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1
p. 70-82
L'ADIEU AUX MUSES. DISCOURS.
Début :
Quand on dit adieu au monde par la mort, c'est / Muses c'est trop resver au bord de vos Fontaines, [...]
Mots clefs :
Adieu, Muses, Vers, Poète, Auteurs, Arts, Chansons, Libraire, Livres
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texteReconnaissance textuelle : L'ADIEU AUX MUSES. DISCOURS.
té.
Quand on dit adieu au mon- de par la mort , c'eſt ſans reſource. Iln'en est pas de meſme du ſpirituel Inconnu qui pré- tend l'avoir dit aux Muſes. Il a
un ſi beautalent pour la Poëfie,
qu'il ſe réfoudra difficilement à
tenir parole. Voyez ſi j'ay raiſon dele croire.
A
L'ADIEU
AVX MVSES.
DISCOURS.
MUses, c'esttrop rever, anbordde
Pour unfoible plaisir vouscaufezmil tepeines :
48 LE MERCVRE
Vousn'avezplus pour moy vos premie- res beautez ,
Et je renonce aux biens que vous me
prometez.
Iadis avechonneur vos charmantes retraites
Retentiſſoient du bruit des tranquiles
Poëtes ,
Quand les Maistres du Monde apres degrands exploits Concertoient avec eux àl'ombre de vos
Bois ,
Etqu'un mesme Laurier cueilly sur le Parnaffe Couronnoit tout ensemble Auguste
SonHorace.
Mais belas ,dans ce Siecle un iniuste
mépris Estde nos tristes Vers &lefruit & le
prix!
Quoy,lors quefans rien faire il m'est
permis de vivre ,
Dois-je mal- à-proposfecher àfaire un
Livre,
Quandje n'auray pourfruit de mes tra
vaux ingrats
:
Que
GALANT. 49 Que le mépris du Peuple , &la haine desFats?
Maisquandde vos attraits on a l'ame
ravie,
Qui vousfuit une fois , vousfait toute
Savie.
On a beau remontrer au Poëte Damon
Qu'on n'entendit jamais son barbare
jargon ;
Envainpourleguerir deſa fureurd'é- crire.
Onmépriſeſes Vers que luy ſeul il ad
mire,
Ases propres dépens il se fait imprimer,
Ettoûjours malgré vous il s'obſtineà
rimer.
Moy-mesme mille fois à vos ardeurs rebelle,
I'aytenté vainement de vous eſtre infidelle.
Tous les jours , dés que l'Aube anonce le Soleil,
Apollon par ces mots interrompt mon Sommeil.
Quitte, quitte du Litles delicesvulgai
res,
Tom. VIII. C
50 LE MERCVRE
Cen'estpas en dormant que se font les
Homeres,
Debout. Il n'estpas jour ,que faire fi matin ?
Vad' Horace &de Perſe éclaircir le
Latin,
Lis
gile,
relis encore &Terence &VirEtfur leurstyle heureux tâche àformer
-toastyle.
lesçay tous ces Auteurs. Les peut-on trop sçavoir?
Il i'y faut appliquer du matin jusqu'au
foir,
Tefeurerdes plaisirs où l'âge teconvie ,
Et me facrifier les beaux jours de ta
vie.
C'est ainsi,doctes Sœurs , que vos chers
Nourriffons Aleur tranquilité préferent vos Chan- fons,
On pourroitde vostre Artſoufrir l'in
quiétude ,
Sile gain balançoit l'ennuy de fon étu
des
MaisentretouslesArts qui demandens
nosfoins,
GALAN T. SI
↓
ش
Vostre Art couste le plus , &profite le moins.
Nocardqui tuë un Homme avec une
Ordonnance ,
Deſonafſaffinat reçoit la récompense,
Ettoy qui t'enrichis d'un argent fi mal du,
Paulin,je t'aypayé pour un Procés perdu.
Cependantqui ne sçait la réponse bar- bare
Quefit àl'Arioste un Mecenas avare ,
Quand cet Auteur Comique autant qu'ingénieux ,
Allaluy preſenterſon Roland Furieux?
LaGloire , direz-vous , qui vousfuit d'ordinaire,
Doitàvos Favoris tenir lieu deſalaire.
Oledigneloyerd'un pénible Métier ,
Oûfans compter letemps ,on perdjus qu'aupapier!
CetteGloirequi dupe &le Sot &l'Ha bite ,
Qwest elle que duvent quandelle est in- fertile?
Etpuislors qu'apres elleon court en in- fenfé
Cij
52 LE MERCVRE
Eft-on feur de l'atteindre apres s'estre lassé?
Licidas quife tuë à grimperauParnaſſe,
Etd'un tasde Laquaisfiflédeplace en
C
place;
Etcombien voyons-nous d'Auteurs in
fortunez,
Qu'àd'eternels affrons vous avez condamnez!
Dans un Siecle oùfleurit la puretéparfaite,
Ilfautde grands talenspour former un Poëte;
Il faut qu'au Berceau mesme Apollon
nous ait ry ,
Quedes meilleurs Auteurs wostre esprit foit nourry ,
Etque par le travail d'une longue !eEture,
2
L'Art acheve les traits qu'ébaucha la
Nature.
Aujourd'huy que l'on voit d'aſſez fameux Auteurs
Apauvrir le Libraire, &manquer d'Acheteurs,
Iray-je follemeipourprix de mon étude,
Des Livresinconus groffir la multitude?
GALANT: 53 En vain vous me flatez qu'un fuccés plusheureux
Diſſiperoit ma crainte ,& rempliroit
mes VŒUХ ,
Etque Paris un jour à mes Ocuvres propice
Forceroit la Province à me rendrejusti
ce
Quandlesfons demon Lut presque usé fous mes doigts ,
D'un Cygne agoniſantfurpaſſeroient la voix د
Etque mes Chantspolisparde laſſantes veilles
Auroient d'Apollon mesme enchanté les
oreilles,
Pourroit-je m'aſſurer que le tour de mes
Vers
Sçent plaire également àmille Esprits divers ?
Maissifermant les yeux auxpérils on s'expose
Lagloire on
pofe
lereposdequiconque comIeſuivois pour rimerun aveugle defir ,
Quelgenre de Poëme oftroit-je choi fir ?
Cij
34 LE MERCVRE Faut-il ,Auteur nouveau d'une Piece
tragique ,
Faireplaindre un Hérosfurun ton ma- gnifique,
Ettouchant lefuccés reſveur , triſte inquict ,
D'un chagrin incertain m'affliger en ef fet?
Non, mon ameau repos constamment
attachée,
D'unSentimentpareilne peut estre tou chée.
Dois-je en ſtyle amoureux ,pleurant ,
horsdeſaiſon ,
Me ou de plaindre des rigueursd'Iris , ou
Lifon Helas ! lesplus beaux Vers d'un cœur tendre&fidelle Sontun foible Secours pourvaincre une Cruelle.
Si dans une Satire abondante en bons
mot's
-Jeberneplaiſamment une foule de Sots,
Toute la Ville en cris contre moy dechai
née
Traite mesjeux d'esprit de licence effren née.
GALANT.
1
MesAmis lesplus chers n'ofentqu'avec
terreur
D'un torrent fi rapide arreſter la fureur,
Etfurle bruit qui court mes Parens en alarmes
Amafuture mort donnent déja des larmes.
CesParensennemis devos vieilles Chanfons Mefont à tout moment d'importunes
Leçons.
Quite , me diſent-ils, une étude inutile,
Et va faire au Palais une moiſſon fertile.
Vital,tu le connois, chacun parle de luys Voy ce qu'il fut jadis , ce qu'il est au- jourd'huy.
Tuſçais le peude bien qu'il eutpourſon
partage,
Sesdebtes de beaucoup paſſoient fon heritage.
Cependant qui l'a mis au rangoùtu le
vois!
C'estleBarreau.Voilal'utilité des Loix.
Mets-toy devant les yeux unſemblable
modelle ,
Cij
$6 LE MERCVRE
DesVersqui tefont tort débroüille ta
cervelle ;
Qusi pour t'attirer, le Droit manque d'apas Quite-le , maisdu moins dors , &ne
rimepas.
C'est ainsi qu'oposez au panchant qui m'entraîne ,
De mon cœur contre vous ils foûlevent Lahaine;
Ilfaut leur plaire enfin , & faire un
nouveau choix.
Adieu, Muses , adieu pourla derniere
fois.
Quand on dit adieu au mon- de par la mort , c'eſt ſans reſource. Iln'en est pas de meſme du ſpirituel Inconnu qui pré- tend l'avoir dit aux Muſes. Il a
un ſi beautalent pour la Poëfie,
qu'il ſe réfoudra difficilement à
tenir parole. Voyez ſi j'ay raiſon dele croire.
A
L'ADIEU
AVX MVSES.
DISCOURS.
MUses, c'esttrop rever, anbordde
Pour unfoible plaisir vouscaufezmil tepeines :
48 LE MERCVRE
Vousn'avezplus pour moy vos premie- res beautez ,
Et je renonce aux biens que vous me
prometez.
Iadis avechonneur vos charmantes retraites
Retentiſſoient du bruit des tranquiles
Poëtes ,
Quand les Maistres du Monde apres degrands exploits Concertoient avec eux àl'ombre de vos
Bois ,
Etqu'un mesme Laurier cueilly sur le Parnaffe Couronnoit tout ensemble Auguste
SonHorace.
Mais belas ,dans ce Siecle un iniuste
mépris Estde nos tristes Vers &lefruit & le
prix!
Quoy,lors quefans rien faire il m'est
permis de vivre ,
Dois-je mal- à-proposfecher àfaire un
Livre,
Quandje n'auray pourfruit de mes tra
vaux ingrats
:
Que
GALANT. 49 Que le mépris du Peuple , &la haine desFats?
Maisquandde vos attraits on a l'ame
ravie,
Qui vousfuit une fois , vousfait toute
Savie.
On a beau remontrer au Poëte Damon
Qu'on n'entendit jamais son barbare
jargon ;
Envainpourleguerir deſa fureurd'é- crire.
Onmépriſeſes Vers que luy ſeul il ad
mire,
Ases propres dépens il se fait imprimer,
Ettoûjours malgré vous il s'obſtineà
rimer.
Moy-mesme mille fois à vos ardeurs rebelle,
I'aytenté vainement de vous eſtre infidelle.
Tous les jours , dés que l'Aube anonce le Soleil,
Apollon par ces mots interrompt mon Sommeil.
Quitte, quitte du Litles delicesvulgai
res,
Tom. VIII. C
50 LE MERCVRE
Cen'estpas en dormant que se font les
Homeres,
Debout. Il n'estpas jour ,que faire fi matin ?
Vad' Horace &de Perſe éclaircir le
Latin,
Lis
gile,
relis encore &Terence &VirEtfur leurstyle heureux tâche àformer
-toastyle.
lesçay tous ces Auteurs. Les peut-on trop sçavoir?
Il i'y faut appliquer du matin jusqu'au
foir,
Tefeurerdes plaisirs où l'âge teconvie ,
Et me facrifier les beaux jours de ta
vie.
C'est ainsi,doctes Sœurs , que vos chers
Nourriffons Aleur tranquilité préferent vos Chan- fons,
On pourroitde vostre Artſoufrir l'in
quiétude ,
Sile gain balançoit l'ennuy de fon étu
des
MaisentretouslesArts qui demandens
nosfoins,
GALAN T. SI
↓
ش
Vostre Art couste le plus , &profite le moins.
Nocardqui tuë un Homme avec une
Ordonnance ,
Deſonafſaffinat reçoit la récompense,
Ettoy qui t'enrichis d'un argent fi mal du,
Paulin,je t'aypayé pour un Procés perdu.
Cependantqui ne sçait la réponse bar- bare
Quefit àl'Arioste un Mecenas avare ,
Quand cet Auteur Comique autant qu'ingénieux ,
Allaluy preſenterſon Roland Furieux?
LaGloire , direz-vous , qui vousfuit d'ordinaire,
Doitàvos Favoris tenir lieu deſalaire.
Oledigneloyerd'un pénible Métier ,
Oûfans compter letemps ,on perdjus qu'aupapier!
CetteGloirequi dupe &le Sot &l'Ha bite ,
Qwest elle que duvent quandelle est in- fertile?
Etpuislors qu'apres elleon court en in- fenfé
Cij
52 LE MERCVRE
Eft-on feur de l'atteindre apres s'estre lassé?
Licidas quife tuë à grimperauParnaſſe,
Etd'un tasde Laquaisfiflédeplace en
C
place;
Etcombien voyons-nous d'Auteurs in
fortunez,
Qu'àd'eternels affrons vous avez condamnez!
Dans un Siecle oùfleurit la puretéparfaite,
Ilfautde grands talenspour former un Poëte;
Il faut qu'au Berceau mesme Apollon
nous ait ry ,
Quedes meilleurs Auteurs wostre esprit foit nourry ,
Etque par le travail d'une longue !eEture,
2
L'Art acheve les traits qu'ébaucha la
Nature.
Aujourd'huy que l'on voit d'aſſez fameux Auteurs
Apauvrir le Libraire, &manquer d'Acheteurs,
Iray-je follemeipourprix de mon étude,
Des Livresinconus groffir la multitude?
GALANT: 53 En vain vous me flatez qu'un fuccés plusheureux
Diſſiperoit ma crainte ,& rempliroit
mes VŒUХ ,
Etque Paris un jour à mes Ocuvres propice
Forceroit la Province à me rendrejusti
ce
Quandlesfons demon Lut presque usé fous mes doigts ,
D'un Cygne agoniſantfurpaſſeroient la voix د
Etque mes Chantspolisparde laſſantes veilles
Auroient d'Apollon mesme enchanté les
oreilles,
Pourroit-je m'aſſurer que le tour de mes
Vers
Sçent plaire également àmille Esprits divers ?
Maissifermant les yeux auxpérils on s'expose
Lagloire on
pofe
lereposdequiconque comIeſuivois pour rimerun aveugle defir ,
Quelgenre de Poëme oftroit-je choi fir ?
Cij
34 LE MERCVRE Faut-il ,Auteur nouveau d'une Piece
tragique ,
Faireplaindre un Hérosfurun ton ma- gnifique,
Ettouchant lefuccés reſveur , triſte inquict ,
D'un chagrin incertain m'affliger en ef fet?
Non, mon ameau repos constamment
attachée,
D'unSentimentpareilne peut estre tou chée.
Dois-je en ſtyle amoureux ,pleurant ,
horsdeſaiſon ,
Me ou de plaindre des rigueursd'Iris , ou
Lifon Helas ! lesplus beaux Vers d'un cœur tendre&fidelle Sontun foible Secours pourvaincre une Cruelle.
Si dans une Satire abondante en bons
mot's
-Jeberneplaiſamment une foule de Sots,
Toute la Ville en cris contre moy dechai
née
Traite mesjeux d'esprit de licence effren née.
GALANT.
1
MesAmis lesplus chers n'ofentqu'avec
terreur
D'un torrent fi rapide arreſter la fureur,
Etfurle bruit qui court mes Parens en alarmes
Amafuture mort donnent déja des larmes.
CesParensennemis devos vieilles Chanfons Mefont à tout moment d'importunes
Leçons.
Quite , me diſent-ils, une étude inutile,
Et va faire au Palais une moiſſon fertile.
Vital,tu le connois, chacun parle de luys Voy ce qu'il fut jadis , ce qu'il est au- jourd'huy.
Tuſçais le peude bien qu'il eutpourſon
partage,
Sesdebtes de beaucoup paſſoient fon heritage.
Cependant qui l'a mis au rangoùtu le
vois!
C'estleBarreau.Voilal'utilité des Loix.
Mets-toy devant les yeux unſemblable
modelle ,
Cij
$6 LE MERCVRE
DesVersqui tefont tort débroüille ta
cervelle ;
Qusi pour t'attirer, le Droit manque d'apas Quite-le , maisdu moins dors , &ne
rimepas.
C'est ainsi qu'oposez au panchant qui m'entraîne ,
De mon cœur contre vous ils foûlevent Lahaine;
Ilfaut leur plaire enfin , & faire un
nouveau choix.
Adieu, Muses , adieu pourla derniere
fois.
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Résumé : L'ADIEU AUX MUSES. DISCOURS.
Dans ce discours d'adieu aux Muses, l'auteur exprime son désarroi face à la poésie et aux difficultés qu'elle engendre. Il commence par souligner que, contrairement à la mort, l'abandon de la poésie n'est pas définitif. L'auteur regrette les peines causées par les Muses et renonce aux biens qu'elles promettent. Il évoque une époque où les poètes étaient honorés et couronnés pour leurs œuvres, contrairement à son siècle où les vers sont méprisés. L'auteur décrit la passion inévitable pour la poésie, malgré les critiques et le mépris. Il mentionne les efforts constants nécessaires pour maîtriser les auteurs classiques et les sacrifices personnels que cela implique. Il critique également la gloire poétique, la qualifiant de dupe et d'infertile, et souligne les difficultés financières des poètes. Le texte se termine par une réflexion sur les genres poétiques : tragédie, amour, satire. L'auteur exprime son désir de repos et les pressions familiales pour abandonner la poésie au profit d'une carrière juridique. Finalement, il décide de dire adieu aux Muses pour la dernière fois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 44-50
A MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
Début :
Comme les Charges & les grands Emplois font plutost honte / N'Est-il point fait cet Armement [...]
Mots clefs :
Amour, Guerre, Louis, Muses, Trésor, Vertu
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texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
Comme les Charges & les grands Emplois font plutoſt honte qu'honneur ſi on ne les foûtient par le merite , heureux qui eneft liberalement partagé.
Je ſçay bien que la Cour eſt un grandTheatre où il paroiſt avec beaucoup plus d'éclat qu'ail- leurs; mais il n'y eſt pas fi fort renfermé qu'il ne ſe répande dans les Provinces ,&vous con- viendrez de celuy de M² Petit,
quand vous aurez leu ce que je vous envoye de ſa façon, C'eſt uneEpiſtre enjoüée qu'il adreſſe àMonfieurleDucde S.Aignan,
qui a pour luy une eſtime tres-
GALANT. 31 particuliere. Le ſtile en eſt libre,
&vous y trouverez un tour aile qui vous perfuadera aiſémentde de ce que j'ay à vous dire à l'a- vantage de fonAutheur.
YON
A MONSIEUR693
*
LE DUC DE S. AIGNAN.
'Est- il point fait cet Armement Qui depuis lõg-temps vous оссире?
Apollon s'en plaint hautement ,
Ainsiqu'Amourle Dieu charmant ;
Et lebeau Sexeporte jupe.
Quoy, Seigneur , ne parlera- t-on Ence Siecle que de Canon ,
Que deprendred'affaut des Villes ,
Quedepunir les Ennemis
De leurs manieres inciviles
D'oferſefrotter à Loüis,
LepremierHérosde la Terre ,
Sçavant au noble Art de la Guerre ,
Tout comme celuy qui lefit ,
Biiij
32 LE MERCVRE Etdont lagloire retentit
Mieuxquele bruit deſon Tonnerre ?
Nostre Parnasse eſtſans Laurier ;
Mais qui pourroit à ce Guerrier En fourniraffez poursa teste ?
Les Muses mefmesſont àbout ;
Elles pensent avoir dit tout ,
EtleurChant ſur une Conqueste Vient àgrand'peine de ceſſer ,
Que lasurprenante nouvelle D'uneautre &plus grande &plus belle,
Lesoblige àrecommencer..
Enfin ce Conquerant terrible LaffeMuses, Chefs &Soldats,
Etparcequ'il est Invincible ,
Il nese trouve jamais las.
Mais tandis qu'il tient dans la Plaine Ses braves Héros en haleine ,
Apresbiende tristes belas ,
MilleBellesdifent enlarmes,
Ah, mauditegloire des Armes ,
MauditsAfsants , mauditsCombats,
Quevousnous caufezde triſteſſe !
Quenousperdonsde doux ébats ,
Etquetant debelle Noblesse f
GALAN T. 33 Seroit bien mieux entre nos bras !
Mais que voulez vous davantage ?
Grand Monarque, vosEnnemis,
Nefont-ilspas vaincus,soumis:
Detous coſtezpliantbagage?
Laiſſezdonc Mars avecsa rage ,
Etrendant à l'Amourhommage,
Daignez nous rendre nos Amis.
Vous n'y perdrez rien, digne Prince,
Non,Grand Roy,vous n'y perdrezrien,
Nos amoursdans chaque Province
Feront naiſtre des Gens de bien.
Ceseront des Sujetsfidelles Dontfepeuplera voſtre Cour,
Mafles bienfaits,belles Femelles,
Tous Enfansde Mars &d'Amour..
N'ont ellespas raison,ces Belles ?
Ieveux vous en prendre àtémoin,
Vous ,qui toûjours avec grandfoin Fiftes mille choſespour elles.
L'Amour n'est- ilpas plus plaifant Que la Guerre,dont lafurie Jamais n'agit qu'en détruiſant Letresor des tresors, lavie ?
Ony, tout compté, tout rabatu,
Seigneur, l'amoureuse vertu
2
:
Bv
34 LE MERCVRE Vaut mieuxque la vertu guerriere.
Celanesepeutcontester,
Carenfin donner la lumiere Estplus nobleque de l'ofter.
Quoyqu'il en foit, poursatisfaire Auxjustesplaintes deces Dieux,
Et pour appaiser la colere Demille Dames aux beauxyeux;
De ces Rimesqui sçavent plaire Reprenez l'agreable employ ,
Etfurvostre charmante Lyre Dontpar tout lestons on admire,
Chantez Loüis, nostre Grand Roy ,
Enfuite,chantez les tendreſſes Del'Amour le Dieu des douceurs,
Etces vingt ou trente Maiſtreſſes
Dontvous avezgagnéles cœurs.
Je ſçay bien que la Cour eſt un grandTheatre où il paroiſt avec beaucoup plus d'éclat qu'ail- leurs; mais il n'y eſt pas fi fort renfermé qu'il ne ſe répande dans les Provinces ,&vous con- viendrez de celuy de M² Petit,
quand vous aurez leu ce que je vous envoye de ſa façon, C'eſt uneEpiſtre enjoüée qu'il adreſſe àMonfieurleDucde S.Aignan,
qui a pour luy une eſtime tres-
GALANT. 31 particuliere. Le ſtile en eſt libre,
&vous y trouverez un tour aile qui vous perfuadera aiſémentde de ce que j'ay à vous dire à l'a- vantage de fonAutheur.
YON
A MONSIEUR693
*
LE DUC DE S. AIGNAN.
'Est- il point fait cet Armement Qui depuis lõg-temps vous оссире?
Apollon s'en plaint hautement ,
Ainsiqu'Amourle Dieu charmant ;
Et lebeau Sexeporte jupe.
Quoy, Seigneur , ne parlera- t-on Ence Siecle que de Canon ,
Que deprendred'affaut des Villes ,
Quedepunir les Ennemis
De leurs manieres inciviles
D'oferſefrotter à Loüis,
LepremierHérosde la Terre ,
Sçavant au noble Art de la Guerre ,
Tout comme celuy qui lefit ,
Biiij
32 LE MERCVRE Etdont lagloire retentit
Mieuxquele bruit deſon Tonnerre ?
Nostre Parnasse eſtſans Laurier ;
Mais qui pourroit à ce Guerrier En fourniraffez poursa teste ?
Les Muses mefmesſont àbout ;
Elles pensent avoir dit tout ,
EtleurChant ſur une Conqueste Vient àgrand'peine de ceſſer ,
Que lasurprenante nouvelle D'uneautre &plus grande &plus belle,
Lesoblige àrecommencer..
Enfin ce Conquerant terrible LaffeMuses, Chefs &Soldats,
Etparcequ'il est Invincible ,
Il nese trouve jamais las.
Mais tandis qu'il tient dans la Plaine Ses braves Héros en haleine ,
Apresbiende tristes belas ,
MilleBellesdifent enlarmes,
Ah, mauditegloire des Armes ,
MauditsAfsants , mauditsCombats,
Quevousnous caufezde triſteſſe !
Quenousperdonsde doux ébats ,
Etquetant debelle Noblesse f
GALAN T. 33 Seroit bien mieux entre nos bras !
Mais que voulez vous davantage ?
Grand Monarque, vosEnnemis,
Nefont-ilspas vaincus,soumis:
Detous coſtezpliantbagage?
Laiſſezdonc Mars avecsa rage ,
Etrendant à l'Amourhommage,
Daignez nous rendre nos Amis.
Vous n'y perdrez rien, digne Prince,
Non,Grand Roy,vous n'y perdrezrien,
Nos amoursdans chaque Province
Feront naiſtre des Gens de bien.
Ceseront des Sujetsfidelles Dontfepeuplera voſtre Cour,
Mafles bienfaits,belles Femelles,
Tous Enfansde Mars &d'Amour..
N'ont ellespas raison,ces Belles ?
Ieveux vous en prendre àtémoin,
Vous ,qui toûjours avec grandfoin Fiftes mille choſespour elles.
L'Amour n'est- ilpas plus plaifant Que la Guerre,dont lafurie Jamais n'agit qu'en détruiſant Letresor des tresors, lavie ?
Ony, tout compté, tout rabatu,
Seigneur, l'amoureuse vertu
2
:
Bv
34 LE MERCVRE Vaut mieuxque la vertu guerriere.
Celanesepeutcontester,
Carenfin donner la lumiere Estplus nobleque de l'ofter.
Quoyqu'il en foit, poursatisfaire Auxjustesplaintes deces Dieux,
Et pour appaiser la colere Demille Dames aux beauxyeux;
De ces Rimesqui sçavent plaire Reprenez l'agreable employ ,
Etfurvostre charmante Lyre Dontpar tout lestons on admire,
Chantez Loüis, nostre Grand Roy ,
Enfuite,chantez les tendreſſes Del'Amour le Dieu des douceurs,
Etces vingt ou trente Maiſtreſſes
Dontvous avezgagnéles cœurs.
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Résumé : A MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
L'auteur d'une lettre adressée au Duc de Saint-Aignan discute de la valeur des charges et des emplois basée sur le mérite plutôt que sur l'apparence. Il mentionne une épître de Monsieur Petit qui loue le duc et son style libre. Cette épître critique l'obsession actuelle pour les armes et les conquêtes militaires, soulignant la tristesse que cela provoque chez les femmes. Elle appelle le roi Louis XIV à privilégier l'amour et la paix, affirmant que cela favoriserait la naissance de sujets fidèles et bienveillants. L'auteur soutient que l'amour est plus plaisant et bénéfique que la guerre, et encourage le duc à chanter les louanges du roi et les douceurs de l'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 9-37
DE L'ORIGINE DE LA POESIE.
Début :
L'Ouvrage qui suit, est de Mr Bouchet, ancien Curé de Nogent le Roy / Plus de deux mille ans avant Laon, [...]
Mots clefs :
Origine, Poésie, Ouvrages, Monarque, Art, Prince, Amour, Malheur, Plume, Auteur, Rime, Savants, Parnasse, Mémoire, Art poétique, Muses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE L'ORIGINE DE LA POESIE.
L'Ouvrage quifuit, estde J'vir
Bouchet, ancien Curé de Nogent le
Roy. C'est luy qui est l'Autheurde
l'Origine des Jeux, que vaut me
mandez, avoir lû avec plaisir dans
le dernier Extraordinaire. Ce que
vous m'en dites d'avantageux, m'a
faitprendre garde quejavois oublié
à vous apprendre son nom, & il ne
seroitpasjuste de lepriverpluslongtemps
dela gloire qu'ilmérite.
DE L'ORIGINE
DELA Pr)ECfr'!
~P Lus dedeuxmille ansavant Laon,
Et plus d'un Siecle avant ifilon,
9,,umoy que Milanfoitfortantique,
Régna l'Art nomméPoëtique,
Cet Art illustre &figuré,
Où toutse tru.1)e mesuré;
Carsans tnefiiTi &sanscadence
Le Mu'~e tombe en décadence.
Cet Art q charme les Humains,
Avant Romule & les Romains,
Chez qui tout estoit héroïque,
Etoit Xufaçe & de pratique.
A-fêifr, ce Chefdes Hébreux,
Ce Capitaine genéreux,
Ce Législateurintrépide,
Dont l'amen'est rin desordide,
CeFavory, ce Bien-aimé,
De l'Ange & del'Homme efïimz3
AYAnttiré tantpar Oracles,
Qiieparde merveilleux miracles,
De l'esclavage Egyptien
Le PeuplequeDieu nommoitsien,
AyantdanslaMerErythrée
Confondul'insolence outrée
D'un Potentat audacieux
Qui vouloit résisteraux Cieux,
Ensuite desa délivrance,
Pour marquersa reconnois.,nce
Au Monarque del'Univers,
Inspiré d'Entrant,fitdes Virs,.
Et le premier forgea laRifne;
Carrimern'estpasfaireuncrime,
Comme ontprétendudans ces temps
Certains Boltr/U &Mécontens, par une critique austere
Blâment ce qu'ils ne peuventfaire.
Apres cet Hommesanspareil,
Qui rayonnoit comme un Soleil,
uiyam eu dans cet ArtpourMaistre
Le Dieu des Dieux le premier Estre,
Parut David,.CeFavory
,
Ce Monarque du Ciel chery,
Dans des transports tout extatiques,
Fit cent cinquante beaux Cantiques,
Qui chaquejour nous donnent lieu
D'honorer&de loüer Dieu.
SalomonsonFils, Princesage,
Mit aussisa veineenusage,
Etfit des Versforts &puissans,
Qui renferment beaucoup desens.
C'est une sa:'nfe Postorale,
Où cesçavant Monarque étale,
MAil dans un mystérieux tour,
Lessentimens d'unchaste amour.
Job, cet abysme descience,
Cemiracle de patience,
Dont le Seigneur parsabonté
Eprouva la fidélité
Par de sanglantestentatives,
Deses diforaces les plus vives
D'un stile vrveux & parfait
Nous a Uffigné le portrait.
Tous les Vers en font magnifiques,
Coulans,sçavans, &pathétiques,
Tout en effort & vigoureux;
Heureux,Lecteur, troisfoùheurtat-,
Ce luy qui conduirasaBarque,
Comme fit ce Prince de marque,
Avec pleinesoûmissîon,
Aux ordres du Dieu de Sion.
lt!!and l'amour de l'indépendance
N'aveuglepointnostre prudence,
Nous nousfaisons ungrandplaijîr
D'assujettir nostre desir,
Et nostreentiereobéissance,
A celuy de qui la puissance
Soumet àses divines Loix
LesRépubliques & les Roys.
Le compatissantJerémie,
'Dont l'amefutdu Ciel amie,
jQue la pitié santifia,
En Vers Hébreuxversisia,
Prédit d'une Ville coupable
La décadence déplorable,
Etfit des Lamentations
Dignes de nos attentions.
jfisnas ( dit un JÎutheur Classique)
Del'Elégie& Poëme Epique,
Fut tout le premier Inventeur,
Et tres-grand YerflftcAtlUr.
Terpandre, un des Scientifiques,
Dressa des Loix Cytharediques
Enfaveur des Joüeurs de Luth;
Cefui làson premier début,
Etses Ouvrages de mérite
Eurent beaucoup de réüffiu.
PolymnestedeColophon,
Qui n'avoit pas l'espritboufon,
Maûférieux, mais dramatique,
Fut l'Autheur du Vers héroïque.
Pierus, non Athénien,
Aiais BourgeoisMacédonien,
Grand amateur de rharmonie,
Pour le Poëme eut bien du génie;
Etsil'on en croit Scaliger,
Ecrivain grave, & non léger,
IlfHt nommé Pere des bjUfeS.
Ce nom luy vint, non deses ruses,
Quoy qu'ilfust un peu guoguenard,
Et presque aiijfi fin qu'un Renard,
Mais bien de ce qu'a ses neuf Filles,
Toutes belles, toutes gentilles,
Dont laverve avoit du renom,
Des Muses il donna le nom.
Thaliafit les Comédies,
Molpomene les Tragédies;
Dithyrambe,fameux Thébain,
Mortelunpeufolâtre c£ vain,
Dressa les Vers Dithyrambiques;
Daphnis Pasteur, les Bucoliques;
Romert, de belle hauteur,
DesVerslambesfutl'Autheur;
./t:ezon fit tant par ses ménages,
Qu'ilfit entrer les Personnages,
Et les Scenes qui plaisent tant,
Dessus un Théâtre éclatant.
Phémenoé, Homme deLettres,
Composa des Vers Héxametres,
Accompagnezd'une douceur
Qui charmoit le Frere & la Soeur.
Alemanfut un Poète Lyrique,
Qui parlait la Langue Dorique,
Et qui lepremier mit au jour
Des Vers au sujet de lAmour.
L*Athénien, qu'onnommeEschile,
Doüé d'une Languesubtile,
Et d'éloquence, eut le malheur
Depasserpour HH grand parleur;
Mais cest luy qui trouva la Dance„
Lafaçon d'alleren cadence,
Et tous ces beauxpasfigurez.
JQui dans les Balssontadmirez.
Les Chants que l'on nommoit Néniesî
Qu'aux lugubres Cérémonies
On employoit communément,
Trouverent leur commencement,
Non dans la tested'Euripide,
Mais dans celle de Simonide,
Poëtequisefitaimer,
Heureuxsur terre, heureuxsur mer
Pratinas, Poëte Tragique,
Mais bizarre & mélancolique,
Pour exorciserlechagrin
Dont ilavoit bien plus d'ungrain,
S'avisa, poursefairerire;
D'estre Inventeur de la Satyre,
Et de railler à tour de bras
Tous ceux quine luy plaisoientpas,
En voulant lescharger de honte;
Mais iln'y trouvapasson compte,
Car aux dépens deson hornois
Onjoüasur luy du Hautbois.
Voila lefort d'un Satyrique,
Comme il offence, comme ilpique;
Et comme ilse croit tout permis, Ils'attiredes Ennemis.
Dans cettefouled'Adversaires,
Qui luysontsouvent des affaires,
Il s'en trouve toujours quelqu'un
Qui nese croyant du commun,
Sevange, nazarde son mufle,
Etvient luy repasserson Buste.
Ainsicroyons que rarement
Onsatyrise impunément.
Aristophane le Comique
A mis l'Octometre en pratique;
Le Tétramesre en est auffy3
Dont il IlfAit un racourcy.
Aristore le Stagirite,
Philosophe degrand mérite,
Et de qui l'érudition
S'attira l'admiration,
Sçavoit aussifort bien la trace
Del'Hippocrene & du Parnasses.
Et malgrésesemploisdivers,
Donnait unfort beau tour aux Ferf-
Il composa des Epigrammes,
Des 1ailes. desAnaorammes;
L'Elégie pareillement
Estoitdeson département.
Quand un Homme aide la cervelle,
Par tout il triomphe, il excelle,
Et vous paffastesdans ce rang,
Maistre d'Alexandrele Grand,
PourPoëte, Orateur, Botaniste,
Philosophe NAturaliste
Aureste,plusieurs Gens d'esprit,
Del'ArtPoëtique ont écrit,
Et donné carriers à leurs Plumes,
Pourfaire de sçavans Volumes,
Marquant par un travail si beau,
Qu'ilsfçavaientdusacréCoupeau
Que l'onvante au dessusdes nuës
Les Routes les plus inconnues.
Pour peuquel'onfaitstHdieux,
On en peut juger par lesyeux,
On aveu Zénon le Pitique,
Horacele Prince Lyrique,
Et Caton le Grammairien,
Autheurs qui raisonnementfort bien
Ecrire de l'ArtPoétique
D'unefaçonfort ItutentÍque.
Que l'on peut liresans danger..
Autant en afait Scaliger,
Ce Puitsdescience profonde,
Dont le nom voleparlemonde.
Varron, L'ornement des HNmll"inf,;.
Et lepinssçavant des Romains.
Ecrivit en Vers, non en Prose,
Sur l'essence de chaque chose,
Etsurd'autressujets, le tout du resse trouvé dugrandgoust.
Théonas employa sa plume
si composer un grandVolume
Surlasainte Religion
Dont nousfaisonsprofession,
Le tout en YerJ, le tout en Rime,
Et le tout paffè par la Lime.
L'admirable Sérapion,
GrandHommede biens ce dit-on, 1
Grand amateur de Poésie,
Se mit enteste, enf{lntaiJie
De mettre en Volumes divers
La Logique & Physique en Vers;
La Métaphysique & Morale,
Où par tout sa Minerve étale
De merveilleuxenseignemens,
Et de vertueux documens.
Guide, sçavant &fameux Prej/rt"
Quiparses Vers s'estfaitconnoistre
Ecrivit copieusfement
Sur l'un & l'autreTestament.
Le grand Prosper-tl,'AquitanieJ
Docteurd'un celestegénie,
Afait un Poëmeplein d'appas
Contre ces malheureux rats,,
Quinégligent de
reconnoistre
Lagrace dusouverain Maistre.
En effet, tarit son bonheur,
Qui néglige son Bienfaiteur.
Saint Fulgence, Homme de courage
Né d'un Sénateur de Catrhage,
Composa des Poëmes Chrestiens,
peuventservir de moyens
Poursournir de riches idées
Aux Ames de Dieu possedées
Saint Cyprien, nobleAffricairty
Quin'eutjamaisl'esprit taquin,
Mais dont famé tres-liberale
jilla d'une façon Royale
JrtfqHtl àprodiguerson [1IlIt.
Pour l'Estre qui tient le hautrang,,
Sur ce Poteau si vénérable,
Où par un crime abominable
Le Sauveur on crucifia.
Elégamment versisia.
LedocteFirmian LaBance,
Hommesansfaste&sans jaBance^
Eloquent comme un Cicéron,
Asur la Résurrection,
Etsurla Mort du Dieufait Homme
Ausujet d'une trisse Pomme,
Composé des Vers élegans,
Quoy que certains Extravagant
jlyent voulu, remplitde rage,
Donner atteinte a cet Ouvrage.
Victorin, nommél'Affricain,
Qui milleans avant Charles-quint;
( Prince que l'Histloire renomme)
Lisoit publiquement à Rome
'.Avec un applaudissement
Qui donnait de létonnement
Aux Esprits jaloux desaglpirr,
Chanta la mort & la viEieire
De cesseptFreres généreux,
De cessept Freres bienheureux,
Quiflgnalerentleurconfiance,
Leurbravoure & leur résistance,
Ensoufrant lefer &lefeu
Pour ladéfense du vray Dieu.
On les appelle Macchabées,
Par leurs images exhibées
Que dans le mondeenfaitcourir,
NIUsçavons tous qu'ilfaut mourir.
De SédulleEcossois, lesveilles
Ontproduit degrandes merveilles; unHymnefaitpourle Seigneur,
Ils'est accjuis beaucoup d'honneur,
Le tout en Vers comme en cadence.
A celuy-cyjoignons Prudence,
Quisuivantses pieux desseins
Afait Céloge desgrands Saints,
Et nom en a tracél'histoire,
Pour en remplirnostre mémfJirt).
-4fin qu'onimite en ces lieux
Ceux que Dieu récompense aux dense*
Si l'on meleveut bien permettre,
Je diray qu'en rime béxametre
Travailla legrandJuvencw,
Dont lesVersvaloientdes écus,
Etquefuries quatreEvangiles
Ses soins ont estéfort utiles.
Rien n'cft dans laperfection
Pluspurquesa Traduïiion.
A ceux-cy je dois joindreAlcimt3
Prélat célebre& magnanime,
Quifit la guerreaux Arriens
Parsaplume&ses entretiens.
Ajoutons encor DAmAJèene,
Unpeuplou.moderne qu'Arsene,
Damascene appelle le Grand,
Quiparmyles Drlan eut rang.
Cet Autheur, d'un air non profane,
Afait l'Histoire de Suzanne,
Etsolidement composé,
D'un espritcalme &reposé,
Certaines Regles Canoniques,
Le toutenbeaux Vers Iambiques,
Uilhtftre Diacre Aratory
Homme valantsonpesant d'or,
Et quiseulenvaloit dix autres,
Afait les Actes des Apostres,
Le toutenVersfort élégans.
On necraintpointlesOuragans,
Quand onse donne l'avantage
Deprofiterd'un telOuvrage.
Il n'estrien de mieux inventé,
Demieuxfait,demieuxconcerte.
Si l'on en croit Georges iAmboi{e,
QuelesHymnes de Saint Ambroise;
Dans nosjournaliers entretiens,
IIestlabouche des Chrestiens,
Et par luyl'Eglise s'explique
D'unesa,sonfort emphatique.
Nonne le Pentapolitain,
Homme devot, nonlibertin,
Employasonzèle&sonstile
A travaillersur l'Evangile
Du grandFvory du Sauveur,
Etfit ensuite avec ardeur
RoulersesVers &songénie
De/fusla Gigantomachie.
Quand on a l'espritexcegent,
Onse prévaut desontalent.
Nazianze, & legrand Boece,
Ont dans leurs Vers une tendrtJfr.
Dont les Esprits un peu bienfaits
Sefont trouvez, tres-satisfaits.
Je IAiffi les Poëtes profanes,
Perse Properce, Aristophanes,
Plante, Maron, State, Nazon,
Et l'Inventeur duVersScazon.
Lucain,danslevrayrienn'égale
Vostre incomparable Pbarfale.
SesVers quisont coulans&forts,
Surpaient le prix des TréflrJ.
Iln esr rien de mieuxfait,Lucrece,
Que et qui part de vostre adresse;
Etvostre Muse, un le voit bien,
A le tour Hélieonien.
Sur les bords du Rivage humide
DelaFontaineCaftalide,
Clauienfit desVerspompeux,
EmpfJulez., &sententieux,
Où l'on ne voitpoint de césure,
Mai$uniportablemtfure»
Juvenal n'a rien quede bon
Pour leJeune & pour le Barbon;
Etsansprofit l' on ne peut lire
Les maximes desasatire,
Puis qu'onyvoit le vray portrait
De tout ce
qu'aujourd'huy l'onfait
Pour l'avarice, pour l'envie,
Pour les desordres dela vie,
Pourl'ambiticn des honneurs,
Pourl'incontinence des moenrs,
Pour la fourbe d- la tromperie,
Pour le Vin,pour l'yvrognerie,
Pour les intrigues del'Amour;
Et pource qui touche la Cour.
Il est bien vray que ses manieres
Se trouvent un peu cavalieres,
Etpleines d'uneliberté
JQui hleffi unpeu l'honnesteté;
Mais apncs tout il est louable
Dans cet Ouvrageincomparables
D'avoir levice combattu,
Afin d'affermir la vertu.
D'Hésoidele grandgénie
Fut bonpeurlaThéogonie.
-
Homerefutfort estimé,
Et de beaucoup de Gensaimé,
Vourl'Odyssée& l'Iliade;
Mais ony voitparfois dufade,
Du bat,dufoible, du rampant; Ilsemble que c'est un Serpent,
Ouichâtiédesasuperbe,
Se traînecommeilpeutsurl'herbe.
Horace estoit un bon Vivant,
Quisa gDrgcArrojlitfowvfnt,'
Etse lavoitsouvent la bouche;
Aveccelason stile touche,
Et ria rien que de vigoureux.
Onvoudraitse rendre Chartreux,
Entendantsa Museseconde
Draper lesvanitez du monde.
Quieroiroitque le Verre en mAi",
JlillflruiJIit le Genre-humain?
Qui croirait que cet Homme aimable,
Le dos aufeu, le flemre à table,
Donnoit de modestesleçons
Tant aux Princes cqu'aux VoliJJênsf
Martial,sanssortir de gamme,
S.,st jetté JeffHI l'Epigrammc;
Maiscequi rend mauvaise odeur;
Il épargne peu la pudeur.
De Marelles,I'Favant en rime,
Abbé plein d'honneur & d'estimes
Comme un modesteTraducteur,
A rectifiécet Autheur,
Et voilé d'unchastesilence
Cequ'avoit produitl'insolence.
C'estainsiqu'unsçavant Chrestien
Corrige l'erreur d'un Payen.
Que vtu-i diray-je icy d'Ausone,
Si renommé dans chaqueZone,
Ce cher ornement de Bordeaux,
Qui par des Ouvragessi beaux,
Si pleins deforce & d'attrempance,
S'est distingué dans nostreFrance,
Etdont les merveilleux Centons
ValentdesBoisseaux de Testons,
Sinon que par sa Poejie.
Ilfait honneuràsa Patrie,
Et qu'ilinstruit les Ignorans?
Au reste, depuissix vingtans,
Et dans l'heureuxsiccleoùnoussommes,
Emile en braves &grandsHommes,
Plusïeurs ont ausacré Villon
Brigué lafaveur d'Apollon,
Et faitla couraux neufPucelles
Que le sçavoir rend toujours belles
Inégalpourtantfut lesort
De ceux quifirent cet effort.
Tout les OuvragesPoëtiques,
Soitferreux,foiehéroïques,
DeMoulinet & de Crétin,
Estoient unamas de frétin..
Q^ù nefutpointsuivy degloires
JLt n'en déplaise à la mémoire
De Marot) on ne trouve pas
Quesa Mufe eust degrands *pp*t,
Ny dit brillant, nonplus que celle
EtdeBaïf&dejodelle.
Mais on eut un respect nouveau
Pour les Vers tracez,par Belleau.
Du Bellay s'acquitl'avantage,
D'avoir la douceur en partage,
Aussi-bien que lafermeté,
La force, & la ViVdciré.
Bersaui eut le talent de plaire,
Cefut là fin vray caractere;
Oüy Bertaud,Evesque de Sés,
Quifut pointu jufsjua l'excés;
JVlaif ses rimes par tout connuës,
De bonsensfurentsoûtenuës.
Que diray-je encor? Du Bartas
JEtêt des Admirateurs à tas,
Et l'on vit des Gens à centaine
Lire jour& nuitsaSemaine
Dans un certain empressement
Quimarquoitleurentestement;
Jrfais ce qui paroissoit commode,
N'est plus maintenant àla mode.
Laissant cette antique beauté,
Chacun court à la nouveauté.
Voila quel est l'avertinnostre,
Vn objetendétruit un autre, Et ce qu'unsiecle toujoursfait,
Vnautresiecle le défait.
Cette vicissitude étrange
Fait que tout s'altere &se change.
C'estpour cette mesme raison
Que Saint Gelais hors desaison,
Seplaint quele tempsfait outrage
Au mérite arfin Ouvrage,
Et que les S çavans d'anjourd'huy
Nesesouviennentplusde luy.
Jiiaistjttefaire en cette occurrence?
Ilfaut s'armerde patience.
Ronsard, ce PoëteVandômois,
• Jivecson Pourpoint de Chamois,
Avecsa Culotte à la Smffei
Etsa Flambergesur lacuisse,
Fut le Prince des grands Rimeurs,
Etfitgagner les Imprimeurs,
,C.a--ronpoëttque ramage -,. Des Doctes obtint le suffrage.
Alors chacunsefit honneur,
Non d'aspirer à sonbonheur,
Maisd'imiterson caractere,
DouxJinsinuAnts &sincere,
Et lesnoblesexpressiens
Tiefes belles conceptions.
Aussiprenoit-onsonlangage
Pour la regle du bel ufacre; Jo Et lors que tjuelcju}unparlait mal,
Ondf'ok, ceftnn Animal,
'VnRnffôyue, un Sot, un Empuze,
Va-Cheval debast, une Buze,
UnHommesanssel &sans art,
Quidonne unsoufflet à Ronsard.
Ajoutez*a ce Personnage
Dautres Poëtes à grandfeüillage,
Lesçavant Abbéde Tyron,
BalzaC, Malherbe, duPerron,
.Bels,Boirrobert, Benserade,
Dont laverve ria rien defade,
Desyveteaux, Motin, Faret,
Sarrasin, la Serre, Loret,
Dtfmllrefts, Dalibray, Arolitre,
Pinchesne, Boileau, Furetiere,
Dandilly,Rotrou, Scudery,
De Racan, Contart, Monfleury
Dormy, Gombaud, de Malleville,
Jean Baudoüin, Maynard, & Douville,
Mairet,deSégrais, Pélisson,
Monsuron, Racine, Poisson,
Quinault, du Ryer, la Ménardiere;
Théophile, la Giraudiere,
Co£etet9 Tristan,Priézac,
Mainart, Scarron, Meziriac,
Chappelain,Cottin,Gomberville,
MefloMleJu Rgjïei, Diéreville,
Bordier, du Perrin, DassOucy,
Le Président Nkolieaussy,
Magnon, dont les dévots Ouvrages
Servent auxpécheurs commeauxsages,
Régnier,Saint Amant, Cerisy,
Dont lestile estpur & choisy,
Becçasse le devot Chanoine,
Pere Rappin, Pere le LVo:ne,
Chevreau, MIIllevAl, & Brêbeuf
Deschèneaux, Chappeton, Marbenf,
Yiondde Ctrlifers, Voiture,
Dont Pinchesne afait lapeinture,
Beauregard, Boursault, de Sentend,
Jtfagnin, de Lingendes, Montreüil
L'ingênieux de la Fontaine.
Qui•ri*me &raisonnesans peine
'Avec une fAcilité.
Qui, marquesonhabileté;
Et commesa plume efi amie
De la celebre Académie
Que l'Eloquencefaitfleurir,
Et qui le bonsensfaitmeurir, Ilvientdy rencontrersaplace,
Comme il la trouvait au Varnajfe*.
iln'est nulPalais, nulHostel,
Quinadmette unsçavant Mortel.
Prônons maintenant vos merveilles,
Doctes Freres,fameux Corneilles,
Qjj d un nombre infiny de Vers
Avez. enrichy l'Univers,
Comme axffi mainte & mainte étude,
Sans que la grande multitude
De tant de merveilleuxEcrits
En ait diminué le prix.
La dans chacune de vos Pieces
Lesplus fines delicatesses
Du belArt quifert a l'Amour,
PArtJiJfellt dans leurplus beau jour,
Soitdam vos graves Tragédies,
Soit dans vos chastes Comédies,
Dont le Public bien averty
S'est innocemment diverty;
Carquand un Homme afaitsa tâche, Ildemande unpeu de relâche;
Et quand illeprendsans pécher,
On nesçaurait l'en empescher,
A moins que dans un Monaflere
Ilprosesse une vit "uflere..
Maisparlons de cesage Duc,.
Aussiger.éreuxqueMonluc,
Qjm pour la Plume &pourl'Epée
Est un César,eftunPompée.
Peut-estre mesme il estplusgrand,
C'estl'illustre de SaintAignan.
Q»'on me traite deTurc a More,
Si du langage à mètrphore,
Q^ti d'Ovidefut le deduit.
Ce Duc n'estpleinement instruit;
Aussisa belle destinée
Jbji de nous donner chaque année
Denouvellesproductions
Deses belles refléxions.
Le tout riefl point Muse mourante,
Mais Ouvrage a plume courante,
D'unstileaussifort que l'airain,
Digne du Cédre&du Burin.
Jlsçait dansson Art Poëtique
Joindre le moderne à l'antique,
Et sçait parler comme jadis
Onparlolt du temps d'Amadis.
Veut-onrencontrerplHl de grace
Que.chezvont,Evefqutde GYlifeaVoê'tefacrèyfçavant
Godeau,
Qui nom levastes le rideau,
Et dévoilastesdesmysteres
Impénetrables à nos Peres!
Vosserventes expressions,
Vossublimes Traductions,
VYf admirables Paraphrases,
M'ontsouvent causé des extases,
Et m'ont rendu comme enchanté.
D'effet, &dans la vérité,
Une Musesage & modeste
Est un langage tout celeste;
Et les Dames de qualité,
Toutes pleines d'bonnesteté,
Avecque leurvertusevere,
Passent du Parnasse au Calvaire,
Et de la composition
A la belle dévotion,
Sans qù"enpuisseimputer à crime
Letemps qui se donne àla rime.
Fleurisse àjamais le belArt
Où les Sçavans ont tant depart,
Par quiles Hommes & les Anges
DugrandDieu chantent leslouanges
Bouchet, ancien Curé de Nogent le
Roy. C'est luy qui est l'Autheurde
l'Origine des Jeux, que vaut me
mandez, avoir lû avec plaisir dans
le dernier Extraordinaire. Ce que
vous m'en dites d'avantageux, m'a
faitprendre garde quejavois oublié
à vous apprendre son nom, & il ne
seroitpasjuste de lepriverpluslongtemps
dela gloire qu'ilmérite.
DE L'ORIGINE
DELA Pr)ECfr'!
~P Lus dedeuxmille ansavant Laon,
Et plus d'un Siecle avant ifilon,
9,,umoy que Milanfoitfortantique,
Régna l'Art nomméPoëtique,
Cet Art illustre &figuré,
Où toutse tru.1)e mesuré;
Carsans tnefiiTi &sanscadence
Le Mu'~e tombe en décadence.
Cet Art q charme les Humains,
Avant Romule & les Romains,
Chez qui tout estoit héroïque,
Etoit Xufaçe & de pratique.
A-fêifr, ce Chefdes Hébreux,
Ce Capitaine genéreux,
Ce Législateurintrépide,
Dont l'amen'est rin desordide,
CeFavory, ce Bien-aimé,
De l'Ange & del'Homme efïimz3
AYAnttiré tantpar Oracles,
Qiieparde merveilleux miracles,
De l'esclavage Egyptien
Le PeuplequeDieu nommoitsien,
AyantdanslaMerErythrée
Confondul'insolence outrée
D'un Potentat audacieux
Qui vouloit résisteraux Cieux,
Ensuite desa délivrance,
Pour marquersa reconnois.,nce
Au Monarque del'Univers,
Inspiré d'Entrant,fitdes Virs,.
Et le premier forgea laRifne;
Carrimern'estpasfaireuncrime,
Comme ontprétendudans ces temps
Certains Boltr/U &Mécontens, par une critique austere
Blâment ce qu'ils ne peuventfaire.
Apres cet Hommesanspareil,
Qui rayonnoit comme un Soleil,
uiyam eu dans cet ArtpourMaistre
Le Dieu des Dieux le premier Estre,
Parut David,.CeFavory
,
Ce Monarque du Ciel chery,
Dans des transports tout extatiques,
Fit cent cinquante beaux Cantiques,
Qui chaquejour nous donnent lieu
D'honorer&de loüer Dieu.
SalomonsonFils, Princesage,
Mit aussisa veineenusage,
Etfit des Versforts &puissans,
Qui renferment beaucoup desens.
C'est une sa:'nfe Postorale,
Où cesçavant Monarque étale,
MAil dans un mystérieux tour,
Lessentimens d'unchaste amour.
Job, cet abysme descience,
Cemiracle de patience,
Dont le Seigneur parsabonté
Eprouva la fidélité
Par de sanglantestentatives,
Deses diforaces les plus vives
D'un stile vrveux & parfait
Nous a Uffigné le portrait.
Tous les Vers en font magnifiques,
Coulans,sçavans, &pathétiques,
Tout en effort & vigoureux;
Heureux,Lecteur, troisfoùheurtat-,
Ce luy qui conduirasaBarque,
Comme fit ce Prince de marque,
Avec pleinesoûmissîon,
Aux ordres du Dieu de Sion.
lt!!and l'amour de l'indépendance
N'aveuglepointnostre prudence,
Nous nousfaisons ungrandplaijîr
D'assujettir nostre desir,
Et nostreentiereobéissance,
A celuy de qui la puissance
Soumet àses divines Loix
LesRépubliques & les Roys.
Le compatissantJerémie,
'Dont l'amefutdu Ciel amie,
jQue la pitié santifia,
En Vers Hébreuxversisia,
Prédit d'une Ville coupable
La décadence déplorable,
Etfit des Lamentations
Dignes de nos attentions.
jfisnas ( dit un JÎutheur Classique)
Del'Elégie& Poëme Epique,
Fut tout le premier Inventeur,
Et tres-grand YerflftcAtlUr.
Terpandre, un des Scientifiques,
Dressa des Loix Cytharediques
Enfaveur des Joüeurs de Luth;
Cefui làson premier début,
Etses Ouvrages de mérite
Eurent beaucoup de réüffiu.
PolymnestedeColophon,
Qui n'avoit pas l'espritboufon,
Maûférieux, mais dramatique,
Fut l'Autheur du Vers héroïque.
Pierus, non Athénien,
Aiais BourgeoisMacédonien,
Grand amateur de rharmonie,
Pour le Poëme eut bien du génie;
Etsil'on en croit Scaliger,
Ecrivain grave, & non léger,
IlfHt nommé Pere des bjUfeS.
Ce nom luy vint, non deses ruses,
Quoy qu'ilfust un peu guoguenard,
Et presque aiijfi fin qu'un Renard,
Mais bien de ce qu'a ses neuf Filles,
Toutes belles, toutes gentilles,
Dont laverve avoit du renom,
Des Muses il donna le nom.
Thaliafit les Comédies,
Molpomene les Tragédies;
Dithyrambe,fameux Thébain,
Mortelunpeufolâtre c£ vain,
Dressa les Vers Dithyrambiques;
Daphnis Pasteur, les Bucoliques;
Romert, de belle hauteur,
DesVerslambesfutl'Autheur;
./t:ezon fit tant par ses ménages,
Qu'ilfit entrer les Personnages,
Et les Scenes qui plaisent tant,
Dessus un Théâtre éclatant.
Phémenoé, Homme deLettres,
Composa des Vers Héxametres,
Accompagnezd'une douceur
Qui charmoit le Frere & la Soeur.
Alemanfut un Poète Lyrique,
Qui parlait la Langue Dorique,
Et qui lepremier mit au jour
Des Vers au sujet de lAmour.
L*Athénien, qu'onnommeEschile,
Doüé d'une Languesubtile,
Et d'éloquence, eut le malheur
Depasserpour HH grand parleur;
Mais cest luy qui trouva la Dance„
Lafaçon d'alleren cadence,
Et tous ces beauxpasfigurez.
JQui dans les Balssontadmirez.
Les Chants que l'on nommoit Néniesî
Qu'aux lugubres Cérémonies
On employoit communément,
Trouverent leur commencement,
Non dans la tested'Euripide,
Mais dans celle de Simonide,
Poëtequisefitaimer,
Heureuxsur terre, heureuxsur mer
Pratinas, Poëte Tragique,
Mais bizarre & mélancolique,
Pour exorciserlechagrin
Dont ilavoit bien plus d'ungrain,
S'avisa, poursefairerire;
D'estre Inventeur de la Satyre,
Et de railler à tour de bras
Tous ceux quine luy plaisoientpas,
En voulant lescharger de honte;
Mais iln'y trouvapasson compte,
Car aux dépens deson hornois
Onjoüasur luy du Hautbois.
Voila lefort d'un Satyrique,
Comme il offence, comme ilpique;
Et comme ilse croit tout permis, Ils'attiredes Ennemis.
Dans cettefouled'Adversaires,
Qui luysontsouvent des affaires,
Il s'en trouve toujours quelqu'un
Qui nese croyant du commun,
Sevange, nazarde son mufle,
Etvient luy repasserson Buste.
Ainsicroyons que rarement
Onsatyrise impunément.
Aristophane le Comique
A mis l'Octometre en pratique;
Le Tétramesre en est auffy3
Dont il IlfAit un racourcy.
Aristore le Stagirite,
Philosophe degrand mérite,
Et de qui l'érudition
S'attira l'admiration,
Sçavoit aussifort bien la trace
Del'Hippocrene & du Parnasses.
Et malgrésesemploisdivers,
Donnait unfort beau tour aux Ferf-
Il composa des Epigrammes,
Des 1ailes. desAnaorammes;
L'Elégie pareillement
Estoitdeson département.
Quand un Homme aide la cervelle,
Par tout il triomphe, il excelle,
Et vous paffastesdans ce rang,
Maistre d'Alexandrele Grand,
PourPoëte, Orateur, Botaniste,
Philosophe NAturaliste
Aureste,plusieurs Gens d'esprit,
Del'ArtPoëtique ont écrit,
Et donné carriers à leurs Plumes,
Pourfaire de sçavans Volumes,
Marquant par un travail si beau,
Qu'ilsfçavaientdusacréCoupeau
Que l'onvante au dessusdes nuës
Les Routes les plus inconnues.
Pour peuquel'onfaitstHdieux,
On en peut juger par lesyeux,
On aveu Zénon le Pitique,
Horacele Prince Lyrique,
Et Caton le Grammairien,
Autheurs qui raisonnementfort bien
Ecrire de l'ArtPoétique
D'unefaçonfort ItutentÍque.
Que l'on peut liresans danger..
Autant en afait Scaliger,
Ce Puitsdescience profonde,
Dont le nom voleparlemonde.
Varron, L'ornement des HNmll"inf,;.
Et lepinssçavant des Romains.
Ecrivit en Vers, non en Prose,
Sur l'essence de chaque chose,
Etsurd'autressujets, le tout du resse trouvé dugrandgoust.
Théonas employa sa plume
si composer un grandVolume
Surlasainte Religion
Dont nousfaisonsprofession,
Le tout en YerJ, le tout en Rime,
Et le tout paffè par la Lime.
L'admirable Sérapion,
GrandHommede biens ce dit-on, 1
Grand amateur de Poésie,
Se mit enteste, enf{lntaiJie
De mettre en Volumes divers
La Logique & Physique en Vers;
La Métaphysique & Morale,
Où par tout sa Minerve étale
De merveilleuxenseignemens,
Et de vertueux documens.
Guide, sçavant &fameux Prej/rt"
Quiparses Vers s'estfaitconnoistre
Ecrivit copieusfement
Sur l'un & l'autreTestament.
Le grand Prosper-tl,'AquitanieJ
Docteurd'un celestegénie,
Afait un Poëmeplein d'appas
Contre ces malheureux rats,,
Quinégligent de
reconnoistre
Lagrace dusouverain Maistre.
En effet, tarit son bonheur,
Qui néglige son Bienfaiteur.
Saint Fulgence, Homme de courage
Né d'un Sénateur de Catrhage,
Composa des Poëmes Chrestiens,
peuventservir de moyens
Poursournir de riches idées
Aux Ames de Dieu possedées
Saint Cyprien, nobleAffricairty
Quin'eutjamaisl'esprit taquin,
Mais dont famé tres-liberale
jilla d'une façon Royale
JrtfqHtl àprodiguerson [1IlIt.
Pour l'Estre qui tient le hautrang,,
Sur ce Poteau si vénérable,
Où par un crime abominable
Le Sauveur on crucifia.
Elégamment versisia.
LedocteFirmian LaBance,
Hommesansfaste&sans jaBance^
Eloquent comme un Cicéron,
Asur la Résurrection,
Etsurla Mort du Dieufait Homme
Ausujet d'une trisse Pomme,
Composé des Vers élegans,
Quoy que certains Extravagant
jlyent voulu, remplitde rage,
Donner atteinte a cet Ouvrage.
Victorin, nommél'Affricain,
Qui milleans avant Charles-quint;
( Prince que l'Histloire renomme)
Lisoit publiquement à Rome
'.Avec un applaudissement
Qui donnait de létonnement
Aux Esprits jaloux desaglpirr,
Chanta la mort & la viEieire
De cesseptFreres généreux,
De cessept Freres bienheureux,
Quiflgnalerentleurconfiance,
Leurbravoure & leur résistance,
Ensoufrant lefer &lefeu
Pour ladéfense du vray Dieu.
On les appelle Macchabées,
Par leurs images exhibées
Que dans le mondeenfaitcourir,
NIUsçavons tous qu'ilfaut mourir.
De SédulleEcossois, lesveilles
Ontproduit degrandes merveilles; unHymnefaitpourle Seigneur,
Ils'est accjuis beaucoup d'honneur,
Le tout en Vers comme en cadence.
A celuy-cyjoignons Prudence,
Quisuivantses pieux desseins
Afait Céloge desgrands Saints,
Et nom en a tracél'histoire,
Pour en remplirnostre mémfJirt).
-4fin qu'onimite en ces lieux
Ceux que Dieu récompense aux dense*
Si l'on meleveut bien permettre,
Je diray qu'en rime béxametre
Travailla legrandJuvencw,
Dont lesVersvaloientdes écus,
Etquefuries quatreEvangiles
Ses soins ont estéfort utiles.
Rien n'cft dans laperfection
Pluspurquesa Traduïiion.
A ceux-cy je dois joindreAlcimt3
Prélat célebre& magnanime,
Quifit la guerreaux Arriens
Parsaplume&ses entretiens.
Ajoutons encor DAmAJèene,
Unpeuplou.moderne qu'Arsene,
Damascene appelle le Grand,
Quiparmyles Drlan eut rang.
Cet Autheur, d'un air non profane,
Afait l'Histoire de Suzanne,
Etsolidement composé,
D'un espritcalme &reposé,
Certaines Regles Canoniques,
Le toutenbeaux Vers Iambiques,
Uilhtftre Diacre Aratory
Homme valantsonpesant d'or,
Et quiseulenvaloit dix autres,
Afait les Actes des Apostres,
Le toutenVersfort élégans.
On necraintpointlesOuragans,
Quand onse donne l'avantage
Deprofiterd'un telOuvrage.
Il n'estrien de mieux inventé,
Demieuxfait,demieuxconcerte.
Si l'on en croit Georges iAmboi{e,
QuelesHymnes de Saint Ambroise;
Dans nosjournaliers entretiens,
IIestlabouche des Chrestiens,
Et par luyl'Eglise s'explique
D'unesa,sonfort emphatique.
Nonne le Pentapolitain,
Homme devot, nonlibertin,
Employasonzèle&sonstile
A travaillersur l'Evangile
Du grandFvory du Sauveur,
Etfit ensuite avec ardeur
RoulersesVers &songénie
De/fusla Gigantomachie.
Quand on a l'espritexcegent,
Onse prévaut desontalent.
Nazianze, & legrand Boece,
Ont dans leurs Vers une tendrtJfr.
Dont les Esprits un peu bienfaits
Sefont trouvez, tres-satisfaits.
Je IAiffi les Poëtes profanes,
Perse Properce, Aristophanes,
Plante, Maron, State, Nazon,
Et l'Inventeur duVersScazon.
Lucain,danslevrayrienn'égale
Vostre incomparable Pbarfale.
SesVers quisont coulans&forts,
Surpaient le prix des TréflrJ.
Iln esr rien de mieuxfait,Lucrece,
Que et qui part de vostre adresse;
Etvostre Muse, un le voit bien,
A le tour Hélieonien.
Sur les bords du Rivage humide
DelaFontaineCaftalide,
Clauienfit desVerspompeux,
EmpfJulez., &sententieux,
Où l'on ne voitpoint de césure,
Mai$uniportablemtfure»
Juvenal n'a rien quede bon
Pour leJeune & pour le Barbon;
Etsansprofit l' on ne peut lire
Les maximes desasatire,
Puis qu'onyvoit le vray portrait
De tout ce
qu'aujourd'huy l'onfait
Pour l'avarice, pour l'envie,
Pour les desordres dela vie,
Pourl'ambiticn des honneurs,
Pourl'incontinence des moenrs,
Pour la fourbe d- la tromperie,
Pour le Vin,pour l'yvrognerie,
Pour les intrigues del'Amour;
Et pource qui touche la Cour.
Il est bien vray que ses manieres
Se trouvent un peu cavalieres,
Etpleines d'uneliberté
JQui hleffi unpeu l'honnesteté;
Mais apncs tout il est louable
Dans cet Ouvrageincomparables
D'avoir levice combattu,
Afin d'affermir la vertu.
D'Hésoidele grandgénie
Fut bonpeurlaThéogonie.
-
Homerefutfort estimé,
Et de beaucoup de Gensaimé,
Vourl'Odyssée& l'Iliade;
Mais ony voitparfois dufade,
Du bat,dufoible, du rampant; Ilsemble que c'est un Serpent,
Ouichâtiédesasuperbe,
Se traînecommeilpeutsurl'herbe.
Horace estoit un bon Vivant,
Quisa gDrgcArrojlitfowvfnt,'
Etse lavoitsouvent la bouche;
Aveccelason stile touche,
Et ria rien que de vigoureux.
Onvoudraitse rendre Chartreux,
Entendantsa Museseconde
Draper lesvanitez du monde.
Quieroiroitque le Verre en mAi",
JlillflruiJIit le Genre-humain?
Qui croirait que cet Homme aimable,
Le dos aufeu, le flemre à table,
Donnoit de modestesleçons
Tant aux Princes cqu'aux VoliJJênsf
Martial,sanssortir de gamme,
S.,st jetté JeffHI l'Epigrammc;
Maiscequi rend mauvaise odeur;
Il épargne peu la pudeur.
De Marelles,I'Favant en rime,
Abbé plein d'honneur & d'estimes
Comme un modesteTraducteur,
A rectifiécet Autheur,
Et voilé d'unchastesilence
Cequ'avoit produitl'insolence.
C'estainsiqu'unsçavant Chrestien
Corrige l'erreur d'un Payen.
Que vtu-i diray-je icy d'Ausone,
Si renommé dans chaqueZone,
Ce cher ornement de Bordeaux,
Qui par des Ouvragessi beaux,
Si pleins deforce & d'attrempance,
S'est distingué dans nostreFrance,
Etdont les merveilleux Centons
ValentdesBoisseaux de Testons,
Sinon que par sa Poejie.
Ilfait honneuràsa Patrie,
Et qu'ilinstruit les Ignorans?
Au reste, depuissix vingtans,
Et dans l'heureuxsiccleoùnoussommes,
Emile en braves &grandsHommes,
Plusïeurs ont ausacré Villon
Brigué lafaveur d'Apollon,
Et faitla couraux neufPucelles
Que le sçavoir rend toujours belles
Inégalpourtantfut lesort
De ceux quifirent cet effort.
Tout les OuvragesPoëtiques,
Soitferreux,foiehéroïques,
DeMoulinet & de Crétin,
Estoient unamas de frétin..
Q^ù nefutpointsuivy degloires
JLt n'en déplaise à la mémoire
De Marot) on ne trouve pas
Quesa Mufe eust degrands *pp*t,
Ny dit brillant, nonplus que celle
EtdeBaïf&dejodelle.
Mais on eut un respect nouveau
Pour les Vers tracez,par Belleau.
Du Bellay s'acquitl'avantage,
D'avoir la douceur en partage,
Aussi-bien que lafermeté,
La force, & la ViVdciré.
Bersaui eut le talent de plaire,
Cefut là fin vray caractere;
Oüy Bertaud,Evesque de Sés,
Quifut pointu jufsjua l'excés;
JVlaif ses rimes par tout connuës,
De bonsensfurentsoûtenuës.
Que diray-je encor? Du Bartas
JEtêt des Admirateurs à tas,
Et l'on vit des Gens à centaine
Lire jour& nuitsaSemaine
Dans un certain empressement
Quimarquoitleurentestement;
Jrfais ce qui paroissoit commode,
N'est plus maintenant àla mode.
Laissant cette antique beauté,
Chacun court à la nouveauté.
Voila quel est l'avertinnostre,
Vn objetendétruit un autre, Et ce qu'unsiecle toujoursfait,
Vnautresiecle le défait.
Cette vicissitude étrange
Fait que tout s'altere &se change.
C'estpour cette mesme raison
Que Saint Gelais hors desaison,
Seplaint quele tempsfait outrage
Au mérite arfin Ouvrage,
Et que les S çavans d'anjourd'huy
Nesesouviennentplusde luy.
Jiiaistjttefaire en cette occurrence?
Ilfaut s'armerde patience.
Ronsard, ce PoëteVandômois,
• Jivecson Pourpoint de Chamois,
Avecsa Culotte à la Smffei
Etsa Flambergesur lacuisse,
Fut le Prince des grands Rimeurs,
Etfitgagner les Imprimeurs,
,C.a--ronpoëttque ramage -,. Des Doctes obtint le suffrage.
Alors chacunsefit honneur,
Non d'aspirer à sonbonheur,
Maisd'imiterson caractere,
DouxJinsinuAnts &sincere,
Et lesnoblesexpressiens
Tiefes belles conceptions.
Aussiprenoit-onsonlangage
Pour la regle du bel ufacre; Jo Et lors que tjuelcju}unparlait mal,
Ondf'ok, ceftnn Animal,
'VnRnffôyue, un Sot, un Empuze,
Va-Cheval debast, une Buze,
UnHommesanssel &sans art,
Quidonne unsoufflet à Ronsard.
Ajoutez*a ce Personnage
Dautres Poëtes à grandfeüillage,
Lesçavant Abbéde Tyron,
BalzaC, Malherbe, duPerron,
.Bels,Boirrobert, Benserade,
Dont laverve ria rien defade,
Desyveteaux, Motin, Faret,
Sarrasin, la Serre, Loret,
Dtfmllrefts, Dalibray, Arolitre,
Pinchesne, Boileau, Furetiere,
Dandilly,Rotrou, Scudery,
De Racan, Contart, Monfleury
Dormy, Gombaud, de Malleville,
Jean Baudoüin, Maynard, & Douville,
Mairet,deSégrais, Pélisson,
Monsuron, Racine, Poisson,
Quinault, du Ryer, la Ménardiere;
Théophile, la Giraudiere,
Co£etet9 Tristan,Priézac,
Mainart, Scarron, Meziriac,
Chappelain,Cottin,Gomberville,
MefloMleJu Rgjïei, Diéreville,
Bordier, du Perrin, DassOucy,
Le Président Nkolieaussy,
Magnon, dont les dévots Ouvrages
Servent auxpécheurs commeauxsages,
Régnier,Saint Amant, Cerisy,
Dont lestile estpur & choisy,
Becçasse le devot Chanoine,
Pere Rappin, Pere le LVo:ne,
Chevreau, MIIllevAl, & Brêbeuf
Deschèneaux, Chappeton, Marbenf,
Yiondde Ctrlifers, Voiture,
Dont Pinchesne afait lapeinture,
Beauregard, Boursault, de Sentend,
Jtfagnin, de Lingendes, Montreüil
L'ingênieux de la Fontaine.
Qui•ri*me &raisonnesans peine
'Avec une fAcilité.
Qui, marquesonhabileté;
Et commesa plume efi amie
De la celebre Académie
Que l'Eloquencefaitfleurir,
Et qui le bonsensfaitmeurir, Ilvientdy rencontrersaplace,
Comme il la trouvait au Varnajfe*.
iln'est nulPalais, nulHostel,
Quinadmette unsçavant Mortel.
Prônons maintenant vos merveilles,
Doctes Freres,fameux Corneilles,
Qjj d un nombre infiny de Vers
Avez. enrichy l'Univers,
Comme axffi mainte & mainte étude,
Sans que la grande multitude
De tant de merveilleuxEcrits
En ait diminué le prix.
La dans chacune de vos Pieces
Lesplus fines delicatesses
Du belArt quifert a l'Amour,
PArtJiJfellt dans leurplus beau jour,
Soitdam vos graves Tragédies,
Soit dans vos chastes Comédies,
Dont le Public bien averty
S'est innocemment diverty;
Carquand un Homme afaitsa tâche, Ildemande unpeu de relâche;
Et quand illeprendsans pécher,
On nesçaurait l'en empescher,
A moins que dans un Monaflere
Ilprosesse une vit "uflere..
Maisparlons de cesage Duc,.
Aussiger.éreuxqueMonluc,
Qjm pour la Plume &pourl'Epée
Est un César,eftunPompée.
Peut-estre mesme il estplusgrand,
C'estl'illustre de SaintAignan.
Q»'on me traite deTurc a More,
Si du langage à mètrphore,
Q^ti d'Ovidefut le deduit.
Ce Duc n'estpleinement instruit;
Aussisa belle destinée
Jbji de nous donner chaque année
Denouvellesproductions
Deses belles refléxions.
Le tout riefl point Muse mourante,
Mais Ouvrage a plume courante,
D'unstileaussifort que l'airain,
Digne du Cédre&du Burin.
Jlsçait dansson Art Poëtique
Joindre le moderne à l'antique,
Et sçait parler comme jadis
Onparlolt du temps d'Amadis.
Veut-onrencontrerplHl de grace
Que.chezvont,Evefqutde GYlifeaVoê'tefacrèyfçavant
Godeau,
Qui nom levastes le rideau,
Et dévoilastesdesmysteres
Impénetrables à nos Peres!
Vosserventes expressions,
Vossublimes Traductions,
VYf admirables Paraphrases,
M'ontsouvent causé des extases,
Et m'ont rendu comme enchanté.
D'effet, &dans la vérité,
Une Musesage & modeste
Est un langage tout celeste;
Et les Dames de qualité,
Toutes pleines d'bonnesteté,
Avecque leurvertusevere,
Passent du Parnasse au Calvaire,
Et de la composition
A la belle dévotion,
Sans qù"enpuisseimputer à crime
Letemps qui se donne àla rime.
Fleurisse àjamais le belArt
Où les Sçavans ont tant depart,
Par quiles Hommes & les Anges
DugrandDieu chantent leslouanges
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4
p. 93-99
A DAMON. Sur ce qu'Iris luy avoit ordonné en mourant d'aimer Celimene.
Début :
On croit quelquefois rire de la Mort quand elle est / Il est donc vray, Damon, vous aimez Celimene, [...]
Mots clefs :
Fièvre, Amies, Gentilhomme, Muses, Ardeur , Gloire, Amour, Empire, Charmes, Beauté, Iris, Mémoire, Coeur, Jeunesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A DAMON. Sur ce qu'Iris luy avoit ordonné en mourant d'aimer Celimene.
On croit quelquefois rire
94 MERCURE
de la Mort quand elle eſtfore
proche. C'eſt ce qui eſt arrivé
à une jeune Perſonne, qui
n'ayant qu'un peu de Fievre ,
dit en badinant à un galant
Homme qui luy rendoit des
foins affidus , que quand elle.
feroitmorte, elle vouloit qu'il
donnaſt ſon coeur àune de ſos
Amies , qu'elle luy nomma.
SaFievre ayant augmenté,elle
mourut peu de jours aprés.
Un jeune Gentilhomme que
les affaires n'empêchét point
de ſonger de temps en temps
à faire ſa Cour aux Mufes,2
fait deſſus les Vers queje
vous envoye
GALANT S
5555 5552 55255522
A DAMON.
Sur ce qu'Iris luy avoit ordonné
en mourant d'aimer Celimene,
I
Lest donc vray, Damon ,
mez Celimene,
,vousai-
Foſtre Iris en mourantfit naiſtre ceive
ardeur,
Lors que par Testament, pourferrer
cette chaîne,
Elle luy laiſſa voſtre coeur..
Se
IeSçayqu'il eſtoit defagloire
Deplacer en bor lieu vos voeux;
Maishonorez - vousſa mémoire?
Voussentez- vous bien amoureux?
S2
Plus vousferezſenſible à cetteAmor
nouvelle
96 MERCURE
Dontpourvous Iris afait choix ,
Etplus vous montrerez de zéle
Aremplirſes dernieres loix .
Se
Non, non, ne craignez rien , on n'en
Sçauroit médire,
Aimez en touteseureté;
Iris avantſa mort voulut bienySoufcrire.
Si vous tournez vos voeux vers un
autre coſté,
C'est la marque de ſon Empire,
Nonde vostre legereté.
S2
Malgréce changement d'hommage
Vostre coeur ne s'estpointmépris;
Mais croyez-moy, Damon,pourn'estre
pointvolage,
DansCelimene ilfaut que vous aimiez
Iris.
Lors
GALANT. 97
1
Se
Lors qu'àvoſtrejeune Maistreffe
Vous rendrez des soins à l'écart,
Plein d' Iris , conduisezfibien voftre
tendresse,
Qu'elle en ait la meilleure part.
52
L'Affaire eft affez délicate,
Gardez de vous tromper, gardez de la
trahir.
Pour un nouvel Objet quandvoſtre
amour éclate,
Nefaites-vous rien qu'obeïr?
Se
Onfçait qu'à prendrefeu vostre ame
est affez prompte,
Qu'un bel oeil peutbeaucoup fur
vous.
Celimene faitvoir cent charmes des
plusdoux,
Avril 1685. I
98 MERCURE
Ne l'aimeriez- vous point tout- à-fait
pourson compte?
८८
Les Vivans, ce dit- on,font oublierles
Morts.
Ces derniers n'ont rien que deſom
bre.
Me trompay-je, Damon?je croy qu'un
jolyCorps
Vous accommode mieux qu'une
Ombre?
52
Voulez- vousypenſerſouvent?
Dans Celimene, Iris doit eftre regardée.
Ce raport eft aisé ; mais ce n'estqu'une
idée,
Et l'amourveutplus que du vent.
22
Comme d'une viande legere
Levostre affezmalse nourrit,
i
GALANT. 99
Pour le mieuxfoûtenir, ilfaut que la
:
matiere
Accoure ausecours de l'esprit.
52
LuySeul ne rendroit pas uneflame
conftante;
Etquand celuy d' Iris est remonté là
baut,
Une belle &jeune Vivante
Estbeaucoup mieux ce qu'il vous
faut.
Se
Cepedant voulez -vous m'en croire,
Prendre leparty le meilleur?
Qu' Iris ait toute la mémoire,
Et Celimene tout le coeur.
Se
Vousy trouverez vostre affaire,
Et ce partagefaitainsi
Atoutes deux vous laiſſantfatisfaire,
Vous vousfatisferezauffi .
94 MERCURE
de la Mort quand elle eſtfore
proche. C'eſt ce qui eſt arrivé
à une jeune Perſonne, qui
n'ayant qu'un peu de Fievre ,
dit en badinant à un galant
Homme qui luy rendoit des
foins affidus , que quand elle.
feroitmorte, elle vouloit qu'il
donnaſt ſon coeur àune de ſos
Amies , qu'elle luy nomma.
SaFievre ayant augmenté,elle
mourut peu de jours aprés.
Un jeune Gentilhomme que
les affaires n'empêchét point
de ſonger de temps en temps
à faire ſa Cour aux Mufes,2
fait deſſus les Vers queje
vous envoye
GALANT S
5555 5552 55255522
A DAMON.
Sur ce qu'Iris luy avoit ordonné
en mourant d'aimer Celimene,
I
Lest donc vray, Damon ,
mez Celimene,
,vousai-
Foſtre Iris en mourantfit naiſtre ceive
ardeur,
Lors que par Testament, pourferrer
cette chaîne,
Elle luy laiſſa voſtre coeur..
Se
IeSçayqu'il eſtoit defagloire
Deplacer en bor lieu vos voeux;
Maishonorez - vousſa mémoire?
Voussentez- vous bien amoureux?
S2
Plus vousferezſenſible à cetteAmor
nouvelle
96 MERCURE
Dontpourvous Iris afait choix ,
Etplus vous montrerez de zéle
Aremplirſes dernieres loix .
Se
Non, non, ne craignez rien , on n'en
Sçauroit médire,
Aimez en touteseureté;
Iris avantſa mort voulut bienySoufcrire.
Si vous tournez vos voeux vers un
autre coſté,
C'est la marque de ſon Empire,
Nonde vostre legereté.
S2
Malgréce changement d'hommage
Vostre coeur ne s'estpointmépris;
Mais croyez-moy, Damon,pourn'estre
pointvolage,
DansCelimene ilfaut que vous aimiez
Iris.
Lors
GALANT. 97
1
Se
Lors qu'àvoſtrejeune Maistreffe
Vous rendrez des soins à l'écart,
Plein d' Iris , conduisezfibien voftre
tendresse,
Qu'elle en ait la meilleure part.
52
L'Affaire eft affez délicate,
Gardez de vous tromper, gardez de la
trahir.
Pour un nouvel Objet quandvoſtre
amour éclate,
Nefaites-vous rien qu'obeïr?
Se
Onfçait qu'à prendrefeu vostre ame
est affez prompte,
Qu'un bel oeil peutbeaucoup fur
vous.
Celimene faitvoir cent charmes des
plusdoux,
Avril 1685. I
98 MERCURE
Ne l'aimeriez- vous point tout- à-fait
pourson compte?
८८
Les Vivans, ce dit- on,font oublierles
Morts.
Ces derniers n'ont rien que deſom
bre.
Me trompay-je, Damon?je croy qu'un
jolyCorps
Vous accommode mieux qu'une
Ombre?
52
Voulez- vousypenſerſouvent?
Dans Celimene, Iris doit eftre regardée.
Ce raport eft aisé ; mais ce n'estqu'une
idée,
Et l'amourveutplus que du vent.
22
Comme d'une viande legere
Levostre affezmalse nourrit,
i
GALANT. 99
Pour le mieuxfoûtenir, ilfaut que la
:
matiere
Accoure ausecours de l'esprit.
52
LuySeul ne rendroit pas uneflame
conftante;
Etquand celuy d' Iris est remonté là
baut,
Une belle &jeune Vivante
Estbeaucoup mieux ce qu'il vous
faut.
Se
Cepedant voulez -vous m'en croire,
Prendre leparty le meilleur?
Qu' Iris ait toute la mémoire,
Et Celimene tout le coeur.
Se
Vousy trouverez vostre affaire,
Et ce partagefaitainsi
Atoutes deux vous laiſſantfatisfaire,
Vous vousfatisferezauffi .
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Résumé : A DAMON. Sur ce qu'Iris luy avoit ordonné en mourant d'aimer Celimene.
Le texte présente deux récits distincts. Dans le premier, une jeune personne atteinte d'une légère fièvre plaisante avec un homme en lui demandant de donner son cœur à une amie après sa mort. Sa fièvre s'aggravant, elle décède peu après. Le second récit est une correspondance entre Damon et un Galant. Avant de mourir, Iris demande à Damon d'aimer Célimène. Le Galant conseille à Damon de respecter la volonté d'Iris tout en étant sincèrement amoureux de Célimène. Il souligne que les vivants peuvent effacer le souvenir des morts, qui ne sont que des ombres. Il suggère à Damon de voir Iris en Célimène, mais aussi de profiter de la présence vivante de Célimène. Il conclut en proposant que Damon accorde la mémoire à Iris et le cœur à Célimène, afin de satisfaire les deux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 2[89]-[301]
DIALOGUE ENTRE LES MUSES DE L?ACADEMIE DE VILLEFRANCHE ET CUPIDON.
Début :
Il m'est tombé depuis peu entre les mains un ouvrage fort galant, / Les Muses. Petit Dieu de l'amour [...]
Mots clefs :
Muses, Cupidon, Dieu, Paix, Plaisirs, Empire, Amour, Coeur, Héros, Âme, Hymen, Compliments, Douceur
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texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE ENTRE LES MUSES DE L?ACADEMIE DE VILLEFRANCHE ET CUPIDON.
il m'efltombê depuis peu entre les
mainsun Ouvrage fori galant, qui
futfait ily a quelques années ,sir le
mariage d'un Académicien de Villefranche
en Beaujolois. Il efl de M1
Mignêt de Bussy,de U mesme Académie.
DIALOGUE ENTRE LES
MUSES DE L'ACADEMIE
DE VLLLEFRANCHEET CUPIDON.
LES MUSES. P
Etit Dieu de £amour
Vous nom jouez, tout les jours quelque
tour:
Non content cCexercersur la terre &sur
Fonde
Vn empire AbJlIH.
Vout efles encore résolu
-'
De troubler le repos de nostre faix profonde:
Et mèprisant nos Chansons&vos
Jeux,
Vontvenez,près denos FontAines,
jivecque tous vosfeux
Pour en tarir les veines.
C UP IDON.
Belles & dottes Soeurs,pourquoy vont
plaignez-vous
Que dans voffresejourj'étende
ma puissance,
Têtu ceux quifontfournis a mon obèif*
sance,
Ont toujour' reffintylesplaisirslesplUl
doux?
llrieft point de lieuxsur Uterre
Qui ne reconlloij[ent mes Loix, JajfHiertü les plus grands Roys,
Et influes dans les Cieux le Maistre du
Tonnerre,
Ne ffauroit soùtenir mes plusfoibles
efforts,
Tlutonmesmeaumilieu du noirsejour
des morts, Bbij
OHtonne voit jamais que peine & que
martyre,
Reconnaît mon empire
Et mefait avecfoin sa cour.
Aprés cela les filles de mémoire,
Bleffint-elles leur gloire,
Defefoumettreau pouvoirdel'amour?
LES MUSES.
Non, non, filsde Venns, vos parolesfont
veinesy
On ne doit pointsur nostre Mont,
S*amuferkporterleschaînes^
D'un Dieu qui rarement a nos âprs répond,
Et cefi une pure chimere,
D'accorder les loixde Cithére,
Avec celles del'Hèlicon.
Ce riefi pat nostrefait dans nos douces
retraites,
D*estreamoureuses& coquettes;
Etst nom ressentons de tardeur dans nos
cfturs,
Ce nest que pour chanterteplus grand
des Painqnemrs,
Ilméritéseulnoflre zele,
Et ce rieft que pour luy quefont faits nos
Concerts,
Encore efi-ce bien peu riemployer tota nos
Airs,
A celèbrer les faits desa gloire immortelle,
Puis que tant d'autres coeurspleins de
force & etappas,
JnfcjHicy n'y fnfiffentpat.
Enfin des Mufes bien (enfîtes,
Doiventplntofldonnerleurschants &
leurs pensées,
jittxexploits glorieux cCun Héros triomphAnt
QriaHXVaintamusemens d'un jeune&
foible Enfant.
CUPiDo N.
Oüy, M'ifes, ie leconfeffe.
Ilfaut cjuinceffamment voflreTroupe
s'empresse,
Achanterde LOVlS,
Tous lesfaits inouïs:
Il riefi point de Héros qui par leur concurrence,
Bbiij
Puissent avecijue luy partager vos Chansons.
Les ayantfurpa/fezde toutes les façons,
Ilmérite luy seul•/avoir la préférence;
Et merme jurcjua moy,
Bien ro vntilafaitlaloy,
Quand par les vains efforts de mes traits,
derr.es chàrmes, ray voulu tingagtrau milieu des Hyvrrs,
Ou mes jeuxfont goûter mille plaisirs
divers;
Asuspendre le cours deses terribles armes.
Maisbiencjuavecraison ce plus grand
des Guerriers,
Meriteseuld'occuper leParnasse,
Mes Mirtes nefont pont de honteàses
Lauriers;
Maté ils leurs donnent plus de grace.
Les Chants
Quifont unis pourMars & pourma
A:ere,
Ne doivent pas moins plaire,
S'ilsn'enfont pat (ifiers, ils en font plut
touchans.
Ne vous fâchez, doncpasj Mufesprudes
& fages,
De me voirdansvostrefîjour,
Les Bellescomme vousa l'afpeElde lAmour
N'ont jamais estèsisauvages.
Je neveux point d'ailleurs
Faire bréche avos coeurs:
C'est un autre dessein qui vom plairasans
doute,
Si pour un seul moment
Vostre Troupe m'écoute.
Je ne viens feulement
Que pour votufaire part d'une douce nouvelle,
Unde vos Nourrlffons AUjJi tendrequheureux,
sceu par Cesfoins Amoureux,
Enflamerleceeitrd'une Belle: 1 Ilsdoivent au plutost s'unir des plus doux
noeuds,
Et l'Hymen se prépare à couronnerleurs-
- feux, « Bb iiij
Nereïentez-vou4 pas la joye,
Devoir un de vos chers Enfans,
Par des efforts heureux & triomphant
Maif/re d'une si riche proye,
Qf££ charge defiesferstantd'illuflres Captifs.
ji lafpeSi defts yeuxsi brillants &si
vifs,
Le Soleilaujji-tofl paroiss obscur &flm
bre,
Sesrayonsnefont pins qu'un nuage &
qu'une ombre,
Hé! quepo'irroit-ilfaireencet état fâcheux?
Ilfautbien malgré ly qu'un seul le cede
adeux,
Contre leurs doux regards ilneflpointde
coeur tendre
Qjtise puissedéfendre.
On diroit qu'elle <*fat au Lis comme an.
J'mm,
Un notable larcin;
PU;f que leur blancheurlllm égale,
Présdesonteinteiftoujoursfale,
La Rose mesmey perdson incarnat,
Vnautreplusviflesurmonte,
Et quoy quellefait rouge, en ce méchant
état
Onconnoit bien que ce nefl que de honte.
Sanscejje Fon yVoitl'image du Printemps,
Et certainspetitstrqui[ont surson
l'i'ége,
Font tazileasseuréque]aypris en partare
Pourmecouvrirdu mauvais temps.
Je sçay quelle a beaucoup d'autres beautez.
secrettes,
M;,s ce n'est pas dans vos retraites,
Où l';;nioit fairele portrait.
L'heureux Amant qui va s'en rendre
maiflre,
Voudra bien quelque jour peut-eflre,
YOUI en dépeindre quelque trait.
Pourcompoferun tout qui jette mille fiâmes
Danslesplusdures Amn,
L'esprit répond aux charmes deson corps,
Ma Aiere & la Nature en ont fait let
accords,
llneluy manquoit plus quun coeurunpen
fcnfible,
J'aytantfait parmesfoins,
Queje me fuisplacé dans toitssescoins,
Aprés quoyfen ayfait le poJfeJfenrpaisible,
Celuy qui tranrporté d'unesivive ardeur
Voui informe par moy d'unsi rare bonheur.
LES Muses.
Aimable Cupidtn, noj/re Troupe immortelle,
approuve le âeffein qui vom tient prés
deno-'M,
Et ressentaussibien quevous,
LepLiifirque produitvoflre douce nouvelle.
Nomvoulons par nos Airs celebrer le
brau jour,
Où l'Hymen rendra pinsdurables,
Les liensquaformel'Amour
Entre deux objets admirableç.
LOVISpendantun peudetemps
Notu permettra desuspendre les
chants,
Que nofire heureuse destinée,
NousfaitformerpourvanterfesExploit.^
Et nous pourrons donnertoutes nos vtix
Pour un sicharmant Himenée.
Cependant,petit Dieu,
Dépesche-vous d'abandonnerce lieu,
Allez plûtofl auprès de cette belle,
Aiderson tendre Amant a la rendrefidelle.
Allez.inrp'rera son coeur
L',ftime & la tendreJft"
Queméritentl'esprit, la douceur, la fitgejJe,
Deson heureux vainqueur.
Faites luy voir la vive image
Desafélicité,
Etlamoureux hommage,
QjSunsi digne Sujet va rendreasa
beduté.
Allez, dépefehez-vous, napportez plut d'exufes
C'est inutilement consumer tous vosfeux,
Et vos plus tendres jeux,
Ne peuvent qu'ennuyerles Mufes,
Vouiemploirez. bien mieux ces prètieux
momens,
Avecce beau couple£Amans
Sans Vous ils nefçauraient rienfaire,
Quelque (fortquehazarde en
leurfaveur,
Il n'a jammsassez. d'arleur,
Pourarriverau buJt.Iqui peut lesfatisfaire.
Compliment de Cupidon, fait à
Ja Belle.. de la partdes Miu
fcs, sur le sujet de son Mariage.
B
.'SlleJ quej'aimetendrement,
Parle ChoeurdesnenfSoeurs, ma bouche
efldestinée,
Four venirde leur part VOHSfaire compliment
Survofirecharmante Himenée.
Elles mesmes viendraient pour votale
faire en Corps,
Mais leurs jeuxsi paisibles
Ne leur rend pas loisibles,
De semblables efforts.
Depuis le temps qu'il cft, des Mufesy
Elles quittent peu leursejour,
Etsefont peur tfJûlOUrSexclufes
Desmyfieres d'amour.
Elles craindroient de voiriefurieux ravage,
Que tonferasur vos appas:
Mais quoy qu'ilsfnent mis au pillAge,
Belle Iris,n'en rougissez pa4,
Puts que les Mufes mesme,
Quelques grndes que soient leur crainte
& leurfro'deur,
Ne croiront pai offenserleurpudeur,
D'en avoirune joye extrémc;
Si ce ravageun jour pour leurs dosses lefons,
Peut leur fournirdes petits Nourriffons.
mainsun Ouvrage fori galant, qui
futfait ily a quelques années ,sir le
mariage d'un Académicien de Villefranche
en Beaujolois. Il efl de M1
Mignêt de Bussy,de U mesme Académie.
DIALOGUE ENTRE LES
MUSES DE L'ACADEMIE
DE VLLLEFRANCHEET CUPIDON.
LES MUSES. P
Etit Dieu de £amour
Vous nom jouez, tout les jours quelque
tour:
Non content cCexercersur la terre &sur
Fonde
Vn empire AbJlIH.
Vout efles encore résolu
-'
De troubler le repos de nostre faix profonde:
Et mèprisant nos Chansons&vos
Jeux,
Vontvenez,près denos FontAines,
jivecque tous vosfeux
Pour en tarir les veines.
C UP IDON.
Belles & dottes Soeurs,pourquoy vont
plaignez-vous
Que dans voffresejourj'étende
ma puissance,
Têtu ceux quifontfournis a mon obèif*
sance,
Ont toujour' reffintylesplaisirslesplUl
doux?
llrieft point de lieuxsur Uterre
Qui ne reconlloij[ent mes Loix, JajfHiertü les plus grands Roys,
Et influes dans les Cieux le Maistre du
Tonnerre,
Ne ffauroit soùtenir mes plusfoibles
efforts,
Tlutonmesmeaumilieu du noirsejour
des morts, Bbij
OHtonne voit jamais que peine & que
martyre,
Reconnaît mon empire
Et mefait avecfoin sa cour.
Aprés cela les filles de mémoire,
Bleffint-elles leur gloire,
Defefoumettreau pouvoirdel'amour?
LES MUSES.
Non, non, filsde Venns, vos parolesfont
veinesy
On ne doit pointsur nostre Mont,
S*amuferkporterleschaînes^
D'un Dieu qui rarement a nos âprs répond,
Et cefi une pure chimere,
D'accorder les loixde Cithére,
Avec celles del'Hèlicon.
Ce riefi pat nostrefait dans nos douces
retraites,
D*estreamoureuses& coquettes;
Etst nom ressentons de tardeur dans nos
cfturs,
Ce nest que pour chanterteplus grand
des Painqnemrs,
Ilméritéseulnoflre zele,
Et ce rieft que pour luy quefont faits nos
Concerts,
Encore efi-ce bien peu riemployer tota nos
Airs,
A celèbrer les faits desa gloire immortelle,
Puis que tant d'autres coeurspleins de
force & etappas,
JnfcjHicy n'y fnfiffentpat.
Enfin des Mufes bien (enfîtes,
Doiventplntofldonnerleurschants &
leurs pensées,
jittxexploits glorieux cCun Héros triomphAnt
QriaHXVaintamusemens d'un jeune&
foible Enfant.
CUPiDo N.
Oüy, M'ifes, ie leconfeffe.
Ilfaut cjuinceffamment voflreTroupe
s'empresse,
Achanterde LOVlS,
Tous lesfaits inouïs:
Il riefi point de Héros qui par leur concurrence,
Bbiij
Puissent avecijue luy partager vos Chansons.
Les ayantfurpa/fezde toutes les façons,
Ilmérite luy seul•/avoir la préférence;
Et merme jurcjua moy,
Bien ro vntilafaitlaloy,
Quand par les vains efforts de mes traits,
derr.es chàrmes, ray voulu tingagtrau milieu des Hyvrrs,
Ou mes jeuxfont goûter mille plaisirs
divers;
Asuspendre le cours deses terribles armes.
Maisbiencjuavecraison ce plus grand
des Guerriers,
Meriteseuld'occuper leParnasse,
Mes Mirtes nefont pont de honteàses
Lauriers;
Maté ils leurs donnent plus de grace.
Les Chants
Quifont unis pourMars & pourma
A:ere,
Ne doivent pas moins plaire,
S'ilsn'enfont pat (ifiers, ils en font plut
touchans.
Ne vous fâchez, doncpasj Mufesprudes
& fages,
De me voirdansvostrefîjour,
Les Bellescomme vousa l'afpeElde lAmour
N'ont jamais estèsisauvages.
Je neveux point d'ailleurs
Faire bréche avos coeurs:
C'est un autre dessein qui vom plairasans
doute,
Si pour un seul moment
Vostre Troupe m'écoute.
Je ne viens feulement
Que pour votufaire part d'une douce nouvelle,
Unde vos Nourrlffons AUjJi tendrequheureux,
sceu par Cesfoins Amoureux,
Enflamerleceeitrd'une Belle: 1 Ilsdoivent au plutost s'unir des plus doux
noeuds,
Et l'Hymen se prépare à couronnerleurs-
- feux, « Bb iiij
Nereïentez-vou4 pas la joye,
Devoir un de vos chers Enfans,
Par des efforts heureux & triomphant
Maif/re d'une si riche proye,
Qf££ charge defiesferstantd'illuflres Captifs.
ji lafpeSi defts yeuxsi brillants &si
vifs,
Le Soleilaujji-tofl paroiss obscur &flm
bre,
Sesrayonsnefont pins qu'un nuage &
qu'une ombre,
Hé! quepo'irroit-ilfaireencet état fâcheux?
Ilfautbien malgré ly qu'un seul le cede
adeux,
Contre leurs doux regards ilneflpointde
coeur tendre
Qjtise puissedéfendre.
On diroit qu'elle <*fat au Lis comme an.
J'mm,
Un notable larcin;
PU;f que leur blancheurlllm égale,
Présdesonteinteiftoujoursfale,
La Rose mesmey perdson incarnat,
Vnautreplusviflesurmonte,
Et quoy quellefait rouge, en ce méchant
état
Onconnoit bien que ce nefl que de honte.
Sanscejje Fon yVoitl'image du Printemps,
Et certainspetitstrqui[ont surson
l'i'ége,
Font tazileasseuréque]aypris en partare
Pourmecouvrirdu mauvais temps.
Je sçay quelle a beaucoup d'autres beautez.
secrettes,
M;,s ce n'est pas dans vos retraites,
Où l';;nioit fairele portrait.
L'heureux Amant qui va s'en rendre
maiflre,
Voudra bien quelque jour peut-eflre,
YOUI en dépeindre quelque trait.
Pourcompoferun tout qui jette mille fiâmes
Danslesplusdures Amn,
L'esprit répond aux charmes deson corps,
Ma Aiere & la Nature en ont fait let
accords,
llneluy manquoit plus quun coeurunpen
fcnfible,
J'aytantfait parmesfoins,
Queje me fuisplacé dans toitssescoins,
Aprés quoyfen ayfait le poJfeJfenrpaisible,
Celuy qui tranrporté d'unesivive ardeur
Voui informe par moy d'unsi rare bonheur.
LES Muses.
Aimable Cupidtn, noj/re Troupe immortelle,
approuve le âeffein qui vom tient prés
deno-'M,
Et ressentaussibien quevous,
LepLiifirque produitvoflre douce nouvelle.
Nomvoulons par nos Airs celebrer le
brau jour,
Où l'Hymen rendra pinsdurables,
Les liensquaformel'Amour
Entre deux objets admirableç.
LOVISpendantun peudetemps
Notu permettra desuspendre les
chants,
Que nofire heureuse destinée,
NousfaitformerpourvanterfesExploit.^
Et nous pourrons donnertoutes nos vtix
Pour un sicharmant Himenée.
Cependant,petit Dieu,
Dépesche-vous d'abandonnerce lieu,
Allez plûtofl auprès de cette belle,
Aiderson tendre Amant a la rendrefidelle.
Allez.inrp'rera son coeur
L',ftime & la tendreJft"
Queméritentl'esprit, la douceur, la fitgejJe,
Deson heureux vainqueur.
Faites luy voir la vive image
Desafélicité,
Etlamoureux hommage,
QjSunsi digne Sujet va rendreasa
beduté.
Allez, dépefehez-vous, napportez plut d'exufes
C'est inutilement consumer tous vosfeux,
Et vos plus tendres jeux,
Ne peuvent qu'ennuyerles Mufes,
Vouiemploirez. bien mieux ces prètieux
momens,
Avecce beau couple£Amans
Sans Vous ils nefçauraient rienfaire,
Quelque (fortquehazarde en
leurfaveur,
Il n'a jammsassez. d'arleur,
Pourarriverau buJt.Iqui peut lesfatisfaire.
Compliment de Cupidon, fait à
Ja Belle.. de la partdes Miu
fcs, sur le sujet de son Mariage.
B
.'SlleJ quej'aimetendrement,
Parle ChoeurdesnenfSoeurs, ma bouche
efldestinée,
Four venirde leur part VOHSfaire compliment
Survofirecharmante Himenée.
Elles mesmes viendraient pour votale
faire en Corps,
Mais leurs jeuxsi paisibles
Ne leur rend pas loisibles,
De semblables efforts.
Depuis le temps qu'il cft, des Mufesy
Elles quittent peu leursejour,
Etsefont peur tfJûlOUrSexclufes
Desmyfieres d'amour.
Elles craindroient de voiriefurieux ravage,
Que tonferasur vos appas:
Mais quoy qu'ilsfnent mis au pillAge,
Belle Iris,n'en rougissez pa4,
Puts que les Mufes mesme,
Quelques grndes que soient leur crainte
& leurfro'deur,
Ne croiront pai offenserleurpudeur,
D'en avoirune joye extrémc;
Si ce ravageun jour pour leurs dosses lefons,
Peut leur fournirdes petits Nourriffons.
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Résumé : DIALOGUE ENTRE LES MUSES DE L?ACADEMIE DE VILLEFRANCHE ET CUPIDON.
Le texte décrit un dialogue entre les Muses de l'Académie de Villefranche et Cupidon. Les Muses reprochent à Cupidon de troubler leur sérénité et de chercher à dominer leur domaine. Cupidon répond que son influence est partout, touchant même les dieux et les âmes des défunts. Les Muses refusent de se soumettre à l'amour, affirmant que leurs chants célèbrent les grands héros plutôt que les amours éphémères. Cupidon reconnaît la grandeur des héros mais insiste sur l'importance des exploits amoureux. Il annonce ensuite une bonne nouvelle : un jeune couple va se marier. Touchées, les Muses décident d'interrompre leurs chants pour célébrer cette union et demandent à Cupidon de les aider. Le poème est dédié à une jeune femme à l'occasion de son mariage. Il l'encourage à rejoindre une personne aimée et à aider un amant à conquérir son cœur par la douceur et la fidélité. Les Muses, bien qu'elles souhaitent féliciter la mariée, préfèrent éviter les excès amoureux et restent dans leurs jeux paisibles. Elles expriment néanmoins leur joie et leur espoir que ce mariage soit fécond. Le poème se conclut par un compliment des Muses, transmis par le narrateur, pour célébrer cette union charmante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 143-150
SONGE D'IRIS.
Début :
Toutes les productions d'esprit de Madame des / Que tu reviens diligemment ! [...]
Mots clefs :
Amant, Épouse, Muses, Sommeil, Songe, Iris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONGE D'IRIS.
Toutes les productions
d'esprit de Madame des
[ Houlieres sont si recherchées
que je croy toujours que
vous les avez,si-tost qu'il
en court une copie. C'est ce
qui m'a empesché de vous
envoyer plûtostle Songe que
vous me demandez. Cette
Dame est admirable, & dans
ses pensées, & dansla maniere de les exprimer.
SONGE D'IRIS.
QVe fit reviens diligemment!
Ne cejjeras-tu point
,
impatients
Aurore,
v De courir après Illn Amant ?
x Non)
k
*
Non,je te parle vainement. 1
Demain tu reviendras encore ;
Lttjfl de ton Vieillard tu cherches
tous p~yj Icsjours
Ce Chtlffiltr qui fait moinsde
compte
De lafolle ardeur qui te dompte,
Que de la dépouille d'un Ours.
