CONTRE LES AUTEURS SATYRIQUES,
Dieu des Vers , puissant Apollon ,
Peux - tu souffrir sur le Parnasse ,
Peux-tu voir répandus dans le sacré Vallon
D'implacables Démons dont l'insolente audace
Par les plus indignes Chansons ,
De ta Lyre aujourd'hui font mépriser les sons ?
Les Eumenides ennemies ,
Dont la noire fureur en tous lieux se répand ,
Ont- elles converti les Muses en Furies ?
L'Hypocrene en bourbier , et Pegase en Serpent
Il paroit tous les jours des Satyres nouvelles ,
Dans le Public sans cesse on séme des Bre
vets ,
Des Monorimes , * des Couplets ;
Et ces injurieux Libelles
Armés de leurs traits odieux ,
Portent des atteintes cruelles ,
Sans épargner même les Dieux :
* Ouvrage tout en mêmes rimes et d'une satyre
ontrée.
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C'est
JANVIER.
1733. 185
C'est l'Enfer qui vomit ces insolents ouvra
ges;
Ce tissu de fiel et d'outrages
Ajoûte à la malignité
L'imposture et l'impiété ;
Les plus hautes vertus deviennent leurs victi
mes ,
Et les Auteurs de tant de crimes
Se flattent de l'impunité.
De ces nouveaux Pythons purge à jamais la
terre ,
Fils du plus grand des Dieux , de sa gloire ja
Joux ,
Frappe , fais tomber sous tes coups
Des Monstres dignes du Tonnerre .