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1
p. 85
Transitions. [titre d'après la table]
Début :
[...] car j'ay besoin d'une Transition pour passer à [...]
Mots clefs :
Théocrite, Ode, Idylle
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texteReconnaissance textuelle : Transitions. [titre d'après la table]
Je ne fuis point assez
clairvoyant dans les tenebres
de l'Antiquité
pour decider si cette if--
gure du Pescheur a du
rapport avec une Idille
de Theocrite ; mais je
souhaiterois que cette
Idille fust une Ode,U.
que Theocrite fût Anacreon
, car j'ay besoin
d'une Transition pour
passer à une Ode Ana..
creontique que je veux
placer icy. Cherchons
donc une autre Transi- tion. Il nem'en viens point. Tant mieux;
c'est une occasion de
déclarer que quand il
ne me viendra point de
Transitions naturelles
> plutost que d'enfaire de
forcées, je m'enpassexay.
clairvoyant dans les tenebres
de l'Antiquité
pour decider si cette if--
gure du Pescheur a du
rapport avec une Idille
de Theocrite ; mais je
souhaiterois que cette
Idille fust une Ode,U.
que Theocrite fût Anacreon
, car j'ay besoin
d'une Transition pour
passer à une Ode Ana..
creontique que je veux
placer icy. Cherchons
donc une autre Transi- tion. Il nem'en viens point. Tant mieux;
c'est une occasion de
déclarer que quand il
ne me viendra point de
Transitions naturelles
> plutost que d'enfaire de
forcées, je m'enpassexay.
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Résumé : Transitions. [titre d'après la table]
L'auteur cherche une transition pour une ode anacréontique, évoquant une figure du Pêcheur et une idylle de Théocrite. Il souhaite que cette idylle soit une ode et que Théocrite soit Anacréon. Ne trouvant pas de transition naturelle, il choisit de s'en passer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 90-99
ODE.
Début :
Cruelle Mere des Amours, [...]
Mots clefs :
Ode, Tyrannie, Délices, Caprices, Flamme, Promesses, Caresses, Bonheur
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texteReconnaissance textuelle : ODE.
0 DE.
CRuelle Mere des Amours,
Toyque j'ai si long-temps
servie,
Cesse enfind'agiter ma vie, !
j
Et laisse en paix mes derniersjours;
.,' i. Ta tyrannie & tes caprices
Fontpayer trop cher tesdelices:
C'esttrop gemir dans ta,
<
;Brise prison, !. r
les
fersqui m'y retiennent,
Et permets que mes voeux
obtiennent
£es fruits tardifs de ma raison.
Déjà m'échape le bel âge
Qui convient a tes favoris
Et des ans le sensible outrage
H ij
Me va donner des cheveux
gris.
Si pour moy le dessein de
plaire
Devient un espoir temeraire,
Que puis je encore desirer?
Quelle erreur de remplir
mon ame
D'une vive & constanteflâme
Quejene sçaurois inspirer î
Quand on sçait unir & coû-
E'n:.d>,e!ux cfoeounrsdmrêemes-fètt* timens,
1 - -
Et que les yeux de deux
amans
s Sçavent sentendre & se rér
pondre;
Quand on le livre tout le
jour
Aux soins d'un mutuel a.
mour,
Dans quels transports Fame
estravie
- Dans ces, momens deli.Mcieux!
Un mortel porte-t-il envie
A la felicité des Dieux?
tnMaeis lf'amloercesde tes proN'eut
que trop l'art de m'é.
bloüir;
Reserve toutes tes caresses
A l'heureux âge d'en jouir:
Etreins de la plus forte chaîne
L'ardent Cleon, la jeune
Ismene,
Vole où t'appellent leurs
desirs,
Fais-les mourir, fais les re.
vivre,
Et que ta faveur les enyvre
D'un torrent d'amoureux
plaisirs.
:
,': :
Pour moy dans un cham-
Ou pêtre azile,
l
l'Arroux de ses claires
eaux
Baigne le pied de nos coteaux
, Je cherche un bonheur
plus tranquile,
Sur des fleursmollement
couché,
liAvec un esprit détaché
1 Des biens que le courtilan
brigue;
Sur moy le pere du repos,
1 Le sommeil,dune main
prodigue
Versera ses plus doux pa.
vots.
Je verrai quelquefois éclore
Dans les prez les aimables fleurs,
Odorantes filles des pleurs
Que verse la naissante aurore;
Je verrai tantôt mes guerets
Dorez par la blonde Cerés;
Dans leurs temps ces dons
de Pomone
Feront pliermesespaliers,
Et mes vignobles en autone
MemM'empliront
de vastescelliers.
Mais quel trouble, & quelles
alarmes
Viennent me saisir malgré
moy!
Pourquoy, Cephise
,
helas!
pourquoy
Ne puis-je retenir mes larmes?
Dans mon sein je les sens
couler.
Je rougis, je ne puis parler,
Un cruel ennui me dévore.
Ah Venus! ton fils est vainqueur:
Oui, Cephise, je brûle li
core,
Tu regnes toûjours sur mon
coeur.
Quelquefois la douceur
d'unsonçe
Te rend sensible à mes
transports.
Charmes secrets
3
divins
p rre/ors,
N'êtes-vous a lors qu'un
mensonge ?
Une autre fois avec dédain
Tute d robes fous ma
cnrx\n
c
J'embrasse une ombre sur
gitive,
Et te cherchant à mon réveil
,- Je hais la clarté qui me prive
Des doux fantômes du sommeil.
CRuelle Mere des Amours,
Toyque j'ai si long-temps
servie,
Cesse enfind'agiter ma vie, !
j
Et laisse en paix mes derniersjours;
.,' i. Ta tyrannie & tes caprices
Fontpayer trop cher tesdelices:
C'esttrop gemir dans ta,
<
;Brise prison, !. r
les
fersqui m'y retiennent,
Et permets que mes voeux
obtiennent
£es fruits tardifs de ma raison.
Déjà m'échape le bel âge
Qui convient a tes favoris
Et des ans le sensible outrage
H ij
Me va donner des cheveux
gris.
Si pour moy le dessein de
plaire
Devient un espoir temeraire,
Que puis je encore desirer?
Quelle erreur de remplir
mon ame
D'une vive & constanteflâme
Quejene sçaurois inspirer î
Quand on sçait unir & coû-
E'n:.d>,e!ux cfoeounrsdmrêemes-fètt* timens,
1 - -
Et que les yeux de deux
amans
s Sçavent sentendre & se rér
pondre;
Quand on le livre tout le
jour
Aux soins d'un mutuel a.
mour,
Dans quels transports Fame
estravie
- Dans ces, momens deli.Mcieux!
Un mortel porte-t-il envie
A la felicité des Dieux?
tnMaeis lf'amloercesde tes proN'eut
que trop l'art de m'é.
bloüir;
Reserve toutes tes caresses
A l'heureux âge d'en jouir:
Etreins de la plus forte chaîne
L'ardent Cleon, la jeune
Ismene,
Vole où t'appellent leurs
desirs,
Fais-les mourir, fais les re.
vivre,
Et que ta faveur les enyvre
D'un torrent d'amoureux
plaisirs.
:
,': :
Pour moy dans un cham-
Ou pêtre azile,
l
l'Arroux de ses claires
eaux
Baigne le pied de nos coteaux
, Je cherche un bonheur
plus tranquile,
Sur des fleursmollement
couché,
liAvec un esprit détaché
1 Des biens que le courtilan
brigue;
Sur moy le pere du repos,
1 Le sommeil,dune main
prodigue
Versera ses plus doux pa.
vots.
Je verrai quelquefois éclore
Dans les prez les aimables fleurs,
Odorantes filles des pleurs
Que verse la naissante aurore;
Je verrai tantôt mes guerets
Dorez par la blonde Cerés;
Dans leurs temps ces dons
de Pomone
Feront pliermesespaliers,
Et mes vignobles en autone
MemM'empliront
de vastescelliers.
Mais quel trouble, & quelles
alarmes
Viennent me saisir malgré
moy!
Pourquoy, Cephise
,
helas!
pourquoy
Ne puis-je retenir mes larmes?
Dans mon sein je les sens
couler.
Je rougis, je ne puis parler,
Un cruel ennui me dévore.
Ah Venus! ton fils est vainqueur:
Oui, Cephise, je brûle li
core,
Tu regnes toûjours sur mon
coeur.
Quelquefois la douceur
d'unsonçe
Te rend sensible à mes
transports.
Charmes secrets
3
divins
p rre/ors,
N'êtes-vous a lors qu'un
mensonge ?
Une autre fois avec dédain
Tute d robes fous ma
cnrx\n
c
J'embrasse une ombre sur
gitive,
Et te cherchant à mon réveil
,- Je hais la clarté qui me prive
Des doux fantômes du sommeil.
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Résumé : ODE.
Le texte est une plainte adressée à l'amour, personnifié par la déesse Vénus. Le narrateur exprime son désir de mettre fin à ses tourments amoureux, soulignant que la tyrannie et les caprices de l'amour lui ont causé trop de souffrances. Il se sent prisonnier de ses désirs et aspire à une vie plus tranquille, loin des tourments de l'amour. Il évoque son âge avancé, qui le rend incapable de plaire, et regrette les moments de bonheur partagé avec un amant. Le narrateur imagine un bonheur paisible au bord de l'Arroux, entouré de la nature et des fruits de la terre. Cependant, il est tourmenté par des larmes et un cruel ennui. Il reconnaît finalement que l'amour, incarné par Vénus et son fils Cupidon, règne toujours sur son cœur. Il oscille entre moments de douceur et de dédain, cherchant en vain à échapper à son emprise.
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3
p. 3-10
A S. A. ELECTORALE Monseigneur le Duc de Baviere. ODE.
Début :
Que d'autres chantent ces Princes Qui peu maîtres de leur cœur, [...]
Mots clefs :
Ode, Louange, Guerrier, Bonté, Justice, Paix, Divinité, Muses
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texteReconnaissance textuelle : A S. A. ELECTORALE Monseigneur le Duc de Baviere. ODE.
A S. A. ELECTORALE
Monseigneur le Duc
de Baviere.
ODE.
UE d'autres chantent
ces Princes
- Qui peu maîtres de 1ç{3rsoeur,
Ne ravagent des Provinces
Que pour un frivole honneur:
Je cherche uncoeurmagnnime
Qui s'attire nôtre estime
Sans troubler nôtre repos.
UnDieubrillantde lumière
Me découvre dans Baviere
Ce vericable Héros.
Bien que terrible à la guerre
Sa valeur arme son bras,
C'est malgré lui que la terre
Voit la furent des combai*.
Aussî fage qu'intrepide,
De l'équité qui le guide Iln'écoute que la voix;
Sa bonté prévient l'orage,
Et ne cede à son courage Que , pour défendre ses
droits.
Animé du plus beau zele,
Affable
J
humain
, genereux,
Par tout où le sort l'appelle
Il fait des hommes heureux.
Plus élevé par lui même
Qu'il n'est par son rang filprême,
Sa grandeurest sans fierté.
Quiconque le voir, l'admire,
Et ne connoît son empire
Qu'aux charmes de sa bonté.
,
Qu'on vante tadevinée
De ce Tite fortuné
Qui cïtïr perdrela jo, urnée
Quand il n'avait rien donné.
Prince, ta main libérale
Ne souffre point d'intervale
Qui te dérobe un seul jour.
