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Détail
Liste
1
p. 26-46
A MADAME la Marquise de **
Début :
Le Vendredy premier jour de l'An, les Comédiens de l'Hôtel / Puis que vous souhaitez, Madame, que je vous mande des [...]
Mots clefs :
Hôtel de Bourgogone, Phèdre, Théâtre français et italien, Opéra, Corneille, Racine, Lully, Banboches, Quinault, Habits
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME la Marquise de **
Le Vendredy premier
jour def An, les Comédiens
de l Hôtel de Bourgogne
donnèrent la première Reprefentation de la Phedre
deMonfieur Racine; &le
Dimanche fuivanr, ceux de
la Troupe du Roy luy oppoferent la Phedre de
Monfieur Pradon. Je croy
ne pouvoir mieux entretenir le Public, qu’en luy fai-
G A L A N T . i?
fant part d’une Lettre qui
m ’eft tombée entre les
mains, adreïfée à une Perfonne de qualité, par laquelle onluy rend compte
non feulement de ces deux
Pièces, mais de tout ce qui
a paru fur le. Theatre François & Italien, depuis ce
commencement de l’Année jufques à la fin du Carnaval.
*■ •
Cii
lP |U is que vous fouhai-
| tez, Madame, que je
vous mande des nouvelles
de tout ce qui a paru de
nouveau au Theatre depuis le premier de Janvier,
je vous parleray d ’abord
des deux Phedres : Elles
ont fait icy beaucoup de
bruit, & j’ay peine à concevoir d ’où vient qu’on
G A L A N T . 19
i s eft'avifé d’en vouloir juger par comparaifon de
l’une à l’autre, puis quelles
n’ont rien de commun que
le nom des Perfonnages
■ qu’on y fait encrer j car je
tiens qu’il y a une fore
grande dife'rence à faire, O
de Phedre amoureule du
Fils de fon Mary, & de
Phedre qui aime feulement
le Fils de celuy quelle n’a
pas encor époufë. Il eft fi
naturel de préférer un jeune Prince à un Roy qui en
eft le Pere, que pour peindre la paflian de l’une, on
, C iij .
*
jo LE MERCURE
n’a befoin que de fuivre le
train ordinaire des chofes;
c’elt un Tableau dont les
couleurs font faciles à trouver, & on n’eft point embarafle fur le choix des ombres qui le doivent adoucir:
mais quand il faut reprefenter une Femme qui n’envifageant fon amour qu’avec horreur, oppofe fans
celTe le nom de Belle-mere • * •
à celuy d’Amante, qui dételle fa paflîon, & ne lailfe
pas de s’y abandonner par
la force de la deftinée, qui
vou droit fe cacher à elle-
GALANT. 31
mefme ce qu’elle fcnt, &
ne foufre qu’on luy en arrache le fecret que dans le
temps où elle fe voit prefte
d’expirer-, c’eft ce qui demande l’adrefle d’un grand
Maiftre ; & ces chofesfont
tellement eflentielles au
Sujet d’Hippoly te,que c’eft
ne l’avoir pas traité, que
d’avoir éloigné l’image de
l ’amour inceftucux qu’il
faloit neceflairement faire
paroiftre. Ainfi, Madame,
je ne voy point qu’on ait
eu aucune raifon d’exami-
. ner laquelle des deux Pie-
3
i LE MERCURE
ces intérefte plus agréablement l’Auditeur, puis qu’
elles n ’ont aucun raport
cnfemble du cofté de la
principale matière. 11 eft
vray qu’il n’y a pas la mefme horreur dans le Sujet de
la Phèdre du Fauxbourg
S.Germain; mais, comme
je vous ay déjà dir, ce n’eft
pas le véritable Sujet que
1Autheur de cette derniere
a traité; & puis qu’il s’eft
permis d’y changer ce qu’il
y avoit de plus eflentiel, il
eft d’autant plus refponfàble de tout ce qui a pii
G A L A N T . 55.
blefTer les délicats. Vous
jugerez vous-mefme du
relie par la leélure de ces
deux Pièces qu’on achevé
d’imprimer, &que je vous
envoîray la Semaine prochaine. Je ne doy pas oublier de vous dire qu’on a
fait revivre une Piece dont
vous n’oliez dire il y a cinq
ou Cix ans tout le bien que
vous en pendez, à caufe de
certaines chofes qui bleffoient la délicatefle des
Scrupuleux : Elle en eft à
prefent tout-à-fait purgée,
& au lieu quelle eftoic en
j4 LE MERCURE
Proie, elle a efté mife eh
Vers d’une maniéré qui a
fait dire qu’elle n’a rien
perdu des beautez de fon
Original, qui mefmes y en
a fait trouver denouvelles.
Vous voyez bien que c’cft
du Fcftin de Pierre du fameux Moliere donc je vous
parle. Il a efté extraordinairement fuivy pendant
lesfix Reprefentations qui
en ont efté données -, & il
auroit efté fans-doute fort
loin, fi les Comédiens qui
font plus religieux qu’on ne
les veut faire croire, n’cufi
G A L A N T . 35
fentpas pris d’eux-mefmes
la Publication du Jubilé
pour un Ordre de feïmer
le Theatre. Le grand fuccés de cette Piece eft un
effet de la prudence de
Monfîéur de Corneille le
jeune, qui en a fait les Vers,
& qui n’y a mis que des
Scenes agréables en la
place de celles qu’il en a
retranchées. Il me fouvient, Madame, que vous
m’avez autrefois demandé
pourquoy cette Piece s’appelloit le Feftin de Pierre,
n’y trouvant rien qui con-
5
6 LE MERCURE
vinft parfaitement à ce titre. Vous aviez fujet de
foûtenir qu’il n’y avoir pas
d ’apparence que ce fut
parce que le Commandeur
tué par D. Juan fe nommoit D.Pedre,ou D.Pierre.
Un Cavalier qui a fait le
Voyage d’Efpagne, m’en
apprit il y a quelques jours
la véritable raifon. C’eft là
qu’il prétend que cette
Avanture foit arrivée, <5c
on y voit encor (dit-il) les
relies de la Statue du Commandeur ; mais cela ne
conclud pas qu’il foit vray. .
V
G A L A N T .
que cette Statue ait remué
la telle, & quelle ait efté
fe mettre à table chez le
D. Juan de la Comédie,
comme on l’aifure en Efpagne. Ce qu’il y a de certain, c’eft que les Elpagnols font les premiers qui
ont mis ce Sujet fur le
Theatre, & que Tirfo de
Molinaqui l’a traité, l’a intitulé , El Combidado de
Picdra,, ce qui a efté malrendu en noftre Langue par
Le Pefiin de Pierre ; ces paroles ne lignifiant rien autre chofe que le Convié de
9
$8 LE MERCURE
Pierre, c’eft à dire la Statué
de marbre convie'e à un
Repas. Apres vous avoir
parlé des Efpagnols, jedoy
vous dire deux mots des
Italiens: Ils nous ont donné cet Hyver trente Reprefentations d ’une fort
agréable Comédie, qui a
pour titre, Scaramouche
& Arlequin , Juifs errans
de Babylone : Elle eft de
l ’invention de Monfieur
de S... Autheur desTrompeurs trompez. Elle a
non feulement ,fait rire le
Peuple, mais elle a attiré
G A L A N T . 39
en foule toute la Cour, qui
fembloit ne fe pouvoir laffer de s’y venir divertir. Je
croy qu’on ne peut rien
dire de plus avantageux
pour cette Piece: Elle finit
par un Récit qu’Arlequin
fait d’une manière fi a^rea-.
ble & fi divertiflante, que
tous ceux qui l ’ont oüy
font demeurez d ’accord,
que ce n’eft pas fans raifon
que ce merveilleux Auteur
attire tous les jours tant de
monde au Theatre Italien.
11 ne me refte plus qu’à
vous parler de celuy qu’on
4
■4
o LE MERCURE
a nouvellement ouvert au
'M arais, dont les Aéteurs
font appeliez Banboches.
Ce mot eft dans la bouche
de bien des Gens qui n’en
Fçavent pas l’origine. Banboche eft le nom d’un fameux Peintre qui ne faifoit que de petites Figures
quelesCuricux appelloient
des Banboches-, & il fut
donné depuis indifércmment à toutes les petites
Figures de quelque Peintre
qu’elles fuffent. Je n’ay
encor rien à vous dire de<
celles du Marais-, mais
- G A L A N T . 4
i
peut-eftre que fi on les laiC
foie croiftre, elles feroient
parler d’elles : elles fe fonc
déjà perfectionnées, elles
ne dançent pas mal, mais
elles chantent trop haut
pour pouvoir chanter bien
longtemps .; & fi on devient confidérable quand
on commence à fe faire
craindre, il faut quelles
ayent plus de mérité que
le Peuple de Paris ne leur
-en a crû : mais tout fait
ombrage à qui veut regner
feul ; cependant il-eft trescertain que lors qu’on^raI D
41 LE MERCURE
vaille trop ouvertement à
détruire de méchantes chofes, on les fait toujours
réüftir.
( L’Opéra eftant en France fur le pied de la Comédie , & les fuccés de tous
ceux qu’on nous donne de
nouveaux, n’eftans grands
que félon qu’ils ont plus ou
moins de beautez, je ne
doy pas oublier de vousdire
quliïs Opéra nouveau a
efté reprefenréà S.Germain
pendant unèpartie duCarnaval. Si cet Ouvrage meritelfeuelaue sloire, elle eft uelque gloire, elle eft
•*
*• •
G A L A N T . 45
deuë à Monfieur Quinaut.
Le Sujet & les Vers de cette
Tragédie font dignesde cet
illuftre Autheur, & ne luy
ont point fait perdre la réputation qu’il s’eft acquife.
Monfieur de Lully en afaic
laMufique; il ne peut être
comparé à perfonne, puis
qu’il eft le feul dont on en
voitaujourd’huy en France,
Je ne parle point de la
beauté de ce dernier Ouvrage de là compofition-,
Ion génie eft fi connu, qu’il
a fait oublier celuy de tous
les autresj je m’arrefte à
44 LE mercure
ce que la Cour en a die.
Elle eft fi éclairée, que je
fuis perfuadé que perfonne
ne doit appeller de fon jugement. Le grand nombre
d ’Inftrumens touchez par
les meilleurs Maiftres de
France, a fait trouver des
beautez dans la fymphonie
de cet Opéra, & il eft impoffible que tant d’Inftrumens entre les mains de
tant d’excellens Hommes
ne produifenr pas toujours
cet effet. Les Habits ont
efté trouvez admirables,
ioit pour ce qui regarde la
G A L A N T . 4 ;
richeïfe, foie pour ce qui
regarde l’invention, & ils
ont fait un des plus beaux
ornemens de ce Spéétacle.
