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Détail
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1
p. 2868-2883
Les Enfans Trouvez, Parodie, [titre d'après la table]
Début :
Le 9. Décembre, les Comédiens Italiens donnerent la première Représentation [...]
Mots clefs :
Enfants trouvés, Romagnesi, Riccoboni, Comédiens-Italiens, Pièce
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texteReconnaissance textuelle : Les Enfans Trouvez, Parodie, [titre d'après la table]
PECTACLE S.
LEE 9. Décembre , les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation des Enfans Trouvez , ou le Sultan poli par l'Amour , dont les Sieurs Dominique , Romagnesy et Riccoboni, sont.
les Auteurs. Cette Piece fut reçue peu favorablement du Public à la premiere Représentation , et on prétend qu'une assemblée tumultueuse mêlée de quelques
personnes mal intentionnées , en fut la
cause. La Piéce fut écoutée beaucoup plus
tranquillement à la seconde Représentation , et elle a toujours été de plus en
plus goûtée et applaudie. Nous allons tâcher de mettre le Lecteur en état d'en
juger.
ACTEURS..
Themire,
Fatime ,
la Dlle Sylvia.
la Dlle la Lande.
Diaphane , Roi de Tripoli , le sieur RoAlcidor , Pere de Themire , le sieur Domagnesy
minique.
Ale 11.
Cara
Volcan
DECEMBR E. 1732. 2869
Carabin , frere de Themire , le sicur RicOrosmin , Visir ,
Un Esclave ,
coboni.
Arlequin.
le sieur Sticotti.
Fatime ouvre la Scene , et paroît surprise de voirThemire plus gaye et plus contente qu'à l'ordinaire ; elle lui en demande la raison , et dit :
Quoi ! vous ne tournés plus les yeux vers les climats ,
Qu ce vaillant François devoit guider nos pas ?
Vous ne me parlés plus des plaisirs que la
France
Permet à notre Sexe avec tant de licence ,
Vous ne l'ignorés pás ; c'est là que les maris
Vivent d'intelligence avec les Favoris ;
Que la femme y bravant la contrainte fa- tale ,
Est prude avec renom dale.
" coquette sans scan◄
Themire lui répond que le Serrail fait
aujourd'hui tout son bonheur , et ajoûte :
Chez les Mahometans dès l'enfance enfermée ,
A leur façon d'agir ils m'ont accoûtumée.
II. Vol. Tout
2870 MERCURE DE FRANCE
Tout le monde en convient , le Roi de Tri
poli ,
Est malgré sa moustache , un Seigneur trèspoli.
Fatime représente à Themire que ce
jeune Officier qui est parti , et qui va revenir pour briser leurs fers , se donnera
de la peine en vain. Themire répond que
cet Officier est Gascon , &c. et découvre
en même tems à sa Confidente l'amour
qu'elle a pour le Sultan , et lui apprend
qu'il doit l'épouser dans la journée , Fati
me l'en félicite , et lui dit :
Mais ce cœur qui se livre à de si doux trans
* ports
En épousant un Turc , n'a-t'il point de re mords ?
Carabin vous a dit cent fois par la fenêtre ,
Que le sang d'un François vous avoit donné l'être ,
Que vous et vos parens dans un combat faq tal ,
Aviez subi le joug d'un Corsaire brutal.
Ne vous souvient - il plus que dans une Gag lere....
Themire.
Ma foi , s'il m'en souvient , il ne m'en souvient
guére.
II. Vol. Themi
DECEMBRE. 1732. 2877
Themire continuë , et fait le Portrait
du Sultan.
Oui , si le Ciel aux fers eut condamné sa
vie ,
Si l'Affrique à mes loix se voyoit asservie ,
Ou mon amour me trompe , ou Themire au
jourd'ui ,
Pour l'élever à soi descendroit jusqu'à lui.
Fatime.
r le faut avouer , cette pensée est belle ,
Mais convenés aussi qu'elle n'est pas nou
velle,
Diaphane arrive , et dit à Themire qu'il
pourroit lui faire un long discours ,lui
parler de ses Ayeux et des malheurs des
Sultans , ses Confreres.
Au sein des voluptez bien loin que je m'endorme ,
Si je tiens un Serrail > ce n'est que pour la
forme ;
Les loix que dès long-tems suivent les Mahomets ,
Nous deffendent le vin , moi je me le per
mets,
Tout usage ancien céde à ma politique,
Et je suisun Sultan de nouvelle fabrique,
Parlons seulement de l'amour que j'ai
II.Vel pour
2872 MERCURE DE FRANCE
pour vous poursuit-il . ) Je jure de vous
prendre pour Maîtresse et pour Femme
est-ce assez ? Oui, répond Themire, je ne
veux rien de plus , &c.
Orosmin vient annoncer au Sultan le retour de Carabin.
Pourquoi n'entre- t'il pas , dit le Sultan,
Orosmin.
Vous sçavez que toujours votre porte est fer mée.
Le Sultan.
Oui , c'étoit autrefois la régle accoûtumée ,
Mais , il faut que d'entrer , on ait permis- sion ,
Si tu veux qu'au Sérrail se passe l'action.
Carabin dit au Sultan qu'il apporte de
France de l'argent comptant , et continue :
Grace au Ciel , c'en est fait , et la somme est
complette ;
Commence par lâcher la fille et la soubrete ,
Nous choisirons après dix autres prisoniers.
Quant à moi je demeure , étant court de de niers ;
Qu'ils partent sur le champ , je resterai pour
gage,
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1732 2873
Le Sultan.
N'en rachete que neuf, et met - toi du voya
ge.....
Embarque cent Captifs , si tu veux , dit
le Sultan , mais pour Themire , ne croy
pas que tout l'or du monde puisse m'engager à re la rendre. Carabin est fort surpris que le Sultan veuille manquer à sa
parole , à quoi le Sultan répond :
Lorsque je te promis d'accorder ta demande ,
Ce n'étoit qu'un Enfant , à présent elle est
grande....
Du moins ,, dit ' le Gascon , ne me refuse
pas ce malheureux Vieillard , puisqu'il n'a
peut-être pas une heure à vivre. Le Sultan
consent de le rendre pourvû qu'il meure
auparavant , &c.
Themire reste avec Carabin , et lui dit
qu'elle est fâchée de ne pouvoir partir
avec lui , mais qu'il peut compter qu'elle
aura toujours beaucoup de déference pour
tous les François , &c.
Alcidor , ce venerable Vieillard , arrive ;
il est soutenu par deux François , sa vue
est si troublée , et son corps est si foible
qu'à peine il peut se soûtenir ; il deman
de où il est , et à qui il doit le bonheur
de revoir la lumiere, Themire répond
II. Vol. que
2874 MERCURE DE FRANCE
que c'est à ce Cavalier ( en montrant
Carabin. )
Alcidor.
Des Chevaliers Gascons je reconnois l'ardeur ,
S'ils n'ont pas de grands biens , ils ont tous de l'honneur.
Themire demande au Gascón com nent
Il a pû faire pour trouver une somme si considérable. Il répond :
Echapé de mes fers , chose impossible à croire ,
Arrivant au pays je me fis Grenadier,
On ne s'enrichit point à ce noble métier ;
Je me remis sur Mer , et l'ingrate fortune ,
Ne me traita pas mieux dans le sein de Neptune,
Je fus repris , Madame , et par un grand bon heur ,
Je vous vis au Serrail malgré le Grand Sei
gneur ;
Eunuques blancs et noirs , Bostangis , Jannis- saires ,
Ne m'empêcherent point de vous parler d'af
faires;
Le trait est surprenant , mais passons là - dessus.
Or , comme en mon Pays on craint peu les refus ,
Fallai voir le Sultan , lequel sur ma parole ,
Me laissa repartir pour un projet frivole,
II.Vol. Avec
DECEMBRE 1732 2875
Avec lui cependant , je m'étois engagé ,
De revenir bien-tôt payer votre congé.
> De retour dans la France une veuve fring
gante ,
Me prit en mariage aux bords de la Cha- rante.
Elle mourut bien-tôt , une autre succeda ,
Et cette autre en trois mois à son tour déceda.
