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1
p. xi-xii
« Les Poësies suivantes sont toutes d'un mesme Autheur. On [...] »
Début :
Les Poësies suivantes sont toutes d'un mesme Autheur. On [...]
Mots clefs :
Recueil, Poésies
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texteReconnaissance textuelle : « Les Poësies suivantes sont toutes d'un mesme Autheur. On [...] »
Les Poëfies fuivantes
font toutes d'un mefme
aij MERCURE
Autheur. On les a mis
enfemble afin que fi quel
qu'un veutfaire un petit
Recueil , il puiffe faire
relier lesfeuilles qui fisivent
avec quelques autres
que je mettray encore
Separement dans lesMer
cures fuivants.
font toutes d'un mefme
aij MERCURE
Autheur. On les a mis
enfemble afin que fi quel
qu'un veutfaire un petit
Recueil , il puiffe faire
relier lesfeuilles qui fisivent
avec quelques autres
que je mettray encore
Separement dans lesMer
cures fuivants.
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2
p. 88-95
Discours sur l'Acrostiche.
Début :
Voici un ouvrage dont je ne connais encore ni le / Ce n'est pas seulement en France, ni seulement dans [...]
Mots clefs :
Acrostiche, Discours, Mérite, Ouvrages, Poésies, Poètes
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texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'Acrostiche.
Voici un ouvrage dont
je ne connois encore ni le
merite ni l'uſage ; c'eſt peutêtre
faute d'habitude : mais
tout ce que j'en peux dire
maintenant , c'eſt qu'il a
été preſenté au Roy parM.
de Meſſanges , qui est vraiment
nn homme d'eſprit
&d'érudition.
Dif
GALANT. 8
Discours sur l'Acroftiche.
9
Ce n'eſt pas ſeulement en
France , ni ſeulement dans
ces derniers temps que la
Poëfie , naturellement fertile
en conſtructions galantes
, a trouvé l'art de ce.
lebrer le merite & la vertu
par les tours ingenieux des
arrangemens figurez , &
par les artifices gracieux
des expreſſions façonnées.
Les Grecs qui ſont encore
aujourd'hui , comme ils ont
éré dans les ſiecles anciens ,
Sept. 1714. H
90
MERCURE
1
le modele de la politeſſe,
& la regle du bel eſprit ,
font des premiers qui nous
ont fourni les exemples de
cette delicateſſe. Nous al
vons encore de leurs Poё
fies , où les ſujets ſont exprimez
non ſeulement par
la ſignification des paroles,
mais auſſi par la figure même
que leurs vers tracent
fur le papier.
Ces morceaux ſe ſont
trouvez tellement du goût
de toutes les nations & de
tous les temps , qu'ils ont
bravé l'injure de deux mil
GALANT ور .
années, &ſe ſont conſervez
juſqu'à nos jours , comme
de precieux monumens de
la politeſſe de ces peuples.
Lamajestémême de l'Ecriture
ſainte n'a pas méprifé
ces jeux ; elle s'en oft
même ſervie d'ornemensde
ſes principales pieces. Les
retours& les repetitions affectées
dans chaque vers
non ſeulement du même
mot , mais encore de la mêmephraſe
, en ſont les preuves
; & les ſaints ouvrages
où se trouvent ces affectations
heureuſes , loin d'être
Hij
92
MERCURE
rendusennuyeux par ces redites
frequentes , n'en font
trouvez que plus touchans.
Nous n'avons rien dans
toute l'érenduë de la Poëſie
Françoiſe où ces jeux
ſoient employez plus à propos
que dans la piece que
L'on appelle Acroftiche ,
dans laquelle , par une difpoſition
étudiée , la premiere
lettre de chaque vers
étant priſe ſeparément,pour
être enſuite reunies toutes
enſemble par une lecture à
part , forme à deſſein un ou
pluſieurs mots qui ont rap-
ےک
GALANT. 93
port au ſujer , &faitle nom
même de la perſonne ou
de la choſe dont ony parle.
C'eſt donc àtortque des
perſonnes peu verlées dans
Je difcernement du veritable
goût de la Poëfie , tâ
chent de diminuer aujourd'hui
,par des jugemens injurieux
, le merite de ce
genre d'écrire plein d'induſtrie
&d'ornement, ne dif
tinguant pas le défaut de la
piece d'avec celui des auteurs
; puiſque s'il eſt rare
de rencontrer en ce genre
une piece ſupportable , ne
94 MERCURE
s'en trouvant preſque aucune
dont les vers ſoient
naturels , mais toûjours fi
forcez & fi peu fenſez , qu'à
peine peut- on les entendre,
ce n'eſt pas le défaut de l'Acroftiche
, qui , lors qu'elle
eſt naturelle &bien ſenſée ,
peut paffer pour un chefd'oeuvre
à cauſe de ſon extreme
difficulté : mais c'eſt
la faute des ouvriers , qui
ne s'étant pas aſſez conful.
tez eux- mêmes ſur ce ſujet,
entreprennent ces difficiles
ouvrages ſans avoir la force
d'y reüffir ; ouvrages qu'on
GALANT.
95
ne doit point avilir , ni mépriſer
pour n'avoir pas l'adreſſe
de les faite.
je ne connois encore ni le
merite ni l'uſage ; c'eſt peutêtre
faute d'habitude : mais
tout ce que j'en peux dire
maintenant , c'eſt qu'il a
été preſenté au Roy parM.
de Meſſanges , qui est vraiment
nn homme d'eſprit
&d'érudition.
Dif
GALANT. 8
Discours sur l'Acroftiche.
9
Ce n'eſt pas ſeulement en
France , ni ſeulement dans
ces derniers temps que la
Poëfie , naturellement fertile
en conſtructions galantes
, a trouvé l'art de ce.
lebrer le merite & la vertu
par les tours ingenieux des
arrangemens figurez , &
par les artifices gracieux
des expreſſions façonnées.
Les Grecs qui ſont encore
aujourd'hui , comme ils ont
éré dans les ſiecles anciens ,
Sept. 1714. H
90
MERCURE
1
le modele de la politeſſe,
& la regle du bel eſprit ,
font des premiers qui nous
ont fourni les exemples de
cette delicateſſe. Nous al
vons encore de leurs Poё
fies , où les ſujets ſont exprimez
non ſeulement par
la ſignification des paroles,
mais auſſi par la figure même
que leurs vers tracent
fur le papier.
Ces morceaux ſe ſont
trouvez tellement du goût
de toutes les nations & de
tous les temps , qu'ils ont
bravé l'injure de deux mil
GALANT ور .
années, &ſe ſont conſervez
juſqu'à nos jours , comme
de precieux monumens de
la politeſſe de ces peuples.
Lamajestémême de l'Ecriture
ſainte n'a pas méprifé
ces jeux ; elle s'en oft
même ſervie d'ornemensde
ſes principales pieces. Les
retours& les repetitions affectées
dans chaque vers
non ſeulement du même
mot , mais encore de la mêmephraſe
, en ſont les preuves
; & les ſaints ouvrages
où se trouvent ces affectations
heureuſes , loin d'être
Hij
92
MERCURE
rendusennuyeux par ces redites
frequentes , n'en font
trouvez que plus touchans.
Nous n'avons rien dans
toute l'érenduë de la Poëſie
Françoiſe où ces jeux
ſoient employez plus à propos
que dans la piece que
L'on appelle Acroftiche ,
dans laquelle , par une difpoſition
étudiée , la premiere
lettre de chaque vers
étant priſe ſeparément,pour
être enſuite reunies toutes
enſemble par une lecture à
part , forme à deſſein un ou
pluſieurs mots qui ont rap-
ےک
GALANT. 93
port au ſujer , &faitle nom
même de la perſonne ou
de la choſe dont ony parle.
C'eſt donc àtortque des
perſonnes peu verlées dans
Je difcernement du veritable
goût de la Poëfie , tâ
chent de diminuer aujourd'hui
,par des jugemens injurieux
, le merite de ce
genre d'écrire plein d'induſtrie
&d'ornement, ne dif
tinguant pas le défaut de la
piece d'avec celui des auteurs
; puiſque s'il eſt rare
de rencontrer en ce genre
une piece ſupportable , ne
94 MERCURE
s'en trouvant preſque aucune
dont les vers ſoient
naturels , mais toûjours fi
forcez & fi peu fenſez , qu'à
peine peut- on les entendre,
ce n'eſt pas le défaut de l'Acroftiche
, qui , lors qu'elle
eſt naturelle &bien ſenſée ,
peut paffer pour un chefd'oeuvre
à cauſe de ſon extreme
difficulté : mais c'eſt
la faute des ouvriers , qui
ne s'étant pas aſſez conful.
tez eux- mêmes ſur ce ſujet,
entreprennent ces difficiles
ouvrages ſans avoir la force
d'y reüffir ; ouvrages qu'on
GALANT.
95
ne doit point avilir , ni mépriſer
pour n'avoir pas l'adreſſe
de les faite.
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Résumé : Discours sur l'Acrostiche.
Le texte traite d'un ouvrage présenté au roi par Monsieur de Messanges, connu pour son esprit et son érudition. Il aborde la poésie acrostiche, un genre où les premières lettres de chaque vers forment un mot ou une phrase liée au sujet du poème. Cette forme poétique est ancienne et appréciée depuis les Grecs, qui en ont fourni des exemples raffinés. Les acrostiches ont perduré à travers les siècles et sont présents dans diverses cultures et époques. L'Écriture sainte utilise également des répétitions et des retours pour renforcer l'impact émotionnel des textes sacrés. En poésie française, l'acrostiche est notable pour sa difficulté et son ingéniosité. Cependant, nombreuses pièces acrostiches manquent de naturel et de sens, souvent en raison des auteurs plutôt que du genre lui-même. Une acrostiche bien réalisée peut être considérée comme un chef-d'œuvre malgré sa grande difficulté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 100-106
Poësies composées et récitées au College de Louis le Grand, [titre d'après la table]
Début :
MUSAE RHETORICES seu Carminum libri sex, à selectis Rhetorices Alumnis in [...]