Monfieur Berain qui poffede prefentement la Charge de feu Monfieur Je fia y
Deflig nateur du Roy, en
avoit donné les deïTeins,
ainfi que des Coeffures.
Les Habits des Opéra de
Thefée & d’Atis font auffi
de fon invention. Meilleurs
Beauchamps& Dolivet,qui
qui depuis plufieurs années
font toutes les Entrées des
Baie ts du Roy, ont travaillé
46 LE MERCURE
à leur ordinaire pour ce
dernier, ceft à dire tresbien. Les beautez de cet
Opéra n’ont point fait perdre au Roy & à toute la
Cour le fouvenir des iniimitables Tragédies de M.
de Corneille l’aîné, qui fu>
rent reprefentées à Verfailles pendant l’Automne
dernier. Je vous envoyé la
Copie que vous m’avez demandée des Vers que fit
cet illuftre Authcur pour
en remercier Sa Majefté.
Je fuis, Madame, &c
jour def An, les Comédiens
de l Hôtel de Bourgogne
donnèrent la première Reprefentation de la Phedre
deMonfieur Racine; &le
Dimanche fuivanr, ceux de
la Troupe du Roy luy oppoferent la Phedre de
Monfieur Pradon. Je croy
ne pouvoir mieux entretenir le Public, qu’en luy fai-
G A L A N T . i?
fant part d’une Lettre qui
m ’eft tombée entre les
mains, adreïfée à une Perfonne de qualité, par laquelle onluy rend compte
non feulement de ces deux
Pièces, mais de tout ce qui
a paru fur le. Theatre François & Italien, depuis ce
commencement de l’Année jufques à la fin du Carnaval.
*■ •
Cii
lP |U is que vous fouhai-
| tez, Madame, que je
vous mande des nouvelles
de tout ce qui a paru de
nouveau au Theatre depuis le premier de Janvier,
je vous parleray d ’abord
des deux Phedres : Elles
ont fait icy beaucoup de
bruit, & j’ay peine à concevoir d ’où vient qu’on
G A L A N T . 19
i s eft'avifé d’en vouloir juger par comparaifon de
l’une à l’autre, puis quelles
n’ont rien de commun que
le nom des Perfonnages
■ qu’on y fait encrer j car je
tiens qu’il y a une fore
grande dife'rence à faire, O
de Phedre amoureule du
Fils de fon Mary, & de
Phedre qui aime feulement
le Fils de celuy quelle n’a
pas encor époufë. Il eft fi
naturel de préférer un jeune Prince à un Roy qui en
eft le Pere, que pour peindre la paflian de l’une, on
, C iij .
*
jo LE MERCURE
n’a befoin que de fuivre le
train ordinaire des chofes;
c’elt un Tableau dont les
couleurs font faciles à trouver, & on n’eft point embarafle fur le choix des ombres qui le doivent adoucir:
mais quand il faut reprefenter une Femme qui n’envifageant fon amour qu’avec horreur, oppofe fans
celTe le nom de Belle-mere • * •
à celuy d’Amante, qui dételle fa paflîon, & ne lailfe
pas de s’y abandonner par
la force de la deftinée, qui
vou droit fe cacher à elle-
GALANT. 31
mefme ce qu’elle fcnt, &
ne foufre qu’on luy en arrache le fecret que dans le
temps où elle fe voit prefte
d’expirer-, c’eft ce qui demande l’adrefle d’un grand
Maiftre ; & ces chofesfont
tellement eflentielles au
Sujet d’Hippoly te,que c’eft
ne l’avoir pas traité, que
d’avoir éloigné l’image de
l ’amour inceftucux qu’il
faloit neceflairement faire
paroiftre. Ainfi, Madame,
je ne voy point qu’on ait
eu aucune raifon d’exami-
. ner laquelle des deux Pie-
3
i LE MERCURE
ces intérefte plus agréablement l’Auditeur, puis qu’
elles n ’ont aucun raport
cnfemble du cofté de la
principale matière. 11 eft
vray qu’il n’y a pas la mefme horreur dans le Sujet de
la Phèdre du Fauxbourg
S.Germain; mais, comme
je vous ay déjà dir, ce n’eft
pas le véritable Sujet que
1Autheur de cette derniere
a traité; & puis qu’il s’eft
permis d’y changer ce qu’il
y avoit de plus eflentiel, il
eft d’autant plus refponfàble de tout ce qui a pii
G A L A N T . 55.
blefTer les délicats. Vous
jugerez vous-mefme du
relie par la leélure de ces
deux Pièces qu’on achevé
d’imprimer, &que je vous
envoîray la Semaine prochaine. Je ne doy pas oublier de vous dire qu’on a
fait revivre une Piece dont
vous n’oliez dire il y a cinq
ou Cix ans tout le bien que
vous en pendez, à caufe de
certaines chofes qui bleffoient la délicatefle des
Scrupuleux : Elle en eft à
prefent tout-à-fait purgée,
& au lieu quelle eftoic en
j4 LE MERCURE
Proie, elle a efté mife eh
Vers d’une maniéré qui a
fait dire qu’elle n’a rien
perdu des beautez de fon
Original, qui mefmes y en
a fait trouver denouvelles.
Vous voyez bien que c’cft
du Fcftin de Pierre du fameux Moliere donc je vous
parle. Il a efté extraordinairement fuivy pendant
lesfix Reprefentations qui
en ont efté données -, & il
auroit efté fans-doute fort
loin, fi les Comédiens qui
font plus religieux qu’on ne
les veut faire croire, n’cufi
G A L A N T . 35
fentpas pris d’eux-mefmes
la Publication du Jubilé
pour un Ordre de feïmer
le Theatre. Le grand fuccés de cette Piece eft un
effet de la prudence de
Monfîéur de Corneille le
jeune, qui en a fait les Vers,
& qui n’y a mis que des
Scenes agréables en la
place de celles qu’il en a
retranchées. Il me fouvient, Madame, que vous
m’avez autrefois demandé
pourquoy cette Piece s’appelloit le Feftin de Pierre,
n’y trouvant rien qui con-
5
6 LE MERCURE
vinft parfaitement à ce titre. Vous aviez fujet de
foûtenir qu’il n’y avoir pas
d ’apparence que ce fut
parce que le Commandeur
tué par D. Juan fe nommoit D.Pedre,ou D.Pierre.
Un Cavalier qui a fait le
Voyage d’Efpagne, m’en
apprit il y a quelques jours
la véritable raifon. C’eft là
qu’il prétend que cette
Avanture foit arrivée, <5c
on y voit encor (dit-il) les
relies de la Statue du Commandeur ; mais cela ne
conclud pas qu’il foit vray. .
V
G A L A N T .
que cette Statue ait remué
la telle, & quelle ait efté
fe mettre à table chez le
D. Juan de la Comédie,
comme on l’aifure en Efpagne. Ce qu’il y a de certain, c’eft que les Elpagnols font les premiers qui
ont mis ce Sujet fur le
Theatre, & que Tirfo de
Molinaqui l’a traité, l’a intitulé , El Combidado de
Picdra,, ce qui a efté malrendu en noftre Langue par
Le Pefiin de Pierre ; ces paroles ne lignifiant rien autre chofe que le Convié de
9
$8 LE MERCURE
Pierre, c’eft à dire la Statué
de marbre convie'e à un
Repas. Apres vous avoir
parlé des Efpagnols, jedoy
vous dire deux mots des
Italiens: Ils nous ont donné cet Hyver trente Reprefentations d ’une fort
agréable Comédie, qui a
pour titre, Scaramouche
& Arlequin , Juifs errans
de Babylone : Elle eft de
l ’invention de Monfieur
de S... Autheur desTrompeurs trompez. Elle a
non feulement ,fait rire le
Peuple, mais elle a attiré
G A L A N T . 39
en foule toute la Cour, qui
fembloit ne fe pouvoir laffer de s’y venir divertir. Je
croy qu’on ne peut rien
dire de plus avantageux
pour cette Piece: Elle finit
par un Récit qu’Arlequin
fait d’une manière fi a^rea-.
ble & fi divertiflante, que
tous ceux qui l ’ont oüy
font demeurez d ’accord,
que ce n’eft pas fans raifon
que ce merveilleux Auteur
attire tous les jours tant de
monde au Theatre Italien.
11 ne me refte plus qu’à
vous parler de celuy qu’on
4
■4
o LE MERCURE
a nouvellement ouvert au
'M arais, dont les Aéteurs
font appeliez Banboches.
Ce mot eft dans la bouche
de bien des Gens qui n’en
Fçavent pas l’origine. Banboche eft le nom d’un fameux Peintre qui ne faifoit que de petites Figures
quelesCuricux appelloient
des Banboches-, & il fut
donné depuis indifércmment à toutes les petites
Figures de quelque Peintre
qu’elles fuffent. Je n’ay
encor rien à vous dire de<
celles du Marais-, mais
- G A L A N T . 4
i
peut-eftre que fi on les laiC
foie croiftre, elles feroient
parler d’elles : elles fe fonc
déjà perfectionnées, elles
ne dançent pas mal, mais
elles chantent trop haut
pour pouvoir chanter bien
longtemps .; & fi on devient confidérable quand
on commence à fe faire
craindre, il faut quelles
ayent plus de mérité que
le Peuple de Paris ne leur
-en a crû : mais tout fait
ombrage à qui veut regner
feul ; cependant il-eft trescertain que lors qu’on^raI D
41 LE MERCURE
vaille trop ouvertement à
détruire de méchantes chofes, on les fait toujours
réüftir.
( L’Opéra eftant en France fur le pied de la Comédie , & les fuccés de tous
ceux qu’on nous donne de
nouveaux, n’eftans grands
que félon qu’ils ont plus ou
moins de beautez, je ne
doy pas oublier de vousdire
quliïs Opéra nouveau a
efté reprefenréà S.Germain
pendant unèpartie duCarnaval. Si cet Ouvrage meritelfeuelaue sloire, elle eft uelque gloire, elle eft
•*
*• •
G A L A N T . 45
deuë à Monfieur Quinaut.
Le Sujet & les Vers de cette
Tragédie font dignesde cet
illuftre Autheur, & ne luy
ont point fait perdre la réputation qu’il s’eft acquife.
Monfieur de Lully en afaic
laMufique; il ne peut être
comparé à perfonne, puis
qu’il eft le feul dont on en
voitaujourd’huy en France,
Je ne parle point de la
beauté de ce dernier Ouvrage de là compofition-,
Ion génie eft fi connu, qu’il
a fait oublier celuy de tous
les autresj je m’arrefte à
44 LE mercure
ce que la Cour en a die.