Je convolai bien- tôt avec une troisiéme ,
Qui mourut en Avril , je ne sçais le quan tiéme ?
Heritier de leurs biens , et plus content qu'un
Roi ,
J'ai vendu trois Châteaux qui n'étoient moi.
pas à
Alcidor leur demande s'ils ne pourroient
leur donner des nouvelles de deux de
ses Enfans , et dit :
pas
Mon fils fut fait esclave , et sa sœur plus petite ,
Au Serrail avec lui , par des Turcs fut con.
duite.
Il m'arriva reprend le Gascon ) même chose
jadis.
A l'âge de quatre ans par les Turcs je fus
pris ,
Mené dans le Serrail avec cette personne ,
Et d'être tant soit peu ma sœur,
çonne.
je la soup
II. Vol. G. Themire
2876 MERCURE DE FRANCE
Themire.
Qu'entends-je !
Alcidor étonné.
Ce minois , cet air vif et coquet ,
De ma défunte femme est le vivant por trait ,
Même à ce que je crois , ce Gascon me res
semble.
Dans quel tems , s'il vous plaît , fûtes-vous pris
ensemble ?
Je ne prétens ici rien décider en l'air :
Surtout en fait d'enfans , on ne peut trop vois clair.
Carabin.
Je fus , il m'en souvient , pris en mil sept cent
seize.
Alcidor.
Epoque trop heureuse , et qui me comble d'aise ,
Et quel âge avez-vous à présent ?
Carabin.
J'ai vingt ans.
Alcidor.
Et vous ?
Themire.
J'en ai dix-huit.
Alcidor.
Baisez-moi, mes Enfans.
II.Vol. La
DECEMBRE. 1732 2877 La reconnoissance se fait d'une maniere très-comique , le pere embrasse ses enfans , et poursuit :
Quand je songe en quels lieux je la vois retea nuë ,
Je n'ose sur ma fille ensor jetter la vuë ,
Ojour qui me la rens , comment me la renstu ?
Tu pleures , je t'entends..... tu n'as plus de
vertu !
Themire avoue ingénument àson pere
que le Sultan l'adore et doit bien tôt l'épouser. Alcidor lui fait de sanglans reproches , et se retire outré de désespoir.
1
Themire reste avec Carabin , qui l'engage à le suivre , après lui avoir représenté son crime.
Themire y consent après
avoir combattu quelque tems , et dit à
son frere :
Mais du moins tu devrois aller voir notre
Pere
Nous le laissons mourir d'une étrange mad
niere.
Bon , répond Carabin , je le compte
pour mort ; il fait promettre en mêmetems à sa sœur de se tenir prête pour fuïr
avec lui,et se retire. Themire reste seule,
s'éxamine et se demande à elle- même , si
II. Vol. Gij elle
2878 MERCURE DE FRANCE
elle est Turque ou Françoise , et ne pouvant pas bien se définir , elle termine son
Monologue par ces Vers qu'elle adresse au
Sultan.
Ah ! puisque ta devois m'épouser dès ce soir ,
Pourquoi m'apprenoit-on aujourd'hui mon de
voir ?
Frere trop rigoureux , du moins pour me l'apa
prendre ,
Jusqu'à demain matin tu pouvois bien at
tendre.
Le Sultan arrive à la fin du Monologue pour conduire avec lui Themire à la
Mosquée : venez , lui dit- il ,
Themire l'appercevant,
Où me cacher !
Le Sultan.
Que dites-vous ?
Themire.
Je n'ose,
Le Sultan.
Vous n'osez ?
Themire,
Non, Seigneur.
Le Sultan.
Et pourquoi donc ?
II. Vol Themire
DECEMBRE. 1732. 2875
Themire:
Le Sultan.
Pour cause.
Ah ! je vois ce que c'est , sans doute la pu deur....
Themire.
Non, ce n'est point cela ; vous vous trompez ;
Seigneur..
Elle prie le Sultan de vouloir bien dif
ferer cet Hymen , le Sultan s'emporte et
dit , lorsque Themire se retire :
Je n'y comprens plus rien pourquoi partir si-tôt ?
Dites-moi vos raisons...
Themire en s'en allant.
Je les dirai tantôt.
Le Sultan reste avec le Vizir ; il commence àsoupçonnerThemire d'inconstance , et Carabin d'être son Rival , le Vizir lui dit :
Prenez- vous ce Garçon , Seigneur , pour une bête ,
Vous les avez laissés ensemble tête à tête.
Le Sultan.
Je ne le ferai plus.
II. Vol. G iij Le
2330 MERCURE DE FRANCE
Le Vizir.
Vous aurez bien raison ,
Ah ! que la prévoyance est ici de saison !
tain. ...
Themire revient , le Sultan lui fait encore des reproches , et lui dit qu'il ne la
reverra jamais. Quoi , Seigneur , répond
Themire , est-il bien assûré que vous ne
m'aimez plus ? Non , rien n'est plus cerque j'aimai... que je hais. . . .
Themire éclate de rire,le Sultan lui dit avec
transport,Themire vous riez...elle répond:
Eh !qui pourroit s'empêcher de rire de
toutes vos extravagances et de mon incertitude ? le Sultan toujours plus amoureux,
ne pouvant pas se contraindre , lui avoüe
qu'il l'aime plus que jamais , et que tout
ce qu'il lui a dit , n'étoit que pour rire.
Themire prie le Sultan de lui accorder du
moins une grace. Et de quoi s'agit-il a
répond le Sultan.
Themire.
Permettés que je sorte;
་
Le Sultan.
Quoi toujours me quitter , et de la mêms sorte !..
Themire lui dit en sortant, quedemain
II. Vol. tous
DECEMBRE. 1732. 2881
tous ses secrets lui seront revelez. Le Sultan reste avec le Vizir ; un Esclave lui apporte une Lettre adressée à Themire , par
laquelle Carabin lui marque de se rendre
vers la Mosquée par un sentier obscur."
Le Sultan se livre à toute sa fureur , et
ordonne au Vizir d'aller poignarder l'infidelle, puis le retient, en disant :
Je prétends lui parler , qu'on le fasse venir.
Le Vizir.
Encor un entretien , Seigneur !
Le Sultan.
C'est pour finit.
Finissez sans cela , répond le Visir. ...
mais il me vient une bonne idée , faites
remettre cette Lettre entre les mains de
Themire , et qu'elle ne sache point que
vous l'avez ouverte. Le Sultan approuve
fort le conseil du Vizir , qui promet de
recacheter la Lettre et de la faire rendre
à Themire. Le Sultan resté seul, dit :
Le Vizir a raison , et de cette maniere ,
La conduite sera beaucoup plus réguliere;
Car si je la voyois , il faudroit lui prouver
Qu'elle m'est infidelle , et cherche à se sau- ver. I
, .II. Vol. Ginij Mais
2882 MERCURE DE FRANCE
Mais je n'en ferai rien , et n'osant lui répon➡ dre ,
J'oublirois les moyens que j'ai de la confon- dre ;
Je connois ma foiblesse , et sans les employer
On me verroit sans fruit encor la renvoyer.
Le Vizir arrive avec empressement ; il
'dit au Sultan qu'il a fait rendre la Lettre
à Themire, qui a promis de venir bien- tôt
aurendez-vous trouver Carabin.Themire
y arrive, conduite par Fatime; on entend
quelque bruit ; elle dit est-ce vous Carabin ? lequel répond , êtes-vous là , ma
sœur ? Le Sultan qui s'étoit avancé à l'arrivée de Themire pour la poignarder, s'écrie avec étonnement :
Ma sœur ah ! j'allois faire une belle so- tise !
Cet éclaircissement m'épargne une méprise.
Themire.
Que vois-je , le Sultan !
Carabin.
Nous sommes découverts,
Ah ! Sandis , nous allons retomber dans les
fers.
Le Sultan à Carabin.
Est- elle bien ta sœur ?
II. Vol. Carabin
DECEMBRE. 1732 288 3
Carabin.
Alcidor est son pere.
Je suis fils d'Alcidor , ergo , je suis son frere.