Mots clefs :
Collège Louis le Grand, Roi, Reine, Frères, Poésies, Rhétoriciens
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texteReconnaissance textuelle : Poësies composées et récitées au College de Louis le Grand, [titre d'après la table]
Mvsæ RHETORICES seu Carminum li-' _
bri sex , à selectis Rhetorices Alumnis in
Regio Ludovici Magni Collegio , élabo
tari
JANŸIE R} 173;: x61‘
e tari et palàm recitati, 8Ce. dest-à-dire,
‘six Livres de Paësits , comparée: et retirées,
par des Rbétoricien: choisir , du Collage de
LOUIS LE GRAND ,mr divers Sujets propo
ne parle R. P. m; LA SANTE , de la Cam
Przgnie de Jnsus. vol. in 12. de 28S pag.
A Paris , chez les Freres Barâou , ruë S.
Jacques, aux Cicognes , 1732.
Ce Recueil a déja reçu les applaudisseä
mens du Public éclairé; il fait également
honneur à ‘Phabile Maître qui en a four- a
ni les sujets , et aux illustres Eleves qui
les ont heureusement exécutez. La gran
de variété ui s'y trouve en augmente l’a
grémcnt gi fait en même - temps notre
embarras, étant assez difficile de se dé
terminer our le choix dans un nombre
considéra le de Pièces difFerentes , qui
ont ‘toutes leurs beautez, et dont la plus:
part excellent dans leur genre. v
Nous nous arrêterpns à l’une de celles.
qui nous ont le plus frappez et dontle
sujet a interessé toute l’Europe. C'est
l'heureuse convalescence du Roy , célé
brée par M‘ le Marquis de Charost ,fils
de M.le Duc de Bethune. Cette‘ belle
Piece est _la XII‘, du III‘ Livre, et porte
ce titre : CHARITUM Trutnupnus ,siz/e 4d‘
LuDovrcuM moïèi gratin: drpopnlanti:
vutorem soterm.
Le
m MER CURE m: FRANCE.‘
"7
Le Poëre représente d’abord le Roy et
l la Reine goûtantâ Fontainebleau les plais
sirs innocens de la‘ plus belle des Saisons;
Plaisir , au milieu desquels une cruelle et
dangereuse contagion empoisonne l'air ,2
attaque le plus aimable des Rois.
En: lues , mal: fæda lues , quam taèidus Ami"
Pulmomcm exhala penetvalilru: , inficit auras ,
fltque abigit Zephiros , hilare»: quiêm invide‘
Aulam ,
Imvidm namque sole: fwar Julian m'en tarda.
‘ Suit le portrait inimitable de la petite
Verole naissante, et la description de ses
progrès. Les Graces afiligées, font des
efiorts inutiles. Elles s’attachent à defïen
cire du moins FAuguste Visage du Monar
que attaqué :
Obsimmt tlmrites ; turôam m! rider inumm ,
Dira Eraêi sobales. Rimsfugere , pa-varem ,
Conteperejoci. Q5455 se con-verrai ad‘ nm: ,
Gms Charitùm e gemit , et Iiegem defmdere forums
Cum negueat , Regis certat defendere «vultus ,
Conspimos vultus , ubi pactofoedere juntm
Insidet imgusm mm Majestzm wenusms ,
Et simul 06s: uium, simul mm ne i nifumorelmi
Î S3
La Reine , notre Auguste Reine , en.
vérin
_, J A N VIE R8 1733, ‘je;
véritable Amazone , pourparlcr le lcn;
gageide llllustre Poëte, non seulement
se’ joint a la Troupe des Graces, dans le
même dessein; mais s’exposc à tous les
dangers de la plus intime communica-g;
{ion , pour sauver un Epoux; un Monar-‘
que si cher. Cet endroit est des mieux
touchez.
s
I
Sallkitäs Cbtrrimm m?» partimr Âmuon , r!
Inclytz ; ne: raison rastas âme sedula tmltum ,
Corpus a 0mn: km CoNJUx animes» Manrrt.‘ ‘
Propagnnre parut , propriaque mlute salutam
Rners amentis amant opte: Rnema redmzptamQ
Tout ce qui suit est si beau, si pathe-i
tique,sur tout Pendroit qui peint la consç.
tance héroïque du Roy, 8re. que nous -
croïons devoir le donner icy dans son en
tier. Les Connoisseurs nous en sçauront
gré. V n.
REGINÆ que»: mngit amer ,° ne: peut‘: imago ,'
Nec dolar , nm fbrmn vint/e parie-u!» terre»: ,
Consmntem L onoicr animum. Livet aria Ring,
Àtque jaci fugiimt , ager Mme» ipse jocamr ,
Pugna fit Heroi Indus , ma vulnmz rider;
B 0 R n o N r n n M meurtris meminit Mmm ma:
dom/Indis
æugnnnzem namm jtwnt pimmarer , c: min ,
. V3
m, MERCURE DE FRANCE
' î’i prvpria extrudit virus , plantasque salnkres ,
Qe/as pari: ipsn. , tiäi solers Medieina , ministmt ,
Pharmuaque et parus agro interdieit amaros , I
Èt proml ire juëet «venu. instrument/t semnda ,
Qtippe ‘nefas repumt pretioso bac sanguine rings‘.
" A: neque mm nntuia sngax , Medeeinawve [ms
dens ,
Ne: sueei , planuque lev/tut, superant-ve dolarema
Q5217» z'ictrix inmnmssa constant?» menti: ,
fltque Profeem Polo , nutrita m6 I-Imcuu-z virtus.
l
Durn Lonoxx pugnæt, pugnä dum «uineie, e)
ntram ,
E memâris Aulaîquefugat m5 Tnrtam Pestem ;
Fuma , lneessentis fnemt que nnntia Monstri ,
figue mem varias Europe impleverat Urlzes.
Ha: rewlnns adit , nuque tuba plant/lente per omne!
Lat» refert populos Regem vieisse, nefzmdnm
Dzjfugisse luge». Gaudet gens quaque seqnestrum ,
' Convaluisse mum , qui num Regm serermt ,
fufigque‘ Pacatafaeit Arbiter aria manda. ,
5.4i Cburins dignnm ante alias diademite fron-î
rem ,
v Ut damita intnctam Pesti videre , triumpbum , .
Cpneinuers , simulque hilnres dngrere ehoreas ,
Unanimesqtu nm’ manimmmm insigne triltm
fi” 9 L
Extra;
‘n
æ
JANVIER. 1733.‘ ‘m,
‘î, _.
Extruxere , êrew‘ signutum curmine , Amas-i: , l’
Qfiad munus insculpsit celuntis ucumim tcli ;
H00 LODOIX CHARIruM DEFORMI rx non-n
TROPÆUM , t w
Versiculi scriptor , Lonorcxs umubila nome» ,
flltius infixit Gullorum in peczan umutum r
Hi ccleéruntinomcn , vurïisque trapau, Pyrasguo
Erexere lacis z Lonorco saspit: ,saspes
Gullia ncmpe sibi , valut ‘a-gra est agru‘, vuidetur.
Nos etium ingmata ingenui Pietutis Alumni,
Nos qui te à tencris sumeruri et umure docemur ,'
O noNn REX ; guasque ips; tua dzgnuris umare
Muneriéusque tufs , hîc exultumus avances , _
Te sulva , tegue incalumi ; gua vindice regnut
Relligia et stuâili , quam sperut ,pace fluetur.
Hinc amnes m‘ pluusu Strepitugue secundo ,‘
E: festa‘ prace lani ium testumur umcmtes ,
Qoemque prius mæstis oneruvimus athem van": ,'
Missiliêus recreure juvut nunc igniéus. Ædes
Hac dulci clumare sonuizt , Rsx vrvnaufllumnas
Instigunt studiis , excmpla , et. -vace Magistrat;
fi E X valet , ucclumunt , Kex dzgnus «uirverai
nvm‘- ' '
Basnxus n: Cuanosr.
Nous sommes fâchez de ne pouvoir pas
klonner icy d’autres Morceaux de ce Re
,_ J. _ q F’ cedil
o
{eËM ERCURF. DE FRANCE.‘
æ
cueil qui meritent une attention particn.
liere; mais nous ne sçaurions passer sous;
silence le beau Discours Préliminaire
aiclclressé aux Lecteurs par le Libraire,qou
lntôt par les Éditeurs du Receuil; Ce
Ëiscours , outre l'instruction et l'utilité
ufil renferme , est d’une élégance et‘
‘une pureté de Diction peu commune,
ensortcv qu’en est presque étonné cle voir
icÿ les Freres Barbe}: parler aussi admi
rablement bien Latin que les Eriennes,
les Manuces , 8Ce.
bri sex , à selectis Rhetorices Alumnis in
Regio Ludovici Magni Collegio , élabo
tari
JANŸIE R} 173;: x61‘
e tari et palàm recitati, 8Ce. dest-à-dire,
‘six Livres de Paësits , comparée: et retirées,
par des Rbétoricien: choisir , du Collage de
LOUIS LE GRAND ,mr divers Sujets propo
ne parle R. P. m; LA SANTE , de la Cam
Przgnie de Jnsus. vol. in 12. de 28S pag.
A Paris , chez les Freres Barâou , ruë S.
Jacques, aux Cicognes , 1732.
Ce Recueil a déja reçu les applaudisseä
mens du Public éclairé; il fait également
honneur à ‘Phabile Maître qui en a four- a
ni les sujets , et aux illustres Eleves qui
les ont heureusement exécutez. La gran
de variété ui s'y trouve en augmente l’a
grémcnt gi fait en même - temps notre
embarras, étant assez difficile de se dé
terminer our le choix dans un nombre
considéra le de Pièces difFerentes , qui
ont ‘toutes leurs beautez, et dont la plus:
part excellent dans leur genre. v
Nous nous arrêterpns à l’une de celles.
qui nous ont le plus frappez et dontle
sujet a interessé toute l’Europe. C'est
l'heureuse convalescence du Roy , célé
brée par M‘ le Marquis de Charost ,fils
de M.le Duc de Bethune. Cette‘ belle
Piece est _la XII‘, du III‘ Livre, et porte
ce titre : CHARITUM Trutnupnus ,siz/e 4d‘
LuDovrcuM moïèi gratin: drpopnlanti:
vutorem soterm.
Le
m MER CURE m: FRANCE.‘
"7
Le Poëre représente d’abord le Roy et
l la Reine goûtantâ Fontainebleau les plais
sirs innocens de la‘ plus belle des Saisons;
Plaisir , au milieu desquels une cruelle et
dangereuse contagion empoisonne l'air ,2
attaque le plus aimable des Rois.