Tun'es pas lafeuleDeejJe
jQue CAmour ait forcée à recevoir
si. loy.
Diane & Sentis comme toy,
Tour deJImples Mortels ont eu de U
t:;:dyf/}.
Ii '1 :.-
Mais enfin, si leurs cœurs se font
Lift charmer,
Leurs Amans ont brttlé pourelles
e
Toy feule entre les Immortelles
N'as jamaisseeu te faire aimer.
PourJauvcr £honneur de tes charmes,
Les frJufls, cesscavantes Sæurs,
Nous ont imposésur les larmes
.f.?!J'dIt sortir de ton lit tu répans
sur les fleurs.
Ce neftpointton Fils mort qui caufc
tes douleurs,
Vn trait plus cutfant sa blesée.
Le mépris que Cephale a
fait de tes
faveurs,
Toujourspresent à ta pensée,
C'eif ce qui faitcouler tespleurs.
Elle faitplus encor, cette Troupequi
t'aime ;
Elle dit que l'éclat vermeil,
Dontonvoit l'orientsi peindreX
ton réveil,
Vient dtsRoses que ta main for.c
Dans la carriere du Soleil.
Jj)uelconte! Si le Cielprend la cot4-
leur des Roses
Lors eue tuvi Lors quetuviens ens ouvrir la barriere barrière
du jour, [tu t'expojès.
C'eif que le Ciel qui voit la honte oh
Rourit pour toy de ton amour.
Dans quelque autre Mortel plus
jaloux que Cephale,
£)uenas-tu trouvédes appas
Il euji moinsfaçonnésur la foy
conjugale.
Ordinairementicy-bas
La plus lelle Epousen'ejl pas
Vnedangereuje Rivale.
Contente entre ses bras de ton heureux dessin, -
Tu nauroispasy des Mers oh le Soleil se plonge
y
Fait firtir ton Charfmatin Et ,
achcvfmonSonge.
"lu L'as interrompu par ton cruel
retour
Bar:s l'endroit leplus agreable.
Je croyonseîfre>helas ! dansuncharmantIiioiir.
Oùsur un vertga'{!n,de cent larcins
coupable,
Je vojyois à mes pieds£Amant le
plus aimable,
Le plus plein de reJiJtfl, c" le plus
plein d'amour.
Lesommeilme rendoit, ce mefimble3 moins jicre)
Et quand ton vif éclat a
frjpé ma
paupiere,
Jljuroitdem'aimer jusqua son
dernier jour.
Pour la perte d'une chimcre
Ne me reproche point que jefuis
trop de bruit.
Jefç.iy
que la raifou conduit
A lie regreter points ie ~yp(?/~) 01J ot,, ne;-,e regretet
guere
Un faux bien qui dans l'air s',,';'"
vole avec la nuit.
Mt s, rcjîexion importune 1
Ou trouve-t-on desbicm certains*
£>ue rien y~~ n'arrache ~\7~6' de~<.~ smains,> t
,
Etceux de la Nature
,
r ccux de la
fortune,
0!Jt (ont-ils qttt J^uefont-ils cfts que desfongcsvatns?
T2
/'-i Tout ce tempsqu'un bon Songe
dure,
Si nous fln/ni:'s ir/fflcoûtens
Des biensquenousdevaisàfachuce impoflure
,
G)rte S'HSe({oient vrais (;,;' l (¡)/'rt"
lfans,
Peut-on les perdre sans mur*
mure?
Helas! n'efl-ce donc point une beureussAventure
Pour qui laisse au devoir conduire
tousJes pas,
De pouvoir,sans blcffer la vertu
la plus pure.
Ecoutersur un lit de fleurs d;" de
verdure
Vn Amant qui ne déplaijl pas?
A ces mots fin depit ceffint dellre
le maiflre,
Lajeune Irisse teut >pouffa quelques soupirs
y
Rougit
y
& se livra peut- eflre
A de dangereux souvenirs,
d'esprit de Madame des
[ Houlieres sont si recherchées
que je croy toujours que
vous les avez,si-tost qu'il
en court une copie. C'est ce
qui m'a empesché de vous
envoyer plûtostle Songe que
vous me demandez. Cette
Dame est admirable, & dans
ses pensées, & dansla maniere de les exprimer.
SONGE D'IRIS.
QVe fit reviens diligemment!
Ne cejjeras-tu point
,
impatients
Aurore,
v De courir après Illn Amant ?
x Non)
k
*
Non,je te parle vainement. 1
Demain tu reviendras encore ;
Lttjfl de ton Vieillard tu cherches
tous p~yj Icsjours
Ce Chtlffiltr qui fait moinsde
compte
De lafolle ardeur qui te dompte,
Que de la dépouille d'un Ours.
Tun'es pas lafeuleDeejJe
jQue CAmour ait forcée à recevoir
si. loy.
Diane & Sentis comme toy,
Tour deJImples Mortels ont eu de U
t:;:dyf/}.
Ii '1 :.-
Mais enfin, si leurs cœurs se font
Lift charmer,
Leurs Amans ont brttlé pourelles
e
Toy feule entre les Immortelles
N'as jamaisseeu te faire aimer.
PourJauvcr £honneur de tes charmes,
Les frJufls, cesscavantes Sæurs,
Nous ont imposésur les larmes
.f.?!J'dIt sortir de ton lit tu répans
sur les fleurs.
Ce neftpointton Fils mort qui caufc
tes douleurs,
Vn trait plus cutfant sa blesée.
Le mépris que Cephale a
fait de tes
faveurs,
Toujourspresent à ta pensée,
C'eif ce qui faitcouler tespleurs.
Elle faitplus encor, cette Troupequi
t'aime ;
Elle dit que l'éclat vermeil,
Dontonvoit l'orientsi peindreX
ton réveil,
Vient dtsRoses que ta main for.c
Dans la carriere du Soleil.
Jj)uelconte! Si le Cielprend la cot4-
leur des Roses
Lors eue tuvi Lors quetuviens ens ouvrir la barriere barrière
du jour, [tu t'expojès.
C'eif que le Ciel qui voit la honte oh
Rourit pour toy de ton amour.
Dans quelque autre Mortel plus
jaloux que Cephale,
£)uenas-tu trouvédes appas
Il euji moinsfaçonnésur la foy
conjugale.
Ordinairementicy-bas
La plus lelle Epousen'ejl pas
Vnedangereuje Rivale.
Contente entre ses bras de ton heureux dessin, -
Tu nauroispasy des Mers oh le Soleil se plonge
y
Fait firtir ton Charfmatin Et ,
achcvfmonSonge.
"lu L'as interrompu par ton cruel
retour
Bar:s l'endroit leplus agreable.
Je croyonseîfre>helas ! dansuncharmantIiioiir.
Oùsur un vertga'{!n,de cent larcins
coupable,
Je vojyois à mes pieds£Amant le
plus aimable,
Le plus plein de reJiJtfl, c" le plus
plein d'amour.
Lesommeilme rendoit, ce mefimble3 moins jicre)
Et quand ton vif éclat a
frjpé ma
paupiere,
Jljuroitdem'aimer jusqua son
dernier jour.
Pour la perte d'une chimcre
Ne me reproche point que jefuis
trop de bruit.
Jefç.iy
que la raifou conduit
A lie regreter points ie ~yp(?/~) 01J ot,, ne;-,e regretet
guere
Un faux bien qui dans l'air s',,';'"
vole avec la nuit.
Mt s, rcjîexion importune 1
Ou trouve-t-on desbicm certains*
£>ue rien y~~ n'arrache ~\7~6' de~<.~ smains,> t
,
Etceux de la Nature
,
r ccux de la
fortune,
0!Jt (ont-ils qttt J^uefont-ils cfts que desfongcsvatns?
T2
/'-i Tout ce tempsqu'un bon Songe
dure,
Si nous fln/ni:'s ir/fflcoûtens
Des biensquenousdevaisàfachuce impoflure
,
G)rte S'HSe({oient vrais (;,;' l (¡)/'rt"
lfans,
Peut-on les perdre sans mur*
mure?
Helas! n'efl-ce donc point une beureussAventure
Pour qui laisse au devoir conduire
tousJes pas,
De pouvoir,sans blcffer la vertu
la plus pure.
Ecoutersur un lit de fleurs d;" de
verdure
Vn Amant qui ne déplaijl pas?
A ces mots fin depit ceffint dellre
le maiflre,
Lajeune Irisse teut >pouffa quelques soupirs
y
Rougit
y
& se livra peut- eflre
A de dangereux souvenirs,
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Résumé : SONGE D'IRIS.
Le texte présente une correspondance et un poème intitulé 'Songe d'Iris'. L'auteur de la lettre admire les œuvres de Madame des Houlières, les jugeant admirables par leurs pensées et leur expression. Il explique avoir été empêché d'envoyer plus tôt le poème en raison de la rareté des copies des productions de cette dame. Le poème 'Songe d'Iris' est un dialogue entre Iris et l'Aurore. Iris reproche à l'Aurore son impatience à revenir chaque matin, cherchant un amant qui ne valorise pas son amour. Elle évoque d'autres figures mythologiques, comme Diane et Sémélé, contraintes par l'amour. Iris exprime sa douleur face au mépris de Cephale et aux larmes qu'elle verse. Le poème se termine par un songe interrompu par le retour de l'Aurore, où Iris se voyait aimée par un amant idéal. Iris regrette la perte de ce rêve et se questionne sur la nature éphémère des biens et des plaisirs. Elle conclut en se demandant s'il n'est pas heureux de pouvoir écouter un amant sans faillir à la vertu, même dans un songe. À la fin du poème, Iris soupire et rougit, se livrant à des souvenirs dangereux.
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7
p. 101-108
SUR LA MORT De Mr le Duc de Montausier. Idille
Début :
Cependant pour ne vous pas priver du plaisir de voir / Sur le bord d'un ruisseau paisible [...]
Mots clefs :
Muses, Duc de Montausier, Gloire, Vertus, Héros, Protecteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA MORT De Mr le Duc de Montausier. Idille
Cependant
pour ne vous pas priver du
plaifir de voir ce qui s'eft
fait à la gloire de ce Duc,
dont les grandes qualitez ont
fait tant de bruit dans tout
le Royaume , je vous envoye un Ouvrage de Madame
des Houlieres , fur le malheur arrivé aux Mufes , qui
en le perdant , ont perdu leur
Protecteur.
i
I iij
102 MERCURE
T
§ 2552225222255SSS
SUR LA MORT
De Mile Duc de Montaufier.
I DILLE
Ur le bord d'un ruiſſeau paiSo
Sible
Olimpe fe livroit à de vives douleurs ,
Et malgré fes autres malheurs
Au fort de Montaufier attèntive &
fenfible ,
Difoit en répandant des pleurs :
Qu'allez- vous devenir , belles Infortunées,
Mufes, qu'il protegea dés fes jeunes
années ?
GALANT. 103
Qu'allez- vous devenir , Heroïques
Vertus ,
Vous qui tremblantes , éplorées,
Aprés vos Temples abbatus ,
Chez luy vous eftiez retirées ?
Lestitresprécieux dontfurent revêtus
Ces Grecs & ces Romains , ornemens
de l'Hiftoire ,
Sont dûs à ce Heres d'immortelle
memoire ,
Quipar des fentiers peu battus.
Marcha d'un pas égal vers lafolide
gloire.
2
Mufes , Vertus , helas ! qui fera voftre appuy?
Et qui regardera comme d'affreux
Spectacles
Voftre mifere & voftre ennuy ?
Qui vous écoutera ? Qui voudra
comme luy
I iiij
104 MERCURE
Vous conduire à travers d'innom
brables obftacles
Au grand Roy qui regne aujourd'buy ?
Ah , qu'une telle perte ouvre de
precipices !
Qu'elle va vous livrer à d'injuftes
caprices !
Que de dédains, que de dégoufts ?
Mafes , Vertus , helas ! l'Ignorance
ules Vices
Peut-etre par fa mort triompheront
de vous.
2
Injustice de la Nature !
Les arbres dont l'ombrage embellit
ces cofteaux ,
Ne craignent point des ans l'irreparable injure ;
Leur vieilleffe ne fert qu'à les rendre
plus beaux.
GALANT. 105
Aprés avoir d'un fiecle achevé la
mesure ,
Ils paffent bien avant dans des fiecles nouveaux.
Où voit-on quelque homme qui
dure
Autant que les fapins , les chefnes,
les ormeaux ?
S
Mais pourquoy m'amufer dans ma
douleur mortelle
Afaire à la nature une vaine querelle ?
Arbres qui vivezplus que nous
Foüiffez d'un deftin fi doux ;
Faybien d'autresfujets de murmurercontr'elle.
Puis-je voirfans blâmer des ordres
fi cruels ,
Qu'un de ces indignes Mortels
Queue dansfa pareffe elle forme
106 MERCURE
De ce qu'elle a de plus mauvais,
Plus tard qne Montaufier s'en.
dorme
De ce fatal fommeil qui ne finit
jamais ?
Un excés de douleur & de delica.
teffe
Porte ma colere plus loin.
Tout homme , quel qu'il foit , dont
elle a pris le foin
De conduire la vie à l'extrême vieilleffe ,
Quand il s'offre à mes yeux les
bleffe.
Non , je nefçaurois plus fouffrir
Que delafin d'un fiecle icy quel
qu'un approche,
Sans luy faire un fecret reproche
Du long-temps qu'il eft à mourir.
S
GALANT. 107
Vous , qu'avec une ardeur fincere
F'invoquois pourfauver une Teftefi chere ,
Dieux , quelquefois ingrats &
Sourds!
Seize luftres entiers ne firent pas le
Cours
D'une vie également belle,
Et qui devoit durer toujours
Sile merite eftoit un affeuré fecours
Contre une loy dure & cruelle.
Vous ne vouliez pas que fon cœur
Euft le plaifir de voir ce Prince dont
l'enfance
Fut confiée àfa prudence ,
Unefeconde fois Vainqueur
Des fieres Nations que l'Envie &
[Erreur
Ofent armer contre la France.
Vous eftes fatisfaits Satisfaits . Les barbares
efforts
108 MERCURE
De la Déeffe qui delie
Les invifibles nauds qui joignent
l'ame au corps,
Ont fait quefurles fombres bords
Montaufier a rejointfa divineJulie.
Tous deuxmalgré cette Eau qui fait
que tout s'oublie,
Sentent encor de doux tranſports ;
Et tous deux fontfuivis de as illuftres Morts ,
Quidans unefaifon aux Muſes plus
propice ,
Firent de leurs charmans accords
Retentirfi longtemps le Palais d'Artenice,
Tandis que des grands noms du Heros que je plains
Auxfiecles à venir on transmet la memoire ,
Etque les plus fçavantes mains
Elevent à l'envi des Temples à fa
gloire
pour ne vous pas priver du
plaifir de voir ce qui s'eft
fait à la gloire de ce Duc,
dont les grandes qualitez ont
fait tant de bruit dans tout
le Royaume , je vous envoye un Ouvrage de Madame
des Houlieres , fur le malheur arrivé aux Mufes , qui
en le perdant , ont perdu leur
Protecteur.
i
I iij
102 MERCURE
T
§ 2552225222255SSS
SUR LA MORT
De Mile Duc de Montaufier.
I DILLE
Ur le bord d'un ruiſſeau paiSo
Sible
Olimpe fe livroit à de vives douleurs ,
Et malgré fes autres malheurs
Au fort de Montaufier attèntive &
fenfible ,
Difoit en répandant des pleurs :
Qu'allez- vous devenir , belles Infortunées,
Mufes, qu'il protegea dés fes jeunes
années ?
GALANT. 103
Qu'allez- vous devenir , Heroïques
Vertus ,
Vous qui tremblantes , éplorées,
Aprés vos Temples abbatus ,
Chez luy vous eftiez retirées ?
Lestitresprécieux dontfurent revêtus
Ces Grecs & ces Romains , ornemens
de l'Hiftoire ,
Sont dûs à ce Heres d'immortelle
memoire ,
Quipar des fentiers peu battus.
Marcha d'un pas égal vers lafolide
gloire.
2
Mufes , Vertus , helas ! qui fera voftre appuy?
Et qui regardera comme d'affreux
Spectacles
Voftre mifere & voftre ennuy ?
Qui vous écoutera ? Qui voudra
comme luy
I iiij
104 MERCURE
Vous conduire à travers d'innom
brables obftacles
Au grand Roy qui regne aujourd'buy ?
Ah , qu'une telle perte ouvre de
precipices !
Qu'elle va vous livrer à d'injuftes
caprices !
Que de dédains, que de dégoufts ?
Mafes , Vertus , helas ! l'Ignorance
ules Vices
Peut-etre par fa mort triompheront
de vous.
2
Injustice de la Nature !
Les arbres dont l'ombrage embellit
ces cofteaux ,
Ne craignent point des ans l'irreparable injure ;
Leur vieilleffe ne fert qu'à les rendre
plus beaux.
GALANT. 105
Aprés avoir d'un fiecle achevé la
mesure ,
Ils paffent bien avant dans des fiecles nouveaux.
Où voit-on quelque homme qui
dure
Autant que les fapins , les chefnes,
les ormeaux ?
S
Mais pourquoy m'amufer dans ma
douleur mortelle
Afaire à la nature une vaine querelle ?
Arbres qui vivezplus que nous
Foüiffez d'un deftin fi doux ;
Faybien d'autresfujets de murmurercontr'elle.
Puis-je voirfans blâmer des ordres
fi cruels ,
Qu'un de ces indignes Mortels
Queue dansfa pareffe elle forme
106 MERCURE
De ce qu'elle a de plus mauvais,
Plus tard qne Montaufier s'en.
dorme
De ce fatal fommeil qui ne finit
jamais ?
Un excés de douleur & de delica.
teffe
Porte ma colere plus loin.
Tout homme , quel qu'il foit , dont
elle a pris le foin
De conduire la vie à l'extrême vieilleffe ,
Quand il s'offre à mes yeux les
bleffe.
Non , je nefçaurois plus fouffrir
Que delafin d'un fiecle icy quel
qu'un approche,
Sans luy faire un fecret reproche
Du long-temps qu'il eft à mourir.
S
GALANT. 107
Vous , qu'avec une ardeur fincere
F'invoquois pourfauver une Teftefi chere ,
Dieux , quelquefois ingrats &
Sourds!
Seize luftres entiers ne firent pas le
Cours
D'une vie également belle,
Et qui devoit durer toujours
Sile merite eftoit un affeuré fecours
Contre une loy dure & cruelle.
Vous ne vouliez pas que fon cœur
Euft le plaifir de voir ce Prince dont
l'enfance
Fut confiée àfa prudence ,
Unefeconde fois Vainqueur
Des fieres Nations que l'Envie &
[Erreur
Ofent armer contre la France.
Vous eftes fatisfaits Satisfaits . Les barbares
efforts
108 MERCURE
De la Déeffe qui delie
Les invifibles nauds qui joignent
l'ame au corps,
Ont fait quefurles fombres bords
Montaufier a rejointfa divineJulie.
Tous deuxmalgré cette Eau qui fait
que tout s'oublie,
Sentent encor de doux tranſports ;
Et tous deux fontfuivis de as illuftres Morts ,
Quidans unefaifon aux Muſes plus
propice ,
Firent de leurs charmans accords
Retentirfi longtemps le Palais d'Artenice,
Tandis que des grands noms du Heros que je plains
Auxfiecles à venir on transmet la memoire ,
Etque les plus fçavantes mains
Elevent à l'envi des Temples à fa
gloire
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Résumé : SUR LA MORT De Mr le Duc de Montausier. Idille
Le texte est un poème funèbre sur la mort du duc de Montausier. Il commence par une lettre de Madame des Houlières, qui évoque le malheur des Muses ayant perdu leur protecteur. Le poème exprime la douleur d'Olimpe face à cette perte, soulignant le rôle du duc comme protecteur des Muses et des vertus héroïques. Il déplore l'avenir incertain des Muses et des vertus sans son appui. Le texte critique l'injustice de la nature, qui permet aux arbres de vivre plus longtemps que les hommes. Il exprime une colère face à la mort prématurée du duc, comparée à celle des hommes indignes qui vivent plus longtemps. Le poème s'adresse ensuite aux dieux, reprochant leur ingratitude et leur refus de prolonger la vie du duc, malgré ses mérites et ses victoires. Il conclut en évoquant la réunion du duc avec sa divine Julie dans l'au-delà et la mémoire durable de ses exploits.
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8
p. 109-111
SONNET.
Début :
Mr le Clerc, de l'Academie Françoise, s'est aussi adressé / Montausier ne voit plus la lumiere du jour, [...]
Mots clefs :
Muses, Monsieur de Montausier, Louis, Perte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET.
r le Clerc , de l'AcademieFrançoife ,s'eft auffi adref,
fé aux Mufes dans un Sonnet
dont la perte que nous avons
faite de M de Montaufier ,
luy a fourny la matiere. II
eft trop beau pour ne vous
en pas envoyer une Copie.
SONNE T.
Ontaufier ne voit plus la lumiere du jour,
Mufes , que fon trepas a fi fort de
folées ,
A l'honneur de fon nom dreſſez des
Maufolées,
Dignes defa vertu , dignes de vostre
amour.
110 MERCURE
[
2
Dés fes plusjeunes ans il vous faifoit la cour,
Et quand de nos Climats Mars vous
eut exilées ,
On vous y vidbien- toft parfesfoins
rappellées ,
Accommoder vos chants aufier bruit
du tambour.
S
Que nos derniers Neveux , par voftre miniftere,
Apprennent à quelpoint il fut jufte
&fincere
Vaillant & liberal , fage : actif,
éclairé.
$
>
Mais non , LOVIS a fait son vray
Panegyrique ,
Quand pour former d'un Fils le
courage heroïqne ,
GALANT III
A fes plus grands Sujets fon choix
l'a préféré.
fé aux Mufes dans un Sonnet
dont la perte que nous avons
faite de M de Montaufier ,
luy a fourny la matiere. II
eft trop beau pour ne vous
en pas envoyer une Copie.
SONNE T.
Ontaufier ne voit plus la lumiere du jour,
Mufes , que fon trepas a fi fort de
folées ,
A l'honneur de fon nom dreſſez des
Maufolées,
Dignes defa vertu , dignes de vostre
amour.
110 MERCURE
[
2
Dés fes plusjeunes ans il vous faifoit la cour,
Et quand de nos Climats Mars vous
eut exilées ,
On vous y vidbien- toft parfesfoins
rappellées ,
Accommoder vos chants aufier bruit
du tambour.
S
Que nos derniers Neveux , par voftre miniftere,
Apprennent à quelpoint il fut jufte
&fincere
Vaillant & liberal , fage : actif,
éclairé.
$
>
Mais non , LOVIS a fait son vray
Panegyrique ,
Quand pour former d'un Fils le
courage heroïqne ,
GALANT III
A fes plus grands Sujets fon choix
l'a préféré.
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Résumé : SONNET.
Le sonnet de r le Clerc rend hommage à M. de Montausier, soulignant sa vertu et son attachement aux Muses. Il exalte ses qualités telles que la justice, le courage et la sagesse, et rappelle que Louis XIV a honoré Montausier en le choisissant pour éduquer son fils.
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9
p. 99-105
BOUQUET.
Début :
Vous envoyer des Vers de l'Illustre Madame des Houlieres, / Il est aujourd'huy vostre Feste, [...]
Mots clefs :
Abbé, Grâce, Muses, Bel esprit, Coeur, Faiblesse, Femme, Éternelle vie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET.
Vous envoyer des Vers de
l'Illuftre Madame des Houlicres , c'eſt vous faire un vray
prefent En voicy de fa façon,
pour M' l'Abbé de Lavau ,
au jour de S. Loüis , qui eftoit
celuy de la Feſte.
I ij
100 MERCURE
IL
BOUQUET.
Left aujourd'huy voftre Feste,
Et de ces agreables fleurs,
Dont le temps ne sçauroit effacer les
couleurs ,
Ma main devroit , Abbé , couronner
voftre tefte.
Mais belas ! depuis quelquesjours
Je cherche en vain fur le Parnaffe
Ces vives fleurs, que rien n'efface,
Et que vous y cueillez toujours.
Quevous donner donc en leur
place?
Un fimple bonjour? C'est trop
рец.
Mon cœur? C'est un peu trop , quoy
que fafaifon paffe,
Il ne faut mefmepas , de vostre pro
pre aveu ,
GALANT: IoÏ
1
L
Que jamais defon cœur mon Sexe
Se défaffe Et d'ailleurs, dans le train oùvous a
mis la Grace,
Train , qui chez vous n'eſt point
un jeu
Le prefent d'un cœur embaraſſe.
2
Fe çay que depuis quelque temps
On donne pour Bouquet des Bijoux
importans ;
4
Mais quand vous verrez la for
tune,
Demandez-luy fi dans ces lieux
Où les Mufes chantent le mieux;
Elle daigne en mettre quelqu'une
En pouvoir de donner des Bijoux
precieux.
23
Pas une des neufSaurs par elle n'eft aidée .
I iij
102 MERCURE
Abbé, le nom de bel efprit
Icy ne donne point d'idée ,
De gloire , d'aife , de credit ,
Comme decertains noms , qui d'abord
qu'on les dit ,
Tout pauvres qu'ilsfontpareuxmeſmes ;
Rempliffent l'efprit de trefors ,
De voluptez, d'honneurs Suprêmes;
Par tout excellens paffe- ports 着
Des vices de l'ame &du corps.
S
Je m'égare , & je moralife
Peut- eftre un peu hors de faifon.
Qu'y faire ? malgré la raison ,
Dans tout ce qu'on écrit onfe caracterife.
Cependant revenons à nous,
Tâchons par des fouhaits à nous titer
d'affaire.
Jefçay que c'eft ne donnerguere,
*
i
GALANT 103
Mais ceux que la Nature a formez
comme nous ,
D'un limou moins groffier que le li
mon vulgaire ,
Trouvent des charmes auffi doux
Dans les fouhaits d'nn cœur fin-
·cere ,
Que dans les plus riches Bijoux.
S
Ce n'eft nydu Sçavoir, ny de l'efprit
folide,
Ny de la pieté qu'il faut vous fou
haiter,
Vous en avez affez , Abbé , pour en
préter.
Eft ce une conduite rigide ?
Eft- ce une probité ſur quoy pouvoir
compter?
Encor moins ; voftre cœur jamais ne
vous expofe.
Auxdéreglemen's › aux noirceurs,
I iiij
104 MERCURE
Que la foibleffe humaine cauſe,´
Etfur le merite & les mœurs
On pourroit défier les plus fins Con
noiffeurs
· De vous fouhaiter quelque chofe
2
Tout ce qu'une Femme refout,
Arrive , bien ou mal, comme il eft
dans fa tefte.
Fe veux par des fouhaits celebrer
voftre Feste,
Etj'en trouve un àfaire enfinſelon
mon goust.
Je ne fçay s'it fera du voftre.
Abbé, le voicy fans façon.
Saint Louis eft voftre Patrons
Louis le Grand en eſt un autre,
Augré debien des gens pourle moins
auffi bon.
Que pour vous faire un fort qui
foit digne d'envie,
GALANT 105
Leurs foins à votre égardfe parta
gent ainsi.
Que l'un, lors qu'à centans vousfortirez, d'icy,
Vous procure les biens de l'Eternelle
Vie,
Et que l'autre vous rende heureux
dans celle-cy.
l'Illuftre Madame des Houlicres , c'eſt vous faire un vray
prefent En voicy de fa façon,
pour M' l'Abbé de Lavau ,
au jour de S. Loüis , qui eftoit
celuy de la Feſte.
I ij
100 MERCURE
IL
BOUQUET.
Left aujourd'huy voftre Feste,
Et de ces agreables fleurs,
Dont le temps ne sçauroit effacer les
couleurs ,
Ma main devroit , Abbé , couronner
voftre tefte.
Mais belas ! depuis quelquesjours
Je cherche en vain fur le Parnaffe
Ces vives fleurs, que rien n'efface,
Et que vous y cueillez toujours.
Quevous donner donc en leur
place?
Un fimple bonjour? C'est trop
рец.
Mon cœur? C'est un peu trop , quoy
que fafaifon paffe,
Il ne faut mefmepas , de vostre pro
pre aveu ,
GALANT: IoÏ
1
L
Que jamais defon cœur mon Sexe
Se défaffe Et d'ailleurs, dans le train oùvous a
mis la Grace,
Train , qui chez vous n'eſt point
un jeu
Le prefent d'un cœur embaraſſe.
2
Fe çay que depuis quelque temps
On donne pour Bouquet des Bijoux
importans ;
4
Mais quand vous verrez la for
tune,
Demandez-luy fi dans ces lieux
Où les Mufes chantent le mieux;
Elle daigne en mettre quelqu'une
En pouvoir de donner des Bijoux
precieux.
23
Pas une des neufSaurs par elle n'eft aidée .
I iij
102 MERCURE
Abbé, le nom de bel efprit
Icy ne donne point d'idée ,
De gloire , d'aife , de credit ,
Comme decertains noms , qui d'abord
qu'on les dit ,
Tout pauvres qu'ilsfontpareuxmeſmes ;
Rempliffent l'efprit de trefors ,
De voluptez, d'honneurs Suprêmes;
Par tout excellens paffe- ports 着
Des vices de l'ame &du corps.
S
Je m'égare , & je moralife
Peut- eftre un peu hors de faifon.
Qu'y faire ? malgré la raison ,
Dans tout ce qu'on écrit onfe caracterife.
Cependant revenons à nous,
Tâchons par des fouhaits à nous titer
d'affaire.
Jefçay que c'eft ne donnerguere,
*
i
GALANT 103
Mais ceux que la Nature a formez
comme nous ,
D'un limou moins groffier que le li
mon vulgaire ,
Trouvent des charmes auffi doux
Dans les fouhaits d'nn cœur fin-
·cere ,
Que dans les plus riches Bijoux.
S
Ce n'eft nydu Sçavoir, ny de l'efprit
folide,
Ny de la pieté qu'il faut vous fou
haiter,
Vous en avez affez , Abbé , pour en
préter.
Eft ce une conduite rigide ?
Eft- ce une probité ſur quoy pouvoir
compter?
Encor moins ; voftre cœur jamais ne
vous expofe.
Auxdéreglemen's › aux noirceurs,
I iiij
104 MERCURE
Que la foibleffe humaine cauſe,´
Etfur le merite & les mœurs
On pourroit défier les plus fins Con
noiffeurs
· De vous fouhaiter quelque chofe
2
Tout ce qu'une Femme refout,
Arrive , bien ou mal, comme il eft
dans fa tefte.
Fe veux par des fouhaits celebrer
voftre Feste,
Etj'en trouve un àfaire enfinſelon
mon goust.
Je ne fçay s'it fera du voftre.
Abbé, le voicy fans façon.
Saint Louis eft voftre Patrons
Louis le Grand en eſt un autre,
Augré debien des gens pourle moins
auffi bon.
Que pour vous faire un fort qui
foit digne d'envie,
GALANT 105
Leurs foins à votre égardfe parta
gent ainsi.
Que l'un, lors qu'à centans vousfortirez, d'icy,
Vous procure les biens de l'Eternelle
Vie,
Et que l'autre vous rende heureux
dans celle-cy.
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Résumé : BOUQUET.
L'auteur adresse une lettre poétique à l'Abbé de Lavau pour la fête de Saint-Louis. Elle exprime son désir de lui offrir un bouquet de fleurs, mais ne pouvant en trouver, elle envisage d'autres présents. Elle mentionne que les bijoux sont désormais offerts comme bouquets, mais doute que la fortune permette à quiconque de les offrir. L'auteur s'attarde sur la vanité des noms et des titres, se livrant à des réflexions morales. Elle formule ensuite des vœux pour l'Abbé, souhaitant qu'il soit protégé par Saint-Louis pour la vie éternelle et par Louis le Grand pour le bonheur terrestre. Elle conclut en espérant que ses vœux soient à son goût.
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10
p. 133-141
EPISTRE.
Début :
Je vous envoye des Vers de Madame des Houlieres, & / Aprés que tous les Elemens, [...]
Mots clefs :
Génie, Mr Arnaud, Fermier général, Vin, Esculape, Café, Satyre, Louis, Muses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPISTRE.
Je vous envoye des Vers
de Madame des Houlieres, &,
non feulement ce font des
Vers dignes d'elle , ce qui doit
vous en donner la plus grande
idée , mais vous les admirerez
d'autant plus , que quoy qu'ils
foient faits fur une matiere
qui femble fterile , elle y a
meflé les penfées du monde
134 MERCURE
les plus agreables, & en fort
grand nombre; mais que ne
peut pas un genie auffi élevé
& auffi beau que le fien ! Elle
fe plaignoit du mauvais Vin
de l'année derniere , & M
Arnaud , Fermier General,
toujours genereux pour les
Amis , & ne negligeant aucune occafion de les obliger,
luy en envoya un muid avec
du Caffe. C'est pour l'en re
mercier que Madame des
Houlieres a fait les Vers que
vous allez lire.
GALANT. 135
EPISTRE.
APrésque tousles Elemens,
Par d'horribles dereglemens ,
Nous ont fait une longue guerre,
Lors qu'ilfemble que le Soleil
N'eft plus amoureux de la Terre ,
Par quel charme ay-je à mon réveil
Une piece de vin pareil
Au précieux Nectar du Maistre du
Tonnerre?
R
Quelgenereux Mortel peut avoir
pris ce foin,
Dontnos modernes Efculapes
S'avifent de trouver que j'ay tant de
befoin,
Quand on n'a tiréde nos grapes
Qu'un Vin, qui froid & vert du
Verjus n'eſt pas loin?
136 MERCURE
Čenepeut eftre que Timandre ;
A cegouft de n'épargner rien
Quand on trouve un fervice à
rendre ,
Et de faire toujours du bien,
On ne sçauroit pas fe méprendres
Peudecœurs là- deffus font faits comme lefien.
S
Ouy , Timandre , c'est vous , & de
Pilluftre Race
Dont le Ciel vous afait fortir,
Vous fuivez pas à pas la glorieufe
trace.
On ne voit rien en vous qui puiſſe
démentir
La pictè , la noble audace ,
Lagenerofité, l'éclat
De ces Arcs- boutans de l'Etat,
Nydeces Heros de la Grace ;
Quipour les Concerts du Parnaffe.
GALANT. 137.
Euvent toujours un gouft fi fin , fi
delicat.
S
C'est à ce doux panchant qu'ils ont
eu pour les Mafes,
Qui d'eux a paſsé juſqu'à vous,
Que je dois l'amitié qui fe forme
entre nous ,
Et qui vous fait chercher tant d'agreables rufes ,
Pourfaire que chez moy l'on trouve
tous les jours
DeCaffe , de liqueurs une pleine abondance;
Et de ce vin dont l'excellence >
Pour mafanté , dit - on , fera d'un
grandfecours.
S
Quoy que l'Hiftoire en puiffe dire,
Le vin qui jadis dans Tibur
D'Horace égayoit la Satyre,
Octobre i 693. M
138 MERCURE
Le vin qu'Anacreon celebroit furfa
Lyre,
N'eftoit nyfi beau , ny fi pur.
A des rubisfondus fa couleur eftfem
blable,
Il tient ce que promet ſa brillante 1 couleur.
Vue utile & douce chaleur
Fait qu'on penfe au fortir de table,
Avoir pris de cet orpotable,
Qui triomphe des ans , qui chaffe la
douleur ,
Qui fait tout, & qui par malheur
N'ajamais efté qu'une Fable.
S
Cependant quelque precieux
Que foit un tel breuvage , un Zele
ardent & tendre
Pour le Public le fait répandre ,
Quand LOVIS eft victorieux.
GALANT. 179
Les muids font défoncez dans les
brillantes Feftes ,
ойpour luy l'on rend grace aux
Et tandis
Cieux ;
que le bruit de fes grandes
conqueftes,
Troublefes Ennemis de fa gloire envieux ,
Voftre excellent vin dans ces lieux
Trouble un nombre infini de teftes.
2
Qui l'auroit pu penfer! moy, qui dés
le berceau
Suis en habitude de boire
Avec les Filles de Memoire,
Et de m'enyorerde cette eau ,
Qui des tencbres du tombe au
A le donde fauver la gloire,
Enfin , moy, qnijufqu'aujourd'huy
·N'avois avec Bacchus prefque point
de commerce,
Mij
140 MERCURE
Fay fait connoillance avecluy.
Heureufe fi ceDieu peut diffiperl'en
nuy
Du maudit fort qui me traverſe,
Et d'une fanté foible eftre le ferme
appuy.
S
Quand je fonge pourtant en perSonne fensée
A voſtre preſent merveilleux,
A ne vous rien cacher , il me vient
en pensée
Qu'il peut, tout beau qu'il eft , eftre
un peu dangereux.
On(ne pourroitpas mieux s'y pren
dre
Pour faire une galante & douce trabifon.
Quelque force qu'ait la raison,
Helas . contre le vin peut-elle fe
défendre ?
GALANT. 141
Non, &fouventl' Amour mele pour
nous furprendre ,
Dans le vinfonfubril poison ;
Mais par bonheur pour moy,
mandre,
Ti
Vous eftes plus fage que tendre,
Et d'ailleurs, jefuis loin de la belle
faifon,
Où les pieges font bons à tendré.
de Madame des Houlieres, &,
non feulement ce font des
Vers dignes d'elle , ce qui doit
vous en donner la plus grande
idée , mais vous les admirerez
d'autant plus , que quoy qu'ils
foient faits fur une matiere
qui femble fterile , elle y a
meflé les penfées du monde
134 MERCURE
les plus agreables, & en fort
grand nombre; mais que ne
peut pas un genie auffi élevé
& auffi beau que le fien ! Elle
fe plaignoit du mauvais Vin
de l'année derniere , & M
Arnaud , Fermier General,
toujours genereux pour les
Amis , & ne negligeant aucune occafion de les obliger,
luy en envoya un muid avec
du Caffe. C'est pour l'en re
mercier que Madame des
Houlieres a fait les Vers que
vous allez lire.
GALANT. 135
EPISTRE.
APrésque tousles Elemens,
Par d'horribles dereglemens ,
Nous ont fait une longue guerre,
Lors qu'ilfemble que le Soleil
N'eft plus amoureux de la Terre ,
Par quel charme ay-je à mon réveil
Une piece de vin pareil
Au précieux Nectar du Maistre du
Tonnerre?
R
Quelgenereux Mortel peut avoir
pris ce foin,
Dontnos modernes Efculapes
S'avifent de trouver que j'ay tant de
befoin,
Quand on n'a tiréde nos grapes
Qu'un Vin, qui froid & vert du
Verjus n'eſt pas loin?
136 MERCURE
Čenepeut eftre que Timandre ;
A cegouft de n'épargner rien
Quand on trouve un fervice à
rendre ,
Et de faire toujours du bien,
On ne sçauroit pas fe méprendres
Peudecœurs là- deffus font faits comme lefien.
S
Ouy , Timandre , c'est vous , & de
Pilluftre Race
Dont le Ciel vous afait fortir,
Vous fuivez pas à pas la glorieufe
trace.
On ne voit rien en vous qui puiſſe
démentir
La pictè , la noble audace ,
Lagenerofité, l'éclat
De ces Arcs- boutans de l'Etat,
Nydeces Heros de la Grace ;
Quipour les Concerts du Parnaffe.
GALANT. 137.
Euvent toujours un gouft fi fin , fi
delicat.
S
C'est à ce doux panchant qu'ils ont
eu pour les Mafes,
Qui d'eux a paſsé juſqu'à vous,
Que je dois l'amitié qui fe forme
entre nous ,
Et qui vous fait chercher tant d'agreables rufes ,
Pourfaire que chez moy l'on trouve
tous les jours
DeCaffe , de liqueurs une pleine abondance;
Et de ce vin dont l'excellence >
Pour mafanté , dit - on , fera d'un
grandfecours.
S
Quoy que l'Hiftoire en puiffe dire,
Le vin qui jadis dans Tibur
D'Horace égayoit la Satyre,
Octobre i 693. M
138 MERCURE
Le vin qu'Anacreon celebroit furfa
Lyre,
N'eftoit nyfi beau , ny fi pur.
A des rubisfondus fa couleur eftfem
blable,
Il tient ce que promet ſa brillante 1 couleur.
Vue utile & douce chaleur
Fait qu'on penfe au fortir de table,
Avoir pris de cet orpotable,
Qui triomphe des ans , qui chaffe la
douleur ,
Qui fait tout, & qui par malheur
N'ajamais efté qu'une Fable.
S
Cependant quelque precieux
Que foit un tel breuvage , un Zele
ardent & tendre
Pour le Public le fait répandre ,
Quand LOVIS eft victorieux.
GALANT. 179
Les muids font défoncez dans les
brillantes Feftes ,
ойpour luy l'on rend grace aux
Et tandis
Cieux ;
que le bruit de fes grandes
conqueftes,
Troublefes Ennemis de fa gloire envieux ,
Voftre excellent vin dans ces lieux
Trouble un nombre infini de teftes.
2
Qui l'auroit pu penfer! moy, qui dés
le berceau
Suis en habitude de boire
Avec les Filles de Memoire,
Et de m'enyorerde cette eau ,
Qui des tencbres du tombe au
A le donde fauver la gloire,
Enfin , moy, qnijufqu'aujourd'huy
·N'avois avec Bacchus prefque point
de commerce,
Mij
140 MERCURE
Fay fait connoillance avecluy.
Heureufe fi ceDieu peut diffiperl'en
nuy
Du maudit fort qui me traverſe,
Et d'une fanté foible eftre le ferme
appuy.
S
Quand je fonge pourtant en perSonne fensée
A voſtre preſent merveilleux,
A ne vous rien cacher , il me vient
en pensée
Qu'il peut, tout beau qu'il eft , eftre
un peu dangereux.
On(ne pourroitpas mieux s'y pren
dre
Pour faire une galante & douce trabifon.
Quelque force qu'ait la raison,
Helas . contre le vin peut-elle fe
défendre ?
GALANT. 141
Non, &fouventl' Amour mele pour
nous furprendre ,
Dans le vinfonfubril poison ;
Mais par bonheur pour moy,
mandre,
Ti
Vous eftes plus fage que tendre,
Et d'ailleurs, jefuis loin de la belle
faifon,
Où les pieges font bons à tendré.
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Résumé : EPISTRE.
Madame des Houlières adresse une lettre à Monsieur Arnaud, Fermier Général, pour exprimer sa gratitude pour un muid de vin et du café qu'il lui a envoyés. Elle se plaint du mauvais vin de l'année précédente et admire la générosité de Monsieur Arnaud. Les vers intitulés 'Épître' accompagnant la lettre commencent par une réflexion sur les éléments naturels et la guerre qu'ils ont menée. Madame des Houlières exprime sa surprise et sa joie de recevoir un vin de qualité, qu'elle compare au nectar des dieux. Elle identifie Timandre, pseudonyme de Monsieur Arnaud, comme un homme généreux et noble, louant sa générosité et son esprit délicat. Elle mentionne également l'abondance de café et de liqueurs chez elle, grâce à l'amitié partagée. Les vers continuent en comparant le vin reçu à ceux célèbres dans l'histoire, comme ceux d'Horace et d'Anacréon, soulignant sa qualité et ses bienfaits. Madame des Houlières conclut en exprimant son inquiétude quant aux dangers potentiels du vin, tout en reconnaissant sa force et son pouvoir.
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11
p. 86-90
ODE ANACREONTIQUE. Par Mr Roy. Réception d'une nouvelle Muse.
Début :
Jusqu'à quand verrons-nous par neuf Filles ridées [...]
Mots clefs :
Amour, Muses
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texteReconnaissance textuelle : ODE ANACREONTIQUE. Par Mr Roy. Réception d'une nouvelle Muse.
ODE
ANACREONTIVE
Par Mr Roy.
Reception d'une nouvelle
Mule.
lulqUaquand verrons.
nous par neuf Filles
ridées
Le doublesommet habité
Avec de tels objetsoù
prendre des idées
D'agrément & de noUr
rveautc.
-W.
JMuJesj qui dans nos
Vers laiffezj couler la
g_ace
Maigre noflreétude
nosJoins
Lorsque d'un feu si heau
'Vous enjlamieZj,Horace
Vous avieZ deux mille
ans de moins.
Arvôtre âge tified bien dô
parlerdel'Hifloire
De ïAffyrie & deJes
Roiss
Mais laijjezj-la l'Amour:
pourcelebrerfa
gloire
Ce Dieu veutdeplusjeunes
VOIX.
Quoy, nous redirieZj*vou$
desfleurettes contées
Dutemps a'Helene&de
Pâris
Ah! ces fades douceurs
des Sçavansrefpeëtées
LeJeroient peu de nos
Iris.
C'a, veut - on dans nos
Vers ressusciter les Graces3
Conjultons L'Enfant de
PafJhos
Deles anitiques Soeurs
Phebusremplit lesplaces
Parautant dejeunesSaphos.
B;
Le choix estimportant,
quAmour tâche À le
faire.,
Ne prene que de tendres
coeurs
Des appas quonpourroit
adorera Cythere
Charmans mais modestes
vatnqueurs.
H
Qui choisis-tu d'abord?
ClinJeneJah
9 tu men.
chantes
Par l'hommage que tu
luy rends
Je nefuisinquiet que des
huit prétendantes
Qui doivent entrer fùr
les rangs.
ANACREONTIVE
Par Mr Roy.
Reception d'une nouvelle
Mule.
lulqUaquand verrons.
nous par neuf Filles
ridées
Le doublesommet habité
Avec de tels objetsoù
prendre des idées
D'agrément & de noUr
rveautc.
-W.
JMuJesj qui dans nos
Vers laiffezj couler la
g_ace
Maigre noflreétude
nosJoins
Lorsque d'un feu si heau
'Vous enjlamieZj,Horace
Vous avieZ deux mille
ans de moins.
Arvôtre âge tified bien dô
parlerdel'Hifloire
De ïAffyrie & deJes
Roiss
Mais laijjezj-la l'Amour:
pourcelebrerfa
gloire
Ce Dieu veutdeplusjeunes
VOIX.
Quoy, nous redirieZj*vou$
desfleurettes contées
Dutemps a'Helene&de
Pâris
Ah! ces fades douceurs
des Sçavansrefpeëtées
LeJeroient peu de nos
Iris.
C'a, veut - on dans nos
Vers ressusciter les Graces3
Conjultons L'Enfant de
PafJhos
Deles anitiques Soeurs
Phebusremplit lesplaces
Parautant dejeunesSaphos.
B;
Le choix estimportant,
quAmour tâche À le
faire.,
Ne prene que de tendres
coeurs
Des appas quonpourroit
adorera Cythere
Charmans mais modestes
vatnqueurs.
H
Qui choisis-tu d'abord?
ClinJeneJah
9 tu men.
chantes
Par l'hommage que tu
luy rends
Je nefuisinquiet que des
huit prétendantes
Qui doivent entrer fùr
les rangs.
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Résumé : ODE ANACREONTIQUE. Par Mr Roy. Réception d'une nouvelle Muse.
Le poème 'ODE ANACREONTIVE' de Mr Roy célèbre la réception d'une nouvelle mule. Il commence par décrire neuf filles ridées et des sommets habités, évoquant des idées d'agrément et de nouveauté. L'auteur s'adresse à Horace, soulignant que l'amour nécessite des voix plus jeunes pour célébrer sa gloire. Il critique les douceurs fades des savants et les histoires anciennes d'Hélène et de Pâris, préférant ressusciter les Grâces et les jeunes Saphos. Le poème met en avant l'importance du choix en amour, recommandant de sélectionner des cœurs tendres et des appas adorables, charmants mais modestes. L'auteur exprime son choix pour Clinjenejah, dont il chante les louanges, tout en mentionnant huit autres prétendantes qui doivent entrer dans les rangs.
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12
p. 226-233
HARANGUE faite au Roy, & prononcée par Monseigneur le Cardinal DE POLIGNAC, député de l'Académie Françoise, au sujet de la Paix, le 17. Juin 1713.
Début :
L'Académie Françoise ne parut jamais avec tant de joye aux pieds [...]
Mots clefs :
Harangue, Académie française, Vertus, Muses, Arts, Triomphe, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HARANGUE faite au Roy, & prononcée par Monseigneur le Cardinal DE POLIGNAC, député de l'Académie Françoise, au sujet de la Paix, le 17. Juin 1713.
HARANGVE
faite au Roy, £7* prononcée
par Monseigneur le Cardinal
DE POLIGNAC,
députédel'AcadémieFran- ,çoiseyausujet de la PAix,
le 17. Juin J7'3.'
L'Académie Françoise
ne parut jamais avec tant
de joye aux pieds de Vostre
Majesté qu'elle fait en
ce jour, conduite par son
zele ordinaire, & l'interest
singulier qu'elle prend à la
Paix. Les Mufes dans tous
les temps ont aimé le repos
& la tranquillité. Si quelquefois
elles chantent les
combats pour celebrer la
vertu des Héros, bien-tost
aprés elles deplorent le tumulte
des armes qui fait
languir les beaux arts. Mais
quand la Paix revient sur
la terre avec tout l'éclat &
tous les avantages de la Vitraire)
c'est alors qu'elles
font au comble de leurs desirs.
Qui l'auroit cru,SIRE?
qu'après neuf ans de malheurs
où jusqu'à la Nature
tout sembloit avoir conjuré
vostre perte,vous deufsiez
en sortir plus glorieux,
& restablir dans vos Estats
le calme qu'on leur avoit
si long temps refusé,conferver
vos plus belles couquelles
,
affermir des Couronnes
sur la teste de vos
Enfants en donner mesme
à vos Alliez: effet prodigieux
de courage & d'une
prudence dont l'Antiquité
ne nous avoir point laisse
d'exemple ; il nous l'avait
bien promis le Dieu de justice
& de misericorde qu'il
abbaisseroit le superbe,&
qu'il éleveroit l'humble de
coeur Nous l'avons veu
tout d'un coup faire succeder
le jour le plus brillant
à la nuit la plus tenebreuse,
changer les coeurs qu'il
tenoit en sa main, les soumettre
par degrez aux loix
de la raison, rejetter ceux
qui vouloient la guerre,&
confondre leurs vains projets
pendant queVostre
Majesté tousjours attenti-
,
ve mais inébranlable, sourenoit
avec fermeté les
épreuves dela Providence,
& ne reflechissoit sur les
maux que pour les reparer,
plus seconde en ressources
que la fortune en disgraces
, prest à s'exposer aux
plus grands perils plustost
que de s'abandonner à de
foibles conseils, & ne cherchant
le retour de Ces anciennes
prosperitez que
pour haster le soulagement
de ses peu ples.
Qu'il me soit permis de
reveler aujourd'huy les miracles
de vostre sagesse &
de vostre magnanimité t
dont j'ay eu le bonheur
d'estre témoin, & de voir
insensîblement croistre &
iâ
meurir les fruits précieux.
Eh ne faut
- il pas qu'un si
fameux événement foit
transmis par nous à la posterirél
Supérieur aux forces
de l'éloquence, aux ornemens
de la Poësie
, au
moins il passera dans la
simplicité de l'histoire jusqu'à
vosDescendants pour
leurservir de modele, &
pour leur apprendre l'usage
qu'on doit faire des adversitez
& des succez car - c'estainsi que vous avez
consommé ce grand ouvrage,
les Princes de l'Europe
desabusez par vostre
consiance, ramenez par
vostre bonne soy,desarmez
par vostre moderation,
cessent enfinde vous
combattre.Ils ne l'auroient
jamais entrepris sila grandeur
de vostre puissance
leur avoit laisse connoistre
& gouster toutes vos vertus;
quelques-uns ont encore
peine à.fc rendre,
mais on les verra bientost
revenir de leurs enchantements
, &tous ceux qui
n'ont admiré jusques icy
V. M. qu'avec crainte l'admireront
mireront désormais com
me nous avec amour.
faite au Roy, £7* prononcée
par Monseigneur le Cardinal
DE POLIGNAC,
députédel'AcadémieFran- ,çoiseyausujet de la PAix,
le 17. Juin J7'3.'
L'Académie Françoise
ne parut jamais avec tant
de joye aux pieds de Vostre
Majesté qu'elle fait en
ce jour, conduite par son
zele ordinaire, & l'interest
singulier qu'elle prend à la
Paix. Les Mufes dans tous
les temps ont aimé le repos
& la tranquillité. Si quelquefois
elles chantent les
combats pour celebrer la
vertu des Héros, bien-tost
aprés elles deplorent le tumulte
des armes qui fait
languir les beaux arts. Mais
quand la Paix revient sur
la terre avec tout l'éclat &
tous les avantages de la Vitraire)
c'est alors qu'elles
font au comble de leurs desirs.
Qui l'auroit cru,SIRE?
qu'après neuf ans de malheurs
où jusqu'à la Nature
tout sembloit avoir conjuré
vostre perte,vous deufsiez
en sortir plus glorieux,
& restablir dans vos Estats
le calme qu'on leur avoit
si long temps refusé,conferver
vos plus belles couquelles
,
affermir des Couronnes
sur la teste de vos
Enfants en donner mesme
à vos Alliez: effet prodigieux
de courage & d'une
prudence dont l'Antiquité
ne nous avoir point laisse
d'exemple ; il nous l'avait
bien promis le Dieu de justice
& de misericorde qu'il
abbaisseroit le superbe,&
qu'il éleveroit l'humble de
coeur Nous l'avons veu
tout d'un coup faire succeder
le jour le plus brillant
à la nuit la plus tenebreuse,
changer les coeurs qu'il
tenoit en sa main, les soumettre
par degrez aux loix
de la raison, rejetter ceux
qui vouloient la guerre,&
confondre leurs vains projets
pendant queVostre
Majesté tousjours attenti-
,
ve mais inébranlable, sourenoit
avec fermeté les
épreuves dela Providence,
& ne reflechissoit sur les
maux que pour les reparer,
plus seconde en ressources
que la fortune en disgraces
, prest à s'exposer aux
plus grands perils plustost
que de s'abandonner à de
foibles conseils, & ne cherchant
le retour de Ces anciennes
prosperitez que
pour haster le soulagement
de ses peu ples.
Qu'il me soit permis de
reveler aujourd'huy les miracles
de vostre sagesse &
de vostre magnanimité t
dont j'ay eu le bonheur
d'estre témoin, & de voir
insensîblement croistre &
iâ
meurir les fruits précieux.
Eh ne faut
- il pas qu'un si
fameux événement foit
transmis par nous à la posterirél
Supérieur aux forces
de l'éloquence, aux ornemens
de la Poësie
, au
moins il passera dans la
simplicité de l'histoire jusqu'à
vosDescendants pour
leurservir de modele, &
pour leur apprendre l'usage
qu'on doit faire des adversitez
& des succez car - c'estainsi que vous avez
consommé ce grand ouvrage,
les Princes de l'Europe
desabusez par vostre
consiance, ramenez par
vostre bonne soy,desarmez
par vostre moderation,
cessent enfinde vous
combattre.Ils ne l'auroient
jamais entrepris sila grandeur
de vostre puissance
leur avoit laisse connoistre
& gouster toutes vos vertus;
quelques-uns ont encore
peine à.fc rendre,
mais on les verra bientost
revenir de leurs enchantements
, &tous ceux qui
n'ont admiré jusques icy
V. M. qu'avec crainte l'admireront
mireront désormais com
me nous avec amour.
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Résumé : HARANGUE faite au Roy, & prononcée par Monseigneur le Cardinal DE POLIGNAC, député de l'Académie Françoise, au sujet de la Paix, le 17. Juin 1713.
Le 17 juin 1737, le Cardinal de Polignac prononça un discours à l'Académie Française en présence du roi pour célébrer la paix. L'Académie exprima sa joie et son intérêt pour cette paix, soulignant que les Muses, symboles des arts, préfèrent la tranquillité aux tumultes de la guerre. Après neuf années de conflits, le roi avait réussi à rétablir la paix, à conserver ses conquêtes et à affermir les couronnes de ses enfants et alliés. Ce succès fut attribué à son courage et à sa prudence, surpassant les exemples de l'Antiquité. Le discours mit en lumière la sagesse et la magnanimité du roi, qui avait su surmonter les épreuves et les conseils faibles, cherchant toujours à réparer les maux. Les princes d'Europe, désabusés, cessèrent de le combattre grâce à sa bonne foi et à sa modération. Le discours se conclut par l'espoir que cet événement serve de modèle aux descendants pour apprendre à tirer parti des adversités et des succès.
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13
p. 3-10
A S. A. ELECTORALE Monseigneur le Duc de Baviere. ODE.
Début :
Que d'autres chantent ces Princes Qui peu maîtres de leur cœur, [...]
Mots clefs :
Ode, Louange, Guerrier, Bonté, Justice, Paix, Divinité, Muses
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texteReconnaissance textuelle : A S. A. ELECTORALE Monseigneur le Duc de Baviere. ODE.
A S. A. ELECTORALE
Monseigneur le Duc
de Baviere.
ODE.
UE d'autres chantent
ces Princes
- Qui peu maîtres de 1ç{3rsoeur,
Ne ravagent des Provinces
Que pour un frivole honneur:
Je cherche uncoeurmagnnime
Qui s'attire nôtre estime
Sans troubler nôtre repos.
UnDieubrillantde lumière
Me découvre dans Baviere
Ce vericable Héros.
Bien que terrible à la guerre
Sa valeur arme son bras,
C'est malgré lui que la terre
Voit la furent des combai*.
Aussî fage qu'intrepide,
De l'équité qui le guide Iln'écoute que la voix;
Sa bonté prévient l'orage,
Et ne cede à son courage Que , pour défendre ses
droits.
Animé du plus beau zele,
Affable
J
humain
, genereux,
Par tout où le sort l'appelle
Il fait des hommes heureux.
Plus élevé par lui même
Qu'il n'est par son rang filprême,
Sa grandeurest sans fierté.
Quiconque le voir, l'admire,
Et ne connoît son empire
Qu'aux charmes de sa bonté.
,
Qu'on vante tadevinée
De ce Tite fortuné
Qui cïtïr perdrela jo, urnée
Quand il n'avait rien donné.
Prince, ta main libérale
Ne souffre point d'intervale
Qui te dérobe un seul jour.
Merveille au siecle où nous sommes
!
Digne du respect des hommes,
Tu neveux que leuramour.
Vainement d'intelligence
Avec l'orgueil des Cesars,
Le sort tromcpa tea vai,llan- Et quitta tes écendars.
Au dessus de ses caprices,
Tu soûtins ses injustices
Sans perdre ta fermeté.
Quels bienfaits tu vas répandre,
Aujourd'hui qu'il va te r-endre
Plus qu'il ne t'avoit Até.
Je vois le Dieu de la Seine
Ates (peaac les pompeux.
Tour Paris est dans Surêne
Où tu rassembles les jeux.
Un monde qui t'environne
Vole autour de ta personne,
Te suit du coeur & des yeux.
Les Muses t'y font hommage:
Par ta presence unvillage
Devient le séjour des Dieux.
Là ranimant les delices
Dont Mars émoussoit les
,
traits,
Par d'agreables premices
,
Tu nous fais goûter la paix.
Dans cette heureuse concrée
Je la vois avec Astrée
Suivre un genereux guerrier
La rivale de Beilonne
Elle même te couronne, Et joint l'olive au laurier.
Que rAllemagne persiste
A ce disputer tes droits,
Est il plus rien qui resiste
Au plus grand de tous les
Rois?
Le Ciel prend foin de sa
gloire;
Denain a vû la victoire
Retourner fous nos drapeaux.
Germains, craignez sa puissance,
- Et n'appellez point la France
A des triomphes nouveaux.
Monseigneur le Duc
de Baviere.
ODE.
UE d'autres chantent
ces Princes
- Qui peu maîtres de 1ç{3rsoeur,
Ne ravagent des Provinces
Que pour un frivole honneur:
Je cherche uncoeurmagnnime
Qui s'attire nôtre estime
Sans troubler nôtre repos.
UnDieubrillantde lumière
Me découvre dans Baviere
Ce vericable Héros.
Bien que terrible à la guerre
Sa valeur arme son bras,
C'est malgré lui que la terre
Voit la furent des combai*.
Aussî fage qu'intrepide,
De l'équité qui le guide Iln'écoute que la voix;
Sa bonté prévient l'orage,
Et ne cede à son courage Que , pour défendre ses
droits.
Animé du plus beau zele,
Affable
J
humain
, genereux,
Par tout où le sort l'appelle
Il fait des hommes heureux.
Plus élevé par lui même
Qu'il n'est par son rang filprême,
Sa grandeurest sans fierté.
Quiconque le voir, l'admire,
Et ne connoît son empire
Qu'aux charmes de sa bonté.
,
Qu'on vante tadevinée
De ce Tite fortuné
Qui cïtïr perdrela jo, urnée
Quand il n'avait rien donné.
Prince, ta main libérale
Ne souffre point d'intervale
Qui te dérobe un seul jour.
Merveille au siecle où nous sommes
!
Digne du respect des hommes,
Tu neveux que leuramour.
Vainement d'intelligence
Avec l'orgueil des Cesars,
Le sort tromcpa tea vai,llan- Et quitta tes écendars.
Au dessus de ses caprices,
Tu soûtins ses injustices
Sans perdre ta fermeté.
Quels bienfaits tu vas répandre,
Aujourd'hui qu'il va te r-endre
Plus qu'il ne t'avoit Até.
Je vois le Dieu de la Seine
Ates (peaac les pompeux.
Tour Paris est dans Surêne
Où tu rassembles les jeux.
Un monde qui t'environne
Vole autour de ta personne,
Te suit du coeur & des yeux.
Les Muses t'y font hommage:
Par ta presence unvillage
Devient le séjour des Dieux.
Là ranimant les delices
Dont Mars émoussoit les
,
traits,
Par d'agreables premices
,
Tu nous fais goûter la paix.
Dans cette heureuse concrée
Je la vois avec Astrée
Suivre un genereux guerrier
La rivale de Beilonne
Elle même te couronne, Et joint l'olive au laurier.
Que rAllemagne persiste
A ce disputer tes droits,
Est il plus rien qui resiste
Au plus grand de tous les
Rois?
Le Ciel prend foin de sa
gloire;
Denain a vû la victoire
Retourner fous nos drapeaux.
Germains, craignez sa puissance,
- Et n'appellez point la France
A des triomphes nouveaux.
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Résumé : A S. A. ELECTORALE Monseigneur le Duc de Baviere. ODE.
Le texte est une ode dédiée à un prince électeur, probablement le Duc de Bavière. L'auteur loue les qualités du prince, le décrivant comme un héros vertueux, brave et juste, dont la bonté prévient les conflits. Le prince est présenté comme un leader humain et généreux, qui élève les hommes autour de lui sans arrogance. Sa libéralité et sa fermeté face aux injustices sont soulignées, ainsi que sa capacité à inspirer admiration et amour. Le poème mentionne des événements spécifiques, comme des jeux et des rassemblements à Paris, où le prince est acclamé. Les Muses lui rendent hommage, et la paix est célébrée à travers des festivités. La victoire de Denain est citée comme un exemple de la puissance du prince, mettant en garde les Allemands contre toute tentative de contester ses droits. L'auteur conclut en affirmant que le Ciel protège la gloire du prince, et que sa victoire est incontestable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 207-224
Pour M. le Dauphin, au sujet d'une avanture entre luy & le petit Marquis de Brancas.
Début :
Muses, prenez vos plus brillans atours, [...]
Mots clefs :
Muses, Dauphin, Prince, Marquis de Brancas, Cour, Rencontre , Majesté, Hommage, Repentir, Réconciliation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Pour M. le Dauphin, au sujet d'une avanture entre luy & le petit Marquis de Brancas.
PourM. le Dauphin, ausujet
d'une avanture entre luy
& le petit Marquis de
Brancas.
mures,Prenez
vos plus
brillans atours,
Vos patins neufs, vos habits
des bons jours,
Vos beaux pendants, soyez
proprettes & blanches,
Telle qu'un jour de Feste
ou deDimanche.
Il faut partir dés demain
pour la Cour,
Un jeune Prince aussi beau
que l'amour
Enfant , des Dieux, par ses
graces, exige
De tous les coeurs un juste
hommage-lige;
Chacun s'empresse à luy
rendre le sien,
Portez luy viste &levostre
& le mien.
C'est ce Dauphin,seul
gage
gage ouinousrcite,
D'un pere helas ! que le
courroux celeste
Malgré les cris des peuples
gemissans,
Nous enleva dans la fleur
de ses ans.
Fasse le Ciel, appaifant sa
colere,
Qu'un jour le fils nous remplace
le pere,
Nous ne pouvons souhaitter
aujourd'huy, ;;
Rien de plus doux ny pour
nous , ny pour luy.
Mais arresté
, que vois-je
icy ma Mufe
,
Vous qui d'abord estonnée
& confuse,
Et dans le coeur murmurant
contre moy Vousdeffendiez d'a,cceprer
cet employ
Au tendre nom du Dau..
phin de la France,
Vous reprenez toute vostre
assurance,
Et semblez mesmeà vôtre
air vif& gay,
Ne demander qu'à partir
sans délay.
Je vois le point, & je crois
vous entendre,
Pour un enfant dans l'âge
le plus tendre,
Et qui ne compte encore
que trois moissons,
Me dites-vous, faut-iltant
de façons?
Muse, tout doux,qui vous
laisseroit faire
Vous me feriez à la Cour
quelque affaire;
Je crois vous voir prompte
à vous oublier,
D'un pas leger & d'un air
familier
Vers le Dauphin pour debut
d'ambassade
Les bras , ouverts courir à
l'embrassade.
Autant en fit dans un fern-J
blable cas
Jeune Marquis que vous ne
valez pas.
Autant en fit & compta
sans son hoste,
Retenez-en Muse, & n'y
faites faute,
Toute l'Histoire. AuPrince
certain jour
Ce jeune enfant alloit faire
: sa cour.
Sa cour, que dis- je, helas !
c'est un langage
Dont à trois ans on ignore
l'usage.
Sans tant tourner disons
qu'ill'alloit voir
Plus par instinct mesme
que par devoir.
Le coeur qui fut son guide
&son genie
Ne connoist point tant de
ceremonie.
Depuis long temps flaté
deceplaisir,
- Le pauvre enfant brusloit
d'un vray desir
De voir le Prince, & disoit
à toute heure,
Quand le verrai- je ? il se
tourmente, il pleure,
Il veut le voir; soyez sage
&demain,
Luy disoit on,vous le verrez
soudain.
Il s'appaifoir, une telle promesse
Plus letouchoit que bonbons
ny carresse.
Arriveenfin ce jour tant
souhaitté,
Long-temps promis, te souvent acheté,
D'attendre au moins un
moment qu'on l'instruise :
Point denouvelle,il faut
qu'on l'y conduise.
Sans differer
,
enfin pour
faire court,
On l'y conduit,ou plutôt
il y court.
En le voyant il ne se sent
pas d'aise,
Il vole à luy, iauce à son
col, le baise
Detout soncoeur; quin'en
,
feroit autant?
Si l'on osoit,n'en faites rien
pourtant,
Un tel debut quoyqu'assez
pardonnable ,
Muse,n'eut pas un succez
favorable.
Bientost le Prince estant
debarrassé
Des petits bras qui l'avoient
embrassé,
Sur l'embrasseur jette une
oeillade;
Et reculant quatre pas en
arriere,
Son petit coeur, mais noble
& qui se sent,
Est tout émû de ce trait
indecent.
Que fera-t il? il s'agite, il
secouë
Avec depit ce baiser de sa
Jouë;
Et de sa main il semble
s'efforcer
S'il est possible au moins
de l'effacer.
A tous ces traits d'un courroux
roux respectable,
Que dit, que fit
, que devint
le coupable,
Coupable, oüy qu'il soit
ainsinommé, [
Mais feulement pour avoir
trop aimé.
Le pauvre enfant dans une
allarmeextreme
Se fit d'abord son procez
à luy mesme, -
Ses yeux baissez,immobile,
- - interdit,
Il reconnut sa faute, il en
rougit,
Son repentir repara son
1 1.
audace,
Par son res pect il mérite sa
grâce,
Et s'approchant humblement
du Dauphin
Il fit sa paix en luy baisant
la main:
De tout cecy vous parois-
,
sez surprise,
Et vostreesprit raisonnant
à sa guise,
Se dit tout bas, Prince tant
c
foitil grande
Sijeune encor envieroit-il sonrang»
Dés son berceau touchant
,.
à laCouronne
Diftinguc.-exill!éclat qui
rr
l'environne,
Et de Louis présomptif
successeur
De son destin comme il a
la grandeur;
Muse, il la sent, s'il ne sçait
la connoistre
, Dans les Heros que pour
regner fit naistre
Des grands Bourbons la
Royalle Maison,
Le fang inspire & prévient
la raison,
Le noble instinct qui dans
leur coeur domine,
Rappelle en eux leurceleste
origine,
Et de ce sangreceu de tant deRoys
La majesté reclame tous
fès droits.
Allez donc, Muses, & deformais
infiruite
Sur ces leçons reglez vostreconduite,
De cesoleil [DUS l'enfance
éclipsé,
N'approchez point d'un air
trop empressé,
Sans affecter des airs de
confiance,
Qu'une modeste & naïve
asseurance
Gagne le Prince & puisse
de la part
Vous attirer quelque tendre
regard:
Haranguez peu, mais que
vostre visage,
De vostre coeur exprime
le langage,
Je ne dis pas qu'un petit
compliment
Assaisonné du sel de l'enjoüement,
N'eust qon merite & mesme
ne pust plaire;
Mais l'embarras, Muse, est
de le bien faire,
Le tout defpend des momens
& du tour,
Vous l'apprendrez des
Rhereurs de la Cour;
Point ne connois pour l'art
de la parole
De plus adroite & plus
subtile école.
Le beau par ler vint au
monde en ce lieu,
Et Compliment est leur
Croix de ParDieu.
L'air du pays qui de luymesme
inspire,
Vous dictera ce que vous
devez dire.
Si cependant vous doutez
du succez
Retranchez , - vous à faire
dessouhaits;
C'est un encens qui fut
toujours de mise,
Mais faites-les en Muse
bien apprise,
Vous trouverez de quoy
dans le Dauphin,
Et surson compte on en
feroit sans fin.
Souhaittez - luy les vertus
de son Pere,
Adjoustez y les graces de
sa Mere,
L'ame &le coeur du Dauphin
son ayeul,
De Louis tout, il comprend
tout luy seul.
Luy fouhaitter qu'àLouis
il ressemble,
C'est le doüer de tous les
dons ensemble.
S'il demandoit, comme il
faut toutprévoir,
Pourquoy ne suis-je moymesme
allé le voir?
Vous luy direz àl'oreille,
mon Prince,
Je croi qu'il a quelque affaire
en province,
Mais en tour cas à luy ne
tiendra point.
Que ne soyez obëi sur ce
point.
d'une avanture entre luy
& le petit Marquis de
Brancas.
mures,Prenez
vos plus
brillans atours,
Vos patins neufs, vos habits
des bons jours,
Vos beaux pendants, soyez
proprettes & blanches,
Telle qu'un jour de Feste
ou deDimanche.
Il faut partir dés demain
pour la Cour,
Un jeune Prince aussi beau
que l'amour
Enfant , des Dieux, par ses
graces, exige
De tous les coeurs un juste
hommage-lige;
Chacun s'empresse à luy
rendre le sien,
Portez luy viste &levostre
& le mien.
C'est ce Dauphin,seul
gage
gage ouinousrcite,
D'un pere helas ! que le
courroux celeste
Malgré les cris des peuples
gemissans,
Nous enleva dans la fleur
de ses ans.
Fasse le Ciel, appaifant sa
colere,
Qu'un jour le fils nous remplace
le pere,
Nous ne pouvons souhaitter
aujourd'huy, ;;
Rien de plus doux ny pour
nous , ny pour luy.
Mais arresté
, que vois-je
icy ma Mufe
,
Vous qui d'abord estonnée
& confuse,
Et dans le coeur murmurant
contre moy Vousdeffendiez d'a,cceprer
cet employ
Au tendre nom du Dau..
phin de la France,
Vous reprenez toute vostre
assurance,
Et semblez mesmeà vôtre
air vif& gay,
Ne demander qu'à partir
sans délay.
Je vois le point, & je crois
vous entendre,
Pour un enfant dans l'âge
le plus tendre,
Et qui ne compte encore
que trois moissons,
Me dites-vous, faut-iltant
de façons?
Muse, tout doux,qui vous
laisseroit faire
Vous me feriez à la Cour
quelque affaire;
Je crois vous voir prompte
à vous oublier,
D'un pas leger & d'un air
familier
Vers le Dauphin pour debut
d'ambassade
Les bras , ouverts courir à
l'embrassade.
Autant en fit dans un fern-J
blable cas
Jeune Marquis que vous ne
valez pas.
Autant en fit & compta
sans son hoste,
Retenez-en Muse, & n'y
faites faute,
Toute l'Histoire. AuPrince
certain jour
Ce jeune enfant alloit faire
: sa cour.
Sa cour, que dis- je, helas !
c'est un langage
Dont à trois ans on ignore
l'usage.
Sans tant tourner disons
qu'ill'alloit voir
Plus par instinct mesme
que par devoir.
Le coeur qui fut son guide
&son genie
Ne connoist point tant de
ceremonie.
Depuis long temps flaté
deceplaisir,
- Le pauvre enfant brusloit
d'un vray desir
De voir le Prince, & disoit
à toute heure,
Quand le verrai- je ? il se
tourmente, il pleure,
Il veut le voir; soyez sage
&demain,
Luy disoit on,vous le verrez
soudain.
Il s'appaifoir, une telle promesse
Plus letouchoit que bonbons
ny carresse.
Arriveenfin ce jour tant
souhaitté,
Long-temps promis, te souvent acheté,
D'attendre au moins un
moment qu'on l'instruise :
Point denouvelle,il faut
qu'on l'y conduise.
Sans differer
,
enfin pour
faire court,
On l'y conduit,ou plutôt
il y court.
En le voyant il ne se sent
pas d'aise,
Il vole à luy, iauce à son
col, le baise
Detout soncoeur; quin'en
,
feroit autant?
Si l'on osoit,n'en faites rien
pourtant,
Un tel debut quoyqu'assez
pardonnable ,
Muse,n'eut pas un succez
favorable.
Bientost le Prince estant
debarrassé
Des petits bras qui l'avoient
embrassé,
Sur l'embrasseur jette une
oeillade;
Et reculant quatre pas en
arriere,
Son petit coeur, mais noble
& qui se sent,
Est tout émû de ce trait
indecent.
Que fera-t il? il s'agite, il
secouë
Avec depit ce baiser de sa
Jouë;
Et de sa main il semble
s'efforcer
S'il est possible au moins
de l'effacer.
A tous ces traits d'un courroux
roux respectable,
Que dit, que fit
, que devint
le coupable,
Coupable, oüy qu'il soit
ainsinommé, [
Mais feulement pour avoir
trop aimé.
Le pauvre enfant dans une
allarmeextreme
Se fit d'abord son procez
à luy mesme, -
Ses yeux baissez,immobile,
- - interdit,
Il reconnut sa faute, il en
rougit,
Son repentir repara son
1 1.
audace,
Par son res pect il mérite sa
grâce,
Et s'approchant humblement
du Dauphin
Il fit sa paix en luy baisant
la main:
De tout cecy vous parois-
,
sez surprise,
Et vostreesprit raisonnant
à sa guise,
Se dit tout bas, Prince tant
c
foitil grande
Sijeune encor envieroit-il sonrang»
Dés son berceau touchant
,.
à laCouronne
Diftinguc.-exill!éclat qui
rr
l'environne,
Et de Louis présomptif
successeur
De son destin comme il a
la grandeur;
Muse, il la sent, s'il ne sçait
la connoistre
, Dans les Heros que pour
regner fit naistre
Des grands Bourbons la
Royalle Maison,
Le fang inspire & prévient
la raison,
Le noble instinct qui dans
leur coeur domine,
Rappelle en eux leurceleste
origine,
Et de ce sangreceu de tant deRoys
La majesté reclame tous
fès droits.
Allez donc, Muses, & deformais
infiruite
Sur ces leçons reglez vostreconduite,
De cesoleil [DUS l'enfance
éclipsé,
N'approchez point d'un air
trop empressé,
Sans affecter des airs de
confiance,
Qu'une modeste & naïve
asseurance
Gagne le Prince & puisse
de la part
Vous attirer quelque tendre
regard:
Haranguez peu, mais que
vostre visage,
De vostre coeur exprime
le langage,
Je ne dis pas qu'un petit
compliment
Assaisonné du sel de l'enjoüement,
N'eust qon merite & mesme
ne pust plaire;
Mais l'embarras, Muse, est
de le bien faire,
Le tout defpend des momens
& du tour,
Vous l'apprendrez des
Rhereurs de la Cour;
Point ne connois pour l'art
de la parole
De plus adroite & plus
subtile école.
Le beau par ler vint au
monde en ce lieu,
Et Compliment est leur
Croix de ParDieu.
L'air du pays qui de luymesme
inspire,
Vous dictera ce que vous
devez dire.
Si cependant vous doutez
du succez
Retranchez , - vous à faire
dessouhaits;
C'est un encens qui fut
toujours de mise,
Mais faites-les en Muse
bien apprise,
Vous trouverez de quoy
dans le Dauphin,
Et surson compte on en
feroit sans fin.
Souhaittez - luy les vertus
de son Pere,
Adjoustez y les graces de
sa Mere,
L'ame &le coeur du Dauphin
son ayeul,
De Louis tout, il comprend
tout luy seul.
Luy fouhaitter qu'àLouis
il ressemble,
C'est le doüer de tous les
dons ensemble.
S'il demandoit, comme il
faut toutprévoir,
Pourquoy ne suis-je moymesme
allé le voir?
Vous luy direz àl'oreille,
mon Prince,
Je croi qu'il a quelque affaire
en province,
Mais en tour cas à luy ne
tiendra point.
Que ne soyez obëi sur ce
point.
Fermer
Résumé : Pour M. le Dauphin, au sujet d'une avanture entre luy & le petit Marquis de Brancas.
La lettre invite la Muse à se préparer pour une visite à la cour du Dauphin. La Muse doit se vêtir de ses plus beaux atours pour rencontrer le Dauphin, un jeune prince décrit comme un enfant des dieux par sa beauté et ses grâces. Le Dauphin est présenté comme le seul héritier d'un père enlevé prématurément, et le texte exprime l'espoir que le fils puisse un jour remplacer le père. La Muse, d'abord hésitante, se montre ensuite enthousiaste à l'idée de partir. Le narrateur la met en garde contre un comportement trop familier, rappelant l'exemple du petit Marquis de Brancas. À trois ans, cet enfant avait couru embrasser le Dauphin de manière inappropriée et avait été réprimandé par une œillade du Dauphin. Le narrateur conseille à la Muse de se comporter avec modestie et assurance, en évitant les compliments excessifs. Il suggère de souhaiter au Dauphin les vertus de son père, les grâces de sa mère, et l'âme de son aïeul. Le texte se termine par une recommandation de prudence et de respect envers le Dauphin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 169-214
De la Necessité de la Critique, ou le Grand Prevost du Parnasse.
Début :
On gronde contre la Satire, [...]
Mots clefs :
Parnasse, Auteur, Critique, Muses, Ombre, Auteurs, Censeurs, Virgile, Malherbe, Quinault, Prévôt, Bigarrure, Prévôt du Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De la Necessité de la Critique, ou le Grand Prevost du Parnasse.
De la Neceffité de la
Critique , ou le Grand
• Prevoſt du Parnaſſe.
On gronde contre la
Satire,
Et Cotin dit qu'on a rai-
F
fon;
Mais quoique Cotin puis ,
Sedire
Juin 1714. P
170 MERCURE
Dans l'étrangedemanделі-
fon ६
Qu'en noſtre Siecle on a
d'écrire
Il nous faut ce contre-poifon.
Ecrire en Vers' berire
Den Pr
Au temps passé, c'estoit un
fa
Art,
e
Au temps preſent , c'est
autre chose , RRR
Tant bien que mal à tout
hazard,
GALANT. 171
Rime qui veut , qui veut
compose
Se dit habile, ou le fuppose
,
Entre au Chorus , ou chan
te àpart
Eft pour un tiers ou pour
un quart
Fournit le texte en fait la
glofe,
Et tout le monde en veut
Sa part.
Dites - nous , Muses,
d'où peut naistre
Pij
172 MERCURE
Cette heureuse fecondité,
Eft- on sçavant quand on
veut l'estre ,
Cela n'a pas toûjours esté.
Il en coûtoit à nos Ancestres
,
Ce ne fut pas pour eux un
jeu,
Ce qui coûtoit à ces grands
Maistres
D'où vient nous coûte-tilfi
ة ي ح
peu.
Vanitéfotte, qui preſume
GALANT. 173
Par un aveugle &fol orgüeil
Defon esprit &desa plu
me:
Voilà d'abord le grand écuril.
Itcm, leTempledeMe
moire ,
C'est un tres- dangereux appas;
Mais en grifonnant pour
L'encre toûjours ne coule
la gloire ,
pas;
Piij
174 MERCURE
Et quelquefois avient le
cas ,
Que l'on caſſeſon écritoire.
1
:
Item ,foit à bon titre ,
ou non ,
On dit mes oeuvres , mon
Libraire ,
Et l'on voit en gros caractere
Afficher son Livre&fon
Nom:
Item , chacun asa folie
;
GALANT. 175
Item , aujourd'huy tout est
bon
Et tout oworage se publie
Ce qu'un hommea rêvé la
Ce qu'il a dit àſaſervan-
Cequ'ilfait entre ſept
buit ,
Qu'on l'imprime & melte
en vente ,
L'ouvrage trouve du debit;
Et quelquefois ,ſans qu'il
s'en vente ,
Piiij
176 MERCURE
L'Auteury gagne un bon
habit.
Item , quand on ne sçait
mieux faire ,
Onforge , on ment dans un
écrit.
Item, on nesçauroitſe taire,
Et nous avons tous trop
d'esprit.
Autre grand Item , ilfaut
vivre
Voilà comment fefait un
Livre.
De-lànous viennent à
foifon
GALANT. 177
Maigres livrets de toute
forte ; 1
Ils n'ont ny rime ny rai-
Son ,
Cela se vend toûjours ,
qu'importe
Tous lesſujetsfontpresque
ufez
Et tous les titres épuiſez ,
Fuſques à des contes de
Fée,
Dont on afait long- temps
Trophée ;
Le desordre croit tous les
jours
178 MERCURE
Je crie & j'appelle au fecours,
Quand viendra- t'il quelque
Critique
Pourreformer untel abus ,
Et purger noftre Republique
De tant d'Ecrivains de bibus?
A l'esprit d'un Cenfeur
farouche,
Qui fçait faire valoir fes
droits ,
Un pauvre Auteur craindra
la touche,
GALANT. 179
Et devant que d'ouvrir la
bouche
I penſera plus de deux
fois.
Je touche une facheuse
corde,
Et crois déja de tous cof
tez
Entendré à ce funeste exorde
,
Nombre d'Auteurs épouvantez
Crier tout baut , mifericorde!
180 MERCURE
Soit fait , Meffieurs , j'en
fuis d'accord;
Mais quand le Public en
furie
Contre vous &vos oeuvres
crie
Mifericorde encore plus
fort ,
Que luy répondre ,je vous
prie?
C'est un mal je ne dis
pas non ,
Qu'un Cenfeur rigide &
fevere
GALANT. 181
Qui le prend fur le plus
haut ton ,
Qu'on hait , & pourtant
qu'on revere :
Mais si c'est un mal, c'est
Souvent
Un mal pour nous bien neceffaire
;
Un Critique au Paysscavant
Fait le métier de Commif-
Saire.
Bornonsnousfans aller
plus loin
1
182 MERCURE
T
A la feule gent Poëtique
Plus que tout autre elle a
besoin
Pour Commiſſaire d'un
Critique.
Les Poëtesfont infolents
Etſouvent les plus miferables
Se trouvent les plus intraitables
Fiers de leurs prétenduës
talents
Ils prendront le pas au
Parnaffe
GALANT. 183
Et fur Virgile &(ur Horace
S'il n'est des Cenfeurs vigilants
Pour chaßer ces paffe-vollants,
Et marquer à chacun fa
place.
D'abordces petits avortons
Viennent se couler à tâtons;
Ils sont soumis , humbles ,
dociles.
184 MERCURE
Souples a prenare les lecons
Des Horaces & des Virgiles,
Etdevantdes Auteurs habiles
Sontmuetscomme des poif
fons ;
Mais quand enfin cette
vermine
Sur le Parnaße a pris racine
,
Elle s'amente&forme un
corps
Quiserevolte&semutine;
Dés
GALANT. 185
Dès qu'une fois elle domine
Adieu Virgile نب fes
conforts
Dans quelque coin on les
confine ,
Et fi Phoebus faisoit la
mine
Luy-même on le mettroit
dehars.
Comment Ronsard &
Sa Pleyade, ??
Dont un temps le regne a
Juin 1714 .
186 MERCURE
Nous l'avoient - ils defiguré
Dans leur grotesque mafcarade?
Plus bigarre qu'un Arlequin
,
Affublé d'un vieux cafaquin
Fait àpeu prés à la Françoise
is d'étoffe antique
autoife;
as goust, fans air , le
tout enfin
Brodé de grec &delatin
GALANT.187
C'estoit dans ce bel équipa
ge
Qu Apollon noir comme
un lutin
Se faisoit par tout rendre
hommage;
Mais après un long efclavage
Enfin Malherbe en eut pities
Et l'ayant pris en amitié
Lui débarboüilla le vifage
Et le remit ſur un bon
pied
Qij
188 MERCURE
Renvoyant à lafriperie
Ses haillons &fa broderie.
Alors dans le facré
Vallon
On décria la vieille moda
Et Malherbe fous Apollon
Fit publier un nouveau
Code,
Deffendant ces vieux paf-
Sements ,
Qu'avec de grands empref-
Sements
GALAN 189
On alloit chercher piece à
piece
Au Latium & dans la
Grece
Ronfard en fut triste &
marri ,
Perdant beaucoup àce déori
Cependant tout changea
deface
Sur l'Helicon & le Par
naße
C'estoit un air de propreté
:
199 MERCURE
Plein de grandeur de
nobleffe ;
Rien defade ni d'affecté
N'en alteroit la dignité
Le bon goût & la politeffe
Brilloient dans lafimplicite
Laiſſant la frivole parure
Aux fades Heros de Romans
On emprunte de la natu
re
Ses plus fuperbes ornemens:
GALANT.191
Vous cuffiez vù les jours
de festes
Phæbus &les neufDoctes
Soeurs
N'employerpourorner leur
testes
Que des lauriers meſlezde
fleurs
Mais cette mode trop unie
Ennuya bien-toſtnosFran-
Au mépris des nouvelles
Ils revinrent à leurgenie
192 MERCURE
Et reclamerent tous leurs
droits
Nous aimons trop la bigarure
;
Je ne puis le dire aßez
baut,
Voilà nostre premier deffaut
Et c'est depuis long-temps
qu'il dure :
Ildureraj'ensuis garant,
Quoique le bon goût en
murmure;
Si l'on le quitte , on le reprends
&
Même
GALANT. 193
Même en dépit de la
Cenfure :
On veut du rare, du nou
veau,
27197
Letoutfans regle ,&fans
mesure ,
On outre , on caffe le pin
ceau;
Mais à charger trop le
tableau,
On vient àgâter la peina
gater la pein
ture malind
Et voulant le portrait trop
bears ८
Juin 1714. RS
194 MERCURE
On fait grimacer la figure.
:
Spit Poëtes foit Orateurs
,
C'est là qu'en font bien des
Auteurs.
Nous nous mettons à la
torture
Pour alambiquer un écrit;
Nous voulons par tout de
Kefprit
Du brillant de l'enlumi-
стике сто
C'est un abus , ne forçons
rien,
GALANT. 195
Laifſſons travailler la nature
Etfans effort nous ferons
bien:
Il en coûte pour l'ordinaire
Par cet enteſtement fatal
Plus à certains pourfaire
mal
Qu'il n'en coûteroit pour
bienfaire.
Me voila dans unfort
beau champ
Rij
196 MERCURE
Mais je préche & peut
estre ennui-je
Comme bien d'autres en
consid
prêchant ,
Jefinis donc & je m'of
Suye.
១
Bel exemplefans meflatter
Si l'on vouloit en profiter.
Or durant cette mala-
છ???????????? die
Dont l'Helicon , fut infec
djtás zamb aliors :
On bannit lafimplicité
GALANT 197
Sous Malherbe tant ap
plaudies 20
Pointe's, équivoques dans
Et jeux de mots vinrent
On vit l'affemblage grotes-
Da ferieux & du burles
-
Le Phoebus , le:Galima-
--sanciovint amoy 20
Parurent avec aßurance ,
Et comme fi l'on n'estoit
pas
R iij
198. MERCURE
Affezfol , quand on veut
en France
Onfut avec avidité
Chercherjusques dans l'Italic
Desfecours dont par cha-
Elle aſſiſta noſtrefolies
Apollonfe tuoit en vain
De faire mainte remon-
Nos gens fuivoient toujours
leur train
Et tout alloit en décadence.
:
L
NOUSTHEQUE DE
199
Mais quand ce Dien
plein de prudence
*
1893*
Eut pris Boileau pourfon
Preap
Combien d'Auteurs firent
lepaut
On voyoit détaler en bande
Tous ces Meffieurs de
contrebande :
Chapelain couvertde lau
riers
Sauta luy-même des pre
miers ,
Et perdit , dit-on , dans la
crotte
Riiij
200 MERCURE
Etfa perruque &sa calottes
Il crioit prestà trébucher
Sauvez l'honneur de la
Pucelle
Mais Boileau plus dur
qu'un rocher
Neust pitié ni de luy ni
d'elle.
Pradon voulant parlementer
Fit d'abord de la resistan
ce
Et parut quelque temps
luter,
CALANT. 2010
Même en Poëte d'importance;
It appella de la Sentence
Mais ilfallut toûjoursfau
ters
Et l'on n'apoint jugé l'inf
tance:
Sous le manteau de Regulus
On eut épargnésa perfonne
Mais le pauore homme
n'avoit plus 1
Que lejuſte-au-corpsd'Antigone.
202 MERCURE
Quinaut par la foule
emporté,
Quinaut même fit la culbute
Mais un appel interjetté
Le vangea bien-toft defa
chute :
On vit les Muses en rumeur
A l'envi prendre en main
Sa cause,
Quelques gens de mauvaiſe
humeur
Vouloient pouffer plas loin
la chofe
GALANT.203.
Infiftant qu'on fit au plum
toft
Le procés au pauore Prevost.
Mais Pæbus d'une
oeiltade fiere
Les rejettant avec mépris
Leurdit d'un tonferme&
favere
Paix canailles de beaux
-
Qui n'avez fait icy que
braires Aoim C
204 MERCURE
Sifur Quinaut on s'estmé
pris
Fy veilleray, c'est mon
affaire:
Quant à vous perdez tout
Et ne me rompez plus la
teste
Mon Prevost afaitfon de-
Ainsi se calma la tem-
1
Et Quinaut s'estant pre-
Dansses griefsfut écouté;
GALANT. 205
On declara vu la requeſte ,
Bien appellé comme d'a-
છછછછ????????????
Dont le Prevost resta
camus
Il fut mêmeſur le Parnaf-
-ind
Regléfans contestation
Qu'auprès d'Orphée &
250 Pd Amphion 2.200 25
Il iroit reprendresa place ;
Et puis Phoebus d'un air
humain
Lui mit fa propre Lyre en
main
206 MERCURE
Non que la fienne fut u-
See
Maispar un noble&fier
dedain
De la voir à tort méprifee
En tombant il l'avoit brifée
On enfit recueillir foudain
Tous les morceaux juſques
au moindre
Mais on les recücillit en
vain
い
Et l'on ne pût bien les
rejoindre
GALANT. 207
Tel fut le destin de Quinaut
,
Seuldetous, oùle Commis
faire,
Ason égard un peu corfaire
Sefoit trouvé pris en défaut
Sur tout le refte irreprochable
Faifantfachargeavechauteur
A tout mauvais & fot
Auteur
:
Ilfut Prevoſtinexorable ,
208 MERCURE
Il est bien vray qu'en fa
vieilleße
Illaißa tout àl'abandon ,
Etfitfa charge avec molleffe
Quand on eft vieux on dewient
bon,
Un reste de terreur empreinte
Retenoit pourtant les efprits
Et l'on ne penſoit qu'avec
crainte
Aufort de tant d' Auteurs
profcrits
Dans
GALANT 209
Dans cette violteßaine.s
puiſſante
Son ombre encore queña
Arrestoit les plus reso
33Ram? AO[
Mais cette ombre fiere&
Gette ombre même , helas!
Cependant dans cet in-
Tout degenere & deperit
Et faute dhura Prevost
qu'on craigne
Juin 1714.
S
210 MERCURE
Chacun fur pied de bel ef
stealing
prit
Arbore déja fon enseigne.
Les Cotins bravant les
- Vardards 201 offer
De tous cotez semble re-
Et comme en un temps de
! 2.pardons is
On voit hardiment repa-
Les Pelletiers, les Pra-
Le mal plus loin va fe
répandre NO
GALANT
Si l'on n'y met ordre au
Muses,ſongez à vous deffendreout
it
Au ſpecifique un bon Pre-
Un bon Prevost ; mais où
le prendre
Je pourrois, s'il m'étoitpermis
,
En nommer un digne de
Par fes foins en honneur
Et plus grand qu'il n'é-
Sij
212 MERCURE
toit peut- estre
Homere affezle fait connoistre
Il a tous les talents qu'il
Pour un employ fi neceffaire
Je ne luy vois qu'un feul
défaut
C'est que ce métier falutaires
De blâmer ce qui doit dẻ
plaire sio srio) 25 I
De reprendre & n'épar
Agner riemiang anly 11
GALANT 213
Cemétier qu'ilferoitfi-bien
Il ne voudra jamais le
faire
Attaqué par maint trait
si falon
Jamais contre le noir frelon
Iln'employaſes nobles veilles
Et comme le Roy des a
beilles
Il fut toûjours fans aiguillon.
Ason défaut cherchez
sinquelqu'autre
១៧-០៣
214 MERCURE
Qui plus bardy , qui moins
humain,
Pour vostre gloire , &pour
la nostre
Ofe à l'oeuvre mettre la
Du Parnaße arbitre fuprême;
Si vous prifez mon Zele
extrême , 29
Faites le voir en mexauçant
polling
Helas! peut estre en vous
Fais-je des veux contre
may-même.
Critique , ou le Grand
• Prevoſt du Parnaſſe.
On gronde contre la
Satire,
Et Cotin dit qu'on a rai-
F
fon;
Mais quoique Cotin puis ,
Sedire
Juin 1714. P
170 MERCURE
Dans l'étrangedemanделі-
fon ६
Qu'en noſtre Siecle on a
d'écrire
Il nous faut ce contre-poifon.
Ecrire en Vers' berire
Den Pr
Au temps passé, c'estoit un
fa
Art,
e
Au temps preſent , c'est
autre chose , RRR
Tant bien que mal à tout
hazard,
GALANT. 171
Rime qui veut , qui veut
compose
Se dit habile, ou le fuppose
,
Entre au Chorus , ou chan
te àpart
Eft pour un tiers ou pour
un quart
Fournit le texte en fait la
glofe,
Et tout le monde en veut
Sa part.
Dites - nous , Muses,
d'où peut naistre
Pij
172 MERCURE
Cette heureuse fecondité,
Eft- on sçavant quand on
veut l'estre ,
Cela n'a pas toûjours esté.
Il en coûtoit à nos Ancestres
,
Ce ne fut pas pour eux un
jeu,
Ce qui coûtoit à ces grands
Maistres
D'où vient nous coûte-tilfi
ة ي ح
peu.
Vanitéfotte, qui preſume
GALANT. 173
Par un aveugle &fol orgüeil
Defon esprit &desa plu
me:
Voilà d'abord le grand écuril.
Itcm, leTempledeMe
moire ,
C'est un tres- dangereux appas;
Mais en grifonnant pour
L'encre toûjours ne coule
la gloire ,
pas;
Piij
174 MERCURE
Et quelquefois avient le
cas ,
Que l'on caſſeſon écritoire.
1
:
Item ,foit à bon titre ,
ou non ,
On dit mes oeuvres , mon
Libraire ,
Et l'on voit en gros caractere
Afficher son Livre&fon
Nom:
Item , chacun asa folie
;
GALANT. 175
Item , aujourd'huy tout est
bon
Et tout oworage se publie
Ce qu'un hommea rêvé la
Ce qu'il a dit àſaſervan-
Cequ'ilfait entre ſept
buit ,
Qu'on l'imprime & melte
en vente ,
L'ouvrage trouve du debit;
Et quelquefois ,ſans qu'il
s'en vente ,
Piiij
176 MERCURE
L'Auteury gagne un bon
habit.
Item , quand on ne sçait
mieux faire ,
Onforge , on ment dans un
écrit.
Item, on nesçauroitſe taire,
Et nous avons tous trop
d'esprit.
Autre grand Item , ilfaut
vivre
Voilà comment fefait un
Livre.
De-lànous viennent à
foifon
GALANT. 177
Maigres livrets de toute
forte ; 1
Ils n'ont ny rime ny rai-
Son ,
Cela se vend toûjours ,
qu'importe
Tous lesſujetsfontpresque
ufez
Et tous les titres épuiſez ,
Fuſques à des contes de
Fée,
Dont on afait long- temps
Trophée ;
Le desordre croit tous les
jours
178 MERCURE
Je crie & j'appelle au fecours,
Quand viendra- t'il quelque
Critique
Pourreformer untel abus ,
Et purger noftre Republique
De tant d'Ecrivains de bibus?
A l'esprit d'un Cenfeur
farouche,
Qui fçait faire valoir fes
droits ,
Un pauvre Auteur craindra
la touche,
GALANT. 179
Et devant que d'ouvrir la
bouche
I penſera plus de deux
fois.
Je touche une facheuse
corde,
Et crois déja de tous cof
tez
Entendré à ce funeste exorde
,
Nombre d'Auteurs épouvantez
Crier tout baut , mifericorde!
180 MERCURE
Soit fait , Meffieurs , j'en
fuis d'accord;
Mais quand le Public en
furie
Contre vous &vos oeuvres
crie
Mifericorde encore plus
fort ,
Que luy répondre ,je vous
prie?
C'est un mal je ne dis
pas non ,
Qu'un Cenfeur rigide &
fevere
GALANT. 181
Qui le prend fur le plus
haut ton ,
Qu'on hait , & pourtant
qu'on revere :
Mais si c'est un mal, c'est
Souvent
Un mal pour nous bien neceffaire
;
Un Critique au Paysscavant
Fait le métier de Commif-
Saire.
Bornonsnousfans aller
plus loin
1
182 MERCURE
T
A la feule gent Poëtique
Plus que tout autre elle a
besoin
Pour Commiſſaire d'un
Critique.
Les Poëtesfont infolents
Etſouvent les plus miferables
Se trouvent les plus intraitables
Fiers de leurs prétenduës
talents
Ils prendront le pas au
Parnaffe
GALANT. 183
Et fur Virgile &(ur Horace
S'il n'est des Cenfeurs vigilants
Pour chaßer ces paffe-vollants,
Et marquer à chacun fa
place.
D'abordces petits avortons
Viennent se couler à tâtons;
Ils sont soumis , humbles ,
dociles.
184 MERCURE
Souples a prenare les lecons
Des Horaces & des Virgiles,
Etdevantdes Auteurs habiles
Sontmuetscomme des poif
fons ;
Mais quand enfin cette
vermine
Sur le Parnaße a pris racine
,
Elle s'amente&forme un
corps
Quiserevolte&semutine;
Dés
GALANT. 185
Dès qu'une fois elle domine
Adieu Virgile نب fes
conforts
Dans quelque coin on les
confine ,
Et fi Phoebus faisoit la
mine
Luy-même on le mettroit
dehars.
Comment Ronsard &
Sa Pleyade, ??
Dont un temps le regne a
Juin 1714 .
186 MERCURE
Nous l'avoient - ils defiguré
Dans leur grotesque mafcarade?
Plus bigarre qu'un Arlequin
,
Affublé d'un vieux cafaquin
Fait àpeu prés à la Françoise
is d'étoffe antique
autoife;
as goust, fans air , le
tout enfin
Brodé de grec &delatin
GALANT.187
C'estoit dans ce bel équipa
ge
Qu Apollon noir comme
un lutin
Se faisoit par tout rendre
hommage;
Mais après un long efclavage
Enfin Malherbe en eut pities
Et l'ayant pris en amitié
Lui débarboüilla le vifage
Et le remit ſur un bon
pied
Qij
188 MERCURE
Renvoyant à lafriperie
Ses haillons &fa broderie.
Alors dans le facré
Vallon
On décria la vieille moda
Et Malherbe fous Apollon
Fit publier un nouveau
Code,
Deffendant ces vieux paf-
Sements ,
Qu'avec de grands empref-
Sements
GALAN 189
On alloit chercher piece à
piece
Au Latium & dans la
Grece
Ronfard en fut triste &
marri ,
Perdant beaucoup àce déori
Cependant tout changea
deface
Sur l'Helicon & le Par
naße
C'estoit un air de propreté
:
199 MERCURE
Plein de grandeur de
nobleffe ;
Rien defade ni d'affecté
N'en alteroit la dignité
Le bon goût & la politeffe
Brilloient dans lafimplicite
Laiſſant la frivole parure
Aux fades Heros de Romans
On emprunte de la natu
re
Ses plus fuperbes ornemens:
GALANT.191
Vous cuffiez vù les jours
de festes
Phæbus &les neufDoctes
Soeurs
N'employerpourorner leur
testes
Que des lauriers meſlezde
fleurs
Mais cette mode trop unie
Ennuya bien-toſtnosFran-
Au mépris des nouvelles
Ils revinrent à leurgenie
192 MERCURE
Et reclamerent tous leurs
droits
Nous aimons trop la bigarure
;
Je ne puis le dire aßez
baut,
Voilà nostre premier deffaut
Et c'est depuis long-temps
qu'il dure :
Ildureraj'ensuis garant,
Quoique le bon goût en
murmure;
Si l'on le quitte , on le reprends
&
Même
GALANT. 193
Même en dépit de la
Cenfure :
On veut du rare, du nou
veau,
27197
Letoutfans regle ,&fans
mesure ,
On outre , on caffe le pin
ceau;
Mais à charger trop le
tableau,
On vient àgâter la peina
gater la pein
ture malind
Et voulant le portrait trop
bears ८
Juin 1714. RS
194 MERCURE
On fait grimacer la figure.
:
Spit Poëtes foit Orateurs
,
C'est là qu'en font bien des
Auteurs.
Nous nous mettons à la
torture
Pour alambiquer un écrit;
Nous voulons par tout de
Kefprit
Du brillant de l'enlumi-
стике сто
C'est un abus , ne forçons
rien,
GALANT. 195
Laifſſons travailler la nature
Etfans effort nous ferons
bien:
Il en coûte pour l'ordinaire
Par cet enteſtement fatal
Plus à certains pourfaire
mal
Qu'il n'en coûteroit pour
bienfaire.
Me voila dans unfort
beau champ
Rij
196 MERCURE
Mais je préche & peut
estre ennui-je
Comme bien d'autres en
consid
prêchant ,
Jefinis donc & je m'of
Suye.
១
Bel exemplefans meflatter
Si l'on vouloit en profiter.
Or durant cette mala-
છ???????????? die
Dont l'Helicon , fut infec
djtás zamb aliors :
On bannit lafimplicité
GALANT 197
Sous Malherbe tant ap
plaudies 20
Pointe's, équivoques dans
Et jeux de mots vinrent
On vit l'affemblage grotes-
Da ferieux & du burles
-
Le Phoebus , le:Galima-
--sanciovint amoy 20
Parurent avec aßurance ,
Et comme fi l'on n'estoit
pas
R iij
198. MERCURE
Affezfol , quand on veut
en France
Onfut avec avidité
Chercherjusques dans l'Italic
Desfecours dont par cha-
Elle aſſiſta noſtrefolies
Apollonfe tuoit en vain
De faire mainte remon-
Nos gens fuivoient toujours
leur train
Et tout alloit en décadence.
:
L
NOUSTHEQUE DE
199
Mais quand ce Dien
plein de prudence
*
1893*
Eut pris Boileau pourfon
Preap
Combien d'Auteurs firent
lepaut
On voyoit détaler en bande
Tous ces Meffieurs de
contrebande :
Chapelain couvertde lau
riers
Sauta luy-même des pre
miers ,
Et perdit , dit-on , dans la
crotte
Riiij
200 MERCURE
Etfa perruque &sa calottes
Il crioit prestà trébucher
Sauvez l'honneur de la
Pucelle
Mais Boileau plus dur
qu'un rocher
Neust pitié ni de luy ni
d'elle.
Pradon voulant parlementer
Fit d'abord de la resistan
ce
Et parut quelque temps
luter,
CALANT. 2010
Même en Poëte d'importance;
It appella de la Sentence
Mais ilfallut toûjoursfau
ters
Et l'on n'apoint jugé l'inf
tance:
Sous le manteau de Regulus
On eut épargnésa perfonne
Mais le pauore homme
n'avoit plus 1
Que lejuſte-au-corpsd'Antigone.
202 MERCURE
Quinaut par la foule
emporté,
Quinaut même fit la culbute
Mais un appel interjetté
Le vangea bien-toft defa
chute :
On vit les Muses en rumeur
A l'envi prendre en main
Sa cause,
Quelques gens de mauvaiſe
humeur
Vouloient pouffer plas loin
la chofe
GALANT.203.
Infiftant qu'on fit au plum
toft
Le procés au pauore Prevost.
Mais Pæbus d'une
oeiltade fiere
Les rejettant avec mépris
Leurdit d'un tonferme&
favere
Paix canailles de beaux
-
Qui n'avez fait icy que
braires Aoim C
204 MERCURE
Sifur Quinaut on s'estmé
pris
Fy veilleray, c'est mon
affaire:
Quant à vous perdez tout
Et ne me rompez plus la
teste
Mon Prevost afaitfon de-
Ainsi se calma la tem-
1
Et Quinaut s'estant pre-
Dansses griefsfut écouté;
GALANT. 205
On declara vu la requeſte ,
Bien appellé comme d'a-
છછછછ????????????