Merveille au siecle où nous sommes
!
Digne du respect des hommes,
Tu neveux que leuramour.
Vainement d'intelligence
Avec l'orgueil des Cesars,
Le sort tromcpa tea vai,llan- Et quitta tes écendars.
Au dessus de ses caprices,
Tu soûtins ses injustices
Sans perdre ta fermeté.
Quels bienfaits tu vas répandre,
Aujourd'hui qu'il va te r-endre
Plus qu'il ne t'avoit Até.
Je vois le Dieu de la Seine
Ates (peaac les pompeux.
Tour Paris est dans Surêne
Où tu rassembles les jeux.
Un monde qui t'environne
Vole autour de ta personne,
Te suit du coeur & des yeux.
Les Muses t'y font hommage:
Par ta presence unvillage
Devient le séjour des Dieux.
Là ranimant les delices
Dont Mars émoussoit les
,
traits,
Par d'agreables premices
,
Tu nous fais goûter la paix.
Dans cette heureuse concrée
Je la vois avec Astrée
Suivre un genereux guerrier
La rivale de Beilonne
Elle même te couronne, Et joint l'olive au laurier.
Que rAllemagne persiste
A ce disputer tes droits,
Est il plus rien qui resiste
Au plus grand de tous les
Rois?
Le Ciel prend foin de sa
gloire;
Denain a vû la victoire
Retourner fous nos drapeaux.
Germains, craignez sa puissance,
- Et n'appellez point la France
A des triomphes nouveaux.
Monseigneur le Duc
de Baviere.
ODE.
UE d'autres chantent
ces Princes
- Qui peu maîtres de 1ç{3rsoeur,
Ne ravagent des Provinces
Que pour un frivole honneur:
Je cherche uncoeurmagnnime
Qui s'attire nôtre estime
Sans troubler nôtre repos.
UnDieubrillantde lumière
Me découvre dans Baviere
Ce vericable Héros.
Bien que terrible à la guerre
Sa valeur arme son bras,
C'est malgré lui que la terre
Voit la furent des combai*.
Aussî fage qu'intrepide,
De l'équité qui le guide Iln'écoute que la voix;
Sa bonté prévient l'orage,
Et ne cede à son courage Que , pour défendre ses
droits.
Animé du plus beau zele,
Affable
J
humain
, genereux,
Par tout où le sort l'appelle
Il fait des hommes heureux.
Plus élevé par lui même
Qu'il n'est par son rang filprême,
Sa grandeurest sans fierté.
Quiconque le voir, l'admire,
Et ne connoît son empire
Qu'aux charmes de sa bonté.
,
Qu'on vante tadevinée
De ce Tite fortuné
Qui cïtïr perdrela jo, urnée
Quand il n'avait rien donné.
Prince, ta main libérale
Ne souffre point d'intervale
Qui te dérobe un seul jour.
Merveille au siecle où nous sommes
!
Digne du respect des hommes,
Tu neveux que leuramour.
Vainement d'intelligence
Avec l'orgueil des Cesars,
Le sort tromcpa tea vai,llan- Et quitta tes écendars.
Au dessus de ses caprices,
Tu soûtins ses injustices
Sans perdre ta fermeté.
Quels bienfaits tu vas répandre,
Aujourd'hui qu'il va te r-endre
Plus qu'il ne t'avoit Até.
Je vois le Dieu de la Seine
Ates (peaac les pompeux.
Tour Paris est dans Surêne
Où tu rassembles les jeux.
Un monde qui t'environne
Vole autour de ta personne,
Te suit du coeur & des yeux.
Les Muses t'y font hommage:
Par ta presence unvillage
Devient le séjour des Dieux.
Là ranimant les delices
Dont Mars émoussoit les
,
traits,
Par d'agreables premices
,
Tu nous fais goûter la paix.
Dans cette heureuse concrée
Je la vois avec Astrée
Suivre un genereux guerrier
La rivale de Beilonne
Elle même te couronne, Et joint l'olive au laurier.
Que rAllemagne persiste
A ce disputer tes droits,
Est il plus rien qui resiste
Au plus grand de tous les
Rois?
Le Ciel prend foin de sa
gloire;
Denain a vû la victoire
Retourner fous nos drapeaux.
Germains, craignez sa puissance,
- Et n'appellez point la France
A des triomphes nouveaux.
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Résumé : A S. A. ELECTORALE Monseigneur le Duc de Baviere. ODE.
Le texte est une ode dédiée à un prince électeur, probablement le Duc de Bavière. L'auteur loue les qualités du prince, le décrivant comme un héros vertueux, brave et juste, dont la bonté prévient les conflits. Le prince est présenté comme un leader humain et généreux, qui élève les hommes autour de lui sans arrogance. Sa libéralité et sa fermeté face aux injustices sont soulignées, ainsi que sa capacité à inspirer admiration et amour. Le poème mentionne des événements spécifiques, comme des jeux et des rassemblements à Paris, où le prince est acclamé. Les Muses lui rendent hommage, et la paix est célébrée à travers des festivités. La victoire de Denain est citée comme un exemple de la puissance du prince, mettant en garde les Allemands contre toute tentative de contester ses droits. L'auteur conclut en affirmant que le Ciel protège la gloire du prince, et que sa victoire est incontestable.
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4
p. 479-480
IMITATION De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace, Donec gratus eram &c. DIALOGUE. Tirsis, Philis.
Début :
Philis tant que sensible à mes vives tendresses [...]
Mots clefs :
Dialogue, Ode, Horace, Trahison, Fidélité, Réconciliation
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace, Donec gratus eram &c. DIALOGUE. Tirsis, Philis.
IMITATION
De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace ..
Donec gratus eram & c.
DIALOGUE ,
Tirsis , Philis.
Tirsis.
PHilis tant que sensible à mes vives tendresses
De tout autre Berger tu dédaignas la foi ,
Je préferois ton coeur à l'éclat des Richesses
Je le préferois même à la pourpre d'un Roi.
Philis
480 MERCURE DE FRANCE
Philis.
Ingrat , jusqu'au moment que je te vis changer
J'estimois plus mon sort que celui d'une Reine ; -
Le beau Médor n'eut pû rendre mon coeur leger
Lorsque tu me quittas pour la jeune Climene..
Tirsis.
Elle chante souvent nos amoureux transports;
Le charme de sa voix tient mon ame ravie ;
Climene me feroit voler à mille morts
Si ma mort ajoûtoit quelques jours à sa vie..
Philis.
Oui , je dois à Medor une ardeur éternelle ,
Malgré mes longs mépris il resta sous ma loi;
Il est respectueux , ardent , tendre , fidelle ,
Je lui jure ma vie est plus à lui qu'à moi.
Tirsis.
Quoique son coeur leger m'ait payé de froideur,
Quoiqu'en appas Venus le cede à ma Bergere ,
Si l'oubliant pour toi je te rendois mon coeur
Flechirois - tu , Philis , ton injuste colere ?
Philis.
Quoique Medor soit beau plus que l'Astre du jour
Quoique le vent soit moins inconstant que ton ame
Hélas!rends-moi ton coeur ,je te rends mon amour ,
Et la mort pourra seule en éteindre la flamme.
Le Chevalier de Montador.
De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace ..
Donec gratus eram & c.
DIALOGUE ,
Tirsis , Philis.
Tirsis.
PHilis tant que sensible à mes vives tendresses
De tout autre Berger tu dédaignas la foi ,
Je préferois ton coeur à l'éclat des Richesses
Je le préferois même à la pourpre d'un Roi.
Philis
480 MERCURE DE FRANCE
Philis.
Ingrat , jusqu'au moment que je te vis changer
J'estimois plus mon sort que celui d'une Reine ; -
Le beau Médor n'eut pû rendre mon coeur leger
Lorsque tu me quittas pour la jeune Climene..
Tirsis.
Elle chante souvent nos amoureux transports;
Le charme de sa voix tient mon ame ravie ;
Climene me feroit voler à mille morts
Si ma mort ajoûtoit quelques jours à sa vie..
Philis.
Oui , je dois à Medor une ardeur éternelle ,
Malgré mes longs mépris il resta sous ma loi;
Il est respectueux , ardent , tendre , fidelle ,
Je lui jure ma vie est plus à lui qu'à moi.
Tirsis.
Quoique son coeur leger m'ait payé de froideur,
Quoiqu'en appas Venus le cede à ma Bergere ,
Si l'oubliant pour toi je te rendois mon coeur
Flechirois - tu , Philis , ton injuste colere ?
Philis.
Quoique Medor soit beau plus que l'Astre du jour
Quoique le vent soit moins inconstant que ton ame
Hélas!rends-moi ton coeur ,je te rends mon amour ,
Et la mort pourra seule en éteindre la flamme.
Le Chevalier de Montador.
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Résumé : IMITATION De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace, Donec gratus eram &c. DIALOGUE. Tirsis, Philis.
Le texte relate un dialogue entre Tirsis et Philis, deux bergers, qui discutent de leurs amours et déceptions. Tirsis rappelle à Philis qu'elle avait autrefois choisi son amour plutôt que les richesses et la royauté. Philis accuse Tirsis d'ingratitude après qu'il l'a quittée pour Climène. Tirsis admire Climène, tandis que Philis confesse son amour éternel pour Médor, qui est resté fidèle malgré ses mépris. Tirsis propose de revenir vers Philis, mais elle refuse d'abord, critiquant son inconstance. Finalement, Philis accepte de pardonner Tirsis et de lui rendre son amour, affirmant que seule la mort pourra éteindre leur flamme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 2686-2688
IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Sic te Diva potens Cypri, &c.
Début :
Puisses-tu de l'humide Plaine, [...]
Mots clefs :
Imitation, Ode, Horace, Rivage, Océan, Vaisseau, Ciel, Foudres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Sic te Diva potens Cypri, &c.
IMITATION de l'Ode d'Horace
qui commence par ces mots : Sie te
Diva potens Cypri , &c.
Puisses-tu de l'humide Plaine ,
Heureusement fendre les Flots ,
Guidé par les freres d'Helene ,
Et par la Reine de Paphos ;
Vaisseau , daigne Eole exorable ,
T'accorder un vent favorable ,
Enchaîner les vents ennemis ,
Afin qu'à l'attique Rivage ,
Tu portes sans aucun dommage,
Mon Virgile à ta foi commis.
Quiconque fut l'homme intrépide ,
Qui le premier put s'engager ,
A courir l'Ocean perfide ,
Sur un Vaisseau frêle et leger
Sourd aux menaces furibondes ,
Des vents divers qui sur les Ondes ,
Exercent leur droit souverain ;
Oui , quand il tenta cette route ,
Il eut le cœur muni , sans doute ,
Et de chêne et d'un triple airain.
谁
Quel degré de mort épouvante ,
1. Vol. Celui
DECEMBRE. 1732. 2687
Celui qui peut voir sans terreur ,
Les Monstres que la Mer enfante ,
Ses écueils , ses flots en fureur ?
En vain le Maître du Tonnerre ,
Prudent , a séparé la Terre ,
Du profond abîme des eaux ,
Si le Détroit le plus sauvage ,
Est contraint d'ouvrir un passage ,
Anos témeraires Vaisseaux.
N
C'est ainsi qu'à l'humaine audace
Les plus grands forfaits coûtent peu.
De Japet l'insolente Race ,
Dans les Cieux déroba le feu ;
Présent à la Terre funeste !
