recit , faire
pitié fur le papier. Ajoutons à cela que la
fatyre , delicate ounon , entraîne toujours
le plus grand nombre . Or , Momus a prerendu
que fes Fables ne fuffent que fatyriques.
Faffe , dit- il , des Fables purement
morales qui le jugera à propos ; pour moy,
je me garderay bien de prendre ce ton-là ,
il ne réuffit pas.
Avant que d'examiner fi ce que dit Mo
mus des Fables purement morales , eft vrai,
je ne puis m'empêcher de faire une refle
xion , fur une faute de jugement qu'on
fait faire à ce Dieu railleur. Je fuis , luy
fait- on dire , l'inventeur des Fables ....
rien n'eft fi commode que de n'avoir point
de modele. Il est donc le premier qui ait
fait des Fables , & il ne s'en eft point fait
qui puiffent lui fervir de modele. D'où at-
il donc pris que les Fables purement morales
, ne réuffiffoient pas ? le bon Momus
n'y a pas fait attention , & prouve en cela
que le jugement fert bien dans la compofition
, ainfi que dans la lecture. Dame
Memoire & Demoiſelle Imagination qu'on
relevé fi fort dans cette Comedie , l'ont
K
1.14 LE MERCURE
, emporté pour cette fois fur Dom jugement
qui fe beloufe ici vilainement , & pour
la conjoncture du tems & pour le fond de
la chofe, Car où eft-ce que Momus a pris
que les Fables purement morales ne réuffiffoient
pas ? les Fables de la Fontaine
font des Fables purement morales. Dirat-
on qu'elles n'ayent pas réuffi. Momus
nous auroit fait grand plaifir , fi au lieu
de ces Fables groffierement fatyriques , il
nous en eût donné de finement Morales
dans le goût du celebre la Fontaine .
D'ailleurs , que veut- il nous dire par la
diftinction des Fables morales & des fables
fatyriques ? Toute Fable eft effentielement
morale , & par là , renferme toujours quel
que chofe du fatyrique , par le ridicule
qu'elle decouvre à la faveur de fa fiction ,
& qu'elle y rend fenfible comme un Tableau.
Il eft vrai que la fatyre qu'elle renferme
, n'eft qu'une fatyre generale , &
qui ne tombe fur perfonne en particulier,.
une fatyre moderée , adoucie , égayée , innocente
, & non une fatyre à l'eau de vie ,
( p. 21. ) telle qu'en renferment les Fa
bles de Momus qui font prefque toutes à
bout portant , & plus propres à choquer
ceux à qui on les adreffe , qu'à les inf
truire ; mais c'eft de cette moderation même
que la Fable tire fon principal merite.
Des Fables perfonnellement fatyriques ,
DE JANVIER. FIS
telles que les Fables du Dieu Fabulifte , font
plutoft des Satyres que des Fables .
Mais il faloit faire cette mauvaiſe dif
tinction , pour tomber fur les fables de
M. de la Motte , & les turlupiner fur le
Theatre . Je l'ai déja dit , & je le dis encore
; je ne pretends point en faire l'apologie
, quoiqu'il fut peut- être plus facile
qu'on ne le penfe , d'en faire une raiſonnable
; mais du moins , un Auteur de cette
reputation meritoit - il quelque menagement
? Et en verité , il n'eſt pas un home
me à être tourné en ridicule fur le Theatre.
Je ne fçai fi j'ai tort de paroître fi delicat
fur ce point ; mais nous autres Provinciaux,
nous fommes gens du vieux chrême , &
qui ne pouvons nous defaire de certaines
idées de bienfeance , contre lefquelles on
n'a point encore profcrit en Province ; car
quelque approbation que mes compatriores
ayent donné à Momus fabulifte fur la
fin du fuccez de Paris , ils n'ont pas été
choqués moins que moy de la liberté qu'on
s'y eft donnée contre M. de la Morte . Que
dans une differtation critique , on attaque
un ouvrage , & qu'on y releve ce qu'il a
de mauvais , pourvû que la chofe fe faffe
dans les regles , & avec les égards qu'on
doit d'ailleurs au merite perfonnel de
Auteur , cela elt permis , & perfonne
ne peut y trouver à redire ; mais qu'on
1
Kij
116
LE MERCURE
1
mette un honnête homme fur le Theatre
qu'on l'immole publiquement à la rifée du
Parterre , en dechirant fes ouvrages par
lambeaux , & en le turlupinant , pour me
fervir des termes de Momus Fabuliſte ;
voilà ce que la bienfeance ne permet point
& qui doit intereffer tous les honnêtes
gens Jupiter n'eft pas le feul qui n'aime
pas à être turlupiné ; tous les honnêtes
gens font fort d'humeur fur ce point , &
fi une pareille licence fe tolere , qui eft- ce
qui n'aura pas à craindre pour foy-même.
Je ne fçaurois m'ôter de l'efprit que ce qui
a empêché l'Auteur de fe declarer d'abord
, a été la crainte des reproches qu'il
auroit à effuyer de ce côté là. Le fuccés
l'a enhardi , & comme il a vû que le Public
qui ne fongeoit qu'à rire , ne relevoit
point cette indecence , il a cru qu'il pourroit
, fans rifquer beaucoup , fe faire connoître
, & le demaſquer ; mais il n'a pas.
fait attention que le Spectateur qui ne
penfe qu'à rire , tandis qu'il eft dans le
Parterre , fait des réflexions , quand il eſt
de retour chez lui ; & que pour s'être rejoui
à la Piece de l'Auteur , il n'en eſtime
pas plus la perfonne , s'ils ne font d'un caractere
à facrifier un honnête homme à
un bon mot . Eloigné de Paris , comme je.
Le fuis , je ne puis fçavoir fur quel pied
PAuteur des Fables nouvelles , & l'Auteur
DE JANVIER. 117
de Momus Fabuliſte , font enſemble. Le
Premier m'eſt beaucoup plus connu que
l'autre ; & outre qu'il eft de l'Academie
Françoife , il paroît tenir dans la Republique
des Lettres , par la reputation de
Les ouvrages , un rang fort au-deffus de celui
de fon Antagoniſte. Mais celui cy futil
ennemi de l'autre , ce n'étoit pas fur le
Theatre qu'il faloit l'attaquer , & c'eſt à
mon fens un endroit , qui , quelque ingenieux
que fut d'ailleurs la Comedie de
Momus Fabuliſte , ne fçauroit faire honneur
à l'Auteur. Je finirai par là , Monfieur,
une critique qui eft prefque auffi lon
gue que la Piece même qui en fait le fujet.
Mais fut- elle plus longue , je ne fçai
fi je ne ferois point en droit de dire ici
comme Momus le dit à Jupiter à la fin de.
la premiere Scene , que je n'ai pas encore.
fait la moitié de ma befogne..
Ecrite à l'Auteur du Mercure , fur la
Comedie qui a pour titre , Momus
Fabulifte , on les Nôces de Vulcain.
'EST un coup affez hardi , Monfieur
, pour un homme de Province
, que de trouver à reprendre
dans ce que Paris a honoré
de fon approbation. Les applaudiffemens
extraordinaires que Momus Fabulifte avoit
reçûs fur le Théatre , durant une longue
fuite de repreſentations , s'étoient fait entendre
jufques dans nos contrées , & je ne
me ferois pas confolé de me voir par ma
fituation , privé du plaifir d'entendre une
piece que le fuccès rendoit fi fameufe , fi
je n'avois efperé que l'impreffion fuppléroit
pour nous en quelque forte à ce que
notre éloignement nous faifoit perdre du
côté de la reprefentation . Heureuſement
notre efperance n'a pas été vaine ; & comme
je fuis affez bien fervi par rapport aux
*
DE JANVIER. 87
nouveautez qui fortent de Paris , je n'ay
pas attendu long- temps après celle - cy. Je
l'ay reçue avec tranfport , & je l'ay lue
avec empreffement. La reputation de la
piece , & l'idée que je m'en étois faite ,
me foutinrent dans la premiere lecture ; ce
ne fut pas la même chofe dans la feconde ;
j'y trouvai du déchet. L'ayant voulu relire
le lendemain , je me furpris moi- même
baillant ; je m'en fçûs mauvais gré , & je
me dis , fauf reſpect , je fuis un grand animal
de bâiller à la lecture d'une piece qui a
charmé toutParis:car je ne pouvois pas douter
d'un fuccès que je trouvois autentiquement
attefté par l'Auteur même de la Préface
, où il le croit obligé à quelque forte de
reconnoiffance envers le Public , fur une
Comedie qu'il a fi extrordinairement favorifée.
Je me donnai bien de garde de me
laiffer penétrer fur cela , aux beaux efprits
mes compatriotes , qui m'auroient unanimement
fiftlé fur mon mauvais goût : car
vous ne fçauriez croire , Monfieur , jufqu'où
va la déference qu'on a en Province
pour les decifions de Paris . Une piece y a
été bien reçûë ? elle eft donc bonne. Une
autre n'a pas été goûtée ? elle ne vaut donc
rien. Voilà les regles de notre Logique ,
elle ne va pas plus loin. Momus Fabulifte
a donc été reçû ici avec les mêmes applau
diffemens qu'il avoit eûs dans la Capitale.
B8
LE MERCURE
;
On l'a lue publiquement en plufieurs com-.
pagnies ; chacun fe récrioit aux beaux endroits
; je me fuis récrié moy même : mais
* avec vous , Monfieur , j'en uferay plus fincerement.
Le Mercure eft toûjours difcret
& quand il le feroit moins qu'il ne l'eft ,
comme vous ne me connoiffez pas , & que
je n'ay nulle envie de me faire connoître ,
je ne rifque rien à vous faire part de mes
remarques , & de mes reflexions , dont
vous ferez tel ufage qu'il vous plaira , foit
pour leur donner place dans votre Livre ,
fi vous les en jugez dignes , foit pour les
mettre au rebut , fi vous ne les trouvez
pas d'alloy ; du moins je me ferai fatisfait ;
car je n'y puis plus tenir , il faut que je
m'explique , ou je diray comme Pafquin ,
à qui on avoit mis un bâillon : io crepo.
Je ne fuis pas 'du nombre de ceux que
M. Fuzelier accufe de juger d'une piece
par le nom de l'Auteur. Si je jugeois de
la fienne par cet endroit , je porterois un
jugement bien plus avantageux que je ne
fais . Je ne connois point M. Fuzelier par
lui-même , mais je le connois fort par fes
ouvrages , c'est- à -dire , par
differentes petites
pieces detachées qui font venuës jufqu'à
nous en Province , & qui m'ont paru
d'un fort bon goût , on y trouve de l'efprit
, de l'imagination , de la fécondité ,
de la delicateffe & du naturel , c'eſt- à- dire ,
que
DE JANVIER
1
89
ay
que je le regarde fort au deffus de fon
Momus Fabulifte , que j'enviſage feul ; &
indépendamment de l'Auteur , dans l'examen
critique que je vais en faire , & que je
feray fans partialité & fans paffion. Ce leroit
dommage qu'un génie auffi facile s'endormit
fur le fuccès de fa Comedie . Rien
n'eft fi équivoque en certaines occafions
que le faccès d'une piece . Il y a des fuccès
qu'on doit à la brigue & à la protection ;
il y en a qu'on doit à la fatyre , & il y en
a qu'on doit à la conjoncture , foit des .
temps , foit des lieux , foit des chofes. Le
fuccès de Momus Fabulifte me paroît être
de cette troifiéme efpece , & tenir même
quelque chofe de la feconde . On étoit
dans le goût des Fables . Les nouvelles Fables
qui venoient de paroître , avoient reveillé
fur ce genre de Poëfie l'attention du
Public ; on annonce fur cela Momus Fabuliſte
, voilà ce qui s'appelle une fituation.
Sur l'etiquete feule , on y courts on y
croit trouver le Phenomene potager , le
Greffier folaire , & autres termes des Fables
nouvelles malignement mifes en oeuvre .
Voilà le fel de la fatyre ; il n'en faut pas
davantage pour amorcer le Public. Il vient
en foule , il applaudit ; mais fi dans un
an , que le goût des Fables fera apparemment
furanné , on lui redonnoit Momus
Fabulite , je fuis perfuadé que ce même
H
90 LE MERCURE
Public qui l'a couru cet hyver , le fiffleroit
l'hyver prochain. La conjoncture ne
feroit plus la même , & la fatyre feroit
ufée. Que vous ôtiez à Momus Fabulifte
ces deux appuis , & que vous le reduifiez
à lui-même , il faut qu'il tombe neceſſairement.
Vous demanderez pourquoy ? en
voici la raiſon ; c'eft que dans cette piece
on ne vous donne rien de ce qu'on nous
promet ; on nous promet une Comedie ;
& cette Comedie pretenduë n'eft rien
moins qu'une Comedie ; Momus Fabulifte
nous promet des Fables , & fes Fables ne
font point du tout des Fables , au moins
pour la plupart. Voilà , Monfieur , ce que
je me fais fort de vous rendre fenfible , en
vous développant la piece.
En effet , de quoi s'agit-il ? de Venus qui
eft à marier , & à laquelle tous les Dieux
prétendent de maniere ou d'autre ; à com
mencer par Jupiter , comme il ne peutl'époufer
, parce qu'apparemment la Poli
gamie eft un cas pendable auffi bien chez
les Dieux que chez les hommes bien policcz
, il feroit bien aiſe qu'elle reſtât fille ,
fans s'éloigner d'auprès de lui ; mais fi
l'ordre du Deſtin veut abſolument qu'elle
fe marie il s'arrange pour lui faire époufer
fon fils . Voilà le projet de Jupiter ;
voilà la fin où doit tendre cette Comedie ,
où doit aboutir le dénouement. Il abou
DE JANVIER.
tit là en effet , car la piece finit par le mariage
de Venus & de Vulcain que la Déeffe
prefere à tous les rivaux. Mais , quoique
la piece aboutiſſe là , elle eſt neanmoins
fans dénouëment , & il ne peut même y
en avoir , puifqu'il n'y a point de noeud.
Le commencement & la fin de la piece
fe répondent en quelque chofe , puifque
Venus époufe Vulcain , & que c'étoit ce
que Jupiter s'étoit propofé ; mais nous ne
voyons rien qui lie ce commencement à
la fin ; nous ne voyons point d'intrigue
formée , pour ménager cet évenement &
amener Venus au but que Jupiter fe propofoit.
Il est bien vrai que ce grand Jupiter
, qui jouë ici le perſonnage d'un vrai
Jocriffe , dit dès la premiere fcene , qu'il
s'arrange pour faire époufer Vulcain à Venus
; mais on ne voit point dans le refte
de la piece comment il s'arrange pour y
arriver , ni en quoi confifte ce prétendu .
arrangement. S'il avoit pris des mefures
pour empêcher le Deftin de fe méler de
Paffaire , ou pour l'engager à le laiffer en
qualité de Souverain des Dieux , arbitre du
fort de Venus , il y auroit là quelque forte
d'arrangement ; mais le bon Jupiter ne
porte pas fes vies fi loin . Le Deftin le mande
pour lui donner les ordres ; il s'arrange ;
il va le recevoir en toute humilité. Il apprend
que le Deftin laiffe à Venus la liberté.
Hij
92 LE MERCURE
du choix pour fe donner un mari . Venus
ne dépend donc plus que d'elle- même ;
voilà matiere à un nouvel arrangement.
