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1
p. 2223-2232
Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des hommes illustres dans la République des Lettres [...]
Mots clefs :
Mémoires, Histoire des hommes illustres, République des Lettres, Armée, Roi, Évêque, Jean de Sponde, Cardinal, Pape, Église
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texteReconnaissance textuelle : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
MEMOIRES pourfervir à l'Hiftoire des
hommes illuftres dans la République des Lettres
avec un Catalogue raisonné de leurs
Ouvrages. Tome XI . Vol. in 12. pages 405.
fans les Tables. A Paris, chez Briaſſon , ruë
S. Jacques , à la Science. 1730.
On trouve dans ce volume les Vies de
trente-fept Sçavans , qui font Profper Alpin
, Annius de Viterbe , François de Belle
foreft , Pierre Bembo , Pierre le Brun , Louis
Bulteau , Jean Cajus , Jean Cheke , Urbain
Chevreau , Daniel le Clerc , François
Combefis , Angelo di Coftanzo , Abraham
Cowley, Jean Deslions , Claude de Ferrieres,
Antoine Galateo , François Hotman ,
Auguftin Inveges , Philippe de Limborch ,
Baptifte Nani , Ferôme Oforio , Mathieu
Palmieri , Mathias Palmieri , Antoine Pa
rent , Paul Paruta , Pierre Petit , François
Poupart , Certorio Quatromani , Jean Raulin
, Maturin Regnier , Jean Chilter , Michel
Servet , Henry de Sponde Auguftin.
Torniel , Pierre Varignon Claude de Vert ,
Jean Facq. Vepher.
,
Nous donnerons, felon notre coutume,
une de ces Vies pour faire connoître le
ftile & l'ordre de l'Auteur des Mémoires,
Nous avons choifi celle du fameux Sponde
Evêque de Pamiers.
Henri de Sponde naquit le 6. Janvier
1568. à Mauleon , petite ville du Païs de
1226 MERCURE DE FRANCE
Soulle , entre la Navarre & le Bearn.
Son pere qui étoit Secretaire & Confeiller
de la Reine de Navarre , Jeanne
d'Albret , le fit tenir fur les fonts de Baptême
par Henri de Bourbon fon fils , qui
fut depuis Roy de France & comme il
faifoit profeffion du Calviniſme , il l'éleva
dans les mêmes fentimens .
I alla faire fes études à Ortez , où les
Réformez avoient alors un College , & il
s'y diftingua par la facilité avec laquelle
il apprit les Langues Latine & Grecque.
Il fit enfuite un voyage en Ecoffe à la
fuite de Guillaume Salufte du Bartas , Ambaffadeur
du Roy de Navarre , & y apprit
en peu de tems la langue du Païs.
De retour en France , il s'appliqua à
Fétude du Droit civil , & du Droit Canon
, dont il lût prefque tous les Livres.
lalla à Tours , où le Parlement de Paris
avoit été transferé ; fon fçavoir , &
fon éloquence dans le Barreau porterent
le Roy Henri IV. à le faire Maître des Requêtes
de la Navarre .
Les Livres de controverfe de Bellarmin
& de du Perron qu'il lut alors avec
avidité , commencerent à lui ouvrir les
yeux fur les erreurs , dans lesquelles il
avoit été engagé ; il fe prêta aux impref
fions de la grace , qui agirent fur lui , &
animé par l'exemple de fon frere aîné
Jean!
OCTOBRE. 1730. 2227
Jean de Sponde , qui avoit déja abandonné
Pheréfie , il en fit abjuration à Paris le 21 .
Septembre 1599. à l'âge de vingt- fept
ans ,
De Sponde réuni à l'Eglife Catholique'
voulut s'engager dans l'Etat Eccléfiaftique
, & obtinten 1599. de l'Evêque d'Oferon
un démiffoire pour recevoir les Ordres
, même hors du Royaume. Cette
derniere claufe étoit neceffaire , parce qu'il
avoit deffein d'aller à Rome gagner le
-Indulgences de l'année fainte.
Il alla effectivement en 1600. à la fuite
du Cardinal de Sourdis , & demeura quel
ques années dans cette Ville , où il reçut
Ordre de Prêtrife le 27 Mars 1606.
La connoiffance qu'il eût du Cardinal
Baronius , & l'étroite amitié qu'il'lia avec
lui , lui fit naître le deffein de faire un
Abregé de fes Annales ; deffein qu'il
exécuta dans la fuite , après avoir obtenu
fon agrément pour cela.
Il revint à Paris en 1606. mais il retourna
quelque tems après à Rome , où
le Pape Paul V.qui l'aimoit beaucoup, lui
commit la révifion des expéditions du
Tribunal de la Pénitencerie.
La confideration qu'on avoit pour lui
en Italie , l'avoit porté à s'y fixer pour le
refte de fes jours , & il ne fongeoit plus
à revenir en France ; mais le Seigneur en
difpofa
1228 MERCURE DE FRANCE
difpofa autrement. Le Roy Louis XIII .
le nomma à l'Eveché de Pamiers au commencement
de l'année 1626. Il fit d'abord
quelque difficulté d'accepter cette dignité
; mais le Pape Urbain VIII. le lui ayant
ordonné , il fe foumit à fes ordres , & fut
facréà Rome par le Cardinal de Marquemont
, Archevêque de Lyon dans l'Eglife
de S. Louis , dont il avoit eu longtems
la conduite , le 16. Août de la même
année , & non pas le 17 Septembre
comme le marque M. Perrault , qui n'a
pas pris garde à l'expreffion latine de fa
vie , die decima feptima Cal. Septembris:
De Sponde vint peu de tems après à
Paris , où le Roy le reçut avec des marques
fingulieres d'eftime. Il fe rendit de- là
a Pamiers , où il fit fon entrée le 23 May
1627. Il s'y appliqua avec beaucoup d'ardeur
à procurer le falut des ames , qui lui
avoient été confiées , & à retirer de l'erreur
ceux qui y étoient engagez. Il faifoit
fréquemment des vifites dans fon
Diocéfe , & y rétablit la diſcipline trop
négligée en quelques endroits.
Le Duc de Rohan, chefdes Huguenots ,
étant entré au mois de Novembre de l'année
de fon inſtallation dans Pamiers par
trahison , de Sponde fe fauva par un trou
qu'on fit aux murailles. L'année fuivante
le Prince de Condé ayant repris la Ville ,
&
OCTOBRE . 1730. 22 29
& les Huguenots ayant été chaffez , le
Pape Urbain VIII, en écrivit à de Sponde
des lettres de compliment , qui marquoient
une eftime extraordinaire de fon
mérite.
Son grand âge lui ayant fait prendre
Jean de Sponde fon neveu pour Coadjuteur
, il revint à Paris dans le deffein de
ſe donner tout entier à l'Edition de fes
Annalles.
Il quitta cette ville en 1642. pour aller
à Toulouſe , où il mourut le 18 May 1643. -
âgé de 75. ans
Il laiffa par fon Teftament , qu'il fit
peu de jours avant la mort , fa Bibliotheque
aux Minimes de Toulouſe , & tous
fes biens à Pierre Frizon de Rheims , Docteur
de la Maiſon de Navarre , avec lequel
il avoit vêcu dans une étroite amitié pen
dant quinze ans,tant à Rome , qu'à Paris,
Son corps fut inhumé dans l'Eglife Cathedrale
de Toulouſe . & on mit fur fon
tombeau cette Epitaphe qu'il s'étoit faite
lui-même.
Hicjacet corpus Henrici Spondani , quona
dam Epifcopi Apamiarum , cujus anima requiefcat
in pace.
Catalogue de fes Ouvrages.
1. Les Cimetieres facrez , Bourdeaux.
1596. in 12. fixième Edition augmentée.
Paris
2230 MERCURE DE FRANCE
Paris 1600. in 12. Item , trad. en Latin
avec de grandes augmentations . Paris
1638. in. 4° . Le but de l'Auteur eft de
faire voir que les Cimetieres ayant toûjours
été regardés comme facrez chez toutes
les Nations & dans toutes fortes de
Religions , les Proteftans avoient tort de
traiter d'injuftice le refus que faifoient , &
qu'avoient toûjours fait les Catholiques
de fouffrir que les Cimetieres de leurs
Eglifes fuffent communs entre eux & les
Proteftans.
2. Annales Ecclefiaftici Cafaris Baronii in
Epitomen redacti¸ Parifiis 1612. fol. L'Auteur
dédia cette premiere Edition au
Clergé de France qui approuva l'ouvrage
, & marqua l'eftime qu'il en faifoit
par plufieurs gratifications confiderables
dont il honora l'Auteur. Il a été imprimé
plufieurs fois depuis. La bonne Edition
felon M. l'Abbé Lenglet , eft celle qui a
paru à Paris chez la Noue en 1639. en fix
volumes in fol. avec la continuation , &
les Annales facrées. La meilleure après
celle- la eft celle qui a été donnée par la
Compagnie des Libraires, à Paris 1647.
fol. 2. vol. & la moindre eft celle de Lyon
de l'an 1660 fol. 2. vol. Il y en a une traduction
Françoife , de même que des Annales
facrées faite par Pierre Coppin , &
imprimée à Paris en 1654. 55. & 57. en
6.vol infol.
3.
OCTOBRE. 1730. 2231
3. Annalesfacri à Mundi creatione ad
ejufdem Redemptionem . Parifiis 1637. fol.
Item . Ibidem 1699. Item Colonia Agr.
1640. fol. Item , Parifiis 1660. ces Annales
font un Abregé de celles de Torniel .
4 Annalium Baronii Continuatio ab anno
1197. quo is defiit ad annum 1640. Pas
rifiis 1639. fol. 2. vol. Il y en a eu plu
fieurs autres Editions depuis .
5. Ordonnances Synodales. Toulouse
1630 in 8° .
6. M. de la Monnoye , dans fa Lettre
fur le prétendu Livre des trois Impofteurs,
attribue à Henri de Sponde un petit
Livre intitulé Le Magot Genevois 1613 .
in 8. p. 98. fans nom de Lieu.
Voyez la vie par Pierre Frizon à la tête
de fa continuation des Annales de Baronius
, dans les Editions faites après fa
mort , & les Hommes illuftres de Perrault.
L'Auteur des Mémoires nous permettra
d'ajoûter ici deux ou trois faits , qui
concernent le fçavant Evêque de Pamiers
& qui fans doute ne font pas venus à fa
connoiffance. Il eft certain que c'eft au
Cardinal du Perron que l'Eglife doit la
converfion d'Henry de Sponde , avant
même que ce Cardinal fût dans les Ordres
facrez : de Sponde & Jean de Salertes
, l'un & l'autre Bearnois , s'attacherent
à M. du Perron dans fon premier
voyage
2232 MERCURE DE FRANCE
voyage de Rome , où ils lui rendirent de
grands fervices pour le grand ouvrage de
la converfion de Henry IV. & ce Prince
ayant nommé du Perron à l'Evêché d'Evreux
en 1595. les deux premiers Canonicats
, dont le nouveau Prélat fut le maître
dans fa Cathedrale , furent donnez à
ces deux fçavans avant l'année 1600. Salettes
fut nommé Evêque de Lefcar en
1609. & mourut en 1632. & Sponde ,
comme on l'a vû ci-deflus , fut Evêque
de Pamiers en 1626. & mouruten 1643 ,
Evreux ne fut , pour ainfi dire , qu'un Cabinet
d'étude pour ce dernier , comme
Condé Maifon de campagne des Evêques
d'Evreux , le fut pour le Cardinal fon
Protecteur , jufqu'à ce qu'il fut nommé à
l'Archevêché de Sens.
hommes illuftres dans la République des Lettres
avec un Catalogue raisonné de leurs
Ouvrages. Tome XI . Vol. in 12. pages 405.
fans les Tables. A Paris, chez Briaſſon , ruë
S. Jacques , à la Science. 1730.
On trouve dans ce volume les Vies de
trente-fept Sçavans , qui font Profper Alpin
, Annius de Viterbe , François de Belle
foreft , Pierre Bembo , Pierre le Brun , Louis
Bulteau , Jean Cajus , Jean Cheke , Urbain
Chevreau , Daniel le Clerc , François
Combefis , Angelo di Coftanzo , Abraham
Cowley, Jean Deslions , Claude de Ferrieres,
Antoine Galateo , François Hotman ,
Auguftin Inveges , Philippe de Limborch ,
Baptifte Nani , Ferôme Oforio , Mathieu
Palmieri , Mathias Palmieri , Antoine Pa
rent , Paul Paruta , Pierre Petit , François
Poupart , Certorio Quatromani , Jean Raulin
, Maturin Regnier , Jean Chilter , Michel
Servet , Henry de Sponde Auguftin.
Torniel , Pierre Varignon Claude de Vert ,
Jean Facq. Vepher.
,
Nous donnerons, felon notre coutume,
une de ces Vies pour faire connoître le
ftile & l'ordre de l'Auteur des Mémoires,
Nous avons choifi celle du fameux Sponde
Evêque de Pamiers.
Henri de Sponde naquit le 6. Janvier
1568. à Mauleon , petite ville du Païs de
1226 MERCURE DE FRANCE
Soulle , entre la Navarre & le Bearn.
Son pere qui étoit Secretaire & Confeiller
de la Reine de Navarre , Jeanne
d'Albret , le fit tenir fur les fonts de Baptême
par Henri de Bourbon fon fils , qui
fut depuis Roy de France & comme il
faifoit profeffion du Calviniſme , il l'éleva
dans les mêmes fentimens .
I alla faire fes études à Ortez , où les
Réformez avoient alors un College , & il
s'y diftingua par la facilité avec laquelle
il apprit les Langues Latine & Grecque.
Il fit enfuite un voyage en Ecoffe à la
fuite de Guillaume Salufte du Bartas , Ambaffadeur
du Roy de Navarre , & y apprit
en peu de tems la langue du Païs.
De retour en France , il s'appliqua à
Fétude du Droit civil , & du Droit Canon
, dont il lût prefque tous les Livres.
lalla à Tours , où le Parlement de Paris
avoit été transferé ; fon fçavoir , &
fon éloquence dans le Barreau porterent
le Roy Henri IV. à le faire Maître des Requêtes
de la Navarre .
Les Livres de controverfe de Bellarmin
& de du Perron qu'il lut alors avec
avidité , commencerent à lui ouvrir les
yeux fur les erreurs , dans lesquelles il
avoit été engagé ; il fe prêta aux impref
fions de la grace , qui agirent fur lui , &
animé par l'exemple de fon frere aîné
Jean!
OCTOBRE. 1730. 2227
Jean de Sponde , qui avoit déja abandonné
Pheréfie , il en fit abjuration à Paris le 21 .
Septembre 1599. à l'âge de vingt- fept
ans ,
De Sponde réuni à l'Eglife Catholique'
voulut s'engager dans l'Etat Eccléfiaftique
, & obtinten 1599. de l'Evêque d'Oferon
un démiffoire pour recevoir les Ordres
, même hors du Royaume. Cette
derniere claufe étoit neceffaire , parce qu'il
avoit deffein d'aller à Rome gagner le
-Indulgences de l'année fainte.
Il alla effectivement en 1600. à la fuite
du Cardinal de Sourdis , & demeura quel
ques années dans cette Ville , où il reçut
Ordre de Prêtrife le 27 Mars 1606.
La connoiffance qu'il eût du Cardinal
Baronius , & l'étroite amitié qu'il'lia avec
lui , lui fit naître le deffein de faire un
Abregé de fes Annales ; deffein qu'il
exécuta dans la fuite , après avoir obtenu
fon agrément pour cela.
Il revint à Paris en 1606. mais il retourna
quelque tems après à Rome , où
le Pape Paul V.qui l'aimoit beaucoup, lui
commit la révifion des expéditions du
Tribunal de la Pénitencerie.
La confideration qu'on avoit pour lui
en Italie , l'avoit porté à s'y fixer pour le
refte de fes jours , & il ne fongeoit plus
à revenir en France ; mais le Seigneur en
difpofa
1228 MERCURE DE FRANCE
difpofa autrement. Le Roy Louis XIII .
le nomma à l'Eveché de Pamiers au commencement
de l'année 1626. Il fit d'abord
quelque difficulté d'accepter cette dignité
; mais le Pape Urbain VIII. le lui ayant
ordonné , il fe foumit à fes ordres , & fut
facréà Rome par le Cardinal de Marquemont
, Archevêque de Lyon dans l'Eglife
de S. Louis , dont il avoit eu longtems
la conduite , le 16. Août de la même
année , & non pas le 17 Septembre
comme le marque M. Perrault , qui n'a
pas pris garde à l'expreffion latine de fa
vie , die decima feptima Cal. Septembris:
De Sponde vint peu de tems après à
Paris , où le Roy le reçut avec des marques
fingulieres d'eftime. Il fe rendit de- là
a Pamiers , où il fit fon entrée le 23 May
1627. Il s'y appliqua avec beaucoup d'ardeur
à procurer le falut des ames , qui lui
avoient été confiées , & à retirer de l'erreur
ceux qui y étoient engagez. Il faifoit
fréquemment des vifites dans fon
Diocéfe , & y rétablit la diſcipline trop
négligée en quelques endroits.
Le Duc de Rohan, chefdes Huguenots ,
étant entré au mois de Novembre de l'année
de fon inſtallation dans Pamiers par
trahison , de Sponde fe fauva par un trou
qu'on fit aux murailles. L'année fuivante
le Prince de Condé ayant repris la Ville ,
&
OCTOBRE . 1730. 22 29
& les Huguenots ayant été chaffez , le
Pape Urbain VIII, en écrivit à de Sponde
des lettres de compliment , qui marquoient
une eftime extraordinaire de fon
mérite.
Son grand âge lui ayant fait prendre
Jean de Sponde fon neveu pour Coadjuteur
, il revint à Paris dans le deffein de
ſe donner tout entier à l'Edition de fes
Annalles.
Il quitta cette ville en 1642. pour aller
à Toulouſe , où il mourut le 18 May 1643. -
âgé de 75. ans
Il laiffa par fon Teftament , qu'il fit
peu de jours avant la mort , fa Bibliotheque
aux Minimes de Toulouſe , & tous
fes biens à Pierre Frizon de Rheims , Docteur
de la Maiſon de Navarre , avec lequel
il avoit vêcu dans une étroite amitié pen
dant quinze ans,tant à Rome , qu'à Paris,
Son corps fut inhumé dans l'Eglife Cathedrale
de Toulouſe . & on mit fur fon
tombeau cette Epitaphe qu'il s'étoit faite
lui-même.
Hicjacet corpus Henrici Spondani , quona
dam Epifcopi Apamiarum , cujus anima requiefcat
in pace.
Catalogue de fes Ouvrages.
1. Les Cimetieres facrez , Bourdeaux.
1596. in 12. fixième Edition augmentée.
Paris
2230 MERCURE DE FRANCE
Paris 1600. in 12. Item , trad. en Latin
avec de grandes augmentations . Paris
1638. in. 4° . Le but de l'Auteur eft de
faire voir que les Cimetieres ayant toûjours
été regardés comme facrez chez toutes
les Nations & dans toutes fortes de
Religions , les Proteftans avoient tort de
traiter d'injuftice le refus que faifoient , &
qu'avoient toûjours fait les Catholiques
de fouffrir que les Cimetieres de leurs
Eglifes fuffent communs entre eux & les
Proteftans.
2. Annales Ecclefiaftici Cafaris Baronii in
Epitomen redacti¸ Parifiis 1612. fol. L'Auteur
dédia cette premiere Edition au
Clergé de France qui approuva l'ouvrage
, & marqua l'eftime qu'il en faifoit
par plufieurs gratifications confiderables
dont il honora l'Auteur. Il a été imprimé
plufieurs fois depuis. La bonne Edition
felon M. l'Abbé Lenglet , eft celle qui a
paru à Paris chez la Noue en 1639. en fix
volumes in fol. avec la continuation , &
les Annales facrées. La meilleure après
celle- la eft celle qui a été donnée par la
Compagnie des Libraires, à Paris 1647.
fol. 2. vol. & la moindre eft celle de Lyon
de l'an 1660 fol. 2. vol. Il y en a une traduction
Françoife , de même que des Annales
facrées faite par Pierre Coppin , &
imprimée à Paris en 1654. 55. & 57. en
6.vol infol.
3.
OCTOBRE. 1730. 2231
3. Annalesfacri à Mundi creatione ad
ejufdem Redemptionem . Parifiis 1637. fol.
Item . Ibidem 1699. Item Colonia Agr.
1640. fol. Item , Parifiis 1660. ces Annales
font un Abregé de celles de Torniel .
4 Annalium Baronii Continuatio ab anno
1197. quo is defiit ad annum 1640. Pas
rifiis 1639. fol. 2. vol. Il y en a eu plu
fieurs autres Editions depuis .
5. Ordonnances Synodales. Toulouse
1630 in 8° .
6. M. de la Monnoye , dans fa Lettre
fur le prétendu Livre des trois Impofteurs,
attribue à Henri de Sponde un petit
Livre intitulé Le Magot Genevois 1613 .
in 8. p. 98. fans nom de Lieu.
Voyez la vie par Pierre Frizon à la tête
de fa continuation des Annales de Baronius
, dans les Editions faites après fa
mort , & les Hommes illuftres de Perrault.
L'Auteur des Mémoires nous permettra
d'ajoûter ici deux ou trois faits , qui
concernent le fçavant Evêque de Pamiers
& qui fans doute ne font pas venus à fa
connoiffance. Il eft certain que c'eft au
Cardinal du Perron que l'Eglife doit la
converfion d'Henry de Sponde , avant
même que ce Cardinal fût dans les Ordres
facrez : de Sponde & Jean de Salertes
, l'un & l'autre Bearnois , s'attacherent
à M. du Perron dans fon premier
voyage
2232 MERCURE DE FRANCE
voyage de Rome , où ils lui rendirent de
grands fervices pour le grand ouvrage de
la converfion de Henry IV. & ce Prince
ayant nommé du Perron à l'Evêché d'Evreux
en 1595. les deux premiers Canonicats
, dont le nouveau Prélat fut le maître
dans fa Cathedrale , furent donnez à
ces deux fçavans avant l'année 1600. Salettes
fut nommé Evêque de Lefcar en
1609. & mourut en 1632. & Sponde ,
comme on l'a vû ci-deflus , fut Evêque
de Pamiers en 1626. & mouruten 1643 ,
Evreux ne fut , pour ainfi dire , qu'un Cabinet
d'étude pour ce dernier , comme
Condé Maifon de campagne des Evêques
d'Evreux , le fut pour le Cardinal fon
Protecteur , jufqu'à ce qu'il fut nommé à
l'Archevêché de Sens.
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Résumé : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
Le volume XI des mémoires pour l'histoire des hommes illustres dans la République des Lettres, publié à Paris en 1730, présente les vies de trente-sept savants, parmi lesquels Prosper Alpin, Annius de Viterbe et Henri de Sponde, évêque de Pamiers. Henri de Sponde naquit le 6 janvier 1568 à Mauleon, dans le Pays de Soule, entre la Navarre et le Béarn. Son père, secrétaire et conseiller de la reine de Navarre Jeanne d'Albret, l'éleva dans le calvinisme. Sponde fit ses études à Orthez, où il apprit le latin et le grec, puis voyagea en Écosse et étudia le droit civil et canonique. En 1599, à l'âge de vingt-sept ans, il abjura le calvinisme et se convertit au catholicisme, influencé par les écrits de Bellarmin et du Perron ainsi que par l'exemple de son frère aîné. Devenu prêtre en 1606, Sponde se lia d'amitié avec le cardinal Baronius et entreprit d'abréger ses annales. Il revint à Paris en 1606, mais retourna à Rome où il fut chargé de la révision des expéditions du Tribunal de la Pénitencerie. En 1626, le roi Louis XIII le nomma évêque de Pamiers. Sponde s'appliqua à procurer le salut des âmes et à rétablir la discipline dans son diocèse. Il mourut à Toulouse le 18 mai 1643, à l'âge de 75 ans. Ses œuvres principales incluent 'Les Cimetières sacrés' et les 'Annales ecclésiastiques' de Baronius en abrégé. Il laissa également des ordonnances synodales et un petit livre intitulé 'Le Magot Genevois'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 2453-2459
Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes illustres &c. [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, dans la République [...]
Mots clefs :
Hommes illustres, Histoire des hommes illustres, République des Lettres, Académie, Mémoires, Eusèbe Renaudot
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texteReconnaissance textuelle : Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes illustres &c. [titre d'après la table]
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire
des Hommes Illuftres , dans la République
des Lettres , avec un Catalogu: raisonné de
leurs Ouvrages , tom . 12. vol. 8. de 405
pages , fans les Tables. A Paris, chez Briaffon
, rue S. Jacques , à la Science. 1730 .
La premiere Table de ce Volume indique
les Noms des Sçavans au nombre de
34. qui en font le fujet , & que nous rapporterons
icy, pour la fatisfaction de ceux
qui ne font pas à portée de voir le Livres
même , & qui ne fe déterminent pour
Facquerir qu'après quelque inftruction.
Benoit Bacchini , Jean de Barrus , Char
les Cefar Baudelot de Dairval, Jean Bau-'
douin , Jacques Boileau , François Bofquet,
Jean de la Cafa , Ferone Colonna , Diego
Fiij de
2434 MERCURE DE FRANCE
de Couto , Jean Devaux , Michel- Ange
Fardella , Michel Fofcanni , Pierre Franeius
, Adam Fumano , Jean Guiddiccione ,
Jan Guintier', Nicolas Henrion , George-
Mathias Koenig , Jean - Marie Lancifi ,
Pierre de Marca , Guill. Maffien , Jean'
Menofius, Daniel- Guill. Mollerus , Etienne
Morin , Louis Morin , André Morofini ,
Louis Nogarola , Pierre Paaw , Ifaac la
Peyrere , Roger de Liles , Eufebe Renaudot,
Marc- Antoine Coccius , Sabellicus - Martin
Schoockius , Jean- François Simon .
L'Article qui concerne Eufebe Renau
dot nous ayant paru l'un des plus curieux
& des mieux remplis , nous le prefenterons
icy à nos Lecteurs , tel que
l'Editeur des Mémoires l'a publié , &
nous prendrons la liberté de fuppléer à
quelques omiffions , &c.
Eufebe Renaudot naquit à Paris le 20
Juillet 1646. & fût l'aîné de quatorze
freres ou foeurs , fon pere après avoir
acquis beaucoup de réputation dans la
pratique de la Medecine , mourut en
1679. premier Medecin de Monſeigneur
le Dauphin.
Il entra à l'âge de onze ans au College
des Jéfuites , où il fit fes Humanitez ;
& paffa enfuite à celui d'Harcourt ; pour
y faire fa Philofophie , dont il foûtint publiquement
des Théfes en Grec & en Latin
C
鹰
NOVEMBRE. 1730. 2455
tin , qui firent beaucoup d'honneur au
College & à l'Ecolier.
pren
On croit que l'envie de pouffer les étu
des bien au - delà du terme , qu'y mettent
ordinairement les gens du monde , fut le
feul motif qui l'engagea pour lors à
dre l'habit Ecclefiaftique ; car il ne fongea
jamais , ni à entrer plus avant dans les
Ordres , ni à prendre des dégrez en Sorbonne
, ni même à fe charger d'aucun Bé,
nefice.
Il fe livra donc par choix & par gout
l'Etude de la Théologie la plus profon
de , où négligeant de fuivre les fentiers
communs de l'Ecole , il fe jetta d'abord
dans la connoiffance des Langues Orien
tales , qui lui fût fi utile dans la fuite.
L'Emploi de premier Medecin , que
fon pere exerçoit auprès de Monfeigneur,
le produifit de bonne heure à la Cour, où
il acquit une politeffe & des manieres
aifécs , qui accompagnent rarement les
études férieufes. M. le Duc de Montaufier
, & M. Boffuet lui accorderent leur
eftime dès qu'ils le connurent. M. Colbert,
M.de Seignelay & M.de Croiffy l'honorerent
d'une amitié finguliere. Le Prince
de Condé , & les deux Princes de Conti ,
fes neveux , lui donnerent leur confiance,
& l'admirent à leur familiarité. Le Roy,
même trouva bon que fes Miniftres lui
Fiiij com
2456 MERCURE DE FRANCE
communicaffent certaines affaires , & luf
fent fes Mémoires au Confeil.
En 1689. l'Academie Françoiſe le choifit
pour y remplacer Monfieur Doujat, &
deux ans après , c'est- à- dire en 1691. il fue
reçu à l'Academie des Infcriptions , à la
place de M. Quinault , mort dès l'an
1688.
En 1700. il accompagna à Rome M. le
Cardinal de Noailles , & entra avec lui
dans le Conclave . Clement XI . qui y fur
élu , prévenu depuis long-temps fur fon
mérite , lui donna dès les premiers jours
de fon Pontificat , des marques publiques
de fa confidération : Il l'engagea à refter
à Rome , fept ou huit mois encore après
le départ du Cardinal . Outre les Audiances
réglées qu'il avoit au Palais , Sa Sainteté
ordonna qu'il y fut admis toutes les
fois qu'il le préfenteroit , grace des plus
diftinguées , & qui n'avoit encore été accordée
à aucun François . Il lui donna pendant
fon féjour à Rome un Prieuré en
Bretagne , que l'Abbé Renaudot eut de
la peine à accepter , s'en deffendant fur le
plan de vie qu'il avoit pris. Mais l'empreffement
du Pape , la modicité du revenu
& l'efpece d'ordre qu'il reçut de la
part du Cardinal de Noailles , furmonte--
rent fa délicateffe fur l'acceptation de ce
Benefice.
Lorf
NOVEMBRE . 1730. 2457-
Lorfqu'il fut parti de Rome , le Grand
Duc ayant fçû qu'il prenoit la route de
Florence , envoya fort loin au-devant de
lui , le retint dans fon Palais un mois entier
, pendant lequel il fut reçu à l'Academie
de la Crufca , & après l'avoir char
gé de riches prefents de Litterature , il lui
donna des Félouques pour le ramener à
Marſeille.
4. L'Académie des Infcriptions avoit
éprouvé un grand changement en fon
abfence. Quand il partit, elle n'étoit com--
pofée que de huit perfonnes , dont les
conferences ne demandoient prefque aucune
préparation . A fon retour il trouva
ce nombre augmenté jufqu'à quarante
par le Reglement de 1701. qui donnoit
d'ailleurs une face toute nouvelle aux
exercices de l'Académie. Il fut un des
Anciens qui accepta le plus volontiers la
reforme , & un des plus exacts à en remplir
dans la fuire les devoirs , comme il
paroît par les Mémoires qu'il compoſa
jufqu'à l'année 1711. où il demanda le
Titre de Veteran , pour ne plus s'occuper,,
du moins effentiellement , que des ma
tieres de la Religion ..
Il mourut le Septembre 1720. épuifé
par de violens accès de colique & de fiévre
, qu'il avoit méprifez & même cachez
dans Fy
2458 MERCURE DE FRANCE
dans les commencemens. Il avoit alors
foixante & quatorze ans .
Il étoit d'un jugement net & folide, ſa
critique étoit sûre , exacte & d'un tour
aifé , & naturel , quoique méthodique &
preffante. L'aufterité de fes moeurs , loin
de le fequeftrer de la fociété civile , ne
fervoit qu'à le rendre plus cher & plus
défiré dans celle des gens capables & vertueux.
Il ne fe défendoit pas d'y être le
fléau des Efprits forts , des Eſprits vains ›
& des hypocrites , parce qu'il croyoit
qu'il étoit du bien public de les démafquer;
& perfonne n'étoit plus heureux à
leur appliquer, à chacun dans fon efpece,
ces qualifications , qui peignent les caracteres
d'après nature. Dans le commerce
de l'amitié,il étoit d'une tendreffe & d'une
fidelité à toute épreuve.
Sa piété marquée dans tous fes Ou
vrages , l'étoit encore bien plus dans fa
conduite. Il avoit d'abord eu un appar
tement à S. Denys , & puis à S. Germain
dés Prez , où fuivant les faifons , il ſe retiroit
le Samedy & la veille des grandes
Fêtes ,,
pour y affifter avec les Religieux
aux Offices du jour & de la nuit . Tous
les mois on diftribuoit chez lui des aumônes
confiderables, & perfonellement il ne
refufoit jamais un pauvre, ni ne le laiſſoir
aller fans lui avoir donné ces inftructions
&
NOVEMBRE . 1730. 2455
& ces avis , que les malheureux ne reçoivent
bien que de ceux qui foulagent leur
mifere.
Il a laiffe aux Benedictins de l'Abbaye
de S. Germain des Prez fa Biblioteque
qui étoit de 8 à 9000 volumes , avec les
Ouvrages manufcrits , dont le nombre
paffe de beaucoup celui des imprimez.
Nous venvoyons au mois prochain le Ca-.
talogue de fes Ouvrages , & c.
des Hommes Illuftres , dans la République
des Lettres , avec un Catalogu: raisonné de
leurs Ouvrages , tom . 12. vol. 8. de 405
pages , fans les Tables. A Paris, chez Briaffon
, rue S. Jacques , à la Science. 1730 .
La premiere Table de ce Volume indique
les Noms des Sçavans au nombre de
34. qui en font le fujet , & que nous rapporterons
icy, pour la fatisfaction de ceux
qui ne font pas à portée de voir le Livres
même , & qui ne fe déterminent pour
Facquerir qu'après quelque inftruction.
Benoit Bacchini , Jean de Barrus , Char
les Cefar Baudelot de Dairval, Jean Bau-'
douin , Jacques Boileau , François Bofquet,
Jean de la Cafa , Ferone Colonna , Diego
Fiij de
2434 MERCURE DE FRANCE
de Couto , Jean Devaux , Michel- Ange
Fardella , Michel Fofcanni , Pierre Franeius
, Adam Fumano , Jean Guiddiccione ,
Jan Guintier', Nicolas Henrion , George-
Mathias Koenig , Jean - Marie Lancifi ,
Pierre de Marca , Guill. Maffien , Jean'
Menofius, Daniel- Guill. Mollerus , Etienne
Morin , Louis Morin , André Morofini ,
Louis Nogarola , Pierre Paaw , Ifaac la
Peyrere , Roger de Liles , Eufebe Renaudot,
Marc- Antoine Coccius , Sabellicus - Martin
Schoockius , Jean- François Simon .
L'Article qui concerne Eufebe Renau
dot nous ayant paru l'un des plus curieux
& des mieux remplis , nous le prefenterons
icy à nos Lecteurs , tel que
l'Editeur des Mémoires l'a publié , &
nous prendrons la liberté de fuppléer à
quelques omiffions , &c.
Eufebe Renaudot naquit à Paris le 20
Juillet 1646. & fût l'aîné de quatorze
freres ou foeurs , fon pere après avoir
acquis beaucoup de réputation dans la
pratique de la Medecine , mourut en
1679. premier Medecin de Monſeigneur
le Dauphin.
Il entra à l'âge de onze ans au College
des Jéfuites , où il fit fes Humanitez ;
& paffa enfuite à celui d'Harcourt ; pour
y faire fa Philofophie , dont il foûtint publiquement
des Théfes en Grec & en Latin
C
鹰
NOVEMBRE. 1730. 2455
tin , qui firent beaucoup d'honneur au
College & à l'Ecolier.
pren
On croit que l'envie de pouffer les étu
des bien au - delà du terme , qu'y mettent
ordinairement les gens du monde , fut le
feul motif qui l'engagea pour lors à
dre l'habit Ecclefiaftique ; car il ne fongea
jamais , ni à entrer plus avant dans les
Ordres , ni à prendre des dégrez en Sorbonne
, ni même à fe charger d'aucun Bé,
nefice.
Il fe livra donc par choix & par gout
l'Etude de la Théologie la plus profon
de , où négligeant de fuivre les fentiers
communs de l'Ecole , il fe jetta d'abord
dans la connoiffance des Langues Orien
tales , qui lui fût fi utile dans la fuite.
L'Emploi de premier Medecin , que
fon pere exerçoit auprès de Monfeigneur,
le produifit de bonne heure à la Cour, où
il acquit une politeffe & des manieres
aifécs , qui accompagnent rarement les
études férieufes. M. le Duc de Montaufier
, & M. Boffuet lui accorderent leur
eftime dès qu'ils le connurent. M. Colbert,
M.de Seignelay & M.de Croiffy l'honorerent
d'une amitié finguliere. Le Prince
de Condé , & les deux Princes de Conti ,
fes neveux , lui donnerent leur confiance,
& l'admirent à leur familiarité. Le Roy,
même trouva bon que fes Miniftres lui
Fiiij com
2456 MERCURE DE FRANCE
communicaffent certaines affaires , & luf
fent fes Mémoires au Confeil.
En 1689. l'Academie Françoiſe le choifit
pour y remplacer Monfieur Doujat, &
deux ans après , c'est- à- dire en 1691. il fue
reçu à l'Academie des Infcriptions , à la
place de M. Quinault , mort dès l'an
1688.
En 1700. il accompagna à Rome M. le
Cardinal de Noailles , & entra avec lui
dans le Conclave . Clement XI . qui y fur
élu , prévenu depuis long-temps fur fon
mérite , lui donna dès les premiers jours
de fon Pontificat , des marques publiques
de fa confidération : Il l'engagea à refter
à Rome , fept ou huit mois encore après
le départ du Cardinal . Outre les Audiances
réglées qu'il avoit au Palais , Sa Sainteté
ordonna qu'il y fut admis toutes les
fois qu'il le préfenteroit , grace des plus
diftinguées , & qui n'avoit encore été accordée
à aucun François . Il lui donna pendant
fon féjour à Rome un Prieuré en
Bretagne , que l'Abbé Renaudot eut de
la peine à accepter , s'en deffendant fur le
plan de vie qu'il avoit pris. Mais l'empreffement
du Pape , la modicité du revenu
& l'efpece d'ordre qu'il reçut de la
part du Cardinal de Noailles , furmonte--
rent fa délicateffe fur l'acceptation de ce
Benefice.
Lorf
NOVEMBRE . 1730. 2457-
Lorfqu'il fut parti de Rome , le Grand
Duc ayant fçû qu'il prenoit la route de
Florence , envoya fort loin au-devant de
lui , le retint dans fon Palais un mois entier
, pendant lequel il fut reçu à l'Academie
de la Crufca , & après l'avoir char
gé de riches prefents de Litterature , il lui
donna des Félouques pour le ramener à
Marſeille.
4. L'Académie des Infcriptions avoit
éprouvé un grand changement en fon
abfence. Quand il partit, elle n'étoit com--
pofée que de huit perfonnes , dont les
conferences ne demandoient prefque aucune
préparation . A fon retour il trouva
ce nombre augmenté jufqu'à quarante
par le Reglement de 1701. qui donnoit
d'ailleurs une face toute nouvelle aux
exercices de l'Académie. Il fut un des
Anciens qui accepta le plus volontiers la
reforme , & un des plus exacts à en remplir
dans la fuire les devoirs , comme il
paroît par les Mémoires qu'il compoſa
jufqu'à l'année 1711. où il demanda le
Titre de Veteran , pour ne plus s'occuper,,
du moins effentiellement , que des ma
tieres de la Religion ..
Il mourut le Septembre 1720. épuifé
par de violens accès de colique & de fiévre
, qu'il avoit méprifez & même cachez
dans Fy
2458 MERCURE DE FRANCE
dans les commencemens. Il avoit alors
foixante & quatorze ans .
Il étoit d'un jugement net & folide, ſa
critique étoit sûre , exacte & d'un tour
aifé , & naturel , quoique méthodique &
preffante. L'aufterité de fes moeurs , loin
de le fequeftrer de la fociété civile , ne
fervoit qu'à le rendre plus cher & plus
défiré dans celle des gens capables & vertueux.
Il ne fe défendoit pas d'y être le
fléau des Efprits forts , des Eſprits vains ›
& des hypocrites , parce qu'il croyoit
qu'il étoit du bien public de les démafquer;
& perfonne n'étoit plus heureux à
leur appliquer, à chacun dans fon efpece,
ces qualifications , qui peignent les caracteres
d'après nature. Dans le commerce
de l'amitié,il étoit d'une tendreffe & d'une
fidelité à toute épreuve.
Sa piété marquée dans tous fes Ou
vrages , l'étoit encore bien plus dans fa
conduite. Il avoit d'abord eu un appar
tement à S. Denys , & puis à S. Germain
dés Prez , où fuivant les faifons , il ſe retiroit
le Samedy & la veille des grandes
Fêtes ,,
pour y affifter avec les Religieux
aux Offices du jour & de la nuit . Tous
les mois on diftribuoit chez lui des aumônes
confiderables, & perfonellement il ne
refufoit jamais un pauvre, ni ne le laiſſoir
aller fans lui avoir donné ces inftructions
&
NOVEMBRE . 1730. 2455
& ces avis , que les malheureux ne reçoivent
bien que de ceux qui foulagent leur
mifere.
Il a laiffe aux Benedictins de l'Abbaye
de S. Germain des Prez fa Biblioteque
qui étoit de 8 à 9000 volumes , avec les
Ouvrages manufcrits , dont le nombre
paffe de beaucoup celui des imprimez.
Nous venvoyons au mois prochain le Ca-.
talogue de fes Ouvrages , & c.
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Résumé : Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes illustres &c. [titre d'après la table]
Le texte présente les 'Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres', un ouvrage de 405 pages publié à Paris en 1730. Cet ouvrage liste 34 savants, dont Eufebe Renaudot est particulièrement mis en avant. Né à Paris le 20 juillet 1646, Renaudot était l'aîné de quatorze enfants. Son père, médecin du Dauphin, mourut en 1679. Renaudot entra au Collège des Jésuites à onze ans, puis au Collège d'Harcourt pour étudier la philosophie. Il se distingua par des thèses en grec et en latin. Renaudot choisit la vie ecclésiastique sans entrer dans les ordres ni prendre de bénéfices. Il se consacra à l'étude approfondie de la théologie et des langues orientales. Grâce à son père, il fréquenta la cour et acquit une politesse rare. Il fut estimé par des personnalités comme le Duc de Montausier, Bossuet, Colbert, et le Roi, qui lui confia certaines affaires. En 1689, il fut élu à l'Académie Française et en 1691 à l'Académie des Inscriptions. En 1700, Renaudot accompagna le Cardinal de Noailles à Rome et fut reçu en audience par le Pape Clément XI. Il reçut un prieuré en Bretagne et fut retenu par le Grand-Duc de Toscane à Florence. À son retour, il trouva l'Académie des Inscriptions réformée et augmentée. Renaudot accepta les réformes et continua ses travaux jusqu'en 1711. Il mourut en septembre 1720 à l'âge de soixante-quatorze ans, après avoir souffert de violentes coliques et fièvres. Renaudot était connu pour son jugement solide et sa critique précise. Sa piété et sa générosité étaient marquées par des aumônes régulières et des instructions aux pauvres. Il légua sa bibliothèque de 8 000 à 9 000 volumes aux Bénédictins de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 553-556
Bibliotheque Grammaticale, &c. [titre d'après la table]
Début :
BIBLIOTHEQUE GRAMMATICALE, qui contient les Livres nécessaires pour enseigner à [...]
Mots clefs :
Bibliothèque grammaticale, Enseigner, Écoliers, Éducation de la jeunesse, Arts libéraux, Langues, Église gallicane, République des Lettres, Dissertations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bibliotheque Grammaticale, &c. [titre d'après la table]
BIBLIOTHEQUE GRAMMATICALE,
qui contient les Livres nécessaires pour
enseigner à lire le Latin et le François aux
petits enfans , et pour leur enseigner le
Latin quand ils aprennent à lire. Par M.
de Vallange . Au Palais , et Quai des Augustins
, chez Mesnier et Antoine Gandonin
1731. brochure de 24. pages.
354 MERCURE DE FRANCE
Toujours abondant en flateuses promesşes
, l'Auteur plein de zele et de tendres
sentimens pour les Ecoliers en fait ici de
nouvelles , et commence ce petit Ouvrage
par la description de la Bibliotheque
Grammaticale , avec son usage propre aux
Académiciennes , chargées de l'éducation de
la Jeunesse. Ne vous pressez pas , dit- il
à ces Dames , de le faire lire dans le Catechisme
, ce Livre doit être respecté ; il ne
ke faut mettre entre les mains des enfans que
quand on voit qu'ils sont capables d'en faire
an bon usage. La lecture des livres de pieté
ne doit pas être mêlée avec les ferules et le
fouet. La haine que l'on a des corrections
passe bientôt aux sujets qui sont la cause de
Ces corrections.
.M. de Vallange trouve qu'il est à propos
de séparer les petits garçons des petites filles
dès la plus tendre Feunesse , comme il convient
de séparer les enfans des Magistrats
et dela Noblesse d'avec les enfans des Bourgeois
; les enfans de familledoivent être sepa→
rés des enfans du petit peuple. Je vous donnerai
¸dit-il, incessamment les moyens de leur enseigner
toutes les Sciences et beaucoup d'Arts
Liberaux et Mécaniques ... Par le moyen
de mes Méthodes que vous pourrez mettre en
pratique , ces enfans au sortir de vos mains
pourront être en état de se passer de maîtres
pour apprendre toutes les Sciences , toutes les
Langues
MARS . 1731. 353
Langues et tous les Arts ; ils seront même en
état de gagner leur vie.
,
Pour enseigner aux personnes qui ont le
jugement formé , je vous donnerai des méthodes
, dit- il aux Maîtres d'école qui
vous mettront en état de leur enfeigner l'Or
thographe , le Latin , l'Arithmetique , la
Géometrie et toutes les Parties des Mathé
matiques , et même le deffein , quand même
vous ne le fçauriez pas.
HISTOIRE DE L'EGLISE GALLICANE
, dédiée à Messeigneurs du Clergé
Par le Pere Jacques Longueval , de la Compagnie
de Jesus. A Paris , rue de la Har
pe , chez P. Simon , 1730. 4. Vol. in 4.
LE THEATRE DES GRECS. Par le
Pere Brumoy , de la Compagnie de Jesus.
Quay des Augustins et Rue S. Facques ,
chez Rollin pere et fils , et chez J. B. Coi
gnard fils , 1730. 3. Vol. in 4.
Ce laborieux Ouvrage , aussi curieux
qu'utile à la République des Lettres , est
extrêmement goûté. Nous tâcherons d'en
donner un Extrait.
HISTOIRE DE L'EGLISE DE MEAUX,
avec des Notes ou Dissertations et les Piéees
justificatives ; on y a joint un Recueil
complet des Statuts Synodaux de la même
Eglise ,
356 MERCURE DE FRANCE
Église , divers Catalogues des Evêques ,
Généraux d'Ordre , Abbés et Abbesses du
Diocèse , et un Poüillé exact . Par Dom
Touffaint Dupleffis , Bénédictin de la Congrégation
de S. Maur , Auteur de l'Histoire
de Couci. A Paris , chez Giffart , ruë
S. Jacques , et Gandoüin , Quay de Conti,
#731. 2. Vol. in 4.
qui contient les Livres nécessaires pour
enseigner à lire le Latin et le François aux
petits enfans , et pour leur enseigner le
Latin quand ils aprennent à lire. Par M.
de Vallange . Au Palais , et Quai des Augustins
, chez Mesnier et Antoine Gandonin
1731. brochure de 24. pages.
354 MERCURE DE FRANCE
Toujours abondant en flateuses promesşes
, l'Auteur plein de zele et de tendres
sentimens pour les Ecoliers en fait ici de
nouvelles , et commence ce petit Ouvrage
par la description de la Bibliotheque
Grammaticale , avec son usage propre aux
Académiciennes , chargées de l'éducation de
la Jeunesse. Ne vous pressez pas , dit- il
à ces Dames , de le faire lire dans le Catechisme
, ce Livre doit être respecté ; il ne
ke faut mettre entre les mains des enfans que
quand on voit qu'ils sont capables d'en faire
an bon usage. La lecture des livres de pieté
ne doit pas être mêlée avec les ferules et le
fouet. La haine que l'on a des corrections
passe bientôt aux sujets qui sont la cause de
Ces corrections.
.M. de Vallange trouve qu'il est à propos
de séparer les petits garçons des petites filles
dès la plus tendre Feunesse , comme il convient
de séparer les enfans des Magistrats
et dela Noblesse d'avec les enfans des Bourgeois
; les enfans de familledoivent être sepa→
rés des enfans du petit peuple. Je vous donnerai
¸dit-il, incessamment les moyens de leur enseigner
toutes les Sciences et beaucoup d'Arts
Liberaux et Mécaniques ... Par le moyen
de mes Méthodes que vous pourrez mettre en
pratique , ces enfans au sortir de vos mains
pourront être en état de se passer de maîtres
pour apprendre toutes les Sciences , toutes les
Langues
MARS . 1731. 353
Langues et tous les Arts ; ils seront même en
état de gagner leur vie.
,
Pour enseigner aux personnes qui ont le
jugement formé , je vous donnerai des méthodes
, dit- il aux Maîtres d'école qui
vous mettront en état de leur enfeigner l'Or
thographe , le Latin , l'Arithmetique , la
Géometrie et toutes les Parties des Mathé
matiques , et même le deffein , quand même
vous ne le fçauriez pas.
HISTOIRE DE L'EGLISE GALLICANE
, dédiée à Messeigneurs du Clergé
Par le Pere Jacques Longueval , de la Compagnie
de Jesus. A Paris , rue de la Har
pe , chez P. Simon , 1730. 4. Vol. in 4.
LE THEATRE DES GRECS. Par le
Pere Brumoy , de la Compagnie de Jesus.
Quay des Augustins et Rue S. Facques ,
chez Rollin pere et fils , et chez J. B. Coi
gnard fils , 1730. 3. Vol. in 4.
Ce laborieux Ouvrage , aussi curieux
qu'utile à la République des Lettres , est
extrêmement goûté. Nous tâcherons d'en
donner un Extrait.
HISTOIRE DE L'EGLISE DE MEAUX,
avec des Notes ou Dissertations et les Piéees
justificatives ; on y a joint un Recueil
complet des Statuts Synodaux de la même
Eglise ,
356 MERCURE DE FRANCE
Église , divers Catalogues des Evêques ,
Généraux d'Ordre , Abbés et Abbesses du
Diocèse , et un Poüillé exact . Par Dom
Touffaint Dupleffis , Bénédictin de la Congrégation
de S. Maur , Auteur de l'Histoire
de Couci. A Paris , chez Giffart , ruë
S. Jacques , et Gandoüin , Quay de Conti,
#731. 2. Vol. in 4.
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Résumé : Bibliotheque Grammaticale, &c. [titre d'après la table]
En 1730 et 1731, plusieurs ouvrages et articles ont été publiés. La 'Bibliothèque Grammaticale' de M. de Vallange, parue en 1731, vise à enseigner le latin et le français aux enfants. L'auteur conseille de ne pas associer la lecture des livres de piété aux corrections corporelles et recommande de séparer les enfants selon leur sexe et leur statut social. Il propose également des méthodes pour enseigner diverses sciences et arts, favorisant l'autonomie des enfants dans leur apprentissage. Le 'Mercure de France' mentionne d'autres œuvres, telles que 'Histoire de l'Église Gallicane' de Jacques Longueval, 'Le Théâtre des Grecs' de Brumoy, et 'Histoire de l'Église de Meaux' de Dom Touffaint Dupleffis. Ces publications sont qualifiées de curieuses et utiles pour la République des Lettres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1158-1174
Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans [...]
Mots clefs :
Mémoires, République des Lettres, Table alphabétique, Savants, Écrivains, République littéraire, Jean Regnault de Segrais, Catalogue d'ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &C.
M
EMOIRES pour servir à l'Histoire dèsHimmes Illustres dans la République
des Lettres , &c. T. XVI. de 410. pages
J. Vol. sang
JUIN. 1732. 1859
sans les Tables. A Paris , chez Briasson ,
rue S. Facques, à la Science. M. DCC. XXXI.
Ce seizième Tome des Memoires , recueillis par le R. P. Niceron , presente d'a
bord une Table Alphabetique de quatante Sçavans , dont il y est fait mention , et dont voici les noms.
7
George Abbot, Robert Abbot. Dominique
de Angelis. Joachim du Bellay. Flavia
Biondo. Etienne du Bois. Jean du Bois.
Philippe du Bois. Balthazar Bonifacio.
Pierre Brissot. Conrad Celtes Protucius.
Pierre Charron. Florent Carton d'Ancourt.
Jean Doujat. Nicolas. Everard. Thomas
Farnabe. Pierre- Sylvestre du Foin. Marie
de Fars de Gournay. Nicolas Grudius. Maurice Hofman. Jean Maurice Hoftman.
François Junius. François Junius le fils.
Jean Marot. Clement Marot. Michel de
Montaigne. Gerard Nood. Jean Owen..
Aonius Palearius. Onuphre Panvini. Gui
Riedlinus. Jean Rotrou. Henry Savile. Jean
Second Jean Renaud de Segrais. ThomasSydenham. Frederic Taubman. Antoine Vallisnieri. Blaise de Vigenere.
Quoique les Memoires en question ne
doivent regarder , selon le veritable objet de l'entreprise de l'Editeur , et selon
le titre même de son Recueil , que des
Hommes Illustres dans la République des
L.. Vol Lettres
T160 MERCURE DE FRANCE
Lettres , il s'en faut beaucoup que tous
les Ecrivains dont on nous parle ici , ayent
le même degré d'illustration ; quelquesuns même auront de la peine à passer
pour sçavans dans l'esprit de tous les Lecteurs. Tel est plus particulierement Florent Carton d'Ancourt , dont on trouve
PEloge et les Ouvrages , à la page 287.
et 291, de ce volume. Que le sieur d'Ancourt n'ait eu des talens considerables.
dans sa Profession de Comédien , et ensa qualité d'Auteur de plusieurs Pieces.
de Théatre , personne ne sçauroit le nier ;
mais qu'il doive être placé et consideré
parmi les Membres illustres et légitimes.
de la République Litteraire ; c'est ce qu'on
ne pourra que très difficilement accorder..
Comme cet Article peut faire cependant une très bonne figure dans l'Histoire du Théatre François t dans celle
des fameux Comédiens où il ne sera point
déplacé , il seroit peut-être bon de le retoucher , tant à cause des augmentations
qu'on peut y faire , que pour réparer quelques négligences de style , et certains em
barras de construction , qui se trouvent
quelquefois dans ces Mémoires , plutôt
de la part de ceux qui les ont fournis, que
de celle de notre Auteur ; à propos de
quoi nous ajoûterons qu'il seroit bon aus-,
I. Vol.
si
JUIN. 1732. 1167
si de mettre à la fin de chaque volume
un bon Errata , comme on l'a fait à l'égard des premiers.
Pour donner à nos Lecteurs , selon notre coûtume , une idée des Memoirescontenus dans ce Volume , nous insererons ici l'article entier de M. de Segrais .
homme veritablement illustre dans la
belle Litterature , et Sçavant de notre
temps.
EAN Renaud de Segrais , naquit à
Caën le 22. Août 1624. et y fit ses études dans le College des Jesuites. Après
sa Philosophie , il fut quelques années
sans se déterminer à aucun état. Pendant
ce temps là il s'occupa à la Poësie Fran
çoise qu'il cultiva jusqu'à la fin de sa vie,
et qui ne lui fut pas infructueuse , puisqu'elle lui servit , aussi bien qu'à ses qua
tre freres et à ses deux sœurs , pour les
tirer du mauvais état où la bonté ruineuse d'un Pere dissipateur , les avoit
laissez.
Une Tragédie sur la mort d'Hyppolite , le Roman de Berenice , dont il hazarda seulement les deux premieres parties , et plusieurs petits Ouvrages de Poësie sur divers sujets , furent les prémices
de son esprit qui parurent dans sa Province.
I. Vol. IL
1162 MERCURE DE FRANCE
Il n'avoit encore que 19. ou 20. ans
lorsque le Comte de Fiesque , fils de la.
Gouvernante de Mademoiselle , fille ainée du Duc d'Orleans Gaston , fut éloigné de la Cour et se retira à Caen; pendant le séjour qu'il y'fit , il prit du goût
pour lui et l'emmena à la Cour forsqu'ily
fut rappellé. Ce fut là qu'il acheva de
se former, et qu'il acquit la politesse et
le bon goût , qui ont paru depuis dans
ses Ouvrages.
t
Le Comte de Fiesque le fit entrer en
1648. au service de Mademoiselle , en
qualité de Gentilhomme ordinaire , et il
y demeura jusques vers l'an 1672. que
cette Princesse croyant avoir quelque sujet de se plaindre de sa conduite , le fit
rayer de l'Etat de sa Maison. Elle nous
apprend elle-même dans ses Mémoires le
sujet qui lui attira sa disgrace. Elle y rapporte que Segrais ne vouloit point qu'elle
se mariât avec M. de Lauzun , et qu'il
aimoit mieux que ce fût avec M. de Longueville ; que quand l'affaire de M. de
Lauzun eut été rompuë , il alla avec
M: Guilloire , Secretaire de ses commandemens , voir M. de Chanvalon , Archevêque de Paris , pour lui dire que c'étoit
un scandale que Mademoiselle vît toûjour M. de Lauzun , et qu'il étoit obligé La Vela en
JUIN. 1732 116:3
en conscience d'y mettre ordre'; ce que
ee Prélat lui ayant dit , elle donna ordre
à Segrais de sortir de chez elle.
M. de Segrais ne manqua pas alors de
ressources. Madame de la Fayette eut la
generosité de lui donner un Appartement
chez elle , et il nous apprend lui- même
que M. le Duc de Longueville lui envoya aussi-tôt après zoo. pistoles , en le
chargeant très- expressement de n'en rien
dire à personne.
Lasse enfin de vivre dans le grand
Monde il se retira à Caën , résolu d'y
passer le reste de ses jours. Il y épousa
une riche heritiere , qui étoit sa parente,
et ce mariage le mit en état de vivre à son
aise , selon sa qualité , et de faire un établissement considerable. Personne ne remarque l'année où il se maria , mais on
peut juger que ce fut en 1679. par ce
Passage du Segraisiana, p. 75. qui contient une particularité de sa vie , qui doit
trouver ici sa place.
» Madame de Maintenon , dit- il en
>> cet endroit , a voulu me mettre auprès
» de M. le Duc du Maine , en la même
qualité que M.de Court , qui fut apellé,
Ȉ mon deffaut. Je venois de me marier
»j'avois par mon mariage honnêtement
de quoi vivre dans l'indépendance , er
1. Vol.
» même
1164 MERCURE DE FRANCE
»même mon beau- pere et ma belle - mere
qui étoient fort âgez , que je consultai
» là- dessus , me représenterent que j'avois
» de quoi raisonnablement me contenter,
» qu'ils étoient d'un âge à croire que Dieu
» les appelleroit bien- rôt , et qu'alors je
»pourrois vivre sans avoir rien à souhaiter; je considerois encore que j'avois en
ce temps là cinquante- cinq ans , et qu'il
»falloit au moins pour attendre la récom-
»pense des services que je pouvois rendre à M. le Duc du Maine , une dixaine
»d'années , et je n'avois aucune certitude
» de vivre si long- temps ; de plus , j'a-
» vois déja un peu de surdité , et ce fut
»le prétexte que je pris pour m'excuser.
» Madame de Fontevrault , sœur de Ma-
» dame de Montespan , me manda qu'il
ne s'agissoit pas d'écouter le Prince , mais
»de lui parlers je fis réponse queje sça-
» vois par experience que dans un Pays
comme celui- là , il falloit avoir bons
» yeux et bonnes oreilles. En effet il faut
y connoître parfaitement son monde
» et parler plus souvent à l'oreille qu'à
haute voix. Ainsi je demeurai comme
j'étois.
n
M. de Segrais avoit été reçû à l'Académie Françoise dès l'année 1662. et comme celle de Caën étoit demeurée sans Pro-
>
1.Vol. *Lecteur
JUIN.. 1732. 1165
گی
tecteur depuis la mort de François , de
Matignon , Lieutenant de Roy en Normandie , .arrivée en 1675. il en recueillit
les Membres chez lui , où il fit accommoder un Appartement fort propre pour y
tenir leurs Assemblées.
Il fut affligé pendant les derniers mois
de sa vie d'une langueur causée par une
hydropisie , qu'il regarda comme une faveur du Ciel , et dont il sçut profiter
en Chrétien.
Il mourut le 25. Mars 1701. dans sa
77. année.
Ses talens ne se bornoient pas à bien
écrire ; il avoit encore beaucoup d'agrémens dans la conversation; il sçavoit mille
choses agréables , et il les racontoit d'une
maniere qui faisoit autant de plaisir que
les choses mêmes. Quand il avoit une fois
commencé il ne finissoit pas aisément ;
et M. de Matignon disoit à ce sujet qu'il
n'y avoit qu'à monterSegrais , et à le lais
ser aller. Il ne parloit pourtant jamais
trop au gré de ceux qui l'écoutoient , et
l'extrême surdité où il étoit tombé sur
la fin de ses jours , n'empêchoit pas que
les personnes les plus distinguées ne l'ale
lassent voir pour le plaisir seul de l'entendre. C'étoit un homme doux , complaisant , aimant à faire plaisir , et ne di1.Vol sant
166 MERCURE DE FRANCE
sant jamais rien de desobligeant de
sonne.
perM. de la Monnoye fit à l'occasion de
sa mort cette Epigramme , qu'on attribuë
mal-à- propos, à l'Abbé Testu , dans un
Recueil d'Epigrammes , publié en 1720.
Quand Segrais affranchi de terrestres liens ,
Descendit plein de gloire aux Champs Elisiens
Virgile en beau François lui fit une Harangue;
Et comme à ce discours Segrais parut surpris ;
Si je sçais , lui dit- il , le fin de votre Langue,
Cest vous qui me l'avez appris.
par
Catalogue de ses Ouvrages.
1. Athis. Pastorale. Paris , 1653. in 4.
Cette Piece de Poësie que M. de Segrais
fit en l'honneur de son Pays , a merité
l'Approbation de M. Huet , qui la
trouve préferable à ses autres Ouvrages
la nouveauté de l'invention et par
l'agrément de la fiction , quoique l'obscurité des lieux que Segrais a choisis pour
être le Théatre des avantures qu'il décrit,
et qui ne sont connus que par ceux qui
les habitent , ayent fait perdre à cet Ouvrage une partie des applaudissemens qu'il méritoit.
2. Les Nouvelles Françoises , ou les Divertissemens de la Princesse Aurelie. Paris,
I.Vol 3657
1 JUIN. 1732. 1167
1657. in 8. z. vol. Ce sont des Historiettes qu'il avoit composées pour amuser
Mademoiselle à S. Fargeau , où elle étoit
retirée . Comme il n'en avoit fait tirer
que peu d'exemplaires , le Livre étoit rare
avant la réimpression qu'on en a faite en
1722. Paris , in 12. 2. vol.
3. Diverses Poësies. Paris , 1658. in 4.
4. L'Eneide de Virgile, traduite en Vers
François. Paris , in 4. 2. vol. Le premier
en 1668. et le second en 1681. Idem.
2. Edition. Amsterdam, 1700. in 8. 2. vol.
et depuis à Lyon.
5. Les Georgiques de Virgile , traduites
enVers François Ouvrage postume. Paris ,
1711. in 8. Ces deux Traductions de Vir
gile sont estimées des connoisseurs , qui
trouvent que Segrais a eu l'art de rendre
en notre Langue toutes les beautez , les
graces et l'agrément qui se trouvent dans
Le Poëte Latin , du moins autant que cela
est possible.
- 6. Segraisiana , ou Melange d'Histoire et
de Litterature , recueilli des Entretiens de
M. Segrais. Les Eglogues et l'Amour gueri
par le Temps, Tragédie- Ballet du même Auteur, non imprimés. Ensemble la Relation
de l'Isle imaginaire et l'Histoire de la Prin
cesse de Paphlagonie , imprimées en 1646.
par l'ordre de MADEMOISELLE. La Haye ,
J.Ꮧ. Val. F 1722
1168 MERCURE DE FRANCE
*
1722. in 8. Cette premiere Edition a éte
faite à Paris , a été suivie d'une autre faite
en 1723. à Amsterdam in 12. qui est beau
coup plus belle.
La Préface qu'on voit à la tête de l'une
et de l'autre , est de M. de la Monnoye.
On y dit que les particularitez contenues
dans le Segraisiana , ont été recueillies
par les soins d'un illustre Conseiller d'Etat , ( c'est-à- dire M. Foucault , Intendant de Caën ) dont la Maison étoit le
rendez- vous de tout ce qu'il y avoit à
Caen de personnes de mérite et de qualité M. de Segrais y étoit reçû avec distinction ; lorsque sa santé lui permettoit
de s'y trouver , il y avoit pour lui une
place de réserve auprès d'une Tapisserie,
derriere laquelle un homme de confiance
étoit caché, qui écrivoit ce qu'il disoit ;
et c'est de-là qu'a été tiré le Segraisiana ,
dans lequel il y a plusieurs faits singuliers et curieux , quoiqu'on ne puisse nier
qu'il n'y en ait aussi plusieurs qui ne méritoient pas d'être conservez à la posterité , et d'autres même évidemment faux.
Les Eglogues sont au nombre de sept ,
et on y a joint une Lettre de M. Ogier
sur la premiere , avec la Réponse de M.de
Segrais , qui excelloit principalement en
ce genre de Poësie . Tout le monde conI. Vol.
vient
JUIN. 17320 1169
avient , dit Baillet , Jugement des Sçavans,
» qu'il a pris le caractere de l'Eglogue ,
et qu'il a sçû attraper ce point de la
simplicité et de la pudeur que les An-
» ciens avoient sçû exprimer, sans pourtant
»avoir rien de la bassesse et des manieres
» niaises où sont tombez plusieurs de nos
22
faiseurs d'Eglogues Françoises , qui ont
» voulu imiter cette naïveté ancienne ,
»pour ne pas sortir du caractere Buco-
» lique. Ses figures sont douces , ses mou-
» vemens y sont temperez et formez sur
»les mœurs que doivent avoir les personnages qu'il employe. Les pensées y
sont ingénues , la diction y est pure et
»sans affectation , les Vers y sont coulans.
Ce sont des manieres toutes unies, et des
» discours tout naturels Enfin on juge qu'il
»est très- difficile de rien écrire en ce gen
» re avec plus de douceur , de tendresse
»et d'agrément. C'est ce qui a fait dire
à Despreaux , en invitant les Poëtes à ce
lebrer la gloire de Louis le Grand :
Que Segrais dans l'Eglogue en charme les Forêts. ”
Il avoit cette simplicité et cette naïveté de Malherbe , qu'il avoit beaucoup
étudié , et pour lequel il avoit une estime
si particuliere , qu'il fit faire en pierre sa
Statue plus grande que le nature , li fit
A VOL Fij élever
1170 MERCURE DE FRANCE
4
élever dans une niche faite exprès à la
façade de sa Maison de Caën , et fit graver au-dessous sur un Marbre noir ces
quatre Vers.
Malherbe , de la France éternel ornement ,
Pour rendre hommage à ta mémoire,
Segrais , enchanté de ta gloire ,
Te consacre ce Monument.
L'Amour gueri par le Temps , n'avoit
pas encore été imprimé. M. de Segrais
avoit composé cette Piece pour être mişe
en chant , et l'avoit donnée à M. Lully
pour cela ; mais ce Musicien se souvenant
d'un petit chagrin qu'il croyoit avoir autrefois reçû de M. Segrais chez Mademoiselle, la garda trois mois entiers , après
lesquels il la renvoya comme ne pouvant
y travailler, parce que les Vers, disoit- il ,
en étoient durs et rebelles au chant.
7. La Princesse de Cleves, Paris , 1678.
in. 12. 4. vol. Item. Paris , .1689. et 1700.
in 12. 2. Tom. » Trois beaux esprits , die
le P. le Long, dans sa Bibliotheque His-
»torique de la France , ont contribué à la
»composition de ce Roman, qui est bien
écrit et a eu beaucoup de succès. Fran-
ȍois VI. Duc de la Rochefoucault , more
en 1680, en a fourni les sentimens; les
maximes et les intrigues sont de l'inven1. Vol. tion
JUIN. 1732.
»tion de Marie-Magdeleine de la Vergne,
» Comtesse dé la Fayette , morte en 1693.
et le tout a été mis en œuvre avec au-
>> tant d'esprit que de délicatesse, par Jean
»Renaud de Segrais. Il est vrai que M.de
»Segrais lui- même paroît dans le Sagrai-
»siana , p. 9. attribuer entierement ceg
Ouvrage à Madame de la Fayette, lors-
» qu'il y dit; la Princesse de Cleves est
» de Madame de la Fayette , qui a méprisé de répondre à la Critique que le
»P. Bouhours en a faite. Mais il s'explique autrement plus bas , p. 73. où il en
parle comme d'un Ouvrage qui étoit de lui. »
Celui , dit- il , qui a critiqué la
» Princesse de Cleves , a trouvé mauvais,
&c. La raison pourquoi je ne voulus
»point prendre la peine de lui répondre,
c'est qu'il n'avoit aucune connoissance
» des regles de ces sortes d'Ouvrages, ni
» de l'usage du monde , et que je ferois
beaucoup plus d'état de l'approbation
»de Madame la Comtesse de la Fayette
» et de M. de la Rochefoucault , qui
>> avoient ces connoissances en perfection.
33
8. Zayde , Histoire Espagnole. Paris ,
in 12. Ce petit Roman qui a été imprimé plusieurs fois avec le Traité de l'Origine des Romans de M. Huet , porte
par tout dans le Titre le nom de M. ScJ. Vol. F iij grais
1172 MERCURE DE FRANCE
grais. M. Huet veut cependant dans ses
Origines de Caën , p. 409. qu'il soit de
la Comtesse de la Fayette.» Je l'ai vû, ditnil , souvent occupée à ce travail , et elle
>me le communiqua tout entier , piece à.
»piece , avant que de le rendre public. Et
commece fut pour cet Ouvrage que je
aje composai leTraité de l'origine des Ro
mans qui fut mis à la tête , elle me disoit
»Souventque nous avions mariénos enfans.
»ensemble. M. de Segrais ne disconvient
point de ce fait , mais il nous apprend
qu'il a contribué en quelque chose à ce
Livre. Zayde , dit- il , dans le Segraisia-
»na , qui a paru sans mon nom , est de
» Madame de la Fayete. Il est vrai que
»j'y ai eu quelque part , mais seulement
»pour la disposition du Roman où
>> les regles de l'Art sont observées avec
> exactitude.
>
Voyez , Huet, les Origines de la Ville
de Caen ; la Préface du Segraisiana ; la
Description du Parnasse François ; Baillet,
Jugement des Sçavans , sur les Poëtes.
Le Public nous sçaura , sans doute ,
quelque gré, si nous ajoûtons ici deux ou
trois Epitaphes de M. de Segrais , qui ne
sont apparemment pas venues à la connoissance de l'Editeur de ces Memoires.
La premiere est de la composition de
1. Vol.
M.
JUIN. 1732. 1173
M. de Segrais même , et ne consiste qu'en
ces deux Vers Latins , imitez de Virgile.
Mantua megenuit , &c.
MeCadomusgenuit : tenet Aula et pulchra Liquoris
Fecit blandus amor vatem , mens lata beatum;
Celle qui suit est de M. du Bourget de
Chaulieu , Gentilhomme de Caën. On y
fait allusion ' au temps de sa mort , qui
arrivala nuit du Jeudi auVendredi Saint.
Segrais des beaux Esprits si justement chéri ,
Et
qui fut des
neuf
Sœurs
le tendre
Favori
,
Achevant
de ses jours
l'innocente
carriere
,
Adressoit à son Dieu cette ardente Priere :*
Seigneur , accordez-moi qu'au tems de mon trépas ,
Vers la nuit du Tombeau j'accompagne vos pas.
Il dit et s'apperçut qu'une même journée,
A celle du Sauveur , unit sa destinée ; ·
Son esprit dégagé par un effort pieux ,
'Au gré de ses desirs s'élance vers les Cieux :
Segrais ne peut survivre à l'Auteur de la vie ;
Quelsort est plus heureux et plus digne d'envie ?
La derniere a été faite par Madame
d'Osseville , aussi de la Ville de Caën.
Ne cherchons plus , helas ! Segrais dans ces bas Lieux ,
I. Vol.
Mille Fiiij
1174 MERCURE DE FRANCE
Mille Vertus , ses Compagnes fideles
Tour-à-tour ont prêté leurs aîles ,
Pour élever son ame aux Cieux.
Ce qui nous reste ici d'un bien si précieux ;
Sous ce Marbre n'est plus que cendre,
Les Sçavans auront soin d'apprendre
Par des traits immortels à la Posterité ,
Quel fut ce Favori des Filles de Memoire ;
Mais gravons dans nos cœurs le fond de probite
Dont il fit son unique gloire
DES BEAUX ARTS , &C.
M
EMOIRES pour servir à l'Histoire dèsHimmes Illustres dans la République
des Lettres , &c. T. XVI. de 410. pages
J. Vol. sang
JUIN. 1732. 1859
sans les Tables. A Paris , chez Briasson ,
rue S. Facques, à la Science. M. DCC. XXXI.
Ce seizième Tome des Memoires , recueillis par le R. P. Niceron , presente d'a
bord une Table Alphabetique de quatante Sçavans , dont il y est fait mention , et dont voici les noms.
7
George Abbot, Robert Abbot. Dominique
de Angelis. Joachim du Bellay. Flavia
Biondo. Etienne du Bois. Jean du Bois.
Philippe du Bois. Balthazar Bonifacio.
Pierre Brissot. Conrad Celtes Protucius.
Pierre Charron. Florent Carton d'Ancourt.
Jean Doujat. Nicolas. Everard. Thomas
Farnabe. Pierre- Sylvestre du Foin. Marie
de Fars de Gournay. Nicolas Grudius. Maurice Hofman. Jean Maurice Hoftman.
François Junius. François Junius le fils.
Jean Marot. Clement Marot. Michel de
Montaigne. Gerard Nood. Jean Owen..
Aonius Palearius. Onuphre Panvini. Gui
Riedlinus. Jean Rotrou. Henry Savile. Jean
Second Jean Renaud de Segrais. ThomasSydenham. Frederic Taubman. Antoine Vallisnieri. Blaise de Vigenere.
Quoique les Memoires en question ne
doivent regarder , selon le veritable objet de l'entreprise de l'Editeur , et selon
le titre même de son Recueil , que des
Hommes Illustres dans la République des
L.. Vol Lettres
T160 MERCURE DE FRANCE
Lettres , il s'en faut beaucoup que tous
les Ecrivains dont on nous parle ici , ayent
le même degré d'illustration ; quelquesuns même auront de la peine à passer
pour sçavans dans l'esprit de tous les Lecteurs. Tel est plus particulierement Florent Carton d'Ancourt , dont on trouve
PEloge et les Ouvrages , à la page 287.
et 291, de ce volume. Que le sieur d'Ancourt n'ait eu des talens considerables.
dans sa Profession de Comédien , et ensa qualité d'Auteur de plusieurs Pieces.
de Théatre , personne ne sçauroit le nier ;
mais qu'il doive être placé et consideré
parmi les Membres illustres et légitimes.
de la République Litteraire ; c'est ce qu'on
ne pourra que très difficilement accorder..
Comme cet Article peut faire cependant une très bonne figure dans l'Histoire du Théatre François t dans celle
des fameux Comédiens où il ne sera point
déplacé , il seroit peut-être bon de le retoucher , tant à cause des augmentations
qu'on peut y faire , que pour réparer quelques négligences de style , et certains em
barras de construction , qui se trouvent
quelquefois dans ces Mémoires , plutôt
de la part de ceux qui les ont fournis, que
de celle de notre Auteur ; à propos de
quoi nous ajoûterons qu'il seroit bon aus-,
I. Vol.
si
JUIN. 1732. 1167
si de mettre à la fin de chaque volume
un bon Errata , comme on l'a fait à l'égard des premiers.
Pour donner à nos Lecteurs , selon notre coûtume , une idée des Memoirescontenus dans ce Volume , nous insererons ici l'article entier de M. de Segrais .
homme veritablement illustre dans la
belle Litterature , et Sçavant de notre
temps.
EAN Renaud de Segrais , naquit à
Caën le 22. Août 1624. et y fit ses études dans le College des Jesuites. Après
sa Philosophie , il fut quelques années
sans se déterminer à aucun état. Pendant
ce temps là il s'occupa à la Poësie Fran
çoise qu'il cultiva jusqu'à la fin de sa vie,
et qui ne lui fut pas infructueuse , puisqu'elle lui servit , aussi bien qu'à ses qua
tre freres et à ses deux sœurs , pour les
tirer du mauvais état où la bonté ruineuse d'un Pere dissipateur , les avoit
laissez.
Une Tragédie sur la mort d'Hyppolite , le Roman de Berenice , dont il hazarda seulement les deux premieres parties , et plusieurs petits Ouvrages de Poësie sur divers sujets , furent les prémices
de son esprit qui parurent dans sa Province.
I. Vol. IL
1162 MERCURE DE FRANCE
Il n'avoit encore que 19. ou 20. ans
lorsque le Comte de Fiesque , fils de la.
Gouvernante de Mademoiselle , fille ainée du Duc d'Orleans Gaston , fut éloigné de la Cour et se retira à Caen; pendant le séjour qu'il y'fit , il prit du goût
pour lui et l'emmena à la Cour forsqu'ily
fut rappellé. Ce fut là qu'il acheva de
se former, et qu'il acquit la politesse et
le bon goût , qui ont paru depuis dans
ses Ouvrages.
t
Le Comte de Fiesque le fit entrer en
1648. au service de Mademoiselle , en
qualité de Gentilhomme ordinaire , et il
y demeura jusques vers l'an 1672. que
cette Princesse croyant avoir quelque sujet de se plaindre de sa conduite , le fit
rayer de l'Etat de sa Maison. Elle nous
apprend elle-même dans ses Mémoires le
sujet qui lui attira sa disgrace. Elle y rapporte que Segrais ne vouloit point qu'elle
se mariât avec M. de Lauzun , et qu'il
aimoit mieux que ce fût avec M. de Longueville ; que quand l'affaire de M. de
Lauzun eut été rompuë , il alla avec
M: Guilloire , Secretaire de ses commandemens , voir M. de Chanvalon , Archevêque de Paris , pour lui dire que c'étoit
un scandale que Mademoiselle vît toûjour M. de Lauzun , et qu'il étoit obligé La Vela en
JUIN. 1732 116:3
en conscience d'y mettre ordre'; ce que
ee Prélat lui ayant dit , elle donna ordre
à Segrais de sortir de chez elle.
M. de Segrais ne manqua pas alors de
ressources. Madame de la Fayette eut la
generosité de lui donner un Appartement
chez elle , et il nous apprend lui- même
que M. le Duc de Longueville lui envoya aussi-tôt après zoo. pistoles , en le
chargeant très- expressement de n'en rien
dire à personne.
Lasse enfin de vivre dans le grand
Monde il se retira à Caën , résolu d'y
passer le reste de ses jours. Il y épousa
une riche heritiere , qui étoit sa parente,
et ce mariage le mit en état de vivre à son
aise , selon sa qualité , et de faire un établissement considerable. Personne ne remarque l'année où il se maria , mais on
peut juger que ce fut en 1679. par ce
Passage du Segraisiana, p. 75. qui contient une particularité de sa vie , qui doit
trouver ici sa place.
» Madame de Maintenon , dit- il en
>> cet endroit , a voulu me mettre auprès
» de M. le Duc du Maine , en la même
qualité que M.de Court , qui fut apellé,
Ȉ mon deffaut. Je venois de me marier
»j'avois par mon mariage honnêtement
de quoi vivre dans l'indépendance , er
1. Vol.
» même
1164 MERCURE DE FRANCE
»même mon beau- pere et ma belle - mere
qui étoient fort âgez , que je consultai
» là- dessus , me représenterent que j'avois
» de quoi raisonnablement me contenter,
» qu'ils étoient d'un âge à croire que Dieu
» les appelleroit bien- rôt , et qu'alors je
»pourrois vivre sans avoir rien à souhaiter; je considerois encore que j'avois en
ce temps là cinquante- cinq ans , et qu'il
»falloit au moins pour attendre la récom-
»pense des services que je pouvois rendre à M. le Duc du Maine , une dixaine
»d'années , et je n'avois aucune certitude
» de vivre si long- temps ; de plus , j'a-
» vois déja un peu de surdité , et ce fut
»le prétexte que je pris pour m'excuser.
» Madame de Fontevrault , sœur de Ma-
» dame de Montespan , me manda qu'il
ne s'agissoit pas d'écouter le Prince , mais
»de lui parlers je fis réponse queje sça-
» vois par experience que dans un Pays
comme celui- là , il falloit avoir bons
» yeux et bonnes oreilles. En effet il faut
y connoître parfaitement son monde
» et parler plus souvent à l'oreille qu'à
haute voix. Ainsi je demeurai comme
j'étois.
n
M. de Segrais avoit été reçû à l'Académie Françoise dès l'année 1662. et comme celle de Caën étoit demeurée sans Pro-
>
1.Vol. *Lecteur
JUIN.. 1732. 1165
گی
tecteur depuis la mort de François , de
Matignon , Lieutenant de Roy en Normandie , .arrivée en 1675. il en recueillit
les Membres chez lui , où il fit accommoder un Appartement fort propre pour y
tenir leurs Assemblées.
Il fut affligé pendant les derniers mois
de sa vie d'une langueur causée par une
hydropisie , qu'il regarda comme une faveur du Ciel , et dont il sçut profiter
en Chrétien.
Il mourut le 25. Mars 1701. dans sa
77. année.
Ses talens ne se bornoient pas à bien
écrire ; il avoit encore beaucoup d'agrémens dans la conversation; il sçavoit mille
choses agréables , et il les racontoit d'une
maniere qui faisoit autant de plaisir que
les choses mêmes. Quand il avoit une fois
commencé il ne finissoit pas aisément ;
et M. de Matignon disoit à ce sujet qu'il
n'y avoit qu'à monterSegrais , et à le lais
ser aller. Il ne parloit pourtant jamais
trop au gré de ceux qui l'écoutoient , et
l'extrême surdité où il étoit tombé sur
la fin de ses jours , n'empêchoit pas que
les personnes les plus distinguées ne l'ale
lassent voir pour le plaisir seul de l'entendre. C'étoit un homme doux , complaisant , aimant à faire plaisir , et ne di1.Vol sant
166 MERCURE DE FRANCE
sant jamais rien de desobligeant de
sonne.
perM. de la Monnoye fit à l'occasion de
sa mort cette Epigramme , qu'on attribuë
mal-à- propos, à l'Abbé Testu , dans un
Recueil d'Epigrammes , publié en 1720.
Quand Segrais affranchi de terrestres liens ,
Descendit plein de gloire aux Champs Elisiens
Virgile en beau François lui fit une Harangue;
Et comme à ce discours Segrais parut surpris ;
Si je sçais , lui dit- il , le fin de votre Langue,
Cest vous qui me l'avez appris.
par
Catalogue de ses Ouvrages.
1. Athis. Pastorale. Paris , 1653. in 4.
Cette Piece de Poësie que M. de Segrais
fit en l'honneur de son Pays , a merité
l'Approbation de M. Huet , qui la
trouve préferable à ses autres Ouvrages
la nouveauté de l'invention et par
l'agrément de la fiction , quoique l'obscurité des lieux que Segrais a choisis pour
être le Théatre des avantures qu'il décrit,
et qui ne sont connus que par ceux qui
les habitent , ayent fait perdre à cet Ouvrage une partie des applaudissemens qu'il méritoit.
2. Les Nouvelles Françoises , ou les Divertissemens de la Princesse Aurelie. Paris,
I.Vol 3657
1 JUIN. 1732. 1167
1657. in 8. z. vol. Ce sont des Historiettes qu'il avoit composées pour amuser
Mademoiselle à S. Fargeau , où elle étoit
retirée . Comme il n'en avoit fait tirer
que peu d'exemplaires , le Livre étoit rare
avant la réimpression qu'on en a faite en
1722. Paris , in 12. 2. vol.
3. Diverses Poësies. Paris , 1658. in 4.
4. L'Eneide de Virgile, traduite en Vers
François. Paris , in 4. 2. vol. Le premier
en 1668. et le second en 1681. Idem.
2. Edition. Amsterdam, 1700. in 8. 2. vol.
et depuis à Lyon.
5. Les Georgiques de Virgile , traduites
enVers François Ouvrage postume. Paris ,
1711. in 8. Ces deux Traductions de Vir
gile sont estimées des connoisseurs , qui
trouvent que Segrais a eu l'art de rendre
en notre Langue toutes les beautez , les
graces et l'agrément qui se trouvent dans
Le Poëte Latin , du moins autant que cela
est possible.
- 6. Segraisiana , ou Melange d'Histoire et
de Litterature , recueilli des Entretiens de
M. Segrais. Les Eglogues et l'Amour gueri
par le Temps, Tragédie- Ballet du même Auteur, non imprimés. Ensemble la Relation
de l'Isle imaginaire et l'Histoire de la Prin
cesse de Paphlagonie , imprimées en 1646.
par l'ordre de MADEMOISELLE. La Haye ,
J.Ꮧ. Val. F 1722
1168 MERCURE DE FRANCE
*
1722. in 8. Cette premiere Edition a éte
faite à Paris , a été suivie d'une autre faite
en 1723. à Amsterdam in 12. qui est beau
coup plus belle.
La Préface qu'on voit à la tête de l'une
et de l'autre , est de M. de la Monnoye.
On y dit que les particularitez contenues
dans le Segraisiana , ont été recueillies
par les soins d'un illustre Conseiller d'Etat , ( c'est-à- dire M. Foucault , Intendant de Caën ) dont la Maison étoit le
rendez- vous de tout ce qu'il y avoit à
Caen de personnes de mérite et de qualité M. de Segrais y étoit reçû avec distinction ; lorsque sa santé lui permettoit
de s'y trouver , il y avoit pour lui une
place de réserve auprès d'une Tapisserie,
derriere laquelle un homme de confiance
étoit caché, qui écrivoit ce qu'il disoit ;
et c'est de-là qu'a été tiré le Segraisiana ,
dans lequel il y a plusieurs faits singuliers et curieux , quoiqu'on ne puisse nier
qu'il n'y en ait aussi plusieurs qui ne méritoient pas d'être conservez à la posterité , et d'autres même évidemment faux.
Les Eglogues sont au nombre de sept ,
et on y a joint une Lettre de M. Ogier
sur la premiere , avec la Réponse de M.de
Segrais , qui excelloit principalement en
ce genre de Poësie . Tout le monde conI. Vol.
vient
JUIN. 17320 1169
avient , dit Baillet , Jugement des Sçavans,
» qu'il a pris le caractere de l'Eglogue ,
et qu'il a sçû attraper ce point de la
simplicité et de la pudeur que les An-
» ciens avoient sçû exprimer, sans pourtant
»avoir rien de la bassesse et des manieres
» niaises où sont tombez plusieurs de nos
22
faiseurs d'Eglogues Françoises , qui ont
» voulu imiter cette naïveté ancienne ,
»pour ne pas sortir du caractere Buco-
» lique. Ses figures sont douces , ses mou-
» vemens y sont temperez et formez sur
»les mœurs que doivent avoir les personnages qu'il employe. Les pensées y
sont ingénues , la diction y est pure et
»sans affectation , les Vers y sont coulans.
Ce sont des manieres toutes unies, et des
» discours tout naturels Enfin on juge qu'il
»est très- difficile de rien écrire en ce gen
» re avec plus de douceur , de tendresse
»et d'agrément. C'est ce qui a fait dire
à Despreaux , en invitant les Poëtes à ce
lebrer la gloire de Louis le Grand :
Que Segrais dans l'Eglogue en charme les Forêts. ”
Il avoit cette simplicité et cette naïveté de Malherbe , qu'il avoit beaucoup
étudié , et pour lequel il avoit une estime
si particuliere , qu'il fit faire en pierre sa
Statue plus grande que le nature , li fit
A VOL Fij élever
1170 MERCURE DE FRANCE
4
élever dans une niche faite exprès à la
façade de sa Maison de Caën , et fit graver au-dessous sur un Marbre noir ces
quatre Vers.
Malherbe , de la France éternel ornement ,
Pour rendre hommage à ta mémoire,
Segrais , enchanté de ta gloire ,
Te consacre ce Monument.
L'Amour gueri par le Temps , n'avoit
pas encore été imprimé. M. de Segrais
avoit composé cette Piece pour être mişe
en chant , et l'avoit donnée à M. Lully
pour cela ; mais ce Musicien se souvenant
d'un petit chagrin qu'il croyoit avoir autrefois reçû de M. Segrais chez Mademoiselle, la garda trois mois entiers , après
lesquels il la renvoya comme ne pouvant
y travailler, parce que les Vers, disoit- il ,
en étoient durs et rebelles au chant.
7. La Princesse de Cleves, Paris , 1678.
in. 12. 4. vol. Item. Paris , .1689. et 1700.
in 12. 2. Tom. » Trois beaux esprits , die
le P. le Long, dans sa Bibliotheque His-
»torique de la France , ont contribué à la
»composition de ce Roman, qui est bien
écrit et a eu beaucoup de succès. Fran-
ȍois VI. Duc de la Rochefoucault , more
en 1680, en a fourni les sentimens; les
maximes et les intrigues sont de l'inven1. Vol. tion
JUIN. 1732.
»tion de Marie-Magdeleine de la Vergne,
» Comtesse dé la Fayette , morte en 1693.
et le tout a été mis en œuvre avec au-
>> tant d'esprit que de délicatesse, par Jean
»Renaud de Segrais. Il est vrai que M.de
»Segrais lui- même paroît dans le Sagrai-
»siana , p. 9. attribuer entierement ceg
Ouvrage à Madame de la Fayette, lors-
» qu'il y dit; la Princesse de Cleves est
» de Madame de la Fayette , qui a méprisé de répondre à la Critique que le
»P. Bouhours en a faite. Mais il s'explique autrement plus bas , p. 73. où il en
parle comme d'un Ouvrage qui étoit de lui. »
Celui , dit- il , qui a critiqué la
» Princesse de Cleves , a trouvé mauvais,
&c. La raison pourquoi je ne voulus
»point prendre la peine de lui répondre,
c'est qu'il n'avoit aucune connoissance
» des regles de ces sortes d'Ouvrages, ni
» de l'usage du monde , et que je ferois
beaucoup plus d'état de l'approbation
»de Madame la Comtesse de la Fayette
» et de M. de la Rochefoucault , qui
>> avoient ces connoissances en perfection.
33
8. Zayde , Histoire Espagnole. Paris ,
in 12. Ce petit Roman qui a été imprimé plusieurs fois avec le Traité de l'Origine des Romans de M. Huet , porte
par tout dans le Titre le nom de M. ScJ. Vol. F iij grais
1172 MERCURE DE FRANCE
grais. M. Huet veut cependant dans ses
Origines de Caën , p. 409. qu'il soit de
la Comtesse de la Fayette.» Je l'ai vû, ditnil , souvent occupée à ce travail , et elle
>me le communiqua tout entier , piece à.
»piece , avant que de le rendre public. Et
commece fut pour cet Ouvrage que je
aje composai leTraité de l'origine des Ro
mans qui fut mis à la tête , elle me disoit
»Souventque nous avions mariénos enfans.
»ensemble. M. de Segrais ne disconvient
point de ce fait , mais il nous apprend
qu'il a contribué en quelque chose à ce
Livre. Zayde , dit- il , dans le Segraisia-
»na , qui a paru sans mon nom , est de
» Madame de la Fayete. Il est vrai que
»j'y ai eu quelque part , mais seulement
»pour la disposition du Roman où
>> les regles de l'Art sont observées avec
> exactitude.
>
Voyez , Huet, les Origines de la Ville
de Caen ; la Préface du Segraisiana ; la
Description du Parnasse François ; Baillet,
Jugement des Sçavans , sur les Poëtes.
Le Public nous sçaura , sans doute ,
quelque gré, si nous ajoûtons ici deux ou
trois Epitaphes de M. de Segrais , qui ne
sont apparemment pas venues à la connoissance de l'Editeur de ces Memoires.
La premiere est de la composition de
1. Vol.
M.
JUIN. 1732. 1173
M. de Segrais même , et ne consiste qu'en
ces deux Vers Latins , imitez de Virgile.
Mantua megenuit , &c.
MeCadomusgenuit : tenet Aula et pulchra Liquoris
Fecit blandus amor vatem , mens lata beatum;
Celle qui suit est de M. du Bourget de
Chaulieu , Gentilhomme de Caën. On y
fait allusion ' au temps de sa mort , qui
arrivala nuit du Jeudi auVendredi Saint.
Segrais des beaux Esprits si justement chéri ,
Et
qui fut des
neuf
Sœurs
le tendre
Favori
,
Achevant
de ses jours
l'innocente
carriere
,
Adressoit à son Dieu cette ardente Priere :*
Seigneur , accordez-moi qu'au tems de mon trépas ,
Vers la nuit du Tombeau j'accompagne vos pas.
Il dit et s'apperçut qu'une même journée,
A celle du Sauveur , unit sa destinée ; ·
Son esprit dégagé par un effort pieux ,
'Au gré de ses desirs s'élance vers les Cieux :
Segrais ne peut survivre à l'Auteur de la vie ;
Quelsort est plus heureux et plus digne d'envie ?
La derniere a été faite par Madame
d'Osseville , aussi de la Ville de Caën.
Ne cherchons plus , helas ! Segrais dans ces bas Lieux ,
I. Vol.
Mille Fiiij
1174 MERCURE DE FRANCE
Mille Vertus , ses Compagnes fideles
Tour-à-tour ont prêté leurs aîles ,
Pour élever son ame aux Cieux.
Ce qui nous reste ici d'un bien si précieux ;
Sous ce Marbre n'est plus que cendre,
Les Sçavans auront soin d'apprendre
Par des traits immortels à la Posterité ,
Quel fut ce Favori des Filles de Memoire ;
Mais gravons dans nos cœurs le fond de probite
Dont il fit son unique gloire
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Résumé : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
Le seizième tome des 'Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres', compilé par le R. P. Niceron, présente une table alphabétique de quarante savants, incluant George Abbot, Joachim du Bellay, Michel de Montaigne, et Jean Renaud de Segrais. Tous les écrivains mentionnés ne partagent pas le même degré d'illustration, Florent Carton d'Ancourt étant un exemple d'auteur dont le statut de savant est discutable. Le texte met en avant Jean Renaud de Segrais, né à Caen en 1624, qui se distingua par ses talents en poésie française. Après des études chez les Jésuites, il fut introduit à la cour grâce au Comte de Fiesque. Segrais servit Mademoiselle, fille du Duc d'Orléans, jusqu'à sa disgrâce en 1672 pour des raisons politiques. Il se retira ensuite à Caen, où il se maria et vécut confortablement. Segrais fut membre de l'Académie Française dès 1662 et accueillit les membres de l'Académie de Caen chez lui après la mort de François de Matignon. Ses œuvres notables incluent 'Athis', une pastorale, 'Les Nouvelles Françoises', et des traductions des œuvres de Virgile. Segrais était également apprécié pour ses talents conversationnels et sa douceur. Il mourut en 1701 à l'âge de 77 ans. Le texte se conclut par une épigramme de M. de la Monnoye et un catalogue des œuvres de Segrais. Segrais est décrit comme un auteur capable d'écrire avec douceur, tendresse et agrément, ce qui lui valut des éloges, notamment de la part de Boileau. Il admirait Malherbe et fit ériger une statue en son honneur sur sa maison de Caen. Segrais composa 'L'Amour guéri par le Temps', une pièce destinée à être mise en musique par Lully, mais celle-ci fut retardée en raison d'un différend entre les deux hommes. Le texte mentionne également la collaboration de Segrais sur des œuvres littéraires notables. Il contribua à 'La Princesse de Cleves', un roman bien écrit et à succès, en collaboration avec François VI de La Rochefoucauld et Marie-Madeleine de La Vergne, Comtesse de La Fayette. Segrais et Huet discutèrent de la paternité de 'Zayde', un autre roman, chacun reconnaissant l'implication de l'autre mais attribuant principalement l'œuvre à La Fayette. Enfin, plusieurs épitaphes en l'honneur de Segrais soulignent ses qualités littéraires et morales, et mentionnent sa mort le jour de la nuit du Jeudi au Vendredi Saint.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 2389-2397
CINQUIÈME LETTRE de M. D. L. R. écrite à M le Marquis de B. dans laquelle, à l'occasion d'Oran, et d'André Doria, il est parlé d'une nouvelle Edition des Oeuvres de Sigonius, &c.
Début :
Je ne vous parle plus, Monsieur, d'Oran, ni de Marsalquibir. Vous êtes suffisamment instruit [...]
Mots clefs :
Oran, Sigonius, Bibliothèques, République des Lettres, Ouvrage, M. Argelati, Histoire, Antiquité, André Doria
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CINQUIÈME LETTRE de M. D. L. R. écrite à M le Marquis de B. dans laquelle, à l'occasion d'Oran, et d'André Doria, il est parlé d'une nouvelle Edition des Oeuvres de Sigonius, &c.
CINQUIEME LETTRE de M. D.
L. R. écrite à M le Marquis de B.
dans laquelle , à l'occasion d'Oran , et
d'André Doria, il est parlé d'une nouvelle
Edition des Oeuvres de Sigonius , &C.
J
2
E ne vous parle plus , Monsieur , d'Oran ni
de Marsalquibir. Vous êtes suffisamment ins
truit de toutes les circonstances de la conquête
de ces deux Places, et des suites qu'elle a eues jus
qu'à présent. La saison où nous sommes défend
L'attendre d'autres progrès avant le retour du
Printemps. Vous sçavez , sans doute , Monsieur , que dès le commencement du mois de
Septembre la Mer Mediterranée n'est presque
plus praticable du côté de la Barbarie , et qu'il
en coûta cher à l'Empereur Charles V. lorsqu'il
entreprit en personne, au mois d'Octobre 1541 .
La Conquête d'Alger , avec une puissante Flote
qui périt miserablement sur ces Côtes. Laissons
donc pour quelque- tems les Affaires d'Affrique.
Oran sçaura bien- en attendant , se soutenir
avec un si brave * Gouverneur, contre les foibles
efforts des Maures. C'est inutilement qu'ils ont
attaqué depuis quelques tems le Fort de S. André , c'est avec aussi peu de succès qu'ils ont
cru faire une diversion importante en engageant
le Roi de Maroc à faire de nouveaux efforts contre la Ville de Ceuta , efforts favorisez par la
*Le Marquis de Santa-Crux.
D v
déser-
1 2390 MERCURE DE FRANCE
* désertion et par la trahison d'unSeigneur Espagnol , que sa conscience punit peut être déja , et
que le Ciel confondra un jour. Mettons plutôt
Monsieur , à la place d'Exploits guerriers , qui
ne sont pas de saison , quelque chose qui ne soie
guéres moins de votre ressort , et qui puisse vous
Occuper agréablement dans le séjour que vous continuez de faire dans vos Terres.
>
Un sujet se présente ici naturellement , et qui
un raport indirect à celui que je suis obligé de
quitter ou de suspendre. J'ai eu l'honneur de
vous parler dans ma derniere Lettre du Sçavant
Jesuite , Charles Sigonius , Auteur de la vie d'André Doria , et je vous ai dit , ce me semble
qu'il n'est pas aisé d'assembler tous ses Ouvra→
ges , qui sont cependant considérables , cet Au- teur n'ayant traité que de grands sujets et
Payant toujours fait habilement, ils manquent aut
jourdhui dans plusieurs bonnes Bibliotheques , et
les Provinces en sont presque entierement de
pourvûës. Comme je me plaignois de cette disette,
et que je faisois des vœux pour une nouvelle Edia
tion , j'ai été agréablement surpris par la récep
tion d'un Imprimé latin de 8. pages in- 4. pu
blié à Milan il y a quelques mois , qui contient
le plan d'une belle Edition de Sigonius , laquelle
se fait actuellement dans cette Ville. C'est, Monsieur , de quoi j'aurai l'honneur de vous rendre
compte dans ma Lettre d'aujourd'hui.
L'Auteur de cette entreprise est M. Argelati ,
Homme du premier mérite , et des plus connus
dans la République des Lettres , singulierement par la part qu'il à au vaste Recueil des Ecrivains
de l'Histoire d'Italie Il est Directeur de la Sa
*Le Duc de Riperda.
cieté
NOVEMBRE. 1732 2391
cieté Palatine , Académie des plus celébres de
l'Europe , fondée à Milan par le Comte Archin
to , Neveu du Cardinal- Archevêque de ce même ´nom.
M. Argelati commence dans son Ecrit adressé
à tous les Sçavans de l'Europe , par relever le
mérite litteraire de Sigonius , reconnu de tout
le monde sçavant , et le prix de ses Ouvrages ,
imprimez plus d'une fois , tant en Italie que
dans le reste de l'Europe , ce qui n'a pas empê
ché , dit-il , qu'ils ne soient devenus enfin d'une
grande rareté , au regret des habiles gens , et
surtout des amateurs de l'Antiquité. Il y a longtems que notre Sçavant s'étoit proposé de remé
dier à cet inconvenient, en donnant une nouvelle
Edition de Sigonius ; il s'y est enfin déterminé ,
et il a mis la main à l'œuvre dans les conjonctures , et par les considerations énoncées assez au
long dans son Programme que je me dispense de répéter ici.
Je n'obmettrai pas cependant une circonstance bien louable , qui marque un grand désinteressement et un pareil amour pour les Lettres ,
c'est que pour accelerer cette Edition, et pour le
ver toute difficulté , M. Argelati s'est mis en
état de fournir de son propre fonds tout ce qui
peut être nécessaire à l'éxecution de son entreprise , pour ne faire aucun tort aux Membres de
Ja Societé Palatine ni au Public , ne Palatinorum
Sociorum , dit- il , rationes diverterem in aliam causam , vel postrema comuni cura priorem aliquantisperpublico cum incommodo turbarem.
Le premier soin du sçavant Editeur a été de rechercher et d'assembler en un corps , non- seulement tous les Ouvrages imprimez de Sigonius ,
dont quelques-uns sont devenus très-rares , mais
D vj encore
2392 MERCURE DE FRANCE
encore ceux qui n'ont jamais vu le jour : ce qu'il n'a pû faire par lui-même a été éxecuté par des
Amis sçavans et éclairez. Visite de Bibliotheques, d'Archives publiques et particulieres , rien
n'a été oublié ; ce qui a été suivi d'un succès
auquel M. Argelati avoue que la grande réputa tion de Sigonius a eu beaucoup de part , particulierement à l'égard des Ouvrages Manuscrits de
notre Auteur , dont cette nouvelle Edition sera enrichie dans les derniers volumes.
L'ordre et la coutume demandoient de mettre
à la tête de l'Edition un abregé de la vie du celébre Sigonius. Personne ne pouvoit mieux s'en
acquitter , dit M. Argelati , que M. L. A. Muratori , qui outre son rate sçavoir et sa sagacité ,
se trouve être de la même Ville de Modene , Paarie de Sigonius , et par conséquent plus à portée
qu'un autre de prendre des instructions domesiques et sûres. Le succès de ce travail a été audelà de tout ce qu'on pouvoit attendre de M. Muratori. Ceux qui aiment à s'instruire de l'Histoire Litteraire et personnelle de certains Sçavans ,
trouveront, sans doute,de quoi se contenter dans le travail dont il s'est chargé au sujet de Sigonius. Sur quoi M. Argelati lui marque une parfaite reconnoissance.
Le premier volume de la nouvelle Edition commence par les Fastes Consulaires de cet Auteur.
Tout le monde connoît l'importance et la necessité des Fastes Consulaires , on sçait aussi en combien d'embarras et de difficultez ils ont souvent jetté les amateurs de l'Antiquité. On avoit
lieu de croire que cet Ouvrage , si pénible en soi,
avoit été rendu parfait par le travail de Sigonius:
mais comme depuis sa mort , on a déterré quan
tité de Monumens Antiques , et qu'on en désouyre
NOVEMBRE. 1732. 2393
couvre encore tous les jours , on s'en est servi
pour perfectionner encore davantage , pour corriger même en plusieurs endroits l'Ouvrage du docte Ecrivain, C'est un soin dont a bien voulu
se charger , à la priere de M. Argelati , le R. P.
Joseph- Marie Stampa de Côme , Clerc Régulier
de la Congrégation des Somasques , qui a fait entrer dans cette Edition toutes les Observations
des plus célebres Critiques sur le sujet en question, sçavoir celles du P. Petau, de Pighius , d'Almelowen , qui ont plus servi à confirmer qu'à
corriger les Fastes de Sigonius , celles de Mezabarba , du P. Pagi , de M. de Tillemont , du P. Blanchini , et suivant l'ordre des tems , celles
du Cardinal Noris , de M. Reland , de Cuspinien , et de Panvinius , sans oublier les propres
Observations du P. Stampa , qui n'a pas toujours
souscrit à toutes les Remarques de ces grands
Critiques , et qui a donné de son fonds une belle
Dissertation préliminaire , et d'autres Discours
remplis d'érudition sur cette matiere , à quoi il
faut ajoûter la continuation des mêmes Fastes ,
qu'il a conduits depuis la mort d'Auguste , Epoque où Sigonius s'étoit arrêté , jusqu'à l'Empire
de Diocletien et de Max imien. Autre Epoque où
commence un second Ouvrage de notre Auteur,,
dont on va parler , et qui acheve de remplir le
premier Tome.
Cet Ouvrage , divisé en plusieurs Livres , est
tout historique , et regarde l'Empire d'Occident ,
de Occidentali Imperio. Il a été revû et illustré
par un sçavant Benedictin du Mont- Cassin, nommé le P. Dom Janvier Salinas , Napolitain.
M. Arlegati fait ici un court éloge de la capacité
de ce Religieux , dont le travail immense doit Stre
2394 MERCURE DE FRANCE
1
être d'un grand secours
à ceux qui étudieront cet
autre Quvrage de Sigonius
.
Le second Volume contiendra en XX
. Livres
P'Histoire du Regne d'Italie
, de REGNO ITALIE
C'est la revision de ce grand Ouvrage
, qui occupe actuellement M. Argelati , aidé des lumieres et du travail infatigable de M. Joseph- Antoi
ne Saxi
, Préfet de la Bibliotheque Ambroisienne. Ce travail sera sans doute d'une grande utilité à cette partie de l'Edition de Sigonius , on
en peut juger par le témoignage qu'en rend l'Editeur , il est magnifique et fort étendu dans le
Programme Latin
.
,
M. Argelati déclare ensuite qu'il n'a fait encore aucun arrangement à l'égard des autres
Ouvrages de Sigonius
, mais que chacun de ces
Ouvrages paroîtra dans cette Edition avec les
Notes et les Observations qui lui conviennent
soit anciennes et déja publiées
, soit nouvelles et
fournies par de sçavans Hommes
. Par exemple
,
à l'égard des Traitez intitulez de Antiquo Jure Civium Romanorum , Italia ac Provinciarum,
de Judiciis. De Binis Comitiis et Lege curiata.
On aura dans la nouvelle Edition
, non
-seulement les Annotations de Grævius , répandues
dans son Trésor des Antiquitez Romaines
, mais
encore les Prolegomenes du sçavant Horatius
Blanci
. Jurisconsulte Romain
, et les Commentaires suivis de Jean Maderni de Milan , autre
fameux Jurisconsulte
.
,
et.
Pour ce qui regarde les Livres de Atheniensium,
eorumque ac Lacedamoniorum Temporibus
, P'Illustre Editeur nous apprend qu'ils ont occupé la
capacité d'un Homme de Lettres des plus versez dans la connoissance des Langues Orientales , et
dans celle de l'Histoire
, lequel s'est enfin renda
NOVEMBRE. 1732. 2395
du à ses instances réïterées , à condition qu'il ne
seroit point nommé ; rare exemple de modestie , consentant avec peine qu'on nommât seulement la Compagnie de Jesus , dont il est mem
bre. Surquoi M. Argelati prend occasion de
marquer en ces termes , sa reconnoissance generale et particuliere : Hoc erit perpetua laudis argumentum; nam sicut cœtus iste Lucidissimas quot in cœlo stellas doctrinarum omnium faces enumerat.
ita cuique me devotum beneficiorum acceptorum memoria perpetuo profiteor.
Sigonius ne s'est pas contenté de traiter l'Histoire et l'Antiquité prophane. Il a aussi écrit sur
la Republique des Hebreux , et des Commentaires
sur l'Histoire de Sulpice Severe , qui ont été publiez de son vivant ; sans compter huit Livres entiers de l'Histoire de l'Eglise , qu'il avoit composez , et qu'on ne desespere pas de retrouver. Le
tout ensemble pourra former un volume entier ,
séparé des autres , suivant le plan de l'habile Editeur , qui a eu soin d'enrichir les deux premiers Ouvrages des Notes et des Eclaircissemens dont
ils avoient besoin.
Il marque là-dessus sa parfaité reconnoissance
envers M. l'Abbé Laurent Maffei , si connu par
ses Ouvrages , et particulierement par ses Re- marques sur le 4° Tome d'Anastase le Bibliotequaire. Ce Docte Abbé s'est en effet donné de
grands soins pour ce qui regarde les Livres de
la République des Hebreux , et les Commentalres sur Sulpice Severe , lesquels servent beaucoup pour l'intelligence du premier Ouvrage.
Nul n'étoit plus propre que lui pour ce travail
ni plus à portée de profiter de plusieurs secours ;
singulierement de celui de la Biblioteque du Comte Charles Archinto , l'une des plus belles et des
mieux fournies dè l'Italic,
Majs
2396 MERCURE DE FRANCE
Mais ce que M. Argelati a le plus affectionné
entre les Ouvrages de Sigonius , c'est ce que cet
Auteur a écrit de la Ville de Boulogne , Patrie de
l'Editeur , qui a quelque rapport à l'Histoire
tant sacrée que prophane. Il s'est présenté plusieurs Sçavans Boulonnois , que le même amour
de la Patrie a portés à concourir là - dessus, avec
M. Argelati. Deux de ces Sçavans , Auteurs de
plusieurs Ouvrages imprimez , ont principalement mis la main à l'œuvre : sçavoir , le R. P.
Louis Rabbi Servite , qui a revû tout ce qui concerne l'Histoire Sainte ; et M. Alexandre Machiavelli, fameux Jurisca soulte , qui s'est donné
le mêmesoin pour l'Histoire prophane.
A l'égard de la Vie du Celebre André Doria
écrite par Sigonius, M Argelati ne s'est déchargé sur personne du soin de la revoir et d'y faire
les augmentations convenables ; il s'est attaché
sur tout à y ajouter les Traitez, les Négociations
et les autres Actes publics des affaires importan
tes ausquelles ce grand Capitaine a eu part. Ces Monumens ont été tirez des Archives de la République de Gennes, et obligemment communiquez par M. Mutius , à qui la Garde en est confiée , et qui aime beaucoup les Lettres et les
Sçavans.
Je ne doute pas , Monsieur , que M. Argelati
ne voye aussi , avec plaisir , peut-être avec quel- que profit,certaines circonstances de la Vie d'André Doria , qui sont dans les Lettres que je me suis donné l'honneur de vous écrire au sujet de
la conquête d'Oran , et qui sont omises dans
Sigonius : La Médaille , par exemple , frappée
en son honneur , que j'ai fait graver , et la Statue de Marbre qui lui a été érigée , qu'on peut
• Mercure de Septembre 1732.
faire
NOVEMBRE. 1732. 2397
faire graver dans la nouvelle Edition ; à quoi je
dois ajoûter deux beaux Portraits du même An
dré Doria , qui ont été peints , l'un par Sébas
tien Vénitien Frate del Piombo , vers l'année
1540 et l'autre par Agnolo Bronzino , Peintre
de réputation , Eleve de Piantorme , vers 1550.
lesquels doivent être à Gennes , dans le Palais
Doria.
Sigonius ayant aussi écrit la Vie de Scipion , et celle de P. Emile , sur les Monumens Histori-'
ques , Grecs et Latins , M. Argelati s'est pareillement appliqué à les revoir et à les perfectionner.
Enfin le Sçavant Editeur s'est entierement prêté
à la revision, à la Critique et à l'illustration du Traité , intitulé : Judicium de Romana Historia
Scriptoribus : Ouvrage que plusieurs Critiques ont douté être veritablement de Sigonius. M. Argelati y a épuisé sa patience et n'a rien oublié pour le rendre utile ; nouvelles Cartes Géographiques ,
plus exactes que les premieres , Tables et Indices
tres amples , enfin tout ce qui peut concourir à
rendre un Ouvrage parfait , a été employé.
Voilà , Monsieur , l'Exposition la plus exacte
et la plus abrégée que je puis vous faire de l'entreprise et du labeur de M. Argelati , sur les Euvres de Sigonius , tirée de son Programme Latin.
Je ne doute pas que vous n'en soyicz édifié , ainsi
que de sa générosité et de son désinteressement. Ilfinit , en marquant sa parfaite reconnoissance
envers Sa Majesté Imperiale , Auguste Protec
trice de la Société Palatine de Milan , sous les
Auspices de laquelle , lui et tous les Membres de
cette Académie , travaillent heureusement à l'avancement des Lettres , et en particulier à la perfection de l'Histoire, Je suis , Monsieur , &c.
A Paris , ce 25 Octobre 1732
L. R. écrite à M le Marquis de B.
dans laquelle , à l'occasion d'Oran , et
d'André Doria, il est parlé d'une nouvelle
Edition des Oeuvres de Sigonius , &C.
J
2
E ne vous parle plus , Monsieur , d'Oran ni
de Marsalquibir. Vous êtes suffisamment ins
truit de toutes les circonstances de la conquête
de ces deux Places, et des suites qu'elle a eues jus
qu'à présent. La saison où nous sommes défend
L'attendre d'autres progrès avant le retour du
Printemps. Vous sçavez , sans doute , Monsieur , que dès le commencement du mois de
Septembre la Mer Mediterranée n'est presque
plus praticable du côté de la Barbarie , et qu'il
en coûta cher à l'Empereur Charles V. lorsqu'il
entreprit en personne, au mois d'Octobre 1541 .
La Conquête d'Alger , avec une puissante Flote
qui périt miserablement sur ces Côtes. Laissons
donc pour quelque- tems les Affaires d'Affrique.
Oran sçaura bien- en attendant , se soutenir
avec un si brave * Gouverneur, contre les foibles
efforts des Maures. C'est inutilement qu'ils ont
attaqué depuis quelques tems le Fort de S. André , c'est avec aussi peu de succès qu'ils ont
cru faire une diversion importante en engageant
le Roi de Maroc à faire de nouveaux efforts contre la Ville de Ceuta , efforts favorisez par la
*Le Marquis de Santa-Crux.
D v
déser-
1 2390 MERCURE DE FRANCE
* désertion et par la trahison d'unSeigneur Espagnol , que sa conscience punit peut être déja , et
que le Ciel confondra un jour. Mettons plutôt
Monsieur , à la place d'Exploits guerriers , qui
ne sont pas de saison , quelque chose qui ne soie
guéres moins de votre ressort , et qui puisse vous
Occuper agréablement dans le séjour que vous continuez de faire dans vos Terres.
>
Un sujet se présente ici naturellement , et qui
un raport indirect à celui que je suis obligé de
quitter ou de suspendre. J'ai eu l'honneur de
vous parler dans ma derniere Lettre du Sçavant
Jesuite , Charles Sigonius , Auteur de la vie d'André Doria , et je vous ai dit , ce me semble
qu'il n'est pas aisé d'assembler tous ses Ouvra→
ges , qui sont cependant considérables , cet Au- teur n'ayant traité que de grands sujets et
Payant toujours fait habilement, ils manquent aut
jourdhui dans plusieurs bonnes Bibliotheques , et
les Provinces en sont presque entierement de
pourvûës. Comme je me plaignois de cette disette,
et que je faisois des vœux pour une nouvelle Edia
tion , j'ai été agréablement surpris par la récep
tion d'un Imprimé latin de 8. pages in- 4. pu
blié à Milan il y a quelques mois , qui contient
le plan d'une belle Edition de Sigonius , laquelle
se fait actuellement dans cette Ville. C'est, Monsieur , de quoi j'aurai l'honneur de vous rendre
compte dans ma Lettre d'aujourd'hui.
L'Auteur de cette entreprise est M. Argelati ,
Homme du premier mérite , et des plus connus
dans la République des Lettres , singulierement par la part qu'il à au vaste Recueil des Ecrivains
de l'Histoire d'Italie Il est Directeur de la Sa
*Le Duc de Riperda.
cieté
NOVEMBRE. 1732 2391
cieté Palatine , Académie des plus celébres de
l'Europe , fondée à Milan par le Comte Archin
to , Neveu du Cardinal- Archevêque de ce même ´nom.
M. Argelati commence dans son Ecrit adressé
à tous les Sçavans de l'Europe , par relever le
mérite litteraire de Sigonius , reconnu de tout
le monde sçavant , et le prix de ses Ouvrages ,
imprimez plus d'une fois , tant en Italie que
dans le reste de l'Europe , ce qui n'a pas empê
ché , dit-il , qu'ils ne soient devenus enfin d'une
grande rareté , au regret des habiles gens , et
surtout des amateurs de l'Antiquité. Il y a longtems que notre Sçavant s'étoit proposé de remé
dier à cet inconvenient, en donnant une nouvelle
Edition de Sigonius ; il s'y est enfin déterminé ,
et il a mis la main à l'œuvre dans les conjonctures , et par les considerations énoncées assez au
long dans son Programme que je me dispense de répéter ici.
Je n'obmettrai pas cependant une circonstance bien louable , qui marque un grand désinteressement et un pareil amour pour les Lettres ,
c'est que pour accelerer cette Edition, et pour le
ver toute difficulté , M. Argelati s'est mis en
état de fournir de son propre fonds tout ce qui
peut être nécessaire à l'éxecution de son entreprise , pour ne faire aucun tort aux Membres de
Ja Societé Palatine ni au Public , ne Palatinorum
Sociorum , dit- il , rationes diverterem in aliam causam , vel postrema comuni cura priorem aliquantisperpublico cum incommodo turbarem.
Le premier soin du sçavant Editeur a été de rechercher et d'assembler en un corps , non- seulement tous les Ouvrages imprimez de Sigonius ,
dont quelques-uns sont devenus très-rares , mais
D vj encore
2392 MERCURE DE FRANCE
encore ceux qui n'ont jamais vu le jour : ce qu'il n'a pû faire par lui-même a été éxecuté par des
Amis sçavans et éclairez. Visite de Bibliotheques, d'Archives publiques et particulieres , rien
n'a été oublié ; ce qui a été suivi d'un succès
auquel M. Argelati avoue que la grande réputa tion de Sigonius a eu beaucoup de part , particulierement à l'égard des Ouvrages Manuscrits de
notre Auteur , dont cette nouvelle Edition sera enrichie dans les derniers volumes.
L'ordre et la coutume demandoient de mettre
à la tête de l'Edition un abregé de la vie du celébre Sigonius. Personne ne pouvoit mieux s'en
acquitter , dit M. Argelati , que M. L. A. Muratori , qui outre son rate sçavoir et sa sagacité ,
se trouve être de la même Ville de Modene , Paarie de Sigonius , et par conséquent plus à portée
qu'un autre de prendre des instructions domesiques et sûres. Le succès de ce travail a été audelà de tout ce qu'on pouvoit attendre de M. Muratori. Ceux qui aiment à s'instruire de l'Histoire Litteraire et personnelle de certains Sçavans ,
trouveront, sans doute,de quoi se contenter dans le travail dont il s'est chargé au sujet de Sigonius. Sur quoi M. Argelati lui marque une parfaite reconnoissance.
Le premier volume de la nouvelle Edition commence par les Fastes Consulaires de cet Auteur.
Tout le monde connoît l'importance et la necessité des Fastes Consulaires , on sçait aussi en combien d'embarras et de difficultez ils ont souvent jetté les amateurs de l'Antiquité. On avoit
lieu de croire que cet Ouvrage , si pénible en soi,
avoit été rendu parfait par le travail de Sigonius:
mais comme depuis sa mort , on a déterré quan
tité de Monumens Antiques , et qu'on en désouyre
NOVEMBRE. 1732. 2393
couvre encore tous les jours , on s'en est servi
pour perfectionner encore davantage , pour corriger même en plusieurs endroits l'Ouvrage du docte Ecrivain, C'est un soin dont a bien voulu
se charger , à la priere de M. Argelati , le R. P.
Joseph- Marie Stampa de Côme , Clerc Régulier
de la Congrégation des Somasques , qui a fait entrer dans cette Edition toutes les Observations
des plus célebres Critiques sur le sujet en question, sçavoir celles du P. Petau, de Pighius , d'Almelowen , qui ont plus servi à confirmer qu'à
corriger les Fastes de Sigonius , celles de Mezabarba , du P. Pagi , de M. de Tillemont , du P. Blanchini , et suivant l'ordre des tems , celles
du Cardinal Noris , de M. Reland , de Cuspinien , et de Panvinius , sans oublier les propres
Observations du P. Stampa , qui n'a pas toujours
souscrit à toutes les Remarques de ces grands
Critiques , et qui a donné de son fonds une belle
Dissertation préliminaire , et d'autres Discours
remplis d'érudition sur cette matiere , à quoi il
faut ajoûter la continuation des mêmes Fastes ,
qu'il a conduits depuis la mort d'Auguste , Epoque où Sigonius s'étoit arrêté , jusqu'à l'Empire
de Diocletien et de Max imien. Autre Epoque où
commence un second Ouvrage de notre Auteur,,
dont on va parler , et qui acheve de remplir le
premier Tome.
Cet Ouvrage , divisé en plusieurs Livres , est
tout historique , et regarde l'Empire d'Occident ,
de Occidentali Imperio. Il a été revû et illustré
par un sçavant Benedictin du Mont- Cassin, nommé le P. Dom Janvier Salinas , Napolitain.
M. Arlegati fait ici un court éloge de la capacité
de ce Religieux , dont le travail immense doit Stre
2394 MERCURE DE FRANCE
1
être d'un grand secours
à ceux qui étudieront cet
autre Quvrage de Sigonius
.
Le second Volume contiendra en XX
. Livres
P'Histoire du Regne d'Italie
, de REGNO ITALIE
C'est la revision de ce grand Ouvrage
, qui occupe actuellement M. Argelati , aidé des lumieres et du travail infatigable de M. Joseph- Antoi
ne Saxi
, Préfet de la Bibliotheque Ambroisienne. Ce travail sera sans doute d'une grande utilité à cette partie de l'Edition de Sigonius , on
en peut juger par le témoignage qu'en rend l'Editeur , il est magnifique et fort étendu dans le
Programme Latin
.
,
M. Argelati déclare ensuite qu'il n'a fait encore aucun arrangement à l'égard des autres
Ouvrages de Sigonius
, mais que chacun de ces
Ouvrages paroîtra dans cette Edition avec les
Notes et les Observations qui lui conviennent
soit anciennes et déja publiées
, soit nouvelles et
fournies par de sçavans Hommes
. Par exemple
,
à l'égard des Traitez intitulez de Antiquo Jure Civium Romanorum , Italia ac Provinciarum,
de Judiciis. De Binis Comitiis et Lege curiata.
On aura dans la nouvelle Edition
, non
-seulement les Annotations de Grævius , répandues
dans son Trésor des Antiquitez Romaines
, mais
encore les Prolegomenes du sçavant Horatius
Blanci
. Jurisconsulte Romain
, et les Commentaires suivis de Jean Maderni de Milan , autre
fameux Jurisconsulte
.
,
et.
Pour ce qui regarde les Livres de Atheniensium,
eorumque ac Lacedamoniorum Temporibus
, P'Illustre Editeur nous apprend qu'ils ont occupé la
capacité d'un Homme de Lettres des plus versez dans la connoissance des Langues Orientales , et
dans celle de l'Histoire
, lequel s'est enfin renda
NOVEMBRE. 1732. 2395
du à ses instances réïterées , à condition qu'il ne
seroit point nommé ; rare exemple de modestie , consentant avec peine qu'on nommât seulement la Compagnie de Jesus , dont il est mem
bre. Surquoi M. Argelati prend occasion de
marquer en ces termes , sa reconnoissance generale et particuliere : Hoc erit perpetua laudis argumentum; nam sicut cœtus iste Lucidissimas quot in cœlo stellas doctrinarum omnium faces enumerat.
ita cuique me devotum beneficiorum acceptorum memoria perpetuo profiteor.
Sigonius ne s'est pas contenté de traiter l'Histoire et l'Antiquité prophane. Il a aussi écrit sur
la Republique des Hebreux , et des Commentaires
sur l'Histoire de Sulpice Severe , qui ont été publiez de son vivant ; sans compter huit Livres entiers de l'Histoire de l'Eglise , qu'il avoit composez , et qu'on ne desespere pas de retrouver. Le
tout ensemble pourra former un volume entier ,
séparé des autres , suivant le plan de l'habile Editeur , qui a eu soin d'enrichir les deux premiers Ouvrages des Notes et des Eclaircissemens dont
ils avoient besoin.
Il marque là-dessus sa parfaité reconnoissance
envers M. l'Abbé Laurent Maffei , si connu par
ses Ouvrages , et particulierement par ses Re- marques sur le 4° Tome d'Anastase le Bibliotequaire. Ce Docte Abbé s'est en effet donné de
grands soins pour ce qui regarde les Livres de
la République des Hebreux , et les Commentalres sur Sulpice Severe , lesquels servent beaucoup pour l'intelligence du premier Ouvrage.
Nul n'étoit plus propre que lui pour ce travail
ni plus à portée de profiter de plusieurs secours ;
singulierement de celui de la Biblioteque du Comte Charles Archinto , l'une des plus belles et des
mieux fournies dè l'Italic,
Majs
2396 MERCURE DE FRANCE
Mais ce que M. Argelati a le plus affectionné
entre les Ouvrages de Sigonius , c'est ce que cet
Auteur a écrit de la Ville de Boulogne , Patrie de
l'Editeur , qui a quelque rapport à l'Histoire
tant sacrée que prophane. Il s'est présenté plusieurs Sçavans Boulonnois , que le même amour
de la Patrie a portés à concourir là - dessus, avec
M. Argelati. Deux de ces Sçavans , Auteurs de
plusieurs Ouvrages imprimez , ont principalement mis la main à l'œuvre : sçavoir , le R. P.
Louis Rabbi Servite , qui a revû tout ce qui concerne l'Histoire Sainte ; et M. Alexandre Machiavelli, fameux Jurisca soulte , qui s'est donné
le mêmesoin pour l'Histoire prophane.
A l'égard de la Vie du Celebre André Doria
écrite par Sigonius, M Argelati ne s'est déchargé sur personne du soin de la revoir et d'y faire
les augmentations convenables ; il s'est attaché
sur tout à y ajouter les Traitez, les Négociations
et les autres Actes publics des affaires importan
tes ausquelles ce grand Capitaine a eu part. Ces Monumens ont été tirez des Archives de la République de Gennes, et obligemment communiquez par M. Mutius , à qui la Garde en est confiée , et qui aime beaucoup les Lettres et les
Sçavans.
Je ne doute pas , Monsieur , que M. Argelati
ne voye aussi , avec plaisir , peut-être avec quel- que profit,certaines circonstances de la Vie d'André Doria , qui sont dans les Lettres que je me suis donné l'honneur de vous écrire au sujet de
la conquête d'Oran , et qui sont omises dans
Sigonius : La Médaille , par exemple , frappée
en son honneur , que j'ai fait graver , et la Statue de Marbre qui lui a été érigée , qu'on peut
• Mercure de Septembre 1732.
faire
NOVEMBRE. 1732. 2397
faire graver dans la nouvelle Edition ; à quoi je
dois ajoûter deux beaux Portraits du même An
dré Doria , qui ont été peints , l'un par Sébas
tien Vénitien Frate del Piombo , vers l'année
1540 et l'autre par Agnolo Bronzino , Peintre
de réputation , Eleve de Piantorme , vers 1550.
lesquels doivent être à Gennes , dans le Palais
Doria.
Sigonius ayant aussi écrit la Vie de Scipion , et celle de P. Emile , sur les Monumens Histori-'
ques , Grecs et Latins , M. Argelati s'est pareillement appliqué à les revoir et à les perfectionner.
Enfin le Sçavant Editeur s'est entierement prêté
à la revision, à la Critique et à l'illustration du Traité , intitulé : Judicium de Romana Historia
Scriptoribus : Ouvrage que plusieurs Critiques ont douté être veritablement de Sigonius. M. Argelati y a épuisé sa patience et n'a rien oublié pour le rendre utile ; nouvelles Cartes Géographiques ,
plus exactes que les premieres , Tables et Indices
tres amples , enfin tout ce qui peut concourir à
rendre un Ouvrage parfait , a été employé.
Voilà , Monsieur , l'Exposition la plus exacte
et la plus abrégée que je puis vous faire de l'entreprise et du labeur de M. Argelati , sur les Euvres de Sigonius , tirée de son Programme Latin.
Je ne doute pas que vous n'en soyicz édifié , ainsi
que de sa générosité et de son désinteressement. Ilfinit , en marquant sa parfaite reconnoissance
envers Sa Majesté Imperiale , Auguste Protec
trice de la Société Palatine de Milan , sous les
Auspices de laquelle , lui et tous les Membres de
cette Académie , travaillent heureusement à l'avancement des Lettres , et en particulier à la perfection de l'Histoire, Je suis , Monsieur , &c.
A Paris , ce 25 Octobre 1732
Fermer
Résumé : CINQUIÈME LETTRE de M. D. L. R. écrite à M le Marquis de B. dans laquelle, à l'occasion d'Oran, et d'André Doria, il est parlé d'une nouvelle Edition des Oeuvres de Sigonius, &c.
La cinquième lettre de M. D. au Marquis de B. aborde les récentes conquêtes d'Oran et de Marsalquibir, soulignant que la saison rend impossible toute nouvelle avancée militaire avant le printemps. L'auteur évoque les difficultés rencontrées par l'Empereur Charles V lors de la conquête d'Alger en 1541 et espère qu'Oran, sous la gouvernance du Marquis de Santa-Crux, pourra résister aux attaques maures. Le texte change ensuite de sujet pour discuter de la nouvelle édition des œuvres de Carlo Sigonio (Sigonius), un savant jésuite. Les œuvres de Sigonius, bien que considérées comme importantes, sont rares et difficiles à trouver. Une nouvelle édition est en cours à Milan, dirigée par M. Argelati, un homme de lettres renommé. Cette édition inclut non seulement les œuvres imprimées de Sigonius, mais aussi des manuscrits inédits. M. Argelati a rassemblé ces œuvres avec l'aide de savants et de bibliothèques publiques et privées. L'édition est enrichie par des contributions de plusieurs érudits, comme le Père Joseph-Marie Stampa pour les Fastes Consulaires, et le Père Dom Janvier Salinas pour l'histoire de l'Empire d'Occident. Le second volume traitera de l'histoire du règne d'Italie, révisée par M. Joseph-Antoine Saxi. Chaque ouvrage sera accompagné de notes et d'observations, anciennes et nouvelles, fournies par des savants. M. Argelati a également révisé et perfectionné plusieurs écrits de Sigonius, notamment la vie de Scipion et celle de P. Émile, en se basant sur des monuments historiques grecs et latins. Il a travaillé sur la révision critique et l'illustration du traité 'Judicium de Romana Historia Scriptoribus', dont l'authenticité avait été remise en question. Pour ce traité, Argelati a ajouté des cartes géographiques plus exactes, des tables et des indices amples afin de rendre l'ouvrage parfait. Le texte mentionne également des portraits d'André Doria, peints par Sébastien Vénitien Frate del Piombo vers 1540 et par Agnolo Bronzino vers 1550, conservés à Gênes dans le Palais Doria. Enfin, Argelati exprime sa reconnaissance envers Sa Majesté Impériale, protectrice de la Société Palatine de Milan, sous l'égide de laquelle il et les membres de l'Académie travaillent à l'avancement des lettres et à la perfection de l'histoire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 2842-2850
Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République [...]
Mots clefs :
Hommes illustres, République des Lettres, Mémoires, Godeau, Diocèse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
MEMOIRES pour servir à PHistoire
des Hommes Illustres dans la République
des Lettres , &c. Tome XVIII. de 411.
pages , sans les Tables. A Paris , chez
Briasson , rue S. Jacques , à la Science ,
M. DCC. XXXII.
,
Les Memoires qui font la matiere de
ce XVIIIe Volume , contiennent la Vie
et le Catalogue des Ouvrages de trentecinq Auteurs , entre lesquels nous avons
choisi l'article d'Antoine Godeau , pour
suivre notre coûtume , et pour ne point
exceder, les bornes prescrites dans notre
Journal.
Antoine Godeau nâquit à Dreux , Ville
du Diocèse de Chartres , où son pere
étoit Elû , et d'une des meilleures familles du Lieu , vers l'an 1605.
Il s'adonna de bonne heure à la Poësie
Françoise , et se fit connoître avantageusement de ce côté-là. Il étoit un peu pa11. Vol.
.rent
DECEMBRE. 1732: 2843
rent de M. Conrart , et logeoit chez lui
lorsqu'il venoit à Paris. Les Poësies qu'il
y apportoit de Dreux , donnerent lieu à
M. Conrart d'assembler dans sa Maison
quelques Gens de Lettres , pour en entendre la lecture , et ces Assemblées furent
proprement l'origine de l'établissement
de l'Académie Françoise , dans laquelle
M. Godeau eut entrée des premiers.
Ses vûës tendirent d'abord vers le mariage , et il rechercha la fille du Lieutenant General de Dreux ; mais se voyant
rejetté , parce qu'il étoit petit et laid , il
quitta sa Patrie et vint s'établir à Paris.
M. Conrart l'ayant fait connoître à
M. Chapelain ; celui- cy le produisit à
l'Hôtel de Rambouillet , qui étoit alors
le Tribunal où il falloit faire preuve d'esprit et de mérite pour être admis au
rang des Illustres ; il y fut goûté , et c'étoit de lui que Mademoiselle de Ramboüillet ( Julie d'Angennes ) disoit dans
une de ses Lettres à Voiture : Il y
y a ici
un homme plus petit que vous d'une coudée.
et je vous jure , mille fois plus galint. Sa
taille et l'affection que cette Demoiselle
lui témoignoit , lui firent alors donner
le nom de Nain de Julie.
On voit par-là que si M.Godeau n'avoit
du côté du corps rien qui méritât de l'atII. Vol. tention
2814 MERCURE DE FRANCE
tention , les qualitez de son esprit et son
mérite suppléoient à ce deffaut. Quelque
temps après qu'il se fûr fixé à Paris , it
embrassa l'Etat Ecclesiastique ; et l'esprie
de pieté qui lui avoit inspiré ce dessein ,
lui inspira aussi celui de ne plus exercer
le talent et l'inclination qu'il avoit pour
la Poësie , que sur des sujets chrétiens.
Il fit en 1636. une Paraphrase du Cantique : Benedicite omnia opera Domini Domin , qui étant bien versifiée et écrite
d'un stile noble et riche , lui attira un
applaudissement general. Elle plut si fort
au Cardinal de Richelieu , à qui il l'avoit
présentée , qu'après l'avoir luë et reluë
en sa présence , il lui dit : Vous me donnez le Benedicite , et moije vous donne
Grasse. Jeu de mots , que l'occasion fit
naître ; car l'Evêché de Grasse vaquoit
alors , et le Cardinal qui connoissoit d'ail
leurs son mérite et sçavoit le bruit que
faisoient ses Prédications , fut par-là déterminé à le placer sur le champ.
Il fut nommé à cet Evêché l'an 1536.
et fut sacré à S. Magloire au mois de Décembre de la même année , par Eleonor
d'Estampes , Evêque de Chartres , et depuis Archevêque de Reims , assisté d'Etienne Pouget , Evêque de Dardanie et *
* Ce nom est defiguré , il faut dire Etienne de Puget.
DECEMBRE. 1732. 2845
depuis de Marseille , et de Bertrand Des
pruotz , Evêque de S. Papoul.
-Aussi-tôt après son Sacre , il se retira
dans son Diocèse , pour s'appliquer tout
entier aux fonctions de l'Episcopat. Il y
annonça avec zele la parole de Dieu , y
tint plusieurs Synodes , composa quantité
d'Instructions Pastorales pour son Clergé
et y rétablit la discipline Ecclesiastique.
Il réunit à l'Evêché de Grasse , par
droit de Patronage , l'Eglise d'Antibes ,
qui depuis que le Siege Episcopal en
avoit été transferé à Grasse , n'avoit été
d'aucun Diocèse , et par ce moyen il
fit revivre la discipline Ecclesiastique ,
dont il ne restoit presque plus aucun
vestige.
y
Il obtint du Pape Innocent X. des Bul.
les d'union de l'Evêché de Vence , avec
celui de Grasse , comme son Predecesseur
Guillaume le Blanc en avoit obtenu de
Clement VIII. Cette union n'étoit pas
contraire aux Canons , et paroissoit bien
fondée , parce que ces deux Evêchez ensemble n'étoient que de dix mille livres
de revenu ; qu'ils n'avoient aussi ensemblee que trente Paroisses , et que les Villes de Vence et de Grasse n'étoient éloignées l'une de l'autre que de trois licües.
Cependant voyant que le Peuple et le
II Vol. Clergé
2046 MERCURE DE FRANCE
Clergé de Vence , s'opposoient à cette
union , il aima mieux ceder son droit
que de n'être pas agréable à quelquesuns de ces Diocesains , et d'avoir à poursuivre un Procès , et se contenta de l'E
glise de Vence.
Il assista aux Assemblées generales du
Clergé , tenues en 1645. et 1656. Dans
la premiere il composa et récita , par ordre du Clergé , l'Eloge de Petrus Aurelius,
qui avoit soutenu vivement les droits des
Evêques contre quelques Réguliers. Dans
la seconde , il fut un des Prélats qui témoignerent le plus de zele et d'indignation contre les Propositions de Morale
relâchée, qui avoient été dénoncez à cette
Assemblée , et ce fut par son avis qu'elle
fit imprimer les Instructions de S. Charles Borromée , dont il avoit inseré une
partie dans ses Statuts Synodaux.
Il passa le reste de sa vie dans son Diocèse ,continuellement occupé, soit à faire
ses visites , soit à prêcher , soit à lire ou à
composer , soit à vacquer aux affaires Ecclesiastiques ou temporelles de son Diocèse.
J'ai trouvé dans un Livre peu connu ,
intitulé : Le Confiteor de l'infidele Voyageur , parfeu George Martin , Renegat ;
Extrait de ses Voyages. Lyon , 1680. in 8.
II. Vol. à
DECEMBRE. 1732 2847
à la page 244. qu'en passant à Vence ,
il vit M. Godeau , qui en étoit Evêque ,
et que Dieu l'avoit éprouvé par la perte
de la vûë , qu'il enduroit avec beaucoup
de tranquillité d'esprit ; particularité dont
je n'ai vû faire mention en aucun autre
endroit.
Il eut une attaque d'apoplexie le 17
Avril 1672. qui étoit le jour de Pâques , et il en mourut à Vence le 21 du
même mois , âgé de 67 ans.
Les occupations de son Ministere ne
l'ont pas empêché de composer un grand
nombre d'Ouvrages considerables , tant
en Prose qu'en Vers. Aussi avoit- il une
facilité et une fécondité prodigieuse. Il
disoit ordinairement que le Paradis d'un
Auteur est de composer , que son Purgatoire est de relire et de retoucher ses
compositions ; mais que son Enfer est
de corriger les Epreuves de l'Imprimeur.
M. Boileau Despreaux n'a pas jugé trop
favorablement de sa Poësie , voici com
me il en parle dans sa Lettre neuviéme à
M. de Maucrois. » Je suis persuadé
>> aussi- bien que vous , que M. Godeau est
>>un Poëte fort estimable. Il me semble
pourtant qu'on peut dire de lui ce que
» Longin dit d'Hyperide , qu'il est touII. Vol. »jours
2848 MERCURE DE FRANCE
»jours à jeun , et qu'il n'a rien qui remuë
>> ni qui échauffe ; en un mot , qu'il n'a
"point cette force du stile , et cette vivacité d'expression , qu'on cherche dans
»les Ouvrages , et qui les font durer. Je
»ne sçai point s'il passera à la Posterité;
» mais il faudra pour cela qu'il réssuscite;
puisqu'on peut dire qu'il est déja mort ,
»n'étant presque plus maintenant lû de
» personne.
>>
M. de Maucroix , dans sa Réponse à
cette Lettre de Despreaux , s'exprime ain
si sur son sujet. Je tombe d'accord que
>> M. Godeau écrivoit avec beaucoup de
» facilité , disons avec trop de facilité. Il
faisoit deux ou trois Vers , comme dit
»Horace , Stans pede in uno. Ce n'est pas
ainsi que se font les bons Vers. Je m'en
rapporte volontiers à votre propre ex-
» périence. Néanmoins parmi les Vers
négligez de M. Godeau , il y en a de
»beaux qui lui échappent. Dès notre
>> jeunesse nous nous sommes apperçus
» qu'il ne varie pas assez. La plupart de
» ses Ouvrages sont comme des Logogryphes ; car il commence toujours par
»'exprimer les circonstances d'une chose,
» et puis il y joint le mor ; on ne voit
»point d'autre figure dans son Benedicité,
20
II. Vol » dans
DECEMBRE. 1732. 2849
dans son Laudate , et dans ses Canti-
» ques.
Le P. Vavasseur , Jesuite , a porté un
jugement encore plus désavantageux de
la Poësie de M. Godeau , dans l'Ouvrage
qu'il a publié contre lui , sous le nom de
Candidus Hesychius , et sous ce titre : An,
tonius Godellus Episcopus Grassensis , an
Elogii Aureliani scriptor idoneus , idemque utrum Poëta ? Constantia ( ou plutôt )
Paris , 1650. in 8. Mais cet Auteur y outre les choses , et fait voir par ce qu'il dit
contre la personne même de M. Godeau
que la passion avoit la principale part à
sa Critique.
Nous n'ajouterons point ici le Catalogue des Ouvrages de M. Godeau fort bien
raisonné et composé de LIX. Articles ,
parce que ce détail nous meneroit trop
Join..
Voici les noms des autres Sçavans dont
la Vie et les Ouvrages sont rapportez dans
ce XVIII. Tome des Mémoires,
Jean Jacques Boissard. Jean Alphonse.
Borelli, Jean Broekhuisen. Guillaume Burton. Isaac Casaubon. Meric Casaubon.
Pierre de Caseneuve. Gautier Charlton.
Louis Cousin. Janus Dousa. Janus Dousa
le fils. George Dousa. Jean de la Fontaine,
Claude François Fraguier. Leonard FuchII. Vol. sius.
2850 MERCURE DE FRANCE
sius. Jean-Baptiste Gelli. Edouart Herbert.
Maurice Hilaret. François- Michel Janicon. Fean de Labadie. Christian Longomontan. Jerôme Maggi. Henri Meibonius.
RobertMaurison. Augustin Niphus. Severin
Pineau. Bilibald Pirckheimer. Michel Poccianti, Samuel de Pufendorf. Jean Racine.
Richard Staniburst. Louis Transillo. André
Valladier. Jacques Ware.
des Hommes Illustres dans la République
des Lettres , &c. Tome XVIII. de 411.
pages , sans les Tables. A Paris , chez
Briasson , rue S. Jacques , à la Science ,
M. DCC. XXXII.
,
Les Memoires qui font la matiere de
ce XVIIIe Volume , contiennent la Vie
et le Catalogue des Ouvrages de trentecinq Auteurs , entre lesquels nous avons
choisi l'article d'Antoine Godeau , pour
suivre notre coûtume , et pour ne point
exceder, les bornes prescrites dans notre
Journal.
Antoine Godeau nâquit à Dreux , Ville
du Diocèse de Chartres , où son pere
étoit Elû , et d'une des meilleures familles du Lieu , vers l'an 1605.
Il s'adonna de bonne heure à la Poësie
Françoise , et se fit connoître avantageusement de ce côté-là. Il étoit un peu pa11. Vol.
.rent
DECEMBRE. 1732: 2843
rent de M. Conrart , et logeoit chez lui
lorsqu'il venoit à Paris. Les Poësies qu'il
y apportoit de Dreux , donnerent lieu à
M. Conrart d'assembler dans sa Maison
quelques Gens de Lettres , pour en entendre la lecture , et ces Assemblées furent
proprement l'origine de l'établissement
de l'Académie Françoise , dans laquelle
M. Godeau eut entrée des premiers.
Ses vûës tendirent d'abord vers le mariage , et il rechercha la fille du Lieutenant General de Dreux ; mais se voyant
rejetté , parce qu'il étoit petit et laid , il
quitta sa Patrie et vint s'établir à Paris.
M. Conrart l'ayant fait connoître à
M. Chapelain ; celui- cy le produisit à
l'Hôtel de Rambouillet , qui étoit alors
le Tribunal où il falloit faire preuve d'esprit et de mérite pour être admis au
rang des Illustres ; il y fut goûté , et c'étoit de lui que Mademoiselle de Ramboüillet ( Julie d'Angennes ) disoit dans
une de ses Lettres à Voiture : Il y
y a ici
un homme plus petit que vous d'une coudée.
et je vous jure , mille fois plus galint. Sa
taille et l'affection que cette Demoiselle
lui témoignoit , lui firent alors donner
le nom de Nain de Julie.
On voit par-là que si M.Godeau n'avoit
du côté du corps rien qui méritât de l'atII. Vol. tention
2814 MERCURE DE FRANCE
tention , les qualitez de son esprit et son
mérite suppléoient à ce deffaut. Quelque
temps après qu'il se fûr fixé à Paris , it
embrassa l'Etat Ecclesiastique ; et l'esprie
de pieté qui lui avoit inspiré ce dessein ,
lui inspira aussi celui de ne plus exercer
le talent et l'inclination qu'il avoit pour
la Poësie , que sur des sujets chrétiens.
Il fit en 1636. une Paraphrase du Cantique : Benedicite omnia opera Domini Domin , qui étant bien versifiée et écrite
d'un stile noble et riche , lui attira un
applaudissement general. Elle plut si fort
au Cardinal de Richelieu , à qui il l'avoit
présentée , qu'après l'avoir luë et reluë
en sa présence , il lui dit : Vous me donnez le Benedicite , et moije vous donne
Grasse. Jeu de mots , que l'occasion fit
naître ; car l'Evêché de Grasse vaquoit
alors , et le Cardinal qui connoissoit d'ail
leurs son mérite et sçavoit le bruit que
faisoient ses Prédications , fut par-là déterminé à le placer sur le champ.
Il fut nommé à cet Evêché l'an 1536.
et fut sacré à S. Magloire au mois de Décembre de la même année , par Eleonor
d'Estampes , Evêque de Chartres , et depuis Archevêque de Reims , assisté d'Etienne Pouget , Evêque de Dardanie et *
* Ce nom est defiguré , il faut dire Etienne de Puget.
DECEMBRE. 1732. 2845
depuis de Marseille , et de Bertrand Des
pruotz , Evêque de S. Papoul.
-Aussi-tôt après son Sacre , il se retira
dans son Diocèse , pour s'appliquer tout
entier aux fonctions de l'Episcopat. Il y
annonça avec zele la parole de Dieu , y
tint plusieurs Synodes , composa quantité
d'Instructions Pastorales pour son Clergé
et y rétablit la discipline Ecclesiastique.
Il réunit à l'Evêché de Grasse , par
droit de Patronage , l'Eglise d'Antibes ,
qui depuis que le Siege Episcopal en
avoit été transferé à Grasse , n'avoit été
d'aucun Diocèse , et par ce moyen il
fit revivre la discipline Ecclesiastique ,
dont il ne restoit presque plus aucun
vestige.
y
Il obtint du Pape Innocent X. des Bul.
les d'union de l'Evêché de Vence , avec
celui de Grasse , comme son Predecesseur
Guillaume le Blanc en avoit obtenu de
Clement VIII. Cette union n'étoit pas
contraire aux Canons , et paroissoit bien
fondée , parce que ces deux Evêchez ensemble n'étoient que de dix mille livres
de revenu ; qu'ils n'avoient aussi ensemblee que trente Paroisses , et que les Villes de Vence et de Grasse n'étoient éloignées l'une de l'autre que de trois licües.
Cependant voyant que le Peuple et le
II Vol. Clergé
2046 MERCURE DE FRANCE
Clergé de Vence , s'opposoient à cette
union , il aima mieux ceder son droit
que de n'être pas agréable à quelquesuns de ces Diocesains , et d'avoir à poursuivre un Procès , et se contenta de l'E
glise de Vence.
Il assista aux Assemblées generales du
Clergé , tenues en 1645. et 1656. Dans
la premiere il composa et récita , par ordre du Clergé , l'Eloge de Petrus Aurelius,
qui avoit soutenu vivement les droits des
Evêques contre quelques Réguliers. Dans
la seconde , il fut un des Prélats qui témoignerent le plus de zele et d'indignation contre les Propositions de Morale
relâchée, qui avoient été dénoncez à cette
Assemblée , et ce fut par son avis qu'elle
fit imprimer les Instructions de S. Charles Borromée , dont il avoit inseré une
partie dans ses Statuts Synodaux.
Il passa le reste de sa vie dans son Diocèse ,continuellement occupé, soit à faire
ses visites , soit à prêcher , soit à lire ou à
composer , soit à vacquer aux affaires Ecclesiastiques ou temporelles de son Diocèse.
J'ai trouvé dans un Livre peu connu ,
intitulé : Le Confiteor de l'infidele Voyageur , parfeu George Martin , Renegat ;
Extrait de ses Voyages. Lyon , 1680. in 8.
II. Vol. à
DECEMBRE. 1732 2847
à la page 244. qu'en passant à Vence ,
il vit M. Godeau , qui en étoit Evêque ,
et que Dieu l'avoit éprouvé par la perte
de la vûë , qu'il enduroit avec beaucoup
de tranquillité d'esprit ; particularité dont
je n'ai vû faire mention en aucun autre
endroit.
Il eut une attaque d'apoplexie le 17
Avril 1672. qui étoit le jour de Pâques , et il en mourut à Vence le 21 du
même mois , âgé de 67 ans.
Les occupations de son Ministere ne
l'ont pas empêché de composer un grand
nombre d'Ouvrages considerables , tant
en Prose qu'en Vers. Aussi avoit- il une
facilité et une fécondité prodigieuse. Il
disoit ordinairement que le Paradis d'un
Auteur est de composer , que son Purgatoire est de relire et de retoucher ses
compositions ; mais que son Enfer est
de corriger les Epreuves de l'Imprimeur.
M. Boileau Despreaux n'a pas jugé trop
favorablement de sa Poësie , voici com
me il en parle dans sa Lettre neuviéme à
M. de Maucrois. » Je suis persuadé
>> aussi- bien que vous , que M. Godeau est
>>un Poëte fort estimable. Il me semble
pourtant qu'on peut dire de lui ce que
» Longin dit d'Hyperide , qu'il est touII. Vol. »jours
2848 MERCURE DE FRANCE
»jours à jeun , et qu'il n'a rien qui remuë
>> ni qui échauffe ; en un mot , qu'il n'a
"point cette force du stile , et cette vivacité d'expression , qu'on cherche dans
»les Ouvrages , et qui les font durer. Je
»ne sçai point s'il passera à la Posterité;
» mais il faudra pour cela qu'il réssuscite;
puisqu'on peut dire qu'il est déja mort ,
»n'étant presque plus maintenant lû de
» personne.
>>
M. de Maucroix , dans sa Réponse à
cette Lettre de Despreaux , s'exprime ain
si sur son sujet. Je tombe d'accord que
>> M. Godeau écrivoit avec beaucoup de
» facilité , disons avec trop de facilité. Il
faisoit deux ou trois Vers , comme dit
»Horace , Stans pede in uno. Ce n'est pas
ainsi que se font les bons Vers. Je m'en
rapporte volontiers à votre propre ex-
» périence. Néanmoins parmi les Vers
négligez de M. Godeau , il y en a de
»beaux qui lui échappent. Dès notre
>> jeunesse nous nous sommes apperçus
» qu'il ne varie pas assez. La plupart de
» ses Ouvrages sont comme des Logogryphes ; car il commence toujours par
»'exprimer les circonstances d'une chose,
» et puis il y joint le mor ; on ne voit
»point d'autre figure dans son Benedicité,
20
II. Vol » dans
DECEMBRE. 1732. 2849
dans son Laudate , et dans ses Canti-
» ques.
Le P. Vavasseur , Jesuite , a porté un
jugement encore plus désavantageux de
la Poësie de M. Godeau , dans l'Ouvrage
qu'il a publié contre lui , sous le nom de
Candidus Hesychius , et sous ce titre : An,
tonius Godellus Episcopus Grassensis , an
Elogii Aureliani scriptor idoneus , idemque utrum Poëta ? Constantia ( ou plutôt )
Paris , 1650. in 8. Mais cet Auteur y outre les choses , et fait voir par ce qu'il dit
contre la personne même de M. Godeau
que la passion avoit la principale part à
sa Critique.
Nous n'ajouterons point ici le Catalogue des Ouvrages de M. Godeau fort bien
raisonné et composé de LIX. Articles ,
parce que ce détail nous meneroit trop
Join..
Voici les noms des autres Sçavans dont
la Vie et les Ouvrages sont rapportez dans
ce XVIII. Tome des Mémoires,
Jean Jacques Boissard. Jean Alphonse.
Borelli, Jean Broekhuisen. Guillaume Burton. Isaac Casaubon. Meric Casaubon.
Pierre de Caseneuve. Gautier Charlton.
Louis Cousin. Janus Dousa. Janus Dousa
le fils. George Dousa. Jean de la Fontaine,
Claude François Fraguier. Leonard FuchII. Vol. sius.
2850 MERCURE DE FRANCE
sius. Jean-Baptiste Gelli. Edouart Herbert.
Maurice Hilaret. François- Michel Janicon. Fean de Labadie. Christian Longomontan. Jerôme Maggi. Henri Meibonius.
RobertMaurison. Augustin Niphus. Severin
Pineau. Bilibald Pirckheimer. Michel Poccianti, Samuel de Pufendorf. Jean Racine.
Richard Staniburst. Louis Transillo. André
Valladier. Jacques Ware.
Fermer
Résumé : Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Le texte présente les mémoires sur des hommes illustres dans la République des Lettres, en particulier le XVIIIe volume, qui retrace la vie et les œuvres de trente-cinq auteurs. L'article choisi est celui d'Antoine Godeau, né vers 1605 à Dreux, dans le diocèse de Chartres. Godeau s'est distingué par ses talents en poésie française et a été introduit dans les cercles littéraires par M. Conrart, contribuant ainsi à la fondation de l'Académie Française. Rejeté pour un mariage en raison de son apparence, Godeau s'est établi à Paris où il a été présenté à l'Hôtel de Rambouillet. Malgré sa petite taille, il a gagné l'estime de Mademoiselle de Rambouillet. Il a ensuite embrassé la vie ecclésiastique et s'est consacré à la poésie chrétienne. En 1636, il a écrit une paraphrase du Cantique 'Benedicite omnia opera Domini Dominus', qui a été bien accueillie par le Cardinal de Richelieu, lui valant l'évêché de Grasse. Godeau a exercé ses fonctions épiscopales avec zèle, rétablissant la discipline ecclésiastique et unifiant les diocèses de Grasse et d'Antibes. Il a également participé aux assemblées du clergé et a composé de nombreux ouvrages en prose et en vers. Sa poésie a été critiquée par des contemporains comme Boileau et M. de Maucroix, qui ont jugé son style trop facile et manquant de force. Godeau est décédé le 21 avril 1672 à Vence, à l'âge de 67 ans, après avoir souffert d'une attaque d'apoplexie. Le texte mentionne également d'autres savants dont les vies et œuvres sont rapportées dans ce volume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 935-943
LETTRE à M. de la R. contenant quelques particularitez sur la personne et la Vie de M. Aubert, Doyen des Avocats de Lyon.
Début :
MONSIEUR, L'éxactitude scrupuleuse que vous faites paroître dans l'Ouvrage [...]
Mots clefs :
Lyon, Lettres, Dictionnaire de Richelet, Gloire, Esprit, Avocat, Célèbre, Mémoire, Pierre Aubert, République des Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. de la R. contenant quelques particularitez sur la personne et la Vie de M. Aubert, Doyen des Avocats de Lyon.
LETTRE à M. de la R. contenant
quelques particularitez sur la personne
et la Vie de M. Aubert , Doyen des
Avocats de Lyon.
MONS ONSIEUR ,
L'éxactitude scrupuleuse que vous fai
tes paroître dans l'Ouvrage périodique
qui attire l'attention du Public et des
Gens de Lettres , depuis que vous y
donnez vos soins , m'engage à vous addresser
quelques Memoires sur la Vie de
M. Aubert , dont vous nous annoncez la
mort dans le Mercure du mois de Mars
dernier. J'ose me flatter que vous vou
drez bien leur donner une place dans
celui que vous avez actuellement sous la
presse. Persuadé , comme je le suis , Monsieur
, que l'article inseré dans votre dernier
Mercure à son sujet , ne peut venir
que de quelque personne qui n'est
pas bien au fait de ce qui regarde cet
homme célebre , sur la vie duquel j'ai
l'honneur de vous adresser le Mémoire
cy-joint ; j'oserai relever quelques endroits
de ce même article de votre Jour-
E v nal
936 MERCURE DE FRANCE
Il
nal du mois dernier , qui m'ont parû
répréhensibles , par rapport à l'exactitude
qui n'y est pas tout à fait observée.
1°. M. Aubert est mort à 91. ans et
non pas à 94. en voici la
preuve.
est né , comme je le dis dans mon Mémoire
, le 9. Février 1642. et il est mort
le 18. Février 1733. Voyez son article
dans la Bibliotheque des Aureurs , mise
à la tête du Richelet.
2. On ne doit pas dire qu'il ait commencé
à travailler aux augmentations du
Dictionnaire de Richeler à l'âge de 90.
ans. Comment , en effer , cela pourroit
il être , puisque ce Livre étoit déja sous la
presse dès la fin de l'année 1723. quoi,
qu'il n'ait été achevé d'imprimer qu'en
1728 ? Il est clair par la date de sa naissance
, que je viens de citer , qu'en 1723,
il n'avoit que 8r. ans , et il n'est pas
moins certain , puisque c'est de lui- même
que je le tiens , qu'il a commencé à tra
vailler aux augmentations de ce Diction
naire plus de 15 ans auparavant qu'il le
donnât à l'Imprimeur. Par conséquent il
n'avoit guéres que 65. lorsqu'il entreprit
ce travail. Une pareille erreur seroit capable
, si elle n'étoit pas relevée , de décréditer
un Livre aussi important qu'est
le Dictionnaire de Richelet ; en un mor,
une
MAY. 1733 937
une Encyclopédie de la Langue Françoise
, qui sera toûjours estimée des personnes
doctes et de tous les gens de bon
goût. Je suis avec toute la considération
possible , &c.
A Paris de 12. Avril 1733 .
L. B. D.
PIERRE AUBERT , Avocat , nâquic
à Lyon le 9. Février 1642. Ses premieres
études de Grammaire et de Rhétorique
commencerent à développer son
génie , et ses heureuses dispositions pa
furent bien-tôt dans tout leur jour. Quoique
fort jeune, l'amour des Belles-Lettres
qu'il possedoit au souverain degré
, lui faisoit dévorer tous les Livres
nouveaux qui paroissoient alors , et par
un jugement déja formé , il y prenoit
tout ce qui pouvoit contribuer à la po
litesse de son style et à lui inspirer des
pensées également vives et délicates . La
Poësie même l'amusa pendant quelque
temps . A l'âge de 16. à 17. ans , il vit
par hazard un Roman intitulé , le Voyage
de l'Isle d'Amour , qui lui fit bien -tôc
concevoir l'idée d'en écrire le Retour. I
ne s'étoit proposé de communiquer ce
petit travail qu'à ses plus chers amis ,
E vj mais
938 MERCURE DE FRANCE
mais l'évenement ne répondit point à ses
intentions ; car après le cours de ses études
, ayant quitté pour quelque temps
la Province , afin de puiser le bon goût
dans la Capitale du Royaume , qui est la
source de la belle Litterature , son pere
profita de son départ , et de concert avec
ses amis , fit imprimer cette legere ébauche
de l'esprit d'un jeune homme , qui
dans la suite a fait l'ornement et la gloire
d'un Corps dont il étoit un si digne
Membre.
De retour à Lyon , il donna toute son
application à l'étude du Droit , et prit
ensuite le parti du Barreau . Le succès des
premieres Causes qu'il plaida sembloit
l'inviter à continuer , mais une santé foible
et délicate interrompit sa course et
l'obligea de prendre une autre roure pour
parvenir à une gloire qui n'est pas solide.
Ce seroit sans doute ici le lieu de
rapporter quelques traits singuliers de la
vivacité de génie et de la présence d'esprit
de ce célebre Avocat Consultant ;
mais comme je me suis seulement proposé
de donner des Mémoires sur les
principales actions de la vie d'un homme
qui m'a honoré de son amitié , je me
restreindrai donc à en rapporter ici les
circonstances les plus essentielles , persuade
MAY. 17337 939
suadé qu'elles ne pourront qu'être bien
reçûës de ceux qui ne se sont point laissé
prévenir par de faux préjugez , ou par
une jalousie indigne des veritables gens
de Lettres .
Il fit pendant plusieurs années la fonction
de Procureur du Roy dans la Jurisdiction
de la Conservation des Privileges
des Foires de Lyon , si fameuses
même parmi les Etrangers . Son esprit
et sa capacité lui mériterent la protection
de la Maison de Villeroy , et une
amitié mêlée de beaucoup de déférence
de la part du dernier Maréchal de ce
nom . Ce fut aussi ce même mérite qui
engagea la Ville de Lyon à le choisir
en 1700. pour un de ses Echevins . Il
fut nommé quelque temps après Procureur
du Roy de la Police de la même
Ville , Charge qu'il a exercée jusqu'à sa
mort , de même que celle de Juge de
l'Archevêché et du Comté de Lyon.
Malgré les grandes et pénibles occupations
que lui procuroient ces differens
Emplois , l'amour de l'étude étoit trop
profondément enraciné dans son esprit ,
pour ne lui pas donner les intervales de
temps que pouvoient lui laisser les fréquentes
Audiances qu'il étoit obligé d'accorder
à ceux qui venoient le consulter,
C'étoit
940 MERCURE DE FRANCE
C'étoit donc cette violente , mais louable
passion pour les Lettres , qui lui fit
acquerir à grands frais cette Bibliothe
que aussi nombreuse que bien choisie
qui a toujours été ouverre à ses amis
et qui est aujourd'hui , pour ainsi dire
l'héritage de tous les Amateurs des Sciences
, par le soin qu'il a pris de la rendre
publique.
Revenons à ses Ouvrages. H publia
en 1710. son Recueil de Factums , imprimé
à Lyon , chez Anisson , en deux vomes
in 4. Il a été du nombre de ceux
qui commencerent à faire des Assemblées
Académiques , qui furent en 1725. établies
en forme d'Académie reglée par
Lettres Patentes du Roy , sous le titre
d'Académie des Sciences et des Belles-
Lettres.
En 1728. parut son Dictionnaire de
Richelet , avec des Additions d'Histoire
de Grammaire , de Critique et de Jurisprudence
, en 3. volumes in folie , imprimé
chez Duplain . On trouve à la tête
de cet Ouvrage le sentiment de M. Lancelot
sur cette nouvelle Edition du Dictionnaire
de Richelet , où ce célebre Académicien
rend à notre Auteur un témoi
gnage qui fera toujours honneur à sa
mémoire. On y voit aussi un Abregé de
la
MAY. 17337 940
la Vie des Auteurs citez dans ce Dictionnaire
, recueilli par M. Laurent le
Clerc de S. Sulpice de Lyon , connû
dans la République des Lettres par un
grand nombre d'augmentations qu'il a
données pour le Dictionnaire de Moréry,
et par plusieurs autres Ouvrages :
En 1731. se voyant dans un âge trèsavancé
, et son esprit n'ayant encore reçû
aucune atteinte par le grand nombre
d'années , il prit une résolution qui rendra
sa mémoire chere à ceux qui aiment
véritablement le bien et la gloire de leur
Patrie.
Dans l'appréhension où il étoit que
parmi les embarras d'une succession , ses
Climenes , ( c'est ainsi qu'il appelloit ses
Livres ) ne se vissent dans la dure né
cessité de la division , il prit le parti de
proposer à Mrs du Consulat , sa Biblio
theque pour la rendre publique.
Il manquoit depuis trop long- temps.
la gloire de cette seconde Ville du Royau
me , un Monument qui la rendît en quel
que sorte supérieure à une infinité d'autres
Villes , en alliant dans son sein les
Muses et le Commerce , pour qu'une proposition
si importante et si digne des
sentimens d'un parfait Cytoyen , pût être
rejettée par des personnes qui doivent
Se
942 MERCURE DE FRANCE
pu .
se montrer sur tous les autres , jaloux
d'un si beau titre. Elle fut donc reçûë
avec la joye et la reconnoissance que
méritoit un si grand attachement à la
Patrie. Mrs les Echevins , et à leur tête
M. Perrichon , que son mérite personnel
a élevé à la Place de Prévôt des Mar>
chands , et que son zele pour P'utilité
blique , rend cher aux differens Corps de
Négocians qui travaillent avec succès sous
ses auspices , assignerent à notre Auteur
2000. livres de pension pendant sa vie
et 5oo. écus de rente après sa mort à
M. Duchol son Neveu. Ils laissereng
néanmoins au premier le reste de ses
jours , la joissance de ces mêmes Livres,
qui avoient fait les délices de sa jeune se ,
et sa consolation dans un âge plus avancé.
Enfin ayant mis sa chere Bibliotheque
hors d'état d'être jamais divisée , il ne
songea plus qu'à finir en paix sa carriere
dans la retraite de son Cabinet , donnant
toutefois quelques heures de son temps à
ses amis et aux Gens de lettres qui ont
continué de lui rendre visite jusqu'à sa
mort , qui arriva le 18. Février 1733-
Si la Ville de Lyon a l'avantage de recueillir
les fruits du travail de notre célebre
Avocat , par l'utilité qu'elle retire
de ce bel établissement , elle ne pouvoit
mieux
MAY. 94% 1733.
qu'en
mieux marquer sa reconnoissance ,
choisissant , comme elle a fait , pour son
Bibliothequaire un homme versé dans l'a
connoissance des Livres , aussi distingué
dans le Barreau par la profession d'Avocat
, qu'il éxerce avec honneur , que
connu dans la République des Lettres
par les Notes curieuses qu'il a données
sur les Oeuvres de Despreaux , et en
dernier lieu sur celles de Regnier. C'est
par les sages avis et l'étroite amitié dont
il étoit lié avec M. Aubert , que la Ville
de Lyon possede un si riche et si utile
Présent , ensorte que l'on peut dire à
bon droit que cet habile Commentateur
partage la gloire d'un don si précieux
avec le Bienfaicteur même.
*
L. B. D.
* M. Claude Brosset , Avocat au Présidial de
Lyon.
quelques particularitez sur la personne
et la Vie de M. Aubert , Doyen des
Avocats de Lyon.
MONS ONSIEUR ,
L'éxactitude scrupuleuse que vous fai
tes paroître dans l'Ouvrage périodique
qui attire l'attention du Public et des
Gens de Lettres , depuis que vous y
donnez vos soins , m'engage à vous addresser
quelques Memoires sur la Vie de
M. Aubert , dont vous nous annoncez la
mort dans le Mercure du mois de Mars
dernier. J'ose me flatter que vous vou
drez bien leur donner une place dans
celui que vous avez actuellement sous la
presse. Persuadé , comme je le suis , Monsieur
, que l'article inseré dans votre dernier
Mercure à son sujet , ne peut venir
que de quelque personne qui n'est
pas bien au fait de ce qui regarde cet
homme célebre , sur la vie duquel j'ai
l'honneur de vous adresser le Mémoire
cy-joint ; j'oserai relever quelques endroits
de ce même article de votre Jour-
E v nal
936 MERCURE DE FRANCE
Il
nal du mois dernier , qui m'ont parû
répréhensibles , par rapport à l'exactitude
qui n'y est pas tout à fait observée.
1°. M. Aubert est mort à 91. ans et
non pas à 94. en voici la
preuve.
est né , comme je le dis dans mon Mémoire
, le 9. Février 1642. et il est mort
le 18. Février 1733. Voyez son article
dans la Bibliotheque des Aureurs , mise
à la tête du Richelet.
2. On ne doit pas dire qu'il ait commencé
à travailler aux augmentations du
Dictionnaire de Richeler à l'âge de 90.
ans. Comment , en effer , cela pourroit
il être , puisque ce Livre étoit déja sous la
presse dès la fin de l'année 1723. quoi,
qu'il n'ait été achevé d'imprimer qu'en
1728 ? Il est clair par la date de sa naissance
, que je viens de citer , qu'en 1723,
il n'avoit que 8r. ans , et il n'est pas
moins certain , puisque c'est de lui- même
que je le tiens , qu'il a commencé à tra
vailler aux augmentations de ce Diction
naire plus de 15 ans auparavant qu'il le
donnât à l'Imprimeur. Par conséquent il
n'avoit guéres que 65. lorsqu'il entreprit
ce travail. Une pareille erreur seroit capable
, si elle n'étoit pas relevée , de décréditer
un Livre aussi important qu'est
le Dictionnaire de Richelet ; en un mor,
une
MAY. 1733 937
une Encyclopédie de la Langue Françoise
, qui sera toûjours estimée des personnes
doctes et de tous les gens de bon
goût. Je suis avec toute la considération
possible , &c.
A Paris de 12. Avril 1733 .
L. B. D.
PIERRE AUBERT , Avocat , nâquic
à Lyon le 9. Février 1642. Ses premieres
études de Grammaire et de Rhétorique
commencerent à développer son
génie , et ses heureuses dispositions pa
furent bien-tôt dans tout leur jour. Quoique
fort jeune, l'amour des Belles-Lettres
qu'il possedoit au souverain degré
, lui faisoit dévorer tous les Livres
nouveaux qui paroissoient alors , et par
un jugement déja formé , il y prenoit
tout ce qui pouvoit contribuer à la po
litesse de son style et à lui inspirer des
pensées également vives et délicates . La
Poësie même l'amusa pendant quelque
temps . A l'âge de 16. à 17. ans , il vit
par hazard un Roman intitulé , le Voyage
de l'Isle d'Amour , qui lui fit bien -tôc
concevoir l'idée d'en écrire le Retour. I
ne s'étoit proposé de communiquer ce
petit travail qu'à ses plus chers amis ,
E vj mais
938 MERCURE DE FRANCE
mais l'évenement ne répondit point à ses
intentions ; car après le cours de ses études
, ayant quitté pour quelque temps
la Province , afin de puiser le bon goût
dans la Capitale du Royaume , qui est la
source de la belle Litterature , son pere
profita de son départ , et de concert avec
ses amis , fit imprimer cette legere ébauche
de l'esprit d'un jeune homme , qui
dans la suite a fait l'ornement et la gloire
d'un Corps dont il étoit un si digne
Membre.
De retour à Lyon , il donna toute son
application à l'étude du Droit , et prit
ensuite le parti du Barreau . Le succès des
premieres Causes qu'il plaida sembloit
l'inviter à continuer , mais une santé foible
et délicate interrompit sa course et
l'obligea de prendre une autre roure pour
parvenir à une gloire qui n'est pas solide.
Ce seroit sans doute ici le lieu de
rapporter quelques traits singuliers de la
vivacité de génie et de la présence d'esprit
de ce célebre Avocat Consultant ;
mais comme je me suis seulement proposé
de donner des Mémoires sur les
principales actions de la vie d'un homme
qui m'a honoré de son amitié , je me
restreindrai donc à en rapporter ici les
circonstances les plus essentielles , persuade
MAY. 17337 939
suadé qu'elles ne pourront qu'être bien
reçûës de ceux qui ne se sont point laissé
prévenir par de faux préjugez , ou par
une jalousie indigne des veritables gens
de Lettres .
Il fit pendant plusieurs années la fonction
de Procureur du Roy dans la Jurisdiction
de la Conservation des Privileges
des Foires de Lyon , si fameuses
même parmi les Etrangers . Son esprit
et sa capacité lui mériterent la protection
de la Maison de Villeroy , et une
amitié mêlée de beaucoup de déférence
de la part du dernier Maréchal de ce
nom . Ce fut aussi ce même mérite qui
engagea la Ville de Lyon à le choisir
en 1700. pour un de ses Echevins . Il
fut nommé quelque temps après Procureur
du Roy de la Police de la même
Ville , Charge qu'il a exercée jusqu'à sa
mort , de même que celle de Juge de
l'Archevêché et du Comté de Lyon.
Malgré les grandes et pénibles occupations
que lui procuroient ces differens
Emplois , l'amour de l'étude étoit trop
profondément enraciné dans son esprit ,
pour ne lui pas donner les intervales de
temps que pouvoient lui laisser les fréquentes
Audiances qu'il étoit obligé d'accorder
à ceux qui venoient le consulter,
C'étoit
940 MERCURE DE FRANCE
C'étoit donc cette violente , mais louable
passion pour les Lettres , qui lui fit
acquerir à grands frais cette Bibliothe
que aussi nombreuse que bien choisie
qui a toujours été ouverre à ses amis
et qui est aujourd'hui , pour ainsi dire
l'héritage de tous les Amateurs des Sciences
, par le soin qu'il a pris de la rendre
publique.
Revenons à ses Ouvrages. H publia
en 1710. son Recueil de Factums , imprimé
à Lyon , chez Anisson , en deux vomes
in 4. Il a été du nombre de ceux
qui commencerent à faire des Assemblées
Académiques , qui furent en 1725. établies
en forme d'Académie reglée par
Lettres Patentes du Roy , sous le titre
d'Académie des Sciences et des Belles-
Lettres.
En 1728. parut son Dictionnaire de
Richelet , avec des Additions d'Histoire
de Grammaire , de Critique et de Jurisprudence
, en 3. volumes in folie , imprimé
chez Duplain . On trouve à la tête
de cet Ouvrage le sentiment de M. Lancelot
sur cette nouvelle Edition du Dictionnaire
de Richelet , où ce célebre Académicien
rend à notre Auteur un témoi
gnage qui fera toujours honneur à sa
mémoire. On y voit aussi un Abregé de
la
MAY. 17337 940
la Vie des Auteurs citez dans ce Dictionnaire
, recueilli par M. Laurent le
Clerc de S. Sulpice de Lyon , connû
dans la République des Lettres par un
grand nombre d'augmentations qu'il a
données pour le Dictionnaire de Moréry,
et par plusieurs autres Ouvrages :
En 1731. se voyant dans un âge trèsavancé
, et son esprit n'ayant encore reçû
aucune atteinte par le grand nombre
d'années , il prit une résolution qui rendra
sa mémoire chere à ceux qui aiment
véritablement le bien et la gloire de leur
Patrie.
Dans l'appréhension où il étoit que
parmi les embarras d'une succession , ses
Climenes , ( c'est ainsi qu'il appelloit ses
Livres ) ne se vissent dans la dure né
cessité de la division , il prit le parti de
proposer à Mrs du Consulat , sa Biblio
theque pour la rendre publique.
Il manquoit depuis trop long- temps.
la gloire de cette seconde Ville du Royau
me , un Monument qui la rendît en quel
que sorte supérieure à une infinité d'autres
Villes , en alliant dans son sein les
Muses et le Commerce , pour qu'une proposition
si importante et si digne des
sentimens d'un parfait Cytoyen , pût être
rejettée par des personnes qui doivent
Se
942 MERCURE DE FRANCE
pu .
se montrer sur tous les autres , jaloux
d'un si beau titre. Elle fut donc reçûë
avec la joye et la reconnoissance que
méritoit un si grand attachement à la
Patrie. Mrs les Echevins , et à leur tête
M. Perrichon , que son mérite personnel
a élevé à la Place de Prévôt des Mar>
chands , et que son zele pour P'utilité
blique , rend cher aux differens Corps de
Négocians qui travaillent avec succès sous
ses auspices , assignerent à notre Auteur
2000. livres de pension pendant sa vie
et 5oo. écus de rente après sa mort à
M. Duchol son Neveu. Ils laissereng
néanmoins au premier le reste de ses
jours , la joissance de ces mêmes Livres,
qui avoient fait les délices de sa jeune se ,
et sa consolation dans un âge plus avancé.
Enfin ayant mis sa chere Bibliotheque
hors d'état d'être jamais divisée , il ne
songea plus qu'à finir en paix sa carriere
dans la retraite de son Cabinet , donnant
toutefois quelques heures de son temps à
ses amis et aux Gens de lettres qui ont
continué de lui rendre visite jusqu'à sa
mort , qui arriva le 18. Février 1733-
Si la Ville de Lyon a l'avantage de recueillir
les fruits du travail de notre célebre
Avocat , par l'utilité qu'elle retire
de ce bel établissement , elle ne pouvoit
mieux
MAY. 94% 1733.
qu'en
mieux marquer sa reconnoissance ,
choisissant , comme elle a fait , pour son
Bibliothequaire un homme versé dans l'a
connoissance des Livres , aussi distingué
dans le Barreau par la profession d'Avocat
, qu'il éxerce avec honneur , que
connu dans la République des Lettres
par les Notes curieuses qu'il a données
sur les Oeuvres de Despreaux , et en
dernier lieu sur celles de Regnier. C'est
par les sages avis et l'étroite amitié dont
il étoit lié avec M. Aubert , que la Ville
de Lyon possede un si riche et si utile
Présent , ensorte que l'on peut dire à
bon droit que cet habile Commentateur
partage la gloire d'un don si précieux
avec le Bienfaicteur même.
*
L. B. D.
* M. Claude Brosset , Avocat au Présidial de
Lyon.
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Résumé : LETTRE à M. de la R. contenant quelques particularitez sur la personne et la Vie de M. Aubert, Doyen des Avocats de Lyon.
La lettre adressée à M. de la R. corrige plusieurs informations erronées concernant la vie de Pierre Aubert, Doyen des Avocats de Lyon. Pierre Aubert est né le 9 février 1642 à Lyon et est décédé le 18 février 1733 à l'âge de 91 ans, contrairement à ce que le Mercure de France avait publié. L'auteur de la lettre rectifie également l'âge d'Aubert lorsqu'il a commencé à travailler aux augmentations du Dictionnaire de Richelet, affirmant qu'il avait 65 ans et non 90 ans. Pierre Aubert a démontré très tôt un talent pour les lettres et la poésie. À l'âge de 16 ou 17 ans, il a écrit un roman intitulé 'Le Retour de l'Isle d'Amour'. Après ses études de droit, il a exercé la profession d'avocat mais a dû abandonner en raison de sa santé fragile. Il a ensuite occupé plusieurs postes administratifs à Lyon, notamment celui de Procureur du Roi et d'Échevin. Aubert était également un érudit passionné par les lettres et les sciences. Il a publié plusieurs ouvrages, dont un Recueil de Factums en 1710 et une édition augmentée du Dictionnaire de Richelet en 1728. En 1731, il a décidé de léguer sa bibliothèque à la ville de Lyon pour en faire une bibliothèque publique. Cette proposition a été acceptée avec reconnaissance, et Aubert a reçu une pension de 2000 livres pendant sa vie et une rente de 500 écus pour son neveu après sa mort. La bibliothèque, riche et bien choisie, est devenue un héritage pour tous les amateurs des sciences. Aubert a passé ses dernières années dans la retraite, recevant des amis et des gens de lettres jusqu'à sa mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 200-202
A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
Tout ce qui tient à la République des Lettres, Monsieur, doit vous être cher [...]
Mots clefs :
République des Lettres, Mort, Charles-Louis de la Fontaine, Jean de La Fontaine, Maladie
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texteReconnaissance textuelle : A L'AUTEUR DU MERCURE.
A L'AUTEUR DU MERCURE.
TOUT
OUT ce qui tient à la République des Lettres,
Monfieur , doit vous être cher par tant de titres ,
que quand même M. de la Fontaine n'auroit pas,
cu l'honneur d'être connu de vous perfonnellement
( & je crois qu'il avoit cet avantage ) , je
fuis perfuadé que vous n'apprendriez pas avec indifférence
la mort du petit- fils d'un homme qui
yous a montré le chemin par lequel des génies,
JANVIER. 1758. 201
comme le vôtre & le fien parviennent à l'immortalité.
Charles-Louis de la Fontaine , petit fils unique
de Jean de la Fontaine , de l'Académie Françoi
fe , eft mort à Palmiers , le Is de Novembre ,
dans fa quarantieme année. Quoique la nature
ſui eût donné des talens qui auroient pu le rendre
digne du nom qu'il portoit , s'il avoit voulu les
mettre à profit , & qu'il eût fait dans la Littérature
tous les progrès qu'on peut y faire avec un efprit
vif , jufte & pénétrant , fécondé d'une mémoire
prodigieufe , j'ofe même dire unique , fon goût
pour les plaifirs , & un peu d'indolence naturelle ,
l'avoient empêché d'en faire uſage , & il n'a rien
fait pour le public , non plus que pour la gloire de
fon nom , ni pour fon utilité perfonnelle. Il avoit
été recherché pour l'agrément de fon efprit , & le
brillant de fes faillies , par les gens les plus diftingués
de la Cour & de Paris , dont il a fait les délices
pendant les premieres années de fa jeuneffe.
Son goût pour la vie privée , fon attachement à
une jolie femme , qu'il avoit épousée en ce pays ,,
fui avoient fait accepter la direction des biens que
le Marquis de Bonnac poffede dans cette province,,
après avoir rempli avec diftinction la place de
premier Secretaire de ce Marquis , dans fon ambaffade
de Hollande. Il étoit fait de toute façon
pour une fortune plus honnête & plus brillante ::
mais la tournure de fon efprit , qui déteſtoit également
le travail & l'affujettiffement , lui avoit:
fait négliger les moyens infaillibles qu'il avoit de:
fe la procurer , s'il eût voulu . Il laiffe trois enfans ,,
dont un feul mâle , âgé feulement de quatre mois ,.
unique rejetton d'un nom fi illuftre dans toute:
l'Europe. Sa femme fe nomme Marie le Mercier,.
fille du Maître particulier des Eaux & Forêts d'icis.
Ly
202 MERCURE DE FRANCE.
M. de la Fontaine étoit depuis mon enfance fe
plus cher de mes amis. Le plaifir de vivre avec lui
m'avoit attiré dans ce coin reculé du royaume.
J'ai eu la douleur de le voir expirer dans mes bras,
après une année prefqu'entiere de fouffrances. Sa
maladie étoit une hydropifie de poitrine, mal auquel
la Médecine n'a pas encore connu de remede.
Je dois vous demander mille fois pardon , Monfieur
, de la longueur de ce détail : mais je fuis excufable
de me plaire à parler , le plus qu'il m'eft
poffible , de l'homme que j'ai le plus aimé, & que
je regretterai toute ma vie . Je voudrois pouvoir
obtenir de vous , Monfieur , que vous vouluffiez
bien faire l'honneur à la mémoire de mon ami , de
faire mention de lui dans le premier Mercure. Le
Public doit s'intéreffer au fort de la postérité du
grand homme dont il defcendoit . Je vous demande
cette grace avec l'inftance la plus vive , & j'en conferverai
la plus parfaite reconnoiffance.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Le Marquis DE GUENANDE , Lieutenant- Colonel
de Dragons.
TOUT
OUT ce qui tient à la République des Lettres,
Monfieur , doit vous être cher par tant de titres ,
que quand même M. de la Fontaine n'auroit pas,
cu l'honneur d'être connu de vous perfonnellement
( & je crois qu'il avoit cet avantage ) , je
fuis perfuadé que vous n'apprendriez pas avec indifférence
la mort du petit- fils d'un homme qui
yous a montré le chemin par lequel des génies,
JANVIER. 1758. 201
comme le vôtre & le fien parviennent à l'immortalité.
Charles-Louis de la Fontaine , petit fils unique
de Jean de la Fontaine , de l'Académie Françoi
fe , eft mort à Palmiers , le Is de Novembre ,
dans fa quarantieme année. Quoique la nature
ſui eût donné des talens qui auroient pu le rendre
digne du nom qu'il portoit , s'il avoit voulu les
mettre à profit , & qu'il eût fait dans la Littérature
tous les progrès qu'on peut y faire avec un efprit
vif , jufte & pénétrant , fécondé d'une mémoire
prodigieufe , j'ofe même dire unique , fon goût
pour les plaifirs , & un peu d'indolence naturelle ,
l'avoient empêché d'en faire uſage , & il n'a rien
fait pour le public , non plus que pour la gloire de
fon nom , ni pour fon utilité perfonnelle. Il avoit
été recherché pour l'agrément de fon efprit , & le
brillant de fes faillies , par les gens les plus diftingués
de la Cour & de Paris , dont il a fait les délices
pendant les premieres années de fa jeuneffe.
Son goût pour la vie privée , fon attachement à
une jolie femme , qu'il avoit épousée en ce pays ,,
fui avoient fait accepter la direction des biens que
le Marquis de Bonnac poffede dans cette province,,
après avoir rempli avec diftinction la place de
premier Secretaire de ce Marquis , dans fon ambaffade
de Hollande. Il étoit fait de toute façon
pour une fortune plus honnête & plus brillante ::
mais la tournure de fon efprit , qui déteſtoit également
le travail & l'affujettiffement , lui avoit:
fait négliger les moyens infaillibles qu'il avoit de:
fe la procurer , s'il eût voulu . Il laiffe trois enfans ,,
dont un feul mâle , âgé feulement de quatre mois ,.
unique rejetton d'un nom fi illuftre dans toute:
l'Europe. Sa femme fe nomme Marie le Mercier,.
fille du Maître particulier des Eaux & Forêts d'icis.
Ly
202 MERCURE DE FRANCE.
M. de la Fontaine étoit depuis mon enfance fe
plus cher de mes amis. Le plaifir de vivre avec lui
m'avoit attiré dans ce coin reculé du royaume.
J'ai eu la douleur de le voir expirer dans mes bras,
après une année prefqu'entiere de fouffrances. Sa
maladie étoit une hydropifie de poitrine, mal auquel
la Médecine n'a pas encore connu de remede.
Je dois vous demander mille fois pardon , Monfieur
, de la longueur de ce détail : mais je fuis excufable
de me plaire à parler , le plus qu'il m'eft
poffible , de l'homme que j'ai le plus aimé, & que
je regretterai toute ma vie . Je voudrois pouvoir
obtenir de vous , Monfieur , que vous vouluffiez
bien faire l'honneur à la mémoire de mon ami , de
faire mention de lui dans le premier Mercure. Le
Public doit s'intéreffer au fort de la postérité du
grand homme dont il defcendoit . Je vous demande
cette grace avec l'inftance la plus vive , & j'en conferverai
la plus parfaite reconnoiffance.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Le Marquis DE GUENANDE , Lieutenant- Colonel
de Dragons.
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Résumé : A L'AUTEUR DU MERCURE.
La lettre informe de la mort de Charles-Louis de la Fontaine, petit-fils de Jean de la Fontaine, survenue à Palmiers le 11 novembre 1758 à l'âge de quarante ans. Doté de talents littéraires et d'une mémoire exceptionnelle, Charles-Louis n'a pas exploité ses capacités en raison de son goût pour les plaisirs et de son indolence. Il était apprécié pour son esprit et son charme par des personnalités distinguées de la cour et de Paris. Après avoir servi comme premier secrétaire du Marquis de Bonnac en Hollande, il a dirigé les biens du Marquis en Provence. Charles-Louis laisse derrière lui trois enfants, dont un seul garçon, âgé de quatre mois. Sa femme, Marie le Mercier, est la fille du Maître particulier des Eaux et Forêts. Le Marquis de Guénande, auteur de la lettre, exprime sa douleur et demande que la mémoire de son ami soit honorée dans le Mercure.
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