Mille maux la fievre , la peste ,
Regnerent dès-lors ici bas ;
Bien-tôt leur rigueur excessive ,
Fit que la mort jadis tardive ,
Vers les Humains doubla le pas.
Avec les aîles qu'il sçut faire,
Dédale s'éleva dans l'air.
Pour s'emparer du fier Cerbere ,
Hercule osa forcer l'Enfer.
Rien aux Mortels n'est difficile.
Notre fureur trop indocile ,
1. Vol. H Αν
2688 MERCURE DE FRANCE
Au Ciel même adresse ses coups ;
Sans fin nos attentats horribles ,
Excitent les foudres terribles ,
Que Jupiter lance sur nous.
F. M. F.
qui commence par ces mots : Sie te
Diva potens Cypri , &c.
Puisses-tu de l'humide Plaine ,
Heureusement fendre les Flots ,
Guidé par les freres d'Helene ,
Et par la Reine de Paphos ;
Vaisseau , daigne Eole exorable ,
T'accorder un vent favorable ,
Enchaîner les vents ennemis ,
Afin qu'à l'attique Rivage ,
Tu portes sans aucun dommage,
Mon Virgile à ta foi commis.
Quiconque fut l'homme intrépide ,
Qui le premier put s'engager ,
A courir l'Ocean perfide ,
Sur un Vaisseau frêle et leger
Sourd aux menaces furibondes ,
Des vents divers qui sur les Ondes ,
Exercent leur droit souverain ;
Oui , quand il tenta cette route ,
Il eut le cœur muni , sans doute ,
Et de chêne et d'un triple airain.
谁
Quel degré de mort épouvante ,
1. Vol. Celui
DECEMBRE. 1732. 2687
Celui qui peut voir sans terreur ,
Les Monstres que la Mer enfante ,
Ses écueils , ses flots en fureur ?
En vain le Maître du Tonnerre ,
Prudent , a séparé la Terre ,
Du profond abîme des eaux ,
Si le Détroit le plus sauvage ,
Est contraint d'ouvrir un passage ,
Anos témeraires Vaisseaux.
N
C'est ainsi qu'à l'humaine audace
Les plus grands forfaits coûtent peu.
De Japet l'insolente Race ,
Dans les Cieux déroba le feu ;
Présent à la Terre funeste !
Mille maux la fievre , la peste ,
Regnerent dès-lors ici bas ;
Bien-tôt leur rigueur excessive ,
Fit que la mort jadis tardive ,
Vers les Humains doubla le pas.
Avec les aîles qu'il sçut faire,
Dédale s'éleva dans l'air.
Pour s'emparer du fier Cerbere ,
Hercule osa forcer l'Enfer.
Rien aux Mortels n'est difficile.
Notre fureur trop indocile ,
1. Vol. H Αν
2688 MERCURE DE FRANCE
Au Ciel même adresse ses coups ;
Sans fin nos attentats horribles ,
Excitent les foudres terribles ,
Que Jupiter lance sur nous.
F. M. F.
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Sic te Diva potens Cypri, &c.
Le texte est une imitation de l'Ode d'Horace, débutant par 'Sie te Diva potens Cypri'. Il s'agit d'une prière pour qu'un vaisseau traverse heureusement les flots, guidé par les frères d'Hélène et la Reine de Paphos, avec un vent favorable d'Éole. Le poème admire l'audace de celui qui osa naviguer sur l'océan pour la première fois, malgré les dangers des vents et des monstres marins. Il évoque les terrifiantes créatures marines et les écueils, soulignant que même les détroits les plus sauvages doivent céder aux navires téméraires. Le texte met en avant l'audace humaine, illustrée par des exploits mythologiques comme le vol du feu par la race de Japet, la construction d'ailes par Dédale, et la descente aux enfers par Hercule. Ces actions montrent que rien n'est impossible pour les mortels, mais que leur fureur peut aussi attirer la colère divine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 172-173
Prix de l'Académie de Marseille, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie de Marseille avertit le public que le 25 Août, jour et Fête de [...]
Mots clefs :
Académie de Marseille, Maréchal de Villars, Prix, Ode, Utilité des prix académiques
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texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Académie de Marseille, [titre d'après la table]
'Académie de Marseille avertit le
pu-
Lblic que le 25. Août , jour et Fête de
S. Louis , de la présente année 1733 , elle
adjugera le prix que M. le Maréchal de
Villars , son Protecteur, vient de fonder ,
à une Piece de Poësie de rio Vers au plus ,
et de 80 au moins , qui sera une Ode, ou
un Poëme à Rimes plattes , dont le sujet
sera l'Utilité des Prix Académiques à l'occasion
de la fondation de celui de l'Aca
démie <
JANVIER. 17337 173
démie des Belles Lettres de Marseille.
On addressera les Ouvrages destinez
au Concours , à M. de Chalamont de la
Visclede , Secretaire perpetuel de l'Açadémie
des Belles Lettres de Marseille , ruë
de l'Evêché ; on affranchira les Paquets à
la Poste ; ils ne seront reçûs que jusqu'au
1 May inclusivement ; les Auteurs ne
mettront point leurs noms au bas de
leurs Ouvrages , mais une Sentence de
l'Ecriture , des Peres ou des Auteurs prophanes
, et ne se feront connoître en aucune
façon , jusqu'au jour de la décision
parce que si cela arrivoit par leur faute ,
ils seroient exclus du concours.
En envoyant les Ouvrages , il faut.
marquer une adresse , à laquelle M. le Secretaire
envoyera son Récepissé , et l'Auteur
de l'Ouvrage Couronné n'aura qu'à
representer le Récepissé ou le faire res
présenter , moyennant quoi le Prix sera
remis.
pu-
Lblic que le 25. Août , jour et Fête de
S. Louis , de la présente année 1733 , elle
adjugera le prix que M. le Maréchal de
Villars , son Protecteur, vient de fonder ,
à une Piece de Poësie de rio Vers au plus ,
et de 80 au moins , qui sera une Ode, ou
un Poëme à Rimes plattes , dont le sujet
sera l'Utilité des Prix Académiques à l'occasion
de la fondation de celui de l'Aca
démie <
JANVIER. 17337 173
démie des Belles Lettres de Marseille.
On addressera les Ouvrages destinez
au Concours , à M. de Chalamont de la
Visclede , Secretaire perpetuel de l'Açadémie
des Belles Lettres de Marseille , ruë
de l'Evêché ; on affranchira les Paquets à
la Poste ; ils ne seront reçûs que jusqu'au
1 May inclusivement ; les Auteurs ne
mettront point leurs noms au bas de
leurs Ouvrages , mais une Sentence de
l'Ecriture , des Peres ou des Auteurs prophanes
, et ne se feront connoître en aucune
façon , jusqu'au jour de la décision
parce que si cela arrivoit par leur faute ,
ils seroient exclus du concours.
En envoyant les Ouvrages , il faut.
marquer une adresse , à laquelle M. le Secretaire
envoyera son Récepissé , et l'Auteur
de l'Ouvrage Couronné n'aura qu'à
representer le Récepissé ou le faire res
présenter , moyennant quoi le Prix sera
remis.
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Résumé : Prix de l'Académie de Marseille, [titre d'après la table]
L'Académie de Marseille a annoncé l'attribution d'un prix le 25 août 1733, à l'occasion de la fête de Saint Louis. Ce prix, créé par le Maréchal de Villars, récompense une œuvre poétique composée de 10 à 80 vers. L'œuvre doit être une ode ou un poème en rimes plates, traitant de l'utilité des prix académiques lors de la fondation du prix de l'Académie des Belles Lettres de Marseille. Les soumissions doivent être envoyées à M. de Chalamont de la Visclede, secrétaire perpétuel de l'Académie, au plus tard le 1er mai 1733. Les auteurs ne doivent pas signer leurs œuvres mais inclure une sentence tirée de l'Écriture, des Pères de l'Église ou des auteurs profanes. Ils doivent également fournir une adresse pour recevoir un récépissé, nécessaire pour la remise du prix. Les auteurs ne doivent pas se révéler avant la décision finale, sous peine d'exclusion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 962-965
Essay de Poësie, Ode, &c. [titre d'après la table]
Début :
ESSAY DE POESIES, de M. Desterlin de Sainte-Palaye. A Paris, ruë Gist le Coeur, [...]
Mots clefs :
Ambition, Ode, Terre, Guerre, Horreurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essay de Poësie, Ode, &c. [titre d'après la table]
ESSAY DE POESIES , de M. Desterlin de
Sainte - Palaye. A Paris , ruë G : st le Coeur,
chez Ant. de Houqueville, 1733. Brochure
in 12. de 61 pages.
Cet E say , que le Lecteur intelligent
ne prendra nullement pour un Essay ,
contient des Pseaumes , des Odes , des
Sonnets ; Epîtres , Epigrames , &c. Pour
donner une idée de cet Ouvrage, voici un
morceau que nous prenons au hazard :
ODE
Sur l'Ambition.
Source féconde d'injustice ,
Redoutable Divinité ,
Qui veux de nous en Sacrifice ,
Nos jours et notre liberté ;
Du faux honneur dont tu te pares ,
Et de tes maximes barbares ,
Serons nous long - temps les jouets ?
Que tu rends d'ames malheureuses !
nos
MAY.
1733. 968
Nos miseres les plus affreuses .
Sont l'ouvrage de tes forfaits.
Pour te fuir , l'équitable Astrée ,
Se bannit de ces tristes lieux ;
La terre de sang alterée ,
La fit retirer dans les Cieux .
L'aimable Paix et la Justice ,
Fuyant le tumulte et le vice ,
Abandonnerent les Mortels.
Quelles fureurs étoient les nôtres !
Armez les uns contre les autres ;
Nous ensanglantions tes Autels.
Quelle erreur ! follement avides ,
De la suprême autorité ,
Nous armons nes bras parricides ,
Pour nous ravir la liberté.
La force , jointe à l'injustice ,
L'aveuglement et le caprice ,
Sont les seuls qui reglent les rangs ;
Et l'on voit d'heureux témeraires ,
Charger de fers leurs propres freres ,
Pour n'étre plus que leurs tyrans,
潞
Laisse les Indiens tranquilles
Fou984
MERCURE DE FRANCE :
Fougueux Vainqueur de Darius ;
Pourquoi par des tributs serviles .
Veux -tu deshonorer Porus ?
Tiran , que dévore l'envie ,
Quoi ! toute la Perse asservie ,
"A ton orgueil ne suffit pas !
Veux-tu des horreurs de la guerre
Remplir le reste de la terre ,
•
Et dompter tous les Potentats &
Acheve , cruelle Déesse •
De porter par tout ta fureur ;
Que tous les Peuples soient sans cesse
Remplis de trouble et de terreur.
Etends par tout ta tyrannie.
Des fiers peuples de l'Ausonie ,
Fais des Maîtres de l'Univers :
Toi , Rome , tremble pour toi - mêmes
Du haut de ta grandeur suprême .
Je te vois tomber dans les fers.
逛
Divinité des plus sinistres ,
Les chutes des plus grands Etats ,
De tes sanguinaires Ministres
Ne sont pas les seuls attentats.
De la plus injuste victoire ,
Als se font un sujet de gloire
Рома
MAY. 1733.
968
Four insulter à nos malheurs ;
Et nous les voyons dans leur rage
Appeller du nom de courage ,
Les plus exécrables fureurs.