Il ne s'agit que de gagner Venus ; & de la
degoûter des autres Dieux , pour la porter
à le déterminer en faveur de Vulcain. Que
fait pour cela Jupiter ? luy, parle- t- il fur
ce ton ? ou lui fait- il parler par quelqu'un ?
rien moins. S'il s'étoit intrigué pour infpirer
à Venus de mauvaiſes préventions contre
les autres Dieux , qu'il eût trouvé moyen
de les commettre enfemble , & à les engager
de fe décrier les uns les autres auprés
d'elle , qu'il lui cût fait infinuer adroitement
que le fejour de la Mer étoit trop
trifte pour
elle ; que Mars n'avoit pas l'air
d'être un mari commode , qu'Apollon n'étoit
qu'un Pedant , que Plutus avec toutes
fes richeffes étoit toûjours enfeveli dans un
fond de melancolie dont l'enjoüement de
la Déeffe ne s'accommoderoit pas , & que
Mercure enfin étoit trop rufe , & en fçayoit
trop long pour une femme qui étoit
bien aife d'avoir les coudées franches ; &
qu'aprés cela , il eût produit Vulcain comme
un bon Garçon qui n'avoit point de
malice , qui étoit d'humeur pacifique , &
qui vivoit bien avec tout le monde , on
pouroit dire alors que ce ne feroit pas en
vain que Jupiter fe feroit arangé , pour engager
Venus à préferer Vulcain aux autres
DE JANVIER. 93
Dieux dans le choix d'un mari. Mais Jupiter
ne fait rien de tout cela : à quoi donc
va fon arangement ? à affembler les Dieux ,
à leur fignifier l'ordre du Deftin ; il le déclare
à Vénus même. Allons , dit il , aimable
Venus ; nè balancez pas davantage ,
choififfez un mari & une demeure ; & il en
refte là fans pouffer l'arangement plus loin.
Sur quoi il faut lui rendre cette juſtice ,
qu'on ne peut pas executer les ordres du
Deftin avec moins de partialité qu'il le fait.
Un autre à fa place auroit pu en fignifiant
ces ordres , y mêler quelques reflexions
adroites fur l'importance dont il étoit pour
Venus de choifir un mari fortable à fes
manieres & à fon humeur , & qui fut d'un
caractere à ne fe pas effaroucher mal à propos
: mais l'arangement de Jupiter ne va
pas jufqués là ; il fe tient renfermé dans
une neutralité parfaite , il eft vrai qu'il n'a
pas lieu de s'en repentir , & que Venus
choifit Vulcain comme il le fouhaitoit ; mais
il n'en a l'obligation qu'au bon efprit & à
la politique de la Déeffe coquette , & non
aux arangemens qu'il auroit pu prendre,
pour l'amener là , & qu'il n'a pas pris.
Voilà comment Jupiter s'arange : s'il n'en
fçait pas plus long dans les autres arangemens
qu'il prend , c'eft un pauvre Sire.
Il paroît donc que les parties de cette
prétendue Comedie n'ont nulle fiaifon en94
LE MERCURE
1
.
tre elle , qu'elle eft fans noeud & fans dénouement
, que l'évenement qui la termine
dans la vingtiéme Scene , n'eft point l'effet
d'une intrigue qui l'ait préparé ; que tout
ce qui a précedé jufques là , n'a contribué
en rien à déterminer Venus au choix qu'elle
fait qu'elle choifit Vulcain par principe
de coqueterie , qu'elle l'auroit choifi également
, quand les Dieux & les Déeffes qui
ont occupé le Theatre durant la piece , n'auroient
point parlé ; que les Scenes qui la
compofent , font pour la plupart fi independantes
les unes des autres , qu'on pouroit les
difpofer au hazard , fans que la Piece en
fouffrit ; n'y ayant point de raiſon qui oblige
Neptune & Mercure à paroître fur le
Theatre avant Plutus & Apollon , ou avant.
Junon & Venus ; c'eft à dire qu'il refulte
de tout cecy que cette Comedie n'eft point
une Comedie . Qu'est ce donc ? C'est une
fuite de Dialogues dans le goût de Lucien
qu'on a mis les uns aprés les autres , en
faifant dire à Jupiter dans le premier Dialogue,
qu'il s'arrange pour faire épouferVulcain
à Venus , & en faifant qu'elle l'époufeen
effet dans le dernier , fans que tout ce
qui fe dit entre deux , contribue en rien
à l'évenement . Si une Piece de cette nature
eft une Comedie , les Comediens pouront
, quand il leur plaira , nous reciter les
Dialogues de Lucien , fans qu'il leur en
DE JANVIER. 956
coûte autre choſe que de donner un mariage
au bout .
·
On me dira que dans ces fortes de
Pieces d'un Acte fimple , on ne doit pas
exiger tant de regularité. Aufli ne demande
t'on pas que tout y foit compaffé
avec la même exactitude , que dans .
une Piece complette & de cinq Actes ; mais
du moins , faut- il qu'une Comedie ſoit une
Comedie ; qu'elle ait un but , qu'il y ait
une intrigue & un dénoücment ; tout cela
fe trouve dans les plus petites Pieces de Moliere
, & devroit le trouver dans celle cy ,
puifqu'on nous la donne pour Comedie ;
& dés que ces parties effentielles ne s'y
rencontrent pas , je croi être en droit de
dire que ce n'eft pas une Comedie.
Il paroît que le Public a fait fur , cela
grace à l'Auteur avec un peu trop d'indulgence
; qu'on s'eft plus attaché à Momus
Fabulifte & Cauftique , qu'aux nôces
de Vulcain : mais Momus Fabuliſte n'eft
pas plus Comedie que le refte. On lui interdit
la raillerie dés les premieres Scenes ,
on ne lui rend pas fur cela la liberté dans la
derniere
. Quoi qu'il
ait la place d'honneur
dans les deux titres qu'on donne à
cette prétendue Comedie , il n'y elt cependant
qu'en fecond. Jupiter fe fâche
de quelques petits traits de raillerie
que lui lance Momus. Il la lui in96
LE MERCURE
vent ,
terdit pour tout ce jour- là. Momus. fur
cette défenſe s'avife de fe fervir du voile de
la Fable , pour infinuer des veritez qu'il
n'oſe plus dite ouvertement ; & afin d'exercer
fon talent , il va attendre au paffage
les Dieux fes Confreres , fur le chemin du
Temple du Deftin , où à mesure qu'ils arriil
dit à chacun fa Fable ; je ne vois
pas qu'il y ait beaucoup d'art ni d'inven ·
tion dans cette difpofition ; cela paroît bien
uni , & je crois qu'on auroit pû imaginer
quelque chofe de plus naturel & de plus
vrai-femblable , pour occafionner la rencontre
du Momus avec tous ces Dieux &
ces Déeffes , qu'il femble qu'on n'amene
là l'un après l'autre que pour en avoir des
nazardes. Je ne trouve pas d'ailleurs que
leurs caracteres pour la plupart foient affez
mefurez ; & pour commencer par Jupiter ,
qui eft lepremier & le fouverain des Dieux,
il est un peu trop de mauvaiſe humeur , &
il fe fâche contre Momus affez à contretemps.
Car fur quoi le fâche-t-il ? fur ce
qu'ayant dit qu'il aimeroit mieux que la
Déeffe reftat fille : Momus répond , refter
fille & eftre maîtreſſe de Jupiter ! Pourquoi
s'aigrit -il plus de ce trait que de plufieurs
autres du moins auffi piquants que Momus
lui avoit déja fait effuyer dans la mê ne
fcene, & qu'il avoit avalez fort doucement ?
Momus le raille fur le joug d'un mariage
d'une
DE JANVIER . $7
d'une éternité , & appelle cela ingenieulement
lesgaleres perpetuelles ; il lui demande
s'il ne vient point plaider en feparation devant
le Deftin ; il lui dit tout net qu'à la formalité
prés , la pauvre Junon est trés repudiée
; Et fur ce que Jupiter lui fait enten .
dre que s'il faut abfolument que la Deeffe
fe marie , il s'arrange pour lui faire époufer
Vulcain ; Momus fe recrie , oh le fage
arrangement ! on vous y reconnoît. Jupiter
écoute tout cela avec toute la debonaireté
poffible , il ne fe fâche que lorfque Momus
dit , refterfille & Maitreffe de Jupiter ! qui
n'eft proprement que l'explication de ce
qu'il venoit de lui dire d'une maniere moins
groffiere, & par confequent plus picquante
dans le fage arrangement , fur lequel il s'étoit
recrié: mais enfin , Jupiter eft à bout;
ce trait le déconcerte , & il s'en trouve ſi
picqué , qu'il déclare à Momus qu'il eſt
furieufement las de fes plaifanteries.En verité
le bon Jupiter ne fe connoît gueres en plaifanteries
. Le fage arrangement que Momus
venoit de relever , en étoit une ; Jupiter
ne s'en choque point ; refter fille être
Maitreffe de Jupiter ! étoit dans la bouche
de Momus une groffiereté plûtôt qu'une
raillerie fine. Jupiter s'en offenfe. Il commence
à s'appercevoir que Momus le turlupine
depuis une infinité de fiecles ; & il
ne veut plus être turlupiné. Il devoit ,
I
ce
98 LE MERCURE
me femble , y être fait , on n'attend pas
fi tard à s'en choquer ; mais enfin , il perd
patience aprés tant de fiecles & moi ,
Monfieur , je la pers auffi , lors que j'entens
raifonner d'une maniere fi indigne de
la Majefté de ce Souverain des Dieux , qui
en fronçant feulement les fourcils fait
trembler le Ciel & la Terre.
"
>
Mais , me dira-t-on , ce qui le rend de
plus mauvaiſe humeur dans cette rencontre
, n'eft pas tant ce que lui dit Momus ,
que la conjoncture où il le lui dit. Jupiter
eft amoureux de Venus , & dans l'impof
fibilité où il fe voit de l'époufer fon
amour fe tourne en chagrin , & le rend plus
aifé à choquer ; à la bonne heure : j'aurois
donc voulu que la querelle qu'il fait à
Momus , fut un effet de ſa paſſion ; & pour
cela , j'aurois fuppofé que Momus ayant
lâché quelque trait malin contre cetté
Déeffe , elle en fait fes plaintes à Jupiter ,
celui- ci amoureux au point qu'il l'étoit ,
auroit été en droit de prendre feu là - deffus ,
& d'interdire à Momus une liberté dont
il auroit abufé à l'égard d'une Décffe qui
étoit fi chere au Souverain des Dieux. Jupiter
pouvoit ouvrir le Theatre en fulminant
contre Momus , en difant qu'il ne l'a
fouffert , tant qu'il ne s'eft attaqué qu'à lui ;
mais qu'ayant l'audace de s'attaquer à Ve- *
nus même , qui lui en a fait fes plaintes , &z
DE JANVIER. 99
pour qui il n'ignore pas les égards qu'il veut
qu'on ait , il ne laiffera pas l'offenfe impunie
, & fur cela ordonner à Mercure de le
faire venir ; il me paroît qu'en prenant ce
l'interdiction de Momus feroit bien
mieux fondée dans la piece , où l'on ne voit
point pourquoi Jupiter s'avife de s'offenſer
d'une liberté à laquelle Momus avoit depuis
une infinité de fiecles pris ſoin de l'y
accoûtumer. Le debut vaudroit mieux , ce
me femble , que le perfonnage de Benest que
Pon fait faire à Jupiter , en lui faiſant crier
à deux repriſes , ô Junon ! ô Venus ! pour
nous dire pourquoi fuis je marié avec la
premiere , & hors d'état d'époufer la feconde
! Mais laiffons- là le pauvre Jupiter ;
c'eft bien le plus Dadais de tous les Dieux
qu'on introduit dans cette Piece.
Quant à Neptune , Monfieur fon frere ,
s'il n'eft pas tout- à - fait fi fot que fon aîné ,
il ne lui en doit de gueres , & foutient affez
dignement le ftile de la famille , lorfqu'il
trouve à redire que Jupiter faffe mauvais
ménage avec ſa femme , & galantiſe Venus,
qui doit eftre la mienne , dit - il , felon les
apparences , & cela fondé fur certains égards
qu'elle a pour lui. Il ne s'explique pas davantage
; car les Dieux marins font diſcrets,
¿ il feroit joly que le Dieu des Poiffons ne
Seut pas le taire. Mercure voudroit le piquer
pourle faire jafer ; mais à qui fe jouë-
I jj
80015
160 LE MERCURE
t-il ? ahlah ! vous voulez me tirer les vers du
nez ; vous êtes un fripon , mon neven . Cela
eft bien vrai pour le neveu & toute l'antiquité
en convient ; mais il me femble que ce
n'étoit pas à l'oncle à nous l'apprendre ; &
que quand il auroit un peu plus fardé les
neveux , il n'y auroit rien eu en cela contre
la bienfeance . A l'égard de celui- cy ,
je m'en tiens à ce qu'en dit Neptune , &
je n'ay rien à ajouter à ce portrait que
l'oncle fait du neveu ; fi ce n'eſt que tout
fripon & fourbe fieffé qu'on nous le reprefente
, on ne lui donne pas un caractere de
friponrerie auffi fin & auffi delié qu'il convient
à Mercure .
A ces deux Meffieurs , fuccedent Plutus
& Vulcain , qui entrent tous deux fur la
fcene , non que l'ordre de la Piece l'exige
ainfi , mais parce qu'il l'a plu de la forte
à l'Auteur, uniquement de fa pure grace
& de fon bon plaifir. Ils debutent d'abord
par fe reprocher leurs defauts naturels ,
fur ce que l'un eft aveugle , & que l'autre
boite. Cela eft paffablement groffier , &
convient à peu près à l'un & à l'autre. Je
youdrois feulement qu'on eût foutenu ce
caractere dans Vulcain , & qu'on n'eût paş
mis dans la bouche d'un Forgeron qui a
Ja phifionomie affez épaiffe , des traits de
fatyre auffi ingenieux que ceux qu'on lui
prête , comme quand Plutus dit qu'il eſt
DE JANVIER.
Tot
affiegé de toutes les belles , Vulcain ajoûte ,
quifçavent l'arithmetique . Quand le premier
dit que fon porte- feüille vaut mieux
que celui d'Appollon ; l'autre remarque
qu'en difant cela , il ne couche pas gross
& qu'il lui dit un moment après , on voit
bien que l'efprit vous coûte , & que vous ne
le prodiguez pas. Je ne me ferois pas attendu
, je vous l'avoue , à trouver tant d'efprit
dans Vulcain ; auffi femble- t - il qu'il
en ait honte ; & c'eft pour rentrer dans
fon naturel , que lorfque Momus lui pro
pofe une Fable , il commence à fe défier
de fa pénétration , & le prie que cela foit
intelligible.
Pour Mars , qui paroît enfuite couplé
avec Apollon , je n'ay rien à en dire , &
il foutient affez bien fon caractere de petit
Maître. Dès qu'on en veut faire un petit
Maître , il eft tel qu'il doit être , mais je
ne fçai s'il étoit à propos qu'on lui donnât
ce caractere ; fon Antagoniſte peut auffi
paffer abfolument ; mais quand on lui auroit
donné un peu plus d'efprit & de delicateffe
, cela n'auroit rien gâté , & j'ay
peine à digerer que le Dieu des beaux efprits
dife des chofes moins fpirituelles &
moins brillantes , que celles qu'on fait dire
à Vulcain. Que dirons- nous de la mere
de celui- ci , la Dame Junon , & de la belle
Venus ? la premiere eft une prude acariâtre,
1- iij
102 LE MERCURE
à qui je voudrois qu'on eût donné dans fa
pruderie un peu plus de dignité ? car dans
la feverité de fa vertu , elle le prend fur
un ton qui conviendroit mieux dans les
Halles que dans l'Olympe .
Pour Venus , c'est une coquette tirant
un peu fur la Pimpefouée. Je lui voudrois.
quelque chofe de plus vif & de plus picquant
dans fon caractere. Il faut que fes
charmes pour lefquels on voit tous les Dieux
unanimement foupirer , fe reduifent à fa
feule beauté : car , dans le reste de fa Perfonne
, je ne vois rien qui doive caufer
rant de fracas ; ce qu'elle dit , & la maniere
dont elle le dit , tient quelque chofe
d'une certaine langueur indolente & minaudiere
, qui affadit à la langue.
J'oubliois prefque la jeune Æglé , & il
n'y auroit pas eu grand mal , fans la fable
de la Dragée qu'elle occafione ; car on
ne voit pas pourquoi elle paroît ici plùtôt
qu'Hebé la Maîtreffe mais , comme
le refte des Perſonnages n'eft gueres plus
effentiel à la Piece que le fien, il ne faut pas
lui faire un procés là deffus ; je ne ditay
rien de fon caractere ; cette Nimphe et
fi peu connue , qu'on a pû nous la dépeindre
comme on a voulu mais il faut
admirer ici l'adreffe de l'Auteur , qui , pour
amener cette Scene , fait reprocher à Venus
par Junon dans la Scene précedente , qu'el
:
DE JANVIER 103
le avoit furpris , la veille , cette Déeffe avec
Zephire dans un cabinet de verdure ; car,
comme Zephire étoit amant d'Æglé , cela
lui donne lieu d'entrer fur la Scene pour fe
plaindre à Momus de l'inconftance de ce
petit Volage.
Il me reste à parler de Momus que j'ay
refervé pour le dernier , comme le plus important
Perfonnage & le Heros de la Piece
, dont on peut dire qu'il eft en même
temps le bel efprit. Auffi lui en donnet'on
plus qu'à un autre ; il glofe , il pointille
fur tout , & ne perd point d'occafion
de briller ; mais je ne fçai fi on ne peutroit
pas l'accufer quelquefois de ne faire
que la moitié de fa befogne. Comme il domine
dans toute la Piece , & qu'il y tient
le Dé à tout venant ; il feroit long d'examiner
en détail tout ce qu'il dit , ce n'eft
pas même dequoi il eft ici queftion . Son
principal caractere eft de faire des Fables ;
il s'agit de Momus Fabulifte. Si les Fables
font bonnes , il n'y a rien à lui dire ; fi
elles ne font pas dans les regles , il pêche
dans le point le plus effentiel ; c'eſt donc à
quoi il faut nous reduire , & ce que nous
avons à examiner.
Quand Momus ne nous apprendroit pas,
comme il fait , qu'il n'eft qu'un Fabu.ifte
de hazard ( p 16 ) & que les Fables qu'il
donne ici , ne font que fon coup d'effai ,
I iiij.
104 LE MERCURE
on s'en feroit bien apperçû , & il n'y a rien
qui n'y paroiffe . Apollon lui avoit prédit
que fi jamais il les faifoit imprimer , il feroit
bien houfpillé ( p. 37 ) La prédiction
d'un Dieu dont les Oracles ont eu autrefois
tant de vogue , devoit ce femble , le
tenir en refpect , & le faire aller bride
en main pour l'impreffion : cependant elles
paroiffent. Et , comme toute la grace qu'il
a demandée eft qu'on ne fifle point ſes Fables
qu'elles ne foient imprimées ; il ne peut
point trouver mauvais à prefent qu'elles
le font , qu'on prene la liberté de dire fon
avis .
S'il étoit auffi aifé de faire de bonnes
Fables , que de dire , inventons des Fables,
devenons Fabulifte ( p . 8 ) , on pouroit en
quelque forte excufer Momus d'avoir hazarde
les fienes ; mais il devoit fçavoir lui,
qui eft fi alerte à relever ce qu'il croit ridicule
en autrui , qu'on donne foi-méme
dans le ridicule , quand on veut fe mêler
d'un metier qu'on n'entend pas ; & il n'eft
pas difficile de montrer que Momus n'entend
rien à celui de Fabulifte . Je ne ferai
point pour cela de longue differtation ; car
je ne prétends point, non plus que l'Auteur
de la Piece , m'ériger en faiſeur de diſcours .
Je n'avancerai que des principes trés- fimples
, & des regles trés- connues , fur lefquelles
le Public poura juger fi les Fables
DE JANVIER. 105
que
Momus nous donne , le mettoient en
droit de s'ériger en faiſeur de Fables .
Ceux qui s'imaginent que ce qu'on ap
pelle Fable , confiite à faire raiſonner enfemble
des animaux , & que , pourvu que
l'on mette fur la Scene un Loup & un Renard
, ún Chat & un Singe , on a fait une
Fable, font bien loin de compte. La Fable eft
une forte de fimilitude & de comparaiſon,
ou par ce qu'on fait faire , ou dire à des
animaux , & qu'on a lieu de préfumer qu'ils
feroient & qu'ils diroient en certaines conjonctures
, s'ils avoient l'ufage de la raiſon
& de la parole ; on apprend à l'homme
ce qu'il doit penſer & faire dans des rencontres
femblables. Or qui dit comparaifon
, dit deux chofes , qui , quoique differentes
entre elles , ont neanmoins un
rapport de convenances qui les unit
dans un point. Qu'eft ce que la Fable
de la Cigale , qui aprés s'être amusée
à chanter tout PEté , au lieu de préparer
des proviſions pour l'Hyver , eft rebutée
de la Fourmi , lorfqu'elle va chez elle
crier famine ? C'eft une fimilitude qui nous
apprend que quand , au lieu de travailler
dans fa jeuneffe , on n'a fongé qu'à fes plai
firs , on eft en danger de mourir de faim
dans fa vieilleffe . La Cigale repreſente
l'homme qui s'amufe à la bagatelle , &
PEté marque le temps de la jeuneffe , com
106 LE MERCURE
n'eft
me l'hyver celui de la vieilleffe . De forte que
c'eft comme fi on difoit ; de même que la
Cigale qui ne s'amufe qu'à chanter durant
l'Eté , court rifque de mourir de faim l’Hyver
, de même l'homme qui ne fonge qu'au
plaifir durant l'Eté de fon âge , fe trouve-
La miferable quand il viendra fur le déclin.
Toute Fable qui ne peut pas fe reduire à
une comparaison de cette nature
point une Fable. Il faut donc que la chofe
que l'on compare , foit differente de celle
à laquelle on la compare , & ce n'est plus
comparaiſon , fi on la compare à elle- mêine.
Que doit-on penfer fur ce pied là de
la Fable du Saumon Tuteur ? je n'examine
point ici fi le Saumon eft bien apparié
avec l'Anguille legere , & fi le Loup Marin
qui le dit Procureur des Poiffons , eft
fondé en bonne procuration , pour figurer
là plûtôt que tout autre Poiffon d'une ef
pece plus connue ; c'eft une attention que
ne doit pas negliger un Fabulifte qui ne
fçauroit prêter trop de vraifemblance à la
fiction. Je m'arrête feulement à ce qui
rouche la comparaifon.
Neptune prétend être en droit d'efperer
que Venus lui donnera la préference fur fes
Rivaux , parce qu'il eft fon Tuteur ; & Momus
pour lui faire fentir qu'il fe trompe ,
Lui recite fa Fable du Saumon Tuteur : Neptune
trouve la Fable fort, impertinente (P
DE JANVIER 107
•
3
13 ) & il n'a pas tort. Car , comme le
nom de Neptune & celui de Saumon , ne
font rien à l'affaire , c'est à peu prés, comme
s'il lui difoit ;, de même qu'un Tuteur n'eft
pas toûjours aimé de fa Pupille , de même
il n'eſt pas fûr que pour être Tuteur
de Venus , votre Pupille vous prefere aux
autres ; ce qui eft , comparer les droits.
d'un Tuteur aux droits d'un Tuteur , c'eft
à dire , comparer une chofe à elle- même :
car , que ce Tuteur foit Dieu , ou qu'il
foit Poiffon , cette alternative ne change
rien aux choles , puifque ce n'eft que fur
la qualité de Tuteur , commune à l'un & à
l'autre , que tombe la comparaiſon & par
confequent la Fable. Voilà une forte de défauts
fur un point effentiel & capital qu'on
ne trouvera pas dans les Fables de M. de
lá Motte , malgré tout le mal qu'en dit Momus.
Je ne prétends point faire l'apologie
des Fables nouvelles , mais il me paroît
que le Dieu Fabulifte auroit grand befoin
d'aller quelque temps à l'école de l'Academicien
, tant pour ce qui regarde l'inven--
tion , que pour les autres parties qui entrent
dans une Fable. Un autre que
auroit imaginé une Fable où il fe fut contenté
de montrer en general que l'amour
ne fe regle pas fur les obligations & fur
les devoirs , d'où il auroit été ailé de con
clure que les obligations qu'un Pupille peut
lui
108 LE MERCURE
avoir pour fon Tuteur > ne font pas un
droit pour en être aimé. C'eſt ce qu'on au
roit pu faire entendre à Neptune d'une maniere
délicate , & dont il n'auroit pû fe
choquer au lieu que Momus lui dit lạ
choſe fi cruement , & avec fi peu de ménagement,
dans fa Fable prétenduë , qu'autant
vaudroit-il qu'il parlât dans fon naturel
, puifque la Fable, qu'il employe ,
n'eft rien moins qu'un voile qui ferve à
déguifer ce qu'il veut dire : Voilà ce qu'on
peut appeller juftement des Satires àl'eau
de vie ( p. 21. ) Si ce nouveau Fabuliſte
en fait louvent de cette tournure là , je ne
lui, confeille pas de les faire imprimer ( P.
5o. ) Mais , comme il dit , on aura peutêtre
de l'indulgence pour fon coup d'effay
( p . 62. ) C'eſt ſa premiere Fable ; & il
n'en eft qu'à fon apprentiffage . Les Animaux
polis , Fable employée dans la Préface
, péchent encore par le même endroit,
auffi-bien qu'une partie de la Piece , comme
il fera aifé de le voir à quiconque les
examinera de' prés.
Pour le Singe dépouillé , qui tient auſſi
du même defaut , il péche de plus du côté
de la juſteffe , ce qui rend fa comparaifon
fauffe. Momus , pour faire entendre à
Plutus qu'il ne doit pas compter fur l'appas
de fes richeffes pour réuffir auprés de Venus
, lui allegue la Fable du Singe thefan
DE JANVIER. 109
rifeur , qui recherché & courtiſé tant qu'il
fut riche , fe vit abandonné & méprifé
dès qu'il eut perdu fes trefors. La Fable
çût été juſte , & la comparaiſon bonne , ſi
- Plutus eût couru rifque de perdre les fiens
de même que le Singe ; mais comme il
ne peut perdre fes richeffes qui font attachées
à la divinité fa , comme fon appanage,
la Fable ne prouve rien contre lui , & il
auroit pû répondre à Momus , tu ne dis
rien qui vaille , mon ami ; car , fi je plais
à venus , tant que j'auray des trefors , je
fuis fûr de lui plaire toûjours. Tant que le
singe fut riche , on l'accabla , felon toy ,
de prefens & de careffes , les belles fonpiroient
pourluy ou ppoouurr les beaux yeux defa
Caffette ; mais enfin que la Caſſette en fut
le motif, c'étoit toûjours à lui qu'alloient
Les foupirs ; ainfi ta Fable prouve que j'ay
tout à efperer.de Venus. Voilà comme le
Dieu des richeſſes auroit pû prouver à
Momus , non pas que fon cheval , comme
dit le Proverbe , mais que fon Singe n'étoit
qu'une bête ; mais le bon Plutus eft
gros Caiffier , dont la penetration ne va
pas jufques là.
La Fable du Lion petit Maître , renferme
de même un autre defaut de jufteffe
qui n'eft pas moins reprehenfible. Mars
fe vante que tout le monde le lonë , & qu'on
Se relaye pour l'admirer ( p. 30 ) Momus
710
LE MERCURE
pour lui faire entendre que c'eft moins à
la fincerité qu'il doit ces demonftrations
d'eftime & ces louanges , qu'à la crainte
que fa force imprime , introduit un Lion
petit Maître. Pour le Lion , paffe , le per-
Tonnage convenoit ; mais pour le petit
Maître il n'y vient pas , un petit Maître
n'eft pas fait pour être craint , on rit de
fes façons & de fes airs ; mais fa griffe ne
fait peur à perfonne : pourquoi donc faire
de ce Lion un petit Maître ? on a cru qu'il
en reviendroit du relief à la Fable ; mais
en voulant lui en donner , on l'a gâtée.
,
La Poule prude feroit de mile , fi un
Cocq le contentoit d'une Poule pour femmais
comme la loy contre la Polygamie
, n'eft pas faite pour les Cocqs , &
qu'on n'en met qu'un pour plufieurs Poules
, il a droit de les fervir toutes , fans
pouvoir être accufé d'aller au change. Je
ne fçais pas d'où vient que l'Auteur ayant
une Fable à faire fur une Prude , va choifir
precifément l'efpece de tous les animaux qui
eft le moins en droit d'exiger que fon måle
garde la fidelité conjugale
ne fçai ſi c'eſt ma faute , mais je n'ai
point compris la fin de la Fable de Pot felé.
Si Momus eft un Fabulifte tiré au clair
(p. 22 ) comme il s'en vante , ce n'eft pas
du moins dans cette Fable qui eft des plus
obfcures ; auffi ne l'avoit- il pas encore faite,
DE JANVIER.
lorfqu'il le fatte dans le même endroit
qu'il n'aura jamais l'affront d'être commenté-;
mais c'eft un affront d'avoir befoin d'un
Commentaire pour être entendu , & le be-
Loin paroît ici tout viſible.
Je n'entreray pas dans un plus grand
détail fur les Fables , ſoit de la Preface
foit de la Piece , it fuffit de dire qu'à
celle de la Dragée près , qui eft fort ingenieufe
& fort jolie ; toutes les autres , pour
la plupart , péchent par quelque endroit
effentiel , & qu'à prendre les chofes exacte
ment, ce ne font pas des Fables. On s'ap
perçoit affez que Momus fait tout ce
qu'il peut pour pouvoir égaïer fes Fables, &
leur donner quelque chofe de cet enjouëment
qui charme dans celles de la Fontaine ;
mais le pauvre garçon n'y entend rien , &
le Dieu des bons mots n'eſt rien moins dans
cette Piece , que ce qu'il devroit être. La
Fontaine pouroit dire ici de Momus , ce
que le Singe dit du Leopard , dans la Fable
de ces deux animaux,
Cette diverfité dont on vous parle tant ,
Mon voifin Leopard l'a ſur ſoyſeulement ;
Moy, je l'ay dans l'efprit:
C'est-à- dire que l'enjouement de la Fontaine
eft dans la naïveté de la narration ,
& que celui de Momus ne confifte que
dans la recherche de certaines expreflions
I 1.2 LE MERCURE
détournées , qu'il a voulu tranfplanter du
Theatre des Danfeurs de corde à celui de
la Comedie . De là viennent toutes ces gentilleffes
qu'il debite tout à la franquette ,
un attrait poftiche , des Iris guenons . Le
Termometre de la finance , c'eſt par où il
defigne l'infolence ; le Cheval qui vit en
homme , pour dire qui dans fes amours étoit
inconftant & volage , comme les hommes ;
Soupirer à l'uniffon , un cercle chien , & autres
expreffions femblables , qui n'ont rien
à reprocher au Phenomene potager , & au
Greffier folaire . Que fi après avoir examiné
fes Fables pour le fond & pour la tournure
, on vient à les examiner encore du
côté de la verfification , on y trouvera
beaucoup de negligence pour le ftile , fouvent
lâche , & plein de vers plutôt jettez ,
que maniez avec art. De forte que fi l'Auteur
ne les avoit avoüez dans la Preface ,
j'aurois prefque été tenté d'être du fentiinent
de ces Differtateurs , c'est le nom
dont il fe fert , qui ont crû qu'il avoit
fait faire fes Fables en Ville ; car je n'ay
gueres vû de Vers de fa façon qui ne fuffent
beaucoup mieux tournez que ceux-cy.