Elle eft fi éclairée, que je
fuis perfuadé que perfonne
ne doit appeller de fon jugement. Le grand nombre
d ’Inftrumens touchez par
les meilleurs Maiftres de
France, a fait trouver des
beautez dans la fymphonie
de cet Opéra, & il eft impoffible que tant d’Inftrumens entre les mains de
tant d’excellens Hommes
ne produifenr pas toujours
cet effet. Les Habits ont
efté trouvez admirables,
ioit pour ce qui regarde la
G A L A N T . 4 ;
richeïfe, foie pour ce qui
regarde l’invention, & ils
ont fait un des plus beaux
ornemens de ce Spéétacle.
Monfieur Berain qui poffede prefentement la Charge de feu Monfieur Je fia y
Deflig nateur du Roy, en
avoit donné les deïTeins,
ainfi que des Coeffures.
Les Habits des Opéra de
Thefée & d’Atis font auffi
de fon invention. Meilleurs
Beauchamps& Dolivet,qui
qui depuis plufieurs années
font toutes les Entrées des
Baie ts du Roy, ont travaillé
46 LE MERCURE
à leur ordinaire pour ce
dernier, ceft à dire tresbien. Les beautez de cet
Opéra n’ont point fait perdre au Roy & à toute la
Cour le fouvenir des iniimitables Tragédies de M.
de Corneille l’aîné, qui fu>
rent reprefentées à Verfailles pendant l’Automne
dernier. Je vous envoyé la
Copie que vous m’avez demandée des Vers que fit
cet illuftre Authcur pour
en remercier Sa Majefté.
Je fuis, Madame, &c
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Résumé : A MADAME la Marquise de **
Le 1er janvier, les Comédiens de l'Hôtel de Bourgogne présentèrent la première représentation de 'Phèdre' de Jean Racine. La Troupe du Roi opposa, le dimanche suivant, sa propre version de 'Phèdre', écrite par Pradon. Une lettre adressée à une personne de qualité rend compte de ces deux pièces et des spectacles sur les théâtres français et italien depuis le début de l'année jusqu'à la fin du carnaval. La lettre souligne les différences entre les deux 'Phèdre'. La pièce de Racine met en scène une Phèdre amoureuse du fils de son mari, tandis que celle de Pradon présente une Phèdre aimant le fils d'un homme qu'elle n'a pas encore épousé. L'auteur de la lettre estime que traiter le sujet d'une femme qui lutte contre ses sentiments incestueux nécessite un grand maître, critiquant Pradon pour n'avoir pas abordé ce thème de manière adéquate. La lettre mentionne également la réapparition du 'Festin de Pierre' de Molière, réécrit en vers par Corneille le jeune. Cette version a supprimé certaines scènes délicates. La pièce a été très bien accueillie, mais sa représentation a été interrompue à cause du Jubilé. L'auteur explique l'origine du titre 'Festin de Pierre' et mentionne des représentations à Versailles pendant l'automne précédent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 100-103
Air de M. de Moliere sur des Paroles de M. de Frontiniere, chantées devant le Roy par Madem. Jacquier. [titre d'après la table]
Début :
Cet Article seroit mal finy, si je n'y joignois ces / Grand Roy. fameux Héros à qui tout est soûmis, [...]
Mots clefs :
Paroles, Roi, Héros, Opéra, Lully, Molière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Air de M. de Moliere sur des Paroles de M. de Frontiniere, chantées devant le Roy par Madem. Jacquier. [titre d'après la table]
Cet Article ſeroit mal finy,
fi jen'y joignois ces Vers qui ont eſté chantez devant le
Roy avec une entiere fatisfa- ction de tous ceux qui ont eu le plaisir de les entendre.
Grand Roy , fameuxHéros à qui
tout estsoumis ,
G 2
76 LE MERCVRE
Tremblerons-nous toûjours comme
vos Ennemis ?
Nepourrons-nous jamais appren- drefans allarmes,
L'étonnantfuccésdevos armes?
Laiſſez porter la guerre en cent
Climats divers ,
Sansvous expoſerdavantage;
Mais vous ferez plûtoft Maistre
de l'Univers ,
Que de vostre Courage.
Ces Paroles ſont de Monfieur de Frontiniere. Il est fi
connude toutes les Perſonnes
de qualité qui ont le goût des bonnes chofes , qu'on ne ſcau- roit mieux loüer ce qu'il fait,
qu'en diſant qu'il en eſt l'Au- theur. C'eſt luy qui a fait l'O- péra de Narciffe , dont vous avez oüy dire tant de bien.
Monfieur de Lully y travaille
GALANT.. 77 avec beaucoup d'application;
& comme on ne peut douter que ſa Muſique ne réponde a
la douceur &à la beauté des
Vers , on a ſujet d'en attendre quelque choſe de merveil- leux. La plus grande partie des belles Paroles qui ont eſté miſes en Chant par Monfieur Lambertdepuis plufieurs an- nées , fontde ce meſmeMon--
fieur de Frontiniere. L'Air de
celles que je vous envoye , a
efté fait par M' Moliere. C'eſt un admirable Génie. Vous
voyez bien que je vous parle de celuy qu'on appelle icy communément lepetitMolie- re
fi jen'y joignois ces Vers qui ont eſté chantez devant le
Roy avec une entiere fatisfa- ction de tous ceux qui ont eu le plaisir de les entendre.
Grand Roy , fameuxHéros à qui
tout estsoumis ,
G 2
76 LE MERCVRE
Tremblerons-nous toûjours comme
vos Ennemis ?
Nepourrons-nous jamais appren- drefans allarmes,
L'étonnantfuccésdevos armes?
Laiſſez porter la guerre en cent
Climats divers ,
Sansvous expoſerdavantage;
Mais vous ferez plûtoft Maistre
de l'Univers ,
Que de vostre Courage.
Ces Paroles ſont de Monfieur de Frontiniere. Il est fi
connude toutes les Perſonnes
de qualité qui ont le goût des bonnes chofes , qu'on ne ſcau- roit mieux loüer ce qu'il fait,
qu'en diſant qu'il en eſt l'Au- theur. C'eſt luy qui a fait l'O- péra de Narciffe , dont vous avez oüy dire tant de bien.
Monfieur de Lully y travaille
GALANT.. 77 avec beaucoup d'application;
& comme on ne peut douter que ſa Muſique ne réponde a
la douceur &à la beauté des
Vers , on a ſujet d'en attendre quelque choſe de merveil- leux. La plus grande partie des belles Paroles qui ont eſté miſes en Chant par Monfieur Lambertdepuis plufieurs an- nées , fontde ce meſmeMon--
fieur de Frontiniere. L'Air de
celles que je vous envoye , a
efté fait par M' Moliere. C'eſt un admirable Génie. Vous
voyez bien que je vous parle de celuy qu'on appelle icy communément lepetitMolie- re
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Résumé : Air de M. de Moliere sur des Paroles de M. de Frontiniere, chantées devant le Roy par Madem. Jacquier. [titre d'après la table]
Le texte présente un article inachevé complété par des vers chantés devant le roi, qui ont été bien reçus. Ces vers, adressés à un 'Grand Roy, fameux Héros', expriment l'admiration pour ses exploits militaires et suggèrent qu'il pourrait dominer l'univers grâce à son courage plutôt que de se mettre en danger. Les paroles sont attribuées à Monsieur de Frontinière, connu pour son œuvre, notamment l'opéra 'Narcisse'. Monsieur de Lully travaille également sur cet opéra avec beaucoup d'application, et sa musique est attendue pour correspondre à la qualité des vers. La plupart des beaux textes mis en chant par Monsieur Lambert ces dernières années sont également de Monsieur de Frontinière. L'air des vers envoyés a été composé par Molière, décrit comme un 'admirable Génie'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 103-110
Sujet de deux Opera mis en Musique par le mesme. [titre d'après la table]
Début :
En verité, Madame, j'ay peine à vous pardonner vostre [...]
Mots clefs :
Opéra, Saint-Germain, Molière, Lully, Ballets, Musique française, Science des italiens, Abbé Tallement, Mademoiselle Jacquier
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texteReconnaissance textuelle : Sujet de deux Opera mis en Musique par le mesme. [titre d'après la table]
En verité Madame , jay
peine àvous pardonner voſtre attachementpour la Province,
puis, qu'il vous a privée du
,
1
G3
78 LE MERCVRE
-
plaiſir que vous auriez reçen de deux Opéra de ſa compofi- tionqui ont eſté chantez depuis deux ou trois ans dans
une Maiſon particuliere , &
dans la fienne. Le concours y
a eſté grand, & ils ont fait tant debruit , que le Roy les a voulu entendre àSaint Germain.
Ilsyont eſté repreſentez plus d'une fois , &Sa Majesté les a
toûjours écoutez avec une at- tention qui marquoit mieux que toute autre choſe la fatis- faction qu'elle en recevoit.
Auſſi faut-ilavoüerque le petit Moliere donne des agrémens bienparticuliers à tout ce qu'il fait. Il exprime admirablement les paffions , & it trouve des tons qui fuffiroientſeuls àfaire
connoiſtre ce que les Acteurs reprefentent. C'eſt ce qu'on
GALANT. 79 eftimoit en luy dans le temps qu'il travailloit aux Balets du Roy( ce qu'il afait longtemps ſeul,&depuis avecM² deLul- ly , juſqu'à ce que ce dernier aiteſte Surintendant de la Mufique. )Il a toûjours pris foin de meſler ce que la MufiqueFra çoiſe a de plus doux , avec le profondde la Science des Ita- liens ; & ce qui a eſté un fort grand avantage pourluy, il n'a preſque jamais travaillé que furde belles Paroles. Cellesde
ces deux derniers Opéra qui ont eu pourſujet les Amoursde Cephale &de I Aurore , &les
Avantures d'Andromede , font
de M l'Abbé Tallemant le
jeune. Il me feroit inutile de vous parlerde fon merite &de fon eſprit , l'un & l'autre vous eft connu. Je vous diray ſeule-
80 LE MERCVRE
ment que ſi vous aviez entendu les Vers de ces deux Ouvrages de Theatre , vous con- noiſtriez qu'ils répondent par- faitement aux belles chofes
que vous avez déja veuës de luy. Ony a remarqué un art merveillleux ; & ce qui a fort contribué à les rendre auſſi
agreables qu'ils font, c'eſt qu'il a trouvé moyen d'en retran- cher les Perſonnages , qui n'e- ftant point intereſſez dans le fujet de la Piece , ne peuvent jamais eftre qu'ennuyeux. Je reviens aux Paroles de Made
Frontiniere. Elles ont eſté
chantées devantle Roy par la petite Mademoiſelle Jaquier.