装
Que n'ose pas un coeur perfide ,
Dans ses transports ambitieux ?
Ciel quel horrible parricide !
Quel Spectacle frappe mes yeux !
Je vois tout un peuple infidele ,
Sur les pas sanglans d'un Rebelle ,
Se livrer aux plus noirs projets ,
O succès plus noir que le crime !
La tête d'un Roy légitime ,
Tombe aux pieds des lâches Sujets
Des horreurs qu'enfante la Guerre ,
Périsse jusqu'au souvenir ;
Pour laisser respirer la Terre ;
Thémis et la Paix vont s'unir
Louis , guidé par la Prudence ,
Fera respecter sa Puissance ,
Jusqu'aux plus reculez Climats ;
ne prétend point d'autre titre ,
Que celui d'équitable Arbitre ,
Des différends des Potentats
Sainte - Palaye. A Paris , ruë G : st le Coeur,
chez Ant. de Houqueville, 1733. Brochure
in 12. de 61 pages.
Cet E say , que le Lecteur intelligent
ne prendra nullement pour un Essay ,
contient des Pseaumes , des Odes , des
Sonnets ; Epîtres , Epigrames , &c. Pour
donner une idée de cet Ouvrage, voici un
morceau que nous prenons au hazard :
ODE
Sur l'Ambition.
Source féconde d'injustice ,
Redoutable Divinité ,
Qui veux de nous en Sacrifice ,
Nos jours et notre liberté ;
Du faux honneur dont tu te pares ,
Et de tes maximes barbares ,
Serons nous long - temps les jouets ?
Que tu rends d'ames malheureuses !
nos
MAY.
1733. 968
Nos miseres les plus affreuses .
Sont l'ouvrage de tes forfaits.
Pour te fuir , l'équitable Astrée ,
Se bannit de ces tristes lieux ;
La terre de sang alterée ,
La fit retirer dans les Cieux .
L'aimable Paix et la Justice ,
Fuyant le tumulte et le vice ,
Abandonnerent les Mortels.
Quelles fureurs étoient les nôtres !
Armez les uns contre les autres ;
Nous ensanglantions tes Autels.
Quelle erreur ! follement avides ,
De la suprême autorité ,
Nous armons nes bras parricides ,
Pour nous ravir la liberté.
La force , jointe à l'injustice ,
L'aveuglement et le caprice ,
Sont les seuls qui reglent les rangs ;
Et l'on voit d'heureux témeraires ,
Charger de fers leurs propres freres ,
Pour n'étre plus que leurs tyrans,
潞
Laisse les Indiens tranquilles
Fou984
MERCURE DE FRANCE :
Fougueux Vainqueur de Darius ;
Pourquoi par des tributs serviles .
Veux -tu deshonorer Porus ?
Tiran , que dévore l'envie ,
Quoi ! toute la Perse asservie ,
"A ton orgueil ne suffit pas !
Veux-tu des horreurs de la guerre
Remplir le reste de la terre ,
•
Et dompter tous les Potentats &
Acheve , cruelle Déesse •
De porter par tout ta fureur ;
Que tous les Peuples soient sans cesse
Remplis de trouble et de terreur.
Etends par tout ta tyrannie.
Des fiers peuples de l'Ausonie ,
Fais des Maîtres de l'Univers :
Toi , Rome , tremble pour toi - mêmes
Du haut de ta grandeur suprême .
Je te vois tomber dans les fers.
逛
Divinité des plus sinistres ,
Les chutes des plus grands Etats ,
De tes sanguinaires Ministres
Ne sont pas les seuls attentats.
De la plus injuste victoire ,
Als se font un sujet de gloire
Рома
MAY. 1733.
968
Four insulter à nos malheurs ;
Et nous les voyons dans leur rage
Appeller du nom de courage ,
Les plus exécrables fureurs.
装
Que n'ose pas un coeur perfide ,
Dans ses transports ambitieux ?
Ciel quel horrible parricide !
Quel Spectacle frappe mes yeux !
Je vois tout un peuple infidele ,
Sur les pas sanglans d'un Rebelle ,
Se livrer aux plus noirs projets ,
O succès plus noir que le crime !
La tête d'un Roy légitime ,
Tombe aux pieds des lâches Sujets
Des horreurs qu'enfante la Guerre ,
Périsse jusqu'au souvenir ;
Pour laisser respirer la Terre ;
Thémis et la Paix vont s'unir
Louis , guidé par la Prudence ,
Fera respecter sa Puissance ,
Jusqu'aux plus reculez Climats ;
ne prétend point d'autre titre ,
Que celui d'équitable Arbitre ,
Des différends des Potentats
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Résumé : Essay de Poësie, Ode, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente l'ouvrage 'ESSAY DE POESIES' de M. Desterlin de Sainte-Palaye, publié à Paris en 1733. Cette brochure de 61 pages inclut divers genres poétiques tels que des Psaumes, des Odes, des Sonnets, des Épîtres et des Épigrammes. L'extrait fourni est une Ode sur l'Ambition, qui critique cette passion en la décrivant comme une source d'injustice et de malheur. L'Ambition pousse les hommes à se battre et à s'opprimer mutuellement, causant des misères humaines et la fuite des vertus comme la Paix et la Justice. L'Ode dénonce également les tyrans et les conquérants, tels qu'Alexandre le Grand, qui asservissent les peuples par l'envie et l'orgueil. Le texte se conclut par une réflexion sur les horreurs de la guerre et l'espoir de voir la Paix et la Justice triompher sous la guidance d'un souverain prudent et équitable, Louis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 2027-2030
Le Progrez de la Sculpture, Ode, [titre d'après la table]
Début :
Nous avons appris au Public dans le dernier Mercure, que l'Académie Françoise [...]
Mots clefs :
Sculpture, Ode, Académie française, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Progrez de la Sculpture, Ode, [titre d'après la table]
Nous avons appris au Public dans le
nier Mercure , que l'Académie Franise
avoit adjugé cette année le Prix
de la Poësie , à une Ode de la composition
de M. Isnard , de l'Oratoire , Professeur
de Réthorique à Soissons . On
sera , sans doute , bien aise de trouver
Ici une idée de cette Piece , dont le Sujet
est : les Progrès de la Sculpture sous le Regne
de Louts LE GRAND .
Le Poëte s'adressant à la Sculpture
même , commence ainsi :
O Toy , dont le Ciseau Rival de Promethét ,
Anume le métal transformé sous tes doigts ,
Et fait sortir au Marbre à ma vûe enchantée ,
Les Dieux , les Héros et les Rois.
Quelle est de ton pouvoir l'agréable imposture !
Tantôt d'une Action retraçant la peinture ,
Tu fais mouvoir tous ses ressorts.
Tantôt , des passions Interprète sublime ,
Sur le docile airain ton Art qui les exprime ,
En allume en moi les transports.
Vien , dis- moi les progrès de tes sçavantes
veilles ,
Dis -moi qui t'a rendu cette antique splendeur ,
Qui d'un Regne fameux , le centre des merveilles,
Doit éterniser la grandeur.
Fiiij Sur
2028 MERCURE DE FRANCE
Sur les débris de Rome élevant son Empire ,
Un Vainqueur (a) odieux contre les Arts conspire
,
Tu suivis ses barbares Loix.
Mais affranchie (6 ) enfin du joug de l'ignorance,
Le Destin , pour ta gloire et celle de la France ,
Fait naître le plus grand des Rois.
Il étale ensuite en plusieurs strophes
les merveilles de la Sculpture perfectionnée
sous ce grand Prince , en retraçant
les Morceaux les plus exquis qui ont
été executez par ses ordres , et par les
plus celebres Auteurs qu'il nomme , à
la tête desquels est Girardon , souvent
répeté dans ce dénombrement. L'Auteur,
qui est Provençal , a marqué une attention
particuliere pour le fameux P. Puget
, son compatriote , qui fut lui - même
son modele , et fut préferé aux plus habiles
Sculpteurs d'Italie . Voici comment
il parle de ses deux plus beaux Ouvrages ,
Infortuné Milon , un piege inévitable ,
Triomphe de ta force et va livrer tes jours ;
La pitié m'interesse à ton sort déplorable ;
par
( a ) Arts anéantis depuis le sac de Rome
Alaric , la Sculpture Gotique , introduite , &c.
(b) La belle Sculpture recommence sous Franfois
I se perfectionne sous Louis XIV. ¿c.
Attends
SEPTEMBRE . 1733. 2029
Attends : je vole à ton secours ...
Aimable illusion ! plus mon oeil t'envisage ,
Plus mon coeur s'attendrit , et ta vivante image
Me transmet tes vives douleurs.
Tout parle , tout me touche en ce divin Modele,
LOUIS Seul put former une main immortelle ,,
Digne de peindre tes malheurs.
Est-ce assez ? Quel objet plus effrayant encore !!
Andromede périt : un Monstre la dévore ...
C'en est fait ; Destin rigoureux !
Mais non. Un demi - Dieu vient signaler son zele,,
Fend les Airs , la délivre , et ce Marbre fidele
Mieux que lui la rend à mes voeux.
L'Ode est suivie de cette Priere pour
LE ROY .
Grand Dieu , ce Roy selon ton coeur ,,
Epuisa les beaux Arts * à décorer tes Temples .
Et porta ses Sujets , par d'augustes exemples ,
A rendre hommage à ta grandeur ..
Du Prince héritier de son zele ,.
Récompense la pieté :
Statues des Apôtres , des Vertus , &c. de la
Chapelle de Versailles , et celles de Notre- Dame:
de Paris.
Fv Que
2030 MERCURE DE FRANCE
Que son Regne cheri de son Peuple fidele ,
Fasse encor le bonheur de la Postérité.
Excudent alii spirantia molliùs ara,
Vivos ducent de marmore vultus.
Virg. Æneid. L. VI.
nier Mercure , que l'Académie Franise
avoit adjugé cette année le Prix
de la Poësie , à une Ode de la composition
de M. Isnard , de l'Oratoire , Professeur
de Réthorique à Soissons . On
sera , sans doute , bien aise de trouver
Ici une idée de cette Piece , dont le Sujet
est : les Progrès de la Sculpture sous le Regne
de Louts LE GRAND .
Le Poëte s'adressant à la Sculpture
même , commence ainsi :
O Toy , dont le Ciseau Rival de Promethét ,
Anume le métal transformé sous tes doigts ,
Et fait sortir au Marbre à ma vûe enchantée ,
Les Dieux , les Héros et les Rois.
Quelle est de ton pouvoir l'agréable imposture !
Tantôt d'une Action retraçant la peinture ,
Tu fais mouvoir tous ses ressorts.
Tantôt , des passions Interprète sublime ,
Sur le docile airain ton Art qui les exprime ,
En allume en moi les transports.
Vien , dis- moi les progrès de tes sçavantes
veilles ,
Dis -moi qui t'a rendu cette antique splendeur ,
Qui d'un Regne fameux , le centre des merveilles,
Doit éterniser la grandeur.
Fiiij Sur
2028 MERCURE DE FRANCE
Sur les débris de Rome élevant son Empire ,
Un Vainqueur (a) odieux contre les Arts conspire
,
Tu suivis ses barbares Loix.
Mais affranchie (6 ) enfin du joug de l'ignorance,
Le Destin , pour ta gloire et celle de la France ,
Fait naître le plus grand des Rois.