Pourquoi donc toutes defectueufes que
font ces Fables par tant d'endroits , ontelles
réuffi fur le Theatre ? peut - être que
l'habileté du Momus qui les recitoit , n'y
aura pas nuit , & que l'Auteur aura été
affez
DE JANVIER. Iz
affez heureux pour rencontrer un de ces
gofiers harmonieux & feducteurs dont il
parle dans fa Preface , qui fervent des
Poëtes , bien mieux que leur plume.
Rien n'eſt plus ordinaire que de voir des
Pieces qui ont charmé dans le recit , faire
pitié fur le papier. Ajoutons à cela que la
fatyre , delicate ounon , entraîne toujours
le plus grand nombre . Or , Momus a prerendu
que fes Fables ne fuffent que fatyriques.
Faffe , dit- il , des Fables purement
morales qui le jugera à propos ; pour moy,
je me garderay bien de prendre ce ton-là ,
il ne réuffit pas.
Avant que d'examiner fi ce que dit Mo
mus des Fables purement morales , eft vrai,
je ne puis m'empêcher de faire une refle
xion , fur une faute de jugement qu'on
fait faire à ce Dieu railleur. Je fuis , luy
fait- on dire , l'inventeur des Fables ....
rien n'eft fi commode que de n'avoir point
de modele. Il est donc le premier qui ait
fait des Fables , & il ne s'en eft point fait
qui puiffent lui fervir de modele. D'où at-
il donc pris que les Fables purement morales
, ne réuffiffoient pas ? le bon Momus
n'y a pas fait attention , & prouve en cela
que le jugement fert bien dans la compofition
, ainfi que dans la lecture. Dame
Memoire & Demoiſelle Imagination qu'on
relevé fi fort dans cette Comedie , l'ont
K
1.14 LE MERCURE
, emporté pour cette fois fur Dom jugement
qui fe beloufe ici vilainement , & pour
la conjoncture du tems & pour le fond de
la chofe, Car où eft-ce que Momus a pris
que les Fables purement morales ne réuffiffoient
pas ? les Fables de la Fontaine
font des Fables purement morales. Dirat-
on qu'elles n'ayent pas réuffi. Momus
nous auroit fait grand plaifir , fi au lieu
de ces Fables groffierement fatyriques , il
nous en eût donné de finement Morales
dans le goût du celebre la Fontaine .
D'ailleurs , que veut- il nous dire par la
diftinction des Fables morales & des fables
fatyriques ? Toute Fable eft effentielement
morale , & par là , renferme toujours quel
que chofe du fatyrique , par le ridicule
qu'elle decouvre à la faveur de fa fiction ,
& qu'elle y rend fenfible comme un Tableau.
Il eft vrai que la fatyre qu'elle renferme
, n'eft qu'une fatyre generale , &
qui ne tombe fur perfonne en particulier,.
une fatyre moderée , adoucie , égayée , innocente
, & non une fatyre à l'eau de vie ,
( p. 21. ) telle qu'en renferment les Fa
bles de Momus qui font prefque toutes à
bout portant , & plus propres à choquer
ceux à qui on les adreffe , qu'à les inf
truire ; mais c'eft de cette moderation même
que la Fable tire fon principal merite.
Des Fables perfonnellement fatyriques ,
DE JANVIER. FIS
telles que les Fables du Dieu Fabulifte , font
plutoft des Satyres que des Fables .
Mais il faloit faire cette mauvaiſe dif
tinction , pour tomber fur les fables de
M. de la Motte , & les turlupiner fur le
Theatre . Je l'ai déja dit , & je le dis encore
; je ne pretends point en faire l'apologie
, quoiqu'il fut peut- être plus facile
qu'on ne le penfe , d'en faire une raiſonnable
; mais du moins , un Auteur de cette
reputation meritoit - il quelque menagement
? Et en verité , il n'eſt pas un home
me à être tourné en ridicule fur le Theatre.
Je ne fçai fi j'ai tort de paroître fi delicat
fur ce point ; mais nous autres Provinciaux,
nous fommes gens du vieux chrême , &
qui ne pouvons nous defaire de certaines
idées de bienfeance , contre lefquelles on
n'a point encore profcrit en Province ; car
quelque approbation que mes compatriores
ayent donné à Momus fabulifte fur la
fin du fuccez de Paris , ils n'ont pas été
choqués moins que moy de la liberté qu'on
s'y eft donnée contre M. de la Morte . Que
dans une differtation critique , on attaque
un ouvrage , & qu'on y releve ce qu'il a
de mauvais , pourvû que la chofe fe faffe
dans les regles , & avec les égards qu'on
doit d'ailleurs au merite perfonnel de
Auteur , cela elt permis , & perfonne
ne peut y trouver à redire ; mais qu'on
1
Kij
116
LE MERCURE
1
mette un honnête homme fur le Theatre
qu'on l'immole publiquement à la rifée du
Parterre , en dechirant fes ouvrages par
lambeaux , & en le turlupinant , pour me
fervir des termes de Momus Fabuliſte ;
voilà ce que la bienfeance ne permet point
& qui doit intereffer tous les honnêtes
gens Jupiter n'eft pas le feul qui n'aime
pas à être turlupiné ; tous les honnêtes
gens font fort d'humeur fur ce point , &
fi une pareille licence fe tolere , qui eft- ce
qui n'aura pas à craindre pour foy-même.
Je ne fçaurois m'ôter de l'efprit que ce qui
a empêché l'Auteur de fe declarer d'abord
, a été la crainte des reproches qu'il
auroit à effuyer de ce côté là. Le fuccés
l'a enhardi , & comme il a vû que le Public
qui ne fongeoit qu'à rire , ne relevoit
point cette indecence , il a cru qu'il pourroit
, fans rifquer beaucoup , fe faire connoître
, & le demaſquer ; mais il n'a pas.
fait attention que le Spectateur qui ne
penfe qu'à rire , tandis qu'il eft dans le
Parterre , fait des réflexions , quand il eſt
de retour chez lui ; & que pour s'être rejoui
à la Piece de l'Auteur , il n'en eſtime
pas plus la perfonne , s'ils ne font d'un caractere
à facrifier un honnête homme à
un bon mot . Eloigné de Paris , comme je.
Le fuis , je ne puis fçavoir fur quel pied
PAuteur des Fables nouvelles , & l'Auteur
DE JANVIER. 117
de Momus Fabuliſte , font enſemble. Le
Premier m'eſt beaucoup plus connu que
l'autre ; & outre qu'il eft de l'Academie
Françoife , il paroît tenir dans la Republique
des Lettres , par la reputation de
Les ouvrages , un rang fort au-deffus de celui
de fon Antagoniſte. Mais celui cy futil
ennemi de l'autre , ce n'étoit pas fur le
Theatre qu'il faloit l'attaquer , & c'eſt à
mon fens un endroit , qui , quelque ingenieux
que fut d'ailleurs la Comedie de
Momus Fabuliſte , ne fçauroit faire honneur
à l'Auteur. Je finirai par là , Monfieur,
une critique qui eft prefque auffi lon
gue que la Piece même qui en fait le fujet.
Mais fut- elle plus longue , je ne fçai
fi je ne ferois point en droit de dire ici
comme Momus le dit à Jupiter à la fin de.
la premiere Scene , que je n'ai pas encore.
fait la moitié de ma befogne..
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17
p. 701-704
LE LION ET LA BREBIS, FABLE.
Début :
Vous qui des grands recherchez l'assistance, [...]
Mots clefs :
Lion, Brebis, Protection, Toison, Fable, Justice, Puissance, Fourrure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE LION ET LA BREBIS, FABLE.
LE LION ET LA BREBIS ,
V
FABLE.
Ous qui des grands recherchez l'assistance ,
N'allez pas avec eux vous lier d'interêt , ´
Si vous donnez plus que la reverence 2
Vous êtes perdus pour jamais.
Un Lion , mais Lion du plus sublime étage ,
Et des plus nobles d'alentour ,
Lion puissant Siegneur , qui par haut parentage ,
Etoit des mieux venus en Cour ,
Joua , dit- on , un vilain tour ,
A la Brebis , sa voisine , peu sage.
Voici le cas ; le bêlant animal ,
Voulant s'avancer , se produire ,
Pour maîtriser ceux qui pouvoient lui naire ,
Et l'emporter sur maint et maint Rival ;
Il faut , dit- il , choisir une Puissance ,
Envers et contre tous qui puisse nous munir ,
Et réprimer l'insolence ,
De l'Escroqueur , qui contre notre engeance®,
Diij
Aima
702 MERCURE DE FRANCE
Aima toûjours tant à sevir.
Ainsi pensoit la Bête à Laine ,
Aussi-tôt dit , aussi-tôt fait ;
Elle court à perte d'haleine ,
Chez le Lion , pour le voir à souhait ,
Et lui faire sa réverence .
Celui- cy de bonne accointance ,.
Avec beaucoup d'affectation ,
Lui promet sa protection.
Grande amitié de part et d'autre ,
Mais par présens falloit l'entretenir ,
Seigneur Lion , le bon apôtre ,
Eût voulu déja les tenir.
D'abord on n'exigea que la simple courbette ,
Que constante assiduité :
Mais bien-tôt la Bête sujette ,
N'en fut quitte à si bon marché ;
Laissant là sa délicatesse ,
Notre Patron s'arma de hardiesse
Et la pria de lui prêter ,
Maintes feuilles qu'avoit amassé la pécore ,
Pour subsister durant l'âpre saison
Cette demande qui l'honore ,
Lui fait donner au Patron 2.
Le feuillage ,
Qu'elle avoit fait à son Village ,
Voiturer à grands frais par Maître Aliboron..
Ce ne fur tout , et comme dit l'adage ,
Plus
AVRIL. 703 1731 .
Plus on a , plus on veut avoir ,
Chez tous les Grands c'est maxime en usage.
Ainsi donc le Lion venant à concevoir ,
Que s'approchoit le tems de la froidure ,
Pensa comment d'une saison si dure ,
Il éviteroit les rigueurs ;
Puis tout à coup songeant à sa Cliente ,
>
En vain, dit- il , je me tourmente ,
Pour de chimeriques malheurs ;
Notre Brebis de sa véture ,
Nous fera chaude couverture.
Bien disoit vrai , le benin animal
De sa Toison lui fait une fourure ,
Si bien que tant que l'hyver dure ,
Le Protecteur ne ressent aucun mal.
A sa porte souvent l'autre cria misere ,
Voulut qu'on la payât et qu'on finît l'affaire .
Pas le moindre petit retour ;
Et qui pis est , la pécore bêlante ,
N'osa plaider pour un si vilain tour ;
Trop bien sçavoit que la Justice est lente ,
A condamner les gens de Cour.
Tout ce que fit la bête aux frimats exposée ,
C'est qu'à son dain déniaisée ,
N'ayant de quoi manger , ni se vétir ,
Elle jura bien fort de n'y plus revenir..
Cet Apologue est pour confondre ,
Ceux qui se livrent trop à de puissans amis ,
D. iiij
Car
704 MERCURE DE * FRANCE
A
Car il est plus d'une Brebis ,
Quipar les Grands se laisse tondre.'
Par René-Vincent Desf *** .
V
FABLE.
Ous qui des grands recherchez l'assistance ,
N'allez pas avec eux vous lier d'interêt , ´
Si vous donnez plus que la reverence 2
Vous êtes perdus pour jamais.
Un Lion , mais Lion du plus sublime étage ,
Et des plus nobles d'alentour ,
Lion puissant Siegneur , qui par haut parentage ,
Etoit des mieux venus en Cour ,
Joua , dit- on , un vilain tour ,
A la Brebis , sa voisine , peu sage.
Voici le cas ; le bêlant animal ,
Voulant s'avancer , se produire ,
Pour maîtriser ceux qui pouvoient lui naire ,
Et l'emporter sur maint et maint Rival ;
Il faut , dit- il , choisir une Puissance ,
Envers et contre tous qui puisse nous munir ,
Et réprimer l'insolence ,
De l'Escroqueur , qui contre notre engeance®,
Diij
Aima
702 MERCURE DE FRANCE
Aima toûjours tant à sevir.
Ainsi pensoit la Bête à Laine ,
Aussi-tôt dit , aussi-tôt fait ;
Elle court à perte d'haleine ,
Chez le Lion , pour le voir à souhait ,
Et lui faire sa réverence .
Celui- cy de bonne accointance ,.
Avec beaucoup d'affectation ,
Lui promet sa protection.
Grande amitié de part et d'autre ,
Mais par présens falloit l'entretenir ,
Seigneur Lion , le bon apôtre ,
Eût voulu déja les tenir.
D'abord on n'exigea que la simple courbette ,
Que constante assiduité :
Mais bien-tôt la Bête sujette ,
N'en fut quitte à si bon marché ;
Laissant là sa délicatesse ,
Notre Patron s'arma de hardiesse
Et la pria de lui prêter ,
Maintes feuilles qu'avoit amassé la pécore ,
Pour subsister durant l'âpre saison
Cette demande qui l'honore ,
Lui fait donner au Patron 2.
Le feuillage ,
Qu'elle avoit fait à son Village ,
Voiturer à grands frais par Maître Aliboron..
Ce ne fur tout , et comme dit l'adage ,
Plus
AVRIL. 703 1731 .
Plus on a , plus on veut avoir ,
Chez tous les Grands c'est maxime en usage.
Ainsi donc le Lion venant à concevoir ,
Que s'approchoit le tems de la froidure ,
Pensa comment d'une saison si dure ,
Il éviteroit les rigueurs ;
Puis tout à coup songeant à sa Cliente ,
>
En vain, dit- il , je me tourmente ,
Pour de chimeriques malheurs ;
Notre Brebis de sa véture ,
Nous fera chaude couverture.
Bien disoit vrai , le benin animal
De sa Toison lui fait une fourure ,
Si bien que tant que l'hyver dure ,
Le Protecteur ne ressent aucun mal.
A sa porte souvent l'autre cria misere ,
Voulut qu'on la payât et qu'on finît l'affaire .
Pas le moindre petit retour ;
Et qui pis est , la pécore bêlante ,
N'osa plaider pour un si vilain tour ;
Trop bien sçavoit que la Justice est lente ,
A condamner les gens de Cour.
Tout ce que fit la bête aux frimats exposée ,
C'est qu'à son dain déniaisée ,
N'ayant de quoi manger , ni se vétir ,
Elle jura bien fort de n'y plus revenir..
Cet Apologue est pour confondre ,
Ceux qui se livrent trop à de puissans amis ,
D. iiij
Car
704 MERCURE DE * FRANCE
A
Car il est plus d'une Brebis ,
Quipar les Grands se laisse tondre.'
Par René-Vincent Desf *** .
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Résumé : LE LION ET LA BREBIS, FABLE.
La fable 'Le Lion et la Brebis' relate l'histoire d'une brebis cherchant protection auprès d'un lion puissant. Le lion accepte de la protéger en échange de présents. Initialement, il demande de la courbette et de l'assiduité, puis exige des feuilles que la brebis a amassées pour l'hiver. La brebis, soumise, lui fournit ce qu'il demande. Lorsque l'hiver arrive, le lion utilise la laine de la brebis pour se couvrir sans compensation. La brebis, malgré ses plaintes, n'ose pas réclamer justice, sachant que les puissants sont protégés par la lenteur de la justice. Elle finit par jurer de ne plus jamais chercher la protection des grands. Cette fable met en garde contre les dangers de s'allier à des puissants qui peuvent exploiter et abandonner ceux qui leur font confiance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 1221-1224
STANCES.
Début :
Cephise en dois-je croire au rapport d'un Enfant ? [...]
Mots clefs :
Céphise, Fable, Bonheur, Amour, Cœur, Joie, Récompense
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texteReconnaissance textuelle : STANCES.
STANCES.
Ephise en dois- je croire au rapport d'us
Enfant
Où dois - je le traiter de fable ?
Fft- ce de votre part qu'il m'a fait compliment ?
Plus ce bonheur me paroît grand ,
Et moins il me paroît croyable !:
Mon coeur , un tel espoir a droit de vous saisir
Ne vous refusez pas à cette joye extrême ;
Il est doux de s'aider à se tromper soi -même
Lorse l'erreur eft un plaisir..
L'Enfant a t'il dit vrai suis - je heureux ? suis -je
à plaindre ?
I. Vol Qui
1222 MERCURE DE FRANCE
Qui pourra m'assurer de sa sincerité ?
Cet âge ne sçait il ni feindre ,
Ni déguiser la verité ?
Non , ce n'est point une imposture ;
Je le crois , j'en ai pour garant
Le petit Dieu qui met mon ame à la torture ;
Il n'eft lui-même qu'un enfant :
Amour , je te ferois injure :
Ji je me défiois de ton âge innocent.
Mais mon doute toûjours revient et m'embarasse,
Dois-je ne point songer aux adieux qu'on m'a
faits ?
Ou remercier d'une grace ,
A laquelle peut-être on ne songea jamais ≥
A chaque inftant mille scrupules ,
De mon esprit flotant redoublent l'embarras ;
S'il faut choisir enfin, ah ! paroissons credules ,
Plûtôt que de paroître ingrats..
Mais je me flatte trop d'une grace incertaine ,
Moy qu'on vit rarement près de vous s'arrêter ,
Moi que vous connoissez à peine ,
Qu'ay-je fait pour la meriter
<
52
TO
D
I. Vala
Sei
JUIN. 1731. 1223
Seroient- ce mes regards , dont l'éloquent silence,
A sans doute trahi les secrets de mon coeur ;
Seroient- ce mon respect , ma timide conſtance
Qui m'ont attiré ce bonheur ?
Seroit- ce qu'entendant quelques flutes plaintives
Troubler pendant la nuit le silence des Airs ,
Vous connussiez la voix de mes ardeurs crain
tives.
Qui s'expliquoient par ces concerts ?
Vous auroit-on appris que mon coeur équitable
Faisoit gloire par tout d'être en bute à vos traits
Auriez- vous sçû combien je vous trouvois ai
mable ?
Et comment en tout lieu je vantois vos attraits ?
D'un éloge sans fard ; est- ce la récompense ?
Cephise , avez-vous crû lui devoir ce retour ?
Je le vois , je dois tout à la reconnoissance ,
Et je ne dois rien à l'amour.
Helas ! peut- être encore la pitié s'y joint- elle ;
Prévoyant la douleur mortelle ,
Dont votre prompt départ accableroit mes sens ,
Vous devintes sensible à ma peine cruelle ,
Et sçûtes l'addoucir par deux mots obligeans.
I. Vol. Oui
224 MERCURE DE FRANCE
Oui , même en apprenant que vous étiez partie
Ces mots sçurent me réjouir :
Mais quel chagrin alors dans mon ame ravie !
Quels transports opposés s'en vinrent me saisir!
Dans le même moment je crus perdre la vie ,
Et de douleur & de plaisir.
Je ne m'expose point , Cephise , à vous déplaire;
En découvrant mes sentimens ;
L'aveu de mon amour n'a rien de téméraire ,
Si l'enfant par votre ordre a fait les complimens
Si la grace eft imaginaire ,
Vous ne sçaurez de qui sont les remerciemens
Ephise en dois- je croire au rapport d'us
Enfant
Où dois - je le traiter de fable ?
Fft- ce de votre part qu'il m'a fait compliment ?
Plus ce bonheur me paroît grand ,
Et moins il me paroît croyable !:
Mon coeur , un tel espoir a droit de vous saisir
Ne vous refusez pas à cette joye extrême ;
Il est doux de s'aider à se tromper soi -même
Lorse l'erreur eft un plaisir..
L'Enfant a t'il dit vrai suis - je heureux ? suis -je
à plaindre ?
I. Vol Qui
1222 MERCURE DE FRANCE
Qui pourra m'assurer de sa sincerité ?
Cet âge ne sçait il ni feindre ,
Ni déguiser la verité ?
Non , ce n'est point une imposture ;
Je le crois , j'en ai pour garant
Le petit Dieu qui met mon ame à la torture ;
Il n'eft lui-même qu'un enfant :
Amour , je te ferois injure :
Ji je me défiois de ton âge innocent.
Mais mon doute toûjours revient et m'embarasse,
Dois-je ne point songer aux adieux qu'on m'a
faits ?
Ou remercier d'une grace ,
A laquelle peut-être on ne songea jamais ≥
A chaque inftant mille scrupules ,
De mon esprit flotant redoublent l'embarras ;
S'il faut choisir enfin, ah ! paroissons credules ,
Plûtôt que de paroître ingrats..
Mais je me flatte trop d'une grace incertaine ,
Moy qu'on vit rarement près de vous s'arrêter ,
Moi que vous connoissez à peine ,
Qu'ay-je fait pour la meriter
<
52
TO
D
I. Vala
Sei
JUIN. 1731. 1223
Seroient- ce mes regards , dont l'éloquent silence,
A sans doute trahi les secrets de mon coeur ;
Seroient- ce mon respect , ma timide conſtance
Qui m'ont attiré ce bonheur ?
Seroit- ce qu'entendant quelques flutes plaintives
Troubler pendant la nuit le silence des Airs ,
Vous connussiez la voix de mes ardeurs crain
tives.
Qui s'expliquoient par ces concerts ?
Vous auroit-on appris que mon coeur équitable
Faisoit gloire par tout d'être en bute à vos traits
Auriez- vous sçû combien je vous trouvois ai
mable ?
Et comment en tout lieu je vantois vos attraits ?
D'un éloge sans fard ; est- ce la récompense ?
Cephise , avez-vous crû lui devoir ce retour ?
Je le vois , je dois tout à la reconnoissance ,
Et je ne dois rien à l'amour.
Helas ! peut- être encore la pitié s'y joint- elle ;
Prévoyant la douleur mortelle ,
Dont votre prompt départ accableroit mes sens ,
Vous devintes sensible à ma peine cruelle ,
Et sçûtes l'addoucir par deux mots obligeans.
I. Vol. Oui
224 MERCURE DE FRANCE
Oui , même en apprenant que vous étiez partie
Ces mots sçurent me réjouir :
Mais quel chagrin alors dans mon ame ravie !
Quels transports opposés s'en vinrent me saisir!
Dans le même moment je crus perdre la vie ,
Et de douleur & de plaisir.
Je ne m'expose point , Cephise , à vous déplaire;
En découvrant mes sentimens ;
L'aveu de mon amour n'a rien de téméraire ,
Si l'enfant par votre ordre a fait les complimens
Si la grace eft imaginaire ,
Vous ne sçaurez de qui sont les remerciemens
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Résumé : STANCES.
Le texte relate les doutes et les émotions d'un individu face à un rapport concernant un enfant. L'auteur oscille entre bonheur et incrédulité, se demandant s'il doit croire à ce rapport ou le considérer comme une fable. Il exprime des scrupules et des doutes sur la sincérité de l'enfant, tout en reconnaissant l'innocence de l'amour. Il se questionne sur la possibilité d'une imposture et sur les raisons pour lesquelles il pourrait mériter ce bonheur, mentionnant ses regards, son respect et sa constance. L'auteur se demande si ses sentiments ont pu être trahis par des flûtes plaintives ou des éloges. Il reconnaît que ce bonheur pourrait être dû à la reconnaissance ou à la pitié. Il évoque également les sentiments contradictoires ressentis lors du départ de Cephise, mêlant douleur et plaisir. L'auteur affirme ne pas chercher à déplaire à Cephise en révélant ses sentiments et ne pas considérer l'aveu de son amour comme téméraire, surtout si la grâce est imaginaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 2838-2842
Poësies diverses de M. Tanevot, [titre d'après la table]
Début :
POESIES diverses. Par M. Tanevot. A Paris, ruë S. Jacques, chez Jacq. Colombat [...]
Mots clefs :
Tanevot, Poésies diverses, Recueil, Fable, Madrigal, L'étincelle, Les dieux lutteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Poësies diverses de M. Tanevot, [titre d'après la table]
POESIES diverses. Par M. Tanevot.
A Paris , ruë S. Jacques , chez Jacq. Colombat ; et Quay de Conty , chez la Veuve
Pissot , 1732. prix 2. livres relié , in 12.
de 300. pages.
Nos Lecteurs connoissent déja plusieurs
Pieces que nous avons publiées de cet
Auteur , qu'il a retouchées depuis. Nous
ne doutons point du plaisir que fera ce
Recueil composé d'Odes , Epitres , DiaI. Vol. prices
DECEMBRE. 1732. 2839
logues , Fables , Allégories , Elegies , Caprices , Epitaphes , Apologies , Madrigaux , Cantates et autres Poëmes sur divers sujets, sans compter les Stances
Odes , et quelques autres Poësies Chrétiennes. Donnons quelques morceaux de
ces Poësies pour faire conroître le génie
et le caractere de M. Tanevot.
Les Dieux Luteurs. Fable.
Un homme expert aux combats de la Lute,
Se choisit un Eleve , et par mainte leçon ,
L'ins truit dans tous les tours que cet Art execute;
Hormis un seul , que pour bonne raison ,
Il se réserve en personne discrete.
Voila dans peu notre nouvel Athlete ,
Robuste , souple , adroit , terrassant tout Luteur,
Qui vouloit contre lui signaler son ardeur.
Enflé de ses succès , par un orgueil extréme ,
Il ose défier jusqu'à son Maître même ;
Celui-cy du combat se défend par bonté ;
Mais forcé par l'Eleve à venir sur l'aréne ,
Il se résout , quoiqu'avec peine ,
A punir sa témerité.
L'adresse sur la force eut toûjours l'avantage ,
Le vieil Luteur mettant son secret en usage ,
Fait bien- tôt perdre terre à ce jeune éventé ,
Puis l'étend à ses pieds , tout écumant de rage.
2. II, Vol. J'ignorois
2840 MERCURE DE FRANCE
J'ignorois , dit l'Eleve , en i criant mercy,
Le tour que tu me fais connoître ;
Je te le gardois , dit le Maître,
Pour un jour comme celui- cy.
"
MADRIG AL.
Quelqu'un demandoit à Damis ,
Riche autant qu'il en est en France ,
Si dans cette rare opulence ,
Il se croyoit beaucoup d'amis ?
De ceux que la fortune attire ,
J'en ai , dit-il , à volonté :
Des autres je ne puis rien dire ;
Ay-je été dans l'adversité ?
L'ETINCELLE. Fable.
Une Etincelle petillante ,
Admirant son éclat et son agilité ,
Dans l'excès de sa vanité ,
Se croyoit une Etoile errante.
Mais au moment que son feu l'ébloüit j ›
La pauvrete s'évanoüit..
Ce récit a peu d'étenduë ;
-i
Mais s'il instruit assez , n'est- il pas assez long??
Sur maintes gens il tombe à plomb :
Combien, par leurs projets, se perdent dans la nuë,
Et s'éclipsent au même instant?
I.L. Vol. S'estimer
DECEMBRE. 1732. 2841
S'estimer trop , est une erreur commune.
La moindre lueur de fortune ,
Fait d'un fat un homme important.
L'humaine ambition est toûjours indiscrete :
L'homme luit quelquefois , mais comme une bluette.
L'Epitre de l'Auteur à ses Livres , est
un morceau très- travaillé , dont nous
voudrions bien orner cet Extrait , mais
sa longueur nous en empêche , nous ne
pouvons cependant nous empêcher d'en
rapporter quelque chose. Voici le commencement.
Celebres monumens des plus sçavantes plumes ,
Chefs-d'œuvres de l'esprit , agréables volumes ,
Lumiere qui luisez sur mes travaux divers ;
Mes Livres , c'est à vous que j'adresse ces Vers.
Que le Ciel soit serein , ou que l'orage gronde ,
Libre au milieu de vous des embarras du monde,
Arbitre de mon sort , je me fais seul la loi ,
Et de mon doux- loisir ne rends compte qu'à moi.
Tranquille possesseur des seuls biens ou j'aspire ,
J'exerce alors sur vous un légitime empire ;
Je forme en Souverain les plus vastes projets ,
Et sur ma table épars je vois tous mes Sujets.
De leurs plus belles fleurs les Muses me couron- nent ;
LI. Vol Rassemblez
284 MERCURE DE FRANCE
Rassemblez sur leurs pas , tous les Arts m'envi- ronnent.
Dansun champ si fécond je n'ai qu'à moissonner ;
Mes vœux toujours remplis , ne sçauroient se borner ;
Et je puis , sans sortir du lieu qui vous enserre ,
Parcourir , quand je veux et le Ciel et la
Terre , &c.
A Paris , ruë S. Jacques , chez Jacq. Colombat ; et Quay de Conty , chez la Veuve
Pissot , 1732. prix 2. livres relié , in 12.
de 300. pages.
Nos Lecteurs connoissent déja plusieurs
Pieces que nous avons publiées de cet
Auteur , qu'il a retouchées depuis. Nous
ne doutons point du plaisir que fera ce
Recueil composé d'Odes , Epitres , DiaI. Vol. prices
DECEMBRE. 1732. 2839
logues , Fables , Allégories , Elegies , Caprices , Epitaphes , Apologies , Madrigaux , Cantates et autres Poëmes sur divers sujets, sans compter les Stances
Odes , et quelques autres Poësies Chrétiennes. Donnons quelques morceaux de
ces Poësies pour faire conroître le génie
et le caractere de M. Tanevot.
Les Dieux Luteurs. Fable.
Un homme expert aux combats de la Lute,
Se choisit un Eleve , et par mainte leçon ,
L'ins truit dans tous les tours que cet Art execute;
Hormis un seul , que pour bonne raison ,
Il se réserve en personne discrete.