Le Sultan fait encore des reproches à
Themire, et dit ensuite qu'il est trop délicat pour la garder ; qu'elle peut partir ,
&c. le Vizir ajoûte:
C'est fort bien fait , Seigneur , renvoyés la Ma toise ;
Qu'elle fasse à Paris l'amour à la Françoise.
Le Sultan dit ensuite que puisquil faut
necessairement que quelqu'un meure , il
va se tuer, mais Carabin l'arrête , en lui
disant :
Ah ! ne vous tuez pas avant notre voyage ;
Car si vous expirez on nous remet en cage ,
Que de la mort au moins nous soyons ga rantis.
Le Sultan,
Hé bien ! je metuerai quand vous serés partis.
LEE 9. Décembre , les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation des Enfans Trouvez , ou le Sultan poli par l'Amour , dont les Sieurs Dominique , Romagnesy et Riccoboni, sont.
les Auteurs. Cette Piece fut reçue peu favorablement du Public à la premiere Représentation , et on prétend qu'une assemblée tumultueuse mêlée de quelques
personnes mal intentionnées , en fut la
cause. La Piéce fut écoutée beaucoup plus
tranquillement à la seconde Représentation , et elle a toujours été de plus en
plus goûtée et applaudie. Nous allons tâcher de mettre le Lecteur en état d'en
juger.
ACTEURS..
Themire,
Fatime ,
la Dlle Sylvia.
la Dlle la Lande.
Diaphane , Roi de Tripoli , le sieur RoAlcidor , Pere de Themire , le sieur Domagnesy
minique.
Ale 11.
Cara
Volcan
DECEMBR E. 1732. 2869
Carabin , frere de Themire , le sicur RicOrosmin , Visir ,
Un Esclave ,
coboni.
Arlequin.
le sieur Sticotti.
Fatime ouvre la Scene , et paroît surprise de voirThemire plus gaye et plus contente qu'à l'ordinaire ; elle lui en demande la raison , et dit :
Quoi ! vous ne tournés plus les yeux vers les climats ,
Qu ce vaillant François devoit guider nos pas ?
Vous ne me parlés plus des plaisirs que la
France
Permet à notre Sexe avec tant de licence ,
Vous ne l'ignorés pás ; c'est là que les maris
Vivent d'intelligence avec les Favoris ;
Que la femme y bravant la contrainte fa- tale ,
Est prude avec renom dale.
" coquette sans scan◄
Themire lui répond que le Serrail fait
aujourd'hui tout son bonheur , et ajoûte :
Chez les Mahometans dès l'enfance enfermée ,
A leur façon d'agir ils m'ont accoûtumée.
II. Vol. Tout
2870 MERCURE DE FRANCE
Tout le monde en convient , le Roi de Tri
poli ,
Est malgré sa moustache , un Seigneur trèspoli.
Fatime représente à Themire que ce
jeune Officier qui est parti , et qui va revenir pour briser leurs fers , se donnera
de la peine en vain. Themire répond que
cet Officier est Gascon , &c. et découvre
en même tems à sa Confidente l'amour
qu'elle a pour le Sultan , et lui apprend
qu'il doit l'épouser dans la journée , Fati
me l'en félicite , et lui dit :
Mais ce cœur qui se livre à de si doux trans
* ports
En épousant un Turc , n'a-t'il point de re mords ?
Carabin vous a dit cent fois par la fenêtre ,
Que le sang d'un François vous avoit donné l'être ,
Que vous et vos parens dans un combat faq tal ,
Aviez subi le joug d'un Corsaire brutal.
Ne vous souvient - il plus que dans une Gag lere....
Themire.
Ma foi , s'il m'en souvient , il ne m'en souvient
guére.
II. Vol. Themi
DECEMBRE. 1732. 2877
Themire continuë , et fait le Portrait
du Sultan.
Oui , si le Ciel aux fers eut condamné sa
vie ,
Si l'Affrique à mes loix se voyoit asservie ,
Ou mon amour me trompe , ou Themire au
jourd'ui ,
Pour l'élever à soi descendroit jusqu'à lui.
Fatime.
r le faut avouer , cette pensée est belle ,
Mais convenés aussi qu'elle n'est pas nou
velle,
Diaphane arrive , et dit à Themire qu'il
pourroit lui faire un long discours ,lui
parler de ses Ayeux et des malheurs des
Sultans , ses Confreres.
Au sein des voluptez bien loin que je m'endorme ,
Si je tiens un Serrail > ce n'est que pour la
forme ;
Les loix que dès long-tems suivent les Mahomets ,
Nous deffendent le vin , moi je me le per
mets,
Tout usage ancien céde à ma politique,
Et je suisun Sultan de nouvelle fabrique,
Parlons seulement de l'amour que j'ai
II.Vel pour
2872 MERCURE DE FRANCE
pour vous poursuit-il . ) Je jure de vous
prendre pour Maîtresse et pour Femme
est-ce assez ? Oui, répond Themire, je ne
veux rien de plus , &c.
Orosmin vient annoncer au Sultan le retour de Carabin.
Pourquoi n'entre- t'il pas , dit le Sultan,
Orosmin.
Vous sçavez que toujours votre porte est fer mée.
Le Sultan.
Oui , c'étoit autrefois la régle accoûtumée ,
Mais , il faut que d'entrer , on ait permis- sion ,
Si tu veux qu'au Sérrail se passe l'action.
Carabin dit au Sultan qu'il apporte de
France de l'argent comptant , et continue :
Grace au Ciel , c'en est fait , et la somme est
complette ;
Commence par lâcher la fille et la soubrete ,
Nous choisirons après dix autres prisoniers.
Quant à moi je demeure , étant court de de niers ;
Qu'ils partent sur le champ , je resterai pour
gage,
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1732 2873
Le Sultan.
N'en rachete que neuf, et met - toi du voya
ge.....
Embarque cent Captifs , si tu veux , dit
le Sultan , mais pour Themire , ne croy
pas que tout l'or du monde puisse m'engager à re la rendre. Carabin est fort surpris que le Sultan veuille manquer à sa
parole , à quoi le Sultan répond :
Lorsque je te promis d'accorder ta demande ,
Ce n'étoit qu'un Enfant , à présent elle est
grande....
Du moins ,, dit ' le Gascon , ne me refuse
pas ce malheureux Vieillard , puisqu'il n'a
peut-être pas une heure à vivre. Le Sultan
consent de le rendre pourvû qu'il meure
auparavant , &c.
Themire reste avec Carabin , et lui dit
qu'elle est fâchée de ne pouvoir partir
avec lui , mais qu'il peut compter qu'elle
aura toujours beaucoup de déference pour
tous les François , &c.
Alcidor , ce venerable Vieillard , arrive ;
il est soutenu par deux François , sa vue
est si troublée , et son corps est si foible
qu'à peine il peut se soûtenir ; il deman
de où il est , et à qui il doit le bonheur
de revoir la lumiere, Themire répond
II. Vol. que
2874 MERCURE DE FRANCE
que c'est à ce Cavalier ( en montrant
Carabin. )
Alcidor.
Des Chevaliers Gascons je reconnois l'ardeur ,
S'ils n'ont pas de grands biens , ils ont tous de l'honneur.
Themire demande au Gascón com nent
Il a pû faire pour trouver une somme si considérable. Il répond :
Echapé de mes fers , chose impossible à croire ,
Arrivant au pays je me fis Grenadier,
On ne s'enrichit point à ce noble métier ;
Je me remis sur Mer , et l'ingrate fortune ,
Ne me traita pas mieux dans le sein de Neptune,
Je fus repris , Madame , et par un grand bon heur ,
Je vous vis au Serrail malgré le Grand Sei
gneur ;
Eunuques blancs et noirs , Bostangis , Jannis- saires ,
Ne m'empêcherent point de vous parler d'af
faires;
Le trait est surprenant , mais passons là - dessus.
Or , comme en mon Pays on craint peu les refus ,
Fallai voir le Sultan , lequel sur ma parole ,
Me laissa repartir pour un projet frivole,
II.Vol. Avec
DECEMBRE 1732 2875
Avec lui cependant , je m'étois engagé ,
De revenir bien-tôt payer votre congé.