Il étale ensuite en plusieurs strophes
les merveilles de la Sculpture perfectionnée
sous ce grand Prince , en retraçant
les Morceaux les plus exquis qui ont
été executez par ses ordres , et par les
plus celebres Auteurs qu'il nomme , à
la tête desquels est Girardon , souvent
répeté dans ce dénombrement. L'Auteur,
qui est Provençal , a marqué une attention
particuliere pour le fameux P. Puget
, son compatriote , qui fut lui - même
son modele , et fut préferé aux plus habiles
Sculpteurs d'Italie . Voici comment
il parle de ses deux plus beaux Ouvrages ,
Infortuné Milon , un piege inévitable ,
Triomphe de ta force et va livrer tes jours ;
La pitié m'interesse à ton sort déplorable ;
par
( a ) Arts anéantis depuis le sac de Rome
Alaric , la Sculpture Gotique , introduite , &c.
(b) La belle Sculpture recommence sous Franfois
I se perfectionne sous Louis XIV. ¿c.
Attends
SEPTEMBRE . 1733. 2029
Attends : je vole à ton secours ...
Aimable illusion ! plus mon oeil t'envisage ,
Plus mon coeur s'attendrit , et ta vivante image
Me transmet tes vives douleurs.
Tout parle , tout me touche en ce divin Modele,
LOUIS Seul put former une main immortelle ,,
Digne de peindre tes malheurs.
Est-ce assez ? Quel objet plus effrayant encore !!
Andromede périt : un Monstre la dévore ...
C'en est fait ; Destin rigoureux !
Mais non. Un demi - Dieu vient signaler son zele,,
Fend les Airs , la délivre , et ce Marbre fidele
Mieux que lui la rend à mes voeux.
L'Ode est suivie de cette Priere pour
LE ROY .
Grand Dieu , ce Roy selon ton coeur ,,
Epuisa les beaux Arts * à décorer tes Temples .
Et porta ses Sujets , par d'augustes exemples ,
A rendre hommage à ta grandeur ..
Du Prince héritier de son zele ,.
Récompense la pieté :
Statues des Apôtres , des Vertus , &c. de la
Chapelle de Versailles , et celles de Notre- Dame:
de Paris.
Fv Que
2030 MERCURE DE FRANCE
Que son Regne cheri de son Peuple fidele ,
Fasse encor le bonheur de la Postérité.
Excudent alii spirantia molliùs ara,
Vivos ducent de marmore vultus.
Virg. Æneid. L. VI.
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Résumé : Le Progrez de la Sculpture, Ode, [titre d'après la table]
L'Académie Française a décerné le Prix de la Poésie à une ode de M. Isnard, professeur de rhétorique à Soissons. Cette œuvre, intitulée 'Les Progrès de la Sculpture sous le Règne de Louis le Grand', célèbre les avancées de la sculpture durant le règne de Louis XIV. L'ode décrit la sculpture comme capable de transformer le métal et le marbre en représentations divines et héroïques. Le poète mentionne les progrès de cet art sous Louis XIV et cite des sculpteurs célèbres comme Girardon et Puget. L'ode met en lumière des œuvres majeures commandées par le roi, telles que 'L'Infortuné Milon' et 'Andromède'. Le texte se conclut par une prière pour le roi, louant ses contributions aux arts et exprimant le souhait que son règne continue de bénéficier à la postérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 59-72
LETTRE à M*** au sujet d'un Livre qui a pour titre : Réfléxions sur la Poësie en général, sur l'Eglogue, sur la Fable, sur l'Elegie, sur la Satyre, sur l'Ode, et sur les autres petits Poëmes.
Début :
Vous me demandés, Monsieur, ce que c'est qu'un Livre nouveau, intitulé [...]
Mots clefs :
Auteur, Fontenelle, Imagination, Poésie, Ouvrage, Raison, Esprit, Idées, La Motte, Goût, Sentiment, Sublime, Images, Plaisir, Ode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M*** au sujet d'un Livre qui a pour titre : Réfléxions sur la Poësie en général, sur l'Eglogue, sur la Fable, sur l'Elegie, sur la Satyre, sur l'Ode, et sur les autres petits Poëmes.
LETTRE à M *** au sujet d'un Livre
qui a pour titre : Réfléxions sur la Poësie
en général , sur l'Eglogue , sur la Fa
ble, sur l'Elegie, sur la Satyre, sur l'Ode,
et sur les autres petits Poëmes.
Vous
'Ous me demandés , Monsieur , ce
que c'est qu'un Livre nouveau , intitulé
: Réfléxions , &c ?C'est un Ouvrage
singulier, qui ne ressemble à rien de tout
ce que vous connoissez . L'Auteur tresdésinteressé
sur sa propre réputation
n'évite peut-être point assez le stile qu'il
condamne , il se tenoit en garde , mais
imperceptiblement et à son insçû, la contagion
l'aura gagné.
Le dessein de l'Auteur est de traitter
de la Poësie en général et des différens
genres de Poësie ; vous vous imaginez
peut- être qu'il se borne à en donner les
préceptes et les régles ; il va plus loin , il
remontejusqu'aux sources de notre plaisir. Se
flatte-t- il de les avoir découvertes ? Il s'égaye
en présentant toujours force images
Dij
et
to MERCURE DE FRANCE
et de temps à autre quelques idées qui lui
sont particulieres,
Le seul mot de Poësie le met d'abord .
en enthousiasme. Au nom de la Poësie
ne voyez vous pas s'animer tout ce qui
existe dans la nature ? L'Auteur qui croit
en devoir parler poëtiquement envoye
audevant de son Lecteur les Faunes et les
Dryades. Le murmure des Ruisseaux
vient se joindre à une autre sorte de concert
formé par les habitans des Airs . D'un
autre côté par respect et pour ne pas déplaire
, se retirent les Bêtes meurtrieres ,
qui ne veulent pas troubler nos plaisirs.
Tels sont les Privileges de la Poësie .
Ce n'étoit pas - là notre premier langage
; nous prîmes d'abord la forme de
nous exprimer la plus simple , mais il
nous falloit un langage de fête. La Poësie
nous en a servi . Elle devient pour nous
un plaisir de convention , que l'on ne goute
qu'à mesure que l'on se fait à la lecture
des Vers. Naissent en foule les images,
toujours agréables par deux endroits.
Elles servent à fixer nos idées , elles réveillent
nos passions ; la premiere de ces
raisons de notre plaisir , nous la sçavions;
la seconde , qui n'est pas connue de tout
le monde,est peut- être un peu trop aprofondie
par comparaison , avec le reste de
J'OuJANVIER.
1734
Zi
Ouvrage. Ne vous en étonnez pas ;
1'Auteur qui raporte tout au sentiment,
n'a voulu que sentir , et s'est moins sou
cié de raisonner.
Mais à l'égard de cet avantage de réveiller
les passions que l'on attribuë à la
Poësie et à ses images ; l'éloquence le partage
avec elle ; elle a ses peintures et ses
mouvemens. Quel est donc le grand plaisir
que produit la Poësie ? Celui de voir
la difficulté vaincuë. Un Poëte se gêne et
se contraint pour rendre ses idées , et malgré
la contrainte il parvient à les rendre ;
nous partageons avec lui cette petite victoire.
Que dis - je ? Petite victoire , c'est
une conquête importante , et c'étoit sagesse
de la part du Poëte de risquer à ce
prix le sacrifice de tout ce que l'imagi
nation et le génie pouvoient lui fournir.
Les Grands Poëtes ne perdront rien à la
gêne , l'Auteur s'en rend la caution. Mal
propos M. de la Motte se plaint- il de
ce que pour lui donner des Vers , on lui
enlève le plus souvent la justesse , la précision
, l'agrément , les convenances. L'Auteur
des Réfléxions veut des Vers à quelque
prix que ce soit , et sur sa parole vous
pouvez croire que c'est le propre du
grand Poëte de ne se ressentir en rien de
la gêne des Vers.
Diij Mais
62 MERCURE DE FRANCE!
Mais il y a Vers et Vers ; sa folie c'ese
l'Eglogue, et son malheur, c'est de n'en paint
trouver d'assez bonnes ; il aime les Prez ,
les Bois , les Fontaines ; il confesse sa foiblesse
, si vous en aviez envie , vous le séduiriez
avec le murmure d'une Fontaine.
Accourez Bergers et Bergeres , mais pre
nez bien garde au ton que vous allez
donner à vos Chalumeaux ; on ne veut
point de vos Airs rustiques, encore moins
de ces Airs rafinez que l'on chante dans
les Villes. Eloignez - vous également de
l'un et de l'autre ton , et vous aurez trouvé
le véritable . Rien que du sentiment ,
voilà tout ce qu'il nous faut. Si vous pouviez
ne faire que respirer , ce seroit encore
mieux; le fond de vos conversations ',
il est aisé de le regler . M. de Fontenelle
vous a fait parler de vos amours et de
votre tranquillité : ce ne sont point les
détails de la vie champêtre que nous aimons
; entretenez nous de votre bonheur
et de la paix profonde où vous vivez .
Quoique l'Auteur copie M. de Fontenelle
, ne croyez pas qu'il en soit trop épris,
il a fait l'anatomie de ses Eglogues ; ellos
lui avoient d'abord paru tendres , mais
il s'étoit trompé , ce n'est que le ton qui en
est tendre. Tout le monde en est la dupe,
l'Auteur en convient ; mais il nous avertit
JANVIER. 1734. 3
tit que nous nous méprenons, que nous
ne sentons point , que nous croyons sentir.
M. de Fontenelle va changer de
nom , ce n'est plus un grand Poëte , ce
n'est plus un esprit facile , tendre , naïf ,
délicat , sublime ; c'est un grand sorcier ,
qui a pris tous ces différens tons - là; l'Auteur
lui accorde seulement d'avoir dit des
choses fines et lui reproche de les avoir
dites trop fines pour l'Eglogue. Une chose
m'embarasse , c'est que la plupart des
femmes apprennent par coeur ces Eglogues
; elles qui se connoissent en sentiment
, pour le moins aussi bien que
nous, y sont trompées toutes les premiéres
; et loin de vouloir être désabusées ,
elles prient Messieurs les Auteurs de les
tromper toujours de la même façon.
De l'Eglogue , l'Auteur passe à la Fable,
c'est un genre de Poëme, où doit sur-tout
regner le naïf. Il faut choisir une verité
agréable, qui fasse un fond gay; que le récit
ne soit ni trop court, ni trop long. Semez-
le , si vous voulez , de réfléxions , mais
de réfléxions vives , et qui naissent du fond
du sujet.Sur tout, ayezgrand soin du choix
de vos personnages, car l'Auteur ne pardonne
point à M. de la Motte d'avoir fait parler
Dom Jugement , Dame Mémoire et
Demoiselle Imagination ; on ne sçait de
Diiij quelle
64 MERCURE DE FRANCE
quelle couleur les habiller. M. de la Motre
a eu grand tort de ne pas habiller Demoiselle
Imagination en couleur de Rose,
il auroit un procès de moins à essuyer
aussi l'Auteur aime t'il la Lime pour personnage
dans une Fable , parce qu'il connoît
la couleur d'une Lime . Pour ce qui est
de placer la Moralité , l'Auteur vous en
laisse le maître ; le commencement , la
fin de la Fable , toute place lui est également
bonne ; si vous placez la moralité
à la fin , chaque circonstance du fait sert
à l'annoncer ; si vous la placez au commencement
, au lieu de la deviner , on en
fait l'application à mesure que l'on avance
dans le fait , ce qui est une autre sorte
de plaisir . Par occasion , l'Auteur parle
des Contes , où il voudroit de la finesse,
mais ils en auroient plus de poison . A titre
de Philosophe , il nous conseille de
nous en passer.