Voila dans peu notre nouvel Athlete ,
Robuste , souple , adroit , terrassant tout Luteur,
Qui vouloit contre lui signaler son ardeur.
Enflé de ses succès , par un orgueil extréme ,
Il ose défier jusqu'à son Maître même ;
Celui-cy du combat se défend par bonté ;
Mais forcé par l'Eleve à venir sur l'aréne ,
Il se résout , quoiqu'avec peine ,
A punir sa témerité.
L'adresse sur la force eut toûjours l'avantage ,
Le vieil Luteur mettant son secret en usage ,
Fait bien- tôt perdre terre à ce jeune éventé ,
Puis l'étend à ses pieds , tout écumant de rage.
2. II, Vol. J'ignorois
2840 MERCURE DE FRANCE
J'ignorois , dit l'Eleve , en i criant mercy,
Le tour que tu me fais connoître ;
Je te le gardois , dit le Maître,
Pour un jour comme celui- cy.
"
MADRIG AL.
Quelqu'un demandoit à Damis ,
Riche autant qu'il en est en France ,
Si dans cette rare opulence ,
Il se croyoit beaucoup d'amis ?
De ceux que la fortune attire ,
J'en ai , dit-il , à volonté :
Des autres je ne puis rien dire ;
Ay-je été dans l'adversité ?
L'ETINCELLE. Fable.
Une Etincelle petillante ,
Admirant son éclat et son agilité ,
Dans l'excès de sa vanité ,
Se croyoit une Etoile errante.
Mais au moment que son feu l'ébloüit j ›
La pauvrete s'évanoüit..
Ce récit a peu d'étenduë ;
-i
Mais s'il instruit assez , n'est- il pas assez long??
Sur maintes gens il tombe à plomb :
Combien, par leurs projets, se perdent dans la nuë,
Et s'éclipsent au même instant?
I.L. Vol. S'estimer
DECEMBRE. 1732. 2841
S'estimer trop , est une erreur commune.
La moindre lueur de fortune ,
Fait d'un fat un homme important.
L'humaine ambition est toûjours indiscrete :
L'homme luit quelquefois , mais comme une bluette.
L'Epitre de l'Auteur à ses Livres , est
un morceau très- travaillé , dont nous
voudrions bien orner cet Extrait , mais
sa longueur nous en empêche , nous ne
pouvons cependant nous empêcher d'en
rapporter quelque chose. Voici le commencement.
Celebres monumens des plus sçavantes plumes ,
Chefs-d'œuvres de l'esprit , agréables volumes ,
Lumiere qui luisez sur mes travaux divers ;
Mes Livres , c'est à vous que j'adresse ces Vers.
Que le Ciel soit serein , ou que l'orage gronde ,
Libre au milieu de vous des embarras du monde,
Arbitre de mon sort , je me fais seul la loi ,
Et de mon doux- loisir ne rends compte qu'à moi.
Tranquille possesseur des seuls biens ou j'aspire ,
J'exerce alors sur vous un légitime empire ;
Je forme en Souverain les plus vastes projets ,
Et sur ma table épars je vois tous mes Sujets.
De leurs plus belles fleurs les Muses me couron- nent ;
LI. Vol Rassemblez
284 MERCURE DE FRANCE
Rassemblez sur leurs pas , tous les Arts m'envi- ronnent.
Dansun champ si fécond je n'ai qu'à moissonner ;
Mes vœux toujours remplis , ne sçauroient se borner ;
Et je puis , sans sortir du lieu qui vous enserre ,
Parcourir , quand je veux et le Ciel et la
Terre , &c.
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Résumé : Poësies diverses de M. Tanevot, [titre d'après la table]
Le texte présente une collection de poésies diverses de M. Tanevot, publiée à Paris en 1732 sous le titre 'POESIES diverses'. Ce recueil de 300 pages est disponible chez deux libraires et comprend divers genres poétiques tels que des odes, épîtres, dialogues, fables, allégories, élégies, caprices, épitaphes, apologies, madrigaux, cantates, stances et poésies chrétiennes. Parmi les œuvres spécifiques mentionnées, la fable 'Les Dieux Luteurs' raconte l'histoire d'un maître lutteur qui réserve un tour secret à son élève, lequel est finalement vaincu par orgueil. La fable 'L'Étincelle' illustre l'erreur de s'estimer trop en narrant l'histoire d'une étincelle qui se prend pour une étoile et s'évanouit rapidement. Le texte inclut également un madrigal où Damis, un homme riche, distingue ses amis selon qu'ils sont attirés par la fortune ou par l'adversité. Enfin, une épître de l'auteur à ses livres exprime sa satisfaction et sa liberté créative, bien que son intégralité ne soit pas reproduite en raison de sa longueur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 529-530
Dictionnaire abregé de la Fable, &c. [titre d'après la table]
Début :
DICTIONNAIRE ABREGÉ DE LA FABLE, pour l'intelligence des Poëtes et la connoissance [...]
Mots clefs :
Chompré, Fable, Dictionnaire, Avertissement
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texteReconnaissance textuelle : Dictionnaire abregé de la Fable, &c. [titre d'après la table]
DICTIONNAIRE ABREGE DE LA FABLE ,
pour l'intelligence des Poëtes et la connoissance
des Tableaux et des Statuës , dont
les Sujets sont tirez de la Fable. Par
M. Chompré , Maître de Pension . Seconde
Edition , revue , corrigée et augmentée. A
Paris , chez Jean Dessaint , rue S. Jan de
Beauvais , 733. in 12. de 278 pages.
Cet Ouvrage est considerablement augmenté
, quoique la petitesse du volume et
du caractere qu'on a employé dans cette
seconde Edition , semble ne le pas annoncer
d'abord. M. Chompré dit dans 1 Avertissement
qui est à la tête , qu'on a donné
cette forme au Livre , afin qu'on puisse
le porter sans embarras , lorsqu'on voudra
faire usage du peu d'Iconologie qu'il
y a répandue , et dont on trouve la clef
dans le même Avertissement. Il paroît
F qu'on
530 MERCURE DE FRANCE
qu'on a imprimé ce petit Ouvrage avec
soin , et il y a lieu de présumer que le
Public ne le goûtera pas moins que le
premier , d'autant plus que l'Auteur a
évité avec attention tout ce qui pouvoit
donner atteinte aux bonnes moeurs , s'é
tant proposé sur tout l'utilité des jeunes
gens à l'éducation desquels il travaille.
Nous ajoûterons que l'Ouvrage peur n'ê
tre pas indifferent aux gens plus avancez
pour se rappeller des traits qui échapent
à la memoire , et qu'on retrouve sur le
champ dans ce petit Dictionnaire.
pour l'intelligence des Poëtes et la connoissance
des Tableaux et des Statuës , dont
les Sujets sont tirez de la Fable. Par
M. Chompré , Maître de Pension . Seconde
Edition , revue , corrigée et augmentée. A
Paris , chez Jean Dessaint , rue S. Jan de
Beauvais , 733. in 12. de 278 pages.
Cet Ouvrage est considerablement augmenté
, quoique la petitesse du volume et
du caractere qu'on a employé dans cette
seconde Edition , semble ne le pas annoncer
d'abord. M. Chompré dit dans 1 Avertissement
qui est à la tête , qu'on a donné
cette forme au Livre , afin qu'on puisse
le porter sans embarras , lorsqu'on voudra
faire usage du peu d'Iconologie qu'il
y a répandue , et dont on trouve la clef
dans le même Avertissement. Il paroît
F qu'on
530 MERCURE DE FRANCE
qu'on a imprimé ce petit Ouvrage avec
soin , et il y a lieu de présumer que le
Public ne le goûtera pas moins que le
premier , d'autant plus que l'Auteur a
évité avec attention tout ce qui pouvoit
donner atteinte aux bonnes moeurs , s'é
tant proposé sur tout l'utilité des jeunes
gens à l'éducation desquels il travaille.
Nous ajoûterons que l'Ouvrage peur n'ê
tre pas indifferent aux gens plus avancez
pour se rappeller des traits qui échapent
à la memoire , et qu'on retrouve sur le
champ dans ce petit Dictionnaire.
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Résumé : Dictionnaire abregé de la Fable, &c. [titre d'après la table]
Le 'Dictionnaire abrégé de la Fable' de M. Chompré vise à éclairer les poètes et à faciliter la compréhension des tableaux et statues inspirés par la fable. La seconde édition, revue, corrigée et augmentée, a été publiée à Paris chez Jean Dessaint. Malgré sa petite taille et son caractère réduit, l'ouvrage a été enrichi. M. Chompré justifie ce format par la facilité de transport et la consultation de son iconologie. L'impression soignée évite tout contenu susceptible de nuire aux bonnes mœurs, visant particulièrement l'utilité des jeunes en éducation. L'ouvrage peut également servir aux personnes plus âgées pour rappeler des détails oubliés.
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21
p. 2580-2581
LE SOLEIL ET LES NUAGES. FABLE. A M. DE LA TOUR, Intendant de Bretagne ; par Mlle DE MALCRAIS de la Vigne du Croisic.
Début :
Jaloux de la Lueur féconde, [...]
Mots clefs :
Fable, Intendant, La Tour, Nuages, Rayons, Vice, Lieux, Nuages, Soleil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE SOLEIL ET LES NUAGES. FABLE. A M. DE LA TOUR, Intendant de Bretagne ; par Mlle DE MALCRAIS de la Vigne du Croisic.
LE SOLEIL ET LES NUAGES.
FABLE
AM. DE LA TOUR , Intendant de Bretagne
; par Mlle DE MALCRA IS... de
la Vigne du Croisic...
JA
Aloux de la Lueur féconde ,
Que répand en tous lieux , sur la Terre et dans
l'Onde ,
Le brillant Astre des Saisons ,
Les Nuages un jour , contre lui se liguérent ,
Résolus d'obscurcir à jamais ses rayons.
Au jour prescrit en foule ils arriverents
Des différentes Régions.
Alors dans les Hautes campagnes™
Ces Escadrons épais s'élevant en Montagnes
Formant des Bastions,des Ramparts et des Forts,
S'entasserent, se condenserent ,
Au devant des Rayons de leur mieux se placerent.
Mais qu'en arri va til 2 après tous leurs efforts
1. Vol.
Pour
DECEMBRE. 1733. 2581
Pour trop s'enfler les uns créverent , -
D'autres furent fondus , les autres promptement ,
A bâtons rompus s'échapperent ,.
Portez sur les aîles du vent..
En vain le vice et sa sequele ,
Tâchent d'opprimer la vertu ♬
La vérité combat pour elle ,
Et le vice s'enfuit , ou demeure abbatu .
Intendant des Bretons , dont le rare mérite
D'un Employ souverain , soutient la dignité ,
Qui sçais conformer ta conduite ,
Aux Regles de la Probité ,
Ton esprit obligeant , humain , docte , équitable
Doit trouver en tous Lieux des coeurs reconnoissan
LA TOUR , je t'addresse ma Fable ;
Mieux qu'un autre tu peux en pénétrer lé sens .
FABLE
AM. DE LA TOUR , Intendant de Bretagne
; par Mlle DE MALCRA IS... de
la Vigne du Croisic...
JA
Aloux de la Lueur féconde ,
Que répand en tous lieux , sur la Terre et dans
l'Onde ,
Le brillant Astre des Saisons ,
Les Nuages un jour , contre lui se liguérent ,
Résolus d'obscurcir à jamais ses rayons.
Au jour prescrit en foule ils arriverents
Des différentes Régions.
Alors dans les Hautes campagnes™
Ces Escadrons épais s'élevant en Montagnes
Formant des Bastions,des Ramparts et des Forts,
S'entasserent, se condenserent ,
Au devant des Rayons de leur mieux se placerent.
Mais qu'en arri va til 2 après tous leurs efforts
1. Vol.
Pour
DECEMBRE. 1733. 2581
Pour trop s'enfler les uns créverent , -
D'autres furent fondus , les autres promptement ,
A bâtons rompus s'échapperent ,.
Portez sur les aîles du vent..
En vain le vice et sa sequele ,
Tâchent d'opprimer la vertu ♬
La vérité combat pour elle ,
Et le vice s'enfuit , ou demeure abbatu .
Intendant des Bretons , dont le rare mérite
D'un Employ souverain , soutient la dignité ,
Qui sçais conformer ta conduite ,
Aux Regles de la Probité ,
Ton esprit obligeant , humain , docte , équitable
Doit trouver en tous Lieux des coeurs reconnoissan
LA TOUR , je t'addresse ma Fable ;
Mieux qu'un autre tu peux en pénétrer lé sens .
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Résumé : LE SOLEIL ET LES NUAGES. FABLE. A M. DE LA TOUR, Intendant de Bretagne ; par Mlle DE MALCRAIS de la Vigne du Croisic.
La fable 'Le Soleil et les Nuages' relate la tentative des nuages de se liguer contre le soleil pour obscurcir ses rayons. Ils se rassemblèrent en masse pour former des obstacles, mais leurs efforts échouèrent. Certains nuages éclatèrent, d'autres fondirent, et les autres furent dispersés par le vent. Cette fable illustre que le vice et ses partisans tentent d'opprimer la vertu, mais la vérité finit toujours par triompher. Le texte loue également l'intendant de Bretagne pour son mérite, sa probité, et son esprit humain et équitable. L'auteur adresse cette fable à l'intendant, suggérant qu'il est particulièrement apte à en comprendre le sens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 314-317
EXTRAIT d'une Lettre de M. D. D. dans laquelle il est parlé d'un Ouvrage historique, nouveau.
Début :
Vous n'êtes pas bien informé au sujet de l'Ouvrage dont vous me parlez ; [...]
Mots clefs :
Histoire, Empires, Égypte, Grèce, Fable, Histoires, Siècle, Origine, Histoire sainte
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de M. D. D. dans laquelle il est parlé d'un Ouvrage historique, nouveau.
EXTRAIT d'une Lettre de M. D. D.
dans laquelle il est parlé d'un Ouvrage
Historique , nouveau.
V
Ous n'êtes pas bien informé au sujet
de l'Ouvrage dont vous me parlez ;
vous en jugerez par ma Réponse. Voici
d'abord le titre de quatre des premiers
volumes qui viennent de paroître.
HISTOIRE des Empires et des Republiques
, depuis le Déluge jusqu'à J. C. où
l'on voit dans celle d'Egypte et d'Asie , la
liaison de l'Histoire Sainte avec la , Profane
; et dans celle de la Grece , le rapport
de la Fable avec l'Histoire . A Paris, chez
Simart , au Dauphin , ruë S. Jacques ; et
surle Quai des Augustins, chez Jean Roüan,
à la Colonne d'Hercule.
L'Auteur déclare dans son Discours
Préliminaire que c'est l'Histoire ancienne
de M. Rollin, qui lui a fait naître la pensée
de l'Ouvrage qu'il donne au public ;
et il a cru que ce même empressement
avec lequel on a lû ce que ce judicieux
Ecrivain en a donné , feroit recevoir avec
plaisir ce sujet traité dans son entier ;
d'autant plus que c'est icy un Plan nouveau
; et voici les differences de l'une à
l'autre.
1° . L'Histoire ancienne ne commence à
E3-
FEVRIER 1731- 315
entrer dans quelque détail que vers le
cinq ou sixième siècle avant J. C. et celle
des Empires remonte jusqu'aux temps
voisins du Déluge , dans l'origine des
premieres peuplades.
2º. Celle - là mêle toutes les Histoires
ensemble ; traitant alternativement de
l'Egypte , de l'Asie , de la Grece , ou de
la Thrace ; et celle- cy prend chaque Histoire
en particulier , dont elle fait voir
par la suite d'un même discours , l'origine
, les progrès et la décadence.
3. On ne s'est point attaché à donner
dans la premiere une succession suivie
des Rois qui ont occupé les Thrônes de
l'Egypte et de la Grece . Dans la seconde
on trouve une suite des uns et des autres,
jusqu'au temps d'Abraham , avec l'Histoire
de leurs Regnes.
4. M. Rollin n'a point voulu donner
de Chronologie , sur l'antiquité. L'Auteur
de l'Histoire des Empires l'a recueillie
de Jules Affricain , d'Eusebe et de
Syncelle ; et il donne tant pour l'Egypte
que pour la Grece et l'Asie , les preuves
de son systême .
5. La liaison de l'Histoire Sainte avec
la Profane , lui fait encore un objet particulier.
L'Historique du Pentateuque
des Livres des Rois et des Prophetes ne
souf
316 MERCURE DE FRANCE
souffre de si grandes difficultez que
parce qu'on ne sçait pas les Histoires
Etrangeres , qui y ont rapport. Icy l'on
s'est appliqué à joindre l'un avec l'autre ;
et le second volume est tout entier pour
lever ces obscuritez .
6. Dans l'Histoire ancienne on a passé
tout ce qui regarde la Fable; et cette matiere
a paru importante et curieuse à l'Auteur
de l'Histoire des Empires. Il donne la
Fable pour ce qu'elle est ; c'est - à -dire ,
qu'il la laisse quelquefois Fable, quoique
le plus souvent et presque par tout il la
ramené à la verité de l'Histoire , faisant
voir que ce que les Poëtes en ont dit , se
trouve conforme aux plus anciens Monumens
de l'Antiquité ; et en particulier ,
aux Apologistes de la Religion chrétienne.
Il remonte jusqu'à l'origine de la Mytologie
; Acmon , Urane , Saturne , Jupiter
, dont il fixe les siècles , avant la vocation
d'Abraham , et montre qu'on ne
peut , sans une singularité téméraire , accuser
leurs Histoires de faits controuvez.
On peut dire que cet Ouvrage sert de
Préliminaire à la lecture de nos Livres
Saints , à celle des Apologistes , des Poëtes
, des anciens Historiens , et de l'Histoire
Ecclésiastique , où il finira , après
avoir
FEVRIER. 1734 317
avoir éclairci tous les siècles qui l'ont
précédée. On vend aussi avec le Livre ,
ou séparément , deux grandes Cartes
Chronologiques , qui montrent la concurrence
de toutes les Histoires , siécle
par siecle , depuis la création jusqu'à J.C.
dans laquelle il est parlé d'un Ouvrage
Historique , nouveau.
V
Ous n'êtes pas bien informé au sujet
de l'Ouvrage dont vous me parlez ;
vous en jugerez par ma Réponse. Voici
d'abord le titre de quatre des premiers
volumes qui viennent de paroître.
HISTOIRE des Empires et des Republiques
, depuis le Déluge jusqu'à J. C. où
l'on voit dans celle d'Egypte et d'Asie , la
liaison de l'Histoire Sainte avec la , Profane
; et dans celle de la Grece , le rapport
de la Fable avec l'Histoire . A Paris, chez
Simart , au Dauphin , ruë S. Jacques ; et
surle Quai des Augustins, chez Jean Roüan,
à la Colonne d'Hercule.
L'Auteur déclare dans son Discours
Préliminaire que c'est l'Histoire ancienne
de M. Rollin, qui lui a fait naître la pensée
de l'Ouvrage qu'il donne au public ;
et il a cru que ce même empressement
avec lequel on a lû ce que ce judicieux
Ecrivain en a donné , feroit recevoir avec
plaisir ce sujet traité dans son entier ;
d'autant plus que c'est icy un Plan nouveau
; et voici les differences de l'une à
l'autre.
1° . L'Histoire ancienne ne commence à
E3-
FEVRIER 1731- 315
entrer dans quelque détail que vers le
cinq ou sixième siècle avant J. C. et celle
des Empires remonte jusqu'aux temps
voisins du Déluge , dans l'origine des
premieres peuplades.
2º. Celle - là mêle toutes les Histoires
ensemble ; traitant alternativement de
l'Egypte , de l'Asie , de la Grece , ou de
la Thrace ; et celle- cy prend chaque Histoire
en particulier , dont elle fait voir
par la suite d'un même discours , l'origine
, les progrès et la décadence.
3. On ne s'est point attaché à donner
dans la premiere une succession suivie
des Rois qui ont occupé les Thrônes de
l'Egypte et de la Grece . Dans la seconde
on trouve une suite des uns et des autres,
jusqu'au temps d'Abraham , avec l'Histoire
de leurs Regnes.
4. M. Rollin n'a point voulu donner
de Chronologie , sur l'antiquité. L'Auteur
de l'Histoire des Empires l'a recueillie
de Jules Affricain , d'Eusebe et de
Syncelle ; et il donne tant pour l'Egypte
que pour la Grece et l'Asie , les preuves
de son systême .
5. La liaison de l'Histoire Sainte avec
la Profane , lui fait encore un objet particulier.
L'Historique du Pentateuque
des Livres des Rois et des Prophetes ne
souf
316 MERCURE DE FRANCE
souffre de si grandes difficultez que
parce qu'on ne sçait pas les Histoires
Etrangeres , qui y ont rapport. Icy l'on
s'est appliqué à joindre l'un avec l'autre ;
et le second volume est tout entier pour
lever ces obscuritez .
6. Dans l'Histoire ancienne on a passé
tout ce qui regarde la Fable; et cette matiere
a paru importante et curieuse à l'Auteur
de l'Histoire des Empires. Il donne la
Fable pour ce qu'elle est ; c'est - à -dire ,
qu'il la laisse quelquefois Fable, quoique
le plus souvent et presque par tout il la
ramené à la verité de l'Histoire , faisant
voir que ce que les Poëtes en ont dit , se
trouve conforme aux plus anciens Monumens
de l'Antiquité ; et en particulier ,
aux Apologistes de la Religion chrétienne.
Il remonte jusqu'à l'origine de la Mytologie
; Acmon , Urane , Saturne , Jupiter
, dont il fixe les siècles , avant la vocation
d'Abraham , et montre qu'on ne
peut , sans une singularité téméraire , accuser
leurs Histoires de faits controuvez.
On peut dire que cet Ouvrage sert de
Préliminaire à la lecture de nos Livres
Saints , à celle des Apologistes , des Poëtes
, des anciens Historiens , et de l'Histoire
Ecclésiastique , où il finira , après
avoir
FEVRIER. 1734 317
avoir éclairci tous les siècles qui l'ont
précédée. On vend aussi avec le Livre ,
ou séparément , deux grandes Cartes
Chronologiques , qui montrent la concurrence
de toutes les Histoires , siécle
par siecle , depuis la création jusqu'à J.C.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de M. D. D. dans laquelle il est parlé d'un Ouvrage historique, nouveau.
La lettre présente un nouvel ouvrage historique intitulé 'HISTOIRE des Empires et des Republiques, depuis le Déluge jusqu'à J. C.' Cet ouvrage explore les liens entre l'Histoire Sainte et l'Histoire Profane, notamment en Égypte et en Asie, ainsi que le rapport entre la Fable et l'Histoire en Grèce. Il est disponible à Paris chez Simart et Jean Roüan. L'auteur s'inspire de l'Histoire ancienne de M. Rollin, mais introduit six différences clés : son récit commence dès les temps voisins du Déluge, traite chaque histoire séparément, fournit une succession des rois en Égypte et en Grèce jusqu'à Abraham, inclut une chronologie basée sur Jules Africain, Eusèbe et Syncelle, lie l'Histoire Sainte à l'Histoire Profane, et intègre la Fable en la reliant aux monuments de l'Antiquité. L'ouvrage est conçu comme un préliminaire à la lecture des Livres Saints, des Apologistes, des Poètes, des anciens Historiens et de l'Histoire Ecclésiastique. Il est accompagné de deux grandes cartes chronologiques couvrant les siècles depuis la création jusqu'à J. C.
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23
p. 169-173
Momus fabuliste représenté à la Cour. [titre d'après la table]
Début :
On a continué sur le Théâtre de l'Opera Comique les représentations des Amours [...]
Mots clefs :
Pièce, Auteur, Momus, Fable, Opéra-Comique, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Momus fabuliste représenté à la Cour. [titre d'après la table]
On a continué fur le Théâtre de l'Opera
Comique les repréfentations des Amours
Grivois Vaudeville heureux , à qui les connoiffeurs
n'appliqueront pas cet hémiſtiche
d'Ovide materiam fuperabat Opus . L'Amour
au village qui a fuivi les Amours Grivois
n'a pas fuivi leur fortune.
Le Jeudi 19 Fevrier une nouvelle Parodie
de Théfée a diverti les Spectateurs. On
la dit d'un Auteur très-jeune ; il commen-
H
170 MERCURE DE FRANCE
ce avantageuſement fa carriere , &l'on peut
en attendre d'autres ouvrages dignes de l'approbation
publique .
Le Jeudi 4 Mars la Gageure Piéce d'un
acte eft venu confoler l'Auteur de l'Ile
d'Anticyre de fa difgrace en la partageant
fcrupuleufement avec lui . Ces deux Opera
Comiques ont eu chacun deux répréfentations.
Le Lundi 8 Mars on a rouvert les Jardins
de l'Hymen . Jardins où le Public ne s'eft
pas fouvent promené quoiqu'on lui en ait
fouvent offert l'entrée , & quoique la jeune
Actrice qui repréfente allégoriquement la
Rofe en ait la fraicheur & les agrémens ;.
l'Auteur qui a préſenté ce fujet au Théâtre
ne pourroit fe glorifier que de la forme , fi
les fleurs de fon jardin n'étoient pas cou
vertes de glaçons; on connoit le propriétaire
du fond qui certainement l'auroit mieux
cultivé.
Le Mercredi 17 Mars l'Opera Comique
a pris un nouveau Reſtaurant toujours d'un
acte ( car il n'eft pas pour les gros morceaux
) cette petite Piéce eft intitulée les
Temoins contr'eux- mêmes ; elle a paru pendant
les foires précedentes fous differens
titres. C'eft un fujet tiré des contes Arabes
qui a été traité il y a plus de vingt ans &
MARS 1745. 171
repréſenté par la troupe de l'Arlequin Simon
frere cadet de Francifque ; il étoit
alors intitulé les Coffres. Cette Piéce n'a pas
gagné à changer de nom.
Les Comédiens françois ont repréfenté le
même jour à Versailles par ordre précis de
la Cour Momus Fabulifte Comédie d'un acte
faite à l'occafion d'un volume de fables
nouvelles qui n'éprouverent pas le fort de
celles de la Fontaine . On a retranché dans
cette repriſe- ci tous les traits de critique
qui ont faifi les auditeurs de l'année 1719 ,
époque de la premiere repréfentation de
cette petite Piéce qui eut alors un ſuccès éclatant.
Elle a été repréſentée depuis avec la
même réuffite , & il paroît que la Cour a
confirmé les jugemens favorables qu'elle a
obtenus autrefois. L'Auteur non content
d'élaguer fa piece en a retranché quelques
fables pour en fubftituer de convenables au
tems & aux talens des Acteurs nouveaux.
Il a fatisfait le goût du Public en fourniſ
fant à Mlle . Gautier l'occafion de faire briller
fa voix & la fineffe méthodique de fon
chant ; il a contenté fon zéle en faifant la
fable du Lion. Quoique cette fable paroiffe
après le déluge poëtique qui a inondé la
France , on ofe avancer que c'eft un des premiersouvrages
que l'amour françois ait dicté.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
des délais de Théatre font caufe qu'on ne
l'a pas vu dans fa naiffance , & qu'elle n'a
pas été debitée fur la fcene par l'Acteur
qui joue fi finement le rôle de Momus.
On ne donnera pas un long détail de Momus
fabulifte. C'eft une intrigue des plus
fimples. Jupiter veut marier Venus , & s'en
rapporter à fon choix ; il eft le rival fecret de
tous les Dieux qui foupirent pour elle ; prévenu
juftement contre la langue fatyriqu
de Momus , il lui deffend la médifance dans
un jour deftiné à la galanterie & jure de
punir du banniffement la moindre contravention
à fes ordres. Le Dieu mordant intimidé
par les ménaces de l'époux de Junon
cherche un expédient pour lui défobéir
fans éprouver fa vengeance , & il le trouve,
Ne nommons pas les Dieux , dit- il , mais em
pruntons hardiment pour eux les noms des
animaux , des hommes , tout cela est égal…….…
devenons fabulifte , puisqu'on me contraint de
l'être , je n'ai que cet expédient pour soulager
ma bile pour frander impunément la Loi
qu'on vient de me faire.
Après cette commode réfolution il fe pofte
judicieuſement dans l'avenue du Temple
du Deftin ou les prétendans à l'Hymen do
lamere des Amours doivent fe rendre, & là
ce Dieux malin les regale chacun en paffant
d'une fable cauftique , Tableau peu
MARS 1745 173
fateur de leurs caracteres . Nous ne donnerons
ici que celle qui termine la ſcene de
Mlle. Gautier , qui fous le nom de Canente
repréſente une chanteufequi fe pique de raf
fembler toutes les efpeces differentes de la
mufique. Cette fable eft une critique des
Amphions qui ne fçavent pas finir , & qui
laffent les oreilles qu'ils veulent délecter,
Comique les repréfentations des Amours
Grivois Vaudeville heureux , à qui les connoiffeurs
n'appliqueront pas cet hémiſtiche
d'Ovide materiam fuperabat Opus . L'Amour
au village qui a fuivi les Amours Grivois
n'a pas fuivi leur fortune.
Le Jeudi 19 Fevrier une nouvelle Parodie
de Théfée a diverti les Spectateurs. On
la dit d'un Auteur très-jeune ; il commen-
H
170 MERCURE DE FRANCE
ce avantageuſement fa carriere , &l'on peut
en attendre d'autres ouvrages dignes de l'approbation
publique .
Le Jeudi 4 Mars la Gageure Piéce d'un
acte eft venu confoler l'Auteur de l'Ile
d'Anticyre de fa difgrace en la partageant
fcrupuleufement avec lui . Ces deux Opera
Comiques ont eu chacun deux répréfentations.
Le Lundi 8 Mars on a rouvert les Jardins
de l'Hymen . Jardins où le Public ne s'eft
pas fouvent promené quoiqu'on lui en ait
fouvent offert l'entrée , & quoique la jeune
Actrice qui repréfente allégoriquement la
Rofe en ait la fraicheur & les agrémens ;.
l'Auteur qui a préſenté ce fujet au Théâtre
ne pourroit fe glorifier que de la forme , fi
les fleurs de fon jardin n'étoient pas cou
vertes de glaçons; on connoit le propriétaire
du fond qui certainement l'auroit mieux
cultivé.
Le Mercredi 17 Mars l'Opera Comique
a pris un nouveau Reſtaurant toujours d'un
acte ( car il n'eft pas pour les gros morceaux
) cette petite Piéce eft intitulée les
Temoins contr'eux- mêmes ; elle a paru pendant
les foires précedentes fous differens
titres. C'eft un fujet tiré des contes Arabes
qui a été traité il y a plus de vingt ans &
MARS 1745. 171
repréſenté par la troupe de l'Arlequin Simon
frere cadet de Francifque ; il étoit
alors intitulé les Coffres. Cette Piéce n'a pas
gagné à changer de nom.
Les Comédiens françois ont repréfenté le
même jour à Versailles par ordre précis de
la Cour Momus Fabulifte Comédie d'un acte
faite à l'occafion d'un volume de fables
nouvelles qui n'éprouverent pas le fort de
celles de la Fontaine . On a retranché dans
cette repriſe- ci tous les traits de critique
qui ont faifi les auditeurs de l'année 1719 ,
époque de la premiere repréfentation de
cette petite Piéce qui eut alors un ſuccès éclatant.
Elle a été repréſentée depuis avec la
même réuffite , & il paroît que la Cour a
confirmé les jugemens favorables qu'elle a
obtenus autrefois. L'Auteur non content
d'élaguer fa piece en a retranché quelques
fables pour en fubftituer de convenables au
tems & aux talens des Acteurs nouveaux.
Il a fatisfait le goût du Public en fourniſ
fant à Mlle . Gautier l'occafion de faire briller
fa voix & la fineffe méthodique de fon
chant ; il a contenté fon zéle en faifant la
fable du Lion. Quoique cette fable paroiffe
après le déluge poëtique qui a inondé la
France , on ofe avancer que c'eft un des premiersouvrages
que l'amour françois ait dicté.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
des délais de Théatre font caufe qu'on ne
l'a pas vu dans fa naiffance , & qu'elle n'a
pas été debitée fur la fcene par l'Acteur
qui joue fi finement le rôle de Momus.
On ne donnera pas un long détail de Momus
fabulifte. C'eft une intrigue des plus
fimples. Jupiter veut marier Venus , & s'en
rapporter à fon choix ; il eft le rival fecret de
tous les Dieux qui foupirent pour elle ; prévenu
juftement contre la langue fatyriqu
de Momus , il lui deffend la médifance dans
un jour deftiné à la galanterie & jure de
punir du banniffement la moindre contravention
à fes ordres. Le Dieu mordant intimidé
par les ménaces de l'époux de Junon
cherche un expédient pour lui défobéir
fans éprouver fa vengeance , & il le trouve,
Ne nommons pas les Dieux , dit- il , mais em
pruntons hardiment pour eux les noms des
animaux , des hommes , tout cela est égal…….…
devenons fabulifte , puisqu'on me contraint de
l'être , je n'ai que cet expédient pour soulager
ma bile pour frander impunément la Loi
qu'on vient de me faire.
Après cette commode réfolution il fe pofte
judicieuſement dans l'avenue du Temple
du Deftin ou les prétendans à l'Hymen do
lamere des Amours doivent fe rendre, & là
ce Dieux malin les regale chacun en paffant
d'une fable cauftique , Tableau peu
MARS 1745 173
fateur de leurs caracteres . Nous ne donnerons
ici que celle qui termine la ſcene de
Mlle. Gautier , qui fous le nom de Canente
repréſente une chanteufequi fe pique de raf
fembler toutes les efpeces differentes de la
mufique. Cette fable eft une critique des
Amphions qui ne fçavent pas finir , & qui
laffent les oreilles qu'ils veulent délecter,
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Résumé : Momus fabuliste représenté à la Cour. [titre d'après la table]
En mars 1745, plusieurs événements culturels marquants ont eu lieu au Théâtre de l'Opéra Comique et ailleurs. Les représentations des 'Amours Grivois' se sont poursuivies, bien que leur popularité ait diminué. Le 19 février, une parodie de 'Thésée' par un jeune auteur a été favorablement reçue. Le 4 mars, la pièce 'La Gageure' a été jouée, partageant la même désapprobation que 'L'Île d'Anticyre'. Le 8 mars, les 'Jardins de l'Hymen' ont rouvert, mais sans grand succès malgré la présence d'une jeune actrice charmante. Le 17 mars, l'Opéra Comique a présenté 'Les Témoins contre eux-mêmes', une pièce inspirée des contes arabes, déjà jouée sous le titre 'Les Coffres'. Parallèlement, les Comédiens français ont interprété 'Momus Fabuliste' à Versailles. Cette comédie d'un acte, inspirée par un volume de nouvelles fables, avait été initialement représentée en 1719. Pour cette nouvelle production, la pièce a été révisée afin d'éviter les critiques passées et d'inclure de nouvelles fables adaptées aux talents des acteurs actuels. La représentation a permis à Mlle. Gautier de mettre en valeur ses compétences vocales et musicales. L'intrigue de la pièce raconte comment Jupiter souhaite marier Vénus et interdit à Momus de critiquer les prétendants. Momus trouve alors un moyen de contourner cet interdit en utilisant des fables pour critiquer les dieux sous des noms d'animaux ou d'hommes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 201
SUPPLÉMENT A LA PARTIE FUGITIVE.
Début :
Nous prions le Lecteur d'ajouter à la Fable des Oeillets, page 54, [...]
Mots clefs :
Fable, Médaillon, Grâces, Apollon, Fontenelle, Titon du Tillet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT A LA PARTIE FUGITIVE.
SUPPLEMENT
A LA PARTIE FUGITIVE.
Nous prions le Lecteur d'ajouter à la
Fable des Oeillets , page 54 , après ce vers :
On le chicana fur l'odeur , cette moralité
qui doit la terminer :
Le même fort attend l'ouvrage de génie :
Qu'il brille dans les Arts & ſe montre paré
D'un éclat qui leur donne une nouvelle vie ,
Par la foule d'abord il fe voit cenfuré :
Le temps feul l'établit , & fait taire l'envie.
Cette Fable eft de M. Aubert.
Addition au morceau fur M. de Fontenelle
, page 86 , après ces mots : ce non
honoreroit un Souverain.
Note. Dès 1730 , M. Titon -da Tillet fit exécuter
le Médaillon de M. de Fontenelle. Au revers font
les trois Graces , Apollon & Minerve avec cette
légende :
Les Graces , Apollon , Minerve l'ont formé,
On peut voir ce Médaillon gravé avec quefques
autres dans le Parnaffe François de M. du
Tillet , page 32-
A LA PARTIE FUGITIVE.
Nous prions le Lecteur d'ajouter à la
Fable des Oeillets , page 54 , après ce vers :
On le chicana fur l'odeur , cette moralité
qui doit la terminer :
Le même fort attend l'ouvrage de génie :
Qu'il brille dans les Arts & ſe montre paré
D'un éclat qui leur donne une nouvelle vie ,
Par la foule d'abord il fe voit cenfuré :
Le temps feul l'établit , & fait taire l'envie.
Cette Fable eft de M. Aubert.
Addition au morceau fur M. de Fontenelle
, page 86 , après ces mots : ce non
honoreroit un Souverain.
Note. Dès 1730 , M. Titon -da Tillet fit exécuter
le Médaillon de M. de Fontenelle. Au revers font
les trois Graces , Apollon & Minerve avec cette
légende :
Les Graces , Apollon , Minerve l'ont formé,
On peut voir ce Médaillon gravé avec quefques
autres dans le Parnaffe François de M. du
Tillet , page 32-
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Résumé : SUPPLÉMENT A LA PARTIE FUGITIVE.
Le texte est un supplément à une œuvre littéraire. Il invite à ajouter une moralité à la fable des Œillets, page 54, soulignant que les œuvres de génie sont d'abord critiquées mais reconnues par le temps. La fable est attribuée à M. Aubert. Il mentionne aussi un médaillon de M. de Fontenelle, exécuté dès 1730 par M. Titon de Tillet, visible dans le 'Parnasse Français'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 11
VERS envoyés à Madame la Marquise de P **, avec l'Ode sur la Paix.
Début :
Il fut une Déesse aimable Qui permit aux Beaux-Arts de lui faire la cour. [...]
Mots clefs :
Fable, Minerve, Beaux-arts
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texteReconnaissance textuelle : VERS envoyés à Madame la Marquise de P **, avec l'Ode sur la Paix.
VERS envoyés à Madame la Marquife
de P ** , avec l'Ode fur la Paix.
Il fut une Déeffe aimable L
Qui permit aux Beaux- Arts de lui faire la cour.
C'étoit Minerve , à ce que dit la Fable ;
***
de P ** , avec l'Ode fur la Paix.
Il fut une Déeffe aimable L
Qui permit aux Beaux- Arts de lui faire la cour.
C'étoit Minerve , à ce que dit la Fable ;
***
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26
p. 97-99
HISTOIRE POÉTIQUE tirée des Poëtes François ; par M. l'ABBE B... à Paris chez Nyon, Libraire, quai des Augustins, près le Pont Saint Michel, à l'Occasion ; 1763 ; un volume petit in-12. Avec Approbation & Privilége du Roi.
Début :
L'AUTEUR de ce petit ouvrage, aussi agréable que nécessaire pour l'intelligence [...]
Mots clefs :
Fable, Mythologie, Parnasse, Style
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE POÉTIQUE tirée des Poëtes François ; par M. l'ABBE B... à Paris chez Nyon, Libraire, quai des Augustins, près le Pont Saint Michel, à l'Occasion ; 1763 ; un volume petit in-12. Avec Approbation & Privilége du Roi.
HISTOIRE POÉTIQUE
tirée des
Poëtes François ; par M. l'ABBE
B... à Paris chez Nyon , Libraire ,
quai des Auguftins , près le Pont
Saint Michel, à l'Occafion ; 1763 ;
un volume petit in- 12. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
L'AUTEUR de ce petit ouvrage , auffi
agréable que néceffaire pour l'intelligence
de la Fable , ne s'eft pas borné
à une fimple expofition de la Mythologie.
Il la met , pour ainfi dire ,
en action ; tout femble fe produire &
agir fous les yeux du Lecteur ; & ,
pour entrer dans quelque détail , on
croit être le temoin des Scènes tragiques
qui affligerent la Ville de Thèbes ;
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
>
on croit fe trouver en perfonne au
fiége de Troye ; ce morceau furtout
réunit à la fois , l'intérêt , la force &
la précifion . MM . Corneille , Racine ,
Rouffeau , de la Motte Crébillon
Fontenelle , de Voltaire , Greffet , &c ,
ont fourni les traits de ce tableau. Ce
font ces mêmes Poëtes avec Malherbe
Quinaut , la Foffe , Voiture , Moliere,
Boileau , Campiftron , Danchet , la
Grange , & tout ce que nous avons
eu de plus diftingué fur notre Parnaffe ,
qui ont été la fource où l'Auteur a
puifé la partie agréable de cette hiftoire
doublement poëtique , puifqu'elle
offre tous les traits de la Fable fous
les charmes de la Poëfie . Cette idée
nous a paru très - heureuſe & nous
ofons dire que l'Auteur l'a parfaitement
exécutée. C'eft au Public d'af
furer le fuccès d'un Ouvrage dont l'utilité
ne doit point tarder à fe faire fentir.
Outre les morceaux en Vers dont
nous venons de parler , chaque trait de
la Mythologie eft expliqué en Profe par
l'Auteur , de manière à faire mieux fentir
les morceaux en Vers qui lui fuccédent
, & forment avec cette profe
un tout agréable & piquant . Le ftyle en
eft clair , précis , naturel & foutenu
›
BIBLIO
LYO
THEQUE
99
en-
AVRIL. 1763 .
d'un ton d'intérêt , propre à fixer
tion des jeunes Lecteurs auxquels ce Livre
eft deſtiné. Tout y eft épuré avec
un foin porté jufqu'au fcrupule , & qui
auroit pu nuire à l'Ouvrage ,
attention n'eût pas dû emporter néceffairement
la préférence .
tirée des
Poëtes François ; par M. l'ABBE
B... à Paris chez Nyon , Libraire ,
quai des Auguftins , près le Pont
Saint Michel, à l'Occafion ; 1763 ;
un volume petit in- 12. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
L'AUTEUR de ce petit ouvrage , auffi
agréable que néceffaire pour l'intelligence
de la Fable , ne s'eft pas borné
à une fimple expofition de la Mythologie.
Il la met , pour ainfi dire ,
en action ; tout femble fe produire &
agir fous les yeux du Lecteur ; & ,
pour entrer dans quelque détail , on
croit être le temoin des Scènes tragiques
qui affligerent la Ville de Thèbes ;
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
>
on croit fe trouver en perfonne au
fiége de Troye ; ce morceau furtout
réunit à la fois , l'intérêt , la force &
la précifion . MM . Corneille , Racine ,
Rouffeau , de la Motte Crébillon
Fontenelle , de Voltaire , Greffet , &c ,
ont fourni les traits de ce tableau. Ce
font ces mêmes Poëtes avec Malherbe
Quinaut , la Foffe , Voiture , Moliere,
Boileau , Campiftron , Danchet , la
Grange , & tout ce que nous avons
eu de plus diftingué fur notre Parnaffe ,
qui ont été la fource où l'Auteur a
puifé la partie agréable de cette hiftoire
doublement poëtique , puifqu'elle
offre tous les traits de la Fable fous
les charmes de la Poëfie . Cette idée
nous a paru très - heureuſe & nous
ofons dire que l'Auteur l'a parfaitement
exécutée. C'eft au Public d'af
furer le fuccès d'un Ouvrage dont l'utilité
ne doit point tarder à fe faire fentir.
Outre les morceaux en Vers dont
nous venons de parler , chaque trait de
la Mythologie eft expliqué en Profe par
l'Auteur , de manière à faire mieux fentir
les morceaux en Vers qui lui fuccédent
, & forment avec cette profe
un tout agréable & piquant . Le ftyle en
eft clair , précis , naturel & foutenu
›
BIBLIO
LYO
THEQUE
99
en-
AVRIL. 1763 .
d'un ton d'intérêt , propre à fixer
tion des jeunes Lecteurs auxquels ce Livre
eft deſtiné. Tout y eft épuré avec
un foin porté jufqu'au fcrupule , & qui
auroit pu nuire à l'Ouvrage ,
attention n'eût pas dû emporter néceffairement
la préférence .
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Résumé : HISTOIRE POÉTIQUE tirée des Poëtes François ; par M. l'ABBE B... à Paris chez Nyon, Libraire, quai des Augustins, près le Pont Saint Michel, à l'Occasion ; 1763 ; un volume petit in-12. Avec Approbation & Privilége du Roi.
L'ouvrage 'Histoire poétique tirée des Poëtes François' a été publié à Paris en 1763 par l'Abbé B. chez Nyon, Libraire. Ce livre, approuvé et privilégié par le Roi, est un petit volume in-12. L'auteur ne se limite pas à une simple exposition de la Mythologie ; il la met en action, permettant au lecteur de visualiser des scènes tragiques comme celles de Thèbes ou du siège de Troye. L'ouvrage intègre des traits des grands poètes français tels que Corneille, Racine, Rousseau, La Motte, Crébillon, Fontenelle, Voltaire, et d'autres. Il combine les éléments de la fable avec les charmes de la poésie, offrant ainsi une histoire doublement poétique. Chaque trait de la Mythologie est expliqué en prose par l'auteur, enrichissant la compréhension des morceaux en vers. Le style est clair, précis, naturel et soutenu, adapté pour captiver les jeunes lecteurs. L'ouvrage est épuré avec un soin extrême, évitant tout élément qui pourrait nuire à son utilité et à son succès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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