> De retour dans la France une veuve fring
gante ,
Me prit en mariage aux bords de la Cha- rante.
Elle mourut bien-tôt , une autre succeda ,
Et cette autre en trois mois à son tour déceda.
Je convolai bien- tôt avec une troisiéme ,
Qui mourut en Avril , je ne sçais le quan tiéme ?
Heritier de leurs biens , et plus content qu'un
Roi ,
J'ai vendu trois Châteaux qui n'étoient moi.
pas à
Alcidor leur demande s'ils ne pourroient
leur donner des nouvelles de deux de
ses Enfans , et dit :
pas
Mon fils fut fait esclave , et sa sœur plus petite ,
Au Serrail avec lui , par des Turcs fut con.
duite.
Il m'arriva reprend le Gascon ) même chose
jadis.
A l'âge de quatre ans par les Turcs je fus
pris ,
Mené dans le Serrail avec cette personne ,
Et d'être tant soit peu ma sœur,
çonne.
je la soup
II. Vol. G. Themire
2876 MERCURE DE FRANCE
Themire.
Qu'entends-je !
Alcidor étonné.
Ce minois , cet air vif et coquet ,
De ma défunte femme est le vivant por trait ,
Même à ce que je crois , ce Gascon me res
semble.
Dans quel tems , s'il vous plaît , fûtes-vous pris
ensemble ?
Je ne prétens ici rien décider en l'air :
Surtout en fait d'enfans , on ne peut trop vois clair.
Carabin.
Je fus , il m'en souvient , pris en mil sept cent
seize.
Alcidor.
Epoque trop heureuse , et qui me comble d'aise ,
Et quel âge avez-vous à présent ?
Carabin.
J'ai vingt ans.
Alcidor.
Et vous ?
Themire.
J'en ai dix-huit.
Alcidor.
Baisez-moi, mes Enfans.
II.Vol. La
DECEMBRE. 1732 2877 La reconnoissance se fait d'une maniere très-comique , le pere embrasse ses enfans , et poursuit :
Quand je songe en quels lieux je la vois retea nuë ,
Je n'ose sur ma fille ensor jetter la vuë ,
Ojour qui me la rens , comment me la renstu ?
Tu pleures , je t'entends..... tu n'as plus de
vertu !
Themire avoue ingénument àson pere
que le Sultan l'adore et doit bien tôt l'épouser. Alcidor lui fait de sanglans reproches , et se retire outré de désespoir.
1
Themire reste avec Carabin , qui l'engage à le suivre , après lui avoir représenté son crime.
Themire y consent après
avoir combattu quelque tems , et dit à
son frere :
Mais du moins tu devrois aller voir notre
Pere
Nous le laissons mourir d'une étrange mad
niere.
Bon , répond Carabin , je le compte
pour mort ; il fait promettre en mêmetems à sa sœur de se tenir prête pour fuïr
avec lui,et se retire. Themire reste seule,
s'éxamine et se demande à elle- même , si
II. Vol. Gij elle
2878 MERCURE DE FRANCE
elle est Turque ou Françoise , et ne pouvant pas bien se définir , elle termine son
Monologue par ces Vers qu'elle adresse au
Sultan.
Ah ! puisque ta devois m'épouser dès ce soir ,
Pourquoi m'apprenoit-on aujourd'hui mon de
voir ?
Frere trop rigoureux , du moins pour me l'apa
prendre ,
Jusqu'à demain matin tu pouvois bien at
tendre.
Le Sultan arrive à la fin du Monologue pour conduire avec lui Themire à la
Mosquée : venez , lui dit- il ,
Themire l'appercevant,
Où me cacher !
Le Sultan.
Que dites-vous ?
Themire.
Je n'ose,
Le Sultan.
Vous n'osez ?
Themire,
Non, Seigneur.
Le Sultan.
Et pourquoi donc ?
II. Vol Themire
DECEMBRE. 1732. 2875
Themire:
Le Sultan.
Pour cause.
Ah ! je vois ce que c'est , sans doute la pu deur....
Themire.
Non, ce n'est point cela ; vous vous trompez ;
Seigneur..
Elle prie le Sultan de vouloir bien dif
ferer cet Hymen , le Sultan s'emporte et
dit , lorsque Themire se retire :
Je n'y comprens plus rien pourquoi partir si-tôt ?
Dites-moi vos raisons...
Themire en s'en allant.
Je les dirai tantôt.
Le Sultan reste avec le Vizir ; il commence àsoupçonnerThemire d'inconstance , et Carabin d'être son Rival , le Vizir lui dit :
Prenez- vous ce Garçon , Seigneur , pour une bête ,
Vous les avez laissés ensemble tête à tête.
Le Sultan.
Je ne le ferai plus.
II. Vol. G iij Le
2330 MERCURE DE FRANCE
Le Vizir.
Vous aurez bien raison ,
Ah ! que la prévoyance est ici de saison !
tain. ...
Themire revient , le Sultan lui fait encore des reproches , et lui dit qu'il ne la
reverra jamais. Quoi , Seigneur , répond
Themire , est-il bien assûré que vous ne
m'aimez plus ? Non , rien n'est plus cerque j'aimai... que je hais. . . .
Themire éclate de rire,le Sultan lui dit avec
transport,Themire vous riez...elle répond:
Eh !qui pourroit s'empêcher de rire de
toutes vos extravagances et de mon incertitude ? le Sultan toujours plus amoureux,
ne pouvant pas se contraindre , lui avoüe
qu'il l'aime plus que jamais , et que tout
ce qu'il lui a dit , n'étoit que pour rire.
Themire prie le Sultan de lui accorder du
moins une grace. Et de quoi s'agit-il a
répond le Sultan.
Themire.
Permettés que je sorte;
་
Le Sultan.
Quoi toujours me quitter , et de la mêms sorte !..
Themire lui dit en sortant, quedemain
II. Vol. tous
DECEMBRE. 1732. 2881
tous ses secrets lui seront revelez. Le Sultan reste avec le Vizir ; un Esclave lui apporte une Lettre adressée à Themire , par
laquelle Carabin lui marque de se rendre
vers la Mosquée par un sentier obscur."
Le Sultan se livre à toute sa fureur , et
ordonne au Vizir d'aller poignarder l'infidelle, puis le retient, en disant :
Je prétends lui parler , qu'on le fasse venir.
Le Vizir.
Encor un entretien , Seigneur !
Le Sultan.
C'est pour finit.
Finissez sans cela , répond le Visir. ...
mais il me vient une bonne idée , faites
remettre cette Lettre entre les mains de
Themire , et qu'elle ne sache point que
vous l'avez ouverte. Le Sultan approuve
fort le conseil du Vizir , qui promet de
recacheter la Lettre et de la faire rendre
à Themire. Le Sultan resté seul, dit :
Le Vizir a raison , et de cette maniere ,
La conduite sera beaucoup plus réguliere;
Car si je la voyois , il faudroit lui prouver
Qu'elle m'est infidelle , et cherche à se sau- ver. I
, .II. Vol. Ginij Mais
2882 MERCURE DE FRANCE
Mais je n'en ferai rien , et n'osant lui répon➡ dre ,
J'oublirois les moyens que j'ai de la confon- dre ;
Je connois ma foiblesse , et sans les employer
On me verroit sans fruit encor la renvoyer.
Le Vizir arrive avec empressement ; il
'dit au Sultan qu'il a fait rendre la Lettre
à Themire, qui a promis de venir bien- tôt
aurendez-vous trouver Carabin.Themire
y arrive, conduite par Fatime; on entend
quelque bruit ; elle dit est-ce vous Carabin ? lequel répond , êtes-vous là , ma
sœur ? Le Sultan qui s'étoit avancé à l'arrivée de Themire pour la poignarder, s'écrie avec étonnement :
Ma sœur ah ! j'allois faire une belle so- tise !
Cet éclaircissement m'épargne une méprise.
Themire.
Que vois-je , le Sultan !
Carabin.
Nous sommes découverts,
Ah ! Sandis , nous allons retomber dans les
fers.