C'est bien à regret que l'Auteur nous
parle de ces vilains petits Poëmes que l'on
appelle Elegies ; une bonne raison pour
laquelle il ne les goute point , c'est qu'il
veut vivre et qu'il ne veut point que les autres
meurent. La belle chanson que celle d'un
homme qui dit continuellement en vers qu'il
va mourir. Encore l'Elegie est- elle si courte
que l'on n'a pas le tems de faire connoisJANVIER
1734 65
noissance avec lui , et de devenir sensible
à ses maux ; du moins dans une Tragédie
où s'interresse davantage au sort de celui
qui gémit, parce qu'on le connoît et que
l'on a tout le cours de la piéce pour s'attendrir.
L'Auteur trouve un grand défaut
dans les Elegies , même les plus estimées
, c'est que l'on y répand des images
trop fortes et trop énergiques , il voudroit
plus de molesse dans le stile parce
qu'il présume que la douleur affoiblit le
plaignant.
,
L'Auteur glisse sur la Satyre , il y veut
du feu , du sel même des agrémens
étrangers,car peut s'en faut , dit l'Auteur,
qu'à l'égard de ce genre d'ouvrage , notre
inconstance ne l'emporte sur notre malignité
et que nous ne demandions des Satyres qui
ne soient plus satyres.
› Chemin faisant , il faut s'arrêter au sublime
avec l'Auteur , il en parle à propos
de l'Ode, et il n'en connoît que de deux
sortes , celui des Images et celui des Tours.
Ici il copie Boileau pendant plus de trois
pages pour le dédommager de ce qu'il
avoit dit de lui sur la Satyre , qu'il manquoit
de délicatesse. Le sublime des Images
c'est les differentes peintures qu'elles
présentent ; celui - ci ne lui paroît rien
par comparaison avec le sublime des Tours,
Dy 1212
66 MERCURE DE FRANCE
un qu'il mourût de Corneille lui paroît
un tour sublime,voyez ,je vous prie, comme
nous nous trompions . Vous croyez que'
lorsque l'on rapporte à Horace le pere la
fuite de son fils , que vous le voyez dans
l'indignation et qu'interrogé sur le parti'
qu'eut dû prendre le fils , le pere répond
qu'il mourut , vous croyez que c'est le
sentiment que vous admirez , point du
tout : c'est le tour. Que reste - t- il à dire
de l'Ode à présent , le sublime en fait
partie , on ne fait plus qu'attaquer les
Odes méthodiques , on y veut des écarts,
et ces écarts, au gré de l'Auteur, valent bien
tout ce que la raison peut produire avec tout
son orgueil ; à vous dire mon avis , j'avois
toujours crû l'imagination aussi orgüeilleuse
que la raison, mais que voulez vous ?
l'Auteur feint de se brouiller avec la raison.
Des écarts surtout, des écarts , voilà ce
qu'il demande à un Poëte lyrique. L'ordre
de l'Ode c'est le désordre, si M. de la Motte
revenoit , il auroit beau s'écrier , je voudrois
dans une Ode de la raison et du
feu. L'Auteur répondroit , je préfere mon
feu à toute votre raison. L'Auteur admet
par complaisance des Odes anacréontiques
, mais il y veut encore du désordre ,
il n'y a , selon lui , qu'une façon d'écrire
lans chaque genre , point d'Eglogue , si
elle
JANVIER 1734. 67
>
elle n'est simple , point de fable si elle
n'est naïve point d'Ode si vous n'y
mettez des écarts et si la foule des di
gressions n'y surpasse le fond de la chose .
D'un vol leger l'Auteur a couru sur
tous les genres ; voyez le se rabattre sur
les petits Poëmes , à commencer par le
Sonnet, et celui - ci c'est son favori , il a ,
si vous l'en croyez ,un raport parfait avec
Mlle Camargo ; comme elle , il est asservi
à la contrainte,et son mérite est d'être
libre comme elle. Vous craignez pour
l'Auteur et pour la Danseuse et l'un et
l'autre vous surprennent par les graces ;
par la même raison le Rondeau , la Ballade
et les Triolets lui plaisent infiniment , les
Stances ont le même avantage . Il est dif
ficile de réussir dans ces sortes d'ouvrages,
mais l'Auteur aimeroit mieux avoir fait
Pun des moindres d'entre ces petits Poëmes
que deux Ouvrages entiers de raisonnement ,
que quatre Tragédies. Il n'oublie le
Madrigal et l'Epigramme , et dans ces nouveaux
Poëmes- ci , l'Auteur veut encore
du naïf ; il nous surprend ce naïf , et il
n'est jamais l'effet de la colere ; par là il
porte des coups plus certains les Cantates
ne sont point du gout de l'Auteur
il passeroit les piéces marotiques , si elles
n'étoient pas en stile marotique.
D vj . Vous
pas
>
6.8 MERCURE DE FRANCE
६
Vous ne vous plaindrez pas , Monsieur,
d'être accablé par le grand nombre de
principes ; l'Auteur nous a instruit , le
voilà en droit de nous dire son avis sur
les causes de la corruption du gout.
Il en parle historiquement dans une
premiere lettre.Chez les Romains , comme
parmi nous la Paix a été l'époque de la
naissance et des progrez du gout ; et parmi
nous , comme chez les Romains , la
guerre a été le tombeau du gout . Mais
comme dit l'Auteur , après la décadence
du gout , l'ignorance est le grand remede
apparemment elle emporte les mauvaises
impressions de l'esprit , comme le grand
remede emporte le mauvais sang. Ne nous
chicannez pas, je vous prie , sur la comparaison
, car c'est ce que j'ai vû de plus
énergique dans l'ouvrage.
Dans une seconde lettre l'Auteur se
propose de parler philosophiquement ,
écoutez le Philosophe. Un homme a gâté
le gout chez les Romains , c'est Seneque,
et c'est parce qu'il avoit beaucoup d'esprit
qu'il a gâté le gout en fait d'éloquence ,
comme Ovide l'avoit gâté avant lui en
fait de Poësie ; les Seneques et les Ovides
de nôtre tems, c'est, dit- on , M. de Fontenelle
et M. de la Motte . M. de Fontenelle,
à ce que dit l'Auteur, a beaucoup de
délicatesse
JANVIER 17345 69
délicatesse dans l'imagination ; il ne dit pas
dans l'esprit. Vous me dites quelquefois
que M. de Fontenelle est sans contredit
un des plus grands Génies et un des plus
beaux Esprits que les siècles ayent produit
; l'Auteur ne lui en accorde pas tant,
il dit seulement que M. de Fontenelle est
capable de s'élever aux premiers principes ,
de mener à la verité par le chemin le plus
court et de semer ce chemin de fleurs . M. de
Fontenelle a de l'imagination et s'en rend le
maître , ce qui est un défaut selon l'Auteur
, car ce qui constitue le grand Génie ,
c'est de se laisser emporter par son imagination,
dès- là, point de chaleur chez M. de
Fontenelle et en supposant avec l'Auteur
que le sentiment dans un ouvrage doive
passer avant les vûës , on pourroit conclure
que tout ouvrage qui ne s'étayera
pas du sentiment, petilla t '-il de lumieres
philosophiques , ne doit pas tenir un
grand rang parmi les Ouvrages d'esprit.
Mais ce qui manque à M. de Fontenelle
du côté du désordre des idées , il le gagne du
côté de la précision , il surprend continuellement
et par ses idées et par le tour heureux
qu'il donne à ses idées : il en a de neuves et
de communes qu'il fait passer pour neuves ,
qu'il habille en paradoxes . L'Auteur a
jugé des paradoxes de M. de Fontenelle.
par
70
MERCURE
DE FRANCE
par comparaison
avec les siens . Ceux
qu'il a donnez au Public ont été trouvez
plus ingenieux que solides , et en lisant
ceux de M. de Fontenelle , on croit ne
faire qu'ouvrir les yeux sur un pays connu
; et vous entendez quel défaut c'est en
fait d'ouvrage d'esprit , de s'accorder avec
le Lecteur. Ce n'est pas là tout le merite
de M. de Fontenelle ; chez lui l'Art est
si caché, que quand vous attendez de lui
des ornemens , il vous donne des choses
simples qui vous surprennent
plus que
les ornemens n'eussent fait , et qu'en revanche
vous retrouvez avec la parure des
matieres qui sembloient ne la pas comporter.
En effet, quelle est l'idée de M. de
Fontenelle de badiner avec la Mort ? de
montrer de l'imagination
et même de la
plus enjouée dans une Oraison funebre ?
il a beau produire par son enjoument
l'effet qu'il lui demande , on seroit bien
plus content de voir M. de Fontenelle
gémir sur le sort d'un ami , cela feroit
preuve du bon coeur. Encore en matiere
de Géometrie les fleurs révoltent : M. de
Fontenelle réduit les Scavans au niveau
des autres hommes , qui, attirez par les
idées sensibles , se trouvent avoir recueilli
les principes comme les Géometres mêmes.
Tout le corps des Géometres devroit
s'élever
JANVIER 1734 71
s'élever contre un pareil attentat . M. de
Fontenelle a encore grand tort de tailler
une idée comme on taille un diamant ; on
l'aimeroit mieux brutte et moins brillante,
on le quitte de ses agrémens , c'est un
plaisir qu'il procure , à la verité , mais
c'est une illusion qu'il cause .
L'Auteur n'est pas plus favorable à M.
de la Motte , il ne manque pas d'esprit ,
mais l'Auteur trouve qu'il manque de
gout. Et il est à propos de faire une bonne
fois le procès à ce Public , qui a mis les
Odes de M. de la Motte à côté de celles
de Rousseau , qui a comparé ses Fables
à celles de la Fontaine , ses Tragédies à
celles des Corneilles et des Racines, et ses
Operas à ceux de Quinault , et qui a encore
assigné à ses discours l'éloquence et
à toute sa Frose une classe à part pour ne
le comparer en ce point qu'à lui - même .
Ce Public a le gout gâté, corrompu. Prenez
vous en à M. de Fontenelle que l'Auteur
compare à un Cuisinier. Et surquoi
fondée la comparaison? sur ce que M. de
Fontenelle a introduit dans le pays des
Lettres le gout de la précision , sur ce
qu'il a semé les Analises en tout genre.
d'ouvrages, et sur ce qu'il a réduit l'imagination
à n'aller jamais que de pair avec
la raison. M. de la Motte a aussi tourné
du
72
MERCURE DE FRANCE
›
du côté de cette Logique incommode , il
a été habile à tirer les conséquences , et c'étoit
sur le choix des principes qu'il falloit
l'être : éclairé par l'Auteur , il eut mieux
fait et n'eut cependant pas si bien réussi,
parce que le Public avoit le gout gâtẻ.
La conclusion de cet Ouvrage c'est
que nous devons consulter le sentiment ,
et ne pas nous en raporter à notre raison,
qui n'est par elle - même que sécheresse .
C'est dans notre coeur qu'est la source du
gout , et mal- à - propos à- t'on regardé
jusqu'ici le discernement comme une
qualité de l'esprit.
L'Auteur dans une troisiéme et derniere
Lettre observe heureusement qu'une des
causes de la corruption du gout , c'est
l'esprit de manege aujourd'hui , trop à la
mode parmi les gens de Lettres . Ce malheureux
talent énerve les qualitez de
Fame. Cette souplesse qui fait de bons
courtisans ne nous éleve point assez l'imagination
et nous rend au contraire incapables
de ces grandes et sublimes idées
qui n'appartiennent qu'à une imagination
indépendante. Je suis & c.
Je me propose de vous entretenir par
une seconde Lettre , des détails de l'Ouvrage
, et de rendre justice aux beautez
qui y sont répanduës, sans en dissimuler les
défauts
qui a pour titre : Réfléxions sur la Poësie
en général , sur l'Eglogue , sur la Fa
ble, sur l'Elegie, sur la Satyre, sur l'Ode,
et sur les autres petits Poëmes.
Vous
'Ous me demandés , Monsieur , ce
que c'est qu'un Livre nouveau , intitulé
: Réfléxions , &c ?C'est un Ouvrage
singulier, qui ne ressemble à rien de tout
ce que vous connoissez . L'Auteur tresdésinteressé
sur sa propre réputation
n'évite peut-être point assez le stile qu'il
condamne , il se tenoit en garde , mais
imperceptiblement et à son insçû, la contagion
l'aura gagné.
Le dessein de l'Auteur est de traitter
de la Poësie en général et des différens
genres de Poësie ; vous vous imaginez
peut- être qu'il se borne à en donner les
préceptes et les régles ; il va plus loin , il
remontejusqu'aux sources de notre plaisir. Se
flatte-t- il de les avoir découvertes ? Il s'égaye
en présentant toujours force images
Dij
et
to MERCURE DE FRANCE
et de temps à autre quelques idées qui lui
sont particulieres,
Le seul mot de Poësie le met d'abord .
en enthousiasme. Au nom de la Poësie
ne voyez vous pas s'animer tout ce qui
existe dans la nature ? L'Auteur qui croit
en devoir parler poëtiquement envoye
audevant de son Lecteur les Faunes et les
Dryades. Le murmure des Ruisseaux
vient se joindre à une autre sorte de concert
formé par les habitans des Airs . D'un
autre côté par respect et pour ne pas déplaire
, se retirent les Bêtes meurtrieres ,
qui ne veulent pas troubler nos plaisirs.
Tels sont les Privileges de la Poësie .
Ce n'étoit pas - là notre premier langage
; nous prîmes d'abord la forme de
nous exprimer la plus simple , mais il
nous falloit un langage de fête. La Poësie
nous en a servi . Elle devient pour nous
un plaisir de convention , que l'on ne goute
qu'à mesure que l'on se fait à la lecture
des Vers. Naissent en foule les images,
toujours agréables par deux endroits.
Elles servent à fixer nos idées , elles réveillent
nos passions ; la premiere de ces
raisons de notre plaisir , nous la sçavions;
la seconde , qui n'est pas connue de tout
le monde,est peut- être un peu trop aprofondie
par comparaison , avec le reste de
J'OuJANVIER.
1734
Zi
Ouvrage. Ne vous en étonnez pas ;
1'Auteur qui raporte tout au sentiment,
n'a voulu que sentir , et s'est moins sou
cié de raisonner.
Mais à l'égard de cet avantage de réveiller
les passions que l'on attribuë à la
Poësie et à ses images ; l'éloquence le partage
avec elle ; elle a ses peintures et ses
mouvemens. Quel est donc le grand plaisir
que produit la Poësie ? Celui de voir
la difficulté vaincuë. Un Poëte se gêne et
se contraint pour rendre ses idées , et malgré
la contrainte il parvient à les rendre ;
nous partageons avec lui cette petite victoire.
Que dis - je ? Petite victoire , c'est
une conquête importante , et c'étoit sagesse
de la part du Poëte de risquer à ce
prix le sacrifice de tout ce que l'imagi
nation et le génie pouvoient lui fournir.
Les Grands Poëtes ne perdront rien à la
gêne , l'Auteur s'en rend la caution. Mal
propos M. de la Motte se plaint- il de
ce que pour lui donner des Vers , on lui
enlève le plus souvent la justesse , la précision
, l'agrément , les convenances. L'Auteur
des Réfléxions veut des Vers à quelque
prix que ce soit , et sur sa parole vous
pouvez croire que c'est le propre du
grand Poëte de ne se ressentir en rien de
la gêne des Vers.
Diij Mais
62 MERCURE DE FRANCE!
Mais il y a Vers et Vers ; sa folie c'ese
l'Eglogue, et son malheur, c'est de n'en paint
trouver d'assez bonnes ; il aime les Prez ,
les Bois , les Fontaines ; il confesse sa foiblesse
, si vous en aviez envie , vous le séduiriez
avec le murmure d'une Fontaine.
Accourez Bergers et Bergeres , mais pre
nez bien garde au ton que vous allez
donner à vos Chalumeaux ; on ne veut
point de vos Airs rustiques, encore moins
de ces Airs rafinez que l'on chante dans
les Villes. Eloignez - vous également de
l'un et de l'autre ton , et vous aurez trouvé
le véritable . Rien que du sentiment ,
voilà tout ce qu'il nous faut. Si vous pouviez
ne faire que respirer , ce seroit encore
mieux; le fond de vos conversations ',
il est aisé de le regler . M. de Fontenelle
vous a fait parler de vos amours et de
votre tranquillité : ce ne sont point les
détails de la vie champêtre que nous aimons
; entretenez nous de votre bonheur
et de la paix profonde où vous vivez .
Quoique l'Auteur copie M. de Fontenelle
, ne croyez pas qu'il en soit trop épris,
il a fait l'anatomie de ses Eglogues ; ellos
lui avoient d'abord paru tendres , mais
il s'étoit trompé , ce n'est que le ton qui en
est tendre. Tout le monde en est la dupe,
l'Auteur en convient ; mais il nous avertit
JANVIER. 1734. 3
tit que nous nous méprenons, que nous
ne sentons point , que nous croyons sentir.
M. de Fontenelle va changer de
nom , ce n'est plus un grand Poëte , ce
n'est plus un esprit facile , tendre , naïf ,
délicat , sublime ; c'est un grand sorcier ,
qui a pris tous ces différens tons - là; l'Auteur
lui accorde seulement d'avoir dit des
choses fines et lui reproche de les avoir
dites trop fines pour l'Eglogue. Une chose
m'embarasse , c'est que la plupart des
femmes apprennent par coeur ces Eglogues
; elles qui se connoissent en sentiment
, pour le moins aussi bien que
nous, y sont trompées toutes les premiéres
; et loin de vouloir être désabusées ,
elles prient Messieurs les Auteurs de les
tromper toujours de la même façon.
De l'Eglogue , l'Auteur passe à la Fable,
c'est un genre de Poëme, où doit sur-tout
regner le naïf. Il faut choisir une verité
agréable, qui fasse un fond gay; que le récit
ne soit ni trop court, ni trop long. Semez-
le , si vous voulez , de réfléxions , mais
de réfléxions vives , et qui naissent du fond
du sujet.Sur tout, ayezgrand soin du choix
de vos personnages, car l'Auteur ne pardonne
point à M. de la Motte d'avoir fait parler
Dom Jugement , Dame Mémoire et
Demoiselle Imagination ; on ne sçait de
Diiij quelle
64 MERCURE DE FRANCE
quelle couleur les habiller. M. de la Motre
a eu grand tort de ne pas habiller Demoiselle
Imagination en couleur de Rose,
il auroit un procès de moins à essuyer
aussi l'Auteur aime t'il la Lime pour personnage
dans une Fable , parce qu'il connoît
la couleur d'une Lime . Pour ce qui est
de placer la Moralité , l'Auteur vous en
laisse le maître ; le commencement , la
fin de la Fable , toute place lui est également
bonne ; si vous placez la moralité
à la fin , chaque circonstance du fait sert
à l'annoncer ; si vous la placez au commencement
, au lieu de la deviner , on en
fait l'application à mesure que l'on avance
dans le fait , ce qui est une autre sorte
de plaisir . Par occasion , l'Auteur parle
des Contes , où il voudroit de la finesse,
mais ils en auroient plus de poison . A titre
de Philosophe , il nous conseille de
nous en passer.
C'est bien à regret que l'Auteur nous
parle de ces vilains petits Poëmes que l'on
appelle Elegies ; une bonne raison pour
laquelle il ne les goute point , c'est qu'il
veut vivre et qu'il ne veut point que les autres
meurent. La belle chanson que celle d'un
homme qui dit continuellement en vers qu'il
va mourir. Encore l'Elegie est- elle si courte
que l'on n'a pas le tems de faire connoisJANVIER
1734 65
noissance avec lui , et de devenir sensible
à ses maux ; du moins dans une Tragédie
où s'interresse davantage au sort de celui
qui gémit, parce qu'on le connoît et que
l'on a tout le cours de la piéce pour s'attendrir.
L'Auteur trouve un grand défaut
dans les Elegies , même les plus estimées
, c'est que l'on y répand des images
trop fortes et trop énergiques , il voudroit
plus de molesse dans le stile parce
qu'il présume que la douleur affoiblit le
plaignant.
,
L'Auteur glisse sur la Satyre , il y veut
du feu , du sel même des agrémens
étrangers,car peut s'en faut , dit l'Auteur,
qu'à l'égard de ce genre d'ouvrage , notre
inconstance ne l'emporte sur notre malignité
et que nous ne demandions des Satyres qui
ne soient plus satyres.
› Chemin faisant , il faut s'arrêter au sublime
avec l'Auteur , il en parle à propos
de l'Ode, et il n'en connoît que de deux
sortes , celui des Images et celui des Tours.
Ici il copie Boileau pendant plus de trois
pages pour le dédommager de ce qu'il
avoit dit de lui sur la Satyre , qu'il manquoit
de délicatesse. Le sublime des Images
c'est les differentes peintures qu'elles
présentent ; celui - ci ne lui paroît rien
par comparaison avec le sublime des Tours,
Dy 1212
66 MERCURE DE FRANCE
un qu'il mourût de Corneille lui paroît
un tour sublime,voyez ,je vous prie, comme
nous nous trompions . Vous croyez que'
lorsque l'on rapporte à Horace le pere la
fuite de son fils , que vous le voyez dans
l'indignation et qu'interrogé sur le parti'
qu'eut dû prendre le fils , le pere répond
qu'il mourut , vous croyez que c'est le
sentiment que vous admirez , point du
tout : c'est le tour. Que reste - t- il à dire
de l'Ode à présent , le sublime en fait
partie , on ne fait plus qu'attaquer les
Odes méthodiques , on y veut des écarts,
et ces écarts, au gré de l'Auteur, valent bien
tout ce que la raison peut produire avec tout
son orgueil ; à vous dire mon avis , j'avois
toujours crû l'imagination aussi orgüeilleuse
que la raison, mais que voulez vous ?
l'Auteur feint de se brouiller avec la raison.
Des écarts surtout, des écarts , voilà ce
qu'il demande à un Poëte lyrique. L'ordre
de l'Ode c'est le désordre, si M. de la Motte
revenoit , il auroit beau s'écrier , je voudrois
dans une Ode de la raison et du
feu. L'Auteur répondroit , je préfere mon
feu à toute votre raison. L'Auteur admet
par complaisance des Odes anacréontiques
, mais il y veut encore du désordre ,
il n'y a , selon lui , qu'une façon d'écrire
lans chaque genre , point d'Eglogue , si
elle
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>
elle n'est simple , point de fable si elle
n'est naïve point d'Ode si vous n'y
mettez des écarts et si la foule des di
gressions n'y surpasse le fond de la chose .
D'un vol leger l'Auteur a couru sur
tous les genres ; voyez le se rabattre sur
les petits Poëmes , à commencer par le
Sonnet, et celui - ci c'est son favori , il a ,
si vous l'en croyez ,un raport parfait avec
Mlle Camargo ; comme elle , il est asservi
à la contrainte,et son mérite est d'être
libre comme elle. Vous craignez pour
l'Auteur et pour la Danseuse et l'un et
l'autre vous surprennent par les graces ;
par la même raison le Rondeau , la Ballade
et les Triolets lui plaisent infiniment , les
Stances ont le même avantage . Il est dif
ficile de réussir dans ces sortes d'ouvrages,
mais l'Auteur aimeroit mieux avoir fait
Pun des moindres d'entre ces petits Poëmes
que deux Ouvrages entiers de raisonnement ,
que quatre Tragédies. Il n'oublie le
Madrigal et l'Epigramme , et dans ces nouveaux
Poëmes- ci , l'Auteur veut encore
du naïf ; il nous surprend ce naïf , et il
n'est jamais l'effet de la colere ; par là il
porte des coups plus certains les Cantates
ne sont point du gout de l'Auteur
il passeroit les piéces marotiques , si elles
n'étoient pas en stile marotique.
D vj . Vous
pas
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6.8 MERCURE DE FRANCE
६
Vous ne vous plaindrez pas , Monsieur,
d'être accablé par le grand nombre de
principes ; l'Auteur nous a instruit , le
voilà en droit de nous dire son avis sur
les causes de la corruption du gout.
Il en parle historiquement dans une
premiere lettre.Chez les Romains , comme
parmi nous la Paix a été l'époque de la
naissance et des progrez du gout ; et parmi
nous , comme chez les Romains , la
guerre a été le tombeau du gout . Mais
comme dit l'Auteur , après la décadence
du gout , l'ignorance est le grand remede
apparemment elle emporte les mauvaises
impressions de l'esprit , comme le grand
remede emporte le mauvais sang. Ne nous
chicannez pas, je vous prie , sur la comparaison
, car c'est ce que j'ai vû de plus
énergique dans l'ouvrage.
Dans une seconde lettre l'Auteur se
propose de parler philosophiquement ,
écoutez le Philosophe. Un homme a gâté
le gout chez les Romains , c'est Seneque,
et c'est parce qu'il avoit beaucoup d'esprit
qu'il a gâté le gout en fait d'éloquence ,
comme Ovide l'avoit gâté avant lui en
fait de Poësie ; les Seneques et les Ovides
de nôtre tems, c'est, dit- on , M. de Fontenelle
et M. de la Motte . M. de Fontenelle,
à ce que dit l'Auteur, a beaucoup de
délicatesse
JANVIER 17345 69
délicatesse dans l'imagination ; il ne dit pas
dans l'esprit. Vous me dites quelquefois
que M. de Fontenelle est sans contredit
un des plus grands Génies et un des plus
beaux Esprits que les siècles ayent produit
; l'Auteur ne lui en accorde pas tant,
il dit seulement que M. de Fontenelle est
capable de s'élever aux premiers principes ,
de mener à la verité par le chemin le plus
court et de semer ce chemin de fleurs . M. de
Fontenelle a de l'imagination et s'en rend le
maître , ce qui est un défaut selon l'Auteur
, car ce qui constitue le grand Génie ,
c'est de se laisser emporter par son imagination,
dès- là, point de chaleur chez M. de
Fontenelle et en supposant avec l'Auteur
que le sentiment dans un ouvrage doive
passer avant les vûës , on pourroit conclure
que tout ouvrage qui ne s'étayera
pas du sentiment, petilla t '-il de lumieres
philosophiques , ne doit pas tenir un
grand rang parmi les Ouvrages d'esprit.
Mais ce qui manque à M. de Fontenelle
du côté du désordre des idées , il le gagne du
côté de la précision , il surprend continuellement
et par ses idées et par le tour heureux
qu'il donne à ses idées : il en a de neuves et
de communes qu'il fait passer pour neuves ,
qu'il habille en paradoxes . L'Auteur a
jugé des paradoxes de M. de Fontenelle.
par
70
MERCURE
DE FRANCE
par comparaison
avec les siens . Ceux
qu'il a donnez au Public ont été trouvez
plus ingenieux que solides , et en lisant
ceux de M. de Fontenelle , on croit ne
faire qu'ouvrir les yeux sur un pays connu
; et vous entendez quel défaut c'est en
fait d'ouvrage d'esprit , de s'accorder avec
le Lecteur. Ce n'est pas là tout le merite
de M. de Fontenelle ; chez lui l'Art est
si caché, que quand vous attendez de lui
des ornemens , il vous donne des choses
simples qui vous surprennent
plus que
les ornemens n'eussent fait , et qu'en revanche
vous retrouvez avec la parure des
matieres qui sembloient ne la pas comporter.
En effet, quelle est l'idée de M. de
Fontenelle de badiner avec la Mort ? de
montrer de l'imagination
et même de la
plus enjouée dans une Oraison funebre ?
il a beau produire par son enjoument
l'effet qu'il lui demande , on seroit bien
plus content de voir M. de Fontenelle
gémir sur le sort d'un ami , cela feroit
preuve du bon coeur. Encore en matiere
de Géometrie les fleurs révoltent : M. de
Fontenelle réduit les Scavans au niveau
des autres hommes , qui, attirez par les
idées sensibles , se trouvent avoir recueilli
les principes comme les Géometres mêmes.
Tout le corps des Géometres devroit
s'élever
JANVIER 1734 71
s'élever contre un pareil attentat . M. de
Fontenelle a encore grand tort de tailler
une idée comme on taille un diamant ; on
l'aimeroit mieux brutte et moins brillante,
on le quitte de ses agrémens , c'est un
plaisir qu'il procure , à la verité , mais
c'est une illusion qu'il cause .
L'Auteur n'est pas plus favorable à M.
de la Motte , il ne manque pas d'esprit ,
mais l'Auteur trouve qu'il manque de
gout. Et il est à propos de faire une bonne
fois le procès à ce Public , qui a mis les
Odes de M. de la Motte à côté de celles
de Rousseau , qui a comparé ses Fables
à celles de la Fontaine , ses Tragédies à
celles des Corneilles et des Racines, et ses
Operas à ceux de Quinault , et qui a encore
assigné à ses discours l'éloquence et
à toute sa Frose une classe à part pour ne
le comparer en ce point qu'à lui - même .
Ce Public a le gout gâté, corrompu. Prenez
vous en à M. de Fontenelle que l'Auteur
compare à un Cuisinier. Et surquoi
fondée la comparaison? sur ce que M. de
Fontenelle a introduit dans le pays des
Lettres le gout de la précision , sur ce
qu'il a semé les Analises en tout genre.
d'ouvrages, et sur ce qu'il a réduit l'imagination
à n'aller jamais que de pair avec
la raison. M. de la Motte a aussi tourné
du
72
MERCURE DE FRANCE
›
du côté de cette Logique incommode , il
a été habile à tirer les conséquences , et c'étoit
sur le choix des principes qu'il falloit
l'être : éclairé par l'Auteur , il eut mieux
fait et n'eut cependant pas si bien réussi,
parce que le Public avoit le gout gâtẻ.
La conclusion de cet Ouvrage c'est
que nous devons consulter le sentiment ,
et ne pas nous en raporter à notre raison,
qui n'est par elle - même que sécheresse .
C'est dans notre coeur qu'est la source du
gout , et mal- à - propos à- t'on regardé
jusqu'ici le discernement comme une
qualité de l'esprit.
L'Auteur dans une troisiéme et derniere
Lettre observe heureusement qu'une des
causes de la corruption du gout , c'est
l'esprit de manege aujourd'hui , trop à la
mode parmi les gens de Lettres . Ce malheureux
talent énerve les qualitez de
Fame. Cette souplesse qui fait de bons
courtisans ne nous éleve point assez l'imagination
et nous rend au contraire incapables
de ces grandes et sublimes idées
qui n'appartiennent qu'à une imagination
indépendante. Je suis & c.
Je me propose de vous entretenir par
une seconde Lettre , des détails de l'Ouvrage
, et de rendre justice aux beautez
qui y sont répanduës, sans en dissimuler les
défauts
Fermer
Résumé : LETTRE à M*** au sujet d'un Livre qui a pour titre : Réfléxions sur la Poësie en général, sur l'Eglogue, sur la Fable, sur l'Elegie, sur la Satyre, sur l'Ode, et sur les autres petits Poëmes.
La lettre traite d'un ouvrage intitulé 'Réflexions sur la Poésie en général, sur l'Églogue, sur la Fable, sur l'Élégie, sur la Satyre, sur l'Ode, et sur les autres petits Poëmes'. L'auteur de la lettre répond à une demande concernant ce livre, qu'il décrit comme singulier et différent de tout ce que le destinataire connaît. L'auteur de l'ouvrage, bien que désintéressé par sa propre réputation, ne parvient pas toujours à éviter le style qu'il critique. L'ouvrage examine la poésie en général et ses différents genres. Contrairement à une simple présentation de préceptes et de règles, l'auteur explore les sources du plaisir poétique. Il utilise des images et des idées personnelles pour illustrer ses points, souvent avec enthousiasme. La poésie est présentée comme un langage de fête, un plaisir de convention qui fixe les idées et réveille les passions. L'auteur discute des privilèges de la poésie, qui anime la nature et contraint le poète à exprimer ses idées malgré les difficultés. Il critique certains poètes, comme M. de la Motte, pour leur manque de justesse et de précision dans les vers. Il apprécie les églogues, les fables, les odes et les petits poèmes, chacun ayant ses propres règles et contraintes. Par exemple, il préfère les églogues simples et les fables naïves, et il critique les élégies pour leur style trop énergique. L'auteur aborde également la corruption du goût, attribuant cette décadence à des figures comme Sénèque et Ovide chez les Romains, et à des contemporains comme M. de Fontenelle et M. de la Motte. Il conclut en discutant des causes historiques et philosophiques de cette corruption, soulignant l'impact de la paix et de la guerre sur le goût littéraire. Le texte critique les œuvres de M. de Fontenelle et M. de la Motte, tout en discutant du goût littéraire du public. M. de Fontenelle est loué pour sa précision et son habileté à surprendre par ses idées, mais ses paradoxes sont jugés plus ingénieux que solides. Son art est si caché qu'il surprend par des choses simples plutôt que par des ornements. Cependant, son enjouement dans une oraison funèbre et ses fleurs en géométrie sont critiqués. L'auteur compare M. de Fontenelle à un cuisinier, introduisant la précision et l'analyse dans les lettres. M. de la Motte est jugé manquant de goût, malgré son esprit. Le public est accusé d'avoir un goût corrompu, comparant les œuvres de M. de la Motte à celles de grands auteurs. La conclusion est que le goût réside dans le cœur et non dans la raison. L'auteur critique également l'esprit de manège parmi les gens de lettres, qui énerve les qualités de l'imagination.
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