Dont le Prevost resta
camus
Il fut mêmeſur le Parnaf-
-ind
Regléfans contestation
Qu'auprès d'Orphée &
250 Pd Amphion 2.200 25
Il iroit reprendresa place ;
Et puis Phoebus d'un air
humain
Lui mit fa propre Lyre en
main
206 MERCURE
Non que la fienne fut u-
See
Maispar un noble&fier
dedain
De la voir à tort méprifee
En tombant il l'avoit brifée
On enfit recueillir foudain
Tous les morceaux juſques
au moindre
Mais on les recücillit en
vain
い
Et l'on ne pût bien les
rejoindre
GALANT. 207
Tel fut le destin de Quinaut
,
Seuldetous, oùle Commis
faire,
Ason égard un peu corfaire
Sefoit trouvé pris en défaut
Sur tout le refte irreprochable
Faifantfachargeavechauteur
A tout mauvais & fot
Auteur
:
Ilfut Prevoſtinexorable ,
208 MERCURE
Il est bien vray qu'en fa
vieilleße
Illaißa tout àl'abandon ,
Etfitfa charge avec molleffe
Quand on eft vieux on dewient
bon,
Un reste de terreur empreinte
Retenoit pourtant les efprits
Et l'on ne penſoit qu'avec
crainte
Aufort de tant d' Auteurs
profcrits
Dans
GALANT 209
Dans cette violteßaine.s
puiſſante
Son ombre encore queña
Arrestoit les plus reso
33Ram? AO[
Mais cette ombre fiere&
Gette ombre même , helas!
Cependant dans cet in-
Tout degenere & deperit
Et faute dhura Prevost
qu'on craigne
Juin 1714.
S
210 MERCURE
Chacun fur pied de bel ef
stealing
prit
Arbore déja fon enseigne.
Les Cotins bravant les
- Vardards 201 offer
De tous cotez semble re-
Et comme en un temps de
! 2.pardons is
On voit hardiment repa-
Les Pelletiers, les Pra-
Le mal plus loin va fe
répandre NO
GALANT
Si l'on n'y met ordre au
Muses,ſongez à vous deffendreout
it
Au ſpecifique un bon Pre-
Un bon Prevost ; mais où
le prendre
Je pourrois, s'il m'étoitpermis
,
En nommer un digne de
Par fes foins en honneur
Et plus grand qu'il n'é-
Sij
212 MERCURE
toit peut- estre
Homere affezle fait connoistre
Il a tous les talents qu'il
Pour un employ fi neceffaire
Je ne luy vois qu'un feul
défaut
C'est que ce métier falutaires
De blâmer ce qui doit dẻ
plaire sio srio) 25 I
De reprendre & n'épar
Agner riemiang anly 11
GALANT 213
Cemétier qu'ilferoitfi-bien
Il ne voudra jamais le
faire
Attaqué par maint trait
si falon
Jamais contre le noir frelon
Iln'employaſes nobles veilles
Et comme le Roy des a
beilles
Il fut toûjours fans aiguillon.
Ason défaut cherchez
sinquelqu'autre
១៧-០៣
214 MERCURE
Qui plus bardy , qui moins
humain,
Pour vostre gloire , &pour
la nostre
Ofe à l'oeuvre mettre la
Du Parnaße arbitre fuprême;
Si vous prifez mon Zele
extrême , 29
Faites le voir en mexauçant
polling
Helas! peut estre en vous
Fais-je des veux contre
may-même.
Fermer
Résumé : De la Necessité de la Critique, ou le Grand Prevost du Parnasse.
Le texte 'De la Nécessité de la Critique, ou le Grand Prevost du Parnasse', publié en juin 1714 dans le Mercure, traite de l'importance de la critique littéraire. Il souligne la nécessité de la satire et de la critique dans un contexte où l'écriture poétique est accessible à tous, souvent sans respect des règles de l'art. Le texte déplore la publication et la vente d'œuvres de qualité médiocre et appelle à une réforme par l'intervention d'un critique sévère. Il rappelle l'évolution de la poésie française, marquée par des périodes de décadence et de renouveau. Des figures littéraires comme Malherbe et Boileau sont mentionnées pour leur rôle dans la réforme de la poésie. Le texte évoque également des auteurs tels que Ronsard, Chapelain, Pradon, et Quinaut, illustrant les conflits et les jugements critiques qui ont façonné la littérature. Le texte se conclut par un appel à trouver un nouveau 'Prevost' capable de purger la littérature des mauvais auteurs et de rétablir des standards de qualité. Il exprime le souhait de voir un critique sévère et juste, capable de blâmer ce qui doit l'être, mais aussi de reconnaître les véritables talents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16
p. 97-102
Fantaisie. [titre d'après la table]
Début :
Rien n'est plus facile que de me surprendre. Quand [...]
Mots clefs :
Muses, Donneau de Visé, Poésie, Pièces, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fantaisie. [titre d'après la table]
Rien n'eſt plus facile que
deme ſurprendre. Quand
furprendre
je me mefierois de toutes
les pieces de Poësie qu'on
m'envoye , quand je douterois
opiniatrément de
leur merite & de leur nouveauté
; & quand je conſulterois
exactement tout
ce qu'il y a de gens de lettres
à Paris , pour ne pas
tomberdans l'inconvenient
de faire de mauvais choix ,
Octob. 1714. I
98
MERCURE
ou de donner de vieilles
pieces , je ferois encore fouvent
la dupe demes précau.
tions.
Il n'eſt point de pays où
la bonne foy ſoit plus mal
établie que dans celui des
ſçavans. Prompts à condamner
tout ce qui s'offre
à leurs yeux , & qui n'eſt
point forti de leurs mains ,
ils font toûjours plus contens
de la chûte , que du
fuccés des ouvrages qu'ils
n'ontpas faits. Ce qu'on appelle
le bel Esprit eſt divilé
Paris par pelotons. ChaGALANT.
EQUE DE
:
que peloton a ſa cabale for LYON
mée dans un endroit */893
dans un autre. Il n'y a point
à s'en dédire ; dés qu'on
veut paſſer pour homme
de lettres , il faut être du
parti des Guelphes*ou des Gibelins.
Aquoy cela menetil
? A difputer tout au plus
ſur le domaine**du pain du
vin desCordeliers.Iln'enétoit
* Ces deux partis mirent autrefois l'Italie
àdeux doigts de sa perte. La guerre fanglantequi
s'alluma entr'eux pour une bagatelle
a duré plusieurs ficcles.
** Lifezdans l'histoire des Papes Nicolas
IV. Jean XXII & Nicolas V. lesfuitester
ribles qu'a eu cette queſtion , ſi les Cordeliersfont
les maîtres du vin &du pain qu'ils
mangent.
I ij
100 MERCURE
pas tout à fait de même autrefois
; s'il n'y avoit pas
plus d'union dans le fond ,
les effets de cette diviſion
étoient du moins utiles ou
agreables à ceux qui en apprenoient
des nouvelles.
Les pieces d'Eloquence &
de Poëfie paſſoient & repafloient
les ponts & les
monts: M. Devizé profitoit
de ces manifeſtes , & le public
avoit la ſatisfaction de
s'en divertir. Aujourd'hui le
Mercure n'a pas le même
avantage ; chacun veut ſe
faire imprimer à part , &
GALANT. JOI
l'on conclut de quatre vers
qu'on a faits , qu'on en peut
bien faire quatre autres , &
de làun livre.
Mais j'ai fait heureuſe
ment une découverte qui
me raffure ; & fi l'on me
tient parole , je n'apprehenderai
plus deſormais la diſette
des pieces de Poefie
où l'on m'a laiſſé juſqu'à
preſent. Les Muſes qui
ont fait le plus de bruit
commencent àſe repoſer;
& Phebus a de nouveaux
éleves , dont les genies
heureux nous flatent de
I iij
102 MERCURE
nous charmer auffi bien
qu'elles.
deme ſurprendre. Quand
furprendre
je me mefierois de toutes
les pieces de Poësie qu'on
m'envoye , quand je douterois
opiniatrément de
leur merite & de leur nouveauté
; & quand je conſulterois
exactement tout
ce qu'il y a de gens de lettres
à Paris , pour ne pas
tomberdans l'inconvenient
de faire de mauvais choix ,
Octob. 1714. I
98
MERCURE
ou de donner de vieilles
pieces , je ferois encore fouvent
la dupe demes précau.
tions.
Il n'eſt point de pays où
la bonne foy ſoit plus mal
établie que dans celui des
ſçavans. Prompts à condamner
tout ce qui s'offre
à leurs yeux , & qui n'eſt
point forti de leurs mains ,
ils font toûjours plus contens
de la chûte , que du
fuccés des ouvrages qu'ils
n'ontpas faits. Ce qu'on appelle
le bel Esprit eſt divilé
Paris par pelotons. ChaGALANT.
EQUE DE
:
que peloton a ſa cabale for LYON
mée dans un endroit */893
dans un autre. Il n'y a point
à s'en dédire ; dés qu'on
veut paſſer pour homme
de lettres , il faut être du
parti des Guelphes*ou des Gibelins.
Aquoy cela menetil
? A difputer tout au plus
ſur le domaine**du pain du
vin desCordeliers.Iln'enétoit
* Ces deux partis mirent autrefois l'Italie
àdeux doigts de sa perte. La guerre fanglantequi
s'alluma entr'eux pour une bagatelle
a duré plusieurs ficcles.
** Lifezdans l'histoire des Papes Nicolas
IV. Jean XXII & Nicolas V. lesfuitester
ribles qu'a eu cette queſtion , ſi les Cordeliersfont
les maîtres du vin &du pain qu'ils
mangent.
I ij
100 MERCURE
pas tout à fait de même autrefois
; s'il n'y avoit pas
plus d'union dans le fond ,
les effets de cette diviſion
étoient du moins utiles ou
agreables à ceux qui en apprenoient
des nouvelles.
Les pieces d'Eloquence &
de Poëfie paſſoient & repafloient
les ponts & les
monts: M. Devizé profitoit
de ces manifeſtes , & le public
avoit la ſatisfaction de
s'en divertir. Aujourd'hui le
Mercure n'a pas le même
avantage ; chacun veut ſe
faire imprimer à part , &
GALANT. JOI
l'on conclut de quatre vers
qu'on a faits , qu'on en peut
bien faire quatre autres , &
de làun livre.
Mais j'ai fait heureuſe
ment une découverte qui
me raffure ; & fi l'on me
tient parole , je n'apprehenderai
plus deſormais la diſette
des pieces de Poefie
où l'on m'a laiſſé juſqu'à
preſent. Les Muſes qui
ont fait le plus de bruit
commencent àſe repoſer;
& Phebus a de nouveaux
éleves , dont les genies
heureux nous flatent de
I iij
102 MERCURE
nous charmer auffi bien
qu'elles.
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Résumé : Fantaisie. [titre d'après la table]
Le texte aborde les difficultés rencontrées lors de la sélection de pièces poétiques et la méfiance entre savants. Malgré les précautions prises, l'auteur se trouve souvent trompé par ses choix. Il note que les savants manquent de bonne foi, étant prompts à critiquer les œuvres qu'ils n'ont pas créées eux-mêmes. À Paris, les intellectuels sont divisés en factions rivales, comparables aux Guelphes et aux Gibelins italiens. Ces divisions, bien que parfois bénéfiques ou agréables, permettent une large circulation des œuvres d'éloquence et de poésie, offrant ainsi des divertissements au public. Cependant, actuellement, chacun préfère publier séparément, limitant ainsi la diffusion des œuvres. L'auteur observe toutefois une tendance encourageante avec l'émergence de nouveaux talents prometteurs, capables de rivaliser avec les muses célèbres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 3-10
Prelude magnifique [titre d'après la table]
Début :
Volages Filles du Permesse, [...]
Mots clefs :
Amour, Divinités, Muses, Historien, Bacchus, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude magnifique [titre d'après la table]
Olages Filles du
Permeſſe ,
Sur ce mot fameux
dans laGrece
Faudra-t- il toûjours vous
chercher ?
Et vous tenebreuſes Sybilles
N'aurez vous jamais pour
aziles Aij
4 MERCURE
Qu'une caverne ou qu'un
rocher ?
Vos noires demeures ne
me tententpoint. Recevez,
ſi vous voulez , dans vos
triſtes retraites , dans vos
antres affreux , des mortels
plus curieux que moy. Je
vous abandonne , troupe
ingrate , puiſque vous me
refuſez de m'inſpirer ; je
vais, facrifier deſormaisà
des Divinitez plus puiſſantes
que vous , je vais ſuivre
Baccus & l'Amour. Sous
leur aufpices,
GALANT.
* Nil parvum , aut humili
modo;
Nil mortale loquar : dulce periculum
eft ,
O Lenae, ſequi Deum ,
Cingentem viridi tempora
pampino.
Auteurs de mes écrits , maîtres
demon filence ,
Echauffez mon eſprit& d'amour&
de vin,
Grands Dieux, dóe l'univers
reconnoît la puiſſance ,
Et venez me dicter un lanfi
gage divin.
* Horat. Oda 19.
Aiij
6 MFRCURE
:
Je me moque enfin de
Pegafe & de l'Hypocrene ;
je ne veux plus implorer
l'aſſiſtance d'Apollon ni des
Muſes. Il eſt d'autres Divinitez
plus ſçavantes & plus
aimables qu'eux ; & tant que
je vivrai , mon Iris & le
Champagne m'affranchi
ront de leur joug , & m'aideront
à mépriſer les menaces
de la critique.
Mais avant l'accomplif
ment de nôtre rupture ,
Muſes , écoutez les raifons
de mon mécontentement .
Je ne vous reproche point
GALANT. 7
la malice quevous avez euë
de me laiſſer faire ſouvent
de fort mauvais vers ; j'ai
celade commun avec tant
d'autres , qui ont la folie de
s'imaginer qu'ils font vos
plus chers nourriſſons , que
je ne me ſuis jamais crû en
droit de vous demander
compte de cette rigueur,
Mais dites moy , s'il vous
plaît,quelle reconnoiffance
svez vous euë pour les mortels
qui vous ont ſuivi ?
Quels bons effets ont pros
duit pour eux ces titres fu--
perbes, cet encens , & ces
1
A iiij
8 MERCURE
P
voeux que vous ont prodi
guez leurs mains idolâtres ?
Vous les avez d'abord flatez
de l'eſpoir d'une belle
immortalité ; vous les avez
enyvrez du poiſon de vos
faillies ; vous les avez enfin
enchaînez comme des ef
claves condamnez à chanter
éternellement la gloire
de leur yvreſſe , & l'extravagance
de vos caprices.
Quel fruit enfin ont- ils ti
rez de vos bontez ? Excepté
un trés - petit nombre , ils
ont ſeché dans des Laboratoires
infectez de toutes vos
1
GALANT. 9
méchantes humeurs; ils ont
fui & méprifé les humains
qui n'avoient pas comme
eux ) l'honneur de porter
vos fers. Ils ſe ſont acquis
les noms de fous , de
parafites ,& de gens infupportables
: en un mot , ils
ont abandonné leur patrie,
ou langui , accablez de miferes
dans le ſein de leur familles.
Et j'irois encore aux
pieds de vos autels vous
preſenter des offrandes fi
dangereuſes ? Non , non ,
c'eſtal'Amour , c'eſt à Baccus
que je veux deſormais
10 MERCURE
avoir recours . Vous facrifiera
cependant qui vou
dra , je ne m'y oppoſerai
pas : mais je me contente.
rai de n'avoir dorénavant
plus rien à démêler avec
vous. Je ferai à votre égard
le métier d'un hiſtorien fidele
, & je me chargerai
uniquement duſoin de rendre
compte de ce que l'on
écrira pour ou contre vous,
& de ce que vous écrirez
vous mêmes , ſans prendre
aucune part à vos affaires.
Permeſſe ,
Sur ce mot fameux
dans laGrece
Faudra-t- il toûjours vous
chercher ?
Et vous tenebreuſes Sybilles
N'aurez vous jamais pour
aziles Aij
4 MERCURE
Qu'une caverne ou qu'un
rocher ?
Vos noires demeures ne
me tententpoint. Recevez,
ſi vous voulez , dans vos
triſtes retraites , dans vos
antres affreux , des mortels
plus curieux que moy. Je
vous abandonne , troupe
ingrate , puiſque vous me
refuſez de m'inſpirer ; je
vais, facrifier deſormaisà
des Divinitez plus puiſſantes
que vous , je vais ſuivre
Baccus & l'Amour. Sous
leur aufpices,
GALANT.
* Nil parvum , aut humili
modo;
Nil mortale loquar : dulce periculum
eft ,
O Lenae, ſequi Deum ,
Cingentem viridi tempora
pampino.
Auteurs de mes écrits , maîtres
demon filence ,
Echauffez mon eſprit& d'amour&
de vin,
Grands Dieux, dóe l'univers
reconnoît la puiſſance ,
Et venez me dicter un lanfi
gage divin.
* Horat. Oda 19.
Aiij
6 MFRCURE
:
Je me moque enfin de
Pegafe & de l'Hypocrene ;
je ne veux plus implorer
l'aſſiſtance d'Apollon ni des
Muſes. Il eſt d'autres Divinitez
plus ſçavantes & plus
aimables qu'eux ; & tant que
je vivrai , mon Iris & le
Champagne m'affranchi
ront de leur joug , & m'aideront
à mépriſer les menaces
de la critique.
Mais avant l'accomplif
ment de nôtre rupture ,
Muſes , écoutez les raifons
de mon mécontentement .
Je ne vous reproche point
GALANT. 7
la malice quevous avez euë
de me laiſſer faire ſouvent
de fort mauvais vers ; j'ai
celade commun avec tant
d'autres , qui ont la folie de
s'imaginer qu'ils font vos
plus chers nourriſſons , que
je ne me ſuis jamais crû en
droit de vous demander
compte de cette rigueur,
Mais dites moy , s'il vous
plaît,quelle reconnoiffance
svez vous euë pour les mortels
qui vous ont ſuivi ?
Quels bons effets ont pros
duit pour eux ces titres fu--
perbes, cet encens , & ces
1
A iiij
8 MERCURE
P
voeux que vous ont prodi
guez leurs mains idolâtres ?
Vous les avez d'abord flatez
de l'eſpoir d'une belle
immortalité ; vous les avez
enyvrez du poiſon de vos
faillies ; vous les avez enfin
enchaînez comme des ef
claves condamnez à chanter
éternellement la gloire
de leur yvreſſe , & l'extravagance
de vos caprices.
Quel fruit enfin ont- ils ti
rez de vos bontez ? Excepté
un trés - petit nombre , ils
ont ſeché dans des Laboratoires
infectez de toutes vos
1
GALANT. 9
méchantes humeurs; ils ont
fui & méprifé les humains
qui n'avoient pas comme
eux ) l'honneur de porter
vos fers. Ils ſe ſont acquis
les noms de fous , de
parafites ,& de gens infupportables
: en un mot , ils
ont abandonné leur patrie,
ou langui , accablez de miferes
dans le ſein de leur familles.
Et j'irois encore aux
pieds de vos autels vous
preſenter des offrandes fi
dangereuſes ? Non , non ,
c'eſtal'Amour , c'eſt à Baccus
que je veux deſormais
10 MERCURE
avoir recours . Vous facrifiera
cependant qui vou
dra , je ne m'y oppoſerai
pas : mais je me contente.
rai de n'avoir dorénavant
plus rien à démêler avec
vous. Je ferai à votre égard
le métier d'un hiſtorien fidele
, & je me chargerai
uniquement duſoin de rendre
compte de ce que l'on
écrira pour ou contre vous,
& de ce que vous écrirez
vous mêmes , ſans prendre
aucune part à vos affaires.
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Résumé : Prelude magnifique [titre d'après la table]
Dans une lettre adressée aux Muses, l'auteur exprime son souhait de se libérer de leur influence. Il évoque les lieux mythologiques associés aux Muses, tels que les cavernes et les rochers, mais choisit de se tourner vers des divinités plus puissantes comme Bacchus et l'Amour. L'auteur reproche aux Muses leur ingratitude et leur incapacité à inspirer réellement les poètes. Il souligne que nombreux sont ceux qui, attirés par la promesse d'immortalité des Muses, ont fini par être méprisés et isolés, souvent qualifiés de fous ou de parasites. En conséquence, l'auteur décide de ne plus leur rendre hommage et de se consacrer à d'autres sources d'inspiration. Il se contentera de relater objectivement les œuvres littéraires sans y participer activement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 10-16
AUX MUSES, SUR LA PAIX. Par Mademoiselle Deshoulieres.
Début :
Par exemple, je vais donner indiffereemment au / [...]
Mots clefs :
Paix, Muses, Louis XIV, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUX MUSES, SUR LA PAIX. Par Mademoiselle Deshoulieres.
Par exemple , je vais don- ..
ner indifferemment au
GALANT. I
monde les vers que Mademoiſelle
Deshoulieres vous
adreſſe ſur la Paix, quoique
je ſente à merveille le merite
du genie qui les a enfantez
:mais je ſuis homme
de parole , & l'on fe moqueroit
de moy , fi , à fon
occafion , apres les injures
que je viens de vous dire ,
je me raccommodois ſi aifément
avec vous.
12 MERCURE
ン
*******
AUX MUSES ,
SUR LA ΡΑΙΧ.
Par Mademoiselle Deshoulieres.
DEs facrez bords que le
Permeſſe arrofe,
Muſes , tranſportez -moy
dans ces lieux enchantez
,
Où Louis , au milieu de .
cent Divinitez ,
A l'ombre des lauriers repofe.
Secondez mes defirs , ve
GALANT . 13
nez, ſçavantes Soeurs ,
Venez d'un air riant &
pretendre
Enrichir mon eſprit d'une
moiſſon de fleurs ;
Venez , hâtez vous de répandre
Sur mes foibles chanſons
vos divines faveurs .
Sans vous oſerois - je pretendre
A l'honneur de chanter la
paix ,
Que Louis dans le cours
de ſes vaſtes projets .
Al'univers a voulu rendre ,
Et que ſes glorieux travaux
(
14 MERCURE
Du celeſte ſejour ont forcé
de deſcendre, 22
Malgré les vains efforts de
ſes fameux rivaux ?
Jaloux du Heros dont l'hiſtoire
Adéja conſacré la rapide
valeur,
Ils avoient confpiré d'abaiſſer
ſa grandeur ;
Ils avoient feduit la victoire,
Qui tant&tantde fois couronna
ce vainqueur.
Pour remplir des deſtins
l'arrêt irrevocable,
Elle revient à lui , vole , &
GALANT. 15
Slance fes traits
Sur cette ligue formidable,
Qui de l'Europe entiere avoit
banni la paix.
Accoûtuméeàmarcher devant
elle
SouslesordresdeceHeros,
Ellereprend ſa place , & la
fiere Immortelle ,
Jalouſe de ſes droits , ansho
tui nonce le repos ,
Que Lours triomphant
rappelle.
De nos malheurs les four-
20oces vont tarir ,
De mille biens la paix fera
ſuivie,
16 MERCURE
Les plaiſirs , les beaux arts
vont revivre & fleurir ,
De nouveaux dons la terre
eſt prête à le couvrir :
Maispour nous ſatisfaire au
gré de nôtre envie ,
Sous les yeux de monRoy
puiſſe croître & meûrir
L'auguſte rejetton d'une ſi
belle tige.
201
Dans l'ardeur que pour lui
nôtre tendreſſe exige ,
Puiſſent les Immortels accorder
à nos voeux
De longs jours à Louis ,&
de longs jours heureux.
ner indifferemment au
GALANT. I
monde les vers que Mademoiſelle
Deshoulieres vous
adreſſe ſur la Paix, quoique
je ſente à merveille le merite
du genie qui les a enfantez
:mais je ſuis homme
de parole , & l'on fe moqueroit
de moy , fi , à fon
occafion , apres les injures
que je viens de vous dire ,
je me raccommodois ſi aifément
avec vous.
12 MERCURE
ン
*******
AUX MUSES ,
SUR LA ΡΑΙΧ.
Par Mademoiselle Deshoulieres.
DEs facrez bords que le
Permeſſe arrofe,
Muſes , tranſportez -moy
dans ces lieux enchantez
,
Où Louis , au milieu de .
cent Divinitez ,
A l'ombre des lauriers repofe.
Secondez mes defirs , ve
GALANT . 13
nez, ſçavantes Soeurs ,
Venez d'un air riant &
pretendre
Enrichir mon eſprit d'une
moiſſon de fleurs ;
Venez , hâtez vous de répandre
Sur mes foibles chanſons
vos divines faveurs .
Sans vous oſerois - je pretendre
A l'honneur de chanter la
paix ,
Que Louis dans le cours
de ſes vaſtes projets .
Al'univers a voulu rendre ,
Et que ſes glorieux travaux
(
14 MERCURE
Du celeſte ſejour ont forcé
de deſcendre, 22
Malgré les vains efforts de
ſes fameux rivaux ?
Jaloux du Heros dont l'hiſtoire
Adéja conſacré la rapide
valeur,
Ils avoient confpiré d'abaiſſer
ſa grandeur ;
Ils avoient feduit la victoire,
Qui tant&tantde fois couronna
ce vainqueur.
Pour remplir des deſtins
l'arrêt irrevocable,
Elle revient à lui , vole , &
GALANT. 15
Slance fes traits
Sur cette ligue formidable,
Qui de l'Europe entiere avoit
banni la paix.
Accoûtuméeàmarcher devant
elle
SouslesordresdeceHeros,
Ellereprend ſa place , & la
fiere Immortelle ,
Jalouſe de ſes droits , ansho
tui nonce le repos ,
Que Lours triomphant
rappelle.
De nos malheurs les four-
20oces vont tarir ,
De mille biens la paix fera
ſuivie,
16 MERCURE
Les plaiſirs , les beaux arts
vont revivre & fleurir ,
De nouveaux dons la terre
eſt prête à le couvrir :
Maispour nous ſatisfaire au
gré de nôtre envie ,
Sous les yeux de monRoy
puiſſe croître & meûrir
L'auguſte rejetton d'une ſi
belle tige.
201
Dans l'ardeur que pour lui
nôtre tendreſſe exige ,
Puiſſent les Immortels accorder
à nos voeux
De longs jours à Louis ,&
de longs jours heureux.
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Résumé : AUX MUSES, SUR LA PAIX. Par Mademoiselle Deshoulieres.
Un homme écrit à une correspondante pour expliquer qu'il ne publiera pas les vers de Mademoiselle Deshoulières sur la paix, bien qu'ils soient méritants, afin d'éviter l'incohérence après avoir récemment critiqué cette dernière. Il souligne qu'il est homme de parole et ne veut pas prêter à rire. Le poème de Mademoiselle Deshoulières, 'Aux Muses, Sur la Paix', invite les Muses à la transporter dans un lieu enchanté où Louis XIV repose sous les lauriers, entouré de divinités. Elle demande leur aide pour enrichir son esprit et chanter la paix instaurée par Louis XIV grâce à ses actions glorieuses. Le poème décrit la Victoire revenant à Louis malgré les rivaux jaloux, rétablissant ainsi la paix en Europe. Cette paix mettra fin aux malheurs, fera renaître les plaisirs et les arts, et permettra à la terre de produire de nouvelles richesses. Enfin, elle souhaite longévité et bonheur à Louis XIV et à son héritier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 17-19
« Applaudissez-vous maintenant, Muses, applaudissez-vous des homages nouveaux que [...] »
Début :
Applaudissez-vous maintenant, Muses, applaudissez-vous des homages nouveaux que [...]
Mots clefs :
Vin, Muses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Applaudissez-vous maintenant, Muses, applaudissez-vous des homages nouveaux que [...] »
Applaudiſſez- vous maintenant
, Muſes , applaudifſez-
vous des homages nouveauxque
cetteSapho vient
de vous rendre. Pour moy,
ſi je prends part , commeje
le dois , au bonheur de la
paix , qui eſt dans ces vers
l'objet de vôtre allegreffe ,
je n'en prends point àvôtre
gloire ; elle eſt vaine , & ce
n'eſt pas à vous qu'eſt dû
l'honneurde les avoir fairs.
Enfin mon voeu ſubſiſte toû.
jours , &je retourne inceſ
ſamment au penchant qui
m'entraîne. Mais voici à
Νου. 1714. B
18 MERCURE
preſent bien d'autres affaires
; comment concilieraije
des interêts ſi difficiles à
accorder ? & par quel art
trouverai-je enfin le ſecret
de ne pas faire des jaloux ?
Je me souviens heureuſement
, au milieu de mon
embarras , d'une vieille
chanſon , qui va me ſervir
àpropos pour me tirer du
mauvais pas où je ſuis.
Le vin ſans l'amour ne sçauroit
plaire ,
1
L'amourfans le vin n'est que
langueus :
GALANT. 19
Mais quand ilsfont unis, l'a
irme la plus fevere
Ne peut se refuser leur charmante
douceur.
Cela étant , procedons
maintenant à unir ces deux
Divinitez , &que l'hiſtoire
qu'on va lire foit , ſi nous
pouvons , une preuve des
charmes de leur union .
, Muſes , applaudifſez-
vous des homages nouveauxque
cetteSapho vient
de vous rendre. Pour moy,
ſi je prends part , commeje
le dois , au bonheur de la
paix , qui eſt dans ces vers
l'objet de vôtre allegreffe ,
je n'en prends point àvôtre
gloire ; elle eſt vaine , & ce
n'eſt pas à vous qu'eſt dû
l'honneurde les avoir fairs.
Enfin mon voeu ſubſiſte toû.
jours , &je retourne inceſ
ſamment au penchant qui
m'entraîne. Mais voici à
Νου. 1714. B
18 MERCURE
preſent bien d'autres affaires
; comment concilieraije
des interêts ſi difficiles à
accorder ? & par quel art
trouverai-je enfin le ſecret
de ne pas faire des jaloux ?
Je me souviens heureuſement
, au milieu de mon
embarras , d'une vieille
chanſon , qui va me ſervir
àpropos pour me tirer du
mauvais pas où je ſuis.
Le vin ſans l'amour ne sçauroit
plaire ,
1
L'amourfans le vin n'est que
langueus :
GALANT. 19
Mais quand ilsfont unis, l'a
irme la plus fevere
Ne peut se refuser leur charmante
douceur.
Cela étant , procedons
maintenant à unir ces deux
Divinitez , &que l'hiſtoire
qu'on va lire foit , ſi nous
pouvons , une preuve des
charmes de leur union .
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Résumé : « Applaudissez-vous maintenant, Muses, applaudissez-vous des homages nouveaux que [...] »
L'auteur commence par invoquer les Muses et célèbre les hommages rendus par Sappho. Il exprime sa joie pour la paix, tout en précisant que cette gloire ne lui appartient pas. Il évoque ensuite des préoccupations liées à des affaires complexes et à la difficulté de concilier des intérêts divergents sans susciter de jalousie. Pour résoudre ce dilemme, il se remémore une ancienne chanson qui met en avant l'harmonie entre le vin et l'amour. Cette chanson souligne que ni le vin sans l'amour, ni l'amour sans le vin ne sont entièrement satisfaisants, mais que leur union procure une douce félicité. L'auteur décide alors de raconter une histoire illustrant les charmes de cette union.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 169-171
Nouvelles de Paris. [titre d'après la table]
Début :
Je cherche à profiter de tout, Messieurs, pour vous amuser [...]
Mots clefs :
Muses, Nouvelles étrangères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Paris. [titre d'après la table]
Je cherche à profiter de
tout , Meffieurs , pour vous
amuter ,&je ne refuſe aucune
des choſes ſingulieres qui
viennent àma connoiffance ,
des Pays Etrangers , du nôtre,
&de ceux des Lettres &de la
Galanterie. Il n'a tenu qu'à
vous de lire les Nouvelles
Etrangeres , celles de cePayscy
auront leur tour , voyons
donc maintenant , s'il vous
plaiſt , ce qui ſe paſſe dans ceuy
des Muſes.
Jene doute pas que le caquet
de ces babillardes n'ait depuis
long-temps étourdi vos oreil-
Decembre 1714. P
170 MERCURE
les , j'apprehende même que
ce que j'ay à vous conter de
leursdernieres affaires ne vous
ennuye , non par la qualité ,
mais par la quantité des choſes
que j'ay à vous en dire. Au
reſte la lecture de cette Hiſtoire
divertira ceux qui aiment
la Poëfie ,ceux qui ne l'aiment
pas , lapaſſeront. Voicy àbon
compte de quoy il s'agit .
On remet fur le tapis une
des plus jolies querelles du
ſiecle paſſe: on fait des Sonnets
à l'imitation de ceux qui furentfaits
pour la belle matineuſe
, quelques uns preten
GALANT. 178
dent que ceux des modernes
effacent ceux de Voiture & de
Malleville ; mais ceux qui con
fervent encore un précieux
ſouvenir des ouvrages de ce
temps-là , ſoutiennent qu'ils
n'en approchent pas.
tout , Meffieurs , pour vous
amuter ,&je ne refuſe aucune
des choſes ſingulieres qui
viennent àma connoiffance ,
des Pays Etrangers , du nôtre,
&de ceux des Lettres &de la
Galanterie. Il n'a tenu qu'à
vous de lire les Nouvelles
Etrangeres , celles de cePayscy
auront leur tour , voyons
donc maintenant , s'il vous
plaiſt , ce qui ſe paſſe dans ceuy
des Muſes.
Jene doute pas que le caquet
de ces babillardes n'ait depuis
long-temps étourdi vos oreil-
Decembre 1714. P
170 MERCURE
les , j'apprehende même que
ce que j'ay à vous conter de
leursdernieres affaires ne vous
ennuye , non par la qualité ,
mais par la quantité des choſes
que j'ay à vous en dire. Au
reſte la lecture de cette Hiſtoire
divertira ceux qui aiment
la Poëfie ,ceux qui ne l'aiment
pas , lapaſſeront. Voicy àbon
compte de quoy il s'agit .
On remet fur le tapis une
des plus jolies querelles du
ſiecle paſſe: on fait des Sonnets
à l'imitation de ceux qui furentfaits
pour la belle matineuſe
, quelques uns preten
GALANT. 178
dent que ceux des modernes
effacent ceux de Voiture & de
Malleville ; mais ceux qui con
fervent encore un précieux
ſouvenir des ouvrages de ce
temps-là , ſoutiennent qu'ils
n'en approchent pas.
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Résumé : Nouvelles de Paris. [titre d'après la table]
Le document est une introduction à une publication périodique de décembre 1714. L'auteur y annonce son intention de diffuser des nouvelles diverses, locales et étrangères, ainsi que des sujets littéraires et mondains. Bien que les lecteurs puissent déjà être informés par d'autres sources, l'auteur souhaite offrir des sujets intéressants. Il aborde également une controverse littéraire sur les sonnets. Certains jugent que les sonnets contemporains surpassent ceux de Voiture et Malleville, tandis que d'autres, nostalgiques des œuvres passées, estiment que les modernes ne les égalent pas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 13-22
EPISTRE AUX MUSES.
Début :
Non, je ne sçaurois plus douter de ma disgrace, [...]
Mots clefs :
Muses, Parnasse, Rime, Vers
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texteReconnaissance textuelle : EPISTRE AUX MUSES.
EP1STKE
AUX MUSES.
NOn, je ne fçaurois plus
-
douter de ma disgrace,
Mufes, vous m'enviez les
honneurs du Parnasse;
J'avois beau me compter
parmi vos nourriçons,
, Me promettre un concert
des plus belles chansons,
Je ne sens plus en moy,lorfque
je veux écrire, ]
Cette divine ardeur que le
c
Permesse inspire
;
Et si vous m'écoutez, vos
plus rares presens
Se bornent à des vers, ou
forcez, ou pesans.
L'un contraint par les loix
d'une étroite mesure,
Semble avoir été mis cent
fois à latorture;
L'autre ne connoissant ni
rime ni raison,
Sans sel & sans vigueur languit
dans sa prison;
Le meilleur en un mottombe
toûjours sans grace,
Et je n'en écris point qu'r
aussitôt je n'efface,
Pour éviter le sort d'un malheureux
rimeur
Qui n'est 'en paroissantlû
que de l'Imprimeur,
Ou de ces partisans de tout
mauvais ouvrage
Dont un
espritsensé craint
toujours le suffrage.
Quand je voulois jadis exer
'r cer mon talent,
Vous me faisiez parler, en
Poëte excellent;
Les termes élegans, la cadence,
la rime
Prêtoient à ma penséeun
ornement sublime,
Et mon esprit goûtant le
fruit de les travaux,
Sçavoit par ce plaisir adou
- cir tous mes maux.
Si le fort contre moy signaloit
Ion caprice,
Par des vers aussitôtje m'en
faisois justice,
Tt me traçant sur tout de
charmantes leçons,
J'oppofois à ses coups la
douceur de vos sons.
Muses,
Muses, ne dois-je pas vous
-
traiter d'inhumaines?
Me frustrant du moyen de
soulager mes peines,
Pourquoy m'accoûtumer à
desi doux plaisirs,
Si vous deviez sitôt en feT
vrer mes desirs?
Craigniez-vous que ma
main abusant de la rime,
Neût contre la vertu pris
l'interêt ducrime?
Je fuis trop ennemi de ces
lâches auteurs
Dont les vers sont par tout
les écüeils des Icacurs.,,
Et qui des dons reçus de
Fillessi pudiques
Vont faire à la pudeur des
insultes publiques.
Rendez-moy donc cet arc
justement élevé
Sur tout ce que le monde
a de plus achevé:
Que le pinceau d'Appelle
imite la nature;
Que Phidias paroisse animer
sa figure;
Que Dedale faisant jrpuflïr
ses efforts,
Enchante les efprirs par de
nouveaux ressorts,
Vulgaires artisans, ils dpir
vent leur Greffe
Aux preceptes de l'artdont
l'étude les dresse :
Mais du Dieu du P,atttffç
un genieinspiré l
CPA)me sortant qij.': Ciel
paît tQûjourséçJirti;
]/çJprit paroît coutPlJf dans
_io/i 4ivm lang>ifp , Et ne doir qu'à lui seul la
c - matjere ôç lo^vragc.
r Qij'çhi flousV^nfe la Pfçfe
& fous fç? pfnçriîfns,
Jpn I}p trouve qiiWx vpfp
un yséfix,4'sgHfjHens; L'aç&efkclvoi«'df$mois0
leur jthij.ç hjwroonoeufe
Font sentir à l'esprit leur
force gracieuse.
De là vient que, les Dieux,
du fond de leurs autels,
Ne répondoient qu'en vers
répondant aux mortels;
Que les amans pour plaire;
instruits par la tendresse,
Veulent toûjours en vers
parler à leur maîtresse;
Que pour rendre célébré un
nom dans l'univers,
L'éloquence choisit le langaggaegdeedsevsevresrs;
:L ; Et que pourexciter ou nos
risounos larmes,
De la rime toujours on emprunte
les charmes.
Mais j'aigris mes chagrins,
quand je vante le prix
Du bien que vous m'avez
injustement repris.
Quel discours cependant
me flate en ma tristeife?
Vous avez, me dit-on, de- ferté lePermesse.
Une Princesse illustre imitant
vos accords,
Vous a fait preferer son Pa-
: lais à vos bords,
,:Et du foin des beaux arts
où sonesprit excelle
Vous voulez désormais
vous reposer sur elle.
Ah! que je fuis heureux à'& voir enfin appris
Quel nom peut d'un beau
feu réchauffer mes
esprits.
Mais quel rayçft deja me
ranime 6ç m'éclaire?
Plein de l'esprit de Sceaux:
que ne vais-je pas faire?
AUX MUSES.
NOn, je ne fçaurois plus
-
douter de ma disgrace,
Mufes, vous m'enviez les
honneurs du Parnasse;
J'avois beau me compter
parmi vos nourriçons,
, Me promettre un concert
des plus belles chansons,
Je ne sens plus en moy,lorfque
je veux écrire, ]
Cette divine ardeur que le
c
Permesse inspire
;
Et si vous m'écoutez, vos
plus rares presens
Se bornent à des vers, ou
forcez, ou pesans.
L'un contraint par les loix
d'une étroite mesure,
Semble avoir été mis cent
fois à latorture;
L'autre ne connoissant ni
rime ni raison,
Sans sel & sans vigueur languit
dans sa prison;
Le meilleur en un mottombe
toûjours sans grace,
Et je n'en écris point qu'r
aussitôt je n'efface,
Pour éviter le sort d'un malheureux
rimeur
Qui n'est 'en paroissantlû
que de l'Imprimeur,
Ou de ces partisans de tout
mauvais ouvrage
Dont un
espritsensé craint
toujours le suffrage.
Quand je voulois jadis exer
'r cer mon talent,
Vous me faisiez parler, en
Poëte excellent;
Les termes élegans, la cadence,
la rime
Prêtoient à ma penséeun
ornement sublime,
Et mon esprit goûtant le
fruit de les travaux,
Sçavoit par ce plaisir adou
- cir tous mes maux.
Si le fort contre moy signaloit
Ion caprice,
Par des vers aussitôtje m'en
faisois justice,
Tt me traçant sur tout de
charmantes leçons,
J'oppofois à ses coups la
douceur de vos sons.
Muses,
Muses, ne dois-je pas vous
-
traiter d'inhumaines?
Me frustrant du moyen de
soulager mes peines,
Pourquoy m'accoûtumer à
desi doux plaisirs,
Si vous deviez sitôt en feT
vrer mes desirs?
Craigniez-vous que ma
main abusant de la rime,
Neût contre la vertu pris
l'interêt ducrime?
Je fuis trop ennemi de ces
lâches auteurs
Dont les vers sont par tout
les écüeils des Icacurs.,,
Et qui des dons reçus de
Fillessi pudiques
Vont faire à la pudeur des
insultes publiques.
Rendez-moy donc cet arc
justement élevé
Sur tout ce que le monde
a de plus achevé:
Que le pinceau d'Appelle
imite la nature;
Que Phidias paroisse animer
sa figure;
Que Dedale faisant jrpuflïr
ses efforts,
Enchante les efprirs par de
nouveaux ressorts,
Vulgaires artisans, ils dpir
vent leur Greffe
Aux preceptes de l'artdont
l'étude les dresse :
Mais du Dieu du P,atttffç
un genieinspiré l
CPA)me sortant qij.': Ciel
paît tQûjourséçJirti;
]/çJprit paroît coutPlJf dans
_io/i 4ivm lang>ifp , Et ne doir qu'à lui seul la
c - matjere ôç lo^vragc.
r Qij'çhi flousV^nfe la Pfçfe
& fous fç? pfnçriîfns,
Jpn I}p trouve qiiWx vpfp
un yséfix,4'sgHfjHens; L'aç&efkclvoi«'df$mois0
leur jthij.ç hjwroonoeufe
Font sentir à l'esprit leur
force gracieuse.
De là vient que, les Dieux,
du fond de leurs autels,
Ne répondoient qu'en vers
répondant aux mortels;
Que les amans pour plaire;
instruits par la tendresse,
Veulent toûjours en vers
parler à leur maîtresse;
Que pour rendre célébré un
nom dans l'univers,
L'éloquence choisit le langaggaegdeedsevsevresrs;
:L ; Et que pourexciter ou nos
risounos larmes,
De la rime toujours on emprunte
les charmes.
Mais j'aigris mes chagrins,
quand je vante le prix
Du bien que vous m'avez
injustement repris.
Quel discours cependant
me flate en ma tristeife?
Vous avez, me dit-on, de- ferté lePermesse.
Une Princesse illustre imitant
vos accords,
Vous a fait preferer son Pa-
: lais à vos bords,
,:Et du foin des beaux arts
où sonesprit excelle
Vous voulez désormais
vous reposer sur elle.
Ah! que je fuis heureux à'& voir enfin appris
Quel nom peut d'un beau
feu réchauffer mes
esprits.
Mais quel rayçft deja me
ranime 6ç m'éclaire?
Plein de l'esprit de Sceaux:
que ne vais-je pas faire?
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Résumé : EPISTRE AUX MUSES.
Dans sa plainte aux Muses, l'auteur exprime son désarroi face à la perte de son inspiration poétique. Il regrette l'absence des Muses, qui autrefois lui inspiraient des vers élégants et sublimes. Désormais, ses écrits lui semblent forcés ou pesants, et il craint de produire des œuvres médiocres. Il souligne la difficulté de créer des vers ni contraints par la métrique ni dénués de sens. L'auteur se remémore les moments où les Muses lui permettaient de surmonter ses maux par la beauté de ses poèmes. Il accuse les Muses de cruauté, se demandant pourquoi elles l'ont habitué à des plaisirs doux avant de le priver de cette joie. Il affirme n'abuser jamais de la poésie pour des fins immorales. Le texte met en lumière l'importance de la poésie dans divers aspects de la vie, comme les communications divines, les déclarations amoureuses et les éloges célèbres. Enfin, l'auteur apprend que les Muses ont accordé leur faveur à une princesse illustre, ce qui le ravit et l'inspire à nouveau, notamment par l'esprit de Sceaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 86-108
Extrait de la Harangue de M. le Duc de la Force, reçû à l'Academie Françoise, le 28. Janvier dernier. [titre d'après la table]
Début :
M le Duc de la Force, dont la naissance, le merite [...]
Mots clefs :
Compagnie, Duc, Royaume, Académie française, Discours, Duc de la Force, Abbé d'Estrées, Académiciens, Muses, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Harangue de M. le Duc de la Force, reçû à l'Academie Françoise, le 28. Janvier dernier. [titre d'après la table]
M le Duc de la Force;
donc la naissance; lemerite
& les belles qualitez
n'ont besoin ni decomment
taire,nid'éloge, ayaptéto
élû parMessieurs de sAca.
demie Françoise, à la place.
de feu.M.Bruslart de.JSilooi
lery,Evêque de :SoiffoiisJ
y prit seance le Lundi2 8:
Janvier, ôc prononça un
Discours qui fut si universellementapprouvé
;queje
suis très-mortifié de ne
pouvoir vous en donner
qu'un extrait.
Aieflieurs, dit
-
il, lorjque
vous élevc^jusqu'a vous des
hommes celebres par leurs Ecrits,
c'est une dette que vous
acquitte^ ; & juflesarbitres,
des talens
,
la réputation la
mieux établie entraîne necef
Jairement vos fujjrages.
Mais lorjque vous ouvre%
le Sanctuaire des Mufesàceux
qui n'ont d'autre mérité que
de lesaimersans lesavoirbeau^
coup servies, éejl umgrâce*
que 'Vous faites) & la prefertneesemble
être l'ouvrage tout
pur devotre inclination.
CependantJtfavorable
pour moj, dois-je le juflifier
aujourd'hui? Comment rendrè:
raison de mon bonheur ? n'ejl..
ce pas assiz de le sentir avec
la plus vive reconnoissance? ,, L?Academieornéeplus que
jamais de ce que la Religion,
les Armes & laMagijlrature
ont de perfonnagesplus diJlingue"{,
avoit-elle besoin dun.
homme qui n'eutay apporter
que les avantages du rang &
de la dignitéîPer..
Permette^-moj donc, Messieurs,
de mabandonner à une
idée plusflateuse, Peut-être
a,vek -vous Jfiî combien fat
ététouché dés ma jeunesse de
cet éclat indépendant du ha*
%ard
,
injeparable de nousmêmes,
de cette gloire delicate
que vouspoffede^&dontvous
êtes les vraisdispensateurs.
Peut-être avek-vous ffû que
fenjtble aucommercedes Gens
de Lettres, où l'on acquiert
olvec facilitécequi leur aco ûté
tant de travai
lui
travail3 je les ai aitne^,
je les ai recherche% ,je
les ai rassemble
-OuiyMejjieurs,j'ai ose
fonder une Cnlonje Jçavmte *
dans une des premieres villes
du Royaume. Ne dévots-je
point attendre votre aveuf
Les Academies étrangeres qui
nefleuriffent que fous vos auf
pices, qui ne
brillent
que de la
reflexion de vos lumieres, doi..
vent recevoir de vous leurs
Chef, & non pas vous les
prejnter. Je putscependant
m'applaudir de mon impatience
en de ma temerité) puisque
* L'Academie Royale de Bordeaux
établie en 171;. fous laprotectiondeM.
leDucdelaForce,;
Uous 'Vez approuvé l'une &
couronné l'autre.
En madoptantaujourd'hui
"vous épandèzfut cette Compagnie
que j'ai formée un éclat
qui lui manquoit; elle partagera,
elle éternisera ma reconnoijjance.
Vous me rendespliàs
digne d'elle. Elle me reverra
avec la mêmejojye que les nations
les plus oei 'N-crrvoitnt
leursPrinces,lorsqu'ils revénoient
charge^ du nomglorieux
d'ami
y
d'allié) de citoyen Ac-
Rome.
Heureux ctux à qui la fortune
meten rnam les recorfb
penJes des Arts! Heureux
ceux qui placez entre Augufle
& Virgile peuvent faciliter
laccés du Trône aux Aiufes
timides ! Quellefut donc U
joje du grand Armand, lors
qu'il jetta les fondemens de
cette Compagnie? Quand il
r/auroit pllStendu aujjt loin
les frontiefei du Royaume;
quand d auroitabattu moins
Jtennemisy cette Epoque feule
*eût assurési memoire contre
l'oubli,lignorance & tenvie,
>
&fins cet événement peut-
*
ître tous les autres étoientperdus
pour la pofierité.
En cet endroit il continuë
l'éloge du Cardinal de
Richelieu, du Chevalier
Seguier, & de M. de Sillery,
dont il remplit maintenant
la place.
Plus loin il ajoûte.
Armand, vous le ffave;r,
avait long-temps combattu 1'heresse
par la¡;: doéîrine, avant
que de lacombattreparlaptiif-
Jance. Dans ces derniers temps
te monstre *,toujours fécond
ksereproduire, a reparu feus
une nouvelleforme, d'autant
flqi dangereuse,qu'il ne pre-
* Le Tanfcnifme,
noit les cDuleu-rs de la vérité
que pour la trahir plus sûrement.
:
'- Sillerj estm des Athletes
éhoifis pour le poursuivre.
Avec quel courage ne ta-t-il
point attaqué f Avecquelle
.charitéingenieuseriA-MI pastravaillé
a la réunion des ef.
prits qutlvoyoit uniquement
divife^sur la maniéré de le
tetraffer r Lamortfeule apic
interrompre un fïsaint ou-
vrage. si saint :, Telle a été,Messîeurs, la
findes travaux & des jours
de ce grand h.fJmme. J'aisenti
tomme hjoustout. ce qye njous
perdtz en lui, & je le fins
encore au moment même-que
,'Vous me deftycz Jasuccessîon.
L)ttmitié wu$avoi? unis feus
les yeux d'une Princejje * -
également spirituelle & vertueuse
dans cet aimablesejour,
dansces, riantes campagnes (fil
tille,riadmet deplaisirs que ceux
qui luifontoffertspar les Muses.
Là nous avons affe% joui
des derniers entretiens de Ai, tEveque de Soijjons pour le
regretter long-temps.
Combien a-tril versé dàm
* Madame la Duchessedu Maine.
mon coeur d'amour, de refpeêl
& de zele pour l'académie!
Il ne vous abandonnait, m-art-
il dity que pour "vaquer aux
devoirsdeJon état.
Je rends graces au mien.,
qui me permettra plus d'ajjiduité;
uniquementpartagé entre
deux occupations,d'admis
rer mon hIaÍtre, &d'apprendre
de vous à exprimer mon
admiration;témoin toura tour
& de ses vertus & de vos
éloges.
Dans cette auguste retraite *
ou il daigne.quelquefois mJad
v* Marly. ,
mettre
mettre aJes délajjèmens;dans
ces momens heureux ou il tempère
l'éclat qui l'environne
pour dejeendrejusqu'q, nous,
je recueilleraiplussoigneusement
que jamais fèsparoles
fis allions qui échapent à l'hijtoire.
Je vous les rapporterai;
je fiai le precicuxujage que
iwusenpourrezfaire.
»
Oui, AdeJJteurs, les Héros
que la Fable a imagine.z, ou
que l'Histoireaembelis, ont
bejoin, pour paroitre grands del'appareil de , toutes leurs
udéloires
j
de l'ajjemblage detous
les jours de leurvie. Un
sieus jour du Roy vous four..
nit unpanégyrique:je dis même
unfienl de ces jours pd-ifibles,
ou il ne s'occupe que du
bonheur defia Cour & de la
félicité defies peuples.
Il respireenfin Apres tant
deglorieux travaux,il compte
avec impatience de quel moment
fies fiujets commenceront
a goûter tous les firuits de la
paix:toujours rempli desfoins
de cet heureux avenir, il ne
travaille qu'à nous l'ajjurer.
Sa tendrejfie paternelle fie croit
trop rejJèrréepar les bornes de
laplus longue vie; elle létend
n~u--de~là. Q9u,,e,lté»moignage tfo0~u--
chantuous en a-t-il donné, &
quelJpeélacle à l'Univers! Jamais
il ne paraît moins homr
me,que lors qu'ilJe souvient
de l'être. Puissè le CielJe contenter
de cettepieuse &fagé
préoyance!puissions-nousn'a-.
"voirjamais hejoin d'en rejjentir
les effets ! Queson h ritier.
croissè Jous ses yeux, & re..
çoiqje deJa bouche les injlructions
qu'il lui legue.
* Pour moy, Messieurs,Il le
titre £Académicien re 1c"nd
plus recommandable a vtre
Apgujle Proteâeur, mon -ele
poursa Personne ifacrée me rendraplus
cher à cette célébré
Compagnie. Les bontez de ce
Monarque vousont prévenus
en ma faveuy ; j'ai reffinti de
tous fies bienfaits le plus pur
& le plus précieux. Il a brisé
les funefles liens où niavoit
fnLagé le malheur de ma naiss
pince ; & cesi aux pieds de
Ces mêmes Autelsausquels il
triarappellé, queje dois former
autant de voeux pourfit
vie que vous éleruez de monu.,
mens poursa gloire.
Aprés que M. le Duc de
la Force eutachevésonDilcours,
M.l'Abbé d'Ettrées,
Commandeur de l'Ordre
du Saint Esprit, Dire<5teur
de l'Academie, luirépondit.
MONSIEUR,
Dans lesfréquentespertâi
que tAcademie afaitesdepuis:
quelques mois, elle s'ejl vûe
enlever beaucoup d'hommes illucres
; cesi ce quifanJa douleur
: mais de nepouvoirgueres
en perdre que de tels, cess
cequi. faitsa gloire; & enfin
de pourvoir les remplacer,cest
ce qui peut la conso ler.
C1tjl en effet, Monfiettr,
par cet endroit quelle Je console
aujourd'hui, en voyant
un homme de votre naijjance
& de votremérité prendre la
place d'ungrand Prelat quelle
regrette,& dont javoue que
.( je ne fçaurois me Jouvenir
sans me sèntir attendri. Je
fuisperjitadé MeJJteurs, que
ceux dentre vous qui ont
eu quelque liaison avec lui
rejjentent ce que je Jens mymême
dans ce marnent; car
cejl faire un éloge également
1Jeritable & glorieux de feu
Al. l'r-vequedeSoleons, que
de dire qu'il sétoit attiré l'ef
time & l'amitié de tous les
gens d'honneur; & vous me
pardonnerez Jtje fais le mien
en disànt que j'étois. de ses
amis.
Son esprit, sa candeur, ses
manieres polies, sa fidélité dans
te commerce de l'amitié> mbritpient
qu'on s'attachât 4
lui. Il tiroit toutes ces qualit ez
du fond d'un beau & noble
naturel, commun a tous ceux
de sa Adaijon. De la njenoit
cette union intimede trois freres,
tous trois dijlinguez chacun
dans leur état, digne pof
terité du fameux Chancelier
de Sillry.
Vne mort prématurée dans un âge qui.n,étai-t pas encore
fort avancé) nous a ravi cet
aimable&rcjpeélable Pre-
Lt, aujji recommandable par
sa regulritt:, par sa charité
envers les pauvres , par l'application
à ses devoirs, que
par les qualitez dont la nature
l'avoit avantagé. Vous lui
fùccedcz, Monfiettr) & vous
honorerez la place que vous
tlie^ prendre parmi no-us ;
fous,l'honorerez^
>
dis-je" nn
feulementpar le rang que 'VOUJ
lene'{ dans le mondey &pat
le nom que vous portt;z, un
des plus illuflres qu'il y ait
dans le Royaume : mais encore
par les talens propresd'un
Académicien
)
qui ont déja
brillédaus une Cour qui cfi
l'école du bongo,ut&le regne
de la politejjè> & outïut jusqTue'aupx
prLii/iris etfl a.ssaisonné
Quand ces talens ssous auraient
manquéyAdonfieur>
nous aurions de qaoyju(lisier
le choix qu'on a fait devous
par la faveur & la protection
que vous accorde'{ aux sciencesy
aux beaux 1rts, aux
belles Lettres, &par la libéralité
dont vous nfe^ envers
ceux qui sy dppliquent. Mous *sommes Académiciens ; notre
Académie efl comme la mere
& le modefe de toutes les autres
y
elleprendpart, elle sinterejje
à ce qni les regarde.
Nous riignorions pas ce qui leflpasé a Bordeaux: vous
y atek établi une Academie
qui renferme dansson objet
tout ce que les trois Académies
inftstuées ici, &qui traaillent
fous l'autorité & la
protcélwn du Roy, Je font
chacune proposéJeparrment.
Vous lui avek obtenu des Lettres
patentes de SaMajefié>
njQusy ae'{ fondé dcs prix,.
nom en êtes le pero : ce titre
fcul meritoit que nous enflions
de ïempreffement pour tout
tggreger à- la notre.
Apres celatl feroit inutile
que je vous exhortajfe au nom
de l'Acadeoeie a remplir les
devoirs£Académicien parnjo*
tre ajfîdmté aux ajfèmhlées,
par vos lHmieres, & meme >
çpmme vous le pourriez*?par
rvos ouvrages: vous naur
qu'à suivre votre inclination,
& à laijler prendre rejJor a
votre Genie,. pour répondre
à nos esperances, &pour confirmerrapprobation
generale
qu'on a donnée au choix que
ngus avons fait de votre Personne.
donc la naissance; lemerite
& les belles qualitez
n'ont besoin ni decomment
taire,nid'éloge, ayaptéto
élû parMessieurs de sAca.
demie Françoise, à la place.
de feu.M.Bruslart de.JSilooi
lery,Evêque de :SoiffoiisJ
y prit seance le Lundi2 8:
Janvier, ôc prononça un
Discours qui fut si universellementapprouvé
;queje
suis très-mortifié de ne
pouvoir vous en donner
qu'un extrait.
Aieflieurs, dit
-
il, lorjque
vous élevc^jusqu'a vous des
hommes celebres par leurs Ecrits,
c'est une dette que vous
acquitte^ ; & juflesarbitres,
des talens
,
la réputation la
mieux établie entraîne necef
Jairement vos fujjrages.
Mais lorjque vous ouvre%
le Sanctuaire des Mufesàceux
qui n'ont d'autre mérité que
de lesaimersans lesavoirbeau^
coup servies, éejl umgrâce*
que 'Vous faites) & la prefertneesemble
être l'ouvrage tout
pur devotre inclination.
CependantJtfavorable
pour moj, dois-je le juflifier
aujourd'hui? Comment rendrè:
raison de mon bonheur ? n'ejl..
ce pas assiz de le sentir avec
la plus vive reconnoissance? ,, L?Academieornéeplus que
jamais de ce que la Religion,
les Armes & laMagijlrature
ont de perfonnagesplus diJlingue"{,
avoit-elle besoin dun.
homme qui n'eutay apporter
que les avantages du rang &
de la dignitéîPer..
Permette^-moj donc, Messieurs,
de mabandonner à une
idée plusflateuse, Peut-être
a,vek -vous Jfiî combien fat
ététouché dés ma jeunesse de
cet éclat indépendant du ha*
%ard
,
injeparable de nousmêmes,
de cette gloire delicate
que vouspoffede^&dontvous
êtes les vraisdispensateurs.
Peut-être avek-vous ffû que
fenjtble aucommercedes Gens
de Lettres, où l'on acquiert
olvec facilitécequi leur aco ûté
tant de travai
lui
travail3 je les ai aitne^,
je les ai recherche% ,je
les ai rassemble
-OuiyMejjieurs,j'ai ose
fonder une Cnlonje Jçavmte *
dans une des premieres villes
du Royaume. Ne dévots-je
point attendre votre aveuf
Les Academies étrangeres qui
nefleuriffent que fous vos auf
pices, qui ne
brillent
que de la
reflexion de vos lumieres, doi..
vent recevoir de vous leurs
Chef, & non pas vous les
prejnter. Je putscependant
m'applaudir de mon impatience
en de ma temerité) puisque
* L'Academie Royale de Bordeaux
établie en 171;. fous laprotectiondeM.
leDucdelaForce,;
Uous 'Vez approuvé l'une &
couronné l'autre.
En madoptantaujourd'hui
"vous épandèzfut cette Compagnie
que j'ai formée un éclat
qui lui manquoit; elle partagera,
elle éternisera ma reconnoijjance.
Vous me rendespliàs
digne d'elle. Elle me reverra
avec la mêmejojye que les nations
les plus oei 'N-crrvoitnt
leursPrinces,lorsqu'ils revénoient
charge^ du nomglorieux
d'ami
y
d'allié) de citoyen Ac-
Rome.
Heureux ctux à qui la fortune
meten rnam les recorfb
penJes des Arts! Heureux
ceux qui placez entre Augufle
& Virgile peuvent faciliter
laccés du Trône aux Aiufes
timides ! Quellefut donc U
joje du grand Armand, lors
qu'il jetta les fondemens de
cette Compagnie? Quand il
r/auroit pllStendu aujjt loin
les frontiefei du Royaume;
quand d auroitabattu moins
Jtennemisy cette Epoque feule
*eût assurési memoire contre
l'oubli,lignorance & tenvie,
>
&fins cet événement peut-
*
ître tous les autres étoientperdus
pour la pofierité.
En cet endroit il continuë
l'éloge du Cardinal de
Richelieu, du Chevalier
Seguier, & de M. de Sillery,
dont il remplit maintenant
la place.
Plus loin il ajoûte.
Armand, vous le ffave;r,
avait long-temps combattu 1'heresse
par la¡;: doéîrine, avant
que de lacombattreparlaptiif-
Jance. Dans ces derniers temps
te monstre *,toujours fécond
ksereproduire, a reparu feus
une nouvelleforme, d'autant
flqi dangereuse,qu'il ne pre-
* Le Tanfcnifme,
noit les cDuleu-rs de la vérité
que pour la trahir plus sûrement.
:
'- Sillerj estm des Athletes
éhoifis pour le poursuivre.
Avec quel courage ne ta-t-il
point attaqué f Avecquelle
.charitéingenieuseriA-MI pastravaillé
a la réunion des ef.
prits qutlvoyoit uniquement
divife^sur la maniéré de le
tetraffer r Lamortfeule apic
interrompre un fïsaint ou-
vrage. si saint :, Telle a été,Messîeurs, la
findes travaux & des jours
de ce grand h.fJmme. J'aisenti
tomme hjoustout. ce qye njous
perdtz en lui, & je le fins
encore au moment même-que
,'Vous me deftycz Jasuccessîon.
L)ttmitié wu$avoi? unis feus
les yeux d'une Princejje * -
également spirituelle & vertueuse
dans cet aimablesejour,
dansces, riantes campagnes (fil
tille,riadmet deplaisirs que ceux
qui luifontoffertspar les Muses.
Là nous avons affe% joui
des derniers entretiens de Ai, tEveque de Soijjons pour le
regretter long-temps.
Combien a-tril versé dàm
* Madame la Duchessedu Maine.
mon coeur d'amour, de refpeêl
& de zele pour l'académie!
Il ne vous abandonnait, m-art-
il dity que pour "vaquer aux
devoirsdeJon état.
Je rends graces au mien.,
qui me permettra plus d'ajjiduité;
uniquementpartagé entre
deux occupations,d'admis
rer mon hIaÍtre, &d'apprendre
de vous à exprimer mon
admiration;témoin toura tour
& de ses vertus & de vos
éloges.
Dans cette auguste retraite *
ou il daigne.quelquefois mJad
v* Marly. ,
mettre
mettre aJes délajjèmens;dans
ces momens heureux ou il tempère
l'éclat qui l'environne
pour dejeendrejusqu'q, nous,
je recueilleraiplussoigneusement
que jamais fèsparoles
fis allions qui échapent à l'hijtoire.
Je vous les rapporterai;
je fiai le precicuxujage que
iwusenpourrezfaire.
»
Oui, AdeJJteurs, les Héros
que la Fable a imagine.z, ou
que l'Histoireaembelis, ont
bejoin, pour paroitre grands del'appareil de , toutes leurs
udéloires
j
de l'ajjemblage detous
les jours de leurvie. Un
sieus jour du Roy vous four..
nit unpanégyrique:je dis même
unfienl de ces jours pd-ifibles,
ou il ne s'occupe que du
bonheur defia Cour & de la
félicité defies peuples.
Il respireenfin Apres tant
deglorieux travaux,il compte
avec impatience de quel moment
fies fiujets commenceront
a goûter tous les firuits de la
paix:toujours rempli desfoins
de cet heureux avenir, il ne
travaille qu'à nous l'ajjurer.
Sa tendrejfie paternelle fie croit
trop rejJèrréepar les bornes de
laplus longue vie; elle létend
n~u--de~là. Q9u,,e,lté»moignage tfo0~u--
chantuous en a-t-il donné, &
quelJpeélacle à l'Univers! Jamais
il ne paraît moins homr
me,que lors qu'ilJe souvient
de l'être. Puissè le CielJe contenter
de cettepieuse &fagé
préoyance!puissions-nousn'a-.
"voirjamais hejoin d'en rejjentir
les effets ! Queson h ritier.
croissè Jous ses yeux, & re..
çoiqje deJa bouche les injlructions
qu'il lui legue.
* Pour moy, Messieurs,Il le
titre £Académicien re 1c"nd
plus recommandable a vtre
Apgujle Proteâeur, mon -ele
poursa Personne ifacrée me rendraplus
cher à cette célébré
Compagnie. Les bontez de ce
Monarque vousont prévenus
en ma faveuy ; j'ai reffinti de
tous fies bienfaits le plus pur
& le plus précieux. Il a brisé
les funefles liens où niavoit
fnLagé le malheur de ma naiss
pince ; & cesi aux pieds de
Ces mêmes Autelsausquels il
triarappellé, queje dois former
autant de voeux pourfit
vie que vous éleruez de monu.,
mens poursa gloire.
Aprés que M. le Duc de
la Force eutachevésonDilcours,
M.l'Abbé d'Ettrées,
Commandeur de l'Ordre
du Saint Esprit, Dire<5teur
de l'Academie, luirépondit.
MONSIEUR,
Dans lesfréquentespertâi
que tAcademie afaitesdepuis:
quelques mois, elle s'ejl vûe
enlever beaucoup d'hommes illucres
; cesi ce quifanJa douleur
: mais de nepouvoirgueres
en perdre que de tels, cess
cequi. faitsa gloire; & enfin
de pourvoir les remplacer,cest
ce qui peut la conso ler.
C1tjl en effet, Monfiettr,
par cet endroit quelle Je console
aujourd'hui, en voyant
un homme de votre naijjance
& de votremérité prendre la
place d'ungrand Prelat quelle
regrette,& dont javoue que
.( je ne fçaurois me Jouvenir
sans me sèntir attendri. Je
fuisperjitadé MeJJteurs, que
ceux dentre vous qui ont
eu quelque liaison avec lui
rejjentent ce que je Jens mymême
dans ce marnent; car
cejl faire un éloge également
1Jeritable & glorieux de feu
Al. l'r-vequedeSoleons, que
de dire qu'il sétoit attiré l'ef
time & l'amitié de tous les
gens d'honneur; & vous me
pardonnerez Jtje fais le mien
en disànt que j'étois. de ses
amis.
Son esprit, sa candeur, ses
manieres polies, sa fidélité dans
te commerce de l'amitié> mbritpient
qu'on s'attachât 4
lui. Il tiroit toutes ces qualit ez
du fond d'un beau & noble
naturel, commun a tous ceux
de sa Adaijon. De la njenoit
cette union intimede trois freres,
tous trois dijlinguez chacun
dans leur état, digne pof
terité du fameux Chancelier
de Sillry.
Vne mort prématurée dans un âge qui.n,étai-t pas encore
fort avancé) nous a ravi cet
aimable&rcjpeélable Pre-
Lt, aujji recommandable par
sa regulritt:, par sa charité
envers les pauvres , par l'application
à ses devoirs, que
par les qualitez dont la nature
l'avoit avantagé. Vous lui
fùccedcz, Monfiettr) & vous
honorerez la place que vous
tlie^ prendre parmi no-us ;
fous,l'honorerez^
>
dis-je" nn
feulementpar le rang que 'VOUJ
lene'{ dans le mondey &pat
le nom que vous portt;z, un
des plus illuflres qu'il y ait
dans le Royaume : mais encore
par les talens propresd'un
Académicien
)
qui ont déja
brillédaus une Cour qui cfi
l'école du bongo,ut&le regne
de la politejjè> & outïut jusqTue'aupx
prLii/iris etfl a.ssaisonné
Quand ces talens ssous auraient
manquéyAdonfieur>
nous aurions de qaoyju(lisier
le choix qu'on a fait devous
par la faveur & la protection
que vous accorde'{ aux sciencesy
aux beaux 1rts, aux
belles Lettres, &par la libéralité
dont vous nfe^ envers
ceux qui sy dppliquent. Mous *sommes Académiciens ; notre
Académie efl comme la mere
& le modefe de toutes les autres
y
elleprendpart, elle sinterejje
à ce qni les regarde.
Nous riignorions pas ce qui leflpasé a Bordeaux: vous
y atek établi une Academie
qui renferme dansson objet
tout ce que les trois Académies
inftstuées ici, &qui traaillent
fous l'autorité & la
protcélwn du Roy, Je font
chacune proposéJeparrment.
Vous lui avek obtenu des Lettres
patentes de SaMajefié>
njQusy ae'{ fondé dcs prix,.
nom en êtes le pero : ce titre
fcul meritoit que nous enflions
de ïempreffement pour tout
tggreger à- la notre.
Apres celatl feroit inutile
que je vous exhortajfe au nom
de l'Acadeoeie a remplir les
devoirs£Académicien parnjo*
tre ajfîdmté aux ajfèmhlées,
par vos lHmieres, & meme >
çpmme vous le pourriez*?par
rvos ouvrages: vous naur
qu'à suivre votre inclination,
& à laijler prendre rejJor a
votre Genie,. pour répondre
à nos esperances, &pour confirmerrapprobation
generale
qu'on a donnée au choix que
ngus avons fait de votre Personne.
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Résumé : Extrait de la Harangue de M. le Duc de la Force, reçû à l'Academie Françoise, le 28. Janvier dernier. [titre d'après la table]
Le texte relate l'élection du Duc de la Force à l'Académie Française, succédant à l'évêque Bruslart de Sourdis. Le 28 janvier, le Duc prononce un discours où il exprime sa gratitude et son honneur d'avoir été choisi, tout en reconnaissant ses mérites littéraires limités. Il met en avant l'importance de l'Académie dans la promotion des arts et des lettres et annonce la fondation d'une académie à Bordeaux, sollicitant l'approbation de l'Académie Française. Il rend hommage à ses prédécesseurs, notamment Armand de Richelieu, et insiste sur la lutte contre l'hérésie. Le discours se conclut par des remerciements et une promesse de fidélité à l'Académie. Lors de la cérémonie académique, le Duc exprime son impatience de voir les fruits de la paix après des travaux glorieux et travaille à assurer un avenir heureux. Il loue la tendresse paternelle du monarque et souhaite que son héritier suive ses instructions. Il remercie le monarque pour ses bienfaits et forme des vœux pour sa vie. Après le discours du Duc de la Force, l'Abbé d'Ettrées prend la parole. Il loue les qualités des frères d'Ettrées, dignes héritiers du célèbre Chancelier de Sillery. Il évoque la mort prématurée d'un frère, regretté pour sa régularité, sa charité et ses talents. L'Abbé encourage le nouveau membre à honorer sa place par son rang, son nom illustre et ses talents académiques. Il félicite également le nouveau membre pour sa protection des sciences, des beaux-arts et des belles-lettres, ainsi que pour sa libéralité envers ceux qui s'y consacrent. Il mentionne l'Académie de Bordeaux, fondée avec des lettres patentes du roi, et encourage le nouveau membre à suivre son inclination et son génie pour répondre aux attentes de l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 157-165
Histoire curieuse de la nouvelle découverte d'une Académie nouvelle. [titre d'après la table]
Début :
Le même jour six de ce mois la rentrée des Académies [...]
Mots clefs :
Académies, Muses, Vers, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire curieuse de la nouvelle découverte d'une Académie nouvelle. [titre d'après la table]
Le même jour fix de ce
mois la rentrée des Académies
ſe fit. Un autre que moy paf
58 MERCURE
ſeroit legerement ſur cetarti
cle , & ne croiroit peut- être
pas cette nouvelle affez inte
reffante, pour ofer en allonger
lescirconstances; mais n'allons
pas fi vite , Meſſieurs,j'ay à ce
ſujet une hiſtoire importante
àvous faire.
A propos d'Academies
nous ſommes depuis longtems
dans l'ignorance ,&c'eſt
grand dommage que tout le
monde ne ſcache pas encore ,
qu'outre l'Academie Françoiſe
, celle des Sciences , des Infcriptions
, des Lanterniſtes de
Toulouſe ,& des Sçavants-de
GALANT .
ة ر و
Bordeaux & d'Angers , Nous
en avons depuis pluſieurs années
une à Paris tres fameuſe,
tres floriflante , & je voudrois,
pour timer du moins , ofer dire
à telle fin que de raiſon,
tres-galante; mais quoyque je
n'y entende pas de fineſſe ,
j'aurois peur qu'on me reprochât
la liberté de l'équivoque ,
& j'aimerois preſque autant
voir mon Livre profané ,
livré au dernier fupplice , que
cenſuré par cette illuftre Académie.
&
ob Muſtre , Meſſieurs , vous
dis-je , par les belles & bonnes
160 MERCURE
qualitez des perſonnes de l'un
&dc l'autre ſexe qui la compoſent
, par l'éclat des Ouvra,
ges qui ſortent de ſon ſein ,
& par le merite de ſes membres.
Je vous diray l'hiſtoire de
fon eſtabliſſement &de ſes revolutions
, quand ces grands
myſteres feront venus à ma
connoiffance , ce que je ſçay le
mieux à preſent , c'eſt le nom
qu'elle porte ,& ceux qu'elle a
pris dans ſa naiſſance . In principio.
Elle fut appellée l'Aſſemblée
des Cinthiens & Cinthiennes
. Ce mot tire lon
étymologie
GALANT 16
1
étymologie d'un certain nom
de Cinthie que les Poëtes donnerent
, dit on , autrefois à
Diane. Voyez Menage. Chap...
P.... V.... L. &c.
Elle fut depuis appelléc
l'Aſſemblée des Pierides , mais
ce ſobriquet ne luy reſta pas
longtems , une Muſe d'entre
elles , qui vaut mille fois mieux
que je ne peux vous dire , ſe
fouvint à propos que ces Demoiſelles
Pierides , filles du
vieux Roy Pierre ( M. l'Abbé
Grafieru diroit Pierus , par veneration
pourles Anciens ) avoient
eſté des temeraires , des babil-
May 1715.
162 MERCURE
lardes qu'Apollon , Diane ſa
foeur , & les Muſes en courroux
avoient metamorphoſées
en Pics : elle fit faire cette
remarque à l'Académie , qui
aprés avoir opiné longtems ſi
l'on ſe pareroit encore d'un titre
auſh injurieux , ſoumit enfin
cette déciſion àla pluralité
des voix : on fut aux ſcrutins
dansune coeffe ,& enfin tous
les fuffrages réünis , il fut jugé
que ce miferable nom feroit
profcrit , & en même tems
deffendu de l'employer jamais
en Vers ni en Profe , pour
quelque raiſon ou prétexte
GALANT. 163
que ce pût eſtre , de quelque
qualité&condition qu'on fur.
Cependant il falloit un nom à
la Compagnie ,&c'eſtoit bien
la moindre choſe. Il y furà
l'inſtant procedé , & l'affaire
pro prodigieuſement revûë , épiloguée
, examinée ,il fut conclu
que cette Affemblée s'appelleroit
dorénavant l'Affemblée
des Heliconides ( comme
qui diroit habitantes du Mont
Helicon , que tout le monde
connoîtaujourd'huy autant&
plus que le Mont Valerien. )
Item le Domicile de l'Académic
fut nommé le Mont de la
Oij
164 MERCURE
Lune , parce que le liensou
cette élcctiona eſté faite, eft ,
dit on , dequatre ou cinq toiſes
plus võiſin de la Lune que
la plaine de Vaugirardim
Vous prenez peut-eftrececy
pour une fiction , Meffieurs ,
mais degrace dérrompez vous
fur ma parole , & ſçachez qu'-
on fait dans cette Académic
des éloges ,des compliments,
des Livres & des Traductions
en Profe , en Vers , en François
, en Latin ,& de touthors
duGrec. En un mot malgré le
ton ferieux fur lequel j'ay
monté la nouvelle découverte
ر
JGALANT. 165
de cette Académie , il en font
de fort bons Ouvrages . En
voicy la preuveropst
mois la rentrée des Académies
ſe fit. Un autre que moy paf
58 MERCURE
ſeroit legerement ſur cetarti
cle , & ne croiroit peut- être
pas cette nouvelle affez inte
reffante, pour ofer en allonger
lescirconstances; mais n'allons
pas fi vite , Meſſieurs,j'ay à ce
ſujet une hiſtoire importante
àvous faire.
A propos d'Academies
nous ſommes depuis longtems
dans l'ignorance ,&c'eſt
grand dommage que tout le
monde ne ſcache pas encore ,
qu'outre l'Academie Françoiſe
, celle des Sciences , des Infcriptions
, des Lanterniſtes de
Toulouſe ,& des Sçavants-de
GALANT .
ة ر و
Bordeaux & d'Angers , Nous
en avons depuis pluſieurs années
une à Paris tres fameuſe,
tres floriflante , & je voudrois,
pour timer du moins , ofer dire
à telle fin que de raiſon,
tres-galante; mais quoyque je
n'y entende pas de fineſſe ,
j'aurois peur qu'on me reprochât
la liberté de l'équivoque ,
& j'aimerois preſque autant
voir mon Livre profané ,
livré au dernier fupplice , que
cenſuré par cette illuftre Académie.
&
ob Muſtre , Meſſieurs , vous
dis-je , par les belles & bonnes
160 MERCURE
qualitez des perſonnes de l'un
&dc l'autre ſexe qui la compoſent
, par l'éclat des Ouvra,
ges qui ſortent de ſon ſein ,
& par le merite de ſes membres.
Je vous diray l'hiſtoire de
fon eſtabliſſement &de ſes revolutions
, quand ces grands
myſteres feront venus à ma
connoiffance , ce que je ſçay le
mieux à preſent , c'eſt le nom
qu'elle porte ,& ceux qu'elle a
pris dans ſa naiſſance . In principio.
Elle fut appellée l'Aſſemblée
des Cinthiens & Cinthiennes
. Ce mot tire lon
étymologie
GALANT 16
1
étymologie d'un certain nom
de Cinthie que les Poëtes donnerent
, dit on , autrefois à
Diane. Voyez Menage. Chap...
P.... V.... L. &c.
Elle fut depuis appelléc
l'Aſſemblée des Pierides , mais
ce ſobriquet ne luy reſta pas
longtems , une Muſe d'entre
elles , qui vaut mille fois mieux
que je ne peux vous dire , ſe
fouvint à propos que ces Demoiſelles
Pierides , filles du
vieux Roy Pierre ( M. l'Abbé
Grafieru diroit Pierus , par veneration
pourles Anciens ) avoient
eſté des temeraires , des babil-
May 1715.
162 MERCURE
lardes qu'Apollon , Diane ſa
foeur , & les Muſes en courroux
avoient metamorphoſées
en Pics : elle fit faire cette
remarque à l'Académie , qui
aprés avoir opiné longtems ſi
l'on ſe pareroit encore d'un titre
auſh injurieux , ſoumit enfin
cette déciſion àla pluralité
des voix : on fut aux ſcrutins
dansune coeffe ,& enfin tous
les fuffrages réünis , il fut jugé
que ce miferable nom feroit
profcrit , & en même tems
deffendu de l'employer jamais
en Vers ni en Profe , pour
quelque raiſon ou prétexte
GALANT. 163
que ce pût eſtre , de quelque
qualité&condition qu'on fur.
Cependant il falloit un nom à
la Compagnie ,&c'eſtoit bien
la moindre choſe. Il y furà
l'inſtant procedé , & l'affaire
pro prodigieuſement revûë , épiloguée
, examinée ,il fut conclu
que cette Affemblée s'appelleroit
dorénavant l'Affemblée
des Heliconides ( comme
qui diroit habitantes du Mont
Helicon , que tout le monde
connoîtaujourd'huy autant&
plus que le Mont Valerien. )
Item le Domicile de l'Académic
fut nommé le Mont de la
Oij
164 MERCURE
Lune , parce que le liensou
cette élcctiona eſté faite, eft ,
dit on , dequatre ou cinq toiſes
plus võiſin de la Lune que
la plaine de Vaugirardim
Vous prenez peut-eftrececy
pour une fiction , Meffieurs ,
mais degrace dérrompez vous
fur ma parole , & ſçachez qu'-
on fait dans cette Académic
des éloges ,des compliments,
des Livres & des Traductions
en Profe , en Vers , en François
, en Latin ,& de touthors
duGrec. En un mot malgré le
ton ferieux fur lequel j'ay
monté la nouvelle découverte
ر
JGALANT. 165
de cette Académie , il en font
de fort bons Ouvrages . En
voicy la preuveropst
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24
p. 287-288
Avis important aux Muses qui negligent leurs Personnes.
Début :
Muses au teint presque olivâtre, [...]
Mots clefs :
Traits, Muses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis important aux Muses qui negligent leurs Personnes.
Avis important aux Muſes qui
negligent leurs Perſonnes.
Mufes auteintpresque olivâtre,
Qui ne mettezrouge nyplaire ,
Qui refufeztout àvossens,
Onfçaitqu' Appollon vostrefrere,
En parcourant noſtre bemifphere ,
Présde Montmartre vous logea ,
Et que Diane en délogea
Craignant beaucoup la médifance;
Carvousjafezfans complaisance,
Et ne respectezque les Rois
Dontvousfuivezles douces loix.
Loüis le plus grand des Monarques
,
Ravipar les cruelles Parques
288 MERCURE
Fut longtemps de vos chants
l'objet ;
Ilest devenu leſujet
Devos chagrins &de vos larmes;
Contre la mort baiffezles armes,
Chantezſon tres-digne Neveu ,
Vous aurezdes François l'aveus
Mais embellißez vos viſages ,
On fait cas des belles images
Etl'on estime les Portraits,
Quandils reffemblent traits pour
traits.
negligent leurs Perſonnes.
Mufes auteintpresque olivâtre,
Qui ne mettezrouge nyplaire ,
Qui refufeztout àvossens,
Onfçaitqu' Appollon vostrefrere,
En parcourant noſtre bemifphere ,
Présde Montmartre vous logea ,
Et que Diane en délogea
Craignant beaucoup la médifance;
Carvousjafezfans complaisance,
Et ne respectezque les Rois
Dontvousfuivezles douces loix.
Loüis le plus grand des Monarques
,
Ravipar les cruelles Parques
288 MERCURE
Fut longtemps de vos chants
l'objet ;
Ilest devenu leſujet
Devos chagrins &de vos larmes;
Contre la mort baiffezles armes,
Chantezſon tres-digne Neveu ,
Vous aurezdes François l'aveus
Mais embellißez vos viſages ,
On fait cas des belles images
Etl'on estime les Portraits,
Quandils reffemblent traits pour
traits.
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25
p. 173-177
Lettre en Prose & en vers, adressée à l'Auteur, [titre d'après la table]
Début :
On pouroit presque comparer un Mercure à un habit d'Arlequin ; [...]
Mots clefs :
Arlequin, Lyre, Récit, Muses, Plaisirs, Satyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre en Prose & en vers, adressée à l'Auteur, [titre d'après la table]
Npouroit prefque comparer
un Mercure à un habit
d'Arlequin , c'eft un composé de
toutes fortes de piéces de differentes
couleurs , & cette bizarrerie
fans doute en eft un des principaux
agrémens ; il y faut coudre
tout ce qui paroît bon c'eft
la raifon pour laquelle on trouvera
ici la Lettre fuivante ; je l'ai
jugée trop bien écrite pour ne lui
pas donner place dans ce recueil.
D'ailleurs comme la perfone
qui ma fait l'honneur de me l'adreffer
, m'eft inconue , je ne
puis micux lui marquer ma re174
LE NOUVEAU
connoiffance qu'en la rendant
Publique . J'agirai toujours ainfr
toutes les fois que l'on s'offrira
à moi d'auffi bone grace.
Souvent j'ai medité d'abandonner
la Lyress
Mais tel eft le deftin des enfans
d'Apollon
Toujours vers lefacré Vallon ,
Unpenchant obſtiné, malgré nous,
nous attire.
Aprés ce début M. vous
devés pas douter , que je ne
vous faffe part de mes amufemens
je le ferai avec dautant
plus de plaifir , que fur le récit
qu'on ma fait de ... Je
me fens une forte inclination de
MERCURE. 175
fier avec vous un commerce d'amitié.
J'efpére b. aucoup d'une
union . qui fera l'ouvrage des
Mufes. Je vous ferois bien
obligé , fi vous vouliés m'apprendre
la forme que vous donnerés
à vos Recueils . Cela me
procureroit la facilité d'y conformer
ce que je pourrai produire
, il ne faut pourtant pas
que vous conceviés une trop
grande idée de moi. Voici mes
talens.
Exprimer tendrement un amonreux
miftere ,
Chanter mes plaifirs , mon
chagrin;
De depit quelque-fois abandonner
Cithere
,
176 LE NOUVEAU
Et recourir au Dieu du vin,
A Bbé. C'eſt àpeu présce queje
pourraifaire
Comme il faut cependant varier
Lesfujets
Fefçais , d'un grain defel artique
Affaifonner ane critique.
La Satyre à l'esprit fournit d'aimables
traits. RUST ( 2
Quelquefois je pourrai d'un mos
faire un myflere , auslas
Et par- làpréparer au Lecteur obfiné,
Qui de le rencontrerfaisſon unipos
que affaire
Le plaifir confolant de l'avoir deviné
Mais voici le meilleur , &le moin,
ordinaire ,
chez
MERCURE. 177
Chez ce qu'on appelle un Auteur
;
Si mes Vers n'ont le don de
plaire;
S'ils neflattent l'efprit ou ne gagnent
le coeur
Cher Abbéjefçaur ai me taire.
Je fuis M.
un Mercure à un habit
d'Arlequin , c'eft un composé de
toutes fortes de piéces de differentes
couleurs , & cette bizarrerie
fans doute en eft un des principaux
agrémens ; il y faut coudre
tout ce qui paroît bon c'eft
la raifon pour laquelle on trouvera
ici la Lettre fuivante ; je l'ai
jugée trop bien écrite pour ne lui
pas donner place dans ce recueil.
D'ailleurs comme la perfone
qui ma fait l'honneur de me l'adreffer
, m'eft inconue , je ne
puis micux lui marquer ma re174
LE NOUVEAU
connoiffance qu'en la rendant
Publique . J'agirai toujours ainfr
toutes les fois que l'on s'offrira
à moi d'auffi bone grace.
Souvent j'ai medité d'abandonner
la Lyress
Mais tel eft le deftin des enfans
d'Apollon
Toujours vers lefacré Vallon ,
Unpenchant obſtiné, malgré nous,
nous attire.
Aprés ce début M. vous
devés pas douter , que je ne
vous faffe part de mes amufemens
je le ferai avec dautant
plus de plaifir , que fur le récit
qu'on ma fait de ... Je
me fens une forte inclination de
MERCURE. 175
fier avec vous un commerce d'amitié.
J'efpére b. aucoup d'une
union . qui fera l'ouvrage des
Mufes. Je vous ferois bien
obligé , fi vous vouliés m'apprendre
la forme que vous donnerés
à vos Recueils . Cela me
procureroit la facilité d'y conformer
ce que je pourrai produire
, il ne faut pourtant pas
que vous conceviés une trop
grande idée de moi. Voici mes
talens.
Exprimer tendrement un amonreux
miftere ,
Chanter mes plaifirs , mon
chagrin;
De depit quelque-fois abandonner
Cithere
,
176 LE NOUVEAU
Et recourir au Dieu du vin,
A Bbé. C'eſt àpeu présce queje
pourraifaire
Comme il faut cependant varier
Lesfujets
Fefçais , d'un grain defel artique
Affaifonner ane critique.
La Satyre à l'esprit fournit d'aimables
traits. RUST ( 2
Quelquefois je pourrai d'un mos
faire un myflere , auslas
Et par- làpréparer au Lecteur obfiné,
Qui de le rencontrerfaisſon unipos
que affaire
Le plaifir confolant de l'avoir deviné
Mais voici le meilleur , &le moin,
ordinaire ,
chez
MERCURE. 177
Chez ce qu'on appelle un Auteur
;
Si mes Vers n'ont le don de
plaire;
S'ils neflattent l'efprit ou ne gagnent
le coeur
Cher Abbéjefçaur ai me taire.
Je fuis M.
Fermer
26
p. 177-209
LETTRE A MONSIEUR *** Sur le Voyage du Parnasse, Par M. RAIMOND.
Début :
De deux Dissertations ou Lettres sur un Livre nouveau intulé, / Jusques ici, Monsieur, on n'avoit employé d'autres [...]
Mots clefs :
Érudition, Muses, Satyre, Parnasse, Écrivains, Déesse, Poète, Style, Peintre, Voyageur, Raison, Triomphe, Ironie, Savants, Ouvrages
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A MONSIEUR *** Sur le Voyage du Parnasse, Par M. RAIMOND.
DE
E deux Differtations cu
Lettres fur un Livre nouveau
intulé , Voyage du Parnaffe,
qui m'ont été envoyées ; j'ai préferé
celle qui m'a paru la moins
partiale : Dans la premiere que
j'ai rejettée & qui étoit fans nom.
l'Auteur y étoit traité fans miſericorde
: on ne faifoit graceni ,
fa Profe , ni à fes Vers : on pla-
Fanvier 1717.
R
178 LE NOUVEAU
çoit l'un & l'autre beaucoup au
deffous du modele fur lequel il
s'eft conformé , qui felon nôtre
Cenfeur , n'eft ni la Satyre de
Petrone , ni les Ragguali di Parnaſſo
è la Secretaria di Appolle
car ces deux ouvrages font excellents
) mais plûtôt une certaine
Hiftoire d'Anacreon , qui
parut il y a quatre ou cinq ans.
Notre Critique continue à
peu près fur ce ton .
moi qui ne veut point violer la
loi que je mefuis impofée , &
qui veux obferver une exacte
neutralité , je m'en fuis tenu à
la Lettre de M. Raimond
j'efpere qu'on me fçaura gré
de lui avoir donné la préference,
Pour
MERCURE. 179
********
LETTRE
A MONSIEUR
***
Sur le Voyage du Parnaffe ,
Par M. RAIMON D.
›
n'avoit employé d'autres
armes contre les modernes
que des Préfaces & des calculs
d'autorité . Ils avoient toûjours
répondu par des preuves & des
démonstrations : & la timide
Géométrie , qui n'ofe croire ,
Rij
180 LE NOUVEAU
fans être convaincuë , s'étoit affociée
à leur cauſe. Cet appui
fi confidérable leur fembloit devoir
décider la diſpute : Mais
toutes les reffources de leurs adverfaires
n'étoient pas épuifées ,
Un d'entr'eux s'élève de
nouveau contre une Secte fi
funefte à l'érudition , & dans une
fiction ingénieufe , où il décrit
avec exactitude l'ordre hyerarchique
des Favoris des Mufes.
Il dreffe une attaque d'autant
plus difficile à repouffer , qu'elle
eft foûtenue par la fatyre la
plus fine & la plus délicate.
Ce coup inopiné ne triompheroit
- il pas , M. , de votre
conftance à demeurer dans l'erreur
: & la demande que vous
MERCURE. 181
m'avez faite de l'extrait de cet
Ouvrage , ne feroit - elle pas le
commencement d'un heureux
retour ? Je vais faire enforte de
concourir à cette métamor
phɔfe , en vous donnant un fi
déle , mais vif précis de la critique
. Que pourroit contre nous
belprit adroit des novateurs , fi
nous avions de notre côté le
fubril Mercure ?
On ne s'y peut méprendre ;
le nouveau Géographe du Parnaffe
eft fort exacte fur la Chronologie
. Malheur à tout Poëte,
qui fe préfente fous fa plume,
fans être marqué au coin reſpectable
des ans . Cet intégre
perfonnage ne sçauroit pardonner
à une datte tant foit pev
R ij
182 LE NOUVEAU
moderne. Pourquoi , diront nos
Ecrivains d'ordinaire mauvais
plaifans , ne fommes- nous
pas nés du tems de Virgile ?
nous aurions un approbateur
de plus . Comme le but principal
de la relation eft de foudroyer
les Partifans de ce fiécle
, on ne perd point ici dé
vûë cet objet . Par tout l'érudite
antiquité triomphe . Par tout
l'ignorance de nos jours trouve
de quoi fe deffiller les yeux . Il
n'eft pas jufques à nos beaux
efprits , à qui on n'enlève le
mafque ; & ceux que nous
'avions crus toûjours les plus
univerfels dans l'éloquence &
dans la Poëfie ; maintenant dépouillés
de ces talents , dont
MERCURE.
183
ils ne poffedoient que le Phanôme
, rougiffent d'avoir pour
out mérite une connoiffance
affés éxacte de leur propre
langue .
la
Quelques délicats à la vérité
trouvent à redire dans la maniere
, dont les interlocuteurs
foûtiennent ici leurs diverfes
opinions . Il leur paroît que
caufe de M. de la Motte Y eft
condamnée, même avant d'être
inftruite , & qu'on ne lui donne
des Avocats , que pour prononcer
plus juridiquement fon
Arrêt : Mais cette objection eft
légére il faut avouer qu'on
infulte vivement dans cette production
aux ennemis du goût
Chronologique , & qu'on y fon-
R iiij
184 LE NOUVEAU
ge plûtôt à les opprimer , qu'à
les convaincre ; mais n'importe,
en matiere de difpute , une injure
vaut bien plufieurs arguments
.
Voilà ce me femble , M.
une efquiffe affés fidélement
tracée ; commençons à vous
donner une copie plus correcte .
L'Ouvrage divifé en deux parties
, dont chacune contient fix
Livres , s'annonce pour Poëme
au Lecteur par une courte Préface.
Plût au Ciel que nous
n'cuſſions jamais à effuyer d'avertiffements
moins utiles ?
Tout à coup le Réparateur
des Torts entre en matiere , occupé
tout entier du défir de
voir le féjour des Mufes ; il dé
MERCURE. 187
bure par une invocation , &
chaque parole qu'il prononce,
opére un prodige .
Déja fa priere eft oüye
Calliope vient , il la voit.
La Déeffe lui amene le courcier
aîlé des Poëtes. C'eftà re
gret qu'elle ne le conduit pas
elle-même au Parnaffe . Il ne
faut pas moins pour l'en empêcher
, que la multitude des ordres
exprés , dont Apollon l'a
chargée pour la République
des Lettres . La confiancequ'elle
a dans la force & l'adreffe du
Cavalier, lui fert à peine de confolation
. Cependantfon Favori
eft déja bien loin , & elle parle
186 LE NOUVEAU.
encore ; Pegafe vole, il parcourt
des efpaces immenfes il apperçoit
la double cime , il bat
des ailes , & plus léger qu'un .
trait , il porte le curieux voyageur
fur le mont facré . Que
de miracles en un inftant !
Un commencement fi extraordinaire
ne promet pas des fuites
moins étonnantes . L'étranger
rencontre deux habitants de la
Région Poëtique , qui bientôt le
devinent un de leurs confreres :
Et c'étoit-là ceux que le Dieu
des Vers lui deftinoit , pour
lui donner une parfaite connoiffance
de ce Pais fi fameux.
L'un dont les lauriers cachent
les cheveux blancs , eft introduit
fous le nom de Crantor , l'autre
A
MERCURE. 187
nommé Cliton , eft plus jeune,
& d'un exterieur moins négligé.
Tous deux , à ce qu'on nous apprend
ici , font l'honneur des
rives du Permeffe , & par conféquent
le font prefcrits pour
loi , une réligieufe admiration
des anciens . Suivez , Monfieur ,
ces illuftres guides , & vous
allés faire plus d'une décou
verte importante : Avec leurs
fecours je vais vous montrer des
enchanteurs , où la raifon pareffeufe
à inventer , n'apperçoit
que des moulins.
Les images fe préfentent en
foule ; là fur les bords rians ;
que baigne Caftalie de fon liquide
cristal , le Chantre immortel
du fougueux Achille
188 LE NOUVEAU
boit à long trait le nectar. Chaque
inftant le voit briller d'une
gloire nouvelle . Apollon fans
ceffe le pénetre des plus vivifiants
de fes rayons ; fans ceffe
il fe complaît à voir dans ce
Divin Génie, renaître fon image.
On voit aux côtés de l'augufter
Grec la fidéle Prêtreffe . Ici
Pindare rendant Orphée jaloux
de fes fons harmonieux , lui
fait brifer de dépit fa lire . Le
Poëte paroît plus grand que
les Héros- mêmes , dont il chante
les exploits . Cependant la trompette
bruyante fait retentir les
airs en voix pluſqu'humaine .
Du Deftin des Latins prononce
les Oracles.
MERCURE. 189
Peut-on méconnoître celui
qui la guide . C'est le Souverain
du Pinde ou c'eft le Paſteur
de Mantoüc.
J'allois pourfuivre fur ce ton
emphatique , fi un utile incident
ne m'eût averti , que vous at
tendiez de moi un fimple extrait,
Le plaifir dont le Voyageur fortuné
goute les charmes , eft bien
digne , que nous le partagions,
Il eſt des demi- Sçavantes au
Parnaffe , auffi bien qu'à Paris.
Ces femmes peu fenfées emploient
une partie de leurs oififs
jours , à converfer avec leurs
comtemporains , à lire leurs
meilleurs ouvrages , à oublier
même tout autre écrit, qui pourroit
faire faire diverfion à leurs
190 LE NOUVEAU
applaudiffemens . Elles feroient
en état fur la foy de leur feule
mémoire , de donner une édition
des Corneilles , des Molieres
des Defpréaux , des Racines ,
même des la Mottes . Elles ont
parcourû fur les traces du P.-
Malbranche le vafte Pais des
abſtraits. Elles ont pénétré dans
les fecrets les plus cachez de la
Philofophie Cartefiene . Aucune
production nouvelle ne leur
eft échapée ; & fouvent de tout
Homere, elles ne conoiffent que
lenom : Ainfi, paffant leur vie à
chercher le Beau , elles meurent.
fans l'avoir trouvé . C'eft,furtout
ces piétieufes , qu'en veut le
Géographe du Païs des Mufes .
Il fe fait introduire par fes GéMERCURE.
191
nereux guides dans une de ces
Compagnies , où la Dame H autaine
, & le Courtifan infipide
font en phrafes à la mode l'Apologie
de notre Siécle . Auffitôt
nos zelés Partifans des anciens ,
entrent en couroux . Leur mauvaife
humeur éclate . Ils ne peuvent
tenir contre l'énigmatique
precision , & l'affectation ridicule
de nos Auteurs . Le ftile ,
que les autres honorent du nom
de délicat, n'eft à leur gré , qu'un
amas de pointes frivoles , & de
tours vicieux . Vainement leurs
adverfaires s'écrient qu'on
n'apprécie pas affez le merite
des vivans qu'il eft du devoir
de ceux , chez qui la paffion net
s'empare jamais des droits du
192 LE NOUVEAU
goût & de la raifon ; de dire tou
jours à leurs perils, ce qu'ils penfent
à l'avantage des autres :
que fouvent la jaloufie nous fait
tenir en garde contre le plaifir
humiliant , que nous donnent
les ouvrages de ceux , par qui
nous nous fentons furpaffes .
Ces raifons ne font qu'irriter
l'ardeur des athletes . L'Auteur
s'éguaie à les voir terraffer leurs
Antagoniſtes ..
On en vient bientôt aux citations
: la châleur de la diſpute
nuit à la mémoire. Plus d'un
Ecrivain voit à regret fa penſée
mutilée , ou privée de fon jour:
mais pour être cité fidelement,
lui en feroit- t'on moins fon procés
? Rien ne peut éviter la critique
MERCURE.
193
tique judicieufe de l'atrabilaire
Cliton. Un tel Poëte , fi l'on
en confulte le Cenfeur inexorable
, n'enviſage fon art qu'au
travers des foibles lueurs de fa
Métaphifique : il eft denüé de
fentimens il ne fçait point
peindre il ne fçait point quitter
la terre; celui - cy ne cherche
qu'à énerver fes expreffions,
àéguifer des Strophesen épigrammes
, à remplir des vers durs ,
de moralités triviales , & hors
d'oeuvre. Cet autre méprifant
dans fon orgueilleufe Philofophie
ce beau défordre , qui caractériſe
le Lirique ; donne effrontement
le nom d'Odes à de
fimples Differtations , auffifroi- ,
des , qu'uniformes ; tels , ces
Janvier 1717. S
94 LE NOUVEAU
Vaiffeauxqui n'ont point encore
vû la mer , portent quelques
fois les noms de Victorieux &
de Foudroyans.
A ces portraits fi conformes
à leurs Originaux , mais , où l'on
évite avec tant de foin les termes
injurieux , dira - t'on encore
, qu'on traite fans ménagement
les Deffenfeurs
modernes ?
des
Pourra- t'on foupçonner , que
le zele de Cliton parte d'un
autre motif, que de l'interêt
de la Poëfie ? N'en doutons
point ; il fe rencontrera de ces
fcrutateurs
impertinens des
.coeurs , qui oferont deviner
que la qualité de mauvais Poë
te n'eft pas celle qui choque
MERCURE.
195
de critique dans les Ecrivians ,
dont il vent faire la peinture .
Vous vous garderez bien
Monfieur , d'être du nombre
de ces médifants . J'en répondrois
pour vous : Mais peutêtre
allez- vous former un jugement
téméraire d'une autre
ofpéce ? Peut- être croirez - vous
que le redreffeur de nos cerfeaux
fé contente de donner
un amas de corrections ftériles ?
Non , Monfieur , il ne fe borne
pas aux préceptes ; il y joint
les exemples , Madrigaux , Epigrammes
, compliments à Climene
, Adieux à Philis , Satires,
Epitres , Odes ; choififfez dans
quel gente vous voulez écrire ,
& vous trouverez dans cette
Sij
196 LE NOUVEAU
production , les modéles que
vous devez imiter. On vous en
donne pour garands les Defpreaux
, & les Crantors.
Excufez en cet endroit mon
embarras. Quoique je vous aye
promis , je fuis contraint de renoncer
à une exacte Analife.
Auffi bien fous quelles couleurs
pourrai-je vous tracer une image
agréable du nouveau Parnaffe ?
De quel oeil confidereriés vous
les Habitans de ceMont , fans y
diftinguer même parmi la foule,
vos amis les plus eftimables .
Le Peintre nous étale dans
un Tableau pompeux la nombreuſe
Cour du Prince des Poëtes
; & combien eft - il de noms
obfcurs , qui doivent le jour à
MERCURE. 197
fon Pinceau ? L'un coudoyé
par Sophocle , eft embarraffé
dee fe voir en fi bonne compa
gnie. L'autre ne va fe places ,
qu'en tremblant à côté d'Euripide.
Une terminaifon trop moderne
, fait rejetter ceux- ci . Ceuxlà
doivent à une finale latine le
rang qu'ils occupent.
1
Au pied de la Montagne Sa
crée,l'on voit proche l'Helicon ,
une Plaine entre- coupée de Marais.
C'eſt là , que fe rendent
ceuxqui font bannis de la double
Colline. Mais , qui l'eût crû t
Le célébre Houdart en ces lieux.
Tel devoit être le fort du fucceffeur
de S. Sorlin . Une méditation
profonde eft peinte før
198 LE NOUVEAU
fon vifage . Il paroît comme
étourdi d'un coup , dont il vien-;
droit d'être frappé . L'injustice
dont il accuſe ſes adverfaires ,"
eft là caufe de fa trifteffe ; tout
à coup la voix de Rouffeau fe
fait entendre : Il approche , il
apperçoit l'Auteur de la nouvelle
Iliade & fremit à fon
afpect . Envain , pour cacher
fon trouble , il emprunte le ton
de la Satires fon ennemi , mê.ne:
vaincu , lui paroît terrible .
Le Voyageur aprés s'être long
temps occupé de cette inultitu
de de fpectacles , fuit Cliton
dans une grote , où le Dieu des ,
Vers par un nouveau nectar
reprime les vapeurs de fes Fax
voris ; quoique le fage Crantor
MERCURE. 199
trouve la tranfition incivile. Il
ne peut fe réfoudre à quitter
des perfonnes qu'il aime. Il
entre , & les premiers objets
qui s'offrent à lui , font Gliceron
& Cotinet , deux des Antagoniftes
, qu'il avoit eû la veille à
combattre dans la compagnie
de nos demis - Sçavantes. Les
Atheletes bientôt fe mefurent
des yeux. Ils fe joignent. Ils
font de nouveaux efforts pour
obtenir la victoire .
N'entendre que le fubtil Cotinet,
On nefçaitpas , s'il impofe ,
Mais il parle fur la chofe
Comme s'il avoit raison .
En effet , comme dans cette
200 LE NOUVEAU
difpute on attaque moins le
Poëte , que le cenfeur d'Homere
, les Avocats de M. de
la Motte réüniffent ici toutes
leurs forces , pour juſtifier ſon
procédé.
Il n'a felon eux ,d'autres vûës ,
que d'entendre , & de faire entendre
la raifon . Le vrai lui eft
auffi bon de la main des autres ,
que de la fienne . Il étudie dans
ce qu'on lui oppofe , ce qu'il
peut y avoir de raifonnable ,
auffi content quelquefois , en
avoüant qu'il s'est trompé , que
le peuvent être ceux qui le réduifent
à en convenir. S'il propofe
des régles pour le Poëme
Epique , c'est toujours avec la
ufte défiance où l'on doit être
de
MERCURE. 201
de foi-même. Toutes fes veilles
ne font confacrées , qu'au foin
de fauver les jeunes gens du
préjugé dangereux où les jette
une admiration aveugle , & de
purger leur éducation de la
contradiction ordinaire qui y
régne. On leur crie d'un côté ,
cela eft divin , & de l'autre on les
reprend , quand ils viennent à
l'imiter. M. de la Motte ne
fonge donc qu'à leur donner des
idées fixes & uniformes , fu
lefquelles ils puiffent régler
également leur eftime & leur
travail. D'ailleurs de quels
égards n'ufe - t'il pas dans fa critique?
Demande- t'il autre chofe,
que de pouvoir louer Homere ?
Ceux d'entre les modernes ,
.
Fanvier 1717 .
>
T
202 LE NOUVEAU
cú
qui ont foûtenu leur parti avec
le plus de chaleur & de dignité ,
n'ont- ils pas avoués généreusement
, qu'Homere auroit peutêtre
atteint la perfection de
fon art , s'il fut né dans le fiécle
d'Augufte , ou dans le notre ;
mais que né dans le tems
l'art ne s'étoit point encore
montré , n'étant guidé par aucunes
régles , éclaire , par aucuns
exemples , on lui doit tenir
compre de fon Poëne , tout
monftrueux qu'il eft . Enfin
qui jamais , ajoute t'on , s'eft
avifé d'accufer un homme de
Géometrie , pour avoir donné
à la Poëtique fes axiomes , fes
théorèmes , fes corrollaires , fes
démonftrations.
MERCURE.
203
Je vous vois déja , Monfieur ,
partager le triomphe apparent
de votre Secte. Que peuvent
répondre , dites - vous , les deffenfeurs
de l'antiquité ? Nous
avons les lumieres de la Philofophie
, & ils n'ont que trois
mil ans d'admiration . A qui
s'en tenir au préjugé , ou à la
raifon ?
Vos argumens , il faut l'avouer
, fembleroient être autant
de coups mortels pour notre
parti , fi nous n'avions de notre
côté le genie fublime du Sçavant
Crantor. Quel charme ! de
le voir , tantôt commenter les
autorités tantôt manier la
délicate ironie , quelquefois
;
Tij
204 LE NOUVEAU
emporté par le beau feu , qui l'anime
, prendre le ton d'oracle ,
& annoncer aux Zoiles préfomptueux
, que tous les nuages
, dont ils s'efforcent
d'obfcurcir
Homere , ferviront feulement
à faire éclater davantage
les raions de ce Soleil ? Sur
tout avec quelle addreffe , avec quelle
force
fe fertil
entre
fes .
adverfaires de leur propre critique
? Ne craignés point d'entendre
ici ces juftifications tant
de fois repetées . On y allegue
plus ,pour fauver quelques paffages
obfcurs ou choquans , l'harinonie
grecque , la fçavante allegorie
, la noble fimplicité des
temps heroïques . Un feul mor
vous arrache la victoire . Vous
MERCURE. 205
avez beau vous confumer en
vains raifonnemens ; on vous
avertit , que malgré vous , Homere
fera toûjours le plus grand
des Poëtes. Le gros des hommes
ne fe trompe point & le
beau eft immuable.
La converfation alloit s'échauffer
; fi un bruit fubit ne fe
für joint au murmure des combattans
. C'étoient deux Poëtes ,
qui difputoient enſemble fur la
prééminence de leurs ouvrages.
Lesraifons bientôt furent fuivies
des injures , & les coups fuccé
derent. Nouveaux fillogifmes ,
Monfieur , qui devroient vous
engager à fuivre nos étandars .
Rarement les zelés adorateurs
des anciens ont entr'eux ces fu-
T
206 LE NOUVEAU
jets de difpute. Ils n'ont point
le deffaut de compofer.
Eft- ce enfin affez de preuves ?
Vous obftinerez- vous encore ,
à ne pas voir la verité , qui fe
dévoile à vos yeux ? Je vous
entens. Le refpect humain ope
re. Vous craignez le nom de déferteur.
Achevons de vous guerir
, en rompant cette derniere
chaîne , qui vous affervit à la
mauvaife caufe . Vous appréhendez
, dites- vous , qu'on ne vous
accufe d'avoir trahi vôtre parti?
Mais depuis long- temps il n'éxifte
plus . Vos troupes ont êté
pour jamais difperfées . Ceux
tmêmes pour qui vous con b tviez
, fe font déclarez contre
tous. Qui peut donc vous reenir
Eft ce attachement pour
MERCURE. 107
vôtre chef ? Songez plûtôt ,
Monfieur , à déplorer fon infortune
, qu'à imiter fa rebellion .
Voici le trait , dont il devoit
perir . Le voyageur affemble
chez un Mecene bourgeois plu-
' fieurs juges d'un merite diftingué
, on y lit un poëme monftrueux;
& l'on le fait pafferfous
le nom de Monfieur de la Motte .
Peut il furvivre à ce coup accablant
? Ce n'eft pas tout fon malheur
, les Dieux s'interteffent
à fa ruine. Apollon à la requê
te des Mufes nous accorde une
audiance . Une Tragicomedie ,
où nous expofons l'injuſtice des
modernes dans tout fon jour ,
nous fert de plaidoïer , & nous
achevons de vaincre .
Tiiij.
408 LE NOUVEAU.
Je ne puis plus fouffrir ce
jargon pitoyable ,
De la dotte Dacier volume redoutable
,
Change tes traits puiſſans en carreaux
dans mes mains ;
Pars , du file confus delivrons
les humains.
Ainfi parle le Dieu ; & au même
inftant , ¢
Le Livre vengeur tombe, &fcmblable
à la foudre ,
Reduit Ode , Opera , Fable , Poëte
in pouare.
Je fouhlite , Monfieur , avoir
fatisfait à ce que vous exigiez de
moi. Il me refteroit cependant
à vous faire conoître quel eft
l'Auteur du voyage du Parnaffe :
mais vous m'en difpenfer ez , s'il
MERCURE.
209
"
vous plaît. Le critique eft fi modefte
, que plus il apprend ce que
le public penfe à fon égard , plus
il a foin de cacher fon nom.
J'ai feulement découvert
qu'il avoit projetté de dédier
fon Livre à Madame Dacier ; &
on a lieu d'être furpris , comment
il n'a pas rendu cet hommage
à une Sçavante , qui fait le
principal éclat de notre caufe .
Par rapport aux divers jugemens
qu'on porte de cette production ,
les Sçavans difent , que l'invention
de la fable eft due au Boccalini
Italien ; & les modernes
croyent que c'eft un fonge trifte
dont l'Auteur nous fait le recit ,
n'étant pas encore bien éveillé.
Adicu , Monfieur , je fuis ,
V. S. RAYMOND.
E deux Differtations cu
Lettres fur un Livre nouveau
intulé , Voyage du Parnaffe,
qui m'ont été envoyées ; j'ai préferé
celle qui m'a paru la moins
partiale : Dans la premiere que
j'ai rejettée & qui étoit fans nom.
l'Auteur y étoit traité fans miſericorde
: on ne faifoit graceni ,
fa Profe , ni à fes Vers : on pla-
Fanvier 1717.
R
178 LE NOUVEAU
çoit l'un & l'autre beaucoup au
deffous du modele fur lequel il
s'eft conformé , qui felon nôtre
Cenfeur , n'eft ni la Satyre de
Petrone , ni les Ragguali di Parnaſſo
è la Secretaria di Appolle
car ces deux ouvrages font excellents
) mais plûtôt une certaine
Hiftoire d'Anacreon , qui
parut il y a quatre ou cinq ans.
Notre Critique continue à
peu près fur ce ton .
moi qui ne veut point violer la
loi que je mefuis impofée , &
qui veux obferver une exacte
neutralité , je m'en fuis tenu à
la Lettre de M. Raimond
j'efpere qu'on me fçaura gré
de lui avoir donné la préference,
Pour
MERCURE. 179
********
LETTRE
A MONSIEUR
***
Sur le Voyage du Parnaffe ,
Par M. RAIMON D.
›
n'avoit employé d'autres
armes contre les modernes
que des Préfaces & des calculs
d'autorité . Ils avoient toûjours
répondu par des preuves & des
démonstrations : & la timide
Géométrie , qui n'ofe croire ,
Rij
180 LE NOUVEAU
fans être convaincuë , s'étoit affociée
à leur cauſe. Cet appui
fi confidérable leur fembloit devoir
décider la diſpute : Mais
toutes les reffources de leurs adverfaires
n'étoient pas épuifées ,
Un d'entr'eux s'élève de
nouveau contre une Secte fi
funefte à l'érudition , & dans une
fiction ingénieufe , où il décrit
avec exactitude l'ordre hyerarchique
des Favoris des Mufes.
Il dreffe une attaque d'autant
plus difficile à repouffer , qu'elle
eft foûtenue par la fatyre la
plus fine & la plus délicate.
Ce coup inopiné ne triompheroit
- il pas , M. , de votre
conftance à demeurer dans l'erreur
: & la demande que vous
MERCURE. 181
m'avez faite de l'extrait de cet
Ouvrage , ne feroit - elle pas le
commencement d'un heureux
retour ? Je vais faire enforte de
concourir à cette métamor
phɔfe , en vous donnant un fi
déle , mais vif précis de la critique
. Que pourroit contre nous
belprit adroit des novateurs , fi
nous avions de notre côté le
fubril Mercure ?
On ne s'y peut méprendre ;
le nouveau Géographe du Parnaffe
eft fort exacte fur la Chronologie
. Malheur à tout Poëte,
qui fe préfente fous fa plume,
fans être marqué au coin reſpectable
des ans . Cet intégre
perfonnage ne sçauroit pardonner
à une datte tant foit pev
R ij
182 LE NOUVEAU
moderne. Pourquoi , diront nos
Ecrivains d'ordinaire mauvais
plaifans , ne fommes- nous
pas nés du tems de Virgile ?
nous aurions un approbateur
de plus . Comme le but principal
de la relation eft de foudroyer
les Partifans de ce fiécle
, on ne perd point ici dé
vûë cet objet . Par tout l'érudite
antiquité triomphe . Par tout
l'ignorance de nos jours trouve
de quoi fe deffiller les yeux . Il
n'eft pas jufques à nos beaux
efprits , à qui on n'enlève le
mafque ; & ceux que nous
'avions crus toûjours les plus
univerfels dans l'éloquence &
dans la Poëfie ; maintenant dépouillés
de ces talents , dont
MERCURE.
183
ils ne poffedoient que le Phanôme
, rougiffent d'avoir pour
out mérite une connoiffance
affés éxacte de leur propre
langue .
la
Quelques délicats à la vérité
trouvent à redire dans la maniere
, dont les interlocuteurs
foûtiennent ici leurs diverfes
opinions . Il leur paroît que
caufe de M. de la Motte Y eft
condamnée, même avant d'être
inftruite , & qu'on ne lui donne
des Avocats , que pour prononcer
plus juridiquement fon
Arrêt : Mais cette objection eft
légére il faut avouer qu'on
infulte vivement dans cette production
aux ennemis du goût
Chronologique , & qu'on y fon-
R iiij
184 LE NOUVEAU
ge plûtôt à les opprimer , qu'à
les convaincre ; mais n'importe,
en matiere de difpute , une injure
vaut bien plufieurs arguments
.
Voilà ce me femble , M.
une efquiffe affés fidélement
tracée ; commençons à vous
donner une copie plus correcte .
L'Ouvrage divifé en deux parties
, dont chacune contient fix
Livres , s'annonce pour Poëme
au Lecteur par une courte Préface.
Plût au Ciel que nous
n'cuſſions jamais à effuyer d'avertiffements
moins utiles ?
Tout à coup le Réparateur
des Torts entre en matiere , occupé
tout entier du défir de
voir le féjour des Mufes ; il dé
MERCURE. 187
bure par une invocation , &
chaque parole qu'il prononce,
opére un prodige .
Déja fa priere eft oüye
Calliope vient , il la voit.
La Déeffe lui amene le courcier
aîlé des Poëtes. C'eftà re
gret qu'elle ne le conduit pas
elle-même au Parnaffe . Il ne
faut pas moins pour l'en empêcher
, que la multitude des ordres
exprés , dont Apollon l'a
chargée pour la République
des Lettres . La confiancequ'elle
a dans la force & l'adreffe du
Cavalier, lui fert à peine de confolation
. Cependantfon Favori
eft déja bien loin , & elle parle
186 LE NOUVEAU.
encore ; Pegafe vole, il parcourt
des efpaces immenfes il apperçoit
la double cime , il bat
des ailes , & plus léger qu'un .
trait , il porte le curieux voyageur
fur le mont facré . Que
de miracles en un inftant !
Un commencement fi extraordinaire
ne promet pas des fuites
moins étonnantes . L'étranger
rencontre deux habitants de la
Région Poëtique , qui bientôt le
devinent un de leurs confreres :
Et c'étoit-là ceux que le Dieu
des Vers lui deftinoit , pour
lui donner une parfaite connoiffance
de ce Pais fi fameux.
L'un dont les lauriers cachent
les cheveux blancs , eft introduit
fous le nom de Crantor , l'autre
A
MERCURE. 187
nommé Cliton , eft plus jeune,
& d'un exterieur moins négligé.
Tous deux , à ce qu'on nous apprend
ici , font l'honneur des
rives du Permeffe , & par conféquent
le font prefcrits pour
loi , une réligieufe admiration
des anciens . Suivez , Monfieur ,
ces illuftres guides , & vous
allés faire plus d'une décou
verte importante : Avec leurs
fecours je vais vous montrer des
enchanteurs , où la raifon pareffeufe
à inventer , n'apperçoit
que des moulins.
Les images fe préfentent en
foule ; là fur les bords rians ;
que baigne Caftalie de fon liquide
cristal , le Chantre immortel
du fougueux Achille
188 LE NOUVEAU
boit à long trait le nectar. Chaque
inftant le voit briller d'une
gloire nouvelle . Apollon fans
ceffe le pénetre des plus vivifiants
de fes rayons ; fans ceffe
il fe complaît à voir dans ce
Divin Génie, renaître fon image.
On voit aux côtés de l'augufter
Grec la fidéle Prêtreffe . Ici
Pindare rendant Orphée jaloux
de fes fons harmonieux , lui
fait brifer de dépit fa lire . Le
Poëte paroît plus grand que
les Héros- mêmes , dont il chante
les exploits . Cependant la trompette
bruyante fait retentir les
airs en voix pluſqu'humaine .
Du Deftin des Latins prononce
les Oracles.
MERCURE. 189
Peut-on méconnoître celui
qui la guide . C'est le Souverain
du Pinde ou c'eft le Paſteur
de Mantoüc.
J'allois pourfuivre fur ce ton
emphatique , fi un utile incident
ne m'eût averti , que vous at
tendiez de moi un fimple extrait,
Le plaifir dont le Voyageur fortuné
goute les charmes , eft bien
digne , que nous le partagions,
Il eſt des demi- Sçavantes au
Parnaffe , auffi bien qu'à Paris.
Ces femmes peu fenfées emploient
une partie de leurs oififs
jours , à converfer avec leurs
comtemporains , à lire leurs
meilleurs ouvrages , à oublier
même tout autre écrit, qui pourroit
faire faire diverfion à leurs
190 LE NOUVEAU
applaudiffemens . Elles feroient
en état fur la foy de leur feule
mémoire , de donner une édition
des Corneilles , des Molieres
des Defpréaux , des Racines ,
même des la Mottes . Elles ont
parcourû fur les traces du P.-
Malbranche le vafte Pais des
abſtraits. Elles ont pénétré dans
les fecrets les plus cachez de la
Philofophie Cartefiene . Aucune
production nouvelle ne leur
eft échapée ; & fouvent de tout
Homere, elles ne conoiffent que
lenom : Ainfi, paffant leur vie à
chercher le Beau , elles meurent.
fans l'avoir trouvé . C'eft,furtout
ces piétieufes , qu'en veut le
Géographe du Païs des Mufes .
Il fe fait introduire par fes GéMERCURE.
191
nereux guides dans une de ces
Compagnies , où la Dame H autaine
, & le Courtifan infipide
font en phrafes à la mode l'Apologie
de notre Siécle . Auffitôt
nos zelés Partifans des anciens ,
entrent en couroux . Leur mauvaife
humeur éclate . Ils ne peuvent
tenir contre l'énigmatique
precision , & l'affectation ridicule
de nos Auteurs . Le ftile ,
que les autres honorent du nom
de délicat, n'eft à leur gré , qu'un
amas de pointes frivoles , & de
tours vicieux . Vainement leurs
adverfaires s'écrient qu'on
n'apprécie pas affez le merite
des vivans qu'il eft du devoir
de ceux , chez qui la paffion net
s'empare jamais des droits du
192 LE NOUVEAU
goût & de la raifon ; de dire tou
jours à leurs perils, ce qu'ils penfent
à l'avantage des autres :
que fouvent la jaloufie nous fait
tenir en garde contre le plaifir
humiliant , que nous donnent
les ouvrages de ceux , par qui
nous nous fentons furpaffes .
Ces raifons ne font qu'irriter
l'ardeur des athletes . L'Auteur
s'éguaie à les voir terraffer leurs
Antagoniſtes ..
On en vient bientôt aux citations
: la châleur de la diſpute
nuit à la mémoire. Plus d'un
Ecrivain voit à regret fa penſée
mutilée , ou privée de fon jour:
mais pour être cité fidelement,
lui en feroit- t'on moins fon procés
? Rien ne peut éviter la critique
MERCURE.
193
tique judicieufe de l'atrabilaire
Cliton. Un tel Poëte , fi l'on
en confulte le Cenfeur inexorable
, n'enviſage fon art qu'au
travers des foibles lueurs de fa
Métaphifique : il eft denüé de
fentimens il ne fçait point
peindre il ne fçait point quitter
la terre; celui - cy ne cherche
qu'à énerver fes expreffions,
àéguifer des Strophesen épigrammes
, à remplir des vers durs ,
de moralités triviales , & hors
d'oeuvre. Cet autre méprifant
dans fon orgueilleufe Philofophie
ce beau défordre , qui caractériſe
le Lirique ; donne effrontement
le nom d'Odes à de
fimples Differtations , auffifroi- ,
des , qu'uniformes ; tels , ces
Janvier 1717. S
94 LE NOUVEAU
Vaiffeauxqui n'ont point encore
vû la mer , portent quelques
fois les noms de Victorieux &
de Foudroyans.
A ces portraits fi conformes
à leurs Originaux , mais , où l'on
évite avec tant de foin les termes
injurieux , dira - t'on encore
, qu'on traite fans ménagement
les Deffenfeurs
modernes ?
des
Pourra- t'on foupçonner , que
le zele de Cliton parte d'un
autre motif, que de l'interêt
de la Poëfie ? N'en doutons
point ; il fe rencontrera de ces
fcrutateurs
impertinens des
.coeurs , qui oferont deviner
que la qualité de mauvais Poë
te n'eft pas celle qui choque
MERCURE.
195
de critique dans les Ecrivians ,
dont il vent faire la peinture .
Vous vous garderez bien
Monfieur , d'être du nombre
de ces médifants . J'en répondrois
pour vous : Mais peutêtre
allez- vous former un jugement
téméraire d'une autre
ofpéce ? Peut- être croirez - vous
que le redreffeur de nos cerfeaux
fé contente de donner
un amas de corrections ftériles ?
Non , Monfieur , il ne fe borne
pas aux préceptes ; il y joint
les exemples , Madrigaux , Epigrammes
, compliments à Climene
, Adieux à Philis , Satires,
Epitres , Odes ; choififfez dans
quel gente vous voulez écrire ,
& vous trouverez dans cette
Sij
196 LE NOUVEAU
production , les modéles que
vous devez imiter. On vous en
donne pour garands les Defpreaux
, & les Crantors.
Excufez en cet endroit mon
embarras. Quoique je vous aye
promis , je fuis contraint de renoncer
à une exacte Analife.
Auffi bien fous quelles couleurs
pourrai-je vous tracer une image
agréable du nouveau Parnaffe ?
De quel oeil confidereriés vous
les Habitans de ceMont , fans y
diftinguer même parmi la foule,
vos amis les plus eftimables .
Le Peintre nous étale dans
un Tableau pompeux la nombreuſe
Cour du Prince des Poëtes
; & combien eft - il de noms
obfcurs , qui doivent le jour à
MERCURE. 197
fon Pinceau ? L'un coudoyé
par Sophocle , eft embarraffé
dee fe voir en fi bonne compa
gnie. L'autre ne va fe places ,
qu'en tremblant à côté d'Euripide.
Une terminaifon trop moderne
, fait rejetter ceux- ci . Ceuxlà
doivent à une finale latine le
rang qu'ils occupent.
1
Au pied de la Montagne Sa
crée,l'on voit proche l'Helicon ,
une Plaine entre- coupée de Marais.
C'eſt là , que fe rendent
ceuxqui font bannis de la double
Colline. Mais , qui l'eût crû t
Le célébre Houdart en ces lieux.
Tel devoit être le fort du fucceffeur
de S. Sorlin . Une méditation
profonde eft peinte før
198 LE NOUVEAU
fon vifage . Il paroît comme
étourdi d'un coup , dont il vien-;
droit d'être frappé . L'injustice
dont il accuſe ſes adverfaires ,"
eft là caufe de fa trifteffe ; tout
à coup la voix de Rouffeau fe
fait entendre : Il approche , il
apperçoit l'Auteur de la nouvelle
Iliade & fremit à fon
afpect . Envain , pour cacher
fon trouble , il emprunte le ton
de la Satires fon ennemi , mê.ne:
vaincu , lui paroît terrible .
Le Voyageur aprés s'être long
temps occupé de cette inultitu
de de fpectacles , fuit Cliton
dans une grote , où le Dieu des ,
Vers par un nouveau nectar
reprime les vapeurs de fes Fax
voris ; quoique le fage Crantor
MERCURE. 199
trouve la tranfition incivile. Il
ne peut fe réfoudre à quitter
des perfonnes qu'il aime. Il
entre , & les premiers objets
qui s'offrent à lui , font Gliceron
& Cotinet , deux des Antagoniftes
, qu'il avoit eû la veille à
combattre dans la compagnie
de nos demis - Sçavantes. Les
Atheletes bientôt fe mefurent
des yeux. Ils fe joignent. Ils
font de nouveaux efforts pour
obtenir la victoire .
N'entendre que le fubtil Cotinet,
On nefçaitpas , s'il impofe ,
Mais il parle fur la chofe
Comme s'il avoit raison .
En effet , comme dans cette
200 LE NOUVEAU
difpute on attaque moins le
Poëte , que le cenfeur d'Homere
, les Avocats de M. de
la Motte réüniffent ici toutes
leurs forces , pour juſtifier ſon
procédé.
Il n'a felon eux ,d'autres vûës ,
que d'entendre , & de faire entendre
la raifon . Le vrai lui eft
auffi bon de la main des autres ,
que de la fienne . Il étudie dans
ce qu'on lui oppofe , ce qu'il
peut y avoir de raifonnable ,
auffi content quelquefois , en
avoüant qu'il s'est trompé , que
le peuvent être ceux qui le réduifent
à en convenir. S'il propofe
des régles pour le Poëme
Epique , c'est toujours avec la
ufte défiance où l'on doit être
de
MERCURE. 201
de foi-même. Toutes fes veilles
ne font confacrées , qu'au foin
de fauver les jeunes gens du
préjugé dangereux où les jette
une admiration aveugle , & de
purger leur éducation de la
contradiction ordinaire qui y
régne. On leur crie d'un côté ,
cela eft divin , & de l'autre on les
reprend , quand ils viennent à
l'imiter. M. de la Motte ne
fonge donc qu'à leur donner des
idées fixes & uniformes , fu
lefquelles ils puiffent régler
également leur eftime & leur
travail. D'ailleurs de quels
égards n'ufe - t'il pas dans fa critique?
Demande- t'il autre chofe,
que de pouvoir louer Homere ?
Ceux d'entre les modernes ,
.
Fanvier 1717 .
>
T
202 LE NOUVEAU
cú
qui ont foûtenu leur parti avec
le plus de chaleur & de dignité ,
n'ont- ils pas avoués généreusement
, qu'Homere auroit peutêtre
atteint la perfection de
fon art , s'il fut né dans le fiécle
d'Augufte , ou dans le notre ;
mais que né dans le tems
l'art ne s'étoit point encore
montré , n'étant guidé par aucunes
régles , éclaire , par aucuns
exemples , on lui doit tenir
compre de fon Poëne , tout
monftrueux qu'il eft . Enfin
qui jamais , ajoute t'on , s'eft
avifé d'accufer un homme de
Géometrie , pour avoir donné
à la Poëtique fes axiomes , fes
théorèmes , fes corrollaires , fes
démonftrations.
MERCURE.
203
Je vous vois déja , Monfieur ,
partager le triomphe apparent
de votre Secte. Que peuvent
répondre , dites - vous , les deffenfeurs
de l'antiquité ? Nous
avons les lumieres de la Philofophie
, & ils n'ont que trois
mil ans d'admiration . A qui
s'en tenir au préjugé , ou à la
raifon ?
Vos argumens , il faut l'avouer
, fembleroient être autant
de coups mortels pour notre
parti , fi nous n'avions de notre
côté le genie fublime du Sçavant
Crantor. Quel charme ! de
le voir , tantôt commenter les
autorités tantôt manier la
délicate ironie , quelquefois
;
Tij
204 LE NOUVEAU
emporté par le beau feu , qui l'anime
, prendre le ton d'oracle ,
& annoncer aux Zoiles préfomptueux
, que tous les nuages
, dont ils s'efforcent
d'obfcurcir
Homere , ferviront feulement
à faire éclater davantage
les raions de ce Soleil ? Sur
tout avec quelle addreffe , avec quelle
force
fe fertil
entre
fes .
adverfaires de leur propre critique
? Ne craignés point d'entendre
ici ces juftifications tant
de fois repetées . On y allegue
plus ,pour fauver quelques paffages
obfcurs ou choquans , l'harinonie
grecque , la fçavante allegorie
, la noble fimplicité des
temps heroïques . Un feul mor
vous arrache la victoire . Vous
MERCURE. 205
avez beau vous confumer en
vains raifonnemens ; on vous
avertit , que malgré vous , Homere
fera toûjours le plus grand
des Poëtes. Le gros des hommes
ne fe trompe point & le
beau eft immuable.
La converfation alloit s'échauffer
; fi un bruit fubit ne fe
für joint au murmure des combattans
. C'étoient deux Poëtes ,
qui difputoient enſemble fur la
prééminence de leurs ouvrages.
Lesraifons bientôt furent fuivies
des injures , & les coups fuccé
derent. Nouveaux fillogifmes ,
Monfieur , qui devroient vous
engager à fuivre nos étandars .
Rarement les zelés adorateurs
des anciens ont entr'eux ces fu-
T
206 LE NOUVEAU
jets de difpute. Ils n'ont point
le deffaut de compofer.
Eft- ce enfin affez de preuves ?
Vous obftinerez- vous encore ,
à ne pas voir la verité , qui fe
dévoile à vos yeux ? Je vous
entens. Le refpect humain ope
re. Vous craignez le nom de déferteur.
Achevons de vous guerir
, en rompant cette derniere
chaîne , qui vous affervit à la
mauvaife caufe . Vous appréhendez
, dites- vous , qu'on ne vous
accufe d'avoir trahi vôtre parti?
Mais depuis long- temps il n'éxifte
plus . Vos troupes ont êté
pour jamais difperfées . Ceux
tmêmes pour qui vous con b tviez
, fe font déclarez contre
tous. Qui peut donc vous reenir
Eft ce attachement pour
MERCURE. 107
vôtre chef ? Songez plûtôt ,
Monfieur , à déplorer fon infortune
, qu'à imiter fa rebellion .
Voici le trait , dont il devoit
perir . Le voyageur affemble
chez un Mecene bourgeois plu-
' fieurs juges d'un merite diftingué
, on y lit un poëme monftrueux;
& l'on le fait pafferfous
le nom de Monfieur de la Motte .
Peut il furvivre à ce coup accablant
? Ce n'eft pas tout fon malheur
, les Dieux s'interteffent
à fa ruine. Apollon à la requê
te des Mufes nous accorde une
audiance . Une Tragicomedie ,
où nous expofons l'injuſtice des
modernes dans tout fon jour ,
nous fert de plaidoïer , & nous
achevons de vaincre .
Tiiij.
408 LE NOUVEAU.
Je ne puis plus fouffrir ce
jargon pitoyable ,
De la dotte Dacier volume redoutable
,
Change tes traits puiſſans en carreaux
dans mes mains ;
Pars , du file confus delivrons
les humains.
Ainfi parle le Dieu ; & au même
inftant , ¢
Le Livre vengeur tombe, &fcmblable
à la foudre ,
Reduit Ode , Opera , Fable , Poëte
in pouare.
Je fouhlite , Monfieur , avoir
fatisfait à ce que vous exigiez de
moi. Il me refteroit cependant
à vous faire conoître quel eft
l'Auteur du voyage du Parnaffe :
mais vous m'en difpenfer ez , s'il
MERCURE.
209
"
vous plaît. Le critique eft fi modefte
, que plus il apprend ce que
le public penfe à fon égard , plus
il a foin de cacher fon nom.
J'ai feulement découvert
qu'il avoit projetté de dédier
fon Livre à Madame Dacier ; &
on a lieu d'être furpris , comment
il n'a pas rendu cet hommage
à une Sçavante , qui fait le
principal éclat de notre caufe .
Par rapport aux divers jugemens
qu'on porte de cette production ,
les Sçavans difent , que l'invention
de la fable eft due au Boccalini
Italien ; & les modernes
croyent que c'eft un fonge trifte
dont l'Auteur nous fait le recit ,
n'étant pas encore bien éveillé.
Adicu , Monfieur , je fuis ,
V. S. RAYMOND.
Fermer
27
s. p.
DEFFENSE DE LA POESIE FRANCOISE.
Début :
Aprés un Avant-propos jugé aussi necessaire, j'ose me / Je laisse à Madame Dacier le soin de soûtenir, comme [...]
Mots clefs :
Poète, Pièces en vers et en prose, Apollon, Muses, Parnasse, Illusion, Abbé de Pons, Variété, Danse, Orateur, Rime, Cadence, Versification, Auteurs, Arrangement, Sensible, Imagination, Théorie, Racine, Ronsard, Despréaux, Didactique, Bizarrerie, Langue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEFFENSE DE LA POESIE FRANCOISE.
Aprés un Avant-propos jugé auffi
necellaire , j'ofe me promettre que
l'on me fçaura gré d'entrer en matiere
par la Piéce fuivante : elle eft
d'un Auteur trop connu parmi les
favoris d'Apollon , pour ne pas faire
un des principaux ornements de
mon Recueil. De plus elle fervira
à me juftifier dans l'efprit des perfonnes
neutres , qui auroient pû me
foupçonner de partialité , fi je n'avois
point opposé un morceau à la
Diflertation de M. l'Abbé de Pons
A iij
AVANT - PROPOS.
qui eft à la tête du Mercure deJanvier
, dont elle attaque une partie
incidentelle ; fçavoir , fi la Profe
doit le ceder aux Vers.
7
LE
NOUVEAU
MERCURE
DEFFENSE
DE LA
POESIE FRANCOISE.
E laiffe à Madame Dacier
le foin de foûtenir , comme
elle ne manquera pas
fans doute de le faire trés
fçavamment , les principes qu'elle
a avancés fur le Poëme Epique
& que M. l'Abbé de Pons a combattus
dans le Mercure de Janvier
Aiiij
8 LE NOUVEAU
de cette année ; mais en qualité
de Citoyen du Parnafle & de Rimeur
, quoyqu'indigne ; je ne puis
me difpenfer d'entrer en caufe fur
ce qui regarde les interefts & la
gloire d'un Art que je cultive depuis
longtemps .
Tout homme doit être Soldat ,
quand il s'agit de défendre fa patrie.
Notre Patrie à nous autres Poëtes ,
s'il m'eft permis de me mettre du
nombre , c'eſt le Parnaffe . On ne
peut fupprimer les Vers , qu'il ne
foit ruiné de fond en comble ; car
pour Meffieurs les Profateurs , comme
il leur plaît de fe nommer ; ils
y tiennent un fi petit rang , fi même
ils y en tiennent aucun , qu'à peine
les y compte-t- on pour quelque
chofe. Les Poëtes au contraire
font les Seigneurs dominants ; Apollon
ne s'y communique qu'a eux ;
les Mufes ne favorifent qu'eux feuls
de leurs infpirations , & même pour
le faire avec plus de régularité &
moins de confufion ; elles ont par
tagé entre elles les differentes
fortes de Poëfies auxquelles les
MERCURE.
Poëtes fe confacrent ; & Pegaſe enfin
, tout cheval qu'il eft , ne s'y
laifle monter que par les Poëtes.
Le Parnafie nous appartient donc
en propre ; c'est notre patrimoine ,
& à titre d'autant plus légitime ,
qu'il y en a plufieurs parmi nous ,
qui n'en ont jamais eu d'autre. En
faut-il davantage pour allumer mon
zele , & exciter dans moi cette vive
ardeur avec laquelle on combattoit
autrefois , pour fes foyers &
pour les Autels ?
Je fens bien que pour faire les
chofes dans les formes , ce feroit
en Vers que je devrois défendre la
caufe des Vers. Mais dans la jufte
défiance que m'infpire la médiocrité
de mon talent en ce genre , je ne
veux pas donner lieu à mon adverfaire
de s'en prévaloir , & d'attribuer
à l'imperfection de l'Art , ce
qui ne devroit tomber que fur l'incapacité
du Poëte . Peut - être trahîrois
- je moi - même ma caufe , en
voulant la défendre , & je me ferois
dire perfonnellement , ce que
M. l'Abbé de Pons ne dit qu'en
10 LE NOUVEAU
general , à tous mes confreres :
Pourquoi ne me parle - t - on pas en
Profe ? *
C'est donc en ce langage que je
vais m'expliquer , & fi dans une
défenſe auffi légitime que celle- ci ,
il m'échape quelques termes qui
ne foient pas affez inefurez , je prie
notre adverfaire de fe fouvenir que
c'eſt le Parnafle , notre domicile ,
que j'ai à défendre , & que je fuis
en droit de faire autant de bruit
pour la défenfe de notre maifon ,
que Ciceron en fit autrefois pour
le retabliffement de la fienne . *
* Si c'eft une illufion dans Madame
Dacier de croire , que les Vers
font plus fufceptibles de grandeur &
de Majefté que la Profe , & que
le
Poëme y trouve plus de reffource ,
j'avoue que je fuis de moitié avec
elle fur cette illufion , & je m'es
* Page 75 .
*. Oratio
pro
*. Page 68 .
domo fuâ.
MERCURE. If
fais honneur . Il ne feroit même pas
impoffible que l'illufion ne fût moins
de notre côté , que du côté de ceux
qui nous l'imputent. Nous avons
déja pour nous , de l'aveu de notre
adverfaire , le préjugé public. * Tour
déraisonnable qu'on dépeint ce préjugé
, on convient qu'il eft univerfel
; & fi nous nous trompons , dumoins
avons - nous la confolation
de voir , que grand nombre d'honnêtes
gens fe trompent avec nous.
Il ne s'agit plus que de fçavoir de
quel côté eft l'illuſion .
Je ne prétends point icy fuivre nôtre
adverfaire pied à pied , ni faire
une differtation dans les formes ;
mais fans m'affervir à cette methode
gefnante , en répondant à un Auteur
qui ne blâme rien tant dans nôtre
art , que la gêne , j'efpere fatisfaire
pleinement à toutes fes difficultez .
Je conviens d'abord de bonne foy
de cette efpece de gêne & de con-
* Page 68.
Ibid.
12 LE NOUVEAU
trainte qui fe trouve dans les vers
& qui leur eft fi eflentielle , que c'eft
principalement ce qui les diftingue
de la profe. J'avoue en ſecond lieu
qu'il eft beaucoup plus aifé de parler
& d'écrire en profe , que de parler &
d'écrire en vers , tout comme il eſt
beaucoup plus aifé de marcher que
de danfer. Il y avoit plus de quarante
ans que M. Jourdain difoit de la
profe , non feulement fans avoir ap.
pris à en dire , mais même fans fçavoir
qu'il en difoit . Il eût beſoin de
fçavoir faire une reverence pour faluer
une Marquife , & pour cette
fimple reverence , il luy fallut un
Maiftre. Que conclure de tout cela ?
le voicy : c'eft que fi on veut le borner
à ce qui eft de plus facile & de
plus comode , il faut s'en tenir à la
profe , & fupprimer les vers ,fe contenter
de marcher & bannir la danſe .
Le parallele que je fais icy des
vers avec la dance, eft bien plus jufte
à ce qu'il me femble , que celuy que
fait M. l'Abbé de Pons,du Poëte avec
un danfeur de corde. Qu'est- ce que
la dance ce font des
pas mefurez .
Qu'est- ce
MERCURE. 13
>
Qu'est- ce que les vers ? ce font des
mots cadencez & difpofés en certain
ordre. C'eft la varieté de cette
mefure qui conftitue les différentes
fortes de vers ; comme les pas
différents ou différemment liés
conftituent les différentes fortes de
dances. Le Poëte , ni le Danfeur
ne courent point rifque de fe caf
fer le cou dans l'exercice de leur
Art. Tout est affés égal de part &
d'autre ; & fi les vers font plus de
plaifir que la fimple Profe c'eft
par là même raifon , que la danſe a
quelque chofe de plus piquant &
de plus interrellant , que la démarche
fimple & ordinaire d'un homme
qui , va naturellement fon pas.
,
Il est vrai qu'Horace dans fa belle
Epître, addreflée à Augufte , femble
faire une espéce de parallele entre
les Poëtes & les Danfeurs de corde ;
mais le parallele ne tombe que fur
une chofe qui regarde plus le génie
du Poëte que la verfification * . Car
que veut- il faire entendre , quand
*. Hor. Art Poet.
Février 1717. B
14 LE NOUVEAU
il dit qu'il n'eft pas moins frapé de
l'adrefle & de l'habileté d'un Poe
le qui , à la faveur d'un fujet fabureux
& d'un peril imaginaire , fait
jouer tous les refforts des paffions
dans un coeur , l'attendrit , le tranſporte
, le calme fucceffivement , l'effraye
& l'épouvante même par le
prestige & l'enchantement de fon
art , que s'il le voyoit danfer fur la
corde Il ne veut dire par là rien
autre chofe , finon , que pour produire
des effets fi merveilleux dans
les coeurs , il faut autant de fouplefle
& d'agilité , fi j'ofe m'exprimer ainfi ,
dans l'efprit du Pocte , qu'il en faut
dans le corps du danfeur pour voltiger
fur une corde tendue en l'air. Or
fila profe , comme le foûtient M.
l'Abbé de Pons , * peut faire tout ce
que font les vers ; fi , comme il le dit ,
les fictions ingenieufe , les figures hardies
, les images brillantes ne font pas
plus l'appanage des vers que de la
* Page 69 .
* Page 68 .
MERCURE.
is
Profe ; voilà Meffieurs les Profateurs
devenus danfeurs de corde, auffi- bien
que nous. Ils croyent eftre en effet
auffi grands maiſtres dans l'art d'exciter
les paffions , que le peuvent être
les Poetes , & par confequent on ne
peut nous mettre au niveau des danfeurs
de corde , qu'on ne falle entrer
dans le même branle tous les Orateurs
, Harangueurs , Avocats , &
les Prédicateurs même.
Mais fi l'on veut s'en tenir au plus
commode , & fe borner à ce qui eft de
plus naturel & de moins gefnant ,
pourquoy fe jetter à plaifir dans la
recherche fatiguante de ces fictions ingenienfes
& de ces figures hardies ,
propres à émouvoir les paffions ?
Pourquoy fe tourmenter l'imagination
à inventer des tours qui frapent,
qui étonnent ? Pourquoy faire illufion
à l'efprit par des enchantemens
de figures maniées avec art , & par
tous ces autres artifices de l'eloquence
, que l'Arcopage avoit bannis des
caufes qui fe plaidoient à fon Tribunal
? N'en coûte- t-il rien pour tout
cela à l'Orateur ; & ne feroit- il pas
Bij
16- LE NOUVEAU
moins gênant , moins fatiguant pour
lui , de fe contenter d'expofer fimple .
ment fes raifons l'une après l'autre
dans l'ordre le plus naturel ? I eft
vrai , & rien même ne feroit plus raifonnable
, fi l'efprit de l'homme étoit
d'une autre trempe qu'il n'eft ; c'eſt- àdire
, s'il étoit affez Philofophe pour
fe contenter du vrai tout pur : mais il
a fes caprices & fes foibleffes,qui demandent
des ménagemens & des égards.
Il y a des veritez qui ne font
impreffion fur lui , qu'autant qu'on a
le talent de les lui faire goûter , & il
fautfouvent lui arracher par furpriſe;
& comme à force de preftige , ce que
la raifon nuë & dégagée de ces efpéces
de fantômes ou féduifans , ou
effrayans , dont l'art l'environne
n'en obtiendront jamais ,
De la maniere que l'efprit de l'homme
eft fait , on ne peut parvenir à lui
plaire, que par des endroits qui le flatent
; il faut quelque chofe qui le réveille
, qui le pique , & qui excite
dans lui de la furprife ; & il n'eft jamais
touché plus agréablement , que
quand cette furpriſe va jufqu'à l'adMERCURE
17
miration. Ce fera un foible , fi l'on
veut , dans luy , que de ne fe pas contenter
de la verité pure & denuée d'agrémens
; mais c'eft à ce foible que
nous devons l'invention des Arts &
des Sciences , & le foin qu'on a pris
dans tous les temps de les perfectionner.
Or tout cela s'eft -il fait , ou fe
fait-il encore fans gêne & fans contrainte
; on la pafle à tous les autres
arts , cette contrainte & cette gêne
pourquoi l'art des vers eft-il feul à
qui on la reproche ?
On me répond à cela , que ce qu'on
blâme dans les vers , ce n'eſt pas précifément
la gêne & la contrainte ,
mais une gêne , & une contrainte qui
va à la ruine des penſées , qui leur fait
perdre leur verité & leur grace naturelle
quifait plier la raifonfous le joug
d'un langagefollement mefuré , bifarre,
effrayant , quiporte avec luy l'appareil
du travail & de l'affectation . A ces incommoditez
qu'on prétend qu'apporte
avec elle l'uniformité de la rime
& de la cadence ; on ajoute de plus ,
Page 58 & 59. & ¢.
Biis
18 LE NOUVEAU
quelle fatigue , qu'elle ennuye ; de forte
qu'il n'y a eû qu'un long commerce
qui ait pu nous accoûtumer à la démarche
affectée des vers , & à leur
air contraint , & qu'on ne les fouffre
que par habitude * Enfin , comme
l'a dit feu M. l'Archevêque de Cambray
* C'est une torture d'efprit en pure
perte ; car je ne diffimaleray point que
ce grand homme a efté fur le fujer
des vers,dans la même prévention que
M. l'Abbé de Pons . Je fais bien fâché
de trouver en mon chemin un nouvel
adverfaire , de cette réputation
& de ce poids ; mais dans la noble
confiance que m'infpire, & la bonté
de ma caufe,& le caractere du Poëte,
qui tient un peu du Gaſcon , je ne
crois pas que je recule pour un ennemi
de plus , quelque formidable qu'il
puiffe être.
Cependant comme c'eft l'art que
j'entreprends de défendre , & non , le
mauvais ufage qu'on en peut faire ,
* Page 58
* Reflexionsfur la Rhetor.
5
19 MERCURRE
je demande, avant toute chofe , qu'on
ne mette point fur le compte de la
Poëfie , les imperfections & les défauts
qui ne viennent que de l'ignorance,
de l'incapacité ou de la negligence
du Poëte. Je palle fans peine
condamnation fur les mauvaisPoëtes,
& même fur ce que les bons ont de
defectueux . On nous cite deux vers de
Racine , & deux autres de Defpreaux ,
où l'on trouve quelque chofe à reprendre.
Ce font l'un & l'autre, deux
de nos plus grands Maiftres ; je conviens
cependant qu'au lieu de deux
vers de chacun , on en pourroit citer
bien d'autres du fecond , & un plus
grand nombre encore du premier
Poëte;plus aifé queDefpreaux dans fa
verfification ; mais bien moins châtić
& bien moins correct. De-là on va
conclure avec M. de Cambray que
la perfection de la verfification Fran
goife eft prefque impoſſible , puiſque
ceux même qui s'y font le plus diftinguez
, & qui ont été le plus loin dans
cet art , ne font pas exempts de dé
fauts.
Je ne puis mieux faire fentir l'illu-
D iiij
20 LE NOUVEAU
fion de cette confequence que par une
fuppofition que je fuis en droit de
faire. Ronfard jouïfloit en fon temps
d'une reputation encore plus éclatante
& plus univerfelle , que ne l'a été
celle de Racine & de Defpreaux dans
le nôtre. Si fur quelques -uns de fes
vers reconnus pour foibles & pour
mauvais , dans le temps même de fa
plus grande vogue , quelqu'un avoit
conclu, qu'il étoit comme impoffible
d'atteindre à la perfection de la Poë .
fie , puifque Ronfard même n'étoit
pas exempt de défaut , ce raifonnement
nous paroiftroit- il aujourd'huy
bien convainquant ? & qui nous a dit
qu'il ne viendra pas aprés nous des
genies heureux , qui aidez des lumieres
, des leçons & des exemples que
leur ont laiffé nos meilleurs Poëtes ,
porteront l'art de la verfification encore
plus haut , que ceux -ci ne l'ont
porté , & toucheront de plus prés à
ce point de perfection où tend l'art
Si des fautes où font tombez les
plus habiles & les plus diftingués
dans chaque art ; on doit conclure
au préjudice de l'art même , il n'y
MERCURE. 21
en a point de la perfection duquel
il ne faille défelperer. Les plus
grands Poetes font fujets à des né.
gligences , & leurs plus beaux Ou.
vrages ont des taches. J'en conviens
; mais qu'on me montre un
Orateur fans défaut. On voudroit
que dans un long Ouvrage , le Poëte
ne laiẞât rien à defirer pour la jufteße
, la clarté & l'élegance. Ie le
voudrois bien auffi ; mais qu'on me
montre un long ouvrage de Profe
en notre langue , où il n'y ait rien
à redire fur l'élegance , la clarté ,
ou la jufteffe , & qui foit exempt
des moindres négligences.
›
Je ne fçais pas comment en jugent
les autres ; mais je ne ferois point
de difficulté de dire que je trouve
à proportion beaucoup plus de chofes
à reprendre dans les ouvra .
ges de Profe que dans ceux de
Vers , & je fuis perfuadé que quiconque
voudra examiner de prés
ce que nous avons de meilleur dans
ces deux genres d'écrire , en fera le
même jugement. Je dirai bien plus ,
c'eft qu'il n'eft gueres poffible que.
22 LE NOUVEAU
les Ouvrages de Vers ne foient plus
achevez que ceux de Profe . Pourquoy
cela ? C'est que les bons Vers
font toujours travaillez avec plus
de foin que la bonne Profe , & que
cependant la bonne Profe ne demande
gueres moins de travail &
de méditation que les bons Vers.
Il y a une forte d'harmonie dans
la Profe plus difficile à attraper que
celle de la Poefie ; celle - ci à fon
chemin tout tracé ; chaque pied ,
chaque fyllable a fon arrangement
fixe & reglé ; au lieu que l'autre
qui n'a point de regle palpable &
déterminée , dépend prefque toute
du goût & de l'oreille.
Je ne puis diffimuler que je trouve
une injuſtice criante dans la maniere
dont on juge des Poetes. On
convient qu'ils font plus gênés que
ceux qui écrivent en Profe ; & au
lieu de leur paffer quelque chofe
en faveur de cette gêne , on éxige
dans eux plus de regularité , plus
de jufteffe & plus de perfection que
dans les autres Ecrivains. Quand
un profateur a exprimé rondement
MERCURE. 23
fa penfêe en termes intelligibles &
recûs , on n'en demande pas davantage
, & l'on ne va pas rechercher
, s'il n'y avoit point de termes
plus propres , plus énergiques ,
des tours plus vifs & plus heureux
qu'il pût employer . On entend ce
qu'on a lû ; on a hâte d'aller à ce
qui fuit , & par là on eſt diſpoſé
à fe contenter aisément de ce que
l'on trouve . Il s'en faut bien qu'on
ait la même indulgence pour le
Poëte. Ce n'est pas allés qu'on entende
ce qu'il dit ; on lui fait encore
un procés fur ce qu'il ne dit
pas & qu'il n'a ni , dû , ni voulu
dire , mais qu'on devine , que la
gêné du vers lui a fait fupprimer
malgré lui . On pefe jufqu'aux moindres
fyllabes de fes vers ; on ne veut
point que rien Y foit forcé ou déplacé
, que rien y grimace ; & tout
prévenu qu'on ett fur la fervitude
perpetuelle de la rime , on ne lui
en veut pas paffer une de foible .
On tépond à cela ; Ce font des loix
qu'il s'eft faites ; on eft en droit d'éxiger
qu'il les obferve. Pourquoi
24
LE NOUVEAU
de
›
s'eft il affujetti a cette folle meſure,
feuvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le ja ng
ce langage bifarre, quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eſt une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE
.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premier's
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envifagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur, des tours , qui puiffent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers. Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever ,
à le perfectionner , a enrichir l'i.
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée
par les differents regards !) Oui !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
de toutes ces toutes ces images ,
expreffions, on choifira , non la meilleure
& la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voila le Poëte gouverné par
la rime ; elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
24 LE NOUVEAU
de
s'eft il affujecti à cette folle mefure ,
fouvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le jong
ce langage bifarre , quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eft une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe ,
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premiers
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envisagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur , des tours , qui puiflent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers , Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever
à le perfectionner a enrichir l'i
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée ,
par les differents regards ¦ Oüi !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
toutes ces images , de toutes ces
expreffions,on choifira , non la meil
leure & la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voilà le Poëte gouverné par
la rime elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
;
26
LE
NOUVEAU
Tout cela eft vrai dans la pratique
des mauvais Poëtes , & dans
l'idée de ceux qui , faute d'être dans
l'exercice de la verfification , ne feavent
pas , comment les bons Poetës
fe gouvernent à cet égard . Il y a
dans tous les arts , certains myftéres
où la Théorie ne pénétre point ,
& qui ne fe révélent qu'à la pratique
& à l'ufage . Les bons Poëtes ,
comme les mauvais , font obligez de
faire pafler une même penfée par
vingt expreffions differentes , & de
fe la reprefenter fous vingt differents
jours ; jufques là tout eft égal entreeux.
Voici le point où ils fe feparent,
& ce qui les diftingue des uns des
autres. De tous ces tours & de toutes
ces expreffions differentes qu'ils ont
imaginées ; le mauvais Poete s'en
tient à celle qui lui livre ſa rime , &
c'eft en cela qu'il eft mauvais Poete.
Le bon Poete au contraire , choiſit
avant toute choſe, l'expreffion la plus
noble & la plus énergique ; le tour le
plus vif, le plus brillant, & qui donne
le plus de force & le plus de grace
à fa penfée , & cela fans égard pour
MERCURE, 17
la rime à laquelle il ne donne que fa
feconde réflexion . Quelque que foit
cette rime , il y affujettit tout le refte
; c'est ainsi qu'il fait plier la rime
fous le joug de la raifon , tandis que
le mauvais Poete fait plier la raifon
fous le joug de la time, La gêne de
la rime fait fouvent dire au mauvais
Poëte , ou plus , ou moins , ou toute
autre chofe qu'il ne voudroit dire ;
au lieu qu'elle fait fouvent trouver
au bon,des idées naives & des faillies
heureuſes , qu'il n'auroit jamais imaginées
fans cet aiguillon . Il y a tou.
jours dans chaque periode , dans chaque
penfée un peu étendue,quelque
endroit qui domine , à peu prés ,
comme dans un tableau , il y a tou
jours un objet principal auquel on
rapporte & on unit tous les autres.
Chez les Auteurs qui ont du goût ,
c'eft cet endroit qui gouverne le refte
qu'on tafche d'y lier , d'y aflortir &
d'y unir le plus naturellement qu'on
peut. Or c'est là , dit -on , la difficulté
que cette union ! il faut trouver une
terminaifon qui rime à cette expreffion
dominante,que vous aurez choi
*
Cij
.8 LE NOUVEAU
fie par préference , il faudra forcer
tout le refte pour l'amour d'elle . Et
qu'importe de quel côté foir la gêne
& la tyrannie , & laquelle des
deux rimes qui fe répondent , fouffre
& grimace ? Le Lecteur n'en fera
pas moins frapé du désagrément qui
refulte de cette gêne .
Faulle idée de ceux qui ne font -
point dans l'habitude de la verfification
, & qui fe font un monftre de
la rime , mais idée en même temps .
dont il eft dautant plus difficile de
les faire revenir , qu'il n'y a , que l'éxercice
& l'habitude de la verfification
, qui pût les défabufer. Je les
prieray feulement de faire une remarque
qu'ils n'ont peut- être jamais
faite , & dont il n'y a perfonne qui
ne foit capable . C'eft que dans le difcours
ordinaire, on ne dit gueres une
douzaine de mots de fuite, qu'on n'en
trouve au moins deux qui riment enfemble
; de forte que tout le travail
fe reduit à tourner ſa phraſe de maniere,
que ces deux terminaifons qui
riment , tombent naturellement au
bout des deux vers . Ce qui eft plus
MERCURE. 29
facile que je ne le puis dire ; & fion
cenfulte ceux qui font dans l'ufage de
faire des vers françois , ils conviendront
fans peine que la rime pour
l'ordinaire , eft ce qui les gêne & les
embaraffe le moins ; de forte que
M. Defpreaux a eu grande raifon de
dire dans fon art Poetique au fujet
de la rime .
Lorfqu'à la bien chercher d'abord on
s'évertuë ,
L'esprit à la trouver aifèment s'habituë;
Au joug de la raison fans peine elle
flechit ,
Et loin de la gêne„ la fert & l'enrichit.
S'il me falloit verifier , papiers fur
table , ce que j'ay dit du peu de préjudice
que la contrainte de la cadence
& de la rime, apporte à la verité, à la
beauté & à la grace des pensées ; je
n'en irois point chercher d'autre preuve,
que cet ouvrage même de M. Defpreaux
que je viens de citer , & que
je regarde comme le Poëme le plus
achevé que nous avons en noftre lan-
Cij
30 LE NOUVEAU
gue . Je trouve dans ce feul Poëme de
quoi prouver qu'il n'y a peut -être rien
qu'on ne puifle exprimer auffi heureufement
en vers qu'en profe. C'eſt
un ouvrage didactique , & par là même
, d'un caractere froid , & moins
fufceptible des agréments de la
Poefie,que toute autre efpece de Poëme.
C'est peu de dire qu'il n'y a pref
que rien de forcé , ni de foible dans
cet ouvrage , tout m'y paroift failė,
fi naturel , que je ne fçay pas comment
le Poëte auroit pu s'y prendre,
pour trouver des termes plus propres
& plus nobles que ceux qu'il a mis
en oeuvre. Je fais plus : Je Propole au
plus habile Profateur de prendre le
fonds de cet ouvrage & d'en mettre
les préceptes & les inftructions en
pure profe , & je le défie de le faire
plus intelligiblement , plus nettement
& plus naturellement que
Defpreaux ne l'a fait en vers .
S'apperçoit- on dans cet ouvrage
& dans la plupart de ceux du même
Auteur & de nos antres bons Poëtes ,
de cet air contraint & de cet appareil
de travail d'affectation , qu'on
MERCURE.
31
reproche tant ? Pour moy , fi j'ofe
dire ce queje penfe , je m'en apperçois
bien davantage dans des ouvrages
de profe , pleins d'efprit d'ailleurs
, mais dont le ftile me paroift
bien plus gené & plus affecté que celuy
de la Poëfie. Tel eft celuy de S.
Evremond en plufieurs de fes ouvrages
. Les mots y font prefque toujours
dans une attitude contrainte & forcée
; il faut fouvent aider à la lettre
pour les entendre , & je fuis perfuadé
que s'ils avoient la liberté de fe plaindre
, ils avouëroient qu'ils fe trouvent
bien plus en preffe & plus mal à
leur aife dans fa profe & dans d'autres
ouvrages pareils , qu'ils ne le
font dans les bons vers.
Heft für que la cadence & lagime
affujettit à une certaine meſure reglée
, qu'on appellera contrainte , fi
l'on veut , en ce que toute regle emporte
avec foy une forte de contrainte
; mais c'eft en quoi paroift la fuperiorité
du bon Poëte , de fçavoir
manier fi dextrement fon art ; qu'il
en fafle oublier la contrainte à fon
Le&eur ; qu'il obſerve la regle , fans
32 LE NOUVEAU
918
paroiftre s'eftre fait une affaire de
T'obferver ; que les termes fe trouvent
fi bien liez & fi naturellement
affortis enfemble , que cette union
femble plûtoft l'effet d'une rencontre
heureule , que le fruit d'une recherche
étudiée , & qu'enfin la rime
tombe fi jufte & fi à propos , qu'on
foit tenté de croire qu'elle ne s'y
trouve que par hafard , & parcequ'on
n'a pû l'éviter .
C'eft ce qui fait une forte d'illufion
qu'on peut regarder comme la fource
de cette multitude de mauvais Poctes
dont lePublic eft obfedé . Cet air d'aifance
que les bons Poëtes fçavent répandre
dans leursvers , a quelque cho⚫
fe de feduifant.Tout yparoît fi naturel
que le Lecteur , s'il n'eft fur fes gardes
, eft porté à prefumer qu'il ne
tiendroit qu'à luy ; d'en faire autant.
Ut fibi quivis fperet idem flaté de
cette agréable idée , il prend la plume
en main , & croit que les vers
vont couler comme la profe ; il n'y
a que l'experience qu'il fait du con-
* Horat. Art. Poet,
MERCURE.
traire, qui puiffe le détromper : fudet
multum , fruftraque laboret Aufus idem.
Le malheur eft que la plû--
part ne veulent pas eftre defabulez .
Toûjours leurrez par le charme fateur
des vers qu'ils admirent , ils en
trouvent toutes les beautez fi fort à
leur portée , qu'ils croyent y toûcher
déja , & qu'il leur en coûtera peu
d'efforts pour y atteindre .
Or ce charme & cet enchantement
dont la multitude des mauvais
Poetes nous fait trop voir, combien il
eft difficile de fe defendre , peut -il
être l'effet d'un langage bizarre & ef='
frayant , comme on veut bien l'appeller?
La bizarrerie a t'elle quelque
chofe de fi attrayant ? ce qui effraye,
eft-il propre à féduire , & à infpirer
tine envie fecrete de l'imiter ?
M. de Cambray apporte pour preuve
de cette bizarrerie prétendue , le
foin qu'on a d'éviter dans la Profe,la
cadence des vers , tant elle est peu propre
, dit-il , à flater l'oreille.
C'est à peu prés comme G pour
* Ibid.
34 LE NOUVEAU
Prouver, que la danfe eft bizarre , on
alleguoit le foin qu'on prend d'en
éviter les mouvemens & les attitudes
en marchant. Le meilleur danfeur du
monde paroiftroit ridicule , s'il obfervoit
dans fa démarche ordinaire,la
mefure & les inflexions qu'on auroit
admirées dans fa danfe . La profe &
les vers ont chacun une forte d'harmonie
qui leur eft propre. Si l'on évite
dans la profe celle qui convient aux
vers , ce n'eft pas qu'elle ne flatte l'oreille,
mais c'eft qu'elle ne la flate pas,
de la maniere qu'elle la doit fla er ;
& qu'il eft auffi mal de parler vers en
profe , que de parler profe en vers.
La cadence du vers loin d'avoir rien
de bizarre ou de choquant , a aucontraire
quelque chofe de finarurel , que
quand on compofe dans un ftile un
peu élevé, c'eft la premiere qui fe pré-
Tente d'abord à l'efprit ; & que de trés
habiles gens , faute d'être dans le
train de la Poefie , en ont efté la dupe ,
& ont laiffés échapper bien des hemiftiches
, & fouvent des vers entiers
dans leur profe; C'eft là ce qu'on peut
dire , qu'elle laffe , qu'elle fatigue ,
MERCURE. 35
qu'elle ennuye , parce qu'elle eft hors
de fa place , & non pas dans les vers
où elle doit fe trouver.
J'ai dans la cauſe que je défens ,
un avantage qui en juſtifie la bonté ;
c'est que nos adverfaires en font
réduits à fe contredire dans les reproches
qu'ils nous font . M. l'Abbé
de Pons , par exemple , nous déclare
qu'il y a quelque chofe dans les vers
qui le fatigue & qui l'ennuye. Mais
trois ou quatre pages aprés , il convient
que le poète nous plait , quoique
fouvent il nous parle avec moins
d'élegance que le profateur. Comment
ennuye.t - il, s'il plaiſt & comment
plaift-il , s'il ennuye ? Voilà un en.
nuy bien amufant & bien agréable !
Mais enfin à quoy impute-t- on cet
ennuy ? au retour importun de la rime,
à la repetition des mêmes nombres dans
chaque phrafe . Enfin à l'uniformité
perpetuelle qui régne dans les vers.
J'aurois peut- être eſté embarraſlé
à répondre à cette difficulté , & à
juſtifier la verſification d'un ennuy
qu'on prétend qu'elle devroit caufer
, quoyqu'on convienne qu'elle
36 LE NOUVEAU
ne le caule pas ; fi M. de Cambray
ne m'avoit fait appercevoir dans
- l'Analife qu'il fait de la conftru &tion
de la Phrafe Françoife , que la Profe
en nôtre langue pêche encore plus
du côté de cette uniformité , que les
vers , En effet que peut-on imaginer
de plus fimple & de plus uniforme
que cette conftruction ? * On veit tomjours
, dit- il , venir d'abord un nominatiffubftaniif
qui mine ſon adje &tif
comme par la main. Son verbe ne
manque pas de marcher derriere , fuivi
d'un adverbe qui ne souffre rien
entre deux , & le Regime appelle
auffitoft un accufatif qu'on ne peut déplacer
; c'est ce qui exclut toutefufpenfion
d'efprit , toute attente, toute
furprife , toute varieté , & fouvens
toute magnifique cadence. Voilà la
preuve que me fournit l'un de nos
adverfaires , fur l'uniformité conftante
& invariable de la construction
Françoile en Profe. Mais ne fe trouve-
t.elle pas la même dans les vers?
Non , & c'eft furquoi j'ai pour garant
notre autre adverfaire M. l'Abbé
* Reflex. fur la Rhet.
de
MERCURE.
37
de Pons . A l'égard des conftructions ;
dit- il , on accorde aux Poëtes le droit
de les varier un peu plus , que nefait la
Profe.
Nous voilà donc , de fon aveu même
, un peu plus au large de ce cofté
là , que les Profateurs, Nous, qu'on dépeint
comme des gens fi contraints & -
fi gênez dans leur marche. On s'eſt
bien douté que les Poetes ne manque.
roient pas de s'en prévaloir , comme
de raifon ; & c'eft pour cela qu'on
prend la précaution de les avertir
charitablement,de n'en point tirer de
vanité car , ajoûte M. l'Abbé de
Pons ce droit même attefte la mifere
de leur art ; Et nous , nous foûtenons
qu'il en montre la richefle & la beauté.
En quoy fait- on confifter cette mifere
prétendue de nôtre art . ? En ce que
pour fubvenir à fon beſoin, on a estéforcé
de faire plier laregie françoise qui
veut, qu'onfoulage l'attention par une
conftruction aisée, qui présente à quelque
›
*
Page 66.
Page 67.
D
38
LE
NOUVEAU
hofe près,lesidées dans leur ordre naturel.
Et nous , nous prétendons , non
pas qu'on a accordé aux Poëtes , car
nous fommes glorieux , & nous ne
voulons avoir obligation à perfonne ;
mais qu'ils fe font mis eux- mêmes &
de leur propre autorité, en poffeffion
d'un droit qui les fauvoit de cette
uniformité languiflante, qui eft excufable
dans la Profe , mais qui nous
a paru incompatible avec la grandeur
& la majefté des vers ; & c'est
par cette heureuſe hardieffe , digne
de l'élevation de leur génie , qu'ils
fe font mis en état de produire cette
fufpenfion d'efprit , cette attente , cette
Surprise , cette varieté & ces magnifiques
cadences , où felon M. de Cambray,
la Profe ne peut atteindre .
S'it eftoit vray que ce droit ne fût
accordé qu'à la mifere de notre art,
à titre de befoin , & fous le nom de
licence , nous éviterions autant qu'il
nous feroit poffible , de nous en fervir
, & foigneux de cacher noftre
mifere ; nous ne nous en fervirions
jamais qu'à la derniere extremité,
Loin de cela , nous évitons au conMERCURRE.
39
traire la conftruction naturelle de la.
Profe , comme un écueil , & nous regardons
toute Poëfie où cette conftruction
eft regulierement obfervée ,
plûtôt , comme la profe rimée , que
comme des vers .
Et pour ne point fortir de l'exemple
des vers de M. de la Motte , citez
par M. l'Abbé de Pons , où parlant
des trefors , il dit :
Du fein de la Terre entrouverte
Chers inftruments de notreperte ,
L'argent & tor font arrachez ;
On les tire de ces abifmes ,
Oùfage & prévoyant nos crimes
La nature les a cachez.
Il ne faut pas croire que ce foit la
neceffité de la mefure qui ait forcé M.
de la Motte , à renvoyer ces mots :
L'argent & l'or , au troifiéme vers,
& celui-ci , la nature au dernier , c'eſt
à dire , tous deux à la fin de la phrafe,
où ils fe trouvent. Il luy eftoit aifé , s'il
l'euft voulu , de les arranger , comme
ils le font dans la verfion qu'en a faite
en profe , M. l'Abbé de Pons ; mais
Dij
40 LE NOUVEA Ú
alors ce n'euft efté que de la profe rimée
; au lieu qu'ici ce font des vers.
Ces deux nominatifs qui font les objets
dominants des deux phraſes , &
comme les principaux perfonnages
du tableau , eftant renvoyez vers la
fin,produisent cette fufpenfion qui foutient
avec agrément l'attention de l'ef
prit , & qui par là le preferve de cer
ennuy qu'on nous reproche à tort , &
dont nos vers ne ſe défendent qu'en
évitant avec ſoin l'allure de la profe.
Nous fommes donc bien éloignez
de croire, comme M. l'Abbé de Pons,
que fi nous fuivions cette allure
* Nos vers n'en feroient que plus parfaits
; nousfommes perfuadez au contraire,
qu'ils en feroient moins vers ,
c'est à dire , moins ce qu'ils doivent
eftre , il ajoute que quand il en * tron_
ve une fuite nombreuse , dont les conftructions
pourroient eftre adoptéespar la
profe , il applaudit aupredige. Je luy
crie mercy fur cela , & je luy declare
Pag. 67.
Ibid,
MERCURE
41
qu'en mon particulier, l'ay toujours
tâché de faire des vers qui fuffent na.
turels ; inais que quelqu'estime que
je falle d'ailleurs de fon jugement , &
quelque paffion que j'eufle de meriter
en toute autre chofe fes applau
diffemens , je ferois tres fâché de les
meriter fur cet article de verfification , -
adoptable par la profe.
Quelque agrément que la rime
donne aux vers , nous ne nous tiendrions
pas aflez diftinguez des Profateurs
, fi nous n'en differions que par
cet endroit , qu'on nous reproche en--
core comme une fource d'ennui,par
l'uniformité de fa terminaiſon. S'il.
n'y avoit qu'une rime au monde , ou
que le nombre en fut fort borné , le
reproche feroit bien fonde ; mais il y
en a des milliers dans notre langue ,
& quand on fçait les varier , comme
le font les bons Poëtes , en les choififfant
de fons differents , loin que
ces terminaifons mifes comme en regard
, fatiguent & ennuyent , elles.
foulagent au contraire & délaffent
agréablement le Lecteur . M. de
Cambray eftoit d'avis qu'on nous
Diij.
42 LE NOUVEAU
mit un peu plus au large fur cet ar
ticle , mais à Dieu ne plaife , le parnaffe
a plus befoin d'eftre reformé en
cela ,, que d'eftre mitigé ; le Public y
perdroit auffi bien que nous , & une
pareille indulgence ne ferviroit qu'à
multiplier les mauvais Poëtes , & à
faire degenerer les bons.
De tout ce que j'ai dit ; il s'enfuit ,
que de quelque côté qu'on envifage
la conftruction des vers , il ne
s'y trouve rien qui ne doive plaire ,
& qui ne plaife en effet. Auffi nos Adverfaires
en conviennent- ils debonne
foy, & M. l'Abbé de Pons avouë luimême
qu'il eft dansl'illuſion la plus favorable
à l'art qu'il condamne & qu'il
eft fenfible aux graces des vers . Mais
ildéclare en même temps , que c'eft .
une illufion , qu'en cela même il eft
dupe , & qu'il a tort de s'y plaire.
Quel triomphe pour la Poëfie qu'un
pareil aveu quelle arrache de la plume
de fon ennemi , à qui elle plaift
même malgré lui ! Il appelle toute
fa raifon au fecours, pour fe deffendre
de ce charme qu'il nomme illufion
, il en recherche la fource , & au
MERCURE.
48
lieu de l'attribuer à l'élevation, à la
magnificence , à la varieté , à la hardielle
, au brillant , au merveilleux
des tours , des figures , des expreffions
; il aime mieux imaginer que
ce charme ne vient que de l'habitude .
Ce que je vois de conftant dans tout
ceci, c'eft que les vers plaifent. Pourquoi
plaifent- ils ? c'eft furquoi on devine
plûtôt qu'on ne raifonne . Tenons-
nous en donc à ce qui eft de
certain , & recevons la fatisfaction
que nous donnent les vers , fans les
aller chicaner mal- à - propos , fur le
plus ou le moins de droit qu'ils ont
de nous en donner. Les gens d'efprit
font toûjours ingenieux à fe tourmen.
ter eux-mêmes. Ce n'eft pas aflez
pour eux d'avoir du plaifir , ils veulent
encore en avoir fcientifique--
ment & dans les regles ; il faut qu'ils
creufent jufqu'à ce qu'ils ayent pû‹.
démêler , pourquoi ils en ont . He ,
Meffieurs , vous qui êtes fi ennemis
de la gêne & de la fervitude des vers,
pourquoi vous en procurez - vousune
inutile , même dans ce qui vous
plaift . Joüiflez , fans tant fubtilifer
"
44.
LE NOUVEAU
d'un plaifir auffi innocent , que celui
que vous offre l'harmonie des vers ;
& fongez , que les plaifirs de cette
trempe font fi rares & fi précieux ,
que loin de chercher à en diminuer
le nombre & à les effaroucher par
des réflexions importunes , on doit.
encore travailler à les multiplier .
E nouveau fiftême propofé par
M. l'Abbé de Pons fur le Poëme
Epique, n'excitera - t'il pas le zele &
l'émulation des difciples d'Ariftote ?
Il y va de leur honneur de ne pas
laiffer le temps à une fi dangereufe
nouveauté , de s'établir . Le morceau
que l'on vient de lire , ne traite
qu'une queftion incidente de la nouvelle
diflertation ; un ami des Mu--
;
fes juftement allarmé , vient de parler
pour la deffenfe de fes foyers..
Mais il ne doit pas encore demeurer
tranquile fur la foy de fon manifefte
; l'Adverfaire reviendra le mois
prochain à la charge , & fe promet
de mettre la queftion controverfée .
dans un jour fi évident , que perfonne
ne fera plus tenté de l'inerroger
fur cela à l'avenir.
necellaire , j'ofe me promettre que
l'on me fçaura gré d'entrer en matiere
par la Piéce fuivante : elle eft
d'un Auteur trop connu parmi les
favoris d'Apollon , pour ne pas faire
un des principaux ornements de
mon Recueil. De plus elle fervira
à me juftifier dans l'efprit des perfonnes
neutres , qui auroient pû me
foupçonner de partialité , fi je n'avois
point opposé un morceau à la
Diflertation de M. l'Abbé de Pons
A iij
AVANT - PROPOS.
qui eft à la tête du Mercure deJanvier
, dont elle attaque une partie
incidentelle ; fçavoir , fi la Profe
doit le ceder aux Vers.
7
LE
NOUVEAU
MERCURE
DEFFENSE
DE LA
POESIE FRANCOISE.
E laiffe à Madame Dacier
le foin de foûtenir , comme
elle ne manquera pas
fans doute de le faire trés
fçavamment , les principes qu'elle
a avancés fur le Poëme Epique
& que M. l'Abbé de Pons a combattus
dans le Mercure de Janvier
Aiiij
8 LE NOUVEAU
de cette année ; mais en qualité
de Citoyen du Parnafle & de Rimeur
, quoyqu'indigne ; je ne puis
me difpenfer d'entrer en caufe fur
ce qui regarde les interefts & la
gloire d'un Art que je cultive depuis
longtemps .
Tout homme doit être Soldat ,
quand il s'agit de défendre fa patrie.
Notre Patrie à nous autres Poëtes ,
s'il m'eft permis de me mettre du
nombre , c'eſt le Parnaffe . On ne
peut fupprimer les Vers , qu'il ne
foit ruiné de fond en comble ; car
pour Meffieurs les Profateurs , comme
il leur plaît de fe nommer ; ils
y tiennent un fi petit rang , fi même
ils y en tiennent aucun , qu'à peine
les y compte-t- on pour quelque
chofe. Les Poëtes au contraire
font les Seigneurs dominants ; Apollon
ne s'y communique qu'a eux ;
les Mufes ne favorifent qu'eux feuls
de leurs infpirations , & même pour
le faire avec plus de régularité &
moins de confufion ; elles ont par
tagé entre elles les differentes
fortes de Poëfies auxquelles les
MERCURE.
Poëtes fe confacrent ; & Pegaſe enfin
, tout cheval qu'il eft , ne s'y
laifle monter que par les Poëtes.
Le Parnafie nous appartient donc
en propre ; c'est notre patrimoine ,
& à titre d'autant plus légitime ,
qu'il y en a plufieurs parmi nous ,
qui n'en ont jamais eu d'autre. En
faut-il davantage pour allumer mon
zele , & exciter dans moi cette vive
ardeur avec laquelle on combattoit
autrefois , pour fes foyers &
pour les Autels ?
Je fens bien que pour faire les
chofes dans les formes , ce feroit
en Vers que je devrois défendre la
caufe des Vers. Mais dans la jufte
défiance que m'infpire la médiocrité
de mon talent en ce genre , je ne
veux pas donner lieu à mon adverfaire
de s'en prévaloir , & d'attribuer
à l'imperfection de l'Art , ce
qui ne devroit tomber que fur l'incapacité
du Poëte . Peut - être trahîrois
- je moi - même ma caufe , en
voulant la défendre , & je me ferois
dire perfonnellement , ce que
M. l'Abbé de Pons ne dit qu'en
10 LE NOUVEAU
general , à tous mes confreres :
Pourquoi ne me parle - t - on pas en
Profe ? *
C'est donc en ce langage que je
vais m'expliquer , & fi dans une
défenſe auffi légitime que celle- ci ,
il m'échape quelques termes qui
ne foient pas affez inefurez , je prie
notre adverfaire de fe fouvenir que
c'eſt le Parnafle , notre domicile ,
que j'ai à défendre , & que je fuis
en droit de faire autant de bruit
pour la défenfe de notre maifon ,
que Ciceron en fit autrefois pour
le retabliffement de la fienne . *
* Si c'eft une illufion dans Madame
Dacier de croire , que les Vers
font plus fufceptibles de grandeur &
de Majefté que la Profe , & que
le
Poëme y trouve plus de reffource ,
j'avoue que je fuis de moitié avec
elle fur cette illufion , & je m'es
* Page 75 .
*. Oratio
pro
*. Page 68 .
domo fuâ.
MERCURE. If
fais honneur . Il ne feroit même pas
impoffible que l'illufion ne fût moins
de notre côté , que du côté de ceux
qui nous l'imputent. Nous avons
déja pour nous , de l'aveu de notre
adverfaire , le préjugé public. * Tour
déraisonnable qu'on dépeint ce préjugé
, on convient qu'il eft univerfel
; & fi nous nous trompons , dumoins
avons - nous la confolation
de voir , que grand nombre d'honnêtes
gens fe trompent avec nous.
Il ne s'agit plus que de fçavoir de
quel côté eft l'illuſion .
Je ne prétends point icy fuivre nôtre
adverfaire pied à pied , ni faire
une differtation dans les formes ;
mais fans m'affervir à cette methode
gefnante , en répondant à un Auteur
qui ne blâme rien tant dans nôtre
art , que la gêne , j'efpere fatisfaire
pleinement à toutes fes difficultez .
Je conviens d'abord de bonne foy
de cette efpece de gêne & de con-
* Page 68.
Ibid.
12 LE NOUVEAU
trainte qui fe trouve dans les vers
& qui leur eft fi eflentielle , que c'eft
principalement ce qui les diftingue
de la profe. J'avoue en ſecond lieu
qu'il eft beaucoup plus aifé de parler
& d'écrire en profe , que de parler &
d'écrire en vers , tout comme il eſt
beaucoup plus aifé de marcher que
de danfer. Il y avoit plus de quarante
ans que M. Jourdain difoit de la
profe , non feulement fans avoir ap.
pris à en dire , mais même fans fçavoir
qu'il en difoit . Il eût beſoin de
fçavoir faire une reverence pour faluer
une Marquife , & pour cette
fimple reverence , il luy fallut un
Maiftre. Que conclure de tout cela ?
le voicy : c'eft que fi on veut le borner
à ce qui eft de plus facile & de
plus comode , il faut s'en tenir à la
profe , & fupprimer les vers ,fe contenter
de marcher & bannir la danſe .
Le parallele que je fais icy des
vers avec la dance, eft bien plus jufte
à ce qu'il me femble , que celuy que
fait M. l'Abbé de Pons,du Poëte avec
un danfeur de corde. Qu'est- ce que
la dance ce font des
pas mefurez .
Qu'est- ce
MERCURE. 13
>
Qu'est- ce que les vers ? ce font des
mots cadencez & difpofés en certain
ordre. C'eft la varieté de cette
mefure qui conftitue les différentes
fortes de vers ; comme les pas
différents ou différemment liés
conftituent les différentes fortes de
dances. Le Poëte , ni le Danfeur
ne courent point rifque de fe caf
fer le cou dans l'exercice de leur
Art. Tout est affés égal de part &
d'autre ; & fi les vers font plus de
plaifir que la fimple Profe c'eft
par là même raifon , que la danſe a
quelque chofe de plus piquant &
de plus interrellant , que la démarche
fimple & ordinaire d'un homme
qui , va naturellement fon pas.
,
Il est vrai qu'Horace dans fa belle
Epître, addreflée à Augufte , femble
faire une espéce de parallele entre
les Poëtes & les Danfeurs de corde ;
mais le parallele ne tombe que fur
une chofe qui regarde plus le génie
du Poëte que la verfification * . Car
que veut- il faire entendre , quand
*. Hor. Art Poet.
Février 1717. B
14 LE NOUVEAU
il dit qu'il n'eft pas moins frapé de
l'adrefle & de l'habileté d'un Poe
le qui , à la faveur d'un fujet fabureux
& d'un peril imaginaire , fait
jouer tous les refforts des paffions
dans un coeur , l'attendrit , le tranſporte
, le calme fucceffivement , l'effraye
& l'épouvante même par le
prestige & l'enchantement de fon
art , que s'il le voyoit danfer fur la
corde Il ne veut dire par là rien
autre chofe , finon , que pour produire
des effets fi merveilleux dans
les coeurs , il faut autant de fouplefle
& d'agilité , fi j'ofe m'exprimer ainfi ,
dans l'efprit du Pocte , qu'il en faut
dans le corps du danfeur pour voltiger
fur une corde tendue en l'air. Or
fila profe , comme le foûtient M.
l'Abbé de Pons , * peut faire tout ce
que font les vers ; fi , comme il le dit ,
les fictions ingenieufe , les figures hardies
, les images brillantes ne font pas
plus l'appanage des vers que de la
* Page 69 .
* Page 68 .
MERCURE.
is
Profe ; voilà Meffieurs les Profateurs
devenus danfeurs de corde, auffi- bien
que nous. Ils croyent eftre en effet
auffi grands maiſtres dans l'art d'exciter
les paffions , que le peuvent être
les Poetes , & par confequent on ne
peut nous mettre au niveau des danfeurs
de corde , qu'on ne falle entrer
dans le même branle tous les Orateurs
, Harangueurs , Avocats , &
les Prédicateurs même.
Mais fi l'on veut s'en tenir au plus
commode , & fe borner à ce qui eft de
plus naturel & de moins gefnant ,
pourquoy fe jetter à plaifir dans la
recherche fatiguante de ces fictions ingenienfes
& de ces figures hardies ,
propres à émouvoir les paffions ?
Pourquoy fe tourmenter l'imagination
à inventer des tours qui frapent,
qui étonnent ? Pourquoy faire illufion
à l'efprit par des enchantemens
de figures maniées avec art , & par
tous ces autres artifices de l'eloquence
, que l'Arcopage avoit bannis des
caufes qui fe plaidoient à fon Tribunal
? N'en coûte- t-il rien pour tout
cela à l'Orateur ; & ne feroit- il pas
Bij
16- LE NOUVEAU
moins gênant , moins fatiguant pour
lui , de fe contenter d'expofer fimple .
ment fes raifons l'une après l'autre
dans l'ordre le plus naturel ? I eft
vrai , & rien même ne feroit plus raifonnable
, fi l'efprit de l'homme étoit
d'une autre trempe qu'il n'eft ; c'eſt- àdire
, s'il étoit affez Philofophe pour
fe contenter du vrai tout pur : mais il
a fes caprices & fes foibleffes,qui demandent
des ménagemens & des égards.
Il y a des veritez qui ne font
impreffion fur lui , qu'autant qu'on a
le talent de les lui faire goûter , & il
fautfouvent lui arracher par furpriſe;
& comme à force de preftige , ce que
la raifon nuë & dégagée de ces efpéces
de fantômes ou féduifans , ou
effrayans , dont l'art l'environne
n'en obtiendront jamais ,
De la maniere que l'efprit de l'homme
eft fait , on ne peut parvenir à lui
plaire, que par des endroits qui le flatent
; il faut quelque chofe qui le réveille
, qui le pique , & qui excite
dans lui de la furprife ; & il n'eft jamais
touché plus agréablement , que
quand cette furpriſe va jufqu'à l'adMERCURE
17
miration. Ce fera un foible , fi l'on
veut , dans luy , que de ne fe pas contenter
de la verité pure & denuée d'agrémens
; mais c'eft à ce foible que
nous devons l'invention des Arts &
des Sciences , & le foin qu'on a pris
dans tous les temps de les perfectionner.
Or tout cela s'eft -il fait , ou fe
fait-il encore fans gêne & fans contrainte
; on la pafle à tous les autres
arts , cette contrainte & cette gêne
pourquoi l'art des vers eft-il feul à
qui on la reproche ?
On me répond à cela , que ce qu'on
blâme dans les vers , ce n'eſt pas précifément
la gêne & la contrainte ,
mais une gêne , & une contrainte qui
va à la ruine des penſées , qui leur fait
perdre leur verité & leur grace naturelle
quifait plier la raifonfous le joug
d'un langagefollement mefuré , bifarre,
effrayant , quiporte avec luy l'appareil
du travail & de l'affectation . A ces incommoditez
qu'on prétend qu'apporte
avec elle l'uniformité de la rime
& de la cadence ; on ajoute de plus ,
Page 58 & 59. & ¢.
Biis
18 LE NOUVEAU
quelle fatigue , qu'elle ennuye ; de forte
qu'il n'y a eû qu'un long commerce
qui ait pu nous accoûtumer à la démarche
affectée des vers , & à leur
air contraint , & qu'on ne les fouffre
que par habitude * Enfin , comme
l'a dit feu M. l'Archevêque de Cambray
* C'est une torture d'efprit en pure
perte ; car je ne diffimaleray point que
ce grand homme a efté fur le fujer
des vers,dans la même prévention que
M. l'Abbé de Pons . Je fais bien fâché
de trouver en mon chemin un nouvel
adverfaire , de cette réputation
& de ce poids ; mais dans la noble
confiance que m'infpire, & la bonté
de ma caufe,& le caractere du Poëte,
qui tient un peu du Gaſcon , je ne
crois pas que je recule pour un ennemi
de plus , quelque formidable qu'il
puiffe être.
Cependant comme c'eft l'art que
j'entreprends de défendre , & non , le
mauvais ufage qu'on en peut faire ,
* Page 58
* Reflexionsfur la Rhetor.
5
19 MERCURRE
je demande, avant toute chofe , qu'on
ne mette point fur le compte de la
Poëfie , les imperfections & les défauts
qui ne viennent que de l'ignorance,
de l'incapacité ou de la negligence
du Poëte. Je palle fans peine
condamnation fur les mauvaisPoëtes,
& même fur ce que les bons ont de
defectueux . On nous cite deux vers de
Racine , & deux autres de Defpreaux ,
où l'on trouve quelque chofe à reprendre.
Ce font l'un & l'autre, deux
de nos plus grands Maiftres ; je conviens
cependant qu'au lieu de deux
vers de chacun , on en pourroit citer
bien d'autres du fecond , & un plus
grand nombre encore du premier
Poëte;plus aifé queDefpreaux dans fa
verfification ; mais bien moins châtić
& bien moins correct. De-là on va
conclure avec M. de Cambray que
la perfection de la verfification Fran
goife eft prefque impoſſible , puiſque
ceux même qui s'y font le plus diftinguez
, & qui ont été le plus loin dans
cet art , ne font pas exempts de dé
fauts.
Je ne puis mieux faire fentir l'illu-
D iiij
20 LE NOUVEAU
fion de cette confequence que par une
fuppofition que je fuis en droit de
faire. Ronfard jouïfloit en fon temps
d'une reputation encore plus éclatante
& plus univerfelle , que ne l'a été
celle de Racine & de Defpreaux dans
le nôtre. Si fur quelques -uns de fes
vers reconnus pour foibles & pour
mauvais , dans le temps même de fa
plus grande vogue , quelqu'un avoit
conclu, qu'il étoit comme impoffible
d'atteindre à la perfection de la Poë .
fie , puifque Ronfard même n'étoit
pas exempt de défaut , ce raifonnement
nous paroiftroit- il aujourd'huy
bien convainquant ? & qui nous a dit
qu'il ne viendra pas aprés nous des
genies heureux , qui aidez des lumieres
, des leçons & des exemples que
leur ont laiffé nos meilleurs Poëtes ,
porteront l'art de la verfification encore
plus haut , que ceux -ci ne l'ont
porté , & toucheront de plus prés à
ce point de perfection où tend l'art
Si des fautes où font tombez les
plus habiles & les plus diftingués
dans chaque art ; on doit conclure
au préjudice de l'art même , il n'y
MERCURE. 21
en a point de la perfection duquel
il ne faille défelperer. Les plus
grands Poetes font fujets à des né.
gligences , & leurs plus beaux Ou.
vrages ont des taches. J'en conviens
; mais qu'on me montre un
Orateur fans défaut. On voudroit
que dans un long Ouvrage , le Poëte
ne laiẞât rien à defirer pour la jufteße
, la clarté & l'élegance. Ie le
voudrois bien auffi ; mais qu'on me
montre un long ouvrage de Profe
en notre langue , où il n'y ait rien
à redire fur l'élegance , la clarté ,
ou la jufteffe , & qui foit exempt
des moindres négligences.
›
Je ne fçais pas comment en jugent
les autres ; mais je ne ferois point
de difficulté de dire que je trouve
à proportion beaucoup plus de chofes
à reprendre dans les ouvra .
ges de Profe que dans ceux de
Vers , & je fuis perfuadé que quiconque
voudra examiner de prés
ce que nous avons de meilleur dans
ces deux genres d'écrire , en fera le
même jugement. Je dirai bien plus ,
c'eft qu'il n'eft gueres poffible que.
22 LE NOUVEAU
les Ouvrages de Vers ne foient plus
achevez que ceux de Profe . Pourquoy
cela ? C'est que les bons Vers
font toujours travaillez avec plus
de foin que la bonne Profe , & que
cependant la bonne Profe ne demande
gueres moins de travail &
de méditation que les bons Vers.
Il y a une forte d'harmonie dans
la Profe plus difficile à attraper que
celle de la Poefie ; celle - ci à fon
chemin tout tracé ; chaque pied ,
chaque fyllable a fon arrangement
fixe & reglé ; au lieu que l'autre
qui n'a point de regle palpable &
déterminée , dépend prefque toute
du goût & de l'oreille.
Je ne puis diffimuler que je trouve
une injuſtice criante dans la maniere
dont on juge des Poetes. On
convient qu'ils font plus gênés que
ceux qui écrivent en Profe ; & au
lieu de leur paffer quelque chofe
en faveur de cette gêne , on éxige
dans eux plus de regularité , plus
de jufteffe & plus de perfection que
dans les autres Ecrivains. Quand
un profateur a exprimé rondement
MERCURE. 23
fa penfêe en termes intelligibles &
recûs , on n'en demande pas davantage
, & l'on ne va pas rechercher
, s'il n'y avoit point de termes
plus propres , plus énergiques ,
des tours plus vifs & plus heureux
qu'il pût employer . On entend ce
qu'on a lû ; on a hâte d'aller à ce
qui fuit , & par là on eſt diſpoſé
à fe contenter aisément de ce que
l'on trouve . Il s'en faut bien qu'on
ait la même indulgence pour le
Poëte. Ce n'est pas allés qu'on entende
ce qu'il dit ; on lui fait encore
un procés fur ce qu'il ne dit
pas & qu'il n'a ni , dû , ni voulu
dire , mais qu'on devine , que la
gêné du vers lui a fait fupprimer
malgré lui . On pefe jufqu'aux moindres
fyllabes de fes vers ; on ne veut
point que rien Y foit forcé ou déplacé
, que rien y grimace ; & tout
prévenu qu'on ett fur la fervitude
perpetuelle de la rime , on ne lui
en veut pas paffer une de foible .
On tépond à cela ; Ce font des loix
qu'il s'eft faites ; on eft en droit d'éxiger
qu'il les obferve. Pourquoi
24
LE NOUVEAU
de
›
s'eft il affujetti a cette folle meſure,
feuvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le ja ng
ce langage bifarre, quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eſt une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE
.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premier's
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envifagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur, des tours , qui puiffent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers. Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever ,
à le perfectionner , a enrichir l'i.
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée
par les differents regards !) Oui !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
de toutes ces toutes ces images ,
expreffions, on choifira , non la meilleure
& la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voila le Poëte gouverné par
la rime ; elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
24 LE NOUVEAU
de
s'eft il affujecti à cette folle mefure ,
fouvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le jong
ce langage bifarre , quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eft une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe ,
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premiers
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envisagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur , des tours , qui puiflent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers , Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever
à le perfectionner a enrichir l'i
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée ,
par les differents regards ¦ Oüi !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
toutes ces images , de toutes ces
expreffions,on choifira , non la meil
leure & la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voilà le Poëte gouverné par
la rime elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
;
26
LE
NOUVEAU
Tout cela eft vrai dans la pratique
des mauvais Poëtes , & dans
l'idée de ceux qui , faute d'être dans
l'exercice de la verfification , ne feavent
pas , comment les bons Poetës
fe gouvernent à cet égard . Il y a
dans tous les arts , certains myftéres
où la Théorie ne pénétre point ,
& qui ne fe révélent qu'à la pratique
& à l'ufage . Les bons Poëtes ,
comme les mauvais , font obligez de
faire pafler une même penfée par
vingt expreffions differentes , & de
fe la reprefenter fous vingt differents
jours ; jufques là tout eft égal entreeux.
Voici le point où ils fe feparent,
& ce qui les diftingue des uns des
autres. De tous ces tours & de toutes
ces expreffions differentes qu'ils ont
imaginées ; le mauvais Poete s'en
tient à celle qui lui livre ſa rime , &
c'eft en cela qu'il eft mauvais Poete.
Le bon Poete au contraire , choiſit
avant toute choſe, l'expreffion la plus
noble & la plus énergique ; le tour le
plus vif, le plus brillant, & qui donne
le plus de force & le plus de grace
à fa penfée , & cela fans égard pour
MERCURE, 17
la rime à laquelle il ne donne que fa
feconde réflexion . Quelque que foit
cette rime , il y affujettit tout le refte
; c'est ainsi qu'il fait plier la rime
fous le joug de la raifon , tandis que
le mauvais Poete fait plier la raifon
fous le joug de la time, La gêne de
la rime fait fouvent dire au mauvais
Poëte , ou plus , ou moins , ou toute
autre chofe qu'il ne voudroit dire ;
au lieu qu'elle fait fouvent trouver
au bon,des idées naives & des faillies
heureuſes , qu'il n'auroit jamais imaginées
fans cet aiguillon . Il y a tou.
jours dans chaque periode , dans chaque
penfée un peu étendue,quelque
endroit qui domine , à peu prés ,
comme dans un tableau , il y a tou
jours un objet principal auquel on
rapporte & on unit tous les autres.
Chez les Auteurs qui ont du goût ,
c'eft cet endroit qui gouverne le refte
qu'on tafche d'y lier , d'y aflortir &
d'y unir le plus naturellement qu'on
peut. Or c'est là , dit -on , la difficulté
que cette union ! il faut trouver une
terminaifon qui rime à cette expreffion
dominante,que vous aurez choi
*
Cij
.8 LE NOUVEAU
fie par préference , il faudra forcer
tout le refte pour l'amour d'elle . Et
qu'importe de quel côté foir la gêne
& la tyrannie , & laquelle des
deux rimes qui fe répondent , fouffre
& grimace ? Le Lecteur n'en fera
pas moins frapé du désagrément qui
refulte de cette gêne .
Faulle idée de ceux qui ne font -
point dans l'habitude de la verfification
, & qui fe font un monftre de
la rime , mais idée en même temps .
dont il eft dautant plus difficile de
les faire revenir , qu'il n'y a , que l'éxercice
& l'habitude de la verfification
, qui pût les défabufer. Je les
prieray feulement de faire une remarque
qu'ils n'ont peut- être jamais
faite , & dont il n'y a perfonne qui
ne foit capable . C'eft que dans le difcours
ordinaire, on ne dit gueres une
douzaine de mots de fuite, qu'on n'en
trouve au moins deux qui riment enfemble
; de forte que tout le travail
fe reduit à tourner ſa phraſe de maniere,
que ces deux terminaifons qui
riment , tombent naturellement au
bout des deux vers . Ce qui eft plus
MERCURE. 29
facile que je ne le puis dire ; & fion
cenfulte ceux qui font dans l'ufage de
faire des vers françois , ils conviendront
fans peine que la rime pour
l'ordinaire , eft ce qui les gêne & les
embaraffe le moins ; de forte que
M. Defpreaux a eu grande raifon de
dire dans fon art Poetique au fujet
de la rime .
Lorfqu'à la bien chercher d'abord on
s'évertuë ,
L'esprit à la trouver aifèment s'habituë;
Au joug de la raison fans peine elle
flechit ,
Et loin de la gêne„ la fert & l'enrichit.
S'il me falloit verifier , papiers fur
table , ce que j'ay dit du peu de préjudice
que la contrainte de la cadence
& de la rime, apporte à la verité, à la
beauté & à la grace des pensées ; je
n'en irois point chercher d'autre preuve,
que cet ouvrage même de M. Defpreaux
que je viens de citer , & que
je regarde comme le Poëme le plus
achevé que nous avons en noftre lan-
Cij
30 LE NOUVEAU
gue . Je trouve dans ce feul Poëme de
quoi prouver qu'il n'y a peut -être rien
qu'on ne puifle exprimer auffi heureufement
en vers qu'en profe. C'eſt
un ouvrage didactique , & par là même
, d'un caractere froid , & moins
fufceptible des agréments de la
Poefie,que toute autre efpece de Poëme.
C'est peu de dire qu'il n'y a pref
que rien de forcé , ni de foible dans
cet ouvrage , tout m'y paroift failė,
fi naturel , que je ne fçay pas comment
le Poëte auroit pu s'y prendre,
pour trouver des termes plus propres
& plus nobles que ceux qu'il a mis
en oeuvre. Je fais plus : Je Propole au
plus habile Profateur de prendre le
fonds de cet ouvrage & d'en mettre
les préceptes & les inftructions en
pure profe , & je le défie de le faire
plus intelligiblement , plus nettement
& plus naturellement que
Defpreaux ne l'a fait en vers .
S'apperçoit- on dans cet ouvrage
& dans la plupart de ceux du même
Auteur & de nos antres bons Poëtes ,
de cet air contraint & de cet appareil
de travail d'affectation , qu'on
MERCURE.
31
reproche tant ? Pour moy , fi j'ofe
dire ce queje penfe , je m'en apperçois
bien davantage dans des ouvrages
de profe , pleins d'efprit d'ailleurs
, mais dont le ftile me paroift
bien plus gené & plus affecté que celuy
de la Poëfie. Tel eft celuy de S.
Evremond en plufieurs de fes ouvrages
. Les mots y font prefque toujours
dans une attitude contrainte & forcée
; il faut fouvent aider à la lettre
pour les entendre , & je fuis perfuadé
que s'ils avoient la liberté de fe plaindre
, ils avouëroient qu'ils fe trouvent
bien plus en preffe & plus mal à
leur aife dans fa profe & dans d'autres
ouvrages pareils , qu'ils ne le
font dans les bons vers.
Heft für que la cadence & lagime
affujettit à une certaine meſure reglée
, qu'on appellera contrainte , fi
l'on veut , en ce que toute regle emporte
avec foy une forte de contrainte
; mais c'eft en quoi paroift la fuperiorité
du bon Poëte , de fçavoir
manier fi dextrement fon art ; qu'il
en fafle oublier la contrainte à fon
Le&eur ; qu'il obſerve la regle , fans
32 LE NOUVEAU
918
paroiftre s'eftre fait une affaire de
T'obferver ; que les termes fe trouvent
fi bien liez & fi naturellement
affortis enfemble , que cette union
femble plûtoft l'effet d'une rencontre
heureule , que le fruit d'une recherche
étudiée , & qu'enfin la rime
tombe fi jufte & fi à propos , qu'on
foit tenté de croire qu'elle ne s'y
trouve que par hafard , & parcequ'on
n'a pû l'éviter .
C'eft ce qui fait une forte d'illufion
qu'on peut regarder comme la fource
de cette multitude de mauvais Poctes
dont lePublic eft obfedé . Cet air d'aifance
que les bons Poëtes fçavent répandre
dans leursvers , a quelque cho⚫
fe de feduifant.Tout yparoît fi naturel
que le Lecteur , s'il n'eft fur fes gardes
, eft porté à prefumer qu'il ne
tiendroit qu'à luy ; d'en faire autant.
Ut fibi quivis fperet idem flaté de
cette agréable idée , il prend la plume
en main , & croit que les vers
vont couler comme la profe ; il n'y
a que l'experience qu'il fait du con-
* Horat. Art. Poet,
MERCURE.
traire, qui puiffe le détromper : fudet
multum , fruftraque laboret Aufus idem.
Le malheur eft que la plû--
part ne veulent pas eftre defabulez .
Toûjours leurrez par le charme fateur
des vers qu'ils admirent , ils en
trouvent toutes les beautez fi fort à
leur portée , qu'ils croyent y toûcher
déja , & qu'il leur en coûtera peu
d'efforts pour y atteindre .
Or ce charme & cet enchantement
dont la multitude des mauvais
Poetes nous fait trop voir, combien il
eft difficile de fe defendre , peut -il
être l'effet d'un langage bizarre & ef='
frayant , comme on veut bien l'appeller?
La bizarrerie a t'elle quelque
chofe de fi attrayant ? ce qui effraye,
eft-il propre à féduire , & à infpirer
tine envie fecrete de l'imiter ?
M. de Cambray apporte pour preuve
de cette bizarrerie prétendue , le
foin qu'on a d'éviter dans la Profe,la
cadence des vers , tant elle est peu propre
, dit-il , à flater l'oreille.
C'est à peu prés comme G pour
* Ibid.
34 LE NOUVEAU
Prouver, que la danfe eft bizarre , on
alleguoit le foin qu'on prend d'en
éviter les mouvemens & les attitudes
en marchant. Le meilleur danfeur du
monde paroiftroit ridicule , s'il obfervoit
dans fa démarche ordinaire,la
mefure & les inflexions qu'on auroit
admirées dans fa danfe . La profe &
les vers ont chacun une forte d'harmonie
qui leur eft propre. Si l'on évite
dans la profe celle qui convient aux
vers , ce n'eft pas qu'elle ne flatte l'oreille,
mais c'eft qu'elle ne la flate pas,
de la maniere qu'elle la doit fla er ;
& qu'il eft auffi mal de parler vers en
profe , que de parler profe en vers.
La cadence du vers loin d'avoir rien
de bizarre ou de choquant , a aucontraire
quelque chofe de finarurel , que
quand on compofe dans un ftile un
peu élevé, c'eft la premiere qui fe pré-
Tente d'abord à l'efprit ; & que de trés
habiles gens , faute d'être dans le
train de la Poefie , en ont efté la dupe ,
& ont laiffés échapper bien des hemiftiches
, & fouvent des vers entiers
dans leur profe; C'eft là ce qu'on peut
dire , qu'elle laffe , qu'elle fatigue ,
MERCURE. 35
qu'elle ennuye , parce qu'elle eft hors
de fa place , & non pas dans les vers
où elle doit fe trouver.
J'ai dans la cauſe que je défens ,
un avantage qui en juſtifie la bonté ;
c'est que nos adverfaires en font
réduits à fe contredire dans les reproches
qu'ils nous font . M. l'Abbé
de Pons , par exemple , nous déclare
qu'il y a quelque chofe dans les vers
qui le fatigue & qui l'ennuye. Mais
trois ou quatre pages aprés , il convient
que le poète nous plait , quoique
fouvent il nous parle avec moins
d'élegance que le profateur. Comment
ennuye.t - il, s'il plaiſt & comment
plaift-il , s'il ennuye ? Voilà un en.
nuy bien amufant & bien agréable !
Mais enfin à quoy impute-t- on cet
ennuy ? au retour importun de la rime,
à la repetition des mêmes nombres dans
chaque phrafe . Enfin à l'uniformité
perpetuelle qui régne dans les vers.
J'aurois peut- être eſté embarraſlé
à répondre à cette difficulté , & à
juſtifier la verſification d'un ennuy
qu'on prétend qu'elle devroit caufer
, quoyqu'on convienne qu'elle
36 LE NOUVEAU
ne le caule pas ; fi M. de Cambray
ne m'avoit fait appercevoir dans
- l'Analife qu'il fait de la conftru &tion
de la Phrafe Françoife , que la Profe
en nôtre langue pêche encore plus
du côté de cette uniformité , que les
vers , En effet que peut-on imaginer
de plus fimple & de plus uniforme
que cette conftruction ? * On veit tomjours
, dit- il , venir d'abord un nominatiffubftaniif
qui mine ſon adje &tif
comme par la main. Son verbe ne
manque pas de marcher derriere , fuivi
d'un adverbe qui ne souffre rien
entre deux , & le Regime appelle
auffitoft un accufatif qu'on ne peut déplacer
; c'est ce qui exclut toutefufpenfion
d'efprit , toute attente, toute
furprife , toute varieté , & fouvens
toute magnifique cadence. Voilà la
preuve que me fournit l'un de nos
adverfaires , fur l'uniformité conftante
& invariable de la construction
Françoile en Profe. Mais ne fe trouve-
t.elle pas la même dans les vers?
Non , & c'eft furquoi j'ai pour garant
notre autre adverfaire M. l'Abbé
* Reflex. fur la Rhet.
de
MERCURE.
37
de Pons . A l'égard des conftructions ;
dit- il , on accorde aux Poëtes le droit
de les varier un peu plus , que nefait la
Profe.
Nous voilà donc , de fon aveu même
, un peu plus au large de ce cofté
là , que les Profateurs, Nous, qu'on dépeint
comme des gens fi contraints & -
fi gênez dans leur marche. On s'eſt
bien douté que les Poetes ne manque.
roient pas de s'en prévaloir , comme
de raifon ; & c'eft pour cela qu'on
prend la précaution de les avertir
charitablement,de n'en point tirer de
vanité car , ajoûte M. l'Abbé de
Pons ce droit même attefte la mifere
de leur art ; Et nous , nous foûtenons
qu'il en montre la richefle & la beauté.
En quoy fait- on confifter cette mifere
prétendue de nôtre art . ? En ce que
pour fubvenir à fon beſoin, on a estéforcé
de faire plier laregie françoise qui
veut, qu'onfoulage l'attention par une
conftruction aisée, qui présente à quelque
›
*
Page 66.
Page 67.
D
38
LE
NOUVEAU
hofe près,lesidées dans leur ordre naturel.
Et nous , nous prétendons , non
pas qu'on a accordé aux Poëtes , car
nous fommes glorieux , & nous ne
voulons avoir obligation à perfonne ;
mais qu'ils fe font mis eux- mêmes &
de leur propre autorité, en poffeffion
d'un droit qui les fauvoit de cette
uniformité languiflante, qui eft excufable
dans la Profe , mais qui nous
a paru incompatible avec la grandeur
& la majefté des vers ; & c'est
par cette heureuſe hardieffe , digne
de l'élevation de leur génie , qu'ils
fe font mis en état de produire cette
fufpenfion d'efprit , cette attente , cette
Surprise , cette varieté & ces magnifiques
cadences , où felon M. de Cambray,
la Profe ne peut atteindre .
S'it eftoit vray que ce droit ne fût
accordé qu'à la mifere de notre art,
à titre de befoin , & fous le nom de
licence , nous éviterions autant qu'il
nous feroit poffible , de nous en fervir
, & foigneux de cacher noftre
mifere ; nous ne nous en fervirions
jamais qu'à la derniere extremité,
Loin de cela , nous évitons au conMERCURRE.
39
traire la conftruction naturelle de la.
Profe , comme un écueil , & nous regardons
toute Poëfie où cette conftruction
eft regulierement obfervée ,
plûtôt , comme la profe rimée , que
comme des vers .
Et pour ne point fortir de l'exemple
des vers de M. de la Motte , citez
par M. l'Abbé de Pons , où parlant
des trefors , il dit :
Du fein de la Terre entrouverte
Chers inftruments de notreperte ,
L'argent & tor font arrachez ;
On les tire de ces abifmes ,
Oùfage & prévoyant nos crimes
La nature les a cachez.
Il ne faut pas croire que ce foit la
neceffité de la mefure qui ait forcé M.
de la Motte , à renvoyer ces mots :
L'argent & l'or , au troifiéme vers,
& celui-ci , la nature au dernier , c'eſt
à dire , tous deux à la fin de la phrafe,
où ils fe trouvent. Il luy eftoit aifé , s'il
l'euft voulu , de les arranger , comme
ils le font dans la verfion qu'en a faite
en profe , M. l'Abbé de Pons ; mais
Dij
40 LE NOUVEA Ú
alors ce n'euft efté que de la profe rimée
; au lieu qu'ici ce font des vers.
Ces deux nominatifs qui font les objets
dominants des deux phraſes , &
comme les principaux perfonnages
du tableau , eftant renvoyez vers la
fin,produisent cette fufpenfion qui foutient
avec agrément l'attention de l'ef
prit , & qui par là le preferve de cer
ennuy qu'on nous reproche à tort , &
dont nos vers ne ſe défendent qu'en
évitant avec ſoin l'allure de la profe.
Nous fommes donc bien éloignez
de croire, comme M. l'Abbé de Pons,
que fi nous fuivions cette allure
* Nos vers n'en feroient que plus parfaits
; nousfommes perfuadez au contraire,
qu'ils en feroient moins vers ,
c'est à dire , moins ce qu'ils doivent
eftre , il ajoute que quand il en * tron_
ve une fuite nombreuse , dont les conftructions
pourroient eftre adoptéespar la
profe , il applaudit aupredige. Je luy
crie mercy fur cela , & je luy declare
Pag. 67.
Ibid,
MERCURE
41
qu'en mon particulier, l'ay toujours
tâché de faire des vers qui fuffent na.
turels ; inais que quelqu'estime que
je falle d'ailleurs de fon jugement , &
quelque paffion que j'eufle de meriter
en toute autre chofe fes applau
diffemens , je ferois tres fâché de les
meriter fur cet article de verfification , -
adoptable par la profe.
Quelque agrément que la rime
donne aux vers , nous ne nous tiendrions
pas aflez diftinguez des Profateurs
, fi nous n'en differions que par
cet endroit , qu'on nous reproche en--
core comme une fource d'ennui,par
l'uniformité de fa terminaiſon. S'il.
n'y avoit qu'une rime au monde , ou
que le nombre en fut fort borné , le
reproche feroit bien fonde ; mais il y
en a des milliers dans notre langue ,
& quand on fçait les varier , comme
le font les bons Poëtes , en les choififfant
de fons differents , loin que
ces terminaifons mifes comme en regard
, fatiguent & ennuyent , elles.
foulagent au contraire & délaffent
agréablement le Lecteur . M. de
Cambray eftoit d'avis qu'on nous
Diij.
42 LE NOUVEAU
mit un peu plus au large fur cet ar
ticle , mais à Dieu ne plaife , le parnaffe
a plus befoin d'eftre reformé en
cela ,, que d'eftre mitigé ; le Public y
perdroit auffi bien que nous , & une
pareille indulgence ne ferviroit qu'à
multiplier les mauvais Poëtes , & à
faire degenerer les bons.
De tout ce que j'ai dit ; il s'enfuit ,
que de quelque côté qu'on envifage
la conftruction des vers , il ne
s'y trouve rien qui ne doive plaire ,
& qui ne plaife en effet. Auffi nos Adverfaires
en conviennent- ils debonne
foy, & M. l'Abbé de Pons avouë luimême
qu'il eft dansl'illuſion la plus favorable
à l'art qu'il condamne & qu'il
eft fenfible aux graces des vers . Mais
ildéclare en même temps , que c'eft .
une illufion , qu'en cela même il eft
dupe , & qu'il a tort de s'y plaire.
Quel triomphe pour la Poëfie qu'un
pareil aveu quelle arrache de la plume
de fon ennemi , à qui elle plaift
même malgré lui ! Il appelle toute
fa raifon au fecours, pour fe deffendre
de ce charme qu'il nomme illufion
, il en recherche la fource , & au
MERCURE.
48
lieu de l'attribuer à l'élevation, à la
magnificence , à la varieté , à la hardielle
, au brillant , au merveilleux
des tours , des figures , des expreffions
; il aime mieux imaginer que
ce charme ne vient que de l'habitude .
Ce que je vois de conftant dans tout
ceci, c'eft que les vers plaifent. Pourquoi
plaifent- ils ? c'eft furquoi on devine
plûtôt qu'on ne raifonne . Tenons-
nous en donc à ce qui eft de
certain , & recevons la fatisfaction
que nous donnent les vers , fans les
aller chicaner mal- à - propos , fur le
plus ou le moins de droit qu'ils ont
de nous en donner. Les gens d'efprit
font toûjours ingenieux à fe tourmen.
ter eux-mêmes. Ce n'eft pas aflez
pour eux d'avoir du plaifir , ils veulent
encore en avoir fcientifique--
ment & dans les regles ; il faut qu'ils
creufent jufqu'à ce qu'ils ayent pû‹.
démêler , pourquoi ils en ont . He ,
Meffieurs , vous qui êtes fi ennemis
de la gêne & de la fervitude des vers,
pourquoi vous en procurez - vousune
inutile , même dans ce qui vous
plaift . Joüiflez , fans tant fubtilifer
"
44.
LE NOUVEAU
d'un plaifir auffi innocent , que celui
que vous offre l'harmonie des vers ;
& fongez , que les plaifirs de cette
trempe font fi rares & fi précieux ,
que loin de chercher à en diminuer
le nombre & à les effaroucher par
des réflexions importunes , on doit.
encore travailler à les multiplier .
E nouveau fiftême propofé par
M. l'Abbé de Pons fur le Poëme
Epique, n'excitera - t'il pas le zele &
l'émulation des difciples d'Ariftote ?
Il y va de leur honneur de ne pas
laiffer le temps à une fi dangereufe
nouveauté , de s'établir . Le morceau
que l'on vient de lire , ne traite
qu'une queftion incidente de la nouvelle
diflertation ; un ami des Mu--
;
fes juftement allarmé , vient de parler
pour la deffenfe de fes foyers..
Mais il ne doit pas encore demeurer
tranquile fur la foy de fon manifefte
; l'Adverfaire reviendra le mois
prochain à la charge , & fe promet
de mettre la queftion controverfée .
dans un jour fi évident , que perfonne
ne fera plus tenté de l'inerroger
fur cela à l'avenir.
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28
p. 7-47
DISSERTATION SUR LES LANGUES EN GENERAL ET SUR LA LANGUE FRANCOISE EN PARTICULIER. Par M. l'Abbé de Pons.
Début :
Je donnai au Mercure de Janvier dernier, une Dissertation sur le [...]
Mots clefs :
Langues, Esprit, Idées, Mots, Expressions, Latin, Horace, Ouvrages, Construction, Muses, Peuples, Phrases, Traduction, Jugements, Variété, Auteurs, Verbe, Richesses, Mode, Déclinaisons
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION SUR LES LANGUES EN GENERAL ET SUR LA LANGUE FRANCOISE EN PARTICULIER. Par M. l'Abbé de Pons.
DISSERTATION
SUR
LES LANGUES EN GENERAL .
ET SUR
LA LANGUE FRANCOISE
J
IN
PARTICULIER
.
Pat M. l'Abbé de Pons .
E donnai au Mercure de
Janvier dernier , une Differtation
fur le Poëme
Epique contre la Doctrine
des Difciples
d'Ariftote. Ges
8 LE NOUVEAU
Meffieurs n'ont pas coûtume de
demeurer oififs ; quand il s'agit
de défendre les droits facrés de
lenr Ecole. Je m'attendois donc
à trouver dans le Mercure fuivant
une réponſe de leur part , mais
une réponſe haute , impérieufe ,
où mon attentat feroit févérement
réprimé.
Ce n'eft pas là tout ; j'avois ,
dans cette même Differtation , engagé
une efpéce de querelle avec
les Poëtes ,Nation guérriere & difficile
à calmer , quand une fois
elle eft irritée.
J'étois dans les horreurs de
cette double guerre , quand le
Mercure de Février me tomba
dans les mains ; je n'y trouvai
rien de la part des Docteurs Ariftoreliciens
, j'en louai Dieu ; autre
bonne fortune , j'y trouvai un Ouvrage
fous le titre de Deffenfe
de la Poëfie Françoife . Je
recornû dans cer Ouvrage un
Poëte galant-homme , qui défendoit
avec chaleur les prétendus
MERCURE.
droits de fon art , fans appeller
à fon fecours l'Apoftrophe injurieufe
, l'yronie infultante ; fans
violer aucun des égars que la focieté
civile a confacrés pour ainfi
dire , à l'union generale .
>
Le Public femble avoir difpenfé
les gens de Lettres , de ces
fortes de devoirs ; ils ont acquis
cette difpenfe à force d'éxcés
la focieté s'accoûtume à les regarder
comme un peuple féroce
& indifciplinable , qu'il faut abandonner
par pitié à fa dure impoliteffe
à fa groffére rufticité.
Voilà un genre d'indulgence , qui
n'accommoderoit pas mon amour
propre.
>
Le Reverend Pere D. C. de la
Compagnie de Jefus , Auteur de
l'Ouvrage dont j'ai parlé , eſt affûrement
de mon goût ; fon procedé
m'en est caution ; ce même
procedé fera voir , que la contrarieté
des fentiments entre gens. de
Lettres , n'aliéne pas toujours les
coeurs.
10 LE NOUVEAU
Je crois , au refte , que le Public
feroit en état de juger àpréfent la
question controverfée entre le R.
P. D. C. & moy ; notre procés
me paroît fuffifamment inftruit ; on
peut voir ce que j'ay dit dans le
Mercure de Janvier , fur les Vers
& fur la Profe , on lira enfuite la
réponſe de mon adverfaire , aprés
quoi je prie le Lecteur de retourner
pour dernier examen , au Mercure
de Janvier : il fentira que j'ay
dû lui fauver l'ennuy d'une replique
inutile.
Il y a pourtant dans la réponſe
du R. P. D. C. une chofe fur
laquelle je ne puis lui faire grace,
il s'appuye de l'autorité de feu
it
M. l'Archevêque de Cambray ,
pour faire à notre langue certains
reproches , dont il me paroît important
de la juftifier ;" c'eſt ce qui
m'a fait naître l'idée de la differtation
fuivante que je divife en plufieurs
articles , dont le premier ,
ne contient que des éclairciffemens
préliminaires.
MERCURE. 11
ARTICLE PREMIER.
De l'origine des Langues &
de leur fin.
T
Outes les langues du monde
font nées du befoin que les
hommes ont éprouvés de fe communiquer
reciproquement leurs
penſé es.
Chaque langue particulière a été
inftituée par un certain Peuple ,
pour lui fournir des fignes repréfentatifs
de fes penfées.
Les Philofophes diftinguent trois
fortes de penfées . Idée , lugement ,
Raifonnement ; ajoutons -en une quatriéme
que nous nommerons , Sen
timent.
L'Idée et la penſée de l'efprit
que les Langues expriment par les
Noms , comme
Lyon. Arbre.
Impuissance. Ferocité, Sterilité.
Impuiffent. Farvec. Sterile.
Dieu. Homme
Sageffe.
Sage
12
LE NOUVEAU
Le Fugement eft la penſée de
l'efprit, que les Langues expriment
par les verbes comme quand je dis .
Dieu eft fage.
Je fais un jugement compofé de
deux idées ; fçavoir , de l'idée de
Dieu , & de l'idée de Sage , que
j'unis par le verbe , eft , qui en eft
comme le lien ; & lorfque je dis.
Dieu n'eft pas impuiſſant.
Je juge que l'idée d'impuißanee
ne convient point à l'idée de Dicu ,
c'eft pourquoi je défunis ces deux
idées par le verbe, eft , foutenu de
la particule négative .
Si l'on me demande a préfent la
définition de la penfée de l'efprit,
apelée Jugement , je répɔnds , que
le jugement n'eft autre chofe que
l'acquiefcement de l'âme ou fon refus
d'acquiefcer á l'union de plufieures
idées concordantes ou dif
cordantes entr'elles.
La
MERCU. RE. 13
La troifiéme efpece de penfée ,
eft appellée par les Philofophes
Raifonnement.
Or le Raifonnement n'eft autre
chofe que plufieurs jugements fi
intimement liez enfemble, qu'il y a
pour ainsi dire , unité entr'eux ,
comme quand je dis.
Tout eftre fpirituel eft immortel.
Or , l'âme humaine eft fpirituelle ,
Donc , l'âme humaire eft immortelle.
Voilà un raifonnement exprimé.
par trois propofitions , dont chacune
contient un jugement particulier.
Nous voilà arrivés à la quatriéme
penfée de l'efprit , appelke
Sentiment. Ce genre de penfée
n'eit gueres connu des Philofophes;
mais les gens de Lettres ne me fçauront
pas mauvais gré de l'avoir mife
ici en honneur.
J'entend
par
Sentiments , les
differentes modifications de notre.
âme , fes paffions , fes affections.
Les Sentiments s'expriment dans
B
44
LE NOUVEAU
les Langues,par certains modes des
verbes. Par exemple le fentiment
impérieux eft exprimé par le mode
qu'on appelle Impératif , le
défir , par le mode qu'on appelle
Optatif
Imperatif. arrête approche
Optatif. plût à Dieu que ?
-
Les Modifications de l'âme s'expriment
auffi dans les Langues par
les adverbes & les interjections .
Adverbes . Comment ? vite ? hors d'icy
Lunterjections... Helas ! gares ? gares ? pax
paix , bon ! courage ?
ARTICLE SECOND.
De la clarté des Langues .
La clarté d'une langue ne peut
venir que de deux chofes ; l'une, de
ce qu'elle a des fignes diftincts pour
chaque idée ou penfée de l'efprit ;
l'autre , de ce que par fes conftructions
, elle affigne à fes mots un
●rdre , qui fuit d'affez prés , ceMERCURE.
39
lui que nos idées ont entr'elles.
Toutes les Langues fatisfont au
premier devoir ; chaque penſée de
l'efprit y trouve fon figne particulier
; il arrive pourtant quelquesfois
, mais cela elt affez rare, pour
ne devoir pas être cité en reproche
; il arrive , dis-je , quelquesfois
dans toutes les Langues , qu'un
même mot exprime
différentes
chofes , comme nous voyons en
François du mor fon.
Il m'a vendu fon cheval
Il aime le fen des cloches.
Voilà du fonde farine.
Dans une phrafe qui exprime un
jugement ou un raifonnement , il
ne fuffit pas pour la clarté , que
chaque expreffion de cette phrafe
préfente à l'efprit fon idée particuliere
fans équivoque ; il faut encore
que la conftruction de cette
phrafe affigne aux idées fucceffives ,
l'ordre dans lequel l'efprit les a
concûës .
Par exemple, fi je difois.
Que les Anges , de fimple
Bij
16 LE NOUVEAU
direction par la voye , pensées
leurs fe communiquent , affirment
quelques Theologiens.
Voilà une phrafe compofée de termes
, dont chacun préſente diſtinctement
fon idée particuliere ; cependant,
cette phrafe n'eft pas claire,
parcequ'elle pervertit l'ordre naturel
des idées . Reftituons cet ordre.
Quelques Theologiens affirment
, que les Anges fe communiquent
leurs pensées , par
la voye de fimple direction .
་
Les perfonnes qui ne connoiſſent
point d'autre Langue que la Françoife
, auroient de la peine à croireque
les Latins effènt introduits
dans leur idione ,le défordre , dont
je viens de donner l'exemple , il cit
pourtant vrai que ma phrafe Francoife
, toute ridicule qu'elle paroît,
elt litteralement traduite du Latin.
Angelos , fimplicis directionis
via, cogitationes fibi fuas communicare,
afferunt aliqui Theolozi.
Les Scoliaftes ne m'accuſeront
MERCURE. 17
pas , d'avoir malignement choisi
un exemple rare de l'excés des
Latins ; je ne cite point ces périodes
immenfes , ces phrafes prétendues
fonores , dont le fens vafte,
mais confus , ne commence à fe déveloper
, que lorfqu'il plaît au verbe
dominant , de fe montrer ; verbe
, que l'Orateur Romain s'obſtine
à faire marcher à la fuite de toutes
les idées , qu'il auroit dû précéder
, felon l'ordre de nos conceptions.
Quelques perfonnes dévouées
aux Latins , ont prétendus me
prouver , que ce défordre ne répandoit
pas dans les Ouvrages Latins
, la même obfcurité qu'il repandroit
dans les nôtres , fi nous
voulions l'imiter. Ils en donnent
pour raifon , que la termimifon
variée des noms Latins dans leurs
differents cas , prépare l'efprit à
l'employ qu'ils doivent recevoir du
verbe , & des autres parties du
difcours , qui ne fe font point encore
ngantrées ; au lieu que , les noms
François- n'étans variés dans leurs
Bij
r8 LE NOUVEAU
differents cas , que par les articles
trop uniformes , il ne feroit pas
facile de preffentir leur destination .
Verifions cette Remarque , en
comparant un nom Latin avec un
nom François.
NominatifMufa la Mufe
Genitif Mufe de la Mufe
Datif Mufæ à la Mufe
Accufatif Mufam la Mufe
Vocatif Mufa la Mufe
Ablatif Mufa de la Mufe
ve qie
Dans le nom Latin , je ne troul'Accufatif
, qui ait fa
terminaifon particuliere , & qui ne
puifle être appliquée à aucun autre
cas , Mufam.
Dans le nom François , je ne
v ois que le Datif , dont l'article
ne puiffe valfer aux autres cas ,
à là Muſe.
Continuons . Dans notre nom Latin
; le Niminatif, le Vooatif, &
L'Ablatif , ont une terminaifon
connine ; Mifa. • le Genitif
MERCURE.
& le Datif le terminent de même,
Adufa.
Dans le nom François , le Nomi-
Matif, l'Accufatif & le vocatif ,
ont le même article , la Mufe. Le
genitif & l'ablatif ont auffi un
article commun , de la Muſe.
Tout et parfaitement égal ici
entre nos deux Langues ; le nom
Templum & tous ceux de la premiere
déclinaifon ne font pas plus
variés que ne le fon: nos articles
François .
Que conclure de cela , finon
que dans le Latin , comme
dans le François , indiftinctement
fi la conftruction préfente ces
noms avant les expreffions qui les
doivent régir dans le difcours , on
ne peut deviner , furement leur
deſtination.
cas ,
Il y a des noms Latins , dont la
terminaiſon varie un peu plus les
qu'il n'arrive aux noms de la
première déclinaifon ; mais enfin
on ne m'en citera jamais aucun
, qui foit fingulierement varié
* LE NOUVEAU
dans tous fes differents cas ; ainfi
il s'en faut beaucoup , que l'objec
tion qu'on nous a faite , juftifie
parfaitement les conftructions de
la Langue Latine.
›
Il est bon d'obferver , que les Ro
mains n'affectoient les conftructions
exceffivement violentes , que dans
lés harangues faftueufes & autres
ouvrages appartenants à la haute
éloquence . L'importance & la fingularité
des matières que l'Orateur
traitoit dans ces fortes de difcours ,
lui étoient garants de l'avide attention
de fon Auditoire ; il abufoit
pour ainfi dire , de fon droit ,
& comme s'il eût voulû affocier
fes Auditeurs à fa peine & leur faire:
acheter les grandes chofes qu'il
feurs avoit préparées ; il conftruf
foit fon difcours fi violeminent
que l'Auditeur étoit chargé du travail
continu de reftituer l'ordre naturel
, aux idées confufement difjointes
dans chaque période .
Dans les Ouvrages Moraux on
Philofophiques , dans les Ouvrages
familiers , tels que les Epitres ; enMERCURE
23
fin dans les Ouvrages voulez au
délaffement & à la joye , comme les
Comedies ; les Latins ne s'écartoient
gueres de l'ordre que la nature
affigne aux idées , ce qui prouve
encore que le défordre des conftructions
dans les ouvrages faftueux ,
exigeoit d'eux , une attention laborieufe
& fatigante .
Nos premiers Auteurs voulurent,
à l'imitation des Latins , introduire
ces conftructions violentes dans
notre Langue ; heureufement la
raifon reclama de bonheure contre
cet abus : laNationFrançoife, ennemie
de tout vain travail , reprouva cette
fatigue ingrate qui n'offre rien de
flatteur à l'amour propre.
L'ordre & la clarté font les principales
graces que nous cherchons
aujourd'huy dans nos ouvrages.
Je ne fçai par quelle fatalité la
verité à tant de peine à fe faire enrendre
de ces mêmes hommes qui
en font , difent - ils , fi avides ? aux
prémieres approches on lui fait infulte
, elle tient ferme , & à force
de conftance & d'opiniâtreté , elle ſe
22 LE NOUVEAU
fait enfin recevoir chez nous ; eft elle
acüillie du torrent , il s'éleve encore
des voix fidéles à l'erreur , qui
gémiffent affectueufement fur fa
ruine.
Un des prémiers hommes de notre
âge, feu Mr l'Archevêque de
Cambray , lui , que notre Langue a
fi bien fervi dans fes Ouvrages ,
a reproché à cette même Langue,
l'ordre uniforme de fes conftructions
. Le R. P. D. C. m'a dénoncé
ce reproche dans le Mercure de
Février dernier.
J'ay beaucoup de refpect pour
feu M l'Archevêque de Cambray:
mais ce respect ne va pas jufqu'à
fubjuguer ma raifon , je m'écarteray
de lui fans façon , lorfqu'il ne
me femblera pas dans la route du
vray. Examinons fi fon grief eft
fondé; voici fes paroles.
Rien de plus uniforme que
les conftructions de la Langue
Françoife; on voit toujours venir
d'abord un NominatifSubfsantif
qui méne fan Adjectif
MERCURE 23
comme par la main , fon verbe
ne manque pas de marcher derriere,
ſuivi d'un Adverbe qui ne
fouffre rien entr'eux & le regimeappelle
auffi- tôt un Accuſatif
qu'on ne peut déplacer.
Cela eft vray. Les mots font placés
dans notre Langue à peu près
dans cet ordre. Pourquoi cela : c'eft
que nos idées font conçues par notre
efprit dans cet ordre même.
J'ay demandé à un Peintre 5
pourquoi il affignoit toujours le mênie
ordre aux parties du vifage humain
dans fes Tableaux ? Il m'a répondu
, c'eft que la nature a affigné
cet ordre même aux parties du
vifage humain .
J'infiftay : mais , Monfieur ,
fi
dans ce Tableau où vous avez peint
plufieures figures humaines dans des
attitudes differentes , avec des affections
variées , vous vous étiez
avifé de varier encore la pofition
des Parties du vifage ? Si vous aviez
placé, tantôt les deux yeux au front;
tantôt le nez au menton ; enfin &
24 LE NOUVEAU
?
vous aviez tiré party de toutes les
differentes Combinaifons qu'on peut
imaginer dans la pofition des parties
du vifage humain , votre ouvrage
auroit le mérite d'une plus grande
variété mon efprit s'occuperoit
agréablement du travail de reftituer
aux traits déplacez , leur veritable
pofition ? Le Peintre n'héfita pas à
me croire un échapé des petites
Maifons : il me rendit graces de mon
excellent avis , & m'affûra , d'un
grand ferieux , que dorénavant il
ménageroit dans fes Tableaux ce
genre de varieté, jufques - là inconnu
à fon Art.
Revenons à notre affaire . On
fouhaiteroit que la Langue Françoife
voulut introduire une agréable
variété dans fes conftructions?
Mais cela ne fe peut faire fans pervertir
l'ordre que la nature a affigné
à nos idées. On eft choqué de
voir toujours un nom Subftantif
mener fon Adjectifcomme par
la main : mais fait-on bien attention
, que ces deux noms font les
fignes repréfentatifs de deux idées ,
que
MERCURE.
25
>
que l'efprit ne divife par aucune
idée intermédiaire Le Verbe
dit- on , fe préfente fuivie d'un
Adverbe & le regime appelle
l'accufatif ? Vous avez raifon :
Mais voilà l'ordre de nos penfées,
& loin qu'on doive faire un démerité
à notre Langue , d'être fidéle à
cet ordre , on doit au contraire lui
en tenir grand compte.
Dans les Arts de pure imitation,
dans la Peinture , par exemple ;
il ne faut pas chercher une autre
variété , que celle dont la Nature a
décoré les objets qu'on fe propofe
d'imiter ; c'eſt ce qu'avoit fenti le
Peintre dont j'ay parlé. Son Tableau
préfentoit aux yeux plus de trente
Figures humaines , diftinguées entr'-
elles , par leurs attitudes différentes
, par leurs différents afpects ,
par leurs expreffions ou paffions
variées : mais comme la nature n'a
pas varié dans les hommes , la pofition
des parties du vifage , le Peintre
n'eût gardé de fe perfuader qu'il
avoit eû tort de n'avoir pas coars
1717 C
26 LE NOUVEAU
tredit en cela les vues de la nature.
Les langues font dans le cas des
Arts imitateurs , elles ont été inftituées
pour reprefenter nos penfées
; ainfi elles doivent fe conformer
à la nature de ces mêmes penfées.
Un jugement , un raiſonnement ,
par exemple , font compofez d'idées
trés - différentes ; une Langue doit
avoir des fignes différents pour imiter
ce genre de variété.
Ces mêmes jugements ou raifonnemens
, quoique compofez d'idées
trés différentes , font néanmoins conçûs
par l'efprit dans un certain ordre
fixe , il faut que les Langues
imitent cet ordre dans leurs conftructions.
ARTICLE TROISIEME
De la Richeffe des Langues,
La Richeffe d'une Langue eft pro-
Portionnelle à l'étendue des connoifMERCURE
27
fances acquifes par le Peuple particulier
qui l'a formée .
La Langue que parlent les La
pons , dont l'intelligence n'embraf
fe qu'un trés petit cercle d'idées ,
ne peut être que fort pauvre ; Si l'on
dégroffiffoit ces Peuples , enportant.
chez eux les Sciences & les Arts,
à mefûre que leurs idéos fe multipliroient
, on verroit croître leur idiome;
le befoin de commercer entr'eux
des connoiffances acquifes ,
leur feroit inventer de nouveaux
fignes, de nouvelles expreffions ; &
cette même Langue , pauvre dans
une certaine époque , pourroit avec
le tems,fe trouver auffi riche qu'aucune
qui fut dans l'Univers.
C'est ainsi que la Notre , toute
indigente qu'elle étoit , il n'y a pas
encore trois fiécles , eſt enfin
par
venue à ce point de richeffe où
nous la trouvons aujourd'huy.
L'étude des Sciences & des Arts à
multiplié fnos idées ; nous avons
exercé notre jugement à faifir tous
les rapports qu'elles ont entr'elles.
Cij
28 LE NOUVEAU
mefure que nous nous fommes
formez , nous nous fommes communiquez
nos progrez , les uns aux
autres , il a donc fallu convenir de
nouveaux fignes ; voilà l'hiftoire
des progrez de notre Langue qui
groffira encore, fi les Sciences & les
Lettres ne ceffent pas d'être en
honneur en France .
Meffieurs les Erudits prétendent
que la Langue Grecque & la Langue
Latine , font infiniment plus
riches que la Françoife ; lorfqu'ils
voudront verifier cette propofition ,
je les prie de fe fouvenir , qu'il faut
commencer par nous prouver , que
les Grecs & les Latins ont eûs l'efprit
plus cultivés que nous , & qu'ils
ont portés plus loin que nous, les Arts
& les Sciences ; Qu'ils avoient un
plus grand nombre de connoiffances
que nous n'en avons acquifes
que leur raifon s'étoit plus exercée
que la notre , dans l'art délicat d'envifager
les idées par tous leurs différens
afpects ; enfin , fi nous fommes
vaincûs du côté de l'efprit ,
nous pafferons condamnation pour
notre Langue.
MERCURE. 29
Une idée qui peut être confiderée
par l'efprit fous differents afpects,
a dans notre Langue autant de fignes
differents , qu'il y a de façes
fous lefquelles elle peut être apercûë.
Il y a des gens qui penfent bonnement
, que ces differents fignès
font Synonimes entr'eux , parce qu'-
ils expriment le même fonds d'idée :
mais ils fe trompent , chacun de ces
mots exprime une modification particuliére
de l'idée commune à tous,
il la préfente à l'efprit par un côté
fingulier , avec un accelloir diftinct
de toute autre acception ; ainfi chacun
de ces prétendûs finonimes
doit être confideré comme préfentant
fon idée ou fa perception particuliére.
Exemple.
Berger. Vacher.
Un Payfan croit que ces deux
mots veulent dire préciſement la me
me chofe : ils reveillent en lui la
même idée fans aucun acceffoir plus
ou moins ignoble. Ces deux mots.
affectent différemment les perfonnes
éclairées . Pourquoi celà ? Le
voicy. C iij
30 LE NOUVEAU
Le Payfan groffier & ignorant
croit que de tout tems , l'emploi de
garder les Troupeaux , a été le
partage des miferables ; il ne foupçonne
pas que l'Univers ait jamais
cù une autre forme que celle qu'il
y aperçoit ; il croit que de tout
tems il y a eû entre les hommes
la même fubordination , les mêmes
diftinctions qu'il y découvre actuellement.
Un homme plus éclairé fçait , qu'-
il a été un tems où tous les hommes
indiftinctement , menoient la
vie champêtre. Les Troupeaux &
le Labourage faifoient toutes leurs
richeffes , chaque famille faifoit un
Peuple dont le chef étoit le Roy.
c'eft en ce fens que la tradition
nous dit que les enfans des Rois
gardoient les Troupeaux ; l'avarice
& l'ambition n'avoient point encore
fait bâtir ces Villes fuperbes qui
dominent aujourd'hui nos Cam-.
pagnes.
La memoire de ces vieux te nps
nous eft chére ; nous aimons qu'on
MERCURE.
nous en retrace l'idée dans ces fictions
ingénieuſes , où l'on nous
peint les moeurs douces & tranquiles
des premiers âges. Les Bergers
qu'on introduit dans ces Poëmes
, ne font point nos hommes
ruftiques , abrutis par la fervitude
& par la mifere. Ces hommes que
nous nommons Vachers , expreffion
à laquelle il fe joint un fentiment
de mépris & de dégoût , qui n'eft
point attaché au mɔt générique ,
Berger.
Ainfi , fi je difois en parlant des
Eglogues de M de Fontenelles
que les hommes champêtres qu'il
y introduit , ne font pas des Vachers
, mais des Bergers.
,
Qui ne comprendroit pas , que
je veux dire par là , que Mr de
Fontenelles donne aux Bergers de
fes Eglogues les moeurs douces
les paffions tranquiles de la vie
champêtre , en leurs fauvant certe
rufticité fervile & dégoutante , qui
caractériſe nos Vachers.
Les mots , Fermeté , Courage ,
32 LE NOUVEAU
Valeur, Magnanimité , Intrépidité ,
expriment Fidée generale d'une
même vertu ; mais chacun de ces
mots , que quelques gens croyent
fynonymes , font néanmoins differents
entr'eux , en ce que chacun
exprime le fonds commun de
l'idée generale , avec un petit acceffoir
fingulier.
Brilant , éclatant , refplendiffant ,
ne font point adjectifs fynonimes ,
chacun de ces adjectifs préfente
l'idée commune à tous avec une
modification particuliere.
›
Il en eft de nos jugements, comme
de nos idées . Les verbes qui
font les fignes de nos jugements
fe multiplient autant de fois que le
même jugement peut être porté
avec differents acceffoirs . Si l'on
difoit à un homme.
Vous en avez menti.
Vous parlés autrement que vous
ne pensés.
Voilà le même jugement exprimé
en deux manieres ; mais il eft
porté avec des acceffoirs differents .
MERCURE.
37
Dans la premiere façon , il eft accompagné
d'infulte ; dans la feconde
, il eft mêlé de circonfpection
& de politeffe.
J'entrerois volontiers dans l'éxacte
difcuffion des differences délicates
, qui diftinguent tous les
prétendus Synonimes de la Langue
Françoife. Quoique cet examen fût
un peu métaphifique , je ne defefpérerois
pas de le rendre amufant ;
j'en ferai l'effai quelque jour. Mais
le temps m'appelle au quatrième
article de ma Differtation.
ARTICLE QUATRIEME .
De l'impoffibilité d'entendre
parfaitement les Langues
mortes.
L'intelligence parfaite d'une Langue
, fuppofe le difcernement fur
de tous les fignes établis dans cette:
Langue , pour repréfenter les idées ,
les jugements , les fentiments ; en
34 LE NOUVEAU
un mot , toutes les penfées variées
de l'efprit.
Nous avons vu dans l'article précédent
, que la même idée peut
être apperçue fous différens afpects,
que la même paflion de l'âme
peut être repréfentée avec des modifications
differentes , que le même
jugement peut être porté avec
des acceffoirs variés : il faut donc ,
pour entendre parfaitement une
Langue , avoir la clef des fignesprétendus
fynonimes , dont chacun
caractériſe , par un acceffoir fingulier
, la penfée commune à tous.
Il ne fuffit pas d'avoir commercé
long-tems avec les perfonnes qui
parlent bien une Langue vivante ,
pour être au fait de tous ces myf--
teres il faut encore avoir le fentiment
délicat , pour ne jamais confondre
ces fignes voisins.
S'il y a
a fi peu de gens qui foient
en état d'affigner les differences fines
, qui diftinguent les faux fynonimes
de nôtre Langue . Comment
pourons - nous efperer d'entendre
MERCURE.
·
35
jamais les Langues mortes , à ce
dégré de certitude & de confiance
que nous atteignons fi rarement &
fi difficilement dans la nôtre même
?
Il y a tant de fiéclés que la Langue
Latine ne fe parle plus chez
aucun Peuple du monde , qu'il n'y
a pas moyen de vérifier par la voye
des témoignages , fi un mot employé
par Horace , exprimoit précifement
de fon tems, l'une ou l'autre
de deux idées qui ont irreconciliablement
divifé fes Commentateurs.
S'il's'élevoit une querelle de cette
efpece entre Nous , fur une expreffion
tirée d'un Auteur Italien
I'Academie de la Crufea , la décideroit
fouverainement.
Meffieurs les Commentateurs ont
beau nous dire , qu'ils ont la clef
des Langues mortes , qu'ils en connoiffent
toutes les fineffes , qu'ils
ont un fentiment diftinct de la propriété
fixe & incommunicable de
chaque expreffion , foit Grecque,
36 LE NOUVEAU
foit Latine : j'ofe leur dire , qu'ils
fe font illufion. Il n'y a que le
commerce habituel avec le Peuple
qui parle une certaine Langue , qui
puiffe en décéler l'élégance & les
graces ; un Scoliafte pourra bien
déveloper le fond général des penfées
dans un ouvrage , foit Grec ,
foit Latin mais il perdra les af
pects finguliers de chaque idée , les
acceffoirs , foit augmentatifs , foit
diminutifs de chaque paffion exprimée
, & par confequent il ne pourra
fçavoir préciſement, comment l'Auteur
original a façonné , pour ainſi
dire , chacune de fes penſées dans
fon ouvrage
.
Pallida mors aquo pulfat pede
pauperum tabernas . *
Regumque turres.
La pâle mort frappe d'un pied
égal , aux Cabannes des pauvres &
aux Palais des Rois.
* Horace , Ode 4. L. 1.
Voilà
MERCURE. 37
Voilà ce que le texte Latin traduit
litteralement , préſente à l'eſ--
prit ; il n'y a pas autre chofe pour
qui ne veut pas deviner.
> Or c'est l'art de deviner bien
c'est-à-dire , favorablement pour
l'Auteur original , qui fait les bons
Traducteurs. L'éducation nous a
revelé , que tout eft divin dans les
Ouvrages d'Horace ; ainfi malheur
à qui le dégradera dans une traduction.
De deux Traducteurs , celui
qui aura peut-être le plus falfifié
fon texte , par les graces neuves
& originales dont il l'aura paró
fera toujours celui que nous jugerons
l'avoir mieux deviné .
C'est ce que comprend parfaitement
le peuple Traducteur ; aufli
ces Meffieurs ne font -ils plus affés
dupes , pour ofer donner au Public
des Traductions Litterales ; ils fentent
qu'ils n'ont rien de trop de
tour leur genie , pour foûrenir dans
leurs Traductions , la réputation
qu'ils ont donnée aux anciens.
Les Scoliaftes me permettront
D
38
LE NOUVEAU
8
s'il leur plaît , de remarquer ici ,
en paffant , que leur foy fur l'infaillibilité
des anciens , quelque
ferme qu'elle paroiffe , ne laiffe
pas de chanceler de tems à autre ; 'il
leurs arrive quelquefois de nous efcamoter
dans leurs traductions certains
traits , qu'ils ne nous diffimus'ils
leroient n'en eftoient un
pas ,
peu bleffés.
Voici la Traduction de l'illustre
Mr Dacier , fur le paffage cité
d'Horace .
La mort renverse égallement
les Palais des Rois , & les
Cabanes des Pauvres.
Je voudrois bien fçavoir , pourquoi
Mr Dacier diffimule dans fa
Traduction ce mot Pallida? Pourquoi
ne dit-il pas la Pâle mort &c.
auroit-il efté bleffé de cette Epithéte
?
Je m'apperçois encore , que Me
Dacier , fupprime ces deux mots ,
Equopede , d'un pied égal ?
MERCURE.
39
Horace nous peint la mort fra
pant du pied ; pourquoi fuprimer
cette circonftance ? Je remarque
que Mr Dacier juge Horace plus
févérement que je ne ferois ; car
je n'aurois point hefité à tirer party
de cette circonftance. N'est - il
pas raifonnable de dire , que la
mort qui méconnoît tous égards ,
toute distinction , ne s'avife pas de
grater refpectüeufement à la porte
des Rois , mais qu'elle heurte brutallement
avec le pied.
Fores calcibus infultavit . *
Il a heurté infolemment avec le
pied.
Encore un mot. Mr Dacier traduit
le mot Latin Pulfat , par le mot
François Renverſe. Il lui plaît de
deviner ici. Car enfin , il ne me
niera pas que Pulfare oftium , ne
fignifie dans Plaute & dans Terence ,
Heurter , fraper à une porte. Il y
* Plaute .
40 LE NOUVEAU
a plus , s'il avoit à nous exprimer
en Latin , renverſer une maiſon , il
ne s'aviferoit jamais de dire , pulfare
domum , il fe ferviroit fûrement
de l'un des verbes fuivants . Demoliri
, difturbare , pervertere ,fabvertere
, evertere.
Evertére Domos totas optantibus ipfis,
Dii faciles. *
Mais je veux pour un moment
que le verbe Pulſare , pût avoir
chez les Latins , l'un ou l'autre de
nos deux fens indifferement . Je
denmanderai encore à Mr Dacier ,
comment il a découvert , dans lequel
de ces deux fens , Horace a
voulu l'employer ici . Si Mr Dacier
juftifie fon choix , il me revient un
coupable . Je demanderai au R. P.
Tarteron , qui nous a donné une
élégante traduction d'Horace , fur
quel fondement il prétend , que
le mot Pulfare , fignifie ici fraper.
Voici done fa Traduction.
* Juvenalis , Sat. 9.
MERCURE. 41
Latrifte mort frapefans dif
tinction aux Palais des Rois ,
commeauxCabanes desPaupres.
Le R. P. Tarteron a efté bien
affecté de l'image , qui préfente
la mort , frapant fans diftinction
aux Palais des Rois , comme aux
Cabanes des Pauvres ; il n'a pas
eu befoin pour rendre cette image,
de détourner la fignification ordinaire
du verbe pulfare.
Pour Mr Dacier , il a voulu un
peu plus de bruit & de fracas dans
tout ceci ; il lui a femblé plus vif
de préfenter la mort renverfant indiftinctement
les Palais des Rois
& les Cabanes des Pauvres ; cette
image lui a paru plus digne du génie
d'Horace ; il n'en a pas fallu
davantage pour le conduire peu à
peu à croire fermement, que c'est là
le veritable fens d'Horace.
Le R. P. Tarteron fupprime -
quo pede , comme Mr Dacier.
Revenons au mot Pallida. J'ai
vû desgens qui fçavoient fort mau-
Ciij
42 LE NOUVEAU
vais gré à Mr Dacier de l'avoir
fuprimé ; ces bonnes gens donnoient
en même-tems à cette expreffion
un fens actif & un fens
paffif. D'abord , ils l'entendoient
dans le fens paffif , la pâle mort , ils
fe repréfentoient donc la mort,
comme un spectre pále & décharné .
Enfuite , le fens actif fe montroit ,
la pâle mort , c'est-à- dire , la mort
qui répend la pâleur ; comme la
mert terrible , voudroit dire , la mort
qui répend la terreur.
Voilà les illufions que l'ignorance
de la Langue Latine produit chez
les Erudits mêmes.
Revenons au R. P. Tarteron , il
me fupprime point le mot palbida
comme Mr Dacier ; mais il ne lui
plaît pas de le rendre en François
par le mot pále , il foupçonne que
le mot Latin auroit bien pû exprimer
du tems d'Horace , l'idée que
nous attachons au mot François
trifte.
Je pafferai tout à ces Meffieurs,
pourvû qu'ils conviennent de bonMERCURE
.
43'
ne foy , qu'ils ne font que deviner.
Au refte , le R. P. Tarteron eft
heureux en conjectures ; il lui fuffit
, que l'Auteur original fourniffe
fe le fonds des pensées : on peut
repofer fur fon génie , du foin d'y
joindre les graces acceffoires : il
taille , façonne , corrige , fuprime,
& le tout pour le mieux je veux
dire au grand profit du Poëte Latin .
Avoüez fincerement , Meffieurs,
que vous traduifez moins les Auteurs
Grecs & Latins , que vous
ne vous traduifez , pour ainfi dire ,
vous mêmes. S'il arrive quelquefois
que vos Traductions deplaifent
au Public ; n'imputez pas ce
mauvais fuccez à l'impuiffance de
notre Langue ; cette excufe n'eft
plus recevable ; la Langue Françoi
fe à donné depuis un fiécle des
chefdoeuvres dans tous les genres,
elle eft glorieuſement fortie de toutes
épreuves. Il faut chercher ailleurs
les raifons de votre infortune.
Vous éprouvez , dites vous , votre
incapacité à traduire dignement les
44
LE NOUVEAU
Auteurs anciens , cet aveu coûteroit
un peu plus à votre amour propre ,
fi vous aviez bien fenti les veritables
raifons de cette incapacité ;
ne viendroit - elle point , de ce
que vous n'entendez pas affez les
Auteurs que vous voulez nous faire
entendre ? examinés ceci. Peutêtre
fommes nous aufait
Comme le traducteur ignore la
propriéte fixe de chaque expreffion ,
foit Grecque , foit Latine ; à la vûe
d'une certaine expreffion , fon imagination
fe remplit du fens vafte de
tous les acceffoirs dont il fent que'
le fonds de l'idée exprimée poùroit
être fufceptible , le voilà dans
une espece d'étourdiffement & d'ivreffe
; il ne s'avife pas de penfer
que ce mot , dont il lui plaît de
s'étourdir , ne peut fignifier à la
fois tant d'acceffoirs variez & quelquefois
contradictoires , il faut bien
que dans les vues de l'Auteur original
, l'expreffion ait été fixée à un
fens unique à un acceffoir déterminé.
Or c'est ce fens fixe que notre
MERCURE. 45
Traducteur eft enfin forcé de deviner
,lorfqu'il veut rendre en François
l'expreffion originale ; il fort
pour un moment de fes tenebres ,
il fecoue tous ces fens variez &
confùs qui l'obfedoient , enfuite il
s'empare du fonds commun de l'idée
que le mot exprime ; ce n'eſt
pas tout, comme il ignore fous quel
afpect fingulier l'expreffion originale
prefente cette idée , il choifit
entre tous les afpects fous lefquels
elle peut être envifagée , celui qui
lui femble le plus gracieux. Lors
donc qu'il a faifi l'idée par le cô
té auquel il a donné la préféren
ce , notre Langue lui fournit l'expreffion
qui répond à fes vûes . Le
voila content : mais un moment
aprés je le vois rentrer dans l'yvreffe
, dont fon travail l'avoit fait
fortir ; fon imagination fe remplit
de nouveau de tout ce fens vague
& confus qu'il avoit fecoüé : il jette
les yeux fur fa Traduction , il n'eft
plus content , ce n'eft pas là ce que
je fens , dit-il , Langue maudite,
46 LE NOUVEAU
tu ne me rendras jamais le fentiment
que j'éprouve ? Eh , non ,
Monfieur ; ces fortes de miracles
excédent fes forces.
Je connois un homme d'efprit
qui a paffé foixante années , partie
à Rome , partie à Paris ; comme
le Commerce avec les deux
nations lui a donné la clef des faux
Sinonimes de l'une & de l'autre
Langue , il n'eft point embarraſſé
à traduire , il ne peut êtte le jouet
des illufions qui travaillent nos
Commentateurs , chaque expreffion
, foit Italiene , foit Françoite,
prefente fans aucun équivoque à fon
efprit , l'idée fixe dont elle eft le
figne ; il ne s'avife pas d'y chercher
autre choſe . Si les Scoliaftes entendoient
de même les Langues, Grecque
& Latine , ils ne nous donneroient
pas des Traductions fi
difcordantes entr'elles fur le même
Auteur , le Texte offriroit le même
fens à tous ; chacun d'eux feroit
content , lorfque notre Langue
lui auroit fourni les expreffions
MERCURE. 47
propres à rendre le fens qu'il au-
Toit diftinctement conçû , il ne craindroit
pas d'avoir manqué fon coup.
Je ne vois les Commentateurs
d'accord entr'eux , qu'en un feul
point ; le même texte Grec ou Latin
les enflâme au même dégré
je les vois tous dans un raviffement
égal.
Mais s'ils ofent chacun en particulier
me traduire le texte enchanteur
, les voilà défunis. Je
m'aperçois que chacun a ſon Idole
particuliere, Comment donc ? Meſfieurs
, qui dois-je croire ici à qui
d'entre vous le Divin Horace at'il
revelé fon veritable fens ? Qu'il
me donne des preuves de fa miffion
, & je me joins à lui pour faire
rète aux faux Antoufiaftes.
SUR
LES LANGUES EN GENERAL .
ET SUR
LA LANGUE FRANCOISE
J
IN
PARTICULIER
.
Pat M. l'Abbé de Pons .
E donnai au Mercure de
Janvier dernier , une Differtation
fur le Poëme
Epique contre la Doctrine
des Difciples
d'Ariftote. Ges
8 LE NOUVEAU
Meffieurs n'ont pas coûtume de
demeurer oififs ; quand il s'agit
de défendre les droits facrés de
lenr Ecole. Je m'attendois donc
à trouver dans le Mercure fuivant
une réponſe de leur part , mais
une réponſe haute , impérieufe ,
où mon attentat feroit févérement
réprimé.
Ce n'eft pas là tout ; j'avois ,
dans cette même Differtation , engagé
une efpéce de querelle avec
les Poëtes ,Nation guérriere & difficile
à calmer , quand une fois
elle eft irritée.
J'étois dans les horreurs de
cette double guerre , quand le
Mercure de Février me tomba
dans les mains ; je n'y trouvai
rien de la part des Docteurs Ariftoreliciens
, j'en louai Dieu ; autre
bonne fortune , j'y trouvai un Ouvrage
fous le titre de Deffenfe
de la Poëfie Françoife . Je
recornû dans cer Ouvrage un
Poëte galant-homme , qui défendoit
avec chaleur les prétendus
MERCURE.
droits de fon art , fans appeller
à fon fecours l'Apoftrophe injurieufe
, l'yronie infultante ; fans
violer aucun des égars que la focieté
civile a confacrés pour ainfi
dire , à l'union generale .
>
Le Public femble avoir difpenfé
les gens de Lettres , de ces
fortes de devoirs ; ils ont acquis
cette difpenfe à force d'éxcés
la focieté s'accoûtume à les regarder
comme un peuple féroce
& indifciplinable , qu'il faut abandonner
par pitié à fa dure impoliteffe
à fa groffére rufticité.
Voilà un genre d'indulgence , qui
n'accommoderoit pas mon amour
propre.
>
Le Reverend Pere D. C. de la
Compagnie de Jefus , Auteur de
l'Ouvrage dont j'ai parlé , eſt affûrement
de mon goût ; fon procedé
m'en est caution ; ce même
procedé fera voir , que la contrarieté
des fentiments entre gens. de
Lettres , n'aliéne pas toujours les
coeurs.
10 LE NOUVEAU
Je crois , au refte , que le Public
feroit en état de juger àpréfent la
question controverfée entre le R.
P. D. C. & moy ; notre procés
me paroît fuffifamment inftruit ; on
peut voir ce que j'ay dit dans le
Mercure de Janvier , fur les Vers
& fur la Profe , on lira enfuite la
réponſe de mon adverfaire , aprés
quoi je prie le Lecteur de retourner
pour dernier examen , au Mercure
de Janvier : il fentira que j'ay
dû lui fauver l'ennuy d'une replique
inutile.
Il y a pourtant dans la réponſe
du R. P. D. C. une chofe fur
laquelle je ne puis lui faire grace,
il s'appuye de l'autorité de feu
it
M. l'Archevêque de Cambray ,
pour faire à notre langue certains
reproches , dont il me paroît important
de la juftifier ;" c'eſt ce qui
m'a fait naître l'idée de la differtation
fuivante que je divife en plufieurs
articles , dont le premier ,
ne contient que des éclairciffemens
préliminaires.
MERCURE. 11
ARTICLE PREMIER.
De l'origine des Langues &
de leur fin.
T
Outes les langues du monde
font nées du befoin que les
hommes ont éprouvés de fe communiquer
reciproquement leurs
penſé es.
Chaque langue particulière a été
inftituée par un certain Peuple ,
pour lui fournir des fignes repréfentatifs
de fes penfées.
Les Philofophes diftinguent trois
fortes de penfées . Idée , lugement ,
Raifonnement ; ajoutons -en une quatriéme
que nous nommerons , Sen
timent.
L'Idée et la penſée de l'efprit
que les Langues expriment par les
Noms , comme
Lyon. Arbre.
Impuissance. Ferocité, Sterilité.
Impuiffent. Farvec. Sterile.
Dieu. Homme
Sageffe.
Sage
12
LE NOUVEAU
Le Fugement eft la penſée de
l'efprit, que les Langues expriment
par les verbes comme quand je dis .
Dieu eft fage.
Je fais un jugement compofé de
deux idées ; fçavoir , de l'idée de
Dieu , & de l'idée de Sage , que
j'unis par le verbe , eft , qui en eft
comme le lien ; & lorfque je dis.
Dieu n'eft pas impuiſſant.
Je juge que l'idée d'impuißanee
ne convient point à l'idée de Dicu ,
c'eft pourquoi je défunis ces deux
idées par le verbe, eft , foutenu de
la particule négative .
Si l'on me demande a préfent la
définition de la penfée de l'efprit,
apelée Jugement , je répɔnds , que
le jugement n'eft autre chofe que
l'acquiefcement de l'âme ou fon refus
d'acquiefcer á l'union de plufieures
idées concordantes ou dif
cordantes entr'elles.
La
MERCU. RE. 13
La troifiéme efpece de penfée ,
eft appellée par les Philofophes
Raifonnement.
Or le Raifonnement n'eft autre
chofe que plufieurs jugements fi
intimement liez enfemble, qu'il y a
pour ainsi dire , unité entr'eux ,
comme quand je dis.
Tout eftre fpirituel eft immortel.
Or , l'âme humaine eft fpirituelle ,
Donc , l'âme humaire eft immortelle.
Voilà un raifonnement exprimé.
par trois propofitions , dont chacune
contient un jugement particulier.
Nous voilà arrivés à la quatriéme
penfée de l'efprit , appelke
Sentiment. Ce genre de penfée
n'eit gueres connu des Philofophes;
mais les gens de Lettres ne me fçauront
pas mauvais gré de l'avoir mife
ici en honneur.
J'entend
par
Sentiments , les
differentes modifications de notre.
âme , fes paffions , fes affections.
Les Sentiments s'expriment dans
B
44
LE NOUVEAU
les Langues,par certains modes des
verbes. Par exemple le fentiment
impérieux eft exprimé par le mode
qu'on appelle Impératif , le
défir , par le mode qu'on appelle
Optatif
Imperatif. arrête approche
Optatif. plût à Dieu que ?
-
Les Modifications de l'âme s'expriment
auffi dans les Langues par
les adverbes & les interjections .
Adverbes . Comment ? vite ? hors d'icy
Lunterjections... Helas ! gares ? gares ? pax
paix , bon ! courage ?
ARTICLE SECOND.
De la clarté des Langues .
La clarté d'une langue ne peut
venir que de deux chofes ; l'une, de
ce qu'elle a des fignes diftincts pour
chaque idée ou penfée de l'efprit ;
l'autre , de ce que par fes conftructions
, elle affigne à fes mots un
●rdre , qui fuit d'affez prés , ceMERCURE.
39
lui que nos idées ont entr'elles.
Toutes les Langues fatisfont au
premier devoir ; chaque penſée de
l'efprit y trouve fon figne particulier
; il arrive pourtant quelquesfois
, mais cela elt affez rare, pour
ne devoir pas être cité en reproche
; il arrive , dis-je , quelquesfois
dans toutes les Langues , qu'un
même mot exprime
différentes
chofes , comme nous voyons en
François du mor fon.
Il m'a vendu fon cheval
Il aime le fen des cloches.
Voilà du fonde farine.
Dans une phrafe qui exprime un
jugement ou un raifonnement , il
ne fuffit pas pour la clarté , que
chaque expreffion de cette phrafe
préfente à l'efprit fon idée particuliere
fans équivoque ; il faut encore
que la conftruction de cette
phrafe affigne aux idées fucceffives ,
l'ordre dans lequel l'efprit les a
concûës .
Par exemple, fi je difois.
Que les Anges , de fimple
Bij
16 LE NOUVEAU
direction par la voye , pensées
leurs fe communiquent , affirment
quelques Theologiens.
Voilà une phrafe compofée de termes
, dont chacun préſente diſtinctement
fon idée particuliere ; cependant,
cette phrafe n'eft pas claire,
parcequ'elle pervertit l'ordre naturel
des idées . Reftituons cet ordre.
Quelques Theologiens affirment
, que les Anges fe communiquent
leurs pensées , par
la voye de fimple direction .
་
Les perfonnes qui ne connoiſſent
point d'autre Langue que la Françoife
, auroient de la peine à croireque
les Latins effènt introduits
dans leur idione ,le défordre , dont
je viens de donner l'exemple , il cit
pourtant vrai que ma phrafe Francoife
, toute ridicule qu'elle paroît,
elt litteralement traduite du Latin.
Angelos , fimplicis directionis
via, cogitationes fibi fuas communicare,
afferunt aliqui Theolozi.
Les Scoliaftes ne m'accuſeront
MERCURE. 17
pas , d'avoir malignement choisi
un exemple rare de l'excés des
Latins ; je ne cite point ces périodes
immenfes , ces phrafes prétendues
fonores , dont le fens vafte,
mais confus , ne commence à fe déveloper
, que lorfqu'il plaît au verbe
dominant , de fe montrer ; verbe
, que l'Orateur Romain s'obſtine
à faire marcher à la fuite de toutes
les idées , qu'il auroit dû précéder
, felon l'ordre de nos conceptions.
Quelques perfonnes dévouées
aux Latins , ont prétendus me
prouver , que ce défordre ne répandoit
pas dans les Ouvrages Latins
, la même obfcurité qu'il repandroit
dans les nôtres , fi nous
voulions l'imiter. Ils en donnent
pour raifon , que la termimifon
variée des noms Latins dans leurs
differents cas , prépare l'efprit à
l'employ qu'ils doivent recevoir du
verbe , & des autres parties du
difcours , qui ne fe font point encore
ngantrées ; au lieu que , les noms
François- n'étans variés dans leurs
Bij
r8 LE NOUVEAU
differents cas , que par les articles
trop uniformes , il ne feroit pas
facile de preffentir leur destination .
Verifions cette Remarque , en
comparant un nom Latin avec un
nom François.
NominatifMufa la Mufe
Genitif Mufe de la Mufe
Datif Mufæ à la Mufe
Accufatif Mufam la Mufe
Vocatif Mufa la Mufe
Ablatif Mufa de la Mufe
ve qie
Dans le nom Latin , je ne troul'Accufatif
, qui ait fa
terminaifon particuliere , & qui ne
puifle être appliquée à aucun autre
cas , Mufam.
Dans le nom François , je ne
v ois que le Datif , dont l'article
ne puiffe valfer aux autres cas ,
à là Muſe.
Continuons . Dans notre nom Latin
; le Niminatif, le Vooatif, &
L'Ablatif , ont une terminaifon
connine ; Mifa. • le Genitif
MERCURE.
& le Datif le terminent de même,
Adufa.
Dans le nom François , le Nomi-
Matif, l'Accufatif & le vocatif ,
ont le même article , la Mufe. Le
genitif & l'ablatif ont auffi un
article commun , de la Muſe.
Tout et parfaitement égal ici
entre nos deux Langues ; le nom
Templum & tous ceux de la premiere
déclinaifon ne font pas plus
variés que ne le fon: nos articles
François .
Que conclure de cela , finon
que dans le Latin , comme
dans le François , indiftinctement
fi la conftruction préfente ces
noms avant les expreffions qui les
doivent régir dans le difcours , on
ne peut deviner , furement leur
deſtination.
cas ,
Il y a des noms Latins , dont la
terminaiſon varie un peu plus les
qu'il n'arrive aux noms de la
première déclinaifon ; mais enfin
on ne m'en citera jamais aucun
, qui foit fingulierement varié
* LE NOUVEAU
dans tous fes differents cas ; ainfi
il s'en faut beaucoup , que l'objec
tion qu'on nous a faite , juftifie
parfaitement les conftructions de
la Langue Latine.
›
Il est bon d'obferver , que les Ro
mains n'affectoient les conftructions
exceffivement violentes , que dans
lés harangues faftueufes & autres
ouvrages appartenants à la haute
éloquence . L'importance & la fingularité
des matières que l'Orateur
traitoit dans ces fortes de difcours ,
lui étoient garants de l'avide attention
de fon Auditoire ; il abufoit
pour ainfi dire , de fon droit ,
& comme s'il eût voulû affocier
fes Auditeurs à fa peine & leur faire:
acheter les grandes chofes qu'il
feurs avoit préparées ; il conftruf
foit fon difcours fi violeminent
que l'Auditeur étoit chargé du travail
continu de reftituer l'ordre naturel
, aux idées confufement difjointes
dans chaque période .
Dans les Ouvrages Moraux on
Philofophiques , dans les Ouvrages
familiers , tels que les Epitres ; enMERCURE
23
fin dans les Ouvrages voulez au
délaffement & à la joye , comme les
Comedies ; les Latins ne s'écartoient
gueres de l'ordre que la nature
affigne aux idées , ce qui prouve
encore que le défordre des conftructions
dans les ouvrages faftueux ,
exigeoit d'eux , une attention laborieufe
& fatigante .
Nos premiers Auteurs voulurent,
à l'imitation des Latins , introduire
ces conftructions violentes dans
notre Langue ; heureufement la
raifon reclama de bonheure contre
cet abus : laNationFrançoife, ennemie
de tout vain travail , reprouva cette
fatigue ingrate qui n'offre rien de
flatteur à l'amour propre.
L'ordre & la clarté font les principales
graces que nous cherchons
aujourd'huy dans nos ouvrages.
Je ne fçai par quelle fatalité la
verité à tant de peine à fe faire enrendre
de ces mêmes hommes qui
en font , difent - ils , fi avides ? aux
prémieres approches on lui fait infulte
, elle tient ferme , & à force
de conftance & d'opiniâtreté , elle ſe
22 LE NOUVEAU
fait enfin recevoir chez nous ; eft elle
acüillie du torrent , il s'éleve encore
des voix fidéles à l'erreur , qui
gémiffent affectueufement fur fa
ruine.
Un des prémiers hommes de notre
âge, feu Mr l'Archevêque de
Cambray , lui , que notre Langue a
fi bien fervi dans fes Ouvrages ,
a reproché à cette même Langue,
l'ordre uniforme de fes conftructions
. Le R. P. D. C. m'a dénoncé
ce reproche dans le Mercure de
Février dernier.
J'ay beaucoup de refpect pour
feu M l'Archevêque de Cambray:
mais ce respect ne va pas jufqu'à
fubjuguer ma raifon , je m'écarteray
de lui fans façon , lorfqu'il ne
me femblera pas dans la route du
vray. Examinons fi fon grief eft
fondé; voici fes paroles.
Rien de plus uniforme que
les conftructions de la Langue
Françoife; on voit toujours venir
d'abord un NominatifSubfsantif
qui méne fan Adjectif
MERCURE 23
comme par la main , fon verbe
ne manque pas de marcher derriere,
ſuivi d'un Adverbe qui ne
fouffre rien entr'eux & le regimeappelle
auffi- tôt un Accuſatif
qu'on ne peut déplacer.
Cela eft vray. Les mots font placés
dans notre Langue à peu près
dans cet ordre. Pourquoi cela : c'eft
que nos idées font conçues par notre
efprit dans cet ordre même.
J'ay demandé à un Peintre 5
pourquoi il affignoit toujours le mênie
ordre aux parties du vifage humain
dans fes Tableaux ? Il m'a répondu
, c'eft que la nature a affigné
cet ordre même aux parties du
vifage humain .
J'infiftay : mais , Monfieur ,
fi
dans ce Tableau où vous avez peint
plufieures figures humaines dans des
attitudes differentes , avec des affections
variées , vous vous étiez
avifé de varier encore la pofition
des Parties du vifage ? Si vous aviez
placé, tantôt les deux yeux au front;
tantôt le nez au menton ; enfin &
24 LE NOUVEAU
?
vous aviez tiré party de toutes les
differentes Combinaifons qu'on peut
imaginer dans la pofition des parties
du vifage humain , votre ouvrage
auroit le mérite d'une plus grande
variété mon efprit s'occuperoit
agréablement du travail de reftituer
aux traits déplacez , leur veritable
pofition ? Le Peintre n'héfita pas à
me croire un échapé des petites
Maifons : il me rendit graces de mon
excellent avis , & m'affûra , d'un
grand ferieux , que dorénavant il
ménageroit dans fes Tableaux ce
genre de varieté, jufques - là inconnu
à fon Art.
Revenons à notre affaire . On
fouhaiteroit que la Langue Françoife
voulut introduire une agréable
variété dans fes conftructions?
Mais cela ne fe peut faire fans pervertir
l'ordre que la nature a affigné
à nos idées. On eft choqué de
voir toujours un nom Subftantif
mener fon Adjectifcomme par
la main : mais fait-on bien attention
, que ces deux noms font les
fignes repréfentatifs de deux idées ,
que
MERCURE.
25
>
que l'efprit ne divife par aucune
idée intermédiaire Le Verbe
dit- on , fe préfente fuivie d'un
Adverbe & le regime appelle
l'accufatif ? Vous avez raifon :
Mais voilà l'ordre de nos penfées,
& loin qu'on doive faire un démerité
à notre Langue , d'être fidéle à
cet ordre , on doit au contraire lui
en tenir grand compte.
Dans les Arts de pure imitation,
dans la Peinture , par exemple ;
il ne faut pas chercher une autre
variété , que celle dont la Nature a
décoré les objets qu'on fe propofe
d'imiter ; c'eſt ce qu'avoit fenti le
Peintre dont j'ay parlé. Son Tableau
préfentoit aux yeux plus de trente
Figures humaines , diftinguées entr'-
elles , par leurs attitudes différentes
, par leurs différents afpects ,
par leurs expreffions ou paffions
variées : mais comme la nature n'a
pas varié dans les hommes , la pofition
des parties du vifage , le Peintre
n'eût gardé de fe perfuader qu'il
avoit eû tort de n'avoir pas coars
1717 C
26 LE NOUVEAU
tredit en cela les vues de la nature.
Les langues font dans le cas des
Arts imitateurs , elles ont été inftituées
pour reprefenter nos penfées
; ainfi elles doivent fe conformer
à la nature de ces mêmes penfées.
Un jugement , un raiſonnement ,
par exemple , font compofez d'idées
trés - différentes ; une Langue doit
avoir des fignes différents pour imiter
ce genre de variété.
Ces mêmes jugements ou raifonnemens
, quoique compofez d'idées
trés différentes , font néanmoins conçûs
par l'efprit dans un certain ordre
fixe , il faut que les Langues
imitent cet ordre dans leurs conftructions.
ARTICLE TROISIEME
De la Richeffe des Langues,
La Richeffe d'une Langue eft pro-
Portionnelle à l'étendue des connoifMERCURE
27
fances acquifes par le Peuple particulier
qui l'a formée .
La Langue que parlent les La
pons , dont l'intelligence n'embraf
fe qu'un trés petit cercle d'idées ,
ne peut être que fort pauvre ; Si l'on
dégroffiffoit ces Peuples , enportant.
chez eux les Sciences & les Arts,
à mefûre que leurs idéos fe multipliroient
, on verroit croître leur idiome;
le befoin de commercer entr'eux
des connoiffances acquifes ,
leur feroit inventer de nouveaux
fignes, de nouvelles expreffions ; &
cette même Langue , pauvre dans
une certaine époque , pourroit avec
le tems,fe trouver auffi riche qu'aucune
qui fut dans l'Univers.
C'est ainsi que la Notre , toute
indigente qu'elle étoit , il n'y a pas
encore trois fiécles , eſt enfin
par
venue à ce point de richeffe où
nous la trouvons aujourd'huy.
L'étude des Sciences & des Arts à
multiplié fnos idées ; nous avons
exercé notre jugement à faifir tous
les rapports qu'elles ont entr'elles.
Cij
28 LE NOUVEAU
mefure que nous nous fommes
formez , nous nous fommes communiquez
nos progrez , les uns aux
autres , il a donc fallu convenir de
nouveaux fignes ; voilà l'hiftoire
des progrez de notre Langue qui
groffira encore, fi les Sciences & les
Lettres ne ceffent pas d'être en
honneur en France .
Meffieurs les Erudits prétendent
que la Langue Grecque & la Langue
Latine , font infiniment plus
riches que la Françoife ; lorfqu'ils
voudront verifier cette propofition ,
je les prie de fe fouvenir , qu'il faut
commencer par nous prouver , que
les Grecs & les Latins ont eûs l'efprit
plus cultivés que nous , & qu'ils
ont portés plus loin que nous, les Arts
& les Sciences ; Qu'ils avoient un
plus grand nombre de connoiffances
que nous n'en avons acquifes
que leur raifon s'étoit plus exercée
que la notre , dans l'art délicat d'envifager
les idées par tous leurs différens
afpects ; enfin , fi nous fommes
vaincûs du côté de l'efprit ,
nous pafferons condamnation pour
notre Langue.
MERCURE. 29
Une idée qui peut être confiderée
par l'efprit fous differents afpects,
a dans notre Langue autant de fignes
differents , qu'il y a de façes
fous lefquelles elle peut être apercûë.
Il y a des gens qui penfent bonnement
, que ces differents fignès
font Synonimes entr'eux , parce qu'-
ils expriment le même fonds d'idée :
mais ils fe trompent , chacun de ces
mots exprime une modification particuliére
de l'idée commune à tous,
il la préfente à l'efprit par un côté
fingulier , avec un accelloir diftinct
de toute autre acception ; ainfi chacun
de ces prétendûs finonimes
doit être confideré comme préfentant
fon idée ou fa perception particuliére.
Exemple.
Berger. Vacher.
Un Payfan croit que ces deux
mots veulent dire préciſement la me
me chofe : ils reveillent en lui la
même idée fans aucun acceffoir plus
ou moins ignoble. Ces deux mots.
affectent différemment les perfonnes
éclairées . Pourquoi celà ? Le
voicy. C iij
30 LE NOUVEAU
Le Payfan groffier & ignorant
croit que de tout tems , l'emploi de
garder les Troupeaux , a été le
partage des miferables ; il ne foupçonne
pas que l'Univers ait jamais
cù une autre forme que celle qu'il
y aperçoit ; il croit que de tout
tems il y a eû entre les hommes
la même fubordination , les mêmes
diftinctions qu'il y découvre actuellement.
Un homme plus éclairé fçait , qu'-
il a été un tems où tous les hommes
indiftinctement , menoient la
vie champêtre. Les Troupeaux &
le Labourage faifoient toutes leurs
richeffes , chaque famille faifoit un
Peuple dont le chef étoit le Roy.
c'eft en ce fens que la tradition
nous dit que les enfans des Rois
gardoient les Troupeaux ; l'avarice
& l'ambition n'avoient point encore
fait bâtir ces Villes fuperbes qui
dominent aujourd'hui nos Cam-.
pagnes.
La memoire de ces vieux te nps
nous eft chére ; nous aimons qu'on
MERCURE.
nous en retrace l'idée dans ces fictions
ingénieuſes , où l'on nous
peint les moeurs douces & tranquiles
des premiers âges. Les Bergers
qu'on introduit dans ces Poëmes
, ne font point nos hommes
ruftiques , abrutis par la fervitude
& par la mifere. Ces hommes que
nous nommons Vachers , expreffion
à laquelle il fe joint un fentiment
de mépris & de dégoût , qui n'eft
point attaché au mɔt générique ,
Berger.
Ainfi , fi je difois en parlant des
Eglogues de M de Fontenelles
que les hommes champêtres qu'il
y introduit , ne font pas des Vachers
, mais des Bergers.
,
Qui ne comprendroit pas , que
je veux dire par là , que Mr de
Fontenelles donne aux Bergers de
fes Eglogues les moeurs douces
les paffions tranquiles de la vie
champêtre , en leurs fauvant certe
rufticité fervile & dégoutante , qui
caractériſe nos Vachers.
Les mots , Fermeté , Courage ,
32 LE NOUVEAU
Valeur, Magnanimité , Intrépidité ,
expriment Fidée generale d'une
même vertu ; mais chacun de ces
mots , que quelques gens croyent
fynonymes , font néanmoins differents
entr'eux , en ce que chacun
exprime le fonds commun de
l'idée generale , avec un petit acceffoir
fingulier.
Brilant , éclatant , refplendiffant ,
ne font point adjectifs fynonimes ,
chacun de ces adjectifs préfente
l'idée commune à tous avec une
modification particuliere.
›
Il en eft de nos jugements, comme
de nos idées . Les verbes qui
font les fignes de nos jugements
fe multiplient autant de fois que le
même jugement peut être porté
avec differents acceffoirs . Si l'on
difoit à un homme.
Vous en avez menti.
Vous parlés autrement que vous
ne pensés.
Voilà le même jugement exprimé
en deux manieres ; mais il eft
porté avec des acceffoirs differents .
MERCURE.
37
Dans la premiere façon , il eft accompagné
d'infulte ; dans la feconde
, il eft mêlé de circonfpection
& de politeffe.
J'entrerois volontiers dans l'éxacte
difcuffion des differences délicates
, qui diftinguent tous les
prétendus Synonimes de la Langue
Françoife. Quoique cet examen fût
un peu métaphifique , je ne defefpérerois
pas de le rendre amufant ;
j'en ferai l'effai quelque jour. Mais
le temps m'appelle au quatrième
article de ma Differtation.
ARTICLE QUATRIEME .
De l'impoffibilité d'entendre
parfaitement les Langues
mortes.
L'intelligence parfaite d'une Langue
, fuppofe le difcernement fur
de tous les fignes établis dans cette:
Langue , pour repréfenter les idées ,
les jugements , les fentiments ; en
34 LE NOUVEAU
un mot , toutes les penfées variées
de l'efprit.
Nous avons vu dans l'article précédent
, que la même idée peut
être apperçue fous différens afpects,
que la même paflion de l'âme
peut être repréfentée avec des modifications
differentes , que le même
jugement peut être porté avec
des acceffoirs variés : il faut donc ,
pour entendre parfaitement une
Langue , avoir la clef des fignesprétendus
fynonimes , dont chacun
caractériſe , par un acceffoir fingulier
, la penfée commune à tous.
Il ne fuffit pas d'avoir commercé
long-tems avec les perfonnes qui
parlent bien une Langue vivante ,
pour être au fait de tous ces myf--
teres il faut encore avoir le fentiment
délicat , pour ne jamais confondre
ces fignes voisins.
S'il y a
a fi peu de gens qui foient
en état d'affigner les differences fines
, qui diftinguent les faux fynonimes
de nôtre Langue . Comment
pourons - nous efperer d'entendre
MERCURE.
·
35
jamais les Langues mortes , à ce
dégré de certitude & de confiance
que nous atteignons fi rarement &
fi difficilement dans la nôtre même
?
Il y a tant de fiéclés que la Langue
Latine ne fe parle plus chez
aucun Peuple du monde , qu'il n'y
a pas moyen de vérifier par la voye
des témoignages , fi un mot employé
par Horace , exprimoit précifement
de fon tems, l'une ou l'autre
de deux idées qui ont irreconciliablement
divifé fes Commentateurs.
S'il's'élevoit une querelle de cette
efpece entre Nous , fur une expreffion
tirée d'un Auteur Italien
I'Academie de la Crufea , la décideroit
fouverainement.
Meffieurs les Commentateurs ont
beau nous dire , qu'ils ont la clef
des Langues mortes , qu'ils en connoiffent
toutes les fineffes , qu'ils
ont un fentiment diftinct de la propriété
fixe & incommunicable de
chaque expreffion , foit Grecque,
36 LE NOUVEAU
foit Latine : j'ofe leur dire , qu'ils
fe font illufion. Il n'y a que le
commerce habituel avec le Peuple
qui parle une certaine Langue , qui
puiffe en décéler l'élégance & les
graces ; un Scoliafte pourra bien
déveloper le fond général des penfées
dans un ouvrage , foit Grec ,
foit Latin mais il perdra les af
pects finguliers de chaque idée , les
acceffoirs , foit augmentatifs , foit
diminutifs de chaque paffion exprimée
, & par confequent il ne pourra
fçavoir préciſement, comment l'Auteur
original a façonné , pour ainſi
dire , chacune de fes penſées dans
fon ouvrage
.
Pallida mors aquo pulfat pede
pauperum tabernas . *
Regumque turres.
La pâle mort frappe d'un pied
égal , aux Cabannes des pauvres &
aux Palais des Rois.
* Horace , Ode 4. L. 1.
Voilà
MERCURE. 37
Voilà ce que le texte Latin traduit
litteralement , préſente à l'eſ--
prit ; il n'y a pas autre chofe pour
qui ne veut pas deviner.
> Or c'est l'art de deviner bien
c'est-à-dire , favorablement pour
l'Auteur original , qui fait les bons
Traducteurs. L'éducation nous a
revelé , que tout eft divin dans les
Ouvrages d'Horace ; ainfi malheur
à qui le dégradera dans une traduction.
De deux Traducteurs , celui
qui aura peut-être le plus falfifié
fon texte , par les graces neuves
& originales dont il l'aura paró
fera toujours celui que nous jugerons
l'avoir mieux deviné .
C'est ce que comprend parfaitement
le peuple Traducteur ; aufli
ces Meffieurs ne font -ils plus affés
dupes , pour ofer donner au Public
des Traductions Litterales ; ils fentent
qu'ils n'ont rien de trop de
tour leur genie , pour foûrenir dans
leurs Traductions , la réputation
qu'ils ont donnée aux anciens.
Les Scoliaftes me permettront
D
38
LE NOUVEAU
8
s'il leur plaît , de remarquer ici ,
en paffant , que leur foy fur l'infaillibilité
des anciens , quelque
ferme qu'elle paroiffe , ne laiffe
pas de chanceler de tems à autre ; 'il
leurs arrive quelquefois de nous efcamoter
dans leurs traductions certains
traits , qu'ils ne nous diffimus'ils
leroient n'en eftoient un
pas ,
peu bleffés.
Voici la Traduction de l'illustre
Mr Dacier , fur le paffage cité
d'Horace .
La mort renverse égallement
les Palais des Rois , & les
Cabanes des Pauvres.
Je voudrois bien fçavoir , pourquoi
Mr Dacier diffimule dans fa
Traduction ce mot Pallida? Pourquoi
ne dit-il pas la Pâle mort &c.
auroit-il efté bleffé de cette Epithéte
?
Je m'apperçois encore , que Me
Dacier , fupprime ces deux mots ,
Equopede , d'un pied égal ?
MERCURE.
39
Horace nous peint la mort fra
pant du pied ; pourquoi fuprimer
cette circonftance ? Je remarque
que Mr Dacier juge Horace plus
févérement que je ne ferois ; car
je n'aurois point hefité à tirer party
de cette circonftance. N'est - il
pas raifonnable de dire , que la
mort qui méconnoît tous égards ,
toute distinction , ne s'avife pas de
grater refpectüeufement à la porte
des Rois , mais qu'elle heurte brutallement
avec le pied.
Fores calcibus infultavit . *
Il a heurté infolemment avec le
pied.
Encore un mot. Mr Dacier traduit
le mot Latin Pulfat , par le mot
François Renverſe. Il lui plaît de
deviner ici. Car enfin , il ne me
niera pas que Pulfare oftium , ne
fignifie dans Plaute & dans Terence ,
Heurter , fraper à une porte. Il y
* Plaute .
40 LE NOUVEAU
a plus , s'il avoit à nous exprimer
en Latin , renverſer une maiſon , il
ne s'aviferoit jamais de dire , pulfare
domum , il fe ferviroit fûrement
de l'un des verbes fuivants . Demoliri
, difturbare , pervertere ,fabvertere
, evertere.
Evertére Domos totas optantibus ipfis,
Dii faciles. *
Mais je veux pour un moment
que le verbe Pulſare , pût avoir
chez les Latins , l'un ou l'autre de
nos deux fens indifferement . Je
denmanderai encore à Mr Dacier ,
comment il a découvert , dans lequel
de ces deux fens , Horace a
voulu l'employer ici . Si Mr Dacier
juftifie fon choix , il me revient un
coupable . Je demanderai au R. P.
Tarteron , qui nous a donné une
élégante traduction d'Horace , fur
quel fondement il prétend , que
le mot Pulfare , fignifie ici fraper.
Voici done fa Traduction.
* Juvenalis , Sat. 9.
MERCURE. 41
Latrifte mort frapefans dif
tinction aux Palais des Rois ,
commeauxCabanes desPaupres.
Le R. P. Tarteron a efté bien
affecté de l'image , qui préfente
la mort , frapant fans diftinction
aux Palais des Rois , comme aux
Cabanes des Pauvres ; il n'a pas
eu befoin pour rendre cette image,
de détourner la fignification ordinaire
du verbe pulfare.
Pour Mr Dacier , il a voulu un
peu plus de bruit & de fracas dans
tout ceci ; il lui a femblé plus vif
de préfenter la mort renverfant indiftinctement
les Palais des Rois
& les Cabanes des Pauvres ; cette
image lui a paru plus digne du génie
d'Horace ; il n'en a pas fallu
davantage pour le conduire peu à
peu à croire fermement, que c'est là
le veritable fens d'Horace.
Le R. P. Tarteron fupprime -
quo pede , comme Mr Dacier.
Revenons au mot Pallida. J'ai
vû desgens qui fçavoient fort mau-
Ciij
42 LE NOUVEAU
vais gré à Mr Dacier de l'avoir
fuprimé ; ces bonnes gens donnoient
en même-tems à cette expreffion
un fens actif & un fens
paffif. D'abord , ils l'entendoient
dans le fens paffif , la pâle mort , ils
fe repréfentoient donc la mort,
comme un spectre pále & décharné .
Enfuite , le fens actif fe montroit ,
la pâle mort , c'est-à- dire , la mort
qui répend la pâleur ; comme la
mert terrible , voudroit dire , la mort
qui répend la terreur.
Voilà les illufions que l'ignorance
de la Langue Latine produit chez
les Erudits mêmes.
Revenons au R. P. Tarteron , il
me fupprime point le mot palbida
comme Mr Dacier ; mais il ne lui
plaît pas de le rendre en François
par le mot pále , il foupçonne que
le mot Latin auroit bien pû exprimer
du tems d'Horace , l'idée que
nous attachons au mot François
trifte.
Je pafferai tout à ces Meffieurs,
pourvû qu'ils conviennent de bonMERCURE
.
43'
ne foy , qu'ils ne font que deviner.
Au refte , le R. P. Tarteron eft
heureux en conjectures ; il lui fuffit
, que l'Auteur original fourniffe
fe le fonds des pensées : on peut
repofer fur fon génie , du foin d'y
joindre les graces acceffoires : il
taille , façonne , corrige , fuprime,
& le tout pour le mieux je veux
dire au grand profit du Poëte Latin .
Avoüez fincerement , Meffieurs,
que vous traduifez moins les Auteurs
Grecs & Latins , que vous
ne vous traduifez , pour ainfi dire ,
vous mêmes. S'il arrive quelquefois
que vos Traductions deplaifent
au Public ; n'imputez pas ce
mauvais fuccez à l'impuiffance de
notre Langue ; cette excufe n'eft
plus recevable ; la Langue Françoi
fe à donné depuis un fiécle des
chefdoeuvres dans tous les genres,
elle eft glorieuſement fortie de toutes
épreuves. Il faut chercher ailleurs
les raifons de votre infortune.
Vous éprouvez , dites vous , votre
incapacité à traduire dignement les
44
LE NOUVEAU
Auteurs anciens , cet aveu coûteroit
un peu plus à votre amour propre ,
fi vous aviez bien fenti les veritables
raifons de cette incapacité ;
ne viendroit - elle point , de ce
que vous n'entendez pas affez les
Auteurs que vous voulez nous faire
entendre ? examinés ceci. Peutêtre
fommes nous aufait
Comme le traducteur ignore la
propriéte fixe de chaque expreffion ,
foit Grecque , foit Latine ; à la vûe
d'une certaine expreffion , fon imagination
fe remplit du fens vafte de
tous les acceffoirs dont il fent que'
le fonds de l'idée exprimée poùroit
être fufceptible , le voilà dans
une espece d'étourdiffement & d'ivreffe
; il ne s'avife pas de penfer
que ce mot , dont il lui plaît de
s'étourdir , ne peut fignifier à la
fois tant d'acceffoirs variez & quelquefois
contradictoires , il faut bien
que dans les vues de l'Auteur original
, l'expreffion ait été fixée à un
fens unique à un acceffoir déterminé.
Or c'est ce fens fixe que notre
MERCURE. 45
Traducteur eft enfin forcé de deviner
,lorfqu'il veut rendre en François
l'expreffion originale ; il fort
pour un moment de fes tenebres ,
il fecoue tous ces fens variez &
confùs qui l'obfedoient , enfuite il
s'empare du fonds commun de l'idée
que le mot exprime ; ce n'eſt
pas tout, comme il ignore fous quel
afpect fingulier l'expreffion originale
prefente cette idée , il choifit
entre tous les afpects fous lefquels
elle peut être envifagée , celui qui
lui femble le plus gracieux. Lors
donc qu'il a faifi l'idée par le cô
té auquel il a donné la préféren
ce , notre Langue lui fournit l'expreffion
qui répond à fes vûes . Le
voila content : mais un moment
aprés je le vois rentrer dans l'yvreffe
, dont fon travail l'avoit fait
fortir ; fon imagination fe remplit
de nouveau de tout ce fens vague
& confus qu'il avoit fecoüé : il jette
les yeux fur fa Traduction , il n'eft
plus content , ce n'eft pas là ce que
je fens , dit-il , Langue maudite,
46 LE NOUVEAU
tu ne me rendras jamais le fentiment
que j'éprouve ? Eh , non ,
Monfieur ; ces fortes de miracles
excédent fes forces.
Je connois un homme d'efprit
qui a paffé foixante années , partie
à Rome , partie à Paris ; comme
le Commerce avec les deux
nations lui a donné la clef des faux
Sinonimes de l'une & de l'autre
Langue , il n'eft point embarraſſé
à traduire , il ne peut êtte le jouet
des illufions qui travaillent nos
Commentateurs , chaque expreffion
, foit Italiene , foit Françoite,
prefente fans aucun équivoque à fon
efprit , l'idée fixe dont elle eft le
figne ; il ne s'avife pas d'y chercher
autre choſe . Si les Scoliaftes entendoient
de même les Langues, Grecque
& Latine , ils ne nous donneroient
pas des Traductions fi
difcordantes entr'elles fur le même
Auteur , le Texte offriroit le même
fens à tous ; chacun d'eux feroit
content , lorfque notre Langue
lui auroit fourni les expreffions
MERCURE. 47
propres à rendre le fens qu'il au-
Toit diftinctement conçû , il ne craindroit
pas d'avoir manqué fon coup.
Je ne vois les Commentateurs
d'accord entr'eux , qu'en un feul
point ; le même texte Grec ou Latin
les enflâme au même dégré
je les vois tous dans un raviffement
égal.
Mais s'ils ofent chacun en particulier
me traduire le texte enchanteur
, les voilà défunis. Je
m'aperçois que chacun a ſon Idole
particuliere, Comment donc ? Meſfieurs
, qui dois-je croire ici à qui
d'entre vous le Divin Horace at'il
revelé fon veritable fens ? Qu'il
me donne des preuves de fa miffion
, & je me joins à lui pour faire
rète aux faux Antoufiaftes.
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29
p. 19-23
L'IMMORTALITÉ PAR LES MUSES. ODE.
Début :
Descendez de la double cime, [...]
Mots clefs :
Temps, Héros, Muses, Gloire, Immortalité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'IMMORTALITÉ PAR LES MUSES. ODE.
iLM MMO RT'AL it e'
PAR LES MUSES. '
O D E.
TVEicendez de la doutfle cime ,
J*-^ Chastes soeurs: venez m'inspirer* 1. .. I
Je cede à l'ardeur qui m'anime : . .. .' . .1
.C'est vous que je veux celebrer. : ;
.Si vous approuvez mon audace ,
Tels que ceux d'Homere & d'Horace,
Mes vers vont charmer jios neveux.
C'est vôtre gloir.\que je chante i
Accourez donc, Troupe íça vante,
Venez & remplissez mes voeux.
les plus grands Heros de la terre ,
Toujours avec avidité , , ... ^
ÍEc dans la paix dans la guerre.» }. . h.
.Ont cherché l'Immortalité-: . ; . . j[
Mille Monarques , dont l'HiUoiíf.-
K'a pas celebré la memoire, . h í. '. >.
Ont laissé de beaux monumens; ' ?).jt.
Ils ont ciû que ces édifices « . w . í'- <
2 p MERCURE. DE FRANCE.
A leur ambition propices ,
Les feroient. triompher du temps.
Vain propos ! frivole esperance /
le temps de tout victorieux ,
Bien.tôt, malgré leur résistance,
Les a dérobez à nos yeux.
Les ans aux plus grands noms funestes ,
Npus ont enlevé ces beaux restes ;
Nous Jes cherchons : foins superflus !
Mais leur marbre fut.il durable ,
C'est un monument déplorable :
Il nous apprend qu'ils ne font plus.
Jaloux d'obtenir la victoire .
Dans les champs du terrible Mars .
D'autres ont. mis toute leur gloire ,
A voler dans tous les hazards.
Audace vaine i avec leur vie ,
Leur gloire s'est évanouie ;
On ne fçait rien de ces combats ,
Oiì remplis d'une ardeur guerriere^
Couverts de sang & de poussiere ,
Ils ont affronté le trépas.
J Att V TE ïC Ï7t4.
Si de vous , Miifes, avouée .
I>'uri Poete la' docte voix , )
A les celebrer dévouée ,
Avoit chanté leurs beaux exploits }
Vantez du couchant à l'Aurore ,
Parmi nous ils vivroient encore i
Sans craindre l'injure des ans ,
les faits qu'enfant* leur courage,
Vainqueurs passeroient d'âge en âgé
Jusqu'à leurs derniers descendans.
Seriez.vous ctfnnus'íans les Muscs' ,
Vaillans défenseurs d'Ilion ,<
Et voiís dòrìt lès'fátales.ruses*
Causerent sa destruction';
Heros.* dontTheris fut fa mere ',
Que serois.tu: fans un' Homere î
Tes exploits seroienrdans l'oubli;
Envaiiv tu fus infatigable :
Sans les vers ton nom peu durable y
Seroit fous Troye enseveli.
C'est envain , ô Soeurs immortelles ,
* Athillt.
B iij
*i MERCURE DE FRANCE.
Qu'un Heros par tout redouté ,
Prétend fans l'appui de vos aîles
Passer ì la posterité. .
Fut. il mille fois plus grand homme,
Que ceux de la Grece & de Rome ,
Qu'un Hector, qu'un Agamennort.,
Sous fa puissance par la guerre
Eut.il rangé toute la terre ,
Le temps abolira son nom.
Cette Déesse aveugle & triste',
Qui détruit tout dans l'univers ,'
Xa mort à. qui rien ne résiste,
Ne peut attenter fur vos vers,
Par vous bravent là main des Parques ,
les plus fier* , les plus doux Monarques'.
Vous les dérobez à leurs coups;
Ces noires filles des lieux sombres ,
Des lieux habitez, par les ombres ,
N'ont aucun empire fur vous.
Les Heros & les Heroïnes,
Qui vous ont sçâ favoriser,.
Ont trouvé des bouches divines i
. f Á 'N V 1ER xii±
Prêtes à les éterniser.'
Tu leur fus toujours favorable ,
Grand Roy , * dpnt le bras redoutable ,
Fit par tout triompher les lys ;
Du temps' peux. tu Craindre l'outrage?
Reçois' un immortel hommage ,
Les Muses te dosent ce prix.'
Roy , qu'on voit courir fur les traces £
í>es Achilles & des Cesars','
Comblez les Muses de vos graces ,
Fixez fur elles vos regards,
Justes arbitres de fa gloire
feules au Temple de memoire,-
Eller font vivre les grands coeurs i
Sans elles , têtes couronnées ,
Ne croyez pas que des années ,
Vos noms puissent être vainqueurs.
P. I. S. J.
*LotiisXlV.
PAR LES MUSES. '
O D E.
TVEicendez de la doutfle cime ,
J*-^ Chastes soeurs: venez m'inspirer* 1. .. I
Je cede à l'ardeur qui m'anime : . .. .' . .1
.C'est vous que je veux celebrer. : ;
.Si vous approuvez mon audace ,
Tels que ceux d'Homere & d'Horace,
Mes vers vont charmer jios neveux.
C'est vôtre gloir.\que je chante i
Accourez donc, Troupe íça vante,
Venez & remplissez mes voeux.
les plus grands Heros de la terre ,
Toujours avec avidité , , ... ^
ÍEc dans la paix dans la guerre.» }. . h.
.Ont cherché l'Immortalité-: . ; . . j[
Mille Monarques , dont l'HiUoiíf.-
K'a pas celebré la memoire, . h í. '. >.
Ont laissé de beaux monumens; ' ?).jt.
Ils ont ciû que ces édifices « . w . í'- <
2 p MERCURE. DE FRANCE.
A leur ambition propices ,
Les feroient. triompher du temps.
Vain propos ! frivole esperance /
le temps de tout victorieux ,
Bien.tôt, malgré leur résistance,
Les a dérobez à nos yeux.
Les ans aux plus grands noms funestes ,
Npus ont enlevé ces beaux restes ;
Nous Jes cherchons : foins superflus !
Mais leur marbre fut.il durable ,
C'est un monument déplorable :
Il nous apprend qu'ils ne font plus.
Jaloux d'obtenir la victoire .
Dans les champs du terrible Mars .
D'autres ont. mis toute leur gloire ,
A voler dans tous les hazards.
Audace vaine i avec leur vie ,
Leur gloire s'est évanouie ;
On ne fçait rien de ces combats ,
Oiì remplis d'une ardeur guerriere^
Couverts de sang & de poussiere ,
Ils ont affronté le trépas.
J Att V TE ïC Ï7t4.
Si de vous , Miifes, avouée .
I>'uri Poete la' docte voix , )
A les celebrer dévouée ,
Avoit chanté leurs beaux exploits }
Vantez du couchant à l'Aurore ,
Parmi nous ils vivroient encore i
Sans craindre l'injure des ans ,
les faits qu'enfant* leur courage,
Vainqueurs passeroient d'âge en âgé
Jusqu'à leurs derniers descendans.
Seriez.vous ctfnnus'íans les Muscs' ,
Vaillans défenseurs d'Ilion ,<
Et voiís dòrìt lès'fátales.ruses*
Causerent sa destruction';
Heros.* dontTheris fut fa mere ',
Que serois.tu: fans un' Homere î
Tes exploits seroienrdans l'oubli;
Envaiiv tu fus infatigable :
Sans les vers ton nom peu durable y
Seroit fous Troye enseveli.
C'est envain , ô Soeurs immortelles ,
* Athillt.
B iij
*i MERCURE DE FRANCE.
Qu'un Heros par tout redouté ,
Prétend fans l'appui de vos aîles
Passer ì la posterité. .
Fut. il mille fois plus grand homme,
Que ceux de la Grece & de Rome ,
Qu'un Hector, qu'un Agamennort.,
Sous fa puissance par la guerre
Eut.il rangé toute la terre ,
Le temps abolira son nom.
Cette Déesse aveugle & triste',
Qui détruit tout dans l'univers ,'
Xa mort à. qui rien ne résiste,
Ne peut attenter fur vos vers,
Par vous bravent là main des Parques ,
les plus fier* , les plus doux Monarques'.
Vous les dérobez à leurs coups;
Ces noires filles des lieux sombres ,
Des lieux habitez, par les ombres ,
N'ont aucun empire fur vous.
Les Heros & les Heroïnes,
Qui vous ont sçâ favoriser,.
Ont trouvé des bouches divines i
. f Á 'N V 1ER xii±
Prêtes à les éterniser.'
Tu leur fus toujours favorable ,
Grand Roy , * dpnt le bras redoutable ,
Fit par tout triompher les lys ;
Du temps' peux. tu Craindre l'outrage?
Reçois' un immortel hommage ,
Les Muses te dosent ce prix.'
Roy , qu'on voit courir fur les traces £
í>es Achilles & des Cesars','
Comblez les Muses de vos graces ,
Fixez fur elles vos regards,
Justes arbitres de fa gloire
feules au Temple de memoire,-
Eller font vivre les grands coeurs i
Sans elles , têtes couronnées ,
Ne croyez pas que des années ,
Vos noms puissent être vainqueurs.
P. I. S. J.
*LotiisXlV.
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Résumé : L'IMMORTALITÉ PAR LES MUSES. ODE.
Le poème s'adresse aux Muses pour invoquer leur inspiration afin de célébrer la gloire des héros et des monarques. L'auteur souligne que les exploits des grands hommes, bien que commémorés par des monuments, sont voués à disparaître avec le temps. Il affirme que seule la poésie, soutenue par les Muses, peut garantir l'immortalité des actions héroïques. Le texte mentionne que des héros comme ceux d'Homère et d'Horace ont été immortalisés par leurs vers. Il critique ceux qui cherchent la gloire par les armes ou les monuments, car ces efforts sont vains face à l'inexorable passage du temps. Les Muses sont présentées comme les seules capables de défier les Parques et d'assurer la postérité des grands noms. Le poème se conclut par un hommage à un roi, dont les exploits sont comparés à ceux d'Achille et des Césars, et dont la gloire est éternisée par les Muses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 861-868
LA POESIE, ODE A M. de la Faye, de l'Académie Françoise. Par M. Richer.
Début :
Quel Profane sur le Parnasse, [...]
Mots clefs :
Coeur, Dieu, Génie, Muses, Vers, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA POESIE, ODE A M. de la Faye, de l'Académie Françoise. Par M. Richer.
LA POESIE ,
ODE
A M. de la Faye , de l'Académie Fran
goife. Par M. Richer .
Quel
Jel Profane fur le Parnaffe ,
Ferme l'oreille à tes accens ;
Dieu des Vers , confonds fon audace ,
Fail
862 MERCURE DE FRANCE
Fais briller tes charmes puiffants.
C'eſt envain que dans fon délire ,
Mufes , il ofe contredire ,
Les fuffrages de l'Univers :
Paroiffez , Filles de Memoire ,
Chantez vous- même votre gloire ,
Infpirez -moi vos plus beaux Airs.
Sorti des mains de Promethée ,
L'homme errant , féroce & fans Loi ,
Sur la Terre à peine habitée ,
Répandoit le trouble & l'effroi.
Cette lumiere vive & pure ,
Don précieux de la Nature ,
Ne lui deffilloit point les yeux :
Livrez aux paffions perfides ,
Les coeurs féduits n'avoient pour guides ,
Que ces Tyrans imperieux.
Age malheureux ! où la Terre ,
Etoit un Théatre d'horreurs.
La Difcorde y foufloit la Guerre ;
En tous lieux regnoient fes fureurs.
Hideux alors & fans culture , -
Les Champs n'offroient pour nourriture
Que du Gland & des fruits amers :
Vous ignoriez les Arts utiles ,
Mortels , vous n'aviez
pour
aziles ,
Que les Rochers & les Deſerts.
Mais
MAY . 863
1730.
Mais , quel Dieu ? Quel puiffant génie ,
Vient enfin de changer les coeurs ?
C'eſt toi , raviffante Harmonie !
Qui fur eux répans tes douceurs.
Illuftre fils de Calliope ,
De l'erreur qui les enveloppe ,
Tu peux feul diffiper la nuit ;
De tes Preceptes efficaces ,
Dictez par la bouche des Graces ,
Je les voi recueillir le fruit.
A ta voix féconde en miracles ,
Quittant leurs Antres efcarpez ,
Du fon de tes facrez Oracles ,
Ces coeurs farouches font frappez ;
Ils en admirent la fageffe ,
Les moeurs dépouillent leur rudeffe :
Tu fais triompher l'équité :
Soumis à des Loix refpectables ,
Ils goutent de ces noeuds aimables ,
L'agrément & l'utilité.
Ainfi la Fable nous figure
Les Rochers émus de tes fons ,
Et jufqu'en fa Caverne obfcure ,
L'Ours attendri par tes Chanſons ::
Ainfi d'un Chantre de la Grece ,
" Jadis la Lyre enchantereffe ,
Eleva
864 MERCURE DE FRANCE
Eleva les murs des Thébains :
Vives , mais trop foibles images ,
Pour nous peindre les avantages ,
D'un Art , le Maître des Humains !
Cet Art , aux plus fages maximes ,
Joint des accens mélodieux .
Ses accords font touchants , fublimes :
C'eft ainfi que parlent les Dieux.
Par fa Peinture noble & vive ,
Il frappe , il rend l'ame attentive ,
Plein de force & d'aménité ;
Et fouvent fes doctes Myfteres,
Sous des fictions falutaires ,
Voilent l'auftere verité.
Dans une Scene intereſſante ,
Retraçant d'illuftres malheurs ,
Voi Melpomene gémiffante ,
De nos yeux
Sur l'ame vivement
atteinte ,
La compaffion
& la crainte ,
Font d'utiles impreffions
;
Et l'affreuſe
image du crime ,
Dont le coupable
eft la victime
Du coeur banuit les paffions.
arracher des pleurs.
Des jeux Innocens de Thalie ;
Le
MAY. 865 1730 .
Le riant fpectacle étalé ,
De l'homme montre la folie ,
Aux ris le vice eft immolé.
La fureur du jeu , l'imprudence ,
Le faux fçavoir & l'arrogance ,
Y font percez de mille traits.
De ces Dramatiques merveilles ,
Les fons qui charment nos oreilles ,
Nous y font trouver plus d'attraits.
Mais animé du même zele ,
Par qui le vice eft combattu ,
D'un trait de fon Crayon fidele ,
Ce grand Art nous peint la vertu.
Pindare dans fes fons Lyriques ,
Chante les Vainqueurs Olympiques ;
Homere chante les Guerriers ,
Sans cette vivante peinture ,
Le temps , dont ils bravent l'injure ,
N'eût pas refpecté leurs Lauriers.
Oui , Mufes , votre Art eft utile ,
Aux fameux Guerriers , aux grands Rois,
Sans vous d'Agamemnon , d'Achille ,
L'oubli voileroit les exploits.
Des Héros que l'Hiftoire vante ,
La vertu paroît plus brillante ,
Lorfque vous celebrez leur nom
..lexandre , avide de gloire ,
866 MERCURE DE FRANCE
Se plaignoit après la victoire ,
Qu'Homere eût paffé l'Acheron,
Dans une agréable retraite ,
Ou les Nymphes font leur féjour ,
Le beau Thyrfis , fur ſa Mufette ,
Chante le pouvoir de l'Amour.
Un autre à l'ombre de la Treille ,
Epris de la Liqueur vermeille ,
D'un Dieu vante les dons chéris :
Venus & le fils de Séméle ,
Ornent d'une grace nouvelle ,
Les Chanfons de leurs Favoris.
Mais ce langage du Permeffe ,
'Au gré d'un fubtil Novateur ,
N'eſt qu'une ridicule yvrefſe ,
Dont le caprice eft inventeur.
Séduits par un ufage étrange ,
Pourquoi prodiguer la loüange ,
A de pareils amuſemens ?
Penible abus de la parole ,
A qui notre folie immole ,
La Nature & fes fentimens !
Muſes , l'honneur de ce Rivage ,
Qu'infenfible à vos doux accords ,
Pour décrier votre langage ,
L'Ingrat
ΤΟ
867 .. MAY. 1730.
L'Ingrat faffe de vains efforts :
Pour dégrader les doctes veilles
Du fameux Rival des Corneilles ,
Qu'il décompofe fes écrits :
Racine , un fol efpoir le flatte ;
Et des beaux Vers de Mithridate ,
Tu nous vois encor plus épris.
De la meſure & de la Rime ,
Qu'il brave l'importune loi :
Tu leur conferves notre eftime ;
Ce bel Art triomphe chez toi.
Les mots foumis à la meſure ,
N'y font qu'embellir la Nature ,
Malgré leur étroite priſon ;
Et par l'effort de ton génie ,
La cadence au droit ſens unie
Charme l'oreille & la raiſon,
Non , ce travail n'eſt point ſterile ;
Fruit d'un laborieux loifir ;
Moins le fuccès en eſt facile ,
Plus il nous caufe de plaifir.
De tout temps l'Univers l'admire :
Si les fons qu'enfante la Lyre ,
Charment aujourd'hui les Mortels ,
Le Monde encor dans fon enfance ,
Sans
868 MERCURE DE FRANCE
Sans fçavoir , fans expérience ,
Aux Mufes dreffa des Autels.
En vain par une audace extrême ,
L *** infultant aux neuf Soeurs ,
Sur le fommet du Pinde même ,
Ofe méprifer leurs faveurs.
Pour le confondre Polymnie,
Echauffant ton heureux génie ,
Fait entendre de nouveaux Airs ,
La Faye , & ta Lyre fidelle ,
Nous donne une preuve immortelle ,
De la puiffance des beaux Vers.
ODE
A M. de la Faye , de l'Académie Fran
goife. Par M. Richer .
Quel
Jel Profane fur le Parnaffe ,
Ferme l'oreille à tes accens ;
Dieu des Vers , confonds fon audace ,
Fail
862 MERCURE DE FRANCE
Fais briller tes charmes puiffants.
C'eſt envain que dans fon délire ,
Mufes , il ofe contredire ,
Les fuffrages de l'Univers :
Paroiffez , Filles de Memoire ,
Chantez vous- même votre gloire ,
Infpirez -moi vos plus beaux Airs.
Sorti des mains de Promethée ,
L'homme errant , féroce & fans Loi ,
Sur la Terre à peine habitée ,
Répandoit le trouble & l'effroi.
Cette lumiere vive & pure ,
Don précieux de la Nature ,
Ne lui deffilloit point les yeux :
Livrez aux paffions perfides ,
Les coeurs féduits n'avoient pour guides ,
Que ces Tyrans imperieux.
Age malheureux ! où la Terre ,
Etoit un Théatre d'horreurs.
La Difcorde y foufloit la Guerre ;
En tous lieux regnoient fes fureurs.
Hideux alors & fans culture , -
Les Champs n'offroient pour nourriture
Que du Gland & des fruits amers :
Vous ignoriez les Arts utiles ,
Mortels , vous n'aviez
pour
aziles ,
Que les Rochers & les Deſerts.
Mais
MAY . 863
1730.
Mais , quel Dieu ? Quel puiffant génie ,
Vient enfin de changer les coeurs ?
C'eſt toi , raviffante Harmonie !
Qui fur eux répans tes douceurs.
Illuftre fils de Calliope ,
De l'erreur qui les enveloppe ,
Tu peux feul diffiper la nuit ;
De tes Preceptes efficaces ,
Dictez par la bouche des Graces ,
Je les voi recueillir le fruit.
A ta voix féconde en miracles ,
Quittant leurs Antres efcarpez ,
Du fon de tes facrez Oracles ,
Ces coeurs farouches font frappez ;
Ils en admirent la fageffe ,
Les moeurs dépouillent leur rudeffe :
Tu fais triompher l'équité :
Soumis à des Loix refpectables ,
Ils goutent de ces noeuds aimables ,
L'agrément & l'utilité.
Ainfi la Fable nous figure
Les Rochers émus de tes fons ,
Et jufqu'en fa Caverne obfcure ,
L'Ours attendri par tes Chanſons ::
Ainfi d'un Chantre de la Grece ,
" Jadis la Lyre enchantereffe ,
Eleva
864 MERCURE DE FRANCE
Eleva les murs des Thébains :
Vives , mais trop foibles images ,
Pour nous peindre les avantages ,
D'un Art , le Maître des Humains !
Cet Art , aux plus fages maximes ,
Joint des accens mélodieux .
Ses accords font touchants , fublimes :
C'eft ainfi que parlent les Dieux.
Par fa Peinture noble & vive ,
Il frappe , il rend l'ame attentive ,
Plein de force & d'aménité ;
Et fouvent fes doctes Myfteres,
Sous des fictions falutaires ,
Voilent l'auftere verité.
Dans une Scene intereſſante ,
Retraçant d'illuftres malheurs ,
Voi Melpomene gémiffante ,
De nos yeux
Sur l'ame vivement
atteinte ,
La compaffion
& la crainte ,
Font d'utiles impreffions
;
Et l'affreuſe
image du crime ,
Dont le coupable
eft la victime
Du coeur banuit les paffions.
arracher des pleurs.
Des jeux Innocens de Thalie ;
Le
MAY. 865 1730 .
Le riant fpectacle étalé ,
De l'homme montre la folie ,
Aux ris le vice eft immolé.
La fureur du jeu , l'imprudence ,
Le faux fçavoir & l'arrogance ,
Y font percez de mille traits.
De ces Dramatiques merveilles ,
Les fons qui charment nos oreilles ,
Nous y font trouver plus d'attraits.
Mais animé du même zele ,
Par qui le vice eft combattu ,
D'un trait de fon Crayon fidele ,
Ce grand Art nous peint la vertu.
Pindare dans fes fons Lyriques ,
Chante les Vainqueurs Olympiques ;
Homere chante les Guerriers ,
Sans cette vivante peinture ,
Le temps , dont ils bravent l'injure ,
N'eût pas refpecté leurs Lauriers.
Oui , Mufes , votre Art eft utile ,
Aux fameux Guerriers , aux grands Rois,
Sans vous d'Agamemnon , d'Achille ,
L'oubli voileroit les exploits.
Des Héros que l'Hiftoire vante ,
La vertu paroît plus brillante ,
Lorfque vous celebrez leur nom
..lexandre , avide de gloire ,
866 MERCURE DE FRANCE
Se plaignoit après la victoire ,
Qu'Homere eût paffé l'Acheron,
Dans une agréable retraite ,
Ou les Nymphes font leur féjour ,
Le beau Thyrfis , fur ſa Mufette ,
Chante le pouvoir de l'Amour.
Un autre à l'ombre de la Treille ,
Epris de la Liqueur vermeille ,
D'un Dieu vante les dons chéris :
Venus & le fils de Séméle ,
Ornent d'une grace nouvelle ,
Les Chanfons de leurs Favoris.
Mais ce langage du Permeffe ,
'Au gré d'un fubtil Novateur ,
N'eſt qu'une ridicule yvrefſe ,
Dont le caprice eft inventeur.
Séduits par un ufage étrange ,
Pourquoi prodiguer la loüange ,
A de pareils amuſemens ?
Penible abus de la parole ,
A qui notre folie immole ,
La Nature & fes fentimens !
Muſes , l'honneur de ce Rivage ,
Qu'infenfible à vos doux accords ,
Pour décrier votre langage ,
L'Ingrat
ΤΟ
867 .. MAY. 1730.
L'Ingrat faffe de vains efforts :
Pour dégrader les doctes veilles
Du fameux Rival des Corneilles ,
Qu'il décompofe fes écrits :
Racine , un fol efpoir le flatte ;
Et des beaux Vers de Mithridate ,
Tu nous vois encor plus épris.
De la meſure & de la Rime ,
Qu'il brave l'importune loi :
Tu leur conferves notre eftime ;
Ce bel Art triomphe chez toi.
Les mots foumis à la meſure ,
N'y font qu'embellir la Nature ,
Malgré leur étroite priſon ;
Et par l'effort de ton génie ,
La cadence au droit ſens unie
Charme l'oreille & la raiſon,
Non , ce travail n'eſt point ſterile ;
Fruit d'un laborieux loifir ;
Moins le fuccès en eſt facile ,
Plus il nous caufe de plaifir.
De tout temps l'Univers l'admire :
Si les fons qu'enfante la Lyre ,
Charment aujourd'hui les Mortels ,
Le Monde encor dans fon enfance ,
Sans
868 MERCURE DE FRANCE
Sans fçavoir , fans expérience ,
Aux Mufes dreffa des Autels.
En vain par une audace extrême ,
L *** infultant aux neuf Soeurs ,
Sur le fommet du Pinde même ,
Ofe méprifer leurs faveurs.
Pour le confondre Polymnie,
Echauffant ton heureux génie ,
Fait entendre de nouveaux Airs ,
La Faye , & ta Lyre fidelle ,
Nous donne une preuve immortelle ,
De la puiffance des beaux Vers.
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Résumé : LA POESIE, ODE A M. de la Faye, de l'Académie Françoise. Par M. Richer.
Le texte est une ode dédiée à M. de la Faye, membre de l'Académie Française, écrite par M. Richer. L'auteur commence par inviter les Muses à chanter leur propre gloire et à inspirer ses vers. Il décrit l'état primitif de l'humanité, marqué par la violence et l'absence de lois, avant l'avènement de l'harmonie et de la poésie. La poésie, personnifiée par les Muses, est présentée comme une force capable de civiliser les hommes, de les rendre plus justes et de les guider vers des mœurs plus douces. L'ode met en avant les vertus de la poésie, qui non seulement divertit mais éduque également en illustrant les conséquences des vices et en célébrant la vertu. Les grands poètes comme Pindare et Homère sont cités pour leur capacité à immortaliser les exploits des héros. L'auteur critique ceux qui méprisent la poésie et loue Racine pour son art. Il conclut en affirmant que la poésie, malgré ses contraintes, charme l'oreille et la raison, et qu'elle a toujours été admirée par l'humanité depuis ses origines. L'ode se termine par une louange à M. de la Faye et à sa lyre fidèle, preuve de la puissance des beaux vers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 30-35
LA HAINE. ODE
Début :
Sçavantes Nymphes du Parnasse, [...]
Mots clefs :
Haine, Vengeance, Indulgence, Amitié, Guerre, Justice, Muses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA HAINE. ODE
L.A HAINE
ODE
S Cavantes Nymphes du Parnasse ,
Si jamais vous cûtes pitié ,
Des malheurs qu'à l'humaine race
Causa souvent l'Inimitié ;
Déesses , soyez- moi propices.
Contre le plus cruel des vices ,
Armez votre sévérité ;
D'une voix pénétrante et forte,
Blâmez les excès ou se porte ,
L'homme contre l'homme irrité.
Pour le désir de la vengeance ,
Muses , donnez lui tant d'horreur
Qu'enfin une noble indulgence
Succede à sa lâche fureur ;
2
Qu'en ses yeux desormais l'on voye ,
Briller
JANVIER. 1731. 31
Briller l'assurance et la joye ,
Au lieu du trouble et de l'ennui ;
Et qu'au mépris d'un faux sistême
Il devienne ami de soi- même ,
In cessant de hair autrui.
Peuples , dont un instinct sauvage ,
Regle les sentimens pervers ,
Et dont cet orgueilleux rivage.
Est séparé par tant de Mers :
Vous , chez qui l'homme impitoyable
Du corps fumant de son semblable
Se fait de monstrueux festins ;
De vos forfaits , Peuples impies ,
On voit les fidelles copies ,
Dans nos désordres intestins.
•
Oui , ce seroit peu que la Guerre ,
Employant le souphre et le fer ;
Eût tant de fois rendu la Terre ,
L'horrible image de l'Enfer ,
Si l'Entêtement , l'Hérésie ,
L'Ambition , la Jalousie ,
Les faux soupçons , les noirs complots ,
Tirans implacables des Hommes ,
Du triste climat où nous sommes
Ne bannissoient pas le repos.
>
Com(
32 MERCURE
DE FRANCE .
Combien de fois cet Hémisphère ,
Non sans en frémir , a- t-il vú ,
Du sang de son malhûreux frere ,
Le frere indignement repû ?
Est- il parjures , sacriléges ,
Intrigues , fureurs , sortiléges ,
Trahisons , souplesses , détours ,
A qui , dans nos projets iniques ,
Honteux , criminels Politiques ,
Nous n'ayons sans cesse recours ?
Sur tout , quand l'Interêt nous guide ,
Ses absolus commandemens
De l'amitié la plus solide ,
Sappent toûjours les fondemens.
D'Alecton , sanguinaire éleve ,
Il aiguisa le premier Glaive
Et chassant l'équité des coeurs ;
Il substitua par ses ruses ;
Un vil amas de Loix confuses ,
A l'empire des bonnes moeurs.
Et toi , dont l'éloquence outrée ,
Consiste en des cris infernaux ,
Qui de la fugitive Astrée ,
Usurpas les saints Tribunaux ,
Hydre , qu'anime la vengeance ,
Que suit la fatale indigence ,
Que
JANVIER . 1731. 33
Que conduit
l'obstination ,
Chicane , indomtable Génie ,
Quels objets offre ta manie ,
A ma juste indignation !
Les Loix les plus sages détruites ,
Par des Sophismes effrontez ;
Des veuves aux portes réduites ,
Des Orphelins déshéritez ;
L'Impunité vendue au crime
A son possesseur légitime
Un bien pour jamais interdit
L'Innocence qu'on persécute ,
Et le droit le plus ferme en butte
A l'oppression
du crédit.
›
Mais quelle voix audacieuse ,
Eclate , en discours menaçans ?
Quelle langue malicieuse ,
Exerce ici ses traits perçans ?
Lâches Auteurs de ces tempêtes ,
Craignez d'attirer sur vos têtes ,
Les rigueurs du courroux divin ,
Et que le Ciel en sa justice ,
D'Etéocle et de Polinice ,
Ne vous ait réservé la fin.
Témoins d'un Spectacle barbare ;
Que dis-je ! Nous n'esperons pas ,
Que
34 MERCURE DE FRANCE.
Que la haine qui nous sépare ,
Puisse ceder même au trépàs.
L'aigreur qui partage vos ames ,
Un jour partagera les flâmes
Qui doivent consumer vos corps ;
Un jour , vos Ombres fratricides ,
Iront se joindre aux Eumenides ,
- Pour troubler l'Empire des Morts.
=
•
Ainsi donc cedant à la force ,
Du plus exécrable poison ,
Vous faites un honteux divorce ,
Avec votre propre raison.
Malheureux ! prenez pour modeles .
Les Colombes , les Tourterelles ,
Qu'un tendre amour unit toujours ;
Ou bien dans quelque affreux bocage ,
Allez écouter le langage ,
Des Loups , des Tigres et des Ours.
Vous , Muses , allez les premieres ,
Vers ces Animaux ravissans ,
Et daignez de quelques lumieres ,
Eclairer leurs aveugles sens .
Instruits de nos moeurs intraitables ,
De cent reproches équitables .
Ils sçauront bien- tôt nous combler ,
Plus épouvantez de connoître ,
L'Or
JANVIER . 1-31 .
35
i
L'Orgueilleux, qui se dit leur Maître ,
Qu'envieux de lui ressembler.
C'en est trop ; gardez le silence ,
Barbares , hôtes des Forêts ,"
Hélas ! de notre ressemblance ,
Il suffit d'avouer les traits.
Quand la Terre ignoroit encore ,
Les malheurs qu'apporta Pandore.
Les crimes de Thebe et d'Argos ,
L'Homme goûtoit un sort celeste :
Mais quoi ! la discorde funeste ,
Nous a tous rendus vos égaux .
F. M. F. DE VAL GNE
ODE
S Cavantes Nymphes du Parnasse ,
Si jamais vous cûtes pitié ,
Des malheurs qu'à l'humaine race
Causa souvent l'Inimitié ;
Déesses , soyez- moi propices.
Contre le plus cruel des vices ,
Armez votre sévérité ;
D'une voix pénétrante et forte,
Blâmez les excès ou se porte ,
L'homme contre l'homme irrité.
Pour le désir de la vengeance ,
Muses , donnez lui tant d'horreur
Qu'enfin une noble indulgence
Succede à sa lâche fureur ;
2
Qu'en ses yeux desormais l'on voye ,
Briller
JANVIER. 1731. 31
Briller l'assurance et la joye ,
Au lieu du trouble et de l'ennui ;
Et qu'au mépris d'un faux sistême
Il devienne ami de soi- même ,
In cessant de hair autrui.
Peuples , dont un instinct sauvage ,
Regle les sentimens pervers ,
Et dont cet orgueilleux rivage.
Est séparé par tant de Mers :
Vous , chez qui l'homme impitoyable
Du corps fumant de son semblable
Se fait de monstrueux festins ;
De vos forfaits , Peuples impies ,
On voit les fidelles copies ,
Dans nos désordres intestins.
•
Oui , ce seroit peu que la Guerre ,
Employant le souphre et le fer ;
Eût tant de fois rendu la Terre ,
L'horrible image de l'Enfer ,
Si l'Entêtement , l'Hérésie ,
L'Ambition , la Jalousie ,
Les faux soupçons , les noirs complots ,
Tirans implacables des Hommes ,
Du triste climat où nous sommes
Ne bannissoient pas le repos.
>
Com(
32 MERCURE
DE FRANCE .
Combien de fois cet Hémisphère ,
Non sans en frémir , a- t-il vú ,
Du sang de son malhûreux frere ,
Le frere indignement repû ?
Est- il parjures , sacriléges ,
Intrigues , fureurs , sortiléges ,
Trahisons , souplesses , détours ,
A qui , dans nos projets iniques ,
Honteux , criminels Politiques ,
Nous n'ayons sans cesse recours ?
Sur tout , quand l'Interêt nous guide ,
Ses absolus commandemens
De l'amitié la plus solide ,
Sappent toûjours les fondemens.
D'Alecton , sanguinaire éleve ,
Il aiguisa le premier Glaive
Et chassant l'équité des coeurs ;
Il substitua par ses ruses ;
Un vil amas de Loix confuses ,
A l'empire des bonnes moeurs.
Et toi , dont l'éloquence outrée ,
Consiste en des cris infernaux ,
Qui de la fugitive Astrée ,
Usurpas les saints Tribunaux ,
Hydre , qu'anime la vengeance ,
Que suit la fatale indigence ,
Que
JANVIER . 1731. 33
Que conduit
l'obstination ,
Chicane , indomtable Génie ,
Quels objets offre ta manie ,
A ma juste indignation !
Les Loix les plus sages détruites ,
Par des Sophismes effrontez ;
Des veuves aux portes réduites ,
Des Orphelins déshéritez ;
L'Impunité vendue au crime
A son possesseur légitime
Un bien pour jamais interdit
L'Innocence qu'on persécute ,
Et le droit le plus ferme en butte
A l'oppression
du crédit.
›
Mais quelle voix audacieuse ,
Eclate , en discours menaçans ?
Quelle langue malicieuse ,
Exerce ici ses traits perçans ?
Lâches Auteurs de ces tempêtes ,
Craignez d'attirer sur vos têtes ,
Les rigueurs du courroux divin ,
Et que le Ciel en sa justice ,
D'Etéocle et de Polinice ,
Ne vous ait réservé la fin.
Témoins d'un Spectacle barbare ;
Que dis-je ! Nous n'esperons pas ,
Que
34 MERCURE DE FRANCE.
Que la haine qui nous sépare ,
Puisse ceder même au trépàs.
L'aigreur qui partage vos ames ,
Un jour partagera les flâmes
Qui doivent consumer vos corps ;
Un jour , vos Ombres fratricides ,
Iront se joindre aux Eumenides ,
- Pour troubler l'Empire des Morts.
=
•
Ainsi donc cedant à la force ,
Du plus exécrable poison ,
Vous faites un honteux divorce ,
Avec votre propre raison.
Malheureux ! prenez pour modeles .
Les Colombes , les Tourterelles ,
Qu'un tendre amour unit toujours ;
Ou bien dans quelque affreux bocage ,
Allez écouter le langage ,
Des Loups , des Tigres et des Ours.
Vous , Muses , allez les premieres ,
Vers ces Animaux ravissans ,
Et daignez de quelques lumieres ,
Eclairer leurs aveugles sens .
Instruits de nos moeurs intraitables ,
De cent reproches équitables .
Ils sçauront bien- tôt nous combler ,
Plus épouvantez de connoître ,
L'Or
JANVIER . 1-31 .
35
i
L'Orgueilleux, qui se dit leur Maître ,
Qu'envieux de lui ressembler.
C'en est trop ; gardez le silence ,
Barbares , hôtes des Forêts ,"
Hélas ! de notre ressemblance ,
Il suffit d'avouer les traits.
Quand la Terre ignoroit encore ,
Les malheurs qu'apporta Pandore.
Les crimes de Thebe et d'Argos ,
L'Homme goûtoit un sort celeste :
Mais quoi ! la discorde funeste ,
Nous a tous rendus vos égaux .
F. M. F. DE VAL GNE
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Résumé : LA HAINE. ODE
L'ode 'La Haine', publiée en janvier 1731 dans le Mercure de France, est une supplique adressée aux muses et aux nymphes du Parnasse pour qu'elles condamnent la haine et l'inimitié entre les hommes. L'auteur aspire à voir la vengeance remplacée par une noble indulgence et souhaite que les hommes apprennent à se pardonner et à s'aimer eux-mêmes. L'auteur dénonce les peuples barbares qui se nourrissent de la chair de leurs semblables et compare leurs actes aux désordres internes des sociétés civilisées. Il critique la guerre, l'entêtement, l'hérésie, l'ambition, la jalousie, les faux soupçons et les complots qui perturbent la paix. Il accuse également l'intérêt personnel de corrompre les amitiés et de substituer des lois confuses à l'empire des bonnes mœurs. L'auteur s'indigne contre les abus de la justice, les sophismes qui détruisent les lois sages, et l'impunité du crime. Il met en garde les auteurs de ces tempêtes contre la colère divine et prédit que la haine persistera même après la mort. Enfin, l'auteur invite les hommes à prendre exemple sur les colombes et les tourterelles, unies par un tendre amour, plutôt que sur les animaux sauvages. Il appelle les muses à éclairer les sens des hommes, aveugles par leurs mœurs intraitables, et à leur faire connaître leur propre barbarie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 627-632
A S. E. M. LE CARDINAL DE FLEURY, MINISTRE D'ETAT, Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université de Caën, pour l'augmentation de sa Bibliotheque. ODE.
Début :
D'où naît la soudaine allegresse [...]
Mots clefs :
Libéralité, Bibliothèque, Mécène, Beaux-arts, Muses, Connaissance , Prélat, Université de Caen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A S. E. M. LE CARDINAL DE FLEURY, MINISTRE D'ETAT, Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université de Caën, pour l'augmentation de sa Bibliotheque. ODE.
A S. E. M.
LE CARDINAL DE FLEURY,
MINISTRE D'ETAT ,
"
Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université
de Caën , pour l'augmentation de sa Bibliotheque.
D
O D E.
' Ou naît la soudaine allegresse
Qui transporte ici tous les coeurs ?
ON Un nouveau Mécene au Permesse
'Accorde aujourd'hui ses faveurs..
A ij Vien,
628 MERCURE DE FRANCE
Vien , mes délices , vien , ma Lyre ;
Sers la vive ardeur qui m'inspire :
Pour lui formons nos plus beaux Airs ;
Je veux que leur noble cadence
Annonce ma reconnoissance
Au Prince , au Peuple , à l'Univers
Chante un Prélat que voit la Seine
D'honneurs justement revêtu ,
Qui joint à la Pourpre Romaine
L'éclat d'une rare vertu ,
Qui sage , bienfaisant , affable ;
Tel que ce Mentor de la Fable ,
Fait chérir son autorité ,
Qui placé près du Diadême ,
Se montre auguste par
lui- même
Autant que par sa dignité.
Dans la Grandeur qui l'environne
Nul objet n'échape à ses soins ;
S'il veille aux droits de la Couronne ,
Il veille encore à nos besoins ;
Par lui la Foi , la Paix fleurissent ,
Les Loix de Thémis s'affermissent ;
Tout nous offre des jours plus beaux ;
Et de ce bonheur qu'il ménage ,
Laissant aux Sujets l'avantage ,
LEURY n'en prend que les travaux ,
Digne
AVRIL 1731. 629
Digne Emule du grand Fabrice , *
On le voit marcher sur ses pas ;
De la séduisante avarice
Son coeur méprise les appas.
Mortels ! qu'il en est peu d'exemples :
tes Trésors consacrés aux Temples
tedressent leurs murs chancelans ,
bu vont par
Dans
des routes secretes
cent tenébreuses retraites
Porter des secours consolans.
Quel riche trait pour son Histoire
Que l'apui qu'il donne aux beaux Arts f
Sur eux du milieu de sa gloire
Il jette ses plus doux regards :
Muses , troupe à ses yeux si chere
Vous n'êtes point une chimere ,
Ni des noms pleins d'un faux éclat §
Mais les filles de la Sagesse ,
Les meres de la Politesse ,
L'utile ornement d'un Eta
Un Temple fécond en miracles
Fait sur l'Orne admirer vos sons ;
* Consul Romain , le plus désinteréssé qu'ait
jamais vû la République.
L'Université.
A iij On
630 MERCURE DE FRANCE
On y voit de sçavans Oracles
Dicter vos plus pures leçons ;
Embrassant diverses matieres ,
Chacun de ses doctes lumieres
Augmente la splendeur du corps ;
Mais par combien dé découvertes
Ces fources qui leur sont offertes *
Vont-elles groffir leurs Trésors !
A quels travaux inimitables
Vois- je nos Neveux s'exciter ?
L'un écrit les faits mémorables ,
L'autre se forme à les chanter ;
Celui- ci creusant la nature ,
De l'oeil et du compas mesure
Les Eaux , l'Air , la Terre et les Cieux
Et , jusqu'à l'invisible Effence
L'autre élevant fa connoiffance
Ya fonder les Décrets des Dieux.
(
C'eft pour toi , Ville fortunée ,
Que FLEURY prodigue ses biens :
Quelle riante Destinée
Se prépare à tes Citoyens !
Tu verras tes Remparts superbes
La Bibliotheque.
En.
AVRIL. ' 1731. -631
Enfanter de nouveaux Malherbes ( a )
Des Huets , (b ) des Pyrons , ( c) des Calys ( d )
Sous l'Empire tranquile et juste
Qu'offre à nos voeux un autre Auguste ,
Tes lauriers orneront ses Lys.
Dans ton sein , Ecole sçavante ,
Faut-il qu'un noble empressement
Ne, puisse au Prélat que je vante
Dresser un pompeux monument !
Du moins signalant notre żele ,
Plaçons -y le portrait fidele ( e )
D'un si génereux Protecteur ;
Que cette immortelle Peinture
Instruise la race future
Du bienfait et du Bienfaicteur.
FLEURY , puisse un succés durable
Suivre vos projets glorieux !
(a ) Fameux Poëte.
(b) Evêque d'Avranches , et Précepteur de
M. le Dauphin , Ayeul du Roi.
$
(c) Professeur de Rhétorique au College du
Bois , et Editeur de Claudien , pour l'usage de
M. le Dauphin.
(d ) Celebre Professeur de Philosophie au
"College du Bois , Auteur de divers Ouvrages ,
centr'autres du Commentaire sur Boëce , pour
l'usage de M. le Dauphin. Tous de Caën .
(e ) Le Portrait de S. E. sera placé dans la
Bibliotheque.
A iij Puiffe
632 MERCURE DE FRANCE
Puisse la Parque inexorable.
Respecter vos jours précieux !
Soyez long- tems l'amour du PRINCE
Les délices de la Province ,
Le respect des Peuples épars ;
Soyez des Autels la défense ,
Vivez pour le bien de la France ,
Vivez pour l'honneur des beaux Arts .'
Par M. Heurtauld , Prêtre , Professeur an
College du Bois de l'Université de Caën.
LE CARDINAL DE FLEURY,
MINISTRE D'ETAT ,
"
Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université
de Caën , pour l'augmentation de sa Bibliotheque.
D
O D E.
' Ou naît la soudaine allegresse
Qui transporte ici tous les coeurs ?
ON Un nouveau Mécene au Permesse
'Accorde aujourd'hui ses faveurs..
A ij Vien,
628 MERCURE DE FRANCE
Vien , mes délices , vien , ma Lyre ;
Sers la vive ardeur qui m'inspire :
Pour lui formons nos plus beaux Airs ;
Je veux que leur noble cadence
Annonce ma reconnoissance
Au Prince , au Peuple , à l'Univers
Chante un Prélat que voit la Seine
D'honneurs justement revêtu ,
Qui joint à la Pourpre Romaine
L'éclat d'une rare vertu ,
Qui sage , bienfaisant , affable ;
Tel que ce Mentor de la Fable ,
Fait chérir son autorité ,
Qui placé près du Diadême ,
Se montre auguste par
lui- même
Autant que par sa dignité.
Dans la Grandeur qui l'environne
Nul objet n'échape à ses soins ;
S'il veille aux droits de la Couronne ,
Il veille encore à nos besoins ;
Par lui la Foi , la Paix fleurissent ,
Les Loix de Thémis s'affermissent ;
Tout nous offre des jours plus beaux ;
Et de ce bonheur qu'il ménage ,
Laissant aux Sujets l'avantage ,
LEURY n'en prend que les travaux ,
Digne
AVRIL 1731. 629
Digne Emule du grand Fabrice , *
On le voit marcher sur ses pas ;
De la séduisante avarice
Son coeur méprise les appas.
Mortels ! qu'il en est peu d'exemples :
tes Trésors consacrés aux Temples
tedressent leurs murs chancelans ,
bu vont par
Dans
des routes secretes
cent tenébreuses retraites
Porter des secours consolans.
Quel riche trait pour son Histoire
Que l'apui qu'il donne aux beaux Arts f
Sur eux du milieu de sa gloire
Il jette ses plus doux regards :
Muses , troupe à ses yeux si chere
Vous n'êtes point une chimere ,
Ni des noms pleins d'un faux éclat §
Mais les filles de la Sagesse ,
Les meres de la Politesse ,
L'utile ornement d'un Eta
Un Temple fécond en miracles
Fait sur l'Orne admirer vos sons ;
* Consul Romain , le plus désinteréssé qu'ait
jamais vû la République.
L'Université.
A iij On
630 MERCURE DE FRANCE
On y voit de sçavans Oracles
Dicter vos plus pures leçons ;
Embrassant diverses matieres ,
Chacun de ses doctes lumieres
Augmente la splendeur du corps ;
Mais par combien dé découvertes
Ces fources qui leur sont offertes *
Vont-elles groffir leurs Trésors !
A quels travaux inimitables
Vois- je nos Neveux s'exciter ?
L'un écrit les faits mémorables ,
L'autre se forme à les chanter ;
Celui- ci creusant la nature ,
De l'oeil et du compas mesure
Les Eaux , l'Air , la Terre et les Cieux
Et , jusqu'à l'invisible Effence
L'autre élevant fa connoiffance
Ya fonder les Décrets des Dieux.
(
C'eft pour toi , Ville fortunée ,
Que FLEURY prodigue ses biens :
Quelle riante Destinée
Se prépare à tes Citoyens !
Tu verras tes Remparts superbes
La Bibliotheque.
En.
AVRIL. ' 1731. -631
Enfanter de nouveaux Malherbes ( a )
Des Huets , (b ) des Pyrons , ( c) des Calys ( d )
Sous l'Empire tranquile et juste
Qu'offre à nos voeux un autre Auguste ,
Tes lauriers orneront ses Lys.
Dans ton sein , Ecole sçavante ,
Faut-il qu'un noble empressement
Ne, puisse au Prélat que je vante
Dresser un pompeux monument !
Du moins signalant notre żele ,
Plaçons -y le portrait fidele ( e )
D'un si génereux Protecteur ;
Que cette immortelle Peinture
Instruise la race future
Du bienfait et du Bienfaicteur.
FLEURY , puisse un succés durable
Suivre vos projets glorieux !
(a ) Fameux Poëte.
(b) Evêque d'Avranches , et Précepteur de
M. le Dauphin , Ayeul du Roi.
$
(c) Professeur de Rhétorique au College du
Bois , et Editeur de Claudien , pour l'usage de
M. le Dauphin.
(d ) Celebre Professeur de Philosophie au
"College du Bois , Auteur de divers Ouvrages ,
centr'autres du Commentaire sur Boëce , pour
l'usage de M. le Dauphin. Tous de Caën .
(e ) Le Portrait de S. E. sera placé dans la
Bibliotheque.
A iij Puiffe
632 MERCURE DE FRANCE
Puisse la Parque inexorable.
Respecter vos jours précieux !
Soyez long- tems l'amour du PRINCE
Les délices de la Province ,
Le respect des Peuples épars ;
Soyez des Autels la défense ,
Vivez pour le bien de la France ,
Vivez pour l'honneur des beaux Arts .'
Par M. Heurtauld , Prêtre , Professeur an
College du Bois de l'Université de Caën.
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Résumé : A S. E. M. LE CARDINAL DE FLEURY, MINISTRE D'ETAT, Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université de Caën, pour l'augmentation de sa Bibliotheque. ODE.
Le poème est une ode au Cardinal Fleury, ministre d'État, célébrant sa générosité envers l'Université de Caen. Il met en lumière les qualités de Fleury, telles que la sagesse, la bienveillance et l'autorité. Le texte compare Fleury à des figures emblématiques comme Mentor et Fabrice, soulignant son désintéressement et son dévouement aux arts et à la science. Fleury est présenté comme un protecteur des arts et des lettres, attentif aux besoins du peuple et soucieux de renforcer la foi, la paix et la justice. Grâce à ses dons, l'Université de Caen peut continuer à soutenir les recherches des savants et à enrichir leurs connaissances. Le poème exprime l'espoir que Fleury continuera à protéger et à promouvoir les arts et les sciences, souhaitant longévité et succès à ses initiatives.
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33
p. 815-819
REPONSE à l'Epitre de M. Carrelet d'Hautefeuille, imprimée dans le Mercure de Janvier dernier, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croissic en Bretagne.
Début :
Gent Cavalier, bien grammerci vous dis, [...]
Mots clefs :
Épître, Hirondelles, Clavicules, Outil divinatoire, Impromptu, Sortilège, Amants, Muses, Méduses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE à l'Epitre de M. Carrelet d'Hautefeuille, imprimée dans le Mercure de Janvier dernier, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croissic en Bretagne.
REPONSE à l'Epitre de M. Carrelet
d'Hautefeuille , imprimée dans le Mercure
de Janvier dernier , par Me de
Malcrais de la Vigne , du Croissic en
Bretagne.
Gent Cavalier, bien grammercî vous dis ,
Du soin courtois que votre veine a pris ,
De parfumer mes tendres Hirondelles ,
Du pur encens de ses mets trés-exquis.
Peut être même en passant iront-elles ,
Quelque matin , le Soleil paroissant ,
Sur la fenêtre ou sur la cheminée ,
Vous begayer d'un ton reconnoissant ,
Une Chanson longuement fredonnée ,
Dont pesterez dans votre entendement ,
Vous qui dormez la grasse matinée ,
Et maudirez leur aigu compliment.
Scachez pourtant qu'à mon ordre est allée,
Dans vos cantons cette Amdassade aîlée.
Par quoi j'ai cru qu'admonesté dûment ,
Ne leurs feriez sur ce querelle aucune ;
Ains
816 MERCURE DE FRANCE
Ains daignericz les traiter poliment.
Mais si de près voulez avec quelqu'une ,
Avoir Colloque ; oyez ; voici comment.
N'allez d'abord vous mettre en la memoire ,'
Que de Merluche ( 1 ) ou de telles Circez , ( 2 )
Ou d'Agrippa (3 ) j'entende le Grimoire.
Point n'ai porté sur mes doigts renversez ,
De Jacque Aimard ( 4 ) l'outil divinatoire ;
Point n'est en moi d'intelligence assez ,
Pour penetrer les sombres Clavicules , (s )
Dont on nous fait des contes ridicules,
Crus neanmoins de beaucoup d'insensez.
Onc n'ai tenté des routes inconnuës , ( 6 )
Dans la nuit brune allant les pieds graissez
Sur un balai galoppant par les ruës.
Tout le secret dont allez être instruit ,
N'est Art magique , ains chose naturelle .
Si voulez donc happer une Hirondelle ,
Marcher yous faut à pas comptez , sans bruit ;
Puis sur la queue un grain de sel lui mettre ;
1 ) Celebre Fée connue dans les Contes de
Ma d'Aunoy.
(2) Fille du Soleil ,fameuse Magicienne.
(3 ) Henry Corneille Agrippa , a fait des Livres
de Magie.
(4) Voyez la Baguette divinatoire de M. de
Vallemont.
(s )Livrefaussement attribué à Salomon .
(6) Contes que débitent les Vieilles de ce
Pays-cy.
Ainst
AVRIL. 817 1731.
Ainsi prendrez , j'ose vous le promettre ,
L'Oiseau sysdit , ou je perdrai mon nom.
Voyez qu'ici n'est aucun sortilege.
Les Croisiquois n'ont le vilain renom ,
(Je le proteste et m'en donne pour plége )
D'être Sorciers : bien sont- ils gens imbus ,
D'Arts Libèraux , forts sur les impromtus ,
Le sel piquant qu'exalent nos Salines , ( 1 )
Rarefié par petites bruines ,
Porte en leur sang cette vivacité ,
D'où germe en eux la cointe urbanité.
Quant au beau Sexe , il n'a d'autre Magic ,
Que l'air divin de ses appas charmans ,
Et les beautez d'un merveilleux génie.
Leurs yeux actifs sont les fins Négromans
Dont un regard prend et rend asservie ,
La liberté des moins tendres Amans
Mieux qu'aucun Philtre ; et ces aimables Muses ,
Comme chez vous ne sont pas des Méduses , (2)
Leur caractere est sur tout la douceur ,
Que suit de près la franchise de coeur.
Table de Jeu faite en façon gentille ,
Est leur Parnasse , et Cartes de Quadrille ,
Les Livres sont qu'elles ont dans les mains ,
Le fier Plutus ( 3 ) Dieu respecté de maints
( 1 ) Notre Péninsule est presque environnée
de Salines.
(2 ) Voyez les Metamorphoses d'Ovide.
(3) Plutus , Dien des Richesses,
I EC
18 MERCURE DE FRANCE.
Est l'Apollon , Fortune est la Minerve ,
Dont leur ferycur implore le secours ,
Les conjurant de seconder leur verve.
Point on n'y gronde , et chez elles toujours ,
Joyeuse humeur se voit entrer en danse ,
Fors quand du jeu la quinteuse inconstancë ,
Vient par malheur déranger leur finance ;
Mais il paroît qu'aux lieux d'où m'écrivéz ,
Ne sont par trop les Muses enjouées ;
Ains bien plutôt d'autre humeur sont dotées,
Quoi pour avoir dans mon cerveau trouvez ,
Tendres blasons ; leurs coeurs sont aggravez,
En contre moi ; les voilà dire émués
Et sur le champ Méduses devenues ,
Me menaçant faire un mauvais parti.
Siecles futurs , le pourrez- vous bien croires
Tel brin d'ouvrage être si mal lotti !
Ai-je appellé , le cas est-il notoire ?
Le Corbeau blanc et la Colombe noire à
O sort fatal ! si pour de galants Vers ,
Aller me font le capot à l'envers . રે
En outre , ô Ciel ! détournez-en l'augure;
Je meurs d'effroi , quand mon oeil se figure ;
Voir tout à coup leurs blonds cheveux changez
En longs Serpens de me mordre enragez.
Or desormais , ô prodige !ô merveille !
Comme il se lit de l'Eve de Milton , ( f )
(1) Voyez le Paradis perda de Milton.
Dormir
AVRIL.
$ 19 131.
Dormir s'en vont le Serpent sous l'oreille:
Hélas ! je songe au milieu du frisson ,
Qui me saisit , que déqualifiée ,
Toute ma chair est ja pétrifiée , (1 )
Ce nonobstant rappellant ma raison ,
Je vois qu'à tort crainte est chez moi montée ,
Car leur colere a beau s'être pointec ,
Pòur m'abîmer , leurs coups sont superflus ;
Jusqu'au Croissic n'en viendra la portée ,
S'étendra-t'elle aussi loin même , et plus
Que Pistolets , Fusils et Carabines ,
Que Fauconneaux , Canons et Couleuvrines .
Mais en lisant ces propos my gaulois ,
Monsieur , peut-être avez bâaillé six fois ,
Et souhaitez à la pauvre Rimeuse ,
Papier humide , ancre blanche ou bourbeuse ,
Plume essorée avec la goutte aux doigts ,
Puis ajoûtez , comme un certain Valois , ( 1)
Dit quelque part , que femmes sont verbenses s
Donc sans délai cette Epitre finis ,
Vous repettant mon Antienne premiere :
Des Vers qu'avez pour moi mis en lumieres
Gent Cavalier , bien grommerci vous dis.
(1 ) Méduse pétrifioit ceux qui la regar
deient.
(2) Henri de Valois disoit que les femmer
étoient werbenses. Voyez le Valesiana.
d'Hautefeuille , imprimée dans le Mercure
de Janvier dernier , par Me de
Malcrais de la Vigne , du Croissic en
Bretagne.
Gent Cavalier, bien grammercî vous dis ,
Du soin courtois que votre veine a pris ,
De parfumer mes tendres Hirondelles ,
Du pur encens de ses mets trés-exquis.
Peut être même en passant iront-elles ,
Quelque matin , le Soleil paroissant ,
Sur la fenêtre ou sur la cheminée ,
Vous begayer d'un ton reconnoissant ,
Une Chanson longuement fredonnée ,
Dont pesterez dans votre entendement ,
Vous qui dormez la grasse matinée ,
Et maudirez leur aigu compliment.
Scachez pourtant qu'à mon ordre est allée,
Dans vos cantons cette Amdassade aîlée.
Par quoi j'ai cru qu'admonesté dûment ,
Ne leurs feriez sur ce querelle aucune ;
Ains
816 MERCURE DE FRANCE
Ains daignericz les traiter poliment.
Mais si de près voulez avec quelqu'une ,
Avoir Colloque ; oyez ; voici comment.
N'allez d'abord vous mettre en la memoire ,'
Que de Merluche ( 1 ) ou de telles Circez , ( 2 )
Ou d'Agrippa (3 ) j'entende le Grimoire.
Point n'ai porté sur mes doigts renversez ,
De Jacque Aimard ( 4 ) l'outil divinatoire ;
Point n'est en moi d'intelligence assez ,
Pour penetrer les sombres Clavicules , (s )
Dont on nous fait des contes ridicules,
Crus neanmoins de beaucoup d'insensez.
Onc n'ai tenté des routes inconnuës , ( 6 )
Dans la nuit brune allant les pieds graissez
Sur un balai galoppant par les ruës.
Tout le secret dont allez être instruit ,
N'est Art magique , ains chose naturelle .
Si voulez donc happer une Hirondelle ,
Marcher yous faut à pas comptez , sans bruit ;
Puis sur la queue un grain de sel lui mettre ;
1 ) Celebre Fée connue dans les Contes de
Ma d'Aunoy.
(2) Fille du Soleil ,fameuse Magicienne.
(3 ) Henry Corneille Agrippa , a fait des Livres
de Magie.
(4) Voyez la Baguette divinatoire de M. de
Vallemont.
(s )Livrefaussement attribué à Salomon .
(6) Contes que débitent les Vieilles de ce
Pays-cy.
Ainst
AVRIL. 817 1731.
Ainsi prendrez , j'ose vous le promettre ,
L'Oiseau sysdit , ou je perdrai mon nom.
Voyez qu'ici n'est aucun sortilege.
Les Croisiquois n'ont le vilain renom ,
(Je le proteste et m'en donne pour plége )
D'être Sorciers : bien sont- ils gens imbus ,
D'Arts Libèraux , forts sur les impromtus ,
Le sel piquant qu'exalent nos Salines , ( 1 )
Rarefié par petites bruines ,
Porte en leur sang cette vivacité ,
D'où germe en eux la cointe urbanité.
Quant au beau Sexe , il n'a d'autre Magic ,
Que l'air divin de ses appas charmans ,
Et les beautez d'un merveilleux génie.
Leurs yeux actifs sont les fins Négromans
Dont un regard prend et rend asservie ,
La liberté des moins tendres Amans
Mieux qu'aucun Philtre ; et ces aimables Muses ,
Comme chez vous ne sont pas des Méduses , (2)
Leur caractere est sur tout la douceur ,
Que suit de près la franchise de coeur.
Table de Jeu faite en façon gentille ,
Est leur Parnasse , et Cartes de Quadrille ,
Les Livres sont qu'elles ont dans les mains ,
Le fier Plutus ( 3 ) Dieu respecté de maints
( 1 ) Notre Péninsule est presque environnée
de Salines.
(2 ) Voyez les Metamorphoses d'Ovide.
(3) Plutus , Dien des Richesses,
I EC
18 MERCURE DE FRANCE.
Est l'Apollon , Fortune est la Minerve ,
Dont leur ferycur implore le secours ,
Les conjurant de seconder leur verve.
Point on n'y gronde , et chez elles toujours ,
Joyeuse humeur se voit entrer en danse ,
Fors quand du jeu la quinteuse inconstancë ,
Vient par malheur déranger leur finance ;
Mais il paroît qu'aux lieux d'où m'écrivéz ,
Ne sont par trop les Muses enjouées ;
Ains bien plutôt d'autre humeur sont dotées,
Quoi pour avoir dans mon cerveau trouvez ,
Tendres blasons ; leurs coeurs sont aggravez,
En contre moi ; les voilà dire émués
Et sur le champ Méduses devenues ,
Me menaçant faire un mauvais parti.
Siecles futurs , le pourrez- vous bien croires
Tel brin d'ouvrage être si mal lotti !
Ai-je appellé , le cas est-il notoire ?
Le Corbeau blanc et la Colombe noire à
O sort fatal ! si pour de galants Vers ,
Aller me font le capot à l'envers . રે
En outre , ô Ciel ! détournez-en l'augure;
Je meurs d'effroi , quand mon oeil se figure ;
Voir tout à coup leurs blonds cheveux changez
En longs Serpens de me mordre enragez.
Or desormais , ô prodige !ô merveille !
Comme il se lit de l'Eve de Milton , ( f )
(1) Voyez le Paradis perda de Milton.
Dormir
AVRIL.
$ 19 131.
Dormir s'en vont le Serpent sous l'oreille:
Hélas ! je songe au milieu du frisson ,
Qui me saisit , que déqualifiée ,
Toute ma chair est ja pétrifiée , (1 )
Ce nonobstant rappellant ma raison ,
Je vois qu'à tort crainte est chez moi montée ,
Car leur colere a beau s'être pointec ,
Pòur m'abîmer , leurs coups sont superflus ;
Jusqu'au Croissic n'en viendra la portée ,
S'étendra-t'elle aussi loin même , et plus
Que Pistolets , Fusils et Carabines ,
Que Fauconneaux , Canons et Couleuvrines .
Mais en lisant ces propos my gaulois ,
Monsieur , peut-être avez bâaillé six fois ,
Et souhaitez à la pauvre Rimeuse ,
Papier humide , ancre blanche ou bourbeuse ,
Plume essorée avec la goutte aux doigts ,
Puis ajoûtez , comme un certain Valois , ( 1)
Dit quelque part , que femmes sont verbenses s
Donc sans délai cette Epitre finis ,
Vous repettant mon Antienne premiere :
Des Vers qu'avez pour moi mis en lumieres
Gent Cavalier , bien grommerci vous dis.
(1 ) Méduse pétrifioit ceux qui la regar
deient.
(2) Henri de Valois disoit que les femmer
étoient werbenses. Voyez le Valesiana.
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Résumé : REPONSE à l'Epitre de M. Carrelet d'Hautefeuille, imprimée dans le Mercure de Janvier dernier, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croissic en Bretagne.
Me de Malcrais de la Vigne du Croissic en Bretagne répond à une épître de M. Carrelet d'Hautefeuille, publiée dans le Mercure de janvier précédent. L'auteur exprime sa gratitude pour les compliments reçus et évoque la possibilité que ses hirondelles chantent un jour pour remercier l'épistolier. Il souligne que les habitants du Croissic, bien qu'ils ne pratiquent pas la magie, se distinguent par leur grande urbanité et leur vivacité d'esprit, attribuée au sel des salines locales. Les femmes du Croissic sont particulièrement mises en avant pour leur charme naturel et leur douceur, qui surpassent tout philtre magique. Elles sont également habiles dans les arts libéraux et les jeux de société. L'auteur mentionne ensuite une réaction hostile de certaines personnes à ses écrits, les comparant à des Méduses capables de pétrifier. Il espère que cette hostilité ne le touchera pas et conclut en remerciant à nouveau pour les vers reçus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 980-988
METAMORPHOSE DU PRINCE CAULO ET DE LA NIMPHE ORITHIE. Par M. de Verrieres, de l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen, lûë dans l'Académie le 18. Janvier 1731.
Début :
Avant que de m'engager dans la lecture de cette Métamorphose, je crois / Au monde il n'est plages si reculées [...]
Mots clefs :
Métamorphose, Histoire poétique, Histoire fabuleuse, Muses, Apollon, Joconde, Amant, Zéphyrs, Asile
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texteReconnaissance textuelle : METAMORPHOSE DU PRINCE CAULO ET DE LA NIMPHE ORITHIE. Par M. de Verrieres, de l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen, lûë dans l'Académie le 18. Janvier 1731.
METAMORPHOSE
DU PRINCE CAULO
ET
DE LA NIMPHE ORITHIE.
Par M. de Verrieres , de l'Académie Royale
des Belles Lettres de Caen , lûë dans l'Académie
le 18. Janvier 1731.
A
ir
Vant que de m'engager dans la lecture
de cette Métamorphose , je crois
qu'il ne sera pas inutile de la faire préceder
de quelques Remarques qui pourront servir
à l'intelligence du sujet.
L'Enlevement de la Nimphe Orithie par
Borée , est un point de l'Histoire fabuleuse
si généralement connu , que je croirois blesser
les lumieres des personnes qui m'écoutent
, si j'entrois là- dessus dans le moindre
détail. Je dis même les lumieres des Dames.
Je dois croire que celles qui honorent aujour-
A
1
AVRIL. 1731. 981
jourd'hui l'Académie de leur présence ont
du goût pour les Lettres , et qu'au moins
ne sont elles pas ignorantes dans les Sciences
légeres. C'est ainsi que j'appelle les Sciences
où elles peuvent entrer par des lectures
simplement amusantes ; des lectures , disje
, détachées de ces Sciences abstraites , où
f'on trouve à chaque pas des ronces des
épines , et des terres immenses à défricher ,
avant que de jouir de son travail.
L'Histoire Poëtique, et les Métamorphoses
d'Ovide sont entre les mains de tout le
monde. A la verité elles n'ont pas tout dit.
Quand on veut pousser ses recherches dans
'Histoire fabuleuse , on trouve encore à glaner
abondamment dans d'autres Auteurs .
La Métamorphose dont je viens de lire le
titre est une preuve. Si l'Héroine est géné
ralement connue , il n'en est peut-être pas
de même du Héros . On le chercheroit envain
chez les Grecs et les Romains , source
ordinaire où l'on a recours pour les faits anciens.
Caulo étoit d'un Païs où les uns ni les
autres ne pénetrerent jamais . Le Nord leur
étoit inconnu , et pour leur honneur ils auroient
mieux fait de s'en taire , que d'en rapporter
le peur qu'ils en ont dit sur des Mémoires
qui se refutoient d'eux-mêmes par le
merveilleux incroyable dont ils étoient remplis.
A la verité je dirois peut-être trop , si
Passurois que les peuples de ces Païs glacés
Gvj
ont
982 MERCURE DE FRANCE
1 ont de tout tems cultivé les Sciences : mais au
moins avoient ils soin de ne pas laisser dans
P'oubli les faits mémorables de leur tems
Ils les gravoient sur des rochers pour les
garantir de l'injure des siecles , et les transmettre
à la posterité. Les monumens qui en
restent dans le Nord, en font foi . Ils les
écrivoient en Vers , préjugé favorable pour
eux. Apollon ne dédaignoit pas d'éclairer
ces Climats sauvages , et les Muses y trou
voient des Sectateurs de leur culte. Que
penserai- je de ces Peuples ? L'augure en ess
facile à tirer : Capables de Science , malheu
reux de n'être pas éclairés par des lumieres
supérieures , il ne leur manquoit qu'un Pro+
tecteur éloquent , judicieux , poli , zélé pour
les Lettres , tel enfin que le nôtre , pour
disputer peut-être de prééminence avec l'Académie
si vantée d'Athénes:
Je ne balance point à prendre ici l'affir
mative : Puis- je moins faire pour la mémoi
re de nos ayeux : je dis nos ayeux ; ils le sont
sans doute , et n'est- ce pas de ces Peuples
que nous tirons notre origine ? N'est-ce pas
d'eux qu'est descendu jusqu'à nous ce génie
si propre à cultiver les Muses , et dont la
Province , et cette Ville en particulier , ont
donné tant de grands exemples .
Les Chroniques d'Iflande remontent aux
tems les plus reculés . Elles ont leurs differens
âges , ainsi que l'Histoire des Grecs
avoir
AVRIL. 1731. 983
avoit les siens. Age fabuleux , âge historique.
Il étoit des Herodotes , des Diodores
en Norvege , en Laponie , et dans la fameu
se Thulé , comme il en étoit en Grece et en
Sicile : Ces Chroniques , quoiqu'en partie
défectueuses , subsistent encore , et c'est où
j'ai puisé.mon sujet.
XXXXXXXXXXXXXX**
METAMORPHOSE
DU PRINCE CAULO
ET
DE LA NIMPHE ORITHIE
A
U monde il n'est plages si reculées
Qui de l'Amour ne sentent les ardeurs :
Torrens glacés , neiges amoncelées ,
Ne sont remparts.contre ses traits vainqueurs
Sa chaleur n'est par le froid amartie ,
D'un seul regard il fondroit un glaçon.
Témoin le Dieu qui par rapt fait moisson
Des doux appas de la belle ORITHIE.
Ce fut BORE'E. En des Climats déserts
Il conduisit son amoureuse Proye ,
Climats affreux d'où ce Dieu nous envoye!
Et les frimats et les tristes hivers,
984 MERCURE
DE FRANCE .
Là , par raisons que l'Amour lui dictoit ,
Il essayoit d'aprivoiser la Belle ;
?
Mais sur ce point guéres ne profitoit
Assez galant , ni jeune assez n'étoit
Pour adoucir fillette un peu cruelle
Et sa Captive à ses soupirs rebelle ,
Du rapt commis , toujours se lamentoit.
Tant fit oüir clameurs sur ce rivage ,
A ce's clameurs tant l'Echo répondit
Que l'Heritier d'un Roi du voisinage
Par un beau jour enfin les entendit .
CAULO , c'étoit le nom du personnage :
En son maintien , en sa taille , en son air ,
Caulo n'avoit les graces de JocoNDE ;
Mais sur un corps d'embonpoint peu couvert,
Son col portoit tête massive et ronde ,
3
De coeur au reste et noble et genereux ,
Sensible aussi , trop bien le sçut apprendre ,
Sensible , dis-je , aux tourmens amoureux ,
Plus fortuné s'il eut pû s'en défendre.´
Aux tons plaintifs , aux douloureux accens
Dont bien au loin retentistoit la Rive >
Caulo s'avance , il voit notre Captive ,
Poussant au Ciel mille cris languissans.
L'Amour alors , de la froide Scythie
D'un vol leger traversant les hauts Monts ,
Alloit sous l'Ourse enflammer les Lampons ::
Il voit Caulo contemplant Orithie.
A
AVRIL.
1731. 985
A cet aspect il s'arrête soudain ,
Puis méditant un moment en soi-même, ..
Sur ce mortel essayons notre main ,
Pour Orithie embrasons- lui le sein ,
Qu'il rende homage à mon pouvoir suprême.
Il dit : un trait à l'instant fut lancé.
Du trait fatal déja Caulo blessé ,
Se sent ému de pitié pour la Belle :
Il s'intéresse au sujet de fes pleurs ,
Il s'attendrit , il s'afflige avec elle.
Tandis qu'il plaint son destin , ses malheurs ,
Un feu brûlant qu'il ne peut plus contraindre
Déja l'agite , et trouble son repos :
Son propre mal le force de se plaindre ,
Et pour lui-même il s'explique en ces mots :
Quand trop touché de votre peine extrême ,
Je prens sur moi de vos maux la moitié,
Vos yeux , helas ! me contraignent moi-même
A demander pour moi votre pitié.
Un feu cuisant dans mes veines s'allume ,
Ce feu pour vous me brûle , et me consume
Jusqu'en mon coeur sa flâme s'est fait jour ;
Je sens déja mille ardeurs inquiétes ::
J'ai plaint vós maux , daignez à votre tour
Etre sensible à ceux que vous me faites.
A ce début la Belle resta court
>
Tant se trouva du compliment surprise
Caulo n'étoit formé de telle guise
Là
186 MERCURE DE FRANCE
A faire tôt goûter propos d'Amour.
L'objet cruel de sa pudeur blessée
Par les efforts de son premier Amant ,
Revint d'abord s'offrir à sa pensée ,
Et sans lui dire un adieu seulement ,
Caulo la vit , d'une course empressée j
Bien loin de lui s'enfuir légerement.
Par de longs cris envain il la rapelle ,
Envain il veut par ses pleurs l'arrêter ,
Pour mieux courir , loin de les écouter
Elle reprend une force nouvelle .
Loin d'Orithie , une triste langueur
Saisit Caulo , lui dévore le coeur;'
Tous les matins il venoit sur la rive
Où de la Nimphe il avoit vû les yeux ,
Recommencer en ces sauvages lieux ,
De ses tourmens la légende plaintive.
Que ne peut point une ardeur jeune et vive ,
Quand un Amant sçait se plaindre à propos ›
Caulo croyoit ne parler qu'aux Echos ,
Mais Orithie à ses cris attentive ,
Tout entendoit. Tant et tant en ouit
Que de son coeur la trempe s'amollit.
Comme au hazard elle s'offre à sa vuë
Un vif éclat qui sur son tein brilloit
Effet certain du feu qui la brûloit ,
D'attraits nouveaux sembloit l'avoir pourvûë.
D'un air timide où son amour est peint ,
Caule
AVRIL. 173.1.
Canlo s'approche , à ses genoux il tombe ,
Pressé du mal dont son coeur est atteint :
Est-ce pitié des maux où je succombe ,
Dit cet Amant , qui guide ici vos pas ?
Où venez-vous , peu sensible à mes larmes ,
N'offrir encore à mes yeux tant de charmes
Que pour hâter l'instant de mon trépas.
A ces doux mots plus ne fuit Orithie ;
D'une union par l'Amour assortie ,
: Leurs coeurs déja pressentoient les plaisirs
Lorsque Borée à travers un nuage ,
Dont il venoit de chasser les Zéphirs ,
Jusques aux bords de l'Affriquain rivage ,
Vit nos Amans ,, entendit leurs soupirs.
Dans la fureur dont cet objet l'anime
Ce fier Rival si prompt à s'irriter ,
Fond sur un Chêne , en releve la cime ,
Et mesurant le coup qu'il va porter ,
Prend ORITHIE et CAULO pour
Le bruit fut tel qu'au loin il s'épandit.
Du haut des Cieux Appollon l'entendit
Sur nos Amans ce Dieu jette la vûë.
Ce triste objet sa course suspendit.
Pour eux enfin sa pitié fut émuë.
Des noeuds , dit- il , qui sçurent les unir
Ne laissons pas éteindre la mémoire ,
Par mes bienfaits conservons - en l'histoire ,
t la portons aux siécles à venir,
victime
Que
988 MERCURE DE FRANCE
Qué , chacun d'eux devenu plante utile ,
Ils soient l'honneur des Jardins potagers
Et que tous deux n'ayant qu'un même azile ,
Bravent toujours Borée et ses dangers.
Il dit alors leurs corps se retrécissent
De longs filets leurs jambes se hérissent.
Caulo déja n'est plus en ce moment
Qu'un tronc grossier surmonté pésammen
D'un lourd amas de feuilles entassées ;
Par cent replis entr'elles enlassées.
Aux mêmes loix soumise également ,
La tendre Nimphe encor peu
rassurée
Contre le coup qui vient de l'accabler
Erre sous terre , et và s'y receler ,
Ponr éviter les fureurs de Borée.
Là , de frayeur s'enfonçant jusqu'au cou ,
Tandis que l'autre à ses côtez s'éleve ,
Dans le moment que leur destin s'acheve ,
L'une devient CAROTTE , et l'autre CHOU.
DU PRINCE CAULO
ET
DE LA NIMPHE ORITHIE.
Par M. de Verrieres , de l'Académie Royale
des Belles Lettres de Caen , lûë dans l'Académie
le 18. Janvier 1731.
A
ir
Vant que de m'engager dans la lecture
de cette Métamorphose , je crois
qu'il ne sera pas inutile de la faire préceder
de quelques Remarques qui pourront servir
à l'intelligence du sujet.
L'Enlevement de la Nimphe Orithie par
Borée , est un point de l'Histoire fabuleuse
si généralement connu , que je croirois blesser
les lumieres des personnes qui m'écoutent
, si j'entrois là- dessus dans le moindre
détail. Je dis même les lumieres des Dames.
Je dois croire que celles qui honorent aujour-
A
1
AVRIL. 1731. 981
jourd'hui l'Académie de leur présence ont
du goût pour les Lettres , et qu'au moins
ne sont elles pas ignorantes dans les Sciences
légeres. C'est ainsi que j'appelle les Sciences
où elles peuvent entrer par des lectures
simplement amusantes ; des lectures , disje
, détachées de ces Sciences abstraites , où
f'on trouve à chaque pas des ronces des
épines , et des terres immenses à défricher ,
avant que de jouir de son travail.
L'Histoire Poëtique, et les Métamorphoses
d'Ovide sont entre les mains de tout le
monde. A la verité elles n'ont pas tout dit.
Quand on veut pousser ses recherches dans
'Histoire fabuleuse , on trouve encore à glaner
abondamment dans d'autres Auteurs .
La Métamorphose dont je viens de lire le
titre est une preuve. Si l'Héroine est géné
ralement connue , il n'en est peut-être pas
de même du Héros . On le chercheroit envain
chez les Grecs et les Romains , source
ordinaire où l'on a recours pour les faits anciens.
Caulo étoit d'un Païs où les uns ni les
autres ne pénetrerent jamais . Le Nord leur
étoit inconnu , et pour leur honneur ils auroient
mieux fait de s'en taire , que d'en rapporter
le peur qu'ils en ont dit sur des Mémoires
qui se refutoient d'eux-mêmes par le
merveilleux incroyable dont ils étoient remplis.
A la verité je dirois peut-être trop , si
Passurois que les peuples de ces Païs glacés
Gvj
ont
982 MERCURE DE FRANCE
1 ont de tout tems cultivé les Sciences : mais au
moins avoient ils soin de ne pas laisser dans
P'oubli les faits mémorables de leur tems
Ils les gravoient sur des rochers pour les
garantir de l'injure des siecles , et les transmettre
à la posterité. Les monumens qui en
restent dans le Nord, en font foi . Ils les
écrivoient en Vers , préjugé favorable pour
eux. Apollon ne dédaignoit pas d'éclairer
ces Climats sauvages , et les Muses y trou
voient des Sectateurs de leur culte. Que
penserai- je de ces Peuples ? L'augure en ess
facile à tirer : Capables de Science , malheu
reux de n'être pas éclairés par des lumieres
supérieures , il ne leur manquoit qu'un Pro+
tecteur éloquent , judicieux , poli , zélé pour
les Lettres , tel enfin que le nôtre , pour
disputer peut-être de prééminence avec l'Académie
si vantée d'Athénes:
Je ne balance point à prendre ici l'affir
mative : Puis- je moins faire pour la mémoi
re de nos ayeux : je dis nos ayeux ; ils le sont
sans doute , et n'est- ce pas de ces Peuples
que nous tirons notre origine ? N'est-ce pas
d'eux qu'est descendu jusqu'à nous ce génie
si propre à cultiver les Muses , et dont la
Province , et cette Ville en particulier , ont
donné tant de grands exemples .
Les Chroniques d'Iflande remontent aux
tems les plus reculés . Elles ont leurs differens
âges , ainsi que l'Histoire des Grecs
avoir
AVRIL. 1731. 983
avoit les siens. Age fabuleux , âge historique.
Il étoit des Herodotes , des Diodores
en Norvege , en Laponie , et dans la fameu
se Thulé , comme il en étoit en Grece et en
Sicile : Ces Chroniques , quoiqu'en partie
défectueuses , subsistent encore , et c'est où
j'ai puisé.mon sujet.
XXXXXXXXXXXXXX**
METAMORPHOSE
DU PRINCE CAULO
ET
DE LA NIMPHE ORITHIE
A
U monde il n'est plages si reculées
Qui de l'Amour ne sentent les ardeurs :
Torrens glacés , neiges amoncelées ,
Ne sont remparts.contre ses traits vainqueurs
Sa chaleur n'est par le froid amartie ,
D'un seul regard il fondroit un glaçon.
Témoin le Dieu qui par rapt fait moisson
Des doux appas de la belle ORITHIE.
Ce fut BORE'E. En des Climats déserts
Il conduisit son amoureuse Proye ,
Climats affreux d'où ce Dieu nous envoye!
Et les frimats et les tristes hivers,
984 MERCURE
DE FRANCE .
Là , par raisons que l'Amour lui dictoit ,
Il essayoit d'aprivoiser la Belle ;
?
Mais sur ce point guéres ne profitoit
Assez galant , ni jeune assez n'étoit
Pour adoucir fillette un peu cruelle
Et sa Captive à ses soupirs rebelle ,
Du rapt commis , toujours se lamentoit.
Tant fit oüir clameurs sur ce rivage ,
A ce's clameurs tant l'Echo répondit
Que l'Heritier d'un Roi du voisinage
Par un beau jour enfin les entendit .
CAULO , c'étoit le nom du personnage :
En son maintien , en sa taille , en son air ,
Caulo n'avoit les graces de JocoNDE ;
Mais sur un corps d'embonpoint peu couvert,
Son col portoit tête massive et ronde ,
3
De coeur au reste et noble et genereux ,
Sensible aussi , trop bien le sçut apprendre ,
Sensible , dis-je , aux tourmens amoureux ,
Plus fortuné s'il eut pû s'en défendre.´
Aux tons plaintifs , aux douloureux accens
Dont bien au loin retentistoit la Rive >
Caulo s'avance , il voit notre Captive ,
Poussant au Ciel mille cris languissans.
L'Amour alors , de la froide Scythie
D'un vol leger traversant les hauts Monts ,
Alloit sous l'Ourse enflammer les Lampons ::
Il voit Caulo contemplant Orithie.
A
AVRIL.
1731. 985
A cet aspect il s'arrête soudain ,
Puis méditant un moment en soi-même, ..
Sur ce mortel essayons notre main ,
Pour Orithie embrasons- lui le sein ,
Qu'il rende homage à mon pouvoir suprême.
Il dit : un trait à l'instant fut lancé.
Du trait fatal déja Caulo blessé ,
Se sent ému de pitié pour la Belle :
Il s'intéresse au sujet de fes pleurs ,
Il s'attendrit , il s'afflige avec elle.
Tandis qu'il plaint son destin , ses malheurs ,
Un feu brûlant qu'il ne peut plus contraindre
Déja l'agite , et trouble son repos :
Son propre mal le force de se plaindre ,
Et pour lui-même il s'explique en ces mots :
Quand trop touché de votre peine extrême ,
Je prens sur moi de vos maux la moitié,
Vos yeux , helas ! me contraignent moi-même
A demander pour moi votre pitié.
Un feu cuisant dans mes veines s'allume ,
Ce feu pour vous me brûle , et me consume
Jusqu'en mon coeur sa flâme s'est fait jour ;
Je sens déja mille ardeurs inquiétes ::
J'ai plaint vós maux , daignez à votre tour
Etre sensible à ceux que vous me faites.
A ce début la Belle resta court
>
Tant se trouva du compliment surprise
Caulo n'étoit formé de telle guise
Là
186 MERCURE DE FRANCE
A faire tôt goûter propos d'Amour.
L'objet cruel de sa pudeur blessée
Par les efforts de son premier Amant ,
Revint d'abord s'offrir à sa pensée ,
Et sans lui dire un adieu seulement ,
Caulo la vit , d'une course empressée j
Bien loin de lui s'enfuir légerement.
Par de longs cris envain il la rapelle ,
Envain il veut par ses pleurs l'arrêter ,
Pour mieux courir , loin de les écouter
Elle reprend une force nouvelle .
Loin d'Orithie , une triste langueur
Saisit Caulo , lui dévore le coeur;'
Tous les matins il venoit sur la rive
Où de la Nimphe il avoit vû les yeux ,
Recommencer en ces sauvages lieux ,
De ses tourmens la légende plaintive.
Que ne peut point une ardeur jeune et vive ,
Quand un Amant sçait se plaindre à propos ›
Caulo croyoit ne parler qu'aux Echos ,
Mais Orithie à ses cris attentive ,
Tout entendoit. Tant et tant en ouit
Que de son coeur la trempe s'amollit.
Comme au hazard elle s'offre à sa vuë
Un vif éclat qui sur son tein brilloit
Effet certain du feu qui la brûloit ,
D'attraits nouveaux sembloit l'avoir pourvûë.
D'un air timide où son amour est peint ,
Caule
AVRIL. 173.1.
Canlo s'approche , à ses genoux il tombe ,
Pressé du mal dont son coeur est atteint :
Est-ce pitié des maux où je succombe ,
Dit cet Amant , qui guide ici vos pas ?
Où venez-vous , peu sensible à mes larmes ,
N'offrir encore à mes yeux tant de charmes
Que pour hâter l'instant de mon trépas.
A ces doux mots plus ne fuit Orithie ;
D'une union par l'Amour assortie ,
: Leurs coeurs déja pressentoient les plaisirs
Lorsque Borée à travers un nuage ,
Dont il venoit de chasser les Zéphirs ,
Jusques aux bords de l'Affriquain rivage ,
Vit nos Amans ,, entendit leurs soupirs.
Dans la fureur dont cet objet l'anime
Ce fier Rival si prompt à s'irriter ,
Fond sur un Chêne , en releve la cime ,
Et mesurant le coup qu'il va porter ,
Prend ORITHIE et CAULO pour
Le bruit fut tel qu'au loin il s'épandit.
Du haut des Cieux Appollon l'entendit
Sur nos Amans ce Dieu jette la vûë.
Ce triste objet sa course suspendit.
Pour eux enfin sa pitié fut émuë.
Des noeuds , dit- il , qui sçurent les unir
Ne laissons pas éteindre la mémoire ,
Par mes bienfaits conservons - en l'histoire ,
t la portons aux siécles à venir,
victime
Que
988 MERCURE DE FRANCE
Qué , chacun d'eux devenu plante utile ,
Ils soient l'honneur des Jardins potagers
Et que tous deux n'ayant qu'un même azile ,
Bravent toujours Borée et ses dangers.
Il dit alors leurs corps se retrécissent
De longs filets leurs jambes se hérissent.
Caulo déja n'est plus en ce moment
Qu'un tronc grossier surmonté pésammen
D'un lourd amas de feuilles entassées ;
Par cent replis entr'elles enlassées.
Aux mêmes loix soumise également ,
La tendre Nimphe encor peu
rassurée
Contre le coup qui vient de l'accabler
Erre sous terre , et và s'y receler ,
Ponr éviter les fureurs de Borée.
Là , de frayeur s'enfonçant jusqu'au cou ,
Tandis que l'autre à ses côtez s'éleve ,
Dans le moment que leur destin s'acheve ,
L'une devient CAROTTE , et l'autre CHOU.
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Résumé : METAMORPHOSE DU PRINCE CAULO ET DE LA NIMPHE ORITHIE. Par M. de Verrieres, de l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen, lûë dans l'Académie le 18. Janvier 1731.
Le texte 'Métamorphose du Prince Caulo et de la Nymphe Orithie' de M. de Verrières, présenté à l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen le 18 janvier 1731, aborde l'enlèvement de la nymphe Orithie par Borée, un thème classique de la mythologie. L'auteur présume que son public, y compris les dames présentes, est familier avec les sciences légères et les métamorphoses d'Ovide. Il introduit ensuite Caulo, un héros méconnu des Grecs et des Romains, originaire du Nord, une région peu connue des anciens. L'histoire narre comment Borée enlève Orithie et tente de l'apprivoiser dans des climats déserts. Les plaintes d'Orithie attirent l'attention de Caulo, un prince au cœur noble et généreux. Ému par la souffrance d'Orithie, Caulo s'éprend d'elle. Après plusieurs tentatives infructueuses pour la séduire, Orithie finit par céder à ses avances. Leur union est interrompue par Borée, jaloux, qui les transforme en plantes. Apollon, touché par leur sort, décide de les métamorphoser en carotte et en chou, leur permettant ainsi de braver les dangers de Borée et de devenir utiles dans les jardins potagers.
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35
p. 1024-1027
LE FAUNE, ÉGLOGUE. À M. le Come de Saint Florentin, pendant son séjour à Châteauneuf.
Début :
Muses, qui vous plaisez dans les gras pâturages, [...]
Mots clefs :
Faune, Muses, Solitude, Bergers, Caprice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE FAUNE, ÉGLOGUE. À M. le Come de Saint Florentin, pendant son séjour à Châteauneuf.
LE FA UNE
{
EGLOGUE.
A M. le Come de Saint Florentin , pendant
son séjour à Châteauneuf.
M
Uses , qui vous plaisez dans les gras pêturages
,
Et vous entretenir de Bois et de Rivages ,
Donnez à vos chansons un peu de dignité ;
On n'aime pas toujours tant de simplicité ,
Le lierre rampant et la verte fougere ,
>
Aux grands , ainsi qu'à nous , n'ont pas le droit
de plaire ,
Offrez d'autres objets , et sçachez - en choisir
Qui puissent d'un Ministre amuser le loisir.
2
pro-
Dans le creux d'un Vallon , solitude
fonde ,
Lieux ignorant encor le tumulte du monde ,
Le jeune Celadon , et Daphnis , son ami ,
Virent sous un Tilleüil un vieux Faune endormi.
'Aussi - tôt se coulant à travers le Bocage ,
Tous deux de ce sommeil saisissent l'avantage ,
Et d'une chaîne faite , et de sauge et de Thym ;
Pour arrêter le Dieu , l'embarrassent soudain.
Car
MA Y. 1731 .
1025
Car il avoit souvent par force , ou par adresse ,
En fuyant de leurs mains éludé sa promesse ,
Et differé toujours de leur chanter les Vers
Qu'il avoit composés sur le vaste Univers.
Cette fois les Bergers craignent peu son caprice
,
Il s'éveille , et comme eux riant de leur malice
:
C'est assez , leur dit- il , enfans , rompez ces
noeuds ,
Il est juste à la fin de contenter vos voeux.
Les Bergers à ces mots s'asseyent pour entendre
,
Et le Faune commencé ainsi sans se deffendre.
Avant que le Soleil eut l'Empire des airs ,
Et qu'on peut distinguer et la Terre et les
Mers ,
Tout ce qu'offre à vos yeux avec tant d'artifice
,
De l'Univers entier le superbe édifice ,
Dans un commun principe ensemble confondu ,
`N'étoit qu'un noir brouillard vainement étendu
Une eau presqu'insensible , et sombre d'ellemême
,
Que d'un stérile noeud lioit un froid extrême.
Mais si- tôt que l'esprit qui voloit sur les
flots ,
Eût dans son vaste sein embrassé ce cahos ,
Sa féconde chaleur digerant la matiere , .
De l'Extrait qu'elle en fit composa la lumiere.
B vj
De
1026 MERCURE DE FRANCE
De ce jour toutefois , l'immortelle clarté ,
Ne fut point en tous lieux d'égale pureté :
La haute région plus vive et plus legere ,
En un feu tout divin vît transformer sa Sphere ,
La plus basse languit , et sa fausse vigueur ,
Ne pût précipiter un reste de vapeur .
Entre ces deux excès , la suprême sagesse ,
Bien tôt d'un ciel moyen fit briller la richesse
le Firmament conduisit les secours ,
Que sur nous l'Empirée épanche tous les jours.
Cependant par le feu , vers le centre chassées ,
Les tenebres s'étoient tout- à- fait condensées ,
Et d'un Globe solide inondé par dehors ,
Avoient pris sous les eaux la figure et le corps :
Mais lorsque resserrée en de justes limites ,
La Mer à son courroux eut des bornes pres
crites ,
Et par
La Terre s'éleva brillante des couleurs ,
Dont l'ornoient en naissant la verdure et les
fleurs.
Nul animal d'abord ne peupla les Montagnes ,.
Et les seules Forêts couvrirent les Campagnes :
Du jour trop répandu la molle impression ,
Bornoit au vegetable une foible action ,
Et n'eût produit jamais que d'inutiles Plantes ,
Si pour en ranimer les forces languissantes ,
De ses feux dispersés l'esprit avec succès ,
Dans le corps du Soleil n'eût réüni les traits,
AussiMAY.
1731. 1027
Aussi-tôt la Nature achevant ses Ouvrages ,
Les Oyseaux de leurs Chants remplirent les Boccages
,
Le Taureau rumina sur le bord des Ruisseaux ,
La Chevre et la Brebis chercherent les Côteaux ,
Le Loup du Bois voisin sortit pour les surprendre,,
Et le Chien accourut ardent à les deffendre.
Enfin pour couronner ces Miracles divers ,
Vous vintes , vous Mortels , habiter l'Univers .
Chef-d'oeuvre merveilleux de la Toute- Puissance,
Qui voulut sur vos fronts tracer sa ressemblance,
Tout reconnut vos Loix , tout servit vos desirs ,
Et tout brigua l'honneur d'entrer dans vos plaisirs.
Heureux si de vos champs , par un triste caprice,
Jamais l'ambition n'eût banni la justice ;
L'innocence et la paix , ineffables présens :
Que l'Olimpe ne rend qu'à ses plus chers enfans,
Devoient combler vos jours d'une joye éternelle ?
Ainsi l'avoit reglé sa bonté paternelle .
Rappellez des biensfaits à regret enlevez
>
Et les connoissez mieux , vous qui les recevez ; .
Mais déja ces Vallons me paroissent plus sombres
,
Bergers , et le Soleil laisse grandir les ombres ,.
Avant que tout-à- fait il passe sous ces eaux
Allez et retournez tous deux à vos Troupeaux.
M. de Richebourg-
{
EGLOGUE.
A M. le Come de Saint Florentin , pendant
son séjour à Châteauneuf.
M
Uses , qui vous plaisez dans les gras pêturages
,
Et vous entretenir de Bois et de Rivages ,
Donnez à vos chansons un peu de dignité ;
On n'aime pas toujours tant de simplicité ,
Le lierre rampant et la verte fougere ,
>
Aux grands , ainsi qu'à nous , n'ont pas le droit
de plaire ,
Offrez d'autres objets , et sçachez - en choisir
Qui puissent d'un Ministre amuser le loisir.
2
pro-
Dans le creux d'un Vallon , solitude
fonde ,
Lieux ignorant encor le tumulte du monde ,
Le jeune Celadon , et Daphnis , son ami ,
Virent sous un Tilleüil un vieux Faune endormi.
'Aussi - tôt se coulant à travers le Bocage ,
Tous deux de ce sommeil saisissent l'avantage ,
Et d'une chaîne faite , et de sauge et de Thym ;
Pour arrêter le Dieu , l'embarrassent soudain.
Car
MA Y. 1731 .
1025
Car il avoit souvent par force , ou par adresse ,
En fuyant de leurs mains éludé sa promesse ,
Et differé toujours de leur chanter les Vers
Qu'il avoit composés sur le vaste Univers.
Cette fois les Bergers craignent peu son caprice
,
Il s'éveille , et comme eux riant de leur malice
:
C'est assez , leur dit- il , enfans , rompez ces
noeuds ,
Il est juste à la fin de contenter vos voeux.
Les Bergers à ces mots s'asseyent pour entendre
,
Et le Faune commencé ainsi sans se deffendre.
Avant que le Soleil eut l'Empire des airs ,
Et qu'on peut distinguer et la Terre et les
Mers ,
Tout ce qu'offre à vos yeux avec tant d'artifice
,
De l'Univers entier le superbe édifice ,
Dans un commun principe ensemble confondu ,
`N'étoit qu'un noir brouillard vainement étendu
Une eau presqu'insensible , et sombre d'ellemême
,
Que d'un stérile noeud lioit un froid extrême.
Mais si- tôt que l'esprit qui voloit sur les
flots ,
Eût dans son vaste sein embrassé ce cahos ,
Sa féconde chaleur digerant la matiere , .
De l'Extrait qu'elle en fit composa la lumiere.
B vj
De
1026 MERCURE DE FRANCE
De ce jour toutefois , l'immortelle clarté ,
Ne fut point en tous lieux d'égale pureté :
La haute région plus vive et plus legere ,
En un feu tout divin vît transformer sa Sphere ,
La plus basse languit , et sa fausse vigueur ,
Ne pût précipiter un reste de vapeur .
Entre ces deux excès , la suprême sagesse ,
Bien tôt d'un ciel moyen fit briller la richesse
le Firmament conduisit les secours ,
Que sur nous l'Empirée épanche tous les jours.
Cependant par le feu , vers le centre chassées ,
Les tenebres s'étoient tout- à- fait condensées ,
Et d'un Globe solide inondé par dehors ,
Avoient pris sous les eaux la figure et le corps :
Mais lorsque resserrée en de justes limites ,
La Mer à son courroux eut des bornes pres
crites ,
Et par
La Terre s'éleva brillante des couleurs ,
Dont l'ornoient en naissant la verdure et les
fleurs.
Nul animal d'abord ne peupla les Montagnes ,.
Et les seules Forêts couvrirent les Campagnes :
Du jour trop répandu la molle impression ,
Bornoit au vegetable une foible action ,
Et n'eût produit jamais que d'inutiles Plantes ,
Si pour en ranimer les forces languissantes ,
De ses feux dispersés l'esprit avec succès ,
Dans le corps du Soleil n'eût réüni les traits,
AussiMAY.
1731. 1027
Aussi-tôt la Nature achevant ses Ouvrages ,
Les Oyseaux de leurs Chants remplirent les Boccages
,
Le Taureau rumina sur le bord des Ruisseaux ,
La Chevre et la Brebis chercherent les Côteaux ,
Le Loup du Bois voisin sortit pour les surprendre,,
Et le Chien accourut ardent à les deffendre.
Enfin pour couronner ces Miracles divers ,
Vous vintes , vous Mortels , habiter l'Univers .
Chef-d'oeuvre merveilleux de la Toute- Puissance,
Qui voulut sur vos fronts tracer sa ressemblance,
Tout reconnut vos Loix , tout servit vos desirs ,
Et tout brigua l'honneur d'entrer dans vos plaisirs.
Heureux si de vos champs , par un triste caprice,
Jamais l'ambition n'eût banni la justice ;
L'innocence et la paix , ineffables présens :
Que l'Olimpe ne rend qu'à ses plus chers enfans,
Devoient combler vos jours d'une joye éternelle ?
Ainsi l'avoit reglé sa bonté paternelle .
Rappellez des biensfaits à regret enlevez
>
Et les connoissez mieux , vous qui les recevez ; .
Mais déja ces Vallons me paroissent plus sombres
,
Bergers , et le Soleil laisse grandir les ombres ,.
Avant que tout-à- fait il passe sous ces eaux
Allez et retournez tous deux à vos Troupeaux.
M. de Richebourg-
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Résumé : LE FAUNE, ÉGLOGUE. À M. le Come de Saint Florentin, pendant son séjour à Châteauneuf.
Le texte est une églogue dédiée à M. le Comte de Saint Florentin, écrite pendant son séjour à Châteauneuf. Les bergers Céladon et Daphnis capturent un vieux Faune endormi pour l'obliger à chanter des vers qu'il avait promis. Amusé par leur ruse, le Faune accepte et commence son récit sur la création de l'univers. Avant la formation du monde, tout n'était qu'un brouillard sombre et une eau stérile. L'esprit divin, en embrassant ce chaos, créa la lumière. La haute région devint un feu divin, tandis que la basse région resta obscure. La sagesse divine créa ensuite un ciel moyen, le firmament, qui reçut les bienfaits de l'Empyrée. Les ténèbres se condensèrent en un globe solide, formant la Terre et les mers. La nature se développa ensuite, avec les plantes, les animaux et finalement les humains, chefs-d'œuvre de la Toute-Puissance. Le Faune termine en rappelant aux bergers les bienfaits de la justice et de la paix, avant de les renvoyer à leurs troupeaux.
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36
p. 1317-1321
Œuvres mêlées du C. Hamilton, [titre d'après la table]
Début :
OEUVRES MESLÉES en Prose et en Vers. Par M. le Comte Antoine Hamilton. [...]
Mots clefs :
Épîtres, Chansons, Muses, Amour, Tendresse
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texteReconnaissance textuelle : Œuvres mêlées du C. Hamilton, [titre d'après la table]
OEUVRES MESLE'ES en Prose et en
Vers.Par M.le Comte Antoine Hamilton.
A Paris , rue S. Jacques , chez J. Fr. Fosse,
1731. in 12. de to5 . pages pour les Poë
sies , 156. pour les Lettres et Epitres.
94. pour les Chansons , et 131. pour
'Histoire de Zeneyde ;. &c..
1318 MERCURE DE FRANCE
Nous prendrons presque au hazard quel
ques morceaux dans ce Livre pour met
tre le Lecteur en état de juger , ou avoir
au moins quelque idée de ce Recueil.
LETTRE de Madame Thibergeau ;
à M. Hamilton.
Les Muses et l'Amour veulent de la jeunesse.
Je rimois autrefois , et rimois assez bien ,
Aujourd'hui le Parnasse , et la douce tendresse ,
Sont étrangers pour moi ; je n'y connois plus rien .
Ces quatre Vers , en Prose rimée , ne
font que trop foi de cette verité ; cepen
dant une Muse que j'avois flattée de voir
arriver ici le celebre Ant. Hamilton , s'é
toit engagée à ne me point abandonner
tant qu'il seroit avec moi , et à me four
nir encore assez de feu et de nobles pen
sées , pour chanter le preux Chevalier qui
doit metrre à chef l'entreprise de l'Ifla
d'Albion ; mais comme cet Antoine , Fa
vori du Parnasse , n'a point paru , la Muse
sur laquelle je comptois , m'a impitoya
blement refusé son secours et a pris son
vol vers la Lorraine , où , dit- elle , on
trouve en la personne de plusieurs belles
Chanoinesses , de veritables Muses . Le
brave Richard plaint ma peine, je l'aime,
je le goûte , je l'estime ; mais il ne m'ins
›
I. Vol. pire
JUI N. 1731 1319
pire rien de la part d'Apollon . Ainsi ré
duite à la Prose et à la simple amitié ,
mes Ecrits ne peuvent plus être que fa
des ou sérieux , et je prise trop notre il
lustre Hamilton , et les charmantes Da
mes de Poussay , pour ajoûter ici rien
de plus.
Réponse de M. Hamilton , à Madame
Thibergeau.
Il né falloit pas , Madame , nous en
voyer leş Vers du monde les mieux tour
nez , pour nous prouver que vous n'en
sçavez plus faire . O ! que ces quatre Vers
renfermeroient de belles leçons pour moi,
si par malheur je n'étois incorrigible.
S'il faut par un Arrêt fatal ,
Que les charmes de la jeunesse ,
Et les doux soins de la tendresse ,
Marchent chez nous d'un pas égal ,
Pour nous guinder sur le cheval ,
Qui voltige autour du Permesse ;
Malheur à qui dans la vieillesse ,
Des Fâcheux , triste Original ,
A l'insolence , ou à la foiblesse ,
De piquer le Docte Animal !
Et qui va sans que
rien l'en presse ,
Toujours rimant quelque Maîtresse,
I. Vol. Pour
1320 MERCURE DE FRANCE
Pour divertir quelque Rival.
Dans le cas suis , je le confesse
Plus important que B´....
Je chante quelque Iris sans cesse
Mais aussi je la chante mal.
>
Et afin que vous n'en puissiez douter ,
je vous envoye quatre Couplets assez
nouveaux que j'ai faits pour mon Iris
d'à - present , qui par son nom de guerre ,
ou de confirmation , s'appelle Pincette.
Au reste , Madame , les aimables Mu
ses de Poussay ne sçauroient consentir au
dégoût qui semble venu pour leur Or
dre ; j'entens en qualité de Muses ; et voi
cy ce qu'elles me dictent pour vous sur
ce sujet ;
>
O vous , ornement d'une Race ,
Où le bon goût regna toûjours ,
Pourquoi renoncer au Parnasse ?
Dans le plus charmant des séjours ,
Quel autre soin vous embarasse ?
Qu'avez-vous besoin du secours
De la tendresse ou des beaux jours ?
On en trouve par tout la trace ,
Dans vos Vers , dans les heureux tours ;
Sur eux la Mere des Amours ,
Semble avoir répandu sa grace ,
I. Vol. Et
H
1321
JUIN. 1731.
1
J
1
Et la rime , sans vains détours ,
Sous votre main court et se place.
A M. l'Abbé Abeille.
Il y a quelques jours , Monsieur , qu'on
me fit voir une Epigramme habillée en
Madrigal , où l'on prétend critiquer cer
tains endroits de votre Ode ; il y avoit un
de mes amis avec moi , qui trouvant
votre Ode fort belle , & la Critique fort
mauvaise , y fit la Réponse que je vous
envoye .
Jadis le Grec Archilochus ,
Mit par un Vaudeville Iambe
Pour certains griefs prétendus , )
Néobulé , la belle , et son Pere Lycambe
Au Catalogue des pendus ;
Mais aujourd'hui pour se deffendre ,
Contre les attentats divers ,
D'Epigrammes sans sel , de Madrigaux pervers ,
On se contente de les rendre ;
Car c'est au Censeur à se pendre ,
Lorsque son esprit à l'envers ,
Veut enseigner au lieu d'apprendre ,
Fait des fautes pour les reprendre ,
Et qu'il médit en méchans Vers.
Vers.Par M.le Comte Antoine Hamilton.
A Paris , rue S. Jacques , chez J. Fr. Fosse,
1731. in 12. de to5 . pages pour les Poë
sies , 156. pour les Lettres et Epitres.
94. pour les Chansons , et 131. pour
'Histoire de Zeneyde ;. &c..
1318 MERCURE DE FRANCE
Nous prendrons presque au hazard quel
ques morceaux dans ce Livre pour met
tre le Lecteur en état de juger , ou avoir
au moins quelque idée de ce Recueil.
LETTRE de Madame Thibergeau ;
à M. Hamilton.
Les Muses et l'Amour veulent de la jeunesse.
Je rimois autrefois , et rimois assez bien ,
Aujourd'hui le Parnasse , et la douce tendresse ,
Sont étrangers pour moi ; je n'y connois plus rien .
Ces quatre Vers , en Prose rimée , ne
font que trop foi de cette verité ; cepen
dant une Muse que j'avois flattée de voir
arriver ici le celebre Ant. Hamilton , s'é
toit engagée à ne me point abandonner
tant qu'il seroit avec moi , et à me four
nir encore assez de feu et de nobles pen
sées , pour chanter le preux Chevalier qui
doit metrre à chef l'entreprise de l'Ifla
d'Albion ; mais comme cet Antoine , Fa
vori du Parnasse , n'a point paru , la Muse
sur laquelle je comptois , m'a impitoya
blement refusé son secours et a pris son
vol vers la Lorraine , où , dit- elle , on
trouve en la personne de plusieurs belles
Chanoinesses , de veritables Muses . Le
brave Richard plaint ma peine, je l'aime,
je le goûte , je l'estime ; mais il ne m'ins
›
I. Vol. pire
JUI N. 1731 1319
pire rien de la part d'Apollon . Ainsi ré
duite à la Prose et à la simple amitié ,
mes Ecrits ne peuvent plus être que fa
des ou sérieux , et je prise trop notre il
lustre Hamilton , et les charmantes Da
mes de Poussay , pour ajoûter ici rien
de plus.
Réponse de M. Hamilton , à Madame
Thibergeau.
Il né falloit pas , Madame , nous en
voyer leş Vers du monde les mieux tour
nez , pour nous prouver que vous n'en
sçavez plus faire . O ! que ces quatre Vers
renfermeroient de belles leçons pour moi,
si par malheur je n'étois incorrigible.
S'il faut par un Arrêt fatal ,
Que les charmes de la jeunesse ,
Et les doux soins de la tendresse ,
Marchent chez nous d'un pas égal ,
Pour nous guinder sur le cheval ,
Qui voltige autour du Permesse ;
Malheur à qui dans la vieillesse ,
Des Fâcheux , triste Original ,
A l'insolence , ou à la foiblesse ,
De piquer le Docte Animal !
Et qui va sans que
rien l'en presse ,
Toujours rimant quelque Maîtresse,
I. Vol. Pour
1320 MERCURE DE FRANCE
Pour divertir quelque Rival.
Dans le cas suis , je le confesse
Plus important que B´....
Je chante quelque Iris sans cesse
Mais aussi je la chante mal.
>
Et afin que vous n'en puissiez douter ,
je vous envoye quatre Couplets assez
nouveaux que j'ai faits pour mon Iris
d'à - present , qui par son nom de guerre ,
ou de confirmation , s'appelle Pincette.
Au reste , Madame , les aimables Mu
ses de Poussay ne sçauroient consentir au
dégoût qui semble venu pour leur Or
dre ; j'entens en qualité de Muses ; et voi
cy ce qu'elles me dictent pour vous sur
ce sujet ;
>
O vous , ornement d'une Race ,
Où le bon goût regna toûjours ,
Pourquoi renoncer au Parnasse ?
Dans le plus charmant des séjours ,
Quel autre soin vous embarasse ?
Qu'avez-vous besoin du secours
De la tendresse ou des beaux jours ?
On en trouve par tout la trace ,
Dans vos Vers , dans les heureux tours ;
Sur eux la Mere des Amours ,
Semble avoir répandu sa grace ,
I. Vol. Et
H
1321
JUIN. 1731.
1
J
1
Et la rime , sans vains détours ,
Sous votre main court et se place.
A M. l'Abbé Abeille.
Il y a quelques jours , Monsieur , qu'on
me fit voir une Epigramme habillée en
Madrigal , où l'on prétend critiquer cer
tains endroits de votre Ode ; il y avoit un
de mes amis avec moi , qui trouvant
votre Ode fort belle , & la Critique fort
mauvaise , y fit la Réponse que je vous
envoye .
Jadis le Grec Archilochus ,
Mit par un Vaudeville Iambe
Pour certains griefs prétendus , )
Néobulé , la belle , et son Pere Lycambe
Au Catalogue des pendus ;
Mais aujourd'hui pour se deffendre ,
Contre les attentats divers ,
D'Epigrammes sans sel , de Madrigaux pervers ,
On se contente de les rendre ;
Car c'est au Censeur à se pendre ,
Lorsque son esprit à l'envers ,
Veut enseigner au lieu d'apprendre ,
Fait des fautes pour les reprendre ,
Et qu'il médit en méchans Vers.
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Résumé : Œuvres mêlées du C. Hamilton, [titre d'après la table]
Le texte présente un recueil d'œuvres du Comte Antoine Hamilton, publié à Paris en 1731. Cet ouvrage est composé de 105 pages de poèmes, 156 pages de lettres et épîtres, 94 pages de chansons, et 131 pages consacrées à l'histoire de Zeneyde. Le Mercure de France en extrait quelques morceaux pour offrir un aperçu du recueil. Une lettre de Madame Thibergeau à Hamilton exprime son regret de ne plus pouvoir écrire des vers, bien qu'elle ait espéré être inspirée par la présence de Hamilton. Elle indique que ses écrits se limitent désormais à la prose et à l'amitié. Hamilton répond en soulignant que la jeunesse et la tendresse sont essentielles pour la poésie. Il envoie des couplets récents dédiés à une certaine 'Pincette' et mentionne les Muses de Poussay, qui encouragent Madame Thibergeau à ne pas abandonner la poésie. Le texte inclut également une épigramme en réponse à une critique de l'ode de l'Abbé Abeille. Cette épigramme défend la beauté de l'œuvre contre des critiques jugées mauvaises.
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37
p. 1862-1864
ADIEUX AUX MUSES.
Début :
Double Mont où ma Lyre enfanta quelques sons, [...]
Mots clefs :
Lyre, Muses, Filles savantes, Rimeurs, Jeunesse, Fontaine, Asile champêtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ADIEUX AUX MUSES.
ADIEUX AUX MUSES .
Ouble Mont où ma Lyre enfanta quelque
Double sons >
Je te quitte , Phébus , et vous filles sçavantes ,
Je ne puis suivre vos leçons ;
Il me faut un métier qui me fasse des rentes,
Un Cadet de famille , être au rang des Rimeurs
C'est d'un esprit leger la preuve non legere ;
SurA
O
UST. 1863 1731.
Sur tout quant au pauvret il ne manque qu'un
frere ,
Pour en avoir autant que vous êtes de soeurs,
Je vous ai consacrẻ ma premiere jeunesse ;
Le beau fruit que j'en tire est d'avoir fait des Versy
Que m'importe qu'ils soient au bout de l'Univers
Cette frivole gloire , est une sotte yvresse.
Rimer est un métier qui ne convient qu'à ceux
Dont l'esprit est né pour la rime.
Autrement on nous mésestime .
l'on parle de nous comme d'un cerveau creux)
On dit qu'il est une Fontaine ,
Dont l'eau miraculeuse a le vrai
gout
du vin i
S'il en étoit ainsi de l'eau de l'Hypocrêne ;
Si la gloire appaisoit la faim ;
M
Si sur ce Mont que j'abandonne ,
Une herbe salutaire et des arbres fruitiers ;
Croissoient comme les fleurs à l'ombre des Lat
riers ;
Enfin s'il y regnoit et Cerés et Pomone
Je
Bij
1864 MERCURE DE FRANCE
Je n'aurois , doctes Soeurs , aucune passion ,
Que celle de vous plaire , afin d'y toujours être.
Je cours à la fortune , et mon ambition ,
N'a pourtant d'autre objet qu'un azile champêtre.
D'Hautefeuille.
Ouble Mont où ma Lyre enfanta quelque
Double sons >
Je te quitte , Phébus , et vous filles sçavantes ,
Je ne puis suivre vos leçons ;
Il me faut un métier qui me fasse des rentes,
Un Cadet de famille , être au rang des Rimeurs
C'est d'un esprit leger la preuve non legere ;
SurA
O
UST. 1863 1731.
Sur tout quant au pauvret il ne manque qu'un
frere ,
Pour en avoir autant que vous êtes de soeurs,
Je vous ai consacrẻ ma premiere jeunesse ;
Le beau fruit que j'en tire est d'avoir fait des Versy
Que m'importe qu'ils soient au bout de l'Univers
Cette frivole gloire , est une sotte yvresse.
Rimer est un métier qui ne convient qu'à ceux
Dont l'esprit est né pour la rime.
Autrement on nous mésestime .
l'on parle de nous comme d'un cerveau creux)
On dit qu'il est une Fontaine ,
Dont l'eau miraculeuse a le vrai
gout
du vin i
S'il en étoit ainsi de l'eau de l'Hypocrêne ;
Si la gloire appaisoit la faim ;
M
Si sur ce Mont que j'abandonne ,
Une herbe salutaire et des arbres fruitiers ;
Croissoient comme les fleurs à l'ombre des Lat
riers ;
Enfin s'il y regnoit et Cerés et Pomone
Je
Bij
1864 MERCURE DE FRANCE
Je n'aurois , doctes Soeurs , aucune passion ,
Que celle de vous plaire , afin d'y toujours être.
Je cours à la fortune , et mon ambition ,
N'a pourtant d'autre objet qu'un azile champêtre.
D'Hautefeuille.
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Résumé : ADIEUX AUX MUSES.
Dans 'Adieux aux Muses', l'auteur exprime son intention de renoncer à la poésie pour des raisons pratiques. Il considère cette activité comme frivole et non rentable, inappropriée pour un cadet de famille devant subvenir à ses besoins. L'absence de frère pour partager les charges familiales le pousse à chercher un métier plus lucratif. Il critique la vanité de la gloire poétique, la comparant à une ivresse sotte. L'auteur mentionne la Fontaine de l'Hypocrène, dont l'eau inspire la poésie mais ne nourrit pas. Il souhaite plaire aux muses tout en aspirant à une vie champêtre et à la fortune, révélant ainsi son dilemme entre ambition poétique et nécessité économique.
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38
p. [2296]-2297
AUTRE SONNET, Sur le même sujet.
Début :
Sur le bord tenebreux, la Faye est descendu, [...]
Mots clefs :
Goût, Urbanité, Muses, Culte, Tombeau
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE SONNET, Sur le même sujet.
AUTRE SONNET
,
Sur le même fujet.
HIJATI
Ur le bord tenebreux , la Faye est descendu
Le Gout , l'Urbanité , la Raison délicate.
Tout ce qui distingua le Romain du Sarmate
Contre le trait fatal rien ne l'a deffendu .
C 4
Muses , qu'il chérissoit , & qui l'avez perdu ; ›
Du culte qu'on vous rend , si la douceur vous flate
Qu'en éloges plaintifs tout le Parnasse éclate
A sa memoire hélas ! ce tribut est bien dû.
Mais
OCTOBRE 1931. 2297
Mais ne l'exigez point de ma douleur trop
tendre. ༡ * 2
Que ne ferois-je pas pour honorer sa cendre ?
Souvent sur son Tombeau je veux jetter des fleurs?
Pour ma triste amitié Alatteuse et vaine'amorce !
Ma main, de les cueillir n'aura jamais la force ;
Et mon pouvoir ne va qu'à lui donner des pleurs.
,
Sur le même fujet.
HIJATI
Ur le bord tenebreux , la Faye est descendu
Le Gout , l'Urbanité , la Raison délicate.
Tout ce qui distingua le Romain du Sarmate
Contre le trait fatal rien ne l'a deffendu .
C 4
Muses , qu'il chérissoit , & qui l'avez perdu ; ›
Du culte qu'on vous rend , si la douceur vous flate
Qu'en éloges plaintifs tout le Parnasse éclate
A sa memoire hélas ! ce tribut est bien dû.
Mais
OCTOBRE 1931. 2297
Mais ne l'exigez point de ma douleur trop
tendre. ༡ * 2
Que ne ferois-je pas pour honorer sa cendre ?
Souvent sur son Tombeau je veux jetter des fleurs?
Pour ma triste amitié Alatteuse et vaine'amorce !
Ma main, de les cueillir n'aura jamais la force ;
Et mon pouvoir ne va qu'à lui donner des pleurs.
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Résumé : AUTRE SONNET, Sur le même sujet.
Le sonnet 'HIJATI' rend hommage à une personne décédée, incarnant le goût, l'urbanité et la raison délicate. Le poète, incapable de célébrer sa mémoire comme il le souhaite, exprime sa douleur et promet de verser des pleurs sur sa tombe.
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39
p. 2317
A. M. M. D. M. En lui envoyant pour Bouquet une petite Figure de la Renommée : c'est la Renommée qui parle.
Début :
J'ay porté votre nom en cent climats divers ; [...]
Mots clefs :
Climats, Muses, Lauriers, Temple de mémoire
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texteReconnaissance textuelle : A. M. M. D. M. En lui envoyant pour Bouquet une petite Figure de la Renommée : c'est la Renommée qui parle.
A. M. M. D. M.
En lui envoyant pour Bouquet une petite
Figure de la Renommée : c'est la
Renommée qui parle.
J'Ay porté votre nom en cent climats divers ;
Les Muses l'ont souvent redit dans leurs Concerts;
Et je vais aujourd'hui celebrer votre Fête ;
Ma Trompette pour vous forme de nouveaux airs
Et de mes Lauriers toûjours verds ,
Puissai-je encor long-temps couronner votre tête
Pour le bonheur de vos amis ,
Vivez , sçavant M ** , vivez comblé de gloire,
Autant que vivront vos Ecrits ,
Placez par Apollon au Temple de Memoire."
L'Abbé Poncy de Neuville.
Ce 20. Août.
En lui envoyant pour Bouquet une petite
Figure de la Renommée : c'est la
Renommée qui parle.
J'Ay porté votre nom en cent climats divers ;
Les Muses l'ont souvent redit dans leurs Concerts;
Et je vais aujourd'hui celebrer votre Fête ;
Ma Trompette pour vous forme de nouveaux airs
Et de mes Lauriers toûjours verds ,
Puissai-je encor long-temps couronner votre tête
Pour le bonheur de vos amis ,
Vivez , sçavant M ** , vivez comblé de gloire,
Autant que vivront vos Ecrits ,
Placez par Apollon au Temple de Memoire."
L'Abbé Poncy de Neuville.
Ce 20. Août.
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Résumé : A. M. M. D. M. En lui envoyant pour Bouquet une petite Figure de la Renommée : c'est la Renommée qui parle.
L'Abbé Poncy de Neuville dédie un texte à un érudit, M **. La Renommée célèbre sa renommée mondiale et ses inspirations musesques. Il souhaite que l'érudit soit couronné de lauriers verts et que sa gloire perdure autant que ses écrits, placés par Apollon au Temple de la Mémoire. La date est le 20 août.
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40
p. 2789-2791
A M. LE DUC DE S. AIGNAN, Ambassadeur du Roy à Rome, &c.
Début :
Loin ces Héros que nous vante l'Histoire ; [...]
Mots clefs :
Héros, Ambassadeur, Antiquité, Muses, Louange
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texteReconnaissance textuelle : A M. LE DUC DE S. AIGNAN, Ambassadeur du Roy à Rome, &c.
A M. LE DUC
DE S. AIGNAN ,
Ambassadeur du Roy à Rome , &c.
LOin ces Héros que nous vante l'Hisg
toire v
Souvent d'un faux éclat ils furent révêtus ;
L'Aveugle Antiquité , pour conserver leur gloid
re ,
De leurs vices fit leurs vertus.
1. Vol E St
2790 MERCURE DE FRANCE
Si nos Muses , Seigneur , vous offrent un hommage
,
Du coeur le plus modeste il peut être avoué.
De la verité seule emprunter le langage ,
C'est vous avoir assez loué.
Pour vous , qui craignez la loüange
Autant que vous la méritez ;
Des Faits de vos Дyeux le fastueux mélange
Ne fourniroit que des traits empruntez.,
Leur noble sang qui vous anime
Science , Dignitez , Exploits dans les Combats ;
Ces sources d'un éclat sublime
En ornant vos vertus , Seigneur , ne les font pas.
Je vous cherche en vous seul , en vous seul j'en¬
visage
Un accord de vertus peu connu jusqu'à vous.
Quel sublime genie avec vous prit naissance !
Vous seul paroissez l'ignorer :
*
'Autrefois l'Iberie en connut la puissance,
Jalouse encore , elle envie à la France
Le plaisir de vous admirer.
Allez , Seigneur , après la Renommée
Aux bords du Tibre encore étaler vos vertus,
En vous voyant Rome charmée ,
Croira revoir Fabrice , et Caton , et Titus ;
Yous retracez ces coeurs sublimes
* Son Ambassade d'Espagne,
J. Val. Par
DECEMBRE 1731. 2791
Par les traits éclatans qu'en vous nous admi¬
rons.
Mêmes vertus ,
mêmes maximess ;
Ils n'ont fait que changer de noms.
Par le R. P. RAINAUD ;
de l'Oratoire , Professeur de Rhetorique
au College de Marseille.
DE S. AIGNAN ,
Ambassadeur du Roy à Rome , &c.
LOin ces Héros que nous vante l'Hisg
toire v
Souvent d'un faux éclat ils furent révêtus ;
L'Aveugle Antiquité , pour conserver leur gloid
re ,
De leurs vices fit leurs vertus.
1. Vol E St
2790 MERCURE DE FRANCE
Si nos Muses , Seigneur , vous offrent un hommage
,
Du coeur le plus modeste il peut être avoué.
De la verité seule emprunter le langage ,
C'est vous avoir assez loué.
Pour vous , qui craignez la loüange
Autant que vous la méritez ;
Des Faits de vos Дyeux le fastueux mélange
Ne fourniroit que des traits empruntez.,
Leur noble sang qui vous anime
Science , Dignitez , Exploits dans les Combats ;
Ces sources d'un éclat sublime
En ornant vos vertus , Seigneur , ne les font pas.
Je vous cherche en vous seul , en vous seul j'en¬
visage
Un accord de vertus peu connu jusqu'à vous.
Quel sublime genie avec vous prit naissance !
Vous seul paroissez l'ignorer :
*
'Autrefois l'Iberie en connut la puissance,
Jalouse encore , elle envie à la France
Le plaisir de vous admirer.
Allez , Seigneur , après la Renommée
Aux bords du Tibre encore étaler vos vertus,
En vous voyant Rome charmée ,
Croira revoir Fabrice , et Caton , et Titus ;
Yous retracez ces coeurs sublimes
* Son Ambassade d'Espagne,
J. Val. Par
DECEMBRE 1731. 2791
Par les traits éclatans qu'en vous nous admi¬
rons.
Mêmes vertus ,
mêmes maximess ;
Ils n'ont fait que changer de noms.
Par le R. P. RAINAUD ;
de l'Oratoire , Professeur de Rhetorique
au College de Marseille.
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Résumé : A M. LE DUC DE S. AIGNAN, Ambassadeur du Roy à Rome, &c.
Le texte est une lettre adressée à M. le Duc de Saint Aignan, ambassadeur du roi à Rome. L'auteur critique l'histoire qui idéalise souvent les héros en cachant leurs vices. Il exprime son admiration pour le duc, préférant la vérité à la flatterie. Le duc est décrit comme un homme de science, de dignité et de bravoure, dont les vertus sont authentiques. L'auteur admire son génie et note que l'Espagne, autrefois jalouse, envie désormais à la France le plaisir de l'admirer. Il encourage le duc à continuer de montrer ses vertus à Rome, où il sera comparé à des figures historiques comme Fabrice, Caton et Titus. Le texte se conclut par une comparaison des vertus et des maximes du duc avec celles des grands hommes du passé, soulignant leur similitude malgré les différences de noms.
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41
p. 3089-3090
A MADAME LA DUCHESSE DE B**
Début :
Pour Our vous rendre, Madame, un veritable hommage [...]
Mots clefs :
Hommage, Muses, Duchesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME LA DUCHESSE DE B**
A MADAME
LA DUCHESSE DE B**
Pour Our vous rendre, Madame , un veritable hommage
,
Plutôt que pour suivre l'usage
Etabli dans ces premiers jourss
Je fis cette priere aux Nimphes du Pèrmessé à
O muses , prêtez - moi votre divin secours
Sçavantes Soeurs , préparez un Discours
Digne d'une illustre Duchesse
Inventez quelques nouveaux tours ,
Montrez mes sentimens avec délicatesse
Assurez-la de ma soumission ›
11. Vol. Hv Pel
3090 MERCURE DE FRANCE
Peignez-lui mon respect et ma réconnoissance ,
Exprimez avec éloquence ,
Combien je suis jaloux de sa protection
Je crûs ma prière efficace
Ayant parlé d'un air respectueux ;
Je croyois que tout le Parnasse
Seroit prêt d'exaucer mes voeux
Mais irrité de mon audace ,
On me traita d'ambitieux .
Que nous veux -tu ? me dit une des Muses.
Crois-tu que de l'esprit la poëtique ardeur ,
Egale ce qui part du coeur ?
Si tu le penses , tu t'abuses .
Tu n'as pas besoin d'ornemens >
Pour faire une vive peinture
De ton respect profond et de tes sentimens
Crois-moi , laisse agir la nature ,
Elle est avec B *** plus puissante que l'art.
B *** cette aimable mortelle
Aussi modeste qu'elle est belle ,
Brille sans le secours du fard :
Laisse là des Dieux le langage ,
Si tu lu veux prouver ton zele et ton ardeur
Suis les mouvemens de ton coeur ,
Ils persuadent davantage.
LICLIRG
LA DUCHESSE DE B**
Pour Our vous rendre, Madame , un veritable hommage
,
Plutôt que pour suivre l'usage
Etabli dans ces premiers jourss
Je fis cette priere aux Nimphes du Pèrmessé à
O muses , prêtez - moi votre divin secours
Sçavantes Soeurs , préparez un Discours
Digne d'une illustre Duchesse
Inventez quelques nouveaux tours ,
Montrez mes sentimens avec délicatesse
Assurez-la de ma soumission ›
11. Vol. Hv Pel
3090 MERCURE DE FRANCE
Peignez-lui mon respect et ma réconnoissance ,
Exprimez avec éloquence ,
Combien je suis jaloux de sa protection
Je crûs ma prière efficace
Ayant parlé d'un air respectueux ;
Je croyois que tout le Parnasse
Seroit prêt d'exaucer mes voeux
Mais irrité de mon audace ,
On me traita d'ambitieux .
Que nous veux -tu ? me dit une des Muses.
Crois-tu que de l'esprit la poëtique ardeur ,
Egale ce qui part du coeur ?
Si tu le penses , tu t'abuses .
Tu n'as pas besoin d'ornemens >
Pour faire une vive peinture
De ton respect profond et de tes sentimens
Crois-moi , laisse agir la nature ,
Elle est avec B *** plus puissante que l'art.
B *** cette aimable mortelle
Aussi modeste qu'elle est belle ,
Brille sans le secours du fard :
Laisse là des Dieux le langage ,
Si tu lu veux prouver ton zele et ton ardeur
Suis les mouvemens de ton coeur ,
Ils persuadent davantage.
LICLIRG
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Résumé : A MADAME LA DUCHESSE DE B**
L'auteur d'une lettre adressée à Madame la Duchesse de B** sollicite l'aide des Muses pour composer un discours digne d'une illustre Duchesse. Il exprime sa soumission, son respect et sa reconnaissance, ainsi que son admiration et son désir de protection. Une Muse l'interrompt, lui reprochant son ambition et affirmant que l'esprit poétique ne peut égaler les sentiments sincères. Elle lui conseille de laisser parler son cœur et la nature, soulignant que la Duchesse est modeste et belle sans artifices. La Muse suggère que les mouvements du cœur sont plus persuasifs que l'artifice.
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42
p. 1264-1291
RÉPONSE DE Mlle de Malcrais de la Vigne, à la Lettre que Mr Carrelet de Hautefeüille lui a addressée dans le Mercure de Janvier 1732. page 75.
Début :
Le Seigneur Mercure s'est donné la peine, Monsieur, de [...]
Mots clefs :
Réponse, Lettre, Messager, Mercure, Strophe, Vers marotiques, Vers d'Horace, Ovide, Muses, Peines, Gloire, Dante, Rousseau, Chapelain, Auteurs, Poètes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE DE Mlle de Malcrais de la Vigne, à la Lettre que Mr Carrelet de Hautefeüille lui a addressée dans le Mercure de Janvier 1732. page 75.
REPONSE de Mlle de Malerais de
la Vigne , à la Lettre que M Carrelet
de Hautefeuille lui a addressée dans le
Mercure de Janvier 1732. page 75.
Leine,Monsieur,de m'apportervos
E Seigneur Mercure s'est donné la
peine , Monsieur , de m'apporter vos
Poulets , vos Billets doux , vos Relations,
en un mot votre Lettre ; car cette Lettre
sçavante et polie renferme en elle toutes
ces especes', par les differentes matieres
qu'elle traitte , et par les tours ingénieux
dont elle est agréablement variée ; je me
Alatte aussi que ce fidele Messager , non
moins habile que gracieux , voudra bien
se charger de ma réponse.
Vous m'écrivez , Monsieur, qu'on vous
a volé ; vous ne pouviez vous addresser à
personne qui fut plus sensible à ce qui
vous touche, ni par conséquent plus portée à vous plaindre. Quoi ! Monsieur, on
K
II. Vol.
vous
JUIN. 1732. 1265
vous a volé ? On vous a volé , Monsieur?
Quel accident ! Quelle perfidie ! Quelle
cruauté ! Eh! que vous a- t - on volé ?
Grands Dieux ! Proh! Dii immortales ! Facinus indignum quod narras !
Ce n'est point deux Vers , une Strophe, un Madrigal, une Epigramme seulement: Ciel ! c'est sur une Ode entiere qu'on
a eu l'audace de mettre la main.
Le trait est noir ; oui , certes, et des plus
noirs. Ce sont- là de ces coups qu'un Poëte
supporte rarement avec patience, à moins
qu'il n'ait , comme vous , l'ame bourrée
d'une Jacque de Maille à la Stoïcienne.
Sans doute que le Voleur en faisant ce
larcin, s'étoit fondé sur ces deux premiers
Vers du 15 Chant de Roland le furieux.
Fù il vincer sempre mai laudabil cosa ,
Vinca si è per fortuna , o per ingegno.
L'Arioste me paroît avoir escroqué
cette pensée à Virgile , dans le 2. liv. de l'Enéïde.
Dolus an virtus , quis in hoste requirat ?
·
Cependant le voleur dont il s'agit ,' n'est
point pardonnable. C'est là mal interprêter la chose , et faire en matiere de
Lettres, ce que font les hérétiques en maII. Vol.
A v tiere
1266 MERCURE DE FRANCE
"
tiere de Religion, qui tournent et retournent certains Passages de tant de côtez
qu'ils leur trouvent à la fin un sens ambigu , et qui , quelque louche qu'il soit ,
leur paroît neanmoins d'accord avec leur
morale. Mais comme on ne les confond
ensuite , qu'en opposant citation contre
citation , authorité contre authorité , il
faut donc objecter aux Filoux du Parnasse
le sentiment d'un autre Italien. Auvertite
che voi vi vestite degli honori , e delle glorie
altrui , et v'attribuite quello che non è vostro. Voi sarete chiamati la cornacchia d'Esopo , et quello ch'è peggio , bisognerà restituire i furti con grandissimo scorno , e biasmo come suole intervenire a certi poetuzzi
moderni che alla scoperta rubbano a tutti ,
non rimanendo loro di proprio che la fatica , l'inchiestro , la carta , et il tempo gettato via.
Sérieusement , Monsieur , votre situation me paroît triste , et d'autant plus
qu'on ne croit pas toujours le plaignant
sur sa déposition. C'est vainement qu'il
dira , oui , Messieurs , je fis cette Strophe
un tel jour , à telle heure ; et la preuve ,
la voilà : Absorbé que j'étois dans la poëtique rêverie , je me rongeai les ongles
jusqu'au vif: Voyez - vous ? Regardez ,
ces deux doigts écorchez par le bout, sont
€
II. Vol. de
JUIN. 1732. 1267
de sûrs garans de la vérité de mes paroles.
Vains propos : Plus de la moitié de vos
juges ne sçauroient résoudre leurs doutes
et l'on balance toujours entre le proprié
taire et le voleur. Pour moi , si j'avois été
en votre place , j'aurois mis cent Mouches en campagne pour dénicher le Larron , et le faire sans délai convenir du
larcin.
J'aurois fait aussi- tot galopper sur sa trace
Le grand Prevôt du Parnasse,
Mais hélas ! que les choses sont aujourd'hui changées ; on insulte , on pille , on
brave Apollon sur son Thrône même.
La Marêchaussée du Pinde n'a plus la
force de cheminer. Plutus , le seul Plutus
sçait se faire obéïr , se faire craindre , se
faire rendre justice , et l'on prétend que
c'est lui qui la distribuë; quant aux Citoyens de la double Colline , l'équité ne
s'observe ni à leur égard , ni à l'égard de
leurs ouvrages. Un Financier au moyen
d'une douzaine de chiffres , voit pleuvoir à millier les Louis dans son Coffre
fort , et ce profit amené , ne sera souvent
le fruit que de quelques heures ; cependant un malheureux , nud jusqu'à la chemise,transsi defroid , demi mort de faim,
se glisse adroitement dans son Bureau ,
II. Vol A vj qu'il
1268 MERCURE DE FRANCE
qu'il écrême si peu que rien le superfluz
de son cher métail ; en court après , on
l'arrête , on l'emprisonne ; le coupable
n'est déja plus. Pourquoi ne poursuit- on
pas avec la même diligence et la même
sévérité les Voleurs des Ouvrages ingénieux ? L'Esprit est- il moins estimable
que l'or ?
Vilius argentum est auro , virtutibus aurum:
Un Financier a plutôt gagné vingt mil
le écus , qu'un Poëte n'a fait une belle:
Ode. Si le travail , si la difficulté donnele prix aux choses , les Métaux , les Diamans qui ne sont que de la bouë pétrifiée
et polie ensuite par l'Ouvrier , sont - ils
donc préférables aux pures et l'aborieuses
productions de l'ame.
Otempora! ô mores ! Depuis que les Boileaux , les Molieres , les Saint- Evremond,
ces Turennes , ces Condez du Parnasse
sont allez guerroyer dans les champs Eli-
-sées ; la licence et le désordre ont envahi le Païs des Lettres ; où la force manque, tout est toléré. Platon se détaille
en Comédies, les Lettres se composent en
Madrigaux , les Oraisons prétintaillées
sont toutes frisées d'antithéses , l'Historien passe avec rapidité sur la politique et
l'interressant , et se promene à pas comII.Vol.
ptez
JUIN. 17320 1269
ptez dans la région fleurie des descriptions , et passe de- là par une fausse porte
dans la grande contrée des digressions
vagues et inutiles.
Jugez , Monsieur , par la mauvaise humeur où je suis , combien votre malheur
m'a affligée ; ce qui redouble encore mon
chagrin, c'est d'apprendre de vous-même
que vous avez dit adieu au Parnasse.Quoi
le dépit d'avoir perdu une Ode , doit-il
vous porter à des extrémitez pareilles ?
La perte est réparable. Ne vous est-il pas
resté un Canif pour tailler votre Plume?
Mais avez-vous bien refléchi sur la résolution que vous vous imaginez avoir
prise ? Croyez-vous pouvoir tenir ferme
contre le penchant dont vous êtes l'esclave ? Je vous en défie , j'en ai dit tout autant que vous , cent et cent fois.
n'a
Verbaque pracipites diripuere noti.
J'ai trouvé que le feu Pere du Cerceau
pas eu tort d'écrire :
39 Qui fit des Vers , toujours des Vers fera,
C'est le Moulin qui moulut et moudra;
»Contre l'étoile il n'est dépit qui tienne ,
» Et je me cabre en vain contre la mienne.
Le P. du Cerceau a rendu par ces quaIL. Vol.
tre
1270 MERCURE DE FRANCE
tre Vers Marotiques , le Vers d'Horace
qui suit :
Naturam expellas furca tamen usque recurret.
Ce que je ne sçais quel autre a traduit
én deux Vers :
Quand , la Fourche à la main, nature on chase seroit >
Nature cependant toujours retourneroit.
Ovide , dont l'esprit est si fécond et si
délié , ce Poëte qui quelque sçavant qu'il
fut , devoit moins à l'Art qu'à la Nature. Ovide est forcé d'avouer que c'est en
vain qu'on tâche de combattre ce penchant imperieux.
At mihijam puero coelestia sacra placebant ,
Inque suum furtim Musa trahebat opus..
Sæpe Pater dixit , studium quid inutilè tentas ?
Moonides nullas ipse reliquit opes ,
Motus eram dictis , totoque Helicone relictor
Scribere conabar verba soluta modis,
Sponte sua carmen numeros veniebat adaptos
Quidquid tentabam scribere versus erat.………
Le Pere d'Ovide séche de chagrin de
voir son fils en proye à cette manie tirannique ; il ne néglige rien pour en rompre
les accès , il lui montre le vuide de cette
II. Vol. occu-
JUIN. 1732. 1271
Occupation aussi pénible qu'infructueuse.
L'exemple d'Homere qui vécut toujours
pauvre, malgré ses grands talens , lui sert
à prouver l'importante vérité de ses leçons salutaires. Il conseille , il commande, il prie , il menace, et s'emporte même
jusqu'à le maltraiter ; le fils paroît se rendre à la volonté du pere , et se croyant
déja le maître de sa passion , lui promet
de ne plus faire de Vers de sa vie.
•
C'est en Prose qu'il écrira désormais ,
le parti en est pris ; il faut que l'agréa
ble cede à l'utile , il n'y a plus à balancer.
En un mot , le voilà la plume à la main
résolu d'exécuter ce qu'il s'est proposé.
Mais qu'arrive-t- il ? La tête lui tourne , il
se figure écrire de la Prose, et ce sont des
Vers qui coulent sur le papier.
Quidquid tentabam scribere , versus erat.
Ovide ne péchoit point par ignorance,
et l'on a sans cesse répété depuis tant de
siècles , les deux Vers suivans , enfans de
sa veine : que l'esprit avoit été autrefois
plus précieux que l'or , mais qui dans le
temps présent , c'étoit être tout à-fait
barbare, que d'être entierement dépourvû des dons de la fortune.
Ingenium quondam fuerat preciosius auro.
II. Vol. Pour
1272 MERCURE DE FRANCE
Pour moi je crois que ce quondam , cet
autrefois , n'a jamais été.
At nunc barbaries grandis habere nihil.
Quant à ce Nunc , ce maintenant , je
crois qu'il a été de tout temps.C'est donc
en Ovide que la volonté est maîtrisée par
le temperament ; et c'est-là qu'on peut dire que le libre arbitre fait nauffrage.
Après tout , je conviens avec vous et
avec toutes les personnes sensées , que
quand on n'est pas né avec beaucoup de
bien, on doit tâcher d'arriver par les belles voyes à certaine fortune , à labri de
laquelle on puisse vivre à l'aise , et faire la
figure convenable à son rang.
Nil habet infelix paupertas durius in se
Quam quod ridiculos homines , facit.
La pauvreté est le plus grand des maux
qui soient sortis de la funeste Boëte de
Pandore , et l'on craint autant l'haleine
d'un homme qui n'a rien , que celle d'un
pestiferé.
Yo
Déplorons donc le sort de ceux qu'un
ascendant fatal attache à ce libertinage
d'esprit. Sénéque , ce Philosophe sentencieux , qu'on peut comparer au Rat hipo
crite , qui prêche la mortification dans
un Fromage de Hollande , ou à la four11. Vol.
mi,
JUIN. 1732. 1273
mi, qui fait l'éloge de l'abstinence, montée sur un tas de grain. Cet illustre Charlatan débitoit autrefois la morale austére,
qu'il nous a laissée dans ses Livres ; mais
y croyoit-on ? et pouvoit - on plutôt ne
pas mépriser un homme qui conseilloit
la sobriété , la bouche pleine , et la
vreté , tandis que ses coffres regorgeoient
de Richesses ? Nicolas de Palerme parloit
avec bien plus de sincerité , quand après
avoir lû un Livre, dans lequel on préténdoit que la pauvreté étoit un bien, il s'écria : Délivrez-moi d'un tel bien , ô mon
Dieu !
pauTravaillez , nous dit-on , divins éleves
des Muses , veillez , suez , frappez - vous
le front , mordez-vous les doigts , brisez
votre pupitre , au fort de votre entousiasme. Virum Musa beat. La gloire se
peut-elle achepter par trop de peines ?
Quel honneur! quel espoir que celui de se survivre éternellement à soi - même !
Erreur , folie , idée chimerique.
Gloria quantalibet quid erit , si gloria tantum est.
Ne vaut- il pas mieux vivre pendant
qu'on est en vie , et que l'on se sent vivre réellement : Homere , ce Chantre fameux , qui jadis entonnoit ses Rapsodies
sur les Ponts-Neufs des Villes de Gréce ;
II.Vol. en
1274 MERCURE DE FRANCE
en traîna- t-il de moins tristes jours , quoi
quele Supplément de Quinte- Curce nous
dise que ses Ouvrages se sont reposez
après sa mort , sous l'oreiller du Grand
Alexandre. On logea ses Poëmes dans des
Coffrets d'or , enrichis de Pierreries ; et
pendant qu'il vécut , à peine trouva- t- il
une Maison où se mettre à l'abri des injures de l'air ? Fecit enim nominis ejus claritas , ut quem virum rebus omnibus egentem nemo agnoverit , nunc multe Gracia ?
Urbes certatim sibi vindicent. Dante , dans
le 22 Chant du Purgatoire , désigne ainsi
cet illustre Poëter
QuelGreco
Chele Muse lattar più ch'altro mai.
Pour moi , je dis que si les Muses sont
des Nourrices , ce ne sont que des Nousrices séches ; leurs Nourrissons s'attendent
à recueillir un aliment qui les rassasie
mais au lieu de lait , ils n'en tirent que du
vent qui les fatigue et les extenue. Ceci
revient à l'endroit de votre Lettre , où
vous dites agréablement en Vers , que les
Poëtes ne moissonnent que du vent avec
leur plume. Ainsi je crois qu'on les peut
appeller des Instrumens à vent , qui ne
rendent que du vent , ne travaillent que
pour du vent , et ne sont récompensez
II. Volo que
JUIN. 1732. 1275 1
que de vent; disons donc avec Pétronne :
Heu! ast heu! utres inflati sumus , minoris
quàm Muscasumus, tamen aliquamvirtutem
habent , nos non pluris quam bulla. Voici
une Boutade de ma façon à ce sujet :
si le vent est la nourriture ,
Des Bourgeois malheureux du stérile Hélicon;.
Ils devroient , au lieu d'Apollon ,
Pour ne point manquer de Pâture ,
D'Eole le venteux , avoir fait leur Patron.
Plusieurs Singes du Docte Erasme , se
sont émancipez de nos jours , à faire divers éloges pointilleux , de l'Yvresse , du
Mensonge , de Rien , de quelque chose ,
et nombre d'autres bagatelles bizarres
dans le même goût; mais je n'en vois point
qui se plaisent à faire l'éloge de la Pauvreté; Paupertas habet scabiem. Juvenal ,
ce grondeur éternel , cet impitoïable censeur des mœurs de son siècle , ne sçauroits'empêcher de sortir de sa Philosophie , et
de soupirer après les biens de la fortune ;
il déteste la pauvreté, il déplore la misere
du Poëte Stace , et sa septiéme Satyre est
toute farcie de plaintes.
Frange miser calamos , vigilataque prælia dele ,
Quifacis in parva sublimia carmina cella ,
Ut dignus venias hederis et imagine macrâ :
II. Vol.
Spes
1276 MERCURE DE FRANCE
Spes nulla ulterior , didicit jam dives avarus
Tantum admirari, tantùm laudare disertos,
Ut pueri ,junonis avem.
Cette matiere est si- bien traitrée dans
cette Satyre, qu'elle mériteroit d'être rapportée toute entiere , si cet Auteur n'étoit entre les mains de tout le monde : La
pauvreté, dit-on, est la Mere des Arts.
Labor omnia vincit
Improbus, et duris urgens in rebus egestas.
Oui , la Mere des Arts mécaniques ; un
Manœuvre vit du travail de ses mains ;
mais les Poëmes ne se vendent point en
détail , si ce n'est chez les Marchands de
Drogues. Cette réfléxion me donne lieu de
rapporter la Parodie que j'ai faite de quelques-unes des belles Stances de Rousseau:
Que l'homme , &c.
Qu'un Livre est bien pendant sa vie
Un parfait miroir de douleurs
En naissant sous la Presse il crie ,
Et semble prévoir ses malheurs.
諾
Un Essain d'insolens Censeurs .
D'abord qu'il commence à paroître ,
<
II. Vol. En
JUIN. 1732. 1277
En dégoute les achepteurs ,
Qui le blament sans le connoître.
A la fin pour comble de maux ,
Un Droguiste qui s'en rend maître ,
En habille Poivre et Pruneaux ;
C'étoit bien la peine de naître.
On raconte que Zeuxis faisoit une telle
estime de ses peintures,que s'il ne les pouvoit bien vendre,il aimoit mieux les donner que d'en retirer un prix médiocre.
Les Auteurs n'ont point cette alternative,
et le Libraire s'imagine les trop payer encore , en leur donnant un petit nombre
d'Exemplaires. Il arrive même que le Libraire se ruine à force de faire gémir la
Presse. A qui donc se doit imputer la
cause d'un pareil dérangement? A la corruption du goût , au grand nombre de
Brochures ridicules , de Romans monstrueux qui s'impriment tous les jours , et
qui se vont effrontément placer dans la
Boutique, à côté des la Bruyeres, des Pascals , des Corneilles , des Molieres , des
Fénelons , des Rousseaux , des Voltaires ,
et des autres Ecrivains du premier Ordre.
Ce queje trouve de pis, c'est que tous ces
vils Auteurs communiquent leur Lépre
II, Vol. aux
178 MERCURE DE FRANCE
aux autres par le voisinage. L'Ignorance
vient ensuite , et sa main confondant
ce qu'il y a de pitoyable avec ce qu'il y a
d'exquis , recueille l'Ivraye, tandis qu'elle
néglige et qu'elle laisse le Froment le plus
pur. S'il y avoit des Protecteurs d'un certain esprit, qui sçussent peser les Ouvrages au poids du discernement , pour en
récompenser les Auteurs avec bonté et
justice , les mauvais tomberoient , et les
bons se multipliroient. Les Virgiles ne manquent point quand il y a des Méce- *
nas.C'est ce que dit Martial dans un Vers
de ses Epigrammes , et je me suis égayée
à paraphraser ce Vers en notre langue.
Sint Maecenates , non deerunt , Flacce , Marones.
Aujourd'hui les Seigneurs ne donnent
Aux Doctes ni maille ni sou ,
Par quoi pour aller au Perou ,
Beaux Esprits , Parnasse abandonnent
Mais quand les Mécenas , foisonnent ,
De Virgiles on trouve prou.
Virgile , l'Aigle des genies superieurs eut la satisfaction de voir son merite reconnu et recompensé. Servius rapporte ,
que les presens que lui firent Octave
Cesar et Mécenas, furent de si grande va
leur , que sa fortune monta en peu de
II.Vol. temps
JUIN. 1732. 1279
temps jusqu'à six mille Sesterces ; il étoit
aimé et honoré à Rome, il y avoit même
un Palais magnifique. Un jour il prononça en présence de l'Empereur et d'Octavie , mere de Marcellus , quelques Vers
de l'Enéïde ; quand il fut à l'endroit du
sixiéme Livre , où il parle de la mort de
Marcellus , d'une maniere si élégante et
si pathétique , le cœur d'Octavie en fut si
vivement touché , qu'elle tomba évanoüie , et revenant à soi , comme son évanoüissement l'avoit empêchée d'entendre
douze Vers , elle fit donner à Virgile dix
Sesterces par chaque. Quels présens n'at-on point fait depuis àSannazar ; et de
quel prix n'a-t- on point honoré sa belle
Epigramme sur la Ville de Venise ? Sa
reputation en imposoit tellement qu'il
suffisoit qu'une piéce passat pour sienne ,
pour être jugée excellente. Ce trait singulier a été remarqué par le Comte Baldessar Castiglione , dans son Courtisan.
Essendo appresentati alcuni versi sotto il no
ma del Sannazaro , à tulti par vero motto
excellenti , e furono laudati con la Meraviglie è esclamationi ; poi sapendosi per certo ,
che erano d'un altro , Persero subito la re
putatione , et par vero meno che mediocri.
Charles IX. aimoit les Lettres , mais il
étoit tres réservé dans ses récompenses.
II. Vol. Ce
1280 MERCURE DE FRANCE
les
Ce Prince , dit Brantome , aimoit fort les
Vers, et récompensoit ceux qui lui en présentoient , non pas tout à coup , disant que
Poëtes ressemblent les Chevaux , qu'ilfalloit
nourrir , non pas trop saouller , ni engraisser,
car après il ne valent plus rien. Je crois
que ni vous ni moi ne sommes trop contens de sa comparaison , et ce Prince s'étoit peut-être encore figuré qu'il en est
des Poëtes, comme des Maîtres de Danse,
qui , pour bien exercer leur Métier , doivent avoir la taille légere. Hélas ! pour
un petit nombre de Poëtes à qui la Fortune a fait part de ses faveurs ; combien
y en a- t il eu de malheureux,jusqu'à manquer du necessaire ? Consultez là- dessus
les mélanges d'Histoire et de Litterature
de Vigneul Marville. Parmi la multitude
des Sçavans infortunez dont il parle , je
me suis principalement attendrie sur la
déplorable condition du Tasse dont j'adore l'Aminte et la Jerusalem délivrée.
Le Tasse , dit ce Compilateur , étoit réduit à une si grande extrémité , qu'il fut
obligé d'emprunter un écu d'un ami pour
subsister pendant une semaine, et de prier
sa Chatte , par un joli Sonnet , de lui
prêter la nuit la lumiere de ses yeux , non
havendo candele per iscrivere i suoi versi. ·
Nous avons eu quelques Poëtes en France,
II. Vol. envers
JUIN. 1732. 1281
envers lesquels on a vû les Grands signader leur goût , ou plutôt leur caprice ; et
Desportes est plus célebre aujourd'hui par
les pensions et les présens qui lui furent
faits , que par ses Poësies.
Le jugement de l'Homme , ou plutôt son caprice,
Pour quantité d'esprits , n'a que de l'injustice.
Cor. la Gal. du Pal. act. 1. sect. 7. ,
Chapelain , dont on peut dire qu'il nâquit parfaitement coiffé, quoique suivant
la Parodie de Despréaux , il ne porta jamais qu'une vieille Tignasse : Chapelain
eut plus de bonheur que nul autre ; car
il se vit payé par avance , de l'intention
qu'il avoit de donner un Poëme excellent;
joüit pendant vingt ans d'une grosse
pension , et son intention mal exécutée
le rendit à la fin possesseur d'une fortune
considérable , tandis que Corneille et Patru pouvoient à peine fournir aux besoins
dont la nature nous a faits les esclaves.
·
D'autres Auteurs ont vû le fruit de
leurs veilles se borner aux attentions, aux
caresses des Grands . Cela flatte d'abord la
vanité ; mais de retour chez soi , on n'y est
pas un instant , sans en appercevoir le
vuide dans toute son étenduë. Trente
baisers , plus doux encore que celui dont
II.Vol B Mar-
1282 MERCURE DE FRANCE
Marguerite d'Ecosse régala Alain Chartier , ne feront point une vie gracieuse à
un Poëte , si l'on s'en tient aux démonstrations extérieures. On n'est point avare
à notre égard de complimens et de ceremonies , et l'on nous traite à la façon des
Morts , avec de l'eau benite. Peut - être
aussi que les bons Poëtes ayant été comparez aux Cigales , par quelques Anciens ,
car les mauvais leur ont été comparez
par d'autres ) on s'est figuré , que comme
elles , ils ne doivent vivre que de rosée.
Hoggi è fatta ( ô secolo inhumano
L'Arte del Poetar troppo infelice
Tuto nido , esca dolce , aura cortese,
Bramano i cigni , è non si vàin Parnasso ,
Con le cure mordaci, è chi pur garre ,
Semper col suo destino , è col disagio ,
Vien roco , è perde il canto , è lafavella.
GUARINI.
Mais , ne direz-vous pas , Monsieur , en
lisant ma longue Lettre , que c'est moi
qui pour mon babil , dois être mise en
parallele avec les Cigales de la derniere
espece ; j'en conviens avec vous , et je ne
nie pas que je ne scis de mon sexe tout
comme une autre,Prenez donc encore une
prise de Tabac pour vous réveiller et vous
II.Vol. forti-
JUIN. 1732. 1283
fortifier un peu contre l'ennui que vous
pourroient causer quelques lignes qu'il
me reste à écrire.
J'en reviens à l'adieu que vous prétendez dire aux neufSœurs ; permettez- moi
de vous assurer derechef¸ que c'est en
vain que vous vous le persuadez ; vous
ferez comme le Poëte Mainard , vous ré.
péterez inutilement , en prenant congé d'elles :
Je veux pourtant quitter leur bande ,
L'Art des Vers est un art divin , '
Mais leur prix est une Guirlande ,
Qui vaut moins qu'un bouchon à vin.
Vos efforts révolteront votre penchant
contre vous , et ne serviront qu'à rendre
sa rebellion plus opiniâtre; votre raison
même trop amoureuse de la rime , n'entendra plus vos cris , et ne pourra se résoudre à faire divorce avec elle. Mais
Monsieur, vous vous plaignez d'avoir été
dolié par la nature d'un mérite inutile an
bonheur de votre vie : Vous vous plaignez ! Eh, croyez vous être le seul à qui
la cruauté du sort a laissé le droit de le
maudire. Ma situation , par exemple, n'estelle point encore plus fâcheuse que la vô
tre? Je ne suis jamais sortie de ma Province,
presque toujours exilée dans le sein de
II.Vol. Bij ma
1284 MERCURE DE FRANCE
ma Patrie ; triste habitante d'un Port de
Mer , où les Lettres sont , pour ainsi dire,
ignorées: J'y avois un compatriote, un illustre ami , M. Bouguer , ce Mathématicien fameux , que l'Académie des Sciences , qui l'a couronné trois fois , a reçu au
nombre de ses Membres , au grand contentement de ses Rivaux découragez ,
mais il n'est plus de notre païs ; le Havre
de Grace nous l'a envié , et il y professe
aujourd'hui l'Hydrographie ; nous avons
pourtant en son frere ,qui remplit sa place avec honneur , une digne portion de
lui-même. Le peu de réputation que j'ai
je ne la dois qu'à moi seule et à deux cens
volumes François , Grecs traduits , Latins
et Italiens, qui forment ma petite Bibliotheque. La nombreuse famille dans laquelle je suis née ( comme vous l'avez pâ
voir dans mon Ode , sur la mort de mon
pere ) ne me laisse point assez de superAlu pour faire le voyage de Paris. Cependant Baile , dans son Dictionaire, au mot
le Païs , veut que les Parisiens n'estiment
point un Ouvrage en notre langue , s'il
n'est conçu dans l'enceinte de leur Ville ,
ou du moins s'il n'y a reçu les derniers
coups de lime.
Après tout , les injures que vous dites
àla Poësie ne me paroissent pas des mieux
II. Vol. fondées
JUIN 17328 1285
fondées , s'il est vrai qu'en rimant en or,
vous ayez trouvé la Pierre Philosophale.
Je vous avouerai pourtant que cela ne me
paroît pas naturel ; il faut absolument
qu'il y entre de l'abracadabra, ou que vous
fassiez usage de partie des Sortileges dont
le Cavalier Marin nous a donné une longue liste , dans le 13 chant de l'Adone.
Suggelli , è Rombi , è Turbini , è figure.
Il y a même dans votre projet d'autant
plus de difficulté , que les rimes en or sont
tres-rares. Richelet , ce curieux trésorier
des mots , s'est épuisé à faire la recherche
de ces rimes dorées , et n'en a pû trouver
qu'environ une demie douzaine , si vous
en exceptez les noms propres
*
Vous voulez donc rimer en or ,
La rime en or est difficile ,
Et ne vous permet pas de prendre un libre es
sor ,
Mais sçavez-vous pourquoi cette rime est sté- rile ?
C'est qu'Apollon voyant qu'à la Cour,à la Ville,
Rarement à rimer on amasse un trésor ,
Ce Dieu prudent , jugea qu'il étoit inutile
De vouloir fabriquer tant de rimes en or.
J'ai de plus un avis à vous donner en
II. Vol.
amie , B iij
T286 MERCURE DE FRANCE
amie , qui est que si en rimant en or , vous avez le moyen de gagner de l'or , vous
vous donniez bien de garde de dire votre
secrettrop haut;les autres l'apprendroient,
et vous sçavez que le grand nombre d'ou
vriers fait diminuer le prix des marchandises.
Il me reste à vous parler de M. de la
Motte , dont votre Lettre m'a appris la
mort. J'ai remarqué dans les Livres de cet
Académicien , un esprit exact , un jugement profond , des pensées solides , avec
un certain air de probité qui ne regnoit
pas moins , nous dit on , dans son cœur ,
que dans ses. divers Ouvrages. Cette derniere qualité est sur tout estimable. Un
Auteur est exempt d'excuser son cœur en
accusant sa plume , comme fait Martiak
dans une Epigramme.
Est lasciva mihi pagina , vita proba.
Ce que Mainard a traduit si gaillardement , que la modestie de mon sexe ne
me permet pas de le citer , dautant que
l'obscenité est dans les termes. Parti tunicam prætende tegenda. Je ne sçaurois passer la grossiereté des expressions en quelque langue que ce soit , et ce défaut est
moins pardonnable aux François qu'aux
autres ; notre Nation surpassant en poliII. Vol.
tesse
JUIN. 1732.
1287
tesses les anciens Romains même. Il en est
des Vers comme d'une Lettre polie ; il
leur faut une enveloppe.Personne ne prise
plus que moi les Epigrammes de Rousseau ; je ne m'offense pas jusqu'à faire la
grimace , en lisant quantité de ces petites
Piéces , dont le sens est un peu libertin ,
mais je ne sçaurois souffrir celles où la pudeur est directement heurtée par les termes. Boileau , dans le 2 chant de son Art
Poëtique , ne permet point en notre langue ces libertez d'expression qu'il tolere
en Catule et en Pétronne.
Le Latin dans les mots brave l'honnêteté ,
Mais le Lecteur François veut être res pecté.
Ma façon d'écrire vous paroîtra singu
lieure , Monsieur ; je cours çà et là , sans
tenir de route certaine , et comme si j'érois enfoncée dans un Labirinte, je quitte
une allée pour en enfiler une autre je
m'égare , je retourne sur mes pas ; faisant
de cette maniere beaucoup de chemin ,
sans beaucoup avancer.
Or pour en revenir à M. de la Motte ,
après avoir loué ce que j'ai trouvé d'admirable en lui , dût - on me faire mont
procès , il faut que j'avoue ce qui m'a déplu. Je dis donc qu'il est trop gravement
II.Vol. Biiij moral
1288 MERCURE DE FRANCE
moral dans ses Odes , que son stile est
triste , que , que la Poësie languit dans ses Tragédies, que ses Fables ne sont point naïves , et que ce n'est que dans quelques endroits de ses Opéra que je découvre les
étincelles du beau feu qui caractérise le
Poëte. Le Quattrain qui suit , et que vous
citez dans votre Lettre , n'est pas de mon
goût , n'en déplaise aux Manes de M. de
la Motte.
»Vous loüez délicatement
"Une Piéce peu délicate ,
>> Permettez-moi que je la datte
- Du jour de votre compliment.
Je n'entends gueres ces quatre Vers ,
et il me paroît que le bon sens de M. de
la Motte a fait un faux pas en cette occasion. Vous me marquez qu'ayant lû une
Piece infiniment délicate , vous dites à M.
de la Motte qu'il falloit qu'elle fut de lui
ou de M. de Fontenelles que répond t- id
dans son Quattrain impromptu , sinon ,
1º. que cette Piéce qu'il avoit trouvée de
mauvais aloi auparavant , devient bonne,
parce que vous avez crû qu'elle étoit de
lui ou de M. de Fontenelle. 2°. Qu'elle
n'est bonne que du jour de votre compliment , et que c'est ce compliment qui
fait une partie de sa bonté. En verité cela
II. Vol. ne
JUIN. 1732. 1289
ne meparoît pas raisonnable.Mais ne passerai-je pas dans votre esprit , Monsieur ,
pour une indiscrete de déclarer mon sentiment avec tant de liberté sur un Auteur
aussi célebre que M.de la Motte ? Ne pas- serois - je pas même pour une ingrate , si
vous sçaviez que c'est lui qui m'a adressé
les quatre Vers que vous avez peut- être
lû dans le Mercure de Janvier, page 75.
qu'y faire ? Je suis femme , et par conséquent peu maîtresse de me taire. De plus
j'ai vu le jour au milieu d'une nation, dont
la naïveté et la franchise ont toujours été
le partage. Mais il me souvient que vous
m'engagez sur la fin de votre Lettre à faire l'Epitaphe de M. de la Motte , je le devrois , ne fusse que pour me vanger de sa
politesse , je le devrois , je ne le puis. Cependant , attendez , révons un moment;
foy de Bretonne.voici tout ce que je sçau.
rois tirer de mon petit cerveau.
Cy git la Motte , dont le nom
Vola de Paris jusqu'à Rome ;
Etoit-il bon Poëte ? Non ,
Qu'importe Il étoit honnête homme,
Je ne doute point que cette Critique ne
souleve contre moiles trois quarts du Par
nasse. Les Partisans de M.de la Morte , et
peut-être vous-même me regarderez com
II.Vol. By me:
1290 MERCURE DE FRANCE
me une sacrilege. Ils diront qu'il ne m'appartient pas de mettre un pié profane dans le sanctuaire. Je commence par les :
avertir que je ne répondrai rien , c'est à- dire , que je me tairai si je le puis , sinon
on verra,furens quid fœmina possit. Eh !
depuis quand prétend- t- on ôter la liberté
de dire ce qu'on pense sur les Ouvrages
d'esprit?Les Loix de la critique sont comme celles de la Guerre ; il est permis de
tirer , mais il est défendu d'envenimer les
Bales. Pourquoi me feroit-on un crime
de prendre sur les Ouvrages de M. de la
Motte les mêmes droits qu'il s'est attribués sur ceux d'Homere, de Pindare, d'Anacréon , et des Latins et des François? Au
surplus si la critique est mal fondée , les
traits que lance le Censeur reviennent
sur lui. Si au contraire elle est judicieuse ,
les défauts qu'on fait appercevoir aux autres , servent à les corriger et à les rendre
amoureux du vrai beau et de la pure exactitude.
Je ne m'ennuye point avec vous , Monfeur , mais je crains que mes discours ne
'ous ennuyent; je ne dirai pas comme
Pascal, dans sa seiziéme Lettre:Je n'aifait
celle- ci plus longue que parce queje n'ai pas
eu le loisir de la faire plus courte. Je dirai
plutôt , comme dans sa huitiéme : Le pa- II.Vol.
Pier
JUIN. 1732. 1291
pier me manque toujours , et non pas les Passages et je ne fais cette Lettre si courte
que parce que je ne la veux pas faire plus
longue , dans la crainte que j'ai , ou que
sa prolixité ne la fasse rebuter de l'Auteur
du Mercure, ou que vous ne vous donniez
pas la peine dela lire jusqu'à la fin , et je
vous avoue que je vous en voudrois du
mal , d'autant plus que c'est ici que vous
trouverez ce que j'ai sur tout envie que
vous sçachiez , que je suis avec un parfait retour d'estime, Monsieur , votre treshumble , &c.
Au Croisic , ce 15 d'Avril , 1732.
la Vigne , à la Lettre que M Carrelet
de Hautefeuille lui a addressée dans le
Mercure de Janvier 1732. page 75.
Leine,Monsieur,de m'apportervos
E Seigneur Mercure s'est donné la
peine , Monsieur , de m'apporter vos
Poulets , vos Billets doux , vos Relations,
en un mot votre Lettre ; car cette Lettre
sçavante et polie renferme en elle toutes
ces especes', par les differentes matieres
qu'elle traitte , et par les tours ingénieux
dont elle est agréablement variée ; je me
Alatte aussi que ce fidele Messager , non
moins habile que gracieux , voudra bien
se charger de ma réponse.
Vous m'écrivez , Monsieur, qu'on vous
a volé ; vous ne pouviez vous addresser à
personne qui fut plus sensible à ce qui
vous touche, ni par conséquent plus portée à vous plaindre. Quoi ! Monsieur, on
K
II. Vol.
vous
JUIN. 1732. 1265
vous a volé ? On vous a volé , Monsieur?
Quel accident ! Quelle perfidie ! Quelle
cruauté ! Eh! que vous a- t - on volé ?
Grands Dieux ! Proh! Dii immortales ! Facinus indignum quod narras !
Ce n'est point deux Vers , une Strophe, un Madrigal, une Epigramme seulement: Ciel ! c'est sur une Ode entiere qu'on
a eu l'audace de mettre la main.
Le trait est noir ; oui , certes, et des plus
noirs. Ce sont- là de ces coups qu'un Poëte
supporte rarement avec patience, à moins
qu'il n'ait , comme vous , l'ame bourrée
d'une Jacque de Maille à la Stoïcienne.
Sans doute que le Voleur en faisant ce
larcin, s'étoit fondé sur ces deux premiers
Vers du 15 Chant de Roland le furieux.
Fù il vincer sempre mai laudabil cosa ,
Vinca si è per fortuna , o per ingegno.
L'Arioste me paroît avoir escroqué
cette pensée à Virgile , dans le 2. liv. de l'Enéïde.
Dolus an virtus , quis in hoste requirat ?
·
Cependant le voleur dont il s'agit ,' n'est
point pardonnable. C'est là mal interprêter la chose , et faire en matiere de
Lettres, ce que font les hérétiques en maII. Vol.
A v tiere
1266 MERCURE DE FRANCE
"
tiere de Religion, qui tournent et retournent certains Passages de tant de côtez
qu'ils leur trouvent à la fin un sens ambigu , et qui , quelque louche qu'il soit ,
leur paroît neanmoins d'accord avec leur
morale. Mais comme on ne les confond
ensuite , qu'en opposant citation contre
citation , authorité contre authorité , il
faut donc objecter aux Filoux du Parnasse
le sentiment d'un autre Italien. Auvertite
che voi vi vestite degli honori , e delle glorie
altrui , et v'attribuite quello che non è vostro. Voi sarete chiamati la cornacchia d'Esopo , et quello ch'è peggio , bisognerà restituire i furti con grandissimo scorno , e biasmo come suole intervenire a certi poetuzzi
moderni che alla scoperta rubbano a tutti ,
non rimanendo loro di proprio che la fatica , l'inchiestro , la carta , et il tempo gettato via.
Sérieusement , Monsieur , votre situation me paroît triste , et d'autant plus
qu'on ne croit pas toujours le plaignant
sur sa déposition. C'est vainement qu'il
dira , oui , Messieurs , je fis cette Strophe
un tel jour , à telle heure ; et la preuve ,
la voilà : Absorbé que j'étois dans la poëtique rêverie , je me rongeai les ongles
jusqu'au vif: Voyez - vous ? Regardez ,
ces deux doigts écorchez par le bout, sont
€
II. Vol. de
JUIN. 1732. 1267
de sûrs garans de la vérité de mes paroles.
Vains propos : Plus de la moitié de vos
juges ne sçauroient résoudre leurs doutes
et l'on balance toujours entre le proprié
taire et le voleur. Pour moi , si j'avois été
en votre place , j'aurois mis cent Mouches en campagne pour dénicher le Larron , et le faire sans délai convenir du
larcin.
J'aurois fait aussi- tot galopper sur sa trace
Le grand Prevôt du Parnasse,
Mais hélas ! que les choses sont aujourd'hui changées ; on insulte , on pille , on
brave Apollon sur son Thrône même.
La Marêchaussée du Pinde n'a plus la
force de cheminer. Plutus , le seul Plutus
sçait se faire obéïr , se faire craindre , se
faire rendre justice , et l'on prétend que
c'est lui qui la distribuë; quant aux Citoyens de la double Colline , l'équité ne
s'observe ni à leur égard , ni à l'égard de
leurs ouvrages. Un Financier au moyen
d'une douzaine de chiffres , voit pleuvoir à millier les Louis dans son Coffre
fort , et ce profit amené , ne sera souvent
le fruit que de quelques heures ; cependant un malheureux , nud jusqu'à la chemise,transsi defroid , demi mort de faim,
se glisse adroitement dans son Bureau ,
II. Vol A vj qu'il
1268 MERCURE DE FRANCE
qu'il écrême si peu que rien le superfluz
de son cher métail ; en court après , on
l'arrête , on l'emprisonne ; le coupable
n'est déja plus. Pourquoi ne poursuit- on
pas avec la même diligence et la même
sévérité les Voleurs des Ouvrages ingénieux ? L'Esprit est- il moins estimable
que l'or ?
Vilius argentum est auro , virtutibus aurum:
Un Financier a plutôt gagné vingt mil
le écus , qu'un Poëte n'a fait une belle:
Ode. Si le travail , si la difficulté donnele prix aux choses , les Métaux , les Diamans qui ne sont que de la bouë pétrifiée
et polie ensuite par l'Ouvrier , sont - ils
donc préférables aux pures et l'aborieuses
productions de l'ame.
Otempora! ô mores ! Depuis que les Boileaux , les Molieres , les Saint- Evremond,
ces Turennes , ces Condez du Parnasse
sont allez guerroyer dans les champs Eli-
-sées ; la licence et le désordre ont envahi le Païs des Lettres ; où la force manque, tout est toléré. Platon se détaille
en Comédies, les Lettres se composent en
Madrigaux , les Oraisons prétintaillées
sont toutes frisées d'antithéses , l'Historien passe avec rapidité sur la politique et
l'interressant , et se promene à pas comII.Vol.
ptez
JUIN. 17320 1269
ptez dans la région fleurie des descriptions , et passe de- là par une fausse porte
dans la grande contrée des digressions
vagues et inutiles.
Jugez , Monsieur , par la mauvaise humeur où je suis , combien votre malheur
m'a affligée ; ce qui redouble encore mon
chagrin, c'est d'apprendre de vous-même
que vous avez dit adieu au Parnasse.Quoi
le dépit d'avoir perdu une Ode , doit-il
vous porter à des extrémitez pareilles ?
La perte est réparable. Ne vous est-il pas
resté un Canif pour tailler votre Plume?
Mais avez-vous bien refléchi sur la résolution que vous vous imaginez avoir
prise ? Croyez-vous pouvoir tenir ferme
contre le penchant dont vous êtes l'esclave ? Je vous en défie , j'en ai dit tout autant que vous , cent et cent fois.
n'a
Verbaque pracipites diripuere noti.
J'ai trouvé que le feu Pere du Cerceau
pas eu tort d'écrire :
39 Qui fit des Vers , toujours des Vers fera,
C'est le Moulin qui moulut et moudra;
»Contre l'étoile il n'est dépit qui tienne ,
» Et je me cabre en vain contre la mienne.
Le P. du Cerceau a rendu par ces quaIL. Vol.
tre
1270 MERCURE DE FRANCE
tre Vers Marotiques , le Vers d'Horace
qui suit :
Naturam expellas furca tamen usque recurret.
Ce que je ne sçais quel autre a traduit
én deux Vers :
Quand , la Fourche à la main, nature on chase seroit >
Nature cependant toujours retourneroit.
Ovide , dont l'esprit est si fécond et si
délié , ce Poëte qui quelque sçavant qu'il
fut , devoit moins à l'Art qu'à la Nature. Ovide est forcé d'avouer que c'est en
vain qu'on tâche de combattre ce penchant imperieux.
At mihijam puero coelestia sacra placebant ,
Inque suum furtim Musa trahebat opus..
Sæpe Pater dixit , studium quid inutilè tentas ?
Moonides nullas ipse reliquit opes ,
Motus eram dictis , totoque Helicone relictor
Scribere conabar verba soluta modis,
Sponte sua carmen numeros veniebat adaptos
Quidquid tentabam scribere versus erat.………
Le Pere d'Ovide séche de chagrin de
voir son fils en proye à cette manie tirannique ; il ne néglige rien pour en rompre
les accès , il lui montre le vuide de cette
II. Vol. occu-
JUIN. 1732. 1271
Occupation aussi pénible qu'infructueuse.
L'exemple d'Homere qui vécut toujours
pauvre, malgré ses grands talens , lui sert
à prouver l'importante vérité de ses leçons salutaires. Il conseille , il commande, il prie , il menace, et s'emporte même
jusqu'à le maltraiter ; le fils paroît se rendre à la volonté du pere , et se croyant
déja le maître de sa passion , lui promet
de ne plus faire de Vers de sa vie.
•
C'est en Prose qu'il écrira désormais ,
le parti en est pris ; il faut que l'agréa
ble cede à l'utile , il n'y a plus à balancer.
En un mot , le voilà la plume à la main
résolu d'exécuter ce qu'il s'est proposé.
Mais qu'arrive-t- il ? La tête lui tourne , il
se figure écrire de la Prose, et ce sont des
Vers qui coulent sur le papier.
Quidquid tentabam scribere , versus erat.
Ovide ne péchoit point par ignorance,
et l'on a sans cesse répété depuis tant de
siècles , les deux Vers suivans , enfans de
sa veine : que l'esprit avoit été autrefois
plus précieux que l'or , mais qui dans le
temps présent , c'étoit être tout à-fait
barbare, que d'être entierement dépourvû des dons de la fortune.
Ingenium quondam fuerat preciosius auro.
II. Vol. Pour
1272 MERCURE DE FRANCE
Pour moi je crois que ce quondam , cet
autrefois , n'a jamais été.
At nunc barbaries grandis habere nihil.
Quant à ce Nunc , ce maintenant , je
crois qu'il a été de tout temps.C'est donc
en Ovide que la volonté est maîtrisée par
le temperament ; et c'est-là qu'on peut dire que le libre arbitre fait nauffrage.
Après tout , je conviens avec vous et
avec toutes les personnes sensées , que
quand on n'est pas né avec beaucoup de
bien, on doit tâcher d'arriver par les belles voyes à certaine fortune , à labri de
laquelle on puisse vivre à l'aise , et faire la
figure convenable à son rang.
Nil habet infelix paupertas durius in se
Quam quod ridiculos homines , facit.
La pauvreté est le plus grand des maux
qui soient sortis de la funeste Boëte de
Pandore , et l'on craint autant l'haleine
d'un homme qui n'a rien , que celle d'un
pestiferé.
Yo
Déplorons donc le sort de ceux qu'un
ascendant fatal attache à ce libertinage
d'esprit. Sénéque , ce Philosophe sentencieux , qu'on peut comparer au Rat hipo
crite , qui prêche la mortification dans
un Fromage de Hollande , ou à la four11. Vol.
mi,
JUIN. 1732. 1273
mi, qui fait l'éloge de l'abstinence, montée sur un tas de grain. Cet illustre Charlatan débitoit autrefois la morale austére,
qu'il nous a laissée dans ses Livres ; mais
y croyoit-on ? et pouvoit - on plutôt ne
pas mépriser un homme qui conseilloit
la sobriété , la bouche pleine , et la
vreté , tandis que ses coffres regorgeoient
de Richesses ? Nicolas de Palerme parloit
avec bien plus de sincerité , quand après
avoir lû un Livre, dans lequel on préténdoit que la pauvreté étoit un bien, il s'écria : Délivrez-moi d'un tel bien , ô mon
Dieu !
pauTravaillez , nous dit-on , divins éleves
des Muses , veillez , suez , frappez - vous
le front , mordez-vous les doigts , brisez
votre pupitre , au fort de votre entousiasme. Virum Musa beat. La gloire se
peut-elle achepter par trop de peines ?
Quel honneur! quel espoir que celui de se survivre éternellement à soi - même !
Erreur , folie , idée chimerique.
Gloria quantalibet quid erit , si gloria tantum est.
Ne vaut- il pas mieux vivre pendant
qu'on est en vie , et que l'on se sent vivre réellement : Homere , ce Chantre fameux , qui jadis entonnoit ses Rapsodies
sur les Ponts-Neufs des Villes de Gréce ;
II.Vol. en
1274 MERCURE DE FRANCE
en traîna- t-il de moins tristes jours , quoi
quele Supplément de Quinte- Curce nous
dise que ses Ouvrages se sont reposez
après sa mort , sous l'oreiller du Grand
Alexandre. On logea ses Poëmes dans des
Coffrets d'or , enrichis de Pierreries ; et
pendant qu'il vécut , à peine trouva- t- il
une Maison où se mettre à l'abri des injures de l'air ? Fecit enim nominis ejus claritas , ut quem virum rebus omnibus egentem nemo agnoverit , nunc multe Gracia ?
Urbes certatim sibi vindicent. Dante , dans
le 22 Chant du Purgatoire , désigne ainsi
cet illustre Poëter
QuelGreco
Chele Muse lattar più ch'altro mai.
Pour moi , je dis que si les Muses sont
des Nourrices , ce ne sont que des Nousrices séches ; leurs Nourrissons s'attendent
à recueillir un aliment qui les rassasie
mais au lieu de lait , ils n'en tirent que du
vent qui les fatigue et les extenue. Ceci
revient à l'endroit de votre Lettre , où
vous dites agréablement en Vers , que les
Poëtes ne moissonnent que du vent avec
leur plume. Ainsi je crois qu'on les peut
appeller des Instrumens à vent , qui ne
rendent que du vent , ne travaillent que
pour du vent , et ne sont récompensez
II. Volo que
JUIN. 1732. 1275 1
que de vent; disons donc avec Pétronne :
Heu! ast heu! utres inflati sumus , minoris
quàm Muscasumus, tamen aliquamvirtutem
habent , nos non pluris quam bulla. Voici
une Boutade de ma façon à ce sujet :
si le vent est la nourriture ,
Des Bourgeois malheureux du stérile Hélicon;.
Ils devroient , au lieu d'Apollon ,
Pour ne point manquer de Pâture ,
D'Eole le venteux , avoir fait leur Patron.
Plusieurs Singes du Docte Erasme , se
sont émancipez de nos jours , à faire divers éloges pointilleux , de l'Yvresse , du
Mensonge , de Rien , de quelque chose ,
et nombre d'autres bagatelles bizarres
dans le même goût; mais je n'en vois point
qui se plaisent à faire l'éloge de la Pauvreté; Paupertas habet scabiem. Juvenal ,
ce grondeur éternel , cet impitoïable censeur des mœurs de son siècle , ne sçauroits'empêcher de sortir de sa Philosophie , et
de soupirer après les biens de la fortune ;
il déteste la pauvreté, il déplore la misere
du Poëte Stace , et sa septiéme Satyre est
toute farcie de plaintes.
Frange miser calamos , vigilataque prælia dele ,
Quifacis in parva sublimia carmina cella ,
Ut dignus venias hederis et imagine macrâ :
II. Vol.
Spes
1276 MERCURE DE FRANCE
Spes nulla ulterior , didicit jam dives avarus
Tantum admirari, tantùm laudare disertos,
Ut pueri ,junonis avem.
Cette matiere est si- bien traitrée dans
cette Satyre, qu'elle mériteroit d'être rapportée toute entiere , si cet Auteur n'étoit entre les mains de tout le monde : La
pauvreté, dit-on, est la Mere des Arts.
Labor omnia vincit
Improbus, et duris urgens in rebus egestas.
Oui , la Mere des Arts mécaniques ; un
Manœuvre vit du travail de ses mains ;
mais les Poëmes ne se vendent point en
détail , si ce n'est chez les Marchands de
Drogues. Cette réfléxion me donne lieu de
rapporter la Parodie que j'ai faite de quelques-unes des belles Stances de Rousseau:
Que l'homme , &c.
Qu'un Livre est bien pendant sa vie
Un parfait miroir de douleurs
En naissant sous la Presse il crie ,
Et semble prévoir ses malheurs.
諾
Un Essain d'insolens Censeurs .
D'abord qu'il commence à paroître ,
<
II. Vol. En
JUIN. 1732. 1277
En dégoute les achepteurs ,
Qui le blament sans le connoître.
A la fin pour comble de maux ,
Un Droguiste qui s'en rend maître ,
En habille Poivre et Pruneaux ;
C'étoit bien la peine de naître.
On raconte que Zeuxis faisoit une telle
estime de ses peintures,que s'il ne les pouvoit bien vendre,il aimoit mieux les donner que d'en retirer un prix médiocre.
Les Auteurs n'ont point cette alternative,
et le Libraire s'imagine les trop payer encore , en leur donnant un petit nombre
d'Exemplaires. Il arrive même que le Libraire se ruine à force de faire gémir la
Presse. A qui donc se doit imputer la
cause d'un pareil dérangement? A la corruption du goût , au grand nombre de
Brochures ridicules , de Romans monstrueux qui s'impriment tous les jours , et
qui se vont effrontément placer dans la
Boutique, à côté des la Bruyeres, des Pascals , des Corneilles , des Molieres , des
Fénelons , des Rousseaux , des Voltaires ,
et des autres Ecrivains du premier Ordre.
Ce queje trouve de pis, c'est que tous ces
vils Auteurs communiquent leur Lépre
II, Vol. aux
178 MERCURE DE FRANCE
aux autres par le voisinage. L'Ignorance
vient ensuite , et sa main confondant
ce qu'il y a de pitoyable avec ce qu'il y a
d'exquis , recueille l'Ivraye, tandis qu'elle
néglige et qu'elle laisse le Froment le plus
pur. S'il y avoit des Protecteurs d'un certain esprit, qui sçussent peser les Ouvrages au poids du discernement , pour en
récompenser les Auteurs avec bonté et
justice , les mauvais tomberoient , et les
bons se multipliroient. Les Virgiles ne manquent point quand il y a des Méce- *
nas.C'est ce que dit Martial dans un Vers
de ses Epigrammes , et je me suis égayée
à paraphraser ce Vers en notre langue.
Sint Maecenates , non deerunt , Flacce , Marones.
Aujourd'hui les Seigneurs ne donnent
Aux Doctes ni maille ni sou ,
Par quoi pour aller au Perou ,
Beaux Esprits , Parnasse abandonnent
Mais quand les Mécenas , foisonnent ,
De Virgiles on trouve prou.
Virgile , l'Aigle des genies superieurs eut la satisfaction de voir son merite reconnu et recompensé. Servius rapporte ,
que les presens que lui firent Octave
Cesar et Mécenas, furent de si grande va
leur , que sa fortune monta en peu de
II.Vol. temps
JUIN. 1732. 1279
temps jusqu'à six mille Sesterces ; il étoit
aimé et honoré à Rome, il y avoit même
un Palais magnifique. Un jour il prononça en présence de l'Empereur et d'Octavie , mere de Marcellus , quelques Vers
de l'Enéïde ; quand il fut à l'endroit du
sixiéme Livre , où il parle de la mort de
Marcellus , d'une maniere si élégante et
si pathétique , le cœur d'Octavie en fut si
vivement touché , qu'elle tomba évanoüie , et revenant à soi , comme son évanoüissement l'avoit empêchée d'entendre
douze Vers , elle fit donner à Virgile dix
Sesterces par chaque. Quels présens n'at-on point fait depuis àSannazar ; et de
quel prix n'a-t- on point honoré sa belle
Epigramme sur la Ville de Venise ? Sa
reputation en imposoit tellement qu'il
suffisoit qu'une piéce passat pour sienne ,
pour être jugée excellente. Ce trait singulier a été remarqué par le Comte Baldessar Castiglione , dans son Courtisan.
Essendo appresentati alcuni versi sotto il no
ma del Sannazaro , à tulti par vero motto
excellenti , e furono laudati con la Meraviglie è esclamationi ; poi sapendosi per certo ,
che erano d'un altro , Persero subito la re
putatione , et par vero meno che mediocri.
Charles IX. aimoit les Lettres , mais il
étoit tres réservé dans ses récompenses.
II. Vol. Ce
1280 MERCURE DE FRANCE
les
Ce Prince , dit Brantome , aimoit fort les
Vers, et récompensoit ceux qui lui en présentoient , non pas tout à coup , disant que
Poëtes ressemblent les Chevaux , qu'ilfalloit
nourrir , non pas trop saouller , ni engraisser,
car après il ne valent plus rien. Je crois
que ni vous ni moi ne sommes trop contens de sa comparaison , et ce Prince s'étoit peut-être encore figuré qu'il en est
des Poëtes, comme des Maîtres de Danse,
qui , pour bien exercer leur Métier , doivent avoir la taille légere. Hélas ! pour
un petit nombre de Poëtes à qui la Fortune a fait part de ses faveurs ; combien
y en a- t il eu de malheureux,jusqu'à manquer du necessaire ? Consultez là- dessus
les mélanges d'Histoire et de Litterature
de Vigneul Marville. Parmi la multitude
des Sçavans infortunez dont il parle , je
me suis principalement attendrie sur la
déplorable condition du Tasse dont j'adore l'Aminte et la Jerusalem délivrée.
Le Tasse , dit ce Compilateur , étoit réduit à une si grande extrémité , qu'il fut
obligé d'emprunter un écu d'un ami pour
subsister pendant une semaine, et de prier
sa Chatte , par un joli Sonnet , de lui
prêter la nuit la lumiere de ses yeux , non
havendo candele per iscrivere i suoi versi. ·
Nous avons eu quelques Poëtes en France,
II. Vol. envers
JUIN. 1732. 1281
envers lesquels on a vû les Grands signader leur goût , ou plutôt leur caprice ; et
Desportes est plus célebre aujourd'hui par
les pensions et les présens qui lui furent
faits , que par ses Poësies.
Le jugement de l'Homme , ou plutôt son caprice,
Pour quantité d'esprits , n'a que de l'injustice.
Cor. la Gal. du Pal. act. 1. sect. 7. ,
Chapelain , dont on peut dire qu'il nâquit parfaitement coiffé, quoique suivant
la Parodie de Despréaux , il ne porta jamais qu'une vieille Tignasse : Chapelain
eut plus de bonheur que nul autre ; car
il se vit payé par avance , de l'intention
qu'il avoit de donner un Poëme excellent;
joüit pendant vingt ans d'une grosse
pension , et son intention mal exécutée
le rendit à la fin possesseur d'une fortune
considérable , tandis que Corneille et Patru pouvoient à peine fournir aux besoins
dont la nature nous a faits les esclaves.
·
D'autres Auteurs ont vû le fruit de
leurs veilles se borner aux attentions, aux
caresses des Grands . Cela flatte d'abord la
vanité ; mais de retour chez soi , on n'y est
pas un instant , sans en appercevoir le
vuide dans toute son étenduë. Trente
baisers , plus doux encore que celui dont
II.Vol B Mar-
1282 MERCURE DE FRANCE
Marguerite d'Ecosse régala Alain Chartier , ne feront point une vie gracieuse à
un Poëte , si l'on s'en tient aux démonstrations extérieures. On n'est point avare
à notre égard de complimens et de ceremonies , et l'on nous traite à la façon des
Morts , avec de l'eau benite. Peut - être
aussi que les bons Poëtes ayant été comparez aux Cigales , par quelques Anciens ,
car les mauvais leur ont été comparez
par d'autres ) on s'est figuré , que comme
elles , ils ne doivent vivre que de rosée.
Hoggi è fatta ( ô secolo inhumano
L'Arte del Poetar troppo infelice
Tuto nido , esca dolce , aura cortese,
Bramano i cigni , è non si vàin Parnasso ,
Con le cure mordaci, è chi pur garre ,
Semper col suo destino , è col disagio ,
Vien roco , è perde il canto , è lafavella.
GUARINI.
Mais , ne direz-vous pas , Monsieur , en
lisant ma longue Lettre , que c'est moi
qui pour mon babil , dois être mise en
parallele avec les Cigales de la derniere
espece ; j'en conviens avec vous , et je ne
nie pas que je ne scis de mon sexe tout
comme une autre,Prenez donc encore une
prise de Tabac pour vous réveiller et vous
II.Vol. forti-
JUIN. 1732. 1283
fortifier un peu contre l'ennui que vous
pourroient causer quelques lignes qu'il
me reste à écrire.
J'en reviens à l'adieu que vous prétendez dire aux neufSœurs ; permettez- moi
de vous assurer derechef¸ que c'est en
vain que vous vous le persuadez ; vous
ferez comme le Poëte Mainard , vous ré.
péterez inutilement , en prenant congé d'elles :
Je veux pourtant quitter leur bande ,
L'Art des Vers est un art divin , '
Mais leur prix est une Guirlande ,
Qui vaut moins qu'un bouchon à vin.
Vos efforts révolteront votre penchant
contre vous , et ne serviront qu'à rendre
sa rebellion plus opiniâtre; votre raison
même trop amoureuse de la rime , n'entendra plus vos cris , et ne pourra se résoudre à faire divorce avec elle. Mais
Monsieur, vous vous plaignez d'avoir été
dolié par la nature d'un mérite inutile an
bonheur de votre vie : Vous vous plaignez ! Eh, croyez vous être le seul à qui
la cruauté du sort a laissé le droit de le
maudire. Ma situation , par exemple, n'estelle point encore plus fâcheuse que la vô
tre? Je ne suis jamais sortie de ma Province,
presque toujours exilée dans le sein de
II.Vol. Bij ma
1284 MERCURE DE FRANCE
ma Patrie ; triste habitante d'un Port de
Mer , où les Lettres sont , pour ainsi dire,
ignorées: J'y avois un compatriote, un illustre ami , M. Bouguer , ce Mathématicien fameux , que l'Académie des Sciences , qui l'a couronné trois fois , a reçu au
nombre de ses Membres , au grand contentement de ses Rivaux découragez ,
mais il n'est plus de notre païs ; le Havre
de Grace nous l'a envié , et il y professe
aujourd'hui l'Hydrographie ; nous avons
pourtant en son frere ,qui remplit sa place avec honneur , une digne portion de
lui-même. Le peu de réputation que j'ai
je ne la dois qu'à moi seule et à deux cens
volumes François , Grecs traduits , Latins
et Italiens, qui forment ma petite Bibliotheque. La nombreuse famille dans laquelle je suis née ( comme vous l'avez pâ
voir dans mon Ode , sur la mort de mon
pere ) ne me laisse point assez de superAlu pour faire le voyage de Paris. Cependant Baile , dans son Dictionaire, au mot
le Païs , veut que les Parisiens n'estiment
point un Ouvrage en notre langue , s'il
n'est conçu dans l'enceinte de leur Ville ,
ou du moins s'il n'y a reçu les derniers
coups de lime.
Après tout , les injures que vous dites
àla Poësie ne me paroissent pas des mieux
II. Vol. fondées
JUIN 17328 1285
fondées , s'il est vrai qu'en rimant en or,
vous ayez trouvé la Pierre Philosophale.
Je vous avouerai pourtant que cela ne me
paroît pas naturel ; il faut absolument
qu'il y entre de l'abracadabra, ou que vous
fassiez usage de partie des Sortileges dont
le Cavalier Marin nous a donné une longue liste , dans le 13 chant de l'Adone.
Suggelli , è Rombi , è Turbini , è figure.
Il y a même dans votre projet d'autant
plus de difficulté , que les rimes en or sont
tres-rares. Richelet , ce curieux trésorier
des mots , s'est épuisé à faire la recherche
de ces rimes dorées , et n'en a pû trouver
qu'environ une demie douzaine , si vous
en exceptez les noms propres
*
Vous voulez donc rimer en or ,
La rime en or est difficile ,
Et ne vous permet pas de prendre un libre es
sor ,
Mais sçavez-vous pourquoi cette rime est sté- rile ?
C'est qu'Apollon voyant qu'à la Cour,à la Ville,
Rarement à rimer on amasse un trésor ,
Ce Dieu prudent , jugea qu'il étoit inutile
De vouloir fabriquer tant de rimes en or.
J'ai de plus un avis à vous donner en
II. Vol.
amie , B iij
T286 MERCURE DE FRANCE
amie , qui est que si en rimant en or , vous avez le moyen de gagner de l'or , vous
vous donniez bien de garde de dire votre
secrettrop haut;les autres l'apprendroient,
et vous sçavez que le grand nombre d'ou
vriers fait diminuer le prix des marchandises.
Il me reste à vous parler de M. de la
Motte , dont votre Lettre m'a appris la
mort. J'ai remarqué dans les Livres de cet
Académicien , un esprit exact , un jugement profond , des pensées solides , avec
un certain air de probité qui ne regnoit
pas moins , nous dit on , dans son cœur ,
que dans ses. divers Ouvrages. Cette derniere qualité est sur tout estimable. Un
Auteur est exempt d'excuser son cœur en
accusant sa plume , comme fait Martiak
dans une Epigramme.
Est lasciva mihi pagina , vita proba.
Ce que Mainard a traduit si gaillardement , que la modestie de mon sexe ne
me permet pas de le citer , dautant que
l'obscenité est dans les termes. Parti tunicam prætende tegenda. Je ne sçaurois passer la grossiereté des expressions en quelque langue que ce soit , et ce défaut est
moins pardonnable aux François qu'aux
autres ; notre Nation surpassant en poliII. Vol.
tesse
JUIN. 1732.
1287
tesses les anciens Romains même. Il en est
des Vers comme d'une Lettre polie ; il
leur faut une enveloppe.Personne ne prise
plus que moi les Epigrammes de Rousseau ; je ne m'offense pas jusqu'à faire la
grimace , en lisant quantité de ces petites
Piéces , dont le sens est un peu libertin ,
mais je ne sçaurois souffrir celles où la pudeur est directement heurtée par les termes. Boileau , dans le 2 chant de son Art
Poëtique , ne permet point en notre langue ces libertez d'expression qu'il tolere
en Catule et en Pétronne.
Le Latin dans les mots brave l'honnêteté ,
Mais le Lecteur François veut être res pecté.
Ma façon d'écrire vous paroîtra singu
lieure , Monsieur ; je cours çà et là , sans
tenir de route certaine , et comme si j'érois enfoncée dans un Labirinte, je quitte
une allée pour en enfiler une autre je
m'égare , je retourne sur mes pas ; faisant
de cette maniere beaucoup de chemin ,
sans beaucoup avancer.
Or pour en revenir à M. de la Motte ,
après avoir loué ce que j'ai trouvé d'admirable en lui , dût - on me faire mont
procès , il faut que j'avoue ce qui m'a déplu. Je dis donc qu'il est trop gravement
II.Vol. Biiij moral
1288 MERCURE DE FRANCE
moral dans ses Odes , que son stile est
triste , que , que la Poësie languit dans ses Tragédies, que ses Fables ne sont point naïves , et que ce n'est que dans quelques endroits de ses Opéra que je découvre les
étincelles du beau feu qui caractérise le
Poëte. Le Quattrain qui suit , et que vous
citez dans votre Lettre , n'est pas de mon
goût , n'en déplaise aux Manes de M. de
la Motte.
»Vous loüez délicatement
"Une Piéce peu délicate ,
>> Permettez-moi que je la datte
- Du jour de votre compliment.
Je n'entends gueres ces quatre Vers ,
et il me paroît que le bon sens de M. de
la Motte a fait un faux pas en cette occasion. Vous me marquez qu'ayant lû une
Piece infiniment délicate , vous dites à M.
de la Motte qu'il falloit qu'elle fut de lui
ou de M. de Fontenelles que répond t- id
dans son Quattrain impromptu , sinon ,
1º. que cette Piéce qu'il avoit trouvée de
mauvais aloi auparavant , devient bonne,
parce que vous avez crû qu'elle étoit de
lui ou de M. de Fontenelle. 2°. Qu'elle
n'est bonne que du jour de votre compliment , et que c'est ce compliment qui
fait une partie de sa bonté. En verité cela
II. Vol. ne
JUIN. 1732. 1289
ne meparoît pas raisonnable.Mais ne passerai-je pas dans votre esprit , Monsieur ,
pour une indiscrete de déclarer mon sentiment avec tant de liberté sur un Auteur
aussi célebre que M.de la Motte ? Ne pas- serois - je pas même pour une ingrate , si
vous sçaviez que c'est lui qui m'a adressé
les quatre Vers que vous avez peut- être
lû dans le Mercure de Janvier, page 75.
qu'y faire ? Je suis femme , et par conséquent peu maîtresse de me taire. De plus
j'ai vu le jour au milieu d'une nation, dont
la naïveté et la franchise ont toujours été
le partage. Mais il me souvient que vous
m'engagez sur la fin de votre Lettre à faire l'Epitaphe de M. de la Motte , je le devrois , ne fusse que pour me vanger de sa
politesse , je le devrois , je ne le puis. Cependant , attendez , révons un moment;
foy de Bretonne.voici tout ce que je sçau.
rois tirer de mon petit cerveau.
Cy git la Motte , dont le nom
Vola de Paris jusqu'à Rome ;
Etoit-il bon Poëte ? Non ,
Qu'importe Il étoit honnête homme,
Je ne doute point que cette Critique ne
souleve contre moiles trois quarts du Par
nasse. Les Partisans de M.de la Morte , et
peut-être vous-même me regarderez com
II.Vol. By me:
1290 MERCURE DE FRANCE
me une sacrilege. Ils diront qu'il ne m'appartient pas de mettre un pié profane dans le sanctuaire. Je commence par les :
avertir que je ne répondrai rien , c'est à- dire , que je me tairai si je le puis , sinon
on verra,furens quid fœmina possit. Eh !
depuis quand prétend- t- on ôter la liberté
de dire ce qu'on pense sur les Ouvrages
d'esprit?Les Loix de la critique sont comme celles de la Guerre ; il est permis de
tirer , mais il est défendu d'envenimer les
Bales. Pourquoi me feroit-on un crime
de prendre sur les Ouvrages de M. de la
Motte les mêmes droits qu'il s'est attribués sur ceux d'Homere, de Pindare, d'Anacréon , et des Latins et des François? Au
surplus si la critique est mal fondée , les
traits que lance le Censeur reviennent
sur lui. Si au contraire elle est judicieuse ,
les défauts qu'on fait appercevoir aux autres , servent à les corriger et à les rendre
amoureux du vrai beau et de la pure exactitude.
Je ne m'ennuye point avec vous , Monfeur , mais je crains que mes discours ne
'ous ennuyent; je ne dirai pas comme
Pascal, dans sa seiziéme Lettre:Je n'aifait
celle- ci plus longue que parce queje n'ai pas
eu le loisir de la faire plus courte. Je dirai
plutôt , comme dans sa huitiéme : Le pa- II.Vol.
Pier
JUIN. 1732. 1291
pier me manque toujours , et non pas les Passages et je ne fais cette Lettre si courte
que parce que je ne la veux pas faire plus
longue , dans la crainte que j'ai , ou que
sa prolixité ne la fasse rebuter de l'Auteur
du Mercure, ou que vous ne vous donniez
pas la peine dela lire jusqu'à la fin , et je
vous avoue que je vous en voudrois du
mal , d'autant plus que c'est ici que vous
trouverez ce que j'ai sur tout envie que
vous sçachiez , que je suis avec un parfait retour d'estime, Monsieur , votre treshumble , &c.
Au Croisic , ce 15 d'Avril , 1732.
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Résumé : RÉPONSE DE Mlle de Malcrais de la Vigne, à la Lettre que Mr Carrelet de Hautefeüille lui a addressée dans le Mercure de Janvier 1732. page 75.
Mlle de Malerais de la Vigne répond à la lettre de M. Carrelet de Hautefeuille, publiée dans le Mercure de janvier 1732, exprimant sa surprise et sa sympathie après avoir appris qu'une ode lui a été volée. Elle compare ce vol à une perfidie et une cruauté, soulignant que les poètes supportent rarement de tels actes avec patience. Elle critique le voleur, le comparant à des hérétiques qui interprètent les textes à leur convenance. Elle déplore la situation actuelle où les auteurs ne sont pas protégés et où la justice n'est pas rendue de manière équitable. Mlle de Malerais de la Vigne évoque également la difficulté de prouver la propriété d'une œuvre volée, comparant cela à une situation judiciaire où le plaignant n'est pas toujours cru. Elle regrette que les auteurs ne soient pas défendus avec la même rigueur que les financiers. Elle critique la société actuelle où les lettres et les arts sont dévalorisés et où la licence et le désordre règnent. Elle exhorte M. Carrelet de Hautefeuille à ne pas abandonner la poésie, soulignant que le penchant pour l'écriture est irrésistible. Elle cite plusieurs auteurs, dont Ovide et Horace, pour illustrer cette idée. Elle conclut en déplorant le sort des poètes, souvent méprisés et mal récompensés, et en comparant les Muses à des nourrices sèches qui ne donnent que du vent. Le texte traite de la condition des poètes et de la pauvreté, souvent glorifiée mais difficile à vivre. Juvenal, malgré son cynisme, déplore la misère des poètes. La pauvreté est décrite comme la mère des arts mécaniques, mais les poèmes ne se vendent pas facilement. Le texte critique la corruption du goût et la prolifération de mauvais ouvrages qui nuisent aux bons auteurs. Il évoque également l'importance des mécènes, comme Mécène pour Virgile, et la reconnaissance tardive ou insuffisante des poètes. Des exemples historiques, comme le Tasse et Desportes, illustrent les difficultés financières des poètes. Le texte se termine par une réflexion sur la rarité des rimes en or et l'importance de garder secrets les moyens de réussite. Le texte est une lettre datée de juin 1732, dans laquelle l'auteur discute de la grossièreté des expressions dans la langue française, soulignant que les Français devraient surpasser les anciens Romains en politesse. L'auteur apprécie les épigrammes de Rousseau mais condamne celles qui heurtent la pudeur. Il critique également le style de M. de la Motte, le trouvant trop moral et triste dans ses odes, et manque de naïveté dans ses fables. L'auteur avoue ne pas apprécier un quatrain de M. de la Motte, le jugeant peu raisonnable. Elle exprime son sentiment librement, malgré la célébrité de M. de la Motte, et compose une épitaphe humoristique pour lui. Elle défend son droit à critiquer les œuvres d'esprit, comparant les lois de la critique à celles de la guerre. L'auteur conclut en espérant que sa lettre ne soit pas ennuyeuse et exprime son estime pour le destinataire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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43
p. 1887-1891
RÉPONSE A Mlle de Malcrais de la Vigne, par M. de Voltaire, en lui envoyant la Henriade et l'Histoire de Charles XII.
Début :
Toy, dont la voix brillante a volé sur nos Rives, [...]
Mots clefs :
Voix brillante, Art de plaire, Charles XII, Henry IV, Vers, Science, Esprits, Muses, Beaux-arts, Captivité
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE A Mlle de Malcrais de la Vigne, par M. de Voltaire, en lui envoyant la Henriade et l'Histoire de Charles XII.
REPONSE
A Me de Malcrais de la Vigne , par
M. de Voltaire , en lui envoyani la
Henriade et l'Histoire de Charles XI I.
T
Oy, dont la voix brillante a volé
sur nos Rives ,
Toi , qui tiens dans Paris nos Muses attentives ,
Qui sçais si bien associer ,
Et la science et l'art de plaire ,
A ij Et
1888 MERCURE DE FRE
Et les talens de Deshoulieres ,
Et les études de Dacier ,
J'ose envoyer aux pieds de ta Muse divine ,
Quelques foibles Ecrits , enfans de mon repos ;
Charles fut seulement l'objet de mes travaux.
Henry quatre fut mon Heros ,
Et tu seras mon Héroïne.
En te donnant mes Vers , je te veux avoüer ,
Ce que je suis , ce que je voudrois être ,
Te peindre ici mon ame et te faire connoître ,
Celui que tu daignas loüer.
'Apollon présidoit au jour qui m'avu naître;
J'aurai vudans trois ans passer quarante hyvers.
Au sortir du Berceau j'ai bégayé des Vers.
Bien tôt ce Dieu puissant m'ouvrit son Sanc ruaire ;
Mon cœur vaincu par lui fut soumis à sa Loi.
D'autres ont fait des Vers par le desir d'en faire ;
Je fus Poëte malgré moi.
Tous les goûts à la fois sont entrez dans mon ame ;
Tout Art à mon hommage, et tout plaisir m'en- flamme ;
La Peinture me charme; On me voit quelquefois
Au
SEPTEMBRE. 1732. 1889
Au Palais de Philippe , ou dans celui des Rois ,
Sous les efforts de l'Art , admirer la Nature.
Du brillant Cagliari , * saisir l'Esprit divin ,
Et devorer des yeux la touche noble et sûre ,
De Raphaël et du Poussin.
De ces Apartemens qu'anime la Peinture ,
Sur les pas du Plaisir je vole à l'Opera ;
J'applaudis tout ce qui me touche :
La fertilité de Campra ,
La gayeté de Mouret , les graces de Destouches.
Pelissier par son Art , le Maure par sa voix.
L'agile Camargo, Sallé l'Enchanteresse ,
Cette austere Sallé faite pour la tendresse ,
Tour à tour ont mes vœux, et suspendent mon
choix.
Quelquefois embrassant la science hardie ,
Que la curiosité ,
Honora par vanité ,
Du nom de Philosophie ,
Je cours après Newton dans l'abîme des Cieux.
Je veux voir si des nuits la courriere inégale ,
Par le pouvoir changeant d'une force centrale ,
Paul Veronese.
A iij En
1890 MERCURE DE FRANCE
En gravitant vers nous s'approche de nos yeux ,
Et pese d'autant plus qu'elle est près de ces lieux
Dans les limites d'une ovale.
J'en entends raisonner les plus profonds esprits ;
Je les vois qui des Cieux franchissent l'intervale ,
Et je vois avec eux que je n'ai rien compris.
De ces obscuritez je passe à la morale ;.
Je'lis au cœur de l'homme, et souvent j'en rougis
J'examine avec soin les informes Ecrits ,
Les monumens épars et le stile énergique ,
De ce fameux Pascal , ce dévot satyrique.
Je vois ce rare esprit trop prompt à s'eflammer.
Je combats ses rigueurs extrêmes,
Il enseigne aux humains à se haïr eux-mêmes ;
Je voudrois, s'il se peut, leur apprendre à s'aimer..
Ainsi mes jours égaux , que les Muses remplis- sent ,
Sans soins , sans passions, sans préjugez fâcheux ,
Commencent avec joye , et vivement finissent ,
Par des soupers délicieux .
L'amour dans mes plaisirs ne mêle plus ses peines ;
J'ai quitté prudemment ce Dieu qui m'a quitté.
J'ai passé l'heureux temps fait pour la volupté .
*Les Pensées de M. Pascal.
Il
SEPTEMBRE. 7732. 18 ) F
Il est donc vrai , grands Dieux , il ne faut plus
que j'aime !
La foule des beaux Arts dont je veux tour à tour,
Remplir le vuide de moi- même ,
N'est point encor assez pour remplacer l'Amour
Je fais ce que je puis , hélas ! pour être sage ,
Pour amuser ma liberté ;
Mais si quelque jeune Beauté
Empruntant ta vivacité ,
Me parloit ton charmant langage
Je rentrerois bien- tôt dans ma captivité.
A Paris ce 15. Août 1732
A Me de Malcrais de la Vigne , par
M. de Voltaire , en lui envoyani la
Henriade et l'Histoire de Charles XI I.
T
Oy, dont la voix brillante a volé
sur nos Rives ,
Toi , qui tiens dans Paris nos Muses attentives ,
Qui sçais si bien associer ,
Et la science et l'art de plaire ,
A ij Et
1888 MERCURE DE FRE
Et les talens de Deshoulieres ,
Et les études de Dacier ,
J'ose envoyer aux pieds de ta Muse divine ,
Quelques foibles Ecrits , enfans de mon repos ;
Charles fut seulement l'objet de mes travaux.
Henry quatre fut mon Heros ,
Et tu seras mon Héroïne.
En te donnant mes Vers , je te veux avoüer ,
Ce que je suis , ce que je voudrois être ,
Te peindre ici mon ame et te faire connoître ,
Celui que tu daignas loüer.
'Apollon présidoit au jour qui m'avu naître;
J'aurai vudans trois ans passer quarante hyvers.
Au sortir du Berceau j'ai bégayé des Vers.
Bien tôt ce Dieu puissant m'ouvrit son Sanc ruaire ;
Mon cœur vaincu par lui fut soumis à sa Loi.
D'autres ont fait des Vers par le desir d'en faire ;
Je fus Poëte malgré moi.
Tous les goûts à la fois sont entrez dans mon ame ;
Tout Art à mon hommage, et tout plaisir m'en- flamme ;
La Peinture me charme; On me voit quelquefois
Au
SEPTEMBRE. 1732. 1889
Au Palais de Philippe , ou dans celui des Rois ,
Sous les efforts de l'Art , admirer la Nature.
Du brillant Cagliari , * saisir l'Esprit divin ,
Et devorer des yeux la touche noble et sûre ,
De Raphaël et du Poussin.
De ces Apartemens qu'anime la Peinture ,
Sur les pas du Plaisir je vole à l'Opera ;
J'applaudis tout ce qui me touche :
La fertilité de Campra ,
La gayeté de Mouret , les graces de Destouches.
Pelissier par son Art , le Maure par sa voix.
L'agile Camargo, Sallé l'Enchanteresse ,
Cette austere Sallé faite pour la tendresse ,
Tour à tour ont mes vœux, et suspendent mon
choix.
Quelquefois embrassant la science hardie ,
Que la curiosité ,
Honora par vanité ,
Du nom de Philosophie ,
Je cours après Newton dans l'abîme des Cieux.
Je veux voir si des nuits la courriere inégale ,
Par le pouvoir changeant d'une force centrale ,
Paul Veronese.
A iij En
1890 MERCURE DE FRANCE
En gravitant vers nous s'approche de nos yeux ,
Et pese d'autant plus qu'elle est près de ces lieux
Dans les limites d'une ovale.
J'en entends raisonner les plus profonds esprits ;
Je les vois qui des Cieux franchissent l'intervale ,
Et je vois avec eux que je n'ai rien compris.
De ces obscuritez je passe à la morale ;.
Je'lis au cœur de l'homme, et souvent j'en rougis
J'examine avec soin les informes Ecrits ,
Les monumens épars et le stile énergique ,
De ce fameux Pascal , ce dévot satyrique.
Je vois ce rare esprit trop prompt à s'eflammer.
Je combats ses rigueurs extrêmes,
Il enseigne aux humains à se haïr eux-mêmes ;
Je voudrois, s'il se peut, leur apprendre à s'aimer..
Ainsi mes jours égaux , que les Muses remplis- sent ,
Sans soins , sans passions, sans préjugez fâcheux ,
Commencent avec joye , et vivement finissent ,
Par des soupers délicieux .
L'amour dans mes plaisirs ne mêle plus ses peines ;
J'ai quitté prudemment ce Dieu qui m'a quitté.
J'ai passé l'heureux temps fait pour la volupté .
*Les Pensées de M. Pascal.
Il
SEPTEMBRE. 7732. 18 ) F
Il est donc vrai , grands Dieux , il ne faut plus
que j'aime !
La foule des beaux Arts dont je veux tour à tour,
Remplir le vuide de moi- même ,
N'est point encor assez pour remplacer l'Amour
Je fais ce que je puis , hélas ! pour être sage ,
Pour amuser ma liberté ;
Mais si quelque jeune Beauté
Empruntant ta vivacité ,
Me parloit ton charmant langage
Je rentrerois bien- tôt dans ma captivité.
A Paris ce 15. Août 1732
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Résumé : RÉPONSE A Mlle de Malcrais de la Vigne, par M. de Voltaire, en lui envoyant la Henriade et l'Histoire de Charles XII.
Dans une lettre datée du 15 août 1732, Voltaire adresse à Madame de Malcrais de la Vigne deux de ses œuvres, 'L'Henriade' et 'L'Histoire de Charles XII'. Il exprime son admiration pour la muse de Madame de Malcrais et partage ses aspirations et talents variés. Voltaire mentionne avoir écrit des vers dès son jeune âge, inspiré par Apollon. Il décrit ses multiples intérêts, allant de la poésie à la peinture, en passant par la musique et la philosophie. Il admire les œuvres de Raphaël, Poussin, Campra, Mouret, Destouches, ainsi que les danseurs Camargo et Sallé. Voltaire s'intéresse également aux découvertes scientifiques de Newton et aux pensées de Pascal, bien qu'il critique les rigueurs extrêmes de ce dernier. Il conclut en affirmant que, malgré ses efforts pour remplir ses jours de divers plaisirs et arts, il ne peut remplacer l'amour.
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44
p. 929-934
LES MUSES. ODE.
Début :
Quel agréable délire, [...]
Mots clefs :
Art, Éloquence, Muses, Comédie, Tragédie, Danse, Poésie amoureuse, Musique, Histoire, Astronomie, Poème épique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES MUSES. ODE.
LES MUSES,
O'D E.
Uel agréable délire ,
Vient s'emparer de mes sens !
J'entens resonnersma Lyre ;
Ma voix forme des accens.
Et déja , nouveau Pindare .
Je n'ai pour guide et pour Pharé ,
Que l'imagination .
Dans le transport qui m'anime
Rien ne semble illégitime
A ma folle ambition .
M
TA
Chastes Nymphes du Përmesse
Je vais chanter vos talens ;
Secondez ma noble yvresse
A:
2.
E ij
Et
930 MERCURE DE FRANCE
Et rendez mes Vers coulans.
Vous , Mortels , faites silence ,
Vous,qu'on voit dans l'indolence
Ennemis de leurs travaux >
Pour apprendre qu'à leur suite
Je trouve le seul mérite ,
Qui peut nous rendre inégaux.
Quelle naïve peinture ! (a)
Reconnoissez -vous, Humains ;
L'Art bien moins que la Nature ,
A fait ces Portraits malins.
Par ce charmant artifice ,
On peut détruire le vice ,
Sans qu'il en tremble d'effroi.
Quiconque veut se connoître ,
Est bien - tôt ce qu'il doit être ,
En suivant sa douce Loi.
*
Qui vient embellir la Scene ;
Par les attraits de l'Amour ?
C'est la fiere Melpomene , (b)
Avec sa brillante Cour.
Je cains , j'espere sans cesse.
Tout me plaît , tout m'interesse
(a) La Comédie.
(b) La Tragédie,
C
PA
MAY. 1733. 938
Par divers objets émů.
Mais mon coeur toujours frissonas ,
Jusqu'à ce qu'elle couronne ,
La justice ou la vertu.
Une Peinture mouvante,
M'offre les vents en fureur ;
Et l'Amant avec l'Amante ,
Se marquant leur tendre ardeur.
Ici , cet Art (a) à ma vûë ,
Peint Alecton éperdue ,
Du sang qu'elle a répandu.
Là , mille Beautez Champêtres ,
Expriment dessous des Hêtres ,
Ce qu'Amour a d'ingenu.
Jusqu'à la Voûte étoilée ,
Mille Concerts (b) amoureux
Portent à la Troupe aîlée ,
Le triomphe de ses feux ..
Tout retentit à Cythere
Des louanges de la Mere ,
De ces aimables Vainqueurs.
Tandis qu'un Essain de Belles ,
(a) La Danse.
(b) Les Poësies amoureuses .
E- iij Par
932 MERCURE DE FRANCE +1
Par ces doux Chants moins rebelles ,
Accordent leurs tendres coeurs.
Sur un Trône d'harmonie ,
Euterpe (a) s'offre à mes yeux ;
Les Mortels par son génie ,
Sont vaincus comme les Dieux.
Rien ne lui fait résistance;
Elle établit sa puissance ,
Par l'appas de ses accords ;
Et va porter ses conquêtes ,
Jusques aux sombres retraites ,
Du cruel Tyran des Morts.
M
Aux charmes de l'Eloquence , (6)
Tout cede dans l'Univers.
Thémis avec sa balance
Gémit souvent dans ses fers.
De la cime des Montagnes ,
Un Torrent dans les Campagnes ,
Vient regner moins aisément
Qu'elle ne prend un Empire ,
Sur tout Etre qui respiré ,
Doué de raisonnement.
a
(a) Là Musique.
(b) L'Eloquence,
MAY.
1733 933
En vain le Temps sur ses aîles ,
Emporte tout ce qu'il fait.
Une des neuf Immortelles , (a)
Nous révele son secret .
Des Favoris de Bellone ,
Sa main sans cesse crayonne ,
Tous les belliqueux exploits :
Sans elle , en vain Alexandre ,
Eût prétendu que sa cendre ,
Fût le modele des Rois.
Quelle est la main ( 6) qui nous ouvre ,
Le séjour des Immortels ?
Tout l'Olimpe se découvre
A nos regards criminels .
Cette vaine connoissance ,
Enflamme notre esperance ,
Qui fait des efforts , des voeux ;
Pour jouir de l'avantage ,
De bien connoître un Ouvrage
Qu'ils ne firent que pour eux.
M
Héros , dont la récompense ,
N'est que l'immortalité ;
(a) L'Histoire.
(b) L'Astronomie.
E iiij De
934
MERCURE DE FRANCE
De la voix (a) qui la dispense`,
Connoissez l'autorité.
Comment sçauroit- on que Troye,
Devint la celebre proye ,
D'Achille et d'Agamennon ,
Sans cet Art que tout admire ,
Qui peut seul par son Empire ,
De l'oubli sauver un nom ?
Filles du Dieu du Tonnerre ;
Ce n'est qu'en vous imitant ,
Qu'on peut briller sur la Terre ,
Par un mérite éclatant.
Pour quiconque vous ignore
L'Astre qu'annonce l'Aurore ,
Triomphe en vain de la nuit ;
Aussi puni que Tantale ,
Ce qu'à ses yeux il étale ,
En le séduisant le fuit.
(a) Le Poëme Epique.
O'D E.
Uel agréable délire ,
Vient s'emparer de mes sens !
J'entens resonnersma Lyre ;
Ma voix forme des accens.
Et déja , nouveau Pindare .
Je n'ai pour guide et pour Pharé ,
Que l'imagination .
Dans le transport qui m'anime
Rien ne semble illégitime
A ma folle ambition .
M
TA
Chastes Nymphes du Përmesse
Je vais chanter vos talens ;
Secondez ma noble yvresse
A:
2.
E ij
Et
930 MERCURE DE FRANCE
Et rendez mes Vers coulans.
Vous , Mortels , faites silence ,
Vous,qu'on voit dans l'indolence
Ennemis de leurs travaux >
Pour apprendre qu'à leur suite
Je trouve le seul mérite ,
Qui peut nous rendre inégaux.
Quelle naïve peinture ! (a)
Reconnoissez -vous, Humains ;
L'Art bien moins que la Nature ,
A fait ces Portraits malins.
Par ce charmant artifice ,
On peut détruire le vice ,
Sans qu'il en tremble d'effroi.
Quiconque veut se connoître ,
Est bien - tôt ce qu'il doit être ,
En suivant sa douce Loi.
*
Qui vient embellir la Scene ;
Par les attraits de l'Amour ?
C'est la fiere Melpomene , (b)
Avec sa brillante Cour.
Je cains , j'espere sans cesse.
Tout me plaît , tout m'interesse
(a) La Comédie.
(b) La Tragédie,
C
PA
MAY. 1733. 938
Par divers objets émů.
Mais mon coeur toujours frissonas ,
Jusqu'à ce qu'elle couronne ,
La justice ou la vertu.
Une Peinture mouvante,
M'offre les vents en fureur ;
Et l'Amant avec l'Amante ,
Se marquant leur tendre ardeur.
Ici , cet Art (a) à ma vûë ,
Peint Alecton éperdue ,
Du sang qu'elle a répandu.
Là , mille Beautez Champêtres ,
Expriment dessous des Hêtres ,
Ce qu'Amour a d'ingenu.
Jusqu'à la Voûte étoilée ,
Mille Concerts (b) amoureux
Portent à la Troupe aîlée ,
Le triomphe de ses feux ..
Tout retentit à Cythere
Des louanges de la Mere ,
De ces aimables Vainqueurs.
Tandis qu'un Essain de Belles ,
(a) La Danse.
(b) Les Poësies amoureuses .
E- iij Par
932 MERCURE DE FRANCE +1
Par ces doux Chants moins rebelles ,
Accordent leurs tendres coeurs.
Sur un Trône d'harmonie ,
Euterpe (a) s'offre à mes yeux ;
Les Mortels par son génie ,
Sont vaincus comme les Dieux.
Rien ne lui fait résistance;
Elle établit sa puissance ,
Par l'appas de ses accords ;
Et va porter ses conquêtes ,
Jusques aux sombres retraites ,
Du cruel Tyran des Morts.
M
Aux charmes de l'Eloquence , (6)
Tout cede dans l'Univers.
Thémis avec sa balance
Gémit souvent dans ses fers.
De la cime des Montagnes ,
Un Torrent dans les Campagnes ,
Vient regner moins aisément
Qu'elle ne prend un Empire ,
Sur tout Etre qui respiré ,
Doué de raisonnement.
a
(a) Là Musique.
(b) L'Eloquence,
MAY.
1733 933
En vain le Temps sur ses aîles ,
Emporte tout ce qu'il fait.
Une des neuf Immortelles , (a)
Nous révele son secret .
Des Favoris de Bellone ,
Sa main sans cesse crayonne ,
Tous les belliqueux exploits :
Sans elle , en vain Alexandre ,
Eût prétendu que sa cendre ,
Fût le modele des Rois.
Quelle est la main ( 6) qui nous ouvre ,
Le séjour des Immortels ?
Tout l'Olimpe se découvre
A nos regards criminels .
Cette vaine connoissance ,
Enflamme notre esperance ,
Qui fait des efforts , des voeux ;
Pour jouir de l'avantage ,
De bien connoître un Ouvrage
Qu'ils ne firent que pour eux.
M
Héros , dont la récompense ,
N'est que l'immortalité ;
(a) L'Histoire.
(b) L'Astronomie.
E iiij De
934
MERCURE DE FRANCE
De la voix (a) qui la dispense`,
Connoissez l'autorité.
Comment sçauroit- on que Troye,
Devint la celebre proye ,
D'Achille et d'Agamennon ,
Sans cet Art que tout admire ,
Qui peut seul par son Empire ,
De l'oubli sauver un nom ?
Filles du Dieu du Tonnerre ;
Ce n'est qu'en vous imitant ,
Qu'on peut briller sur la Terre ,
Par un mérite éclatant.
Pour quiconque vous ignore
L'Astre qu'annonce l'Aurore ,
Triomphe en vain de la nuit ;
Aussi puni que Tantale ,
Ce qu'à ses yeux il étale ,
En le séduisant le fuit.
(a) Le Poëme Epique.
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Résumé : LES MUSES. ODE.
Le poème est une ode aux Muses, où l'auteur exprime son enthousiasme et son inspiration poétique. Il décrit l'influence des Muses sur ses sens et son ambition créative, guidée par l'imagination. L'auteur s'adresse aux nymphes du Permesse, les implorant de l'aider à chanter leurs talents et à rendre ses vers fluides. Il invite les mortels à faire silence pour apprendre de leurs travaux. Le poème met en avant l'art qui imite la nature pour peindre les portraits humains et détruire le vice sans effroi. Il décrit diverses Muses et leurs domaines : Melpomène pour la tragédie, Thalie pour la comédie, Terpsichore pour la danse, Ératos pour la poésie amoureuse, et Euterpe pour la musique. Chacune exerce une influence puissante sur les mortels. L'auteur mentionne également l'éloquence et l'histoire, soulignant leur capacité à immortaliser les exploits et à révéler des secrets. Enfin, il loue l'astronomie et le poème épique pour leur rôle dans la connaissance et la mémoire des grands événements, comme la guerre de Troie.
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45
p. 1484-1488
ODE. AUX MUSES.
Début :
Initié dans vos mysteres, [...]
Mots clefs :
Muses, Lyre, Amour
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texteReconnaissance textuelle : ODE. AUX MUSES.
O D E.
AUX MUSES.
Nitié dans vos mysteres ,
Chastes Muses , qu'avec plaisir ,
Je cherche les lieux solitaires ,
Pour vous consacrer mon loisir !
Quelquefois , rompant le silence ,
Ma Lyre de votre assistance ,
Saisit le précieux moment .
Quelquefois les sublimes rêves
De vos plus celebres Eleves ,
Me tiennent lieu d'amusement.
Là , je lis par quelles adresses ,
Un Héros (a ) long- temps exercé ,
Brave les trompeuses caresses
Des Sirenes et de Circé :
Là , je lis avec quel courage ,
Un autre (6 ) de plus d'un nauffrage ,
Sauve les restes d'Ilion ;
Et dans un lieu rempli de charmes ,
( a ) Ulysse.
(b ) Enée.
N'est
JUILLET.
1733. 1485
N'est point retenu par les larmes ,
De la soeur de Pigmalion.
粥
Que j'aime le noble Génie , (4)
Qui par ses divines Chansons ,
A de la Lyre d'Ausonic ,
Eternisé les premiers sons !
La route au vulgaire cachée ,
Qu'avec succès il a cherchée ,
M'a déconcerté mille fois ,
Et n'a point étouffé l'audace
Qui me fait briguer une place
Entre les Lyriques François.
M
Ainsi , malgré la servitude
Où la Fortune m'a réduit ,
L'Instinct orné d'un peu d'étude ,
Vers le Mont sacré m'a conduit.
Ainsi vos douceurs plus qu'humaines ,
Muses , quelquefois de mes peines ,
Viennent interrompre le cours,
Peu desireux de l'opulence ,
Je vous aimai dès mon enfance
Et je vous aimerai toujours.
<
Mcelov ba
« 1b olasia 9. uutos 510
sidnqnon squalo nub culq siv 1.0
(2) Horate.
Non
1436 MERCURE DE FRANCE
Non , que d'une attente superbe ,
Trop prévenu , j'ose penser ,
Que quelque jour près de Malherbe ,
Vos bontez doivent me placer .
Ma seule attente est éxaucée ,
Si par une ardeur insensée ,
Ne m'étant point laissé régir ,
Exempts d'une doctrine immonde,
Mes Vers répandus, dans le Monde ,
N'ont rien qui vous fasse rougit
M
Au bel âge , où la Terre pure
Des déreglemens que je vois ,
Etoit fertile sans culture ,
Pour des hommes justes sans Loix ,
Vos Nourissons prudens et sages ,
Domptoient les animaux sauvages ,
Par leurs accès mélodieux ;
Et plus naïfs que nous ne sommes ,
Pour instruire et charmer les Hommes
Parloient le langage des Dieux.
Mais lorsque de ses flancs horribles ,
L'Enfer , le redoutable Enfer ,
Eût vomi les Monstres terribles ,
Que connut le siecle de fer ,
On vit plus d'un Chantre coupable ,
25 (Faire
Faire un abus abominable ,
De vos singulieres faveurs ,
Et par ses Ouvrages infâmes ,
Communiquer aux jeunes Ames ,
La corruption de ses moeurs .
M
L'Impieté , tête levée ,
Alors brava les Immortels ;
L'Injustice fut approuvée , oshigal, and
La Tirannie eut des Autels : 602
Alors la basse Flaterie ,
D'un Conquérant plein de furie ,
Vanta les barbares succès ;
Le mensonge affreux se fit croire ,
Et l'Amour reçut de la gloire ,
De ses impudiques excès.
Aux coeurs ingrats , chastes Déesses ;
Mon coeur ne veut point ressembler .
J'userai bien de vos largesses ,
Quand vous daignérez m'en combler.
O qu'animé d'un saint délire
3
Ne puis- je en consacrant ma Lyre,
Par les exemples les plus beaux ,
2
.[
Faire aimer les attraits, suprêmes ,
Des Vertus qui jusqu'aux Dieux mêmes,
Sçavent élever les Héross com.my
Mais
1488 MERCURE DE FRANCE
Mais puissent devenir mes rimes ,
L'objet d'un mépris éternel ,
Si déclarant la guerre aux crimes ,
J'attaque aussi le Criminel ;
Si prodiguant , vil hypocrite ,
L'encens qui n'est dû qu'au mérite
Muses , j'ose vous profaner ,
Et si l'Amour , dans mes saillies ,
Voyant dépeindre ses folies ,
Ne les y voit pas condamner.
7 NIA
jaI'I
LI
F. M. F.
AUX MUSES.
Nitié dans vos mysteres ,
Chastes Muses , qu'avec plaisir ,
Je cherche les lieux solitaires ,
Pour vous consacrer mon loisir !
Quelquefois , rompant le silence ,
Ma Lyre de votre assistance ,
Saisit le précieux moment .
Quelquefois les sublimes rêves
De vos plus celebres Eleves ,
Me tiennent lieu d'amusement.
Là , je lis par quelles adresses ,
Un Héros (a ) long- temps exercé ,
Brave les trompeuses caresses
Des Sirenes et de Circé :
Là , je lis avec quel courage ,
Un autre (6 ) de plus d'un nauffrage ,
Sauve les restes d'Ilion ;
Et dans un lieu rempli de charmes ,
( a ) Ulysse.
(b ) Enée.
N'est
JUILLET.
1733. 1485
N'est point retenu par les larmes ,
De la soeur de Pigmalion.
粥
Que j'aime le noble Génie , (4)
Qui par ses divines Chansons ,
A de la Lyre d'Ausonic ,
Eternisé les premiers sons !
La route au vulgaire cachée ,
Qu'avec succès il a cherchée ,
M'a déconcerté mille fois ,
Et n'a point étouffé l'audace
Qui me fait briguer une place
Entre les Lyriques François.
M
Ainsi , malgré la servitude
Où la Fortune m'a réduit ,
L'Instinct orné d'un peu d'étude ,
Vers le Mont sacré m'a conduit.
Ainsi vos douceurs plus qu'humaines ,
Muses , quelquefois de mes peines ,
Viennent interrompre le cours,
Peu desireux de l'opulence ,
Je vous aimai dès mon enfance
Et je vous aimerai toujours.
<
Mcelov ba
« 1b olasia 9. uutos 510
sidnqnon squalo nub culq siv 1.0
(2) Horate.
Non
1436 MERCURE DE FRANCE
Non , que d'une attente superbe ,
Trop prévenu , j'ose penser ,
Que quelque jour près de Malherbe ,
Vos bontez doivent me placer .
Ma seule attente est éxaucée ,
Si par une ardeur insensée ,
Ne m'étant point laissé régir ,
Exempts d'une doctrine immonde,
Mes Vers répandus, dans le Monde ,
N'ont rien qui vous fasse rougit
M
Au bel âge , où la Terre pure
Des déreglemens que je vois ,
Etoit fertile sans culture ,
Pour des hommes justes sans Loix ,
Vos Nourissons prudens et sages ,
Domptoient les animaux sauvages ,
Par leurs accès mélodieux ;
Et plus naïfs que nous ne sommes ,
Pour instruire et charmer les Hommes
Parloient le langage des Dieux.
Mais lorsque de ses flancs horribles ,
L'Enfer , le redoutable Enfer ,
Eût vomi les Monstres terribles ,
Que connut le siecle de fer ,
On vit plus d'un Chantre coupable ,
25 (Faire
Faire un abus abominable ,
De vos singulieres faveurs ,
Et par ses Ouvrages infâmes ,
Communiquer aux jeunes Ames ,
La corruption de ses moeurs .
M
L'Impieté , tête levée ,
Alors brava les Immortels ;
L'Injustice fut approuvée , oshigal, and
La Tirannie eut des Autels : 602
Alors la basse Flaterie ,
D'un Conquérant plein de furie ,
Vanta les barbares succès ;
Le mensonge affreux se fit croire ,
Et l'Amour reçut de la gloire ,
De ses impudiques excès.
Aux coeurs ingrats , chastes Déesses ;
Mon coeur ne veut point ressembler .
J'userai bien de vos largesses ,
Quand vous daignérez m'en combler.
O qu'animé d'un saint délire
3
Ne puis- je en consacrant ma Lyre,
Par les exemples les plus beaux ,
2
.[
Faire aimer les attraits, suprêmes ,
Des Vertus qui jusqu'aux Dieux mêmes,
Sçavent élever les Héross com.my
Mais
1488 MERCURE DE FRANCE
Mais puissent devenir mes rimes ,
L'objet d'un mépris éternel ,
Si déclarant la guerre aux crimes ,
J'attaque aussi le Criminel ;
Si prodiguant , vil hypocrite ,
L'encens qui n'est dû qu'au mérite
Muses , j'ose vous profaner ,
Et si l'Amour , dans mes saillies ,
Voyant dépeindre ses folies ,
Ne les y voit pas condamner.
7 NIA
jaI'I
LI
F. M. F.
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Résumé : ODE. AUX MUSES.
Le poème est une adresse aux Muses, divinités inspiratrices, exprimant admiration et dévouement. L'auteur cherche des lieux solitaires pour se consacrer à la poésie et à la lecture des grands poètes. Il mentionne des héros comme Ulysse et Énée, qui ont affronté des dangers et des tentations. Il admire les poètes ayant éternisé les premiers sons de la lyre. Malgré les difficultés et la servitude imposées par la Fortune, l'auteur est guidé par l'instinct et l'étude vers le Mont sacré, symbole de l'inspiration poétique. Il exprime son amour éternel pour les Muses, chéries dès l'enfance. Le poème évoque l'âge d'or où les hommes vivaient en harmonie avec la nature et les dieux, contrastant avec une époque plus sombre marquée par la corruption et l'impieté. L'auteur aspire à utiliser sa lyre pour promouvoir les vertus et condamner les crimes, en évitant l'hypocrisie et la flatterie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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46
p. 30-33
EPITRE SUR LA POESIE, A M. d'Arnaud, Agent Littéraire de Sa Majesté Prussienne, & de S. A. S. le Duc de Wirtemberg.
Début :
D'Arnaud, vous le sçavez, on doit au Dieu des vers [...]
Mots clefs :
Art, Vers, Muses, Univers, Fleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE SUR LA POESIE, A M. d'Arnaud, Agent Littéraire de Sa Majesté Prussienne, & de S. A. S. le Duc de Wirtemberg.
EPITRE
istsasas
SUR LA POESIE ,
AM. d'Arnaud , Agent Littéraire de Sa
Majefté Pruffienne , & de S. A. S. le
Duc de Wirtemberg.
D'Arnaud , vous le fçavez , on doit au Dieu des
vers
Les fublimes leçons que reçut l'Univers ,
Quand les Mufes jadis , dans de facrés Cantiques ,
Célébrerent de Dieu les oeuvres magnifiques.
Leurs fons , réuniffant les premiers Citoyens ,
De la focieté formerent les liens ;
Les tirant d'un état & honteux & fauvage ,
Des Sciences , des Arts leur apprirent Pufage
NOVEMBRE. 1749. 31
Combien de fois ,peignant les hauts faits des Héros,
Ont elles par leurs chants égalé leurs travaux ,
Et traçant às yeux leurs talens & leur gloire ,
Ónt- elles , en traits d'airain , illuftré leur mémoire
?
Un Philofophe obſcur , un fubtil Orateur ,
Peuvent - ils de leur vol atteindre la hauteur?
Comme elles, des vertus nous montrant la lumiere,
Peuvent ils du bonheur nous ouvrir la carriere ?
Hé ! que pourroit fur nous l'augufte vérité , ·
Si l'art n'adouciffoit fa trifte auſtérité ,
Et fi pour tempérer fa clarté refpectable ,
La Fable ne prêtoit fon voile favorable
Il faut que la raifon , à l'aide des beaux vers ,
Corrige en badinant nos bizarres travers ,
Et que gagnant l'efprit par cette adreffe utile ,
Jufqu'au coeur elle s'ouvre une route facile.
En vain pour m'éclairer , une froide raiſon
Veut aux régles d'Euclide affervir Apollon ;
La hauteur de fon vol ne fouffre point d'entraves ,
Et d'un ordre trop fec méprite les efclaves.
Sageffe ! à tes appas , dont iron coeur eſt épris ,
La vive Poëfie ajoute un nouveau prix .
Quand tu veux des mortels t'aflûrer la conquête ,
Ses plus brillantes fleurs embelliffent ta tête ,
Et pour mieux l'éclairer , lui prêtant ton flambeau
Ton éclat en paroît & plus vif & plus beau,
Tu fais éclore en nous , à l'aide de fes flâmes ,
Biiij
'32 MERCURE DEFRANCE.
Les femences du Beau que renfermoient nos
ames.
C'est ainsi que Davil , rempli d'un u divin ,
Chante de l'Et rnel-le pouvoir fouverain ,
Nous montre l'Univers lui rendant fes hommages,
Et le néant forcé d'enfanter des ouvrages.
Ranimant les humains de molleffe abbatus ,
Les Mufes dans leurs coeurs font germer les vertus;
Et leurs fublimes fons , en charmant les oreilles ,
De ce vafte Univers étalent les merveilles .
Leur vûe embraffe tout , leur vol audacieux
De ce fombre fejour s'élance jufqu'aux Cieux ,
Et dans des vers nombreux qu'enfante le Génie ,
Tout prend du fentiment , des graces , de la vie.
Dans les fertiles champs que leurs mains ont produits
,
>
Les Mufes font briller des fleurs comme des fruits,
Profcrivant des plaifirs la honteufe licence ,
Elles nous font aimer la paix & l'innocence .
Pour nous faire goûter leur utile leçon ,
Elles ont infpiré Greffet & Pavillon .
Sous un berceau de fleurs leur favori Voltaire , '
De leur art enchanteur inftruifit fa bergere.
Et vous , mon cher d'Arnaud , comblé de leurs
faveurs ,
Vous tenez de leurs dons Part de toucher les
coeurs ;
L'art de plaire en un mot ; art aimable & fublime,
NOVEMBRE. 1749 .
33
Dangereux quelquefois ..... ah ! que jamais le
crime ,
Mufes que je chéris , ne fouille vos accens !
Que l'aimable vertu foit l'ame de vos chants !
Rendez -lui dans vos vers un hommage fincére ,
Et que toujours votre art foit d'inftruire & de
plaire.
7. Baptifte Tollot.
A Genève le 26 Août 1749.
istsasas
SUR LA POESIE ,
AM. d'Arnaud , Agent Littéraire de Sa
Majefté Pruffienne , & de S. A. S. le
Duc de Wirtemberg.
D'Arnaud , vous le fçavez , on doit au Dieu des
vers
Les fublimes leçons que reçut l'Univers ,
Quand les Mufes jadis , dans de facrés Cantiques ,
Célébrerent de Dieu les oeuvres magnifiques.
Leurs fons , réuniffant les premiers Citoyens ,
De la focieté formerent les liens ;
Les tirant d'un état & honteux & fauvage ,
Des Sciences , des Arts leur apprirent Pufage
NOVEMBRE. 1749. 31
Combien de fois ,peignant les hauts faits des Héros,
Ont elles par leurs chants égalé leurs travaux ,
Et traçant às yeux leurs talens & leur gloire ,
Ónt- elles , en traits d'airain , illuftré leur mémoire
?
Un Philofophe obſcur , un fubtil Orateur ,
Peuvent - ils de leur vol atteindre la hauteur?
Comme elles, des vertus nous montrant la lumiere,
Peuvent ils du bonheur nous ouvrir la carriere ?
Hé ! que pourroit fur nous l'augufte vérité , ·
Si l'art n'adouciffoit fa trifte auſtérité ,
Et fi pour tempérer fa clarté refpectable ,
La Fable ne prêtoit fon voile favorable
Il faut que la raifon , à l'aide des beaux vers ,
Corrige en badinant nos bizarres travers ,
Et que gagnant l'efprit par cette adreffe utile ,
Jufqu'au coeur elle s'ouvre une route facile.
En vain pour m'éclairer , une froide raiſon
Veut aux régles d'Euclide affervir Apollon ;
La hauteur de fon vol ne fouffre point d'entraves ,
Et d'un ordre trop fec méprite les efclaves.
Sageffe ! à tes appas , dont iron coeur eſt épris ,
La vive Poëfie ajoute un nouveau prix .
Quand tu veux des mortels t'aflûrer la conquête ,
Ses plus brillantes fleurs embelliffent ta tête ,
Et pour mieux l'éclairer , lui prêtant ton flambeau
Ton éclat en paroît & plus vif & plus beau,
Tu fais éclore en nous , à l'aide de fes flâmes ,
Biiij
'32 MERCURE DEFRANCE.
Les femences du Beau que renfermoient nos
ames.
C'est ainsi que Davil , rempli d'un u divin ,
Chante de l'Et rnel-le pouvoir fouverain ,
Nous montre l'Univers lui rendant fes hommages,
Et le néant forcé d'enfanter des ouvrages.
Ranimant les humains de molleffe abbatus ,
Les Mufes dans leurs coeurs font germer les vertus;
Et leurs fublimes fons , en charmant les oreilles ,
De ce vafte Univers étalent les merveilles .
Leur vûe embraffe tout , leur vol audacieux
De ce fombre fejour s'élance jufqu'aux Cieux ,
Et dans des vers nombreux qu'enfante le Génie ,
Tout prend du fentiment , des graces , de la vie.
Dans les fertiles champs que leurs mains ont produits
,
>
Les Mufes font briller des fleurs comme des fruits,
Profcrivant des plaifirs la honteufe licence ,
Elles nous font aimer la paix & l'innocence .
Pour nous faire goûter leur utile leçon ,
Elles ont infpiré Greffet & Pavillon .
Sous un berceau de fleurs leur favori Voltaire , '
De leur art enchanteur inftruifit fa bergere.
Et vous , mon cher d'Arnaud , comblé de leurs
faveurs ,
Vous tenez de leurs dons Part de toucher les
coeurs ;
L'art de plaire en un mot ; art aimable & fublime,
NOVEMBRE. 1749 .
33
Dangereux quelquefois ..... ah ! que jamais le
crime ,
Mufes que je chéris , ne fouille vos accens !
Que l'aimable vertu foit l'ame de vos chants !
Rendez -lui dans vos vers un hommage fincére ,
Et que toujours votre art foit d'inftruire & de
plaire.
7. Baptifte Tollot.
A Genève le 26 Août 1749.
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47
p. 5-15
ÉPITRE AUX MUSES.
Début :
DÉFENDEZ vos Autels, Muses, quittez les Cieux : [...]
Mots clefs :
Muses, Coeur, Nature, Moeurs, Fleurs, Vérité, Talent, Génie, Esprit, Univers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE AUX MUSES.
ÉPITRE AUX MUSES.
DEFEN ÉFENDEZ VOS Autels , Mufes , quittez les
Cieux :
Le front paré de fleurs , montrez- vous à nos yeux ,
Et telles , qu'aux beaux jours & de Rome & d'Athénes
,
Préparez aux Mortels , des plaifirs & des chaînes .
Entendez-vous ces cris fuperbes & jaloux ,
Qu'une fecte ennemie éléve contre vous.
II. Vol
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .”
Paroiffez , triomphez , confondez les outrages
D'un peuple de rivaux , d'un éffain de faux Sages,
Quoi , tandis qu'en fes champs l'auftère Germanie
Des accens de Haller répéte l'harmonie ,
Que Vienne & Coppenhague , en leurs remparts
fameux
Du Parnaſſe François ont adopté les Dieux ,
Tandis que parmi nous Voltaire vit encore ,
Que de fes nobles chants l'Humanité s'honore4" :
Mufes , le François feul ofe attaquer vos droits :
Ah! vos dignes ayeux plus fages autrefois ,
Comme un bienfait du Ciel attendri de leurs peines
,
Révéroient les bons Arts & les lettres humaines ,
Remplis d'un faint refpect, ils les nommoient ainfi .
Par d'utiles plaifirs leur courage adouci
Chérit bientôt des moeurs plus douces , plus faciles
,
La Décence & le Goût habiterent les Villes ;
Les Grâces triomphoient des antiques erreurs.
Muſes , tout fe ranime à vos accens vainqueurs ,
Et le Sentiment feul nous fait ce que nous fommes
:
Le compas à la main gouverne- t- on les hommes ?
Si la Loi ne reſpire & ne régne en mon ſein ,
Vainement le cifeau la grave fur l'airain ;
* L'Auteur eft trop judicieux pour ne pas nous par
donner cette lacune.
AVRIL. 1762.
Par mes defirs preffans en fecret balancée ,
Le Sceptre donne-t-il des fers à ma penſée ?
La Raiſon nous traça les régles du devoir :
Qui fait les faire aimer , ſurpaſſe ſon pouvoir.
Le précepte importun en vain ſe fait entendre :
C'eſt à la voix du coeur que le coeur peut le rendre
;
Fénelon à fon gré maîtrifoit les penchans.
Ariftote & Sénéque ont formé des tyrans.
Voulez-vous aux humains donner des moeurs
nouvelles ?
Enfammez nos tranſports : tracez nous des modéles.
Qu'importe qu'Alvarès n'ait jamais exiſté :
La fiction morale eſt une vérité ;
C'eft la Nature même élevée , ennoblie :
La vertu s'applaudit , quand l'art la multiplie.
Mentor n'eſt qu'un vain nom ; & puiſſe encor ſa
voix
Tromper au même prix tous les enfans des Rois !
Voyez ce tendre fruit d'une faveur fi pure ,
Il naît parmi les fleurs , & croît fous la verdure.
Non que d'un feul talent fervile adorateur ,
J'envie à fes rivaux un légitime honneur;
Je révére Newton , j'admire je reſpecte
Le grand Obfervateur d'un très- petit Inſecte ;
Laborieux Artiſte , utile Citoyen :
Il n'inftruit que mes fens ; mon coeur ne lui doit
rien.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Celui dont le génie obferve l'âme humaine ,
L'enchante , la corrige, & l'éclaire & l'enchaîne.
Qu'est-il donc à vos yeux ? Que préférera - t - on ?
L'analyſe de l'homme , ou celle d'un ciron ?
Nous éxiftons au ſein des élémens en guerre :
Eh bien , obſervez l'air , le feu , les eaux , la terre;
Mais l'homme eft - il pour l'homme incertain dans
fes voeux ,
Un Voifin moins à craindre, ou moins utile qu'eux?
Vous vivez dans autrui , non moins que dans
vous-même.
La fageffe qui plaît , eſt le bonheur ſuprême.
L'utile , vous dit- on , doit avoir tous nos foins :
L'efprit , comme le corps , n'a - t il pas fes befoins ?
Poursuivons des fecrets que notre orgueil ignore ;
Mais fongeons aux vertus qui nous manquent encore
;
Défrichons nos forêts , mais cultivons nos coeurs ;
La fublime éloquence eft la reine des moeurs.
Et vous célestes chants , vous , délices paisibles
Des efprits généreux & des âmes fenfibles ,
Aux lieux où la Nature éleva fon tombeau ,
Vous avez fait éclorre un Univers nouveau ;
Sur les fommets glacés de la dure Helvétie ,
Parmi les triftes lacs de la vafte Ruffie ,
Les fleurs brillent au fein d'un éternel hyver ,
L'humanité refpire en des âmes de fer,
Le langage du Goût , du Sentiment , des Grâces
Pare le bonheur même appellé fur vos traces.
Si Reaumur , Clairaut , Defcartes , Maupertuis
AVRIL. 1762 . 9
Etoient les feuls grands noms que la France eût
produits ;
De nos ayeux la langue & gothique & groffière
Auroit- elle éclairé , foumis l'Europe entière ?
L'âme , de tout fon être eft ardente à jouir :
Notre efprit veut favoir , mais le coeur veut ſentir :
C'eſt le premier beſoin de l'homme en ſes miléres:
Il faut des citoyens , des époux & des pères :
Nos devoirs font facrés ; il faut les rendre chers.
En des liens de fleurs venez changer nos fers ,
O fenfibilité précieuſe & divine ,
Vous de toute vertu douce & tendre origine ,
Digne Fille des Arts ! & peuvent- ils jamais
Trop pénétrer mon coeur de vos nobles attraits ?
Qu'ils étendent vos droits , nos moeurs , nos connoiffances
.
S'ils n'offroient à nos yeux un champ d'expériences
,
Chaque homme en fon inftinct en fon cercle
borné
A quel aveuglement feroit- il condamné ?
Qué des plus doux tranſports la Scène ouvre la
fource ;
"
Le Vaiffeau par les vents eft preflé dans la courſes
L'âme perd fon reffort dans un profond repos ; '
Le froid raifonnement ne fait pas les héros.
Là , fi mon coeur partage une ardeur tendre &
pure ,
C'eſt un tribut facré qu'il paye à la Nature.
A
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
De terreur , de pitié ſe ſent -il combattu ;
C'eft le plus digne hommage offert à la vertu .
Que Thalie à lon tour & m'inttruiſe & m'en
flamme ;
Le rire ingénieux eft la fanté de l'âme.
La triftelle farouche eft fottife ou poifon ;
Et Socrate au Théâtre amuloit la Raiſon .
Confiderez les moeurs de cent Peuples fauvages :
Chez eux les paffions exercent leurs ravages ;
Ils font cruels fans doute ; ils vivent fans plaifir ;
Dans fon antre Timon ne fait plus que haïr :
L'Aquilon en courroux eſt vaincu par Zéphire ;
Pour dompter l'Univers , la vertu doit fourire.
Sages , qui prétendez affervir notre coeur ,
Montrez- nous la Raifon fous les traits du Bonheur
:
D'un fombre fanatifme abjurez les caprices .
Ne fuyons que l'excès : le plaifir a ſes vices ;
Mille clameurs contr'eux s'élévent aujourd'hui,
Nous avons oublié les vices de l'ennui :
Le trifte hyver gémit fous d'horribles nuages 3
Le printemps fortuné n'enfante point d'orages.
Vous gémiffez de voir une foule d'amans
Aux Mules à l'envi prodiguer fan encens ,
Leur confacrer fon culte & voler fur leurs traces?
Platon même autrefois facrifioit aux Grâces.
Tyrans de la Nature & de l'Humanité ,
Etouffez , s'il fe peut , les droits de la beauté.
Dieu n'en auroit-il fait qu'un fpectacle inurile ?
AVRIL. 1762.
Le Sentiment m'attache à la bonté facile.
Bienfait pur & facré , le beau que je chéris ,
Partage avec le vrai l'empire des efprits.
Phénomène pompeux , vaſte , éternel miracle ,
O nature ! parlez : Dieu vous fit fon oracle :
Si je penſe & je ſens , c'eſt pour vous admiter ;
Si j'ai reçu la voix , c'eft pour vous célébrer.
Muſes , vous uniffez d'une main libérale
Les grâces de l'efprit à la beauté morale ;
Tranquille je m'égare , & mon âme s'inftruit
Dans le monde idéal que vos jeux ont produit.
L'amour devient fublime , & l'amitié célefte ;
Nos penchans adoucis n'ont plus rien de funeftes
Et parée avec choix de vos charmes divers ,
L'aimable urbanité réunit l'Univers.
Que l'humble vermiffeau rampe dans la prairie
Laiffons voler aux Cieux , l'Aigle ardent du Génie;
Mille autres tenteront un éſſor moins heureux
Jufqu'à l'Aftre éclatant qui nous lance fes feux ;
S'ils ne s'abbreuvent pas des traits de fa lumière ,
Ils s'éloignent du moins des fanges de la tèrre.
Ces Athlétes aux jeux par la gloire entraînés
Du laurier des vainqueurs,font ils tous couronnes ?
Aux pieds d'un Thrône Augafte , il eft des rangs
encore ,
Dont l'orgueil s'applaudit, dont la Raiſon s'honores
De ce vafte concours , l'on recueille le fruit :
Le fentiment s'éclaire , & le goût s'affermit ;
C'eft de facs inégaux , que le miel fe compofe ,
A vi
12 MERCURE DE FRANCE .
Et l'Eillet brille encor , quoiqu'il céde à la Roſe.
L'art heureux d'émouvoir,de peindre & d'embellir,
N'eft -il donc confacré qu'au frivole plaifir ?
Il orna nos devoirs , il éleva nos âmes :
Arts qui le mépriſez , il vous prêta ſes flammes ;
Son génie étranger à vos obſcurs travaux ,
Daigna de les couleurs animer vos pinceaux.
Ingrats ! vous lui devez votre ſplendeur nouvelle ;
Tout eft vivifié par fa fcène immortelle :
Fontenelle emprunta les fleurs d'Anacréon ,
Et la chaleur d'Homère a pafié dans Buffon .
Si pour mieux triompher de notre âme étonnée ,
La verité Phyfique eut befoin d'étre ornée ;
Craindrons - nous d'embellir des traits les plus
touchans ,
L'auftère Vérité , qui combat nos penchans ?
Sa main doit careffer le coeur qu'elle déchire.
Que d'un vil Ecrivain le coupable délire
Ole prêter au vice un éclat féduifant ;
Le crime eft dans le coeur , & non dans le talent.
Guidé par la vengeance , ou l'utile induſtrie ,
Ce fer vous donnera le trépas ou la vie ;
Cet or qui de Néron paya les délateurs ,
Par les mains de Trajan auroit féché des pleurs.
Tout fe change en poiſon dans une coupe impure.
L'afpect de l'Univers fit l'erreur d'Epicure .
Le Sophifme naquit au ſein de la Raiſon ;
Le Fanatifme eft fils de la Religion ;
Et la hilofophie étrange en fes contraſtes
AVRIL. 1762. 13
Compte encore Diogène & Pyrrhon dans fes faftes.
Tout Art a fes abus , fes travers , ſes excès ,
Et le mal & le bien font mêlés à jamais :
Le Destin les unit par d'éternelles chaînes :
Le Soleil fertilife ou dévore nos plaines.
Beaux Arts , trop dédaignés , par quels heureux
travaux
Pourrez-vous abaiffer l'orgueil de vos rivaux ,
Ramener à vos pieds le Caprice & l'Envie ,
Et reprendre à jamais une nouvelle vie ?
Confultez la Nature , aimez la Vérité ;
Tournez tous vos regards vers l'Immortalité.
L'efprit n'eft qu'un éclair qui fuit & qu'on oublie
,
Et le Sentiment ſeul eft l'âme du Génie.
Un Peuple corrompu conſerve affez de moeurs
Pour mépriſer encor fes propres corrupteurs .
Rouffeau qui nous outrage arracha notre eſtime.
Ah ! ce digne laurier , cette palme ſublime ,
Lorfque nous languiffons dans de frivoles jeur ,
Déja le fier Germain les ravit à nos voeux.
Kleift , Gefner & Klopstock , noms facrés & barbares
,
Vous que Minerve orna de fes dons les plus rares ,
Vos tableaux font vivans , vos fentimens profonds
,
La Nature elle -même a guidé vos crayons !
Sous la puiffante main le fublime étincelle ;
L'Art varie & périt ; feule elle eft immortelle.
Ofons nous arracher à nos cachots pompeux ;
14 MERCURE DE FRANCE .
La Sageffe médite en de fauvages lieux :
C'eſt au bord des ruiſſeaux ,qu'habite l'Innocence ;
L'augufte Vérité , parle dans le filence.
Le luxe de l'efprit fuit le luxe des moeurs ;
Qui veut régner fur nous doit nous rendre
meilleurs.
Qui parle avec grandeur exerce un fûr empire :
La Morale doit tout au talent qui l'inſpire ;
Le coeur céde fans peine à qui dompte l'efprit :
L'expreffion commande , & le fentiment fuit:
Un trait noble & touchant , dans mon âme agitée ,
Eft le rayon de feu lancé par Prométhée :
Qu'Homère eût célébré de plus douces vertus
Alexandre peut-être eût égalé Titus.
Que ne peut le génie ? il féduit , il entraîne ;
De l'Univers furpris , ſa voix change la ſcène :
Cicéron défendit & l'Etat & les Loix :
Le doux Chantre de Gnide eft l'Oracle des Rois.
Corneille , Boffuet au fein de la Patrie ,
Vous verrez de votre art la feconde énergie ;
La Nation s'élève à de plus hauts deſtins :
Tous les genres de gloire ont germé par ves
mains.
Aurions-nous oublié ces fublimes prodiges ?
Quoi ! de ce fiécle illuftre effaçant les veftiges ,
Et de fon être enfin dédaignant les refforts ,
L'eſprit , dans l'Univers ne verra que des corps.
Ah ! l'âme toute entière à ce point profanée ,
Contre un vil attentat fe fouléve indignée.
honte de mon fiécle ! à quel aveugle excès
AVRIL. 1752 .
15
L'inconftance peut- elle égarer le François !
De les voiles jaloux dépouillons la Nature ,
De nos champs négligés ranimons la culture :
Tout talent a fes droits ; tout travail a fon prix :
Malheur à qui voudroit méconnoître les fruits !
Mais vous, fublimes Arts , dont la douce magie
Embellit à nos yeux l'horiſon de la vie ,
Qui confolez fi bien par vos fecours puiſſans ,
Nos ennuis affidus & nos maux renaiffans !
Quel emploi , quel talent , ou quel mérite illuſtre
Orné de vos attraits , n'obtînt un nouveau luſtre ?
Dagueffeau tour-d- tour cueillit tous vos lauriers.
Staniflas les unit aux: palmes des guerriers.
Les Romains & les Grecs , au fein de la victoire ,
Vous doivent tout l'éclat de leur longue mémoire
;
Source toujours féconde , & principe immortel ,
Centre , inftrument ,lien , reffort univerfel ,
Plaiſirs de tous les lieux , tréfors de tous les âges ,
Organes des vertus , volupté des vrais Sages ,
Par de nouveaux bienfaits domptez vos envieux ;
Chériffez tous les Arts , mais en régnant fur eux.
DEFEN ÉFENDEZ VOS Autels , Mufes , quittez les
Cieux :
Le front paré de fleurs , montrez- vous à nos yeux ,
Et telles , qu'aux beaux jours & de Rome & d'Athénes
,
Préparez aux Mortels , des plaifirs & des chaînes .
Entendez-vous ces cris fuperbes & jaloux ,
Qu'une fecte ennemie éléve contre vous.
II. Vol
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .”
Paroiffez , triomphez , confondez les outrages
D'un peuple de rivaux , d'un éffain de faux Sages,
Quoi , tandis qu'en fes champs l'auftère Germanie
Des accens de Haller répéte l'harmonie ,
Que Vienne & Coppenhague , en leurs remparts
fameux
Du Parnaſſe François ont adopté les Dieux ,
Tandis que parmi nous Voltaire vit encore ,
Que de fes nobles chants l'Humanité s'honore4" :
Mufes , le François feul ofe attaquer vos droits :
Ah! vos dignes ayeux plus fages autrefois ,
Comme un bienfait du Ciel attendri de leurs peines
,
Révéroient les bons Arts & les lettres humaines ,
Remplis d'un faint refpect, ils les nommoient ainfi .
Par d'utiles plaifirs leur courage adouci
Chérit bientôt des moeurs plus douces , plus faciles
,
La Décence & le Goût habiterent les Villes ;
Les Grâces triomphoient des antiques erreurs.
Muſes , tout fe ranime à vos accens vainqueurs ,
Et le Sentiment feul nous fait ce que nous fommes
:
Le compas à la main gouverne- t- on les hommes ?
Si la Loi ne reſpire & ne régne en mon ſein ,
Vainement le cifeau la grave fur l'airain ;
* L'Auteur eft trop judicieux pour ne pas nous par
donner cette lacune.
AVRIL. 1762.
Par mes defirs preffans en fecret balancée ,
Le Sceptre donne-t-il des fers à ma penſée ?
La Raiſon nous traça les régles du devoir :
Qui fait les faire aimer , ſurpaſſe ſon pouvoir.
Le précepte importun en vain ſe fait entendre :
C'eſt à la voix du coeur que le coeur peut le rendre
;
Fénelon à fon gré maîtrifoit les penchans.
Ariftote & Sénéque ont formé des tyrans.
Voulez-vous aux humains donner des moeurs
nouvelles ?
Enfammez nos tranſports : tracez nous des modéles.
Qu'importe qu'Alvarès n'ait jamais exiſté :
La fiction morale eſt une vérité ;
C'eft la Nature même élevée , ennoblie :
La vertu s'applaudit , quand l'art la multiplie.
Mentor n'eſt qu'un vain nom ; & puiſſe encor ſa
voix
Tromper au même prix tous les enfans des Rois !
Voyez ce tendre fruit d'une faveur fi pure ,
Il naît parmi les fleurs , & croît fous la verdure.
Non que d'un feul talent fervile adorateur ,
J'envie à fes rivaux un légitime honneur;
Je révére Newton , j'admire je reſpecte
Le grand Obfervateur d'un très- petit Inſecte ;
Laborieux Artiſte , utile Citoyen :
Il n'inftruit que mes fens ; mon coeur ne lui doit
rien.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Celui dont le génie obferve l'âme humaine ,
L'enchante , la corrige, & l'éclaire & l'enchaîne.
Qu'est-il donc à vos yeux ? Que préférera - t - on ?
L'analyſe de l'homme , ou celle d'un ciron ?
Nous éxiftons au ſein des élémens en guerre :
Eh bien , obſervez l'air , le feu , les eaux , la terre;
Mais l'homme eft - il pour l'homme incertain dans
fes voeux ,
Un Voifin moins à craindre, ou moins utile qu'eux?
Vous vivez dans autrui , non moins que dans
vous-même.
La fageffe qui plaît , eſt le bonheur ſuprême.
L'utile , vous dit- on , doit avoir tous nos foins :
L'efprit , comme le corps , n'a - t il pas fes befoins ?
Poursuivons des fecrets que notre orgueil ignore ;
Mais fongeons aux vertus qui nous manquent encore
;
Défrichons nos forêts , mais cultivons nos coeurs ;
La fublime éloquence eft la reine des moeurs.
Et vous célestes chants , vous , délices paisibles
Des efprits généreux & des âmes fenfibles ,
Aux lieux où la Nature éleva fon tombeau ,
Vous avez fait éclorre un Univers nouveau ;
Sur les fommets glacés de la dure Helvétie ,
Parmi les triftes lacs de la vafte Ruffie ,
Les fleurs brillent au fein d'un éternel hyver ,
L'humanité refpire en des âmes de fer,
Le langage du Goût , du Sentiment , des Grâces
Pare le bonheur même appellé fur vos traces.
Si Reaumur , Clairaut , Defcartes , Maupertuis
AVRIL. 1762 . 9
Etoient les feuls grands noms que la France eût
produits ;
De nos ayeux la langue & gothique & groffière
Auroit- elle éclairé , foumis l'Europe entière ?
L'âme , de tout fon être eft ardente à jouir :
Notre efprit veut favoir , mais le coeur veut ſentir :
C'eſt le premier beſoin de l'homme en ſes miléres:
Il faut des citoyens , des époux & des pères :
Nos devoirs font facrés ; il faut les rendre chers.
En des liens de fleurs venez changer nos fers ,
O fenfibilité précieuſe & divine ,
Vous de toute vertu douce & tendre origine ,
Digne Fille des Arts ! & peuvent- ils jamais
Trop pénétrer mon coeur de vos nobles attraits ?
Qu'ils étendent vos droits , nos moeurs , nos connoiffances
.
S'ils n'offroient à nos yeux un champ d'expériences
,
Chaque homme en fon inftinct en fon cercle
borné
A quel aveuglement feroit- il condamné ?
Qué des plus doux tranſports la Scène ouvre la
fource ;
"
Le Vaiffeau par les vents eft preflé dans la courſes
L'âme perd fon reffort dans un profond repos ; '
Le froid raifonnement ne fait pas les héros.
Là , fi mon coeur partage une ardeur tendre &
pure ,
C'eſt un tribut facré qu'il paye à la Nature.
A
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
De terreur , de pitié ſe ſent -il combattu ;
C'eft le plus digne hommage offert à la vertu .
Que Thalie à lon tour & m'inttruiſe & m'en
flamme ;
Le rire ingénieux eft la fanté de l'âme.
La triftelle farouche eft fottife ou poifon ;
Et Socrate au Théâtre amuloit la Raiſon .
Confiderez les moeurs de cent Peuples fauvages :
Chez eux les paffions exercent leurs ravages ;
Ils font cruels fans doute ; ils vivent fans plaifir ;
Dans fon antre Timon ne fait plus que haïr :
L'Aquilon en courroux eſt vaincu par Zéphire ;
Pour dompter l'Univers , la vertu doit fourire.
Sages , qui prétendez affervir notre coeur ,
Montrez- nous la Raifon fous les traits du Bonheur
:
D'un fombre fanatifme abjurez les caprices .
Ne fuyons que l'excès : le plaifir a ſes vices ;
Mille clameurs contr'eux s'élévent aujourd'hui,
Nous avons oublié les vices de l'ennui :
Le trifte hyver gémit fous d'horribles nuages 3
Le printemps fortuné n'enfante point d'orages.
Vous gémiffez de voir une foule d'amans
Aux Mules à l'envi prodiguer fan encens ,
Leur confacrer fon culte & voler fur leurs traces?
Platon même autrefois facrifioit aux Grâces.
Tyrans de la Nature & de l'Humanité ,
Etouffez , s'il fe peut , les droits de la beauté.
Dieu n'en auroit-il fait qu'un fpectacle inurile ?
AVRIL. 1762.
Le Sentiment m'attache à la bonté facile.
Bienfait pur & facré , le beau que je chéris ,
Partage avec le vrai l'empire des efprits.
Phénomène pompeux , vaſte , éternel miracle ,
O nature ! parlez : Dieu vous fit fon oracle :
Si je penſe & je ſens , c'eſt pour vous admiter ;
Si j'ai reçu la voix , c'eft pour vous célébrer.
Muſes , vous uniffez d'une main libérale
Les grâces de l'efprit à la beauté morale ;
Tranquille je m'égare , & mon âme s'inftruit
Dans le monde idéal que vos jeux ont produit.
L'amour devient fublime , & l'amitié célefte ;
Nos penchans adoucis n'ont plus rien de funeftes
Et parée avec choix de vos charmes divers ,
L'aimable urbanité réunit l'Univers.
Que l'humble vermiffeau rampe dans la prairie
Laiffons voler aux Cieux , l'Aigle ardent du Génie;
Mille autres tenteront un éſſor moins heureux
Jufqu'à l'Aftre éclatant qui nous lance fes feux ;
S'ils ne s'abbreuvent pas des traits de fa lumière ,
Ils s'éloignent du moins des fanges de la tèrre.
Ces Athlétes aux jeux par la gloire entraînés
Du laurier des vainqueurs,font ils tous couronnes ?
Aux pieds d'un Thrône Augafte , il eft des rangs
encore ,
Dont l'orgueil s'applaudit, dont la Raiſon s'honores
De ce vafte concours , l'on recueille le fruit :
Le fentiment s'éclaire , & le goût s'affermit ;
C'eft de facs inégaux , que le miel fe compofe ,
A vi
12 MERCURE DE FRANCE .
Et l'Eillet brille encor , quoiqu'il céde à la Roſe.
L'art heureux d'émouvoir,de peindre & d'embellir,
N'eft -il donc confacré qu'au frivole plaifir ?
Il orna nos devoirs , il éleva nos âmes :
Arts qui le mépriſez , il vous prêta ſes flammes ;
Son génie étranger à vos obſcurs travaux ,
Daigna de les couleurs animer vos pinceaux.
Ingrats ! vous lui devez votre ſplendeur nouvelle ;
Tout eft vivifié par fa fcène immortelle :
Fontenelle emprunta les fleurs d'Anacréon ,
Et la chaleur d'Homère a pafié dans Buffon .
Si pour mieux triompher de notre âme étonnée ,
La verité Phyfique eut befoin d'étre ornée ;
Craindrons - nous d'embellir des traits les plus
touchans ,
L'auftère Vérité , qui combat nos penchans ?
Sa main doit careffer le coeur qu'elle déchire.
Que d'un vil Ecrivain le coupable délire
Ole prêter au vice un éclat féduifant ;
Le crime eft dans le coeur , & non dans le talent.
Guidé par la vengeance , ou l'utile induſtrie ,
Ce fer vous donnera le trépas ou la vie ;
Cet or qui de Néron paya les délateurs ,
Par les mains de Trajan auroit féché des pleurs.
Tout fe change en poiſon dans une coupe impure.
L'afpect de l'Univers fit l'erreur d'Epicure .
Le Sophifme naquit au ſein de la Raiſon ;
Le Fanatifme eft fils de la Religion ;
Et la hilofophie étrange en fes contraſtes
AVRIL. 1762. 13
Compte encore Diogène & Pyrrhon dans fes faftes.
Tout Art a fes abus , fes travers , ſes excès ,
Et le mal & le bien font mêlés à jamais :
Le Destin les unit par d'éternelles chaînes :
Le Soleil fertilife ou dévore nos plaines.
Beaux Arts , trop dédaignés , par quels heureux
travaux
Pourrez-vous abaiffer l'orgueil de vos rivaux ,
Ramener à vos pieds le Caprice & l'Envie ,
Et reprendre à jamais une nouvelle vie ?
Confultez la Nature , aimez la Vérité ;
Tournez tous vos regards vers l'Immortalité.
L'efprit n'eft qu'un éclair qui fuit & qu'on oublie
,
Et le Sentiment ſeul eft l'âme du Génie.
Un Peuple corrompu conſerve affez de moeurs
Pour mépriſer encor fes propres corrupteurs .
Rouffeau qui nous outrage arracha notre eſtime.
Ah ! ce digne laurier , cette palme ſublime ,
Lorfque nous languiffons dans de frivoles jeur ,
Déja le fier Germain les ravit à nos voeux.
Kleift , Gefner & Klopstock , noms facrés & barbares
,
Vous que Minerve orna de fes dons les plus rares ,
Vos tableaux font vivans , vos fentimens profonds
,
La Nature elle -même a guidé vos crayons !
Sous la puiffante main le fublime étincelle ;
L'Art varie & périt ; feule elle eft immortelle.
Ofons nous arracher à nos cachots pompeux ;
14 MERCURE DE FRANCE .
La Sageffe médite en de fauvages lieux :
C'eſt au bord des ruiſſeaux ,qu'habite l'Innocence ;
L'augufte Vérité , parle dans le filence.
Le luxe de l'efprit fuit le luxe des moeurs ;
Qui veut régner fur nous doit nous rendre
meilleurs.
Qui parle avec grandeur exerce un fûr empire :
La Morale doit tout au talent qui l'inſpire ;
Le coeur céde fans peine à qui dompte l'efprit :
L'expreffion commande , & le fentiment fuit:
Un trait noble & touchant , dans mon âme agitée ,
Eft le rayon de feu lancé par Prométhée :
Qu'Homère eût célébré de plus douces vertus
Alexandre peut-être eût égalé Titus.
Que ne peut le génie ? il féduit , il entraîne ;
De l'Univers furpris , ſa voix change la ſcène :
Cicéron défendit & l'Etat & les Loix :
Le doux Chantre de Gnide eft l'Oracle des Rois.
Corneille , Boffuet au fein de la Patrie ,
Vous verrez de votre art la feconde énergie ;
La Nation s'élève à de plus hauts deſtins :
Tous les genres de gloire ont germé par ves
mains.
Aurions-nous oublié ces fublimes prodiges ?
Quoi ! de ce fiécle illuftre effaçant les veftiges ,
Et de fon être enfin dédaignant les refforts ,
L'eſprit , dans l'Univers ne verra que des corps.
Ah ! l'âme toute entière à ce point profanée ,
Contre un vil attentat fe fouléve indignée.
honte de mon fiécle ! à quel aveugle excès
AVRIL. 1752 .
15
L'inconftance peut- elle égarer le François !
De les voiles jaloux dépouillons la Nature ,
De nos champs négligés ranimons la culture :
Tout talent a fes droits ; tout travail a fon prix :
Malheur à qui voudroit méconnoître les fruits !
Mais vous, fublimes Arts , dont la douce magie
Embellit à nos yeux l'horiſon de la vie ,
Qui confolez fi bien par vos fecours puiſſans ,
Nos ennuis affidus & nos maux renaiffans !
Quel emploi , quel talent , ou quel mérite illuſtre
Orné de vos attraits , n'obtînt un nouveau luſtre ?
Dagueffeau tour-d- tour cueillit tous vos lauriers.
Staniflas les unit aux: palmes des guerriers.
Les Romains & les Grecs , au fein de la victoire ,
Vous doivent tout l'éclat de leur longue mémoire
;
Source toujours féconde , & principe immortel ,
Centre , inftrument ,lien , reffort univerfel ,
Plaiſirs de tous les lieux , tréfors de tous les âges ,
Organes des vertus , volupté des vrais Sages ,
Par de nouveaux bienfaits domptez vos envieux ;
Chériffez tous les Arts , mais en régnant fur eux.
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Résumé : ÉPITRE AUX MUSES.
Les textes 'Épître aux Muses' et 'Aits du Bonheur' soulignent l'importance des arts et des lettres en France au XVIIIe siècle. L''Épître aux Muses' invite les Muses à défendre leurs domaines et à apporter plaisir et inspiration, dénonçant les attaques contre les arts et les lettres. Le texte note que des pays comme la Germanie, Vienne et Copenhague adoptent les dieux du Parnasse français, tandis que Voltaire est encore vivant et honoré. Il regrette que certains Français attaquent les droits des Muses, contrairement à leurs ancêtres qui révéraient les arts et les lettres. L'auteur valorise la fiction morale comme une vérité élevée et noble, capable d'inspirer des modèles de vertu. Il met en avant l'importance de cultiver les cœurs et les mœurs, soulignant que l'éloquence est la reine des mœurs. Les arts et les lettres sont célébrés pour leur capacité à transformer des lieux austères en univers nouveaux, inspirant humanité et sensibilité. L''Aits du Bonheur' explore des thèmes similaires, critiquant les excès et les caprices, et admirant la beauté et la nature. Les Muses sont louées pour unir les grâces de l'esprit à la beauté morale. Le texte discute des aspirations humaines et des efforts pour atteindre l'excellence, mettant en garde contre les abus et les excès dans tous les arts. Les Beaux-Arts sont encouragés pour leur capacité à élever les âmes et à inspirer la vérité. L'auteur critique les écrivains qui prêtent un éclat séduisant au vice, soulignant l'importance de la moralité et de la vérité. Le texte se termine par une réflexion sur la corruption et l'oubli des valeurs, exhortant à revenir à la nature et à la vérité pour améliorer la société.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
p. 149-173
SUPPLÉMENT à l'Article des Piéces fugitives. SUITE de la Traduction de MAL-A-PROPOS, ou L'EXIL DE LA PUDEUR, Poëme Grec. QUATRIEME CHANT.
Début :
LA nuit, si chère à l'Amour & que ce Dieu embellit souvent de ses charmes [...]
Mots clefs :
Amour, Pudeur, Hymen, Volupté, Sirènes, Époux, Muses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Article des Piéces fugitives. SUITE de la Traduction de MAL-A-PROPOS, ou L'EXIL DE LA PUDEUR, Poëme Grec. QUATRIEME CHANT.
SUPPLÉMENT à l'Article des Piéces
fugitives.
SUITE de la Traduction de MAL-APROPOS
, ou L'EXIL DE LA Py-
DEUR , Poëme Grec.
QUATRIEME CHANT.
LAA nuit , fi chère à l'Amour & que
ce Dieu embellit fouvent de fes chat-
Gij
150 MERCURE (DE FRANCE.
.
mes , impatiente de fe rendre à Pa
phos , avoit preffé le Soleil de lui faire
place. Non qu'elle eût violé les loix
immuables de fon cours ; mais elle
avoit étendu les bords de fon voile
de telle forte , qu'à peine Phabus touchoit
à l'humide empire , que fes
derniers rayons avoient été abforbés.
Une quantité prodigieufe de flambeaux
avoient fait un jour nouveau ;
& ce jour est le vrai jour de Paphos.
A la lueur de ces Aftres factices , on
vit reparoître les Immortels Époux ; &
chacun deux fe rendit dans des cabinets
différens. Leur cour fe partagea
pour affifter à leur toilette. L'Hymen
vifita alternativement l'une & l'autre
lui-même avoit appellé la Galanterie ;
il l'introduifit , à celle de l'Amour , &
les Grâces fe déroboient tour-à-tour
pour y paffer quelques inftans . La
toilette , de l'Amour n'eft pas longue ;
il vola à celle de fa Pfyche , dans l'infant
que par les mains de la Pudeur
elle achevoit de prendre une feconde
robe nuptiale d'un tiffu d'argent le plus
éclatant , que les Arts avoient parfemé
des tréfors de l'Orient. Les Grâces
émpreffées autour d'elle , fe difpu
toient le prix du goût ; & chacune en
MARS. 1763. ISL
particulier s'applaudiffoit des ornemens
la Beauté rend fi faciles à placer
& auxquels elle prête tant d'agréque
ment .
Les toilettes étant finies , & les époux
encore plus parés de leurs charmes ,
que des ornemens qu'on y avoit ajoutés ,
au milieu des lumières cachées dans
les feuilles & dans les fleurs , de manière
que les unes & les autres paroiffoient
produire la clarté ; cette troupe
charmante traverfa les jardins pour
retourner au Palais principal. Au -devant
, étoit dreffé un trône de brillans ,
plus éclatans que le Soleil , fous un
Pavillon de la plus riche pourpre de
Tyr , rayonnée d'or & de diamans . Des
guirlandes de fleurs artificiellement
imitées par les pierres les plus précieuſes
, en renouoient les pentes , &
étoient foutenues par de jeunes zéphirs ,
dont les aîles tranfparentes & orientées
, s'accordoient harmonieuſement
avec les couleurs du Pavillon . C'eftlà
, que l'Amour & Pfyché fe placerent
pour voir la troupe agile des Plaiſirs &
des Amours fe jouer alternativement ,
fur un canal de l'onde , & du feu
que Vulcain avoit préparé pour le ter-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
rible Dieu de la Guèrre. Tantôt l'air
embrafé offroit un fpectacle dont la vue.
avoit peine à foutenir l'éclat & à fuivre
la variété des fcènes. Tantôt , par
des machines que les Arts avoient fournies
, l'Onde pouffée en jets à perte
de vue , étoit recueillie en l'air dans des
vâfes portés par les enfans aîlés qui ,
en la réverfant , lui donnoient mille
formes différentes ; la lumière étoit
telle dans ces fêtes , qu'elle prêtoit
aux eaux l'apparence du criftal en fufion.
A ces jeux en fuccédoient d'autres
qui préfentoient l'image paffagère &
paifible des ravages & des embraſemens
qui , trop fouvent parmi les
Mortels ne font qu'un jeu du Maître
charmant , qu'on amufoit alors ,
tour -à - tour le Tyran & le Dieu du
monde. Quelquefois on appercevoit
des traits de flâme , pénétrer , fans s'éteindre
, la profondeur des Ondes &
en faire fortir les froides Déïtés fur des
Conques galantes. Les Amours , qui
avoient lancé ces traits ,, menoient en
triomphe ces Dieux des eaux enchaînés .
Tout ce que les armes de l'Amour avoient
fait de conquêtes remarquables dans
l'Empire de Neptune étoit rappellé
par des répréſentations animées. Chaque
,
,
MAR S. 1763. 153
partie de ces jeux , fi l'on vouloit les
bien peindre , fuffiroit à un Poëme
entier.
Plus puiffant au Parnaffe que le Dieu
même qui y régne , l'Amour avoit appellé
les Mufes , & les Mufes s'étoient
empreffées à fignaler leur zéle ,, par les
plus agréables effets de leurs talens . C'eft
à leurs foins qu'on devoit les preftiges
qui avoient figuré dejà les amours de
quelques Déités des eaux. Mais leur
chef- d'oeuvre en ce genre étoit préparé
dans l'intérieur du Palais ; on s'y
rendit donc , pour jouir d'un nouveau
fpectacle qui ne cédoit a aucun de
ceux qu'on venoit de voir , mais dont
mon foible ftyle (a) ne pourra donner
qu'un trait aride & fans coloris.
CINQUI É ME CHANT.
Dans une des Salles les plus vaſtes
du Palais , étoit difpofé un Théâtre
d'un genre & d'une forme dont notre
Grèce ne fourniroit que d'imparfaits
modéles toute la Cour de Paphos fe
raffembla dans ce lieu .
La Scéne n'étoit pas vifible aux Spec-
(a) On fait que les Anciens nommoient ainf
le poinçon avec lequel ils écrivoient fur les Tablettes
enduites de cire.
G v
$4 MERCURE DE FRANCE.
ateurs , lorfqu'ils entrerent pour fe
placer ; on auroit eu peine à la foupconner;
on n'y voyoit qu'un fuperbeAm
phitéâtre. Mais à peine les deux Fpoux.
y furent entrés , que la partie qui féparoit
la fcène difparut. On apperçut alors
un nouvel univers renfermé dans l'enceinte
de ce lieu ; des cieux , des mers ,
des campagnes , le terrible féjour des
enfers , & des Palais céleftes. La Nature
& l'Art magique , par leurs efforts réunis
, auroient peine à produire les prodiges
qu'offroit cette merveilleufe Scène.
Les Mufes s'étoient métamorphofées
fous diverfes formes , pour repréfenter
elles-mêmes les perfonnages d'un Drame
, dicté par Apollon , & qui retraçoit
en action les amours , les tourmens
& la félicité fuprême de la tendre Pfyché.
Cette repréſentation , qui n'étoit
point l'effet des Mafques groffiers en
ufage fur nos Théâtres ( b ) , étoit fi
fidéle , que Pfyché fut étonnée
fuite un peu inquiette de la Mufe qui
la repréfentoit : elle furprit les yeux de
l'Amour fouvent prêts à s'y méprendre
tant étoit parfaite l'illufion de la métaen-
(b) Sur les théâtres des Anciens les Acteurs
fe fervoient de mafques pour repréſenter les per
fonnages de leur Rôle.
MARS. 1763. 155
morphofe. Plus puiffante encore étoit
celle des accens qui renouvelloient
dans l'âme de Pfyché les fentimens
qu'elle avoit éprouvés . Ces accens
étoient dans un mode , & les vers dans
une mefure qui nous font encore inconnus.
Les chants , mariés à l'harmonie
de l'Orchestre , étoient apparemment
le langage même des Dieux pour
lefquels ce Spectacle étoit préparé. L'Amour
fourit à la vue de la Mufe qui
avoit emprunté fa figure ; il fe tourna
vers Pfyché pour confulter fon impreffion
; mais celle-ci , en portant fes
beaux yeux fur les fiens , lui dit , je
croirois voir l'Amour fur cette fcène
phantaftique , fi l'Amour n'étoit à mes
côtés ; mais on ne peut jamais fe méprendre
à la fiction , que quand il ne
daigne pas fe montrer lui-même.
A l'endroit du Drame qui rappelloit
les tourmens de la jeune Pfyché ; au
terrible afpect des enfers , repréfentés
très-vivement , & fur- tout à l'impitoyable
menace de lui ravir la beauté ; cette
tendre amante , par un mouvement involontaire
, fe précipita dans les bras .
de fon époux. Il en fut allarmé ; il
favoit mauvais gré aux Mufes du choix
de ces images douloureuſes , pour une
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
fete confacrée aux plus doux plaifirs.
Eh ! non , non , s'écria Pfyché , que
ne puis -je , tous les inftans de ma vie
immortelle , avoir un fouvenir auſſi vif
des maux que j'ai foufferts pour vous.
On ne jouit bien des délices de l'amour
que par la mémoire des peines qu'elles
ont coutées. L'Amour cependant fit
dire aux Mufes par le Dieu du goût que
l'on fixoit trop long- temps l'attention
fur de fi funeftes tableaux . Auffi-tôt on
en vit fuccéder de plus riants : la clémence
de Vénus & la félicité des deux
amans en étoient l'objet. C'est alors que
Terpficore , par des danfes voluptueufes
& gayes , vint effacer l'impreffion pathétique
que fes foeurs avoient procurée .
SIXIÈME CHANT .
Un autre Sujet tout différent occupa le
théâtre . La fatyre s'en étoit emparé. La
Scène ne repréfentoit plus qu'une vaſte
mer. On vit fur fa furface s'élever plufieurs
Syrenes , dont les figures féduiſantes
étoient auffi variées que leurs enchantemens
. Sans quitter l'humide fein de l'onde,
où plonge toujours la partie de leurs
corps , qui ne tient plus à l'humaine ſtruc-
&ture, elles formoient par des entrelacemens&
des bondiffemens fur les flots, des
efpèces de danfes , au fon de leurs chants
MARS. 1763. 157
,
mélodieux. Le tout refpiroit une volupté
fi dangereufe , que la plupart
des fpectateurs mêmes malgré la
force de leur divine exiftence en
étoient prèfque entraînés ; mais la plaifanterie
du Spectacle , qui furvint , fit
bientôt diſtraction à ce léger penchant
On apperçut des Barques fur cet
océan elles étoient , la plûpart , galamment
ornées , & paroiffoient chargées
de perfonnages qui repréfentoient
les principaux états de l'humanité. Ces
Barques n'avançoient pas toutes enfemble
on les voyoit d'abord dans le
lointain ; on remarquoit les mouvemens
oppofés qui fe paffoient entre des Nautoniers
expérimentés & des Paffagers
imprudens , qui les contraignoient à fe
détourner de leur route. Quelques Syrènes
fe détachoient pour aller au-devant
des Barques & fe faire voir de plus
près. Dès que les Barques en approchoient
, les artificieufes Syrènes , fe
replongeant dans l'onde , en reffortoient
à des diſtances éloignées. C'eſt ainfi
qu'elles attiroient , par ces feintes refuites
, les Paffagers jufques dans certains
efpaces , où étoient cachés fous les
flots des filets plus déliés que les cheveux
de leurs blondes treffes , mais plus
158 MERCURE DE FRANCE.
infrangibles que l'acier de LEMNOS.On
diftinguoit dans ces diverfes Barques de
fuperbes Archontes , de graves Aréopagites
, des héros de Mars , des difciples
de la Philofophie , enfin tous les
Ördres de la République , jufqu'à
d'auftères Sacrificateurs : chacun d'eux
difputoit avec foi-même quelques momens
; mais chacun d'eux veilloit l'inf
tant où les patrons des barques détournoient
la vue , afin de fauter plus librement
dans ces flots empoifonnés , à
l'aide des mains perfides que leurs tendoient
les Syrènes . D'autres fembloient
s'y laiffer gliffer mollement , & comme
par diftraction , croyant apparemment
par-là fe dérober leur propre foibleffe
& s'épargner le reproche de leur chûte.A
peine ces divers perfonnages tomboient
en la puiffance des Monftres charmans
qui les avoient furpris , qu'ils étoient
enchaînés de fleurs. Les Syrènes en
avoient qui étoient enchantées pour chaquefens
en particulier ; de forte que ces
victimes fe trouvoient arrêtées dans toutes
les parties de leur être. Ainfi que
certains animaux carnaciers fe jouent
quelque temps de leur proie avant que
de la dévorer telles ces femmes infidieufes
, faifoient en cent façons des
MARS. 1763. 159
jouets de leurs Captifs ; & par les formes
les plus ridicules qu'elles leur faifoient
prendre , elles les expofoient au
rire des Spectateurs , avant que de les
précipiter dans les abîmes de cet océan,
Les jeunes étourdis de notre Grèce nefurent
pas les moins amufans des per
fonnages de cette comique Pantomime..
Les Syrènes les faifoient tourner avec
une rapidité incroyable autour d'elles :
elles avoient pour cela des fouets de
toutes les paffions , qui leur donnoient
à chaque inftant des impulfions contraires.
Elles changeoient enfuite ces
Etres en différentes efpèces d'animaux ;
elles s'amufoient de leur babillage en
perroquets ; elles leur faifoient répéter
à-peu-près ce qu'ils auroient dit fous
leur forme naturelle ; elles les faifoient.
voler , comme des Etourneaux &
retomber dans la mer , où ils difparoiffoient
pour quelques momens. Enfuite ,
fous la forme de petits chiens , elles les
dreffoient fur le champ à plufieurs exercices
plus comiques les uns que les autres
; puis elles finiffoient par les tranfformér
en dogues furieux , dont les
rauques aboyemens étoient fuivis de
combats dévorans , qui fe terminoient
au gré du caprice de leurs cruelles maîtreffes
.
,
160 MERCURE DE FRANCE.
De toutes ces Pantomimes , dont
Momus avoit concerté les fcènes , il n'y
en eut point de plus piquante que la
dernière. On vit approcher une Barque
plus confidérable que les précédentes ;
les flammes ou banderoles étoient de
pourpre de Tyr & de tiffus de l'or le
plus pur. A mefure que ce bâtiment ,
chargé d'un nombreux cortége , approchoit
des fpectateurs , on y découvroit
de nouveaux ornemens. Le Chef fe
diftinguoit fur tous les autres par l'éclat
des plus riches étoffes & des pierreries
dont il étoit couvert. On voyait,
au mouvement perpétuel de fes mains ,
qu'il répandoit avec profufion toutes
fortes de richeffes aux Syrènes du fecond
ordre qui bondiffoient autour de
fa Barque , mais dont les charmes n'étoient
pas affez puiffans pour arrêter un
Dieu , car c'étoit le Dieu Plutus que
repréſentoit ce phantaftique perfonnage.
Il étoit alors en querelle avec l'Amour ,
& n'avoit point été appellé à ces fêtes.
Les Mufes , fouvent piquées des avances
humiliantes qu'elles font à ce Dieu
& du dédain dont il les reçoit ,
avoient faifi cette occafion de vengeance.
On reconnoiffoit Plutus nonfeulement
à fa fplendeur , mais à une
MARS. 1763.
161
certaine pâleur livide , qu'il porte luimême
fur le vifage , & qu'il communique
à fes favoris , abforbés dans le
foin d'accumuler & de conferver les
tréfors qu'il leur confie. Trois des principales
Syrènes attendoient cette précieufe
proie avec une nonchalance affectée
, qui leur en afſuroit davantage
la conquête . Elles formerent alors des
concerts fi touchans ; elles prirent des
attitudes fi enchantereffes , que l'âme
d'aucun Mortel n'eût pu foutenir , fi
l'on ofoit le dire , le poids délicieux
de cette volupté. L'âme du Dieu des
Richeffes ne fut pas inacceffible. Les
Syrènes avoient ajouté à leurs enchantemens
ordinaires le charme d'un parfum
plus fort que celui qu'on offre aux
autres Dieux , & dont l'yvreffe eft inévitable.
Plutus reçut en apparence
l'hommage des trois Syrènes , qui ne
faifoient que prêter à fa vanité un léger
tribut dont il alloit les dédommager
par celui de toutes fes poffeffions . Les
Syrènes éleverent les bras vers lui ; il
s'inclina pour recevoir leurs embraffemens.
Bientôt elles l'eurent enlevé de
fon bord , & la Barque avec tout le
cortége difparut au milieu de la troupe
des autres Syrènes. Les principales Ac
162 MERCURE DE FRANCE ,
au moien
trices de ce jeu foutinrent quelque
temps Plutus fur leurs bras , puis , par
un badinage enjoué , elles le plongerent
dans les eaux enchantées. C'eft alors
qu'on ne peut compter toutes les tranfformations
burleſques par lefquelles on
le fit paffer. La dernière amufa particu→
liérement la Cour du Dieu de Paphos .
On vit reparoître la tête de Plutus
fur la fuperficie de l'eau . Les trois
Syrènes , alternativement
d'un petit foufflet dont elles lui avoient
pofé le tuyau dans la bouche , gonflé
rent cette tête au point que toute fa
forme difparut , pour faire place à un
globe que l'air feul rempliffoit. Les Syrènes
alors s'écartérent ; & fe rejettant
en l'air l'une à l'autre ce globe de vent ,
elles donnerent le Spectacle riant d'un
exercice très-agréable jufqu'à ce que
ces jeux ayant affez duré , les Syrènes
fe plongerent avec leur proie au fond
de l'Océan. La Scène fe referma fubitement
telle qu'elle avoit été avant le
Spectacle , & toute la cour des deux
époux les fuivit à la Salle du Banquet .
SEPTIE ME CHANT.
Je ne décrirai point le lieu délicieux
& brillant deftiné au Banquet des DiMARS.
1763.
163
·
vinités de Paphos. Je ne ferai point
l'énumération des mets exquis dont
Comus avoit dirigé la compofition &
l'ordre des fervices. Lorfque les Dieux
habitent la Tèrre , ils fe plaifent à ufer
de la nourriture des Mortels , ainfi que
des autres plaifirs que leur bonté fouveraine
a attachés à chacun de nos
fens. Ce qui eft plus important à mon
Sujet ce font les rangs des principaux
convives ; l'Hymen avoit de droit le
premier il étoit placé entre les deux
Epoux. Ce fut lui qui pofa fur leurs
têtes les couronnes en ufage dans les
feftins.
Chaque affemblée , chaque événe
ment tant foit peu folemnef, fait naître
dans les cours fublunaires une multitude
de conteftations. Les Cours Céleftes
n'en font pas plus exemptes. Cependant
celle de l'Amour dans fes fêtes
particulières eft très-facile fur l'étiquette
; mais l'Hymen préfidoit à celleci
& l'Hymen , ( Tyran jufques dans
les Plaifirs , ) eft le premier qui ait introduit
les graves minucies du cérémonial.
Plus cérémonienfe que toute autre
& plus délicate fur les frivoles honla
Pudeur reclama en cette occafion
la place que la Volupté vouloit
neurs ,
1
#
164 MERCURE DE FRANCE.
occuper auprès de Pfyché. Toujours
fière par humeur autant que par étar ,
fouvent querelleufe par orgueil pour
des prérogatives qu'elle céderoit par
goût , cette majeftueufe Pudeur implora
l'autorité de l'Hymen , & l'Hymen
prononça en fa faveur. Pour confoler
la Volupté , l'Amour la fit mertre à fes
côtés. L'Amour déféroit encore aux
droits des premiers jours de l'Hymen,
O Hymen de combien d'années d'outrages
& d'affronts tu payes fouvent
les vaines déférences que tu éxiges
dans tes jours de Fêtes folemnelles ! La
place de Bacchus étoit marquée à la
droite de l'Amour, Ainfi la Volupté ne
fe crut point déplacée d'être entre eux.
Comus de l'autre côté fe rencontroit
près de la Pudeur. La vénérable Matrone
vit cet arrangement avec quelque
complaifance ; car de tous les Dieux
qui compofoient cette Cour , le délectable
Comus étoit celui avec lequel elle
fe permet un peu plus de familiarité.
Les Mufes étoient à la même table , &
Momus avec elles. Les Grâces avoient
refufé galamment de prendre place
pour fe réferver le plaifir de fervir les
nouveaux Époux. Des Bacchantes choifies
environnoient le lit de Bacchus.
MARS. 1763. 165
Chaque convive avoit un des demi-
Dieux de cette Cour, attaché au foin de
prévenir fes moindres defirs. Quelques
jeunes filles & quelques jeunes garçons
de Paphos , confacrés au temple , étoient
admis au même office.
D'autres tables raffembloient le refte
de la Cour , & la Gayeté , voltigeoit
alternativement des unes aux autres ;
tandis que dans l'intervalle des fervices ,
les Mufes faifoient entendre leurs concerts.
Bacchus ne contribuoit pas peu à
l'agrément de ce Banquet. Après les
premières coupes du nectar céleste , il
propofa le nectar de la Tèrre ; on en
avoit apporté de toutes les régions du
Monde. Ce fut la première fois que
dans une Ile de la Gréce on goûta
d'un vin recueilli dans les climats barbares
des Gaules. Bacchus l'avoit fait
réferver pour cette fête ; il voulut que
la Gayeté fe chargeât feule de le verfer.
Cette liqueur petillante comme elle , en
étoit l'image. Il en fit préfenter par
l'Amour à la belle Pfyché , dans une
coupe du plus pur criftal ; la févère
Pudeur crut qu'il étoit des fonctions de
fa charge d'examiner ce breuvage inconnu
, & voulut arrêter la main de la
jeune Epoufe prête à porter la coupe
166 MERCURE DE FRANCE.
té
par
fur fes lévres : mais celle-ci , en regar
dant avec une douce ingénuité la févère
Matrône , but la coupe fans héfiter ;
puis s'adreffant à elle , lui dit : O ! refpectable
Pudeur ; ce qui m'eft préfenl'Amour
ne peut m'être fufpect
& ne doit pas vous allarmer , puifque
l'Hymen ne s'y oppofe pas. L'Amour
paya du regard le plus tendre ce que
venoit de dire Pfyché , & l'Hymen luimême
ne put refufer d'y foufcrire, Bacchus
fit alors un figne à Comus , &
tous deux de concert engagerent la
Pudeur à vuider plufieurs coupes de la
même liqueur , à l'ombre de fon voile
qu'elle avoit rabaiffé, La Gayeté derrière
elle ,, en éclatoit de rire , & Momus
avec les Mufes préparoit déja des chanfons
à ce fujet. Mais ce filtre n'eut qu'un
effet momentané. La Pudeur en devint
un peu moins trifte , fans oublier les
entrepriſes que projettoit fon indifcret
orgueil , au milieu de la galanterie de
ces Fêtes.
HUITIEME CHANT.
la
Malgré l'impatience de l'A
joie & le plaifir prolongerent le feſtin
jufques affez avant dans la nuit . Enfuite
les époux pafferent chacun dans leurs
appartemens particuliers , où ils furent
MARS. 1763. 167
conduits en pompe , au fon de divers
inftrumens , & au bruit des acclamations
univerfelles ; après quoi on les
laiffa en liberté. La chambre dans laquelle
devoient fe réunir les deux époux
avoit à - peu - près la forme d'un tem,
ple. Sous une rotonde , la Volupté
y avoit fait préparer le lit nuptial. Il
étoit fermé d'une double enceinte de
baluftres , fur laquelle bruloient des
parfums céleftes , dans des caffolettes
d'or. Un double pavillon couvroit les
deux Enceintes. La lampe fatale , qui
avoit tant caufé de larmes à Pfyché ,
& qui fut cependant la fource de fa
félicité , avoit été fufpendue par la Volupté
au ciel du pavillon intérieur , avec
un tel artifice , que fans en apperce→
voir la flamme , fa lumière réfléchie
éclairoit le lit d'un jour fi doux & fi
voluptueux , que cet aftre nouveau du
myftère faifoit craindre le retour de
l'aftre brillant qui anime & féconde
l'univers.
L'Amour paffa le premier dans cette
chambre : il étoit précédé d'une troupe
d'enfans ailés , portans devant lui leurs
flambeaux allumés. Le fien étoit entre
les mains de la Volupté. Elle entra feule
avec l'Amour dans l'enceinte intérieu168
MERCURE DE FRANCE
re. La troupe badine des enfans de Cythère
fe difperfa dans les avenues . Pfyche
, pour fe rendre en ce lieu myſtéétoit
foutenue par l'Hymen
d'une main , & de l'autre par la Pudeur.
rieux ,
Il paroiffoit que tout alloit fe paffer
dans l'ordre antique & confacré par
l'ufage , fuivant lequel la Pudeur conduifoit
l'Epoufe jufques à la chambre
nuptiale , retiroit les voiles qui la couvroient
, l'attendoit le lendemain pour
les lui rendre & ne la pas quitter pendant
le refte du jour. On avança donc
jufques à la première enceinte fous le
grand pavillon extérieur. Le Mystère ,
éxact & fidele , gardoit l'entrée du fecend
, dont il tenoit les rideaux fermés.
Les Graces attendoient que la Pudeur
enlevât les voiles qui enveloppoient la
belle Pfyché , pour la porter dans leurs
bras fur le lit nuptial. La Pudeur au
contraire s'avança impérieufement pour
pénétrer dans la dernière enceinte
malgré les efforts du Myftère , qui en
défendoit l'entrée. L'Amour reclama
avec impétuofité contre la violence
qu'on éxerçoit dans l'aſyle facré de ſon
fanctuaire. L'Hymen dont la main
pefante brife fouvent l'édifice dont il
>
veut
MARS. 1763. 169
eut pofer les fondemens , l'Hymen
prétendit que ce fanctuaire étoit le fien ,
& que lui feul devant y donner des
loix , il vouloit que la Pudeur y préfidât.
Il menaçoit de fufpendre la fin de l'hymenée
, & de remener fur le champ
-Pfyché dans l'Olympe , attendre la décifion
des Dieux affemblés. Ce n'étoit pas
la première fois que l'Hymen avoit commencé
par intimider l'Amour : ce n'étoit
pas la première fois que ce dernier avoit
fini par s'en venger cruellement. Il fe
réferva cette reffource , & feignit encore
de céder pour cette fois. La Pudeur
encouragée par ce premier triomphe
porta fes prétentions jufqu'à vouloir
paffer la nuit dans la dernière enceinte ,
où la Volupté feule avoit le droit de
veiller. La Volupté , affez douce naturellement
, devint furieufe & fe récria
contre cette entreprife. Il fut réglé que
la Pudeur veilleroit dans la première
'enceinte , affez près néanmoins pourque
la nouvelle Epoufe put toujours entendre
fa voix. La cruelle gouvernante
en abufa tellement , qu'elle ne ceffoit
de l'appeller & de lui répéter des leçons
déplacées , fur lefquelles ni les reproches
impatiens de l'Amour , ni les cris de la
Volupté , ne pouvoient impofer filence.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Les Grâces craintives s'étoient difper
fées au premier bruit de la querelle ,
& les ordres de l'Amour même auroient
eu peine à les rappeller.
'Enfin cette nuit de trouble & d'allarmes
fit place au jour. L'opiniâtre Matrone
reconduifit Pfyché à fon appartement.
Trop nouvelle Déeffe pour connoître
toutes les prérogatives de fon
état , Pfyché flottoit entre la foumiffion
que la févère Pudeur exigeoit
d'elle , & la douleur amère d'affliger
L'Amour. De nouvelles fêtes embellirent
cette feconde journée : ce qui l'embellit
encore plus , fut la préfence de Vénus,
qui vint vifiter les époux. Son fils fe
plaignit à elle de la tyrannie que l'Hymen
& la Pudeur entreprenoient d'exercer
fur lui-même , jufques au centre de
fon empire & de celui de fa mère. La
Déeffe , fenfible aux plaintes de fon
fils , lui promit que dès que les fêtes
préparées par Terpficore , pour l'entrée
de la nuit fuivante , auroient pris fin ,
elle remonteroit à la cour célefte faire
parler leurs communs droits , contre les
ennemis fecrets qu'ils avoient appellés
eux-mêmes dans leurs états . Diffimulez
, dit- elle , mon fils , paroiffez toujours
obéir , c'eft le plus für moyen que
摆
MAR S. 1763. 171
'Amour & la Volupté puiffent prendre
pour détruire le pouvoir de l'Hymen
& de la Pudeur.
La feconde foirée fut plus prolongée
encore que la première. Les amuſemens
de Therpficore ayant occupé long-temps
une cour charmante , qui fe livroit au
plaifir dans l'ignorance des fecrets chagrins
qui en agitoient les chefs. Vénus
en retournant à l'Olympe , feignit de
quitter PAPHOS pour quelque temps.
La pudique Matrone en conçut l'espoir
d'un nouveau triomphe ; car la préfence
de Vénus étoit contraire à fes projets.
Dès la nuit fuivante , après le cérémonial
de la veille , elle avoit repris fa
place ordinaire ; mais n'ayant pû fe
défendre d'un léger fommeil , qu'avoit
peut-être occafionné l'exercice , quoiqu'affez
froid , de quelques danfes qu'elle
s'étoit permife , elle fe réveilla tout-àcoup
; & dans le dépit de la négligence
qu'elle fe reprochoit , elle voulut la réparer
avec éclat. Elle ouvrit , ou plutôt
déchira les rideaux de l'enceinte facrée.
Le Mystère alla chercher fa retraite dans
ceux du lit des Epoux , & la Volupté
indignée quitta la place. L'Amour en
ce moment ufa de cette perfide douceur
qu'il fait fi bien employer quelque-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
fois , & ne fit à fon ennemie que de
tendres plaintes qui encouragerent
encore fa fermeté.
,
Cependant la Volupté éplorée avoit
répandu l'allarme dans l'intérieur du Palais
: elle gémiffoit avec les Grâces du
fort de leur maître , lorfqu'une lumière
céleste annonça le retour de Vénus.
Elles rentrerent avec elle dans la chambre
de l'Amour. A fon afpe&t , la Pudeur
troublée voulut fe retirer. Arrêtez.
, dit Vénus
, arrêtez
, imprudente
maîtreffe
, pour écouter
l'ordre
fuprême
des
Dieux
. Si je vous euffe trouvé
dans les
bornes
prefcrites
à votre
emploi
, mon
pouvoir
étoit
limité
, j'étois
contrainte
à foutenir
le vôtre
jufques
dans mon
propre
empire
mais vous
avez
paffé
ces bornes
immuables
, votre
injufte
ufurpation
vous
foumet
à mon fils & à
moi , c'eft à lui que les Dieux
ont déféré
le droit de prononcer
. La Pudeur
,
rougiffant
de colère
& de confufion
, fe
retira
pour
aller attendre
fon arrêt : il
ne fut pas différé
. Après
avoir confulté
un moment
avec
fa mère
, l'Amour
fit
déclarer
à la vénérable
Pudeur
, par la
bouche
même
de fon ennemie
( la Volupté
) , qu'elle
eût à quitter
fon empire
pour n'y jamais
reparoître
: c'étoit
l'exiMARS.
1763. 173
ler de la terre. Quelle région habitée
n'eft pas l'empire de l'Amour ?
Ainfi , pour avoir voulu MAL-APROPOS
ufurper des droits que l'Amour
ne devoit pas céder , la Pudeur en perdit
que l'Hymen même ne put lui rendre :
& l'Amour de fon côté perdit l'avantage
flatteur de la victoire , dans prèfque
toutes fes conquêtes. Perfonne n'y gagna
; la Volupté elle - même s'ennuya
bientôt de fes triomphes , & fe trouva
fatiguée de l'exercice d'un pouvoir fans
bornes & jamais contredit .
Depuis cette fatale époque , quelques
foins qu'ayent pris les Dieux pour réconcilier
la Pudeur avec l'Amour , il
veut toujours l'exiler des lieux où il
donne des loix , & la Pudeur ne fait
prèfque jamais lui céder ou fe défendre
que MAL- A- PROPOS.
» Toi feule , fage & tendre Delphire!
> toi feule as pû donner afyle à ces deux
» ennemis dans une paix inaltérable .
» C'eſt ce bienfait des Dieux qu'a voulu
» confacrer ma Mufe. Plus cette faveur
deviendra rare dans les fiécles futurs
plus on admirera ta gloire & le
bonheur de ton amant.
Par M. D L. G.
fugitives.
SUITE de la Traduction de MAL-APROPOS
, ou L'EXIL DE LA Py-
DEUR , Poëme Grec.
QUATRIEME CHANT.
LAA nuit , fi chère à l'Amour & que
ce Dieu embellit fouvent de fes chat-
Gij
150 MERCURE (DE FRANCE.
.
mes , impatiente de fe rendre à Pa
phos , avoit preffé le Soleil de lui faire
place. Non qu'elle eût violé les loix
immuables de fon cours ; mais elle
avoit étendu les bords de fon voile
de telle forte , qu'à peine Phabus touchoit
à l'humide empire , que fes
derniers rayons avoient été abforbés.
Une quantité prodigieufe de flambeaux
avoient fait un jour nouveau ;
& ce jour est le vrai jour de Paphos.
A la lueur de ces Aftres factices , on
vit reparoître les Immortels Époux ; &
chacun deux fe rendit dans des cabinets
différens. Leur cour fe partagea
pour affifter à leur toilette. L'Hymen
vifita alternativement l'une & l'autre
lui-même avoit appellé la Galanterie ;
il l'introduifit , à celle de l'Amour , &
les Grâces fe déroboient tour-à-tour
pour y paffer quelques inftans . La
toilette , de l'Amour n'eft pas longue ;
il vola à celle de fa Pfyche , dans l'infant
que par les mains de la Pudeur
elle achevoit de prendre une feconde
robe nuptiale d'un tiffu d'argent le plus
éclatant , que les Arts avoient parfemé
des tréfors de l'Orient. Les Grâces
émpreffées autour d'elle , fe difpu
toient le prix du goût ; & chacune en
MARS. 1763. ISL
particulier s'applaudiffoit des ornemens
la Beauté rend fi faciles à placer
& auxquels elle prête tant d'agréque
ment .
Les toilettes étant finies , & les époux
encore plus parés de leurs charmes ,
que des ornemens qu'on y avoit ajoutés ,
au milieu des lumières cachées dans
les feuilles & dans les fleurs , de manière
que les unes & les autres paroiffoient
produire la clarté ; cette troupe
charmante traverfa les jardins pour
retourner au Palais principal. Au -devant
, étoit dreffé un trône de brillans ,
plus éclatans que le Soleil , fous un
Pavillon de la plus riche pourpre de
Tyr , rayonnée d'or & de diamans . Des
guirlandes de fleurs artificiellement
imitées par les pierres les plus précieuſes
, en renouoient les pentes , &
étoient foutenues par de jeunes zéphirs ,
dont les aîles tranfparentes & orientées
, s'accordoient harmonieuſement
avec les couleurs du Pavillon . C'eftlà
, que l'Amour & Pfyché fe placerent
pour voir la troupe agile des Plaiſirs &
des Amours fe jouer alternativement ,
fur un canal de l'onde , & du feu
que Vulcain avoit préparé pour le ter-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
rible Dieu de la Guèrre. Tantôt l'air
embrafé offroit un fpectacle dont la vue.
avoit peine à foutenir l'éclat & à fuivre
la variété des fcènes. Tantôt , par
des machines que les Arts avoient fournies
, l'Onde pouffée en jets à perte
de vue , étoit recueillie en l'air dans des
vâfes portés par les enfans aîlés qui ,
en la réverfant , lui donnoient mille
formes différentes ; la lumière étoit
telle dans ces fêtes , qu'elle prêtoit
aux eaux l'apparence du criftal en fufion.
A ces jeux en fuccédoient d'autres
qui préfentoient l'image paffagère &
paifible des ravages & des embraſemens
qui , trop fouvent parmi les
Mortels ne font qu'un jeu du Maître
charmant , qu'on amufoit alors ,
tour -à - tour le Tyran & le Dieu du
monde. Quelquefois on appercevoit
des traits de flâme , pénétrer , fans s'éteindre
, la profondeur des Ondes &
en faire fortir les froides Déïtés fur des
Conques galantes. Les Amours , qui
avoient lancé ces traits ,, menoient en
triomphe ces Dieux des eaux enchaînés .
Tout ce que les armes de l'Amour avoient
fait de conquêtes remarquables dans
l'Empire de Neptune étoit rappellé
par des répréſentations animées. Chaque
,
,
MAR S. 1763. 153
partie de ces jeux , fi l'on vouloit les
bien peindre , fuffiroit à un Poëme
entier.
Plus puiffant au Parnaffe que le Dieu
même qui y régne , l'Amour avoit appellé
les Mufes , & les Mufes s'étoient
empreffées à fignaler leur zéle ,, par les
plus agréables effets de leurs talens . C'eft
à leurs foins qu'on devoit les preftiges
qui avoient figuré dejà les amours de
quelques Déités des eaux. Mais leur
chef- d'oeuvre en ce genre étoit préparé
dans l'intérieur du Palais ; on s'y
rendit donc , pour jouir d'un nouveau
fpectacle qui ne cédoit a aucun de
ceux qu'on venoit de voir , mais dont
mon foible ftyle (a) ne pourra donner
qu'un trait aride & fans coloris.
CINQUI É ME CHANT.
Dans une des Salles les plus vaſtes
du Palais , étoit difpofé un Théâtre
d'un genre & d'une forme dont notre
Grèce ne fourniroit que d'imparfaits
modéles toute la Cour de Paphos fe
raffembla dans ce lieu .
La Scéne n'étoit pas vifible aux Spec-
(a) On fait que les Anciens nommoient ainf
le poinçon avec lequel ils écrivoient fur les Tablettes
enduites de cire.
G v
$4 MERCURE DE FRANCE.
ateurs , lorfqu'ils entrerent pour fe
placer ; on auroit eu peine à la foupconner;
on n'y voyoit qu'un fuperbeAm
phitéâtre. Mais à peine les deux Fpoux.
y furent entrés , que la partie qui féparoit
la fcène difparut. On apperçut alors
un nouvel univers renfermé dans l'enceinte
de ce lieu ; des cieux , des mers ,
des campagnes , le terrible féjour des
enfers , & des Palais céleftes. La Nature
& l'Art magique , par leurs efforts réunis
, auroient peine à produire les prodiges
qu'offroit cette merveilleufe Scène.
Les Mufes s'étoient métamorphofées
fous diverfes formes , pour repréfenter
elles-mêmes les perfonnages d'un Drame
, dicté par Apollon , & qui retraçoit
en action les amours , les tourmens
& la félicité fuprême de la tendre Pfyché.
Cette repréſentation , qui n'étoit
point l'effet des Mafques groffiers en
ufage fur nos Théâtres ( b ) , étoit fi
fidéle , que Pfyché fut étonnée
fuite un peu inquiette de la Mufe qui
la repréfentoit : elle furprit les yeux de
l'Amour fouvent prêts à s'y méprendre
tant étoit parfaite l'illufion de la métaen-
(b) Sur les théâtres des Anciens les Acteurs
fe fervoient de mafques pour repréſenter les per
fonnages de leur Rôle.
MARS. 1763. 155
morphofe. Plus puiffante encore étoit
celle des accens qui renouvelloient
dans l'âme de Pfyché les fentimens
qu'elle avoit éprouvés . Ces accens
étoient dans un mode , & les vers dans
une mefure qui nous font encore inconnus.
Les chants , mariés à l'harmonie
de l'Orchestre , étoient apparemment
le langage même des Dieux pour
lefquels ce Spectacle étoit préparé. L'Amour
fourit à la vue de la Mufe qui
avoit emprunté fa figure ; il fe tourna
vers Pfyché pour confulter fon impreffion
; mais celle-ci , en portant fes
beaux yeux fur les fiens , lui dit , je
croirois voir l'Amour fur cette fcène
phantaftique , fi l'Amour n'étoit à mes
côtés ; mais on ne peut jamais fe méprendre
à la fiction , que quand il ne
daigne pas fe montrer lui-même.
A l'endroit du Drame qui rappelloit
les tourmens de la jeune Pfyché ; au
terrible afpect des enfers , repréfentés
très-vivement , & fur- tout à l'impitoyable
menace de lui ravir la beauté ; cette
tendre amante , par un mouvement involontaire
, fe précipita dans les bras .
de fon époux. Il en fut allarmé ; il
favoit mauvais gré aux Mufes du choix
de ces images douloureuſes , pour une
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
fete confacrée aux plus doux plaifirs.
Eh ! non , non , s'écria Pfyché , que
ne puis -je , tous les inftans de ma vie
immortelle , avoir un fouvenir auſſi vif
des maux que j'ai foufferts pour vous.
On ne jouit bien des délices de l'amour
que par la mémoire des peines qu'elles
ont coutées. L'Amour cependant fit
dire aux Mufes par le Dieu du goût que
l'on fixoit trop long- temps l'attention
fur de fi funeftes tableaux . Auffi-tôt on
en vit fuccéder de plus riants : la clémence
de Vénus & la félicité des deux
amans en étoient l'objet. C'est alors que
Terpficore , par des danfes voluptueufes
& gayes , vint effacer l'impreffion pathétique
que fes foeurs avoient procurée .
SIXIÈME CHANT .
Un autre Sujet tout différent occupa le
théâtre . La fatyre s'en étoit emparé. La
Scène ne repréfentoit plus qu'une vaſte
mer. On vit fur fa furface s'élever plufieurs
Syrenes , dont les figures féduiſantes
étoient auffi variées que leurs enchantemens
. Sans quitter l'humide fein de l'onde,
où plonge toujours la partie de leurs
corps , qui ne tient plus à l'humaine ſtruc-
&ture, elles formoient par des entrelacemens&
des bondiffemens fur les flots, des
efpèces de danfes , au fon de leurs chants
MARS. 1763. 157
,
mélodieux. Le tout refpiroit une volupté
fi dangereufe , que la plupart
des fpectateurs mêmes malgré la
force de leur divine exiftence en
étoient prèfque entraînés ; mais la plaifanterie
du Spectacle , qui furvint , fit
bientôt diſtraction à ce léger penchant
On apperçut des Barques fur cet
océan elles étoient , la plûpart , galamment
ornées , & paroiffoient chargées
de perfonnages qui repréfentoient
les principaux états de l'humanité. Ces
Barques n'avançoient pas toutes enfemble
on les voyoit d'abord dans le
lointain ; on remarquoit les mouvemens
oppofés qui fe paffoient entre des Nautoniers
expérimentés & des Paffagers
imprudens , qui les contraignoient à fe
détourner de leur route. Quelques Syrènes
fe détachoient pour aller au-devant
des Barques & fe faire voir de plus
près. Dès que les Barques en approchoient
, les artificieufes Syrènes , fe
replongeant dans l'onde , en reffortoient
à des diſtances éloignées. C'eſt ainfi
qu'elles attiroient , par ces feintes refuites
, les Paffagers jufques dans certains
efpaces , où étoient cachés fous les
flots des filets plus déliés que les cheveux
de leurs blondes treffes , mais plus
158 MERCURE DE FRANCE.
infrangibles que l'acier de LEMNOS.On
diftinguoit dans ces diverfes Barques de
fuperbes Archontes , de graves Aréopagites
, des héros de Mars , des difciples
de la Philofophie , enfin tous les
Ördres de la République , jufqu'à
d'auftères Sacrificateurs : chacun d'eux
difputoit avec foi-même quelques momens
; mais chacun d'eux veilloit l'inf
tant où les patrons des barques détournoient
la vue , afin de fauter plus librement
dans ces flots empoifonnés , à
l'aide des mains perfides que leurs tendoient
les Syrènes . D'autres fembloient
s'y laiffer gliffer mollement , & comme
par diftraction , croyant apparemment
par-là fe dérober leur propre foibleffe
& s'épargner le reproche de leur chûte.A
peine ces divers perfonnages tomboient
en la puiffance des Monftres charmans
qui les avoient furpris , qu'ils étoient
enchaînés de fleurs. Les Syrènes en
avoient qui étoient enchantées pour chaquefens
en particulier ; de forte que ces
victimes fe trouvoient arrêtées dans toutes
les parties de leur être. Ainfi que
certains animaux carnaciers fe jouent
quelque temps de leur proie avant que
de la dévorer telles ces femmes infidieufes
, faifoient en cent façons des
MARS. 1763. 159
jouets de leurs Captifs ; & par les formes
les plus ridicules qu'elles leur faifoient
prendre , elles les expofoient au
rire des Spectateurs , avant que de les
précipiter dans les abîmes de cet océan,
Les jeunes étourdis de notre Grèce nefurent
pas les moins amufans des per
fonnages de cette comique Pantomime..
Les Syrènes les faifoient tourner avec
une rapidité incroyable autour d'elles :
elles avoient pour cela des fouets de
toutes les paffions , qui leur donnoient
à chaque inftant des impulfions contraires.
Elles changeoient enfuite ces
Etres en différentes efpèces d'animaux ;
elles s'amufoient de leur babillage en
perroquets ; elles leur faifoient répéter
à-peu-près ce qu'ils auroient dit fous
leur forme naturelle ; elles les faifoient.
voler , comme des Etourneaux &
retomber dans la mer , où ils difparoiffoient
pour quelques momens. Enfuite ,
fous la forme de petits chiens , elles les
dreffoient fur le champ à plufieurs exercices
plus comiques les uns que les autres
; puis elles finiffoient par les tranfformér
en dogues furieux , dont les
rauques aboyemens étoient fuivis de
combats dévorans , qui fe terminoient
au gré du caprice de leurs cruelles maîtreffes
.
,
160 MERCURE DE FRANCE.
De toutes ces Pantomimes , dont
Momus avoit concerté les fcènes , il n'y
en eut point de plus piquante que la
dernière. On vit approcher une Barque
plus confidérable que les précédentes ;
les flammes ou banderoles étoient de
pourpre de Tyr & de tiffus de l'or le
plus pur. A mefure que ce bâtiment ,
chargé d'un nombreux cortége , approchoit
des fpectateurs , on y découvroit
de nouveaux ornemens. Le Chef fe
diftinguoit fur tous les autres par l'éclat
des plus riches étoffes & des pierreries
dont il étoit couvert. On voyait,
au mouvement perpétuel de fes mains ,
qu'il répandoit avec profufion toutes
fortes de richeffes aux Syrènes du fecond
ordre qui bondiffoient autour de
fa Barque , mais dont les charmes n'étoient
pas affez puiffans pour arrêter un
Dieu , car c'étoit le Dieu Plutus que
repréſentoit ce phantaftique perfonnage.
Il étoit alors en querelle avec l'Amour ,
& n'avoit point été appellé à ces fêtes.
Les Mufes , fouvent piquées des avances
humiliantes qu'elles font à ce Dieu
& du dédain dont il les reçoit ,
avoient faifi cette occafion de vengeance.
On reconnoiffoit Plutus nonfeulement
à fa fplendeur , mais à une
MARS. 1763.
161
certaine pâleur livide , qu'il porte luimême
fur le vifage , & qu'il communique
à fes favoris , abforbés dans le
foin d'accumuler & de conferver les
tréfors qu'il leur confie. Trois des principales
Syrènes attendoient cette précieufe
proie avec une nonchalance affectée
, qui leur en afſuroit davantage
la conquête . Elles formerent alors des
concerts fi touchans ; elles prirent des
attitudes fi enchantereffes , que l'âme
d'aucun Mortel n'eût pu foutenir , fi
l'on ofoit le dire , le poids délicieux
de cette volupté. L'âme du Dieu des
Richeffes ne fut pas inacceffible. Les
Syrènes avoient ajouté à leurs enchantemens
ordinaires le charme d'un parfum
plus fort que celui qu'on offre aux
autres Dieux , & dont l'yvreffe eft inévitable.
Plutus reçut en apparence
l'hommage des trois Syrènes , qui ne
faifoient que prêter à fa vanité un léger
tribut dont il alloit les dédommager
par celui de toutes fes poffeffions . Les
Syrènes éleverent les bras vers lui ; il
s'inclina pour recevoir leurs embraffemens.
Bientôt elles l'eurent enlevé de
fon bord , & la Barque avec tout le
cortége difparut au milieu de la troupe
des autres Syrènes. Les principales Ac
162 MERCURE DE FRANCE ,
au moien
trices de ce jeu foutinrent quelque
temps Plutus fur leurs bras , puis , par
un badinage enjoué , elles le plongerent
dans les eaux enchantées. C'eft alors
qu'on ne peut compter toutes les tranfformations
burleſques par lefquelles on
le fit paffer. La dernière amufa particu→
liérement la Cour du Dieu de Paphos .
On vit reparoître la tête de Plutus
fur la fuperficie de l'eau . Les trois
Syrènes , alternativement
d'un petit foufflet dont elles lui avoient
pofé le tuyau dans la bouche , gonflé
rent cette tête au point que toute fa
forme difparut , pour faire place à un
globe que l'air feul rempliffoit. Les Syrènes
alors s'écartérent ; & fe rejettant
en l'air l'une à l'autre ce globe de vent ,
elles donnerent le Spectacle riant d'un
exercice très-agréable jufqu'à ce que
ces jeux ayant affez duré , les Syrènes
fe plongerent avec leur proie au fond
de l'Océan. La Scène fe referma fubitement
telle qu'elle avoit été avant le
Spectacle , & toute la cour des deux
époux les fuivit à la Salle du Banquet .
SEPTIE ME CHANT.
Je ne décrirai point le lieu délicieux
& brillant deftiné au Banquet des DiMARS.
1763.
163
·
vinités de Paphos. Je ne ferai point
l'énumération des mets exquis dont
Comus avoit dirigé la compofition &
l'ordre des fervices. Lorfque les Dieux
habitent la Tèrre , ils fe plaifent à ufer
de la nourriture des Mortels , ainfi que
des autres plaifirs que leur bonté fouveraine
a attachés à chacun de nos
fens. Ce qui eft plus important à mon
Sujet ce font les rangs des principaux
convives ; l'Hymen avoit de droit le
premier il étoit placé entre les deux
Epoux. Ce fut lui qui pofa fur leurs
têtes les couronnes en ufage dans les
feftins.
Chaque affemblée , chaque événe
ment tant foit peu folemnef, fait naître
dans les cours fublunaires une multitude
de conteftations. Les Cours Céleftes
n'en font pas plus exemptes. Cependant
celle de l'Amour dans fes fêtes
particulières eft très-facile fur l'étiquette
; mais l'Hymen préfidoit à celleci
& l'Hymen , ( Tyran jufques dans
les Plaifirs , ) eft le premier qui ait introduit
les graves minucies du cérémonial.
Plus cérémonienfe que toute autre
& plus délicate fur les frivoles honla
Pudeur reclama en cette occafion
la place que la Volupté vouloit
neurs ,
1
#
164 MERCURE DE FRANCE.
occuper auprès de Pfyché. Toujours
fière par humeur autant que par étar ,
fouvent querelleufe par orgueil pour
des prérogatives qu'elle céderoit par
goût , cette majeftueufe Pudeur implora
l'autorité de l'Hymen , & l'Hymen
prononça en fa faveur. Pour confoler
la Volupté , l'Amour la fit mertre à fes
côtés. L'Amour déféroit encore aux
droits des premiers jours de l'Hymen,
O Hymen de combien d'années d'outrages
& d'affronts tu payes fouvent
les vaines déférences que tu éxiges
dans tes jours de Fêtes folemnelles ! La
place de Bacchus étoit marquée à la
droite de l'Amour, Ainfi la Volupté ne
fe crut point déplacée d'être entre eux.
Comus de l'autre côté fe rencontroit
près de la Pudeur. La vénérable Matrone
vit cet arrangement avec quelque
complaifance ; car de tous les Dieux
qui compofoient cette Cour , le délectable
Comus étoit celui avec lequel elle
fe permet un peu plus de familiarité.
Les Mufes étoient à la même table , &
Momus avec elles. Les Grâces avoient
refufé galamment de prendre place
pour fe réferver le plaifir de fervir les
nouveaux Époux. Des Bacchantes choifies
environnoient le lit de Bacchus.
MARS. 1763. 165
Chaque convive avoit un des demi-
Dieux de cette Cour, attaché au foin de
prévenir fes moindres defirs. Quelques
jeunes filles & quelques jeunes garçons
de Paphos , confacrés au temple , étoient
admis au même office.
D'autres tables raffembloient le refte
de la Cour , & la Gayeté , voltigeoit
alternativement des unes aux autres ;
tandis que dans l'intervalle des fervices ,
les Mufes faifoient entendre leurs concerts.
Bacchus ne contribuoit pas peu à
l'agrément de ce Banquet. Après les
premières coupes du nectar céleste , il
propofa le nectar de la Tèrre ; on en
avoit apporté de toutes les régions du
Monde. Ce fut la première fois que
dans une Ile de la Gréce on goûta
d'un vin recueilli dans les climats barbares
des Gaules. Bacchus l'avoit fait
réferver pour cette fête ; il voulut que
la Gayeté fe chargeât feule de le verfer.
Cette liqueur petillante comme elle , en
étoit l'image. Il en fit préfenter par
l'Amour à la belle Pfyché , dans une
coupe du plus pur criftal ; la févère
Pudeur crut qu'il étoit des fonctions de
fa charge d'examiner ce breuvage inconnu
, & voulut arrêter la main de la
jeune Epoufe prête à porter la coupe
166 MERCURE DE FRANCE.
té
par
fur fes lévres : mais celle-ci , en regar
dant avec une douce ingénuité la févère
Matrône , but la coupe fans héfiter ;
puis s'adreffant à elle , lui dit : O ! refpectable
Pudeur ; ce qui m'eft préfenl'Amour
ne peut m'être fufpect
& ne doit pas vous allarmer , puifque
l'Hymen ne s'y oppofe pas. L'Amour
paya du regard le plus tendre ce que
venoit de dire Pfyché , & l'Hymen luimême
ne put refufer d'y foufcrire, Bacchus
fit alors un figne à Comus , &
tous deux de concert engagerent la
Pudeur à vuider plufieurs coupes de la
même liqueur , à l'ombre de fon voile
qu'elle avoit rabaiffé, La Gayeté derrière
elle ,, en éclatoit de rire , & Momus
avec les Mufes préparoit déja des chanfons
à ce fujet. Mais ce filtre n'eut qu'un
effet momentané. La Pudeur en devint
un peu moins trifte , fans oublier les
entrepriſes que projettoit fon indifcret
orgueil , au milieu de la galanterie de
ces Fêtes.
HUITIEME CHANT.
la
Malgré l'impatience de l'A
joie & le plaifir prolongerent le feſtin
jufques affez avant dans la nuit . Enfuite
les époux pafferent chacun dans leurs
appartemens particuliers , où ils furent
MARS. 1763. 167
conduits en pompe , au fon de divers
inftrumens , & au bruit des acclamations
univerfelles ; après quoi on les
laiffa en liberté. La chambre dans laquelle
devoient fe réunir les deux époux
avoit à - peu - près la forme d'un tem,
ple. Sous une rotonde , la Volupté
y avoit fait préparer le lit nuptial. Il
étoit fermé d'une double enceinte de
baluftres , fur laquelle bruloient des
parfums céleftes , dans des caffolettes
d'or. Un double pavillon couvroit les
deux Enceintes. La lampe fatale , qui
avoit tant caufé de larmes à Pfyché ,
& qui fut cependant la fource de fa
félicité , avoit été fufpendue par la Volupté
au ciel du pavillon intérieur , avec
un tel artifice , que fans en apperce→
voir la flamme , fa lumière réfléchie
éclairoit le lit d'un jour fi doux & fi
voluptueux , que cet aftre nouveau du
myftère faifoit craindre le retour de
l'aftre brillant qui anime & féconde
l'univers.
L'Amour paffa le premier dans cette
chambre : il étoit précédé d'une troupe
d'enfans ailés , portans devant lui leurs
flambeaux allumés. Le fien étoit entre
les mains de la Volupté. Elle entra feule
avec l'Amour dans l'enceinte intérieu168
MERCURE DE FRANCE
re. La troupe badine des enfans de Cythère
fe difperfa dans les avenues . Pfyche
, pour fe rendre en ce lieu myſtéétoit
foutenue par l'Hymen
d'une main , & de l'autre par la Pudeur.
rieux ,
Il paroiffoit que tout alloit fe paffer
dans l'ordre antique & confacré par
l'ufage , fuivant lequel la Pudeur conduifoit
l'Epoufe jufques à la chambre
nuptiale , retiroit les voiles qui la couvroient
, l'attendoit le lendemain pour
les lui rendre & ne la pas quitter pendant
le refte du jour. On avança donc
jufques à la première enceinte fous le
grand pavillon extérieur. Le Mystère ,
éxact & fidele , gardoit l'entrée du fecend
, dont il tenoit les rideaux fermés.
Les Graces attendoient que la Pudeur
enlevât les voiles qui enveloppoient la
belle Pfyché , pour la porter dans leurs
bras fur le lit nuptial. La Pudeur au
contraire s'avança impérieufement pour
pénétrer dans la dernière enceinte
malgré les efforts du Myftère , qui en
défendoit l'entrée. L'Amour reclama
avec impétuofité contre la violence
qu'on éxerçoit dans l'aſyle facré de ſon
fanctuaire. L'Hymen dont la main
pefante brife fouvent l'édifice dont il
>
veut
MARS. 1763. 169
eut pofer les fondemens , l'Hymen
prétendit que ce fanctuaire étoit le fien ,
& que lui feul devant y donner des
loix , il vouloit que la Pudeur y préfidât.
Il menaçoit de fufpendre la fin de l'hymenée
, & de remener fur le champ
-Pfyché dans l'Olympe , attendre la décifion
des Dieux affemblés. Ce n'étoit pas
la première fois que l'Hymen avoit commencé
par intimider l'Amour : ce n'étoit
pas la première fois que ce dernier avoit
fini par s'en venger cruellement. Il fe
réferva cette reffource , & feignit encore
de céder pour cette fois. La Pudeur
encouragée par ce premier triomphe
porta fes prétentions jufqu'à vouloir
paffer la nuit dans la dernière enceinte ,
où la Volupté feule avoit le droit de
veiller. La Volupté , affez douce naturellement
, devint furieufe & fe récria
contre cette entreprife. Il fut réglé que
la Pudeur veilleroit dans la première
'enceinte , affez près néanmoins pourque
la nouvelle Epoufe put toujours entendre
fa voix. La cruelle gouvernante
en abufa tellement , qu'elle ne ceffoit
de l'appeller & de lui répéter des leçons
déplacées , fur lefquelles ni les reproches
impatiens de l'Amour , ni les cris de la
Volupté , ne pouvoient impofer filence.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Les Grâces craintives s'étoient difper
fées au premier bruit de la querelle ,
& les ordres de l'Amour même auroient
eu peine à les rappeller.
'Enfin cette nuit de trouble & d'allarmes
fit place au jour. L'opiniâtre Matrone
reconduifit Pfyché à fon appartement.
Trop nouvelle Déeffe pour connoître
toutes les prérogatives de fon
état , Pfyché flottoit entre la foumiffion
que la févère Pudeur exigeoit
d'elle , & la douleur amère d'affliger
L'Amour. De nouvelles fêtes embellirent
cette feconde journée : ce qui l'embellit
encore plus , fut la préfence de Vénus,
qui vint vifiter les époux. Son fils fe
plaignit à elle de la tyrannie que l'Hymen
& la Pudeur entreprenoient d'exercer
fur lui-même , jufques au centre de
fon empire & de celui de fa mère. La
Déeffe , fenfible aux plaintes de fon
fils , lui promit que dès que les fêtes
préparées par Terpficore , pour l'entrée
de la nuit fuivante , auroient pris fin ,
elle remonteroit à la cour célefte faire
parler leurs communs droits , contre les
ennemis fecrets qu'ils avoient appellés
eux-mêmes dans leurs états . Diffimulez
, dit- elle , mon fils , paroiffez toujours
obéir , c'eft le plus für moyen que
摆
MAR S. 1763. 171
'Amour & la Volupté puiffent prendre
pour détruire le pouvoir de l'Hymen
& de la Pudeur.
La feconde foirée fut plus prolongée
encore que la première. Les amuſemens
de Therpficore ayant occupé long-temps
une cour charmante , qui fe livroit au
plaifir dans l'ignorance des fecrets chagrins
qui en agitoient les chefs. Vénus
en retournant à l'Olympe , feignit de
quitter PAPHOS pour quelque temps.
La pudique Matrone en conçut l'espoir
d'un nouveau triomphe ; car la préfence
de Vénus étoit contraire à fes projets.
Dès la nuit fuivante , après le cérémonial
de la veille , elle avoit repris fa
place ordinaire ; mais n'ayant pû fe
défendre d'un léger fommeil , qu'avoit
peut-être occafionné l'exercice , quoiqu'affez
froid , de quelques danfes qu'elle
s'étoit permife , elle fe réveilla tout-àcoup
; & dans le dépit de la négligence
qu'elle fe reprochoit , elle voulut la réparer
avec éclat. Elle ouvrit , ou plutôt
déchira les rideaux de l'enceinte facrée.
Le Mystère alla chercher fa retraite dans
ceux du lit des Epoux , & la Volupté
indignée quitta la place. L'Amour en
ce moment ufa de cette perfide douceur
qu'il fait fi bien employer quelque-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
fois , & ne fit à fon ennemie que de
tendres plaintes qui encouragerent
encore fa fermeté.
,
Cependant la Volupté éplorée avoit
répandu l'allarme dans l'intérieur du Palais
: elle gémiffoit avec les Grâces du
fort de leur maître , lorfqu'une lumière
céleste annonça le retour de Vénus.
Elles rentrerent avec elle dans la chambre
de l'Amour. A fon afpe&t , la Pudeur
troublée voulut fe retirer. Arrêtez.
, dit Vénus
, arrêtez
, imprudente
maîtreffe
, pour écouter
l'ordre
fuprême
des
Dieux
. Si je vous euffe trouvé
dans les
bornes
prefcrites
à votre
emploi
, mon
pouvoir
étoit
limité
, j'étois
contrainte
à foutenir
le vôtre
jufques
dans mon
propre
empire
mais vous
avez
paffé
ces bornes
immuables
, votre
injufte
ufurpation
vous
foumet
à mon fils & à
moi , c'eft à lui que les Dieux
ont déféré
le droit de prononcer
. La Pudeur
,
rougiffant
de colère
& de confufion
, fe
retira
pour
aller attendre
fon arrêt : il
ne fut pas différé
. Après
avoir confulté
un moment
avec
fa mère
, l'Amour
fit
déclarer
à la vénérable
Pudeur
, par la
bouche
même
de fon ennemie
( la Volupté
) , qu'elle
eût à quitter
fon empire
pour n'y jamais
reparoître
: c'étoit
l'exiMARS.
1763. 173
ler de la terre. Quelle région habitée
n'eft pas l'empire de l'Amour ?
Ainfi , pour avoir voulu MAL-APROPOS
ufurper des droits que l'Amour
ne devoit pas céder , la Pudeur en perdit
que l'Hymen même ne put lui rendre :
& l'Amour de fon côté perdit l'avantage
flatteur de la victoire , dans prèfque
toutes fes conquêtes. Perfonne n'y gagna
; la Volupté elle - même s'ennuya
bientôt de fes triomphes , & fe trouva
fatiguée de l'exercice d'un pouvoir fans
bornes & jamais contredit .
Depuis cette fatale époque , quelques
foins qu'ayent pris les Dieux pour réconcilier
la Pudeur avec l'Amour , il
veut toujours l'exiler des lieux où il
donne des loix , & la Pudeur ne fait
prèfque jamais lui céder ou fe défendre
que MAL- A- PROPOS.
» Toi feule , fage & tendre Delphire!
> toi feule as pû donner afyle à ces deux
» ennemis dans une paix inaltérable .
» C'eſt ce bienfait des Dieux qu'a voulu
» confacrer ma Mufe. Plus cette faveur
deviendra rare dans les fiécles futurs
plus on admirera ta gloire & le
bonheur de ton amant.
Par M. D L. G.
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Article des Piéces fugitives. SUITE de la Traduction de MAL-A-PROPOS, ou L'EXIL DE LA PUDEUR, Poëme Grec. QUATRIEME CHANT.
Le texte est un supplément à un article du Mercure de France, présentant la suite de la traduction du poème grec 'Mal-Apropos, ou L'Exil de la Pydéur'. Le quatrième chant décrit une nuit à Paphos où la nuit a été prolongée artificiellement pour permettre aux Immortels Époux, l'Amour et Psyché, de se préparer. Leur toilette est assistée par l'Hymen, la Galanterie, et les Grâces. Une fois prêts, ils se rendent dans les jardins illuminés pour assister à des spectacles offerts par les Plaisirs et les Amours. Ces spectacles incluent des jeux d'eau et de feu, et des représentations des conquêtes de l'Amour. Les Muses, appelées par l'Amour, ont préparé des prestiges et des représentations animées. Dans une salle du palais, un théâtre magique montre un nouvel univers avec des cieux, des mers, et des enfers. Les Muses, métamorphosées, jouent un drame dicté par Apollon, retraçant les amours, les tourments et la félicité suprême de Psyché. Psyché est émue par la représentation et se jette dans les bras de l'Amour. Les Muses changent ensuite de scène pour montrer la clémence de Vénus et la félicité des amants, avec des danses voluptueuses de Terpsichore. Le sixième chant introduit une scène maritime avec des Sirènes qui dansent et chantent, tentant les spectateurs. Des barques représentant différents états de l'humanité naviguent sur la mer, attirées par les Sirènes. Les Sirènes capturent les passagers avec des filets et les transforment en animaux pour se divertir. La dernière pantomime montre le Dieu Plutus en querelle avec l'Amour, représenté dans une barque richement ornée. Les Muses se vengent de Plutus en le mettant en scène malgré son absence des fêtes. Le texte décrit ensuite une scène où Plutus est capturé par trois Sirènes. Ces dernières l'enlèvent et le plongent dans des eaux enchantées, où elles le transforment en un globe de vent. Après divers jeux, elles disparaissent avec leur proie au fond de l'Océan. La scène se referme, et toute la cour des époux divins suit les Sirènes vers la salle du banquet. Le banquet des divinités de Paphos est ensuite décrit. L'Hymen, placé entre les deux époux, pose des couronnes sur leurs têtes. Les convives principaux incluent l'Hymen, la Pudeur, la Volupté, l'Amour, Bacchus, et Comus. Les Grâces servent les nouveaux époux, et des Bacchantes entourent le lit de Bacchus. Bacchus propose un vin des Gaules, que Psyché boit malgré les objections de la Pudeur. Après le banquet, les époux se retirent dans leurs appartements. La chambre nuptiale est préparée avec soin, et la lampe fatale éclaire doucement le lit. La Pudeur et l'Hymen accompagnent Psyché, mais un conflit éclate entre la Pudeur et la Volupté. La Pudeur veut veiller près de Psyché, mais la Volupté s'y oppose. Finalement, la Pudeur veille dans la première enceinte, perturbant la nuit par ses leçons déplacées. Le lendemain, Vénus visite les époux et promet de soutenir l'Amour contre l'Hymen et la Pudeur. La nuit suivante, la Pudeur, après s'être endormie, ouvre les rideaux de l'enceinte sacrée, provoquant la fuite du Mystère et la colère de la Volupté. L'Amour utilise une douceur trompeuse pour apaiser la Pudeur. Le texte relate un conflit mythologique entre Vénus, la Pudeur, l'Amour et la Volupté. L'alerte est donnée au Palais lorsque Vénus revient, accompagnée des Grâces. La Pudeur, troublée, tente de se retirer, mais Vénus l'arrête pour annoncer un ordre divin. Vénus explique que la Pudeur a dépassé ses limites et doit donc être jugée par son fils, l'Amour. La Pudeur, confuse et en colère, se retire pour attendre son verdict. L'Amour, après consultation avec Vénus, déclare par l'intermédiaire de la Volupté que la Pudeur doit quitter son empire et ne jamais y revenir. Cette décision affecte tous les protagonistes : la Pudeur perd ses droits, l'Amour ne tire pas avantage de sa victoire, et même la Volupté se lasse de ses triomphes.
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