Le Sultan à Carabin.
Est- elle bien ta sœur ?
II. Vol. Carabin
DECEMBRE. 1732 288 3
Carabin.
Alcidor est son pere.
Je suis fils d'Alcidor , ergo , je suis son frere.
Le Sultan fait encore des reproches à
Themire, et dit ensuite qu'il est trop délicat pour la garder ; qu'elle peut partir ,
&c. le Vizir ajoûte:
C'est fort bien fait , Seigneur , renvoyés la Ma toise ;
Qu'elle fasse à Paris l'amour à la Françoise.
Le Sultan dit ensuite que puisquil faut
necessairement que quelqu'un meure , il
va se tuer, mais Carabin l'arrête , en lui
disant :
Ah ! ne vous tuez pas avant notre voyage ;
Car si vous expirez on nous remet en cage ,
Que de la mort au moins nous soyons ga rantis.
Le Sultan,
Hé bien ! je metuerai quand vous serés partis.
Fermer
Résumé : Les Enfans Trouvez, Parodie, [titre d'après la table]
Le 9 décembre, les Comédiens Italiens ont présenté pour la première fois la pièce 'Les Enfants Trouvés, ou le Sultan poli par l'Amour', écrite par les sieurs Dominique, Romagnesy et Riccoboni. La réception initiale fut tumultueuse, mais la pièce a gagné en popularité par la suite. La pièce met en scène plusieurs personnages, dont Themire, Fatime, Diaphane (roi de Tripoli), Alcidor (père de Themire), Carabin (frère de Themire), et Orosmin (visir). Themire, retenue dans le sérail, exprime son bonheur malgré les circonstances. Fatime évoque un officier français qui pourrait les libérer, mais Themire avoue son amour pour le sultan et son intention de l'épouser. Le sultan Diaphane, respectueux des lois mahométanes mais indulgent et politique, déclare son amour à Themire et lui promet de l'épouser. Carabin arrive avec de l'argent pour racheter des captifs, mais le sultan refuse de rendre Themire. Alcidor, le père de Themire, apparaît ensuite, faible et aveugle. Carabin raconte comment il a amassé une fortune en France pour racheter Themire. Alcidor reconnaît Themire et Carabin comme ses enfants, enlevés par des Turcs lorsqu'ils étaient jeunes. Themire avoue à son père son amour pour le sultan et son intention de l'épouser. Alcidor, outré, se retire. Themire décide ensuite de suivre Carabin pour fuir le sérail. Le sultan, soupçonnant une infidélité, ordonne au vizir de poignarder Themire, mais change d'avis après avoir intercepté une lettre de Carabin. Le sultan découvre que Carabin est le frère de Themire, évitant ainsi une tragédie. La pièce se termine par cet éclaircissement, révélant les liens familiaux et les intentions sincères des personnages. Le sultan exprime des reproches à Themire et lui permet de partir. Le vizir approuve cette décision et suggère que Themire puisse vivre à Paris. Le sultan annonce son intention de se tuer, mais Carabin l'en dissuade, arguant qu'ils seraient remis en cage s'il se tuait avant leur départ. Le sultan accepte alors de reporter son geste jusqu'après leur départ.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 2883-2893
Isis, Tragédie, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 14 Décembre l'Académie Royale de Musique remit au Théatre la Tragédie [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Tragédie, Isis, Opéra, Théâtre, Décorations, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Isis, Tragédie, Extrait, [titre d'après la table]
Le 14 Décembre l'Académie Royale de
Musique remitau Théatre la Tragédie d'Isis. La grande réputation de Mrs de Lully
et Quinault , Auteurs de cet Opéra , en
doivent toujours garantir le succès ; le
II. Vol.
Gv Public
2884 MERCURE DE FRANCE
Public l'a revûë avec beaucoup de satisfaction.
Le Théatre représente au Prologue le
Palais de la Renommée ; la suite de cette
Déesse à cent voix , chante cés Vers :
Publions en tous lieux ,
Du plus grand des Heros la valeur triom
phante ;
Que la Terre et les Cieux
Retentissent du bruit de sa gloire éclatante.
La Renommée anime sa suite à chanter
le Heros de la France , et s'exprime
ainsi :
C'est lui dont les Dieux ont fait choix ,
Pour faire le bonheur de l'Empire François ;
En vain pourle troubler tout s'unit , tout cons
pire s
C'est en vain que l'envie a ligué tant de Rois ;
Heureux l'Empire
Qui suit ses loix !
Neptune ,
annoncé par les Tritons
vient au Palais de la Renommée , et dit
à la gloire du Heros qu'on celébre :
Mon Empire a servi de Théatre à la Guerre ;
Publiez des Exploits nouveaux;
II. Vol C'est
DECEMBRE. 1732. 2885
C'est le même Vainqueur si fameux sur là terre ,
Qui triomphe encor sur les eaux.
La Renommée chante avec Neptune
ces quatre Vers :
Celebrez
Celebrons son grand nom sur la Terre et sus
l'Onde
Qu'il ne soit pas borné par les plus vastes
Mers ,
Qu'il vole jusqu'au bout du monde ;
Qu'il dure autant que l'Univers.
Apollon , les Muses et les beaux Arts
viennent se joindre à cette Fête , et se
préparent à aller faire entendre leurs
chants dans une auguste Cour. La Renommée finit le Prologue par ces Vers à
la gloire du Vainqueur :
Ennemis de la paix , tremblez :
Vous le verrez bien-tôt courir à la victoire :
Vos efforts redoublés
Ne serviront qu'à redoubler sa gloire.
Ce Prologue a été très- applaudi ; la
Dile Antier qui le commence et qui le fi.
nit , n'y a pas peu contribué.
Au premier Acte le Théatre représente
de riantes Prairies , où le Fleuve Inachus
II. Vol. G vj ser-
2886 MERCURE DE FRANCE
serpente. Hierax , frere d'Argus et Amant
d'Io , fille d'Inachus , se plaint de l'inconstance de sa Maitresse. Pirante , son
ami , paroît surpris de sa tristesse , dans
le temps qu'il va posseder l'objet de son
amour ; Hierax lui répond :
L'inconstante n'a plus l'empressement extrême ,
De cet amour naissant qui répondoit au mien ;
Son changement paroît en dépit d'elle- même ;
Je ne le connoîs que trop bien ;
Sa bouche quelquefois dit encor qu'elle m'aime ;
Mais son cœur ni ses yeux ne m'en disent plus
rien.
Dans la suite de cette Scene , qui est
sans contredit la plus belle de la Piece ,
le même Hierax s'exprime ainsi :
Ce fut dans ces Vallons , où par mille détours ,
Inachus prend plaisir à prolonger son cours ;
Ce fut sur son charmant Rivage ,
Que sa fille volage ,
Me promit de m'aimer toûjours :
Le Zéphir fut témoin , l'Onde fut attentive ,
Quand la Nymphe jurâ de ne changer jamais ;
Mais le Zéphir leger et l'Onde fugitive ,
Ont enfin emporté les sermens qu'elle a faits.
Io se deffend le mieux qu'elle peut de
ΙΙ. vol. l'in-
DECEMBRE. 1732 2887
l'inconstance qu'Hierax lui reproche , elle
le prie de differer son Hymen de quelques jours , attendu un songe qu'elle a
fait ; elle ajoûte qu'il n'a point à se plaindre de quelque préference , puisqu'aucun
de ses Rivaux ne l'emporte sur lui , il
lui répond tendrement :
Le mal de mes Rivaux, n'égale point ma peine ;
La douce illusion d'une esperance vaïne ,
Ne les fait point tomber du faîte du bonheur.
Aucun d'eux, comme moi, n'a perdu votre cœur
Commeeux, à votre humeur sévere ,
Je ne suis point accoûtumé ,
Quel tourment de cesser de plaire ,
Lorsqu'on a fait l'essai du plaisir d'être aimé!
Hierax quitte Io , pour lui épargner
un fâcheux entretien ; lo dissimule moins
en parlant à Mycene , sa Confidente ; elle
lui avoue qu'Hierax se plaint avec justice;
puisque Jupiter est son Rival ; elle ajoûte
qu'elle se deffend autant qu'elle peut contre l'amour du plus grand des Dieux.