C'eſtunProdigequi aparûicy depuis quatre ans. Elle chante,
àLivre ouvert, la Muſique la plus difficile. Elle l'accompa
GALANT. 81
gne, &accompagne les autres qui veulent chanter , avec le
Claveſſin dont ellejouë dune maniere qui ne peut eftre imi- tée. Elle compoſe des Pieces ,
&les jouë fur tous les tons qu'on luy propoſe. Je vous ay dit , Madame ,qu'il y a quatre ans qu'elle paroift avec des qualitez fi extraordinaires , &
cependat elle n'en a encor que dix. Je ne ſçay ſi en la voyant,
vous ne diriez point ce qu'on a
entendu dire à un des plus beauxEfprits que nous ayõs. II la regardoit, ſurprisde tous ces miracles , il dit agreablement,
qu'il voyoit bien que c'estoit elle,
mais qu'avec toutcela iln'envoudroit pas jurer. Si nous eftions
au tempsoù l'on croyoit les Sil- phes&les Gnomes , on pour- roit douter que ce n'en fuſt
82 LE MERCVRE
une production. Toutes celles qui touchent le Claveffin , &
dont le nombre eft grand , ont fait ce qu'elles ont pûpour la furprendre , &ont eſté enſuite contraintes de l'admirer comme les autres , ou d'attribuer à
la Magie ce qu'elles ne peu- ventfaire comme elle...
peine àvous pardonner voſtre attachementpour la Province,
puis, qu'il vous a privée du
,
1
G3
78 LE MERCVRE
-
plaiſir que vous auriez reçen de deux Opéra de ſa compofi- tionqui ont eſté chantez depuis deux ou trois ans dans
une Maiſon particuliere , &
dans la fienne. Le concours y
a eſté grand, & ils ont fait tant debruit , que le Roy les a voulu entendre àSaint Germain.
Ilsyont eſté repreſentez plus d'une fois , &Sa Majesté les a
toûjours écoutez avec une at- tention qui marquoit mieux que toute autre choſe la fatis- faction qu'elle en recevoit.
Auſſi faut-ilavoüerque le petit Moliere donne des agrémens bienparticuliers à tout ce qu'il fait. Il exprime admirablement les paffions , & it trouve des tons qui fuffiroientſeuls àfaire
connoiſtre ce que les Acteurs reprefentent. C'eſt ce qu'on
GALANT. 79 eftimoit en luy dans le temps qu'il travailloit aux Balets du Roy( ce qu'il afait longtemps ſeul,&depuis avecM² deLul- ly , juſqu'à ce que ce dernier aiteſte Surintendant de la Mufique. )Il a toûjours pris foin de meſler ce que la MufiqueFra çoiſe a de plus doux , avec le profondde la Science des Ita- liens ; & ce qui a eſté un fort grand avantage pourluy, il n'a preſque jamais travaillé que furde belles Paroles. Cellesde
ces deux derniers Opéra qui ont eu pourſujet les Amoursde Cephale &de I Aurore , &les
Avantures d'Andromede , font
de M l'Abbé Tallemant le
jeune. Il me feroit inutile de vous parlerde fon merite &de fon eſprit , l'un & l'autre vous eft connu. Je vous diray ſeule-
80 LE MERCVRE
ment que ſi vous aviez entendu les Vers de ces deux Ouvrages de Theatre , vous con- noiſtriez qu'ils répondent par- faitement aux belles chofes
que vous avez déja veuës de luy. Ony a remarqué un art merveillleux ; & ce qui a fort contribué à les rendre auſſi
agreables qu'ils font, c'eſt qu'il a trouvé moyen d'en retran- cher les Perſonnages , qui n'e- ftant point intereſſez dans le fujet de la Piece , ne peuvent jamais eftre qu'ennuyeux. Je reviens aux Paroles de Made
Frontiniere. Elles ont eſté
chantées devantle Roy par la petite Mademoiſelle Jaquier.
C'eſtunProdigequi aparûicy depuis quatre ans. Elle chante,
àLivre ouvert, la Muſique la plus difficile. Elle l'accompa
GALANT. 81
gne, &accompagne les autres qui veulent chanter , avec le
Claveſſin dont ellejouë dune maniere qui ne peut eftre imi- tée. Elle compoſe des Pieces ,
&les jouë fur tous les tons qu'on luy propoſe. Je vous ay dit , Madame ,qu'il y a quatre ans qu'elle paroift avec des qualitez fi extraordinaires , &
cependat elle n'en a encor que dix. Je ne ſçay ſi en la voyant,
vous ne diriez point ce qu'on a
entendu dire à un des plus beauxEfprits que nous ayõs. II la regardoit, ſurprisde tous ces miracles , il dit agreablement,
qu'il voyoit bien que c'estoit elle,
mais qu'avec toutcela iln'envoudroit pas jurer. Si nous eftions
au tempsoù l'on croyoit les Sil- phes&les Gnomes , on pour- roit douter que ce n'en fuſt
82 LE MERCVRE
une production. Toutes celles qui touchent le Claveffin , &
dont le nombre eft grand , ont fait ce qu'elles ont pûpour la furprendre , &ont eſté enſuite contraintes de l'admirer comme les autres , ou d'attribuer à
la Magie ce qu'elles ne peu- ventfaire comme elle...
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Résumé : Sujet de deux Opera mis en Musique par le mesme. [titre d'après la table]
La lettre exprime des regrets que la destinataire n'ait pas pu assister à deux opéras de Molière : 'Les Amours de Céphale et d'Aurore' et 'Les Aventures d'Andromède'. Ces œuvres ont été jouées dans une maison particulière et au château de Saint-Germain, où elles ont été appréciées par le roi. Molière est félicité pour son talent à exprimer les passions et à mélanger la musique française et italienne. Les paroles de ces opéras sont de l'abbé Tallemant le jeune, dont le mérite est souligné. La lettre mentionne également Mademoiselle Jaquier, une jeune prodige de dix ans, qui chante, compose et joue du clavecin de manière exceptionnelle, surprenant et impressionnant les autres musiciens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 28-31
Opera & ce qu'ils en ont dit, [titre d'après la table]
Début :
Mr de Lully ayant esté les voir le matin de cette [...]
Mots clefs :
Opéra, Lully, Académie de musique, Représentation, Machines, Spectacle
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texteReconnaissance textuelle : Opera & ce qu'ils en ont dit, [titre d'après la table]
Me de Lully ayant effe
les voir le marin de certe
meſime journée , ils le prierent
de dîner avec eux, fi toſt
of qu'ils curent appris l'eſtime
dont le Roy Thonore , àcau
ſe de la beauté de ſon Genie
pour tout ce qui regarde la
Muſique. Ils fe rendirent à
l'Opera , & Mrde Lully les
receur à la porte de l'Acade-
#mie. Commeon reprefentoit
celuy d'Acis & de Galatée ,
dans lequel il n'y a point de
Machines , on leur ditpen-
1
Cij
28 SuiteduVoyage
adant
la repreſentation , Que
ces fortes de Spectacles estoient ordinairement
plus grands que celuy
qu'ils voyoient , parce que celuy-
là avoit eſté fait pour repreſenter
dans un lieu où il n'y avoit
point de Sale , & on leur expliqua
meſme la Feſte pour laquelle
ce Divertiſſement
voit eſté fait. Le premier
Ambaſſadeur dit , Quele Spe-
Etacle dont il eſtoit témoin , &ce
qu'on luy diſoit des autres Opera,
luy faisoit concevoir de grandes
chofes de ce qu'il ne voyoit pas,
s'il estoit vray pourtant que l'on
puſt rien faire de plus beau en ce
geureand. Il marqua pendant
ز
des Amb. de Siam. 29
٥٢٠
cecede
la repreſentation qu'il en
comprenoit le Sujet , & dit
tt des choſes fort galantes ladeſſus.
Ce qu'il dit à Madeto
moiſelle Rochoir , qui l'alla
mot voir aprés l'Opera à l'Hoſtel
oldes Ambaſſadeurs , fait bien
la connoiſtre qu'il l'avoit coma
pris. Il la fit affeoir , & luy
niet dit. Qu'ils ne pouvoientfaire trop
pt d'honneur à la Fille du Dieu de la
Mer , & qu'ils avoient beſoin
74, d'elle ,afin qu'elle calmaſt les flots
da à leur retour , & leurfistfaire une
Dah Navigation beureuſe.
les voir le marin de certe
meſime journée , ils le prierent
de dîner avec eux, fi toſt
of qu'ils curent appris l'eſtime
dont le Roy Thonore , àcau
ſe de la beauté de ſon Genie
pour tout ce qui regarde la
Muſique. Ils fe rendirent à
l'Opera , & Mrde Lully les
receur à la porte de l'Acade-
#mie. Commeon reprefentoit
celuy d'Acis & de Galatée ,
dans lequel il n'y a point de
Machines , on leur ditpen-
1
Cij
28 SuiteduVoyage
adant
la repreſentation , Que
ces fortes de Spectacles estoient ordinairement
plus grands que celuy
qu'ils voyoient , parce que celuy-
là avoit eſté fait pour repreſenter
dans un lieu où il n'y avoit
point de Sale , & on leur expliqua
meſme la Feſte pour laquelle
ce Divertiſſement
voit eſté fait. Le premier
Ambaſſadeur dit , Quele Spe-
Etacle dont il eſtoit témoin , &ce
qu'on luy diſoit des autres Opera,
luy faisoit concevoir de grandes
chofes de ce qu'il ne voyoit pas,
s'il estoit vray pourtant que l'on
puſt rien faire de plus beau en ce
geureand. Il marqua pendant
ز
des Amb. de Siam. 29
٥٢٠
cecede
la repreſentation qu'il en
comprenoit le Sujet , & dit
tt des choſes fort galantes ladeſſus.
Ce qu'il dit à Madeto
moiſelle Rochoir , qui l'alla
mot voir aprés l'Opera à l'Hoſtel
oldes Ambaſſadeurs , fait bien
la connoiſtre qu'il l'avoit coma
pris. Il la fit affeoir , & luy
niet dit. Qu'ils ne pouvoientfaire trop
pt d'honneur à la Fille du Dieu de la
Mer , & qu'ils avoient beſoin
74, d'elle ,afin qu'elle calmaſt les flots
da à leur retour , & leurfistfaire une
Dah Navigation beureuſe.
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Résumé : Opera & ce qu'ils en ont dit, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam ont été invités à dîner et à assister à une représentation de l'œuvre 'Acis et Galatée' de Jean-Baptiste Lully à l'Opéra, en raison de l'estime que le roi Louis XIV portait à Lully. Lors de la représentation, ils découvrirent que ce spectacle était plus modeste que d'autres opéras, car il avait été conçu pour un lieu sans salle. Un des ambassadeurs exprima son admiration pour le spectacle et son intérêt pour d'autres opéras, imaginant leur grandeur. Il montra également qu'il comprenait le sujet de la représentation et fit des compliments élégants à ce sujet. Après l'Opéra, l'ambassadeur rencontra Mademoiselle Rochoir à leur hôtel et lui fit des compliments, la comparant à la fille du dieu de la mer et exprimant le besoin de sa protection pour leur retour en bateau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 2683-2685
Isis, Opera remis, [titre d'après la table]
Début :
Le Dimanche 14. de ce mois, l'Academie Royale de Musique remit au Théatre [...]
Mots clefs :
Isis, Théâtre, Académie royale de musique, Tragédie, Lully, Quinault, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Isis, Opera remis, [titre d'après la table]
e Dimanche 14. de ce mois , l'Academie Royale de Musique remit au Théatre Isis , Tragédie , dont les paroles sont
de Quinault , et la Musique de Lully. C'est
le septième Opera de ces illustres Auteurs.
Ils avoient déja fait ensemble Psiché , les
Fêtes de l'Amour et de Bacchus , Cadmus et
Hermione, Alceste, Thesée, et Atys . Isis n'avoit point été repris depuis 1720. Feu Mile
Fournet y chantoit alors le principal Rôle et le sieur Thévenard celui d'Hierax.
Dans la nouveauté de cet Opera , les deux
Rôles étoient joüez par la Dlle Aubry et
par le sieur Gayes et celui de Junon par
1. Vel.
la
2684 MERCURE DE FRANCE
la Diles. Christophle. Aujourd'hui ces Rôles
sont remplis par la Dlle le Maure , par
le sieur Chassé et par la Dle Antier. On représenta Isis sur le Théatre du Château
de S. Germain en Laye , devant le Roy,
en 1677. il servit de divertissement à la
Cour pendant une partie du Carnaval.
Il parut ensuite sur le Théatre de Paris ,
au mois d'Août de la même année.
L'admirable Trio des Parques. Le fil de
la vie , &c. que M. de Lully estimoit tant.
lui-même , passe pour le plus beau qu'il
ait jamais fait en ce genre.
Isis , selon M. de Freneuse , dans sa
comparaison de la Musique Françoise à la
Musique Italienne , est le plus sçavant
Opera de la composition de M. de Lully,
et qui cependant eut le moins de succès
dans sa nouveauté.
La plainte de Pan , à la sixiéme Scene
du troisiéme Acte : Hélas ! quel bruit
entend-je? &c. est regardée comme un
chef- d'œuvre , par la maniere dont il l'a
rendue après l'avoir copiée d'après nature,
à ce qu'on prétend ; car on croit entendre le même bruit et le même siflement
fait le vent en hyver à la campagne , que dans une grande maison , lorsqu'il s'engouffre dans les portes , dans les coridors ou dans les cheminées ; ce bruit ap- ذر IVol.
proche
DECEMBRE. 1732. 2685
proche fort du sifflement plaintif que font les Roseaux et d'autres Plantes de
cette espece agitées par le vent. C'est une
imitation naïve et parfaite de la Nature.
M. le Brun , dans son Théatre Lyrique,
a raison de dire qu'il faut éviter de mettre sur le Théatre un Dieu favorisé d'une
Mortelle , comme dans cette Piece , parce
qu'on ne s'interesse guere pour un Amant
dont le bonheur égale le pouvoir , કે
moins que l'incertitude de la Divinité ne
fasse subsister l'interêt.
On reproche à l'Auteur sur ce Poëme
que la Furie Erinnis , qu'il a introduite
est trop tranquille , &c. Nous parlerons
plus amplement de cet Opera, en rendant
compte à nos Lecteurs de son exécution ,
de son succès et des observations du Public en general , et des Critiques en particulier.
de Quinault , et la Musique de Lully. C'est
le septième Opera de ces illustres Auteurs.
Ils avoient déja fait ensemble Psiché , les
Fêtes de l'Amour et de Bacchus , Cadmus et
Hermione, Alceste, Thesée, et Atys . Isis n'avoit point été repris depuis 1720. Feu Mile
Fournet y chantoit alors le principal Rôle et le sieur Thévenard celui d'Hierax.
Dans la nouveauté de cet Opera , les deux
Rôles étoient joüez par la Dlle Aubry et
par le sieur Gayes et celui de Junon par
1. Vel.
la
2684 MERCURE DE FRANCE
la Diles. Christophle. Aujourd'hui ces Rôles
sont remplis par la Dlle le Maure , par
le sieur Chassé et par la Dle Antier. On représenta Isis sur le Théatre du Château
de S. Germain en Laye , devant le Roy,
en 1677. il servit de divertissement à la
Cour pendant une partie du Carnaval.
Il parut ensuite sur le Théatre de Paris ,
au mois d'Août de la même année.
L'admirable Trio des Parques. Le fil de
la vie , &c. que M. de Lully estimoit tant.
lui-même , passe pour le plus beau qu'il
ait jamais fait en ce genre.
Isis , selon M. de Freneuse , dans sa
comparaison de la Musique Françoise à la
Musique Italienne , est le plus sçavant
Opera de la composition de M. de Lully,
et qui cependant eut le moins de succès
dans sa nouveauté.
La plainte de Pan , à la sixiéme Scene
du troisiéme Acte : Hélas ! quel bruit
entend-je? &c. est regardée comme un
chef- d'œuvre , par la maniere dont il l'a
rendue après l'avoir copiée d'après nature,
à ce qu'on prétend ; car on croit entendre le même bruit et le même siflement
fait le vent en hyver à la campagne , que dans une grande maison , lorsqu'il s'engouffre dans les portes , dans les coridors ou dans les cheminées ; ce bruit ap- ذر IVol.
proche
DECEMBRE. 1732. 2685
proche fort du sifflement plaintif que font les Roseaux et d'autres Plantes de
cette espece agitées par le vent. C'est une
imitation naïve et parfaite de la Nature.
M. le Brun , dans son Théatre Lyrique,
a raison de dire qu'il faut éviter de mettre sur le Théatre un Dieu favorisé d'une
Mortelle , comme dans cette Piece , parce
qu'on ne s'interesse guere pour un Amant
dont le bonheur égale le pouvoir , કે
moins que l'incertitude de la Divinité ne
fasse subsister l'interêt.
On reproche à l'Auteur sur ce Poëme
que la Furie Erinnis , qu'il a introduite
est trop tranquille , &c. Nous parlerons
plus amplement de cet Opera, en rendant
compte à nos Lecteurs de son exécution ,
de son succès et des observations du Public en general , et des Critiques en particulier.
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Résumé : Isis, Opera remis, [titre d'après la table]
Le 14 du mois, l'Académie Royale de Musique a présenté l'opéra 'Isis' au Théâtre Isis, avec des paroles de Quinault et la musique de Lully. Cet opéra est le septième de leur collaboration, après 'Psiché', 'Les Fêtes de l'Amour et de Bacchus', 'Cadmus et Hermione', 'Alceste', 'Thésée' et 'Atys'. 'Isis' n'avait pas été repris depuis 1720, où Mlle Fournet et le sieur Thévenard interprétaient les rôles principaux. Lors de la nouvelle représentation, les rôles étaient tenus par la Dlle Aubry, le sieur Gayes et la Dlle Christophle. Actuellement, les rôles sont interprétés par la Dlle le Maure, le sieur Chassé et la Dlle Antier. 'Isis' a été joué pour la première fois au Théâtre du Château de Saint-Germain-en-Laye devant le roi en 1677, puis à Paris en août de la même année. L'opéra est célèbre pour son admirable trio des Parques, que Lully considérait comme l'un de ses plus beaux morceaux. Selon M. de Freneuse, 'Isis' est l'opéra le plus savant de Lully, bien qu'il ait eu peu de succès lors de sa première représentation. La plainte de Pan dans la sixième scène du troisième acte est particulièrement remarquée pour son imitation parfaite des bruits naturels. M. le Brun critique l'introduction d'un dieu favorisé par une mortelle, estimant que cela réduit l'intérêt dramatique. On reproche également à l'auteur d'avoir introduit une Furie Erinnis trop tranquille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 917-929
LETTRE de M. Titon du Tillet, à M. de la R......
Début :
MONSIEUR, J'ai lû dans votre Mercure du mois de [...]
Mots clefs :
Poètes, Musiciens, Manière, Lully, Parnasse, Auteur, Fautes, Édition, Académie française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Titon du Tillet, à M. de la R......
LETTRE de M. Titon du Tillet
M. de la R..
M
...
ONSIEUR ,
'ai lû dans votre Mercure du mois de
Mars , P.481.une Lettre qui m'est addressée
au sujet de l'Edition du Liv , intitule
le Parnasse François , que j'ai donnée :
Dame d'un esprit peu ordinaire.
L'année
18 MERCURE DE FRANCE
l'année derniere. Si je connoissois l'Auteur
de cette Lettre , je lui addresserois
ma réponse , et je le remercirois plus am
plement que je ne le fais icy , de la maniere
avantageuse dont il parle de cet
Ouvrage qu'il veut bien traiter d'Excellent
, et qu'il marque ne pouvoir être que
d'une extrême utilité et d'un agrément infini
à ceux qui voudront connoître le genie des
Poëtes et des Musiciens François , que mon
zele et mes travaux n'immortalisent pas
moins , que les Ouvrages qu'ils ont laissez.
Les louanges qu'on me fait l'honneur
de me donner sur mon zele, me font des
plus agréables , et je les reçois volontiers;
Personne ne pouvant en avoir davantage
pour la gloire de notre Nation et pour
celle des grands Hommes qu'elle a produits.
A l'égard des louanges qu'on me
donne sur mes travaux pour célébrer le
génie et les talens de nos. Poëtes et de nos
Musiciens , je sens que je suis encore bien
éloigné de la perfection où j'aurois souhaite
porter un pareil Ouvrage ; c'est
pourquoi je suis tres-obligé à celui qui
m' crit des Remarques ,dont il veut bien
me faire part sur quelques fautes qui ont
pû s'y glisser. Je reçois donc , avec plaisir
, ses Remarques , mais il me permettra
de lui dire que la plupart des fautes
qu'il
MA Y. 1733 .
1
919
qu'il a trouvées dans cette Edition ne me
paroissent pas réellement des fautes , où
que si elles en sont , elles ne sont pas .
bien essentielles.
Il prétend que le nom de des Iveteaux
doit commencer par un Y et non pas un
I ; cependant de Vigneul Marville 1 qui
fait un article assez étendu de des Iveteaux
, écrit ce nom par un I simple, de
même qu'il l'est dans le Dictionnaire de
Moreri . Il est vrai que Baillet , au cin .
quiéme volume des Jugemens des Sçavans ,
le met par un Y. L'Imprimeur auroit du
mettre dans mon Livre , à l'article des
Iveteaux , le premier v consonne , comme
il l'a mis à la Liste Alphabetique des
Poëtes et des Musiciens.
On doit écrire , dit l' Anonyme , Lulli ,
et non pas Lully , car c'est faire un nom
François d'un nom Italien. Je sçai bien
que les Italiens ne se servent point dans
leur Alphabet des Lettres K, X , Y ; c'est
pourquoi je ne dirai pas si Lully avoit
voulu mettre un Y à son nom , étant
dans son Païs , ou s'il l'a pris depuis qu'il
se fit naturaliser François ; mais il est certain
qu'il signoit Lully , avec un Y; c'est
ainsi qu'on peut le voir sur differens
1 Mélanges d'Histoire et de Litterature ;
tame 3.
Exem920
MERCURE DE FRANCE
Exemplaires imprimez , qui sont encore
aujourd'hui chez Ballard , paraphez de sa
propre main , de cette maniere , J. B.
Lully , &c.
Dans tous les Opéra que Lully a fait
imprimer et dans toutes les Epîtres Dédicatoires
au Roy, son nom est toujours
terminé par un Y , &c. Le nom de ce
fameux Musicien , mis au bas de son Portrait
gravé , est avec un Y. Charles Perrault
, dans ses Hommes Illustres , l'écrit
de même ; enfin la famille de Lully , qui
lui a fait élever un superbe Mausolée dans
P'Eglise des Petits Peres à Paris, a fait mettre
dans l'Inscription , son nom gravé
par un Y. Son fils et son petit - fils dans
leur fignature , mettent de même un Yà
leur nom . Il est vrai que dans le Dictionnaire
de Moreri on a écrit Lulli .
Il marque que le nom d'une illustre Chanteuse
est tout - à-fait défiguré , qu'on doit
écrire Mlle de Leufroy , et non pas Mlle le
Froid. Je répondrai que je connois cette
Demoiselle depuis plus de trente ans ,
qu'elle m'a fait l'honneur de m'écrire , et
qu'elle signe , le Froid , comme je l'ai
écrit. Il y a huit jours que je lui rendis
visite chez elle , ruë S.Loiiis dans l'Isle ;
elle me confirma qu'elle , ni son pere , ni
sa mere n'avoient jamais signé leur nom
autrement que le Froid.. A
MAY. 1733 . 527
A l'égard du nom du Président Nicole
qu'il croit devoir être écrit avec deux L,
comme Bayle le met dans son Dictionnaire
; je lui dirai qu'il n'est pas surprenant
que Bayle dans plus d'un million de
noms propres qu'il rapporte dans cet Ouvrage
, n'ait mis un L de plus qu'il ne
faut à ce nom ; mais que le celebre Nicole
, Auteur de plusieurs excellens Ouvrages
de Morale et de Piété, ne mettoit
qu'un Là son nom (comme on le voit dans
Moreri)et que dans les Oeuvres Poëtiques
du President Nicole, son parent, avec son
Epître Dédicatoire au Roy , imprimée
chez Charles de Sercy , Paris , 1670 &
1693. le nom de Nicole n'est écrit qu'avec
un L , de la maniere dont M. Nicole
, Lieutenant General et Président du
Présidial de Chartes , petit- fils du Poëte,
dont j'ai fait mention , signe encore son
nom aujourd'hui ,
J'ai écrit Montreul ( de même qu'il est
dans le Moreri ) en marquant qu'il faut
prononcer Montreuil celui qui me fait
part de ses Remarques dit qu'il faut écri
de Montereul , comme le marquent Pellisson
et l'Abbé d'Olivet , dans leur Histoire
de l'Académie Françoise ; pour moi
j'ai crû pouvoir faire le nom de Montreul
de deux sillabes , parce que Baillet , Mo-
•
reri
922 MERCURE DE FRANCE
.
reri, et Despréaux le font de même.com.
me on le voit dans ces Vers :
On ne voit point mes Vers , à l'envi de Mons
treuil ,
Grossir impunément les Feuillets d'un Recueil.
Montreuil , lui-même écrivoit , selon
toutes les apparences , son nom de cette
maniere ; ses Oeuvres avec son Epître
dédicatoire à M. Molé , et son Portrait
gravé au commencement , en sont des
prenves , car son nom y est par tout écrit,
Montreuil.
Voici des fautes qu'il m'objecte avec
raison . Les noms de Beüil , de Pillet , de
Pilles , sont mal écrits ; on doit mettre du
Bueil , de Pilet , de Piles ; aussi dans l'Edition
de mon Livre a t on mis quatre
ou cinq fois de Piles, et une seule fois de
Pilles. Il faut joindre aussi , comme il le
marque , les sillabes de chacun de ces
Noms, Lalande, Desmarets ; au lieu qu'on
les a séparé , la Lande , des Marets.
Je crois qu'il a raison de dire , qu'on
doit écrire Amfrye de Chaulieu, ou peutêtre
Affie , comme e l'ai mis dans le
premier Essai que j'ai donné de la Des
cription du Parnasse François , parce qu'il
est écrit de même sur les Registres mor
tuaires de l'Eglise du Temple,à Paris ; et
je
MAY. 1733 . $23
je pourrois bien avoir mal fait d'avoir
mis Auffre dans cette seconde Edition ,
sur ce que m'a assuré un célébre Académi
cien, qu'il falloit l'écrire de cette maniere ,
et comme il est imprime dans le Mercure
de Juillet 1720 .
Pour ce qui regarde quelques dattes de
la naissance , de la mort et de l'age des
Poëtes et des Musiciens dont je fait mention
, il n'est pas aisé parmi plus de trois
mille dattes , comprises celles de l'impression
de leurs Ouvrages , qu'on mette
quelquefois un chiffre pour un autre ;
mais dans huit ou dix endroits où il me
reprend sur ces dattès , qui ne sont pas
exactes , l'erreur ne va pas à quinze jours
de plus ou de moins, ou s'il va plus loin ,
comme peut être au seul article de Daniel
Huet , où l'on a marqué sa mort en
1711 , au lieu de 1741. pour lors le Leeteur
peut y suppléer facilement, et recon-
Loître l'erreur, parce qu'ayant mis à l'intitulé
de son article ; Daniel Huet , né en
1630. mort en 1711. âgé de 91 ans ; on
voit clairement qu'il faut mettre 1721 .
afin qu'il eut 91 à sa mort ; d'autant plus
que j'ai placé les Poëtes et les Musiciens
par ordie chronologique , ayant mis devant
Daniel Huet , l'Abbé de Chaulieu
M. Dacier , et Jacques Vergier , tous les
trois
24 MERCURE DE FRANCE
trois morts en 1720. cependant on a corrigé
cette faute à la main , dans la plus
grande partie des Exemplaires ; de même
que quatre ou cinq autres principales.
Santeuil est mort dans sa 68.année , au
lieu que je l'ai mis dans sa 67. et Thomas
Corneille dans sa 85. année , au lieu
qu'on l'a mis dans sa 84.
Il marque aussi d'après l'Abbé d'Oli
vet , dans son Histoire de l'Académie
Françoise , que du Ryer est mort en 1658.
et non pas en 1656. j'ai suivi cette detniere
datte d'après Ballet , Bayle et Moreri
, qui mettent la date de sa mort en
1656. on peut la vérifier sur les Regis
tres Mortuaires de la Paroisse de S. Gervais
, où il a été inhumé ; j'ai cependant
beaucoup de confiance en l'Abbé d'Olivet,
pour ce qui regarde les Académiciens
dont il a écrir la Vie , et je m'en
suis servi utilement dans cette seconde
Edition pour quelques-uns de nos Poëtes,
qui étoient de l'Académie .
J'ai omis , dit- il , les dates du temps
de la naissance de Ségrais , de Fléchier ,
de la Monnoye , de Valincour, du Pere
du Cerceau. J'ai négligé de mettre quelquefois
ces dates , parce qu'ayant mis
l'année de la mort d'une personne et celle
de son âge , on trouve aisément celle de
sa naissance.
,
MAY. • 1733.
925
Je n'ai pas oublié , comme il le marque ,
le Poëte de Lingendes , qu'il nomme Jean
au lieu de Pierre , cat Jean de Lingendes ,
parent de celui - cy , étoit un celebre Prédicateur
, qui fut nommé à l'Evêché de
Sarlat , puis à celui de Mâcon , et le
Pere de Lingendes , Jésuite , son cousin ,
aussi Prédicateur de réputation , s'appelloit
Claude. J'ai fait un article de Pierre
de Lingendes avec Montfuron , qui est
l'article LIII. pages 210. et 211. où
j'ai rapporté la maniere dont l'illustre
Mlle de Scudery , a celebré ces deux Poëtes
, au Tome 8. de son Roman de Clélie
, et que Barbin , dans son Recueil de
Poësies choisies , Tome 3. a donné des Vers
de Lingendes.
Boësset le pere , et Boësset le fils , Musiciens
, ne sont pas non plus oubliez ,
comme il le dit , j'ai marqué l'article de
Lambert ,, ppaaggee 339922.. »» qquuee de son temps.
il parut plusieurs Musiciens qui sui-
» virent ses traces , c'est- à- dire qui tra-
» vaillerent dans un goût tendre et gra-
>> cieux ; on doit mettre de ce nombre
»Boësset et le Camus , tous deux Maîtres
>> et Compositeurs de la Musique de la
» Chambre du Roy , qui s'acquirent de
» la réputation , par leurs Chansons ; on
"peut mettre aussi de ce nombre Boësset
;
}
926 MERCURE DE FRANCE
» set le fils , Mollie , Sicard , Moulinić ,
» du Buisson , &c. les Recueils de leurs
» Airs sont impriméz chez J. B. Chris-
»tophe Ballard.
A l'Article de Campistron , j'ai dit qu'il
composa par ordre du Duc de Vendôme ,
une Piece Lyrique , pour être chantée
en son Château d'Anet , où Monseigneur
le Dauphin passa quelques jours , j'aurois
bien fait de dire que cette Piece est
intitulée , Acis et Galatée , Pastorale Héroïque
, représentée en 1687. à Anet , et
la même année sur le Théatre de l'Opéra.
L'Auteur de ces Remarques auroit souhaité
que j'eusse fait mention dans l'ordre
chronologique des Poëtes et des Musiciens
de Jean Dasjac , de l'Académie
Françoise , homme connu par divers Ouvrages
en Prose Latine et Françoise , et
qui a composé aussi quelques Vers François
et Latins ; mais j'ai fait connoître
que mon dessein n'étoit pas de faire paroître
sur le Parnasse tous les François
qui se sont exercez dans la Poësie , dans
la Musique. J'ai crû même avoir trop
entrepris d'en présenter à Apollon plus
de 260. outre quatre ou cinq cens autres
dont j'ai rapporté seulement les noms,
et que j'ai dit qu'on pouvoit supposer s'y
promener
MAY. 1733 928
promener dans les Avenues riantes et
dans les Campagnes agréables qui environnent
le Parnasse , en attendant qu'Apollon
décide de leur sort. Je sçai bien
qu'il ne seroit pas difficile de mettre encore
les noms de plus de 200. autres François
qui ont donné au Public quelques petites
Poësies , et quelques Pieces de Théatre
; on trouve leurs noms entre ceux
de plusieurs autres Poëtes dont j'ai fait
mention sur le Parnasse . 1º . Au cinquiéme
volume des Jugemens des Sçavans
sur les Poëtes modernes , par Baillet . 2 ° .
Dans un Livre intitulé , Bibliotheque des
Théatres , qui vient de paroître en cette
année 1733. 3 ° . Dans les Recueils de Poësies
de Sercy , de la Fontaine , de Barbin ,
et du P. Bouhours , & c.
J'ai averti aussi au bas de la premiere
page de mon Livre , que j'avois laissé des
places en blanc,au bas de chaque Rouleau
où j'ai écrit les noms des Poëtes et des
Musiciens de notre Parnasse , et même
dans quelques autres endroits où j'ai mis
une suite d'autres noms de Personnes illustres
dans les Sciences et dans les Beaux
Arts , afin que les Partisans de quelquesunes
dont ils ne voyent point les noms ,
ayent la satisfaction de remplir eux - mêmes
ces vuides ou blancs , en y mettant
E les
928 MERCURE DE FRANCE
les noms de ces personnes ; on verra dans
mon Livre ces places que j'ai laissées en
blanc , depuis la page 35. jusqu'à la
page 45.
Si l'Auteur anonime avoit bien voulu
me communiquer ses Remarques avant
que de les faire imprimer , je crois qu'au
lieu de six pages qu'elles contiennent ,
nous aurions pû les renfermer dans une
demi page , à quoi j'aurois ajoûté une
autre demi page de quelques autres fau
tes sur lesquelles il a bien voulu me ménager;
mais il est bien difficile que dans
un volume in folio de près de 800. pages
, où l'on rapporte plus de 15oc . noms
propres , et plus de 3000. dates en chiffre,
il ne se glisse quelques fautes de l'Auteur
et encore plus de l'Imprimeur. J'a-
Joûterai cependant que je n'en ai point
trouvé de bien essentielles et auxquelles
le Lecteur éclairé ne puisse aisément suppléer.
Je vous prie , Monsieur , si vous connoissez
l'Auteur de cette Lettre , de vou
loir bien le remercier de ma part de la
maniere obligeante dont il a parlé de mon
Livre , et de lui dire que je serai charmé
de faire connoissance avec lui, et de lui
présenter un Exemplaire de cet Ouvrage
dont il témoigne que la lecture lui a fait
plaisir;
MAY. 1733.
929
plaisir ; je ne lui sçai que très - bon gré
des Remarques dont il m'a fait part ,
et je lui en serai toujours obligé , comme
je le serai à toutes les personnes d'éru
dition et de goût , qui voudront bien
m'aider de leurs avis pour perfectionner
un Ouvrage tel que celui que j'ai entrepris.
Je suis , & c .
M. de la R..
M
...
ONSIEUR ,
'ai lû dans votre Mercure du mois de
Mars , P.481.une Lettre qui m'est addressée
au sujet de l'Edition du Liv , intitule
le Parnasse François , que j'ai donnée :
Dame d'un esprit peu ordinaire.
L'année
18 MERCURE DE FRANCE
l'année derniere. Si je connoissois l'Auteur
de cette Lettre , je lui addresserois
ma réponse , et je le remercirois plus am
plement que je ne le fais icy , de la maniere
avantageuse dont il parle de cet
Ouvrage qu'il veut bien traiter d'Excellent
, et qu'il marque ne pouvoir être que
d'une extrême utilité et d'un agrément infini
à ceux qui voudront connoître le genie des
Poëtes et des Musiciens François , que mon
zele et mes travaux n'immortalisent pas
moins , que les Ouvrages qu'ils ont laissez.
Les louanges qu'on me fait l'honneur
de me donner sur mon zele, me font des
plus agréables , et je les reçois volontiers;
Personne ne pouvant en avoir davantage
pour la gloire de notre Nation et pour
celle des grands Hommes qu'elle a produits.
A l'égard des louanges qu'on me
donne sur mes travaux pour célébrer le
génie et les talens de nos. Poëtes et de nos
Musiciens , je sens que je suis encore bien
éloigné de la perfection où j'aurois souhaite
porter un pareil Ouvrage ; c'est
pourquoi je suis tres-obligé à celui qui
m' crit des Remarques ,dont il veut bien
me faire part sur quelques fautes qui ont
pû s'y glisser. Je reçois donc , avec plaisir
, ses Remarques , mais il me permettra
de lui dire que la plupart des fautes
qu'il
MA Y. 1733 .
1
919
qu'il a trouvées dans cette Edition ne me
paroissent pas réellement des fautes , où
que si elles en sont , elles ne sont pas .
bien essentielles.
Il prétend que le nom de des Iveteaux
doit commencer par un Y et non pas un
I ; cependant de Vigneul Marville 1 qui
fait un article assez étendu de des Iveteaux
, écrit ce nom par un I simple, de
même qu'il l'est dans le Dictionnaire de
Moreri . Il est vrai que Baillet , au cin .
quiéme volume des Jugemens des Sçavans ,
le met par un Y. L'Imprimeur auroit du
mettre dans mon Livre , à l'article des
Iveteaux , le premier v consonne , comme
il l'a mis à la Liste Alphabetique des
Poëtes et des Musiciens.
On doit écrire , dit l' Anonyme , Lulli ,
et non pas Lully , car c'est faire un nom
François d'un nom Italien. Je sçai bien
que les Italiens ne se servent point dans
leur Alphabet des Lettres K, X , Y ; c'est
pourquoi je ne dirai pas si Lully avoit
voulu mettre un Y à son nom , étant
dans son Païs , ou s'il l'a pris depuis qu'il
se fit naturaliser François ; mais il est certain
qu'il signoit Lully , avec un Y; c'est
ainsi qu'on peut le voir sur differens
1 Mélanges d'Histoire et de Litterature ;
tame 3.
Exem920
MERCURE DE FRANCE
Exemplaires imprimez , qui sont encore
aujourd'hui chez Ballard , paraphez de sa
propre main , de cette maniere , J. B.
Lully , &c.
Dans tous les Opéra que Lully a fait
imprimer et dans toutes les Epîtres Dédicatoires
au Roy, son nom est toujours
terminé par un Y , &c. Le nom de ce
fameux Musicien , mis au bas de son Portrait
gravé , est avec un Y. Charles Perrault
, dans ses Hommes Illustres , l'écrit
de même ; enfin la famille de Lully , qui
lui a fait élever un superbe Mausolée dans
P'Eglise des Petits Peres à Paris, a fait mettre
dans l'Inscription , son nom gravé
par un Y. Son fils et son petit - fils dans
leur fignature , mettent de même un Yà
leur nom . Il est vrai que dans le Dictionnaire
de Moreri on a écrit Lulli .
Il marque que le nom d'une illustre Chanteuse
est tout - à-fait défiguré , qu'on doit
écrire Mlle de Leufroy , et non pas Mlle le
Froid. Je répondrai que je connois cette
Demoiselle depuis plus de trente ans ,
qu'elle m'a fait l'honneur de m'écrire , et
qu'elle signe , le Froid , comme je l'ai
écrit. Il y a huit jours que je lui rendis
visite chez elle , ruë S.Loiiis dans l'Isle ;
elle me confirma qu'elle , ni son pere , ni
sa mere n'avoient jamais signé leur nom
autrement que le Froid.. A
MAY. 1733 . 527
A l'égard du nom du Président Nicole
qu'il croit devoir être écrit avec deux L,
comme Bayle le met dans son Dictionnaire
; je lui dirai qu'il n'est pas surprenant
que Bayle dans plus d'un million de
noms propres qu'il rapporte dans cet Ouvrage
, n'ait mis un L de plus qu'il ne
faut à ce nom ; mais que le celebre Nicole
, Auteur de plusieurs excellens Ouvrages
de Morale et de Piété, ne mettoit
qu'un Là son nom (comme on le voit dans
Moreri)et que dans les Oeuvres Poëtiques
du President Nicole, son parent, avec son
Epître Dédicatoire au Roy , imprimée
chez Charles de Sercy , Paris , 1670 &
1693. le nom de Nicole n'est écrit qu'avec
un L , de la maniere dont M. Nicole
, Lieutenant General et Président du
Présidial de Chartes , petit- fils du Poëte,
dont j'ai fait mention , signe encore son
nom aujourd'hui ,
J'ai écrit Montreul ( de même qu'il est
dans le Moreri ) en marquant qu'il faut
prononcer Montreuil celui qui me fait
part de ses Remarques dit qu'il faut écri
de Montereul , comme le marquent Pellisson
et l'Abbé d'Olivet , dans leur Histoire
de l'Académie Françoise ; pour moi
j'ai crû pouvoir faire le nom de Montreul
de deux sillabes , parce que Baillet , Mo-
•
reri
922 MERCURE DE FRANCE
.
reri, et Despréaux le font de même.com.
me on le voit dans ces Vers :
On ne voit point mes Vers , à l'envi de Mons
treuil ,
Grossir impunément les Feuillets d'un Recueil.
Montreuil , lui-même écrivoit , selon
toutes les apparences , son nom de cette
maniere ; ses Oeuvres avec son Epître
dédicatoire à M. Molé , et son Portrait
gravé au commencement , en sont des
prenves , car son nom y est par tout écrit,
Montreuil.
Voici des fautes qu'il m'objecte avec
raison . Les noms de Beüil , de Pillet , de
Pilles , sont mal écrits ; on doit mettre du
Bueil , de Pilet , de Piles ; aussi dans l'Edition
de mon Livre a t on mis quatre
ou cinq fois de Piles, et une seule fois de
Pilles. Il faut joindre aussi , comme il le
marque , les sillabes de chacun de ces
Noms, Lalande, Desmarets ; au lieu qu'on
les a séparé , la Lande , des Marets.
Je crois qu'il a raison de dire , qu'on
doit écrire Amfrye de Chaulieu, ou peutêtre
Affie , comme e l'ai mis dans le
premier Essai que j'ai donné de la Des
cription du Parnasse François , parce qu'il
est écrit de même sur les Registres mor
tuaires de l'Eglise du Temple,à Paris ; et
je
MAY. 1733 . $23
je pourrois bien avoir mal fait d'avoir
mis Auffre dans cette seconde Edition ,
sur ce que m'a assuré un célébre Académi
cien, qu'il falloit l'écrire de cette maniere ,
et comme il est imprime dans le Mercure
de Juillet 1720 .
Pour ce qui regarde quelques dattes de
la naissance , de la mort et de l'age des
Poëtes et des Musiciens dont je fait mention
, il n'est pas aisé parmi plus de trois
mille dattes , comprises celles de l'impression
de leurs Ouvrages , qu'on mette
quelquefois un chiffre pour un autre ;
mais dans huit ou dix endroits où il me
reprend sur ces dattès , qui ne sont pas
exactes , l'erreur ne va pas à quinze jours
de plus ou de moins, ou s'il va plus loin ,
comme peut être au seul article de Daniel
Huet , où l'on a marqué sa mort en
1711 , au lieu de 1741. pour lors le Leeteur
peut y suppléer facilement, et recon-
Loître l'erreur, parce qu'ayant mis à l'intitulé
de son article ; Daniel Huet , né en
1630. mort en 1711. âgé de 91 ans ; on
voit clairement qu'il faut mettre 1721 .
afin qu'il eut 91 à sa mort ; d'autant plus
que j'ai placé les Poëtes et les Musiciens
par ordie chronologique , ayant mis devant
Daniel Huet , l'Abbé de Chaulieu
M. Dacier , et Jacques Vergier , tous les
trois
24 MERCURE DE FRANCE
trois morts en 1720. cependant on a corrigé
cette faute à la main , dans la plus
grande partie des Exemplaires ; de même
que quatre ou cinq autres principales.
Santeuil est mort dans sa 68.année , au
lieu que je l'ai mis dans sa 67. et Thomas
Corneille dans sa 85. année , au lieu
qu'on l'a mis dans sa 84.
Il marque aussi d'après l'Abbé d'Oli
vet , dans son Histoire de l'Académie
Françoise , que du Ryer est mort en 1658.
et non pas en 1656. j'ai suivi cette detniere
datte d'après Ballet , Bayle et Moreri
, qui mettent la date de sa mort en
1656. on peut la vérifier sur les Regis
tres Mortuaires de la Paroisse de S. Gervais
, où il a été inhumé ; j'ai cependant
beaucoup de confiance en l'Abbé d'Olivet,
pour ce qui regarde les Académiciens
dont il a écrir la Vie , et je m'en
suis servi utilement dans cette seconde
Edition pour quelques-uns de nos Poëtes,
qui étoient de l'Académie .
J'ai omis , dit- il , les dates du temps
de la naissance de Ségrais , de Fléchier ,
de la Monnoye , de Valincour, du Pere
du Cerceau. J'ai négligé de mettre quelquefois
ces dates , parce qu'ayant mis
l'année de la mort d'une personne et celle
de son âge , on trouve aisément celle de
sa naissance.
,
MAY. • 1733.
925
Je n'ai pas oublié , comme il le marque ,
le Poëte de Lingendes , qu'il nomme Jean
au lieu de Pierre , cat Jean de Lingendes ,
parent de celui - cy , étoit un celebre Prédicateur
, qui fut nommé à l'Evêché de
Sarlat , puis à celui de Mâcon , et le
Pere de Lingendes , Jésuite , son cousin ,
aussi Prédicateur de réputation , s'appelloit
Claude. J'ai fait un article de Pierre
de Lingendes avec Montfuron , qui est
l'article LIII. pages 210. et 211. où
j'ai rapporté la maniere dont l'illustre
Mlle de Scudery , a celebré ces deux Poëtes
, au Tome 8. de son Roman de Clélie
, et que Barbin , dans son Recueil de
Poësies choisies , Tome 3. a donné des Vers
de Lingendes.
Boësset le pere , et Boësset le fils , Musiciens
, ne sont pas non plus oubliez ,
comme il le dit , j'ai marqué l'article de
Lambert ,, ppaaggee 339922.. »» qquuee de son temps.
il parut plusieurs Musiciens qui sui-
» virent ses traces , c'est- à- dire qui tra-
» vaillerent dans un goût tendre et gra-
>> cieux ; on doit mettre de ce nombre
»Boësset et le Camus , tous deux Maîtres
>> et Compositeurs de la Musique de la
» Chambre du Roy , qui s'acquirent de
» la réputation , par leurs Chansons ; on
"peut mettre aussi de ce nombre Boësset
;
}
926 MERCURE DE FRANCE
» set le fils , Mollie , Sicard , Moulinić ,
» du Buisson , &c. les Recueils de leurs
» Airs sont impriméz chez J. B. Chris-
»tophe Ballard.
A l'Article de Campistron , j'ai dit qu'il
composa par ordre du Duc de Vendôme ,
une Piece Lyrique , pour être chantée
en son Château d'Anet , où Monseigneur
le Dauphin passa quelques jours , j'aurois
bien fait de dire que cette Piece est
intitulée , Acis et Galatée , Pastorale Héroïque
, représentée en 1687. à Anet , et
la même année sur le Théatre de l'Opéra.
L'Auteur de ces Remarques auroit souhaité
que j'eusse fait mention dans l'ordre
chronologique des Poëtes et des Musiciens
de Jean Dasjac , de l'Académie
Françoise , homme connu par divers Ouvrages
en Prose Latine et Françoise , et
qui a composé aussi quelques Vers François
et Latins ; mais j'ai fait connoître
que mon dessein n'étoit pas de faire paroître
sur le Parnasse tous les François
qui se sont exercez dans la Poësie , dans
la Musique. J'ai crû même avoir trop
entrepris d'en présenter à Apollon plus
de 260. outre quatre ou cinq cens autres
dont j'ai rapporté seulement les noms,
et que j'ai dit qu'on pouvoit supposer s'y
promener
MAY. 1733 928
promener dans les Avenues riantes et
dans les Campagnes agréables qui environnent
le Parnasse , en attendant qu'Apollon
décide de leur sort. Je sçai bien
qu'il ne seroit pas difficile de mettre encore
les noms de plus de 200. autres François
qui ont donné au Public quelques petites
Poësies , et quelques Pieces de Théatre
; on trouve leurs noms entre ceux
de plusieurs autres Poëtes dont j'ai fait
mention sur le Parnasse . 1º . Au cinquiéme
volume des Jugemens des Sçavans
sur les Poëtes modernes , par Baillet . 2 ° .
Dans un Livre intitulé , Bibliotheque des
Théatres , qui vient de paroître en cette
année 1733. 3 ° . Dans les Recueils de Poësies
de Sercy , de la Fontaine , de Barbin ,
et du P. Bouhours , & c.
J'ai averti aussi au bas de la premiere
page de mon Livre , que j'avois laissé des
places en blanc,au bas de chaque Rouleau
où j'ai écrit les noms des Poëtes et des
Musiciens de notre Parnasse , et même
dans quelques autres endroits où j'ai mis
une suite d'autres noms de Personnes illustres
dans les Sciences et dans les Beaux
Arts , afin que les Partisans de quelquesunes
dont ils ne voyent point les noms ,
ayent la satisfaction de remplir eux - mêmes
ces vuides ou blancs , en y mettant
E les
928 MERCURE DE FRANCE
les noms de ces personnes ; on verra dans
mon Livre ces places que j'ai laissées en
blanc , depuis la page 35. jusqu'à la
page 45.
Si l'Auteur anonime avoit bien voulu
me communiquer ses Remarques avant
que de les faire imprimer , je crois qu'au
lieu de six pages qu'elles contiennent ,
nous aurions pû les renfermer dans une
demi page , à quoi j'aurois ajoûté une
autre demi page de quelques autres fau
tes sur lesquelles il a bien voulu me ménager;
mais il est bien difficile que dans
un volume in folio de près de 800. pages
, où l'on rapporte plus de 15oc . noms
propres , et plus de 3000. dates en chiffre,
il ne se glisse quelques fautes de l'Auteur
et encore plus de l'Imprimeur. J'a-
Joûterai cependant que je n'en ai point
trouvé de bien essentielles et auxquelles
le Lecteur éclairé ne puisse aisément suppléer.
Je vous prie , Monsieur , si vous connoissez
l'Auteur de cette Lettre , de vou
loir bien le remercier de ma part de la
maniere obligeante dont il a parlé de mon
Livre , et de lui dire que je serai charmé
de faire connoissance avec lui, et de lui
présenter un Exemplaire de cet Ouvrage
dont il témoigne que la lecture lui a fait
plaisir;
MAY. 1733.
929
plaisir ; je ne lui sçai que très - bon gré
des Remarques dont il m'a fait part ,
et je lui en serai toujours obligé , comme
je le serai à toutes les personnes d'éru
dition et de goût , qui voudront bien
m'aider de leurs avis pour perfectionner
un Ouvrage tel que celui que j'ai entrepris.
Je suis , & c .
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Résumé : LETTRE de M. Titon du Tillet, à M. de la R......
M. Titon du Tillet répond à une lettre publiée dans le Mercure de France, qui loue son ouvrage 'Le Parnasse François'. Il exprime sa gratitude pour les éloges et reconnaît l'utilité de son ouvrage pour connaître les poètes et musiciens français. Il accepte les remarques sur les fautes présentes dans son livre, bien qu'il conteste certaines corrections proposées. Par exemple, il défend l'orthographe 'Lully' avec un 'Y', en citant des sources et des signatures de Lully lui-même. Il corrige également des erreurs sur les noms de personnes comme Mlle de Leufroy et le Président Nicole. Il admet quelques erreurs de dates et de noms, mais justifie certaines omissions et erreurs mineures. Il mentionne avoir laissé des espaces blancs dans son livre pour que les lecteurs puissent ajouter des noms manquants. Enfin, il regrette que les remarques n'aient pas été partagées avant l'impression pour éviter des corrections inutiles. L'auteur du texte reconnaît également la présence de fautes, tant de sa part que de celle de l'imprimeur, mais estime qu'elles ne sont pas essentielles et que le lecteur éclairé pourra les corriger facilement. Il demande à son interlocuteur de remercier l'auteur de la lettre pour ses commentaires favorables sur son livre et exprime son désir de faire sa connaissance. Il offre également de lui envoyer un exemplaire de son ouvrage. L'auteur du texte apprécie les remarques faites et se déclare prêt à les utiliser pour améliorer son œuvre. Il exprime sa gratitude envers toutes les personnes érudites et de goût qui souhaiteraient l'aider à perfectionner son ouvrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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