Résultats : 37 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 266-271
LETTRE DE GAS, Epagneul de Madame Des-houlieres. A Monsieur le Comte de L. T.
Début :
Cette Illustre Académie a esté rompuë depuis que / Pour vous marquer mon couroux, [...]
Mots clefs :
Épagneul, Femmes, Académie, Parnasse, Maîtresse, Dents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE GAS, Epagneul de Madame Des-houlieres. A Monsieur le Comte de L. T.
Cettè Illuſtre Académie
a esté rompuë depuis que
Monsieur l'Abbé de Ville-
ſerainia eſté nommé à l'E-
veſché de Senés. On avoit
eu dessein quelque temps
auparavant d'y faire entrer
des Femmes, & l'on pro-
posoit Madame de Ville-
dieu, dont les Ouvrages
fontitous les jours tant de
bruit. On comptoit aussi
Madame la Marquise de
Guibermeny, Fille de
Monsieur le Marquis de
O
GALANT. 267
Vilames: Elle a l'esprit
penétrant & délicat, &
lon ne peut aſsez la louer.
On n oublioit pas Ma-
dame la Marquise Des-
houlieres : Vous en avez
ouy parler, Madame, car
son grand merite la fait
connoistre par tout; elle
écrit tres-poliment en
Prose & en Vers, & c est
enfin un Esprit du pre-
mier ordre. Il court de
petites Pieces galantes de
son Chien, qu'on appelle
Gas : Il s'est fait depuis
peu Poete excellent, &
7
268 LE MERCURE
ses Ouvrages méritent
bien d'estre imprimez.
Cette Dame en a fait le
Cerbere du Parnasse, pour
en défendre l'entrée aux
mauvais Poëtes. Voicy de
ſes Vers, & vous pourez
par là juger de son esprit.
LETTRE DE GAS,
Epagneul de Madame
Deſ-houlieres.
A Monsieur le Comte de L. T.
)Our vous marquer mon cou-
roux,
Pay mis la plume à la patte;
GALANI. 169
Il est temps que contre vous
Toute ma colere éclate.
Vous m'avez rendu jaloux;
Entre nous autres Toutous,
Nous sommes là-dessus d'humeur
fort délicate:
Pour se bien mettre avec nous,
En vain le Blondin nous flate,
Nous n'en sommes pas plus doux,
Nous mordons jusqu'à l'Epoux.
Malgré ce naturel incommode &
farouche,
Ie vous écoutois sans dépit
Louer de ma Maistresse & les
yeux, & la bouche;
Ne croyant ces douceurs qu'un
simple jeu d'esprit,
Sans m opposer a rien, je dormois
sur son Lit.
Si ce souvenir vous touche,
Ne songez plus à m'oster
Z iij
270 LE MERCURE
La place que je possede:
Croyez vous la meriter?
Croyez-vous que je la cede
Septfois l'aimable Printemps
Afait reverdir les Champs,
Sept fois la triste froidure
En a chaßela verdure,
Depuis le bienheureux jour
Que je suis Chien d' Amarille.
A ses pieds j ay veù la Cour,
Ases pieds j ay veù la Ville
Vainement bruler d'amour;
Seul j'ay sceù par mon adresse
Dans son insensible coeur
Faire naistre la tendresse.
Ne troublez plus mon bonheur:
Quand pour vanger son honneur.
Lepetit Dieu suborneur
Qu'en tous lieux elle surmonte,
Decideroit à ma honte
Surles droits que je prètens,
GALANT. 27
Scachez, nostre illustre Comte,
Ques ay de fort bonnes dents.
64S.
35
Je croy, Madame, que
vous n'avez guère veû de
Vers plus naturels, ny de
Chiens plus habiles. J'en
ſçay bien la raiſon; c'eſt
que tous les Epagneuls
n'ont pas des Maistresses
si spirituelles
a esté rompuë depuis que
Monsieur l'Abbé de Ville-
ſerainia eſté nommé à l'E-
veſché de Senés. On avoit
eu dessein quelque temps
auparavant d'y faire entrer
des Femmes, & l'on pro-
posoit Madame de Ville-
dieu, dont les Ouvrages
fontitous les jours tant de
bruit. On comptoit aussi
Madame la Marquise de
Guibermeny, Fille de
Monsieur le Marquis de
O
GALANT. 267
Vilames: Elle a l'esprit
penétrant & délicat, &
lon ne peut aſsez la louer.
On n oublioit pas Ma-
dame la Marquise Des-
houlieres : Vous en avez
ouy parler, Madame, car
son grand merite la fait
connoistre par tout; elle
écrit tres-poliment en
Prose & en Vers, & c est
enfin un Esprit du pre-
mier ordre. Il court de
petites Pieces galantes de
son Chien, qu'on appelle
Gas : Il s'est fait depuis
peu Poete excellent, &
7
268 LE MERCURE
ses Ouvrages méritent
bien d'estre imprimez.
Cette Dame en a fait le
Cerbere du Parnasse, pour
en défendre l'entrée aux
mauvais Poëtes. Voicy de
ſes Vers, & vous pourez
par là juger de son esprit.
LETTRE DE GAS,
Epagneul de Madame
Deſ-houlieres.
A Monsieur le Comte de L. T.
)Our vous marquer mon cou-
roux,
Pay mis la plume à la patte;
GALANI. 169
Il est temps que contre vous
Toute ma colere éclate.
Vous m'avez rendu jaloux;
Entre nous autres Toutous,
Nous sommes là-dessus d'humeur
fort délicate:
Pour se bien mettre avec nous,
En vain le Blondin nous flate,
Nous n'en sommes pas plus doux,
Nous mordons jusqu'à l'Epoux.
Malgré ce naturel incommode &
farouche,
Ie vous écoutois sans dépit
Louer de ma Maistresse & les
yeux, & la bouche;
Ne croyant ces douceurs qu'un
simple jeu d'esprit,
Sans m opposer a rien, je dormois
sur son Lit.
Si ce souvenir vous touche,
Ne songez plus à m'oster
Z iij
270 LE MERCURE
La place que je possede:
Croyez vous la meriter?
Croyez-vous que je la cede
Septfois l'aimable Printemps
Afait reverdir les Champs,
Sept fois la triste froidure
En a chaßela verdure,
Depuis le bienheureux jour
Que je suis Chien d' Amarille.
A ses pieds j ay veù la Cour,
Ases pieds j ay veù la Ville
Vainement bruler d'amour;
Seul j'ay sceù par mon adresse
Dans son insensible coeur
Faire naistre la tendresse.
Ne troublez plus mon bonheur:
Quand pour vanger son honneur.
Lepetit Dieu suborneur
Qu'en tous lieux elle surmonte,
Decideroit à ma honte
Surles droits que je prètens,
GALANT. 27
Scachez, nostre illustre Comte,
Ques ay de fort bonnes dents.
64S.
35
Je croy, Madame, que
vous n'avez guère veû de
Vers plus naturels, ny de
Chiens plus habiles. J'en
ſçay bien la raiſon; c'eſt
que tous les Epagneuls
n'ont pas des Maistresses
si spirituelles
Fermer
2
p. 9-37
DE L'ORIGINE DE LA POESIE.
Début :
L'Ouvrage qui suit, est de Mr Bouchet, ancien Curé de Nogent le Roy / Plus de deux mille ans avant Laon, [...]
Mots clefs :
Origine, Poésie, Ouvrages, Monarque, Art, Prince, Amour, Malheur, Plume, Auteur, Rime, Savants, Parnasse, Mémoire, Art poétique, Muses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE L'ORIGINE DE LA POESIE.
L'Ouvrage quifuit, estde J'vir
Bouchet, ancien Curé de Nogent le
Roy. C'est luy qui est l'Autheurde
l'Origine des Jeux, que vaut me
mandez, avoir lû avec plaisir dans
le dernier Extraordinaire. Ce que
vous m'en dites d'avantageux, m'a
faitprendre garde quejavois oublié
à vous apprendre son nom, & il ne
seroitpasjuste de lepriverpluslongtemps
dela gloire qu'ilmérite.
DE L'ORIGINE
DELA Pr)ECfr'!
~P Lus dedeuxmille ansavant Laon,
Et plus d'un Siecle avant ifilon,
9,,umoy que Milanfoitfortantique,
Régna l'Art nomméPoëtique,
Cet Art illustre &figuré,
Où toutse tru.1)e mesuré;
Carsans tnefiiTi &sanscadence
Le Mu'~e tombe en décadence.
Cet Art q charme les Humains,
Avant Romule & les Romains,
Chez qui tout estoit héroïque,
Etoit Xufaçe & de pratique.
A-fêifr, ce Chefdes Hébreux,
Ce Capitaine genéreux,
Ce Législateurintrépide,
Dont l'amen'est rin desordide,
CeFavory, ce Bien-aimé,
De l'Ange & del'Homme efïimz3
AYAnttiré tantpar Oracles,
Qiieparde merveilleux miracles,
De l'esclavage Egyptien
Le PeuplequeDieu nommoitsien,
AyantdanslaMerErythrée
Confondul'insolence outrée
D'un Potentat audacieux
Qui vouloit résisteraux Cieux,
Ensuite desa délivrance,
Pour marquersa reconnois.,nce
Au Monarque del'Univers,
Inspiré d'Entrant,fitdes Virs,.
Et le premier forgea laRifne;
Carrimern'estpasfaireuncrime,
Comme ontprétendudans ces temps
Certains Boltr/U &Mécontens, par une critique austere
Blâment ce qu'ils ne peuventfaire.
Apres cet Hommesanspareil,
Qui rayonnoit comme un Soleil,
uiyam eu dans cet ArtpourMaistre
Le Dieu des Dieux le premier Estre,
Parut David,.CeFavory
,
Ce Monarque du Ciel chery,
Dans des transports tout extatiques,
Fit cent cinquante beaux Cantiques,
Qui chaquejour nous donnent lieu
D'honorer&de loüer Dieu.
SalomonsonFils, Princesage,
Mit aussisa veineenusage,
Etfit des Versforts &puissans,
Qui renferment beaucoup desens.
C'est une sa:'nfe Postorale,
Où cesçavant Monarque étale,
MAil dans un mystérieux tour,
Lessentimens d'unchaste amour.
Job, cet abysme descience,
Cemiracle de patience,
Dont le Seigneur parsabonté
Eprouva la fidélité
Par de sanglantestentatives,
Deses diforaces les plus vives
D'un stile vrveux & parfait
Nous a Uffigné le portrait.
Tous les Vers en font magnifiques,
Coulans,sçavans, &pathétiques,
Tout en effort & vigoureux;
Heureux,Lecteur, troisfoùheurtat-,
Ce luy qui conduirasaBarque,
Comme fit ce Prince de marque,
Avec pleinesoûmissîon,
Aux ordres du Dieu de Sion.
lt!!and l'amour de l'indépendance
N'aveuglepointnostre prudence,
Nous nousfaisons ungrandplaijîr
D'assujettir nostre desir,
Et nostreentiereobéissance,
A celuy de qui la puissance
Soumet àses divines Loix
LesRépubliques & les Roys.
Le compatissantJerémie,
'Dont l'amefutdu Ciel amie,
jQue la pitié santifia,
En Vers Hébreuxversisia,
Prédit d'une Ville coupable
La décadence déplorable,
Etfit des Lamentations
Dignes de nos attentions.
jfisnas ( dit un JÎutheur Classique)
Del'Elégie& Poëme Epique,
Fut tout le premier Inventeur,
Et tres-grand YerflftcAtlUr.
Terpandre, un des Scientifiques,
Dressa des Loix Cytharediques
Enfaveur des Joüeurs de Luth;
Cefui làson premier début,
Etses Ouvrages de mérite
Eurent beaucoup de réüffiu.
PolymnestedeColophon,
Qui n'avoit pas l'espritboufon,
Maûférieux, mais dramatique,
Fut l'Autheur du Vers héroïque.
Pierus, non Athénien,
Aiais BourgeoisMacédonien,
Grand amateur de rharmonie,
Pour le Poëme eut bien du génie;
Etsil'on en croit Scaliger,
Ecrivain grave, & non léger,
IlfHt nommé Pere des bjUfeS.
Ce nom luy vint, non deses ruses,
Quoy qu'ilfust un peu guoguenard,
Et presque aiijfi fin qu'un Renard,
Mais bien de ce qu'a ses neuf Filles,
Toutes belles, toutes gentilles,
Dont laverve avoit du renom,
Des Muses il donna le nom.
Thaliafit les Comédies,
Molpomene les Tragédies;
Dithyrambe,fameux Thébain,
Mortelunpeufolâtre c£ vain,
Dressa les Vers Dithyrambiques;
Daphnis Pasteur, les Bucoliques;
Romert, de belle hauteur,
DesVerslambesfutl'Autheur;
./t:ezon fit tant par ses ménages,
Qu'ilfit entrer les Personnages,
Et les Scenes qui plaisent tant,
Dessus un Théâtre éclatant.
Phémenoé, Homme deLettres,
Composa des Vers Héxametres,
Accompagnezd'une douceur
Qui charmoit le Frere & la Soeur.
Alemanfut un Poète Lyrique,
Qui parlait la Langue Dorique,
Et qui lepremier mit au jour
Des Vers au sujet de lAmour.
L*Athénien, qu'onnommeEschile,
Doüé d'une Languesubtile,
Et d'éloquence, eut le malheur
Depasserpour HH grand parleur;
Mais cest luy qui trouva la Dance„
Lafaçon d'alleren cadence,
Et tous ces beauxpasfigurez.
JQui dans les Balssontadmirez.
Les Chants que l'on nommoit Néniesî
Qu'aux lugubres Cérémonies
On employoit communément,
Trouverent leur commencement,
Non dans la tested'Euripide,
Mais dans celle de Simonide,
Poëtequisefitaimer,
Heureuxsur terre, heureuxsur mer
Pratinas, Poëte Tragique,
Mais bizarre & mélancolique,
Pour exorciserlechagrin
Dont ilavoit bien plus d'ungrain,
S'avisa, poursefairerire;
D'estre Inventeur de la Satyre,
Et de railler à tour de bras
Tous ceux quine luy plaisoientpas,
En voulant lescharger de honte;
Mais iln'y trouvapasson compte,
Car aux dépens deson hornois
Onjoüasur luy du Hautbois.
Voila lefort d'un Satyrique,
Comme il offence, comme ilpique;
Et comme ilse croit tout permis, Ils'attiredes Ennemis.
Dans cettefouled'Adversaires,
Qui luysontsouvent des affaires,
Il s'en trouve toujours quelqu'un
Qui nese croyant du commun,
Sevange, nazarde son mufle,
Etvient luy repasserson Buste.
Ainsicroyons que rarement
Onsatyrise impunément.
Aristophane le Comique
A mis l'Octometre en pratique;
Le Tétramesre en est auffy3
Dont il IlfAit un racourcy.
Aristore le Stagirite,
Philosophe degrand mérite,
Et de qui l'érudition
S'attira l'admiration,
Sçavoit aussifort bien la trace
Del'Hippocrene & du Parnasses.
Et malgrésesemploisdivers,
Donnait unfort beau tour aux Ferf-
Il composa des Epigrammes,
Des 1ailes. desAnaorammes;
L'Elégie pareillement
Estoitdeson département.
Quand un Homme aide la cervelle,
Par tout il triomphe, il excelle,
Et vous paffastesdans ce rang,
Maistre d'Alexandrele Grand,
PourPoëte, Orateur, Botaniste,
Philosophe NAturaliste
Aureste,plusieurs Gens d'esprit,
Del'ArtPoëtique ont écrit,
Et donné carriers à leurs Plumes,
Pourfaire de sçavans Volumes,
Marquant par un travail si beau,
Qu'ilsfçavaientdusacréCoupeau
Que l'onvante au dessusdes nuës
Les Routes les plus inconnues.
Pour peuquel'onfaitstHdieux,
On en peut juger par lesyeux,
On aveu Zénon le Pitique,
Horacele Prince Lyrique,
Et Caton le Grammairien,
Autheurs qui raisonnementfort bien
Ecrire de l'ArtPoétique
D'unefaçonfort ItutentÍque.
Que l'on peut liresans danger..
Autant en afait Scaliger,
Ce Puitsdescience profonde,
Dont le nom voleparlemonde.
Varron, L'ornement des HNmll"inf,;.
Et lepinssçavant des Romains.
Ecrivit en Vers, non en Prose,
Sur l'essence de chaque chose,
Etsurd'autressujets, le tout du resse trouvé dugrandgoust.
Théonas employa sa plume
si composer un grandVolume
Surlasainte Religion
Dont nousfaisonsprofession,
Le tout en YerJ, le tout en Rime,
Et le tout paffè par la Lime.
L'admirable Sérapion,
GrandHommede biens ce dit-on, 1
Grand amateur de Poésie,
Se mit enteste, enf{lntaiJie
De mettre en Volumes divers
La Logique & Physique en Vers;
La Métaphysique & Morale,
Où par tout sa Minerve étale
De merveilleuxenseignemens,
Et de vertueux documens.
Guide, sçavant &fameux Prej/rt"
Quiparses Vers s'estfaitconnoistre
Ecrivit copieusfement
Sur l'un & l'autreTestament.
Le grand Prosper-tl,'AquitanieJ
Docteurd'un celestegénie,
Afait un Poëmeplein d'appas
Contre ces malheureux rats,,
Quinégligent de
reconnoistre
Lagrace dusouverain Maistre.
En effet, tarit son bonheur,
Qui néglige son Bienfaiteur.
Saint Fulgence, Homme de courage
Né d'un Sénateur de Catrhage,
Composa des Poëmes Chrestiens,
peuventservir de moyens
Poursournir de riches idées
Aux Ames de Dieu possedées
Saint Cyprien, nobleAffricairty
Quin'eutjamaisl'esprit taquin,
Mais dont famé tres-liberale
jilla d'une façon Royale
JrtfqHtl àprodiguerson [1IlIt.
Pour l'Estre qui tient le hautrang,,
Sur ce Poteau si vénérable,
Où par un crime abominable
Le Sauveur on crucifia.
Elégamment versisia.
LedocteFirmian LaBance,
Hommesansfaste&sans jaBance^
Eloquent comme un Cicéron,
Asur la Résurrection,
Etsurla Mort du Dieufait Homme
Ausujet d'une trisse Pomme,
Composé des Vers élegans,
Quoy que certains Extravagant
jlyent voulu, remplitde rage,
Donner atteinte a cet Ouvrage.
Victorin, nommél'Affricain,
Qui milleans avant Charles-quint;
( Prince que l'Histloire renomme)
Lisoit publiquement à Rome
'.Avec un applaudissement
Qui donnait de létonnement
Aux Esprits jaloux desaglpirr,
Chanta la mort & la viEieire
De cesseptFreres généreux,
De cessept Freres bienheureux,
Quiflgnalerentleurconfiance,
Leurbravoure & leur résistance,
Ensoufrant lefer &lefeu
Pour ladéfense du vray Dieu.
On les appelle Macchabées,
Par leurs images exhibées
Que dans le mondeenfaitcourir,
NIUsçavons tous qu'ilfaut mourir.
De SédulleEcossois, lesveilles
Ontproduit degrandes merveilles; unHymnefaitpourle Seigneur,
Ils'est accjuis beaucoup d'honneur,
Le tout en Vers comme en cadence.
A celuy-cyjoignons Prudence,
Quisuivantses pieux desseins
Afait Céloge desgrands Saints,
Et nom en a tracél'histoire,
Pour en remplirnostre mémfJirt).
-4fin qu'onimite en ces lieux
Ceux que Dieu récompense aux dense*
Si l'on meleveut bien permettre,
Je diray qu'en rime béxametre
Travailla legrandJuvencw,
Dont lesVersvaloientdes écus,
Etquefuries quatreEvangiles
Ses soins ont estéfort utiles.
Rien n'cft dans laperfection
Pluspurquesa Traduïiion.
A ceux-cy je dois joindreAlcimt3
Prélat célebre& magnanime,
Quifit la guerreaux Arriens
Parsaplume&ses entretiens.
Ajoutons encor DAmAJèene,
Unpeuplou.moderne qu'Arsene,
Damascene appelle le Grand,
Quiparmyles Drlan eut rang.
Cet Autheur, d'un air non profane,
Afait l'Histoire de Suzanne,
Etsolidement composé,
D'un espritcalme &reposé,
Certaines Regles Canoniques,
Le toutenbeaux Vers Iambiques,
Uilhtftre Diacre Aratory
Homme valantsonpesant d'or,
Et quiseulenvaloit dix autres,
Afait les Actes des Apostres,
Le toutenVersfort élégans.
On necraintpointlesOuragans,
Quand onse donne l'avantage
Deprofiterd'un telOuvrage.
Il n'estrien de mieux inventé,
Demieuxfait,demieuxconcerte.
Si l'on en croit Georges iAmboi{e,
QuelesHymnes de Saint Ambroise;
Dans nosjournaliers entretiens,
IIestlabouche des Chrestiens,
Et par luyl'Eglise s'explique
D'unesa,sonfort emphatique.
Nonne le Pentapolitain,
Homme devot, nonlibertin,
Employasonzèle&sonstile
A travaillersur l'Evangile
Du grandFvory du Sauveur,
Etfit ensuite avec ardeur
RoulersesVers &songénie
De/fusla Gigantomachie.
Quand on a l'espritexcegent,
Onse prévaut desontalent.
Nazianze, & legrand Boece,
Ont dans leurs Vers une tendrtJfr.
Dont les Esprits un peu bienfaits
Sefont trouvez, tres-satisfaits.
Je IAiffi les Poëtes profanes,
Perse Properce, Aristophanes,
Plante, Maron, State, Nazon,
Et l'Inventeur duVersScazon.
Lucain,danslevrayrienn'égale
Vostre incomparable Pbarfale.
SesVers quisont coulans&forts,
Surpaient le prix des TréflrJ.
Iln esr rien de mieuxfait,Lucrece,
Que et qui part de vostre adresse;
Etvostre Muse, un le voit bien,
A le tour Hélieonien.
Sur les bords du Rivage humide
DelaFontaineCaftalide,
Clauienfit desVerspompeux,
EmpfJulez., &sententieux,
Où l'on ne voitpoint de césure,
Mai$uniportablemtfure»
Juvenal n'a rien quede bon
Pour leJeune & pour le Barbon;
Etsansprofit l' on ne peut lire
Les maximes desasatire,
Puis qu'onyvoit le vray portrait
De tout ce
qu'aujourd'huy l'onfait
Pour l'avarice, pour l'envie,
Pour les desordres dela vie,
Pourl'ambiticn des honneurs,
Pourl'incontinence des moenrs,
Pour la fourbe d- la tromperie,
Pour le Vin,pour l'yvrognerie,
Pour les intrigues del'Amour;
Et pource qui touche la Cour.
Il est bien vray que ses manieres
Se trouvent un peu cavalieres,
Etpleines d'uneliberté
JQui hleffi unpeu l'honnesteté;
Mais apncs tout il est louable
Dans cet Ouvrageincomparables
D'avoir levice combattu,
Afin d'affermir la vertu.
D'Hésoidele grandgénie
Fut bonpeurlaThéogonie.
-
Homerefutfort estimé,
Et de beaucoup de Gensaimé,
Vourl'Odyssée& l'Iliade;
Mais ony voitparfois dufade,
Du bat,dufoible, du rampant; Ilsemble que c'est un Serpent,
Ouichâtiédesasuperbe,
Se traînecommeilpeutsurl'herbe.
Horace estoit un bon Vivant,
Quisa gDrgcArrojlitfowvfnt,'
Etse lavoitsouvent la bouche;
Aveccelason stile touche,
Et ria rien que de vigoureux.
Onvoudraitse rendre Chartreux,
Entendantsa Museseconde
Draper lesvanitez du monde.
Quieroiroitque le Verre en mAi",
JlillflruiJIit le Genre-humain?
Qui croirait que cet Homme aimable,
Le dos aufeu, le flemre à table,
Donnoit de modestesleçons
Tant aux Princes cqu'aux VoliJJênsf
Martial,sanssortir de gamme,
S.,st jetté JeffHI l'Epigrammc;
Maiscequi rend mauvaise odeur;
Il épargne peu la pudeur.
De Marelles,I'Favant en rime,
Abbé plein d'honneur & d'estimes
Comme un modesteTraducteur,
A rectifiécet Autheur,
Et voilé d'unchastesilence
Cequ'avoit produitl'insolence.
C'estainsiqu'unsçavant Chrestien
Corrige l'erreur d'un Payen.
Que vtu-i diray-je icy d'Ausone,
Si renommé dans chaqueZone,
Ce cher ornement de Bordeaux,
Qui par des Ouvragessi beaux,
Si pleins deforce & d'attrempance,
S'est distingué dans nostreFrance,
Etdont les merveilleux Centons
ValentdesBoisseaux de Testons,
Sinon que par sa Poejie.
Ilfait honneuràsa Patrie,
Et qu'ilinstruit les Ignorans?
Au reste, depuissix vingtans,
Et dans l'heureuxsiccleoùnoussommes,
Emile en braves &grandsHommes,
Plusïeurs ont ausacré Villon
Brigué lafaveur d'Apollon,
Et faitla couraux neufPucelles
Que le sçavoir rend toujours belles
Inégalpourtantfut lesort
De ceux quifirent cet effort.
Tout les OuvragesPoëtiques,
Soitferreux,foiehéroïques,
DeMoulinet & de Crétin,
Estoient unamas de frétin..
Q^ù nefutpointsuivy degloires
JLt n'en déplaise à la mémoire
De Marot) on ne trouve pas
Quesa Mufe eust degrands *pp*t,
Ny dit brillant, nonplus que celle
EtdeBaïf&dejodelle.
Mais on eut un respect nouveau
Pour les Vers tracez,par Belleau.
Du Bellay s'acquitl'avantage,
D'avoir la douceur en partage,
Aussi-bien que lafermeté,
La force, & la ViVdciré.
Bersaui eut le talent de plaire,
Cefut là fin vray caractere;
Oüy Bertaud,Evesque de Sés,
Quifut pointu jufsjua l'excés;
JVlaif ses rimes par tout connuës,
De bonsensfurentsoûtenuës.
Que diray-je encor? Du Bartas
JEtêt des Admirateurs à tas,
Et l'on vit des Gens à centaine
Lire jour& nuitsaSemaine
Dans un certain empressement
Quimarquoitleurentestement;
Jrfais ce qui paroissoit commode,
N'est plus maintenant àla mode.
Laissant cette antique beauté,
Chacun court à la nouveauté.
Voila quel est l'avertinnostre,
Vn objetendétruit un autre, Et ce qu'unsiecle toujoursfait,
Vnautresiecle le défait.
Cette vicissitude étrange
Fait que tout s'altere &se change.
C'estpour cette mesme raison
Que Saint Gelais hors desaison,
Seplaint quele tempsfait outrage
Au mérite arfin Ouvrage,
Et que les S çavans d'anjourd'huy
Nesesouviennentplusde luy.
Jiiaistjttefaire en cette occurrence?
Ilfaut s'armerde patience.
Ronsard, ce PoëteVandômois,
• Jivecson Pourpoint de Chamois,
Avecsa Culotte à la Smffei
Etsa Flambergesur lacuisse,
Fut le Prince des grands Rimeurs,
Etfitgagner les Imprimeurs,
,C.a--ronpoëttque ramage -,. Des Doctes obtint le suffrage.
Alors chacunsefit honneur,
Non d'aspirer à sonbonheur,
Maisd'imiterson caractere,
DouxJinsinuAnts &sincere,
Et lesnoblesexpressiens
Tiefes belles conceptions.
Aussiprenoit-onsonlangage
Pour la regle du bel ufacre; Jo Et lors que tjuelcju}unparlait mal,
Ondf'ok, ceftnn Animal,
'VnRnffôyue, un Sot, un Empuze,
Va-Cheval debast, une Buze,
UnHommesanssel &sans art,
Quidonne unsoufflet à Ronsard.
Ajoutez*a ce Personnage
Dautres Poëtes à grandfeüillage,
Lesçavant Abbéde Tyron,
BalzaC, Malherbe, duPerron,
.Bels,Boirrobert, Benserade,
Dont laverve ria rien defade,
Desyveteaux, Motin, Faret,
Sarrasin, la Serre, Loret,
Dtfmllrefts, Dalibray, Arolitre,
Pinchesne, Boileau, Furetiere,
Dandilly,Rotrou, Scudery,
De Racan, Contart, Monfleury
Dormy, Gombaud, de Malleville,
Jean Baudoüin, Maynard, & Douville,
Mairet,deSégrais, Pélisson,
Monsuron, Racine, Poisson,
Quinault, du Ryer, la Ménardiere;
Théophile, la Giraudiere,
Co£etet9 Tristan,Priézac,
Mainart, Scarron, Meziriac,
Chappelain,Cottin,Gomberville,
MefloMleJu Rgjïei, Diéreville,
Bordier, du Perrin, DassOucy,
Le Président Nkolieaussy,
Magnon, dont les dévots Ouvrages
Servent auxpécheurs commeauxsages,
Régnier,Saint Amant, Cerisy,
Dont lestile estpur & choisy,
Becçasse le devot Chanoine,
Pere Rappin, Pere le LVo:ne,
Chevreau, MIIllevAl, & Brêbeuf
Deschèneaux, Chappeton, Marbenf,
Yiondde Ctrlifers, Voiture,
Dont Pinchesne afait lapeinture,
Beauregard, Boursault, de Sentend,
Jtfagnin, de Lingendes, Montreüil
L'ingênieux de la Fontaine.
Qui•ri*me &raisonnesans peine
'Avec une fAcilité.
Qui, marquesonhabileté;
Et commesa plume efi amie
De la celebre Académie
Que l'Eloquencefaitfleurir,
Et qui le bonsensfaitmeurir, Ilvientdy rencontrersaplace,
Comme il la trouvait au Varnajfe*.
iln'est nulPalais, nulHostel,
Quinadmette unsçavant Mortel.
Prônons maintenant vos merveilles,
Doctes Freres,fameux Corneilles,
Qjj d un nombre infiny de Vers
Avez. enrichy l'Univers,
Comme axffi mainte & mainte étude,
Sans que la grande multitude
De tant de merveilleuxEcrits
En ait diminué le prix.
La dans chacune de vos Pieces
Lesplus fines delicatesses
Du belArt quifert a l'Amour,
PArtJiJfellt dans leurplus beau jour,
Soitdam vos graves Tragédies,
Soit dans vos chastes Comédies,
Dont le Public bien averty
S'est innocemment diverty;
Carquand un Homme afaitsa tâche, Ildemande unpeu de relâche;
Et quand illeprendsans pécher,
On nesçaurait l'en empescher,
A moins que dans un Monaflere
Ilprosesse une vit "uflere..
Maisparlons de cesage Duc,.
Aussiger.éreuxqueMonluc,
Qjm pour la Plume &pourl'Epée
Est un César,eftunPompée.
Peut-estre mesme il estplusgrand,
C'estl'illustre de SaintAignan.
Q»'on me traite deTurc a More,
Si du langage à mètrphore,
Q^ti d'Ovidefut le deduit.
Ce Duc n'estpleinement instruit;
Aussisa belle destinée
Jbji de nous donner chaque année
Denouvellesproductions
Deses belles refléxions.
Le tout riefl point Muse mourante,
Mais Ouvrage a plume courante,
D'unstileaussifort que l'airain,
Digne du Cédre&du Burin.
Jlsçait dansson Art Poëtique
Joindre le moderne à l'antique,
Et sçait parler comme jadis
Onparlolt du temps d'Amadis.
Veut-onrencontrerplHl de grace
Que.chezvont,Evefqutde GYlifeaVoê'tefacrèyfçavant
Godeau,
Qui nom levastes le rideau,
Et dévoilastesdesmysteres
Impénetrables à nos Peres!
Vosserventes expressions,
Vossublimes Traductions,
VYf admirables Paraphrases,
M'ontsouvent causé des extases,
Et m'ont rendu comme enchanté.
D'effet, &dans la vérité,
Une Musesage & modeste
Est un langage tout celeste;
Et les Dames de qualité,
Toutes pleines d'bonnesteté,
Avecque leurvertusevere,
Passent du Parnasse au Calvaire,
Et de la composition
A la belle dévotion,
Sans qù"enpuisseimputer à crime
Letemps qui se donne àla rime.
Fleurisse àjamais le belArt
Où les Sçavans ont tant depart,
Par quiles Hommes & les Anges
DugrandDieu chantent leslouanges
Bouchet, ancien Curé de Nogent le
Roy. C'est luy qui est l'Autheurde
l'Origine des Jeux, que vaut me
mandez, avoir lû avec plaisir dans
le dernier Extraordinaire. Ce que
vous m'en dites d'avantageux, m'a
faitprendre garde quejavois oublié
à vous apprendre son nom, & il ne
seroitpasjuste de lepriverpluslongtemps
dela gloire qu'ilmérite.
DE L'ORIGINE
DELA Pr)ECfr'!
~P Lus dedeuxmille ansavant Laon,
Et plus d'un Siecle avant ifilon,
9,,umoy que Milanfoitfortantique,
Régna l'Art nomméPoëtique,
Cet Art illustre &figuré,
Où toutse tru.1)e mesuré;
Carsans tnefiiTi &sanscadence
Le Mu'~e tombe en décadence.
Cet Art q charme les Humains,
Avant Romule & les Romains,
Chez qui tout estoit héroïque,
Etoit Xufaçe & de pratique.
A-fêifr, ce Chefdes Hébreux,
Ce Capitaine genéreux,
Ce Législateurintrépide,
Dont l'amen'est rin desordide,
CeFavory, ce Bien-aimé,
De l'Ange & del'Homme efïimz3
AYAnttiré tantpar Oracles,
Qiieparde merveilleux miracles,
De l'esclavage Egyptien
Le PeuplequeDieu nommoitsien,
AyantdanslaMerErythrée
Confondul'insolence outrée
D'un Potentat audacieux
Qui vouloit résisteraux Cieux,
Ensuite desa délivrance,
Pour marquersa reconnois.,nce
Au Monarque del'Univers,
Inspiré d'Entrant,fitdes Virs,.
Et le premier forgea laRifne;
Carrimern'estpasfaireuncrime,
Comme ontprétendudans ces temps
Certains Boltr/U &Mécontens, par une critique austere
Blâment ce qu'ils ne peuventfaire.
Apres cet Hommesanspareil,
Qui rayonnoit comme un Soleil,
uiyam eu dans cet ArtpourMaistre
Le Dieu des Dieux le premier Estre,
Parut David,.CeFavory
,
Ce Monarque du Ciel chery,
Dans des transports tout extatiques,
Fit cent cinquante beaux Cantiques,
Qui chaquejour nous donnent lieu
D'honorer&de loüer Dieu.
SalomonsonFils, Princesage,
Mit aussisa veineenusage,
Etfit des Versforts &puissans,
Qui renferment beaucoup desens.
C'est une sa:'nfe Postorale,
Où cesçavant Monarque étale,
MAil dans un mystérieux tour,
Lessentimens d'unchaste amour.
Job, cet abysme descience,
Cemiracle de patience,
Dont le Seigneur parsabonté
Eprouva la fidélité
Par de sanglantestentatives,
Deses diforaces les plus vives
D'un stile vrveux & parfait
Nous a Uffigné le portrait.
Tous les Vers en font magnifiques,
Coulans,sçavans, &pathétiques,
Tout en effort & vigoureux;
Heureux,Lecteur, troisfoùheurtat-,
Ce luy qui conduirasaBarque,
Comme fit ce Prince de marque,
Avec pleinesoûmissîon,
Aux ordres du Dieu de Sion.
lt!!and l'amour de l'indépendance
N'aveuglepointnostre prudence,
Nous nousfaisons ungrandplaijîr
D'assujettir nostre desir,
Et nostreentiereobéissance,
A celuy de qui la puissance
Soumet àses divines Loix
LesRépubliques & les Roys.
Le compatissantJerémie,
'Dont l'amefutdu Ciel amie,
jQue la pitié santifia,
En Vers Hébreuxversisia,
Prédit d'une Ville coupable
La décadence déplorable,
Etfit des Lamentations
Dignes de nos attentions.
jfisnas ( dit un JÎutheur Classique)
Del'Elégie& Poëme Epique,
Fut tout le premier Inventeur,
Et tres-grand YerflftcAtlUr.
Terpandre, un des Scientifiques,
Dressa des Loix Cytharediques
Enfaveur des Joüeurs de Luth;
Cefui làson premier début,
Etses Ouvrages de mérite
Eurent beaucoup de réüffiu.
PolymnestedeColophon,
Qui n'avoit pas l'espritboufon,
Maûférieux, mais dramatique,
Fut l'Autheur du Vers héroïque.
Pierus, non Athénien,
Aiais BourgeoisMacédonien,
Grand amateur de rharmonie,
Pour le Poëme eut bien du génie;
Etsil'on en croit Scaliger,
Ecrivain grave, & non léger,
IlfHt nommé Pere des bjUfeS.
Ce nom luy vint, non deses ruses,
Quoy qu'ilfust un peu guoguenard,
Et presque aiijfi fin qu'un Renard,
Mais bien de ce qu'a ses neuf Filles,
Toutes belles, toutes gentilles,
Dont laverve avoit du renom,
Des Muses il donna le nom.
Thaliafit les Comédies,
Molpomene les Tragédies;
Dithyrambe,fameux Thébain,
Mortelunpeufolâtre c£ vain,
Dressa les Vers Dithyrambiques;
Daphnis Pasteur, les Bucoliques;
Romert, de belle hauteur,
DesVerslambesfutl'Autheur;
./t:ezon fit tant par ses ménages,
Qu'ilfit entrer les Personnages,
Et les Scenes qui plaisent tant,
Dessus un Théâtre éclatant.
Phémenoé, Homme deLettres,
Composa des Vers Héxametres,
Accompagnezd'une douceur
Qui charmoit le Frere & la Soeur.
Alemanfut un Poète Lyrique,
Qui parlait la Langue Dorique,
Et qui lepremier mit au jour
Des Vers au sujet de lAmour.
L*Athénien, qu'onnommeEschile,
Doüé d'une Languesubtile,
Et d'éloquence, eut le malheur
Depasserpour HH grand parleur;
Mais cest luy qui trouva la Dance„
Lafaçon d'alleren cadence,
Et tous ces beauxpasfigurez.
JQui dans les Balssontadmirez.
Les Chants que l'on nommoit Néniesî
Qu'aux lugubres Cérémonies
On employoit communément,
Trouverent leur commencement,
Non dans la tested'Euripide,
Mais dans celle de Simonide,
Poëtequisefitaimer,
Heureuxsur terre, heureuxsur mer
Pratinas, Poëte Tragique,
Mais bizarre & mélancolique,
Pour exorciserlechagrin
Dont ilavoit bien plus d'ungrain,
S'avisa, poursefairerire;
D'estre Inventeur de la Satyre,
Et de railler à tour de bras
Tous ceux quine luy plaisoientpas,
En voulant lescharger de honte;
Mais iln'y trouvapasson compte,
Car aux dépens deson hornois
Onjoüasur luy du Hautbois.
Voila lefort d'un Satyrique,
Comme il offence, comme ilpique;
Et comme ilse croit tout permis, Ils'attiredes Ennemis.
Dans cettefouled'Adversaires,
Qui luysontsouvent des affaires,
Il s'en trouve toujours quelqu'un
Qui nese croyant du commun,
Sevange, nazarde son mufle,
Etvient luy repasserson Buste.
Ainsicroyons que rarement
Onsatyrise impunément.
Aristophane le Comique
A mis l'Octometre en pratique;
Le Tétramesre en est auffy3
Dont il IlfAit un racourcy.
Aristore le Stagirite,
Philosophe degrand mérite,
Et de qui l'érudition
S'attira l'admiration,
Sçavoit aussifort bien la trace
Del'Hippocrene & du Parnasses.
Et malgrésesemploisdivers,
Donnait unfort beau tour aux Ferf-
Il composa des Epigrammes,
Des 1ailes. desAnaorammes;
L'Elégie pareillement
Estoitdeson département.
Quand un Homme aide la cervelle,
Par tout il triomphe, il excelle,
Et vous paffastesdans ce rang,
Maistre d'Alexandrele Grand,
PourPoëte, Orateur, Botaniste,
Philosophe NAturaliste
Aureste,plusieurs Gens d'esprit,
Del'ArtPoëtique ont écrit,
Et donné carriers à leurs Plumes,
Pourfaire de sçavans Volumes,
Marquant par un travail si beau,
Qu'ilsfçavaientdusacréCoupeau
Que l'onvante au dessusdes nuës
Les Routes les plus inconnues.
Pour peuquel'onfaitstHdieux,
On en peut juger par lesyeux,
On aveu Zénon le Pitique,
Horacele Prince Lyrique,
Et Caton le Grammairien,
Autheurs qui raisonnementfort bien
Ecrire de l'ArtPoétique
D'unefaçonfort ItutentÍque.
Que l'on peut liresans danger..
Autant en afait Scaliger,
Ce Puitsdescience profonde,
Dont le nom voleparlemonde.
Varron, L'ornement des HNmll"inf,;.
Et lepinssçavant des Romains.
Ecrivit en Vers, non en Prose,
Sur l'essence de chaque chose,
Etsurd'autressujets, le tout du resse trouvé dugrandgoust.
Théonas employa sa plume
si composer un grandVolume
Surlasainte Religion
Dont nousfaisonsprofession,
Le tout en YerJ, le tout en Rime,
Et le tout paffè par la Lime.
L'admirable Sérapion,
GrandHommede biens ce dit-on, 1
Grand amateur de Poésie,
Se mit enteste, enf{lntaiJie
De mettre en Volumes divers
La Logique & Physique en Vers;
La Métaphysique & Morale,
Où par tout sa Minerve étale
De merveilleuxenseignemens,
Et de vertueux documens.
Guide, sçavant &fameux Prej/rt"
Quiparses Vers s'estfaitconnoistre
Ecrivit copieusfement
Sur l'un & l'autreTestament.
Le grand Prosper-tl,'AquitanieJ
Docteurd'un celestegénie,
Afait un Poëmeplein d'appas
Contre ces malheureux rats,,
Quinégligent de
reconnoistre
Lagrace dusouverain Maistre.
En effet, tarit son bonheur,
Qui néglige son Bienfaiteur.
Saint Fulgence, Homme de courage
Né d'un Sénateur de Catrhage,
Composa des Poëmes Chrestiens,
peuventservir de moyens
Poursournir de riches idées
Aux Ames de Dieu possedées
Saint Cyprien, nobleAffricairty
Quin'eutjamaisl'esprit taquin,
Mais dont famé tres-liberale
jilla d'une façon Royale
JrtfqHtl àprodiguerson [1IlIt.
Pour l'Estre qui tient le hautrang,,
Sur ce Poteau si vénérable,
Où par un crime abominable
Le Sauveur on crucifia.
Elégamment versisia.
LedocteFirmian LaBance,
Hommesansfaste&sans jaBance^
Eloquent comme un Cicéron,
Asur la Résurrection,
Etsurla Mort du Dieufait Homme
Ausujet d'une trisse Pomme,
Composé des Vers élegans,
Quoy que certains Extravagant
jlyent voulu, remplitde rage,
Donner atteinte a cet Ouvrage.
Victorin, nommél'Affricain,
Qui milleans avant Charles-quint;
( Prince que l'Histloire renomme)
Lisoit publiquement à Rome
'.Avec un applaudissement
Qui donnait de létonnement
Aux Esprits jaloux desaglpirr,
Chanta la mort & la viEieire
De cesseptFreres généreux,
De cessept Freres bienheureux,
Quiflgnalerentleurconfiance,
Leurbravoure & leur résistance,
Ensoufrant lefer &lefeu
Pour ladéfense du vray Dieu.
On les appelle Macchabées,
Par leurs images exhibées
Que dans le mondeenfaitcourir,
NIUsçavons tous qu'ilfaut mourir.
De SédulleEcossois, lesveilles
Ontproduit degrandes merveilles; unHymnefaitpourle Seigneur,
Ils'est accjuis beaucoup d'honneur,
Le tout en Vers comme en cadence.
A celuy-cyjoignons Prudence,
Quisuivantses pieux desseins
Afait Céloge desgrands Saints,
Et nom en a tracél'histoire,
Pour en remplirnostre mémfJirt).
-4fin qu'onimite en ces lieux
Ceux que Dieu récompense aux dense*
Si l'on meleveut bien permettre,
Je diray qu'en rime béxametre
Travailla legrandJuvencw,
Dont lesVersvaloientdes écus,
Etquefuries quatreEvangiles
Ses soins ont estéfort utiles.
Rien n'cft dans laperfection
Pluspurquesa Traduïiion.
A ceux-cy je dois joindreAlcimt3
Prélat célebre& magnanime,
Quifit la guerreaux Arriens
Parsaplume&ses entretiens.
Ajoutons encor DAmAJèene,
Unpeuplou.moderne qu'Arsene,
Damascene appelle le Grand,
Quiparmyles Drlan eut rang.
Cet Autheur, d'un air non profane,
Afait l'Histoire de Suzanne,
Etsolidement composé,
D'un espritcalme &reposé,
Certaines Regles Canoniques,
Le toutenbeaux Vers Iambiques,
Uilhtftre Diacre Aratory
Homme valantsonpesant d'or,
Et quiseulenvaloit dix autres,
Afait les Actes des Apostres,
Le toutenVersfort élégans.
On necraintpointlesOuragans,
Quand onse donne l'avantage
Deprofiterd'un telOuvrage.
Il n'estrien de mieux inventé,
Demieuxfait,demieuxconcerte.
Si l'on en croit Georges iAmboi{e,
QuelesHymnes de Saint Ambroise;
Dans nosjournaliers entretiens,
IIestlabouche des Chrestiens,
Et par luyl'Eglise s'explique
D'unesa,sonfort emphatique.
Nonne le Pentapolitain,
Homme devot, nonlibertin,
Employasonzèle&sonstile
A travaillersur l'Evangile
Du grandFvory du Sauveur,
Etfit ensuite avec ardeur
RoulersesVers &songénie
De/fusla Gigantomachie.
Quand on a l'espritexcegent,
Onse prévaut desontalent.
Nazianze, & legrand Boece,
Ont dans leurs Vers une tendrtJfr.
Dont les Esprits un peu bienfaits
Sefont trouvez, tres-satisfaits.
Je IAiffi les Poëtes profanes,
Perse Properce, Aristophanes,
Plante, Maron, State, Nazon,
Et l'Inventeur duVersScazon.
Lucain,danslevrayrienn'égale
Vostre incomparable Pbarfale.
SesVers quisont coulans&forts,
Surpaient le prix des TréflrJ.
Iln esr rien de mieuxfait,Lucrece,
Que et qui part de vostre adresse;
Etvostre Muse, un le voit bien,
A le tour Hélieonien.
Sur les bords du Rivage humide
DelaFontaineCaftalide,
Clauienfit desVerspompeux,
EmpfJulez., &sententieux,
Où l'on ne voitpoint de césure,
Mai$uniportablemtfure»
Juvenal n'a rien quede bon
Pour leJeune & pour le Barbon;
Etsansprofit l' on ne peut lire
Les maximes desasatire,
Puis qu'onyvoit le vray portrait
De tout ce
qu'aujourd'huy l'onfait
Pour l'avarice, pour l'envie,
Pour les desordres dela vie,
Pourl'ambiticn des honneurs,
Pourl'incontinence des moenrs,
Pour la fourbe d- la tromperie,
Pour le Vin,pour l'yvrognerie,
Pour les intrigues del'Amour;
Et pource qui touche la Cour.
Il est bien vray que ses manieres
Se trouvent un peu cavalieres,
Etpleines d'uneliberté
JQui hleffi unpeu l'honnesteté;
Mais apncs tout il est louable
Dans cet Ouvrageincomparables
D'avoir levice combattu,
Afin d'affermir la vertu.
D'Hésoidele grandgénie
Fut bonpeurlaThéogonie.
-
Homerefutfort estimé,
Et de beaucoup de Gensaimé,
Vourl'Odyssée& l'Iliade;
Mais ony voitparfois dufade,
Du bat,dufoible, du rampant; Ilsemble que c'est un Serpent,
Ouichâtiédesasuperbe,
Se traînecommeilpeutsurl'herbe.
Horace estoit un bon Vivant,
Quisa gDrgcArrojlitfowvfnt,'
Etse lavoitsouvent la bouche;
Aveccelason stile touche,
Et ria rien que de vigoureux.
Onvoudraitse rendre Chartreux,
Entendantsa Museseconde
Draper lesvanitez du monde.
Quieroiroitque le Verre en mAi",
JlillflruiJIit le Genre-humain?
Qui croirait que cet Homme aimable,
Le dos aufeu, le flemre à table,
Donnoit de modestesleçons
Tant aux Princes cqu'aux VoliJJênsf
Martial,sanssortir de gamme,
S.,st jetté JeffHI l'Epigrammc;
Maiscequi rend mauvaise odeur;
Il épargne peu la pudeur.
De Marelles,I'Favant en rime,
Abbé plein d'honneur & d'estimes
Comme un modesteTraducteur,
A rectifiécet Autheur,
Et voilé d'unchastesilence
Cequ'avoit produitl'insolence.
C'estainsiqu'unsçavant Chrestien
Corrige l'erreur d'un Payen.
Que vtu-i diray-je icy d'Ausone,
Si renommé dans chaqueZone,
Ce cher ornement de Bordeaux,
Qui par des Ouvragessi beaux,
Si pleins deforce & d'attrempance,
S'est distingué dans nostreFrance,
Etdont les merveilleux Centons
ValentdesBoisseaux de Testons,
Sinon que par sa Poejie.
Ilfait honneuràsa Patrie,
Et qu'ilinstruit les Ignorans?
Au reste, depuissix vingtans,
Et dans l'heureuxsiccleoùnoussommes,
Emile en braves &grandsHommes,
Plusïeurs ont ausacré Villon
Brigué lafaveur d'Apollon,
Et faitla couraux neufPucelles
Que le sçavoir rend toujours belles
Inégalpourtantfut lesort
De ceux quifirent cet effort.
Tout les OuvragesPoëtiques,
Soitferreux,foiehéroïques,
DeMoulinet & de Crétin,
Estoient unamas de frétin..
Q^ù nefutpointsuivy degloires
JLt n'en déplaise à la mémoire
De Marot) on ne trouve pas
Quesa Mufe eust degrands *pp*t,
Ny dit brillant, nonplus que celle
EtdeBaïf&dejodelle.
Mais on eut un respect nouveau
Pour les Vers tracez,par Belleau.
Du Bellay s'acquitl'avantage,
D'avoir la douceur en partage,
Aussi-bien que lafermeté,
La force, & la ViVdciré.
Bersaui eut le talent de plaire,
Cefut là fin vray caractere;
Oüy Bertaud,Evesque de Sés,
Quifut pointu jufsjua l'excés;
JVlaif ses rimes par tout connuës,
De bonsensfurentsoûtenuës.
Que diray-je encor? Du Bartas
JEtêt des Admirateurs à tas,
Et l'on vit des Gens à centaine
Lire jour& nuitsaSemaine
Dans un certain empressement
Quimarquoitleurentestement;
Jrfais ce qui paroissoit commode,
N'est plus maintenant àla mode.
Laissant cette antique beauté,
Chacun court à la nouveauté.
Voila quel est l'avertinnostre,
Vn objetendétruit un autre, Et ce qu'unsiecle toujoursfait,
Vnautresiecle le défait.
Cette vicissitude étrange
Fait que tout s'altere &se change.
C'estpour cette mesme raison
Que Saint Gelais hors desaison,
Seplaint quele tempsfait outrage
Au mérite arfin Ouvrage,
Et que les S çavans d'anjourd'huy
Nesesouviennentplusde luy.
Jiiaistjttefaire en cette occurrence?
Ilfaut s'armerde patience.
Ronsard, ce PoëteVandômois,
• Jivecson Pourpoint de Chamois,
Avecsa Culotte à la Smffei
Etsa Flambergesur lacuisse,
Fut le Prince des grands Rimeurs,
Etfitgagner les Imprimeurs,
,C.a--ronpoëttque ramage -,. Des Doctes obtint le suffrage.
Alors chacunsefit honneur,
Non d'aspirer à sonbonheur,
Maisd'imiterson caractere,
DouxJinsinuAnts &sincere,
Et lesnoblesexpressiens
Tiefes belles conceptions.
Aussiprenoit-onsonlangage
Pour la regle du bel ufacre; Jo Et lors que tjuelcju}unparlait mal,
Ondf'ok, ceftnn Animal,
'VnRnffôyue, un Sot, un Empuze,
Va-Cheval debast, une Buze,
UnHommesanssel &sans art,
Quidonne unsoufflet à Ronsard.
Ajoutez*a ce Personnage
Dautres Poëtes à grandfeüillage,
Lesçavant Abbéde Tyron,
BalzaC, Malherbe, duPerron,
.Bels,Boirrobert, Benserade,
Dont laverve ria rien defade,
Desyveteaux, Motin, Faret,
Sarrasin, la Serre, Loret,
Dtfmllrefts, Dalibray, Arolitre,
Pinchesne, Boileau, Furetiere,
Dandilly,Rotrou, Scudery,
De Racan, Contart, Monfleury
Dormy, Gombaud, de Malleville,
Jean Baudoüin, Maynard, & Douville,
Mairet,deSégrais, Pélisson,
Monsuron, Racine, Poisson,
Quinault, du Ryer, la Ménardiere;
Théophile, la Giraudiere,
Co£etet9 Tristan,Priézac,
Mainart, Scarron, Meziriac,
Chappelain,Cottin,Gomberville,
MefloMleJu Rgjïei, Diéreville,
Bordier, du Perrin, DassOucy,
Le Président Nkolieaussy,
Magnon, dont les dévots Ouvrages
Servent auxpécheurs commeauxsages,
Régnier,Saint Amant, Cerisy,
Dont lestile estpur & choisy,
Becçasse le devot Chanoine,
Pere Rappin, Pere le LVo:ne,
Chevreau, MIIllevAl, & Brêbeuf
Deschèneaux, Chappeton, Marbenf,
Yiondde Ctrlifers, Voiture,
Dont Pinchesne afait lapeinture,
Beauregard, Boursault, de Sentend,
Jtfagnin, de Lingendes, Montreüil
L'ingênieux de la Fontaine.
Qui•ri*me &raisonnesans peine
'Avec une fAcilité.
Qui, marquesonhabileté;
Et commesa plume efi amie
De la celebre Académie
Que l'Eloquencefaitfleurir,
Et qui le bonsensfaitmeurir, Ilvientdy rencontrersaplace,
Comme il la trouvait au Varnajfe*.
iln'est nulPalais, nulHostel,
Quinadmette unsçavant Mortel.
Prônons maintenant vos merveilles,
Doctes Freres,fameux Corneilles,
Qjj d un nombre infiny de Vers
Avez. enrichy l'Univers,
Comme axffi mainte & mainte étude,
Sans que la grande multitude
De tant de merveilleuxEcrits
En ait diminué le prix.
La dans chacune de vos Pieces
Lesplus fines delicatesses
Du belArt quifert a l'Amour,
PArtJiJfellt dans leurplus beau jour,
Soitdam vos graves Tragédies,
Soit dans vos chastes Comédies,
Dont le Public bien averty
S'est innocemment diverty;
Carquand un Homme afaitsa tâche, Ildemande unpeu de relâche;
Et quand illeprendsans pécher,
On nesçaurait l'en empescher,
A moins que dans un Monaflere
Ilprosesse une vit "uflere..
Maisparlons de cesage Duc,.
Aussiger.éreuxqueMonluc,
Qjm pour la Plume &pourl'Epée
Est un César,eftunPompée.
Peut-estre mesme il estplusgrand,
C'estl'illustre de SaintAignan.
Q»'on me traite deTurc a More,
Si du langage à mètrphore,
Q^ti d'Ovidefut le deduit.
Ce Duc n'estpleinement instruit;
Aussisa belle destinée
Jbji de nous donner chaque année
Denouvellesproductions
Deses belles refléxions.
Le tout riefl point Muse mourante,
Mais Ouvrage a plume courante,
D'unstileaussifort que l'airain,
Digne du Cédre&du Burin.
Jlsçait dansson Art Poëtique
Joindre le moderne à l'antique,
Et sçait parler comme jadis
Onparlolt du temps d'Amadis.
Veut-onrencontrerplHl de grace
Que.chezvont,Evefqutde GYlifeaVoê'tefacrèyfçavant
Godeau,
Qui nom levastes le rideau,
Et dévoilastesdesmysteres
Impénetrables à nos Peres!
Vosserventes expressions,
Vossublimes Traductions,
VYf admirables Paraphrases,
M'ontsouvent causé des extases,
Et m'ont rendu comme enchanté.
D'effet, &dans la vérité,
Une Musesage & modeste
Est un langage tout celeste;
Et les Dames de qualité,
Toutes pleines d'bonnesteté,
Avecque leurvertusevere,
Passent du Parnasse au Calvaire,
Et de la composition
A la belle dévotion,
Sans qù"enpuisseimputer à crime
Letemps qui se donne àla rime.
Fleurisse àjamais le belArt
Où les Sçavans ont tant depart,
Par quiles Hommes & les Anges
DugrandDieu chantent leslouanges
Fermer
3
p. 10-11
V. A MADAME LA MARQUISE D***
Début :
Tout est Poëte à Dijon depuis vostre omnibus, [...]
Mots clefs :
Poète, Minerve, Rimer, Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : V. A MADAME LA MARQUISE D***
V.
A MADAME
LA MARQUISE D ***
T
Out eft Poëte à Dijon depuis:
vostre omnibus,
En vain Minervé en gronde , & la
raiſonfe fâche ,
Chacun veut à rimer travaillerfans
relâche ,
Pour ajoûter au bout de quatre Vers
tribus..
SS
Moy - mefme je n'ay pû demeurer
affez lâche,
Marquife, vous voyant donner dans
le Phocbus,
Pourne m'enpas mêler , mais la Rime
quibus,
du Mercure Galant. 17
Eft bien dure àpaffer à qui Moutarde
mâche .
SS
Peut - on s'accommoder du tropfunefte
Item ,
Et de fon Compagnon le dévot tu
autem ,
Qui du Parnaffe entier devroient attirer
l'irc ?
SS
Que diable au bout d'un Vers fran
çois veut dire amo ?
J'aime , & veux estre aimé , fi vous
le voulez lire ,
Le ne l'écriray point latino calamo ..
A MADAME
LA MARQUISE D ***
T
Out eft Poëte à Dijon depuis:
vostre omnibus,
En vain Minervé en gronde , & la
raiſonfe fâche ,
Chacun veut à rimer travaillerfans
relâche ,
Pour ajoûter au bout de quatre Vers
tribus..
SS
Moy - mefme je n'ay pû demeurer
affez lâche,
Marquife, vous voyant donner dans
le Phocbus,
Pourne m'enpas mêler , mais la Rime
quibus,
du Mercure Galant. 17
Eft bien dure àpaffer à qui Moutarde
mâche .
SS
Peut - on s'accommoder du tropfunefte
Item ,
Et de fon Compagnon le dévot tu
autem ,
Qui du Parnaffe entier devroient attirer
l'irc ?
SS
Que diable au bout d'un Vers fran
çois veut dire amo ?
J'aime , & veux estre aimé , fi vous
le voulez lire ,
Le ne l'écriray point latino calamo ..
Fermer
Résumé : V. A MADAME LA MARQUISE D***
L'auteur d'une lettre poétique à Madame la Marquise d'*** décrit la mode de la poésie à Dijon. Il reconnaît l'influence de la Marquise et du Mercure Galant. Il critique l'usage excessif de termes latins et religieux dans les vers français, préférant exprimer ses sentiments en français.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 81-85
Montre à eau. [titre d'après la table]
Début :
Je vous parlay dans ma Lettre du mois de Mars 1678 [...]
Mots clefs :
Muse, Mathématique, Parnasse, Montre, Ouvrage, Invention , Eau, Aiguilles, Cadran, Étui, Décors, Saisons, Pyramide, Admiration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Montre à eau. [titre d'après la table]
Je vous parlay dans ma Lettre
du mois de Mars 1678.d'une
dixiéme Muſe qui fe trouvoit
au Parnaffe de Sainte
Geneviefve , & vous appris
par celle du mois de Juillet
de la mefme année , qu'elle
avoit un Fils qui fans avoir
jamais appris les Mathematiques
, avoit fait une Montre
qui alloit un an entier,
fans qu'on fuft obligé de la
remonter , & qu'il eſtoit venu
à bout de ce merveilleux
Ouvrage , par les feules lu82
MERCURE
le
mieres que luy avoit prefte
la Nature . Il a fait une autre
Montre d'une invention
toute nouvelle . Elle eft à
Eau , & il n'en faut qu'une
chopine pour en entretenir
mouvement pendant
vingt fix heures . Ce n'eſt
que la pefanteur de l'air , &
la quantité de fes Colomnes
qui la font fortir de fon
refervoir jufqu'à la derniere
goute , & par un mouve
ment jufte & imperceptible
, cette Eau fait tourner
l'Aiguille du Cadran. Sa
Figure eft pyramidale , dans
GALANT. 83
l'efpace d'un pied en quarré.
L'Etuy , qui eft d'une Architecture
d'ordre Ionique , eft
enrichy de Coquillages de
differente groffeur , qui luy
fervent d'ornement avec
quelques Portraits & Païfages.
Aux quatre coins
font les quatre Saifons de
l'année
, qui partagent
le
temps par quatre Figures
d'émail. La premiere tient
une Fleur qui fignifie le
Printemps
; la feconde
,
une Gerbe de bled qui marque
l'Efté , la troifiéme un
Raifin , qui fait connoiſtre
1
84 MERCURE
l'Automne , & la derniere
un Fagot , pour faire entendre
l'Hyver. Plus haut font
les cinq Sens de Nature,
dont la veuë qui eſt le dernier
& le plus noble , tient
une Lunette dans fa main ,
& termine la Pyramide . Au
deffous on lit ce paffage du
fecond Livre des Roys , Si
cut aquæ dilabimur. Plufieurs
Sçavans dans les Mathematiques
Hidrauliques , ſont
venus voir ce Chef d'oeuvre
pour tâcher d'en découvrir
le fecret ; mais ils
n'ont pû en venir à bout ,
,
GALANT. 85
& ont efté obligez de fe contenter
de l'admirer.
du mois de Mars 1678.d'une
dixiéme Muſe qui fe trouvoit
au Parnaffe de Sainte
Geneviefve , & vous appris
par celle du mois de Juillet
de la mefme année , qu'elle
avoit un Fils qui fans avoir
jamais appris les Mathematiques
, avoit fait une Montre
qui alloit un an entier,
fans qu'on fuft obligé de la
remonter , & qu'il eſtoit venu
à bout de ce merveilleux
Ouvrage , par les feules lu82
MERCURE
le
mieres que luy avoit prefte
la Nature . Il a fait une autre
Montre d'une invention
toute nouvelle . Elle eft à
Eau , & il n'en faut qu'une
chopine pour en entretenir
mouvement pendant
vingt fix heures . Ce n'eſt
que la pefanteur de l'air , &
la quantité de fes Colomnes
qui la font fortir de fon
refervoir jufqu'à la derniere
goute , & par un mouve
ment jufte & imperceptible
, cette Eau fait tourner
l'Aiguille du Cadran. Sa
Figure eft pyramidale , dans
GALANT. 83
l'efpace d'un pied en quarré.
L'Etuy , qui eft d'une Architecture
d'ordre Ionique , eft
enrichy de Coquillages de
differente groffeur , qui luy
fervent d'ornement avec
quelques Portraits & Païfages.
Aux quatre coins
font les quatre Saifons de
l'année
, qui partagent
le
temps par quatre Figures
d'émail. La premiere tient
une Fleur qui fignifie le
Printemps
; la feconde
,
une Gerbe de bled qui marque
l'Efté , la troifiéme un
Raifin , qui fait connoiſtre
1
84 MERCURE
l'Automne , & la derniere
un Fagot , pour faire entendre
l'Hyver. Plus haut font
les cinq Sens de Nature,
dont la veuë qui eſt le dernier
& le plus noble , tient
une Lunette dans fa main ,
& termine la Pyramide . Au
deffous on lit ce paffage du
fecond Livre des Roys , Si
cut aquæ dilabimur. Plufieurs
Sçavans dans les Mathematiques
Hidrauliques , ſont
venus voir ce Chef d'oeuvre
pour tâcher d'en découvrir
le fecret ; mais ils
n'ont pû en venir à bout ,
,
GALANT. 85
& ont efté obligez de fe contenter
de l'admirer.
Fermer
Résumé : Montre à eau. [titre d'après la table]
Le texte décrit deux inventions horlogères remarquables. La première montre, mentionnée en mars et juillet 1678, fonctionne sans remontage pendant un an grâce à des principes naturels. La seconde invention est une montre à eau, alimentée par une chopine d'eau, capable de fonctionner pendant vingt-six heures. L'eau, mue par la pression atmosphérique et la gravité, fait tourner l'aiguille de manière fluide et imperceptible. Cette montre a une forme pyramidale, mesure un pied carré, et son étui ionique est décoré de coquillages, portraits et paysages. Les quatre saisons sont représentées par des figures d'émail aux coins, chacune tenant un symbole approprié : une fleur pour le printemps, une gerbe de blé pour l'été, un raisin pour l'automne et un fagot pour l'hiver. Au sommet, les cinq sens sont illustrés, avec la vue tenant une lunette. Une inscription latine, 'Si cut aquæ dilabimur', figure à la base. Plusieurs experts en mathématiques hydrauliques ont admiré cette montre sans réussir à en percer le secret.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 54-75
PALINODIE.
Début :
L'ouvrage que vous allez lire est la traduction d'un / Raisonnemens trompeurs, Eloquence funeste, [...]
Mots clefs :
Langue latine, Langue française, Patrie, Rome, France, Entendre, Auteurs, Muse, Parnasse, Langage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PALINODIE.
L'ouvrage que vous allez
lire est la traduction d'un
Poëme Latin composé par un
Jesuite,ensuite d'un discours
fort éloquent
,
qu'il avoit
prononcé en faveur de la langue Latine contre la Françoijfe. Celafait voir que quand
on a
de l'esprit, on peut soûtenir également le pour & le
contre.
PALINODIE.
R Aisonnemens trompeurs, Eloquencefuneste
,
Vains discours,queje vous detefie!
J'ay voulu lâchement trahirvostre
party,
France, mon aimable. Patrie:
J'ay voulu signaler mon aveugle fu*.
rie,
Et moyseulje mesuis trahy.
Ah, Mere des beauxArts, pardonne
à l'insolence
D'un Orateur trop vehement.
riens) langue des Latins, rens à
celle de France
L'honneur que tu luy doissi légitimement.
X)ou vient que malgré,tavieillesse
Tu veux tepiquer de beauté?
Scais-tu que ton éclat qui surprend
lajeunesse.
N'a rien qui nesoit emprunté ?
C'est vainement que l'on s'enteste
Desfoibles ornemens que ton adresse
aprefie,
Tous ces airsconcentrez,cettefausse
candeur,
Cefardqu'on voitsurton visage,
- Cestermes affectezquiforment lOti:
langage
,
Tefont Sibille en
âge aussi-bienqu'en,
laideur.
Voilà ce qui tefit silong-temps
Souveraine [tesloix,
Des Romainsprévenus en fAveur d,
Mais aujourd'huy tu tiens àpeine
Un petit coin de terre où tu maintiens tes droits.
Rarement on t'entend dansla bouche
des Rais
,
Le beau monde te fuit;tesplusbeaux
privilèges,
Sont renfermezdans les colleges,
Déterrons des Latins les plus vieux
monumens,
Foüillons dans leurssombres Archives.
:en verrons-nous un seul exempt des invectives
Etdes censures des Sçavans ?
Ciceron ,le premieren butte à la Critique
Laisse un peu trop voir etart,diuen,
quand il s'explique,
Il est diffus en trop d'endroits.
Live qu'on metaurangdes Auteurs
les plus rares,
Garde de son pays certains termes
barbares
Donton le raille quelquefois.
Plaute, cet illustre Comique,
A-t-ilaujourd'huy rien quipique?
Voit-on un Peupleassez badaut
A qui plustsabouffonnerie,
Etsasadeplaisanterie
Neseroit-ellepassiflée à Guenegaut ?
9
Terence , , a
toutpilléMénandre :
Seneque estempouâe>
pour ne le pas
entendre
L'Auditeur effrayése retire à
l'écart.
Enfin la Scene antique estsans regle
&sans art.
Laissons le Cothurne tragique,
Pour parler du PoëmeEpique :
Virgile a-t-il rien destbeaae?
Enparlant deses Dieux,desTroyens,
deson Pere,
Queses vers ont-ils de nouveau 'fJn ennuyeuxtissu des dépoüilles
d'Hornere!
Est-ce
d,Ovidsel'Amoureux
Dont on vaudra vanterla plume ?
-que n'a-t-ilestéplussoigneux
De remettre ses vers mal polis fils fenclume?
Scaligernous apprend qu'ils en vaudroient bien mieux.
Jï^uand au dessus du vent je vois
volerHorace
,
Iltombe, dit un autre,&sa chute me
glace.
Lucain esttropguindé;Juvenal efi
trop duri [obscur.
Evitantd'estre long,Perse devient.
Le badinage de Tibulle
Ne me charme pas plus que celuy de
Catulle,
Dont le verssautillant
>
siflant, &
mal-formé
,
Ressemble hfin Moineaudansla cage
enfermé.
Mais,France, Pepiniere agreable&
secondé
Des plus fameux auteurs du
monde,
Nous voyons aujourd'hui que tes
heureux Dessins
Te mettent au dessus des Grecs & des
Latins.
Aristote efi vaincu ,son traducteur
Cassandre
Estpluspoly, plus doux, &se fait
mieux entendre. [ voix,
Philipe qui craignit Demostene J&si
Trembleroit aux Sermons du tonnant
Bourdaloüe;
Et quand le Divin Flechierloüse,
C'est bien mieux que Pline autresiss. &
Jamais Rome au Barreauvit-elle une
éloquence
Egale au grand Patru plaidant pour
l'innocence,
Et du vainqueur d'Asie en lisant les
combats,
N'estime t-on pas moins Curse que
VaugeLu ?
Malgré les vers pompeux que Lucain
nous étaley
Cesar eust de Brebeuf adoré la Pharsale;
Toutsçavantqu'ilestoit il auroitfait
saCour,
Pour avoir un cahier chez,liUtfîre
Ablanceur.
Mais Rome enfinse glorifie
D'avoir eu dans son sein la doli
Sulpicie: [jou
Ellese vante encor d'avoirdonnél
A lasçavante Cornelie :
NostreFrance bien plus polie,
A de charmansobjets à vanter à fioti
tour.
Elle n'a pas pour une Muse;
Bregy, Des-Houlieres, la Suze,
Et mille autres Saphos que je ne nomme pas,
Font de nostre Parnasse un lieu rempli -d'dpas.
Qu'on ne nous vanteplus le theatre
d'Athene,
Dont les Acteurscruels ensanglantoient la Scene ;
Sidans Sophocle,Ajax meurtdesa
propre main
,
Etsi dans Euripide une mere cruelle
Plonge àses deux enfans unpoignard
dans lefein
, Avoüons que che.z-noUi la methode
estplusbelle.
Le Cid, Pompée, Horace en seront
les témoins;
C'estlà que le divin Corneille
Touchant le cœur,charmel'oreille.
Dans Cinna que croiroit-on moins £)uun ingrataccabléparlesfaveurs
d'Auguste,
Conspirant contre luypar un retour injuste?(sanglant
Il eustfallu dans Rome unfpeffade
Pourpunir cette audaceextrême
Maisle pardon tient lieu desang,
Auguste oublie
,
Emilie aime,
Cinna devient reconnoissant,
Et les vers du Poëte ont un toursi
puiffint
Qu'on croit entendre August
méme.
a
Represente-t-on Phedre&toutesse
On y
fureurs
plaint le
?
chaste Hyppolite.
Si la veuve d'Hectorpleure, Dieux
quelle excite
De tendressentimens dans lefond d
nos cœurs!
Raciney ce charmant Genie,
Tire des soûpirs & des pleurs
Des Peuples attendris au récit de.
malheurs,
D'une mourante Iphigenie.
Chacuns'Agamemnpn abhorre le dejsein, (victime
Voyant le couteau prest d'égorger la
Chacunsoupire de ce crime,
Etcroitsentir le coup qui luyperce U
sein.
Las de pleurersil'on- veut rire
Et dans le mêrne-inlfantî"I'nstruire,
Qu'on aille de Moliere écouter les
leçons.
En voyant le Tartusse drson misque
On apprendra
hypocrite,,comme on éviteDe tant defaux Devots les trompeurs
hameçons.
LesMarquisyles Facheax
,
l'A
vare
Et le Misantrope hitttrrt,
LesmauvaisMedecins, lesFemmes,
les Maris
verront de leurs mœurs la. critique
subtile
, -
Comme ontfait la Cour & Paris.
Heureux, quijoint ainsi leplaisant
à l'utile!
Veutprodiguerses Versendéfitde
Minerve,
Et pour peu que ify-mefine on si
connoisse bien
,
Lisant le nom d'un autre on peut
lire le sien.
Heureuxenfin, heureux
,
qui pour
devenirsage,
En voyant ces Portraits peuty voir
son image!
Naissi le Lesteuraime mieuxUn Ouvrage qui soit comique &-
serieux ;
Voiture efi inventeur de ce genre
décrire
,
admire,
J%u'on ne peut imiter & que chacun
La Langue Françoisia tente
Toutcequafait l'Antiquité;
Le Bossu Phrygien d'line facile
veine -
A fait parler les Animaux,
Sesdiscours fabuleuxsont beaux;
Mais on donne la Palme à ceux dè
la Fontaine..
cf<!!oy quejelife tous lèsjours
Les entretiens& etArifte & d'EII.
gene». Je
voy je nefcty.quoy- dans leurs
charmas discours,
Dontle tour m'enchantetoujours ;
Ll-s Grâcess'unissant aux Filles
d'Hypacrene
,
Y font l'éloge de Bouhours
En cela nostreLangueétalefin (mpire.
Far longueperiphraje un Latinfiait
écrire;
£'Espagnoltrop enflé, l'Italien• trtp
doux.
Sans lesecours de l'Art ne
pourront
jamais dire
Ce que le naturel exprimera eheZ
-
nous..
Noussçavons bien que le langage
Dont nous..nous servonsaujourd'huy [ malpoly,
Futpendant certainstemps un marbre
Et brut, on ne peut davantage.
Nostre France eut besoin alors
De cesHommes fameux & de tous
leurs efforts
a
Pour polir unsigrand Ouvrage.
Malherbe d'abord l'ébaucha,
L'inutileilen retranchai.
.Sdlzac la lime en main vint & fifit connoistre,
Il radoucit, il retoucha,
Sescoups surent des coups de
Hdijlre
3/
Deces deuxOuvrierscharmans
Nojlre Langue recent ses premiers
ornemens.
La politesse alorsparlaFêurpre
affermie
Du grand Armandsuivit les loix.
Ce. futluy qftifille beau choix
Dont ilforma l'Acadtmie.
Cette Academie au Berceau,
Semblable au valeureux Alcide,
Etoussoit tous les jours quelque
Monstre nouveau
Dont l'ignoranceestoitleguide.
Arbitre déja des écrits,
Lessentimens des beaux Esprits
Estoientfournis àsapuissance.
Sa force accruë avec le temps
Sans peineproduisît dans son adolescence
Vn nombreinfny de Sçavans,
Nous la voyons enfin au comble dfr
sonâge,
Et dans ce comblefortune
c!i!.!!,'adora sous Platon l'Univers
étonné,
Dans ces fameux Jardins & danJ<
l'Areopage,
L'Eloquence, les Vers, les Languess.
les b.tltux Arts,
Les travaux de Minerve & les exploitsde Mars,
Sont les heureux emplois que les
Muses luy donnent:
LOVISson Apollon
,
l'illuminetoujours,
Son augustepresenceanime ses discours,
Son exemplel'instruit tsesbien-faits
la couronnent.
Animezvos cœurs & vos voix,
Vous
,
Homeres nouveaux,& voufi.
Cursessublimes
:
Employé£ l'Eloquence
,
& les plus
douces rimes,
Pourparlerduplusgranddes Rois.
Annoncez, par toutsesVictoires
,
Eternisez, son nom dans vos doctes
memoires.
La , que sur l'airain dureront
ses exploits.
OU), grandRoy, cessçavans Oracles
Aux siecles à venir apprendront tes
miracles.
Ils tepeindront tonnantsurle Rhin,
forClfch
Vainqueursurl'Escaut,surla Meuse;
Et triomphant tout seul d'une hgut
fameuse
.!f!.!!,i t'acquit àjamais un honneur
immortel.
On
On verra par ton bras les placesfoudroyées,
Faire voler bien loin les Aigles esfrayées:
•
On verra les Lions soûmis
Implorer à tes pieds ton auguste
clemence;
Enfin l'on te verradans le cœur de
la France,
Renverser par ta foy de plusfiers
Ennemis.
L'Indien étonné dubruit de ces
merveilles,
En croit à peine ses oreilles:
Ilpart ensuperbeappareil,
Quitteses Dieux brillans, le Soleil,
& laurare;
Il vient, il te voit,il t'adore,
Surpris en toy de voir encore Un éclat plus brillant que celuydit
Soleil.
Mais, GRAND Roi, ma
Mufe s'égare,
Et pensant ay ~destini d'Icare,
Son aiste foible encor pourtraverser
les Mers,
Vêle à fleurd'eau, tremblante,& refuse des vers.
Tant d'exploits à chanter sont de
douces amorces;
Mais c'est une entreprise au dessus de
sesforces;
Et quoy qu'elle ait long-tempssuivi
tesétendards,
Ses chants les plus hardissont peu
dignes de Mars.
Retirée, à l'écart, au coin d'une
Province
,
[Prince,
Elle adore ensecret les vertus deson
Fait mille vœux pour luy ,veut chanterses vertus
Tfend La Plume, Li quitte
,
(£•
lU
peut rien de plus.
lire est la traduction d'un
Poëme Latin composé par un
Jesuite,ensuite d'un discours
fort éloquent
,
qu'il avoit
prononcé en faveur de la langue Latine contre la Françoijfe. Celafait voir que quand
on a
de l'esprit, on peut soûtenir également le pour & le
contre.
PALINODIE.
R Aisonnemens trompeurs, Eloquencefuneste
,
Vains discours,queje vous detefie!
J'ay voulu lâchement trahirvostre
party,
France, mon aimable. Patrie:
J'ay voulu signaler mon aveugle fu*.
rie,
Et moyseulje mesuis trahy.
Ah, Mere des beauxArts, pardonne
à l'insolence
D'un Orateur trop vehement.
riens) langue des Latins, rens à
celle de France
L'honneur que tu luy doissi légitimement.