En: lues , mal: fæda lues , quam taèidus Ami"
Pulmomcm exhala penetvalilru: , inficit auras ,
fltque abigit Zephiros , hilare»: quiêm invide‘
Aulam ,
Imvidm namque sole: fwar Julian m'en tarda.
‘ Suit le portrait inimitable de la petite
Verole naissante, et la description de ses
progrès. Les Graces afiligées, font des
efiorts inutiles. Elles s’attachent à defïen
cire du moins FAuguste Visage du Monar
que attaqué :
Obsimmt tlmrites ; turôam m! rider inumm ,
Dira Eraêi sobales. Rimsfugere , pa-varem ,
Conteperejoci. Q5455 se con-verrai ad‘ nm: ,
Gms Charitùm e gemit , et Iiegem defmdere forums
Cum negueat , Regis certat defendere «vultus ,
Conspimos vultus , ubi pactofoedere juntm
Insidet imgusm mm Majestzm wenusms ,
Et simul 06s: uium, simul mm ne i nifumorelmi
Î S3
La Reine , notre Auguste Reine , en.
vérin
_, J A N VIE R8 1733, ‘je;
véritable Amazone , pourparlcr le lcn;
gageide llllustre Poëte, non seulement
se’ joint a la Troupe des Graces, dans le
même dessein; mais s’exposc à tous les
dangers de la plus intime communica-g;
{ion , pour sauver un Epoux; un Monar-‘
que si cher. Cet endroit est des mieux
touchez.
s
I
Sallkitäs Cbtrrimm m?» partimr Âmuon , r!
Inclytz ; ne: raison rastas âme sedula tmltum ,
Corpus a 0mn: km CoNJUx animes» Manrrt.‘ ‘
Propagnnre parut , propriaque mlute salutam
Rners amentis amant opte: Rnema redmzptamQ
Tout ce qui suit est si beau, si pathe-i
tique,sur tout Pendroit qui peint la consç.
tance héroïque du Roy, 8re. que nous -
croïons devoir le donner icy dans son en
tier. Les Connoisseurs nous en sçauront
gré. V n.
REGINÆ que»: mngit amer ,° ne: peut‘: imago ,'
Nec dolar , nm fbrmn vint/e parie-u!» terre»: ,
Consmntem L onoicr animum. Livet aria Ring,
Àtque jaci fugiimt , ager Mme» ipse jocamr ,
Pugna fit Heroi Indus , ma vulnmz rider;
B 0 R n o N r n n M meurtris meminit Mmm ma:
dom/Indis
æugnnnzem namm jtwnt pimmarer , c: min ,
. V3
m, MERCURE DE FRANCE
' î’i prvpria extrudit virus , plantasque salnkres ,
Qe/as pari: ipsn. , tiäi solers Medieina , ministmt ,
Pharmuaque et parus agro interdieit amaros , I
Èt proml ire juëet «venu. instrument/t semnda ,
Qtippe ‘nefas repumt pretioso bac sanguine rings‘.
" A: neque mm nntuia sngax , Medeeinawve [ms
dens ,
Ne: sueei , planuque lev/tut, superant-ve dolarema
Q5217» z'ictrix inmnmssa constant?» menti: ,
fltque Profeem Polo , nutrita m6 I-Imcuu-z virtus.
l
Durn Lonoxx pugnæt, pugnä dum «uineie, e)
ntram ,
E memâris Aulaîquefugat m5 Tnrtam Pestem ;
Fuma , lneessentis fnemt que nnntia Monstri ,
figue mem varias Europe impleverat Urlzes.
Ha: rewlnns adit , nuque tuba plant/lente per omne!
Lat» refert populos Regem vieisse, nefzmdnm
Dzjfugisse luge». Gaudet gens quaque seqnestrum ,
' Convaluisse mum , qui num Regm serermt ,
fufigque‘ Pacatafaeit Arbiter aria manda. ,
5.4i Cburins dignnm ante alias diademite fron-î
rem ,
v Ut damita intnctam Pesti videre , triumpbum , .
Cpneinuers , simulque hilnres dngrere ehoreas ,
Unanimesqtu nm’ manimmmm insigne triltm
fi” 9 L
Extra;
‘n
æ
JANVIER. 1733.‘ ‘m,
‘î, _.
Extruxere , êrew‘ signutum curmine , Amas-i: , l’
Qfiad munus insculpsit celuntis ucumim tcli ;
H00 LODOIX CHARIruM DEFORMI rx non-n
TROPÆUM , t w
Versiculi scriptor , Lonorcxs umubila nome» ,
flltius infixit Gullorum in peczan umutum r
Hi ccleéruntinomcn , vurïisque trapau, Pyrasguo
Erexere lacis z Lonorco saspit: ,saspes
Gullia ncmpe sibi , valut ‘a-gra est agru‘, vuidetur.
Nos etium ingmata ingenui Pietutis Alumni,
Nos qui te à tencris sumeruri et umure docemur ,'
O noNn REX ; guasque ips; tua dzgnuris umare
Muneriéusque tufs , hîc exultumus avances , _
Te sulva , tegue incalumi ; gua vindice regnut
Relligia et stuâili , quam sperut ,pace fluetur.
Hinc amnes m‘ pluusu Strepitugue secundo ,‘
E: festa‘ prace lani ium testumur umcmtes ,
Qoemque prius mæstis oneruvimus athem van": ,'
Missiliêus recreure juvut nunc igniéus. Ædes
Hac dulci clumare sonuizt , Rsx vrvnaufllumnas
Instigunt studiis , excmpla , et. -vace Magistrat;
fi E X valet , ucclumunt , Kex dzgnus «uirverai
nvm‘- ' '
Basnxus n: Cuanosr.
Nous sommes fâchez de ne pouvoir pas
klonner icy d’autres Morceaux de ce Re
,_ J. _ q F’ cedil
o
{eËM ERCURF. DE FRANCE.‘
æ
cueil qui meritent une attention particn.
liere; mais nous ne sçaurions passer sous;
silence le beau Discours Préliminaire
aiclclressé aux Lecteurs par le Libraire,qou
lntôt par les Éditeurs du Receuil; Ce
Ëiscours , outre l'instruction et l'utilité
ufil renferme , est d’une élégance et‘
‘une pureté de Diction peu commune,
ensortcv qu’en est presque étonné cle voir
icÿ les Freres Barbe}: parler aussi admi
rablement bien Latin que les Eriennes,
les Manuces , 8Ce.
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Résumé : Poësies composées et récitées au College de Louis le Grand, [titre d'après la table]
Le texte présente un recueil de poèmes intitulé 'Mvsæ RHETORICES seu Carminum libri sex', composé par des élèves en rhétorique du Collège de Louis le Grand. Publié en 1732 à Paris par les Frères Barbe, cet ouvrage a été acclamé par le public éclairé et rend hommage tant aux maîtres qui ont fourni les sujets qu'aux élèves qui les ont exécutés. La diversité et la qualité des pièces rendent difficile le choix parmi elles. Une pièce particulière, la douzième du troisième livre, intitulée 'CHARITUM Trutnupnus Ludovici Magni gratiam depropnanti vutorem sotern', est mise en avant. Ce poème, écrit par le Marquis de Charost, célèbre la convalescence du roi. Il décrit le roi et la reine à Fontainebleau, affectés par une contagion. La reine, comparée à une Amazone, se joint aux Grâces pour sauver le roi. Le poème détaille ensuite la convalescence héroïque du roi, avec des descriptions pathétiques et émouvantes. Le texte exprime le regret de ne pas pouvoir mentionner d'autres morceaux du recueil, mais souligne l'élégance et la pureté du discours préliminaire adressé aux lecteurs par les éditeurs.
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4
p. 1400-1401
Bibliotheque Raisonnée, &c. [titre d'après la table]
Début :
BIBLIOTHEQUE RAISONNÉE des Ouvrages des Sçavans de l'Europe, Tome [...]
Mots clefs :
Poésies, Abbé Chaulieu, Marquis de La Fare, Docteur Mandeville
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texteReconnaissance textuelle : Bibliotheque Raisonnée, &c. [titre d'après la table]
BIBLIOTHEQUE RAISON NE'E
des Ouvrages des Sçavans de l'Europe ,
Tome 8. premiere et seconde Partie
année 1732. A Amsterdam chez les
Wetsteins et Smith. in 12.
>
Cet Ouvrage se soutient toujours avec
la même élegance , la même force , la
,
II. Vol.
même
JUIN.
1734. 1401
C
même érudition , et la même finesse de
style : pour en convenir on n'a qu'à lire
l'Extrait qui est à l'ouverture du Livre
que nous annonçons . C'est la nouvelle
Edition faite à la Haye en 1731. des
Poësies de l'Abbé de Chaulien et du
Marquis de la Fare.
On apprend dans l'article des Nouvelles
Litteraires que le Docteur Mandeville
a publié à Londres un Ouvrage
Anglois sous ce titre : Recherches sur l'origine
de l'Honneur et sur l'utilité du Christianisme
dans la Guerre. Par l'Auteur de
la Fable des Abeilles . in 8 .
des Ouvrages des Sçavans de l'Europe ,
Tome 8. premiere et seconde Partie
année 1732. A Amsterdam chez les
Wetsteins et Smith. in 12.
>
Cet Ouvrage se soutient toujours avec
la même élegance , la même force , la
,
II. Vol.
même
JUIN.
1734. 1401
C
même érudition , et la même finesse de
style : pour en convenir on n'a qu'à lire
l'Extrait qui est à l'ouverture du Livre
que nous annonçons . C'est la nouvelle
Edition faite à la Haye en 1731. des
Poësies de l'Abbé de Chaulien et du
Marquis de la Fare.
On apprend dans l'article des Nouvelles
Litteraires que le Docteur Mandeville
a publié à Londres un Ouvrage
Anglois sous ce titre : Recherches sur l'origine
de l'Honneur et sur l'utilité du Christianisme
dans la Guerre. Par l'Auteur de
la Fable des Abeilles . in 8 .