Mycene quitte la place à Mercure , qui
descend et qui annonce aux Peuples queJupiter vient les rendre heureux ; il parle un
autre langage à Io, à qui il fait tout l'honneur de la prochaine arrivée de Jupiter ;
la Nymphe tâche encore de se deffendre
f II. Fol
2888 MERCURE DE FRANCE
en faveur d'Hierax. Jupiter descend des
Cieux les Peuples s'assemblent pour lui
témoigner leur reconnoissance , &c. Cette
Fête finit le premier Acte.
Au second Acte , le Théatre est obscurci par des nuages qui l'environnent
de tous côtez ; lo ne sçait à quoi attri♣
buer cet évenement ; Jupiter la vient
rassurer , et lui dit et lui dit que c'est pour trom- per les yeux jaloux de Junon , qu'un nuage l'environne ; il la presse de répondre
son amour , elle ne fait que peu de
résistance , et n'a plus d'autre recours que
la fuite.
Mercure vient avertir Jupiter du danger qui menace ses nouvelles amours ; il
lui dit qu'il vient de voir Iris , et que
sans doute Junon n'est pas loin. Jupiter
allarmé , lui dit d'amuser Iris , et va pourvoir à la seureté d'Io.
La Scene entre Mercure et Iris est
très-legerement écrite , c'est la derniere.
dans ce goût badin que Quinault ait osé
mettre dans ses Tragédies Lyriques ; il
a bien senti que cette sorte de Comique
y étoit déplacée. Rien n'est plus élegant
que la Scene qui suit le Dialogue de Mercure et d'Iris , elle est entre Junon
et Iris ; en voici deux fragmens : c'est
Junon qui Parle de Jupiter.
II- Vol. Nos;
DECEMBRE. 1732. 2889
Non, non; je ne suis point une crédule Epouse,
Qu'on puisse tromper aisément ;
Voyons qui feindra mieux de Jupiter Amant,
Ou de Junon jalouse ,
Il est Maître des Cieux , la Terre suit sa loi
Sous sa toute-puissance, il faut que tout échisse
Mais puisqu'il ne prétend s'armer que d'artifice ,
Tout Jupiter qu'il est , il est moins fort que
inoi , &c. ...
L'Amour , cet amour infidelle ,
Qui du plus haut des Cieux l'appelle ,
Fait que tout lui rit- ici bas ;
Près d'une Maitresse nouvelle .
1
Dans le fond des Deserts , on trouve des appas
Et le Ciel même ne plaît pas ,
Avec une Epouse immortelle.
Quoique les Vers cités jusqu'ici , soient
les plus beaux de la Piece , nous en aurions encore à inserer dans cet Extrait ,
qui satisferoient la curiosité du Lecteurs
mais pour éviter la prolixité sur un Opera
fort connu, hous nous contenterons de
suivre l'action théatrale.
Jupiter arrive ; il demande à Junon
quel dessin l'appelle en ces lieux , attendu qu'elle devoit se rendre dans les
Jardins d'Hébé , pour embellir sa Cour
d'une nouvelle Nymphe ; Junon lui as11. Vol sure
2890 MERCURE DE FRANCE
sure qu'elle ne le suivra pas plus loin ,
et qu'elle vient lui demander une nouvelle marque.de son amour. Jupiter lui
promet de lui tout accorder , elle lui
demande la fille d'Inachus ; Jupiter ne
peut se retracter ; il ordonne à Mercure
d'aller tout disposer au gré de la Reine
des Cieux ; ici le Théatre change et répresente les Jardins d'Hébé ; les Nymphes
de cette Déesse qui préside à la Jeunesse,
font la Fête de cet Acte; Io est présentée
à Hébé , pour être un des plus beaux
ornemens de sa Cour.
•
Le Théatre représente au troisiéme
'Acte , un lieu solitaire , qui sert de demeure à Argus , auprès d'un Lac. Argus
annonce à lo que Junon l'a commise à sa
garde. Io se plaint de l'oubli de Jupiter.
Hierax veut entrer dans le lieu où Argus enferme lo ; Argus s'y oppose, et lui
apprend que Jupiter est son Rival.
Mercure , déguisé en Berger , vient à
la tête d'une Troupe qu'il a disposée à
servir l'amour du plus puissant des Dieux.
Il fait entendre à Argus que c'est par l'ordre de Pan qu'on va celebrer une fête en
l'honneur de Syrinx , que ce Dieu des
Bois a tendrement aimée ; Argus lui répond qu'il veutbien se prêter à leurs jeux
Innocens ; la Représentation de cette peII. Vol. tite
DECEMBRE. 1732 2890
tite Tragedie l'endort. Mercure se sert
de cet heureux moment de sommeil pour
enlever Io ; mais Hierax qui est present
ne dort pas ; il éveille Argus ; ils implorent tous deux l'assistance de Junon.
Mercure fait éprouver sa vengeance à Argus et à Hierax ; d'un coup de Caducée ,
il donne la mort à Argus et transforme
Hierax en Oyseau de Proye. Junon descend des Cieux. Mercure se retire et laisse
la malheureuse lo au pouvoir de sa jalouse Rivale. La Furie Erynnis évoquée
par Junon sort des Enfers ; Junon lui ordonne d'exercer ses plus cruelles barbaries sur sa nouvelle victime ; elle rend la
vie à Argus , qui changé en Paon , vient
se placer sur le devant du Char de Junon
et se met aux pieds de cette jalouse
Déesse.
Les deux derniers Actes ne roulent que
sur les divers supplices que la Furie fait
éprouver à Io. Cette infortunée Rivale
de l'Epouse de Jupiter est traînée des
Climats glacez aux Climats brûlans ;
elle se précipite dans la Mer,pour y trouver la fin de ses peines , et l'impitoyable
Erynnis l'en retire ; elle est enfin transportée à l'Antre fatal, où les Parques font
leur séjour. Elle leur demande la mort.
Ces trois inexorables Déïtez lui annonII. Vol. cent
2892 MERCURE DE FRANCE
cent qu'elle ne peut voir finir ses malheurs qu'en fléchissant la colere de Junon. Io invoque Jupiter. Ce Maître des
Dieux vient la consoler, mais il lui décla
re que depuis qu'il l'a soumise au pouvoir de la jalouse Reine des Cieux , il ne
peut la secourir qu'elle n'y consente ; il
ajoute que plus il l'aime , et plus il irrite
son implacable ennemie. Io le conjure
tendrement de l'aimer assez , pour contraindre sa redoutable Rivale à lui donner la mort. Junon vient enfin ; Jupiter la presse de se contenter des maux qu'elle
a faits à lo; Junon ne consent à vaincre są
vengeance qu'après que Jupiter aura vaincu son amour. Jupiter le lui promet; il
en jure par le Styx. Après le serment
Junon appaisée ordonne à la Furie de
ne plus tourmenter lo,et de rentrer dans
les Enfers. Junon consent qu'Io soit mise au rang des Divinitez que l'Univers adore ; les Dieux descendent des Cieux pour
recevoir cette nouvelle Déesse et pour
l'associer à leur gloire ; les Egyptiens
chez qui cette derniere action se passe
viennent celebrer son Apothéose et la reconnoissent pour leur Divinité tutelaire ,
sous le nom d'Isis.
Voilà quelle est cette Tragedie sur laquelle on a porté differens jugemens. On II. Vol. con-
DECEMBRE. 1732 2893
convient que la Musique en est tresbelle , et la versification tres- élegante ;
mais on n'y sent point cet interêt , qui
doit être l'ame de tous les Ouvrages de
Théatre; on rend pourtant juftice à Quinault ; il y a mis tout ce qui a dépendu
de lui , et si l'on a quelque chose à lui reprocher , c'est le choix du sujet qui ne
peut rien offrir que de triste et de desagréable.
