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Liste
1
p. 31-33
LE SOLITAIRE, SONNET.
Début :
Pendant que les beaux Esprits travaillent pour laisser apres eux / S'Eleve qui voudra, par force, ou par adresse, [...]
Mots clefs :
Matière, Sagesse, Mort
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texteReconnaissance textuelle : LE SOLITAIRE, SONNET.
Pendant que les beaux Eſprits travaillent pour laiſſer aprés eux dequoy la convaincre des étonnantes
merveilles que nous voyons tous les jours , vous voulez bien que nous changions de matiere, &que je vous envoye un Sonnet qui n'eſt ny furla Galanterie , ny fur le bonheur de la France , & auquel Al
mourn'a point de part.
LE SOLITAIRE.
S
SONNET.
Eleve qui voudra , par force ,
paradreffe,
014
24 LE MERCURE
Iusqu'ausommet gliſſant des grandeurs dela Cour,
Jepretens,sans quitter mon aimable Sejour ,
Loin du Peuple &du bruit, recher- cherlaSageffe.
Làfans crainte des Grands,Sansfa.
ſte &fans tristese ,
Ieverray les Saiſonsſeſuivre tour-àtour,
Et dans undoux repos j'attendray la Vieilleffe.
Ainsi lors quela Mort viendra romprelecours.
Des bienheureux momens qui compo- Sentmesjours,
le mourray chargé d'ans , inconnu ,
folitaire.
Qu'un Homme est malheureux l'heure du trepas,
Lors qu'ayantnegligé lefeul bien ne- ceffaire ,
Ilmeurt connudetous , &nese con- noist pas!
merveilles que nous voyons tous les jours , vous voulez bien que nous changions de matiere, &que je vous envoye un Sonnet qui n'eſt ny furla Galanterie , ny fur le bonheur de la France , & auquel Al
mourn'a point de part.
LE SOLITAIRE.
S
SONNET.
Eleve qui voudra , par force ,
paradreffe,
014
24 LE MERCURE
Iusqu'ausommet gliſſant des grandeurs dela Cour,
Jepretens,sans quitter mon aimable Sejour ,
Loin du Peuple &du bruit, recher- cherlaSageffe.
Làfans crainte des Grands,Sansfa.
ſte &fans tristese ,
Ieverray les Saiſonsſeſuivre tour-àtour,
Et dans undoux repos j'attendray la Vieilleffe.
Ainsi lors quela Mort viendra romprelecours.
Des bienheureux momens qui compo- Sentmesjours,
le mourray chargé d'ans , inconnu ,
folitaire.
Qu'un Homme est malheureux l'heure du trepas,
Lors qu'ayantnegligé lefeul bien ne- ceffaire ,
Ilmeurt connudetous , &nese con- noist pas!
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Résumé : LE SOLITAIRE, SONNET.
L'auteur propose d'envoyer un sonnet intitulé 'Le Solitaire'. Il y exprime son désir de se retirer des grandeurs de la cour et des bruits du peuple pour rechercher la sagesse dans un lieu paisible. Il souhaite vivre sans crainte, sans faste et sans tristesse, en observant les saisons et en attendant la vieillesse dans un doux repos. Il aspire à mourir chargé d'années et inconnu, soulignant la tristesse de ceux qui meurent sans avoir accompli le bien nécessaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 145-146
MADRIGAL.
Début :
Mr Boyer donna en sortant cet Inpromtpu à Monsieur Colbert. / Icy tout plaist, icy tout est charmant, [...]
Mots clefs :
Sagesse, Plaisir, Abondance
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
Me Boyer don-
94 LE MERCVRE
na en fortant cet Inpromptu à
Monfieur Colbert.
MADRIGAL.
IC tout plaiſt,icy tout est charmant,
La Sagesse par tout ,&la magnificence ,
Partout lapompe&l'agrément ,
Partout le choix &l'abondance.
Maisn'en déplaiſe à ces beautez ,
Dont le plus curieux ſe peuvent fatisfaire,
Leplaifirleplus granddont nousſoyons
tentez ,
Eſt d'avoir le bonheur deplaire Au Maistre glorieux de ces Lieux enchantez.
94 LE MERCVRE
na en fortant cet Inpromptu à
Monfieur Colbert.
MADRIGAL.
IC tout plaiſt,icy tout est charmant,
La Sagesse par tout ,&la magnificence ,
Partout lapompe&l'agrément ,
Partout le choix &l'abondance.
Maisn'en déplaiſe à ces beautez ,
Dont le plus curieux ſe peuvent fatisfaire,
Leplaifirleplus granddont nousſoyons
tentez ,
Eſt d'avoir le bonheur deplaire Au Maistre glorieux de ces Lieux enchantez.
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3
p. 65-72
ELEGIE.
Début :
Cette Devise ne vous doit pas estre inconnuë, puis que / Genéreux Licidas, Amy sage & fidelle [...]
Mots clefs :
Raison, Amour, Douceurs, Berger, Sagesse, Amants, Ennemis, Esprit, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELEGIE.
Cette Devise ne vous
doit pas estre inconnuë,
puis que je l'ay fait graver
parmy cellesquiont été faites
pour des Cachets, &qui
sont dans le sixiéme Extra-.-
ordinaire que je vous eiï^
voyayle 15. de ce Mois. Cependant
si vous voulez voir
de quelle maniere en doivent
user les aimables Fieres
qui cherchent à se défendre
d'aimer par raison,
vous n'avez qu'à lire l'E-:
legie qui fuit. Vous y trouverez
une peinture aussi
agréable que délicate, des
sentimens d'une Belle dont
le coeur pourroit devenir
sensible, si elle l'abandonnoit
à son panchant. Je ne
vous puis dire qui la fait
parler, mais je lçay bic4
que peu d'Ouvrages de
cette nature ont d'aussi
grandes beautez.
ELEG 1E.
GEnéreux LicidllJ, Amyfage
1 &fidelie,
Dont l'effrit cfisijufic, & dont
l'ame estsibelle,
Vous, de qui la Raison nefaitplus'
de fauxpas,
Ha,qu'ilvous est aiséde dire, n'aimezpas!
£)uand on connoiifl*Amour, j'es-,
- - caprices,sespeines,
Jguand onfiait comme vousce qti&
pesentseschaînes,
àagcparjes malheurs, on meprijt
aisément
Les douceurs dont ilflate un trop
crédule Amants
Mau quandon n'apointfaitla trifieexpérience
Desjalo/iflsfureurs,deschagrins
de l'absence,
£htepourfiiirefentirde redoutablesfeux
iIll ne ppaarrooii/?fusuinivjyy que ddeesr BRlwû* à*
desJeux,
JOttun coeur reftHe malàfinpou- voirréme!
Jt>ue defoins, que d'effortspour em
pefiherqu'iln'aime!
Jejfay ce qu'ilencou/le, (7ptllfefh&
jamais
JLyJmourn'acontre un coeurémoufi
tant de traits.
Jnfinfiblekl'honneur de fixerun
Volage,
On deforcerd'aimer.l'Ame la plus
sauvage.
Je n'ayjamdJU tombédans, ces vaines
erreurs,
Jj>uidonnent devrais mauxpour
desausses douceurs;
Mesfenssurma, raifin n'ontjamais
eu d'empire,
Et mon tranquille cættr ne feait.
comme onsoupire, Ill'ignore,Berger,mais nepréùnJumez,
pas tendre engagementfuflpour
luysansappas.
Ce coeur que le Cielfitdélicat &-
ftncére,
N'aimeroitquetrop bien,sije le
laissoisfaire?
Mais grace aux Immorteli, une
heureusefierté
Surunsidouxprancbantl'atoujours
anforle.
Sans cesse je me dis qu'une forte
tendrcffe
Bfimalgrétous nos foins l'écueit
de la SagejJè,
J>hfon s'y trompe toujours-, & qu'il:
faut s'allarmer
Des qu'unBerger paroisspropre i
sefaire aimer.
Comme unsubtilpoisonjeregarde
l'efiime,
Beje crains l'Amitié, quoy qu'elle
foitsans crime.
Fourfauver ma. vertu de ces égaremens,
Je ne veux point d'Amis quipbiffent
eflreAmans.
Jjhiandpar mon peu d'appas ma
raison eflféUuite,
Je cherche leurs défauts,j'impose à
leur mérite,
Rienpour les ménager ne meparoifi
permIS)
Et dans tous mes Amansjevois mes-
Ennemis
A l'abry d'une longue ¿""JètÎre indiférence,
De leurs tendres tranflorts je voir
la violence;
L'Ej;,itlibre defoins, & l'Ame
sans amour,
Dans lesacré Valon je passe tout
lejour, J) cueille avec flaifir cent& cent
fleurs nouvÍ."_,S
braverontdu tanps lesitteintet
cruellesi
Etfourfuivre unpanchant quej'ay
recetJ des Cieux,
Je consacre ces fleurs auplusgalant
des Dieux.
far unjufle retour on dit qu'ilffait
répandre
Sur toutce quej'écris un air toti?
chant & tendre;
je no/e allerplus loin, &sur lafoy
d'autruy
Je chante tous lesjours&pour, &
contre luys
Heureufcsiles maux dontjefeins'
d'eflre atteinter
Pour mon timide coeurfont toujours
une feinte.
doit pas estre inconnuë,
puis que je l'ay fait graver
parmy cellesquiont été faites
pour des Cachets, &qui
sont dans le sixiéme Extra-.-
ordinaire que je vous eiï^
voyayle 15. de ce Mois. Cependant
si vous voulez voir
de quelle maniere en doivent
user les aimables Fieres
qui cherchent à se défendre
d'aimer par raison,
vous n'avez qu'à lire l'E-:
legie qui fuit. Vous y trouverez
une peinture aussi
agréable que délicate, des
sentimens d'une Belle dont
le coeur pourroit devenir
sensible, si elle l'abandonnoit
à son panchant. Je ne
vous puis dire qui la fait
parler, mais je lçay bic4
que peu d'Ouvrages de
cette nature ont d'aussi
grandes beautez.
ELEG 1E.
GEnéreux LicidllJ, Amyfage
1 &fidelie,
Dont l'effrit cfisijufic, & dont
l'ame estsibelle,
Vous, de qui la Raison nefaitplus'
de fauxpas,
Ha,qu'ilvous est aiséde dire, n'aimezpas!
£)uand on connoiifl*Amour, j'es-,
- - caprices,sespeines,
Jguand onfiait comme vousce qti&
pesentseschaînes,
àagcparjes malheurs, on meprijt
aisément
Les douceurs dont ilflate un trop
crédule Amants
Mau quandon n'apointfaitla trifieexpérience
Desjalo/iflsfureurs,deschagrins
de l'absence,
£htepourfiiirefentirde redoutablesfeux
iIll ne ppaarrooii/?fusuinivjyy que ddeesr BRlwû* à*
desJeux,
JOttun coeur reftHe malàfinpou- voirréme!
Jt>ue defoins, que d'effortspour em
pefiherqu'iln'aime!
Jejfay ce qu'ilencou/le, (7ptllfefh&
jamais
JLyJmourn'acontre un coeurémoufi
tant de traits.
Jnfinfiblekl'honneur de fixerun
Volage,
On deforcerd'aimer.l'Ame la plus
sauvage.
Je n'ayjamdJU tombédans, ces vaines
erreurs,
Jj>uidonnent devrais mauxpour
desausses douceurs;
Mesfenssurma, raifin n'ontjamais
eu d'empire,
Et mon tranquille cættr ne feait.
comme onsoupire, Ill'ignore,Berger,mais nepréùnJumez,
pas tendre engagementfuflpour
luysansappas.
Ce coeur que le Cielfitdélicat &-
ftncére,
N'aimeroitquetrop bien,sije le
laissoisfaire?
Mais grace aux Immorteli, une
heureusefierté
Surunsidouxprancbantl'atoujours
anforle.
Sans cesse je me dis qu'une forte
tendrcffe
Bfimalgrétous nos foins l'écueit
de la SagejJè,
J>hfon s'y trompe toujours-, & qu'il:
faut s'allarmer
Des qu'unBerger paroisspropre i
sefaire aimer.
Comme unsubtilpoisonjeregarde
l'efiime,
Beje crains l'Amitié, quoy qu'elle
foitsans crime.
Fourfauver ma. vertu de ces égaremens,
Je ne veux point d'Amis quipbiffent
eflreAmans.
Jjhiandpar mon peu d'appas ma
raison eflféUuite,
Je cherche leurs défauts,j'impose à
leur mérite,
Rienpour les ménager ne meparoifi
permIS)
Et dans tous mes Amansjevois mes-
Ennemis
A l'abry d'une longue ¿""JètÎre indiférence,
De leurs tendres tranflorts je voir
la violence;
L'Ej;,itlibre defoins, & l'Ame
sans amour,
Dans lesacré Valon je passe tout
lejour, J) cueille avec flaifir cent& cent
fleurs nouvÍ."_,S
braverontdu tanps lesitteintet
cruellesi
Etfourfuivre unpanchant quej'ay
recetJ des Cieux,
Je consacre ces fleurs auplusgalant
des Dieux.
far unjufle retour on dit qu'ilffait
répandre
Sur toutce quej'écris un air toti?
chant & tendre;
je no/e allerplus loin, &sur lafoy
d'autruy
Je chante tous lesjours&pour, &
contre luys
Heureufcsiles maux dontjefeins'
d'eflre atteinter
Pour mon timide coeurfont toujours
une feinte.
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Résumé : ELEGIE.
Le texte présente une devise et une élégie. La devise est mentionnée dans un extra-ordinaire du 15 du mois. Pour comprendre comment les femmes fières cherchent à se défendre d'aimer par raison, il est suggéré de lire l'élégie intitulée 'l'Élégie qui fuit'. Cette élégie décrit les sentiments d'une belle dont le cœur pourrait devenir sensible si elle l'abandonnait à son penchant. L'auteur souligne que peu d'ouvrages de cette nature possèdent autant de beautés. L'élégie est adressée à un homme généreux, aimable et fidèle, doté d'un esprit judicieux et d'une belle âme. Elle évoque les caprices et les peines de l'amour, ainsi que la difficulté de résister à ses charmes. La narratrice affirme n'avoir pas succombé aux erreurs vaines de l'amour et que son cœur reste tranquille. Elle craint l'amitié, de peur qu'elle ne se transforme en amour, et préfère voir des ennemis dans ses amants. Elle passe ses journées dans un vallon, cueillant des fleurs pour braver le temps et les consacre au plus galant des dieux. Elle conclut en chantant les maux dont elle feint d'être atteinte, pour son cœur timide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 67-69
LA FRANCE.
Début :
Un Anonime a fait parler la France à la Fortune, sur ce que le / Aveugle Déesse, dis-moy, [...]
Mots clefs :
France, Fortune, Déesse, Roi, Prince, Univers, Clémence, Sagesse, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FRANCE.
Un Anonime a fait parler la
Fránce à la Fortune ,fur ce que le
Roy a eu fix -vingt Billets blancs
à la Loterie de Monfeigneur le
Dauphin. Voicy la Demande &
a Réponſe.
LA FRANCE.
Aveugle Déeffe,dis -moy ,
68
MERCURE
T
D'où vient qu'à noftre Auguste Roy
Six- vingt Billets tous blancs fout
échús en partage?
LA FORTUN É .
France , c'est pour montrer combien
ton Prince eft fage.
Lors qu'il pourroit foumettre à fes
Loix l'Univers
Que la Terre luy céde , & qu'il commande
aux Mers,
Sa clémence retient l'ardeur de fon
courage.
Ce qu'il m'a donné je luy rends ;
Et comme moy les Conquérans ,
Les Princes , les Etats , & tous les
Grands du Monde
Connoiffant de Louis la fageffe profonde
,
Pour terminer leurs diférens,
Le prennent pour Arbitre , & luy
donnent des Blancs ;
GALANT. 69.
Et fi fes Ennemis demandent leur
revanche ,
Il leur donne la Carte blanche.´
Fránce à la Fortune ,fur ce que le
Roy a eu fix -vingt Billets blancs
à la Loterie de Monfeigneur le
Dauphin. Voicy la Demande &
a Réponſe.
LA FRANCE.
Aveugle Déeffe,dis -moy ,
68
MERCURE
T
D'où vient qu'à noftre Auguste Roy
Six- vingt Billets tous blancs fout
échús en partage?
LA FORTUN É .
France , c'est pour montrer combien
ton Prince eft fage.
Lors qu'il pourroit foumettre à fes
Loix l'Univers
Que la Terre luy céde , & qu'il commande
aux Mers,
Sa clémence retient l'ardeur de fon
courage.
Ce qu'il m'a donné je luy rends ;
Et comme moy les Conquérans ,
Les Princes , les Etats , & tous les
Grands du Monde
Connoiffant de Louis la fageffe profonde
,
Pour terminer leurs diférens,
Le prennent pour Arbitre , & luy
donnent des Blancs ;
GALANT. 69.
Et fi fes Ennemis demandent leur
revanche ,
Il leur donne la Carte blanche.´
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5
p. 130-132
Ambassadeurs nommez par le Roy, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Comte de Cheverny, Fils de feu Mr de Monglas, [...]
Mots clefs :
Comte de Cheverny, Chevalier, Ambassadeur du Danemark, Envoyé extraordinaire, Sagesse, Marquis de Feuquieres, Ambassadeur extraordinaire, Abbé Morel, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ambassadeurs nommez par le Roy, [titre d'après la table]
M ' le Comte de Cheverny,
GALANT. 131
Fils de feu M ' de Monglas ,
Chevalier des Ordres du
Roy, & Maistre de la Garderobe
de Sa Majeſté , a eſté
nommé Ambaffadeur
en
Dannemarc. Vous le connoiſſez
, & je vous parlay de
luy , lors qu'il fut choisi pour
eftre Envoyé Extraordinaire
auprés de l'Empereur. Ces
deux Emplois font les premiers
qu'il ait eus , & il en tire
d'autant plus de gloire , que
qui commence par là à entrer
dans les Affaires , doit
avoir donné de grandes preuves
de fon efprit , de fa fagef
132 MERCURE
fe, & de fa conduite .
Mi le Marquis de Feuquieres
a efté aufli nommé Ambaffadeur
Extraordinaire en
Eſpagne . Il eft d'une naiſſance
diftinguée , & a tres bien
fervy en plufieurs occafions.
Mr l'Abbé Morel , qui a
efté Envoyé Extraordinaire
vers les Princes d'Italie , &
qui s'eft aquité avec fuccez
de plufieurs importantes Négotiations,
va remplir le Pofte
d'Envoyé Extraordinaire auprés
de Sa Majesté Imperiale,.
en la place de M² le Comte
de Cheverny .
GALANT. 131
Fils de feu M ' de Monglas ,
Chevalier des Ordres du
Roy, & Maistre de la Garderobe
de Sa Majeſté , a eſté
nommé Ambaffadeur
en
Dannemarc. Vous le connoiſſez
, & je vous parlay de
luy , lors qu'il fut choisi pour
eftre Envoyé Extraordinaire
auprés de l'Empereur. Ces
deux Emplois font les premiers
qu'il ait eus , & il en tire
d'autant plus de gloire , que
qui commence par là à entrer
dans les Affaires , doit
avoir donné de grandes preuves
de fon efprit , de fa fagef
132 MERCURE
fe, & de fa conduite .
Mi le Marquis de Feuquieres
a efté aufli nommé Ambaffadeur
Extraordinaire en
Eſpagne . Il eft d'une naiſſance
diftinguée , & a tres bien
fervy en plufieurs occafions.
Mr l'Abbé Morel , qui a
efté Envoyé Extraordinaire
vers les Princes d'Italie , &
qui s'eft aquité avec fuccez
de plufieurs importantes Négotiations,
va remplir le Pofte
d'Envoyé Extraordinaire auprés
de Sa Majesté Imperiale,.
en la place de M² le Comte
de Cheverny .
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Résumé : Ambassadeurs nommez par le Roy, [titre d'après la table]
Le Comte de Cheverny est nommé Ambassadeur en Dannemarc et Envoyé Extraordinaire auprès de l'Empereur. Le Marquis de Feuquieres devient Ambassadeur Extraordinaire en Espagne. L'Abbé Morel remplace le Comte de Cheverny comme Envoyé Extraordinaire auprès de l'Empereur. Ces nominations soulignent les compétences et les services des nommés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 163-169
A MADEMOISELLE D'ORVILLE. STANCES.
Début :
Vous avez esté si satisfaite de divers Ouvrages galans que / Iris, sortez de vostre Cage. [...]
Mots clefs :
Iris, Dieu, Sagesse, Repos, Péril, Aventure, Hommage, Ennemis, Amants, Appas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE D'ORVILLE. STANCES.
Vous avez efté fi fatisfaite
de divers Ouvrages galans
que je vous ay envoyez, de
M' Vignier de Richelieu ,,
que je croirois vous priver
d'un grand plaifir , fi je négligeois
de vous faire part
des Vers qu'il a fairs pour
une tres - aimable Demoilelle,
qu'il preffe de fortir d'une
Maifon qui menace rüine ,
O ij
164 MERCURE
& où il croit
qu'elle ne peutdemeurer
fans un peril évident
. Voicy ce qu'il luy écrit.
$2: 5$52525:
5225555
A
MADEMOISELLE
D'ORVILLE .
I
STANCE S.
Ris , fortez de voftre Cage,
Ne
demeurez plus dans un Lien,
Oufans
l'affiftance de Dieu,
Vous estes tous lesjours prefte à plier
bagage.
Sa
f
Voyez quelle est vostre conduite,
De voir les Rats quitter leurs trous
Et n'ofer demeurer chés vous ,
GALANT. 165
Et de ne vouloir pas profiter de leur
fuite.
SS
Encor fi vouspechiez en âge,
Vous auricz un peu moins de tort
Maiscen'estpas estrefort fage,
Que d'estrè belle &jeune , & d'avancerfa
mort..
SS
Connoiffant le perilfi proche,
Pouvez- vous dormir en repos,
Et penfiz- vous que vostre des
Soitpour vous garantir, ou de bronze,
oa de roche?
S&
Confiderant cette avanture,
Tout le monde fera d'accort,
Que vous avezun efprit fort,
Mais que vous n'avezpas la cervelle
affez dure.
166 MERCURE
$2
Des Vertus vous estes l'exemple,
Maispour dire la verité,
On ne peutfans temerité,
Vous aller rendre hommage en vostre
frelle Temple.
Sa
Voulez- vous eftre l'homicide
De vous mefme & de vos amis,
Ou fi c'est à vos Ennemis ,
Que vous dreffez ce piége enfaisant
L'Intrépide?
SS
C'eft une chofe pitoyable ,
Qu'ilfautpour vous voirfeurement,
Se confeffer dévotement,
Et fe mettre en état de n'aller pas au-
Diable.
S2
Il eft auffi fort néceſſaire,
GALANT. 167
Qu'étant de touspechez abſous,
Ceux qui veulent aller chez vous,.
Pourfaire Teftament appellent icur
Notaire.
$2
Tel cft charmé de vos æillades ,
Qui craintfort voftre bebergemět,
Et quiferoitfon logement,
Plutoft fur un Rampart au feu des
Moufquetades.
S&
Si vous y restezparfineſſe,
Et pour éprouver un Amant,
Une vifite d'un moment,
Vous marquerafans doute un grand
fonds de tendreffe .
S&
Ah, quelle nouvelle fatale,
Si quelqu'unme difoit dans peu,
Iris fans manquer àſon væu,
Vient d'eftre enfevelie ainſi qu'une
Veftale!
168 MERCURE
Se
Cette beauté qu'on idolâtre,
Ge teint de Rofes & de Lys,
Pourroient- ils dans un tel débris
Conferver leur éclat fous des monscaux
de plâtre?
$ 2
Non , dans un étatfifunefte,
On ne vous reconnoistreitpar
Et de tant de charmans appas
Eft- ce là , direit- on , est- ce là ce qui
refte?
22
Maistouché de vostre merite,
Et tout penetré de douleur,
Suivant le panchant de mon coeur,
l'irais vous retrouverfur les bords du
. Cocyte.
$2
Devoftre mort& de la mienne,
Arreſtez
GALANT. 169
Arreftez le coup mal- heureux ;
Iris , quelque tard qu'elle vierne,
Cefera trop toftpour nous deux.
VIGNIER.
de divers Ouvrages galans
que je vous ay envoyez, de
M' Vignier de Richelieu ,,
que je croirois vous priver
d'un grand plaifir , fi je négligeois
de vous faire part
des Vers qu'il a fairs pour
une tres - aimable Demoilelle,
qu'il preffe de fortir d'une
Maifon qui menace rüine ,
O ij
164 MERCURE
& où il croit
qu'elle ne peutdemeurer
fans un peril évident
. Voicy ce qu'il luy écrit.
$2: 5$52525:
5225555
A
MADEMOISELLE
D'ORVILLE .
I
STANCE S.
Ris , fortez de voftre Cage,
Ne
demeurez plus dans un Lien,
Oufans
l'affiftance de Dieu,
Vous estes tous lesjours prefte à plier
bagage.
Sa
f
Voyez quelle est vostre conduite,
De voir les Rats quitter leurs trous
Et n'ofer demeurer chés vous ,
GALANT. 165
Et de ne vouloir pas profiter de leur
fuite.
SS
Encor fi vouspechiez en âge,
Vous auricz un peu moins de tort
Maiscen'estpas estrefort fage,
Que d'estrè belle &jeune , & d'avancerfa
mort..
SS
Connoiffant le perilfi proche,
Pouvez- vous dormir en repos,
Et penfiz- vous que vostre des
Soitpour vous garantir, ou de bronze,
oa de roche?
S&
Confiderant cette avanture,
Tout le monde fera d'accort,
Que vous avezun efprit fort,
Mais que vous n'avezpas la cervelle
affez dure.
166 MERCURE
$2
Des Vertus vous estes l'exemple,
Maispour dire la verité,
On ne peutfans temerité,
Vous aller rendre hommage en vostre
frelle Temple.
Sa
Voulez- vous eftre l'homicide
De vous mefme & de vos amis,
Ou fi c'est à vos Ennemis ,
Que vous dreffez ce piége enfaisant
L'Intrépide?
SS
C'eft une chofe pitoyable ,
Qu'ilfautpour vous voirfeurement,
Se confeffer dévotement,
Et fe mettre en état de n'aller pas au-
Diable.
S2
Il eft auffi fort néceſſaire,
GALANT. 167
Qu'étant de touspechez abſous,
Ceux qui veulent aller chez vous,.
Pourfaire Teftament appellent icur
Notaire.
$2
Tel cft charmé de vos æillades ,
Qui craintfort voftre bebergemět,
Et quiferoitfon logement,
Plutoft fur un Rampart au feu des
Moufquetades.
S&
Si vous y restezparfineſſe,
Et pour éprouver un Amant,
Une vifite d'un moment,
Vous marquerafans doute un grand
fonds de tendreffe .
S&
Ah, quelle nouvelle fatale,
Si quelqu'unme difoit dans peu,
Iris fans manquer àſon væu,
Vient d'eftre enfevelie ainſi qu'une
Veftale!
168 MERCURE
Se
Cette beauté qu'on idolâtre,
Ge teint de Rofes & de Lys,
Pourroient- ils dans un tel débris
Conferver leur éclat fous des monscaux
de plâtre?
$ 2
Non , dans un étatfifunefte,
On ne vous reconnoistreitpar
Et de tant de charmans appas
Eft- ce là , direit- on , est- ce là ce qui
refte?
22
Maistouché de vostre merite,
Et tout penetré de douleur,
Suivant le panchant de mon coeur,
l'irais vous retrouverfur les bords du
. Cocyte.
$2
Devoftre mort& de la mienne,
Arreſtez
GALANT. 169
Arreftez le coup mal- heureux ;
Iris , quelque tard qu'elle vierne,
Cefera trop toftpour nous deux.
VIGNIER.
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Résumé : A MADEMOISELLE D'ORVILLE. STANCES.
Une lettre est adressée à une demoiselle d'Orville pour lui transmettre des vers écrits par M. Vignier de Richelieu. L'auteur exprime une inquiétude concernant la maison de la demoiselle, qui menace de ruine et représente un danger imminent. Les vers mettent en garde la demoiselle contre ce péril et l'encouragent à quitter les lieux. L'auteur utilise des métaphores, comme celle des rats quittant leurs trous, pour illustrer la nécessité de partir. Il souligne que, malgré sa jeunesse et sa beauté, la demoiselle court un risque en restant dans cette maison. Les vers évoquent les vertus de la demoiselle mais insistent sur le danger de rester dans un lieu en péril. L'auteur exprime sa crainte qu'elle ne soit victime d'un accident fatal et la supplie d'arrêter le 'coup mal-heureux' en quittant les lieux avant qu'il ne soit trop tard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 308-311
Entrée de Madame l'Abbesse de la Virginité à Port-Royal, [titre d'après la table]
Début :
Enfin Dieu s'est laissé fléchir aux larmes des Religieuses [...]
Mots clefs :
Dieu, Religieuses, Port Royal, Prières, Abbesse, Archevêque, Abbayes, Gouvernement, Satisfaction, Sagesse, Douceur, Gloire, Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée de Madame l'Abbesse de la Virginité à Port-Royal, [titre d'après la table]
Enfin Dieu s'eft laiffé flé
chir aux larmes des Religieufes
de Port Royal , & a
exaucé leurs prieres . Elles
ont tant fait d'inftances &
GALANT. 309
de tres humbles fupplications
au Roy , afin d'avoir pour
leur Abbeffe Madame de la
Virginité , que Sa Majesté a
ordonné à M '
l'Archevefque
de la faire venir à Paris. Le
Roy a bien voulu luy don .
ner une année pour faire fon
option fur l'une des deux
Abbaies , défirant que: durant
cet intervalle elle prift
le gouvernement de Port-
Royal , fur une Commiffion
de M. l'Archevefque , & avec
le confentement de fes Supérieurs
. Elle a obeï aux commandemens
de Sa Majefté ;
310 MERCURE
•
& les Dames de Port Royal,
qui à l'ombre de fon nom
avoient commencé à joüir
d'une profonde paix , ont
maintenant la fatisfaction de
la voir affermie par fa préfence
. Cette illuftre Abbeffe
les conduit avec une fageffe
& une douceur qui les char-
Elles font tous me toutes.
leurs efforts pour la déterminer
en faveur de leur Maifon.
Cependant elle fe laiffe
aller à la volonté de fes Supérieurs
, perfuadée que c'eft
dans cette foûmiffion que
confifte le véritable efprit de
GALANT. ZIT
Religion , dont elle a fait
jufques icy tout fon bonheur
& toute fa gloire .
chir aux larmes des Religieufes
de Port Royal , & a
exaucé leurs prieres . Elles
ont tant fait d'inftances &
GALANT. 309
de tres humbles fupplications
au Roy , afin d'avoir pour
leur Abbeffe Madame de la
Virginité , que Sa Majesté a
ordonné à M '
l'Archevefque
de la faire venir à Paris. Le
Roy a bien voulu luy don .
ner une année pour faire fon
option fur l'une des deux
Abbaies , défirant que: durant
cet intervalle elle prift
le gouvernement de Port-
Royal , fur une Commiffion
de M. l'Archevefque , & avec
le confentement de fes Supérieurs
. Elle a obeï aux commandemens
de Sa Majefté ;
310 MERCURE
•
& les Dames de Port Royal,
qui à l'ombre de fon nom
avoient commencé à joüir
d'une profonde paix , ont
maintenant la fatisfaction de
la voir affermie par fa préfence
. Cette illuftre Abbeffe
les conduit avec une fageffe
& une douceur qui les char-
Elles font tous me toutes.
leurs efforts pour la déterminer
en faveur de leur Maifon.
Cependant elle fe laiffe
aller à la volonté de fes Supérieurs
, perfuadée que c'eft
dans cette foûmiffion que
confifte le véritable efprit de
GALANT. ZIT
Religion , dont elle a fait
jufques icy tout fon bonheur
& toute fa gloire .
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Résumé : Entrée de Madame l'Abbesse de la Virginité à Port-Royal, [titre d'après la table]
Le roi a décidé de faire venir Madame de la Virginité à Paris pour qu'elle choisisse entre deux abbayes. Les religieuses de Port-Royal avaient demandé au roi qu'elle devienne leur abbesse. Le roi a accordé une année à Madame de la Virginité pour prendre sa décision, durant laquelle elle gouvernerait Port-Royal avec l'accord de ses supérieurs et une commission de l'archevêque. Les religieuses de Port-Royal, ayant déjà trouvé la paix sous son influence, sont satisfaites de sa présence. Madame de la Virginité dirige les religieuses avec sagesse et douceur, ce qui les ravit. Elles tentent de la convaincre de rester, mais elle se soumet à la volonté de ses supérieurs, croyant que la soumission est essentielle à l'esprit religieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 151-157
Harangue que Mr de Brisacier Superieur du Seminaire des Missions Estrangeres, fit aux Ambassadeurs lors qu'il alla au devant d'Eux à Fontainebleau, & qui avoit esté obmise dans la premiere des quatre Relations, qui composent l'Ambassade de Siam en France. [titre d'après la table]
Début :
Aprés avoir finy la Relation de leur Voyage de Flandre, [...]
Mots clefs :
Harangue, Jacques-Charles de Brisacier, Séminaire des Missions étrangères, Fontainebleau, Mérite, Sagesse, Religion chrétienne
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texteReconnaissance textuelle : Harangue que Mr de Brisacier Superieur du Seminaire des Missions Estrangeres, fit aux Ambassadeurs lors qu'il alla au devant d'Eux à Fontainebleau, & qui avoit esté obmise dans la premiere des quatre Relations, qui composent l'Ambassade de Siam en France. [titre d'après la table]
Aprés avoir finy la Relation
de leurVoyage de Flandre
, je croy ne devoir point
entrer dans d'autres matieres,
avant que de vous avoir fait
part d'une Harangue dont
je vous ay déja parlé . C'eſt
celle que M de Brifacier, Superieur
du Seminaire des
Miſſions Etrangeres , leur fit
à Fontainebleau , où il alla
au devant d'eux , à cauſe de
l'obligation que les Miffionnaires
ont au Roy de Siam.
Voicy les termes dont il ſe
fervit.
Niiij
152 IV. P. du Voyage
MESSEIGNEURS ,
Dans les honneurs extraordinaires
que nôtre Puiſſant Monarque
veut qu'on rende par tout à vos
Excellences , ne dédaignez pas les
foibles marques de respect que vous
donne par mon miniftere une Maifon
peu confiderable par elle- même,
mais remplie de veneration pour
vôtre Grand Ray, & de consideration
pour vos Illustres personnes.
Les augustes qualitez du Souverain
qui vous envoye , la haute idée
qu'il a conceuë des Grandeurs
رص
des Vertus de Louisle Grand, le
bon traitement qu'il a fait jusqu'à
present à tous les François , la protection
qu'il a toûjours donnée à
nos Vicaires Apostoliques &à leurs
Miſſionnaires, la distinction avec
des Amb. de Siam. 153
laquelle il a receu l'Ambassadeur
de France , la liberté qu'il a fait
publier àses sujets d'embraſſer le
Christianisme , les privileges qu'il
a accordez à ceux qui voudroient
la profeſſer, la disposition où il est
luy-même de s'éclaircir de la profondeurde
nosMysteres,&de laſainteté
de nôtre Morale ; enfin la confiance
finguliere qu'il a bien voulu
marquer aux Directeurs de nôtre
Maison , en les honorant de fes ordres
pour prendre soin , non seulement
des Ouvrages qu'il afait faire
dans ce Royaume, mais aussi defes
Premiers Ambassadeurs , deſes Envoyez,
de vous mêmes ; tout cela,
dis-je, qui vous est mieux connu
qu'à personne du monde, nous met
dans l'heureux engagement de prévenirpar
une députation particu154
IV. P. du Voyage
liere les acclamations publiques qui
vous attendent à la Cour; & nous
fatisfafons autant à notre inclination
qu'à nôtre devoir, lorſque pour
respecter vôtre caractere & vôtre
merite, nous venons quelques journées
au devant de vous.
On ne peut affez vous dire, Meffeigneurs,
combien vous vous eſtes
déja acquis de reputation auprés
de tous ceux qui ont eu lajoye de
vous voir paſſer dans nos Villes ;
le bruitse répand de toutes parts ,
qu'ilferoit difficile d'ajoûter quelque
chose à la politeſſe de vôtre
esprit, à la ſageſſe de vos réponſes,
&à l'agrement de vos manieres ;
& nous avons impatience que nôtre
Monarque couronne parson approbation
Royale , l'applaudiſſement
univerfel de ses Peuples. S'il est
des Amb. de Siam. 155
Satisfait de vous , vous serez encore
plus contents de luy , & vous
avoñerez avec plaisirdésque vous
L'aurez connu , qu'il est digne de
l'estime d'un Prince aussi éclairé
qu'est le vôtre, & qu'il merite bien
qu'on vienne le voir, & l'admirer
des extrémitezde la terre. Quelque
grand qu'ilsoit par l'étendue
de ſes Etats , par la multitude de
SesSujets, par la beauté defes Villes,
parlafeconditédeſes campagnes,
parle nombre deses maisons , par
la magnificence deſes Palais , par
la pompe deſa Cour, par les forces
deſesArmées de Terre &de Mer,
&parles richeſſesdeſes Pierreries,
deses Meubles & de ses Finances
, il vous paroiſtra encore plus
élevéparsa Pieté&parsa Grandeur
d'Ame , que parsa Couronne
756 IV . P. du Voyage
& par son Trône ; & vous serez
ravis de justifier par votre propre
experience , le juſte difcernement de
vôtre Prince qui a sceu distinguerde
fi loinle merite incomparable dunôtre
, & qui luy a donné dans fon
esprit la preference au deſſus des autres
Potentats de l'Vnivers. Ce dif.
cernement & cette preference qui
établiſſent également la gloire des
deux Rois , contribuent avec éclat à
la vostre, Meſſeigneurs ; l'un vouS
áhonoré par la ſageſſe de ſon choix,
l'autre vous honorera bien toſtparſes
carreſſes , & parson eftime ; & le
feul souhait qui me reste à former
pour vous , c'est que jouissant d'une
parfaite santé durant tout le séjour
que vous ferez en nostre France ,
vous puissiez retourner heureuſement
dans vostre Patrie , comblez de grades
Amb de Siam. 157
tes &d'honneurs, remporter avec
vous au fond de l'ame, autant de ref
peit & d'amour pour la Religion
Chreſtinne , que doit en inspirer la
pieté jointe à la Majesté , dans la
personne facrée de Louis le Grand,
qui tout glorieux qu'il est dans la
Paix &dans la Guerre, faitsa principale
gloire, de foûteniravec dignité
l'auguſte Titre de Roy très- Chreftien,
& de Fils aisné de l'Eglife.
de leurVoyage de Flandre
, je croy ne devoir point
entrer dans d'autres matieres,
avant que de vous avoir fait
part d'une Harangue dont
je vous ay déja parlé . C'eſt
celle que M de Brifacier, Superieur
du Seminaire des
Miſſions Etrangeres , leur fit
à Fontainebleau , où il alla
au devant d'eux , à cauſe de
l'obligation que les Miffionnaires
ont au Roy de Siam.
Voicy les termes dont il ſe
fervit.
Niiij
152 IV. P. du Voyage
MESSEIGNEURS ,
Dans les honneurs extraordinaires
que nôtre Puiſſant Monarque
veut qu'on rende par tout à vos
Excellences , ne dédaignez pas les
foibles marques de respect que vous
donne par mon miniftere une Maifon
peu confiderable par elle- même,
mais remplie de veneration pour
vôtre Grand Ray, & de consideration
pour vos Illustres personnes.
Les augustes qualitez du Souverain
qui vous envoye , la haute idée
qu'il a conceuë des Grandeurs
رص
des Vertus de Louisle Grand, le
bon traitement qu'il a fait jusqu'à
present à tous les François , la protection
qu'il a toûjours donnée à
nos Vicaires Apostoliques &à leurs
Miſſionnaires, la distinction avec
des Amb. de Siam. 153
laquelle il a receu l'Ambassadeur
de France , la liberté qu'il a fait
publier àses sujets d'embraſſer le
Christianisme , les privileges qu'il
a accordez à ceux qui voudroient
la profeſſer, la disposition où il est
luy-même de s'éclaircir de la profondeurde
nosMysteres,&de laſainteté
de nôtre Morale ; enfin la confiance
finguliere qu'il a bien voulu
marquer aux Directeurs de nôtre
Maison , en les honorant de fes ordres
pour prendre soin , non seulement
des Ouvrages qu'il afait faire
dans ce Royaume, mais aussi defes
Premiers Ambassadeurs , deſes Envoyez,
de vous mêmes ; tout cela,
dis-je, qui vous est mieux connu
qu'à personne du monde, nous met
dans l'heureux engagement de prévenirpar
une députation particu154
IV. P. du Voyage
liere les acclamations publiques qui
vous attendent à la Cour; & nous
fatisfafons autant à notre inclination
qu'à nôtre devoir, lorſque pour
respecter vôtre caractere & vôtre
merite, nous venons quelques journées
au devant de vous.
On ne peut affez vous dire, Meffeigneurs,
combien vous vous eſtes
déja acquis de reputation auprés
de tous ceux qui ont eu lajoye de
vous voir paſſer dans nos Villes ;
le bruitse répand de toutes parts ,
qu'ilferoit difficile d'ajoûter quelque
chose à la politeſſe de vôtre
esprit, à la ſageſſe de vos réponſes,
&à l'agrement de vos manieres ;
& nous avons impatience que nôtre
Monarque couronne parson approbation
Royale , l'applaudiſſement
univerfel de ses Peuples. S'il est
des Amb. de Siam. 155
Satisfait de vous , vous serez encore
plus contents de luy , & vous
avoñerez avec plaisirdésque vous
L'aurez connu , qu'il est digne de
l'estime d'un Prince aussi éclairé
qu'est le vôtre, & qu'il merite bien
qu'on vienne le voir, & l'admirer
des extrémitezde la terre. Quelque
grand qu'ilsoit par l'étendue
de ſes Etats , par la multitude de
SesSujets, par la beauté defes Villes,
parlafeconditédeſes campagnes,
parle nombre deses maisons , par
la magnificence deſes Palais , par
la pompe deſa Cour, par les forces
deſesArmées de Terre &de Mer,
&parles richeſſesdeſes Pierreries,
deses Meubles & de ses Finances
, il vous paroiſtra encore plus
élevéparsa Pieté&parsa Grandeur
d'Ame , que parsa Couronne
756 IV . P. du Voyage
& par son Trône ; & vous serez
ravis de justifier par votre propre
experience , le juſte difcernement de
vôtre Prince qui a sceu distinguerde
fi loinle merite incomparable dunôtre
, & qui luy a donné dans fon
esprit la preference au deſſus des autres
Potentats de l'Vnivers. Ce dif.
cernement & cette preference qui
établiſſent également la gloire des
deux Rois , contribuent avec éclat à
la vostre, Meſſeigneurs ; l'un vouS
áhonoré par la ſageſſe de ſon choix,
l'autre vous honorera bien toſtparſes
carreſſes , & parson eftime ; & le
feul souhait qui me reste à former
pour vous , c'est que jouissant d'une
parfaite santé durant tout le séjour
que vous ferez en nostre France ,
vous puissiez retourner heureuſement
dans vostre Patrie , comblez de grades
Amb de Siam. 157
tes &d'honneurs, remporter avec
vous au fond de l'ame, autant de ref
peit & d'amour pour la Religion
Chreſtinne , que doit en inspirer la
pieté jointe à la Majesté , dans la
personne facrée de Louis le Grand,
qui tout glorieux qu'il est dans la
Paix &dans la Guerre, faitsa principale
gloire, de foûteniravec dignité
l'auguſte Titre de Roy très- Chreftien,
& de Fils aisné de l'Eglife.
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Résumé : Harangue que Mr de Brisacier Superieur du Seminaire des Missions Estrangeres, fit aux Ambassadeurs lors qu'il alla au devant d'Eux à Fontainebleau, & qui avoit esté obmise dans la premiere des quatre Relations, qui composent l'Ambassade de Siam en France. [titre d'après la table]
M. de Brifacier, supérieur du Séminaire des Missions Étrangères, prononce une harangue à l'attention des ambassadeurs du roi de Siam à Fontainebleau. Il se rend sur place pour accueillir les ambassadeurs en raison des obligations des missionnaires envers le roi de Siam. M. de Brifacier exprime un profond respect et une vénération pour le roi de Siam et ses ambassadeurs, soulignant les honneurs extraordinaires que le roi de France leur accorde. Il met en avant les qualités du roi de France, Louis le Grand, et les bonnes relations entre les deux royaumes. Il mentionne notamment la protection accordée aux missionnaires et la liberté de pratiquer le christianisme en Siam. M. de Brifacier exprime également l'impatience du roi de France de rencontrer les ambassadeurs pour leur montrer sa magnificence et sa piété. Il conclut en souhaitant aux ambassadeurs une parfaite santé durant leur séjour en France et un retour heureux dans leur patrie, enrichis de respect et d'amour pour la religion chrétienne.
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8
9
p. 5-27
Prelude qui renferme un abrégé de tout ce que le Roy a fait de grand pendant sa vie. [titre d'après la table]
Début :
Si vous avez esté contente des Ouvrages composez à [...]
Mots clefs :
Éloge, Souverain, Justice, Ordres, Sagesse, Roi, Mazarin, Orateur, Père Cottin, Royaume, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude qui renferme un abrégé de tout ce que le Roy a fait de grand pendant sa vie. [titre d'après la table]
I vous avez eſté contente
des Ouvrages compofez à
la gloire du Roy, & des Eloges
de Sa Majesté prononcez en
divers lieux & en diverfes occafions que je vous envoyay
A iij
6 MERCURE
le mois dernier , vous ne devez
pas prendre moins de plaiſir à
Îire l'Article qui fuit , où vous
trouverez un Abregé de tout
ce que ce Monarque a fait de
grand pendant la vie , & particulierement pour le bien de
Les Sujets.
Le Pere Cottin , Profeſſeur
d'Eloquence dans le petit College de la Ville de Lyon , prononça le jour de Saint André
un Eloge du Roy, en preſence de M' le Prevoft des Marchands & de tout le Confulat ;
l'amour paternel de ce Prince
pour les Sujets , & ce que cet
GALANT 7
amour luy a fait faire firent la
divifion de ce Difcours , qui
reçus de grands applaudiffemens. Avant que d'entrer dans
la premiere partie , il fit un
Compliment à Mrs du Confulat fur le zele avec lequel ils
rempliffent les bonnes intentions du Roy pourfon peuple ,
en faifant voir que quelques
bonnes que fuffent ces intentions & quelque affection que
le Souverain cut pour fon
peuple , il luy feroit preſque
impoffible de les executer ; &
d'en faire gouter les fruits à
fes Sujets , fi fes Miniftres &
1
A iiij
8 MERCURE
ceux qui font chargez de
l'execution de fes ordres dans
les Provinces , n'entroiene fur
cela dans fes veües , & n'étoient
animez du même efprit . Cette
penfée fut délicatement maniée ; & elle luy fournit un
champ fecond d'Eloges pour
Mr Ravat Prevoft des Marchands , & pour les Echevins
dont l'Adminiſtration a efté
d'autant plus difficile que la
faifon a elté des plus fterile &
des plus rigoureufe. Avant de
prouver lamour paternel de
Sa Majefté pour fes Sujets &
de mettre dans une pleine •
GALANT 9
évidence cette qualité fi glorieuſe à un Souverain , & que
les Rois doivent plus eftimer
que tous les lauriers dont ils
peuvent couronner leur tête ,
il fit de ce Monarque , un
portrait auffi beau que naturel;
il le fit voir par tous les endroits qui découvrent en luy
Heroilme , & qui dans le
Paganifme ou dans la folle
Antiquité luy auroit fait meriter à plus jufte titre qu'à plufieurs Empereurs , les honneurs de l'Apotheofe. Il parla
des glorieufes campagnes qu'il
a faites en Perfonne & fur
10 •
MERCURE
ce Printout de celle de 1672. dont
il fut l'ame & le mobile par fa
prudence , fon activité & la
fageffe de fes ordres. Il parla
enfuite de l'amour quece
ceatoûjours eu pour la juftice,
l'exactitude avec laquelle il
l'a toujours fait rendre &
même contre fes interefts ; fa
prudence dans les Confeils où
il a toujours prefidé en perfonne ; fa penetration , & fa
fagacité qui ont brillé d'une
maniere fi extraordinaire dans
les conjonctures les plus difficiles , & dans les affaires les
plus délicates ; enfin fa modé
GALANT II
la
ration dans les profperitez les
plus rapides , & la fermeté
dans les revers les moins meritez & les plus accablans pour
un Prince toujours accoûtumé
à vaincre, fournirent au jeune,
mais éloquent Orateur.
matiere d'un Eloge également
folide & délicat. Il dit enfuite
que toutes ces vertus , & toutes ces qualitezquelques éclatantes
qu'elles fuffent , auroient esté
ternies , ou du moins qu'il leur
auroit manqué quelque chofe , fi
elles n'avoient efté relevées par
l'amour vrayment paternel de ce
Prince pour fes Sujets ; amour
12 MERCURE
auffi effectifque veritable &auffi
veritable qu'il a efté foutenu par
mille traits qui l'ont découvert
durant tout le cours d'un regne
que la Providence n'apermis qui
futfi long que pour en faire le
modele d'un bon & jufte regne
pour montrer à la pofterité en la
perfonne de Louis le Grand
l'image du meilleur Prince qui
fut jamais ; mais d'autant plus
digne des louanges de ceux qui
viendront aprés nous que Sa
bonté a esté naturelle & acqufe.
Louis le Grand a esté bon par
nature ; il n'a fait que fuivre
fon penchant lapensée defon.
,
2
GALANT 13
cœur quand il a aiméfon Peuple;
mais il s'eft auffi fait une étude
particuliere de cet amour ; il l'a
regardé comme le devoir le plus
indifpenfable de fa condition fuprême , & il s'eft dit tous les
jours defa vie , que regner fans.
amour c'eftoit expofer la Royauté
à degenerer en tirannie ; que
rien ne rereffembloit mieux à l'oppreffion que le pouvoir arbitraire
l'amour ne tempere point ;
que l'amour paternel du Roy
parut dés les premieres années de
fon regne ; & que lespremieres
que
étincelles defaraifon furent , pour
ainfi dire , les premieres fignes de
14 MERCURE
l'amour qu'il avoit pour le Peuple dont la nature l'avoit fait
naître le maître ; que cet amour
l'avoit rendu dans tous les temps
defa vic , & prefque dans toutes
les heures de lajournée , accefible à
fes Sujets également prêt à
écouter leurs plaintes & à leur
rendre juftices que le moment où
on l'a veu preferer à un devoir
fi effentiel , maisfifouvent négli
ge, les foins de fa gloire où des
paffions attachées à l'humanité.
eft encore à naître ; mais qu'infenfiblement il anticipoit fur la
deuxième partie. Il la commença en faiſant voir les mar-
GALANT 15
ques de cet amour paternel
que le Roy donna dés qu'il
gouverna par luy- même auffitôt que le Cardinal Mazarin
cur les yeux fermez. Il ajoûta
qu'alors tout futfurfon compte;
& que comme on n'auroit pas mis
fur le compte du Miniftre qui ne
voyoit pas ce qu'il y auroit pú
avoir de plus réprehenfible dans
le Gouvernement fi on y eut remarqué quelque chofe de pareil ,
qu'auffi ne devoit on mettre que
furlefeul compte de ce Monarque
les traits de bonté qui échapoient
en foule defon cœur dés ce tempslà ; il continua ainfi ; ces fages
16 MERCURE
le
judicieufes Ordonnances ont
fait revivrela majefté des Loix ;
ont donné uneformeſtable &
conftante à laJurifprudence Francoife,qui varioitfelon la difference
des Tribunaux , & ont affuré
repos des familles. Loix dont
lafageſſe met leur Auteur au deffus de Licurgue , tant chanté des
Lacedemoniens , des Acheniens , dont l'utilité , & les
avantages éleventLouis le Grand,
non-feulement au- deffus de ces
Legiflateurs Romains ; mais auffi au deffus du celebre Roy des
نوع
Atheniens Codrus , de bonne
d'éternelle memoire , qui pour
GALAN 17
remplir l'Oracle fatal fe dévoüa
pour le falut de fa Patrie ; &
qui ayant efté ledix-feptiéme Roy
de ce Peuple enfut auffi le dernier.
Les Atheniens pour honorer Ja
memoire pour reconnoître autant qu'il eftoit en eux le facrifice de ce genereux Roy abolirent
la Royauté , defefperant d'avoir
un auffi bon Prince pour Souverain. De là le Gouvernement des
Archontes , dont le fils du bon
Codrusfut lepremier. AMANTI
NIL DIFFICILE a dit
un Ancien ;
auffi Louis le
Grand , n'a rien trouvé de difficile quand il a fallu fatisfaire
Janvier 1710.
B
18 MERCURE
l'inclination qu'il a pourfon Peuple ; de cette tendreffe , de cette
"bontépaternellefontnez tant d'Edits pour affurer le repos de fes
Sujets , pour éteindre parmi cette
generofité cruelle & feroce qui
détruifoit la Nobleffe du Royaume ; jeparle de l'Edit des Duels ;
Edit quifoûtenu par la feverité
de la Loy aenfin détruit cettepefte
publique ; de cette bonté paternelle
font forties tant de fages Ordonnances pour la Police exterieure
du Royaume , pour le Reglement
des conditions , &pour donner des
bornes au luxe exceffifauquelfe
livroit infenfiblement la Nation:
GALANT 19
qu'onon ne nous vanteplus , s'écria
l'Orateur, le zele de l'Orateur
Romain ; l'amour de la Patriequi
animoit Ciceron & qui luy fit
découvrir l'horrible conjuration de
Catilina ; la tendreffe que Jules
Cefar conferva pour fes Compa
triotes dans les terreurs delaguer
re qui déchiroit fa malheureuſe
Patrie ; tendreffe qui luy fit recommander à la Bataille de Pharfale qu'on épargnât les Citoyens
Romains ; ne voulant pas qu'unfi
noblefangcoulât àfesyeux quilui
fit envier la mortdufageCaton &
qui luyfit répandre des larmes à la
vue de la teftefanglante de PomBij
20 MERCURE
pée; qu'on ne vante plus fur cette
mort la bontéde celui ci qui deffenditfi long-temps la liberté de
Rome & qui la vit finir avecfa
vie dans cette journée memorable
qui decida du fort de l'Univers ;
que les Panegyriftes deTite & de
Trajan fe taifent , puifque de l'aveu même dupremier ily a euune
journée inutile qui luyfit regretter de n'avoir rien fait pour fes
Sujets , en difant à quelques -uns
de fes Courtifans ; Mes Amis ,
nous avons perdu ce jour ; &
que lefecond contre ce qu'il avoit
écrit au Senat à son élevation à
l'Empire , que jamais par fes
GALANT 21
ordres un homme de bien ne
feroit condamné à la mort , ne
$
donna que trop de preuves de la
haine qu'il portoit aux Chreftiens,
quoy qu'il aff. ctât de ne point publier d'Edit contr'eux : Louis
Le Grand a furpaffé tous ces
modeles de bonté. L'Orateur fit
alors un détail fuivi & foûtenu
par le feu de fon imagination
& par toutes les fineffes de
l'Art , de toutes les marques
de bonté que ce Prince a don
nées à fon peuple. L'Europe fi
fouvent pacifiée dans les temps
où le torrent de fes profperitez luy pouvoit faire tout ef
22 MERCURE
perer de la continuation d'une
guerre jufte. Sa prévoyance
comme un autre Jofeph, àfaire
remplir les greniers publics
dans les temps de fterilité ,
& à envoyer chercher du
Grain dans un autre Hemifphere,dans des terres éloignées
& que nous ne connoiffons
que fur la foy des Relations ;
&fon aplication à rendre par
une heureufe induftrie à fon
Peuple ce que la terre fterile &
infidelle luy refufe , furent des
morceaux habilement maniez.
Il rapella en cet endroit les
horreurs de l'année de calami-
GALANT 23
té qui fit éprouver tant de
rigeurs fur la fin du dernier .
ficcle ; & dont on fe fouviendroit encore avec une espece
de frayeur , fi une calamité &
plus preffante &auffi plus prefente n'en étoufoit le fouvenir. Cefut en cet endroit que
de Pere Cottin fe furpaffa &
que piqué d'une noble émulation contre luy-même , il
tâcha autant de s'élever aúdeffus de luy-même qu'il s'étoit élevé au commencement
de fon Difcours audeffus des
Orateurs ordinaires ; mais le
chef- d'œuvre de l'Art & où
24 MERCURE
il fit de plus grands efforts pour
s'élever & pour loüer plus
magnifiquement fon Heros
c'eft dans le chef d'œuvre de
fa vic , c'eft à dire , dans l'extinction de l'Herefie :il loüa
& avec juftice ce Monarque
d'avoir purgé fes Etats d'un
Monftre qui a efté plufieurs
fois preft àles bouleverfer. Ce
qu'il dit à ce fujet des troubles
que les nouveautez Calviniennes exciterent en France ; &
les defordres aufquelles elles
donnerent licu fur la fin du
16 fiecle , fut curieux & recherché. La fermeté de ce
Prince
GALANT 25
Prince à refufer les offres les
plus éblouiffantes & les plus
capables de tenter une ame
moins grande que la fienne
auprix même de fon repos ;
en quelque maniere de fa
pre gloire , fut mife dans le
plus beau jour qu'elle pouvoit
&
prorecevoir. La France armée
pour la défenſe de la Religion
contre des Princes qui ont
toûjours fait une oftentation
orgüeilleuse de Catholicité &
qui la veulent oprimer en établiffant le culte d'une fauffe
Religion & de toutes les fectes
impies que l'enfer a vomis dans
Fanvier 1710.
C
26 MERCURE
l'Angleterre ; & qui la veulent
oprimer dans le Royaume le
plus Catholique qui ait jamais
efté , donna une belle matiere
& ouvrit un beau champ à
l'Orateur. On connut bien
qu'il parloit de l'Espagne des
fecours & de la protection
donnez au Roy Catholique
& à celuy d'Angleterre , & ces
endroits furent délicatement
touchez. Ce morceau refervé
pour la fin & pour donner
un nouveau relief à toutes les
vertus & à l'amour paternel
de Louis le Grand , eftoit
un effet fufceptible de toutes
GALANT 27
les beautez de l'éloquence
& plus l'Orateur fe trouva en
cet endroit comme en beaucoup d'autres endroits de fon
Difcours , au deffous du fujer
qu'il traitoit , plus onle trouva
digne de le traiter ; & iléprouva en cette occafion que ceux
qui ont le plus d'efprit font
ordinairement ceux qui font
toujours moins fatisfaits d'euxmêmes ; & cependant il a dû
l'eftre des grands applaudiffemens qu'il a reçus.
des Ouvrages compofez à
la gloire du Roy, & des Eloges
de Sa Majesté prononcez en
divers lieux & en diverfes occafions que je vous envoyay
A iij
6 MERCURE
le mois dernier , vous ne devez
pas prendre moins de plaiſir à
Îire l'Article qui fuit , où vous
trouverez un Abregé de tout
ce que ce Monarque a fait de
grand pendant la vie , & particulierement pour le bien de
Les Sujets.
Le Pere Cottin , Profeſſeur
d'Eloquence dans le petit College de la Ville de Lyon , prononça le jour de Saint André
un Eloge du Roy, en preſence de M' le Prevoft des Marchands & de tout le Confulat ;
l'amour paternel de ce Prince
pour les Sujets , & ce que cet
GALANT 7
amour luy a fait faire firent la
divifion de ce Difcours , qui
reçus de grands applaudiffemens. Avant que d'entrer dans
la premiere partie , il fit un
Compliment à Mrs du Confulat fur le zele avec lequel ils
rempliffent les bonnes intentions du Roy pourfon peuple ,
en faifant voir que quelques
bonnes que fuffent ces intentions & quelque affection que
le Souverain cut pour fon
peuple , il luy feroit preſque
impoffible de les executer ; &
d'en faire gouter les fruits à
fes Sujets , fi fes Miniftres &
1
A iiij
8 MERCURE
ceux qui font chargez de
l'execution de fes ordres dans
les Provinces , n'entroiene fur
cela dans fes veües , & n'étoient
animez du même efprit . Cette
penfée fut délicatement maniée ; & elle luy fournit un
champ fecond d'Eloges pour
Mr Ravat Prevoft des Marchands , & pour les Echevins
dont l'Adminiſtration a efté
d'autant plus difficile que la
faifon a elté des plus fterile &
des plus rigoureufe. Avant de
prouver lamour paternel de
Sa Majefté pour fes Sujets &
de mettre dans une pleine •
GALANT 9
évidence cette qualité fi glorieuſe à un Souverain , & que
les Rois doivent plus eftimer
que tous les lauriers dont ils
peuvent couronner leur tête ,
il fit de ce Monarque , un
portrait auffi beau que naturel;
il le fit voir par tous les endroits qui découvrent en luy
Heroilme , & qui dans le
Paganifme ou dans la folle
Antiquité luy auroit fait meriter à plus jufte titre qu'à plufieurs Empereurs , les honneurs de l'Apotheofe. Il parla
des glorieufes campagnes qu'il
a faites en Perfonne & fur
10 •
MERCURE
ce Printout de celle de 1672. dont
il fut l'ame & le mobile par fa
prudence , fon activité & la
fageffe de fes ordres. Il parla
enfuite de l'amour quece
ceatoûjours eu pour la juftice,
l'exactitude avec laquelle il
l'a toujours fait rendre &
même contre fes interefts ; fa
prudence dans les Confeils où
il a toujours prefidé en perfonne ; fa penetration , & fa
fagacité qui ont brillé d'une
maniere fi extraordinaire dans
les conjonctures les plus difficiles , & dans les affaires les
plus délicates ; enfin fa modé
GALANT II
la
ration dans les profperitez les
plus rapides , & la fermeté
dans les revers les moins meritez & les plus accablans pour
un Prince toujours accoûtumé
à vaincre, fournirent au jeune,
mais éloquent Orateur.
matiere d'un Eloge également
folide & délicat. Il dit enfuite
que toutes ces vertus , & toutes ces qualitezquelques éclatantes
qu'elles fuffent , auroient esté
ternies , ou du moins qu'il leur
auroit manqué quelque chofe , fi
elles n'avoient efté relevées par
l'amour vrayment paternel de ce
Prince pour fes Sujets ; amour
12 MERCURE
auffi effectifque veritable &auffi
veritable qu'il a efté foutenu par
mille traits qui l'ont découvert
durant tout le cours d'un regne
que la Providence n'apermis qui
futfi long que pour en faire le
modele d'un bon & jufte regne
pour montrer à la pofterité en la
perfonne de Louis le Grand
l'image du meilleur Prince qui
fut jamais ; mais d'autant plus
digne des louanges de ceux qui
viendront aprés nous que Sa
bonté a esté naturelle & acqufe.
Louis le Grand a esté bon par
nature ; il n'a fait que fuivre
fon penchant lapensée defon.
,
2
GALANT 13
cœur quand il a aiméfon Peuple;
mais il s'eft auffi fait une étude
particuliere de cet amour ; il l'a
regardé comme le devoir le plus
indifpenfable de fa condition fuprême , & il s'eft dit tous les
jours defa vie , que regner fans.
amour c'eftoit expofer la Royauté
à degenerer en tirannie ; que
rien ne rereffembloit mieux à l'oppreffion que le pouvoir arbitraire
l'amour ne tempere point ;
que l'amour paternel du Roy
parut dés les premieres années de
fon regne ; & que lespremieres
que
étincelles defaraifon furent , pour
ainfi dire , les premieres fignes de
14 MERCURE
l'amour qu'il avoit pour le Peuple dont la nature l'avoit fait
naître le maître ; que cet amour
l'avoit rendu dans tous les temps
defa vic , & prefque dans toutes
les heures de lajournée , accefible à
fes Sujets également prêt à
écouter leurs plaintes & à leur
rendre juftices que le moment où
on l'a veu preferer à un devoir
fi effentiel , maisfifouvent négli
ge, les foins de fa gloire où des
paffions attachées à l'humanité.
eft encore à naître ; mais qu'infenfiblement il anticipoit fur la
deuxième partie. Il la commença en faiſant voir les mar-
GALANT 15
ques de cet amour paternel
que le Roy donna dés qu'il
gouverna par luy- même auffitôt que le Cardinal Mazarin
cur les yeux fermez. Il ajoûta
qu'alors tout futfurfon compte;
& que comme on n'auroit pas mis
fur le compte du Miniftre qui ne
voyoit pas ce qu'il y auroit pú
avoir de plus réprehenfible dans
le Gouvernement fi on y eut remarqué quelque chofe de pareil ,
qu'auffi ne devoit on mettre que
furlefeul compte de ce Monarque
les traits de bonté qui échapoient
en foule defon cœur dés ce tempslà ; il continua ainfi ; ces fages
16 MERCURE
le
judicieufes Ordonnances ont
fait revivrela majefté des Loix ;
ont donné uneformeſtable &
conftante à laJurifprudence Francoife,qui varioitfelon la difference
des Tribunaux , & ont affuré
repos des familles. Loix dont
lafageſſe met leur Auteur au deffus de Licurgue , tant chanté des
Lacedemoniens , des Acheniens , dont l'utilité , & les
avantages éleventLouis le Grand,
non-feulement au- deffus de ces
Legiflateurs Romains ; mais auffi au deffus du celebre Roy des
نوع
Atheniens Codrus , de bonne
d'éternelle memoire , qui pour
GALAN 17
remplir l'Oracle fatal fe dévoüa
pour le falut de fa Patrie ; &
qui ayant efté ledix-feptiéme Roy
de ce Peuple enfut auffi le dernier.
Les Atheniens pour honorer Ja
memoire pour reconnoître autant qu'il eftoit en eux le facrifice de ce genereux Roy abolirent
la Royauté , defefperant d'avoir
un auffi bon Prince pour Souverain. De là le Gouvernement des
Archontes , dont le fils du bon
Codrusfut lepremier. AMANTI
NIL DIFFICILE a dit
un Ancien ;
auffi Louis le
Grand , n'a rien trouvé de difficile quand il a fallu fatisfaire
Janvier 1710.
B
18 MERCURE
l'inclination qu'il a pourfon Peuple ; de cette tendreffe , de cette
"bontépaternellefontnez tant d'Edits pour affurer le repos de fes
Sujets , pour éteindre parmi cette
generofité cruelle & feroce qui
détruifoit la Nobleffe du Royaume ; jeparle de l'Edit des Duels ;
Edit quifoûtenu par la feverité
de la Loy aenfin détruit cettepefte
publique ; de cette bonté paternelle
font forties tant de fages Ordonnances pour la Police exterieure
du Royaume , pour le Reglement
des conditions , &pour donner des
bornes au luxe exceffifauquelfe
livroit infenfiblement la Nation:
GALANT 19
qu'onon ne nous vanteplus , s'écria
l'Orateur, le zele de l'Orateur
Romain ; l'amour de la Patriequi
animoit Ciceron & qui luy fit
découvrir l'horrible conjuration de
Catilina ; la tendreffe que Jules
Cefar conferva pour fes Compa
triotes dans les terreurs delaguer
re qui déchiroit fa malheureuſe
Patrie ; tendreffe qui luy fit recommander à la Bataille de Pharfale qu'on épargnât les Citoyens
Romains ; ne voulant pas qu'unfi
noblefangcoulât àfesyeux quilui
fit envier la mortdufageCaton &
qui luyfit répandre des larmes à la
vue de la teftefanglante de PomBij
20 MERCURE
pée; qu'on ne vante plus fur cette
mort la bontéde celui ci qui deffenditfi long-temps la liberté de
Rome & qui la vit finir avecfa
vie dans cette journée memorable
qui decida du fort de l'Univers ;
que les Panegyriftes deTite & de
Trajan fe taifent , puifque de l'aveu même dupremier ily a euune
journée inutile qui luyfit regretter de n'avoir rien fait pour fes
Sujets , en difant à quelques -uns
de fes Courtifans ; Mes Amis ,
nous avons perdu ce jour ; &
que lefecond contre ce qu'il avoit
écrit au Senat à son élevation à
l'Empire , que jamais par fes
GALANT 21
ordres un homme de bien ne
feroit condamné à la mort , ne
$
donna que trop de preuves de la
haine qu'il portoit aux Chreftiens,
quoy qu'il aff. ctât de ne point publier d'Edit contr'eux : Louis
Le Grand a furpaffé tous ces
modeles de bonté. L'Orateur fit
alors un détail fuivi & foûtenu
par le feu de fon imagination
& par toutes les fineffes de
l'Art , de toutes les marques
de bonté que ce Prince a don
nées à fon peuple. L'Europe fi
fouvent pacifiée dans les temps
où le torrent de fes profperitez luy pouvoit faire tout ef
22 MERCURE
perer de la continuation d'une
guerre jufte. Sa prévoyance
comme un autre Jofeph, àfaire
remplir les greniers publics
dans les temps de fterilité ,
& à envoyer chercher du
Grain dans un autre Hemifphere,dans des terres éloignées
& que nous ne connoiffons
que fur la foy des Relations ;
&fon aplication à rendre par
une heureufe induftrie à fon
Peuple ce que la terre fterile &
infidelle luy refufe , furent des
morceaux habilement maniez.
Il rapella en cet endroit les
horreurs de l'année de calami-
GALANT 23
té qui fit éprouver tant de
rigeurs fur la fin du dernier .
ficcle ; & dont on fe fouviendroit encore avec une espece
de frayeur , fi une calamité &
plus preffante &auffi plus prefente n'en étoufoit le fouvenir. Cefut en cet endroit que
de Pere Cottin fe furpaffa &
que piqué d'une noble émulation contre luy-même , il
tâcha autant de s'élever aúdeffus de luy-même qu'il s'étoit élevé au commencement
de fon Difcours audeffus des
Orateurs ordinaires ; mais le
chef- d'œuvre de l'Art & où
24 MERCURE
il fit de plus grands efforts pour
s'élever & pour loüer plus
magnifiquement fon Heros
c'eft dans le chef d'œuvre de
fa vic , c'eft à dire , dans l'extinction de l'Herefie :il loüa
& avec juftice ce Monarque
d'avoir purgé fes Etats d'un
Monftre qui a efté plufieurs
fois preft àles bouleverfer. Ce
qu'il dit à ce fujet des troubles
que les nouveautez Calviniennes exciterent en France ; &
les defordres aufquelles elles
donnerent licu fur la fin du
16 fiecle , fut curieux & recherché. La fermeté de ce
Prince
GALANT 25
Prince à refufer les offres les
plus éblouiffantes & les plus
capables de tenter une ame
moins grande que la fienne
auprix même de fon repos ;
en quelque maniere de fa
pre gloire , fut mife dans le
plus beau jour qu'elle pouvoit
&
prorecevoir. La France armée
pour la défenſe de la Religion
contre des Princes qui ont
toûjours fait une oftentation
orgüeilleuse de Catholicité &
qui la veulent oprimer en établiffant le culte d'une fauffe
Religion & de toutes les fectes
impies que l'enfer a vomis dans
Fanvier 1710.
C
26 MERCURE
l'Angleterre ; & qui la veulent
oprimer dans le Royaume le
plus Catholique qui ait jamais
efté , donna une belle matiere
& ouvrit un beau champ à
l'Orateur. On connut bien
qu'il parloit de l'Espagne des
fecours & de la protection
donnez au Roy Catholique
& à celuy d'Angleterre , & ces
endroits furent délicatement
touchez. Ce morceau refervé
pour la fin & pour donner
un nouveau relief à toutes les
vertus & à l'amour paternel
de Louis le Grand , eftoit
un effet fufceptible de toutes
GALANT 27
les beautez de l'éloquence
& plus l'Orateur fe trouva en
cet endroit comme en beaucoup d'autres endroits de fon
Difcours , au deffous du fujer
qu'il traitoit , plus onle trouva
digne de le traiter ; & iléprouva en cette occafion que ceux
qui ont le plus d'efprit font
ordinairement ceux qui font
toujours moins fatisfaits d'euxmêmes ; & cependant il a dû
l'eftre des grands applaudiffemens qu'il a reçus.
Fermer
Résumé : Prelude qui renferme un abrégé de tout ce que le Roy a fait de grand pendant sa vie. [titre d'après la table]
Le texte relate la satisfaction du destinataire concernant les œuvres et éloges en l'honneur du roi, précédemment envoyés. Il annonce un article résumant les grandes actions du monarque au profit de ses sujets. Le Père Cottin, professeur d'éloquence à Lyon, a prononcé un éloge du roi lors de la fête de Saint-André, en présence du prévôt des marchands et du consulat. Cet éloge mettait en avant l'amour paternel du roi pour ses sujets et les actions entreprises pour leur bien-être. Le discours était divisé en deux parties. La première rendait hommage aux ministres et échevins pour leur zèle et leur administration difficile dans un contexte stérile et rigoureux. La seconde partie soulignait l'héroïsme, la justice, la prudence, la pénétration et la modération du roi, illustrées par ses campagnes militaires, notamment celle de 1672. Le Père Cottin a souligné l'amour paternel du roi, naturel et acquis, qui tempère le pouvoir arbitraire et prévient la tyrannie. Il a évoqué les premières manifestations de cet amour dès les débuts du règne, après la mort du Cardinal Mazarin. Le roi a promulgué des ordonnances sages et justes, assurant la majesté des lois et le repos des familles. L'orateur a comparé Louis le Grand à des législateurs antiques comme Licurgue et Codrus, soulignant son dévouement pour son peuple. Il a mentionné divers édits et ordonnances pour assurer la paix et la justice, comme l'édit contre les duels et les régulations contre le luxe excessif. Le discours a également abordé la prévoyance du roi en temps de disette, rappelant les rigueurs de la fin du XVIIe siècle. L'orateur a loué le roi pour avoir purgé le royaume de l'hérésie et pour sa fermeté face aux offres tentantes, notamment en défendant la religion catholique contre les princes protestants. Enfin, le Père Cottin a conclu en soulignant la grandeur de l'amour paternel du roi, illustrée par ses actions en faveur de la France et de ses sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 280-290
POEME Qui a remporté le Prix, par le Jugement de l'Academie des Jeux Floraux, sur la Verité.
Début :
En vous parlant de ceux qui ont remporté cette année les / L'Homme est il insensible à l'éclat de tes traits, [...]
Mots clefs :
Jeux floraux, Prix, Vérité, Sagesse, Astres, Aveuglement, Chercher
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POEME Qui a remporté le Prix, par le Jugement de l'Academie des Jeux Floraux, sur la Verité.
En vous parlant deceuxqui
ont remporté cette année les
Prix des Jeux Floraux de T-oulouse, je vous ay parlé iccc-'
luy qui regarde la Vérité, composé par Mr l'Abbé Asselin.
On assure generalement guti
tousceuxqui ont travatiHcccc-1
te année pour ces Prix ont fait
de si beaux Ouvrages, qu'il a'
esté difficile d'adjuger les Prix,
ce qui doit augmenter lajlwre
Mr l'Abbé AtfcliIL
1
POEME
Qui a
remporté le Prix, par Le
Jugement de l'Academie des
Jeux Floraux, sur la Vérité.
L'Homme est-il insensible à l'éclat de tes traits,
Ou bien, loin de ses yeux tU-tu
fuipour jamais,
Verité,qu'à mes vœux dérobent
mille obstacles?
Toûjours avec lefaux je confonds
tes Oracles.
Pour fuir en te cherchant les
écueils que je crains,
Sers deguide toi-mêmeàmespas
incertains.
May 1 7 10. Aa
rar nos préjuge.-< seuls gouver.
nez dans l'enfance
, , L'erreuren nos
espritsprévient
la connoissance.
Que fert de réfléchir dans une autresaison t
Le joug de l'habitude asservit la
raifort,
Toujours loin du droitsens entraine:t par les AHtres,
Sur leurs fauxjugemens s'assermissent les nôtres;
Et de l'opinionesclaves malheureux
,
Nous vivons, nouspartons, &
nous pensons comme eux.
Loin du peupleséduitpar devaines images,
Chercherons-nous levraisuries
traces des Sages t
Jouets d'un faux éclatqui nous
éblouit tous,
Par des sentiers divers ils errent
comme nous.
Philosophes
en proyeàvotre incertitude
y Quel estpour votre espritlefruit
de votre étude ?
De quelqueconnoissance ose-t-il
Toujours
seflatter
plus
?
incertain,il riapprend qu'à douter.
Maisquoi?son impuissance irrite
son audace:
Dansses vastesprojets ilrieflrien
qu'il riembrajjc. ,
Aa.ij
Prétendant tout connoître, en sa
témérité
Par les bornes du monde il n'est
point arrêté.
Il veut d'un premier Etre appro.
fondir l'EjJence,
Il sondesesDecrets, mesure sa
Puielaance.
Aveugle!aquel excès porte-t-il
son orgueil!
Desa foible raison un atome efi
l'écueil.
Lassé sans s'arrêter & vaincu
sans se rendre,
C'estenvain qu'ils'obstine à voit"
loir le comprendre ;
Rencontrant l'infini dans un corps
limité.
Il conçoit d-autant moins qu'il 4
plusmédité.
Grand Dieu, dans Fembarrdf
qui confondsa foiblesse
, Quel est de tes desseins la profonde
fag,,ff! -
Les objetsqu'àsesjeux tu fçtts
envelope,
Rempliroientunesprit que tu dois
occuper.
Lorsqu'il jouit des biens que ta
main lui dispense,
Que luisert d'en chercher l'originâ
& l'essence ?
Pardessoins assidus qui confumeni
ses jours
Que luisert d'observer les Aftril
dans leurcours;
D'examiner si l'air, lefeu, la
terre Cm l'onde
Sont autant d'élemens qui composent lemonde:
Ousi, sans l'achon de leur concours divers,
Un principe plus simple a
forme
l'Univers !
Ilsçait à l'infini diviser des espaces,
Comparer des côtez, mesurer des
surfaces :
Des angles differens que forment
tous les corps,
Ilsçait approfondir les dijfrens
rapports.
Inutilestravaux! frivole connoissance!
Quel avantage a-t-il sur une
humble ignorance?
Pour s'occuper ainsi trop avaredu
temps,
Le vrai Sage ensçait mieux menager les instans.
Pourquoi j'embarrasserd'unevaine chimere?
Il est icipour l'homme un point,
seul necessaire.
Il doit, peu curieux etun sterile
sçavoir,
Chercher les vérité% quifondent
son devoir.
Les chercher.! ah! bien loin que
ce foin l'interesse,
C'est a les eviter qu'il s'applique
sans cesse.
La Nature enson cœur avoitfiû
les tracer;
Que ne tente.t-il pointpourles
en effacer!
Il a
fallu pour lui fous l'attrait
d'un vain songe
Couvrir
ces vérité^ du voile du
mensonge:
Et par des fictionsoccupant son
loisiir,
Cacher l'utilité fous l'appas dtt
plaisir.
Allais ennemi du vraidont il
craint de s'instruire,
Jusquesàl'ignorer a-t-il pû si
seduïre ?
Envain, pour s'endormir ausi;"
despassions, Son
Son esprit se dérobe à
ses reflexions:
Dans quelque Aveuglement qu'il
s'efforce de vivre,
La lumiere qu'il fuit vient par
tout lepoursuivre :
Eclairé malgré lui par un instinct
divin,
Il connoît un principe, il redoute
une fin.
Dans les remords pressans que le
crime fait naître,
Il tremble fous la main dont il a
reçu*l'être /> 1 :
Et contraint en secret d'adorerson
pouvoir,
Il sent la écrite qu'il n'a pas
voulu voir.
ont remporté cette année les
Prix des Jeux Floraux de T-oulouse, je vous ay parlé iccc-'
luy qui regarde la Vérité, composé par Mr l'Abbé Asselin.
On assure generalement guti
tousceuxqui ont travatiHcccc-1
te année pour ces Prix ont fait
de si beaux Ouvrages, qu'il a'
esté difficile d'adjuger les Prix,
ce qui doit augmenter lajlwre
Mr l'Abbé AtfcliIL
1
POEME
Qui a
remporté le Prix, par Le
Jugement de l'Academie des
Jeux Floraux, sur la Vérité.
L'Homme est-il insensible à l'éclat de tes traits,
Ou bien, loin de ses yeux tU-tu
fuipour jamais,
Verité,qu'à mes vœux dérobent
mille obstacles?
Toûjours avec lefaux je confonds
tes Oracles.
Pour fuir en te cherchant les
écueils que je crains,
Sers deguide toi-mêmeàmespas
incertains.
May 1 7 10. Aa
rar nos préjuge.-< seuls gouver.
nez dans l'enfance
, , L'erreuren nos
espritsprévient
la connoissance.
Que fert de réfléchir dans une autresaison t
Le joug de l'habitude asservit la
raifort,
Toujours loin du droitsens entraine:t par les AHtres,
Sur leurs fauxjugemens s'assermissent les nôtres;
Et de l'opinionesclaves malheureux
,
Nous vivons, nouspartons, &
nous pensons comme eux.
Loin du peupleséduitpar devaines images,
Chercherons-nous levraisuries
traces des Sages t
Jouets d'un faux éclatqui nous
éblouit tous,
Par des sentiers divers ils errent
comme nous.
Philosophes
en proyeàvotre incertitude
y Quel estpour votre espritlefruit
de votre étude ?
De quelqueconnoissance ose-t-il
Toujours
seflatter
plus
?
incertain,il riapprend qu'à douter.
Maisquoi?son impuissance irrite
son audace:
Dansses vastesprojets ilrieflrien
qu'il riembrajjc. ,
Aa.ij
Prétendant tout connoître, en sa
témérité
Par les bornes du monde il n'est
point arrêté.
Il veut d'un premier Etre appro.
fondir l'EjJence,
Il sondesesDecrets, mesure sa
Puielaance.
Aveugle!aquel excès porte-t-il
son orgueil!
Desa foible raison un atome efi
l'écueil.
Lassé sans s'arrêter & vaincu
sans se rendre,
C'estenvain qu'ils'obstine à voit"
loir le comprendre ;
Rencontrant l'infini dans un corps
limité.
Il conçoit d-autant moins qu'il 4
plusmédité.
Grand Dieu, dans Fembarrdf
qui confondsa foiblesse
, Quel est de tes desseins la profonde
fag,,ff! -
Les objetsqu'àsesjeux tu fçtts
envelope,
Rempliroientunesprit que tu dois
occuper.
Lorsqu'il jouit des biens que ta
main lui dispense,
Que luisert d'en chercher l'originâ
& l'essence ?
Pardessoins assidus qui confumeni
ses jours
Que luisert d'observer les Aftril
dans leurcours;
D'examiner si l'air, lefeu, la
terre Cm l'onde
Sont autant d'élemens qui composent lemonde:
Ousi, sans l'achon de leur concours divers,
Un principe plus simple a
forme
l'Univers !
Ilsçait à l'infini diviser des espaces,
Comparer des côtez, mesurer des
surfaces :
Des angles differens que forment
tous les corps,
Ilsçait approfondir les dijfrens
rapports.
Inutilestravaux! frivole connoissance!
Quel avantage a-t-il sur une
humble ignorance?
Pour s'occuper ainsi trop avaredu
temps,
Le vrai Sage ensçait mieux menager les instans.
Pourquoi j'embarrasserd'unevaine chimere?
Il est icipour l'homme un point,
seul necessaire.
Il doit, peu curieux etun sterile
sçavoir,
Chercher les vérité% quifondent
son devoir.
Les chercher.! ah! bien loin que
ce foin l'interesse,
C'est a les eviter qu'il s'applique
sans cesse.
La Nature enson cœur avoitfiû
les tracer;
Que ne tente.t-il pointpourles
en effacer!
Il a
fallu pour lui fous l'attrait
d'un vain songe
Couvrir
ces vérité^ du voile du
mensonge:
Et par des fictionsoccupant son
loisiir,
Cacher l'utilité fous l'appas dtt
plaisir.
Allais ennemi du vraidont il
craint de s'instruire,
Jusquesàl'ignorer a-t-il pû si
seduïre ?
Envain, pour s'endormir ausi;"
despassions, Son
Son esprit se dérobe à
ses reflexions:
Dans quelque Aveuglement qu'il
s'efforce de vivre,
La lumiere qu'il fuit vient par
tout lepoursuivre :
Eclairé malgré lui par un instinct
divin,
Il connoît un principe, il redoute
une fin.
Dans les remords pressans que le
crime fait naître,
Il tremble fous la main dont il a
reçu*l'être /> 1 :
Et contraint en secret d'adorerson
pouvoir,
Il sent la écrite qu'il n'a pas
voulu voir.
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Résumé : POEME Qui a remporté le Prix, par le Jugement de l'Academie des Jeux Floraux, sur la Verité.
Le poème 'Qui a remporté le Prix, par Le Jugement de l'Académie des Jeux Floraux, sur la Vérité' est l'œuvre de l'Abbé Asselin. Il traite de la quête de la vérité et des obstacles que l'homme rencontre dans cette recherche. L'auteur met en évidence que les préjugés et les habitudes empêchent souvent les individus de percevoir la vérité, les incitant à suivre les opinions des autres plutôt que de chercher la sagesse par eux-mêmes. Le poème critique également les philosophes, qui, malgré leurs études approfondies, restent incertains et incapables de connaître pleinement la vérité. Ils tentent de comprendre l'infini et les desseins de Dieu, mais leur raison limitée les en empêche. L'auteur suggère que l'homme devrait se concentrer sur les vérités nécessaires à son devoir plutôt que de s'engager dans des recherches vaines et frivoles. Le texte conclut en soulignant que, malgré ses efforts pour éviter la vérité, l'homme est toujours éclairé par un instinct divin qui lui fait connaître et redouter un principe supérieur et une fin ultime. Même dans ses remords, il sent la présence d'un pouvoir supérieur qu'il ne peut ignorer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 49-123
Les Fourmis.
Début :
Vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, Monsieur [...]
Mots clefs :
Fourmis, Mercure, Fourmilière, Soleil, Curiosité, Expérience, Terre, Grain, Génie, Grenier, Société, Maison, Sagesse, Pinces, Travaux, Particules, Temps
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texteReconnaissance textuelle : Les Fourmis.
Les Fourmis.
Vous m'avez fait l'honneurde
m'écrire, Monsieur,
pour apprendre de
moy ce qu'un de mes amis
vous avoitdesja dit de
quelques observations
que j'ay faites sur un des
plus petits insectes de la
nature ,
je voudrois pouvoir
satisfaire entièrement
vostre curiosite par
une description exacte,&
pourainsi dire,parl'anatomie
de ce petit animal
vous parler de la maniéré
dont les fourmis s'engendrent,
leurs differentes especes,
comme elles font
rangées dans leurs fourmillieres
& mille autres
particularitez trés-curieuses,
dont je pourray un
jour vous faire part. Comme
je n'ay eu ni assez de
temps, ni d'assez bons microfcopes
pour considererexactementrout
cela,
vous vous contenterez
s'il vous plaist, de ce que
je puis en dire aujourd'huy
,
& dela promesse
que je vous fais de vous en
dire un jour davantage,
sij'ay assez de loisir pour
en faire des nouvelles experiences
, ausquelles je
feray moins engagé par
ma curiosité particuliere
que par l'envie que j'ay
de vous faire plaisir.
Je fis ces observations
à la campagne, où je
passay l'Estéfort solitairement
dans un lieu assez
triste pour moy,ilsemble
que Dieu voulut me susciter
lafourmy pour me réveiller
de la paresse
j compagne
inseparable del'ennuy
yôcme faire entendre
la voix delaSagesse qui
dît:nadeadformicamopiger
Allez à la fourmy, pares.
feux. En effet elle merite
bien quelque attention
parciculiere,puisque la Sagesse
en fait l'éloge
, &
que telle curiosité peut
sèrvirà nous rendre meilleurs
; c en: ainsiqu'en examinant
de prés les plus
petits ouvrages de la nature
on y découvre sans
cesse de nouveaux motifs
d'admirer & de louer
Dieu, & on voit plus d'ordre
dans leur conduire,&,
si je l'ose dire, de sujets
d'édification qu'on ne
trouve pas tousjours parmy
les hommes.
Dans une Chambre à
costé de la mienne que
personne n'occupoit de- rpuislongtemps,til y avoit
à la fenestre une caisse,
avancée de deux piedsde
profondeur, propre à entretenir
des fleurs. Comme
il y avoir long-temps
qu'on n'avoit point cultivé
cette espece de parterre
,
il s'estoit couvert de
platrars
,
& de plusieurs
autres immondices détachées
dutoit,& desmurailles;,
quitoutes reünies
ensemble avec cette terre
par l'eau qui y avoit esté,
formoient un terrain sterile
& sec; d'ailleurs l'exposition
au midy , l'abry
duvent,&dela pluie,&
sur tout le voiGnage d'un
grenier, rendoientcet endroit
un lieu de delice &
d'abondance à des fourniis,
c'estoit-là auni où
elles s'estoient establies en
trois ou quatre fourmillieres
différentes; sans
doute par la mesme raison
qui nous fait bastir
des Villes en des lieux
fertiles & commodes
prés des sources , & des
ruisseaux.
L'envie que j'avois de
cultiverquel que fleur, me
fit examiner cet endroit,
& je transplantay dans un
coin de cette caisse, où 11
terre estoit meilleure,une
tulipe du jardin; mais ayant
jetté les yeux sur les
fourmis que je vis occupées
sans relache à mille
petits soins difterens
, petits
par rapport ànous
mais tousjours tres-utiles,,
& de tres-grande importance
pour elles
,
je les
trouvay plus dignes de
ma curiosité que toutes
les fleurs du monde;j'ostay
bien-tost ma tulipe
pour estre l'admirateur&
le restaurateur de cetre
petite Republique ; voita
tout ce donc elles pouvoient
avoir besoin, car
pour leur police, & l'ordre
qui regne dans leur
societé, il est plus parfait
que celuy des Republiques
les mieux policées,
ainsi elles n'auroient à
craindre que quelque
nouveau Legislateur qui
en voulust changer la forme.
Je m'occupay à leur
procurer toutes leurs petites
commoditez,'ostay
de cette caisse ce qui pouvoit
leur nuire, & j'allois
souveut visitermes fourmis,
& estudier leurs
moindres actions. Comme
je me couchois fort
tard j'allois les voir travaillerau
clair dela Lune,
& je me fuis souvent levé
la nuit pour examiner
leurs travaux, j'envoyois
tousjours quelques unes
aller & venir ça & là, &
tousjours occupées,il semble
qu'il n'y ait point de
sommeil pourelles. Tout
le monde sçait que la fourmy
sort de sa fourmilliere,
& expose au Soleil le bled
qu'e lle tenoit enfermé la
nuit ; ceux qui ont veu des
fourmillieres ont peu remarquer
aisément ces petits
tas de bled autour de
leurs trous.Ce qui m'estonna
d'abord c'est que mes
fourmis ne sortoient leur
bled que la nuit au clair
de la lune, & qu'elles l'enfermoient
le jour, ce qui
estoit contraire à ce que
j'avois vu,&que jevoyois
faire aux Fourmis des au-
, tres endroits:J'en découvris
bien-tost la cause,
c'est qu'il y avoit assez
prez de la un pigeonier,
& que les pigeons, & les
oyseaux seroient venus
manger leur bled si elles
l'eurentexposépendant
le jour,apparam-mcntelles
avoient esté attrapées,&
j'en trouvois souvent lorsque
j'y allois le matin.
Je les delivray bien tost
decesvoleurs,enmetcanc
des morceaux de papier
aubouc d'un fil que le vent
faisoit jouer, & qui'cftoient
attachez audessus
de la fenestre, cela les
delivra des oiseaux; Pour
les pigeons comme ilsvivenr
en societé, dez que
je les eus chassez plusieurs
fois de cet endroit
,
&
qu'ils le virent plus frequente
qu'auparavant, Ils
furent tous bien-tost avertis
qu'il ny avoit pas de
seureté pour eux à y aller.
Aussi je ne les vis jamais
depuis se venir poser sur
cetre caisse: ce qu'il y a
d'admirable, &: que je
n'oserois avancer, ny
peut-estre mesme croire,
si je n'en avois fait l'experience
,c'est que les fourmis
connurent quelques
jours a prés qu'e lles n'avoient
plus à craindre.
Elles commencerent à
estaller leur bled pendant
le jour: je remarquay
pourtant bien qu'elles
n'estoient pas entierement
convaincuës de leur
delivrance, car elles n'oferent
avanturer leurs
biens tout à coup,mais
peu à peu, d'abord en petite
quantité, ôc sans
beaucoup d'ordre, pour
estre prestes à le rentrer
en cas de malheur, observant,
& faisant sentinelle
à l'entour; Enfin
persuadées qu'elles n'avoient
rien à craindre,
elles exposerent tout leur
bled au Soleil, presque
tous les jours avec ordre,
&le renfermoientlanuit
en la maniere que je vais
raconter.
Le trou de la fourmilliere
est percé d'abord en
droite ligne de la profondeur
environ d'un de-
,1llY pouce, ensuite cela
descend en ligne oblique
où elles ont sans doute
leur magazin que je croy
tout à fait distingué de
l'endroit où elles sereposent,
& où elles mangent,
caril n'est pas possible
que la fourmy qui est
propre, & rangée dans
son ménage, & qui jette
hors de sa fourmilliere
toutes les plus minces, &
les plus petites peaux qui
restent du bled dont elle
se nourrit, comme je l'ay
remarquémille sois;voulust
remplirson magazin,
& fouiller son bled de
toutes ces immondices.
Comme la Fourmi enferme
son bled dans la
terre , & que le bled ne
manqueroit pas d'y germer,
nier ,
puisque cela arrive
mesme dans les greniers
si l'on n'a foin de le remuer,
elle pourvoie àcet
inconvenient,& avant de
ferrer son bled dans la
fourmilliere , elle a soin
d'en couper le germe ainsi , tout le bled qui a
estédans unefourmilliere
ne scauroitrienproduire,
c'estuneexperience qu'on
peut faire aisément, il suffit
mesme de ses propres
yeux pour voir qu'il n'y
a plus de germe. Mais
quoyque ce germe soit
cou peil y a encore un autre
inconvénient ; comme
tout ce qui ne produit
pas se ramolit ou se corrompt
dans le sein de la
terre, & d'ailleurs la nature
d'elle mesme tend
toujours à l'accroissement
& à la propagation, le
bled sentant l'humidité se
gonfle
,
se remplit d'humeur,
& ne seroit plus bon
pour nourrir la fourmy
qui le veut sec, & bien
appresté de la mesme maniere
que nous ; la fourmy
par son industrie ,'&
son travail remedie à cet
inconvenient, & elle fait
tant par ses soins que le
bled le conserveaussi sec,
& aussi pur dans sa fourmilliere
que nous le conservons
dans nos greniers
voioy donc comme elle
si prend.
Elles rassemblent certaines
petites particules
de terre seche qu'elles
sortent tous les jours de
leur fourmilliere,& qu'elles
rangent tout autour
pour la faire cuire au Soleil,
chacune en porteun
petit fc\rïn avec lès
-
jtirpces,
la pose auprès de son
trou, & va ensuite en
chercher autant,ainsi à
force d'assiduité, detravaH-,
& d'ouvriers, en
moinsdun quart d'heure
vous voyez entasséautour
efe ce trou une infinitéde
petites parties de cette
terre sec he,quiest celle
sur laquelle elles- posent
Peur bîexi, & dont elles
le couvren-r dans leur Mkgazin;
j'aivû qu'elles faisoientce
manege presque
tous les jours, pendant
Fardeur du Soleil,&lorsque
sur les trois ou quatre
heures le Soleil ne
donnoic plus sur cette fenestre,
comme la cerreeproic
chaude & bruslante,
elles ne l'ostoient point
encore jusqu'à ceque l'humidité
de l'om bre, &de
la nuit commençoit tant
foit peu à se faire sentir,
pour lors elles renfermoient
leur bled & leurs
particules de terre cuire.
Comme rien nVft exempt
de censure, &que
quelqu'un pourroit bien
pouffer sa critiquejusques
sur les fourmis, je croy
qu'il est necessaire icy de
la justifier dans sa conduite,&
d'en faire voir la
sagesse
; on pourroit dir
qu'il paroist ridicule que
la fourmi se serve de cette
terre sèchequ'elle fait encore
cuire au Soleil avec
tant de peine; plustost
que de sable,ou des brins
de pierre ou de brique. A
cela je reponds
,
qu'en
cette occasion rien ne
peut mieux convenir à la
Fourmi, que cette terre
cuite au Soleil. Car outre
que le bled se gaste
sur le sable, & qu'un bled
dont le germe est coupé,
êc qui est entamé se rempliroit
de petites parties
graveleuses tres difficiles
àoster, & se gafteroit bien
davantage, c'est encore
que le sable eslansdivisé,
& se divisant toûjours en
des parties trop petites,
les pinces des fourmis ne
sont pas assez delicates
pour les rassembler ainsi
brin à brin, ce travail fèroit
bien plus pénible
pour elles; C'est pourquoi
on voit rarement des
Fourmis, auprès de rivieres,&
dans un rerrain fort
sablonneux,
Pour cequi est des petites
particules de brique ou
de pierre, la moindre humidité
ne manqueroit pas
de les joindre, d'en faire
une espece de mastic que
les fourmis ne pourroienc
diviser, ce feroit un ouvrage
trop embarrassant
pour elles, quand elles se
seroient ainsi colées dans
leur fourmilliere elles ne
pourroienc
pourroient plusen sortir , &cela en troubleroit l'arrangemeht.
Silapluspart
de ces petits autheurs qui
fourmillent aujourd'huy
se conduisoient , en tout ce
qu'ils font avec autant de
raison & de sagesse que les
fourmis, il seroit glorieux
pour eux que l'on critiquast
leurs ouvrages, ôc
jquu"onslets iofbliigeeastrà.les
Apres que la fourmy a
ainsi sorti de sa fourmilliere,
& exposé au Soleil
toutes ces particules de
terre seche, elle sort ensuite
son bled delamefme
maniéré grainagrain
elle le range à l'entour de
cette terre,ainsi l'on voit
deux tas en rond autour
de leur trou, l'un de cette
terre seche ; & l'autrede
bled;& apres qu'elles ont
forci & rangé toutleur
bled, elles sortent encore
un reiïe de cette terre seche
sur laquellesans doute
leur bled estoit estendu,
ce qui fait inferer tres-ju-.
stement de quellemaniére
tout cela doit estre ran-
-¡
gé dans leur lnagafin,
Au reste la rourmy ne
fait cette manoeuvre que
quand le temps elt ferain,
& le Soleil bien chaud
,
car personne ne se connoist
mieux au temps que
la fourmy. Je remarquay
qu'un jour les Fourmis
ayant expose leur bled au
Soleil à onze heures du
matin,elles l'osterent contre
leur ordinaire avant
une heure après midy
lorsque le Soleil estant,
encore ardent,&leCiel
fort serain,il ne paroissoit
aucune raisond'une telle
conduite;mais une demiheure
après le Cielsecouvrit
,
ôc je vis tomber une
petite pluie,que la Fourmy
avoit bien mieux prévûquel'Almanach
deMilan
qui avoit prédit qu'il
ne pleuvcroit pas jour-là.
, J'ay desja dit que ces
fourmis dont je prenois
soin, &qui avoient toute
mon attention, alloient
chercher du bled dans un
grenier à costé.duquel elles
s'estoientetfablies,;iil
n'y avoic pas
actuellement
du bled, mais
comme il yen avoit eu
autrefois
,
il y en avoit
encore assez pour qu'elles
trouvaient à glaner,
j'allois souvent les voir
faire dans ce grenier,
comme il y avoit de vieux
bled, & qu'il n'estoit pas
égalementbon, je remarquay
qu'elles ne prenoient
pas tout indifféremment,
& qu'elleschoisissoient
lemeilleur.
J'ay veu par plusieurs
experiences dont le détail
seroit trop long , que la
fourmy ne fait gueres
provision .que
-
defroment
quand elle en trouve,ôc
elle choisit toujours le
plus beau ; mais elle est
sage, & sçait s'accommoder
au temps, quand elle
n'a pas de froment,elle
prend du seigle, de l'avoijie,
du millet, & mesme
des miettes de croûte de
pain., mais rarement de
l'orge, il faut que la disette
foit grande, & qu'elle
n'ait pas trouve d'autre
grain lorsqu'elle enimporte
dans sa fourmilière.
Comme je voulois estre
de plus prez témoin de
leur prévoyance, & de
leurs travaux, je mis un
petit tas de bled dans un
coin de cette chambre où
elles estoient, qui n'estoit
habitée de personne, ë.;.
afinqu'elles n a llalîenc
plus en chercher dans ce
grenier j'en ferma y lafenedre,
6e en bouchay bien
les fentes
;
Cependant
comme rien ne pouvoit
les avertir du bled que
l'avois mis dans cette chambrer qu'elles n'en
pouvoient deviner l'endroit,
carquoyque je leur
connoisse beaucou p de
genie je ne croy pas qu'il
y ait des forciers parmy
elles;Je m'apperceus pendant
plusieurs jours de
leur embarras, & qu'elles
alloient chercherfortloin
leurs provisions, je les
laiffayquelque temps
dans cette peine, car je
voulois voir si à force de
chercher elles feroienc la
découverte.,du petit tresor
que j'avois caché pour
elles, &m'éclaircir si la
fourmy comme les autres
animaux pouvoir connoistre
par l'odorat ce qui
sert à sa nourriture,& si
sa veuë portoit assez loin
pour le voir; elles furent
ainsi quelque temps
moins à leur aise, elles se
donnoient bien de la peine,
je les voyoisvenir de
fort loin, & aller l'une
d'un costé,l'autre d'un
autre chercher quelque
grain qu'elles ne trouvoient
pas toujours, ou
qui ne se trouvoit pas à
leur gré aprèsdepenibles
&longues courses; ce
qu'il y a de merveilleux
dans ces petits animaux,
c'est que leurs courses
n'estoient jamais inutiles,
pas une ne revenoitau
giste sans apporter quelque
choce, quand ce n'auroic
esté qu'un brin de
terre seche pour l'entretien
de leur bled:lorsqu'elles
n'avoienc rien trouvé
de mieux
,
l'une portoit
un grain defroment, l'autre
de seigle
,
d'avoine,
enfin chacune ce qu'elle
avoir peu trouver, mais il
n'yen avoit presque jamais
aucune qui revint les
mains vuidesà la maison,
& qui eust fait absolumentun
voyage inutile.
La fenestre sur laquelle
estoient ces fourmis,
donnoit surun jardin, &
estoit au secondestage
les unes alloient jusqu'au
bout de ce jardin, les autres
au cinquiéme estage,
pour chercher à trouver
quelque grain;c'estoitun
penible voyage pour eltes
, sur tout quand il falloit
revenir chargée d'un
grain de bled assez gros,
qui doit estre une charge
bien pesance à une fourmy,
&tout autant qu'elle
en peut porter. Or pour
aille porter ce grain du
miiieu du jardinàsa fourmilliere
elle mettoit environ
quatre heures; ainsi
on peut sçavoir par là la
juste mesure de sa force,
& de son infatigable ardeur
pour le travail, &
asseurer quelle fait la
mesme chose qu'un hom-
Dle) qui presque tous les
jours feroit quatre lieuës
à pied, portant fils ses épaules
un fardeau des plus
pesans qu'il puisse porter;
Il est vray que la fourmy
traisne un peu son fardeau,
& se fatigue moins
quand elle est sur un terrain
plat. Mais aussi qu"elle
peine n'eil: ce pas pour
cette pauvre fourmy lors
qu'il faut monter ce grain
de bled au second estage,
grimpant tour le long
d'une muraille la teste en
bas & le derriereen haut,
il auroit fallu la voir pour
juger de son embarras,
& la penible situation où
elle est enmarchant ainsi
à reculons, les pauses
qu'elles font alors prefqu'à
tous les endroits
commodes qu'elles rencontrent,
font bien juger
de leur lassitude: j'en ay
veu ainsi detres-embarassées)
& qui ne pouvoient
absolument en venir
à bout; en ce cas elies
s'arrestent, & leurs compagnes
plus sortes, ou
moins fatiguées, après
avoir monté leur bled à
leur fou rmilliere, descent
-
dent ensuite pour les aider
: Ily en a que le poids
du fardeau entraifne
,
ôc
qui sur le point d'arriver
au but, tombent de fort
haut avec leur bled;quand
cela arrive elles ne laissent
gueres échapper leur
grain, & se trouvant en
bas avec luy le remontent
encore.
J'en ay veu un jour une
des plus petites,qui avec
plus d'ardeur ôc de courage
que de force, montoit
un grain de froment des
plus gros avec des efforts
incroyables; estant arrivée
enfin au bois de cette
caise avancéeoùestoit la
fourmilliere,& sur lepoint
de finir une coursesipenible,
pour trop se presser,
trébuchaavec son fardeau
: voila un contretem
ps bien fâcheux
,
qui
auroir fait pester un Philosophe.
Je vis à peu prés
l'endroit où elle estoit
tombée, j'y descendis,&
je la trouvay avec son met
me grain dans ses pinces,
qui alloit commencer à
grimper de nouveau comme
mé siderien n'estoit. Cela
luy arriva jusqu'à trois
fois, tantostelle tomboit
au milieu de la course,tantost
un peu plus haut, mais
ellene quittoit jamais prise,&
ne serebutoit poinr;
àla fin les forces luy man- quèrent elle s'arrefta en
unendroit, & une autre
fourmy luy aida à porter
son grain
,
qu'elle estoit
bien mortifiée de ne pouvoir
porter seu le
,
sans
doute pour se signaler par
quelque chose de grand ;
c'est peut-estre ce qui l'animoit
si fort, car c'estoit
un grain de fromenc des
plus beaux ôc des plus gros
qu'une fourmy puisse porter.
Il y en a à qui le bled
échappe des pinces lors
qu'elles le montent, pour
lors elles se précipitent
aprés leur proye & la reprennent
pour la remonter
; que si par malheur elles
ne trouvoient pas le
grain qui leur est ainsi échappé
,
elles en cherchent
un autre ou quelque
autre chose, honteuses
de retourner à leur
fourmilliere sans rien apporter
, c'est ce que j'ay
experimente en leur oc.
tant le bled qu'elles cherchoient.
Toutes ces experiences
sont aisées à faire;
si l'on a assez de patience,il
l'afaut bien moindre que
celle des fourmis, mais
peu de gens en font capables.
Elles furent ainsi reduites
à chercher leur vie à
l'aventure. depuis que
j'eus fermé rentrée de ce
grenier si commode & si
fertilepour elles ; enfin
comme sans mon secours
ellesn'eussent découvert
de long-temps les fonds
que j'avois establis pour
elles dam lachambre où
elles eftoienr,/:
Pour voir lufquou pouvoit
aller leur genie je me
servis d'un moyen qui me
reüssit, & qui pourra paroistre
incroyable à ceux
qui n'ont jamis fait attention
que les animaux de
mesme especes qui forment
une societé, sont
plus raisonnables que les
autres. Je pris donc une
des dlus grosses fourmis
que je jettaysurde J>eîk
tas defrom~n~
de sevoirprise,~ala ,.
qu'elle eut d'eftfS^rctàfi
chée
,
fit quelle ne songea
qu'à s'enfuir, & qu'elle
ne s'avisa pas de prendre
du bled, mais elle le
remarqua bien, car estant
retournée à sa fourmilliere,
une heure apréstoutes
mes fourmis furent
averties de cette provision,
& je les vis presque
toutes aller charierle bled
que j'avois mis en cet en:
droit: je laisse à penser 'si
l'on ne doit pas inferer de
là qu'elles ont une maniere
de se communiquer
entr'elles ce qu'elles veulent
s'apprendre; car il
n'est paspossible qu'une
heure ou deux aprés elles
çuflênt peu estre autrement
averties du bled que
j'avois mis en cet endroit;
elles n'allerent point enfuite
en chercher ailleurs,
JÔC elles l'épuiserent bientost
,desorte qu'il fallut
en remettre, ce que je
faisois en petite quantité,
pour connoistre la juste
mesure de leurappetitou
de leur avarice énorme ;
car je ne doute point qu
elles ne fassent des provisions
pour l'hiver & pour
les temps facheux
,
l'Ecriture
nous l'enseigne, mille
experiences le font
voir, & je ne crois pas
qu'on en ait jamis fait qui
montrent raifonnablement
le contraire. J'ay
desjaditqu'il y avoit ci-&
cet endroit trois fourmillieres
quiformoient corn*
me trois Villes differentes,
mais gouvernées fé-
Ion les mesmes loix, & où
l'on voyoir observer à peu
prés le mesme ordre, &
les mesmes coustumes ; il
y avoic pourtant cette difference
que les habitants
d'un endroit sembloient
avoir plus d'industrie &
de genie que ceux des au*,
tres : les fourmis paroissoient
mieux rangées dans
cette fourmilliere, leur
bled estoit plus beau,leurs
provisions plus abondantes
, leur fourmilliere
mieux peuplée, & les Citoyens
toyens en estoient plus
gros & plus forts, c'estoitlà
la principale&comme
la capitale des deux autres
} j'ay mesme remarque
que ceux de cet endroit
estoient distinguez
des autres, & avoient
mesme quelque prééminence
sur eux.
Quoyque cette caisse
où estoient les fourmis
fust ordinairement à l'abry,
il pleuvoit quelquefois
d'un certainvent qui
coup,car la fourmy craint
l'eau, & lorsqu'elles vont
loin chercher leur provision,
& que la pluye les
surprend
,
elles s'arrestent
ôc semettent à l'abry sous
quelque tuile ou ailleurs,
& ne sortent qu'aprés la
pluyepassée. Lesfourmis
de cette principale fourmilliere
se servoient d'un
expedient merveilleux
pour s'en garantir chez
elles; il y avoir un petit
morceau d'ardoise plat
qu'elles traisnoient sur le
trou de leur fourmilliere
lorsqu'elleprévoyoient la
pluye, & l'en couvroient
presque toutes les nuits,
elles se mettoient plus de
cinquante aprés ce morceau
d'ardoisesurtout les
plus grosses & les plus fortes
,& tiroient touteségalement
avec un ordre
merveilleux, elles lot
toient ensuite le matin, &
rien n'estoit plus curieux
que de voir cette petite
manoeuvre ,
elles avoient
rendule terrain raboteux
autour de leur trou, de
forte que ce morceau
d'ardoise n'appuïoit point
à prtat sur leur fourmilliere,&
leur laissoit un espace
libre pour aller 6c
venir par dessous; celles
des deux autres fourmillieres
ne reüssissoient pas
si bien à se garantir de
l'eau, elles mettoient sur
leurs trous plusieursplatrats
l'un sur l'autre, mais
la pluye les incommodoit
tousjours le lendemain
elles se donnoient des
loinsôe des peines incroyables
pour reparer le
dommage des eaux: c'est
ce qui fait qu'on trouve si
souvent des fourmis sous -
destuilesoù ellesestablissent
leur fourmilliercs
pour se mettre à l'abry de
la pluye,mais les tuiles
couvrent tousjours leur
fourmilliere de maniere
que cela ne les embarasse
en rien, & elles vont exposer
leur bled & leur
terre seche au Soleil au
dehors & à l'entour du
tuilé qui les couvre,
c'est ce qu'on peut voir
tous les jours:je couvrois
les deux fourmillieres qui
ne pouvoient peut-estre
se donner du secours d'elles
melmes,pour celles de
la fourmilliere principale
c'eust elleuncharité Inal
employée,elles estoient
assez grandes pour pouvoir
se mettreal'abry.
Mr.dela LoubereAinbassadeur
à Siam, dans la
Relation qu'il a donnée
au public, rapporte que
dans un canton de ce Royaume,
sujet à de grandes
inondations, toutes les
fourmies en cet endroit
ne s'establissent que sur
les arbres, on ne voit
point ailleurs de fourmillieres
, elles les placent
assez haut pour estre tousjours
au dessus des inondations.
Il seroit inutile
de rapporter icy tout ce
qu'en dit Mr. de la Loubere,
il n'y a qu'à lire la
Relation de Siam.
Voicy une experience
assez curieuse que je fis
sur le mesme terrain ou
estoient mes trois fourmillieres,
j'entrepris d'en
establir une quatrième, &
je le fis de cette maniere.
Dans le coin d'une espece
de terrasse assezéloigner
de là, je découvris une
fourmilliere nombreuse
en citoyens, & dont les
fourmis estoient beaucoup
plus grotesque toutes
celles que j'avois desja
veuës
,
mais il s'en falloit
bien qu'elles fussent si riches
en bled, & si bien
policées que mes fourmis;
je fis d'abord un trou sur
cette caisse qui avoit la
mesme forme qu'un trou
de fourmilliere. Je jerray
là, pour ainsi dire, les son
demens d'une nouvelle
Ville,je pris ensuite toutes
les fourmis que je pus
decette fourmilliere de la
terrasse
,
& les mis dans
une bouteille pour les verfer
à l'endroit où efioient.
mes trois,fourmillieres,&
où je leur avois trace le
plan d'une nouvelle maison.
Commeil m'estoit
impossible de prendre
toutes celles qui y eitoient,
& que je ne voulois
pas que celles que je prenoisyretournassent,
ceque
pavois lieu de craindre
je detruisis leur ancienne
demeure
,
j'y jerray de
l'eau boüillanre pour faire
mourir toutes celles qui
restoient, & je renversay
tout l'édifice, je répandis
ensuite toutes ces fourmis
dans le lieu où je voulois
les establir, mais pas une
ne voulut se tenir dans ce
nouveau trou , elles s'en
allerent & disparurent
toutes en moins de deux
heures
,
cela me fit perdre
esperance de faire une
quatrième fourmilliere en
cet endroit.
Deux ou trois jours apres
ayant paffé par halard
sur cette terrasse
,
je
fus rout surpris de voir la
fourmilliere que j'avois
renversée,restablie avec
autant ¿' d'arrangement
r> que s'il n'y estoit jamais
rien arrive; je m'obstinay
pour lors à les chasser
de cet endroit,&àles establir
au près de mes trois
fourmillieres
,
je reconimençay
donc ce que j'avois
desja fait,avec cette
différence que la seconde
fois je mis de la poudrer
& du souffre dans leur
trou, & fit jouer une petire
mine qui renversa
tout, ensuite ayant porte
toutes les fourmis que j'avois
prises,anprés de mes
trois fourmillieres dans
l'endroit destiné. Comme
il pleuvoit très-fort pour
lors, & qu'il plut toute la
nuit, elles s'y refugierent
pendant tout ce temps,&:
le matin lorsque la pluie
eut cesse, la moitié&metiés
trois quarts de mes
fourmis décampercnt
pour aller rétablir leur dsmeure
ruinée ; mais en
ayant trouve apparemment
le dommage irréparable
à cause de cetre odeur
de souffre& depou--
dre qu'elles detestent, ôc
qui leur est mortelle :elles
revinrent, & s'eftablirenc
à l'endroit que je leur a-"
voistracé qu'elles accomr
moderent à merveille, elles
eurent bien-tost fait
alliance avec leurs voifi- *
nes qui leur aiderent en
tout dans leurs travaux
exterieurs, car pour ceux
du dedans il n'y avoit qiiÓ'
7 jt.
elles qui s'en messassent
suivant les loix inviolables
establies entre elles. jà
, ,,
Jamais une fourmy
n'entre dans une fourmilliere
étrangerelles ne frequentent
d'autre maison
que la leur; si une d'entreelles
vouloit hazarder
d'y entrer,elle en (eroie
cha(Te'e& severement punie
;
j'en ay souvent pris
d'une fourmilliereque j'ai
fait entrer dans une autre
à costé
,
mais elle en sortoit
bien viste ayantà ses
rrousses deux ou trois
fourmis qui la poursui,
voient vivement, je voulus
faire plusieurs fois ce
manege avec la même
fourmy, mais à la fin les
autres s'impatienterent
&ladechirerent , par morceaux
; jay souvent fait
peur avec mes doigts à
une fourmy ,& l'ay poursuivie
jusqu'au prés d'une
autre fourmilliereque la
sienne, lui fermant tous
les passages par où elle
pouvoit aller à son gifle,
il estoit naturel qu'elle se
réfugiaitoùelles se trouvoie
alors, car il y a bien
des hommes qui ne raisonneroient
pastant êc
qui se jetteroient dans un
puics ou par une fenestre
pour éviter des assassins
qui les poursuivroient
mais pour la fourmy en
question elle se détour'w'
noit d'un trouqui n'estoit
pas le fien
,
& avoirtant
de peine à y entrer qu'elle
tentoit plustot toutes
fortes de moyens les plus
difficiles, &: ne le faisoit
que dans la derniere excremité
,&quelquefois
1
1
à mesme
mesme elles aimoient
mieux se laisser prendre,
c'estune experience que
jay souvent faire. Ainsi
c'estune couflume inviolable
parmy elles de n'entrer
jamais dans la maison
d'autruy : elles n'exercent
point l'hospitalité
., mais d'ailleurs elles sont
fort secourables les unes
envers les autres, & s'aident
dans tous leurs travaux
exterieurs, mais elles
posent les fardeaux à la
porte & les laissent entrer
à ceux de la maison.
Elles entretiennent entre
elles un petit commerce,
& l'on a tort de dire
que la fourmy n'est pas
presteuseycar j'ay veu que
les fourmis se preftoienc
du grain. Elles font des
éc hanges, se préviennent
par toutes sortes d'offices
mutuels; & je puisaneurer
que si j'avois eu assez
de loisir & de patience
j'aurois remarqué une infinité
de choses plus admirables&
plus curieuses
que tout ce que je viens
de dire ; par exemple la
maniere dont elles se prestent&
se rendent leurs
prests, si c'est en la mesme
quantité, ousi elles
n'exigent pas quelque usure,
si elles payent les
estrangeres qu'elles employent,&
qui les aident
dans leurstravaux.Je croy
qu'il n'estpointimpossible
d'examiner toutes ces
choses& il seroit ensuite
bien curieux de voir leurs
maximes de Droit, peutestre
en tirerions-nous de
grands avantages pour
nostre police, comme la
Sagesse nous les propose
pour modeles de nos
mou s.
Elles n'ont point d'ennemis
qui aillent les attaquer
en corps d'armée,-
comme on le dit desabeilles;
tout ce quilesinquiette
ce sont les oiseaux. qui
vont quelquefois manger
leur bled quand elles l'estallent.
au Soleil, mais elles
le tiennent enfermé
lorsqu'elles ont des voleurs
à craindre, on dit
mesme qu'il ya des oiseaux
qui lesmangent,
mais c'est ce que je n'ay
pas veu arriver en l'endroit
où estoient mes
fourmis; les petits vermisseaux
& les vers de
terre les inquiettent aussi,
mais pour ceux la elles en
viennentaisémentàbout,
& les chassent de leur
fourmilliere lorsqu'il sen
trouve ,,
les traisnent, Se.
les tuent. J'ay remarqué
qu'e lles se punissoient ,
& qu'elles chastioient.
cel es qui sans doute avoient
manqué à leur de-;
voir, ôc mesme elles en
tuoient quelquefois ,ce
qui se faisoit en Ce 111ec- quisefaisoitensemettant
trois ou quatre aprés
elles, l'une la tiroit d'un
costéavec les pinces, l'autred'un
autre, & elles la
déchiroient ainsi
: d'ailleurs
on ne remarque
point de differens parmy
elles, ce qui me fait croire.
qu'il faut, ou que leur
discipline soit bien severe
pour entretenir un tel ordre
, ou qu'elles ayent
bien l'esprit de l'ordre 8c
de societé pour n'avoir
pas besoin d'une discipline
severe.
Dans quelleRepublique
a-ton jamais remarque
plus d'union,tout est
commun parmy elles ce
qu'on n'a jamais vû nulle
part, les Abeilles dont on
raconte des choses si merveilleuses
ont chacune
leur petite celule dans
leur ruche, le miel qu'elles
y font leur est propre ,
chacune en p-articulers1eanourrit,&
a sa petite affaire
à part, tous les autres
animaux en font de
mesme,&: s'arrachent souvent
les uns aux autres
leur portion; chez les
fourmis il n'en eil: pas
ainsi
, parmy elles tous
les biens sont communs
ellesn'ontrien en propre,
ce grain de bled que la
fourmy apporte chez elle
,
se met dans une masse
commune, ce n'est
point pour elle en particulier
c'est pour route la
communauté , l'interest
commun ,
& particulier
n'y sont distingués en
rien; jamais une fourmy
netravaille pour elle feuîe,
elle travailletousjours
pour
pourla societé en tout ce
qu'ellefait.
Il ne sçauroit leurarriver
aucun facheux accident
que leur soin, & leur industrie
ne repare, rien ne
les décourage,rienneles
rebutte;on n a qu'adc~.
truire leur fourmilliere,
êc tout bouleverser chez
elles, deux jours aprés
tout est réparé, & rétably
dans le mesme ordre
sans qu'il y paroisse la
moindre c hose,c'e st ce que
chacun peust voir tous les
jours
, & experimenter
qu'il est tres difficile dé
leschasser de leur demeure
quo) qu'on fasse sans
en faire mourir les habitans;
car tant qu'il y en
restera un petit nombre
elles se restabliront tousjours.
J'oubliois de vous dire,
Monsieur,que jusques icy
le Mercure a esté pourelles
un poison mortel, &
que cest le meilleur moyen
de les détruire; jay
quelque ressource à leur
fournir sur cet Article:
encore quelque temps, &
vous entendrez peut-estre
dire que j'ai recommodé
le Mercure avec les fourmis.
Vous m'avez fait l'honneurde
m'écrire, Monsieur,
pour apprendre de
moy ce qu'un de mes amis
vous avoitdesja dit de
quelques observations
que j'ay faites sur un des
plus petits insectes de la
nature ,
je voudrois pouvoir
satisfaire entièrement
vostre curiosite par
une description exacte,&
pourainsi dire,parl'anatomie
de ce petit animal
vous parler de la maniéré
dont les fourmis s'engendrent,
leurs differentes especes,
comme elles font
rangées dans leurs fourmillieres
& mille autres
particularitez trés-curieuses,
dont je pourray un
jour vous faire part. Comme
je n'ay eu ni assez de
temps, ni d'assez bons microfcopes
pour considererexactementrout
cela,
vous vous contenterez
s'il vous plaist, de ce que
je puis en dire aujourd'huy
,
& dela promesse
que je vous fais de vous en
dire un jour davantage,
sij'ay assez de loisir pour
en faire des nouvelles experiences
, ausquelles je
feray moins engagé par
ma curiosité particuliere
que par l'envie que j'ay
de vous faire plaisir.
Je fis ces observations
à la campagne, où je
passay l'Estéfort solitairement
dans un lieu assez
triste pour moy,ilsemble
que Dieu voulut me susciter
lafourmy pour me réveiller
de la paresse
j compagne
inseparable del'ennuy
yôcme faire entendre
la voix delaSagesse qui
dît:nadeadformicamopiger
Allez à la fourmy, pares.
feux. En effet elle merite
bien quelque attention
parciculiere,puisque la Sagesse
en fait l'éloge
, &
que telle curiosité peut
sèrvirà nous rendre meilleurs
; c en: ainsiqu'en examinant
de prés les plus
petits ouvrages de la nature
on y découvre sans
cesse de nouveaux motifs
d'admirer & de louer
Dieu, & on voit plus d'ordre
dans leur conduire,&,
si je l'ose dire, de sujets
d'édification qu'on ne
trouve pas tousjours parmy
les hommes.
Dans une Chambre à
costé de la mienne que
personne n'occupoit de- rpuislongtemps,til y avoit
à la fenestre une caisse,
avancée de deux piedsde
profondeur, propre à entretenir
des fleurs. Comme
il y avoir long-temps
qu'on n'avoit point cultivé
cette espece de parterre
,
il s'estoit couvert de
platrars
,
& de plusieurs
autres immondices détachées
dutoit,& desmurailles;,
quitoutes reünies
ensemble avec cette terre
par l'eau qui y avoit esté,
formoient un terrain sterile
& sec; d'ailleurs l'exposition
au midy , l'abry
duvent,&dela pluie,&
sur tout le voiGnage d'un
grenier, rendoientcet endroit
un lieu de delice &
d'abondance à des fourniis,
c'estoit-là auni où
elles s'estoient establies en
trois ou quatre fourmillieres
différentes; sans
doute par la mesme raison
qui nous fait bastir
des Villes en des lieux
fertiles & commodes
prés des sources , & des
ruisseaux.
L'envie que j'avois de
cultiverquel que fleur, me
fit examiner cet endroit,
& je transplantay dans un
coin de cette caisse, où 11
terre estoit meilleure,une
tulipe du jardin; mais ayant
jetté les yeux sur les
fourmis que je vis occupées
sans relache à mille
petits soins difterens
, petits
par rapport ànous
mais tousjours tres-utiles,,
& de tres-grande importance
pour elles
,
je les
trouvay plus dignes de
ma curiosité que toutes
les fleurs du monde;j'ostay
bien-tost ma tulipe
pour estre l'admirateur&
le restaurateur de cetre
petite Republique ; voita
tout ce donc elles pouvoient
avoir besoin, car
pour leur police, & l'ordre
qui regne dans leur
societé, il est plus parfait
que celuy des Republiques
les mieux policées,
ainsi elles n'auroient à
craindre que quelque
nouveau Legislateur qui
en voulust changer la forme.
Je m'occupay à leur
procurer toutes leurs petites
commoditez,'ostay
de cette caisse ce qui pouvoit
leur nuire, & j'allois
souveut visitermes fourmis,
& estudier leurs
moindres actions. Comme
je me couchois fort
tard j'allois les voir travaillerau
clair dela Lune,
& je me fuis souvent levé
la nuit pour examiner
leurs travaux, j'envoyois
tousjours quelques unes
aller & venir ça & là, &
tousjours occupées,il semble
qu'il n'y ait point de
sommeil pourelles. Tout
le monde sçait que la fourmy
sort de sa fourmilliere,
& expose au Soleil le bled
qu'e lle tenoit enfermé la
nuit ; ceux qui ont veu des
fourmillieres ont peu remarquer
aisément ces petits
tas de bled autour de
leurs trous.Ce qui m'estonna
d'abord c'est que mes
fourmis ne sortoient leur
bled que la nuit au clair
de la lune, & qu'elles l'enfermoient
le jour, ce qui
estoit contraire à ce que
j'avois vu,&que jevoyois
faire aux Fourmis des au-
, tres endroits:J'en découvris
bien-tost la cause,
c'est qu'il y avoit assez
prez de la un pigeonier,
& que les pigeons, & les
oyseaux seroient venus
manger leur bled si elles
l'eurentexposépendant
le jour,apparam-mcntelles
avoient esté attrapées,&
j'en trouvois souvent lorsque
j'y allois le matin.
Je les delivray bien tost
decesvoleurs,enmetcanc
des morceaux de papier
aubouc d'un fil que le vent
faisoit jouer, & qui'cftoient
attachez audessus
de la fenestre, cela les
delivra des oiseaux; Pour
les pigeons comme ilsvivenr
en societé, dez que
je les eus chassez plusieurs
fois de cet endroit
,
&
qu'ils le virent plus frequente
qu'auparavant, Ils
furent tous bien-tost avertis
qu'il ny avoit pas de
seureté pour eux à y aller.
Aussi je ne les vis jamais
depuis se venir poser sur
cetre caisse: ce qu'il y a
d'admirable, &: que je
n'oserois avancer, ny
peut-estre mesme croire,
si je n'en avois fait l'experience
,c'est que les fourmis
connurent quelques
jours a prés qu'e lles n'avoient
plus à craindre.
Elles commencerent à
estaller leur bled pendant
le jour: je remarquay
pourtant bien qu'elles
n'estoient pas entierement
convaincuës de leur
delivrance, car elles n'oferent
avanturer leurs
biens tout à coup,mais
peu à peu, d'abord en petite
quantité, ôc sans
beaucoup d'ordre, pour
estre prestes à le rentrer
en cas de malheur, observant,
& faisant sentinelle
à l'entour; Enfin
persuadées qu'elles n'avoient
rien à craindre,
elles exposerent tout leur
bled au Soleil, presque
tous les jours avec ordre,
&le renfermoientlanuit
en la maniere que je vais
raconter.
Le trou de la fourmilliere
est percé d'abord en
droite ligne de la profondeur
environ d'un de-
,1llY pouce, ensuite cela
descend en ligne oblique
où elles ont sans doute
leur magazin que je croy
tout à fait distingué de
l'endroit où elles sereposent,
& où elles mangent,
caril n'est pas possible
que la fourmy qui est
propre, & rangée dans
son ménage, & qui jette
hors de sa fourmilliere
toutes les plus minces, &
les plus petites peaux qui
restent du bled dont elle
se nourrit, comme je l'ay
remarquémille sois;voulust
remplirson magazin,
& fouiller son bled de
toutes ces immondices.
Comme la Fourmi enferme
son bled dans la
terre , & que le bled ne
manqueroit pas d'y germer,
nier ,
puisque cela arrive
mesme dans les greniers
si l'on n'a foin de le remuer,
elle pourvoie àcet
inconvenient,& avant de
ferrer son bled dans la
fourmilliere , elle a soin
d'en couper le germe ainsi , tout le bled qui a
estédans unefourmilliere
ne scauroitrienproduire,
c'estuneexperience qu'on
peut faire aisément, il suffit
mesme de ses propres
yeux pour voir qu'il n'y
a plus de germe. Mais
quoyque ce germe soit
cou peil y a encore un autre
inconvénient ; comme
tout ce qui ne produit
pas se ramolit ou se corrompt
dans le sein de la
terre, & d'ailleurs la nature
d'elle mesme tend
toujours à l'accroissement
& à la propagation, le
bled sentant l'humidité se
gonfle
,
se remplit d'humeur,
& ne seroit plus bon
pour nourrir la fourmy
qui le veut sec, & bien
appresté de la mesme maniere
que nous ; la fourmy
par son industrie ,'&
son travail remedie à cet
inconvenient, & elle fait
tant par ses soins que le
bled le conserveaussi sec,
& aussi pur dans sa fourmilliere
que nous le conservons
dans nos greniers
voioy donc comme elle
si prend.
Elles rassemblent certaines
petites particules
de terre seche qu'elles
sortent tous les jours de
leur fourmilliere,& qu'elles
rangent tout autour
pour la faire cuire au Soleil,
chacune en porteun
petit fc\rïn avec lès
-
jtirpces,
la pose auprès de son
trou, & va ensuite en
chercher autant,ainsi à
force d'assiduité, detravaH-,
& d'ouvriers, en
moinsdun quart d'heure
vous voyez entasséautour
efe ce trou une infinitéde
petites parties de cette
terre sec he,quiest celle
sur laquelle elles- posent
Peur bîexi, & dont elles
le couvren-r dans leur Mkgazin;
j'aivû qu'elles faisoientce
manege presque
tous les jours, pendant
Fardeur du Soleil,&lorsque
sur les trois ou quatre
heures le Soleil ne
donnoic plus sur cette fenestre,
comme la cerreeproic
chaude & bruslante,
elles ne l'ostoient point
encore jusqu'à ceque l'humidité
de l'om bre, &de
la nuit commençoit tant
foit peu à se faire sentir,
pour lors elles renfermoient
leur bled & leurs
particules de terre cuire.
Comme rien nVft exempt
de censure, &que
quelqu'un pourroit bien
pouffer sa critiquejusques
sur les fourmis, je croy
qu'il est necessaire icy de
la justifier dans sa conduite,&
d'en faire voir la
sagesse
; on pourroit dir
qu'il paroist ridicule que
la fourmi se serve de cette
terre sèchequ'elle fait encore
cuire au Soleil avec
tant de peine; plustost
que de sable,ou des brins
de pierre ou de brique. A
cela je reponds
,
qu'en
cette occasion rien ne
peut mieux convenir à la
Fourmi, que cette terre
cuite au Soleil. Car outre
que le bled se gaste
sur le sable, & qu'un bled
dont le germe est coupé,
êc qui est entamé se rempliroit
de petites parties
graveleuses tres difficiles
àoster, & se gafteroit bien
davantage, c'est encore
que le sable eslansdivisé,
& se divisant toûjours en
des parties trop petites,
les pinces des fourmis ne
sont pas assez delicates
pour les rassembler ainsi
brin à brin, ce travail fèroit
bien plus pénible
pour elles; C'est pourquoi
on voit rarement des
Fourmis, auprès de rivieres,&
dans un rerrain fort
sablonneux,
Pour cequi est des petites
particules de brique ou
de pierre, la moindre humidité
ne manqueroit pas
de les joindre, d'en faire
une espece de mastic que
les fourmis ne pourroienc
diviser, ce feroit un ouvrage
trop embarrassant
pour elles, quand elles se
seroient ainsi colées dans
leur fourmilliere elles ne
pourroienc
pourroient plusen sortir , &cela en troubleroit l'arrangemeht.
Silapluspart
de ces petits autheurs qui
fourmillent aujourd'huy
se conduisoient , en tout ce
qu'ils font avec autant de
raison & de sagesse que les
fourmis, il seroit glorieux
pour eux que l'on critiquast
leurs ouvrages, ôc
jquu"onslets iofbliigeeastrà.les
Apres que la fourmy a
ainsi sorti de sa fourmilliere,
& exposé au Soleil
toutes ces particules de
terre seche, elle sort ensuite
son bled delamefme
maniéré grainagrain
elle le range à l'entour de
cette terre,ainsi l'on voit
deux tas en rond autour
de leur trou, l'un de cette
terre seche ; & l'autrede
bled;& apres qu'elles ont
forci & rangé toutleur
bled, elles sortent encore
un reiïe de cette terre seche
sur laquellesans doute
leur bled estoit estendu,
ce qui fait inferer tres-ju-.
stement de quellemaniére
tout cela doit estre ran-
-¡
gé dans leur lnagafin,
Au reste la rourmy ne
fait cette manoeuvre que
quand le temps elt ferain,
& le Soleil bien chaud
,
car personne ne se connoist
mieux au temps que
la fourmy. Je remarquay
qu'un jour les Fourmis
ayant expose leur bled au
Soleil à onze heures du
matin,elles l'osterent contre
leur ordinaire avant
une heure après midy
lorsque le Soleil estant,
encore ardent,&leCiel
fort serain,il ne paroissoit
aucune raisond'une telle
conduite;mais une demiheure
après le Cielsecouvrit
,
ôc je vis tomber une
petite pluie,que la Fourmy
avoit bien mieux prévûquel'Almanach
deMilan
qui avoit prédit qu'il
ne pleuvcroit pas jour-là.
, J'ay desja dit que ces
fourmis dont je prenois
soin, &qui avoient toute
mon attention, alloient
chercher du bled dans un
grenier à costé.duquel elles
s'estoientetfablies,;iil
n'y avoic pas
actuellement
du bled, mais
comme il yen avoit eu
autrefois
,
il y en avoit
encore assez pour qu'elles
trouvaient à glaner,
j'allois souvent les voir
faire dans ce grenier,
comme il y avoit de vieux
bled, & qu'il n'estoit pas
égalementbon, je remarquay
qu'elles ne prenoient
pas tout indifféremment,
& qu'elleschoisissoient
lemeilleur.
J'ay veu par plusieurs
experiences dont le détail
seroit trop long , que la
fourmy ne fait gueres
provision .que
-
defroment
quand elle en trouve,ôc
elle choisit toujours le
plus beau ; mais elle est
sage, & sçait s'accommoder
au temps, quand elle
n'a pas de froment,elle
prend du seigle, de l'avoijie,
du millet, & mesme
des miettes de croûte de
pain., mais rarement de
l'orge, il faut que la disette
foit grande, & qu'elle
n'ait pas trouve d'autre
grain lorsqu'elle enimporte
dans sa fourmilière.
Comme je voulois estre
de plus prez témoin de
leur prévoyance, & de
leurs travaux, je mis un
petit tas de bled dans un
coin de cette chambre où
elles estoient, qui n'estoit
habitée de personne, ë.;.
afinqu'elles n a llalîenc
plus en chercher dans ce
grenier j'en ferma y lafenedre,
6e en bouchay bien
les fentes
;
Cependant
comme rien ne pouvoit
les avertir du bled que
l'avois mis dans cette chambrer qu'elles n'en
pouvoient deviner l'endroit,
carquoyque je leur
connoisse beaucou p de
genie je ne croy pas qu'il
y ait des forciers parmy
elles;Je m'apperceus pendant
plusieurs jours de
leur embarras, & qu'elles
alloient chercherfortloin
leurs provisions, je les
laiffayquelque temps
dans cette peine, car je
voulois voir si à force de
chercher elles feroienc la
découverte.,du petit tresor
que j'avois caché pour
elles, &m'éclaircir si la
fourmy comme les autres
animaux pouvoir connoistre
par l'odorat ce qui
sert à sa nourriture,& si
sa veuë portoit assez loin
pour le voir; elles furent
ainsi quelque temps
moins à leur aise, elles se
donnoient bien de la peine,
je les voyoisvenir de
fort loin, & aller l'une
d'un costé,l'autre d'un
autre chercher quelque
grain qu'elles ne trouvoient
pas toujours, ou
qui ne se trouvoit pas à
leur gré aprèsdepenibles
&longues courses; ce
qu'il y a de merveilleux
dans ces petits animaux,
c'est que leurs courses
n'estoient jamais inutiles,
pas une ne revenoitau
giste sans apporter quelque
choce, quand ce n'auroic
esté qu'un brin de
terre seche pour l'entretien
de leur bled:lorsqu'elles
n'avoienc rien trouvé
de mieux
,
l'une portoit
un grain defroment, l'autre
de seigle
,
d'avoine,
enfin chacune ce qu'elle
avoir peu trouver, mais il
n'yen avoit presque jamais
aucune qui revint les
mains vuidesà la maison,
& qui eust fait absolumentun
voyage inutile.
La fenestre sur laquelle
estoient ces fourmis,
donnoit surun jardin, &
estoit au secondestage
les unes alloient jusqu'au
bout de ce jardin, les autres
au cinquiéme estage,
pour chercher à trouver
quelque grain;c'estoitun
penible voyage pour eltes
, sur tout quand il falloit
revenir chargée d'un
grain de bled assez gros,
qui doit estre une charge
bien pesance à une fourmy,
&tout autant qu'elle
en peut porter. Or pour
aille porter ce grain du
miiieu du jardinàsa fourmilliere
elle mettoit environ
quatre heures; ainsi
on peut sçavoir par là la
juste mesure de sa force,
& de son infatigable ardeur
pour le travail, &
asseurer quelle fait la
mesme chose qu'un hom-
Dle) qui presque tous les
jours feroit quatre lieuës
à pied, portant fils ses épaules
un fardeau des plus
pesans qu'il puisse porter;
Il est vray que la fourmy
traisne un peu son fardeau,
& se fatigue moins
quand elle est sur un terrain
plat. Mais aussi qu"elle
peine n'eil: ce pas pour
cette pauvre fourmy lors
qu'il faut monter ce grain
de bled au second estage,
grimpant tour le long
d'une muraille la teste en
bas & le derriereen haut,
il auroit fallu la voir pour
juger de son embarras,
& la penible situation où
elle est enmarchant ainsi
à reculons, les pauses
qu'elles font alors prefqu'à
tous les endroits
commodes qu'elles rencontrent,
font bien juger
de leur lassitude: j'en ay
veu ainsi detres-embarassées)
& qui ne pouvoient
absolument en venir
à bout; en ce cas elies
s'arrestent, & leurs compagnes
plus sortes, ou
moins fatiguées, après
avoir monté leur bled à
leur fou rmilliere, descent
-
dent ensuite pour les aider
: Ily en a que le poids
du fardeau entraifne
,
ôc
qui sur le point d'arriver
au but, tombent de fort
haut avec leur bled;quand
cela arrive elles ne laissent
gueres échapper leur
grain, & se trouvant en
bas avec luy le remontent
encore.
J'en ay veu un jour une
des plus petites,qui avec
plus d'ardeur ôc de courage
que de force, montoit
un grain de froment des
plus gros avec des efforts
incroyables; estant arrivée
enfin au bois de cette
caise avancéeoùestoit la
fourmilliere,& sur lepoint
de finir une coursesipenible,
pour trop se presser,
trébuchaavec son fardeau
: voila un contretem
ps bien fâcheux
,
qui
auroir fait pester un Philosophe.
Je vis à peu prés
l'endroit où elle estoit
tombée, j'y descendis,&
je la trouvay avec son met
me grain dans ses pinces,
qui alloit commencer à
grimper de nouveau comme
mé siderien n'estoit. Cela
luy arriva jusqu'à trois
fois, tantostelle tomboit
au milieu de la course,tantost
un peu plus haut, mais
ellene quittoit jamais prise,&
ne serebutoit poinr;
àla fin les forces luy man- quèrent elle s'arrefta en
unendroit, & une autre
fourmy luy aida à porter
son grain
,
qu'elle estoit
bien mortifiée de ne pouvoir
porter seu le
,
sans
doute pour se signaler par
quelque chose de grand ;
c'est peut-estre ce qui l'animoit
si fort, car c'estoit
un grain de fromenc des
plus beaux ôc des plus gros
qu'une fourmy puisse porter.
Il y en a à qui le bled
échappe des pinces lors
qu'elles le montent, pour
lors elles se précipitent
aprés leur proye & la reprennent
pour la remonter
; que si par malheur elles
ne trouvoient pas le
grain qui leur est ainsi échappé
,
elles en cherchent
un autre ou quelque
autre chose, honteuses
de retourner à leur
fourmilliere sans rien apporter
, c'est ce que j'ay
experimente en leur oc.
tant le bled qu'elles cherchoient.
Toutes ces experiences
sont aisées à faire;
si l'on a assez de patience,il
l'afaut bien moindre que
celle des fourmis, mais
peu de gens en font capables.
Elles furent ainsi reduites
à chercher leur vie à
l'aventure. depuis que
j'eus fermé rentrée de ce
grenier si commode & si
fertilepour elles ; enfin
comme sans mon secours
ellesn'eussent découvert
de long-temps les fonds
que j'avois establis pour
elles dam lachambre où
elles eftoienr,/:
Pour voir lufquou pouvoit
aller leur genie je me
servis d'un moyen qui me
reüssit, & qui pourra paroistre
incroyable à ceux
qui n'ont jamis fait attention
que les animaux de
mesme especes qui forment
une societé, sont
plus raisonnables que les
autres. Je pris donc une
des dlus grosses fourmis
que je jettaysurde J>eîk
tas defrom~n~
de sevoirprise,~ala ,.
qu'elle eut d'eftfS^rctàfi
chée
,
fit quelle ne songea
qu'à s'enfuir, & qu'elle
ne s'avisa pas de prendre
du bled, mais elle le
remarqua bien, car estant
retournée à sa fourmilliere,
une heure apréstoutes
mes fourmis furent
averties de cette provision,
& je les vis presque
toutes aller charierle bled
que j'avois mis en cet en:
droit: je laisse à penser 'si
l'on ne doit pas inferer de
là qu'elles ont une maniere
de se communiquer
entr'elles ce qu'elles veulent
s'apprendre; car il
n'est paspossible qu'une
heure ou deux aprés elles
çuflênt peu estre autrement
averties du bled que
j'avois mis en cet endroit;
elles n'allerent point enfuite
en chercher ailleurs,
JÔC elles l'épuiserent bientost
,desorte qu'il fallut
en remettre, ce que je
faisois en petite quantité,
pour connoistre la juste
mesure de leurappetitou
de leur avarice énorme ;
car je ne doute point qu
elles ne fassent des provisions
pour l'hiver & pour
les temps facheux
,
l'Ecriture
nous l'enseigne, mille
experiences le font
voir, & je ne crois pas
qu'on en ait jamis fait qui
montrent raifonnablement
le contraire. J'ay
desjaditqu'il y avoit ci-&
cet endroit trois fourmillieres
quiformoient corn*
me trois Villes differentes,
mais gouvernées fé-
Ion les mesmes loix, & où
l'on voyoir observer à peu
prés le mesme ordre, &
les mesmes coustumes ; il
y avoic pourtant cette difference
que les habitants
d'un endroit sembloient
avoir plus d'industrie &
de genie que ceux des au*,
tres : les fourmis paroissoient
mieux rangées dans
cette fourmilliere, leur
bled estoit plus beau,leurs
provisions plus abondantes
, leur fourmilliere
mieux peuplée, & les Citoyens
toyens en estoient plus
gros & plus forts, c'estoitlà
la principale&comme
la capitale des deux autres
} j'ay mesme remarque
que ceux de cet endroit
estoient distinguez
des autres, & avoient
mesme quelque prééminence
sur eux.
Quoyque cette caisse
où estoient les fourmis
fust ordinairement à l'abry,
il pleuvoit quelquefois
d'un certainvent qui
coup,car la fourmy craint
l'eau, & lorsqu'elles vont
loin chercher leur provision,
& que la pluye les
surprend
,
elles s'arrestent
ôc semettent à l'abry sous
quelque tuile ou ailleurs,
& ne sortent qu'aprés la
pluyepassée. Lesfourmis
de cette principale fourmilliere
se servoient d'un
expedient merveilleux
pour s'en garantir chez
elles; il y avoir un petit
morceau d'ardoise plat
qu'elles traisnoient sur le
trou de leur fourmilliere
lorsqu'elleprévoyoient la
pluye, & l'en couvroient
presque toutes les nuits,
elles se mettoient plus de
cinquante aprés ce morceau
d'ardoisesurtout les
plus grosses & les plus fortes
,& tiroient touteségalement
avec un ordre
merveilleux, elles lot
toient ensuite le matin, &
rien n'estoit plus curieux
que de voir cette petite
manoeuvre ,
elles avoient
rendule terrain raboteux
autour de leur trou, de
forte que ce morceau
d'ardoise n'appuïoit point
à prtat sur leur fourmilliere,&
leur laissoit un espace
libre pour aller 6c
venir par dessous; celles
des deux autres fourmillieres
ne reüssissoient pas
si bien à se garantir de
l'eau, elles mettoient sur
leurs trous plusieursplatrats
l'un sur l'autre, mais
la pluye les incommodoit
tousjours le lendemain
elles se donnoient des
loinsôe des peines incroyables
pour reparer le
dommage des eaux: c'est
ce qui fait qu'on trouve si
souvent des fourmis sous -
destuilesoù ellesestablissent
leur fourmilliercs
pour se mettre à l'abry de
la pluye,mais les tuiles
couvrent tousjours leur
fourmilliere de maniere
que cela ne les embarasse
en rien, & elles vont exposer
leur bled & leur
terre seche au Soleil au
dehors & à l'entour du
tuilé qui les couvre,
c'est ce qu'on peut voir
tous les jours:je couvrois
les deux fourmillieres qui
ne pouvoient peut-estre
se donner du secours d'elles
melmes,pour celles de
la fourmilliere principale
c'eust elleuncharité Inal
employée,elles estoient
assez grandes pour pouvoir
se mettreal'abry.
Mr.dela LoubereAinbassadeur
à Siam, dans la
Relation qu'il a donnée
au public, rapporte que
dans un canton de ce Royaume,
sujet à de grandes
inondations, toutes les
fourmies en cet endroit
ne s'establissent que sur
les arbres, on ne voit
point ailleurs de fourmillieres
, elles les placent
assez haut pour estre tousjours
au dessus des inondations.
Il seroit inutile
de rapporter icy tout ce
qu'en dit Mr. de la Loubere,
il n'y a qu'à lire la
Relation de Siam.
Voicy une experience
assez curieuse que je fis
sur le mesme terrain ou
estoient mes trois fourmillieres,
j'entrepris d'en
establir une quatrième, &
je le fis de cette maniere.
Dans le coin d'une espece
de terrasse assezéloigner
de là, je découvris une
fourmilliere nombreuse
en citoyens, & dont les
fourmis estoient beaucoup
plus grotesque toutes
celles que j'avois desja
veuës
,
mais il s'en falloit
bien qu'elles fussent si riches
en bled, & si bien
policées que mes fourmis;
je fis d'abord un trou sur
cette caisse qui avoit la
mesme forme qu'un trou
de fourmilliere. Je jerray
là, pour ainsi dire, les son
demens d'une nouvelle
Ville,je pris ensuite toutes
les fourmis que je pus
decette fourmilliere de la
terrasse
,
& les mis dans
une bouteille pour les verfer
à l'endroit où efioient.
mes trois,fourmillieres,&
où je leur avois trace le
plan d'une nouvelle maison.
Commeil m'estoit
impossible de prendre
toutes celles qui y eitoient,
& que je ne voulois
pas que celles que je prenoisyretournassent,
ceque
pavois lieu de craindre
je detruisis leur ancienne
demeure
,
j'y jerray de
l'eau boüillanre pour faire
mourir toutes celles qui
restoient, & je renversay
tout l'édifice, je répandis
ensuite toutes ces fourmis
dans le lieu où je voulois
les establir, mais pas une
ne voulut se tenir dans ce
nouveau trou , elles s'en
allerent & disparurent
toutes en moins de deux
heures
,
cela me fit perdre
esperance de faire une
quatrième fourmilliere en
cet endroit.
Deux ou trois jours apres
ayant paffé par halard
sur cette terrasse
,
je
fus rout surpris de voir la
fourmilliere que j'avois
renversée,restablie avec
autant ¿' d'arrangement
r> que s'il n'y estoit jamais
rien arrive; je m'obstinay
pour lors à les chasser
de cet endroit,&àles establir
au près de mes trois
fourmillieres
,
je reconimençay
donc ce que j'avois
desja fait,avec cette
différence que la seconde
fois je mis de la poudrer
& du souffre dans leur
trou, & fit jouer une petire
mine qui renversa
tout, ensuite ayant porte
toutes les fourmis que j'avois
prises,anprés de mes
trois fourmillieres dans
l'endroit destiné. Comme
il pleuvoit très-fort pour
lors, & qu'il plut toute la
nuit, elles s'y refugierent
pendant tout ce temps,&:
le matin lorsque la pluie
eut cesse, la moitié&metiés
trois quarts de mes
fourmis décampercnt
pour aller rétablir leur dsmeure
ruinée ; mais en
ayant trouve apparemment
le dommage irréparable
à cause de cetre odeur
de souffre& depou--
dre qu'elles detestent, ôc
qui leur est mortelle :elles
revinrent, & s'eftablirenc
à l'endroit que je leur a-"
voistracé qu'elles accomr
moderent à merveille, elles
eurent bien-tost fait
alliance avec leurs voifi- *
nes qui leur aiderent en
tout dans leurs travaux
exterieurs, car pour ceux
du dedans il n'y avoit qiiÓ'
7 jt.
elles qui s'en messassent
suivant les loix inviolables
establies entre elles. jà
, ,,
Jamais une fourmy
n'entre dans une fourmilliere
étrangerelles ne frequentent
d'autre maison
que la leur; si une d'entreelles
vouloit hazarder
d'y entrer,elle en (eroie
cha(Te'e& severement punie
;
j'en ay souvent pris
d'une fourmilliereque j'ai
fait entrer dans une autre
à costé
,
mais elle en sortoit
bien viste ayantà ses
rrousses deux ou trois
fourmis qui la poursui,
voient vivement, je voulus
faire plusieurs fois ce
manege avec la même
fourmy, mais à la fin les
autres s'impatienterent
&ladechirerent , par morceaux
; jay souvent fait
peur avec mes doigts à
une fourmy ,& l'ay poursuivie
jusqu'au prés d'une
autre fourmilliereque la
sienne, lui fermant tous
les passages par où elle
pouvoit aller à son gifle,
il estoit naturel qu'elle se
réfugiaitoùelles se trouvoie
alors, car il y a bien
des hommes qui ne raisonneroient
pastant êc
qui se jetteroient dans un
puics ou par une fenestre
pour éviter des assassins
qui les poursuivroient
mais pour la fourmy en
question elle se détour'w'
noit d'un trouqui n'estoit
pas le fien
,
& avoirtant
de peine à y entrer qu'elle
tentoit plustot toutes
fortes de moyens les plus
difficiles, &: ne le faisoit
que dans la derniere excremité
,&quelquefois
1
1
à mesme
mesme elles aimoient
mieux se laisser prendre,
c'estune experience que
jay souvent faire. Ainsi
c'estune couflume inviolable
parmy elles de n'entrer
jamais dans la maison
d'autruy : elles n'exercent
point l'hospitalité
., mais d'ailleurs elles sont
fort secourables les unes
envers les autres, & s'aident
dans tous leurs travaux
exterieurs, mais elles
posent les fardeaux à la
porte & les laissent entrer
à ceux de la maison.
Elles entretiennent entre
elles un petit commerce,
& l'on a tort de dire
que la fourmy n'est pas
presteuseycar j'ay veu que
les fourmis se preftoienc
du grain. Elles font des
éc hanges, se préviennent
par toutes sortes d'offices
mutuels; & je puisaneurer
que si j'avois eu assez
de loisir & de patience
j'aurois remarqué une infinité
de choses plus admirables&
plus curieuses
que tout ce que je viens
de dire ; par exemple la
maniere dont elles se prestent&
se rendent leurs
prests, si c'est en la mesme
quantité, ousi elles
n'exigent pas quelque usure,
si elles payent les
estrangeres qu'elles employent,&
qui les aident
dans leurstravaux.Je croy
qu'il n'estpointimpossible
d'examiner toutes ces
choses& il seroit ensuite
bien curieux de voir leurs
maximes de Droit, peutestre
en tirerions-nous de
grands avantages pour
nostre police, comme la
Sagesse nous les propose
pour modeles de nos
mou s.
Elles n'ont point d'ennemis
qui aillent les attaquer
en corps d'armée,-
comme on le dit desabeilles;
tout ce quilesinquiette
ce sont les oiseaux. qui
vont quelquefois manger
leur bled quand elles l'estallent.
au Soleil, mais elles
le tiennent enfermé
lorsqu'elles ont des voleurs
à craindre, on dit
mesme qu'il ya des oiseaux
qui lesmangent,
mais c'est ce que je n'ay
pas veu arriver en l'endroit
où estoient mes
fourmis; les petits vermisseaux
& les vers de
terre les inquiettent aussi,
mais pour ceux la elles en
viennentaisémentàbout,
& les chassent de leur
fourmilliere lorsqu'il sen
trouve ,,
les traisnent, Se.
les tuent. J'ay remarqué
qu'e lles se punissoient ,
& qu'elles chastioient.
cel es qui sans doute avoient
manqué à leur de-;
voir, ôc mesme elles en
tuoient quelquefois ,ce
qui se faisoit en Ce 111ec- quisefaisoitensemettant
trois ou quatre aprés
elles, l'une la tiroit d'un
costéavec les pinces, l'autred'un
autre, & elles la
déchiroient ainsi
: d'ailleurs
on ne remarque
point de differens parmy
elles, ce qui me fait croire.
qu'il faut, ou que leur
discipline soit bien severe
pour entretenir un tel ordre
, ou qu'elles ayent
bien l'esprit de l'ordre 8c
de societé pour n'avoir
pas besoin d'une discipline
severe.
Dans quelleRepublique
a-ton jamais remarque
plus d'union,tout est
commun parmy elles ce
qu'on n'a jamais vû nulle
part, les Abeilles dont on
raconte des choses si merveilleuses
ont chacune
leur petite celule dans
leur ruche, le miel qu'elles
y font leur est propre ,
chacune en p-articulers1eanourrit,&
a sa petite affaire
à part, tous les autres
animaux en font de
mesme,&: s'arrachent souvent
les uns aux autres
leur portion; chez les
fourmis il n'en eil: pas
ainsi
, parmy elles tous
les biens sont communs
ellesn'ontrien en propre,
ce grain de bled que la
fourmy apporte chez elle
,
se met dans une masse
commune, ce n'est
point pour elle en particulier
c'est pour route la
communauté , l'interest
commun ,
& particulier
n'y sont distingués en
rien; jamais une fourmy
netravaille pour elle feuîe,
elle travailletousjours
pour
pourla societé en tout ce
qu'ellefait.
Il ne sçauroit leurarriver
aucun facheux accident
que leur soin, & leur industrie
ne repare, rien ne
les décourage,rienneles
rebutte;on n a qu'adc~.
truire leur fourmilliere,
êc tout bouleverser chez
elles, deux jours aprés
tout est réparé, & rétably
dans le mesme ordre
sans qu'il y paroisse la
moindre c hose,c'e st ce que
chacun peust voir tous les
jours
, & experimenter
qu'il est tres difficile dé
leschasser de leur demeure
quo) qu'on fasse sans
en faire mourir les habitans;
car tant qu'il y en
restera un petit nombre
elles se restabliront tousjours.
J'oubliois de vous dire,
Monsieur,que jusques icy
le Mercure a esté pourelles
un poison mortel, &
que cest le meilleur moyen
de les détruire; jay
quelque ressource à leur
fournir sur cet Article:
encore quelque temps, &
vous entendrez peut-estre
dire que j'ai recommodé
le Mercure avec les fourmis.
Fermer
Résumé : Les Fourmis.
L'auteur reçoit une lettre l'interrogeant sur ses observations concernant les fourmis. Il regrette de ne pas pouvoir fournir une description complète et précise, faute de temps et de bons microscopes. Il promet de partager davantage d'informations à l'avenir. L'auteur a observé les fourmis lors d'un séjour solitaire à la campagne, où il a été inspiré par leur activité pour surmonter son ennui. Il décrit leur habitat dans une caisse à fleurs abandonnée, où elles ont établi plusieurs fourmilières. Intrigué par leur comportement, il a décidé de les étudier plutôt que de cultiver des fleurs. Les fourmis travaillent sans relâche, même la nuit, et exposent leur blé au clair de lune pour éviter les oiseaux. L'auteur a protégé les fourmis en effrayant les pigeons et en les chassant. Les fourmis ont progressivement recommencé à exposer leur blé au soleil pendant la journée, montrant une adaptation prudente. L'auteur détaille l'organisation interne de la fourmilière, la gestion du blé, et les mesures prises pour éviter la germination et la détérioration des grains. Il justifie les choix des fourmis concernant l'utilisation de terre sèche plutôt que du sable ou des particules de brique. Les fourmis montrent une grande sagesse et prévoyance dans leurs actions, adaptant leurs comportements aux conditions météorologiques. Elles choisissent toujours les meilleurs grains et savent s'accommoder en cas de disette. L'auteur a caché des provisions dans une chambre pour observer le comportement des fourmis. Malgré leurs efforts, les fourmis n'ont pas découvert immédiatement les provisions, ce qui a permis à l'auteur d'observer leurs stratégies de recherche de nourriture. Les fourmis parcourent de longues distances pour trouver des grains, même s'ils n'étaient pas toujours de leur goût. Elles ne reviennent jamais sans quelque chose, même si ce n'était qu'un brin de terre sèche. Les fourmis transportent des grains lourds sur de longues distances et surmontent des obstacles, comme grimper sur des murs. Elles travaillent souvent en groupe pour aider celles qui sont en difficulté. L'auteur a observé une petite fourmi particulièrement déterminée à transporter un grain de blé gros, malgré plusieurs chutes. Les fourmis ont des stratégies pour se protéger de la pluie, comme utiliser un morceau d'ardoise pour couvrir leur fourmilière. L'auteur mentionne des observations faites par Mr. de la Loubere à Siam, où les fourmis s'établissent sur les arbres pour éviter les inondations. L'auteur a tenté d'établir une quatrième fourmilière en déplaçant des fourmis d'une autre fourmilière, mais sans succès. Les fourmis ont reconstruit leur ancienne fourmilière malgré les efforts de l'auteur pour les en empêcher. Les fourmis établissent des colonies et respectent des lois inviolables, comme ne jamais entrer dans une fourmilière étrangère. Elles sont très protectrices de leur territoire et punissent sévèrement toute intrusion. Les fourmis collaborent étroitement pour les travaux extérieurs, mais chaque fourmilière gère ses tâches intérieures de manière autonome. Elles n'exercent pas l'hospitalité mais sont très solidaires entre elles, aidant dans les travaux extérieurs et partageant les ressources. Les fourmis entretiennent un petit commerce entre elles, échangeant des grains et d'autres ressources. Elles n'ont pas d'ennemis majeurs, à l'exception des oiseaux et des petits vermisseaux, qu'elles parviennent à repousser ou à tuer. Leur discipline est sévère, et elles punissent celles qui manquent à leurs devoirs, parfois jusqu'à les tuer. Les fourmis vivent en communauté où tout est commun, contrairement aux abeilles ou à d'autres animaux. Elles travaillent toujours pour le bien de la société et non pour elles-mêmes. Leur industrie et leur soin leur permettent de réparer rapidement tout dommage subi. Le mercure est mentionné comme un poison mortel pour elles, mais l'auteur suggère avoir trouvé un moyen de les protéger contre ce poison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 107-120
POEME SUR LA SAGESSE.
Début :
Non, non je ne viens point sur les bords du Permesse, [...]
Mots clefs :
Sagesse, Passions, Plaisir, Désirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POEME SUR LA SAGESSE.
POEME
SUR
LASAGESSE. NOnction,/>neviens
pointsurles bords
du Permesse,
Phœbits, te demander ta
frenenque yvresse
Sur d'autres va versertes
sçavantes fureurs,
La vérité ria pointbesoin
detessaveurs.
11 me faut cet éclat,cette
lumiere pure,
Quifaitfinltr le vrai,ton
fiu le défigure»
Atinerve,Ire-me
j'oserai te chanter,
Il y va de tagloire & tu
dois m'écouter.
Où suis-je? quelsjardins!
en ceslieux la nature
A-t-elle pris pour moysa
plus belle parure?
Jamais un Culsibeau
n'éclairal'univers;
Que ce Zephireestdoux,.
que ces coteaux
verds 0»m,„--"tran[porte,Jeduisantesagesse?
Ici la volupté regne avec
la paresse :
Que dis-je ?
cejt Ici le tranquileJejour
Où de sages heureux tu
composes ta Cour.
Tu mavois donc trompé,
ridiculeStoïque,
Charmé d'une vertu superbe & chimerique,
Tu disois que toujours,
sensible à nos <vœux, LaSagess~savoitsurdes
rochers~/t.
Tu nousla dépeignois fnste,seche& cruelle:
Tu la connoissois mal,vois
combien elle cft belle.
Unairmajestueux ; mais
mêlédedouceur,
Permet à les beaux yeux
une douce langueur:
Jamais sa majesté ne fit
rienperdreauxgraces
Faites depuislong-temps à
marchersursestraces;
Onles von aCenvirelever
sa attraits
De ce charme inconnu qui
ne doit rienaux traits:
Souvent aussiles ris ennuyez* à Cythere,
Pour suivre la Deep abandonnent leur mere.
ZUbas-tu donc de sauvage
,
& pourquoy les
Mortels,
Déee,laient-ilssansencenstesautels?
Toujours à leurs besoins
sensible,favorable,
Tu tends à cesingrats une mainsecourable,
Tu leur permets encor les
craintes, les desirs,
Tu sçais quec'estpareux
qu'onarrive aux
plaisirs.
Oui: SagejJeJ & voila de
ta bonté le gage, Jamais des pajjïons tu
n'interdis l'usage.
Telque le Souverain des
ventstumultueux
Aervit à son gré leur
sousseimpetueux;
11
Il ne les tient pas tousep
claves dans la chaîne,
On en voit quelquefois
s'échapper dans la
plaine:
Maisilssont ménagez,de
leurssouffles divers
Le fage mouvement anime l'univers.
Borée en vainfrémit,son
MaltrelereIJerre)
Un vent de tropsuffitpour
ravager la terre.
De la Sagesseainsi la redoutable voix
Impose auxpallionsd'imperieufes Loix.
Ne noty en plaignons
point,sa facilepuissance
Ne veut quereprimerleur
fougueuse insolence.
Sonzele ànousservir, &
sessoinsgenereux
Nous en laissent toujours
afJeZfour être heureux.
Helas!quelleferoit,Humains, vôtremisere,
Sipossesseursd'un cœur qui
riattroit rien àfaire,
A vous-mêmes toujours
vous voua ~f~
rendus ?
Grands Dieux!tous les
plaisirs pour <VQM(eroient perdus.
Mais nous legoûtons tous,
une heureusefoiblesse
Charme un Amant ravi
mêmedesa tristesse ;
De vifs ftl doux transports,sine timide ardeur,
L'élevent quelquefois au
comble du bonheur.
Oui, quand l'amourd'un
cœurefi unefoislemaître.
Ille sçait agiter autant
1
qu'ille doit être.
Au gré (le deux beaux
yeux laissons-nous donc
charmer,
On ne scauroit assez, ni
trop souvent aimer.
Faisonsplus, livrons-nom
à d'aimables chimeres,
La Sagasseleveut, elles
font necessaires,
C'efi par elle qu'un bien
que l'on n'obtiendra pas, Selaissantesperer
,
brille
demilleappas.
Sans elles, malheureux
,
pleins de notre indigence,
Nous n'avens du plaisir
que la seule apparence:
A nos befows encor par
elles ajusté,
Lejeu de la nature a toute
sa beauté.
Ce desirorgueilleux, cette sireurdeglotre
Que nepeut asouvir la
plus bellevictoire,
Cetteardeurpourl'estime,
à quil'hommeabuse
Croit ensacrifiant se voir
éternisé
C'estla mere des Arts,
r/en faisons point
myjlere,
De toutes les ruertUJ elle
estaussilamere.
Mais quoy ! des passions
l'excezj trop dangereux,
Jamaisàl'univers nefutil onereux ?
Non, ne redoutonspoint
leur utileravage,
L'airpoursecorrigerveut
souvent de l'orage.
O toy,que les humains doiventseule implorer,
S"'ge{fe,vo/J leurs cœurs st)
vienst'en emparer.
Qu'avectoy leplasirincessammentl'habite,
Déesse, l'universparmoy
t'en sollicite.
Tu le peux, tu n'es point
cettetristeraison,
Dont un mortel heureux
craint lefatalpoison:
JSion^nonjerieflpointtoy
qui veux nousfaire
entendre
Qae faits pour le plaisir,
- nom rien devons point prendre.
Sensibleànosdesirstu(j'ais
nom sèrvir mieux,
Tu scais, & de tes dons
cep le plus précieux,
Qtiune douce folieentout
temps nom possede,
Quepournous épuisée, un
autreluisuccede.
SUR
LASAGESSE. NOnction,/>neviens
pointsurles bords
du Permesse,
Phœbits, te demander ta
frenenque yvresse
Sur d'autres va versertes
sçavantes fureurs,
La vérité ria pointbesoin
detessaveurs.
11 me faut cet éclat,cette
lumiere pure,
Quifaitfinltr le vrai,ton
fiu le défigure»
Atinerve,Ire-me
j'oserai te chanter,
Il y va de tagloire & tu
dois m'écouter.
Où suis-je? quelsjardins!
en ceslieux la nature
A-t-elle pris pour moysa
plus belle parure?
Jamais un Culsibeau
n'éclairal'univers;
Que ce Zephireestdoux,.
que ces coteaux
verds 0»m,„--"tran[porte,Jeduisantesagesse?
Ici la volupté regne avec
la paresse :
Que dis-je ?
cejt Ici le tranquileJejour
Où de sages heureux tu
composes ta Cour.
Tu mavois donc trompé,
ridiculeStoïque,
Charmé d'une vertu superbe & chimerique,
Tu disois que toujours,
sensible à nos <vœux, LaSagess~savoitsurdes
rochers~/t.
Tu nousla dépeignois fnste,seche& cruelle:
Tu la connoissois mal,vois
combien elle cft belle.
Unairmajestueux ; mais
mêlédedouceur,
Permet à les beaux yeux
une douce langueur:
Jamais sa majesté ne fit
rienperdreauxgraces
Faites depuislong-temps à
marchersursestraces;
Onles von aCenvirelever
sa attraits
De ce charme inconnu qui
ne doit rienaux traits:
Souvent aussiles ris ennuyez* à Cythere,
Pour suivre la Deep abandonnent leur mere.
ZUbas-tu donc de sauvage
,
& pourquoy les
Mortels,
Déee,laient-ilssansencenstesautels?
Toujours à leurs besoins
sensible,favorable,
Tu tends à cesingrats une mainsecourable,
Tu leur permets encor les
craintes, les desirs,
Tu sçais quec'estpareux
qu'onarrive aux
plaisirs.
Oui: SagejJeJ & voila de
ta bonté le gage, Jamais des pajjïons tu
n'interdis l'usage.
Telque le Souverain des
ventstumultueux
Aervit à son gré leur
sousseimpetueux;
11
Il ne les tient pas tousep
claves dans la chaîne,
On en voit quelquefois
s'échapper dans la
plaine:
Maisilssont ménagez,de
leurssouffles divers
Le fage mouvement anime l'univers.
Borée en vainfrémit,son
MaltrelereIJerre)
Un vent de tropsuffitpour
ravager la terre.
De la Sagesseainsi la redoutable voix
Impose auxpallionsd'imperieufes Loix.
Ne noty en plaignons
point,sa facilepuissance
Ne veut quereprimerleur
fougueuse insolence.
Sonzele ànousservir, &
sessoinsgenereux
Nous en laissent toujours
afJeZfour être heureux.
Helas!quelleferoit,Humains, vôtremisere,
Sipossesseursd'un cœur qui
riattroit rien àfaire,
A vous-mêmes toujours
vous voua ~f~
rendus ?
Grands Dieux!tous les
plaisirs pour <VQM(eroient perdus.
Mais nous legoûtons tous,
une heureusefoiblesse
Charme un Amant ravi
mêmedesa tristesse ;
De vifs ftl doux transports,sine timide ardeur,
L'élevent quelquefois au
comble du bonheur.
Oui, quand l'amourd'un
cœurefi unefoislemaître.
Ille sçait agiter autant
1
qu'ille doit être.
Au gré (le deux beaux
yeux laissons-nous donc
charmer,
On ne scauroit assez, ni
trop souvent aimer.
Faisonsplus, livrons-nom
à d'aimables chimeres,
La Sagasseleveut, elles
font necessaires,
C'efi par elle qu'un bien
que l'on n'obtiendra pas, Selaissantesperer
,
brille
demilleappas.
Sans elles, malheureux
,
pleins de notre indigence,
Nous n'avens du plaisir
que la seule apparence:
A nos befows encor par
elles ajusté,
Lejeu de la nature a toute
sa beauté.
Ce desirorgueilleux, cette sireurdeglotre
Que nepeut asouvir la
plus bellevictoire,
Cetteardeurpourl'estime,
à quil'hommeabuse
Croit ensacrifiant se voir
éternisé
C'estla mere des Arts,
r/en faisons point
myjlere,
De toutes les ruertUJ elle
estaussilamere.
Mais quoy ! des passions
l'excezj trop dangereux,
Jamaisàl'univers nefutil onereux ?
Non, ne redoutonspoint
leur utileravage,
L'airpoursecorrigerveut
souvent de l'orage.
O toy,que les humains doiventseule implorer,
S"'ge{fe,vo/J leurs cœurs st)
vienst'en emparer.
Qu'avectoy leplasirincessammentl'habite,
Déesse, l'universparmoy
t'en sollicite.
Tu le peux, tu n'es point
cettetristeraison,
Dont un mortel heureux
craint lefatalpoison:
JSion^nonjerieflpointtoy
qui veux nousfaire
entendre
Qae faits pour le plaisir,
- nom rien devons point prendre.
Sensibleànosdesirstu(j'ais
nom sèrvir mieux,
Tu scais, & de tes dons
cep le plus précieux,
Qtiune douce folieentout
temps nom possede,
Quepournous épuisée, un
autreluisuccede.
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Résumé : POEME SUR LA SAGESSE.
Le poème 'Sur la Sagesse' commence par une invocation à Phœbus, le dieu du soleil, pour obtenir son inspiration. Le poète exprime son désir de vérité et de lumière pure, capable de révéler le vrai sans le défigurer. Il se prépare à chanter la sagesse, soulignant son importance et sa beauté. La sagesse est décrite comme majestueuse mais douce, permettant une langueur charmante. Elle n'est ni austère ni cruelle, mais accessible et bienveillante. Elle permet aux mortels d'éprouver des passions et des désirs, nécessaires pour atteindre les plaisirs. Le poète compare la sagesse à un souverain des vents, qui les maîtrise sans les réprimer complètement, permettant ainsi à l'univers de s'animer. La sagesse impose des lois aux passions, mais de manière douce et généreuse, permettant aux humains de rester heureux. Le poème explore également les plaisirs et les passions humaines, soulignant que même la tristesse peut être charmante. L'amour et les chimères aimables sont nécessaires pour apprécier pleinement les plaisirs. La sagesse est présentée comme la mère des arts et des vertus, mais son excès peut être dangereux. Cependant, les passions sont utiles et nécessaires, comme l'orage qui corrige l'air. Enfin, le poète invoque la sagesse, la déesse que les humains doivent implorer, car elle habite le plaisir et peut rendre l'univers heureux sans être une raison triste et fatale. La sagesse est sensible aux désirs humains et sait les servir, offrant une douce folie qui succède à une autre.
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13
p. 98-100
SUR L'AMOUR.
Début :
Il est passé cet âge heureux [...]
Mots clefs :
Amour, Tendresse, Sagesse, Maîtresse, Amant, Galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR L'AMOUR.
SUR L'AMOUR.
ILeft paffé cet âge heureux
De la primitive tendreffe ,
Où le refpect , la fageffe
Gouvernoient les cœurs
amoureux .
La Maiſtreffe tousjours fevere ,
Tenoit l'Amant tousjours
foumis :
GALANT. 99
Que le pauvre efclave euſt
commis
Une offenſe la plus legere ,
Auffi-toft penitence auftere ,
Exil en deſert tenebreux ,
Jeûne exact , long & rigoureux.
Brefc'eftoit ferveur de Novices ,
Pour le fexe quelles delices ?
Il eft paffé cet âge heureux ,
Un air plus froid qu'à l'ordinaire ,
Un rien defefpereroit l'AI ij
100 MERCURE
mant ,
Aujourd'huy c'est tout autrement ,
Sur un rien le galand efpere.
ILeft paffé cet âge heureux
De la primitive tendreffe ,
Où le refpect , la fageffe
Gouvernoient les cœurs
amoureux .
La Maiſtreffe tousjours fevere ,
Tenoit l'Amant tousjours
foumis :
GALANT. 99
Que le pauvre efclave euſt
commis
Une offenſe la plus legere ,
Auffi-toft penitence auftere ,
Exil en deſert tenebreux ,
Jeûne exact , long & rigoureux.
Brefc'eftoit ferveur de Novices ,
Pour le fexe quelles delices ?
Il eft paffé cet âge heureux ,
Un air plus froid qu'à l'ordinaire ,
Un rien defefpereroit l'AI ij
100 MERCURE
mant ,
Aujourd'huy c'est tout autrement ,
Sur un rien le galand efpere.
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Résumé : SUR L'AMOUR.
Le texte relate l'évolution des relations amoureuses. Autrefois, les amants respectaient et vénéraient leurs maîtresses, acceptant des pénitences sévères pour des offenses mineures. Aujourd'hui, les amants s'irritent facilement, marquant une ère plus froide.
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14
p. 89-93
A LEURS ALTESSES Serenissimes Mgr LE DUC & Me LA DUCHESSE. EPITALAME.
Début :
Illustres rejettons des Heros de la France, [...]
Mots clefs :
Altesses, Duc, Duchesse, Hymen, Alliance, Héros, Vertus, Amour, Sagesse, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A LEURS ALTESSES Serenissimes Mgr LE DUC & Me LA DUCHESSE. EPITALAME.
A LEURS ALTESSES
IScrcniflimcs Mgr LE Duc
& Me LA DUCHESSE.
[ EPITALAME. Llustres rejettons des Heros
I de la France,
..e Ciel vous refervoit cette digne
alliance;
2oeurs formez l'un pour l'autre,
aussi tendres quxe neufs-,
)e vôtre amour l'hymen vient
de serrer les noeuds,
Et de cant de vertus le brillant
assemblage, N'auroit pas de mon zele en ce
jour quelque hommage ?
Aux applaudissemens d'un aussi
noble choix
Muse, dans cette fêt,e entremêle
ta voix ; Signale tes transports, en chantant
l'hymenée
De ces jeunes amans qu'unit
cette journée.
PRINCE, dont labonté fait
tant d'honneur au rang,
Que la valeur distingue encor , plus que le sang; ®
Vous,de qui la sagesse a parû
dés l'enfance
Et dans qui le sçavoir ,égale la
naissance,
Quel bonheur pour vos feux
que tout a secondé
De trouver dans CONTI le
fang du grand CONDE', Et de revoir en vous tous les
traits de vos Peres,
Même esprit, même coeur, &
mêmes caratceres ? Quel secours, Couple auguste,
& quelle gloire un jour
L'Etat n'attend.il point des
° fruits de vôtre amour?
Vive image d'un pere élû Roy
par mente,
Fille du grand CONTI, des
grands Hommes l'elite,
Vous, que la pìeté, la raison,
la douceur
Elevent plus cent fois que toute
autre grandeur,
Pour le soûtien des lys dans a
paix, dans la guerre, Hâtez vous de donner des Heros
a la terre,
Qui jaloux du beau fang dont
ils seront sortis,
Fassent revivre en eux les
CONDE'S,lesCONTIS.
Pour vous, epoux charmans,
puissent les destinees
Filer un siecle entier de riantes
années!
De tourle monde aimez, de
vous seuls amoureux,
Puissiez-vous ne passer que des
momens heureux!, Que, pour rendre durable une : union si belle,
L'un à l'autre toujours soit conquête
nouvelle!
Que les ris, que les jeux s'empressenttouràtour
,
PRINCE, avec les plaisirs à
grossir vôtre cour!
Mais sur le Rhin déja j'entrevois
la victoire
[Jui la palme à la main vous
appelle à la gloire.
Allez par vôtre exemple échauffer
nos guerriers,
Chargé de myrte, allez mois- rfunner des lauriers.
IScrcniflimcs Mgr LE Duc
& Me LA DUCHESSE.
[ EPITALAME. Llustres rejettons des Heros
I de la France,
..e Ciel vous refervoit cette digne
alliance;
2oeurs formez l'un pour l'autre,
aussi tendres quxe neufs-,
)e vôtre amour l'hymen vient
de serrer les noeuds,
Et de cant de vertus le brillant
assemblage, N'auroit pas de mon zele en ce
jour quelque hommage ?
Aux applaudissemens d'un aussi
noble choix
Muse, dans cette fêt,e entremêle
ta voix ; Signale tes transports, en chantant
l'hymenée
De ces jeunes amans qu'unit
cette journée.
PRINCE, dont labonté fait
tant d'honneur au rang,
Que la valeur distingue encor , plus que le sang; ®
Vous,de qui la sagesse a parû
dés l'enfance
Et dans qui le sçavoir ,égale la
naissance,
Quel bonheur pour vos feux
que tout a secondé
De trouver dans CONTI le
fang du grand CONDE', Et de revoir en vous tous les
traits de vos Peres,
Même esprit, même coeur, &
mêmes caratceres ? Quel secours, Couple auguste,
& quelle gloire un jour
L'Etat n'attend.il point des
° fruits de vôtre amour?
Vive image d'un pere élû Roy
par mente,
Fille du grand CONTI, des
grands Hommes l'elite,
Vous, que la pìeté, la raison,
la douceur
Elevent plus cent fois que toute
autre grandeur,
Pour le soûtien des lys dans a
paix, dans la guerre, Hâtez vous de donner des Heros
a la terre,
Qui jaloux du beau fang dont
ils seront sortis,
Fassent revivre en eux les
CONDE'S,lesCONTIS.
Pour vous, epoux charmans,
puissent les destinees
Filer un siecle entier de riantes
années!
De tourle monde aimez, de
vous seuls amoureux,
Puissiez-vous ne passer que des
momens heureux!, Que, pour rendre durable une : union si belle,
L'un à l'autre toujours soit conquête
nouvelle!
Que les ris, que les jeux s'empressenttouràtour
,
PRINCE, avec les plaisirs à
grossir vôtre cour!
Mais sur le Rhin déja j'entrevois
la victoire
[Jui la palme à la main vous
appelle à la gloire.
Allez par vôtre exemple échauffer
nos guerriers,
Chargé de myrte, allez mois- rfunner des lauriers.
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Résumé : A LEURS ALTESSES Serenissimes Mgr LE DUC & Me LA DUCHESSE. EPITALAME.
Le texte est un épithalame célébrant l'union du Duc et de la Duchesse, deux nobles personnages. Il commence par une invocation aux illustres descendants des héros de France, soulignant l'honneur de leur alliance. Le poème loue la bonté, la valeur et la sagesse du Prince, et met en avant l'honneur de son union avec la fille du grand Conti. La Duchesse est décrite comme une figure de piété, de raison et de douceur, destinée à soutenir la paix et la guerre. Le poème exprime le souhait que leur union soit féconde et produise des héros dignes de leurs ancêtres. Il conclut par des vœux de bonheur et de succès militaires pour le Prince, l'encourageant à inspirer les guerriers et à revenir victorieux.
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15
p. 1402-1427
Zemine & Almansor, Pieces Comiques, Extrait, / Vaudeville, [titre d'après la table]
Début :
Le 27. Juin, l'Opera Comique fit l'ouverture de son Theatre à la Foire [...]
Mots clefs :
Opéra comique, Foire Saint-Laurent, Comédie, Vaudeville, Vizir, Sagesse, Prince, Jardin, Amants, Amour, Vertu, Fille, Sagesse, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Zemine & Almansor, Pieces Comiques, Extrait, / Vaudeville, [titre d'après la table]
Le 27. Juin , P'Opera Comique fir
l'ouverture de fon Theatre à la Foire
S. Laurent par une Piéce nouvelle en Vaudeville
, intitulée Zemine & Almanfor
fuivie des Routes du Monde ; ces deux
Piéces font précedées d'un Prologue qui a
pour titre L'Induftrie. Le tout orné de
Divertiffemens , de Danfes & c.
La Scene du Prologue fe paffe devant le
Palais de l'Industrie , dont la moitié du Bâtiment
paroît moitié gothique & moitié
II. Vol
moderne
JUIN. 1730. 1403
-
à
moderne. Pierrot & Jacot defcendent
dans un char. Jacot fe plaint de la voiture
, & dit qu'il n'aime pas à fe voir dans
un char volant neuf cens piés au deffus
des ornieres ; Je vois bien , lui répond
Pierrot , que tu ne te plais pas voyager
côte à côte des nuages. Cependant , mon cher
petit frere Jacot , puifque je t'aifait recevoir
depuis peu par mon crédit à l'Opera Comique,
ilfaut bien que tu te faffes à la fatigue ; car
vois- tu , nous devons effuyer les mêmes corvées
que les Divinités de l'Opera,
Sur l'Air , Ramonez ci &c.
Attachés à des ficelles ,
Il nous faut , volant comme elles ,
Mais avec moins de fracas ,
Ramoner ci , ramoner là , la , la , la ,
La Couliffe du haut en bas.
Jacot demande à fon frere quel eft le
Palais qui fe préfente à fes yeux , & dans
quel deffein un Enchanteur de leurs amis
vient de les y tranſporter ; Pierrot lui
répond que ce Palais , quoique délabré, eft
le féjour de la Nouveauté , dont ils ont
grand befoin pour leur Théatre , & tandis
qu'il reſte à la porte , il envoye Jacot
pour découvrir s'il n'en eft point quelqu'autre
qui foit ouverte. L'Antiquité fort
du Château , & parle Gaulois à Pierrot ,
II. Vol.
qui
1404 MERCURE DE FRANCE
qui rebuté de fon langage l'appelle radoteufe
: elle le frappe avec fa béquille , &
le laiffe là . Pierrot la pourfuit ; il eſt arrêté
par la Chronologie , qui lui reproche
le crime qu'il commet en ne refpectant
pas la venerable Antiquité . Pierrot lui
demande quel eft fon emploi ; la Chronologie
lui décline fon nom & fes titres.
Pierrot la. prie de lui donner des nouvelles
de la Nouveauté ; la Chronologie , loin
de lui répondre jufte , commence toutes
fes Phrafes par des Epoques , & veut l'entretenir
des Olimpiades de l'Egire de Mahomet
& autres dates celebres ; cela impatiente
Pierrot ; il la chaffe, & dit , l'Enchanteur
m'a joué d'un tour ; il me promet
de me transporter au Palais de la Nouveauté
... j'y trouve d'abord une vieille Decrépite
, & enfuite une faifeufe d'Almanachs.
Dans ce moment l'Industrie avance ; Pierrot
la prend pour la Nouveauté ; elle le
défabule , & lui dit que la Nouveauté eſt
morte depuis plus de quatre
mille ans
qu'elle n'en eft que la copie , que le Public
tombe quelquefois dans l'erreur fur
fon compte , & prend l'induftrie pour la
Nouveauté. Je renouvelle , ajoûte l'Induftrie
, non feulement les habits & les meubles,
mais je rajeunis les vieux Ouvrages d'efprit,
& chante fur l'Air , Robin turelure & c.
II. Vol. Dans
JUIN.
1405 1730.
· Dans un moderne morceau ,
Je joins par une coûture
De Terence un fin lambeau ...
Pierrot.
Ture lure.
Chacun voit la rentraiture .
L'Induftrie , ironiquement.
Robin , turelurelure.
Alors Pierrot lui expofe les befoins de
l'Opera Comique , qui manque de Piéces
nouvelles ; l'Induftrie lui préfente un
Drame intitulé Zemine & Almanfor , Sujet
tiré de l'Hiftoire de Tartarie , dont Bourfaut
a pris fon dénouement d'Ejope à la
Cour. Le Public n'a pas approuvé cette
reffemblance , quoique fondée fur une autorité
irrécufable , & cela , fans doute, par
ce qu'il a plus vu la Comédie d'Efope à
la Cour qu'il n'a lû l'Hiftoire de Tartarie.
Pierrot marque fon inquiétude à l'Induftrie
, qui lui réplique qu'il fait le Public
plus méchant qu'il n'eft , qu'il s'eft
bien accommodé de tous les Ocdipes &
de toutes les Mariannes qu'on lui a re
tournées de cent façons.
Lefecond Drame offert par l'Induftrie,
eft intitulé les Routes du Monde. Jacot
II. Vol. G IC
1406 MERCURE DE FRANCE
revient dans cet inftant , & excuſe ſon
retardement par le plaifir qu'il a eu à voir
repeter un Balet Comique ; l'Induſtrie
leur apprend que c'eft une Fête qu'on prépare
pour elle , & qu'ils peuvent voir.
Elle eft executée fur le champ par les Chevaliers
de l'Induſtrie , figurés par des
Zanis Italiens. Voici les paroles du Vaudeville
de ce Divertiffement.
VAUDEVILLE.
Dans les Jardins de l'Induſtrie
Phoebus & la Galanterie
S'en vont cueillant foir & matin , tin tin tin tią
Mais en vain leur adreffe trie , ho ho ho !
Ce n'eft jamais du fruit nouveau.
On voudroit connoître une Belle ,
A fon Epoux toujours fidelle ,
Et voir l'Epoux auffi conftant , tan tan tan
Un ménage de ce modele , ho ho ho
Ce feroit là du fruit nouveau.
Dès la bavetté on fonge à plaire ;
La fille en fçait plus que
fa mere ,
Qui pourtant jeune a coqueté , té té té ;
Et dans les Jardins de Cithere , ho ho ho !
On trouve peu de fruit nouveau.
I I. Vol. Un
JUIN. 1730.
1407
Un Cadet de race Gaſcone ,
Qui n'emprunte pas & qui donne ,
Et qui convient qu'on l'a battu , tu tu tu
Sur les Rives de la Garone , ho ho ho,
Ce feroit là du fruit nouveau.
Un Grand du mérite idolâtre ,
Géometre vif & folâtre ,
Actrice vouée à Yeſtá , ta ta ta ,
Par ma foi fur plus d'un Théatre , ho ho he
Ce ſeroit là du fruit nouveau.
Ce Prologue eft fuivi de Zemine & Al
manfor , en un Acte. La premiere Scene
fe paffe entre Pierrot , Confident d'Almanfor
, Vizir & fils de Timurcan , Roi
'd'Aſtracan , mais crû fils de l'Emir Abe
nazar , & Lira , Suivante de Zemine , fille
de l'Emir Abenazar , & cruë fille du Roi
Timurcan. Voici le premier Couplet que
chante Pierrot , fur l'Air , Chers amis , que
mon ame eft ravie :
Oüi , Lira , fi tu tiens ta promeffe ,
Par l'Hymen j'efpere que dans peu
Tu verras couronner notre feu ; a
Du Monarque enfin touché de leur tendreffe ,
Nos Amans ont obtenu l'aveu ;
Le Vizir mon Maître époufe la Princeffe ;
II. Vol.
Gij L'a
1408 MERCURE DE FRANCE
L'amitié du bon Roi d'Aftracan
L'éleve juſqu'au premier rang.
Lira répond à Pierrot que Zemine fa
Maitreffe ne craindra donc plus la prédiction
d'une Devinereffe qui lui a depuis
peu annoncé qu'elle alloit être mariée au
fils d'un Souverain. Pierrot applaudit au
bonheur de fon Maître , qui , quoique
jeune,le furpaffe en prudence & en valeur;
il n'oublie pas dans fon Eloge qu'il n'eft
pourtant pas de meilleure maifon que lui,
& qu'ils ont gardé enfemble les moutons.
Lira lui demande par quel hazard Almanfor
eft devenu fi grand Seigneur ; je vais
te le dire , répond Pierrot Un jour que
notre grand Roi Timurcan chaffoit autour
de chez nous , il rencontra le petit Almanfor
qui lifoit l'Hiftoire de Tartarie en faisant
paître fon troupeau , il s'amusa à caufer avec
lui ; il le trouva gentil , bien avifé , & le
prit en affection. Sur ces entrefaites mourut
Kalem , pere du jeune Berger , que Timurcan'
fit auffi-tôt venir à la Cour. Il le fit
élever en Prince , & l'envoya enfuite dans
fes Armées , où il fe diftingua bientôt. IL
joignit même dans peu de temps les talens
du Miniftere au mérite guerrier , & devint
Grand-Vizir par le fecours de fa . feule
vertu. L'année derniere , comme il revenoit
de la frontiere , il paſſa par notre Village
II. Vol.
aveg
JUIN. 1730 . 1409
3
avec une troupe degens de guerre ,
il
m'apperçut
dans la foule, & me dit : Eh ! te voilà,
mon pauvre Pierrot , approche , approche ...
il chante :
Je lui tirai ma reverence 2
Enfuite je lâchai ces mots :
Ces Moutons gaillards & difpos
Que mene là Votre Excellence ,
Ne fe laifferoient pas , je penfe
Manger la laine fur le dos.
,
Il rit de ce trait de malice qui lui rappelloit
fa premiere condition , & changea
la mienne , en m'emmenant avec lui. On
} débite , interrompt Lira s qu'il eft fort
defintereffe ; Pierrot lui avoue qu'il a eu
long tems cette opinion , mais qu'il en
eft defabuſe , depuis que déjeunant avec
Jacot , Secretaire du Prince Alinguer , il
a entendu Almanfor qui enfermé dans un
cabinet , faifoit cette exclamation : Air ,
L'autre jour ma Cloris.
O précieux Tréfor !
Si jamais dans fa courfe
On arrête Almanfor ,
Tu feras fa reffource ;
O Tréfor mes amours
Je t'aimerai toujours.
-II. Vol. Lira G iij
1410 MERCURE DE FRANCE
Lira conclud que le Vizir amaffe des remedes
contre la défaveur , & que l'on
agit prudemment dans l'incertitude de
fon fort : Oui , vraiment , répond Pierrot
, & chante fur l'Air : Adieu panier.
Quand on a rempli fes pochetes ,
Si l'on eft chaffé par malheur , -
En fuyant , on dit de bon coeur
Adieu panier , vendanges font faites.-
A ces mots , Zemine arrive éplorée , &
leur dit que la prophetie de la Devinereffe
va s'accomplir , que l'inconnu fixé
depuis peu à la Cour d'Aftracan vient de
lui déclarer fon amour , & de lui apprendre
en même tems qu'il étoit fils du Monarque
de la Ruffie : Helas , s'écrie - t'elle,
Alinguer eft fils d'un Roi puiſſant , Alman--
for fimple Sujet ne tiendra pas contre lui !
fur l'Air : Pour paſſer doucement la vie.
Il a le mérite en partage ;
Mais le mérite par malheur
Ne trouve pas fon avantage
A luter contre la Grandeur.
Lira apperçoit de loin Timurcan qui
fe promene ; Zemine va le joindre pour
le toucher en fa faveur ; Pierrot refte feul
avec Lira , & lui expofe la crainte que
II. Vol. fait
JUIN. 1730. 141
fait naître dans fon efprit le haut rang du
Rival de fon Maître . Il exige un aveu
décifif pour lui ; Lira en le flattant lui déclare
pourtant qu'elle prétend fuivre le
fort de Zemine. Jacot paroît , & contefte
avec Pierrot fur les amours d'Alinguer ;
il prétend que ce Prince époufera Zemine
, & que lui , en qualité de Secretaire ,
deviendra le mari de Lira ; elle les quitte
en leur déclarant qu'elle époufera celui
des deux dont le Maitre obtiendra fa
Maitreffe. Les deux confidens rivaux reftent
enfemble , & continuent leur dif
pute ; ils y mêlent des difcours fur la fortune
& le tréfor caché du Vizir , qui
font interrompus par l'arrivée du Roi &
du Prince Alinguer. Pierrot & Jacot fe
retirent. Alinguer demande Zemine en
mariage ; le Roi lui apprend qu'elle n'eft
pas heritiere de fon Royaume , qu'il a
un fils que des raifons politiques l'ont
empêché jufqu'ici de faire paroître ;
Alinguer répond en Amant genereux ,
qu'il n'exige point d'autre dot que la
perfonne de Zemine ; le Roi lui objecte fa
parole donnée au Vizir Almanfor , & fait
le Panegyrique de fes vertus. Alinguer
piqué , ofe le contredire , & lui dit que
ce Miniftre , dont il vante fi fort le défintéreffement,
a un tréfor confiderable qu'il
dérobe à fa connoiffance , & dont , fans
II. Vol.
Giiij doute
1412 MERCURE DE FRANCE
doute , il doit faire un ufage crimine!. H
jette de violens foupçons dans l'efprit de
Timurcan , & offre de lui produire un
témoin fidele qui le conduira à l'endroit
où font enfermées les richeffes fecretes
d'Almanfor. Le Roi ébranlé confent à
cette vifite , & fort avec le Prince de
Ruffie.
Le Théatre change , & repréfente une
Salle de la Maifon du Vizir , où l'on ne
voit rien qui ne foit d'une grande fimplicité
. Almanfor y eft avec Zemine , à
qui il exalte fon bonheur & fon amour ;
Pierot vient leur annoncer gayement l'arrivée
du Roi , qui va , dit- il , unir Almanfor
& la Princeffe , ce qui lui procu
rera l'avantage d'époufer Lira. Le Roi
entre furieux , & reproche au Vizir fon
prétendu tréfor ; Jacot arrive , & montre
à Timurcan le Cabinet où l'on doit le
trouver. On l'ouvre par ordre de Timurcan
, & l'on n'y trouve que la houlete
& l'habit que portoit Almanfor quand il
étoit Berger : Je les gardois , dit - il , pour
me rappeller ma naiſſance , & pour les reprendre
, Seigneur , fi vous m'ôtiez votre
faveur & c.
La vertu d'Almanfor ayant éclaté dans
fon plus grand jour , le Roi lui apprend
qu'il eft fon fils ; cette découverte favorable
pour la gloire d'Almanſor , attriſte
II. Vol. fon
JUIN 1730. 1413
fon amour ; Zemine qui reconnoît qu'il
eft fon frere , partage fa douleur , & fe
plaint avec refpect au Roi d'Aftracan de
ce qu'il a permis qu'elle aime le Prince
Almanfor. Timurcan termine leur trou
ble , & comble leur joye , en leur appre
nant qu'ils nneeffoonntt point unis par le fang,
&
que
Zemine
eft
fille
de l'Emir
Abena
zar. Almanfor
remercie
le Roi
de ces
heu
reux
éclairciffemens
, & chante
ce Cou
plet
:
Le grand Nom que je tiens de vous
Flatte l'amour qui me domine
Il me devient d'autant plus doux
Qu'il fait plus d'honneur à Zemine
Ah ! dit Zemine à Almanfor ::
Seigneur , de vos tranfports je juge par moimême
;
Vous avez herité de mon noble défir ;
Fille de Timurcan , quel étoit mon plaifir
D'élever mon Berger à la grandeur fuprême
Pierot obtient Eira , & chaffe Jacot . La
Piéce finit par une Fête champêtre , execurée
par les Habitans du Village où a été
élevé Almanfor..
La feconde Piéce , auffi d'un Acte , compofée
de Scenes détachées , eft allegorique
& morale , tant par les idées que par quel-
II Vol. ques
1414 MERCURE DE FRANCE
د
ques- uns de fes perfonages ; elle eft inti ,
tulée les Routes du monde. Le . Théatre re
préfente dans les aîles les Jardins d'Hebé,
& dans le fond trois Portiques qui commencent
les trois chemins que prennent
les hommes en fortant de la Jeuneffe. Le
Portique du milieu eft étroit , compofé de
Rochers couverts de ronces avec cette
Infcription : Le chemin de la Vertu . Le
fecond , à droite , plus large ( ainfi que le
troifiéme qui eft à gauche ) eft orné de
tous les fimboles des honneurs & des richeffes
, & a pour titre , Le chemin de la
Fortune. Le troifiéme , intitulé Le chemin
de la Volupté , paroît chargé des attributs
des Plaiſirs , du Jeu , de l'Amour &
de Bacchus. La Scene ouvre par Leandre,
conduit par le Tems.
Leandre , Air : Amis , fans regreter Pa--
ris &c.
O Saturne , Doyen des Dieux
Des Peres le moins tendre ...
O Tems , dites -moi dans quels lieux
Vous conduifez Leandre ?
Le Tems , Air : Contre mon gré je cheriss
Peau :
Je vais vous expliquer cela ;
Voyez ces trois Portiques là ,
Du monde ils commencent les routes
11. Vol. On
JUIN. 1415 1730.
On doit ( telle eft la loi du fort )
Paffer fous l'une de ces Voutes
Quand des Jardins d'Hebé l'on fort.
Leandre.
Depuis que je vis dans ces Jardins , je
n'avois point encore apperçû ces trois
Portiques .
Le Tems.
Je le crois bien ; vous ne pouviez les
voir fans moi .
Air : Quand le péril eft agréable .
Ici dans une Paix profonde ,-
Les Jeunes Gens font jour & nuit ;
C'eſt le Tems feul qui les conduit
Près des routes du monde.
Mais je ne leur fais pas toujours comme
à vous , l'honneur de me rendre viſible.
Leandre confiderant les Portiques.
Que ces Portiques là fe reffemblent peu!
Le Tems.
Les chemins aufquels ils conduifent
font encore plus differens.-
Leandre montrant le Portique de la Fertu,
Air: Fe fuis la fleur des garçons du Village.
II. Vol. G-vis Que
1416 MERCURE DE FRANCE
Que ce chemin me paroît effroyable !
Mes yeux en font épouvantés !
Le Tems.
I eft pourtant à la plus adorable.
De toutes les Divinités.
r
Leandre , Air Philis , en cherchant for
Amant.
Eh ! quelle eft donc la Déïté
Par qui peut être fréquenté
Ce paffage étroit , peu battu ,
Paf tout de ronces revêtu ?
Le Tems.
C'eft la Vertu .
La Vertu
Leandre étonné.
Le Tems , Air : Sois complaifant , & cà
De la vertu la demeure épouvante ,
De fon chemin l'entrée eft rebutante
Mais
La fortiè en eft brillante ; -
C'eft la Gloire & fon Palais.
Le Portique, à droite, enrichi d'or & de
pierreries ,mene au Temple de la Fortune;:
II. Val par
JUIN. 1730 1417
par cette Porte on voit paffer , Air : J'ai
fait fouvent réfoner ma Mufette.
Le Peuple altier , dangereux , formidable
Des Conquerans & des Agioteurs ;
Ces derniers - ci ( le fait eft incroyable )
Ont avec eux compté quelques Auteurs.
Leandre , Air : Voyelles anciennes.
Ce chemin ne me tente pas
Le Tems.
C'eft pourtant le plus magnifique .
Leandre montrant le Portique de la Volupté
Cet autre a pour moi plus d'appas .
Quel eft donc ce galand Portique ?
Le Tems
C'eft celui de la Volupté ;
Tous les plaifirs en font l'enſeigne
Des trois c'eſt le plus fréquenté ,
Quoique très -fouvent on s'en plaigne .
Leandre.
Je ne vois là que des violons , des ver
res , des bouteilles , des cartes & des dez :
Le Tems.
C'eft ce qui fait qu'on y met la preffe..
O
ça , nous allons 繄 nous féparer ; mais
II. Vol avant
1418 MERCURE DE FRANCE
avant que je vous quitte , il faut que je
vous donne un avis falutaire ; ayez grand
foin de fuir la Débauche qui rode fans
ceffe autour de ces Portiques ...
Leandre.
Oh ! la Débauche m'a toujours fait horreur
; elle ne me féduira pas.
Le Tems , Air : Baifez moi donc , me di
foit Blaife.
Vous êtes dans l'erreur , Leandre ;
Craignez de vous laiffer furprendre ;
Fuyez cette Sirene là ;
Déguifant fon effronterie ,
Devant vous elle paroîtra
Sous le nom de Galanterie.
Leandre.
Je fuis bien aile de fçavoir cela.-
Adieu .....
Le Tems..
Leandre le retenant.
Encore un moment .... Air : Il faut
que je file file.
Sur un point qui m'embaraffe
Je voudrois vous confulter
11.-Vol.-
JUIN
1730. 1419
Le Tems voulant toujours s'en aller.
Cela ne fe peut ....
Leandre l'arrêtant encore.
De
grace ››
Daignez encor m'écouter ...
Le Tems.
C'eft trop demeurer en place 5 .
Suis-je fait pour y refter ?
Le Tems toujours paffe paffe ,
Rien ne fçauroit l'arrêter.
On a donné cette Scene - ci entiere , patce
qu'on ne pouvoit gueres expofer plus
fuccinctement le fujet de la Piéce.Leandre
refté feul , delibere fur le chemin qu'il doit
choifir ; mais , dit- il , Air : Les filles de
Nanterre.
Suis- je donc à moi-même ,
Et Maître de mes voeux ?
On eft à ce qu'on aime
Quand on eft amoureux.
Oui , c'est à l'aimable Angelique à difpo
fer de mon fort ; allons la chercher , & prenons
enfemble des mefures pour fléchir fon
Tuteur qui s'oppose à notre hymen.
Dans le moment qu'il veut partir , il eſt
arrêté par la Débauche , qui fous le nom
1.1. Volg
det
1420 MERCURE DE FRANCE
de Galanterie s'efforce de l'attirer à elle ;
Leandre refifte à fes difcours fuborneurs,
& la quitte. Elle le fuit , voyant paroître
une mere coquette avec ſa fille , en diſant
qu'elle n'a que faire là . Araminte , mere
de Lolotte , eft fort parée : elle a du rouge,
des mouches , des fleurs & des diamans- :
fa fille eft en fimple grifette & en linge
uni. Araminte prêche Lolotte , & veut la
faire entrer dans le chemin de la Vertu ;
Lolotte y repugne , & fe deffend avec opi
niâtreté.
Araminte , Air Je ne fuis né ni Roi ni
Prince.
Votre coeur en fecret murmure
De n'avoir point une parure ,
A faire briller vos appas ;
Vous n'avez point de modeſtie .
Lolotte.
Eh ! pourquoi n'en aurois -je pas ?
Sans ceffe je vous étudie ?
Araminte , Air : Ma raifon s'en va beau
train .
1
Vous me repondez , je crois ...
Lolotte.
Je répons ce que je dois ;
N'ai - je pas raifon
II. Vol.
De
JUI N. 1730. 1421
De trouver fort bon
Ce qu'en vous je contemple
Araminte.
Oh ! ne fuivez que ma leçon ...
Lolotte..
Je fuivrai votre exemple , lon la
Je fuivrai votre exemple,
La conteftation d'Araminte & de Lolotte
finit par le parti que prend la mere d'être
la conductrice de fa fille dans la route des
plaifirs où elles entrent enſemble. La Debauche
reparoît , & dit : Je fçavois bien le
chemin que cette petite fille là prendroit.
Mais j'apperçois mes deux voifines. C'est
la Sageffe & la Richeffe qui fortent l'une
du Portique de la Vertu & l'autre de celui
de la Fortune , & s'efforcent de s'attirer des
Chalans. La bonne Marchandife que vous
criez là toutes deux , leur dit ironiquement.
la Sageffe, Air : Vous qui vous macquez par
vos ris.
Elle eft d'un fort bon acabit.
La Richeffe
Nous fçavons l'une & l'autre
Tout le bien que le monde dit
Déeffe , de la vôtre ...
II. Vol. ·LA
1422 MERCURE DE FRANCELa
Débauche.
Mais elle n'eft point de débit ,
Et nous vendons la nôtre.
Therefe , jeune perfonne bien élevée ,
refufe les offres de la Richeffe , refifte aux
attraits de la Débauche , & fuit la Sageffe
qui la conduit dans le chemin de la Vertu.
La voilà bien charmée de nous avoir enlevé
une petite fille , dit la Richeffe Bon , répond
la Débauche , nous lui en fouflons
bien d'autres. Un jeune heritier en grand
deuil & en pleureufes furvient : Dépensez,
lui crie la Débauche , amaffez , lui dit la
Richeffe , Air : Le Cotillon de Thalie.
A préfent Phomme në fçait plus
Compter les vertus
Que par les écus
Comme votre pere
Il faut faire ,
Toujours courir fus ,
Aux Jacobus ,
Aux Carolus.
A préfent l'homme ne fçait plus &c.
›
L'Heritier , tout bien confideré , fe livre
à la Débauche , fuivant la loüable
coûtume de bien des Mineurs. Guillot
Payfan , remplace l'Heritier ; mais comme
II. Vol.
il
JUIN. 1730 1423
il n'a rien , il dit qu'il veut commencer
fa carriere par le chemin de la Fortune.
Mais , lui dit la Débauche , Air : Attendez
moi fous l'Orme.
Mais la Richeffe exige"
Un travail dur & long ;
A cent foins elle oblige ..
La Richeffe.
Dans le Commerce , bon ,
La finance moins fouche
Procure un gain plus promt ;:
Un Créfus , fur fa couche ,
Croît comme un champignon .
La Débauche détermine la Richeffe à
favorifer promtement Guillot , & à le luf
remettre opulent ; Guillot toujours avide
de nouveaux dons , demande qu'on ajoûte
s'il fe peut , une promte nobleffe à fa
promte richeffe : on lui accorde fa Requête.
Ho ! ho ! dit-il , Air : Nos plaifirs
feront peu
durables.
Quan plaifi ! quan bone avanturé ,
Au mitan de ma parenté ,
Qu'eft jufqu'au cou dans la roture !!
Je frai tou feul de qualité..
Guillot , après une promeffe de vivre
très noblement dès qu'il feroit riche , &
II. Vol.
le
1424 MERCURE DE FRANCE
le feul Gentilhomme de fa famille , entre
vîte dans le Portique de la Fortune , guidé
par la Richeffe. La Débauche le fuit
un moment pour l'encourager encore
dans fes bons deffeins.
Angelique arrive avec fon Tuteur , qui
lui propofe trois maris contre fon inclination
. L'amour interrompt ce fâcheux
entretien , chaffe le Tuteur & confeille à
Angelique d'époufer Léandre qu'elle
aime. Mais vous n'y pensez pas , dit- elle
au petit Dieu ; ce mariage fait fans l'aven
de mon Tuteur, m'écarteroit du chemin de
la vertu. Vous n'y pense pas vous même
lui répond le fils de Venus , ce font les
triftes Mariages faits fans l'aveu de l'amour
qui écartent du chemin de la vertu. L'irré
folution d'Angelique eft vaincuë par
Léandre qui lui apporte le confentement
de fa famille pour leur Hymen. La Débauche
revient à la charge & s'oppose à
l'union légitime des deux Amans ; ils la
rebutent elle appelle à fon fecours les
Plaifirs libertins qui fortent par Troupesdes
Portiques de la Fortune & de la Vo
lupté. Ils danfent & font briller leurs
charmes dangereux aux yeux de Léandre
& d'Angelique. La Sageffe & les Plaifirs
innocens fortent par le Portique de la
Vertu. Les Plaifirs libertins étonnez , leur
;
II. Vol. cedent
JUIN. 1730. 1425
cedent le paffage qu'ils prétendoient leur
fermer.
La Sageffe , aux deux Amans.
N'écoutez que l'innocence ,
Ne fuivez que fes plaifirs ;
Défiez- vous de vos défirs ;
Que devant la Raiſon ils gardent le filence.
N'écoutez que l'innocence ,
Ne fuivez que fes plaifirs.
La Débauche , aux mêmes.
Ne fongez qu'à rire & qu'à boire ,
Folâtrez , mocquez- vous dans le fein du repos ,
Des fecours de l'honneur , des Faveurs de la
gloire ,
Et de l'Exemple des Héros ;
Ne fongez qu'à rire & qu'à boire,
L'Amour , aux mêmes .
Air : du Roy de Cocagne.
Gardez-vous d'écouter la Débauche
Qui porte un Mafque trompeur ;
Sur fes pas on prend toujours à gauche
Et l'on fuit le vrai bonheur.
Non , non , jamais il ne fut fon partage ;
Et lon , lan , la ,
Ce n'eft pas là ,
11. Vol. Qu'on
426 MERCURE DE FRANCE
Qu'on trouve cela ,
Craignez la fin du voyage.
La Sageffe.
Heureux qui fuit dès fa jeuneffe,
Du vice le Sentier battu
Et qui formé par la vertu ,
Se fait mener par la Sageffe !
Elle fçait le payer enfin
De la fatigué du chemin.
La Débauche.
;
N'écoutez pas la voix févere ;
Qui condamne l'amufement
Voulez- vous voiager gaiment ?
Que le plaifir feul vous éclaire.
Si vous fuivez ce Pelerin ,
Vous irez droit au bon chemin.
Lolotte.
Autrefois , dit -on , l'art de, plaire ,
Coutoit bien des foins & du temps ,
Et l'on mettoit douze ou quinze ans ,
Pour fe rendre au Port de Cithere ;
Mais à prefent on eft plus fin
On fcait accourcir le chemin .
La Sageffe.
Vous qui du Dieu de la Bouteille ,
II. Vel.
Suivez
JUI N. 1739. 1427
Suivez affidument les pas ,
Que vous vous plaindrez des appas
Qui vous amufent fous la Treille !
Lorfqu'on cherche toujours le vin
On trouve la Goutte en chemin.
La Débauche.
Maris , fi vous trouvez vos femmes
Tête à tête avec leurs Galans ,
N'allez pas faire les méchans ,
Et manquer de refpect aux Dames ;
Sans dire mot , d'un air benin ,
Paffez , paffez votre chemin.
La Sageffe , aux Spectateurs.
Meffieurs , nous avons pour vous plaire ‚ ·
Employé nos petits talens ,
Et
;
pour vous rendre plus conten's
Nous allons tâcher de mieux faire
De nos Jeux , puiffions nous demain ,
Vous voir reprendre le chemin.
Léandre & Angélique conduits par
'Amour & la Sageffe , entrent dans le
chemin de la Vertu ; la Débauche accompagnée
des plaifirs libertins , fe retire
fous les Portiques de la Fortune & de la
Volupté.
l'ouverture de fon Theatre à la Foire
S. Laurent par une Piéce nouvelle en Vaudeville
, intitulée Zemine & Almanfor
fuivie des Routes du Monde ; ces deux
Piéces font précedées d'un Prologue qui a
pour titre L'Induftrie. Le tout orné de
Divertiffemens , de Danfes & c.
La Scene du Prologue fe paffe devant le
Palais de l'Industrie , dont la moitié du Bâtiment
paroît moitié gothique & moitié
II. Vol
moderne
JUIN. 1730. 1403
-
à
moderne. Pierrot & Jacot defcendent
dans un char. Jacot fe plaint de la voiture
, & dit qu'il n'aime pas à fe voir dans
un char volant neuf cens piés au deffus
des ornieres ; Je vois bien , lui répond
Pierrot , que tu ne te plais pas voyager
côte à côte des nuages. Cependant , mon cher
petit frere Jacot , puifque je t'aifait recevoir
depuis peu par mon crédit à l'Opera Comique,
ilfaut bien que tu te faffes à la fatigue ; car
vois- tu , nous devons effuyer les mêmes corvées
que les Divinités de l'Opera,
Sur l'Air , Ramonez ci &c.
Attachés à des ficelles ,
Il nous faut , volant comme elles ,
Mais avec moins de fracas ,
Ramoner ci , ramoner là , la , la , la ,
La Couliffe du haut en bas.
Jacot demande à fon frere quel eft le
Palais qui fe préfente à fes yeux , & dans
quel deffein un Enchanteur de leurs amis
vient de les y tranſporter ; Pierrot lui
répond que ce Palais , quoique délabré, eft
le féjour de la Nouveauté , dont ils ont
grand befoin pour leur Théatre , & tandis
qu'il reſte à la porte , il envoye Jacot
pour découvrir s'il n'en eft point quelqu'autre
qui foit ouverte. L'Antiquité fort
du Château , & parle Gaulois à Pierrot ,
II. Vol.
qui
1404 MERCURE DE FRANCE
qui rebuté de fon langage l'appelle radoteufe
: elle le frappe avec fa béquille , &
le laiffe là . Pierrot la pourfuit ; il eſt arrêté
par la Chronologie , qui lui reproche
le crime qu'il commet en ne refpectant
pas la venerable Antiquité . Pierrot lui
demande quel eft fon emploi ; la Chronologie
lui décline fon nom & fes titres.
Pierrot la. prie de lui donner des nouvelles
de la Nouveauté ; la Chronologie , loin
de lui répondre jufte , commence toutes
fes Phrafes par des Epoques , & veut l'entretenir
des Olimpiades de l'Egire de Mahomet
& autres dates celebres ; cela impatiente
Pierrot ; il la chaffe, & dit , l'Enchanteur
m'a joué d'un tour ; il me promet
de me transporter au Palais de la Nouveauté
... j'y trouve d'abord une vieille Decrépite
, & enfuite une faifeufe d'Almanachs.
Dans ce moment l'Industrie avance ; Pierrot
la prend pour la Nouveauté ; elle le
défabule , & lui dit que la Nouveauté eſt
morte depuis plus de quatre
mille ans
qu'elle n'en eft que la copie , que le Public
tombe quelquefois dans l'erreur fur
fon compte , & prend l'induftrie pour la
Nouveauté. Je renouvelle , ajoûte l'Induftrie
, non feulement les habits & les meubles,
mais je rajeunis les vieux Ouvrages d'efprit,
& chante fur l'Air , Robin turelure & c.
II. Vol. Dans
JUIN.
1405 1730.
· Dans un moderne morceau ,
Je joins par une coûture
De Terence un fin lambeau ...
Pierrot.
Ture lure.
Chacun voit la rentraiture .
L'Induftrie , ironiquement.
Robin , turelurelure.
Alors Pierrot lui expofe les befoins de
l'Opera Comique , qui manque de Piéces
nouvelles ; l'Induftrie lui préfente un
Drame intitulé Zemine & Almanfor , Sujet
tiré de l'Hiftoire de Tartarie , dont Bourfaut
a pris fon dénouement d'Ejope à la
Cour. Le Public n'a pas approuvé cette
reffemblance , quoique fondée fur une autorité
irrécufable , & cela , fans doute, par
ce qu'il a plus vu la Comédie d'Efope à
la Cour qu'il n'a lû l'Hiftoire de Tartarie.
Pierrot marque fon inquiétude à l'Induftrie
, qui lui réplique qu'il fait le Public
plus méchant qu'il n'eft , qu'il s'eft
bien accommodé de tous les Ocdipes &
de toutes les Mariannes qu'on lui a re
tournées de cent façons.
Lefecond Drame offert par l'Induftrie,
eft intitulé les Routes du Monde. Jacot
II. Vol. G IC
1406 MERCURE DE FRANCE
revient dans cet inftant , & excuſe ſon
retardement par le plaifir qu'il a eu à voir
repeter un Balet Comique ; l'Induſtrie
leur apprend que c'eft une Fête qu'on prépare
pour elle , & qu'ils peuvent voir.
Elle eft executée fur le champ par les Chevaliers
de l'Induſtrie , figurés par des
Zanis Italiens. Voici les paroles du Vaudeville
de ce Divertiffement.
VAUDEVILLE.
Dans les Jardins de l'Induſtrie
Phoebus & la Galanterie
S'en vont cueillant foir & matin , tin tin tin tią
Mais en vain leur adreffe trie , ho ho ho !
Ce n'eft jamais du fruit nouveau.
On voudroit connoître une Belle ,
A fon Epoux toujours fidelle ,
Et voir l'Epoux auffi conftant , tan tan tan
Un ménage de ce modele , ho ho ho
Ce feroit là du fruit nouveau.
Dès la bavetté on fonge à plaire ;
La fille en fçait plus que
fa mere ,
Qui pourtant jeune a coqueté , té té té ;
Et dans les Jardins de Cithere , ho ho ho !
On trouve peu de fruit nouveau.
I I. Vol. Un
JUIN. 1730.
1407
Un Cadet de race Gaſcone ,
Qui n'emprunte pas & qui donne ,
Et qui convient qu'on l'a battu , tu tu tu
Sur les Rives de la Garone , ho ho ho,
Ce feroit là du fruit nouveau.
Un Grand du mérite idolâtre ,
Géometre vif & folâtre ,
Actrice vouée à Yeſtá , ta ta ta ,
Par ma foi fur plus d'un Théatre , ho ho he
Ce ſeroit là du fruit nouveau.
Ce Prologue eft fuivi de Zemine & Al
manfor , en un Acte. La premiere Scene
fe paffe entre Pierrot , Confident d'Almanfor
, Vizir & fils de Timurcan , Roi
'd'Aſtracan , mais crû fils de l'Emir Abe
nazar , & Lira , Suivante de Zemine , fille
de l'Emir Abenazar , & cruë fille du Roi
Timurcan. Voici le premier Couplet que
chante Pierrot , fur l'Air , Chers amis , que
mon ame eft ravie :
Oüi , Lira , fi tu tiens ta promeffe ,
Par l'Hymen j'efpere que dans peu
Tu verras couronner notre feu ; a
Du Monarque enfin touché de leur tendreffe ,
Nos Amans ont obtenu l'aveu ;
Le Vizir mon Maître époufe la Princeffe ;
II. Vol.
Gij L'a
1408 MERCURE DE FRANCE
L'amitié du bon Roi d'Aftracan
L'éleve juſqu'au premier rang.
Lira répond à Pierrot que Zemine fa
Maitreffe ne craindra donc plus la prédiction
d'une Devinereffe qui lui a depuis
peu annoncé qu'elle alloit être mariée au
fils d'un Souverain. Pierrot applaudit au
bonheur de fon Maître , qui , quoique
jeune,le furpaffe en prudence & en valeur;
il n'oublie pas dans fon Eloge qu'il n'eft
pourtant pas de meilleure maifon que lui,
& qu'ils ont gardé enfemble les moutons.
Lira lui demande par quel hazard Almanfor
eft devenu fi grand Seigneur ; je vais
te le dire , répond Pierrot Un jour que
notre grand Roi Timurcan chaffoit autour
de chez nous , il rencontra le petit Almanfor
qui lifoit l'Hiftoire de Tartarie en faisant
paître fon troupeau , il s'amusa à caufer avec
lui ; il le trouva gentil , bien avifé , & le
prit en affection. Sur ces entrefaites mourut
Kalem , pere du jeune Berger , que Timurcan'
fit auffi-tôt venir à la Cour. Il le fit
élever en Prince , & l'envoya enfuite dans
fes Armées , où il fe diftingua bientôt. IL
joignit même dans peu de temps les talens
du Miniftere au mérite guerrier , & devint
Grand-Vizir par le fecours de fa . feule
vertu. L'année derniere , comme il revenoit
de la frontiere , il paſſa par notre Village
II. Vol.
aveg
JUIN. 1730 . 1409
3
avec une troupe degens de guerre ,
il
m'apperçut
dans la foule, & me dit : Eh ! te voilà,
mon pauvre Pierrot , approche , approche ...
il chante :
Je lui tirai ma reverence 2
Enfuite je lâchai ces mots :
Ces Moutons gaillards & difpos
Que mene là Votre Excellence ,
Ne fe laifferoient pas , je penfe
Manger la laine fur le dos.
,
Il rit de ce trait de malice qui lui rappelloit
fa premiere condition , & changea
la mienne , en m'emmenant avec lui. On
} débite , interrompt Lira s qu'il eft fort
defintereffe ; Pierrot lui avoue qu'il a eu
long tems cette opinion , mais qu'il en
eft defabuſe , depuis que déjeunant avec
Jacot , Secretaire du Prince Alinguer , il
a entendu Almanfor qui enfermé dans un
cabinet , faifoit cette exclamation : Air ,
L'autre jour ma Cloris.
O précieux Tréfor !
Si jamais dans fa courfe
On arrête Almanfor ,
Tu feras fa reffource ;
O Tréfor mes amours
Je t'aimerai toujours.
-II. Vol. Lira G iij
1410 MERCURE DE FRANCE
Lira conclud que le Vizir amaffe des remedes
contre la défaveur , & que l'on
agit prudemment dans l'incertitude de
fon fort : Oui , vraiment , répond Pierrot
, & chante fur l'Air : Adieu panier.
Quand on a rempli fes pochetes ,
Si l'on eft chaffé par malheur , -
En fuyant , on dit de bon coeur
Adieu panier , vendanges font faites.-
A ces mots , Zemine arrive éplorée , &
leur dit que la prophetie de la Devinereffe
va s'accomplir , que l'inconnu fixé
depuis peu à la Cour d'Aftracan vient de
lui déclarer fon amour , & de lui apprendre
en même tems qu'il étoit fils du Monarque
de la Ruffie : Helas , s'écrie - t'elle,
Alinguer eft fils d'un Roi puiſſant , Alman--
for fimple Sujet ne tiendra pas contre lui !
fur l'Air : Pour paſſer doucement la vie.
Il a le mérite en partage ;
Mais le mérite par malheur
Ne trouve pas fon avantage
A luter contre la Grandeur.
Lira apperçoit de loin Timurcan qui
fe promene ; Zemine va le joindre pour
le toucher en fa faveur ; Pierrot refte feul
avec Lira , & lui expofe la crainte que
II. Vol. fait
JUIN. 1730. 141
fait naître dans fon efprit le haut rang du
Rival de fon Maître . Il exige un aveu
décifif pour lui ; Lira en le flattant lui déclare
pourtant qu'elle prétend fuivre le
fort de Zemine. Jacot paroît , & contefte
avec Pierrot fur les amours d'Alinguer ;
il prétend que ce Prince époufera Zemine
, & que lui , en qualité de Secretaire ,
deviendra le mari de Lira ; elle les quitte
en leur déclarant qu'elle époufera celui
des deux dont le Maitre obtiendra fa
Maitreffe. Les deux confidens rivaux reftent
enfemble , & continuent leur dif
pute ; ils y mêlent des difcours fur la fortune
& le tréfor caché du Vizir , qui
font interrompus par l'arrivée du Roi &
du Prince Alinguer. Pierrot & Jacot fe
retirent. Alinguer demande Zemine en
mariage ; le Roi lui apprend qu'elle n'eft
pas heritiere de fon Royaume , qu'il a
un fils que des raifons politiques l'ont
empêché jufqu'ici de faire paroître ;
Alinguer répond en Amant genereux ,
qu'il n'exige point d'autre dot que la
perfonne de Zemine ; le Roi lui objecte fa
parole donnée au Vizir Almanfor , & fait
le Panegyrique de fes vertus. Alinguer
piqué , ofe le contredire , & lui dit que
ce Miniftre , dont il vante fi fort le défintéreffement,
a un tréfor confiderable qu'il
dérobe à fa connoiffance , & dont , fans
II. Vol.
Giiij doute
1412 MERCURE DE FRANCE
doute , il doit faire un ufage crimine!. H
jette de violens foupçons dans l'efprit de
Timurcan , & offre de lui produire un
témoin fidele qui le conduira à l'endroit
où font enfermées les richeffes fecretes
d'Almanfor. Le Roi ébranlé confent à
cette vifite , & fort avec le Prince de
Ruffie.
Le Théatre change , & repréfente une
Salle de la Maifon du Vizir , où l'on ne
voit rien qui ne foit d'une grande fimplicité
. Almanfor y eft avec Zemine , à
qui il exalte fon bonheur & fon amour ;
Pierot vient leur annoncer gayement l'arrivée
du Roi , qui va , dit- il , unir Almanfor
& la Princeffe , ce qui lui procu
rera l'avantage d'époufer Lira. Le Roi
entre furieux , & reproche au Vizir fon
prétendu tréfor ; Jacot arrive , & montre
à Timurcan le Cabinet où l'on doit le
trouver. On l'ouvre par ordre de Timurcan
, & l'on n'y trouve que la houlete
& l'habit que portoit Almanfor quand il
étoit Berger : Je les gardois , dit - il , pour
me rappeller ma naiſſance , & pour les reprendre
, Seigneur , fi vous m'ôtiez votre
faveur & c.
La vertu d'Almanfor ayant éclaté dans
fon plus grand jour , le Roi lui apprend
qu'il eft fon fils ; cette découverte favorable
pour la gloire d'Almanſor , attriſte
II. Vol. fon
JUIN 1730. 1413
fon amour ; Zemine qui reconnoît qu'il
eft fon frere , partage fa douleur , & fe
plaint avec refpect au Roi d'Aftracan de
ce qu'il a permis qu'elle aime le Prince
Almanfor. Timurcan termine leur trou
ble , & comble leur joye , en leur appre
nant qu'ils nneeffoonntt point unis par le fang,
&
que
Zemine
eft
fille
de l'Emir
Abena
zar. Almanfor
remercie
le Roi
de ces
heu
reux
éclairciffemens
, & chante
ce Cou
plet
:
Le grand Nom que je tiens de vous
Flatte l'amour qui me domine
Il me devient d'autant plus doux
Qu'il fait plus d'honneur à Zemine
Ah ! dit Zemine à Almanfor ::
Seigneur , de vos tranfports je juge par moimême
;
Vous avez herité de mon noble défir ;
Fille de Timurcan , quel étoit mon plaifir
D'élever mon Berger à la grandeur fuprême
Pierot obtient Eira , & chaffe Jacot . La
Piéce finit par une Fête champêtre , execurée
par les Habitans du Village où a été
élevé Almanfor..
La feconde Piéce , auffi d'un Acte , compofée
de Scenes détachées , eft allegorique
& morale , tant par les idées que par quel-
II Vol. ques
1414 MERCURE DE FRANCE
د
ques- uns de fes perfonages ; elle eft inti ,
tulée les Routes du monde. Le . Théatre re
préfente dans les aîles les Jardins d'Hebé,
& dans le fond trois Portiques qui commencent
les trois chemins que prennent
les hommes en fortant de la Jeuneffe. Le
Portique du milieu eft étroit , compofé de
Rochers couverts de ronces avec cette
Infcription : Le chemin de la Vertu . Le
fecond , à droite , plus large ( ainfi que le
troifiéme qui eft à gauche ) eft orné de
tous les fimboles des honneurs & des richeffes
, & a pour titre , Le chemin de la
Fortune. Le troifiéme , intitulé Le chemin
de la Volupté , paroît chargé des attributs
des Plaiſirs , du Jeu , de l'Amour &
de Bacchus. La Scene ouvre par Leandre,
conduit par le Tems.
Leandre , Air : Amis , fans regreter Pa--
ris &c.
O Saturne , Doyen des Dieux
Des Peres le moins tendre ...
O Tems , dites -moi dans quels lieux
Vous conduifez Leandre ?
Le Tems , Air : Contre mon gré je cheriss
Peau :
Je vais vous expliquer cela ;
Voyez ces trois Portiques là ,
Du monde ils commencent les routes
11. Vol. On
JUIN. 1415 1730.
On doit ( telle eft la loi du fort )
Paffer fous l'une de ces Voutes
Quand des Jardins d'Hebé l'on fort.
Leandre.
Depuis que je vis dans ces Jardins , je
n'avois point encore apperçû ces trois
Portiques .
Le Tems.
Je le crois bien ; vous ne pouviez les
voir fans moi .
Air : Quand le péril eft agréable .
Ici dans une Paix profonde ,-
Les Jeunes Gens font jour & nuit ;
C'eſt le Tems feul qui les conduit
Près des routes du monde.
Mais je ne leur fais pas toujours comme
à vous , l'honneur de me rendre viſible.
Leandre confiderant les Portiques.
Que ces Portiques là fe reffemblent peu!
Le Tems.
Les chemins aufquels ils conduifent
font encore plus differens.-
Leandre montrant le Portique de la Fertu,
Air: Fe fuis la fleur des garçons du Village.
II. Vol. G-vis Que
1416 MERCURE DE FRANCE
Que ce chemin me paroît effroyable !
Mes yeux en font épouvantés !
Le Tems.
I eft pourtant à la plus adorable.
De toutes les Divinités.
r
Leandre , Air Philis , en cherchant for
Amant.
Eh ! quelle eft donc la Déïté
Par qui peut être fréquenté
Ce paffage étroit , peu battu ,
Paf tout de ronces revêtu ?
Le Tems.
C'eft la Vertu .
La Vertu
Leandre étonné.
Le Tems , Air : Sois complaifant , & cà
De la vertu la demeure épouvante ,
De fon chemin l'entrée eft rebutante
Mais
La fortiè en eft brillante ; -
C'eft la Gloire & fon Palais.
Le Portique, à droite, enrichi d'or & de
pierreries ,mene au Temple de la Fortune;:
II. Val par
JUIN. 1730 1417
par cette Porte on voit paffer , Air : J'ai
fait fouvent réfoner ma Mufette.
Le Peuple altier , dangereux , formidable
Des Conquerans & des Agioteurs ;
Ces derniers - ci ( le fait eft incroyable )
Ont avec eux compté quelques Auteurs.
Leandre , Air : Voyelles anciennes.
Ce chemin ne me tente pas
Le Tems.
C'eft pourtant le plus magnifique .
Leandre montrant le Portique de la Volupté
Cet autre a pour moi plus d'appas .
Quel eft donc ce galand Portique ?
Le Tems
C'eft celui de la Volupté ;
Tous les plaifirs en font l'enſeigne
Des trois c'eſt le plus fréquenté ,
Quoique très -fouvent on s'en plaigne .
Leandre.
Je ne vois là que des violons , des ver
res , des bouteilles , des cartes & des dez :
Le Tems.
C'eft ce qui fait qu'on y met la preffe..
O
ça , nous allons 繄 nous féparer ; mais
II. Vol avant
1418 MERCURE DE FRANCE
avant que je vous quitte , il faut que je
vous donne un avis falutaire ; ayez grand
foin de fuir la Débauche qui rode fans
ceffe autour de ces Portiques ...
Leandre.
Oh ! la Débauche m'a toujours fait horreur
; elle ne me féduira pas.
Le Tems , Air : Baifez moi donc , me di
foit Blaife.
Vous êtes dans l'erreur , Leandre ;
Craignez de vous laiffer furprendre ;
Fuyez cette Sirene là ;
Déguifant fon effronterie ,
Devant vous elle paroîtra
Sous le nom de Galanterie.
Leandre.
Je fuis bien aile de fçavoir cela.-
Adieu .....
Le Tems..
Leandre le retenant.
Encore un moment .... Air : Il faut
que je file file.
Sur un point qui m'embaraffe
Je voudrois vous confulter
11.-Vol.-
JUIN
1730. 1419
Le Tems voulant toujours s'en aller.
Cela ne fe peut ....
Leandre l'arrêtant encore.
De
grace ››
Daignez encor m'écouter ...
Le Tems.
C'eft trop demeurer en place 5 .
Suis-je fait pour y refter ?
Le Tems toujours paffe paffe ,
Rien ne fçauroit l'arrêter.
On a donné cette Scene - ci entiere , patce
qu'on ne pouvoit gueres expofer plus
fuccinctement le fujet de la Piéce.Leandre
refté feul , delibere fur le chemin qu'il doit
choifir ; mais , dit- il , Air : Les filles de
Nanterre.
Suis- je donc à moi-même ,
Et Maître de mes voeux ?
On eft à ce qu'on aime
Quand on eft amoureux.
Oui , c'est à l'aimable Angelique à difpo
fer de mon fort ; allons la chercher , & prenons
enfemble des mefures pour fléchir fon
Tuteur qui s'oppose à notre hymen.
Dans le moment qu'il veut partir , il eſt
arrêté par la Débauche , qui fous le nom
1.1. Volg
det
1420 MERCURE DE FRANCE
de Galanterie s'efforce de l'attirer à elle ;
Leandre refifte à fes difcours fuborneurs,
& la quitte. Elle le fuit , voyant paroître
une mere coquette avec ſa fille , en diſant
qu'elle n'a que faire là . Araminte , mere
de Lolotte , eft fort parée : elle a du rouge,
des mouches , des fleurs & des diamans- :
fa fille eft en fimple grifette & en linge
uni. Araminte prêche Lolotte , & veut la
faire entrer dans le chemin de la Vertu ;
Lolotte y repugne , & fe deffend avec opi
niâtreté.
Araminte , Air Je ne fuis né ni Roi ni
Prince.
Votre coeur en fecret murmure
De n'avoir point une parure ,
A faire briller vos appas ;
Vous n'avez point de modeſtie .
Lolotte.
Eh ! pourquoi n'en aurois -je pas ?
Sans ceffe je vous étudie ?
Araminte , Air : Ma raifon s'en va beau
train .
1
Vous me repondez , je crois ...
Lolotte.
Je répons ce que je dois ;
N'ai - je pas raifon
II. Vol.
De
JUI N. 1730. 1421
De trouver fort bon
Ce qu'en vous je contemple
Araminte.
Oh ! ne fuivez que ma leçon ...
Lolotte..
Je fuivrai votre exemple , lon la
Je fuivrai votre exemple,
La conteftation d'Araminte & de Lolotte
finit par le parti que prend la mere d'être
la conductrice de fa fille dans la route des
plaifirs où elles entrent enſemble. La Debauche
reparoît , & dit : Je fçavois bien le
chemin que cette petite fille là prendroit.
Mais j'apperçois mes deux voifines. C'est
la Sageffe & la Richeffe qui fortent l'une
du Portique de la Vertu & l'autre de celui
de la Fortune , & s'efforcent de s'attirer des
Chalans. La bonne Marchandife que vous
criez là toutes deux , leur dit ironiquement.
la Sageffe, Air : Vous qui vous macquez par
vos ris.
Elle eft d'un fort bon acabit.
La Richeffe
Nous fçavons l'une & l'autre
Tout le bien que le monde dit
Déeffe , de la vôtre ...
II. Vol. ·LA
1422 MERCURE DE FRANCELa
Débauche.
Mais elle n'eft point de débit ,
Et nous vendons la nôtre.
Therefe , jeune perfonne bien élevée ,
refufe les offres de la Richeffe , refifte aux
attraits de la Débauche , & fuit la Sageffe
qui la conduit dans le chemin de la Vertu.
La voilà bien charmée de nous avoir enlevé
une petite fille , dit la Richeffe Bon , répond
la Débauche , nous lui en fouflons
bien d'autres. Un jeune heritier en grand
deuil & en pleureufes furvient : Dépensez,
lui crie la Débauche , amaffez , lui dit la
Richeffe , Air : Le Cotillon de Thalie.
A préfent Phomme në fçait plus
Compter les vertus
Que par les écus
Comme votre pere
Il faut faire ,
Toujours courir fus ,
Aux Jacobus ,
Aux Carolus.
A préfent l'homme ne fçait plus &c.
›
L'Heritier , tout bien confideré , fe livre
à la Débauche , fuivant la loüable
coûtume de bien des Mineurs. Guillot
Payfan , remplace l'Heritier ; mais comme
II. Vol.
il
JUIN. 1730 1423
il n'a rien , il dit qu'il veut commencer
fa carriere par le chemin de la Fortune.
Mais , lui dit la Débauche , Air : Attendez
moi fous l'Orme.
Mais la Richeffe exige"
Un travail dur & long ;
A cent foins elle oblige ..
La Richeffe.
Dans le Commerce , bon ,
La finance moins fouche
Procure un gain plus promt ;:
Un Créfus , fur fa couche ,
Croît comme un champignon .
La Débauche détermine la Richeffe à
favorifer promtement Guillot , & à le luf
remettre opulent ; Guillot toujours avide
de nouveaux dons , demande qu'on ajoûte
s'il fe peut , une promte nobleffe à fa
promte richeffe : on lui accorde fa Requête.
Ho ! ho ! dit-il , Air : Nos plaifirs
feront peu
durables.
Quan plaifi ! quan bone avanturé ,
Au mitan de ma parenté ,
Qu'eft jufqu'au cou dans la roture !!
Je frai tou feul de qualité..
Guillot , après une promeffe de vivre
très noblement dès qu'il feroit riche , &
II. Vol.
le
1424 MERCURE DE FRANCE
le feul Gentilhomme de fa famille , entre
vîte dans le Portique de la Fortune , guidé
par la Richeffe. La Débauche le fuit
un moment pour l'encourager encore
dans fes bons deffeins.
Angelique arrive avec fon Tuteur , qui
lui propofe trois maris contre fon inclination
. L'amour interrompt ce fâcheux
entretien , chaffe le Tuteur & confeille à
Angelique d'époufer Léandre qu'elle
aime. Mais vous n'y pensez pas , dit- elle
au petit Dieu ; ce mariage fait fans l'aven
de mon Tuteur, m'écarteroit du chemin de
la vertu. Vous n'y pense pas vous même
lui répond le fils de Venus , ce font les
triftes Mariages faits fans l'aveu de l'amour
qui écartent du chemin de la vertu. L'irré
folution d'Angelique eft vaincuë par
Léandre qui lui apporte le confentement
de fa famille pour leur Hymen. La Débauche
revient à la charge & s'oppose à
l'union légitime des deux Amans ; ils la
rebutent elle appelle à fon fecours les
Plaifirs libertins qui fortent par Troupesdes
Portiques de la Fortune & de la Vo
lupté. Ils danfent & font briller leurs
charmes dangereux aux yeux de Léandre
& d'Angelique. La Sageffe & les Plaifirs
innocens fortent par le Portique de la
Vertu. Les Plaifirs libertins étonnez , leur
;
II. Vol. cedent
JUIN. 1730. 1425
cedent le paffage qu'ils prétendoient leur
fermer.
La Sageffe , aux deux Amans.
N'écoutez que l'innocence ,
Ne fuivez que fes plaifirs ;
Défiez- vous de vos défirs ;
Que devant la Raiſon ils gardent le filence.
N'écoutez que l'innocence ,
Ne fuivez que fes plaifirs.
La Débauche , aux mêmes.
Ne fongez qu'à rire & qu'à boire ,
Folâtrez , mocquez- vous dans le fein du repos ,
Des fecours de l'honneur , des Faveurs de la
gloire ,
Et de l'Exemple des Héros ;
Ne fongez qu'à rire & qu'à boire,
L'Amour , aux mêmes .
Air : du Roy de Cocagne.
Gardez-vous d'écouter la Débauche
Qui porte un Mafque trompeur ;
Sur fes pas on prend toujours à gauche
Et l'on fuit le vrai bonheur.
Non , non , jamais il ne fut fon partage ;
Et lon , lan , la ,
Ce n'eft pas là ,
11. Vol. Qu'on
426 MERCURE DE FRANCE
Qu'on trouve cela ,
Craignez la fin du voyage.
La Sageffe.
Heureux qui fuit dès fa jeuneffe,
Du vice le Sentier battu
Et qui formé par la vertu ,
Se fait mener par la Sageffe !
Elle fçait le payer enfin
De la fatigué du chemin.
La Débauche.
;
N'écoutez pas la voix févere ;
Qui condamne l'amufement
Voulez- vous voiager gaiment ?
Que le plaifir feul vous éclaire.
Si vous fuivez ce Pelerin ,
Vous irez droit au bon chemin.
Lolotte.
Autrefois , dit -on , l'art de, plaire ,
Coutoit bien des foins & du temps ,
Et l'on mettoit douze ou quinze ans ,
Pour fe rendre au Port de Cithere ;
Mais à prefent on eft plus fin
On fcait accourcir le chemin .
La Sageffe.
Vous qui du Dieu de la Bouteille ,
II. Vel.
Suivez
JUI N. 1739. 1427
Suivez affidument les pas ,
Que vous vous plaindrez des appas
Qui vous amufent fous la Treille !
Lorfqu'on cherche toujours le vin
On trouve la Goutte en chemin.
La Débauche.
Maris , fi vous trouvez vos femmes
Tête à tête avec leurs Galans ,
N'allez pas faire les méchans ,
Et manquer de refpect aux Dames ;
Sans dire mot , d'un air benin ,
Paffez , paffez votre chemin.
La Sageffe , aux Spectateurs.
Meffieurs , nous avons pour vous plaire ‚ ·
Employé nos petits talens ,
Et
;
pour vous rendre plus conten's
Nous allons tâcher de mieux faire
De nos Jeux , puiffions nous demain ,
Vous voir reprendre le chemin.
Léandre & Angélique conduits par
'Amour & la Sageffe , entrent dans le
chemin de la Vertu ; la Débauche accompagnée
des plaifirs libertins , fe retire
fous les Portiques de la Fortune & de la
Volupté.
Fermer
Résumé : Zemine & Almansor, Pieces Comiques, Extrait, / Vaudeville, [titre d'après la table]
Le 27 juin, l'Opéra Comique ouvre son théâtre à la Foire Saint-Laurent avec deux pièces en vaudeville : 'Zemine & Almanfor' et 'Les Routes du Monde'. Ces pièces sont précédées d'un prologue intitulé 'L'Industrie', orné de divertissements et de danses. La scène du prologue se déroule devant le Palais de l'Industrie, dont la moitié du bâtiment est gothique et l'autre moitié moderne. Pierrot et Jacot descendent dans un char, et Jacot exprime son inconfort face à la hauteur. Pierrot lui rappelle qu'ils doivent endurer les mêmes corvées que les divinités de l'Opéra. Pierrot et Jacot discutent ensuite du Palais de la Nouveauté, que Pierrot décrit comme le refuge de la nouveauté nécessaire à leur théâtre. Ils rencontrent l'Antiquité, qui parle gaulois et frappe Pierrot avec sa béquille. La Chronologie apparaît ensuite, reprochant à Pierrot de ne pas respecter l'Antiquité. Pierrot, impatient, la chasse et rencontre l'Industrie, qu'il prend d'abord pour la Nouveauté. L'Industrie explique qu'elle est la copie de la Nouveauté et présente deux drames : 'Zemine & Almanfor' et 'Les Routes du Monde'. Dans 'Zemine & Almanfor', Pierrot, confident d'Almanfor, et Lira, suivante de Zemine, discutent de leur bonheur imminent. Zemine arrive, inquiète de la prophétie d'une devineresse. Timurcan, le roi d'Astracan, révèle qu'Almanfor est son fils et que Zemine est la fille de l'Emir Abenazar. La pièce se termine par une fête champêtre. 'Les Routes du Monde' est une pièce allégorique et morale, composée de scènes détachées. Elle représente les jardins d'Hébé et trois portiques symbolisant les chemins que prennent les hommes en sortant de la jeunesse. Le premier portique, étroit et couvert de ronces, est dédié à la Vertu. Le second, orné de symboles de richesse et d'honneurs, est appelé 'Le chemin de la Fortune'. Le troisième, intitulé 'Le chemin de la Volupté', est associé aux plaisirs, au jeu, à l'amour et à Bacchus. Leandre, guidé par le Temps, exprime son aversion pour le chemin de la Vertu et son attirance pour celui de la Volupté. Le Temps lui explique les dangers de la Débauche, qui peut se déguiser en Galanterie. Leandre décide de chercher Angélique, qu'il aime, malgré l'opposition de son tuteur. La Débauche, déguisée en Galanterie, tente de séduire Leandre. Araminte, une mère coquette, essaie de convaincre sa fille Lolotte de suivre le chemin de la Vertu, mais échoue et finit par la conduire vers les plaisirs. La Sageffe et la Richeffe, représentant la vertu et la fortune, tentent d'attirer des followers. Thérèse, une jeune fille, refuse les offres de la Richeffe et suit la Sageffe. La Débauche et la Richeffe tentent ensuite de corrompre un jeune héritier et Guillot Payfan, ce dernier étant finalement conduit vers la fortune. Angélique, aimée de Leandre, est confrontée à un choix de mariage par son tuteur. L'Amour intervient pour les réunir, malgré l'opposition de la Débauche et des plaisirs libertins. La Sageffe et les plaisirs innocents finissent par chasser les plaisirs libertins, permettant à Leandre et Angélique de suivre le chemin de la Vertu. La pièce se termine par un appel à suivre l'innocence et à se méfier des désirs et des plaisirs trompeurs, soulignant l'importance de la vertu et de la sagesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 2006-2010
EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
Début :
Il prit pour texte ce Passage de la Sagesse, Chapitre 9. Envoyez-moi, Seigneur, [...]
Mots clefs :
Saint Louis, Seigneur, Dieu, Sagesse, Ciel, Trône, Armée, Monarque, Tranquillité, Royaume, Royauté, Académie des Belles-Lettres, Académie des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
EXTRAIT du Panegirique de S. Louis
prononcé en présence des Académies des
Belles Lettres & des Sciences , auquel
préfidoit M. l'Abbé Bignon , par le Reverend
Pere Dom Leandre Petuzet , Benedictin
Reformé de l'Ordre de Cluni ,
dans l'Eglife des P P. de l'Oratoire de la
rue S. Honoré.
Il prit pour texte ce Paffage de la Sageffe
, Chapitre 9. Envoyez-moi , Seigneur,
la fageffe du Ciel , votre Sanctuaire , qui eft
le Trône de votre Grandeur , afin qu'elle foit
& travaille avec moi.
P
Our prouver que S. Louis a été orné du don
de fageffe , l'Orateur diftingua deux chofes
effentielles dans la Royauté , qu'on ne peut défunir
fans en faire un phantôme. L'une que les
Rois doivent éviter , & ce font les dangers qui
en font incomparables ; l'autre qu'ils doivent
remplir , & ce font les charges qui y font attachées.
Ce font ces Charges & ces dangers qui lui
ont fourni la matiere de l'éloge de S. Louis.
En parlant de l'humilité de ce S. Roi , il dit
qu'il l'avoit portée à un point qu'on auroit peine
à atteindre ; mais qu'elle ne fut point l'effet du
temperament, & que s'il la poffeda dans un fouverain
degré , elle fut en lui une vertu chrétienne.
Jamais il n'y eut une ame plus douce , plus
debonnaire & plus humble, & jamais on n'en vît
de plus remplie de courage. Jamais Prince ne fut
plus difpofé que lui à s'aneantir devant le Seigneur
, & jamais il n'y en eut qui montrât plus
de
1
SEPTEMBRE. 1730. 2007
de fermeté devant les hommes , quand il s'agit de
foutenir les interêts de fa Couronne. Jamais Monarque
n'eut moins d'ambition pour étendre les
limites de fon Royaume , & jamais on n'en trouya
qui eut une plus fainte jaloufie de conferver
celui que le Ciel lui avoit donné pour fon heritage.
Il renonce au droit legitime qu'il avoit fur
le Royaume de Caftille , parce que la conquête
ne pouvoit s'en faire qu'aux dépens du fang de
fes Sujets. Il refuſe genereuſement l'Empire que
Gregoire IX . lui préfente , content de comman
der à ceux que le Ciel avoit foumis à ſa puiſfance
, & fi ce Souverain Pontife veut en revêtir
le Comte d'Artois , frere de ce S. Roi , il fçait
lui faire fentir ,fans s'éloigner de l'obéiffance qu'il
lui doit , qu'il n'appartient pas plus à la puiffance
Ecclefiaftique de toucher au Trône , qu'à là
temporelle de s'ingerer dans le Miniftere Sacré ;
mais il n'oublie rien pour contenir fes Sujets dans
les bornes étroites du devoir ; il porte , quand il
le faut, la terreur dans le coeur de ceux qui trou
blent la tranquillité publique &c.
En parlant de fa charité , il dit que cette divi
ne vertu qui avoit pris de profondes racines dans
fon coeur , ne lui permit pas d'avoir des entrail
les de fer pour le pauvre & le miſerable ; & ſi
Job nous dit que la mifericorde étoit fortie avec
lui du fein de fa mere & avoit crû enſemble ,
qu'on le pouvoit dire avec autant de juftice de
Louis , dequoi le Panegiriſte donna des preuves
par des faits éclatans .
>
En parlant des Charges attachées à la Royauté,
il en diftingua deux aufquelles toutes les autres
peuvent fe rapporter , & dont aucun Roi ne fe
peut difpenfer : l'une d'être équitable à l'égard
de leur peuple , l'autre d'être fidele à Dieu. Il remarqua
avec S. Jacques deux caracteres dans la
E vj Lageffe
2008 MERCURE DE FRANCE
fageffe Chrétienne qui engagent ceux qui la poffedent
à les remplir dignement ; elle n'eft point
diffimulée ; elle le porte avec docilité à tout le
bien qu'on lui propofe.
Quel eft , dit-il , le Roi Chrétien qui réduifie
plus fidelement en pratique ces deux nobles caracteres
Jufte à l'égard de fon peuple , il jugea
fans diffimulation , & avec équité. Fidele à Dieu,
il procura avec un faint zele toutes les bonnes
oeuvres qui pouvoient lui rendre le cu te qui lui
eft dû. I s'étendit beaucoup fur les preuves de
ces deux Propofitions , & retraça de beaux traits
de l'Histoire du S. Monarque.
Il peignit l'état pitoyable où étoit réduite la
Paleſtine , & tout ce que fit l'Eglife pour engager
les Princes Chrétiens à rendre la liberté cette
Terre fainte, où nous avions été délivrez de la fervitude
du démon. En falloit - il davantage , dit-il ,
pour remplir d'une fainte & noble ardeur le Fils
aîné de l'Eglife , & lui faire dire dans l'efprit de
David , je le jure devant le Seigneur , & j'en fais
un voeu au Dieu de Jacob , je n'entrerai point
dans ma maiſon , je ne repoſerai point fur mon
lit , je ne permettrai point à mes yeux de dormir
, ni à mes paupieres de fommeiller , que je
n'aye trouvé le moyen de rétablir le Seigneur
dans fa Maiſon.
Il entra dans le détail de toutes les rencontres
où S. Louis fignaia fon courage & donna à toute
fon armée le charmant fpectacle d'un Héros
vraiment Chrétien , il décrivit le Siege de Damiete
, la perte d'une Bataille qui mit l'armée de
S. Louis aux abois , & enfin la captivité. Que
vos Jugemens , ô mon Dieu , s'écria- t-il , font
impenetrables ! qui n'en admirera la profondeur ,
quand nous voyons dans les chaînes un Roi
Chrétien qui vient pour délivrer d'une cruelle
oppreffion
SEPTEMBRE . 1730. 2009
oppreffion ceux que vous avez rachetez de votre
Sang précieux ; mais ne le perdons pas de vûë
dans cette fâcheufe extremité ; le Seigneur qui
l'humilie eft à fes côtez pour le foutenir . Semblable
à Jofeph , fa fageffe ne l'abandonne pas dans la
prifon , ou comme l'Arche captive chez les Philifins
, ce Heros prifonnier fait plus honorer Dieu
par fa réfignation , que vainqueur des Infideles .
Il parla de fa feconde expedition contre les Infideles
pour aller fecourir les Chrétiens d'Afrique,
qui gémiffoient fans efperance & fans confolation .
Que n'eût - il pas fait , dit-il , pour la gloire du
Seigneur , fi en exigeant le facrifice de fa vie , il
ne le fût contenté de fa bonne volonté... Que ne
puis -je vous le préfenter accablé fous fa Tente
d'une maladie mortelle & prêt à recevoir fa récompenfe
de celui pour lequel il avoit fi glorieufement
combattu. Vit- on jamais une tranquillité
plus inalterable, une réfignation plus parfaite, des
defirs plus ardens de s'unir à fon Dieu , une préfence
d'efprit plus entiere il donne fes ordres
aux principaux Chefs de fon armée & leur recommande
de ne point faire de paix avec ceux
qui n'en avoient point avec Dieu ; il appelle fon
Fils , fucceffeur de fa Couronne , & lui fait des
leçons pleines de lumieres , de fageffe & de charité
; il donne à tous des exemples preffans d'une
folide pieté , il meurt enfin comme Moyfe dans
le baifer du Seigneur , & fi comme ce Patriarche
il n'entre pas en poffeffion de la Terre qui lui
fembloit promife , il va établir fon féjour dans
les Tabernacles éternels .
Après une courte morale le Panegyrifte finit
en s'adreffant à S. Louis & lui difant : Daignez
grand Roi , du haut du Ciel où vous regnez avec
Dieu , recevoir les voeux d'un Peuple zele pour
votre gloire , fidele à votre Sang & plein de
confiance
2010 MERCURE DE FRANCE
confiance en votre puissante protection . Mais
regardez toûjours d'un oeil propice cet augufte
Monarque , qui eft affis fur votre Trône , qui
n'eft pas moins heritier de vos vertus que de vctre
Sceptre, & qui fe voit heureusement renaître
dans un Prince que le Ciel n'a pas refufé à
la ferveur de nos prieres qu'il a accordé à la
falide pieté d'une Reine digne du fublime rang
qu'elle remplit & dont la Naissance affermit
notre esperance & affure notre tranquillité.
Seyez beni , ô mon Dieu , de nous avoirfait un
don fi précieux , confervez les pour en faire un
jour de bonheur du Royaume que S. Louis gouverna
avec tant de fageffe ; formez-le fur ce
modele des veritables Rois , & que semblable
à fon Pere , il exprime avec lui la valeur qui
le rendit redoutable à fes ennemis , la charité
qui le fit pere de fon Peuple , la Religion qui le
fanctifia fur le Trône.
prononcé en présence des Académies des
Belles Lettres & des Sciences , auquel
préfidoit M. l'Abbé Bignon , par le Reverend
Pere Dom Leandre Petuzet , Benedictin
Reformé de l'Ordre de Cluni ,
dans l'Eglife des P P. de l'Oratoire de la
rue S. Honoré.
Il prit pour texte ce Paffage de la Sageffe
, Chapitre 9. Envoyez-moi , Seigneur,
la fageffe du Ciel , votre Sanctuaire , qui eft
le Trône de votre Grandeur , afin qu'elle foit
& travaille avec moi.
P
Our prouver que S. Louis a été orné du don
de fageffe , l'Orateur diftingua deux chofes
effentielles dans la Royauté , qu'on ne peut défunir
fans en faire un phantôme. L'une que les
Rois doivent éviter , & ce font les dangers qui
en font incomparables ; l'autre qu'ils doivent
remplir , & ce font les charges qui y font attachées.
Ce font ces Charges & ces dangers qui lui
ont fourni la matiere de l'éloge de S. Louis.
En parlant de l'humilité de ce S. Roi , il dit
qu'il l'avoit portée à un point qu'on auroit peine
à atteindre ; mais qu'elle ne fut point l'effet du
temperament, & que s'il la poffeda dans un fouverain
degré , elle fut en lui une vertu chrétienne.
Jamais il n'y eut une ame plus douce , plus
debonnaire & plus humble, & jamais on n'en vît
de plus remplie de courage. Jamais Prince ne fut
plus difpofé que lui à s'aneantir devant le Seigneur
, & jamais il n'y en eut qui montrât plus
de
1
SEPTEMBRE. 1730. 2007
de fermeté devant les hommes , quand il s'agit de
foutenir les interêts de fa Couronne. Jamais Monarque
n'eut moins d'ambition pour étendre les
limites de fon Royaume , & jamais on n'en trouya
qui eut une plus fainte jaloufie de conferver
celui que le Ciel lui avoit donné pour fon heritage.
Il renonce au droit legitime qu'il avoit fur
le Royaume de Caftille , parce que la conquête
ne pouvoit s'en faire qu'aux dépens du fang de
fes Sujets. Il refuſe genereuſement l'Empire que
Gregoire IX . lui préfente , content de comman
der à ceux que le Ciel avoit foumis à ſa puiſfance
, & fi ce Souverain Pontife veut en revêtir
le Comte d'Artois , frere de ce S. Roi , il fçait
lui faire fentir ,fans s'éloigner de l'obéiffance qu'il
lui doit , qu'il n'appartient pas plus à la puiffance
Ecclefiaftique de toucher au Trône , qu'à là
temporelle de s'ingerer dans le Miniftere Sacré ;
mais il n'oublie rien pour contenir fes Sujets dans
les bornes étroites du devoir ; il porte , quand il
le faut, la terreur dans le coeur de ceux qui trou
blent la tranquillité publique &c.
En parlant de fa charité , il dit que cette divi
ne vertu qui avoit pris de profondes racines dans
fon coeur , ne lui permit pas d'avoir des entrail
les de fer pour le pauvre & le miſerable ; & ſi
Job nous dit que la mifericorde étoit fortie avec
lui du fein de fa mere & avoit crû enſemble ,
qu'on le pouvoit dire avec autant de juftice de
Louis , dequoi le Panegiriſte donna des preuves
par des faits éclatans .
>
En parlant des Charges attachées à la Royauté,
il en diftingua deux aufquelles toutes les autres
peuvent fe rapporter , & dont aucun Roi ne fe
peut difpenfer : l'une d'être équitable à l'égard
de leur peuple , l'autre d'être fidele à Dieu. Il remarqua
avec S. Jacques deux caracteres dans la
E vj Lageffe
2008 MERCURE DE FRANCE
fageffe Chrétienne qui engagent ceux qui la poffedent
à les remplir dignement ; elle n'eft point
diffimulée ; elle le porte avec docilité à tout le
bien qu'on lui propofe.
Quel eft , dit-il , le Roi Chrétien qui réduifie
plus fidelement en pratique ces deux nobles caracteres
Jufte à l'égard de fon peuple , il jugea
fans diffimulation , & avec équité. Fidele à Dieu,
il procura avec un faint zele toutes les bonnes
oeuvres qui pouvoient lui rendre le cu te qui lui
eft dû. I s'étendit beaucoup fur les preuves de
ces deux Propofitions , & retraça de beaux traits
de l'Histoire du S. Monarque.
Il peignit l'état pitoyable où étoit réduite la
Paleſtine , & tout ce que fit l'Eglife pour engager
les Princes Chrétiens à rendre la liberté cette
Terre fainte, où nous avions été délivrez de la fervitude
du démon. En falloit - il davantage , dit-il ,
pour remplir d'une fainte & noble ardeur le Fils
aîné de l'Eglife , & lui faire dire dans l'efprit de
David , je le jure devant le Seigneur , & j'en fais
un voeu au Dieu de Jacob , je n'entrerai point
dans ma maiſon , je ne repoſerai point fur mon
lit , je ne permettrai point à mes yeux de dormir
, ni à mes paupieres de fommeiller , que je
n'aye trouvé le moyen de rétablir le Seigneur
dans fa Maiſon.
Il entra dans le détail de toutes les rencontres
où S. Louis fignaia fon courage & donna à toute
fon armée le charmant fpectacle d'un Héros
vraiment Chrétien , il décrivit le Siege de Damiete
, la perte d'une Bataille qui mit l'armée de
S. Louis aux abois , & enfin la captivité. Que
vos Jugemens , ô mon Dieu , s'écria- t-il , font
impenetrables ! qui n'en admirera la profondeur ,
quand nous voyons dans les chaînes un Roi
Chrétien qui vient pour délivrer d'une cruelle
oppreffion
SEPTEMBRE . 1730. 2009
oppreffion ceux que vous avez rachetez de votre
Sang précieux ; mais ne le perdons pas de vûë
dans cette fâcheufe extremité ; le Seigneur qui
l'humilie eft à fes côtez pour le foutenir . Semblable
à Jofeph , fa fageffe ne l'abandonne pas dans la
prifon , ou comme l'Arche captive chez les Philifins
, ce Heros prifonnier fait plus honorer Dieu
par fa réfignation , que vainqueur des Infideles .
Il parla de fa feconde expedition contre les Infideles
pour aller fecourir les Chrétiens d'Afrique,
qui gémiffoient fans efperance & fans confolation .
Que n'eût - il pas fait , dit-il , pour la gloire du
Seigneur , fi en exigeant le facrifice de fa vie , il
ne le fût contenté de fa bonne volonté... Que ne
puis -je vous le préfenter accablé fous fa Tente
d'une maladie mortelle & prêt à recevoir fa récompenfe
de celui pour lequel il avoit fi glorieufement
combattu. Vit- on jamais une tranquillité
plus inalterable, une réfignation plus parfaite, des
defirs plus ardens de s'unir à fon Dieu , une préfence
d'efprit plus entiere il donne fes ordres
aux principaux Chefs de fon armée & leur recommande
de ne point faire de paix avec ceux
qui n'en avoient point avec Dieu ; il appelle fon
Fils , fucceffeur de fa Couronne , & lui fait des
leçons pleines de lumieres , de fageffe & de charité
; il donne à tous des exemples preffans d'une
folide pieté , il meurt enfin comme Moyfe dans
le baifer du Seigneur , & fi comme ce Patriarche
il n'entre pas en poffeffion de la Terre qui lui
fembloit promife , il va établir fon féjour dans
les Tabernacles éternels .
Après une courte morale le Panegyrifte finit
en s'adreffant à S. Louis & lui difant : Daignez
grand Roi , du haut du Ciel où vous regnez avec
Dieu , recevoir les voeux d'un Peuple zele pour
votre gloire , fidele à votre Sang & plein de
confiance
2010 MERCURE DE FRANCE
confiance en votre puissante protection . Mais
regardez toûjours d'un oeil propice cet augufte
Monarque , qui eft affis fur votre Trône , qui
n'eft pas moins heritier de vos vertus que de vctre
Sceptre, & qui fe voit heureusement renaître
dans un Prince que le Ciel n'a pas refufé à
la ferveur de nos prieres qu'il a accordé à la
falide pieté d'une Reine digne du fublime rang
qu'elle remplit & dont la Naissance affermit
notre esperance & affure notre tranquillité.
Seyez beni , ô mon Dieu , de nous avoirfait un
don fi précieux , confervez les pour en faire un
jour de bonheur du Royaume que S. Louis gouverna
avec tant de fageffe ; formez-le fur ce
modele des veritables Rois , & que semblable
à fon Pere , il exprime avec lui la valeur qui
le rendit redoutable à fes ennemis , la charité
qui le fit pere de fon Peuple , la Religion qui le
fanctifia fur le Trône.
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Résumé : EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
Le Panégyrique de Saint Louis, prononcé par le Révérend Père Dom Leandre Petuzet, met en lumière les vertus et les actions du roi Saint Louis. L'orateur utilise un passage de la Sagesse pour démontrer que Saint Louis était doté du don de sagesse. Il distingue deux aspects essentiels de la royauté : les dangers à éviter et les charges à remplir. Saint Louis est loué pour son humilité, une vertu chrétienne qu'il cultivait malgré son rang. Il était à la fois doux et courageux, humble devant Dieu et ferme devant les hommes. Il refusait d'étendre son royaume par la violence et renonça à des opportunités de pouvoir, comme le trône de Castille et l'Empire offert par Grégoire IX. La charité de Saint Louis est également mise en avant. Il avait un profond sens de la miséricorde envers les pauvres. Les deux charges principales de la royauté, selon le texte, sont d'être équitable envers le peuple et fidèle à Dieu. Saint Louis est décrit comme un roi juste et zélé pour les bonnes œuvres. Le texte détaille ses actions en Terre Sainte, son courage lors des batailles, et sa captivité, où il resta fidèle à Dieu. Il mentionne également sa seconde expédition en Afrique pour secourir les chrétiens. Saint Louis est présenté comme un modèle de piété et de sagesse, mourant en paix et recommandant à son fils de ne pas faire la paix avec les infidèles. Le panégyrique se termine par des vœux pour que le roi actuel, héritier des vertus de Saint Louis, gouverne avec la même sagesse et charité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 415-422
L'HOMME. ODE.
Début :
Amas de fange et de poussiere, [...]
Mots clefs :
Homme, Erreur, Passions, Raison, Vices, Sagesse, Ambition, Justice, Innocence, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HOMME. ODE.
L'HO M M E.
O DE.
Mas de fange et de poussiere ,'
Homme , reconnois ton erreur ;
Jusqu'à quand une Ombre grossiere ,
Aveuglera- t'elle ton coeur ?
De tes passions triomphantes ,
Brise les chaînes séduisantes
Vois tes malheurs , ouvre les yeux :
En proye aux plus honteux caprices ,
A ij E
416
MERCURE DE FRANCE ,
Et toujous esclave des vices ,
N'auras-tu jamais d'autres Dieux ?
Errant d'abord à l'avanture¸
On te vit sans humanité ,
Suivre d'une aveugle Nature ,
Le mouvement précipité.
Bien-tôt d'une nuit si funeste ,
La Raison , ce flambeau celeste ,
Voulût dissiper, les horreurs ;
Mais par une erreur sans égale ,
Mortels , cette clarté fatale ,
Ne fit qu'éclairer vos fureurs,
M
L'Homme devenu moins rustique,
Deserta les Antres obscurs ,
Une cruelle politique ,
a
>
Eleva de superbes murs ;
Ingenieux , mais triste ouvrage !
C'est pour mieux assouvir leur rage ,
Qu'on voit s'assembler les Humains ;
S'ils quittent leurs premiers aziles ,
C'est que rapprochez dans les Villes ,
Ils portent des coups plus certains.
Quelle impitoyable Eumenide ,
Dicte ces projets criminels ?
Quelle
MARS.
1731. 417
Quel est le démon qui préside ,
Au sort des coupables Mortels ?
L'Interêt avec l'Injustice ,
L'Ambition et l'Avarice ,
Ont enchaîné tout l'Univers :
Courbez sous le poids des Entraves
On nous a vûs, lâches Esclaves ,
Adorer jusques à nos fers .
Souverain Maître de la Terre ;
Allume tes feux devorans :
Grand Dieu , de quoi sert ton Tonnerre ,
Si tu n'en frappes les méchans ?
Mais j'implore en vain ta Justice ,
Ta bonté passe la malice ,
Des plus horribles attentats :
Et quand par une erreur extrême ,"
L'Homme veut se perdre lui-même¿
Ta clémence ne le veut pas.
Enfin à la Terre éperduë ,
Le Ciel fit entendre sa voix :
Thémis en ces lieux descenduë ,
Vint pour y rétablir ses droits.
Mais sous l'effort de l'opulence ,
Son glaive tomba , sa balance ,
Des innocents fut le fleau :
A iij
Le
18 MERCURE DE FRANCE
Le crime brava la Sagesse ,
Et pour aveugler la Déesse ,
11 scut
lui donner un bandean.
›
Muse , de ces temps de tenebres
Ne creusons plus l'obscurité :
Passons à ces siècles celebres ,
Où l'on vit briller la clarté .. 2
Foible lueur ! ces tristes Ombres ,
Ces nuages , ces voiles sombres ,
Ne sont point encore.disparus ;
Et si l'on nous croit moins coupables ,
C'est qu'aux vices les plus blamables ,
Nous donnons le nom des Vertus.
C'est en vain que Rome et la Greces
Osent vanter leurs demi Dieux ,
Farouches et pleins de foiblesse ,
Ce sont des Monstres à mes yeux.
Otant l'imposture du masque ,
Je vois que leur valeur fantasque ;
N'est qu'un frénetique transport ;
Et que ce qu'on nomme courage ,
N'est chez eux qu'un accès de rage
Qui les fait courir à la mort.
Lors
MARS. 1731 .
419
Lorsqu'un Romain (4) plein de furie ,
Se jette dans un gouffre affreux ;
Est - ce l'amour de la Patrie ,
Qui lui fait offenser les Dieux ?
Vains admirateurs que nous sommes !
Nous osons honorer des hommes ,
Dont les crimes sont le soutien ;
Et par un jugement injuste ,
L'Assassin ( b ) du Pere d'Auguste ,
Passe pour un bon Citoyen.
Et vous , Sages , ( e ) que dans Athênes
On a crûs des hommes divins ;
Vous dont les apparences vaines ,
Tromperent les foibles Humains ;
Envain votre orgueil hypocrite ,
Déguisé sous un faux mérite ,
Dicta les plus belles leçons ;
Votre sagesse imaginaire ,
Ne fut qu'une folie austere
A qui l'on donna de beaux noms.
Souvent du plus bel héroïsme ,
Le crime ternit la splendeur ;
(a ) Martius Curtius .
( b ) Brutus , qui assassina Jules Cesar dans
le Sénat.
(c) Les Sept Sages de la Grece.
A iiij
Et
420 MERCURE DE FRANCE
Et sa vertu n'est qu'un sophisme ,
Qui cache les deffauts du coeur.
Dans leurs Projets illegitimes ,
Nos Héros font naître leurs crimes
Du sein même de leurs vertus ;
Et leurs qualitez les plus rares ,
Sont souvent les sources bisarres
Des plus détestables abus
諾
Cent fois l'Eloquence hardie
Fit pâlir ces Tyrans hautains ,
Qui dù joug de leur tyrannie ,
Vouloient accabler les Humains.
Mais aussi de ces mêmes armes,
Dont les Tyrans craignoient les charmes,
Elle osa percer l'Innocent ;
Et par un contraste effroyable ,
Il fut permis d'être coupable ,
Aussi- tôt qu'on fut éloquent.
Dans sa fougueuse frenesie ,
Exa tant d'illustres travaux
L'audacieuse Poësie ,
Immortalisa les Héros.
y
Art divin ! si dans ses caprices ,
Il n'eût aux plus infames vices
Dressé de coupables Autels ;
MARS.
421 1731 .
}
Et si sa fureur sacrilege ,
N'eût usurpé le privilege ,
D'encenser des Dieux criminels.
M
De notre aveuglement extrême;
Quels sont les funestes effets !
Je cherche l'homme dans lui-même ,
Je n'y trouve que des forfaits .
L'ambition qui le devore ,
Contre les Rivaux qu'il abhorre ;
Lui prête d'injustes secours ;
Le poison , le fer et les flammes ,
Par ses intrigues , par ses trames
Ont abregé les plus beaux jours.
Mais de ces crimes effroyables ,
Pourquoi retracer les horreurs ?
De tant de projets détestables ,
Oublions les noires fureurs.
De ce Philosophe (a ) d'Athênes ;
Dont les recherches furent vaines ,
J'emprunte aujourd'hui le flambeau ;
Et dans l'ardeur qui me consomme ,
'Ainsi que lui , je cherche un homme ,
Qui soit digne d'un nom si beau.
*
(a) Diogene
A v Laisson
Av
422 MERCURE DE FRANCE
Laissons ces superbes Portiques ,
Du crime ornement fastueux ;
C'est dans les Cabanes rustiques ,
Qu'habite l'homme vertueux.
C'est -là
que retrouvant Astrée,
Je vois l'innocence adorée ,
Par des hommes vraiment Héros
C'est là qu'une belle rudesse ,
Confond cette délicatesse ,
Dont nous couvrons tous nos deffauts.
Par M, R. V. D. ***
O DE.
Mas de fange et de poussiere ,'
Homme , reconnois ton erreur ;
Jusqu'à quand une Ombre grossiere ,
Aveuglera- t'elle ton coeur ?
De tes passions triomphantes ,
Brise les chaînes séduisantes
Vois tes malheurs , ouvre les yeux :
En proye aux plus honteux caprices ,
A ij E
416
MERCURE DE FRANCE ,
Et toujous esclave des vices ,
N'auras-tu jamais d'autres Dieux ?
Errant d'abord à l'avanture¸
On te vit sans humanité ,
Suivre d'une aveugle Nature ,
Le mouvement précipité.
Bien-tôt d'une nuit si funeste ,
La Raison , ce flambeau celeste ,
Voulût dissiper, les horreurs ;
Mais par une erreur sans égale ,
Mortels , cette clarté fatale ,
Ne fit qu'éclairer vos fureurs,
M
L'Homme devenu moins rustique,
Deserta les Antres obscurs ,
Une cruelle politique ,
a
>
Eleva de superbes murs ;
Ingenieux , mais triste ouvrage !
C'est pour mieux assouvir leur rage ,
Qu'on voit s'assembler les Humains ;
S'ils quittent leurs premiers aziles ,
C'est que rapprochez dans les Villes ,
Ils portent des coups plus certains.
Quelle impitoyable Eumenide ,
Dicte ces projets criminels ?
Quelle
MARS.
1731. 417
Quel est le démon qui préside ,
Au sort des coupables Mortels ?
L'Interêt avec l'Injustice ,
L'Ambition et l'Avarice ,
Ont enchaîné tout l'Univers :
Courbez sous le poids des Entraves
On nous a vûs, lâches Esclaves ,
Adorer jusques à nos fers .
Souverain Maître de la Terre ;
Allume tes feux devorans :
Grand Dieu , de quoi sert ton Tonnerre ,
Si tu n'en frappes les méchans ?
Mais j'implore en vain ta Justice ,
Ta bonté passe la malice ,
Des plus horribles attentats :
Et quand par une erreur extrême ,"
L'Homme veut se perdre lui-même¿
Ta clémence ne le veut pas.
Enfin à la Terre éperduë ,
Le Ciel fit entendre sa voix :
Thémis en ces lieux descenduë ,
Vint pour y rétablir ses droits.
Mais sous l'effort de l'opulence ,
Son glaive tomba , sa balance ,
Des innocents fut le fleau :
A iij
Le
18 MERCURE DE FRANCE
Le crime brava la Sagesse ,
Et pour aveugler la Déesse ,
11 scut
lui donner un bandean.
›
Muse , de ces temps de tenebres
Ne creusons plus l'obscurité :
Passons à ces siècles celebres ,
Où l'on vit briller la clarté .. 2
Foible lueur ! ces tristes Ombres ,
Ces nuages , ces voiles sombres ,
Ne sont point encore.disparus ;
Et si l'on nous croit moins coupables ,
C'est qu'aux vices les plus blamables ,
Nous donnons le nom des Vertus.
C'est en vain que Rome et la Greces
Osent vanter leurs demi Dieux ,
Farouches et pleins de foiblesse ,
Ce sont des Monstres à mes yeux.
Otant l'imposture du masque ,
Je vois que leur valeur fantasque ;
N'est qu'un frénetique transport ;
Et que ce qu'on nomme courage ,
N'est chez eux qu'un accès de rage
Qui les fait courir à la mort.
Lors
MARS. 1731 .
419
Lorsqu'un Romain (4) plein de furie ,
Se jette dans un gouffre affreux ;
Est - ce l'amour de la Patrie ,
Qui lui fait offenser les Dieux ?
Vains admirateurs que nous sommes !
Nous osons honorer des hommes ,
Dont les crimes sont le soutien ;
Et par un jugement injuste ,
L'Assassin ( b ) du Pere d'Auguste ,
Passe pour un bon Citoyen.
Et vous , Sages , ( e ) que dans Athênes
On a crûs des hommes divins ;
Vous dont les apparences vaines ,
Tromperent les foibles Humains ;
Envain votre orgueil hypocrite ,
Déguisé sous un faux mérite ,
Dicta les plus belles leçons ;
Votre sagesse imaginaire ,
Ne fut qu'une folie austere
A qui l'on donna de beaux noms.
Souvent du plus bel héroïsme ,
Le crime ternit la splendeur ;
(a ) Martius Curtius .
( b ) Brutus , qui assassina Jules Cesar dans
le Sénat.
(c) Les Sept Sages de la Grece.
A iiij
Et
420 MERCURE DE FRANCE
Et sa vertu n'est qu'un sophisme ,
Qui cache les deffauts du coeur.
Dans leurs Projets illegitimes ,
Nos Héros font naître leurs crimes
Du sein même de leurs vertus ;
Et leurs qualitez les plus rares ,
Sont souvent les sources bisarres
Des plus détestables abus
諾
Cent fois l'Eloquence hardie
Fit pâlir ces Tyrans hautains ,
Qui dù joug de leur tyrannie ,
Vouloient accabler les Humains.
Mais aussi de ces mêmes armes,
Dont les Tyrans craignoient les charmes,
Elle osa percer l'Innocent ;
Et par un contraste effroyable ,
Il fut permis d'être coupable ,
Aussi- tôt qu'on fut éloquent.
Dans sa fougueuse frenesie ,
Exa tant d'illustres travaux
L'audacieuse Poësie ,
Immortalisa les Héros.
y
Art divin ! si dans ses caprices ,
Il n'eût aux plus infames vices
Dressé de coupables Autels ;
MARS.
421 1731 .
}
Et si sa fureur sacrilege ,
N'eût usurpé le privilege ,
D'encenser des Dieux criminels.
M
De notre aveuglement extrême;
Quels sont les funestes effets !
Je cherche l'homme dans lui-même ,
Je n'y trouve que des forfaits .
L'ambition qui le devore ,
Contre les Rivaux qu'il abhorre ;
Lui prête d'injustes secours ;
Le poison , le fer et les flammes ,
Par ses intrigues , par ses trames
Ont abregé les plus beaux jours.
Mais de ces crimes effroyables ,
Pourquoi retracer les horreurs ?
De tant de projets détestables ,
Oublions les noires fureurs.
De ce Philosophe (a ) d'Athênes ;
Dont les recherches furent vaines ,
J'emprunte aujourd'hui le flambeau ;
Et dans l'ardeur qui me consomme ,
'Ainsi que lui , je cherche un homme ,
Qui soit digne d'un nom si beau.
*
(a) Diogene
A v Laisson
Av
422 MERCURE DE FRANCE
Laissons ces superbes Portiques ,
Du crime ornement fastueux ;
C'est dans les Cabanes rustiques ,
Qu'habite l'homme vertueux.
C'est -là
que retrouvant Astrée,
Je vois l'innocence adorée ,
Par des hommes vraiment Héros
C'est là qu'une belle rudesse ,
Confond cette délicatesse ,
Dont nous couvrons tous nos deffauts.
Par M, R. V. D. ***
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Résumé : L'HOMME. ODE.
Le texte propose une réflexion sur la condition humaine et ses erreurs. L'auteur critique les passions humaines et l'aveuglement des hommes face à leurs propres vices. Il déplore que l'humanité, initialement guidée par une nature aveugle, ait été ensuite égarée par la raison, qui n'a fait qu'éclairer les fureurs humaines. L'homme, devenu moins rustique, a construit des villes pour assouvir sa rage et ses intérêts égoïstes, dictés par l'ambition et l'avarice. L'auteur invoque la justice divine pour punir les méchants, mais reconnaît la clémence de Dieu qui ne veut pas la perte de l'homme. Il évoque ensuite l'intervention de Thémis, déesse de la justice, dont les efforts ont été corrompus par l'opulence. Le texte critique les civilisations anciennes, notamment Rome et la Grèce, en révélant les vices cachés derrière leurs apparentes vertus. Il dénonce les crimes et les hypocrisies des héros et des sages de ces époques, soulignant que leur sagesse n'était souvent qu'une folie austère. L'auteur mentionne également l'éloquence et la poésie, qui ont parfois été utilisées pour opprimer l'innocent autant que pour combattre les tyrans. Il conclut en cherchant un homme vertueux, loin des superbes portiques du crime, dans les cabanes rustiques où l'innocence est adorée.
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18
p. 989-991
LE JOUR, CANTATE.
Début :
La Fable qui fournit ordinairement les sujets de Cantate, ne fait point [...]
Mots clefs :
Cantate, Éclore, Nature, Déesse, Sagesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE JOUR, CANTATE.
Lies sujets de Cantate , ne fait point
celui de celle cy. Une simple peinture
des situations du Jour naturel dans les
trois aspects , ausquels on peut se réduire ,
étoit d'abord l'objet de l'Auteur. Ce partage
, qui est aussi celui des Cantates , lui
a donné l'idée d'en faire une qui s'est
trouvée achevée au moyen de trois Ariet
tes qu'il y a ajoûtées.
Morte
LE
JOUR ,
CANTATE.
L'AURORE.
Ortels , c'est trop languir dans les bras diz
sommeil ,
Le Jour va commencer d'éclore ,
Venez, sortez , qu'un prompt réveil ,
Dissipant les erreurs qui vous troublent encore ,
Presente à vos regards le pompeux appareil ,
De la naissance de l'Aurore.
Lir. Tendre Philomele , chantez ;
Eveillez toute la Nature.
Vous
90 MERCURE DE FRANCE
Vous , divine Aurore , arrêtez ;
C'est Flore qui vous en conjure.
Mais , hélas ! déja vous partez !
Tendre Amour , avec moi soyez d'intelligence ,
Déesse brillante , arrêtez !
Cephale dans ces lieux s'avance.
Tendre Philomene , chantez , &
LE MIDT.
Le Dieu dont la sagesse , ainsi que la puissance,
Anime et regle l'Univers ,
Phébus est de retour , et du milieu des airs,
Il verse en tous lieux l'abondance.
Que sur le Mont Sacré ses heureux nourrissons ,
Chantent les biens dont ils jouissent
Que les Peuples se réjouissent ,
1 leur a préparé les plus riches moissons.
Venez , Bacchus , avec Pomone ,
Embellir les Jeux des Mortels !
Celebrez le Fils de Latone ,
C'est le soutien de vos Autels.
Et toi , vole Amour dans nos Fêtes ,
Apollon même fait tes Loix ;
Son exemple dans nos Bois
Favo
AVRIL. 1731. 991
Favorise tes conquêtes.
Venez , Bacchus , avec Pomone , &ç
LE SOIR.
L'Astre qui nous éclaire a dans le sein de l'Onde
Eteint la moitié de ses feux.
Déja la nuit traînant ses voiles ténebreux ,
Partage l'Empire du Monde ;
Et bien-tôt des Oiseaux la troupe vagabonde ;
Va finir ses chants amoureux.
C'est dans ces doux instans , dans ces momen
paisibles ,
Que vous goutez le fruit de vos travaux pénibles,
Bergers heureux , rentrez , et que dans vos Ha
meaux .
La fin du jour s'annonce au son des Chalumeaux }
Air.
Hesperus brille , et dans la Plaine
Les dociles Agneaux ,
Descendus des Côteaux ,
Suivent le Pasteur qui les mene
Heureux s'il les a sauvez tous
De la dent cruelle des Loups !
Mais plus heureux encore
Si celle qu'il adore ,
Le récompense à son retour ,
De ses soins et de son amour !
celui de celle cy. Une simple peinture
des situations du Jour naturel dans les
trois aspects , ausquels on peut se réduire ,
étoit d'abord l'objet de l'Auteur. Ce partage
, qui est aussi celui des Cantates , lui
a donné l'idée d'en faire une qui s'est
trouvée achevée au moyen de trois Ariet
tes qu'il y a ajoûtées.
Morte
LE
JOUR ,
CANTATE.
L'AURORE.
Ortels , c'est trop languir dans les bras diz
sommeil ,
Le Jour va commencer d'éclore ,
Venez, sortez , qu'un prompt réveil ,
Dissipant les erreurs qui vous troublent encore ,
Presente à vos regards le pompeux appareil ,
De la naissance de l'Aurore.
Lir. Tendre Philomele , chantez ;
Eveillez toute la Nature.
Vous
90 MERCURE DE FRANCE
Vous , divine Aurore , arrêtez ;
C'est Flore qui vous en conjure.
Mais , hélas ! déja vous partez !
Tendre Amour , avec moi soyez d'intelligence ,
Déesse brillante , arrêtez !
Cephale dans ces lieux s'avance.
Tendre Philomene , chantez , &
LE MIDT.
Le Dieu dont la sagesse , ainsi que la puissance,
Anime et regle l'Univers ,
Phébus est de retour , et du milieu des airs,
Il verse en tous lieux l'abondance.
Que sur le Mont Sacré ses heureux nourrissons ,
Chantent les biens dont ils jouissent
Que les Peuples se réjouissent ,
1 leur a préparé les plus riches moissons.
Venez , Bacchus , avec Pomone ,
Embellir les Jeux des Mortels !
Celebrez le Fils de Latone ,
C'est le soutien de vos Autels.
Et toi , vole Amour dans nos Fêtes ,
Apollon même fait tes Loix ;
Son exemple dans nos Bois
Favo
AVRIL. 1731. 991
Favorise tes conquêtes.
Venez , Bacchus , avec Pomone , &ç
LE SOIR.
L'Astre qui nous éclaire a dans le sein de l'Onde
Eteint la moitié de ses feux.
Déja la nuit traînant ses voiles ténebreux ,
Partage l'Empire du Monde ;
Et bien-tôt des Oiseaux la troupe vagabonde ;
Va finir ses chants amoureux.
C'est dans ces doux instans , dans ces momen
paisibles ,
Que vous goutez le fruit de vos travaux pénibles,
Bergers heureux , rentrez , et que dans vos Ha
meaux .
La fin du jour s'annonce au son des Chalumeaux }
Air.
Hesperus brille , et dans la Plaine
Les dociles Agneaux ,
Descendus des Côteaux ,
Suivent le Pasteur qui les mene
Heureux s'il les a sauvez tous
De la dent cruelle des Loups !
Mais plus heureux encore
Si celle qu'il adore ,
Le récompense à son retour ,
De ses soins et de son amour !
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Résumé : LE JOUR, CANTATE.
Le texte décrit une cantate structurée en trois arietts, chacune représentant un moment de la journée. La première ariet, 'L'Aurore', invite à se réveiller pour accueillir l'Aurore. Philomèle est appelée à chanter pour éveiller la nature, tandis que Flore tente de retenir l'Aurore sans succès. Amour et Philomèle sont également sollicités pour chanter. La deuxième ariet, 'Le Midi', célèbre le retour du soleil, Phébus, qui apporte abondance et richesse. Les peuples sont invités à se réjouir des moissons et des biens dont ils jouissent. Bacchus et Pomone sont appelés à embellir les jeux des mortels, et Apollon est reconnu comme le soutien des autels. La troisième ariet, 'Le Soir', décrit le coucher du soleil et l'arrivée de la nuit. Les bergers sont invités à rentrer chez eux et à savourer le fruit de leurs travaux. Hesperus brille, et les agneaux suivent le pasteur. Le pasteur est heureux s'il a sauvé tous ses agneaux des loups, mais encore plus heureux s'il est récompensé par l'amour de celle qu'il adore.
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19
p. 1053-1056
ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume In Exitu Israël de Ægypto, &c.
Début :
Quand Israël quitta la Terre [...]
Mots clefs :
Ode sacrée, Psaume, Israël, Héritage, Mer, Hébreux, Vérité, Sagesse, Gentils, Lumière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume In Exitu Israël de Ægypto, &c.
ODE SACRE'E ,
Tirée du Pseaume
In Exitu Israël de Ægypto , &c.
QUand Israël quitta la Terre
Des barbares Egyptiens ,
Celui qui commande au Tonnerre ,
Brisa ses funestes liens :
Il le prit pour son héritage ;
La Mer s'ouvrit à son passage ,
Le Jourdain suspendit ses Eaux ;
Les Colines et les Montagnes ,
Sauterent comme en nos Campagnes
Nous voyons bondir les Troupeaux.
O Mer en nauffrages féconde ,
A l'aspect du Camp des Hébreux ,
Pourquoi retiras-tu ton Onde ?
Jour1054
MERCURE DE FRANCE
Jourdain , pourquoi fuir devant eux ?
Monts orgueilleux , et vous , Colines ,
Les Moutons des Plaines voisines ,
Vous virent imiter leurs sauts ;
Grand Dieu ! la Terre en ta presence ,
S'émeut en voyant ta puissance ,
Un Rocher forme des Ruisseaux.
諾
Etre éternel ! que la memoire ,
De tant de Miracles divers ,
Ne tourne point à notre gloire ,
Qu'elle t'annonce à l'Univers ;
Que ta Verité , ta clémence ,
Ta Sagesse et ta Providence ,
Te manifestent aux Humains ;
Qu'ils sçachent qu'Israël révere ,
Le Maître du Ciel , qui sçait faire ,
Tout ce qu'embrassent ses desseins.
Les Gentils ont des Dieux frivoles
Qu'ils se sont eux-mêmes formez ,
Sourdes et trompeuses Idoles ,
Dont les yeux sont toujours fermez ;
Leurs pieds , leurs mains sont immobiles ;
De Métal masses inutiles ,
Vous êtes des Etres muets ;
Puissent
MAY.
1055 1731.
Puissent vous devenir semblables ,
Tous ceux qui croiront secourables ,
Des Dieux que les hommes ont faits.
Israël mit son esperance ,
Dans l'assistance du Seigneur ;
Aron invoqua sa puissance ,
Il s'est montré leur Protecteur ;
Celui qui craint de lui déplaire
Dans sa bonté sans cesse espere ,
Et toujours éprouve ses soins :
Combien de fois ce tendre Pere ,
Sans attendre notre Priere
A-t'il prévenu nos besoins ?
,
;
Son Peuple , de sa bienveillance ,
Mille fois sentit les effets ;
Ceux qui réverent sa puissance ,
Par lui sont comblez de bienfaits
Dans la splendeur ou l'indigence ,
Son incomparable clémence ,
Ecoute également leurs voeux .
Puissent vos enfans et vous- même ,
Etre benis du Dieu suprême ,
Qui créa la Terre et les Cieux !
Son
1056 MERCURE DE FRANCE
Son Trône au-delà du Tonnerre ,
Brille dans la celeste Cour :
Du néant il tira la Terre ,
Pour en faire notre séjour ,
Seigneur , dans la nuit éternelle ,
Tombeau de l'Ame criminelle ,
On ne benit point tes faveurs ;
Mais nous qui suivons ta lumiere ,
Durant l'Eternelle carriere ,
Nous celebrerons tes grandeurs.
Par M. de Sainte Palaye , de Montfort-
Lamaury
Tirée du Pseaume
In Exitu Israël de Ægypto , &c.
QUand Israël quitta la Terre
Des barbares Egyptiens ,
Celui qui commande au Tonnerre ,
Brisa ses funestes liens :
Il le prit pour son héritage ;
La Mer s'ouvrit à son passage ,
Le Jourdain suspendit ses Eaux ;
Les Colines et les Montagnes ,
Sauterent comme en nos Campagnes
Nous voyons bondir les Troupeaux.
O Mer en nauffrages féconde ,
A l'aspect du Camp des Hébreux ,
Pourquoi retiras-tu ton Onde ?
Jour1054
MERCURE DE FRANCE
Jourdain , pourquoi fuir devant eux ?
Monts orgueilleux , et vous , Colines ,
Les Moutons des Plaines voisines ,
Vous virent imiter leurs sauts ;
Grand Dieu ! la Terre en ta presence ,
S'émeut en voyant ta puissance ,
Un Rocher forme des Ruisseaux.
諾
Etre éternel ! que la memoire ,
De tant de Miracles divers ,
Ne tourne point à notre gloire ,
Qu'elle t'annonce à l'Univers ;
Que ta Verité , ta clémence ,
Ta Sagesse et ta Providence ,
Te manifestent aux Humains ;
Qu'ils sçachent qu'Israël révere ,
Le Maître du Ciel , qui sçait faire ,
Tout ce qu'embrassent ses desseins.
Les Gentils ont des Dieux frivoles
Qu'ils se sont eux-mêmes formez ,
Sourdes et trompeuses Idoles ,
Dont les yeux sont toujours fermez ;
Leurs pieds , leurs mains sont immobiles ;
De Métal masses inutiles ,
Vous êtes des Etres muets ;
Puissent
MAY.
1055 1731.
Puissent vous devenir semblables ,
Tous ceux qui croiront secourables ,
Des Dieux que les hommes ont faits.
Israël mit son esperance ,
Dans l'assistance du Seigneur ;
Aron invoqua sa puissance ,
Il s'est montré leur Protecteur ;
Celui qui craint de lui déplaire
Dans sa bonté sans cesse espere ,
Et toujours éprouve ses soins :
Combien de fois ce tendre Pere ,
Sans attendre notre Priere
A-t'il prévenu nos besoins ?
,
;
Son Peuple , de sa bienveillance ,
Mille fois sentit les effets ;
Ceux qui réverent sa puissance ,
Par lui sont comblez de bienfaits
Dans la splendeur ou l'indigence ,
Son incomparable clémence ,
Ecoute également leurs voeux .
Puissent vos enfans et vous- même ,
Etre benis du Dieu suprême ,
Qui créa la Terre et les Cieux !
Son
1056 MERCURE DE FRANCE
Son Trône au-delà du Tonnerre ,
Brille dans la celeste Cour :
Du néant il tira la Terre ,
Pour en faire notre séjour ,
Seigneur , dans la nuit éternelle ,
Tombeau de l'Ame criminelle ,
On ne benit point tes faveurs ;
Mais nous qui suivons ta lumiere ,
Durant l'Eternelle carriere ,
Nous celebrerons tes grandeurs.
Par M. de Sainte Palaye , de Montfort-
Lamaury
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Résumé : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume In Exitu Israël de Ægypto, &c.
L'ode sacrée, extraite du Psaume 'In Exitu Israël de Ægypto', commémore la libération d'Israël de l'esclavage en Égypte. Dieu, maître du tonnerre, a brisé les chaînes des Hébreux et leur a ouvert un passage à travers la mer Rouge et le Jourdain. Les montagnes et les collines ont bondi à sa présence, démontrant sa puissance. La mer, le Jourdain et les montagnes sont interpellés pour souligner leur soumission devant Dieu. Le texte insiste sur le fait que la mémoire de ces miracles doit servir à la glorification de Dieu, et non à la gloire humaine. Il met en avant la vérité, la clémence, la sagesse et la providence divines, contrastant avec les idoles muettes et inutiles des Gentils. Israël, en espérant dans l'assistance du Seigneur, a toujours été protégé et béni par Dieu, qui prévient les besoins de son peuple et écoute leurs vœux. L'ode se conclut par une invocation à Dieu, créateur de la Terre et des Cieux, dont le trône brille dans la cour céleste. Elle exprime le désir que les bénédictions divines soient sur les enfants et les fidèles, qui célébreront éternellement les grandeurs de Dieu.
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20
p. 2989-2991
EXTRAIT d'une autre Lettre sur le même sujet.
Début :
Dans le séjour qu'elle a fait au Château et au Village de M. d'Epinoy, [...]
Mots clefs :
Sagesse, Menaces, Caresses, Hôpitaux, Renfermerie, Sacrement
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une autre Lettre sur le même sujet.
EXTRAIT d'une autre Lettre sur le
même sujet.
D
Ans le séjour qu'elle a fait au Château
et au Village de M. d'Epinoy ,
on a observé que la sagesse de cette jeune
Fille est à toute épreuve l'argent dont
elle ignore la valeur , et peut-être l'usage,
les ménaces et les caresses n'ont rien pû
sur elle ; l'approche seul d'Homme qui
veut la toucher , lui fait jetter des cris
perçans , et jette dans ses yeux et dans
tout son maintien un trouble que l'on
ne peut assurément pas imiter .
On trouve que M. l'Intendant a trèssagement
fait de la faire transferer dans
un des Hôpitaux de Châlons , qu'on
nomme la Renfermerie , pour être plus
à portée d'approfondir son état et son origine
, et pour lui donner l'éducation et
les instructions dont elle paroît déja ca- cả
pable.
Avant cette retraite , elle étoit beaucoup
plus sauvage ; ceux qui l'ont vwa
courir à la Campagne , disent que sa
course a quelque chose d'extrêmement
singulier ; son pas est court et peu avan,
cé , mais si précipité , et redoublé aveo
11. Vol. Diijant
2990 MERCURE DE FRANCE
tant de vitesse , qu'elle suivroit l'homme
le plus leger
et le meilleur coureur
Basque.
Cependant on l'employe aux ouvrages
de la Maison , elle se prête à tout de bonne
grace , rien ne paroît au dessus de ses
forces , ni contre sa volonté , persuadéẹ
qu'elle est , qu'il faut qu'elle obéisse pour
aller voir un jour la Ste Vierge sa Mere .
un
coup
M. l'Archevêque de Vienne passant
dernierement par cette Ville , voulut la
voir. Elle fut menée pour cela chez M.
l'Intendant par des Soeurs de la Maison.
Nous vîmes ce jour là , avec une espece
d'horreur , cette Fille manger plus d'une
livre et demie de Boeuf crû , sans y donner
de dent , puis se jetter avec
une espece de fureur sur un Lapreaiz
qu'on mit devant elle , qu'elle déshabilla
en un clin d'oeil avec une facilité qui suppose
un grand usage , puis le dévorer en
un instant sans le vuider. M. l'Archevêque
lui fit beaucoup de questions aux
quelles elle répondit comme elle avoit dé
ja fait à d'autres Personnes , sans oublier
l'avanture d'une Moresse , sa Compagne
de Voyage , qu'on a revue depuis , mais
qu'on n'a pû encore joindre. Les Soeurs
dirent que depuis quelque temps on travailloit
à la rapprocher par degrez . de
H.Vol notre
DECEMBRE . 1731. 2971
notre façon ordinaire de vivre , malgré
Pantipatie de son Estomach pour la viande
euite et le pain , ce qui la fait vomir jusqu'au
sang. On travaille singulierement
à lui apprendre les Principes de la Religion
, pour la mettre en état de recevoir
le premier Sacrement.
même sujet.
D
Ans le séjour qu'elle a fait au Château
et au Village de M. d'Epinoy ,
on a observé que la sagesse de cette jeune
Fille est à toute épreuve l'argent dont
elle ignore la valeur , et peut-être l'usage,
les ménaces et les caresses n'ont rien pû
sur elle ; l'approche seul d'Homme qui
veut la toucher , lui fait jetter des cris
perçans , et jette dans ses yeux et dans
tout son maintien un trouble que l'on
ne peut assurément pas imiter .
On trouve que M. l'Intendant a trèssagement
fait de la faire transferer dans
un des Hôpitaux de Châlons , qu'on
nomme la Renfermerie , pour être plus
à portée d'approfondir son état et son origine
, et pour lui donner l'éducation et
les instructions dont elle paroît déja ca- cả
pable.
Avant cette retraite , elle étoit beaucoup
plus sauvage ; ceux qui l'ont vwa
courir à la Campagne , disent que sa
course a quelque chose d'extrêmement
singulier ; son pas est court et peu avan,
cé , mais si précipité , et redoublé aveo
11. Vol. Diijant
2990 MERCURE DE FRANCE
tant de vitesse , qu'elle suivroit l'homme
le plus leger
et le meilleur coureur
Basque.
Cependant on l'employe aux ouvrages
de la Maison , elle se prête à tout de bonne
grace , rien ne paroît au dessus de ses
forces , ni contre sa volonté , persuadéẹ
qu'elle est , qu'il faut qu'elle obéisse pour
aller voir un jour la Ste Vierge sa Mere .
un
coup
M. l'Archevêque de Vienne passant
dernierement par cette Ville , voulut la
voir. Elle fut menée pour cela chez M.
l'Intendant par des Soeurs de la Maison.
Nous vîmes ce jour là , avec une espece
d'horreur , cette Fille manger plus d'une
livre et demie de Boeuf crû , sans y donner
de dent , puis se jetter avec
une espece de fureur sur un Lapreaiz
qu'on mit devant elle , qu'elle déshabilla
en un clin d'oeil avec une facilité qui suppose
un grand usage , puis le dévorer en
un instant sans le vuider. M. l'Archevêque
lui fit beaucoup de questions aux
quelles elle répondit comme elle avoit dé
ja fait à d'autres Personnes , sans oublier
l'avanture d'une Moresse , sa Compagne
de Voyage , qu'on a revue depuis , mais
qu'on n'a pû encore joindre. Les Soeurs
dirent que depuis quelque temps on travailloit
à la rapprocher par degrez . de
H.Vol notre
DECEMBRE . 1731. 2971
notre façon ordinaire de vivre , malgré
Pantipatie de son Estomach pour la viande
euite et le pain , ce qui la fait vomir jusqu'au
sang. On travaille singulierement
à lui apprendre les Principes de la Religion
, pour la mettre en état de recevoir
le premier Sacrement.
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Résumé : EXTRAIT d'une autre Lettre sur le même sujet.
Durant son séjour au Château et au Village de M. d'Epinoy, une jeune fille a montré une sagesse et une résistance exceptionnelles, restant insensible à l'argent, aux menaces et aux caresses. Elle réagissait violemment à la présence d'hommes, manifestant un trouble profond. M. l'Intendant a décidé de la transférer à la Renfermerie de Châlons pour mieux comprendre son état et son origine, et lui offrir une éducation appropriée. Avant son transfert, elle se comportait de manière sauvage, courant rapidement, mais était coopérative dans les tâches domestiques, croyant devoir obéir pour voir la Sainte Vierge, qu'elle considérait comme sa mère. Lors de la visite de M. l'Archevêque de Vienne, elle a consommé une grande quantité de viande crue et un lapereau avec facilité. Elle a mentionné une compagne de voyage nommée Moresse, que l'on a revue sans pouvoir la joindre. Les sœurs de la maison travaillent à l'habituer à une alimentation ordinaire et à lui enseigner les principes de la religion pour qu'elle puisse recevoir le premier sacrement.
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21
p. 1247-1248
A M. LE CHEVALIER DE LA T...
Début :
Dans l'étude de la sagesse, [...]
Mots clefs :
Sagesse, Fuite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. LE CHEVALIER DE LA T...
A M. LE CHEVALIER DE LA T....
*
D Ans l'étude de la sagesse ,
Vous avez jusqu'icy passé votre jeunesse
Quelquefois par délassement ;
Dans un esprit de badinage ,
Vous exerciez plus d'un talent ,
Dont vous ne faites plus un si fréquent usage ::
Vous vous plaisiez sur tout à peindre élégam- ment ,
Le redoutable Amour , ce Dieu si plein de char mes ,
Hélas ! vous ignoriez le pouvoit de ses armes !!
Vous ne l'aviez alors , guéres vû qu'en Tablèau ,,
Sorti de votre plume , ou de votre pinceau,
Mais aujourd'hui , dans les yeux de Silvie
Vous le bravez à tout moment.
Minerve qui se plût à régler votre vie ,
En murmure assez hautement.
Alle apprend qu'on ne peut vaincre que par las fuite ,
Si le vertueux Hypolite ,
Que l'on compte entre les Héros ,
Abandonna pour Aricie,
Son Char , son Arc, ses Javelots ,
Ah ! je crains bien que pour Silvie .
1. Vol.
I v Vous
1248 MERCURE DE FRANCE
Vous ne perdiez votre repos ,
Avec votre Philosophie
Par M. de Sommevesle , de Châlons
en Champagne.
*
D Ans l'étude de la sagesse ,
Vous avez jusqu'icy passé votre jeunesse
Quelquefois par délassement ;
Dans un esprit de badinage ,
Vous exerciez plus d'un talent ,
Dont vous ne faites plus un si fréquent usage ::
Vous vous plaisiez sur tout à peindre élégam- ment ,
Le redoutable Amour , ce Dieu si plein de char mes ,
Hélas ! vous ignoriez le pouvoit de ses armes !!
Vous ne l'aviez alors , guéres vû qu'en Tablèau ,,
Sorti de votre plume , ou de votre pinceau,
Mais aujourd'hui , dans les yeux de Silvie
Vous le bravez à tout moment.
Minerve qui se plût à régler votre vie ,
En murmure assez hautement.
Alle apprend qu'on ne peut vaincre que par las fuite ,
Si le vertueux Hypolite ,
Que l'on compte entre les Héros ,
Abandonna pour Aricie,
Son Char , son Arc, ses Javelots ,
Ah ! je crains bien que pour Silvie .
1. Vol.
I v Vous
1248 MERCURE DE FRANCE
Vous ne perdiez votre repos ,
Avec votre Philosophie
Par M. de Sommevesle , de Châlons
en Champagne.
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Résumé : A M. LE CHEVALIER DE LA T...
M. de Sommevesle écrit au Chevalier de La T... pour évoquer sa jeunesse dédiée à la sagesse et aux arts. Il mentionne l'amour ignoré alors, mais aujourd'hui présent dans les yeux de Silvie. Minerve conseille la fuite, citant Hypolite. L'auteur craint que Silvie ne perturbe le repos et la philosophie du destinataire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 1552-1558
LETTRE de M. de R*** de Soissons, à Mrs ** et **. Description de la Terre de C***. / PLAN DE CH***.
Début :
J'ai pris les devants, Mrs, et je vous attends dans les lieux enchantez où [...]
Mots clefs :
Aimable, Nature, Plan, Plaisirs, Douce, Heureux, Sagesse, Aimable, Main, Amour
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de R*** de Soissons, à Mrs ** et **. Description de la Terre de C***. / PLAN DE CH***.
LETTRE de M. de R *** de
Soissons , à Mrs ** et * *. Description
de la Terre de C ***.
' Ai pris les devants , Mrs , et je vous
J'atteprisdend vanti, enchantez où
M. et Me de L ** vous invitent avec de
nouvelles instances à venir.
1: 0 . tə
L'amitié par ma voix hazarde aussi les
siennes. C'est elle , qui pour vous déterminer
, m'a engagé à tracer le plan de
cet aimable séjour . Foi d'homme sincere ,
je n'ai presque rien ajoûté à la Nature
dans la Description que je vous envoye }
arrivez et vous réaliserez mes promesses.
Je vous ferai voir les rives heureuses de
l'Eléte , nous nous promenerons dans ces
Jardins délicieux , où les Zéphirs choisissent
leur azile , où Flore les retient
dans ses chaînes , et où elle semble avoir
fixé le domicile du Printemps . Je vous
montrerai jusqu'à la Bergere dont les
amours un peu trop rapides m'ont donné
l'idée de la mienne. Elle seule perdra
quelque chose à être confrontée , et vous
serez surpris de sa métamorphose . Visà-
vis un fort joli Château vous décou
vrirez
JUILLET. 1733 . 1553
vrirez un Côteau qui produit d'excellent
vin , que Bacchus semble opposer aux
Eaux Minerales , dont la source est presque
sous ses pieds . Vous connoissez M. et
Me de L... et Me leur fille ; démentezmoi
, si vous l'osez et le pouvez
même ,
sur le portrait que j'en fais. Dès que vos
Occupations vous laisseront quelques mo.
mens , satisfaites notre impatience , elle
est commune ici sur votre compte ; Venez
prendre part à nos amusemens . Vous
serez à même de choisir dans les plaisirs
innocents , ce sont les seuls dont vous
connoissez l'usage. Vous y invoquerez
Apollon , il se plaît dans nos Solitudes.
Une Bibliotheque choisie vous offrira
des recréations et des modeles ; là Pêche ,'
la Chasse , la Musique et le Jeu , diver- •
sifieront vos plaisirs , et les nôtres seront
infailliblement augmentez pår votre aimable
présence.
PLAN DE CH **
AUXUx bords enchantez ,
Qn'arrose l'Eléte ,
La Nature prête ,
De vives beautez .
La prodigue Aurore ,
Y répand des pleurs ,
Dont
1554 MERCURE DE FRANCE
Dont l'aimable Flore ,
Forme ses couleurs.
La riche Pomone ,
De ses dons couronne ,
De vastes Vergers ,
Des Zéphirs legers ,
Volent dans la Plaine,
Parfument les Airs ;
Et leur douce haleine ,
Fait fuir les hyvers.
Amant de Nannette ,
Un Berger
pressant ,
Tendrement repete ,
Un Air
languissant ;
Sur l'herbe fleurie ;
La Nymphe attendrie ,
Ne résiste pas ;
Du tendre embarras ,
Qui la rend muette
L'Amour s'applaudit ;
Et de sa défaite ,
Le malin sourit.
Dans ces champs fertiles
La blonde Cerés ,
De moissons utiles ,
Orne ses guerets.
Sur la douce pente ,
D'un
JUILLET. 1733.
1555
D'un charmant Côteau
Bacchus nous présente
་
Son Pampre nouveau.
Rival de ton Onde ,
En biens si féconde ,
Utile Ruisseau ;
Avec abondance ,
>
Il étale aux yeux ,
Une ample esperance ,
De fruits précieux.
Là , d'Architecture ,
Un morceau vanté
Tient sur sa structure
Notre ceil arrêté.
L'Art dans sa parure;
N'a rien affecté ;
Et par la Nature ,
Tout y fut dicté.
'Un Couple fidelle ,
Et chéri des Dieux ,
Nous y renouvelle ,
Ces siecles heureux ,
Où dans la sagesse
L'homme
vertueux
Puisoit sa richesse.
•
>
Les Jeux enchanteurs ,
L'ai1556
MERCURE DE FRANCE
L'Aimable sourire ,
Assurent Thémire ,
Du tribut des coeurs .
Ses yeux pleins de charmes ,
Donnent à la fois ,
A l'Amour des armes ,
Aux Mortels des Loix.
Dans ce doux aziłe ,
Heureux d'être admis ,
Illustres amis ,
D'un destin tranquille ,
Je goûte le prix .
Rien ne m'importune ,
Loin de moi , Fortune ,
Tes appas trompeurs.
Caresse , ou menace
Eleve ou terrasse
Tes Adorateurs ;
Froid pour tes faveurs ,
Sourd â ta disgrace ,
Ta prosperité ,
N'a rien qui me tente ;
Ton adversité ,
Rien qui m'épouvante,
Loin ces repentirs,
Que l'excès nous laisse
Toujours la sagesse ,
1
I
Borne
JUILLET. 1733.
Borne mes désirs ;
Et d'intelligence ,
La douce innocence ,
Fournit des plaisirs ,
A mon insconstance.
D'un épais Berceau ,
Sous le verd feüillage ,
Où d'un tendre oiseau
J'entends le ramage ;
Ma main d'un Ouvrage,
Trace un plan nouveau.
A mes voeux docile ,
Ma Muse facile ,
Vient m'y caresser;
Pour me délasser ,
Horace ou Virgile ,
Racine on Boileau ,
Favoris des Graces ,
M'offrent sur leurs traces ,
La route du beau;
Adroite et cruelle ,
Ma main sous ses coups ,
D'une
Tourterelle ,
Fait tomber l'Epoux.
Du séjour humide ,
Le Peuple glouton ,
D'une bouche avide ,
Sous
1558 MERCURE DE FRANCE
Sous l'appas perfide ,
Saisit l'hameçon.
D'un heureux délire ,
Suivant les transports ,
Souvent de ma Lyre ,
J'unis les accords ,
Aux Chants de Thémire.
Tranquile et serein ,
Sans inquietude ,
Dans un Jeu badin
Je vois du Destin ,
La vicissitude.
>
Amis paresseux ,
Votre seule absence ,
Laisse en ma puissance
De faire des voeux.
Calmez les allarmes
De mon coeur jaloux :
Venez avec nous ,
Partager les charmes ,
D'un loisir si doux.
Soissons , à Mrs ** et * *. Description
de la Terre de C ***.
' Ai pris les devants , Mrs , et je vous
J'atteprisdend vanti, enchantez où
M. et Me de L ** vous invitent avec de
nouvelles instances à venir.
1: 0 . tə
L'amitié par ma voix hazarde aussi les
siennes. C'est elle , qui pour vous déterminer
, m'a engagé à tracer le plan de
cet aimable séjour . Foi d'homme sincere ,
je n'ai presque rien ajoûté à la Nature
dans la Description que je vous envoye }
arrivez et vous réaliserez mes promesses.
Je vous ferai voir les rives heureuses de
l'Eléte , nous nous promenerons dans ces
Jardins délicieux , où les Zéphirs choisissent
leur azile , où Flore les retient
dans ses chaînes , et où elle semble avoir
fixé le domicile du Printemps . Je vous
montrerai jusqu'à la Bergere dont les
amours un peu trop rapides m'ont donné
l'idée de la mienne. Elle seule perdra
quelque chose à être confrontée , et vous
serez surpris de sa métamorphose . Visà-
vis un fort joli Château vous décou
vrirez
JUILLET. 1733 . 1553
vrirez un Côteau qui produit d'excellent
vin , que Bacchus semble opposer aux
Eaux Minerales , dont la source est presque
sous ses pieds . Vous connoissez M. et
Me de L... et Me leur fille ; démentezmoi
, si vous l'osez et le pouvez
même ,
sur le portrait que j'en fais. Dès que vos
Occupations vous laisseront quelques mo.
mens , satisfaites notre impatience , elle
est commune ici sur votre compte ; Venez
prendre part à nos amusemens . Vous
serez à même de choisir dans les plaisirs
innocents , ce sont les seuls dont vous
connoissez l'usage. Vous y invoquerez
Apollon , il se plaît dans nos Solitudes.
Une Bibliotheque choisie vous offrira
des recréations et des modeles ; là Pêche ,'
la Chasse , la Musique et le Jeu , diver- •
sifieront vos plaisirs , et les nôtres seront
infailliblement augmentez pår votre aimable
présence.
PLAN DE CH **
AUXUx bords enchantez ,
Qn'arrose l'Eléte ,
La Nature prête ,
De vives beautez .
La prodigue Aurore ,
Y répand des pleurs ,
Dont
1554 MERCURE DE FRANCE
Dont l'aimable Flore ,
Forme ses couleurs.
La riche Pomone ,
De ses dons couronne ,
De vastes Vergers ,
Des Zéphirs legers ,
Volent dans la Plaine,
Parfument les Airs ;
Et leur douce haleine ,
Fait fuir les hyvers.
Amant de Nannette ,
Un Berger
pressant ,
Tendrement repete ,
Un Air
languissant ;
Sur l'herbe fleurie ;
La Nymphe attendrie ,
Ne résiste pas ;
Du tendre embarras ,
Qui la rend muette
L'Amour s'applaudit ;
Et de sa défaite ,
Le malin sourit.
Dans ces champs fertiles
La blonde Cerés ,
De moissons utiles ,
Orne ses guerets.
Sur la douce pente ,
D'un
JUILLET. 1733.
1555
D'un charmant Côteau
Bacchus nous présente
་
Son Pampre nouveau.
Rival de ton Onde ,
En biens si féconde ,
Utile Ruisseau ;
Avec abondance ,
>
Il étale aux yeux ,
Une ample esperance ,
De fruits précieux.
Là , d'Architecture ,
Un morceau vanté
Tient sur sa structure
Notre ceil arrêté.
L'Art dans sa parure;
N'a rien affecté ;
Et par la Nature ,
Tout y fut dicté.
'Un Couple fidelle ,
Et chéri des Dieux ,
Nous y renouvelle ,
Ces siecles heureux ,
Où dans la sagesse
L'homme
vertueux
Puisoit sa richesse.
•
>
Les Jeux enchanteurs ,
L'ai1556
MERCURE DE FRANCE
L'Aimable sourire ,
Assurent Thémire ,
Du tribut des coeurs .
Ses yeux pleins de charmes ,
Donnent à la fois ,
A l'Amour des armes ,
Aux Mortels des Loix.
Dans ce doux aziłe ,
Heureux d'être admis ,
Illustres amis ,
D'un destin tranquille ,
Je goûte le prix .
Rien ne m'importune ,
Loin de moi , Fortune ,
Tes appas trompeurs.
Caresse , ou menace
Eleve ou terrasse
Tes Adorateurs ;
Froid pour tes faveurs ,
Sourd â ta disgrace ,
Ta prosperité ,
N'a rien qui me tente ;
Ton adversité ,
Rien qui m'épouvante,
Loin ces repentirs,
Que l'excès nous laisse
Toujours la sagesse ,
1
I
Borne
JUILLET. 1733.
Borne mes désirs ;
Et d'intelligence ,
La douce innocence ,
Fournit des plaisirs ,
A mon insconstance.
D'un épais Berceau ,
Sous le verd feüillage ,
Où d'un tendre oiseau
J'entends le ramage ;
Ma main d'un Ouvrage,
Trace un plan nouveau.
A mes voeux docile ,
Ma Muse facile ,
Vient m'y caresser;
Pour me délasser ,
Horace ou Virgile ,
Racine on Boileau ,
Favoris des Graces ,
M'offrent sur leurs traces ,
La route du beau;
Adroite et cruelle ,
Ma main sous ses coups ,
D'une
Tourterelle ,
Fait tomber l'Epoux.
Du séjour humide ,
Le Peuple glouton ,
D'une bouche avide ,
Sous
1558 MERCURE DE FRANCE
Sous l'appas perfide ,
Saisit l'hameçon.
D'un heureux délire ,
Suivant les transports ,
Souvent de ma Lyre ,
J'unis les accords ,
Aux Chants de Thémire.
Tranquile et serein ,
Sans inquietude ,
Dans un Jeu badin
Je vois du Destin ,
La vicissitude.
>
Amis paresseux ,
Votre seule absence ,
Laisse en ma puissance
De faire des voeux.
Calmez les allarmes
De mon coeur jaloux :
Venez avec nous ,
Partager les charmes ,
D'un loisir si doux.
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Résumé : LETTRE de M. de R*** de Soissons, à Mrs ** et **. Description de la Terre de C***. / PLAN DE CH***.
La lettre de M. de R *** de Soissons convie les destinataires à visiter la terre de C ***. L'auteur met en avant les attraits naturels et les plaisirs que ce lieu offre, affirmant que sa description est presque fidèle à la réalité. Il promet de leur montrer les rives de l'Eléte, des jardins délicieux, ainsi qu'un château situé sur un coteau produisant un excellent vin. La lettre mentionne également diverses occupations agréables disponibles sur place, telles que la pêche, la chasse, la musique, le jeu, et une bibliothèque sélectionnée pour les moments de récréation. L'auteur exprime son impatience de les accueillir et les encourage à venir profiter des plaisirs innocents offerts par ce séjour. Le texte inclut également un plan poétique de CH **, qui décrit les beautés naturelles et les activités agréables du lieu, tout en exprimant le désir de voir les amis partager ces moments de loisir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 1731-1747
DÉFENSE du Cartésianisme, par M. le Gendre de S. Aubin ; contre les accusations des Docteurs Cudwort et Ray.
Début :
Un zèle indiscret est souvent l'occasion d'un scandale ; c'est l'idée qu'on [...]
Mots clefs :
Dieu, Cause, Sagesse, Mécanisme, Ray, Création, Physique, Mouvement, Nature, Lois, Corps, Causes, Principes, Cartésianisme, Descartes, Philosophie, Système, Phénomènes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉFENSE du Cartésianisme, par M. le Gendre de S. Aubin ; contre les accusations des Docteurs Cudwort et Ray.
DEFENSE du Cartesianisme, par M. le
Gendre de S. Aubin ; contre les accusations
des Docteurs Cudwort et Ray.
UN
N zéle indiscret est souvent l'occasion
d'un scandale;c'est l'idée qu'on
doit se former des accufations intentées
par les Docteurs Cudwort et Ray , contre
le Cartesianisme. Elles sont contenuës
dans un Livre Anglois , intitulé : L'Existenca
" 1732 MERCURE DE FRANCE
sence et la Sagesse de Dieu, manifestées dans
les Oeuvres de la Création ; par le sieur
Ray,Membre de la Société Royale. La Traduction
Françoise , imprimée à Utrecht,
en 1723. se débite depuis peu à Paris.
On est étonné qu'un Philosophe , qui
écrit uniquement en vûë de manifester la
Sagesse de Dieu dans la Création, débute,
page 5. par approuver un sentiment qu'il
atribue à des Philosophes judicieux ; sçavoir
, que plus les genres , ou les ordres
des Etres sont imparfaits , plus les especes
en sont nombreuses . Est- ce là un
préambule convenable à un Panégyriste
de la Sagesse de Dieu dans la Création ?
Ne devoit il pas plutôt dire que ce qui
paroît imparfait aux vues bornées de notre
entendement , a son utilité et sa destination
dans les Décrets éternels de la Providence
? Ce seroit là un beau champ
pour les Cartésiens qu'il attaque d'une
maniere outrageante ; ne pourroient- ils
pas le traiter de prévaricateur dans une
cause si évidente , et qu'il soutient si
mal ?
Pour faire éclater , dit il , page 12. la
grandeur et l'étendue infinie de l'esprit
de Dieu , il observe que rien ne marque
davantage la supériorité du génie , que
d'inventer des Machines differentes , qui
pros
AOU'ST. 1733. 1733
E
4
€
>
produisent le même effet , et soient destinées
aux mêmes fins . Mais suivant les notions
les plus saines et les plus communes ,
rien ne marque davantage la sagesse
de
l'ouvrier que le Méchanisme le plus simple
et le moins chargé de ressorts . C'est donc
sur une sorte de Méchanisme qu'il fonde
la sagesse de Dieu dans la Création, mais
sur un Mechanisme de détail , qu'il présente
à la pensée , d'une maniere aussi
basse , que celui des Cartésiens est sublime.
Quoique le sieur Ray tâche de décrier
le Cartesianisme sans ménagement, il établit
, pages 2 et 3. comme le sentiment le
plus universellement
reçu , tout ce que
cette Philosophie dans sa nouveauté parut
avoir de plus difficile à concilier avec la
Religion ; sçavoir, l Hypothèse des Tourbillons
, suivant laquelle chaque Etoile ,
pour me servir des propres termes du
Traducteur , est un Soleil ou un Corps
semblable à cet astre , environné de même
d'un Choeur de Planetes , qui tournent
autour de lui. Il avance de plus , qu'il
n'y a aucune de ces Planétes qui ne soit
remplie, selon toutes les apparences , d'une
grande variété de créatures corporelles ,
animées et inanimées . Personne n'ignore
que cette partie de la Physique nouvelle
fut
1734 MERCURE DE FRANCE
fut exposée à la censure , et allarma quelques
personnes pieuses , qui trouvoient
ce systême peu conforme à ce qui nous
cst enseigné sur la Création dans la Genése
; mais il a été reçu depuis comme
une hypothese , sur laquelle on écrit et
on dispute publiquement , et il y a longtemps
que tous les scrupules sont levez à
cet égard.
A la maniére dont le S Ray fait connoître
quels sont les principes de sa Phylosophie
, qui ne le prendroit pour un
Cartésien ? Sectateur de cette Physique ,
il va néanmoins lui imputer les intentions
les plus criminelles. » Il semble
» dit-il, pag. 28.qu'il soit necessaire d'exa-
>> miner un peu les principes d'une Secte
» de Déïstes de profession; j'entends celle
» de Descartes et de ses Disciples , qui
» ont pour but d'éluder et de détruire un
» argument qui a eu tant de force dans
» tous les siècles , pour prouver l'exis-
» tence d'un Dieu . Le premier grief d'une
accusation si grave , est que Descartes
exclud de la Physique toute la considération
des causes finales . Le Sr Ray cite ,
pages 29 et 30. les Passages des Méditations
Métaphysiques , des principes de
Philosophie , et de la quatrième Réponse
aux Objections de Gassendi , où Descartes
dit
AOUST. 1733 1735
1
dit
que toutes
les causes
qu'on
a accoutumé
de tirer
de la fin , ne sont
d'aucun
usage
dans
la Physique
,puisqu'on
ne sçauroit
se persuader
, sans
témérité
, qu'on
puisse
pénétrer
dans
les fins
que
Dieu
s'est proposées
. Il est facile
de répondre
à
cette
objection
, que
la raison
alléguée
par Descartes
, pour
ne pas expliquer
les effets
naturels
par
les fins que
Dieu s'est
proposées
, est trèspieuse
et trèsédifiante
, et qu'il
auro
t pû se contenter
d'établir
en général
, que la Physique
étant
une
recherche
des causes
naturelles
, ce
n'est
pas
parler
en Physicien
, que
de
donner
pour
cause
de la production
d'un Phénoméne
, que Dieu
a eu en vûë
de le
produire
. Car
c'est
ce que tout
Chrétien
sçait
, sans
étudier
la Physique
; cette
science
de tres
- bornée
qu'elle
est , deviendroit
infiniment
étenduë
, si l'on
recevoit
au nombre
des explications
Physiques
, qu'un
efft
naturel
arrive
, parce
qu'il
est conforme
à la fin que Dieu
s'est proposée
. Je suppose
que pour
expliquer
la construction
d'une
Montre
, on s'avisat
de dire
que
ce qui cause
les mouvemens
réglez
de cette
machine
, c'est
l'intention
de l'ouvrier
qui l'a faite
dans
le
dessein
de marquer
les heures
; cette
cause
finale
en Physique
ne seroit
comptée
G
pour
1736 MERCURE DE FRANCE
pour rien ; et on ne pourroit prouver
mieux que cette Montre est l'ouvrage
d'un Artiste , et non l'effet du hazard
qu'en faisant observer l'action du ressort,
le tirage de la chaîne , les engrainures des
rouës , et sur tout la proportion et le concours
des mouvemens. Quel est donc le
véritable objet de la Physique ,? C'est de
déduire les Phénoménes , des Loix géné
rales de la nature , établies par Dieu , et
rapportées au Créateur . Une pareille Philosophie
peut- elle donner lieu aux inveçtives
de l'Auteur Anglois » Les Carthé
» siens , dit- il , page 34. tâchent de dé-
» truire notre grand argument , en pré-
»tendant résoudre tous les Phénomènes
» de la nature , et rendre compte de la
» production et de la formation de l'Uni-
» vers , et de tous les Etres corporels qu'il
» contient , soit celestes ou terrestres ; ani-
» mez ou inanimcz , même sans en exclunre
les animaux , et cela par une foible
»hypothèse de la matiere divisée, et mise
» en mouvement de telle ct telle maniés
» re. . . . . De maniére que Dieu n'a eu
» autre chose à faire qu'à créer la matiére ,
»la diviser en partics , et la mettre en
»mouvement , suivant un petit nombre
de certaines Loix , et que cela ne pouvoit
manquer de produite de soi-même
...
12
AOUST. 1733 : 1737
le monde et toutes les créatures qui y
sont contenues. Pour la réfutation de
cette hypothése ,, continue cet Auteur ,
n'aurois qu'à renvoyer le Lecteur au
» systême du Docteur Cudwort ; mais
» pour lui épargner cette peine, je vais en
transcrire les paroles..... Dieuse con
tentant de regarder en spectateur in-
» différents ce Lusus Atomorum , ou cette
» danse agréable des Atômes , et les différents
effets qui en résultent. Non con-
» tens de cela , ces Déïstes méchaniques
» ont excédé et surpassé en ceci les Athées
» atomiques , par une extravagance plus
oursée que la leur ; car les Athées de
profession n'ont jamais osé affirmer que
» ce systéme régulier des choses fut le ré-
» sultat d'un mouvement fortuit d'Atomes
au commencement , avant d'avoir
produit pendant bien du temps des
combinaisons ineptes ou des assembla-
» ges de choses particulières , et des sys-
» têmes ridicules du tout. Ils supposoient
» même que la régularité des choses de ce
monde ne subsisteroit pas toujours , et
» que la confusion et le désordre s'y re-
> mettroient avec le temps ; qu'outre le
monde que nous habitons , il y en a encore
en ce moment un nombre inexprimable
d'autres irréguliers , dont il
Cij n'y
1738 MERCURE DE FRANCE
» n'y en a pas d'un entre mille et dix mil-
» le , qui ait une régularité pareille au
» nôtre ...... Mais nos Déïstes micha
» niques prétendent que leurs Atomes
» n'ont jamais bronché dans leurs mou-
» vemens, ni produit aucun systéme inep-
» te , ni aucunes formes impropres , et
» qu'ils se sont placez et rangez dès le
commencement avec tant d'ordre et de
» méthode , que la sagesse même n'auroit
» pû le faire mieux , ni avec plus d'exactitude.
C'est par cette raison que çes
» Déi tes re ettent absolument le grand
» a gument qui prouve l'Existence de
Dicu , tiré du Phénoméne de la nature
n artificielle des choses , sur lequel on a si
» fort insisé dans tous les siècles , et qui
» fait ordinairement le plus d'effet sur l'es-
» prit humain. Les Athées s'applaudissent
» cependant en secret , er triomphent de
>> voir la cause du Déïsme trahie de cette
» maniere par ses partisans et ses défen-
» seurs les plus zélez , et le grand argu-
» ment éludé pour favoriser leur cause.
Rien ne sçauroit marquer une plus gran
» de dépravation d'esprit , ni plus de folic
et de stupidité dans les Déïstes pré.en-
» dus , que de n'avoir aucun égard à la
forme régulière et artificielle des cho
ses , ni aux impressions de l'art et de
AOUST . 1733 . 1739
wla
sagesse divine , et de ne regarder
» le Monde et les productions de la Na-
» ture , qu'avec des yeux de boeuf ou de
» cheval.
Le sieur Ray , dans la fureur qui le
transporte , n'entend pas les termes dont
il se sert car qu'est- ce qu'un Déïste , suivant
la notion génerale ? C'est un impiet
qui ne suit aucune Religion particuliere ,
qui reconnoît , à la verité , l'existence de
Dieu mais qui refuse de croire les Mysteres
que Dieu a révelez. Or ces Deïstes qui refusent
de se rendre à l'évidence de la révé.
lation , ne sont pas ceux qui font le moins
valoir le grand argument de l'existence
de Dieu , tiré de sa sagesse dans la Création.
On ne sçait ce que le sieur Ray
veut dire par ces paroles : » Les Athées
» s'applaudissent cependant en secret , et
» triomphent de voir la cause du Déïsme
>>trahie de cette maniere par ses Parti-
» sans et ses Deffenseurs les plus zelez .
Il prend ici la cause du Déïsme pour une
bonne cause trahie , et il semble appli
quer aux Carthésiens les termes de Partis
sans et de Deffenseurs les plus zelez de
la bonne cause. Mais c'est bien plutôt
cet Auteur qui trahit la cause qu'il entreprend
de soutenir , par la foiblesse
avec laquelle il traite son sujet . S'il eût
Ciij fair
1740 MERCURE DE FRANCE
ა
fait remarquer , comme les Carthésiensces
Loix générales dont l'uniformité produit
un Monde si diversifié ; s'il se fût
élevé jusqu'à un méchanisme sublime
qui donnât une idée de la Création proportionnée
à ce que notre foible esprit
peut concevoir de plus grand et de plus
magnifique ; si en s'attachant à ce qu'il.
ya de plus merveilleux dans la Nature
il eût observé , comme ceux qu'il appelle-
Deistes , que cette multitude immense
de mouvemens des Corps Celestes , que
révolutions si constantes des Astres ,
que cette fécondité si riche et si brillan-.
te de l'Univers , que tous ces Phénomenes
si utiles à l'homme , et qui étalent
à ses yeux un spectacle digne du Créateur
, qu'enfin la beauté ravissante de
toutes les Oeuvres de Dieu , est un
témoignage continuel et invincible de sa
sagesse et de sa toute- puissance dans la
Création , par la simplicité et l'ordre des
ressorts qui y sont employez , il eût rem--
pli son sujet avec la dignité convenable ,
mais il ne s'arrête qu'à un petit détail ,
et ne présente par tout que des images.
basses et imparfaites d'un sujet qui surpasse
ses forces.
C'est favoriser l'athéïsme et le syste
me du hazard , que de rejetter le méchaA
O UST. 173′3 ; 1741
chanisme de la Nature , par lequel les
Carthésiens n'entendent autre chose que
les loix generales du mouvement établics
par le Créateur. Que chaque Philosophe
conçoive et suppose ces Loix
générales à son gré , que
differens Phisiciens
suivent des vues systématiquesfort
éloignées ; tous au moins doivent
convenir que ce n'est pas une pensée raisonnable
sur l'Etre suprême , de croire
que l'uniformité et la simplicité manquent
à ses Productions . Le principal but
de la Physique est donc de rapporter tous
les raisonnemens à ces principes. C'est à
quoi les Carthésiens ont beaucoup mieux
réussi qu'aucune autre Secte de Philosophes
, ayant mieux expliqué le méchanisme
general de la Nature; et ' on peut
dire que ceux qui tâchent d'étendre et
de pousser plus loin ce méchanisme , sont
ceux qui pensent et qui s'expliquent le
mieux au sujet de la sagesse et de la toùte-
puissance de Dieu dans la Création . A
la verité , le Philosophe rempli de pré
somption , se persuade qu'il peut concevoir
et faire entendre aux autres cet ordre
admirable établi dans les Ouvrages
de Dieu ; au lieu que le Physitien modeste
, qui connoît la foiblesse et l'incer
titude de ses lumieres , ne regarde tous
Ciij les
742 MERCURE DE FRANCE
les raisonnemens physiques que comme
des hypothéses.
>>
Continuons de rapporter la censure de
la Philosophie Carthésienne par l'Auteur
Anglois. Il se trouve , dit-il , pag. 35 .
» plusieurs Phénomenes dans la Ñature ,
» lesquels étant en partie au- dessus de la
»force et de la portée , et en partie con-
>> traires aux Loix du Méchanisme , ils
» ne sçauroient se résoudre sans avoir re-
>> cours aux causes finales et à quelques
» principes de vie ; par exemple , ce-
» lui de la gravité ou du penchant que
» les corps ont à descendre , le mouve-
» ment du diaphragme dans la respira-
» tion , la systole et la diastole du coeur ,
» qui n'est autre chose qu'une contraction
et un relâchement des muscles ,
» et par consequent ne sçauroit être un
» mouvement méchanique , mais un prin-
» cipe de vie. Nous pourrions encore
» ajoûter à cela entre plusieurs autres
» choses , l'intersection des plans de l'E-
» quateur et de l'Ecliptique ou du mou-
» vement diurne ou journalier de la Ter-
» re sur un axe qui n'est pas parallele à
celui de l'écliptique , ni perpendiculaire
à son plan ..... On ne sçauroit
» donc attribuer la continuation de ce
» double mouvement annuel et diurne
nde
23
A O UST. 17337 1748
de la Terre sur des axes non paralleles,
» à autre chose qu'à une cause finale ou
» mentale , ou rò fixTisov , parce qu'il
étoit à propos que cela fût ainsi , la
» varieté des saisons de l'année en dé
» pendant. Mais le plus considerable de
» tous les Phénoménes pir içuliers est la
»formation et l'organisation des corps
>> des animaux , remplis de tant de varietez
et de merveilles , que ces Philo-
» sophes méchaniques n'en pouvant faire
»la solution par le mouvement nécessaire
» de la matiere , sans qu'elle fût dirigée
par l'esprit à de certaines fins , ont pru-
» demment interrompu leur systéme en
» cet endroit , où ils devoient traiter des
» animaux , et n'en ont pas touché un
» seul mot.
23
On connoît clairement par cette critique
, que le sieur Ray est aussi peu
versé dans la Philosophie Carthésienne
qu'il est injuste dans l'accusation qu'il
intente contre elle. Nous avons vû plus
haut qu'il attribuë aux Carthésiens un
systéme d'Atomes , quoique les trois Elemens
de Descartes soient divisibles à l'infini
, et que par conséquent Descartes
rejette les Atomes , qui signifient des Elemens
indivisibles. Le sieur Ray ne se
trompe pas moins, en disant que dans les
C v Phé1744
MERCURE DE FRANCE
:
Phénomenes qu'il cite , il y a de la contrarieté
au Mechanisme de la Nature. Il
est vrai que les loix générales du mouvement
n'expliquent pas la construction
du corps des animaux , ni la forme de
ces organes merveilleux qui servent aux
differentes fonctions du principe qui les
anime. Le mouvement circulaire des
trois Elémens de Descartes ne peut faires
concevoir , par exemple, comment ont
été produits les instrumens de la faculté
visuelle ; mais les Carthésiens doivent :
seulement avouer que leur méchanisme ,
quoiqu'il n'y ait aucune contrarieté , est
insuffisant pour expliquer tous les Phé
noménes , et sur tout l'organisation admirable
des animaux ,, les corps animezz
et inanimez étant vrai- semblable--
ment produits suivant des loix differen--
tes, ou plutôt dont nous n'appercevons
pas la liaison. * Il ne s'ensuit pas de ce
que la Créature est incapable de conce
voir entierement le grand Ouvrage de :
la Création , qu'il lui soit defendu de rechercher
les causes physiques et naturel
+
La plupart même des Carthésiens estiment aun
aujet de l'organisation continuelle et toujours
cemblable , des Plantes et des Animaux , que tous :
res corps formez en même-temps par le Souve
fain Etre , dans les graines ou dans les oeufs , nesont
que se développer successivement,
leas
A O UST. 1733. 17455
les , suivant les principes les plus géné
caux et les plus simples , en les rappor
tánt à la sagesse et à la toute- puissance
du Créateur.
Les difficultez qui se trouveut sur la
pesanteur , ne peuvent se résoudre par
des principes de vie qui n'ont aucun rapport
avec elle , ou par des causes finales ,.
qui ne sont en aucune maniere des causes
physiques ; et si les explications que
Descartes a données de la pesanteur , ont
été attaquées par de fortes objections ,
tous les Philosophes se sont au moins
accordez à tirer ces Explications d'un '
méchanisme général de la Nature. Le
'steur Ray est si peu d'accord avec luid
même au sujet de la respiration et de la¹
systole et diastole du coeur, qu'après avoir
affirmé que ces mouvemens ne peuvent
être méchaniques , il regarde ailleurs com
me une question douteuse de sçavoir si
les bêtes sont des vrayes machines , ou
s'il convient de leur attribuer la vie et le
sentiment.
cliptiqueant
à l'intersection
de l'é-
1
de l'équateur , on en peut donner
plusieurs raisons qui n'ont rien de
contraire au systéme Carthésien . L'obli
quité de l'écliptique par rapport à l'équateur
, dont l'axe conserve toujours
son parallelisme est assurément la cause
av de
1746 MERCURE DE FRANCE
de la varieté des Saisons , mais cette cause
finale , encore une fois , ne peut passer
pour une cause phisique. L'Explication
naturelle de ce phénoméne peut se rapporter
, suivant les principes d'un Méchanisme
général , ou aux particules cannelées
, qui traversant les pores du G'obe
Terrestre d'un certain sens , déterminent
sa position , ou à la qualité du fluide qui
emporte la Terre par un mouvement
circulaire , ou à la pression des tourbillons
voisins , ou à la résistance que tout
corps solide apporte à l'impression du
mouvement qu'il reçoit , ou à toutes ces
causes réunis , ou aux differentes hypotheses
que la sagacité du Physicien lui
fera inventer. Dieu permet à l'homme
de faire quelques raisonnemens assez vraisemblables
sur les Corps Celestes , si prodigieusement
éloignez de nous ,
afin que
cette étude éleve notre esprit à la Majesté
de l'Etre suprême , en même - temps
que la présomption de l'homme est domptée
par la profonde ignorance où il est
de ce qui est au- dedans de lui - même et
de ce qui fait partie de sa propre substance.
C'est une calomnie insoutenable de
dire que les Carthésiens rejettent absolument
le grand argument qui prouve
» l'eA
O UST. 1733 1747
» l'éxistence de Dieu , tiré du phénoméne
de la forme artificielle des choses .
Nulle Philosophie au contraire ne donne
des idées aussi sublimes de la sagesse
de Dieu dans la Création ; nulle Physique
ne ramene davantage l'esprit au
Créateur , en rapportant tous les phénoménes
qu'elle peut expliquer à des loix
simples et génerales émanées nécessairement
de la Toute puissance divine . C'est
l'argument le plus invincible contre l'Athéïsme
, c'est l'exclusion la plus forte du
hazard , dont la régularité et l'uniformité
ne peuvent être les productions . Plus l'idée
d'un méchanisme est générale , constante
et uniforme , comme dans le Carthésianisme
, plus elle est inséparable des
idées de dessein et de sagesse. Ces Re-
Aléxions suffisent pour prouver des veritez
si évidentes, d'autant plus que pour
détruire l'Athéïsme par le raisonnement ,
il faudroit que quelque homme qui raisonne
fût capable d'Athéïsme , ce qui est
impossible. Il est donc certain que l'accusation
du Carthésianisme par les Docteurs
Cudwort et Ray , est au fond trèsfrivole
et très mal fondée , injurieuse à
plusieurs saints et sçavans personnages ,
qui ont soutenu cette Philosophie , et aux
Écoles qui l'enseignent publiquement.
Gendre de S. Aubin ; contre les accusations
des Docteurs Cudwort et Ray.
UN
N zéle indiscret est souvent l'occasion
d'un scandale;c'est l'idée qu'on
doit se former des accufations intentées
par les Docteurs Cudwort et Ray , contre
le Cartesianisme. Elles sont contenuës
dans un Livre Anglois , intitulé : L'Existenca
" 1732 MERCURE DE FRANCE
sence et la Sagesse de Dieu, manifestées dans
les Oeuvres de la Création ; par le sieur
Ray,Membre de la Société Royale. La Traduction
Françoise , imprimée à Utrecht,
en 1723. se débite depuis peu à Paris.
On est étonné qu'un Philosophe , qui
écrit uniquement en vûë de manifester la
Sagesse de Dieu dans la Création, débute,
page 5. par approuver un sentiment qu'il
atribue à des Philosophes judicieux ; sçavoir
, que plus les genres , ou les ordres
des Etres sont imparfaits , plus les especes
en sont nombreuses . Est- ce là un
préambule convenable à un Panégyriste
de la Sagesse de Dieu dans la Création ?
Ne devoit il pas plutôt dire que ce qui
paroît imparfait aux vues bornées de notre
entendement , a son utilité et sa destination
dans les Décrets éternels de la Providence
? Ce seroit là un beau champ
pour les Cartésiens qu'il attaque d'une
maniere outrageante ; ne pourroient- ils
pas le traiter de prévaricateur dans une
cause si évidente , et qu'il soutient si
mal ?
Pour faire éclater , dit il , page 12. la
grandeur et l'étendue infinie de l'esprit
de Dieu , il observe que rien ne marque
davantage la supériorité du génie , que
d'inventer des Machines differentes , qui
pros
AOU'ST. 1733. 1733
E
4
€
>
produisent le même effet , et soient destinées
aux mêmes fins . Mais suivant les notions
les plus saines et les plus communes ,
rien ne marque davantage la sagesse
de
l'ouvrier que le Méchanisme le plus simple
et le moins chargé de ressorts . C'est donc
sur une sorte de Méchanisme qu'il fonde
la sagesse de Dieu dans la Création, mais
sur un Mechanisme de détail , qu'il présente
à la pensée , d'une maniere aussi
basse , que celui des Cartésiens est sublime.
Quoique le sieur Ray tâche de décrier
le Cartesianisme sans ménagement, il établit
, pages 2 et 3. comme le sentiment le
plus universellement
reçu , tout ce que
cette Philosophie dans sa nouveauté parut
avoir de plus difficile à concilier avec la
Religion ; sçavoir, l Hypothèse des Tourbillons
, suivant laquelle chaque Etoile ,
pour me servir des propres termes du
Traducteur , est un Soleil ou un Corps
semblable à cet astre , environné de même
d'un Choeur de Planetes , qui tournent
autour de lui. Il avance de plus , qu'il
n'y a aucune de ces Planétes qui ne soit
remplie, selon toutes les apparences , d'une
grande variété de créatures corporelles ,
animées et inanimées . Personne n'ignore
que cette partie de la Physique nouvelle
fut
1734 MERCURE DE FRANCE
fut exposée à la censure , et allarma quelques
personnes pieuses , qui trouvoient
ce systême peu conforme à ce qui nous
cst enseigné sur la Création dans la Genése
; mais il a été reçu depuis comme
une hypothese , sur laquelle on écrit et
on dispute publiquement , et il y a longtemps
que tous les scrupules sont levez à
cet égard.
A la maniére dont le S Ray fait connoître
quels sont les principes de sa Phylosophie
, qui ne le prendroit pour un
Cartésien ? Sectateur de cette Physique ,
il va néanmoins lui imputer les intentions
les plus criminelles. » Il semble
» dit-il, pag. 28.qu'il soit necessaire d'exa-
>> miner un peu les principes d'une Secte
» de Déïstes de profession; j'entends celle
» de Descartes et de ses Disciples , qui
» ont pour but d'éluder et de détruire un
» argument qui a eu tant de force dans
» tous les siècles , pour prouver l'exis-
» tence d'un Dieu . Le premier grief d'une
accusation si grave , est que Descartes
exclud de la Physique toute la considération
des causes finales . Le Sr Ray cite ,
pages 29 et 30. les Passages des Méditations
Métaphysiques , des principes de
Philosophie , et de la quatrième Réponse
aux Objections de Gassendi , où Descartes
dit
AOUST. 1733 1735
1
dit
que toutes
les causes
qu'on
a accoutumé
de tirer
de la fin , ne sont
d'aucun
usage
dans
la Physique
,puisqu'on
ne sçauroit
se persuader
, sans
témérité
, qu'on
puisse
pénétrer
dans
les fins
que
Dieu
s'est proposées
. Il est facile
de répondre
à
cette
objection
, que
la raison
alléguée
par Descartes
, pour
ne pas expliquer
les effets
naturels
par
les fins que
Dieu s'est
proposées
, est trèspieuse
et trèsédifiante
, et qu'il
auro
t pû se contenter
d'établir
en général
, que la Physique
étant
une
recherche
des causes
naturelles
, ce
n'est
pas
parler
en Physicien
, que
de
donner
pour
cause
de la production
d'un Phénoméne
, que Dieu
a eu en vûë
de le
produire
. Car
c'est
ce que tout
Chrétien
sçait
, sans
étudier
la Physique
; cette
science
de tres
- bornée
qu'elle
est , deviendroit
infiniment
étenduë
, si l'on
recevoit
au nombre
des explications
Physiques
, qu'un
efft
naturel
arrive
, parce
qu'il
est conforme
à la fin que Dieu
s'est proposée
. Je suppose
que pour
expliquer
la construction
d'une
Montre
, on s'avisat
de dire
que
ce qui cause
les mouvemens
réglez
de cette
machine
, c'est
l'intention
de l'ouvrier
qui l'a faite
dans
le
dessein
de marquer
les heures
; cette
cause
finale
en Physique
ne seroit
comptée
G
pour
1736 MERCURE DE FRANCE
pour rien ; et on ne pourroit prouver
mieux que cette Montre est l'ouvrage
d'un Artiste , et non l'effet du hazard
qu'en faisant observer l'action du ressort,
le tirage de la chaîne , les engrainures des
rouës , et sur tout la proportion et le concours
des mouvemens. Quel est donc le
véritable objet de la Physique ,? C'est de
déduire les Phénoménes , des Loix géné
rales de la nature , établies par Dieu , et
rapportées au Créateur . Une pareille Philosophie
peut- elle donner lieu aux inveçtives
de l'Auteur Anglois » Les Carthé
» siens , dit- il , page 34. tâchent de dé-
» truire notre grand argument , en pré-
»tendant résoudre tous les Phénomènes
» de la nature , et rendre compte de la
» production et de la formation de l'Uni-
» vers , et de tous les Etres corporels qu'il
» contient , soit celestes ou terrestres ; ani-
» mez ou inanimcz , même sans en exclunre
les animaux , et cela par une foible
»hypothèse de la matiere divisée, et mise
» en mouvement de telle ct telle maniés
» re. . . . . De maniére que Dieu n'a eu
» autre chose à faire qu'à créer la matiére ,
»la diviser en partics , et la mettre en
»mouvement , suivant un petit nombre
de certaines Loix , et que cela ne pouvoit
manquer de produite de soi-même
...
12
AOUST. 1733 : 1737
le monde et toutes les créatures qui y
sont contenues. Pour la réfutation de
cette hypothése ,, continue cet Auteur ,
n'aurois qu'à renvoyer le Lecteur au
» systême du Docteur Cudwort ; mais
» pour lui épargner cette peine, je vais en
transcrire les paroles..... Dieuse con
tentant de regarder en spectateur in-
» différents ce Lusus Atomorum , ou cette
» danse agréable des Atômes , et les différents
effets qui en résultent. Non con-
» tens de cela , ces Déïstes méchaniques
» ont excédé et surpassé en ceci les Athées
» atomiques , par une extravagance plus
oursée que la leur ; car les Athées de
profession n'ont jamais osé affirmer que
» ce systéme régulier des choses fut le ré-
» sultat d'un mouvement fortuit d'Atomes
au commencement , avant d'avoir
produit pendant bien du temps des
combinaisons ineptes ou des assembla-
» ges de choses particulières , et des sys-
» têmes ridicules du tout. Ils supposoient
» même que la régularité des choses de ce
monde ne subsisteroit pas toujours , et
» que la confusion et le désordre s'y re-
> mettroient avec le temps ; qu'outre le
monde que nous habitons , il y en a encore
en ce moment un nombre inexprimable
d'autres irréguliers , dont il
Cij n'y
1738 MERCURE DE FRANCE
» n'y en a pas d'un entre mille et dix mil-
» le , qui ait une régularité pareille au
» nôtre ...... Mais nos Déïstes micha
» niques prétendent que leurs Atomes
» n'ont jamais bronché dans leurs mou-
» vemens, ni produit aucun systéme inep-
» te , ni aucunes formes impropres , et
» qu'ils se sont placez et rangez dès le
commencement avec tant d'ordre et de
» méthode , que la sagesse même n'auroit
» pû le faire mieux , ni avec plus d'exactitude.
C'est par cette raison que çes
» Déi tes re ettent absolument le grand
» a gument qui prouve l'Existence de
Dicu , tiré du Phénoméne de la nature
n artificielle des choses , sur lequel on a si
» fort insisé dans tous les siècles , et qui
» fait ordinairement le plus d'effet sur l'es-
» prit humain. Les Athées s'applaudissent
» cependant en secret , er triomphent de
>> voir la cause du Déïsme trahie de cette
» maniere par ses partisans et ses défen-
» seurs les plus zélez , et le grand argu-
» ment éludé pour favoriser leur cause.
Rien ne sçauroit marquer une plus gran
» de dépravation d'esprit , ni plus de folic
et de stupidité dans les Déïstes pré.en-
» dus , que de n'avoir aucun égard à la
forme régulière et artificielle des cho
ses , ni aux impressions de l'art et de
AOUST . 1733 . 1739
wla
sagesse divine , et de ne regarder
» le Monde et les productions de la Na-
» ture , qu'avec des yeux de boeuf ou de
» cheval.
Le sieur Ray , dans la fureur qui le
transporte , n'entend pas les termes dont
il se sert car qu'est- ce qu'un Déïste , suivant
la notion génerale ? C'est un impiet
qui ne suit aucune Religion particuliere ,
qui reconnoît , à la verité , l'existence de
Dieu mais qui refuse de croire les Mysteres
que Dieu a révelez. Or ces Deïstes qui refusent
de se rendre à l'évidence de la révé.
lation , ne sont pas ceux qui font le moins
valoir le grand argument de l'existence
de Dieu , tiré de sa sagesse dans la Création.
On ne sçait ce que le sieur Ray
veut dire par ces paroles : » Les Athées
» s'applaudissent cependant en secret , et
» triomphent de voir la cause du Déïsme
>>trahie de cette maniere par ses Parti-
» sans et ses Deffenseurs les plus zelez .
Il prend ici la cause du Déïsme pour une
bonne cause trahie , et il semble appli
quer aux Carthésiens les termes de Partis
sans et de Deffenseurs les plus zelez de
la bonne cause. Mais c'est bien plutôt
cet Auteur qui trahit la cause qu'il entreprend
de soutenir , par la foiblesse
avec laquelle il traite son sujet . S'il eût
Ciij fair
1740 MERCURE DE FRANCE
ა
fait remarquer , comme les Carthésiensces
Loix générales dont l'uniformité produit
un Monde si diversifié ; s'il se fût
élevé jusqu'à un méchanisme sublime
qui donnât une idée de la Création proportionnée
à ce que notre foible esprit
peut concevoir de plus grand et de plus
magnifique ; si en s'attachant à ce qu'il.
ya de plus merveilleux dans la Nature
il eût observé , comme ceux qu'il appelle-
Deistes , que cette multitude immense
de mouvemens des Corps Celestes , que
révolutions si constantes des Astres ,
que cette fécondité si riche et si brillan-.
te de l'Univers , que tous ces Phénomenes
si utiles à l'homme , et qui étalent
à ses yeux un spectacle digne du Créateur
, qu'enfin la beauté ravissante de
toutes les Oeuvres de Dieu , est un
témoignage continuel et invincible de sa
sagesse et de sa toute- puissance dans la
Création , par la simplicité et l'ordre des
ressorts qui y sont employez , il eût rem--
pli son sujet avec la dignité convenable ,
mais il ne s'arrête qu'à un petit détail ,
et ne présente par tout que des images.
basses et imparfaites d'un sujet qui surpasse
ses forces.
C'est favoriser l'athéïsme et le syste
me du hazard , que de rejetter le méchaA
O UST. 173′3 ; 1741
chanisme de la Nature , par lequel les
Carthésiens n'entendent autre chose que
les loix generales du mouvement établics
par le Créateur. Que chaque Philosophe
conçoive et suppose ces Loix
générales à son gré , que
differens Phisiciens
suivent des vues systématiquesfort
éloignées ; tous au moins doivent
convenir que ce n'est pas une pensée raisonnable
sur l'Etre suprême , de croire
que l'uniformité et la simplicité manquent
à ses Productions . Le principal but
de la Physique est donc de rapporter tous
les raisonnemens à ces principes. C'est à
quoi les Carthésiens ont beaucoup mieux
réussi qu'aucune autre Secte de Philosophes
, ayant mieux expliqué le méchanisme
general de la Nature; et ' on peut
dire que ceux qui tâchent d'étendre et
de pousser plus loin ce méchanisme , sont
ceux qui pensent et qui s'expliquent le
mieux au sujet de la sagesse et de la toùte-
puissance de Dieu dans la Création . A
la verité , le Philosophe rempli de pré
somption , se persuade qu'il peut concevoir
et faire entendre aux autres cet ordre
admirable établi dans les Ouvrages
de Dieu ; au lieu que le Physitien modeste
, qui connoît la foiblesse et l'incer
titude de ses lumieres , ne regarde tous
Ciij les
742 MERCURE DE FRANCE
les raisonnemens physiques que comme
des hypothéses.
>>
Continuons de rapporter la censure de
la Philosophie Carthésienne par l'Auteur
Anglois. Il se trouve , dit-il , pag. 35 .
» plusieurs Phénomenes dans la Ñature ,
» lesquels étant en partie au- dessus de la
»force et de la portée , et en partie con-
>> traires aux Loix du Méchanisme , ils
» ne sçauroient se résoudre sans avoir re-
>> cours aux causes finales et à quelques
» principes de vie ; par exemple , ce-
» lui de la gravité ou du penchant que
» les corps ont à descendre , le mouve-
» ment du diaphragme dans la respira-
» tion , la systole et la diastole du coeur ,
» qui n'est autre chose qu'une contraction
et un relâchement des muscles ,
» et par consequent ne sçauroit être un
» mouvement méchanique , mais un prin-
» cipe de vie. Nous pourrions encore
» ajoûter à cela entre plusieurs autres
» choses , l'intersection des plans de l'E-
» quateur et de l'Ecliptique ou du mou-
» vement diurne ou journalier de la Ter-
» re sur un axe qui n'est pas parallele à
celui de l'écliptique , ni perpendiculaire
à son plan ..... On ne sçauroit
» donc attribuer la continuation de ce
» double mouvement annuel et diurne
nde
23
A O UST. 17337 1748
de la Terre sur des axes non paralleles,
» à autre chose qu'à une cause finale ou
» mentale , ou rò fixTisov , parce qu'il
étoit à propos que cela fût ainsi , la
» varieté des saisons de l'année en dé
» pendant. Mais le plus considerable de
» tous les Phénoménes pir içuliers est la
»formation et l'organisation des corps
>> des animaux , remplis de tant de varietez
et de merveilles , que ces Philo-
» sophes méchaniques n'en pouvant faire
»la solution par le mouvement nécessaire
» de la matiere , sans qu'elle fût dirigée
par l'esprit à de certaines fins , ont pru-
» demment interrompu leur systéme en
» cet endroit , où ils devoient traiter des
» animaux , et n'en ont pas touché un
» seul mot.
23
On connoît clairement par cette critique
, que le sieur Ray est aussi peu
versé dans la Philosophie Carthésienne
qu'il est injuste dans l'accusation qu'il
intente contre elle. Nous avons vû plus
haut qu'il attribuë aux Carthésiens un
systéme d'Atomes , quoique les trois Elemens
de Descartes soient divisibles à l'infini
, et que par conséquent Descartes
rejette les Atomes , qui signifient des Elemens
indivisibles. Le sieur Ray ne se
trompe pas moins, en disant que dans les
C v Phé1744
MERCURE DE FRANCE
:
Phénomenes qu'il cite , il y a de la contrarieté
au Mechanisme de la Nature. Il
est vrai que les loix générales du mouvement
n'expliquent pas la construction
du corps des animaux , ni la forme de
ces organes merveilleux qui servent aux
differentes fonctions du principe qui les
anime. Le mouvement circulaire des
trois Elémens de Descartes ne peut faires
concevoir , par exemple, comment ont
été produits les instrumens de la faculté
visuelle ; mais les Carthésiens doivent :
seulement avouer que leur méchanisme ,
quoiqu'il n'y ait aucune contrarieté , est
insuffisant pour expliquer tous les Phé
noménes , et sur tout l'organisation admirable
des animaux ,, les corps animezz
et inanimez étant vrai- semblable--
ment produits suivant des loix differen--
tes, ou plutôt dont nous n'appercevons
pas la liaison. * Il ne s'ensuit pas de ce
que la Créature est incapable de conce
voir entierement le grand Ouvrage de :
la Création , qu'il lui soit defendu de rechercher
les causes physiques et naturel
+
La plupart même des Carthésiens estiment aun
aujet de l'organisation continuelle et toujours
cemblable , des Plantes et des Animaux , que tous :
res corps formez en même-temps par le Souve
fain Etre , dans les graines ou dans les oeufs , nesont
que se développer successivement,
leas
A O UST. 1733. 17455
les , suivant les principes les plus géné
caux et les plus simples , en les rappor
tánt à la sagesse et à la toute- puissance
du Créateur.
Les difficultez qui se trouveut sur la
pesanteur , ne peuvent se résoudre par
des principes de vie qui n'ont aucun rapport
avec elle , ou par des causes finales ,.
qui ne sont en aucune maniere des causes
physiques ; et si les explications que
Descartes a données de la pesanteur , ont
été attaquées par de fortes objections ,
tous les Philosophes se sont au moins
accordez à tirer ces Explications d'un '
méchanisme général de la Nature. Le
'steur Ray est si peu d'accord avec luid
même au sujet de la respiration et de la¹
systole et diastole du coeur, qu'après avoir
affirmé que ces mouvemens ne peuvent
être méchaniques , il regarde ailleurs com
me une question douteuse de sçavoir si
les bêtes sont des vrayes machines , ou
s'il convient de leur attribuer la vie et le
sentiment.
cliptiqueant
à l'intersection
de l'é-
1
de l'équateur , on en peut donner
plusieurs raisons qui n'ont rien de
contraire au systéme Carthésien . L'obli
quité de l'écliptique par rapport à l'équateur
, dont l'axe conserve toujours
son parallelisme est assurément la cause
av de
1746 MERCURE DE FRANCE
de la varieté des Saisons , mais cette cause
finale , encore une fois , ne peut passer
pour une cause phisique. L'Explication
naturelle de ce phénoméne peut se rapporter
, suivant les principes d'un Méchanisme
général , ou aux particules cannelées
, qui traversant les pores du G'obe
Terrestre d'un certain sens , déterminent
sa position , ou à la qualité du fluide qui
emporte la Terre par un mouvement
circulaire , ou à la pression des tourbillons
voisins , ou à la résistance que tout
corps solide apporte à l'impression du
mouvement qu'il reçoit , ou à toutes ces
causes réunis , ou aux differentes hypotheses
que la sagacité du Physicien lui
fera inventer. Dieu permet à l'homme
de faire quelques raisonnemens assez vraisemblables
sur les Corps Celestes , si prodigieusement
éloignez de nous ,
afin que
cette étude éleve notre esprit à la Majesté
de l'Etre suprême , en même - temps
que la présomption de l'homme est domptée
par la profonde ignorance où il est
de ce qui est au- dedans de lui - même et
de ce qui fait partie de sa propre substance.
C'est une calomnie insoutenable de
dire que les Carthésiens rejettent absolument
le grand argument qui prouve
» l'eA
O UST. 1733 1747
» l'éxistence de Dieu , tiré du phénoméne
de la forme artificielle des choses .
Nulle Philosophie au contraire ne donne
des idées aussi sublimes de la sagesse
de Dieu dans la Création ; nulle Physique
ne ramene davantage l'esprit au
Créateur , en rapportant tous les phénoménes
qu'elle peut expliquer à des loix
simples et génerales émanées nécessairement
de la Toute puissance divine . C'est
l'argument le plus invincible contre l'Athéïsme
, c'est l'exclusion la plus forte du
hazard , dont la régularité et l'uniformité
ne peuvent être les productions . Plus l'idée
d'un méchanisme est générale , constante
et uniforme , comme dans le Carthésianisme
, plus elle est inséparable des
idées de dessein et de sagesse. Ces Re-
Aléxions suffisent pour prouver des veritez
si évidentes, d'autant plus que pour
détruire l'Athéïsme par le raisonnement ,
il faudroit que quelque homme qui raisonne
fût capable d'Athéïsme , ce qui est
impossible. Il est donc certain que l'accusation
du Carthésianisme par les Docteurs
Cudwort et Ray , est au fond trèsfrivole
et très mal fondée , injurieuse à
plusieurs saints et sçavans personnages ,
qui ont soutenu cette Philosophie , et aux
Écoles qui l'enseignent publiquement.
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Résumé : DÉFENSE du Cartésianisme, par M. le Gendre de S. Aubin ; contre les accusations des Docteurs Cudwort et Ray.
Le texte est une défense du cartésianisme contre les critiques des docteurs Cudworth et Ray, exprimées dans leur ouvrage 'L'Existence et la Sagesse de Dieu, manifestées dans les Oeuvres de la Création'. Le défenseur du cartésianisme reproche à Ray d'avoir commencé son livre en approuvant l'idée que les êtres imparfaits sont plus nombreux que les parfaits, ce qui est jugé inapproprié pour un panégyriste de la sagesse divine. Ray est également critiqué pour avoir fondé la sagesse divine sur un mécanisme de détail, jugé bas et imparfait comparé au mécanisme sublime des cartésiens. Malgré ses attaques contre le cartésianisme, Ray reconnaît certaines hypothèses cartésiennes, comme celle des tourbillons et la diversité des créatures sur les planètes. Le défenseur du cartésianisme répond aux accusations de Ray en expliquant que Descartes exclut les causes finales de la physique pour se concentrer sur les causes naturelles. Il argue que cette approche est pieuse et édifiante, et que la physique doit déduire les phénomènes des lois générales de la nature établies par Dieu. Le texte critique Ray pour avoir accusé les cartésiens de détruire l'argument de l'existence de Dieu en réduisant la création à des lois mécaniques. Le défenseur du cartésianisme conclut que les cartésiens ont mieux expliqué le mécanisme général de la nature et la sagesse divine que toute autre secte philosophique. Le texte discute également de divers phénomènes naturels, comme la gravité, la respiration, les mouvements du cœur, et les mouvements de la Terre, qui semblent défier les lois du mécanisme et nécessitent l'intervention de causes finales ou de principes de vie. Il critique l'incapacité des philosophes mécanistes à expliquer l'organisation des corps animaux, soulignant que ces philosophes interrompent leur système lorsqu'ils abordent ce sujet. Les cartésiens reconnaissent l'insuffisance de leur mécanisme pour expliquer tous les phénomènes, notamment l'organisation des animaux, mais estiment que les corps animés et inanimés sont produits selon des lois différentes. Le texte aborde des difficultés spécifiques comme la pesanteur, la respiration, et les mouvements du cœur, soulignant que les explications cartésiennes, bien que critiquées, restent mécanistes. Il mentionne l'obliquité de l'écliptique par rapport à l'équateur et les diverses causes possibles de ce phénomène, tout en insistant sur le fait que les causes finales ne peuvent être des causes physiques. Enfin, le texte réfute l'accusation selon laquelle les cartésiens rejettent l'argument de la forme artificielle des choses pour prouver l'existence de Dieu. Il affirme que la philosophie cartésienne donne des idées sublimes de la sagesse divine et constitue un argument fort contre l'athéisme. Le texte conclut en dénonçant les accusations frivoles et mal fondées contre le cartésianisme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 1851
QUESTION.
Début :
Quel est l'état le plus propre à acquerir la Sagesse, de la Richesse ou de la Pauvreté ? [...]
Mots clefs :
Richesse, Pauvreté, Sagesse
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texteReconnaissance textuelle : QUESTION.
QUESTION.
Quel est l'état le plus propre à acquerir la Sagesse
, de la Richesse ou de la Pauvreté ?
Quel est l'état le plus propre à acquerir la Sagesse
, de la Richesse ou de la Pauvreté ?
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25
p. 254-269
REFLEXIONS de M. Simonnet Prieur d'Heurgeville, sur la Question proposée dans le Mercure d'Août 1733. Quel est l'état le plus propre à acquerir la Sagesse, de la Richesse ou de la Pauvreté.
Début :
Il est une vraye et une fausse Sagesse, et les hommes sont si aveugles ou si [...]
Mots clefs :
Sagesse, Richesses, Pauvreté, Passions, Riches, Vertu, Hommes, Vérité, Monde, Préjugés
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS de M. Simonnet Prieur d'Heurgeville, sur la Question proposée dans le Mercure d'Août 1733. Quel est l'état le plus propre à acquerir la Sagesse, de la Richesse ou de la Pauvreté.
REFLEXIONS de M. Simonnet
Prieur d'Heurgeville , sur la Question
proposée dans le Mercure d'Août 1733 .
Quel est l'état le plus propre à acquerir la
Sagesse , de la Richesse ou de la Pauvreté.
I
و
L est une vraye et une fausse Sagesse ,
et les hommes sont si aveugles ou si
pervers , qu'il est très - rare qu'ils ne recherchent
et n'estiment plutôt ce vain
fantôme de Sagesse que la Sagesse
même , qu'ils traitent de foiblesse et de
simplicité ; tant le déreglement du coeur
a répandu de profondes ténébres dans
l'esprit. Ce seroit donc " bâtir en l'air et
établir des principes sans fondement, que
de vouloir assigner l'état le plus favora
ble à la Sagesse , sans avoir auparavant
défini ce que l'on entend ordinairement,
et ce que l'on doit entendre par ce terme
si commun , mais dont on a des idées și
peu justes et si confuses.
En quoi le monde fait-il consister la
Sagesse ? Dans un extérieur de probité
que le coeur dément ; dans l'art de dissimuler
ses sentimens ; à parler d'une
façon et penser d'une autre ; à donner à
la fausseté, des couleurs de la verité; et à
couvrir
FEVRIER. 1734. 255
couvrir celle - ci des apparences odieuses
du mensonge ; à faire jouer mille ressorts
et mille machines pour venir à ses fins ;
et à engager les hommes droits dans les
piéges qu'on leur tend : c'est ce qu'on
nomme fine politique , Sagesse consommée.
Paroître avec un visage riant et un
visage ouvert , lorsque l'on est rongé intérieurement
d'envie , de jalousie , d'animosité
faire obligeamment mille offres
de services à ceux même que l'on verroit
avec joye perir et abîmer, parce que l'interêt
et l'ambition le demandent; sçavoir
prendre des souterrains qui cachent le
crime et l'injustice , pour se pousser et
faire son chemin à quelque prix que ce
soit ; se deffendre des vices grossiers ,
énormes et infamans , sans se mettre en
peine de toutes les horreurs qui se cachent
sous le voile des ténébres et du silence
; c'est ce qui s'appelle être Sage :
en un mot, certe Sagesse du monde n'est
que le déguisement des passions criminelles
dont on est l'esclave ; au lieu que
la vraie Sagesse en est la victoire et le
triomphe, ou du moins elle apprend à les
regler , à les moderer , à les maîtriser.
Il y en a qui mettent la Sagesse dans
une humeur sombre, mélancolique , austere
; dans un air triste et morne ; dans
C vj
une
256 MERCURE DE FRANCE
une certaine pesanteur ennuyeuse et à
charge à tout le monde ; mais ils se
trompent: la vraye sagesse n'a rien de farouche
ni de rebutant , c'est une vertu
de societé qui lie les hommes par la bonté
, la douceur , l'amitié sincere , qui les
instruit et les corrige , sans les choquer
ni les aigrir , elle s'insinue dans les coeurs
par des charmes dont ils ne peuvent se
deffendre. Quoiqu'elle soit ennemie du
déguisement et de la duplicité , elle
sçait dissimuler à propos, et semble ne pas
appereevoit ce qu'elle ne peut rectifier.
Elle fait valoir agréablement les interêts
de la justice et de la verité , et elle a le
secret de les rendre aimables ; si elle est
obligée de combattre vigoureusement
ou de souffrir pour les deffendre , elle le
fait avec joye , sans fiel , sans animosité.
Sa constance la soutient dans tous les
maux et dans les disgraces : quoiqu'elle
n'y soit pas insensible , elle aime mieux en
étre la victime que de les susciter, quand
elle le pourroit , à ceux qui se déclarent
ses ennemis .
Les Stoïciens se sont rendus ridicules,
par l'idée extravagante qu'ils donnoient
de leur Sage. A les entendre il étoit aussi
insensible qu'un rocher contte lequel
viennent se briser les flots de la Mer. Les
inforFEVRIER
. 1734. 257
infortunes , les pertes , les afflictions les
plus accablantes ne lui causoient pas la
moindre émotion. Il étoit à l'épreuve des
douleurs les plus cuisantes , des playes les
plus profondes , des plus terribles coups,
dont un homme puisse être frappé . Il n'y
avoit ni peines ni tourmens si affreux qui
pussent troubler la severité de son ame,
et l'empêcher d'être heureux. Voilà à
quelle outrance le feu de l'imagination
a porté des hommes , d'ailleurs éclairez
, qui faisoient l'admiration de leur
tems , et qui s'appliquoient uniquement
à la recherche de la Sagesse ; telle étoit
l'idée fausse et chimerique qu'ils en
avoient conçue , et qu'ils vouloient en faire
concevoir aux autres . Il falloit qu'ils connussent
bien peu l'Homme naturellement
si sensible et si délicat , pour le croire
capable d'une telle insensibilité , d'une
telle dureté , qui seroit contre sa nature
et qui dégenereroit en vice. Ils ne sçavoient
gueres ce que c'étoit que la vertu
pour en forger une de cette trempe. La
vertu ne consiste pas à être insensible
mais à vaincre la sensibilité par une fermeté
et une constance inébranlable qui
tienne inviolablement attaché au devoir.
C'est ainsi que de tout tems chacun
s'est figuré une Sagesse à son gré , et selon
258 MERCURE DE FRANCE;
,
lon son caprice; on est tombé tantôt dans
un excès, tantôt dans un autre . On a consulté
ses vûës , ses desseins , ses intérêts
pour paroître Sage sans l'être effectivement
, les passions se sont travesties et
ont voulu se montrer sous l'habillement
de la Sagesse ; mais si elles ont trompé
quelque tems les yeux des hommes peu
éclairez , on les a enfin reconnues pour
ce qu'elles étoient , et elles ont été honteu
sement dépouillées de ce vain ornement
dont elles avoient eu l'audace de se parer.
La parole du sage : rien de trop , est
peut-être la notion la plus juste , la plus
précise , la plus exacte que l'on puisse
donner de la vraie Sagesse. La difficulté
est de trouver et de garder ce juste milieu
en quoi elle consiste. Le sentier est extrémement
étroit et glissant ; il n'est pas
aisé de l'appercevoir , et il est presque
impossible de n'y pas broncher : delà
vient qu'il y a si peu de personnes qui
y entrent et qui s'y soutiennent. Les uns
sont trop promps , trop vifs , trop ardens ;
les autres trop flegmatiques , trop indolens
: vous en verrez qui affectent un
sérieux et une gravité qui glace : its
veulent paroître Sages et ce sont de vrais
Pedants; d'autres, pour éviter ce travers,
sont sottement folâtres et badins sans
>
rien
FEVRIER. 1734. 259
›
rien rabattre de la bonne opinion qu'ils
ont d'eux - mêmes ; beaucoup ont des manieres
trop libres et peu décentes , d'autres
sont trop resserrez , trop pointilleux .
Franchement à regarder les hommes tels
qu'ils sont , il n'y en a point dont on
puisse prononcer absolument qu'ils sont
Sages. Ils ont tous leurs défauts
et la
vraye Sagesse n'en souffre point , parce
que les défauts sont autant de dérangemens
de la raison , d'accès de folie , moins
durables , à la verité , et moins sensibles
mais aussi réels qu'une folie déclarée et
perseverante. La parfaite Sagesse est plutôt
dans le Ciel que sur la terre ; notre
partage est d'y tendre et d'en approcher
autant que la foiblesse humaine le permet
, en réprimant et retranchant lesdéfauts
que nous remarquons en nous : ( et
heureux qui les connoît ! c'est un commencement
de Sagesse , ) mais il ne faut
pas être assez vain pour s'imaginer jamais
de l'avoir acquise dans toute sa perfection.
·
Cette sublime vertu consiste donc dans
une certaine force , une certaine vigueur,
qui tient l'ame comme sur un point fixe
dans un exact équilibre entre l'excès.de
joye et de tristesse , de fermeté et de sensibilité,
d'amour et d'indifférence, de lentear
260 MERCURE DE FRANCE
>
teur et de vivacité , de bravoure et de
retenuë , de crainte et d'intrépidité ; qui
la rend maîtresse de tous ses mouvemens ,
qu'elle regle et qu'elle modere selon les
loix d'une raison éclairée qui la met audessus
de toute révolte des sens , de tout
déreglement des passions qu'elle gouverne
et qu'elle réduit avec un empire absolu.
Telle est la vraye Sagesse , qui convient
à l'homme,à laquelle il peut et doit
aspirer , mais dont, foible comme il est ,
il s'écartera toujours de quelque degré
à proportion de sa foiblesse ; s'il ne lus
est pas donné de parvenir au comble de
la perfection , où réside la Sagesse dans
son plein , il n'est pas moins obligé de
travailler à en approcher et à mesure qu'il
fera du progrès , on pourra dire qu'il
augmente en Sagesse .
у
Or en ce sens y a- t- il un état plus
propre que l'autre à l'acquerir ? la fausse
Sagesse est fort asservie à la situation des
personnes, et dépendante des circonstances
, des erreurs , des passions qui la favorisent
et qui la soutiennent. Il n'en est
pas ainsi de la vraie Sagesse ; elle est libre
et indépendante ; comme une puissante
Reine elle domine souverainement sur
tous les Etats , sur toutes les conditions;
Elle brille dans la prosperité , elle triomphe
FEVRIER 1734. 261
phe dans l'adversité les Richesses ne
peuvent la corrompre ; les miseres de la
Pauvreté ne peuvent l'avilir ; Elle habite
noblement dans la chaumière et s'assie
modestement sur le trône ; son éclat et
sa force se font sentir sous de vils haillons
, comme sous la pourpre
des Rois.
Elle appelle , elle invite tous les peuples ,
toutes les nations , tous les hommes jeunes
et vieux , grands et petits , riches et
pauvres ; mais qu'il y en a peu qui l'écoutent
! presque tous aiment mieux se laisser
entraîner par la passion , que conduire
par la Sagesse. C'est une lumiere bienfaisante
et universelle qui luit dans les ténébres
, mais les ténébres ne la com
prennent pas ; l'erreur , les préjugez ,
les passions dominantes du coeur humain
forment dans l'ame des nuages épais qui
empêchent ordinairement ses rayons d'y
pénétrer. Ainsi, quoique la Sagesse d'ellemême
soit indépendante , et que par sa
force elle puisse absolument surmonter
tous les obstacles et triompher de tous ses
ennemis ; il faut cependant avouer que
comme elle n'agit point avec violence ,
les oppositions qu'elle rencontre dans
certains états l'en éloignent ; il est
vrai que celui là est plus propre à l'acquerir
où elle trouve moins de résistance
et
262 MERCURE DE FRANCE
et où elle s'insinue avec plus de facilité.
Il s'agit donc ici d'exantiner lequel des
deux Etats de Richesse ou de Pauvreté
présente à la Sagesse plus ou moins de
difficultés et d'obstacles à surmonter: Ces
obstacles se réduisent , comme je l'ai déja
insinué, aux erreurs, aux préjugez , aux
passions .
Il est constant que dans l'état de Pauvreté
les erreurs et les préjugez sont en
plus petit nombre et moins difficiles à
vaincre. La verité s'y fait jour beaucoup
plus aisément chez les grands et les riches
dont elle ne peut presque aborder. Une
troupe de flatteurs les assiegent : on a
interêt de les menager ; on n'ose choquer
leurs préjugez et leur parler avec franchise
dans la crainte de s'attirer quelque
facheuse affaire . Si on leur annonce la verité
, ce n'est qu'avec des ménagemens
et des adoucissemens qui l'énervent et la
défigurent : rarement ils la reconnoissent
sous les déguisemens dont on la couvre
et encore plus rarement ils se l'appliquent.
Un homme qui se mêle d'instruire
ou de reprendre, quelque précaution qu'il
prenne pour le faire honnêtement , devient
importun et passe pour incivil
chez les personnes d'un certain rang : on
craint de le voir et il est trop heureux si
on
FEVRIER. 1734 263
on ne le chasse pas honteusement , si
même on ne lance pas contre lui quelques
traits d'indignation et de vengeance .
Les Petits et les pauvres sont plus dociles
et moins délicats , on en approche sans
peine ; on leur fait voir la verité dans
tout son jour ; on ne craint point de les
fatiguer de remontrances ; si quelquefois
ils ne les reçoivent pas bien , on en est
quitte pour avoir perdu sa peine ; du
moins ils ne sont pas redoutables. On
voit par expérience qu'ils ne tiennent pas
beaucoup aux erreurs et aux préjugez ,
quand on veut se donner le soin de les
instruire. D'ailleurs ils en ont moins que
les riches les faux principes du monde
ne leur ont pas si fort gâté l'esprit et cor.
rompu le jugement .
:
Il y a parmi les personnes du commun
plus de droiture , de simplicité , de candeur
; excellentes dispositions pour donner
entrée à la Sagesse . Ils n'ont pas de
si grands interêts qui les dominent et qui
les aveuglent ; ils ne sont pas étourdis
par tout ce tumulte , ces intrigues , ces
grands mouvemens qui agitent les riches
et qui étouffent la voix de la Sagesse . Les
passions les plus vives, les plus flatteuses,
ou les plus turbulentes qui dévorent
coux-ci , et qui ferment toutes les ave-
: nues
264 MERCURE DE FRANCE
و
nuës à la Sagesse , sont bien amorties
dans la Pauvreté , parce qu'elles n'y trouvent
presque point d'amorce . Ces dangereuses
maîtresses du coeur humain ne
font que languis dans un état où elles
manquent d'aliment , où rien ne les favorise
, où tout semble conjuré pour
leur perte. L'amour propre , ce tyran des
grandes fortunes est presque anéanti
dans les humiliations de la Pauvreté ;
l'ambition toujours inquiéte inquiéte et jamais
contente, n'y voit point de jour à se produire
et demeure sans action , sans mouvement
, dans une espece de l'éthargie,
l'attachement aux Richesses qui suit la
possession , cette honteuse ct insatiable
avarice n'a gueres lieu où elle ne sent rien
qui l'attire et qui puisse la contenter.
S'il y a quelques exemples du contraire,
ce sont des prodiges qui ne tirent pas
conséquence. Pour peu qu'on connoisse
de Pauvre , on le voit plus satisfait dans
les bornes étroites de sa condition , et
moins avide des biens périssables , que la
plupart des riches du siécle ; la volupté ,
des délices qui corrompent le coeur , qui
empoisonnent l'ame , et qui étouffent la
Sagesse , ces funestes syrenes qui attirent,
qui chatment, qui enchantent, pour donner
la mort , trouvent peu d'ouverture
dans
FEVRIER 1734. 265
dans un état dont la peine et le travail
sont inséparables , où l'on gagne difficilement
son pain à la sueur de son front,
où le corps est masté par de rudes et de
continuelles fatigues , où l'on ne voit aucune
des douceurs et des commoditez
qui engendrent et qui fomentent la mollesse.
La vie dure et laborieuse n'est pas
compatible avec les délicatesses de la sensualité
, dont les Richesses et l'abondance
sont le pernicieux aliment. Le Pauvre est
donc plus libre , plus dégagé , moins
esclave des passions.
Il faut avouer que ces veritez sont désolantes
pour les Riches , qui n'ont pas
perdu tout sentiment d'honneur et de
probité, et qui conservent encore du gout
pour la vertu. Tel est le danger de leur
état , qu'à moins qu'ils ne soient continuellement
en garde , et qu'ils n'ayent
le courage de rompre toutes ces barrieres,
de dissiper tous ces nuages , d'écarter
tous ces obstacles , la vraie Sagesse ne
peut avoir accès auprès d'eux . Rien n'est
plus propre à rabattre la présomption
trop ordinaire aux personnes distinguées
dans le monde par les faveurs de la fortune
, et à leur faire sentir combien est
injuste le mépris qu'ils font de la Pauvreté
, qui , à ne consulter même que les
lumieres
266 MERCURE DE FRANCE
lumieres naturelles , est préferable à l'affluence
des richesses , parce qu'elle est
plus favorable à la sagesse et à la vertu .
Les hommes les plus éclairez du Paganisme
, ces anciens Philosophes si cebres
dans l'Antiquité , s'accordent en
ce point avec les Chrétiens. Ils regardent
la pauvreté jointe à la frugalité et
à la vie dure , qui en sont les suites naturelles
, comme l'Ecole de la vertu . Au
contraire tout le soin , l'attirail , les agitations
qui accompagnent les richesses ,
leur paroissent un veritable esclavage, qui
entraîne celui de toutes les passions qu'elles
font naître et qu'elles nourrissent . Lycurgue
, ce fameux Législateur de Sparte ,
netrouva pas de moïen plus sûr et plus
puissant pour former les Laccdémoniensà
la sagesse et à la vertu , que de leur deffendre
l'usage de l'or et de l'argent.Jamais les
anciens Romains ne parurent si sages et si:
vertueux que lorsqu'ils témoignerent un
souverain mépris pour les richesses , et.
dès que l'abondance et le luxe s'y furent
introduits , ils tomberent dans les folies,
er les extravagances des passions les plus
effienées. Socrate , déclaré par l'Oracle ,,
l'homme le plus sage de la Grece , n'étoit
que le fils d'un simple Artisan , et
quoique l'éclat de son mérite eût pû le
mettre
FEVRIER 1734. 267
mettre au large et lui procurer les graces
de la fortune , il méprisa constammant
les richesses , et témoigna en toute
Occasion l'estime qu'il faisoit de la Pauvreté.
A la vûë de tout ce que la pompe
et le luxe pouvoient étaler de plus brillant
, il se félicitoit lui- même de pouvoir
s'en passer ; que de choses , disoit- il,
dont je n'ai pas besoin .
Que les Riches ne fassent donc point
si fort les hommes importans ; qu'ils ne
se flattent point tant des avantages d'une
florissante prosperité ; qu'ils ne regar
dent pas d'un air si méprisant ; qu'ils
ne traitent pas avec tant de hauteur et
de dureté le Pauvre qui les fait vivre de
son travail , de son industrie et qui les
aide de ses services , plus necessaires.
que ceux qu'ils peuvent eux mêmes lui
rendre . En vain possederoient- ils tous les
trésors du monde , sans le Laboureur ,
le Vigneron , le Jardinier qui cultivens
la terre ; avec tout leur or et leur
argent
ils n'auroient pas de quoi fournir aux
besoins les plus pressants de la vie ; sans
P'Artisan qui travaille utilement pour
cux , sans les Serviteurs qui sont à leurs .
gages ; malgré l'abondance de leurs richesses
, ils manqueroient d'habits pour
se couvrir , et seroient privez de toutes
les
268 MERCURE DE FRANCE
1
les commoditez et les délices qu'ils recherchent
avec tant d'empressement.
Quoique les Riches disent et pensent ,
ils ne peuvent se passer du Pauvre , et
le Pauvre pourroit absolument se passer
d'eux. Accoutumé à se contenter de peu
et à vivre frugalement du travail de ses
mais , il subsisteroit sans l'usage de l'or
et de l'argent ; il tireroit toujours de la
fécondité de la terre , les vrayes richesses
qu'elle renferme dans son sein et qu'elle
reproduit chaque année ; il vivroit tranquille,
sans les injustes vexations des Riches
qui s'engraissent de sa substance
qui lui ravissent trop souvent , par fraude
ou à force ouverte , le juste fruit de
ses travaux et le modique heritage de
ses peres . La sagesse et la vertu , quand
il a le bonheur de les posseder , sont les
seuls biens solides qu'on ne peut lui ôter;
ils lui appartiennent préferablement au
Riche,qui s'en rend indigne par le choix
qu'il fait des biens périssables ; les heureuses
dispositions qu'il y apporte par
son état même le dédommagent bien de
ce qui lui manque du côté de la fortune.
Nonobstant les préjugez contraires, on
ne peut disconvenir que naturellement
la prosperité n'aveugle et l'adversité ne
donne d'excellentes leçons de sagesse . Il
est
FEVRIER 1734. 269
est donc prouvé que la Richesse qui est
un état de prosperité , est moins propre
à l'acquerir que la Pauvreté , dont l'Adversité
est la fidelle Compagne .
La suite pour le Mercure prochain.
Prieur d'Heurgeville , sur la Question
proposée dans le Mercure d'Août 1733 .
Quel est l'état le plus propre à acquerir la
Sagesse , de la Richesse ou de la Pauvreté.
I
و
L est une vraye et une fausse Sagesse ,
et les hommes sont si aveugles ou si
pervers , qu'il est très - rare qu'ils ne recherchent
et n'estiment plutôt ce vain
fantôme de Sagesse que la Sagesse
même , qu'ils traitent de foiblesse et de
simplicité ; tant le déreglement du coeur
a répandu de profondes ténébres dans
l'esprit. Ce seroit donc " bâtir en l'air et
établir des principes sans fondement, que
de vouloir assigner l'état le plus favora
ble à la Sagesse , sans avoir auparavant
défini ce que l'on entend ordinairement,
et ce que l'on doit entendre par ce terme
si commun , mais dont on a des idées și
peu justes et si confuses.
En quoi le monde fait-il consister la
Sagesse ? Dans un extérieur de probité
que le coeur dément ; dans l'art de dissimuler
ses sentimens ; à parler d'une
façon et penser d'une autre ; à donner à
la fausseté, des couleurs de la verité; et à
couvrir
FEVRIER. 1734. 255
couvrir celle - ci des apparences odieuses
du mensonge ; à faire jouer mille ressorts
et mille machines pour venir à ses fins ;
et à engager les hommes droits dans les
piéges qu'on leur tend : c'est ce qu'on
nomme fine politique , Sagesse consommée.
Paroître avec un visage riant et un
visage ouvert , lorsque l'on est rongé intérieurement
d'envie , de jalousie , d'animosité
faire obligeamment mille offres
de services à ceux même que l'on verroit
avec joye perir et abîmer, parce que l'interêt
et l'ambition le demandent; sçavoir
prendre des souterrains qui cachent le
crime et l'injustice , pour se pousser et
faire son chemin à quelque prix que ce
soit ; se deffendre des vices grossiers ,
énormes et infamans , sans se mettre en
peine de toutes les horreurs qui se cachent
sous le voile des ténébres et du silence
; c'est ce qui s'appelle être Sage :
en un mot, certe Sagesse du monde n'est
que le déguisement des passions criminelles
dont on est l'esclave ; au lieu que
la vraie Sagesse en est la victoire et le
triomphe, ou du moins elle apprend à les
regler , à les moderer , à les maîtriser.
Il y en a qui mettent la Sagesse dans
une humeur sombre, mélancolique , austere
; dans un air triste et morne ; dans
C vj
une
256 MERCURE DE FRANCE
une certaine pesanteur ennuyeuse et à
charge à tout le monde ; mais ils se
trompent: la vraye sagesse n'a rien de farouche
ni de rebutant , c'est une vertu
de societé qui lie les hommes par la bonté
, la douceur , l'amitié sincere , qui les
instruit et les corrige , sans les choquer
ni les aigrir , elle s'insinue dans les coeurs
par des charmes dont ils ne peuvent se
deffendre. Quoiqu'elle soit ennemie du
déguisement et de la duplicité , elle
sçait dissimuler à propos, et semble ne pas
appereevoit ce qu'elle ne peut rectifier.
Elle fait valoir agréablement les interêts
de la justice et de la verité , et elle a le
secret de les rendre aimables ; si elle est
obligée de combattre vigoureusement
ou de souffrir pour les deffendre , elle le
fait avec joye , sans fiel , sans animosité.
Sa constance la soutient dans tous les
maux et dans les disgraces : quoiqu'elle
n'y soit pas insensible , elle aime mieux en
étre la victime que de les susciter, quand
elle le pourroit , à ceux qui se déclarent
ses ennemis .
Les Stoïciens se sont rendus ridicules,
par l'idée extravagante qu'ils donnoient
de leur Sage. A les entendre il étoit aussi
insensible qu'un rocher contte lequel
viennent se briser les flots de la Mer. Les
inforFEVRIER
. 1734. 257
infortunes , les pertes , les afflictions les
plus accablantes ne lui causoient pas la
moindre émotion. Il étoit à l'épreuve des
douleurs les plus cuisantes , des playes les
plus profondes , des plus terribles coups,
dont un homme puisse être frappé . Il n'y
avoit ni peines ni tourmens si affreux qui
pussent troubler la severité de son ame,
et l'empêcher d'être heureux. Voilà à
quelle outrance le feu de l'imagination
a porté des hommes , d'ailleurs éclairez
, qui faisoient l'admiration de leur
tems , et qui s'appliquoient uniquement
à la recherche de la Sagesse ; telle étoit
l'idée fausse et chimerique qu'ils en
avoient conçue , et qu'ils vouloient en faire
concevoir aux autres . Il falloit qu'ils connussent
bien peu l'Homme naturellement
si sensible et si délicat , pour le croire
capable d'une telle insensibilité , d'une
telle dureté , qui seroit contre sa nature
et qui dégenereroit en vice. Ils ne sçavoient
gueres ce que c'étoit que la vertu
pour en forger une de cette trempe. La
vertu ne consiste pas à être insensible
mais à vaincre la sensibilité par une fermeté
et une constance inébranlable qui
tienne inviolablement attaché au devoir.
C'est ainsi que de tout tems chacun
s'est figuré une Sagesse à son gré , et selon
258 MERCURE DE FRANCE;
,
lon son caprice; on est tombé tantôt dans
un excès, tantôt dans un autre . On a consulté
ses vûës , ses desseins , ses intérêts
pour paroître Sage sans l'être effectivement
, les passions se sont travesties et
ont voulu se montrer sous l'habillement
de la Sagesse ; mais si elles ont trompé
quelque tems les yeux des hommes peu
éclairez , on les a enfin reconnues pour
ce qu'elles étoient , et elles ont été honteu
sement dépouillées de ce vain ornement
dont elles avoient eu l'audace de se parer.
La parole du sage : rien de trop , est
peut-être la notion la plus juste , la plus
précise , la plus exacte que l'on puisse
donner de la vraie Sagesse. La difficulté
est de trouver et de garder ce juste milieu
en quoi elle consiste. Le sentier est extrémement
étroit et glissant ; il n'est pas
aisé de l'appercevoir , et il est presque
impossible de n'y pas broncher : delà
vient qu'il y a si peu de personnes qui
y entrent et qui s'y soutiennent. Les uns
sont trop promps , trop vifs , trop ardens ;
les autres trop flegmatiques , trop indolens
: vous en verrez qui affectent un
sérieux et une gravité qui glace : its
veulent paroître Sages et ce sont de vrais
Pedants; d'autres, pour éviter ce travers,
sont sottement folâtres et badins sans
>
rien
FEVRIER. 1734. 259
›
rien rabattre de la bonne opinion qu'ils
ont d'eux - mêmes ; beaucoup ont des manieres
trop libres et peu décentes , d'autres
sont trop resserrez , trop pointilleux .
Franchement à regarder les hommes tels
qu'ils sont , il n'y en a point dont on
puisse prononcer absolument qu'ils sont
Sages. Ils ont tous leurs défauts
et la
vraye Sagesse n'en souffre point , parce
que les défauts sont autant de dérangemens
de la raison , d'accès de folie , moins
durables , à la verité , et moins sensibles
mais aussi réels qu'une folie déclarée et
perseverante. La parfaite Sagesse est plutôt
dans le Ciel que sur la terre ; notre
partage est d'y tendre et d'en approcher
autant que la foiblesse humaine le permet
, en réprimant et retranchant lesdéfauts
que nous remarquons en nous : ( et
heureux qui les connoît ! c'est un commencement
de Sagesse , ) mais il ne faut
pas être assez vain pour s'imaginer jamais
de l'avoir acquise dans toute sa perfection.
·
Cette sublime vertu consiste donc dans
une certaine force , une certaine vigueur,
qui tient l'ame comme sur un point fixe
dans un exact équilibre entre l'excès.de
joye et de tristesse , de fermeté et de sensibilité,
d'amour et d'indifférence, de lentear
260 MERCURE DE FRANCE
>
teur et de vivacité , de bravoure et de
retenuë , de crainte et d'intrépidité ; qui
la rend maîtresse de tous ses mouvemens ,
qu'elle regle et qu'elle modere selon les
loix d'une raison éclairée qui la met audessus
de toute révolte des sens , de tout
déreglement des passions qu'elle gouverne
et qu'elle réduit avec un empire absolu.
Telle est la vraye Sagesse , qui convient
à l'homme,à laquelle il peut et doit
aspirer , mais dont, foible comme il est ,
il s'écartera toujours de quelque degré
à proportion de sa foiblesse ; s'il ne lus
est pas donné de parvenir au comble de
la perfection , où réside la Sagesse dans
son plein , il n'est pas moins obligé de
travailler à en approcher et à mesure qu'il
fera du progrès , on pourra dire qu'il
augmente en Sagesse .
у
Or en ce sens y a- t- il un état plus
propre que l'autre à l'acquerir ? la fausse
Sagesse est fort asservie à la situation des
personnes, et dépendante des circonstances
, des erreurs , des passions qui la favorisent
et qui la soutiennent. Il n'en est
pas ainsi de la vraie Sagesse ; elle est libre
et indépendante ; comme une puissante
Reine elle domine souverainement sur
tous les Etats , sur toutes les conditions;
Elle brille dans la prosperité , elle triomphe
FEVRIER 1734. 261
phe dans l'adversité les Richesses ne
peuvent la corrompre ; les miseres de la
Pauvreté ne peuvent l'avilir ; Elle habite
noblement dans la chaumière et s'assie
modestement sur le trône ; son éclat et
sa force se font sentir sous de vils haillons
, comme sous la pourpre
des Rois.
Elle appelle , elle invite tous les peuples ,
toutes les nations , tous les hommes jeunes
et vieux , grands et petits , riches et
pauvres ; mais qu'il y en a peu qui l'écoutent
! presque tous aiment mieux se laisser
entraîner par la passion , que conduire
par la Sagesse. C'est une lumiere bienfaisante
et universelle qui luit dans les ténébres
, mais les ténébres ne la com
prennent pas ; l'erreur , les préjugez ,
les passions dominantes du coeur humain
forment dans l'ame des nuages épais qui
empêchent ordinairement ses rayons d'y
pénétrer. Ainsi, quoique la Sagesse d'ellemême
soit indépendante , et que par sa
force elle puisse absolument surmonter
tous les obstacles et triompher de tous ses
ennemis ; il faut cependant avouer que
comme elle n'agit point avec violence ,
les oppositions qu'elle rencontre dans
certains états l'en éloignent ; il est
vrai que celui là est plus propre à l'acquerir
où elle trouve moins de résistance
et
262 MERCURE DE FRANCE
et où elle s'insinue avec plus de facilité.
Il s'agit donc ici d'exantiner lequel des
deux Etats de Richesse ou de Pauvreté
présente à la Sagesse plus ou moins de
difficultés et d'obstacles à surmonter: Ces
obstacles se réduisent , comme je l'ai déja
insinué, aux erreurs, aux préjugez , aux
passions .
Il est constant que dans l'état de Pauvreté
les erreurs et les préjugez sont en
plus petit nombre et moins difficiles à
vaincre. La verité s'y fait jour beaucoup
plus aisément chez les grands et les riches
dont elle ne peut presque aborder. Une
troupe de flatteurs les assiegent : on a
interêt de les menager ; on n'ose choquer
leurs préjugez et leur parler avec franchise
dans la crainte de s'attirer quelque
facheuse affaire . Si on leur annonce la verité
, ce n'est qu'avec des ménagemens
et des adoucissemens qui l'énervent et la
défigurent : rarement ils la reconnoissent
sous les déguisemens dont on la couvre
et encore plus rarement ils se l'appliquent.
Un homme qui se mêle d'instruire
ou de reprendre, quelque précaution qu'il
prenne pour le faire honnêtement , devient
importun et passe pour incivil
chez les personnes d'un certain rang : on
craint de le voir et il est trop heureux si
on
FEVRIER. 1734 263
on ne le chasse pas honteusement , si
même on ne lance pas contre lui quelques
traits d'indignation et de vengeance .
Les Petits et les pauvres sont plus dociles
et moins délicats , on en approche sans
peine ; on leur fait voir la verité dans
tout son jour ; on ne craint point de les
fatiguer de remontrances ; si quelquefois
ils ne les reçoivent pas bien , on en est
quitte pour avoir perdu sa peine ; du
moins ils ne sont pas redoutables. On
voit par expérience qu'ils ne tiennent pas
beaucoup aux erreurs et aux préjugez ,
quand on veut se donner le soin de les
instruire. D'ailleurs ils en ont moins que
les riches les faux principes du monde
ne leur ont pas si fort gâté l'esprit et cor.
rompu le jugement .
:
Il y a parmi les personnes du commun
plus de droiture , de simplicité , de candeur
; excellentes dispositions pour donner
entrée à la Sagesse . Ils n'ont pas de
si grands interêts qui les dominent et qui
les aveuglent ; ils ne sont pas étourdis
par tout ce tumulte , ces intrigues , ces
grands mouvemens qui agitent les riches
et qui étouffent la voix de la Sagesse . Les
passions les plus vives, les plus flatteuses,
ou les plus turbulentes qui dévorent
coux-ci , et qui ferment toutes les ave-
: nues
264 MERCURE DE FRANCE
و
nuës à la Sagesse , sont bien amorties
dans la Pauvreté , parce qu'elles n'y trouvent
presque point d'amorce . Ces dangereuses
maîtresses du coeur humain ne
font que languis dans un état où elles
manquent d'aliment , où rien ne les favorise
, où tout semble conjuré pour
leur perte. L'amour propre , ce tyran des
grandes fortunes est presque anéanti
dans les humiliations de la Pauvreté ;
l'ambition toujours inquiéte inquiéte et jamais
contente, n'y voit point de jour à se produire
et demeure sans action , sans mouvement
, dans une espece de l'éthargie,
l'attachement aux Richesses qui suit la
possession , cette honteuse ct insatiable
avarice n'a gueres lieu où elle ne sent rien
qui l'attire et qui puisse la contenter.
S'il y a quelques exemples du contraire,
ce sont des prodiges qui ne tirent pas
conséquence. Pour peu qu'on connoisse
de Pauvre , on le voit plus satisfait dans
les bornes étroites de sa condition , et
moins avide des biens périssables , que la
plupart des riches du siécle ; la volupté ,
des délices qui corrompent le coeur , qui
empoisonnent l'ame , et qui étouffent la
Sagesse , ces funestes syrenes qui attirent,
qui chatment, qui enchantent, pour donner
la mort , trouvent peu d'ouverture
dans
FEVRIER 1734. 265
dans un état dont la peine et le travail
sont inséparables , où l'on gagne difficilement
son pain à la sueur de son front,
où le corps est masté par de rudes et de
continuelles fatigues , où l'on ne voit aucune
des douceurs et des commoditez
qui engendrent et qui fomentent la mollesse.
La vie dure et laborieuse n'est pas
compatible avec les délicatesses de la sensualité
, dont les Richesses et l'abondance
sont le pernicieux aliment. Le Pauvre est
donc plus libre , plus dégagé , moins
esclave des passions.
Il faut avouer que ces veritez sont désolantes
pour les Riches , qui n'ont pas
perdu tout sentiment d'honneur et de
probité, et qui conservent encore du gout
pour la vertu. Tel est le danger de leur
état , qu'à moins qu'ils ne soient continuellement
en garde , et qu'ils n'ayent
le courage de rompre toutes ces barrieres,
de dissiper tous ces nuages , d'écarter
tous ces obstacles , la vraie Sagesse ne
peut avoir accès auprès d'eux . Rien n'est
plus propre à rabattre la présomption
trop ordinaire aux personnes distinguées
dans le monde par les faveurs de la fortune
, et à leur faire sentir combien est
injuste le mépris qu'ils font de la Pauvreté
, qui , à ne consulter même que les
lumieres
266 MERCURE DE FRANCE
lumieres naturelles , est préferable à l'affluence
des richesses , parce qu'elle est
plus favorable à la sagesse et à la vertu .
Les hommes les plus éclairez du Paganisme
, ces anciens Philosophes si cebres
dans l'Antiquité , s'accordent en
ce point avec les Chrétiens. Ils regardent
la pauvreté jointe à la frugalité et
à la vie dure , qui en sont les suites naturelles
, comme l'Ecole de la vertu . Au
contraire tout le soin , l'attirail , les agitations
qui accompagnent les richesses ,
leur paroissent un veritable esclavage, qui
entraîne celui de toutes les passions qu'elles
font naître et qu'elles nourrissent . Lycurgue
, ce fameux Législateur de Sparte ,
netrouva pas de moïen plus sûr et plus
puissant pour former les Laccdémoniensà
la sagesse et à la vertu , que de leur deffendre
l'usage de l'or et de l'argent.Jamais les
anciens Romains ne parurent si sages et si:
vertueux que lorsqu'ils témoignerent un
souverain mépris pour les richesses , et.
dès que l'abondance et le luxe s'y furent
introduits , ils tomberent dans les folies,
er les extravagances des passions les plus
effienées. Socrate , déclaré par l'Oracle ,,
l'homme le plus sage de la Grece , n'étoit
que le fils d'un simple Artisan , et
quoique l'éclat de son mérite eût pû le
mettre
FEVRIER 1734. 267
mettre au large et lui procurer les graces
de la fortune , il méprisa constammant
les richesses , et témoigna en toute
Occasion l'estime qu'il faisoit de la Pauvreté.
A la vûë de tout ce que la pompe
et le luxe pouvoient étaler de plus brillant
, il se félicitoit lui- même de pouvoir
s'en passer ; que de choses , disoit- il,
dont je n'ai pas besoin .
Que les Riches ne fassent donc point
si fort les hommes importans ; qu'ils ne
se flattent point tant des avantages d'une
florissante prosperité ; qu'ils ne regar
dent pas d'un air si méprisant ; qu'ils
ne traitent pas avec tant de hauteur et
de dureté le Pauvre qui les fait vivre de
son travail , de son industrie et qui les
aide de ses services , plus necessaires.
que ceux qu'ils peuvent eux mêmes lui
rendre . En vain possederoient- ils tous les
trésors du monde , sans le Laboureur ,
le Vigneron , le Jardinier qui cultivens
la terre ; avec tout leur or et leur
argent
ils n'auroient pas de quoi fournir aux
besoins les plus pressants de la vie ; sans
P'Artisan qui travaille utilement pour
cux , sans les Serviteurs qui sont à leurs .
gages ; malgré l'abondance de leurs richesses
, ils manqueroient d'habits pour
se couvrir , et seroient privez de toutes
les
268 MERCURE DE FRANCE
1
les commoditez et les délices qu'ils recherchent
avec tant d'empressement.
Quoique les Riches disent et pensent ,
ils ne peuvent se passer du Pauvre , et
le Pauvre pourroit absolument se passer
d'eux. Accoutumé à se contenter de peu
et à vivre frugalement du travail de ses
mais , il subsisteroit sans l'usage de l'or
et de l'argent ; il tireroit toujours de la
fécondité de la terre , les vrayes richesses
qu'elle renferme dans son sein et qu'elle
reproduit chaque année ; il vivroit tranquille,
sans les injustes vexations des Riches
qui s'engraissent de sa substance
qui lui ravissent trop souvent , par fraude
ou à force ouverte , le juste fruit de
ses travaux et le modique heritage de
ses peres . La sagesse et la vertu , quand
il a le bonheur de les posseder , sont les
seuls biens solides qu'on ne peut lui ôter;
ils lui appartiennent préferablement au
Riche,qui s'en rend indigne par le choix
qu'il fait des biens périssables ; les heureuses
dispositions qu'il y apporte par
son état même le dédommagent bien de
ce qui lui manque du côté de la fortune.
Nonobstant les préjugez contraires, on
ne peut disconvenir que naturellement
la prosperité n'aveugle et l'adversité ne
donne d'excellentes leçons de sagesse . Il
est
FEVRIER 1734. 269
est donc prouvé que la Richesse qui est
un état de prosperité , est moins propre
à l'acquerir que la Pauvreté , dont l'Adversité
est la fidelle Compagne .
La suite pour le Mercure prochain.
Fermer
Résumé : REFLEXIONS de M. Simonnet Prieur d'Heurgeville, sur la Question proposée dans le Mercure d'Août 1733. Quel est l'état le plus propre à acquerir la Sagesse, de la Richesse ou de la Pauvreté.
Le texte 'Réflexions de M. Simonnet, Prieur d'Heurgeville, sur la Question proposée dans le Mercure d'Août 1733' distingue la vraie sagesse de la fausse sagesse. La fausse sagesse est vue comme un masque des passions criminelles, marquée par la dissimulation et la manipulation. La vraie sagesse, en revanche, est une vertu sociale qui unit les hommes par la bonté, la douceur et l'amitié sincère. Elle sait également dissimuler à bon escient et rendre la justice et la vérité aimables. Le texte critique les Stoïciens pour leur vision extrême de la sagesse, qui prône une insensibilité totale aux malheurs. Il affirme que la véritable vertu consiste à dominer la sensibilité par une fermeté et une constance inébranlable. La sagesse est définie par la modération et l'équilibre entre les extrêmes, incarnée par la parole du sage : 'rien de trop'. La sagesse est indépendante des circonstances et peut être acquise dans tous les états, qu'il s'agisse de richesse ou de pauvreté. Cependant, la pauvreté présente moins d'obstacles à la sagesse, car elle est moins soumise aux erreurs, aux préjugés et aux passions. Les pauvres sont plus dociles et moins délicats, ce qui facilite l'accès à la vérité et à la sagesse. Les riches, en revanche, sont souvent entourés de flatteurs et craignent de choquer les préjugés, rendant l'accès à la vérité plus difficile. Le texte explore également la relation entre la richesse et la pauvreté, soulignant que l'avarice est omniprésente et difficile à satisfaire. Les pauvres, malgré leur condition modeste, sont souvent plus satisfaits et moins avides des biens matériels que les riches. La vie dure et laborieuse des pauvres les rend moins esclaves des passions et des délices qui corrompent l'âme. Les riches, en revanche, doivent constamment se garder des tentations pour accéder à la sagesse. La pauvreté, associée à la frugalité et à une vie dure, est présentée comme une école de vertu. Les philosophes anciens et les chrétiens s'accordent sur ce point. Lycurgue, par exemple, interdit l'usage de l'or et de l'argent à Sparte pour former les citoyens à la sagesse. Les Romains furent sages et vertueux tant qu'ils méprisèrent les richesses. Socrate, malgré son mérite, méprisa toujours les richesses et estima la pauvreté. Le texte invite les riches à ne pas se considérer comme supérieurs et à reconnaître leur dépendance envers les pauvres, sans qui ils ne pourraient subsister. Les pauvres, accoutumés à se contenter de peu, pourraient se passer des riches, contrairement à ces derniers. La sagesse et la vertu sont les seuls biens solides que les riches ne peuvent ôter aux pauvres. Enfin, le texte conclut que la prospérité aveugle tandis que l'adversité enseigne la sagesse, prouvant que la pauvreté est plus propice à l'acquisition de la sagesse que la richesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
26
p. 431-447
SUITE des Réfléxions de M. Simonnet, sur la Question proposée dans le Mercure d'Août.
Début :
Quoy ! dira-t-on, un état de Pauvreté où l'on voit tant de grossiereté, [...]
Mots clefs :
Pauvreté, Riche, Sagesse, Éducation, Monde, Riches, Passions, Esprit, Coeur, Hommes, Vie, Homme, Sage, Parents, Grands
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Réfléxions de M. Simonnet, sur la Question proposée dans le Mercure d'Août.
SUITE des Réfléxions de M. Simonnet
sur la Question proposée dans le Mercure
d'Août.
! dira- t- on , un état de Pauvreté
où l'on voit tant de grossiereté
, de rusticité , qui n'a que des оссира-
tions basses et terrestres sans presque
aucun des secours qui forment l'esprit et
cultivent les moeurs , cet état sera plus
propre
à la Sagesse que celui des Riches ,
où l'on trouve les avantages de la politesse
de la vie aisée et sur tout de l'Edu-
QUoy
!dira-t- on
cat on ?
Qu'on allegue tout ce qu'on voudra ;
l'expérience plus sûre et plus incontestable
que tous les raisonnemens, décide en
faveur du Pauvre : elle le montre presque
toujours plus moderé dans ses désirs,
plus reglé dans ses moeurs et moins escla
ve des passions ; par conséquent plus
Sage , ou du moins plus propre à le devenir
, que le Riche.
La politesse dont se flattent les personnes
du Monde , le dégagement des
Occupations viles et mécaniques , le train
d'une vie douce et commode , ne sont
pas d'un grand secours pour l'acquisition
de
432 MERCURE DE FRANCE
de la Sagesse. Peut - être trouvera t on
qu'ils y sont plus nuisibles , que profitables.
Il n'est pas facile de se persuader
que cet extérieur si mondain , souvent si
effeminé, qui fait le bel air et la politesse
du siécle ; que ce qu'on appelle vie aisée ,
c'est-à- dire vie molle et inutile , vie de
bonne chere , de jeu , de plaisirs , de divertissemens
, ou vie uniquement occu
pée d'intrigues , de projets ambitieux
de vûës d'interêt ; que tout cela soit plus
propre à devenir Sage qu'une vie simple
, innocente , rustique , laborieuse
dont les occupatious , toutes basses et
terrestres qu'elles paroissent , n'ont rien
que de loüable rien qui dissipe trop
l'esprit et le coeur , rien qui favorise les
déreglemens , rien qui ne mortifie les
inclinations vicieuses:
3
Les anciens Patriarches , ces hommes
choisis , ces favoris de Dieu , ces parfaits
modeles de Sagesse , s'il y en cut
jamais sur la Terre , n'avoient ni nos manieres
de politesse , ni tant de commoditez
s'ils paroissoient dans le Monde
avec leur extérieur simple , et leur vie
dure , nous ne manquerions pas de les
prendre pour
des gens grossiers , impolis
, peu propres à la societé et au commerce
du beau Monde; en un mot, pour
de
MARS 1734.
433
de bons Villageois . A les voir eux et leurs
Enfans ,de l'un et de l'autre sexe, occupez
à conduire eux -mêmes leurs Troupeaux ;
à chercher des eaux et des pâturages en
différents cantons avec des peines infinies ,
sans posseder en propre un pouce de
terre ; obligez de parcourir diverses Provinces
, de s'exposer à mille dangers
d'errer dans des Pays deserts et inconnus,
où ils se trouvoient quelquefois contraints
par la famine de se retirer ; à les
voir avec un pareil train et dans un tel
équipage, qui s'imagineroit que ce fussent
les plus Sages de tous les Hommes ? Ils
l'étoient cependant , et ils ne se démentirent
jamais ; au lieu que Salomon avec
toute la pompe et la magnificence du
plus puissant et du plus riche des Rois ,
avec tous les avantages d'une vie à laquelle
rien ne manquoit , n'eut pas la
force de se soutenir , et tomba du plus
haut dégré de Sagesse dans les plus
honteux excès ? tant il est vrai que la
vie dure et laborieuse du Pauvre est plus
propre à la Sagesse , que la vie du Kiche
avec tous ses aises et toutes ses commoditez
.
On dira peut-être que les Patriarches
n'étoient pas Pauvres Ils n'avoient cependant
ni fonds ni demeure assurée ; ils
:
B se
1
434 MERCURE DE FRANCE
se trouvoient souvent réduits à des états
fort tristes. Avec tout ce qu'ils pouvoient
avoir , ils essuyoient les plus facheux
inconveniens de la Pauvreté, et la
protection du Tout- puissant étoit leur
unique ressource . Si les Riches de nos
jours menoient communément une vie
aussi innocente et aussi penible , on ne
diroit pas que leur état fut peu propre à
acquerir la Sagesse : mais quelle énorme
différence entre leur maniere de vivre
et celle de ces Saints Personnages !
Au reste, il ne s'agit pas ici de l'extrême
indigence dont un ingenieux Auteur'a
dit qu'elle est la mere des crimes , et qu'elle
ne donne jamais que de mauvais conseils ;
mais d'une honnête Pauvreté qui excite
l'industrie et oblige au travail , où l'ơn
ne manque pas absolument de tout ;
mais où l'on n'a pas tout ce qu'il faut
pour vivre sans se donner de la peine et
du mouvement. Dans une Pauvreté excessive
on n'a guere vû de Sages de
quelque réputation , qu'un Diogene
admiré par un Alexandre , ( si cependant
il doit passer pour tel ) mais l'un et l'autre
étoient des hommes si singuliers en
différents genres , qu'ils ne peuvent
preuve , ni servis d'exemple.
faire
preuve ,
Il ne faut pas non plus confondre la
PauMARS
1734 435
,
Pauvreté dont nous parlons , avec la médiocrité
, où l'on a dequoi vivre commodément
, en se renfermant dans les
bornes de son état , sans aspirer à rien de
plus. Telle est la situation de quelques
Personnes qui avec un bien modique ,
filent tranquillement leurs jours dans une
molle oisiveté , et perdent agréablement
dans les jeux et les délices , un tems
précieux qu'ils devroient mettre à profit.
Un état où l'on n'a rien qui réveille
, qui anime , qui exerce l'esprit
et qui mette en oeuvre les heureux talens
qu'on a reçûs de la nature ; cet état engendre
naturellement la nonchalance et
la paresse , auxquelles le penchant ordinaire
entraîne ; et l'on sent assez combien
un tel Etat est peu propre à la Sagesse.
Rien au contraire ne lui est plus favorable
que la Pauvreté qui met l'homme
dans l'heureuse necessité d'agir , de s'occuper
utilement , de mettre en exercice
toutes ses forces , et de tirer de son fond
´tout ce qu'il peut produire de meilleur.
- 迪
et
En effet d'où amenoit - t'on ces grands
hommes ces illustres Romains qui
gouvernerent avec tant de Sagesse ,
qui deffendirent également par leur prudence
et par leur courage la République
dans les tems les plus difficiles et les plus
Bij
ora436
MERCURE DE FRANCE
و
orageux ? ce n'étoit ni de la sombre retraite
d'une pitoyable mendicité , ni du
somptueux éclat de l'abondance et du
luxe , ni du sein de la molesse et d'une
oisive mediocrité ; on venoit prendre ces
fameux Dictateurs à la charuë d'autres
fois on les trouvoit la Bêche à la main ,
exposez aux ardeurs du Soleil et aux injures
des Saisons , cultivant un petit bien
qui faisoit toute leur fortune: et ces hommes
rompus au travail , endurcis à toutes
les fatigues d'une vie champêtre , accoutumez
à la temperance et à la sobrieté,
sans passions , sans vices , alloient prendre
d'une main robuste et vigoureuse le
gouvernail de l'Etat , et le conduisoient
par leur profonde Sagesse à un Port assuré.
On ne s'arrêtoit pas à ces manieres
si polies , à cette vie douce et commode
qu'on préconise de nos jours. On cherchoit
le Sage où il se trouve ; dans une
vie Pauvre et laborieuse. Que les tems et
les moeurs sont changez le fond des
choses est toujours le même , et il n'en
est pas moins vrai qu'autrefois que les
avantages qu'on suppose dans les Riches,
nuisent plus à la Sagesse, qu'ils ne lui sont
utilės.
Mais ,dira - t- on, qui peut mieux y con
tribuer que l'Education ? Les Riches
n'ont
MARS 1734.
437
n'ont - ils pas ce privilége sur les Pauvres
? On leur choisit les plus excellens
Maîtres , on ne les quitte point de vûë ,
on les dresse avec beaucoup de soins et
de dépenses à tous les exercices convenables
; on porte l'attention jusqu'aux
premiers momens de leur naissance pour
en écarter tous les présages funestes , ou
les accidens facheux; on regarde avec une
attention scrupuleuse au lait qu'ils succent
, aux nourritures qu'ils prennent ,
à l'air qu'ils respirent : que ne fait t -on
pas pour les disposer de bonne heure à
soutenir honorablement les illustres Emplois
, les Dignitez éminentes ausquels ils
sont destinez ?
Voilà assurément de grandes précau-,
tions : mais enfin à quoi aboutissent elles ?
Les Riches , les Puissans du siècle avec
tout ce bel appareil d'Education , sont- ils
plus moderez , plus pieux , plus modestes,
plus exacts à leurs devoirs , plus équita-
Bles , plus humains , plus judicieux ; en
un mot , plus sages pour l'ordinaire, que
le reste des hommes ? Il ne s'en voit point
de si vains , de si fiers , de si emportez ,
de si vindicatifs , de si injustes, de si peu
maîtres d'eux- mêmes , de si
à la Religion , de si
gations de leur état ,
peu attachez
peu fideles
aux obliet
par conséquent
Bij
de
438 MERCURE DE FRANCE
de si éloignez de la Sagesse . A quoi sert
donc toute l'Education qu'on leur donne?
Il faut malgré tant de soins que l'on
prend , qu'ils soient bien mal cultivez
ou que l'arbre soit bien sauvage pour
produire de si mauvais fruits. L'un et
l'autre n'arrive que trop souvent .
,
Beaucoup de Riches sortent d'une Race
infectée , pleine de concussions et de rapines
, corrompue par les funestes impressions
du vice , qui se perpetue de génerations
en génerations. Ils tiennent
tantôt des inclinations d'une mere voluptueuse
, sensuelle , intempérante , qui ne
respire que luxe et que vanité ; tantôt du
mauvais coeur d'un pere injuste , avare ,
ambitieux , perfide , inhumain ; quelquefois
ils tirent de tous les deux une mauvaise
seve qui se trouve ensuite animée
de la parole et de l'exemple : on se donnera
des peines infinies pour exterminer
› le naturel ; il revient presque toujours ;
malgré les instructions , les remontrances
, les efforts même d'une juste severité
c'est un grand hazard s'il ne prend le
dessus , et s'il ne secoue le joug de toute
autorité qui le gêne.
;
D'un autre côté l'Education des Riches
est- elle si excellente qu'on se l'imagine ?
Plusieurs sont idolatres de leurs Enfans
св
MARS 1734:
439
et les perdent à force de les flatter. On
commence par leur souffrir tout ; on se
fait un jeu , un plaisir, un divertissement
de leurs passions naissantes , et on ne
prend pas garde que si l'on n'a soin de les
réprimer de bonne heure , on le tentera
inutilement, ou que l'on ne les domptera
qu'avec des peines extrêmes , quand une
fois elles se seront fortifiées avec l'âge,
Bien loin d'étouffer les passions dès leur
naissance , quoi de plus commun parmi
les Riches que de les faire naître et de les
amorcer à peine les premieres lueurs
d'une foible raison commencent à paroître
dans les Enfans , qu'on prend à tâche
de leur inspirer la vanité , l'amour propre
, la mollesse , l'attachement aux plaisirs,
qui les seduit avant même qu'ils ayent -
assez de jugement pour en connoître le
danger. On ne fait que leur souffler le
venin des fausses et dangereuses maximes
du monde , qui deviennent pour eux des
principes sur lesquels roulera toute la
conduite de leur vie. On ne manque pas
de leur apprendre toutes les loix les plus
bizarres d'une certaine bienséance ; on
leur fait étudier les modes ridicules et les
usages du monde. L'imagination, l'esprit,
le coeur de ces tendres Enfans sont obsedez
par le vain éclat des honneurs , du
B iiij
faste,
440 MERCURE DE FRANCE .
faste , et de la pompe du siècle : pendant
ce tems là rien ne les rapelle à la raison,
au sentiment , à la regle , à l'esprit de
Religion . Ainsi se passe l'Enfance de la
plupart des Riches. N'est- ce pas là un
grand acheminement pour la Sagesse ?
Les Pauvres dans leur simplicité ont
communément l'avantage de naître de
parens moins vicieux , qui leur inspirent.
l'horreur de bien des déreglemens , dont
le beau monde ne se fait pas tant de scrupule
. On les laisse dans l'innocence de
feur âge , sans les corrompre par les funestes
attraits du vice. On les éleve mieux
parce qu'on les ménage moins , et qu'on
ne les flatte pas tant. Ils commencent
dès -lors à sentir que l'homme est né pour
la peine et le travail , comme l'oiseau
pour voler ; ils ne regardent toutes les
grandeurs du Monde qu'en éloignements
et avec indifférence ; la droite raison se
forme , la Religion entre et s'établit plus
aisément dans ces petits coeurs où les
impressions étrangeres et les passions dangereuses
n'ont point fait tant de ravages ,
et moins ils sont élevez pour le Monde ,
plus ils ont de disposition à la Sagesse .
Les Riches ne se chargent pas beaucoup
, ni longtems de l'Education de
leurs Enfans , ils s'en rapportent à des
DoMARS
1734.
447
>
Domestiques, le plus souvent déréglez ;
ils la confient à des Gouverneurs des
Maîtres et des Précepteurs : mais la diffi-.
culté est d'en trouver de bons . Rien de
plus commun que les personnes qui se
mêlent d'élever la jeunesse , et rien de
plus rare que ceux qui ont toutes les
qualitcz requises pour un emploi si important.
Il faut du sçavoir , avec beaucoup
de probité ; de la prudence , du
désinteressement. On en trouve ass zqui
ont de la science : ils sont habiles Grammairiens
, grands Poëtes , fameux Orateurs
, versez dans toutes les subtilitez
de la Dialectique et de la plus fine Métaphysique,
ils connoissent parfaitement
toutes les expériences et pénetrent les
secrets de la nature . Ils sçavent l'Histoire ,
la Géographie , le Blason , quelquefois la
Géometrie et les Mathématiques : c'est
ce qui les fait briller , ce qui ébloüit
et ce qui leur procure la confiance des
Grands et des Riches : cependant ce
n'est là que la moindre qualité , et avec
tous ces beaux talens ils peuvent être de
très-mauvais Maîtres.
S'ils manquent de probité , comment
s'acquiteront- ils de la principale partie
de l'éducation , qui consiste à inspirer à
leurs disciples. l'horreur du vice et l'a
B. v mour
442 MERCURE DE FRANCE
mour de la vertu ? Pourvû que ces jeunes
Eleves se forment aux études , qu'ils apprennent
à bégayer un peu de Latin et de
Grec , à tourner des Vers , à construire
des Periodes et des Figures , à former des
Syllogismes , à disputer , à se tirer tant
bien que mal d'un raisonnement captieux;
le Maître les laissera tranquillement suivre
les funestes penchans de leur coeur
se plonger quelquefois dans les plus affreux
déreglemens , et Dieu veuille qu'il
n'en soit pas lui même ou le complice ,
où l'Auteur ?
,
2
S'il est en défaut du côté de la prudence
: avec tout le Grec et le Latin dont
il sera hérissé avec son enthousiasme
Poëtique , ou le pompeux étalage de son
Eloquence , avec les rafinemens de sa
Dialectique , il ne sera peut- être qu'un .
étourdi , un emporté, un esprit bourru
un homme sans raison , qui grondera à
tort et à travers , qui outragera mal- àpropos
ses disciples , et les accablera sans
discrétion de mauvais traitemens , plus
capable de les décourager et de les déde
l'étude et de la vertu que de
gouter
les y porters ou par un autre caprice
laura pour eux une douceur meurtriere ,
et sous prétexte de les ménager , il les
perdra par de lâches complaisances.
و
Un
MARS 1734. 443
Un Maître interessé qui n'a en vuë
qu'un gain sordide , ne sera guere capable
d'inspirer des sentimens d'honneur
et l'amour du devoir à ses disciples . Une
ame mercenaire n'entre point dans ces
dispositions , et n'a pas même la pensée
d'y faire entrer ses Eleves. Un homme
qui ne cherche qu'à faire fortune auprès
des Riches , comme il y en a beaucoup
, les flattera et les entretiendra
dans les inclinations vicieuses , pour se
ménager leurs faveurs . Il craindroit de
les irriter , s'il étoit plus ferme . On en
trouve peu qui agissent avec des vuës
aussi pures que le fameux Arsene , Précepteur
d'Arcadius , et qui aiment .
mieux , comme lui , s'exposer à perdre
leur Place et leurs espérances , que de
mollir dans les occasions , où la rigueur
est nécessaire .
Qu'il est rare dans le monde que les
Parens fassent un aussi heureux choix
en fait de Précepteur , que celui du Grand
Théodose ! qu'ils confient leurs Enfans à
un homme tel qu'Arsene ! qu'ils leur ordonnent
la même déférence , le même respect
pour leur Maître ! et qu'ils entrent
dans les sentimens de ce Religieux Empereur
, qui répetoit souvent , que les
Princes sesEnfans seroient veritablement di-
B-vj gness
444 MERCURE DE FRANCE
gnes de l'Empire, s'ils sçavoient joindre la¸
piété avecla science !
La plupart des Parens riches , ou ne se
donnent pas la peine de chercher de
bons Maîtres , ou n'ont pas le bonheur
de les trouver , et prennent pour tels
ceux qui brillent par de grands talens
pour les sciences , quoique tout le reste
leur manque ; ou enfin les Parens n'ont
pas eux- mêmes le goût de la bonne éducation
; ils se plaisent à étouffer les semences
de vertu que les Maîtres ont jettées
dans l'ame des Enfans , et à leur inspirer
la fureur des Jeux , des Bals , des Spectacles
, et de tout ce qui gâte l'esprit et corrompt
le coeur.
A quoi se réduit donc la belle éducation
dont les Riches se vantent? A parler
passablement quelques langues mortes , à
prendre quelque légere teinture de Philosophie
, de Jurisprudence ; à sçavoir
Danser , Escrimer , Monter à Cheval ;
mais dequoi sert tout cela pour acquerir
la sagesse ? Cela tout seul, n'est bon qu'à
rendre vain , présomptueux , entêté d'un
faux mérite , à donner du ressort aux passions
et à les rendre plus fougueuses ; ce
sont des armes entre les mains d'un furieux.
Du côté des moeurs et de la Religion,
les Pauvres ont tout l'avantage , on
les
MARS. 1734 445
les y forme presque toujours avec plus de
soin que les Riches ; c'est le principal et
l'essentiel de leur éducation qui n'est pas
si sujette à être corrompue et infectée par
le mauvais levain des plaisirs sensuels .
Quand on supposeroit même que les
Riches ont la plus parfaite éducation , elle
se perd bien- tôt dans l'air contagieux du
monde. Ils se regardent sous la discipline
des Maîtres, comme dans un triste esclavage
, et au sortir des études ils ne
font usage d'une trop grande liberté
qu'on leur laisse , ou qu'ils prennent de
vive force , que pout se dédommager en
quelque sorte de la contrainte et de la
gêne où ils ont vécu . Bien - tôt ils se donnent
carriere , et trouvant tout favorable
aux penchans de leur coeur, ils se livrent,
comme le jeune Augustin , à un affreux
libertinage. Le pas est glissant , on tombe
aisément dans le précipice ; mais il est
difficile de s'en retirer. Il fallut un miracle
pour convertir Augustin.
Voilà donc l'Education des Riches , le
plus souvent tres mauvaise dès l'Enfance,
confiée ensuite à des mains ou peu capables
, ou infidelles , qui n'en cultivent
que la moindre partie, et enfin gâtée dans.
ce qu'elle pourroit avoir de bon , par la.
Saute des Parens, et par le pernicieux usa--
gc
447 MERCURE DE FRANCE
ge du monde. Qu'attendre d'une pareille
éducation ? et quel fond y faire pour l'acquisition
de la sagesse ?
Je ne dis pas qu'il n'y ait eu dans tous
les siécles , et qu'il n'y ait encore des sages
parmi les Grands et les Riches ; nous
en avons d'illustres exemples devant les
yeux.
J'ai avancé que la Sagesse est de tous les
Etats , de toutes les conditions ; mais je
prétends que les Richesses d'elles - mêmes
ne fournissent pas plus de moyens pour
Pacquerir , qué la pauvreté , et qu'elles y
sont plutôt un grand obstacle , soit pour
l'avidité insatiable avec laquelle on les recherche
, et le trop grand attachement ,
qui en est presque inséparable ; soit par la
vie molle et sensuelle qu'elles fomentent ;
soit par la facilité qu'elles donnent à assouvir
les passions. C'est une vraie gloire
de les posséder sans attache , de se deffendre
de leurs séductions , et de conserver
dans une riche abondance toute la modération
de la sagesse ; mais cette gloire
n'est pas commune , parce qu'il est beaucoup
plus difficile d'y atteindre , que d'ê
tre sage dans les bornes étroites d'une
honnête pauvreté.Il est si vrai que ce dernier
état est plus propre à la sagesse ; que
le riche lui - même ne peut être sage ,
qu'au
MARS. 1734.
447
qu'autant qu'il est pauvre dans le coeur ;
c'est-à dire , qu'il approche des dispositions
du Pauvre et de son indifférence à
l'égard des biens périssables.
sur la Question proposée dans le Mercure
d'Août.
! dira- t- on , un état de Pauvreté
où l'on voit tant de grossiereté
, de rusticité , qui n'a que des оссира-
tions basses et terrestres sans presque
aucun des secours qui forment l'esprit et
cultivent les moeurs , cet état sera plus
propre
à la Sagesse que celui des Riches ,
où l'on trouve les avantages de la politesse
de la vie aisée et sur tout de l'Edu-
QUoy
!dira-t- on
cat on ?
Qu'on allegue tout ce qu'on voudra ;
l'expérience plus sûre et plus incontestable
que tous les raisonnemens, décide en
faveur du Pauvre : elle le montre presque
toujours plus moderé dans ses désirs,
plus reglé dans ses moeurs et moins escla
ve des passions ; par conséquent plus
Sage , ou du moins plus propre à le devenir
, que le Riche.
La politesse dont se flattent les personnes
du Monde , le dégagement des
Occupations viles et mécaniques , le train
d'une vie douce et commode , ne sont
pas d'un grand secours pour l'acquisition
de
432 MERCURE DE FRANCE
de la Sagesse. Peut - être trouvera t on
qu'ils y sont plus nuisibles , que profitables.
Il n'est pas facile de se persuader
que cet extérieur si mondain , souvent si
effeminé, qui fait le bel air et la politesse
du siécle ; que ce qu'on appelle vie aisée ,
c'est-à- dire vie molle et inutile , vie de
bonne chere , de jeu , de plaisirs , de divertissemens
, ou vie uniquement occu
pée d'intrigues , de projets ambitieux
de vûës d'interêt ; que tout cela soit plus
propre à devenir Sage qu'une vie simple
, innocente , rustique , laborieuse
dont les occupatious , toutes basses et
terrestres qu'elles paroissent , n'ont rien
que de loüable rien qui dissipe trop
l'esprit et le coeur , rien qui favorise les
déreglemens , rien qui ne mortifie les
inclinations vicieuses:
3
Les anciens Patriarches , ces hommes
choisis , ces favoris de Dieu , ces parfaits
modeles de Sagesse , s'il y en cut
jamais sur la Terre , n'avoient ni nos manieres
de politesse , ni tant de commoditez
s'ils paroissoient dans le Monde
avec leur extérieur simple , et leur vie
dure , nous ne manquerions pas de les
prendre pour
des gens grossiers , impolis
, peu propres à la societé et au commerce
du beau Monde; en un mot, pour
de
MARS 1734.
433
de bons Villageois . A les voir eux et leurs
Enfans ,de l'un et de l'autre sexe, occupez
à conduire eux -mêmes leurs Troupeaux ;
à chercher des eaux et des pâturages en
différents cantons avec des peines infinies ,
sans posseder en propre un pouce de
terre ; obligez de parcourir diverses Provinces
, de s'exposer à mille dangers
d'errer dans des Pays deserts et inconnus,
où ils se trouvoient quelquefois contraints
par la famine de se retirer ; à les
voir avec un pareil train et dans un tel
équipage, qui s'imagineroit que ce fussent
les plus Sages de tous les Hommes ? Ils
l'étoient cependant , et ils ne se démentirent
jamais ; au lieu que Salomon avec
toute la pompe et la magnificence du
plus puissant et du plus riche des Rois ,
avec tous les avantages d'une vie à laquelle
rien ne manquoit , n'eut pas la
force de se soutenir , et tomba du plus
haut dégré de Sagesse dans les plus
honteux excès ? tant il est vrai que la
vie dure et laborieuse du Pauvre est plus
propre à la Sagesse , que la vie du Kiche
avec tous ses aises et toutes ses commoditez
.
On dira peut-être que les Patriarches
n'étoient pas Pauvres Ils n'avoient cependant
ni fonds ni demeure assurée ; ils
:
B se
1
434 MERCURE DE FRANCE
se trouvoient souvent réduits à des états
fort tristes. Avec tout ce qu'ils pouvoient
avoir , ils essuyoient les plus facheux
inconveniens de la Pauvreté, et la
protection du Tout- puissant étoit leur
unique ressource . Si les Riches de nos
jours menoient communément une vie
aussi innocente et aussi penible , on ne
diroit pas que leur état fut peu propre à
acquerir la Sagesse : mais quelle énorme
différence entre leur maniere de vivre
et celle de ces Saints Personnages !
Au reste, il ne s'agit pas ici de l'extrême
indigence dont un ingenieux Auteur'a
dit qu'elle est la mere des crimes , et qu'elle
ne donne jamais que de mauvais conseils ;
mais d'une honnête Pauvreté qui excite
l'industrie et oblige au travail , où l'ơn
ne manque pas absolument de tout ;
mais où l'on n'a pas tout ce qu'il faut
pour vivre sans se donner de la peine et
du mouvement. Dans une Pauvreté excessive
on n'a guere vû de Sages de
quelque réputation , qu'un Diogene
admiré par un Alexandre , ( si cependant
il doit passer pour tel ) mais l'un et l'autre
étoient des hommes si singuliers en
différents genres , qu'ils ne peuvent
preuve , ni servis d'exemple.
faire
preuve ,
Il ne faut pas non plus confondre la
PauMARS
1734 435
,
Pauvreté dont nous parlons , avec la médiocrité
, où l'on a dequoi vivre commodément
, en se renfermant dans les
bornes de son état , sans aspirer à rien de
plus. Telle est la situation de quelques
Personnes qui avec un bien modique ,
filent tranquillement leurs jours dans une
molle oisiveté , et perdent agréablement
dans les jeux et les délices , un tems
précieux qu'ils devroient mettre à profit.
Un état où l'on n'a rien qui réveille
, qui anime , qui exerce l'esprit
et qui mette en oeuvre les heureux talens
qu'on a reçûs de la nature ; cet état engendre
naturellement la nonchalance et
la paresse , auxquelles le penchant ordinaire
entraîne ; et l'on sent assez combien
un tel Etat est peu propre à la Sagesse.
Rien au contraire ne lui est plus favorable
que la Pauvreté qui met l'homme
dans l'heureuse necessité d'agir , de s'occuper
utilement , de mettre en exercice
toutes ses forces , et de tirer de son fond
´tout ce qu'il peut produire de meilleur.
- 迪
et
En effet d'où amenoit - t'on ces grands
hommes ces illustres Romains qui
gouvernerent avec tant de Sagesse ,
qui deffendirent également par leur prudence
et par leur courage la République
dans les tems les plus difficiles et les plus
Bij
ora436
MERCURE DE FRANCE
و
orageux ? ce n'étoit ni de la sombre retraite
d'une pitoyable mendicité , ni du
somptueux éclat de l'abondance et du
luxe , ni du sein de la molesse et d'une
oisive mediocrité ; on venoit prendre ces
fameux Dictateurs à la charuë d'autres
fois on les trouvoit la Bêche à la main ,
exposez aux ardeurs du Soleil et aux injures
des Saisons , cultivant un petit bien
qui faisoit toute leur fortune: et ces hommes
rompus au travail , endurcis à toutes
les fatigues d'une vie champêtre , accoutumez
à la temperance et à la sobrieté,
sans passions , sans vices , alloient prendre
d'une main robuste et vigoureuse le
gouvernail de l'Etat , et le conduisoient
par leur profonde Sagesse à un Port assuré.
On ne s'arrêtoit pas à ces manieres
si polies , à cette vie douce et commode
qu'on préconise de nos jours. On cherchoit
le Sage où il se trouve ; dans une
vie Pauvre et laborieuse. Que les tems et
les moeurs sont changez le fond des
choses est toujours le même , et il n'en
est pas moins vrai qu'autrefois que les
avantages qu'on suppose dans les Riches,
nuisent plus à la Sagesse, qu'ils ne lui sont
utilės.
Mais ,dira - t- on, qui peut mieux y con
tribuer que l'Education ? Les Riches
n'ont
MARS 1734.
437
n'ont - ils pas ce privilége sur les Pauvres
? On leur choisit les plus excellens
Maîtres , on ne les quitte point de vûë ,
on les dresse avec beaucoup de soins et
de dépenses à tous les exercices convenables
; on porte l'attention jusqu'aux
premiers momens de leur naissance pour
en écarter tous les présages funestes , ou
les accidens facheux; on regarde avec une
attention scrupuleuse au lait qu'ils succent
, aux nourritures qu'ils prennent ,
à l'air qu'ils respirent : que ne fait t -on
pas pour les disposer de bonne heure à
soutenir honorablement les illustres Emplois
, les Dignitez éminentes ausquels ils
sont destinez ?
Voilà assurément de grandes précau-,
tions : mais enfin à quoi aboutissent elles ?
Les Riches , les Puissans du siècle avec
tout ce bel appareil d'Education , sont- ils
plus moderez , plus pieux , plus modestes,
plus exacts à leurs devoirs , plus équita-
Bles , plus humains , plus judicieux ; en
un mot , plus sages pour l'ordinaire, que
le reste des hommes ? Il ne s'en voit point
de si vains , de si fiers , de si emportez ,
de si vindicatifs , de si injustes, de si peu
maîtres d'eux- mêmes , de si
à la Religion , de si
gations de leur état ,
peu attachez
peu fideles
aux obliet
par conséquent
Bij
de
438 MERCURE DE FRANCE
de si éloignez de la Sagesse . A quoi sert
donc toute l'Education qu'on leur donne?
Il faut malgré tant de soins que l'on
prend , qu'ils soient bien mal cultivez
ou que l'arbre soit bien sauvage pour
produire de si mauvais fruits. L'un et
l'autre n'arrive que trop souvent .
,
Beaucoup de Riches sortent d'une Race
infectée , pleine de concussions et de rapines
, corrompue par les funestes impressions
du vice , qui se perpetue de génerations
en génerations. Ils tiennent
tantôt des inclinations d'une mere voluptueuse
, sensuelle , intempérante , qui ne
respire que luxe et que vanité ; tantôt du
mauvais coeur d'un pere injuste , avare ,
ambitieux , perfide , inhumain ; quelquefois
ils tirent de tous les deux une mauvaise
seve qui se trouve ensuite animée
de la parole et de l'exemple : on se donnera
des peines infinies pour exterminer
› le naturel ; il revient presque toujours ;
malgré les instructions , les remontrances
, les efforts même d'une juste severité
c'est un grand hazard s'il ne prend le
dessus , et s'il ne secoue le joug de toute
autorité qui le gêne.
;
D'un autre côté l'Education des Riches
est- elle si excellente qu'on se l'imagine ?
Plusieurs sont idolatres de leurs Enfans
св
MARS 1734:
439
et les perdent à force de les flatter. On
commence par leur souffrir tout ; on se
fait un jeu , un plaisir, un divertissement
de leurs passions naissantes , et on ne
prend pas garde que si l'on n'a soin de les
réprimer de bonne heure , on le tentera
inutilement, ou que l'on ne les domptera
qu'avec des peines extrêmes , quand une
fois elles se seront fortifiées avec l'âge,
Bien loin d'étouffer les passions dès leur
naissance , quoi de plus commun parmi
les Riches que de les faire naître et de les
amorcer à peine les premieres lueurs
d'une foible raison commencent à paroître
dans les Enfans , qu'on prend à tâche
de leur inspirer la vanité , l'amour propre
, la mollesse , l'attachement aux plaisirs,
qui les seduit avant même qu'ils ayent -
assez de jugement pour en connoître le
danger. On ne fait que leur souffler le
venin des fausses et dangereuses maximes
du monde , qui deviennent pour eux des
principes sur lesquels roulera toute la
conduite de leur vie. On ne manque pas
de leur apprendre toutes les loix les plus
bizarres d'une certaine bienséance ; on
leur fait étudier les modes ridicules et les
usages du monde. L'imagination, l'esprit,
le coeur de ces tendres Enfans sont obsedez
par le vain éclat des honneurs , du
B iiij
faste,
440 MERCURE DE FRANCE .
faste , et de la pompe du siècle : pendant
ce tems là rien ne les rapelle à la raison,
au sentiment , à la regle , à l'esprit de
Religion . Ainsi se passe l'Enfance de la
plupart des Riches. N'est- ce pas là un
grand acheminement pour la Sagesse ?
Les Pauvres dans leur simplicité ont
communément l'avantage de naître de
parens moins vicieux , qui leur inspirent.
l'horreur de bien des déreglemens , dont
le beau monde ne se fait pas tant de scrupule
. On les laisse dans l'innocence de
feur âge , sans les corrompre par les funestes
attraits du vice. On les éleve mieux
parce qu'on les ménage moins , et qu'on
ne les flatte pas tant. Ils commencent
dès -lors à sentir que l'homme est né pour
la peine et le travail , comme l'oiseau
pour voler ; ils ne regardent toutes les
grandeurs du Monde qu'en éloignements
et avec indifférence ; la droite raison se
forme , la Religion entre et s'établit plus
aisément dans ces petits coeurs où les
impressions étrangeres et les passions dangereuses
n'ont point fait tant de ravages ,
et moins ils sont élevez pour le Monde ,
plus ils ont de disposition à la Sagesse .
Les Riches ne se chargent pas beaucoup
, ni longtems de l'Education de
leurs Enfans , ils s'en rapportent à des
DoMARS
1734.
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Domestiques, le plus souvent déréglez ;
ils la confient à des Gouverneurs des
Maîtres et des Précepteurs : mais la diffi-.
culté est d'en trouver de bons . Rien de
plus commun que les personnes qui se
mêlent d'élever la jeunesse , et rien de
plus rare que ceux qui ont toutes les
qualitcz requises pour un emploi si important.
Il faut du sçavoir , avec beaucoup
de probité ; de la prudence , du
désinteressement. On en trouve ass zqui
ont de la science : ils sont habiles Grammairiens
, grands Poëtes , fameux Orateurs
, versez dans toutes les subtilitez
de la Dialectique et de la plus fine Métaphysique,
ils connoissent parfaitement
toutes les expériences et pénetrent les
secrets de la nature . Ils sçavent l'Histoire ,
la Géographie , le Blason , quelquefois la
Géometrie et les Mathématiques : c'est
ce qui les fait briller , ce qui ébloüit
et ce qui leur procure la confiance des
Grands et des Riches : cependant ce
n'est là que la moindre qualité , et avec
tous ces beaux talens ils peuvent être de
très-mauvais Maîtres.
S'ils manquent de probité , comment
s'acquiteront- ils de la principale partie
de l'éducation , qui consiste à inspirer à
leurs disciples. l'horreur du vice et l'a
B. v mour
442 MERCURE DE FRANCE
mour de la vertu ? Pourvû que ces jeunes
Eleves se forment aux études , qu'ils apprennent
à bégayer un peu de Latin et de
Grec , à tourner des Vers , à construire
des Periodes et des Figures , à former des
Syllogismes , à disputer , à se tirer tant
bien que mal d'un raisonnement captieux;
le Maître les laissera tranquillement suivre
les funestes penchans de leur coeur
se plonger quelquefois dans les plus affreux
déreglemens , et Dieu veuille qu'il
n'en soit pas lui même ou le complice ,
où l'Auteur ?
,
2
S'il est en défaut du côté de la prudence
: avec tout le Grec et le Latin dont
il sera hérissé avec son enthousiasme
Poëtique , ou le pompeux étalage de son
Eloquence , avec les rafinemens de sa
Dialectique , il ne sera peut- être qu'un .
étourdi , un emporté, un esprit bourru
un homme sans raison , qui grondera à
tort et à travers , qui outragera mal- àpropos
ses disciples , et les accablera sans
discrétion de mauvais traitemens , plus
capable de les décourager et de les déde
l'étude et de la vertu que de
gouter
les y porters ou par un autre caprice
laura pour eux une douceur meurtriere ,
et sous prétexte de les ménager , il les
perdra par de lâches complaisances.
و
Un
MARS 1734. 443
Un Maître interessé qui n'a en vuë
qu'un gain sordide , ne sera guere capable
d'inspirer des sentimens d'honneur
et l'amour du devoir à ses disciples . Une
ame mercenaire n'entre point dans ces
dispositions , et n'a pas même la pensée
d'y faire entrer ses Eleves. Un homme
qui ne cherche qu'à faire fortune auprès
des Riches , comme il y en a beaucoup
, les flattera et les entretiendra
dans les inclinations vicieuses , pour se
ménager leurs faveurs . Il craindroit de
les irriter , s'il étoit plus ferme . On en
trouve peu qui agissent avec des vuës
aussi pures que le fameux Arsene , Précepteur
d'Arcadius , et qui aiment .
mieux , comme lui , s'exposer à perdre
leur Place et leurs espérances , que de
mollir dans les occasions , où la rigueur
est nécessaire .
Qu'il est rare dans le monde que les
Parens fassent un aussi heureux choix
en fait de Précepteur , que celui du Grand
Théodose ! qu'ils confient leurs Enfans à
un homme tel qu'Arsene ! qu'ils leur ordonnent
la même déférence , le même respect
pour leur Maître ! et qu'ils entrent
dans les sentimens de ce Religieux Empereur
, qui répetoit souvent , que les
Princes sesEnfans seroient veritablement di-
B-vj gness
444 MERCURE DE FRANCE
gnes de l'Empire, s'ils sçavoient joindre la¸
piété avecla science !
La plupart des Parens riches , ou ne se
donnent pas la peine de chercher de
bons Maîtres , ou n'ont pas le bonheur
de les trouver , et prennent pour tels
ceux qui brillent par de grands talens
pour les sciences , quoique tout le reste
leur manque ; ou enfin les Parens n'ont
pas eux- mêmes le goût de la bonne éducation
; ils se plaisent à étouffer les semences
de vertu que les Maîtres ont jettées
dans l'ame des Enfans , et à leur inspirer
la fureur des Jeux , des Bals , des Spectacles
, et de tout ce qui gâte l'esprit et corrompt
le coeur.
A quoi se réduit donc la belle éducation
dont les Riches se vantent? A parler
passablement quelques langues mortes , à
prendre quelque légere teinture de Philosophie
, de Jurisprudence ; à sçavoir
Danser , Escrimer , Monter à Cheval ;
mais dequoi sert tout cela pour acquerir
la sagesse ? Cela tout seul, n'est bon qu'à
rendre vain , présomptueux , entêté d'un
faux mérite , à donner du ressort aux passions
et à les rendre plus fougueuses ; ce
sont des armes entre les mains d'un furieux.
Du côté des moeurs et de la Religion,
les Pauvres ont tout l'avantage , on
les
MARS. 1734 445
les y forme presque toujours avec plus de
soin que les Riches ; c'est le principal et
l'essentiel de leur éducation qui n'est pas
si sujette à être corrompue et infectée par
le mauvais levain des plaisirs sensuels .
Quand on supposeroit même que les
Riches ont la plus parfaite éducation , elle
se perd bien- tôt dans l'air contagieux du
monde. Ils se regardent sous la discipline
des Maîtres, comme dans un triste esclavage
, et au sortir des études ils ne
font usage d'une trop grande liberté
qu'on leur laisse , ou qu'ils prennent de
vive force , que pout se dédommager en
quelque sorte de la contrainte et de la
gêne où ils ont vécu . Bien - tôt ils se donnent
carriere , et trouvant tout favorable
aux penchans de leur coeur, ils se livrent,
comme le jeune Augustin , à un affreux
libertinage. Le pas est glissant , on tombe
aisément dans le précipice ; mais il est
difficile de s'en retirer. Il fallut un miracle
pour convertir Augustin.
Voilà donc l'Education des Riches , le
plus souvent tres mauvaise dès l'Enfance,
confiée ensuite à des mains ou peu capables
, ou infidelles , qui n'en cultivent
que la moindre partie, et enfin gâtée dans.
ce qu'elle pourroit avoir de bon , par la.
Saute des Parens, et par le pernicieux usa--
gc
447 MERCURE DE FRANCE
ge du monde. Qu'attendre d'une pareille
éducation ? et quel fond y faire pour l'acquisition
de la sagesse ?
Je ne dis pas qu'il n'y ait eu dans tous
les siécles , et qu'il n'y ait encore des sages
parmi les Grands et les Riches ; nous
en avons d'illustres exemples devant les
yeux.
J'ai avancé que la Sagesse est de tous les
Etats , de toutes les conditions ; mais je
prétends que les Richesses d'elles - mêmes
ne fournissent pas plus de moyens pour
Pacquerir , qué la pauvreté , et qu'elles y
sont plutôt un grand obstacle , soit pour
l'avidité insatiable avec laquelle on les recherche
, et le trop grand attachement ,
qui en est presque inséparable ; soit par la
vie molle et sensuelle qu'elles fomentent ;
soit par la facilité qu'elles donnent à assouvir
les passions. C'est une vraie gloire
de les posséder sans attache , de se deffendre
de leurs séductions , et de conserver
dans une riche abondance toute la modération
de la sagesse ; mais cette gloire
n'est pas commune , parce qu'il est beaucoup
plus difficile d'y atteindre , que d'ê
tre sage dans les bornes étroites d'une
honnête pauvreté.Il est si vrai que ce dernier
état est plus propre à la sagesse ; que
le riche lui - même ne peut être sage ,
qu'au
MARS. 1734.
447
qu'autant qu'il est pauvre dans le coeur ;
c'est-à dire , qu'il approche des dispositions
du Pauvre et de son indifférence à
l'égard des biens périssables.
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Résumé : SUITE des Réfléxions de M. Simonnet, sur la Question proposée dans le Mercure d'Août.
Le texte 'Suite des Réflexions de M. Simonnet' examine la question de savoir si la pauvreté ou la richesse favorise davantage la sagesse. L'auteur affirme que la pauvreté, malgré ses inconvénients, est plus propice à la sagesse. Les pauvres, modérés dans leurs désirs et mieux régulés dans leurs mœurs, sont moins esclaves des passions et donc plus sages que les riches. La politesse et les avantages de la vie aisée des riches sont jugés nuisibles pour l'acquisition de la sagesse. L'auteur compare les anciens Patriarches, modèles de sagesse, à Salomon, qui, malgré sa richesse et sa puissance, tomba dans des excès honteux. Les Patriarches, souvent réduits à des états tristes, trouvaient leur sagesse dans une vie dure et laborieuse. L'auteur distingue la pauvreté honnête, qui incite à l'industrie et au travail, de l'extrême indigence ou de la médiocrité qui engendre la nonchalance et la paresse. Le texte mentionne que les grands hommes de Rome, tels que les dictateurs, provenaient souvent de milieux pauvres et laborieux, ce qui les préparait à gouverner avec sagesse. L'éducation des riches est souvent corrompue par des influences vicieuses et des passions dangereuses. Les pauvres, élevés dans la simplicité et l'innocence, ont plus de dispositions à la sagesse. L'auteur déplore la difficulté de trouver des éducateurs compétents et probes pour les enfants riches. Les précepteurs doivent posséder des talents académiques, de la probité et de la prudence pour inspirer la vertu. Un précepteur défaillant peut laisser ses élèves suivre leurs penchants vicieux ou les décourager par des traitements injustes ou des complaisances excessives. Les parents riches ne cherchent pas toujours de bons précepteurs ou n'ont pas le goût de la bonne éducation, préférant étouffer les semences de vertu et encourager des activités frivoles. L'éducation des riches se réduit souvent à l'apprentissage de langues mortes, de philosophie, de jurisprudence, et de compétences sociales, mais cela ne conduit pas à la sagesse. Les pauvres reçoivent une éducation plus morale et moins corrompue. Le texte conclut que les richesses peuvent être un obstacle à l'acquisition de la sagesse en raison de l'avidité, de la vie sensuelle et de la facilité à assouvir les passions. La véritable sagesse réside dans la modération et l'indifférence aux biens matériels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 3-5
EPITRE A M. ***
Début :
A Vous l'apôtre du plaisir, [...]
Mots clefs :
Sagesse, Plaisirs, Ivresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. ***
Vous l'apôtre du plaifir ,
A vous l'enfant de la pareffe ,
Damon , dont le premier foupir
Fut en naiffant pour la fageffe ;
Je vous écris , moi pareffeux ,
Moi , comme vous , voluptueux ;
Mais qui dans la fleur de mon âge
II.Vol. A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
N'ayant pas l'honneur d'être un fage ,
Enfuis peut-être plus heureux.
A mes Lares je facrifie ;
Venez , le front orné de fleurs ;
Ami , célébrer cette orgie.
Bacchus , Thémire & la Folie
En doivent faire les honneurs.
Cette Thémire fi brillante ,
Aimable & chere à tous les deux ;
Mene la troupe fémillante
Des ris, des graces & des jeux ;
affurer la victoire
Et
pour
Que lui promettent fes beaux yeux ;
Elle prétend d'un bon vin vieux
Chez moi demain verfer à boire.
Que de voluptés , que de feux
Naîtront de la mouffe légere
Du Frontignan , du Condrieux
Et des regards de la Bergere !
Le vieux Seneque , par humeur ;
Médit du vin , de la tendreſſe
Et des plaifirs de toute eſpéce ;
Je fuis fon humble ferviteur.
Moi je ne trouve mon bonheur
Que dans le changement d'yvreffe.
Soyons bien fous , bien amoureux :
Que loin de nous le Diable emporte
gens de bien fi vertueux : Ces
Quand nous boirons demain , je veur
DECEMBRE. 1754 S
Que la raifon refte à la porte
Pour écarter tous les fâcheux ... :
Traiter ainfi votre Déeffe ,
Ah ! je vous demande pardon :
Dans les beaux fiécles de la Grece
Le Goût naquit de la Raiſon :
Il étudia fous Platon ,
Et vint fe polir chez Pétrone .
Maintenant dans votre maiſon
Il va fonder une Sorbonne
Pour profeffer cette leçon :
» Donnez àl'aimable fageffe
» Chez les Amours un libre accès ;
En baniffant la folle yvreffe ,
» Mere du trouble & des excès ,
» Elle ménage à la tendreffe
» De nouveaux feux & des defirs ,
» Et dans le fein de la moleffe
» Fait naître la délicateffe
» Pour embellir tous nos plaifirs.
A vous l'enfant de la pareffe ,
Damon , dont le premier foupir
Fut en naiffant pour la fageffe ;
Je vous écris , moi pareffeux ,
Moi , comme vous , voluptueux ;
Mais qui dans la fleur de mon âge
II.Vol. A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
N'ayant pas l'honneur d'être un fage ,
Enfuis peut-être plus heureux.
A mes Lares je facrifie ;
Venez , le front orné de fleurs ;
Ami , célébrer cette orgie.
Bacchus , Thémire & la Folie
En doivent faire les honneurs.
Cette Thémire fi brillante ,
Aimable & chere à tous les deux ;
Mene la troupe fémillante
Des ris, des graces & des jeux ;
affurer la victoire
Et
pour
Que lui promettent fes beaux yeux ;
Elle prétend d'un bon vin vieux
Chez moi demain verfer à boire.
Que de voluptés , que de feux
Naîtront de la mouffe légere
Du Frontignan , du Condrieux
Et des regards de la Bergere !
Le vieux Seneque , par humeur ;
Médit du vin , de la tendreſſe
Et des plaifirs de toute eſpéce ;
Je fuis fon humble ferviteur.
Moi je ne trouve mon bonheur
Que dans le changement d'yvreffe.
Soyons bien fous , bien amoureux :
Que loin de nous le Diable emporte
gens de bien fi vertueux : Ces
Quand nous boirons demain , je veur
DECEMBRE. 1754 S
Que la raifon refte à la porte
Pour écarter tous les fâcheux ... :
Traiter ainfi votre Déeffe ,
Ah ! je vous demande pardon :
Dans les beaux fiécles de la Grece
Le Goût naquit de la Raiſon :
Il étudia fous Platon ,
Et vint fe polir chez Pétrone .
Maintenant dans votre maiſon
Il va fonder une Sorbonne
Pour profeffer cette leçon :
» Donnez àl'aimable fageffe
» Chez les Amours un libre accès ;
En baniffant la folle yvreffe ,
» Mere du trouble & des excès ,
» Elle ménage à la tendreffe
» De nouveaux feux & des defirs ,
» Et dans le fein de la moleffe
» Fait naître la délicateffe
» Pour embellir tous nos plaifirs.
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Résumé : EPITRE A M. ***
L'auteur adresse une lettre poétique à Damon, qu'il décrit comme un apôtre du plaisir et un enfant de la passion. Se présentant comme voluptueux mais non sage, il l'invite à une fête dédiée aux plaisirs des sens, où Bacchus, Thémire et la Folie seront honorés. Thémire, figure brillante et aimable, mènera une troupe de rires, de grâces et de jeux, promettant une victoire symbolisée par ses beaux yeux. La lettre mentionne un festin avec du vin, notamment du Frontignan et du Condrieux, et des regards échangés avec une bergère. L'auteur admire Sénèque pour ses méditations sur le vin, la tendresse et les plaisirs, mais préfère le changement d'ivresse. Il souhaite passer une journée loin des vertueux, où la raison sera exclue pour laisser place aux plaisirs. La lettre se termine par une réflexion sur le goût et la raison, soulignant que dans l'Antiquité, le goût naquit de la raison et fut poli par des figures comme Platon et Pétrone. L'auteur exprime le désir de fonder une Sorbonne pour enseigner que la sagesse doit permettre l'accès libre aux amours, en bannissant l'ivresse excessive, mère du trouble et des excès, pour ménager de nouveaux feux et désirs dans la tendresse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 40-41
VERS présentés au ROI.
Début :
SOUFFREZ, SIRE, souffrez qu'un Citoyen fidèle [...]
Mots clefs :
Vers, Trône, Noblesse de l'âme, Sagesse, Paix, Sire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS présentés au ROI.
VERS préfentés au ROI.
SOUFFREZ , SIRE , fouffrez qu'un Citoyen fidèle
Qui fait de l'art des vers les uniques emplois ,
S'abandonnant fans crainte aux fougues de fon
zěle,
Jufques à votre Trône ofe élever la voix.
Le même jour que vous , * Sire , j'ai pris naiſſance.
J'ai vu par deux foisnaître & mourir treize hyvers.
Le fort d'un bras d'airain a plongé mon enfance
Dans un abîme de revers.
Dans un cercle de maux j'ai vu languir mon Etre.
Sire , je fuis obſcur : l'Aftre qui m'a fait naître ,
N'a point infcrit mon nom aux faftes des honneurs
.
Mais par la nobleffe de l'âme ,
Mais par l'amour qui pour mon Roi m'enflâme ,
Je le difputerois à vos plus grands Seigneurs.
Du Maître des deftins la prudente fagelſe ,
En me privant de tout , m'apprit a me borner
Souvent je vois avec triſteſſe ,
Que le fort contre moi fe plaît à s'acharner.
Mais quand le ciel fur vous répand quelqu'avan
tage ,
Au monde entier quand vous donnez la paix ,
* Le 15 Février.
1
JANVIER. 1763. 41
Quand je vois tous les coeurs heureux par vos
bienfaits ;
Sire , je fuis content , & j'ai tout en partage.
Par un Parifien.
SOUFFREZ , SIRE , fouffrez qu'un Citoyen fidèle
Qui fait de l'art des vers les uniques emplois ,
S'abandonnant fans crainte aux fougues de fon
zěle,
Jufques à votre Trône ofe élever la voix.
Le même jour que vous , * Sire , j'ai pris naiſſance.
J'ai vu par deux foisnaître & mourir treize hyvers.
Le fort d'un bras d'airain a plongé mon enfance
Dans un abîme de revers.
Dans un cercle de maux j'ai vu languir mon Etre.
Sire , je fuis obſcur : l'Aftre qui m'a fait naître ,
N'a point infcrit mon nom aux faftes des honneurs
.
Mais par la nobleffe de l'âme ,
Mais par l'amour qui pour mon Roi m'enflâme ,
Je le difputerois à vos plus grands Seigneurs.
Du Maître des deftins la prudente fagelſe ,
En me privant de tout , m'apprit a me borner
Souvent je vois avec triſteſſe ,
Que le fort contre moi fe plaît à s'acharner.
Mais quand le ciel fur vous répand quelqu'avan
tage ,
Au monde entier quand vous donnez la paix ,
* Le 15 Février.
1
JANVIER. 1763. 41
Quand je vois tous les coeurs heureux par vos
bienfaits ;
Sire , je fuis content , & j'ai tout en partage.
Par un Parifien.
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Résumé : VERS présentés au ROI.
Le poème est adressé au roi et exprime la fidélité et l'admiration de son auteur. Ce dernier mentionne être né le même jour que le roi et avoir vécu quarante-six ans, ayant connu des épreuves dès son enfance. Il se décrit comme obscur et non honoré, mais affirme sa noblesse d'âme et son amour pour le roi. Malgré les difficultés, il se réjouit des bienfaits et de la paix que le roi apporte au monde, se contentant de cette situation. Le poème est daté du 15 février 1763 et signé par un Parisien.
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29
p. 69
MADRIGAL.
Début :
Je cherche à faire une maîtresse ; [...]
Mots clefs :
Maîtresse, Sagesse, Esprit, Vœux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
Je cherche àfaire une maîtreſſe ;
E
Voila ce qui me rend rêveur :
Car je voudrois elprit , fagelfe ,
Beauté complette & ten fre coeur.
Lepuis que je vous vois , Thémire ,
Trois de mes voeux font bien remplis ;
Mais vous feule pouvez me dire ,
Si les quatre font accomplis.
Je cherche àfaire une maîtreſſe ;
E
Voila ce qui me rend rêveur :
Car je voudrois elprit , fagelfe ,
Beauté complette & ten fre coeur.
Lepuis que je vous vois , Thémire ,
Trois de mes voeux font bien remplis ;
Mais vous feule pouvez me dire ,
Si les quatre font accomplis.
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