X)ou vient que malgré,tavieillesse
Tu veux tepiquer de beauté?
Scais-tu que ton éclat qui surprend
lajeunesse.
N'a rien qui nesoit emprunté ?
C'est vainement que l'on s'enteste
Desfoibles ornemens que ton adresse
aprefie,
Tous ces airsconcentrez,cettefausse
candeur,
Cefardqu'on voitsurton visage,
- Cestermes affectezquiforment lOti:
langage
,
Tefont Sibille en
âge aussi-bienqu'en,
laideur.
Voilà ce qui tefit silong-temps
Souveraine [tesloix,
Des Romainsprévenus en fAveur d,
Mais aujourd'huy tu tiens àpeine
Un petit coin de terre où tu maintiens tes droits.
Rarement on t'entend dansla bouche
des Rais
,
Le beau monde te fuit;tesplusbeaux
privilèges,
Sont renfermezdans les colleges,
Déterrons des Latins les plus vieux
monumens,
Foüillons dans leurssombres Archives.
:en verrons-nous un seul exempt des invectives
Etdes censures des Sçavans ?
Ciceron ,le premieren butte à la Critique
Laisse un peu trop voir etart,diuen,
quand il s'explique,
Il est diffus en trop d'endroits.
Live qu'on metaurangdes Auteurs
les plus rares,
Garde de son pays certains termes
barbares
Donton le raille quelquefois.
Plaute, cet illustre Comique,
A-t-ilaujourd'huy rien quipique?
Voit-on un Peupleassez badaut
A qui plustsabouffonnerie,
Etsasadeplaisanterie
Neseroit-ellepassiflée à Guenegaut ?
9
Terence , , a
toutpilléMénandre :
Seneque estempouâe>
pour ne le pas
entendre
L'Auditeur effrayése retire à
l'écart.
Enfin la Scene antique estsans regle
&sans art.
Laissons le Cothurne tragique,
Pour parler du PoëmeEpique :
Virgile a-t-il rien destbeaae?
Enparlant deses Dieux,desTroyens,
deson Pere,
Queses vers ont-ils de nouveau 'fJn ennuyeuxtissu des dépoüilles
d'Hornere!
Est-ce
d,Ovidsel'Amoureux
Dont on vaudra vanterla plume ?
-que n'a-t-ilestéplussoigneux
De remettre ses vers mal polis fils fenclume?
Scaligernous apprend qu'ils en vaudroient bien mieux.
Jï^uand au dessus du vent je vois
volerHorace
,
Iltombe, dit un autre,&sa chute me
glace.
Lucain esttropguindé;Juvenal efi
trop duri [obscur.
Evitantd'estre long,Perse devient.
Le badinage de Tibulle
Ne me charme pas plus que celuy de
Catulle,
Dont le verssautillant
>
siflant, &
mal-formé
,
Ressemble hfin Moineaudansla cage
enfermé.
Mais,France, Pepiniere agreable&
secondé
Des plus fameux auteurs du
monde,
Nous voyons aujourd'hui que tes
heureux Dessins
Te mettent au dessus des Grecs & des
Latins.
Aristote efi vaincu ,son traducteur
Cassandre
Estpluspoly, plus doux, &se fait
mieux entendre. [ voix,
Philipe qui craignit Demostene J&si
Trembleroit aux Sermons du tonnant
Bourdaloüe;
Et quand le Divin Flechierloüse,
C'est bien mieux que Pline autresiss. &
Jamais Rome au Barreauvit-elle une
éloquence
Egale au grand Patru plaidant pour
l'innocence,
Et du vainqueur d'Asie en lisant les
combats,
N'estime t-on pas moins Curse que
VaugeLu ?
Malgré les vers pompeux que Lucain
nous étaley
Cesar eust de Brebeuf adoré la Pharsale;
Toutsçavantqu'ilestoit il auroitfait
saCour,
Pour avoir un cahier chez,liUtfîre
Ablanceur.
Mais Rome enfinse glorifie
D'avoir eu dans son sein la doli
Sulpicie: [jou
Ellese vante encor d'avoirdonnél
A lasçavante Cornelie :
NostreFrance bien plus polie,
A de charmansobjets à vanter à fioti
tour.
Elle n'a pas pour une Muse;
Bregy, Des-Houlieres, la Suze,
Et mille autres Saphos que je ne nomme pas,
Font de nostre Parnasse un lieu rempli -d'dpas.
Qu'on ne nous vanteplus le theatre
d'Athene,
Dont les Acteurscruels ensanglantoient la Scene ;
Sidans Sophocle,Ajax meurtdesa
propre main
,
Etsi dans Euripide une mere cruelle
Plonge àses deux enfans unpoignard
dans lefein
, Avoüons que che.z-noUi la methode
estplusbelle.
Le Cid, Pompée, Horace en seront
les témoins;
C'estlà que le divin Corneille
Touchant le cœur,charmel'oreille.
Dans Cinna que croiroit-on moins £)uun ingrataccabléparlesfaveurs
d'Auguste,
Conspirant contre luypar un retour injuste?(sanglant
Il eustfallu dans Rome unfpeffade
Pourpunir cette audaceextrême
Maisle pardon tient lieu desang,
Auguste oublie
,
Emilie aime,
Cinna devient reconnoissant,
Et les vers du Poëte ont un toursi
puiffint
Qu'on croit entendre August
méme.
a
Represente-t-on Phedre&toutesse
On y
fureurs
plaint le
?
chaste Hyppolite.
Si la veuve d'Hectorpleure, Dieux
quelle excite
De tendressentimens dans lefond d
nos cœurs!
Raciney ce charmant Genie,
Tire des soûpirs & des pleurs
Des Peuples attendris au récit de.
malheurs,
D'une mourante Iphigenie.
Chacuns'Agamemnpn abhorre le dejsein, (victime
Voyant le couteau prest d'égorger la
Chacunsoupire de ce crime,
Etcroitsentir le coup qui luyperce U
sein.
Las de pleurersil'on- veut rire
Et dans le mêrne-inlfantî"I'nstruire,
Qu'on aille de Moliere écouter les
leçons.
En voyant le Tartusse drson misque
On apprendra
hypocrite,,comme on éviteDe tant defaux Devots les trompeurs
hameçons.
LesMarquisyles Facheax
,
l'A
vare
Et le Misantrope hitttrrt,
LesmauvaisMedecins, lesFemmes,
les Maris
verront de leurs mœurs la. critique
subtile
, -
Comme ontfait la Cour & Paris.
Heureux, quijoint ainsi leplaisant
à l'utile!
Veutprodiguerses Versendéfitde
Minerve,
Et pour peu que ify-mefine on si
connoisse bien
,
Lisant le nom d'un autre on peut
lire le sien.
Heureuxenfin, heureux
,
qui pour
devenirsage,
En voyant ces Portraits peuty voir
son image!
Naissi le Lesteuraime mieuxUn Ouvrage qui soit comique &-
serieux ;
Voiture efi inventeur de ce genre
décrire
,
admire,
J%u'on ne peut imiter & que chacun
La Langue Françoisia tente
Toutcequafait l'Antiquité;
Le Bossu Phrygien d'line facile
veine -
A fait parler les Animaux,
Sesdiscours fabuleuxsont beaux;
Mais on donne la Palme à ceux dè
la Fontaine..
cf<!!oy quejelife tous lèsjours
Les entretiens& etArifte & d'EII.
gene». Je
voy je nefcty.quoy- dans leurs
charmas discours,
Dontle tour m'enchantetoujours ;
Ll-s Grâcess'unissant aux Filles
d'Hypacrene
,
Y font l'éloge de Bouhours
En cela nostreLangueétalefin (mpire.
Far longueperiphraje un Latinfiait
écrire;
£'Espagnoltrop enflé, l'Italien• trtp
doux.
Sans lesecours de l'Art ne
pourront
jamais dire
Ce que le naturel exprimera eheZ
-
nous..
Noussçavons bien que le langage
Dont nous..nous servonsaujourd'huy [ malpoly,
Futpendant certainstemps un marbre
Et brut, on ne peut davantage.
Nostre France eut besoin alors
De cesHommes fameux & de tous
leurs efforts
a
Pour polir unsigrand Ouvrage.
Malherbe d'abord l'ébaucha,
L'inutileilen retranchai.
.Sdlzac la lime en main vint & fifit connoistre,
Il radoucit, il retoucha,
Sescoups surent des coups de
Hdijlre
3/
Deces deuxOuvrierscharmans
Nojlre Langue recent ses premiers
ornemens.
La politesse alorsparlaFêurpre
affermie
Du grand Armandsuivit les loix.
Ce. futluy qftifille beau choix
Dont ilforma l'Acadtmie.
Cette Academie au Berceau,
Semblable au valeureux Alcide,
Etoussoit tous les jours quelque
Monstre nouveau
Dont l'ignoranceestoitleguide.
Arbitre déja des écrits,
Lessentimens des beaux Esprits
Estoientfournis àsapuissance.
Sa force accruë avec le temps
Sans peineproduisît dans son adolescence
Vn nombreinfny de Sçavans,
Nous la voyons enfin au comble dfr
sonâge,
Et dans ce comblefortune
c!i!.!!,'adora sous Platon l'Univers
étonné,
Dans ces fameux Jardins & danJ<
l'Areopage,
L'Eloquence, les Vers, les Languess.
les b.tltux Arts,
Les travaux de Minerve & les exploitsde Mars,
Sont les heureux emplois que les
Muses luy donnent:
LOVISson Apollon
,
l'illuminetoujours,
Son augustepresenceanime ses discours,
Son exemplel'instruit tsesbien-faits
la couronnent.
Animezvos cœurs & vos voix,
Vous
,
Homeres nouveaux,& voufi.
Cursessublimes
:
Employé£ l'Eloquence
,
& les plus
douces rimes,
Pourparlerduplusgranddes Rois.
Annoncez, par toutsesVictoires
,
Eternisez, son nom dans vos doctes
memoires.
La , que sur l'airain dureront
ses exploits.
OU), grandRoy, cessçavans Oracles
Aux siecles à venir apprendront tes
miracles.
Ils tepeindront tonnantsurle Rhin,
forClfch
Vainqueursurl'Escaut,surla Meuse;
Et triomphant tout seul d'une hgut
fameuse
.!f!.!!,i t'acquit àjamais un honneur
immortel.
On
On verra par ton bras les placesfoudroyées,
Faire voler bien loin les Aigles esfrayées:
•
On verra les Lions soûmis
Implorer à tes pieds ton auguste
clemence;
Enfin l'on te verradans le cœur de
la France,
Renverser par ta foy de plusfiers
Ennemis.
L'Indien étonné dubruit de ces
merveilles,
En croit à peine ses oreilles:
Ilpart ensuperbeappareil,
Quitteses Dieux brillans, le Soleil,
& laurare;
Il vient, il te voit,il t'adore,
Surpris en toy de voir encore Un éclat plus brillant que celuydit
Soleil.
Mais, GRAND Roi, ma
Mufe s'égare,
Et pensant ay ~destini d'Icare,
Son aiste foible encor pourtraverser
les Mers,
Vêle à fleurd'eau, tremblante,& refuse des vers.
Tant d'exploits à chanter sont de
douces amorces;
Mais c'est une entreprise au dessus de
sesforces;
Et quoy qu'elle ait long-tempssuivi
tesétendards,
Ses chants les plus hardissont peu
dignes de Mars.
Retirée, à l'écart, au coin d'une
Province
,
[Prince,
Elle adore ensecret les vertus deson
Fait mille vœux pour luy ,veut chanterses vertus
Tfend La Plume, Li quitte
,
(£•
lU
peut rien de plus.
Fermer
Résumé : PALINODIE.
L'ouvrage est la traduction d'un poème latin intitulé 'Palinodie', composé par un jésuite. Ce poème est une rétractation où l'auteur reconnaît avoir trahi la France en défendant la langue latine. Il exprime désormais son admiration pour la langue française et critique la langue latine, soulignant que cette dernière, malgré son ancienneté, a perdu de son importance et est rarement utilisée par les rois et le beau monde. L'auteur critique les auteurs latins classiques tels que Cicéron, Live, Plaute, et Virgile pour leurs défauts stylistiques et leurs erreurs. En revanche, il présente la France comme une terre de grands auteurs et de beaux-arts. Des écrivains comme Corneille, Racine, et Molière sont loués pour leurs œuvres qui touchent le cœur et instruisent. La langue française est décrite comme ayant évolué grâce à des figures comme Malherbe, Vaugelas, et l'Académie française, qui ont polie et affiné la langue. Le poème se termine par une admiration pour le roi de France, dont les exploits militaires et la grandeur sont célébrés. L'auteur exprime également son humilité en reconnaissant l'immensité de la tâche de chanter les louanges du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 73-93
Dialogue d'Apollon, & de Polimnie. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez, Madame, quelle grande contestation s'est émeuë / Nous nous jettons, Seigneur, toutes à vos genoux, [...]
Mots clefs :
Apollon, Polimnie, Temps, Perrault, Gloire, Génie, Montmor, Esprits, Parnasse, Beau sexe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dialogue d'Apollon, & de Polimnie. [titre d'après la table]
Vous fçavez , Madame ,
quelle grande conteſtation
s'eft émeue il y a déja quelques années entre les Sçavans
Novembre 1690. G
74 MERCURE
aufujet d'un Poëme intirulé,
Le Siecle de Louis le Grand , de
Mr Perrault de l'Academic
Françoife. Le fieur Coignard,
Libraire , a donné au public
depuis ce temps-là deux Volumes du Paralelle des Anciens
des Modernes, du meſme
Auteur , & ces Ouvrages
ont efté attaquez par un Poëte
Hollandois fous le nom de
Montmor. C'eft cert Critique qui a donné lieu à M¹ de
Vin , dont vous connoiffez
T'heureux genic par plufieurs
galantes pieces que je vous en
ay déja envoyées ,de faire le
GALANT. 75
Dialogue que vous allez lire.
Il eſt entre Apollon , & la
Mufe Polimnic, qui parle au
nom de toutes les autres.
NOS
POLIMNIE.
Ous nous jettons , Seigneur ,
toutes à vos genoux,
Etnous vous demandonsjuſtice.
APOLLON.
Relevez-vous , mes Sœurs, parlez ,
expliquez- vous ,
Etfeachez qu'Apollon propice
Entre , comme il le doit , dans tous
vos interefts.
Quelsfont vos Ennemis,ou publics,
ou fecrets ?
De qui vous plaignez- vous , & quel témeraire ofe
Gij
76 MERCURE
·Sans craindre ma colere , à mesyeux
infulter
Les Filles du grand Jupiter ?
Du trouble où je vous vois quelle eft
enfin la caufe?
POLIMNIE.
Il ne falloit pas moins pour enfinir
le cours
Que l'offre de vostre fecours.
Nous allons reprendre courage ,
Et nous en craignons moins l'outrage
Qu'on nous faitdepuis quelques
jours.
Malgré l'épais broüllard , & les va
peurs groffieres
Qui couvrent en tout temps le Batave Climat,
Nous n'avons pas laiẞé d'y porter
nos lumieres.
Cependant ce Paysfombre , & tou-
' jours ingrat,
GALANT. 77
Loin de nous en montrer quelque
reconnoiffance ,
Ne ;
s'enfert qu'à nous décrier ;
Et Montmor vient de publier
Qu'il ne fort plus de nous qu'une
froide Eloquence.
Il eft vray que cet entefté
Nousfait encor l'honneur de croire
Qu'autrefois nous eûmes la gloire
D'inspirer à l'Antiquité
Ces traits vifs, cette politeffe,
Ce gouftfin , ce bonfens , cette delicatele
Qu'on voit briller dans fes ef
crits :
Mais ilfoutient que la vieilleffe
Qu'il nous donne , & qu'il traite
avec tant de mépris ,.
A fait fentir à nos efprits
La perte du beaufeu qu'avoit noftre
jeuneffe.
G`iij
78 MERCURE
ilfemble , fi l'on veut s'en rapporter
à luy ,
Que l'Hiver ait fur nous versé
toute fa glace ,
Et qu'inutilement Hefiode aujour
'dbuy
S'endormiroit fur le Parnaffe.
Tel eft l'impertinent difcours
De ceux qui fecs , &fans genie,
Sur ce qu'on voit de bon répandent
tous les jours
Le venin de leur jalousie,
Etfe vangentpar là du malbeureux
fuccés
Des fots Ouvrages qu'ils ontfaits.
Cependant fi leur medifance
Dans le monde unefois trouve quelque créance ,
Adieu les fuprêmes honneurs
Que nous ont juſqu'icy rendus tous
les Auteurs.
GALANT 79
Nous feront-ils , helas ! le moindre
Sacrifice ?
Ils en croirontplus leur caprice
Que lesfalutaires ardeurs
Qu'onpuife dans noftre fontaine,
Et nous refuferont les glorieux tributs
Qu'ils ont toujours payez àſon eaù
Souveraine.
Qui voudrafe donner la peine
D'y chercher unfecours qu'on traitera
d'abus ?
Qui nous invoquera? Perfonne
Ne s'avifera plus de nous offrir des
vœux ,
Et des beaux Arts ( quel coup! j'en
tremble, j'enfriffonne ) 1
Peut-eftre que chacun fe fera d'autres Dieux.
Il me femble déja que l'on nous
abandonne,
G iiij
80 MERCURE
Que l'on nefonge plus à nous ,
Et que nostre fejour , devenu foli- taire ,
Sans Encens fans Autels, n'eft plus
que le repaire
-Des Ours , des Lions & des Loups.
APOLLO N.
Le mai n'eft pas encorfi grand qu'on
s'imagine,
Raffeurez- vous , mes Sœurs , Montwow mor, & fes pareils ,
Pour vous nuire , tiendront d'inutiles confeils ,
Et quoy que du Parnaffe ils tententla ruine , C
Ils nefont pasfi dangereux,\
Que leurs traits mal lancez ne
retombent fur eux:
Autant, & plus que vous , leur audace m'offenfe,
Etje les traiterois comme des MarSyas
GALANT. 81
S'ils eftoient dignes de mon bras :
Maisplein d'une reconnoiffance
Qui doit confondre ces ingrats ,.
Vn de nos Favoris travaille à sa
deffenfe ,
Et Perrault que j'ayfçeu remplir de
tous mes feux,
Eft un Athlete vigoureux ,
Et tel que d'Apollon exige la vengeance.
Ils ont desjafenty ce quepefent fes
coups ;
•
Sa plume &polie , &féconde
Commence à détromper le monde
Des contes que l'onfait de vous.
Chacun fçait que de la vieilleffe
La froideur& l'infirmité.
N'attaquent point une Déeffe ,
Et qu'une éternelle jeunesse
Eft le fruit precieux de l'immortalité.
82 MERCURE
Chacun fçait que toujours &vives,
&folides ,
Vous pouvez aujourd'huy, comme
dans les vieux temps :>
Faire , malgré ces médifans ,
Des Sophocles , des Euripides,
Des Plines , des Saphos , des Longins , des Varrons ,
Des Ariftotes , des Euclides,
Des Horaces , des Thucidides ,
Des Terences , des Cicerons
Des Luciens , des Praxiteles
Des Virgiles, & des Appelles.
onfçait qu'autant de fois qu'on ver.
ra des Heros
Amateurs de nos jeux , affables ,
liberaux
Et tels qu'en poffede un la
reufe France ;
trop beuOn ne manquera pas de fublimes.
Efprits ;
GALANT.
83
Que vos feux, & leurs dons unis.
En produifent en abondance ,
Et quefans la douce efperance
D'eftre unjour honorez de ces glorieux dons ,
Plufieurs qui negligeoient vos inf
pirations ,
Auroient languy toute leur vie
Dans une molle oifiveté ;
Ce prix de leurs travaux réveille
leur genie ,
A mieux faire par là l'on fe fent
excité ,
Et chacun, cherchant à leurplaire,
Redoublefes efforts , &pour en obtenir
La recompenfe qu'il efpere ,
Leur confacre fes foins , fes veilles,
fon loifir.
On fçait ce que valut autrefois à la
Grece
84 MERCURE
D'Alexandre le Grand la prodigue
Largeffe,
Et quejamais l'efprit dans cet heureux Climat
Nefutplus éclairé , plus fort , plus
delicat.
Famais Romefe trouva-t-elle
Plus docte, plus polie, &plus Spiri- tuelle
Quefous les deux premiers Cefars ?
Cette tendreffe liberale
Que le Pere & leFils * eurentpour
les beaux Arts,
Les y fit cultiver d'une ardeur fans
égale ,
Et leurfecours peut-eftre autant que
fa valeur,
Fufqu'au point qu'on l'a veuë éleva
Ja grandeur.
Augufte fut adopté par Jules Celar.
GALANT. 85
Ne leur doit-elle pas la fameuse Eneide ,
Les Plaintes , les Amours, & les Fables d'Ovide ,
Le delicat Horaces & tant d'Auteurs
divers ,
Quifoit enProfe , foit en Vers,
Ont rendufa gloire immortelle,
Et dont le gouft fi fin fert encor de
modelle ?
Le Filsfurtout en leurfaveur
De fon Trône fouvent fe plaifoit à
defcendre.
Rome vit fans chagrin defon grand
Empereur
Fufqu'à l'excés fur eux les bienfaits
Je répandre ,
Et quelques - uns mefme d'entre
eux
Se trouverent affez heureux ,
Pourjouir de fa confidence .
86 MRECURE
Onfçait enfin que dans la France
Louis que le Cielaime , & qui nous
aime auffi ,
Aparfes Penfions , par leur douce
influence
Plus fait pour nous quejusqu'icy
N'ontfait tous ces Heros que vante
tant l'Hiftoire.
Tout grandqu'il eft , &plus qu'Alexandre & Cefar
De proteger les Arts dédaigne-t-il la
gloire,
Et ce favorable regard
Qu'iljette fur l'Academie ,
N-a-t-il pas des François porté le
beau genie
Jusqu'au point d'effacer ce que firent
jadis
Les Grecs, & les Romains quand ils
furent polis ?
C'est par là que chez eux ont brillé
les Molieres,
GALANT: 87
LesVoitures, les Ablancours,
Et qu'éclairé de vos lumieres
Voftre beau Sexe mefme y fait voir
en ces jours
Des Scuderis , des Deshoulieres.
POLIMNIE.
Ces Dames as Parnaffe, il eft vray,
font honneur ,
Et pleines qu'elles font de toute nofire ardeur,
Leurs Ecrits ſeuls devroient fuffire
Pour confondre nos Ennemis.
Ceux de Sapho font-ils plus vifs ,
ou plus polis ,
Et de ce fiecte enfin qui les force à
médire ?
APOLLON.
Tel qu'il fut autrefois Apollon l'eft
encor s
Ainfi méprifons de Montmor
L'ennuyeufe critique , la fade Satire.
88 MERCURE
•
L'opiniaftre erreur qui l'attache aux
vieux temps
N'a pour elle que peu de genss
Et chacun, quoy qu'il puiffe dire,
Ouvre, & prefte l'oreille à la voix
du bon fens.
•
Athenes, comme Rome , en a fourny
fans doute,
Mais fans prévention pour peu
que l'on l'écoute,
Croira-t-on qu'en ces lieux trouvant
trop de douceurs ,
Il n'ait pu fe refoudre à ſe produire
ailleurs ?
Lors qu'à l'antiquité ce fiecle rend
justice ,
Par quel injurieux caprice
Refufe- t-on aux beaux efprits
Qui regnent dans la France, &fur
tout dans Paris ,
Celle qui leur eft deuë ,
fi ere Athenes,
من que la
GALANT. 89
Plus équitable, que Montmor ,
Elle-mefme rendroit à tant de nobles
veines ?
Faut- il, pour le preffer plus fort,
Diffiper les fombres nuages
Doni un dépit jaloux envelope fes
yeux ,
Et, comme aux Ecoliers ; faire à cet
envieux ,
Comprendre , & remarquer la beauté
des Ouvrages
Des Racines , des Despréaux + ,
Des Patrus , des Le-Bruns , des
Mignards, des Corneilles.
Mais fans de tant d'Auteurs
nouveaux
M'étendre fur les doctes veilles,
Que ne veulent pas voir ces efprits
mécontens ,
Ou qui font au deffus de leur intelligence
Nov. 1690.
H
90 MERCURE
Sans , dis je- , perdre en vain &fa
peine , & fon temps
A leur en expliquer la force &
l'exellence ,
Perrault écrit pour Nous, & fes
heureux talens
Suffifent feuls pour prouver que
France
la
Egale en leur bon gouft les ficcles
précedens.
Sa netteté , fa politeffe ,
Ses traits vifs & brillans , fon
gouſt fin , Sajuſteſſe,
Tout cela de Montmor a fceu bleffer
les yeux.
Quels que foient ſes efforts , ſa
plume languiffante
Wepeut en approcher , c'eft en vain
qu'il le tente,
Et dans fon defefpoir , de ce lâche
envieux
GALANT. 91
La trop ingenieuſe & jalouſe
malice
Par un trop injufte artifice ,
Détournefur l'antiquitér
Le legitime encens qu'à Perrault il
refufe ,
-
Et par cefaux trait d'equîcê ,
D'en avoir peu pour luy ne craint
pas qu'on l'accufe.
On en ufa toujours ainsi ,
Et des ficcles paffez comme de celuycy
Telle fut l'adroite manie.
Horace, le plus beau genie
Que Rome vit chez elle , eut auffi
fon Montmort;
"
Tout habile qu'il fut le celebre
Mecene
A gouverner l'Empire eut mefme
moins de peine
Qu'à l'exemter de cet indignefort.
Hij
92 MERCURE
L'injustice toujours bizarre
Ne vantoit de fon temps que Sapho,
que Pindare ;
Toute la gloire eftoit pour eux,
On envioit la fienne, & ceux cy
dans la Grece ,
Lors qu'ils y prodiguoient leur fçaAvante vante richeffe ,
Ne fe virent-ils pas préferer leurs
Ayeux ?
Tant que vefcut legrand Homere,
Sur fa mendicité jetta-t- elle un
regard ?
Cette ingrate prit elle part
A fa longue &dure mifere ?
Non , ce ne fut qu'aprésfa mort
Que fept Villes en concurrence :
Difputant, mais trop tard, l'honneur
de fa naissance,
S'en firent un illustrefort.
Laiffons donc à Perrault lefoin de
noftre gloire,
GALANT 93
Nous ne pouvions la mettre en de
meilleures mains;
Et que les Filles de Memoire
Calmant leurs fenfibles chagrins,
S'appreftent au pluftoft à chanter fa
Victoire.
quelle grande conteſtation
s'eft émeue il y a déja quelques années entre les Sçavans
Novembre 1690. G
74 MERCURE
aufujet d'un Poëme intirulé,
Le Siecle de Louis le Grand , de
Mr Perrault de l'Academic
Françoife. Le fieur Coignard,
Libraire , a donné au public
depuis ce temps-là deux Volumes du Paralelle des Anciens
des Modernes, du meſme
Auteur , & ces Ouvrages
ont efté attaquez par un Poëte
Hollandois fous le nom de
Montmor. C'eft cert Critique qui a donné lieu à M¹ de
Vin , dont vous connoiffez
T'heureux genic par plufieurs
galantes pieces que je vous en
ay déja envoyées ,de faire le
GALANT. 75
Dialogue que vous allez lire.
Il eſt entre Apollon , & la
Mufe Polimnic, qui parle au
nom de toutes les autres.
NOS
POLIMNIE.
Ous nous jettons , Seigneur ,
toutes à vos genoux,
Etnous vous demandonsjuſtice.
APOLLON.
Relevez-vous , mes Sœurs, parlez ,
expliquez- vous ,
Etfeachez qu'Apollon propice
Entre , comme il le doit , dans tous
vos interefts.
Quelsfont vos Ennemis,ou publics,
ou fecrets ?
De qui vous plaignez- vous , & quel témeraire ofe
Gij
76 MERCURE
·Sans craindre ma colere , à mesyeux
infulter
Les Filles du grand Jupiter ?
Du trouble où je vous vois quelle eft
enfin la caufe?
POLIMNIE.
Il ne falloit pas moins pour enfinir
le cours
Que l'offre de vostre fecours.
Nous allons reprendre courage ,
Et nous en craignons moins l'outrage
Qu'on nous faitdepuis quelques
jours.
Malgré l'épais broüllard , & les va
peurs groffieres
Qui couvrent en tout temps le Batave Climat,
Nous n'avons pas laiẞé d'y porter
nos lumieres.
Cependant ce Paysfombre , & tou-
' jours ingrat,
GALANT. 77
Loin de nous en montrer quelque
reconnoiffance ,
Ne ;
s'enfert qu'à nous décrier ;
Et Montmor vient de publier
Qu'il ne fort plus de nous qu'une
froide Eloquence.
Il eft vray que cet entefté
Nousfait encor l'honneur de croire
Qu'autrefois nous eûmes la gloire
D'inspirer à l'Antiquité
Ces traits vifs, cette politeffe,
Ce gouftfin , ce bonfens , cette delicatele
Qu'on voit briller dans fes ef
crits :
Mais ilfoutient que la vieilleffe
Qu'il nous donne , & qu'il traite
avec tant de mépris ,.
A fait fentir à nos efprits
La perte du beaufeu qu'avoit noftre
jeuneffe.
G`iij
78 MERCURE
ilfemble , fi l'on veut s'en rapporter
à luy ,
Que l'Hiver ait fur nous versé
toute fa glace ,
Et qu'inutilement Hefiode aujour
'dbuy
S'endormiroit fur le Parnaffe.
Tel eft l'impertinent difcours
De ceux qui fecs , &fans genie,
Sur ce qu'on voit de bon répandent
tous les jours
Le venin de leur jalousie,
Etfe vangentpar là du malbeureux
fuccés
Des fots Ouvrages qu'ils ontfaits.
Cependant fi leur medifance
Dans le monde unefois trouve quelque créance ,
Adieu les fuprêmes honneurs
Que nous ont juſqu'icy rendus tous
les Auteurs.
GALANT 79
Nous feront-ils , helas ! le moindre
Sacrifice ?
Ils en croirontplus leur caprice
Que lesfalutaires ardeurs
Qu'onpuife dans noftre fontaine,
Et nous refuferont les glorieux tributs
Qu'ils ont toujours payez àſon eaù
Souveraine.
Qui voudrafe donner la peine
D'y chercher unfecours qu'on traitera
d'abus ?
Qui nous invoquera? Perfonne
Ne s'avifera plus de nous offrir des
vœux ,
Et des beaux Arts ( quel coup! j'en
tremble, j'enfriffonne ) 1
Peut-eftre que chacun fe fera d'autres Dieux.
Il me femble déja que l'on nous
abandonne,
G iiij
80 MERCURE
Que l'on nefonge plus à nous ,
Et que nostre fejour , devenu foli- taire ,
Sans Encens fans Autels, n'eft plus
que le repaire
-Des Ours , des Lions & des Loups.
APOLLO N.
Le mai n'eft pas encorfi grand qu'on
s'imagine,
Raffeurez- vous , mes Sœurs , Montwow mor, & fes pareils ,
Pour vous nuire , tiendront d'inutiles confeils ,
Et quoy que du Parnaffe ils tententla ruine , C
Ils nefont pasfi dangereux,\
Que leurs traits mal lancez ne
retombent fur eux:
Autant, & plus que vous , leur audace m'offenfe,
Etje les traiterois comme des MarSyas
GALANT. 81
S'ils eftoient dignes de mon bras :
Maisplein d'une reconnoiffance
Qui doit confondre ces ingrats ,.
Vn de nos Favoris travaille à sa
deffenfe ,
Et Perrault que j'ayfçeu remplir de
tous mes feux,
Eft un Athlete vigoureux ,
Et tel que d'Apollon exige la vengeance.
Ils ont desjafenty ce quepefent fes
coups ;
•
Sa plume &polie , &féconde
Commence à détromper le monde
Des contes que l'onfait de vous.
Chacun fçait que de la vieilleffe
La froideur& l'infirmité.
N'attaquent point une Déeffe ,
Et qu'une éternelle jeunesse
Eft le fruit precieux de l'immortalité.
82 MERCURE
Chacun fçait que toujours &vives,
&folides ,
Vous pouvez aujourd'huy, comme
dans les vieux temps :>
Faire , malgré ces médifans ,
Des Sophocles , des Euripides,
Des Plines , des Saphos , des Longins , des Varrons ,
Des Ariftotes , des Euclides,
Des Horaces , des Thucidides ,
Des Terences , des Cicerons
Des Luciens , des Praxiteles
Des Virgiles, & des Appelles.
onfçait qu'autant de fois qu'on ver.
ra des Heros
Amateurs de nos jeux , affables ,
liberaux
Et tels qu'en poffede un la
reufe France ;
trop beuOn ne manquera pas de fublimes.
Efprits ;
GALANT.
83
Que vos feux, & leurs dons unis.
En produifent en abondance ,
Et quefans la douce efperance
D'eftre unjour honorez de ces glorieux dons ,
Plufieurs qui negligeoient vos inf
pirations ,
Auroient languy toute leur vie
Dans une molle oifiveté ;
Ce prix de leurs travaux réveille
leur genie ,
A mieux faire par là l'on fe fent
excité ,
Et chacun, cherchant à leurplaire,
Redoublefes efforts , &pour en obtenir
La recompenfe qu'il efpere ,
Leur confacre fes foins , fes veilles,
fon loifir.
On fçait ce que valut autrefois à la
Grece
84 MERCURE
D'Alexandre le Grand la prodigue
Largeffe,
Et quejamais l'efprit dans cet heureux Climat
Nefutplus éclairé , plus fort , plus
delicat.
Famais Romefe trouva-t-elle
Plus docte, plus polie, &plus Spiri- tuelle
Quefous les deux premiers Cefars ?
Cette tendreffe liberale
Que le Pere & leFils * eurentpour
les beaux Arts,
Les y fit cultiver d'une ardeur fans
égale ,
Et leurfecours peut-eftre autant que
fa valeur,
Fufqu'au point qu'on l'a veuë éleva
Ja grandeur.
Augufte fut adopté par Jules Celar.
GALANT. 85
Ne leur doit-elle pas la fameuse Eneide ,
Les Plaintes , les Amours, & les Fables d'Ovide ,
Le delicat Horaces & tant d'Auteurs
divers ,
Quifoit enProfe , foit en Vers,
Ont rendufa gloire immortelle,
Et dont le gouft fi fin fert encor de
modelle ?
Le Filsfurtout en leurfaveur
De fon Trône fouvent fe plaifoit à
defcendre.
Rome vit fans chagrin defon grand
Empereur
Fufqu'à l'excés fur eux les bienfaits
Je répandre ,
Et quelques - uns mefme d'entre
eux
Se trouverent affez heureux ,
Pourjouir de fa confidence .
86 MRECURE
Onfçait enfin que dans la France
Louis que le Cielaime , & qui nous
aime auffi ,
Aparfes Penfions , par leur douce
influence
Plus fait pour nous quejusqu'icy
N'ontfait tous ces Heros que vante
tant l'Hiftoire.
Tout grandqu'il eft , &plus qu'Alexandre & Cefar
De proteger les Arts dédaigne-t-il la
gloire,
Et ce favorable regard
Qu'iljette fur l'Academie ,
N-a-t-il pas des François porté le
beau genie
Jusqu'au point d'effacer ce que firent
jadis
Les Grecs, & les Romains quand ils
furent polis ?
C'est par là que chez eux ont brillé
les Molieres,
GALANT: 87
LesVoitures, les Ablancours,
Et qu'éclairé de vos lumieres
Voftre beau Sexe mefme y fait voir
en ces jours
Des Scuderis , des Deshoulieres.
POLIMNIE.
Ces Dames as Parnaffe, il eft vray,
font honneur ,
Et pleines qu'elles font de toute nofire ardeur,
Leurs Ecrits ſeuls devroient fuffire
Pour confondre nos Ennemis.
Ceux de Sapho font-ils plus vifs ,
ou plus polis ,
Et de ce fiecte enfin qui les force à
médire ?
APOLLON.
Tel qu'il fut autrefois Apollon l'eft
encor s
Ainfi méprifons de Montmor
L'ennuyeufe critique , la fade Satire.
88 MERCURE
•
L'opiniaftre erreur qui l'attache aux
vieux temps
N'a pour elle que peu de genss
Et chacun, quoy qu'il puiffe dire,
Ouvre, & prefte l'oreille à la voix
du bon fens.
•
Athenes, comme Rome , en a fourny
fans doute,
Mais fans prévention pour peu
que l'on l'écoute,
Croira-t-on qu'en ces lieux trouvant
trop de douceurs ,
Il n'ait pu fe refoudre à ſe produire
ailleurs ?
Lors qu'à l'antiquité ce fiecle rend
justice ,
Par quel injurieux caprice
Refufe- t-on aux beaux efprits
Qui regnent dans la France, &fur
tout dans Paris ,
Celle qui leur eft deuë ,
fi ere Athenes,
من que la
GALANT. 89
Plus équitable, que Montmor ,
Elle-mefme rendroit à tant de nobles
veines ?
Faut- il, pour le preffer plus fort,
Diffiper les fombres nuages
Doni un dépit jaloux envelope fes
yeux ,
Et, comme aux Ecoliers ; faire à cet
envieux ,
Comprendre , & remarquer la beauté
des Ouvrages
Des Racines , des Despréaux + ,
Des Patrus , des Le-Bruns , des
Mignards, des Corneilles.
Mais fans de tant d'Auteurs
nouveaux
M'étendre fur les doctes veilles,
Que ne veulent pas voir ces efprits
mécontens ,
Ou qui font au deffus de leur intelligence
Nov. 1690.
H
90 MERCURE
Sans , dis je- , perdre en vain &fa
peine , & fon temps
A leur en expliquer la force &
l'exellence ,
Perrault écrit pour Nous, & fes
heureux talens
Suffifent feuls pour prouver que
France
la
Egale en leur bon gouft les ficcles
précedens.
Sa netteté , fa politeffe ,
Ses traits vifs & brillans , fon
gouſt fin , Sajuſteſſe,
Tout cela de Montmor a fceu bleffer
les yeux.
Quels que foient ſes efforts , ſa
plume languiffante
Wepeut en approcher , c'eft en vain
qu'il le tente,
Et dans fon defefpoir , de ce lâche
envieux
GALANT. 91
La trop ingenieuſe & jalouſe
malice
Par un trop injufte artifice ,
Détournefur l'antiquitér
Le legitime encens qu'à Perrault il
refufe ,
-
Et par cefaux trait d'equîcê ,
D'en avoir peu pour luy ne craint
pas qu'on l'accufe.
On en ufa toujours ainsi ,
Et des ficcles paffez comme de celuycy
Telle fut l'adroite manie.
Horace, le plus beau genie
Que Rome vit chez elle , eut auffi
fon Montmort;
"
Tout habile qu'il fut le celebre
Mecene
A gouverner l'Empire eut mefme
moins de peine
Qu'à l'exemter de cet indignefort.
Hij
92 MERCURE
L'injustice toujours bizarre
Ne vantoit de fon temps que Sapho,
que Pindare ;
Toute la gloire eftoit pour eux,
On envioit la fienne, & ceux cy
dans la Grece ,
Lors qu'ils y prodiguoient leur fçaAvante vante richeffe ,
Ne fe virent-ils pas préferer leurs
Ayeux ?
Tant que vefcut legrand Homere,
Sur fa mendicité jetta-t- elle un
regard ?
Cette ingrate prit elle part
A fa longue &dure mifere ?
Non , ce ne fut qu'aprésfa mort
Que fept Villes en concurrence :
Difputant, mais trop tard, l'honneur
de fa naissance,
S'en firent un illustrefort.
Laiffons donc à Perrault lefoin de
noftre gloire,
GALANT 93
Nous ne pouvions la mettre en de
meilleures mains;
Et que les Filles de Memoire
Calmant leurs fenfibles chagrins,
S'appreftent au pluftoft à chanter fa
Victoire.
Fermer
Résumé : Dialogue d'Apollon, & de Polimnie. [titre d'après la table]
En novembre 1690, une controverse majeure a éclaté entre les savants à propos du poème 'Le Siècle de Louis le Grand' de Charles Perrault. Ce poème, publié par le libraire Coignard, a suscité des critiques, notamment de la part d'un poète hollandais se faisant appeler Montmor. Cette critique a incité M. de Vin à écrire un dialogue intitulé 'Le Galant Dialogue', impliquant Apollon et la Muse Polymnie. Dans ce dialogue, les Muses se plaignent à Apollon des attaques dont elles sont victimes, notamment de la part de Montmor, qui les accuse de froide éloquence et de vieillesse. Elles expriment leur frustration face à l'ingratitude des Pays-Bas, malgré leurs efforts pour y apporter la lumière. Apollon les rassure en leur affirmant que leurs ennemis ne sont pas aussi puissants qu'ils le croient et que leur talent est toujours vivant. Apollon mentionne également que Perrault, un de ses favoris, travaille à défendre les Muses et à prouver que la littérature moderne peut égaler l'antiquité. Il cite des exemples de grands écrivains et artistes anciens et modernes pour illustrer la persistance de la créativité et du génie. Apollon souligne également le soutien des grands souverains, comme Alexandre, César et Auguste, aux arts, et compare leur patronage à celui de Louis XIV en France. Le dialogue se termine par une défense vigoureuse de la littérature moderne et une critique des préjugés en faveur de l'antiquité. Apollon encourage les Muses à mépriser les critiques de Montmor et à continuer de briller par leur talent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 141-148
SUR UNE TRADUCTION des Pseaumes, faite en Vers par Mademoiselle Cheron. ODE.
Début :
Je vous parlay il y a quelque temps d'un Essay de / Equitable Renommée, [...]
Mots clefs :
Yeux, Psaumes, Renommée, Parnasse, Femme, Beau sexe, Déesse, Traduction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR UNE TRADUCTION des Pseaumes, faite en Vers par Mademoiselle Cheron. ODE.
Je vous parlay il y a
quelque temps d'un Essay de
1
Pseaumes & de Cantiques,
que Mademoiselle Cheron a
mis en Vers, enrichis d'un
grand nombre de Figures. Je
ne fçaurois mieux justifierce
que je vousendisd'avanta-
Par le merite charmée,
Sauvés les noms ecldtanJ >
Suspens ta voix de tonnerre,
Qui redouble 4e la guerre
Le tumultueux effroy i
Et d'un accent plein de grâce
Viens celebrer au Parnasse
Yne Femme comme toy.
Ce beau Sexe dont la flâme
Prend sa fourcedans les Cieux,
2Je captivepointnostre amt Par le seulplaisir des yeux.
CheZ/flf la delicate{fe\
Le bon goujJ" la politeffe
Regnent don air éleve.
Sanssecours & sans culture
Jl reçoit de la Nature
l'n esprit tout cultive.
Des omorcs de deux mille ans.
Et Rome>deSttlpicie
Honore encor les tulens.
La Greque de satenireffe,
Avec art^avecfinesse,
Peint les transports aveuglez^}
Et la Ramaine plus rage,
Des douceurs du Mariage
Charme les espritsrezltzr
Et toy, FIance) dont la gloire
Fournit tantde grands objets,
Pour embellirtonMiftoire
Manqueras tu de sujets
A l'Italie i
à la Greee,
Superbes pour la Noblesse
De quelque nom favory,
Oppose en troupe confuse
Bernard,Det-j-ardins, laSu%e,
Des Houlieres,,Scudery.
Mab
Mais quelle Etoile nouvelle
Brille à mes yeux étonne^
Dont la splendeur immortelle
Rendra nos Fasses o111ez!
.F,/i.(e une chlt/le Dèesset
EfI-ce Anne la Prophetesse}
Sœur & Compagne <£Aron,
Quifous un habit de Mufe,
Par une pieuse rufey
Se fait appeller Chéron l
Cheron
,
Mufe, ou Propheteffey
Que1,E(pritSaintdans tes Vers
Affermit bien la foible(Je
Dun c&ur accablé de fers!
Soitquilsdécrivent Latteinte
Du remords & de la crainte
Qui fuitrImpie en tout lieu,
Soit que leur fainte energie
jtfous fdffe VApologie
De laconduite de Dttu.
DAvid, que la repentance
De son crime avoitpurge,
A CameYe penitence
Par us Vers efl rengagé.
Dans le comble de la gloire
Vne touchante memoife
Attendrit ce (age Roy,
Et ta Version fidelle
LilY rend si dculcrtrsibelle,
Qùil pleure encor avec toy.
Les Hébreux dans leurs fouf
frances
A leury~,
Aimçnt par tes remontrances
La peine de leurs pechez..:
Ce Peuple que ta voix fljtê,
N'abhorre plus tant l*Euphratt^
Ennobly de Ils chanfills..
Etvoudroit sur fort rivage - -
Vivre encor dans l'efciavage
Eclairé par tes leçons.
0 beautez,, qui du Tarnaffe
Ave, connu l'art touchant,
A Cheron
,
qui vous efface.
Cedex^lagrâce du Chant.
Leséclatantes merveilles,
Qui font £objet de ses veilles 9
L'èleventjusques aux Cieuxt
Et sa gloire nous devance
t
Comme le Dieu quelleencenfe
Devance les autres Dieux.
Vole,Deesse,oùt'engdge
Le foin de nos intereftSk
Le Rhin, la Meuse, & le Tage,
Frissonnent de nos apprefls.
Recommence la fatigue,
Qjtà la honte de la Ligue
ZOVIStedonneanjourd'huy;
Seul il te met hors d'haleine,
jEt tes cent bouches à peine
Suffifent-elles pour luy.
quelque temps d'un Essay de
1
Pseaumes & de Cantiques,
que Mademoiselle Cheron a
mis en Vers, enrichis d'un
grand nombre de Figures. Je
ne fçaurois mieux justifierce
que je vousendisd'avanta-
Par le merite charmée,
Sauvés les noms ecldtanJ >
Suspens ta voix de tonnerre,
Qui redouble 4e la guerre
Le tumultueux effroy i
Et d'un accent plein de grâce
Viens celebrer au Parnasse
Yne Femme comme toy.
Ce beau Sexe dont la flâme
Prend sa fourcedans les Cieux,
2Je captivepointnostre amt Par le seulplaisir des yeux.
CheZ/flf la delicate{fe\
Le bon goujJ" la politeffe
Regnent don air éleve.
Sanssecours & sans culture
Jl reçoit de la Nature
l'n esprit tout cultive.
Des omorcs de deux mille ans.
Et Rome>deSttlpicie
Honore encor les tulens.
La Greque de satenireffe,
Avec art^avecfinesse,
Peint les transports aveuglez^}
Et la Ramaine plus rage,
Des douceurs du Mariage
Charme les espritsrezltzr
Et toy, FIance) dont la gloire
Fournit tantde grands objets,
Pour embellirtonMiftoire
Manqueras tu de sujets
A l'Italie i
à la Greee,
Superbes pour la Noblesse
De quelque nom favory,
Oppose en troupe confuse
Bernard,Det-j-ardins, laSu%e,
Des Houlieres,,Scudery.
Mab
Mais quelle Etoile nouvelle
Brille à mes yeux étonne^
Dont la splendeur immortelle
Rendra nos Fasses o111ez!
.F,/i.(e une chlt/le Dèesset
EfI-ce Anne la Prophetesse}
Sœur & Compagne <£Aron,
Quifous un habit de Mufe,
Par une pieuse rufey
Se fait appeller Chéron l
Cheron
,
Mufe, ou Propheteffey
Que1,E(pritSaintdans tes Vers
Affermit bien la foible(Je
Dun c&ur accablé de fers!
Soitquilsdécrivent Latteinte
Du remords & de la crainte
Qui fuitrImpie en tout lieu,
Soit que leur fainte energie
jtfous fdffe VApologie
De laconduite de Dttu.
DAvid, que la repentance
De son crime avoitpurge,
A CameYe penitence
Par us Vers efl rengagé.
Dans le comble de la gloire
Vne touchante memoife
Attendrit ce (age Roy,
Et ta Version fidelle
LilY rend si dculcrtrsibelle,
Qùil pleure encor avec toy.
Les Hébreux dans leurs fouf
frances
A leury~,
Aimçnt par tes remontrances
La peine de leurs pechez..:
Ce Peuple que ta voix fljtê,
N'abhorre plus tant l*Euphratt^
Ennobly de Ils chanfills..
Etvoudroit sur fort rivage - -
Vivre encor dans l'efciavage
Eclairé par tes leçons.
0 beautez,, qui du Tarnaffe
Ave, connu l'art touchant,
A Cheron
,
qui vous efface.
Cedex^lagrâce du Chant.
Leséclatantes merveilles,
Qui font £objet de ses veilles 9
L'èleventjusques aux Cieuxt
Et sa gloire nous devance
t
Comme le Dieu quelleencenfe
Devance les autres Dieux.
Vole,Deesse,oùt'engdge
Le foin de nos intereftSk
Le Rhin, la Meuse, & le Tage,
Frissonnent de nos apprefls.
Recommence la fatigue,
Qjtà la honte de la Ligue
ZOVIStedonneanjourd'huy;
Seul il te met hors d'haleine,
jEt tes cent bouches à peine
Suffifent-elles pour luy.
Fermer
Résumé : SUR UNE TRADUCTION des Pseaumes, faite en Vers par Mademoiselle Cheron. ODE.
La lettre traite d'un ouvrage de psaumes et de cantiques mis en vers par Mademoiselle Cheron, enrichi de nombreuses figures. L'auteur loue les mérites de cet ouvrage et célèbre la capacité des femmes à charmer par leur grâce et leur esprit naturel. Il cite des poétesses grecques et romaines ainsi que des figures bibliques comme Anne la prophétesse pour illustrer le talent de Cheron. La lettre souligne la profondeur et la beauté des vers de Cheron, capables de toucher les cœurs et de guider les âmes. L'auteur admire particulièrement la manière dont Cheron décrit les remords et la repentance, et comment ses écrits influencent positivement les peuples, à l'instar des Hébreux. Enfin, il exalte la gloire et les mérites de Cheron, la comparant à une déesse dont les œuvres surpassent celles des autres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 189-195
A MADAME P... Aprés une fete où il avoit paru en habit de Mercure.
Début :
Moy qui fais si souvent les messages d'autrui, [...]
Mots clefs :
Mercure, Déguisement, Messages, Parrain des vers, Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME P... Aprés une fete où il avoit paru en habit de Mercure.
A MADAME P...
Aprésune fete où il avoit paru en
habit de Mercure.
MOy qui fais fi fouvent
les meffages d'autrui ,
Nepourrai-je en mon nom
m'expliquer aujourd'hui ?
Si l'Amour a pour lui quel
que chofe à vous dire,
Qu'il vienne , n'a til pas des
aîles comme moy ?
Si j'allois vous parler de fa
part , je prévoyn
£190 MERCURE ·
Que je ne mettrois guere à
me faire éconduire. 、
C'eſt donc comme patron
de tous les beaux elprits,
Commeparrain des vers ou
bien, ou mal écrits ,
Commecoufin- germain de
la docte Minerve ,
Et comme nourricier de
toute jeune verve ,
ཐ་
Que Mercure s'offre à vos
-Compul yeux. deshi 2
J'ai fçû que dans ces lieux
On prepare pour vous une
fête charmante ;
Que Comus prend fur lui de
la rendre abondante : -
GALANT. 191
Mais peut être , fans mon
cam fecours,loci
Quelque affaifonnement y
manqueroit toûjours.
Au temps que Jupiter faifoit tant de conquêtes ,
Combien ai-je ordonné de
fêtes :
Pour des fujets qui les meritoient moins ?
Je meſure au merite & mon
azele & mes foins ;
Grandmaîtrede ceremonie
Faflemble le confeil des
Dieux ,
Jeregle les places aux
Cieux , e
192 MERCURE
Et c'eft moy qui jadis fit
naître la manie
Despreféances & des rangsi
Ici je rangerai toute la compagnie ,
Mais fans trouble & fans
differends :..
Aux uns tout prés de vous
je marquerai leur place ;
Qu'ils goûtent ce bonheur
fansfafte & fans audace :51
Pour les autres je ne dis
past)
Que j'empêche leur jalou
fie,
Mais fiez-vous à moy ; ſans
vous prendreà partie
Ils
GALANT.
193
Ils fe plaindront au fort , &
fe plaindront tout bas.
Des deputez du Parnaſſe
Je ferai l'introducteur.
Pour les froidscomplimens
je vous demande grace ,
Permettez que l'efprit fe
fauve fur le cœur ;
Demeurez cependant arbitre fouveraine
Des vers que l'on vous of
frira,
Reprimez des rimeurs la
nation hautaine ,
Decidez comme il vous
plaira:
La verge que je tiens , de
R
Sept. 1712.
194 MERCURE
ferpens enlaffée
Qu'on nomme Caducée
De tout temps a denote
La fageffe & l'autorité
Avec ce fceptre je châtie
Les mal-façons en Poëfie
Sans égard du coupable &
de fa qualite.
Jemets à vos genoux cefceptre refpectable ,
Exercez fur les versun empire certain, Mob
Prenez-le. Mais à peine eftil cn vôtre main ,
Queje fens qu'à moy même
il devient refpectable.
Un prologue fi long pour-
M
GALANT. 195
roit bien vous laffer
Des Jeux & des Plaifirs une
riante eſcorte
Eſt là qui m'attend à la porte,
Ferai-je entrer? allons- nous
commencer?
MOR
Aprésune fete où il avoit paru en
habit de Mercure.
MOy qui fais fi fouvent
les meffages d'autrui ,
Nepourrai-je en mon nom
m'expliquer aujourd'hui ?
Si l'Amour a pour lui quel
que chofe à vous dire,
Qu'il vienne , n'a til pas des
aîles comme moy ?
Si j'allois vous parler de fa
part , je prévoyn
£190 MERCURE ·
Que je ne mettrois guere à
me faire éconduire. 、
C'eſt donc comme patron
de tous les beaux elprits,
Commeparrain des vers ou
bien, ou mal écrits ,
Commecoufin- germain de
la docte Minerve ,
Et comme nourricier de
toute jeune verve ,
ཐ་
Que Mercure s'offre à vos
-Compul yeux. deshi 2
J'ai fçû que dans ces lieux
On prepare pour vous une
fête charmante ;
Que Comus prend fur lui de
la rendre abondante : -
GALANT. 191
Mais peut être , fans mon
cam fecours,loci
Quelque affaifonnement y
manqueroit toûjours.
Au temps que Jupiter faifoit tant de conquêtes ,
Combien ai-je ordonné de
fêtes :
Pour des fujets qui les meritoient moins ?
Je meſure au merite & mon
azele & mes foins ;
Grandmaîtrede ceremonie
Faflemble le confeil des
Dieux ,
Jeregle les places aux
Cieux , e
192 MERCURE
Et c'eft moy qui jadis fit
naître la manie
Despreféances & des rangsi
Ici je rangerai toute la compagnie ,
Mais fans trouble & fans
differends :..
Aux uns tout prés de vous
je marquerai leur place ;
Qu'ils goûtent ce bonheur
fansfafte & fans audace :51
Pour les autres je ne dis
past)
Que j'empêche leur jalou
fie,
Mais fiez-vous à moy ; ſans
vous prendreà partie
Ils
GALANT.
193
Ils fe plaindront au fort , &
fe plaindront tout bas.
Des deputez du Parnaſſe
Je ferai l'introducteur.
Pour les froidscomplimens
je vous demande grace ,
Permettez que l'efprit fe
fauve fur le cœur ;
Demeurez cependant arbitre fouveraine
Des vers que l'on vous of
frira,
Reprimez des rimeurs la
nation hautaine ,
Decidez comme il vous
plaira:
La verge que je tiens , de
R
Sept. 1712.
194 MERCURE
ferpens enlaffée
Qu'on nomme Caducée
De tout temps a denote
La fageffe & l'autorité
Avec ce fceptre je châtie
Les mal-façons en Poëfie
Sans égard du coupable &
de fa qualite.
Jemets à vos genoux cefceptre refpectable ,
Exercez fur les versun empire certain, Mob
Prenez-le. Mais à peine eftil cn vôtre main ,
Queje fens qu'à moy même
il devient refpectable.
Un prologue fi long pour-
M
GALANT. 195
roit bien vous laffer
Des Jeux & des Plaifirs une
riante eſcorte
Eſt là qui m'attend à la porte,
Ferai-je entrer? allons- nous
commencer?
MOR
Fermer
Résumé : A MADAME P... Aprés une fete où il avoit paru en habit de Mercure.
Mercure, le messager des dieux, adresse une lettre ou un poème à une dame. Il explique qu'il ne peut parler en son nom propre mais peut transmettre un message d'amour. Se présentant comme le patron des beaux esprits et le parrain des vers, Mercure annonce une fête charmante en l'honneur de la dame. Il promet de veiller à ce que tout se déroule sans trouble ni différends et de ranger la compagnie de manière harmonieuse. Mercure se propose également d'introduire les députés du Parnasse et de réprimer la nation hautaine des rimeurs. Il offre à la dame son sceptre, le Caducée, symbole de sagesse et d'autorité, pour qu'elle exerce un empire certain sur les vers. Enfin, il mentionne que des jeux et des plaisirs l'attendent et demande si elle souhaite commencer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. 89-90
BOUQUET. Par feu M. Laîné.
Début :
Que de Poëtes aujourd'hui Ne trouvent que chardons sur les bords d'Hipocrene ! [...]
Mots clefs :
Bouquet, Chardons, Hippocrène, Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET. Par feu M. Laîné.
BOU QJJ ET.
Par feu M. Laîné. £&e de Poëtes aujourd'hui
Ne trouvent que chardons
sur les bords
d'Hipocrene !
Sous les mains de Lainé
bouquetssefontsans
peine,
Parnasea desjardins toujoursfleuris
pour lui.
Par feu M. Laîné. £&e de Poëtes aujourd'hui
Ne trouvent que chardons
sur les bords
d'Hipocrene !
Sous les mains de Lainé
bouquetssefontsans
peine,
Parnasea desjardins toujoursfleuris
pour lui.
Fermer
10
p. 233-235
Vers de feu Monsieur Laîné.
Début :
Caverne du Parnasse, où le sournois rimeur [...]
Mots clefs :
Parnasse, Rimeur, Muse, Méduse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers de feu Monsieur Laîné.
Vers de feu Monsieur
aIne.
Caverne du Parnagé,
où lesournois rimeur
Va fùer, en secret, d'un
assidu labeur
Ape/ant de loin chaque
Aluje
Qui chagrine pour luy
devient une Meduse
Je ne t'habite point, je
cherche le grand jour
Un coin de ruë, un
carrefour
Que lque Salon ou fume
une liqueuramere
Où brille à
peu de frais
unrepas de chimere
J'ypuise d: le/prit (7 la
gracevletour
Lorsquesous quatre clefs
ensuite a mon retour
Je consulte Virgile,Ovide,
Horace,Homere, Je devienssec, obscur, je
n'ayplus l'art deplaire
sestnsque tout à coup mon
esprit devient lourd
Quandicvetix dediermon
ouvrage à la Cotir.
aIne.
Caverne du Parnagé,
où lesournois rimeur
Va fùer, en secret, d'un
assidu labeur
Ape/ant de loin chaque
Aluje
Qui chagrine pour luy
devient une Meduse
Je ne t'habite point, je
cherche le grand jour
Un coin de ruë, un
carrefour
Que lque Salon ou fume
une liqueuramere
Où brille à
peu de frais
unrepas de chimere
J'ypuise d: le/prit (7 la
gracevletour
Lorsquesous quatre clefs
ensuite a mon retour
Je consulte Virgile,Ovide,
Horace,Homere, Je devienssec, obscur, je
n'ayplus l'art deplaire
sestnsque tout à coup mon
esprit devient lourd
Quandicvetix dediermon
ouvrage à la Cotir.
Fermer
Résumé : Vers de feu Monsieur Laîné.
Le poète cherche l'inspiration dans des lieux publics et des salons. Il s'inspire des grands auteurs classiques comme Virgile, Ovide, Horace et Homère. Cependant, il se sent vide et incapable de plaire lorsqu'il doit dédier son œuvre à la Cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
p. 205-215
LE BOUQUET provincial à Mde de R. le jour de sa feste, aprés qu'on eut cueilli le soir précedent toutes les fleurs qu'elle avoit dans son jardin.
Début :
Ne vous envoyer point de fleurs le jour de vostre [...]
Mots clefs :
Fleurs, Beauté, Bouquet, Parnasse, Amour, Parterre, Zéphyrs, Orange, Grenade, Oeillets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE BOUQUET provincial à Mde de R. le jour de sa feste, aprés qu'on eut cueilli le soir précedent toutes les fleurs qu'elle avoit dans son jardin.
LEBOV<2JVET
provincial àMdß de
R. le jour de sa fejle,
apresqu'on eut cueilli
le soir précedent toutes
les fleurs qu'elle avoit
dansson jardin.
Ne vous envoyerpoint
defleurs le jour de vof-
*re feste
,
Sc vous écrire
pourexcusequ'on a pillé
toutes celles qui estoient
hier dans vos parterres,
& qu'il n'y avoitque ceL
les qui naissent sous vos
pas qui fussent dignes dq;
vous estre présentées,&
de vous dire encore que
les plus brillantes perdent
leur lustreauprésde
celles de vostre teint;
qu'à vostre approche les
plus blanches semblent
devenir pasles
, & les
plus vermeilles rougirde
honte, &C que deux So
leils feroient bientost
mourir ce qu'un seul fait
naistre.
Sur ce ton pedamment
badin
Ce seroit vous donner de
tres mauvaise grace
Pour les fleurs de vojlre
jardin,
Les plus communes du
Parnasse.
Vaminetendre, aujJìbien
quel'amour
Vous en doit d'autres en
- ce jour,
Plus brillantes, if plus
nouvelles.
Ce tribut appartient au
nom que vous portez
Ets'ilsepaye àdernoins
belles ,
Jevous laisse à penser si
vous le meritez,
Vous le modele des beautez>
m
Ne vous offrir des
fleursqu'en petite quantité,
8c vous donner pour
excuse de cette épargne,
que si je n'avois pas
esté si paresseux.
Vous en auriez eu davantage
;
Et
Et quechez, moj des le
matin,
LesAbeillesontmis le
:
Parterre au plláe;·
Et len. vont avec leur butin.
Adais pardonnons-leurce
ravage ';;'.
Elles l'ontfait a bonnefin
Les Zephirs mes amis,
qmy'onetpdiet*que cette Efioit pour celebrer danr.s
un galand festin
Le Coir, du jourde votiv,e
Je vous connois, Mde,
vous seriez d'humeurà
ne croire ni les Zephirs
ni leur Truchement, 6C ron courreroit risque de
ne passer aupres de vous
que pour un conteur de
nouvelles faites à plaisir.
L'inconvenient m'a paru
fascheux
,
6C pour l'éviter
j'ay fait amaiffer des
fleurs
, & vous en envoyetroisCorbeilles
toutes
pleines.
Celadon de ma part ,
vous les vapresenter
Et j'ose , me flater
Qu'elles vous feront
agreables.
Elles parfument I'air
d'une charmanteodeur\
L'innocence I*amour ,.j brillent dansleur I
couleur, }
Jl n'en ejl point de plus
aimables
} Les roses f5 les Ijs nofit
point tant de beaute^.
Cesontpour Us Auttls
des ornemens payables.
Mais voicy ce quit [aut1
pour les Divinitez.
Fleurs d'Orange&de
Grenade,Jasmin de
France& d'Espagne, 6C
oeillets de toutes les fortes.
Je n'ay pas voulu les
mettre en bouquets,
ç'auroit esté entreprendre
mal à propos sur cet
esprit de discernement
& d'invention dont vous
estespleine jusqu'au bout
des doigts, & quirend
tous vos ouvrages si
i1
beaux, qu'on n'en voit
point de mieuxtravailles
que ceux qui sortent de
vos mains.
C'estdonc à vostreadresse
A faire ruaioir leur richesse
,
A menager leur rang, leur eclat, leur douceur,
Et puis à les placer sur
vostreaimable coeur.
C'est-là que tvousallz,
finirvos deflmees,
Fleurs trois foisfortunées,
Etc'est.là qu'unAmant
mettroit tout son bonheur
.Ajinirsesannées..
Pourmoy Madame, bien que je ne sois qu'au
nombre de vos amis
sans mentir , en cette rencontre
,
si je l'ose dire
Jesuis du sentiment de
vos ^4doratears
Je voudrois bien avoir les
destin de mesJleurs.
Toutiroitàmesatisfaire,
Volume regarderieXjccm*
me unjoly présent J'aurois le bonheur, i,
vous plaire
,
57 je mourrois en vous
plaisant,
Est-il rien de plus doux,
f5 de plus innocent.
provincial àMdß de
R. le jour de sa fejle,
apresqu'on eut cueilli
le soir précedent toutes
les fleurs qu'elle avoit
dansson jardin.
Ne vous envoyerpoint
defleurs le jour de vof-
*re feste
,
Sc vous écrire
pourexcusequ'on a pillé
toutes celles qui estoient
hier dans vos parterres,
& qu'il n'y avoitque ceL
les qui naissent sous vos
pas qui fussent dignes dq;
vous estre présentées,&
de vous dire encore que
les plus brillantes perdent
leur lustreauprésde
celles de vostre teint;
qu'à vostre approche les
plus blanches semblent
devenir pasles
, & les
plus vermeilles rougirde
honte, &C que deux So
leils feroient bientost
mourir ce qu'un seul fait
naistre.
Sur ce ton pedamment
badin
Ce seroit vous donner de
tres mauvaise grace
Pour les fleurs de vojlre
jardin,
Les plus communes du
Parnasse.
Vaminetendre, aujJìbien
quel'amour
Vous en doit d'autres en
- ce jour,
Plus brillantes, if plus
nouvelles.
Ce tribut appartient au
nom que vous portez
Ets'ilsepaye àdernoins
belles ,
Jevous laisse à penser si
vous le meritez,
Vous le modele des beautez>
m
Ne vous offrir des
fleursqu'en petite quantité,
8c vous donner pour
excuse de cette épargne,
que si je n'avois pas
esté si paresseux.
Vous en auriez eu davantage
;
Et
Et quechez, moj des le
matin,
LesAbeillesontmis le
:
Parterre au plláe;·
Et len. vont avec leur butin.
Adais pardonnons-leurce
ravage ';;'.
Elles l'ontfait a bonnefin
Les Zephirs mes amis,
qmy'onetpdiet*que cette Efioit pour celebrer danr.s
un galand festin
Le Coir, du jourde votiv,e
Je vous connois, Mde,
vous seriez d'humeurà
ne croire ni les Zephirs
ni leur Truchement, 6C ron courreroit risque de
ne passer aupres de vous
que pour un conteur de
nouvelles faites à plaisir.
L'inconvenient m'a paru
fascheux
,
6C pour l'éviter
j'ay fait amaiffer des
fleurs
, & vous en envoyetroisCorbeilles
toutes
pleines.
Celadon de ma part ,
vous les vapresenter
Et j'ose , me flater
Qu'elles vous feront
agreables.
Elles parfument I'air
d'une charmanteodeur\
L'innocence I*amour ,.j brillent dansleur I
couleur, }
Jl n'en ejl point de plus
aimables
} Les roses f5 les Ijs nofit
point tant de beaute^.
Cesontpour Us Auttls
des ornemens payables.
Mais voicy ce quit [aut1
pour les Divinitez.
Fleurs d'Orange&de
Grenade,Jasmin de
France& d'Espagne, 6C
oeillets de toutes les fortes.
Je n'ay pas voulu les
mettre en bouquets,
ç'auroit esté entreprendre
mal à propos sur cet
esprit de discernement
& d'invention dont vous
estespleine jusqu'au bout
des doigts, & quirend
tous vos ouvrages si
i1
beaux, qu'on n'en voit
point de mieuxtravailles
que ceux qui sortent de
vos mains.
C'estdonc à vostreadresse
A faire ruaioir leur richesse
,
A menager leur rang, leur eclat, leur douceur,
Et puis à les placer sur
vostreaimable coeur.
C'est-là que tvousallz,
finirvos deflmees,
Fleurs trois foisfortunées,
Etc'est.là qu'unAmant
mettroit tout son bonheur
.Ajinirsesannées..
Pourmoy Madame, bien que je ne sois qu'au
nombre de vos amis
sans mentir , en cette rencontre
,
si je l'ose dire
Jesuis du sentiment de
vos ^4doratears
Je voudrois bien avoir les
destin de mesJleurs.
Toutiroitàmesatisfaire,
Volume regarderieXjccm*
me unjoly présent J'aurois le bonheur, i,
vous plaire
,
57 je mourrois en vous
plaisant,
Est-il rien de plus doux,
f5 de plus innocent.
Fermer
Résumé : LE BOUQUET provincial à Mde de R. le jour de sa feste, aprés qu'on eut cueilli le soir précedent toutes les fleurs qu'elle avoit dans son jardin.
L'auteur d'une lettre exprime son souhait d'offrir des fleurs à Madame, justifiant la petite quantité par sa paresse. Il mentionne que les abeilles ont déjà récolté les fleurs du matin et que les vents doux célèbrent la fête de Madame. Pour éviter tout doute, il envoie trois corbeilles de fleurs, présentées par Celadon. Ces fleurs, parfumées et symbolisant l'innocence et l'amour, incluent des roses, des lis, des fleurs d'orange, de grenade, du jasmin et des œillets. L'auteur laisse à Madame le soin de les arranger, confiant en son discernement. Il espère que les fleurs trouveront leur place sur son cœur, où un amant mettrait tout son bonheur. L'auteur souhaite partager le destin de ses fleurs pour avoir le bonheur de plaire à Madame et de mourir en la plaisant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 145-160
LA CRITIQUE ODE.
Début :
Quel orage est prest à fondre ? [...]
Mots clefs :
Critique, Homère, Aristote, Erreur, Virgile, Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA CRITIQUE ODE.
LA CRITIQUE
ODE.
Qvelorage est prestà
fondre?
Lanuëobscurcit lescieux,
Desonsein pour me confondre
Sort un esseinfurieux. :
Le Préjugéfanatique,
L'aveugle Amour de
l'Antiquey
L'Orguëigl aaitrdha,rdi reL'Envie
, à nuire si
prompte
3 Lasèditieuse honte
Desedétromper trop taî-d,,
Est-ce peu divin Homere,
Qudux yeux de tout
l'Univers,
Je l'aye avoüé le Pere
De la Fable es desbeaux
Vers?
Jai dit, devois- je plus
dire ?
Qi£en tes mains nâquit
la Lyre
A-vecPart. de l*accorders
Que comme au Roy du
Parnajjey
L'Auteur * mesme qu'1i
t'efface
1 Doit encore te ceder.
Falloit-il9yfa&Jugee >peu
Sansdiscerner tes tra-
,
<vaujc,„ Honorerdumesme ho-mmgz
c
Les beautez, es lesM-
* Vigile*
sauts ?
Falloit-ilfarunmiracle,
Tefairevaincrel'obstacle
Des moeurs, du temps &
'," du lieu?
De quelque nom quon te
.1- nomme, - Tu n'etoisenfin qu'un
v< homme;
Falloit-iltefaireun Dieu?
L'Erreur te croit in- "., faillible.
Sors, rvienl la desavouer
De ce mérite impossible
Dont elle ose te louer,
Vois par quelles réveries
L'Avus des Allégories
Veutsurprendre notrefoi;
Et de tes faux interprètes
Déments les gloses abstraites,
Impénétrables pour toi.
Si tu gardes le silence,
Au défaut de ton jecours.
J'ai du moins pour ma
défense
Lesvrais sçavants de nos
jours.
ymsçats qui malgré les
/1 âges .',
Pésent lesplusgrandssusfrages
\Au poids exact du bon
sens;
La Raison, dèssanais- Jance,
A sur eux plus de puissance
Qu'une erreur de trois
mille ans.
* Du Précepteur d'A..
lexandre
* Aristote.
Lesophistique chaos
Si long-temps a vû s'étendre
Un vainfjflème demots.
Malgréceregne paiftUe,
Del*Obfcur, CIntelligible
Triomphe enfinason tour;
Et maigreleursprivilèges
Au fondsmesme des Colleges
La vérité s'Óestfait jour.
Loin donc respects ¡do-:
1 lastres
Des erreurs des temps
- pafez,,
Tréjugezopimastres,
Taisez-vous, disparoissez.
Sur l'opinionvulgaire,
L'examen le plussevere
l\Jest jamais
hors
de (aison.
C'ejl à la voix de Dieu
1 même
Qu'appartient le droit
fuprejme
Decaptiver la Raison.
Quetout lerestesubisse
Le Tribunalerige.
Venez, entrez dans ia.
lice
Orateurs du Préjugé.
Mais avant que l'Eloquence
Prenne par vous la désense
Des droits de l'Antiquité,
Souffrez encor quen ces
rimes
Je vous trace les maximes
Que me dicte l'Equité.
Bravant, d'un dédain
facile,
Àdes traits les mieuxaig."
i"pz,
Diriez - 1ous que vrai
Zi-ile
J'emprunte , des traits
Qu'àces 1H, oKs imprudentes
.~v ,-..;.- , ¡, 'Ju-^-rjcsfça<vantes
0..7 fzitperdre leurcrédit?
N'importe s iL faut les
confondre
y Dussiez- ruous poury répondre
Dire aussi ce qu'on a dit.
N'allez^pas de phrases
vuides
Enflervos raisonnements,
Par des principes solides
Jettez-en les fondements:
Qu'ilssoientséconds, immuables
;
Dans 'vos conséquences
stables ;
Quils gardent toujours
leurs droits s Etsimples dans la dispute,
Craignezqu'on ne vous
impute
Deux mesures e5 deux
poids.
De l'Ironie insultante
FuyeZlefrej?e soustien:
Malgrefagracepiquante
Un bon mot ne prouve
rien.
Plus d'un meji venusourire
s Je me serois mieux fait
S'ilségayotentmes écrits y
Adais loin que je les régrette
) D'une loüange secrette
Mon coeur m'en donne le
prix.
Du* Héros de l'Iliade
*N*imitez±pas lescouroux;
C'efî Nestorquipersuades
,EmprunteZjonstile doux.
Ceux qmicurfiel empoi-
Jonne
,
,-.r
Le droitsens les abandonne,
re VimprudentParalogijme
* Achille.
Etlejuperbe Sophisme
Sontenfans des Passions.
Oüy
,
malheur àqui
dédaigne o D'inviolables égards;
dentre nous l'amitié
regne
Dûssentperir tous lesArts, Jl est des véritezsaintes
i
Q£iaux mépris des laJches
craintes
Le Zjéle doit soustenir.
JVLais sur des beautez.
mortelles
Nos lumieres valent-elles
La paix qui doit nous
unir ?
Iln'estrien que je ne
Me.
Pour conservercettepaix:
Fallttt-il demander grace
Aux deux partis s je le
fais s Auxadorateursd'Hemere
Je m'avoueraitéméraire,
iyen avQpr troprejette;
Et queceux qu'Homere
blesse,
Me pardonnent la foiblejje
D'en avoir trop adopté
ODE.
Qvelorage est prestà
fondre?
Lanuëobscurcit lescieux,
Desonsein pour me confondre
Sort un esseinfurieux. :
Le Préjugéfanatique,
L'aveugle Amour de
l'Antiquey
L'Orguëigl aaitrdha,rdi reL'Envie
, à nuire si
prompte
3 Lasèditieuse honte
Desedétromper trop taî-d,,
Est-ce peu divin Homere,
Qudux yeux de tout
l'Univers,
Je l'aye avoüé le Pere
De la Fable es desbeaux
Vers?
Jai dit, devois- je plus
dire ?
Qi£en tes mains nâquit
la Lyre
A-vecPart. de l*accorders
Que comme au Roy du
Parnajjey
L'Auteur * mesme qu'1i
t'efface
1 Doit encore te ceder.
Falloit-il9yfa&Jugee >peu
Sansdiscerner tes tra-
,
<vaujc,„ Honorerdumesme ho-mmgz
c
Les beautez, es lesM-
* Vigile*
sauts ?
Falloit-ilfarunmiracle,
Tefairevaincrel'obstacle
Des moeurs, du temps &
'," du lieu?
De quelque nom quon te
.1- nomme, - Tu n'etoisenfin qu'un
v< homme;
Falloit-iltefaireun Dieu?
L'Erreur te croit in- "., faillible.
Sors, rvienl la desavouer
De ce mérite impossible
Dont elle ose te louer,
Vois par quelles réveries
L'Avus des Allégories
Veutsurprendre notrefoi;
Et de tes faux interprètes
Déments les gloses abstraites,
Impénétrables pour toi.
Si tu gardes le silence,
Au défaut de ton jecours.
J'ai du moins pour ma
défense
Lesvrais sçavants de nos
jours.
ymsçats qui malgré les
/1 âges .',
Pésent lesplusgrandssusfrages
\Au poids exact du bon
sens;
La Raison, dèssanais- Jance,
A sur eux plus de puissance
Qu'une erreur de trois
mille ans.
* Du Précepteur d'A..
lexandre
* Aristote.
Lesophistique chaos
Si long-temps a vû s'étendre
Un vainfjflème demots.
Malgréceregne paiftUe,
Del*Obfcur, CIntelligible
Triomphe enfinason tour;
Et maigreleursprivilèges
Au fondsmesme des Colleges
La vérité s'Óestfait jour.
Loin donc respects ¡do-:
1 lastres
Des erreurs des temps
- pafez,,
Tréjugezopimastres,
Taisez-vous, disparoissez.
Sur l'opinionvulgaire,
L'examen le plussevere
l\Jest jamais
hors
de (aison.
C'ejl à la voix de Dieu
1 même
Qu'appartient le droit
fuprejme
Decaptiver la Raison.
Quetout lerestesubisse
Le Tribunalerige.
Venez, entrez dans ia.
lice
Orateurs du Préjugé.
Mais avant que l'Eloquence
Prenne par vous la désense
Des droits de l'Antiquité,
Souffrez encor quen ces
rimes
Je vous trace les maximes
Que me dicte l'Equité.
Bravant, d'un dédain
facile,
Àdes traits les mieuxaig."
i"pz,
Diriez - 1ous que vrai
Zi-ile
J'emprunte , des traits
Qu'àces 1H, oKs imprudentes
.~v ,-..;.- , ¡, 'Ju-^-rjcsfça<vantes
0..7 fzitperdre leurcrédit?
N'importe s iL faut les
confondre
y Dussiez- ruous poury répondre
Dire aussi ce qu'on a dit.
N'allez^pas de phrases
vuides
Enflervos raisonnements,
Par des principes solides
Jettez-en les fondements:
Qu'ilssoientséconds, immuables
;
Dans 'vos conséquences
stables ;
Quils gardent toujours
leurs droits s Etsimples dans la dispute,
Craignezqu'on ne vous
impute
Deux mesures e5 deux
poids.
De l'Ironie insultante
FuyeZlefrej?e soustien:
Malgrefagracepiquante
Un bon mot ne prouve
rien.
Plus d'un meji venusourire
s Je me serois mieux fait
S'ilségayotentmes écrits y
Adais loin que je les régrette
) D'une loüange secrette
Mon coeur m'en donne le
prix.
Du* Héros de l'Iliade
*N*imitez±pas lescouroux;
C'efî Nestorquipersuades
,EmprunteZjonstile doux.
Ceux qmicurfiel empoi-
Jonne
,
,-.r
Le droitsens les abandonne,
re VimprudentParalogijme
* Achille.
Etlejuperbe Sophisme
Sontenfans des Passions.
Oüy
,
malheur àqui
dédaigne o D'inviolables égards;
dentre nous l'amitié
regne
Dûssentperir tous lesArts, Jl est des véritezsaintes
i
Q£iaux mépris des laJches
craintes
Le Zjéle doit soustenir.
JVLais sur des beautez.
mortelles
Nos lumieres valent-elles
La paix qui doit nous
unir ?
Iln'estrien que je ne
Me.
Pour conservercettepaix:
Fallttt-il demander grace
Aux deux partis s je le
fais s Auxadorateursd'Hemere
Je m'avoueraitéméraire,
iyen avQpr troprejette;
Et queceux qu'Homere
blesse,
Me pardonnent la foiblejje
D'en avoir trop adopté
Fermer
Résumé : LA CRITIQUE ODE.
Le texte est une critique poétique qui examine la figure d'Homère et les préjugés entourant son œuvre. L'auteur remet en question l'idolâtrie excessive dont Homère fait l'objet, soulignant que même un grand poète reste un homme et ne doit pas être déifié. Il critique les interprétations erronées et les gloses abstraites qui entourent les œuvres d'Homère, affirmant que la raison et le bon sens doivent prévaloir sur les erreurs ancestrales. L'auteur se réfère aux savants contemporains qui, malgré les âges, présentent les suffrages les plus grands au poids exact du bon sens. Il insiste sur la nécessité de fonder les arguments sur des principes solides et immuables, évitant l'ironie insultante et les raisonnements enflés. Il prône la modération et l'amitié, même dans la dispute, pour préserver la paix et les vérités saintes. Enfin, il appelle à l'équité et à la douceur dans les débats, imitant Nestor plutôt qu'Achille, et à éviter les passions destructrices comme l'orgueil et la sophistique. L'auteur exprime son désir de conserver la paix, même au prix de concessions, pour maintenir l'harmonie entre les partisans des différentes opinions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 32-44
L'AMOUR POETE. ALLEGORIE. Par M. de la F...
Début :
Deux jours y a que sur le Mont Parnasse [...]
Mots clefs :
Iris, Amour, Sujet, Vers, Parnasse, Lyre, Apollon, Rimeurs, Laurier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR POETE. ALLEGORIE. Par M. de la F...
Le lecteur doit être d'autant plus
favorable à la Piece Luivante , qu'elle
a été composée par un auteur de dixhuit
ans. Il eft natif de Dijon..
C iiij
32 MERCURE
L'AMOUR
POETE.
ALLEGORIE.
Par M. de la F...
DEux jours y a que
fur le Mont Par
naffe
Fut convoqué le Confeil
d'Apollon ,
"Pour inftaler ( lors váquoit
une place)
Un Candidat dans le
GALANT.
33
Sacré Vallon.
Or , comme
on fçait , felon
le vieux adage
,
Que l'ouvrier
fe connoît
à
l'ouvrage
,
Decidé
fut que fur fujet
donné
Les pretendans exerceroient
leur veine ;
Que le vainqueur des
mains de Melpomene
Seroitfoudain de laurier
couronné.
34
MERCURE
De cet arrêt content ne
fut Horace :
Quoy je verrai , dit- il ,
en nôtre rang
Fades rimeurs éleve
fur Parnaffe ?
Point ne fera , de ce je
fuis garant.
Le fort voulut , comme
il donnait carriere
A fon chagrin , qu'Apollon
juftement
Le deputa pour donner
la matiere
Auxpretendans . Defon
"
GALANT.
35
reffentiment
Rien ne fçavoit s car le
rusé Lyrique
Feignoit toujours d'approuver
le projet.
Bon , dit Horace , ils auront
tel fujet
Que pour traiter de tout
l'art poëtique
Befoin fera. Sitôt il def
cendit
Dans le Valon , où prés
de
l'Hipocrene ,
Gens de tout ordre
de tout acabit
36 MERCURE
Par mille voeux fatiguoient
Melpomene.
Vous , leur dit - il , qui
de la gloire épris ,
Sur l'Helicon voulezoccuper
place ,
Je viens ici , juge de
vos écrits
Fournir un champ à vôtre
noble audace :
Sur deux fujets
pouvez
vous exercer >
Ou contre Iris écrire une
Satyre ,
Et dans vos vers aigreGALANT.
37
ment la vexer ,
Ou pour Doris accorder
vôtre lyre
.
Il dit. Soudain rimeurs
de s'efcrimer ,
Ronger leurs doigts , fe
mondre leur Minerve
En cent façons fe poindre
, s'animer.
Rien
n'opera
étoit la ver-
Vei
retive
Bref, pour neant aucun
ne put rimer
38
MERCURE
En cet état avint qu'ils
remarquerent
L'Enfant ailé riant de
leurs efforts
Les exceder , troubler
tous leurs accords ;
Dont vers Phebus un
d'entr'eux deputerent
Qui par detail l'avanture
conta .
De leur fujet Apollon
s'enquêta i
Puis dit foudain : Certes
je ne m'étonne
GALANT.
39
De ce mechef,
moymême
en perfonne
Je n'euffe osé , je ne veux
me brouiller
Avec l'Amours il y va
trop du nôtre.
Rimeurs fans luy ne
font que barbouiller
,
Et de Parnaffe il fut
toûjours l'Apotre
.
Vous avez mal vôtre
fujet compris ,
40 MERCURE
F
L'Amour n'a tort à ceftoit
contre Doris
Que vous deviel lancer
traits de fatyre
,
Et pour Iris accorder
vôtre lyre.
Phebusparlaidont l'Enfant
de Cypris
S'ebaudiffant defa gloire
nouvelle ,
Ores chantoit gavote &
vilanelle i
Ores frifoit l'onde du
bout de l'aile ,
Puis
GALANT.
Puis retournoit nicher ès
yeux d'Iris ,
D'où decochant flamboyantes
fagettes
,
De feu vermeil animoit
les Poëtes..
Bientôt auffi Balades ,
Virelais
D'entrer en jeu ; bien- ·
tôt euffiez vû naître
Fleurs d'Helicon , Rondeaux
& Triolets.
'Mars 1714.
D
42 MERCURE
}
L'aurois juré , ne
ne fut
onque tel Maitre
.
Defes leçons fi bienfeus
profiter ,
Que je croyois déja fur
le Parnaffe
Prés de Pindare aller
prendre ma place ,
Quandparces mots Phebus
vint m'arrêter.
Ami , n'attens guerdon
de ton
ouvrages
GALANT.
43
Le Mont facré n'eft ou
vert aux amans ,
Qui des neufSoeurs empruntant
le langage,
Pouffent en vers leurs
tendres fentimens
.
Or fi ta verve a rendu
fon hommage
Aton Iris , n'attens point
monfuffrage ,
C'est à l'Amour à te
larier.
Sa-
Adieu vous dis ,je quitte
Dij
44 MERCURE
le métier ,
Repris -je enfeusfi ma
lyre fredonne ,
C'eftpour Iris ,je ne puis
varier:
Or reprenez
& laurier
couronne ,
Mon choix eft fait , le
myrthe qu'Amour ·
donne
Meft mille fois plus
cher
que
le laurier.
favorable à la Piece Luivante , qu'elle
a été composée par un auteur de dixhuit
ans. Il eft natif de Dijon..
C iiij
32 MERCURE
L'AMOUR
POETE.
ALLEGORIE.
Par M. de la F...
DEux jours y a que
fur le Mont Par
naffe
Fut convoqué le Confeil
d'Apollon ,
"Pour inftaler ( lors váquoit
une place)
Un Candidat dans le
GALANT.
33
Sacré Vallon.
Or , comme
on fçait , felon
le vieux adage
,
Que l'ouvrier
fe connoît
à
l'ouvrage
,
Decidé
fut que fur fujet
donné
Les pretendans exerceroient
leur veine ;
Que le vainqueur des
mains de Melpomene
Seroitfoudain de laurier
couronné.
34
MERCURE
De cet arrêt content ne
fut Horace :
Quoy je verrai , dit- il ,
en nôtre rang
Fades rimeurs éleve
fur Parnaffe ?
Point ne fera , de ce je
fuis garant.
Le fort voulut , comme
il donnait carriere
A fon chagrin , qu'Apollon
juftement
Le deputa pour donner
la matiere
Auxpretendans . Defon
"
GALANT.
35
reffentiment
Rien ne fçavoit s car le
rusé Lyrique
Feignoit toujours d'approuver
le projet.
Bon , dit Horace , ils auront
tel fujet
Que pour traiter de tout
l'art poëtique
Befoin fera. Sitôt il def
cendit
Dans le Valon , où prés
de
l'Hipocrene ,
Gens de tout ordre
de tout acabit
36 MERCURE
Par mille voeux fatiguoient
Melpomene.
Vous , leur dit - il , qui
de la gloire épris ,
Sur l'Helicon voulezoccuper
place ,
Je viens ici , juge de
vos écrits
Fournir un champ à vôtre
noble audace :
Sur deux fujets
pouvez
vous exercer >
Ou contre Iris écrire une
Satyre ,
Et dans vos vers aigreGALANT.
37
ment la vexer ,
Ou pour Doris accorder
vôtre lyre
.
Il dit. Soudain rimeurs
de s'efcrimer ,
Ronger leurs doigts , fe
mondre leur Minerve
En cent façons fe poindre
, s'animer.
Rien
n'opera
étoit la ver-
Vei
retive
Bref, pour neant aucun
ne put rimer
38
MERCURE
En cet état avint qu'ils
remarquerent
L'Enfant ailé riant de
leurs efforts
Les exceder , troubler
tous leurs accords ;
Dont vers Phebus un
d'entr'eux deputerent
Qui par detail l'avanture
conta .
De leur fujet Apollon
s'enquêta i
Puis dit foudain : Certes
je ne m'étonne
GALANT.
39
De ce mechef,
moymême
en perfonne
Je n'euffe osé , je ne veux
me brouiller
Avec l'Amours il y va
trop du nôtre.
Rimeurs fans luy ne
font que barbouiller
,
Et de Parnaffe il fut
toûjours l'Apotre
.
Vous avez mal vôtre
fujet compris ,
40 MERCURE
F
L'Amour n'a tort à ceftoit
contre Doris
Que vous deviel lancer
traits de fatyre
,
Et pour Iris accorder
vôtre lyre.
Phebusparlaidont l'Enfant
de Cypris
S'ebaudiffant defa gloire
nouvelle ,
Ores chantoit gavote &
vilanelle i
Ores frifoit l'onde du
bout de l'aile ,
Puis
GALANT.
Puis retournoit nicher ès
yeux d'Iris ,
D'où decochant flamboyantes
fagettes
,
De feu vermeil animoit
les Poëtes..
Bientôt auffi Balades ,
Virelais
D'entrer en jeu ; bien- ·
tôt euffiez vû naître
Fleurs d'Helicon , Rondeaux
& Triolets.
'Mars 1714.
D
42 MERCURE
}
L'aurois juré , ne
ne fut
onque tel Maitre
.
Defes leçons fi bienfeus
profiter ,
Que je croyois déja fur
le Parnaffe
Prés de Pindare aller
prendre ma place ,
Quandparces mots Phebus
vint m'arrêter.
Ami , n'attens guerdon
de ton
ouvrages
GALANT.
43
Le Mont facré n'eft ou
vert aux amans ,
Qui des neufSoeurs empruntant
le langage,
Pouffent en vers leurs
tendres fentimens
.
Or fi ta verve a rendu
fon hommage
Aton Iris , n'attens point
monfuffrage ,
C'est à l'Amour à te
larier.
Sa-
Adieu vous dis ,je quitte
Dij
44 MERCURE
le métier ,
Repris -je enfeusfi ma
lyre fredonne ,
C'eftpour Iris ,je ne puis
varier:
Or reprenez
& laurier
couronne ,
Mon choix eft fait , le
myrthe qu'Amour ·
donne
Meft mille fois plus
cher
que
le laurier.
Fermer
Résumé : L'AMOUR POETE. ALLEGORIE. Par M. de la F...
Un concours poétique est organisé par Apollon sur le Mont Parnasse pour attribuer une place parmi les poètes. Les candidats doivent choisir entre écrire une satire contre Iris ou un poème en l'honneur de Doris. Aucun poète ne parvient à composer un vers. Un jeune garçon ailé et rieur surpasse les efforts des candidats, intriguant Apollon. Ce dernier révèle que l'Amour est essentiel à la poésie et que les poètes sans inspiration amoureuse ne peuvent réussir. Le jeune garçon, originaire de Dijon et âgé de dix-huit ans, a composé une pièce intitulée 'L'Amour Poète' qui a été bien accueillie. Apollon explique que le Mont Parnasse n'est pas destiné aux amants, mais qu'il peut être couronné par l'Amour. Le jeune poète décide alors de quitter le métier poétique pour se consacrer à l'amour, préférant le myrthe donné par l'Amour au laurier du Parnasse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
14
p. 169-214
De la Necessité de la Critique, ou le Grand Prevost du Parnasse.
Début :
On gronde contre la Satire, [...]
Mots clefs :
Parnasse, Auteur, Critique, Muses, Ombre, Auteurs, Censeurs, Virgile, Malherbe, Quinault, Prévôt, Bigarrure, Prévôt du Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De la Necessité de la Critique, ou le Grand Prevost du Parnasse.
De la Neceffité de la
Critique , ou le Grand
• Prevoſt du Parnaſſe.
On gronde contre la
Satire,
Et Cotin dit qu'on a rai-
F
fon;
Mais quoique Cotin puis ,
Sedire
Juin 1714. P
170 MERCURE
Dans l'étrangedemanделі-
fon ६
Qu'en noſtre Siecle on a
d'écrire
Il nous faut ce contre-poifon.
Ecrire en Vers' berire
Den Pr
Au temps passé, c'estoit un
fa
Art,
e
Au temps preſent , c'est
autre chose , RRR
Tant bien que mal à tout
hazard,
GALANT. 171
Rime qui veut , qui veut
compose
Se dit habile, ou le fuppose
,
Entre au Chorus , ou chan
te àpart
Eft pour un tiers ou pour
un quart
Fournit le texte en fait la
glofe,
Et tout le monde en veut
Sa part.
Dites - nous , Muses,
d'où peut naistre
Pij
172 MERCURE
Cette heureuse fecondité,
Eft- on sçavant quand on
veut l'estre ,
Cela n'a pas toûjours esté.
Il en coûtoit à nos Ancestres
,
Ce ne fut pas pour eux un
jeu,
Ce qui coûtoit à ces grands
Maistres
D'où vient nous coûte-tilfi
ة ي ح
peu.
Vanitéfotte, qui preſume
GALANT. 173
Par un aveugle &fol orgüeil
Defon esprit &desa plu
me:
Voilà d'abord le grand écuril.
Itcm, leTempledeMe
moire ,
C'est un tres- dangereux appas;
Mais en grifonnant pour
L'encre toûjours ne coule
la gloire ,
pas;
Piij
174 MERCURE
Et quelquefois avient le
cas ,
Que l'on caſſeſon écritoire.
1
:
Item ,foit à bon titre ,
ou non ,
On dit mes oeuvres , mon
Libraire ,
Et l'on voit en gros caractere
Afficher son Livre&fon
Nom:
Item , chacun asa folie
;
GALANT. 175
Item , aujourd'huy tout est
bon
Et tout oworage se publie
Ce qu'un hommea rêvé la
Ce qu'il a dit àſaſervan-
Cequ'ilfait entre ſept
buit ,
Qu'on l'imprime & melte
en vente ,
L'ouvrage trouve du debit;
Et quelquefois ,ſans qu'il
s'en vente ,
Piiij
176 MERCURE
L'Auteury gagne un bon
habit.
Item , quand on ne sçait
mieux faire ,
Onforge , on ment dans un
écrit.
Item, on nesçauroitſe taire,
Et nous avons tous trop
d'esprit.
Autre grand Item , ilfaut
vivre
Voilà comment fefait un
Livre.
De-lànous viennent à
foifon
GALANT. 177
Maigres livrets de toute
forte ; 1
Ils n'ont ny rime ny rai-
Son ,
Cela se vend toûjours ,
qu'importe
Tous lesſujetsfontpresque
ufez
Et tous les titres épuiſez ,
Fuſques à des contes de
Fée,
Dont on afait long- temps
Trophée ;
Le desordre croit tous les
jours
178 MERCURE
Je crie & j'appelle au fecours,
Quand viendra- t'il quelque
Critique
Pourreformer untel abus ,
Et purger noftre Republique
De tant d'Ecrivains de bibus?
A l'esprit d'un Cenfeur
farouche,
Qui fçait faire valoir fes
droits ,
Un pauvre Auteur craindra
la touche,
GALANT. 179
Et devant que d'ouvrir la
bouche
I penſera plus de deux
fois.
Je touche une facheuse
corde,
Et crois déja de tous cof
tez
Entendré à ce funeste exorde
,
Nombre d'Auteurs épouvantez
Crier tout baut , mifericorde!
180 MERCURE
Soit fait , Meffieurs , j'en
fuis d'accord;
Mais quand le Public en
furie
Contre vous &vos oeuvres
crie
Mifericorde encore plus
fort ,
Que luy répondre ,je vous
prie?
C'est un mal je ne dis
pas non ,
Qu'un Cenfeur rigide &
fevere
GALANT. 181
Qui le prend fur le plus
haut ton ,
Qu'on hait , & pourtant
qu'on revere :
Mais si c'est un mal, c'est
Souvent
Un mal pour nous bien neceffaire
;
Un Critique au Paysscavant
Fait le métier de Commif-
Saire.
Bornonsnousfans aller
plus loin
1
182 MERCURE
T
A la feule gent Poëtique
Plus que tout autre elle a
besoin
Pour Commiſſaire d'un
Critique.
Les Poëtesfont infolents
Etſouvent les plus miferables
Se trouvent les plus intraitables
Fiers de leurs prétenduës
talents
Ils prendront le pas au
Parnaffe
GALANT. 183
Et fur Virgile &(ur Horace
S'il n'est des Cenfeurs vigilants
Pour chaßer ces paffe-vollants,
Et marquer à chacun fa
place.
D'abordces petits avortons
Viennent se couler à tâtons;
Ils sont soumis , humbles ,
dociles.
184 MERCURE
Souples a prenare les lecons
Des Horaces & des Virgiles,
Etdevantdes Auteurs habiles
Sontmuetscomme des poif
fons ;
Mais quand enfin cette
vermine
Sur le Parnaße a pris racine
,
Elle s'amente&forme un
corps
Quiserevolte&semutine;
Dés
GALANT. 185
Dès qu'une fois elle domine
Adieu Virgile نب fes
conforts
Dans quelque coin on les
confine ,
Et fi Phoebus faisoit la
mine
Luy-même on le mettroit
dehars.
Comment Ronsard &
Sa Pleyade, ??
Dont un temps le regne a
Juin 1714 .
186 MERCURE
Nous l'avoient - ils defiguré
Dans leur grotesque mafcarade?
Plus bigarre qu'un Arlequin
,
Affublé d'un vieux cafaquin
Fait àpeu prés à la Françoise
is d'étoffe antique
autoife;
as goust, fans air , le
tout enfin
Brodé de grec &delatin
GALANT.187
C'estoit dans ce bel équipa
ge
Qu Apollon noir comme
un lutin
Se faisoit par tout rendre
hommage;
Mais après un long efclavage
Enfin Malherbe en eut pities
Et l'ayant pris en amitié
Lui débarboüilla le vifage
Et le remit ſur un bon
pied
Qij
188 MERCURE
Renvoyant à lafriperie
Ses haillons &fa broderie.
Alors dans le facré
Vallon
On décria la vieille moda
Et Malherbe fous Apollon
Fit publier un nouveau
Code,
Deffendant ces vieux paf-
Sements ,
Qu'avec de grands empref-
Sements
GALAN 189
On alloit chercher piece à
piece
Au Latium & dans la
Grece
Ronfard en fut triste &
marri ,
Perdant beaucoup àce déori
Cependant tout changea
deface
Sur l'Helicon & le Par
naße
C'estoit un air de propreté
:
199 MERCURE
Plein de grandeur de
nobleffe ;
Rien defade ni d'affecté
N'en alteroit la dignité
Le bon goût & la politeffe
Brilloient dans lafimplicite
Laiſſant la frivole parure
Aux fades Heros de Romans
On emprunte de la natu
re
Ses plus fuperbes ornemens:
GALANT.191
Vous cuffiez vù les jours
de festes
Phæbus &les neufDoctes
Soeurs
N'employerpourorner leur
testes
Que des lauriers meſlezde
fleurs
Mais cette mode trop unie
Ennuya bien-toſtnosFran-
Au mépris des nouvelles
Ils revinrent à leurgenie
192 MERCURE
Et reclamerent tous leurs
droits
Nous aimons trop la bigarure
;
Je ne puis le dire aßez
baut,
Voilà nostre premier deffaut
Et c'est depuis long-temps
qu'il dure :
Ildureraj'ensuis garant,
Quoique le bon goût en
murmure;
Si l'on le quitte , on le reprends
&
Même
GALANT. 193
Même en dépit de la
Cenfure :
On veut du rare, du nou
veau,
27197
Letoutfans regle ,&fans
mesure ,
On outre , on caffe le pin
ceau;
Mais à charger trop le
tableau,
On vient àgâter la peina
gater la pein
ture malind
Et voulant le portrait trop
bears ८
Juin 1714. RS
194 MERCURE
On fait grimacer la figure.
:
Spit Poëtes foit Orateurs
,
C'est là qu'en font bien des
Auteurs.
Nous nous mettons à la
torture
Pour alambiquer un écrit;
Nous voulons par tout de
Kefprit
Du brillant de l'enlumi-
стике сто
C'est un abus , ne forçons
rien,
GALANT. 195
Laifſſons travailler la nature
Etfans effort nous ferons
bien:
Il en coûte pour l'ordinaire
Par cet enteſtement fatal
Plus à certains pourfaire
mal
Qu'il n'en coûteroit pour
bienfaire.
Me voila dans unfort
beau champ
Rij
196 MERCURE
Mais je préche & peut
estre ennui-je
Comme bien d'autres en
consid
prêchant ,
Jefinis donc & je m'of
Suye.
១
Bel exemplefans meflatter
Si l'on vouloit en profiter.
Or durant cette mala-
છ???????????? die
Dont l'Helicon , fut infec
djtás zamb aliors :
On bannit lafimplicité
GALANT 197
Sous Malherbe tant ap
plaudies 20
Pointe's, équivoques dans
Et jeux de mots vinrent
On vit l'affemblage grotes-
Da ferieux & du burles
-
Le Phoebus , le:Galima-
--sanciovint amoy 20
Parurent avec aßurance ,
Et comme fi l'on n'estoit
pas
R iij
198. MERCURE
Affezfol , quand on veut
en France
Onfut avec avidité
Chercherjusques dans l'Italic
Desfecours dont par cha-
Elle aſſiſta noſtrefolies
Apollonfe tuoit en vain
De faire mainte remon-
Nos gens fuivoient toujours
leur train
Et tout alloit en décadence.
:
L
NOUSTHEQUE DE
199
Mais quand ce Dien
plein de prudence
*
1893*
Eut pris Boileau pourfon
Preap
Combien d'Auteurs firent
lepaut
On voyoit détaler en bande
Tous ces Meffieurs de
contrebande :
Chapelain couvertde lau
riers
Sauta luy-même des pre
miers ,
Et perdit , dit-on , dans la
crotte
Riiij
200 MERCURE
Etfa perruque &sa calottes
Il crioit prestà trébucher
Sauvez l'honneur de la
Pucelle
Mais Boileau plus dur
qu'un rocher
Neust pitié ni de luy ni
d'elle.
Pradon voulant parlementer
Fit d'abord de la resistan
ce
Et parut quelque temps
luter,
CALANT. 2010
Même en Poëte d'importance;
It appella de la Sentence
Mais ilfallut toûjoursfau
ters
Et l'on n'apoint jugé l'inf
tance:
Sous le manteau de Regulus
On eut épargnésa perfonne
Mais le pauore homme
n'avoit plus 1
Que lejuſte-au-corpsd'Antigone.
202 MERCURE
Quinaut par la foule
emporté,
Quinaut même fit la culbute
Mais un appel interjetté
Le vangea bien-toft defa
chute :
On vit les Muses en rumeur
A l'envi prendre en main
Sa cause,
Quelques gens de mauvaiſe
humeur
Vouloient pouffer plas loin
la chofe
GALANT.203.
Infiftant qu'on fit au plum
toft
Le procés au pauore Prevost.
Mais Pæbus d'une
oeiltade fiere
Les rejettant avec mépris
Leurdit d'un tonferme&
favere
Paix canailles de beaux
-
Qui n'avez fait icy que
braires Aoim C
204 MERCURE
Sifur Quinaut on s'estmé
pris
Fy veilleray, c'est mon
affaire:
Quant à vous perdez tout
Et ne me rompez plus la
teste
Mon Prevost afaitfon de-
Ainsi se calma la tem-
1
Et Quinaut s'estant pre-
Dansses griefsfut écouté;
GALANT. 205
On declara vu la requeſte ,
Bien appellé comme d'a-
છછછછ????????????
Dont le Prevost resta
camus
Il fut mêmeſur le Parnaf-
-ind
Regléfans contestation
Qu'auprès d'Orphée &
250 Pd Amphion 2.200 25
Il iroit reprendresa place ;
Et puis Phoebus d'un air
humain
Lui mit fa propre Lyre en
main
206 MERCURE
Non que la fienne fut u-
See
Maispar un noble&fier
dedain
De la voir à tort méprifee
En tombant il l'avoit brifée
On enfit recueillir foudain
Tous les morceaux juſques
au moindre
Mais on les recücillit en
vain
い
Et l'on ne pût bien les
rejoindre
GALANT. 207
Tel fut le destin de Quinaut
,
Seuldetous, oùle Commis
faire,
Ason égard un peu corfaire
Sefoit trouvé pris en défaut
Sur tout le refte irreprochable
Faifantfachargeavechauteur
A tout mauvais & fot
Auteur
:
Ilfut Prevoſtinexorable ,
208 MERCURE
Il est bien vray qu'en fa
vieilleße
Illaißa tout àl'abandon ,
Etfitfa charge avec molleffe
Quand on eft vieux on dewient
bon,
Un reste de terreur empreinte
Retenoit pourtant les efprits
Et l'on ne penſoit qu'avec
crainte
Aufort de tant d' Auteurs
profcrits
Dans
GALANT 209
Dans cette violteßaine.s
puiſſante
Son ombre encore queña
Arrestoit les plus reso
33Ram? AO[
Mais cette ombre fiere&
Gette ombre même , helas!
Cependant dans cet in-
Tout degenere & deperit
Et faute dhura Prevost
qu'on craigne
Juin 1714.
S
210 MERCURE
Chacun fur pied de bel ef
stealing
prit
Arbore déja fon enseigne.
Les Cotins bravant les
- Vardards 201 offer
De tous cotez semble re-
Et comme en un temps de
! 2.pardons is
On voit hardiment repa-
Les Pelletiers, les Pra-
Le mal plus loin va fe
répandre NO
GALANT
Si l'on n'y met ordre au
Muses,ſongez à vous deffendreout
it
Au ſpecifique un bon Pre-
Un bon Prevost ; mais où
le prendre
Je pourrois, s'il m'étoitpermis
,
En nommer un digne de
Par fes foins en honneur
Et plus grand qu'il n'é-
Sij
212 MERCURE
toit peut- estre
Homere affezle fait connoistre
Il a tous les talents qu'il
Pour un employ fi neceffaire
Je ne luy vois qu'un feul
défaut
C'est que ce métier falutaires
De blâmer ce qui doit dẻ
plaire sio srio) 25 I
De reprendre & n'épar
Agner riemiang anly 11
GALANT 213
Cemétier qu'ilferoitfi-bien
Il ne voudra jamais le
faire
Attaqué par maint trait
si falon
Jamais contre le noir frelon
Iln'employaſes nobles veilles
Et comme le Roy des a
beilles
Il fut toûjours fans aiguillon.
Ason défaut cherchez
sinquelqu'autre
១៧-០៣
214 MERCURE
Qui plus bardy , qui moins
humain,
Pour vostre gloire , &pour
la nostre
Ofe à l'oeuvre mettre la
Du Parnaße arbitre fuprême;
Si vous prifez mon Zele
extrême , 29
Faites le voir en mexauçant
polling
Helas! peut estre en vous
Fais-je des veux contre
may-même.
Critique , ou le Grand
• Prevoſt du Parnaſſe.
On gronde contre la
Satire,
Et Cotin dit qu'on a rai-
F
fon;
Mais quoique Cotin puis ,
Sedire
Juin 1714. P
170 MERCURE
Dans l'étrangedemanделі-
fon ६
Qu'en noſtre Siecle on a
d'écrire
Il nous faut ce contre-poifon.
Ecrire en Vers' berire
Den Pr
Au temps passé, c'estoit un
fa
Art,
e
Au temps preſent , c'est
autre chose , RRR
Tant bien que mal à tout
hazard,
GALANT. 171
Rime qui veut , qui veut
compose
Se dit habile, ou le fuppose
,
Entre au Chorus , ou chan
te àpart
Eft pour un tiers ou pour
un quart
Fournit le texte en fait la
glofe,
Et tout le monde en veut
Sa part.
Dites - nous , Muses,
d'où peut naistre
Pij
172 MERCURE
Cette heureuse fecondité,
Eft- on sçavant quand on
veut l'estre ,
Cela n'a pas toûjours esté.
Il en coûtoit à nos Ancestres
,
Ce ne fut pas pour eux un
jeu,
Ce qui coûtoit à ces grands
Maistres
D'où vient nous coûte-tilfi
ة ي ح
peu.
Vanitéfotte, qui preſume
GALANT. 173
Par un aveugle &fol orgüeil
Defon esprit &desa plu
me:
Voilà d'abord le grand écuril.
Itcm, leTempledeMe
moire ,
C'est un tres- dangereux appas;
Mais en grifonnant pour
L'encre toûjours ne coule
la gloire ,
pas;
Piij
174 MERCURE
Et quelquefois avient le
cas ,
Que l'on caſſeſon écritoire.
1
:
Item ,foit à bon titre ,
ou non ,
On dit mes oeuvres , mon
Libraire ,
Et l'on voit en gros caractere
Afficher son Livre&fon
Nom:
Item , chacun asa folie
;
GALANT. 175
Item , aujourd'huy tout est
bon
Et tout oworage se publie
Ce qu'un hommea rêvé la
Ce qu'il a dit àſaſervan-
Cequ'ilfait entre ſept
buit ,
Qu'on l'imprime & melte
en vente ,
L'ouvrage trouve du debit;
Et quelquefois ,ſans qu'il
s'en vente ,
Piiij
176 MERCURE
L'Auteury gagne un bon
habit.
Item , quand on ne sçait
mieux faire ,
Onforge , on ment dans un
écrit.
Item, on nesçauroitſe taire,
Et nous avons tous trop
d'esprit.
Autre grand Item , ilfaut
vivre
Voilà comment fefait un
Livre.
De-lànous viennent à
foifon
GALANT. 177
Maigres livrets de toute
forte ; 1
Ils n'ont ny rime ny rai-
Son ,
Cela se vend toûjours ,
qu'importe
Tous lesſujetsfontpresque
ufez
Et tous les titres épuiſez ,
Fuſques à des contes de
Fée,
Dont on afait long- temps
Trophée ;
Le desordre croit tous les
jours
178 MERCURE
Je crie & j'appelle au fecours,
Quand viendra- t'il quelque
Critique
Pourreformer untel abus ,
Et purger noftre Republique
De tant d'Ecrivains de bibus?
A l'esprit d'un Cenfeur
farouche,
Qui fçait faire valoir fes
droits ,
Un pauvre Auteur craindra
la touche,
GALANT. 179
Et devant que d'ouvrir la
bouche
I penſera plus de deux
fois.
Je touche une facheuse
corde,
Et crois déja de tous cof
tez
Entendré à ce funeste exorde
,
Nombre d'Auteurs épouvantez
Crier tout baut , mifericorde!
180 MERCURE
Soit fait , Meffieurs , j'en
fuis d'accord;
Mais quand le Public en
furie
Contre vous &vos oeuvres
crie
Mifericorde encore plus
fort ,
Que luy répondre ,je vous
prie?
C'est un mal je ne dis
pas non ,
Qu'un Cenfeur rigide &
fevere
GALANT. 181
Qui le prend fur le plus
haut ton ,
Qu'on hait , & pourtant
qu'on revere :
Mais si c'est un mal, c'est
Souvent
Un mal pour nous bien neceffaire
;
Un Critique au Paysscavant
Fait le métier de Commif-
Saire.
Bornonsnousfans aller
plus loin
1
182 MERCURE
T
A la feule gent Poëtique
Plus que tout autre elle a
besoin
Pour Commiſſaire d'un
Critique.
Les Poëtesfont infolents
Etſouvent les plus miferables
Se trouvent les plus intraitables
Fiers de leurs prétenduës
talents
Ils prendront le pas au
Parnaffe
GALANT. 183
Et fur Virgile &(ur Horace
S'il n'est des Cenfeurs vigilants
Pour chaßer ces paffe-vollants,
Et marquer à chacun fa
place.
D'abordces petits avortons
Viennent se couler à tâtons;
Ils sont soumis , humbles ,
dociles.
184 MERCURE
Souples a prenare les lecons
Des Horaces & des Virgiles,
Etdevantdes Auteurs habiles
Sontmuetscomme des poif
fons ;
Mais quand enfin cette
vermine
Sur le Parnaße a pris racine
,
Elle s'amente&forme un
corps
Quiserevolte&semutine;
Dés
GALANT. 185
Dès qu'une fois elle domine
Adieu Virgile نب fes
conforts
Dans quelque coin on les
confine ,
Et fi Phoebus faisoit la
mine
Luy-même on le mettroit
dehars.
Comment Ronsard &
Sa Pleyade, ??
Dont un temps le regne a
Juin 1714 .
186 MERCURE
Nous l'avoient - ils defiguré
Dans leur grotesque mafcarade?
Plus bigarre qu'un Arlequin
,
Affublé d'un vieux cafaquin
Fait àpeu prés à la Françoise
is d'étoffe antique
autoife;
as goust, fans air , le
tout enfin
Brodé de grec &delatin
GALANT.187
C'estoit dans ce bel équipa
ge
Qu Apollon noir comme
un lutin
Se faisoit par tout rendre
hommage;
Mais après un long efclavage
Enfin Malherbe en eut pities
Et l'ayant pris en amitié
Lui débarboüilla le vifage
Et le remit ſur un bon
pied
Qij
188 MERCURE
Renvoyant à lafriperie
Ses haillons &fa broderie.
Alors dans le facré
Vallon
On décria la vieille moda
Et Malherbe fous Apollon
Fit publier un nouveau
Code,
Deffendant ces vieux paf-
Sements ,
Qu'avec de grands empref-
Sements
GALAN 189
On alloit chercher piece à
piece
Au Latium & dans la
Grece
Ronfard en fut triste &
marri ,
Perdant beaucoup àce déori
Cependant tout changea
deface
Sur l'Helicon & le Par
naße
C'estoit un air de propreté
:
199 MERCURE
Plein de grandeur de
nobleffe ;
Rien defade ni d'affecté
N'en alteroit la dignité
Le bon goût & la politeffe
Brilloient dans lafimplicite
Laiſſant la frivole parure
Aux fades Heros de Romans
On emprunte de la natu
re
Ses plus fuperbes ornemens:
GALANT.191
Vous cuffiez vù les jours
de festes
Phæbus &les neufDoctes
Soeurs
N'employerpourorner leur
testes
Que des lauriers meſlezde
fleurs
Mais cette mode trop unie
Ennuya bien-toſtnosFran-
Au mépris des nouvelles
Ils revinrent à leurgenie
192 MERCURE
Et reclamerent tous leurs
droits
Nous aimons trop la bigarure
;
Je ne puis le dire aßez
baut,
Voilà nostre premier deffaut
Et c'est depuis long-temps
qu'il dure :
Ildureraj'ensuis garant,
Quoique le bon goût en
murmure;
Si l'on le quitte , on le reprends
&
Même
GALANT. 193
Même en dépit de la
Cenfure :
On veut du rare, du nou
veau,
27197
Letoutfans regle ,&fans
mesure ,
On outre , on caffe le pin
ceau;
Mais à charger trop le
tableau,
On vient àgâter la peina
gater la pein
ture malind
Et voulant le portrait trop
bears ८
Juin 1714. RS
194 MERCURE
On fait grimacer la figure.
:
Spit Poëtes foit Orateurs
,
C'est là qu'en font bien des
Auteurs.
Nous nous mettons à la
torture
Pour alambiquer un écrit;
Nous voulons par tout de
Kefprit
Du brillant de l'enlumi-
стике сто
C'est un abus , ne forçons
rien,
GALANT. 195
Laifſſons travailler la nature
Etfans effort nous ferons
bien:
Il en coûte pour l'ordinaire
Par cet enteſtement fatal
Plus à certains pourfaire
mal
Qu'il n'en coûteroit pour
bienfaire.
Me voila dans unfort
beau champ
Rij
196 MERCURE
Mais je préche & peut
estre ennui-je
Comme bien d'autres en
consid
prêchant ,
Jefinis donc & je m'of
Suye.
១
Bel exemplefans meflatter
Si l'on vouloit en profiter.
Or durant cette mala-
છ???????????? die
Dont l'Helicon , fut infec
djtás zamb aliors :
On bannit lafimplicité
GALANT 197
Sous Malherbe tant ap
plaudies 20
Pointe's, équivoques dans
Et jeux de mots vinrent
On vit l'affemblage grotes-
Da ferieux & du burles
-
Le Phoebus , le:Galima-
--sanciovint amoy 20
Parurent avec aßurance ,
Et comme fi l'on n'estoit
pas
R iij
198. MERCURE
Affezfol , quand on veut
en France
Onfut avec avidité
Chercherjusques dans l'Italic
Desfecours dont par cha-
Elle aſſiſta noſtrefolies
Apollonfe tuoit en vain
De faire mainte remon-
Nos gens fuivoient toujours
leur train
Et tout alloit en décadence.
:
L
NOUSTHEQUE DE
199
Mais quand ce Dien
plein de prudence
*
1893*
Eut pris Boileau pourfon
Preap
Combien d'Auteurs firent
lepaut
On voyoit détaler en bande
Tous ces Meffieurs de
contrebande :
Chapelain couvertde lau
riers
Sauta luy-même des pre
miers ,
Et perdit , dit-on , dans la
crotte
Riiij
200 MERCURE
Etfa perruque &sa calottes
Il crioit prestà trébucher
Sauvez l'honneur de la
Pucelle
Mais Boileau plus dur
qu'un rocher
Neust pitié ni de luy ni
d'elle.
Pradon voulant parlementer
Fit d'abord de la resistan
ce
Et parut quelque temps
luter,
CALANT. 2010
Même en Poëte d'importance;
It appella de la Sentence
Mais ilfallut toûjoursfau
ters
Et l'on n'apoint jugé l'inf
tance:
Sous le manteau de Regulus
On eut épargnésa perfonne
Mais le pauore homme
n'avoit plus 1
Que lejuſte-au-corpsd'Antigone.
202 MERCURE
Quinaut par la foule
emporté,
Quinaut même fit la culbute
Mais un appel interjetté
Le vangea bien-toft defa
chute :
On vit les Muses en rumeur
A l'envi prendre en main
Sa cause,
Quelques gens de mauvaiſe
humeur
Vouloient pouffer plas loin
la chofe
GALANT.203.
Infiftant qu'on fit au plum
toft
Le procés au pauore Prevost.
Mais Pæbus d'une
oeiltade fiere
Les rejettant avec mépris
Leurdit d'un tonferme&
favere
Paix canailles de beaux
-
Qui n'avez fait icy que
braires Aoim C
204 MERCURE
Sifur Quinaut on s'estmé
pris
Fy veilleray, c'est mon
affaire:
Quant à vous perdez tout
Et ne me rompez plus la
teste
Mon Prevost afaitfon de-
Ainsi se calma la tem-
1
Et Quinaut s'estant pre-
Dansses griefsfut écouté;
GALANT. 205
On declara vu la requeſte ,
Bien appellé comme d'a-
છછછછ????????????
Dont le Prevost resta
camus
Il fut mêmeſur le Parnaf-
-ind
Regléfans contestation
Qu'auprès d'Orphée &
250 Pd Amphion 2.200 25
Il iroit reprendresa place ;
Et puis Phoebus d'un air
humain
Lui mit fa propre Lyre en
main
206 MERCURE
Non que la fienne fut u-
See
Maispar un noble&fier
dedain
De la voir à tort méprifee
En tombant il l'avoit brifée
On enfit recueillir foudain
Tous les morceaux juſques
au moindre
Mais on les recücillit en
vain
い
Et l'on ne pût bien les
rejoindre
GALANT. 207
Tel fut le destin de Quinaut
,
Seuldetous, oùle Commis
faire,
Ason égard un peu corfaire
Sefoit trouvé pris en défaut
Sur tout le refte irreprochable
Faifantfachargeavechauteur
A tout mauvais & fot
Auteur
:
Ilfut Prevoſtinexorable ,
208 MERCURE
Il est bien vray qu'en fa
vieilleße
Illaißa tout àl'abandon ,
Etfitfa charge avec molleffe
Quand on eft vieux on dewient
bon,
Un reste de terreur empreinte
Retenoit pourtant les efprits
Et l'on ne penſoit qu'avec
crainte
Aufort de tant d' Auteurs
profcrits
Dans
GALANT 209
Dans cette violteßaine.s
puiſſante
Son ombre encore queña
Arrestoit les plus reso
33Ram? AO[
Mais cette ombre fiere&
Gette ombre même , helas!
Cependant dans cet in-
Tout degenere & deperit
Et faute dhura Prevost
qu'on craigne
Juin 1714.
S
210 MERCURE
Chacun fur pied de bel ef
stealing
prit
Arbore déja fon enseigne.
Les Cotins bravant les
- Vardards 201 offer
De tous cotez semble re-
Et comme en un temps de
! 2.pardons is
On voit hardiment repa-
Les Pelletiers, les Pra-
Le mal plus loin va fe
répandre NO
GALANT
Si l'on n'y met ordre au
Muses,ſongez à vous deffendreout
it
Au ſpecifique un bon Pre-
Un bon Prevost ; mais où
le prendre
Je pourrois, s'il m'étoitpermis
,
En nommer un digne de
Par fes foins en honneur
Et plus grand qu'il n'é-
Sij
212 MERCURE
toit peut- estre
Homere affezle fait connoistre
Il a tous les talents qu'il
Pour un employ fi neceffaire
Je ne luy vois qu'un feul
défaut
C'est que ce métier falutaires
De blâmer ce qui doit dẻ
plaire sio srio) 25 I
De reprendre & n'épar
Agner riemiang anly 11
GALANT 213
Cemétier qu'ilferoitfi-bien
Il ne voudra jamais le
faire
Attaqué par maint trait
si falon
Jamais contre le noir frelon
Iln'employaſes nobles veilles
Et comme le Roy des a
beilles
Il fut toûjours fans aiguillon.
Ason défaut cherchez
sinquelqu'autre
១៧-០៣
214 MERCURE
Qui plus bardy , qui moins
humain,
Pour vostre gloire , &pour
la nostre
Ofe à l'oeuvre mettre la
Du Parnaße arbitre fuprême;
Si vous prifez mon Zele
extrême , 29
Faites le voir en mexauçant
polling
Helas! peut estre en vous
Fais-je des veux contre
may-même.
Fermer
Résumé : De la Necessité de la Critique, ou le Grand Prevost du Parnasse.
Le texte 'De la Nécessité de la Critique, ou le Grand Prevost du Parnasse', publié en juin 1714 dans le Mercure, traite de l'importance de la critique littéraire. Il souligne la nécessité de la satire et de la critique dans un contexte où l'écriture poétique est accessible à tous, souvent sans respect des règles de l'art. Le texte déplore la publication et la vente d'œuvres de qualité médiocre et appelle à une réforme par l'intervention d'un critique sévère. Il rappelle l'évolution de la poésie française, marquée par des périodes de décadence et de renouveau. Des figures littéraires comme Malherbe et Boileau sont mentionnées pour leur rôle dans la réforme de la poésie. Le texte évoque également des auteurs tels que Ronsard, Chapelain, Pradon, et Quinaut, illustrant les conflits et les jugements critiques qui ont façonné la littérature. Le texte se conclut par un appel à trouver un nouveau 'Prevost' capable de purger la littérature des mauvais auteurs et de rétablir des standards de qualité. Il exprime le souhait de voir un critique sévère et juste, capable de blâmer ce qui doit l'être, mais aussi de reconnaître les véritables talents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 13-22
EPISTRE AUX MUSES.
Début :
Non, je ne sçaurois plus douter de ma disgrace, [...]
Mots clefs :
Muses, Parnasse, Rime, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPISTRE AUX MUSES.
EP1STKE
AUX MUSES.
NOn, je ne fçaurois plus
-
douter de ma disgrace,
Mufes, vous m'enviez les
honneurs du Parnasse;
J'avois beau me compter
parmi vos nourriçons,
, Me promettre un concert
des plus belles chansons,
Je ne sens plus en moy,lorfque
je veux écrire, ]
Cette divine ardeur que le
c
Permesse inspire
;
Et si vous m'écoutez, vos
plus rares presens
Se bornent à des vers, ou
forcez, ou pesans.
L'un contraint par les loix
d'une étroite mesure,
Semble avoir été mis cent
fois à latorture;
L'autre ne connoissant ni
rime ni raison,
Sans sel & sans vigueur languit
dans sa prison;
Le meilleur en un mottombe
toûjours sans grace,
Et je n'en écris point qu'r
aussitôt je n'efface,
Pour éviter le sort d'un malheureux
rimeur
Qui n'est 'en paroissantlû
que de l'Imprimeur,
Ou de ces partisans de tout
mauvais ouvrage
Dont un
espritsensé craint
toujours le suffrage.
Quand je voulois jadis exer
'r cer mon talent,
Vous me faisiez parler, en
Poëte excellent;
Les termes élegans, la cadence,
la rime
Prêtoient à ma penséeun
ornement sublime,
Et mon esprit goûtant le
fruit de les travaux,
Sçavoit par ce plaisir adou
- cir tous mes maux.
Si le fort contre moy signaloit
Ion caprice,
Par des vers aussitôtje m'en
faisois justice,
Tt me traçant sur tout de
charmantes leçons,
J'oppofois à ses coups la
douceur de vos sons.
Muses,
Muses, ne dois-je pas vous
-
traiter d'inhumaines?
Me frustrant du moyen de
soulager mes peines,
Pourquoy m'accoûtumer à
desi doux plaisirs,
Si vous deviez sitôt en feT
vrer mes desirs?
Craigniez-vous que ma
main abusant de la rime,
Neût contre la vertu pris
l'interêt ducrime?
Je fuis trop ennemi de ces
lâches auteurs
Dont les vers sont par tout
les écüeils des Icacurs.,,
Et qui des dons reçus de
Fillessi pudiques
Vont faire à la pudeur des
insultes publiques.
Rendez-moy donc cet arc
justement élevé
Sur tout ce que le monde
a de plus achevé:
Que le pinceau d'Appelle
imite la nature;
Que Phidias paroisse animer
sa figure;
Que Dedale faisant jrpuflïr
ses efforts,
Enchante les efprirs par de
nouveaux ressorts,
Vulgaires artisans, ils dpir
vent leur Greffe
Aux preceptes de l'artdont
l'étude les dresse :
Mais du Dieu du P,atttffç
un genieinspiré l
CPA)me sortant qij.': Ciel
paît tQûjourséçJirti;
]/çJprit paroît coutPlJf dans
_io/i 4ivm lang>ifp , Et ne doir qu'à lui seul la
c - matjere ôç lo^vragc.
r Qij'çhi flousV^nfe la Pfçfe
& fous fç? pfnçriîfns,
Jpn I}p trouve qiiWx vpfp
un yséfix,4'sgHfjHens; L'aç&efkclvoi«'df$mois0
leur jthij.ç hjwroonoeufe
Font sentir à l'esprit leur
force gracieuse.
De là vient que, les Dieux,
du fond de leurs autels,
Ne répondoient qu'en vers
répondant aux mortels;
Que les amans pour plaire;
instruits par la tendresse,
Veulent toûjours en vers
parler à leur maîtresse;
Que pour rendre célébré un
nom dans l'univers,
L'éloquence choisit le langaggaegdeedsevsevresrs;
:L ; Et que pourexciter ou nos
risounos larmes,
De la rime toujours on emprunte
les charmes.
Mais j'aigris mes chagrins,
quand je vante le prix
Du bien que vous m'avez
injustement repris.
Quel discours cependant
me flate en ma tristeife?
Vous avez, me dit-on, de- ferté lePermesse.
Une Princesse illustre imitant
vos accords,
Vous a fait preferer son Pa-
: lais à vos bords,
,:Et du foin des beaux arts
où sonesprit excelle
Vous voulez désormais
vous reposer sur elle.
Ah! que je fuis heureux à'& voir enfin appris
Quel nom peut d'un beau
feu réchauffer mes
esprits.
Mais quel rayçft deja me
ranime 6ç m'éclaire?
Plein de l'esprit de Sceaux:
que ne vais-je pas faire?
AUX MUSES.
NOn, je ne fçaurois plus
-
douter de ma disgrace,
Mufes, vous m'enviez les
honneurs du Parnasse;
J'avois beau me compter
parmi vos nourriçons,
, Me promettre un concert
des plus belles chansons,
Je ne sens plus en moy,lorfque
je veux écrire, ]
Cette divine ardeur que le
c
Permesse inspire
;
Et si vous m'écoutez, vos
plus rares presens
Se bornent à des vers, ou
forcez, ou pesans.
L'un contraint par les loix
d'une étroite mesure,
Semble avoir été mis cent
fois à latorture;
L'autre ne connoissant ni
rime ni raison,
Sans sel & sans vigueur languit
dans sa prison;
Le meilleur en un mottombe
toûjours sans grace,
Et je n'en écris point qu'r
aussitôt je n'efface,
Pour éviter le sort d'un malheureux
rimeur
Qui n'est 'en paroissantlû
que de l'Imprimeur,
Ou de ces partisans de tout
mauvais ouvrage
Dont un
espritsensé craint
toujours le suffrage.
Quand je voulois jadis exer
'r cer mon talent,
Vous me faisiez parler, en
Poëte excellent;
Les termes élegans, la cadence,
la rime
Prêtoient à ma penséeun
ornement sublime,
Et mon esprit goûtant le
fruit de les travaux,
Sçavoit par ce plaisir adou
- cir tous mes maux.
Si le fort contre moy signaloit
Ion caprice,
Par des vers aussitôtje m'en
faisois justice,
Tt me traçant sur tout de
charmantes leçons,
J'oppofois à ses coups la
douceur de vos sons.
Muses,
Muses, ne dois-je pas vous
-
traiter d'inhumaines?
Me frustrant du moyen de
soulager mes peines,
Pourquoy m'accoûtumer à
desi doux plaisirs,
Si vous deviez sitôt en feT
vrer mes desirs?
Craigniez-vous que ma
main abusant de la rime,
Neût contre la vertu pris
l'interêt ducrime?
Je fuis trop ennemi de ces
lâches auteurs
Dont les vers sont par tout
les écüeils des Icacurs.,,
Et qui des dons reçus de
Fillessi pudiques
Vont faire à la pudeur des
insultes publiques.
Rendez-moy donc cet arc
justement élevé
Sur tout ce que le monde
a de plus achevé:
Que le pinceau d'Appelle
imite la nature;
Que Phidias paroisse animer
sa figure;
Que Dedale faisant jrpuflïr
ses efforts,
Enchante les efprirs par de
nouveaux ressorts,
Vulgaires artisans, ils dpir
vent leur Greffe
Aux preceptes de l'artdont
l'étude les dresse :
Mais du Dieu du P,atttffç
un genieinspiré l
CPA)me sortant qij.': Ciel
paît tQûjourséçJirti;
]/çJprit paroît coutPlJf dans
_io/i 4ivm lang>ifp , Et ne doir qu'à lui seul la
c - matjere ôç lo^vragc.
r Qij'çhi flousV^nfe la Pfçfe
& fous fç? pfnçriîfns,
Jpn I}p trouve qiiWx vpfp
un yséfix,4'sgHfjHens; L'aç&efkclvoi«'df$mois0
leur jthij.ç hjwroonoeufe
Font sentir à l'esprit leur
force gracieuse.
De là vient que, les Dieux,
du fond de leurs autels,
Ne répondoient qu'en vers
répondant aux mortels;
Que les amans pour plaire;
instruits par la tendresse,
Veulent toûjours en vers
parler à leur maîtresse;
Que pour rendre célébré un
nom dans l'univers,
L'éloquence choisit le langaggaegdeedsevsevresrs;
:L ; Et que pourexciter ou nos
risounos larmes,
De la rime toujours on emprunte
les charmes.
Mais j'aigris mes chagrins,
quand je vante le prix
Du bien que vous m'avez
injustement repris.
Quel discours cependant
me flate en ma tristeife?
Vous avez, me dit-on, de- ferté lePermesse.
Une Princesse illustre imitant
vos accords,
Vous a fait preferer son Pa-
: lais à vos bords,
,:Et du foin des beaux arts
où sonesprit excelle
Vous voulez désormais
vous reposer sur elle.
Ah! que je fuis heureux à'& voir enfin appris
Quel nom peut d'un beau
feu réchauffer mes
esprits.
Mais quel rayçft deja me
ranime 6ç m'éclaire?
Plein de l'esprit de Sceaux:
que ne vais-je pas faire?
Fermer
Résumé : EPISTRE AUX MUSES.
Dans sa plainte aux Muses, l'auteur exprime son désarroi face à la perte de son inspiration poétique. Il regrette l'absence des Muses, qui autrefois lui inspiraient des vers élégants et sublimes. Désormais, ses écrits lui semblent forcés ou pesants, et il craint de produire des œuvres médiocres. Il souligne la difficulté de créer des vers ni contraints par la métrique ni dénués de sens. L'auteur se remémore les moments où les Muses lui permettaient de surmonter ses maux par la beauté de ses poèmes. Il accuse les Muses de cruauté, se demandant pourquoi elles l'ont habitué à des plaisirs doux avant de le priver de cette joie. Il affirme n'abuser jamais de la poésie pour des fins immorales. Le texte met en lumière l'importance de la poésie dans divers aspects de la vie, comme les communications divines, les déclarations amoureuses et les éloges célèbres. Enfin, l'auteur apprend que les Muses ont accordé leur faveur à une princesse illustre, ce qui le ravit et l'inspire à nouveau, notamment par l'esprit de Sceaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16
p. 9-25
INVITATION aux Poëtes à faire l'Eloge de Loüis le Grand.
Début :
Favoris d'Apollon, dont les doctes ouvrages [...]
Mots clefs :
Louis le Grand, Poètes, Majesté, Louis, Éloge, Roi, Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INVITATION aux Poëtes à faire l'Eloge de Loüis le Grand.
INVITATION
aux Poëtes à faire l'Eloge
de Loüis le Grand..
Favoris d'Apollon , dont les
doctes ouvrages
Sçavent braver des sems,les funoftes
racinges;
Vous qui poßedez l'art de tracer
21 Joucesportraitsup odabi
Dont les vives douleurs ne s'effacent
jamais Le
10 MERCURE
Grands , fublimes efprits ,fi feconds
en miracles
Qui dufacré Vallon nous dictez
les oracles, comul
Poëtes ! de LOUIS fi les faits
Téclatans IVHI
Ontfervi tantdefois de matiere
alvos chantejo ob
Etfide jour en jourl'on vitavec
Deſes bienfaus fur vous , augmenter
la mesured, o
Ilfaut enfafuorur, malgrél'ar-
Montrer que vousfauvez les
Hiros dela mom.201 ANOCI
Chargez du noble employ d'éterGALANT
niferfa gloire ,
Jusqu'auxfieclesfuturs transmettez
sa memoireid
Dépeignez en vos vers cet air
majestueux
Ce maintien de Heros ceport
digne des Dieux
De cet auguste front la majesté
Suprême
Si propre àfoutenir l'éclat du
diadema hivi ?
Mettez dans tout leur jour fes
rares qualitez
Son coeur&fon esprit si juſte-
Ce courage indompté, cette haute
prudence
12 MERCURE
Safolide vertu ,sa vaste intelli
101.3
gence,
par cent Ce long regne illustré
fameux exploits ,
Qui l'ont fait le modele
T
le
foûtiendes Rois.
Tantôt faites - le voir, dans
un âge encor tendre ,
Marchant en Conquerantfurles
pas d'Alexandre ,
Suivi des escadrons d'intrepides
guerriers,
Cüeillir au champ de Mars de
penibles lauriers.
La Victoire en volant le couvre
cakede fes altes ,
Et le conduit toûjours par des
GALANT.
routes nouvelles.
Qu'on le voye, en dépit desfou.n.
gueux aquilons
Atravers les frimats menerfes
bataillons,
ヤ
Fondreſur l'ennemi plus prompt
que n'estlafoudre
Renwerferſes remparts,mettreſes
murs en poudre ,
Par les plus obſtinezfaire acceppeterfarloy
Etporter dans les coeurs la terreur
&l'effroy
Mais ensuite changeant&de
ton destile
Peignez-le toûjours grand, mais
déja plus tranquile ,
*4 MERCURE
Agissant de la tête encor plus que
du bras ,
Soûtenantfeul le poids deſes daf-
છું છે : હું tesEtats.
Ici deſes arrests la rigueurfalutaire
Reprime des duels lafureurfan-
2
guinaires
Et contre l'ennemi détournant la
valeur,
Sur le pied du devoir , regle le
point d'honneur,
D'une autre part Themis , avec
fa faur Aftrée ,
Préferantfon Empireàla voûte
azurée,
Reviennent parses foins préſider
GALANT
aux Aniels
Que leur fait redreffer le plus
suitgrand des Mornalsme
La chicane àleur vûë, & l'infame
quarice
L'inique oppreffion &l'horrible
Enfans inceſtueux de cent monfsopres
divers d
Rentrent en fremiſſant dans le
quên mua sin des enfers.aldo W
Puis fur d'autres objets rappellant
noire que
Deſes vaſtes projets marquez
bien kétenduö
Dites parquel prodige enſes def-
Seins centfois, τα
16 MERCURE
Ilſcut aßujettir la natureàfes
-
toix
Comment , comptantpour rienles
plus fach ux obstacles ,
Ilsembla laforceràfairedes mirades.
Témoin ce grand projet qu'admira
l'univers ,
Quand malgré la distance il réunit
deux mers
N'oubliezpasfur- toutpourvotre
propre gloire , I
Combien il protegea les Filles de
Si malgré le tumulte , & lesfa
reurs de Mars and
Nous vîmes parmi nous triompher
GALANT. 17
pher les beaux Arts ,
Etfi tout lefracas desplus rudes
tempêtes ,
DuParnaßejamaisn'interrompit
lesfêtes
Muſes , vous le sçavez, ce n'est
qu'àla faveur
Que vous fçûtes joüir d'un fi rare
bonheur:
Tandis que parcourant une noble
carriere
Ses vertusà vos chants,fournisfoient
la matierez q
Ses bienfaits animans vos tendres
nourriffons,
Les rendoit atentifs à vos doctes
Merlegons
Decembre 1715. B
18 MERCURE
Mais je croy vous oüir ,Religion
facrée !
Déeffe, deLOUIS, en tout tems
reverée ,
Vous dont il fut toûjours le plus
folide appui
Craignez- vous que nos verss'en
taiſent aujourd'hui ?
Pourrions- nous oublier que pour
vôtre défenſe
Ilſignala cent fois de fon brasla
Narvik puißances
Que plus souvent encor, docileà
Il mépriſa pour vous la victoire
fes droits.
Offert àvos autels,presque avant
C
GALANT 19:
zenia i que de naître
Son attache pour vousſefitbientôt
connoître
Ilcrut que le pouvoirn'étoit mis
agram les mains
Que pour vous affervir le reste des
humains.
C'est pour vous qu'animéde l'ardour
d'unfaintzela,
De vos auguſtes droits confervateur
fidele
On lui vit conſommer tant de
nobles projets
Pour ramener à vous , de rebeles
ben føjets
L'Univers admira des nations
Bij
20 MERCURE
Ouvrirenfin lesyeux aux divines
a's lumierengqua
Et les peuples affis aux regions
2. des Morts
Revoir un jour plus purparfes
ach fages efforts, en
Viton , tant qu'il vécut , le
demon du blafpheme 10
Braver impunément la Majesté
Supreme al
L'impicen ſes fureurs , ofa-t- il
Etle crimefans masque,àſesyeux
Ye montrer ?
Que de Temples batis!que d'illuftres
Frophées
Monumens éternels , des erreurs
GALANT. 7 21
sétouffées !
Que d'aziles ſacrez où la chafte
pudeur
Acouvert des dangers
Sonhonneur!
Poëtes ,c'est Loüis
conferve
ffaauutt llee dépeindre ;
tel qu'il
Heureux en ce tableau de n'avoir
- rienàfeindresul
Mais auffi prenez garde , en
traçant ceportrait ,
Qu'un trop foible pinceau n'en
dérobe aucun trait
Faites voirfes vertus égalantfa
puiffance ,
Son merite plus grand, encorque
wafanaissance
22 MERCURE
Humble , malgré l'éclat d'une
bante ſplendent
Sçachantparsa bonté tempererſa
grandeur ,
Poßedant fans orguëil la majesté
Supreme
Maistre deſesſujets , plus encor
deluy même 2.19.201
Exact&vigilant ,fobre , labo-
Faisant tout par ses mains ,
voyant tout parfesyeux
Liberal genereux , profand ,
impenetrables esti
Du crime&de l'erreur wangeur
inexorable to no
Le défenseur des bons le fleau
GALANT. 23
! des méchans ,
Leprotecteur des Arts ,lefoûtien
des Sçavans ;
Le coeurfincere &droit , vaſte ,
conftant,folide,
Fermedans les dangers , coura
geux , intrepide ,
Toûjours égalàlui,dans lesfuccés
divers,
Grand, lors qu'il fut heureux,
plusgrand, dans les revers
Confervant jusqu'au bout d'une
Longue carriere
Desplus pures vertus lefacré
caractere.
Plein d'amour pour ſon Dieu ,
Soumis àfes decrets
14 MERCURE
Dans l'excésdeses maux, benif-
Santfes arrests,
Offrantfans murmureraux coups
८ defa justice
De ſes jours glorieux l'auguſte
facrifice ;
Montrantjusqu'au tombeau qu'il
ne lui manqua rien
DuRoy, ni du Heros,du Grand,
ni duChrétien.
:
Mais tandis que nos vers traceront
ces peintures ,
Illuftres monumens pour les races
futures,
PHILIPPES , digne appui du
trône de Loüis ,
Sur les traits de l'Ayeulformez
le Petit Fils ; De
GALANT 25
DuMonarque Françoisfoûtenez
Qu'il écoute dans vous la voix
de la Sageße : 10.01
Inſtruisez- le dans l'art de ces charmes
vainqueurs ,
Qui du Peuple des Grands
vous attirent les coeurs.
Quede Dous il apprenne àregler
Son courage,
Qu'il puiße à votre exemple être
vaillant &ſage;
Que de Loüis mourant il rempliffe
les voeux , :
Et qu'unjour comme vous ilfaſſe
des heureux.
J. MARGAT , D. L. C. D. J.
Decembre 1715.
aux Poëtes à faire l'Eloge
de Loüis le Grand..
Favoris d'Apollon , dont les
doctes ouvrages
Sçavent braver des sems,les funoftes
racinges;
Vous qui poßedez l'art de tracer
21 Joucesportraitsup odabi
Dont les vives douleurs ne s'effacent
jamais Le
10 MERCURE
Grands , fublimes efprits ,fi feconds
en miracles
Qui dufacré Vallon nous dictez
les oracles, comul
Poëtes ! de LOUIS fi les faits
Téclatans IVHI
Ontfervi tantdefois de matiere
alvos chantejo ob
Etfide jour en jourl'on vitavec
Deſes bienfaus fur vous , augmenter
la mesured, o
Ilfaut enfafuorur, malgrél'ar-
Montrer que vousfauvez les
Hiros dela mom.201 ANOCI
Chargez du noble employ d'éterGALANT
niferfa gloire ,
Jusqu'auxfieclesfuturs transmettez
sa memoireid
Dépeignez en vos vers cet air
majestueux
Ce maintien de Heros ceport
digne des Dieux
De cet auguste front la majesté
Suprême
Si propre àfoutenir l'éclat du
diadema hivi ?
Mettez dans tout leur jour fes
rares qualitez
Son coeur&fon esprit si juſte-
Ce courage indompté, cette haute
prudence
12 MERCURE
Safolide vertu ,sa vaste intelli
101.3
gence,
par cent Ce long regne illustré
fameux exploits ,
Qui l'ont fait le modele
T
le
foûtiendes Rois.
Tantôt faites - le voir, dans
un âge encor tendre ,
Marchant en Conquerantfurles
pas d'Alexandre ,
Suivi des escadrons d'intrepides
guerriers,
Cüeillir au champ de Mars de
penibles lauriers.
La Victoire en volant le couvre
cakede fes altes ,
Et le conduit toûjours par des
GALANT.
routes nouvelles.
Qu'on le voye, en dépit desfou.n.
gueux aquilons
Atravers les frimats menerfes
bataillons,
ヤ
Fondreſur l'ennemi plus prompt
que n'estlafoudre
Renwerferſes remparts,mettreſes
murs en poudre ,
Par les plus obſtinezfaire acceppeterfarloy
Etporter dans les coeurs la terreur
&l'effroy
Mais ensuite changeant&de
ton destile
Peignez-le toûjours grand, mais
déja plus tranquile ,
*4 MERCURE
Agissant de la tête encor plus que
du bras ,
Soûtenantfeul le poids deſes daf-
છું છે : હું tesEtats.
Ici deſes arrests la rigueurfalutaire
Reprime des duels lafureurfan-
2
guinaires
Et contre l'ennemi détournant la
valeur,
Sur le pied du devoir , regle le
point d'honneur,
D'une autre part Themis , avec
fa faur Aftrée ,
Préferantfon Empireàla voûte
azurée,
Reviennent parses foins préſider
GALANT
aux Aniels
Que leur fait redreffer le plus
suitgrand des Mornalsme
La chicane àleur vûë, & l'infame
quarice
L'inique oppreffion &l'horrible
Enfans inceſtueux de cent monfsopres
divers d
Rentrent en fremiſſant dans le
quên mua sin des enfers.aldo W
Puis fur d'autres objets rappellant
noire que
Deſes vaſtes projets marquez
bien kétenduö
Dites parquel prodige enſes def-
Seins centfois, τα
16 MERCURE
Ilſcut aßujettir la natureàfes
-
toix
Comment , comptantpour rienles
plus fach ux obstacles ,
Ilsembla laforceràfairedes mirades.
Témoin ce grand projet qu'admira
l'univers ,
Quand malgré la distance il réunit
deux mers
N'oubliezpasfur- toutpourvotre
propre gloire , I
Combien il protegea les Filles de
Si malgré le tumulte , & lesfa
reurs de Mars and
Nous vîmes parmi nous triompher
GALANT. 17
pher les beaux Arts ,
Etfi tout lefracas desplus rudes
tempêtes ,
DuParnaßejamaisn'interrompit
lesfêtes
Muſes , vous le sçavez, ce n'est
qu'àla faveur
Que vous fçûtes joüir d'un fi rare
bonheur:
Tandis que parcourant une noble
carriere
Ses vertusà vos chants,fournisfoient
la matierez q
Ses bienfaits animans vos tendres
nourriffons,
Les rendoit atentifs à vos doctes
Merlegons
Decembre 1715. B
18 MERCURE
Mais je croy vous oüir ,Religion
facrée !
Déeffe, deLOUIS, en tout tems
reverée ,
Vous dont il fut toûjours le plus
folide appui
Craignez- vous que nos verss'en
taiſent aujourd'hui ?
Pourrions- nous oublier que pour
vôtre défenſe
Ilſignala cent fois de fon brasla
Narvik puißances
Que plus souvent encor, docileà
Il mépriſa pour vous la victoire
fes droits.
Offert àvos autels,presque avant
C
GALANT 19:
zenia i que de naître
Son attache pour vousſefitbientôt
connoître
Ilcrut que le pouvoirn'étoit mis
agram les mains
Que pour vous affervir le reste des
humains.
C'est pour vous qu'animéde l'ardour
d'unfaintzela,
De vos auguſtes droits confervateur
fidele
On lui vit conſommer tant de
nobles projets
Pour ramener à vous , de rebeles
ben føjets
L'Univers admira des nations
Bij
20 MERCURE
Ouvrirenfin lesyeux aux divines
a's lumierengqua
Et les peuples affis aux regions
2. des Morts
Revoir un jour plus purparfes
ach fages efforts, en
Viton , tant qu'il vécut , le
demon du blafpheme 10
Braver impunément la Majesté
Supreme al
L'impicen ſes fureurs , ofa-t- il
Etle crimefans masque,àſesyeux
Ye montrer ?
Que de Temples batis!que d'illuftres
Frophées
Monumens éternels , des erreurs
GALANT. 7 21
sétouffées !
Que d'aziles ſacrez où la chafte
pudeur
Acouvert des dangers
Sonhonneur!
Poëtes ,c'est Loüis
conferve
ffaauutt llee dépeindre ;
tel qu'il
Heureux en ce tableau de n'avoir
- rienàfeindresul
Mais auffi prenez garde , en
traçant ceportrait ,
Qu'un trop foible pinceau n'en
dérobe aucun trait
Faites voirfes vertus égalantfa
puiffance ,
Son merite plus grand, encorque
wafanaissance
22 MERCURE
Humble , malgré l'éclat d'une
bante ſplendent
Sçachantparsa bonté tempererſa
grandeur ,
Poßedant fans orguëil la majesté
Supreme
Maistre deſesſujets , plus encor
deluy même 2.19.201
Exact&vigilant ,fobre , labo-
Faisant tout par ses mains ,
voyant tout parfesyeux
Liberal genereux , profand ,
impenetrables esti
Du crime&de l'erreur wangeur
inexorable to no
Le défenseur des bons le fleau
GALANT. 23
! des méchans ,
Leprotecteur des Arts ,lefoûtien
des Sçavans ;
Le coeurfincere &droit , vaſte ,
conftant,folide,
Fermedans les dangers , coura
geux , intrepide ,
Toûjours égalàlui,dans lesfuccés
divers,
Grand, lors qu'il fut heureux,
plusgrand, dans les revers
Confervant jusqu'au bout d'une
Longue carriere
Desplus pures vertus lefacré
caractere.
Plein d'amour pour ſon Dieu ,
Soumis àfes decrets
14 MERCURE
Dans l'excésdeses maux, benif-
Santfes arrests,
Offrantfans murmureraux coups
८ defa justice
De ſes jours glorieux l'auguſte
facrifice ;
Montrantjusqu'au tombeau qu'il
ne lui manqua rien
DuRoy, ni du Heros,du Grand,
ni duChrétien.
:
Mais tandis que nos vers traceront
ces peintures ,
Illuftres monumens pour les races
futures,
PHILIPPES , digne appui du
trône de Loüis ,
Sur les traits de l'Ayeulformez
le Petit Fils ; De
GALANT 25
DuMonarque Françoisfoûtenez
Qu'il écoute dans vous la voix
de la Sageße : 10.01
Inſtruisez- le dans l'art de ces charmes
vainqueurs ,
Qui du Peuple des Grands
vous attirent les coeurs.
Quede Dous il apprenne àregler
Son courage,
Qu'il puiße à votre exemple être
vaillant &ſage;
Que de Loüis mourant il rempliffe
les voeux , :
Et qu'unjour comme vous ilfaſſe
des heureux.
J. MARGAT , D. L. C. D. J.
Decembre 1715.
Fermer
17
p. 177-209
LETTRE A MONSIEUR *** Sur le Voyage du Parnasse, Par M. RAIMOND.
Début :
De deux Dissertations ou Lettres sur un Livre nouveau intulé, / Jusques ici, Monsieur, on n'avoit employé d'autres [...]
Mots clefs :
Érudition, Muses, Satyre, Parnasse, Écrivains, Déesse, Poète, Style, Peintre, Voyageur, Raison, Triomphe, Ironie, Savants, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A MONSIEUR *** Sur le Voyage du Parnasse, Par M. RAIMOND.
DE
E deux Differtations cu
Lettres fur un Livre nouveau
intulé , Voyage du Parnaffe,
qui m'ont été envoyées ; j'ai préferé
celle qui m'a paru la moins
partiale : Dans la premiere que
j'ai rejettée & qui étoit fans nom.
l'Auteur y étoit traité fans miſericorde
: on ne faifoit graceni ,
fa Profe , ni à fes Vers : on pla-
Fanvier 1717.
R
178 LE NOUVEAU
çoit l'un & l'autre beaucoup au
deffous du modele fur lequel il
s'eft conformé , qui felon nôtre
Cenfeur , n'eft ni la Satyre de
Petrone , ni les Ragguali di Parnaſſo
è la Secretaria di Appolle
car ces deux ouvrages font excellents
) mais plûtôt une certaine
Hiftoire d'Anacreon , qui
parut il y a quatre ou cinq ans.
Notre Critique continue à
peu près fur ce ton .
moi qui ne veut point violer la
loi que je mefuis impofée , &
qui veux obferver une exacte
neutralité , je m'en fuis tenu à
la Lettre de M. Raimond
j'efpere qu'on me fçaura gré
de lui avoir donné la préference,
Pour
MERCURE. 179
********
LETTRE
A MONSIEUR
***
Sur le Voyage du Parnaffe ,
Par M. RAIMON D.
›
n'avoit employé d'autres
armes contre les modernes
que des Préfaces & des calculs
d'autorité . Ils avoient toûjours
répondu par des preuves & des
démonstrations : & la timide
Géométrie , qui n'ofe croire ,
Rij
180 LE NOUVEAU
fans être convaincuë , s'étoit affociée
à leur cauſe. Cet appui
fi confidérable leur fembloit devoir
décider la diſpute : Mais
toutes les reffources de leurs adverfaires
n'étoient pas épuifées ,
Un d'entr'eux s'élève de
nouveau contre une Secte fi
funefte à l'érudition , & dans une
fiction ingénieufe , où il décrit
avec exactitude l'ordre hyerarchique
des Favoris des Mufes.
Il dreffe une attaque d'autant
plus difficile à repouffer , qu'elle
eft foûtenue par la fatyre la
plus fine & la plus délicate.
Ce coup inopiné ne triompheroit
- il pas , M. , de votre
conftance à demeurer dans l'erreur
: & la demande que vous
MERCURE. 181
m'avez faite de l'extrait de cet
Ouvrage , ne feroit - elle pas le
commencement d'un heureux
retour ? Je vais faire enforte de
concourir à cette métamor
phɔfe , en vous donnant un fi
déle , mais vif précis de la critique
. Que pourroit contre nous
belprit adroit des novateurs , fi
nous avions de notre côté le
fubril Mercure ?
On ne s'y peut méprendre ;
le nouveau Géographe du Parnaffe
eft fort exacte fur la Chronologie
. Malheur à tout Poëte,
qui fe préfente fous fa plume,
fans être marqué au coin reſpectable
des ans . Cet intégre
perfonnage ne sçauroit pardonner
à une datte tant foit pev
R ij
182 LE NOUVEAU
moderne. Pourquoi , diront nos
Ecrivains d'ordinaire mauvais
plaifans , ne fommes- nous
pas nés du tems de Virgile ?
nous aurions un approbateur
de plus . Comme le but principal
de la relation eft de foudroyer
les Partifans de ce fiécle
, on ne perd point ici dé
vûë cet objet . Par tout l'érudite
antiquité triomphe . Par tout
l'ignorance de nos jours trouve
de quoi fe deffiller les yeux . Il
n'eft pas jufques à nos beaux
efprits , à qui on n'enlève le
mafque ; & ceux que nous
'avions crus toûjours les plus
univerfels dans l'éloquence &
dans la Poëfie ; maintenant dépouillés
de ces talents , dont
MERCURE.
183
ils ne poffedoient que le Phanôme
, rougiffent d'avoir pour
out mérite une connoiffance
affés éxacte de leur propre
langue .
la
Quelques délicats à la vérité
trouvent à redire dans la maniere
, dont les interlocuteurs
foûtiennent ici leurs diverfes
opinions . Il leur paroît que
caufe de M. de la Motte Y eft
condamnée, même avant d'être
inftruite , & qu'on ne lui donne
des Avocats , que pour prononcer
plus juridiquement fon
Arrêt : Mais cette objection eft
légére il faut avouer qu'on
infulte vivement dans cette production
aux ennemis du goût
Chronologique , & qu'on y fon-
R iiij
184 LE NOUVEAU
ge plûtôt à les opprimer , qu'à
les convaincre ; mais n'importe,
en matiere de difpute , une injure
vaut bien plufieurs arguments
.
Voilà ce me femble , M.
une efquiffe affés fidélement
tracée ; commençons à vous
donner une copie plus correcte .
L'Ouvrage divifé en deux parties
, dont chacune contient fix
Livres , s'annonce pour Poëme
au Lecteur par une courte Préface.
Plût au Ciel que nous
n'cuſſions jamais à effuyer d'avertiffements
moins utiles ?
Tout à coup le Réparateur
des Torts entre en matiere , occupé
tout entier du défir de
voir le féjour des Mufes ; il dé
MERCURE. 187
bure par une invocation , &
chaque parole qu'il prononce,
opére un prodige .
Déja fa priere eft oüye
Calliope vient , il la voit.
La Déeffe lui amene le courcier
aîlé des Poëtes. C'eftà re
gret qu'elle ne le conduit pas
elle-même au Parnaffe . Il ne
faut pas moins pour l'en empêcher
, que la multitude des ordres
exprés , dont Apollon l'a
chargée pour la République
des Lettres . La confiancequ'elle
a dans la force & l'adreffe du
Cavalier, lui fert à peine de confolation
. Cependantfon Favori
eft déja bien loin , & elle parle
186 LE NOUVEAU.
encore ; Pegafe vole, il parcourt
des efpaces immenfes il apperçoit
la double cime , il bat
des ailes , & plus léger qu'un .
trait , il porte le curieux voyageur
fur le mont facré . Que
de miracles en un inftant !
Un commencement fi extraordinaire
ne promet pas des fuites
moins étonnantes . L'étranger
rencontre deux habitants de la
Région Poëtique , qui bientôt le
devinent un de leurs confreres :
Et c'étoit-là ceux que le Dieu
des Vers lui deftinoit , pour
lui donner une parfaite connoiffance
de ce Pais fi fameux.
L'un dont les lauriers cachent
les cheveux blancs , eft introduit
fous le nom de Crantor , l'autre
A
MERCURE. 187
nommé Cliton , eft plus jeune,
& d'un exterieur moins négligé.
Tous deux , à ce qu'on nous apprend
ici , font l'honneur des
rives du Permeffe , & par conféquent
le font prefcrits pour
loi , une réligieufe admiration
des anciens . Suivez , Monfieur ,
ces illuftres guides , & vous
allés faire plus d'une décou
verte importante : Avec leurs
fecours je vais vous montrer des
enchanteurs , où la raifon pareffeufe
à inventer , n'apperçoit
que des moulins.
Les images fe préfentent en
foule ; là fur les bords rians ;
que baigne Caftalie de fon liquide
cristal , le Chantre immortel
du fougueux Achille
188 LE NOUVEAU
boit à long trait le nectar. Chaque
inftant le voit briller d'une
gloire nouvelle . Apollon fans
ceffe le pénetre des plus vivifiants
de fes rayons ; fans ceffe
il fe complaît à voir dans ce
Divin Génie, renaître fon image.
On voit aux côtés de l'augufter
Grec la fidéle Prêtreffe . Ici
Pindare rendant Orphée jaloux
de fes fons harmonieux , lui
fait brifer de dépit fa lire . Le
Poëte paroît plus grand que
les Héros- mêmes , dont il chante
les exploits . Cependant la trompette
bruyante fait retentir les
airs en voix pluſqu'humaine .
Du Deftin des Latins prononce
les Oracles.
MERCURE. 189
Peut-on méconnoître celui
qui la guide . C'est le Souverain
du Pinde ou c'eft le Paſteur
de Mantoüc.
J'allois pourfuivre fur ce ton
emphatique , fi un utile incident
ne m'eût averti , que vous at
tendiez de moi un fimple extrait,
Le plaifir dont le Voyageur fortuné
goute les charmes , eft bien
digne , que nous le partagions,
Il eſt des demi- Sçavantes au
Parnaffe , auffi bien qu'à Paris.
Ces femmes peu fenfées emploient
une partie de leurs oififs
jours , à converfer avec leurs
comtemporains , à lire leurs
meilleurs ouvrages , à oublier
même tout autre écrit, qui pourroit
faire faire diverfion à leurs
190 LE NOUVEAU
applaudiffemens . Elles feroient
en état fur la foy de leur feule
mémoire , de donner une édition
des Corneilles , des Molieres
des Defpréaux , des Racines ,
même des la Mottes . Elles ont
parcourû fur les traces du P.-
Malbranche le vafte Pais des
abſtraits. Elles ont pénétré dans
les fecrets les plus cachez de la
Philofophie Cartefiene . Aucune
production nouvelle ne leur
eft échapée ; & fouvent de tout
Homere, elles ne conoiffent que
lenom : Ainfi, paffant leur vie à
chercher le Beau , elles meurent.
fans l'avoir trouvé . C'eft,furtout
ces piétieufes , qu'en veut le
Géographe du Païs des Mufes .
Il fe fait introduire par fes GéMERCURE.
191
nereux guides dans une de ces
Compagnies , où la Dame H autaine
, & le Courtifan infipide
font en phrafes à la mode l'Apologie
de notre Siécle . Auffitôt
nos zelés Partifans des anciens ,
entrent en couroux . Leur mauvaife
humeur éclate . Ils ne peuvent
tenir contre l'énigmatique
precision , & l'affectation ridicule
de nos Auteurs . Le ftile ,
que les autres honorent du nom
de délicat, n'eft à leur gré , qu'un
amas de pointes frivoles , & de
tours vicieux . Vainement leurs
adverfaires s'écrient qu'on
n'apprécie pas affez le merite
des vivans qu'il eft du devoir
de ceux , chez qui la paffion net
s'empare jamais des droits du
192 LE NOUVEAU
goût & de la raifon ; de dire tou
jours à leurs perils, ce qu'ils penfent
à l'avantage des autres :
que fouvent la jaloufie nous fait
tenir en garde contre le plaifir
humiliant , que nous donnent
les ouvrages de ceux , par qui
nous nous fentons furpaffes .
Ces raifons ne font qu'irriter
l'ardeur des athletes . L'Auteur
s'éguaie à les voir terraffer leurs
Antagoniſtes ..
On en vient bientôt aux citations
: la châleur de la diſpute
nuit à la mémoire. Plus d'un
Ecrivain voit à regret fa penſée
mutilée , ou privée de fon jour:
mais pour être cité fidelement,
lui en feroit- t'on moins fon procés
? Rien ne peut éviter la critique
MERCURE.
193
tique judicieufe de l'atrabilaire
Cliton. Un tel Poëte , fi l'on
en confulte le Cenfeur inexorable
, n'enviſage fon art qu'au
travers des foibles lueurs de fa
Métaphifique : il eft denüé de
fentimens il ne fçait point
peindre il ne fçait point quitter
la terre; celui - cy ne cherche
qu'à énerver fes expreffions,
àéguifer des Strophesen épigrammes
, à remplir des vers durs ,
de moralités triviales , & hors
d'oeuvre. Cet autre méprifant
dans fon orgueilleufe Philofophie
ce beau défordre , qui caractériſe
le Lirique ; donne effrontement
le nom d'Odes à de
fimples Differtations , auffifroi- ,
des , qu'uniformes ; tels , ces
Janvier 1717. S
94 LE NOUVEAU
Vaiffeauxqui n'ont point encore
vû la mer , portent quelques
fois les noms de Victorieux &
de Foudroyans.
A ces portraits fi conformes
à leurs Originaux , mais , où l'on
évite avec tant de foin les termes
injurieux , dira - t'on encore
, qu'on traite fans ménagement
les Deffenfeurs
modernes ?
des
Pourra- t'on foupçonner , que
le zele de Cliton parte d'un
autre motif, que de l'interêt
de la Poëfie ? N'en doutons
point ; il fe rencontrera de ces
fcrutateurs
impertinens des
.coeurs , qui oferont deviner
que la qualité de mauvais Poë
te n'eft pas celle qui choque
MERCURE.
195
de critique dans les Ecrivians ,
dont il vent faire la peinture .
Vous vous garderez bien
Monfieur , d'être du nombre
de ces médifants . J'en répondrois
pour vous : Mais peutêtre
allez- vous former un jugement
téméraire d'une autre
ofpéce ? Peut- être croirez - vous
que le redreffeur de nos cerfeaux
fé contente de donner
un amas de corrections ftériles ?
Non , Monfieur , il ne fe borne
pas aux préceptes ; il y joint
les exemples , Madrigaux , Epigrammes
, compliments à Climene
, Adieux à Philis , Satires,
Epitres , Odes ; choififfez dans
quel gente vous voulez écrire ,
& vous trouverez dans cette
Sij
196 LE NOUVEAU
production , les modéles que
vous devez imiter. On vous en
donne pour garands les Defpreaux
, & les Crantors.
Excufez en cet endroit mon
embarras. Quoique je vous aye
promis , je fuis contraint de renoncer
à une exacte Analife.
Auffi bien fous quelles couleurs
pourrai-je vous tracer une image
agréable du nouveau Parnaffe ?
De quel oeil confidereriés vous
les Habitans de ceMont , fans y
diftinguer même parmi la foule,
vos amis les plus eftimables .
Le Peintre nous étale dans
un Tableau pompeux la nombreuſe
Cour du Prince des Poëtes
; & combien eft - il de noms
obfcurs , qui doivent le jour à
MERCURE. 197
fon Pinceau ? L'un coudoyé
par Sophocle , eft embarraffé
dee fe voir en fi bonne compa
gnie. L'autre ne va fe places ,
qu'en tremblant à côté d'Euripide.
Une terminaifon trop moderne
, fait rejetter ceux- ci . Ceuxlà
doivent à une finale latine le
rang qu'ils occupent.
1
Au pied de la Montagne Sa
crée,l'on voit proche l'Helicon ,
une Plaine entre- coupée de Marais.
C'eſt là , que fe rendent
ceuxqui font bannis de la double
Colline. Mais , qui l'eût crû t
Le célébre Houdart en ces lieux.
Tel devoit être le fort du fucceffeur
de S. Sorlin . Une méditation
profonde eft peinte før
198 LE NOUVEAU
fon vifage . Il paroît comme
étourdi d'un coup , dont il vien-;
droit d'être frappé . L'injustice
dont il accuſe ſes adverfaires ,"
eft là caufe de fa trifteffe ; tout
à coup la voix de Rouffeau fe
fait entendre : Il approche , il
apperçoit l'Auteur de la nouvelle
Iliade & fremit à fon
afpect . Envain , pour cacher
fon trouble , il emprunte le ton
de la Satires fon ennemi , mê.ne:
vaincu , lui paroît terrible .
Le Voyageur aprés s'être long
temps occupé de cette inultitu
de de fpectacles , fuit Cliton
dans une grote , où le Dieu des ,
Vers par un nouveau nectar
reprime les vapeurs de fes Fax
voris ; quoique le fage Crantor
MERCURE. 199
trouve la tranfition incivile. Il
ne peut fe réfoudre à quitter
des perfonnes qu'il aime. Il
entre , & les premiers objets
qui s'offrent à lui , font Gliceron
& Cotinet , deux des Antagoniftes
, qu'il avoit eû la veille à
combattre dans la compagnie
de nos demis - Sçavantes. Les
Atheletes bientôt fe mefurent
des yeux. Ils fe joignent. Ils
font de nouveaux efforts pour
obtenir la victoire .
N'entendre que le fubtil Cotinet,
On nefçaitpas , s'il impofe ,
Mais il parle fur la chofe
Comme s'il avoit raison .
En effet , comme dans cette
200 LE NOUVEAU
difpute on attaque moins le
Poëte , que le cenfeur d'Homere
, les Avocats de M. de
la Motte réüniffent ici toutes
leurs forces , pour juſtifier ſon
procédé.
Il n'a felon eux ,d'autres vûës ,
que d'entendre , & de faire entendre
la raifon . Le vrai lui eft
auffi bon de la main des autres ,
que de la fienne . Il étudie dans
ce qu'on lui oppofe , ce qu'il
peut y avoir de raifonnable ,
auffi content quelquefois , en
avoüant qu'il s'est trompé , que
le peuvent être ceux qui le réduifent
à en convenir. S'il propofe
des régles pour le Poëme
Epique , c'est toujours avec la
ufte défiance où l'on doit être
de
MERCURE. 201
de foi-même. Toutes fes veilles
ne font confacrées , qu'au foin
de fauver les jeunes gens du
préjugé dangereux où les jette
une admiration aveugle , & de
purger leur éducation de la
contradiction ordinaire qui y
régne. On leur crie d'un côté ,
cela eft divin , & de l'autre on les
reprend , quand ils viennent à
l'imiter. M. de la Motte ne
fonge donc qu'à leur donner des
idées fixes & uniformes , fu
lefquelles ils puiffent régler
également leur eftime & leur
travail. D'ailleurs de quels
égards n'ufe - t'il pas dans fa critique?
Demande- t'il autre chofe,
que de pouvoir louer Homere ?
Ceux d'entre les modernes ,
.
Fanvier 1717 .
>
T
202 LE NOUVEAU
cú
qui ont foûtenu leur parti avec
le plus de chaleur & de dignité ,
n'ont- ils pas avoués généreusement
, qu'Homere auroit peutêtre
atteint la perfection de
fon art , s'il fut né dans le fiécle
d'Augufte , ou dans le notre ;
mais que né dans le tems
l'art ne s'étoit point encore
montré , n'étant guidé par aucunes
régles , éclaire , par aucuns
exemples , on lui doit tenir
compre de fon Poëne , tout
monftrueux qu'il eft . Enfin
qui jamais , ajoute t'on , s'eft
avifé d'accufer un homme de
Géometrie , pour avoir donné
à la Poëtique fes axiomes , fes
théorèmes , fes corrollaires , fes
démonftrations.
MERCURE.
203
Je vous vois déja , Monfieur ,
partager le triomphe apparent
de votre Secte. Que peuvent
répondre , dites - vous , les deffenfeurs
de l'antiquité ? Nous
avons les lumieres de la Philofophie
, & ils n'ont que trois
mil ans d'admiration . A qui
s'en tenir au préjugé , ou à la
raifon ?
Vos argumens , il faut l'avouer
, fembleroient être autant
de coups mortels pour notre
parti , fi nous n'avions de notre
côté le genie fublime du Sçavant
Crantor. Quel charme ! de
le voir , tantôt commenter les
autorités tantôt manier la
délicate ironie , quelquefois
;
Tij
204 LE NOUVEAU
emporté par le beau feu , qui l'anime
, prendre le ton d'oracle ,
& annoncer aux Zoiles préfomptueux
, que tous les nuages
, dont ils s'efforcent
d'obfcurcir
Homere , ferviront feulement
à faire éclater davantage
les raions de ce Soleil ? Sur
tout avec quelle addreffe , avec quelle
force
fe fertil
entre
fes .
adverfaires de leur propre critique
? Ne craignés point d'entendre
ici ces juftifications tant
de fois repetées . On y allegue
plus ,pour fauver quelques paffages
obfcurs ou choquans , l'harinonie
grecque , la fçavante allegorie
, la noble fimplicité des
temps heroïques . Un feul mor
vous arrache la victoire . Vous
MERCURE. 205
avez beau vous confumer en
vains raifonnemens ; on vous
avertit , que malgré vous , Homere
fera toûjours le plus grand
des Poëtes. Le gros des hommes
ne fe trompe point & le
beau eft immuable.
La converfation alloit s'échauffer
; fi un bruit fubit ne fe
für joint au murmure des combattans
. C'étoient deux Poëtes ,
qui difputoient enſemble fur la
prééminence de leurs ouvrages.
Lesraifons bientôt furent fuivies
des injures , & les coups fuccé
derent. Nouveaux fillogifmes ,
Monfieur , qui devroient vous
engager à fuivre nos étandars .
Rarement les zelés adorateurs
des anciens ont entr'eux ces fu-
T
206 LE NOUVEAU
jets de difpute. Ils n'ont point
le deffaut de compofer.
Eft- ce enfin affez de preuves ?
Vous obftinerez- vous encore ,
à ne pas voir la verité , qui fe
dévoile à vos yeux ? Je vous
entens. Le refpect humain ope
re. Vous craignez le nom de déferteur.
Achevons de vous guerir
, en rompant cette derniere
chaîne , qui vous affervit à la
mauvaife caufe . Vous appréhendez
, dites- vous , qu'on ne vous
accufe d'avoir trahi vôtre parti?
Mais depuis long- temps il n'éxifte
plus . Vos troupes ont êté
pour jamais difperfées . Ceux
tmêmes pour qui vous con b tviez
, fe font déclarez contre
tous. Qui peut donc vous reenir
Eft ce attachement pour
MERCURE. 107
vôtre chef ? Songez plûtôt ,
Monfieur , à déplorer fon infortune
, qu'à imiter fa rebellion .
Voici le trait , dont il devoit
perir . Le voyageur affemble
chez un Mecene bourgeois plu-
' fieurs juges d'un merite diftingué
, on y lit un poëme monftrueux;
& l'on le fait pafferfous
le nom de Monfieur de la Motte .
Peut il furvivre à ce coup accablant
? Ce n'eft pas tout fon malheur
, les Dieux s'interteffent
à fa ruine. Apollon à la requê
te des Mufes nous accorde une
audiance . Une Tragicomedie ,
où nous expofons l'injuſtice des
modernes dans tout fon jour ,
nous fert de plaidoïer , & nous
achevons de vaincre .
Tiiij.
408 LE NOUVEAU.
Je ne puis plus fouffrir ce
jargon pitoyable ,
De la dotte Dacier volume redoutable
,
Change tes traits puiſſans en carreaux
dans mes mains ;
Pars , du file confus delivrons
les humains.
Ainfi parle le Dieu ; & au même
inftant , ¢
Le Livre vengeur tombe, &fcmblable
à la foudre ,
Reduit Ode , Opera , Fable , Poëte
in pouare.
Je fouhlite , Monfieur , avoir
fatisfait à ce que vous exigiez de
moi. Il me refteroit cependant
à vous faire conoître quel eft
l'Auteur du voyage du Parnaffe :
mais vous m'en difpenfer ez , s'il
MERCURE.
209
"
vous plaît. Le critique eft fi modefte
, que plus il apprend ce que
le public penfe à fon égard , plus
il a foin de cacher fon nom.
J'ai feulement découvert
qu'il avoit projetté de dédier
fon Livre à Madame Dacier ; &
on a lieu d'être furpris , comment
il n'a pas rendu cet hommage
à une Sçavante , qui fait le
principal éclat de notre caufe .
Par rapport aux divers jugemens
qu'on porte de cette production ,
les Sçavans difent , que l'invention
de la fable eft due au Boccalini
Italien ; & les modernes
croyent que c'eft un fonge trifte
dont l'Auteur nous fait le recit ,
n'étant pas encore bien éveillé.
Adicu , Monfieur , je fuis ,
V. S. RAYMOND.
E deux Differtations cu
Lettres fur un Livre nouveau
intulé , Voyage du Parnaffe,
qui m'ont été envoyées ; j'ai préferé
celle qui m'a paru la moins
partiale : Dans la premiere que
j'ai rejettée & qui étoit fans nom.
l'Auteur y étoit traité fans miſericorde
: on ne faifoit graceni ,
fa Profe , ni à fes Vers : on pla-
Fanvier 1717.
R
178 LE NOUVEAU
çoit l'un & l'autre beaucoup au
deffous du modele fur lequel il
s'eft conformé , qui felon nôtre
Cenfeur , n'eft ni la Satyre de
Petrone , ni les Ragguali di Parnaſſo
è la Secretaria di Appolle
car ces deux ouvrages font excellents
) mais plûtôt une certaine
Hiftoire d'Anacreon , qui
parut il y a quatre ou cinq ans.
Notre Critique continue à
peu près fur ce ton .
moi qui ne veut point violer la
loi que je mefuis impofée , &
qui veux obferver une exacte
neutralité , je m'en fuis tenu à
la Lettre de M. Raimond
j'efpere qu'on me fçaura gré
de lui avoir donné la préference,
Pour
MERCURE. 179
********
LETTRE
A MONSIEUR
***
Sur le Voyage du Parnaffe ,
Par M. RAIMON D.
›
n'avoit employé d'autres
armes contre les modernes
que des Préfaces & des calculs
d'autorité . Ils avoient toûjours
répondu par des preuves & des
démonstrations : & la timide
Géométrie , qui n'ofe croire ,
Rij
180 LE NOUVEAU
fans être convaincuë , s'étoit affociée
à leur cauſe. Cet appui
fi confidérable leur fembloit devoir
décider la diſpute : Mais
toutes les reffources de leurs adverfaires
n'étoient pas épuifées ,
Un d'entr'eux s'élève de
nouveau contre une Secte fi
funefte à l'érudition , & dans une
fiction ingénieufe , où il décrit
avec exactitude l'ordre hyerarchique
des Favoris des Mufes.
Il dreffe une attaque d'autant
plus difficile à repouffer , qu'elle
eft foûtenue par la fatyre la
plus fine & la plus délicate.
Ce coup inopiné ne triompheroit
- il pas , M. , de votre
conftance à demeurer dans l'erreur
: & la demande que vous
MERCURE. 181
m'avez faite de l'extrait de cet
Ouvrage , ne feroit - elle pas le
commencement d'un heureux
retour ? Je vais faire enforte de
concourir à cette métamor
phɔfe , en vous donnant un fi
déle , mais vif précis de la critique
. Que pourroit contre nous
belprit adroit des novateurs , fi
nous avions de notre côté le
fubril Mercure ?
On ne s'y peut méprendre ;
le nouveau Géographe du Parnaffe
eft fort exacte fur la Chronologie
. Malheur à tout Poëte,
qui fe préfente fous fa plume,
fans être marqué au coin reſpectable
des ans . Cet intégre
perfonnage ne sçauroit pardonner
à une datte tant foit pev
R ij
182 LE NOUVEAU
moderne. Pourquoi , diront nos
Ecrivains d'ordinaire mauvais
plaifans , ne fommes- nous
pas nés du tems de Virgile ?
nous aurions un approbateur
de plus . Comme le but principal
de la relation eft de foudroyer
les Partifans de ce fiécle
, on ne perd point ici dé
vûë cet objet . Par tout l'érudite
antiquité triomphe . Par tout
l'ignorance de nos jours trouve
de quoi fe deffiller les yeux . Il
n'eft pas jufques à nos beaux
efprits , à qui on n'enlève le
mafque ; & ceux que nous
'avions crus toûjours les plus
univerfels dans l'éloquence &
dans la Poëfie ; maintenant dépouillés
de ces talents , dont
MERCURE.
183
ils ne poffedoient que le Phanôme
, rougiffent d'avoir pour
out mérite une connoiffance
affés éxacte de leur propre
langue .
la
Quelques délicats à la vérité
trouvent à redire dans la maniere
, dont les interlocuteurs
foûtiennent ici leurs diverfes
opinions . Il leur paroît que
caufe de M. de la Motte Y eft
condamnée, même avant d'être
inftruite , & qu'on ne lui donne
des Avocats , que pour prononcer
plus juridiquement fon
Arrêt : Mais cette objection eft
légére il faut avouer qu'on
infulte vivement dans cette production
aux ennemis du goût
Chronologique , & qu'on y fon-
R iiij
184 LE NOUVEAU
ge plûtôt à les opprimer , qu'à
les convaincre ; mais n'importe,
en matiere de difpute , une injure
vaut bien plufieurs arguments
.
Voilà ce me femble , M.
une efquiffe affés fidélement
tracée ; commençons à vous
donner une copie plus correcte .
L'Ouvrage divifé en deux parties
, dont chacune contient fix
Livres , s'annonce pour Poëme
au Lecteur par une courte Préface.
Plût au Ciel que nous
n'cuſſions jamais à effuyer d'avertiffements
moins utiles ?
Tout à coup le Réparateur
des Torts entre en matiere , occupé
tout entier du défir de
voir le féjour des Mufes ; il dé
MERCURE. 187
bure par une invocation , &
chaque parole qu'il prononce,
opére un prodige .
Déja fa priere eft oüye
Calliope vient , il la voit.
La Déeffe lui amene le courcier
aîlé des Poëtes. C'eftà re
gret qu'elle ne le conduit pas
elle-même au Parnaffe . Il ne
faut pas moins pour l'en empêcher
, que la multitude des ordres
exprés , dont Apollon l'a
chargée pour la République
des Lettres . La confiancequ'elle
a dans la force & l'adreffe du
Cavalier, lui fert à peine de confolation
. Cependantfon Favori
eft déja bien loin , & elle parle
186 LE NOUVEAU.
encore ; Pegafe vole, il parcourt
des efpaces immenfes il apperçoit
la double cime , il bat
des ailes , & plus léger qu'un .
trait , il porte le curieux voyageur
fur le mont facré . Que
de miracles en un inftant !
Un commencement fi extraordinaire
ne promet pas des fuites
moins étonnantes . L'étranger
rencontre deux habitants de la
Région Poëtique , qui bientôt le
devinent un de leurs confreres :
Et c'étoit-là ceux que le Dieu
des Vers lui deftinoit , pour
lui donner une parfaite connoiffance
de ce Pais fi fameux.
L'un dont les lauriers cachent
les cheveux blancs , eft introduit
fous le nom de Crantor , l'autre
A
MERCURE. 187
nommé Cliton , eft plus jeune,
& d'un exterieur moins négligé.
Tous deux , à ce qu'on nous apprend
ici , font l'honneur des
rives du Permeffe , & par conféquent
le font prefcrits pour
loi , une réligieufe admiration
des anciens . Suivez , Monfieur ,
ces illuftres guides , & vous
allés faire plus d'une décou
verte importante : Avec leurs
fecours je vais vous montrer des
enchanteurs , où la raifon pareffeufe
à inventer , n'apperçoit
que des moulins.
Les images fe préfentent en
foule ; là fur les bords rians ;
que baigne Caftalie de fon liquide
cristal , le Chantre immortel
du fougueux Achille
188 LE NOUVEAU
boit à long trait le nectar. Chaque
inftant le voit briller d'une
gloire nouvelle . Apollon fans
ceffe le pénetre des plus vivifiants
de fes rayons ; fans ceffe
il fe complaît à voir dans ce
Divin Génie, renaître fon image.
On voit aux côtés de l'augufter
Grec la fidéle Prêtreffe . Ici
Pindare rendant Orphée jaloux
de fes fons harmonieux , lui
fait brifer de dépit fa lire . Le
Poëte paroît plus grand que
les Héros- mêmes , dont il chante
les exploits . Cependant la trompette
bruyante fait retentir les
airs en voix pluſqu'humaine .
Du Deftin des Latins prononce
les Oracles.
MERCURE. 189
Peut-on méconnoître celui
qui la guide . C'est le Souverain
du Pinde ou c'eft le Paſteur
de Mantoüc.
J'allois pourfuivre fur ce ton
emphatique , fi un utile incident
ne m'eût averti , que vous at
tendiez de moi un fimple extrait,
Le plaifir dont le Voyageur fortuné
goute les charmes , eft bien
digne , que nous le partagions,
Il eſt des demi- Sçavantes au
Parnaffe , auffi bien qu'à Paris.
Ces femmes peu fenfées emploient
une partie de leurs oififs
jours , à converfer avec leurs
comtemporains , à lire leurs
meilleurs ouvrages , à oublier
même tout autre écrit, qui pourroit
faire faire diverfion à leurs
190 LE NOUVEAU
applaudiffemens . Elles feroient
en état fur la foy de leur feule
mémoire , de donner une édition
des Corneilles , des Molieres
des Defpréaux , des Racines ,
même des la Mottes . Elles ont
parcourû fur les traces du P.-
Malbranche le vafte Pais des
abſtraits. Elles ont pénétré dans
les fecrets les plus cachez de la
Philofophie Cartefiene . Aucune
production nouvelle ne leur
eft échapée ; & fouvent de tout
Homere, elles ne conoiffent que
lenom : Ainfi, paffant leur vie à
chercher le Beau , elles meurent.
fans l'avoir trouvé . C'eft,furtout
ces piétieufes , qu'en veut le
Géographe du Païs des Mufes .
Il fe fait introduire par fes GéMERCURE.
191
nereux guides dans une de ces
Compagnies , où la Dame H autaine
, & le Courtifan infipide
font en phrafes à la mode l'Apologie
de notre Siécle . Auffitôt
nos zelés Partifans des anciens ,
entrent en couroux . Leur mauvaife
humeur éclate . Ils ne peuvent
tenir contre l'énigmatique
precision , & l'affectation ridicule
de nos Auteurs . Le ftile ,
que les autres honorent du nom
de délicat, n'eft à leur gré , qu'un
amas de pointes frivoles , & de
tours vicieux . Vainement leurs
adverfaires s'écrient qu'on
n'apprécie pas affez le merite
des vivans qu'il eft du devoir
de ceux , chez qui la paffion net
s'empare jamais des droits du
192 LE NOUVEAU
goût & de la raifon ; de dire tou
jours à leurs perils, ce qu'ils penfent
à l'avantage des autres :
que fouvent la jaloufie nous fait
tenir en garde contre le plaifir
humiliant , que nous donnent
les ouvrages de ceux , par qui
nous nous fentons furpaffes .
Ces raifons ne font qu'irriter
l'ardeur des athletes . L'Auteur
s'éguaie à les voir terraffer leurs
Antagoniſtes ..
On en vient bientôt aux citations
: la châleur de la diſpute
nuit à la mémoire. Plus d'un
Ecrivain voit à regret fa penſée
mutilée , ou privée de fon jour:
mais pour être cité fidelement,
lui en feroit- t'on moins fon procés
? Rien ne peut éviter la critique
MERCURE.
193
tique judicieufe de l'atrabilaire
Cliton. Un tel Poëte , fi l'on
en confulte le Cenfeur inexorable
, n'enviſage fon art qu'au
travers des foibles lueurs de fa
Métaphifique : il eft denüé de
fentimens il ne fçait point
peindre il ne fçait point quitter
la terre; celui - cy ne cherche
qu'à énerver fes expreffions,
àéguifer des Strophesen épigrammes
, à remplir des vers durs ,
de moralités triviales , & hors
d'oeuvre. Cet autre méprifant
dans fon orgueilleufe Philofophie
ce beau défordre , qui caractériſe
le Lirique ; donne effrontement
le nom d'Odes à de
fimples Differtations , auffifroi- ,
des , qu'uniformes ; tels , ces
Janvier 1717. S
94 LE NOUVEAU
Vaiffeauxqui n'ont point encore
vû la mer , portent quelques
fois les noms de Victorieux &
de Foudroyans.
A ces portraits fi conformes
à leurs Originaux , mais , où l'on
évite avec tant de foin les termes
injurieux , dira - t'on encore
, qu'on traite fans ménagement
les Deffenfeurs
modernes ?
des
Pourra- t'on foupçonner , que
le zele de Cliton parte d'un
autre motif, que de l'interêt
de la Poëfie ? N'en doutons
point ; il fe rencontrera de ces
fcrutateurs
impertinens des
.coeurs , qui oferont deviner
que la qualité de mauvais Poë
te n'eft pas celle qui choque
MERCURE.
195
de critique dans les Ecrivians ,
dont il vent faire la peinture .
Vous vous garderez bien
Monfieur , d'être du nombre
de ces médifants . J'en répondrois
pour vous : Mais peutêtre
allez- vous former un jugement
téméraire d'une autre
ofpéce ? Peut- être croirez - vous
que le redreffeur de nos cerfeaux
fé contente de donner
un amas de corrections ftériles ?
Non , Monfieur , il ne fe borne
pas aux préceptes ; il y joint
les exemples , Madrigaux , Epigrammes
, compliments à Climene
, Adieux à Philis , Satires,
Epitres , Odes ; choififfez dans
quel gente vous voulez écrire ,
& vous trouverez dans cette
Sij
196 LE NOUVEAU
production , les modéles que
vous devez imiter. On vous en
donne pour garands les Defpreaux
, & les Crantors.
Excufez en cet endroit mon
embarras. Quoique je vous aye
promis , je fuis contraint de renoncer
à une exacte Analife.
Auffi bien fous quelles couleurs
pourrai-je vous tracer une image
agréable du nouveau Parnaffe ?
De quel oeil confidereriés vous
les Habitans de ceMont , fans y
diftinguer même parmi la foule,
vos amis les plus eftimables .
Le Peintre nous étale dans
un Tableau pompeux la nombreuſe
Cour du Prince des Poëtes
; & combien eft - il de noms
obfcurs , qui doivent le jour à
MERCURE. 197
fon Pinceau ? L'un coudoyé
par Sophocle , eft embarraffé
dee fe voir en fi bonne compa
gnie. L'autre ne va fe places ,
qu'en tremblant à côté d'Euripide.
Une terminaifon trop moderne
, fait rejetter ceux- ci . Ceuxlà
doivent à une finale latine le
rang qu'ils occupent.
1
Au pied de la Montagne Sa
crée,l'on voit proche l'Helicon ,
une Plaine entre- coupée de Marais.
C'eſt là , que fe rendent
ceuxqui font bannis de la double
Colline. Mais , qui l'eût crû t
Le célébre Houdart en ces lieux.
Tel devoit être le fort du fucceffeur
de S. Sorlin . Une méditation
profonde eft peinte før
198 LE NOUVEAU
fon vifage . Il paroît comme
étourdi d'un coup , dont il vien-;
droit d'être frappé . L'injustice
dont il accuſe ſes adverfaires ,"
eft là caufe de fa trifteffe ; tout
à coup la voix de Rouffeau fe
fait entendre : Il approche , il
apperçoit l'Auteur de la nouvelle
Iliade & fremit à fon
afpect . Envain , pour cacher
fon trouble , il emprunte le ton
de la Satires fon ennemi , mê.ne:
vaincu , lui paroît terrible .
Le Voyageur aprés s'être long
temps occupé de cette inultitu
de de fpectacles , fuit Cliton
dans une grote , où le Dieu des ,
Vers par un nouveau nectar
reprime les vapeurs de fes Fax
voris ; quoique le fage Crantor
MERCURE. 199
trouve la tranfition incivile. Il
ne peut fe réfoudre à quitter
des perfonnes qu'il aime. Il
entre , & les premiers objets
qui s'offrent à lui , font Gliceron
& Cotinet , deux des Antagoniftes
, qu'il avoit eû la veille à
combattre dans la compagnie
de nos demis - Sçavantes. Les
Atheletes bientôt fe mefurent
des yeux. Ils fe joignent. Ils
font de nouveaux efforts pour
obtenir la victoire .
N'entendre que le fubtil Cotinet,
On nefçaitpas , s'il impofe ,
Mais il parle fur la chofe
Comme s'il avoit raison .
En effet , comme dans cette
200 LE NOUVEAU
difpute on attaque moins le
Poëte , que le cenfeur d'Homere
, les Avocats de M. de
la Motte réüniffent ici toutes
leurs forces , pour juſtifier ſon
procédé.
Il n'a felon eux ,d'autres vûës ,
que d'entendre , & de faire entendre
la raifon . Le vrai lui eft
auffi bon de la main des autres ,
que de la fienne . Il étudie dans
ce qu'on lui oppofe , ce qu'il
peut y avoir de raifonnable ,
auffi content quelquefois , en
avoüant qu'il s'est trompé , que
le peuvent être ceux qui le réduifent
à en convenir. S'il propofe
des régles pour le Poëme
Epique , c'est toujours avec la
ufte défiance où l'on doit être
de
MERCURE. 201
de foi-même. Toutes fes veilles
ne font confacrées , qu'au foin
de fauver les jeunes gens du
préjugé dangereux où les jette
une admiration aveugle , & de
purger leur éducation de la
contradiction ordinaire qui y
régne. On leur crie d'un côté ,
cela eft divin , & de l'autre on les
reprend , quand ils viennent à
l'imiter. M. de la Motte ne
fonge donc qu'à leur donner des
idées fixes & uniformes , fu
lefquelles ils puiffent régler
également leur eftime & leur
travail. D'ailleurs de quels
égards n'ufe - t'il pas dans fa critique?
Demande- t'il autre chofe,
que de pouvoir louer Homere ?
Ceux d'entre les modernes ,
.
Fanvier 1717 .
>
T
202 LE NOUVEAU
cú
qui ont foûtenu leur parti avec
le plus de chaleur & de dignité ,
n'ont- ils pas avoués généreusement
, qu'Homere auroit peutêtre
atteint la perfection de
fon art , s'il fut né dans le fiécle
d'Augufte , ou dans le notre ;
mais que né dans le tems
l'art ne s'étoit point encore
montré , n'étant guidé par aucunes
régles , éclaire , par aucuns
exemples , on lui doit tenir
compre de fon Poëne , tout
monftrueux qu'il eft . Enfin
qui jamais , ajoute t'on , s'eft
avifé d'accufer un homme de
Géometrie , pour avoir donné
à la Poëtique fes axiomes , fes
théorèmes , fes corrollaires , fes
démonftrations.
MERCURE.
203
Je vous vois déja , Monfieur ,
partager le triomphe apparent
de votre Secte. Que peuvent
répondre , dites - vous , les deffenfeurs
de l'antiquité ? Nous
avons les lumieres de la Philofophie
, & ils n'ont que trois
mil ans d'admiration . A qui
s'en tenir au préjugé , ou à la
raifon ?
Vos argumens , il faut l'avouer
, fembleroient être autant
de coups mortels pour notre
parti , fi nous n'avions de notre
côté le genie fublime du Sçavant
Crantor. Quel charme ! de
le voir , tantôt commenter les
autorités tantôt manier la
délicate ironie , quelquefois
;
Tij
204 LE NOUVEAU
emporté par le beau feu , qui l'anime
, prendre le ton d'oracle ,
& annoncer aux Zoiles préfomptueux
, que tous les nuages
, dont ils s'efforcent
d'obfcurcir
Homere , ferviront feulement
à faire éclater davantage
les raions de ce Soleil ? Sur
tout avec quelle addreffe , avec quelle
force
fe fertil
entre
fes .
adverfaires de leur propre critique
? Ne craignés point d'entendre
ici ces juftifications tant
de fois repetées . On y allegue
plus ,pour fauver quelques paffages
obfcurs ou choquans , l'harinonie
grecque , la fçavante allegorie
, la noble fimplicité des
temps heroïques . Un feul mor
vous arrache la victoire . Vous
MERCURE. 205
avez beau vous confumer en
vains raifonnemens ; on vous
avertit , que malgré vous , Homere
fera toûjours le plus grand
des Poëtes. Le gros des hommes
ne fe trompe point & le
beau eft immuable.
La converfation alloit s'échauffer
; fi un bruit fubit ne fe
für joint au murmure des combattans
. C'étoient deux Poëtes ,
qui difputoient enſemble fur la
prééminence de leurs ouvrages.
Lesraifons bientôt furent fuivies
des injures , & les coups fuccé
derent. Nouveaux fillogifmes ,
Monfieur , qui devroient vous
engager à fuivre nos étandars .
Rarement les zelés adorateurs
des anciens ont entr'eux ces fu-
T
206 LE NOUVEAU
jets de difpute. Ils n'ont point
le deffaut de compofer.
Eft- ce enfin affez de preuves ?
Vous obftinerez- vous encore ,
à ne pas voir la verité , qui fe
dévoile à vos yeux ? Je vous
entens. Le refpect humain ope
re. Vous craignez le nom de déferteur.
Achevons de vous guerir
, en rompant cette derniere
chaîne , qui vous affervit à la
mauvaife caufe . Vous appréhendez
, dites- vous , qu'on ne vous
accufe d'avoir trahi vôtre parti?
Mais depuis long- temps il n'éxifte
plus . Vos troupes ont êté
pour jamais difperfées . Ceux
tmêmes pour qui vous con b tviez
, fe font déclarez contre
tous. Qui peut donc vous reenir
Eft ce attachement pour
MERCURE. 107
vôtre chef ? Songez plûtôt ,
Monfieur , à déplorer fon infortune
, qu'à imiter fa rebellion .
Voici le trait , dont il devoit
perir . Le voyageur affemble
chez un Mecene bourgeois plu-
' fieurs juges d'un merite diftingué
, on y lit un poëme monftrueux;
& l'on le fait pafferfous
le nom de Monfieur de la Motte .
Peut il furvivre à ce coup accablant
? Ce n'eft pas tout fon malheur
, les Dieux s'interteffent
à fa ruine. Apollon à la requê
te des Mufes nous accorde une
audiance . Une Tragicomedie ,
où nous expofons l'injuſtice des
modernes dans tout fon jour ,
nous fert de plaidoïer , & nous
achevons de vaincre .
Tiiij.
408 LE NOUVEAU.
Je ne puis plus fouffrir ce
jargon pitoyable ,
De la dotte Dacier volume redoutable
,
Change tes traits puiſſans en carreaux
dans mes mains ;
Pars , du file confus delivrons
les humains.
Ainfi parle le Dieu ; & au même
inftant , ¢
Le Livre vengeur tombe, &fcmblable
à la foudre ,
Reduit Ode , Opera , Fable , Poëte
in pouare.
Je fouhlite , Monfieur , avoir
fatisfait à ce que vous exigiez de
moi. Il me refteroit cependant
à vous faire conoître quel eft
l'Auteur du voyage du Parnaffe :
mais vous m'en difpenfer ez , s'il
MERCURE.
209
"
vous plaît. Le critique eft fi modefte
, que plus il apprend ce que
le public penfe à fon égard , plus
il a foin de cacher fon nom.
J'ai feulement découvert
qu'il avoit projetté de dédier
fon Livre à Madame Dacier ; &
on a lieu d'être furpris , comment
il n'a pas rendu cet hommage
à une Sçavante , qui fait le
principal éclat de notre caufe .
Par rapport aux divers jugemens
qu'on porte de cette production ,
les Sçavans difent , que l'invention
de la fable eft due au Boccalini
Italien ; & les modernes
croyent que c'eft un fonge trifte
dont l'Auteur nous fait le recit ,
n'étant pas encore bien éveillé.
Adicu , Monfieur , je fuis ,
V. S. RAYMOND.
Fermer
18
s. p.
DEFFENSE DE LA POESIE FRANCOISE.
Début :
Aprés un Avant-propos jugé aussi necessaire, j'ose me / Je laisse à Madame Dacier le soin de soûtenir, comme [...]
Mots clefs :
Poète, Pièces en vers et en prose, Apollon, Muses, Parnasse, Illusion, Abbé de Pons, Variété, Danse, Orateur, Rime, Cadence, Versification, Auteurs, Arrangement, Sensible, Imagination, Théorie, Racine, Ronsard, Despréaux, Didactique, Bizarrerie, Langue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEFFENSE DE LA POESIE FRANCOISE.
Aprés un Avant-propos jugé auffi
necellaire , j'ofe me promettre que
l'on me fçaura gré d'entrer en matiere
par la Piéce fuivante : elle eft
d'un Auteur trop connu parmi les
favoris d'Apollon , pour ne pas faire
un des principaux ornements de
mon Recueil. De plus elle fervira
à me juftifier dans l'efprit des perfonnes
neutres , qui auroient pû me
foupçonner de partialité , fi je n'avois
point opposé un morceau à la
Diflertation de M. l'Abbé de Pons
A iij
AVANT - PROPOS.
qui eft à la tête du Mercure deJanvier
, dont elle attaque une partie
incidentelle ; fçavoir , fi la Profe
doit le ceder aux Vers.
7
LE
NOUVEAU
MERCURE
DEFFENSE
DE LA
POESIE FRANCOISE.
E laiffe à Madame Dacier
le foin de foûtenir , comme
elle ne manquera pas
fans doute de le faire trés
fçavamment , les principes qu'elle
a avancés fur le Poëme Epique
& que M. l'Abbé de Pons a combattus
dans le Mercure de Janvier
Aiiij
8 LE NOUVEAU
de cette année ; mais en qualité
de Citoyen du Parnafle & de Rimeur
, quoyqu'indigne ; je ne puis
me difpenfer d'entrer en caufe fur
ce qui regarde les interefts & la
gloire d'un Art que je cultive depuis
longtemps .
Tout homme doit être Soldat ,
quand il s'agit de défendre fa patrie.
Notre Patrie à nous autres Poëtes ,
s'il m'eft permis de me mettre du
nombre , c'eſt le Parnaffe . On ne
peut fupprimer les Vers , qu'il ne
foit ruiné de fond en comble ; car
pour Meffieurs les Profateurs , comme
il leur plaît de fe nommer ; ils
y tiennent un fi petit rang , fi même
ils y en tiennent aucun , qu'à peine
les y compte-t- on pour quelque
chofe. Les Poëtes au contraire
font les Seigneurs dominants ; Apollon
ne s'y communique qu'a eux ;
les Mufes ne favorifent qu'eux feuls
de leurs infpirations , & même pour
le faire avec plus de régularité &
moins de confufion ; elles ont par
tagé entre elles les differentes
fortes de Poëfies auxquelles les
MERCURE.
Poëtes fe confacrent ; & Pegaſe enfin
, tout cheval qu'il eft , ne s'y
laifle monter que par les Poëtes.
Le Parnafie nous appartient donc
en propre ; c'est notre patrimoine ,
& à titre d'autant plus légitime ,
qu'il y en a plufieurs parmi nous ,
qui n'en ont jamais eu d'autre. En
faut-il davantage pour allumer mon
zele , & exciter dans moi cette vive
ardeur avec laquelle on combattoit
autrefois , pour fes foyers &
pour les Autels ?
Je fens bien que pour faire les
chofes dans les formes , ce feroit
en Vers que je devrois défendre la
caufe des Vers. Mais dans la jufte
défiance que m'infpire la médiocrité
de mon talent en ce genre , je ne
veux pas donner lieu à mon adverfaire
de s'en prévaloir , & d'attribuer
à l'imperfection de l'Art , ce
qui ne devroit tomber que fur l'incapacité
du Poëte . Peut - être trahîrois
- je moi - même ma caufe , en
voulant la défendre , & je me ferois
dire perfonnellement , ce que
M. l'Abbé de Pons ne dit qu'en
10 LE NOUVEAU
general , à tous mes confreres :
Pourquoi ne me parle - t - on pas en
Profe ? *
C'est donc en ce langage que je
vais m'expliquer , & fi dans une
défenſe auffi légitime que celle- ci ,
il m'échape quelques termes qui
ne foient pas affez inefurez , je prie
notre adverfaire de fe fouvenir que
c'eſt le Parnafle , notre domicile ,
que j'ai à défendre , & que je fuis
en droit de faire autant de bruit
pour la défenfe de notre maifon ,
que Ciceron en fit autrefois pour
le retabliffement de la fienne . *
* Si c'eft une illufion dans Madame
Dacier de croire , que les Vers
font plus fufceptibles de grandeur &
de Majefté que la Profe , & que
le
Poëme y trouve plus de reffource ,
j'avoue que je fuis de moitié avec
elle fur cette illufion , & je m'es
* Page 75 .
*. Oratio
pro
*. Page 68 .
domo fuâ.
MERCURE. If
fais honneur . Il ne feroit même pas
impoffible que l'illufion ne fût moins
de notre côté , que du côté de ceux
qui nous l'imputent. Nous avons
déja pour nous , de l'aveu de notre
adverfaire , le préjugé public. * Tour
déraisonnable qu'on dépeint ce préjugé
, on convient qu'il eft univerfel
; & fi nous nous trompons , dumoins
avons - nous la confolation
de voir , que grand nombre d'honnêtes
gens fe trompent avec nous.
Il ne s'agit plus que de fçavoir de
quel côté eft l'illuſion .
Je ne prétends point icy fuivre nôtre
adverfaire pied à pied , ni faire
une differtation dans les formes ;
mais fans m'affervir à cette methode
gefnante , en répondant à un Auteur
qui ne blâme rien tant dans nôtre
art , que la gêne , j'efpere fatisfaire
pleinement à toutes fes difficultez .
Je conviens d'abord de bonne foy
de cette efpece de gêne & de con-
* Page 68.
Ibid.
12 LE NOUVEAU
trainte qui fe trouve dans les vers
& qui leur eft fi eflentielle , que c'eft
principalement ce qui les diftingue
de la profe. J'avoue en ſecond lieu
qu'il eft beaucoup plus aifé de parler
& d'écrire en profe , que de parler &
d'écrire en vers , tout comme il eſt
beaucoup plus aifé de marcher que
de danfer. Il y avoit plus de quarante
ans que M. Jourdain difoit de la
profe , non feulement fans avoir ap.
pris à en dire , mais même fans fçavoir
qu'il en difoit . Il eût beſoin de
fçavoir faire une reverence pour faluer
une Marquife , & pour cette
fimple reverence , il luy fallut un
Maiftre. Que conclure de tout cela ?
le voicy : c'eft que fi on veut le borner
à ce qui eft de plus facile & de
plus comode , il faut s'en tenir à la
profe , & fupprimer les vers ,fe contenter
de marcher & bannir la danſe .
Le parallele que je fais icy des
vers avec la dance, eft bien plus jufte
à ce qu'il me femble , que celuy que
fait M. l'Abbé de Pons,du Poëte avec
un danfeur de corde. Qu'est- ce que
la dance ce font des
pas mefurez .
Qu'est- ce
MERCURE. 13
>
Qu'est- ce que les vers ? ce font des
mots cadencez & difpofés en certain
ordre. C'eft la varieté de cette
mefure qui conftitue les différentes
fortes de vers ; comme les pas
différents ou différemment liés
conftituent les différentes fortes de
dances. Le Poëte , ni le Danfeur
ne courent point rifque de fe caf
fer le cou dans l'exercice de leur
Art. Tout est affés égal de part &
d'autre ; & fi les vers font plus de
plaifir que la fimple Profe c'eft
par là même raifon , que la danſe a
quelque chofe de plus piquant &
de plus interrellant , que la démarche
fimple & ordinaire d'un homme
qui , va naturellement fon pas.
,
Il est vrai qu'Horace dans fa belle
Epître, addreflée à Augufte , femble
faire une espéce de parallele entre
les Poëtes & les Danfeurs de corde ;
mais le parallele ne tombe que fur
une chofe qui regarde plus le génie
du Poëte que la verfification * . Car
que veut- il faire entendre , quand
*. Hor. Art Poet.
Février 1717. B
14 LE NOUVEAU
il dit qu'il n'eft pas moins frapé de
l'adrefle & de l'habileté d'un Poe
le qui , à la faveur d'un fujet fabureux
& d'un peril imaginaire , fait
jouer tous les refforts des paffions
dans un coeur , l'attendrit , le tranſporte
, le calme fucceffivement , l'effraye
& l'épouvante même par le
prestige & l'enchantement de fon
art , que s'il le voyoit danfer fur la
corde Il ne veut dire par là rien
autre chofe , finon , que pour produire
des effets fi merveilleux dans
les coeurs , il faut autant de fouplefle
& d'agilité , fi j'ofe m'exprimer ainfi ,
dans l'efprit du Pocte , qu'il en faut
dans le corps du danfeur pour voltiger
fur une corde tendue en l'air. Or
fila profe , comme le foûtient M.
l'Abbé de Pons , * peut faire tout ce
que font les vers ; fi , comme il le dit ,
les fictions ingenieufe , les figures hardies
, les images brillantes ne font pas
plus l'appanage des vers que de la
* Page 69 .
* Page 68 .
MERCURE.
is
Profe ; voilà Meffieurs les Profateurs
devenus danfeurs de corde, auffi- bien
que nous. Ils croyent eftre en effet
auffi grands maiſtres dans l'art d'exciter
les paffions , que le peuvent être
les Poetes , & par confequent on ne
peut nous mettre au niveau des danfeurs
de corde , qu'on ne falle entrer
dans le même branle tous les Orateurs
, Harangueurs , Avocats , &
les Prédicateurs même.
Mais fi l'on veut s'en tenir au plus
commode , & fe borner à ce qui eft de
plus naturel & de moins gefnant ,
pourquoy fe jetter à plaifir dans la
recherche fatiguante de ces fictions ingenienfes
& de ces figures hardies ,
propres à émouvoir les paffions ?
Pourquoy fe tourmenter l'imagination
à inventer des tours qui frapent,
qui étonnent ? Pourquoy faire illufion
à l'efprit par des enchantemens
de figures maniées avec art , & par
tous ces autres artifices de l'eloquence
, que l'Arcopage avoit bannis des
caufes qui fe plaidoient à fon Tribunal
? N'en coûte- t-il rien pour tout
cela à l'Orateur ; & ne feroit- il pas
Bij
16- LE NOUVEAU
moins gênant , moins fatiguant pour
lui , de fe contenter d'expofer fimple .
ment fes raifons l'une après l'autre
dans l'ordre le plus naturel ? I eft
vrai , & rien même ne feroit plus raifonnable
, fi l'efprit de l'homme étoit
d'une autre trempe qu'il n'eft ; c'eſt- àdire
, s'il étoit affez Philofophe pour
fe contenter du vrai tout pur : mais il
a fes caprices & fes foibleffes,qui demandent
des ménagemens & des égards.
Il y a des veritez qui ne font
impreffion fur lui , qu'autant qu'on a
le talent de les lui faire goûter , & il
fautfouvent lui arracher par furpriſe;
& comme à force de preftige , ce que
la raifon nuë & dégagée de ces efpéces
de fantômes ou féduifans , ou
effrayans , dont l'art l'environne
n'en obtiendront jamais ,
De la maniere que l'efprit de l'homme
eft fait , on ne peut parvenir à lui
plaire, que par des endroits qui le flatent
; il faut quelque chofe qui le réveille
, qui le pique , & qui excite
dans lui de la furprife ; & il n'eft jamais
touché plus agréablement , que
quand cette furpriſe va jufqu'à l'adMERCURE
17
miration. Ce fera un foible , fi l'on
veut , dans luy , que de ne fe pas contenter
de la verité pure & denuée d'agrémens
; mais c'eft à ce foible que
nous devons l'invention des Arts &
des Sciences , & le foin qu'on a pris
dans tous les temps de les perfectionner.
Or tout cela s'eft -il fait , ou fe
fait-il encore fans gêne & fans contrainte
; on la pafle à tous les autres
arts , cette contrainte & cette gêne
pourquoi l'art des vers eft-il feul à
qui on la reproche ?
On me répond à cela , que ce qu'on
blâme dans les vers , ce n'eſt pas précifément
la gêne & la contrainte ,
mais une gêne , & une contrainte qui
va à la ruine des penſées , qui leur fait
perdre leur verité & leur grace naturelle
quifait plier la raifonfous le joug
d'un langagefollement mefuré , bifarre,
effrayant , quiporte avec luy l'appareil
du travail & de l'affectation . A ces incommoditez
qu'on prétend qu'apporte
avec elle l'uniformité de la rime
& de la cadence ; on ajoute de plus ,
Page 58 & 59. & ¢.
Biis
18 LE NOUVEAU
quelle fatigue , qu'elle ennuye ; de forte
qu'il n'y a eû qu'un long commerce
qui ait pu nous accoûtumer à la démarche
affectée des vers , & à leur
air contraint , & qu'on ne les fouffre
que par habitude * Enfin , comme
l'a dit feu M. l'Archevêque de Cambray
* C'est une torture d'efprit en pure
perte ; car je ne diffimaleray point que
ce grand homme a efté fur le fujer
des vers,dans la même prévention que
M. l'Abbé de Pons . Je fais bien fâché
de trouver en mon chemin un nouvel
adverfaire , de cette réputation
& de ce poids ; mais dans la noble
confiance que m'infpire, & la bonté
de ma caufe,& le caractere du Poëte,
qui tient un peu du Gaſcon , je ne
crois pas que je recule pour un ennemi
de plus , quelque formidable qu'il
puiffe être.
Cependant comme c'eft l'art que
j'entreprends de défendre , & non , le
mauvais ufage qu'on en peut faire ,
* Page 58
* Reflexionsfur la Rhetor.
5
19 MERCURRE
je demande, avant toute chofe , qu'on
ne mette point fur le compte de la
Poëfie , les imperfections & les défauts
qui ne viennent que de l'ignorance,
de l'incapacité ou de la negligence
du Poëte. Je palle fans peine
condamnation fur les mauvaisPoëtes,
& même fur ce que les bons ont de
defectueux . On nous cite deux vers de
Racine , & deux autres de Defpreaux ,
où l'on trouve quelque chofe à reprendre.
Ce font l'un & l'autre, deux
de nos plus grands Maiftres ; je conviens
cependant qu'au lieu de deux
vers de chacun , on en pourroit citer
bien d'autres du fecond , & un plus
grand nombre encore du premier
Poëte;plus aifé queDefpreaux dans fa
verfification ; mais bien moins châtić
& bien moins correct. De-là on va
conclure avec M. de Cambray que
la perfection de la verfification Fran
goife eft prefque impoſſible , puiſque
ceux même qui s'y font le plus diftinguez
, & qui ont été le plus loin dans
cet art , ne font pas exempts de dé
fauts.
Je ne puis mieux faire fentir l'illu-
D iiij
20 LE NOUVEAU
fion de cette confequence que par une
fuppofition que je fuis en droit de
faire. Ronfard jouïfloit en fon temps
d'une reputation encore plus éclatante
& plus univerfelle , que ne l'a été
celle de Racine & de Defpreaux dans
le nôtre. Si fur quelques -uns de fes
vers reconnus pour foibles & pour
mauvais , dans le temps même de fa
plus grande vogue , quelqu'un avoit
conclu, qu'il étoit comme impoffible
d'atteindre à la perfection de la Poë .
fie , puifque Ronfard même n'étoit
pas exempt de défaut , ce raifonnement
nous paroiftroit- il aujourd'huy
bien convainquant ? & qui nous a dit
qu'il ne viendra pas aprés nous des
genies heureux , qui aidez des lumieres
, des leçons & des exemples que
leur ont laiffé nos meilleurs Poëtes ,
porteront l'art de la verfification encore
plus haut , que ceux -ci ne l'ont
porté , & toucheront de plus prés à
ce point de perfection où tend l'art
Si des fautes où font tombez les
plus habiles & les plus diftingués
dans chaque art ; on doit conclure
au préjudice de l'art même , il n'y
MERCURE. 21
en a point de la perfection duquel
il ne faille défelperer. Les plus
grands Poetes font fujets à des né.
gligences , & leurs plus beaux Ou.
vrages ont des taches. J'en conviens
; mais qu'on me montre un
Orateur fans défaut. On voudroit
que dans un long Ouvrage , le Poëte
ne laiẞât rien à defirer pour la jufteße
, la clarté & l'élegance. Ie le
voudrois bien auffi ; mais qu'on me
montre un long ouvrage de Profe
en notre langue , où il n'y ait rien
à redire fur l'élegance , la clarté ,
ou la jufteffe , & qui foit exempt
des moindres négligences.
›
Je ne fçais pas comment en jugent
les autres ; mais je ne ferois point
de difficulté de dire que je trouve
à proportion beaucoup plus de chofes
à reprendre dans les ouvra .
ges de Profe que dans ceux de
Vers , & je fuis perfuadé que quiconque
voudra examiner de prés
ce que nous avons de meilleur dans
ces deux genres d'écrire , en fera le
même jugement. Je dirai bien plus ,
c'eft qu'il n'eft gueres poffible que.
22 LE NOUVEAU
les Ouvrages de Vers ne foient plus
achevez que ceux de Profe . Pourquoy
cela ? C'est que les bons Vers
font toujours travaillez avec plus
de foin que la bonne Profe , & que
cependant la bonne Profe ne demande
gueres moins de travail &
de méditation que les bons Vers.
Il y a une forte d'harmonie dans
la Profe plus difficile à attraper que
celle de la Poefie ; celle - ci à fon
chemin tout tracé ; chaque pied ,
chaque fyllable a fon arrangement
fixe & reglé ; au lieu que l'autre
qui n'a point de regle palpable &
déterminée , dépend prefque toute
du goût & de l'oreille.
Je ne puis diffimuler que je trouve
une injuſtice criante dans la maniere
dont on juge des Poetes. On
convient qu'ils font plus gênés que
ceux qui écrivent en Profe ; & au
lieu de leur paffer quelque chofe
en faveur de cette gêne , on éxige
dans eux plus de regularité , plus
de jufteffe & plus de perfection que
dans les autres Ecrivains. Quand
un profateur a exprimé rondement
MERCURE. 23
fa penfêe en termes intelligibles &
recûs , on n'en demande pas davantage
, & l'on ne va pas rechercher
, s'il n'y avoit point de termes
plus propres , plus énergiques ,
des tours plus vifs & plus heureux
qu'il pût employer . On entend ce
qu'on a lû ; on a hâte d'aller à ce
qui fuit , & par là on eſt diſpoſé
à fe contenter aisément de ce que
l'on trouve . Il s'en faut bien qu'on
ait la même indulgence pour le
Poëte. Ce n'est pas allés qu'on entende
ce qu'il dit ; on lui fait encore
un procés fur ce qu'il ne dit
pas & qu'il n'a ni , dû , ni voulu
dire , mais qu'on devine , que la
gêné du vers lui a fait fupprimer
malgré lui . On pefe jufqu'aux moindres
fyllabes de fes vers ; on ne veut
point que rien Y foit forcé ou déplacé
, que rien y grimace ; & tout
prévenu qu'on ett fur la fervitude
perpetuelle de la rime , on ne lui
en veut pas paffer une de foible .
On tépond à cela ; Ce font des loix
qu'il s'eft faites ; on eft en droit d'éxiger
qu'il les obferve. Pourquoi
24
LE NOUVEAU
de
›
s'eft il affujetti a cette folle meſure,
feuvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le ja ng
ce langage bifarre, quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eſt une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE
.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premier's
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envifagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur, des tours , qui puiffent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers. Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever ,
à le perfectionner , a enrichir l'i.
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée
par les differents regards !) Oui !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
de toutes ces toutes ces images ,
expreffions, on choifira , non la meilleure
& la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voila le Poëte gouverné par
la rime ; elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
24 LE NOUVEAU
de
s'eft il affujecti à cette folle mefure ,
fouvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le jong
ce langage bifarre , quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eft une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe ,
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premiers
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envisagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur , des tours , qui puiflent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers , Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever
à le perfectionner a enrichir l'i
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée ,
par les differents regards ¦ Oüi !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
toutes ces images , de toutes ces
expreffions,on choifira , non la meil
leure & la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voilà le Poëte gouverné par
la rime elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
;
26
LE
NOUVEAU
Tout cela eft vrai dans la pratique
des mauvais Poëtes , & dans
l'idée de ceux qui , faute d'être dans
l'exercice de la verfification , ne feavent
pas , comment les bons Poetës
fe gouvernent à cet égard . Il y a
dans tous les arts , certains myftéres
où la Théorie ne pénétre point ,
& qui ne fe révélent qu'à la pratique
& à l'ufage . Les bons Poëtes ,
comme les mauvais , font obligez de
faire pafler une même penfée par
vingt expreffions differentes , & de
fe la reprefenter fous vingt differents
jours ; jufques là tout eft égal entreeux.
Voici le point où ils fe feparent,
& ce qui les diftingue des uns des
autres. De tous ces tours & de toutes
ces expreffions differentes qu'ils ont
imaginées ; le mauvais Poete s'en
tient à celle qui lui livre ſa rime , &
c'eft en cela qu'il eft mauvais Poete.
Le bon Poete au contraire , choiſit
avant toute choſe, l'expreffion la plus
noble & la plus énergique ; le tour le
plus vif, le plus brillant, & qui donne
le plus de force & le plus de grace
à fa penfée , & cela fans égard pour
MERCURE, 17
la rime à laquelle il ne donne que fa
feconde réflexion . Quelque que foit
cette rime , il y affujettit tout le refte
; c'est ainsi qu'il fait plier la rime
fous le joug de la raifon , tandis que
le mauvais Poete fait plier la raifon
fous le joug de la time, La gêne de
la rime fait fouvent dire au mauvais
Poëte , ou plus , ou moins , ou toute
autre chofe qu'il ne voudroit dire ;
au lieu qu'elle fait fouvent trouver
au bon,des idées naives & des faillies
heureuſes , qu'il n'auroit jamais imaginées
fans cet aiguillon . Il y a tou.
jours dans chaque periode , dans chaque
penfée un peu étendue,quelque
endroit qui domine , à peu prés ,
comme dans un tableau , il y a tou
jours un objet principal auquel on
rapporte & on unit tous les autres.
Chez les Auteurs qui ont du goût ,
c'eft cet endroit qui gouverne le refte
qu'on tafche d'y lier , d'y aflortir &
d'y unir le plus naturellement qu'on
peut. Or c'est là , dit -on , la difficulté
que cette union ! il faut trouver une
terminaifon qui rime à cette expreffion
dominante,que vous aurez choi
*
Cij
.8 LE NOUVEAU
fie par préference , il faudra forcer
tout le refte pour l'amour d'elle . Et
qu'importe de quel côté foir la gêne
& la tyrannie , & laquelle des
deux rimes qui fe répondent , fouffre
& grimace ? Le Lecteur n'en fera
pas moins frapé du désagrément qui
refulte de cette gêne .
Faulle idée de ceux qui ne font -
point dans l'habitude de la verfification
, & qui fe font un monftre de
la rime , mais idée en même temps .
dont il eft dautant plus difficile de
les faire revenir , qu'il n'y a , que l'éxercice
& l'habitude de la verfification
, qui pût les défabufer. Je les
prieray feulement de faire une remarque
qu'ils n'ont peut- être jamais
faite , & dont il n'y a perfonne qui
ne foit capable . C'eft que dans le difcours
ordinaire, on ne dit gueres une
douzaine de mots de fuite, qu'on n'en
trouve au moins deux qui riment enfemble
; de forte que tout le travail
fe reduit à tourner ſa phraſe de maniere,
que ces deux terminaifons qui
riment , tombent naturellement au
bout des deux vers . Ce qui eft plus
MERCURE. 29
facile que je ne le puis dire ; & fion
cenfulte ceux qui font dans l'ufage de
faire des vers françois , ils conviendront
fans peine que la rime pour
l'ordinaire , eft ce qui les gêne & les
embaraffe le moins ; de forte que
M. Defpreaux a eu grande raifon de
dire dans fon art Poetique au fujet
de la rime .
Lorfqu'à la bien chercher d'abord on
s'évertuë ,
L'esprit à la trouver aifèment s'habituë;
Au joug de la raison fans peine elle
flechit ,
Et loin de la gêne„ la fert & l'enrichit.
S'il me falloit verifier , papiers fur
table , ce que j'ay dit du peu de préjudice
que la contrainte de la cadence
& de la rime, apporte à la verité, à la
beauté & à la grace des pensées ; je
n'en irois point chercher d'autre preuve,
que cet ouvrage même de M. Defpreaux
que je viens de citer , & que
je regarde comme le Poëme le plus
achevé que nous avons en noftre lan-
Cij
30 LE NOUVEAU
gue . Je trouve dans ce feul Poëme de
quoi prouver qu'il n'y a peut -être rien
qu'on ne puifle exprimer auffi heureufement
en vers qu'en profe. C'eſt
un ouvrage didactique , & par là même
, d'un caractere froid , & moins
fufceptible des agréments de la
Poefie,que toute autre efpece de Poëme.
C'est peu de dire qu'il n'y a pref
que rien de forcé , ni de foible dans
cet ouvrage , tout m'y paroift failė,
fi naturel , que je ne fçay pas comment
le Poëte auroit pu s'y prendre,
pour trouver des termes plus propres
& plus nobles que ceux qu'il a mis
en oeuvre. Je fais plus : Je Propole au
plus habile Profateur de prendre le
fonds de cet ouvrage & d'en mettre
les préceptes & les inftructions en
pure profe , & je le défie de le faire
plus intelligiblement , plus nettement
& plus naturellement que
Defpreaux ne l'a fait en vers .
S'apperçoit- on dans cet ouvrage
& dans la plupart de ceux du même
Auteur & de nos antres bons Poëtes ,
de cet air contraint & de cet appareil
de travail d'affectation , qu'on
MERCURE.
31
reproche tant ? Pour moy , fi j'ofe
dire ce queje penfe , je m'en apperçois
bien davantage dans des ouvrages
de profe , pleins d'efprit d'ailleurs
, mais dont le ftile me paroift
bien plus gené & plus affecté que celuy
de la Poëfie. Tel eft celuy de S.
Evremond en plufieurs de fes ouvrages
. Les mots y font prefque toujours
dans une attitude contrainte & forcée
; il faut fouvent aider à la lettre
pour les entendre , & je fuis perfuadé
que s'ils avoient la liberté de fe plaindre
, ils avouëroient qu'ils fe trouvent
bien plus en preffe & plus mal à
leur aife dans fa profe & dans d'autres
ouvrages pareils , qu'ils ne le
font dans les bons vers.
Heft für que la cadence & lagime
affujettit à une certaine meſure reglée
, qu'on appellera contrainte , fi
l'on veut , en ce que toute regle emporte
avec foy une forte de contrainte
; mais c'eft en quoi paroift la fuperiorité
du bon Poëte , de fçavoir
manier fi dextrement fon art ; qu'il
en fafle oublier la contrainte à fon
Le&eur ; qu'il obſerve la regle , fans
32 LE NOUVEAU
918
paroiftre s'eftre fait une affaire de
T'obferver ; que les termes fe trouvent
fi bien liez & fi naturellement
affortis enfemble , que cette union
femble plûtoft l'effet d'une rencontre
heureule , que le fruit d'une recherche
étudiée , & qu'enfin la rime
tombe fi jufte & fi à propos , qu'on
foit tenté de croire qu'elle ne s'y
trouve que par hafard , & parcequ'on
n'a pû l'éviter .
C'eft ce qui fait une forte d'illufion
qu'on peut regarder comme la fource
de cette multitude de mauvais Poctes
dont lePublic eft obfedé . Cet air d'aifance
que les bons Poëtes fçavent répandre
dans leursvers , a quelque cho⚫
fe de feduifant.Tout yparoît fi naturel
que le Lecteur , s'il n'eft fur fes gardes
, eft porté à prefumer qu'il ne
tiendroit qu'à luy ; d'en faire autant.
Ut fibi quivis fperet idem flaté de
cette agréable idée , il prend la plume
en main , & croit que les vers
vont couler comme la profe ; il n'y
a que l'experience qu'il fait du con-
* Horat. Art. Poet,
MERCURE.
traire, qui puiffe le détromper : fudet
multum , fruftraque laboret Aufus idem.
Le malheur eft que la plû--
part ne veulent pas eftre defabulez .
Toûjours leurrez par le charme fateur
des vers qu'ils admirent , ils en
trouvent toutes les beautez fi fort à
leur portée , qu'ils croyent y toûcher
déja , & qu'il leur en coûtera peu
d'efforts pour y atteindre .
Or ce charme & cet enchantement
dont la multitude des mauvais
Poetes nous fait trop voir, combien il
eft difficile de fe defendre , peut -il
être l'effet d'un langage bizarre & ef='
frayant , comme on veut bien l'appeller?
La bizarrerie a t'elle quelque
chofe de fi attrayant ? ce qui effraye,
eft-il propre à féduire , & à infpirer
tine envie fecrete de l'imiter ?
M. de Cambray apporte pour preuve
de cette bizarrerie prétendue , le
foin qu'on a d'éviter dans la Profe,la
cadence des vers , tant elle est peu propre
, dit-il , à flater l'oreille.
C'est à peu prés comme G pour
* Ibid.
34 LE NOUVEAU
Prouver, que la danfe eft bizarre , on
alleguoit le foin qu'on prend d'en
éviter les mouvemens & les attitudes
en marchant. Le meilleur danfeur du
monde paroiftroit ridicule , s'il obfervoit
dans fa démarche ordinaire,la
mefure & les inflexions qu'on auroit
admirées dans fa danfe . La profe &
les vers ont chacun une forte d'harmonie
qui leur eft propre. Si l'on évite
dans la profe celle qui convient aux
vers , ce n'eft pas qu'elle ne flatte l'oreille,
mais c'eft qu'elle ne la flate pas,
de la maniere qu'elle la doit fla er ;
& qu'il eft auffi mal de parler vers en
profe , que de parler profe en vers.
La cadence du vers loin d'avoir rien
de bizarre ou de choquant , a aucontraire
quelque chofe de finarurel , que
quand on compofe dans un ftile un
peu élevé, c'eft la premiere qui fe pré-
Tente d'abord à l'efprit ; & que de trés
habiles gens , faute d'être dans le
train de la Poefie , en ont efté la dupe ,
& ont laiffés échapper bien des hemiftiches
, & fouvent des vers entiers
dans leur profe; C'eft là ce qu'on peut
dire , qu'elle laffe , qu'elle fatigue ,
MERCURE. 35
qu'elle ennuye , parce qu'elle eft hors
de fa place , & non pas dans les vers
où elle doit fe trouver.
J'ai dans la cauſe que je défens ,
un avantage qui en juſtifie la bonté ;
c'est que nos adverfaires en font
réduits à fe contredire dans les reproches
qu'ils nous font . M. l'Abbé
de Pons , par exemple , nous déclare
qu'il y a quelque chofe dans les vers
qui le fatigue & qui l'ennuye. Mais
trois ou quatre pages aprés , il convient
que le poète nous plait , quoique
fouvent il nous parle avec moins
d'élegance que le profateur. Comment
ennuye.t - il, s'il plaiſt & comment
plaift-il , s'il ennuye ? Voilà un en.
nuy bien amufant & bien agréable !
Mais enfin à quoy impute-t- on cet
ennuy ? au retour importun de la rime,
à la repetition des mêmes nombres dans
chaque phrafe . Enfin à l'uniformité
perpetuelle qui régne dans les vers.
J'aurois peut- être eſté embarraſlé
à répondre à cette difficulté , & à
juſtifier la verſification d'un ennuy
qu'on prétend qu'elle devroit caufer
, quoyqu'on convienne qu'elle
36 LE NOUVEAU
ne le caule pas ; fi M. de Cambray
ne m'avoit fait appercevoir dans
- l'Analife qu'il fait de la conftru &tion
de la Phrafe Françoife , que la Profe
en nôtre langue pêche encore plus
du côté de cette uniformité , que les
vers , En effet que peut-on imaginer
de plus fimple & de plus uniforme
que cette conftruction ? * On veit tomjours
, dit- il , venir d'abord un nominatiffubftaniif
qui mine ſon adje &tif
comme par la main. Son verbe ne
manque pas de marcher derriere , fuivi
d'un adverbe qui ne souffre rien
entre deux , & le Regime appelle
auffitoft un accufatif qu'on ne peut déplacer
; c'est ce qui exclut toutefufpenfion
d'efprit , toute attente, toute
furprife , toute varieté , & fouvens
toute magnifique cadence. Voilà la
preuve que me fournit l'un de nos
adverfaires , fur l'uniformité conftante
& invariable de la construction
Françoile en Profe. Mais ne fe trouve-
t.elle pas la même dans les vers?
Non , & c'eft furquoi j'ai pour garant
notre autre adverfaire M. l'Abbé
* Reflex. fur la Rhet.
de
MERCURE.
37
de Pons . A l'égard des conftructions ;
dit- il , on accorde aux Poëtes le droit
de les varier un peu plus , que nefait la
Profe.
Nous voilà donc , de fon aveu même
, un peu plus au large de ce cofté
là , que les Profateurs, Nous, qu'on dépeint
comme des gens fi contraints & -
fi gênez dans leur marche. On s'eſt
bien douté que les Poetes ne manque.
roient pas de s'en prévaloir , comme
de raifon ; & c'eft pour cela qu'on
prend la précaution de les avertir
charitablement,de n'en point tirer de
vanité car , ajoûte M. l'Abbé de
Pons ce droit même attefte la mifere
de leur art ; Et nous , nous foûtenons
qu'il en montre la richefle & la beauté.
En quoy fait- on confifter cette mifere
prétendue de nôtre art . ? En ce que
pour fubvenir à fon beſoin, on a estéforcé
de faire plier laregie françoise qui
veut, qu'onfoulage l'attention par une
conftruction aisée, qui présente à quelque
›
*
Page 66.
Page 67.
D
38
LE
NOUVEAU
hofe près,lesidées dans leur ordre naturel.
Et nous , nous prétendons , non
pas qu'on a accordé aux Poëtes , car
nous fommes glorieux , & nous ne
voulons avoir obligation à perfonne ;
mais qu'ils fe font mis eux- mêmes &
de leur propre autorité, en poffeffion
d'un droit qui les fauvoit de cette
uniformité languiflante, qui eft excufable
dans la Profe , mais qui nous
a paru incompatible avec la grandeur
& la majefté des vers ; & c'est
par cette heureuſe hardieffe , digne
de l'élevation de leur génie , qu'ils
fe font mis en état de produire cette
fufpenfion d'efprit , cette attente , cette
Surprise , cette varieté & ces magnifiques
cadences , où felon M. de Cambray,
la Profe ne peut atteindre .
S'it eftoit vray que ce droit ne fût
accordé qu'à la mifere de notre art,
à titre de befoin , & fous le nom de
licence , nous éviterions autant qu'il
nous feroit poffible , de nous en fervir
, & foigneux de cacher noftre
mifere ; nous ne nous en fervirions
jamais qu'à la derniere extremité,
Loin de cela , nous évitons au conMERCURRE.
39
traire la conftruction naturelle de la.
Profe , comme un écueil , & nous regardons
toute Poëfie où cette conftruction
eft regulierement obfervée ,
plûtôt , comme la profe rimée , que
comme des vers .
Et pour ne point fortir de l'exemple
des vers de M. de la Motte , citez
par M. l'Abbé de Pons , où parlant
des trefors , il dit :
Du fein de la Terre entrouverte
Chers inftruments de notreperte ,
L'argent & tor font arrachez ;
On les tire de ces abifmes ,
Oùfage & prévoyant nos crimes
La nature les a cachez.
Il ne faut pas croire que ce foit la
neceffité de la mefure qui ait forcé M.
de la Motte , à renvoyer ces mots :
L'argent & l'or , au troifiéme vers,
& celui-ci , la nature au dernier , c'eſt
à dire , tous deux à la fin de la phrafe,
où ils fe trouvent. Il luy eftoit aifé , s'il
l'euft voulu , de les arranger , comme
ils le font dans la verfion qu'en a faite
en profe , M. l'Abbé de Pons ; mais
Dij
40 LE NOUVEA Ú
alors ce n'euft efté que de la profe rimée
; au lieu qu'ici ce font des vers.
Ces deux nominatifs qui font les objets
dominants des deux phraſes , &
comme les principaux perfonnages
du tableau , eftant renvoyez vers la
fin,produisent cette fufpenfion qui foutient
avec agrément l'attention de l'ef
prit , & qui par là le preferve de cer
ennuy qu'on nous reproche à tort , &
dont nos vers ne ſe défendent qu'en
évitant avec ſoin l'allure de la profe.
Nous fommes donc bien éloignez
de croire, comme M. l'Abbé de Pons,
que fi nous fuivions cette allure
* Nos vers n'en feroient que plus parfaits
; nousfommes perfuadez au contraire,
qu'ils en feroient moins vers ,
c'est à dire , moins ce qu'ils doivent
eftre , il ajoute que quand il en * tron_
ve une fuite nombreuse , dont les conftructions
pourroient eftre adoptéespar la
profe , il applaudit aupredige. Je luy
crie mercy fur cela , & je luy declare
Pag. 67.
Ibid,
MERCURE
41
qu'en mon particulier, l'ay toujours
tâché de faire des vers qui fuffent na.
turels ; inais que quelqu'estime que
je falle d'ailleurs de fon jugement , &
quelque paffion que j'eufle de meriter
en toute autre chofe fes applau
diffemens , je ferois tres fâché de les
meriter fur cet article de verfification , -
adoptable par la profe.
Quelque agrément que la rime
donne aux vers , nous ne nous tiendrions
pas aflez diftinguez des Profateurs
, fi nous n'en differions que par
cet endroit , qu'on nous reproche en--
core comme une fource d'ennui,par
l'uniformité de fa terminaiſon. S'il.
n'y avoit qu'une rime au monde , ou
que le nombre en fut fort borné , le
reproche feroit bien fonde ; mais il y
en a des milliers dans notre langue ,
& quand on fçait les varier , comme
le font les bons Poëtes , en les choififfant
de fons differents , loin que
ces terminaifons mifes comme en regard
, fatiguent & ennuyent , elles.
foulagent au contraire & délaffent
agréablement le Lecteur . M. de
Cambray eftoit d'avis qu'on nous
Diij.
42 LE NOUVEAU
mit un peu plus au large fur cet ar
ticle , mais à Dieu ne plaife , le parnaffe
a plus befoin d'eftre reformé en
cela ,, que d'eftre mitigé ; le Public y
perdroit auffi bien que nous , & une
pareille indulgence ne ferviroit qu'à
multiplier les mauvais Poëtes , & à
faire degenerer les bons.
De tout ce que j'ai dit ; il s'enfuit ,
que de quelque côté qu'on envifage
la conftruction des vers , il ne
s'y trouve rien qui ne doive plaire ,
& qui ne plaife en effet. Auffi nos Adverfaires
en conviennent- ils debonne
foy, & M. l'Abbé de Pons avouë luimême
qu'il eft dansl'illuſion la plus favorable
à l'art qu'il condamne & qu'il
eft fenfible aux graces des vers . Mais
ildéclare en même temps , que c'eft .
une illufion , qu'en cela même il eft
dupe , & qu'il a tort de s'y plaire.
Quel triomphe pour la Poëfie qu'un
pareil aveu quelle arrache de la plume
de fon ennemi , à qui elle plaift
même malgré lui ! Il appelle toute
fa raifon au fecours, pour fe deffendre
de ce charme qu'il nomme illufion
, il en recherche la fource , & au
MERCURE.
48
lieu de l'attribuer à l'élevation, à la
magnificence , à la varieté , à la hardielle
, au brillant , au merveilleux
des tours , des figures , des expreffions
; il aime mieux imaginer que
ce charme ne vient que de l'habitude .
Ce que je vois de conftant dans tout
ceci, c'eft que les vers plaifent. Pourquoi
plaifent- ils ? c'eft furquoi on devine
plûtôt qu'on ne raifonne . Tenons-
nous en donc à ce qui eft de
certain , & recevons la fatisfaction
que nous donnent les vers , fans les
aller chicaner mal- à - propos , fur le
plus ou le moins de droit qu'ils ont
de nous en donner. Les gens d'efprit
font toûjours ingenieux à fe tourmen.
ter eux-mêmes. Ce n'eft pas aflez
pour eux d'avoir du plaifir , ils veulent
encore en avoir fcientifique--
ment & dans les regles ; il faut qu'ils
creufent jufqu'à ce qu'ils ayent pû‹.
démêler , pourquoi ils en ont . He ,
Meffieurs , vous qui êtes fi ennemis
de la gêne & de la fervitude des vers,
pourquoi vous en procurez - vousune
inutile , même dans ce qui vous
plaift . Joüiflez , fans tant fubtilifer
"
44.
LE NOUVEAU
d'un plaifir auffi innocent , que celui
que vous offre l'harmonie des vers ;
& fongez , que les plaifirs de cette
trempe font fi rares & fi précieux ,
que loin de chercher à en diminuer
le nombre & à les effaroucher par
des réflexions importunes , on doit.
encore travailler à les multiplier .
E nouveau fiftême propofé par
M. l'Abbé de Pons fur le Poëme
Epique, n'excitera - t'il pas le zele &
l'émulation des difciples d'Ariftote ?
Il y va de leur honneur de ne pas
laiffer le temps à une fi dangereufe
nouveauté , de s'établir . Le morceau
que l'on vient de lire , ne traite
qu'une queftion incidente de la nouvelle
diflertation ; un ami des Mu--
;
fes juftement allarmé , vient de parler
pour la deffenfe de fes foyers..
Mais il ne doit pas encore demeurer
tranquile fur la foy de fon manifefte
; l'Adverfaire reviendra le mois
prochain à la charge , & fe promet
de mettre la queftion controverfée .
dans un jour fi évident , que perfonne
ne fera plus tenté de l'inerroger
fur cela à l'avenir.
necellaire , j'ofe me promettre que
l'on me fçaura gré d'entrer en matiere
par la Piéce fuivante : elle eft
d'un Auteur trop connu parmi les
favoris d'Apollon , pour ne pas faire
un des principaux ornements de
mon Recueil. De plus elle fervira
à me juftifier dans l'efprit des perfonnes
neutres , qui auroient pû me
foupçonner de partialité , fi je n'avois
point opposé un morceau à la
Diflertation de M. l'Abbé de Pons
A iij
AVANT - PROPOS.
qui eft à la tête du Mercure deJanvier
, dont elle attaque une partie
incidentelle ; fçavoir , fi la Profe
doit le ceder aux Vers.
7
LE
NOUVEAU
MERCURE
DEFFENSE
DE LA
POESIE FRANCOISE.
E laiffe à Madame Dacier
le foin de foûtenir , comme
elle ne manquera pas
fans doute de le faire trés
fçavamment , les principes qu'elle
a avancés fur le Poëme Epique
& que M. l'Abbé de Pons a combattus
dans le Mercure de Janvier
Aiiij
8 LE NOUVEAU
de cette année ; mais en qualité
de Citoyen du Parnafle & de Rimeur
, quoyqu'indigne ; je ne puis
me difpenfer d'entrer en caufe fur
ce qui regarde les interefts & la
gloire d'un Art que je cultive depuis
longtemps .
Tout homme doit être Soldat ,
quand il s'agit de défendre fa patrie.
Notre Patrie à nous autres Poëtes ,
s'il m'eft permis de me mettre du
nombre , c'eſt le Parnaffe . On ne
peut fupprimer les Vers , qu'il ne
foit ruiné de fond en comble ; car
pour Meffieurs les Profateurs , comme
il leur plaît de fe nommer ; ils
y tiennent un fi petit rang , fi même
ils y en tiennent aucun , qu'à peine
les y compte-t- on pour quelque
chofe. Les Poëtes au contraire
font les Seigneurs dominants ; Apollon
ne s'y communique qu'a eux ;
les Mufes ne favorifent qu'eux feuls
de leurs infpirations , & même pour
le faire avec plus de régularité &
moins de confufion ; elles ont par
tagé entre elles les differentes
fortes de Poëfies auxquelles les
MERCURE.
Poëtes fe confacrent ; & Pegaſe enfin
, tout cheval qu'il eft , ne s'y
laifle monter que par les Poëtes.
Le Parnafie nous appartient donc
en propre ; c'est notre patrimoine ,
& à titre d'autant plus légitime ,
qu'il y en a plufieurs parmi nous ,
qui n'en ont jamais eu d'autre. En
faut-il davantage pour allumer mon
zele , & exciter dans moi cette vive
ardeur avec laquelle on combattoit
autrefois , pour fes foyers &
pour les Autels ?
Je fens bien que pour faire les
chofes dans les formes , ce feroit
en Vers que je devrois défendre la
caufe des Vers. Mais dans la jufte
défiance que m'infpire la médiocrité
de mon talent en ce genre , je ne
veux pas donner lieu à mon adverfaire
de s'en prévaloir , & d'attribuer
à l'imperfection de l'Art , ce
qui ne devroit tomber que fur l'incapacité
du Poëte . Peut - être trahîrois
- je moi - même ma caufe , en
voulant la défendre , & je me ferois
dire perfonnellement , ce que
M. l'Abbé de Pons ne dit qu'en
10 LE NOUVEAU
general , à tous mes confreres :
Pourquoi ne me parle - t - on pas en
Profe ? *
C'est donc en ce langage que je
vais m'expliquer , & fi dans une
défenſe auffi légitime que celle- ci ,
il m'échape quelques termes qui
ne foient pas affez inefurez , je prie
notre adverfaire de fe fouvenir que
c'eſt le Parnafle , notre domicile ,
que j'ai à défendre , & que je fuis
en droit de faire autant de bruit
pour la défenfe de notre maifon ,
que Ciceron en fit autrefois pour
le retabliffement de la fienne . *
* Si c'eft une illufion dans Madame
Dacier de croire , que les Vers
font plus fufceptibles de grandeur &
de Majefté que la Profe , & que
le
Poëme y trouve plus de reffource ,
j'avoue que je fuis de moitié avec
elle fur cette illufion , & je m'es
* Page 75 .
*. Oratio
pro
*. Page 68 .
domo fuâ.
MERCURE. If
fais honneur . Il ne feroit même pas
impoffible que l'illufion ne fût moins
de notre côté , que du côté de ceux
qui nous l'imputent. Nous avons
déja pour nous , de l'aveu de notre
adverfaire , le préjugé public. * Tour
déraisonnable qu'on dépeint ce préjugé
, on convient qu'il eft univerfel
; & fi nous nous trompons , dumoins
avons - nous la confolation
de voir , que grand nombre d'honnêtes
gens fe trompent avec nous.
Il ne s'agit plus que de fçavoir de
quel côté eft l'illuſion .
Je ne prétends point icy fuivre nôtre
adverfaire pied à pied , ni faire
une differtation dans les formes ;
mais fans m'affervir à cette methode
gefnante , en répondant à un Auteur
qui ne blâme rien tant dans nôtre
art , que la gêne , j'efpere fatisfaire
pleinement à toutes fes difficultez .
Je conviens d'abord de bonne foy
de cette efpece de gêne & de con-
* Page 68.
Ibid.
12 LE NOUVEAU
trainte qui fe trouve dans les vers
& qui leur eft fi eflentielle , que c'eft
principalement ce qui les diftingue
de la profe. J'avoue en ſecond lieu
qu'il eft beaucoup plus aifé de parler
& d'écrire en profe , que de parler &
d'écrire en vers , tout comme il eſt
beaucoup plus aifé de marcher que
de danfer. Il y avoit plus de quarante
ans que M. Jourdain difoit de la
profe , non feulement fans avoir ap.
pris à en dire , mais même fans fçavoir
qu'il en difoit . Il eût beſoin de
fçavoir faire une reverence pour faluer
une Marquife , & pour cette
fimple reverence , il luy fallut un
Maiftre. Que conclure de tout cela ?
le voicy : c'eft que fi on veut le borner
à ce qui eft de plus facile & de
plus comode , il faut s'en tenir à la
profe , & fupprimer les vers ,fe contenter
de marcher & bannir la danſe .
Le parallele que je fais icy des
vers avec la dance, eft bien plus jufte
à ce qu'il me femble , que celuy que
fait M. l'Abbé de Pons,du Poëte avec
un danfeur de corde. Qu'est- ce que
la dance ce font des
pas mefurez .
Qu'est- ce
MERCURE. 13
>
Qu'est- ce que les vers ? ce font des
mots cadencez & difpofés en certain
ordre. C'eft la varieté de cette
mefure qui conftitue les différentes
fortes de vers ; comme les pas
différents ou différemment liés
conftituent les différentes fortes de
dances. Le Poëte , ni le Danfeur
ne courent point rifque de fe caf
fer le cou dans l'exercice de leur
Art. Tout est affés égal de part &
d'autre ; & fi les vers font plus de
plaifir que la fimple Profe c'eft
par là même raifon , que la danſe a
quelque chofe de plus piquant &
de plus interrellant , que la démarche
fimple & ordinaire d'un homme
qui , va naturellement fon pas.
,
Il est vrai qu'Horace dans fa belle
Epître, addreflée à Augufte , femble
faire une espéce de parallele entre
les Poëtes & les Danfeurs de corde ;
mais le parallele ne tombe que fur
une chofe qui regarde plus le génie
du Poëte que la verfification * . Car
que veut- il faire entendre , quand
*. Hor. Art Poet.
Février 1717. B
14 LE NOUVEAU
il dit qu'il n'eft pas moins frapé de
l'adrefle & de l'habileté d'un Poe
le qui , à la faveur d'un fujet fabureux
& d'un peril imaginaire , fait
jouer tous les refforts des paffions
dans un coeur , l'attendrit , le tranſporte
, le calme fucceffivement , l'effraye
& l'épouvante même par le
prestige & l'enchantement de fon
art , que s'il le voyoit danfer fur la
corde Il ne veut dire par là rien
autre chofe , finon , que pour produire
des effets fi merveilleux dans
les coeurs , il faut autant de fouplefle
& d'agilité , fi j'ofe m'exprimer ainfi ,
dans l'efprit du Pocte , qu'il en faut
dans le corps du danfeur pour voltiger
fur une corde tendue en l'air. Or
fila profe , comme le foûtient M.
l'Abbé de Pons , * peut faire tout ce
que font les vers ; fi , comme il le dit ,
les fictions ingenieufe , les figures hardies
, les images brillantes ne font pas
plus l'appanage des vers que de la
* Page 69 .
* Page 68 .
MERCURE.
is
Profe ; voilà Meffieurs les Profateurs
devenus danfeurs de corde, auffi- bien
que nous. Ils croyent eftre en effet
auffi grands maiſtres dans l'art d'exciter
les paffions , que le peuvent être
les Poetes , & par confequent on ne
peut nous mettre au niveau des danfeurs
de corde , qu'on ne falle entrer
dans le même branle tous les Orateurs
, Harangueurs , Avocats , &
les Prédicateurs même.
Mais fi l'on veut s'en tenir au plus
commode , & fe borner à ce qui eft de
plus naturel & de moins gefnant ,
pourquoy fe jetter à plaifir dans la
recherche fatiguante de ces fictions ingenienfes
& de ces figures hardies ,
propres à émouvoir les paffions ?
Pourquoy fe tourmenter l'imagination
à inventer des tours qui frapent,
qui étonnent ? Pourquoy faire illufion
à l'efprit par des enchantemens
de figures maniées avec art , & par
tous ces autres artifices de l'eloquence
, que l'Arcopage avoit bannis des
caufes qui fe plaidoient à fon Tribunal
? N'en coûte- t-il rien pour tout
cela à l'Orateur ; & ne feroit- il pas
Bij
16- LE NOUVEAU
moins gênant , moins fatiguant pour
lui , de fe contenter d'expofer fimple .
ment fes raifons l'une après l'autre
dans l'ordre le plus naturel ? I eft
vrai , & rien même ne feroit plus raifonnable
, fi l'efprit de l'homme étoit
d'une autre trempe qu'il n'eft ; c'eſt- àdire
, s'il étoit affez Philofophe pour
fe contenter du vrai tout pur : mais il
a fes caprices & fes foibleffes,qui demandent
des ménagemens & des égards.
Il y a des veritez qui ne font
impreffion fur lui , qu'autant qu'on a
le talent de les lui faire goûter , & il
fautfouvent lui arracher par furpriſe;
& comme à force de preftige , ce que
la raifon nuë & dégagée de ces efpéces
de fantômes ou féduifans , ou
effrayans , dont l'art l'environne
n'en obtiendront jamais ,
De la maniere que l'efprit de l'homme
eft fait , on ne peut parvenir à lui
plaire, que par des endroits qui le flatent
; il faut quelque chofe qui le réveille
, qui le pique , & qui excite
dans lui de la furprife ; & il n'eft jamais
touché plus agréablement , que
quand cette furpriſe va jufqu'à l'adMERCURE
17
miration. Ce fera un foible , fi l'on
veut , dans luy , que de ne fe pas contenter
de la verité pure & denuée d'agrémens
; mais c'eft à ce foible que
nous devons l'invention des Arts &
des Sciences , & le foin qu'on a pris
dans tous les temps de les perfectionner.
Or tout cela s'eft -il fait , ou fe
fait-il encore fans gêne & fans contrainte
; on la pafle à tous les autres
arts , cette contrainte & cette gêne
pourquoi l'art des vers eft-il feul à
qui on la reproche ?
On me répond à cela , que ce qu'on
blâme dans les vers , ce n'eſt pas précifément
la gêne & la contrainte ,
mais une gêne , & une contrainte qui
va à la ruine des penſées , qui leur fait
perdre leur verité & leur grace naturelle
quifait plier la raifonfous le joug
d'un langagefollement mefuré , bifarre,
effrayant , quiporte avec luy l'appareil
du travail & de l'affectation . A ces incommoditez
qu'on prétend qu'apporte
avec elle l'uniformité de la rime
& de la cadence ; on ajoute de plus ,
Page 58 & 59. & ¢.
Biis
18 LE NOUVEAU
quelle fatigue , qu'elle ennuye ; de forte
qu'il n'y a eû qu'un long commerce
qui ait pu nous accoûtumer à la démarche
affectée des vers , & à leur
air contraint , & qu'on ne les fouffre
que par habitude * Enfin , comme
l'a dit feu M. l'Archevêque de Cambray
* C'est une torture d'efprit en pure
perte ; car je ne diffimaleray point que
ce grand homme a efté fur le fujer
des vers,dans la même prévention que
M. l'Abbé de Pons . Je fais bien fâché
de trouver en mon chemin un nouvel
adverfaire , de cette réputation
& de ce poids ; mais dans la noble
confiance que m'infpire, & la bonté
de ma caufe,& le caractere du Poëte,
qui tient un peu du Gaſcon , je ne
crois pas que je recule pour un ennemi
de plus , quelque formidable qu'il
puiffe être.
Cependant comme c'eft l'art que
j'entreprends de défendre , & non , le
mauvais ufage qu'on en peut faire ,
* Page 58
* Reflexionsfur la Rhetor.
5
19 MERCURRE
je demande, avant toute chofe , qu'on
ne mette point fur le compte de la
Poëfie , les imperfections & les défauts
qui ne viennent que de l'ignorance,
de l'incapacité ou de la negligence
du Poëte. Je palle fans peine
condamnation fur les mauvaisPoëtes,
& même fur ce que les bons ont de
defectueux . On nous cite deux vers de
Racine , & deux autres de Defpreaux ,
où l'on trouve quelque chofe à reprendre.
Ce font l'un & l'autre, deux
de nos plus grands Maiftres ; je conviens
cependant qu'au lieu de deux
vers de chacun , on en pourroit citer
bien d'autres du fecond , & un plus
grand nombre encore du premier
Poëte;plus aifé queDefpreaux dans fa
verfification ; mais bien moins châtić
& bien moins correct. De-là on va
conclure avec M. de Cambray que
la perfection de la verfification Fran
goife eft prefque impoſſible , puiſque
ceux même qui s'y font le plus diftinguez
, & qui ont été le plus loin dans
cet art , ne font pas exempts de dé
fauts.
Je ne puis mieux faire fentir l'illu-
D iiij
20 LE NOUVEAU
fion de cette confequence que par une
fuppofition que je fuis en droit de
faire. Ronfard jouïfloit en fon temps
d'une reputation encore plus éclatante
& plus univerfelle , que ne l'a été
celle de Racine & de Defpreaux dans
le nôtre. Si fur quelques -uns de fes
vers reconnus pour foibles & pour
mauvais , dans le temps même de fa
plus grande vogue , quelqu'un avoit
conclu, qu'il étoit comme impoffible
d'atteindre à la perfection de la Poë .
fie , puifque Ronfard même n'étoit
pas exempt de défaut , ce raifonnement
nous paroiftroit- il aujourd'huy
bien convainquant ? & qui nous a dit
qu'il ne viendra pas aprés nous des
genies heureux , qui aidez des lumieres
, des leçons & des exemples que
leur ont laiffé nos meilleurs Poëtes ,
porteront l'art de la verfification encore
plus haut , que ceux -ci ne l'ont
porté , & toucheront de plus prés à
ce point de perfection où tend l'art
Si des fautes où font tombez les
plus habiles & les plus diftingués
dans chaque art ; on doit conclure
au préjudice de l'art même , il n'y
MERCURE. 21
en a point de la perfection duquel
il ne faille défelperer. Les plus
grands Poetes font fujets à des né.
gligences , & leurs plus beaux Ou.
vrages ont des taches. J'en conviens
; mais qu'on me montre un
Orateur fans défaut. On voudroit
que dans un long Ouvrage , le Poëte
ne laiẞât rien à defirer pour la jufteße
, la clarté & l'élegance. Ie le
voudrois bien auffi ; mais qu'on me
montre un long ouvrage de Profe
en notre langue , où il n'y ait rien
à redire fur l'élegance , la clarté ,
ou la jufteffe , & qui foit exempt
des moindres négligences.
›
Je ne fçais pas comment en jugent
les autres ; mais je ne ferois point
de difficulté de dire que je trouve
à proportion beaucoup plus de chofes
à reprendre dans les ouvra .
ges de Profe que dans ceux de
Vers , & je fuis perfuadé que quiconque
voudra examiner de prés
ce que nous avons de meilleur dans
ces deux genres d'écrire , en fera le
même jugement. Je dirai bien plus ,
c'eft qu'il n'eft gueres poffible que.
22 LE NOUVEAU
les Ouvrages de Vers ne foient plus
achevez que ceux de Profe . Pourquoy
cela ? C'est que les bons Vers
font toujours travaillez avec plus
de foin que la bonne Profe , & que
cependant la bonne Profe ne demande
gueres moins de travail &
de méditation que les bons Vers.
Il y a une forte d'harmonie dans
la Profe plus difficile à attraper que
celle de la Poefie ; celle - ci à fon
chemin tout tracé ; chaque pied ,
chaque fyllable a fon arrangement
fixe & reglé ; au lieu que l'autre
qui n'a point de regle palpable &
déterminée , dépend prefque toute
du goût & de l'oreille.
Je ne puis diffimuler que je trouve
une injuſtice criante dans la maniere
dont on juge des Poetes. On
convient qu'ils font plus gênés que
ceux qui écrivent en Profe ; & au
lieu de leur paffer quelque chofe
en faveur de cette gêne , on éxige
dans eux plus de regularité , plus
de jufteffe & plus de perfection que
dans les autres Ecrivains. Quand
un profateur a exprimé rondement
MERCURE. 23
fa penfêe en termes intelligibles &
recûs , on n'en demande pas davantage
, & l'on ne va pas rechercher
, s'il n'y avoit point de termes
plus propres , plus énergiques ,
des tours plus vifs & plus heureux
qu'il pût employer . On entend ce
qu'on a lû ; on a hâte d'aller à ce
qui fuit , & par là on eſt diſpoſé
à fe contenter aisément de ce que
l'on trouve . Il s'en faut bien qu'on
ait la même indulgence pour le
Poëte. Ce n'est pas allés qu'on entende
ce qu'il dit ; on lui fait encore
un procés fur ce qu'il ne dit
pas & qu'il n'a ni , dû , ni voulu
dire , mais qu'on devine , que la
gêné du vers lui a fait fupprimer
malgré lui . On pefe jufqu'aux moindres
fyllabes de fes vers ; on ne veut
point que rien Y foit forcé ou déplacé
, que rien y grimace ; & tout
prévenu qu'on ett fur la fervitude
perpetuelle de la rime , on ne lui
en veut pas paffer une de foible .
On tépond à cela ; Ce font des loix
qu'il s'eft faites ; on eft en droit d'éxiger
qu'il les obferve. Pourquoi
24
LE NOUVEAU
de
›
s'eft il affujetti a cette folle meſure,
feuvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le ja ng
ce langage bifarre, quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eſt une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE
.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premier's
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envifagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur, des tours , qui puiffent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers. Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever ,
à le perfectionner , a enrichir l'i.
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée
par les differents regards !) Oui !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
de toutes ces toutes ces images ,
expreffions, on choifira , non la meilleure
& la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voila le Poëte gouverné par
la rime ; elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
24 LE NOUVEAU
de
s'eft il affujecti à cette folle mefure ,
fouvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le jong
ce langage bifarre , quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eft une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe ,
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premiers
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envisagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur , des tours , qui puiflent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers , Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever
à le perfectionner a enrichir l'i
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée ,
par les differents regards ¦ Oüi !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
toutes ces images , de toutes ces
expreffions,on choifira , non la meil
leure & la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voilà le Poëte gouverné par
la rime elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
;
26
LE
NOUVEAU
Tout cela eft vrai dans la pratique
des mauvais Poëtes , & dans
l'idée de ceux qui , faute d'être dans
l'exercice de la verfification , ne feavent
pas , comment les bons Poetës
fe gouvernent à cet égard . Il y a
dans tous les arts , certains myftéres
où la Théorie ne pénétre point ,
& qui ne fe révélent qu'à la pratique
& à l'ufage . Les bons Poëtes ,
comme les mauvais , font obligez de
faire pafler une même penfée par
vingt expreffions differentes , & de
fe la reprefenter fous vingt differents
jours ; jufques là tout eft égal entreeux.
Voici le point où ils fe feparent,
& ce qui les diftingue des uns des
autres. De tous ces tours & de toutes
ces expreffions differentes qu'ils ont
imaginées ; le mauvais Poete s'en
tient à celle qui lui livre ſa rime , &
c'eft en cela qu'il eft mauvais Poete.
Le bon Poete au contraire , choiſit
avant toute choſe, l'expreffion la plus
noble & la plus énergique ; le tour le
plus vif, le plus brillant, & qui donne
le plus de force & le plus de grace
à fa penfée , & cela fans égard pour
MERCURE, 17
la rime à laquelle il ne donne que fa
feconde réflexion . Quelque que foit
cette rime , il y affujettit tout le refte
; c'est ainsi qu'il fait plier la rime
fous le joug de la raifon , tandis que
le mauvais Poete fait plier la raifon
fous le joug de la time, La gêne de
la rime fait fouvent dire au mauvais
Poëte , ou plus , ou moins , ou toute
autre chofe qu'il ne voudroit dire ;
au lieu qu'elle fait fouvent trouver
au bon,des idées naives & des faillies
heureuſes , qu'il n'auroit jamais imaginées
fans cet aiguillon . Il y a tou.
jours dans chaque periode , dans chaque
penfée un peu étendue,quelque
endroit qui domine , à peu prés ,
comme dans un tableau , il y a tou
jours un objet principal auquel on
rapporte & on unit tous les autres.
Chez les Auteurs qui ont du goût ,
c'eft cet endroit qui gouverne le refte
qu'on tafche d'y lier , d'y aflortir &
d'y unir le plus naturellement qu'on
peut. Or c'est là , dit -on , la difficulté
que cette union ! il faut trouver une
terminaifon qui rime à cette expreffion
dominante,que vous aurez choi
*
Cij
.8 LE NOUVEAU
fie par préference , il faudra forcer
tout le refte pour l'amour d'elle . Et
qu'importe de quel côté foir la gêne
& la tyrannie , & laquelle des
deux rimes qui fe répondent , fouffre
& grimace ? Le Lecteur n'en fera
pas moins frapé du désagrément qui
refulte de cette gêne .
Faulle idée de ceux qui ne font -
point dans l'habitude de la verfification
, & qui fe font un monftre de
la rime , mais idée en même temps .
dont il eft dautant plus difficile de
les faire revenir , qu'il n'y a , que l'éxercice
& l'habitude de la verfification
, qui pût les défabufer. Je les
prieray feulement de faire une remarque
qu'ils n'ont peut- être jamais
faite , & dont il n'y a perfonne qui
ne foit capable . C'eft que dans le difcours
ordinaire, on ne dit gueres une
douzaine de mots de fuite, qu'on n'en
trouve au moins deux qui riment enfemble
; de forte que tout le travail
fe reduit à tourner ſa phraſe de maniere,
que ces deux terminaifons qui
riment , tombent naturellement au
bout des deux vers . Ce qui eft plus
MERCURE. 29
facile que je ne le puis dire ; & fion
cenfulte ceux qui font dans l'ufage de
faire des vers françois , ils conviendront
fans peine que la rime pour
l'ordinaire , eft ce qui les gêne & les
embaraffe le moins ; de forte que
M. Defpreaux a eu grande raifon de
dire dans fon art Poetique au fujet
de la rime .
Lorfqu'à la bien chercher d'abord on
s'évertuë ,
L'esprit à la trouver aifèment s'habituë;
Au joug de la raison fans peine elle
flechit ,
Et loin de la gêne„ la fert & l'enrichit.
S'il me falloit verifier , papiers fur
table , ce que j'ay dit du peu de préjudice
que la contrainte de la cadence
& de la rime, apporte à la verité, à la
beauté & à la grace des pensées ; je
n'en irois point chercher d'autre preuve,
que cet ouvrage même de M. Defpreaux
que je viens de citer , & que
je regarde comme le Poëme le plus
achevé que nous avons en noftre lan-
Cij
30 LE NOUVEAU
gue . Je trouve dans ce feul Poëme de
quoi prouver qu'il n'y a peut -être rien
qu'on ne puifle exprimer auffi heureufement
en vers qu'en profe. C'eſt
un ouvrage didactique , & par là même
, d'un caractere froid , & moins
fufceptible des agréments de la
Poefie,que toute autre efpece de Poëme.
C'est peu de dire qu'il n'y a pref
que rien de forcé , ni de foible dans
cet ouvrage , tout m'y paroift failė,
fi naturel , que je ne fçay pas comment
le Poëte auroit pu s'y prendre,
pour trouver des termes plus propres
& plus nobles que ceux qu'il a mis
en oeuvre. Je fais plus : Je Propole au
plus habile Profateur de prendre le
fonds de cet ouvrage & d'en mettre
les préceptes & les inftructions en
pure profe , & je le défie de le faire
plus intelligiblement , plus nettement
& plus naturellement que
Defpreaux ne l'a fait en vers .
S'apperçoit- on dans cet ouvrage
& dans la plupart de ceux du même
Auteur & de nos antres bons Poëtes ,
de cet air contraint & de cet appareil
de travail d'affectation , qu'on
MERCURE.
31
reproche tant ? Pour moy , fi j'ofe
dire ce queje penfe , je m'en apperçois
bien davantage dans des ouvrages
de profe , pleins d'efprit d'ailleurs
, mais dont le ftile me paroift
bien plus gené & plus affecté que celuy
de la Poëfie. Tel eft celuy de S.
Evremond en plufieurs de fes ouvrages
. Les mots y font prefque toujours
dans une attitude contrainte & forcée
; il faut fouvent aider à la lettre
pour les entendre , & je fuis perfuadé
que s'ils avoient la liberté de fe plaindre
, ils avouëroient qu'ils fe trouvent
bien plus en preffe & plus mal à
leur aife dans fa profe & dans d'autres
ouvrages pareils , qu'ils ne le
font dans les bons vers.
Heft für que la cadence & lagime
affujettit à une certaine meſure reglée
, qu'on appellera contrainte , fi
l'on veut , en ce que toute regle emporte
avec foy une forte de contrainte
; mais c'eft en quoi paroift la fuperiorité
du bon Poëte , de fçavoir
manier fi dextrement fon art ; qu'il
en fafle oublier la contrainte à fon
Le&eur ; qu'il obſerve la regle , fans
32 LE NOUVEAU
918
paroiftre s'eftre fait une affaire de
T'obferver ; que les termes fe trouvent
fi bien liez & fi naturellement
affortis enfemble , que cette union
femble plûtoft l'effet d'une rencontre
heureule , que le fruit d'une recherche
étudiée , & qu'enfin la rime
tombe fi jufte & fi à propos , qu'on
foit tenté de croire qu'elle ne s'y
trouve que par hafard , & parcequ'on
n'a pû l'éviter .
C'eft ce qui fait une forte d'illufion
qu'on peut regarder comme la fource
de cette multitude de mauvais Poctes
dont lePublic eft obfedé . Cet air d'aifance
que les bons Poëtes fçavent répandre
dans leursvers , a quelque cho⚫
fe de feduifant.Tout yparoît fi naturel
que le Lecteur , s'il n'eft fur fes gardes
, eft porté à prefumer qu'il ne
tiendroit qu'à luy ; d'en faire autant.
Ut fibi quivis fperet idem flaté de
cette agréable idée , il prend la plume
en main , & croit que les vers
vont couler comme la profe ; il n'y
a que l'experience qu'il fait du con-
* Horat. Art. Poet,
MERCURE.
traire, qui puiffe le détromper : fudet
multum , fruftraque laboret Aufus idem.
Le malheur eft que la plû--
part ne veulent pas eftre defabulez .
Toûjours leurrez par le charme fateur
des vers qu'ils admirent , ils en
trouvent toutes les beautez fi fort à
leur portée , qu'ils croyent y toûcher
déja , & qu'il leur en coûtera peu
d'efforts pour y atteindre .
Or ce charme & cet enchantement
dont la multitude des mauvais
Poetes nous fait trop voir, combien il
eft difficile de fe defendre , peut -il
être l'effet d'un langage bizarre & ef='
frayant , comme on veut bien l'appeller?
La bizarrerie a t'elle quelque
chofe de fi attrayant ? ce qui effraye,
eft-il propre à féduire , & à infpirer
tine envie fecrete de l'imiter ?
M. de Cambray apporte pour preuve
de cette bizarrerie prétendue , le
foin qu'on a d'éviter dans la Profe,la
cadence des vers , tant elle est peu propre
, dit-il , à flater l'oreille.
C'est à peu prés comme G pour
* Ibid.
34 LE NOUVEAU
Prouver, que la danfe eft bizarre , on
alleguoit le foin qu'on prend d'en
éviter les mouvemens & les attitudes
en marchant. Le meilleur danfeur du
monde paroiftroit ridicule , s'il obfervoit
dans fa démarche ordinaire,la
mefure & les inflexions qu'on auroit
admirées dans fa danfe . La profe &
les vers ont chacun une forte d'harmonie
qui leur eft propre. Si l'on évite
dans la profe celle qui convient aux
vers , ce n'eft pas qu'elle ne flatte l'oreille,
mais c'eft qu'elle ne la flate pas,
de la maniere qu'elle la doit fla er ;
& qu'il eft auffi mal de parler vers en
profe , que de parler profe en vers.
La cadence du vers loin d'avoir rien
de bizarre ou de choquant , a aucontraire
quelque chofe de finarurel , que
quand on compofe dans un ftile un
peu élevé, c'eft la premiere qui fe pré-
Tente d'abord à l'efprit ; & que de trés
habiles gens , faute d'être dans le
train de la Poefie , en ont efté la dupe ,
& ont laiffés échapper bien des hemiftiches
, & fouvent des vers entiers
dans leur profe; C'eft là ce qu'on peut
dire , qu'elle laffe , qu'elle fatigue ,
MERCURE. 35
qu'elle ennuye , parce qu'elle eft hors
de fa place , & non pas dans les vers
où elle doit fe trouver.
J'ai dans la cauſe que je défens ,
un avantage qui en juſtifie la bonté ;
c'est que nos adverfaires en font
réduits à fe contredire dans les reproches
qu'ils nous font . M. l'Abbé
de Pons , par exemple , nous déclare
qu'il y a quelque chofe dans les vers
qui le fatigue & qui l'ennuye. Mais
trois ou quatre pages aprés , il convient
que le poète nous plait , quoique
fouvent il nous parle avec moins
d'élegance que le profateur. Comment
ennuye.t - il, s'il plaiſt & comment
plaift-il , s'il ennuye ? Voilà un en.
nuy bien amufant & bien agréable !
Mais enfin à quoy impute-t- on cet
ennuy ? au retour importun de la rime,
à la repetition des mêmes nombres dans
chaque phrafe . Enfin à l'uniformité
perpetuelle qui régne dans les vers.
J'aurois peut- être eſté embarraſlé
à répondre à cette difficulté , & à
juſtifier la verſification d'un ennuy
qu'on prétend qu'elle devroit caufer
, quoyqu'on convienne qu'elle
36 LE NOUVEAU
ne le caule pas ; fi M. de Cambray
ne m'avoit fait appercevoir dans
- l'Analife qu'il fait de la conftru &tion
de la Phrafe Françoife , que la Profe
en nôtre langue pêche encore plus
du côté de cette uniformité , que les
vers , En effet que peut-on imaginer
de plus fimple & de plus uniforme
que cette conftruction ? * On veit tomjours
, dit- il , venir d'abord un nominatiffubftaniif
qui mine ſon adje &tif
comme par la main. Son verbe ne
manque pas de marcher derriere , fuivi
d'un adverbe qui ne souffre rien
entre deux , & le Regime appelle
auffitoft un accufatif qu'on ne peut déplacer
; c'est ce qui exclut toutefufpenfion
d'efprit , toute attente, toute
furprife , toute varieté , & fouvens
toute magnifique cadence. Voilà la
preuve que me fournit l'un de nos
adverfaires , fur l'uniformité conftante
& invariable de la construction
Françoile en Profe. Mais ne fe trouve-
t.elle pas la même dans les vers?
Non , & c'eft furquoi j'ai pour garant
notre autre adverfaire M. l'Abbé
* Reflex. fur la Rhet.
de
MERCURE.
37
de Pons . A l'égard des conftructions ;
dit- il , on accorde aux Poëtes le droit
de les varier un peu plus , que nefait la
Profe.
Nous voilà donc , de fon aveu même
, un peu plus au large de ce cofté
là , que les Profateurs, Nous, qu'on dépeint
comme des gens fi contraints & -
fi gênez dans leur marche. On s'eſt
bien douté que les Poetes ne manque.
roient pas de s'en prévaloir , comme
de raifon ; & c'eft pour cela qu'on
prend la précaution de les avertir
charitablement,de n'en point tirer de
vanité car , ajoûte M. l'Abbé de
Pons ce droit même attefte la mifere
de leur art ; Et nous , nous foûtenons
qu'il en montre la richefle & la beauté.
En quoy fait- on confifter cette mifere
prétendue de nôtre art . ? En ce que
pour fubvenir à fon beſoin, on a estéforcé
de faire plier laregie françoise qui
veut, qu'onfoulage l'attention par une
conftruction aisée, qui présente à quelque
›
*
Page 66.
Page 67.
D
38
LE
NOUVEAU
hofe près,lesidées dans leur ordre naturel.
Et nous , nous prétendons , non
pas qu'on a accordé aux Poëtes , car
nous fommes glorieux , & nous ne
voulons avoir obligation à perfonne ;
mais qu'ils fe font mis eux- mêmes &
de leur propre autorité, en poffeffion
d'un droit qui les fauvoit de cette
uniformité languiflante, qui eft excufable
dans la Profe , mais qui nous
a paru incompatible avec la grandeur
& la majefté des vers ; & c'est
par cette heureuſe hardieffe , digne
de l'élevation de leur génie , qu'ils
fe font mis en état de produire cette
fufpenfion d'efprit , cette attente , cette
Surprise , cette varieté & ces magnifiques
cadences , où felon M. de Cambray,
la Profe ne peut atteindre .
S'it eftoit vray que ce droit ne fût
accordé qu'à la mifere de notre art,
à titre de befoin , & fous le nom de
licence , nous éviterions autant qu'il
nous feroit poffible , de nous en fervir
, & foigneux de cacher noftre
mifere ; nous ne nous en fervirions
jamais qu'à la derniere extremité,
Loin de cela , nous évitons au conMERCURRE.
39
traire la conftruction naturelle de la.
Profe , comme un écueil , & nous regardons
toute Poëfie où cette conftruction
eft regulierement obfervée ,
plûtôt , comme la profe rimée , que
comme des vers .
Et pour ne point fortir de l'exemple
des vers de M. de la Motte , citez
par M. l'Abbé de Pons , où parlant
des trefors , il dit :
Du fein de la Terre entrouverte
Chers inftruments de notreperte ,
L'argent & tor font arrachez ;
On les tire de ces abifmes ,
Oùfage & prévoyant nos crimes
La nature les a cachez.
Il ne faut pas croire que ce foit la
neceffité de la mefure qui ait forcé M.
de la Motte , à renvoyer ces mots :
L'argent & l'or , au troifiéme vers,
& celui-ci , la nature au dernier , c'eſt
à dire , tous deux à la fin de la phrafe,
où ils fe trouvent. Il luy eftoit aifé , s'il
l'euft voulu , de les arranger , comme
ils le font dans la verfion qu'en a faite
en profe , M. l'Abbé de Pons ; mais
Dij
40 LE NOUVEA Ú
alors ce n'euft efté que de la profe rimée
; au lieu qu'ici ce font des vers.
Ces deux nominatifs qui font les objets
dominants des deux phraſes , &
comme les principaux perfonnages
du tableau , eftant renvoyez vers la
fin,produisent cette fufpenfion qui foutient
avec agrément l'attention de l'ef
prit , & qui par là le preferve de cer
ennuy qu'on nous reproche à tort , &
dont nos vers ne ſe défendent qu'en
évitant avec ſoin l'allure de la profe.
Nous fommes donc bien éloignez
de croire, comme M. l'Abbé de Pons,
que fi nous fuivions cette allure
* Nos vers n'en feroient que plus parfaits
; nousfommes perfuadez au contraire,
qu'ils en feroient moins vers ,
c'est à dire , moins ce qu'ils doivent
eftre , il ajoute que quand il en * tron_
ve une fuite nombreuse , dont les conftructions
pourroient eftre adoptéespar la
profe , il applaudit aupredige. Je luy
crie mercy fur cela , & je luy declare
Pag. 67.
Ibid,
MERCURE
41
qu'en mon particulier, l'ay toujours
tâché de faire des vers qui fuffent na.
turels ; inais que quelqu'estime que
je falle d'ailleurs de fon jugement , &
quelque paffion que j'eufle de meriter
en toute autre chofe fes applau
diffemens , je ferois tres fâché de les
meriter fur cet article de verfification , -
adoptable par la profe.
Quelque agrément que la rime
donne aux vers , nous ne nous tiendrions
pas aflez diftinguez des Profateurs
, fi nous n'en differions que par
cet endroit , qu'on nous reproche en--
core comme une fource d'ennui,par
l'uniformité de fa terminaiſon. S'il.
n'y avoit qu'une rime au monde , ou
que le nombre en fut fort borné , le
reproche feroit bien fonde ; mais il y
en a des milliers dans notre langue ,
& quand on fçait les varier , comme
le font les bons Poëtes , en les choififfant
de fons differents , loin que
ces terminaifons mifes comme en regard
, fatiguent & ennuyent , elles.
foulagent au contraire & délaffent
agréablement le Lecteur . M. de
Cambray eftoit d'avis qu'on nous
Diij.
42 LE NOUVEAU
mit un peu plus au large fur cet ar
ticle , mais à Dieu ne plaife , le parnaffe
a plus befoin d'eftre reformé en
cela ,, que d'eftre mitigé ; le Public y
perdroit auffi bien que nous , & une
pareille indulgence ne ferviroit qu'à
multiplier les mauvais Poëtes , & à
faire degenerer les bons.
De tout ce que j'ai dit ; il s'enfuit ,
que de quelque côté qu'on envifage
la conftruction des vers , il ne
s'y trouve rien qui ne doive plaire ,
& qui ne plaife en effet. Auffi nos Adverfaires
en conviennent- ils debonne
foy, & M. l'Abbé de Pons avouë luimême
qu'il eft dansl'illuſion la plus favorable
à l'art qu'il condamne & qu'il
eft fenfible aux graces des vers . Mais
ildéclare en même temps , que c'eft .
une illufion , qu'en cela même il eft
dupe , & qu'il a tort de s'y plaire.
Quel triomphe pour la Poëfie qu'un
pareil aveu quelle arrache de la plume
de fon ennemi , à qui elle plaift
même malgré lui ! Il appelle toute
fa raifon au fecours, pour fe deffendre
de ce charme qu'il nomme illufion
, il en recherche la fource , & au
MERCURE.
48
lieu de l'attribuer à l'élevation, à la
magnificence , à la varieté , à la hardielle
, au brillant , au merveilleux
des tours , des figures , des expreffions
; il aime mieux imaginer que
ce charme ne vient que de l'habitude .
Ce que je vois de conftant dans tout
ceci, c'eft que les vers plaifent. Pourquoi
plaifent- ils ? c'eft furquoi on devine
plûtôt qu'on ne raifonne . Tenons-
nous en donc à ce qui eft de
certain , & recevons la fatisfaction
que nous donnent les vers , fans les
aller chicaner mal- à - propos , fur le
plus ou le moins de droit qu'ils ont
de nous en donner. Les gens d'efprit
font toûjours ingenieux à fe tourmen.
ter eux-mêmes. Ce n'eft pas aflez
pour eux d'avoir du plaifir , ils veulent
encore en avoir fcientifique--
ment & dans les regles ; il faut qu'ils
creufent jufqu'à ce qu'ils ayent pû‹.
démêler , pourquoi ils en ont . He ,
Meffieurs , vous qui êtes fi ennemis
de la gêne & de la fervitude des vers,
pourquoi vous en procurez - vousune
inutile , même dans ce qui vous
plaift . Joüiflez , fans tant fubtilifer
"
44.
LE NOUVEAU
d'un plaifir auffi innocent , que celui
que vous offre l'harmonie des vers ;
& fongez , que les plaifirs de cette
trempe font fi rares & fi précieux ,
que loin de chercher à en diminuer
le nombre & à les effaroucher par
des réflexions importunes , on doit.
encore travailler à les multiplier .
E nouveau fiftême propofé par
M. l'Abbé de Pons fur le Poëme
Epique, n'excitera - t'il pas le zele &
l'émulation des difciples d'Ariftote ?
Il y va de leur honneur de ne pas
laiffer le temps à une fi dangereufe
nouveauté , de s'établir . Le morceau
que l'on vient de lire , ne traite
qu'une queftion incidente de la nouvelle
diflertation ; un ami des Mu--
;
fes juftement allarmé , vient de parler
pour la deffenfe de fes foyers..
Mais il ne doit pas encore demeurer
tranquile fur la foy de fon manifefte
; l'Adverfaire reviendra le mois
prochain à la charge , & fe promet
de mettre la queftion controverfée .
dans un jour fi évident , que perfonne
ne fera plus tenté de l'inerroger
fur cela à l'avenir.
Fermer
19
p. 174-176
A MONSIEUR DE LA MOTTE Sur les dernieres Fables qu'il recita à l'Academie Françoise.
Début :
De tous les lieux de son Domaine, [...]
Mots clefs :
Discours, Parnasse, Vérité, Colère, Élégance, Noblesse, La Motte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR DE LA MOTTE Sur les dernieres Fables qu'il recita à l'Academie Françoise.
A MONSIEUR DE LA MOTTE
Sur les dernieves Fables qu'il recita
à l'Academie Françoise. DE tous les lieux deson Domaine
- ,
Apollon fit hier convoquer
TOUJ.gens,frequcfltans l'Hypocréne, (Nulnecrut devoirymeMcjtttr. )
L(Ffq:lc chaqu'un ût pris sa place , Maints bèaux discours l'on debita;
Puis un des Menins du- Parnasse
, Fablesen vers nous recita :
Fables, de nom, car je puis dire,
Que c'étoientbelles-Veritez,
£$ue L'on apercevoit reluire
Sous d'agréablesfaussetez,.
Ovais, dit lorsÆsope en colére
3
Ce Drole a, ma foi, pirate >
C'estlàmon tour, c'est ma manière
,i->,-n.t_/?/•;?/?/c;?^•/?><té.
1 ; recoanon mon élegance,
*
Feynt Phèdre bri'^i't.e.-ncnty
/, v- 1 Ji ,.. "-,, .,..,
S !i-i-onencoreen France
A : c.\},'Í?n:;' é'.-'iAmn?** ?
G •: to:t: ri oaxMi If;eurs du Vic:1 a^e!
}):•.laF'jy'ta'KCy an tour h?ave'ix-,
]).¡;?S moi (If! ilal'{iVA::ta]S
n; z'ciis
retrouver tous les deux ;
():!,l. , a ti'l1 tgauit b1 addr/ia^e , h [•rotelie cjhc c'ep mo-i bien
,
C-:<n;nc:nparun nouvel ttfuge
,
Ce Asa!ois l\\-i-d renàu (len ?
Am? 7''f ra:.ï
,
de laNauare lpf,-: j'il;n"Ur; liberté:
Aïais il a fltr rmi,le La ï\,II./:- & la Ma:e;}/.
C 11}'i'';:r fn homme4? MU CI que,
I<-prit îl>.-t.re!)i>-c?ùr>i
Si', Vcrs-o<:!Li:ai 2['.il TI:,
• J; l'avo'':?()> ce) "*; t,
Asa:; e-i e ?\.ut>.>o a h a ¿':.f:fe,
l'..: ¡ ~": r -ïv'y•-~ 1.1:lt, fr-3 r :/ : !l -- j /1 ; f. --:-*7 7.
, r, : - v ,
,
~)..J .j' , :-.:< '
La Motte,ilfaut que ton Ouvrage
Au Parnasse fait imprimé.
Sur les dernieves Fables qu'il recita
à l'Academie Françoise. DE tous les lieux deson Domaine
- ,
Apollon fit hier convoquer
TOUJ.gens,frequcfltans l'Hypocréne, (Nulnecrut devoirymeMcjtttr. )
L(Ffq:lc chaqu'un ût pris sa place , Maints bèaux discours l'on debita;
Puis un des Menins du- Parnasse
, Fablesen vers nous recita :
Fables, de nom, car je puis dire,
Que c'étoientbelles-Veritez,
£$ue L'on apercevoit reluire
Sous d'agréablesfaussetez,.
Ovais, dit lorsÆsope en colére
3
Ce Drole a, ma foi, pirate >
C'estlàmon tour, c'est ma manière
,i->,-n.t_/?/•;?/?/c;?^•/?><té.
1 ; recoanon mon élegance,
*
Feynt Phèdre bri'^i't.e.-ncnty
/, v- 1 Ji ,.. "-,, .,..,
S !i-i-onencoreen France
A : c.\},'Í?n:;' é'.-'iAmn?** ?
G •: to:t: ri oaxMi If;eurs du Vic:1 a^e!
}):•.laF'jy'ta'KCy an tour h?ave'ix-,
]).¡;?S moi (If! ilal'{iVA::ta]S
n; z'ciis
retrouver tous les deux ;
():!,l. , a ti'l1 tgauit b1 addr/ia^e , h [•rotelie cjhc c'ep mo-i bien
,
C-:<n;nc:nparun nouvel ttfuge
,
Ce Asa!ois l\\-i-d renàu (len ?
Am? 7''f ra:.ï
,
de laNauare lpf,-: j'il;n"Ur; liberté:
Aïais il a fltr rmi,le La ï\,II./:- & la Ma:e;}/.
C 11}'i'';:r fn homme4? MU CI que,
I<-prit îl>.-t.re!)i>-c?ùr>i
Si', Vcrs-o<:!Li:ai 2['.il TI:,
• J; l'avo'':?()> ce) "*; t,
Asa:; e-i e ?\.ut>.>o a h a ¿':.f:fe,
l'..: ¡ ~": r -ïv'y•-~ 1.1:lt, fr-3 r :/ : !l -- j /1 ; f. --:-*7 7.
, r, : - v ,
,
~)..J .j' , :-.:< '
La Motte,ilfaut que ton Ouvrage
Au Parnasse fait imprimé.
Fermer
20
p. 130-133
A MADEMOISELLE DE LU, Sur une Elogue qu'elle a faite. FABLE ALLEGORIQUE.
Début :
Je me flate que M. le Chevalier de Saint Jory ne / Un jour à la Table des Dieux, [...]
Mots clefs :
Muse, Parnasse, Berger, Amour, Apollon, Querelle, Lyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE LU, Sur une Elogue qu'elle a faite. FABLE ALLEGORIQUE.
Je me flate que M. le Chevalier
de Saint Jory ne trouvera pas mauvais
que je revéle ici , qu'il eſt
l'Auteur de la piece ſuivante :
Sa modestie en pourra ſouffrir,mais
je ſuis perfuadé que quand il s'agit.
de piquer le goût du Lecteur , un
Ecrivainpériodique doit prendre un
peu ſur ſon compte certaines hardieſſes
, ſans lesquelles un Livre
comme le mien, ne pourroit fubfifter
long-tems . Il ſeroit à ſouhaiter
qu'on me fournit ſouvent de pareils
ſujets d'excuſe , je me chargerois
volontiers des réproches , pourvû
qu'il en revint debonnes piéces au
au Public.
DE JUILLET 131
A MADEMOISELLE
DELU ,
Sur une Eglogue qu'elle a faite.
FABLE ALLEGORIQUE.
Un jour à la Table des Dieux,
Onlût des Vers d'une Muse nouvelle
.
Ils parurent fi beaux à la Troupe
Immortelle,
Qu'on jugea qu'au Parnasse on ne rimoitpas
mieux.
Trop heureux , diſoit- on , & trop
digne d'envie ,
Le Berger qu'en ces Vers daigne
chanter Silvie?
Mais d'un Ouvrageſi parfait ,
D'où vient que l'Auteur &
l'Objet ,
Sous des noms empruntez se
cachent?
Je veux bien,dit l'Amour, qu'ils
Scachent ,
132
LE MERCURE
Quel'Amour l'utsigné, fi l'Amour
l'avoit fait:
Pourles punir , perçons ce Mistere
agréable.
Alors les condesſur la Table..
Chacun à reflechir defon mieux,travailla.
C'est celui-cy , c'est celle-là :
Onprend parti de la Voix & du
Ladispute s'allume, on s'obstine, on
Gefte,
conteste ,
Tel qui vouloit dire oùi , malignementdit
non ,
De ce nombrefut Apollon .
Enfin , de Lu, l'Amour tout en
colere,
Demande à parierque les Versfont
deVous.
Apollonfoûtient le contraire ;
Tout Rimeur est un peu jaloux ,
Je n'en connois point defincere.
La Querelle s'échauffe , on éleve la
Voix ;
1
On gage , on met au jeu la Lyre &
le Carquois ,
L'Amourgagna, Clio vous les avoit
vú faire. On
DE JUILLET. 133
Onfçait que le Dien de Cythere
N'estpas un modeste Vainqueur:
Allez , dit-il , d'un son moqueur
,
Allez, bel Apollon, réprendre chez
Admete
La panetiere & la boulete ,
Vous voilàfans emploi dans lefacré
Valon.
J'y suis ce que j'étois , répondit Apollon
;
Quoique ma Lyre t'appartienne,
J'irai men train , de Lu me prétera
lafienne..
Mais fil'Amour perdoit fon Carquois
&Ses Traits,
Errant à l'avanture
deformais ,
il . vivroit
Etsans Amis, &ſans Empire.
L'Amour un peu surpris , lui dit
d'un ton plus doux ,
Jepourrois à de Lu recourir , comme
vous ,
Elle a desyeux qui valent bien
SaLyre.
de Saint Jory ne trouvera pas mauvais
que je revéle ici , qu'il eſt
l'Auteur de la piece ſuivante :
Sa modestie en pourra ſouffrir,mais
je ſuis perfuadé que quand il s'agit.
de piquer le goût du Lecteur , un
Ecrivainpériodique doit prendre un
peu ſur ſon compte certaines hardieſſes
, ſans lesquelles un Livre
comme le mien, ne pourroit fubfifter
long-tems . Il ſeroit à ſouhaiter
qu'on me fournit ſouvent de pareils
ſujets d'excuſe , je me chargerois
volontiers des réproches , pourvû
qu'il en revint debonnes piéces au
au Public.
DE JUILLET 131
A MADEMOISELLE
DELU ,
Sur une Eglogue qu'elle a faite.
FABLE ALLEGORIQUE.
Un jour à la Table des Dieux,
Onlût des Vers d'une Muse nouvelle
.
Ils parurent fi beaux à la Troupe
Immortelle,
Qu'on jugea qu'au Parnasse on ne rimoitpas
mieux.
Trop heureux , diſoit- on , & trop
digne d'envie ,
Le Berger qu'en ces Vers daigne
chanter Silvie?
Mais d'un Ouvrageſi parfait ,
D'où vient que l'Auteur &
l'Objet ,
Sous des noms empruntez se
cachent?
Je veux bien,dit l'Amour, qu'ils
Scachent ,
132
LE MERCURE
Quel'Amour l'utsigné, fi l'Amour
l'avoit fait:
Pourles punir , perçons ce Mistere
agréable.
Alors les condesſur la Table..
Chacun à reflechir defon mieux,travailla.
C'est celui-cy , c'est celle-là :
Onprend parti de la Voix & du
Ladispute s'allume, on s'obstine, on
Gefte,
conteste ,
Tel qui vouloit dire oùi , malignementdit
non ,
De ce nombrefut Apollon .
Enfin , de Lu, l'Amour tout en
colere,
Demande à parierque les Versfont
deVous.
Apollonfoûtient le contraire ;
Tout Rimeur est un peu jaloux ,
Je n'en connois point defincere.
La Querelle s'échauffe , on éleve la
Voix ;
1
On gage , on met au jeu la Lyre &
le Carquois ,
L'Amourgagna, Clio vous les avoit
vú faire. On
DE JUILLET. 133
Onfçait que le Dien de Cythere
N'estpas un modeste Vainqueur:
Allez , dit-il , d'un son moqueur
,
Allez, bel Apollon, réprendre chez
Admete
La panetiere & la boulete ,
Vous voilàfans emploi dans lefacré
Valon.
J'y suis ce que j'étois , répondit Apollon
;
Quoique ma Lyre t'appartienne,
J'irai men train , de Lu me prétera
lafienne..
Mais fil'Amour perdoit fon Carquois
&Ses Traits,
Errant à l'avanture
deformais ,
il . vivroit
Etsans Amis, &ſans Empire.
L'Amour un peu surpris , lui dit
d'un ton plus doux ,
Jepourrois à de Lu recourir , comme
vous ,
Elle a desyeux qui valent bien
SaLyre.
Fermer
21
p. 141-149
EPITRE DE M. MICHEL A M. DE... POUR LE DETOURNER DE LA SATYRE.
Début :
Vif Ennemi de tout, Rimeur glacé, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Tableau, Parnasse, Auteur, Compliments, Censure, Mépris, Lauriers, Raison, Satire, Talent, Muse, Oraison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE M. MICHEL A M. DE... POUR LE DETOURNER DE LA SATYRE.
EPITRE DE M. MICHEL
A M. DE .
POUR LE DETOURNER DE LA SATYRE
If Ennemi de tout . Rimeur glacé,
Par qui j'ai vu de leur froide manie
Plus d'un Tableau fidellement tracé;,
142 LE MERCURE
Gentil Ami , de qui l'heureux génie
Peut efpérer d'être unjour remplacé ,
Sur le Parnaffe aux fonctions utiles
De feu Boileau ; quand cet Auteur prifè
Pour la Raifon, d'un chaud zele embrafé,
Vilipendoit tous ces Ecrits fertiles
Où le bonfens fe voit martyrisé.
Je vous écris , non quej'aye à vous rendre
Vos Complimens , & cet amas fucré
De doux propos dont m'avés fonpoûdré.
A tel retour , jà ne devez prétendre ;
Puifqu'entre nous regne fincérité ,
Commefavez; & s'il vous plaît , Beaufire,
Vousfuffira ce qu'elle m'a fait dire
Ez petits Vers par oùj'ai débuté:
Qu'ainfi ne foit: Naïve vérité
Toujours me plût , & fidéle à ſon culte ,
Son Oracle eft le feul que je confulte.
Quand de rimer par fois je fuis tenté,
Non moins que moi d'elle feule enchanté,
Vous dédaignez la foupleffe frivole
Des vain's Flateurs ; & pour être écouté,
Il ne faut pas qu'un Ami vous cajole :
Si qu'avec vous , on peut impunément
Rifquer cenfure libre fentiment :
Tout an rebours de cette Seite habile
Qui fe croyant la vûë affez fubtile , *
D'OCTOBRE. 143
Four pénétrer dans l'objet le plus fin ,
N'eut onc befoin des yeux defon voisin.
Que tels Docteurs ayent vuidé leur
cervelle
De quelque écrit qui s'enfit arracher ;
Vous les verrez tout prets à fe fácher ,
Au moindre endroit de la Piéce nouvelle ,
O vôtrelime ofera s'attacher :
Vainement donc votre main les harcelle
Far traits fréquens ; vainement pretentelle
Les corriger à force de mépriss
Et me déplait , s'il faut queje le dife ,
Que voussoyezfifortement êpris
Du faux honneur de punir leur fotife.
Loin de vouloir contr'eux nous fignaler ,
Tachons fans plus de ne point reffembler
A telle Race ; & contens qu'on nous toüe,
Laiffons crier un Corbeau qui s'enrouë :
Mais , qui penfant mieux chanter qu'Apollon
,
Vent croaffer dans fon facré Vallon ;
Et que me fait à moi qu'un Fât écrive
MalgréMinerve , & que Phoebus le prive
Defes Lauriers? Que m'importe aprés tout
Que dans fes Vers cet aveugle fe mire ?
Pourquoy vouloir que mon fecours eti re
De fon erreur ; fouffrons - là juſqu'au
bouti
144 LE MERCURE
,
Et par pitié, permettons qu'il s'admire ye
Sans mecharger , cruel Defenchanteur
De lui ravir un plaifir fédulleur :
Le feul peut- être , auquel il foit fenfible ::
Pour tel Malade il n'eft remede aucun
Deffous les Creux , dont l'effet foit planfible
:
Soyez fincere ou flateur , c'est tout un,
Dès qu'une fois un Auteurfans mérite ,.
Seft prévenu qu'on devoit l'admirer ,
Quiconque veut lui parler vrai , l'irrite ;
Et l'on ne gagne à vouloirl'éclairer ,
Qu'unfot mépris , une haine intrattable
De peu d'effet ; mais toûjours redoutable.
Je crainsfortpeu, direz- vous , leurs tranfparts
Et ma raifon fe fait à les poursuivre
Certain plaifir dont la douceur l'enyore ,
Et qui n'engage à braver leurs efforts ,
Où font les traits dont ils peuvent m'atteindre
:
Au demeurantje ne puis me contraindre ,
Unfot m'aigrit & me met en humeur;
Afesdépens il faut que je m'égaye ,
Des qu'il paroit ,je le marque à ma craye ,
Et je me livre . Ony ,je connois l'ar-c
deur ,
Quifur ce point vous emporte à mèdire;
En vous reluit cet efprit fétulant ,
Qui
D'OCTOBRE. 145
Qui dans un coeurfait germer la Satyre ;
Mais cet efprit , infortuné Talent ,
De tous les dons que nous fait la Natu
Eft le feul Don indigne de nos voeux ,
Et qu'ilfied bien de laiſſer fans culture.
Que j'aime à voir un Auteur généreux
De tout bon mot fuir l'appas dangereux !
Ne fe permettre enfa Verve prudente
Aucun écart d'une bile mordante ;
D'un trait malin mépriser le fuccès ,
Vivre fans fiel & libre des accès
Qui font hair une Mufe impudente
De la Satyre ignorer les excès.
Tous ces difcours , dites- vous , font fort
fages ,
Mais toutesfois, on vit dans tous les âges ,
En dépit d'eux , s'armer de grands Auteurs
Du mauvais goût ardens Inquifitenrs ,
Et d'Apollon embraffant la vengeance ;
Perfécuter la rimaillenfe engéance :
Et , dites-moi , fi ces rares Efprits,
Si Juvenal , Defpreaux, Perfe , Horace ,
A cette engeance eûffent fait plus de grace.
Nous ferions donc fruftrés de leurs
Ecrits ....
Oh, quel malheur pour les Races futures ?
Quand moins farcis d'orgueillenfes Cen--
Jure's ,
On les verroit réduits aux autres traits
Octobre 1717
N
146 "
LE MERCURE
Quifont bonneur à leur Mufe Critique ;
Mais vous enfin , dont la Verve Cauftique
De fa malice afait d'heureux effais
Et qui déjafier de cet avantage ,
De Defpreaux convoités l'Heritage :
Vous qui penfes que draperfans quartier,
Un pauvre Auteur est unfi beau métier:
Interrogés nos Maîtres en Satyre ,
Ces Profeffeurs du grand Art de médire,
Vous avoueront le malheur de leur choix,
Ils vous diront qu'au bout de la Carriére ,
Tentés cent fois de marcher en arriere ,
Ils ont eux-mêmes abhorré leurs exploits
Et detefté les fruits de leur étude ;
Que devenus malins par habitude
Leur main fouvent lâcha d'injuftes traits
Et que par eux la Raifon offenfée .
Sur le Rapport de l'équité bleffée
Plus d'une fois fit caffer leurs Arrêts ;
Ils vous diront que le dignefalaire ,
Que remporta leur Mufe arbitraire ,
Fut de n'avoir , entourés d'Ennemis ,
Nul Partifan , nuls fincéres amis ,
C'est le deftin de quiconque fe moule
Sur ces Auteurs & mon Sermon ne roûle
Que fur ce point , le plus digne de tous
D'être pefé : Non , ce n'est point l'eftime
Dug and effort, Partage légitime ,
Qui de nos biens doit faire leplus doux ,
D'OCTOBRE. 147
Et le Sçavoirfut- il plus vafte en vous ;
·Euffies- vous fait une moiſſon plusgrande
Que Scaliger on Pic de la Mirande ;
Votre génie eût- il l'heureux pouvoir ,
Avec legoût d'accorder lefçavoir ;
Si pour autrui né facheux , infenfible ,
L'injufte orgueil vous rend inacceffible;
Si votre coeur ne peut être foûmis
Au jong charmant d'une amitié fincère ;
·S peu touché de fe voir fans amis ,
Il ne connoît ni l'Art fi néceffaire
De les garder, ni le fecret d'en faire :
Vous n'êtes rien qu'un vil Monftre , &
pour moy
Vôtre mérite eft hors de bas- aloy.
Dans le commerce indigne de paroître
Avec le coeur qui devon ne point naître ,
Ne vives pas plus long-temsfous nos yeux;
Au fond des bois , nouvel Anachorette ,
Parmi les Ours cherchez une retraite ;
Drgne héritier de nos premiers Ayeux ,
Auffifarouche & plus criminel qu'eux ,
Ou bienfemblable à ce hideux Cynique ,
Flean des fiens & l'horreur de l'Attique
· Dans un Tonneau retranché jusqu'an
dents ,
>
‹ Delà , s'il faut, aboyés les Paffants.
Maisfiniffons , j'aperçois votre Mufe
Rire des foins où la mienne s'amufe .
Nij
.148 LE MERCURE
Et n'opofer enguife de raison ,
Que fon penchant à ma longue Oraiſon.
Eh bien allez ? Sans crainte de l'orage ,
Embarquez vous & bravez le naufrage ?
De votre courfe, inutile témoin,
A vos périls j'affifierai de loin ;
Et nepouvant par l'exemple d'un autre ,
Vous retenir contre un penchat trop doux,
Mesyeux vengés veront aumoinslevôtre,
Servir aux gens plus dociles que vous :
Vous m'allez dire & c'eft vôtre réponse ,
Qu'ici j'ai tort de vous entretenir
De mes frayeurs , & que je vous annonce
Un peu trop tôt une douleur à venir :
Vous prétendezembraffer la Satyre ,
Eftre à l'abri des maux qu'elle s'attire ;
Et par prudence évitant tout écueil
De préjugés , d'injustice, & d'orgueil;
Bien moins Cenfeur d'autrui que de vousmême,
Vous vous ferés, un important Systême ,
De ne jamais donner prife au Bêtail
Dont vous aurez blafonné le travail ,
De n'attaquer dans les écrits des autres
Que des travers incõnus dans les vôtres.
Soit à ce prix : Je vous livre les fots ,
De leurs chifons , nettoyés le Parnaffe ;
Bien entendu que vos traits feront grace
A leur perfonne , en blámant leurs dèfans.
D'OCTOBRE." 149
Le Dieu des Fers , dont les regards propices
De votre veine ont haié les premices;
Et les neufSoeurs à qui plaît vôtre encens ,
Vont prefider à vos travaux naiffants :
Plus glorieux pourtant , fi ma doctrine
Mettant unfrein à verre humeur chagrine,
Vousfaut choifir, en changeant de Métier,
Un autre champ où cueillir du Laurier.
A M. DE .
POUR LE DETOURNER DE LA SATYRE
If Ennemi de tout . Rimeur glacé,
Par qui j'ai vu de leur froide manie
Plus d'un Tableau fidellement tracé;,
142 LE MERCURE
Gentil Ami , de qui l'heureux génie
Peut efpérer d'être unjour remplacé ,
Sur le Parnaffe aux fonctions utiles
De feu Boileau ; quand cet Auteur prifè
Pour la Raifon, d'un chaud zele embrafé,
Vilipendoit tous ces Ecrits fertiles
Où le bonfens fe voit martyrisé.
Je vous écris , non quej'aye à vous rendre
Vos Complimens , & cet amas fucré
De doux propos dont m'avés fonpoûdré.
A tel retour , jà ne devez prétendre ;
Puifqu'entre nous regne fincérité ,
Commefavez; & s'il vous plaît , Beaufire,
Vousfuffira ce qu'elle m'a fait dire
Ez petits Vers par oùj'ai débuté:
Qu'ainfi ne foit: Naïve vérité
Toujours me plût , & fidéle à ſon culte ,
Son Oracle eft le feul que je confulte.
Quand de rimer par fois je fuis tenté,
Non moins que moi d'elle feule enchanté,
Vous dédaignez la foupleffe frivole
Des vain's Flateurs ; & pour être écouté,
Il ne faut pas qu'un Ami vous cajole :
Si qu'avec vous , on peut impunément
Rifquer cenfure libre fentiment :
Tout an rebours de cette Seite habile
Qui fe croyant la vûë affez fubtile , *
D'OCTOBRE. 143
Four pénétrer dans l'objet le plus fin ,
N'eut onc befoin des yeux defon voisin.
Que tels Docteurs ayent vuidé leur
cervelle
De quelque écrit qui s'enfit arracher ;
Vous les verrez tout prets à fe fácher ,
Au moindre endroit de la Piéce nouvelle ,
O vôtrelime ofera s'attacher :
Vainement donc votre main les harcelle
Far traits fréquens ; vainement pretentelle
Les corriger à force de mépriss
Et me déplait , s'il faut queje le dife ,
Que voussoyezfifortement êpris
Du faux honneur de punir leur fotife.
Loin de vouloir contr'eux nous fignaler ,
Tachons fans plus de ne point reffembler
A telle Race ; & contens qu'on nous toüe,
Laiffons crier un Corbeau qui s'enrouë :
Mais , qui penfant mieux chanter qu'Apollon
,
Vent croaffer dans fon facré Vallon ;
Et que me fait à moi qu'un Fât écrive
MalgréMinerve , & que Phoebus le prive
Defes Lauriers? Que m'importe aprés tout
Que dans fes Vers cet aveugle fe mire ?
Pourquoy vouloir que mon fecours eti re
De fon erreur ; fouffrons - là juſqu'au
bouti
144 LE MERCURE
,
Et par pitié, permettons qu'il s'admire ye
Sans mecharger , cruel Defenchanteur
De lui ravir un plaifir fédulleur :
Le feul peut- être , auquel il foit fenfible ::
Pour tel Malade il n'eft remede aucun
Deffous les Creux , dont l'effet foit planfible
:
Soyez fincere ou flateur , c'est tout un,
Dès qu'une fois un Auteurfans mérite ,.
Seft prévenu qu'on devoit l'admirer ,
Quiconque veut lui parler vrai , l'irrite ;
Et l'on ne gagne à vouloirl'éclairer ,
Qu'unfot mépris , une haine intrattable
De peu d'effet ; mais toûjours redoutable.
Je crainsfortpeu, direz- vous , leurs tranfparts
Et ma raifon fe fait à les poursuivre
Certain plaifir dont la douceur l'enyore ,
Et qui n'engage à braver leurs efforts ,
Où font les traits dont ils peuvent m'atteindre
:
Au demeurantje ne puis me contraindre ,
Unfot m'aigrit & me met en humeur;
Afesdépens il faut que je m'égaye ,
Des qu'il paroit ,je le marque à ma craye ,
Et je me livre . Ony ,je connois l'ar-c
deur ,
Quifur ce point vous emporte à mèdire;
En vous reluit cet efprit fétulant ,
Qui
D'OCTOBRE. 145
Qui dans un coeurfait germer la Satyre ;
Mais cet efprit , infortuné Talent ,
De tous les dons que nous fait la Natu
Eft le feul Don indigne de nos voeux ,
Et qu'ilfied bien de laiſſer fans culture.
Que j'aime à voir un Auteur généreux
De tout bon mot fuir l'appas dangereux !
Ne fe permettre enfa Verve prudente
Aucun écart d'une bile mordante ;
D'un trait malin mépriser le fuccès ,
Vivre fans fiel & libre des accès
Qui font hair une Mufe impudente
De la Satyre ignorer les excès.
Tous ces difcours , dites- vous , font fort
fages ,
Mais toutesfois, on vit dans tous les âges ,
En dépit d'eux , s'armer de grands Auteurs
Du mauvais goût ardens Inquifitenrs ,
Et d'Apollon embraffant la vengeance ;
Perfécuter la rimaillenfe engéance :
Et , dites-moi , fi ces rares Efprits,
Si Juvenal , Defpreaux, Perfe , Horace ,
A cette engeance eûffent fait plus de grace.
Nous ferions donc fruftrés de leurs
Ecrits ....
Oh, quel malheur pour les Races futures ?
Quand moins farcis d'orgueillenfes Cen--
Jure's ,
On les verroit réduits aux autres traits
Octobre 1717
N
146 "
LE MERCURE
Quifont bonneur à leur Mufe Critique ;
Mais vous enfin , dont la Verve Cauftique
De fa malice afait d'heureux effais
Et qui déjafier de cet avantage ,
De Defpreaux convoités l'Heritage :
Vous qui penfes que draperfans quartier,
Un pauvre Auteur est unfi beau métier:
Interrogés nos Maîtres en Satyre ,
Ces Profeffeurs du grand Art de médire,
Vous avoueront le malheur de leur choix,
Ils vous diront qu'au bout de la Carriére ,
Tentés cent fois de marcher en arriere ,
Ils ont eux-mêmes abhorré leurs exploits
Et detefté les fruits de leur étude ;
Que devenus malins par habitude
Leur main fouvent lâcha d'injuftes traits
Et que par eux la Raifon offenfée .
Sur le Rapport de l'équité bleffée
Plus d'une fois fit caffer leurs Arrêts ;
Ils vous diront que le dignefalaire ,
Que remporta leur Mufe arbitraire ,
Fut de n'avoir , entourés d'Ennemis ,
Nul Partifan , nuls fincéres amis ,
C'est le deftin de quiconque fe moule
Sur ces Auteurs & mon Sermon ne roûle
Que fur ce point , le plus digne de tous
D'être pefé : Non , ce n'est point l'eftime
Dug and effort, Partage légitime ,
Qui de nos biens doit faire leplus doux ,
D'OCTOBRE. 147
Et le Sçavoirfut- il plus vafte en vous ;
·Euffies- vous fait une moiſſon plusgrande
Que Scaliger on Pic de la Mirande ;
Votre génie eût- il l'heureux pouvoir ,
Avec legoût d'accorder lefçavoir ;
Si pour autrui né facheux , infenfible ,
L'injufte orgueil vous rend inacceffible;
Si votre coeur ne peut être foûmis
Au jong charmant d'une amitié fincère ;
·S peu touché de fe voir fans amis ,
Il ne connoît ni l'Art fi néceffaire
De les garder, ni le fecret d'en faire :
Vous n'êtes rien qu'un vil Monftre , &
pour moy
Vôtre mérite eft hors de bas- aloy.
Dans le commerce indigne de paroître
Avec le coeur qui devon ne point naître ,
Ne vives pas plus long-temsfous nos yeux;
Au fond des bois , nouvel Anachorette ,
Parmi les Ours cherchez une retraite ;
Drgne héritier de nos premiers Ayeux ,
Auffifarouche & plus criminel qu'eux ,
Ou bienfemblable à ce hideux Cynique ,
Flean des fiens & l'horreur de l'Attique
· Dans un Tonneau retranché jusqu'an
dents ,
>
‹ Delà , s'il faut, aboyés les Paffants.
Maisfiniffons , j'aperçois votre Mufe
Rire des foins où la mienne s'amufe .
Nij
.148 LE MERCURE
Et n'opofer enguife de raison ,
Que fon penchant à ma longue Oraiſon.
Eh bien allez ? Sans crainte de l'orage ,
Embarquez vous & bravez le naufrage ?
De votre courfe, inutile témoin,
A vos périls j'affifierai de loin ;
Et nepouvant par l'exemple d'un autre ,
Vous retenir contre un penchat trop doux,
Mesyeux vengés veront aumoinslevôtre,
Servir aux gens plus dociles que vous :
Vous m'allez dire & c'eft vôtre réponse ,
Qu'ici j'ai tort de vous entretenir
De mes frayeurs , & que je vous annonce
Un peu trop tôt une douleur à venir :
Vous prétendezembraffer la Satyre ,
Eftre à l'abri des maux qu'elle s'attire ;
Et par prudence évitant tout écueil
De préjugés , d'injustice, & d'orgueil;
Bien moins Cenfeur d'autrui que de vousmême,
Vous vous ferés, un important Systême ,
De ne jamais donner prife au Bêtail
Dont vous aurez blafonné le travail ,
De n'attaquer dans les écrits des autres
Que des travers incõnus dans les vôtres.
Soit à ce prix : Je vous livre les fots ,
De leurs chifons , nettoyés le Parnaffe ;
Bien entendu que vos traits feront grace
A leur perfonne , en blámant leurs dèfans.
D'OCTOBRE." 149
Le Dieu des Fers , dont les regards propices
De votre veine ont haié les premices;
Et les neufSoeurs à qui plaît vôtre encens ,
Vont prefider à vos travaux naiffants :
Plus glorieux pourtant , fi ma doctrine
Mettant unfrein à verre humeur chagrine,
Vousfaut choifir, en changeant de Métier,
Un autre champ où cueillir du Laurier.
Fermer
22
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
Un Ecrivain du Mercure doit se féliciter, lorsque sa bonne [...]
Mots clefs :
Écrivain, Fortune, Dissertation, Réflexions, Poésie française, Parnasse, Versification
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT - PROPOS.
N Ecrivain du Mercure doit
fe féliciter , lorfque fa bonne fortune
lui fait tomber entre les mains , des
Piéces du mérite de celle que je préfente
au commencement de ce Recueil. Quand
je ferois mystére de cacher ici le nom de
celui à qui j'en fuis redevable , un Lecteur
de goût devineroit fans peine ,
autant par le tour vif& aifé de la Phra-
Je , que par l'ordonnance de la Matiére,
que ce ne peut être que le R.P.du Cercean.
,
Si les Piéces de cet ingénieux Auteur
que j'ai inférées dans les Mercures
précédens, ont fait un des principaux ornemens
de cet Ouvrage périodique
j'augure tout au moins auſſi favorablement
de cette nouvelle
Differtation ;
fous le titre de Réfléxions fur la
Poefie Françoife , &c. Lamatiére qu'il
y traite , eft trop intéreffante & maniée
trop
délicatement , pour qu'on ne foit
pas tenté d'en défirer lafuite avec quelqueforte
d'impatience . Les jeunes gens
Sur-tout , qui avec du génie & du con-
A ij
AVANT - PROPOS.
rage , tournent leurs vûës du côté du
Parnaffe François , auront le plaifir d'y
faire des Découvertes, par le moyen defquelles
ils marcheront bien plus fûrement
en bien moins de tems , que
s'ils n'avoient pas eftéguidés par un auſſi
habile Conducteur : Ils fçauront éviter
par les confeils réfléchis qu'il leur propofe
, une infinité de dangers poëtiques,
qui comme antant d'écueils, font échouer
la plupart de nos Poëmes , tant Epiques
que Dramatiques ; faute d'être foûtenus
par une bonne verfification. Ils apprendront
que la Céfure & la Rime , &
même le Jargon Poetique , ne fuffisent
pas pour conftruire des Vers hureux.
!
Que pour y réuffir , il doit entrer dans
leur compofition on arrangement , béaucoup
d'autres parties effentielles , qui en
produifent tout le charme & l'agrément :
"C'eft ce qu'il leur fera aifé de reconnoître
dans la lecture qu'ils en vont faire,
N Ecrivain du Mercure doit
fe féliciter , lorfque fa bonne fortune
lui fait tomber entre les mains , des
Piéces du mérite de celle que je préfente
au commencement de ce Recueil. Quand
je ferois mystére de cacher ici le nom de
celui à qui j'en fuis redevable , un Lecteur
de goût devineroit fans peine ,
autant par le tour vif& aifé de la Phra-
Je , que par l'ordonnance de la Matiére,
que ce ne peut être que le R.P.du Cercean.
,
Si les Piéces de cet ingénieux Auteur
que j'ai inférées dans les Mercures
précédens, ont fait un des principaux ornemens
de cet Ouvrage périodique
j'augure tout au moins auſſi favorablement
de cette nouvelle
Differtation ;
fous le titre de Réfléxions fur la
Poefie Françoife , &c. Lamatiére qu'il
y traite , eft trop intéreffante & maniée
trop
délicatement , pour qu'on ne foit
pas tenté d'en défirer lafuite avec quelqueforte
d'impatience . Les jeunes gens
Sur-tout , qui avec du génie & du con-
A ij
AVANT - PROPOS.
rage , tournent leurs vûës du côté du
Parnaffe François , auront le plaifir d'y
faire des Découvertes, par le moyen defquelles
ils marcheront bien plus fûrement
en bien moins de tems , que
s'ils n'avoient pas eftéguidés par un auſſi
habile Conducteur : Ils fçauront éviter
par les confeils réfléchis qu'il leur propofe
, une infinité de dangers poëtiques,
qui comme antant d'écueils, font échouer
la plupart de nos Poëmes , tant Epiques
que Dramatiques ; faute d'être foûtenus
par une bonne verfification. Ils apprendront
que la Céfure & la Rime , &
même le Jargon Poetique , ne fuffisent
pas pour conftruire des Vers hureux.
!
Que pour y réuffir , il doit entrer dans
leur compofition on arrangement , béaucoup
d'autres parties effentielles , qui en
produifent tout le charme & l'agrément :
"C'eft ce qu'il leur fera aifé de reconnoître
dans la lecture qu'ils en vont faire,
Fermer
23
p. 48-49
EPITRE A Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur son Idille des Hirondelles, inserée dans le premier Volume du Mercure de Decembre 1730.
Début :
N'Allez point vous fâcher de ce qu'un inconnu [...]
Mots clefs :
Épître, Mlle de Malcrais de la Vigne, Hirondelles, Idylle, Parnasse, Apollon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur son Idille des Hirondelles, inserée dans le premier Volume du Mercure de Decembre 1730.
EPITRE
A Mile de Malcrais de la Vigne , du
Croisic en Bretagne , sur son Idille des
Hirondelles , inserée dans le premier Volume
du Mercure de Decembre 1730 .
N'Allez point vous facher de ce qu'un inconnu
Sans quelque aveu de vous ose ainsi vous écrire ,
Donnez - vous la peine de lire ,
Vous lui pardonnerez quand vous aurez tout lû..
On est zelé quand on estime ;
Clidamis vous l'apprit ; le dirai - je en passant >-
Votre Hirondelle nous l'apprend .
C'est par vous que l'amour avec la raison rime
Ah ! que l'on aime la raison
-
Quand ce Dieu lui fait sa leçon !
Mais je reviens bien vîte au motif qui m'anime
Il vous regarde de trop près.
Je crains qu'en ce moment sur vos jours on n'át→
tente ;
Votre Hirondelle , helas ! cette Idille charmante
Vous fait sur le Parnasse un terrible procés..
Vous
JANVIER. 1731. 49
Vous sçaurez qu'elle est parvenuë
En droite ligne au Mont facré ;.
Apollon après l'avoir luë
Aux doctes Soeurs a déclaré
Qu'il nommoit sa dixiéme Muse:
L'aimable & digne de Malcrais ;
C'est le plus juste des Arrêts ..
Chacune cependant est comme une „ Méduse ;;
On ne voit plus que des serpens
En place des lauriers qui leur ceignoient la tête ,
Et j'ai lû sur leurs fronts et dans leurs yeux ar
dens
Contre vous tout ce qui s'apprête.
La jalouse fureur porte par tout leurs pas ;
Une femme est alors capable de tout faire ;
Plus d'un Neftor l'a dit ; mais je ne le crois pas,
Quoiqu'il en soit , on doit prevenir leur colere :
L'avis est important ; voyez ce qu'il faut faire ; .
Mais s'il y falloit joindre & mon zele & mes
soins ,
De mon foible pouvoir je romprois la limite
Pour rendre vos yeux les témoins
Du cas que je fais du mérite.
Carrelet d'Hauteculle.
A Mile de Malcrais de la Vigne , du
Croisic en Bretagne , sur son Idille des
Hirondelles , inserée dans le premier Volume
du Mercure de Decembre 1730 .
N'Allez point vous facher de ce qu'un inconnu
Sans quelque aveu de vous ose ainsi vous écrire ,
Donnez - vous la peine de lire ,
Vous lui pardonnerez quand vous aurez tout lû..
On est zelé quand on estime ;
Clidamis vous l'apprit ; le dirai - je en passant >-
Votre Hirondelle nous l'apprend .
C'est par vous que l'amour avec la raison rime
Ah ! que l'on aime la raison
-
Quand ce Dieu lui fait sa leçon !
Mais je reviens bien vîte au motif qui m'anime
Il vous regarde de trop près.
Je crains qu'en ce moment sur vos jours on n'át→
tente ;
Votre Hirondelle , helas ! cette Idille charmante
Vous fait sur le Parnasse un terrible procés..
Vous
JANVIER. 1731. 49
Vous sçaurez qu'elle est parvenuë
En droite ligne au Mont facré ;.
Apollon après l'avoir luë
Aux doctes Soeurs a déclaré
Qu'il nommoit sa dixiéme Muse:
L'aimable & digne de Malcrais ;
C'est le plus juste des Arrêts ..
Chacune cependant est comme une „ Méduse ;;
On ne voit plus que des serpens
En place des lauriers qui leur ceignoient la tête ,
Et j'ai lû sur leurs fronts et dans leurs yeux ar
dens
Contre vous tout ce qui s'apprête.
La jalouse fureur porte par tout leurs pas ;
Une femme est alors capable de tout faire ;
Plus d'un Neftor l'a dit ; mais je ne le crois pas,
Quoiqu'il en soit , on doit prevenir leur colere :
L'avis est important ; voyez ce qu'il faut faire ; .
Mais s'il y falloit joindre & mon zele & mes
soins ,
De mon foible pouvoir je romprois la limite
Pour rendre vos yeux les témoins
Du cas que je fais du mérite.
Carrelet d'Hauteculle.
Fermer
Résumé : EPITRE A Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur son Idille des Hirondelles, inserée dans le premier Volume du Mercure de Decembre 1730.
L'épître est adressée à Mile de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, et traite de son œuvre 'Idille des Hirondelles' publiée dans le premier volume du Mercure de décembre 1730. L'auteur inconnu exprime son admiration pour le travail de Mile de Malcrais, soulignant l'harmonie entre l'amour et la raison. Il manifeste une inquiétude pour la sécurité de Mile de Malcrais, craignant des menaces en raison du succès de son œuvre. L'auteur rapporte que l''Idille des Hirondelles' a été acclamée par Apollon, qui l'a déclarée digne d'être sa dixième Muse, suscitant ainsi la jalousie des autres Muses. Comparées à Méduse, elles voient des serpents à la place de lauriers. L'auteur met en garde contre la fureur jalouse des femmes et offre son soutien pour protéger Mile de Malcrais. L'épître est datée de janvier 1731 et signée Carrelet d'Hauteculle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
24
p. 299-301
Le Nouvelliste du Parnasse, [titre d'après la table]
Début :
LE NOUVELLISTE DU PARNASSE, Brochure in 12. chez Chaubert, Quay [...]
Mots clefs :
Nouvelliste, Parnasse, Ouvrage périodique, Journalistes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Nouvelliste du Parnasse, [titre d'après la table]
LE NOUVELLISTE DU PARNASSE,
Brochure in 12. Chez Chaubert , Quay
des Augustins.
Ce sont des Lettres qui paroissent tous
les. Lundis de chaque Semaine , où l'on
porte divers jugemens sur tous les Ouvrages
nouveaux. Il a déja paru cinq
Eij оц
300 MERCURE DE FRANCE
1
ou six de ces Lettres , qui font croire que
ce petit Ouvrage périodique se continuera
; il est entrepris par quatre differens
Auteurs . On dit dans l'Avertissement
, que pour n'avoir en rien l'air de
Journalistes , on évitera avec soin de faire
des Extraits de Livres , mais on en fera
des autres Ouvrages d'esprit , &c. le stile
enjoué et picquant de ces Lettres doit les
faire lire avec plaisir. L'Article suivant
se lit à la page dix- neuf de la premiere
Lettre.
Brochure in 12. Chez Chaubert , Quay
des Augustins.
Ce sont des Lettres qui paroissent tous
les. Lundis de chaque Semaine , où l'on
porte divers jugemens sur tous les Ouvrages
nouveaux. Il a déja paru cinq
Eij оц
300 MERCURE DE FRANCE
1
ou six de ces Lettres , qui font croire que
ce petit Ouvrage périodique se continuera
; il est entrepris par quatre differens
Auteurs . On dit dans l'Avertissement
, que pour n'avoir en rien l'air de
Journalistes , on évitera avec soin de faire
des Extraits de Livres , mais on en fera
des autres Ouvrages d'esprit , &c. le stile
enjoué et picquant de ces Lettres doit les
faire lire avec plaisir. L'Article suivant
se lit à la page dix- neuf de la premiere
Lettre.
Fermer
Résumé : Le Nouvelliste du Parnasse, [titre d'après la table]
La brochure 'Le Nouveliste du Parnasse', publiée par Chaubert, est une série de lettres hebdomadaires évaluant des ouvrages récents. Rédigées par quatre auteurs, elles évitent les extraits de livres pour ne pas sembler journalistiques. Leur style est enjoué et piquant. La première lettre contient un article à la page dix-neuf.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
25
p. 2964-2969
COMBAT DE LA PROSE ET DE LA RIME. Donné sur le Parnasse, le 2 Juin 1730.
Début :
Dans le fond du sacré Vallon [...]
Mots clefs :
Prose, Rime, Parnasse, Apollon, Orateurs, Romanciers, Terreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMBAT DE LA PROSE ET DE LA RIME. Donné sur le Parnasse, le 2 Juin 1730.
COMBAT DE LA PROSE
ET DE LA RIME.
Donné sur le Parnasse , le 2 Juin 1730.
Dans le fond du sacré Vallon
Se donna bataille importante ,
Sous le bon plaisir d'Apollon :
Ce fut en l'an mil sept cens trente.
La Prose n'étoit pas contente >
dit-on :
Et la Rime encor moins ,
Prose vouloit que de la Tragedie
Fussent chassés les Vers rimés ;
Rime vouloit qu'elle en fut toute ourdie :
L'une étoit fiere , et l'autre étoit hardie ,
Voilà deux coeurs bien animés !
Coeurs feminins ne sont si-tôt calmés. -
Chacune d'elles se provoque ,
Tant qu'enfin pour un prompt combat ,
Gens Prosateurs , gens de rime on convoque
Pour terminer ce 'grand débat.
De son côté Prose range en Bataille
Les Orateurs , les Romanciers ,
? Tant modernes que devanciers ;
t
II. Vol.
No
DECEMBRE. 1731. 2969
Ne furent pris que ceux de haute taille ,
Comme le sont les Houdarts , les Flechiers ,
Acoutrés de leur jacquemaille
Avec les Balzacs , les Daciers ,
Et le reste vaille que vaille ,
Tels que Goujats furent mis les derniers.
Fier Don Quichot , d'avantures avide ,
La pris pour leur Chef , pour leur guide
Bien se flattoit , monté sur son Grison.
De mettre Rime à la raison.
De l'autre part , on voit aussi la rime:
De ses Héros la troupe rassembler.
Cet Escadron faisoit trembler ,
Tant il avoit l'air à l'escrime !
La plume en main , le nez au vent ,
Chaque rimeur sur son Pegaze ,
Plein du saint dépit qui l'embraze ,
Court , galope et vole en avant ;,,
On n'avoit pris des rimeurs que l'élite ,
Tous gens qu'un tel débat irrite
On avoit laissé les Pradons ,.
Les Martignacs , les Duriers , les Gacons
Aux rangs derniers , lieu d'où prennent la fuite
Bien plus aisément les Poltrons ,
S'étoient offerts de la fiere Angleterre.
Quelques Poëtes Prosateurs ,
Mais on craignit qu'en cette Guerre
H..Vol. Ciij
Ils
2966 MERCURE DEFRANCE
Ils ne dévinssent déserteurs.
Donc l'Escadron des rimeurs s'achemine ;
Pour Chefs il avoit deux Guerriers
Déja couverts de cent lauriers
C'étoit et Corneille et Racine ;
La Prose pálit , à la mine
De ces deux Paladins si fiers.
Sur front Cornelien éclate
Je ne sçai quoi de sublime et de grand ;
Là pour son Pompée on le prend ,
Racine , pour son Mitridate ,
Tant ils ont l'air et tendre et conquerant.
Voilà donc que nos deux armées
Sont en presence et déja sous le feu ,
La Prose tremblotoit un peu ,
La Rime voit , comme pigmées ,
Ses Ennemis , s'en fait un jeu .
C'est donc alors qu'on entre en danse
Que de part et d'autre on se lance
Un million des plus terribles traits ;
Corneille frappant de fort près ,
Faisoit réculer l'éloquence :
Rime le battoit en cadence.
Bien assenoit ses coups , Prose jamais ;
Corneille visoit à la tête ,
Et Racine donnoit au coeur :
inspiroient la pitié , la terreur ;
1, Vol.
Jamais
DECEMBRE 1731. 2967
Jamais on ne vêt télle fête ,
Tel carillon , telle rumeur :
Alors la Prose épouvantée ,
Et par la Rime à demi culbutée ,
Au Dieu du Parnasse a recours.
Ah ! prête - moi , dit- elle , ton secours !
Le Dieu vient , la sauve , il exige ,
Pour maintenir et la paix , et leurs droits ,
Que très-pomptement on rédige
Sur Parchemin , par articles , ses loix :
Je le veux , dit- il , qu'on transige
Or , ces articles. Les voicy.
Rapportons - les en racourcy ;
Je prétends , dit- il , que la Prose
Pas ne se mêle d'autre chose ,
Que de la Chaire et du Barreau ;
Et qu'au Théatre elle ait la bouche close
Condamnons le projet nouveau ,
De prosaïser Tragedie -
Voulons , pour garder l'ancien us ,
Que seulement en Comédie.
Elle conserve cet abus ? 41
Voulons aussi , qu'au Barreau ni qu'en Chaire
Rimeurs ne soient si témeraires
Que de rimer Sermons et Plaidoyers •
Si non passer pour Pradons , pour Boyers ,
Ou pour Tragiques à l'Angloise
H. Vol..
Ciiij
> -
Qui
1968 MERCURE DE FRANCE
Qui trop cruels de la moitié ,
Négligeant l'Art , ne leur déplaise ,
Inspirent plus d'horreur que de pitié”,
Font en Vers blancs enrager Melpomene ,
De voir le vice revêtu
Sur leur licentieuse scene
Des parures de la vertu ..
Laissons - les donc cothurner à leur guise
Et seulement , de peur qu'on prosaïse
La Tragedie , agissons vivement
Four Substitut contre cette entreprise ,
Prenons Voltaire ... afin que promptement
S'éxecute mon réglement ? »
Et pour qu'il use de main mise.
Contre qui trop avidement
Embrasseroit aveuglement
Le préjugé de la Tamise ?
Dorc , enjoignons au Tragique Arroüet-
D'amener sur la double cime ,
Qui conque écrit contre la Rime ? .
que des Muses le joüet Pour
Sa honte lave au moins son crime.
our qu'y voyant le noble et juste pri
Que Melpomene offre à Voltaire ,
Il rime , comme il le sçait faire ,
Et que de même ardeur épris ,
sçache l'art d'éffrayer et de plaire ,
II. Vol.
D'ate
DECEMBRE 1731. 2969
D'attendrir la Cour et Paris ;
Qu'enfin quittant un parti témeraire ,
Il force la Prose à se taire
Dans tous les Tragiques Ecrits..
Datté du Camp près l'hypocrène ,
Signé, du sang des morts et des blessés ,
Pleurés les pauvres Trépassés ,
Quoi que Turbateurs de la scene ::
Fait ce deux Juin , et paraffé
Jour , où la Rime a triomphé..
ET DE LA RIME.
Donné sur le Parnasse , le 2 Juin 1730.
Dans le fond du sacré Vallon
Se donna bataille importante ,
Sous le bon plaisir d'Apollon :
Ce fut en l'an mil sept cens trente.
La Prose n'étoit pas contente >
dit-on :
Et la Rime encor moins ,
Prose vouloit que de la Tragedie
Fussent chassés les Vers rimés ;
Rime vouloit qu'elle en fut toute ourdie :
L'une étoit fiere , et l'autre étoit hardie ,
Voilà deux coeurs bien animés !
Coeurs feminins ne sont si-tôt calmés. -
Chacune d'elles se provoque ,
Tant qu'enfin pour un prompt combat ,
Gens Prosateurs , gens de rime on convoque
Pour terminer ce 'grand débat.
De son côté Prose range en Bataille
Les Orateurs , les Romanciers ,
? Tant modernes que devanciers ;
t
II. Vol.
No
DECEMBRE. 1731. 2969
Ne furent pris que ceux de haute taille ,
Comme le sont les Houdarts , les Flechiers ,
Acoutrés de leur jacquemaille
Avec les Balzacs , les Daciers ,
Et le reste vaille que vaille ,
Tels que Goujats furent mis les derniers.
Fier Don Quichot , d'avantures avide ,
La pris pour leur Chef , pour leur guide
Bien se flattoit , monté sur son Grison.
De mettre Rime à la raison.
De l'autre part , on voit aussi la rime:
De ses Héros la troupe rassembler.
Cet Escadron faisoit trembler ,
Tant il avoit l'air à l'escrime !
La plume en main , le nez au vent ,
Chaque rimeur sur son Pegaze ,
Plein du saint dépit qui l'embraze ,
Court , galope et vole en avant ;,,
On n'avoit pris des rimeurs que l'élite ,
Tous gens qu'un tel débat irrite
On avoit laissé les Pradons ,.
Les Martignacs , les Duriers , les Gacons
Aux rangs derniers , lieu d'où prennent la fuite
Bien plus aisément les Poltrons ,
S'étoient offerts de la fiere Angleterre.
Quelques Poëtes Prosateurs ,
Mais on craignit qu'en cette Guerre
H..Vol. Ciij
Ils
2966 MERCURE DEFRANCE
Ils ne dévinssent déserteurs.
Donc l'Escadron des rimeurs s'achemine ;
Pour Chefs il avoit deux Guerriers
Déja couverts de cent lauriers
C'étoit et Corneille et Racine ;
La Prose pálit , à la mine
De ces deux Paladins si fiers.
Sur front Cornelien éclate
Je ne sçai quoi de sublime et de grand ;
Là pour son Pompée on le prend ,
Racine , pour son Mitridate ,
Tant ils ont l'air et tendre et conquerant.
Voilà donc que nos deux armées
Sont en presence et déja sous le feu ,
La Prose tremblotoit un peu ,
La Rime voit , comme pigmées ,
Ses Ennemis , s'en fait un jeu .
C'est donc alors qu'on entre en danse
Que de part et d'autre on se lance
Un million des plus terribles traits ;
Corneille frappant de fort près ,
Faisoit réculer l'éloquence :
Rime le battoit en cadence.
Bien assenoit ses coups , Prose jamais ;
Corneille visoit à la tête ,
Et Racine donnoit au coeur :
inspiroient la pitié , la terreur ;
1, Vol.
Jamais
DECEMBRE 1731. 2967
Jamais on ne vêt télle fête ,
Tel carillon , telle rumeur :
Alors la Prose épouvantée ,
Et par la Rime à demi culbutée ,
Au Dieu du Parnasse a recours.
Ah ! prête - moi , dit- elle , ton secours !
Le Dieu vient , la sauve , il exige ,
Pour maintenir et la paix , et leurs droits ,
Que très-pomptement on rédige
Sur Parchemin , par articles , ses loix :
Je le veux , dit- il , qu'on transige
Or , ces articles. Les voicy.
Rapportons - les en racourcy ;
Je prétends , dit- il , que la Prose
Pas ne se mêle d'autre chose ,
Que de la Chaire et du Barreau ;
Et qu'au Théatre elle ait la bouche close
Condamnons le projet nouveau ,
De prosaïser Tragedie -
Voulons , pour garder l'ancien us ,
Que seulement en Comédie.
Elle conserve cet abus ? 41
Voulons aussi , qu'au Barreau ni qu'en Chaire
Rimeurs ne soient si témeraires
Que de rimer Sermons et Plaidoyers •
Si non passer pour Pradons , pour Boyers ,
Ou pour Tragiques à l'Angloise
H. Vol..
Ciiij
> -
Qui
1968 MERCURE DE FRANCE
Qui trop cruels de la moitié ,
Négligeant l'Art , ne leur déplaise ,
Inspirent plus d'horreur que de pitié”,
Font en Vers blancs enrager Melpomene ,
De voir le vice revêtu
Sur leur licentieuse scene
Des parures de la vertu ..
Laissons - les donc cothurner à leur guise
Et seulement , de peur qu'on prosaïse
La Tragedie , agissons vivement
Four Substitut contre cette entreprise ,
Prenons Voltaire ... afin que promptement
S'éxecute mon réglement ? »
Et pour qu'il use de main mise.
Contre qui trop avidement
Embrasseroit aveuglement
Le préjugé de la Tamise ?
Dorc , enjoignons au Tragique Arroüet-
D'amener sur la double cime ,
Qui conque écrit contre la Rime ? .
que des Muses le joüet Pour
Sa honte lave au moins son crime.
our qu'y voyant le noble et juste pri
Que Melpomene offre à Voltaire ,
Il rime , comme il le sçait faire ,
Et que de même ardeur épris ,
sçache l'art d'éffrayer et de plaire ,
II. Vol.
D'ate
DECEMBRE 1731. 2969
D'attendrir la Cour et Paris ;
Qu'enfin quittant un parti témeraire ,
Il force la Prose à se taire
Dans tous les Tragiques Ecrits..
Datté du Camp près l'hypocrène ,
Signé, du sang des morts et des blessés ,
Pleurés les pauvres Trépassés ,
Quoi que Turbateurs de la scene ::
Fait ce deux Juin , et paraffé
Jour , où la Rime a triomphé..
Fermer
Résumé : COMBAT DE LA PROSE ET DE LA RIME. Donné sur le Parnasse, le 2 Juin 1730.
Le 2 juin 1730, un affrontement littéraire entre la Prose et la Rime se déroula sur le Parnasse sous la supervision d'Apollon. La Prose, mécontente, cherchait à exclure les vers rimés des tragédies, tandis que la Rime voulait les y intégrer. Chaque camp rassembla ses partisans : la Prose réunit des orateurs et des romanciers, et la Rime mobilisa ses meilleurs poètes, dirigés par Corneille et Racine. Les deux armées s'affrontèrent dans un échange intense. Corneille et Racine, chefs des rimeurs, impressionnèrent par leur maîtrise. La Prose, effrayée, fit appel à Apollon, qui intervint pour rétablir la paix. Il édicta des lois stipulant que la Prose devait se limiter à la chaire et au barreau, et ne pas interférer avec les tragédies. La Rime, quant à elle, ne devait pas rimer sermons ou plaidoyers. Voltaire fut désigné pour faire respecter ces règles, et Jean-Baptiste Rousseau fut puni pour avoir écrit contre la Rime. Le combat se conclut par la victoire de la Rime, officialisée par un document signé du sang des blessés et des morts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
26
p. 706-707
A M. FOURMONT, En lui envoyant un Ouvrage en Vers.
Début :
O Vous, en qui délicatesse innée, [...]
Mots clefs :
Parnasse, Lyre, Essai
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. FOURMONT, En lui envoyant un Ouvrage en Vers.
A M. FOURMONT,
En lui envoyant un Ouvrage en Vers:
Vous , en quí délicatesse innée ,
Et d'agrément raison assaisonnée ;.
Önt fait ici tant d'illustres amis,
Sur mon talent , Fourmont, daignez m'instruire ;
Puis-je au Parnasse esperer d'être admis. ?
Dois-je accorder, ou démonter ma Lyre !!
Tel est le sort des Enfans d'Apollon ,.
Ou tout ou rien , ou Voltaire , ou Gacon...
Prêtez- moi donc vos yeux pour me connoître ;
Si par les fleurs on peut juger des fruits ::
Vous pouvez bien sur le peu que je suis
Juger aussi de ce que je dois être ;
C'est là-dessus que j'attens vos avis ;
Sans doute aussi , vos amis , gens d'élite ,
Verront l'Essay , si l'Essay le mérite ;
Mais à quoi bon recueillir tant de voix -
Si vous pouvez , sans courir par la Ville ,
>
En
AVRIL 1732. 707
En un seul lieu le montrer à la fois ,
A* Quinte-Curce, à Sophocle , à Virgile.
*M. de Voltaire.
En lui envoyant un Ouvrage en Vers:
Vous , en quí délicatesse innée ,
Et d'agrément raison assaisonnée ;.
Önt fait ici tant d'illustres amis,
Sur mon talent , Fourmont, daignez m'instruire ;
Puis-je au Parnasse esperer d'être admis. ?
Dois-je accorder, ou démonter ma Lyre !!
Tel est le sort des Enfans d'Apollon ,.
Ou tout ou rien , ou Voltaire , ou Gacon...
Prêtez- moi donc vos yeux pour me connoître ;
Si par les fleurs on peut juger des fruits ::
Vous pouvez bien sur le peu que je suis
Juger aussi de ce que je dois être ;
C'est là-dessus que j'attens vos avis ;
Sans doute aussi , vos amis , gens d'élite ,
Verront l'Essay , si l'Essay le mérite ;
Mais à quoi bon recueillir tant de voix -
Si vous pouvez , sans courir par la Ville ,
>
En
AVRIL 1732. 707
En un seul lieu le montrer à la fois ,
A* Quinte-Curce, à Sophocle , à Virgile.
*M. de Voltaire.
Fermer
Résumé : A M. FOURMONT, En lui envoyant un Ouvrage en Vers.
L'auteur adresse une lettre à M. Fourmont en avril 1732, lui envoyant un ouvrage en vers. Il admire la délicatesse de Fourmont et sollicite son avis sur son talent poétique. Il compare son dilemme à celui des enfants d'Apollon, entre succès et échec. L'auteur espère que Fourmont jugera son œuvre et attend également les avis des amis de Fourmont, des personnes d'élite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
27
p. 707-725
SECONDE LETTRE d'un Professeur de l'Université de Paris, à un Principal de Province, sur le Bureau Typographique.
Début :
Je viens présentement, Monsieur, à l'Abregé que nous donne [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Professeur de l'Université de Paris, Parnasse, Charlatans, Buriver, Réformateurs, Personnages, Badineries, Poème
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE d'un Professeur de l'Université de Paris, à un Principal de Province, sur le Bureau Typographique.
SECONDE LETTRE dun Professeur
de l'Université de Paris , à un Principal
de Province , sur le Bureau Typographyque.
JauE viens présentement , Monsieur , à l'Abregé´
que nous donne le Buraliste de la petite Piece
du Professeur de Seconde , intitulée , Le Parnasse
réformé, ou Apollon à l'Ecole , qu'on pourroit
aussi nommer la Critique des Charlatans de la
menuë Litterature. Or afin que vous puissiez
mieux juger si cet abregé est exact et si la censure
de notre Docteur Abecediste est raisonnable , je
vais vous exposer d'abord le sujet de ce petit Dra
me, auquel il a jugé à propos de donner lui seul le
nom de Farce. La chose ne me sera pas difficile ,
puisque, malgré le secret synderetique recommandé aux Acteurs , je n'ai pas laissé d'avoir communication des Personnages , surtout de celui de Buriver....
Occasion et Sujet de la Piece.
Le jeudi 22. Août dernier , au College du Ples
sis-Sorbonne , à la fin de la Répresentation ordinaire de la Tragedie et avant la distribution des
Prix , onjoua cette petite Piece qui est d'environ
huit cent Vers. Elle est de la composition de Meta
708 MERCURE DE FRANCE
M. le Beau, Regent de Seconde, et a été applaus die par l'Assemblée qui étoit , comme de coûtume, très nombreuse et composée de toutes sortés de personnes d'élite. La nouveauté du sujet ,
jointe à la maniere dont il est traité, causa de fréquentes acclamations , et bien des personnes d'esprit et de distinction , avoüoient ingénument que
depuis long-temps elles n'avoient tant ri. Il est clair que l'Auteur a prétendu tourner en ridicule
les gens à systême , qui depuis environ vingt ans
ne sont occupez qu'à parler et à écrire contre les
Colleges , à en décrier la maniere d'enseigner , et à louer la leur sans mesure et sans retenue.
Ceux qui sont l'objet principal de la Critique
se réduisent à trois ou quatre. 1º . Celui , qui à
l'aide d'une Machine de bois appellée Bureau Ty
pographique ou Imprimerie en Colombier , et divisée en 180. Logettes ou Boulins , prétend enseigner à unenfant toutes sortes de Langues et tou--
res les Sciences , comme il s'en vante lui même,-
sur tout à la page 62. de sa 4º. Lettre . Ce Personnage est nommé Buriver. 2 ° . Celui qui par sa
Regle Monosyllabique ad et son unique leçon d'une demie heure , ne promet rien moins que de
mettre un Septiéme en état de faire la leçon
aux autres et de leur expliquer toutes sortes d'Auteurs Latins. C'est lui qui est appellés
Mr de la Minute. 3 °. Celui qui veut que les
Nourrices mêmes enseignent le Latin, et qui pour
faire gouter et apprendre plus facilement et plus
agréablement les lettres de l'Alphabeth aux enfans , conseille de leur faire avaler des Lettres de
Pain d'Epice , est nommé M. de l'Enthimeme.
4. Le Restaurateur et Réformateur des Gloses
interlineaires , qui ne fait pas un personnage à
part , mais à qui se rapportent ces six Vers de la seconde Scene De-
AVRIL. 1732. 709
De peur que vieux Auteurs, Hebreux , Grecs , on Latins,
› N'osent se soulever et faire les mutins ,
On les menace tous , s'ils ne veulent se taire ,
D'un supplice nommé Glöse Interlineaire ;
Oùgênez, empallez , difloquez , pourfendus ,
De leurs meilleurs amis ils seront méconnus.
Ces trois Réformateurs , Buriver , M. de la
Minute et de l'Enthimeme , avec Thibaud , Menuisier , et les trois Dieux , Jupiter , Apollon ets
Momus , sont en tout sept Personnages ou Acteurs qui parlent dans ce petit Drame, divisé en,
huit Scenes , dont voici le contenu.
Dans la première paroît Jupiter , qui étant tout étourdi du tintamare et du frácas des marteaux et
des Rabots dont onse sert pour fabriquer des Bu- reaux Typographiques , descend du Ciel sur le Parnasse pour voir ce que c'est , et dit avoir dépêché Mercure vers sonfils Apollon , pour avoir
là- dessus quelque nouvelle certaine.
Dans la seconde Scene Momus échappé des
Charlatans de la menuë Litterature , entre sur le
Théatre en courant , sans appercevoir Jupiter ,
qui l'oblige à s'arrêter et à lui dire de point en
point la raison du tapage qu'il entend sur le Pars
nasse. Momus la lui explique ainsi.
Jefumois dans un coin ma pipe d'ambroisie , ·
De mille mots confus la barbare énergie ,
Mefrappe tout-à-coup , Candiac , Cassetin ,
Blictric , bonnet picqué , Colombier , Magazin.”
Te cours de ce côté : si j'ai bonne memoire , ›
Je
710 MERCURE DE FRANCE
Je vais vous retracer ici toute l'histoire.
Unhomme pale , sec , monté sur deux treteaux ,.
Faisoit le diable à quatre , et chargé d'écriteaux ,
Crioit desonfaucet ; Orvietan specifique
Logico-Physico , Graco- Typographique
Antidote. d'erreur et de prévention ,
Par le moyen duquel sans application ,
Un enfant de deux ans , voire de deux semaines ,
Peut apprendre en joüant trois ou quatre douzaines
D'Arts liberaux Hebreu , Syriaque , Chinois ,
Arabe, Provençal, Grec , Picard, Ilinois,
ĽA, Bé, Cé réformé, pilotage , Chimie,
Lejeu de l'Oye, Algebre , Histoire , Astronomiez
Point de Livre sur tout , l'enfant enfera; mais
Il ne lira jamais que ceux qu'il aurafaits.
Devant notre homme étoit une Table magique,
Qu'il nomme par honneur , Table Encyclopedique.
Sur la Table regnoit un joli Colombier ,
Etiqueté par tout de morceaux de papier.
Chaque Boulin caré, large et long d'une carte ,
Niche aulieu de Pigeon , mainte belle Pancarte. ~
La les Suppins galans et les Conjugaisons ,
Dans ces compartimens de petites maisons ,
Sur leur Carte couchez d'une encre non pareille ,
Gisent en attendant que l'enfant les éveille.
Enfin , l'enfant parut avec un tablier ;
Notez cepoint, Seigneur , ear depuis le soulier ;
Jusqu'au boutdu bonnet tout tient dans ce systême ,
•
, .
L'Auteur
AVRIL. 1732.
751
L'Auteur du Tablier fit le patron lui-même ;
Et cet hommeplaisant et d'agréable humeur,
L'appelle joliment Barette de Docteur.
Momuscontinuant de raconter ce qu'il a vû, les
trois Charlatans sont amenez sur la Scene à point
nommé et d'une maniere très-vrai - semblable.
Car Jupiter ayant dit : oh la belle couvée !
Eh! commentpeuvent- ils sçavoir mon arrivée ?
Momus répond :
Ils ont des Espions , vous dis-je , en tout endroit ,
Et puis à vous cacher 1 vous n'êtes pas adroit.
1
Dans la troisiéme Scene paroissent donc les
trois nouveaux Méthodistes qui demandent à Jupiter la Ferme des Sciences et des Beaux- Arts.
Buriver , dont le personnage nous a été commu
niqué en entier , parle ainsi :
Le Seigneur Jupiter est un très-galant homme ,
Je l'estimai toujours ; maisje ne sçais pas comme,
Unpere peut si mal élever ses enfans
Ils sont pour la plupart ineptes , ignorans ,
En bécare , en bémol. En un mot pour tout dire ...
Je gage qu'Apollon même ne sçait pas lire:
Ne sçaitpas lire? Non. Je veux pour votre honneur,
MoiBuriver , en faire un prodige , unDocteur;
Si deux ans seulement , sans nulle redevances,
Vous me voulez donner la Ferme des Sciences ;
Oui , je réformerai le Parnasse , et cela,
Sans Livre aucun , sinon ce jeu de Cartes-là.
Il tire des Cartes de sa poche,
712 MERCURE DE FRANCE
Momus , en s'avançant vers lui ,
Honneur à l'As de Pique.
Buriver.
Ehpoint de mommerie;
Parlez raison , Momus , une fois en la vie.
Ces Cartes sur leur dos portent mon Alphabet.
Tenez, lisez d'un ton intelligible et net.
Momus prend les Cartes et lit:
A. bé. cé. dé. e. fé.....fé?
Buriver.
Cela vous étonne?
Momus.
C'est ef apparemment.
Buriver.
Voyez comme il raisonne
Mais monpetit ami , dites- vous pas bé, dé?
Sans doute.
Momus.
Buriver se fachant..
Ehpourquoi donc ne direz-vous pasfé
Vous prétendez dans bé transposer la voyelle,
Pourquoi , pourquoi dans efse préposera-t'elle ?
Quelabus ? quelle erreur ? quelle stupidité ?
Moije veux redresser cette inégalité.
Je veux comme Amadis , courir toute la Terre ,
Au vulgaire alphabet ,faire une illustre guerre :
Da Lance aupoing, à pied, on s'il veut à cheval,
Lui
AVRIL. 1732 713
Lui faire confesser qu'il n'est qu'un animal;
Et dans tout le Païs de la Litterature ,
L'envoyerfaire aveu de sa déconfiture
Il jette Momus à terre.
Momus couché par terre et embrassant
le pied de Buriver.
Dom Alphabeticos , genereux Chevalier ,
Réparateur des torts ; je suis vaincu , quartier.
Modereles transports de ton ardente bile ,
Je blâme comme toi la voyelle incivile.
Buriver ôte son pied.
Je suis ton prisonnier.
Momus saute sur son dos.
Ce maudit turlupix
Buriver.
Laissez-moi , finissez,
Jupiter fait finir à Momus ses badineries , ets
P'envoye chercher Apollon , à la décision duquel
il remet toute cette affaire. Jupiter dans la quatriéme Scene adresse la parole aux trois contendans , et leur dit :
Messieurs , votreprojet me semble merveilleux ;
Mais ce projet pour vous est un peu périlleux.
Je connois Apollon , pour vous parler sans feinte,
Il est un peu mutin et sujet à la quintė.
Le pauvre Marsias le traita d'ignorant,
Il l'écorcha tout vif; s'il enfaisoit autant ,
Malgré vos grands secrets , votre litterature ,
Vous
714 MERCURE DE FRANCE
Pous seriez, ce me semble, en mauvaise posture.
Chacun des trois répond à son tour et de la'
maniere qui convient à son caractere. Buriver dit :
Pour moije ne crains rien , et ma Philosophie,.
Me met seul à l'abri des craintes de la vie.
Après tout , Apollon n'est pas un querelleur ,
Et c'estun ignorant d'une fort douce humeur.
Je l'ai dit quelque part , et la pensée est belle.- 1
Si contre mon Projet l'Univers se rebelle ,
Je m'en étonne , aussi c'est un projet tout d'or ;·´
Et s'il le reçoit bien . je m'en étonne encor ;
Maisla Race future à son tour étonnée ,
Exaltant mes efforts , dira dans telle année ,
ParutJean Buriver , un dédale nouveau ,
Incomparable Auteur du merveilleux Bureau,
Qui rabattit l'orgueil des Sciences antiques ,
Et des Arts liberaux fit des Arts mécaniques.
Par lui le Savetier gai sur son tabouret ,
Peut en Hebreu siffler ainsi qu'un Massoret ;
Par lui les Perroquets , les Linottes , les Merles ;
Sçavent parler latin comme enfiler des perles.
Ah! s'il eût plus vécu , l'on eût par ses secrets ,
Viparler les Boiteux et marcher les Muets.
Voilà ce qu'on dira ; me nommant Trismegiste ,
Ou l'Hercule gaulois ; et le Chronologiste , ·
Frappé de mon grand nom oubliera son dîné ,
Pour sçavoir à quelle heure , en queljour je suis néEt
AVRIL. 173.2. 715
Et les petits garçons instruits à ma maniere ,
Feront sur mon tombeau l'école buissonniere.
Pour depareils honneures, oui , je m'exposerai.
Au milieu du Parnasse , ici je dresserai ,
Ma Table, mes Boulins , mes Cartes , mon Systême
En dépit d'Apollon et de la raison même;
Si les Muses en corps osent me chicanner,
Je les empêcherai bien-tôt de raisonner.
Je vous prendrois Talie , Euterpe , Calliope,
Et les amenuisant à grands coups de varlope.
Chacune en son Boulinje vous les taperois ,
Et la montrantle col , écarquillant les doigts ,
CommePigeons patus , ces Déesses si fieres ,
Apprendront à parler le jargon des Volieres.
Cependant dans la cinquiéme Scene arrive
Apollon , que Momus , par ordre de Jupiter ,
avoit mis au fait , en lui expliquant les trois Systêmes , et lui contant en chemin toute l'affaire
sur quoi il devoit prononcer. Il se contente donc
de leur faire expliquer tour-à-tour les utilitez de
leurs Systêmes.lls disent tous des choses plus ridicules les unes que les autres.
Buriver.
Pour les utilitez que contient mon Ouvrage,
J'en vois trois cens dix-huit, quelque peu davantage.
Primo. J'ai remarqué que les jeunes enfans ,
Entre les mains de qui l'on met des Rudimens ,
Marmotant leurs leçons et dodinant la tête,
Mangent leur Livre ains que pâtez de Requêtes.
J'ai
716 MERCURE DE FRANCE
î
J'ai vu même un enfant qui n'étant qu'à bonus,
Avoit déja mangé musa , vir , Dominus.
Je vous laisse àpenser si c'est viande indigeste ;
Et quatre mois après il eut mangé le reste.
Momus.
Comment! il avala les cinq déclinaisons ?
Buriver.
Baste ! et Noms et Pronoms , quatre Conjugaisons,
Syntaxe, tout étoit passépar l'Esophage.
Vous voyez comme moi , quel étrange ravage,
Fit dans son estomac ce mets empoisonneur ,
Plus coriace encor qu'un sac de Procureur.
Moi , toujours attentifau bien de la Patrie ,
Pour rompre les effets de cette fantaisie,
Je m'évertue et dis trouvons des Rudimens,
Durs, solides , massifs , à l'épreuve des dents.
DesRudimens de bois ; et sur cette pensée ,
Bientôt de mon Bureauje meformai l'idée.
Secundo. Dans le cours de mes Refléxions ,
Carje suis très-fécond en Observations ,
Je voyois que l'enfant par coûtume abusive,
Pour tourner les feuillets consumoit sa salive ,
Et dessechoit par là tous les sucs nourriciers ,
Qui de sonpetit corps arrosent les sentiers.
La chose meparut d'un préjudice extrême ;
Je rêvai là-dessus , et me dis à moi-même,
Invente, Buriver, quelque Livre nouveau,
DuqueL
AVRIL. -17320 717
Duquel tous les feuillets se rangent de niveau ;
L'enfant de sa leçon verra tout l'étalage,
Sans se mouiller le pouce et sans tourner la page.
Fe restaifort long- temps à rêver sur ce point.
Tout ce queje trouvois ne me contentoit point ;
Enfin , par un effort de l'imaginative ,
Quej'ai, sans vanité , très- brillante et très-vive ,
Je m'avisai qu'un Jeu de Cartes dePiquet
Venoit comme de cire à remplir mon Projet.
Les Cartes à present sont le livre à la mode ;
C'est des honnêtes gens le Digeste et le Code.
Leursprécieux feuillets volans et détachez,
-Tout le longd'un Bureau l'un de l'autre approchez ,
N'auront pour se tourner aucun besoin du pouce.
L'enfant conservera cette subtile mousse,
Qu'il dépensoit jadis en dépit des poulmons,
Et d'un coup d'oeil , à sec , apprendra ses leçons ,
Augrand contentement des glandes salivaires.
Ces deux utilitez , je crois , sont assez claires.
Assurément.
Apollon.
Buriver.
Et si vous n'étiez pas contens ,
Je vous dirois encor ....
Apollon.
Nous n'avons pas le temps.
Buriver.
Que mon Systême apprend à faire des capelles Qu'il
718 MERCURE DE FRANCE
Qu'il affermit les reins , soulage les aisselles « …«
Il suffit:
Apollon.
Buriver.
Quel'enfant , ferme sur ses talons ,
Sçaurapirouetter , marcher à reculons....
C'en est trop
Apollon.
Buriver.
Que le monde admirant mamaniere,
Mefera des Beaux Arts le grandPorte Banniere ,
Et queje passerai pour un Confucius.
Sur ces entrefaites Thibaud , Menuisier de Buriver , revient du Parnasse et raconte en patois
et d'une maniere fort plaisante , comment les
Muses ont renversé et brisé les Bureaux qu'il
faisoit sur le Parnasse pour M. Buriver. Apollon
donne de l'argent à Thibaut pour r'avoir des Outils , approuve ce que les Muses ont fait, comme
étant fait par son ordre , et conseille aux trois
Réformateurs de s'en retourner dans leur famille,
à l'exemple de Thibaut , ou bien d'aller habiter
l'Ile des Perroquets , et là ,
Au Peuple bigarré débiter leurs caquets.
Ils se recrient sur ce Jugement , sur tout Bu
river , qui en appelle à Jupiter , M. de l'Enthi meme ayant dit :
Prononça-t'onjamais Jugement plus inique !
Buriver de son côté répond :
Non, votre procedé n'est point abécédique.
Et
AVRIL. 17320 719
Et je dirai toûjours qu'injustement honni,
Victrix causa Diis , sed victa Catoni.
Après le départ des Charlatans , la Piece finit par ces deux Scenes.
Jupiter.
Bon,les voilà partis ; desormais du Parnasse,
Ayez soin , Apollon , d'éloigner cette race,
Sesont autant de rats , qui la bourse rongeans ,
Tournent à leur profit la sottise des gens.
Momus.
Pour les attraper tous , mettez sur les lisieres ,
Tout autour duVallon beaucoup de sourissieres.
Suspendez en dedans des bourses pour appas ;
Mesgens yviendront mordre, ils n'y manquerontpas,
Et la trape sur eux incontinent baissée ,
La machine dûment sassée et ressassée ;
Envoyez-les någer dans le fond du bourbier.
Je m'en vais de ce pas enfaire expedier ,
Detoutes les grandeurs.
Jupiter.
J'approuve ton idée.
Momus.
Si nous allions la haut boire quelque gorgée ,
De doux etfrais Nectar , car l'air est si salé!
Et puis leurs sots discours m'ont sifort alteré .. •
Jupiter.
Momus dit d'or, allons.
E
Apollon
720 MERCURE DE FRANCE
Apollon seul.
Je vous suis tout à l'heure ;
Maisje ne voudrois pas quitter cette demeure
Sans récompenser ceux dont le sage travail ,
De tous ces Triacleurs ignore l'attirail ,
Et dont l'esprit guidépar des gens pleins de zele
N'a point d'autresecret qu'une étude réelle.
Venez, Enfans chéris , recevoir ces Présens ,
Dontj'aime à couronner vos succès tous les ans.
Vous voyez à present bien clairement , Monsieur , que ce petit Poëme n'est pas si méprisable qu'une Partie interessée le vouloit faire croire
et que le stile en est un peu plus agréable que celui des lettres sur le Bureau Typographique,
C'est ce qui a donné lieu à une refléxion très judicieuse , d'une personne en place, et qui se con- noît à ces sortes de Pieces ; sçavoir , que pour ré
futer parfaitement cette Lettre- cy et toutes les
autres , il ne faudroit que faire imprimer la petite
Piece de M. le Beau. Ecoutons présentement le
Buraliste, et voyons s'il parlera mieux que le Poëte
ne le fait parler.
2
Pour revenir à cette petite Piece dont le sujet devoit , disoit-on , s'annoncer de lui-même, die
notre Docteur , après la longue et inutile digression sur la chute d'un petit Echaffaut ; Momus ouvre la Scène en se tenant les côtez de rire du
projet ridicule de certains Avanturiers de la menue
Litterature , qui s'érigeant en Réformateurs du Par- nasse , voudroient renvoyer les Muses àl'école et remettre Apollon lui-même à l'abécé. Jupiter , person—
nage entierementinutile , et qui ne sert au plus qu
multiplic
AVRIL 17320 721
multiplier les Rôles de la Piece pour le compte du
Régent qui en est l'Auteur , vient demander à Momus quel est le bruit des scies et des marteaux qu'on entend sur le Parnasse ? Momus lui répond, que c'est
une Manufacture de Bureaux Typographiques qu'on
•veut y établir et dont un visionnaire nomméM.Bu.
river , vient demander à Apollon le privilege ;Apol
lon survient, et entendant parler de Buriver, demande à Momus , quelle espece d'homme est ce Buriver!
Momus lui dit que c'est un fol sérieux , qui croit
avoir une mission pour changer le nom des lettres de
l'Alphabet, et qui a tellement à cœur de mettre à
profit les premieres années de l'enfance qu'il veut absolument , au dire de l'Auteur , qu'on apprenne à
lire aux enfans dès le maillot , pour réparer le temps
qu'ils ontperdu dans le ventre de leur mere.
Ce n'est point Momus qui ouvre la Scene, c'est
comme on l'a vû , Jupiter , qui pour les raisons
marquées , descend du Ciel. C'est lui aussi qui , à
proprement parler , ferme la Scene en confirmant
le Jugement rendu par Apollon ; c'est lui qui reste sur la Scene du commencement à la fin , qui
envoye chercher son fils Apollon , et qui le premier donne audiance aux Charlatans , et qui les
entend encore parler après l'arrivée d'Apollon.
Bien loin donc que Jupiter soit un personnage
entierement inutile. C'est , à le bien prendre , le
plus utile et le plus nécessaire de toute la Piece ,
puisque selon qu'il convient à sa nature et àsa
souveraineté , il agit en tout et par tout comme
cause premiere.
Il faut que le Buraliste soit bien ignorant ou
bien soubçonneux , et qu'il juge des autres par
hui- même , quand il avance avec assurance que la
multiplication des Rôles est pour le compte du
Régent. S'il eut voulu prendre la peine de s'in- Eij former
22 MERCURE DE FRANCE
former de la coûtume de ce College par rapport
aux Tragédies , comme il le pouvoit facilement ,
et comme il le devoit ; voulant en parler , il au- roit appris que ce sont les Acteurs qui font la dépense , et que , soit qu'il y ait une petite Piece,
soit qu'il n'y en ait point , soit qu'elle soit longue , soit qu'elle soit courte ; soit qu'il y ait deux
ou trois Rêles , soit qu'il y en ait six ou sept , i
ne leur en coute ni plus ni moins , et que par
consequent le Régent n'y trouve ni plus ni moin
son compte. Tout ce qui lui en reste c'est le tra
vail de la composition et la gloire du succès.
Enfin il paroît par toute cette exposition du
sujet que le Docteur Abécédiste ne sçait pas
mieux les regles de la Comédie que celles de l'ortographe , et qu'il ignore parfaitement que M. Racine dans la Préface sur la Comédie des
Plaideurs , soutient que les Poëtes Comiques ont
raison d'outrer le ridicule et de le pousser au-delà
de la vrai - semblance. Je le renvoye donc à cer
ilustre Auteur et aux autres que j'ai citez dans
les regles de poëtique en traitant de la Comédie
page 326 342.
Apollon , continue le Buraliste , ayant donné or
dre de l'introduire , on voit entrer M. Buriver ,
suivi de deux autres Réformateurs ausquels on ne
somprend rien , et qui n'étant là que pourfaire nombre, ne servent, comme on a dit de Jupiter , qu'a
multiplier les personnages de la Piece. L'Auteurfaiz
ensuite exposer à M. Buriver le projet et lapratique
de sa Reforme, de la maniere du monde la plus
platte et la plus insipide aux yeux des Spectateurs -
mais d'une maniere très-ingénieuse aux yeux des
Régens, qui trouvent que cette Piece pétille d'espriz.
On en peutjugerpar l'exemple suivant ; pour epêcher les enfans de ronger leurs Livres, Buriver ,
hiton
AVRIL. 1732:
dit-on, a imaginé de leur donner des Rudimens de
bois , et d'en mettre les leçons sur des Cartes détachées , pour les empêcher d'épuiser leur salive et
d'user leurpouce à en tourner les feuillets. Voilà les
gentillesses que l'Auteur met dans la bouche de
M.Buriver , et il n'a eu garde defaire un mauvais
usage de son esprit , en lui faisant dire , pour prou
ver les effets merveilleux de sa Méthode, que c'étoit
par son moyen que la Chienne de la Foire S. Germain avoit appris à lire , tant il a eu soin d'éviter
les basses plaisanteries , quoique plus naturelles et
plus propres à son sujet.
Pour réfuter en peu de mots cet exposé , il suffit de relire ce que nous venons de dire. Ce n'est
point Apollon qui donne ordre d'introduire le seul Buriver ; les trois Charlatans sont depuis
long- temps sur la Scene , lorsque ce Dieu amené
par Momus , arrive pour les juger. On comprend
partement bien pourquoi deux autres Réfor- mateurs suivent Buriver ; c'est pour lui disputer
la victoire et engager Jupiter à prononcer contre
son Systême en faveur du leur ; ils mettent en
pratique le principe qu'ils ont lû dans la seconde
Lettre , page 27. où ils parlent ainsi : On voit tant de Charlatans , de visionnaires et d'imposteurs
de toute classe , qu'il y auroit de lafoiblesse , de l'imprudence et même de la folie , à les croire tous sur
leur parole : C'est à dire en deux mots , qu'ils se
regardent et se traitent tous réciproquement de
Charlatans, de visionnaires et d'imposteurs.
Si le Buraliste dit que le Poëte fait exposer
Buriver les utilitez de son Systême de la maniere
du monde la plus platte et la plus insipide aux
yeux des Spectateurs ; vous comprenez aisément ,
M. qu'il n'a garde de dire autrement, et que c'est
plutôt son propre interêt que la verité qui le fait
parler , &c. E iij Pour
724 MERCURE DE FRANCE
Pour ce qui est de la Chienne de la Foire , qui n'avoit point du tout affaire ici , le Buraliste en
parle avec une certaine complaisance , parce qu'il croit avoir mis en poudre l'objection que lui
avoit faite à ce sujet le Grammairien de Ventabren, c'est-à- dire, qu'il s'étoit faite à lui-même.
Pour moi je pense qu'il auroit fait bien plus săgement de n'en point parler du tout , et que biendes personnes pourroient , avec raison , mettre
cette objection bien au-dessus de la réponse.
a
Enfin, dit le Buraliste , un Menuisier nomméThibaut,annoncepour dénouement queles Muses viennent
de mettre enpieces tous ses Bureaux, de briser ses Outils et de lui rompre ses Regles surle dos , et ilfinit la
Piece ense proposant de retourner à sa Boutique, et en conseillant à M.Buriver de le suivre et de devenir son
garçon. C'est ainsi que desgens de College s'efforcent
de tourner en ridicule la Méthode du Bureau , pendant que les personnes les plus sages de la Villet de la Cour ,font gloire d'en reconnoître l'utilité , et que
cette Méthode a l'avantage d'être employée à l'ins- truction des Enfans de France.
Pour avoir le véritable dénouëment , donnezvous seulement la peine de relire les deux dernieres Scenes rapportées plus haut ; vous verrez que
du commencement à la fin le sujet de la Piece
s'arrange, s'explique, et s'annonce de lui- même
comme l'avoit promis le Professeur. C'est ce qui
arrive dans toutes les bonnes Pieces , même dans .
celles qu'on représente pour la premiere fois et
dont on sçait à peine le nom. Cependant le nouveau Méthodiste ne trouve cette petite Comédie
très ingénieuse qu'aux yeux des Régens du College , mais la plus platte et la plus insipide du
monde à ceux des Spectateurs. M. le Beau
M. Gaullyer, et tous ceux q ne sont pas pourLe
?
AVRIL. 1732. 735
le Bureau , sont des gens ignorans , vains , présomptueux, entêtex , envieux , de mauvaisefoi , c.
Ce sont de vains Déclamateurs , de petits génies.
des Maîtres mercenaires , indifferens pour le bien
public et pour la bonne éducation , &c. C'est ainsi
qu'un homme sans science et sans autorité s'efforce de calomnier sans modération et sans pudeur, une infinité de très- honnêtes et très- habiles gens , et de mépriser toutes les meilleures et
les plus anciennes Méthodes tandis que les personnes les plus illustres et les plus sçavantes de la
Ville et de la Cour , de l'Epée et de la Robe ; en
un mot, de tous les differens Etats , se sont toujours fait honneur d'en reconnoître l'utilité ,
que ces Méthodes ont toujours eu et ont encore
l'avantage d'être employées à l'instruction de
toute l'Europe , et même à celle des Princes ,
Rois et des Empereurs de l'Univers , &c.
et
des
***: ***:*****
de l'Université de Paris , à un Principal
de Province , sur le Bureau Typographyque.
JauE viens présentement , Monsieur , à l'Abregé´
que nous donne le Buraliste de la petite Piece
du Professeur de Seconde , intitulée , Le Parnasse
réformé, ou Apollon à l'Ecole , qu'on pourroit
aussi nommer la Critique des Charlatans de la
menuë Litterature. Or afin que vous puissiez
mieux juger si cet abregé est exact et si la censure
de notre Docteur Abecediste est raisonnable , je
vais vous exposer d'abord le sujet de ce petit Dra
me, auquel il a jugé à propos de donner lui seul le
nom de Farce. La chose ne me sera pas difficile ,
puisque, malgré le secret synderetique recommandé aux Acteurs , je n'ai pas laissé d'avoir communication des Personnages , surtout de celui de Buriver....
Occasion et Sujet de la Piece.
Le jeudi 22. Août dernier , au College du Ples
sis-Sorbonne , à la fin de la Répresentation ordinaire de la Tragedie et avant la distribution des
Prix , onjoua cette petite Piece qui est d'environ
huit cent Vers. Elle est de la composition de Meta
708 MERCURE DE FRANCE
M. le Beau, Regent de Seconde, et a été applaus die par l'Assemblée qui étoit , comme de coûtume, très nombreuse et composée de toutes sortés de personnes d'élite. La nouveauté du sujet ,
jointe à la maniere dont il est traité, causa de fréquentes acclamations , et bien des personnes d'esprit et de distinction , avoüoient ingénument que
depuis long-temps elles n'avoient tant ri. Il est clair que l'Auteur a prétendu tourner en ridicule
les gens à systême , qui depuis environ vingt ans
ne sont occupez qu'à parler et à écrire contre les
Colleges , à en décrier la maniere d'enseigner , et à louer la leur sans mesure et sans retenue.
Ceux qui sont l'objet principal de la Critique
se réduisent à trois ou quatre. 1º . Celui , qui à
l'aide d'une Machine de bois appellée Bureau Ty
pographique ou Imprimerie en Colombier , et divisée en 180. Logettes ou Boulins , prétend enseigner à unenfant toutes sortes de Langues et tou--
res les Sciences , comme il s'en vante lui même,-
sur tout à la page 62. de sa 4º. Lettre . Ce Personnage est nommé Buriver. 2 ° . Celui qui par sa
Regle Monosyllabique ad et son unique leçon d'une demie heure , ne promet rien moins que de
mettre un Septiéme en état de faire la leçon
aux autres et de leur expliquer toutes sortes d'Auteurs Latins. C'est lui qui est appellés
Mr de la Minute. 3 °. Celui qui veut que les
Nourrices mêmes enseignent le Latin, et qui pour
faire gouter et apprendre plus facilement et plus
agréablement les lettres de l'Alphabeth aux enfans , conseille de leur faire avaler des Lettres de
Pain d'Epice , est nommé M. de l'Enthimeme.
4. Le Restaurateur et Réformateur des Gloses
interlineaires , qui ne fait pas un personnage à
part , mais à qui se rapportent ces six Vers de la seconde Scene De-
AVRIL. 1732. 709
De peur que vieux Auteurs, Hebreux , Grecs , on Latins,
› N'osent se soulever et faire les mutins ,
On les menace tous , s'ils ne veulent se taire ,
D'un supplice nommé Glöse Interlineaire ;
Oùgênez, empallez , difloquez , pourfendus ,
De leurs meilleurs amis ils seront méconnus.
Ces trois Réformateurs , Buriver , M. de la
Minute et de l'Enthimeme , avec Thibaud , Menuisier , et les trois Dieux , Jupiter , Apollon ets
Momus , sont en tout sept Personnages ou Acteurs qui parlent dans ce petit Drame, divisé en,
huit Scenes , dont voici le contenu.
Dans la première paroît Jupiter , qui étant tout étourdi du tintamare et du frácas des marteaux et
des Rabots dont onse sert pour fabriquer des Bu- reaux Typographiques , descend du Ciel sur le Parnasse pour voir ce que c'est , et dit avoir dépêché Mercure vers sonfils Apollon , pour avoir
là- dessus quelque nouvelle certaine.
Dans la seconde Scene Momus échappé des
Charlatans de la menuë Litterature , entre sur le
Théatre en courant , sans appercevoir Jupiter ,
qui l'oblige à s'arrêter et à lui dire de point en
point la raison du tapage qu'il entend sur le Pars
nasse. Momus la lui explique ainsi.
Jefumois dans un coin ma pipe d'ambroisie , ·
De mille mots confus la barbare énergie ,
Mefrappe tout-à-coup , Candiac , Cassetin ,
Blictric , bonnet picqué , Colombier , Magazin.”
Te cours de ce côté : si j'ai bonne memoire , ›
Je
710 MERCURE DE FRANCE
Je vais vous retracer ici toute l'histoire.
Unhomme pale , sec , monté sur deux treteaux ,.
Faisoit le diable à quatre , et chargé d'écriteaux ,
Crioit desonfaucet ; Orvietan specifique
Logico-Physico , Graco- Typographique
Antidote. d'erreur et de prévention ,
Par le moyen duquel sans application ,
Un enfant de deux ans , voire de deux semaines ,
Peut apprendre en joüant trois ou quatre douzaines
D'Arts liberaux Hebreu , Syriaque , Chinois ,
Arabe, Provençal, Grec , Picard, Ilinois,
ĽA, Bé, Cé réformé, pilotage , Chimie,
Lejeu de l'Oye, Algebre , Histoire , Astronomiez
Point de Livre sur tout , l'enfant enfera; mais
Il ne lira jamais que ceux qu'il aurafaits.
Devant notre homme étoit une Table magique,
Qu'il nomme par honneur , Table Encyclopedique.
Sur la Table regnoit un joli Colombier ,
Etiqueté par tout de morceaux de papier.
Chaque Boulin caré, large et long d'une carte ,
Niche aulieu de Pigeon , mainte belle Pancarte. ~
La les Suppins galans et les Conjugaisons ,
Dans ces compartimens de petites maisons ,
Sur leur Carte couchez d'une encre non pareille ,
Gisent en attendant que l'enfant les éveille.
Enfin , l'enfant parut avec un tablier ;
Notez cepoint, Seigneur , ear depuis le soulier ;
Jusqu'au boutdu bonnet tout tient dans ce systême ,
•
, .
L'Auteur
AVRIL. 1732.
751
L'Auteur du Tablier fit le patron lui-même ;
Et cet hommeplaisant et d'agréable humeur,
L'appelle joliment Barette de Docteur.
Momuscontinuant de raconter ce qu'il a vû, les
trois Charlatans sont amenez sur la Scene à point
nommé et d'une maniere très-vrai - semblable.
Car Jupiter ayant dit : oh la belle couvée !
Eh! commentpeuvent- ils sçavoir mon arrivée ?
Momus répond :
Ils ont des Espions , vous dis-je , en tout endroit ,
Et puis à vous cacher 1 vous n'êtes pas adroit.
1
Dans la troisiéme Scene paroissent donc les
trois nouveaux Méthodistes qui demandent à Jupiter la Ferme des Sciences et des Beaux- Arts.
Buriver , dont le personnage nous a été commu
niqué en entier , parle ainsi :
Le Seigneur Jupiter est un très-galant homme ,
Je l'estimai toujours ; maisje ne sçais pas comme,
Unpere peut si mal élever ses enfans
Ils sont pour la plupart ineptes , ignorans ,
En bécare , en bémol. En un mot pour tout dire ...
Je gage qu'Apollon même ne sçait pas lire:
Ne sçaitpas lire? Non. Je veux pour votre honneur,
MoiBuriver , en faire un prodige , unDocteur;
Si deux ans seulement , sans nulle redevances,
Vous me voulez donner la Ferme des Sciences ;
Oui , je réformerai le Parnasse , et cela,
Sans Livre aucun , sinon ce jeu de Cartes-là.
Il tire des Cartes de sa poche,
712 MERCURE DE FRANCE
Momus , en s'avançant vers lui ,
Honneur à l'As de Pique.
Buriver.
Ehpoint de mommerie;
Parlez raison , Momus , une fois en la vie.
Ces Cartes sur leur dos portent mon Alphabet.
Tenez, lisez d'un ton intelligible et net.
Momus prend les Cartes et lit:
A. bé. cé. dé. e. fé.....fé?
Buriver.
Cela vous étonne?
Momus.
C'est ef apparemment.
Buriver.
Voyez comme il raisonne
Mais monpetit ami , dites- vous pas bé, dé?
Sans doute.
Momus.
Buriver se fachant..
Ehpourquoi donc ne direz-vous pasfé
Vous prétendez dans bé transposer la voyelle,
Pourquoi , pourquoi dans efse préposera-t'elle ?
Quelabus ? quelle erreur ? quelle stupidité ?
Moije veux redresser cette inégalité.
Je veux comme Amadis , courir toute la Terre ,
Au vulgaire alphabet ,faire une illustre guerre :
Da Lance aupoing, à pied, on s'il veut à cheval,
Lui
AVRIL. 1732 713
Lui faire confesser qu'il n'est qu'un animal;
Et dans tout le Païs de la Litterature ,
L'envoyerfaire aveu de sa déconfiture
Il jette Momus à terre.
Momus couché par terre et embrassant
le pied de Buriver.
Dom Alphabeticos , genereux Chevalier ,
Réparateur des torts ; je suis vaincu , quartier.
Modereles transports de ton ardente bile ,
Je blâme comme toi la voyelle incivile.
Buriver ôte son pied.
Je suis ton prisonnier.
Momus saute sur son dos.
Ce maudit turlupix
Buriver.
Laissez-moi , finissez,
Jupiter fait finir à Momus ses badineries , ets
P'envoye chercher Apollon , à la décision duquel
il remet toute cette affaire. Jupiter dans la quatriéme Scene adresse la parole aux trois contendans , et leur dit :
Messieurs , votreprojet me semble merveilleux ;
Mais ce projet pour vous est un peu périlleux.
Je connois Apollon , pour vous parler sans feinte,
Il est un peu mutin et sujet à la quintė.
Le pauvre Marsias le traita d'ignorant,
Il l'écorcha tout vif; s'il enfaisoit autant ,
Malgré vos grands secrets , votre litterature ,
Vous
714 MERCURE DE FRANCE
Pous seriez, ce me semble, en mauvaise posture.
Chacun des trois répond à son tour et de la'
maniere qui convient à son caractere. Buriver dit :
Pour moije ne crains rien , et ma Philosophie,.
Me met seul à l'abri des craintes de la vie.
Après tout , Apollon n'est pas un querelleur ,
Et c'estun ignorant d'une fort douce humeur.
Je l'ai dit quelque part , et la pensée est belle.- 1
Si contre mon Projet l'Univers se rebelle ,
Je m'en étonne , aussi c'est un projet tout d'or ;·´
Et s'il le reçoit bien . je m'en étonne encor ;
Maisla Race future à son tour étonnée ,
Exaltant mes efforts , dira dans telle année ,
ParutJean Buriver , un dédale nouveau ,
Incomparable Auteur du merveilleux Bureau,
Qui rabattit l'orgueil des Sciences antiques ,
Et des Arts liberaux fit des Arts mécaniques.
Par lui le Savetier gai sur son tabouret ,
Peut en Hebreu siffler ainsi qu'un Massoret ;
Par lui les Perroquets , les Linottes , les Merles ;
Sçavent parler latin comme enfiler des perles.
Ah! s'il eût plus vécu , l'on eût par ses secrets ,
Viparler les Boiteux et marcher les Muets.
Voilà ce qu'on dira ; me nommant Trismegiste ,
Ou l'Hercule gaulois ; et le Chronologiste , ·
Frappé de mon grand nom oubliera son dîné ,
Pour sçavoir à quelle heure , en queljour je suis néEt
AVRIL. 173.2. 715
Et les petits garçons instruits à ma maniere ,
Feront sur mon tombeau l'école buissonniere.
Pour depareils honneures, oui , je m'exposerai.
Au milieu du Parnasse , ici je dresserai ,
Ma Table, mes Boulins , mes Cartes , mon Systême
En dépit d'Apollon et de la raison même;
Si les Muses en corps osent me chicanner,
Je les empêcherai bien-tôt de raisonner.
Je vous prendrois Talie , Euterpe , Calliope,
Et les amenuisant à grands coups de varlope.
Chacune en son Boulinje vous les taperois ,
Et la montrantle col , écarquillant les doigts ,
CommePigeons patus , ces Déesses si fieres ,
Apprendront à parler le jargon des Volieres.
Cependant dans la cinquiéme Scene arrive
Apollon , que Momus , par ordre de Jupiter ,
avoit mis au fait , en lui expliquant les trois Systêmes , et lui contant en chemin toute l'affaire
sur quoi il devoit prononcer. Il se contente donc
de leur faire expliquer tour-à-tour les utilitez de
leurs Systêmes.lls disent tous des choses plus ridicules les unes que les autres.
Buriver.
Pour les utilitez que contient mon Ouvrage,
J'en vois trois cens dix-huit, quelque peu davantage.
Primo. J'ai remarqué que les jeunes enfans ,
Entre les mains de qui l'on met des Rudimens ,
Marmotant leurs leçons et dodinant la tête,
Mangent leur Livre ains que pâtez de Requêtes.
J'ai
716 MERCURE DE FRANCE
î
J'ai vu même un enfant qui n'étant qu'à bonus,
Avoit déja mangé musa , vir , Dominus.
Je vous laisse àpenser si c'est viande indigeste ;
Et quatre mois après il eut mangé le reste.
Momus.
Comment! il avala les cinq déclinaisons ?
Buriver.
Baste ! et Noms et Pronoms , quatre Conjugaisons,
Syntaxe, tout étoit passépar l'Esophage.
Vous voyez comme moi , quel étrange ravage,
Fit dans son estomac ce mets empoisonneur ,
Plus coriace encor qu'un sac de Procureur.
Moi , toujours attentifau bien de la Patrie ,
Pour rompre les effets de cette fantaisie,
Je m'évertue et dis trouvons des Rudimens,
Durs, solides , massifs , à l'épreuve des dents.
DesRudimens de bois ; et sur cette pensée ,
Bientôt de mon Bureauje meformai l'idée.
Secundo. Dans le cours de mes Refléxions ,
Carje suis très-fécond en Observations ,
Je voyois que l'enfant par coûtume abusive,
Pour tourner les feuillets consumoit sa salive ,
Et dessechoit par là tous les sucs nourriciers ,
Qui de sonpetit corps arrosent les sentiers.
La chose meparut d'un préjudice extrême ;
Je rêvai là-dessus , et me dis à moi-même,
Invente, Buriver, quelque Livre nouveau,
DuqueL
AVRIL. -17320 717
Duquel tous les feuillets se rangent de niveau ;
L'enfant de sa leçon verra tout l'étalage,
Sans se mouiller le pouce et sans tourner la page.
Fe restaifort long- temps à rêver sur ce point.
Tout ce queje trouvois ne me contentoit point ;
Enfin , par un effort de l'imaginative ,
Quej'ai, sans vanité , très- brillante et très-vive ,
Je m'avisai qu'un Jeu de Cartes dePiquet
Venoit comme de cire à remplir mon Projet.
Les Cartes à present sont le livre à la mode ;
C'est des honnêtes gens le Digeste et le Code.
Leursprécieux feuillets volans et détachez,
-Tout le longd'un Bureau l'un de l'autre approchez ,
N'auront pour se tourner aucun besoin du pouce.
L'enfant conservera cette subtile mousse,
Qu'il dépensoit jadis en dépit des poulmons,
Et d'un coup d'oeil , à sec , apprendra ses leçons ,
Augrand contentement des glandes salivaires.
Ces deux utilitez , je crois , sont assez claires.
Assurément.
Apollon.
Buriver.
Et si vous n'étiez pas contens ,
Je vous dirois encor ....
Apollon.
Nous n'avons pas le temps.
Buriver.
Que mon Systême apprend à faire des capelles Qu'il
718 MERCURE DE FRANCE
Qu'il affermit les reins , soulage les aisselles « …«
Il suffit:
Apollon.
Buriver.
Quel'enfant , ferme sur ses talons ,
Sçaurapirouetter , marcher à reculons....
C'en est trop
Apollon.
Buriver.
Que le monde admirant mamaniere,
Mefera des Beaux Arts le grandPorte Banniere ,
Et queje passerai pour un Confucius.
Sur ces entrefaites Thibaud , Menuisier de Buriver , revient du Parnasse et raconte en patois
et d'une maniere fort plaisante , comment les
Muses ont renversé et brisé les Bureaux qu'il
faisoit sur le Parnasse pour M. Buriver. Apollon
donne de l'argent à Thibaut pour r'avoir des Outils , approuve ce que les Muses ont fait, comme
étant fait par son ordre , et conseille aux trois
Réformateurs de s'en retourner dans leur famille,
à l'exemple de Thibaut , ou bien d'aller habiter
l'Ile des Perroquets , et là ,
Au Peuple bigarré débiter leurs caquets.
Ils se recrient sur ce Jugement , sur tout Bu
river , qui en appelle à Jupiter , M. de l'Enthi meme ayant dit :
Prononça-t'onjamais Jugement plus inique !
Buriver de son côté répond :
Non, votre procedé n'est point abécédique.
Et
AVRIL. 17320 719
Et je dirai toûjours qu'injustement honni,
Victrix causa Diis , sed victa Catoni.
Après le départ des Charlatans , la Piece finit par ces deux Scenes.
Jupiter.
Bon,les voilà partis ; desormais du Parnasse,
Ayez soin , Apollon , d'éloigner cette race,
Sesont autant de rats , qui la bourse rongeans ,
Tournent à leur profit la sottise des gens.
Momus.
Pour les attraper tous , mettez sur les lisieres ,
Tout autour duVallon beaucoup de sourissieres.
Suspendez en dedans des bourses pour appas ;
Mesgens yviendront mordre, ils n'y manquerontpas,
Et la trape sur eux incontinent baissée ,
La machine dûment sassée et ressassée ;
Envoyez-les någer dans le fond du bourbier.
Je m'en vais de ce pas enfaire expedier ,
Detoutes les grandeurs.
Jupiter.
J'approuve ton idée.
Momus.
Si nous allions la haut boire quelque gorgée ,
De doux etfrais Nectar , car l'air est si salé!
Et puis leurs sots discours m'ont sifort alteré .. •
Jupiter.
Momus dit d'or, allons.
E
Apollon
720 MERCURE DE FRANCE
Apollon seul.
Je vous suis tout à l'heure ;
Maisje ne voudrois pas quitter cette demeure
Sans récompenser ceux dont le sage travail ,
De tous ces Triacleurs ignore l'attirail ,
Et dont l'esprit guidépar des gens pleins de zele
N'a point d'autresecret qu'une étude réelle.
Venez, Enfans chéris , recevoir ces Présens ,
Dontj'aime à couronner vos succès tous les ans.
Vous voyez à present bien clairement , Monsieur , que ce petit Poëme n'est pas si méprisable qu'une Partie interessée le vouloit faire croire
et que le stile en est un peu plus agréable que celui des lettres sur le Bureau Typographique,
C'est ce qui a donné lieu à une refléxion très judicieuse , d'une personne en place, et qui se con- noît à ces sortes de Pieces ; sçavoir , que pour ré
futer parfaitement cette Lettre- cy et toutes les
autres , il ne faudroit que faire imprimer la petite
Piece de M. le Beau. Ecoutons présentement le
Buraliste, et voyons s'il parlera mieux que le Poëte
ne le fait parler.
2
Pour revenir à cette petite Piece dont le sujet devoit , disoit-on , s'annoncer de lui-même, die
notre Docteur , après la longue et inutile digression sur la chute d'un petit Echaffaut ; Momus ouvre la Scène en se tenant les côtez de rire du
projet ridicule de certains Avanturiers de la menue
Litterature , qui s'érigeant en Réformateurs du Par- nasse , voudroient renvoyer les Muses àl'école et remettre Apollon lui-même à l'abécé. Jupiter , person—
nage entierementinutile , et qui ne sert au plus qu
multiplic
AVRIL 17320 721
multiplier les Rôles de la Piece pour le compte du
Régent qui en est l'Auteur , vient demander à Momus quel est le bruit des scies et des marteaux qu'on entend sur le Parnasse ? Momus lui répond, que c'est
une Manufacture de Bureaux Typographiques qu'on
•veut y établir et dont un visionnaire nomméM.Bu.
river , vient demander à Apollon le privilege ;Apol
lon survient, et entendant parler de Buriver, demande à Momus , quelle espece d'homme est ce Buriver!
Momus lui dit que c'est un fol sérieux , qui croit
avoir une mission pour changer le nom des lettres de
l'Alphabet, et qui a tellement à cœur de mettre à
profit les premieres années de l'enfance qu'il veut absolument , au dire de l'Auteur , qu'on apprenne à
lire aux enfans dès le maillot , pour réparer le temps
qu'ils ontperdu dans le ventre de leur mere.
Ce n'est point Momus qui ouvre la Scene, c'est
comme on l'a vû , Jupiter , qui pour les raisons
marquées , descend du Ciel. C'est lui aussi qui , à
proprement parler , ferme la Scene en confirmant
le Jugement rendu par Apollon ; c'est lui qui reste sur la Scene du commencement à la fin , qui
envoye chercher son fils Apollon , et qui le premier donne audiance aux Charlatans , et qui les
entend encore parler après l'arrivée d'Apollon.
Bien loin donc que Jupiter soit un personnage
entierement inutile. C'est , à le bien prendre , le
plus utile et le plus nécessaire de toute la Piece ,
puisque selon qu'il convient à sa nature et àsa
souveraineté , il agit en tout et par tout comme
cause premiere.
Il faut que le Buraliste soit bien ignorant ou
bien soubçonneux , et qu'il juge des autres par
hui- même , quand il avance avec assurance que la
multiplication des Rôles est pour le compte du
Régent. S'il eut voulu prendre la peine de s'in- Eij former
22 MERCURE DE FRANCE
former de la coûtume de ce College par rapport
aux Tragédies , comme il le pouvoit facilement ,
et comme il le devoit ; voulant en parler , il au- roit appris que ce sont les Acteurs qui font la dépense , et que , soit qu'il y ait une petite Piece,
soit qu'il n'y en ait point , soit qu'elle soit longue , soit qu'elle soit courte ; soit qu'il y ait deux
ou trois Rêles , soit qu'il y en ait six ou sept , i
ne leur en coute ni plus ni moins , et que par
consequent le Régent n'y trouve ni plus ni moin
son compte. Tout ce qui lui en reste c'est le tra
vail de la composition et la gloire du succès.
Enfin il paroît par toute cette exposition du
sujet que le Docteur Abécédiste ne sçait pas
mieux les regles de la Comédie que celles de l'ortographe , et qu'il ignore parfaitement que M. Racine dans la Préface sur la Comédie des
Plaideurs , soutient que les Poëtes Comiques ont
raison d'outrer le ridicule et de le pousser au-delà
de la vrai - semblance. Je le renvoye donc à cer
ilustre Auteur et aux autres que j'ai citez dans
les regles de poëtique en traitant de la Comédie
page 326 342.
Apollon , continue le Buraliste , ayant donné or
dre de l'introduire , on voit entrer M. Buriver ,
suivi de deux autres Réformateurs ausquels on ne
somprend rien , et qui n'étant là que pourfaire nombre, ne servent, comme on a dit de Jupiter , qu'a
multiplier les personnages de la Piece. L'Auteurfaiz
ensuite exposer à M. Buriver le projet et lapratique
de sa Reforme, de la maniere du monde la plus
platte et la plus insipide aux yeux des Spectateurs -
mais d'une maniere très-ingénieuse aux yeux des
Régens, qui trouvent que cette Piece pétille d'espriz.
On en peutjugerpar l'exemple suivant ; pour epêcher les enfans de ronger leurs Livres, Buriver ,
hiton
AVRIL. 1732:
dit-on, a imaginé de leur donner des Rudimens de
bois , et d'en mettre les leçons sur des Cartes détachées , pour les empêcher d'épuiser leur salive et
d'user leurpouce à en tourner les feuillets. Voilà les
gentillesses que l'Auteur met dans la bouche de
M.Buriver , et il n'a eu garde defaire un mauvais
usage de son esprit , en lui faisant dire , pour prou
ver les effets merveilleux de sa Méthode, que c'étoit
par son moyen que la Chienne de la Foire S. Germain avoit appris à lire , tant il a eu soin d'éviter
les basses plaisanteries , quoique plus naturelles et
plus propres à son sujet.
Pour réfuter en peu de mots cet exposé , il suffit de relire ce que nous venons de dire. Ce n'est
point Apollon qui donne ordre d'introduire le seul Buriver ; les trois Charlatans sont depuis
long- temps sur la Scene , lorsque ce Dieu amené
par Momus , arrive pour les juger. On comprend
partement bien pourquoi deux autres Réfor- mateurs suivent Buriver ; c'est pour lui disputer
la victoire et engager Jupiter à prononcer contre
son Systême en faveur du leur ; ils mettent en
pratique le principe qu'ils ont lû dans la seconde
Lettre , page 27. où ils parlent ainsi : On voit tant de Charlatans , de visionnaires et d'imposteurs
de toute classe , qu'il y auroit de lafoiblesse , de l'imprudence et même de la folie , à les croire tous sur
leur parole : C'est à dire en deux mots , qu'ils se
regardent et se traitent tous réciproquement de
Charlatans, de visionnaires et d'imposteurs.
Si le Buraliste dit que le Poëte fait exposer
Buriver les utilitez de son Systême de la maniere
du monde la plus platte et la plus insipide aux
yeux des Spectateurs ; vous comprenez aisément ,
M. qu'il n'a garde de dire autrement, et que c'est
plutôt son propre interêt que la verité qui le fait
parler , &c. E iij Pour
724 MERCURE DE FRANCE
Pour ce qui est de la Chienne de la Foire , qui n'avoit point du tout affaire ici , le Buraliste en
parle avec une certaine complaisance , parce qu'il croit avoir mis en poudre l'objection que lui
avoit faite à ce sujet le Grammairien de Ventabren, c'est-à- dire, qu'il s'étoit faite à lui-même.
Pour moi je pense qu'il auroit fait bien plus săgement de n'en point parler du tout , et que biendes personnes pourroient , avec raison , mettre
cette objection bien au-dessus de la réponse.
a
Enfin, dit le Buraliste , un Menuisier nomméThibaut,annoncepour dénouement queles Muses viennent
de mettre enpieces tous ses Bureaux, de briser ses Outils et de lui rompre ses Regles surle dos , et ilfinit la
Piece ense proposant de retourner à sa Boutique, et en conseillant à M.Buriver de le suivre et de devenir son
garçon. C'est ainsi que desgens de College s'efforcent
de tourner en ridicule la Méthode du Bureau , pendant que les personnes les plus sages de la Villet de la Cour ,font gloire d'en reconnoître l'utilité , et que
cette Méthode a l'avantage d'être employée à l'ins- truction des Enfans de France.
Pour avoir le véritable dénouëment , donnezvous seulement la peine de relire les deux dernieres Scenes rapportées plus haut ; vous verrez que
du commencement à la fin le sujet de la Piece
s'arrange, s'explique, et s'annonce de lui- même
comme l'avoit promis le Professeur. C'est ce qui
arrive dans toutes les bonnes Pieces , même dans .
celles qu'on représente pour la premiere fois et
dont on sçait à peine le nom. Cependant le nouveau Méthodiste ne trouve cette petite Comédie
très ingénieuse qu'aux yeux des Régens du College , mais la plus platte et la plus insipide du
monde à ceux des Spectateurs. M. le Beau
M. Gaullyer, et tous ceux q ne sont pas pourLe
?
AVRIL. 1732. 735
le Bureau , sont des gens ignorans , vains , présomptueux, entêtex , envieux , de mauvaisefoi , c.
Ce sont de vains Déclamateurs , de petits génies.
des Maîtres mercenaires , indifferens pour le bien
public et pour la bonne éducation , &c. C'est ainsi
qu'un homme sans science et sans autorité s'efforce de calomnier sans modération et sans pudeur, une infinité de très- honnêtes et très- habiles gens , et de mépriser toutes les meilleures et
les plus anciennes Méthodes tandis que les personnes les plus illustres et les plus sçavantes de la
Ville et de la Cour , de l'Epée et de la Robe ; en
un mot, de tous les differens Etats , se sont toujours fait honneur d'en reconnoître l'utilité ,
que ces Méthodes ont toujours eu et ont encore
l'avantage d'être employées à l'instruction de
toute l'Europe , et même à celle des Princes ,
Rois et des Empereurs de l'Univers , &c.
et
des
***: ***:*****
Fermer
Résumé : SECONDE LETTRE d'un Professeur de l'Université de Paris, à un Principal de Province, sur le Bureau Typographique.
Le texte est une lettre d'un professeur de l'Université de Paris adressée à un principal de province. Cette lettre discute d'une pièce de théâtre intitulée 'Le Parnasse réformé, ou Apollon à l'École', écrite par M. le Beau, régent de seconde. La pièce a été jouée au Collège du Plessis-Sorbonne le 22 août précédent et a été acclamée par le public. Elle critique les 'charlatans de la menuë littérature' qui, depuis environ vingt ans, attaquent les collèges et vantent leurs propres méthodes d'enseignement. La pièce met en scène sept personnages, dont trois réformateurs principaux : Buriver, M. de la Minute et M. de l'Enthimeme. Buriver utilise un 'Bureau typographique' pour enseigner les langues et les sciences. M. de la Minute promet de rendre un élève de septième capable d'enseigner à ses camarades après une seule leçon. M. de l'Enthimeme suggère d'enseigner le latin aux nourrices et de faire apprendre l'alphabet aux enfants avec des lettres en pain d'épice. L'intrigue se déroule en huit scènes. Elle commence par l'arrivée de Jupiter sur le Parnasse, intrigué par le bruit des marteaux et des rabots. Momus explique ensuite à Jupiter les méthodes des réformateurs. Buriver, M. de la Minute et M. de l'Enthimeme demandent à Jupiter la ferme des sciences et des beaux-arts, chacun vantant sa méthode. Jupiter, sceptique, envoie chercher Apollon pour trancher l'affaire. Apollon écoute les explications des réformateurs, qui se révèlent ridicules. Par exemple, Buriver affirme que son système permet d'apprendre toutes les langues et les sciences sans livres, grâce à des cartes et un 'Colombier'. La pièce se conclut par le départ des réformateurs, jugés inutiles et ridicules.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
28
p. 242[1]-2430
Le Parnasse François, &c. [titre d'après la table]
Début :
LE PARNASSE FRANCOIS, dédié au Roi, par M. Titon du Tillet, Commissaire [...]
Mots clefs :
Parnasse, Vignettes, Estampes, Poètes, Musiciens, Histoire générale, Titon du Tillet, Médailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Parnasse François, &c. [titre d'après la table]
LE PARNASSE FRANÇOIS , dédié au Roi ,
par M. Titon DuTillet,Commissaire Provincial des Guerres , ci devant Capitaine
de Dragons , et Maître d'Hôtel de feuë
MADAME LA DAUPHINE , MERE DU ROI.
in -fol. de près de 800 pages , orné de 10.
Vignettes , et de 13 Estampes en taillesdouces. AParis, chez Coignard le fils, Im
primeur du Roi et de l'Académie Françoise,
1732. prix 24 liv. le grand papier , et
15 liv. le petit. Ce volume contient 1.
un Discours sur le dessein que l'Auteur
s'est proposé en faisant éxécuter en Bronze le PARNASSE FRANÇOIS A LA GLOIRS
PE LA FRANCE ET DE LOUIS LE GRAND ,
**
2422 MERCURE DE FRANCE
ET A LA MEMOIRE DES ILLUSTRES POETES
ET MUSICIENS FRANÇOIS. Il donne dans
ce discours une idée des honneurs et des
Monumens que les Peuples les plus célébres de l'Antiquité , surtout les Grecs et
les Romains , accordoient aux personnes
qui se distinguoient dans les Sciences et
dans les beaux Arts ; il marque qu'il a
imité leur exemple en élevant le Parnasse
François.
2. Il fait la description de ce Parnasse ;
qu'il divise en trois parties. La premiere
fait connoître les figures qui composent
ce Groupe , ce qu'elles représentent , et
les rangs différens que nos Poëtes et nos
Musiciens y occupent. Dans la seconde
on voit la disposition de tout ce qui forme će Monument , et l'arrangement des
Figures avec leurs Attributs et leurs Simboles. Dans la troisième , on marque en
quoi le Parnasse FRANÇOIS est allégorique et analogique au PARNASSE DE LA
GRECE , et en quoi il est d'une nouvelle
invention. 3. Un ordre Chronologique
des Poëtes et des Musiciens rassemblez
jusqu'à présent sur lePARNASSE FRANÇOIS,
où l'on donne un Extrait de leur vie
un Catalogue de leurs Ouvrages , sur les
quels on rapporte les jugemens de plusieurs sçavans Critiques.
4.
NOVEMBRE. 1732. 2423
4. Un Essai , ou des Remarques sur la
Poësie et sur la Musique en géneral.
5. Des Remarques plus étenduës sur
l'origine et sur le progrès de la Poësie et
de la Musique Françoise , et particulierement sur nos Spectacles et nos Piéces, de
Théatre.
et
6. Un Poëme Latin du Pere Vaniere , Jésuite , sur le Parnasse François ,
avec une Imitation de ce Poëme en François , la plus grande partie en Vers ,
l'autre en Prose , par le Pere Brumoy , Jésuite. Une Lettre de M. Rousseau , et une
de M. de Saint Hyacinthe à M. Titon
Du Tillet sur son Parnasse.
M. Titon DuTillet a fait graver en 1723-
une grande et magnifique Estampe du
Parnasse dont nous avons fait la description dans le Mercure du mois de Septembre 172 3. et depuis il a donné une description de ce Monument avec une liste
alphabétique des Poëtes et des Musiciens
qui y sont rassemblez ; nous en avons fait
mention au mois de Juin 1727. que parut
cette Edition ; mais celle dont il vient de
faire part au Public est infiniment plus
ample , parce qu'il y a augmenté le nombre des Poëtes et des Musiciens sur le
Parnasse , et qu'il s'est étendu davantage
sur les articles de ceux dont il avoit parlé
dans la premiere Edition ; outre l'Essai et
les
#424 MERCURE DE FRANCE
les Remarques sur la Poësie et sur la Mu¬
sique qu'il donne dans celle- ci.
On peut dire de cet Ouvrage que nonseulement c'est la description du Parnasse François ; mais encore une Histoi
re générale de la Poësie et de la Musi
que Françoise, où les Curieux trouveront
de quoi se satisfaire.
>
CommeM. Titon du Tillet fait paroî
tre sur le Parnasse environ 250 Poëtes ou
Musiciens , il les distribuë en trois et même en quatre classes pour les y placer. I
marque dans son premier Discours, qu'il
ne lui convient pas d'être aussi severe que
Horace et Despréaux , dont il n'ignore pas
les Arrêts redoutables55; le premier dit
Dieux ni les hommes ne peuvent soufrir la
médiocrité dans les Vers , et qu'on arrache
jusqu'aux Affiches de leurs Ouvrages , mises
sur les Colonnes et aux coins des ruës.
Mediocribus esse Poëtis.
que
Non Di , non homines , non concessere columna.
let
Despréaux est du même sentiment , et
s'explique de cette maniere :
Mais dans l'art dangereux de rimer et d'écrire ;
Il n'est point de dégrez du médiocre au pire.
Et dans un autre endroit, en parlant de
peuxqui veulent meriter une place sur le Par
NOVEMBRE. 1732. 242
Farnasse , en traitant des sujets nobles et
élevez , il dit :
Qui ne vole au sommet, tombe au plus bas dégré
Mais il ne faut pas prendre Horace et
Defpreaux tout-à-fait à la lettre dans les
Passages cy-dessus où ils parlent du caracte- re élevé et du sublime de la Poësie , tel que
celui de l'Epopée ou du Poëte Epique , de
Ode Héroïque , et de la Tragedie ; car il est
d'autresgoûts de Poësie , où celui qui y réussit merite le titre de Poëte , et quelque rang
sur le Parnasse.
le Pourquoi voudroit- on qu'il n'y eut que
sommet du Parnasse d'habité , le milieu et
tes differentes Terrasses de cette Montagne
n'offrent-elles pas des endroits rians et délieieux où l'onpeutêtre placé avec distinction et selon le mérite de ses ouvrages.
Voici les Classes ou les Monumens diffe
rens qui distinguent les Poëtes et les Musisiens sur le Parnasse François. 1. Lafigure,
en Pied. 2. Les Médaillons ( cette Classe
peut bien êtrejointe avec la premiere ). 3. Les
noms gravez sur un premier Rouleau de
Bronze. 4. Un second Rouleau contient encore d'autres noms. 5. Un autre Rouleau où
sont écrits les noms de plusieurs personnes
d'un excellent gout , Amateurs et Protecteurs
de la Poësie et de la Musique , qui ont composé
2426 MERCURE DE FRANCE
posé aussi quelques jolis vers ou qui ont excellé dans l'art de chanter ou de jouer de
quelque Instrument. A la tête des Amateurs
et des Protecteurs de la Poësie , on a placé
LE CARDINAL DE RICHELIEU.
Pour faire encore quelque honneur à
notre Nation, M. Titon a mis à la fin de
ce volume une Liste d'environ cinq cent
Poëtes ou Musiciens , dont quelques- uns
peuvent avoir quelque mérite. Il les place dans les Avances ou dans les Campagnes qui environnent le Parnasse , afin
qu'Apollon et son Conseil puissent en admettre quelques- uns sur ce Mont sacré ,
s'ils les en trouvent dignes. Les Curieux
en Poësie et en Musique doivent lui sçavoir bon gré de leur rappelfer les noms
de tous ces Poëtes et de tous ces Musiciens , et en même temps de leur donner
une idée générale de l'hiftoire de notre
Poësie et de notre Musique , d'en faire
voir l'origine , les progrès et le haut
point de perfection où ces deux beaux
Arts sont montez en France, sous le Regne de Louis le Grand , qui est l'Apollon
du Parnasse François.
Pour revenir aux Poëtes et aux Musiciens qu'il a placés sur ce Parnasse , il dit :
Je n'ai point prétendu , comme on peut le
voir , par les differens monumens qu'on trouve
NOVEMBRE. 1732 2427
trouve sur ce Groupe de Bronze , et même
par les Places differentes que les Figures et
Les Médaillons y occupent , que tous les Poëtes et les Musiciens qui y sont rassemblez
soient d'un merite égal et digne des mêmes
honneurs. Je sçai bien qu'on ne trouve pas
facilement des MALHERBES et des RAGANS
pour l'ODE ; des CORNEILLES et des RACINES pour la TRAGEDIE ; des MOLIERESpour
la COMEDIE ; des LA FONTAINE pour LES
FABLES et LES CONTES ; des CHAPELLESpour
la Poësie naturelle , legere et badine ;` des
RACANS et des SEGRAIS pour la PASTORALE et l'EGLOGUE ; des DESPREAUX pour la
SATIRE ; des QUINAULTS pour la MUSIQUE
GHANTANTE ; des LULLYSpourla MUSIQUE,
et des Poëtes François et des Poëtes Latins
tels que les principaux de notre Parnasse
et des DAMES , telles que Mesdames de la
SUZE , des HouLIERES et Mad. de SCUDERY, qui y representent les 3 GRACES.
Il a fallu quelquefois plusieurs siècles pour
trouver un seul de ces beaux génies , et c'est
peut- être le plus grand effort de la nature de
les avoir tous produits dans un même siecle ;
sans parler de tant d'autres hommes qui ont
excellé en même-temps en France dans toutes
Les autres sciences et dans tous les autres beaux
Arts , differens de la Poësie et de la Musique.
Qu'on
2428 MERCURE DE FRANCE
1
Qu'on compteroit peu de ces grands hommes
depuis le regne de César et d'Auguste ! On
roiroit que la nature ce seroit reposée plus de
dix- sept cent ans pourfaire un pareil prodige et rendre le Regne de Louis LE GRAND
T'admiration de tous les siècles.
>
Rendons les bonneurs suprêmes à nosgrands
Poëtes , les Souverains du Parnasse , et
jouissons de leurs excellens Ouvrages ; mais
rendons aussijustice à plusieurs autres de nos.
Poëtes , qui ne les ont point égalé , mais dont
les écrits ne laissent pas d'avoir leur beauté
et leur agrément , donnant à chacun la gloire
et la récompense qui lui est dûë.
Stet sua cuique Mercos.
Comme le Parnasse François n'est consacré qu'aux Poëtes et qu'aux Musiciens
que la mort a enlevez , M. Titon y a
laissé des Places destinées pour y mettre
nos illustres Poëtes et nos fameux Musiciens vivans après leur mort. Il marque
même qu'il sera aisé d'augmenter de
moitié ce Groupe , en y ajoutant par la
Base , deux ou trois terrasses de Bronze
sur lesquelles on pourra placer autant de
figures qu'on le jugera à propos , et pour
y mettre tous les grands Poëtes et tous les fameux Musiciens dont la nature voudra favoriser la France dans les siécles
avenir.
I
NOVEMBRE. 1732. 2429
Il paroît que M. Titon auroit bien souhaité pouvoir passer les bornes qu'il a dû
se prescrire par ces paroles d'un ancien
Auteur , Cineri gloria datur ; les Monu
mens les plus glorieux ne s'accordent
qu'après la mort. Il a même crû qu'il lui
étoit permis de faire exécuter les Médail
lons de nos trois plus anciens Poëtes vi
vans , qui jouissent d'une grande réputa- tion: Ce sont Messieurs de FONTENELLE et
Rousseau , Poëtes François ; et le P. VANIERE, Jésuite , Poëte Latin ; et ceux de
nos deux plus anciens Musiciens pour les
Opéra; Mess. CAMPRA et DESTOUCHES.
Il est bienpersuadé que les Personnes d'esprit et de mérite ne lui en sçauront pas
mauvais gré ; ce fera dans la suite aux Maîtres de l'Art à leur assigner sur le
Parnasse les places qu'ils y méritent. Il
annonce aussi qu'il doit faire exécuter
des Médaillons des Poëtes qui ont le plus
de réputation parmi ceux dont les noms
sont gravez sur le premier Rouleau qu'on
voit sur le Parnasse , et même ceux de
nos Poëtes vivans , qu'il tiendra toûjours
en reserve , pour être placez , quand il
conviendra , sur le Parnasse. Pour rendre
la suite des Médaillons des Poëtes et des
Musiciens François plus complette , il
compte de donner dans quelque- temps les
F Médail
4430 MERCURE DE FRANCE
Médaillons des Poëtes , et des Musiciens qui sont representez en figures
en pied sur le Parnasse , comme ceux
des Dames, qui y representent les trois
Graces.
Il a fait exécuter jusqu'à present 24
Médaillons de Bronze , qui ont deux pou
ces de diametre : Voici les noms de ceux
qui y sont représentez : LA REINE MARGUERITE , CLEMENT MAROT , MALHERJE , VOITURE , SCEVOLE DE SAINTE
MARTHE , MAYNARD , SARASIN , SCARRÓN, BENSERADE, QUINAULT, SANTEUIL,
RAPIN , COMMIRE , LA RUE , LAINEZ ,
LA LANDE, MARAIS , LA MOTTE , LE P.
VANIERE, FONTENELLE, ROUSSEAU,CAMPRA, DESTOUCHES , MAD, DE LA GUERRE.
Sur les revers de ces Médaillons on
mis des devifes et des symboles conve
nables aux caracteres des Personnes qui
font representées sur la tête des Médail
lons
Le sieur Curé , Sculpteur et Cizeleur ,
demeurant à la descente du Quai Pelle
rier,a exécuté ces Médaillons; et M.Titon
lui a permis de les vendre, pour satisfaire
ceux qui en feront curieux.
par M. Titon DuTillet,Commissaire Provincial des Guerres , ci devant Capitaine
de Dragons , et Maître d'Hôtel de feuë
MADAME LA DAUPHINE , MERE DU ROI.
in -fol. de près de 800 pages , orné de 10.
Vignettes , et de 13 Estampes en taillesdouces. AParis, chez Coignard le fils, Im
primeur du Roi et de l'Académie Françoise,
1732. prix 24 liv. le grand papier , et
15 liv. le petit. Ce volume contient 1.
un Discours sur le dessein que l'Auteur
s'est proposé en faisant éxécuter en Bronze le PARNASSE FRANÇOIS A LA GLOIRS
PE LA FRANCE ET DE LOUIS LE GRAND ,
**
2422 MERCURE DE FRANCE
ET A LA MEMOIRE DES ILLUSTRES POETES
ET MUSICIENS FRANÇOIS. Il donne dans
ce discours une idée des honneurs et des
Monumens que les Peuples les plus célébres de l'Antiquité , surtout les Grecs et
les Romains , accordoient aux personnes
qui se distinguoient dans les Sciences et
dans les beaux Arts ; il marque qu'il a
imité leur exemple en élevant le Parnasse
François.
2. Il fait la description de ce Parnasse ;
qu'il divise en trois parties. La premiere
fait connoître les figures qui composent
ce Groupe , ce qu'elles représentent , et
les rangs différens que nos Poëtes et nos
Musiciens y occupent. Dans la seconde
on voit la disposition de tout ce qui forme će Monument , et l'arrangement des
Figures avec leurs Attributs et leurs Simboles. Dans la troisième , on marque en
quoi le Parnasse FRANÇOIS est allégorique et analogique au PARNASSE DE LA
GRECE , et en quoi il est d'une nouvelle
invention. 3. Un ordre Chronologique
des Poëtes et des Musiciens rassemblez
jusqu'à présent sur lePARNASSE FRANÇOIS,
où l'on donne un Extrait de leur vie
un Catalogue de leurs Ouvrages , sur les
quels on rapporte les jugemens de plusieurs sçavans Critiques.
4.
NOVEMBRE. 1732. 2423
4. Un Essai , ou des Remarques sur la
Poësie et sur la Musique en géneral.
5. Des Remarques plus étenduës sur
l'origine et sur le progrès de la Poësie et
de la Musique Françoise , et particulierement sur nos Spectacles et nos Piéces, de
Théatre.
et
6. Un Poëme Latin du Pere Vaniere , Jésuite , sur le Parnasse François ,
avec une Imitation de ce Poëme en François , la plus grande partie en Vers ,
l'autre en Prose , par le Pere Brumoy , Jésuite. Une Lettre de M. Rousseau , et une
de M. de Saint Hyacinthe à M. Titon
Du Tillet sur son Parnasse.
M. Titon DuTillet a fait graver en 1723-
une grande et magnifique Estampe du
Parnasse dont nous avons fait la description dans le Mercure du mois de Septembre 172 3. et depuis il a donné une description de ce Monument avec une liste
alphabétique des Poëtes et des Musiciens
qui y sont rassemblez ; nous en avons fait
mention au mois de Juin 1727. que parut
cette Edition ; mais celle dont il vient de
faire part au Public est infiniment plus
ample , parce qu'il y a augmenté le nombre des Poëtes et des Musiciens sur le
Parnasse , et qu'il s'est étendu davantage
sur les articles de ceux dont il avoit parlé
dans la premiere Edition ; outre l'Essai et
les
#424 MERCURE DE FRANCE
les Remarques sur la Poësie et sur la Mu¬
sique qu'il donne dans celle- ci.
On peut dire de cet Ouvrage que nonseulement c'est la description du Parnasse François ; mais encore une Histoi
re générale de la Poësie et de la Musi
que Françoise, où les Curieux trouveront
de quoi se satisfaire.
>
CommeM. Titon du Tillet fait paroî
tre sur le Parnasse environ 250 Poëtes ou
Musiciens , il les distribuë en trois et même en quatre classes pour les y placer. I
marque dans son premier Discours, qu'il
ne lui convient pas d'être aussi severe que
Horace et Despréaux , dont il n'ignore pas
les Arrêts redoutables55; le premier dit
Dieux ni les hommes ne peuvent soufrir la
médiocrité dans les Vers , et qu'on arrache
jusqu'aux Affiches de leurs Ouvrages , mises
sur les Colonnes et aux coins des ruës.
Mediocribus esse Poëtis.
que
Non Di , non homines , non concessere columna.
let
Despréaux est du même sentiment , et
s'explique de cette maniere :
Mais dans l'art dangereux de rimer et d'écrire ;
Il n'est point de dégrez du médiocre au pire.
Et dans un autre endroit, en parlant de
peuxqui veulent meriter une place sur le Par
NOVEMBRE. 1732. 242
Farnasse , en traitant des sujets nobles et
élevez , il dit :
Qui ne vole au sommet, tombe au plus bas dégré
Mais il ne faut pas prendre Horace et
Defpreaux tout-à-fait à la lettre dans les
Passages cy-dessus où ils parlent du caracte- re élevé et du sublime de la Poësie , tel que
celui de l'Epopée ou du Poëte Epique , de
Ode Héroïque , et de la Tragedie ; car il est
d'autresgoûts de Poësie , où celui qui y réussit merite le titre de Poëte , et quelque rang
sur le Parnasse.
le Pourquoi voudroit- on qu'il n'y eut que
sommet du Parnasse d'habité , le milieu et
tes differentes Terrasses de cette Montagne
n'offrent-elles pas des endroits rians et délieieux où l'onpeutêtre placé avec distinction et selon le mérite de ses ouvrages.
Voici les Classes ou les Monumens diffe
rens qui distinguent les Poëtes et les Musisiens sur le Parnasse François. 1. Lafigure,
en Pied. 2. Les Médaillons ( cette Classe
peut bien êtrejointe avec la premiere ). 3. Les
noms gravez sur un premier Rouleau de
Bronze. 4. Un second Rouleau contient encore d'autres noms. 5. Un autre Rouleau où
sont écrits les noms de plusieurs personnes
d'un excellent gout , Amateurs et Protecteurs
de la Poësie et de la Musique , qui ont composé
2426 MERCURE DE FRANCE
posé aussi quelques jolis vers ou qui ont excellé dans l'art de chanter ou de jouer de
quelque Instrument. A la tête des Amateurs
et des Protecteurs de la Poësie , on a placé
LE CARDINAL DE RICHELIEU.
Pour faire encore quelque honneur à
notre Nation, M. Titon a mis à la fin de
ce volume une Liste d'environ cinq cent
Poëtes ou Musiciens , dont quelques- uns
peuvent avoir quelque mérite. Il les place dans les Avances ou dans les Campagnes qui environnent le Parnasse , afin
qu'Apollon et son Conseil puissent en admettre quelques- uns sur ce Mont sacré ,
s'ils les en trouvent dignes. Les Curieux
en Poësie et en Musique doivent lui sçavoir bon gré de leur rappelfer les noms
de tous ces Poëtes et de tous ces Musiciens , et en même temps de leur donner
une idée générale de l'hiftoire de notre
Poësie et de notre Musique , d'en faire
voir l'origine , les progrès et le haut
point de perfection où ces deux beaux
Arts sont montez en France, sous le Regne de Louis le Grand , qui est l'Apollon
du Parnasse François.
Pour revenir aux Poëtes et aux Musiciens qu'il a placés sur ce Parnasse , il dit :
Je n'ai point prétendu , comme on peut le
voir , par les differens monumens qu'on trouve
NOVEMBRE. 1732 2427
trouve sur ce Groupe de Bronze , et même
par les Places differentes que les Figures et
Les Médaillons y occupent , que tous les Poëtes et les Musiciens qui y sont rassemblez
soient d'un merite égal et digne des mêmes
honneurs. Je sçai bien qu'on ne trouve pas
facilement des MALHERBES et des RAGANS
pour l'ODE ; des CORNEILLES et des RACINES pour la TRAGEDIE ; des MOLIERESpour
la COMEDIE ; des LA FONTAINE pour LES
FABLES et LES CONTES ; des CHAPELLESpour
la Poësie naturelle , legere et badine ;` des
RACANS et des SEGRAIS pour la PASTORALE et l'EGLOGUE ; des DESPREAUX pour la
SATIRE ; des QUINAULTS pour la MUSIQUE
GHANTANTE ; des LULLYSpourla MUSIQUE,
et des Poëtes François et des Poëtes Latins
tels que les principaux de notre Parnasse
et des DAMES , telles que Mesdames de la
SUZE , des HouLIERES et Mad. de SCUDERY, qui y representent les 3 GRACES.
Il a fallu quelquefois plusieurs siècles pour
trouver un seul de ces beaux génies , et c'est
peut- être le plus grand effort de la nature de
les avoir tous produits dans un même siecle ;
sans parler de tant d'autres hommes qui ont
excellé en même-temps en France dans toutes
Les autres sciences et dans tous les autres beaux
Arts , differens de la Poësie et de la Musique.
Qu'on
2428 MERCURE DE FRANCE
1
Qu'on compteroit peu de ces grands hommes
depuis le regne de César et d'Auguste ! On
roiroit que la nature ce seroit reposée plus de
dix- sept cent ans pourfaire un pareil prodige et rendre le Regne de Louis LE GRAND
T'admiration de tous les siècles.
>
Rendons les bonneurs suprêmes à nosgrands
Poëtes , les Souverains du Parnasse , et
jouissons de leurs excellens Ouvrages ; mais
rendons aussijustice à plusieurs autres de nos.
Poëtes , qui ne les ont point égalé , mais dont
les écrits ne laissent pas d'avoir leur beauté
et leur agrément , donnant à chacun la gloire
et la récompense qui lui est dûë.
Stet sua cuique Mercos.
Comme le Parnasse François n'est consacré qu'aux Poëtes et qu'aux Musiciens
que la mort a enlevez , M. Titon y a
laissé des Places destinées pour y mettre
nos illustres Poëtes et nos fameux Musiciens vivans après leur mort. Il marque
même qu'il sera aisé d'augmenter de
moitié ce Groupe , en y ajoutant par la
Base , deux ou trois terrasses de Bronze
sur lesquelles on pourra placer autant de
figures qu'on le jugera à propos , et pour
y mettre tous les grands Poëtes et tous les fameux Musiciens dont la nature voudra favoriser la France dans les siécles
avenir.
I
NOVEMBRE. 1732. 2429
Il paroît que M. Titon auroit bien souhaité pouvoir passer les bornes qu'il a dû
se prescrire par ces paroles d'un ancien
Auteur , Cineri gloria datur ; les Monu
mens les plus glorieux ne s'accordent
qu'après la mort. Il a même crû qu'il lui
étoit permis de faire exécuter les Médail
lons de nos trois plus anciens Poëtes vi
vans , qui jouissent d'une grande réputa- tion: Ce sont Messieurs de FONTENELLE et
Rousseau , Poëtes François ; et le P. VANIERE, Jésuite , Poëte Latin ; et ceux de
nos deux plus anciens Musiciens pour les
Opéra; Mess. CAMPRA et DESTOUCHES.
Il est bienpersuadé que les Personnes d'esprit et de mérite ne lui en sçauront pas
mauvais gré ; ce fera dans la suite aux Maîtres de l'Art à leur assigner sur le
Parnasse les places qu'ils y méritent. Il
annonce aussi qu'il doit faire exécuter
des Médaillons des Poëtes qui ont le plus
de réputation parmi ceux dont les noms
sont gravez sur le premier Rouleau qu'on
voit sur le Parnasse , et même ceux de
nos Poëtes vivans , qu'il tiendra toûjours
en reserve , pour être placez , quand il
conviendra , sur le Parnasse. Pour rendre
la suite des Médaillons des Poëtes et des
Musiciens François plus complette , il
compte de donner dans quelque- temps les
F Médail
4430 MERCURE DE FRANCE
Médaillons des Poëtes , et des Musiciens qui sont representez en figures
en pied sur le Parnasse , comme ceux
des Dames, qui y representent les trois
Graces.
Il a fait exécuter jusqu'à present 24
Médaillons de Bronze , qui ont deux pou
ces de diametre : Voici les noms de ceux
qui y sont représentez : LA REINE MARGUERITE , CLEMENT MAROT , MALHERJE , VOITURE , SCEVOLE DE SAINTE
MARTHE , MAYNARD , SARASIN , SCARRÓN, BENSERADE, QUINAULT, SANTEUIL,
RAPIN , COMMIRE , LA RUE , LAINEZ ,
LA LANDE, MARAIS , LA MOTTE , LE P.
VANIERE, FONTENELLE, ROUSSEAU,CAMPRA, DESTOUCHES , MAD, DE LA GUERRE.
Sur les revers de ces Médaillons on
mis des devifes et des symboles conve
nables aux caracteres des Personnes qui
font representées sur la tête des Médail
lons
Le sieur Curé , Sculpteur et Cizeleur ,
demeurant à la descente du Quai Pelle
rier,a exécuté ces Médaillons; et M.Titon
lui a permis de les vendre, pour satisfaire
ceux qui en feront curieux.
Fermer
Résumé : Le Parnasse François, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente 'Le Parnasse Français', un ouvrage de M. Titon Du Tillet dédié au Roi et publié en 1732. Ce livre de près de 800 pages, illustré de vignettes et d'estampes, se compose de plusieurs sections clés. La première section expose le projet de l'auteur de créer un monument en bronze célébrant la gloire de la France et de Louis le Grand, en hommage aux poètes et musiciens français. L'auteur compare cet hommage aux honneurs accordés aux artistes dans l'Antiquité, notamment par les Grecs et les Romains. Le livre décrit ensuite le Parnasse Français, divisé en trois parties. La première partie présente les figures et leurs représentations. La deuxième détaille la disposition du monument et l'arrangement des figures avec leurs attributs et symboles. La troisième explique les analogies et les innovations par rapport au Parnasse grec. L'ouvrage inclut également un ordre chronologique des poètes et musiciens, des essais sur la poésie et la musique, des remarques sur l'origine et le progrès de ces arts en France, et un poème latin avec son imitation en français. Des lettres de M. Rousseau et de M. de Saint Hyacinthe à M. Titon Du Tillet sont également présentes. M. Titon Du Tillet a augmenté le nombre de poètes et de musiciens représentés dans cette édition par rapport à la précédente, et a ajouté des essais et des remarques sur la poésie et la musique. Le Parnasse Français est ainsi présenté comme une histoire générale de la poésie et de la musique françaises. L'auteur classe les poètes et musiciens en différentes catégories, reconnaissant que tous ne sont pas de mérite égal. Il mentionne des figures emblématiques comme Malherbe, Racine, Molière, et Lully, tout en rendant hommage à d'autres poètes et musiciens moins célèbres mais méritants. Le Parnasse Français est consacré aux poètes et musiciens décédés, mais des places sont laissées pour les artistes vivants. M. Titon Du Tillet a également fait exécuter des médaillons de bronze pour certains poètes et musiciens, dont les noms sont listés dans le texte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
29
p. 2660-2667
La Soeur Ridicule, Comédie de M. Montfleury,
Début :
Cette Pièce eut autrefois un grand succès sous le titre du Comédien [...]
Mots clefs :
Montfleury, Comédiens-Français, Parnasse, Soeur ridicule, Théâtre, Dangeville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Soeur Ridicule, Comédie de M. Montfleury,
La Sœur Ridicule , Comédie de
M. Montfleury.
C
Ette Piéce eut autrefois un grand
succès sous le titre du Comédien
Poete ; elle fut faite en quatre Actes seulement , parce que le Prologue étoit tellement lié à la Piéce qu'il tenoit lieu de
premier Acte ; le Théatre ayant changé
de face depuis la naissance de cette Comédie , et étant devenu plus épuré , les
Comédiens attentifs à se conformer au
goût du Public , avoient negligé de la remettre au Théatre ; mais n'ayant point
de nouveauté à donner pendant l'absence
de leurs Camarades , lorsque la Cour
étoit à Fontainebleau , ils en ont hazardé
quelques Représentations , dont le demi
succès a fait voir que le Théatre retomberoit facilement dans la bassesse d'où
Moliere l'avoit tiré , si on continuoit à
faire rire le Public aux dépens des bienféances. En effet , on a remarqué à la premiere Représentation de la Soeur Ridicule , que les Spectateurs avoient une espéce de honte de s'y divertir , et que les
ris du Parterre n'étoient pas de bon
alloy ; la pudeur des Dames en fut si
allarmée , qu'à peine s'en trouva - t'il I. Vol. deux
DECEMBRE. 1732. 2661
1
deux à la seconde Représentation ; mais
elles se sont enhardies dans la suite
et le nombre des curieuses croissant
tous les jours , on a eu lieu de présumer que ce goût pourroit bien redevenir à la mode , s'il se trouvoit encore des Scarrons et des Montfleuris ; ce
n'est pas qu'on ne doive faire cas du fond
de la Sœur, Ridicule ; l'intrigue en est
très comique , et l'action théatrale y est
ménagée avec un art infini ; mais il seroit à souhaiter qu'on y ménageât assez
les oreilles délicates , pour leur épargner
les grossiéretez.
Cette Piéce a été précedée d'un Proloque nouveau qui a pour titre le Caprice et
la Ressource ; nous en allons donner un
Extrait succint.
Ce Prologue a remplacé celui dont nous
venons de parler , et qui tenoit lieu anciennement du premier Acte à la Piéce.
Il a été reçû d'une maniere à faire connoître qu'on ne regrettoit pas le premier;
il a paru très- vif, mais assez peu correct.
L'Auteur en est anonyme , ' on ne peut
lui refuser la qualité d'homme d'esprit
c'est dommage qu'il se mette au - dessus
des régles dès son premier Ouvrage. L'iI. Vol. déo
1662 MERCURE DE FRANCE
dée de son Prologue n'est pas neuf ; la
voici en deux mots.
:: Les Comédiens François, en l'absence de
leurs Camarades qui jouent à la Cour, voudroient amuser la Ville par quelque nouveauté ; ils vont au Parnasse pour en chercher une. La Ressource et le Caprice , nou
velles Divinitez de la façon de l'Auteur
leur conseillent de remettre au Théatre la
Sœur Ridicule ; ils n'osent esperer de réussir par un genre de Comédie proscrit depuis long- tems ; mais la Ressource et le
Caprice les encouragent.
Le Théatre représente le Parnasse, trois
Comédiens ouvrent la Scene ; Crispin
qui est l'un des trois , fait une refléxion
qui ne fait guère d'honneur aux Auteurs
modernes : la voici.
Je fais une refléxion.
Je crois que c'est dans ces Retraites
Qu'habitent les anciens Poëtes
Et de ce côté les nouveaux.
>
Voici la raison qu'il en donne.
C'est que j'entends gazoüiller des oyseaux }
Que j'apperçois des fleurs , une verte prairie ;
Des Bosquets enchantés , des Lauriers , des ruis seaux ;
1. Vol.
DECEMBRE. 1732. 2663
Et je ne vois dans cette autre partie
Que des bourbiers et des crapaux.
,
Ce trait satyrique a paru peu délicat.
Nous citons ces Vers pour mettre sous les
yeux du Lecteur l'injustice d'un mépris
qui doit retomber sur celui qui le fait
éclater contre ses propres interêts ; car
enfin , pourquoi , dit - on s'avise-t'il
d'entrer dans une lice qui n'est qu'un
bourbier N'est- ce pas se mettre luimême au rang des crapaux , que de se
mêler parmi ces Auteurs Modernes, dont
il se fait une si vilaine idée ; on dira peutêtre pour l'excuser que ce n'est pas lui qui
parle ainsi , mais les Comédiens ; Il faut
donc qu'il leur en ait bien imposé par le
brillant de son coup d'essai , pour leur
faire dire du mal de ces mêmes Auteurs ,
qui leur donnent assez souvent des nouveautez utiles pour eux , et agréables au
Public. Après ces deux refléxions , que
les Spectateurs ont faites avant nous , passons àquelques Fragmens de l'Ouvrage
qui ont fait plaisir par la vivacité de la
Critique que l'Auteur répand abondamment. Ici c'est la Ressource qui parle.
"Après avoir joüi des plaisirs de la vie ,
Une Coquette enfin subit les loix du tems >
1. Vol. G On
2654 MERCURE DE FRANCE
On redouble le rouge et les ajustemens ;
Mais quand la Nature est flétrie ,
Bien-tôt tout l'art n'y peut plus rien.
Et bien , alors par mon moyen
Elle a recours à la prudoterie.
Je suis mere de l'Industrie ;
La Nature vous forme avec mille défauts ?
J'ai pour les réparer les secrets les plus beaux ;
Je dérobe avec art une épaule qui chocque
Sous un tourbillon de cheveux ;
Et sous un panier monstrueux
Je cache une taille équivoque.
Par des ajustemens differemment placés ,
Je donne des mines riantes ,
Tendres , naïves , innocentes ;
Je fais sortir des yeux qui sont trop enfon- cés ;
J'ai jusqu'à cent façons de gorges différen tes , &c.
Une jeune veuve soupire ,
Et regrette l'Epoux qui régnoit sur son cœur ?
Elle succomberoit à son triste martyre ;
Je lui trouve an consolateur.
L'Amour se fait sentir au cœur des jeunes
filles ?
Il faut surprendre les Mamans ?
On a recours à moi ; j'endors les surveil lans ;
1. Vol. Je
DECEMBRE. 1732 2665
Je fais taire les chiens , je fais tomber les gril- les.
Au milieu des amusemens ,
Il faut songer à menager sa gloire?
J'arrange tout si bien que l'Hymen ne peut croire
Que l'Amour ait pris les devans.
On peut aisément juger pales Vers
que l'on vient de lire , que l'Auteur n'est
pas si crapau ; le Public est trop équita- ble pour ne le pas tirer du bourbier avec
bien de ses Confreres qu'il y plonge indistinctement.
Dans la troisiéme Scene le Caprice s'ex
prime ainsi en parlant de la Mode.
C'est moi , selon ma fantaisie,
Qui régle tous ses mouvemens.
Arbitre des évenemens ;
Je fais et les plaisirs es les maux de la vie ;
J'invente tous les jours de nouveaux changea mens ;
Et j'ai , quand il m'en prend envie ,
Mille visages differens.
Dans cette inconstance éternelle ;
C'est envain qu'on croiroit rencontrer la Rai- son :
C'estmoi qui tiens sa place ; et , sans comparai
6on ,
I. Vol Gij J'ai
666 MERCURE DE FRANCE
A
J'ai beaucoup plus de sujets qu'elle.
La raison ne vient pas toujours quand on l'ap¬
pelle ;
Et le Caprice est toujours de saison.
La Ressource finit ainsi ce Prologue
en s'adressant au Parterre.
Protegez dre.
es Acteurs , ils ont droit de l'atten
Quel autre effort pouvoient- ils entreprendre
Si la Piéce ne prend pas bien ?
Quand la Ressource ne peut rien ,
Il ne reste qu'à s'aller pendre.
Le Caprice pour eux doit auſſi travailler.
Four capter votre bienveillance , *
Ce n'est pas trop le lieu d'aller vous rappel ler ,
Qu'il est un peu de votre connoissance ;
Il en sera tout ce que vous voudrez :
Vous même vous déciderez ;
Ne consultez que l'indulgence :
Vous allez régler nos destins ;
Que notre Piéce réussisse.
Applaudissez , battez des mains :
Allons , Messieurs , un bon Caprice.
Les deux principaux Roles de la Res
source et du Caprice , ont été parfaite1. Vel. ment
DECEMBRE. 1732. 2667
ment remplis par les Dlles Dangeville la
jeune , et la Motte.
Dans la Sœur Ridicule , les Rôles de
Pascal , de Gusman , d'Henrique , et du
Chevalier de Fondsec , sont joüez par les
Srs Poisson , Montmesnil , Grandval et
Dangeville neveu , et la Tante , Babet et
Jacinte par les Dlles Dangeville , Poisson,
et Dangeville la jeune..
La Comédie de la Soeur Ridicule se trouve
dans les Oeuvres de Montfleury au Tome second , sous le titre general du Comédien Poëte
Piéce qui fut d'abord jouée en cinq Actes , et
dont le premier Acte contient un Sujet détaché
et complet , imprimée ailleurs sous le titre du
Garçon sans conduite , de même que les quatre
Actes suivans , qui forment précisément la Co- médie de la Soeur Ridicule , se trouvent imprimés
à Caën l'an 1750. sous le titre des Amans infor- tunez et contens.
Les Coméd
M. Montfleury.
C
Ette Piéce eut autrefois un grand
succès sous le titre du Comédien
Poete ; elle fut faite en quatre Actes seulement , parce que le Prologue étoit tellement lié à la Piéce qu'il tenoit lieu de
premier Acte ; le Théatre ayant changé
de face depuis la naissance de cette Comédie , et étant devenu plus épuré , les
Comédiens attentifs à se conformer au
goût du Public , avoient negligé de la remettre au Théatre ; mais n'ayant point
de nouveauté à donner pendant l'absence
de leurs Camarades , lorsque la Cour
étoit à Fontainebleau , ils en ont hazardé
quelques Représentations , dont le demi
succès a fait voir que le Théatre retomberoit facilement dans la bassesse d'où
Moliere l'avoit tiré , si on continuoit à
faire rire le Public aux dépens des bienféances. En effet , on a remarqué à la premiere Représentation de la Soeur Ridicule , que les Spectateurs avoient une espéce de honte de s'y divertir , et que les
ris du Parterre n'étoient pas de bon
alloy ; la pudeur des Dames en fut si
allarmée , qu'à peine s'en trouva - t'il I. Vol. deux
DECEMBRE. 1732. 2661
1
deux à la seconde Représentation ; mais
elles se sont enhardies dans la suite
et le nombre des curieuses croissant
tous les jours , on a eu lieu de présumer que ce goût pourroit bien redevenir à la mode , s'il se trouvoit encore des Scarrons et des Montfleuris ; ce
n'est pas qu'on ne doive faire cas du fond
de la Sœur, Ridicule ; l'intrigue en est
très comique , et l'action théatrale y est
ménagée avec un art infini ; mais il seroit à souhaiter qu'on y ménageât assez
les oreilles délicates , pour leur épargner
les grossiéretez.
Cette Piéce a été précedée d'un Proloque nouveau qui a pour titre le Caprice et
la Ressource ; nous en allons donner un
Extrait succint.
Ce Prologue a remplacé celui dont nous
venons de parler , et qui tenoit lieu anciennement du premier Acte à la Piéce.
Il a été reçû d'une maniere à faire connoître qu'on ne regrettoit pas le premier;
il a paru très- vif, mais assez peu correct.
L'Auteur en est anonyme , ' on ne peut
lui refuser la qualité d'homme d'esprit
c'est dommage qu'il se mette au - dessus
des régles dès son premier Ouvrage. L'iI. Vol. déo
1662 MERCURE DE FRANCE
dée de son Prologue n'est pas neuf ; la
voici en deux mots.
:: Les Comédiens François, en l'absence de
leurs Camarades qui jouent à la Cour, voudroient amuser la Ville par quelque nouveauté ; ils vont au Parnasse pour en chercher une. La Ressource et le Caprice , nou
velles Divinitez de la façon de l'Auteur
leur conseillent de remettre au Théatre la
Sœur Ridicule ; ils n'osent esperer de réussir par un genre de Comédie proscrit depuis long- tems ; mais la Ressource et le
Caprice les encouragent.
Le Théatre représente le Parnasse, trois
Comédiens ouvrent la Scene ; Crispin
qui est l'un des trois , fait une refléxion
qui ne fait guère d'honneur aux Auteurs
modernes : la voici.
Je fais une refléxion.
Je crois que c'est dans ces Retraites
Qu'habitent les anciens Poëtes
Et de ce côté les nouveaux.
>
Voici la raison qu'il en donne.
C'est que j'entends gazoüiller des oyseaux }
Que j'apperçois des fleurs , une verte prairie ;
Des Bosquets enchantés , des Lauriers , des ruis seaux ;
1. Vol.
DECEMBRE. 1732. 2663
Et je ne vois dans cette autre partie
Que des bourbiers et des crapaux.
,
Ce trait satyrique a paru peu délicat.
Nous citons ces Vers pour mettre sous les
yeux du Lecteur l'injustice d'un mépris
qui doit retomber sur celui qui le fait
éclater contre ses propres interêts ; car
enfin , pourquoi , dit - on s'avise-t'il
d'entrer dans une lice qui n'est qu'un
bourbier N'est- ce pas se mettre luimême au rang des crapaux , que de se
mêler parmi ces Auteurs Modernes, dont
il se fait une si vilaine idée ; on dira peutêtre pour l'excuser que ce n'est pas lui qui
parle ainsi , mais les Comédiens ; Il faut
donc qu'il leur en ait bien imposé par le
brillant de son coup d'essai , pour leur
faire dire du mal de ces mêmes Auteurs ,
qui leur donnent assez souvent des nouveautez utiles pour eux , et agréables au
Public. Après ces deux refléxions , que
les Spectateurs ont faites avant nous , passons àquelques Fragmens de l'Ouvrage
qui ont fait plaisir par la vivacité de la
Critique que l'Auteur répand abondamment. Ici c'est la Ressource qui parle.
"Après avoir joüi des plaisirs de la vie ,
Une Coquette enfin subit les loix du tems >
1. Vol. G On
2654 MERCURE DE FRANCE
On redouble le rouge et les ajustemens ;
Mais quand la Nature est flétrie ,
Bien-tôt tout l'art n'y peut plus rien.
Et bien , alors par mon moyen
Elle a recours à la prudoterie.
Je suis mere de l'Industrie ;
La Nature vous forme avec mille défauts ?
J'ai pour les réparer les secrets les plus beaux ;
Je dérobe avec art une épaule qui chocque
Sous un tourbillon de cheveux ;
Et sous un panier monstrueux
Je cache une taille équivoque.
Par des ajustemens differemment placés ,
Je donne des mines riantes ,
Tendres , naïves , innocentes ;
Je fais sortir des yeux qui sont trop enfon- cés ;
J'ai jusqu'à cent façons de gorges différen tes , &c.
Une jeune veuve soupire ,
Et regrette l'Epoux qui régnoit sur son cœur ?
Elle succomberoit à son triste martyre ;
Je lui trouve an consolateur.
L'Amour se fait sentir au cœur des jeunes
filles ?
Il faut surprendre les Mamans ?
On a recours à moi ; j'endors les surveil lans ;
1. Vol. Je
DECEMBRE. 1732 2665
Je fais taire les chiens , je fais tomber les gril- les.
Au milieu des amusemens ,
Il faut songer à menager sa gloire?
J'arrange tout si bien que l'Hymen ne peut croire
Que l'Amour ait pris les devans.
On peut aisément juger pales Vers
que l'on vient de lire , que l'Auteur n'est
pas si crapau ; le Public est trop équita- ble pour ne le pas tirer du bourbier avec
bien de ses Confreres qu'il y plonge indistinctement.
Dans la troisiéme Scene le Caprice s'ex
prime ainsi en parlant de la Mode.
C'est moi , selon ma fantaisie,
Qui régle tous ses mouvemens.
Arbitre des évenemens ;
Je fais et les plaisirs es les maux de la vie ;
J'invente tous les jours de nouveaux changea mens ;
Et j'ai , quand il m'en prend envie ,
Mille visages differens.
Dans cette inconstance éternelle ;
C'est envain qu'on croiroit rencontrer la Rai- son :
C'estmoi qui tiens sa place ; et , sans comparai
6on ,
I. Vol Gij J'ai
666 MERCURE DE FRANCE
A
J'ai beaucoup plus de sujets qu'elle.
La raison ne vient pas toujours quand on l'ap¬
pelle ;
Et le Caprice est toujours de saison.
La Ressource finit ainsi ce Prologue
en s'adressant au Parterre.
Protegez dre.
es Acteurs , ils ont droit de l'atten
Quel autre effort pouvoient- ils entreprendre
Si la Piéce ne prend pas bien ?
Quand la Ressource ne peut rien ,
Il ne reste qu'à s'aller pendre.
Le Caprice pour eux doit auſſi travailler.
Four capter votre bienveillance , *
Ce n'est pas trop le lieu d'aller vous rappel ler ,
Qu'il est un peu de votre connoissance ;
Il en sera tout ce que vous voudrez :
Vous même vous déciderez ;
Ne consultez que l'indulgence :
Vous allez régler nos destins ;
Que notre Piéce réussisse.
Applaudissez , battez des mains :
Allons , Messieurs , un bon Caprice.
Les deux principaux Roles de la Res
source et du Caprice , ont été parfaite1. Vel. ment
DECEMBRE. 1732. 2667
ment remplis par les Dlles Dangeville la
jeune , et la Motte.
Dans la Sœur Ridicule , les Rôles de
Pascal , de Gusman , d'Henrique , et du
Chevalier de Fondsec , sont joüez par les
Srs Poisson , Montmesnil , Grandval et
Dangeville neveu , et la Tante , Babet et
Jacinte par les Dlles Dangeville , Poisson,
et Dangeville la jeune..
La Comédie de la Soeur Ridicule se trouve
dans les Oeuvres de Montfleury au Tome second , sous le titre general du Comédien Poëte
Piéce qui fut d'abord jouée en cinq Actes , et
dont le premier Acte contient un Sujet détaché
et complet , imprimée ailleurs sous le titre du
Garçon sans conduite , de même que les quatre
Actes suivans , qui forment précisément la Co- médie de la Soeur Ridicule , se trouvent imprimés
à Caën l'an 1750. sous le titre des Amans infor- tunez et contens.
Les Coméd
Fermer
Résumé : La Soeur Ridicule, Comédie de M. Montfleury,
La pièce 'La Sœur Ridicule' de M. Montfleury, initialement intitulée 'Le Comédien Poète', est une œuvre en quatre actes, avec un prologue servant de premier acte. Lors de sa réapparition sur scène, le théâtre avait évolué vers plus de décence, mais les comédiens, manquant de nouveautés, la reprirent pendant l'absence de la cour à Fontainebleau. Les représentations connurent un demi-succès, révélant une possible régression du goût du public. Lors de la première représentation, les spectateurs éprouvèrent une certaine honte à s'amuser, et les rires du parterre furent mitigés. La pudeur des dames fut alarmée, mais elles finirent par revenir, suggérant un possible retour des goûts anciens. L'intrigue de la pièce est comique et bien structurée, mais elle contient des grossièretés. Un nouveau prologue, 'Le Caprice et la Ressource', fut ajouté. Ce prologue, bien que vif, manquait de correction. Il raconte comment les comédiens, en quête de nouveauté, consultent les divinités Ressource et Caprice, qui leur conseillent de rejouer 'La Sœur Ridicule'. Le prologue fut bien accueilli, malgré quelques traits satiriques jugés peu délicats. Les rôles principaux du prologue furent interprétés par les demoiselles Dangeville et la Motte. Dans 'La Sœur Ridicule', les rôles de Pascal, Gusman, Henrique et du Chevalier de Fondsec furent joués par les sieurs Poisson, Montmesnil, Grandval et Dangeville neveu, tandis que les rôles de la Tante, Babet et Jacinte furent interprétés par les demoiselles Dangeville, Poisson et Dangeville la jeune. La pièce est disponible dans les œuvres de Montfleury, initialement jouée en cinq actes sous le titre 'Le Garçon sans conduite' et réimprimée sous divers titres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
30
p. 2667-2673
Arlequin au Parnasse, ou la Folie de Melpomene, &c. [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens Italiens donnerent le 4. de ce mois la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Arlequin, Comédiens-Italiens, Parodie, Zaïre, Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arlequin au Parnasse, ou la Folie de Melpomene, &c. [titre d'après la table]
es Comédiens Italiens donnerent le 4.
de ce mois la premiere représentation
d'une Parodie de la Tragédie de Zaire.
Cette petite Piece est intitulée : Arlequin
au Parnasse , ou la Folie de Melpomene.
Comme l'Auteur à qui on` l'attribue la
désavoie , nous nous dispenserons de le
nommer ; mais comme nous ne devons
pas moins à nos engagemens envers le Public , qu'à la modestie des Autheurs qui
veulent se dérober à la gloire qui leur est
D. I. Vel. duë, G iij
2368 MERCURE DE FRANCE
düe , nous n'avons garde de nous imposer
silence sur une maniere de Parodier, qui a
parû très singuliere et tout- à-fait neuve
aux connoisseurs ; voicy en peu de mots
l'idée de l'Autheur anonime.
LeThéatre represente le Mont Parnasse,
Arlequin et un de ses camarades forment
le noble dessein d'y monter pour obtenir
de Thalie quelqu'heureuse nouveauté ,
qui attire des spectateurs à leur Théatre.
La difficulté rebute Arlequin ; il ne veut
pas se donner la peine de grimper si haut,
et prétend en être suffisamment dispensé
par l'exemple de bien des Auteurs qui du
pied du Parnasse , prétendent égaler ceux
qui s'élevent jusqu'à la double cime. Il se
croit inspiré , il tient déja le titre d'une
Piece nouvelle ; voilà le Parnasse , dit-il,
et me voicy; je n'ai donc qu'à intituler
ma Piéce , Arlequin au Parnasse : son camarade a beau lui diré , qu'un titre ne suf
fit pas , et qu'il faut inventer de quoi le
remplir , il lui répond que cela pourra venir chemin faisant.
Thalie vient finir la contestation , et
leur dit qu'elle leur apporte le sujet, attendu que sa sœur Melpomene vient de devenir folle tout subitement ; cet heureux
évenement donne lieu à la seconde partie du titre de la Piece et les extravaganI. Vol ces
DECEMBRE. 1732. 2669
tes deMelpomene en fournissent le sujet.
Thalie cede la place à Melpomene qui s'avance; elle fait entendre qu'elle va rejoindre Apollon qui doit déliberer en plein conseil sur les moyens les plus propres à remé
dier aux folles saillies de la Muse tragique.
Melpomene arrive ; l'entousiasme dont
elle est transportée , lui fait tenir des discours injurieux au Sophocle et à l'Euripide de la France ; l'idée dont elle est remplie lui promet des succès infiniment plus
éclatants que tous ceux des Corneilles et
des Racines ; des routes nouvelles s'ouvrent devant ses pas ; elle y va entrer pour
La premiere fois , et tout lui répond de
remplir dignement la brillante carriere
qu'elle se propose de commencer. Le camarade d'Arlequin ne lui faithumblement
La réverence que sous le nom de Comédien François ; pour Arlequin , ne pouvant l'aborder à la faveur de la même
imposture , attendu que son habit et son
masque le décéleroient aux yeux de la superbe Muse, il prend le parti de suivre Thalie , comme Muse de sa connoissance. Melpomene trompée par le nom
de Comédien François , que le camarade
d'Arlequin se donne , lui dit qu'ils n'ont
ses heureux camarades et lui , qu'à préparer leurs cofres-forts , et que la riche
I. Vol. Giiij idée
2670 MERCURE DE FRANCE
idée qu'elle roule dans sa tête sera un Perou pour leur Troupe. Comme cette idée
n'est pas encore assez débrouillée , la Muse se jette sur un lit de gazon pour y rêver et elle s'y endort. Des songes chimeriques se présentent à elle , et achevent de
lui faire digerer le Chef d'oeuvre qu'elle
s'est promis. Elle s'éveille enfin et fait entendre que son ouvrage est consommé.
Le Comédien Italien , soi disant Comédien François , la prie de lui donner sa
Tragédie ; elle ne lui répond que par de
magnifiques promesses réïterées , sans se
donner la peine de lui dire ni quel est le
sujet de sa Piece , ni quelle en est la distribution : il y a des Auteurs , ajoute- t-elle,
qui croyent se couvrir de gloire, en disant
qu'ils ont fait cinq Actes en trois semaines , et moi je ne demande que trois minutes , et si tu en veux voir une épreuve,
je vais te la donner sur le champ : allons ,
poursuit- elle, que les cinq Actes dont j'ai
besoin obéissent à ma voix ; qu'ils paroissent à mes yeux. A peine a- t-elle parlé ;
qu'on voit sortir cinq Actes personifiez et
numerotez du premier au cinquiéme par
une étiquette qui les distingue les uns des autres.
Chacun de ces Actės , à commencer par
le premier , rend compte de la fonction
I.Vol.
qu'il
DECEMBRE. 1732. 2871
qu'il a dans la nouvelle Tragédie qui doit
attirer tout Paris. L'ordre de la marche
théatrale est un peu troublé par une petite.
altercation qui s'éleve entre le second et
le troisiéme , qui se reprochent récipro-.
quement d'être déplacez ; les autres se
suivent conformément au numero qu'on.
leur a assigné.
Le cinquiéme Acte paroit enfin , tout
fier d'être destiné à finir un si bel ouvrage ; voici les derniers vers qu'il récite
avec une parfaite sécurité , en parlant de
son Héros.
Du même fer il se perce lui-même;
At-onjamais fini par un plus beau Morceau ?
Melpomene en est si satisfaite qu'elle en
pleure de joie. Quoi ? Muse, vous pleurez!
dit le cinquiéme Acte personifié ; la Muse remplit le dernier hémistiche , par ces paroles que l'admiration lui arrache , trèsbeau , très-beau , très- beau.
Le ravissement de la Muse tragique et
de ses cinq Actes est troublé par l'arrivée.
de Thalie , qui dit d'un air malicieux
qu'elle apporte le sixième Acte ; Melpomene jette sur elle de fiers regards qui lui
annoncent le cas qu'elle fait de l'addition
qu'elle prétend faire à son chef- d'œuvre
mais Thalie.rabbat son orgueil , en lui ap1. Vol.
Gy pre-
2672 MERCURE DE FRANCE
prenant que le Conseil du Mont sacré
vient de la condamner aux petites Maisons , et ses cinq Actes à l'oubli. Melpomene en est au désespoir , et ses cinq Actes se reprochent les uns aux autres l'affront qu'ils viennent de recevoir ; on auroit souhaitté que l'Auteur eut saisi ce
nouyer incident pour critiquer la Piéce
qui est l'objet de la Parodie , et que chaque Acte fit voir maniere de reproche les défauts qu'on y peut censurer.
Les cinq Actes ayant enfin disparu ,
Melpomene finit par ces Vers , parodiez du Čid.
par
Pleurez , pleurez mes yeux ; fondez en cata ractes ;
Je perds toute ma gloire en perdant mes cinq Actes.
,
Au reste , tous les Amateurs de Piéces
de Théatre ont été surpris , que l'Auteur
d'une idée si neuve , et si susceptible de
traits comiques l'ait si négligemment
remplie ; on diroit qu'il n'a voulu donner qu'une esquisse , pour apprendre aux
faiseurs de Parodies , qu'on peut s'écartér
des sentiers trop battus dans ce genre de
Comédie , qui pourroit être très- utile , si
l'on ne s'y attachoit plutôt à divertir qu'à
instruire et à corriger. Nous n'avons vû
1. Vol. depuis
DECEMBRE. 1732. 2673
depuis plusieurs années que très-peu de
Parodies dignes d'être estimées ; telles
sont , Oedipe travesti , Agnés de Chaillot , et le mauvais Ménage ; la plupart
des autres ne sont qu'une imitation servile des Tragédies qu'elles prétendent tourner en ridicule ; ce genre est sans contredit le plus aisé ; mais il s'en faut bien qu'il
soit le plus estimable , et le plus couru ,
à moins qu'on n'y trouve quelque heureux incident qui attire le Public , soit
par la beauté du Spectacle , soit par quelque chose de bruyant , tel que la fureur
que de Roland , &c.
de ce mois la premiere représentation
d'une Parodie de la Tragédie de Zaire.
Cette petite Piece est intitulée : Arlequin
au Parnasse , ou la Folie de Melpomene.
Comme l'Auteur à qui on` l'attribue la
désavoie , nous nous dispenserons de le
nommer ; mais comme nous ne devons
pas moins à nos engagemens envers le Public , qu'à la modestie des Autheurs qui
veulent se dérober à la gloire qui leur est
D. I. Vel. duë, G iij
2368 MERCURE DE FRANCE
düe , nous n'avons garde de nous imposer
silence sur une maniere de Parodier, qui a
parû très singuliere et tout- à-fait neuve
aux connoisseurs ; voicy en peu de mots
l'idée de l'Autheur anonime.
LeThéatre represente le Mont Parnasse,
Arlequin et un de ses camarades forment
le noble dessein d'y monter pour obtenir
de Thalie quelqu'heureuse nouveauté ,
qui attire des spectateurs à leur Théatre.
La difficulté rebute Arlequin ; il ne veut
pas se donner la peine de grimper si haut,
et prétend en être suffisamment dispensé
par l'exemple de bien des Auteurs qui du
pied du Parnasse , prétendent égaler ceux
qui s'élevent jusqu'à la double cime. Il se
croit inspiré , il tient déja le titre d'une
Piece nouvelle ; voilà le Parnasse , dit-il,
et me voicy; je n'ai donc qu'à intituler
ma Piéce , Arlequin au Parnasse : son camarade a beau lui diré , qu'un titre ne suf
fit pas , et qu'il faut inventer de quoi le
remplir , il lui répond que cela pourra venir chemin faisant.
Thalie vient finir la contestation , et
leur dit qu'elle leur apporte le sujet, attendu que sa sœur Melpomene vient de devenir folle tout subitement ; cet heureux
évenement donne lieu à la seconde partie du titre de la Piece et les extravaganI. Vol ces
DECEMBRE. 1732. 2669
tes deMelpomene en fournissent le sujet.
Thalie cede la place à Melpomene qui s'avance; elle fait entendre qu'elle va rejoindre Apollon qui doit déliberer en plein conseil sur les moyens les plus propres à remé
dier aux folles saillies de la Muse tragique.
Melpomene arrive ; l'entousiasme dont
elle est transportée , lui fait tenir des discours injurieux au Sophocle et à l'Euripide de la France ; l'idée dont elle est remplie lui promet des succès infiniment plus
éclatants que tous ceux des Corneilles et
des Racines ; des routes nouvelles s'ouvrent devant ses pas ; elle y va entrer pour
La premiere fois , et tout lui répond de
remplir dignement la brillante carriere
qu'elle se propose de commencer. Le camarade d'Arlequin ne lui faithumblement
La réverence que sous le nom de Comédien François ; pour Arlequin , ne pouvant l'aborder à la faveur de la même
imposture , attendu que son habit et son
masque le décéleroient aux yeux de la superbe Muse, il prend le parti de suivre Thalie , comme Muse de sa connoissance. Melpomene trompée par le nom
de Comédien François , que le camarade
d'Arlequin se donne , lui dit qu'ils n'ont
ses heureux camarades et lui , qu'à préparer leurs cofres-forts , et que la riche
I. Vol. Giiij idée
2670 MERCURE DE FRANCE
idée qu'elle roule dans sa tête sera un Perou pour leur Troupe. Comme cette idée
n'est pas encore assez débrouillée , la Muse se jette sur un lit de gazon pour y rêver et elle s'y endort. Des songes chimeriques se présentent à elle , et achevent de
lui faire digerer le Chef d'oeuvre qu'elle
s'est promis. Elle s'éveille enfin et fait entendre que son ouvrage est consommé.
Le Comédien Italien , soi disant Comédien François , la prie de lui donner sa
Tragédie ; elle ne lui répond que par de
magnifiques promesses réïterées , sans se
donner la peine de lui dire ni quel est le
sujet de sa Piece , ni quelle en est la distribution : il y a des Auteurs , ajoute- t-elle,
qui croyent se couvrir de gloire, en disant
qu'ils ont fait cinq Actes en trois semaines , et moi je ne demande que trois minutes , et si tu en veux voir une épreuve,
je vais te la donner sur le champ : allons ,
poursuit- elle, que les cinq Actes dont j'ai
besoin obéissent à ma voix ; qu'ils paroissent à mes yeux. A peine a- t-elle parlé ;
qu'on voit sortir cinq Actes personifiez et
numerotez du premier au cinquiéme par
une étiquette qui les distingue les uns des autres.
Chacun de ces Actės , à commencer par
le premier , rend compte de la fonction
I.Vol.
qu'il
DECEMBRE. 1732. 2871
qu'il a dans la nouvelle Tragédie qui doit
attirer tout Paris. L'ordre de la marche
théatrale est un peu troublé par une petite.
altercation qui s'éleve entre le second et
le troisiéme , qui se reprochent récipro-.
quement d'être déplacez ; les autres se
suivent conformément au numero qu'on.
leur a assigné.
Le cinquiéme Acte paroit enfin , tout
fier d'être destiné à finir un si bel ouvrage ; voici les derniers vers qu'il récite
avec une parfaite sécurité , en parlant de
son Héros.
Du même fer il se perce lui-même;
At-onjamais fini par un plus beau Morceau ?
Melpomene en est si satisfaite qu'elle en
pleure de joie. Quoi ? Muse, vous pleurez!
dit le cinquiéme Acte personifié ; la Muse remplit le dernier hémistiche , par ces paroles que l'admiration lui arrache , trèsbeau , très-beau , très- beau.
Le ravissement de la Muse tragique et
de ses cinq Actes est troublé par l'arrivée.
de Thalie , qui dit d'un air malicieux
qu'elle apporte le sixième Acte ; Melpomene jette sur elle de fiers regards qui lui
annoncent le cas qu'elle fait de l'addition
qu'elle prétend faire à son chef- d'œuvre
mais Thalie.rabbat son orgueil , en lui ap1. Vol.
Gy pre-
2672 MERCURE DE FRANCE
prenant que le Conseil du Mont sacré
vient de la condamner aux petites Maisons , et ses cinq Actes à l'oubli. Melpomene en est au désespoir , et ses cinq Actes se reprochent les uns aux autres l'affront qu'ils viennent de recevoir ; on auroit souhaitté que l'Auteur eut saisi ce
nouyer incident pour critiquer la Piéce
qui est l'objet de la Parodie , et que chaque Acte fit voir maniere de reproche les défauts qu'on y peut censurer.
Les cinq Actes ayant enfin disparu ,
Melpomene finit par ces Vers , parodiez du Čid.
par
Pleurez , pleurez mes yeux ; fondez en cata ractes ;
Je perds toute ma gloire en perdant mes cinq Actes.
,
Au reste , tous les Amateurs de Piéces
de Théatre ont été surpris , que l'Auteur
d'une idée si neuve , et si susceptible de
traits comiques l'ait si négligemment
remplie ; on diroit qu'il n'a voulu donner qu'une esquisse , pour apprendre aux
faiseurs de Parodies , qu'on peut s'écartér
des sentiers trop battus dans ce genre de
Comédie , qui pourroit être très- utile , si
l'on ne s'y attachoit plutôt à divertir qu'à
instruire et à corriger. Nous n'avons vû
1. Vol. depuis
DECEMBRE. 1732. 2673
depuis plusieurs années que très-peu de
Parodies dignes d'être estimées ; telles
sont , Oedipe travesti , Agnés de Chaillot , et le mauvais Ménage ; la plupart
des autres ne sont qu'une imitation servile des Tragédies qu'elles prétendent tourner en ridicule ; ce genre est sans contredit le plus aisé ; mais il s'en faut bien qu'il
soit le plus estimable , et le plus couru ,
à moins qu'on n'y trouve quelque heureux incident qui attire le Public , soit
par la beauté du Spectacle , soit par quelque chose de bruyant , tel que la fureur
que de Roland , &c.
Fermer
Résumé : Arlequin au Parnasse, ou la Folie de Melpomene, &c. [titre d'après la table]
Le 4 décembre, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation d'une parodie intitulée 'Arlequin au Parnasse, ou la Folie de Melpomene', inspirée de la tragédie 'Zaire'. L'auteur de cette pièce est resté anonyme par respect pour sa modestie. L'intrigue se déroule sur le Mont Parnasse, où Arlequin et un camarade cherchent une nouveauté pour attirer des spectateurs. Arlequin, paresseux, préfère rester au pied du Mont Parnasse et se contente de trouver un titre pour sa pièce. Thalie intervient alors pour annoncer que Melpomene, la muse de la tragédie, est devenue folle, fournissant ainsi le sujet de la parodie. Dans son délire, Melpomene critique les tragédiens français et promet des succès éclatants. Elle s'endort et rêve de son œuvre, qu'elle présente ensuite sous forme de cinq actes personnifiés. Thalie interrompt finalement Melpomene en annonçant que le conseil du Mont Parnasse a condamné Melpomene aux petites maisons et ses actes à l'oubli. La pièce se termine par une parodie de vers du 'Cid'. Les amateurs de théâtre ont été surpris par la négligence de l'auteur, qui n'a pas pleinement exploité le potentiel comique de son idée. La parodie est vue comme une esquisse, encourageant les futurs auteurs à innover dans ce genre. Le texte mentionne quelques parodies estimables comme 'Oedipe travesti', 'Agnès de Chaillot' et 'Le mauvais ménage', mais critique la plupart des autres pour leur imitation servile des tragédies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
31
p. 2814-2817
A Mlle de Malcrais de la Vigne, STANCES IRREGULIERES Pour servir de Réponse à son Madrigal imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
Début :
Au Parnasse François mon nom est ignoré, [...]
Mots clefs :
Portrait, Injure, Sort, Voeux, Immortelle gloire, Marne, Coeur, Parnasse, Arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mlle de Malcrais de la Vigne, STANCES IRREGULIERES Pour servir de Réponse à son Madrigal imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
A Mile de Malcrais de la Vigne ,
STANCES IRREGULIERES
Pour servir de Réponse à son Madrigal
imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
AuParnasse François mon nom est ignoré;
Malcrais, de le sçavoir n'ayez aucune envie;
Trouvez bon seulement qu'en stile bigaré
Je vous offre aujourd'hui le Tableau de ma vie.
L'amour propre d'abord y place mon Portrait.
L'attitude n'en est pas sûre , ´
Mais l'air de tête n'est pas laid.
Par certains dons de la Nature
Le correctifest apporté
Aux défauts que dans ma figure
II. Vol. Aux
DECEMBRE. 1732 2815
Exagere l'adversité ,
Et de mes amis l'équité
Me sçait venger de cette injure.
Mon esprit curieux cherche la verité
Dont le charme secret l'attire
Après elle , mon cœur n'aspire
Qu'à la parfaite liberté.
2
Sans accuser le sort , content du necessaire ,
Debarassé des soins qui chargent le vulgaire ,
Je renferme mes vœux dans un petit réduit ,
Loin des Grands , loin des sots , de la pompe et
du bruit
Je n'y songe qu'à satisfaire
Mon penchant pour les Arts , et mon goût solftaire.
A l'ombre des Ormeaux dans mes momens per- dus,
Des champêtres plaisirs je trace des images,
Je veux qu'en ces petits ouvrages
On me retrouve encor quand je ne serai
plus.
Je ressens l'aiguillon de l'immortelle gloire,.
Et pressé du desir d'assurer ma mémoire
Ne pouvant partager les travaux des Guer
Je
riers ,
cultive le Mirthe au défaut des Lauriers.
Mon instinct m'a conduit aux Rives du Permesse ;
Euterpe quelquefois m'y donne des leçons ,
II. Vol Sut
2816 MERCURE DE FRANCE
Sur la Flute de Pan je les redis sans cesse
Aux Driades de nos valons ,
Et je décris les lieux où jadis la tendresse
Dicta mes premieres chansons.
Simple sans être sot , Champenois sans ru- desse ,
'Ami du naturel je cherche quand j'écris
Plus à toucher les cœurs qu'à flatter les esprits.
Pour la Ville , la Cour , les Grands et leur es- time ,
Je n'eus jamais la passion
Que fait naître l'ambition ,
Toujours sur la raison , rarement sur la rime
Je fixe mon attention ,
Et c'est moins la refléxion
Que le sentiment qui m'anime ,
Qui régle mon expression.
Permettez donc, illustre Fée
Qu'ici j'exprime simplement
Que je regrette amerement
Le tems où la bonne Zirphée
Sensible à mon empressement
M'eut des plaines de la Champagne
Jusqu'aux rives de la Bretagne
Transporté par enchantement.
Les cœurs qu'un desir héroïque
Portoit aux sublimes amours ,
Contre l'absence tirannique
II. Vol. Dans
DECEMBRE. 1732. 2817
Dans son Art trouvoient des secours ;
Son Char plus rapide qu'Eole ,
Plus prompt que l'Aigle qui s'envole ,
Les entraînoit vers leur beauté ;
Je sens leurs flâmes les plus vives ;
O Marne ! pourquoi sur tes Rives ,
Suis-je donc encor arrêté ?
Un cœur n'est pas toujours son maître ;
Je sçais qu'il viendroit un moment ,
Où le plaisir de vous connoître ,
Se feroit payer cherement.
Mais pour vous voir , pour vous entendre,
Tout risquer et tout entreprendre ,
Ne me paroît point une erreur.
A vos charmes , Fille divine ,
Dans l'ardeur qui me prédomine ,
Je suis prêt à livrer mon cœur.
STANCES IRREGULIERES
Pour servir de Réponse à son Madrigal
imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
AuParnasse François mon nom est ignoré;
Malcrais, de le sçavoir n'ayez aucune envie;
Trouvez bon seulement qu'en stile bigaré
Je vous offre aujourd'hui le Tableau de ma vie.
L'amour propre d'abord y place mon Portrait.
L'attitude n'en est pas sûre , ´
Mais l'air de tête n'est pas laid.
Par certains dons de la Nature
Le correctifest apporté
Aux défauts que dans ma figure
II. Vol. Aux
DECEMBRE. 1732 2815
Exagere l'adversité ,
Et de mes amis l'équité
Me sçait venger de cette injure.
Mon esprit curieux cherche la verité
Dont le charme secret l'attire
Après elle , mon cœur n'aspire
Qu'à la parfaite liberté.
2
Sans accuser le sort , content du necessaire ,
Debarassé des soins qui chargent le vulgaire ,
Je renferme mes vœux dans un petit réduit ,
Loin des Grands , loin des sots , de la pompe et
du bruit
Je n'y songe qu'à satisfaire
Mon penchant pour les Arts , et mon goût solftaire.
A l'ombre des Ormeaux dans mes momens per- dus,
Des champêtres plaisirs je trace des images,
Je veux qu'en ces petits ouvrages
On me retrouve encor quand je ne serai
plus.
Je ressens l'aiguillon de l'immortelle gloire,.
Et pressé du desir d'assurer ma mémoire
Ne pouvant partager les travaux des Guer
Je
riers ,
cultive le Mirthe au défaut des Lauriers.
Mon instinct m'a conduit aux Rives du Permesse ;
Euterpe quelquefois m'y donne des leçons ,
II. Vol Sut
2816 MERCURE DE FRANCE
Sur la Flute de Pan je les redis sans cesse
Aux Driades de nos valons ,
Et je décris les lieux où jadis la tendresse
Dicta mes premieres chansons.
Simple sans être sot , Champenois sans ru- desse ,
'Ami du naturel je cherche quand j'écris
Plus à toucher les cœurs qu'à flatter les esprits.
Pour la Ville , la Cour , les Grands et leur es- time ,
Je n'eus jamais la passion
Que fait naître l'ambition ,
Toujours sur la raison , rarement sur la rime
Je fixe mon attention ,
Et c'est moins la refléxion
Que le sentiment qui m'anime ,
Qui régle mon expression.
Permettez donc, illustre Fée
Qu'ici j'exprime simplement
Que je regrette amerement
Le tems où la bonne Zirphée
Sensible à mon empressement
M'eut des plaines de la Champagne
Jusqu'aux rives de la Bretagne
Transporté par enchantement.
Les cœurs qu'un desir héroïque
Portoit aux sublimes amours ,
Contre l'absence tirannique
II. Vol. Dans
DECEMBRE. 1732. 2817
Dans son Art trouvoient des secours ;
Son Char plus rapide qu'Eole ,
Plus prompt que l'Aigle qui s'envole ,
Les entraînoit vers leur beauté ;
Je sens leurs flâmes les plus vives ;
O Marne ! pourquoi sur tes Rives ,
Suis-je donc encor arrêté ?
Un cœur n'est pas toujours son maître ;
Je sçais qu'il viendroit un moment ,
Où le plaisir de vous connoître ,
Se feroit payer cherement.
Mais pour vous voir , pour vous entendre,
Tout risquer et tout entreprendre ,
Ne me paroît point une erreur.
A vos charmes , Fille divine ,
Dans l'ardeur qui me prédomine ,
Je suis prêt à livrer mon cœur.
Fermer
Résumé : A Mlle de Malcrais de la Vigne, STANCES IRREGULIERES Pour servir de Réponse à son Madrigal imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
Le texte est une réponse à un madrigal de Mile de Malcrais de la Vigne, publié dans le Mercure d'octobre 1732. L'auteur, restant anonyme au Parnasse français, dresse un tableau de sa vie. Il décrit son portrait, notant que la nature a atténué ses défauts et que l'adversité accentue ses traits. Il apprécie l'équité de ses amis et aspire à la vérité et à la liberté. L'auteur se satisfait du nécessaire, éloigné des grands et des sots, et se consacre aux arts et à la solitude. Il souhaite laisser une trace par ses œuvres et préfère cultiver la gloire par les arts plutôt que par les guerres. Il se définit comme simple et naturel, cherchant à toucher les cœurs plutôt que flatter les esprits. L'auteur regrette un temps passé avec une certaine Zirphée et exprime son désir de la revoir, prêt à tout risquer pour elle. Il conclut en déclarant son ardeur pour les charmes de cette fille divine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
32
p. 917-929
LETTRE de M. Titon du Tillet, à M. de la R......
Début :
MONSIEUR, J'ai lû dans votre Mercure du mois de [...]
Mots clefs :
Poètes, Musiciens, Manière, Lully, Parnasse, Auteur, Fautes, Édition, Académie française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Titon du Tillet, à M. de la R......
LETTRE de M. Titon du Tillet
M. de la R..
M
...
ONSIEUR ,
'ai lû dans votre Mercure du mois de
Mars , P.481.une Lettre qui m'est addressée
au sujet de l'Edition du Liv , intitule
le Parnasse François , que j'ai donnée :
Dame d'un esprit peu ordinaire.
L'année
18 MERCURE DE FRANCE
l'année derniere. Si je connoissois l'Auteur
de cette Lettre , je lui addresserois
ma réponse , et je le remercirois plus am
plement que je ne le fais icy , de la maniere
avantageuse dont il parle de cet
Ouvrage qu'il veut bien traiter d'Excellent
, et qu'il marque ne pouvoir être que
d'une extrême utilité et d'un agrément infini
à ceux qui voudront connoître le genie des
Poëtes et des Musiciens François , que mon
zele et mes travaux n'immortalisent pas
moins , que les Ouvrages qu'ils ont laissez.
Les louanges qu'on me fait l'honneur
de me donner sur mon zele, me font des
plus agréables , et je les reçois volontiers;
Personne ne pouvant en avoir davantage
pour la gloire de notre Nation et pour
celle des grands Hommes qu'elle a produits.
A l'égard des louanges qu'on me
donne sur mes travaux pour célébrer le
génie et les talens de nos. Poëtes et de nos
Musiciens , je sens que je suis encore bien
éloigné de la perfection où j'aurois souhaite
porter un pareil Ouvrage ; c'est
pourquoi je suis tres-obligé à celui qui
m' crit des Remarques ,dont il veut bien
me faire part sur quelques fautes qui ont
pû s'y glisser. Je reçois donc , avec plaisir
, ses Remarques , mais il me permettra
de lui dire que la plupart des fautes
qu'il
MA Y. 1733 .
1
919
qu'il a trouvées dans cette Edition ne me
paroissent pas réellement des fautes , où
que si elles en sont , elles ne sont pas .
bien essentielles.
Il prétend que le nom de des Iveteaux
doit commencer par un Y et non pas un
I ; cependant de Vigneul Marville 1 qui
fait un article assez étendu de des Iveteaux
, écrit ce nom par un I simple, de
même qu'il l'est dans le Dictionnaire de
Moreri . Il est vrai que Baillet , au cin .
quiéme volume des Jugemens des Sçavans ,
le met par un Y. L'Imprimeur auroit du
mettre dans mon Livre , à l'article des
Iveteaux , le premier v consonne , comme
il l'a mis à la Liste Alphabetique des
Poëtes et des Musiciens.
On doit écrire , dit l' Anonyme , Lulli ,
et non pas Lully , car c'est faire un nom
François d'un nom Italien. Je sçai bien
que les Italiens ne se servent point dans
leur Alphabet des Lettres K, X , Y ; c'est
pourquoi je ne dirai pas si Lully avoit
voulu mettre un Y à son nom , étant
dans son Païs , ou s'il l'a pris depuis qu'il
se fit naturaliser François ; mais il est certain
qu'il signoit Lully , avec un Y; c'est
ainsi qu'on peut le voir sur differens
1 Mélanges d'Histoire et de Litterature ;
tame 3.
Exem920
MERCURE DE FRANCE
Exemplaires imprimez , qui sont encore
aujourd'hui chez Ballard , paraphez de sa
propre main , de cette maniere , J. B.
Lully , &c.
Dans tous les Opéra que Lully a fait
imprimer et dans toutes les Epîtres Dédicatoires
au Roy, son nom est toujours
terminé par un Y , &c. Le nom de ce
fameux Musicien , mis au bas de son Portrait
gravé , est avec un Y. Charles Perrault
, dans ses Hommes Illustres , l'écrit
de même ; enfin la famille de Lully , qui
lui a fait élever un superbe Mausolée dans
P'Eglise des Petits Peres à Paris, a fait mettre
dans l'Inscription , son nom gravé
par un Y. Son fils et son petit - fils dans
leur fignature , mettent de même un Yà
leur nom . Il est vrai que dans le Dictionnaire
de Moreri on a écrit Lulli .
Il marque que le nom d'une illustre Chanteuse
est tout - à-fait défiguré , qu'on doit
écrire Mlle de Leufroy , et non pas Mlle le
Froid. Je répondrai que je connois cette
Demoiselle depuis plus de trente ans ,
qu'elle m'a fait l'honneur de m'écrire , et
qu'elle signe , le Froid , comme je l'ai
écrit. Il y a huit jours que je lui rendis
visite chez elle , ruë S.Loiiis dans l'Isle ;
elle me confirma qu'elle , ni son pere , ni
sa mere n'avoient jamais signé leur nom
autrement que le Froid.. A
MAY. 1733 . 527
A l'égard du nom du Président Nicole
qu'il croit devoir être écrit avec deux L,
comme Bayle le met dans son Dictionnaire
; je lui dirai qu'il n'est pas surprenant
que Bayle dans plus d'un million de
noms propres qu'il rapporte dans cet Ouvrage
, n'ait mis un L de plus qu'il ne
faut à ce nom ; mais que le celebre Nicole
, Auteur de plusieurs excellens Ouvrages
de Morale et de Piété, ne mettoit
qu'un Là son nom (comme on le voit dans
Moreri)et que dans les Oeuvres Poëtiques
du President Nicole, son parent, avec son
Epître Dédicatoire au Roy , imprimée
chez Charles de Sercy , Paris , 1670 &
1693. le nom de Nicole n'est écrit qu'avec
un L , de la maniere dont M. Nicole
, Lieutenant General et Président du
Présidial de Chartes , petit- fils du Poëte,
dont j'ai fait mention , signe encore son
nom aujourd'hui ,
J'ai écrit Montreul ( de même qu'il est
dans le Moreri ) en marquant qu'il faut
prononcer Montreuil celui qui me fait
part de ses Remarques dit qu'il faut écri
de Montereul , comme le marquent Pellisson
et l'Abbé d'Olivet , dans leur Histoire
de l'Académie Françoise ; pour moi
j'ai crû pouvoir faire le nom de Montreul
de deux sillabes , parce que Baillet , Mo-
•
reri
922 MERCURE DE FRANCE
.
reri, et Despréaux le font de même.com.
me on le voit dans ces Vers :
On ne voit point mes Vers , à l'envi de Mons
treuil ,
Grossir impunément les Feuillets d'un Recueil.
Montreuil , lui-même écrivoit , selon
toutes les apparences , son nom de cette
maniere ; ses Oeuvres avec son Epître
dédicatoire à M. Molé , et son Portrait
gravé au commencement , en sont des
prenves , car son nom y est par tout écrit,
Montreuil.
Voici des fautes qu'il m'objecte avec
raison . Les noms de Beüil , de Pillet , de
Pilles , sont mal écrits ; on doit mettre du
Bueil , de Pilet , de Piles ; aussi dans l'Edition
de mon Livre a t on mis quatre
ou cinq fois de Piles, et une seule fois de
Pilles. Il faut joindre aussi , comme il le
marque , les sillabes de chacun de ces
Noms, Lalande, Desmarets ; au lieu qu'on
les a séparé , la Lande , des Marets.
Je crois qu'il a raison de dire , qu'on
doit écrire Amfrye de Chaulieu, ou peutêtre
Affie , comme e l'ai mis dans le
premier Essai que j'ai donné de la Des
cription du Parnasse François , parce qu'il
est écrit de même sur les Registres mor
tuaires de l'Eglise du Temple,à Paris ; et
je
MAY. 1733 . $23
je pourrois bien avoir mal fait d'avoir
mis Auffre dans cette seconde Edition ,
sur ce que m'a assuré un célébre Académi
cien, qu'il falloit l'écrire de cette maniere ,
et comme il est imprime dans le Mercure
de Juillet 1720 .
Pour ce qui regarde quelques dattes de
la naissance , de la mort et de l'age des
Poëtes et des Musiciens dont je fait mention
, il n'est pas aisé parmi plus de trois
mille dattes , comprises celles de l'impression
de leurs Ouvrages , qu'on mette
quelquefois un chiffre pour un autre ;
mais dans huit ou dix endroits où il me
reprend sur ces dattès , qui ne sont pas
exactes , l'erreur ne va pas à quinze jours
de plus ou de moins, ou s'il va plus loin ,
comme peut être au seul article de Daniel
Huet , où l'on a marqué sa mort en
1711 , au lieu de 1741. pour lors le Leeteur
peut y suppléer facilement, et recon-
Loître l'erreur, parce qu'ayant mis à l'intitulé
de son article ; Daniel Huet , né en
1630. mort en 1711. âgé de 91 ans ; on
voit clairement qu'il faut mettre 1721 .
afin qu'il eut 91 à sa mort ; d'autant plus
que j'ai placé les Poëtes et les Musiciens
par ordie chronologique , ayant mis devant
Daniel Huet , l'Abbé de Chaulieu
M. Dacier , et Jacques Vergier , tous les
trois
24 MERCURE DE FRANCE
trois morts en 1720. cependant on a corrigé
cette faute à la main , dans la plus
grande partie des Exemplaires ; de même
que quatre ou cinq autres principales.
Santeuil est mort dans sa 68.année , au
lieu que je l'ai mis dans sa 67. et Thomas
Corneille dans sa 85. année , au lieu
qu'on l'a mis dans sa 84.
Il marque aussi d'après l'Abbé d'Oli
vet , dans son Histoire de l'Académie
Françoise , que du Ryer est mort en 1658.
et non pas en 1656. j'ai suivi cette detniere
datte d'après Ballet , Bayle et Moreri
, qui mettent la date de sa mort en
1656. on peut la vérifier sur les Regis
tres Mortuaires de la Paroisse de S. Gervais
, où il a été inhumé ; j'ai cependant
beaucoup de confiance en l'Abbé d'Olivet,
pour ce qui regarde les Académiciens
dont il a écrir la Vie , et je m'en
suis servi utilement dans cette seconde
Edition pour quelques-uns de nos Poëtes,
qui étoient de l'Académie .
J'ai omis , dit- il , les dates du temps
de la naissance de Ségrais , de Fléchier ,
de la Monnoye , de Valincour, du Pere
du Cerceau. J'ai négligé de mettre quelquefois
ces dates , parce qu'ayant mis
l'année de la mort d'une personne et celle
de son âge , on trouve aisément celle de
sa naissance.
,
MAY. • 1733.
925
Je n'ai pas oublié , comme il le marque ,
le Poëte de Lingendes , qu'il nomme Jean
au lieu de Pierre , cat Jean de Lingendes ,
parent de celui - cy , étoit un celebre Prédicateur
, qui fut nommé à l'Evêché de
Sarlat , puis à celui de Mâcon , et le
Pere de Lingendes , Jésuite , son cousin ,
aussi Prédicateur de réputation , s'appelloit
Claude. J'ai fait un article de Pierre
de Lingendes avec Montfuron , qui est
l'article LIII. pages 210. et 211. où
j'ai rapporté la maniere dont l'illustre
Mlle de Scudery , a celebré ces deux Poëtes
, au Tome 8. de son Roman de Clélie
, et que Barbin , dans son Recueil de
Poësies choisies , Tome 3. a donné des Vers
de Lingendes.
Boësset le pere , et Boësset le fils , Musiciens
, ne sont pas non plus oubliez ,
comme il le dit , j'ai marqué l'article de
Lambert ,, ppaaggee 339922.. »» qquuee de son temps.
il parut plusieurs Musiciens qui sui-
» virent ses traces , c'est- à- dire qui tra-
» vaillerent dans un goût tendre et gra-
>> cieux ; on doit mettre de ce nombre
»Boësset et le Camus , tous deux Maîtres
>> et Compositeurs de la Musique de la
» Chambre du Roy , qui s'acquirent de
» la réputation , par leurs Chansons ; on
"peut mettre aussi de ce nombre Boësset
;
}
926 MERCURE DE FRANCE
» set le fils , Mollie , Sicard , Moulinić ,
» du Buisson , &c. les Recueils de leurs
» Airs sont impriméz chez J. B. Chris-
»tophe Ballard.
A l'Article de Campistron , j'ai dit qu'il
composa par ordre du Duc de Vendôme ,
une Piece Lyrique , pour être chantée
en son Château d'Anet , où Monseigneur
le Dauphin passa quelques jours , j'aurois
bien fait de dire que cette Piece est
intitulée , Acis et Galatée , Pastorale Héroïque
, représentée en 1687. à Anet , et
la même année sur le Théatre de l'Opéra.
L'Auteur de ces Remarques auroit souhaité
que j'eusse fait mention dans l'ordre
chronologique des Poëtes et des Musiciens
de Jean Dasjac , de l'Académie
Françoise , homme connu par divers Ouvrages
en Prose Latine et Françoise , et
qui a composé aussi quelques Vers François
et Latins ; mais j'ai fait connoître
que mon dessein n'étoit pas de faire paroître
sur le Parnasse tous les François
qui se sont exercez dans la Poësie , dans
la Musique. J'ai crû même avoir trop
entrepris d'en présenter à Apollon plus
de 260. outre quatre ou cinq cens autres
dont j'ai rapporté seulement les noms,
et que j'ai dit qu'on pouvoit supposer s'y
promener
MAY. 1733 928
promener dans les Avenues riantes et
dans les Campagnes agréables qui environnent
le Parnasse , en attendant qu'Apollon
décide de leur sort. Je sçai bien
qu'il ne seroit pas difficile de mettre encore
les noms de plus de 200. autres François
qui ont donné au Public quelques petites
Poësies , et quelques Pieces de Théatre
; on trouve leurs noms entre ceux
de plusieurs autres Poëtes dont j'ai fait
mention sur le Parnasse . 1º . Au cinquiéme
volume des Jugemens des Sçavans
sur les Poëtes modernes , par Baillet . 2 ° .
Dans un Livre intitulé , Bibliotheque des
Théatres , qui vient de paroître en cette
année 1733. 3 ° . Dans les Recueils de Poësies
de Sercy , de la Fontaine , de Barbin ,
et du P. Bouhours , & c.
J'ai averti aussi au bas de la premiere
page de mon Livre , que j'avois laissé des
places en blanc,au bas de chaque Rouleau
où j'ai écrit les noms des Poëtes et des
Musiciens de notre Parnasse , et même
dans quelques autres endroits où j'ai mis
une suite d'autres noms de Personnes illustres
dans les Sciences et dans les Beaux
Arts , afin que les Partisans de quelquesunes
dont ils ne voyent point les noms ,
ayent la satisfaction de remplir eux - mêmes
ces vuides ou blancs , en y mettant
E les
928 MERCURE DE FRANCE
les noms de ces personnes ; on verra dans
mon Livre ces places que j'ai laissées en
blanc , depuis la page 35. jusqu'à la
page 45.
Si l'Auteur anonime avoit bien voulu
me communiquer ses Remarques avant
que de les faire imprimer , je crois qu'au
lieu de six pages qu'elles contiennent ,
nous aurions pû les renfermer dans une
demi page , à quoi j'aurois ajoûté une
autre demi page de quelques autres fau
tes sur lesquelles il a bien voulu me ménager;
mais il est bien difficile que dans
un volume in folio de près de 800. pages
, où l'on rapporte plus de 15oc . noms
propres , et plus de 3000. dates en chiffre,
il ne se glisse quelques fautes de l'Auteur
et encore plus de l'Imprimeur. J'a-
Joûterai cependant que je n'en ai point
trouvé de bien essentielles et auxquelles
le Lecteur éclairé ne puisse aisément suppléer.
Je vous prie , Monsieur , si vous connoissez
l'Auteur de cette Lettre , de vou
loir bien le remercier de ma part de la
maniere obligeante dont il a parlé de mon
Livre , et de lui dire que je serai charmé
de faire connoissance avec lui, et de lui
présenter un Exemplaire de cet Ouvrage
dont il témoigne que la lecture lui a fait
plaisir;
MAY. 1733.
929
plaisir ; je ne lui sçai que très - bon gré
des Remarques dont il m'a fait part ,
et je lui en serai toujours obligé , comme
je le serai à toutes les personnes d'éru
dition et de goût , qui voudront bien
m'aider de leurs avis pour perfectionner
un Ouvrage tel que celui que j'ai entrepris.
Je suis , & c .
M. de la R..
M
...
ONSIEUR ,
'ai lû dans votre Mercure du mois de
Mars , P.481.une Lettre qui m'est addressée
au sujet de l'Edition du Liv , intitule
le Parnasse François , que j'ai donnée :
Dame d'un esprit peu ordinaire.
L'année
18 MERCURE DE FRANCE
l'année derniere. Si je connoissois l'Auteur
de cette Lettre , je lui addresserois
ma réponse , et je le remercirois plus am
plement que je ne le fais icy , de la maniere
avantageuse dont il parle de cet
Ouvrage qu'il veut bien traiter d'Excellent
, et qu'il marque ne pouvoir être que
d'une extrême utilité et d'un agrément infini
à ceux qui voudront connoître le genie des
Poëtes et des Musiciens François , que mon
zele et mes travaux n'immortalisent pas
moins , que les Ouvrages qu'ils ont laissez.
Les louanges qu'on me fait l'honneur
de me donner sur mon zele, me font des
plus agréables , et je les reçois volontiers;
Personne ne pouvant en avoir davantage
pour la gloire de notre Nation et pour
celle des grands Hommes qu'elle a produits.
A l'égard des louanges qu'on me
donne sur mes travaux pour célébrer le
génie et les talens de nos. Poëtes et de nos
Musiciens , je sens que je suis encore bien
éloigné de la perfection où j'aurois souhaite
porter un pareil Ouvrage ; c'est
pourquoi je suis tres-obligé à celui qui
m' crit des Remarques ,dont il veut bien
me faire part sur quelques fautes qui ont
pû s'y glisser. Je reçois donc , avec plaisir
, ses Remarques , mais il me permettra
de lui dire que la plupart des fautes
qu'il
MA Y. 1733 .
1
919
qu'il a trouvées dans cette Edition ne me
paroissent pas réellement des fautes , où
que si elles en sont , elles ne sont pas .
bien essentielles.
Il prétend que le nom de des Iveteaux
doit commencer par un Y et non pas un
I ; cependant de Vigneul Marville 1 qui
fait un article assez étendu de des Iveteaux
, écrit ce nom par un I simple, de
même qu'il l'est dans le Dictionnaire de
Moreri . Il est vrai que Baillet , au cin .
quiéme volume des Jugemens des Sçavans ,
le met par un Y. L'Imprimeur auroit du
mettre dans mon Livre , à l'article des
Iveteaux , le premier v consonne , comme
il l'a mis à la Liste Alphabetique des
Poëtes et des Musiciens.
On doit écrire , dit l' Anonyme , Lulli ,
et non pas Lully , car c'est faire un nom
François d'un nom Italien. Je sçai bien
que les Italiens ne se servent point dans
leur Alphabet des Lettres K, X , Y ; c'est
pourquoi je ne dirai pas si Lully avoit
voulu mettre un Y à son nom , étant
dans son Païs , ou s'il l'a pris depuis qu'il
se fit naturaliser François ; mais il est certain
qu'il signoit Lully , avec un Y; c'est
ainsi qu'on peut le voir sur differens
1 Mélanges d'Histoire et de Litterature ;
tame 3.
Exem920
MERCURE DE FRANCE
Exemplaires imprimez , qui sont encore
aujourd'hui chez Ballard , paraphez de sa
propre main , de cette maniere , J. B.
Lully , &c.
Dans tous les Opéra que Lully a fait
imprimer et dans toutes les Epîtres Dédicatoires
au Roy, son nom est toujours
terminé par un Y , &c. Le nom de ce
fameux Musicien , mis au bas de son Portrait
gravé , est avec un Y. Charles Perrault
, dans ses Hommes Illustres , l'écrit
de même ; enfin la famille de Lully , qui
lui a fait élever un superbe Mausolée dans
P'Eglise des Petits Peres à Paris, a fait mettre
dans l'Inscription , son nom gravé
par un Y. Son fils et son petit - fils dans
leur fignature , mettent de même un Yà
leur nom . Il est vrai que dans le Dictionnaire
de Moreri on a écrit Lulli .
Il marque que le nom d'une illustre Chanteuse
est tout - à-fait défiguré , qu'on doit
écrire Mlle de Leufroy , et non pas Mlle le
Froid. Je répondrai que je connois cette
Demoiselle depuis plus de trente ans ,
qu'elle m'a fait l'honneur de m'écrire , et
qu'elle signe , le Froid , comme je l'ai
écrit. Il y a huit jours que je lui rendis
visite chez elle , ruë S.Loiiis dans l'Isle ;
elle me confirma qu'elle , ni son pere , ni
sa mere n'avoient jamais signé leur nom
autrement que le Froid.. A
MAY. 1733 . 527
A l'égard du nom du Président Nicole
qu'il croit devoir être écrit avec deux L,
comme Bayle le met dans son Dictionnaire
; je lui dirai qu'il n'est pas surprenant
que Bayle dans plus d'un million de
noms propres qu'il rapporte dans cet Ouvrage
, n'ait mis un L de plus qu'il ne
faut à ce nom ; mais que le celebre Nicole
, Auteur de plusieurs excellens Ouvrages
de Morale et de Piété, ne mettoit
qu'un Là son nom (comme on le voit dans
Moreri)et que dans les Oeuvres Poëtiques
du President Nicole, son parent, avec son
Epître Dédicatoire au Roy , imprimée
chez Charles de Sercy , Paris , 1670 &
1693. le nom de Nicole n'est écrit qu'avec
un L , de la maniere dont M. Nicole
, Lieutenant General et Président du
Présidial de Chartes , petit- fils du Poëte,
dont j'ai fait mention , signe encore son
nom aujourd'hui ,
J'ai écrit Montreul ( de même qu'il est
dans le Moreri ) en marquant qu'il faut
prononcer Montreuil celui qui me fait
part de ses Remarques dit qu'il faut écri
de Montereul , comme le marquent Pellisson
et l'Abbé d'Olivet , dans leur Histoire
de l'Académie Françoise ; pour moi
j'ai crû pouvoir faire le nom de Montreul
de deux sillabes , parce que Baillet , Mo-
•
reri
922 MERCURE DE FRANCE
.
reri, et Despréaux le font de même.com.
me on le voit dans ces Vers :
On ne voit point mes Vers , à l'envi de Mons
treuil ,
Grossir impunément les Feuillets d'un Recueil.
Montreuil , lui-même écrivoit , selon
toutes les apparences , son nom de cette
maniere ; ses Oeuvres avec son Epître
dédicatoire à M. Molé , et son Portrait
gravé au commencement , en sont des
prenves , car son nom y est par tout écrit,
Montreuil.
Voici des fautes qu'il m'objecte avec
raison . Les noms de Beüil , de Pillet , de
Pilles , sont mal écrits ; on doit mettre du
Bueil , de Pilet , de Piles ; aussi dans l'Edition
de mon Livre a t on mis quatre
ou cinq fois de Piles, et une seule fois de
Pilles. Il faut joindre aussi , comme il le
marque , les sillabes de chacun de ces
Noms, Lalande, Desmarets ; au lieu qu'on
les a séparé , la Lande , des Marets.
Je crois qu'il a raison de dire , qu'on
doit écrire Amfrye de Chaulieu, ou peutêtre
Affie , comme e l'ai mis dans le
premier Essai que j'ai donné de la Des
cription du Parnasse François , parce qu'il
est écrit de même sur les Registres mor
tuaires de l'Eglise du Temple,à Paris ; et
je
MAY. 1733 . $23
je pourrois bien avoir mal fait d'avoir
mis Auffre dans cette seconde Edition ,
sur ce que m'a assuré un célébre Académi
cien, qu'il falloit l'écrire de cette maniere ,
et comme il est imprime dans le Mercure
de Juillet 1720 .
Pour ce qui regarde quelques dattes de
la naissance , de la mort et de l'age des
Poëtes et des Musiciens dont je fait mention
, il n'est pas aisé parmi plus de trois
mille dattes , comprises celles de l'impression
de leurs Ouvrages , qu'on mette
quelquefois un chiffre pour un autre ;
mais dans huit ou dix endroits où il me
reprend sur ces dattès , qui ne sont pas
exactes , l'erreur ne va pas à quinze jours
de plus ou de moins, ou s'il va plus loin ,
comme peut être au seul article de Daniel
Huet , où l'on a marqué sa mort en
1711 , au lieu de 1741. pour lors le Leeteur
peut y suppléer facilement, et recon-
Loître l'erreur, parce qu'ayant mis à l'intitulé
de son article ; Daniel Huet , né en
1630. mort en 1711. âgé de 91 ans ; on
voit clairement qu'il faut mettre 1721 .
afin qu'il eut 91 à sa mort ; d'autant plus
que j'ai placé les Poëtes et les Musiciens
par ordie chronologique , ayant mis devant
Daniel Huet , l'Abbé de Chaulieu
M. Dacier , et Jacques Vergier , tous les
trois
24 MERCURE DE FRANCE
trois morts en 1720. cependant on a corrigé
cette faute à la main , dans la plus
grande partie des Exemplaires ; de même
que quatre ou cinq autres principales.
Santeuil est mort dans sa 68.année , au
lieu que je l'ai mis dans sa 67. et Thomas
Corneille dans sa 85. année , au lieu
qu'on l'a mis dans sa 84.
Il marque aussi d'après l'Abbé d'Oli
vet , dans son Histoire de l'Académie
Françoise , que du Ryer est mort en 1658.
et non pas en 1656. j'ai suivi cette detniere
datte d'après Ballet , Bayle et Moreri
, qui mettent la date de sa mort en
1656. on peut la vérifier sur les Regis
tres Mortuaires de la Paroisse de S. Gervais
, où il a été inhumé ; j'ai cependant
beaucoup de confiance en l'Abbé d'Olivet,
pour ce qui regarde les Académiciens
dont il a écrir la Vie , et je m'en
suis servi utilement dans cette seconde
Edition pour quelques-uns de nos Poëtes,
qui étoient de l'Académie .
J'ai omis , dit- il , les dates du temps
de la naissance de Ségrais , de Fléchier ,
de la Monnoye , de Valincour, du Pere
du Cerceau. J'ai négligé de mettre quelquefois
ces dates , parce qu'ayant mis
l'année de la mort d'une personne et celle
de son âge , on trouve aisément celle de
sa naissance.
,
MAY. • 1733.
925
Je n'ai pas oublié , comme il le marque ,
le Poëte de Lingendes , qu'il nomme Jean
au lieu de Pierre , cat Jean de Lingendes ,
parent de celui - cy , étoit un celebre Prédicateur
, qui fut nommé à l'Evêché de
Sarlat , puis à celui de Mâcon , et le
Pere de Lingendes , Jésuite , son cousin ,
aussi Prédicateur de réputation , s'appelloit
Claude. J'ai fait un article de Pierre
de Lingendes avec Montfuron , qui est
l'article LIII. pages 210. et 211. où
j'ai rapporté la maniere dont l'illustre
Mlle de Scudery , a celebré ces deux Poëtes
, au Tome 8. de son Roman de Clélie
, et que Barbin , dans son Recueil de
Poësies choisies , Tome 3. a donné des Vers
de Lingendes.
Boësset le pere , et Boësset le fils , Musiciens
, ne sont pas non plus oubliez ,
comme il le dit , j'ai marqué l'article de
Lambert ,, ppaaggee 339922.. »» qquuee de son temps.
il parut plusieurs Musiciens qui sui-
» virent ses traces , c'est- à- dire qui tra-
» vaillerent dans un goût tendre et gra-
>> cieux ; on doit mettre de ce nombre
»Boësset et le Camus , tous deux Maîtres
>> et Compositeurs de la Musique de la
» Chambre du Roy , qui s'acquirent de
» la réputation , par leurs Chansons ; on
"peut mettre aussi de ce nombre Boësset
;
}
926 MERCURE DE FRANCE
» set le fils , Mollie , Sicard , Moulinić ,
» du Buisson , &c. les Recueils de leurs
» Airs sont impriméz chez J. B. Chris-
»tophe Ballard.
A l'Article de Campistron , j'ai dit qu'il
composa par ordre du Duc de Vendôme ,
une Piece Lyrique , pour être chantée
en son Château d'Anet , où Monseigneur
le Dauphin passa quelques jours , j'aurois
bien fait de dire que cette Piece est
intitulée , Acis et Galatée , Pastorale Héroïque
, représentée en 1687. à Anet , et
la même année sur le Théatre de l'Opéra.
L'Auteur de ces Remarques auroit souhaité
que j'eusse fait mention dans l'ordre
chronologique des Poëtes et des Musiciens
de Jean Dasjac , de l'Académie
Françoise , homme connu par divers Ouvrages
en Prose Latine et Françoise , et
qui a composé aussi quelques Vers François
et Latins ; mais j'ai fait connoître
que mon dessein n'étoit pas de faire paroître
sur le Parnasse tous les François
qui se sont exercez dans la Poësie , dans
la Musique. J'ai crû même avoir trop
entrepris d'en présenter à Apollon plus
de 260. outre quatre ou cinq cens autres
dont j'ai rapporté seulement les noms,
et que j'ai dit qu'on pouvoit supposer s'y
promener
MAY. 1733 928
promener dans les Avenues riantes et
dans les Campagnes agréables qui environnent
le Parnasse , en attendant qu'Apollon
décide de leur sort. Je sçai bien
qu'il ne seroit pas difficile de mettre encore
les noms de plus de 200. autres François
qui ont donné au Public quelques petites
Poësies , et quelques Pieces de Théatre
; on trouve leurs noms entre ceux
de plusieurs autres Poëtes dont j'ai fait
mention sur le Parnasse . 1º . Au cinquiéme
volume des Jugemens des Sçavans
sur les Poëtes modernes , par Baillet . 2 ° .
Dans un Livre intitulé , Bibliotheque des
Théatres , qui vient de paroître en cette
année 1733. 3 ° . Dans les Recueils de Poësies
de Sercy , de la Fontaine , de Barbin ,
et du P. Bouhours , & c.
J'ai averti aussi au bas de la premiere
page de mon Livre , que j'avois laissé des
places en blanc,au bas de chaque Rouleau
où j'ai écrit les noms des Poëtes et des
Musiciens de notre Parnasse , et même
dans quelques autres endroits où j'ai mis
une suite d'autres noms de Personnes illustres
dans les Sciences et dans les Beaux
Arts , afin que les Partisans de quelquesunes
dont ils ne voyent point les noms ,
ayent la satisfaction de remplir eux - mêmes
ces vuides ou blancs , en y mettant
E les
928 MERCURE DE FRANCE
les noms de ces personnes ; on verra dans
mon Livre ces places que j'ai laissées en
blanc , depuis la page 35. jusqu'à la
page 45.
Si l'Auteur anonime avoit bien voulu
me communiquer ses Remarques avant
que de les faire imprimer , je crois qu'au
lieu de six pages qu'elles contiennent ,
nous aurions pû les renfermer dans une
demi page , à quoi j'aurois ajoûté une
autre demi page de quelques autres fau
tes sur lesquelles il a bien voulu me ménager;
mais il est bien difficile que dans
un volume in folio de près de 800. pages
, où l'on rapporte plus de 15oc . noms
propres , et plus de 3000. dates en chiffre,
il ne se glisse quelques fautes de l'Auteur
et encore plus de l'Imprimeur. J'a-
Joûterai cependant que je n'en ai point
trouvé de bien essentielles et auxquelles
le Lecteur éclairé ne puisse aisément suppléer.
Je vous prie , Monsieur , si vous connoissez
l'Auteur de cette Lettre , de vou
loir bien le remercier de ma part de la
maniere obligeante dont il a parlé de mon
Livre , et de lui dire que je serai charmé
de faire connoissance avec lui, et de lui
présenter un Exemplaire de cet Ouvrage
dont il témoigne que la lecture lui a fait
plaisir;
MAY. 1733.
929
plaisir ; je ne lui sçai que très - bon gré
des Remarques dont il m'a fait part ,
et je lui en serai toujours obligé , comme
je le serai à toutes les personnes d'éru
dition et de goût , qui voudront bien
m'aider de leurs avis pour perfectionner
un Ouvrage tel que celui que j'ai entrepris.
Je suis , & c .
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Titon du Tillet, à M. de la R......
M. Titon du Tillet répond à une lettre publiée dans le Mercure de France, qui loue son ouvrage 'Le Parnasse François'. Il exprime sa gratitude pour les éloges et reconnaît l'utilité de son ouvrage pour connaître les poètes et musiciens français. Il accepte les remarques sur les fautes présentes dans son livre, bien qu'il conteste certaines corrections proposées. Par exemple, il défend l'orthographe 'Lully' avec un 'Y', en citant des sources et des signatures de Lully lui-même. Il corrige également des erreurs sur les noms de personnes comme Mlle de Leufroy et le Président Nicole. Il admet quelques erreurs de dates et de noms, mais justifie certaines omissions et erreurs mineures. Il mentionne avoir laissé des espaces blancs dans son livre pour que les lecteurs puissent ajouter des noms manquants. Enfin, il regrette que les remarques n'aient pas été partagées avant l'impression pour éviter des corrections inutiles. L'auteur du texte reconnaît également la présence de fautes, tant de sa part que de celle de l'imprimeur, mais estime qu'elles ne sont pas essentielles et que le lecteur éclairé pourra les corriger facilement. Il demande à son interlocuteur de remercier l'auteur de la lettre pour ses commentaires favorables sur son livre et exprime son désir de faire sa connaissance. Il offre également de lui envoyer un exemplaire de son ouvrage. L'auteur du texte apprécie les remarques faites et se déclare prêt à les utiliser pour améliorer son œuvre. Il exprime sa gratitude envers toutes les personnes érudites et de goût qui souhaiteraient l'aider à perfectionner son ouvrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
33
p. 2331-2336
ODE EN STROPHES LIBRES. A M. TITON DU TILLET, Commissaire Provincial des Guerres, cy-devant Capitaine de Dragons, et Maître d'Hôtel de feuë Madame la Dauphine, Mere du Roy. Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE, du Croisic en Bretagne, en le remerciant du present qu'il lui a fait de son Ouvrage, intitulé : Le Parnasse François, dédié au Roy.
Début :
Architecte fameux, dont la sçavante main [...]
Mots clefs :
Roi, Auteur, Parnasse, Grand, Ciel, Titon du Tillet, Parnasse français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE EN STROPHES LIBRES. A M. TITON DU TILLET, Commissaire Provincial des Guerres, cy-devant Capitaine de Dragons, et Maître d'Hôtel de feuë Madame la Dauphine, Mere du Roy. Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE, du Croisic en Bretagne, en le remerciant du present qu'il lui a fait de son Ouvrage, intitulé : Le Parnasse François, dédié au Roy.
ODE EN STROPHES LIBRES.
AM. TITON DU TTLLET , Commissaire Pro
vincial des Guerres , cy- devant Capitaine de
Dragons , et Maître d'Hôtel de feue Madame
la Dauphine , Mere du Roy.
Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE,du Croisic
en Bretagne, en le remerciant du present qu'il
lui afait de son Ouvrage, intitulé : Le Parnasse
François, dédié au Roy.
A
Rchitecte fameux , dont la sçavante
main
Eleve un monument à l'honneur de
la France ;
La majesté pompeuse , et l'exquise élégance ,
A - ij Se
2332 MERCURE DE FRANCE
Se prêtant à l'essor de ton art souverain ,
Ont poli la matiere , et réglé l'ordonnance ;
De ton édifice divin
M
Sans avoir épuisé les deux bords de l'Hydaspe ;
Ton adresse a charmé notre goût et nos yeux ;
Et ton Ouvrage précieux ,
Tiroit l'éclat divers du Porphire et du Jaspe,
Ce Monument transmis à la Postérité ,
Des temps impétueux bravera les outrages ;
De la flamme et du vent il sera respecté ;
Et jusqu'aux derniers jours qu'auront les derniers
âges ,
Ton nom victorieux sera par tout vanté,
Jupiter même en vain voudroit réduire en pou
dre ,
Ces Côteaux triomphans des rigueurs des Hy
vers;
Les durables Lauriers , dont tu les as couverts ,
Les garantiront de la foudre.
L'ingénieuse Antiquité ,
Fit passer jusqu'à nous , d'un Parnasse inventé
L'Image ambitieuse dans son cerveau tracée ,
TIPON, par un secret qu'on n'avoit point tenté ;
Scair
NOVEMBRE . 1733. 2835
Sçait faire à la Fable éclipsée ,
Succeder la réalité.
Les habitans du Pinde écartent l'ombre noire ,
1
Qui , des terrestres demi Dieux
Tâche àcouvrir les noms d'un voile injurieux ,
Et des dents de l'envie , arrachant leur mémoire,
Leur ouvrent la porte des Cieux .
2
TITON, quel honneur doit donc suivre
Tes incomparables travaux !
Tu redonnes la vie à ceux qui font revivre
Les humains,qui bravant les dangers et les maux,
Ont eu la valeur pour Egide ,
Et que le mérite solide ,
Donne aux Dieux même pour rivaux.
Mais quel charmant Spectacle est offert à ma
vuč ?
Un Groupe incrusté d'or , se forme d'une nuë ;
Des Anges argentez , t'élevant dans les airs ,
T'y font un Thrône de leurs ailes ;
Le Ciel , la Terre en feu, répetent leurs concerts
Tout s'anime au doux son de leur voix immortelle
;
J'entends des Instrumens divers ,
Je vois la Musique et les Vers ,
A iij
S'ec2334
MERCURE DE FRANCE
S'accorder à l'envi , pour chanter tes louanges ;
Et du brillant séjour des Anges ,
Les répandre aux deux bouts de ce vaste Univers.
M
Le puissant Protecteur des Boileaux , des Corneilles
,
Du Fils du Grand Henry , le vaillant rejetton ,
Qui des nobles Esprits attentif aux merveilles ,
Sçut les encourager , récompensant leurs veilles,
De top Parnasse est l'Apollon .
Son Royal héritier , ni moins grand , ni moing
bon ,
Formé du même sang , suit son auguste trace
Et peut tenir aussi la place ,
De Monarque de l'Hélicon .
Sous son regne brillant , les beaux Arts fructí
fienr ;
A défricher leur champ , lui - même il prend
plaisir ,
Tous les Sçavans s'en glorifient :
Le Ciel en le donnant , couronna leur désir.
23
Il est l'honneur, l'exemple et l'amour de la Terre;
Des Royaumes divers que son contour enserre
Les divers Souverains n'en disconviendront pas.
·
MiNOVEMBRE.
1733 2335
Minerve est son fidele guide ;
Et portant son grand nom , gra sur son Egide,
L'annonce en précedant ses pas.
Du coeur de ses sujets, il a fait la conquête ;
Travaillez , des neuf soeurs , diligens Nourissons,
Célébrez ses vertus ; sa main est toute prête
A répandre sur vous la douceur de ses dons,
Croissez sur les doubles collines,
Jeunes et tendres Arbrisseaux ,
Le Fleuve se déborde et la source divine
Qui fait reverdir vos Rameaux ,
Yous inonde déja du trésor de ses caux.
Ah ! ciel , si tu daignois seconder mon envie ,
Et prêter l'oreille à mes voeux •
On verroit s'écrouler du Monde ruïneux ,
Dans ses creux fondemens , la machine englou
tie ;
Avant que le trépas , sous son vol ténébreux ,
Fit jamais éclipser les rayons de sa vie.
Mais si l'inclémence du sort ,
S'attache obstinément à briser la barriere ,
Que notre juste zéle oppose à son effort ,
Qu'avant de perdre la lumiere
#
A. Hij
2336 MERCURE DE FRANCE
Il puisse au moins deux fois parcourir la carriere
De ce Roy conquerant a,dont la rapidité ,
Surprit dans ses Marais le Batave indompté ;
Qui pouvoit dominer du Couchant à l'Aurore ,
S'il n'eut enfin lui-même arrêté ses progrês ,
Et que nous pleurerions encore ,
Si de son Successeur , que l'Univers adore ;
Les talens infinis n'étouffoient nos regrets.
'Alors , malgré la Parque , au Temple de Mé
moire ,
Entre les bras de la victoire ,
Près de son Bis-ayeul , notre Roy volera ;
Assis au même rang , sur ce Mont il verra
Ce VALOIS (6) renommé , qui chassant de la
France ,
L'Orgueilleuse et folle ignorance ,
Fut le Pere et l'appui des Arts qu'il illustra
Et qu'excita la recompense.
Que ne peux-tu,TITON, vivre encor jusques - là i
Sur magnifique Parnasse ,
Tu lui décernerois de cette illustre place ,
L'honneur que l'équité lui prépare déja.
a LOUIS XIV.
FRANCOIS I.
AM. TITON DU TTLLET , Commissaire Pro
vincial des Guerres , cy- devant Capitaine de
Dragons , et Maître d'Hôtel de feue Madame
la Dauphine , Mere du Roy.
Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE,du Croisic
en Bretagne, en le remerciant du present qu'il
lui afait de son Ouvrage, intitulé : Le Parnasse
François, dédié au Roy.
A
Rchitecte fameux , dont la sçavante
main
Eleve un monument à l'honneur de
la France ;
La majesté pompeuse , et l'exquise élégance ,
A - ij Se
2332 MERCURE DE FRANCE
Se prêtant à l'essor de ton art souverain ,
Ont poli la matiere , et réglé l'ordonnance ;
De ton édifice divin
M
Sans avoir épuisé les deux bords de l'Hydaspe ;
Ton adresse a charmé notre goût et nos yeux ;
Et ton Ouvrage précieux ,
Tiroit l'éclat divers du Porphire et du Jaspe,
Ce Monument transmis à la Postérité ,
Des temps impétueux bravera les outrages ;
De la flamme et du vent il sera respecté ;
Et jusqu'aux derniers jours qu'auront les derniers
âges ,
Ton nom victorieux sera par tout vanté,
Jupiter même en vain voudroit réduire en pou
dre ,
Ces Côteaux triomphans des rigueurs des Hy
vers;
Les durables Lauriers , dont tu les as couverts ,
Les garantiront de la foudre.
L'ingénieuse Antiquité ,
Fit passer jusqu'à nous , d'un Parnasse inventé
L'Image ambitieuse dans son cerveau tracée ,
TIPON, par un secret qu'on n'avoit point tenté ;
Scair
NOVEMBRE . 1733. 2835
Sçait faire à la Fable éclipsée ,
Succeder la réalité.
Les habitans du Pinde écartent l'ombre noire ,
1
Qui , des terrestres demi Dieux
Tâche àcouvrir les noms d'un voile injurieux ,
Et des dents de l'envie , arrachant leur mémoire,
Leur ouvrent la porte des Cieux .
2
TITON, quel honneur doit donc suivre
Tes incomparables travaux !
Tu redonnes la vie à ceux qui font revivre
Les humains,qui bravant les dangers et les maux,
Ont eu la valeur pour Egide ,
Et que le mérite solide ,
Donne aux Dieux même pour rivaux.
Mais quel charmant Spectacle est offert à ma
vuč ?
Un Groupe incrusté d'or , se forme d'une nuë ;
Des Anges argentez , t'élevant dans les airs ,
T'y font un Thrône de leurs ailes ;
Le Ciel , la Terre en feu, répetent leurs concerts
Tout s'anime au doux son de leur voix immortelle
;
J'entends des Instrumens divers ,
Je vois la Musique et les Vers ,
A iij
S'ec2334
MERCURE DE FRANCE
S'accorder à l'envi , pour chanter tes louanges ;
Et du brillant séjour des Anges ,
Les répandre aux deux bouts de ce vaste Univers.
M
Le puissant Protecteur des Boileaux , des Corneilles
,
Du Fils du Grand Henry , le vaillant rejetton ,
Qui des nobles Esprits attentif aux merveilles ,
Sçut les encourager , récompensant leurs veilles,
De top Parnasse est l'Apollon .
Son Royal héritier , ni moins grand , ni moing
bon ,
Formé du même sang , suit son auguste trace
Et peut tenir aussi la place ,
De Monarque de l'Hélicon .
Sous son regne brillant , les beaux Arts fructí
fienr ;
A défricher leur champ , lui - même il prend
plaisir ,
Tous les Sçavans s'en glorifient :
Le Ciel en le donnant , couronna leur désir.
23
Il est l'honneur, l'exemple et l'amour de la Terre;
Des Royaumes divers que son contour enserre
Les divers Souverains n'en disconviendront pas.
·
MiNOVEMBRE.
1733 2335
Minerve est son fidele guide ;
Et portant son grand nom , gra sur son Egide,
L'annonce en précedant ses pas.
Du coeur de ses sujets, il a fait la conquête ;
Travaillez , des neuf soeurs , diligens Nourissons,
Célébrez ses vertus ; sa main est toute prête
A répandre sur vous la douceur de ses dons,
Croissez sur les doubles collines,
Jeunes et tendres Arbrisseaux ,
Le Fleuve se déborde et la source divine
Qui fait reverdir vos Rameaux ,
Yous inonde déja du trésor de ses caux.
Ah ! ciel , si tu daignois seconder mon envie ,
Et prêter l'oreille à mes voeux •
On verroit s'écrouler du Monde ruïneux ,
Dans ses creux fondemens , la machine englou
tie ;
Avant que le trépas , sous son vol ténébreux ,
Fit jamais éclipser les rayons de sa vie.
Mais si l'inclémence du sort ,
S'attache obstinément à briser la barriere ,
Que notre juste zéle oppose à son effort ,
Qu'avant de perdre la lumiere
#
A. Hij
2336 MERCURE DE FRANCE
Il puisse au moins deux fois parcourir la carriere
De ce Roy conquerant a,dont la rapidité ,
Surprit dans ses Marais le Batave indompté ;
Qui pouvoit dominer du Couchant à l'Aurore ,
S'il n'eut enfin lui-même arrêté ses progrês ,
Et que nous pleurerions encore ,
Si de son Successeur , que l'Univers adore ;
Les talens infinis n'étouffoient nos regrets.
'Alors , malgré la Parque , au Temple de Mé
moire ,
Entre les bras de la victoire ,
Près de son Bis-ayeul , notre Roy volera ;
Assis au même rang , sur ce Mont il verra
Ce VALOIS (6) renommé , qui chassant de la
France ,
L'Orgueilleuse et folle ignorance ,
Fut le Pere et l'appui des Arts qu'il illustra
Et qu'excita la recompense.
Que ne peux-tu,TITON, vivre encor jusques - là i
Sur magnifique Parnasse ,
Tu lui décernerois de cette illustre place ,
L'honneur que l'équité lui prépare déja.
a LOUIS XIV.
FRANCOIS I.
Fermer
Résumé : ODE EN STROPHES LIBRES. A M. TITON DU TILLET, Commissaire Provincial des Guerres, cy-devant Capitaine de Dragons, et Maître d'Hôtel de feuë Madame la Dauphine, Mere du Roy. Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE, du Croisic en Bretagne, en le remerciant du present qu'il lui a fait de son Ouvrage, intitulé : Le Parnasse François, dédié au Roy.
L'ode est une œuvre dédiée à Titon du Tillet, Commissaire Provincial des Guerres, ancien Capitaine de Dragons et Maître d'Hôtel de la défunte Dauphine, mère du roi. Elle est écrite par Mlle de Malcrais de La Vigne du Croisic en Bretagne, en remerciement d'un présent intitulé 'Le Parnasse Français', dédié au roi. L'ode célèbre Titon du Tillet comme un architecte renommé dont les réalisations honorent la France. Son œuvre est comparée à un édifice divin, un ouvrage précieux destiné à braver les outrages du temps. L'auteur compare Titon à l'Antiquité, soulignant son habileté à transformer la fable en réalité. Le texte met en avant les honneurs dus aux travaux de Titon, qui redonne vie à ceux ayant bravé les dangers pour le mérite. Une vision spectaculaire est décrite, où Titon est élevé dans les airs par des anges, et où la musique et les vers s'accordent pour chanter ses louanges. L'ode loue également Titon comme protecteur des grands esprits tels que Boileau, Corneille, et le fils de Henri IV. Elle souligne que le roi actuel, héritier de ces grands esprits, encourage les arts et les savants. Il est décrit comme l'honneur et l'exemple de la Terre, guidé par Minerve. L'ode exprime le souhait que le roi puisse régner longtemps et que ses talents infinis étouffent les regrets. Elle espère que le roi, malgré la Parque, volera au Temple de Mémoire, près de son bisaïeul, François Ier, qui chassa l'ignorance et fut le père des arts. Titon du Tillet est invité à vivre assez longtemps pour décerner cette illustre place au roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
33
ODE EN STROPHES LIBRES. A M. TITON DU TILLET, Commissaire Provincial des Guerres, cy-devant Capitaine de Dragons, et Maître d'Hôtel de feuë Madame la Dauphine, Mere du Roy. Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE, du Croisic en Bretagne, en le remerciant du present qu'il lui a fait de son Ouvrage, intitulé : Le Parnasse François, dédié au Roy.
34
p. 2581-2585
LETTRE d'un Habitant du Parnasse, à M. Titon du Tillet.
Début :
MONSIEUR, La Renommée nous a apporté la description de votre [...]
Mots clefs :
Parnasse, Parnasse français, Titon du Tillet, Mérite, Noms, Bronze, Apollon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Habitant du Parnasse, à M. Titon du Tillet.
LETTRE d'un Habitant du Parnasse,
à M. Titon du Tillet
ONSIEUR,.
La Renommée nous a apporté la description
de votre Parnasse. Ce Livre a
fait à nos illustres Compatriotes , autant
de plaisir que le Parnasse même. Les Anciens
, pour lesquels leurs. Mecènes et
1. Vol.
leurs
2582 MERCURE DE FRANCE
leurs Pollions n'ont jamais rien imaginé
d'aussi honorable , ont parû souffrir forc
impatiemment cet avantage des Modernes
. On a même été sur le point de renouveller
à cette occasion les anciennes
disputes ; mais Apollon a sur le champ
appaisé le bruit par ces paroles :
O vous , qui les premiers en Grece , en Ausonie,
Favoris des doctes Soeurs ,
Sçûtes gouter les douceurs
De la divine harmonie ,
Si dé nobles Rivaux du même zele épris ,
Osent vous disputer le Prix ,
S'ils sçavent dans leurs Vers faire couler vos
Graces ,
Vos accords , vos sons les plus doux ,
Grecs et Romains n'en soyez point jaloux ,
Ce n'est qu'en marchant sur vos traces
Qu'ils s'élevent jusques à vous.
Un compliment si flateur dans la bouche
d'Apollon , contenta ceux des Anciens
dont les Ecrits sont parvenus jusqu'à
nos tems , et nous ont servi de modele;
mais il en restoit un assez grand nombre
dont les noms et les Ouvrages sont absolument
inconnus , et qui sans être comparables
aux grands Maîtres , avoient cependant
un mérite réel. Ceux-là parois-
J. Vol. soient
DECEMBR E. 1733. 2583
soient les plus échauffez et se plaignoient
amérement de l'injustice du Destin , qui
avoit réservé aux Modernes un honneur
qu'ils croyoient eux - mêmes avoir bien
mérité. Ils avoient quelque raison .
Leur siecle en beaux Esprits fertile ,
Ne vit point pour leur gloire un Amateur des
Arts ,
Un homme tel que vous , qui d'une main habile
Sçut avec choix dans un Ouvrage utile
Rassembler tous leurs noms épars.
Si les Muses alors moins avares de gloire ,
Pour éterniser leur memoire ,
Dans les Fastes sçavans les avoient consacrez ,
On y verroit encor paroître ,
dévorez ,
Des noms par le temps
Noms dans leur siecle reverez ,
Et dignes sans doute de l'être.
Vous voyez , Monsieur , que je suis
'de votre avis sur les places qu'occupent
au Parnasse bien des Poëtes , qui sans
être du premier mérite , ne sont pourtant
point méprisables.
Apollon est un Dieu sévere ;
Cependant sur le Mont sacré ,
Il est encor plus d'un degré
Au-dessous de Sapho , de Virgile et d'Homere.
I. Vol. Je
2584 MERCURE DE FRANCE
*
Je reviens aux François , qui pendant
ce temps - là , déliberoient entre eux sur
la maniere de vous témoigner leur reconnoissance.
Quelqu'un se leva et dit :
De GARNIER * la sçavante main
Asçû l'Art d'animer et le Marbre et l'Airain ;
Mais dans sa course journaliere ,
Par sa seule mobilité ,
Le temps peut réduire en poussiere ,
Le Monument le plus vanté.
Bien mieux que sur le Bronze , en ses charmans
Ouvrages ,
TITON à notre gloire éleve un Monument ,
Qui jusques au dernier moment
Du Temps bravera les outrages.
pa- Dès qu'il eut fini un autre prit la
role,et s'exprima à peu près en ces termes ::
Garnier , des Héros de notre âge ,.
Sur le Bronze docile à gravé le visage ;.
Et Du Tillet en ses Ecrits
A fait revivre leurs esprits.
Cependant on ne concluoit rien , quelqu'un
le fit remarquer à la Compagnie ,
* Le Sculpteur qui a executé le Parnasse Fran- -
feis en Bronze sur le Dessein et les ordres de
M. Titon du Tillet.
I. Vol.
qui
DECEMBRE. 1733. 2585
qui voyant que l'immortalité étoit le seul
bien dont pussent disposer les Poëtes ,
s'écria aussi - tôt :
Titon sans doute a merité
Que notre Lyre l'éternise ;
Mais déja son Ouvrage et sa noble Entreprise
L'opt assuré sans nous de l'immortalité.
Tout le monde en convint , et cette
illustre Compagnie se sépara sur le champ.
Pour moi , Monsieur , j'ai crû vous faire
plaisir de vous mander ce qui s'étoit
passé sur le Parnasse à l'occasion de votre
Livre. Je suis avec toute l'estime la plus
parfaite , &c.
Le P. R ** J.
Sur le Parnasse ce 6. Septembre 1733 .
à M. Titon du Tillet
ONSIEUR,.
La Renommée nous a apporté la description
de votre Parnasse. Ce Livre a
fait à nos illustres Compatriotes , autant
de plaisir que le Parnasse même. Les Anciens
, pour lesquels leurs. Mecènes et
1. Vol.
leurs
2582 MERCURE DE FRANCE
leurs Pollions n'ont jamais rien imaginé
d'aussi honorable , ont parû souffrir forc
impatiemment cet avantage des Modernes
. On a même été sur le point de renouveller
à cette occasion les anciennes
disputes ; mais Apollon a sur le champ
appaisé le bruit par ces paroles :
O vous , qui les premiers en Grece , en Ausonie,
Favoris des doctes Soeurs ,
Sçûtes gouter les douceurs
De la divine harmonie ,
Si dé nobles Rivaux du même zele épris ,
Osent vous disputer le Prix ,
S'ils sçavent dans leurs Vers faire couler vos
Graces ,
Vos accords , vos sons les plus doux ,
Grecs et Romains n'en soyez point jaloux ,
Ce n'est qu'en marchant sur vos traces
Qu'ils s'élevent jusques à vous.
Un compliment si flateur dans la bouche
d'Apollon , contenta ceux des Anciens
dont les Ecrits sont parvenus jusqu'à
nos tems , et nous ont servi de modele;
mais il en restoit un assez grand nombre
dont les noms et les Ouvrages sont absolument
inconnus , et qui sans être comparables
aux grands Maîtres , avoient cependant
un mérite réel. Ceux-là parois-
J. Vol. soient
DECEMBR E. 1733. 2583
soient les plus échauffez et se plaignoient
amérement de l'injustice du Destin , qui
avoit réservé aux Modernes un honneur
qu'ils croyoient eux - mêmes avoir bien
mérité. Ils avoient quelque raison .
Leur siecle en beaux Esprits fertile ,
Ne vit point pour leur gloire un Amateur des
Arts ,
Un homme tel que vous , qui d'une main habile
Sçut avec choix dans un Ouvrage utile
Rassembler tous leurs noms épars.
Si les Muses alors moins avares de gloire ,
Pour éterniser leur memoire ,
Dans les Fastes sçavans les avoient consacrez ,
On y verroit encor paroître ,
dévorez ,
Des noms par le temps
Noms dans leur siecle reverez ,
Et dignes sans doute de l'être.
Vous voyez , Monsieur , que je suis
'de votre avis sur les places qu'occupent
au Parnasse bien des Poëtes , qui sans
être du premier mérite , ne sont pourtant
point méprisables.
Apollon est un Dieu sévere ;
Cependant sur le Mont sacré ,
Il est encor plus d'un degré
Au-dessous de Sapho , de Virgile et d'Homere.
I. Vol. Je
2584 MERCURE DE FRANCE
*
Je reviens aux François , qui pendant
ce temps - là , déliberoient entre eux sur
la maniere de vous témoigner leur reconnoissance.
Quelqu'un se leva et dit :
De GARNIER * la sçavante main
Asçû l'Art d'animer et le Marbre et l'Airain ;
Mais dans sa course journaliere ,
Par sa seule mobilité ,
Le temps peut réduire en poussiere ,
Le Monument le plus vanté.
Bien mieux que sur le Bronze , en ses charmans
Ouvrages ,
TITON à notre gloire éleve un Monument ,
Qui jusques au dernier moment
Du Temps bravera les outrages.
pa- Dès qu'il eut fini un autre prit la
role,et s'exprima à peu près en ces termes ::
Garnier , des Héros de notre âge ,.
Sur le Bronze docile à gravé le visage ;.
Et Du Tillet en ses Ecrits
A fait revivre leurs esprits.
Cependant on ne concluoit rien , quelqu'un
le fit remarquer à la Compagnie ,
* Le Sculpteur qui a executé le Parnasse Fran- -
feis en Bronze sur le Dessein et les ordres de
M. Titon du Tillet.
I. Vol.
qui
DECEMBRE. 1733. 2585
qui voyant que l'immortalité étoit le seul
bien dont pussent disposer les Poëtes ,
s'écria aussi - tôt :
Titon sans doute a merité
Que notre Lyre l'éternise ;
Mais déja son Ouvrage et sa noble Entreprise
L'opt assuré sans nous de l'immortalité.
Tout le monde en convint , et cette
illustre Compagnie se sépara sur le champ.
Pour moi , Monsieur , j'ai crû vous faire
plaisir de vous mander ce qui s'étoit
passé sur le Parnasse à l'occasion de votre
Livre. Je suis avec toute l'estime la plus
parfaite , &c.
Le P. R ** J.
Sur le Parnasse ce 6. Septembre 1733 .
Fermer
Résumé : LETTRE d'un Habitant du Parnasse, à M. Titon du Tillet.
Une lettre d'un habitant du Parnasse célèbre la publication du 'Parnasse' de M. Titon du Tillet, qui a suscité l'admiration des illustres compatriotes. Les Anciens, initialement jaloux, ont été apaisés par Apollon, reconnaissant que les Modernes s'élèvent en suivant leurs traces. Cependant, certains Anciens inconnus se sont plaints de ne pas être honorés. Le siècle des Anciens, riche en beaux esprits, manquait d'un amateur des arts pour rassembler et perpétuer leurs noms. Sur le Mont Parnasse, les Français ont débattu de la reconnaissance à accorder à Titon du Tillet. Garnier, le sculpteur, a souligné que les œuvres de Titon, contrairement aux monuments de marbre ou de bronze, braveront les outrages du temps. Un autre a ajouté que Titon a fait revivre les esprits des héros de leur âge. Tous ont convenu que l'ouvrage de Titon lui assurait déjà l'immortalité. L'habitant du Parnasse conclut en partageant ces événements avec Titon du Tillet, exprimant son estime et son admiration.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
35
p. 174-176
FABLE sur la convalescence du Roi ajoutée dans Momus Fabuliste.
Début :
UN Lion des Lions l'Achille, le Titus, [...]
Mots clefs :
Lion, Chéri, Vertus, Peuple, Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLE sur la convalescence du Roi ajoutée dans Momus Fabuliste.
FABLE fur la convalefcence du Roi ajoutée
dans Momus Fabulifte .
UN Lion des Lions l'Achille , le Titus ,
Fameux par fes explois , chéri par fes vertus
Tomba malade au fein de la victoire
Accablé fous l'effort d'un mal inopiné
·
MARS 1745
175
Par l'arrêt de la Parque il fembloit condamné
A changer en cyprès les lauriers de la gloire ,
Quand le Ciel favorable aux plus finceres voeux
Lui rendant la fanté rendit fon peuple heureux,
Dans l'inftant le Lion ne vit dans fon Empire
Que folatrer les ris , que badiner les jeux.
Que de fêtes la joye infpire !
Les forêts on illumina ;
On gambada partout , partout on feftina ;
Le Parnaffe empreffé fe dépêcha d'écrire ;-
Froides Odes on fit qu'aux Caffés on prôna ,
Et le Peuple gratis chés Thalie alla rire ;
A l'honneur du Lion la lyre fredonna ,
Pour chanter fes vertus enfin on entonna
Jufqu'à la vielle de la foire ,
Et tout ce qui chanta ne chanta pas fans boire.
Ceciprouve affés clair qu'après de longs foupirs
La meſure des maux eft celle des plaiſirs ;
Les perils furmontés en redoublent les charmes ;
Quand le Lion fouffroit fon courage indompté
Par le Renard , le Singe, à l'envi fut vanté,
Leur efprit peignit leurs allarmes ,
Mais le Prince cheri ſe trouva plus flaté
Par le coeur des Moutons , leurs regrets , & leurs
larmes.
Ainfi des Orateurs quoique difent les voix ,
Quoique dife l'Art Poëtique ,
Hiiij
76 MERCURE DE FRANCE
L'amour des Peuples pour leur Rois
Fait bien mieux leur panégyrique.
On a donné cette piécefur le Théâtre de Paris
le Jeudi fuivant avec le mêmefuccès.
dans Momus Fabulifte .
UN Lion des Lions l'Achille , le Titus ,
Fameux par fes explois , chéri par fes vertus
Tomba malade au fein de la victoire
Accablé fous l'effort d'un mal inopiné
·
MARS 1745
175
Par l'arrêt de la Parque il fembloit condamné
A changer en cyprès les lauriers de la gloire ,
Quand le Ciel favorable aux plus finceres voeux
Lui rendant la fanté rendit fon peuple heureux,
Dans l'inftant le Lion ne vit dans fon Empire
Que folatrer les ris , que badiner les jeux.
Que de fêtes la joye infpire !
Les forêts on illumina ;
On gambada partout , partout on feftina ;
Le Parnaffe empreffé fe dépêcha d'écrire ;-
Froides Odes on fit qu'aux Caffés on prôna ,
Et le Peuple gratis chés Thalie alla rire ;
A l'honneur du Lion la lyre fredonna ,
Pour chanter fes vertus enfin on entonna
Jufqu'à la vielle de la foire ,
Et tout ce qui chanta ne chanta pas fans boire.
Ceciprouve affés clair qu'après de longs foupirs
La meſure des maux eft celle des plaiſirs ;
Les perils furmontés en redoublent les charmes ;
Quand le Lion fouffroit fon courage indompté
Par le Renard , le Singe, à l'envi fut vanté,
Leur efprit peignit leurs allarmes ,
Mais le Prince cheri ſe trouva plus flaté
Par le coeur des Moutons , leurs regrets , & leurs
larmes.
Ainfi des Orateurs quoique difent les voix ,
Quoique dife l'Art Poëtique ,
Hiiij
76 MERCURE DE FRANCE
L'amour des Peuples pour leur Rois
Fait bien mieux leur panégyrique.
On a donné cette piécefur le Théâtre de Paris
le Jeudi fuivant avec le mêmefuccès.
Fermer
36
p. 97-99
HISTOIRE POÉTIQUE tirée des Poëtes François ; par M. l'ABBE B... à Paris chez Nyon, Libraire, quai des Augustins, près le Pont Saint Michel, à l'Occasion ; 1763 ; un volume petit in-12. Avec Approbation & Privilége du Roi.
Début :
L'AUTEUR de ce petit ouvrage, aussi agréable que nécessaire pour l'intelligence [...]
Mots clefs :
Fable, Mythologie, Parnasse, Style
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE POÉTIQUE tirée des Poëtes François ; par M. l'ABBE B... à Paris chez Nyon, Libraire, quai des Augustins, près le Pont Saint Michel, à l'Occasion ; 1763 ; un volume petit in-12. Avec Approbation & Privilége du Roi.
HISTOIRE POÉTIQUE
tirée des
Poëtes François ; par M. l'ABBE
B... à Paris chez Nyon , Libraire ,
quai des Auguftins , près le Pont
Saint Michel, à l'Occafion ; 1763 ;
un volume petit in- 12. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
L'AUTEUR de ce petit ouvrage , auffi
agréable que néceffaire pour l'intelligence
de la Fable , ne s'eft pas borné
à une fimple expofition de la Mythologie.
Il la met , pour ainfi dire ,
en action ; tout femble fe produire &
agir fous les yeux du Lecteur ; & ,
pour entrer dans quelque détail , on
croit être le temoin des Scènes tragiques
qui affligerent la Ville de Thèbes ;
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
>
on croit fe trouver en perfonne au
fiége de Troye ; ce morceau furtout
réunit à la fois , l'intérêt , la force &
la précifion . MM . Corneille , Racine ,
Rouffeau , de la Motte Crébillon
Fontenelle , de Voltaire , Greffet , &c ,
ont fourni les traits de ce tableau. Ce
font ces mêmes Poëtes avec Malherbe
Quinaut , la Foffe , Voiture , Moliere,
Boileau , Campiftron , Danchet , la
Grange , & tout ce que nous avons
eu de plus diftingué fur notre Parnaffe ,
qui ont été la fource où l'Auteur a
puifé la partie agréable de cette hiftoire
doublement poëtique , puifqu'elle
offre tous les traits de la Fable fous
les charmes de la Poëfie . Cette idée
nous a paru très - heureuſe & nous
ofons dire que l'Auteur l'a parfaitement
exécutée. C'eft au Public d'af
furer le fuccès d'un Ouvrage dont l'utilité
ne doit point tarder à fe faire fentir.
Outre les morceaux en Vers dont
nous venons de parler , chaque trait de
la Mythologie eft expliqué en Profe par
l'Auteur , de manière à faire mieux fentir
les morceaux en Vers qui lui fuccédent
, & forment avec cette profe
un tout agréable & piquant . Le ftyle en
eft clair , précis , naturel & foutenu
›
BIBLIO
LYO
THEQUE
99
en-
AVRIL. 1763 .
d'un ton d'intérêt , propre à fixer
tion des jeunes Lecteurs auxquels ce Livre
eft deſtiné. Tout y eft épuré avec
un foin porté jufqu'au fcrupule , & qui
auroit pu nuire à l'Ouvrage ,
attention n'eût pas dû emporter néceffairement
la préférence .
tirée des
Poëtes François ; par M. l'ABBE
B... à Paris chez Nyon , Libraire ,
quai des Auguftins , près le Pont
Saint Michel, à l'Occafion ; 1763 ;
un volume petit in- 12. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
L'AUTEUR de ce petit ouvrage , auffi
agréable que néceffaire pour l'intelligence
de la Fable , ne s'eft pas borné
à une fimple expofition de la Mythologie.
Il la met , pour ainfi dire ,
en action ; tout femble fe produire &
agir fous les yeux du Lecteur ; & ,
pour entrer dans quelque détail , on
croit être le temoin des Scènes tragiques
qui affligerent la Ville de Thèbes ;
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
>
on croit fe trouver en perfonne au
fiége de Troye ; ce morceau furtout
réunit à la fois , l'intérêt , la force &
la précifion . MM . Corneille , Racine ,
Rouffeau , de la Motte Crébillon
Fontenelle , de Voltaire , Greffet , &c ,
ont fourni les traits de ce tableau. Ce
font ces mêmes Poëtes avec Malherbe
Quinaut , la Foffe , Voiture , Moliere,
Boileau , Campiftron , Danchet , la
Grange , & tout ce que nous avons
eu de plus diftingué fur notre Parnaffe ,
qui ont été la fource où l'Auteur a
puifé la partie agréable de cette hiftoire
doublement poëtique , puifqu'elle
offre tous les traits de la Fable fous
les charmes de la Poëfie . Cette idée
nous a paru très - heureuſe & nous
ofons dire que l'Auteur l'a parfaitement
exécutée. C'eft au Public d'af
furer le fuccès d'un Ouvrage dont l'utilité
ne doit point tarder à fe faire fentir.
Outre les morceaux en Vers dont
nous venons de parler , chaque trait de
la Mythologie eft expliqué en Profe par
l'Auteur , de manière à faire mieux fentir
les morceaux en Vers qui lui fuccédent
, & forment avec cette profe
un tout agréable & piquant . Le ftyle en
eft clair , précis , naturel & foutenu
›
BIBLIO
LYO
THEQUE
99
en-
AVRIL. 1763 .
d'un ton d'intérêt , propre à fixer
tion des jeunes Lecteurs auxquels ce Livre
eft deſtiné. Tout y eft épuré avec
un foin porté jufqu'au fcrupule , & qui
auroit pu nuire à l'Ouvrage ,
attention n'eût pas dû emporter néceffairement
la préférence .
Fermer
Résumé : HISTOIRE POÉTIQUE tirée des Poëtes François ; par M. l'ABBE B... à Paris chez Nyon, Libraire, quai des Augustins, près le Pont Saint Michel, à l'Occasion ; 1763 ; un volume petit in-12. Avec Approbation & Privilége du Roi.
L'ouvrage 'Histoire poétique tirée des Poëtes François' a été publié à Paris en 1763 par l'Abbé B. chez Nyon, Libraire. Ce livre, approuvé et privilégié par le Roi, est un petit volume in-12. L'auteur ne se limite pas à une simple exposition de la Mythologie ; il la met en action, permettant au lecteur de visualiser des scènes tragiques comme celles de Thèbes ou du siège de Troye. L'ouvrage intègre des traits des grands poètes français tels que Corneille, Racine, Rousseau, La Motte, Crébillon, Fontenelle, Voltaire, et d'autres. Il combine les éléments de la fable avec les charmes de la poésie, offrant ainsi une histoire doublement poétique. Chaque trait de la Mythologie est expliqué en prose par l'auteur, enrichissant la compréhension des morceaux en vers. Le style est clair, précis, naturel et soutenu, adapté pour captiver les jeunes lecteurs. L'ouvrage est épuré avec un soin extrême, évitant tout élément qui pourrait nuire à son utilité et à son succès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
37
p. 63-64
VERS sur le Mausolée que S. M. a ordonné d'ériger à feu M. DE CRÉBILLON dans l'Eglise de S. Gervais.
Début :
EMULE & digne Successeur [...]
Mots clefs :
Digne, Noble, Mausolée, Poète, Louis, Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur le Mausolée que S. M. a ordonné d'ériger à feu M. DE CRÉBILLON dans l'Eglise de S. Gervais.
VERS fur le Maufolée que S. M. a ordonné
d'ériger à feu M. DE CRÉ-
BILLON dans l'Eglife de S. Gervais.
EMULE & digne Succeffeur
Des Racines & des Corneilles ,
Qui , d'un genre nouveau devenu Créateur ,
Sçus r'élever à la hauteur
De leurs plus fublimes merveilles ,
Sans être leur Imitateur :
Du fombre défefpoir , de la pâle terreur
Sûr Oracle , fièr interpréte >
Dont la mâle éloquence & la noble chaleur ,
En charmant nos efprits les pénétrent d'horreur :
64 MERCURE DE FRANCE .
Auffi bon Citoyen que célébre Poëte ,
Dont la Société regrette
Le caractère égal & l'aimable douceur ;
Sage Ecrivain , Docte Cenfeur ,
CRÉBILLON , que ton fort devient digne d'en
vie !
Tandis que couverte de deuil ,
Melpomène, des Dieux du Théâtre fuivie ,
C De larmes baigne ton cercueil ; 1
Louis d'un feul regard te rappelle à la vie.
Ce bienfaifant Monarque, en éffuyant les pleurs
De Melpomène déſolée ,
Par la plus rare des faveurs
Te fait dreffer lui- même un riche Mauſolée .
La Sageffe fourit à ce noble projet ;
La Patrie applaudit ; tout le Parnaſſe ad nire ;
Le faux zéle pâlit & murmure en fecret ;
L'envie en frémiſſant ſoupire ,
Et n'admire qu'à regret
L'éclat du Bienfaiteur , & celui du Bienfait.
Par M, l'Abbé DANGERVILLE ;
d'ériger à feu M. DE CRÉ-
BILLON dans l'Eglife de S. Gervais.
EMULE & digne Succeffeur
Des Racines & des Corneilles ,
Qui , d'un genre nouveau devenu Créateur ,
Sçus r'élever à la hauteur
De leurs plus fublimes merveilles ,
Sans être leur Imitateur :
Du fombre défefpoir , de la pâle terreur
Sûr Oracle , fièr interpréte >
Dont la mâle éloquence & la noble chaleur ,
En charmant nos efprits les pénétrent d'horreur :
64 MERCURE DE FRANCE .
Auffi bon Citoyen que célébre Poëte ,
Dont la Société regrette
Le caractère égal & l'aimable douceur ;
Sage Ecrivain , Docte Cenfeur ,
CRÉBILLON , que ton fort devient digne d'en
vie !
Tandis que couverte de deuil ,
Melpomène, des Dieux du Théâtre fuivie ,
C De larmes baigne ton cercueil ; 1
Louis d'un feul regard te rappelle à la vie.
Ce bienfaifant Monarque, en éffuyant les pleurs
De Melpomène déſolée ,
Par la plus rare des faveurs
Te fait dreffer lui- même un riche Mauſolée .
La Sageffe fourit à ce noble projet ;
La Patrie applaudit ; tout le Parnaſſe ad nire ;
Le faux zéle pâlit & murmure en fecret ;
L'envie en frémiſſant ſoupire ,
Et n'admire qu'à regret
L'éclat du Bienfaiteur , & celui du Bienfait.
Par M, l'Abbé DANGERVILLE ;
Fermer
Résumé : VERS sur le Mausolée que S. M. a ordonné d'ériger à feu M. DE CRÉBILLON dans l'Eglise de S. Gervais.
L'éloge funèbre en vers est dédié à Prosper Jolyot de Crébillon, un dramaturge français renommé. Il est comparé à Racine et Corneille pour sa capacité à créer des œuvres originales et sublimes sans les imiter. Crébillon est également loué pour son talent à exprimer le désespoir et la terreur de manière éloquente. En tant que citoyen, il est apprécié pour son caractère égal et sa douceur. La Société regrette profondément sa perte. Melpomène, la muse de la tragédie, pleure sa mort. Le roi Louis XIV, par un geste de bienveillance, ordonne l'érection d'un mausolée en son honneur dans l'église Saint-Gervais. Cette décision est saluée par la sagesse, la patrie et le Parnasse, tandis que l'envie et le faux zèle réagissent avec regret et murmures. L'auteur de ce texte est l'abbé Dangerville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer