Résultats : 271 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
51
p. 1-7
Prélude. [titre d'après la table]
Début :
Je vous l'ay dit bien des fois, Madame. L'Eloge du Roy [...]
Mots clefs :
Roi, Éloges, Auguste monarque, Prince chrétien, Audience, Religion, Levant, Missionnaires, Pays ottomans, Gloire, Conquêtes, Édits, Déclarations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude. [titre d'après la table]
E vous l'ay dit bien des
fois , Madame . L'Eloge
du Roy eft une matiere
inépuisable . Les actions qu'il
fait dans le cours de chaque
mois , dignes d'eftre confervées
à la pofterité , font en fi
grand nombre , qu'à peine
Juin 1685 .
A
2 MERCURE
vous ay -je parlé de quelques .
unes , qu'il s'en offre de nouvelles
qui m'empefcheroient
de trouver place pour
d'autres Articles ,ſi je ne mettois
fouvent en deux lignes ,
ce qui pourroit faire le fujet
d'une Lettre entiere . Ainfi
plus je vous écris , plus cette
riche & noble matiere augmente
, & devient confiderable.
En effet , pour peu que
l'on faffe de reflexion fur toutes
les chofes que cét augufte
& pieux Monarque a fait de
mander au Grand Seigneur,
dans la derniere Audience
GALANT.
3
1
que feu M' de Guilleragues
en a euë , on demeurera d accord
que jamais Prince
Chrétien n'a rien fait. de plus
important & de plus utile
pour l'Eglife. Ces differentes
demandes ne regardotent
que la tranquilité , le bien &
l'avancement de la Religion
dans les Etats de Sa Hauteffe,
& il en a obtenu plus de qual
tre - vingt Commandemens
& Barats , ou Lettres de la
Porte , pour des Marchands
François négocians au Le-'
vant , pour les Millionnaires
établis en divers lieux , pourt
A ij
4
MERCURE
les Eglifes que les Catholi
ques ont dans les Pays de la
Domination Ottomane
, pour
celles de Galata , & pour les
Religieux qui font au Saint
Sepulchre , & à Bethleem.
Ces chofes font fi éclatantes,
fi dignes d'un Roy tres- Chrétien
, & meritent tellement
d'eftre admirées
, que l'Envie
la plus obftinée & la plus noi
re ne les fçauroit obscurcir.
Elle a beau fe faire entendre,
elle ne perfuadera pas meſme
les Jaloux de la gloire de ce
Prince , puis qu'il oppoſe des
faits conftants aux préfom-
A
GALANT.
S
ptions fur lesquelles elle fonde
fes calomnies , & qu'il em
ploye tout ce que le bruit de
Les Conqueftes , & l'éclat de fa
gradeur , foûtenu du plus haut
merite , luy ont acquis de réputation
dans l'Empire Ottoman
, pour y faire maintenir
la Religion Chrétienne avec
un entier repos des Catholi
ques. S'il en eft le Protecteur
auprés des Peuples qui en
font les plus mortels Ennemis
, s'il la met chez eux à
couvert de leurs infultes , &
s'il en fait permettre l'Exercice
dans leur Pays , avec au-
A iij
6 MERCURE
tant d'éclat & de feureté
qu'enFrance ,il n'épargne rien
pendant ce temps pour luy
procurer dans fon Royaume ,
toute forte d'avantages , & il
y augmente le nombre des
Catholiques , fans employer
qu'une douceur paternelle, &
fans faire agir la juſtice que
contre ceux qui ont contres
venu aux Edits des Roys fes
Prédéceffeurs , & aux Déclarations
qu'il a efté obligé de
faire pour les maintenir . Auf :
fi n'a - t-onjamais veu fous au .
cun Regne , tant de Religionnaires
rentrer au ſein des
GALANT.
7
l'Eglife .
fois , Madame . L'Eloge
du Roy eft une matiere
inépuisable . Les actions qu'il
fait dans le cours de chaque
mois , dignes d'eftre confervées
à la pofterité , font en fi
grand nombre , qu'à peine
Juin 1685 .
A
2 MERCURE
vous ay -je parlé de quelques .
unes , qu'il s'en offre de nouvelles
qui m'empefcheroient
de trouver place pour
d'autres Articles ,ſi je ne mettois
fouvent en deux lignes ,
ce qui pourroit faire le fujet
d'une Lettre entiere . Ainfi
plus je vous écris , plus cette
riche & noble matiere augmente
, & devient confiderable.
En effet , pour peu que
l'on faffe de reflexion fur toutes
les chofes que cét augufte
& pieux Monarque a fait de
mander au Grand Seigneur,
dans la derniere Audience
GALANT.
3
1
que feu M' de Guilleragues
en a euë , on demeurera d accord
que jamais Prince
Chrétien n'a rien fait. de plus
important & de plus utile
pour l'Eglife. Ces differentes
demandes ne regardotent
que la tranquilité , le bien &
l'avancement de la Religion
dans les Etats de Sa Hauteffe,
& il en a obtenu plus de qual
tre - vingt Commandemens
& Barats , ou Lettres de la
Porte , pour des Marchands
François négocians au Le-'
vant , pour les Millionnaires
établis en divers lieux , pourt
A ij
4
MERCURE
les Eglifes que les Catholi
ques ont dans les Pays de la
Domination Ottomane
, pour
celles de Galata , & pour les
Religieux qui font au Saint
Sepulchre , & à Bethleem.
Ces chofes font fi éclatantes,
fi dignes d'un Roy tres- Chrétien
, & meritent tellement
d'eftre admirées
, que l'Envie
la plus obftinée & la plus noi
re ne les fçauroit obscurcir.
Elle a beau fe faire entendre,
elle ne perfuadera pas meſme
les Jaloux de la gloire de ce
Prince , puis qu'il oppoſe des
faits conftants aux préfom-
A
GALANT.
S
ptions fur lesquelles elle fonde
fes calomnies , & qu'il em
ploye tout ce que le bruit de
Les Conqueftes , & l'éclat de fa
gradeur , foûtenu du plus haut
merite , luy ont acquis de réputation
dans l'Empire Ottoman
, pour y faire maintenir
la Religion Chrétienne avec
un entier repos des Catholi
ques. S'il en eft le Protecteur
auprés des Peuples qui en
font les plus mortels Ennemis
, s'il la met chez eux à
couvert de leurs infultes , &
s'il en fait permettre l'Exercice
dans leur Pays , avec au-
A iij
6 MERCURE
tant d'éclat & de feureté
qu'enFrance ,il n'épargne rien
pendant ce temps pour luy
procurer dans fon Royaume ,
toute forte d'avantages , & il
y augmente le nombre des
Catholiques , fans employer
qu'une douceur paternelle, &
fans faire agir la juſtice que
contre ceux qui ont contres
venu aux Edits des Roys fes
Prédéceffeurs , & aux Déclarations
qu'il a efté obligé de
faire pour les maintenir . Auf :
fi n'a - t-onjamais veu fous au .
cun Regne , tant de Religionnaires
rentrer au ſein des
GALANT.
7
l'Eglife .
Fermer
Résumé : Prélude. [titre d'après la table]
Le texte vante les mérites du roi de France, décrit comme un monarque auguste et pieux. Ses exploits sont nombreux et remarquables, notamment ses démarches auprès du sultan ottoman pour garantir la tranquillité et la promotion de la religion catholique dans les États ottomans. Le roi a obtenu des commandements et des lettres de la Porte ottomane pour protéger les marchands français, les millionnaires, les églises catholiques, ainsi que les religieux au Saint-Sépulcre et à Bethléem. Ces actions sont saluées pour leur éclat et leur mérite, malgré les envies et calomnies. En France, le roi favorise l'augmentation des catholiques par la douceur et en appliquant la justice contre ceux qui s'opposent aux édits royaux. Sous son règne, de nombreux religionnaires sont revenus dans le giron de l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
52
p. 67-69
Zelle de Messieurs de Ville de Grenoble, pour ériger une Statuë du Roy dans la principale de leurs Places publiques. [titre d'après la table]
Début :
Lors que les Particuliers font éclater le zele qu'ils ont [...]
Mots clefs :
Zèle, Monarque, Panégyriques , Gloire, Assemblée, Vérité, Acclamations, Prince, Grandeur, Statues
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Zelle de Messieurs de Ville de Grenoble, pour ériger une Statuë du Roy dans la principale de leurs Places publiques. [titre d'après la table]
Lors que les Particuliers
font éclater le zele qu'ils ont
Fij
68 MERCURE
pour ce grand Monarque, par
les Panégyriques publics.
qu'ils prononcent à fa gloiré
dans les plus auguftes Affemblées
où préfide la Juſtice,
& dans les Chaires où l'on ne
doit dire que la verité , les
Peuples entiers qui ne fe contentent
pas de marquer par
leurs acclamations
& par
leurs voeux ce qu'ils fentent
pour un Prince fi digne de
leur admiration , veulent encore
y ajoûter des Statues qui
inftruiſent la pofterité du ref
pect & de l'amour que fa grádeur
leur infpire. C'est à quoy
GALANT. 69
la Ville de Grenoble donne
prefentemet tous les foins.Ses
Echevins ont efté chargez de
fupplier tres - humblement Sa
Majefté , de vouloir bien leur
permettre
d'élever dans la
principale de leurs Places publiques
, une Statuë qui la re-
1
prefente , & le Roy agréant
leur zele a eu la bonté d'y confentir.
font éclater le zele qu'ils ont
Fij
68 MERCURE
pour ce grand Monarque, par
les Panégyriques publics.
qu'ils prononcent à fa gloiré
dans les plus auguftes Affemblées
où préfide la Juſtice,
& dans les Chaires où l'on ne
doit dire que la verité , les
Peuples entiers qui ne fe contentent
pas de marquer par
leurs acclamations
& par
leurs voeux ce qu'ils fentent
pour un Prince fi digne de
leur admiration , veulent encore
y ajoûter des Statues qui
inftruiſent la pofterité du ref
pect & de l'amour que fa grádeur
leur infpire. C'est à quoy
GALANT. 69
la Ville de Grenoble donne
prefentemet tous les foins.Ses
Echevins ont efté chargez de
fupplier tres - humblement Sa
Majefté , de vouloir bien leur
permettre
d'élever dans la
principale de leurs Places publiques
, une Statuë qui la re-
1
prefente , & le Roy agréant
leur zele a eu la bonté d'y confentir.
Fermer
Résumé : Zelle de Messieurs de Ville de Grenoble, pour ériger une Statuë du Roy dans la principale de leurs Places publiques. [titre d'après la table]
Les populations expriment leur enthousiasme pour un grand monarque via des panégyriques et des acclamations. Elles souhaitent ériger des statues pour témoigner de leur respect. À Grenoble, les échevins demandent au roi la permission de construire une statue dans la principale place publique. Le roi accepte, approuvant ainsi l'ardeur des habitants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
53
p. 69-71
Devises pour le Roy. [titre d'après la table]
Début :
Il est difficile de s'employer pour la gloire de ce Prince [...]
Mots clefs :
Gloire, Prince, Soleil, Devise, Astre, Balance, Univers, Saison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Devises pour le Roy. [titre d'après la table]
Il eft difficile de s'employer
pour la gloire de ce
Prince d'une maniere plus in-
I génieufe & plus nouvelle que
M' Magnin. Comme le Soleil
eft fa Devife , tout ce qui
70 MERCURE
eſt attribué à cét Aftre luy
peut convenir , & c'eft fur ce
qui regarde le Soleil , & quia
rapport au Roy , que M' Magnin
a déja fait un grand
nombre de Devifes. Celle
qui fuit vous fera connoiftre
qu'il eft inépuisable fur cette
matiere . Elle a pour Corps le
Soleil au Signe de la Balance,
& pour ame ces paroles. Orbem
inde gubernat. Vous en
trouverez l'explication dans
ce Madrigal.
S
A Courfe eft noble & regaliere,
Et quoy que tout change icybas ,
Ce grand Aftre ne change pas,
1
GALANT. 71
Un mouvement égal mefure fa carriere.
Ilfaitpar des afpects divers,
Et les Eftez & les Hyvers ,
Il commande aux Saifons , il regle les
années,
Enfinfeulde tout l'Univers ,
Ilbalance les deftinées .
pour la gloire de ce
Prince d'une maniere plus in-
I génieufe & plus nouvelle que
M' Magnin. Comme le Soleil
eft fa Devife , tout ce qui
70 MERCURE
eſt attribué à cét Aftre luy
peut convenir , & c'eft fur ce
qui regarde le Soleil , & quia
rapport au Roy , que M' Magnin
a déja fait un grand
nombre de Devifes. Celle
qui fuit vous fera connoiftre
qu'il eft inépuisable fur cette
matiere . Elle a pour Corps le
Soleil au Signe de la Balance,
& pour ame ces paroles. Orbem
inde gubernat. Vous en
trouverez l'explication dans
ce Madrigal.
S
A Courfe eft noble & regaliere,
Et quoy que tout change icybas ,
Ce grand Aftre ne change pas,
1
GALANT. 71
Un mouvement égal mefure fa carriere.
Ilfaitpar des afpects divers,
Et les Eftez & les Hyvers ,
Il commande aux Saifons , il regle les
années,
Enfinfeulde tout l'Univers ,
Ilbalance les deftinées .
Fermer
Résumé : Devises pour le Roy. [titre d'après la table]
Le texte compare le roi au Soleil à travers les œuvres de Monsieur Magnin. Une devise montre le Soleil dans le signe de la Balance avec la phrase 'Orbem inde gubernat'. Le Soleil, malgré les changements terrestres, reste constant, régule les saisons et commande l'univers, équilibrant ainsi les destinées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
54
p. 74-85
ODE DE MADAME DES HOULIERES. AU ROY.
Début :
Madame des Houlieres ne s'est pas teuë sur cette Arrivée / Le croiras-tu, LOUIS ? à ta gloire attentive, [...]
Mots clefs :
Héros, Gloire, Doge, Roi, Louis, Siècle, France, Exploits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE DE MADAME DES HOULIERES. AU ROY.
adame des Houlieres ne
s'eft pas teuë fur cette Arrivée du Doge en France. Un
Evenement fi peu ordinaire
luy adonné lieu d'adrefferune
Ode au Roy. Elle a eu le
mefme fuccez que tous fes
autres Ouvrages, ce qui fait
connoiftre que fon talent eft
également heureux en toute
forte de genres d'écrire.
GALANT. 75
ODE
DE MADAME
DES HOULIERES.
AU ROY...
E croiras tu , LOUIS ? à ta
Legloire attentive,
Pour t'immortalifer, j'ay voulu mille
fois
Te chantercouronné de Lauriers &
d'olive,
Et millefois ma Lyre a languyfous
mes doigts.
Un Heros audeffin des Heros de la
Fable,
Eftpourqui le célebre un Heros redoutable,
Gij
76 MERCURE
Contrequi cent Nochers à mes yeux
ontbrifé.
Oiy, depuis que tu cours de victoire
en victoire,
Le Dieu qui des grands nomsfait durerla memoire,
Se feroit luy-meſme épuisé.
Se
Rejette donc , grand Roy, furunejufte crainte
Malenteur à parler de tesfaits inouis.
Impofons- nous , difois-je , une fage
contrainte,
N'immolons point magloire à celle de
LOUIS.
Quedirois-je en chantantfa valeur
triomphante,
Dont aux Siecles futurs plus d'une
mainfçavante
Avantmoy n'ait tracé defideles Tableaux?
GALANT. 77
Mais à quoy mon efpritſe laiſſe- t- il
Surprendre?
Quelle erreur ! Ah! de toy ne doit on
pas attendre
Toûjours des miracles nouveaux?
Sa
Duformidable Rhin le merveilleux
Paßage,
Endixjours la Comtépriſe aufort
des Hyvers,
L'Algérienforcé de rompre l'efclavage.
Des Chrétiens gemiffansfous le poids
defesfers,
Luxembourgaffervy fous cette Lop.
commune,
Sembloientavoir pour toyfatigué la
Fortune,
T
Onne concevoit rien de plus beau , de
plusdoux.
Güj
78 MERCURE
Cependant, dans les murs de ton fameux Versailles,
Tu vois , plus grand encor qu'au mi- lieu des Batailles,
Des Souverains à tes genoux.
$2
Ah! que de defefpoir , d'étonnement,
d'envie
Ce grand évenementjettera dans les
cœurs,
De tant de Roys jaloux de l'éclat de
ta vie!
De combien voudroient- ilspayerde
telshonneurs?
Maisleurs fouhaitsfont vains ; ces
éclatantesmarques.
N'illuftrerontjamais le Nom de ces
Monarques,
Grandsparle titrefeul dont ils font
revétus.
Toy quipourun Heros as tout ce qu'on
demande,
GALANT. 79
Toyqui les paffes tous, ilfaut quebe
Cielrende
Ta gloire égale à tes vertus,
Sa
Teldans un Siecle heureux on vit rea
gner Augufte,
Son nomfutadoré decent Peuples
divers.
Il eftoit comme toy,fage, intrépide,,
jufte,
Ettufais comme luy trembler tour
l'Univers.
Commetoytriomphantfur laTerre &
furl'onde,
Luy-mefme fe vainquit , donna la
paix au Monde,
Cultivales beaux Arts, fitrevivre les
Loix.
Maistre detous les coursdansfafuper
be Ville,
G iiij
80 MERCURE
Au milieu d'une Cour magnifiques
tranquille,
Afesgenoux il vit des Roys.
S&
Abondante en Amis , plus abondante
encore
Enhonneurs, entrefors, en Vaiffeaux,
en Guerriers,
Genes jusqu'au rivage où fe leve
l'Aurore.
Fit redouterfon Nom, & cücillit des Lauriers of
Cefertile Pays, fource de tant de
baines ,
Oùregnalebeau Sang qui coule dans
tes veines,
Naples , a veufes champsparfon or
envahis,
Et de lafage Ville époufe de Neptune,
Ses efforts auroient pu renverser la
fortune,
GALANT: 81
Silefortneles euft trahis.
$2
Fiere encore aujourd'huy de plus d'un
jufte Eloge,
Que des Siecles paffezfa gloire a mcrité,
Son Senatrefufoit de t'envoyerfon
Doge,
Implorerle pardondefa témerité;
Mais l'affreuxfouvenir de l'état déplorable,
Où n'agueres l'a mis ton couroux redoutable,
Aforcéfon orgueil àne plus contefter.
Certaine que tu peux ce qu'on te voit
réfoudre,
Elie craint que ta main ne reprenne la
foudre,
A quirien ne peut réſiſter.
S&
Quelle gloire pour toy ! quel plaifir
pourla France,
82 MERCURE
Devangeraujourd'huyfur ces Ambi
tieux,
Les divers attentats qu'avec tant
d'infolence
Leurs Peres ont formez contre tes
grands Ayeux!
•Accoûtumez àvoir leur audace impunie,
Ces Peuples n'employoient leurs tre
fors , leurgenie,
Qu'à tefaire par tout de nouveaux
Ennemis.
Ils penfoient t'accablerfous lefaix
des intrigues,
Et n'ontfait queremplirpar d'impuiffantesligues
Ce que les deftins t'ontpromis.
S&
Ainfi, quanddes Hyvers les terribles
orages
Centraignentun grand Fleuve àfor
tir defes bords
GALANT. 83
Dece Fleuve irrité, fameuxparfes
ravages,
Oncroitparune Digue arrefter les
efforts;
Maisbien loin quefon onde àce frein
s'accoûtume,
Sacolere s'accroift, ilmugit , il écume,
Il renverſe demain ce qu'il laiffe aujourd'huy,
Et plusfort que la Digue àſon cours
oppofée,
Elle n'eftfurla Rive où l'on l'avoit
pofée
Qu'unnouveau triomphepour luy.
Sa
Noncontent de vangertes Ayeux &
ta gloire,
Tudomptesl'Heréfie , elle expire à tes
yeux,
Tufais defon débrista plus chere.vi
Etoire,
84 MERCURE
Ardent à foûtenir la querelle des
Cieux.
Tule dois ; leursfaveurs , diverses,
continuës,
Famaisfur les Mortels ne furent répanduës
Si liberalementqu'elles le fontfurtoy.
Quoyque le Diademe ait de grand,
d'agréable,
Desprefens dontaux Cieux on te voit
redevable
Lemoindre eft de t'avoirfait Roy.
25
Mais le Dogeparoift ; que Genes la
Superbe
Eft uncharmant fpectacle attachée à.
ton Char!
Confuſe d'avoir veufes Tours plus
bas que l'herbe,
Elle n'ofe furtoy porter un feul regard,
"
GALANT. 85
Tongrandcœur eft touché des foupirs
qu'ellepouffe,
Tnrendras ,jele voy , fafortune plus
douce;
Millefois tes bontez ont bornétes
Exploits.
Tuverrois l'Universfoûmis à ta
puiſſance,
Sidepuis vingtmoiſſons , de ta fenle
clemence
Tu n'avois écouté la noix.
s'eft pas teuë fur cette Arrivée du Doge en France. Un
Evenement fi peu ordinaire
luy adonné lieu d'adrefferune
Ode au Roy. Elle a eu le
mefme fuccez que tous fes
autres Ouvrages, ce qui fait
connoiftre que fon talent eft
également heureux en toute
forte de genres d'écrire.
GALANT. 75
ODE
DE MADAME
DES HOULIERES.
AU ROY...
E croiras tu , LOUIS ? à ta
Legloire attentive,
Pour t'immortalifer, j'ay voulu mille
fois
Te chantercouronné de Lauriers &
d'olive,
Et millefois ma Lyre a languyfous
mes doigts.
Un Heros audeffin des Heros de la
Fable,
Eftpourqui le célebre un Heros redoutable,
Gij
76 MERCURE
Contrequi cent Nochers à mes yeux
ontbrifé.
Oiy, depuis que tu cours de victoire
en victoire,
Le Dieu qui des grands nomsfait durerla memoire,
Se feroit luy-meſme épuisé.
Se
Rejette donc , grand Roy, furunejufte crainte
Malenteur à parler de tesfaits inouis.
Impofons- nous , difois-je , une fage
contrainte,
N'immolons point magloire à celle de
LOUIS.
Quedirois-je en chantantfa valeur
triomphante,
Dont aux Siecles futurs plus d'une
mainfçavante
Avantmoy n'ait tracé defideles Tableaux?
GALANT. 77
Mais à quoy mon efpritſe laiſſe- t- il
Surprendre?
Quelle erreur ! Ah! de toy ne doit on
pas attendre
Toûjours des miracles nouveaux?
Sa
Duformidable Rhin le merveilleux
Paßage,
Endixjours la Comtépriſe aufort
des Hyvers,
L'Algérienforcé de rompre l'efclavage.
Des Chrétiens gemiffansfous le poids
defesfers,
Luxembourgaffervy fous cette Lop.
commune,
Sembloientavoir pour toyfatigué la
Fortune,
T
Onne concevoit rien de plus beau , de
plusdoux.
Güj
78 MERCURE
Cependant, dans les murs de ton fameux Versailles,
Tu vois , plus grand encor qu'au mi- lieu des Batailles,
Des Souverains à tes genoux.
$2
Ah! que de defefpoir , d'étonnement,
d'envie
Ce grand évenementjettera dans les
cœurs,
De tant de Roys jaloux de l'éclat de
ta vie!
De combien voudroient- ilspayerde
telshonneurs?
Maisleurs fouhaitsfont vains ; ces
éclatantesmarques.
N'illuftrerontjamais le Nom de ces
Monarques,
Grandsparle titrefeul dont ils font
revétus.
Toy quipourun Heros as tout ce qu'on
demande,
GALANT. 79
Toyqui les paffes tous, ilfaut quebe
Cielrende
Ta gloire égale à tes vertus,
Sa
Teldans un Siecle heureux on vit rea
gner Augufte,
Son nomfutadoré decent Peuples
divers.
Il eftoit comme toy,fage, intrépide,,
jufte,
Ettufais comme luy trembler tour
l'Univers.
Commetoytriomphantfur laTerre &
furl'onde,
Luy-mefme fe vainquit , donna la
paix au Monde,
Cultivales beaux Arts, fitrevivre les
Loix.
Maistre detous les coursdansfafuper
be Ville,
G iiij
80 MERCURE
Au milieu d'une Cour magnifiques
tranquille,
Afesgenoux il vit des Roys.
S&
Abondante en Amis , plus abondante
encore
Enhonneurs, entrefors, en Vaiffeaux,
en Guerriers,
Genes jusqu'au rivage où fe leve
l'Aurore.
Fit redouterfon Nom, & cücillit des Lauriers of
Cefertile Pays, fource de tant de
baines ,
Oùregnalebeau Sang qui coule dans
tes veines,
Naples , a veufes champsparfon or
envahis,
Et de lafage Ville époufe de Neptune,
Ses efforts auroient pu renverser la
fortune,
GALANT: 81
Silefortneles euft trahis.
$2
Fiere encore aujourd'huy de plus d'un
jufte Eloge,
Que des Siecles paffezfa gloire a mcrité,
Son Senatrefufoit de t'envoyerfon
Doge,
Implorerle pardondefa témerité;
Mais l'affreuxfouvenir de l'état déplorable,
Où n'agueres l'a mis ton couroux redoutable,
Aforcéfon orgueil àne plus contefter.
Certaine que tu peux ce qu'on te voit
réfoudre,
Elie craint que ta main ne reprenne la
foudre,
A quirien ne peut réſiſter.
S&
Quelle gloire pour toy ! quel plaifir
pourla France,
82 MERCURE
Devangeraujourd'huyfur ces Ambi
tieux,
Les divers attentats qu'avec tant
d'infolence
Leurs Peres ont formez contre tes
grands Ayeux!
•Accoûtumez àvoir leur audace impunie,
Ces Peuples n'employoient leurs tre
fors , leurgenie,
Qu'à tefaire par tout de nouveaux
Ennemis.
Ils penfoient t'accablerfous lefaix
des intrigues,
Et n'ontfait queremplirpar d'impuiffantesligues
Ce que les deftins t'ontpromis.
S&
Ainfi, quanddes Hyvers les terribles
orages
Centraignentun grand Fleuve àfor
tir defes bords
GALANT. 83
Dece Fleuve irrité, fameuxparfes
ravages,
Oncroitparune Digue arrefter les
efforts;
Maisbien loin quefon onde àce frein
s'accoûtume,
Sacolere s'accroift, ilmugit , il écume,
Il renverſe demain ce qu'il laiffe aujourd'huy,
Et plusfort que la Digue àſon cours
oppofée,
Elle n'eftfurla Rive où l'on l'avoit
pofée
Qu'unnouveau triomphepour luy.
Sa
Noncontent de vangertes Ayeux &
ta gloire,
Tudomptesl'Heréfie , elle expire à tes
yeux,
Tufais defon débrista plus chere.vi
Etoire,
84 MERCURE
Ardent à foûtenir la querelle des
Cieux.
Tule dois ; leursfaveurs , diverses,
continuës,
Famaisfur les Mortels ne furent répanduës
Si liberalementqu'elles le fontfurtoy.
Quoyque le Diademe ait de grand,
d'agréable,
Desprefens dontaux Cieux on te voit
redevable
Lemoindre eft de t'avoirfait Roy.
25
Mais le Dogeparoift ; que Genes la
Superbe
Eft uncharmant fpectacle attachée à.
ton Char!
Confuſe d'avoir veufes Tours plus
bas que l'herbe,
Elle n'ofe furtoy porter un feul regard,
"
GALANT. 85
Tongrandcœur eft touché des foupirs
qu'ellepouffe,
Tnrendras ,jele voy , fafortune plus
douce;
Millefois tes bontez ont bornétes
Exploits.
Tuverrois l'Universfoûmis à ta
puiſſance,
Sidepuis vingtmoiſſons , de ta fenle
clemence
Tu n'avois écouté la noix.
Fermer
Résumé : ODE DE MADAME DES HOULIERES. AU ROY.
Madame des Houlières a écrit une ode en l'honneur du roi Louis, suite à un événement marquant. Cette œuvre a connu un succès comparable à ses autres écrits, illustrant ainsi son talent diversifié. L'ode célèbre les victoires du roi et son influence durable. Elle évoque plusieurs exploits militaires et diplomatiques, tels que la traversée du Rhin, la soumission de l'Algérien et la victoire sur le Luxembourg. Madame des Houlières exprime également l'admiration des souverains étrangers et la jalousie des rois face à la gloire de Louis. Elle compare le roi à Auguste, mettant en avant ses vertus et ses triomphes. L'ode se conclut par la soumission de Gênes, qui implore le pardon du roi après avoir été vaincue par sa puissance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
55
p. 87-89
BOUTS-RIMEZ.
Début :
J'ajoûte un Sonnet sur cette mesme matiere. / Non, ta soûmission ne ternit point ta Gloire, [...]
Mots clefs :
Soumission, Gloire, Roi, Héros, Victoire, Histoire, Immortel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUTS-RIMEZ.
J'ajoûte un Sonnet fur cette
88 MERCURE
mefme matiere. Il eft eft de
M Baraton , qui en 1682 .
remporta le prix donné par
M' le Duc de Saint Aignan,
fur les Bouts- rimez de Jupiter
& Pharmacopole.
BOUTS-RIMEZ.
N
On , ta foûmiſſion ne ternit
point ta Gloire,
Genes, lors qu'on te voit aux pieds
d'unfigrand Roy :
Rome & la fiere Efpagne ont fubi
mefme Loy ,
Ettout craint un Heros Maistre de la
Victoire.
$2
Ce rare evenement marqué dans ton
Hiſtoire
GALANT. 89
Du pouvoir de LOUIS à jamaisfera
foy:
Tes Palais renverfez , tes Peuples
pleins d'effroy
Long- temps defon courroux garderont
La memoire
Sa
Le cours de ta Fortune eftoitprefque
achevé.
Déja de tes débris un Trophée élevé,
Affeuroit dufuccez ce Monarque
intrépide ;
25
Mais en te pardonnant , égal aux
Immortels,
Ilfe met au deffus d'Alexandre &-
d'Alcide;
Et tu dois àfon Nom confacrer des
Autels.
88 MERCURE
mefme matiere. Il eft eft de
M Baraton , qui en 1682 .
remporta le prix donné par
M' le Duc de Saint Aignan,
fur les Bouts- rimez de Jupiter
& Pharmacopole.
BOUTS-RIMEZ.
N
On , ta foûmiſſion ne ternit
point ta Gloire,
Genes, lors qu'on te voit aux pieds
d'unfigrand Roy :
Rome & la fiere Efpagne ont fubi
mefme Loy ,
Ettout craint un Heros Maistre de la
Victoire.
$2
Ce rare evenement marqué dans ton
Hiſtoire
GALANT. 89
Du pouvoir de LOUIS à jamaisfera
foy:
Tes Palais renverfez , tes Peuples
pleins d'effroy
Long- temps defon courroux garderont
La memoire
Sa
Le cours de ta Fortune eftoitprefque
achevé.
Déja de tes débris un Trophée élevé,
Affeuroit dufuccez ce Monarque
intrépide ;
25
Mais en te pardonnant , égal aux
Immortels,
Ilfe met au deffus d'Alexandre &-
d'Alcide;
Et tu dois àfon Nom confacrer des
Autels.
Fermer
Résumé : BOUTS-RIMEZ.
En 1682, M. Baraton compose des 'Bouts-rimés' sur la soumission de Gênes à Louis XIV, récompensés par le Duc de Saint Aignan. Le sonnet loue la grandeur de Louis, qui pardonne Gênes, surpassant ainsi Alexandre et Hercule. Rome et l'Espagne, soumises, craignent sa puissance. Les peuples garderont mémoire de sa colère et de sa clémence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
56
p. 197-253
Particularitez des Audiences que Mr de Guilleragues a euës du Grand Seigneur & du Grand Visir avant sa mort. [titre d'après la table]
Début :
On ne peut porter plus haut la gloire de son Souverain, [...]
Mots clefs :
Souverain, Ambassade , Mr de Guilleragues, Constantinople, Grand vizir, Audience, Seigneurs, Officiers, Ministre, Gloire, Sérail, Empire, Honneur, Prudence, Cérémonie, Religion, Coutume, Maître, Affaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Particularitez des Audiences que Mr de Guilleragues a euës du Grand Seigneur & du Grand Visir avant sa mort. [titre d'après la table]
On ne peut porter plus haug
la gloire de fon Souverain
dans une Ambaffade, ny s'ent
acquitter avec plus d'éclat &
de prudence qu'a fait M' de
vel
?
Riij
198 MERCURE
"
Guilleragues , dans tout le
temps qu'il a eſté à Conſtan
tinople. Il eſt vray que ceux
qui ont une Dignité pareille
à foûtenir , n'ont pas de peine
perfuader ce qu'eft un Prin
ce, à qui fes Vertus & ſes furprenans
Exploits ont acquis
fi juftement le furnom de
Grand , puifque la Renommée
prend toûjours foin de le
devancer , & qu'elle apprend
avant eux aux Nations les
plus reculées tout ce qu'ils en
peuvent dire. Ainfi- ils arrivent
dans des lieux où les ef
prits font préparez à les croiGALANT.
199
re. Ceft ce qui a fait accor
der tant de chofes à M' de
Guilleragues , en faveur de
la Religion Catholique . Tour
ce qu'a fait cet Ambaffadeur,
a efté fait avec tant d'éclat &
tant de hauteur , & avec des
circonftances fi dignes d'ef
tre remarquées , que les quatre
ou cinq Relations que
vous avez dans mes Lettres ,
depuis qu'il eft party pour
l'Ambaffade de Conftantino
ple , font des morceaux qui
meritent d'être confervez é
ternellement. Voicy le dernier
, puifqu'on peut dire que:
R.iiij.
200 MERCURE
M' de Guilleragues eft mort
prefque en fortant de l'ADdience
du Grand Seigneur, &
aprés en avoir obtenu tout ce
qu'il pouvoit fouhaiter pour
la gloire de fon Maistre , &
pour le repos des Catholiques
quifont dans le Levant . On
quitte la vie avec moins de
peine , quand on en fort avec
la fatisfaction d'avoir fervy
utilement l'Eglife , fon Prince
& fa Patrie. Vous aurez peuteftre
veu déja des copies , &
mefme imprimées , de la Relation
que vous allez lire , ou
dumoins qui luy reffemblent
GALANT. 201
fr fort , que vous croirez que
ce foit la mefme choſe. Vous
ne deyés pas vous en étonner.
La verité eftant une ,les Relations
diverfes d'une mefme
action , doivent avoir plus de
reffemblance , que les Ou
vrages d'efprit fur une meſme
matiere. Il faut donc les rez
garder , comme devant effre
femblables dans les faits qu'el
les rapportent, mais differentes
pour avoir plus ou moins
de circonftances. Celle dont
on m'a fait part , en eft la plus
remplie;& tous ceux qui voudront
bien les examiner, n'au
202 MERCURE
ront pas de peine à sen de
meurer d'accord. Voicy ce
qu'elle contient .
30
d'o
M' de Guilleragues arri
va à Andrinople le
ctobre de l'année derniere ,
accompagné du Grand E
cuyer , de l'Aga des Janiſſai,
res , & de plufieurs autres
Officiers du Grand Seigneur,
qui eftoient venus le reces
voir à une lieuë de la Ville , &
qui l'y amenerent au milieu
d'une haye de Janiffaires fous
les armes . Le Grand Vifir qui
eftoit indifpofé , n'ayant pû
luy donner audience que le
و ت ا
GALANT. 203
28. de ce mefme mois , il emu
ploya tout ce temps à faire
connoiftre avec vigueur de
quelle maniere il prétendoit
que cette Audience luy fuft
donnée . Il infifta fur tout à
la refuſer dans la Chambre
où tous les Ambaſſadeurs ont
accoûtumé de la recevoir à
Andrinople , parce qu'il fçavoit
que le Sofa ou Eftrade,
y eftoit difpofé de telle forte ,
qu'occupant prefque toute
cette Chambre , il n'y reftoit
qu'un petit cfpace pour pofer
les Pabouches ou Souliers,
que les Turcs doivent y lai
204 MERCURE
4
fer lors qu'ils y entrent. On
luy fit connoiftre que le
Grand Vizir n'y recevoit pas
feulement les Ambaſſadeurs,
mais encore le Muphi & le
Mufahib, ou Favory du Grand
Seigneur , qui eltoient les
Perfonnes de tout l'Empire
qu'il devoir le plus confide
rer. M l'Ambaffadeur ré
pondit que le Muphri & le
Mufahib ne difputoient pas
au Grand Vizir les honneurs
qu'il leur rendoit , mais que
la forme du Sopha , & la ma
niere d'y eftre receu , eſtant
des points qui avoient fait
GALANT: 205
naiftre un different dont le
bruit s'eftoit répandu depuis
cinq ans dans toute l'Europe,
cote conteftation devoit eftre
terminée avec un éclat , qui
reparaſt le tort que l'on avoit
prétendu faire à l'honneur
qui eft deu fi juftement aux
Ambaffadeurs de France. Ses
raifons furent receuës , & on
Paffeura qu'il feroit entierement
fatisfait fur fa demande,
& fur toutes les autres qu'il
avoit déja faites fur ce fujet
Ainfi il ne fit plus difficulté
de fe faire conduire au Serrail
du Grand Vizir , le jour
206 MERCURE
qu'on avoit choiſi pour cette
Cerémonie Il y alla riche
ment vétu à la Françoife , &
monté furumfuperbe Cheval
de l'Ecurie du Grand Sei
gneur. Sa Suite eftoit de 70
Perfonnes , tant de fa Mailon
que des principaux Mar
chands François , tous trespropres
& tres leftes . Hentra
dans le Serrail du Grand Vizir,
& ayant mis pied à terre il
fut conduit par plufieurs Sales
à la Chambre où ce Minitre
reçoit Sa Hauteffe , lors
q'Elle luy fait l'honneur de
le vifiter. Cette Chambre
+
GALANT
. 207
deftinée pour l'Audience,
eftoit ornée de Peintures &
de dorures , & meubleé de
Minders , & de Couffins magnifiques.
Ily avoit au mi
lieu un Baflin de Marbre , environné
de Vafes remplis de
Fleurs , & avec plufieurs jers
d'eau. M' de Guilleragues
monta fur le Sofa , voyant
qu'il eftoit de la maniere qu'il
l'avoit demandé. Les Tabourers
, également enrichis
d'une broderie relevée d'or
fur un fond de Velours rou
ge , eftoient fur une mefme
ligne , tous deux fur la Natte,
208 MERCURE
C
fans que celuy du Vizir fuft
fur le Minder. Il prit fa Place
fur le Tabouret qui regar
doit la Porte pár où il eftoit
entré, & de Grand Vizir arri
va un peu aprés par une autre
Porte qui eftoit du cofté de
Bautre Tabouret. Il monta
fur le Sofa , & M' l'Ambaſſadeur
fe contenta de fe lever
pendant ce temps fans quicter
fa Place , quoy que tresfouvent
il fuft arrivé que les
Ambaffadeurs eftoient demeurez
debout au bas du So
fa , en attendant l'arrivée du
Grand Vizir. Aprés les faluts
GALANT. 209:
réciproques , il fe remit fur
fon Tabouret dans le mefme
temps que le Grand Vizir
s'aflit fur le fien , & alors le :
Salem Chaoux prononça
ſclon
la coûtume une courte
Priere à haute voix , pour la
profperité duGrand Seigneur,
ce qui eft une des fonctions
de fa Charge. Le Compli
ment de M l'Ambaffadeur,,
également fort & obligeant,,
fut interpreté en Turc par le
Sieur Fontaine , le Sieur For--
mefti premier Drogman ,,
n'ayant pû venir à Andrinople
à cause d'une indifpofis-
Juin 1685
S
210 MERCURE
tion . Il s'étendit fur le dignechoix
que Sa Hauteffe avoit
fait de la Perfonne de ce Mi
niftre , pour fe repofer fur fa
prudence , & fur la capacité
des Affaires de l'Empire. Le
Grand Vizir répondit par le
compliment ordinaire , c'eft
à dire , que Ml Ambaſſadeur
eftoit le tres bien venu , ce qu'il
répéta jufqu'à quatre fois,
quoy que les autres Vizirs
n'euffent accoûtumé de le
dire qu'une. Il ne pouvoit
mieux marquer le plaifir qu'il
reffentoit de voir cét Ambaf
fadeur , que par la répetition
द
GALANT 211
xe
les
de ces termes , par lesquels
les Turcs témoignent la joye
qu'ils ont de voir leurs Amis.
Il fe fervit auffi plufieurs fois .
du mot d'Eltechi , qui veut di-
Ambaffadeur , & parla tot
jours à la troifiéme Perfonne
; ce qui eft parmy.
Turcs une grande marque de:
confideration & de refpect..
Mi de Guilleragues remercia.
fort le Grand Vizir , de l'Aga :
qu'il luy avoit envoyé à Con
ftantinople pour Tamener,.
fe louant de fa diligence , &
de fes foins dans toutes les
chofes qui regardoient fa
•
Sij
212 MERCURE
Commiffion
;
& cela fut
avantageux à cét Aga , puis
que s'agiflant en ce tempslà
d'envoyer quelqu'un à
Bude , pour des ordres qu'on
avoit à y porter , ce qui ef
toit dangereux : & un Officier
l'ayant propofé au Grand
Vizir , ce Miniftre répondit
qu'il eftoit trop néceſſaire à
l'Ambaffadeur de France , &
qu'il falloit en choiſir un autre.
Peu de temps aprés il fur
revétu de la Charge de Capigilar-
Kiaiafi , l'une des trois
principales de la Maiſon du
Vizir. La converfation ayant
GALANT. 213
duré prés d'une heure , on apporta
le Café. Il fut prefenté
dans le mefme temps à l'un
& à l'autre , aprés que l'on cut
mis devant eux un grand
mouchoir de broderie , d'une
beauté & d'une richeffe égale.
Cela donna lieu au Grand
Vizir de demander à M
l'Ambaffadeur s'il aimoit cette
boiffon. Il répondit que le
Thé , & le Chocolat luy fembloient
meilleurs . Le Sorbet,
le Parfum , & les Eaux de
fenteur leur furent fervis enfuite
, & prefentez à tous
deux en melme temps. Ce
214 MERCURE
la eftant fait , le Grand Vizir
affeura M. l'Ambaffadeur,
qu'il employeroit tous les
foins pour le mener peu de
jours aprés à l'Audience du
Grand Seigneur, dont ilpou
voit efperer la reception la
plus favorable , luy promertant
paravance l'accompliffement
de toutes les chofes .
qu'il demanderoit . M de
Guilleragues fe lèva dans ce
moment pour recevoir là
Vefte dont il fut reveftü en
prefence de ce Miniftre. On
diftribuales autres Veſtesaux .
principaux de la Suite , juk
t
GALANT. 213
4.5
-
ques au nombre de trente,
ce qui n'avoit efté accordé à
aucun des autres Ambaffadeurs
, qui n'en avoient jamais
eu plus de vingt. Un
-Marchand Anglois , & un autre
Marchand Hollandois qui
s'eftoient trouvez à Andrinople
, & que cét Ambaſſadeur
avoit invitez à l'accompagner
à l'Audience , curent chacun
une de ces Veftes. Cette diftribution
achevée , M de
Guilleragues fe leva , & ſe retira
aprés avoir falüé le Grand
Vifir ,qui fe leva dans le même
temps , & qui luy dit encore
216 MERCURE
une fois , Vous eftes le tres-bien
venu. Il retourna à fon Palais
dans le mefme ordre qu'il
eftoit forty , eftant reconduit
par les mefmes Officiers , auf.
quels fe joignit Seferbec , Interprete
de la Porte , que le
fieur Fontaine avoit interrompu
fi adroitement , lors qu'il
entreprenoit d'interpreter les
paroles du Vizir , qu'il ne put
en proferer quatre de fuite
pendant tout le temps deÎ'Audience.
Comme les Ceremonies
en furent fort differentes
de celles que l'on avoit
obfervées par le paffe , lors
qu'on
GALANT. 217
*
quo y avoit admis les Ambalfadeurs
de France , le Tefchrifat.
Emini, c'eft à dire, le Maître
& Conſervateur des Cere.
monies , prefenta une Requefte
, pour demander qu'on les
inferaft das les Archives, comme
n'ayant jamais efté pratiquées
depuis le commencement
de l'Empire , criant
tout haut qu'ilfaloit brûler l'an
cien Regiftre. Jamais les Turcs
n'ont témoigné tant de joye
d'aucun fuccés qui leur ait
efté avantageux, que dans cet
te occafion
. Ils regardoient
M' de Guilleragues
comme
Juin 1685
T
218 MERCURE
le Liberateur de leur Empire,
puifqu'il avoit terminé fi heureufement
une affaire , dont
ils avoient craint des fuites
fâcheufes. Ce n'a pas efté fans
beaucoup de peine qu'il en
eft venu à bout avec tant de
gloire. Il a eu des Ennemis
qui l'ont traversé de tout leur
pouvoir ; mais il a ſceu fi bien
détourner par fa prudence
deurs dangereufes cabales ,
qu'il a donné lieu à quelquesuns
de fe repentir d'avoir
cherché à luy nuire . Il s'en
falut peu entre autres que
l'on ne mift en Prifon le Re-
**
"
GALANT. 219
fident de Michel Abaffy ,
Prince de Tranfilvanie , qui
par ordre de fon Maistre
voulut infinuer à la Porte ,
beaucoup de chofes entierement
oppofées aux droi
tes intention de M. l'Ambaffadeur.
Le Kiaia du Grand
Vifir receut un commandement
exprés d'aller luy en
faire reprimande. Il la luy
fit dune maniere fi feche ,
qu'il en fut malade dangereufement
pendant huit jours.
Ce qui effraya le plus ce Refident
, ce fut qu'on luy dir ,
•
Tij
220 MERCURE
qu'Abaffy eftoit en liberté
de faire ce qu'il voudroit , &
qu'il cherchoit inutilement
des pretextes à fa revolte . En
mefme temps pour mettre ſa
fidelité à l'épreuve , le Grand
Seigneur donna un ordre qui
1
obligeoit Abaffy de payer fon
Tribut en bled , & de le faire
tranfporter vers la Pologne ,
à l'Armée de Soliman Pacha ;
ce qu'il ne pouvoit executer ,
fans s'expofer au peril de foûlever
tous fesPeuples, qui n'en
recueillent que ce qui eft abfolument
neceffaire à leur
fubfiftance. La veille de l'Au-
1
GALANT. 221
dience , M' de Guilleragues
avoit envoyé fes prefens au
Grand Vifir , fuivant la cou
tume. Ce Miniftre , pour té
moigner qu'il les recevoit
agreablement , donna quarante
Sequins aux Drogmans
qui les porterent. C'eftoient
les fieurs Fontaine & Perru
que. Le Kiaia leur en donna
encore dix, lorfqu'ils luy por
terent ceux qui eftoient pour
luy,mais ces Drogmans, pour
faire connoiftre que l'intereft
ne les touchoit pas, diftribue .
rent la plus grande partie de
ces deux fommes aux Offi
Tiij
222 MERCURE
ciers de la maifon du Vifir
L'Audience du grand Seigneur
ne fut donnée à M ' de
Guilleragues que le 26. de
Novembre. Comme il eftoit
ce jour - là Dimanche , il entendit
la Meffe de fort bon
matin , & partit fur les huit
heures , accompagné du
Chaoux Bachi , & d'autres
Chaoux , & fuivy de fes Domeftiques
, & des principaux
Marchands François . Il ferendit
au Serrail de fa Hauteffe ,
& eftant entré dans la grande
Court, il y trouva environ mille
Janiffaires rangez , qui ef
#
GALANT 223
toit tout de quil y avoit alors
de cette Milice à Andrinople
. Dés qu'ils l'eurent apperceu
, ils prirent tous une
courfe , qui fut limitée par
plufieurs plats ou grands baffins
de Pilau , c'eft à dire de
ris cuit , regale ordinaire qu'
on leur fait dans des occafions
de cette nature . M' de Guilleragues
,
qu'on
pour
都fans s'arrefter à ce
on faifoit d'extraordinaire
le recevoir , continua
fon chemin jufques à la Sale
du Divan , où il entra , fuivy
de Mrs Merille & Noguerres,
Secretaires de l'Ambaffade
Tiiij
224 MERCURE
de fix de fes Domestiques , &
de deux Drogmans.Le grand.r
Vifir l'y attendoit avec le Ja
niffaire Aga , le Cadilefker, le
Tefterdar , & le Rifchangi
Bachi , tous affis à quelque
diſtance les uns des autres
fur un banc de Parquet attaché
à la muraille . M' l'Ambaffadeur
eſtant entré , s'affit
fur un Tabouret qu'on avoit
placé prés & vis-à - vis du Vi
r. Ils fe firent des complimens
reciproques , fur la joye
qu'ils avoient de fe revoir ;
aprés quoy M' de Guilleragues
fe leva , afin de laiffer ce
GALANT. 225
Miniftre en liberté de termi
ner les affaires des Particu
liers, & alla s'affeoir fur le me
meTabouret, dans un endroit
de la Sale plus éloigné des
Plaideurs qui venoient den
foule demander juftice . Leb
grand Vifir leur permit à
tous de s'approcher les uns
aprés les autres , & jugea plus.
de cent procés pendant une
heure & demie. Le grand Sei
gneur voyoit & entendoit
tout par une Jaloufie , qui étoit
audeffus du Siege du Vifir.
Lorfque le Divan fut achevé,
on apporta une petite table
226 MERCURE
ronde devant ce premier Miniftre
, à laquelle il mangea
feul avec M de Guilleragues,
qui y fut códuit par le Chaoux
Bachi. On en apporta quatre
autres en mefme temps , pour
le Janiffaire Aga , le Cadilef
Ker, le Tefterdar, le Rifchangi
Bachi , & pour ceux de la
fuite de M l'Ambaffadeur.
Ses deux Secretaires furent
menez à la feconde , deux autres
François à la quatrième,
& trois à la cinquième . LeCa
dilefker mangea feul à la troifiéme,
comme eftant une perfonne
de Loy , qui ne doit ja
GALANT. 227
mais manger avec dés gens
d'une Religion differente . On
fervit toutes ces Tables avec
beaucoup de magnificence à
la mode du Pays. Les fruits
& le ris n'y manquerent pas.
Le repas
dura une heure , &
M' de Guilleragues employa
ce temps bien moins à manger
, qu'à s'entretenir familie.
rement avec le Vifir , qui
écoutait avec grande attention
tout ce qu'il luy difoit
par la bouche du fieur Fonraine
fon Drogman. Aprés le
repas , M ' l'Ambaffadeur fut
reveſtu d'une riche Vefte , &
228 MERCURE
y
on en diftribua trente autres
à ceux de fa fuite. Le grand
Vifir fortit du Divan , & s'en
alla à l'appartement dugrand
Seigneur. M' l'Ambaſſadeur
fut conduit un demy- quart
d'heure aprés, avec fon Drogman
, fes deux Secretaires , &
fept autres perfonnes de fa
fuite , chacun ayant à fes cof
tez deux Capigis , qui ne leur
firent aucune contrainte , lors
mefine qu'il falut paroiſtre
devant fa Hauteffe, Il entra
dans la Salle d'Audience , ou
il vit le grand Seigneur affis
fur un Trône magnifique, qui
GALANT. 229
eftoit placé au fond. Ses ha
bits eftoient éclatans de pier
Feries , & ilavoit autour de luy
fes principaux Officiers. M
Ambaffadeur le falia par
ane profonde reverence , &
commença
un diſcours qu'il
prononça d'une maniere tresnoble
, & avec beaucoup de
dignité. Le grand Vifir l'ayant
voulu interrompre dans la
bouche du fieur Fontaine qui
l'interpretoit , le Grand Seigneur
dit à M' de Guilleragues
qu'il pouvoit pourſuivre ,
& demander ce qu'il luy plai
roit . Cette Audience dura prés
230 MERCURE
d'une demie heure , pendant
laquelle fa Hauteffe parla une
feconde fois à M l'Ambaffadeur
; ce qui n'avoit jamais
efté fait par les Sultans , qui
fe font toûjours contentez
d'entendre les Ambaſſadeurs ,
fans leur répondre autrement
que par un figne de teſte , en
leur faifant dire par leurs
Grands Vifirs , qu'ils font fatisfaits
de leurs complimens ,
& qu'ils répondront à la Lettre
de leurs Maiftres M de
Guilleragues ayant eſté ramené
de l'Audience , remonta
cheval hors du Serrail, & pour
GALANT. 231
fatisfaire à la coûtume , il fe
rangea auprés de la porte avec
tous ceux de fa fuite, pour en
voir fortir le Grand Vifir &
les autres Officiers , & défiler
les Janiffaires , aprés quoy il
fe retira gardant le mefme or
dre qu'il avoit tenu en arrivant.
Cette Audience a eu
trois particularitez qui la di
ftinguent de toutes les autres
qui ont efté accordées
auparavant aux Ambaſſadeurs
de France , le nombre
de trente Veſtes diftribuées à
fa Suite , neufperfonnes pour
lefuivre à l'Audience du
232 MERCURE
Grand Seigneur, & l'honneur
que fit fa Hauteffe à M' de
Guilleragues de lay parler jufques
à deux fois. A peine s'étoit-
il mis en chemin pour fe
retirer , que le Sultan fortit à
cheval par une porte de der
riere , pour aller fe divertir à
la chaffe . Il fortit encore le
lendemain , pour une autre ,
chaffe à laquelle il avoit refolu
d'employer foixante jours,
quelque temps fàcheux qu'il
euſt à craindre , cet exercice
n'eftant jamais plus agreable
à ce Prince , que lorfque le
froid eft grand , & que les
a
GALANT. 233
pluyes , les neges , & les glaces
font terribles . En effet
les gens du Serrail affcurent,,
qu'encore qu'il ne fe foûtienne
& ne marche qu'avec peine
il s'échauffe tellement
dés qu'il voit la nege , qu'on
ne peut jamais luy amener un
cheval affez promptement.
Il part fans attendre perfonne
pour le fuivre , laiffant à fes
Officiers la liberté de l'aller
joindre où ils peuvent.
Le 23 de Decembre , M
l'Ambaffadeur rendit vifite
au Muphti ; il y'alla à cheval,,
precedé de fes Janiffaires ,
y
234 MERCURE
Eftafiers , Valets de pied , &
Drogmans , & fuivy de fes
Officiers . Le Muphti , qui eſt
le Chef principal de la Religion
Mahometane, luy fit de
tres- grandes honneſtetez , &
receut avec un profond ref
pect la Lettre de Sa Majefté
qu'il luy prefenta. Le Café &
le Sorbet furent apportez
avec les Eaux de fenteur ; &
aprés qu'ils fe furent entretenus
quelque temps de chofes
generales , M' l'Ambaſſadeur
fe retira. Il trouva ce Muphti
tres mal logé , plus mal meublé,
& encore plus mal fervy
GALANT. 235
2
par dix ou douze Valers qui
compofoient tout fon Domeftique.
Il y a peut eftre plus
d'affectation dans cette fimplicité
, que de bonne & ſin.
cere intention , pour fe conformer
à la pauvreté que l'Al
coran ordonne à ceux de fa
forte , qui ne laiffent pas d'avoir
des revenus ftables &
confiderables
. On fait pour
la fubfiftance
du Muphti
, un
fond de deux mille Afpres par
jour, qui font environ foixan
te- cinq livres de noftre mon
noye ; & outre cela , il peutdifpofer
de quelques Benefi
Vij
236 MERCURE
ces qui dépendent de certai
nes Moſquées Royales , & en
tirer le plus d'argent qu'il luy
eft poffible , fans craindre dé
tre accusé de corruption. Ila
une authorité ſi grande , quen
quand il juge, ou qu'il decides
de quoy que ce foit, le Grand
Seigneur mefme ne s'y oppo.z
fe jamais. Le Sultan le con
fulte dans les affaires d'Eftatu
& ne bannit prefque jamais
un premier Vifir , ny n'ofte
un Bacha de fon employ fous
pretexte de crime , ny n'en
treprend rien de confiderable
qu'il n'ait la fentence du Mu
GALANT 237
phiti , parce qu'il paroift qu'il
y a plus d'équité dans le jugement
d'un homme de bien ,
que dans le pouvoir abfolu du
Prince. On fait rarement
mourir le Muphti ; & quand
cela arrive , on le dégrade
avant l'execution. Lorsqu'il
s'agit de crimes énormes ou
de trahison , on le met dans
un Mörtier , qui eft toûjours
gardé pour cela à Conftantinople
, dans la Priſon des fept
Tours. Son corps y eft pilé &
batu , jufqu'à ce que les os
& fa chair foient réduits en
bouillie.
238 MERCURE
M' de Guilleragues vit auff
le Capitan Pacha, Gendre du
Grand Seigneur , & fit cetre
vifite incognito , ayant remis
à le voir publiquement en
Ceremonie, lorfque ce Pacha
feroit de retour à Conftantinople
, où il exerce particulierement
fa Jurifdiction fur toure
l'Armée Navale. Le mois
de Janvier eftant venu, il voulut
prendre fon Audience de
Congé du Grand Vifir ; mais
des affaires importantes à l'Etat,
obligerent ce Miniſtre de
faire un voyage de dix jours
pour fe redre auprés du Grand
GALANT. 239
C
e
Seigneur, qui eftoit à la Chaffe
, à moitié chemin de Conftantinople
& d'Andrinople
.
Quelques jours aprés qu'il fut
revenu de ce voyage
, M
Ambafladeur
luy fit deman
der cette Audience
, qui luy
fut accordée pour le 29. de ce
mefme mois , avec autant de
pompe , d'éclat & de diftintion
qu'il l'avoit euë la premiere
fois , fans qu'il l'euft
follicitée. En effet , comme il
n'avoit pas crû que l'on y
deuft obferver la mefme regularité
que l'on avoit fait
dans la premiere, il avoit déja
240 MERCURE
renvoyé les livrées & fes habits
les plus magnifiques
à
Conftantinople
, fe conten .
tant d'aller à l'Audience veftu
d'une fort belle Vefte fourrée :
de Marte Zibeline, feul à che
val , & fuivy à pied de fes
principaux Domestiques , vé
tus auffi de longues Veſtes ,
fans Valers de pied. Cependant
le 28. Janvier , le fieur
Fontaine fon Drogman , vint
luy dire , que le Grand Vilir
avoit refolu de luy donner
encore trente Veſtes , pour
huy & pour la Suite, & de luy
envoyer trente chevaux de
fon :
GALANT. 241
fon Ecurie pour fa marche.
Cette difpofition qu'il n'attendoit
pas l'obligea de pren
dre d'autres melures . Il fit
appeller tous les François qui
fe trouverent à Andrinople,
pour rendre fon Cortege plus
nombreux , & pour avoir plus
de Perfonnes dignes de rece
voir l'honneur de la Vefte.
Il fit auffi revétir douze Grecs
qu'il avoit à fon fervice , d'ha
bits à leur mode , afin qu'ils
environnaffent fon Cheval ,
& que leurs Robes à la Gre
que répondiffent à l'Habit lóg
qu'il devoit porter, Les tren-
*Juin 1685 .
X
242 MERCURE
au
te Chevaux envoyez par le
Vizir , arriverent avec plufieurs
Officiers qui conduifi
rent M l'Ambaffadeur
Serrail de ce Miniftre . On le
conduifit d'abord dans la
Salle où l'on donne les Audiences
de cerémonie au
Muphti mefme , & au Fa
vory du Grand Seigneur, & à
peine y eut- il efté affis un de
my quart d'heure , qu'on le
vint prendre pour le mener
dans une tres belle Chambre,
differente de celle où il avoit
efté receu la premiere , fois.
Elle eftoit
magnifiquement
GALANT. 243
ornée. L'entrée n'y eft permile
qu'à fort peu de Turcs ,
& on affeure qu'aucun Chrétien
n'y eſtoit jamais entré.
Ml'Ambaffadeur s'y affit
d'abord fur le Tabouret
qu'on luy avoit préparé fur le
Sofa , & qui eftoit pofé fur la
Natte , comme celuy du Vizir.
Ce Miniftre eftant entré
un moment aprés , M ' de
Guilleragues fe leva pour
le
faluer , demeurant fur le Sofan
& Fun & l'autre s'affic
dans le mefme temps. L'Au.
dience qui dura prés d'une
heure,finit par les Régales du
X ij
244 MERCURE
Café , du Sorbet , des Eaux,
de Senteur , & du Parfum. Le
Grand Vizir remarquant que
M' l'Ambaffadeur avoit quelque
répugnance pour le Café
qu'on luy prefentoit , parce
qu'il eftoit ambré , commanda
qu'on en apportaft fans
ambre , & attendit à prendre
le fien qu'on luy en euſt ſervy
d'autre. Il luy donna avec
beaucoup de refpect la réponſe
du Grand Seigneur à
Sa Majesté. Elle eftoit dans un
gran Sachet de Brocard tres-,
riche , & cacheté d'une Bulle
d'or . M' de Guilleragues la
L GALANT
. 245
receut avec le mefme ref
pect , ainfi que la Lettre
que ce Miniftre écrivoit à
Sa Majefté. Enfuite l'on di
ftribua les trente Veftes .
M l'Ambaffadeurife
leva
un peu aprés , & fe retira
comblé d'honneurs
plus
qu'aucun Ambaffadeur qui
euft jamais efté à la Porte.
Le Sieur Fontaine portoit publiquement
devant luy la
Lettre de Sa Hauteffe , qu'il
luy avoit remife. Enfin par
an furcroift de faveur , le
Grand Vizir ordonna qu'on
luy fournit vingt Chevaux,
X iij
246 MERCURE
& vingt Chariots pour fon res
争
tour , quoy que la coûtume
foit que les Ambaffadeurs
retournent
à Conftantinople
à
leurs dépens . On cut de la
peine à trouver ce nombre de
Chariots, parce qu'ils eftoient
prefque tous employez à la
fuite du Grand Seigneur
, qui
continuoit à prendre le divertiffement
de la Chaffe. Ainfi
M'
l'Ambaffadeur
ne put partir
d'Andrinople
que le 26.
Fevrier. Il trouva les chemins
affez beaux pour la Saiſon , &
arriva le 22. à Conftantinople
,
ayant pour fa Perfonne un
GALANT. 247
La
Carroffe richement garny , &
fufpendu à la Polonnoife ,
dont le Grand Vizir luy avoit
fait prefent. Il defcendit de
Carroffe au fond du Port , où
M ' l'Archevêque de Cyfique,
Vicaire Patriarchal, l'attendoit
avec les Marchands François
& Venitiens , & plufieurs autres
Perfonnes affectionnées à
la France. Il entra en mefme
temps dans un Caïque qu'on
luy tenoit preft , & qui fut
fuivy d'un grand nombre
d'autres. En paffant devant
Galata, il fut falué de l'Artillerie
& de la Moufqueterie d'un
X iiij
248 MERCURE
Vaiffeau de deux Barques,
& d'une Tartane de Marſeil
le , & à fon débarquement à
Tophana , il trouva un Cheval
du Vaivode de Galata ,
qui le porta juſques au Palais
de France , où il fut receu de
Madame l'Ambaffadrice' , &
de Mademoiſelle de Guilleragues
fa Fille , avec une joye
extréme de le revoir aprés
une fi longue féparation ;
mais cette joye mêlée de celle
de le voir fortir avec tant
de gloire d'une Affaire fi fameuſe
avant & durant le
cours de fon Ambaffade , fur
GALANT. 249.
de tres- peu de durée. Cinq
jours aprés il fut attaqué d'u
ne Apoplexie , dont il mou
rut les . de Mars , aprés avoir
receu tous fes Sacremens , &
donné les plus fortes marques
d'une parfaite réfignation
à la volonté de Dieu.
On peut dire fans exagerer,
qu'il a efté regreté de toute la
Ville de
Conftantinople. Ou
tre les Grecs, les Arméniens,
& les Juifs mefme , les Turcs,
depuis les principaux juf
qu'aux moindres , ont donné
des témoignages
publics de
la part qu'ils prenoient à cet-
I
250 MERCURE
te perte. LeCapitan Pachaen
voya s'informer plufieurs fois
de fa fanté pendant qu'il étoit
'malade , & dit en prefence de
beaucoupde monde, qu'il n'avoit
point connu de Chrétien
qui meritaft plus d'eftre efti
mé & chery. Le Caimacan , le
Frere du Grand Vizir Coproli
, & les plus confiderables
Officiers de Conftantinople
,
n'ont point caché l'affliction
qu'ils en reffentoient , & le
Grand Vizir n'en eut pas plûtoft
appris la nouvelle par un
Courier que le Caimacan luy
dépefcha , que pour témoi
GALANT. 251
gner combien il eftimoit fa
mémoire , il en dépefcha auffi-
toft un autre au Caimacan,
avec ordre de faire faire fon
compliment
de condoleance
à Madame l'Ambaffadrice
, &
de l'affeurer que fon intention
eftoit que les choſes demeuraffent
fous fon autorité,
dans le mefme état où M de
Guilleragues
les avoit laiffées
lors qu'il eftoit party d'Andrinople.
Il la fit prier en
mefine temps d'envoyer
au
plûtoft la Lettre de Sa Hau
teffe à Sa majesté. Ce Miniſtre
ordonna de plus au Cai252
MERCURE
macan de faire en forte qu
que
Madame l'Ambaffadrice
, &
tous les François fuffent encore
dans une plus grande
confideration
, s'il fe pouvoit,
que pendant la vie de M
l'Ambaffadeur. Le Caima
can qui appella le Sieur Fontaine
fi toft que cet ordre fut
venu , pour l'envoyer affeurer
Madame l'Ambaffadrice
des intentions du Grand Vizir
, luy recommanda auffi
fur toutes chofes , de luy donner
avis de tous les befoins
qu'elle pourroit avoir pour ce
qui la touche en particulier,
GALANT. 253
& pour le bien du Commer,
ce , & la feureté des interefts
de l'Empereur de France
dans les Etats du Grand Seigneur
fon Mailtre , ce qui
fait connoiftre la haute ré
putation que M' de Guilleragues
s'eltoit acquife à la
Porte.
la gloire de fon Souverain
dans une Ambaffade, ny s'ent
acquitter avec plus d'éclat &
de prudence qu'a fait M' de
vel
?
Riij
198 MERCURE
"
Guilleragues , dans tout le
temps qu'il a eſté à Conſtan
tinople. Il eſt vray que ceux
qui ont une Dignité pareille
à foûtenir , n'ont pas de peine
perfuader ce qu'eft un Prin
ce, à qui fes Vertus & ſes furprenans
Exploits ont acquis
fi juftement le furnom de
Grand , puifque la Renommée
prend toûjours foin de le
devancer , & qu'elle apprend
avant eux aux Nations les
plus reculées tout ce qu'ils en
peuvent dire. Ainfi- ils arrivent
dans des lieux où les ef
prits font préparez à les croiGALANT.
199
re. Ceft ce qui a fait accor
der tant de chofes à M' de
Guilleragues , en faveur de
la Religion Catholique . Tour
ce qu'a fait cet Ambaffadeur,
a efté fait avec tant d'éclat &
tant de hauteur , & avec des
circonftances fi dignes d'ef
tre remarquées , que les quatre
ou cinq Relations que
vous avez dans mes Lettres ,
depuis qu'il eft party pour
l'Ambaffade de Conftantino
ple , font des morceaux qui
meritent d'être confervez é
ternellement. Voicy le dernier
, puifqu'on peut dire que:
R.iiij.
200 MERCURE
M' de Guilleragues eft mort
prefque en fortant de l'ADdience
du Grand Seigneur, &
aprés en avoir obtenu tout ce
qu'il pouvoit fouhaiter pour
la gloire de fon Maistre , &
pour le repos des Catholiques
quifont dans le Levant . On
quitte la vie avec moins de
peine , quand on en fort avec
la fatisfaction d'avoir fervy
utilement l'Eglife , fon Prince
& fa Patrie. Vous aurez peuteftre
veu déja des copies , &
mefme imprimées , de la Relation
que vous allez lire , ou
dumoins qui luy reffemblent
GALANT. 201
fr fort , que vous croirez que
ce foit la mefme choſe. Vous
ne deyés pas vous en étonner.
La verité eftant une ,les Relations
diverfes d'une mefme
action , doivent avoir plus de
reffemblance , que les Ou
vrages d'efprit fur une meſme
matiere. Il faut donc les rez
garder , comme devant effre
femblables dans les faits qu'el
les rapportent, mais differentes
pour avoir plus ou moins
de circonftances. Celle dont
on m'a fait part , en eft la plus
remplie;& tous ceux qui voudront
bien les examiner, n'au
202 MERCURE
ront pas de peine à sen de
meurer d'accord. Voicy ce
qu'elle contient .
30
d'o
M' de Guilleragues arri
va à Andrinople le
ctobre de l'année derniere ,
accompagné du Grand E
cuyer , de l'Aga des Janiſſai,
res , & de plufieurs autres
Officiers du Grand Seigneur,
qui eftoient venus le reces
voir à une lieuë de la Ville , &
qui l'y amenerent au milieu
d'une haye de Janiffaires fous
les armes . Le Grand Vifir qui
eftoit indifpofé , n'ayant pû
luy donner audience que le
و ت ا
GALANT. 203
28. de ce mefme mois , il emu
ploya tout ce temps à faire
connoiftre avec vigueur de
quelle maniere il prétendoit
que cette Audience luy fuft
donnée . Il infifta fur tout à
la refuſer dans la Chambre
où tous les Ambaſſadeurs ont
accoûtumé de la recevoir à
Andrinople , parce qu'il fçavoit
que le Sofa ou Eftrade,
y eftoit difpofé de telle forte ,
qu'occupant prefque toute
cette Chambre , il n'y reftoit
qu'un petit cfpace pour pofer
les Pabouches ou Souliers,
que les Turcs doivent y lai
204 MERCURE
4
fer lors qu'ils y entrent. On
luy fit connoiftre que le
Grand Vizir n'y recevoit pas
feulement les Ambaſſadeurs,
mais encore le Muphi & le
Mufahib, ou Favory du Grand
Seigneur , qui eltoient les
Perfonnes de tout l'Empire
qu'il devoir le plus confide
rer. M l'Ambaffadeur ré
pondit que le Muphri & le
Mufahib ne difputoient pas
au Grand Vizir les honneurs
qu'il leur rendoit , mais que
la forme du Sopha , & la ma
niere d'y eftre receu , eſtant
des points qui avoient fait
GALANT: 205
naiftre un different dont le
bruit s'eftoit répandu depuis
cinq ans dans toute l'Europe,
cote conteftation devoit eftre
terminée avec un éclat , qui
reparaſt le tort que l'on avoit
prétendu faire à l'honneur
qui eft deu fi juftement aux
Ambaffadeurs de France. Ses
raifons furent receuës , & on
Paffeura qu'il feroit entierement
fatisfait fur fa demande,
& fur toutes les autres qu'il
avoit déja faites fur ce fujet
Ainfi il ne fit plus difficulté
de fe faire conduire au Serrail
du Grand Vizir , le jour
206 MERCURE
qu'on avoit choiſi pour cette
Cerémonie Il y alla riche
ment vétu à la Françoife , &
monté furumfuperbe Cheval
de l'Ecurie du Grand Sei
gneur. Sa Suite eftoit de 70
Perfonnes , tant de fa Mailon
que des principaux Mar
chands François , tous trespropres
& tres leftes . Hentra
dans le Serrail du Grand Vizir,
& ayant mis pied à terre il
fut conduit par plufieurs Sales
à la Chambre où ce Minitre
reçoit Sa Hauteffe , lors
q'Elle luy fait l'honneur de
le vifiter. Cette Chambre
+
GALANT
. 207
deftinée pour l'Audience,
eftoit ornée de Peintures &
de dorures , & meubleé de
Minders , & de Couffins magnifiques.
Ily avoit au mi
lieu un Baflin de Marbre , environné
de Vafes remplis de
Fleurs , & avec plufieurs jers
d'eau. M' de Guilleragues
monta fur le Sofa , voyant
qu'il eftoit de la maniere qu'il
l'avoit demandé. Les Tabourers
, également enrichis
d'une broderie relevée d'or
fur un fond de Velours rou
ge , eftoient fur une mefme
ligne , tous deux fur la Natte,
208 MERCURE
C
fans que celuy du Vizir fuft
fur le Minder. Il prit fa Place
fur le Tabouret qui regar
doit la Porte pár où il eftoit
entré, & de Grand Vizir arri
va un peu aprés par une autre
Porte qui eftoit du cofté de
Bautre Tabouret. Il monta
fur le Sofa , & M' l'Ambaſſadeur
fe contenta de fe lever
pendant ce temps fans quicter
fa Place , quoy que tresfouvent
il fuft arrivé que les
Ambaffadeurs eftoient demeurez
debout au bas du So
fa , en attendant l'arrivée du
Grand Vizir. Aprés les faluts
GALANT. 209:
réciproques , il fe remit fur
fon Tabouret dans le mefme
temps que le Grand Vizir
s'aflit fur le fien , & alors le :
Salem Chaoux prononça
ſclon
la coûtume une courte
Priere à haute voix , pour la
profperité duGrand Seigneur,
ce qui eft une des fonctions
de fa Charge. Le Compli
ment de M l'Ambaffadeur,,
également fort & obligeant,,
fut interpreté en Turc par le
Sieur Fontaine , le Sieur For--
mefti premier Drogman ,,
n'ayant pû venir à Andrinople
à cause d'une indifpofis-
Juin 1685
S
210 MERCURE
tion . Il s'étendit fur le dignechoix
que Sa Hauteffe avoit
fait de la Perfonne de ce Mi
niftre , pour fe repofer fur fa
prudence , & fur la capacité
des Affaires de l'Empire. Le
Grand Vizir répondit par le
compliment ordinaire , c'eft
à dire , que Ml Ambaſſadeur
eftoit le tres bien venu , ce qu'il
répéta jufqu'à quatre fois,
quoy que les autres Vizirs
n'euffent accoûtumé de le
dire qu'une. Il ne pouvoit
mieux marquer le plaifir qu'il
reffentoit de voir cét Ambaf
fadeur , que par la répetition
द
GALANT 211
xe
les
de ces termes , par lesquels
les Turcs témoignent la joye
qu'ils ont de voir leurs Amis.
Il fe fervit auffi plufieurs fois .
du mot d'Eltechi , qui veut di-
Ambaffadeur , & parla tot
jours à la troifiéme Perfonne
; ce qui eft parmy.
Turcs une grande marque de:
confideration & de refpect..
Mi de Guilleragues remercia.
fort le Grand Vizir , de l'Aga :
qu'il luy avoit envoyé à Con
ftantinople pour Tamener,.
fe louant de fa diligence , &
de fes foins dans toutes les
chofes qui regardoient fa
•
Sij
212 MERCURE
Commiffion
;
& cela fut
avantageux à cét Aga , puis
que s'agiflant en ce tempslà
d'envoyer quelqu'un à
Bude , pour des ordres qu'on
avoit à y porter , ce qui ef
toit dangereux : & un Officier
l'ayant propofé au Grand
Vizir , ce Miniftre répondit
qu'il eftoit trop néceſſaire à
l'Ambaffadeur de France , &
qu'il falloit en choiſir un autre.
Peu de temps aprés il fur
revétu de la Charge de Capigilar-
Kiaiafi , l'une des trois
principales de la Maiſon du
Vizir. La converfation ayant
GALANT. 213
duré prés d'une heure , on apporta
le Café. Il fut prefenté
dans le mefme temps à l'un
& à l'autre , aprés que l'on cut
mis devant eux un grand
mouchoir de broderie , d'une
beauté & d'une richeffe égale.
Cela donna lieu au Grand
Vizir de demander à M
l'Ambaffadeur s'il aimoit cette
boiffon. Il répondit que le
Thé , & le Chocolat luy fembloient
meilleurs . Le Sorbet,
le Parfum , & les Eaux de
fenteur leur furent fervis enfuite
, & prefentez à tous
deux en melme temps. Ce
214 MERCURE
la eftant fait , le Grand Vizir
affeura M. l'Ambaffadeur,
qu'il employeroit tous les
foins pour le mener peu de
jours aprés à l'Audience du
Grand Seigneur, dont ilpou
voit efperer la reception la
plus favorable , luy promertant
paravance l'accompliffement
de toutes les chofes .
qu'il demanderoit . M de
Guilleragues fe lèva dans ce
moment pour recevoir là
Vefte dont il fut reveftü en
prefence de ce Miniftre. On
diftribuales autres Veſtesaux .
principaux de la Suite , juk
t
GALANT. 213
4.5
-
ques au nombre de trente,
ce qui n'avoit efté accordé à
aucun des autres Ambaffadeurs
, qui n'en avoient jamais
eu plus de vingt. Un
-Marchand Anglois , & un autre
Marchand Hollandois qui
s'eftoient trouvez à Andrinople
, & que cét Ambaſſadeur
avoit invitez à l'accompagner
à l'Audience , curent chacun
une de ces Veftes. Cette diftribution
achevée , M de
Guilleragues fe leva , & ſe retira
aprés avoir falüé le Grand
Vifir ,qui fe leva dans le même
temps , & qui luy dit encore
216 MERCURE
une fois , Vous eftes le tres-bien
venu. Il retourna à fon Palais
dans le mefme ordre qu'il
eftoit forty , eftant reconduit
par les mefmes Officiers , auf.
quels fe joignit Seferbec , Interprete
de la Porte , que le
fieur Fontaine avoit interrompu
fi adroitement , lors qu'il
entreprenoit d'interpreter les
paroles du Vizir , qu'il ne put
en proferer quatre de fuite
pendant tout le temps deÎ'Audience.
Comme les Ceremonies
en furent fort differentes
de celles que l'on avoit
obfervées par le paffe , lors
qu'on
GALANT. 217
*
quo y avoit admis les Ambalfadeurs
de France , le Tefchrifat.
Emini, c'eft à dire, le Maître
& Conſervateur des Cere.
monies , prefenta une Requefte
, pour demander qu'on les
inferaft das les Archives, comme
n'ayant jamais efté pratiquées
depuis le commencement
de l'Empire , criant
tout haut qu'ilfaloit brûler l'an
cien Regiftre. Jamais les Turcs
n'ont témoigné tant de joye
d'aucun fuccés qui leur ait
efté avantageux, que dans cet
te occafion
. Ils regardoient
M' de Guilleragues
comme
Juin 1685
T
218 MERCURE
le Liberateur de leur Empire,
puifqu'il avoit terminé fi heureufement
une affaire , dont
ils avoient craint des fuites
fâcheufes. Ce n'a pas efté fans
beaucoup de peine qu'il en
eft venu à bout avec tant de
gloire. Il a eu des Ennemis
qui l'ont traversé de tout leur
pouvoir ; mais il a ſceu fi bien
détourner par fa prudence
deurs dangereufes cabales ,
qu'il a donné lieu à quelquesuns
de fe repentir d'avoir
cherché à luy nuire . Il s'en
falut peu entre autres que
l'on ne mift en Prifon le Re-
**
"
GALANT. 219
fident de Michel Abaffy ,
Prince de Tranfilvanie , qui
par ordre de fon Maistre
voulut infinuer à la Porte ,
beaucoup de chofes entierement
oppofées aux droi
tes intention de M. l'Ambaffadeur.
Le Kiaia du Grand
Vifir receut un commandement
exprés d'aller luy en
faire reprimande. Il la luy
fit dune maniere fi feche ,
qu'il en fut malade dangereufement
pendant huit jours.
Ce qui effraya le plus ce Refident
, ce fut qu'on luy dir ,
•
Tij
220 MERCURE
qu'Abaffy eftoit en liberté
de faire ce qu'il voudroit , &
qu'il cherchoit inutilement
des pretextes à fa revolte . En
mefme temps pour mettre ſa
fidelité à l'épreuve , le Grand
Seigneur donna un ordre qui
1
obligeoit Abaffy de payer fon
Tribut en bled , & de le faire
tranfporter vers la Pologne ,
à l'Armée de Soliman Pacha ;
ce qu'il ne pouvoit executer ,
fans s'expofer au peril de foûlever
tous fesPeuples, qui n'en
recueillent que ce qui eft abfolument
neceffaire à leur
fubfiftance. La veille de l'Au-
1
GALANT. 221
dience , M' de Guilleragues
avoit envoyé fes prefens au
Grand Vifir , fuivant la cou
tume. Ce Miniftre , pour té
moigner qu'il les recevoit
agreablement , donna quarante
Sequins aux Drogmans
qui les porterent. C'eftoient
les fieurs Fontaine & Perru
que. Le Kiaia leur en donna
encore dix, lorfqu'ils luy por
terent ceux qui eftoient pour
luy,mais ces Drogmans, pour
faire connoiftre que l'intereft
ne les touchoit pas, diftribue .
rent la plus grande partie de
ces deux fommes aux Offi
Tiij
222 MERCURE
ciers de la maifon du Vifir
L'Audience du grand Seigneur
ne fut donnée à M ' de
Guilleragues que le 26. de
Novembre. Comme il eftoit
ce jour - là Dimanche , il entendit
la Meffe de fort bon
matin , & partit fur les huit
heures , accompagné du
Chaoux Bachi , & d'autres
Chaoux , & fuivy de fes Domeftiques
, & des principaux
Marchands François . Il ferendit
au Serrail de fa Hauteffe ,
& eftant entré dans la grande
Court, il y trouva environ mille
Janiffaires rangez , qui ef
#
GALANT 223
toit tout de quil y avoit alors
de cette Milice à Andrinople
. Dés qu'ils l'eurent apperceu
, ils prirent tous une
courfe , qui fut limitée par
plufieurs plats ou grands baffins
de Pilau , c'eft à dire de
ris cuit , regale ordinaire qu'
on leur fait dans des occafions
de cette nature . M' de Guilleragues
,
qu'on
pour
都fans s'arrefter à ce
on faifoit d'extraordinaire
le recevoir , continua
fon chemin jufques à la Sale
du Divan , où il entra , fuivy
de Mrs Merille & Noguerres,
Secretaires de l'Ambaffade
Tiiij
224 MERCURE
de fix de fes Domestiques , &
de deux Drogmans.Le grand.r
Vifir l'y attendoit avec le Ja
niffaire Aga , le Cadilefker, le
Tefterdar , & le Rifchangi
Bachi , tous affis à quelque
diſtance les uns des autres
fur un banc de Parquet attaché
à la muraille . M' l'Ambaffadeur
eſtant entré , s'affit
fur un Tabouret qu'on avoit
placé prés & vis-à - vis du Vi
r. Ils fe firent des complimens
reciproques , fur la joye
qu'ils avoient de fe revoir ;
aprés quoy M' de Guilleragues
fe leva , afin de laiffer ce
GALANT. 225
Miniftre en liberté de termi
ner les affaires des Particu
liers, & alla s'affeoir fur le me
meTabouret, dans un endroit
de la Sale plus éloigné des
Plaideurs qui venoient den
foule demander juftice . Leb
grand Vifir leur permit à
tous de s'approcher les uns
aprés les autres , & jugea plus.
de cent procés pendant une
heure & demie. Le grand Sei
gneur voyoit & entendoit
tout par une Jaloufie , qui étoit
audeffus du Siege du Vifir.
Lorfque le Divan fut achevé,
on apporta une petite table
226 MERCURE
ronde devant ce premier Miniftre
, à laquelle il mangea
feul avec M de Guilleragues,
qui y fut códuit par le Chaoux
Bachi. On en apporta quatre
autres en mefme temps , pour
le Janiffaire Aga , le Cadilef
Ker, le Tefterdar, le Rifchangi
Bachi , & pour ceux de la
fuite de M l'Ambaffadeur.
Ses deux Secretaires furent
menez à la feconde , deux autres
François à la quatrième,
& trois à la cinquième . LeCa
dilefker mangea feul à la troifiéme,
comme eftant une perfonne
de Loy , qui ne doit ja
GALANT. 227
mais manger avec dés gens
d'une Religion differente . On
fervit toutes ces Tables avec
beaucoup de magnificence à
la mode du Pays. Les fruits
& le ris n'y manquerent pas.
Le repas
dura une heure , &
M' de Guilleragues employa
ce temps bien moins à manger
, qu'à s'entretenir familie.
rement avec le Vifir , qui
écoutait avec grande attention
tout ce qu'il luy difoit
par la bouche du fieur Fonraine
fon Drogman. Aprés le
repas , M ' l'Ambaffadeur fut
reveſtu d'une riche Vefte , &
228 MERCURE
y
on en diftribua trente autres
à ceux de fa fuite. Le grand
Vifir fortit du Divan , & s'en
alla à l'appartement dugrand
Seigneur. M' l'Ambaſſadeur
fut conduit un demy- quart
d'heure aprés, avec fon Drogman
, fes deux Secretaires , &
fept autres perfonnes de fa
fuite , chacun ayant à fes cof
tez deux Capigis , qui ne leur
firent aucune contrainte , lors
mefine qu'il falut paroiſtre
devant fa Hauteffe, Il entra
dans la Salle d'Audience , ou
il vit le grand Seigneur affis
fur un Trône magnifique, qui
GALANT. 229
eftoit placé au fond. Ses ha
bits eftoient éclatans de pier
Feries , & ilavoit autour de luy
fes principaux Officiers. M
Ambaffadeur le falia par
ane profonde reverence , &
commença
un diſcours qu'il
prononça d'une maniere tresnoble
, & avec beaucoup de
dignité. Le grand Vifir l'ayant
voulu interrompre dans la
bouche du fieur Fontaine qui
l'interpretoit , le Grand Seigneur
dit à M' de Guilleragues
qu'il pouvoit pourſuivre ,
& demander ce qu'il luy plai
roit . Cette Audience dura prés
230 MERCURE
d'une demie heure , pendant
laquelle fa Hauteffe parla une
feconde fois à M l'Ambaffadeur
; ce qui n'avoit jamais
efté fait par les Sultans , qui
fe font toûjours contentez
d'entendre les Ambaſſadeurs ,
fans leur répondre autrement
que par un figne de teſte , en
leur faifant dire par leurs
Grands Vifirs , qu'ils font fatisfaits
de leurs complimens ,
& qu'ils répondront à la Lettre
de leurs Maiftres M de
Guilleragues ayant eſté ramené
de l'Audience , remonta
cheval hors du Serrail, & pour
GALANT. 231
fatisfaire à la coûtume , il fe
rangea auprés de la porte avec
tous ceux de fa fuite, pour en
voir fortir le Grand Vifir &
les autres Officiers , & défiler
les Janiffaires , aprés quoy il
fe retira gardant le mefme or
dre qu'il avoit tenu en arrivant.
Cette Audience a eu
trois particularitez qui la di
ftinguent de toutes les autres
qui ont efté accordées
auparavant aux Ambaſſadeurs
de France , le nombre
de trente Veſtes diftribuées à
fa Suite , neufperfonnes pour
lefuivre à l'Audience du
232 MERCURE
Grand Seigneur, & l'honneur
que fit fa Hauteffe à M' de
Guilleragues de lay parler jufques
à deux fois. A peine s'étoit-
il mis en chemin pour fe
retirer , que le Sultan fortit à
cheval par une porte de der
riere , pour aller fe divertir à
la chaffe . Il fortit encore le
lendemain , pour une autre ,
chaffe à laquelle il avoit refolu
d'employer foixante jours,
quelque temps fàcheux qu'il
euſt à craindre , cet exercice
n'eftant jamais plus agreable
à ce Prince , que lorfque le
froid eft grand , & que les
a
GALANT. 233
pluyes , les neges , & les glaces
font terribles . En effet
les gens du Serrail affcurent,,
qu'encore qu'il ne fe foûtienne
& ne marche qu'avec peine
il s'échauffe tellement
dés qu'il voit la nege , qu'on
ne peut jamais luy amener un
cheval affez promptement.
Il part fans attendre perfonne
pour le fuivre , laiffant à fes
Officiers la liberté de l'aller
joindre où ils peuvent.
Le 23 de Decembre , M
l'Ambaffadeur rendit vifite
au Muphti ; il y'alla à cheval,,
precedé de fes Janiffaires ,
y
234 MERCURE
Eftafiers , Valets de pied , &
Drogmans , & fuivy de fes
Officiers . Le Muphti , qui eſt
le Chef principal de la Religion
Mahometane, luy fit de
tres- grandes honneſtetez , &
receut avec un profond ref
pect la Lettre de Sa Majefté
qu'il luy prefenta. Le Café &
le Sorbet furent apportez
avec les Eaux de fenteur ; &
aprés qu'ils fe furent entretenus
quelque temps de chofes
generales , M' l'Ambaſſadeur
fe retira. Il trouva ce Muphti
tres mal logé , plus mal meublé,
& encore plus mal fervy
GALANT. 235
2
par dix ou douze Valers qui
compofoient tout fon Domeftique.
Il y a peut eftre plus
d'affectation dans cette fimplicité
, que de bonne & ſin.
cere intention , pour fe conformer
à la pauvreté que l'Al
coran ordonne à ceux de fa
forte , qui ne laiffent pas d'avoir
des revenus ftables &
confiderables
. On fait pour
la fubfiftance
du Muphti
, un
fond de deux mille Afpres par
jour, qui font environ foixan
te- cinq livres de noftre mon
noye ; & outre cela , il peutdifpofer
de quelques Benefi
Vij
236 MERCURE
ces qui dépendent de certai
nes Moſquées Royales , & en
tirer le plus d'argent qu'il luy
eft poffible , fans craindre dé
tre accusé de corruption. Ila
une authorité ſi grande , quen
quand il juge, ou qu'il decides
de quoy que ce foit, le Grand
Seigneur mefme ne s'y oppo.z
fe jamais. Le Sultan le con
fulte dans les affaires d'Eftatu
& ne bannit prefque jamais
un premier Vifir , ny n'ofte
un Bacha de fon employ fous
pretexte de crime , ny n'en
treprend rien de confiderable
qu'il n'ait la fentence du Mu
GALANT 237
phiti , parce qu'il paroift qu'il
y a plus d'équité dans le jugement
d'un homme de bien ,
que dans le pouvoir abfolu du
Prince. On fait rarement
mourir le Muphti ; & quand
cela arrive , on le dégrade
avant l'execution. Lorsqu'il
s'agit de crimes énormes ou
de trahison , on le met dans
un Mörtier , qui eft toûjours
gardé pour cela à Conftantinople
, dans la Priſon des fept
Tours. Son corps y eft pilé &
batu , jufqu'à ce que les os
& fa chair foient réduits en
bouillie.
238 MERCURE
M' de Guilleragues vit auff
le Capitan Pacha, Gendre du
Grand Seigneur , & fit cetre
vifite incognito , ayant remis
à le voir publiquement en
Ceremonie, lorfque ce Pacha
feroit de retour à Conftantinople
, où il exerce particulierement
fa Jurifdiction fur toure
l'Armée Navale. Le mois
de Janvier eftant venu, il voulut
prendre fon Audience de
Congé du Grand Vifir ; mais
des affaires importantes à l'Etat,
obligerent ce Miniſtre de
faire un voyage de dix jours
pour fe redre auprés du Grand
GALANT. 239
C
e
Seigneur, qui eftoit à la Chaffe
, à moitié chemin de Conftantinople
& d'Andrinople
.
Quelques jours aprés qu'il fut
revenu de ce voyage
, M
Ambafladeur
luy fit deman
der cette Audience
, qui luy
fut accordée pour le 29. de ce
mefme mois , avec autant de
pompe , d'éclat & de diftintion
qu'il l'avoit euë la premiere
fois , fans qu'il l'euft
follicitée. En effet , comme il
n'avoit pas crû que l'on y
deuft obferver la mefme regularité
que l'on avoit fait
dans la premiere, il avoit déja
240 MERCURE
renvoyé les livrées & fes habits
les plus magnifiques
à
Conftantinople
, fe conten .
tant d'aller à l'Audience veftu
d'une fort belle Vefte fourrée :
de Marte Zibeline, feul à che
val , & fuivy à pied de fes
principaux Domestiques , vé
tus auffi de longues Veſtes ,
fans Valers de pied. Cependant
le 28. Janvier , le fieur
Fontaine fon Drogman , vint
luy dire , que le Grand Vilir
avoit refolu de luy donner
encore trente Veſtes , pour
huy & pour la Suite, & de luy
envoyer trente chevaux de
fon :
GALANT. 241
fon Ecurie pour fa marche.
Cette difpofition qu'il n'attendoit
pas l'obligea de pren
dre d'autres melures . Il fit
appeller tous les François qui
fe trouverent à Andrinople,
pour rendre fon Cortege plus
nombreux , & pour avoir plus
de Perfonnes dignes de rece
voir l'honneur de la Vefte.
Il fit auffi revétir douze Grecs
qu'il avoit à fon fervice , d'ha
bits à leur mode , afin qu'ils
environnaffent fon Cheval ,
& que leurs Robes à la Gre
que répondiffent à l'Habit lóg
qu'il devoit porter, Les tren-
*Juin 1685 .
X
242 MERCURE
au
te Chevaux envoyez par le
Vizir , arriverent avec plufieurs
Officiers qui conduifi
rent M l'Ambaffadeur
Serrail de ce Miniftre . On le
conduifit d'abord dans la
Salle où l'on donne les Audiences
de cerémonie au
Muphti mefme , & au Fa
vory du Grand Seigneur, & à
peine y eut- il efté affis un de
my quart d'heure , qu'on le
vint prendre pour le mener
dans une tres belle Chambre,
differente de celle où il avoit
efté receu la premiere , fois.
Elle eftoit
magnifiquement
GALANT. 243
ornée. L'entrée n'y eft permile
qu'à fort peu de Turcs ,
& on affeure qu'aucun Chrétien
n'y eſtoit jamais entré.
Ml'Ambaffadeur s'y affit
d'abord fur le Tabouret
qu'on luy avoit préparé fur le
Sofa , & qui eftoit pofé fur la
Natte , comme celuy du Vizir.
Ce Miniftre eftant entré
un moment aprés , M ' de
Guilleragues fe leva pour
le
faluer , demeurant fur le Sofan
& Fun & l'autre s'affic
dans le mefme temps. L'Au.
dience qui dura prés d'une
heure,finit par les Régales du
X ij
244 MERCURE
Café , du Sorbet , des Eaux,
de Senteur , & du Parfum. Le
Grand Vizir remarquant que
M' l'Ambaffadeur avoit quelque
répugnance pour le Café
qu'on luy prefentoit , parce
qu'il eftoit ambré , commanda
qu'on en apportaft fans
ambre , & attendit à prendre
le fien qu'on luy en euſt ſervy
d'autre. Il luy donna avec
beaucoup de refpect la réponſe
du Grand Seigneur à
Sa Majesté. Elle eftoit dans un
gran Sachet de Brocard tres-,
riche , & cacheté d'une Bulle
d'or . M' de Guilleragues la
L GALANT
. 245
receut avec le mefme ref
pect , ainfi que la Lettre
que ce Miniftre écrivoit à
Sa Majefté. Enfuite l'on di
ftribua les trente Veftes .
M l'Ambaffadeurife
leva
un peu aprés , & fe retira
comblé d'honneurs
plus
qu'aucun Ambaffadeur qui
euft jamais efté à la Porte.
Le Sieur Fontaine portoit publiquement
devant luy la
Lettre de Sa Hauteffe , qu'il
luy avoit remife. Enfin par
an furcroift de faveur , le
Grand Vizir ordonna qu'on
luy fournit vingt Chevaux,
X iij
246 MERCURE
& vingt Chariots pour fon res
争
tour , quoy que la coûtume
foit que les Ambaffadeurs
retournent
à Conftantinople
à
leurs dépens . On cut de la
peine à trouver ce nombre de
Chariots, parce qu'ils eftoient
prefque tous employez à la
fuite du Grand Seigneur
, qui
continuoit à prendre le divertiffement
de la Chaffe. Ainfi
M'
l'Ambaffadeur
ne put partir
d'Andrinople
que le 26.
Fevrier. Il trouva les chemins
affez beaux pour la Saiſon , &
arriva le 22. à Conftantinople
,
ayant pour fa Perfonne un
GALANT. 247
La
Carroffe richement garny , &
fufpendu à la Polonnoife ,
dont le Grand Vizir luy avoit
fait prefent. Il defcendit de
Carroffe au fond du Port , où
M ' l'Archevêque de Cyfique,
Vicaire Patriarchal, l'attendoit
avec les Marchands François
& Venitiens , & plufieurs autres
Perfonnes affectionnées à
la France. Il entra en mefme
temps dans un Caïque qu'on
luy tenoit preft , & qui fut
fuivy d'un grand nombre
d'autres. En paffant devant
Galata, il fut falué de l'Artillerie
& de la Moufqueterie d'un
X iiij
248 MERCURE
Vaiffeau de deux Barques,
& d'une Tartane de Marſeil
le , & à fon débarquement à
Tophana , il trouva un Cheval
du Vaivode de Galata ,
qui le porta juſques au Palais
de France , où il fut receu de
Madame l'Ambaffadrice' , &
de Mademoiſelle de Guilleragues
fa Fille , avec une joye
extréme de le revoir aprés
une fi longue féparation ;
mais cette joye mêlée de celle
de le voir fortir avec tant
de gloire d'une Affaire fi fameuſe
avant & durant le
cours de fon Ambaffade , fur
GALANT. 249.
de tres- peu de durée. Cinq
jours aprés il fut attaqué d'u
ne Apoplexie , dont il mou
rut les . de Mars , aprés avoir
receu tous fes Sacremens , &
donné les plus fortes marques
d'une parfaite réfignation
à la volonté de Dieu.
On peut dire fans exagerer,
qu'il a efté regreté de toute la
Ville de
Conftantinople. Ou
tre les Grecs, les Arméniens,
& les Juifs mefme , les Turcs,
depuis les principaux juf
qu'aux moindres , ont donné
des témoignages
publics de
la part qu'ils prenoient à cet-
I
250 MERCURE
te perte. LeCapitan Pachaen
voya s'informer plufieurs fois
de fa fanté pendant qu'il étoit
'malade , & dit en prefence de
beaucoupde monde, qu'il n'avoit
point connu de Chrétien
qui meritaft plus d'eftre efti
mé & chery. Le Caimacan , le
Frere du Grand Vizir Coproli
, & les plus confiderables
Officiers de Conftantinople
,
n'ont point caché l'affliction
qu'ils en reffentoient , & le
Grand Vizir n'en eut pas plûtoft
appris la nouvelle par un
Courier que le Caimacan luy
dépefcha , que pour témoi
GALANT. 251
gner combien il eftimoit fa
mémoire , il en dépefcha auffi-
toft un autre au Caimacan,
avec ordre de faire faire fon
compliment
de condoleance
à Madame l'Ambaffadrice
, &
de l'affeurer que fon intention
eftoit que les choſes demeuraffent
fous fon autorité,
dans le mefme état où M de
Guilleragues
les avoit laiffées
lors qu'il eftoit party d'Andrinople.
Il la fit prier en
mefine temps d'envoyer
au
plûtoft la Lettre de Sa Hau
teffe à Sa majesté. Ce Miniſtre
ordonna de plus au Cai252
MERCURE
macan de faire en forte qu
que
Madame l'Ambaffadrice
, &
tous les François fuffent encore
dans une plus grande
confideration
, s'il fe pouvoit,
que pendant la vie de M
l'Ambaffadeur. Le Caima
can qui appella le Sieur Fontaine
fi toft que cet ordre fut
venu , pour l'envoyer affeurer
Madame l'Ambaffadrice
des intentions du Grand Vizir
, luy recommanda auffi
fur toutes chofes , de luy donner
avis de tous les befoins
qu'elle pourroit avoir pour ce
qui la touche en particulier,
GALANT. 253
& pour le bien du Commer,
ce , & la feureté des interefts
de l'Empereur de France
dans les Etats du Grand Seigneur
fon Mailtre , ce qui
fait connoiftre la haute ré
putation que M' de Guilleragues
s'eltoit acquife à la
Porte.
Fermer
Résumé : Particularitez des Audiences que Mr de Guilleragues a euës du Grand Seigneur & du Grand Visir avant sa mort. [titre d'après la table]
Monsieur de Guilleragues, ambassadeur de France à Constantinople, a accompli une mission diplomatique notable sous le règne de Louis XIV, connu comme le 'Grand'. La renommée de Louis XIV facilitait les concessions en faveur de la religion catholique. Guilleragues est décédé peu après une audience avec le Grand Seigneur, satisfait d'avoir servi l'Église, son prince et sa patrie. En juin 1685, lors d'une audience à Andrinople, Guilleragues a insisté pour être reçu dans une chambre spécifique et a participé à une cérémonie solennelle, vêtu richement. Il a pris place sur un tabouret face à la porte, une innovation par rapport aux usages précédents où les ambassadeurs restaient debout. En novembre 1685, il a assisté à une autre audience avec le Grand Seigneur ottoman, où il a observé les procédures judiciaires et a prononcé un discours. Le Grand Seigneur lui a permis de poser des questions, une marque de respect inhabituelle. Quelques jours plus tard, Guilleragues a demandé une audience de congé, qui lui a été accordée le 29 janvier avec la même pompe que la première fois. Il a reçu trente vestes et trente chevaux. Le 26 février, il a quitté Andrinople avec des chevaux et des chariots fournis par le Grand Vizir. À son retour à Constantinople, il a été accueilli par Madame l'Ambassadrice et sa fille, mais est décédé cinq jours plus tard d'une apoplexie. Sa mort a été profondément regrettée par les habitants de Constantinople, y compris les Turcs, qui ont témoigné de leur affliction. Le Grand Vizir a exprimé ses condoléances et assuré que les affaires resteraient sous son autorité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
57
p. 1-21
Prélude, contenant plusieurs actions du Roy. [titre d'après la table]
Début :
La grandeur, la bonté, la magnificence, la liberalité, la pieté, [...]
Mots clefs :
Bonté, Libéralité, Piété, Vertus, Roi, Actions, Éloge, Esclaves, Marquis, Galères, Étrangers, Chrétiens, Chevalier de Tourville, Nomination, Alger, Malheur, Gloire, Bénédiction, Sujets, Le Dey, États, Empereur, Salut, Âme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude, contenant plusieurs actions du Roy. [titre d'après la table]
150C
OM
A grandeur, la bonté,
la magnificence,
2 ha la liberalité,la pieté,
& mille autres Vertus du
Roy , ayant fervy de Prélu… .
de à prés de cent cinquante
de mes Lettres, je me troua
Juillet 1685.
A
2 MERCURE
ve plus accablé
que le pre
mier jour , d'une matiere
toute digne d'admiration
&
d'étonnement
, & qui fait
que tous les Etats du Monde
regardent
le bon-heur de la
France avec quelque fentiment
d'envie . Je laiffe plufieurs
Actions furprenantes
de ce Monarque , pour ne
m'attacher qu'à une feule ,
qui pour n'avoir pû trouver
place parmy les Nouvelles
dont je vous ay fait part depuis
quelques mois , ne merite
pas moins d'eftre publiée
. Elle a touché des BarGALANT.
3
bares , & il eſt juſte de la
inettre dans fon jour , afin
que chacun luy donne les
Eloges qu'on luy doit. Mais
comme il m'eft impoffible
de le faire fije ne vous marque
beaucoup de choſes qui
ont précedé.
Je vous diray en peu de
paroles, ce qui eft plus étendu
dans plufieurs de mes
Lettres , & vous parleray
feulement du nombre des
-Efclaves à qui le Roy a fait
donner la liberté par les Algeriens
, & des temps où ils
ont eſté rendus. Aprés que
A ij
4 MERCURE
M' le Marquis du Quefne
eut bombardé la Ville d'Alger
, on luy renvoya d'abord
fix cens Efclaves , tant
Sujets du Roy , qu'Etrangers
, pris fous le Pavillon
de Sa Majefté , parmy lefquels
plufieurs
autres dans
l'impatience
de fe procurer
la liberté , dirent qu'ils eftoient
de ce nombre , & ils
furent délivrez . La Paix
ayant efté conclue l'année
fuivante , les Algeriens
envoyerent
un Ambaſſadeur
au Roy M. lẻ Marquis
d'Amfreville
le remena , &
GALANT
. S
revint d'Alger , fuivant ce
qui avoit eſté ſtipulé , avec
trois cens vingt-cinq Efclaves
Sujets du Roy , vingtcinq
Etrangers pris fous le
Pavillon de France , & cinquante
qui avoient efté pris
fous divers Pavillons étrangers
, aufquels le Roy cut la
bonté de faire donner la liberté.
Aprés cette reftitution
, qui avoit prefque épuifé
d'Efclaves tout l'Etat
d'Algier , un Envoyé du
Dey vint en France , fupplier
le Roy de luy accorder
quelques Turcs & quelques
A iij
6 MERCURE
Janiffaires qui eftoient fur
les Galeres de Sa Majeſté.
Le Roy , dans la veuë de
faire du bien aux Efclaves de
plufieurs Etats de l'Europe ,
donna la liberté à quarante
de ces Turcs , & de ces Janiffaires
qu'on luy demandoit
; mais à condition que
l'on rendroit foixante &
quinze Efclaves Chreftiens
de diverfes Nations , qui
avoient efté pris fous des
Pavillons étrangers . L'Envoyé
partit de Paris il y a
quelques mois pour s'en retourner
à Alger , chargé de
GALANT. 7
cette propofition ; qui n'ayat
pas été prévenue, n'avoit pas
efté entierement acceptée
par l'Envoyé ,parce qu'il n'a ,
voit pas des Pouvoirs fuffifans
pour accorder une chofe
fi onereuſe à l'Etat d'Alger
, & fi avantageuſe aux
Chrétiens. Il fut accompagné
à fon retour par Monfieur
le Chevalier de Tourville,
qui conduifoit les quaranteTures
pour étre échangez
contre les foixante &
quinze Efclaves Chreftiens ,
qui n'eftoient point François
, & que le Roy defiroit
A iiij
8 MERCURE
d'avoir pour leur rendre la
liberté , comme ce Prince
avoit déja fait l'année precedente
à un nombre d'Etrangers
prefque auffi conſiderable
.
Monfieur le Chevalier de
Tourville eftant arrivé à la .
rade d'Alger , envoya que_
rir dans la Ville M. de Sorhainde
, qui y eftoit demeuré
de la part du Roy , & qui
'y faifoit la fonction de Conful
, jufqu'à ce que Sa Majefté
euft nommé
quelqu'un
pour remplir ce pofte . Il luy:
fit entendre
les intentions
PEA
GALANT. 9
du Roy , fur l'échange dont
il s'agiffoit , afin qu'il les allaft
expliquer au Dey . M. de
Sorhainde étant rentré dans
Alger , fe rendit au Palais du
Dey ; & luy ayant expofé fa
Commiffion , le Dey luy répondit
, Qu'il avoit une ſi grande
veneration pour tout ce que
fouhaitoit l'Empereur de France ,
qu'il pouvoit des l'inftant mefme
aller dire de fa part à M. le Chevalier
de Tourville , qu'il fe faifoit
un plaifir à luy mesme de
fatisfaire aux intentions d'un fi
grand Prince ; que M. le
Chevalier de Tourville n'avoit
10 MERCURE
qu'à luy marquer de quellesNations
il vouloit que fuffent les
foixante quinze Efclaves
qu'ilfouhaitoit , afin qu'il les envoyaft
demander à leurs Patrons
pour les mettre en liberté. Sur
cette réponſe , Monfieur le
Chevalier de Tourville expliqua
à M. de Sorhainde
l'intention
de Sa Majefté ,
qui eftoit , Que l'on s'attach aft
procurer la liberté de ceux qui
fe trouvoient hors d'eftit de la
pouvoir jamais efperer. M. de
Sorhainde alla auffi -toft chés
tous les Patrons , & pour fa
tisfaire à la volonté du Roy,
GALANT. II
il choifit parmy les Efclaves
ceux qui luy parurent les
plus mal -heureux . Ainfi l'on
ne vit parmy ces foixante &
quinze Efclaves , que des
Ĝens abandonnez , qui ne
devoient attendre aucun fecours
, ny de leur famille ,
ny de leur Patrie , & jufques
aufquels les liberalitez des
perfonnes charitables , qui
recueillent
des fommes pour
la Redemption des Captifs ,
n'avoient encore pû s'étendre
. La longueur de leur efclavage
leur avoit meſme
cfté tout espoir d'en fortir
12 MERCURE
jamais.Et comme on ne peut
eftre plus malheureux que
lors qu'on n'efpere plus , on
peut dire que leur malheur:
eftoit dans le plus haut degré
où il pouvoit arriver
ainfi ils n'avoient plus lieu
d'attendre leur liberté que
par le moyen de quelque
miracle . Aufli leur a-t- elle
efté procurée par un Prince
dont toute la vie n'eft qu'un
enchainement d'actions extraordinaires.
Lors qu'on annonça
à ces heureux infor
tunez qu'ils eftoient libres ,
ils demeurerent immobiles
GALANT.
13
quelque temps , tant cette
nouvelle leur paroiffoit incroyable
. Il leur eftoit impoffible
de comprendre qu'il
y cuſt quelqu'un fur la terre
capable d'une action jufques
alors inouie , & fi digne
d'un Heros Chreftien . On
leur apprit qu'ils devoient
leur liberté aux genereuſes
& charitables bontez du
plus grand & du meilleur
Prince du monde; & n'ayant
plus fujet d'en douter , ils
crierent auffi- toft en plein
Divan : Vive l'Empereur de
France , noftre Protecteur& nô14
MERCURE
tre Liberateur. Ils prononcerent
ces paroles en verfant
des larmes de joye , & d'un
air fi touchant, & fi remply
d'amour & de reconnoiffance
pour leur Liberateur , que
le Dey & tous ceux qui eftoient
prefens en parurent
attendris , malgré la perte
que l'Etat d'Alger faifoit , &
avouerent
que ce n'eftoit
pas fans raifon que le Ciel
beniffoit toutes les actions
de Sa Majefté , puis qu'Elle
en faifoit qui obligeoient les
Sujets de tant de divers Souverains
à faire des voeux
GALANT. 15
pour Elle. Ces Efclaves , dans
les raviſſemens de joye où
ils eftoient , ne fçachant à
qui la témoigner , en donnerent
des marques au Dey,
comme s'il cuft contribué à
leur bonheur. Je n'ay rienfait
pour vous , leur dit-il ,
à l'Empereur de France que vous
devez entierement voftre liberté.
Il y a parmy ces Efclaves des
Efpagnols , des Italiens , des
Flamans , des Genois , des
c'eft
Hambourgois , des Preftres
Grecs,des Capucins, des Religieux
de l'Ordre de Saint
Benoift , des femmes & des
16 MERCURE
enfans. Ce font autant de
bouches qui vont publier la
gloire du Roy dans tous les
Etats de l'Europe , & faire
des voeux qui continueront
d'attirer fur luy les Benedictions
du Ciel. Il eft aifé de
juger , que puis que le Roy a
procuré deux années de fuite
la liberté à tant d'Etrangers
, il ne reste plus aucun
Efclave dans Alger, ny dans
toute la dépendance de ce
Royaume, qui foit du nombre
de fes Sujets . Ils ont tous
efté mis en liberté , par la
reftitution faite à M. le MarGALANT.
17
quis du Quefne en 1683. par
celle qui fut faite à M. le
Marquis d'Amfreville en
1684. & par celle qui a efté
faite cette année à M. le
Chevalier de Tourville. Ces
differentes reftitutions ont
ofté aux Algeriens plus de
douze cens Efclaves. Ainfi
leur Etat n'eft pas feulement,
dépeuplé d'Efclaves François
, mais il y en refte trespeu
d'autres , de forte qu'il
n'y a prefque point de Nation
de l'Europe , dont les Sujets
ne foient allez publier
chez elle le bien qu'elle a
·Juillet 1645•
.
B
18 MERCURE
receu de Sa Majeſté, ce Prince
n'ayant épargné ny foins
ny dépence pour la liberté
de tant de Malheureux de
quelque Nation qu'ils fuffent.
L'échange ayant efté fait,
le Dey témoigna à M.de Sorhainde
, avec un fort grand
empreffement , qu'il fouhai
toit qu'il filt connoiſtre à M.
le Chevalier de Tourville, la
joye qu'il auroit de le voir ;
& que s'il vouloit prendre la
peine de defcendre à terre,
il le recevroit avec les honneurs
qui estoient deus à un
GALANT. 19
homme de fon rang. M.
le Chevalier de Tourville
répondit , Qu'il eftoit fafche
que l'Employ qu'il avoit l'em
peſchaft de répondre à fon defir :
ceux qui commandent les Flotes
de l'Empereur de France ne pouant
abandonner leur Bord, mais
qu'il iroit dans fon Canot à la
pointe du Mole , d'où il pourroit
le voir . Il ne manqua pas de
s'y rendre , & le Dey l'ayant
convié de nouveau de def
cendre à terre pour l'em
braffer , M. de Tourville fe
fervit pour s'en defendre des
saiſons qu'il avoit déja alle-
Bij
20 MERCURE
guées . Le Dey le pria de faire
avancer fa Chaloupe, afin
qu'il euft le plaifir de le voir
& de l'entretenir de plus
prés : Et lors qu'elle fut approchée
il entra dedans , en
difant ; Que quand les François
n'aimeroient pas autant l'honneur
qu'ils faifoient , er qu'il
n'auroit pas conna M. le Cheva.
lier de Tourville , il croyoit eftre
en feureté avec les Sujets d'un
Prince qui n'eftoit pas moins ef
timé par fes Vertus que par fes
Conqueftes.
On peut dire que les foins
qu'il prend du falut des
GALANT. 21
R
Ames de fes Sujets , attirant
fur luy de jour en jour de
nouvelles graces du Ciel,
ont beaucoup contribué,
non feulement à le rendre
le plus grand Monarque du
monde , mais auffi à le faire
reconnoiltre pour tel
par ceux mefme qui font les
plus jaloux de fa gloire.
OM
A grandeur, la bonté,
la magnificence,
2 ha la liberalité,la pieté,
& mille autres Vertus du
Roy , ayant fervy de Prélu… .
de à prés de cent cinquante
de mes Lettres, je me troua
Juillet 1685.
A
2 MERCURE
ve plus accablé
que le pre
mier jour , d'une matiere
toute digne d'admiration
&
d'étonnement
, & qui fait
que tous les Etats du Monde
regardent
le bon-heur de la
France avec quelque fentiment
d'envie . Je laiffe plufieurs
Actions furprenantes
de ce Monarque , pour ne
m'attacher qu'à une feule ,
qui pour n'avoir pû trouver
place parmy les Nouvelles
dont je vous ay fait part depuis
quelques mois , ne merite
pas moins d'eftre publiée
. Elle a touché des BarGALANT.
3
bares , & il eſt juſte de la
inettre dans fon jour , afin
que chacun luy donne les
Eloges qu'on luy doit. Mais
comme il m'eft impoffible
de le faire fije ne vous marque
beaucoup de choſes qui
ont précedé.
Je vous diray en peu de
paroles, ce qui eft plus étendu
dans plufieurs de mes
Lettres , & vous parleray
feulement du nombre des
-Efclaves à qui le Roy a fait
donner la liberté par les Algeriens
, & des temps où ils
ont eſté rendus. Aprés que
A ij
4 MERCURE
M' le Marquis du Quefne
eut bombardé la Ville d'Alger
, on luy renvoya d'abord
fix cens Efclaves , tant
Sujets du Roy , qu'Etrangers
, pris fous le Pavillon
de Sa Majefté , parmy lefquels
plufieurs
autres dans
l'impatience
de fe procurer
la liberté , dirent qu'ils eftoient
de ce nombre , & ils
furent délivrez . La Paix
ayant efté conclue l'année
fuivante , les Algeriens
envoyerent
un Ambaſſadeur
au Roy M. lẻ Marquis
d'Amfreville
le remena , &
GALANT
. S
revint d'Alger , fuivant ce
qui avoit eſté ſtipulé , avec
trois cens vingt-cinq Efclaves
Sujets du Roy , vingtcinq
Etrangers pris fous le
Pavillon de France , & cinquante
qui avoient efté pris
fous divers Pavillons étrangers
, aufquels le Roy cut la
bonté de faire donner la liberté.
Aprés cette reftitution
, qui avoit prefque épuifé
d'Efclaves tout l'Etat
d'Algier , un Envoyé du
Dey vint en France , fupplier
le Roy de luy accorder
quelques Turcs & quelques
A iij
6 MERCURE
Janiffaires qui eftoient fur
les Galeres de Sa Majeſté.
Le Roy , dans la veuë de
faire du bien aux Efclaves de
plufieurs Etats de l'Europe ,
donna la liberté à quarante
de ces Turcs , & de ces Janiffaires
qu'on luy demandoit
; mais à condition que
l'on rendroit foixante &
quinze Efclaves Chreftiens
de diverfes Nations , qui
avoient efté pris fous des
Pavillons étrangers . L'Envoyé
partit de Paris il y a
quelques mois pour s'en retourner
à Alger , chargé de
GALANT. 7
cette propofition ; qui n'ayat
pas été prévenue, n'avoit pas
efté entierement acceptée
par l'Envoyé ,parce qu'il n'a ,
voit pas des Pouvoirs fuffifans
pour accorder une chofe
fi onereuſe à l'Etat d'Alger
, & fi avantageuſe aux
Chrétiens. Il fut accompagné
à fon retour par Monfieur
le Chevalier de Tourville,
qui conduifoit les quaranteTures
pour étre échangez
contre les foixante &
quinze Efclaves Chreftiens ,
qui n'eftoient point François
, & que le Roy defiroit
A iiij
8 MERCURE
d'avoir pour leur rendre la
liberté , comme ce Prince
avoit déja fait l'année precedente
à un nombre d'Etrangers
prefque auffi conſiderable
.
Monfieur le Chevalier de
Tourville eftant arrivé à la .
rade d'Alger , envoya que_
rir dans la Ville M. de Sorhainde
, qui y eftoit demeuré
de la part du Roy , & qui
'y faifoit la fonction de Conful
, jufqu'à ce que Sa Majefté
euft nommé
quelqu'un
pour remplir ce pofte . Il luy:
fit entendre
les intentions
PEA
GALANT. 9
du Roy , fur l'échange dont
il s'agiffoit , afin qu'il les allaft
expliquer au Dey . M. de
Sorhainde étant rentré dans
Alger , fe rendit au Palais du
Dey ; & luy ayant expofé fa
Commiffion , le Dey luy répondit
, Qu'il avoit une ſi grande
veneration pour tout ce que
fouhaitoit l'Empereur de France ,
qu'il pouvoit des l'inftant mefme
aller dire de fa part à M. le Chevalier
de Tourville , qu'il fe faifoit
un plaifir à luy mesme de
fatisfaire aux intentions d'un fi
grand Prince ; que M. le
Chevalier de Tourville n'avoit
10 MERCURE
qu'à luy marquer de quellesNations
il vouloit que fuffent les
foixante quinze Efclaves
qu'ilfouhaitoit , afin qu'il les envoyaft
demander à leurs Patrons
pour les mettre en liberté. Sur
cette réponſe , Monfieur le
Chevalier de Tourville expliqua
à M. de Sorhainde
l'intention
de Sa Majefté ,
qui eftoit , Que l'on s'attach aft
procurer la liberté de ceux qui
fe trouvoient hors d'eftit de la
pouvoir jamais efperer. M. de
Sorhainde alla auffi -toft chés
tous les Patrons , & pour fa
tisfaire à la volonté du Roy,
GALANT. II
il choifit parmy les Efclaves
ceux qui luy parurent les
plus mal -heureux . Ainfi l'on
ne vit parmy ces foixante &
quinze Efclaves , que des
Ĝens abandonnez , qui ne
devoient attendre aucun fecours
, ny de leur famille ,
ny de leur Patrie , & jufques
aufquels les liberalitez des
perfonnes charitables , qui
recueillent
des fommes pour
la Redemption des Captifs ,
n'avoient encore pû s'étendre
. La longueur de leur efclavage
leur avoit meſme
cfté tout espoir d'en fortir
12 MERCURE
jamais.Et comme on ne peut
eftre plus malheureux que
lors qu'on n'efpere plus , on
peut dire que leur malheur:
eftoit dans le plus haut degré
où il pouvoit arriver
ainfi ils n'avoient plus lieu
d'attendre leur liberté que
par le moyen de quelque
miracle . Aufli leur a-t- elle
efté procurée par un Prince
dont toute la vie n'eft qu'un
enchainement d'actions extraordinaires.
Lors qu'on annonça
à ces heureux infor
tunez qu'ils eftoient libres ,
ils demeurerent immobiles
GALANT.
13
quelque temps , tant cette
nouvelle leur paroiffoit incroyable
. Il leur eftoit impoffible
de comprendre qu'il
y cuſt quelqu'un fur la terre
capable d'une action jufques
alors inouie , & fi digne
d'un Heros Chreftien . On
leur apprit qu'ils devoient
leur liberté aux genereuſes
& charitables bontez du
plus grand & du meilleur
Prince du monde; & n'ayant
plus fujet d'en douter , ils
crierent auffi- toft en plein
Divan : Vive l'Empereur de
France , noftre Protecteur& nô14
MERCURE
tre Liberateur. Ils prononcerent
ces paroles en verfant
des larmes de joye , & d'un
air fi touchant, & fi remply
d'amour & de reconnoiffance
pour leur Liberateur , que
le Dey & tous ceux qui eftoient
prefens en parurent
attendris , malgré la perte
que l'Etat d'Alger faifoit , &
avouerent
que ce n'eftoit
pas fans raifon que le Ciel
beniffoit toutes les actions
de Sa Majefté , puis qu'Elle
en faifoit qui obligeoient les
Sujets de tant de divers Souverains
à faire des voeux
GALANT. 15
pour Elle. Ces Efclaves , dans
les raviſſemens de joye où
ils eftoient , ne fçachant à
qui la témoigner , en donnerent
des marques au Dey,
comme s'il cuft contribué à
leur bonheur. Je n'ay rienfait
pour vous , leur dit-il ,
à l'Empereur de France que vous
devez entierement voftre liberté.
Il y a parmy ces Efclaves des
Efpagnols , des Italiens , des
Flamans , des Genois , des
c'eft
Hambourgois , des Preftres
Grecs,des Capucins, des Religieux
de l'Ordre de Saint
Benoift , des femmes & des
16 MERCURE
enfans. Ce font autant de
bouches qui vont publier la
gloire du Roy dans tous les
Etats de l'Europe , & faire
des voeux qui continueront
d'attirer fur luy les Benedictions
du Ciel. Il eft aifé de
juger , que puis que le Roy a
procuré deux années de fuite
la liberté à tant d'Etrangers
, il ne reste plus aucun
Efclave dans Alger, ny dans
toute la dépendance de ce
Royaume, qui foit du nombre
de fes Sujets . Ils ont tous
efté mis en liberté , par la
reftitution faite à M. le MarGALANT.
17
quis du Quefne en 1683. par
celle qui fut faite à M. le
Marquis d'Amfreville en
1684. & par celle qui a efté
faite cette année à M. le
Chevalier de Tourville. Ces
differentes reftitutions ont
ofté aux Algeriens plus de
douze cens Efclaves. Ainfi
leur Etat n'eft pas feulement,
dépeuplé d'Efclaves François
, mais il y en refte trespeu
d'autres , de forte qu'il
n'y a prefque point de Nation
de l'Europe , dont les Sujets
ne foient allez publier
chez elle le bien qu'elle a
·Juillet 1645•
.
B
18 MERCURE
receu de Sa Majeſté, ce Prince
n'ayant épargné ny foins
ny dépence pour la liberté
de tant de Malheureux de
quelque Nation qu'ils fuffent.
L'échange ayant efté fait,
le Dey témoigna à M.de Sorhainde
, avec un fort grand
empreffement , qu'il fouhai
toit qu'il filt connoiſtre à M.
le Chevalier de Tourville, la
joye qu'il auroit de le voir ;
& que s'il vouloit prendre la
peine de defcendre à terre,
il le recevroit avec les honneurs
qui estoient deus à un
GALANT. 19
homme de fon rang. M.
le Chevalier de Tourville
répondit , Qu'il eftoit fafche
que l'Employ qu'il avoit l'em
peſchaft de répondre à fon defir :
ceux qui commandent les Flotes
de l'Empereur de France ne pouant
abandonner leur Bord, mais
qu'il iroit dans fon Canot à la
pointe du Mole , d'où il pourroit
le voir . Il ne manqua pas de
s'y rendre , & le Dey l'ayant
convié de nouveau de def
cendre à terre pour l'em
braffer , M. de Tourville fe
fervit pour s'en defendre des
saiſons qu'il avoit déja alle-
Bij
20 MERCURE
guées . Le Dey le pria de faire
avancer fa Chaloupe, afin
qu'il euft le plaifir de le voir
& de l'entretenir de plus
prés : Et lors qu'elle fut approchée
il entra dedans , en
difant ; Que quand les François
n'aimeroient pas autant l'honneur
qu'ils faifoient , er qu'il
n'auroit pas conna M. le Cheva.
lier de Tourville , il croyoit eftre
en feureté avec les Sujets d'un
Prince qui n'eftoit pas moins ef
timé par fes Vertus que par fes
Conqueftes.
On peut dire que les foins
qu'il prend du falut des
GALANT. 21
R
Ames de fes Sujets , attirant
fur luy de jour en jour de
nouvelles graces du Ciel,
ont beaucoup contribué,
non feulement à le rendre
le plus grand Monarque du
monde , mais auffi à le faire
reconnoiltre pour tel
par ceux mefme qui font les
plus jaloux de fa gloire.
Fermer
Résumé : Prélude, contenant plusieurs actions du Roy. [titre d'après la table]
En 1685, le roi de France manifesta plusieurs vertus royales, notamment la grandeur, la bonté et la libéralité, en faveur des esclaves chrétiens détenus à Alger. Après le bombardement d'Alger par le marquis du Quesne en 1685, six cents esclaves, incluant des sujets du roi et des étrangers, furent libérés. La paix conclue en 1686 permit la libération supplémentaire de trois cent vingt-cinq sujets du roi, vingt-cinq étrangers sous pavillon français, et cinquante sous divers pavillons étrangers. Un envoyé du Dey d'Alger demanda ensuite la libération de Turcs et janissaires détenus en France, ce que le roi accepta en échange de soixante-quinze esclaves chrétiens de diverses nations. Le chevalier de Tourville fut chargé de cet échange. Le consul français, M. de Sorhainde, négocia également pour libérer les esclaves les plus malheureux, ceux sans espoir de secours. Les esclaves libérés comprenaient des Espagnols, Italiens, Flamands, Génois, Hambourgeois, prêtres grecs, capucins, religieux de l'Ordre de Saint-Benoît, ainsi que des femmes et des enfants. Plusieurs restitutions furent effectuées par des représentants français, notamment le marquis du Quesne en 1683, le marquis d'Amfreville en 1684, et le chevalier de Tourville en 1685. Ces actions réduisirent considérablement le nombre d'esclaves à Alger, touchant presque toutes les nations européennes. Le Dey d'Alger exprima son admiration pour les vertus et les conquêtes du roi, qui attiraient les grâces divines et renforçaient sa réputation mondiale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
58
p. 43-44
Zèle de la Ville de Peronne pour le Roy. [titre d'après la table]
Début :
Il ne faut pas s'étonner si le Roy travaillant de tant de manieres [...]
Mots clefs :
Roi, Gloire, Sujets, Statues, Royaume, Ouvrages, Zèle, Échevins, Fidélité, Devise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Zèle de la Ville de Peronne pour le Roy. [titre d'après la table]
Il ne faut pas s'étonner fi
le Roy travaillant de tant de
manieres differentes pour la
gloire de la France , & pour
le repos de fes Sujets , ils travaillent
avec empreſſement
à luy élever des Statues dans
plufieursVilles duRoyaume..
Celle de Peronne confide
rant la longueur du temps
qu'il faut pour faire faire de
fi grands Ouvrages avec:
toute la perfection qui leur
eft deuë , a cherché d'abord
à fatisfaire fon zele ; & ent
attendant qu'elle fe voye en
eftat d'imiter les Villes qui
Dij
44 MERCURE
lé
auront cet avantage , elle a
voulu avoir dans fon Hoftel
de Ville un des plus beaux
Portraits qui fe puft faire de
Sa Majefté. C'eſt à
quoy
Mayeur & les Echevins ont
fait travailler avec fuccés,
La fidelité de cette Ville é
gale l'affection qu'elle a toujours
marquée pour fon Souverain.
On fçait qu'elle n'a
jamais efté prife, quoy qu'elle
ait efté autrefois vigoureuſement
attaquée , & qu'-
elle a pour deviſe , Vrbs nefcia
vinci.
le Roy travaillant de tant de
manieres differentes pour la
gloire de la France , & pour
le repos de fes Sujets , ils travaillent
avec empreſſement
à luy élever des Statues dans
plufieursVilles duRoyaume..
Celle de Peronne confide
rant la longueur du temps
qu'il faut pour faire faire de
fi grands Ouvrages avec:
toute la perfection qui leur
eft deuë , a cherché d'abord
à fatisfaire fon zele ; & ent
attendant qu'elle fe voye en
eftat d'imiter les Villes qui
Dij
44 MERCURE
lé
auront cet avantage , elle a
voulu avoir dans fon Hoftel
de Ville un des plus beaux
Portraits qui fe puft faire de
Sa Majefté. C'eſt à
quoy
Mayeur & les Echevins ont
fait travailler avec fuccés,
La fidelité de cette Ville é
gale l'affection qu'elle a toujours
marquée pour fon Souverain.
On fçait qu'elle n'a
jamais efté prife, quoy qu'elle
ait efté autrefois vigoureuſement
attaquée , & qu'-
elle a pour deviſe , Vrbs nefcia
vinci.
Fermer
Résumé : Zèle de la Ville de Peronne pour le Roy. [titre d'après la table]
Le roi œuvre pour la gloire de la France et le bien-être de ses sujets, suscitant des hommages comme des statues. Péronne, en attente d'une statue royale, place un portrait du roi dans son hôtel de ville. Cette action, dirigée par le maire et les échevins, montre la loyauté de la ville. Péronne est célèbre pour n'avoir jamais été conquise et porte la devise 'Urbs invicta vincit'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
59
p. 75-76
« Voicy quatre Vers qui furent envoyez dans le mesme temps / Puisque vous ressemblez à qui vous donna l'estre, [...] »
Début :
Voicy quatre Vers qui furent envoyez dans le mesme temps / Puisque vous ressemblez à qui vous donna l'estre, [...]
Mots clefs :
Ressemblance, Gloire, Amour, Naître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voicy quatre Vers qui furent envoyez dans le mesme temps / Puisque vous ressemblez à qui vous donna l'estre, [...] »
Voicy quatre Vers qui
furent envoyez dans le mef
me temps par Mademoiſelle
Dorville. L'Illuftre M, de
Bacilly en a fait un Air que
vous trouverez icy noté.
P
Vis que vous reffemblez à qui
vous donna l'eftre,
Vous ferez de nosjours
Gij
76 MERCURE
Toute la gloire & lesamours,
Vous commencez déja nefaiſant
que de naiftre.
furent envoyez dans le mef
me temps par Mademoiſelle
Dorville. L'Illuftre M, de
Bacilly en a fait un Air que
vous trouverez icy noté.
P
Vis que vous reffemblez à qui
vous donna l'eftre,
Vous ferez de nosjours
Gij
76 MERCURE
Toute la gloire & lesamours,
Vous commencez déja nefaiſant
que de naiftre.
Fermer
60
p. 29-32
Autre du mesme Autheur. [titre d'après la table]
Début :
Voicy une autre piece du mesme Autheur, faite sur le / L'Univers étonné vante encor des miracles, [...]
Mots clefs :
Univers, Tonneau de Heidelberg, Miracles, Dieux, Trône, Esprit, Remède, Amants, Gloire, Inventeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre du mesme Autheur. [titre d'après la table]
Voicy une autre piece du
mefme Autheur , faite fur le
grand Tonneau de Heidelberg
, qui contient plus de
1200.muids, que feu Mófieur
l'Electeur Palatin , Pere de
Madame , a fait conſtruire.
30 MERCURE
L
'Univers étonné vante encor
des
miracles ,
Et des Templesfameux d'où fortoient
les Oracles ,
Où les Dieux adorez fur d'indignes
Autels ,
Abufoient les efprits des profanes
Mortels.
Admire icy , Paffant , de plus rares
merveilles ,
C'est le Throne pompeux du grand
Dicu des Bouteilles ,
De ce Dieu bien faisant qui charme
tous les coeurs
2
Et répand fon efprit fur fes adorateurs
.
Le puiffant Iupiter en fa gloire fupréme
,
Nous paroift redoutable au moment
qu'il nous aime,
GALANT. 31
Et la Foudre à la main , verſe de
deux tonneaux
Sur les Humains tremblans , & les
biens & les maux .
Mais de ce feul Tonneau dont Bachus
fait fon Temple ,
Le bien eft ordinaire , &le malfans
exemple,
Et ce Dieu qui folâtre , affis parmy
les Ieux ,
Prefente un prompt remede à tous les
malheureux.
Icy l'on voit bannir les foins de la
fortune ,
Er des tristes Amans la langueur importune.
Les folles paffions , & les mornes
foucis,
Quelque obftinez qu'ils foient , s'y
trouvent adoucis .
Mieux que l'ancien Vaiffeau qui bra
va le Deluge ,
32 MERCURE
Cegrand Vafe aux mortels ferviroit
de refuge,
Et les plus fiers affauts du perfide
Clement ,
N'en approchent jamais , ou le font
vainement.
C'eft icy , chers Beuveurs ,
de la Gloire ,
le
Temple
Quittez tout autre foin , & nefon
gez qu'à boire ;
Et d'une vaste coupe arrofez àplein
fonds
Vos poulmons alterez , & ves ventres
profonds.
Celebrez à l'envy dans le plaifir Bachique
,
D'un Ouvrage fi beau l'Inventeur
magnifique.
Faites volerfa gloire en cent Climats
divers ,
Luy mefme eft un miracle aux yeux
de l'Univers.
mefme Autheur , faite fur le
grand Tonneau de Heidelberg
, qui contient plus de
1200.muids, que feu Mófieur
l'Electeur Palatin , Pere de
Madame , a fait conſtruire.
30 MERCURE
L
'Univers étonné vante encor
des
miracles ,
Et des Templesfameux d'où fortoient
les Oracles ,
Où les Dieux adorez fur d'indignes
Autels ,
Abufoient les efprits des profanes
Mortels.
Admire icy , Paffant , de plus rares
merveilles ,
C'est le Throne pompeux du grand
Dicu des Bouteilles ,
De ce Dieu bien faisant qui charme
tous les coeurs
2
Et répand fon efprit fur fes adorateurs
.
Le puiffant Iupiter en fa gloire fupréme
,
Nous paroift redoutable au moment
qu'il nous aime,
GALANT. 31
Et la Foudre à la main , verſe de
deux tonneaux
Sur les Humains tremblans , & les
biens & les maux .
Mais de ce feul Tonneau dont Bachus
fait fon Temple ,
Le bien eft ordinaire , &le malfans
exemple,
Et ce Dieu qui folâtre , affis parmy
les Ieux ,
Prefente un prompt remede à tous les
malheureux.
Icy l'on voit bannir les foins de la
fortune ,
Er des tristes Amans la langueur importune.
Les folles paffions , & les mornes
foucis,
Quelque obftinez qu'ils foient , s'y
trouvent adoucis .
Mieux que l'ancien Vaiffeau qui bra
va le Deluge ,
32 MERCURE
Cegrand Vafe aux mortels ferviroit
de refuge,
Et les plus fiers affauts du perfide
Clement ,
N'en approchent jamais , ou le font
vainement.
C'eft icy , chers Beuveurs ,
de la Gloire ,
le
Temple
Quittez tout autre foin , & nefon
gez qu'à boire ;
Et d'une vaste coupe arrofez àplein
fonds
Vos poulmons alterez , & ves ventres
profonds.
Celebrez à l'envy dans le plaifir Bachique
,
D'un Ouvrage fi beau l'Inventeur
magnifique.
Faites volerfa gloire en cent Climats
divers ,
Luy mefme eft un miracle aux yeux
de l'Univers.
Fermer
Résumé : Autre du mesme Autheur. [titre d'après la table]
Le texte présente une œuvre dédiée au grand tonneau de Heidelberg, capable de contenir plus de 1200 muids, construit par le défunt Électeur Palatin, père de Madame. Ce tonneau est célébré comme le trône du dieu Bacchus, symbole de joie et de réconfort. À la différence de Jupiter, Bacchus offre des bienfaits quotidiens et des remèdes aux malheureux. Le tonneau est décrit comme un refuge contre les soucis et les passions tristes, plus efficace que l'arche de Noé. Les lecteurs sont invités à célébrer l'inventeur de cette merveille, considérée comme un miracle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
61
p. 287-289
Devises. [titre d'après la table]
Début :
Voicy deux Devises de M. Magnin, qui ont esté faites sur / HANC MENTEM SOL IPSE FECIT. Par un esprit secret [...]
Mots clefs :
Devises, Mariage, Ardeur , Soleil, Lys, Gloire, Paix, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Devises. [titre d'après la table]
Voicy deux Devifes de
M. Magnin , qui ont eſté
faites fur ce Mariage. Deux
Palmiers inclinez l'un vers
l'autre , & fur lefquels le Soleil
darde fes rayons
.
288 MERCURE
HANC MENTEM SOL
IPSE FECIT.
Par un efprit fecret l'un vers
l'autre inclinez,
S'ilsparoiffent épris d'une ardeur
innocente
,
De ces doux mouvemens la caufe
eft éclatante,
C'est l'aspect du Soleil qui les leur
a donnez.
AUTRE DEVISE.
Le Soleil formant l'Arc-en-
Ciel courbé fur deux Lys.
GALANT. 289
HOC FOEDERE LILIA
NECTIT .
Sous ce Signe qui les affemble,
Parles foins de l'Aftre du jour,
La Gloire , la Paix & l'Amour,
Semblent s'intereffer à les unir enfemble.
M. Magnin , qui ont eſté
faites fur ce Mariage. Deux
Palmiers inclinez l'un vers
l'autre , & fur lefquels le Soleil
darde fes rayons
.
288 MERCURE
HANC MENTEM SOL
IPSE FECIT.
Par un efprit fecret l'un vers
l'autre inclinez,
S'ilsparoiffent épris d'une ardeur
innocente
,
De ces doux mouvemens la caufe
eft éclatante,
C'est l'aspect du Soleil qui les leur
a donnez.
AUTRE DEVISE.
Le Soleil formant l'Arc-en-
Ciel courbé fur deux Lys.
GALANT. 289
HOC FOEDERE LILIA
NECTIT .
Sous ce Signe qui les affemble,
Parles foins de l'Aftre du jour,
La Gloire , la Paix & l'Amour,
Semblent s'intereffer à les unir enfemble.
Fermer
Résumé : Devises. [titre d'après la table]
M. Magnin a créé deux devises pour un mariage. La première montre deux palmiers inclinés sous le soleil, symbolisant une ardeur innocente. La seconde représente un arc-en-ciel unissant deux lys sous les rayons du soleil, symbolisant la gloire, la paix et l'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
62
p. 41-44
Creation de 2. nouveaux Regimens. [titre d'après la table]
Début :
Je vous parlay il y a un an de beaucoup de nouveaux Regimens [...]
Mots clefs :
Régiments, Roi, Création, Provinces, Compagnies, Services, Capitaine, Gloire, Intendant, Cardinal, Officiers, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Creation de 2. nouveaux Regimens. [titre d'après la table]
Je vous parlay il y aun am
de beaucoup de nouveaux
Regimens que le Roy fit
Septembre 168 .
*
D
42 MERCURE
fous le nom de plufieurs Provinces
de France. Sa Majefté
vient encore d'en créer
deux , fous le nom de Ponthieu
& de Beaujolois. Ils
font compofez de plufieurs.
Compagnies tirées des vieux
Corps . Le Regiment de Ponthieu
a efté donné à M. le
Comte de Lomont , Capitaine
du Regiment Royal d'Infanterie
, en confideration
des fervices qu'il a rendus
dans un Corps , où l'on a occafion
d'acquerir beaucoup
de gloire lors qu'on y fait fon
devoir , puis qu'on y eft fou
GALANT. 43
vent exposé aux perils de la
Guerre. M. de Berulle , Capitaine
dans le Regiment du
Roy , a eu le Regiment de
Beaujolois . Il eft Frere de M ..
de Berulle, Intendant de Juftice
en Auvergne . Cette Fa
mille a donné un Cardinal ,,
& plufieurs Perfonnes qui
ont poffedé les plus eminentes
Dignitez de la Robe ; &
ce qu'il y a de remarquable,
c'eſt qu'elle a toûjours efté
en reputation d'une grande
probité. Le Roy ne recom
penfe pas feulement des gens
de diftinction & de merite ,
Dij
44 MERCURE
en créant ces deux nouveaux
Regimens ; mais Sa Majesté,
qui n'ignore rien de tout ce
qui peut eftre utile à fon Etat
, & à qui l'art de la Guerre
n'eft pas moins connu que
Part de regner, fçait que plus
il y a d'Officiers dans des
Troupes , plus on doit s'en
promettre , & compter fur
feur bonté ; non feulement
parce que l'exemple des Of
ficiers les anime, mais enco
re parce qu'il eft plus aifé de
leur faire obferver la difci
pline militaire.
de beaucoup de nouveaux
Regimens que le Roy fit
Septembre 168 .
*
D
42 MERCURE
fous le nom de plufieurs Provinces
de France. Sa Majefté
vient encore d'en créer
deux , fous le nom de Ponthieu
& de Beaujolois. Ils
font compofez de plufieurs.
Compagnies tirées des vieux
Corps . Le Regiment de Ponthieu
a efté donné à M. le
Comte de Lomont , Capitaine
du Regiment Royal d'Infanterie
, en confideration
des fervices qu'il a rendus
dans un Corps , où l'on a occafion
d'acquerir beaucoup
de gloire lors qu'on y fait fon
devoir , puis qu'on y eft fou
GALANT. 43
vent exposé aux perils de la
Guerre. M. de Berulle , Capitaine
dans le Regiment du
Roy , a eu le Regiment de
Beaujolois . Il eft Frere de M ..
de Berulle, Intendant de Juftice
en Auvergne . Cette Fa
mille a donné un Cardinal ,,
& plufieurs Perfonnes qui
ont poffedé les plus eminentes
Dignitez de la Robe ; &
ce qu'il y a de remarquable,
c'eſt qu'elle a toûjours efté
en reputation d'une grande
probité. Le Roy ne recom
penfe pas feulement des gens
de diftinction & de merite ,
Dij
44 MERCURE
en créant ces deux nouveaux
Regimens ; mais Sa Majesté,
qui n'ignore rien de tout ce
qui peut eftre utile à fon Etat
, & à qui l'art de la Guerre
n'eft pas moins connu que
Part de regner, fçait que plus
il y a d'Officiers dans des
Troupes , plus on doit s'en
promettre , & compter fur
feur bonté ; non feulement
parce que l'exemple des Of
ficiers les anime, mais enco
re parce qu'il eft plus aifé de
leur faire obferver la difci
pline militaire.
Fermer
Résumé : Creation de 2. nouveaux Regimens. [titre d'après la table]
En septembre 1680, le roi de France a créé deux nouveaux régiments d'infanterie : Ponthieu et Beaujolais, formés à partir de compagnies existantes. Le régiment de Ponthieu a été confié à M. le Comte de Lomont, capitaine du Régiment Royal d'Infanterie, en reconnaissance de ses services. Le régiment de Beaujolais a été attribué à M. de Bérulle, capitaine dans le Régiment du Roi et frère de M. de Bérulle, intendant de justice en Auvergne. La famille Bérulle est réputée pour sa probité et compte parmi ses membres un cardinal et plusieurs personnalités ayant occupé des postes importants dans la magistrature. Par ces nominations, le roi récompense des individus distingués et méritants, tout en renforçant la discipline et l'efficacité militaire par une augmentation du nombre d'officiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
63
p. 2-5
Statuë du Roy élevée à Ruel. [titre d'après la table]
Début :
On ne doit pas s'étonner aprés cela, si l'on n'entend [...]
Mots clefs :
Statue, Gloire, Roi, Ruel, Fête, Extraordinaire, Cheval, Proportions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Statuë du Roy élevée à Ruel. [titre d'après la table]
On ne doit pas
s'étonner après cela si l'on
n'entend plus parler de tous
costez que de Statuës que
l'on élevéàsagloire. Le zele
de Mr; le Duc de Richelieu
'sest, fait distinguer par un
dessein de cette nature., Il
s'attendoit d'avoir l'honneur
de recevoir le Roy à Ruel;
maiscomme le plus agreable
Regale de cette Festedevoit
estre laReprésentation de ce
grand Prince, & qu'il falloit
du tempspour transporter &
mettre en estat une Figure
d'un caractere le plus extra-
=
ordinaire qui ait jamais esté, le départ de Sa Majesté pour
-Chambor
, a rompu toutes
> lesmesures dece Duc.
Le Roy est monté sur um
Cheval, qui passe au jugement
des plus sçavans dans
toutes [es proportions ôedans
son action, celuy du Pontneuf,
& celuy de la Place
Royale. Quoy que ce ne foit
qu'unModelle,on connoîtce
qu'il fera quand on l'aura mis
enBronze,comme MrleDuc
de Richelieu a dessein de l'y
faire jetter ; mais ce qui ne.
s'est point encore vu qu'en
cette Figure, c'est que de
quelque coste qu'on la regarde,
on reconnoistlagrandeur
& la fyja.eité de celuy.
qu'elle represente.
s'étonner après cela si l'on
n'entend plus parler de tous
costez que de Statuës que
l'on élevéàsagloire. Le zele
de Mr; le Duc de Richelieu
'sest, fait distinguer par un
dessein de cette nature., Il
s'attendoit d'avoir l'honneur
de recevoir le Roy à Ruel;
maiscomme le plus agreable
Regale de cette Festedevoit
estre laReprésentation de ce
grand Prince, & qu'il falloit
du tempspour transporter &
mettre en estat une Figure
d'un caractere le plus extra-
=
ordinaire qui ait jamais esté, le départ de Sa Majesté pour
-Chambor
, a rompu toutes
> lesmesures dece Duc.
Le Roy est monté sur um
Cheval, qui passe au jugement
des plus sçavans dans
toutes [es proportions ôedans
son action, celuy du Pontneuf,
& celuy de la Place
Royale. Quoy que ce ne foit
qu'unModelle,on connoîtce
qu'il fera quand on l'aura mis
enBronze,comme MrleDuc
de Richelieu a dessein de l'y
faire jetter ; mais ce qui ne.
s'est point encore vu qu'en
cette Figure, c'est que de
quelque coste qu'on la regarde,
on reconnoistlagrandeur
& la fyja.eité de celuy.
qu'elle represente.
Fermer
Résumé : Statuë du Roy élevée à Ruel. [titre d'après la table]
Le Duc de Richelieu avait prévu d'ériger une statue à la gloire du roi lors de sa visite à Rueil. Cependant, ce projet a été interrompu par le départ du roi pour Chambord. La statue, encore au stade de modèle, représente le roi à cheval, monture jugée exceptionnelle par les experts. Ce modèle doit être fondu en bronze. La particularité de cette statue réside dans sa conception, qui met en valeur la grandeur et la majesté du roi, indépendamment de l'angle de vision.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
64
p. 11-12
LA NIMPHE DE RUEL, AU ROY.
Début :
Voicy d'autres Vers, qui ont esté faits par une Personne / Ton Esprit que rien ne limite, [...]
Mots clefs :
Royauté, Dignité, Exploits, Ombre, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA NIMPHE DE RUEL, AU ROY.
Voicy d'autres Vers, qui
ont esté faits par une Personne
de qualité, qui a toute la
délicatesse d'esprit que l'on
peut avoir. Comme les premiers
regardent Rüel, il y a
sujet de leur donner place
dans cet Article..
LA NIMPHE DE RUEL,
AU ROY. TOn ECprit que rien ne limite,
Fait honneur a la Royauté>
Et tu ne DOIS que ton merite
Au dejpis de ta. Dignité.
Tes Exploits finIJi glorieux.
J>hïArmandauroit peine a les croirer
Son Ombre se plaint en ces lieux
Jïhte la mort dit ferméfesyeux
Sans quil ait joiiy de ta gloire.
ont esté faits par une Personne
de qualité, qui a toute la
délicatesse d'esprit que l'on
peut avoir. Comme les premiers
regardent Rüel, il y a
sujet de leur donner place
dans cet Article..
LA NIMPHE DE RUEL,
AU ROY. TOn ECprit que rien ne limite,
Fait honneur a la Royauté>
Et tu ne DOIS que ton merite
Au dejpis de ta. Dignité.
Tes Exploits finIJi glorieux.
J>hïArmandauroit peine a les croirer
Son Ombre se plaint en ces lieux
Jïhte la mort dit ferméfesyeux
Sans quil ait joiiy de ta gloire.
Fermer
Résumé : LA NIMPHE DE RUEL, AU ROY.
Un individu raffiné a écrit des vers dédiés au roi, célébrant la nymphe de Ruel. Ces poèmes honorent la royauté et soulignent que les mérites du roi surpassent sa dignité. Les exploits royaux sont si glorieux que Jean d'Armand aurait peine à les croire. L'ombre de Jean d'Armand déplore sa mort, l'empêchant de jouir de cette gloire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
65
p. 13-32
Statuë du Roy élevée à Caën, & ses Inscriptions, avec le détail de toutes les Ceremonies qui se sont faites en cette occasion. [titre d'après la table]
Début :
La Ville de Caën n'a pas voulu estre des dernieres [...]
Mots clefs :
Caen, Statue, Sa Majesté, Prince, Gloire, Cérémonie, Instruments, Église, Université, Devises, Ornements, Magistrats, Opéra, Louanges, Figures, Inscriptions, Repas, Illuminations, Madrigal, Distique, Épigramme, Inscription antique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Statuë du Roy élevée à Caën, & ses Inscriptions, avec le détail de toutes les Ceremonies qui se sont faites en cette occasion. [titre d'après la table]
La Ville de Caën n'a pas voulu estre des dernieres à
marquer son zele, en faisant
élever une Statue à Sa Majesse.
Celas'estfait l'éclat avec tout & toutes les démonstrations
dejoye, qu'un Peuple
qui aime son Prince, &
qui est ardent pour sa gloire,
est capable de montrer.
Cette Statuë fut élevée le
5 de
Septembre dans la grande
Place de la Ville. On avoir
choisy ce jour, qui estoit ce..-
luy de la Naissance du Roy,
pour rendre cette Cérémonie
plus auguste. Dés le poinct
du jour les Trompettes, les
Tambours,&les Hautsbois,
lx. bien tost apres, le Carril-
Ion de toutes les Cloches, &
le. Canon du Château
, anoncerent
cette Feste qu'on
attendoit avec tant dJÜllPÍb
tience. L'ordre avoit esté
donné que les ruës fussent
nettes, & les Boutiques fermées
,
& l'on se rendit en
foule dans l'Eglise des Cordeliers.
Messieurs de l'Université
qui voulurent se Signaler
,
avoient élevé sur le
Frontispice du premier Portail
une Pyramide fort haute,
chargée de Devises & de
Trophées, avec le Portrait
du Roy environnéd'Emblémes
,
qui exprimoient les
principales Actions de Sa
Majesté. Ils avoient orné le
Choeur & la Ne*f des plus
belles Tapisseries. Les Abbayes
voisines qui sont grand nombre, en sont de leur
Corps, ainsi que les principaux
Magistrats, & les Religieux
de la Ville. Tout, fut
convoqué
, & la Messe du
Saint Esprit, par laquelle on
crût devoir commencer, fut
précédée d'une Procession
que le nombre & la gravité
de tant de personnes Doctes,
la diversité des Habits & des
Ornemens ,
& l'ordreexactement
observé
,
rendirent
solemnelle& venerable. Mr
l'Evesque de Bayeux, Chancelier
de cette Illustre Compagnie
,
officiaPontificalement.
Au milieu de la Me(Te
Mr Maloüin Recteur, en son
Habit deCeremonie, prononça
en Latin le Panegyri1
quedu Roy,avec beaucoup
de force & d'éloquence. On
| y avoit invité le Corps de :, Ville, un des plus confiai
rables du Royaume
, par la noble Prérogative, qu'on
re
peut élire que des Gentilshommes,
pour ses Echevins. premiers. La NobiuTeen;
grand nombre s'estoit rer due à cette Feste
; & il nÇ
avoit personne qui ne se sult
paré pour l'honorer, Mr de~ Morangis
,
Intendant de la Généralité
, traitta cette grande Compagnie, avec b
unemagnificenc,.e1 & une »0- ">
litesse extraordinaire. 11 a;
conçu le premier le dessèin*
d'élever cette Statuë. Il l'a j
fait agréer à Sa Majesté, & ¡
voyant l'allegressègénérale,.»
il déclara que tous les ans il
.,- vouloit solemniser ce jour»
La Ville & l'Université s'y
engagerent avec la mesme
ardeur. Un Concert de Voix
& d'Instrumens suivit ce repas
plein de joye. On n'y
chanta que des endroits
choisis dans les Prologues<
desOperaàla gloiredu Roy,,
&: cette
diversité
de Louanges
,
fit un agréable effet:
dans uneAssemblée remplie
d'admiration sté. pour Sa Maje- On partit de chez M' l'Intendant sur les quatre heures, pour serendre àl'Eglise
des Jacobins, ou tous les Corps estoient convoquez
par l'ordre de Messieurs
de Ville qui avoient eu soim
qu'elle fliiè parée magnifiquement.
Le Pere Fejacq,
Prieur de ce Monastere fît:
en François l'Eloge du Roy
avec beaucoup de délicatesse
& d'esprit.Onavoit chan-
~te auparavant un excellente
Moret, composé de Pana.
ges des Pseaumes
,
5c des
Cantiques de la Sainte Ecriture
,
où l'on voit comme
une Prophetie, & une peinture
des grandes Victoires
que le Roy a remportées, ôc
des merveilles de son Regne;
de forte que le Peuple charmé
par cette Musique
,
&
animé par l'éloquence de
l'Orateur, se trouva comme
transporté quand Mr l'Evesque
entonna le Te Deum:&
dans le mesme ravissement,
il courutà la Place Royale:
où le Feu de joye estoit préparé.
Mr l'Intendant avoit
assisté à cette Ceremonie
avec le Presidial. Mr de Se
grais de l'Académie Françoise
,
premier Echevin, si
connu par son mericcôe par
ses Ouvrages, le vint prier
avec l'Hôtel de Ville de se
mettre à leur teste pour allumer
ce Feu. On marcha vers
la Place. Les Trompettes,
les Tambours, l'Huissier de
la Ville paré de sa Cotte
d'Armes de velours, & ses
Sergens ornez d'Echarpes de
ses livrées, précedoient la
marche. La Bourgeoisie
estoit fous les Armes au tour
de la Place, & laissoit un.
grand espace libre aux environs
du Feu &delaStauë.
CetteStatuë qui est l'ouvrage
d'un Sculpteur deCaën,
ef); admirée des plus habiles.
Elle est haute de huit
pieds, élevée sur unPiedestal
de douze. Quatre petites
Figures y tiennent sur laCorniche
les Armes yôcla Devise
du Roy meslées de differens
Trophées. Les Inscriptions
Latines & Françoises,
font gravées en Lettres d'or
sur quatregrandes tables de
.Marbre noir,&sont dignes *o
d'une Ville qui est en poiret
sionde donner à la France
d'excellens Poëtes. On fit
deux fois le tour de la Statuë
avec des cris de Vive le R.<ry,
dont toute la Ville retentifsoit,
& avec les mesmes acclamations,
on alluma le
Feu en la maniere accoutumée.
Les Compagnies des
Bourgeoisfirent trois décharges
,& le Château fit répondre
toute son Artillerie..
Mrs de l'Hôtel de Ville,
avoientchoisy la plus belle
Maison de la Place, pour y
recevoir les Dames.Madame
l'Intendante s'y estoit déja
renduë avec toutes les Personnes
de qualité. Une Salle
estoit ornée pour le Bal; une
magnifique Collation estoit
servie dans l'autre, sur plusieurs
Tables à l'entour des
murailles
,
& les Buffets
estoient dressez dans la troisiéme
où l'on pouvoitchoisir
toutes fortes de liqueurs
& de rafraichissemens. Il n'y
avoit point de Dame qui ne
fust invitée,& le bruit de la
Festeavoit attiré de toutes
ppaarrttss,,ttoouuttce qu'il yyaa de bb~ell--
les & de jeunes personnes. p
La joye
;
La joye & la multitude faisoient
quelque forte de confusion
; mais il n'y eut point
de desordre. En quitant les
Tables, on fut appelle aux
Fenestres par une quantité
de Fusées volantes qui partirent
du milieu de la Place.
Ce n'estoit que le prélude
d'un Feu d'artifice préparé
par l'ordre de la Ville, qui
jugea ne devoir rien épargner
pour honorer par cette
Feste un Roy à qui elle est
redevable de son bonheur.
Ce Feu occupa les Spectateurspendant
trois quarts
d'heure, &euttout leluecés
que l'on en pouvoit attendre.
Dés qu'il fut finy, le
Bal commença, & dura toute
la nuit. La Maison de Mr,
de Segrais est dans la mefine
Place, & l'Academie s'y assemble
ordinairement. Ce
qu'il y a en cette Ville-là de
Personnes distinguées par
leur Sçavoir, & par l'amour
des belles Lettres, yviarent
voir le Feu, & y trouverent
un Souper, dont ils ne purent
assez louer l'abondance & la
propreté. La Ville étoit toute
éclairée. On avoit porté
des lumieres jusques au haut
:des Clochers, & les Maisons
paroiubientenreu. Celle de
Mr de Morangis estoit éclairée
dedans & dehors,& deux
Fontaines de vin coulerent
devant sa porte pendant toute
la nuit. L'Illumination la
plus agreable se ni autour de
la Statue. Le dessein en étoit
ingenieux. Une Clôture de 4
fer haute de huit piedsrcgne
* tout à l'entour,à six pieds de
diltance de la baze du Picdef
tal. Cette Cloture étoit chargée
de Lampes,qui reprefentoient
des Lys, des Couronnes,
les Chiffres & la Devise
de Sa Majesté, & faisoient
paroistre la Statuë commeen
plein jour. Mais rien n'est
comparable à la joye qui se
répandit dans toute la Ville.
Les ruës estoient remplies de
Tables. On y avoit fait des
Berceaux & des Cabinets de
verdure qui estoient éclairez
d'une infinité de lumieres.
Chacun s'efforçait de se réjoüir
avec ses Amis & ses
Voisins. Le jour en trouva
beaucoup à table; & ce que
l'on ne croira qu'avec peine,
la Diicorde qui trouve toû-
*
jours quelque place dans ces
Assemblées extraordinaires,
fut entièrement bannie de
cette Feste. Malgrél'excès
de la bonne.chere,& l'émulation
à qui feroit voir plus
de z.ele, de joye
3
& melme
d'emportement, il n'y eut
pas la moindre dissentionny.
-l'a moindre querelle. Tous
ne sembloient animez que:
d'un mesme esprit. Le Roy
seulles occupoit toui-S& l' op:
ne parloit que de ses Victoires,
de sesgrandes Qualitez^
&de boire à sa Santé, en luy
souhaitant de longues &
heureusesannées.
Voicy les Inscriptions qui
font gravées sur le Piedestal. :'
Sur la premiere face on lit ce
Madrigal, qui cft de Mr de !
Segmis. jj
A ACette Augufle MajeFié, j
A cette héroïque fierté,
1
ReconnoiJ]ez>,racesfutures,j LoZJlS Roj, lutte & ContffJe.
rant.
L'H¡!foire vous dira par quelles avantures
if-.
Il„ merita le Nom de Grand.
Sur la feconde face à la droite
du Roy, cft ce Distiquecompo. !
fé par une personne de qualité,j
qui cache soisnom.,
.M1
jdsig&usC^fareA*L0D01Xjure Im.
perar rrbi; *
Tortuna
,
fctis,peclercCoefarndtft*
> Sur la troisième face à la gauche
du Roy, on lit cette Epigramme
de Mr de la Motte, Lieutenant
General à Caën.
1
fCivis opusifâtriufquelapisfiât Ré-
1 glatnagni•
Trinùpisfffigics, publica cura fuit.
Sicmemorisaxo, LODOIX, tua crei
dimus ora;
DurciutaternumcoditmVrbis amer.
1
Sur la.quatrième face est cette
InfcriptïBn à l'antique, faire par
MrduTôtFerrare,Conseillerail
,
Parlement de Rouen, un des pre-
J *Cadomus,Caenj quali Caij Caesaris domus.-
miers Hommes de ce Siecle en ce
genre d'écrire.
LVDOVICO
Triumphatiskoflibus, anïïo itnperio
pacifto orbe, veclltigalibnsrcmlffis,
pio, felici, semper augHf/o.
REGIS MAXIMI.
Devota meritis,fecura viSioriis ;
oeterna fidei monumentnm
unô corde, multipltci nomine.
Civitas Cadomenfis -
posuit 1685.
marquer son zele, en faisant
élever une Statue à Sa Majesse.
Celas'estfait l'éclat avec tout & toutes les démonstrations
dejoye, qu'un Peuple
qui aime son Prince, &
qui est ardent pour sa gloire,
est capable de montrer.
Cette Statuë fut élevée le
5 de
Septembre dans la grande
Place de la Ville. On avoir
choisy ce jour, qui estoit ce..-
luy de la Naissance du Roy,
pour rendre cette Cérémonie
plus auguste. Dés le poinct
du jour les Trompettes, les
Tambours,&les Hautsbois,
lx. bien tost apres, le Carril-
Ion de toutes les Cloches, &
le. Canon du Château
, anoncerent
cette Feste qu'on
attendoit avec tant dJÜllPÍb
tience. L'ordre avoit esté
donné que les ruës fussent
nettes, & les Boutiques fermées
,
& l'on se rendit en
foule dans l'Eglise des Cordeliers.
Messieurs de l'Université
qui voulurent se Signaler
,
avoient élevé sur le
Frontispice du premier Portail
une Pyramide fort haute,
chargée de Devises & de
Trophées, avec le Portrait
du Roy environnéd'Emblémes
,
qui exprimoient les
principales Actions de Sa
Majesté. Ils avoient orné le
Choeur & la Ne*f des plus
belles Tapisseries. Les Abbayes
voisines qui sont grand nombre, en sont de leur
Corps, ainsi que les principaux
Magistrats, & les Religieux
de la Ville. Tout, fut
convoqué
, & la Messe du
Saint Esprit, par laquelle on
crût devoir commencer, fut
précédée d'une Procession
que le nombre & la gravité
de tant de personnes Doctes,
la diversité des Habits & des
Ornemens ,
& l'ordreexactement
observé
,
rendirent
solemnelle& venerable. Mr
l'Evesque de Bayeux, Chancelier
de cette Illustre Compagnie
,
officiaPontificalement.
Au milieu de la Me(Te
Mr Maloüin Recteur, en son
Habit deCeremonie, prononça
en Latin le Panegyri1
quedu Roy,avec beaucoup
de force & d'éloquence. On
| y avoit invité le Corps de :, Ville, un des plus confiai
rables du Royaume
, par la noble Prérogative, qu'on
re
peut élire que des Gentilshommes,
pour ses Echevins. premiers. La NobiuTeen;
grand nombre s'estoit rer due à cette Feste
; & il nÇ
avoit personne qui ne se sult
paré pour l'honorer, Mr de~ Morangis
,
Intendant de la Généralité
, traitta cette grande Compagnie, avec b
unemagnificenc,.e1 & une »0- ">
litesse extraordinaire. 11 a;
conçu le premier le dessèin*
d'élever cette Statuë. Il l'a j
fait agréer à Sa Majesté, & ¡
voyant l'allegressègénérale,.»
il déclara que tous les ans il
.,- vouloit solemniser ce jour»
La Ville & l'Université s'y
engagerent avec la mesme
ardeur. Un Concert de Voix
& d'Instrumens suivit ce repas
plein de joye. On n'y
chanta que des endroits
choisis dans les Prologues<
desOperaàla gloiredu Roy,,
&: cette
diversité
de Louanges
,
fit un agréable effet:
dans uneAssemblée remplie
d'admiration sté. pour Sa Maje- On partit de chez M' l'Intendant sur les quatre heures, pour serendre àl'Eglise
des Jacobins, ou tous les Corps estoient convoquez
par l'ordre de Messieurs
de Ville qui avoient eu soim
qu'elle fliiè parée magnifiquement.
Le Pere Fejacq,
Prieur de ce Monastere fît:
en François l'Eloge du Roy
avec beaucoup de délicatesse
& d'esprit.Onavoit chan-
~te auparavant un excellente
Moret, composé de Pana.
ges des Pseaumes
,
5c des
Cantiques de la Sainte Ecriture
,
où l'on voit comme
une Prophetie, & une peinture
des grandes Victoires
que le Roy a remportées, ôc
des merveilles de son Regne;
de forte que le Peuple charmé
par cette Musique
,
&
animé par l'éloquence de
l'Orateur, se trouva comme
transporté quand Mr l'Evesque
entonna le Te Deum:&
dans le mesme ravissement,
il courutà la Place Royale:
où le Feu de joye estoit préparé.
Mr l'Intendant avoit
assisté à cette Ceremonie
avec le Presidial. Mr de Se
grais de l'Académie Françoise
,
premier Echevin, si
connu par son mericcôe par
ses Ouvrages, le vint prier
avec l'Hôtel de Ville de se
mettre à leur teste pour allumer
ce Feu. On marcha vers
la Place. Les Trompettes,
les Tambours, l'Huissier de
la Ville paré de sa Cotte
d'Armes de velours, & ses
Sergens ornez d'Echarpes de
ses livrées, précedoient la
marche. La Bourgeoisie
estoit fous les Armes au tour
de la Place, & laissoit un.
grand espace libre aux environs
du Feu &delaStauë.
CetteStatuë qui est l'ouvrage
d'un Sculpteur deCaën,
ef); admirée des plus habiles.
Elle est haute de huit
pieds, élevée sur unPiedestal
de douze. Quatre petites
Figures y tiennent sur laCorniche
les Armes yôcla Devise
du Roy meslées de differens
Trophées. Les Inscriptions
Latines & Françoises,
font gravées en Lettres d'or
sur quatregrandes tables de
.Marbre noir,&sont dignes *o
d'une Ville qui est en poiret
sionde donner à la France
d'excellens Poëtes. On fit
deux fois le tour de la Statuë
avec des cris de Vive le R.<ry,
dont toute la Ville retentifsoit,
& avec les mesmes acclamations,
on alluma le
Feu en la maniere accoutumée.
Les Compagnies des
Bourgeoisfirent trois décharges
,& le Château fit répondre
toute son Artillerie..
Mrs de l'Hôtel de Ville,
avoientchoisy la plus belle
Maison de la Place, pour y
recevoir les Dames.Madame
l'Intendante s'y estoit déja
renduë avec toutes les Personnes
de qualité. Une Salle
estoit ornée pour le Bal; une
magnifique Collation estoit
servie dans l'autre, sur plusieurs
Tables à l'entour des
murailles
,
& les Buffets
estoient dressez dans la troisiéme
où l'on pouvoitchoisir
toutes fortes de liqueurs
& de rafraichissemens. Il n'y
avoit point de Dame qui ne
fust invitée,& le bruit de la
Festeavoit attiré de toutes
ppaarrttss,,ttoouuttce qu'il yyaa de bb~ell--
les & de jeunes personnes. p
La joye
;
La joye & la multitude faisoient
quelque forte de confusion
; mais il n'y eut point
de desordre. En quitant les
Tables, on fut appelle aux
Fenestres par une quantité
de Fusées volantes qui partirent
du milieu de la Place.
Ce n'estoit que le prélude
d'un Feu d'artifice préparé
par l'ordre de la Ville, qui
jugea ne devoir rien épargner
pour honorer par cette
Feste un Roy à qui elle est
redevable de son bonheur.
Ce Feu occupa les Spectateurspendant
trois quarts
d'heure, &euttout leluecés
que l'on en pouvoit attendre.
Dés qu'il fut finy, le
Bal commença, & dura toute
la nuit. La Maison de Mr,
de Segrais est dans la mefine
Place, & l'Academie s'y assemble
ordinairement. Ce
qu'il y a en cette Ville-là de
Personnes distinguées par
leur Sçavoir, & par l'amour
des belles Lettres, yviarent
voir le Feu, & y trouverent
un Souper, dont ils ne purent
assez louer l'abondance & la
propreté. La Ville étoit toute
éclairée. On avoit porté
des lumieres jusques au haut
:des Clochers, & les Maisons
paroiubientenreu. Celle de
Mr de Morangis estoit éclairée
dedans & dehors,& deux
Fontaines de vin coulerent
devant sa porte pendant toute
la nuit. L'Illumination la
plus agreable se ni autour de
la Statue. Le dessein en étoit
ingenieux. Une Clôture de 4
fer haute de huit piedsrcgne
* tout à l'entour,à six pieds de
diltance de la baze du Picdef
tal. Cette Cloture étoit chargée
de Lampes,qui reprefentoient
des Lys, des Couronnes,
les Chiffres & la Devise
de Sa Majesté, & faisoient
paroistre la Statuë commeen
plein jour. Mais rien n'est
comparable à la joye qui se
répandit dans toute la Ville.
Les ruës estoient remplies de
Tables. On y avoit fait des
Berceaux & des Cabinets de
verdure qui estoient éclairez
d'une infinité de lumieres.
Chacun s'efforçait de se réjoüir
avec ses Amis & ses
Voisins. Le jour en trouva
beaucoup à table; & ce que
l'on ne croira qu'avec peine,
la Diicorde qui trouve toû-
*
jours quelque place dans ces
Assemblées extraordinaires,
fut entièrement bannie de
cette Feste. Malgrél'excès
de la bonne.chere,& l'émulation
à qui feroit voir plus
de z.ele, de joye
3
& melme
d'emportement, il n'y eut
pas la moindre dissentionny.
-l'a moindre querelle. Tous
ne sembloient animez que:
d'un mesme esprit. Le Roy
seulles occupoit toui-S& l' op:
ne parloit que de ses Victoires,
de sesgrandes Qualitez^
&de boire à sa Santé, en luy
souhaitant de longues &
heureusesannées.
Voicy les Inscriptions qui
font gravées sur le Piedestal. :'
Sur la premiere face on lit ce
Madrigal, qui cft de Mr de !
Segmis. jj
A ACette Augufle MajeFié, j
A cette héroïque fierté,
1
ReconnoiJ]ez>,racesfutures,j LoZJlS Roj, lutte & ContffJe.
rant.
L'H¡!foire vous dira par quelles avantures
if-.
Il„ merita le Nom de Grand.
Sur la feconde face à la droite
du Roy, cft ce Distiquecompo. !
fé par une personne de qualité,j
qui cache soisnom.,
.M1
jdsig&usC^fareA*L0D01Xjure Im.
perar rrbi; *
Tortuna
,
fctis,peclercCoefarndtft*
> Sur la troisième face à la gauche
du Roy, on lit cette Epigramme
de Mr de la Motte, Lieutenant
General à Caën.
1
fCivis opusifâtriufquelapisfiât Ré-
1 glatnagni•
Trinùpisfffigics, publica cura fuit.
Sicmemorisaxo, LODOIX, tua crei
dimus ora;
DurciutaternumcoditmVrbis amer.
1
Sur la.quatrième face est cette
InfcriptïBn à l'antique, faire par
MrduTôtFerrare,Conseillerail
,
Parlement de Rouen, un des pre-
J *Cadomus,Caenj quali Caij Caesaris domus.-
miers Hommes de ce Siecle en ce
genre d'écrire.
LVDOVICO
Triumphatiskoflibus, anïïo itnperio
pacifto orbe, veclltigalibnsrcmlffis,
pio, felici, semper augHf/o.
REGIS MAXIMI.
Devota meritis,fecura viSioriis ;
oeterna fidei monumentnm
unô corde, multipltci nomine.
Civitas Cadomenfis -
posuit 1685.
Fermer
Résumé : Statuë du Roy élevée à Caën, & ses Inscriptions, avec le détail de toutes les Ceremonies qui se sont faites en cette occasion. [titre d'après la table]
Le 5 septembre, la ville de Caen a célébré la naissance du roi par l'érigement d'une statue en son honneur sur la grande place de la ville. La cérémonie, marquée par des démonstrations de joie et de loyauté, a débuté à l'aube avec des trompettes, tambours, hautbois, carillons et canons. Les rues étaient nettoyées et les boutiques fermées, et la population s'est rassemblée à l'église des Cordeliers. L'Université avait décoré le frontispice avec une pyramide ornée de devises, trophées et portraits du roi, ainsi que le chœur et la nef avec des tapisseries. Les abbayes voisines, magistrats et religieux ont également participé à la célébration. Une procession solennelle a précédé la messe du Saint-Esprit, suivie d'un panégyrique du roi en latin par le recteur Malouin. L'intendant Morangis, à l'origine de l'idée, a traité les invités avec magnificence. Après un concert et un repas, une procession s'est rendue à l'église des Jacobins où le père Fejacq a prononcé un éloge du roi. Le peuple, charmé par la musique et l'éloquence, a chanté le Te Deum avant de se rendre à la place royale pour allumer un feu de joie. La statue, œuvre d'un sculpteur local, mesure huit pieds de haut sur un piédestal de douze pieds, et est entourée de figures et d'inscriptions en latin et français. Des cris de 'Vive le roi' ont retenti, et des épigrammes et inscriptions latines ont été gravées sur des tables de marbre noir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
66
p. 43-53
SUR LA GLOIRE que le Roy s'est acquise en se condamnant dans sa propre cause.
Début :
Vous m'avez demandé la Piece de Vers qui a / Maitresse des Heros, qui dans les nobles ames [...]
Mots clefs :
Vers, Académie française, Héros, Conquérant, Louis, Gloire, Lauriers, Lys, Espoir, Clémence, Hérésie, Équité, Fortune, Princes, Secours, Passion, Richesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA GLOIRE que le Roy s'est acquise en se condamnant dans sa propre cause.
Vous m'avez demandé la.
Eiece de Vers qui a rem porte
le Prix cette année par le
jugement de l'Académie Fra1
çoise, je vous l'envoye. Vous
vous souviendrez que je vous.
manday la derniere fois, quelle
est de Mr d' Alibert de
Saint Romain.
.¥!t
SUR LA GLOIRE
quele Roy s'est acquise en
se condamnant dans [a propre
cause.
Mj~ Aitrejcfdes Héros}qui dansles
nobles ames
Allumes nuit & jlur de gtnerttifès
ifâmesy
*
:<:;ifiAÚaux Con^ueYAns de
tesckdî-
*
-
mes épris j
Des horreNls de lamort infyinr le
mépri *"
Détffi, de LOZJIScompagne inftparable,
GLOIRE,quel bruit te trouble, à*
quel (hagrin t'accable ?
La trêve (a cejeul ntm lu trtmblfs,
tu fremis )
T'dnonLC un long repos a l'Europepromis.
Le plut vaillant des Rois en desfatfons
moins calmes
T'tH!fiurnJ des weijfons de lauriers
& de palmes,
Dans ses eaux le Batave en vainsi
fust cachéy
JNjf¡u'dlJ fonddeJcfeaux la foudre
Ceufl cherché.
De Luxembourg en feu l'ipouvantable
image
Menâçoit le Germain aunftmbtable
ravage,
A lafpecl du CroiffuntCAigle hors
de combat
Eustbienmoins du SoleilpusoutenirCéclat,
Et le Lia hurlant dans sa rage der- , nlcre
Aupié des fleurs de Lys eust mordit
la pouffiere.
Jguel bras * ton Athicte,ôGL0IRF,
euBresisté?
Sage, pttiffint, & brave il auroit
têutdomté.
Pleine de cet espoir, à chanter [es
trosées
Tupréparons déjà nos plutfeavans
Orfées,
Et voilà tout à coup que bornantses
progres,
Sa clemencea changéUn tfjoir en,
regrets,
Kamour de la. vièloire en vain le
sollicite.-
Telpouvant terrajjer & le Parthe
& le Siitbe,
ConteCnt desaegranfdeuir lerfécsond des Sur l'autel de Janus après mille bazars
Aima mieux enchaîner lt dimon dt la
guerre,
J^ue le fer à ta main vaincre toute
la Terre.
Guidé du mesme ifprit) flou ré.
pandre de fang,
Loris de toutes parts fait refpcBer
fin rang,
Severe aux vicieux, doux aux bws,
toujoursjuste,
Sur les bords de la Seine il represente
Augllfle.
c'est la que dans le cours cCunregne
fortuné.
JLajfurant CVniversqu'ilavoit étonné.
GLOIRE,tule VtrrdJ, de nouvelles
lumieres
Rehaujjer les rayons deJes vertus premières
,
Seule tu l'ttttirois aux compagnes de
Marsy
Tu le retrouveras dans le thamp des
beaux arts.
Tous les'jours ee grand Boj,des autres
Rois l'exemple,
S'ouvre un nouveau chemin aIlfaifie
de ton Temple,
LHerejie afispiedspleined'unjujle
e.ffrIJJ
Mejme aux bords du Lemhn voit
triompher lafoy,
L Equitéparses foins voitlafraude
proferite,
La Fortune efi J'accord avecque le
merite, •
Tout découvre en LOVIS un Prince
plus qu'humain,Et
Et LAugujie FrltnFoúftrpdJlè le Ko*
main.
Lors que cent Légionsfousfis draféaux
rangées
$ournettoie?uafinjonglesTilles affligées
,
.Zue gros de mille feux fis menasans
vaisseaux
Repandoient la terreur dans l'empire
des eaux,
Tant de travaux guerriers a toutautre
impojjlblts
LOnt- ils interrompu danffis travaux
paifiiieç?
Le -Louvre n'a-t il pas ,
s'élevint
jusquaux Cieux>
De miracles nouveaux toujoursfrappe
nos yeux?
Etjamais t-onvû dans le bruit
des Batailles
La pompe & findNjlrie abttndonner
Vcrfiiilles ?
Quellesource en treflrs siféconde
aujourd'huy,
JVuel merveilleux?affole icy coule
pour luy?
EjI- ce donc quison gré maijlre de la
Fortune
il recueille luyseul l'abondance cornmune,
Taudis que de leur Prince esclaves
trop abjets
Sêiu le faix des Tributsgemissent les
Sujets?
Ah ! bien loin d'exiger par un trop
dur empire
VuJècours odieuxdentfin Ejlatfoupire,
Jufie à tous )feulementinjufie contre
fiy>
Il renonce auJecours que luypresse ld> loy.irejle It
Entre les dons exquis & d'un olrdre
suprème
Dont le cielfavorable orna le Diadême
,
Il en eH un fameux des peuples veré, ré-
Sous le nom de Domaine: auxseuls
Rois consacré.
Vne loy redoutable en tout temps reconnuë
du reste des mortels en ferme l'avenuë;
Auguste de ce droit tempera lavigueur,
Plus que son privilege il écouta son
coeur,
Onsçait desi bonté la genereuse mir.
que,
EtRome au Citoyen vit ceder le Momrque
j Dans le douteJota luy le Fisc eut toujours
tort..
Roy defis payions, par un pua
digne effort,
LOFIS , qtioy que Themis ensa faveur
decide,
Pour mieux se condamnerasa causè
frefidtj
De PereAH nom de Prince unifiant le
devoir
Sa douceur fff la loy qui réglé fin
pouvoir.
11 croit,sursessujets remportant l'avantage,
s'il n'asa propre vfiix n'avoirpas un
fijfrage,
Son amour les soutient
,
& par un
nouveau fort
Le ftirti du plusfoibledors eflle plu*
firt.
En vain à ce grand Roy CiatcreH
plein d'adresse
LtaL les appas d'ute immense rjçheJlè,
GLOIRE, sans balancer dans le che1i-x7
un moment, Il trouve en tes appxs un objet pifit
charmlfnt.
Pour comble de tes voeux que faut.ir
davantage y
Reconnoà à ce trait le Heros de noJfre
JI age
Sans demander encor des exploits a
fin bras
Cet exploit de son coeur ne tesufist.
pas?
Certes dun Ji hautfait la grandeur
publiée
Utt plus que l'oeil en pleurs Genes
humiliée,
Plu6qtu deslfots du Rhin l'obstacle
furmsntç
Etplus auAlge,r.du choc encore épouvanté,
Eiece de Vers qui a rem porte
le Prix cette année par le
jugement de l'Académie Fra1
çoise, je vous l'envoye. Vous
vous souviendrez que je vous.
manday la derniere fois, quelle
est de Mr d' Alibert de
Saint Romain.
.¥!t
SUR LA GLOIRE
quele Roy s'est acquise en
se condamnant dans [a propre
cause.
Mj~ Aitrejcfdes Héros}qui dansles
nobles ames
Allumes nuit & jlur de gtnerttifès
ifâmesy
*
:<:;ifiAÚaux Con^ueYAns de
tesckdî-
*
-
mes épris j
Des horreNls de lamort infyinr le
mépri *"
Détffi, de LOZJIScompagne inftparable,
GLOIRE,quel bruit te trouble, à*
quel (hagrin t'accable ?
La trêve (a cejeul ntm lu trtmblfs,
tu fremis )
T'dnonLC un long repos a l'Europepromis.
Le plut vaillant des Rois en desfatfons
moins calmes
T'tH!fiurnJ des weijfons de lauriers
& de palmes,
Dans ses eaux le Batave en vainsi
fust cachéy
JNjf¡u'dlJ fonddeJcfeaux la foudre
Ceufl cherché.
De Luxembourg en feu l'ipouvantable
image
Menâçoit le Germain aunftmbtable
ravage,
A lafpecl du CroiffuntCAigle hors
de combat
Eustbienmoins du SoleilpusoutenirCéclat,
Et le Lia hurlant dans sa rage der- , nlcre
Aupié des fleurs de Lys eust mordit
la pouffiere.
Jguel bras * ton Athicte,ôGL0IRF,
euBresisté?
Sage, pttiffint, & brave il auroit
têutdomté.
Pleine de cet espoir, à chanter [es
trosées
Tupréparons déjà nos plutfeavans
Orfées,
Et voilà tout à coup que bornantses
progres,
Sa clemencea changéUn tfjoir en,
regrets,
Kamour de la. vièloire en vain le
sollicite.-
Telpouvant terrajjer & le Parthe
& le Siitbe,
ConteCnt desaegranfdeuir lerfécsond des Sur l'autel de Janus après mille bazars
Aima mieux enchaîner lt dimon dt la
guerre,
J^ue le fer à ta main vaincre toute
la Terre.
Guidé du mesme ifprit) flou ré.
pandre de fang,
Loris de toutes parts fait refpcBer
fin rang,
Severe aux vicieux, doux aux bws,
toujoursjuste,
Sur les bords de la Seine il represente
Augllfle.
c'est la que dans le cours cCunregne
fortuné.
JLajfurant CVniversqu'ilavoit étonné.
GLOIRE,tule VtrrdJ, de nouvelles
lumieres
Rehaujjer les rayons deJes vertus premières
,
Seule tu l'ttttirois aux compagnes de
Marsy
Tu le retrouveras dans le thamp des
beaux arts.
Tous les'jours ee grand Boj,des autres
Rois l'exemple,
S'ouvre un nouveau chemin aIlfaifie
de ton Temple,
LHerejie afispiedspleined'unjujle
e.ffrIJJ
Mejme aux bords du Lemhn voit
triompher lafoy,
L Equitéparses foins voitlafraude
proferite,
La Fortune efi J'accord avecque le
merite, •
Tout découvre en LOVIS un Prince
plus qu'humain,Et
Et LAugujie FrltnFoúftrpdJlè le Ko*
main.
Lors que cent Légionsfousfis draféaux
rangées
$ournettoie?uafinjonglesTilles affligées
,
.Zue gros de mille feux fis menasans
vaisseaux
Repandoient la terreur dans l'empire
des eaux,
Tant de travaux guerriers a toutautre
impojjlblts
LOnt- ils interrompu danffis travaux
paifiiieç?
Le -Louvre n'a-t il pas ,
s'élevint
jusquaux Cieux>
De miracles nouveaux toujoursfrappe
nos yeux?
Etjamais t-onvû dans le bruit
des Batailles
La pompe & findNjlrie abttndonner
Vcrfiiilles ?
Quellesource en treflrs siféconde
aujourd'huy,
JVuel merveilleux?affole icy coule
pour luy?
EjI- ce donc quison gré maijlre de la
Fortune
il recueille luyseul l'abondance cornmune,
Taudis que de leur Prince esclaves
trop abjets
Sêiu le faix des Tributsgemissent les
Sujets?
Ah ! bien loin d'exiger par un trop
dur empire
VuJècours odieuxdentfin Ejlatfoupire,
Jufie à tous )feulementinjufie contre
fiy>
Il renonce auJecours que luypresse ld> loy.irejle It
Entre les dons exquis & d'un olrdre
suprème
Dont le cielfavorable orna le Diadême
,
Il en eH un fameux des peuples veré, ré-
Sous le nom de Domaine: auxseuls
Rois consacré.
Vne loy redoutable en tout temps reconnuë
du reste des mortels en ferme l'avenuë;
Auguste de ce droit tempera lavigueur,
Plus que son privilege il écouta son
coeur,
Onsçait desi bonté la genereuse mir.
que,
EtRome au Citoyen vit ceder le Momrque
j Dans le douteJota luy le Fisc eut toujours
tort..
Roy defis payions, par un pua
digne effort,
LOFIS , qtioy que Themis ensa faveur
decide,
Pour mieux se condamnerasa causè
frefidtj
De PereAH nom de Prince unifiant le
devoir
Sa douceur fff la loy qui réglé fin
pouvoir.
11 croit,sursessujets remportant l'avantage,
s'il n'asa propre vfiix n'avoirpas un
fijfrage,
Son amour les soutient
,
& par un
nouveau fort
Le ftirti du plusfoibledors eflle plu*
firt.
En vain à ce grand Roy CiatcreH
plein d'adresse
LtaL les appas d'ute immense rjçheJlè,
GLOIRE, sans balancer dans le che1i-x7
un moment, Il trouve en tes appxs un objet pifit
charmlfnt.
Pour comble de tes voeux que faut.ir
davantage y
Reconnoà à ce trait le Heros de noJfre
JI age
Sans demander encor des exploits a
fin bras
Cet exploit de son coeur ne tesufist.
pas?
Certes dun Ji hautfait la grandeur
publiée
Utt plus que l'oeil en pleurs Genes
humiliée,
Plu6qtu deslfots du Rhin l'obstacle
furmsntç
Etplus auAlge,r.du choc encore épouvanté,
Fermer
Résumé : SUR LA GLOIRE que le Roy s'est acquise en se condamnant dans sa propre cause.
Le texte est un poème dédié à la gloire du roi Louis XIV, lauréat d'un prix de l'Académie Française. Il célèbre les exploits militaires et les vertus morales du souverain. Le poème mentionne ses victoires sur divers ennemis, tels que les Bataves et les Germains, et sa capacité à susciter la crainte et le respect. Louis XIV est dépeint comme sage, compatissant et courageux, ses actions étant comparées à celles des héros antiques. Le texte insiste sur sa clémence et sa justice, particulièrement envers ses sujets et dans la gestion des tributs. Il est présenté comme un prince juste qui privilégie la loi à la force et soutient ses sujets même dans leurs moments de faiblesse. La générosité et le sens du devoir du roi sont mis en avant, illustrés par son refus des richesses personnelles au profit du bien commun. Le poème conclut en soulignant que la grandeur de Louis XIV réside autant dans ses actes de cœur que dans ses exploits militaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
67
p. 55-75
Prix de l'Arquebuze. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez, Madame, que le Roy donnant sa protection aux [...]
Mots clefs :
Prix, Compagnies, Chevalier, Provinces, Honneur, Duc, Maréchal, Arquebusiers, Officiers, Instruments, Procession, Symphonie, Chant, Messe, Marquis, Capitaine, Architecture, Monseigneur le Dauphin, Devises, Sonnet, Gloire, Illustre, Chevalier, Lauriers, Armes, Grandeur, Épée, Suffrages, Piédestal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Arquebuze. [titre d'après la table]
Vous sçavez, Madame,,
que le Roy donnant saprotection
aux Exercices quiont
quelque chose de mar- tial, accorde de temps en temps des permiffons de tirerdes
Prix entre les Compagnies
de l'Arquebuze du
Royaume, & aux Chevaliers.
des Villes, de s'assembler en
celle quiareceu le Bouquet
par le fy^Frage des Bandes.
Comme il y aune Association
ancienne entre les Provinces
de Brie, Champagne,
8c Soissonnois pour cet Exercice,
la Ville deSezanne, limitrophe
des deux premières
,
eutl'honneur du Bouquet
en la Ville d'Epernay
au mois de Juin 1685. & le rendit
au commencement du
mois passé, en vertu de Lettres
Patentes, & après que
Sa Majesté se fut expliquée
sur la concurrence de ceux
de Vitry, au rapport de Mr
le Maréchal Duc de Vivon..,,
ne, Gouverneur des mesmes
Provinces de Brie & de Chapagne,
& de Mr de Croitry"c
Secretaire d'Estat du Département.
LesMandemensimprimez
ayant elle envoyez
à toutes les Villes associées,
qui ont de semblables Compagnies
d'Arquebuziers, la
pluspart se rendirent à Sezanne,
le Samedy premier
de Septembre. Les Chevaliers
de la Ville en deux bandes
, l'une de cheval, & l'autre
de pied, leurs Officiers
a leur telte avec les Guidon
& Enseigne; Trompettes,
Tambours, Fifres,Violons
&Hautbois, tous fort lestes
& en bon ordre, allerent devant,àmesure au que leGuet
qu'on avoit mis sur la Tour,
donnoit le Signal, & en huit
heures de temps on receut jusqu'à vingt-huitCompagniesdesVilles
Illandées,
sçavoir, de Reims, Chalons,
Meaux, Provins, Chasteauthierry,
Coulomniers,Crespy,
Noyon, la Ferté-Milon, Nogent
sur Seine, Epernay, Villenoce,.
Montmirail,Barbone.
ne y
Vertus, Arcies, &c. avec
les Presensordinaires de Vins
excellens,Jambons deMayéce
, & de Venaison. Le lendemain
au matin, les Compagnies
s'assemblerent en
l'Eglise des Cordeliers, qui.
est fort spacieuse
; ôcaprés
que l'on eut tiré la Marche
au fort, elles furent conduites
en Procession parlaVille,
& dans les endroits principaux
du dehors, ayant Mrle
Marquis de Pleurs,Bailly,
Capitaine & Gouverneur a
leur teste, suivy du Corps de
Ville. Elles marcherent au
bruitdes mesmes Instruments
de toutes les Bandes,qui faisoient
une symphonie ble agréa- par intervalles,& sans interruption
du Chant, avec plusieurs décharges deMouf
queterie. La ProcessîoneC<
tant faite,laMesse fut solemnellement
celebrée par Mr
Collot, Aumonier de laCompagnie
de Sezanne, l'Orgue,&quelquesMoatvetesc
chantez par de belles Voix
accompagnées d'lnllrtiinés.
Mrle Marquis dePleurs alla
à roHrande,câprés luyles
Cornetes & les Enfeicrnes
Yf
j*
avec leurs Guidons & leurs
Drapeaux. Apres le disner,
toutes les Compagnies passerent
en reveuë
,
& on exposa
les Prix, qui estoient d'environ
seize mille livres d'argen-
1terie de toutes pieces, comime
Bassins, grosses Eguieres,
&autres d'une Orphevrerie
exquise. Le soir M' de Villiers,
Capitaine de la Compagnie
de la Ville, regala la
pluspart desOfficiers desBan-
) des avec Mr de Pleurs, les
Magistrats & Officiers de
r Ville; ce qu'il continua tous
les jours avec une propreté
- & une profusion extraordinaire.
Ce Soupéfut suivy
d'un grand Bal, où toutes les
Dames, tant de la Ville que
des environs, se trouvèrent
fort parées. On servit ensuite
une magnifique Collation
dans vingtquatre grandsBasfins
, avec toutes fortes de
liqueurs & de rafraicl-ilffemens.
Le Lundy 3. de ce mois,
on se rendit à la Bute. C'est
un Pavillon d'une Architecture
fort délicate & moderne,
nouvellement basty exprés
pour le Prix. Dans la
SCrande Salle estoient les Arrimes
du Roy, de Monseiggneur
le Dauphin, de Monitièigneur
le Duc de Bourgogne
)
& de Monseigneur le
IDuc d'Anjou,avec des Devises.
Sous celle du Roy, on lisoit ces mots Latins, Media
de Pace triumphi; avec ce Sonmet,
dans lequel Sa,Majesté
parle aux Chevaliers.
> SONNET.
[1Cy du champ de Mtirs, on va
droit 4 la Gloire;
Vn rayon de la mienne y conduira,
vos pat,
Inspirera vos coeurs, animera, vos
bras,
.Et placeravos noms,prés du mien,
dans CHistoire.
Làpour eternifer voftte illufire mé- - moire
,
*
Déjàle Dieu Mercure a convié Pallasi
Elle tient le Burin, le Ciseau, le
Compas,
Prcfte decouronner deses mains la
Victoire.
Tout ce queurentjadisdeplus mïïjpjluetix
Olympie & corinthe,en leurs fupcr-
6es jeux
LA Paix l'ajîemble icy,mieux qu'aux
bords du Meandrt.
'-,)Vnpeu d'orgwelifîcdbien, dessous
mesjufiesLois;
Î.Etifq^elcjuUmefioitde Fhumeurd'A~
- lexandre,
99our dijputerles Prix, il trouvera
des Riis.
Pour l'intelligence de ce"
dernier Vers,on doit sçavoir
que chaque Compagnie de
- Chevaliers a/ sonRoy. Au-
Oteubus des Armes de Monseigneur
le Dauphin
,
onli-
Toitj L&ws innéctitolivoe.. LA Faix a fis Lauriers, M/S--
bien qfïe-la Gmrfei dits mijjemfins culture en ces bco-t-
- rcuxClimats,
Et sans craindre les Yents ,
les Soleils,
les Frir/htts,
On diroit que Sezanne efileur narale
Terre.
JjAdrejjè & la Valeur viennent de
toutes partsy
lufqu'aufein de la Faix, rechercher
le Dieu Mars,
Couchésur un fiifceau de Lauriers
& de Palmes.
Chevaliers, VOUA dit-il, LOVIS et s
ses raisons,
Et comme il fait luy fiul les temps l
troubles ou cAlmes,
Il veut que l'on en cueille en toutes i
les Saisons.
Au dessous des Armes de
Monseigneur leDuc deBourgogne,
Crescensadfulmina. cEformidable nom,fatal à tar.ï
d'Empires,
>
g™ deux Siecles entiers riont itifaire
eublitr,
> N'dpprehende atijourd'huj reproches
ny fI/ires,
L Etrenaissant en moyria rien encor
defier.
) On minflruit douctment amaniey Ufoudre
L.Auprès de mon Ayeul, le plmçrar.d
des Humains,
L Tourriavoirpas de peine un jour a'
m'y rejÕttdre)
i Ij touche de bonne heure
1
& men
jouë en ses mains.
!, Sipour remplirbien-toif mes grandis.' *
diftinêes, pij
Dx/îs les premiers efforts de mes bel.
les années,
le vouleis regagner la fameuse Toison.
Lorfcjuc jauraydrtJse mes redoutdblcs
Flûtes,
Chevaliers, voulez,
- vous eJlre mes
Argonautes ?
le vous promets déja d'cfire vejlre
lafon.
Au dessous des Armes de
Monseigneur le Duc d'Anjq¡
1, Discat fortuna renasci. EN Cadet de bonne Mllifin,
L'on mimpofe, en nitiffint un
nom, £htidejtgne déjà mes hautes avan*
q turcss
ilmarqne,lfndi m'aguerrir
Deux Royaumes A conquérir:
Woi!àmonAppanage} 0' mes Gran*
deurs futures.
, Voulczrvouspat beauxChevaliersa
Eftrc de mes AvantUÏU Ys f
YDans troù lustres au plus on s'y peut
bien attendrr,
^Tenez, - njom en ha/tint) exercezvotu
toujours
^Jïuatjd le De(Hit voudra hajler ces
heureux jours,
UtflraJ bien-toif press,&jeviendray
vom prendYe.
L'on commença à tirer,
prés que Mrle Marquis de
Pleurs en eut fait l'ouverture
qpa.r le coup du Roy qu'il tira
comme Gouverneur. Ensuite
on tira à deux butes pour abreger,&
for quatre Pantons
en quatre Chasses
; c'est
à dire que chaque Chevalier
tira quatre coups pendant
le reste de la semaines
La Compagnie de Chasteau-
Thierry remporra le premier
Prix par un coup de
broche qui est unique, &
ce Prix fut ungrand Bassin,
d'argent avec une épée de
six Louis qui eA due au plus
beau coup. Ce coup fut suivy
de plusieurs coups de
noir, qui acquirent encore
bdautres Prix aux Chevaliers
bde cette Compagnie avec
lle premier ôc le troisiéme
Panton. Ceux de Reims eurent
le second Panton avec
uun plus grand nombre de
IPrix aussi considerables que
iles premiers. Les Chevaliers
de Provins gagnerent le quatrièmePanton
avec un quatrième
Prix, & plusieurs
G autres par des coups de
noir. Le reste des Prix de
moindre valeur fut distribué
aux Chevaliers des
autres Compagnies suivant
les coups qu'ils avoient faits,
& avec une espece de justice
scru puleuse
,
jusqu'à diviser
les lignes & les points qui
les composent. Il feroit fort
mal-aisé de mieux réus- ence genre d'exercice,
puis qu'il y a eu quantité de
coups prés du noir, demeurez
inutiles.
-
Tous les Prix èstant tirez
le Samedy au soir 8.
du mois, on délibéra sur le
Bouquet& presque tous
les Suffrages l'accorderent à
la Compagnie de Reims qui
l'avoit demandé avec instance
, pour le reunir au
particulier
particulier qui luy avoit esté
adjugéà Vitry, selon l'intention
de Sa Majesté dans sa
Lettre de Cachet. Ainsi là
délivrance s'en fit le lendemain,
dans la grande ruë dewant
l'Hostel de Reims au
bruit de la Mousquetterie,
£&: au son d'un grand nomcbre
de Hautbois, Tromperrcs,
& autres Instrumens de
toutes fortes; aprèsquoy
xetteCompagnie donna une
magnifique Collation,servie
ueufci-nentaune foule
extraordinaire d'Officiers &:
Chevaliers
)
& à toutes les
Dames. Elle partit sur le foir,
& à son déparr
,
le Prix fut
porté publiquement au milieu
de la Troupe qui estoit
à cheval & en très bel ordre.
Les Officiers estoient en Caleche.
Ils furent conduits par
ceux de la Ville jusqu'au dehors
du Faux-bourg où une
galante Collation les attendoit
pour se dire adieu. Ce
Bouquet est une Statuë d'argent
mollit" cizelé,de prés de
deux pieds de hauteur, sur
un Piedestal d'ebeine. Elle
represente une Paix ou une
Pallas avec un Guidon d'argent
mis en couleur, & embelly
de plusieurs Devises
l& Inscriptions. On peut a- jouter à l'avantage des Chevaliers
de la Compagnie de
Reims, que dans cette occassonils
ont épuisé tous les
moyens ingenieux dont on
se peut servir pour faire éclater
la profu sionenFestins
; Bals,Collations, & Feux d'artifices,
qui les ont distinguez
:des autres Villes,avec un
L
applaudissement gcneral.
que le Roy donnant saprotection
aux Exercices quiont
quelque chose de mar- tial, accorde de temps en temps des permiffons de tirerdes
Prix entre les Compagnies
de l'Arquebuze du
Royaume, & aux Chevaliers.
des Villes, de s'assembler en
celle quiareceu le Bouquet
par le fy^Frage des Bandes.
Comme il y aune Association
ancienne entre les Provinces
de Brie, Champagne,
8c Soissonnois pour cet Exercice,
la Ville deSezanne, limitrophe
des deux premières
,
eutl'honneur du Bouquet
en la Ville d'Epernay
au mois de Juin 1685. & le rendit
au commencement du
mois passé, en vertu de Lettres
Patentes, & après que
Sa Majesté se fut expliquée
sur la concurrence de ceux
de Vitry, au rapport de Mr
le Maréchal Duc de Vivon..,,
ne, Gouverneur des mesmes
Provinces de Brie & de Chapagne,
& de Mr de Croitry"c
Secretaire d'Estat du Département.
LesMandemensimprimez
ayant elle envoyez
à toutes les Villes associées,
qui ont de semblables Compagnies
d'Arquebuziers, la
pluspart se rendirent à Sezanne,
le Samedy premier
de Septembre. Les Chevaliers
de la Ville en deux bandes
, l'une de cheval, & l'autre
de pied, leurs Officiers
a leur telte avec les Guidon
& Enseigne; Trompettes,
Tambours, Fifres,Violons
&Hautbois, tous fort lestes
& en bon ordre, allerent devant,àmesure au que leGuet
qu'on avoit mis sur la Tour,
donnoit le Signal, & en huit
heures de temps on receut jusqu'à vingt-huitCompagniesdesVilles
Illandées,
sçavoir, de Reims, Chalons,
Meaux, Provins, Chasteauthierry,
Coulomniers,Crespy,
Noyon, la Ferté-Milon, Nogent
sur Seine, Epernay, Villenoce,.
Montmirail,Barbone.
ne y
Vertus, Arcies, &c. avec
les Presensordinaires de Vins
excellens,Jambons deMayéce
, & de Venaison. Le lendemain
au matin, les Compagnies
s'assemblerent en
l'Eglise des Cordeliers, qui.
est fort spacieuse
; ôcaprés
que l'on eut tiré la Marche
au fort, elles furent conduites
en Procession parlaVille,
& dans les endroits principaux
du dehors, ayant Mrle
Marquis de Pleurs,Bailly,
Capitaine & Gouverneur a
leur teste, suivy du Corps de
Ville. Elles marcherent au
bruitdes mesmes Instruments
de toutes les Bandes,qui faisoient
une symphonie ble agréa- par intervalles,& sans interruption
du Chant, avec plusieurs décharges deMouf
queterie. La ProcessîoneC<
tant faite,laMesse fut solemnellement
celebrée par Mr
Collot, Aumonier de laCompagnie
de Sezanne, l'Orgue,&quelquesMoatvetesc
chantez par de belles Voix
accompagnées d'lnllrtiinés.
Mrle Marquis dePleurs alla
à roHrande,câprés luyles
Cornetes & les Enfeicrnes
Yf
j*
avec leurs Guidons & leurs
Drapeaux. Apres le disner,
toutes les Compagnies passerent
en reveuë
,
& on exposa
les Prix, qui estoient d'environ
seize mille livres d'argen-
1terie de toutes pieces, comime
Bassins, grosses Eguieres,
&autres d'une Orphevrerie
exquise. Le soir M' de Villiers,
Capitaine de la Compagnie
de la Ville, regala la
pluspart desOfficiers desBan-
) des avec Mr de Pleurs, les
Magistrats & Officiers de
r Ville; ce qu'il continua tous
les jours avec une propreté
- & une profusion extraordinaire.
Ce Soupéfut suivy
d'un grand Bal, où toutes les
Dames, tant de la Ville que
des environs, se trouvèrent
fort parées. On servit ensuite
une magnifique Collation
dans vingtquatre grandsBasfins
, avec toutes fortes de
liqueurs & de rafraicl-ilffemens.
Le Lundy 3. de ce mois,
on se rendit à la Bute. C'est
un Pavillon d'une Architecture
fort délicate & moderne,
nouvellement basty exprés
pour le Prix. Dans la
SCrande Salle estoient les Arrimes
du Roy, de Monseiggneur
le Dauphin, de Monitièigneur
le Duc de Bourgogne
)
& de Monseigneur le
IDuc d'Anjou,avec des Devises.
Sous celle du Roy, on lisoit ces mots Latins, Media
de Pace triumphi; avec ce Sonmet,
dans lequel Sa,Majesté
parle aux Chevaliers.
> SONNET.
[1Cy du champ de Mtirs, on va
droit 4 la Gloire;
Vn rayon de la mienne y conduira,
vos pat,
Inspirera vos coeurs, animera, vos
bras,
.Et placeravos noms,prés du mien,
dans CHistoire.
Làpour eternifer voftte illufire mé- - moire
,
*
Déjàle Dieu Mercure a convié Pallasi
Elle tient le Burin, le Ciseau, le
Compas,
Prcfte decouronner deses mains la
Victoire.
Tout ce queurentjadisdeplus mïïjpjluetix
Olympie & corinthe,en leurs fupcr-
6es jeux
LA Paix l'ajîemble icy,mieux qu'aux
bords du Meandrt.
'-,)Vnpeu d'orgwelifîcdbien, dessous
mesjufiesLois;
Î.Etifq^elcjuUmefioitde Fhumeurd'A~
- lexandre,
99our dijputerles Prix, il trouvera
des Riis.
Pour l'intelligence de ce"
dernier Vers,on doit sçavoir
que chaque Compagnie de
- Chevaliers a/ sonRoy. Au-
Oteubus des Armes de Monseigneur
le Dauphin
,
onli-
Toitj L&ws innéctitolivoe.. LA Faix a fis Lauriers, M/S--
bien qfïe-la Gmrfei dits mijjemfins culture en ces bco-t-
- rcuxClimats,
Et sans craindre les Yents ,
les Soleils,
les Frir/htts,
On diroit que Sezanne efileur narale
Terre.
JjAdrejjè & la Valeur viennent de
toutes partsy
lufqu'aufein de la Faix, rechercher
le Dieu Mars,
Couchésur un fiifceau de Lauriers
& de Palmes.
Chevaliers, VOUA dit-il, LOVIS et s
ses raisons,
Et comme il fait luy fiul les temps l
troubles ou cAlmes,
Il veut que l'on en cueille en toutes i
les Saisons.
Au dessous des Armes de
Monseigneur leDuc deBourgogne,
Crescensadfulmina. cEformidable nom,fatal à tar.ï
d'Empires,
>
g™ deux Siecles entiers riont itifaire
eublitr,
> N'dpprehende atijourd'huj reproches
ny fI/ires,
L Etrenaissant en moyria rien encor
defier.
) On minflruit douctment amaniey Ufoudre
L.Auprès de mon Ayeul, le plmçrar.d
des Humains,
L Tourriavoirpas de peine un jour a'
m'y rejÕttdre)
i Ij touche de bonne heure
1
& men
jouë en ses mains.
!, Sipour remplirbien-toif mes grandis.' *
diftinêes, pij
Dx/îs les premiers efforts de mes bel.
les années,
le vouleis regagner la fameuse Toison.
Lorfcjuc jauraydrtJse mes redoutdblcs
Flûtes,
Chevaliers, voulez,
- vous eJlre mes
Argonautes ?
le vous promets déja d'cfire vejlre
lafon.
Au dessous des Armes de
Monseigneur le Duc d'Anjq¡
1, Discat fortuna renasci. EN Cadet de bonne Mllifin,
L'on mimpofe, en nitiffint un
nom, £htidejtgne déjà mes hautes avan*
q turcss
ilmarqne,lfndi m'aguerrir
Deux Royaumes A conquérir:
Woi!àmonAppanage} 0' mes Gran*
deurs futures.
, Voulczrvouspat beauxChevaliersa
Eftrc de mes AvantUÏU Ys f
YDans troù lustres au plus on s'y peut
bien attendrr,
^Tenez, - njom en ha/tint) exercezvotu
toujours
^Jïuatjd le De(Hit voudra hajler ces
heureux jours,
UtflraJ bien-toif press,&jeviendray
vom prendYe.
L'on commença à tirer,
prés que Mrle Marquis de
Pleurs en eut fait l'ouverture
qpa.r le coup du Roy qu'il tira
comme Gouverneur. Ensuite
on tira à deux butes pour abreger,&
for quatre Pantons
en quatre Chasses
; c'est
à dire que chaque Chevalier
tira quatre coups pendant
le reste de la semaines
La Compagnie de Chasteau-
Thierry remporra le premier
Prix par un coup de
broche qui est unique, &
ce Prix fut ungrand Bassin,
d'argent avec une épée de
six Louis qui eA due au plus
beau coup. Ce coup fut suivy
de plusieurs coups de
noir, qui acquirent encore
bdautres Prix aux Chevaliers
bde cette Compagnie avec
lle premier ôc le troisiéme
Panton. Ceux de Reims eurent
le second Panton avec
uun plus grand nombre de
IPrix aussi considerables que
iles premiers. Les Chevaliers
de Provins gagnerent le quatrièmePanton
avec un quatrième
Prix, & plusieurs
G autres par des coups de
noir. Le reste des Prix de
moindre valeur fut distribué
aux Chevaliers des
autres Compagnies suivant
les coups qu'ils avoient faits,
& avec une espece de justice
scru puleuse
,
jusqu'à diviser
les lignes & les points qui
les composent. Il feroit fort
mal-aisé de mieux réus- ence genre d'exercice,
puis qu'il y a eu quantité de
coups prés du noir, demeurez
inutiles.
-
Tous les Prix èstant tirez
le Samedy au soir 8.
du mois, on délibéra sur le
Bouquet& presque tous
les Suffrages l'accorderent à
la Compagnie de Reims qui
l'avoit demandé avec instance
, pour le reunir au
particulier
particulier qui luy avoit esté
adjugéà Vitry, selon l'intention
de Sa Majesté dans sa
Lettre de Cachet. Ainsi là
délivrance s'en fit le lendemain,
dans la grande ruë dewant
l'Hostel de Reims au
bruit de la Mousquetterie,
£&: au son d'un grand nomcbre
de Hautbois, Tromperrcs,
& autres Instrumens de
toutes fortes; aprèsquoy
xetteCompagnie donna une
magnifique Collation,servie
ueufci-nentaune foule
extraordinaire d'Officiers &:
Chevaliers
)
& à toutes les
Dames. Elle partit sur le foir,
& à son déparr
,
le Prix fut
porté publiquement au milieu
de la Troupe qui estoit
à cheval & en très bel ordre.
Les Officiers estoient en Caleche.
Ils furent conduits par
ceux de la Ville jusqu'au dehors
du Faux-bourg où une
galante Collation les attendoit
pour se dire adieu. Ce
Bouquet est une Statuë d'argent
mollit" cizelé,de prés de
deux pieds de hauteur, sur
un Piedestal d'ebeine. Elle
represente une Paix ou une
Pallas avec un Guidon d'argent
mis en couleur, & embelly
de plusieurs Devises
l& Inscriptions. On peut a- jouter à l'avantage des Chevaliers
de la Compagnie de
Reims, que dans cette occassonils
ont épuisé tous les
moyens ingenieux dont on
se peut servir pour faire éclater
la profu sionenFestins
; Bals,Collations, & Feux d'artifices,
qui les ont distinguez
:des autres Villes,avec un
L
applaudissement gcneral.
Fermer
Résumé : Prix de l'Arquebuze. [titre d'après la table]
En juin 1685, la ville de Sézanne a reçu le privilège d'accueillir le Bouquet à Épernay, officialisant sa victoire sur Vitry grâce à un rapport du maréchal duc de Vivonne et de Monsieur de Croissy. Les villes voisines, telles que Reims, Châlons, Meaux et Provins, ont été invitées et ont offert des présents comme du vin, des jambons et de la venaison. Le 1er septembre, ces villes se sont rassemblées à Sézanne pour une procession musicale et une messe solennelle, suivie d'un repas où des prix en argenterie étaient exposés. La journée s'est conclue par un banquet et un bal. Le lendemain, une compétition de tir a été organisée par le Duc d'Anjou pour regagner la Toison d'Or. Les participants, nommés 'Chevaliers,' ont montré leur habileté au tir sur plusieurs jours. La Compagnie de Château-Thierry a remporté le premier prix, un grand bassin d'argent avec une épée, pour un coup de broche remarquable. D'autres prix ont été décernés aux Compagnies de Reims et de Provins, ainsi qu'à divers Chevaliers pour leurs coups de noir. Le samedi soir, la Compagnie de Reims a obtenu le Bouquet, une statue d'argent représentant une Paix ou une Pallas, après délibération. La remise du prix a eu lieu publiquement, accompagnée de festivités et de collations. Les Chevaliers de Reims ont été particulièrement acclamés pour leur organisation et les festivités offertes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
68
p. 1-11
PARAPHRASE D'UN CANTIQUE POUR LE ROY.
Début :
Voicy, Madame, un nouveau Recüeil des Ouvrages du Public. / Magnus Dominus & laudabilis nimis, & magnitudinis ejus non est [...]
Mots clefs :
Psaumes, Roi, Louanges, Grandeur, Monarque, Héros, Trônes, Latin, Justice, Conquérant, Magnificence, Univers, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE D'UN CANTIQUE POUR LE ROY.
OICT, Madame , un nouveau
Recueil des Ouvrages
du
Public.Pefpere que vous
n'en ferez pas moins fale
tisfaite que vous l'avez esté de tous les
autres. Du moins je fuis affeuré que
commencement vous en plaira , puis
Q. d'Octobre 1685.
A
2 Extraordinaire
qu'il regarde le Roy , & que
l'admira
tion que vous avez pour cet Augufte Momarque
vous intereffe , particulierement
dans toutes les chofes qui touchent ſa
gloire. Un fort habile homme afait une
Paraphrafe deplufieurs Verfets de Pfeaumes
qu'il a appliquez aux continuels miracles
qui rendentfameux l'heureux Siecle
où nous vivons ; & ces differens ver
fets compofent une espece de Cantique ,
qui a efté extremément aprouvé de quantité
de perfonnes d'un gouft fin & délicat.
Vous n'aurez pas de peine à connoistre en
le lifant , que l'Autheur agrand accés au
Parnaffe , & quele tour aisé qu'il donne
à fes Vers , vient d'un long commerce
qu'il s'eft fait avec les Muſes.
du Mercure Galant.
SSSS SSS SS255522
PARAPHRASE
DUNCANTIQUE
POUR LE ROY.
Magnus Dominus & laudabilis nimis ,
& magnitudinis ejus non eft finis,
Pfalm. 144.
Qui
Vil eft loüable ! qu'il eft grand !
Sujetsfortunez d'un tel Maistre,
Rendez graces au Ciel de vous avoirfait
naiftre
Sous un regne fi doux,fi calme,fipuiffant.
Le moyen d'exprimerfa grandeur infinie?
Ce Monarque s'éleve aux honneurs immortels
Et le moindre jour de ſa vie
N'a - t- ilpas merité l'Encens & les Austels?
A ij
Extraordinaire
Venite & videte opera Domini , quæ
pofuit prodigiafuper terram . Pfal. 45.
Accourez de tout l'Univers ,
Venez, peuples ! venez vous-mefme vous
inftruire
De tant de prodiges divers ;
Nous ne ceffons de les écrire ,
Mais ny nos Chanfons ny nos Vers,
Ny nos mélodieux Concerts
A ce vafte deffein ne peuvent pas fufa
fire .
Conturbatæ funt gentes , & inclinata
funt regna.
Toutes les Nations du Monde
Tremblent au nom de ce Heros .
Ignorent-elles fes travaux ?
Ils ont remply la Terre &l'Onde.
Les Trônes les mieux affermis
Dont on vante la gloire immenfe ,
Chancelent s'ils nefontfoumis
A cette fupreme puiſſance.
En vain voftre air imperieux
du Mercure Galant.
Vous enchante , Grands de la terre ,
Devant ce Heros glorieux ,
Ne baifferez- vous pas toûjours , foit paix
ou guerre ,
Ne baifferez- vous pas les yeux ?
Dedit vocem fuam & mota eft terra,
Comme fes actions font autant de Miracles
,
Toutes fes paroles auffi
Ne font-elles pas des Oracles ?
D'un bout du Monde à l'autre on les écom
te ainfi ,
De cet air fouverain dontfa bouche
nonce ,
Eft-il rien de grand deformais
prae
Que cette bouche ne l'anonce ?
Un mot, tout est en guerre, un mot, tout ef
enpaix.
Fundamenta Montium conturbata funt,
quoniam iratus eft eis . Pfal. 17.
Sa met-il en conreux pour punir les con
pables,
J
A iij
6 Extraordinaire
Rien ne les fçauroit garantir s
Et quand la foudre doit partir,
Ses coups font moins inévitables .
Retraites de ces orgueilleux
Dont on a puny l'infolence ,
Boulevars & Rocs fourcilleux ,
Vous en fumez encor , tremblez fous la
puiſſance
D'un Monarque qui peut faire , fur qui
l'offense ,
Pleuvoir des deluges defeux.
Orietur in diebus ejus juftitia & abun
dantia pacis. Pfal. 70.
Qu'il récompenfe ou qu'il puniffe
Selon que l'on a merité ,
N'est-ce pas toujours fa Fuftice
Qui conduit fes faveurs, on fa ſeverité ?
Cette augufteJuftice au miieu des alarmes
De cent Peuples qu'il voit , & tremblans
& Soumis ,
Luy fait mefme quitter les armes ,
Et la paix a pour luy des charmes,"
Quifont la feureté de tous fes . Ennemis.
du Mercure Galant.
7
Memoriam fecit mirabilium fuorum.
Pfal. 110.
Monumens eternels de fa magnificence,
Que ce Monarque éleve à nos yeux aujourd'huy,
Vous durerez toujours témoins defapuif
fance,
Vous parlerez toujours de luy.
Chef- d'oeuvres où les Arts ont dompté
la
nature
Onfe perd à vous voir , grands & riches
Palais !
Vous avez épuisé toute l'Architecture ,
Mais de ce Conquerant , la hauteur fans
mesure,
Vous ne l'égalerez jamais.
Et factus eft in pace locus ejus.
Le comble enfin de fa grandeur ,
C'est que toûjours calme & tranquile
Nul indigne transport ne foûleve fon
coeur ,
Luy feul fait tout mouvoir , & demeure
immobile ,
A iiij
8 Extraordinaire
Ilsont beau chaque jour , ils ont beau redoubler
Ces foins dont le poids nous étonne
Si leur foule l'environne
Elle ne le peut troubler.
Præ fulgore in confpectu ejus nubes
tranfierunt. Pfal. 17 .
En vain pour obscurcir fa brillante carriere
De groffieres vapeurs s'élevent dans les
airs ;
Pour peu qu'il les regarde elles ne durent
guere ,
Et malgré leurs efforts volages & di
vers ,
Toujours de la mefme maniere
Il brera dans l'Univers.
Magna opera Domini , exquifita in omnes
voluntates ejus . Pfal. 110 .
Tout ce qu'il fait tient du prodige ,
Et ce que l'on croyoit impoffible autre
fois ,
du Mercure Galant.
Eft aife quand il le dirige .
Rien ne peut ébranler la force de fes
Loix ,
Famais foumiffion, jamais ne fut fi grande
Dés qu'il marque fa volonté
De quelque paffion que l'on foit agité ,
Tout obeit quand il commande.
Laudatio ejus manet in fæculum fæculi.
Pfal. 110.
Et comme à remonter dans les Siecles
paffez,
Rien n'eft comparable à fa gloire .
Il nous eft bien permis de croire
Que les beaux traits de fon Hiftoire
Ne feront jamais effacez.
Heros, quel'avenir doit encorfaire naître.
Dans ce Heros que nous chantons
Vous revererez voftre Maiftre ,
Imitant par vos voix nos accens & nos
tons.
Vous celebrerez fa loüange ,
Yous battrez comme nous incessammens
des mains
10 Extraordinaire
Sans qu'il naiffe ramais Heros chez les
huma ,
Qui vous faffe prendre le change .
Et tronus ejus ficut So ' . Pfal. 88.
La gloire de fon regne & fes travaux
divers ,
Le charme & l'horneur de l'Hiftoire
Montrent fon Trône à l'Univers,
Comme le centre de la gloire.
Que le Soleil au haut des Cieux
Pour répandre par tout l'éclat de la lumiere
,
Roule dans fa vafte carriere ,
S'il fait plus de chemin , il ne brille pas
mieux .
Afferte Domino gloriam & honorem
Affemblez tous les ornemens
Qui peuvent enrichirfa Couronne écla
tante ;
Mais le Monde entier mefme a- t- il de
diamans
Une quantité fuffifante
du Mercure Galant.
Pour la former affez brillante ?
Sit gloria Domini in fæculum. Pfal 103 .
Que fa gloire à jamais icy-has reverie
Paffant de Siecle en Siecle à nos derniers
Neveux ,
Dans la gloire des Bienheureux
Aille confondre fa durée.
Recueil des Ouvrages
du
Public.Pefpere que vous
n'en ferez pas moins fale
tisfaite que vous l'avez esté de tous les
autres. Du moins je fuis affeuré que
commencement vous en plaira , puis
Q. d'Octobre 1685.
A
2 Extraordinaire
qu'il regarde le Roy , & que
l'admira
tion que vous avez pour cet Augufte Momarque
vous intereffe , particulierement
dans toutes les chofes qui touchent ſa
gloire. Un fort habile homme afait une
Paraphrafe deplufieurs Verfets de Pfeaumes
qu'il a appliquez aux continuels miracles
qui rendentfameux l'heureux Siecle
où nous vivons ; & ces differens ver
fets compofent une espece de Cantique ,
qui a efté extremément aprouvé de quantité
de perfonnes d'un gouft fin & délicat.
Vous n'aurez pas de peine à connoistre en
le lifant , que l'Autheur agrand accés au
Parnaffe , & quele tour aisé qu'il donne
à fes Vers , vient d'un long commerce
qu'il s'eft fait avec les Muſes.
du Mercure Galant.
SSSS SSS SS255522
PARAPHRASE
DUNCANTIQUE
POUR LE ROY.
Magnus Dominus & laudabilis nimis ,
& magnitudinis ejus non eft finis,
Pfalm. 144.
Qui
Vil eft loüable ! qu'il eft grand !
Sujetsfortunez d'un tel Maistre,
Rendez graces au Ciel de vous avoirfait
naiftre
Sous un regne fi doux,fi calme,fipuiffant.
Le moyen d'exprimerfa grandeur infinie?
Ce Monarque s'éleve aux honneurs immortels
Et le moindre jour de ſa vie
N'a - t- ilpas merité l'Encens & les Austels?
A ij
Extraordinaire
Venite & videte opera Domini , quæ
pofuit prodigiafuper terram . Pfal. 45.
Accourez de tout l'Univers ,
Venez, peuples ! venez vous-mefme vous
inftruire
De tant de prodiges divers ;
Nous ne ceffons de les écrire ,
Mais ny nos Chanfons ny nos Vers,
Ny nos mélodieux Concerts
A ce vafte deffein ne peuvent pas fufa
fire .
Conturbatæ funt gentes , & inclinata
funt regna.
Toutes les Nations du Monde
Tremblent au nom de ce Heros .
Ignorent-elles fes travaux ?
Ils ont remply la Terre &l'Onde.
Les Trônes les mieux affermis
Dont on vante la gloire immenfe ,
Chancelent s'ils nefontfoumis
A cette fupreme puiſſance.
En vain voftre air imperieux
du Mercure Galant.
Vous enchante , Grands de la terre ,
Devant ce Heros glorieux ,
Ne baifferez- vous pas toûjours , foit paix
ou guerre ,
Ne baifferez- vous pas les yeux ?
Dedit vocem fuam & mota eft terra,
Comme fes actions font autant de Miracles
,
Toutes fes paroles auffi
Ne font-elles pas des Oracles ?
D'un bout du Monde à l'autre on les écom
te ainfi ,
De cet air fouverain dontfa bouche
nonce ,
Eft-il rien de grand deformais
prae
Que cette bouche ne l'anonce ?
Un mot, tout est en guerre, un mot, tout ef
enpaix.
Fundamenta Montium conturbata funt,
quoniam iratus eft eis . Pfal. 17.
Sa met-il en conreux pour punir les con
pables,
J
A iij
6 Extraordinaire
Rien ne les fçauroit garantir s
Et quand la foudre doit partir,
Ses coups font moins inévitables .
Retraites de ces orgueilleux
Dont on a puny l'infolence ,
Boulevars & Rocs fourcilleux ,
Vous en fumez encor , tremblez fous la
puiſſance
D'un Monarque qui peut faire , fur qui
l'offense ,
Pleuvoir des deluges defeux.
Orietur in diebus ejus juftitia & abun
dantia pacis. Pfal. 70.
Qu'il récompenfe ou qu'il puniffe
Selon que l'on a merité ,
N'est-ce pas toujours fa Fuftice
Qui conduit fes faveurs, on fa ſeverité ?
Cette augufteJuftice au miieu des alarmes
De cent Peuples qu'il voit , & tremblans
& Soumis ,
Luy fait mefme quitter les armes ,
Et la paix a pour luy des charmes,"
Quifont la feureté de tous fes . Ennemis.
du Mercure Galant.
7
Memoriam fecit mirabilium fuorum.
Pfal. 110.
Monumens eternels de fa magnificence,
Que ce Monarque éleve à nos yeux aujourd'huy,
Vous durerez toujours témoins defapuif
fance,
Vous parlerez toujours de luy.
Chef- d'oeuvres où les Arts ont dompté
la
nature
Onfe perd à vous voir , grands & riches
Palais !
Vous avez épuisé toute l'Architecture ,
Mais de ce Conquerant , la hauteur fans
mesure,
Vous ne l'égalerez jamais.
Et factus eft in pace locus ejus.
Le comble enfin de fa grandeur ,
C'est que toûjours calme & tranquile
Nul indigne transport ne foûleve fon
coeur ,
Luy feul fait tout mouvoir , & demeure
immobile ,
A iiij
8 Extraordinaire
Ilsont beau chaque jour , ils ont beau redoubler
Ces foins dont le poids nous étonne
Si leur foule l'environne
Elle ne le peut troubler.
Præ fulgore in confpectu ejus nubes
tranfierunt. Pfal. 17 .
En vain pour obscurcir fa brillante carriere
De groffieres vapeurs s'élevent dans les
airs ;
Pour peu qu'il les regarde elles ne durent
guere ,
Et malgré leurs efforts volages & di
vers ,
Toujours de la mefme maniere
Il brera dans l'Univers.
Magna opera Domini , exquifita in omnes
voluntates ejus . Pfal. 110 .
Tout ce qu'il fait tient du prodige ,
Et ce que l'on croyoit impoffible autre
fois ,
du Mercure Galant.
Eft aife quand il le dirige .
Rien ne peut ébranler la force de fes
Loix ,
Famais foumiffion, jamais ne fut fi grande
Dés qu'il marque fa volonté
De quelque paffion que l'on foit agité ,
Tout obeit quand il commande.
Laudatio ejus manet in fæculum fæculi.
Pfal. 110.
Et comme à remonter dans les Siecles
paffez,
Rien n'eft comparable à fa gloire .
Il nous eft bien permis de croire
Que les beaux traits de fon Hiftoire
Ne feront jamais effacez.
Heros, quel'avenir doit encorfaire naître.
Dans ce Heros que nous chantons
Vous revererez voftre Maiftre ,
Imitant par vos voix nos accens & nos
tons.
Vous celebrerez fa loüange ,
Yous battrez comme nous incessammens
des mains
10 Extraordinaire
Sans qu'il naiffe ramais Heros chez les
huma ,
Qui vous faffe prendre le change .
Et tronus ejus ficut So ' . Pfal. 88.
La gloire de fon regne & fes travaux
divers ,
Le charme & l'horneur de l'Hiftoire
Montrent fon Trône à l'Univers,
Comme le centre de la gloire.
Que le Soleil au haut des Cieux
Pour répandre par tout l'éclat de la lumiere
,
Roule dans fa vafte carriere ,
S'il fait plus de chemin , il ne brille pas
mieux .
Afferte Domino gloriam & honorem
Affemblez tous les ornemens
Qui peuvent enrichirfa Couronne écla
tante ;
Mais le Monde entier mefme a- t- il de
diamans
Une quantité fuffifante
du Mercure Galant.
Pour la former affez brillante ?
Sit gloria Domini in fæculum. Pfal 103 .
Que fa gloire à jamais icy-has reverie
Paffant de Siecle en Siecle à nos derniers
Neveux ,
Dans la gloire des Bienheureux
Aille confondre fa durée.
Fermer
Résumé : PARAPHRASE D'UN CANTIQUE POUR LE ROY.
Le texte est un recueil d'ouvrages dédié à un roi, publié en octobre 1685. Il s'ouvre par une lettre adressée à une dame, assurant que ce recueil la satisfera autant que les précédents. Le texte met en avant les mérites exceptionnels du roi et les miracles de son règne, comparés à des prodiges. Il inclut une paraphrase de plusieurs versets des Psaumes, appliquée aux miracles contemporains, composée par un homme habile et approuvée par des personnes de goût raffiné. Le recueil est présenté comme un cantique célébrant la grandeur, la justice et les exploits militaires du roi. Il décrit la crainte des nations face au roi et la soumission des trônes les plus puissants à sa domination. Le texte loue également la capacité du roi à maintenir la paix, à punir les coupables, ainsi que sa magnificence et sa sérénité face aux défis. Il affirme que la gloire du roi est éternelle et incomparable, et que son règne est le centre de la gloire universelle. Le poème utilise des métaphores pour exprimer des idées sur la gloire et la lumière. Il compare le Soleil, qui parcourt sa trajectoire céleste, à une figure dont la luminosité n'augmente pas nécessairement avec la distance parcourue. Le poème invite à rassembler tous les ornements possibles pour enrichir une couronne éclatante, mais souligne que même avec une quantité suffisante de diamants, cela ne suffirait pas à rendre cette couronne aussi brillante que souhaitée. La deuxième partie du poème évoque la gloire divine, exprimée par la phrase latine 'Sit gloria Domini in sæculum' tirée du Psaume 103, souhaitant que cette gloire perdure éternellement et traverse les siècles jusqu'aux générations futures, partageant ainsi la béatitude des bienheureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
69
p. 38-65
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS du dernier Extraordinaire.
Début :
Lequel de deux Amans aime le plus, celuy qui souhaite [...]
Mots clefs :
Amants, Maîtresse, Petite vérole, Laideur, Disgrâce, Maux, Souffrance, Outrage, Amour, Mort, Passion, Amour conjugal, Transport érotique, Jalousie, Pardon, Monstres, Gloire, Corps, Enfant, Nature, Imagination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS du dernier Extraordinaire.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
du dernier Extraordinaire.
Lequel de deux Amans aime le
plus , celuy qui fouhaite la
pe.
tite Verole à la Maîtreffe, pour
luy faire voir que la laideur fe
roit incapable de le faire changer
, ou celuy qui aime mieux
qu'elle doute de fon amour, que
de luy voir arriver une pareille
difgrace.
Ans le vray, cela me defole ,
Duand
on me vient
parler de petite
verole ,
Ce mal injurieux & plein de cruauté ,
du
Mercure Galant.
39
Qui met en interdit les charmes de Cli
mene.
Fy de cette preuve inhumaine
Qui coufte tant à la beauté.
Eft-ce cherir une Maîtreſſe ,
Eft-ce une marque de tendreffe
Que de luyfouhaiter une infame laideur ?
Il vaut mieux paffer pour Autruche
Que de faire un fouhait fi cruche
Aux dépens d'un Objet qui nous touche
le coeur.
Un Amant fouffre à voir qu'on doute de
fa flame :
Mais fi de fa fidelité
Malgré tout fon amour fa Maitreffe a
douté ,
Pour le moins il fera garanti de tout bläme
,
N'ayant jamais rien ſouhaité
Qui puiffe faire aucun outrage
Aux attraits de ce beau vifage
Dont fon coeurfe trouve enchanté
40 Extraordinaire
Une affection bienfenfée
Doit eftre defintereffée.
Si l'on peut mourir d'amour.
Oute pafion vehemente
Eft pire qu'une fiévre lente s
Car fes paroxifmes font tels
Qu'elle peut mettre dans la Biere ,
Et dans le fond d'un Cimetiere
Le plus vigoureux des mortels.
L'amour eft de cette nature
Quand fon transport eft violent ,
C'est un Miferere , c'est un Trouffegalant
Qui vous met dans la fepulture :
Ce trifte & tenebreux fejour ,
Où l'on n'entre jamais qu'il n'en coûte
la vie.
Si donc l'on peut mourir de colere ou d'envie
,
On
peut
auffi
mourir
d'amour
?
3
Alceste Reynefort jolie ,
1
du Mercure Galant.
41
1
Femme d'un Roy de Theffalie ,
N'eut point de peine à fe priver du jour
Pour fatisfaire à ſon amour.
83
Que diray-je de Cleopatre ,
Dont Antoine fut idolatre ,
Voulut- elle pour un moment
Survivre à fan fidelle Amant ?
Pour le fuivre fa feule envie
Fut de décamper de la vie .
Afpic , vous fuftes l'inftrument
D'un fi fubit décampement.
Que diray-je auffi de Panthée
Qui d'un chaste amour enchantée,
Ayant appris que fon Mary
Eftoir dans la guerre pery's
Se perça fein d'une le fein d'une dague ,
En difant , la Parque j'incague ,"
Et je veux prévenir les coups
Pour me rejoindre à mon Epoux.
Attends-moy , mon cher Abradatte,
Toy qui fus le premier en datte
Ecrit & gravé fur mon coeur ,
Recoy ma mourante langueur-
2. d'Octobre 1685.-
D
412
Extraordinaire
Pour mieux conferver ta memoire.
Je te fuis jufqu'à l'Onde noire..
CA
De vous icy , que dira- t- on,
Illuftre Fille de Caton ,
Genereufe Femme de Brute ?
Portia , vous fuftes la butte
Des plus formidables revers
Qu'on peut craindre dans l'Univers.
Vous perdiftes ce galant Homme
Qui s'efforça d'affranchir Rome,
Mais toujours l'intrepidité
Se rangea de vostre costé.
Auffi, generenfe Romaine ,
'Dont l'Histoire le nom promene ,
Du malheur qui vous outragea,
Un charbon brûlant vous vanges.
Vous fiftes voir, Princeſſe illuftre,
De voftre Sexe le beau luftre ,
Que l'amour reftant dans fon fort ,
Eft auffi puiffant que la mort.
Plautie allant en Idumée
Avec une puiffante Armée,
Fit bien voir qu'il n'eft rien d'égal ,
du Mercure Galant,
43
Au feu de l'amour conjugal;
Car comme au milieu des Batailles
On celebroit les funerailles
De fa Femme , dont la beauté
Avoit tout fon coeur enchanté.
Luy dans un transport erotique
D'un poignard aceré fe pique ,
Se bleffe , fe perce le flanc ,
D'où coulent deux ruiffeaux de fang,
Qui bien toft fon corps affoibliffent .
Et fa vigueur aneantiffent.
Ce grand coup de defefpere
Fut par fon amour procuré.
E
Il eft rapporté chez Plutarque ,
Homme d'efprit , homme de marque,
Qu'Emilius joune Chaffeur,
Ayant en challant par malheur
Tue fa Femme & belle & riche,
Penfant mettre à mort une Biche,
Fut tonché changeant de couleur
D'une fifenfible douleur,"
Que pour la mettre en évidence,
Et pour punirfon imprudence
-
Dij
'44
Extraordinaire
Sur luy fans aucune pitié ,
Il vangea fa chafte Moitié.
Voilà ce que l'amour fçait faire
Lors qu'il pretend fe fatisfaire .
Nous lifons dans un certain lieu
Qui traite de l'amour de Dieu,
Oeuvre de Saint François de Sales ,
Lu par plus de mille Veſtales ,
Qu'un Gentilhomme Voyageur
Fort devot envers le Sauveur ,
S'attendriffant fur nos Myfteres ,
Quitta fon Pays & fes Freres
Sans fon entreprise éventer ,
Et mit fa joye à visiter ,
Pouffe par
la grace divine ,
Les beaux lieux de la Palestine,
Où reverant avec ferveur
Les divers tourmens du Sauveur,
Et les Theatres memorables
De fes fouffrances adorables,
Il pouffa mille ardens foûpirs
Qui marquoient fes brûlans defirs
Lors qu'il eut noyé de fes larmes
du Mercure Galant,
45.
Ces lieux qui faifoient tous fes charmes,
Eftant dans ce devot ſejour,
Il mourut par un trait d'amour.
Ce fut fur le Mont des Olives
Que de fes douleurs exceffives
Ne pouvant plus fouffrir l'effort ,
Ilfut le butin de la mort ,
S'il faut que mort on vous appelle ,
Paffage à la Vie eternelle .
Heureufe tranfmigration,
Voyage à la fainte Sion .
Enfans d'une aimable détreſſe,
Effets d'une fainte trifteffe ,
Adorables reffentimens ,
Sanglots , douloureux mouvemens
Avouez fans vous méconnoistre
Que c'est l'amour qui vous fit naiftre ,
Mais un amour chafte & divin
Qui n'a rien de fade & de vain
Mais une flame toute pure
Incompatible avec l'ordure.
46
Extraordinaire
Si l'on peut aimer fans jaloufie. -
L n'est presque point de ſaiſon
Où l'amour cede à la raifon ;
La paffion d'aimer trouble mille cervelles,
Elle fait des bourus , des aveugles , des
fous.
Elle fait mefme des jaloux
Qui ne peuvent fouffrir qu'on approcha
leurs belles.
Si par hazard dans leur appartement
İl entre fort innocemment
Un papillon ou quelque mouche ,
Le jaloux inquiet qui tourne tout en mal,
Devenu refveur & farouche,
Veut fçavoir de quel fexe eft ce pauvre.
animal.
**
S'il eft dufeminin fa bonté luy pardonne,
Et le laiffe entrer en riant.
S'il eft du mafculin il l'excite & bâtonne,
Toûjours grondant , toûjours criant.
Ilfaut pour des gens de la forte
Une complaisance bien forte.
du Mercure Galant.
47:
$ 3
Pour fe faire à l'extravagance
D'un homme fi fort hebeté,
C'est peu que de la complaisances ,
On a befoin d'infenfibilité ;
Mais en aimant eft- il poffible
De garder un coeur infenfible ??
03
On a bean dire à cet Amant
Qu'il agit tropfeverement ,
Qu'il faut changer de tablature ;
Il s'obftine à vouloir que fa chere Philis
Avec fes rozes & fes lis,
Ne regarde jamais les hommes qu'en
peinture.
Cela dégoûte étrangement
Et voilà cependant voftre temperament,
Habitans d'Aufonie & de l'Andaloufie,
Tous nefont paspourtant façonnez fur ce
tour ;
Comme on peut vivrefans amour,
On peut aimerfans jalousie.
L.
BOUCHET ,
ancien Curé de Nogent le Roy.
48 Extraordinaire
De l'Origine des Monftres..
Celuy
qui d'une seule main
Soutient & le Ciel & la Terre,
Celuy qui lance le Tonnerre ,
Par foisfur tout le genre humain,
Celuyfous qui tremblent les Anges,
Celuy de qui les Ckerubins
Les Thrones & les Seraphins
Sans ceffe entonnent les Louanges,
Celuy de qui les plus grands Rois
Adorent l'effence & les Loix
Celuy qui des foux fait des Sages ,
Celuy qui tout fçait , qui tout pent.
Peut fans alterer (es Ouvrages
Faire des Monftres quand il veut.
63
Il en fait parfois pour fa gloire
Comme il fit en l'Aveugle né ,
Guery par le Verbe Incarné.
Ce que nous affurons fur la foy de l'hifoire
A qui nous devons tous la Veneration ,
Eftant
du Mercure Galant.
49
Eftant veritable , eftant fainte.
D'autresfois ilfait par indignation ,
Ce quifait le fujet de noftre jufte crainte.
Ca
Meffieurs les Medecins plus habiles
que moy
Diront furcefujer ce que Secolle en pense
Cependant le défaut ou l'excez de femence
Engendre les Monftres , je croy.
03
Mais pour mieux expliquer les chofes ,
Voyons les naturelles caufes
Quifont voir aux Monftres le jour
Dans ce periffable fejour.
03
Aux productions ordinaires
Plufieurs chofes font neceffaires.
Le tout eftant bien confulté
Laformatricefaculté ,
Cette ingenienfe puissance
Qui travaille parfa prefence ,
Et par qui tout eft difpofe
Dans le Phyfique compofe..
Q. d'Octobre 1685.
E
Extraordinaire
So
Adjoûtez encore la matiere ,
Qui quoy que portion groffiere ,
Fait cependant du bastiment
Le plus folide fondement.
Car de rien rien l'on ne peut faire
Selon l' Axiome vulguaire
Eft-ce tout ? Non il faut de plus
Le receptacle du Fetus ,
Puis aprés le jufte Triage
Et l'indifpenfable affemblage
De quatre maistreffes bontez ,
Quatre premieres qualitez
Le froid , le chaud , le fec , l'humide ,
Sans quoy tout feroit infipide ,
Vn air doux & delicieux
Avec l'influence des Cieux.
Ces cing fecours unis ensemble
Font des merveilles , ce me femble ;
Car la fabrique d'un vray Corps,
Voit les dedans & les débors..
Si l'une de ces chofes manque,
A Paris comme à Salamanque ,
Hors de doute un Monstre fe fait ,
du Mercure Galant.
Au lieu d'un Animal parfait .
Si donc la Vertuformatrice
Eft atteinte de quelque vice,
Eft foible , eft rude , & ne peut pas
Articuler jambes & bras ,
Enforte que tout ſe deſpece,
Il s'en engendre une autre espece ,
In monftreux enfantement ,
Au lieu d'un Homme , unefument ,
Quelqu'autre vile Creature :
Car enfin lorfque la Nature
Ne peut pas bien felonfon gré,
Monter jufqu'au dernier degré
D'artifice & de politeffe :
Où tendoit fa délicateffe .
Elle eft contente en fes efbats,
De defcendre un degré plus bas,
Et de faire voir un defordre
Où devoit regner le bel ordre.
Auffi parfois par ce deffaut ,
Qui meriteroit l'Echaffaut,
On voit le foye au cofté gauche,
La ratte au droit , quelle débauche !
Quelle erreur ! quel aveuglement !
E ij
52
Extraordinaire
C'eft auffi par ce manquement
Que la facultéformatrice ,
Voulant par un fatal caprice ,
Egal pouvoir , égal effort
Former un Enfant vif & fort
Qui fous double Sexe milite
Met au monde un Hermaphrodite,
Quiparfes deux fexes divers
Fait horreur à tout l'Vnivers ,
Comme feroit une Phenomene
Qui mille difgraces amene.
C'eft fous le Regne de Neron ,
Prince inhumain , Prince larron,
Prince amateur de la Cuifine,
Qu'on vid le premier Androgine.
Plus de cent mille Curieux
Ouvrirent la bourse & les yeux
Pour aller voir ce grand (pectacle
Qu'on admiroit comme un miracle ,
Carpour dire la verité
Avec toute fineerité ,
On n'avoit jamais veu dans Rome
Vn demy femme , un demy homme,
Ou plûtoft un objet hydeux
du Mercure Galant. 53
Fait & formé de tous les deux.
SA
Il faut par deffaut de Matiere ,
Que la Nature dégenere,
Et qu'elle demeure en chemin :
Ainfi l' Embryon vient fans main,
Sans jambe , fans cuiffe , oufans tefte ,
Ce qui grand déplaifir aprefte,
Et caufe un mortel defaroy
Quand on ades Monftres chezfoy,
Et qu'on voit affis à fa Table ,
Le modelle d'un Incurable.
*
Que fi par contraire fuccez ,
Nature peche par excez,
On voit des Enfans qui font honte,
Et dont on ne fait pas grand compte .
Des quatre jambes , des trois pieds,
Des Enfans tout eftropiez ,
Deux Chefs & quatre Clavicules.
On les prendroit pour des Hercules ,
Qui vont combattre Gerion
lufques aux portes de Riom .
Cependant ce n'eft rien qui vaille ;
E j
$4
Extraordinaire.
Car deux Enfans de cette taille,
A peine ont-ils jamais veſcu
L'âge d'un demy cart d'écu ,
Les genitures erronnées
Vivant toûjours fort peu d'années.
,
Mais en examinant ce poinct ,
Dites- moy ne pourroit- on point
Tirer la bafque à Nicephore ,
Dont l'Efcrit nous affure encore
Qu'on a veu dans certain Canton
Vn Nain qu'on nommoit Ragolon ,
Cela paffe le vray -femblable ,
Encore plus le veritable,
Petit entre les plus petits
Et pasplus grand' qu'une Perdris ?
RA
,
Que fi dans des heures perduës ,
Les femencesfont confonduës
De deux efpeces d' Animaux
Quece mélange fait de maux!
Que ce mélange pen modefte ,
Eft honteux , eft falle & funefte :
Qu'il marque de fon activité
du Mercure Galant .
$5.
3
Vne bruflante volupté ,
Vn embrafement de Gomorre ,
Vn emportement de Pherore,
Vn fond de fenfualité ,
Qui choque la Divinité.
De ce commerce insupportable
Qu'en peut- il naiftre d'admirable ,
Que des Capripedes cornus ,
Que des Satyres inconnus
Que des affreux hyppocentaures,
Moitié hommes , moitié pecores,
le vid à livre ouvert
Saint Antoine dans fon Défert.
Tels
que
>
Pourquoy dit-on Monftre d' Affrique ,
C'est parce qu'en ce lieu lubrique,
Chaud ardent , brûlé du Soleil ,
Se fait un amasfans pareil
D'Animaux de toutes efpeces
De Lyons , Pantheres , Tygreffes ,
Elephans , Buffles , Leopards
Qui viennent là de toutes parts,
S'affemblant auprés des Rivieres ,
Et des Fontaines les plus claires
.
E iij
56 Extraordinaire
Pour guerir la double chaleur
Qui brûle & confume leur coeur.
C'eft en ce lien que chaque Brutte
Sans choix & fans diftinction,
Sans qu'un mauvais gouft la rebutte,
Appaife avec la foiffon inclination.
Dans cette liberté commune ,
Chaque Animal prend fa cbacune,
Et s'abandonne fans retour
A la pente de fon amour.
De la des Monfires à centaines
S'engrendrent prés de ces Fontaines ,
Qui font qu'on ne peut fans danger
Dans ce noir climat Voyager.
Il n'eft aucun Autheur Claffique
Qui neparle ainfi de l' Affrique.
Si le réceptacle eft eftrait
Plus
que Nature ne voudroit ,
Il s'enfait un Monstre, un prodiges
Deux teftesfortent d'une tige
Ou deux corps n'en compoſent qu'un
Ce qui faierefver un chacun.
De là viennent les Vnipodes
Les Monocules, les Apodes,
du Mercure Galant. 57
Et d'autres Monftres differens,
Les uns morts , les autres mourans ,
Dautres jouiſſant d'une vie
Digne de pitié , non d'envie.
C'est ce que nous ont déclaré
Boiftuan , Vefulle , Paré,
Qui de femblables Creatures ,
Nous ont donné maintes figures.
Quand il arrive meſmement
Quelque notable changement ,
Aux quatre qualitez premieres ,
Plutoft qu'aux quatre fins dernieres.
Un Monftre fefait voir auffi ,
Pline en refte tout éclaircy .
Une éclatante intemperie >
Qui ne peut pas eftre guerie ,
Par tout les remedes de l'Art
Fait par fois qu'on paroift Vieillard ,
Eftant encore à la bavette,
Et faifant encore la difnette.
Semblable Monftre de mon temps
Parut environ le Printemps ,
Non au Climat de l'Aufonie,
58
Extraordinaire
Mais bien dans la Lufitanie.
Un Enfant encore au tetton
Portant de la barbe au menton ,
Mais une barbe une archi-barbe
Plus épaiffe qu'une joubarbe ;
Et nous avons veu dans Paris ,
Où regnent les jeux & les ris ,
Qu'on appelle autrement Lutece,
Une Femme ( elle eftoit Suiffeffe )
Qui portoit jufques fur le fein
Une barbe de Capucin .
Ce qui faifoit dans la Nature
Vne affez plaifante figures
D'où vient cette difformité?
D'abondance , d'humidité ,
Ou d'une chaleur exceffive
Quife trouvant & forte & vive ,
Pouffe au débors des excremens
Qui font d'étranges changemens ,
Et des vapeurs fuligineufes
Pires que des Caliginenfes ,
Qui font an dedans & dehors
Divers effets deffus les Corps.
De fait je veux que l'on me berne
du Mercure Galant. 59
Sil' excel de chaleur interne ,
N'efleve en certaines Saifons
De greffieres exhalaifons ,
Qui jufques au débors pouffees
Et violemment déchaffees ,
Font fortir le poil & les dens
Aux Enfans mefme avant le temps..
80
Adjoutons l'imaginative ,
Puiffance forte & fenfitive ,
Mais bouillante & pleine defeu ,
Qui s'attache & fe fait un jeu
D'imprimer en gros caracteres
Mille Chasteaux , mille chimeres
Sur le Corps du petit Pallot
Dont Lamnias fait le cachot.
Pour entretenir bien cette chofe
Qui Monftres & Prodige caufe,
Il faut fçavoir que l'Embrion
Au temps de fa Conception ,
Eft dans le ventre de fa Mere
D'une auffi flexible matiere ,
Qu'une cira molle , & qu'ilprend
(Ce qui fans doute nous surprend
60 Extraordinaire
Telle impreffion que luy donne
Celle qui le porte en perfonne ,
Si l'experience enfait foy,
On peut bien dire, je le croy .
93
L'Empereur Charles quatrième
Vid defes yeux & par luy-meſme ,
Un grand fujet d'étonnement
Vne espece d'enchantement
Vne Fille non mammeluë
,
Mais par le corps toute veluë ,
Comme un Ours qui n'a rien de beau.
D'où venoit cét objet nouveau ,
D'où procedoit cette avanture ,
En voicy la raifon je jure.
C'eft que fa Mere innocemment
Avoit regardé fixement
Vne image belle , mais trifte ›
Du Précurfeur Saint Iean- Baptifte ,
Du Iourdain , proche un Hameau
Veftu d'une peau de Chameau.
De cet objet la fantaisie
Eftant enyvrée & faifie ,
Deus la femelle Embrion
du Mercure Galant. 61
Avoit fait fon impreffion
De telle forte que Bodille
La defavonoit pourfa Fille ,
Et rejettoit avec fureur ;
Mais il fortit de ſon erreur,
Quand il eut apperceu l'image
Du Saint qui caufa cet Ouvrage.
N'avons- nous pas vû dans Nogent,
Prefque le mefme fans argent.
Vne Fille avecque deux teftes
Propres à faire des conqueftes ,
C'est à dire d'une Beauté
A peindre , & d'une majesté
Propre à faire une Souveraine,
Si l'on fouffre un Monstre fans peine.
D'où venoit la dupplicité
De cette irregularité?
Voicy d'où ; C'est qu'un jour la Mere
Priant Dieu dans un Monaftere,
Avec une diftraction
Qui partageoit fon action ,
Elle jetta quelques aillades
Sur deux teftes d'Anges dorez
62 Extraordinaire
Artiftement élabourez ,
Plaquez deffus une Corniche
Egalement brillante & riche ,
Qui femblent dedans ce faint lieu
S'entrexciter à louer Dieu;
Puis elle eut certain jour de Fefle
Une Pucelle à double tefte.
Qui ne voit la relation
De fon imagination
Avec la chofe imaginée?
Voilà quelle eft la destinée ,
Voilà l'inévitable fort
D'une Femme que je plains fort ,
Qui dans le temps de fa groffeffe
N'eft pas de fon efprit maîtreffe,
Mais s'abandonne impunément
Au cours de fon aveuglement ,
Et ne garde aucune meſure
Pour les yeux pour la pasture. &
69
Mais tâchons de dire comment
Ce monftrueux enfantement,
Eft l'effet de la tyrannie
D'une monstrueufe manie,
du Mercure Galant.
63
t
Et par queis degrez un foetus
Devient effroyable ou perclus .
Degenerant de fon efpece
Ont mutilé de quelques pieces.
Primò. L'imagination
Agit par fon impreffion ,
Puis elle prefente à la Femme
Un objet qui touche fon ame ,
Et le plus fouvent l'abrutit ;
Qui meut la puiſſance matrice
De fon vouloir l'executrice ;
Celle-là dans fes actions
N'executant fes fonctions
Que par les efprits qu'elle mene,
Qu'elle roule, & qu'elle promene
Par tous lesfibres du cerveau ,
Où ces efprits ont leur berceau
Sur lequel cerveau les Phantofmes ,
Moins vifibles que des Atomes ,
Sont gravez plus profondément
Que fur l'or & le diamant ;
Arrive que la Femme groffe,
Prefte affezfouvent de lafoffe,
64
Extraordinaire
Ayant l'imagination
Ou la reprefentation
De ce qu'elle appette & defire.
Les efprits fouples comme cire
Sur qui ce Portrait eft gravé
Avec un gouft fort dépravé ,
Venant à fortir de la lice
Par cette faculté matrice
En fe débandant de leur gros,
Qui garde au cerveau fon repos
Par une espece de Magie
Traifnent aprés eux l'effigie
De ce Phantofme dominant
Qui n'a rien que de furprenant ,
Et cette imperieufe image,
Qui fur le corps marque fa rage ;
Et c'eft-là la gradation
De voftre generation ,
Prodiges qui faites l'injure
Et l'opprobre de la Nature ,
Monftres que dans cet Univers
On n'appercent que de travers.
ཀ
Par fois des Monftres l'origine
du Mercure Galant. 65
Vient de la fuftice divine ,
Juftice aimable en fes bienfaits ,
Mais redoutable en fes effets ,
Mais en fes fugemens terrible ,
Et fouvent incomprehenfible ,
Si bien qu'un Monftre quelquefois
Par fon trifte & factieux minois
Montre prédit comme un Comette
Quelque accident , quelque défaite ,
Une mutation d'Eftat ,
Ou le deftin
Vous don d'un Potentat.
Eclypfes de Nature ,
Vous Oifeaux de mauvaise augure
A moins que Dieu le veuille ainfi ,
Monftres , écartez- vous d'icy.
L.
BouGHET ,
ancien Curé de Nogent le Roy
SUR LES QUESTIONS
du dernier Extraordinaire.
Lequel de deux Amans aime le
plus , celuy qui fouhaite la
pe.
tite Verole à la Maîtreffe, pour
luy faire voir que la laideur fe
roit incapable de le faire changer
, ou celuy qui aime mieux
qu'elle doute de fon amour, que
de luy voir arriver une pareille
difgrace.
Ans le vray, cela me defole ,
Duand
on me vient
parler de petite
verole ,
Ce mal injurieux & plein de cruauté ,
du
Mercure Galant.
39
Qui met en interdit les charmes de Cli
mene.
Fy de cette preuve inhumaine
Qui coufte tant à la beauté.
Eft-ce cherir une Maîtreſſe ,
Eft-ce une marque de tendreffe
Que de luyfouhaiter une infame laideur ?
Il vaut mieux paffer pour Autruche
Que de faire un fouhait fi cruche
Aux dépens d'un Objet qui nous touche
le coeur.
Un Amant fouffre à voir qu'on doute de
fa flame :
Mais fi de fa fidelité
Malgré tout fon amour fa Maitreffe a
douté ,
Pour le moins il fera garanti de tout bläme
,
N'ayant jamais rien ſouhaité
Qui puiffe faire aucun outrage
Aux attraits de ce beau vifage
Dont fon coeurfe trouve enchanté
40 Extraordinaire
Une affection bienfenfée
Doit eftre defintereffée.
Si l'on peut mourir d'amour.
Oute pafion vehemente
Eft pire qu'une fiévre lente s
Car fes paroxifmes font tels
Qu'elle peut mettre dans la Biere ,
Et dans le fond d'un Cimetiere
Le plus vigoureux des mortels.
L'amour eft de cette nature
Quand fon transport eft violent ,
C'est un Miferere , c'est un Trouffegalant
Qui vous met dans la fepulture :
Ce trifte & tenebreux fejour ,
Où l'on n'entre jamais qu'il n'en coûte
la vie.
Si donc l'on peut mourir de colere ou d'envie
,
On
peut
auffi
mourir
d'amour
?
3
Alceste Reynefort jolie ,
1
du Mercure Galant.
41
1
Femme d'un Roy de Theffalie ,
N'eut point de peine à fe priver du jour
Pour fatisfaire à ſon amour.
83
Que diray-je de Cleopatre ,
Dont Antoine fut idolatre ,
Voulut- elle pour un moment
Survivre à fan fidelle Amant ?
Pour le fuivre fa feule envie
Fut de décamper de la vie .
Afpic , vous fuftes l'inftrument
D'un fi fubit décampement.
Que diray-je auffi de Panthée
Qui d'un chaste amour enchantée,
Ayant appris que fon Mary
Eftoir dans la guerre pery's
Se perça fein d'une le fein d'une dague ,
En difant , la Parque j'incague ,"
Et je veux prévenir les coups
Pour me rejoindre à mon Epoux.
Attends-moy , mon cher Abradatte,
Toy qui fus le premier en datte
Ecrit & gravé fur mon coeur ,
Recoy ma mourante langueur-
2. d'Octobre 1685.-
D
412
Extraordinaire
Pour mieux conferver ta memoire.
Je te fuis jufqu'à l'Onde noire..
CA
De vous icy , que dira- t- on,
Illuftre Fille de Caton ,
Genereufe Femme de Brute ?
Portia , vous fuftes la butte
Des plus formidables revers
Qu'on peut craindre dans l'Univers.
Vous perdiftes ce galant Homme
Qui s'efforça d'affranchir Rome,
Mais toujours l'intrepidité
Se rangea de vostre costé.
Auffi, generenfe Romaine ,
'Dont l'Histoire le nom promene ,
Du malheur qui vous outragea,
Un charbon brûlant vous vanges.
Vous fiftes voir, Princeſſe illuftre,
De voftre Sexe le beau luftre ,
Que l'amour reftant dans fon fort ,
Eft auffi puiffant que la mort.
Plautie allant en Idumée
Avec une puiffante Armée,
Fit bien voir qu'il n'eft rien d'égal ,
du Mercure Galant,
43
Au feu de l'amour conjugal;
Car comme au milieu des Batailles
On celebroit les funerailles
De fa Femme , dont la beauté
Avoit tout fon coeur enchanté.
Luy dans un transport erotique
D'un poignard aceré fe pique ,
Se bleffe , fe perce le flanc ,
D'où coulent deux ruiffeaux de fang,
Qui bien toft fon corps affoibliffent .
Et fa vigueur aneantiffent.
Ce grand coup de defefpere
Fut par fon amour procuré.
E
Il eft rapporté chez Plutarque ,
Homme d'efprit , homme de marque,
Qu'Emilius joune Chaffeur,
Ayant en challant par malheur
Tue fa Femme & belle & riche,
Penfant mettre à mort une Biche,
Fut tonché changeant de couleur
D'une fifenfible douleur,"
Que pour la mettre en évidence,
Et pour punirfon imprudence
-
Dij
'44
Extraordinaire
Sur luy fans aucune pitié ,
Il vangea fa chafte Moitié.
Voilà ce que l'amour fçait faire
Lors qu'il pretend fe fatisfaire .
Nous lifons dans un certain lieu
Qui traite de l'amour de Dieu,
Oeuvre de Saint François de Sales ,
Lu par plus de mille Veſtales ,
Qu'un Gentilhomme Voyageur
Fort devot envers le Sauveur ,
S'attendriffant fur nos Myfteres ,
Quitta fon Pays & fes Freres
Sans fon entreprise éventer ,
Et mit fa joye à visiter ,
Pouffe par
la grace divine ,
Les beaux lieux de la Palestine,
Où reverant avec ferveur
Les divers tourmens du Sauveur,
Et les Theatres memorables
De fes fouffrances adorables,
Il pouffa mille ardens foûpirs
Qui marquoient fes brûlans defirs
Lors qu'il eut noyé de fes larmes
du Mercure Galant,
45.
Ces lieux qui faifoient tous fes charmes,
Eftant dans ce devot ſejour,
Il mourut par un trait d'amour.
Ce fut fur le Mont des Olives
Que de fes douleurs exceffives
Ne pouvant plus fouffrir l'effort ,
Ilfut le butin de la mort ,
S'il faut que mort on vous appelle ,
Paffage à la Vie eternelle .
Heureufe tranfmigration,
Voyage à la fainte Sion .
Enfans d'une aimable détreſſe,
Effets d'une fainte trifteffe ,
Adorables reffentimens ,
Sanglots , douloureux mouvemens
Avouez fans vous méconnoistre
Que c'est l'amour qui vous fit naiftre ,
Mais un amour chafte & divin
Qui n'a rien de fade & de vain
Mais une flame toute pure
Incompatible avec l'ordure.
46
Extraordinaire
Si l'on peut aimer fans jaloufie. -
L n'est presque point de ſaiſon
Où l'amour cede à la raifon ;
La paffion d'aimer trouble mille cervelles,
Elle fait des bourus , des aveugles , des
fous.
Elle fait mefme des jaloux
Qui ne peuvent fouffrir qu'on approcha
leurs belles.
Si par hazard dans leur appartement
İl entre fort innocemment
Un papillon ou quelque mouche ,
Le jaloux inquiet qui tourne tout en mal,
Devenu refveur & farouche,
Veut fçavoir de quel fexe eft ce pauvre.
animal.
**
S'il eft dufeminin fa bonté luy pardonne,
Et le laiffe entrer en riant.
S'il eft du mafculin il l'excite & bâtonne,
Toûjours grondant , toûjours criant.
Ilfaut pour des gens de la forte
Une complaisance bien forte.
du Mercure Galant.
47:
$ 3
Pour fe faire à l'extravagance
D'un homme fi fort hebeté,
C'est peu que de la complaisances ,
On a befoin d'infenfibilité ;
Mais en aimant eft- il poffible
De garder un coeur infenfible ??
03
On a bean dire à cet Amant
Qu'il agit tropfeverement ,
Qu'il faut changer de tablature ;
Il s'obftine à vouloir que fa chere Philis
Avec fes rozes & fes lis,
Ne regarde jamais les hommes qu'en
peinture.
Cela dégoûte étrangement
Et voilà cependant voftre temperament,
Habitans d'Aufonie & de l'Andaloufie,
Tous nefont paspourtant façonnez fur ce
tour ;
Comme on peut vivrefans amour,
On peut aimerfans jalousie.
L.
BOUCHET ,
ancien Curé de Nogent le Roy.
48 Extraordinaire
De l'Origine des Monftres..
Celuy
qui d'une seule main
Soutient & le Ciel & la Terre,
Celuy qui lance le Tonnerre ,
Par foisfur tout le genre humain,
Celuyfous qui tremblent les Anges,
Celuy de qui les Ckerubins
Les Thrones & les Seraphins
Sans ceffe entonnent les Louanges,
Celuy de qui les plus grands Rois
Adorent l'effence & les Loix
Celuy qui des foux fait des Sages ,
Celuy qui tout fçait , qui tout pent.
Peut fans alterer (es Ouvrages
Faire des Monftres quand il veut.
63
Il en fait parfois pour fa gloire
Comme il fit en l'Aveugle né ,
Guery par le Verbe Incarné.
Ce que nous affurons fur la foy de l'hifoire
A qui nous devons tous la Veneration ,
Eftant
du Mercure Galant.
49
Eftant veritable , eftant fainte.
D'autresfois ilfait par indignation ,
Ce quifait le fujet de noftre jufte crainte.
Ca
Meffieurs les Medecins plus habiles
que moy
Diront furcefujer ce que Secolle en pense
Cependant le défaut ou l'excez de femence
Engendre les Monftres , je croy.
03
Mais pour mieux expliquer les chofes ,
Voyons les naturelles caufes
Quifont voir aux Monftres le jour
Dans ce periffable fejour.
03
Aux productions ordinaires
Plufieurs chofes font neceffaires.
Le tout eftant bien confulté
Laformatricefaculté ,
Cette ingenienfe puissance
Qui travaille parfa prefence ,
Et par qui tout eft difpofe
Dans le Phyfique compofe..
Q. d'Octobre 1685.
E
Extraordinaire
So
Adjoûtez encore la matiere ,
Qui quoy que portion groffiere ,
Fait cependant du bastiment
Le plus folide fondement.
Car de rien rien l'on ne peut faire
Selon l' Axiome vulguaire
Eft-ce tout ? Non il faut de plus
Le receptacle du Fetus ,
Puis aprés le jufte Triage
Et l'indifpenfable affemblage
De quatre maistreffes bontez ,
Quatre premieres qualitez
Le froid , le chaud , le fec , l'humide ,
Sans quoy tout feroit infipide ,
Vn air doux & delicieux
Avec l'influence des Cieux.
Ces cing fecours unis ensemble
Font des merveilles , ce me femble ;
Car la fabrique d'un vray Corps,
Voit les dedans & les débors..
Si l'une de ces chofes manque,
A Paris comme à Salamanque ,
Hors de doute un Monstre fe fait ,
du Mercure Galant.
Au lieu d'un Animal parfait .
Si donc la Vertuformatrice
Eft atteinte de quelque vice,
Eft foible , eft rude , & ne peut pas
Articuler jambes & bras ,
Enforte que tout ſe deſpece,
Il s'en engendre une autre espece ,
In monftreux enfantement ,
Au lieu d'un Homme , unefument ,
Quelqu'autre vile Creature :
Car enfin lorfque la Nature
Ne peut pas bien felonfon gré,
Monter jufqu'au dernier degré
D'artifice & de politeffe :
Où tendoit fa délicateffe .
Elle eft contente en fes efbats,
De defcendre un degré plus bas,
Et de faire voir un defordre
Où devoit regner le bel ordre.
Auffi parfois par ce deffaut ,
Qui meriteroit l'Echaffaut,
On voit le foye au cofté gauche,
La ratte au droit , quelle débauche !
Quelle erreur ! quel aveuglement !
E ij
52
Extraordinaire
C'eft auffi par ce manquement
Que la facultéformatrice ,
Voulant par un fatal caprice ,
Egal pouvoir , égal effort
Former un Enfant vif & fort
Qui fous double Sexe milite
Met au monde un Hermaphrodite,
Quiparfes deux fexes divers
Fait horreur à tout l'Vnivers ,
Comme feroit une Phenomene
Qui mille difgraces amene.
C'eft fous le Regne de Neron ,
Prince inhumain , Prince larron,
Prince amateur de la Cuifine,
Qu'on vid le premier Androgine.
Plus de cent mille Curieux
Ouvrirent la bourse & les yeux
Pour aller voir ce grand (pectacle
Qu'on admiroit comme un miracle ,
Carpour dire la verité
Avec toute fineerité ,
On n'avoit jamais veu dans Rome
Vn demy femme , un demy homme,
Ou plûtoft un objet hydeux
du Mercure Galant. 53
Fait & formé de tous les deux.
SA
Il faut par deffaut de Matiere ,
Que la Nature dégenere,
Et qu'elle demeure en chemin :
Ainfi l' Embryon vient fans main,
Sans jambe , fans cuiffe , oufans tefte ,
Ce qui grand déplaifir aprefte,
Et caufe un mortel defaroy
Quand on ades Monftres chezfoy,
Et qu'on voit affis à fa Table ,
Le modelle d'un Incurable.
*
Que fi par contraire fuccez ,
Nature peche par excez,
On voit des Enfans qui font honte,
Et dont on ne fait pas grand compte .
Des quatre jambes , des trois pieds,
Des Enfans tout eftropiez ,
Deux Chefs & quatre Clavicules.
On les prendroit pour des Hercules ,
Qui vont combattre Gerion
lufques aux portes de Riom .
Cependant ce n'eft rien qui vaille ;
E j
$4
Extraordinaire.
Car deux Enfans de cette taille,
A peine ont-ils jamais veſcu
L'âge d'un demy cart d'écu ,
Les genitures erronnées
Vivant toûjours fort peu d'années.
,
Mais en examinant ce poinct ,
Dites- moy ne pourroit- on point
Tirer la bafque à Nicephore ,
Dont l'Efcrit nous affure encore
Qu'on a veu dans certain Canton
Vn Nain qu'on nommoit Ragolon ,
Cela paffe le vray -femblable ,
Encore plus le veritable,
Petit entre les plus petits
Et pasplus grand' qu'une Perdris ?
RA
,
Que fi dans des heures perduës ,
Les femencesfont confonduës
De deux efpeces d' Animaux
Quece mélange fait de maux!
Que ce mélange pen modefte ,
Eft honteux , eft falle & funefte :
Qu'il marque de fon activité
du Mercure Galant .
$5.
3
Vne bruflante volupté ,
Vn embrafement de Gomorre ,
Vn emportement de Pherore,
Vn fond de fenfualité ,
Qui choque la Divinité.
De ce commerce insupportable
Qu'en peut- il naiftre d'admirable ,
Que des Capripedes cornus ,
Que des Satyres inconnus
Que des affreux hyppocentaures,
Moitié hommes , moitié pecores,
le vid à livre ouvert
Saint Antoine dans fon Défert.
Tels
que
>
Pourquoy dit-on Monftre d' Affrique ,
C'est parce qu'en ce lieu lubrique,
Chaud ardent , brûlé du Soleil ,
Se fait un amasfans pareil
D'Animaux de toutes efpeces
De Lyons , Pantheres , Tygreffes ,
Elephans , Buffles , Leopards
Qui viennent là de toutes parts,
S'affemblant auprés des Rivieres ,
Et des Fontaines les plus claires
.
E iij
56 Extraordinaire
Pour guerir la double chaleur
Qui brûle & confume leur coeur.
C'eft en ce lien que chaque Brutte
Sans choix & fans diftinction,
Sans qu'un mauvais gouft la rebutte,
Appaife avec la foiffon inclination.
Dans cette liberté commune ,
Chaque Animal prend fa cbacune,
Et s'abandonne fans retour
A la pente de fon amour.
De la des Monfires à centaines
S'engrendrent prés de ces Fontaines ,
Qui font qu'on ne peut fans danger
Dans ce noir climat Voyager.
Il n'eft aucun Autheur Claffique
Qui neparle ainfi de l' Affrique.
Si le réceptacle eft eftrait
Plus
que Nature ne voudroit ,
Il s'enfait un Monstre, un prodiges
Deux teftesfortent d'une tige
Ou deux corps n'en compoſent qu'un
Ce qui faierefver un chacun.
De là viennent les Vnipodes
Les Monocules, les Apodes,
du Mercure Galant. 57
Et d'autres Monftres differens,
Les uns morts , les autres mourans ,
Dautres jouiſſant d'une vie
Digne de pitié , non d'envie.
C'est ce que nous ont déclaré
Boiftuan , Vefulle , Paré,
Qui de femblables Creatures ,
Nous ont donné maintes figures.
Quand il arrive meſmement
Quelque notable changement ,
Aux quatre qualitez premieres ,
Plutoft qu'aux quatre fins dernieres.
Un Monftre fefait voir auffi ,
Pline en refte tout éclaircy .
Une éclatante intemperie >
Qui ne peut pas eftre guerie ,
Par tout les remedes de l'Art
Fait par fois qu'on paroift Vieillard ,
Eftant encore à la bavette,
Et faifant encore la difnette.
Semblable Monftre de mon temps
Parut environ le Printemps ,
Non au Climat de l'Aufonie,
58
Extraordinaire
Mais bien dans la Lufitanie.
Un Enfant encore au tetton
Portant de la barbe au menton ,
Mais une barbe une archi-barbe
Plus épaiffe qu'une joubarbe ;
Et nous avons veu dans Paris ,
Où regnent les jeux & les ris ,
Qu'on appelle autrement Lutece,
Une Femme ( elle eftoit Suiffeffe )
Qui portoit jufques fur le fein
Une barbe de Capucin .
Ce qui faifoit dans la Nature
Vne affez plaifante figures
D'où vient cette difformité?
D'abondance , d'humidité ,
Ou d'une chaleur exceffive
Quife trouvant & forte & vive ,
Pouffe au débors des excremens
Qui font d'étranges changemens ,
Et des vapeurs fuligineufes
Pires que des Caliginenfes ,
Qui font an dedans & dehors
Divers effets deffus les Corps.
De fait je veux que l'on me berne
du Mercure Galant. 59
Sil' excel de chaleur interne ,
N'efleve en certaines Saifons
De greffieres exhalaifons ,
Qui jufques au débors pouffees
Et violemment déchaffees ,
Font fortir le poil & les dens
Aux Enfans mefme avant le temps..
80
Adjoutons l'imaginative ,
Puiffance forte & fenfitive ,
Mais bouillante & pleine defeu ,
Qui s'attache & fe fait un jeu
D'imprimer en gros caracteres
Mille Chasteaux , mille chimeres
Sur le Corps du petit Pallot
Dont Lamnias fait le cachot.
Pour entretenir bien cette chofe
Qui Monftres & Prodige caufe,
Il faut fçavoir que l'Embrion
Au temps de fa Conception ,
Eft dans le ventre de fa Mere
D'une auffi flexible matiere ,
Qu'une cira molle , & qu'ilprend
(Ce qui fans doute nous surprend
60 Extraordinaire
Telle impreffion que luy donne
Celle qui le porte en perfonne ,
Si l'experience enfait foy,
On peut bien dire, je le croy .
93
L'Empereur Charles quatrième
Vid defes yeux & par luy-meſme ,
Un grand fujet d'étonnement
Vne espece d'enchantement
Vne Fille non mammeluë
,
Mais par le corps toute veluë ,
Comme un Ours qui n'a rien de beau.
D'où venoit cét objet nouveau ,
D'où procedoit cette avanture ,
En voicy la raifon je jure.
C'eft que fa Mere innocemment
Avoit regardé fixement
Vne image belle , mais trifte ›
Du Précurfeur Saint Iean- Baptifte ,
Du Iourdain , proche un Hameau
Veftu d'une peau de Chameau.
De cet objet la fantaisie
Eftant enyvrée & faifie ,
Deus la femelle Embrion
du Mercure Galant. 61
Avoit fait fon impreffion
De telle forte que Bodille
La defavonoit pourfa Fille ,
Et rejettoit avec fureur ;
Mais il fortit de ſon erreur,
Quand il eut apperceu l'image
Du Saint qui caufa cet Ouvrage.
N'avons- nous pas vû dans Nogent,
Prefque le mefme fans argent.
Vne Fille avecque deux teftes
Propres à faire des conqueftes ,
C'est à dire d'une Beauté
A peindre , & d'une majesté
Propre à faire une Souveraine,
Si l'on fouffre un Monstre fans peine.
D'où venoit la dupplicité
De cette irregularité?
Voicy d'où ; C'est qu'un jour la Mere
Priant Dieu dans un Monaftere,
Avec une diftraction
Qui partageoit fon action ,
Elle jetta quelques aillades
Sur deux teftes d'Anges dorez
62 Extraordinaire
Artiftement élabourez ,
Plaquez deffus une Corniche
Egalement brillante & riche ,
Qui femblent dedans ce faint lieu
S'entrexciter à louer Dieu;
Puis elle eut certain jour de Fefle
Une Pucelle à double tefte.
Qui ne voit la relation
De fon imagination
Avec la chofe imaginée?
Voilà quelle eft la destinée ,
Voilà l'inévitable fort
D'une Femme que je plains fort ,
Qui dans le temps de fa groffeffe
N'eft pas de fon efprit maîtreffe,
Mais s'abandonne impunément
Au cours de fon aveuglement ,
Et ne garde aucune meſure
Pour les yeux pour la pasture. &
69
Mais tâchons de dire comment
Ce monftrueux enfantement,
Eft l'effet de la tyrannie
D'une monstrueufe manie,
du Mercure Galant.
63
t
Et par queis degrez un foetus
Devient effroyable ou perclus .
Degenerant de fon efpece
Ont mutilé de quelques pieces.
Primò. L'imagination
Agit par fon impreffion ,
Puis elle prefente à la Femme
Un objet qui touche fon ame ,
Et le plus fouvent l'abrutit ;
Qui meut la puiſſance matrice
De fon vouloir l'executrice ;
Celle-là dans fes actions
N'executant fes fonctions
Que par les efprits qu'elle mene,
Qu'elle roule, & qu'elle promene
Par tous lesfibres du cerveau ,
Où ces efprits ont leur berceau
Sur lequel cerveau les Phantofmes ,
Moins vifibles que des Atomes ,
Sont gravez plus profondément
Que fur l'or & le diamant ;
Arrive que la Femme groffe,
Prefte affezfouvent de lafoffe,
64
Extraordinaire
Ayant l'imagination
Ou la reprefentation
De ce qu'elle appette & defire.
Les efprits fouples comme cire
Sur qui ce Portrait eft gravé
Avec un gouft fort dépravé ,
Venant à fortir de la lice
Par cette faculté matrice
En fe débandant de leur gros,
Qui garde au cerveau fon repos
Par une espece de Magie
Traifnent aprés eux l'effigie
De ce Phantofme dominant
Qui n'a rien que de furprenant ,
Et cette imperieufe image,
Qui fur le corps marque fa rage ;
Et c'eft-là la gradation
De voftre generation ,
Prodiges qui faites l'injure
Et l'opprobre de la Nature ,
Monftres que dans cet Univers
On n'appercent que de travers.
ཀ
Par fois des Monftres l'origine
du Mercure Galant. 65
Vient de la fuftice divine ,
Juftice aimable en fes bienfaits ,
Mais redoutable en fes effets ,
Mais en fes fugemens terrible ,
Et fouvent incomprehenfible ,
Si bien qu'un Monftre quelquefois
Par fon trifte & factieux minois
Montre prédit comme un Comette
Quelque accident , quelque défaite ,
Une mutation d'Eftat ,
Ou le deftin
Vous don d'un Potentat.
Eclypfes de Nature ,
Vous Oifeaux de mauvaise augure
A moins que Dieu le veuille ainfi ,
Monftres , écartez- vous d'icy.
L.
BouGHET ,
ancien Curé de Nogent le Roy
Fermer
Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS du dernier Extraordinaire.
Le texte 'Sentimens sur les questions du dernier Extraordinaire' examine divers aspects de l'amour et ses manifestations extrêmes. Il critique la jalousie excessive, qualifiée d'inhumaine, et discute de la possibilité de mourir d'amour, citant des exemples historiques tels qu'Alceste Reinefort, Cléopâtre, Portia, et Plautie. Il mentionne également des cas où l'amour pousse à des actes extrêmes, comme le suicide d'Émilie après un accident fatal. Un gentilhomme dévot, mourant d'amour sur le Mont des Oliviers après un pèlerinage, illustre comment même un amour chaste peut provoquer des émotions intenses et irrationnelles. Le texte, issu du 'Mercure Galant', est divisé en plusieurs sections. La première décrit la jalousie excessive d'un homme envers sa partenaire, comparée à un papillon ou une mouche entrant dans leur appartement. La deuxième section traite de la création des monstres par Dieu, soit pour Sa gloire, soit par indignation, et souligne l'importance des facteurs naturels pour la formation correcte des êtres humains. La troisième section explique que les monstres apparaissent lorsque ces facteurs sont absents ou en excès, citant des exemples de malformations. Le texte aborde également la brièveté de la vie des enfants malformés et pose des questions sur les conclusions tirées de cas exceptionnels. Il traite des monstres et anomalies naturelles, souvent attribués à des mélanges contre nature ou à des influences extérieures pendant la grossesse. Des exemples incluent des unions contre nature entre espèces animales et des monstres africains. Il explore les causes possibles des monstres humains, comme les excès de chaleur, d'humidité ou d'imagination maternelle, et mentionne des cas historiques spécifiques. Le texte conclut en soulignant l'influence de l'imagination maternelle sur la formation des monstres, considérés comme des oiseaux de mauvais augure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
70
p. 66-67
SUR LA MORT de Monsieur le Prince de Conty. SONNET.
Début :
Le genereux Conty, Prince vaillant & sage, [...]
Mots clefs :
Prince de Conty, Décès, Guerres, Lauriers, Gloire, Courage, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA MORT de Monsieur le Prince de Conty. SONNET.
SUR LA MORT
de Monfieur le Prince de Conty.
SONNET.
LEgenereux Conty , Prince vaillant
& fage ,
Qui cherchoit en tous lieux la Guerre &
les Combats ;
Qui fit fentir fon coeur & le poids de
Son bras
Sur les bords Othomans avec tant d'a-
"
vantage.
03
Qui couvert de Lauriers à la fleur de for
âge ,
Couroit aprés la gloire épris de fes appas ;
Quand la victoire alloit par tout marquer
fes pas,
L'une & l'autre à l'envy foûtenant fon
courage.
Si-toft qu'à Luxembourg il a gravéfon
Nom,
du Mercure Galant.
1 67
Que toute l'Allemagne éleve fon renom ,
Qu'un merite éclatant remplit toute la
Terre.
La France voit à l'abry des hafards.
Ce Heros plein d'honneur , ce Foudre de
la Guerre
Que le Ciel le ravit ainfi qu'un autre
Mars.
de Monfieur le Prince de Conty.
SONNET.
LEgenereux Conty , Prince vaillant
& fage ,
Qui cherchoit en tous lieux la Guerre &
les Combats ;
Qui fit fentir fon coeur & le poids de
Son bras
Sur les bords Othomans avec tant d'a-
"
vantage.
03
Qui couvert de Lauriers à la fleur de for
âge ,
Couroit aprés la gloire épris de fes appas ;
Quand la victoire alloit par tout marquer
fes pas,
L'une & l'autre à l'envy foûtenant fon
courage.
Si-toft qu'à Luxembourg il a gravéfon
Nom,
du Mercure Galant.
1 67
Que toute l'Allemagne éleve fon renom ,
Qu'un merite éclatant remplit toute la
Terre.
La France voit à l'abry des hafards.
Ce Heros plein d'honneur , ce Foudre de
la Guerre
Que le Ciel le ravit ainfi qu'un autre
Mars.
Fermer
Résumé : SUR LA MORT de Monsieur le Prince de Conty. SONNET.
Le sonnet 'Sur la mort de Monsieur le Prince de Conty' célèbre un guerrier valeureux et sage, connu pour ses exploits militaires, notamment contre les Ottomans. Dès son jeune âge, il recherchait la gloire et la victoire. Son nom est gravé à Luxembourg et sa renommée s'étend en Allemagne et dans le monde. La France le voit comme un héros honorable. Le poème déplore sa perte soudaine, le comparant à Mars, le dieu de la guerre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
71
p. 147-149
Sur la Soûmission de Tripoli. ODE.
Début :
MA Muse, qu'allez-vous faire ? [...]
Mots clefs :
Louis, Audace, Muse, Tripoli, Héros, Gloire, Exploits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur la Soûmission de Tripoli. ODE.
Sur la Soûmiffion de Tripoli.
MA
ODE.
A Mufe , qu'allez- vous faire ?
Voulez- vous toujours chanter ?
Vous cftes fi téméraire
Qu'on nepeut vous arrefter.
Quoy ! d'abord que lo Parnaffe
Celebre LOVIS le Grand ,
Vous vous faites faire place ,
Cette audace me furprend.
C
En Allemagne , en Hollande ,
Par tout où vont fes Exploits ,
Qu'est- il befoin qu'on entende
Les accens de vostre voix ?
Vous savez que l'on publie,
Quand on part pour l'affieger,
Nij
148
Extraordinaire
Que Tripoli s'humilie ,
Et craint le deftin d'Alger.
Et dans l'ardeur qui vous preffe ,.
Ala gloire du Heros,
Vne nouvelle allegreffe
Fait enfler vos chalumeaux .
**
Pour ces Exploits heroïques
Il faudroit des tons plus doux :
Si les vostres font ruftiques .
Ma Mufe , qu'y feriez- vous ?
63
Sur cette grande matiere
C'eft affez que de vouloir ;
Si voftre voix eft groffiere
Voftre coeur fait fon devoir.
་
,
.
N'écoutez que vostre zele ,
C'est luy feul qui vous abfout ,
Il eft ardent & fidelle ,
Et vous répondra de tout.
ਹਰ
Que chaque jour voftre veine
-
Au Mercure Galant. 149
Faffe des efforts nouveaux ,
d'haleine Courez à perte
Sur les pas de mon Heros.
Sur la Terre ny fur l'Onde
Rien ne retarde fon cours ,
Vous irez par tout le Monde
Si vous le fuivez toujours.
MAGNIN, Confeiller du Roy au
Prefidial de Maſcon , de l'Academie
Royale d'Arles.
MA
ODE.
A Mufe , qu'allez- vous faire ?
Voulez- vous toujours chanter ?
Vous cftes fi téméraire
Qu'on nepeut vous arrefter.
Quoy ! d'abord que lo Parnaffe
Celebre LOVIS le Grand ,
Vous vous faites faire place ,
Cette audace me furprend.
C
En Allemagne , en Hollande ,
Par tout où vont fes Exploits ,
Qu'est- il befoin qu'on entende
Les accens de vostre voix ?
Vous savez que l'on publie,
Quand on part pour l'affieger,
Nij
148
Extraordinaire
Que Tripoli s'humilie ,
Et craint le deftin d'Alger.
Et dans l'ardeur qui vous preffe ,.
Ala gloire du Heros,
Vne nouvelle allegreffe
Fait enfler vos chalumeaux .
**
Pour ces Exploits heroïques
Il faudroit des tons plus doux :
Si les vostres font ruftiques .
Ma Mufe , qu'y feriez- vous ?
63
Sur cette grande matiere
C'eft affez que de vouloir ;
Si voftre voix eft groffiere
Voftre coeur fait fon devoir.
་
,
.
N'écoutez que vostre zele ,
C'est luy feul qui vous abfout ,
Il eft ardent & fidelle ,
Et vous répondra de tout.
ਹਰ
Que chaque jour voftre veine
-
Au Mercure Galant. 149
Faffe des efforts nouveaux ,
d'haleine Courez à perte
Sur les pas de mon Heros.
Sur la Terre ny fur l'Onde
Rien ne retarde fon cours ,
Vous irez par tout le Monde
Si vous le fuivez toujours.
MAGNIN, Confeiller du Roy au
Prefidial de Maſcon , de l'Academie
Royale d'Arles.
Fermer
Résumé : Sur la Soûmission de Tripoli. ODE.
L'ode célèbre les exploits militaires d'un héros anonyme, notamment la soumission de Tripoli. L'auteur s'adresse à la Muse, s'étonnant qu'elle veuille chanter malgré les périls. Il l'encourage à célébrer les victoires du héros, qui inspire une crainte comparable à celle d'Alger. Toutefois, il suggère que des accents plus doux conviendraient mieux à ces exploits, bien que la voix rustique de la Muse soit acceptable si elle accomplit son devoir. La Muse est invitée à suivre le héros dans ses actions, sur terre ou sur mer, pour diffuser ses exploits à travers le monde. L'auteur se nomme Magnin, conseiller du roi au présidial de Mâcon et membre de l'Académie Royale d'Arles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
72
p. 173-175
TRADUCTION DE L'ODE XIII. du Livre IV. d'Horace, qui commence par Audivera, Lyce.
Début :
ENfin, Lyce, les Dieux ont exaucé mes voeux, [...]
Mots clefs :
Lyce, Dieux, Gloire, Coeurs, Amour, Fille, Charmes, Parque, Idolâtrie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION DE L'ODE XIII. du Livre IV. d'Horace, qui commence par Audivera, Lyce.
TRADVCTION DE L'ODE
XI . du Livre iv . d'Horace, qui
commence par Audivera, Lyce. :
Enfin , Lyce , les Dieux ont exaucé
mes voeux ,
Ils les ont exaucez , ces Dieux ,
Quijouiffent là-haut d'une gloire immortelle.
Vous eftes vieille , & toutefois
Vous pretendez encor paroiftre belle !
Et ranger nos coeurs fous vos loix .
33
Vous badinez , vous beuvez effrontée,
Vous appellez d'une tremblante voix ,
Quand des fureurs du vin vous eftes agitée
,
L'Amour qui prés de vous paroift estre
aux abois.
63
Remarquez un peu comme il brille
Sur les joués de cette Fille,
Pij
Extraordinaire
174
Qui fçait fi bien chanter , & dont l'air
eft fi doux,
Tandis qu'il vous évite , & qu'il fuit
loin de vous.
Ces rides qui vous font paffer pour décrepite
,
Ces dents jaunes , ces cheveux blancs
Sont la caufe , felon mon fens ,
De fon mépris & de fa fuite.
CA
Ny la propreté des habits ,
Ny la pourpre de Cos , ny l'éclat des rubis
,
Dont comme vous les vieilles font ornées
,
Ne leur rendront jamais leurs premieres
années.
Dites-moy, quefont devenus.
Ces airs que vous aviez empruntez de
Venus ?
Où font-ils à prefent ces charmes ,
Ce vifage fleury , tous ces rares talens
du Mercure Galant. 175
Qui forçoient les plus indolens
A vous rendre autrefois les armes ?
RA
Que reste-t-il en ce jour
De cette adorable Lyce
Qui ne refpiroit qu'amour ,
Et dont mon cxur aimoit jufqu'au caprice
?
Que reste-t-il de ce teint plein d'attraits
,
Qui ne cedoit qu'à celuy de Cynare,
Cynare qu'un deftin barbare
Nous afait perdre pour jamais ?
Q
Oйy , la Parque ne rend vos années pa
reilles
A celles des vieilles Corneilles ,
Qu'afin que les jeunes gens
Qui dans la fleur de vos ans
Vous regardoient avec idolatrie,
Puiffent rire à vos dépens
En voyant aujourd'huy voftre beauté
flétrie.
XI . du Livre iv . d'Horace, qui
commence par Audivera, Lyce. :
Enfin , Lyce , les Dieux ont exaucé
mes voeux ,
Ils les ont exaucez , ces Dieux ,
Quijouiffent là-haut d'une gloire immortelle.
Vous eftes vieille , & toutefois
Vous pretendez encor paroiftre belle !
Et ranger nos coeurs fous vos loix .
33
Vous badinez , vous beuvez effrontée,
Vous appellez d'une tremblante voix ,
Quand des fureurs du vin vous eftes agitée
,
L'Amour qui prés de vous paroift estre
aux abois.
63
Remarquez un peu comme il brille
Sur les joués de cette Fille,
Pij
Extraordinaire
174
Qui fçait fi bien chanter , & dont l'air
eft fi doux,
Tandis qu'il vous évite , & qu'il fuit
loin de vous.
Ces rides qui vous font paffer pour décrepite
,
Ces dents jaunes , ces cheveux blancs
Sont la caufe , felon mon fens ,
De fon mépris & de fa fuite.
CA
Ny la propreté des habits ,
Ny la pourpre de Cos , ny l'éclat des rubis
,
Dont comme vous les vieilles font ornées
,
Ne leur rendront jamais leurs premieres
années.
Dites-moy, quefont devenus.
Ces airs que vous aviez empruntez de
Venus ?
Où font-ils à prefent ces charmes ,
Ce vifage fleury , tous ces rares talens
du Mercure Galant. 175
Qui forçoient les plus indolens
A vous rendre autrefois les armes ?
RA
Que reste-t-il en ce jour
De cette adorable Lyce
Qui ne refpiroit qu'amour ,
Et dont mon cxur aimoit jufqu'au caprice
?
Que reste-t-il de ce teint plein d'attraits
,
Qui ne cedoit qu'à celuy de Cynare,
Cynare qu'un deftin barbare
Nous afait perdre pour jamais ?
Q
Oйy , la Parque ne rend vos années pa
reilles
A celles des vieilles Corneilles ,
Qu'afin que les jeunes gens
Qui dans la fleur de vos ans
Vous regardoient avec idolatrie,
Puiffent rire à vos dépens
En voyant aujourd'huy voftre beauté
flétrie.
Fermer
Résumé : TRADUCTION DE L'ODE XIII. du Livre IV. d'Horace, qui commence par Audivera, Lyce.
L'Ode XI du Livre IV d'Horace, adressée à Lyce, exprime le soulagement du poète après que ses vœux ont été exaucés par les dieux. Il critique Lyce, une femme âgée, pour ses tentatives vaines de paraître belle et séduisante. Elle utilise des vêtements propres, de la pourpre de Cos et des rubis, mais ces artifices ne peuvent lui rendre sa jeunesse. Le poète se souvient des charmes et des talents de Lyce, qui autrefois attiraient même les plus indifférents. Il compare sa beauté passée à celle de Cynare, désormais perdue. Il souligne l'ironie de la Parque, qui prolonge la vie des femmes âgées afin que les jeunes puissent se moquer de leur beauté flétrie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
73
p. 52-68
DIALOGUE DE L'ELOQUENCE ET DU LOUIS D'OR.
Début :
Je vous envoye un Dialogue qui a receu icy de grands / A vous voir & à vous entendre, les Hommes [...]
Mots clefs :
Divinité, Éloquence, Louis d'or, Temple, Fils de la Terre, Soleil, Astres, Gloire, Fortune, Mérite, République, Palais, Privilèges, Coeur, Orateurs, Scélérats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE DE L'ELOQUENCE ET DU LOUIS D'OR.
Je vous envoye un Dialogue
qui a receu icy de gráds
applaudiffemens . Je ne ſçay
point le nom de fon Auteur ,
mais l'Ouvrage parle affez
>
GALANT.
53
de luy-mefme, fans qu'il foit
befoin d'autre chofe pour
vous le faire eſtimer.
2255252525252525Z
DIALOGUE
DE L'ELOQUENCE
ET DU LOUIS D'OR .
L'ELOQUENCE .
Vous voir & à vous.
Aentendre , les Hommes
n'ont point d'autre Di
vinité que vous ; il ne refte
plus qu'à vous bâtir un
Temple.
E
iij
54 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
On m'en a déja bâty un
où je ne faifois pas mal le
Perfonnage d'un Dieu ; mais
il m'importe fort peu d'avoir
un Temple de pierre & de
bois , pourveu que j'aye le
coeur de l'Homme pour mon
Autel , où il me confacre tous
Les travaux & fes foins .
L'ELOQUENCE .
Vous parlez bien haut
pour le Fils de la Terre .
LE Louis D'or.
Je ne fuis point tellement
le Fils de la Terre , que je
ne fois auffi le Fils du Soleil
& des Aftres.
GALANT
55
·
L'ELOQUENCE .
Pour moy , je fuis la Fille
de l'entendement
& du coeur
de l'Homme
.
LE LOUIS D'OR .
S'il n'y a qu'à fortir de l'entendement
& du coeur de
l'Homme pour prouver fa
nobleffe , les trahiſons & les
grands crimes feront bienroft
illuftres , & difputeront
avec vous de la gloire de la
Naiffance . Il eft vray que
j'ay efté conceu dans un lieu
bien obfcur , mais j'ay trouvé
dans cette obfcurité là je
ne ſçay quoy qui ébloüit les
E iiij
56 MERCURE
fort
yeux , & qui n'eft pas
defagreable
aux voſtres
. Javouë
que ma Naiſſance
m'a
rendu
le voifin
des Enfers
.
mais
on m'y a trouvé
; & ſi
vous y eftiez
cachée
comme
moy , je ne fçay pas qui vous
iroit
chercher là pour vous.
déterrer
.
L'ELOQUENCE.
Je fçay bien que vous plaifez
aux Hommes , mais ce
n'eſt qu'à cauſe que vous
leur impofez par de petits
agrémens qui donnent dans.
les yeux
.
LE LOUIS D'or .
Mes agrémens ne donnent
GALANT. 57
s yeux ,
point fi fort dans les y
qu'ils ne donnent encore
plus dans le coeur. Pour ce
qui eft d'impofer , nous fommes
dans un temps où l'on
ne peut faire fortune dans
le monde à moins qu'on
n'impofe . Nous le faifons
tous deux , mais avec cette
difference que vous n'impofez
que par des paroles , au
lieu que j'impofe par ma folidité
, car on dit qu'il n'y a
point de raiſon plus folide
que moy , & qu'on ne peut
dóner une plus belle couleur
à la verité que la mienne ;
58 MERCURE
au moins vous m'avoürez
qu'elle vaut bien le brillant
de vos penſées.
L'ELOQUENCE .
Toute comparaiſon eft
odieuſe, mais s'il eft queſtion
5'
d'en venir au merite , c'eft
moy qui ay reüny les Peuples
quand ils eftoient errans
dans les Déſerts , & qui les
ay fait vivre en Republique.
LE LOUIS D'OR.
C'eft moy qui fuis le nerf
de leur Republique
& la
liaifon de leurs Eftats ; c'eft
moy qui fuis les delices des
Jeunes , & le foin des Vieillards
.
GALANT.
59
L'ELOQUENCE .
Je fuis la bien venuë par
tout.
LE LOUIS D'OR .
Principalement quand je
vous accompagne .
L'ELOQUENCE.
J'ay accés dans le Palais
des
Roys.
LE LOUIS D'or .
Vous n'y en avez point
tant , qu'un Mulet qui me
porte n'y en ait encore
davantage que vous .
L'ELOQUENCE .
Jay beaucoup de pouvoir
fur le coeur de l'Homme.
60 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
Vous en avez , mais avec
un grand embarras de paroles
, au lieu que moy,fans preparation
& fans artifice , j'ay
le don de me faire écouter
dans les coeurs , & de m'en
rendre le maiftre ; car étant
queftion dernierement
de confoler un miferable ,
vous tachâtes de le faire par
beaucoup de paroles ; peuteftre
qu'il n'eftoit pas fait à
un ſi beau langage , mais vôtre
difcours luy fembloit
bié fade, lors que quelqu'un
s'avifa de me mettre dans
GALANT. 61
fa main , & alors on vit la
joye qui s'épanouiffoit fur
fon vifage , & à l'entendre il
fortoit de moy une vertu ſecrete
qui luy alloit gagner
le coeur.Feriez - vous bien par
vos paroles , ce que je faifois
en ce temps -là par mon fi
lence ?
L'ELOQUENCE .
Je rends bien d'autres fervices
à l'Homme.
LE LOUIS D'OR.
Vous en rendez , mais je
ne fçay s'ils valent les
miens ; car je m'en vais chez
un Roturier, je le rends Gen62
MERCURE
til - homme ; je m'en vais
chez un Ignorant , auffi- toſt
c'eft un Homme d'un fens
profond ; je m'en vais chez
un Témeraire, auffi- toft c'eft
un Brave ; & fi vous faites
les Doctes , j'ay le privilege
de faire les Docteurs . Vos
fervices valent- ils bien ceux
là ?
L'ELOQUENCE.
D'où vient donc qu'aprés
tant de bien- faits que vous
rendez , je vous voyois dernierement
fous le marteau
d'un Artifan où vous faifiez
une pauvre figure ?
GALANT. 63
LE LOUIS D'OR .
Je ne fçay pas fi vos figures
font plus agreables , mais
je fçay bien que le tour
qu'on me donnoit alors , vaut
bien le tour de vos Periodes
& de vos Vers .
L'ELOQUENCE.
Mais avec ce beau tour
on vous voit courir le Monde
comme un miferable qui
n'a point de Pays.
LE LOUIS D'OR.
Si c'eſt un mal que de
courir le Monde , il n'eft
commun avec le Soleil . Je
n'ay point de Pays arrefté,
64 MERCURE
mais par tout où je fuis ,
l'Homme trouve fa Patrie.
L'ELOQUENCE .
Il a donc grand tort de vous
traiter auffi mal qu'il fait; car
vous tombâtes dernierement
entre les mains d'un vieux
Avare qui vous mit en prifon
dans un Coffre fort , &
qui vous enfoüit dans la
terre.
LE LOUIS D'OR.
Quand je fuis en priſon de
la forte, il n'y a perſonne qui
n'aime mieux y entrer , que
d'aller dans les Jardins des
Princes. Je n'y fuis pas tour
feul , le coeur de celuy qui
GALANT. 65
m'y met , s'y cache avec
moy .
L'ELOQUENCE .
Mais que faites-vous là ?
LE LOUIS D'OR..
: CeCe que vous
faites
dans
vos Ecrits
qui font cachez
dans
la Boutique
d'un
Li--
braire
.
L'ELOQUENCE.
Je fuis là comme le monu--
ment des Orateurs , où leur
Efprit repofe..
LE LOUIS D'OR.
Et moy jefuis dans ce Tré--
for enfouy, comme le monu
ment du Riche où fon Ame :
1685.. repofe..
F
66 MERCURE
L'ELOQUENCE .
Je plains pourtant bien
voftre deſtinée , puis qu'au
fortir delà on vous voit fouvent
à la difcretion d'un faux
Monnoyeur.
LE LOUIS D'OR .
Je ne plains pas moins
vos Ecrits puis qu'aprés
>
avoir efté lûs avec tant de
plaifir , on les voit quelquefois
dans un Cabinet à la
difcretion des Souris.
L'ELOQUENCE .
Vous allez aprés cela dans
des lieux peftiferez .
GALANT. 67
LE LOUIS D'OR .
Je n'y prens point de
mauvais air , & je n'en fuis
pas moins bien venu à la
Cour , où les Creatures les
plus délicates difent que je
porte la fanté avec moy.
L'ELOQUENCE .
On vous voit mefme for
tir quelquefois d'entre les
mains des Scelerats.
LE LOUIS D'OR .
Je n'en repofe pas moins
agreablemét entre les mains
des Innocens .
L'ELOQUENCE...
Parmy eux il s'en trouvent
Fij
68 MERCURE
>
qui font merveille à décla
mer contre vous ..
LE Louis D'Or ..
Ils ne déclameroient pas
fi fort , s'ils ne me propofoient
à eux-mefmes comme
le prix de leur déclamation .
L'ELOQUENCE.
Cela n'empeche pas qu'il
n'y ait des Philofophes qui
vous condamnent en Public .
LE LOUIS D'OR.
Il n'y en a pas un qui ne
m'approuve en particulier
lors que je fuis dans fa
Bourfe.
qui a receu icy de gráds
applaudiffemens . Je ne ſçay
point le nom de fon Auteur ,
mais l'Ouvrage parle affez
>
GALANT.
53
de luy-mefme, fans qu'il foit
befoin d'autre chofe pour
vous le faire eſtimer.
2255252525252525Z
DIALOGUE
DE L'ELOQUENCE
ET DU LOUIS D'OR .
L'ELOQUENCE .
Vous voir & à vous.
Aentendre , les Hommes
n'ont point d'autre Di
vinité que vous ; il ne refte
plus qu'à vous bâtir un
Temple.
E
iij
54 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
On m'en a déja bâty un
où je ne faifois pas mal le
Perfonnage d'un Dieu ; mais
il m'importe fort peu d'avoir
un Temple de pierre & de
bois , pourveu que j'aye le
coeur de l'Homme pour mon
Autel , où il me confacre tous
Les travaux & fes foins .
L'ELOQUENCE .
Vous parlez bien haut
pour le Fils de la Terre .
LE Louis D'or.
Je ne fuis point tellement
le Fils de la Terre , que je
ne fois auffi le Fils du Soleil
& des Aftres.
GALANT
55
·
L'ELOQUENCE .
Pour moy , je fuis la Fille
de l'entendement
& du coeur
de l'Homme
.
LE LOUIS D'OR .
S'il n'y a qu'à fortir de l'entendement
& du coeur de
l'Homme pour prouver fa
nobleffe , les trahiſons & les
grands crimes feront bienroft
illuftres , & difputeront
avec vous de la gloire de la
Naiffance . Il eft vray que
j'ay efté conceu dans un lieu
bien obfcur , mais j'ay trouvé
dans cette obfcurité là je
ne ſçay quoy qui ébloüit les
E iiij
56 MERCURE
fort
yeux , & qui n'eft pas
defagreable
aux voſtres
. Javouë
que ma Naiſſance
m'a
rendu
le voifin
des Enfers
.
mais
on m'y a trouvé
; & ſi
vous y eftiez
cachée
comme
moy , je ne fçay pas qui vous
iroit
chercher là pour vous.
déterrer
.
L'ELOQUENCE.
Je fçay bien que vous plaifez
aux Hommes , mais ce
n'eſt qu'à cauſe que vous
leur impofez par de petits
agrémens qui donnent dans.
les yeux
.
LE LOUIS D'or .
Mes agrémens ne donnent
GALANT. 57
s yeux ,
point fi fort dans les y
qu'ils ne donnent encore
plus dans le coeur. Pour ce
qui eft d'impofer , nous fommes
dans un temps où l'on
ne peut faire fortune dans
le monde à moins qu'on
n'impofe . Nous le faifons
tous deux , mais avec cette
difference que vous n'impofez
que par des paroles , au
lieu que j'impofe par ma folidité
, car on dit qu'il n'y a
point de raiſon plus folide
que moy , & qu'on ne peut
dóner une plus belle couleur
à la verité que la mienne ;
58 MERCURE
au moins vous m'avoürez
qu'elle vaut bien le brillant
de vos penſées.
L'ELOQUENCE .
Toute comparaiſon eft
odieuſe, mais s'il eft queſtion
5'
d'en venir au merite , c'eft
moy qui ay reüny les Peuples
quand ils eftoient errans
dans les Déſerts , & qui les
ay fait vivre en Republique.
LE LOUIS D'OR.
C'eft moy qui fuis le nerf
de leur Republique
& la
liaifon de leurs Eftats ; c'eft
moy qui fuis les delices des
Jeunes , & le foin des Vieillards
.
GALANT.
59
L'ELOQUENCE .
Je fuis la bien venuë par
tout.
LE LOUIS D'OR .
Principalement quand je
vous accompagne .
L'ELOQUENCE.
J'ay accés dans le Palais
des
Roys.
LE LOUIS D'or .
Vous n'y en avez point
tant , qu'un Mulet qui me
porte n'y en ait encore
davantage que vous .
L'ELOQUENCE .
Jay beaucoup de pouvoir
fur le coeur de l'Homme.
60 MERCURE
LE LOUIS D'OR .
Vous en avez , mais avec
un grand embarras de paroles
, au lieu que moy,fans preparation
& fans artifice , j'ay
le don de me faire écouter
dans les coeurs , & de m'en
rendre le maiftre ; car étant
queftion dernierement
de confoler un miferable ,
vous tachâtes de le faire par
beaucoup de paroles ; peuteftre
qu'il n'eftoit pas fait à
un ſi beau langage , mais vôtre
difcours luy fembloit
bié fade, lors que quelqu'un
s'avifa de me mettre dans
GALANT. 61
fa main , & alors on vit la
joye qui s'épanouiffoit fur
fon vifage , & à l'entendre il
fortoit de moy une vertu ſecrete
qui luy alloit gagner
le coeur.Feriez - vous bien par
vos paroles , ce que je faifois
en ce temps -là par mon fi
lence ?
L'ELOQUENCE .
Je rends bien d'autres fervices
à l'Homme.
LE LOUIS D'OR.
Vous en rendez , mais je
ne fçay s'ils valent les
miens ; car je m'en vais chez
un Roturier, je le rends Gen62
MERCURE
til - homme ; je m'en vais
chez un Ignorant , auffi- toſt
c'eft un Homme d'un fens
profond ; je m'en vais chez
un Témeraire, auffi- toft c'eft
un Brave ; & fi vous faites
les Doctes , j'ay le privilege
de faire les Docteurs . Vos
fervices valent- ils bien ceux
là ?
L'ELOQUENCE.
D'où vient donc qu'aprés
tant de bien- faits que vous
rendez , je vous voyois dernierement
fous le marteau
d'un Artifan où vous faifiez
une pauvre figure ?
GALANT. 63
LE LOUIS D'OR .
Je ne fçay pas fi vos figures
font plus agreables , mais
je fçay bien que le tour
qu'on me donnoit alors , vaut
bien le tour de vos Periodes
& de vos Vers .
L'ELOQUENCE.
Mais avec ce beau tour
on vous voit courir le Monde
comme un miferable qui
n'a point de Pays.
LE LOUIS D'OR.
Si c'eſt un mal que de
courir le Monde , il n'eft
commun avec le Soleil . Je
n'ay point de Pays arrefté,
64 MERCURE
mais par tout où je fuis ,
l'Homme trouve fa Patrie.
L'ELOQUENCE .
Il a donc grand tort de vous
traiter auffi mal qu'il fait; car
vous tombâtes dernierement
entre les mains d'un vieux
Avare qui vous mit en prifon
dans un Coffre fort , &
qui vous enfoüit dans la
terre.
LE LOUIS D'OR.
Quand je fuis en priſon de
la forte, il n'y a perſonne qui
n'aime mieux y entrer , que
d'aller dans les Jardins des
Princes. Je n'y fuis pas tour
feul , le coeur de celuy qui
GALANT. 65
m'y met , s'y cache avec
moy .
L'ELOQUENCE .
Mais que faites-vous là ?
LE LOUIS D'OR..
: CeCe que vous
faites
dans
vos Ecrits
qui font cachez
dans
la Boutique
d'un
Li--
braire
.
L'ELOQUENCE.
Je fuis là comme le monu--
ment des Orateurs , où leur
Efprit repofe..
LE LOUIS D'OR.
Et moy jefuis dans ce Tré--
for enfouy, comme le monu
ment du Riche où fon Ame :
1685.. repofe..
F
66 MERCURE
L'ELOQUENCE .
Je plains pourtant bien
voftre deſtinée , puis qu'au
fortir delà on vous voit fouvent
à la difcretion d'un faux
Monnoyeur.
LE LOUIS D'OR .
Je ne plains pas moins
vos Ecrits puis qu'aprés
>
avoir efté lûs avec tant de
plaifir , on les voit quelquefois
dans un Cabinet à la
difcretion des Souris.
L'ELOQUENCE .
Vous allez aprés cela dans
des lieux peftiferez .
GALANT. 67
LE LOUIS D'OR .
Je n'y prens point de
mauvais air , & je n'en fuis
pas moins bien venu à la
Cour , où les Creatures les
plus délicates difent que je
porte la fanté avec moy.
L'ELOQUENCE .
On vous voit mefme for
tir quelquefois d'entre les
mains des Scelerats.
LE LOUIS D'OR .
Je n'en repofe pas moins
agreablemét entre les mains
des Innocens .
L'ELOQUENCE...
Parmy eux il s'en trouvent
Fij
68 MERCURE
>
qui font merveille à décla
mer contre vous ..
LE Louis D'Or ..
Ils ne déclameroient pas
fi fort , s'ils ne me propofoient
à eux-mefmes comme
le prix de leur déclamation .
L'ELOQUENCE.
Cela n'empeche pas qu'il
n'y ait des Philofophes qui
vous condamnent en Public .
LE LOUIS D'OR.
Il n'y en a pas un qui ne
m'approuve en particulier
lors que je fuis dans fa
Bourfe.
Fermer
Résumé : DIALOGUE DE L'ELOQUENCE ET DU LOUIS D'OR.
Le texte décrit un dialogue entre 'L'Éloquence' et 'Le Louis d'Or'. L'Éloquence soutient qu'elle mérite un temple car elle émane de l'entendement et du cœur humain. Le Louis d'Or, fils du Soleil et des astres, possède déjà un temple et préfère être honoré dans le cœur des hommes. Il souligne que les trahisons et les crimes peuvent également naître de l'entendement et du cœur. L'Éloquence rétorque que le Louis d'Or plaît par des agréments superficiels. Le Louis d'Or insiste sur son pouvoir de séduire et d'imposer, affirmant que sa solidité et son éclat embellissent la vérité. L'Éloquence revendique son rôle de rassembleuse des peuples et fondatrice des républiques. Le Louis d'Or se présente comme le nerf des États et les délices des jeunes et des vieillards. Ils discutent de leur influence respective dans les palais royaux et sur le cœur des hommes. Le Louis d'Or souligne son efficacité à consoler les malheureux et à transformer les individus. Le dialogue se termine par une réflexion sur leur destin respectif. Le Louis d'Or compare sa situation à celle des écrits cachés dans les boutiques des libraires. L'Éloquence déplore le sort du Louis d'Or, souvent à la merci de faux monnayeurs ou dévoré par des souris. Le Louis d'Or répond qu'il est bien accueilli à la cour et porte la santé avec lui. L'Éloquence mentionne aussi que le Louis d'Or peut être volé par des scélérats mais reste agréable entre les mains des innocents. Certains philosophes le condamnent en public mais l'approuvent en privé lorsqu'il est dans leur bourse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
74
p. 89-99
A CALISTE.
Début :
Voicy une Lettre meslée de Prose & de Vers, / Vous avez eu raison de ne me point écrire, [...]
Mots clefs :
Mourir, Éloignement, Âme, Destinée , Adorateur, Muse, Chagrin, Gloire, Satyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A CALISTE.
Voicy une Lettre mellée
de Profé & de Vers, que vous
trouverez fort agreable . Elle
a paru telle à des Connoiffeurs
tres délicats.
Novembre 1685.
H
90 MERCURE
A CALISTE .
V
de
Ous avez cu raifon de
ne me point écrire ,
puifque vous m'avez crû
mort. Je l'eftois en effet , &
je fçay trop bien mon monpour
ne pas mourir aprés
vous l'avoir promis . D'ail
leurs , il n'y a aucune difference
entre mourir & eftre
éloigné de vous. Cependant
je vous affeure de ma refurrection
, que je croy devoir
aux devotes prieres que vous
avez faites pour mon ame.
GALANT. 91
de
Je vous en fuis infiniment
obligé , & je vous diray franchement
qu'il n'eſt que
vivre. La vie eft bonne à cent
chofes , & la mort n'eft bonne
à rien. Ainfi j'ay efté dans
une gefne infupportable du
rant trois ou quatre jours.
qu'elle m'a tenu captif. Enfin
une ame fans corps eft.
une chofe du moins aufli trifte
qu'un corps fans ame ; &
fans mentir , la mienne fe
trouva furieufement décon
certée , de n'eftre plus dans
mon corps. Ainfi,je vous declare
que je ne veux plus
Hij
92 MERCURE
mourir par complaifance.
Me voilà donc bien & deuëment
refufcité , pour autant
de temps qu'il plaira au Maî
tre des Deftinées , & je feray,
tant qu'il me ſera poſſible ,
voftre tres-humble & trestendre
adorateur. J'allois finir-
là cette Lettre , mais j'ay
crû que vous feriez bien aife
d'apprendre mes avantures
de l'autre Monde . Ma Muſe
vous en va faire un recit fi
delle .
Si toft que je vous eus quittée,
Aprés vous avoir dit adieu ,
Adieu dont la douleurperça par le mi
lienGALANT.
93
Mon ame de vous enchantée,
Je fis venir la Mort qui me prit awe
collet
D'une maniere violente ,
Et fa Bayonncte tranchante
M'eut bien- toft coupé le fiflet.
Son abord me fembla fi laid
Que je me repentis de l'avoir appellée
;
Mais quand d'un noir chagrin on a
l'ame troublée ,
On ne fçait guere ce qu'on fait.
03
Cependant , aimable Califte ,
Te la crus l'unique recours
Que pouvoit esperer un Soupirant
tout trifte
D'eftre loin de l'objet de fes chere's
amours .
Ie mourus donc , & dans la Biere
Tout de mon long on m'étendit,
94 MERCURE
Et ma pauvre ame defcendit
En ces lieux que jamais ne perça
lumiere.
83
la
Dame , quifut bien étonné,
Califte , cefut moy , comme s'il euft
tonné.
(l'emprunte de Marot ce burlesque
Diftique. )
Et là fans nul retardement.
Ie receus , fort melancolique ,
En affez rude Iugement..
Cefut d'allerdans une chambre noire
Pour y demeurerfeulement
Deux mille ans fans dormir,fans mangir,
&fans boire.
Ie demanday pourquoy dans ce licu
tencbreux
M'ordonner defubir un fort firigou.
reux ?
GALANT. 95
Et l'on me répondit , Lifandre,
C'est pour expier le plaifir
Qu'à brûler pour CCaalliifftfee a trop pris
ton coeur tendre .
Quoy que fans criminel defir.
Ca
Incontinent la vive flame
De ce lieu remply de douleur , -
Un peu tropfort me lécha l'ame ;
Mais un Ange confclateur
A peu prés de vostre figure ,
Fit que fans plainte &fans murmure
L'enduray ce tourment qui devoit
prendre fin ,
Et l'espoiraffeuré de magloire future
Adoucit beaucoup mon chagrin.
83
Il n'eftoit pas petit fans doute.
Souffrirfans ceffe , & ne voir
goute, こ
96 MERCURE
Et plus que tout cela ne plus voir
vos appas !
Ab Ciel , l'infupportable gefne !
Auffi dans l'excés de ma peine,
Ie dis cent fois , j'eus tort de courir
au trépas.
Enfuite je difois dans la cruelle
abfence
De Califfe , quelle apparence
De fe trouver encore au nombre des
Vivans!
Oüy , je devois mourir , j'en donnay
ma parole ,
Iamais elle ne fut frivole ,
Etj'ay tortfi je m'en repens.
៩
Califfe , vous pouvez donc croire
Ma mort comme une verité .
Cependantpar bonheur malgré la Parque
noire ,
It me trouve refufcité,
Graces
GALANT. 97
Graces à vous, belle Bergere,
Quifaisant pour mon ame une bonne
Oraifon,
M'avez delivré de mifere,
La relogeant dansfa priſon.
Cette Lettre eft de M'Petit
de Roüen , & fait connoiſtre
combien l'enjoüement_galant
luy eft naturel. C'eſt un
homme dont le merite eft
connu non feulement de
toute la Ville , mais de quantité
de perfonnes qui tiennent
le premier rang à la
Cour. Comme il a beaucoup
d'ufage du monde par la longue
experience que luy a fait
Novembre 1685.
I
98 MERCURE
faire un âge fort avancé , &
que la vivacité de fon efprit
le rend capable de tout , il
s'eft appliqué depuis quelque
temps à étudier les defauts
des hommes , & cette
étude luy a fait faire des Satyres
generales pleines de moralité
, où fans qu'il nomme
perfonne , chacun pourra
trouver fon Portrait . Ces Satyres
, dans lesquelles il s'eft
attaché à un ſtiſe ſimple, qui
fait mieux fentir la verité que
ne feroient tous les ornemens
de la Poëfie , ſe debi
tent chez la Veuve Blageart ,
GALANT. 99
E
Court- Neuve du Palais , au
Dauphin. La lecture n'en
peut eftre que tres-profitable
, puis qu'elle détrompe
des erreurs , où l'emportement
des Paffions plonge
fouvent les plus éclairez .
de Profé & de Vers, que vous
trouverez fort agreable . Elle
a paru telle à des Connoiffeurs
tres délicats.
Novembre 1685.
H
90 MERCURE
A CALISTE .
V
de
Ous avez cu raifon de
ne me point écrire ,
puifque vous m'avez crû
mort. Je l'eftois en effet , &
je fçay trop bien mon monpour
ne pas mourir aprés
vous l'avoir promis . D'ail
leurs , il n'y a aucune difference
entre mourir & eftre
éloigné de vous. Cependant
je vous affeure de ma refurrection
, que je croy devoir
aux devotes prieres que vous
avez faites pour mon ame.
GALANT. 91
de
Je vous en fuis infiniment
obligé , & je vous diray franchement
qu'il n'eſt que
vivre. La vie eft bonne à cent
chofes , & la mort n'eft bonne
à rien. Ainfi j'ay efté dans
une gefne infupportable du
rant trois ou quatre jours.
qu'elle m'a tenu captif. Enfin
une ame fans corps eft.
une chofe du moins aufli trifte
qu'un corps fans ame ; &
fans mentir , la mienne fe
trouva furieufement décon
certée , de n'eftre plus dans
mon corps. Ainfi,je vous declare
que je ne veux plus
Hij
92 MERCURE
mourir par complaifance.
Me voilà donc bien & deuëment
refufcité , pour autant
de temps qu'il plaira au Maî
tre des Deftinées , & je feray,
tant qu'il me ſera poſſible ,
voftre tres-humble & trestendre
adorateur. J'allois finir-
là cette Lettre , mais j'ay
crû que vous feriez bien aife
d'apprendre mes avantures
de l'autre Monde . Ma Muſe
vous en va faire un recit fi
delle .
Si toft que je vous eus quittée,
Aprés vous avoir dit adieu ,
Adieu dont la douleurperça par le mi
lienGALANT.
93
Mon ame de vous enchantée,
Je fis venir la Mort qui me prit awe
collet
D'une maniere violente ,
Et fa Bayonncte tranchante
M'eut bien- toft coupé le fiflet.
Son abord me fembla fi laid
Que je me repentis de l'avoir appellée
;
Mais quand d'un noir chagrin on a
l'ame troublée ,
On ne fçait guere ce qu'on fait.
03
Cependant , aimable Califte ,
Te la crus l'unique recours
Que pouvoit esperer un Soupirant
tout trifte
D'eftre loin de l'objet de fes chere's
amours .
Ie mourus donc , & dans la Biere
Tout de mon long on m'étendit,
94 MERCURE
Et ma pauvre ame defcendit
En ces lieux que jamais ne perça
lumiere.
83
la
Dame , quifut bien étonné,
Califte , cefut moy , comme s'il euft
tonné.
(l'emprunte de Marot ce burlesque
Diftique. )
Et là fans nul retardement.
Ie receus , fort melancolique ,
En affez rude Iugement..
Cefut d'allerdans une chambre noire
Pour y demeurerfeulement
Deux mille ans fans dormir,fans mangir,
&fans boire.
Ie demanday pourquoy dans ce licu
tencbreux
M'ordonner defubir un fort firigou.
reux ?
GALANT. 95
Et l'on me répondit , Lifandre,
C'est pour expier le plaifir
Qu'à brûler pour CCaalliifftfee a trop pris
ton coeur tendre .
Quoy que fans criminel defir.
Ca
Incontinent la vive flame
De ce lieu remply de douleur , -
Un peu tropfort me lécha l'ame ;
Mais un Ange confclateur
A peu prés de vostre figure ,
Fit que fans plainte &fans murmure
L'enduray ce tourment qui devoit
prendre fin ,
Et l'espoiraffeuré de magloire future
Adoucit beaucoup mon chagrin.
83
Il n'eftoit pas petit fans doute.
Souffrirfans ceffe , & ne voir
goute, こ
96 MERCURE
Et plus que tout cela ne plus voir
vos appas !
Ab Ciel , l'infupportable gefne !
Auffi dans l'excés de ma peine,
Ie dis cent fois , j'eus tort de courir
au trépas.
Enfuite je difois dans la cruelle
abfence
De Califfe , quelle apparence
De fe trouver encore au nombre des
Vivans!
Oüy , je devois mourir , j'en donnay
ma parole ,
Iamais elle ne fut frivole ,
Etj'ay tortfi je m'en repens.
៩
Califfe , vous pouvez donc croire
Ma mort comme une verité .
Cependantpar bonheur malgré la Parque
noire ,
It me trouve refufcité,
Graces
GALANT. 97
Graces à vous, belle Bergere,
Quifaisant pour mon ame une bonne
Oraifon,
M'avez delivré de mifere,
La relogeant dansfa priſon.
Cette Lettre eft de M'Petit
de Roüen , & fait connoiſtre
combien l'enjoüement_galant
luy eft naturel. C'eſt un
homme dont le merite eft
connu non feulement de
toute la Ville , mais de quantité
de perfonnes qui tiennent
le premier rang à la
Cour. Comme il a beaucoup
d'ufage du monde par la longue
experience que luy a fait
Novembre 1685.
I
98 MERCURE
faire un âge fort avancé , &
que la vivacité de fon efprit
le rend capable de tout , il
s'eft appliqué depuis quelque
temps à étudier les defauts
des hommes , & cette
étude luy a fait faire des Satyres
generales pleines de moralité
, où fans qu'il nomme
perfonne , chacun pourra
trouver fon Portrait . Ces Satyres
, dans lesquelles il s'eft
attaché à un ſtiſe ſimple, qui
fait mieux fentir la verité que
ne feroient tous les ornemens
de la Poëfie , ſe debi
tent chez la Veuve Blageart ,
GALANT. 99
E
Court- Neuve du Palais , au
Dauphin. La lecture n'en
peut eftre que tres-profitable
, puis qu'elle détrompe
des erreurs , où l'emportement
des Paffions plonge
fouvent les plus éclairez .
Fermer
Résumé : A CALISTE.
La lettre datée de novembre 1685 est une correspondance poétique entre Mercure et Caliste. Mercure y révèle à Caliste qu'il avait cru être mort et avait souffert d'une existence sans elle. Il décrit son expérience post-mortem, durant laquelle il a été condamné à séjourner dans une chambre obscure pendant deux mille ans pour expier son amour excessif. Cependant, un ange lui a apporté du réconfort, et il a été ressuscité grâce aux prières de Caliste. Mercure exprime sa gratitude envers elle et son désir de vivre pour elle. La lettre est signée par M. Petit de Rouen, auteur reconnu pour ses écrits galants et ses satires morales. Ses œuvres, disponibles chez la Veuve Blageart, ont pour but de révéler les défauts humains et de détromper ceux qui sont égarés par leurs passions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
75
p. 106-127
ODE.
Début :
La triste Nouvelle que je vous ay fait attendre sans / PRetendez vous toûjours avec les cri de guerre [...]
Mots clefs :
Chancelier, Décès, Ministre, Sagesse, Louanges, Guerriers, Louis, Auguste monarque, Héros, Gloire, Fortune, Actions héroïques, Prudence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE.
La trifte Nouvelle que je
vous ay fait attendre fans
rien expliquer , en finiffant
GALANT. 107
ma derniere Lettre , eftoit ;
la mort de Mule · Chance…
lier. Il ne vous a pas efté
difficile de le connoiftre ,
puis que la douleur qu'elle
a répandue dans toute la
France , convient aux ter
mes que j'ay employez pour
vous l'anoncer. Quoy que
vous foyez inftruite de toutes
les grandes qualitez que
poffedoit ce Sage Miniftre,
la Peinture que M' Magnin
en a faite dans l'Ode que
je vous envoye , ne vous
fera pas defagreable. Sa modeftie
qui m'eftoit connuë ,
108 MERCURE
que
m'empefcha de luy faire?
voir le jour lors qu'elle fut
achevée , mais jay
jay crû
je pouvois aprés fa mort
parler des louanges qui vont
eftre dans la bouche de nos
plus grands Orateurspor
252522252 SSS25ESS
PR
ODE.
Retendez vous toujours avec les
cris de guerre
Mefler de vostre voix les timides accords
?
Estes- vous fille du tonnerre
Four foûtenir des tons fi hardis &
C
forts ?
GALANT. 109
Non , non, je vous connois , ma Mafc ;
un airpaisible
De vos plus chers accens eft le panchant
fenfible ,
Laiffez à nos Guerriersfuivre nos Ennemis.
Avecque les Tambours qu'un autre
s'abandonne ,
Vous en avez déjafait affezpour Bellonne
,
• Songez , fongez , quels droits vous
devez à Themis .
Si du plus grand des Rois la gloire,
triomphante ,
De vos regards charmez l'unique
enchantement
,
Sans ceffe à vos yeux fe prefente,
Vous la verrez icy briller également.
Sur toutes les vertus , il cherit la justice
,
Elle eft de fes deffeins la fainte directrice
;
110 MERCURE
Et quand vous chanterez le fage LE
TELLIER ,
Quand vostre voix fuivra le beau
feu, qui l'anime ,
Elle fera l'Echo de la Royale eftime
De LOVIS, qui daigna lefaire Chancelier.
Placé dans ce baut rang par ce Monarque
Augufte ,
Dieupar la voix du Peuple avoitprédit
fon choix s
Et qui ne le croiroit pasjufte ,
du vray
Sçait peu
merite & le prix
& le poids.
Tant & tant de vertus fiſouvent admirées
Par mille emplois diversfi long- temps
épurées ,
Cettejudicieuse & fage égalité
Dans l'agitation des temps les plus
contraires ,
GALANT.
III
Ont dû faire avoüer mefme àfes adverfaires
,
Qu'iljoüit d'un honneur qu'il a bien
merité.
**
O vous , de la faveur chancelante &
fragile
Efclaves enchantez , courtisans malheureux
,
Par un chemin court facile
Voulez - vous arriver au fuccés de vos
voeux ?
Concevez une fois qu'un meriteSolide
Doit de tous vos deffens eftre l'ame
& la guide ;
Mais pour en voir de prés un exemple
aujourd'huy,
Bu Heros que je chante examinez la
vie ,
Songez en la voyant de tant d'hon
neur remplie ,
Qu'on n'y peut arris er qu'en vivant
comme lny,
112 MERCURE
$ 3
Parcourez defes ans la noble & longuefuire.
Les revolutions de tant d'évenemens
Ne verrez- vous pas fa conduite
Egalement reglée &fage en tous les
temps .
Le mener droit au port à travers les
tempeftes
Qui menaçoient & mefme écrafoient
tant de teftes ?
Toûjours heureux &calme en cesjours
orageux ,
On a veu LE TELLIER en Politique
- habile
Sçavoir fe ménager , fçavoirfe rendre
utile
Et prendre le party le plus avanageux.
Vousfçavez, vous fçavez,grands &
fameux Miniftres ,
GALANT. 113.
↓
Illuftres Cardinaux , Richelieu , Mázarin
,
Combien de prefages finistres
Il a fecu conjurer d'un air doux &
Serain.
De mille embarquemens , il a veu le
naufrage,
Seur , tranquille , toujours à l'abry de
l'orage;
Mais pouvoit-il manquer en ce peni
ble effort ?
Dans fa fidelité conftante & fans.
égale
Il a toûjours fuivy Pautorité Royale,
Ainfi que le Cadran fuit l'Etoile du
Nord.
N'avons-nous pas encor des témoins
plus illustres
De ce zele éclatant éprouvé tant de
fois ?
~Zele pendant combien de luftress
Novembre 1685. K
114 MERCURE
Confideré, chery, reveré des François ?
Et de LOVIS le Iufte , & d'ANNE
la
Regente
,
Ne merita-t-il pas une estime écla-
Tante ?
Egal dans tous les temps, & deguer
re & de paix ,
Il vit fans s'alarmer mille affreuſes
alarmes
Ilfutfans fe troubler dans le trouble
des
Armes ,
Et tout fut ébranlé , fans qu'il lefuft
jamais.
33
Quand les vents en fureur d'une
mer agitée ,
Soufflant de toutes parts , ontfoulevé
les flots,
Et que la tempefte irritée
Semble braver l'audace , & l'art des
Matelo
Vr Nautonnier obſervant ſa
Bonfole
GALANT.
115
S'applique , fe ménage &fuitfi bien
fon Pole ,
Que tandis la
que vague engloutit
cent Vaiſſeaux ,
Tranquille fur fon bord &plaignant
leur difgrace ,
Il attend le retour d'une heureuſe bonace
, "
Et fe met à couvert de la fierté des
eaux.
RA
De mefme de ce temps & difficile &
Sombre ,
Temps plein de tous coftez , de trou
bles , d'embarras ,
De pieges& d'écueilsfans nombre,
LE TELLIER fagement ne fe tirat-
il pas ?
Il plaignit , en prenant de plus juf
tes mesures,
De ceux qui s'égaroient les tristes
avantures,
Kij
116 MERCURE
Illes invita mefme àprévoir le danger;
Il fceut au bon Party fidellement fe
rendre ,
Et par quelques appas qu'on voulut
le Surprendre ,
A nul autre jamais on ne put l'engager.
$3
Du fecret des Heros confidentes dif
crettes ,
Doctes Soeurs , qui vivez en faveur
auprés d'eux ,
Venez , fçavantes Interpretes,
Venez , conduisez- moy dans ce fonds
lumineux.
De ces ménagemens d'intereft & de
gloire
Montrez - moy les refforts , écrivezò
moy Hiftoire,
Ľ
Je prétendrois en vain icy les démef-
Ler
»
GALANT. 117
Je ne vois qu'un amas de vertus excellentes
De mouvemens reglez , d'habitudes
conftantes ;
Le détail , c'est à vous de me le re--
veler.
**
Que les foibles Humains aſpirant à
la gloire ,
Fixent tant qu'ils voudront leurs def
feins icy - bas,
Et
pour
embellir leur biftoire,
Et pourfauver leur nom de la nuit du
ινέρας ;
De mille contretemps la furpriſe imprévenë
Forçant de leur raifon la foible retenuë,
Dans les plus beaux endroits les veut
faire échouer.
Ainfi de mon Heros dans fa longue
carriere ,
118 MERCURE
L'égalité toujours&ſage®uliere
Eftfans doute un effort qu'on ne peut
trop louer.
$2
Dans cettefermeté conftante, inébranlable
,
Maintenirſafaveur, & vieillir à la
Cour';
Où voit - on d'exemple femblable ?
Le deftin n'eft-il pas d'y tomber sour
à tour ?
Des projets les plus beaux la Fortune
fe joue,
Tout fuit le mouvement de fa volage
rouë
Et tel le venten poupe eft tout fierde
monter
S'applaudit vainement,maisplus heu
reux qu'habile
Il ne s'apperçoit pas dans ce poftefragile,
Que celuy qui le fuit va le precipiter.
GALANT. 119
**
De ces enteftemens dont la vapeurfa
tale
Au comble des honneurs ne peutſe démentir
,
Par fa prudencefans égale
Le Heros queje chante àſceu ſe garantir.
Une application à fes devoirs fidelle
Par tout également aſignaléfon zele;
Mille endroits de l'Histoire ontfceule
remarquer,
Ont tracé de fes foins les heureux a
vantages ,
Toûjours reglé , toûjours à la tefte des
Sages ;
Avec d'autresjamais le fceut- on embarquer
?
*3
Dans fes deffeins fon ame &contente
&
tranquille
Nefut jamais en butte à nul`trouble
indifcrets
120 MERCURE
Un abord égal & facile
Eft le figne conftant de ce repos fecret.
Elevé dans un rang , dont la hauteur
étonne ,
Des grandes Dignitez dont l'éclat
l'environne ,
Un air doux & ferain tempere la
fierté.
Le respect vait de prés l'amour qui
le feconde,
Etjamais , non jamais on ne vit dans.
Les
le monde
graces mieux d'accord avec la
Majefté.
Mouvemens orgueilleux des Puiffances
humaines ,
Trifte écueil des heureux , fatal enchantement
,
Foible tranfport des amès vaines,
Qui t'ajamais icy veu regner unmo-
Cement ?
LE
GALANT. 121
LE TELLIER a des biens , des bonneurs
en partage ;
Mais en fit-ou jamais un plus modefte
usage ?
Conduit par une fage &fupréme rai-
Son,
De fes profperitez il fut toujours le
Maiftre,
(Son.
Et l'on ne dira point qu'elles ayent
fait paroiftre,
Nyfolles vanitez, ny luxe enfa mai-
03
Qu'on ne s'y trompe point; les vertus
domestiques
Sont de l'Homme public le premier
élement ,
Et les actions heroïques
Sur ce principe heureux roulent uniquement.
Ces travauxéclatans qui brillent dans
l'Hiftoire ,
Novembre 1685. L
122 MERCURE
Ces Monumens pompeux & d'hon
neur & de gloire ,
Bienfouvent du merite ont le dehors
trompeur.
Lafeule ambition agit & les enfante,
Et fous quelque couleur qu'elle les reprefente
,
Nous prouve - t - elle affez la droiture
du coeur ?
XD
Mais icy des vertus lafource eft vive
A
&
pure ,
Tout eftfincere , heureux , conftant ,
de bonne foy ;
Deux Regles en font la meſure ,
Plairefur tout à Dieu , plaire enfuite
àfon Roy.
LE TELLIER s'eft acquis par une
longue étude
De ces deux grands devoirs la fidelle
babitude ,
Reglé dans fes defirs , jufte dans fes
defeins ,
GALANT. 123
Guidé par la raison , fondé ſur des
maximes
Toujours également feures & legiti
mes ;
A-t-iljamais manqué d'arriver à ſes
fins ?
Semblable, mon Heros , à ce Palmier
Yauguste.
Par l'Oracle divin celebré tant de
fois ,
Floriant fous LOVIS le Fufte ,
Et fous LOVIS le Grand le plus parfait
des Rois.
Du faifte des honneurs ce Miniftre
fidelle
Bien loin dans l'avenir voitfagloire
immortelle
De l'un à l'autre bout remplir tout
l'Univers ,
Et nos Nevcux charmez
beaux
exemples ,
par
mille
Lij
124 MERCURE
En confacrer l'Histoire , en graver
dans les Temples ,
Fufqu'à la fin des temps les monumens
divers.
Mefme defes Enfans (grande &rare
merveille ,
Qui fait faire icy bas tant de voeux
Superflus )
Par unefaveurfans pareille
Dans un merite égal ils verront les
vertus .
Elevez à des foins d'une haute importance
Ne fignalent - ils pas la gloire de la
France ?
Louvois du Grand LOVIS .....
mais où vont mes transports ?
Ce nom feul me découvre une vafte
Carriere
Et ma Mufe déja n'a que trop de matiere,
GALANT. 125
Sans l'engager encore à de nouveaux
efforts. RA
Peut.eftre un jour , peut - eſtre ayant
repris baleine ,
Temeraire qu'elle eft , elle pourroit ofer
Abandonner icyfa veine
Qui commence à tarir & vcutſe repofer.
Aux celebres Acteurs je remets la
Trompette ,
Mais ce filet de voix forty de ma retraite
,
Doit à me foûtenir au moins les inciter.
Le deffein estheureux , la matiere infinie;
Certes, une fi longue , unefi belle vie,
Aux Maiftres des beaux Arts fournit
bien à chanter.
**
Illuftre Chancelier , toy par qui la fu-
Liij ftice
126 MERCURE
Voit regner defes Loix la fincere vi
gucur ,
Honore d'un regard propice
Ce grain d'encens brûlé dans l'ardeur
de mon coeur.
Si la fincerité decide du merite
Des voeux dont envers toy le Parnaffe
s'acquitte ,
De tajuste équité j'oferayprésumer,
Tout foible que je fuis , qu'encor que
mon offrande
Ne foit ny du bel air , nyfublime ,
ny grande ,
Ta bonté pourroit bien te lafaite eſ
timer.
**
Acheve de remplir tes belles deftinées
A l'honneur de la France & de ce
Siecle heureux ,
De mille Palmes couronnées ,
Puiffent- elles s'étendre auffi loin que
mes voeux ;
GALANT. 127
Que tandis que LOVIS , les delices
du monde ,
Tfera revererfa Sageffe profonde ,
Redonnant aux, Humains un nouveau
Siecle d'or ,
Du fage LE TELLIER la prudence.
fidelle
Signale fous fes loix fon ardeur &
・fon zele ,
Et qu'Achille jamais n'abandonne
Nestor.
vous ay fait attendre fans
rien expliquer , en finiffant
GALANT. 107
ma derniere Lettre , eftoit ;
la mort de Mule · Chance…
lier. Il ne vous a pas efté
difficile de le connoiftre ,
puis que la douleur qu'elle
a répandue dans toute la
France , convient aux ter
mes que j'ay employez pour
vous l'anoncer. Quoy que
vous foyez inftruite de toutes
les grandes qualitez que
poffedoit ce Sage Miniftre,
la Peinture que M' Magnin
en a faite dans l'Ode que
je vous envoye , ne vous
fera pas defagreable. Sa modeftie
qui m'eftoit connuë ,
108 MERCURE
que
m'empefcha de luy faire?
voir le jour lors qu'elle fut
achevée , mais jay
jay crû
je pouvois aprés fa mort
parler des louanges qui vont
eftre dans la bouche de nos
plus grands Orateurspor
252522252 SSS25ESS
PR
ODE.
Retendez vous toujours avec les
cris de guerre
Mefler de vostre voix les timides accords
?
Estes- vous fille du tonnerre
Four foûtenir des tons fi hardis &
C
forts ?
GALANT. 109
Non , non, je vous connois , ma Mafc ;
un airpaisible
De vos plus chers accens eft le panchant
fenfible ,
Laiffez à nos Guerriersfuivre nos Ennemis.
Avecque les Tambours qu'un autre
s'abandonne ,
Vous en avez déjafait affezpour Bellonne
,
• Songez , fongez , quels droits vous
devez à Themis .
Si du plus grand des Rois la gloire,
triomphante ,
De vos regards charmez l'unique
enchantement
,
Sans ceffe à vos yeux fe prefente,
Vous la verrez icy briller également.
Sur toutes les vertus , il cherit la justice
,
Elle eft de fes deffeins la fainte directrice
;
110 MERCURE
Et quand vous chanterez le fage LE
TELLIER ,
Quand vostre voix fuivra le beau
feu, qui l'anime ,
Elle fera l'Echo de la Royale eftime
De LOVIS, qui daigna lefaire Chancelier.
Placé dans ce baut rang par ce Monarque
Augufte ,
Dieupar la voix du Peuple avoitprédit
fon choix s
Et qui ne le croiroit pasjufte ,
du vray
Sçait peu
merite & le prix
& le poids.
Tant & tant de vertus fiſouvent admirées
Par mille emplois diversfi long- temps
épurées ,
Cettejudicieuse & fage égalité
Dans l'agitation des temps les plus
contraires ,
GALANT.
III
Ont dû faire avoüer mefme àfes adverfaires
,
Qu'iljoüit d'un honneur qu'il a bien
merité.
**
O vous , de la faveur chancelante &
fragile
Efclaves enchantez , courtisans malheureux
,
Par un chemin court facile
Voulez - vous arriver au fuccés de vos
voeux ?
Concevez une fois qu'un meriteSolide
Doit de tous vos deffens eftre l'ame
& la guide ;
Mais pour en voir de prés un exemple
aujourd'huy,
Bu Heros que je chante examinez la
vie ,
Songez en la voyant de tant d'hon
neur remplie ,
Qu'on n'y peut arris er qu'en vivant
comme lny,
112 MERCURE
$ 3
Parcourez defes ans la noble & longuefuire.
Les revolutions de tant d'évenemens
Ne verrez- vous pas fa conduite
Egalement reglée &fage en tous les
temps .
Le mener droit au port à travers les
tempeftes
Qui menaçoient & mefme écrafoient
tant de teftes ?
Toûjours heureux &calme en cesjours
orageux ,
On a veu LE TELLIER en Politique
- habile
Sçavoir fe ménager , fçavoirfe rendre
utile
Et prendre le party le plus avanageux.
Vousfçavez, vous fçavez,grands &
fameux Miniftres ,
GALANT. 113.
↓
Illuftres Cardinaux , Richelieu , Mázarin
,
Combien de prefages finistres
Il a fecu conjurer d'un air doux &
Serain.
De mille embarquemens , il a veu le
naufrage,
Seur , tranquille , toujours à l'abry de
l'orage;
Mais pouvoit-il manquer en ce peni
ble effort ?
Dans fa fidelité conftante & fans.
égale
Il a toûjours fuivy Pautorité Royale,
Ainfi que le Cadran fuit l'Etoile du
Nord.
N'avons-nous pas encor des témoins
plus illustres
De ce zele éclatant éprouvé tant de
fois ?
~Zele pendant combien de luftress
Novembre 1685. K
114 MERCURE
Confideré, chery, reveré des François ?
Et de LOVIS le Iufte , & d'ANNE
la
Regente
,
Ne merita-t-il pas une estime écla-
Tante ?
Egal dans tous les temps, & deguer
re & de paix ,
Il vit fans s'alarmer mille affreuſes
alarmes
Ilfutfans fe troubler dans le trouble
des
Armes ,
Et tout fut ébranlé , fans qu'il lefuft
jamais.
33
Quand les vents en fureur d'une
mer agitée ,
Soufflant de toutes parts , ontfoulevé
les flots,
Et que la tempefte irritée
Semble braver l'audace , & l'art des
Matelo
Vr Nautonnier obſervant ſa
Bonfole
GALANT.
115
S'applique , fe ménage &fuitfi bien
fon Pole ,
Que tandis la
que vague engloutit
cent Vaiſſeaux ,
Tranquille fur fon bord &plaignant
leur difgrace ,
Il attend le retour d'une heureuſe bonace
, "
Et fe met à couvert de la fierté des
eaux.
RA
De mefme de ce temps & difficile &
Sombre ,
Temps plein de tous coftez , de trou
bles , d'embarras ,
De pieges& d'écueilsfans nombre,
LE TELLIER fagement ne fe tirat-
il pas ?
Il plaignit , en prenant de plus juf
tes mesures,
De ceux qui s'égaroient les tristes
avantures,
Kij
116 MERCURE
Illes invita mefme àprévoir le danger;
Il fceut au bon Party fidellement fe
rendre ,
Et par quelques appas qu'on voulut
le Surprendre ,
A nul autre jamais on ne put l'engager.
$3
Du fecret des Heros confidentes dif
crettes ,
Doctes Soeurs , qui vivez en faveur
auprés d'eux ,
Venez , fçavantes Interpretes,
Venez , conduisez- moy dans ce fonds
lumineux.
De ces ménagemens d'intereft & de
gloire
Montrez - moy les refforts , écrivezò
moy Hiftoire,
Ľ
Je prétendrois en vain icy les démef-
Ler
»
GALANT. 117
Je ne vois qu'un amas de vertus excellentes
De mouvemens reglez , d'habitudes
conftantes ;
Le détail , c'est à vous de me le re--
veler.
**
Que les foibles Humains aſpirant à
la gloire ,
Fixent tant qu'ils voudront leurs def
feins icy - bas,
Et
pour
embellir leur biftoire,
Et pourfauver leur nom de la nuit du
ινέρας ;
De mille contretemps la furpriſe imprévenë
Forçant de leur raifon la foible retenuë,
Dans les plus beaux endroits les veut
faire échouer.
Ainfi de mon Heros dans fa longue
carriere ,
118 MERCURE
L'égalité toujours&ſage®uliere
Eftfans doute un effort qu'on ne peut
trop louer.
$2
Dans cettefermeté conftante, inébranlable
,
Maintenirſafaveur, & vieillir à la
Cour';
Où voit - on d'exemple femblable ?
Le deftin n'eft-il pas d'y tomber sour
à tour ?
Des projets les plus beaux la Fortune
fe joue,
Tout fuit le mouvement de fa volage
rouë
Et tel le venten poupe eft tout fierde
monter
S'applaudit vainement,maisplus heu
reux qu'habile
Il ne s'apperçoit pas dans ce poftefragile,
Que celuy qui le fuit va le precipiter.
GALANT. 119
**
De ces enteftemens dont la vapeurfa
tale
Au comble des honneurs ne peutſe démentir
,
Par fa prudencefans égale
Le Heros queje chante àſceu ſe garantir.
Une application à fes devoirs fidelle
Par tout également aſignaléfon zele;
Mille endroits de l'Histoire ontfceule
remarquer,
Ont tracé de fes foins les heureux a
vantages ,
Toûjours reglé , toûjours à la tefte des
Sages ;
Avec d'autresjamais le fceut- on embarquer
?
*3
Dans fes deffeins fon ame &contente
&
tranquille
Nefut jamais en butte à nul`trouble
indifcrets
120 MERCURE
Un abord égal & facile
Eft le figne conftant de ce repos fecret.
Elevé dans un rang , dont la hauteur
étonne ,
Des grandes Dignitez dont l'éclat
l'environne ,
Un air doux & ferain tempere la
fierté.
Le respect vait de prés l'amour qui
le feconde,
Etjamais , non jamais on ne vit dans.
Les
le monde
graces mieux d'accord avec la
Majefté.
Mouvemens orgueilleux des Puiffances
humaines ,
Trifte écueil des heureux , fatal enchantement
,
Foible tranfport des amès vaines,
Qui t'ajamais icy veu regner unmo-
Cement ?
LE
GALANT. 121
LE TELLIER a des biens , des bonneurs
en partage ;
Mais en fit-ou jamais un plus modefte
usage ?
Conduit par une fage &fupréme rai-
Son,
De fes profperitez il fut toujours le
Maiftre,
(Son.
Et l'on ne dira point qu'elles ayent
fait paroiftre,
Nyfolles vanitez, ny luxe enfa mai-
03
Qu'on ne s'y trompe point; les vertus
domestiques
Sont de l'Homme public le premier
élement ,
Et les actions heroïques
Sur ce principe heureux roulent uniquement.
Ces travauxéclatans qui brillent dans
l'Hiftoire ,
Novembre 1685. L
122 MERCURE
Ces Monumens pompeux & d'hon
neur & de gloire ,
Bienfouvent du merite ont le dehors
trompeur.
Lafeule ambition agit & les enfante,
Et fous quelque couleur qu'elle les reprefente
,
Nous prouve - t - elle affez la droiture
du coeur ?
XD
Mais icy des vertus lafource eft vive
A
&
pure ,
Tout eftfincere , heureux , conftant ,
de bonne foy ;
Deux Regles en font la meſure ,
Plairefur tout à Dieu , plaire enfuite
àfon Roy.
LE TELLIER s'eft acquis par une
longue étude
De ces deux grands devoirs la fidelle
babitude ,
Reglé dans fes defirs , jufte dans fes
defeins ,
GALANT. 123
Guidé par la raison , fondé ſur des
maximes
Toujours également feures & legiti
mes ;
A-t-iljamais manqué d'arriver à ſes
fins ?
Semblable, mon Heros , à ce Palmier
Yauguste.
Par l'Oracle divin celebré tant de
fois ,
Floriant fous LOVIS le Fufte ,
Et fous LOVIS le Grand le plus parfait
des Rois.
Du faifte des honneurs ce Miniftre
fidelle
Bien loin dans l'avenir voitfagloire
immortelle
De l'un à l'autre bout remplir tout
l'Univers ,
Et nos Nevcux charmez
beaux
exemples ,
par
mille
Lij
124 MERCURE
En confacrer l'Histoire , en graver
dans les Temples ,
Fufqu'à la fin des temps les monumens
divers.
Mefme defes Enfans (grande &rare
merveille ,
Qui fait faire icy bas tant de voeux
Superflus )
Par unefaveurfans pareille
Dans un merite égal ils verront les
vertus .
Elevez à des foins d'une haute importance
Ne fignalent - ils pas la gloire de la
France ?
Louvois du Grand LOVIS .....
mais où vont mes transports ?
Ce nom feul me découvre une vafte
Carriere
Et ma Mufe déja n'a que trop de matiere,
GALANT. 125
Sans l'engager encore à de nouveaux
efforts. RA
Peut.eftre un jour , peut - eſtre ayant
repris baleine ,
Temeraire qu'elle eft , elle pourroit ofer
Abandonner icyfa veine
Qui commence à tarir & vcutſe repofer.
Aux celebres Acteurs je remets la
Trompette ,
Mais ce filet de voix forty de ma retraite
,
Doit à me foûtenir au moins les inciter.
Le deffein estheureux , la matiere infinie;
Certes, une fi longue , unefi belle vie,
Aux Maiftres des beaux Arts fournit
bien à chanter.
**
Illuftre Chancelier , toy par qui la fu-
Liij ftice
126 MERCURE
Voit regner defes Loix la fincere vi
gucur ,
Honore d'un regard propice
Ce grain d'encens brûlé dans l'ardeur
de mon coeur.
Si la fincerité decide du merite
Des voeux dont envers toy le Parnaffe
s'acquitte ,
De tajuste équité j'oferayprésumer,
Tout foible que je fuis , qu'encor que
mon offrande
Ne foit ny du bel air , nyfublime ,
ny grande ,
Ta bonté pourroit bien te lafaite eſ
timer.
**
Acheve de remplir tes belles deftinées
A l'honneur de la France & de ce
Siecle heureux ,
De mille Palmes couronnées ,
Puiffent- elles s'étendre auffi loin que
mes voeux ;
GALANT. 127
Que tandis que LOVIS , les delices
du monde ,
Tfera revererfa Sageffe profonde ,
Redonnant aux, Humains un nouveau
Siecle d'or ,
Du fage LE TELLIER la prudence.
fidelle
Signale fous fes loix fon ardeur &
・fon zele ,
Et qu'Achille jamais n'abandonne
Nestor.
Fermer
Résumé : ODE.
La lettre annonce la mort de Michel Le Tellier, un ministre sage et respecté, dont la disparition a provoqué une grande tristesse en France. Une ode écrite par M. Magnin célèbre les qualités de Le Tellier, qu'il n'avait pas osé révéler de son vivant par modestie. Cette ode le décrit comme un homme juste et vertueux, apprécié par le roi Louis XIV, qui l'avait nommé chancelier. Le Tellier est loué pour sa sagesse, son équité et sa fidélité constante à l'autorité royale, même dans les périodes tumultueuses. Il est comparé à un marin navigant sereinement malgré les tempêtes, symbolisant sa capacité à gérer les crises avec calme et habileté. L'auteur invite à méditer sur la vie exemplaire de Le Tellier, marquée par une conduite droite et une loyauté inébranlable. Le texte rend également hommage au ministre Louvois, décrit comme un héros dont la carrière est marquée par une constance et une régularité exemplaires. Louvois maintient sa faveur à la cour et vieillit sans jamais rencontrer d'exemples semblables de fermeté. Grâce à sa prudence et son application à ses devoirs, il parvient à éviter les entraves. Son caractère est marqué par une tranquillité et une égalité d'humeur constantes, même face aux honneurs et aux dignités. Il utilise ses biens et ses honneurs avec modestie, guidé par une sagesse supérieure. Ses vertus domestiques sont la base de ses actions héroïques, et il se distingue par une ambition pure et sincère, visant à plaire à Dieu et à son roi. Louvois est comparé à un palmier auguste, florissant sous Louis XIV, et sa gloire est destinée à être immortelle. Le texte se termine par un hommage à Louvois, souhaitant qu'il continue à honorer la France et à inspirer les générations futures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
76
p. 190-196
Mort de Mr le Prince de Conty. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez la mort de Monsieur le Prince de Conty, arrivée le [...]
Mots clefs :
Décès, Prince de Conty, Chagrin, Gloire, Cour, Petite vérole, Vénération
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Mr le Prince de Conty. [titre d'après la table]
Vous fçavez la mort de
Monfieur lePrincedeConty
,
arrivée le 9. de ce mois. Les
nouvelles de cette nature.
font trop publiques pour
pouvoir eftre ignorées de
ceux mefme qui prennent le
moins d'intereft à ce qui fe
paffe dans le monde . Madame
la Princeffe de Conty fa
Femme,ayant témoigné pendant
tout le temps que ce
Prince a eſté en Allemagne,
un extréme chagrin de fon
abfence , une apprehenfion
GALANT. 191
continuelle pour fa vie , &
une tres grande impatience
de le revoir , à peine eut- il
veu qu'il n'y avoit plus d'oc
cafions d'acquérir de la gloire
, & que la campagne ef
toit finie pour ceux de fon
rang , qu'il vint la trouver
avec le plus de diligence
qu'il luy fut poffible , afin de
luy témoigner par ce prompt
retour l'empreffement qu'il
avoit de fe revoir auprés d'el
le , & de luy marquer fa recónoiffance
pour mille foins
obligeans qu'elle avoit eus
pendant fon abfence. La
192 MERCURE
Cour eftant partie pour
Chambor , ce Prince la joignit
en chemin , &
& y demeura
pendant un mois de
fejour qu'elle fit en ce lieulà
. La Cour vint enfuite à
Fontainebleau
, où cette jeune
Princeffe fut attaquée
auffi-toft de la petite verole.
Monfieur le Prince de Conty,
pour luy faire voir la for
ce de fon amour , ne voulur
point la quitter , & s'enfer
ma avec elle . Si l'on exami
ne le danger qu'il y avoit
pour un homme de fon âge,
qui eft plus fufceptible du
mavuais
GALANT. 193
fi
mauvais air, on trouvera que
ce n'eftoit pas peut - eftre affronter
moins les perils , que
lors que ce Prince s'eftoit
expofé aux plus redoutables
dangers de la guerre . La fuite
a fait voir que le rifque
eſtoit fort grand , puis que
toft que Madame la Princeffe
de Conty fut guerie , il
fe fentit attaqué du mefme
mal . Sa petite verole fortoit
affez bien , lors que le tranfport
comméçant à luy monter
au cerveau, on fut obligé
de le faigner pour en arref
ter le cours. La petite vero-
Novembre 1685. R
194 MERCURE
le rentra , & ce Prince mourut
peu de temps aprés dans
fa vingt- cinquième année. Il
eftoit Fils d'Armand de Bourbon
, Prince d'une grande vivacité,
& d'un grand brillant
d'efprit , & qui en a meſme
donné des marques par quel
ques Ouvrages remplis de
pieté,qu'il a compoſez avant
fa mort. Eftant General des
Armées du Roy en Catalogne,
il prit Villefranche, Puicerda
& Caftillon . Il eftoit
Grand Maistre de la Maiſon
du Roy , & Gouverneur de
Languedoc, & avoit épousé
GALANT. 195
Anne Marie Martinozzi
Niece de M' le Cardinal Mazarin
, premier Miniſtre d'Etat.
La vertu de cette Princeffe
égaloit fa beauté , elle
a toûjours mené une vie exemplaire,
& fa memoire eſt
en veneration . Le Prince qui
vient de mourir ayant elté
élevé auprés de Monfeigneur
le Dauphin , & une fi belle
éducation ne luy ayant inſpiré
que de l'ardeur pour la
gloire , il ne refpiroit que les
combats . Quoy qu'il n'euft
que vingt- quatre ans , il s'étoit
déja trouvé en plufieurs
Rij
196 MERCURE
Sieges & Combats , en Flandre
& en Hongrie.
Monfieur lePrincedeConty
,
arrivée le 9. de ce mois. Les
nouvelles de cette nature.
font trop publiques pour
pouvoir eftre ignorées de
ceux mefme qui prennent le
moins d'intereft à ce qui fe
paffe dans le monde . Madame
la Princeffe de Conty fa
Femme,ayant témoigné pendant
tout le temps que ce
Prince a eſté en Allemagne,
un extréme chagrin de fon
abfence , une apprehenfion
GALANT. 191
continuelle pour fa vie , &
une tres grande impatience
de le revoir , à peine eut- il
veu qu'il n'y avoit plus d'oc
cafions d'acquérir de la gloire
, & que la campagne ef
toit finie pour ceux de fon
rang , qu'il vint la trouver
avec le plus de diligence
qu'il luy fut poffible , afin de
luy témoigner par ce prompt
retour l'empreffement qu'il
avoit de fe revoir auprés d'el
le , & de luy marquer fa recónoiffance
pour mille foins
obligeans qu'elle avoit eus
pendant fon abfence. La
192 MERCURE
Cour eftant partie pour
Chambor , ce Prince la joignit
en chemin , &
& y demeura
pendant un mois de
fejour qu'elle fit en ce lieulà
. La Cour vint enfuite à
Fontainebleau
, où cette jeune
Princeffe fut attaquée
auffi-toft de la petite verole.
Monfieur le Prince de Conty,
pour luy faire voir la for
ce de fon amour , ne voulur
point la quitter , & s'enfer
ma avec elle . Si l'on exami
ne le danger qu'il y avoit
pour un homme de fon âge,
qui eft plus fufceptible du
mavuais
GALANT. 193
fi
mauvais air, on trouvera que
ce n'eftoit pas peut - eftre affronter
moins les perils , que
lors que ce Prince s'eftoit
expofé aux plus redoutables
dangers de la guerre . La fuite
a fait voir que le rifque
eſtoit fort grand , puis que
toft que Madame la Princeffe
de Conty fut guerie , il
fe fentit attaqué du mefme
mal . Sa petite verole fortoit
affez bien , lors que le tranfport
comméçant à luy monter
au cerveau, on fut obligé
de le faigner pour en arref
ter le cours. La petite vero-
Novembre 1685. R
194 MERCURE
le rentra , & ce Prince mourut
peu de temps aprés dans
fa vingt- cinquième année. Il
eftoit Fils d'Armand de Bourbon
, Prince d'une grande vivacité,
& d'un grand brillant
d'efprit , & qui en a meſme
donné des marques par quel
ques Ouvrages remplis de
pieté,qu'il a compoſez avant
fa mort. Eftant General des
Armées du Roy en Catalogne,
il prit Villefranche, Puicerda
& Caftillon . Il eftoit
Grand Maistre de la Maiſon
du Roy , & Gouverneur de
Languedoc, & avoit épousé
GALANT. 195
Anne Marie Martinozzi
Niece de M' le Cardinal Mazarin
, premier Miniſtre d'Etat.
La vertu de cette Princeffe
égaloit fa beauté , elle
a toûjours mené une vie exemplaire,
& fa memoire eſt
en veneration . Le Prince qui
vient de mourir ayant elté
élevé auprés de Monfeigneur
le Dauphin , & une fi belle
éducation ne luy ayant inſpiré
que de l'ardeur pour la
gloire , il ne refpiroit que les
combats . Quoy qu'il n'euft
que vingt- quatre ans , il s'étoit
déja trouvé en plufieurs
Rij
196 MERCURE
Sieges & Combats , en Flandre
& en Hongrie.
Fermer
Résumé : Mort de Mr le Prince de Conty. [titre d'après la table]
Le texte rapporte la mort du Prince de Conti, survenue le 9 novembre 1685. La Princesse de Conti, son épouse, avait exprimé une grande tristesse lors de son absence en Allemagne et une impatience de le revoir. À la fin de la campagne militaire, le Prince se pressa de la rejoindre à Chambord, où ils passèrent un mois avant de se rendre à Fontainebleau. Là, la Princesse contracta la petite vérole. Le Prince, malgré les dangers, resta à ses côtés et contracta également la maladie, décédant peu après à l'âge de vingt-cinq ans. Fils d'Armand de Bourbon, il était reconnu pour son esprit vif et brillant et avait écrit des œuvres pieuses. En tant que Général des Armées du Roi en Catalogne, il avait conquis plusieurs villes. Il occupait aussi les postes de Grand Maître de la Maison du Roi et de Gouverneur de Languedoc. Il avait épousé Anne Marie Martinozzi, nièce du Cardinal Mazarin. La Princesse était célèbre pour sa vertu et sa beauté. Le Prince, élevé avec le Dauphin, aspirait à la gloire et avait participé à divers sièges et combats en Flandre et en Hongrie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
77
p. 92-94
Sur la mort de Monsieur le Prince de Conty, mort de la petite verole.
Début :
Vous ne serez pas fâchée de voir ce qu'a fait / Quelle marque d'amour Conty vient de produire ! [...]
Mots clefs :
Prince de Conty, Décès, Beauté, Héros, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur la mort de Monsieur le Prince de Conty, mort de la petite verole.
Vous ne ferez pas fâchée
de voir ce qu'a fait le meſme
Mr de Benferade ,fur une autre
mort qui n'a pas moins affligé
que furpris toute la France.
GALANT. 93
Sur la mort de Monfieur le
Prince de Conty , mort
de la petite verole .
O
Velle
marque
d'amour Conty
vient de produire !
Quel couple fe fepare , & quel fort
est le leur!
Qui des deux ne meurt pas , &trai
ne fa douleur ,
En pire cftat que l'autre , helas ! fe
voit réduire...
*3
Fleau des Teints délicats , qui cher
che à les détruire ,
D'un fi digne . Heros le peu digne
malheur !
Falloit- il que ce mal s'en prift à la
valeurs,
De ce qu'à la Beauté ce·mal´n'avoit
fecu naire?
94 MERCURE
Pour la Foy , pour la gloire il courut´
aux dangers ,
Expofa fon beau fang fur les bords:
étrangers ;
Là que ne fit-il point , & qui le pour--
ra croire ?
Meſme , il n'attendit pas les ordres de
Son Roy,
Le plus ferme foutien qu'ait jamais
eu la Foy ,
Et le plus chaud amy qu'ait jamais
eu la gloire..
de voir ce qu'a fait le meſme
Mr de Benferade ,fur une autre
mort qui n'a pas moins affligé
que furpris toute la France.
GALANT. 93
Sur la mort de Monfieur le
Prince de Conty , mort
de la petite verole .
O
Velle
marque
d'amour Conty
vient de produire !
Quel couple fe fepare , & quel fort
est le leur!
Qui des deux ne meurt pas , &trai
ne fa douleur ,
En pire cftat que l'autre , helas ! fe
voit réduire...
*3
Fleau des Teints délicats , qui cher
che à les détruire ,
D'un fi digne . Heros le peu digne
malheur !
Falloit- il que ce mal s'en prift à la
valeurs,
De ce qu'à la Beauté ce·mal´n'avoit
fecu naire?
94 MERCURE
Pour la Foy , pour la gloire il courut´
aux dangers ,
Expofa fon beau fang fur les bords:
étrangers ;
Là que ne fit-il point , & qui le pour--
ra croire ?
Meſme , il n'attendit pas les ordres de
Son Roy,
Le plus ferme foutien qu'ait jamais
eu la Foy ,
Et le plus chaud amy qu'ait jamais
eu la gloire..
Fermer
Résumé : Sur la mort de Monsieur le Prince de Conty, mort de la petite verole.
Le texte évoque la mort du Prince de Conti, victime de la variole, suscitant tristesse et surprise en France. Il met en lumière l'amour profond entre le Prince et son épouse, ainsi que le courage et le dévouement du Prince. Ce dernier est loué pour ses actions héroïques pour la foi et la gloire, souvent au péril de sa vie, et son engagement sans attendre les ordres royaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
78
p. 116-118
Sonnets. [titre d'après la table]
Début :
Voicy encore deux Sonnets de Mr le Clerc. Ils sont / Enfin selon nos voeux tes glorieux travaux, [...]
Mots clefs :
Travaux, Discernement, Louis, Éclats, Lauriers, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sonnets. [titre d'après la table]
Voicy encore deux Sonnets
de M' le Clerc . Ils font
à la gloire de ce nouveau
Chancelier.
GALANT. 117
Enfinfelon nos vaux tes glo- rieux travaux ,
Illuftre BOVCHERAT, trouvent leur
recompenfes
LOVIS à l'Univers apprend ce que
tu vaux ,
Par le difcernement dont il te la dif
**
penfe.
D'un Roy fi vigilant à prévenir nos
maux
A porter juſqu'au Ciel le bonheur de
la France ,
Digne d'avoir un jour tous les Rois
pour vassaux,
Seconde les projets , & remplis l'efperance.
3
Mais parmy tant d'éclat dont il l'a
revestu ;
Parmy ce vafle champ qu'il ouvre à
ta vertu
118 MERCURE
Songe à ceux dont la main dreffe un
Temple àfa gloire ;
Dans ce tas de lauriers qu'on luy voit
moiffonner,
Tu fçais qu'il n'appartient qu'aux
Fillesde Memoire
D'en faire la guirlande & de l'en
couronner.
de M' le Clerc . Ils font
à la gloire de ce nouveau
Chancelier.
GALANT. 117
Enfinfelon nos vaux tes glo- rieux travaux ,
Illuftre BOVCHERAT, trouvent leur
recompenfes
LOVIS à l'Univers apprend ce que
tu vaux ,
Par le difcernement dont il te la dif
**
penfe.
D'un Roy fi vigilant à prévenir nos
maux
A porter juſqu'au Ciel le bonheur de
la France ,
Digne d'avoir un jour tous les Rois
pour vassaux,
Seconde les projets , & remplis l'efperance.
3
Mais parmy tant d'éclat dont il l'a
revestu ;
Parmy ce vafle champ qu'il ouvre à
ta vertu
118 MERCURE
Songe à ceux dont la main dreffe un
Temple àfa gloire ;
Dans ce tas de lauriers qu'on luy voit
moiffonner,
Tu fçais qu'il n'appartient qu'aux
Fillesde Memoire
D'en faire la guirlande & de l'en
couronner.
Fermer
Résumé : Sonnets. [titre d'après la table]
Deux sonnets célèbrent le chancelier Boucherat. Le premier, 'GALANT', vante ses œuvres et la reconnaissance royale. Le second, 'MERCURE', lui rappelle de ne pas oublier ses collaborateurs pour mériter la couronne de laurier, symbole de gloire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
79
p. 118-119
Sur le mesme Sujet.
Début :
DU sommet glorieux de ce degré sublime, [...]
Mots clefs :
Gloire, Puissance, Souvenir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur le mesme Sujet.
Sur le mefme Sujet.
DⒸ fommetglorieux de ce degré
fublime
Où vient de t'élever le plus puiſſant
la
France ap
des Rois ,
BOVCHERAT , voy
plaudir à fon choix ;
De tes nobles travaux d'eft le fruit
legitime.
**
Que tu vas dignement répondre à
Lon eftime !
GALANT. 119
Ton genie a brillé dans tes moindres
emplois.
Que ne fera- t - il point fur le thrâne
des Lois
Pourfauver l'innocence , & pourpunir
le crime ?
Avec ce coeurfi grand , fi defintereßé,
Réunis en toy feul ceux qui t'ont devancé
:
Leur fouvenir eft cher , & leur nom
eft augufte :
**
Themis te tend les bras , &je t'y vois
voler ::
Sage , éclairé , fçavant , actif, prudent
& juste ,
De ce qu'elle a perdu tu vas la con-
Soler,
DⒸ fommetglorieux de ce degré
fublime
Où vient de t'élever le plus puiſſant
la
France ap
des Rois ,
BOVCHERAT , voy
plaudir à fon choix ;
De tes nobles travaux d'eft le fruit
legitime.
**
Que tu vas dignement répondre à
Lon eftime !
GALANT. 119
Ton genie a brillé dans tes moindres
emplois.
Que ne fera- t - il point fur le thrâne
des Lois
Pourfauver l'innocence , & pourpunir
le crime ?
Avec ce coeurfi grand , fi defintereßé,
Réunis en toy feul ceux qui t'ont devancé
:
Leur fouvenir eft cher , & leur nom
eft augufte :
**
Themis te tend les bras , &je t'y vois
voler ::
Sage , éclairé , fçavant , actif, prudent
& juste ,
De ce qu'elle a perdu tu vas la con-
Soler,
Fermer
Résumé : Sur le mesme Sujet.
Le texte célèbre l'élévation de Boucherat à un haut rang judiciaire en France. Il loue sa légitimité et son génie, reconnus même dans ses rôles modestes. Boucherat est attendu pour protéger l'innocence et punir le crime. Doté d'un cœur grand et désintéressé, il incarne les qualités de ses prédécesseurs. Thémis, la déesse de la justice, le voit comme sage, éclairé, savant, actif, prudent et juste, et espère qu'il consolera ses pertes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
80
p. 14-16
SUR LA DEFAITE DE L'HERESIE. RONDEAU.
Début :
Jamais Triomphe ne pouvoit estre plus glorieux pour le Roy, / Que de l'Histoire, où du plus grands des Rois [...]
Mots clefs :
Exploits, Gloire, Vérité, Résistance, Hérésie, Ennemi, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA DEFAITE DE L'HERESIE. RONDEAU.
Lamais Triomphe ne pouvoit
eftre plus glorieux pour le Roy,
que celuy qui le rend Vainqueur
de l'Herefie . Il eft tel , qu'à peiGALANT.
15
ne la Pofterité le tiendra - t- elle
croyable . C'eſt ce qui eſt marqué
agreablement dans ce Rondeau
.
SUR LA DEFAITE
DE L'HERESIE.
Q
RONDEA U.
Ve de l'Hiftoire , où du plus
grands des Rois
L'on tracera les glorieux Exploits
La veritéfera peu vray-femblabler
L'âge à venir trouvera t- ilfaifable
Ce que fous lay l'on voit faire aux
François ??
Sans refiftance , en moins de quatre
mois ,
Avoir réduit l'Herefie aux abois :
Cela paroift tenir plus de la Fable
Que de l'Hiftoire.
Monftre fatal aux derniers des Falais
16 MERCURE
Monftre ennemy des Vertus & des
Loix ,
Auxfaints Autels , à l'Eftat formidable
:
Le Petit-Fils de ce Prince admira.
ble ,
N'apprendra point , fi tu fus autrefois
,
Que de l'Hiftoire.
eftre plus glorieux pour le Roy,
que celuy qui le rend Vainqueur
de l'Herefie . Il eft tel , qu'à peiGALANT.
15
ne la Pofterité le tiendra - t- elle
croyable . C'eſt ce qui eſt marqué
agreablement dans ce Rondeau
.
SUR LA DEFAITE
DE L'HERESIE.
Q
RONDEA U.
Ve de l'Hiftoire , où du plus
grands des Rois
L'on tracera les glorieux Exploits
La veritéfera peu vray-femblabler
L'âge à venir trouvera t- ilfaifable
Ce que fous lay l'on voit faire aux
François ??
Sans refiftance , en moins de quatre
mois ,
Avoir réduit l'Herefie aux abois :
Cela paroift tenir plus de la Fable
Que de l'Hiftoire.
Monftre fatal aux derniers des Falais
16 MERCURE
Monftre ennemy des Vertus & des
Loix ,
Auxfaints Autels , à l'Eftat formidable
:
Le Petit-Fils de ce Prince admira.
ble ,
N'apprendra point , fi tu fus autrefois
,
Que de l'Hiftoire.
Fermer
Résumé : SUR LA DEFAITE DE L'HERESIE. RONDEAU.
Le texte célèbre une victoire royale contre l'hérésie, qualifiée de triomphale et incroyable. En quatre mois, les Français ont réduit l'hérésie à une situation désespérée. L'hérésie est décrite comme un monstre ennemi des vertus et des lois. Cette victoire semble presque légendaire et sera perçue comme merveilleuse par les générations futures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
81
p. 20-21
AUTRE.
Début :
Il ne manquoit, grand Roy, pour combler vostre gloire, [...]
Mots clefs :
Gloire, Grand roi, Ennemis, Religion, Rébellion, Schisme, Erreurs, Temples, Exploits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
L ne manquoit , grand Roy , pour
combler voftre gloire ,
Que l'intereft du Ciel fift vostre
paffion ,
Qu'on vous vift rétablir les faints
Murs de Sion ,
Et fur fes Ennemis remporter la
victoire.
Ces fuccés ont remply dignement
voftre Hiftoire,
Et les Autels dreffez à la Religion
Sur le débris fameux de la Rébellion ,
Du Schifme pourjamais effacent la
memoire.
Ce Regne plus heureux que les Regnes
paffez.
Où l'on voit de l'Erreur les Temples
renverſez ,
De vos Predeceffeurs a finy l'entreprife
,
GALANT. zł
Ce coup fi merveilleux a vangé tous
ces Rois ,
Et ce Monftre vaincu par vos derniers
Exploits ,
Vous fait voir doublement Fils Aîné
de l'Eglife.
L ne manquoit , grand Roy , pour
combler voftre gloire ,
Que l'intereft du Ciel fift vostre
paffion ,
Qu'on vous vift rétablir les faints
Murs de Sion ,
Et fur fes Ennemis remporter la
victoire.
Ces fuccés ont remply dignement
voftre Hiftoire,
Et les Autels dreffez à la Religion
Sur le débris fameux de la Rébellion ,
Du Schifme pourjamais effacent la
memoire.
Ce Regne plus heureux que les Regnes
paffez.
Où l'on voit de l'Erreur les Temples
renverſez ,
De vos Predeceffeurs a finy l'entreprife
,
GALANT. zł
Ce coup fi merveilleux a vangé tous
ces Rois ,
Et ce Monftre vaincu par vos derniers
Exploits ,
Vous fait voir doublement Fils Aîné
de l'Eglife.
Fermer
Résumé : AUTRE.
Un roi, guidé par sa dévotion divine, restaure les murs de Sion et triomphe de ses ennemis. Son règne, plus prospère que celui de ses prédécesseurs, efface le souvenir du schisme par la reconstruction des autels religieux. Il accomplit un exploit récent, vainquant un monstre, et se distingue comme le Fils Aîné de l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
82
p. 21-22
SUR LA CONVERSION des Heretiques.
Début :
Mademoiselle de Scudery, qui a publié tant de fois la gloire / D'un Zele sans pareil j'ay chanté mille fois [...]
Mots clefs :
Zèle, Gloire, Louis, Exploits, Vertus, Dieu, Louanges au roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA CONVERSION des Heretiques.
Mademoiſelle de Scudery , qui
a publié tant de fois la gloire du
Roy , n'a pû ſe taire dans une
occafion où elle entend parler
tout le monde. Voicy la Partie
qu'elle a tenue dans ce concert
de loüanges.
SUR LA CONVERSION
des Heretiques.
D'OnLele Sans pareil L'ay chan.
té mille fois
La gloire de LOUIS , &fesfameux
Exploits ,
รา MERCURE
Fay loüéfes vertus , j'ay vanté fon
courage ,
Et ma main fans trembler a tracé
fon Image ;
Mais cent Peuples rendus au Dieu
de l'Univers ,
Sont un trop grand fujet pour tous
nos foibles Vers.
La Terre doit fe taire : à de telles
loüanges
Ilfaut la voix du Ciel , & le con--
cert des Anges.
a publié tant de fois la gloire du
Roy , n'a pû ſe taire dans une
occafion où elle entend parler
tout le monde. Voicy la Partie
qu'elle a tenue dans ce concert
de loüanges.
SUR LA CONVERSION
des Heretiques.
D'OnLele Sans pareil L'ay chan.
té mille fois
La gloire de LOUIS , &fesfameux
Exploits ,
รา MERCURE
Fay loüéfes vertus , j'ay vanté fon
courage ,
Et ma main fans trembler a tracé
fon Image ;
Mais cent Peuples rendus au Dieu
de l'Univers ,
Sont un trop grand fujet pour tous
nos foibles Vers.
La Terre doit fe taire : à de telles
loüanges
Ilfaut la voix du Ciel , & le con--
cert des Anges.
Fermer
Résumé : SUR LA CONVERSION des Heretiques.
Mademoiselle de Scudery, célèbre pour ses écrits glorifiant le roi, a participé à un concert de louanges sur la conversion des hérétiques. Dans son poème, elle admire Louis et ses exploits, mais juge que la conversion des peuples au Dieu de l'Univers dépasse les capacités humaines. Elle estime que ces louanges méritent la voix du Ciel et le chant des anges.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
83
p. 24
MADRIGAL.
Début :
Aprés avoir dompté diverses Nations, [...]
Mots clefs :
Louis, Gloire, Erreur, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
APrès avoir dompté diverfes
Nations ,
Aprés avoir dompté Jes propres
paffions ,
LOUIS s'eft mis fans doute au com
ble de la gloire :
Mais qu'en moins de fix mois il ait
détruit l'Erreur ,
Que fans verfer defangil ait eu
ce bonheur,
C'eft ce qui doit le plus briller dans
fon Histoire
Et qui fe fera le moins croire.
APrès avoir dompté diverfes
Nations ,
Aprés avoir dompté Jes propres
paffions ,
LOUIS s'eft mis fans doute au com
ble de la gloire :
Mais qu'en moins de fix mois il ait
détruit l'Erreur ,
Que fans verfer defangil ait eu
ce bonheur,
C'eft ce qui doit le plus briller dans
fon Histoire
Et qui fe fera le moins croire.
Fermer
84
p. 15-17
A LOUIS LE GRAND, sur le zele qu'il a pour la Religion contre ses Ennemis.
Début :
Inébranlable Appuy de la parfaite Eglise, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Église, Erreur de Calvin, Travaux, Honneur, Victoire, Gloire, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A LOUIS LE GRAND, sur le zele qu'il a pour la Religion contre ses Ennemis.
A LOVIS LE GRAND,
sur le zele qu'il a pour la Religion
contreses Ennemis.
1Nébranlable Appuy de la parfaite
Eglise,
Auguste Défenseur de nos sacrez,
Autels,
Qui donnez saintement vos
soinscontinuels
A détruire l'Erreur que Calvin
authorife.
Le Ciel qui voit l'ardeur dont vôtre
ame est éprise,
Prepare à vos travaux des honneurs
immortels;
Quandvôtre coeur Royal abat
ces criminels,
C'est un triomphe heureux que
Dieu mesme eternise.
chainé la victoire.
Mais, Grand Roy, dans ces
jours vostre plus grande gloire
C'est d'estre la terreur des Ennemis
de Dieu.
Fr. DEROCHEBRVNE,Prestre.
sur le zele qu'il a pour la Religion
contreses Ennemis.
1Nébranlable Appuy de la parfaite
Eglise,
Auguste Défenseur de nos sacrez,
Autels,
Qui donnez saintement vos
soinscontinuels
A détruire l'Erreur que Calvin
authorife.
Le Ciel qui voit l'ardeur dont vôtre
ame est éprise,
Prepare à vos travaux des honneurs
immortels;
Quandvôtre coeur Royal abat
ces criminels,
C'est un triomphe heureux que
Dieu mesme eternise.
chainé la victoire.
Mais, Grand Roy, dans ces
jours vostre plus grande gloire
C'est d'estre la terreur des Ennemis
de Dieu.
Fr. DEROCHEBRVNE,Prestre.
Fermer
Résumé : A LOUIS LE GRAND, sur le zele qu'il a pour la Religion contre ses Ennemis.
Le texte est une ode à Louis XIV, surnommé 'Louis le Grand', célébrant son soutien à la religion catholique et sa lutte contre les protestants influencés par Jean Calvin. Le roi est décrit comme un défenseur inébranlable de l'Église et de la foi. Ses victoires contre les ennemis de la foi sont éternisées par Dieu. Sa plus grande gloire est d'être la terreur des ennemis de Dieu. L'auteur se nomme Fr. Derochervne, prêtre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
85
p. 39-41
Sur la Revocation de l'Edit de Nantes. SONNET.
Début :
Peuples trop fortunez que le Ciel a fait naistre [...]
Mots clefs :
Puissant roi, Édits, Erreurs calvinistes, Pasteurs, Louis, Ennemis, Gloire, Enfers, Triomphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur la Revocation de l'Edit de Nantes. SONNET.
Sur la Révocation de Edit
deNantes.
SONNET. pEuples trop fortunez qule
Ciel afait naistre
Sous l'ombre des Lauriers du plus
puissantdes Rois,
Respirez en repos à l'abry de les
Loix,
Il vient par ses Edits de faire un
coup de Maistre.
Les Erreurs de Calvinvont bientostdisparoistre,
Son Troupeau sans Pasteurs est
réduitauxabois,
Il n'a plus que trois jours pour
faire un meilleur choix.
Heureux, cent fois heureux s'il se
veutreconnoistre!
LOUIS par la valeur ne voit
plus d'Ennemis,
Son bras victorieux les a si bien
soûmis, --
Qu'ilstremblentau seul bruir de
ce Nom redoutable.
Mais pour comblede gloire
,
il
montre à l'U nivers
Que d'un trait de sa main il détrône
le Diable,
Et qu'il peut triompher juiqu'au
fond des Enfers.
deNantes.
SONNET. pEuples trop fortunez qule
Ciel afait naistre
Sous l'ombre des Lauriers du plus
puissantdes Rois,
Respirez en repos à l'abry de les
Loix,
Il vient par ses Edits de faire un
coup de Maistre.
Les Erreurs de Calvinvont bientostdisparoistre,
Son Troupeau sans Pasteurs est
réduitauxabois,
Il n'a plus que trois jours pour
faire un meilleur choix.
Heureux, cent fois heureux s'il se
veutreconnoistre!
LOUIS par la valeur ne voit
plus d'Ennemis,
Son bras victorieux les a si bien
soûmis, --
Qu'ilstremblentau seul bruir de
ce Nom redoutable.
Mais pour comblede gloire
,
il
montre à l'U nivers
Que d'un trait de sa main il détrône
le Diable,
Et qu'il peut triompher juiqu'au
fond des Enfers.
Fermer
Résumé : Sur la Revocation de l'Edit de Nantes. SONNET.
Un sonnet célèbre la révocation de l'Édit de Nantes par Louis XIV. Le roi est loué pour ses victoires et ses lois protectrices. Les édits royaux mettent fin au calvinisme, laissant les protestants sans pasteurs. Louis XIV est décrit comme victorieux sur tous ses ennemis, y compris le diable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
86
p. 41-42
AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques. SONNET.
Début :
Que LOUIS ait toûjours vaincu ses Ennemis, [...]
Mots clefs :
Louis, Ennemis, Victoire, Gloire, Héros, Mémoire, Hérésie, Vainqueurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques. SONNET.
AU ROY. -\J
Surla Conversion desHeretiques.
SONNET. QVe LOUISait ••
toujours
1
vaincu ses Ennemis,
Que ion bras l'ait conduit deVi-
-étoire en Victoire,
Que son bonheur l'aitmis au comble
de la Gloire,
Que les plus grands Héros en.
soient tous ébloüis.
Que sur des monumens de sesfaits
inoüis
Les Sieges à jamaisconserventla
Mémoire,
Qu'it soit à l'avenir l'ornement
de l'Histoire,
Ces marques de Grandeur nesont
rien pour LOUIS.
Qu'il n'entreprenne rien que le
,..- Ciel n'authorife,
C'est par là qu'il fait plus que
les autres Vainqueurs,
Etc'est par là qu'il est Fils Aisné
de l'Eglise.
LE Houx.
Surla Conversion desHeretiques.
SONNET. QVe LOUISait ••
toujours
1
vaincu ses Ennemis,
Que ion bras l'ait conduit deVi-
-étoire en Victoire,
Que son bonheur l'aitmis au comble
de la Gloire,
Que les plus grands Héros en.
soient tous ébloüis.
Que sur des monumens de sesfaits
inoüis
Les Sieges à jamaisconserventla
Mémoire,
Qu'it soit à l'avenir l'ornement
de l'Histoire,
Ces marques de Grandeur nesont
rien pour LOUIS.
Qu'il n'entreprenne rien que le
,..- Ciel n'authorife,
C'est par là qu'il fait plus que
les autres Vainqueurs,
Etc'est par là qu'il est Fils Aisné
de l'Eglise.
LE Houx.
Fermer
Résumé : AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques. SONNET.
Le sonnet célèbre les victoires militaires du roi Louis, soulignant ses succès et sa gloire. Ses exploits sont immortalisés par des monuments, mais sa véritable grandeur réside dans l'approbation divine. Louis agit toujours avec l'autorisation du Ciel, le distinguant comme le Fils Aîné de l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
87
p. 98-100
AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques.
Début :
Grand Roy, qui avez cette clarté de jugement qui tire les [...]
Mots clefs :
Hérétique, Ténèbres, Vérité, Combats, Triomphe, Monarque, Gloire, Monstre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques.
ROYSurlaConverfondesHérétiques.
GRand^Loy,quiavezcette
clartedejugement qui tire
les Heretiques des ténebresdu
mensonge, & qui découvre à
leurs yeux l'éclat de la Veriré,
nous ne devons plusregarder le
Soleil que comme un Ambassadeur
muet, qui nous avertit de
vous consacrernos hommages dés lecommencement du jour, &qui
nous dit par son silence que vous
n'estes pas seulement juste dans
vos Guerres, genereux dans vos
Combats, clemeûtdans vos Victoires,
modéré dans vos Triom.
hes3 mais que vous témoignez
que la tranquillité de l'Eglise vous
est:plus chere que le repos que
vous donnez à la France. Monarque
invincible, qui n'elles pas
moins audessus des autres par la
grandeur de vos Actions, que par,
la Dignité de voûre Sceptre. Objet
dignede Vousmesme, &seul
capable de Vous donner une gloire
qui réponde à vôtre Grandeur,
nous publions qu'il n'est rien de si
auguste que les perfections qui.
font renferméesdans Vostre Majestéj
maisque pouvons nous dire
pour en bien parler, sinon de protester
que vous vous estes acquis
un triomphe immortel dans l'esprit
de vos Peuples;- qu'après
avoir détruit ce Monstre, qui ne
subsiste que de la perte des Mortels,
vous n'au.rez pointd'autre
siege dans le Ciel, que le Trône
des Cherubins, des Puissances, &
des Dominations.
Parle Pere Claude SdlUyCeleftitt»-
GRand^Loy,quiavezcette
clartedejugement qui tire
les Heretiques des ténebresdu
mensonge, & qui découvre à
leurs yeux l'éclat de la Veriré,
nous ne devons plusregarder le
Soleil que comme un Ambassadeur
muet, qui nous avertit de
vous consacrernos hommages dés lecommencement du jour, &qui
nous dit par son silence que vous
n'estes pas seulement juste dans
vos Guerres, genereux dans vos
Combats, clemeûtdans vos Victoires,
modéré dans vos Triom.
hes3 mais que vous témoignez
que la tranquillité de l'Eglise vous
est:plus chere que le repos que
vous donnez à la France. Monarque
invincible, qui n'elles pas
moins audessus des autres par la
grandeur de vos Actions, que par,
la Dignité de voûre Sceptre. Objet
dignede Vousmesme, &seul
capable de Vous donner une gloire
qui réponde à vôtre Grandeur,
nous publions qu'il n'est rien de si
auguste que les perfections qui.
font renferméesdans Vostre Majestéj
maisque pouvons nous dire
pour en bien parler, sinon de protester
que vous vous estes acquis
un triomphe immortel dans l'esprit
de vos Peuples;- qu'après
avoir détruit ce Monstre, qui ne
subsiste que de la perte des Mortels,
vous n'au.rez pointd'autre
siege dans le Ciel, que le Trône
des Cherubins, des Puissances, &
des Dominations.
Parle Pere Claude SdlUyCeleftitt»-
Fermer
Résumé : AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques.
Le texte est une louange adressée à un monarque, probablement Louis XIV, surnommé 'Roy Sur la Conversion des Hérétiques'. Il est décrit comme un souverain dont la sagesse éclaire les hérétiques et leur révèle la vérité. Le soleil est comparé à un ambassadeur muet qui incite à honorer le roi dès l'aube, soulignant sa justice, sa générosité, sa clémence, sa modération et son souci pour la tranquillité de l'Église. Le monarque est présenté comme invincible, tant par ses actions que par sa dignité royale. Le texte affirme qu'il a mérité un triomphe immortel dans l'esprit de ses sujets après avoir vaincu un 'Monstre' nuisible aux mortels. En récompense, il est destiné à siéger parmi les êtres célestes les plus élevés, tels que les Chérubins, les Puissances et les Dominations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
88
p. 299-323
Particularitez touchant le Voyage de M. le Chevalier de Chaumont à Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je ne croyois pas qu'en fermant ma Lettre, je vous [...]
Mots clefs :
Chevalier de Chaumont, Siam, Roi, France, Roi de Siam, Dignité, Monarque, Ordre, Ambassadeur, Siamois, Audience, Favori, Prince, Chine, Brest, Ambassadeurs, Palais, Temps, Princesse, Nouvelles, Canon, Cap de Bonne-Espérance, Gloire, Santé du roi, Éléphants, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Particularitez touchant le Voyage de M. le Chevalier de Chaumont à Siam. [titre d'après la table]
Je ne croyois pas qu'en
fermant ma Lettre , je vous
300 MERCURE
apprendrois des nouvelles de
M le Chevalier de Chau
mont Ambaffadeur de France
auprés du Roy de Siam.
On le croyoit encore à fix
mille liques d'icy lors qu'il
arriva a Verſailles le 24.de ce
mois. Il en a fait douze mille
en moins d'un an , & n'a employé
que 15. mois & demy
en tout fon Voyage. Il partit
de Breft le 3. Mars de
l'année derniere
, avec un
Vaiffeau du Roy nommé
Loyfeau , inonté de 36. pieces
de Canon, & la Fregate nom
mée la Maligne , montée de
GALANT. 3or
301
3
24. Il arriva en dix jours au
Tropique du Cancer du mef
me vent , dont il avoit ap
pareillé au fortir du Porr , aprés
quoy il doubla le Cap
de bonne Efperance fans le
reconnoiftre
. Il arriva à Batavia
le 1. Aouft , & à l'entrée
du Royaume
de Siam au
commencement de Septembre.
Comme il y a peu d'ha
bitations fur cette route , &
que l'on va par eau jufques
à Siam , le Roy avoit fait bâtir
, & meubler des Maifons
de cinq lieuës en cinq lieuës
pour le recevoir , & avoit en302
MERCURE
"
voyé des Officiers pour le
traiter. Il partoit tous les
jours deux nouveaux Mandarins
de Siam qui venoient
luy faire compliment de la
part du Roy,& plus il appro
choit de cette Capitale , plus
les Mandarins qu'on envoyoit
au devant de luy , éroient
élevez en dignité ,
& un des deux derniers qui
vint le complimenter, eft l'un
des trois Ambaffadeurs que
ce Monarque a nommez
pour venir en France , & que
Sa Majefté a envoyé querir
à Breft. Mr Le Chevalier de
GALANT. 203
#
Chaumont trouva un Palais
à Siam qui avoit efté baſty
exprés & meublé pour luy
Sa Table y a toûjours efté
fervie en vaiffelle d'or , & les
Tables de ceux de fa fuite en
vaiflelle d'argent. Comme
les environs de Siam font
inondez fix mois de l'année,
& que l'on eftoit au temps de
cette inondation , il y avoir
fur la Riviere un nombre
infiny de petits Bateaux dorez
que les Siamois appellent
Balons. On y voit une efpece
de Trône dans le milieu ,
où les plus confiderables ont
7
304 MERCURE
accoûtumé de fe placer. Ces
Bâtimens tiennent environ
dix ou douze perſonnes . Le
jour que M le Chevalier de
Chaumonteut Audience , le
Roy deSiam en envoya vingt
des fiens qui eftoient d'une
tres - grande magnificence ,
pour luy & fa fuite. Il y eut ce
jour la cent mille hommes de
Milices commandez pour
luy faire plus d'honneur .
Cette Audience fut remar¹
quable par trois circonftane
ces qui furent d'un grand é
clat pour la gloire de la France,
& particulierement pour
GALANT. 305
FaPerfonne duRoy , en faveur
de qui le Roy de Siam fe dépoüilla
de tout ce qui fait
foiftrefa grandeur en de pa
Pa
reilles occafions . Les Am
baffadeurs ont de coûtume
d'entrer feuls à fon Audience,
& douze Gentilshommes
que M le Chevalier de
Chaumont avoit menez a
vec luy ,
l'accompagnerent
,.
& furentaffis fur des Tabou
rets durant l'Audience , peng
dant que toute la Cour étoip
couchée le ventre , & la face
contre terre . Les Ambaffi
deurs ont auffi coûtune: de:
Juin 1686 .
306 MERCURE
a
fe profterner ainfi , & M' le
Chevalier de Chaumont en
fut difpenfé, quoy que le Favory
& le premier Miniftre
du Roy fuffent profternez.
Les Roys de Siam ne prennent
jamais de Lettres de la
main d'aucun Ambaffadeur ,
& ceMonarque prit la Lettre
de Sa Majefté de la propre
main de Mle Chevalier de
Chaumont. Il demanda des
nouvelles de la Santé duRoy,
de celle de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la
Dauphine , de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , de
GALANT. 307
8
Monfeigneur le Duc d'An
jou , & de Monfieur. L'Au
dience finie , M' l'Ambafladeur
, & toute fa fuite furent
traitez dans le Palais avec
toute la magnificence ima
ginable,fuivant les manieres
du Païs , & le Roy pour luy
marquer une plus grande
diſtinction , luy envoya trois
plats des Mers les plus exquis
de fa Table. Aprés cette Au
dience folemnelle , M de
Chaumont en eut plufieurs
r
particulieres de ce Roy , dans
lefquelles il caufa familiere
ment avec luy. Ce Prince fit
Cij
3c8 MERCURE
paroiftre beaucoup d'efprit ,
& de bon fens. I parla du
Roy avec admiration , &
fit voir que toutes les gran
des actions ne luy eftoient
pas inconnues , & je puis
vous dire fur cet Article
que j'appris dés le temps que
fes deux Envoyez eftoient
icy , que ce Monarque faifoit
traduire en Siamois tout:
ce qu'on imprime des meri
veilles de la Vie du Roy , &
que ce que je vous en ay fou - 1
vent mandé , & que vous me
permettez de rendre public,
aprés l'avoir envoyé,
ous
c
GALANT. 309
de
avoit efté aufli mis en cette
Langue. Le Roy de Siam
pria M le Chevalier de
Chaumont de vifiter quel
ques -unes de fes Places , &
permettre qu'un Ingenieur
qu'il avoit amené avec
luy , en allaſt voir quelques
autres pour remarquer le
defaut des Fortifications .
M ' le Chevalier de Chaumont
a mené avec luy juf
ques à Siam fix Jefuites des
plus habiles de leur Ordre
en toutes les parties de Ma
thematiques , fur tour en
Aftronomie , fi eftimée en
310 MERCURE
}
fa Chine , où ils font principalement
deftinez , & où ces
connoiffances peuvent eftre
d'une grande utilité pour a
chever d'y établir le Chri
ftianifme. Ils y vont pourveus
de Lunettes d'approche
& d'Inftrumen's de
Mathematique d'une nou
velle conftruction , pour faires
des Obfervations , qu'ils
ont ordre d'envoyersicy à
Academie des Sciences
par toutes les occafions qu'
ils en auront. Ils doivent
joindre à la Chine les Peres
de leur Ordre, à qui ces for
GALANT 31r
?
tes de Sciences ont acquis
les bonnes graces du Prince
Tartare qui gouverne aujourd'huy
ce grand Empi
re . Sa Majefté , outre leur
Paffage , & les Inftrumens
dont Elle les a fait fournir
abondamment , leur donne
des Penfions annuelles , afin
rien ne leur manque, &
que
qu'ils ne foient à charge à
perfonne. Ils ont ordre auffi
d'entrer dans la connoiffance
des Arts , & de tout ce
qui peut contribuer à faire
fleurir icy ce qui eft encore
fufceptible de quelque per312
MERGURE
fection, de forte que ce pra
jet peut eltre mis au nom
bre d'une infinité
d'autres
qui s'executent
, & qui marquent
que le Roy n'épargne
ny foin ny dépenfe, pour les
bien de l'Eglife , & pour aug
menter la gloire de fon Re-
& la felicité de fes Peu
1
gne, &
ples.no
wh dae
,
it ,
Le
Roy
de
Siam
ayang
fceu
que
ces
fix
Jeſuites
eftoient
venus
avec
M
de
Chaumont
, les
voulut
en
tretenir
, & comme
il arriva
une
Eclipfe
en
ce
tempsla,
ces
Peres
firent
voir
à
GALANT 313.
ce Monarque, par le moyen
de leurs Lunettes , des chofes
qui le furprirent extrémement
, de maniere qu'il offrit
de leur faire bâtir une
Eglife , & une Maiſon , &
de les entretenir , s'ils vouloient
demeurer à Siam
mais comme ils ne pouvoient
accepter des offres fi
avantageufes , eftant deſtinez
pour la Chine , il fut refolu
que l'un d'eux reviendroit
en France , & qu'il en
ameneroit fix autres Peres
quand les Ambaffadeurs s'en
retourneront. Ce choix eft
Fuin 1686.
Dd
734 MERCURE
器
3
tombe fur le Pere Tachard,
qui apporte au Pere de la
Chaife , de la part de ca
Prince , un Crucifix dont le
Chrift eft d'or , & la Crois
d'un bois que les Siamois
eftiment plus que l'or mefme
, à caufe des grandes veri
tus qu'on luy attribuë. diff
Le Roy de Siam nourrit
dix mille Elephans , ce qui
luy doit revenir à des for
mes immenſes, puis que l'entretien
d'un Elephant re
vient icy à deux mille écuss
Mais quand on les nourriroit
à meilleur compte en ce
60000000 Millionsthe
.COM MI
F
GALANT.N
3
Païs-là leur nourriture: ne
doit pas laiffer que de coû
ter beaucoup . Co Monarque
seft veuf, & n'a qu'une Fille,
qu'on appelle la Princeffe
Reyne. Elle a trois grandes
Provinces far lefquelles elle
regne fouverainement,auffr
bien que fur toute faMaiſonl
Une des Filles qui la fervent
ayant dit des chofes dont
elle nendevoir pas parler ,
cette Princeffe la jugen elle
mefme , & ordonna qu'elle
auroit la bouche coufue. Les
ftime que le Roy fon pere at
pour le Roy , luy en ayant
Dd ij
36 MERCURE
fait prendre beaucoup pour
tous les François , comme je
vous lay marqué plufieurs
fois , il en demanda dix ou
douze à M' le Chevalier de
Chaumont quelque temps
avant que cet Ambaffadeur
partift de Siam. M' Fourbin
Lieutenant de Vaiffeau eft
dece nombre, avec un Ingenieur,
un Trompette , & plufeurs
autres,qui connoiffant
l'inclination que ce Roy a
pour la France , & fur tout
pour Sa Majefté, n'ont point,
fait de difficulté de le fatisfaire,
en demeurant à Siam. Il
S
GALANT 37
a honoré Mile Chevalier del
Chaumont de la premiere
Dignité de fon Royaume, &
la fait Oya. Je ne fuis pas en
core affez inftruit de ce que
c'eft que cette Dignité, pour
vous en dire davantage,mais
j'efpere vous en éclaircir lei
mois prochain . Comme il fa
loit pour eftrereceu , faire de
vant le Roy beaucoup de fi
gures qui approchoient de la
genuflexion , & ſe profterner
plufieurs fois , ce Prince en
difpenfa Mª de Chaumont ,{
& luy envoya les marques
de cette Dignité . Outre tous
Id 1 d in
6
18 MERCURE
les Preſens qu'il luy a faits,
il luy a donnés quand il eft
party , tous les meubles du
Palais qu'il eftoit logé , mais
Mide Chaumont n'en a pris
qu'une partie , & la donnél
coux qu'il avoit apportezide
France, pourife meubler une
chainbre , avec une Chaifea
Porcours fort magnifique,au
Favory du Roy de Siam , qui
elt né Grec , & qui fait profeffon
de la Religion Ca
tholique. Ce Favory eft élevé
à une Dignité qui eft audeffus
du premier Miniſtre
appellé le Barcalon . M teChe
GALANTM319:
valier de Chaumont a fait de l
grandes liberalitez à ceux
qui lay ont apportédes Preg
fens de ce Monarque , & a
donné un tres- beau Miroir à
la Princeffe Reyne. Jamais
on n'a vû un fi bon ordre que
celuy qu'il avoit mis dans fa
Mailon. Ses Domestiques
n'ont fait aucun defordre, &
il avoit impoſé des peines
pour châtier fur l'heure ceux
qui contreviendroient à fes
Reglemens, de forte qu'il eft
party deceRoyaume là avec
l'admiration de la Cour &
des Peuples. Le Favory du
Dd iiij
220 MERCURE
Royle vint conduiré juſques :
au lieu où ils eft rembarqué,
qui eft à plus de 40 lieues
de Siam, & le regala magnifiquement.
Après quoy M²:
deChaumont's embarqua a
vec les ttrrooiiss Ambaffadeurs
if viennent vend Siamois ent
qui
France , & qui ont cinquan
të perſonnes à leur ſuite . Si
toft qu'il fut embarqué,il fa
lãa de cinquante volées de
Canon ceux qui l'avoient ac
compagne jufqu'à fon embarquement.
Ces Ambaffa
deurs apportent beaucoup
de Prefens pour le Roy,pour
GALANT 32k
?
toute la Maifon Royale , &
pour les Miniftres. Je ne
vous en feray point aujour
d'huy de dénombrement
mais je ne fçaurois m'empê
cher de vous dire que parmy
ces Prefens, il y a de tres
beauxCanons fondus à Siam,
dont toute la garniture eft
d'argent. Il y auffi de riches
érofes , une infinité de Por
celaines fingulieres , des Cabinets
de la Chine , & quantité
d'Ouvrages des plus curieux
des Indes, & du Japon.
M'de Chaumont arriva le 19.
de ce mois dans le Port de
1-
322 MERCURE
Breft , & depois que Valco
de Gama a doublé le Cap des
Bonne Efperance , & que
Chriftophe Colomb a dési
couvert l'Amerique , il n'y al
aucun exemple d'une plus
grande diligence navale en
fair de Navigation de long
cours. Mais l'Etoile du Roy
guidoit cet Ambaffadeur , &
e'eftoit affez , puis qu'elle reghe
fur les Mers comme fur
la Terre. Si cette Relation
n'eft pas tout- à - fait exacte ,
vous n'en devez pas eftre
furpriſe. A peine ay je pu
avoir deux jours pour ramal
GALANT. 323
fer ce que je vous mande , &
apparemment vous n'atten
diez pas de moy ce mois- cy
tant de recherches curieus
fes fur cette matiere. Je con
tinueray le mois prochain, &
fije me fuis abufé en quel
que chofe , je vous le feray
fçavoir.
fermant ma Lettre , je vous
300 MERCURE
apprendrois des nouvelles de
M le Chevalier de Chau
mont Ambaffadeur de France
auprés du Roy de Siam.
On le croyoit encore à fix
mille liques d'icy lors qu'il
arriva a Verſailles le 24.de ce
mois. Il en a fait douze mille
en moins d'un an , & n'a employé
que 15. mois & demy
en tout fon Voyage. Il partit
de Breft le 3. Mars de
l'année derniere
, avec un
Vaiffeau du Roy nommé
Loyfeau , inonté de 36. pieces
de Canon, & la Fregate nom
mée la Maligne , montée de
GALANT. 3or
301
3
24. Il arriva en dix jours au
Tropique du Cancer du mef
me vent , dont il avoit ap
pareillé au fortir du Porr , aprés
quoy il doubla le Cap
de bonne Efperance fans le
reconnoiftre
. Il arriva à Batavia
le 1. Aouft , & à l'entrée
du Royaume
de Siam au
commencement de Septembre.
Comme il y a peu d'ha
bitations fur cette route , &
que l'on va par eau jufques
à Siam , le Roy avoit fait bâtir
, & meubler des Maifons
de cinq lieuës en cinq lieuës
pour le recevoir , & avoit en302
MERCURE
"
voyé des Officiers pour le
traiter. Il partoit tous les
jours deux nouveaux Mandarins
de Siam qui venoient
luy faire compliment de la
part du Roy,& plus il appro
choit de cette Capitale , plus
les Mandarins qu'on envoyoit
au devant de luy , éroient
élevez en dignité ,
& un des deux derniers qui
vint le complimenter, eft l'un
des trois Ambaffadeurs que
ce Monarque a nommez
pour venir en France , & que
Sa Majefté a envoyé querir
à Breft. Mr Le Chevalier de
GALANT. 203
#
Chaumont trouva un Palais
à Siam qui avoit efté baſty
exprés & meublé pour luy
Sa Table y a toûjours efté
fervie en vaiffelle d'or , & les
Tables de ceux de fa fuite en
vaiflelle d'argent. Comme
les environs de Siam font
inondez fix mois de l'année,
& que l'on eftoit au temps de
cette inondation , il y avoir
fur la Riviere un nombre
infiny de petits Bateaux dorez
que les Siamois appellent
Balons. On y voit une efpece
de Trône dans le milieu ,
où les plus confiderables ont
7
304 MERCURE
accoûtumé de fe placer. Ces
Bâtimens tiennent environ
dix ou douze perſonnes . Le
jour que M le Chevalier de
Chaumonteut Audience , le
Roy deSiam en envoya vingt
des fiens qui eftoient d'une
tres - grande magnificence ,
pour luy & fa fuite. Il y eut ce
jour la cent mille hommes de
Milices commandez pour
luy faire plus d'honneur .
Cette Audience fut remar¹
quable par trois circonftane
ces qui furent d'un grand é
clat pour la gloire de la France,
& particulierement pour
GALANT. 305
FaPerfonne duRoy , en faveur
de qui le Roy de Siam fe dépoüilla
de tout ce qui fait
foiftrefa grandeur en de pa
Pa
reilles occafions . Les Am
baffadeurs ont de coûtume
d'entrer feuls à fon Audience,
& douze Gentilshommes
que M le Chevalier de
Chaumont avoit menez a
vec luy ,
l'accompagnerent
,.
& furentaffis fur des Tabou
rets durant l'Audience , peng
dant que toute la Cour étoip
couchée le ventre , & la face
contre terre . Les Ambaffi
deurs ont auffi coûtune: de:
Juin 1686 .
306 MERCURE
a
fe profterner ainfi , & M' le
Chevalier de Chaumont en
fut difpenfé, quoy que le Favory
& le premier Miniftre
du Roy fuffent profternez.
Les Roys de Siam ne prennent
jamais de Lettres de la
main d'aucun Ambaffadeur ,
& ceMonarque prit la Lettre
de Sa Majefté de la propre
main de Mle Chevalier de
Chaumont. Il demanda des
nouvelles de la Santé duRoy,
de celle de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la
Dauphine , de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , de
GALANT. 307
8
Monfeigneur le Duc d'An
jou , & de Monfieur. L'Au
dience finie , M' l'Ambafladeur
, & toute fa fuite furent
traitez dans le Palais avec
toute la magnificence ima
ginable,fuivant les manieres
du Païs , & le Roy pour luy
marquer une plus grande
diſtinction , luy envoya trois
plats des Mers les plus exquis
de fa Table. Aprés cette Au
dience folemnelle , M de
Chaumont en eut plufieurs
r
particulieres de ce Roy , dans
lefquelles il caufa familiere
ment avec luy. Ce Prince fit
Cij
3c8 MERCURE
paroiftre beaucoup d'efprit ,
& de bon fens. I parla du
Roy avec admiration , &
fit voir que toutes les gran
des actions ne luy eftoient
pas inconnues , & je puis
vous dire fur cet Article
que j'appris dés le temps que
fes deux Envoyez eftoient
icy , que ce Monarque faifoit
traduire en Siamois tout:
ce qu'on imprime des meri
veilles de la Vie du Roy , &
que ce que je vous en ay fou - 1
vent mandé , & que vous me
permettez de rendre public,
aprés l'avoir envoyé,
ous
c
GALANT. 309
de
avoit efté aufli mis en cette
Langue. Le Roy de Siam
pria M le Chevalier de
Chaumont de vifiter quel
ques -unes de fes Places , &
permettre qu'un Ingenieur
qu'il avoit amené avec
luy , en allaſt voir quelques
autres pour remarquer le
defaut des Fortifications .
M ' le Chevalier de Chaumont
a mené avec luy juf
ques à Siam fix Jefuites des
plus habiles de leur Ordre
en toutes les parties de Ma
thematiques , fur tour en
Aftronomie , fi eftimée en
310 MERCURE
}
fa Chine , où ils font principalement
deftinez , & où ces
connoiffances peuvent eftre
d'une grande utilité pour a
chever d'y établir le Chri
ftianifme. Ils y vont pourveus
de Lunettes d'approche
& d'Inftrumen's de
Mathematique d'une nou
velle conftruction , pour faires
des Obfervations , qu'ils
ont ordre d'envoyersicy à
Academie des Sciences
par toutes les occafions qu'
ils en auront. Ils doivent
joindre à la Chine les Peres
de leur Ordre, à qui ces for
GALANT 31r
?
tes de Sciences ont acquis
les bonnes graces du Prince
Tartare qui gouverne aujourd'huy
ce grand Empi
re . Sa Majefté , outre leur
Paffage , & les Inftrumens
dont Elle les a fait fournir
abondamment , leur donne
des Penfions annuelles , afin
rien ne leur manque, &
que
qu'ils ne foient à charge à
perfonne. Ils ont ordre auffi
d'entrer dans la connoiffance
des Arts , & de tout ce
qui peut contribuer à faire
fleurir icy ce qui eft encore
fufceptible de quelque per312
MERGURE
fection, de forte que ce pra
jet peut eltre mis au nom
bre d'une infinité
d'autres
qui s'executent
, & qui marquent
que le Roy n'épargne
ny foin ny dépenfe, pour les
bien de l'Eglife , & pour aug
menter la gloire de fon Re-
& la felicité de fes Peu
1
gne, &
ples.no
wh dae
,
it ,
Le
Roy
de
Siam
ayang
fceu
que
ces
fix
Jeſuites
eftoient
venus
avec
M
de
Chaumont
, les
voulut
en
tretenir
, & comme
il arriva
une
Eclipfe
en
ce
tempsla,
ces
Peres
firent
voir
à
GALANT 313.
ce Monarque, par le moyen
de leurs Lunettes , des chofes
qui le furprirent extrémement
, de maniere qu'il offrit
de leur faire bâtir une
Eglife , & une Maiſon , &
de les entretenir , s'ils vouloient
demeurer à Siam
mais comme ils ne pouvoient
accepter des offres fi
avantageufes , eftant deſtinez
pour la Chine , il fut refolu
que l'un d'eux reviendroit
en France , & qu'il en
ameneroit fix autres Peres
quand les Ambaffadeurs s'en
retourneront. Ce choix eft
Fuin 1686.
Dd
734 MERCURE
器
3
tombe fur le Pere Tachard,
qui apporte au Pere de la
Chaife , de la part de ca
Prince , un Crucifix dont le
Chrift eft d'or , & la Crois
d'un bois que les Siamois
eftiment plus que l'or mefme
, à caufe des grandes veri
tus qu'on luy attribuë. diff
Le Roy de Siam nourrit
dix mille Elephans , ce qui
luy doit revenir à des for
mes immenſes, puis que l'entretien
d'un Elephant re
vient icy à deux mille écuss
Mais quand on les nourriroit
à meilleur compte en ce
60000000 Millionsthe
.COM MI
F
GALANT.N
3
Païs-là leur nourriture: ne
doit pas laiffer que de coû
ter beaucoup . Co Monarque
seft veuf, & n'a qu'une Fille,
qu'on appelle la Princeffe
Reyne. Elle a trois grandes
Provinces far lefquelles elle
regne fouverainement,auffr
bien que fur toute faMaiſonl
Une des Filles qui la fervent
ayant dit des chofes dont
elle nendevoir pas parler ,
cette Princeffe la jugen elle
mefme , & ordonna qu'elle
auroit la bouche coufue. Les
ftime que le Roy fon pere at
pour le Roy , luy en ayant
Dd ij
36 MERCURE
fait prendre beaucoup pour
tous les François , comme je
vous lay marqué plufieurs
fois , il en demanda dix ou
douze à M' le Chevalier de
Chaumont quelque temps
avant que cet Ambaffadeur
partift de Siam. M' Fourbin
Lieutenant de Vaiffeau eft
dece nombre, avec un Ingenieur,
un Trompette , & plufeurs
autres,qui connoiffant
l'inclination que ce Roy a
pour la France , & fur tout
pour Sa Majefté, n'ont point,
fait de difficulté de le fatisfaire,
en demeurant à Siam. Il
S
GALANT 37
a honoré Mile Chevalier del
Chaumont de la premiere
Dignité de fon Royaume, &
la fait Oya. Je ne fuis pas en
core affez inftruit de ce que
c'eft que cette Dignité, pour
vous en dire davantage,mais
j'efpere vous en éclaircir lei
mois prochain . Comme il fa
loit pour eftrereceu , faire de
vant le Roy beaucoup de fi
gures qui approchoient de la
genuflexion , & ſe profterner
plufieurs fois , ce Prince en
difpenfa Mª de Chaumont ,{
& luy envoya les marques
de cette Dignité . Outre tous
Id 1 d in
6
18 MERCURE
les Preſens qu'il luy a faits,
il luy a donnés quand il eft
party , tous les meubles du
Palais qu'il eftoit logé , mais
Mide Chaumont n'en a pris
qu'une partie , & la donnél
coux qu'il avoit apportezide
France, pourife meubler une
chainbre , avec une Chaifea
Porcours fort magnifique,au
Favory du Roy de Siam , qui
elt né Grec , & qui fait profeffon
de la Religion Ca
tholique. Ce Favory eft élevé
à une Dignité qui eft audeffus
du premier Miniſtre
appellé le Barcalon . M teChe
GALANTM319:
valier de Chaumont a fait de l
grandes liberalitez à ceux
qui lay ont apportédes Preg
fens de ce Monarque , & a
donné un tres- beau Miroir à
la Princeffe Reyne. Jamais
on n'a vû un fi bon ordre que
celuy qu'il avoit mis dans fa
Mailon. Ses Domestiques
n'ont fait aucun defordre, &
il avoit impoſé des peines
pour châtier fur l'heure ceux
qui contreviendroient à fes
Reglemens, de forte qu'il eft
party deceRoyaume là avec
l'admiration de la Cour &
des Peuples. Le Favory du
Dd iiij
220 MERCURE
Royle vint conduiré juſques :
au lieu où ils eft rembarqué,
qui eft à plus de 40 lieues
de Siam, & le regala magnifiquement.
Après quoy M²:
deChaumont's embarqua a
vec les ttrrooiiss Ambaffadeurs
if viennent vend Siamois ent
qui
France , & qui ont cinquan
të perſonnes à leur ſuite . Si
toft qu'il fut embarqué,il fa
lãa de cinquante volées de
Canon ceux qui l'avoient ac
compagne jufqu'à fon embarquement.
Ces Ambaffa
deurs apportent beaucoup
de Prefens pour le Roy,pour
GALANT 32k
?
toute la Maifon Royale , &
pour les Miniftres. Je ne
vous en feray point aujour
d'huy de dénombrement
mais je ne fçaurois m'empê
cher de vous dire que parmy
ces Prefens, il y a de tres
beauxCanons fondus à Siam,
dont toute la garniture eft
d'argent. Il y auffi de riches
érofes , une infinité de Por
celaines fingulieres , des Cabinets
de la Chine , & quantité
d'Ouvrages des plus curieux
des Indes, & du Japon.
M'de Chaumont arriva le 19.
de ce mois dans le Port de
1-
322 MERCURE
Breft , & depois que Valco
de Gama a doublé le Cap des
Bonne Efperance , & que
Chriftophe Colomb a dési
couvert l'Amerique , il n'y al
aucun exemple d'une plus
grande diligence navale en
fair de Navigation de long
cours. Mais l'Etoile du Roy
guidoit cet Ambaffadeur , &
e'eftoit affez , puis qu'elle reghe
fur les Mers comme fur
la Terre. Si cette Relation
n'eft pas tout- à - fait exacte ,
vous n'en devez pas eftre
furpriſe. A peine ay je pu
avoir deux jours pour ramal
GALANT. 323
fer ce que je vous mande , &
apparemment vous n'atten
diez pas de moy ce mois- cy
tant de recherches curieus
fes fur cette matiere. Je con
tinueray le mois prochain, &
fije me fuis abufé en quel
que chofe , je vous le feray
fçavoir.
Fermer
Résumé : Particularitez touchant le Voyage de M. le Chevalier de Chaumont à Siam. [titre d'après la table]
Le texte décrit le voyage et la mission diplomatique du Chevalier de Chaumont, ambassadeur de France au Siam. Parti de Brest le 3 mars de l'année précédente avec deux navires, il arriva à Versailles le 24 juin, après avoir parcouru 12 000 lieues en moins de 15 mois et demi. Son itinéraire inclut le passage du Tropique du Cancer, du Cap de Bonne Espérance, ainsi que des escales à Batavia et au Siam. À son arrivée, le roi de Siam avait préparé des maisons et des mandarins pour l'accueillir et lui offrit une audience solennelle avec des honneurs exceptionnels, permettant à Chaumont et à ses gentilshommes de rester assis tandis que la cour était prosternée. Le roi de Siam manifesta une grande admiration pour le roi de France et ses actions, demandant des nouvelles de la famille royale française et offrant des présents somptueux. Chaumont visita également des places fortes et permit à un ingénieur de vérifier les fortifications. Il était accompagné de six jésuites, experts en mathématiques et astronomie, destinés à la Chine pour y établir le christianisme. Impressionné par leurs connaissances, le roi de Siam offrit de leur construire une église et une maison. Le roi de Siam, veuf, a une fille, la princesse Reine, qui règne souverainement sur trois grandes provinces. Chaumont reçut la première dignité du royaume, devenant Oya, et fut dispensé de certaines prosternations. Il refusa une partie des meubles du palais mais offrit des présents, dont un miroir à la princesse Reine. Il quitta le Siam avec l'admiration de la cour et du peuple, accompagné par le favori du roi jusqu'à son embarquement. Les ambassadeurs siamois, au nombre de trois, l'accompagnèrent en France avec une suite de cinquante personnes, apportant des présents pour le roi de France et la maison royale. Chaumont arriva à Brest le 19 juin, marquant une grande diligence navale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
89
s. p.
A SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR ERNEST-AUGUSTE Duc de Brunsvic-Lunebourg, de Hanover, de Calemberg, de Gottinghem, de Grubenhagen, Prince d'Osnabruc, &c.
Début :
MONSEIGNEUR, Depuis onze années que je travaille au Mercure, qu'on [...]
Mots clefs :
Souverains, Actions, Rang, Cour, Sujets, Prince, Peuples, États, Souverains, Fêtes, Spectacles, Parler, Troupes, Gloire, Sang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR ERNEST-AUGUSTE Duc de Brunsvic-Lunebourg, de Hanover, de Calemberg, de Gottinghem, de Grubenhagen, Prince d'Osnabruc, &c.
A SON
ALTESSE SERENISSIME.
MONSEIGNEUR
ERNEST 3 AUGUSTE
Duc de Brunfvic- Lunebourg,
de Hanover,de Calemberg, de
Gottinghem , de Grubenha-
Prince d'Ofnabruc , &c.
gen,
ONSEIGNEUR,
Depuis onze années que je travaille
au Mercure , qu'on peut
a ij
EPISTRE.
"
nommer l'Abbregé de l'Hiftoire du
Monde, & dont j'ay déja fait prés
de deux cens Volumes avec quelque
forte d'approbation , puis que le
Public a fouffert que le nombre en
foit devenu fi grand , il y a peu
de Cours , & particulierement dans
l'Europe , dont je n'aye fait voir la
galanterie , la magnificence , & la
grandeur , & par confequent peu
de Souverains dont je n'aye décrit
les plus éclatantes Actions ; mais
comme tant d'augufte Perfonnes ne
font pas toujours également diftinguées
, & qu'il s'en trouve qui font
plus d'honneur à leur rang qu'ils
n'en reçoivent d'éclat , tout ce que
la Renommée a pris foin de m'apprendre
de Vous ,
MONSEIGNEUR
,
pour embellir mon Hiftoire , m'afait
connoiftre qu'un nombre infiny de
brillantes Actions ont fait meriter
EPISTRE.
à V. A.S. une des premieres places
entre les Souverains , qui à force de
vertus fe font élevez au deffus de
beur Naiffance. Qui peut mieux en
eſtre informé que moy ,
MONSEIGNEUR
, qui ayant pris foin de
m'en inftruire , en ay rendu à toute
la terre un compte exact & fidel
le ? J'ay marqué la joye de vos
Peuples lors que vous priftes poffef
fion des Eftats où un droit hereditaire
vous a appellé. Ils connoif-
·foient V. A. S. & le bonheur dont
ils devoient jouir , fous le Regne
glorieux & fortuné d'un-Souverain.
fi digne d'eftre leur Maiftre , &
Si parfaitement honnefte Homme
qualité plus rare & plus eftimée
que les Titres les plus faftueux que
puiffent donner la naissance & la
fortune. Il feroit difficile qu'on
puft porter la magnificence plus loin
a iij
EPISTRE.
que vous avez fait , lors que vous
avez receu chez vous des Souverains
avec leur Cour entiere . Auffi
je travaillay avec beaucoup de
plaifir à la defcription des galantes
& fuperbes Feftes que vous donnaftes
à la feue Reyne Douairiere
de Dannemark , Soeur de V. A. S.
lors que cette Princeſſe y fut regalée
de tous les Spectacles qu'un magnifique
& grand Prince peut donner.
Voftre Ame genereufe n'en
demeura pas-là , & la Cour de cette
auguste Reyne ne quitta la vofre
que comblée de Prefens ; il ne
faut qu'entendre parler là- deffus
ceux qui s'y trouverent , auffi- bien
que tous les Sujets des Souverains
qui ont eu l'avantage de vous voir
dans leurs Eftats ,pour apprendre la
maniere de fe diftinguer en donnant.
L'Allemagne ne s'en tait
pass
EPISTRE.
pas ; l'Italie en parle ; Rome le
publie , & Venife fait retentir
vos loüanges fur un article fi dignes
d'une belle Ame , & qui marque
avec tant d'éclat le caractere d'un
Souverain. C'est par cet endroit,
par vos manieres galantes , & par
vos Troupes , qui ont tant cueilly de
Lauriers cette Campagne avec l'Armée
Venitienne , que vous regnez
dans les coeurs des Sujets de cette
puiffante Republique , comme dans
ceux des voftres mefmes. Quels
Spectacles n'y avez - vous point donnez
? Quels applaudiffemens
n'y
avez - vous point reccns , & avec
quelle ardeur n'y eftes vous point
fouhaité , puis qu'avec l'allegreffe
que vostre galanterie & vos Feftes
y répandent , vos liberalite font
ques ces Peuples n'oublieront jamais
V. A. S. Toutes ces Feftes, tous
-
ces
EPISTRE.
ne
ces Spectacles aufquels un Souve
rain femble eftre obligé pour fou
tenir la gloire de fon rang ,
vous ont point détourné des foins
que vous devez à la conduite de
vos Eftats , & n'ont point empef
ché que vous n'ayez toûjours en
de bonnes Troupes & bien difciplinées.
Je n'entre point dans le
détail de ce que vous avez souvent
fait à leur tefte , & je diray fenlement
que depuis ce temps-là vous
en avez eu en Hongrie qui ont eu
part aux defaites des Ennemis de
la Chreftienté , & que cette année
voftre Sang s'eft partagé pour combattre
ces mefmes Ennemis. Deux
Princes qui tiennent de Vous le
Sang glorieux qui les anime . &
qui les pouffe à chercher la gloire
par tout où on peut la trouver ,
ont combattu , l'un à la tefte des
Cui
EPISTR E.
Cuiraffters de l'Empereur , qu'il
commande , & l'autre avec les Troupes
de Voftre Alteffe Sereniffime
qui font employées dans l'Armée
Venitienne. Je devrois icy, MONSEIGNEUR
parler de voftre Perfonne
, & de cet air grand &
noble qui n'attire pas moins les regards
de tous ceux qui voyent Voftre
Alteffe Sereniffime , que le
rang que vous tenez entre les Souverains.
Je devrois auffi faire une
peinture de vostre Efprit , afin
de vous montrer tout entier aux
Peuples des Nations qui ne peuvent
vous connoistre que par ce
qu'ils entendent dire de Voftre Alteffe
Sereniffime. Mais , MO NSEIGNEUR
il feroit inutile
d'en parler aprés ce que je viens de
dire de Vous , puis qu'il eft impoffable
qu'on ne foit perfuadé qu'un
a v
EPISTRE.
Prince fi galant , fi magnifique
& fi plein de coeur , n'ait pas toutes
les qualite du corps & de l'aqu'on
peut fouhaitter dans me
ر
un Souverain accomply. Tout ce
qui vous touche de plus prés,Mon-
SEIGNEUR , & mefme tout ce qui
vous appartient , jouit des mefmes
dons de la Nature . La France a
reconnu ces veritez lors que voftre
augufte Efpoufe , & la Princeffe
voftre Fille ont brillé à la Cour
de Louis LE GRAND ,
puis qu'elles y ont efté fi eftimées
par tous les endroits qui peuvent
faire meriter au beau Sexe les
louanges d'une Cour difficile , &
de bon gouft , on ne fcauroit douter
qu'elles ne foient außi parfaites
qu'elles y ont paru. Je ne parleray
point ici de l'ancienneté de
voftre Augufte Maifon , il faudroit
fouil
EPISTR E.
fouiller trop avant dans les ficcles
les plus reculez pour penetrerjufques
à fa glorieufe fource , & puis
que les plus anciennesfont les plus
confiderables , & que celle de Voftre
Alteffe Sereniffime , eft generalement
reconnue pour eftre de ce.
nombre , ilfuffit ,fans que je m'étende
plus au long fur une chofe
fi connue , de la mettre au premier
rang des plus illuftres de la terre.
Je n'ouvriray point non plus les
Tombeaux de vos Anceftres , & ne
chercheray point leur Histoire pour
vous louer par ce qu'ils ont fait de
grand , puis que Voftre Alteffe Sereniffime
eft affe digne d'éloges
parce qu'Elle fait Elle - mefme.
Oy , MONSEIGNEUR , mille &
mille endroits de vostre vie porteront
la gloire de vostre nom jufqu'à
la pofterité la plus éloignée.
Vos
EPISTRE.
On ne
Vos Sujets ne font pas les feuls qui
vantent la douceur de voftre Regne
, & le bon choix que vous avez
fait des Miniftres qui gouvernent
fous vos ordres. Ils ne
publient pas feuls vos grandes qualitez
, mais les Etrangers mêlent
leurs voix à celles de ces Sujets
pleins d'amour & de zele.
fçauroit douter de ces veritez qui
vous font fi glorieufes , puis que
tant de Nations differentes en conviennent.
Auffi l'éloge que j'ay ofe
entreprendre, ne contient- il que des
faits , & non de ces paroles flatenfes
qu'on applique à tous ceux dont
la Vie ne fournit aucunes Actions
éclatantes qui meritent qu'on en
parle. QQuuooyy qquuee la reconnoiffance
m'ait engagé à dedier cet Ouvrage
à Voftre Alteffe Sereniffime,
j'ay au moins l'avantage qu'on ne
pren
EPISTR E.
prendra point pour flateries les éloges
que je viens de luy donner.
Je dois cette reconnoiſſance à l'eftime
que vous avez fait voirpour
le Mercure , en témoignant il y au
Sept ans que vous fouhaitiez que
j'euffe l'honneur de vous l'envoyer,
& à la bonté que vous avez euë
de vouloir bien le recevoir depuis
ce temps - là. J'ofe dire , MO NSEIGNEUR
, qu'il n'eftoit pas
indigne de vostre curiofité , puis
que vous y avez veu un nombre infini
des Actions toutes merveillenfes
de Louis LE GRAND,
& que vous y avez lû tout ce que
Vous avez fait de remarquable depuis
un affez grand nombre d'années.
Je ne vous dis rien du Livre
que je prends aujourd'huy la
liberté de vous offrir , puis que
Voftre Alteffe Sereniffime en va
juger
EPISTR E.
juger Elle - mefme. La matiere ,
MONSEIGNEUR , vous en doit
eftre d'autant plus agreable , qu'en
faifant voir les pertes que les Infidelles
viennent de faire, elle vous
fera fouvenir que vostre Sang a
beaucoup contribué à les humilier
en Hongrie,& dans la Morée. Ainfi
c'est beauconp que de vous prefenter
un Ouvrage dont le sujet doit
plaire à Voftre Alteffe Sereniffime,
& il ne me reste plus qu'à vous fupplier
de vouloir permettre que l'Autheur
fe dife avec un profond refpect
,
MONSEIGNEUR ,
De V. A. S.
Le tres- humble & tresobeïffant
ferviteur.
DEVIZE
ALTESSE SERENISSIME.
MONSEIGNEUR
ERNEST 3 AUGUSTE
Duc de Brunfvic- Lunebourg,
de Hanover,de Calemberg, de
Gottinghem , de Grubenha-
Prince d'Ofnabruc , &c.
gen,
ONSEIGNEUR,
Depuis onze années que je travaille
au Mercure , qu'on peut
a ij
EPISTRE.
"
nommer l'Abbregé de l'Hiftoire du
Monde, & dont j'ay déja fait prés
de deux cens Volumes avec quelque
forte d'approbation , puis que le
Public a fouffert que le nombre en
foit devenu fi grand , il y a peu
de Cours , & particulierement dans
l'Europe , dont je n'aye fait voir la
galanterie , la magnificence , & la
grandeur , & par confequent peu
de Souverains dont je n'aye décrit
les plus éclatantes Actions ; mais
comme tant d'augufte Perfonnes ne
font pas toujours également diftinguées
, & qu'il s'en trouve qui font
plus d'honneur à leur rang qu'ils
n'en reçoivent d'éclat , tout ce que
la Renommée a pris foin de m'apprendre
de Vous ,
MONSEIGNEUR
,
pour embellir mon Hiftoire , m'afait
connoiftre qu'un nombre infiny de
brillantes Actions ont fait meriter
EPISTRE.
à V. A.S. une des premieres places
entre les Souverains , qui à force de
vertus fe font élevez au deffus de
beur Naiffance. Qui peut mieux en
eſtre informé que moy ,
MONSEIGNEUR
, qui ayant pris foin de
m'en inftruire , en ay rendu à toute
la terre un compte exact & fidel
le ? J'ay marqué la joye de vos
Peuples lors que vous priftes poffef
fion des Eftats où un droit hereditaire
vous a appellé. Ils connoif-
·foient V. A. S. & le bonheur dont
ils devoient jouir , fous le Regne
glorieux & fortuné d'un-Souverain.
fi digne d'eftre leur Maiftre , &
Si parfaitement honnefte Homme
qualité plus rare & plus eftimée
que les Titres les plus faftueux que
puiffent donner la naissance & la
fortune. Il feroit difficile qu'on
puft porter la magnificence plus loin
a iij
EPISTRE.
que vous avez fait , lors que vous
avez receu chez vous des Souverains
avec leur Cour entiere . Auffi
je travaillay avec beaucoup de
plaifir à la defcription des galantes
& fuperbes Feftes que vous donnaftes
à la feue Reyne Douairiere
de Dannemark , Soeur de V. A. S.
lors que cette Princeſſe y fut regalée
de tous les Spectacles qu'un magnifique
& grand Prince peut donner.
Voftre Ame genereufe n'en
demeura pas-là , & la Cour de cette
auguste Reyne ne quitta la vofre
que comblée de Prefens ; il ne
faut qu'entendre parler là- deffus
ceux qui s'y trouverent , auffi- bien
que tous les Sujets des Souverains
qui ont eu l'avantage de vous voir
dans leurs Eftats ,pour apprendre la
maniere de fe diftinguer en donnant.
L'Allemagne ne s'en tait
pass
EPISTRE.
pas ; l'Italie en parle ; Rome le
publie , & Venife fait retentir
vos loüanges fur un article fi dignes
d'une belle Ame , & qui marque
avec tant d'éclat le caractere d'un
Souverain. C'est par cet endroit,
par vos manieres galantes , & par
vos Troupes , qui ont tant cueilly de
Lauriers cette Campagne avec l'Armée
Venitienne , que vous regnez
dans les coeurs des Sujets de cette
puiffante Republique , comme dans
ceux des voftres mefmes. Quels
Spectacles n'y avez - vous point donnez
? Quels applaudiffemens
n'y
avez - vous point reccns , & avec
quelle ardeur n'y eftes vous point
fouhaité , puis qu'avec l'allegreffe
que vostre galanterie & vos Feftes
y répandent , vos liberalite font
ques ces Peuples n'oublieront jamais
V. A. S. Toutes ces Feftes, tous
-
ces
EPISTRE.
ne
ces Spectacles aufquels un Souve
rain femble eftre obligé pour fou
tenir la gloire de fon rang ,
vous ont point détourné des foins
que vous devez à la conduite de
vos Eftats , & n'ont point empef
ché que vous n'ayez toûjours en
de bonnes Troupes & bien difciplinées.
Je n'entre point dans le
détail de ce que vous avez souvent
fait à leur tefte , & je diray fenlement
que depuis ce temps-là vous
en avez eu en Hongrie qui ont eu
part aux defaites des Ennemis de
la Chreftienté , & que cette année
voftre Sang s'eft partagé pour combattre
ces mefmes Ennemis. Deux
Princes qui tiennent de Vous le
Sang glorieux qui les anime . &
qui les pouffe à chercher la gloire
par tout où on peut la trouver ,
ont combattu , l'un à la tefte des
Cui
EPISTR E.
Cuiraffters de l'Empereur , qu'il
commande , & l'autre avec les Troupes
de Voftre Alteffe Sereniffime
qui font employées dans l'Armée
Venitienne. Je devrois icy, MONSEIGNEUR
parler de voftre Perfonne
, & de cet air grand &
noble qui n'attire pas moins les regards
de tous ceux qui voyent Voftre
Alteffe Sereniffime , que le
rang que vous tenez entre les Souverains.
Je devrois auffi faire une
peinture de vostre Efprit , afin
de vous montrer tout entier aux
Peuples des Nations qui ne peuvent
vous connoistre que par ce
qu'ils entendent dire de Voftre Alteffe
Sereniffime. Mais , MO NSEIGNEUR
il feroit inutile
d'en parler aprés ce que je viens de
dire de Vous , puis qu'il eft impoffable
qu'on ne foit perfuadé qu'un
a v
EPISTRE.
Prince fi galant , fi magnifique
& fi plein de coeur , n'ait pas toutes
les qualite du corps & de l'aqu'on
peut fouhaitter dans me
ر
un Souverain accomply. Tout ce
qui vous touche de plus prés,Mon-
SEIGNEUR , & mefme tout ce qui
vous appartient , jouit des mefmes
dons de la Nature . La France a
reconnu ces veritez lors que voftre
augufte Efpoufe , & la Princeffe
voftre Fille ont brillé à la Cour
de Louis LE GRAND ,
puis qu'elles y ont efté fi eftimées
par tous les endroits qui peuvent
faire meriter au beau Sexe les
louanges d'une Cour difficile , &
de bon gouft , on ne fcauroit douter
qu'elles ne foient außi parfaites
qu'elles y ont paru. Je ne parleray
point ici de l'ancienneté de
voftre Augufte Maifon , il faudroit
fouil
EPISTR E.
fouiller trop avant dans les ficcles
les plus reculez pour penetrerjufques
à fa glorieufe fource , & puis
que les plus anciennesfont les plus
confiderables , & que celle de Voftre
Alteffe Sereniffime , eft generalement
reconnue pour eftre de ce.
nombre , ilfuffit ,fans que je m'étende
plus au long fur une chofe
fi connue , de la mettre au premier
rang des plus illuftres de la terre.
Je n'ouvriray point non plus les
Tombeaux de vos Anceftres , & ne
chercheray point leur Histoire pour
vous louer par ce qu'ils ont fait de
grand , puis que Voftre Alteffe Sereniffime
eft affe digne d'éloges
parce qu'Elle fait Elle - mefme.
Oy , MONSEIGNEUR , mille &
mille endroits de vostre vie porteront
la gloire de vostre nom jufqu'à
la pofterité la plus éloignée.
Vos
EPISTRE.
On ne
Vos Sujets ne font pas les feuls qui
vantent la douceur de voftre Regne
, & le bon choix que vous avez
fait des Miniftres qui gouvernent
fous vos ordres. Ils ne
publient pas feuls vos grandes qualitez
, mais les Etrangers mêlent
leurs voix à celles de ces Sujets
pleins d'amour & de zele.
fçauroit douter de ces veritez qui
vous font fi glorieufes , puis que
tant de Nations differentes en conviennent.
Auffi l'éloge que j'ay ofe
entreprendre, ne contient- il que des
faits , & non de ces paroles flatenfes
qu'on applique à tous ceux dont
la Vie ne fournit aucunes Actions
éclatantes qui meritent qu'on en
parle. QQuuooyy qquuee la reconnoiffance
m'ait engagé à dedier cet Ouvrage
à Voftre Alteffe Sereniffime,
j'ay au moins l'avantage qu'on ne
pren
EPISTR E.
prendra point pour flateries les éloges
que je viens de luy donner.
Je dois cette reconnoiſſance à l'eftime
que vous avez fait voirpour
le Mercure , en témoignant il y au
Sept ans que vous fouhaitiez que
j'euffe l'honneur de vous l'envoyer,
& à la bonté que vous avez euë
de vouloir bien le recevoir depuis
ce temps - là. J'ofe dire , MO NSEIGNEUR
, qu'il n'eftoit pas
indigne de vostre curiofité , puis
que vous y avez veu un nombre infini
des Actions toutes merveillenfes
de Louis LE GRAND,
& que vous y avez lû tout ce que
Vous avez fait de remarquable depuis
un affez grand nombre d'années.
Je ne vous dis rien du Livre
que je prends aujourd'huy la
liberté de vous offrir , puis que
Voftre Alteffe Sereniffime en va
juger
EPISTR E.
juger Elle - mefme. La matiere ,
MONSEIGNEUR , vous en doit
eftre d'autant plus agreable , qu'en
faifant voir les pertes que les Infidelles
viennent de faire, elle vous
fera fouvenir que vostre Sang a
beaucoup contribué à les humilier
en Hongrie,& dans la Morée. Ainfi
c'est beauconp que de vous prefenter
un Ouvrage dont le sujet doit
plaire à Voftre Alteffe Sereniffime,
& il ne me reste plus qu'à vous fupplier
de vouloir permettre que l'Autheur
fe dife avec un profond refpect
,
MONSEIGNEUR ,
De V. A. S.
Le tres- humble & tresobeïffant
ferviteur.
DEVIZE
Fermer
Résumé : A SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR ERNEST-AUGUSTE Duc de Brunsvic-Lunebourg, de Hanover, de Calemberg, de Gottinghem, de Grubenhagen, Prince d'Osnabruc, &c.
L'épître est adressée à Ernest-Auguste, Duc de Brunswick-Lunebourg, de Hanovre, de Calenberg, de Göttingen, de Grubenhagen, et Prince d'Osnabrück. L'auteur, collaborateur du Mercure, un abrégé de l'histoire du monde, exprime son admiration pour les nombreuses actions brillantes du Duc. Il met en avant les fêtes somptueuses organisées en l'honneur de la reine douairière de Danemark, soulignant la générosité du Duc envers les souverains et leurs cours. L'auteur mentionne également les exploits militaires du Duc aux côtés des armées vénitiennes. La magnificence et la galanterie du Duc sont soulignées, ainsi que son sens du devoir envers ses sujets. La famille du Duc, notamment son épouse et sa fille, est également louée pour leurs qualités à la cour de Louis XIV. L'épître se conclut par une expression de gratitude pour le soutien du Duc au Mercure et par l'offrande d'un ouvrage traitant des victoires contre les infidèles, auxquelles le Duc a contribué.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
90
p. 136-185
Arras [titre d'après la table]
Début :
Le 19. ils disnerent à Sarbret, & ce qu'il y a de surprenant, [...]
Mots clefs :
Arras, Ville, Roi, Ambassadeurs, Comté, France, Dames, Ambassadeur, L'Arbret, Aix-Noulette, Temps, Église cathédrale, Place, Officiers, Actions, Armes, Magnificence, Fortifications, Régiment, Villeneuve, Gloire, Guerre, Prince, Citadelle, Mains, Lieutenant, Honneurs, Capitaine, Monarque, Merveilles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arras [titre d'après la table]
Le 19. ils difnerent à Sarbret
, & ce qu'il y a de furprenant
, c'eſt qu'encore qu'il
n'y euſt en cet endroit qu'une
ſeule maiſon , deſtinée ſeulement
pour la Poſte , & dans
laquelle il n'y a que des chevaux
, les Ambaſſadeurs y
furent ſervis avec la meſme
magnificence qu'à Paris , ce
qur
qui dans un petit lieu , où
l'on ne peut rien trouver
ſembla tenir de l'enchante-
2
des Amb. de Siam. 137
ment. Les Services paroiffoient
preſque auffi grands que la
Maiſon , ce qui fit dire au
premier Ambaſſadeur que tout
contribuoit à faire voir la magnificence
du Roy. Ils partirent
enfuite pour Arras , Capitale
de l'Artois fur la riviere de
Scarpe. C'eſt une Ville dont
les Fortifications font tresregulieres.
Elle est fort ancienne
, & eftoit la premiere
du Comté de Flandre, quand
Charles leChauvé ladonna en
dotàJudith ſa fille , que Baudoüin
ditBras de fer,Comte de
Flandre épouſa en 863. Elle fut
M
138 III. P. dùVoyage
réunie à la France avec tout
l'Artois en 1180. par le mariage
de Philippe Augufte , avec
Iſabelle de Hainaut , Fille de
Baudoüin V. Le Chapitre de
l'Eglife Cathedrale de Nôtre-
Dame eſt compoſé de 40.
Chanoines , & de 52. Chapelains.
L'Evêque d'Arras eft
Suffragant de Cambray. Il y
a encore d'autres belles Eglifes
, la celebre Abaye de S.
Vaft , & unCollege de Jefuites.
Cette Ville fut livrée à
Maximilien I. en 1493. & enfin
ſoûmiſe aux François en
1640.
des Amb. de Siam. 139.
Les Ambaſſadeurs arriverent
fur les trois heures àune
demie licuë de cette Place . La
Cavalerie qui estoit allée au
devant d'eux , lesy attendoit.
Elle estoit compofée de douze
Compagnies du Regiment
de Conigſmark de 40.Maîtres
chacune. M' Mullor premier
Major du Regiment les commandoit.
Lorſque les Ambaffadeurs
approcherent , il les
fit ſaluer de l'épée par toute
cette Cavalerie , qui preceda
enfuite leur Caroffe. Ils trouverent
à la Bariere de la Contreſcarpe
, Male Comte de
Mij
140 III . P. du Voyage
1
Villeneuve Lieutenant de
Roy d'Aras , & qui commande
en l'abſence deM leComte
de Nancré qui en eſtGouverneur.
Il eſtoit accompagné
de tous les Officiers Majors. Il
leur témoigna la joye qu'il
avoit de pouvoir leur rendre
tous les honneurs que Sa Majeſté
luy avoit ordonné de
leur faire. Ils répondirent à ce
compliment de la maniere la
plus honneſte , & qui pouvoit
mieux marquer leur reconnoiſſance
Ils entrerent enfuite
dans la Ville au bruit
du Canon, & au travers d'une
des Amb. de Siam , 14
double haye d'Infanterie.Elle
eſtoit compoſée du Regiment
de Phiffer , qui avoit la droite,
& de 4 Compagnies du Regiment
de Stoup le jeune ,
qui estoit à gauche , à la tête
deſquelles eſtoit M. Lifler Capitaine
du Regiment. Les
Ambaſſadeurs faluerent toutes
les Dames qui estoient aux
feneftres pour les voir paffer.
Toute l'Infanterie les ſalua
de la pique. Pendant cetems
le carillon de la Ville ſe faifoit
entendre , & l'on fonna
une Cloche appellée Ioyeuse ,
parce qu'on ne la ſonne ja
142 III. P. du Voyage
mais que pour des ſujets de
réjoüiſlance. Quand la tête
de la Cavalerie eût atteint la
queuë de la Garde , à la teſte
de laquelle estoit M Courteft
Capitaine de Phiffer , elle
s'ouvrit , & forma deux hayes
pour laiſſer paffer leurs Caroffes
. M le Comte de Villeneuve
les reçut à la porte de
leur logis , & les conduifit
dans leur chambre , où il
entra feul avec M Torf , &
les Officiers Majors. On lia
converfation en attendant
Mrs les Magiſtrats. Les Ambaſſadeurs
ſe ſervirent de ce
desAmb. de Siam. 143
temps pour demander combien
il y avoit de feux &
d'Habitans dans Arras , & de
quelle grandeur eſtoit la Ville,
dont ils marquerent ſouhaiter
le Plan. Le Pere Recteur
des Jefuites vint pendant ce
temps- là , & leur témoigna ſa
reconnoiſſance que toute la
Compagnie avoit du bon
accüeil que le Roy de Siam
faiſoit aux Jeſuites dans fon
Royaume. L'Ambaſſadeur
luy répondit que le Roy fon
Maître les estimoit beaucoup ,
qu'ils n'en pouvoiët douter, puis
qu'il en demandoit encore. Mrs
144 III. P. du Voyage
du Magiſtrat eftant enſuite
arrivez , les Ambaſſadeurs ſe
leverent de leurs fauteüils , &
apres qu'ils les eurent ſaluez
à leur maniere pour repondre
à leur falut , Mª Palifor
d'Incourt Confeiller de Ville ,
& Deputé General & ordinaire
des Etats d'Artois pour
te tiers Etat , leur parla de cetle
forte .
MESSEIGNEVRS,
Cette Ville d' Arras a toûjours esté
Si jalouſe d'exécuter les ordres du
Roy , qu'elle les a toûjours receus
avec autant d'empreffement que de
Soumiffion. Ceux que Sa Majesté
nous
des Amb.de Siam. 145
nous donne aujourd'huy de vous
honorer avec une distinction toute
finguliere, font fi precis &fi pofitifs
, que nous avons juſte ſujet de
craindre que nos efforts ne soient
auſſi vains là deſſus, que nos volontezfont
finceres & toutes remplies
de ce zéle qui a toûjours fait toute
l'ame&tout l'esprit de nostre obéiffance.
En effet, Meſſeigneurs , ce
grand Roy ne pouvoit pas publier
avec plus d'éclat l'estime qu'il fait
de vostre Monarque & de vos Per-
Sonnes, qui charmez de la gloire
qu'il s'est acquiſe dans les expeditions
de la Guerre , &de laſageſſe
de ſa conduite dans la Paix, avez
bien voulu traverſer tant de mers
&fuivre, pour ainsi dire, le cours
du Soleil , pour voir un Prince quż
par la rapidité defes Victoires Sçait
N
146 III. P. du Voyage
le mieux imiter le mouvement de
ce bel Astre , qu'il prend pour fa
Deviſe. Vous reſſemblez en cela à
l'excellente Princeffe Nicaulis Reine
d'Egypte & d'Ethiopie, laquelle
ayant entendu parler de la vertu &
de la sagesse de Salomon, defira de
voir de ses propres yeux ,fi ce que
la Renommée publivit de luy estoit
veritable ; elle ne craignit point
pour cet effet d'entreprendre un long
voyage ; & aprés avoir esté remplie
d'étonnement de voir dans ce Prince
une capacitéfi extraordinaire, &
tant de merveilles dansfon Royau
me , elle ne pût s'empêcher de s'écrier,
Probavi quod media pars
mihi nuntiata non fuerit , major
eft fapientia tua & opera tua ,
quam rumor quem audivi. Ainsi,
Meßeigneurs , nous ne doutons pas
3
1
des Amb. de Siam. 147
qu'aprés que vous aurez admiré
l'esprit de Loüis le Grand , qui est
le Salomon de nostre fiecle, dans la
grandeur & la magnificence deſes
Bâtimens , dans l'oeconomie de sa
Maison, dans le bel ordre de fes
Troupes nombreuſes tant sur mer
quesur terre , dans le nombre infiny
deſesſurprenantes Conquestes , dans
la regularité des Fortifications de
fes Places, & en un mot, dans tout
le reste deſa conduite, vous ne rapportiezfidellement
à voſtre Souverain
Seigneur , que le bonheur de
nostre augusteMonarquefurpaſſede
beaucoup tout ce que vous vous en
estiezimaginé, &qu'il faut l'avoir
vû pour le pouvoir croire. Au reſte,
Meſſeigneurs , nous ne pouvons
mieux répondre aux commandemens
de Sa Majesté , qu'en vous
Nij
148 III . P. du Voyage
Suppliant trés-humblement de nous
honorer des vostres , & d'agréer ces
petits Prefens que nous vous apportons
pour marque qu'il n'y a rien
dans la Ville qui ne foit entierement
à voſtre diſpoſition , & que
nous sommes avec tout le respect
dont nous sommes capables,
MESSEIGNEVRS,
Vos tres humbles &
tres- obéïffans Serviteurs ,
Les Mayeur & Eſchevins
de la Ville d'Arras ..
1
L'Ambaſſadeur répondit,
Que le Roy fon Maistre estoit
un grand Monarque , qui ayant
entendu parler de la grandeur
desAmb de Siam. 149
du Roy de France , defes Conquestes,
&deſes manieres toutes
genereuſes , avoit envoyé il y a
quelques années des Ambaſſadeurs
pour luy demander fon
amitié ; mais que ces Ambaſſadeurs
ayant vray-femblablement
pery, puiſqu'on n'en avoit point
entendu parler, Sa Majesté Siamoiſe
impatiente de voirfon defir
accomply, les avoit de nouveau
envoyezenFrance, non pour aucun
interest ny pour traiterd'affaires
, puisque l'on doit estre
affez perfuadé que ces deux
grands Rois n'en ont point à
démefler enſemble ; mais uni-
Niij
150 III . P. du Voyage
quement pour l'honorer & pour
luy marquer avec quel empreffement
le Roy de Siam recherche
fon amitié. Ils adjoûterent,
qu'ils avoient beaucoup d'obligation
au Roy de la reception
qu'il avoit ordonné qu'on leur
fift dans toutes les Villes où ils
avoient paßé , & qu'ils remer
cioient en particulierMrs d'Arras
, de l'honneur & des Prefens
qu'ils leur faisoient. Cette réponſe
fit connoiſtre qu'ils
avoient compris le ſens de la
Harangue, puiſque l'Hiſtoire
nous apprend que la Reine de
Saba n'eſtoit venuë voir Sa-
1
des Amb. de Siam. 151
lomon que pouffée du defir
de reconnoiſtre en luy toutes
les merveilles que la Renommée
en publioit, & non pour
traiter avec luy d'aucunes
affaires . M de Ville eftant
fortis , M le Comte de Villeneuve
leur demanda l'ordre
, & ils donnerent pour
mot , qui m'attaque fe pert. Il
eſt à propos de marquer icy
une choſe qui vous fera connoiſtre
les raiſons qu'ils ont
cuës de donner par tout les
mots qui ont eſte ſi approuvez
, & qui leur ont fait meriter
tant de loüanges. En
Niiij
152 III. P. du Voyage
approchant de chaque Ville,
ils s'informoient de l'hiſtoire
de la Ville où ils alloient , de
l'état de la Place , des Sieges
qu'elle avoit ſoûtenus, & du
merite , de la qualité & des
actions du Gouverneur ; & de
toutes ces chofes , ainſi que
de ce qui leur arrivoit , &
de ce qu'ils voyoient dans la
Place, ils formoient les mots
que pour leur faire plus
d'honneur & marquer plus
de déference , les Commandans
leur demandoient. C'eſt
pourquoy ils donnerent celuy
de qui m'attaque se pert,
des Amb. de Siam. 153
ayant appris que de nombreuſes
Armées remplies de
Troupes de differentes Na--
tions,&commandées par des
Chefs d'une grande experience
, & d'une haute reputation
, avoient eſté contraints
de lever le Siege de devant
Arras. Le concours du peuple
fut grand pour les voir
ſouper ; mais comme ils auroient
eſté trop incommodez
, on ne laiſſa entrer que
les premieres perſonnes de la
Ville , & les principales Dames,
auſquelles ils firent tout
le bon accüeil imaginable.
154 III . P. du Voyage
Ils donnerent à la plus confiderable
ce que leur Deffert
avoit de plus beau , pour le
diftribuer aux autres ; ce
qu'ils ont fait fort ſouvent
en de pareilles occaſions .
Ils ne fortirent point le
lendemain matin , mais ils
reçûrent les viſites de M. le
Comte de Villeneuve Lieutenant
de Roy , de M² Bifſetz
Major de la Place , des
principaux Officiers de la
Garnifon , & de quelques
Mrs du Confeil. La plupart
de la Nobleſſe des environs
d'Arras vint auſſi les falier.i
des Amb. de Siam. iss
Onleur propoſa de leur faire
entendre l'aprés- dînée ce qui
fut chanté à Sceaux devant
le Roy , lorſque Sa Majefté
fit l'honneur àMª de Seignelay
d'aller voir cette belle
Maiſon , à quoy ils confentirent.
On ne laiſſa entrer
que les Dames pour les voir
dîner. Sur les deux heures
Me le Comte de Villeneuve
les vint prendre dans quatre
Carroffes , pour les mener à
la Citadelle , où Mª de la
Pleigniere qui en eſt Gouverneur
, les fit recevoir au
bruit du Canon. Ils paffer
156 III. P. du Voyage
rent au travers de deux hayes
d'Infanterie , & les Officiers
les falüerent de la Pique. II
leur fit voir les Fortifications
de la Place ; ils les examinerent
toutes , & demanderent
le nom de chaque piece. Ils
virent auſſi faire l'Exercice à
un Bataillon de Picardie qui
eftoit ſous les Armes , à quoy
ils prirent beaucoup de plaifir
. On leur fit voir enſuite
l'Arcenal , & tout ce qu'il y
a de remarquable dans cette
Citadelle ; aprés quoy on leur
fervit une magnifiqueCollation
, où l'on bût de quandesAnb.
de Siam. 157
zité de differentes Liqueurs.
Les Dames les plus diftinguées
de la Ville s'eſtoient
renduës dans la Citadelle ,
pour les voir plus commodément.
Ils les regalerent
de Confitures , & trouverent
qu'Arras ne manquoit pas de
beautez . La Santé du Roy
ne fut pas oubliée , & quelques
Dames la bûrent auffi.
Cette Affemblée n'eſtoitcompoſée
que de Gens de marque
, puiſqu'outre les Dames
il n'y avoit d'Hommes que
les Officiers de la Garniſon,
tant de la Ville , que de
158 IHI. P. du Voyage
la Citadelle . L'Ambaſſadeur
ayant apperçu un Plan qui
eſtoit attaché à la Tapiſſerie,
demanda quel Plan c'eſtoit.
On luy répondit , que s'eftoit
celuy de la Citadelle ; &
il le demanda à Mª de la
Pleigniere, qui le luy donna.
Comme ils avoient encore
beaucoup de choſes à
voir pendant le reſte de l'aprés-
dînée , ils ſortirent aufſi
- tôt que la Collation fut
finie , aprés avoir remercié
Mª de la Pleigniere en termes
fort obligeans, & le Canonſe
fit entendre à leur for
des Amb . de Siam. 159
tie de la même maniere qu'il
avoit fait lorſqu'ils eftoient
entrez. Ils allerent de là à
F'Eglife Cathedrale , où tout
le Peuple eſtoit accouru en
foule ; ils furent reçûs au
grand Portail par tout leChapitre
en corps , ce qui marquoit
quelque choſe de venerable
& d'augufte. Il avoit
à ſa tête M. le Févre
Prevoſt , Chanoine & Theologal
de cette Cathedrale ,
que nous avons veu Aumônier
& Predicateur de la Reine.
Voicy en quels termes
it parla aux Ambaſſadeurs .
160 III. P. du Voyage
MESSEIGNEURS ,
Puisque Sa Majesté vous envoye
furfes Frontieres pour vous rendre
Spectateurs de ſes Conquestes , que
la Renommée a portées jusqu'au
bout du Monde , ce qui vous afait
traverſer tant de Mers pour venir
admirer ce Salomon de nôtre Siecle
, nous ofons vous afſeurer que
la Ville d'Arras est un des plus
beaux &un des plus anciens Fleurons
de sa Couronne , & qu'il n'a
point dans tous ſes Estats de Province
plus memorable que celle
d'Artois , puisqu'elle a toûjours esté
regardée comme l'oeil & la clefde
toute la Flandre. En effet , Cefar
même n'a point balancé de paſſer
les Alpes , & de faire voir l'Aigle
Romaine aux Portes de cette CapidesAmb.
de Siam. 161
tale , dont le Siege luy cousta si
cher, qu'il avoue dansſes Commentaires
, que dans toutes les autres
attaques il avoit combattu pour la
gloire , mais qu'il avoit dans cellecy
deffendu fa propre vie , tant il
avoit trouvé de courage & de reſiſtance
dans lesPeuples qui la deffendoient.
On en voit encore les
glorieux restes , dans ce fameux
Camp * qui nous environne , où
ce grand Capitaine fut obligé de
demeurer fort long-temps , ne pou
vant vaincre cette genereuse opiniaſtreté
des Artefiens , qui arresta
le cours de ſes Victoires , &qui luy
fit acheter fi cherement la gloire
qu'il en remporta.
Cette Comté fameuse ayant par la
viciffitude des Temps & la revo-
*Le Camp de Cefar prés de l'Abbaye d'Eſtrun
162 III . P. duVoyage
lution des Guerres changé deMaitre
, & passé des mains des Ro
mains , dans celles des François,نم
de Payenne estant devenue Chrétienne,
fut l'Appanage de nos Princes
du Sang. Le grand faint Louys
enfit un Present à Robertfon Frere
; luy laiſſant pour partage les
Fleurs-de-Lys fans nombre , * it
luy fit comprendre qu'il ne devoit
point donner de bornes àson courage
sous un si glorieux Eftendart.
C'est ce Robert d'Artois qui paffantfur
le ventre à tant d'Infideles,
dont il achevoit la deffaiteà la
Mazoure dans l'Egypte , en devint
enfin la Victime , se croyant trop
heureux de verſertoutsonfangpour
la querelle du Sauveur du Monde ,
dont il vouloit arracher le facré
* Qui font les Armes encore aujourd'huy de
cetteProvince,
des Amb. de Siam. 163
Sepulchre des mains des Ottomans,
àla pointe deson épée.
Maissi cette Ville d'Arras s'est
distinguéepar les actions heroïques
qui se sont paßées au pied deses
murailles, &parses Princes qui se
font transportez chez les Nations
tesplus reculées pourysignaler leur
valeur , elle n'est pas moins recommandable
par ce fameux Traité de
Paix d'Arras en 1435.qui mit fin
à tant de differens, &à unesifanglante
guerre qui s'estoit allumée
dans toute l'Europe , ou le Duc de
Bourgogne fut en perſonne avec la
Ducheffefon Epouse Infante de Por
tugal. Ce Traitéy attira tout ce qu'il
yavoit de gens plus confiderables &
plus nobles fur la terre , les Legats
du Pape Eugene IV. ceux du Concile
de Bafle,&de l'Anti-Pape Fe
O ij
164 III. P. du Voyage
lix. L'EmpereurSigismond, lesRois
de Caſtille, d'Arragon, de Navarre,
de Naple , de Sicile & de Chypre,
de Dannemark & de Pologne, yenu.
voyerent leurs Ambaſſadeurs , qui .
jaloux de la gloire de leurs Nations
, affectoient une magnificence
extraordinaire . Ceux de France &
d'Angleterre encherirentfur les au
tres par la pompe de leurs Equipages
, les Ducs de Bourbon & de
Vendofme, avec les Conneſtable &
Chancelier, les Marcſchaux deRieux.
& de la Fayette, Adam de Cambray
Premier President au Parlement de
Paris,tous accompagnez d'une infinité
de Nobleffe de la Nation, qui
par leur politeffe & leur lustre don
nerent une haute idée de la leur.
Ce fut dans cetteAſſemblée que le..
Roy de France &le Duc de BourdesAmb.
de Siam. 165
gogne jetterent les fondemens d'une
Paix fincere, dont les fuites ont
esté trés- avantageuses à toute l'Europe
, qui fut jurée folemnellement
dans cette Eglise Cathedrale.
Voilà, Meffſeigneurs , l'éclat que
ba Ville d'Arras a tiré de la Paix
comme de la Guerre ; & cette Capitale
ayant depuis tombé tantôt.
dans les mains de Lauys XI. tantôt
dans celles de l'Empereur Maximilien
, qui faisoient à l'envy
leurs efforts pout s'en rendre les
Maistres , elle fut ensuite la dépofitaire
des cendres des Heros les.
plus distinguez dans la Guerre ;
puisque le Duc de Parme &le Maréchal
de Gaffion fant ensevelis.
dans l'enceinte de ses murailles,
comme si c'estoit le deftin à cette
Ville martiale de garder les précieux.
166 III. P. du Voyage
reftes de la bravoure& de la ge
nerosité qui fut le partage de ces
deux grands Capitaines.
Enfin Louys le lufte fut le dernier
Prince qui s'en afſeura la conqueste
par ses Armes victorieuses .
Elle ne balança pas d'ouvrir fis
Portes à un Roy qui devoit finir
fes miferes auffi- tôt qu'elle deviendroit
sasujette ; &pour en écarter
àjamais la tempeste qui la me
naçoit , LOVIS LE GRAND
en a reculé si loin la Frontiere de
fes Estats , qu'elte en est aujour
d'huy le centre , au lieu qu'elle en
estoit autrefois l'extremité : fi bien
que comme le grand Pompée fe
vantoit d'avoir fait parsa victoire
de l'Asie mineure , le milieu de
l'Empire Romain , qu'elle bornoiz
auparavant ; auffi l'on peut dire
des Amb. de Siam. 167
que la fameuse Ville d'Arras doit
aux Armesde LOVIS LE GRAND
l'avantage d'estre aujour'dbuy le
coeur de la France , dont elle estoit
cy - devant la teste.
Mais il manquoit àfagloire d'avoir
pour témoins deses antiquitez,
deses Fortifications , &defes
fertiles Campagnes , les Peuples les
plus reculez , quipour admirer toutes
ces merveilles ont traversé
toute la distance qui ſeparele Gange
d'avec la Mer Occidentale ,
qui vivant dans des Climats où
le Soleil commence sa course , font
venus jusqu'à ceux où ce grand
Aftre la finit ; en forte que l'on
peut dire de chacun de vous, Mef-
Seigneurs, ce que nous liſons dans
LeRoyProphete, quand il nous veut
donner une idée de fon mouve168
III . P. du Voyage
ment : * Exultavit ut gigas ad
currendam viam à ſummo Cælo
egreffio ejus , & occurfus ejus,
uſque ad fummum ejus.
Heureuſe Province , d'avoir receu
des Ambassadeurs Estrangers,
également venerables par le Prince
qu'ils reprefentent , &par l'importance
de leur ministere , qui n'ont
point apprehendé de faire un Voyage
de fix mille lieües pour ſe ménager
une Alliance avec LOVIS
LE GRAND. Ils pourront apprendre
au Roy de Siam toutes les
chofes quise font paßées sous fon
Regne , les grandes & fameuses
Victoires qu'il a remportées , les
Provinces qu'il a conquiſes , les
Citadelles qu'il a fait élever au
milien des Eaux , les Marais qu'il
*Pfal.. 44
desAmb de Siam. 169
deſſechez, le fecret qu'il a trouvé
de faire une Digue à la Mer,
pour arreſter l'impetuosité de ses ondes
qui n'avoient point encore più
trouver d'obstacle à leur rapidité.
Sans doute , Meſſeigneurs , le Roy
de Siam furpris de tant de merveilles
, se fera de LOVIS LE
GRAND une idée bien au deſſus
de celle que sa reputation luy avoit
donnée. Vôtre Roy que vous nommez
chez vous le Seigneur des Seigneurs
, & la seule cause du bon
heur deses Peuples , fera bien aiſe
d'apprendre de vous que vom avez
trouvé les François pleins de refpect
& de foimiſſion pour leur
Prince. Puiſſi z vous l'affeurer qu'il
n'est pas moins l'exemple , que le
Souverain de fes Sujets , &qu'il les
gouverne encore plus parses vertus,
P
1
170 III. P. du Voyage
que parses Loix. Peut- estre qu'en
luy representant l'Architecture &م
la beauté de cette Cathedrale , ore
reposent les cendres de Monfieur le
Comte de Vermandois , qui marchant
fur les traces de fon auguste Pere ,
aujourd'huy le plus grand des Rois ,
commençoit à ſe ſignaler déja dans la
Guerre ( C'est le précieux dépost que
Sa Majesté nous a confié depuis trois
ans dans ce Temple , où les ceremonies
de l'Eglife Chrétienne se celebrent
avec tant d'exactitude, & qui
depuis plus de treize Siecles a toujours
efté deffervie par tant de Saints
Evêques par tant de Chanoines,
d'un merite fi diftingué ) Peut- estre,
dis - je , que par un miracle qui n'a
point encore paru dans nosjours , le
Ciclouvrira fon coeur , & le faisant
fortir avec ses sujets des tenebres
des Amb. de Siam. 171
qui les aveuglent , il luy donnera
l'envie d'imiter LOVIS LE
GRAND dans sa Religion , comme
dans sa Domination : fi bienque
faisant tous deux une Alliance de
picté , comme de commerce ilsferont
tous deux également heureux
dans ce Monde , &pourront ajous.
ter à la Couronne qu'ils poſſedent
déjafur la Terre , celle de l'Eternité.
,
CetteHarangue ayant eſté
interpretée , l'Ambaſſadeur
répondit , Voftre Harangue ,
Monfieur , roule fur deux chefs,
fur la gloire de Loüis XIV. &
fur le defir que vous avez ainſi
que Sa Majesté , de noftre con-
Pij
172 III. P. du Voyage
version. A l'égard du premier,
on ne peut estre mieux perfuadé
que nous leſommes, des grandes
actions de ce Monarque , dont
la reputation nous a fait venir
de fi loin. Nous ne doutons pas
non plus defa magnificence &
de fa grandeur, puisque nous en
avons fait une experience ſenſible
à ſa Cour &furfes Frontieres.
A l'égard du ſecond point
qui regarde nostre converſion à
la Foy Catholique Romaine, nous
avons des Evesques en noftre
Royaume , qui pourront nous en
inftruire. Il remercia enfuite
tout le Corps du Chapitre,
des Amb. de Siam. 173
de l'honneur qu'il leur faifoit
; aprés quoy ils regarderent
l'Egliſe tant par dehors
que par dedans. Ils entrerent
dans le Choeur , dont ils admirerent
l'Architecture , &
particulierement les petits pilliers
qui ſoûtiennent un auffi
grand Vaiſſeau. On les conduifit
vers la Tombe de M
le Comte de Vermandois , &
on leur dit , qu'il eſtoit grand
Admiral, legitimé de France, &
Frere de Madame la Princeffe de
Conty. L'on s'apperceut alors
qu'ils ſe mirent tous trois fur
ce Tombeau, qu'ils porterent
Piij
174 III . P. du Voyage
leurs mains à leurs yeux , &
qu'ils les frotterent ; & l'on
apprit que c'eſt une maniere
uſitée chez eux pour témoigner
leur deüil. Ils prirent
beaucoup de plaisir à entendre
les Orgues de cette Cathedrale
, qui font fort bonnes
; & fortirent de cette
Egliſe aprés avoir fait de
nouveaux remercîmens au
Prevoſt & aux Chanoines .
Apres cela ils allerent au
Magaſin d'Armes, qu'ils trouverent
en trés-bon état. C'eſt
l'effet des ſoins du Miniſtre
qui s'en meſle. Ils virent auffi
desAmb . de Siam , 175
la celebre Abbaye de Saint-
Vaaſt , & furent receus à la
Porte par le Grand Prieur ,
qui eſtoit à la teſte de fa
Communauté , & qui leur fit
un compliment affez court.
Il le finit en diſant , qu'ils les
recevoient avec tous les honneurs
qu'il eſtoit en leur pouvoir de
leurfaire, puiſque la haute eftime
que Sa Majesté faisoit du
Monarque qui les luy avoit envoyez,
&la confideration particuliere
qu'Elle avoit pour leurs
Excellences , estoit la régle du
profond respect avec lequel ils
ſe preſentoient à eux, en leur
Piiij
176 III. P. du Voyage
offrant très-humblement leMonastere
& tout ce qui en dépendoit.
Ils répondirent qu'ils eftoient
bien perfuadez que les
honneurs que ces Religieux leur
rendoient, estoient une continiation
des effets de la bonté du
Roy à leur égard , & que c'eftoit
à Sa Majesté à qui ils en
avoient toute l'obligation ; mais
qu'ils vouloient pourtant leur en
avoir aufſi. Enfuite ils les
remercierent de la maniere
honneſte dont ils en uſoient;
aprés quoy ils entrerent dans
l'Eglife , & s'arreſterent dans
la Nef pour en confiderer la
des Amb. de Siam. 177
ſtructure ; ce qu'ils firent fort
attentivement. Puis ils entrerent
au Choeur , & s'attacherent
à regarder la ſculpture
des Chaiſes, qui eſt trés-belle
&fort eſtimée . On leur montra
leTombeau du RoyThierry
de la premiere Race , & Fondateur
de ce Convent ; & on
leur dit qu'il ne s'en faloit que
8 années qu'il ne fuft mort ily
a mille ans. L'Ambaſſadeur
demanda comment il eſtoit poffible
qu'ily eust un Roy de France
enterré dans cette Abbaye depuis
fi longtemps , &qu'ily en
cust fi peu , que ce Pays ap
178 III. P. du Voyage
partenoit à la France , Arras
ayant esté pris par le feu Roy.
Le Grand Prieur leur expliqua
en peu de mots , comment
tout le Pays-bas eſtoit
une partie du Royaume de
France ; qu'il n'en avoit eſté
ſeparé que trés-peu de temps,
ſçavoir depuis l'an 1525. jufques
en l'an 1640. & qu'à
l'exception de ce temps-là,
les Rois de France en avoient
toûjours eſté reconnus pour
legitimes Souverains . On les
mena au fortir de l'Eglife ,
dans les Cloiftres, & dans un
Refectoire. De là ils repaffe
des Amb. de Siam. 179
rent par l'Eglife , & eftant à
la porte , l'Ambaſſadeur fit
tout ce qu'il pût pour empeſcher
le Grand Prieur de le
conduire juſqu'à fon carroffe
; mais il crut eſtre obligé
de l'y voir monter. Je ne
vous parleray point des complimens
de remercîment que
firent les Ambaſſadeurs , & je
les retrancheray meſme en
beaucoup d'endroits, puiſque
leur civilité eſt aſſez connuë
pour ne pas douter qu'ils n'en
ayent donné des marques à
toutes les perſonnes qui ont
pris la peine de leur montrer
quelque choſe.
180 III. P. du Voyage
Au fortir de l'Abbaye de
Saint Vaaft , ils allerent au
Concert dont on leur avoit
parlé le matin , & dont Madame
de Préfontaine, femme
du Prefident du Confeil d'Artois
, faifoit les honneurs
Elle les reçût accompagnée
des principales Dames de la
Ville. Les Muficiens estoient
dans une fort grande Salle,
dans laquelle il ſe trouva une
grande affluence de monde,
quelque ordre qu'on cût apporté
pour empêcher la foule.
Ils furent fort fatisfaits
de ce Concert , & le témoides
Amb . de Siam. 181
gnerent à Madame de Préfontaine
, en luy faiſant leurs
remerciemens . Ils retournerent
enſuite chez eux , où ils
trouverent leur Garde ſous
les Armes ; car on avoit mis
à la porte de leur Logement
une Compagnie Suiſſe , avec
un Capitaine & un Lieutenant.
Elle fortoit du Corps
de garde pour ſe mettre en
hayequand les Ambaſſadeurs
devoient fortir , & battoit
lorſqu'ils fortoient & qu'ils
rentroient. Aufli - tôt qu'ils
furent arrivez chez eux , Mr
Biſſetz leur porta le Plan de
182 III. P.du Voyage
la Ville que le premier Am
baffadeur luy avoit deman-
-dé , & qu'il examina d'une
maniere qui marquoit qu'il
commençoit à devenir ſçavant
dans nos Fortifications .
Ce même Major leur demanda
le mot , & ils donnerent
Actions éclatantes , par
rapport à ce ce qu'on leur
avoit dit, qu'aux deux Sieges
d'Arras il y avoit eu beaucoup
d'actions remarquables,
& particulierement au ſecond
, où les Afliegeans avoient
ſouvent eſté repouffez.
On leur avoit même
4
des Amb. de Siam. 183
montré les endroits où les
actions de vigueur s'eftoient
-faites . Le premier Ambaffadeur
demanda à M Biffetz
, s'il estoit François ; &
comme on luy eut répondu ,
que oüy , &qu'il estoit Major
de la Place , il luy dit , qu'en
fon Pays on avoit la barbe &
les cheveux comme luy. M
Biſſetz luy répondit , que s'il
n'eſtoit point François , il voudroit
estre Siamois . Comme
il y avoit beaucoup de Dames
à Arras qui n'avoient
encore pû les voir , il s'en
trouva beaucoup ce foir-là à
r
184 III. P.du Voyage
leur ſoûpé , où tout ſe paſſa
à lordinaire .
Le lendemain 21. M le
Lieutenant de Roy & Ms les
Officiers Majors , ſe rendirent
à leur lever ; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez
avec des expreffions
pleines de reconnoiffance ,
monterent en Carroſſe à huit
heures préciſes du matin ; &
toutes les Troupes eſtant
fous les Armes comme à leur
arrivée , ils fortirent au bruit
du Canon & du Carillon de
la Ville. Mes du Magiſtrat
le firent joüer trois fois le
desAmb. de Siam. 185
jour pendant tout le temps
que ces Ambaſſadeurs féjournerent
à Arras , ſçavoir une
heure au matin , une hcure à
midy , & une heure. le ſoir,
ainſi qu'à leur entrée & à leur
fortie . Ils allerent ce jour-là
21. dîner à Aiffe , qui eſt un
petit Village entre Arras &
Bethune.
, & ce qu'il y a de furprenant
, c'eſt qu'encore qu'il
n'y euſt en cet endroit qu'une
ſeule maiſon , deſtinée ſeulement
pour la Poſte , & dans
laquelle il n'y a que des chevaux
, les Ambaſſadeurs y
furent ſervis avec la meſme
magnificence qu'à Paris , ce
qur
qui dans un petit lieu , où
l'on ne peut rien trouver
ſembla tenir de l'enchante-
2
des Amb. de Siam. 137
ment. Les Services paroiffoient
preſque auffi grands que la
Maiſon , ce qui fit dire au
premier Ambaſſadeur que tout
contribuoit à faire voir la magnificence
du Roy. Ils partirent
enfuite pour Arras , Capitale
de l'Artois fur la riviere de
Scarpe. C'eſt une Ville dont
les Fortifications font tresregulieres.
Elle est fort ancienne
, & eftoit la premiere
du Comté de Flandre, quand
Charles leChauvé ladonna en
dotàJudith ſa fille , que Baudoüin
ditBras de fer,Comte de
Flandre épouſa en 863. Elle fut
M
138 III. P. dùVoyage
réunie à la France avec tout
l'Artois en 1180. par le mariage
de Philippe Augufte , avec
Iſabelle de Hainaut , Fille de
Baudoüin V. Le Chapitre de
l'Eglife Cathedrale de Nôtre-
Dame eſt compoſé de 40.
Chanoines , & de 52. Chapelains.
L'Evêque d'Arras eft
Suffragant de Cambray. Il y
a encore d'autres belles Eglifes
, la celebre Abaye de S.
Vaft , & unCollege de Jefuites.
Cette Ville fut livrée à
Maximilien I. en 1493. & enfin
ſoûmiſe aux François en
1640.
des Amb. de Siam. 139.
Les Ambaſſadeurs arriverent
fur les trois heures àune
demie licuë de cette Place . La
Cavalerie qui estoit allée au
devant d'eux , lesy attendoit.
Elle estoit compofée de douze
Compagnies du Regiment
de Conigſmark de 40.Maîtres
chacune. M' Mullor premier
Major du Regiment les commandoit.
Lorſque les Ambaffadeurs
approcherent , il les
fit ſaluer de l'épée par toute
cette Cavalerie , qui preceda
enfuite leur Caroffe. Ils trouverent
à la Bariere de la Contreſcarpe
, Male Comte de
Mij
140 III . P. du Voyage
1
Villeneuve Lieutenant de
Roy d'Aras , & qui commande
en l'abſence deM leComte
de Nancré qui en eſtGouverneur.
Il eſtoit accompagné
de tous les Officiers Majors. Il
leur témoigna la joye qu'il
avoit de pouvoir leur rendre
tous les honneurs que Sa Majeſté
luy avoit ordonné de
leur faire. Ils répondirent à ce
compliment de la maniere la
plus honneſte , & qui pouvoit
mieux marquer leur reconnoiſſance
Ils entrerent enfuite
dans la Ville au bruit
du Canon, & au travers d'une
des Amb. de Siam , 14
double haye d'Infanterie.Elle
eſtoit compoſée du Regiment
de Phiffer , qui avoit la droite,
& de 4 Compagnies du Regiment
de Stoup le jeune ,
qui estoit à gauche , à la tête
deſquelles eſtoit M. Lifler Capitaine
du Regiment. Les
Ambaſſadeurs faluerent toutes
les Dames qui estoient aux
feneftres pour les voir paffer.
Toute l'Infanterie les ſalua
de la pique. Pendant cetems
le carillon de la Ville ſe faifoit
entendre , & l'on fonna
une Cloche appellée Ioyeuse ,
parce qu'on ne la ſonne ja
142 III. P. du Voyage
mais que pour des ſujets de
réjoüiſlance. Quand la tête
de la Cavalerie eût atteint la
queuë de la Garde , à la teſte
de laquelle estoit M Courteft
Capitaine de Phiffer , elle
s'ouvrit , & forma deux hayes
pour laiſſer paffer leurs Caroffes
. M le Comte de Villeneuve
les reçut à la porte de
leur logis , & les conduifit
dans leur chambre , où il
entra feul avec M Torf , &
les Officiers Majors. On lia
converfation en attendant
Mrs les Magiſtrats. Les Ambaſſadeurs
ſe ſervirent de ce
desAmb. de Siam. 143
temps pour demander combien
il y avoit de feux &
d'Habitans dans Arras , & de
quelle grandeur eſtoit la Ville,
dont ils marquerent ſouhaiter
le Plan. Le Pere Recteur
des Jefuites vint pendant ce
temps- là , & leur témoigna ſa
reconnoiſſance que toute la
Compagnie avoit du bon
accüeil que le Roy de Siam
faiſoit aux Jeſuites dans fon
Royaume. L'Ambaſſadeur
luy répondit que le Roy fon
Maître les estimoit beaucoup ,
qu'ils n'en pouvoiët douter, puis
qu'il en demandoit encore. Mrs
144 III. P. du Voyage
du Magiſtrat eftant enſuite
arrivez , les Ambaſſadeurs ſe
leverent de leurs fauteüils , &
apres qu'ils les eurent ſaluez
à leur maniere pour repondre
à leur falut , Mª Palifor
d'Incourt Confeiller de Ville ,
& Deputé General & ordinaire
des Etats d'Artois pour
te tiers Etat , leur parla de cetle
forte .
MESSEIGNEVRS,
Cette Ville d' Arras a toûjours esté
Si jalouſe d'exécuter les ordres du
Roy , qu'elle les a toûjours receus
avec autant d'empreffement que de
Soumiffion. Ceux que Sa Majesté
nous
des Amb.de Siam. 145
nous donne aujourd'huy de vous
honorer avec une distinction toute
finguliere, font fi precis &fi pofitifs
, que nous avons juſte ſujet de
craindre que nos efforts ne soient
auſſi vains là deſſus, que nos volontezfont
finceres & toutes remplies
de ce zéle qui a toûjours fait toute
l'ame&tout l'esprit de nostre obéiffance.
En effet, Meſſeigneurs , ce
grand Roy ne pouvoit pas publier
avec plus d'éclat l'estime qu'il fait
de vostre Monarque & de vos Per-
Sonnes, qui charmez de la gloire
qu'il s'est acquiſe dans les expeditions
de la Guerre , &de laſageſſe
de ſa conduite dans la Paix, avez
bien voulu traverſer tant de mers
&fuivre, pour ainsi dire, le cours
du Soleil , pour voir un Prince quż
par la rapidité defes Victoires Sçait
N
146 III. P. du Voyage
le mieux imiter le mouvement de
ce bel Astre , qu'il prend pour fa
Deviſe. Vous reſſemblez en cela à
l'excellente Princeffe Nicaulis Reine
d'Egypte & d'Ethiopie, laquelle
ayant entendu parler de la vertu &
de la sagesse de Salomon, defira de
voir de ses propres yeux ,fi ce que
la Renommée publivit de luy estoit
veritable ; elle ne craignit point
pour cet effet d'entreprendre un long
voyage ; & aprés avoir esté remplie
d'étonnement de voir dans ce Prince
une capacitéfi extraordinaire, &
tant de merveilles dansfon Royau
me , elle ne pût s'empêcher de s'écrier,
Probavi quod media pars
mihi nuntiata non fuerit , major
eft fapientia tua & opera tua ,
quam rumor quem audivi. Ainsi,
Meßeigneurs , nous ne doutons pas
3
1
des Amb. de Siam. 147
qu'aprés que vous aurez admiré
l'esprit de Loüis le Grand , qui est
le Salomon de nostre fiecle, dans la
grandeur & la magnificence deſes
Bâtimens , dans l'oeconomie de sa
Maison, dans le bel ordre de fes
Troupes nombreuſes tant sur mer
quesur terre , dans le nombre infiny
deſesſurprenantes Conquestes , dans
la regularité des Fortifications de
fes Places, & en un mot, dans tout
le reste deſa conduite, vous ne rapportiezfidellement
à voſtre Souverain
Seigneur , que le bonheur de
nostre augusteMonarquefurpaſſede
beaucoup tout ce que vous vous en
estiezimaginé, &qu'il faut l'avoir
vû pour le pouvoir croire. Au reſte,
Meſſeigneurs , nous ne pouvons
mieux répondre aux commandemens
de Sa Majesté , qu'en vous
Nij
148 III . P. du Voyage
Suppliant trés-humblement de nous
honorer des vostres , & d'agréer ces
petits Prefens que nous vous apportons
pour marque qu'il n'y a rien
dans la Ville qui ne foit entierement
à voſtre diſpoſition , & que
nous sommes avec tout le respect
dont nous sommes capables,
MESSEIGNEVRS,
Vos tres humbles &
tres- obéïffans Serviteurs ,
Les Mayeur & Eſchevins
de la Ville d'Arras ..
1
L'Ambaſſadeur répondit,
Que le Roy fon Maistre estoit
un grand Monarque , qui ayant
entendu parler de la grandeur
desAmb de Siam. 149
du Roy de France , defes Conquestes,
&deſes manieres toutes
genereuſes , avoit envoyé il y a
quelques années des Ambaſſadeurs
pour luy demander fon
amitié ; mais que ces Ambaſſadeurs
ayant vray-femblablement
pery, puiſqu'on n'en avoit point
entendu parler, Sa Majesté Siamoiſe
impatiente de voirfon defir
accomply, les avoit de nouveau
envoyezenFrance, non pour aucun
interest ny pour traiterd'affaires
, puisque l'on doit estre
affez perfuadé que ces deux
grands Rois n'en ont point à
démefler enſemble ; mais uni-
Niij
150 III . P. du Voyage
quement pour l'honorer & pour
luy marquer avec quel empreffement
le Roy de Siam recherche
fon amitié. Ils adjoûterent,
qu'ils avoient beaucoup d'obligation
au Roy de la reception
qu'il avoit ordonné qu'on leur
fift dans toutes les Villes où ils
avoient paßé , & qu'ils remer
cioient en particulierMrs d'Arras
, de l'honneur & des Prefens
qu'ils leur faisoient. Cette réponſe
fit connoiſtre qu'ils
avoient compris le ſens de la
Harangue, puiſque l'Hiſtoire
nous apprend que la Reine de
Saba n'eſtoit venuë voir Sa-
1
des Amb. de Siam. 151
lomon que pouffée du defir
de reconnoiſtre en luy toutes
les merveilles que la Renommée
en publioit, & non pour
traiter avec luy d'aucunes
affaires . M de Ville eftant
fortis , M le Comte de Villeneuve
leur demanda l'ordre
, & ils donnerent pour
mot , qui m'attaque fe pert. Il
eſt à propos de marquer icy
une choſe qui vous fera connoiſtre
les raiſons qu'ils ont
cuës de donner par tout les
mots qui ont eſte ſi approuvez
, & qui leur ont fait meriter
tant de loüanges. En
Niiij
152 III. P. du Voyage
approchant de chaque Ville,
ils s'informoient de l'hiſtoire
de la Ville où ils alloient , de
l'état de la Place , des Sieges
qu'elle avoit ſoûtenus, & du
merite , de la qualité & des
actions du Gouverneur ; & de
toutes ces chofes , ainſi que
de ce qui leur arrivoit , &
de ce qu'ils voyoient dans la
Place, ils formoient les mots
que pour leur faire plus
d'honneur & marquer plus
de déference , les Commandans
leur demandoient. C'eſt
pourquoy ils donnerent celuy
de qui m'attaque se pert,
des Amb. de Siam. 153
ayant appris que de nombreuſes
Armées remplies de
Troupes de differentes Na--
tions,&commandées par des
Chefs d'une grande experience
, & d'une haute reputation
, avoient eſté contraints
de lever le Siege de devant
Arras. Le concours du peuple
fut grand pour les voir
ſouper ; mais comme ils auroient
eſté trop incommodez
, on ne laiſſa entrer que
les premieres perſonnes de la
Ville , & les principales Dames,
auſquelles ils firent tout
le bon accüeil imaginable.
154 III . P. du Voyage
Ils donnerent à la plus confiderable
ce que leur Deffert
avoit de plus beau , pour le
diftribuer aux autres ; ce
qu'ils ont fait fort ſouvent
en de pareilles occaſions .
Ils ne fortirent point le
lendemain matin , mais ils
reçûrent les viſites de M. le
Comte de Villeneuve Lieutenant
de Roy , de M² Bifſetz
Major de la Place , des
principaux Officiers de la
Garnifon , & de quelques
Mrs du Confeil. La plupart
de la Nobleſſe des environs
d'Arras vint auſſi les falier.i
des Amb. de Siam. iss
Onleur propoſa de leur faire
entendre l'aprés- dînée ce qui
fut chanté à Sceaux devant
le Roy , lorſque Sa Majefté
fit l'honneur àMª de Seignelay
d'aller voir cette belle
Maiſon , à quoy ils confentirent.
On ne laiſſa entrer
que les Dames pour les voir
dîner. Sur les deux heures
Me le Comte de Villeneuve
les vint prendre dans quatre
Carroffes , pour les mener à
la Citadelle , où Mª de la
Pleigniere qui en eſt Gouverneur
, les fit recevoir au
bruit du Canon. Ils paffer
156 III. P. du Voyage
rent au travers de deux hayes
d'Infanterie , & les Officiers
les falüerent de la Pique. II
leur fit voir les Fortifications
de la Place ; ils les examinerent
toutes , & demanderent
le nom de chaque piece. Ils
virent auſſi faire l'Exercice à
un Bataillon de Picardie qui
eftoit ſous les Armes , à quoy
ils prirent beaucoup de plaifir
. On leur fit voir enſuite
l'Arcenal , & tout ce qu'il y
a de remarquable dans cette
Citadelle ; aprés quoy on leur
fervit une magnifiqueCollation
, où l'on bût de quandesAnb.
de Siam. 157
zité de differentes Liqueurs.
Les Dames les plus diftinguées
de la Ville s'eſtoient
renduës dans la Citadelle ,
pour les voir plus commodément.
Ils les regalerent
de Confitures , & trouverent
qu'Arras ne manquoit pas de
beautez . La Santé du Roy
ne fut pas oubliée , & quelques
Dames la bûrent auffi.
Cette Affemblée n'eſtoitcompoſée
que de Gens de marque
, puiſqu'outre les Dames
il n'y avoit d'Hommes que
les Officiers de la Garniſon,
tant de la Ville , que de
158 IHI. P. du Voyage
la Citadelle . L'Ambaſſadeur
ayant apperçu un Plan qui
eſtoit attaché à la Tapiſſerie,
demanda quel Plan c'eſtoit.
On luy répondit , que s'eftoit
celuy de la Citadelle ; &
il le demanda à Mª de la
Pleigniere, qui le luy donna.
Comme ils avoient encore
beaucoup de choſes à
voir pendant le reſte de l'aprés-
dînée , ils ſortirent aufſi
- tôt que la Collation fut
finie , aprés avoir remercié
Mª de la Pleigniere en termes
fort obligeans, & le Canonſe
fit entendre à leur for
des Amb . de Siam. 159
tie de la même maniere qu'il
avoit fait lorſqu'ils eftoient
entrez. Ils allerent de là à
F'Eglife Cathedrale , où tout
le Peuple eſtoit accouru en
foule ; ils furent reçûs au
grand Portail par tout leChapitre
en corps , ce qui marquoit
quelque choſe de venerable
& d'augufte. Il avoit
à ſa tête M. le Févre
Prevoſt , Chanoine & Theologal
de cette Cathedrale ,
que nous avons veu Aumônier
& Predicateur de la Reine.
Voicy en quels termes
it parla aux Ambaſſadeurs .
160 III. P. du Voyage
MESSEIGNEURS ,
Puisque Sa Majesté vous envoye
furfes Frontieres pour vous rendre
Spectateurs de ſes Conquestes , que
la Renommée a portées jusqu'au
bout du Monde , ce qui vous afait
traverſer tant de Mers pour venir
admirer ce Salomon de nôtre Siecle
, nous ofons vous afſeurer que
la Ville d'Arras est un des plus
beaux &un des plus anciens Fleurons
de sa Couronne , & qu'il n'a
point dans tous ſes Estats de Province
plus memorable que celle
d'Artois , puisqu'elle a toûjours esté
regardée comme l'oeil & la clefde
toute la Flandre. En effet , Cefar
même n'a point balancé de paſſer
les Alpes , & de faire voir l'Aigle
Romaine aux Portes de cette CapidesAmb.
de Siam. 161
tale , dont le Siege luy cousta si
cher, qu'il avoue dansſes Commentaires
, que dans toutes les autres
attaques il avoit combattu pour la
gloire , mais qu'il avoit dans cellecy
deffendu fa propre vie , tant il
avoit trouvé de courage & de reſiſtance
dans lesPeuples qui la deffendoient.
On en voit encore les
glorieux restes , dans ce fameux
Camp * qui nous environne , où
ce grand Capitaine fut obligé de
demeurer fort long-temps , ne pou
vant vaincre cette genereuse opiniaſtreté
des Artefiens , qui arresta
le cours de ſes Victoires , &qui luy
fit acheter fi cherement la gloire
qu'il en remporta.
Cette Comté fameuse ayant par la
viciffitude des Temps & la revo-
*Le Camp de Cefar prés de l'Abbaye d'Eſtrun
162 III . P. duVoyage
lution des Guerres changé deMaitre
, & passé des mains des Ro
mains , dans celles des François,نم
de Payenne estant devenue Chrétienne,
fut l'Appanage de nos Princes
du Sang. Le grand faint Louys
enfit un Present à Robertfon Frere
; luy laiſſant pour partage les
Fleurs-de-Lys fans nombre , * it
luy fit comprendre qu'il ne devoit
point donner de bornes àson courage
sous un si glorieux Eftendart.
C'est ce Robert d'Artois qui paffantfur
le ventre à tant d'Infideles,
dont il achevoit la deffaiteà la
Mazoure dans l'Egypte , en devint
enfin la Victime , se croyant trop
heureux de verſertoutsonfangpour
la querelle du Sauveur du Monde ,
dont il vouloit arracher le facré
* Qui font les Armes encore aujourd'huy de
cetteProvince,
des Amb. de Siam. 163
Sepulchre des mains des Ottomans,
àla pointe deson épée.
Maissi cette Ville d'Arras s'est
distinguéepar les actions heroïques
qui se sont paßées au pied deses
murailles, &parses Princes qui se
font transportez chez les Nations
tesplus reculées pourysignaler leur
valeur , elle n'est pas moins recommandable
par ce fameux Traité de
Paix d'Arras en 1435.qui mit fin
à tant de differens, &à unesifanglante
guerre qui s'estoit allumée
dans toute l'Europe , ou le Duc de
Bourgogne fut en perſonne avec la
Ducheffefon Epouse Infante de Por
tugal. Ce Traitéy attira tout ce qu'il
yavoit de gens plus confiderables &
plus nobles fur la terre , les Legats
du Pape Eugene IV. ceux du Concile
de Bafle,&de l'Anti-Pape Fe
O ij
164 III. P. du Voyage
lix. L'EmpereurSigismond, lesRois
de Caſtille, d'Arragon, de Navarre,
de Naple , de Sicile & de Chypre,
de Dannemark & de Pologne, yenu.
voyerent leurs Ambaſſadeurs , qui .
jaloux de la gloire de leurs Nations
, affectoient une magnificence
extraordinaire . Ceux de France &
d'Angleterre encherirentfur les au
tres par la pompe de leurs Equipages
, les Ducs de Bourbon & de
Vendofme, avec les Conneſtable &
Chancelier, les Marcſchaux deRieux.
& de la Fayette, Adam de Cambray
Premier President au Parlement de
Paris,tous accompagnez d'une infinité
de Nobleffe de la Nation, qui
par leur politeffe & leur lustre don
nerent une haute idée de la leur.
Ce fut dans cetteAſſemblée que le..
Roy de France &le Duc de BourdesAmb.
de Siam. 165
gogne jetterent les fondemens d'une
Paix fincere, dont les fuites ont
esté trés- avantageuses à toute l'Europe
, qui fut jurée folemnellement
dans cette Eglise Cathedrale.
Voilà, Meffſeigneurs , l'éclat que
ba Ville d'Arras a tiré de la Paix
comme de la Guerre ; & cette Capitale
ayant depuis tombé tantôt.
dans les mains de Lauys XI. tantôt
dans celles de l'Empereur Maximilien
, qui faisoient à l'envy
leurs efforts pout s'en rendre les
Maistres , elle fut ensuite la dépofitaire
des cendres des Heros les.
plus distinguez dans la Guerre ;
puisque le Duc de Parme &le Maréchal
de Gaffion fant ensevelis.
dans l'enceinte de ses murailles,
comme si c'estoit le deftin à cette
Ville martiale de garder les précieux.
166 III. P. du Voyage
reftes de la bravoure& de la ge
nerosité qui fut le partage de ces
deux grands Capitaines.
Enfin Louys le lufte fut le dernier
Prince qui s'en afſeura la conqueste
par ses Armes victorieuses .
Elle ne balança pas d'ouvrir fis
Portes à un Roy qui devoit finir
fes miferes auffi- tôt qu'elle deviendroit
sasujette ; &pour en écarter
àjamais la tempeste qui la me
naçoit , LOVIS LE GRAND
en a reculé si loin la Frontiere de
fes Estats , qu'elte en est aujour
d'huy le centre , au lieu qu'elle en
estoit autrefois l'extremité : fi bien
que comme le grand Pompée fe
vantoit d'avoir fait parsa victoire
de l'Asie mineure , le milieu de
l'Empire Romain , qu'elle bornoiz
auparavant ; auffi l'on peut dire
des Amb. de Siam. 167
que la fameuse Ville d'Arras doit
aux Armesde LOVIS LE GRAND
l'avantage d'estre aujour'dbuy le
coeur de la France , dont elle estoit
cy - devant la teste.
Mais il manquoit àfagloire d'avoir
pour témoins deses antiquitez,
deses Fortifications , &defes
fertiles Campagnes , les Peuples les
plus reculez , quipour admirer toutes
ces merveilles ont traversé
toute la distance qui ſeparele Gange
d'avec la Mer Occidentale ,
qui vivant dans des Climats où
le Soleil commence sa course , font
venus jusqu'à ceux où ce grand
Aftre la finit ; en forte que l'on
peut dire de chacun de vous, Mef-
Seigneurs, ce que nous liſons dans
LeRoyProphete, quand il nous veut
donner une idée de fon mouve168
III . P. du Voyage
ment : * Exultavit ut gigas ad
currendam viam à ſummo Cælo
egreffio ejus , & occurfus ejus,
uſque ad fummum ejus.
Heureuſe Province , d'avoir receu
des Ambassadeurs Estrangers,
également venerables par le Prince
qu'ils reprefentent , &par l'importance
de leur ministere , qui n'ont
point apprehendé de faire un Voyage
de fix mille lieües pour ſe ménager
une Alliance avec LOVIS
LE GRAND. Ils pourront apprendre
au Roy de Siam toutes les
chofes quise font paßées sous fon
Regne , les grandes & fameuses
Victoires qu'il a remportées , les
Provinces qu'il a conquiſes , les
Citadelles qu'il a fait élever au
milien des Eaux , les Marais qu'il
*Pfal.. 44
desAmb de Siam. 169
deſſechez, le fecret qu'il a trouvé
de faire une Digue à la Mer,
pour arreſter l'impetuosité de ses ondes
qui n'avoient point encore più
trouver d'obstacle à leur rapidité.
Sans doute , Meſſeigneurs , le Roy
de Siam furpris de tant de merveilles
, se fera de LOVIS LE
GRAND une idée bien au deſſus
de celle que sa reputation luy avoit
donnée. Vôtre Roy que vous nommez
chez vous le Seigneur des Seigneurs
, & la seule cause du bon
heur deses Peuples , fera bien aiſe
d'apprendre de vous que vom avez
trouvé les François pleins de refpect
& de foimiſſion pour leur
Prince. Puiſſi z vous l'affeurer qu'il
n'est pas moins l'exemple , que le
Souverain de fes Sujets , &qu'il les
gouverne encore plus parses vertus,
P
1
170 III. P. du Voyage
que parses Loix. Peut- estre qu'en
luy representant l'Architecture &م
la beauté de cette Cathedrale , ore
reposent les cendres de Monfieur le
Comte de Vermandois , qui marchant
fur les traces de fon auguste Pere ,
aujourd'huy le plus grand des Rois ,
commençoit à ſe ſignaler déja dans la
Guerre ( C'est le précieux dépost que
Sa Majesté nous a confié depuis trois
ans dans ce Temple , où les ceremonies
de l'Eglife Chrétienne se celebrent
avec tant d'exactitude, & qui
depuis plus de treize Siecles a toujours
efté deffervie par tant de Saints
Evêques par tant de Chanoines,
d'un merite fi diftingué ) Peut- estre,
dis - je , que par un miracle qui n'a
point encore paru dans nosjours , le
Ciclouvrira fon coeur , & le faisant
fortir avec ses sujets des tenebres
des Amb. de Siam. 171
qui les aveuglent , il luy donnera
l'envie d'imiter LOVIS LE
GRAND dans sa Religion , comme
dans sa Domination : fi bienque
faisant tous deux une Alliance de
picté , comme de commerce ilsferont
tous deux également heureux
dans ce Monde , &pourront ajous.
ter à la Couronne qu'ils poſſedent
déjafur la Terre , celle de l'Eternité.
,
CetteHarangue ayant eſté
interpretée , l'Ambaſſadeur
répondit , Voftre Harangue ,
Monfieur , roule fur deux chefs,
fur la gloire de Loüis XIV. &
fur le defir que vous avez ainſi
que Sa Majesté , de noftre con-
Pij
172 III. P. du Voyage
version. A l'égard du premier,
on ne peut estre mieux perfuadé
que nous leſommes, des grandes
actions de ce Monarque , dont
la reputation nous a fait venir
de fi loin. Nous ne doutons pas
non plus defa magnificence &
de fa grandeur, puisque nous en
avons fait une experience ſenſible
à ſa Cour &furfes Frontieres.
A l'égard du ſecond point
qui regarde nostre converſion à
la Foy Catholique Romaine, nous
avons des Evesques en noftre
Royaume , qui pourront nous en
inftruire. Il remercia enfuite
tout le Corps du Chapitre,
des Amb. de Siam. 173
de l'honneur qu'il leur faifoit
; aprés quoy ils regarderent
l'Egliſe tant par dehors
que par dedans. Ils entrerent
dans le Choeur , dont ils admirerent
l'Architecture , &
particulierement les petits pilliers
qui ſoûtiennent un auffi
grand Vaiſſeau. On les conduifit
vers la Tombe de M
le Comte de Vermandois , &
on leur dit , qu'il eſtoit grand
Admiral, legitimé de France, &
Frere de Madame la Princeffe de
Conty. L'on s'apperceut alors
qu'ils ſe mirent tous trois fur
ce Tombeau, qu'ils porterent
Piij
174 III . P. du Voyage
leurs mains à leurs yeux , &
qu'ils les frotterent ; & l'on
apprit que c'eſt une maniere
uſitée chez eux pour témoigner
leur deüil. Ils prirent
beaucoup de plaisir à entendre
les Orgues de cette Cathedrale
, qui font fort bonnes
; & fortirent de cette
Egliſe aprés avoir fait de
nouveaux remercîmens au
Prevoſt & aux Chanoines .
Apres cela ils allerent au
Magaſin d'Armes, qu'ils trouverent
en trés-bon état. C'eſt
l'effet des ſoins du Miniſtre
qui s'en meſle. Ils virent auffi
desAmb . de Siam , 175
la celebre Abbaye de Saint-
Vaaſt , & furent receus à la
Porte par le Grand Prieur ,
qui eſtoit à la teſte de fa
Communauté , & qui leur fit
un compliment affez court.
Il le finit en diſant , qu'ils les
recevoient avec tous les honneurs
qu'il eſtoit en leur pouvoir de
leurfaire, puiſque la haute eftime
que Sa Majesté faisoit du
Monarque qui les luy avoit envoyez,
&la confideration particuliere
qu'Elle avoit pour leurs
Excellences , estoit la régle du
profond respect avec lequel ils
ſe preſentoient à eux, en leur
Piiij
176 III. P. du Voyage
offrant très-humblement leMonastere
& tout ce qui en dépendoit.
Ils répondirent qu'ils eftoient
bien perfuadez que les
honneurs que ces Religieux leur
rendoient, estoient une continiation
des effets de la bonté du
Roy à leur égard , & que c'eftoit
à Sa Majesté à qui ils en
avoient toute l'obligation ; mais
qu'ils vouloient pourtant leur en
avoir aufſi. Enfuite ils les
remercierent de la maniere
honneſte dont ils en uſoient;
aprés quoy ils entrerent dans
l'Eglife , & s'arreſterent dans
la Nef pour en confiderer la
des Amb. de Siam. 177
ſtructure ; ce qu'ils firent fort
attentivement. Puis ils entrerent
au Choeur , & s'attacherent
à regarder la ſculpture
des Chaiſes, qui eſt trés-belle
&fort eſtimée . On leur montra
leTombeau du RoyThierry
de la premiere Race , & Fondateur
de ce Convent ; & on
leur dit qu'il ne s'en faloit que
8 années qu'il ne fuft mort ily
a mille ans. L'Ambaſſadeur
demanda comment il eſtoit poffible
qu'ily eust un Roy de France
enterré dans cette Abbaye depuis
fi longtemps , &qu'ily en
cust fi peu , que ce Pays ap
178 III. P. du Voyage
partenoit à la France , Arras
ayant esté pris par le feu Roy.
Le Grand Prieur leur expliqua
en peu de mots , comment
tout le Pays-bas eſtoit
une partie du Royaume de
France ; qu'il n'en avoit eſté
ſeparé que trés-peu de temps,
ſçavoir depuis l'an 1525. jufques
en l'an 1640. & qu'à
l'exception de ce temps-là,
les Rois de France en avoient
toûjours eſté reconnus pour
legitimes Souverains . On les
mena au fortir de l'Eglife ,
dans les Cloiftres, & dans un
Refectoire. De là ils repaffe
des Amb. de Siam. 179
rent par l'Eglife , & eftant à
la porte , l'Ambaſſadeur fit
tout ce qu'il pût pour empeſcher
le Grand Prieur de le
conduire juſqu'à fon carroffe
; mais il crut eſtre obligé
de l'y voir monter. Je ne
vous parleray point des complimens
de remercîment que
firent les Ambaſſadeurs , & je
les retrancheray meſme en
beaucoup d'endroits, puiſque
leur civilité eſt aſſez connuë
pour ne pas douter qu'ils n'en
ayent donné des marques à
toutes les perſonnes qui ont
pris la peine de leur montrer
quelque choſe.
180 III. P. du Voyage
Au fortir de l'Abbaye de
Saint Vaaft , ils allerent au
Concert dont on leur avoit
parlé le matin , & dont Madame
de Préfontaine, femme
du Prefident du Confeil d'Artois
, faifoit les honneurs
Elle les reçût accompagnée
des principales Dames de la
Ville. Les Muficiens estoient
dans une fort grande Salle,
dans laquelle il ſe trouva une
grande affluence de monde,
quelque ordre qu'on cût apporté
pour empêcher la foule.
Ils furent fort fatisfaits
de ce Concert , & le témoides
Amb . de Siam. 181
gnerent à Madame de Préfontaine
, en luy faiſant leurs
remerciemens . Ils retournerent
enſuite chez eux , où ils
trouverent leur Garde ſous
les Armes ; car on avoit mis
à la porte de leur Logement
une Compagnie Suiſſe , avec
un Capitaine & un Lieutenant.
Elle fortoit du Corps
de garde pour ſe mettre en
hayequand les Ambaſſadeurs
devoient fortir , & battoit
lorſqu'ils fortoient & qu'ils
rentroient. Aufli - tôt qu'ils
furent arrivez chez eux , Mr
Biſſetz leur porta le Plan de
182 III. P.du Voyage
la Ville que le premier Am
baffadeur luy avoit deman-
-dé , & qu'il examina d'une
maniere qui marquoit qu'il
commençoit à devenir ſçavant
dans nos Fortifications .
Ce même Major leur demanda
le mot , & ils donnerent
Actions éclatantes , par
rapport à ce ce qu'on leur
avoit dit, qu'aux deux Sieges
d'Arras il y avoit eu beaucoup
d'actions remarquables,
& particulierement au ſecond
, où les Afliegeans avoient
ſouvent eſté repouffez.
On leur avoit même
4
des Amb. de Siam. 183
montré les endroits où les
actions de vigueur s'eftoient
-faites . Le premier Ambaffadeur
demanda à M Biffetz
, s'il estoit François ; &
comme on luy eut répondu ,
que oüy , &qu'il estoit Major
de la Place , il luy dit , qu'en
fon Pays on avoit la barbe &
les cheveux comme luy. M
Biſſetz luy répondit , que s'il
n'eſtoit point François , il voudroit
estre Siamois . Comme
il y avoit beaucoup de Dames
à Arras qui n'avoient
encore pû les voir , il s'en
trouva beaucoup ce foir-là à
r
184 III. P.du Voyage
leur ſoûpé , où tout ſe paſſa
à lordinaire .
Le lendemain 21. M le
Lieutenant de Roy & Ms les
Officiers Majors , ſe rendirent
à leur lever ; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez
avec des expreffions
pleines de reconnoiffance ,
monterent en Carroſſe à huit
heures préciſes du matin ; &
toutes les Troupes eſtant
fous les Armes comme à leur
arrivée , ils fortirent au bruit
du Canon & du Carillon de
la Ville. Mes du Magiſtrat
le firent joüer trois fois le
desAmb. de Siam. 185
jour pendant tout le temps
que ces Ambaſſadeurs féjournerent
à Arras , ſçavoir une
heure au matin , une hcure à
midy , & une heure. le ſoir,
ainſi qu'à leur entrée & à leur
fortie . Ils allerent ce jour-là
21. dîner à Aiffe , qui eſt un
petit Village entre Arras &
Bethune.
Fermer
Résumé : Arras [titre d'après la table]
Le 19, les ambassadeurs de Siam arrivèrent à Sarbret, où ils furent reçus avec magnificence malgré l'absence de commodités. Ils se dirigèrent ensuite vers Arras, capitale de l'Artois, située sur la rivière de Scarpe. Arras est une ville ancienne, ayant été donnée en dot par Charles le Chauve à Judith, épouse de Baudouin Bras de Fer en 863, et réunie à la France en 1180 par le mariage de Philippe Auguste avec Isabelle de Hainaut. La ville possède des fortifications régulières et plusieurs édifices religieux notables, dont la cathédrale Notre-Dame et l'abbaye de Saint-Vaast. Les ambassadeurs furent accueillis par une cavalerie composée de douze compagnies du régiment de Conigsmark et reçus par le comte de Villeneuve, lieutenant du roi d'Arras. Ils entrèrent dans la ville au bruit du canon et au travers d'une haie d'infanterie. Les magistrats de la ville leur adressèrent un discours, soulignant la loyauté d'Arras envers le roi de France et l'estime portée aux ambassadeurs. Ces derniers répondirent en exprimant leur gratitude et en soulignant que leur visite n'avait pas de but diplomatique, mais visait à honorer le roi de France. Les ambassadeurs visitèrent la citadelle d'Arras, où ils assistèrent à un exercice militaire et reçurent une collation. Ils se rendirent également à la cathédrale Notre-Dame, où ils furent accueillis par le chapitre. Leur séjour à Arras fut marqué par des réceptions et des visites officielles, témoignant de l'importance accordée à leur mission. Les ambassadeurs assistèrent à un concert à Arras, accueillis par Madame de Préfontaine, épouse du Président du Conseil d'Artois, et les principales dames de la ville. Malgré les mesures pour éviter la foule, une grande affluence se rassembla dans la salle. Les ambassadeurs apprécièrent le concert et exprimèrent leur satisfaction à Madame de Préfontaine. De retour chez eux, ils trouvèrent une compagnie suisse en garde à leur porte. Le Major Bissetz leur apporta un plan de la ville, que le premier ambassadeur examina avec intérêt, démontrant ses connaissances en fortifications. Bissetz demanda le mot de passe, et les ambassadeurs mentionnèrent les actions militaires remarquables lors des sièges d'Arras. Le lendemain, les ambassadeurs furent salués par le Lieutenant du Roi et les officiers majors avant de quitter Arras en carrosse, escortés par les troupes et accompagnés par le canon et le carillon de la ville. Ils se rendirent à Aisse pour dîner.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
91
p. 98-110
LOUIS. ECLOGUE.
Début :
Ce n'est point assez de vous avoir donné en Prose un abregé / Dans les vastes jardins de ce charmant Palais [...]
Mots clefs :
Iris, Yeux, Célimène, Dieu, Louis XIV, Gloire, Éloge, Louer, Plaisir, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOUIS. ECLOGUE.
Ce n'est point assez de vous
avoir donné en Prose un abre^é des surprenantes Mer
veilles du Regne du Roy ,, il
faut encore vous en fai.e voir
un Eloge en Vers dans une
Eclogue qui a l'approbation
de tous ceux qui s'y connoif,
09
sent. Elle: «ft de nllustrc
Madame des Houliercs. Ce
hom vous répond de lá beaiixé de rOuvrage. .> > .
mmmB$mm$mm
LÔ O í S.
"V,
È C L O G X3 E.
vastes jardins de ce
^ {ckâfmani Palais
- átSSf Á Zephirs , les Nayaits &
Flore i'..
n OntHfvlu de ne quitter jamiis,
Jj.p&ÇeUwne au lever de l' Au
rore
Qh/xntoient ainjt LQfVjS fous un
ombrage épais* , \...á
Iij
ìoo MERCURE
C ELI MENE.
Admirez^ cet amas superbe
D'Baux, de Marbres & d'Or qui
brillent à nos yeux, .,
Etde íAntiquité ces restes .précieux;
Cttte terre oà naguere à peine
croijsoit l'htrbe , " . ""'
QtíhnmeBoit feulement seau qui
tombe des Cieux ,»-.
Par leponvoir d'un Prince en tout
semblable aux Dieux ,
Renferme danssonsein mille &mìUe
: ; ' Noyades, , '. '>
Se pare des plus belles pleurs-*
Etpour elle Pomone & les pîamadryades
Sont prodigues de leurs faveurs.
-'' ZOV/S, plus grand qu'on ne
figure
Le Dieu qui préside aux Com
bats y
V : v
'»•'*
.'GALANT, ioi
De cent Peuples vaincus augmente
L. . 'ses Estais ,
Maisil est dans ces lieux Vainqueur
de la Nature.
IRIS. .
par ses rares Vertus yos yeux fout
éblouis$
Il faut en parler pour vous
.v * plaire^
On vous voity quoy qu'on fuisse
~1 . fan* i
Revenir toujours à ZOVlS.
CELIMENE,
D'un fijuste panchant bien loin dr
me défendre ,
^e fi**t. gloire de l'avouer,
fris y il est plus fort qu'on ne le peut
comprendre: ' [dre
Monpltis douxplaisir est d'enten-
%oiier ce Conquerantpar qui fçait
bien louer. ,.'.....
I H)
loi MERCURE
Malgré moy nepouvant hsuivre
Dans sesprompts &fameux Ex^
píoits y ... ; • .
jse ne pus me résoudre à vivre
Inutile au plus grand des Rois.
D'une noble audace animée
j4 fa gloire en secret jfi confacray.
mes jours 3
Et pour faire en tous lieux voler.
. fa renommée , t.
Des neuffcavantes Sœurs j'implaV ray le secours.
Tris , pour ces foins Heroïque*. .
Je negligeay les autres foins. '. ^
Mes infortunes' domestiques.
JEn'ftftt de fideHes témoins^
IRIS.
Le beàti xele qiti vous anime
Yvus empêche de voir quel
votes coures
GALANT, ioj
Vos •veilles , vos transports vous
rendent la v'iUime
De ce Roy que vow adorez^
CELsMENE» . •
Jíi! que fais-je four luyque
nivers ne faffe l
Depuis les Climats oi la glace
Enchaifne la fureur des Mers 3
jusque ddns les Climats oâ l'ar
deur est extrême,
Est.il un souple. qui ne fctime,
Etqui riait fas fur luy toujours les
yeux ouvertsì
IRIS.
jp U fcay. Cependantfi vous vjbh~
Uezjrìen croire.
CE LIME N E.
'^/fh ! changes dediscours , vosf*in£
font superflus ,
l
io4MER€URE ■
Avec moy celebrez^ fa gloire ,
Ou je ne vous écoute flus.
IRIS.
Hébien , deses hauts faits rappel
ions la memoire.
Qtfils font beaux , q» ils font
éclatans! .
ll a plus d'une fois foudroyé les
Titans.
Sa pieté rempórte, une pleine «jL
íknre
Sur un Monflrc orgueilleux que ref
'. fcitait le temps.
Il riefl pour luy rien d'impoJfìble>
Mais il efi plus charmant encor qu'il
n'est terrible,
Et jamais son abord ria fait de
Mècontcns. »
CELIMENE.
// Je laisse attendrir^ quefans crain
te on fe plaigne ,
GALANT, iof
Tous les malheureux font oììis.
Quel bonheur eCefire néfous son au*
guste Regne !
Que je fcay biengoâtcr ce bien dont
je jouis!
Quels que soient mes malheurs, je
' n'envie à pet sonne
Lefafie & les amis que la fortune
donne ,
Chanter ZOVlS LE GRAND
' borne tous mes dcjirs.
Ce plaisir oà je m'abandonne
Me tient lie» de tous les plaisirs*
iris. ; .
Un Roy de ces lointains Rivages
Que dore le Soleil de fes premiers
rayons >
Par de magnifiques hommages
Confirme de Z&V/S ce que nous:
en cryonSy
fol MERCURE
CELIMENE.
En vaindes diverses Provincer
Qui voudroient se soumettre aux,
Loix de ce Heros , . ^
Les jaloux &superbes Princes
S'unissent pour troublerfonglorieux
repos. . v
Si par des eforts témeraires
Ils violent la Paix dont LOVAIS
efttappuy,,
Quel Dieu peut les sauver de ces
vastes miseres
Que le fort des Vaincus traisne en
fouie après luyl
ÏRIS.
Qwnd U Ciel menaçait une teste.
fi chere
CELIMENE.
Ab! cruelle Iris, taifex^vous r
.%te renouvelle^ point une douleur
amere.
GALANT. 107
De tous fes mauxpaffez^je perce le?
myfierc.
Xl estoit regardé comme un Dicut
parmy nous s
Et de fes facrendroits jaloux
Ze Ciel nous afait voir unefi belle
Vt*.
Aux infirmitez^afsèrvïe.
Mais enfin que gagna son injuste
couroux ì
ZOljlS ne ploya point fous ces>
terribles coups..
A quelques projets qu'il s'atta-
.V . \. ehe y
Quelque soit le peril qui menace
"*; " .• ' fes jours , .*. '
On ne fçait oà l'homme se cache.
.Mais le Jieros paroist toujours t
«^» Pan ,fxtvy deplus d'un Satyre\r
A ces mots parut à leurs yeux*,,
ic8 MERCURE
Et leur donna l'effroy que la pudeur
inspire
\Au redoutable aspect de ces folafires Dieux.
Souffrez^que fous d'heureux frè~
sages > >\ », ;\ .
JTymphes , leur dit ce. Dieu des
Bois , .. ..
jfe mêle dans ces verds boccages
Mes doux concerts à vos char
mantes voix. .
Chantons le plus aimable & le plui
. grand des Rois.
Des Dieux mefmes LOVlS merix. .te les hommages^ ,
Rajjeurez^ vos esprits , ne craigne^
point d!outrages
•se ne suis point icy ce que je sui$
aittenrs , ;,.
ilfaut s y faire violence ,
De LOVlS íauguste presence
GALANT- 509
Est un terrible frein pour les mau
vaises mœurs.
Venez^ donc avec confiance
Chanter encore un Roy qui regne
fur les Cœurs.
Ahì fans la frayeur qui nuglacet
Luy dit lors Celimene avec unfies
,M foufris , \ . , .
J'oserois bien du chant vous difputer le prix.
2Tè condamnes point mon atedace, y;
Vos chalumeaux ont d'agreables
fonsi .
Mais quand ZOVlS ZE
ïGRAND anime mes chansons\
^Vi le disputerois me/me au Dieu
. du Parnasse. '
Alors plus vifie que le Fan
2Tefuit fardent Chasseur qui des
j " yeux le devore ,
ho MERCUR1
D'Iris suivie elle abandonna.
Pan y
Et fut refver ailleurs au^ Héros
qu'elle adore.
avoir donné en Prose un abre^é des surprenantes Mer
veilles du Regne du Roy ,, il
faut encore vous en fai.e voir
un Eloge en Vers dans une
Eclogue qui a l'approbation
de tous ceux qui s'y connoif,
09
sent. Elle: «ft de nllustrc
Madame des Houliercs. Ce
hom vous répond de lá beaiixé de rOuvrage. .> > .
mmmB$mm$mm
LÔ O í S.
"V,
È C L O G X3 E.
vastes jardins de ce
^ {ckâfmani Palais
- átSSf Á Zephirs , les Nayaits &
Flore i'..
n OntHfvlu de ne quitter jamiis,
Jj.p&ÇeUwne au lever de l' Au
rore
Qh/xntoient ainjt LQfVjS fous un
ombrage épais* , \...á
Iij
ìoo MERCURE
C ELI MENE.
Admirez^ cet amas superbe
D'Baux, de Marbres & d'Or qui
brillent à nos yeux, .,
Etde íAntiquité ces restes .précieux;
Cttte terre oà naguere à peine
croijsoit l'htrbe , " . ""'
QtíhnmeBoit feulement seau qui
tombe des Cieux ,»-.
Par leponvoir d'un Prince en tout
semblable aux Dieux ,
Renferme danssonsein mille &mìUe
: ; ' Noyades, , '. '>
Se pare des plus belles pleurs-*
Etpour elle Pomone & les pîamadryades
Sont prodigues de leurs faveurs.
-'' ZOV/S, plus grand qu'on ne
figure
Le Dieu qui préside aux Com
bats y
V : v
'»•'*
.'GALANT, ioi
De cent Peuples vaincus augmente
L. . 'ses Estais ,
Maisil est dans ces lieux Vainqueur
de la Nature.
IRIS. .
par ses rares Vertus yos yeux fout
éblouis$
Il faut en parler pour vous
.v * plaire^
On vous voity quoy qu'on fuisse
~1 . fan* i
Revenir toujours à ZOVlS.
CELIMENE,
D'un fijuste panchant bien loin dr
me défendre ,
^e fi**t. gloire de l'avouer,
fris y il est plus fort qu'on ne le peut
comprendre: ' [dre
Monpltis douxplaisir est d'enten-
%oiier ce Conquerantpar qui fçait
bien louer. ,.'.....
I H)
loi MERCURE
Malgré moy nepouvant hsuivre
Dans sesprompts &fameux Ex^
píoits y ... ; • .
jse ne pus me résoudre à vivre
Inutile au plus grand des Rois.
D'une noble audace animée
j4 fa gloire en secret jfi confacray.
mes jours 3
Et pour faire en tous lieux voler.
. fa renommée , t.
Des neuffcavantes Sœurs j'implaV ray le secours.
Tris , pour ces foins Heroïque*. .
Je negligeay les autres foins. '. ^
Mes infortunes' domestiques.
JEn'ftftt de fideHes témoins^
IRIS.
Le beàti xele qiti vous anime
Yvus empêche de voir quel
votes coures
GALANT, ioj
Vos •veilles , vos transports vous
rendent la v'iUime
De ce Roy que vow adorez^
CELsMENE» . •
Jíi! que fais-je four luyque
nivers ne faffe l
Depuis les Climats oi la glace
Enchaifne la fureur des Mers 3
jusque ddns les Climats oâ l'ar
deur est extrême,
Est.il un souple. qui ne fctime,
Etqui riait fas fur luy toujours les
yeux ouvertsì
IRIS.
jp U fcay. Cependantfi vous vjbh~
Uezjrìen croire.
CE LIME N E.
'^/fh ! changes dediscours , vosf*in£
font superflus ,
l
io4MER€URE ■
Avec moy celebrez^ fa gloire ,
Ou je ne vous écoute flus.
IRIS.
Hébien , deses hauts faits rappel
ions la memoire.
Qtfils font beaux , q» ils font
éclatans! .
ll a plus d'une fois foudroyé les
Titans.
Sa pieté rempórte, une pleine «jL
íknre
Sur un Monflrc orgueilleux que ref
'. fcitait le temps.
Il riefl pour luy rien d'impoJfìble>
Mais il efi plus charmant encor qu'il
n'est terrible,
Et jamais son abord ria fait de
Mècontcns. »
CELIMENE.
// Je laisse attendrir^ quefans crain
te on fe plaigne ,
GALANT, iof
Tous les malheureux font oììis.
Quel bonheur eCefire néfous son au*
guste Regne !
Que je fcay biengoâtcr ce bien dont
je jouis!
Quels que soient mes malheurs, je
' n'envie à pet sonne
Lefafie & les amis que la fortune
donne ,
Chanter ZOVlS LE GRAND
' borne tous mes dcjirs.
Ce plaisir oà je m'abandonne
Me tient lie» de tous les plaisirs*
iris. ; .
Un Roy de ces lointains Rivages
Que dore le Soleil de fes premiers
rayons >
Par de magnifiques hommages
Confirme de Z&V/S ce que nous:
en cryonSy
fol MERCURE
CELIMENE.
En vaindes diverses Provincer
Qui voudroient se soumettre aux,
Loix de ce Heros , . ^
Les jaloux &superbes Princes
S'unissent pour troublerfonglorieux
repos. . v
Si par des eforts témeraires
Ils violent la Paix dont LOVAIS
efttappuy,,
Quel Dieu peut les sauver de ces
vastes miseres
Que le fort des Vaincus traisne en
fouie après luyl
ÏRIS.
Qwnd U Ciel menaçait une teste.
fi chere
CELIMENE.
Ab! cruelle Iris, taifex^vous r
.%te renouvelle^ point une douleur
amere.
GALANT. 107
De tous fes mauxpaffez^je perce le?
myfierc.
Xl estoit regardé comme un Dicut
parmy nous s
Et de fes facrendroits jaloux
Ze Ciel nous afait voir unefi belle
Vt*.
Aux infirmitez^afsèrvïe.
Mais enfin que gagna son injuste
couroux ì
ZOljlS ne ploya point fous ces>
terribles coups..
A quelques projets qu'il s'atta-
.V . \. ehe y
Quelque soit le peril qui menace
"*; " .• ' fes jours , .*. '
On ne fçait oà l'homme se cache.
.Mais le Jieros paroist toujours t
«^» Pan ,fxtvy deplus d'un Satyre\r
A ces mots parut à leurs yeux*,,
ic8 MERCURE
Et leur donna l'effroy que la pudeur
inspire
\Au redoutable aspect de ces folafires Dieux.
Souffrez^que fous d'heureux frè~
sages > >\ », ;\ .
JTymphes , leur dit ce. Dieu des
Bois , .. ..
jfe mêle dans ces verds boccages
Mes doux concerts à vos char
mantes voix. .
Chantons le plus aimable & le plui
. grand des Rois.
Des Dieux mefmes LOVlS merix. .te les hommages^ ,
Rajjeurez^ vos esprits , ne craigne^
point d!outrages
•se ne suis point icy ce que je sui$
aittenrs , ;,.
ilfaut s y faire violence ,
De LOVlS íauguste presence
GALANT- 509
Est un terrible frein pour les mau
vaises mœurs.
Venez^ donc avec confiance
Chanter encore un Roy qui regne
fur les Cœurs.
Ahì fans la frayeur qui nuglacet
Luy dit lors Celimene avec unfies
,M foufris , \ . , .
J'oserois bien du chant vous difputer le prix.
2Tè condamnes point mon atedace, y;
Vos chalumeaux ont d'agreables
fonsi .
Mais quand ZOVlS ZE
ïGRAND anime mes chansons\
^Vi le disputerois me/me au Dieu
. du Parnasse. '
Alors plus vifie que le Fan
2Tefuit fardent Chasseur qui des
j " yeux le devore ,
ho MERCUR1
D'Iris suivie elle abandonna.
Pan y
Et fut refver ailleurs au^ Héros
qu'elle adore.
Fermer
Résumé : LOUIS. ECLOGUE.
Le texte présente une églogue en vers qui célèbre les mérites et les exploits du roi Louis XIV. Cette œuvre, approuvée par Madame des Houlières, est un éloge poétique des réalisations du règne du roi. L'action se déroule dans les jardins du château de Versailles, où des personnages mythologiques comme les Zephyrs, les Nymphes et Flore sont présents. Les personnages, tels que Célimène, Mercure, Iris et un Galant, admirent les beautés et les réalisations du roi. Ils décrivent les transformations spectaculaires des terres, les constructions magnifiques et les victoires militaires de Louis XIV. Le roi est comparé à un dieu, capable de vaincre la nature et de protéger son royaume contre les menaces. Célimène exprime son admiration et son amour pour le roi, soulignant que malgré les malheurs, elle ne peut qu'admirer son règne auguste. Mercure, après avoir hésité, décide de consacrer sa vie à servir le roi, négligeant ses propres intérêts. Iris et les autres personnages célèbrent les vertus et les exploits du roi, le comparant à des dieux et soulignant sa piété et sa grandeur. L'églogue se termine par une invitation à célébrer le roi, décrit comme le plus aimable et le plus grand des rois, méritant les hommages des dieux eux-mêmes. Les personnages expriment leur dévotion et leur admiration pour Louis XIV, le roi qui règne sur les cœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
92
p. 270-303
Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoise solemnisa à son [...]
Mots clefs :
Académie française, Place, Messe, Cardinal Richelieu, Assemblée, Duc de Saint-Aignan, François-Timoléon de Choisy, Saint Louis, Prix d'éloquence et de poésie, Fontenelle, Discours, M. Perrault, Louis le Grand, Gloire, France, Esprit, Hommes, Monde, Paix, Piété, Secrétaire, Louanges, Compagnie, Honneur, Héros, Zèle, Maison, Europe, Lettres, Vertus, Admirable, Éloquence, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoisesolemnisa
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25 du mois précédent, l'Académie Française a célébré la fête de Saint Louis au Louvre. La cérémonie a commencé par une messe dirigée par l'abbé de la Vau, accompagnée de musique composée par Mr Oudot. L'abbé Courcier a prononcé un panégyrique de Louis XIV, comparant ses actions à celles de Louis le Grand. L'après-midi, l'abbé de Choisy a remplacé le duc de Saint Aignan et a exprimé son humilité et sa gratitude envers l'Académie. Il a souligné son rôle dans les négociations à Siam et a rendu hommage au duc de Saint Aignan et au cardinal de Richelieu. Dans son discours, l'abbé de Choisy a loué le roi Louis XIV, comparant sa protection à celle de César et Cicéron pour Rome. Il a insisté sur la nécessité d'un roi pour l'Académie afin de perpétuer sa gloire et a souligné la piété du roi, son zèle pour la foi chrétienne et ses efforts pour étendre la religion chrétienne. Le discours a également mentionné la lutte contre l'hérésie et la corruption morale. Le texte célèbre la figure de Louis XIV et la paix qu'il a établie en Europe, libérant la France du 'Monstre infernal' grâce à la religion et à la protection divine. Le roi est présenté comme un bienfait pour la nation et l'Europe entière, qui prie pour sa santé. Monsieur de Bergeret, secrétaire du cabinet, a souligné l'honneur fait à l'abbé de Choisy et les vertus du fils du duc de Saint-Aignan. Il a également évoqué les exploits militaires et diplomatiques du roi, notamment la paix établie malgré les tensions européennes. Le texte met en avant les qualités exceptionnelles de Louis XIV, surnommé Louis le Grand, et son habileté à maintenir la paix et la stabilité en Europe. Sa puissance et sa piété soutiennent des missions saintes aux confins du monde. Les troupes françaises, bien entretenues et disciplinées, contribuent à la grandeur du royaume. Louis XIV conserve la paix grâce à sa justice et sa sagesse, dissuadant toute tentative de rupture. La séance s'est conclue par des lectures et des remerciements au roi pour les avantages accordés à l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
93
p. 11-22
ODE.
Début :
Vous, qui guidez nos pas au Temple de la Gloire, [...]
Mots clefs :
Gloire, Maroc, Louis, Ambassadeurs, Siam, Univers, Regards, Maure, Terre, Rois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE.
ODE. vOus
,
quiguideznos pasau
Temple de la Gloire,
fous ,
sans qui les Mortels font
d'impuissansefforts,
Sçavantes FillesdeMemoire,
Inspireznousicyvoscelstestransports.
On nousa veussans crainte au milieu
des alarmes
Faire entendre nos voix parmy le
bruit des armes,
Et chanterles combats du plus grand
des Vainqueurs.
Pourrions-nous demeurer dans u
honteux silence ,
J>)uand les Peuples surpris de
~j
magnificence
Viennent de toutes parts admirer~s
grandeurs?
9
C'estpeu qu'Alger tremblant, qt
Genes confonduë
,
Viennent à ses genlH." soumette
leurfierté;
c'est peu que l'Europe éperduë
Ait veu mille Ennemis implorer
bonté. ,
L OVIS, de ces ingrats dédaignat
les hommages
Demande à l'Univers de plus beau
témoignages
j^ue ceux que la frayeur~& le troi
ble ontformez.
Il veut dessentimens & d'amour
dejl'me.
;tej de voui- qu'ilAttend ce tribut
légitime
»
Peuples , quesa valeur n'a jamais
alarme'{;
~s
si-tostqu'avec centvoix laprompte
Messagere
Faitpar tout retentirsesfaits prodigieux,
De l'un & de l'autre hemisphere
chacun vient contempler ce Heros
glorieux.
Dans ces brulans Climats où bornant
sa carriere ( lumiere,
LeSoleilva dans l'onde éteindre sa
Le More * impatient ne peut plus
s'arrester.
il part,ilfend les eaux d'unecourse
rapide,
* LesAmbassadeurs de Maroc.
Et surpris à l'afpecl de ce nouvk
Alcide
Ilprefere , LOVIS,au Fils de Iupite,
~9
Sortez, *fiers Habitans des Çh
mats de l'Aurore,
Traversez pour le voir le vasteseir
des Mers,
Et vous direz avec le More
£)ue vous n'avez rien veu d'éga,
en l'Univers.
Le pompeux appareil desa gloire e.
datante
,
Son ejjritJsa honté,passeront vostre
attente,
Surson augustefront vous lirez ses
hautsfaits,
Vous verrez cette main qui lance le
Tonnerre,
* Les Ambassadeurs deSiam.
Afris avoircalmé les fureurs de la
Guerre,
Versermille faveurs dans lesein de
la Paix.
Quelspectacle déjàsurleborddela
Seine!
le vous vois observer ces Palais I.
orgueilleux,
2. Ces Rivages 3. & cette Plaine
Où Mars 4. offre un a7Jle au Soldat
malheureux. ( conde
Cette grande Citési belle~&sife-
I. Le Louvre, le College des
Quatre-Nations, &c.
2.. La Seine au sortirde Paris est
une des plusbelles choses du
vieilde.»
3. La Plaine de Grenelle.
4. L'Hôtel des Invalides.
Paris, vous paroist moins une Ville
qu'un Monde;
Cent miracles divers s'offrent de toutes
parts,
D'Archimedes 5. nouveaux une
Troupeéclairéey
Vous fait porter les yeux dans la
voûte Azurée
Où des feux 6. inconnus brillent à
vos regards.
~a
Tarmy tant de beautez que rien
ne vous arreste ,
N'yfixez,pas long-temps vos regards
curieux.
CequeVersailles vous appreste
5. L'Observatoire.
6. On fitvoir aux Ambassadeurs
de Siam les deux Satellites qu'on
a découvertsdepuis peu.
N'estpas moinssurprenant que le
Palais des Dieux.
Ce Louvre , ces lardins, ces Figures
charmantes,
Ces Travaux , ce Canal, ces Ondes
jaillissantes,
Ces Concerts, tout enchante en cet
heureuxséjour.
L'art tout puissanty sçait applanir
les Montagnes,
Etfait naistre des fleurs au milieu
desCampagnes
Où n'en pourroit formerle belAstre
du jour.
~3»
Maissi tout charme icyvosyeux
& vos oreilles, (ébloüis
,
Si dans ce beau séiour vous estes
A l'aspect de tant de merveilles,
J>)ue ne sera-ce point à l'aspect de
LOVIS?
HaflcT^vousd'approcher deson superbe
Trône,
Voyez à ses costez, & Minerve ~d
Bellone
Maintenir les beaux Arts dans un
parfait accord,
VIniufiice& l'erreur àsespieds encljainees,
Et toutes les Vertusparsa main couronnées,
Al'abrypourjamais des outrages du
Csi"r' e C'estainsiqu'adoré dans unepaix
profonde
Leplussage des Rois, le plus grand
des Mortels,
Salomon, vit la Terre& l'onde
AsahautesagesseéleverdesAutels.
Au bruit qn'en répandoitpar tout 14
Renommée
,
D'un genereux transport une Reyne
animée ( Etats.
Sortit pour l'admirer dufond deses
Quelseroit aujourd'huy l'excés de
safnrj'/ife,
Sises yeux pouvaientvoir ce que la
Terre éprise
Aprésunsi long âge admire en nos
Climats!
Mais quel troublesoudain
,
quelle
rnorne tristesse
Viennentforcer ("vos coeurs àpousser
dessoupirs
Tandis , qu'une viveallègresse
N'offre de tous costez que pompe &
que plaisirs?
Sans doute de LOFIS vostre ame
possedée
D'tt.1 trisse éloignement ne peutsouf
frir l'idée,
Vous quittez à regret des lieux si
pleins d'appas.
Mais un iuste devoir au retour nous
engage,
Et l'Asie a besoin de vostre témoignage
Pour croire des grandeurs qu'elle ne
comprendpas.
Allez, heureux témoins d'unesi
belle vie,
AuxyeuxdevojheVrinceentracer
le tableau,
lout l'orient brujle d'envie
D'apprendre le succés d'un voyage sibeau.
Etale7,, ces vertus> dont la vive
lumiere
Va d'un nouvel éclatembellir l'Inde
-
entiere,
Vous devez ce tresor à la pofleritéDe
rAugufte LOVIS éternisez la
gloire,
V9s noms avec le sien çonflcret
dans l'Histoire,
S'ouvriront un cheminàtimmortalité.
PRIERE POUR LE ROY.
Source éternelle de lumières
Seigneur, exauce ma priere l'invoque , ta bonté pour le plus
grand des Rois.
Répans toujours sur luy ta sagesse
profonde,
Et l'on ne verra riensur la terre c7
sur monde
Jj>ui nesoitfournisa tes loix.
Ce Prince qu'en tous lieux a suivy
la victoire,
Te consacretousses hauts faits ,
Et met son bonheur&sagloire
A te faire regner au coeur de ses
Sujets.
Quepourrions-nous ,
Seigneur, demander
davantage,
Sinon qu'aprés avoiraccomply ton
Ouvrage,
Tit ne l'abandonnesiamais ?
,
quiguideznos pasau
Temple de la Gloire,
fous ,
sans qui les Mortels font
d'impuissansefforts,
Sçavantes FillesdeMemoire,
Inspireznousicyvoscelstestransports.
On nousa veussans crainte au milieu
des alarmes
Faire entendre nos voix parmy le
bruit des armes,
Et chanterles combats du plus grand
des Vainqueurs.
Pourrions-nous demeurer dans u
honteux silence ,
J>)uand les Peuples surpris de
~j
magnificence
Viennent de toutes parts admirer~s
grandeurs?
9
C'estpeu qu'Alger tremblant, qt
Genes confonduë
,
Viennent à ses genlH." soumette
leurfierté;
c'est peu que l'Europe éperduë
Ait veu mille Ennemis implorer
bonté. ,
L OVIS, de ces ingrats dédaignat
les hommages
Demande à l'Univers de plus beau
témoignages
j^ue ceux que la frayeur~& le troi
ble ontformez.
Il veut dessentimens & d'amour
dejl'me.
;tej de voui- qu'ilAttend ce tribut
légitime
»
Peuples , quesa valeur n'a jamais
alarme'{;
~s
si-tostqu'avec centvoix laprompte
Messagere
Faitpar tout retentirsesfaits prodigieux,
De l'un & de l'autre hemisphere
chacun vient contempler ce Heros
glorieux.
Dans ces brulans Climats où bornant
sa carriere ( lumiere,
LeSoleilva dans l'onde éteindre sa
Le More * impatient ne peut plus
s'arrester.
il part,ilfend les eaux d'unecourse
rapide,
* LesAmbassadeurs de Maroc.
Et surpris à l'afpecl de ce nouvk
Alcide
Ilprefere , LOVIS,au Fils de Iupite,
~9
Sortez, *fiers Habitans des Çh
mats de l'Aurore,
Traversez pour le voir le vasteseir
des Mers,
Et vous direz avec le More
£)ue vous n'avez rien veu d'éga,
en l'Univers.
Le pompeux appareil desa gloire e.
datante
,
Son ejjritJsa honté,passeront vostre
attente,
Surson augustefront vous lirez ses
hautsfaits,
Vous verrez cette main qui lance le
Tonnerre,
* Les Ambassadeurs deSiam.
Afris avoircalmé les fureurs de la
Guerre,
Versermille faveurs dans lesein de
la Paix.
Quelspectacle déjàsurleborddela
Seine!
le vous vois observer ces Palais I.
orgueilleux,
2. Ces Rivages 3. & cette Plaine
Où Mars 4. offre un a7Jle au Soldat
malheureux. ( conde
Cette grande Citési belle~&sife-
I. Le Louvre, le College des
Quatre-Nations, &c.
2.. La Seine au sortirde Paris est
une des plusbelles choses du
vieilde.»
3. La Plaine de Grenelle.
4. L'Hôtel des Invalides.
Paris, vous paroist moins une Ville
qu'un Monde;
Cent miracles divers s'offrent de toutes
parts,
D'Archimedes 5. nouveaux une
Troupeéclairéey
Vous fait porter les yeux dans la
voûte Azurée
Où des feux 6. inconnus brillent à
vos regards.
~a
Tarmy tant de beautez que rien
ne vous arreste ,
N'yfixez,pas long-temps vos regards
curieux.
CequeVersailles vous appreste
5. L'Observatoire.
6. On fitvoir aux Ambassadeurs
de Siam les deux Satellites qu'on
a découvertsdepuis peu.
N'estpas moinssurprenant que le
Palais des Dieux.
Ce Louvre , ces lardins, ces Figures
charmantes,
Ces Travaux , ce Canal, ces Ondes
jaillissantes,
Ces Concerts, tout enchante en cet
heureuxséjour.
L'art tout puissanty sçait applanir
les Montagnes,
Etfait naistre des fleurs au milieu
desCampagnes
Où n'en pourroit formerle belAstre
du jour.
~3»
Maissi tout charme icyvosyeux
& vos oreilles, (ébloüis
,
Si dans ce beau séiour vous estes
A l'aspect de tant de merveilles,
J>)ue ne sera-ce point à l'aspect de
LOVIS?
HaflcT^vousd'approcher deson superbe
Trône,
Voyez à ses costez, & Minerve ~d
Bellone
Maintenir les beaux Arts dans un
parfait accord,
VIniufiice& l'erreur àsespieds encljainees,
Et toutes les Vertusparsa main couronnées,
Al'abrypourjamais des outrages du
Csi"r' e C'estainsiqu'adoré dans unepaix
profonde
Leplussage des Rois, le plus grand
des Mortels,
Salomon, vit la Terre& l'onde
AsahautesagesseéleverdesAutels.
Au bruit qn'en répandoitpar tout 14
Renommée
,
D'un genereux transport une Reyne
animée ( Etats.
Sortit pour l'admirer dufond deses
Quelseroit aujourd'huy l'excés de
safnrj'/ife,
Sises yeux pouvaientvoir ce que la
Terre éprise
Aprésunsi long âge admire en nos
Climats!
Mais quel troublesoudain
,
quelle
rnorne tristesse
Viennentforcer ("vos coeurs àpousser
dessoupirs
Tandis , qu'une viveallègresse
N'offre de tous costez que pompe &
que plaisirs?
Sans doute de LOFIS vostre ame
possedée
D'tt.1 trisse éloignement ne peutsouf
frir l'idée,
Vous quittez à regret des lieux si
pleins d'appas.
Mais un iuste devoir au retour nous
engage,
Et l'Asie a besoin de vostre témoignage
Pour croire des grandeurs qu'elle ne
comprendpas.
Allez, heureux témoins d'unesi
belle vie,
AuxyeuxdevojheVrinceentracer
le tableau,
lout l'orient brujle d'envie
D'apprendre le succés d'un voyage sibeau.
Etale7,, ces vertus> dont la vive
lumiere
Va d'un nouvel éclatembellir l'Inde
-
entiere,
Vous devez ce tresor à la pofleritéDe
rAugufte LOVIS éternisez la
gloire,
V9s noms avec le sien çonflcret
dans l'Histoire,
S'ouvriront un cheminàtimmortalité.
PRIERE POUR LE ROY.
Source éternelle de lumières
Seigneur, exauce ma priere l'invoque , ta bonté pour le plus
grand des Rois.
Répans toujours sur luy ta sagesse
profonde,
Et l'on ne verra riensur la terre c7
sur monde
Jj>ui nesoitfournisa tes loix.
Ce Prince qu'en tous lieux a suivy
la victoire,
Te consacretousses hauts faits ,
Et met son bonheur&sagloire
A te faire regner au coeur de ses
Sujets.
Quepourrions-nous ,
Seigneur, demander
davantage,
Sinon qu'aprés avoiraccomply ton
Ouvrage,
Tit ne l'abandonnesiamais ?
Fermer
Résumé : ODE.
Le poème célèbre les exploits et la grandeur du roi Louis XIV. Il commence par une invocation aux Muses pour inspirer le poète à chanter les victoires du roi. Le texte décrit les réactions des peuples et des nations face à la puissance et à la magnanimité de Louis XIV, notamment la soumission d'Alger et de Gênes, ainsi que l'admiration de l'Europe. Le roi est présenté comme un héros glorieux dont les exploits sont admirés dans le monde entier, y compris par les ambassadeurs du Maroc et de Siam. Le poème met en avant la beauté et la grandeur de Paris et de Versailles, soulignant les merveilles architecturales et artistiques présentes dans ces lieux. Des sites emblématiques comme le Louvre, l'Observatoire, et les jardins de Versailles sont mentionnés. Les ambassadeurs étrangers sont émerveillés par ces splendeurs et par la personne du roi lui-même, entouré de figures allégoriques telles que Minerve et Bellone, symbolisant respectivement la sagesse et la guerre. Le poème se conclut par une prière adressée à Dieu, demandant Sa protection et Sa sagesse pour le roi. Cette prière souhaite que les sujets vivent sous les lois divines et que le roi continue à régner avec justice et gloire. Les ambassadeurs sont invités à témoigner des grandeurs du roi en Asie, contribuant ainsi à perpétuer sa renommée et son immortalité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
94
p. 30-38
EPITRE. De Madame des Houlieres à M. le Duc de Montausier.
Début :
Le Dieu couronné de pavots [...]
Mots clefs :
Gloire, Apollon, Philisbourg, Louis, Valeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE. De Madame des Houlieres à M. le Duc de Montausier.
EPITRE.
De Madame des Houlieres à
M. le Ducde Montaufur.
E Dieu couronné de pavots
Apeinece matin m'avoit abandonnée,
Qu'Apollon à mes yeux encor à demi clos
S'eft fait voir de lauriers la tefte environnée,
Luy que j'avois prié,depuis prés d'une
année',
De ne plus troubler mon repos.
Vien chanter , m'a- t-il dit , vien , il
faut te réfoudre,
A célébrer encor de glorieux Exploits.
31 LOUIS à fon Dauphin vient de pref
ter fa foudre ;
Et ce jeune Heros , dont tout fuivra
les Loix ,
A pour fon coup d'Effay mis Philisbourg en poudre.
Quel plus noble Employ
pour ta voixà
Apollon , à ces mots , m'a préfenté fa
Lyre , (fons.
Dont j'ay déja tiré tant d'agréables
Je l'ay prife ; & malgré les mauxdont
jefoupire ,
Pleine du beau feu qu'il
m'inſpire , Je vais recommencer d'héroïques
chanfons.
IlluAre Montaufier , daigne les faire
entendre.
Au Vainqueur , à qui je les doy.
Sur elles tu fçauras répandre Uncharme , à qui fon coeur fe laiffera
furprendre :
b iv
32
Sers mon zele, & dis-
**
lny pour moy :
La Saifon , la Nature , & l'Art unis
enfemble
On fait pour Philisbourg des efforts
inoüis.
Tu les as furmontez ; par toy l'Empire
tremble ;
Tu reffembleras à LOUIS ,
Grand Prince , s'il fe peut que quelqu'un luy reffemble.
哈哈
Je m'étois attendue à tout ce que tu fais. (racles,
Le Dieu des Vers , dans fes OQuoy qu'on ait dit
jamais.
› ne ment
Lors qu'un Fils vint remplir tes plus
tendres fouhaits,
Apollon par ma bouche annonça les
miracles
Que tu ferois , lors que la paix
A ta fiére valeur ne mettroit plus
d'obstacles.
-33
Tu n'as que trop tenu ce qu'il avoit
promis.
Exposé nuit & jour au feu des Ennemis
On t'a yeû méprifer , en jeune teme- raire ,
Mille & mille volantes morts ,
Et l'on diroit à te voir faire
Que tu crois , qu'en naiffant on ait
plonge ton corps,
Comme celuy d'Achille , au fond des
eaux fatales ,
Qui voyent fur leurs fombres
bords ,
Des Rois & des Bergers les fortunes
égales.
Qu'on vient de découvrir de vertus.
dans ton cœur
Et que tu fais du temps un glorieux
partage!
Que ce partage cauſe &de joye &de
peur !
Reut, onregarder ſans frayeur
34
Les differens perils où ta valeur t'engage ?
Peut-on , fans t'adorer , te voir donnertes foins ,
Tantoft à pourvoir aux befoins
Des Guerriers que la gloire a couverts
de bleſſures ,
Et tantoft à tracer de fidelles peintures
Des grandes actions dont tes yeux
asl
font témoins ?
<
Le Soleil , infortuné Pere
D'un Fils indocile , imprudent ,
Depuis que Philisbourg a fenti ta colere ,
(dent,
Moins lumineux , & moins arD'un cours precipité paffe à l'autre
hemifphere ; (ploy;
11 remplit à regret fon glorieux emTu renouvelles fa trifteffe ,
Lors qu'il te voit conduire avec tant
de fageffe
Les deffeins dont Louis s'eft réposé
fur toy.
35
De quel oil penfes tu que l'Europe
regarde
Ce que tu viens d'executet ?
Tant d'Eftats , qu'en deux mois ton
bras vient d'ajoûter
Aux Eftats que le Ciel te garde,
Luyfont voir tout ce qu'on hazarde
Et tout ce qu'on s'apprête encore de
regrets
Quand on irrite un Roy , de qui rien
ne retarde
Ni les deffeins, ni les progrés.
Quelque loin que ta gloire aujour d'hui foit allée , f
Elle fait le plaifir du plus fage des Rois ,
Quand il voit ta prudence à ta valeur
mcflée ,
Affeurer le bonheur de l'Empire Fran
çois.
Plus feur de fon deftin que ne fut autrefois
b vj
36
Le tonnant Rival de Pelée , 10
Il ne craint point qu'un Fils, efface fes
exploits.
Arrêté une courfe fi belle ,
Aux douceurs du repos la faifon te
rappelle ,
Mars fuit les Aquilons & cherche les
Zephirs ,
Vien fécher les beaux yeux d'une augufte Princelle
Vien remplir fes plus doux defirs:: Ton ardeur pour la gloire allarme fa
tendreffe :
L'inquietude &la trifteffe
En ton abfence ont pris la place des
plaifirs.
Tu jouis , Montaufier , du doux
fruit de tes peines ,
Ton jeune Achille eft triomphant
De l'orgueil des Aigles Romaines ;
Vainement contre lui l'Empire. Le.
défend.
37
Philisbourg , Frankendal , Manhein,
Treves , Mayence ,
Que leurs Dieux n'ont pû garantir ,
Font bien voir,de quel fang le Ciel l'a
fait fortir ,
Et quelle habile main cultiva dés l'enfance ,
Lavaleur du Heros qui vient d'affu
jettir
Et du Necre & du Rhin l'orgueilleu
le puiffance..
Sur nos facrez Autels , on voit fumerl'encens ,.
Pourune fi grande victoire ;
Tout retentit icy du doux bruit de fa
gloire ::
Mais rien n'eft comparable aux tranf
ports que je fens.
Oui , l'amitié , l'eftime , & la recon
noiffance
Que depuis long- temps je te
doy,
38
Me font bien mieux fentir qu'au refte
de la France ,
Unfuccés dont l'éclat réjaillit jufqu'à
toy
De Madame des Houlieres à
M. le Ducde Montaufur.
E Dieu couronné de pavots
Apeinece matin m'avoit abandonnée,
Qu'Apollon à mes yeux encor à demi clos
S'eft fait voir de lauriers la tefte environnée,
Luy que j'avois prié,depuis prés d'une
année',
De ne plus troubler mon repos.
Vien chanter , m'a- t-il dit , vien , il
faut te réfoudre,
A célébrer encor de glorieux Exploits.
31 LOUIS à fon Dauphin vient de pref
ter fa foudre ;
Et ce jeune Heros , dont tout fuivra
les Loix ,
A pour fon coup d'Effay mis Philisbourg en poudre.
Quel plus noble Employ
pour ta voixà
Apollon , à ces mots , m'a préfenté fa
Lyre , (fons.
Dont j'ay déja tiré tant d'agréables
Je l'ay prife ; & malgré les mauxdont
jefoupire ,
Pleine du beau feu qu'il
m'inſpire , Je vais recommencer d'héroïques
chanfons.
IlluAre Montaufier , daigne les faire
entendre.
Au Vainqueur , à qui je les doy.
Sur elles tu fçauras répandre Uncharme , à qui fon coeur fe laiffera
furprendre :
b iv
32
Sers mon zele, & dis-
**
lny pour moy :
La Saifon , la Nature , & l'Art unis
enfemble
On fait pour Philisbourg des efforts
inoüis.
Tu les as furmontez ; par toy l'Empire
tremble ;
Tu reffembleras à LOUIS ,
Grand Prince , s'il fe peut que quelqu'un luy reffemble.
哈哈
Je m'étois attendue à tout ce que tu fais. (racles,
Le Dieu des Vers , dans fes OQuoy qu'on ait dit
jamais.
› ne ment
Lors qu'un Fils vint remplir tes plus
tendres fouhaits,
Apollon par ma bouche annonça les
miracles
Que tu ferois , lors que la paix
A ta fiére valeur ne mettroit plus
d'obstacles.
-33
Tu n'as que trop tenu ce qu'il avoit
promis.
Exposé nuit & jour au feu des Ennemis
On t'a yeû méprifer , en jeune teme- raire ,
Mille & mille volantes morts ,
Et l'on diroit à te voir faire
Que tu crois , qu'en naiffant on ait
plonge ton corps,
Comme celuy d'Achille , au fond des
eaux fatales ,
Qui voyent fur leurs fombres
bords ,
Des Rois & des Bergers les fortunes
égales.
Qu'on vient de découvrir de vertus.
dans ton cœur
Et que tu fais du temps un glorieux
partage!
Que ce partage cauſe &de joye &de
peur !
Reut, onregarder ſans frayeur
34
Les differens perils où ta valeur t'engage ?
Peut-on , fans t'adorer , te voir donnertes foins ,
Tantoft à pourvoir aux befoins
Des Guerriers que la gloire a couverts
de bleſſures ,
Et tantoft à tracer de fidelles peintures
Des grandes actions dont tes yeux
asl
font témoins ?
<
Le Soleil , infortuné Pere
D'un Fils indocile , imprudent ,
Depuis que Philisbourg a fenti ta colere ,
(dent,
Moins lumineux , & moins arD'un cours precipité paffe à l'autre
hemifphere ; (ploy;
11 remplit à regret fon glorieux emTu renouvelles fa trifteffe ,
Lors qu'il te voit conduire avec tant
de fageffe
Les deffeins dont Louis s'eft réposé
fur toy.
35
De quel oil penfes tu que l'Europe
regarde
Ce que tu viens d'executet ?
Tant d'Eftats , qu'en deux mois ton
bras vient d'ajoûter
Aux Eftats que le Ciel te garde,
Luyfont voir tout ce qu'on hazarde
Et tout ce qu'on s'apprête encore de
regrets
Quand on irrite un Roy , de qui rien
ne retarde
Ni les deffeins, ni les progrés.
Quelque loin que ta gloire aujour d'hui foit allée , f
Elle fait le plaifir du plus fage des Rois ,
Quand il voit ta prudence à ta valeur
mcflée ,
Affeurer le bonheur de l'Empire Fran
çois.
Plus feur de fon deftin que ne fut autrefois
b vj
36
Le tonnant Rival de Pelée , 10
Il ne craint point qu'un Fils, efface fes
exploits.
Arrêté une courfe fi belle ,
Aux douceurs du repos la faifon te
rappelle ,
Mars fuit les Aquilons & cherche les
Zephirs ,
Vien fécher les beaux yeux d'une augufte Princelle
Vien remplir fes plus doux defirs:: Ton ardeur pour la gloire allarme fa
tendreffe :
L'inquietude &la trifteffe
En ton abfence ont pris la place des
plaifirs.
Tu jouis , Montaufier , du doux
fruit de tes peines ,
Ton jeune Achille eft triomphant
De l'orgueil des Aigles Romaines ;
Vainement contre lui l'Empire. Le.
défend.
37
Philisbourg , Frankendal , Manhein,
Treves , Mayence ,
Que leurs Dieux n'ont pû garantir ,
Font bien voir,de quel fang le Ciel l'a
fait fortir ,
Et quelle habile main cultiva dés l'enfance ,
Lavaleur du Heros qui vient d'affu
jettir
Et du Necre & du Rhin l'orgueilleu
le puiffance..
Sur nos facrez Autels , on voit fumerl'encens ,.
Pourune fi grande victoire ;
Tout retentit icy du doux bruit de fa
gloire ::
Mais rien n'eft comparable aux tranf
ports que je fens.
Oui , l'amitié , l'eftime , & la recon
noiffance
Que depuis long- temps je te
doy,
38
Me font bien mieux fentir qu'au refte
de la France ,
Unfuccés dont l'éclat réjaillit jufqu'à
toy
Fermer
Résumé : EPITRE. De Madame des Houlieres à M. le Duc de Montausier.
L'épître de Madame des Houlières à Monsieur le Duc de Montaufier célèbre les exploits militaires du duc, en particulier la prise de Philisbourg. Madame des Houlières décrit une vision où Apollon lui apparaît pour lui demander de chanter les glorieux exploits du duc. Elle exprime son admiration pour le jeune héros dont les lois seront suivies par tous. Le duc est comparé à Louis XIV, et ses actions sont décrites comme surhumaines, rappelant celles d'Achille. Madame des Houlières loue également la bravoure et la sagesse du duc, soulignant qu'il a su conquérir de nombreux États en peu de temps. Elle mentionne les villes conquises, telles que Philisbourg, Frankendal, Mayence et Trèves, et exprime sa joie et son admiration pour ses victoires. Elle conclut en affirmant que son amitié et son estime pour le duc sont profondes et partagées par toute la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
95
p. 126-139
PARAPHRASE ALLEGORIQUE Aux Victoires de Monseigneur le Dauphin. Du PSEAUME LXXI.
Début :
Je ne doute pas qu'aprés vous estre fait un si grand / Donne, Seigneur, au Fils du plus grand de nos Rois, [...]
Mots clefs :
Roi, Rois, Efforts, Héros, Lois, Peuples, Valeur, Gloire, Dauphin, Sang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE ALLEGORIQUE Aux Victoires de Monseigneur le Dauphin. Du PSEAUME LXXI.
Je ne doute point qu'après
vous estre fait un
si
grand
plaisir des diversOuvrages
que je vous ayenvoyez sur
les Conquestes de Monseigneur
le Dauphin, vous ne
soyez extrêmement sâtisfaite
de celuy que vous allez lire.
Il estdeMr l'Abbé de Viani,
Prieur de l'Eglise de S. Jean
d'Aix, qui l'a adîefleà Mf:,
e Duc de Montausier.Cest
£.'a ParaphraseAllégorique
£Tun P/eaume que David
):zzomposa pour souhaiter à
Ton Fils Salomon) les vertus
rpqui luy estoient necessaires
pour bien regner. Vous y
werrez un juste rapport à tout
ixe qui est connu de lapiet,é
àôc des vertus admirables de
nostre Auguste Monarque.
C'est une matière jnépuifable
J
& qui renouvelle de
I( jour en jour.
PARAPHRASE
ALLEGORIQUE 1
Aux Victoires de Monfcïgneui
le Dauphin.
oDu PsEAUJvIE LXXI. - Onne,Seig&èar, AtéXiù.dté.
plusgrâtîdde nos Rois
1 Vamour ferme &- confiant de tes di^
vines Loix ; ,
Fais quesans s*écartet de la droite
lufiiee, -'
¡fa Pauvre ilfoittoujours fivcrible
& propice)
Et que ses lugemens des Peuples
¡zdgreZ,
Contre l'opprcjjlon les rendent assiren.
kVdiS que ceux qu'unhAut Rang at-.
tache àsaPersonne,
Soutenant a l'envy le poids de la
Couronne )
\Hin ftffint respecter £Augufie Majessé
) [leurVietéy
x'Sien mainspar leur Valeur que par
\*Et que les Magifirats qui dans leur
Rangsuprème
,
\Ont lesacrêdêpojt des droits du Dia*
dême,
\¥ou/fcZ de ton esprit,remplisde
leurdevoir
,
!3En fiachent menager le fouveraw
pouvoir? .-
7Wousverrons dans ces lieux la rAleu",
laPuiss.-.nce
,
Tfaire reg.icrU P:'; ,
la Vertu, VA- bondd
,
fiN&usverrons uj; '(.!i/u' Roy
,
leplus
grand desù Guera^/-s>
De la main definFils recevoir der-
Lauriers,
Etsentir le tranifport de cette doltce--
gloire
£)ne donne , aux leunes Coeurs lapremiert
Viffoire.
Nous verrons ce Vainqueur par fis
premiers exploits,
Biglerdes opprimeZ les légitimés
droits;
Etpar les beaux efforts desa valeur *
guerriere
Rétablir dansfies biens une Augufie
Héritiere.
Cesien vain, Thilisbourg
, que
ceint de toutes parts5 - far des Marais profonds) pardefermes
Rempartsy
Tu mépriflis les coups delàfiere
Tempefie : [ quefie3
De cejeune Héros tu fieras la Con,..
VSi deton Difevfenr le nomsifort
vanté3
-j?,r uniraplus célébré à lapofierrté>
'Q'avoir pu quelques jours arreflet
fin audace>
£^fte d*avoirsurmonté les efforts de
la rhrdce.
Martheinsuivra ta chcllle, &fin
JîerFalAtin
fuyant de ses Eflats le rigoureux
Jifin,
yprés avoir canfé cette cruelle
guerre,
Sentira le premier les éclats du Tonnerre.
Malgréses Bastions & ses fiperbes
Forts,
13frankendal tombera fins les nob, les
efforts
M'un Heros qui suivant sa course
glorieuse
>
Mangerafousses Loix & le Rhin di-
, laMeuse.
En vain,fer Hollandois de fii
grandeurjaloux,
Tu te crois dans tes eaux à couvert
de.fiscoups ;
On aJeu tedomptermalgrétes fortes
Digues,
Et trancherpar le Fer tes Traitez&
tes Ligues , Et te donnant ia Loy dans us propresEtats9
Te rendre le mépris de tous les Potentats..
Jïuinsidelie à fin Sang, à fin
Pere perfide>
Ton ingratProtecteurm:dite un Parricide
4
Jïuefier de ces Vaijjcaux
,
plein de
va/les projets, [ Sujets;
Il arme contre un Roy fis rebelles
*arfespremierssucc,éss*accoAutu,m0'a- n- t
aa crime, ( gitime,
gytfil traite en fippofél'heritier le.
St de la calomnieemprllntaitt le
pinceau, Quil attaque sans honte un Enfant
au Berceau,
\e Cielpour le punirformera des
orages5
Et le Prince anime par tant d'hen.
reuxpréfiges*
ïcrafcra ce Monstre ennemy de la Foy,
57surfinTroneAugufie affermira,
ce Roy.
Rome deceshautsfaits heureusement
sûrprise,
Voyant dans ce Héroslesoutien de
l'Eglifi,
De tous nos démèter, oubliant le
malheur, (Valeur.
De mon Roy
>
defin Fils bénira la
- Cefialors que LOFIS AU dejjk*
de l'Envie,
Prolongeant par fin Fils la gloire
deJaVie,
formera par fis foins des Frinces
genereNx,
Et si verra revivre encor dans siJs
Neveux,
Dont la posterité dessiécles reverée"
Aura du Firmament£éternelle
durée.;
Ettoujoursplus féconde en Héros
immortels,
Expofem fin Sang en faveur des
Autels ;
Et par elle bientost, les Sultans de
Bifance
Malgré , tous leurs efforts, & leur
vaste JNiffince,
rerront far les rayons de ce Soleil
naissant,
Çpbjcurcir a jamais leur funejïe
Croissant.
Ce DAFPHIN que la France&
que le Monde adn ire,
"SDes Fleuves & des Mers hornera
son Empire,
hJEt ses jalonx craignant la force de
son bras, [ pas.
Udifèront,par refpecl la trace deses
Les Flotes de Siam à travers les
orages
t porteront leurs Tresorssur nos heureux
Rivages,
i Et Us Barbares Rois des Peuples
basanez,,
Seront à sesgenoux humblement
profiernez
Le Pirated'Alger cent foisplus
redoutable
Au timideMarchand qu'un écûeil
efrojat-iei
Sous les débrisfumonsdeses MufSte
embrasez,,
Se reverra purty des maux q"
caufcT^.
Des méchants ilflra /'impitoyable
luge,
Des pauvres opprimez, ilfera h\
refuge,
Contre leurs ennemis il fera lettmrî
apuy ; [ lu
Etleur étatabjeEtferagrand devante
L'Indien parfin Orviendra le\
reconnoijlre,
Et les Peuples diversvoulantFavoirtw
pour Maifire
Par de riches Tributsobligeront
leurs Rois
De venirpromptement se foumetire
a ses Loix.
Sous un Regnesifiint, si remply
de lufiiee,
.!."a Vermfousfispiedspra tremblerleVice.
"Nas monts ou ne croisoient que
d'aridesbuissons,
Produiront sans travail de fertiles
moiffins,
\=-t ceux dont Dieu bénit le chasle
Mariage, [partage.
à(De Vertueux Ensansauront le doux
^>ui repeuplant nos Camps des plus
braves soldats
, ^Deviendront lejoûticn desesvases
Etats.
Apres tant de bcn-hcuricevrince
incomparable
Mura dans l'Vnivers une gloire
d/trable.
rTiés Ennernisfrilpe- de sa vivt
splendeur,
tenteront vainement d'affaiblir sa
grandeur,
Ori te verra briller d'une lè,2
lumiere,
Tant que fAstre dit jour fournirai
sa carriere.
Grand Dieu, de qui les Rois 0;;1\\
toute leurgrandeur,
jtjïnqunu Monde entier t'adore-v
avec ardeur GonfervedansLOV,IS ton plusw
p.zrJait ouvrage ;
Conflrve en son DArPHI NV
sa rejfemblantc image;
ParEux ton sacré Nom des Mor—\
tels refpcffê
,
Regnera dans son lufire di dansvt , sa Maio/fé.
liluftr* MOKTAFSIER , dcmÀf\
l'ame genereuse
A toâjous protégé la rerlll mal»'
heureuse s
2Toy qui receu du Ciel la Candeur,
la Bonté)
Et du mondenaissant l'antique
Probli'té;
uanddes Cygnes fameux
,
qui , charment tes oreilles ,
De ton jeune Heros annoncent les
merveilles
„ Daigne encore écouter ce quauxbords
du Jourdain
Pn Saint Roy prononça par un
esprit Divin,
Et ne refufl pas de presenter (lM;
PRINCE,
Ce tribut qui luy vient du fond
d'une Province.
vous estre fait un
si
grand
plaisir des diversOuvrages
que je vous ayenvoyez sur
les Conquestes de Monseigneur
le Dauphin, vous ne
soyez extrêmement sâtisfaite
de celuy que vous allez lire.
Il estdeMr l'Abbé de Viani,
Prieur de l'Eglise de S. Jean
d'Aix, qui l'a adîefleà Mf:,
e Duc de Montausier.Cest
£.'a ParaphraseAllégorique
£Tun P/eaume que David
):zzomposa pour souhaiter à
Ton Fils Salomon) les vertus
rpqui luy estoient necessaires
pour bien regner. Vous y
werrez un juste rapport à tout
ixe qui est connu de lapiet,é
àôc des vertus admirables de
nostre Auguste Monarque.
C'est une matière jnépuifable
J
& qui renouvelle de
I( jour en jour.
PARAPHRASE
ALLEGORIQUE 1
Aux Victoires de Monfcïgneui
le Dauphin.
oDu PsEAUJvIE LXXI. - Onne,Seig&èar, AtéXiù.dté.
plusgrâtîdde nos Rois
1 Vamour ferme &- confiant de tes di^
vines Loix ; ,
Fais quesans s*écartet de la droite
lufiiee, -'
¡fa Pauvre ilfoittoujours fivcrible
& propice)
Et que ses lugemens des Peuples
¡zdgreZ,
Contre l'opprcjjlon les rendent assiren.
kVdiS que ceux qu'unhAut Rang at-.
tache àsaPersonne,
Soutenant a l'envy le poids de la
Couronne )
\Hin ftffint respecter £Augufie Majessé
) [leurVietéy
x'Sien mainspar leur Valeur que par
\*Et que les Magifirats qui dans leur
Rangsuprème
,
\Ont lesacrêdêpojt des droits du Dia*
dême,
\¥ou/fcZ de ton esprit,remplisde
leurdevoir
,
!3En fiachent menager le fouveraw
pouvoir? .-
7Wousverrons dans ces lieux la rAleu",
laPuiss.-.nce
,
Tfaire reg.icrU P:'; ,
la Vertu, VA- bondd
,
fiN&usverrons uj; '(.!i/u' Roy
,
leplus
grand desù Guera^/-s>
De la main definFils recevoir der-
Lauriers,
Etsentir le tranifport de cette doltce--
gloire
£)ne donne , aux leunes Coeurs lapremiert
Viffoire.
Nous verrons ce Vainqueur par fis
premiers exploits,
Biglerdes opprimeZ les légitimés
droits;
Etpar les beaux efforts desa valeur *
guerriere
Rétablir dansfies biens une Augufie
Héritiere.
Cesien vain, Thilisbourg
, que
ceint de toutes parts5 - far des Marais profonds) pardefermes
Rempartsy
Tu mépriflis les coups delàfiere
Tempefie : [ quefie3
De cejeune Héros tu fieras la Con,..
VSi deton Difevfenr le nomsifort
vanté3
-j?,r uniraplus célébré à lapofierrté>
'Q'avoir pu quelques jours arreflet
fin audace>
£^fte d*avoirsurmonté les efforts de
la rhrdce.
Martheinsuivra ta chcllle, &fin
JîerFalAtin
fuyant de ses Eflats le rigoureux
Jifin,
yprés avoir canfé cette cruelle
guerre,
Sentira le premier les éclats du Tonnerre.
Malgréses Bastions & ses fiperbes
Forts,
13frankendal tombera fins les nob, les
efforts
M'un Heros qui suivant sa course
glorieuse
>
Mangerafousses Loix & le Rhin di-
, laMeuse.
En vain,fer Hollandois de fii
grandeurjaloux,
Tu te crois dans tes eaux à couvert
de.fiscoups ;
On aJeu tedomptermalgrétes fortes
Digues,
Et trancherpar le Fer tes Traitez&
tes Ligues , Et te donnant ia Loy dans us propresEtats9
Te rendre le mépris de tous les Potentats..
Jïuinsidelie à fin Sang, à fin
Pere perfide>
Ton ingratProtecteurm:dite un Parricide
4
Jïuefier de ces Vaijjcaux
,
plein de
va/les projets, [ Sujets;
Il arme contre un Roy fis rebelles
*arfespremierssucc,éss*accoAutu,m0'a- n- t
aa crime, ( gitime,
gytfil traite en fippofél'heritier le.
St de la calomnieemprllntaitt le
pinceau, Quil attaque sans honte un Enfant
au Berceau,
\e Cielpour le punirformera des
orages5
Et le Prince anime par tant d'hen.
reuxpréfiges*
ïcrafcra ce Monstre ennemy de la Foy,
57surfinTroneAugufie affermira,
ce Roy.
Rome deceshautsfaits heureusement
sûrprise,
Voyant dans ce Héroslesoutien de
l'Eglifi,
De tous nos démèter, oubliant le
malheur, (Valeur.
De mon Roy
>
defin Fils bénira la
- Cefialors que LOFIS AU dejjk*
de l'Envie,
Prolongeant par fin Fils la gloire
deJaVie,
formera par fis foins des Frinces
genereNx,
Et si verra revivre encor dans siJs
Neveux,
Dont la posterité dessiécles reverée"
Aura du Firmament£éternelle
durée.;
Ettoujoursplus féconde en Héros
immortels,
Expofem fin Sang en faveur des
Autels ;
Et par elle bientost, les Sultans de
Bifance
Malgré , tous leurs efforts, & leur
vaste JNiffince,
rerront far les rayons de ce Soleil
naissant,
Çpbjcurcir a jamais leur funejïe
Croissant.
Ce DAFPHIN que la France&
que le Monde adn ire,
"SDes Fleuves & des Mers hornera
son Empire,
hJEt ses jalonx craignant la force de
son bras, [ pas.
Udifèront,par refpecl la trace deses
Les Flotes de Siam à travers les
orages
t porteront leurs Tresorssur nos heureux
Rivages,
i Et Us Barbares Rois des Peuples
basanez,,
Seront à sesgenoux humblement
profiernez
Le Pirated'Alger cent foisplus
redoutable
Au timideMarchand qu'un écûeil
efrojat-iei
Sous les débrisfumonsdeses MufSte
embrasez,,
Se reverra purty des maux q"
caufcT^.
Des méchants ilflra /'impitoyable
luge,
Des pauvres opprimez, ilfera h\
refuge,
Contre leurs ennemis il fera lettmrî
apuy ; [ lu
Etleur étatabjeEtferagrand devante
L'Indien parfin Orviendra le\
reconnoijlre,
Et les Peuples diversvoulantFavoirtw
pour Maifire
Par de riches Tributsobligeront
leurs Rois
De venirpromptement se foumetire
a ses Loix.
Sous un Regnesifiint, si remply
de lufiiee,
.!."a Vermfousfispiedspra tremblerleVice.
"Nas monts ou ne croisoient que
d'aridesbuissons,
Produiront sans travail de fertiles
moiffins,
\=-t ceux dont Dieu bénit le chasle
Mariage, [partage.
à(De Vertueux Ensansauront le doux
^>ui repeuplant nos Camps des plus
braves soldats
, ^Deviendront lejoûticn desesvases
Etats.
Apres tant de bcn-hcuricevrince
incomparable
Mura dans l'Vnivers une gloire
d/trable.
rTiés Ennernisfrilpe- de sa vivt
splendeur,
tenteront vainement d'affaiblir sa
grandeur,
Ori te verra briller d'une lè,2
lumiere,
Tant que fAstre dit jour fournirai
sa carriere.
Grand Dieu, de qui les Rois 0;;1\\
toute leurgrandeur,
jtjïnqunu Monde entier t'adore-v
avec ardeur GonfervedansLOV,IS ton plusw
p.zrJait ouvrage ;
Conflrve en son DArPHI NV
sa rejfemblantc image;
ParEux ton sacré Nom des Mor—\
tels refpcffê
,
Regnera dans son lufire di dansvt , sa Maio/fé.
liluftr* MOKTAFSIER , dcmÀf\
l'ame genereuse
A toâjous protégé la rerlll mal»'
heureuse s
2Toy qui receu du Ciel la Candeur,
la Bonté)
Et du mondenaissant l'antique
Probli'té;
uanddes Cygnes fameux
,
qui , charment tes oreilles ,
De ton jeune Heros annoncent les
merveilles
„ Daigne encore écouter ce quauxbords
du Jourdain
Pn Saint Roy prononça par un
esprit Divin,
Et ne refufl pas de presenter (lM;
PRINCE,
Ce tribut qui luy vient du fond
d'une Province.
Fermer
Résumé : PARAPHRASE ALLEGORIQUE Aux Victoires de Monseigneur le Dauphin. Du PSEAUME LXXI.
L'œuvre 'Paraphrase Allégorique' de l'Abbé de Viani, dédiée au Duc de Montausier, est une paraphrase du Psaume 71 de David destinée à Salomon. Elle met en avant les vertus requises pour gouverner et établit un parallèle avec les qualités du Dauphin. Le texte célèbre les exploits militaires du Dauphin, le comparant à un héros guerrier victorieux. Il mentionne des victoires telles que la prise de Thionville et de Frankerdal, ainsi que la soumission des Hollandais. Le Dauphin est également décrit comme un protecteur des opprimés et un défenseur de la foi, capable de soumettre les ennemis et de rétablir les droits légitimes. La lettre souligne la grandeur et la bravoure du Dauphin, prédisant une ère de prospérité et de justice sous son règne. Elle évoque l'impact positif de son règne sur la France et le monde, avec des peuples lointains reconnaissant sa suprématie et apportant des tributs. La gloire éternelle du Dauphin et la bénédiction divine sur son règne sont également exaltées. Le texte se présente comme une prière ou une ode adressée à Dieu, soulignant Sa grandeur et Son adoration universelle. Il mentionne la conservation de l'image divine dans un temple et l'invocation du nom sacré de Dieu pour régner dans la lumière et la majesté. La prière loue un prince jeune, doté d'une âme généreuse, protégé par Dieu, et possédant des qualités telles que la candeur, la bonté et l'antique probité. Des cygnes célèbres chantent ses mérites. La prière demande à Dieu d'écouter les paroles prononcées par un saint roi près du Jourdain, inspirées par un esprit divin, et de ne pas refuser l'hommage venant du cœur d'une province.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
96
p. 7-13
STANCES IRREGULIERES Sur les Victoires du Roy.
Début :
La conjoncture presente des affaires fait meriter tant de / Fille du Ciel, aimable Paix, [...]
Mots clefs :
Louis, Ennemis, Armes, Gloire, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES IRREGULIERES Sur les Victoires du Roy.
A
conjoncture prefente des affaires fait
meriter tint de
loüanges au Roy , & ce Monarque en reçoit de tant déloquentes Plumes, que je croy
devoir commencer maLettre
A iiij
8 MERCURE
en vous faifant part de leurs:
productions. L'illuftre Madame des Houlieres ne s'eft
pas teuë fur fes dernieres Vitoires. Je ne vous vanteray
point les Vers que vous allez
lire. On n'envoit point d'elle
qui ne répondent à la réputation qu'elle s'eft acquife.
off of ofcafe ofcofrafc of off of of of je de off of off of of
STANCES
Sur les Victoires du Roy.
IRREGULIERES
FilleIlle du Ciel , aimable Paix,
Vous qui de tous les biens eftes toujoursfuivie ,
Vous que l'aveugle erreur & lajaloufe envie
GALANT. 9
Ontvoulu d'icy-bas exiler pour jamais :
LOVIS eft triomphantfur la terre &
Sur l'onde,
C
Ses nombreux Ennemisfont confus,
font défaits .
Il va vous redonner au monde.
S
Si les fecrets du Cielfe peuvent
penetrer,
Les glorieux fuccés qu'il accorde à
fes armes
Forceront la difcorde & l'envie à
rentrer
Dans ces lieuxdeftinezà d'éternelles·
larmes.
Ouy,jeprevoy qu'avant le temps,
Où les Roffignolspar leurs chants
Font retentir les bois de plaintesamoureuſes,
Vous defcendrez icy du celefte fejour;
10 MERCURE
Plus fes armes feront heureufes,
Plûtoft vousferez de retour.
2
Entre les bras de la Victoire
On a vû ce Heros déja plus d'une
fois ,
Pour n'écouter que vostre voix , 1
Impoſerfilence à fa gloire.
Son ame au deffus des faveurs
Quefait l'inconftante Deeffe,
N'a point ce dur orgueil ny ces lâches
rigueurs,
Qui mettent le comble aux mal--
heurs
D'un Ennemy forcé d'avoüer fafoibleſſe,
Vice des vulgaires vainqueurs.
Icy la mefmemain qui terraffe , releve,
Et toujours de Louis le triomphe
s'acheve
Par le retour de vos douceurs.
GALANT. IL
2
Plus àfes Peuples qu'à luy-même,
Il ne voit qu'à regret ce qu'ilsfont
aujourd'huy,
Et ces Peuples inftruits à quelpoint.
il les aime,
Goûteroient un plaifir extrême
A donner tous leurs biens & tout .
leurfang pour luy.
Il voudroit qu'au milieu de ces brillantes feftes ,
Qu'enfante un doux loifir dans les
lieux où vous eftes ,
Tousfes Sujets puffent vieillir.
Ce genereux foucy fans ceffe l'accompagne,
Des Conqueftes qu'ilfait, des Batailles qu'ilgagne ,
Tous eftes lefeulfruit qu'il pretend
recueillir,
12 MERCURE
&
De rage & de douleurje les voy qui
fremiffent
Au bruit de fes fameux exploits,
Ces fiers Princes qui vous haïffent,
Et qui foulant aux pieds toutesfortes de loix ,
Pour un Ufurpateur trahiſſent
Leurgloire & l'intereft des Rois.
La terre a bû le fang de leurs meil
leures Troupes ,
La mer , malgré les vents qui com-·
battoientpour eux,
Pele mele a receu , Vaiffeaux , Canors , Chaloupes ,
Soldats & Matelots, dans fesgouffres
affreux.
Goutez, charmante Paix , une douce
vangcance
Du mépris qu'ils ontfait de vos plus
facrez nauds,
GALANT. 13
Vous ferez la ressource &l'unique
efperance
De leur monftruenfe Alliance
Qu'a cimentée un crime heureux.
conjoncture prefente des affaires fait
meriter tint de
loüanges au Roy , & ce Monarque en reçoit de tant déloquentes Plumes, que je croy
devoir commencer maLettre
A iiij
8 MERCURE
en vous faifant part de leurs:
productions. L'illuftre Madame des Houlieres ne s'eft
pas teuë fur fes dernieres Vitoires. Je ne vous vanteray
point les Vers que vous allez
lire. On n'envoit point d'elle
qui ne répondent à la réputation qu'elle s'eft acquife.
off of ofcafe ofcofrafc of off of of of je de off of off of of
STANCES
Sur les Victoires du Roy.
IRREGULIERES
FilleIlle du Ciel , aimable Paix,
Vous qui de tous les biens eftes toujoursfuivie ,
Vous que l'aveugle erreur & lajaloufe envie
GALANT. 9
Ontvoulu d'icy-bas exiler pour jamais :
LOVIS eft triomphantfur la terre &
Sur l'onde,
C
Ses nombreux Ennemisfont confus,
font défaits .
Il va vous redonner au monde.
S
Si les fecrets du Cielfe peuvent
penetrer,
Les glorieux fuccés qu'il accorde à
fes armes
Forceront la difcorde & l'envie à
rentrer
Dans ces lieuxdeftinezà d'éternelles·
larmes.
Ouy,jeprevoy qu'avant le temps,
Où les Roffignolspar leurs chants
Font retentir les bois de plaintesamoureuſes,
Vous defcendrez icy du celefte fejour;
10 MERCURE
Plus fes armes feront heureufes,
Plûtoft vousferez de retour.
2
Entre les bras de la Victoire
On a vû ce Heros déja plus d'une
fois ,
Pour n'écouter que vostre voix , 1
Impoſerfilence à fa gloire.
Son ame au deffus des faveurs
Quefait l'inconftante Deeffe,
N'a point ce dur orgueil ny ces lâches
rigueurs,
Qui mettent le comble aux mal--
heurs
D'un Ennemy forcé d'avoüer fafoibleſſe,
Vice des vulgaires vainqueurs.
Icy la mefmemain qui terraffe , releve,
Et toujours de Louis le triomphe
s'acheve
Par le retour de vos douceurs.
GALANT. IL
2
Plus àfes Peuples qu'à luy-même,
Il ne voit qu'à regret ce qu'ilsfont
aujourd'huy,
Et ces Peuples inftruits à quelpoint.
il les aime,
Goûteroient un plaifir extrême
A donner tous leurs biens & tout .
leurfang pour luy.
Il voudroit qu'au milieu de ces brillantes feftes ,
Qu'enfante un doux loifir dans les
lieux où vous eftes ,
Tousfes Sujets puffent vieillir.
Ce genereux foucy fans ceffe l'accompagne,
Des Conqueftes qu'ilfait, des Batailles qu'ilgagne ,
Tous eftes lefeulfruit qu'il pretend
recueillir,
12 MERCURE
&
De rage & de douleurje les voy qui
fremiffent
Au bruit de fes fameux exploits,
Ces fiers Princes qui vous haïffent,
Et qui foulant aux pieds toutesfortes de loix ,
Pour un Ufurpateur trahiſſent
Leurgloire & l'intereft des Rois.
La terre a bû le fang de leurs meil
leures Troupes ,
La mer , malgré les vents qui com-·
battoientpour eux,
Pele mele a receu , Vaiffeaux , Canors , Chaloupes ,
Soldats & Matelots, dans fesgouffres
affreux.
Goutez, charmante Paix , une douce
vangcance
Du mépris qu'ils ontfait de vos plus
facrez nauds,
GALANT. 13
Vous ferez la ressource &l'unique
efperance
De leur monftruenfe Alliance
Qu'a cimentée un crime heureux.
Fermer
Résumé : STANCES IRREGULIERES Sur les Victoires du Roy.
Le texte est une lettre du périodique Mercure, qui commence par louer le roi et mentionne les éloges qu'il reçoit. L'auteur décide de partager des poèmes récents, notamment ceux de Madame des Houlières, reconnue pour ses vers de qualité. Le poème principal, intitulé 'Stances sur les Victoires du Roy', célèbre les triomphes du roi Louis. Il décrit la paix comme une fille du ciel, exilée par l'erreur et la jalousie, mais appelée à revenir grâce aux succès du roi. Le poème souligne la générosité du roi, qui préfère la paix et le bien-être de ses peuples à la gloire personnelle. Il mentionne également la rage des ennemis du roi, vaincus sur terre et sur mer, et exprime l'espoir que la paix reviendra grâce aux victoires du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
97
p. 101-108
SUR LA MORT De Mr le Duc de Montausier. Idille
Début :
Cependant pour ne vous pas priver du plaisir de voir / Sur le bord d'un ruisseau paisible [...]
Mots clefs :
Muses, Duc de Montausier, Gloire, Vertus, Héros, Protecteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA MORT De Mr le Duc de Montausier. Idille
Cependant
pour ne vous pas priver du
plaifir de voir ce qui s'eft
fait à la gloire de ce Duc,
dont les grandes qualitez ont
fait tant de bruit dans tout
le Royaume , je vous envoye un Ouvrage de Madame
des Houlieres , fur le malheur arrivé aux Mufes , qui
en le perdant , ont perdu leur
Protecteur.
i
I iij
102 MERCURE
T
§ 2552225222255SSS
SUR LA MORT
De Mile Duc de Montaufier.
I DILLE
Ur le bord d'un ruiſſeau paiSo
Sible
Olimpe fe livroit à de vives douleurs ,
Et malgré fes autres malheurs
Au fort de Montaufier attèntive &
fenfible ,
Difoit en répandant des pleurs :
Qu'allez- vous devenir , belles Infortunées,
Mufes, qu'il protegea dés fes jeunes
années ?
GALANT. 103
Qu'allez- vous devenir , Heroïques
Vertus ,
Vous qui tremblantes , éplorées,
Aprés vos Temples abbatus ,
Chez luy vous eftiez retirées ?
Lestitresprécieux dontfurent revêtus
Ces Grecs & ces Romains , ornemens
de l'Hiftoire ,
Sont dûs à ce Heres d'immortelle
memoire ,
Quipar des fentiers peu battus.
Marcha d'un pas égal vers lafolide
gloire.
2
Mufes , Vertus , helas ! qui fera voftre appuy?
Et qui regardera comme d'affreux
Spectacles
Voftre mifere & voftre ennuy ?
Qui vous écoutera ? Qui voudra
comme luy
I iiij
104 MERCURE
Vous conduire à travers d'innom
brables obftacles
Au grand Roy qui regne aujourd'buy ?
Ah , qu'une telle perte ouvre de
precipices !
Qu'elle va vous livrer à d'injuftes
caprices !
Que de dédains, que de dégoufts ?
Mafes , Vertus , helas ! l'Ignorance
ules Vices
Peut-etre par fa mort triompheront
de vous.
2
Injustice de la Nature !
Les arbres dont l'ombrage embellit
ces cofteaux ,
Ne craignent point des ans l'irreparable injure ;
Leur vieilleffe ne fert qu'à les rendre
plus beaux.
GALANT. 105
Aprés avoir d'un fiecle achevé la
mesure ,
Ils paffent bien avant dans des fiecles nouveaux.
Où voit-on quelque homme qui
dure
Autant que les fapins , les chefnes,
les ormeaux ?
S
Mais pourquoy m'amufer dans ma
douleur mortelle
Afaire à la nature une vaine querelle ?
Arbres qui vivezplus que nous
Foüiffez d'un deftin fi doux ;
Faybien d'autresfujets de murmurercontr'elle.
Puis-je voirfans blâmer des ordres
fi cruels ,
Qu'un de ces indignes Mortels
Queue dansfa pareffe elle forme
106 MERCURE
De ce qu'elle a de plus mauvais,
Plus tard qne Montaufier s'en.
dorme
De ce fatal fommeil qui ne finit
jamais ?
Un excés de douleur & de delica.
teffe
Porte ma colere plus loin.
Tout homme , quel qu'il foit , dont
elle a pris le foin
De conduire la vie à l'extrême vieilleffe ,
Quand il s'offre à mes yeux les
bleffe.
Non , je nefçaurois plus fouffrir
Que delafin d'un fiecle icy quel
qu'un approche,
Sans luy faire un fecret reproche
Du long-temps qu'il eft à mourir.
S
GALANT. 107
Vous , qu'avec une ardeur fincere
F'invoquois pourfauver une Teftefi chere ,
Dieux , quelquefois ingrats &
Sourds!
Seize luftres entiers ne firent pas le
Cours
D'une vie également belle,
Et qui devoit durer toujours
Sile merite eftoit un affeuré fecours
Contre une loy dure & cruelle.
Vous ne vouliez pas que fon cœur
Euft le plaifir de voir ce Prince dont
l'enfance
Fut confiée àfa prudence ,
Unefeconde fois Vainqueur
Des fieres Nations que l'Envie &
[Erreur
Ofent armer contre la France.
Vous eftes fatisfaits Satisfaits . Les barbares
efforts
108 MERCURE
De la Déeffe qui delie
Les invifibles nauds qui joignent
l'ame au corps,
Ont fait quefurles fombres bords
Montaufier a rejointfa divineJulie.
Tous deuxmalgré cette Eau qui fait
que tout s'oublie,
Sentent encor de doux tranſports ;
Et tous deux fontfuivis de as illuftres Morts ,
Quidans unefaifon aux Muſes plus
propice ,
Firent de leurs charmans accords
Retentirfi longtemps le Palais d'Artenice,
Tandis que des grands noms du Heros que je plains
Auxfiecles à venir on transmet la memoire ,
Etque les plus fçavantes mains
Elevent à l'envi des Temples à fa
gloire
pour ne vous pas priver du
plaifir de voir ce qui s'eft
fait à la gloire de ce Duc,
dont les grandes qualitez ont
fait tant de bruit dans tout
le Royaume , je vous envoye un Ouvrage de Madame
des Houlieres , fur le malheur arrivé aux Mufes , qui
en le perdant , ont perdu leur
Protecteur.
i
I iij
102 MERCURE
T
§ 2552225222255SSS
SUR LA MORT
De Mile Duc de Montaufier.
I DILLE
Ur le bord d'un ruiſſeau paiSo
Sible
Olimpe fe livroit à de vives douleurs ,
Et malgré fes autres malheurs
Au fort de Montaufier attèntive &
fenfible ,
Difoit en répandant des pleurs :
Qu'allez- vous devenir , belles Infortunées,
Mufes, qu'il protegea dés fes jeunes
années ?
GALANT. 103
Qu'allez- vous devenir , Heroïques
Vertus ,
Vous qui tremblantes , éplorées,
Aprés vos Temples abbatus ,
Chez luy vous eftiez retirées ?
Lestitresprécieux dontfurent revêtus
Ces Grecs & ces Romains , ornemens
de l'Hiftoire ,
Sont dûs à ce Heres d'immortelle
memoire ,
Quipar des fentiers peu battus.
Marcha d'un pas égal vers lafolide
gloire.
2
Mufes , Vertus , helas ! qui fera voftre appuy?
Et qui regardera comme d'affreux
Spectacles
Voftre mifere & voftre ennuy ?
Qui vous écoutera ? Qui voudra
comme luy
I iiij
104 MERCURE
Vous conduire à travers d'innom
brables obftacles
Au grand Roy qui regne aujourd'buy ?
Ah , qu'une telle perte ouvre de
precipices !
Qu'elle va vous livrer à d'injuftes
caprices !
Que de dédains, que de dégoufts ?
Mafes , Vertus , helas ! l'Ignorance
ules Vices
Peut-etre par fa mort triompheront
de vous.
2
Injustice de la Nature !
Les arbres dont l'ombrage embellit
ces cofteaux ,
Ne craignent point des ans l'irreparable injure ;
Leur vieilleffe ne fert qu'à les rendre
plus beaux.
GALANT. 105
Aprés avoir d'un fiecle achevé la
mesure ,
Ils paffent bien avant dans des fiecles nouveaux.
Où voit-on quelque homme qui
dure
Autant que les fapins , les chefnes,
les ormeaux ?
S
Mais pourquoy m'amufer dans ma
douleur mortelle
Afaire à la nature une vaine querelle ?
Arbres qui vivezplus que nous
Foüiffez d'un deftin fi doux ;
Faybien d'autresfujets de murmurercontr'elle.
Puis-je voirfans blâmer des ordres
fi cruels ,
Qu'un de ces indignes Mortels
Queue dansfa pareffe elle forme
106 MERCURE
De ce qu'elle a de plus mauvais,
Plus tard qne Montaufier s'en.
dorme
De ce fatal fommeil qui ne finit
jamais ?
Un excés de douleur & de delica.
teffe
Porte ma colere plus loin.
Tout homme , quel qu'il foit , dont
elle a pris le foin
De conduire la vie à l'extrême vieilleffe ,
Quand il s'offre à mes yeux les
bleffe.
Non , je nefçaurois plus fouffrir
Que delafin d'un fiecle icy quel
qu'un approche,
Sans luy faire un fecret reproche
Du long-temps qu'il eft à mourir.
S
GALANT. 107
Vous , qu'avec une ardeur fincere
F'invoquois pourfauver une Teftefi chere ,
Dieux , quelquefois ingrats &
Sourds!
Seize luftres entiers ne firent pas le
Cours
D'une vie également belle,
Et qui devoit durer toujours
Sile merite eftoit un affeuré fecours
Contre une loy dure & cruelle.
Vous ne vouliez pas que fon cœur
Euft le plaifir de voir ce Prince dont
l'enfance
Fut confiée àfa prudence ,
Unefeconde fois Vainqueur
Des fieres Nations que l'Envie &
[Erreur
Ofent armer contre la France.
Vous eftes fatisfaits Satisfaits . Les barbares
efforts
108 MERCURE
De la Déeffe qui delie
Les invifibles nauds qui joignent
l'ame au corps,
Ont fait quefurles fombres bords
Montaufier a rejointfa divineJulie.
Tous deuxmalgré cette Eau qui fait
que tout s'oublie,
Sentent encor de doux tranſports ;
Et tous deux fontfuivis de as illuftres Morts ,
Quidans unefaifon aux Muſes plus
propice ,
Firent de leurs charmans accords
Retentirfi longtemps le Palais d'Artenice,
Tandis que des grands noms du Heros que je plains
Auxfiecles à venir on transmet la memoire ,
Etque les plus fçavantes mains
Elevent à l'envi des Temples à fa
gloire
Fermer
Résumé : SUR LA MORT De Mr le Duc de Montausier. Idille
Le texte est un poème funèbre sur la mort du duc de Montausier. Il commence par une lettre de Madame des Houlières, qui évoque le malheur des Muses ayant perdu leur protecteur. Le poème exprime la douleur d'Olimpe face à cette perte, soulignant le rôle du duc comme protecteur des Muses et des vertus héroïques. Il déplore l'avenir incertain des Muses et des vertus sans son appui. Le texte critique l'injustice de la nature, qui permet aux arbres de vivre plus longtemps que les hommes. Il exprime une colère face à la mort prématurée du duc, comparée à celle des hommes indignes qui vivent plus longtemps. Le poème s'adresse ensuite aux dieux, reprochant leur ingratitude et leur refus de prolonger la vie du duc, malgré ses mérites et ses victoires. Il conclut en évoquant la réunion du duc avec sa divine Julie dans l'au-delà et la mémoire durable de ses exploits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
98
p. 73-93
Dialogue d'Apollon, & de Polimnie. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez, Madame, quelle grande contestation s'est émeuë / Nous nous jettons, Seigneur, toutes à vos genoux, [...]
Mots clefs :
Apollon, Polimnie, Temps, Perrault, Gloire, Génie, Montmor, Esprits, Parnasse, Beau sexe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dialogue d'Apollon, & de Polimnie. [titre d'après la table]
Vous fçavez , Madame ,
quelle grande conteſtation
s'eft émeue il y a déja quelques années entre les Sçavans
Novembre 1690. G
74 MERCURE
aufujet d'un Poëme intirulé,
Le Siecle de Louis le Grand , de
Mr Perrault de l'Academic
Françoife. Le fieur Coignard,
Libraire , a donné au public
depuis ce temps-là deux Volumes du Paralelle des Anciens
des Modernes, du meſme
Auteur , & ces Ouvrages
ont efté attaquez par un Poëte
Hollandois fous le nom de
Montmor. C'eft cert Critique qui a donné lieu à M¹ de
Vin , dont vous connoiffez
T'heureux genic par plufieurs
galantes pieces que je vous en
ay déja envoyées ,de faire le
GALANT. 75
Dialogue que vous allez lire.
Il eſt entre Apollon , & la
Mufe Polimnic, qui parle au
nom de toutes les autres.
NOS
POLIMNIE.
Ous nous jettons , Seigneur ,
toutes à vos genoux,
Etnous vous demandonsjuſtice.
APOLLON.
Relevez-vous , mes Sœurs, parlez ,
expliquez- vous ,
Etfeachez qu'Apollon propice
Entre , comme il le doit , dans tous
vos interefts.
Quelsfont vos Ennemis,ou publics,
ou fecrets ?
De qui vous plaignez- vous , & quel témeraire ofe
Gij
76 MERCURE
·Sans craindre ma colere , à mesyeux
infulter
Les Filles du grand Jupiter ?
Du trouble où je vous vois quelle eft
enfin la caufe?
POLIMNIE.
Il ne falloit pas moins pour enfinir
le cours
Que l'offre de vostre fecours.
Nous allons reprendre courage ,
Et nous en craignons moins l'outrage
Qu'on nous faitdepuis quelques
jours.
Malgré l'épais broüllard , & les va
peurs groffieres
Qui couvrent en tout temps le Batave Climat,
Nous n'avons pas laiẞé d'y porter
nos lumieres.
Cependant ce Paysfombre , & tou-
' jours ingrat,
GALANT. 77
Loin de nous en montrer quelque
reconnoiffance ,
Ne ;
s'enfert qu'à nous décrier ;
Et Montmor vient de publier
Qu'il ne fort plus de nous qu'une
froide Eloquence.
Il eft vray que cet entefté
Nousfait encor l'honneur de croire
Qu'autrefois nous eûmes la gloire
D'inspirer à l'Antiquité
Ces traits vifs, cette politeffe,
Ce gouftfin , ce bonfens , cette delicatele
Qu'on voit briller dans fes ef
crits :
Mais ilfoutient que la vieilleffe
Qu'il nous donne , & qu'il traite
avec tant de mépris ,.
A fait fentir à nos efprits
La perte du beaufeu qu'avoit noftre
jeuneffe.
G`iij
78 MERCURE
ilfemble , fi l'on veut s'en rapporter
à luy ,
Que l'Hiver ait fur nous versé
toute fa glace ,
Et qu'inutilement Hefiode aujour
'dbuy
S'endormiroit fur le Parnaffe.
Tel eft l'impertinent difcours
De ceux qui fecs , &fans genie,
Sur ce qu'on voit de bon répandent
tous les jours
Le venin de leur jalousie,
Etfe vangentpar là du malbeureux
fuccés
Des fots Ouvrages qu'ils ontfaits.
Cependant fi leur medifance
Dans le monde unefois trouve quelque créance ,
Adieu les fuprêmes honneurs
Que nous ont juſqu'icy rendus tous
les Auteurs.
GALANT 79
Nous feront-ils , helas ! le moindre
Sacrifice ?
Ils en croirontplus leur caprice
Que lesfalutaires ardeurs
Qu'onpuife dans noftre fontaine,
Et nous refuferont les glorieux tributs
Qu'ils ont toujours payez àſon eaù
Souveraine.
Qui voudrafe donner la peine
D'y chercher unfecours qu'on traitera
d'abus ?
Qui nous invoquera? Perfonne
Ne s'avifera plus de nous offrir des
vœux ,
Et des beaux Arts ( quel coup! j'en
tremble, j'enfriffonne ) 1
Peut-eftre que chacun fe fera d'autres Dieux.
Il me femble déja que l'on nous
abandonne,
G iiij
80 MERCURE
Que l'on nefonge plus à nous ,
Et que nostre fejour , devenu foli- taire ,
Sans Encens fans Autels, n'eft plus
que le repaire
-Des Ours , des Lions & des Loups.
APOLLO N.
Le mai n'eft pas encorfi grand qu'on
s'imagine,
Raffeurez- vous , mes Sœurs , Montwow mor, & fes pareils ,
Pour vous nuire , tiendront d'inutiles confeils ,
Et quoy que du Parnaffe ils tententla ruine , C
Ils nefont pasfi dangereux,\
Que leurs traits mal lancez ne
retombent fur eux:
Autant, & plus que vous , leur audace m'offenfe,
Etje les traiterois comme des MarSyas
GALANT. 81
S'ils eftoient dignes de mon bras :
Maisplein d'une reconnoiffance
Qui doit confondre ces ingrats ,.
Vn de nos Favoris travaille à sa
deffenfe ,
Et Perrault que j'ayfçeu remplir de
tous mes feux,
Eft un Athlete vigoureux ,
Et tel que d'Apollon exige la vengeance.
Ils ont desjafenty ce quepefent fes
coups ;
•
Sa plume &polie , &féconde
Commence à détromper le monde
Des contes que l'onfait de vous.
Chacun fçait que de la vieilleffe
La froideur& l'infirmité.
N'attaquent point une Déeffe ,
Et qu'une éternelle jeunesse
Eft le fruit precieux de l'immortalité.
82 MERCURE
Chacun fçait que toujours &vives,
&folides ,
Vous pouvez aujourd'huy, comme
dans les vieux temps :>
Faire , malgré ces médifans ,
Des Sophocles , des Euripides,
Des Plines , des Saphos , des Longins , des Varrons ,
Des Ariftotes , des Euclides,
Des Horaces , des Thucidides ,
Des Terences , des Cicerons
Des Luciens , des Praxiteles
Des Virgiles, & des Appelles.
onfçait qu'autant de fois qu'on ver.
ra des Heros
Amateurs de nos jeux , affables ,
liberaux
Et tels qu'en poffede un la
reufe France ;
trop beuOn ne manquera pas de fublimes.
Efprits ;
GALANT.
83
Que vos feux, & leurs dons unis.
En produifent en abondance ,
Et quefans la douce efperance
D'eftre unjour honorez de ces glorieux dons ,
Plufieurs qui negligeoient vos inf
pirations ,
Auroient languy toute leur vie
Dans une molle oifiveté ;
Ce prix de leurs travaux réveille
leur genie ,
A mieux faire par là l'on fe fent
excité ,
Et chacun, cherchant à leurplaire,
Redoublefes efforts , &pour en obtenir
La recompenfe qu'il efpere ,
Leur confacre fes foins , fes veilles,
fon loifir.
On fçait ce que valut autrefois à la
Grece
84 MERCURE
D'Alexandre le Grand la prodigue
Largeffe,
Et quejamais l'efprit dans cet heureux Climat
Nefutplus éclairé , plus fort , plus
delicat.
Famais Romefe trouva-t-elle
Plus docte, plus polie, &plus Spiri- tuelle
Quefous les deux premiers Cefars ?
Cette tendreffe liberale
Que le Pere & leFils * eurentpour
les beaux Arts,
Les y fit cultiver d'une ardeur fans
égale ,
Et leurfecours peut-eftre autant que
fa valeur,
Fufqu'au point qu'on l'a veuë éleva
Ja grandeur.
Augufte fut adopté par Jules Celar.
GALANT. 85
Ne leur doit-elle pas la fameuse Eneide ,
Les Plaintes , les Amours, & les Fables d'Ovide ,
Le delicat Horaces & tant d'Auteurs
divers ,
Quifoit enProfe , foit en Vers,
Ont rendufa gloire immortelle,
Et dont le gouft fi fin fert encor de
modelle ?
Le Filsfurtout en leurfaveur
De fon Trône fouvent fe plaifoit à
defcendre.
Rome vit fans chagrin defon grand
Empereur
Fufqu'à l'excés fur eux les bienfaits
Je répandre ,
Et quelques - uns mefme d'entre
eux
Se trouverent affez heureux ,
Pourjouir de fa confidence .
86 MRECURE
Onfçait enfin que dans la France
Louis que le Cielaime , & qui nous
aime auffi ,
Aparfes Penfions , par leur douce
influence
Plus fait pour nous quejusqu'icy
N'ontfait tous ces Heros que vante
tant l'Hiftoire.
Tout grandqu'il eft , &plus qu'Alexandre & Cefar
De proteger les Arts dédaigne-t-il la
gloire,
Et ce favorable regard
Qu'iljette fur l'Academie ,
N-a-t-il pas des François porté le
beau genie
Jusqu'au point d'effacer ce que firent
jadis
Les Grecs, & les Romains quand ils
furent polis ?
C'est par là que chez eux ont brillé
les Molieres,
GALANT: 87
LesVoitures, les Ablancours,
Et qu'éclairé de vos lumieres
Voftre beau Sexe mefme y fait voir
en ces jours
Des Scuderis , des Deshoulieres.
POLIMNIE.
Ces Dames as Parnaffe, il eft vray,
font honneur ,
Et pleines qu'elles font de toute nofire ardeur,
Leurs Ecrits ſeuls devroient fuffire
Pour confondre nos Ennemis.
Ceux de Sapho font-ils plus vifs ,
ou plus polis ,
Et de ce fiecte enfin qui les force à
médire ?
APOLLON.
Tel qu'il fut autrefois Apollon l'eft
encor s
Ainfi méprifons de Montmor
L'ennuyeufe critique , la fade Satire.
88 MERCURE
•
L'opiniaftre erreur qui l'attache aux
vieux temps
N'a pour elle que peu de genss
Et chacun, quoy qu'il puiffe dire,
Ouvre, & prefte l'oreille à la voix
du bon fens.
•
Athenes, comme Rome , en a fourny
fans doute,
Mais fans prévention pour peu
que l'on l'écoute,
Croira-t-on qu'en ces lieux trouvant
trop de douceurs ,
Il n'ait pu fe refoudre à ſe produire
ailleurs ?
Lors qu'à l'antiquité ce fiecle rend
justice ,
Par quel injurieux caprice
Refufe- t-on aux beaux efprits
Qui regnent dans la France, &fur
tout dans Paris ,
Celle qui leur eft deuë ,
fi ere Athenes,
من que la
GALANT. 89
Plus équitable, que Montmor ,
Elle-mefme rendroit à tant de nobles
veines ?
Faut- il, pour le preffer plus fort,
Diffiper les fombres nuages
Doni un dépit jaloux envelope fes
yeux ,
Et, comme aux Ecoliers ; faire à cet
envieux ,
Comprendre , & remarquer la beauté
des Ouvrages
Des Racines , des Despréaux + ,
Des Patrus , des Le-Bruns , des
Mignards, des Corneilles.
Mais fans de tant d'Auteurs
nouveaux
M'étendre fur les doctes veilles,
Que ne veulent pas voir ces efprits
mécontens ,
Ou qui font au deffus de leur intelligence
Nov. 1690.
H
90 MERCURE
Sans , dis je- , perdre en vain &fa
peine , & fon temps
A leur en expliquer la force &
l'exellence ,
Perrault écrit pour Nous, & fes
heureux talens
Suffifent feuls pour prouver que
France
la
Egale en leur bon gouft les ficcles
précedens.
Sa netteté , fa politeffe ,
Ses traits vifs & brillans , fon
gouſt fin , Sajuſteſſe,
Tout cela de Montmor a fceu bleffer
les yeux.
Quels que foient ſes efforts , ſa
plume languiffante
Wepeut en approcher , c'eft en vain
qu'il le tente,
Et dans fon defefpoir , de ce lâche
envieux
GALANT. 91
La trop ingenieuſe & jalouſe
malice
Par un trop injufte artifice ,
Détournefur l'antiquitér
Le legitime encens qu'à Perrault il
refufe ,
-
Et par cefaux trait d'equîcê ,
D'en avoir peu pour luy ne craint
pas qu'on l'accufe.
On en ufa toujours ainsi ,
Et des ficcles paffez comme de celuycy
Telle fut l'adroite manie.
Horace, le plus beau genie
Que Rome vit chez elle , eut auffi
fon Montmort;
"
Tout habile qu'il fut le celebre
Mecene
A gouverner l'Empire eut mefme
moins de peine
Qu'à l'exemter de cet indignefort.
Hij
92 MERCURE
L'injustice toujours bizarre
Ne vantoit de fon temps que Sapho,
que Pindare ;
Toute la gloire eftoit pour eux,
On envioit la fienne, & ceux cy
dans la Grece ,
Lors qu'ils y prodiguoient leur fçaAvante vante richeffe ,
Ne fe virent-ils pas préferer leurs
Ayeux ?
Tant que vefcut legrand Homere,
Sur fa mendicité jetta-t- elle un
regard ?
Cette ingrate prit elle part
A fa longue &dure mifere ?
Non , ce ne fut qu'aprésfa mort
Que fept Villes en concurrence :
Difputant, mais trop tard, l'honneur
de fa naissance,
S'en firent un illustrefort.
Laiffons donc à Perrault lefoin de
noftre gloire,
GALANT 93
Nous ne pouvions la mettre en de
meilleures mains;
Et que les Filles de Memoire
Calmant leurs fenfibles chagrins,
S'appreftent au pluftoft à chanter fa
Victoire.
quelle grande conteſtation
s'eft émeue il y a déja quelques années entre les Sçavans
Novembre 1690. G
74 MERCURE
aufujet d'un Poëme intirulé,
Le Siecle de Louis le Grand , de
Mr Perrault de l'Academic
Françoife. Le fieur Coignard,
Libraire , a donné au public
depuis ce temps-là deux Volumes du Paralelle des Anciens
des Modernes, du meſme
Auteur , & ces Ouvrages
ont efté attaquez par un Poëte
Hollandois fous le nom de
Montmor. C'eft cert Critique qui a donné lieu à M¹ de
Vin , dont vous connoiffez
T'heureux genic par plufieurs
galantes pieces que je vous en
ay déja envoyées ,de faire le
GALANT. 75
Dialogue que vous allez lire.
Il eſt entre Apollon , & la
Mufe Polimnic, qui parle au
nom de toutes les autres.
NOS
POLIMNIE.
Ous nous jettons , Seigneur ,
toutes à vos genoux,
Etnous vous demandonsjuſtice.
APOLLON.
Relevez-vous , mes Sœurs, parlez ,
expliquez- vous ,
Etfeachez qu'Apollon propice
Entre , comme il le doit , dans tous
vos interefts.
Quelsfont vos Ennemis,ou publics,
ou fecrets ?
De qui vous plaignez- vous , & quel témeraire ofe
Gij
76 MERCURE
·Sans craindre ma colere , à mesyeux
infulter
Les Filles du grand Jupiter ?
Du trouble où je vous vois quelle eft
enfin la caufe?
POLIMNIE.
Il ne falloit pas moins pour enfinir
le cours
Que l'offre de vostre fecours.
Nous allons reprendre courage ,
Et nous en craignons moins l'outrage
Qu'on nous faitdepuis quelques
jours.
Malgré l'épais broüllard , & les va
peurs groffieres
Qui couvrent en tout temps le Batave Climat,
Nous n'avons pas laiẞé d'y porter
nos lumieres.
Cependant ce Paysfombre , & tou-
' jours ingrat,
GALANT. 77
Loin de nous en montrer quelque
reconnoiffance ,
Ne ;
s'enfert qu'à nous décrier ;
Et Montmor vient de publier
Qu'il ne fort plus de nous qu'une
froide Eloquence.
Il eft vray que cet entefté
Nousfait encor l'honneur de croire
Qu'autrefois nous eûmes la gloire
D'inspirer à l'Antiquité
Ces traits vifs, cette politeffe,
Ce gouftfin , ce bonfens , cette delicatele
Qu'on voit briller dans fes ef
crits :
Mais ilfoutient que la vieilleffe
Qu'il nous donne , & qu'il traite
avec tant de mépris ,.
A fait fentir à nos efprits
La perte du beaufeu qu'avoit noftre
jeuneffe.
G`iij
78 MERCURE
ilfemble , fi l'on veut s'en rapporter
à luy ,
Que l'Hiver ait fur nous versé
toute fa glace ,
Et qu'inutilement Hefiode aujour
'dbuy
S'endormiroit fur le Parnaffe.
Tel eft l'impertinent difcours
De ceux qui fecs , &fans genie,
Sur ce qu'on voit de bon répandent
tous les jours
Le venin de leur jalousie,
Etfe vangentpar là du malbeureux
fuccés
Des fots Ouvrages qu'ils ontfaits.
Cependant fi leur medifance
Dans le monde unefois trouve quelque créance ,
Adieu les fuprêmes honneurs
Que nous ont juſqu'icy rendus tous
les Auteurs.
GALANT 79
Nous feront-ils , helas ! le moindre
Sacrifice ?
Ils en croirontplus leur caprice
Que lesfalutaires ardeurs
Qu'onpuife dans noftre fontaine,
Et nous refuferont les glorieux tributs
Qu'ils ont toujours payez àſon eaù
Souveraine.
Qui voudrafe donner la peine
D'y chercher unfecours qu'on traitera
d'abus ?
Qui nous invoquera? Perfonne
Ne s'avifera plus de nous offrir des
vœux ,
Et des beaux Arts ( quel coup! j'en
tremble, j'enfriffonne ) 1
Peut-eftre que chacun fe fera d'autres Dieux.
Il me femble déja que l'on nous
abandonne,
G iiij
80 MERCURE
Que l'on nefonge plus à nous ,
Et que nostre fejour , devenu foli- taire ,
Sans Encens fans Autels, n'eft plus
que le repaire
-Des Ours , des Lions & des Loups.
APOLLO N.
Le mai n'eft pas encorfi grand qu'on
s'imagine,
Raffeurez- vous , mes Sœurs , Montwow mor, & fes pareils ,
Pour vous nuire , tiendront d'inutiles confeils ,
Et quoy que du Parnaffe ils tententla ruine , C
Ils nefont pasfi dangereux,\
Que leurs traits mal lancez ne
retombent fur eux:
Autant, & plus que vous , leur audace m'offenfe,
Etje les traiterois comme des MarSyas
GALANT. 81
S'ils eftoient dignes de mon bras :
Maisplein d'une reconnoiffance
Qui doit confondre ces ingrats ,.
Vn de nos Favoris travaille à sa
deffenfe ,
Et Perrault que j'ayfçeu remplir de
tous mes feux,
Eft un Athlete vigoureux ,
Et tel que d'Apollon exige la vengeance.
Ils ont desjafenty ce quepefent fes
coups ;
•
Sa plume &polie , &féconde
Commence à détromper le monde
Des contes que l'onfait de vous.
Chacun fçait que de la vieilleffe
La froideur& l'infirmité.
N'attaquent point une Déeffe ,
Et qu'une éternelle jeunesse
Eft le fruit precieux de l'immortalité.
82 MERCURE
Chacun fçait que toujours &vives,
&folides ,
Vous pouvez aujourd'huy, comme
dans les vieux temps :>
Faire , malgré ces médifans ,
Des Sophocles , des Euripides,
Des Plines , des Saphos , des Longins , des Varrons ,
Des Ariftotes , des Euclides,
Des Horaces , des Thucidides ,
Des Terences , des Cicerons
Des Luciens , des Praxiteles
Des Virgiles, & des Appelles.
onfçait qu'autant de fois qu'on ver.
ra des Heros
Amateurs de nos jeux , affables ,
liberaux
Et tels qu'en poffede un la
reufe France ;
trop beuOn ne manquera pas de fublimes.
Efprits ;
GALANT.
83
Que vos feux, & leurs dons unis.
En produifent en abondance ,
Et quefans la douce efperance
D'eftre unjour honorez de ces glorieux dons ,
Plufieurs qui negligeoient vos inf
pirations ,
Auroient languy toute leur vie
Dans une molle oifiveté ;
Ce prix de leurs travaux réveille
leur genie ,
A mieux faire par là l'on fe fent
excité ,
Et chacun, cherchant à leurplaire,
Redoublefes efforts , &pour en obtenir
La recompenfe qu'il efpere ,
Leur confacre fes foins , fes veilles,
fon loifir.
On fçait ce que valut autrefois à la
Grece
84 MERCURE
D'Alexandre le Grand la prodigue
Largeffe,
Et quejamais l'efprit dans cet heureux Climat
Nefutplus éclairé , plus fort , plus
delicat.
Famais Romefe trouva-t-elle
Plus docte, plus polie, &plus Spiri- tuelle
Quefous les deux premiers Cefars ?
Cette tendreffe liberale
Que le Pere & leFils * eurentpour
les beaux Arts,
Les y fit cultiver d'une ardeur fans
égale ,
Et leurfecours peut-eftre autant que
fa valeur,
Fufqu'au point qu'on l'a veuë éleva
Ja grandeur.
Augufte fut adopté par Jules Celar.
GALANT. 85
Ne leur doit-elle pas la fameuse Eneide ,
Les Plaintes , les Amours, & les Fables d'Ovide ,
Le delicat Horaces & tant d'Auteurs
divers ,
Quifoit enProfe , foit en Vers,
Ont rendufa gloire immortelle,
Et dont le gouft fi fin fert encor de
modelle ?
Le Filsfurtout en leurfaveur
De fon Trône fouvent fe plaifoit à
defcendre.
Rome vit fans chagrin defon grand
Empereur
Fufqu'à l'excés fur eux les bienfaits
Je répandre ,
Et quelques - uns mefme d'entre
eux
Se trouverent affez heureux ,
Pourjouir de fa confidence .
86 MRECURE
Onfçait enfin que dans la France
Louis que le Cielaime , & qui nous
aime auffi ,
Aparfes Penfions , par leur douce
influence
Plus fait pour nous quejusqu'icy
N'ontfait tous ces Heros que vante
tant l'Hiftoire.
Tout grandqu'il eft , &plus qu'Alexandre & Cefar
De proteger les Arts dédaigne-t-il la
gloire,
Et ce favorable regard
Qu'iljette fur l'Academie ,
N-a-t-il pas des François porté le
beau genie
Jusqu'au point d'effacer ce que firent
jadis
Les Grecs, & les Romains quand ils
furent polis ?
C'est par là que chez eux ont brillé
les Molieres,
GALANT: 87
LesVoitures, les Ablancours,
Et qu'éclairé de vos lumieres
Voftre beau Sexe mefme y fait voir
en ces jours
Des Scuderis , des Deshoulieres.
POLIMNIE.
Ces Dames as Parnaffe, il eft vray,
font honneur ,
Et pleines qu'elles font de toute nofire ardeur,
Leurs Ecrits ſeuls devroient fuffire
Pour confondre nos Ennemis.
Ceux de Sapho font-ils plus vifs ,
ou plus polis ,
Et de ce fiecte enfin qui les force à
médire ?
APOLLON.
Tel qu'il fut autrefois Apollon l'eft
encor s
Ainfi méprifons de Montmor
L'ennuyeufe critique , la fade Satire.
88 MERCURE
•
L'opiniaftre erreur qui l'attache aux
vieux temps
N'a pour elle que peu de genss
Et chacun, quoy qu'il puiffe dire,
Ouvre, & prefte l'oreille à la voix
du bon fens.
•
Athenes, comme Rome , en a fourny
fans doute,
Mais fans prévention pour peu
que l'on l'écoute,
Croira-t-on qu'en ces lieux trouvant
trop de douceurs ,
Il n'ait pu fe refoudre à ſe produire
ailleurs ?
Lors qu'à l'antiquité ce fiecle rend
justice ,
Par quel injurieux caprice
Refufe- t-on aux beaux efprits
Qui regnent dans la France, &fur
tout dans Paris ,
Celle qui leur eft deuë ,
fi ere Athenes,
من que la
GALANT. 89
Plus équitable, que Montmor ,
Elle-mefme rendroit à tant de nobles
veines ?
Faut- il, pour le preffer plus fort,
Diffiper les fombres nuages
Doni un dépit jaloux envelope fes
yeux ,
Et, comme aux Ecoliers ; faire à cet
envieux ,
Comprendre , & remarquer la beauté
des Ouvrages
Des Racines , des Despréaux + ,
Des Patrus , des Le-Bruns , des
Mignards, des Corneilles.
Mais fans de tant d'Auteurs
nouveaux
M'étendre fur les doctes veilles,
Que ne veulent pas voir ces efprits
mécontens ,
Ou qui font au deffus de leur intelligence
Nov. 1690.
H
90 MERCURE
Sans , dis je- , perdre en vain &fa
peine , & fon temps
A leur en expliquer la force &
l'exellence ,
Perrault écrit pour Nous, & fes
heureux talens
Suffifent feuls pour prouver que
France
la
Egale en leur bon gouft les ficcles
précedens.
Sa netteté , fa politeffe ,
Ses traits vifs & brillans , fon
gouſt fin , Sajuſteſſe,
Tout cela de Montmor a fceu bleffer
les yeux.
Quels que foient ſes efforts , ſa
plume languiffante
Wepeut en approcher , c'eft en vain
qu'il le tente,
Et dans fon defefpoir , de ce lâche
envieux
GALANT. 91
La trop ingenieuſe & jalouſe
malice
Par un trop injufte artifice ,
Détournefur l'antiquitér
Le legitime encens qu'à Perrault il
refufe ,
-
Et par cefaux trait d'equîcê ,
D'en avoir peu pour luy ne craint
pas qu'on l'accufe.
On en ufa toujours ainsi ,
Et des ficcles paffez comme de celuycy
Telle fut l'adroite manie.
Horace, le plus beau genie
Que Rome vit chez elle , eut auffi
fon Montmort;
"
Tout habile qu'il fut le celebre
Mecene
A gouverner l'Empire eut mefme
moins de peine
Qu'à l'exemter de cet indignefort.
Hij
92 MERCURE
L'injustice toujours bizarre
Ne vantoit de fon temps que Sapho,
que Pindare ;
Toute la gloire eftoit pour eux,
On envioit la fienne, & ceux cy
dans la Grece ,
Lors qu'ils y prodiguoient leur fçaAvante vante richeffe ,
Ne fe virent-ils pas préferer leurs
Ayeux ?
Tant que vefcut legrand Homere,
Sur fa mendicité jetta-t- elle un
regard ?
Cette ingrate prit elle part
A fa longue &dure mifere ?
Non , ce ne fut qu'aprésfa mort
Que fept Villes en concurrence :
Difputant, mais trop tard, l'honneur
de fa naissance,
S'en firent un illustrefort.
Laiffons donc à Perrault lefoin de
noftre gloire,
GALANT 93
Nous ne pouvions la mettre en de
meilleures mains;
Et que les Filles de Memoire
Calmant leurs fenfibles chagrins,
S'appreftent au pluftoft à chanter fa
Victoire.
Fermer
Résumé : Dialogue d'Apollon, & de Polimnie. [titre d'après la table]
En novembre 1690, une controverse majeure a éclaté entre les savants à propos du poème 'Le Siècle de Louis le Grand' de Charles Perrault. Ce poème, publié par le libraire Coignard, a suscité des critiques, notamment de la part d'un poète hollandais se faisant appeler Montmor. Cette critique a incité M. de Vin à écrire un dialogue intitulé 'Le Galant Dialogue', impliquant Apollon et la Muse Polymnie. Dans ce dialogue, les Muses se plaignent à Apollon des attaques dont elles sont victimes, notamment de la part de Montmor, qui les accuse de froide éloquence et de vieillesse. Elles expriment leur frustration face à l'ingratitude des Pays-Bas, malgré leurs efforts pour y apporter la lumière. Apollon les rassure en leur affirmant que leurs ennemis ne sont pas aussi puissants qu'ils le croient et que leur talent est toujours vivant. Apollon mentionne également que Perrault, un de ses favoris, travaille à défendre les Muses et à prouver que la littérature moderne peut égaler l'antiquité. Il cite des exemples de grands écrivains et artistes anciens et modernes pour illustrer la persistance de la créativité et du génie. Apollon souligne également le soutien des grands souverains, comme Alexandre, César et Auguste, aux arts, et compare leur patronage à celui de Louis XIV en France. Le dialogue se termine par une défense vigoureuse de la littérature moderne et une critique des préjugés en faveur de l'antiquité. Apollon encourage les Muses à mépriser les critiques de Montmor et à continuer de briller par leur talent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
99
p. 10-22
A MADEMOISELLE DE SCUDERY.
Début :
Vous serez bien-aise, sans doute, d'entendre encore parler du Roy /Que ne puis-je au lieu d'ancre écrire avec des pleurs ! [...]
Mots clefs :
Ami, Sapho, Gloire, Mémoire, Regret, Pelisson, Filles de mémoire, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE SCUDERY.
Vous ferez bien- aife , fans
doute, d'entendre encore par
ler du Roy dans une Epiſtre
en Vers qui a efté écrite fur la
mort de M' Peliffon , dont les
GALANT.
II
grandes qualitez vous eftoient
connuës . Elle eft de Mr Betoulaud
, qui a esté approuvé
de tout le monde dans la juf
tice qu'il a renduë à cet illuftre
Défunt.
52255252 22 SSSSS25
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY.
Q
écrire
avec
Ve ne puis -je au lieu d'ancre
écrire avec des pleurs !
Meslarmes vous peindroient mesfen
fibles douleurs ,
Et vous verriez, SAP HO, ma trif
teffe mortelle
12 MERCURE
Meflée avec le nom de noftre Amy fdelle.
Helas ! nous le perdons , & Peliffon
n'est plus.
Vos regrets & les miens maintenant
Superflus
Ne fçauroient l'arracher à la Parque
inflexible ,
Et c'est le feul miracle à vos mains.
impoffible.
Si la Religion, fil'Honneur ,fi Themiss
Si la rare Vertu qui lug fil tant d'Amisj
Si la Cour d'Apollon , fi l'Esprit , fi
la Gloire ,
Qui fuit les Favoris des Filles de
Memoire
Pouvoient ſe joindre à nouspour lug
rendre le jour ,
Ee d'une Ombre qui fuit procurer le
retour,
GALANT 13
Vainqueur des froids Cyprés qui couvrirent
fa biére
·Bien-toft ce cher Amy reverroit la lu
miere.
Mais que nous fert l'ardeur de ces
vaux impuiffans ,
Etqu'avez-vous pour luy qu'un pes
de foible encens ,
Quife mellant au bruit que fait la
Renommée ,
Exhale aprés les Morts un refte de
fumée ?
C'eft par là feulement que nous pou
vons guerir
La bleffure du coeur toujours preste à
s'ouvrir,
Quand d'un Amy qui fut l'ornement
de noftre âge
Nous nous traçons encor une lugubre
Image.
Les Mufes dont il fut fi tendrement
chery ,
14 MERCURE
De leur plus pur Nectar l'avoient
d'abord nourry
Pindare , Anacreon dans votre Cour
galante
Brillerent tour à tour fous l'heureux
nom d'Acante....
Homere en fa faveur reprenant le
pinceau
Tvint d'Eurimedon * achever le Tableau.
Mais des Cygnes fameux abandonnant
la place ,
Et s'élevant depuis plus haut que le
Parnaffe ,
En Aigle qui voloit dans le fein du
Soleil,
Et qui s'y remplißoit defon feufans
pareil ,
Il joignoit feulement à son culte fi
delle
Poëme fait dans la Baftille .
GALANT.
15
De nos facrez Autels la défenſe immortelle.
Ce n'eftoit plus l'Erreur fuccée avec
le lait ;
Ce monftre en fon efprit fincerement
défait,
Eftoit,grace à la Foy, grace aufçavoir
Sublime >
DesfaintesVeritezdevenu la victime.
Sapho , vous lefçavez , & vous fçavez
encor ,
Vous qui de fon efprit viftes le noble
effor,
Qu'aprés Dien qu'il fervoit d'une
ardeur fi conftante,
LOVIS feul fut l'objet de fa plume
éloquente.
Veiller pour le montrer aux fiecles à
venir ,
Tel qu'à peine nos yeux le peuvent
Soûtenirs
16 MERCURE
Unir tous les rayons qui composent
Sa gloire
Pour la mettre en dépoftan Temple de
Memoire ;
Le peindre environné d'heroïques
vertus ,
·D'Ennemis fubjuguez , de Monftres
}
abattus ,
Et démêler enfin cettefageffe immenfe
Qui de tout l'Universfait triompher
la France ,
Furent les dignes foins de noftre illuftre
Amy,
Qui pour ce grand Tableau qu'il n'a
fait qu'à demy,
Et dont la feule ébauche étonnera
l'Envie ,
Helas ! devoit encor avoir mille ans
de vie.
Mais fon efprit formé de tant d'ef
prits divers ,
GALANT 17
Admirable en Hiftoire , en Eloges , en
Vers
En Lettres
choifie ,
en Morale épurée &
En foudres pleins d'éclairs quifras
poient l'Herefie ,
Pouvoit-il égaler fon coeur fi genereux
;
Sigrand pour fes Amis heureux on
malheureux
,
Si
iplein de probité, d'égalité conftante,
D'équité , de candeur , de bonté bien.
faifante?
Homme du fiecle d'or qui vivoit parmy
nous,
On ne voyoit chez luy ny l'indigne
couroux ,
Ny l'attrait des plaifirs , ny l'amour
des richeffes ,
Ny l'oubly des bienfaits , ny les lâches
adreffes,
May 1693.
B
18 MERCURE
Ny la fecrete envie à l'oeil plein de
poison
D'un venin dangereux infecter fa
raison.
Ilfembloit que le Ciel,pourformerfa
belle Ame ,
De quelque Aftre brillant euft em
prunté fa flame ;
Mais cet Aftre, Sapho , s'est éteint à
nos yeux ,
Il s'eft perdu pour nous dans l'espace
des Cieux.
Comme on peut toutefois juſque dans
l'Empyrée ,
Et dans les vaftes champs de la voûte
azurée
Conferver de la terre un fouvenir
charmant ,
L'Image de LOVIS l'y fuit incef-
Samment.
J
Il s'y retrace encor ce Heros magnanime
GALANT. 19
Le comblant de bonte « luy donnant
fou eftime
Honneur qu'il préferoit aux plus ria
ches trésors ,
Et qui fçait le toucher même au fe➜
jour des Morts.
Ah! s'il pouvoit auffi, malgré la loy
preferite ,
Revenir fur la terre honorer le merite,
Sapho, bien-toft fon Ombre errante autour
de vous
Revoleroit aux foins qui luy furent
fi doux.
Il reviendroit bientoft environné de
gloire
Louer vostre courage à fauver sa
memoire ;
A le défendre encorjuſqu'an feiu du
tombeau ,
Et de la verité luy preftant leflambeau
Bij
20 MERCURE '
Diffiper l'impofture &fes noires tene
bres ,
Qui vouloient offufquer des vertus
fi celebres.
Illuftres Succeffeurs
qu'il a peints ,
des Sçavans
Et qui femblent toujours animez par
fes mains ,
Yous ,genereux Rivaux , dont l'art
noble &fublime
Sçait graver en traits d'or voftre éclatante
eftime,
Luy refuferez- vous ces marbres éternels
, a
Où vous fauvez les noms des plus
fameux Mortels ?
Pour moy, fi je pouvois avec la main
des Graces
De voſtre heureux burin fuivre à mon
tour les traces ,
Meffieurs de l'Academie Françoiſe.
GALANT. 21
Au lieu de me livrer en proye à mes
douleurs,
Sije pouvois tarir les fources de mer
pleurs
Vous me verriez bien-toft , dans l'ardeurde
mon zele ,
Elayer d'imiter votre adreſſe immortelle.
Mais qui pourra , Sapho , vous égaler
jamais ,
Dés que vous fufpendrez le cours de
vos regrets ?
Pelliffon paroiftra vivant &plein de
gloire ,
Sous les plus verts lauriers des Filles
de Memoire ,
Quand vous raffemblerez par voftre
art fans pareil
Mille rayons plus purs que tous ceux
du Soleil,
22 MERCURE
Pour peindre cet Amy , qui brillang
de lumiere
D'une trace d'éclairs a remply ſa
carriere .
doute, d'entendre encore par
ler du Roy dans une Epiſtre
en Vers qui a efté écrite fur la
mort de M' Peliffon , dont les
GALANT.
II
grandes qualitez vous eftoient
connuës . Elle eft de Mr Betoulaud
, qui a esté approuvé
de tout le monde dans la juf
tice qu'il a renduë à cet illuftre
Défunt.
52255252 22 SSSSS25
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY.
Q
écrire
avec
Ve ne puis -je au lieu d'ancre
écrire avec des pleurs !
Meslarmes vous peindroient mesfen
fibles douleurs ,
Et vous verriez, SAP HO, ma trif
teffe mortelle
12 MERCURE
Meflée avec le nom de noftre Amy fdelle.
Helas ! nous le perdons , & Peliffon
n'est plus.
Vos regrets & les miens maintenant
Superflus
Ne fçauroient l'arracher à la Parque
inflexible ,
Et c'est le feul miracle à vos mains.
impoffible.
Si la Religion, fil'Honneur ,fi Themiss
Si la rare Vertu qui lug fil tant d'Amisj
Si la Cour d'Apollon , fi l'Esprit , fi
la Gloire ,
Qui fuit les Favoris des Filles de
Memoire
Pouvoient ſe joindre à nouspour lug
rendre le jour ,
Ee d'une Ombre qui fuit procurer le
retour,
GALANT 13
Vainqueur des froids Cyprés qui couvrirent
fa biére
·Bien-toft ce cher Amy reverroit la lu
miere.
Mais que nous fert l'ardeur de ces
vaux impuiffans ,
Etqu'avez-vous pour luy qu'un pes
de foible encens ,
Quife mellant au bruit que fait la
Renommée ,
Exhale aprés les Morts un refte de
fumée ?
C'eft par là feulement que nous pou
vons guerir
La bleffure du coeur toujours preste à
s'ouvrir,
Quand d'un Amy qui fut l'ornement
de noftre âge
Nous nous traçons encor une lugubre
Image.
Les Mufes dont il fut fi tendrement
chery ,
14 MERCURE
De leur plus pur Nectar l'avoient
d'abord nourry
Pindare , Anacreon dans votre Cour
galante
Brillerent tour à tour fous l'heureux
nom d'Acante....
Homere en fa faveur reprenant le
pinceau
Tvint d'Eurimedon * achever le Tableau.
Mais des Cygnes fameux abandonnant
la place ,
Et s'élevant depuis plus haut que le
Parnaffe ,
En Aigle qui voloit dans le fein du
Soleil,
Et qui s'y remplißoit defon feufans
pareil ,
Il joignoit feulement à son culte fi
delle
Poëme fait dans la Baftille .
GALANT.
15
De nos facrez Autels la défenſe immortelle.
Ce n'eftoit plus l'Erreur fuccée avec
le lait ;
Ce monftre en fon efprit fincerement
défait,
Eftoit,grace à la Foy, grace aufçavoir
Sublime >
DesfaintesVeritezdevenu la victime.
Sapho , vous lefçavez , & vous fçavez
encor ,
Vous qui de fon efprit viftes le noble
effor,
Qu'aprés Dien qu'il fervoit d'une
ardeur fi conftante,
LOVIS feul fut l'objet de fa plume
éloquente.
Veiller pour le montrer aux fiecles à
venir ,
Tel qu'à peine nos yeux le peuvent
Soûtenirs
16 MERCURE
Unir tous les rayons qui composent
Sa gloire
Pour la mettre en dépoftan Temple de
Memoire ;
Le peindre environné d'heroïques
vertus ,
·D'Ennemis fubjuguez , de Monftres
}
abattus ,
Et démêler enfin cettefageffe immenfe
Qui de tout l'Universfait triompher
la France ,
Furent les dignes foins de noftre illuftre
Amy,
Qui pour ce grand Tableau qu'il n'a
fait qu'à demy,
Et dont la feule ébauche étonnera
l'Envie ,
Helas ! devoit encor avoir mille ans
de vie.
Mais fon efprit formé de tant d'ef
prits divers ,
GALANT 17
Admirable en Hiftoire , en Eloges , en
Vers
En Lettres
choifie ,
en Morale épurée &
En foudres pleins d'éclairs quifras
poient l'Herefie ,
Pouvoit-il égaler fon coeur fi genereux
;
Sigrand pour fes Amis heureux on
malheureux
,
Si
iplein de probité, d'égalité conftante,
D'équité , de candeur , de bonté bien.
faifante?
Homme du fiecle d'or qui vivoit parmy
nous,
On ne voyoit chez luy ny l'indigne
couroux ,
Ny l'attrait des plaifirs , ny l'amour
des richeffes ,
Ny l'oubly des bienfaits , ny les lâches
adreffes,
May 1693.
B
18 MERCURE
Ny la fecrete envie à l'oeil plein de
poison
D'un venin dangereux infecter fa
raison.
Ilfembloit que le Ciel,pourformerfa
belle Ame ,
De quelque Aftre brillant euft em
prunté fa flame ;
Mais cet Aftre, Sapho , s'est éteint à
nos yeux ,
Il s'eft perdu pour nous dans l'espace
des Cieux.
Comme on peut toutefois juſque dans
l'Empyrée ,
Et dans les vaftes champs de la voûte
azurée
Conferver de la terre un fouvenir
charmant ,
L'Image de LOVIS l'y fuit incef-
Samment.
J
Il s'y retrace encor ce Heros magnanime
GALANT. 19
Le comblant de bonte « luy donnant
fou eftime
Honneur qu'il préferoit aux plus ria
ches trésors ,
Et qui fçait le toucher même au fe➜
jour des Morts.
Ah! s'il pouvoit auffi, malgré la loy
preferite ,
Revenir fur la terre honorer le merite,
Sapho, bien-toft fon Ombre errante autour
de vous
Revoleroit aux foins qui luy furent
fi doux.
Il reviendroit bientoft environné de
gloire
Louer vostre courage à fauver sa
memoire ;
A le défendre encorjuſqu'an feiu du
tombeau ,
Et de la verité luy preftant leflambeau
Bij
20 MERCURE '
Diffiper l'impofture &fes noires tene
bres ,
Qui vouloient offufquer des vertus
fi celebres.
Illuftres Succeffeurs
qu'il a peints ,
des Sçavans
Et qui femblent toujours animez par
fes mains ,
Yous ,genereux Rivaux , dont l'art
noble &fublime
Sçait graver en traits d'or voftre éclatante
eftime,
Luy refuferez- vous ces marbres éternels
, a
Où vous fauvez les noms des plus
fameux Mortels ?
Pour moy, fi je pouvois avec la main
des Graces
De voſtre heureux burin fuivre à mon
tour les traces ,
Meffieurs de l'Academie Françoiſe.
GALANT. 21
Au lieu de me livrer en proye à mes
douleurs,
Sije pouvois tarir les fources de mer
pleurs
Vous me verriez bien-toft , dans l'ardeurde
mon zele ,
Elayer d'imiter votre adreſſe immortelle.
Mais qui pourra , Sapho , vous égaler
jamais ,
Dés que vous fufpendrez le cours de
vos regrets ?
Pelliffon paroiftra vivant &plein de
gloire ,
Sous les plus verts lauriers des Filles
de Memoire ,
Quand vous raffemblerez par voftre
art fans pareil
Mille rayons plus purs que tous ceux
du Soleil,
22 MERCURE
Pour peindre cet Amy , qui brillang
de lumiere
D'une trace d'éclairs a remply ſa
carriere .
Fermer
100
p. 86-101
REFLEXIONS MORALES DE MADAME DESHOULIERRES Sur l'envie immoderée de faire passer son Nom à la Posterité.
Début :
Vous ne sçauriez voir assez souvent des ouvrages de l'Illustre / La sçavante CHERON par son divin pinçeau [...]
Mots clefs :
Paris, Peinture, Portrait, Postérité, Couleurs, Gloire, Avenir, Durable, Renommée, Illustre, Nature, Arts, Passions, Sophie Chéron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS MORALES DE MADAME DESHOULIERRES Sur l'envie immoderée de faire passer son Nom à la Posterité.
Vous nesçauriez voir affez
fouvent des ouvrages de l'Illuftre Madame des Houlieres,
à Mademoiſelle Cheron dont
tout Paris admire l'habileté
pour la Peinture , ayant fait
Ton Portrait depuis quelque
temps , cela luy a donné lieu
de faire des Reflexions que
Vous trouverez dignes d'elle,
&auffi noblement exprimées,.
qu'on le peut attendre de ce
merveilleux genie, qui la rend
l'ornement de fon Sexe & de
fon ficcle.
GALANT. 87
esseses22 52225555
REFLEXIONS MORALES
DE MADAME
DES-HOULIERRES
Sur l'envie immoderée de
faire paffer fon Nom à la
Pofterité.
1Afgevante C HERONparfon divin pinceau
Meredonne un éclat nouveau.
Elle force aujourd'huy les Graces ,
Dontmes cruels ennuis & mes longues douleurs,
*Laiſſent ſur mon visage à peine quelques traces ,
D'y venir reprendre leurs places.
88 MERCURE
Elle me rend enfin mes premieres
couleurs.
Parfon art la racefuture
Connoîtra les prejens que me fit la
Nature,
Etjepuis efperer qu'avec un telfecours ,
Tandis quej'erreray fur les fombres
rivages,
Je pourray faire encor quelque honneura nosjuurs.
Oiy ,je puis m'enflater; plaire & du
rer toujours
Eft le deftin defes ouvrages.
$
Fol orgueil ! & du cœur Humain
Aveugle & fatalefoibleffe !
Nous maîtriferez-vousfans ceffe ;"
Et n'aurons- nousjamais ungencreux.
dédain
Pourtoutce qui s'oppofe aux loix de
lafageffe ?
GALANT. 89
Non; l'amourpropre en nous eſt toujours le plusfort,
Et malgré les combats que lafage fe
livre ,
On croit fe dérober en partie àla Mort
Quand dans quelque chofe onpeut
vivre.
S
Cette agreable erreur eft lafource des
fains
Quidevorent le cœurdes Hommes.
Loin de fçavoirjouir de l'état où nous
fommes.
C'est à quoy uouspensons le moins.
Unegloirefrivole &jamais poffedée,
C.
Fait qu'en tous lieux', à tous momens,
L'avenir remplit nôtre idée.
Il est l'unique but de nos empreffe.
mens.
Novembre 1693. H
90 MERCURE
Pour obtenir qu'un jour noftre nom
yparvienne ,
Etpour nous l'affurer durable &glo
rieux ,
Nousperdons le prefent , ce tempsfa
precieux ,
Lefeulbien qui nous appartienent,
Et qui tel qu'un éclair difparoiftà nos
yeux.
Au bonheur des Humains leurs chimeres s'opposent.
Victimes de leur vanité
Il n'eft chagrin , travail , danger 3
adverfité,
Aquoy les mortels ne s'exposent
Pourtranfmettre leurs uoms à la po
fterité!
2
Aqueldeffein , dans quelles vuës,
Tant d'abelifques , de portraits ,
D'Arcs, deMedailles , de Statuës,
GALANT. SI
DeVilles, de Tombeaux, de Temples,
de Palais ,
Parleur ordre ont-ils eftéfaits ?
D'où vient que pour avoir un grand
nom dans l'Hiftoire
Ils ont à pleines mains répandu les
bienfaits
Si ce n'eft dans l'espoir de rendre leur
memoire
Illuftre & durable àjamais?
2
Il est vray que ces efperances
Ont quelquefois fervy de frein aux
paffions ;
Quepar elles les loix , les beaux
Arts , les Sciences ,
Ont formé les efprits , poly les Nations
Embelly l'univers par des travaux
immenfes,
Et porté les Heros aux grandes
actions. Hij
92 MERCURE
Mais auffi combien d'impoſtures
De Sacrileges ,
d'attentats ,
D'erreurs , de cruautez, de guerres;
de parjures
Aproduit ledefir d'eftre aprés le trépas
L'entretien des races futures !
Deux chemins differens &
prefque
auffi battus ,
Au Temple de Memoire également
conduifent.
Le nom de Penelope & le nom de
Titus
Avecceux de Medée & de Neron s'y
lifent.
Lesgrands crimes immortalifent
Autantque lesgrandes vertus.
S
Je Seay que lagloire eft trop belle
Pourne pas infpirer de violens defirs:
chercher,
l'acquerir , &
pouvoir
jourd'ell e,
GALANT. 93
Eft leplus parfait des plaifirs.
Ouy, ce bonheur pour l'Homme eft le
bonheurfuprême,
Mais c'est là qu'ilfaut s'arrefter.
Toutcharmé qu'il en eft , à quelque
point qu'il l'aime,
Il a peu de bonsens quandil va s'entefter
De la vanité de porter
Sa gloire au delà de luy mefme ;
Etquand toûjours en proye à ce defir
extrème
Ilperdle temps de la goûter.
S
Encorfi dans les champs que le Cocy
te arrofe
Dépouillé de toute autre chofe,
Il eftoit permis d'esperer
Dejouir defa Renommée ,
Fe feroisbien moins animée
Contre lesfoins qu'on prend pour la
faire durer.
94 MERCURE
Mais quand nous defcendons dans
ce's demeures fombres ,
La gloire ne fuit point nos ombres ,
Nous perdons pour jamais tout ce
qu'elle ade doux;
Et quelque bruit que le merite
La valeur , la beauté , puiffe faire
aprés nous ,
Helas ?on n'entend rienfurles bords
du Cocyte !
ន
Paroù donc ces grands noms d'illu
ftres , defameux ,
Aprés quoy les mortels courent toute
leur vie,
Avides de laiffer un long Souvenir
d'eux ,
Doivent-ils faire tant d'envie ?
Est -ce par intereft pour d'indignes
Neveux
CALANT. 95
Qui feuls de ces grands noms
jouiffent ,
Quine lesfont valoir qu'en des dif
cours pompeux,
Etqui toujours plongez dans un de
fordre affreux ,
Par des lâchetez les flétriffent ?
2
De ces heureux Mortels qui n'ont
point eu d'égaux
Teleftl'ordinaire partage.
Traitez par la Nature avec moins
d'avantage
Que la plupart des Animaux ,
Leur Race dégénere , & l'on voit d'âge en age
En elle s'effacer l'éclat de leurs travaux.
Des chofes d'icy-bas c'eft le ray caracteres
Il eft rare qu'un Fils marche dans le
Sentier
96 MERCURE
Quefuivoit un illuftre Pere.
Des mœurs comme des biens on n'eft
pas heritier,
Et d'exemple on nes'inftruitguere.
S
Tandis que le Soleilfe leve encorpour
nous,
Je conviens que rien n'est plus
doux
Quedepouvoirfirement croire ,
•Qu'aprés qu'un froidnuageauracou
vert nos yeux,
Rien de lâche , rien d'odieux ,
Nefouillera noftre memoire;
Que regrettez par nos amis
Dans leur cœur nous vivrons encore ;
Pour un tel avenir tous lesfoinsfont
permis.
C'estparcet endroit feul que l'amour
propre honore.
Il
GALANT.
97
Ilfautlaiffer lerefte entre les mains
du fort ;
Quandle merite eft vray , mille fa
meuxexemples
Ontfait voir que le temps ne luy fait
pointde tort ,
On refufe aux vivans des Temples
Qu'on leur éleve aprés leur
Mort.
S
Quoy, l'Homme , ce chef- d'œuvre à
qui rien n'eft femblable!
Quoy, l'Hommepour quifeul onformal'Univers !
Luy, dont l'œil a percé le voile im- .
penetrable
Dont les arrangemens & les refforts
divers
De la Naturefont couverts !
Lay , des Loix & des Arts l'inventeur admirable !
Nov. 16 93.
I
98 MERCURE
Aveuglepourluy feul ne peut-il difcerner,
Quand il n'est question que de fe
gouverner,
Lefauxbien du bien veritable ?
$
Vainereflexion ! inutile difcours !
L'Homme malgré voftrefecours
Du frivole avenir fera toûjours la
dupe ,
Surfes vrais interefts ilcraint de voir
trop clair
Et dans la vanité qui fans ceffe l'oce
cupe
Ce nouvel Ixion n'embrasse que de
L'air.
N'eftre plus qu'un peu de pouffiere
Bleffe l'orgueil dont l'homme eft
plein.
Il a beau faire voir un visage ſca rein ,
GALANT.
99
Et traiter defangfroidune telle ma-,
tiere..
Tout démentfes dehors , tout fert à
nousprouver,
Que par un nom celebre il cherche
àfe fauver
D'une deftruction entiere.
S
Mais d'où vient qu'aujourd'huy mon
efprit eftfi vain?
Que fais-je ! &de quel droit eft-ce
queje cenfure
Legoût de tout legenre humain ,
Cegoûtfavory qui luy dure
Depuis qu'une immortelle main
Du tenebreux cahos a tire la Nature?
Ay-je acquis dans le monde affez
d'authorité
Pour rendre mes raifons utiles ,
Etpour détruire en luy ce fond de
vanité
I ij
100 MERCURE
Quine luy peut laiffer aucuns mo
mens tranquilles ?
Non , mais un efprit d'équité
A combattre le faux inceffamment
m'attache ,
Etfait qu'à tout hazardj'écris ce que
m'arrache
La force de la verité.
S
Hé, commentpourrois-je prétendre
De guerir les mortels de cette vieille
erreur,
Qu'ils aimentjufqu'à la fureur,
Si moy qui la condamne ay peine à
m'en deffendre?
Ce potrait dont Appelle auroit efte
jaloux
Meremplit malgré moy de la flateuse
attente
Queje nesçaurois voir dans autruy
fans couroux.
GALANT. IOI
Foible raison que l'Homme vante,
Voilà quel eft le fond qu'on peutfairefur vous.
Toujours vains , toûjours faux , toujours pleins d'injustices ,
Nous crions dans tous nos dif
Cours
Contre les paffions , les foibleffès, les vices ,
où nous fuccombons tous lesjours.
fouvent des ouvrages de l'Illuftre Madame des Houlieres,
à Mademoiſelle Cheron dont
tout Paris admire l'habileté
pour la Peinture , ayant fait
Ton Portrait depuis quelque
temps , cela luy a donné lieu
de faire des Reflexions que
Vous trouverez dignes d'elle,
&auffi noblement exprimées,.
qu'on le peut attendre de ce
merveilleux genie, qui la rend
l'ornement de fon Sexe & de
fon ficcle.
GALANT. 87
esseses22 52225555
REFLEXIONS MORALES
DE MADAME
DES-HOULIERRES
Sur l'envie immoderée de
faire paffer fon Nom à la
Pofterité.
1Afgevante C HERONparfon divin pinceau
Meredonne un éclat nouveau.
Elle force aujourd'huy les Graces ,
Dontmes cruels ennuis & mes longues douleurs,
*Laiſſent ſur mon visage à peine quelques traces ,
D'y venir reprendre leurs places.
88 MERCURE
Elle me rend enfin mes premieres
couleurs.
Parfon art la racefuture
Connoîtra les prejens que me fit la
Nature,
Etjepuis efperer qu'avec un telfecours ,
Tandis quej'erreray fur les fombres
rivages,
Je pourray faire encor quelque honneura nosjuurs.
Oiy ,je puis m'enflater; plaire & du
rer toujours
Eft le deftin defes ouvrages.
$
Fol orgueil ! & du cœur Humain
Aveugle & fatalefoibleffe !
Nous maîtriferez-vousfans ceffe ;"
Et n'aurons- nousjamais ungencreux.
dédain
Pourtoutce qui s'oppofe aux loix de
lafageffe ?
GALANT. 89
Non; l'amourpropre en nous eſt toujours le plusfort,
Et malgré les combats que lafage fe
livre ,
On croit fe dérober en partie àla Mort
Quand dans quelque chofe onpeut
vivre.
S
Cette agreable erreur eft lafource des
fains
Quidevorent le cœurdes Hommes.
Loin de fçavoirjouir de l'état où nous
fommes.
C'est à quoy uouspensons le moins.
Unegloirefrivole &jamais poffedée,
C.
Fait qu'en tous lieux', à tous momens,
L'avenir remplit nôtre idée.
Il est l'unique but de nos empreffe.
mens.
Novembre 1693. H
90 MERCURE
Pour obtenir qu'un jour noftre nom
yparvienne ,
Etpour nous l'affurer durable &glo
rieux ,
Nousperdons le prefent , ce tempsfa
precieux ,
Lefeulbien qui nous appartienent,
Et qui tel qu'un éclair difparoiftà nos
yeux.
Au bonheur des Humains leurs chimeres s'opposent.
Victimes de leur vanité
Il n'eft chagrin , travail , danger 3
adverfité,
Aquoy les mortels ne s'exposent
Pourtranfmettre leurs uoms à la po
fterité!
2
Aqueldeffein , dans quelles vuës,
Tant d'abelifques , de portraits ,
D'Arcs, deMedailles , de Statuës,
GALANT. SI
DeVilles, de Tombeaux, de Temples,
de Palais ,
Parleur ordre ont-ils eftéfaits ?
D'où vient que pour avoir un grand
nom dans l'Hiftoire
Ils ont à pleines mains répandu les
bienfaits
Si ce n'eft dans l'espoir de rendre leur
memoire
Illuftre & durable àjamais?
2
Il est vray que ces efperances
Ont quelquefois fervy de frein aux
paffions ;
Quepar elles les loix , les beaux
Arts , les Sciences ,
Ont formé les efprits , poly les Nations
Embelly l'univers par des travaux
immenfes,
Et porté les Heros aux grandes
actions. Hij
92 MERCURE
Mais auffi combien d'impoſtures
De Sacrileges ,
d'attentats ,
D'erreurs , de cruautez, de guerres;
de parjures
Aproduit ledefir d'eftre aprés le trépas
L'entretien des races futures !
Deux chemins differens &
prefque
auffi battus ,
Au Temple de Memoire également
conduifent.
Le nom de Penelope & le nom de
Titus
Avecceux de Medée & de Neron s'y
lifent.
Lesgrands crimes immortalifent
Autantque lesgrandes vertus.
S
Je Seay que lagloire eft trop belle
Pourne pas infpirer de violens defirs:
chercher,
l'acquerir , &
pouvoir
jourd'ell e,
GALANT. 93
Eft leplus parfait des plaifirs.
Ouy, ce bonheur pour l'Homme eft le
bonheurfuprême,
Mais c'est là qu'ilfaut s'arrefter.
Toutcharmé qu'il en eft , à quelque
point qu'il l'aime,
Il a peu de bonsens quandil va s'entefter
De la vanité de porter
Sa gloire au delà de luy mefme ;
Etquand toûjours en proye à ce defir
extrème
Ilperdle temps de la goûter.
S
Encorfi dans les champs que le Cocy
te arrofe
Dépouillé de toute autre chofe,
Il eftoit permis d'esperer
Dejouir defa Renommée ,
Fe feroisbien moins animée
Contre lesfoins qu'on prend pour la
faire durer.
94 MERCURE
Mais quand nous defcendons dans
ce's demeures fombres ,
La gloire ne fuit point nos ombres ,
Nous perdons pour jamais tout ce
qu'elle ade doux;
Et quelque bruit que le merite
La valeur , la beauté , puiffe faire
aprés nous ,
Helas ?on n'entend rienfurles bords
du Cocyte !
ន
Paroù donc ces grands noms d'illu
ftres , defameux ,
Aprés quoy les mortels courent toute
leur vie,
Avides de laiffer un long Souvenir
d'eux ,
Doivent-ils faire tant d'envie ?
Est -ce par intereft pour d'indignes
Neveux
CALANT. 95
Qui feuls de ces grands noms
jouiffent ,
Quine lesfont valoir qu'en des dif
cours pompeux,
Etqui toujours plongez dans un de
fordre affreux ,
Par des lâchetez les flétriffent ?
2
De ces heureux Mortels qui n'ont
point eu d'égaux
Teleftl'ordinaire partage.
Traitez par la Nature avec moins
d'avantage
Que la plupart des Animaux ,
Leur Race dégénere , & l'on voit d'âge en age
En elle s'effacer l'éclat de leurs travaux.
Des chofes d'icy-bas c'eft le ray caracteres
Il eft rare qu'un Fils marche dans le
Sentier
96 MERCURE
Quefuivoit un illuftre Pere.
Des mœurs comme des biens on n'eft
pas heritier,
Et d'exemple on nes'inftruitguere.
S
Tandis que le Soleilfe leve encorpour
nous,
Je conviens que rien n'est plus
doux
Quedepouvoirfirement croire ,
•Qu'aprés qu'un froidnuageauracou
vert nos yeux,
Rien de lâche , rien d'odieux ,
Nefouillera noftre memoire;
Que regrettez par nos amis
Dans leur cœur nous vivrons encore ;
Pour un tel avenir tous lesfoinsfont
permis.
C'estparcet endroit feul que l'amour
propre honore.
Il
GALANT.
97
Ilfautlaiffer lerefte entre les mains
du fort ;
Quandle merite eft vray , mille fa
meuxexemples
Ontfait voir que le temps ne luy fait
pointde tort ,
On refufe aux vivans des Temples
Qu'on leur éleve aprés leur
Mort.
S
Quoy, l'Homme , ce chef- d'œuvre à
qui rien n'eft femblable!
Quoy, l'Hommepour quifeul onformal'Univers !
Luy, dont l'œil a percé le voile im- .
penetrable
Dont les arrangemens & les refforts
divers
De la Naturefont couverts !
Lay , des Loix & des Arts l'inventeur admirable !
Nov. 16 93.
I
98 MERCURE
Aveuglepourluy feul ne peut-il difcerner,
Quand il n'est question que de fe
gouverner,
Lefauxbien du bien veritable ?
$
Vainereflexion ! inutile difcours !
L'Homme malgré voftrefecours
Du frivole avenir fera toûjours la
dupe ,
Surfes vrais interefts ilcraint de voir
trop clair
Et dans la vanité qui fans ceffe l'oce
cupe
Ce nouvel Ixion n'embrasse que de
L'air.
N'eftre plus qu'un peu de pouffiere
Bleffe l'orgueil dont l'homme eft
plein.
Il a beau faire voir un visage ſca rein ,
GALANT.
99
Et traiter defangfroidune telle ma-,
tiere..
Tout démentfes dehors , tout fert à
nousprouver,
Que par un nom celebre il cherche
àfe fauver
D'une deftruction entiere.
S
Mais d'où vient qu'aujourd'huy mon
efprit eftfi vain?
Que fais-je ! &de quel droit eft-ce
queje cenfure
Legoût de tout legenre humain ,
Cegoûtfavory qui luy dure
Depuis qu'une immortelle main
Du tenebreux cahos a tire la Nature?
Ay-je acquis dans le monde affez
d'authorité
Pour rendre mes raifons utiles ,
Etpour détruire en luy ce fond de
vanité
I ij
100 MERCURE
Quine luy peut laiffer aucuns mo
mens tranquilles ?
Non , mais un efprit d'équité
A combattre le faux inceffamment
m'attache ,
Etfait qu'à tout hazardj'écris ce que
m'arrache
La force de la verité.
S
Hé, commentpourrois-je prétendre
De guerir les mortels de cette vieille
erreur,
Qu'ils aimentjufqu'à la fureur,
Si moy qui la condamne ay peine à
m'en deffendre?
Ce potrait dont Appelle auroit efte
jaloux
Meremplit malgré moy de la flateuse
attente
Queje nesçaurois voir dans autruy
fans couroux.
GALANT. IOI
Foible raison que l'Homme vante,
Voilà quel eft le fond qu'on peutfairefur vous.
Toujours vains , toûjours faux , toujours pleins d'injustices ,
Nous crions dans tous nos dif
Cours
Contre les paffions , les foibleffès, les vices ,
où nous fuccombons tous lesjours.
Fermer
Résumé : REFLEXIONS MORALES DE MADAME DESHOULIERRES Sur l'envie immoderée de faire passer son Nom à la Posterité.
Madame des Houlières réfléchit sur l'envie excessive de laisser son nom à la postérité. Elle admire l'habileté de Mademoiselle Cheron en peinture, qui a réalisé son portrait et lui a inspiré ces réflexions. Madame des Houlières exprime son désir de plaire et de durer à travers ses œuvres, tout en critiquant l'orgueil et la vanité humaine qui poussent les hommes à chercher la gloire posthume. Elle souligne que cette quête de gloire frivole et jamais possédée occupe toutes les pensées humaines, les empêchant de jouir du présent. Les hommes sacrifient leur bonheur actuel pour des chimères, s'exposant à des chagrins, des travaux et des dangers afin de transmettre leur nom à la postérité. Cette ambition a parfois servi de frein aux passions, favorisant les lois, les arts et les sciences, mais a aussi conduit à des impostures, des sacrilèges et des guerres. Madame des Houlières reconnaît que la gloire est un désir noble, mais elle met en garde contre la vanité de vouloir la porter au-delà de soi-même, perdant ainsi le temps de la goûter. Elle conclut en admettant que l'amour-propre est difficile à vaincre et que l'homme reste souvent dupe de l'avenir frivole, cherchant à se sauver d'une destruction entière par un nom célèbre. Elle exprime finalement sa propre lutte contre cette erreur humaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer