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1
p. 44-50
A MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
Début :
Comme les Charges & les grands Emplois font plutost honte / N'Est-il point fait cet Armement [...]
Mots clefs :
Amour, Guerre, Louis, Muses, Trésor, Vertu
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texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
Comme les Charges & les grands Emplois font plutoſt honte qu'honneur ſi on ne les foûtient par le merite , heureux qui eneft liberalement partagé.
Je ſçay bien que la Cour eſt un grandTheatre où il paroiſt avec beaucoup plus d'éclat qu'ail- leurs; mais il n'y eſt pas fi fort renfermé qu'il ne ſe répande dans les Provinces ,&vous con- viendrez de celuy de M² Petit,
quand vous aurez leu ce que je vous envoye de ſa façon, C'eſt uneEpiſtre enjoüée qu'il adreſſe àMonfieurleDucde S.Aignan,
qui a pour luy une eſtime tres-
GALANT. 31 particuliere. Le ſtile en eſt libre,
&vous y trouverez un tour aile qui vous perfuadera aiſémentde de ce que j'ay à vous dire à l'a- vantage de fonAutheur.
YON
A MONSIEUR693
*
LE DUC DE S. AIGNAN.
'Est- il point fait cet Armement Qui depuis lõg-temps vous оссире?
Apollon s'en plaint hautement ,
Ainsiqu'Amourle Dieu charmant ;
Et lebeau Sexeporte jupe.
Quoy, Seigneur , ne parlera- t-on Ence Siecle que de Canon ,
Que deprendred'affaut des Villes ,
Quedepunir les Ennemis
De leurs manieres inciviles
D'oferſefrotter à Loüis,
LepremierHérosde la Terre ,
Sçavant au noble Art de la Guerre ,
Tout comme celuy qui lefit ,
Biiij
32 LE MERCVRE Etdont lagloire retentit
Mieuxquele bruit deſon Tonnerre ?
Nostre Parnasse eſtſans Laurier ;
Mais qui pourroit à ce Guerrier En fourniraffez poursa teste ?
Les Muses mefmesſont àbout ;
Elles pensent avoir dit tout ,
EtleurChant ſur une Conqueste Vient àgrand'peine de ceſſer ,
Que lasurprenante nouvelle D'uneautre &plus grande &plus belle,
Lesoblige àrecommencer..
Enfin ce Conquerant terrible LaffeMuses, Chefs &Soldats,
Etparcequ'il est Invincible ,
Il nese trouve jamais las.
Mais tandis qu'il tient dans la Plaine Ses braves Héros en haleine ,
Apresbiende tristes belas ,
MilleBellesdifent enlarmes,
Ah, mauditegloire des Armes ,
MauditsAfsants , mauditsCombats,
Quevousnous caufezde triſteſſe !
Quenousperdonsde doux ébats ,
Etquetant debelle Noblesse f
GALAN T. 33 Seroit bien mieux entre nos bras !
Mais que voulez vous davantage ?
Grand Monarque, vosEnnemis,
Nefont-ilspas vaincus,soumis:
Detous coſtezpliantbagage?
Laiſſezdonc Mars avecsa rage ,
Etrendant à l'Amourhommage,
Daignez nous rendre nos Amis.
Vous n'y perdrez rien, digne Prince,
Non,Grand Roy,vous n'y perdrezrien,
Nos amoursdans chaque Province
Feront naiſtre des Gens de bien.
Ceseront des Sujetsfidelles Dontfepeuplera voſtre Cour,
Mafles bienfaits,belles Femelles,
Tous Enfansde Mars &d'Amour..
N'ont ellespas raison,ces Belles ?
Ieveux vous en prendre àtémoin,
Vous ,qui toûjours avec grandfoin Fiftes mille choſespour elles.
L'Amour n'est- ilpas plus plaifant Que la Guerre,dont lafurie Jamais n'agit qu'en détruiſant Letresor des tresors, lavie ?
Ony, tout compté, tout rabatu,
Seigneur, l'amoureuse vertu
2
:
Bv
34 LE MERCVRE Vaut mieuxque la vertu guerriere.
Celanesepeutcontester,
Carenfin donner la lumiere Estplus nobleque de l'ofter.
Quoyqu'il en foit, poursatisfaire Auxjustesplaintes deces Dieux,
Et pour appaiser la colere Demille Dames aux beauxyeux;
De ces Rimesqui sçavent plaire Reprenez l'agreable employ ,
Etfurvostre charmante Lyre Dontpar tout lestons on admire,
Chantez Loüis, nostre Grand Roy ,
Enfuite,chantez les tendreſſes Del'Amour le Dieu des douceurs,
Etces vingt ou trente Maiſtreſſes
Dontvous avezgagnéles cœurs.
Je ſçay bien que la Cour eſt un grandTheatre où il paroiſt avec beaucoup plus d'éclat qu'ail- leurs; mais il n'y eſt pas fi fort renfermé qu'il ne ſe répande dans les Provinces ,&vous con- viendrez de celuy de M² Petit,
quand vous aurez leu ce que je vous envoye de ſa façon, C'eſt uneEpiſtre enjoüée qu'il adreſſe àMonfieurleDucde S.Aignan,
qui a pour luy une eſtime tres-
GALANT. 31 particuliere. Le ſtile en eſt libre,
&vous y trouverez un tour aile qui vous perfuadera aiſémentde de ce que j'ay à vous dire à l'a- vantage de fonAutheur.
YON
A MONSIEUR693
*
LE DUC DE S. AIGNAN.
'Est- il point fait cet Armement Qui depuis lõg-temps vous оссире?
Apollon s'en plaint hautement ,
Ainsiqu'Amourle Dieu charmant ;
Et lebeau Sexeporte jupe.
Quoy, Seigneur , ne parlera- t-on Ence Siecle que de Canon ,
Que deprendred'affaut des Villes ,
Quedepunir les Ennemis
De leurs manieres inciviles
D'oferſefrotter à Loüis,
LepremierHérosde la Terre ,
Sçavant au noble Art de la Guerre ,
Tout comme celuy qui lefit ,
Biiij
32 LE MERCVRE Etdont lagloire retentit
Mieuxquele bruit deſon Tonnerre ?
Nostre Parnasse eſtſans Laurier ;
Mais qui pourroit à ce Guerrier En fourniraffez poursa teste ?
Les Muses mefmesſont àbout ;
Elles pensent avoir dit tout ,
EtleurChant ſur une Conqueste Vient àgrand'peine de ceſſer ,
Que lasurprenante nouvelle D'uneautre &plus grande &plus belle,
Lesoblige àrecommencer..
Enfin ce Conquerant terrible LaffeMuses, Chefs &Soldats,
Etparcequ'il est Invincible ,
Il nese trouve jamais las.
Mais tandis qu'il tient dans la Plaine Ses braves Héros en haleine ,
Apresbiende tristes belas ,
MilleBellesdifent enlarmes,
Ah, mauditegloire des Armes ,
MauditsAfsants , mauditsCombats,
Quevousnous caufezde triſteſſe !
Quenousperdonsde doux ébats ,
Etquetant debelle Noblesse f
GALAN T. 33 Seroit bien mieux entre nos bras !
Mais que voulez vous davantage ?
Grand Monarque, vosEnnemis,
Nefont-ilspas vaincus,soumis:
Detous coſtezpliantbagage?
Laiſſezdonc Mars avecsa rage ,
Etrendant à l'Amourhommage,
Daignez nous rendre nos Amis.
Vous n'y perdrez rien, digne Prince,
Non,Grand Roy,vous n'y perdrezrien,
Nos amoursdans chaque Province
Feront naiſtre des Gens de bien.
Ceseront des Sujetsfidelles Dontfepeuplera voſtre Cour,
Mafles bienfaits,belles Femelles,
Tous Enfansde Mars &d'Amour..
N'ont ellespas raison,ces Belles ?
Ieveux vous en prendre àtémoin,
Vous ,qui toûjours avec grandfoin Fiftes mille choſespour elles.
L'Amour n'est- ilpas plus plaifant Que la Guerre,dont lafurie Jamais n'agit qu'en détruiſant Letresor des tresors, lavie ?
Ony, tout compté, tout rabatu,
Seigneur, l'amoureuse vertu
2
:
Bv
34 LE MERCVRE Vaut mieuxque la vertu guerriere.
Celanesepeutcontester,
Carenfin donner la lumiere Estplus nobleque de l'ofter.
Quoyqu'il en foit, poursatisfaire Auxjustesplaintes deces Dieux,
Et pour appaiser la colere Demille Dames aux beauxyeux;
De ces Rimesqui sçavent plaire Reprenez l'agreable employ ,
Etfurvostre charmante Lyre Dontpar tout lestons on admire,
Chantez Loüis, nostre Grand Roy ,
Enfuite,chantez les tendreſſes Del'Amour le Dieu des douceurs,
Etces vingt ou trente Maiſtreſſes
Dontvous avezgagnéles cœurs.
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Résumé : A MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
L'auteur d'une lettre adressée au Duc de Saint-Aignan discute de la valeur des charges et des emplois basée sur le mérite plutôt que sur l'apparence. Il mentionne une épître de Monsieur Petit qui loue le duc et son style libre. Cette épître critique l'obsession actuelle pour les armes et les conquêtes militaires, soulignant la tristesse que cela provoque chez les femmes. Elle appelle le roi Louis XIV à privilégier l'amour et la paix, affirmant que cela favoriserait la naissance de sujets fidèles et bienveillants. L'auteur soutient que l'amour est plus plaisant et bénéfique que la guerre, et encourage le duc à chanter les louanges du roi et les douceurs de l'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 198-208
Lettre de M. Petit à Monsieur le Duc de S. Aignan. [titre d'après la table]
Début :
Ces pensées sont beaucoup mieux tournées dans une Langue à [...]
Mots clefs :
Gloire, Humble, Badin, Lettre, Compliment, Muse, Mercure
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texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. Petit à Monsieur le Duc de S. Aignan. [titre d'après la table]
Ces penſées ſont beaucoup mieux tournées dans une langue à laquelle la force del'ex- preffioneſt particuliere. Vous y
fuppleerez, s'il vous plaiſt, Ma- dame , &pour marque de la re- connoiſſance quej'en auray , je vous envoye une ſeconde Let tre de M. Petit, écrite commela premiere àM. le Duc de S. Ai- gnan. Vous aimez tout ce qui regarde la gloire du Roy, & fon ſtile qu'il appelle badin, nedes- honnore peut-eftre pas la ma- tiere qui luy faitpeur. Lifez , je vous prie , & m'en dites voſtre penfte.
Risdo
第
F وه
132 LE MERCVRE
De Ronen le 9. Decembre, 1677.
MONSEIGNEVR,
Cen'apas esté fans ſurpriſe que j'ay veudansle dernier Tome du Mercure
les vers badins qu'ilya deux ou trois mois que je pris la liberté de vous en- voyer. Ce m'est , Monseigneur , une marque bien glorieuse &bien obligeante de l'honneurde voſtre ſouvenir; &com- me ce n'a pû estre que par vos ordres qu'ils avent en place dans ce recueilde -Pieces Galantes, je ne vous ſuispasme- diocrement obligéde la bonté quevous avezde vouloir deterrer mon nomenfeveli en Province depuis uneaffezlon- que fuitte d'années : Mais , Monfei- gneur,je suis si accoutumé àrecevo
de vous des graces que je ne me
point que
voir
merite
cet- je dois peum'étonner de -sederniera,qui m'engage plus que ja- mais àvous honnorer,&àpousserjuf- qu'où elle peut aller lapaffion touteplei pr
ne de respect avec laquelle je fuis MONSEIGNEVR,
Voffre tres humble, tres obeiffant, & tres- obligé Serviteur , PETIT.
GALANT. 133 ১
HerDuc, apres ce Compliment ,
GEEt cet humble Remerciment
Vnpenſerieux pour ma Plume Dont(vous lesçavez ) la coûtume- Eft d'écrire en style badin ,
Sansſe piquer de rien de fin ;
Trouvezbon qu'elle s'y remetta,
Etquema Muse, humble Soubrette Decelledontles chants fi douxw1
Vousfont faire mille Laloux ,
Vous entretienne à l'ordinaire , ة
Songeantquejefuis vostre Frere EnApollon, l'aymable Dieu, .. Quide centplaisirs me tient liens T
Et certesj'auroispeine àdire ,
Si le feu badin qui m'inspire ,
Metoucheonplus, ou moins au Cœur,
Que celuy du Dieu dont l'ardeur Faitdesesperer l'Idolatre 3615000 D'une Coquette acariatre ,
Qui ritdestraitsda Dieu Fripon;
Mais iln'en est plus,codition,
LesCoquettesfont fort Comme enbuitjours on prenddesVilles
(Secret denostre Mars François ,
PlusRoyluy feulque trente Rois)
dociles,
134 LE MERCVR E
Enhuit ioursfans autreremise ,
Laplus fine Coquette est priſe.
Quoyqu'ilenſoit, j'aime arimer ,
EtmaMuſe ſçait s'animer,
Quand àVous s'addreſſe ſa rime ;
Mais,n'est- cepoint commettreun crime Quede vous derober du temps
Aumilieudesplaisirs charmans Dant laplusbelle Cour du monde ,
Pour l'un &l'autre Sexe abonde ?
Danscette Cour où le Soleil
Brilleenſonſuperbe appareil,
Oùdes Beautez faites àplaire Oùdes Heros hors du vulgaire Forment un éclat quisurprend Leſçayqu'ilfaut que tout foit grand.
Etd'une splendeurſans pareille.
Ainsidonc, ce n'est pas merveille Sipar tout oùparoît Loün
On voit des brillans inovis
Voustenez-bien làvostreplace ,
Et,fansquerienvous embaraſſes Vostre plus ordinaire employ,
Eft d'admirer noſtre Grand Rey Dont le Bras,fecondantlaTefto ,
Adjoûte Conqueſte à Conqueſte. )
Tout lemonde enestétonné
SH
GALANT. 135 Désqueson Canon atonné,
LesVilles en craignent lafoudre ,
Etdepeurqu'on les mette en poudrez Surpriſes defes grands Exploits ,
Viennentserangerſousſes Lois.
Si l'on voyoit des Faitsſemblables ,
Dans l'Histoire; ceſont des Fables,
Etdes Fictions , diroit- on :
Mais, certes,lepauvreLyon ,
Etl'Aigle,battus de l'orage,
Connoiſſent trop àleurdommage,
Queces Exploitspar tout vantez,
Sont defeures realitez.
NosMuses fort embarrassées Vontau filence eſtre forcées ,
Ayant dit que ce nouveau Mars,
Paſſe de bien loin les Cefars,
LesAlexandres, les Achilles ,
Etles plus grandspreneurs de Villes,
Ellespenſent avoirtout dit ;
C'est jusqu'onva leur bel esprit.
Puisse trouvant loin de leur Compte,
Elles confeffent avec honte ,
Qu'elles n'en onpas dit affez,
Etque trop de Faits entaſſez De leur éclat les ébloüiffent ,
Etfontqueleurs rimestariffent.
136 LE MERCVRE
1
Mais,digne Duc,permettez-moy,
Dedire icy, que ce grandRoy N'a rien qui luyfoit comparable Dans l'Histoire,nydans la Fable.
Quelques-uns veulent qu'il foit né Sous un Aftre bien fortuné ,
Etfous une Etoile inuincible;
Mais c'est à ce Heros terrible
Ofter de fa Gloire un Fleuron.
SonAftre eſt, ſon cœur de Lion ;
Etfon Etoile,Sa Prüdence ,
Son grandsens &sa Vigilance.
C'eſt luy quimonte les refforts,
Quifont mouvoirtout ce grand Corps DeCombatans,fous qui tout tremble Etmesme dans le temps qu'ilſemble Que ce Herosse divertit,
SaTeste inceſſamment agit.
Ses Ordresſi justes ſedonnent,
Que lesEnnemis s'en eſtonnent ,
Et lamesmepeurqu'il leurfait.
Quandil Oula estdans le Cabinet,
Gloire avec luy raisonne,
L
Quequandilcommande en Perſonne.. Enfin, pourfinir ce Discours,
C'est leMiracle de nos jours.
Mais maMuse est bien temeraire ,
GALANT. 137
;
i
Neletrouvez-vous pas cher Frere ?
Toûjours en Apollon ,s'entend,
Caril est affez important ,
Pourle respect que je vousporte ,
D'adoucir l'endroit de laforte.
C'est trop que d'élevermes Vers
AnplusGRAND ROY de l'Univers ;
Maissije manque de prudence,
I'attens de vousquelque indulgence.
Sçachaut que de ce Demy-Dien Lahaute Gloire vous tient lieu ,
D'unplaisirsigrand, qu'ilfurpaffe Tous ceux de lapremiere Claffe .
Etque lorsque le juſte Encens Qu'on doit àfesrares talens,
Fume pour ce Prince adorable ,
Rien ne vous estplus agreable.
Ah!quen'en ay-je du meilleur !
Etque je meplairois, Seigneur ,
Afaire te Panegiryque DeceGrandRoy tout Heroïque !
Ie m'en trouve l'esprit fi plein .
Que j'ay laiſſé là le deſſein Defaire une lettre badine ;
Mais, apres tout je m'imagine Que vous me le pardonnerez ,
Etque mesme vousm'enlouerez
fuppleerez, s'il vous plaiſt, Ma- dame , &pour marque de la re- connoiſſance quej'en auray , je vous envoye une ſeconde Let tre de M. Petit, écrite commela premiere àM. le Duc de S. Ai- gnan. Vous aimez tout ce qui regarde la gloire du Roy, & fon ſtile qu'il appelle badin, nedes- honnore peut-eftre pas la ma- tiere qui luy faitpeur. Lifez , je vous prie , & m'en dites voſtre penfte.
Risdo
第
F وه
132 LE MERCVRE
De Ronen le 9. Decembre, 1677.
MONSEIGNEVR,
Cen'apas esté fans ſurpriſe que j'ay veudansle dernier Tome du Mercure
les vers badins qu'ilya deux ou trois mois que je pris la liberté de vous en- voyer. Ce m'est , Monseigneur , une marque bien glorieuse &bien obligeante de l'honneurde voſtre ſouvenir; &com- me ce n'a pû estre que par vos ordres qu'ils avent en place dans ce recueilde -Pieces Galantes, je ne vous ſuispasme- diocrement obligéde la bonté quevous avezde vouloir deterrer mon nomenfeveli en Province depuis uneaffezlon- que fuitte d'années : Mais , Monfei- gneur,je suis si accoutumé àrecevo
de vous des graces que je ne me
point que
voir
merite
cet- je dois peum'étonner de -sederniera,qui m'engage plus que ja- mais àvous honnorer,&àpousserjuf- qu'où elle peut aller lapaffion touteplei pr
ne de respect avec laquelle je fuis MONSEIGNEVR,
Voffre tres humble, tres obeiffant, & tres- obligé Serviteur , PETIT.
GALANT. 133 ১
HerDuc, apres ce Compliment ,
GEEt cet humble Remerciment
Vnpenſerieux pour ma Plume Dont(vous lesçavez ) la coûtume- Eft d'écrire en style badin ,
Sansſe piquer de rien de fin ;
Trouvezbon qu'elle s'y remetta,
Etquema Muse, humble Soubrette Decelledontles chants fi douxw1
Vousfont faire mille Laloux ,
Vous entretienne à l'ordinaire , ة
Songeantquejefuis vostre Frere EnApollon, l'aymable Dieu, .. Quide centplaisirs me tient liens T
Et certesj'auroispeine àdire ,
Si le feu badin qui m'inspire ,
Metoucheonplus, ou moins au Cœur,
Que celuy du Dieu dont l'ardeur Faitdesesperer l'Idolatre 3615000 D'une Coquette acariatre ,
Qui ritdestraitsda Dieu Fripon;
Mais iln'en est plus,codition,
LesCoquettesfont fort Comme enbuitjours on prenddesVilles
(Secret denostre Mars François ,
PlusRoyluy feulque trente Rois)
dociles,
134 LE MERCVR E
Enhuit ioursfans autreremise ,
Laplus fine Coquette est priſe.
Quoyqu'ilenſoit, j'aime arimer ,
EtmaMuſe ſçait s'animer,
Quand àVous s'addreſſe ſa rime ;
Mais,n'est- cepoint commettreun crime Quede vous derober du temps
Aumilieudesplaisirs charmans Dant laplusbelle Cour du monde ,
Pour l'un &l'autre Sexe abonde ?
Danscette Cour où le Soleil
Brilleenſonſuperbe appareil,
Oùdes Beautez faites àplaire Oùdes Heros hors du vulgaire Forment un éclat quisurprend Leſçayqu'ilfaut que tout foit grand.
Etd'une splendeurſans pareille.
Ainsidonc, ce n'est pas merveille Sipar tout oùparoît Loün
On voit des brillans inovis
Voustenez-bien làvostreplace ,
Et,fansquerienvous embaraſſes Vostre plus ordinaire employ,
Eft d'admirer noſtre Grand Rey Dont le Bras,fecondantlaTefto ,
Adjoûte Conqueſte à Conqueſte. )
Tout lemonde enestétonné
SH
GALANT. 135 Désqueson Canon atonné,
LesVilles en craignent lafoudre ,
Etdepeurqu'on les mette en poudrez Surpriſes defes grands Exploits ,
Viennentserangerſousſes Lois.
Si l'on voyoit des Faitsſemblables ,
Dans l'Histoire; ceſont des Fables,
Etdes Fictions , diroit- on :
Mais, certes,lepauvreLyon ,
Etl'Aigle,battus de l'orage,
Connoiſſent trop àleurdommage,
Queces Exploitspar tout vantez,
Sont defeures realitez.
NosMuses fort embarrassées Vontau filence eſtre forcées ,
Ayant dit que ce nouveau Mars,
Paſſe de bien loin les Cefars,
LesAlexandres, les Achilles ,
Etles plus grandspreneurs de Villes,
Ellespenſent avoirtout dit ;
C'est jusqu'onva leur bel esprit.
Puisse trouvant loin de leur Compte,
Elles confeffent avec honte ,
Qu'elles n'en onpas dit affez,
Etque trop de Faits entaſſez De leur éclat les ébloüiffent ,
Etfontqueleurs rimestariffent.
136 LE MERCVRE
1
Mais,digne Duc,permettez-moy,
Dedire icy, que ce grandRoy N'a rien qui luyfoit comparable Dans l'Histoire,nydans la Fable.
Quelques-uns veulent qu'il foit né Sous un Aftre bien fortuné ,
Etfous une Etoile inuincible;
Mais c'est à ce Heros terrible
Ofter de fa Gloire un Fleuron.
SonAftre eſt, ſon cœur de Lion ;
Etfon Etoile,Sa Prüdence ,
Son grandsens &sa Vigilance.
C'eſt luy quimonte les refforts,
Quifont mouvoirtout ce grand Corps DeCombatans,fous qui tout tremble Etmesme dans le temps qu'ilſemble Que ce Herosse divertit,
SaTeste inceſſamment agit.
Ses Ordresſi justes ſedonnent,
Que lesEnnemis s'en eſtonnent ,
Et lamesmepeurqu'il leurfait.
Quandil Oula estdans le Cabinet,
Gloire avec luy raisonne,
L
Quequandilcommande en Perſonne.. Enfin, pourfinir ce Discours,
C'est leMiracle de nos jours.
Mais maMuse est bien temeraire ,
GALANT. 137
;
i
Neletrouvez-vous pas cher Frere ?
Toûjours en Apollon ,s'entend,
Caril est affez important ,
Pourle respect que je vousporte ,
D'adoucir l'endroit de laforte.
C'est trop que d'élevermes Vers
AnplusGRAND ROY de l'Univers ;
Maissije manque de prudence,
I'attens de vousquelque indulgence.
Sçachaut que de ce Demy-Dien Lahaute Gloire vous tient lieu ,
D'unplaisirsigrand, qu'ilfurpaffe Tous ceux de lapremiere Claffe .
Etque lorsque le juſte Encens Qu'on doit àfesrares talens,
Fume pour ce Prince adorable ,
Rien ne vous estplus agreable.
Ah!quen'en ay-je du meilleur !
Etque je meplairois, Seigneur ,
Afaire te Panegiryque DeceGrandRoy tout Heroïque !
Ie m'en trouve l'esprit fi plein .
Que j'ay laiſſé là le deſſein Defaire une lettre badine ;
Mais, apres tout je m'imagine Que vous me le pardonnerez ,
Etque mesme vousm'enlouerez
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Résumé : Lettre de M. Petit à Monsieur le Duc de S. Aignan. [titre d'après la table]
Dans une lettre datée du 9 décembre 1677, M. Petit exprime sa surprise et sa gratitude après avoir découvert que ses vers badins ont été publiés dans le dernier tome du Mercure. Il attribue cette publication aux ordres du destinataire, qu'il honore et respecte profondément. Ce destinataire est identifié comme un duc, qui est complimenté pour son soutien et sa bienveillance. M. Petit précise que son style naturel est badin et qu'il ne compose pas de manière sérieuse. Il évoque ensuite la cour du roi, soulignant la splendeur et les exploits militaires du monarque, comparés à ceux des grands conquérants de l'histoire. Il conclut en exprimant son admiration pour le roi et son désir de lui rendre hommage, tout en espérant l'indulgence du duc pour son audace littéraire.
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3
p. 30-31
IV.
Début :
Sapho, cinq ou six beaux Esprits [...]
Mots clefs :
Sapho, Louis, Clélie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IV.
IV.
SApho, cing on fix beaux Ef- prits
Disputoient l'autrejour du prix
GALANT. 31
De tout ce qu'a produit ton excellent
génie;
Puis ayant balancé meûrement les
avis,
Ils prononcerent tous en faveur de
Clélie.
J'écoutayleur Arrest; apres quoy, je
leur dis
Sur tout ce qu'on a fait elle a de
l'avantage;
De Sapho cependant le plus
heureux Ouvrage,
. C'eſt d'avoir ſçeugagner l'eſtime
de LOUIS.
SApho, cing on fix beaux Ef- prits
Disputoient l'autrejour du prix
GALANT. 31
De tout ce qu'a produit ton excellent
génie;
Puis ayant balancé meûrement les
avis,
Ils prononcerent tous en faveur de
Clélie.
J'écoutayleur Arrest; apres quoy, je
leur dis
Sur tout ce qu'on a fait elle a de
l'avantage;
De Sapho cependant le plus
heureux Ouvrage,
. C'eſt d'avoir ſçeugagner l'eſtime
de LOUIS.
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4
p. 89-99
A CALISTE.
Début :
Voicy une Lettre meslée de Prose & de Vers, / Vous avez eu raison de ne me point écrire, [...]
Mots clefs :
Mourir, Éloignement, Âme, Destinée , Adorateur, Muse, Chagrin, Gloire, Satyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A CALISTE.
Voicy une Lettre mellée
de Profé & de Vers, que vous
trouverez fort agreable . Elle
a paru telle à des Connoiffeurs
tres délicats.
Novembre 1685.
H
90 MERCURE
A CALISTE .
V
de
Ous avez cu raifon de
ne me point écrire ,
puifque vous m'avez crû
mort. Je l'eftois en effet , &
je fçay trop bien mon monpour
ne pas mourir aprés
vous l'avoir promis . D'ail
leurs , il n'y a aucune difference
entre mourir & eftre
éloigné de vous. Cependant
je vous affeure de ma refurrection
, que je croy devoir
aux devotes prieres que vous
avez faites pour mon ame.
GALANT. 91
de
Je vous en fuis infiniment
obligé , & je vous diray franchement
qu'il n'eſt que
vivre. La vie eft bonne à cent
chofes , & la mort n'eft bonne
à rien. Ainfi j'ay efté dans
une gefne infupportable du
rant trois ou quatre jours.
qu'elle m'a tenu captif. Enfin
une ame fans corps eft.
une chofe du moins aufli trifte
qu'un corps fans ame ; &
fans mentir , la mienne fe
trouva furieufement décon
certée , de n'eftre plus dans
mon corps. Ainfi,je vous declare
que je ne veux plus
Hij
92 MERCURE
mourir par complaifance.
Me voilà donc bien & deuëment
refufcité , pour autant
de temps qu'il plaira au Maî
tre des Deftinées , & je feray,
tant qu'il me ſera poſſible ,
voftre tres-humble & trestendre
adorateur. J'allois finir-
là cette Lettre , mais j'ay
crû que vous feriez bien aife
d'apprendre mes avantures
de l'autre Monde . Ma Muſe
vous en va faire un recit fi
delle .
Si toft que je vous eus quittée,
Aprés vous avoir dit adieu ,
Adieu dont la douleurperça par le mi
lienGALANT.
93
Mon ame de vous enchantée,
Je fis venir la Mort qui me prit awe
collet
D'une maniere violente ,
Et fa Bayonncte tranchante
M'eut bien- toft coupé le fiflet.
Son abord me fembla fi laid
Que je me repentis de l'avoir appellée
;
Mais quand d'un noir chagrin on a
l'ame troublée ,
On ne fçait guere ce qu'on fait.
03
Cependant , aimable Califte ,
Te la crus l'unique recours
Que pouvoit esperer un Soupirant
tout trifte
D'eftre loin de l'objet de fes chere's
amours .
Ie mourus donc , & dans la Biere
Tout de mon long on m'étendit,
94 MERCURE
Et ma pauvre ame defcendit
En ces lieux que jamais ne perça
lumiere.
83
la
Dame , quifut bien étonné,
Califte , cefut moy , comme s'il euft
tonné.
(l'emprunte de Marot ce burlesque
Diftique. )
Et là fans nul retardement.
Ie receus , fort melancolique ,
En affez rude Iugement..
Cefut d'allerdans une chambre noire
Pour y demeurerfeulement
Deux mille ans fans dormir,fans mangir,
&fans boire.
Ie demanday pourquoy dans ce licu
tencbreux
M'ordonner defubir un fort firigou.
reux ?
GALANT. 95
Et l'on me répondit , Lifandre,
C'est pour expier le plaifir
Qu'à brûler pour CCaalliifftfee a trop pris
ton coeur tendre .
Quoy que fans criminel defir.
Ca
Incontinent la vive flame
De ce lieu remply de douleur , -
Un peu tropfort me lécha l'ame ;
Mais un Ange confclateur
A peu prés de vostre figure ,
Fit que fans plainte &fans murmure
L'enduray ce tourment qui devoit
prendre fin ,
Et l'espoiraffeuré de magloire future
Adoucit beaucoup mon chagrin.
83
Il n'eftoit pas petit fans doute.
Souffrirfans ceffe , & ne voir
goute, こ
96 MERCURE
Et plus que tout cela ne plus voir
vos appas !
Ab Ciel , l'infupportable gefne !
Auffi dans l'excés de ma peine,
Ie dis cent fois , j'eus tort de courir
au trépas.
Enfuite je difois dans la cruelle
abfence
De Califfe , quelle apparence
De fe trouver encore au nombre des
Vivans!
Oüy , je devois mourir , j'en donnay
ma parole ,
Iamais elle ne fut frivole ,
Etj'ay tortfi je m'en repens.
៩
Califfe , vous pouvez donc croire
Ma mort comme une verité .
Cependantpar bonheur malgré la Parque
noire ,
It me trouve refufcité,
Graces
GALANT. 97
Graces à vous, belle Bergere,
Quifaisant pour mon ame une bonne
Oraifon,
M'avez delivré de mifere,
La relogeant dansfa priſon.
Cette Lettre eft de M'Petit
de Roüen , & fait connoiſtre
combien l'enjoüement_galant
luy eft naturel. C'eſt un
homme dont le merite eft
connu non feulement de
toute la Ville , mais de quantité
de perfonnes qui tiennent
le premier rang à la
Cour. Comme il a beaucoup
d'ufage du monde par la longue
experience que luy a fait
Novembre 1685.
I
98 MERCURE
faire un âge fort avancé , &
que la vivacité de fon efprit
le rend capable de tout , il
s'eft appliqué depuis quelque
temps à étudier les defauts
des hommes , & cette
étude luy a fait faire des Satyres
generales pleines de moralité
, où fans qu'il nomme
perfonne , chacun pourra
trouver fon Portrait . Ces Satyres
, dans lesquelles il s'eft
attaché à un ſtiſe ſimple, qui
fait mieux fentir la verité que
ne feroient tous les ornemens
de la Poëfie , ſe debi
tent chez la Veuve Blageart ,
GALANT. 99
E
Court- Neuve du Palais , au
Dauphin. La lecture n'en
peut eftre que tres-profitable
, puis qu'elle détrompe
des erreurs , où l'emportement
des Paffions plonge
fouvent les plus éclairez .
de Profé & de Vers, que vous
trouverez fort agreable . Elle
a paru telle à des Connoiffeurs
tres délicats.
Novembre 1685.
H
90 MERCURE
A CALISTE .
V
de
Ous avez cu raifon de
ne me point écrire ,
puifque vous m'avez crû
mort. Je l'eftois en effet , &
je fçay trop bien mon monpour
ne pas mourir aprés
vous l'avoir promis . D'ail
leurs , il n'y a aucune difference
entre mourir & eftre
éloigné de vous. Cependant
je vous affeure de ma refurrection
, que je croy devoir
aux devotes prieres que vous
avez faites pour mon ame.
GALANT. 91
de
Je vous en fuis infiniment
obligé , & je vous diray franchement
qu'il n'eſt que
vivre. La vie eft bonne à cent
chofes , & la mort n'eft bonne
à rien. Ainfi j'ay efté dans
une gefne infupportable du
rant trois ou quatre jours.
qu'elle m'a tenu captif. Enfin
une ame fans corps eft.
une chofe du moins aufli trifte
qu'un corps fans ame ; &
fans mentir , la mienne fe
trouva furieufement décon
certée , de n'eftre plus dans
mon corps. Ainfi,je vous declare
que je ne veux plus
Hij
92 MERCURE
mourir par complaifance.
Me voilà donc bien & deuëment
refufcité , pour autant
de temps qu'il plaira au Maî
tre des Deftinées , & je feray,
tant qu'il me ſera poſſible ,
voftre tres-humble & trestendre
adorateur. J'allois finir-
là cette Lettre , mais j'ay
crû que vous feriez bien aife
d'apprendre mes avantures
de l'autre Monde . Ma Muſe
vous en va faire un recit fi
delle .
Si toft que je vous eus quittée,
Aprés vous avoir dit adieu ,
Adieu dont la douleurperça par le mi
lienGALANT.
93
Mon ame de vous enchantée,
Je fis venir la Mort qui me prit awe
collet
D'une maniere violente ,
Et fa Bayonncte tranchante
M'eut bien- toft coupé le fiflet.
Son abord me fembla fi laid
Que je me repentis de l'avoir appellée
;
Mais quand d'un noir chagrin on a
l'ame troublée ,
On ne fçait guere ce qu'on fait.
03
Cependant , aimable Califte ,
Te la crus l'unique recours
Que pouvoit esperer un Soupirant
tout trifte
D'eftre loin de l'objet de fes chere's
amours .
Ie mourus donc , & dans la Biere
Tout de mon long on m'étendit,
94 MERCURE
Et ma pauvre ame defcendit
En ces lieux que jamais ne perça
lumiere.
83
la
Dame , quifut bien étonné,
Califte , cefut moy , comme s'il euft
tonné.
(l'emprunte de Marot ce burlesque
Diftique. )
Et là fans nul retardement.
Ie receus , fort melancolique ,
En affez rude Iugement..
Cefut d'allerdans une chambre noire
Pour y demeurerfeulement
Deux mille ans fans dormir,fans mangir,
&fans boire.
Ie demanday pourquoy dans ce licu
tencbreux
M'ordonner defubir un fort firigou.
reux ?
GALANT. 95
Et l'on me répondit , Lifandre,
C'est pour expier le plaifir
Qu'à brûler pour CCaalliifftfee a trop pris
ton coeur tendre .
Quoy que fans criminel defir.
Ca
Incontinent la vive flame
De ce lieu remply de douleur , -
Un peu tropfort me lécha l'ame ;
Mais un Ange confclateur
A peu prés de vostre figure ,
Fit que fans plainte &fans murmure
L'enduray ce tourment qui devoit
prendre fin ,
Et l'espoiraffeuré de magloire future
Adoucit beaucoup mon chagrin.
83
Il n'eftoit pas petit fans doute.
Souffrirfans ceffe , & ne voir
goute, こ
96 MERCURE
Et plus que tout cela ne plus voir
vos appas !
Ab Ciel , l'infupportable gefne !
Auffi dans l'excés de ma peine,
Ie dis cent fois , j'eus tort de courir
au trépas.
Enfuite je difois dans la cruelle
abfence
De Califfe , quelle apparence
De fe trouver encore au nombre des
Vivans!
Oüy , je devois mourir , j'en donnay
ma parole ,
Iamais elle ne fut frivole ,
Etj'ay tortfi je m'en repens.
៩
Califfe , vous pouvez donc croire
Ma mort comme une verité .
Cependantpar bonheur malgré la Parque
noire ,
It me trouve refufcité,
Graces
GALANT. 97
Graces à vous, belle Bergere,
Quifaisant pour mon ame une bonne
Oraifon,
M'avez delivré de mifere,
La relogeant dansfa priſon.
Cette Lettre eft de M'Petit
de Roüen , & fait connoiſtre
combien l'enjoüement_galant
luy eft naturel. C'eſt un
homme dont le merite eft
connu non feulement de
toute la Ville , mais de quantité
de perfonnes qui tiennent
le premier rang à la
Cour. Comme il a beaucoup
d'ufage du monde par la longue
experience que luy a fait
Novembre 1685.
I
98 MERCURE
faire un âge fort avancé , &
que la vivacité de fon efprit
le rend capable de tout , il
s'eft appliqué depuis quelque
temps à étudier les defauts
des hommes , & cette
étude luy a fait faire des Satyres
generales pleines de moralité
, où fans qu'il nomme
perfonne , chacun pourra
trouver fon Portrait . Ces Satyres
, dans lesquelles il s'eft
attaché à un ſtiſe ſimple, qui
fait mieux fentir la verité que
ne feroient tous les ornemens
de la Poëfie , ſe debi
tent chez la Veuve Blageart ,
GALANT. 99
E
Court- Neuve du Palais , au
Dauphin. La lecture n'en
peut eftre que tres-profitable
, puis qu'elle détrompe
des erreurs , où l'emportement
des Paffions plonge
fouvent les plus éclairez .
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Résumé : A CALISTE.
La lettre datée de novembre 1685 est une correspondance poétique entre Mercure et Caliste. Mercure y révèle à Caliste qu'il avait cru être mort et avait souffert d'une existence sans elle. Il décrit son expérience post-mortem, durant laquelle il a été condamné à séjourner dans une chambre obscure pendant deux mille ans pour expier son amour excessif. Cependant, un ange lui a apporté du réconfort, et il a été ressuscité grâce aux prières de Caliste. Mercure exprime sa gratitude envers elle et son désir de vivre pour elle. La lettre est signée par M. Petit de Rouen, auteur reconnu pour ses écrits galants et ses satires morales. Ses œuvres, disponibles chez la Veuve Blageart, ont pour but de révéler les défauts humains et de détromper ceux qui sont égarés par leurs passions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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