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Résumé : Bibliotheque Raisonnée, &c. [titre d'après la table]
La 'Bibliothèque Raisonnée', publiée en 1732 à Amsterdam, compile des ouvrages savants européens. Le tome 8 est loué pour son élégance et son érudition. Il inclut des poésies de l'Abbé de Chaulien et du Marquis de la Fare. Les Nouvelles Littéraires mentionnent un ouvrage du Docteur Mandeville, auteur de 'La Fable des Abeilles'.
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5
p. 1736-1738
LETTRE de M. Desforges Maillard, à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise.
Début :
LES Ouvrages des Anciens, Monsieur, deviennent le patrimoine des Modernes, [...]
Mots clefs :
Poésies, Lettre, Ode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Desforges Maillard, à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise.
LETTRE de M. Desforges Maillard,
à M.le Préfident Bouhier , de l'Académie
Françoife.
L
Es Ouvrages des Anciens , Monfieur ,
deviennent le patrimoine des Modernes
, qui fçavent imiter. Pourquoi donc ,
quoique mon coeur ne foit pas copiſte de
fes fentimens pour vous , n'en pourrois-je
point emprunter la tournure dans l'Ode
d'Horace , Donarem pateras , & pour vous
donner vos étrennes en ce commencement
d'année ? Rouffeau s'en eft bien fervi par
original dans une Lettre à M. Duffé , que
j'ai lûe dans quelque Edition de fes Poëfies.
Je vous donnerois , cher Bouhier ,
De belle Porcelaine fine ,
Gobelets , Taffes de la Chine ,
Avec un joli Sucrier ;
Item , en guiſe de Médailles ,
Quelques boiffeaux de gros écus ,
Préfens qui ne font de refus ,
L'Auteur difant que ces clincailles
Sont agréables aux amis ,
Don
AOUST. 1744.
1737
Dont par l'efprit Philofophique
Les noeuds font les mieux affermis.
Mais comme à ce fameux Lyrique ,
Dont la fortune étoit modique ,
Ce ne fut oncques le vouloir
Qui me manqua , mais bien l'avoir.
Par ce Morceau de notre Horace ,
On voit que Rome eut ſes Gaſcons ,
Et qu'éparſe en tous les Cantons ,
C'eft une très- antique Race.
Les Critiques , qui veulent que les Odes
de M. de la Motte ne foient que de la bonne
Profe , pourroient en affirmer autant de
l'Exorde de celle Donarem pateras , mais
l'Aigle Latin ſe dreſſe enſuite fur fes
>
ergots,
& s'envole dans les nuës. J'avois deffein
M. de vous propofer quelques difficultés
Littéraires. Mes embarras , que vous fçavez,
m'en empêchent . Je connois parfaitement
la Mufe Moufquetaire de Saint Gilles , Poëte
François. C'eft de Saint Geniez , Poëte Latin ,
natif d'Avignon , que je vous ai parlé . Il eſt
extraordinaire que je vous aye adreffé une
Lettre qui eft imprimée il y a un tems infini
dans l'onziéme Volume des Amuſemens du
Coeur & de l'Efprit , & que vous n'en ayez
rien vŷ. Je voulois vous en épargner le
B port
1738 MERCURE DE FRANCE.
port, parce qu'elle eft longue , fur la promeffe
que l'Auteur du Recueil m'avoit faite
de vous en envoyer la feüille. Il n'eft pas
poffible qu'à la fin ce Volume ne parvienne
jufqu'à Dijon, Je vous remercie , M. du nouveau
Recueil de vos Poëfies. Vos Traductions
font des Originaux , & les Originaux
vous traduiroient aujourd'hui de la même
maniere , fi le deftin avoit tranfpofé vos
naiffances & vos âges.
Puiffiez-vous , reſpecté , chéri ſur l'Hélicon
Et confervant la même flâme ,
Jouir de la fanté du tendre Anacréon ,
Comme vous en poffedez l'ame !
J'ai l'honneur d'être , M. &c.
A .... ce ... Janvier 1744.
à M.le Préfident Bouhier , de l'Académie
Françoife.
L
Es Ouvrages des Anciens , Monfieur ,
deviennent le patrimoine des Modernes
, qui fçavent imiter. Pourquoi donc ,
quoique mon coeur ne foit pas copiſte de
fes fentimens pour vous , n'en pourrois-je
point emprunter la tournure dans l'Ode
d'Horace , Donarem pateras , & pour vous
donner vos étrennes en ce commencement
d'année ? Rouffeau s'en eft bien fervi par
original dans une Lettre à M. Duffé , que
j'ai lûe dans quelque Edition de fes Poëfies.
Je vous donnerois , cher Bouhier ,
De belle Porcelaine fine ,
Gobelets , Taffes de la Chine ,
Avec un joli Sucrier ;
Item , en guiſe de Médailles ,
Quelques boiffeaux de gros écus ,
Préfens qui ne font de refus ,
L'Auteur difant que ces clincailles
Sont agréables aux amis ,
Don
AOUST. 1744.
1737
Dont par l'efprit Philofophique
Les noeuds font les mieux affermis.
Mais comme à ce fameux Lyrique ,
Dont la fortune étoit modique ,
Ce ne fut oncques le vouloir
Qui me manqua , mais bien l'avoir.
Par ce Morceau de notre Horace ,
On voit que Rome eut ſes Gaſcons ,
Et qu'éparſe en tous les Cantons ,
C'eft une très- antique Race.
Les Critiques , qui veulent que les Odes
de M. de la Motte ne foient que de la bonne
Profe , pourroient en affirmer autant de
l'Exorde de celle Donarem pateras , mais
l'Aigle Latin ſe dreſſe enſuite fur fes
>
ergots,
& s'envole dans les nuës. J'avois deffein
M. de vous propofer quelques difficultés
Littéraires. Mes embarras , que vous fçavez,
m'en empêchent . Je connois parfaitement
la Mufe Moufquetaire de Saint Gilles , Poëte
François. C'eft de Saint Geniez , Poëte Latin ,
natif d'Avignon , que je vous ai parlé . Il eſt
extraordinaire que je vous aye adreffé une
Lettre qui eft imprimée il y a un tems infini
dans l'onziéme Volume des Amuſemens du
Coeur & de l'Efprit , & que vous n'en ayez
rien vŷ. Je voulois vous en épargner le
B port
1738 MERCURE DE FRANCE.
port, parce qu'elle eft longue , fur la promeffe
que l'Auteur du Recueil m'avoit faite
de vous en envoyer la feüille. Il n'eft pas
poffible qu'à la fin ce Volume ne parvienne
jufqu'à Dijon, Je vous remercie , M. du nouveau
Recueil de vos Poëfies. Vos Traductions
font des Originaux , & les Originaux
vous traduiroient aujourd'hui de la même
maniere , fi le deftin avoit tranfpofé vos
naiffances & vos âges.
Puiffiez-vous , reſpecté , chéri ſur l'Hélicon
Et confervant la même flâme ,
Jouir de la fanté du tendre Anacréon ,
Comme vous en poffedez l'ame !
J'ai l'honneur d'être , M. &c.
A .... ce ... Janvier 1744.
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Résumé : LETTRE de M. Desforges Maillard, à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise.
Dans sa lettre à Monsieur Bouhier, M. Desforges Maillard exprime son souhait de suivre la tradition antique de faire des présents symboliques au début de l'année, s'inspirant d'une ode d'Horace et d'une idée de Rousseau. Les cadeaux imaginaires incluent de la porcelaine fine, des gobelets, des tasses à thé de Chine, un sucrier, des médailles et des écus. Il regrette de ne pas avoir les moyens de concrétiser ces présents. Maillard aborde également la race des Gascons et compare les critiques des odes de M. de La Motte à celles d'Horace. Il clarifie une confusion concernant un poète latin, Saint Geniez, natif d'Avignon. Il mentionne une lettre publiée dans les 'Amusements du Coeur et de l'Esprit' qu'il croyait avoir envoyée à Bouhier sans succès. Maillard remercie Bouhier pour son recueil de poésies, appréciant particulièrement ses traductions. Il lui souhaite une santé et une inspiration poétique comparables à celles d'Anacréon, concluant par des salutations respectueuses.
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6
p. 137
Ode au Grand Conty. [titre d'après la table]
Début :
ODE au Grand Conty avec un petit recueil de differentes Poësies par le même, [...]
Mots clefs :
Ode, Poésies, Louis-François de Bourbon-Conti
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ode au Grand Conty. [titre d'après la table]
ODE au Grand Conty avec un petit
recueil de differentes Poëfies par le même ,
Paris in- 12 , chés Thibouft.
recueil de differentes Poëfies par le même ,
Paris in- 12 , chés Thibouft.
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7
p. 76-92
POÉSIES sacrées & Philosophiques, tirées des Livres Saints, par M. LE FRANC DE POMPIGNAN, nouvelle Edition considérablement augmentée & enrichie de gravures, volume in-4°. A Paris, de l'Imprimerie de Prault, quai de Gêvres.
Début :
C'EST en 1751 que parut la première édition de cet ouvrage. Tous les Journalistes [...]
Mots clefs :
Discours, Vertu, Ouvrage, Peuple, Honneur, Livres, Poésies, Prophéties, Cantiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POÉSIES sacrées & Philosophiques, tirées des Livres Saints, par M. LE FRANC DE POMPIGNAN, nouvelle Edition considérablement augmentée & enrichie de gravures, volume in-4°. A Paris, de l'Imprimerie de Prault, quai de Gêvres.
POÉSIES facrées & Philofophiques ,
tirées des Livres Saints , par M. LE
FRANC DE POMPIGN AN
velle Edition confidérablement augmentée
& enrichie de gravures, volume
in-4° . A Paris de l'Imprimerie de
Prault , quai de Gévres.
,
C'EST en 1751 que parut la première
édition de cet ouvrage. Tous les Journaliſtes
en rendirent alors le compte le
plus avantageux ; & le Public fouvent
injufte quand il blâme , mais prèfque
toujours équitable quand il applaudit ,
reçut ces Poëfies facrées avec reconnoiffance.
En 1754 , Chaubert en donna une
feconde édition & celle que nous annonçons
eft la troifiéme. Le papier &
le caractère en font beaux ; les gravures
deffiuées par le célébre Cochin & exé-
1
OCTOBRE. 1763. 77
cutées par Prévôt font auffi ingénieufes
qu'agréables.