Au reste cet Opera est tres-bien remis et tres-bien executé ; le sieur Chassé
qui est chargé du Rôle d'Hierax , et de
celui de Pan , s'en acquitte tres-bien et
merite parfaitement les applaudissemens
du public , de même que la De Antier ,
dans le rôle de Junon ; la Dlle le Maure
a toujours ces sons charmans , et cette
action naturelle qui la rendent si chere
aux Spectateurs. Elle joue le principal
Rôle.
Les Décorations et les Habits répon
dent à la magnificence du Spectacle , et
le Ballet figuré par le S Blondi est tresbien entendu et tres varié, La Dlle Ca
margo et le S Dupré , &c. y brillent à
leur ordinaire.
Musique remitau Théatre la Tragédie d'Isis. La grande réputation de Mrs de Lully
et Quinault , Auteurs de cet Opéra , en
doivent toujours garantir le succès ; le
II. Vol.
Gv Public
2884 MERCURE DE FRANCE
Public l'a revûë avec beaucoup de satisfaction.
Le Théatre représente au Prologue le
Palais de la Renommée ; la suite de cette
Déesse à cent voix , chante cés Vers :
Publions en tous lieux ,
Du plus grand des Heros la valeur triom
phante ;
Que la Terre et les Cieux
Retentissent du bruit de sa gloire éclatante.
La Renommée anime sa suite à chanter
le Heros de la France , et s'exprime
ainsi :
C'est lui dont les Dieux ont fait choix ,
Pour faire le bonheur de l'Empire François ;
En vain pourle troubler tout s'unit , tout cons
pire s
C'est en vain que l'envie a ligué tant de Rois ;
Heureux l'Empire
Qui suit ses loix !
Neptune ,
annoncé par les Tritons
vient au Palais de la Renommée , et dit
à la gloire du Heros qu'on celébre :
Mon Empire a servi de Théatre à la Guerre ;
Publiez des Exploits nouveaux;
II. Vol C'est
DECEMBRE. 1732. 2885
C'est le même Vainqueur si fameux sur là terre ,
Qui triomphe encor sur les eaux.
La Renommée chante avec Neptune
ces quatre Vers :
Celebrez
Celebrons son grand nom sur la Terre et sus
l'Onde
Qu'il ne soit pas borné par les plus vastes
Mers ,
Qu'il vole jusqu'au bout du monde ;
Qu'il dure autant que l'Univers.
Apollon , les Muses et les beaux Arts
viennent se joindre à cette Fête , et se
préparent à aller faire entendre leurs
chants dans une auguste Cour. La Renommée finit le Prologue par ces Vers à
la gloire du Vainqueur :
Ennemis de la paix , tremblez :
Vous le verrez bien-tôt courir à la victoire :
Vos efforts redoublés
Ne serviront qu'à redoubler sa gloire.
Ce Prologue a été très- applaudi ; la
Dile Antier qui le commence et qui le fi.
nit , n'y a pas peu contribué.
Au premier Acte le Théatre représente
de riantes Prairies , où le Fleuve Inachus
II. Vol. G vj ser-
2886 MERCURE DE FRANCE
serpente. Hierax , frere d'Argus et Amant
d'Io , fille d'Inachus , se plaint de l'inconstance de sa Maitresse. Pirante , son
ami , paroît surpris de sa tristesse , dans
le temps qu'il va posseder l'objet de son
amour ; Hierax lui répond :
L'inconstante n'a plus l'empressement extrême ,
De cet amour naissant qui répondoit au mien ;
Son changement paroît en dépit d'elle- même ;
Je ne le connoîs que trop bien ;
Sa bouche quelquefois dit encor qu'elle m'aime ;
Mais son cœur ni ses yeux ne m'en disent plus
rien.
Dans la suite de cette Scene , qui est
sans contredit la plus belle de la Piece ,
le même Hierax s'exprime ainsi :
Ce fut dans ces Vallons , où par mille détours ,
Inachus prend plaisir à prolonger son cours ;
Ce fut sur son charmant Rivage ,
Que sa fille volage ,
Me promit de m'aimer toûjours :
Le Zéphir fut témoin , l'Onde fut attentive ,
Quand la Nymphe jurâ de ne changer jamais ;
Mais le Zéphir leger et l'Onde fugitive ,
Ont enfin emporté les sermens qu'elle a faits.
Io se deffend le mieux qu'elle peut de
ΙΙ. vol. l'in-
DECEMBRE. 1732 2887
l'inconstance qu'Hierax lui reproche , elle
le prie de differer son Hymen de quelques jours , attendu un songe qu'elle a
fait ; elle ajoûte qu'il n'a point à se plaindre de quelque préference , puisqu'aucun
de ses Rivaux ne l'emporte sur lui , il
lui répond tendrement :
Le mal de mes Rivaux, n'égale point ma peine ;
La douce illusion d'une esperance vaïne ,
Ne les fait point tomber du faîte du bonheur.
Aucun d'eux, comme moi, n'a perdu votre cœur
Commeeux, à votre humeur sévere ,
Je ne suis point accoûtumé ,
Quel tourment de cesser de plaire ,
Lorsqu'on a fait l'essai du plaisir d'être aimé!
Hierax quitte Io , pour lui épargner
un fâcheux entretien ; lo dissimule moins
en parlant à Mycene , sa Confidente ; elle
lui avoue qu'Hierax se plaint avec justice;
puisque Jupiter est son Rival ; elle ajoûte
qu'elle se deffend autant qu'elle peut contre l'amour du plus grand des Dieux.
Mycene quitte la place à Mercure , qui
descend et qui annonce aux Peuples queJupiter vient les rendre heureux ; il parle un
autre langage à Io, à qui il fait tout l'honneur de la prochaine arrivée de Jupiter ;
la Nymphe tâche encore de se deffendre
f II. Fol
2888 MERCURE DE FRANCE
en faveur d'Hierax. Jupiter descend des
Cieux les Peuples s'assemblent pour lui
témoigner leur reconnoissance , &c. Cette
Fête finit le premier Acte.
Au second Acte , le Théatre est obscurci par des nuages qui l'environnent
de tous côtez ; lo ne sçait à quoi attri♣
buer cet évenement ; Jupiter la vient
rassurer , et lui dit et lui dit que c'est pour trom- per les yeux jaloux de Junon , qu'un nuage l'environne ; il la presse de répondre
son amour , elle ne fait que peu de
résistance , et n'a plus d'autre recours que
la fuite.
Mercure vient avertir Jupiter du danger qui menace ses nouvelles amours ; il
lui dit qu'il vient de voir Iris , et que
sans doute Junon n'est pas loin. Jupiter
allarmé , lui dit d'amuser Iris , et va pourvoir à la seureté d'Io.
La Scene entre Mercure et Iris est
très-legerement écrite , c'est la derniere.
dans ce goût badin que Quinault ait osé
mettre dans ses Tragédies Lyriques ; il
a bien senti que cette sorte de Comique
y étoit déplacée. Rien n'est plus élegant
que la Scene qui suit le Dialogue de Mercure et d'Iris , elle est entre Junon
et Iris ; en voici deux fragmens : c'est
Junon qui Parle de Jupiter.
II- Vol. Nos;
DECEMBRE. 1732. 2889
Non, non; je ne suis point une crédule Epouse,
Qu'on puisse tromper aisément ;
Voyons qui feindra mieux de Jupiter Amant,
Ou de Junon jalouse ,
Il est Maître des Cieux , la Terre suit sa loi
Sous sa toute-puissance, il faut que tout échisse
Mais puisqu'il ne prétend s'armer que d'artifice ,
Tout Jupiter qu'il est , il est moins fort que
inoi , &c. ...
L'Amour , cet amour infidelle ,
Qui du plus haut des Cieux l'appelle ,
Fait que tout lui rit- ici bas ;
Près d'une Maitresse nouvelle .
1
Dans le fond des Deserts , on trouve des appas
Et le Ciel même ne plaît pas ,
Avec une Epouse immortelle.
Quoique les Vers cités jusqu'ici , soient
les plus beaux de la Piece , nous en aurions encore à inserer dans cet Extrait ,
qui satisferoient la curiosité du Lecteurs
mais pour éviter la prolixité sur un Opera
fort connu, hous nous contenterons de
suivre l'action théatrale.
Jupiter arrive ; il demande à Junon
quel dessin l'appelle en ces lieux , attendu qu'elle devoit se rendre dans les
Jardins d'Hébé , pour embellir sa Cour
d'une nouvelle Nymphe ; Junon lui as11. Vol sure
2890 MERCURE DE FRANCE
sure qu'elle ne le suivra pas plus loin ,
et qu'elle vient lui demander une nouvelle marque.de son amour. Jupiter lui
promet de lui tout accorder , elle lui
demande la fille d'Inachus ; Jupiter ne
peut se retracter ; il ordonne à Mercure
d'aller tout disposer au gré de la Reine
des Cieux ; ici le Théatre change et répresente les Jardins d'Hébé ; les Nymphes
de cette Déesse qui préside à la Jeunesse,
font la Fête de cet Acte; Io est présentée
à Hébé , pour être un des plus beaux
ornemens de sa Cour.
•
Le Théatre représente au troisiéme
'Acte , un lieu solitaire , qui sert de demeure à Argus , auprès d'un Lac. Argus
annonce à lo que Junon l'a commise à sa
garde. Io se plaint de l'oubli de Jupiter.
Hierax veut entrer dans le lieu où Argus enferme lo ; Argus s'y oppose, et lui
apprend que Jupiter est son Rival.
Mercure , déguisé en Berger , vient à
la tête d'une Troupe qu'il a disposée à
servir l'amour du plus puissant des Dieux.
Il fait entendre à Argus que c'est par l'ordre de Pan qu'on va celebrer une fête en
l'honneur de Syrinx , que ce Dieu des
Bois a tendrement aimée ; Argus lui répond qu'il veutbien se prêter à leurs jeux
Innocens ; la Représentation de cette peII. Vol. tite
DECEMBRE. 1732 2890
tite Tragedie l'endort. Mercure se sert
de cet heureux moment de sommeil pour
enlever Io ; mais Hierax qui est present
ne dort pas ; il éveille Argus ; ils implorent tous deux l'assistance de Junon.
Mercure fait éprouver sa vengeance à Argus et à Hierax ; d'un coup de Caducée ,
il donne la mort à Argus et transforme
Hierax en Oyseau de Proye. Junon descend des Cieux. Mercure se retire et laisse
la malheureuse lo au pouvoir de sa jalouse Rivale. La Furie Erynnis évoquée
par Junon sort des Enfers ; Junon lui ordonne d'exercer ses plus cruelles barbaries sur sa nouvelle victime ; elle rend la
vie à Argus , qui changé en Paon , vient
se placer sur le devant du Char de Junon
et se met aux pieds de cette jalouse
Déesse.
Les deux derniers Actes ne roulent que
sur les divers supplices que la Furie fait
éprouver à Io. Cette infortunée Rivale
de l'Epouse de Jupiter est traînée des
Climats glacez aux Climats brûlans ;
elle se précipite dans la Mer,pour y trouver la fin de ses peines , et l'impitoyable
Erynnis l'en retire ; elle est enfin transportée à l'Antre fatal, où les Parques font
leur séjour. Elle leur demande la mort.
Ces trois inexorables Déïtez lui annonII. Vol. cent
2892 MERCURE DE FRANCE
cent qu'elle ne peut voir finir ses malheurs qu'en fléchissant la colere de Junon. Io invoque Jupiter. Ce Maître des
Dieux vient la consoler, mais il lui décla
re que depuis qu'il l'a soumise au pouvoir de la jalouse Reine des Cieux , il ne
peut la secourir qu'elle n'y consente ; il
ajoute que plus il l'aime , et plus il irrite
son implacable ennemie. Io le conjure
tendrement de l'aimer assez , pour contraindre sa redoutable Rivale à lui donner la mort. Junon vient enfin ; Jupiter la presse de se contenter des maux qu'elle
a faits à lo; Junon ne consent à vaincre są
vengeance qu'après que Jupiter aura vaincu son amour. Jupiter le lui promet; il
en jure par le Styx. Après le serment
Junon appaisée ordonne à la Furie de
ne plus tourmenter lo,et de rentrer dans
les Enfers. Junon consent qu'Io soit mise au rang des Divinitez que l'Univers adore ; les Dieux descendent des Cieux pour
recevoir cette nouvelle Déesse et pour
l'associer à leur gloire ; les Egyptiens
chez qui cette derniere action se passe
viennent celebrer son Apothéose et la reconnoissent pour leur Divinité tutelaire ,
sous le nom d'Isis.
Voilà quelle est cette Tragedie sur laquelle on a porté differens jugemens. On II. Vol. con-
DECEMBRE. 1732 2893
convient que la Musique en est tresbelle , et la versification tres- élegante ;
mais on n'y sent point cet interêt , qui
doit être l'ame de tous les Ouvrages de
Théatre; on rend pourtant juftice à Quinault ; il y a mis tout ce qui a dépendu
de lui , et si l'on a quelque chose à lui reprocher , c'est le choix du sujet qui ne
peut rien offrir que de triste et de desagréable.
Au reste cet Opera est tres-bien remis et tres-bien executé ; le sieur Chassé
qui est chargé du Rôle d'Hierax , et de
celui de Pan , s'en acquitte tres-bien et
merite parfaitement les applaudissemens
du public , de même que la De Antier ,
dans le rôle de Junon ; la Dlle le Maure
a toujours ces sons charmans , et cette
action naturelle qui la rendent si chere
aux Spectateurs. Elle joue le principal
Rôle.
Les Décorations et les Habits répon
dent à la magnificence du Spectacle , et
le Ballet figuré par le S Blondi est tresbien entendu et tres varié, La Dlle Ca
margo et le S Dupré , &c. y brillent à
leur ordinaire.
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Résumé : Isis, Tragédie, Extrait, [titre d'après la table]
Le 14 décembre, l'Académie Royale de Musique présenta l'opéra 'Isis' au théâtre, écrit par Jean-Baptiste Lully et Philippe Quinault, deux auteurs déjà célèbres. Le public accueillit favorablement la pièce. Le prologue se déroule au Palais de la Renommée, où la déesse et sa suite chantent les exploits d'un héros français. Neptune, accompagné des Tritons, célèbre les victoires de ce héros sur terre et sur mer. Apollon, les Muses et les beaux-arts se joignent à la fête, et la Renommée conclut en annonçant une victoire prochaine du héros. Dans le premier acte, la scène représente des prairies traversées par le fleuve Inachus. Hierax, frère d'Argus et amant d'Io, se plaint de l'inconstance de sa maîtresse. Io, fille d'Inachus, avoue finalement que Jupiter est son rival. Mercure annonce l'arrivée de Jupiter, qui vient rendre les peuples heureux. Io tente de résister à l'amour de Jupiter mais finit par fuir. Le second acte commence par un nuage qui obscurcit le théâtre. Jupiter rassure Io en expliquant que cela trompe Junon. Mercure avertit Jupiter du danger que représente Junon. Junon découvre la trahison de Jupiter et exige Io. Jupiter doit céder et ordonne à Mercure de préparer tout pour Junon. Io est présentée à Hébé dans les jardins d'Hébé. Le troisième acte se déroule près d'un lac, où Argus garde Io. Hierax veut entrer, mais Argus l'en empêche et révèle que Jupiter est son rival. Mercure, déguisé en berger, endort Argus et enlève Io. Junon descend des cieux et ordonne à la Furie Erynnis de tourmenter Io. Les deux derniers actes décrivent les supplices infligés à Io par la Furie. Io est traînée à travers divers climats, se précipite dans la mer, et est finalement conduite à l'antre des Parques. Elle invoque Jupiter, qui lui explique qu'il ne peut la secourir sans le consentement de Junon. Junon finit par apaiser sa vengeance après que Jupiter jure de vaincre son amour. Io est alors reconnue comme une divinité sous le nom d'Isis par les Égyptiens. L'opéra est bien exécuté, avec des décors magnifiques et des performances remarquables des acteurs, notamment le sieur Chassé, la De Antier, et la Dlle le Maure. La musique et la versification sont très appréciées, bien que l'intérêt dramatique soit jugé insuffisant.
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