L'Auteur a fait beaucoup d'additions
à fon ouvrage , & nous avons lieu d'augurer
qu'elles obtiendront les éloges
des vrais Littérateurs , ainfi que les applaudiffemens
des âmes honnêtes, fenfibles
& vertueufès.
Après avoir luce Recueil fans partialité
( & jufqu'ici , nous n'imaginons
pas que l'on nous en foupçonne ) quelques
exemples choifis prefqu'au ha
zard juftifieront le jugement que nous
en portons , en renvoyant à l'Extrait
que le Mercure en donna en 1752 , pour
la partie de ce même Recueil qui parut
alors.
Cet ouvrage eft divifé en cinq livres.
Le premier renferme 19 Pieaumès , le
fecond 20 Cantiques , le troifiéme 7
Prophéties formant 18 Chapitres , le
quatriéme 16 Hymnes , & le cinquiéme
12 Difcours Philofophiques . Tout
cela eft terminé par l'examen qui fut
fait des premières éditions des Poëfies
facrées , & dont il a été rendu compte
en 1756.
Le Difcours Préliminaire est écrit
avec beaucoup de chaleur & d'agrément.
On y trouve des recherches , des
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vues profondes , des difcuffions fçavantes
, mais parées de toutes les grâces de
la Littérature. Et ce qui eft affez rare
aujourd'hui dans un Auteur , celui - ci
parle toujours modeftement de luimême
& avec beaucoup d'éloges de
tous ceux qui ont parcouru la même
carrière avec quelques fuccès.
Si dans un ouvrage confacré à la
piété & à la religion , il s'éléve quelquefois
contre les incrédules s'il les
combat avec force , c'eft toujours en
ménageant les perfonnes , qu'il ne nomme
pas , qu'il fe garde même de défigner.
On fent qu'il voudroit les convaincre
, mais jamais les outrager.
L'Auteur fe flatte dans ce Difours
qu'on l'approuvera du moins d'avoir
imaginé des Poëmes Philofophiques
d'un caractère nouveau : » c'eft , dit- il ,
» un éffai fufceptible de perfection ,
» une route des plus ouvertes à la Poëfie
; nous avons aujourd'hui des Poë-
» tes Philofophes leurs vers valent
» mieux que les miens , j'en fuis per-
» fuadé ; mais la Philofophie de Salo-
» mon vaut certainement mieux que la
» leur , & c'eft celle- là que j'ai miſe
» en Vers. »
Mais entrons en matière ; il y a neuf
OCTOBRE. 1763 . 79
Pleaumes nouvellement traduits dans
cette édition . Le dernier eft fingulier
par la beauté & la variété des images ,
par le mêlange de douceur & l'élévation
qui y regne.
Dieu n'eft point,dit l'impie, il n'eft point, & la terre
Adore un étre nul par la peur encenſe ;
La peur forgea fon maître au feul bruit d'un tonnerre
Qu'il n'a jamais lancé .
À ce cri de révolte , à ce cri de démence
Dieu jette fur la terre un regard de douleur :
Il la parcourt , il cherche un refte de Prudence ;
Il ne trouve qu'erreur.
Il ne trouvé qu'ingrats armés contre leur père ;
Mais dans ces noirs accès d'un fiécle malheureux ,
Ce n'eft point la Raiſon , c'eſt le coeur qui profére
Ces blafphèmes affreux.
Telle eſt du'vice impur la puiffance empéllée ,
Des moeurs , de la vertu Dieu venge ainfi l'affront .
La doctrine à ſon tour eſt bientôt infectée
Quand le coeur fe corrompt.
Mépriſons , dira - t -il , les pleurs des Miférables ,
Perfécutons la veuve , opprimons l'orphelin ,
Et dans les maux publics prodiguons fur nos tables
Les pafums & le vin .
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Le vice & la vertu font des noms arbitraires.
Le plaifir , l'intérêt , la force fait nos droits.
Laiffons aux malheureux , laiffons aux coeurs vul
gaires
Les autels & les loix.
Quand la mort l'a frappé , que refte - t - il de
l'homme ?
Notre esprit eft un fouffle , & le temps une fleur.
Que ce temps précieux dans les jeux fe confomme
Et mourons fans douleur.
Tu mourras en effet, mais non comme ru penfess
Ce fouffle prétendu furvit à ton trépas.
C'eſt une âme immortelle & leDieu des
Ne l'anéantit pas.
vengeances
Que de poëfie , de force , & de fublime
dans les Cantiques ! qu'on en juge
par le début & la fin du feiziéme . L'Auteur
ou plutôt le Prophéte Ezechiel
peint la magnificence & prédit la ruine
de Tyr.
O Tyr! ferois - tu fatisfaite ,
Toi qui difois à l'Univers :
Je ſuis d'une beauté parfaite ;
Mon trône eft bâti dans les mers?
Tes citoyens pour te conſtruire
Dans ta demeure ont fçu conduire
Les plus hauts cédres du Liban ,
OCTOBRE. 1763 . 81
Les fapins qu'Hernon nous préfente ,
Toutl'ivoire que l'Inde enfante ,
Et les vieux chênes de Bafun.
Après plufieurs Strophes confacrées à
décrire la richeffe & la magnificence
de cette Ville , l'Auteur continue ainfi.
Tyr! o trop fuperbe Reine,
Tes richeffes t'enfloient d'orgueil .
Des mers unique Souveraine
Tu ne redoutcis point l'écueil.
En vain l'orage te menace ,
Tes rameurs pleins de ton audace
Te ménent fur les grandes eaux,
Mais , ô confiance funefte !
Miniftres du courroux célefte
Les vents te brifent fur les flots.
Tes riches magafins , tes temples , tes portiques ,
Tes vaftes arénaux , tes palais magnifiques ,
Tes Prêtres , tes Soldats , les Docteurs de ta Lois
Tes tréfors , tes projets & tes grandeurs fi vaines
Et tes femmes hautaines
Dans les profondes mers tomberont avec toi.
En lifant cette dernière Strophe , ne
croit-on pas voir Tyr elle - même , s'écrouler
, fe perdre & s'abîmer dans les
flots ? & avec quel art l'Auteur nous
retrace en fix vers la ruine d'une ville.
D v
82 MERCURE DE FRANCE .
qu'il n'a bâtie pour ainfi dire que lentement
& à l'aide de près de quatre-vingt
vers ? M. de Pompignan femble fe furpaffer
encore dans les Prophéties. On en
pourra juger par quelques morceaux
de celle d'Ezechiel qui nous offre un
Tableau fi fidéle & fi frappant de la
réfurrection des morts.
Dans une trifte & vaſte plaine
La main du Seigneur m'a conduit ,
De nombreux offemens la campagne étoit pleine s
L'effroi me précéde & me ſuit.
Je parcours lentement cette affreuſe carrière
Et contemple en filence épars fur la pouffière ,
Ces reftes défléchés d'un peuple entier détruit .
Crois-tu , dit le Seigneur , homme à quije confie
Des fecrets qu'à toi ſeul ma bouche a réſervés ,
Que de leurs cendres relevés
Ces Morts retournent à la vie ?
C'eſt vous feul , ô mon Dieu ! vous feul qui le
fçavez.
Il dit , & je répéte à peine
Les oracles de fon pouvoir ,
Que j'entends partout dans la plaine
Ces os avec bruit fe mouvoir.
Dans leurs liens ils fe replacent
OCTOBRE . 1763 . 83
Leurs nerfs croiffent & s'entrelacent ,
Le fang inonde ſes canaux ,
La chair renaît & fe colore :
L'âme feule' manquoit encore
A ces habitans des tombeaux .
Mais le Seigneur fe firentendre ,
Et je m'écriai plein d'ardeur :
Elprit , hâtez-vous de deſcendre ,
Venez , Esprit réparateur ;
Soufflez des quatre Vents du Monde ,
Soufflez votre chaleur féconde
Sur ces corps prêts d'ouvrir les yeux.
Soudain le prodige s'achève ,
Et ce Peuple de morts ſé léve
Étonné de revoir les Cieux .
Les hymnes de M. de Pompignan
font abfolument à lui ; il y a pris tous
les ftyles afin d'entrer dans l'efprit de
tous les mystères . L'hymne de S. Louis
eft furtout intéreffante pour nous : on
n'ous y retrace en très-beaux vers les
traits les plus glorieux de la vie de ce
faint Roi
François , voici le jour de gloire ,
Le jour où les chants les plus doux
De l'Ayeol des Bourbons célébrent la mémoires
Coeurs François , applaudiffez tous.
D vj
MERCURE DE FRANCE.
Couvrons de fleurs & de feuillages
La demeure paible où Louis tient ſa Cour.
Nos ayeux y portoient les tributs de l'Amour
Portons ý des voeux , des hommages
Qui montentjufqu'à lui dans le divin féjour.
O Vincennes ! Palais champêtre ,
Tes bois antiques , tes vergers ,
Raffembloient autour de leur Maître
Les Grands , le Peuple , & les Bergers .
Quel éclat fur fon front ! quelle majefté fainte !
Qu'il fçavoit inſpirer de reſpect & de crainte
Lorsqu'il étoit aflis dans le Temple des Loix!
Qu'il donnoit de leçons & d'exemples aux Rois
Quand le glaive de fa juftice
Frappoit le faux honneur , le blafphême, & le vice,
Et du Trône infulté vengeoit les juſtes droits.
O miracle , ô Vertu ! Louis eft dans les chaînes
Et fes Vainqueurs fon à fes pieds.
On ne peut s'empêcher de citer la
dernière Strophe . C'eft expreffion des
fentimens & des voeux de tous les bons
François.
Que Louis en ce jour dans la gloire immortelle
De fon Peuple chéri reconnoille la voix,
OCTOBRE. 1763. 84
Qu'il foit de les Enfans à jamais le modéle ;
Et que du haut des Cieux il régne avec nos Rois :
Nous voilà , enfin , parvenus aux difcours
Philofophiques ; ils compofent le
3. Livre où tout eft frappant , le ftyle ,
l'arrangement , les Sujets , la Morale.
Les anciens Philofophes , dit Minutius
Felix , ont puifé la vérité dans les
Prophéties qu'ils ont altérées .
Malheur à moi , ajoute M. de Pompi
guan. » Malheur à ces difcours , s'ils
» étoient dans le même cas ; mais j'ofe
» croire qu'ils font à l'abri de toute
imputation de cette nature . Je dois
feulement prévenir le Lecteur qu'ils
» n'ont pas été travaillés dans le même
» ordre , ni fur le même plan que les
» Pleaumes , les Cantiques & les Pro-
" phéties. Là , je traduis fidélement
» ou j'imite avec exactitude l'original ;
» ici j'accommode le Texte aux Sujets
» que j'ai choifis , fujets tirés néan-
» moins des mêmes livres qui m'ont
» fourni les matériaux de l'ouvrage.
Pour cela j'ai pris dans différens cha-
» pitres tous les verfets relatifs au même
» objet ; je les ai liés enfemble ; j'en
» ai développé le fens & les preuves ,
» je leur ai donné une jufte étendue ;
86 MERCURE DE FRANCE .
» & j'en ai compofé des difcours déta-
» chés & indépendans l'un de l'autre .
» C'est la forme que j'ai obfervée à l'é-
» gard des Proverbes , parce que les
» matières y femblent mêlées & con-
» fondues . Ce Livre eft un tréfor de
» penſées .
Les bornes que nous fommes obligés
de nous préfcrire dans cet Extrait nous
empêchent de rendre un compte détaillé
de chacun de ces difcours ; nous
n'en rapporterons que quelques Morceaux
qui mettront le Lecteur à portée
de juger des autres .
La Sageffe eft le bras , l'oeil & l'âme des Rois .
A fes enfeignemens s'ils conforment leurs loix ,
Si par eux la Juſtice eft toujours révérée ,
Ils font puiffans , chéris , leur mémoire eft facrée.
Un infenfé qui règne eſt un monſtre cruel ;
Un Sage fur le Trône eſt un préſent du Ciel.
Le fecond difcours eft terminé par ces
Vers.
L'homme a dans fes devoirs l'objet de tous fes
voeux ;
Plus il leur eſt fidéle & plus il eſt heureux :
La vertu fut toujours la volupté fuprême.
Interroge le vice , il re dira lui-même
OCTOBRE. 1763. 87
Qu'il connut le plaifir , mais jamais le bonheur :
Il n'en eft point , mon fils , pour qui vit fans
honneur.
La Peinture du riche , dans le troifiéme
difcours mérite auffi d'être rapportée .
Le riche eft le jouet de fa propre fortune ;
C'eſt un tyran cruel dont le joug l'importune.
Tourmenté de defirs , de befoin déchiré ,
De rivaux , de jaloux , d'ennemis entouré ,
Ses biens font au pillage , & fes jours à l'enchère :
Son bonheur eft plus trifte encor que la mifère.
Lui-même il fe déchire & devient tour-à -tour
De fon coeur inquiet , la proie & le vautour.
Plein de fes pathons il ne connoît , il n'aime ,
Que les goûts , fes plaiſirs , la fortune & luimême.
Pofféder , acquérir , c'eſt ſa vertu , ſon art ;
Il fait de les trésors fon Temple & fon rempart.
C'eſt un mur qui l'entoure , où malgré ſon au❤
dace
Le fouffle des revers l'aceable & le terraffe.
Dans le quatriéme difcours qui eft
l'éloge de la vie laborieufe & champêtre,
88 MERCURE DE FRANCE.
de l'Economie , & de la Femme-forl'Auteur
débute ainfi :
te •
Heureux qui de fes mains cultive les fillons ;
Où fon champêtre ayeul planta fes pavillons ,
Qui demande à la terre un tribut légitime ,
Pour nourrir les mortels l'épuife & la ranime ,
Et par l'utile effort d'un foin toujours nouveau
En devient l'Econome , & non pas le fardeau !
•
On ne fera peut -être pas faché de
voir auffi le Portrait de la femme-forte.
Que pour d'autres le marbre entaſſé juſqu'aux
Cieux ,
Apprenne à l'Univers leurs titres glorieux ;
L'Artifan fecouru , la pauvreté bannie ,
Ses ferviteurs heureux , & fa famille unie ,
Des fils dont elle-même a formé la Raiſon ,
C'eſt dans ces monumens qu'elle aime à voir fon
nom :
C'eſt là qu'il ſe conſerve & qu'honoré des Sages
Il triomphe à la fois de l'envie & des âges.
O! crainte du Seigneur , tu régles tous fes pas
Tu repands fes tréfors , tu défens ſes appas
Le monde rend hommage à fa conduite auftére ,
Tout corrompu qu'il eft , c'eft un Juge févére ,
Qui dételte & méprife en dépit des flatteurs,
Les biens fans la vertu , la beauté fans les moeurs
OCTOBRE. 1763 . 89
Le cinquiéme difcours
lomnie , commence ainfi .
Aimer tous les humains d'une charité
fur la Capure
C'eft la Loi du Seigneur , le voeu de la Nature ,
Quelle douceur dans les vers qui terminent
ce difcours !
N'eft- il pas même encor des deferts & des bois ;
Où de la Calomnie on n'entend pas la voix ?
Fuyons avec l'honneur , fuyons dans cet aſyle ;
Oublions loin du monde , en ce féjour tranquile
Tout perfide ennemi , tout indigne rival.
Sur-tout ne diſons point : je lui rendrai le mal.
S'il a faim , que nos mets largement le nour
riffent ;
S'il a foif, que nos eaux foudain le rafraîchiſſent.
Nos foins & nos bienfaits , nos dans fur lui
verfés ,
Sont des charbons de feu fur la tête amaflés.
O Mortel ! c'est ainsi que la vertu ſe venge.
Les coeurs font à Dieu feul , c'eſt lui ſeul qui les
change.
Des bons & des méchans lui feul peut ordonner.
C'eſt à Dieu de punir , à nous de pardonner.
A la page 418 , ligne 7 , il s'eft gliffé
une faute d'impreffion :
Et que feroit-ce encor fi des faits diffamansa
Lifez traits diffamans.
go MERCURE DE FRANCE.
Le difcours fur les devoirs des Rois
& des Sujets , eft plein de force , d'éloquence
& d'agrémens.
Le pouvoir paternel , l'autorité fuprême
Sont des droits émanés du Créateur lui - même.
Dieu für la même tête unit leur double loi ;
Qui fit le premier père , a fait le premier Roi.
Le premier qui du Sceptre exerca la puiſſance ,
N'avoit que fes enfans fous fon obéiffance .
Les enfans à leur tour , dans ce Chef révéré ,
Obéiffoient à Dieu qui l'avoit confacré .
Dans ces noeuds que forma la fageffe divine ,
Du vrai Gouvernement nous trouvons l'origine ;
Sur l'intérêt commun fes titres font fondés.
Vous que régit un Maître & vous qui comman
dez ,
Confervez à jamais de fi doux caractères ;
Rois , voilà vos enfans ; Sujets , voilà vos pères.
Que n'exigeons-nous pas , impérieux Sujets :
Des talens , des vertus , & même des ſuccès ?
Vous dont le coeur eft droit , l'âme tranquille &
faine ,
Parcourez les devoirs de cette vie humaine ,
Obfervez bien les Rois , & vous direz : hélas !
Trop heureux qui fçait l'être , heureux qui ne
l'eft pas .
OCTOBRE. 1763 .
Le feptiéme difcours renferme les deux
premiersChapitres de l'Eccléfiafte . L'Auteur
parcourt tous les âges, toutes les conditions
, & c. il en fait la peinture la plus
vraie , la plus agréable , & conclut avec
le Sage que tout n'eft que vanité.
Depuis que ces objets affiégent mes efprits
Que la vie à mes yeux a pèrdu de fon prix !
Elle m'eft importune , & fon fardeau m'accable.
Ne la furchargeons plus d'un travail milérable.
C'eſt le fort d'un Pécheur d'augmenter fes befoins
,
D'abandonner fon âme à d'inutiles foins ,
De pofféder fans goût , d'acquérir fans meſure.
Savourons fobrement les dons de la Nature ;
Ils viennent de Dieu même , ils font pour les humains
:
Enjouir fans abus c'eft remplir fes deffeins .
L'art de fe modérer naît de l'expérience.
Aux Mortels qu'il chérit Dieu donne la ſcience ,
La fageffe , la paix , & les loisirs heureux ;
Le reste eft fuperflus , s'il n'eſt pas dangereux .
Dans les cinq derniers difcours l'Auteur
fuit le plan de l'Eccléfiafte , &
garde l'ordre des Chapitres. Ils font
dignes des fept premiers. Les différens
morceaux que nous venons de rapporter
nous ont paru propres à faire con- .
92 MERCURE DE FRANCE.
noître le mérite des Poëfies facrées ; &,
l'on ne peut être foupçonné de vouloir
en impofer au Public , quand on met
fous fes yeux dequoi juftifier le jugement
qu'on porte de l'Ouvrage entier
d'un Citoyen qui a toujours fait autant
d'honneur aux Lettres par l'éclat & le
fuccès avec lequel il les a cultivées, que
par la manière diftinguée dont il a rempli
une des premières Places de la Magiftrature.
tirées des Livres Saints , par M. LE
FRANC DE POMPIGN AN
velle Edition confidérablement augmentée
& enrichie de gravures, volume
in-4° . A Paris de l'Imprimerie de
Prault , quai de Gévres.
,
C'EST en 1751 que parut la première
édition de cet ouvrage. Tous les Journaliſtes
en rendirent alors le compte le
plus avantageux ; & le Public fouvent
injufte quand il blâme , mais prèfque
toujours équitable quand il applaudit ,
reçut ces Poëfies facrées avec reconnoiffance.
En 1754 , Chaubert en donna une
feconde édition & celle que nous annonçons
eft la troifiéme. Le papier &
le caractère en font beaux ; les gravures
deffiuées par le célébre Cochin & exé-
1
OCTOBRE. 1763. 77
cutées par Prévôt font auffi ingénieufes
qu'agréables.
L'Auteur a fait beaucoup d'additions
à fon ouvrage , & nous avons lieu d'augurer
qu'elles obtiendront les éloges
des vrais Littérateurs , ainfi que les applaudiffemens
des âmes honnêtes, fenfibles
& vertueufès.
Après avoir luce Recueil fans partialité
( & jufqu'ici , nous n'imaginons
pas que l'on nous en foupçonne ) quelques
exemples choifis prefqu'au ha
zard juftifieront le jugement que nous
en portons , en renvoyant à l'Extrait
que le Mercure en donna en 1752 , pour
la partie de ce même Recueil qui parut
alors.
Cet ouvrage eft divifé en cinq livres.
Le premier renferme 19 Pieaumès , le
fecond 20 Cantiques , le troifiéme 7
Prophéties formant 18 Chapitres , le
quatriéme 16 Hymnes , & le cinquiéme
12 Difcours Philofophiques . Tout
cela eft terminé par l'examen qui fut
fait des premières éditions des Poëfies
facrées , & dont il a été rendu compte
en 1756.
Le Difcours Préliminaire est écrit
avec beaucoup de chaleur & d'agrément.
On y trouve des recherches , des
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vues profondes , des difcuffions fçavantes
, mais parées de toutes les grâces de
la Littérature. Et ce qui eft affez rare
aujourd'hui dans un Auteur , celui - ci
parle toujours modeftement de luimême
& avec beaucoup d'éloges de
tous ceux qui ont parcouru la même
carrière avec quelques fuccès.
Si dans un ouvrage confacré à la
piété & à la religion , il s'éléve quelquefois
contre les incrédules s'il les
combat avec force , c'eft toujours en
ménageant les perfonnes , qu'il ne nomme
pas , qu'il fe garde même de défigner.
On fent qu'il voudroit les convaincre
, mais jamais les outrager.
L'Auteur fe flatte dans ce Difours
qu'on l'approuvera du moins d'avoir
imaginé des Poëmes Philofophiques
d'un caractère nouveau : » c'eft , dit- il ,
» un éffai fufceptible de perfection ,
» une route des plus ouvertes à la Poëfie
; nous avons aujourd'hui des Poë-
» tes Philofophes leurs vers valent
» mieux que les miens , j'en fuis per-
» fuadé ; mais la Philofophie de Salo-
» mon vaut certainement mieux que la
» leur , & c'eft celle- là que j'ai miſe
» en Vers. »
Mais entrons en matière ; il y a neuf
OCTOBRE. 1763 . 79
Pleaumes nouvellement traduits dans
cette édition . Le dernier eft fingulier
par la beauté & la variété des images ,
par le mêlange de douceur & l'élévation
qui y regne.
Dieu n'eft point,dit l'impie, il n'eft point, & la terre
Adore un étre nul par la peur encenſe ;
La peur forgea fon maître au feul bruit d'un tonnerre
Qu'il n'a jamais lancé .
À ce cri de révolte , à ce cri de démence
Dieu jette fur la terre un regard de douleur :
Il la parcourt , il cherche un refte de Prudence ;
Il ne trouve qu'erreur.
Il ne trouvé qu'ingrats armés contre leur père ;
Mais dans ces noirs accès d'un fiécle malheureux ,
Ce n'eft point la Raiſon , c'eſt le coeur qui profére
Ces blafphèmes affreux.
Telle eſt du'vice impur la puiffance empéllée ,
Des moeurs , de la vertu Dieu venge ainfi l'affront .
La doctrine à ſon tour eſt bientôt infectée
Quand le coeur fe corrompt.
Mépriſons , dira - t -il , les pleurs des Miférables ,
Perfécutons la veuve , opprimons l'orphelin ,
Et dans les maux publics prodiguons fur nos tables
Les pafums & le vin .
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Le vice & la vertu font des noms arbitraires.
Le plaifir , l'intérêt , la force fait nos droits.
Laiffons aux malheureux , laiffons aux coeurs vul
gaires
Les autels & les loix.
Quand la mort l'a frappé , que refte - t - il de
l'homme ?
Notre esprit eft un fouffle , & le temps une fleur.
Que ce temps précieux dans les jeux fe confomme
Et mourons fans douleur.
Tu mourras en effet, mais non comme ru penfess
Ce fouffle prétendu furvit à ton trépas.
C'eſt une âme immortelle & leDieu des
Ne l'anéantit pas.
vengeances
Que de poëfie , de force , & de fublime
dans les Cantiques ! qu'on en juge
par le début & la fin du feiziéme . L'Auteur
ou plutôt le Prophéte Ezechiel
peint la magnificence & prédit la ruine
de Tyr.
O Tyr! ferois - tu fatisfaite ,
Toi qui difois à l'Univers :
Je ſuis d'une beauté parfaite ;
Mon trône eft bâti dans les mers?
Tes citoyens pour te conſtruire
Dans ta demeure ont fçu conduire
Les plus hauts cédres du Liban ,
OCTOBRE. 1763 . 81
Les fapins qu'Hernon nous préfente ,
Toutl'ivoire que l'Inde enfante ,
Et les vieux chênes de Bafun.
Après plufieurs Strophes confacrées à
décrire la richeffe & la magnificence
de cette Ville , l'Auteur continue ainfi.
Tyr! o trop fuperbe Reine,
Tes richeffes t'enfloient d'orgueil .
Des mers unique Souveraine
Tu ne redoutcis point l'écueil.
En vain l'orage te menace ,
Tes rameurs pleins de ton audace
Te ménent fur les grandes eaux,
Mais , ô confiance funefte !
Miniftres du courroux célefte
Les vents te brifent fur les flots.
Tes riches magafins , tes temples , tes portiques ,
Tes vaftes arénaux , tes palais magnifiques ,
Tes Prêtres , tes Soldats , les Docteurs de ta Lois
Tes tréfors , tes projets & tes grandeurs fi vaines
Et tes femmes hautaines
Dans les profondes mers tomberont avec toi.
En lifant cette dernière Strophe , ne
croit-on pas voir Tyr elle - même , s'écrouler
, fe perdre & s'abîmer dans les
flots ? & avec quel art l'Auteur nous
retrace en fix vers la ruine d'une ville.
D v
82 MERCURE DE FRANCE .
qu'il n'a bâtie pour ainfi dire que lentement
& à l'aide de près de quatre-vingt
vers ? M. de Pompignan femble fe furpaffer
encore dans les Prophéties. On en
pourra juger par quelques morceaux
de celle d'Ezechiel qui nous offre un
Tableau fi fidéle & fi frappant de la
réfurrection des morts.
Dans une trifte & vaſte plaine
La main du Seigneur m'a conduit ,
De nombreux offemens la campagne étoit pleine s
L'effroi me précéde & me ſuit.
Je parcours lentement cette affreuſe carrière
Et contemple en filence épars fur la pouffière ,
Ces reftes défléchés d'un peuple entier détruit .
Crois-tu , dit le Seigneur , homme à quije confie
Des fecrets qu'à toi ſeul ma bouche a réſervés ,
Que de leurs cendres relevés
Ces Morts retournent à la vie ?
C'eſt vous feul , ô mon Dieu ! vous feul qui le
fçavez.
Il dit , & je répéte à peine
Les oracles de fon pouvoir ,
Que j'entends partout dans la plaine
Ces os avec bruit fe mouvoir.
Dans leurs liens ils fe replacent
OCTOBRE . 1763 . 83
Leurs nerfs croiffent & s'entrelacent ,
Le fang inonde ſes canaux ,
La chair renaît & fe colore :
L'âme feule' manquoit encore
A ces habitans des tombeaux .
Mais le Seigneur fe firentendre ,
Et je m'écriai plein d'ardeur :
Elprit , hâtez-vous de deſcendre ,
Venez , Esprit réparateur ;
Soufflez des quatre Vents du Monde ,
Soufflez votre chaleur féconde
Sur ces corps prêts d'ouvrir les yeux.
Soudain le prodige s'achève ,
Et ce Peuple de morts ſé léve
Étonné de revoir les Cieux .
Les hymnes de M. de Pompignan
font abfolument à lui ; il y a pris tous
les ftyles afin d'entrer dans l'efprit de
tous les mystères . L'hymne de S. Louis
eft furtout intéreffante pour nous : on
n'ous y retrace en très-beaux vers les
traits les plus glorieux de la vie de ce
faint Roi
François , voici le jour de gloire ,
Le jour où les chants les plus doux
De l'Ayeol des Bourbons célébrent la mémoires
Coeurs François , applaudiffez tous.
D vj
MERCURE DE FRANCE.
Couvrons de fleurs & de feuillages
La demeure paible où Louis tient ſa Cour.
Nos ayeux y portoient les tributs de l'Amour
Portons ý des voeux , des hommages
Qui montentjufqu'à lui dans le divin féjour.
O Vincennes ! Palais champêtre ,
Tes bois antiques , tes vergers ,
Raffembloient autour de leur Maître
Les Grands , le Peuple , & les Bergers .
Quel éclat fur fon front ! quelle majefté fainte !
Qu'il fçavoit inſpirer de reſpect & de crainte
Lorsqu'il étoit aflis dans le Temple des Loix!
Qu'il donnoit de leçons & d'exemples aux Rois
Quand le glaive de fa juftice
Frappoit le faux honneur , le blafphême, & le vice,
Et du Trône infulté vengeoit les juſtes droits.
O miracle , ô Vertu ! Louis eft dans les chaînes
Et fes Vainqueurs fon à fes pieds.
On ne peut s'empêcher de citer la
dernière Strophe . C'eft expreffion des
fentimens & des voeux de tous les bons
François.
Que Louis en ce jour dans la gloire immortelle
De fon Peuple chéri reconnoille la voix,
OCTOBRE. 1763. 84
Qu'il foit de les Enfans à jamais le modéle ;
Et que du haut des Cieux il régne avec nos Rois :
Nous voilà , enfin , parvenus aux difcours
Philofophiques ; ils compofent le
3. Livre où tout eft frappant , le ftyle ,
l'arrangement , les Sujets , la Morale.
Les anciens Philofophes , dit Minutius
Felix , ont puifé la vérité dans les
Prophéties qu'ils ont altérées .
Malheur à moi , ajoute M. de Pompi
guan. » Malheur à ces difcours , s'ils
» étoient dans le même cas ; mais j'ofe
» croire qu'ils font à l'abri de toute
imputation de cette nature . Je dois
feulement prévenir le Lecteur qu'ils
» n'ont pas été travaillés dans le même
» ordre , ni fur le même plan que les
» Pleaumes , les Cantiques & les Pro-
" phéties. Là , je traduis fidélement
» ou j'imite avec exactitude l'original ;
» ici j'accommode le Texte aux Sujets
» que j'ai choifis , fujets tirés néan-
» moins des mêmes livres qui m'ont
» fourni les matériaux de l'ouvrage.
Pour cela j'ai pris dans différens cha-
» pitres tous les verfets relatifs au même
» objet ; je les ai liés enfemble ; j'en
» ai développé le fens & les preuves ,
» je leur ai donné une jufte étendue ;
86 MERCURE DE FRANCE .
» & j'en ai compofé des difcours déta-
» chés & indépendans l'un de l'autre .
» C'est la forme que j'ai obfervée à l'é-
» gard des Proverbes , parce que les
» matières y femblent mêlées & con-
» fondues . Ce Livre eft un tréfor de
» penſées .
Les bornes que nous fommes obligés
de nous préfcrire dans cet Extrait nous
empêchent de rendre un compte détaillé
de chacun de ces difcours ; nous
n'en rapporterons que quelques Morceaux
qui mettront le Lecteur à portée
de juger des autres .
La Sageffe eft le bras , l'oeil & l'âme des Rois .
A fes enfeignemens s'ils conforment leurs loix ,
Si par eux la Juſtice eft toujours révérée ,
Ils font puiffans , chéris , leur mémoire eft facrée.
Un infenfé qui règne eſt un monſtre cruel ;
Un Sage fur le Trône eſt un préſent du Ciel.
Le fecond difcours eft terminé par ces
Vers.
L'homme a dans fes devoirs l'objet de tous fes
voeux ;
Plus il leur eſt fidéle & plus il eſt heureux :
La vertu fut toujours la volupté fuprême.
Interroge le vice , il re dira lui-même
OCTOBRE. 1763. 87
Qu'il connut le plaifir , mais jamais le bonheur :
Il n'en eft point , mon fils , pour qui vit fans
honneur.
La Peinture du riche , dans le troifiéme
difcours mérite auffi d'être rapportée .
Le riche eft le jouet de fa propre fortune ;
C'eſt un tyran cruel dont le joug l'importune.
Tourmenté de defirs , de befoin déchiré ,
De rivaux , de jaloux , d'ennemis entouré ,
Ses biens font au pillage , & fes jours à l'enchère :
Son bonheur eft plus trifte encor que la mifère.
Lui-même il fe déchire & devient tour-à -tour
De fon coeur inquiet , la proie & le vautour.
Plein de fes pathons il ne connoît , il n'aime ,
Que les goûts , fes plaiſirs , la fortune & luimême.
Pofféder , acquérir , c'eſt ſa vertu , ſon art ;
Il fait de les trésors fon Temple & fon rempart.
C'eſt un mur qui l'entoure , où malgré ſon au❤
dace
Le fouffle des revers l'aceable & le terraffe.
Dans le quatriéme difcours qui eft
l'éloge de la vie laborieufe & champêtre,
88 MERCURE DE FRANCE.
de l'Economie , & de la Femme-forl'Auteur
débute ainfi :
te •
Heureux qui de fes mains cultive les fillons ;
Où fon champêtre ayeul planta fes pavillons ,
Qui demande à la terre un tribut légitime ,
Pour nourrir les mortels l'épuife & la ranime ,
Et par l'utile effort d'un foin toujours nouveau
En devient l'Econome , & non pas le fardeau !
•
On ne fera peut -être pas faché de
voir auffi le Portrait de la femme-forte.
Que pour d'autres le marbre entaſſé juſqu'aux
Cieux ,
Apprenne à l'Univers leurs titres glorieux ;
L'Artifan fecouru , la pauvreté bannie ,
Ses ferviteurs heureux , & fa famille unie ,
Des fils dont elle-même a formé la Raiſon ,
C'eſt dans ces monumens qu'elle aime à voir fon
nom :
C'eſt là qu'il ſe conſerve & qu'honoré des Sages
Il triomphe à la fois de l'envie & des âges.
O! crainte du Seigneur , tu régles tous fes pas
Tu repands fes tréfors , tu défens ſes appas
Le monde rend hommage à fa conduite auftére ,
Tout corrompu qu'il eft , c'eft un Juge févére ,
Qui dételte & méprife en dépit des flatteurs,
Les biens fans la vertu , la beauté fans les moeurs
OCTOBRE. 1763 . 89
Le cinquiéme difcours
lomnie , commence ainfi .
Aimer tous les humains d'une charité
fur la Capure
C'eft la Loi du Seigneur , le voeu de la Nature ,
Quelle douceur dans les vers qui terminent
ce difcours !
N'eft- il pas même encor des deferts & des bois ;
Où de la Calomnie on n'entend pas la voix ?
Fuyons avec l'honneur , fuyons dans cet aſyle ;
Oublions loin du monde , en ce féjour tranquile
Tout perfide ennemi , tout indigne rival.
Sur-tout ne diſons point : je lui rendrai le mal.
S'il a faim , que nos mets largement le nour
riffent ;
S'il a foif, que nos eaux foudain le rafraîchiſſent.
Nos foins & nos bienfaits , nos dans fur lui
verfés ,
Sont des charbons de feu fur la tête amaflés.
O Mortel ! c'est ainsi que la vertu ſe venge.
Les coeurs font à Dieu feul , c'eſt lui ſeul qui les
change.
Des bons & des méchans lui feul peut ordonner.
C'eſt à Dieu de punir , à nous de pardonner.
A la page 418 , ligne 7 , il s'eft gliffé
une faute d'impreffion :
Et que feroit-ce encor fi des faits diffamansa
Lifez traits diffamans.
go MERCURE DE FRANCE.
Le difcours fur les devoirs des Rois
& des Sujets , eft plein de force , d'éloquence
& d'agrémens.
Le pouvoir paternel , l'autorité fuprême
Sont des droits émanés du Créateur lui - même.
Dieu für la même tête unit leur double loi ;
Qui fit le premier père , a fait le premier Roi.
Le premier qui du Sceptre exerca la puiſſance ,
N'avoit que fes enfans fous fon obéiffance .
Les enfans à leur tour , dans ce Chef révéré ,
Obéiffoient à Dieu qui l'avoit confacré .
Dans ces noeuds que forma la fageffe divine ,
Du vrai Gouvernement nous trouvons l'origine ;
Sur l'intérêt commun fes titres font fondés.
Vous que régit un Maître & vous qui comman
dez ,
Confervez à jamais de fi doux caractères ;
Rois , voilà vos enfans ; Sujets , voilà vos pères.
Que n'exigeons-nous pas , impérieux Sujets :
Des talens , des vertus , & même des ſuccès ?
Vous dont le coeur eft droit , l'âme tranquille &
faine ,
Parcourez les devoirs de cette vie humaine ,
Obfervez bien les Rois , & vous direz : hélas !
Trop heureux qui fçait l'être , heureux qui ne
l'eft pas .
OCTOBRE. 1763 .
Le feptiéme difcours renferme les deux
premiersChapitres de l'Eccléfiafte . L'Auteur
parcourt tous les âges, toutes les conditions
, & c. il en fait la peinture la plus
vraie , la plus agréable , & conclut avec
le Sage que tout n'eft que vanité.
Depuis que ces objets affiégent mes efprits
Que la vie à mes yeux a pèrdu de fon prix !
Elle m'eft importune , & fon fardeau m'accable.
Ne la furchargeons plus d'un travail milérable.
C'eſt le fort d'un Pécheur d'augmenter fes befoins
,
D'abandonner fon âme à d'inutiles foins ,
De pofféder fans goût , d'acquérir fans meſure.
Savourons fobrement les dons de la Nature ;
Ils viennent de Dieu même , ils font pour les humains
:
Enjouir fans abus c'eft remplir fes deffeins .
L'art de fe modérer naît de l'expérience.
Aux Mortels qu'il chérit Dieu donne la ſcience ,
La fageffe , la paix , & les loisirs heureux ;
Le reste eft fuperflus , s'il n'eſt pas dangereux .
Dans les cinq derniers difcours l'Auteur
fuit le plan de l'Eccléfiafte , &
garde l'ordre des Chapitres. Ils font
dignes des fept premiers. Les différens
morceaux que nous venons de rapporter
nous ont paru propres à faire con- .
92 MERCURE DE FRANCE.
noître le mérite des Poëfies facrées ; &,
l'on ne peut être foupçonné de vouloir
en impofer au Public , quand on met
fous fes yeux dequoi juftifier le jugement
qu'on porte de l'Ouvrage entier
d'un Citoyen qui a toujours fait autant
d'honneur aux Lettres par l'éclat & le
fuccès avec lequel il les a cultivées, que
par la manière diftinguée dont il a rempli
une des premières Places de la Magiftrature.
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Résumé : POÉSIES sacrées & Philosophiques, tirées des Livres Saints, par M. LE FRANC DE POMPIGNAN, nouvelle Edition considérablement augmentée & enrichie de gravures, volume in-4°. A Paris, de l'Imprimerie de Prault, quai de Gêvres.
L'ouvrage 'Poésies sacrées & Philosophiques' de M. Le Franc de Pompignan a été publié pour la première fois en 1751 et a rapidement rencontré un grand succès. Une deuxième édition est parue en 1754, suivie d'une troisième en 1763, enrichie de gravures et de nouveaux poèmes. L'œuvre est organisée en cinq livres : Psaumes, Cantiques, Prophéties, Hymnes et Discours Philosophiques. Le Discours Préliminaire est particulièrement remarqué pour sa profondeur et sa modestie. L'auteur y combat l'incrédulité sans désigner explicitement ses opposants et introduit des poèmes philosophiques innovants, affirmant la supériorité de la philosophie de Salomon. Les Cantiques contiennent des descriptions poétiques de la ruine de Tyr, inspirées par le livre d'Ézéchiel. Les Hymnes rendent hommage à des figures telles que Saint Louis. Les Discours Philosophiques sont salués pour leur style et leur moralité, explorant des thèmes comme la sagesse des rois, la vertu et la condition des riches. Les réflexions morales abordent divers sujets, incluant l'égoïsme, la vie laborieuse, la charité, les devoirs royaux et la vanité de la vie. En 1756, un examen des premières éditions des Poésies sacrées a été publié, complétant ainsi l'œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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