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2851
p. 1288-1290
Nouveaux Termometres, &c. [titre d'après la table]
Début :
Nous croyons faire pla[i]sir au Public, en profitant de cette occasion, pour lui [...]
Mots clefs :
Abbé Nollet, Expériences, Cours, Thermomètres
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texteReconnaissance textuelle : Nouveaux Termometres, &c. [titre d'après la table]
Nous croyons faire plassir au Public ,
en profitant de cette occasion › pour lui
apprendre que M. l'Abbé Nollet , qui
demeure rue du Mouton près la Gréve ,
vis- à- vis les Pilliers du S. Esprit , s'est
chargé de faire des Thermométres de
toutes grandeurs sur les principes de
M. de Reaumur. Personne n'étoit plus
propre que lui à leur donner toute la
précision qu'ils doivent avoir ; la dexterité
et le génie de M. l'Abbé Nollet sont déja
connus par les Globes d'un pied de
diamétre qu'il a fait graver,et qu'il débite
depuis peu. Outre qu'ils sont les plus
exacts de tous ceux qui ont paru jusques
ici , ils sont vernis avec un goût et une
II Vo!. enJUIN.
1734. 1289
entente qui ne servent pas seulement à
les embellir ; les vernis colorez bien menagez
font paroître les Etoiles sur le
Globe céleste comme elles paroissent dans
le Ciel : les constellations ne s'y trouvent
marquées qu'autant qu'il faut pour ne
pas empêcher de bien voir les positions
des Etoiles. Enfin M. l'Abbé Nollet
exécute avec beaucoup d'art toutes les
Machines et les Instrumens qui peuvent
servir aux plus curieuses expériences de
Physique, comme les Machines Pneumatiques
, les Microscopes &c . Aussi depuis
que M. Pitot est devenu Pensionnaire de
l'Académie , c'est M. l'Abbé Nollet qui
travaille dans le Laboratoire de l'Acadé .
mie aux recherches et aux expériences
qui lui sont prescrites par M. de Reaumur.
Ceux qui aiment la Physique seront
encore bien aíses d'apprendre que M. l'Abbé
Nollet fait chez lui des cours d'expériences
comme on en fait en Angleterre
et en Hollande . Dans 18 à 20 séances il
fait les expériences les plus singulieres et
les plus propres à expliquer les principaux
Phénoménes de la nature . Il commence
un cours pour sept à huit Auditeurs
et il est bien aise de n'en avoir pas
davantage à chaque cours , afin que les
II. Vol.
B v
expé1290
MERCURE DE FRANCE
expériences puissent être mieux vuës et ›
mieux entendues par ceux aux yeux desquels
on les expose.
en profitant de cette occasion › pour lui
apprendre que M. l'Abbé Nollet , qui
demeure rue du Mouton près la Gréve ,
vis- à- vis les Pilliers du S. Esprit , s'est
chargé de faire des Thermométres de
toutes grandeurs sur les principes de
M. de Reaumur. Personne n'étoit plus
propre que lui à leur donner toute la
précision qu'ils doivent avoir ; la dexterité
et le génie de M. l'Abbé Nollet sont déja
connus par les Globes d'un pied de
diamétre qu'il a fait graver,et qu'il débite
depuis peu. Outre qu'ils sont les plus
exacts de tous ceux qui ont paru jusques
ici , ils sont vernis avec un goût et une
II Vo!. enJUIN.
1734. 1289
entente qui ne servent pas seulement à
les embellir ; les vernis colorez bien menagez
font paroître les Etoiles sur le
Globe céleste comme elles paroissent dans
le Ciel : les constellations ne s'y trouvent
marquées qu'autant qu'il faut pour ne
pas empêcher de bien voir les positions
des Etoiles. Enfin M. l'Abbé Nollet
exécute avec beaucoup d'art toutes les
Machines et les Instrumens qui peuvent
servir aux plus curieuses expériences de
Physique, comme les Machines Pneumatiques
, les Microscopes &c . Aussi depuis
que M. Pitot est devenu Pensionnaire de
l'Académie , c'est M. l'Abbé Nollet qui
travaille dans le Laboratoire de l'Acadé .
mie aux recherches et aux expériences
qui lui sont prescrites par M. de Reaumur.
Ceux qui aiment la Physique seront
encore bien aíses d'apprendre que M. l'Abbé
Nollet fait chez lui des cours d'expériences
comme on en fait en Angleterre
et en Hollande . Dans 18 à 20 séances il
fait les expériences les plus singulieres et
les plus propres à expliquer les principaux
Phénoménes de la nature . Il commence
un cours pour sept à huit Auditeurs
et il est bien aise de n'en avoir pas
davantage à chaque cours , afin que les
II. Vol.
B v
expé1290
MERCURE DE FRANCE
expériences puissent être mieux vuës et ›
mieux entendues par ceux aux yeux desquels
on les expose.
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Résumé : Nouveaux Termometres, &c. [titre d'après la table]
L'Abbé Nollet, résidant rue du Mouton près la Grève, fabrique des thermomètres de toutes tailles selon les principes de M. de Reaumur. Il est renommé pour sa précision et son génie, notamment à travers les globes célestes qu'il grave et vend. Ces globes sont les plus exacts et sont vernis pour faire apparaître les étoiles comme dans le ciel réel. L'Abbé Nollet construit également divers instruments de physique, tels que des machines pneumatiques et des microscopes. Depuis que M. Pitot est devenu pensionnaire de l'Académie, l'Abbé Nollet travaille dans le laboratoire de l'Académie pour M. de Reaumur. De plus, il propose des cours d'expériences physiques chez lui, similaires à ceux donnés en Angleterre et en Hollande. Chaque cours, limité à sept ou huit auditeurs, comprend 18 à 20 séances présentant des expériences singulières et explicatives des phénomènes naturels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2852
p. 1291-1306
DISCOURS CRITIQUE, sur l'état des Sciences dans l'étenduë de la Monarchie Françoise, sous Charlemagne.
Début :
Les Sciences ont leurs révolutions aussi bien que les Empires, il est un [...]
Mots clefs :
Charlemagne, Sciences, Discours critique, Génie, Goût, Maîtres, Savants, Langue, Arts, Hommes, Peuples, Esprit, Jeunesse, Nature, Lumières, Conciles, Sang, Esprits, Politesse
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS CRITIQUE, sur l'état des Sciences dans l'étenduë de la Monarchie Françoise, sous Charlemagne.
DISCOURS CRITIQUE ,
sur l'état des Sciences dans l'étendue de
la Monarchie Françoise , sous Charlemagne.
L
"
Es Sciences ont leurs révolutions
aussi bien que les Empires , il est un
tems où elles sont florissantes ce tems
passé , elles ne font plus que languir ;
quelquefois elles se relevent et se soutiennent
avec assez d'honneur ; et quelquefois
aussi elles tombent pour ne se
relever jamais . Elles ont comme le Soleil
leurs solstices et leurs périodes ; elles
aiment à passer de climats en climats
et souvent après avoir éclairé quelques
IL. Vol.
B.vj
Con
و
1292 MERCURE DE FRANCE
contrées , elles se plongent , pour ainst
dire , dans l'abîme , et vont porter leurs
lumieres à des peuples nouveaux. Ainsi
après avoir autrefois parcouru les plus
belles régions de l'Orient où elles prirent
naissance , les vit- on passer dans la Grece
d'où elles se répandirent dans quelques
Provinces de l'Empire Romain ; et par
tout elles éprouverent des changemens
considérables er des alternatives , qui les
firent souvent paroître sous des faces differentes.
Quelle est la cause de ces révolutions a
est- ce l'influence des Astres ? la température
de l'air ou la qualité des esprits ,
dont nos corps sont animés et qui changent
avec les genérations et les aspects
du Soleil ? tout cela peut y contribuer :
mais tout cela n'explique pas d'une maniere
assez sensible la cause de ces fre
quentes vicissitudes ; il en est une plus
simple , et qui servira de baze à tout
ce que je dirai dans ce Discours . La
Science est attachée au gout des peuples
qui la cultivent , c'est le gout qui lui
donne sa qualité , son prix , son excellence
; or le gout se conforme toujours
au génie , le génie se regle ordinairement
sur les maximes , et les maximes changent
avec les circonstances des tems et
11. Vel. des
JUIN. 1734. 1293
des lieux. D'ailleurs , et c'est ici le point
capital , ce gout exquis , ce génie vaste
et sublime , si nécessaires à la perfection
des Sciences , sont des dons que le Ciel ne
répand pas toujours sur la terre , et qu'il
ne communique qu'à un petit nombre
d'hommes privilegiez .
En faut il davantage pour prouver
que la Science doit se ressentir de l'instabilité
propre à toutes les choses humaines
? C'est sur ce plan , que je vais exposer
aujourd'hui l'état où se trouvoient
les Sciences dans l'étendue de la Monarchie
Françoise au tems de Charlemagne .
Le gout pour lors étoit si corrompu , que
jamais on ne put le rectifier , le génie
tenoit beaucoup du barbare , et les maxime
n'avoient rien de noble ni de délicat.
Quel étoit donc l'état où se trouvoient
les Sciences ? Il ne pouvoit guere être
plus pitoyable. Je n'en veux point d'autres
preuves que ce qui nous reste de monumens
de ces tems qu'on peut dire
malheureux . Si ce que je dirai ne fait pas
beaucoup d'honneur au siécle de Charlemagne
, il en fera du moins à la verité ,
et c'est tout ce que je me proposé dans
ce Discours.
Depuis que les Gots, les Bourguignons.
et les Francs s'étoient établis dans les
11 Vol.
Gall
1294 MERCURE DE FRANCE
Gaules , la ferocité de ces peuples barbares
s'étoit communiquée aux naturels du
pays,qui ne firentplus avec leurs nouveaux
maîtres , qu'une même et seule nation .
Nos Gaulois changerent de maximes en
changeant de Souverains , la douceur de
leur génie s'altéra bien - tôt , et du mélange
qui se fit de leur sang avec le -sang
Germanique se forma un génie singulier
plus barbare que poli ; les travaux Militaires
qui furent assez long - tems leur
principal exercice , firent disparoître avec
le peu de politesse qu'on avoit puisé dans
le commerce des Romains , le gout des
Sciences et l'amour de l'étude ; on ne
suspendit ces travaux que pour se jetter
dais le sein de la mollesse ; les esprits
incultes n'étant animez d'aucun noble
motif s'énerverent bien- tôt , et l'on se
plongea dans un assoupissement si profond
, qu'il n'y eut que les désordres affreux
dont les Sarazins d'Espagne inondérent
la France sous Charles Martel et sous
Pepin qui pussent les reveiller ; le besoin
pressant et la necessité les animérent
plutôt qu'une noble émulation ; la gloire
avec tous ses appas ne pouvoit toucher
des hommes à demi barbares ; elle auroit
élevé les esprits en les polissant . On vôla
tout à coup aux armes , on se couvrit de
II. Val. sang
JUIN. 1734 1295
sang et de poussiere dans les champs de
Mars , et personne ou presque personne
ne songcoit à cultiver son esprit ; depuis
l'embouchure du Rhône , jusques à celle
du Rhin , des Alpes aux Pirenées , à peine
pouvoit- on trouver quelques vestiges des
Sciences ; il n'en étoit pas même resté la
moindre trace dans ces belles Provinces
( a ) si fécondes autrefois en Sçavans
Hommes.
"
L'Eglise depuis très-long- tems leur
avoit servi d'azile les Ministres des
Autels étoient devenus les dépositaires
de ces précieux Trésors : mais cette Eglise
étoit elle-même entierement défigurée ;
tout le Clergé croupissoit dans la plus
profonde ignorance. Qu'il me soit permis
d'exposer en peu de mots la triste.
situation où se trouvoit l'Ordre de l'Etat
le plus Saint et le plus éclairé.. Les Chanoines
suivant la regle de Grodegang
leur Réformateur n'étoient obligez qu'à
chanter les louanges de Dieu , et le reste
de leur tems ils devoient le donner au
travail de leurs mains ; c'étoit toute l'occupation
des plus réguliers ; la regle
n'exigeoit rien davantage , et tout nous
porte à croire qu'ils se renfermoient étroitement
dans les bornes de leurs obliga-
( a ) Ly Gaule Aquitanique et la Lyonnoise..
II. Vol. tions.
1296 MERCURE DE FRA CE
tions. Les Moines malgré le premier esprit
de leur Institut , avoient presque
toujours fait profession de cultiver les
Sciences ; ils s'étoient sur ce point conformez
en Occident à la sage pratique
des Orientaux , et leurs maisons étoient
devenuës les Séminaires où se formoient
les plus Saints et les plus Sçavans Ministres
de l'Eglise : mais depuis près d'un
siécle ces saintes retraites étoient , sur
tout en France , le centre de l'oisiveté.
Les Moines loin de s'enrichir des dépoüilles
des Peres , dont ils étoient les
possesseurs , se contentoient de les sçavoir
lire et copier , les plus éclairez parvenoient
jusqu'à les comprendre , aucun
n'osoit prendre l'essor ni marcher sur les
traces de ces grands Modéles ; le respect
m'empêche de parler de l'Episcopat destiné
particulierement à éclairer les peuples
; les Capitulaires de Charlemagne ,
et les Actes des Conciles Provinciaux qui
se tinrent dans ces tems - là ne publient
que trop la honte de ce Corps respectable.
Pour tout dire en deux mots , le sel
de la terre avoit perdu sa force , l'or
s'étoit obscurci , les horreurs de la guerre,
et la mollesse avoient , comme à l'envi ,
porté la désolation dans l'Etat , la corruption
dans les moeurs , et la grossiereté
II. Vol. dars
JUIN 1734. 1297
dans les esprits. Achevons de mettre ce
tableau dans tout son jour . Deux ou trois
traits des plus marquez lui donneront
cet air de ressemblance dont il a besoin
pour être veritable...
Les beaux Arts sont , comme tout le
monde sçait , une partie essentielle de la
Science, ils en sont la baze et l'ornement.
Ces Arts, fondés sur la nature , mais que
la nature n'apprend pas , étoient presque
entierement ignorés ; on ne les enseigna
dans aucun endroit du Royaume avant
Charlemagne , dit une ancienne Cronique
des Rois de France . Ante ipsum enim
Dominum Regem Carolum in Gallia nullibi
studiumfuerat liberalium Artium . Appuions.
un témoignage si fort et si décisif des
preuves les plus autentiques ; elles sont
tirées des ordres réïterés du Prince pour
l'établissement des Ecoles ; je vais les
exposer simplement telles qu'on les lit
dans le Receuil des Conciles de France.
Charlemagne au retour de son troisiéme
Voyage d'Italie l'an787, par une( 1 ) Lettre
circulaire adressée à tous les Evêques et
aux Abbez ( Lettre que je voudrois pou-.
voir rapporter ici toute entiere , mais
que je me contenterai de citer plus d'une
fois ) leur recommande d'établir dans
( 1 ) Tome 2. Conc. Gall. p. 32 .
II. Vol. des
1298 MERCURE DE FRANCE
leurs Chapitres et dans leurs Monasteres
des Ecoles où l'on forme la jeunesse à
l'Etude des Lettres et à la pięté . Et par
le Capitulaire soixante - douzième d'Aixla
Chapelle , il veut que dans ces mêmes
maisons on apprenne aux jeunes gens à
lire , à psalmodier , à écrire , à compter ,
et les regles de la Grammaire. Ut scola
Legentium puerorum fiant psalmos * notas
computum , Grammaticam , per singula Monasteria
et Episcopia discant . Les Conciles
Provinciaux qui se tinrent sous ce même
*
* Notas. Je crois qu'il faut entendre ce terme
de l'Ecriture , pour deux raisons . 1º . Parce qu'il
s'agit dans cet endroit de ce qu'il faut apprendre à
la jeunesse ; il est fait mention de la lecture , de
la psalmodie ou du chant , de la Grammaire ;
pourquoi auroit -on obmis l'Ecriture également nécessaire
à la jeunesse . 2. Ces caractéres nets et
distincts, qui sans jamais changer, diversifient par
leur mélange les differens objets qu'ils représentent,
n'étoient pas alors fort en usage ; ils n'étoient connus
que des Sçavans ; Charlemagne lui- même, si
nous en croyons Eginard, n'apprit que très tard et
presque sans succès à les former. Tentabat scribere .
sed parum prosperè successit labor præposterus
ac sero inchoatus. L'Ecriture commune consistoit
dans de grands traits informes , arbitraires pour la
plupart , et sujets au changement. C'est ce qui paroit
par les anciennes Chartres et par quelques monumens
lapidaires et metalliques , qui sont parvenus
jusqu'à nous sur quoi on peut consulter la Diplo
matique du P. Mabillon .
II Vol.
EmJUIN.
1734. 1299
Empereur, les s'expliquent à peu près dans
les mêmes termes. Les Arts qui sont la
partie des Sciences la plus simple et la
plus facile , n'étoient donc pas enseignési
et par une suite nécessaire , ils étoient
ignorez d'une nation qui n'avoit ni disposition
pour s'y former de soi- même ,
ni la volonté de les apprendre. Que devons-
nous penser des hautes Sciences ,
des Sciences abstraites et difficiles , si celles
qui sont plus aisées , cellesqui sont la baze,
n'étoient pas connus , Encore un nouveau
trait; il achevera de mettre ce que nous
venons de dire dans la derniere évidence.
Les Langues sont l'instrument general
des Sciences , l'organe de l'esprit , l'image
de la pensée , l'interprete du goût , et
le theatre où le genie se développe . La
Langue Teutonique , rude et grossiere
étoit celle de nos nouveaux Maîtres , conforme
à leur genie ; elle n'a rien de cette
douceur ni de cette politesse que demandent
les Sciences. La Grecque ,harmonieuse
, douce et énergique ne me paroît pas
avoir été bien connue au Sçavant Alcuin ,
et j'ai peine à croire sur le seul témoignage
d'Eginard , Charlemagne lait
jamais bien comprise ; toutes les apparencescombattent
l'un et l'autre fair.La Langue
Latine avoit été long - tems dominan-
11. Vol. tc
100 MERCURE DE FRANCE
te dans les Gaules , les Francs l'avoient
adoptée pour les Actes publics ; elle étoit
sur tout destinée aux Ouvrages d'esprit:
mais cette Langue si noble , si polie étoit
devenue la proye du barbarisme , le genie
et le tour de la Teutonique s'étoient glissés
dans l'idiome Romain , et de ce lliage
s'étoit formé un langage dur , sans
cadence , sans pureté , sans ortographe
Il falloit, sans doute, qu'il fut défectueux
au suprême dégré pour blesser les oreilles
de Charlemagne , que l'on ne peut pas
dire avoir été trop délicates.
Ecoutons ce Prince parler dans la Lettre
que nous avons déja citée aux Evêques
et Abbés , c'est -à - dire, aux plus Sçavans
hommes de son Royaume. J'ai reconnu
, leur dit- il , dans la plûpart des
Ecrits que vous m'avez envoyés assez de
justesse dans les sentimens , et beaucoup de
grossiereté dans le langage; et j'ai compris
que pour avoir négligé de vous instruire
Vous avez peine à exprimer les pieus
reflexions que vous avez puisées dans
Meditation . Ce ne fut qu'avec le
>
* Cognovimus in plerisque prafatis conscript
bus vestris eorumdem et sensus rectos et serr.
incultos , quia quod pia devotio interius fidelite
tabat , hoc exterius propter negligentiam dis
lingua inerudita exprimere sine reprehensi: •
alebat.
JUIN. 1734. 1301
cours des Maîtres de Grammaire qui vinrent
d'Italie , qu'on épura la Langue
Latine , et qu'on en banit les expressions
Teutoniques dont elle étoit infectée;
elles se refugierent dans le Romain ou Latin
vulgaire , qui s'étant peu à peu purifié
et poli est devenu depuis une des plus
belle Langue du monde. Mais on ne
réussit pas à rendre à la Langue Latine sa
beauté naturelle , on exprima toujours
grossierement ce que l'on pensoit sans
délicatesse . Il est inutile d'entrer dans un
plus long détail ; ce que nous avons dit
est plus que suffisant pour prouver combien
étoit triste la situation des Sciences
quand Charlemagne entreprit de les rétatablir.
Voyons comment il s'y prit , quels
Maîtres il employa pour seconder son
dessein , quel en fut les succès.
Charles , surnommé le Grand, pour ses
grandes qualités encore plus que pour ses
grandes actions , fut un de ces hommes
rares , que la Nature se plaît de tems en
tems à former et sur qui la fortune ou
pour parler plus juste , la Providence divine,
répand ses faveurs avec complaisan
ce ; genie superieur , hardi , ferme , pénétrant
, il ne lui manqua du côté de l'esprit
que ce que son siecle ne pouvoit lui
donner , je veux dire la politesse et le
II. Vol.
bon
`
1302 MERCURE DE FRANCE
bon goût. Les vertus qui font les veritables
Heros , sembloient nées avec lui ;
la magnanimité , la droiture , là prudence
, la bonté , la Religion faisoient son
caractere , et se déployoient dans toutes
ses actions ; Maître d'une partie considerable
de l'Europe , cheri particulierement
de ses Sujets, admiré de tout l'Univers ,
il songea encore à immortaliser son nom
en banissant l'ignorance de ses Etats ; entreprise
glorieuse et digne du plus grand
Prince qui fût alors au monde , elle auroit
eu, sans doute,un succès entier et par-
' fait , si le mauvais goût n'eût infecté les
Maîtres aussi bien que les Disciples . Il se
presenta des obstacles presques insurmontables
, il ne s'en rebuta pas , il eut recours
à sa prudence, et rien n'étoit au-dessus de
ses lumieres. Non content d'animer ses
Peuples par son exemple et par ses bienfaits
, il se servit encore de son autorité
pour engager ceux qui par leur profession
devoient avoir quelque teinture de Scien-'
ces à les cultiver , et à en faire pare au ;
reste de ses Sujets . Mais comment trouver
dans toute la France des Maîtres capables
de former la jeunesse ? L'ignorance
, la grossiereté avoient , comme nous
avons dit , pénétré jusques dans le Sanctuaire
, les moins ignorans étoient les
II. Vol. seuls
JUI N. 1734 1303
seuls qui pussent passer pour Sçavans ,
Charlemagne y pourvoit , et pour suppléer
àlce deffaut il rassemble de toute
l'Europe ce qu'il pût trouver d'hommes
versés dans les Sciences ; il fait venir d'Italiele
PoëteThéodulphe , Pierre de Pise ,
Grammairien ; Paul Diacre , fameux Historiographe
, le Fape: Adrien lui envoye
deux Maîtres de Chant , deux Antiphoniers
et les sept Arts Liberaux , comme
dit Eginard. Mais de tous les Ecrivains
qu'il reçût dans ses Etats il n'en est aucun
qui puisse être comparé au Sçavant Alcuin
, Anglois de naissance et Saxon d'origine.
Alcuin étoit un de ces Sçavans qui
remplacent par la multitude de leurs connoissances
ce qui leur manque de perfection
et de singularité dans le genie , Grammairien
, Poëte , Rheteur , Dialecticien ,
Historiographe , Astronome , Théologien
, il fut l'oracle de son siecle , et il
merita de l'être ; ce fut lui qui inspira l'amour
des Lettres aux François , et qui
contribua plus que personne à répandre
ces semences précieuses , qui commencerent
bientôt à fructifier. La Cour fut le
premiet théatre où il parut , et il eut la
gloire de voir le Souverain et les Princesses
ses Filles au nombre de ses Disciples.
II. Vol. A
1304 MERCURE DE FRANCE
A leur exemple toute la France pleine
d'admiration pour son merite , conçût
de l'amour pour l'étude , et tâcha de profiter
de ses lumieres ; mais ce vaste genie
n'eut ni assez de force , ni assez de sublimité
pour s'élever au dessus du mauvais
goût de son siecle , il s'y laissa malheureusement
entraîner , il y entretint ses
éleves et par cette raison seule il laissa
son Ouvrage imparfait. Pour le connoître
il ne faut que jetter les yeux sur ses Ecrits,
il s'y est peint lui -même on voit par
tout un esprit fécond , mais âpre et diffùs ,
une grande étendue de connoissances , et
peu
•
de critiques , plus de subtilité que
de politesse ; son stile n'est assaisonné
d'aucun de ces traits nobles, vifs , et déli→
cats , qui élevent l'esprit et qui le frappent
par l'éclat de leurs lumieres ; il ins
truit sans persuader , il convainc sans
plaire ; le travail paroît en lui avoir surpassé
la nature , et l'art qui le forma
étoit lui même imparfait. On ne sçauroit
cependant lui refuser la loüange qu'il
mérite , d'avoir été par l'étendue de son
sçavoir le Photius des Latins ; moins
poli , moins chatié , moins profond que
le Patriarche Grec il le surpasse de
beaucoup par les belles qualitez qui font
l'honnête homme et par les vertus solides,
II. Vol, .qui
JUIN. 1734 1305
qui font le véritable Chrétien . Ce grand
Personnage après avoir suivi la Cour
pendant quelques années , se retira enfin
à Tours auprès du tombeau de Saint
Martin ; mais cette retraite ne fut pas
lui un lieu de repos ,
pour
il n'enfouit
pas dans une honteuse oisiveté les talens
qui l'avoient fait briller ; il sçavoit ce
qu'il devoir à Dieu et à l'Etat ainsi rapellant
dans cet aimable séjour ce qu'il·
avoit de connoissances , il s'appliqua de
nouveau à former des éleves qui se dispersant
dans plusieurs Monasteres de
T'Empire François , renouvellérent les
Sciences, et répandirent par tout l'esprit
de leur Maître
Je n'entreprens pas de refuter ici l'opinion
de quelques ( a ) Auteurs , qui ont
prétendu qu'Alcuin avoit jetté les fondemens
de l'Université de Paris , devenuë
depuis si fameuse dans toute l'Europe
le silence des Ectivains de ces tems - là
suffit pour en démontrer la fausseté . Ce
qu'il y a de certain , c'est que ce fut à
Tours , à Saint Denis en France , à Corbie
, à Fulde , à Richenou , et dans quelques
autres Monasteres , que l'on commença
dès- lors à enseigner les hautes
Sciences ; on y enseigna aussi Is beaux
( a ) Raban, Simeon, Sigulphe, Amalarius ¿e.
II. Vol. C Arts
1308 MERCURE DE FRANCE
,
Arts , et les Ecoles établies dans chaque
Diocèse conformément aux Statuts des
Conciles Provinciaux , et aux Capitulaires
de Charlemagne concourant à la
même fin ; on vit bien- tôt les Sciences
prendre une face nouvelle dans toute la
Monarchie Françoise. Mais quel en fut
le progrès à quel degré de perfection
arrivérent elles ? c'est ce qui nous restę
à examiner.
?
La suite pour le Mercure prochain.
sur l'état des Sciences dans l'étendue de
la Monarchie Françoise , sous Charlemagne.
L
"
Es Sciences ont leurs révolutions
aussi bien que les Empires , il est un
tems où elles sont florissantes ce tems
passé , elles ne font plus que languir ;
quelquefois elles se relevent et se soutiennent
avec assez d'honneur ; et quelquefois
aussi elles tombent pour ne se
relever jamais . Elles ont comme le Soleil
leurs solstices et leurs périodes ; elles
aiment à passer de climats en climats
et souvent après avoir éclairé quelques
IL. Vol.
B.vj
Con
و
1292 MERCURE DE FRANCE
contrées , elles se plongent , pour ainst
dire , dans l'abîme , et vont porter leurs
lumieres à des peuples nouveaux. Ainsi
après avoir autrefois parcouru les plus
belles régions de l'Orient où elles prirent
naissance , les vit- on passer dans la Grece
d'où elles se répandirent dans quelques
Provinces de l'Empire Romain ; et par
tout elles éprouverent des changemens
considérables er des alternatives , qui les
firent souvent paroître sous des faces differentes.
Quelle est la cause de ces révolutions a
est- ce l'influence des Astres ? la température
de l'air ou la qualité des esprits ,
dont nos corps sont animés et qui changent
avec les genérations et les aspects
du Soleil ? tout cela peut y contribuer :
mais tout cela n'explique pas d'une maniere
assez sensible la cause de ces fre
quentes vicissitudes ; il en est une plus
simple , et qui servira de baze à tout
ce que je dirai dans ce Discours . La
Science est attachée au gout des peuples
qui la cultivent , c'est le gout qui lui
donne sa qualité , son prix , son excellence
; or le gout se conforme toujours
au génie , le génie se regle ordinairement
sur les maximes , et les maximes changent
avec les circonstances des tems et
11. Vel. des
JUIN. 1734. 1293
des lieux. D'ailleurs , et c'est ici le point
capital , ce gout exquis , ce génie vaste
et sublime , si nécessaires à la perfection
des Sciences , sont des dons que le Ciel ne
répand pas toujours sur la terre , et qu'il
ne communique qu'à un petit nombre
d'hommes privilegiez .
En faut il davantage pour prouver
que la Science doit se ressentir de l'instabilité
propre à toutes les choses humaines
? C'est sur ce plan , que je vais exposer
aujourd'hui l'état où se trouvoient
les Sciences dans l'étendue de la Monarchie
Françoise au tems de Charlemagne .
Le gout pour lors étoit si corrompu , que
jamais on ne put le rectifier , le génie
tenoit beaucoup du barbare , et les maxime
n'avoient rien de noble ni de délicat.
Quel étoit donc l'état où se trouvoient
les Sciences ? Il ne pouvoit guere être
plus pitoyable. Je n'en veux point d'autres
preuves que ce qui nous reste de monumens
de ces tems qu'on peut dire
malheureux . Si ce que je dirai ne fait pas
beaucoup d'honneur au siécle de Charlemagne
, il en fera du moins à la verité ,
et c'est tout ce que je me proposé dans
ce Discours.
Depuis que les Gots, les Bourguignons.
et les Francs s'étoient établis dans les
11 Vol.
Gall
1294 MERCURE DE FRANCE
Gaules , la ferocité de ces peuples barbares
s'étoit communiquée aux naturels du
pays,qui ne firentplus avec leurs nouveaux
maîtres , qu'une même et seule nation .
Nos Gaulois changerent de maximes en
changeant de Souverains , la douceur de
leur génie s'altéra bien - tôt , et du mélange
qui se fit de leur sang avec le -sang
Germanique se forma un génie singulier
plus barbare que poli ; les travaux Militaires
qui furent assez long - tems leur
principal exercice , firent disparoître avec
le peu de politesse qu'on avoit puisé dans
le commerce des Romains , le gout des
Sciences et l'amour de l'étude ; on ne
suspendit ces travaux que pour se jetter
dais le sein de la mollesse ; les esprits
incultes n'étant animez d'aucun noble
motif s'énerverent bien- tôt , et l'on se
plongea dans un assoupissement si profond
, qu'il n'y eut que les désordres affreux
dont les Sarazins d'Espagne inondérent
la France sous Charles Martel et sous
Pepin qui pussent les reveiller ; le besoin
pressant et la necessité les animérent
plutôt qu'une noble émulation ; la gloire
avec tous ses appas ne pouvoit toucher
des hommes à demi barbares ; elle auroit
élevé les esprits en les polissant . On vôla
tout à coup aux armes , on se couvrit de
II. Val. sang
JUIN. 1734 1295
sang et de poussiere dans les champs de
Mars , et personne ou presque personne
ne songcoit à cultiver son esprit ; depuis
l'embouchure du Rhône , jusques à celle
du Rhin , des Alpes aux Pirenées , à peine
pouvoit- on trouver quelques vestiges des
Sciences ; il n'en étoit pas même resté la
moindre trace dans ces belles Provinces
( a ) si fécondes autrefois en Sçavans
Hommes.
"
L'Eglise depuis très-long- tems leur
avoit servi d'azile les Ministres des
Autels étoient devenus les dépositaires
de ces précieux Trésors : mais cette Eglise
étoit elle-même entierement défigurée ;
tout le Clergé croupissoit dans la plus
profonde ignorance. Qu'il me soit permis
d'exposer en peu de mots la triste.
situation où se trouvoit l'Ordre de l'Etat
le plus Saint et le plus éclairé.. Les Chanoines
suivant la regle de Grodegang
leur Réformateur n'étoient obligez qu'à
chanter les louanges de Dieu , et le reste
de leur tems ils devoient le donner au
travail de leurs mains ; c'étoit toute l'occupation
des plus réguliers ; la regle
n'exigeoit rien davantage , et tout nous
porte à croire qu'ils se renfermoient étroitement
dans les bornes de leurs obliga-
( a ) Ly Gaule Aquitanique et la Lyonnoise..
II. Vol. tions.
1296 MERCURE DE FRA CE
tions. Les Moines malgré le premier esprit
de leur Institut , avoient presque
toujours fait profession de cultiver les
Sciences ; ils s'étoient sur ce point conformez
en Occident à la sage pratique
des Orientaux , et leurs maisons étoient
devenuës les Séminaires où se formoient
les plus Saints et les plus Sçavans Ministres
de l'Eglise : mais depuis près d'un
siécle ces saintes retraites étoient , sur
tout en France , le centre de l'oisiveté.
Les Moines loin de s'enrichir des dépoüilles
des Peres , dont ils étoient les
possesseurs , se contentoient de les sçavoir
lire et copier , les plus éclairez parvenoient
jusqu'à les comprendre , aucun
n'osoit prendre l'essor ni marcher sur les
traces de ces grands Modéles ; le respect
m'empêche de parler de l'Episcopat destiné
particulierement à éclairer les peuples
; les Capitulaires de Charlemagne ,
et les Actes des Conciles Provinciaux qui
se tinrent dans ces tems - là ne publient
que trop la honte de ce Corps respectable.
Pour tout dire en deux mots , le sel
de la terre avoit perdu sa force , l'or
s'étoit obscurci , les horreurs de la guerre,
et la mollesse avoient , comme à l'envi ,
porté la désolation dans l'Etat , la corruption
dans les moeurs , et la grossiereté
II. Vol. dars
JUIN 1734. 1297
dans les esprits. Achevons de mettre ce
tableau dans tout son jour . Deux ou trois
traits des plus marquez lui donneront
cet air de ressemblance dont il a besoin
pour être veritable...
Les beaux Arts sont , comme tout le
monde sçait , une partie essentielle de la
Science, ils en sont la baze et l'ornement.
Ces Arts, fondés sur la nature , mais que
la nature n'apprend pas , étoient presque
entierement ignorés ; on ne les enseigna
dans aucun endroit du Royaume avant
Charlemagne , dit une ancienne Cronique
des Rois de France . Ante ipsum enim
Dominum Regem Carolum in Gallia nullibi
studiumfuerat liberalium Artium . Appuions.
un témoignage si fort et si décisif des
preuves les plus autentiques ; elles sont
tirées des ordres réïterés du Prince pour
l'établissement des Ecoles ; je vais les
exposer simplement telles qu'on les lit
dans le Receuil des Conciles de France.
Charlemagne au retour de son troisiéme
Voyage d'Italie l'an787, par une( 1 ) Lettre
circulaire adressée à tous les Evêques et
aux Abbez ( Lettre que je voudrois pou-.
voir rapporter ici toute entiere , mais
que je me contenterai de citer plus d'une
fois ) leur recommande d'établir dans
( 1 ) Tome 2. Conc. Gall. p. 32 .
II. Vol. des
1298 MERCURE DE FRANCE
leurs Chapitres et dans leurs Monasteres
des Ecoles où l'on forme la jeunesse à
l'Etude des Lettres et à la pięté . Et par
le Capitulaire soixante - douzième d'Aixla
Chapelle , il veut que dans ces mêmes
maisons on apprenne aux jeunes gens à
lire , à psalmodier , à écrire , à compter ,
et les regles de la Grammaire. Ut scola
Legentium puerorum fiant psalmos * notas
computum , Grammaticam , per singula Monasteria
et Episcopia discant . Les Conciles
Provinciaux qui se tinrent sous ce même
*
* Notas. Je crois qu'il faut entendre ce terme
de l'Ecriture , pour deux raisons . 1º . Parce qu'il
s'agit dans cet endroit de ce qu'il faut apprendre à
la jeunesse ; il est fait mention de la lecture , de
la psalmodie ou du chant , de la Grammaire ;
pourquoi auroit -on obmis l'Ecriture également nécessaire
à la jeunesse . 2. Ces caractéres nets et
distincts, qui sans jamais changer, diversifient par
leur mélange les differens objets qu'ils représentent,
n'étoient pas alors fort en usage ; ils n'étoient connus
que des Sçavans ; Charlemagne lui- même, si
nous en croyons Eginard, n'apprit que très tard et
presque sans succès à les former. Tentabat scribere .
sed parum prosperè successit labor præposterus
ac sero inchoatus. L'Ecriture commune consistoit
dans de grands traits informes , arbitraires pour la
plupart , et sujets au changement. C'est ce qui paroit
par les anciennes Chartres et par quelques monumens
lapidaires et metalliques , qui sont parvenus
jusqu'à nous sur quoi on peut consulter la Diplo
matique du P. Mabillon .
II Vol.
EmJUIN.
1734. 1299
Empereur, les s'expliquent à peu près dans
les mêmes termes. Les Arts qui sont la
partie des Sciences la plus simple et la
plus facile , n'étoient donc pas enseignési
et par une suite nécessaire , ils étoient
ignorez d'une nation qui n'avoit ni disposition
pour s'y former de soi- même ,
ni la volonté de les apprendre. Que devons-
nous penser des hautes Sciences ,
des Sciences abstraites et difficiles , si celles
qui sont plus aisées , cellesqui sont la baze,
n'étoient pas connus , Encore un nouveau
trait; il achevera de mettre ce que nous
venons de dire dans la derniere évidence.
Les Langues sont l'instrument general
des Sciences , l'organe de l'esprit , l'image
de la pensée , l'interprete du goût , et
le theatre où le genie se développe . La
Langue Teutonique , rude et grossiere
étoit celle de nos nouveaux Maîtres , conforme
à leur genie ; elle n'a rien de cette
douceur ni de cette politesse que demandent
les Sciences. La Grecque ,harmonieuse
, douce et énergique ne me paroît pas
avoir été bien connue au Sçavant Alcuin ,
et j'ai peine à croire sur le seul témoignage
d'Eginard , Charlemagne lait
jamais bien comprise ; toutes les apparencescombattent
l'un et l'autre fair.La Langue
Latine avoit été long - tems dominan-
11. Vol. tc
100 MERCURE DE FRANCE
te dans les Gaules , les Francs l'avoient
adoptée pour les Actes publics ; elle étoit
sur tout destinée aux Ouvrages d'esprit:
mais cette Langue si noble , si polie étoit
devenue la proye du barbarisme , le genie
et le tour de la Teutonique s'étoient glissés
dans l'idiome Romain , et de ce lliage
s'étoit formé un langage dur , sans
cadence , sans pureté , sans ortographe
Il falloit, sans doute, qu'il fut défectueux
au suprême dégré pour blesser les oreilles
de Charlemagne , que l'on ne peut pas
dire avoir été trop délicates.
Ecoutons ce Prince parler dans la Lettre
que nous avons déja citée aux Evêques
et Abbés , c'est -à - dire, aux plus Sçavans
hommes de son Royaume. J'ai reconnu
, leur dit- il , dans la plûpart des
Ecrits que vous m'avez envoyés assez de
justesse dans les sentimens , et beaucoup de
grossiereté dans le langage; et j'ai compris
que pour avoir négligé de vous instruire
Vous avez peine à exprimer les pieus
reflexions que vous avez puisées dans
Meditation . Ce ne fut qu'avec le
>
* Cognovimus in plerisque prafatis conscript
bus vestris eorumdem et sensus rectos et serr.
incultos , quia quod pia devotio interius fidelite
tabat , hoc exterius propter negligentiam dis
lingua inerudita exprimere sine reprehensi: •
alebat.
JUIN. 1734. 1301
cours des Maîtres de Grammaire qui vinrent
d'Italie , qu'on épura la Langue
Latine , et qu'on en banit les expressions
Teutoniques dont elle étoit infectée;
elles se refugierent dans le Romain ou Latin
vulgaire , qui s'étant peu à peu purifié
et poli est devenu depuis une des plus
belle Langue du monde. Mais on ne
réussit pas à rendre à la Langue Latine sa
beauté naturelle , on exprima toujours
grossierement ce que l'on pensoit sans
délicatesse . Il est inutile d'entrer dans un
plus long détail ; ce que nous avons dit
est plus que suffisant pour prouver combien
étoit triste la situation des Sciences
quand Charlemagne entreprit de les rétatablir.
Voyons comment il s'y prit , quels
Maîtres il employa pour seconder son
dessein , quel en fut les succès.
Charles , surnommé le Grand, pour ses
grandes qualités encore plus que pour ses
grandes actions , fut un de ces hommes
rares , que la Nature se plaît de tems en
tems à former et sur qui la fortune ou
pour parler plus juste , la Providence divine,
répand ses faveurs avec complaisan
ce ; genie superieur , hardi , ferme , pénétrant
, il ne lui manqua du côté de l'esprit
que ce que son siecle ne pouvoit lui
donner , je veux dire la politesse et le
II. Vol.
bon
`
1302 MERCURE DE FRANCE
bon goût. Les vertus qui font les veritables
Heros , sembloient nées avec lui ;
la magnanimité , la droiture , là prudence
, la bonté , la Religion faisoient son
caractere , et se déployoient dans toutes
ses actions ; Maître d'une partie considerable
de l'Europe , cheri particulierement
de ses Sujets, admiré de tout l'Univers ,
il songea encore à immortaliser son nom
en banissant l'ignorance de ses Etats ; entreprise
glorieuse et digne du plus grand
Prince qui fût alors au monde , elle auroit
eu, sans doute,un succès entier et par-
' fait , si le mauvais goût n'eût infecté les
Maîtres aussi bien que les Disciples . Il se
presenta des obstacles presques insurmontables
, il ne s'en rebuta pas , il eut recours
à sa prudence, et rien n'étoit au-dessus de
ses lumieres. Non content d'animer ses
Peuples par son exemple et par ses bienfaits
, il se servit encore de son autorité
pour engager ceux qui par leur profession
devoient avoir quelque teinture de Scien-'
ces à les cultiver , et à en faire pare au ;
reste de ses Sujets . Mais comment trouver
dans toute la France des Maîtres capables
de former la jeunesse ? L'ignorance
, la grossiereté avoient , comme nous
avons dit , pénétré jusques dans le Sanctuaire
, les moins ignorans étoient les
II. Vol. seuls
JUI N. 1734 1303
seuls qui pussent passer pour Sçavans ,
Charlemagne y pourvoit , et pour suppléer
àlce deffaut il rassemble de toute
l'Europe ce qu'il pût trouver d'hommes
versés dans les Sciences ; il fait venir d'Italiele
PoëteThéodulphe , Pierre de Pise ,
Grammairien ; Paul Diacre , fameux Historiographe
, le Fape: Adrien lui envoye
deux Maîtres de Chant , deux Antiphoniers
et les sept Arts Liberaux , comme
dit Eginard. Mais de tous les Ecrivains
qu'il reçût dans ses Etats il n'en est aucun
qui puisse être comparé au Sçavant Alcuin
, Anglois de naissance et Saxon d'origine.
Alcuin étoit un de ces Sçavans qui
remplacent par la multitude de leurs connoissances
ce qui leur manque de perfection
et de singularité dans le genie , Grammairien
, Poëte , Rheteur , Dialecticien ,
Historiographe , Astronome , Théologien
, il fut l'oracle de son siecle , et il
merita de l'être ; ce fut lui qui inspira l'amour
des Lettres aux François , et qui
contribua plus que personne à répandre
ces semences précieuses , qui commencerent
bientôt à fructifier. La Cour fut le
premiet théatre où il parut , et il eut la
gloire de voir le Souverain et les Princesses
ses Filles au nombre de ses Disciples.
II. Vol. A
1304 MERCURE DE FRANCE
A leur exemple toute la France pleine
d'admiration pour son merite , conçût
de l'amour pour l'étude , et tâcha de profiter
de ses lumieres ; mais ce vaste genie
n'eut ni assez de force , ni assez de sublimité
pour s'élever au dessus du mauvais
goût de son siecle , il s'y laissa malheureusement
entraîner , il y entretint ses
éleves et par cette raison seule il laissa
son Ouvrage imparfait. Pour le connoître
il ne faut que jetter les yeux sur ses Ecrits,
il s'y est peint lui -même on voit par
tout un esprit fécond , mais âpre et diffùs ,
une grande étendue de connoissances , et
peu
•
de critiques , plus de subtilité que
de politesse ; son stile n'est assaisonné
d'aucun de ces traits nobles, vifs , et déli→
cats , qui élevent l'esprit et qui le frappent
par l'éclat de leurs lumieres ; il ins
truit sans persuader , il convainc sans
plaire ; le travail paroît en lui avoir surpassé
la nature , et l'art qui le forma
étoit lui même imparfait. On ne sçauroit
cependant lui refuser la loüange qu'il
mérite , d'avoir été par l'étendue de son
sçavoir le Photius des Latins ; moins
poli , moins chatié , moins profond que
le Patriarche Grec il le surpasse de
beaucoup par les belles qualitez qui font
l'honnête homme et par les vertus solides,
II. Vol, .qui
JUIN. 1734 1305
qui font le véritable Chrétien . Ce grand
Personnage après avoir suivi la Cour
pendant quelques années , se retira enfin
à Tours auprès du tombeau de Saint
Martin ; mais cette retraite ne fut pas
lui un lieu de repos ,
pour
il n'enfouit
pas dans une honteuse oisiveté les talens
qui l'avoient fait briller ; il sçavoit ce
qu'il devoir à Dieu et à l'Etat ainsi rapellant
dans cet aimable séjour ce qu'il·
avoit de connoissances , il s'appliqua de
nouveau à former des éleves qui se dispersant
dans plusieurs Monasteres de
T'Empire François , renouvellérent les
Sciences, et répandirent par tout l'esprit
de leur Maître
Je n'entreprens pas de refuter ici l'opinion
de quelques ( a ) Auteurs , qui ont
prétendu qu'Alcuin avoit jetté les fondemens
de l'Université de Paris , devenuë
depuis si fameuse dans toute l'Europe
le silence des Ectivains de ces tems - là
suffit pour en démontrer la fausseté . Ce
qu'il y a de certain , c'est que ce fut à
Tours , à Saint Denis en France , à Corbie
, à Fulde , à Richenou , et dans quelques
autres Monasteres , que l'on commença
dès- lors à enseigner les hautes
Sciences ; on y enseigna aussi Is beaux
( a ) Raban, Simeon, Sigulphe, Amalarius ¿e.
II. Vol. C Arts
1308 MERCURE DE FRANCE
,
Arts , et les Ecoles établies dans chaque
Diocèse conformément aux Statuts des
Conciles Provinciaux , et aux Capitulaires
de Charlemagne concourant à la
même fin ; on vit bien- tôt les Sciences
prendre une face nouvelle dans toute la
Monarchie Françoise. Mais quel en fut
le progrès à quel degré de perfection
arrivérent elles ? c'est ce qui nous restę
à examiner.
?
La suite pour le Mercure prochain.
Fermer
Résumé : DISCOURS CRITIQUE, sur l'état des Sciences dans l'étenduë de la Monarchie Françoise, sous Charlemagne.
Le texte 'Discours critique sur l'état des Sciences dans l'étendue de la Monarchie Françoise, sous Charlemagne' analyse les fluctuations historiques des sciences, comparées aux révolutions des empires. Les sciences connaissent des périodes de floraison et de déclin, influencées par divers facteurs tels que le goût des peuples, le génie et les maximes de chaque époque. Sous Charlemagne, le goût était corrompu et le génie barbare, ce qui a conduit à un état pitoyable des sciences. Les Gaulois, après l'établissement des Goths, des Bourguignons et des Francs, ont adopté des maximes barbares, perdant ainsi leur douceur et leur goût pour les sciences. Les travaux militaires et la mollesse ont contribué à cet assoupissement intellectuel. L'Église, bien que refuge des sciences, était elle-même plongée dans l'ignorance. Les chanoines et les moines, malgré leurs rôles initiaux, étaient devenus oisifs et ne cultivaient plus les sciences. Les beaux-arts, essentiels aux sciences, étaient presque inconnus avant Charlemagne. Charlemagne a tenté de rétablir les sciences en établissant des écoles dans les chapitres et monastères pour enseigner la lecture, la psalmodie, l'écriture, le calcul et la grammaire. Cependant, les langues, instruments des sciences, étaient également corrompues. La langue latine, autrefois noble, était infectée par des expressions teutoniques, rendant difficile l'expression délicate des pensées. Le texte décrit Charlemagne comme un homme exceptionnel, doté d'un génie supérieur, de hardiesse, de fermeté et de pénétration. Bien que son époque ne lui ait pas permis d'acquérir la politesse et le bon goût, il possédait des vertus héroïques telles que la magnanimité, la droiture, la prudence, la bonté et la religion. Maître d'une partie considérable de l'Europe, il était chéri de ses sujets et admiré dans l'univers. Il entreprit de bannir l'ignorance de ses États, une initiative glorieuse mais confrontée à des obstacles dus au mauvais goût des maîtres et des disciples. Pour pallier l'ignorance et la grossièreté, il fit venir des savants de toute l'Europe, notamment Alcuin, un érudit anglo-saxon versé dans de nombreuses disciplines. Alcuin inspira l'amour des lettres à la cour et dans toute la France, mais son œuvre resta imparfaite en raison du mauvais goût de son siècle. Après avoir suivi la cour, Alcuin se retira à Tours où il continua à former des élèves, contribuant ainsi à la renaissance des sciences dans l'Empire franc. Le texte mentionne également l'établissement d'écoles dans divers monastères et diocèses, conformément aux statuts des conciles provinciaux et aux capitulaires de Charlemagne, marquant le début d'une nouvelle ère pour les sciences dans la monarchie franque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2853
p. 1308-1318
DERNIÈRE PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton.
Début :
Je ne puis justifier deux excès (Cartes. Princip. part. 4.) de la Philosophie de Descartes ; [...]
Mots clefs :
Descartes, Philosophie, Newton, Mouvement, Matière, Corps, Force, Fluide, Centre, Soleil, Planètes, Tourbillon, Chute des corps, Système
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DERNIÈRE PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton.
DERNIERE PARTIE de la
comparaison des Philosophies de Descartes
J
et de Newton .
E ne puis justifier deux excès ( Cartes . Prin
cip. part. 4. ) de la Philosophie de Descartes &
le premier , d'avoir poussé trop loin les effet de
ses corpuscules ; comme d'émouvoir l'imagination
de ceux qui dorment , ou même qui sont
éveillez , en excitant des pensées qui avertissent
des évenemens les pius éloignez , en faisant ressentir
les grandes afflictions, ou les joyes fort vives
d'un intime ami , les mauvais desseins d'un
ennemi , et autres choses semblables . Le second
d'avoir attribué à ses principes une certitude ,
non- seulement morale, comme celle de l'existence
d'une Ville de Rome mais une certitude métaphysique,
fondée sur ce que les notions claires et distinctes
ne peuvent nous tromper . Il est vrai que
j'ai des notions claires et distinctes du systême de
Descartes , mais comme d'une hypothese ingénieuse
et brillante , et non comme d'une réalité .
Descartes a mal raisonné ( Princip. part. 2. )
pour prouver l'infinité du Monde. En quelque
endroit, dit- il , que nous puissions supposer les li
mites de l'Univers , nous imaginons encore au-delà
II. Val des
JUIN. 174. 1309
des espaces , et par conséquent de la matiere , puis
que l'idée de l'étendue ou de l'espace renferme né
cessairement l'idée de la matiere . La réponse est
qu'au - delà des bornes du Monde materiel , il n'y
a ni espace , ni étenduë , ni matiere. A la verité,
nous ne pouvons pas connoître où sont placées
ces bornes de l'Univers , mais nous concevons
très-clairement que l'Univers ne peut être sans
limites ;et comme il est extensible de plus en plus
à l'infini , il ne peut être étendu actuellement à
l'infiai.
Cette regle de mouvement posée par Descartes
Princip. part. 2. ) qu'un corps perd autant de son
mouvement , qu'il en communique , me paroît
insoutenable. Le P. Daniel l'a réfutée ( Voyag. du
Monde de Descart. ) par l'exemple suivant. Une
balle de Mousquet perd peu de mouvement et en
communique beaucoup à l'aîle d'un mouliner
qu'elle frappe , si les autres aîles sont égales , et
Pessieu poli et bien proportionné , au lieu qu'elle
en communique peu et en perd beaucoup , si les
aîles du moulinet sont inégales et l'essieu rouillé
ou trop gros. Il me semble très - vrai semblable
et très-conforme aux experiences , d'établir pour
principe que le mouvement se communiqué suivant
la disposition des corps à se mouvoir à peu
près comme le feu , lequel étant très- foible, cause
de grands embrasemens dans une matiere fort
combustible , au lieu qu'un feu très - ardent ne
fait qu'une médiocre impression sur les matieres .
qui n'ont que très-peu de disposition à s'enflammer
et cette analogie du mouvement et du feu
est d'autant plus naturelle , que le feu consiste
dans le mouvement.
Je ne donne pas une grande confiance à cet autre
axiôme de Descartes ( Princip . part. 2. ) qu'il
II. Vol C iij
1310 MERCURE DE FRANCE
a dans le monde une quantité de mouvement
toujours égale . A la verité , il n'est pas impossi
ble que cela soit ainsi , mais la preuve quil en
apporte , n'a aucune force. Nous ne devons pas ,
dit - il , supposer de changement dans les Ouvrages
de Dieu , de peur de lui attribuer de l'inconstance.
Comme si la diversité admirable qui regne dans
la Nature , qui consiste , selon toutes les apparences
, dans l'augmentation ou dans la diminution
du mouvement , n'étoit pas l'effet d'une provi
dence toujours constante et uniforme , qui a vou
Ju orner la nature par cette varieté. La même
raison nous engageroit à dire qu'il y a toujours
dans le monde une égale quantité de rondeur ,
de couleur et de toutes les autres sortes de formes
et d'accidents ; ce qui n'a aucune vraisemblance.
L'analogie remarquée cy- dessus entre le
mouvement et le feu , est fort contraire à cer
axiome de Descartes ; car il n'est pas probable
que le feu doive diminuer dans une partie de la
matiere , pour augmenter dans une autre.
C'est encore une défectuosité dans le Systême
Cartésien , de supposer ( Princip . part 3. et 4. )
que la Terre , les autres Planetes , et même leurs
Satellites ont été dans leur origine , autant de
Soleils ou d'Etoiles ; mais que le mouvement s'étant
rallenti dans la matiere qui composoit ces
Globes , ils sont devenus opaques , de lumineux
qu'ils étoient ; que leur activité et leurs for,
ces ont été détruites , qu'ils se sont éteints et en
croutez , pour ainsi dire ; et que ne pouvant plus
défendre leurs tourbillons contre la pression des
tourbillons voisins , ils ont été assujettis à suivre
le mouvement de celui où ils sont entrez. Il est
plus digne de la magnificence de l'ouvrage , de
penser qu'il a été conservé tel , qu'il a été pro-
II. Vol. duit
JUIN. 1734: 1311
duit au commencement, qu'il s'est fait differents
amas de matiere compacte , et que ses particules
s'étant liées ensemble les Planetes en ont
été formées dans les régions où elles se sont
mises en équilibre avec les fluides de la matiere
étherée ; que ces Globes ont toujours été opaques
et propres seulement à refléchir la lumière,
parce que leur matiere a admis dans ses interstices
la matiere globuleuse du second élément ,
conjointement avec la matiere subtile du premier,
et que le mouvement rapide de l'une a été calmé
par l'autre , ce qui a empêché dès le commencement
que ces Globes n'ayent été enflammez er
lumineux par eux- mêmes , comme le Soleil.
Descartes , en suivant le même principe qui
lui a fait placer au centre la matiere subtile pour
en composer le Soleil ; ou plutôt en continuant
de s'écarter des principes de son mécanisme general
et des loix du mouvement , par lesquelles
il explique la pesanteur , dit que la matiere celeste
( Princip. part. 3. ) est plus déliée , à mesure
qu'elle approche du Soleil ou du centre , et que
les. Planetes les plus denses et les plus solides en
doivent être les plus éloignées . Il n'y a qu'à
prendre la contre- partie du Systême de Descartes
en ce point, pour lui rendre la régularité , la
justese et l'uniformité.
Il faut se représenter le Soleil comme le plus
vaste de tous les Globes , placé au centre du
tourbillon et composé de la matiere la plus compacte,
penetrée de la matiere subtile , qui remplissant
tous ses interstices , y domine avec assez
de force pour communiquer la rapidité de son
mouvement à toute la masse du Soleil . Ce qui
produit le feu le plus ardent , par la force de
masse jointe à la force de vitesse. Ce feu est en
› II. Vol. Ciiij même131
MERCURE DE FRANCE
même-temps le seul capable de porter le mou→
vement et la fécondité dans tout son tourbillon ,
et la lumiere beaucoup au delà , ainsi qu'il est nécessaire
pour qu'il puisse être apperçu des autres
tourbillons , sous la forme d'une Etoile.
De même que le fer rouge ou le charbon al→
lumé ne s'élancent pas dans l'air par un mouve
ment semblable à celui de la flamme , parce que
Pair qui les environne , conserve la force de sa
pression à l'égard de leurs parties , qui s'y prê–
tent d'autant plus , qu'elles ont plus de masse ou
de solidité , aussi la masse du Globe Solaire est
contenue dans ses limites par la répercussion de
son atmosphere qui le presse de toute part. Ce.
Globe suspendu dans un parfait équilibre , trèsdisposé
à tourner par le mouvement intrinséque
du troisiéme et du premier élement qui le composent
, est encore puissamment déterminé à
une révolution sur son axe , par la répercussion
qu'il éprouve dans toute sa superficie de la part
de son atmosphere, en même- temps qu'il chasse
de tous côtez la matiere globuleuse , et que ses
rayons sont transmis par elle. C'est cette activité
centrale qui fait tourner toutes les Planetes dans
des temps differens en suivant la route de l'écliptique
, du même sens et vers le même côté
que le Soleil tourne sur son axe . Chaque Planete
doit, suivant ce méchanisme , non - seulement décrire
autour du Soleil les orbites dont je viens de
parler , mais encore avoir une révolution sur son
axe , causée par le mouvement intrinseque des
trois élemens qui la composent , et par le mouvement
exterieur du fluide ou de l'atmosphere
qui l'emporte autour du centre commun.
Les taches du Soleil , par leurs divers aspects,
me laissent aucun doute qu'il ne tourne sur son
11. Vol.
axo.
JUIN. 1734 1313
axe. C'est donc ce premier mobile , qui par sa
révolution imprime à tout son tourbillon un
mouvement du même côté ; sçavoir , du Couchant
par le Midy vers l'Orient. Les taches que
les Astronomes observent sur les Planetes , font
conjecturer , avec beaucoup de vrai- semblance ,
que leurs superficies plus denses en certains endroits
et plus rares dans d'autres , sont , en consequence
de cette inégalité,differeminent affectées
de l'impulsion des rayons solaires ; ce qui peut
être regardé comine un principe très- physique
des aphélies et périhélies des Planetes , de l'apogée
et du périgée de la Lune , et de sa latitude
des deux côtez de ses nouds.
Le premier éleinent s'insinue par tout , mais il
ne subsiste point seul , et il se convertit en parties
globuleuses du second élement , ou en parties
branchues du troisiéme . Ainsi aucun des trois
élemens ne peut être épuisé , parce que leur conversibilité
mutuelle répare tout ce qui se dissipe.
L'uniformité de la Nature nous fait conjecturer
que ce qui nous est connu dans le tourbillon de
notre Soleil , est semblable par la construction ,
par le mouvement et par les Phénomenes , à ce
qui se passe dans les tourbillons des Etoiles ou
des autres Soleils garnis de leurs Planetes , comme
le nôtre .
Il nous reste à examiner les difficultez qui
concernent la pesanteur. Descartes l'explique par
l'impulsion du fluide ou de la matiere éthérée.
La chute des corps ne peut venir de ce que
Patmosphere terrestre ( M. Privat de Molieres ,
leçon 4. ) circule plus vite que la Terre . Huguens
a crá que cette atmosphere alloit dix sept fois
plus vite que le Globe , Si cet excès de vêtesse du
fluide circulaire étoit la cause de la pesanteur ,
la chute des corps seroit horizontale , au lieu
II. Vol. Cv d'être
1314 MERCURE DE FRANCE
d'être perpendiculaire. Dailleurs il est très- cer
tain qu'un mobile entraîné par le courant d'un
fluide , doit , à la longue , aller à peu près aussi
vite que le courant qui l'entraîne.
L'explication Cartesienne de la pesanteur a été
attaquée par cette objection très- forte , que les
cercles décrits par le fluide circulaire diminuant
toujours depuis l'équateur jusqu'aux poles , la
force centrifuge , rapportée au mouvement
circulaire du tourbillon , auroit des centres
differens dans les cercles inégaux , et que les
corps y seroient repoussez , non pas perpendicu
lairement au centre de la Terre , mais à des parties
de son axe plus ou moins éloignées du centre
; ce qui est contraire à l'experience , la chute
des corps se faisant toujours dans la ligne du
Zénit , à moins qu'il ne survienne quelque cause
étrangere. Descartes, qui a prévû cette objection ,
a répondu ( Princip. part. 4. ) que quoique le
fluide qui participe aux mouvemens journalier
et annuel de la Terre , ait en general un mouvement
circulaire , on doit neanmoins concevoir
que toutes les parties de ce fluide se balancent et
sont opposées l'une à l'autre , en telle sorte que
leur action s'étend vers tous les côtez et que la
résistance qu'elle éprouve de la part du Globe ,
donne parmi ces mouvemens en tous sens , une
principale direction aux parties du fluide , suivant
des lignes droites tirées du centre . Cette solution
de Descartes n'est pas claire , il ne dit
point de quelle maniere cette résistance de la
part du Globe peut faire tomber les corps massifs
perpendiculairement au centre. Voicy une bypothese
qui me paroît lever la difficulté.
Suivant les loix du mouvement , la matiere
globuleuse et la matiere subtile , qui ont beaucoup
plus de force centrifuge que le troisiéme
II. Vole élement
JUIN. 1734. -1315
Element , s'élancent en tout sens par des lignes
droites ; et au milieu du fluide , dont la révolu
tion en general est circulaire , une grande quantité
de matiere globuleuse et subtile , conserve
toujours un mouvement direct , autant que les
interstices du troisiéme élement peuvent le permettre;
car l'impenetrabilité est une propriété
de la matiere dans tous les Systêmes. La matiere
subtile traverse même les tourbillons par un
mouvement en ligne directe , avec encore plus de
facilité ( Act. erud. Lips. May 1690. P. 232. ) que
la matiere globaleuse qui passe necessairement
d'un tourbillon dans un autre, pour que les Etoiles
ou les Soleils des autres tourbillons puissent
être apperçus de celui où nous sommes . Ce sont
ces mouvemens en ligne droite des matieres globuleuse
et subtile , qui obligent les corps solides
de tomber à plomb et perpendiculairement au
centre de la Terre . Car ces élemens , qui ont
beaucoup plus de mobilité , venant à se traver .
ser et étant opposez en tout sens , ils obligent les
corps solides qu'ils rencontrent de se précipiter
par le côté le plus foible , qui est toujours perpendiculaire
au Clobe , parce que c'est le côté
par où il arrive une beaucoup moindre quantité
de ces matieres globuleuse et subtile . C'est ainsi
que tout l'effort de la poudre à canon se fait par
l'endroit qu'elle trouve le plus foible . Si les trois
élemens qui composent la matiere ethérée ont
differens mouvemens dans cette hypothese , cette
diversité procede des loix même du mouvement.
La pesanteur (M. Privat de Molieres, leçon 4. )
ne consiste qu'en ce que les corps pesants ont
un plus grand nombre de leurs parties en repos,
Le centre n'est point par lui - même une cause
physique . Le nom de force centrifuge ne laisse
pas d'être fort convenable à une plus grande mo-
II. Vol. C vi bilité
1316 MERCURE DE FRANCE
bilité ; car quoiqu'elle soit indépendante du cen
tre , la matiere la plus mobile repousse vers lui
les corps solides.
Bien loin que la force accélératrice doive être
moindre en raison inverse des quarrez des dis
tances , elle doit être plus grande dans les couches
voisines de la circonference , parce que ces
couches sont bien plus rarefiées et qu'une maticre
qui a beaucoup plus de mobilité , y abonde
davantage , tandis que les couches inferieures ou
voisines du centre sont beaucoup plus denses.
Suivant ces principes , l'atmosphere voisine du
Soleil doit etre ( Hartsoëk . rec . de piéc Physiq.
p. 37. ) un fluide plus épais que le vif argent , et
les autres couches du tourbillon à proportion.
Ainsi un corps doit se précipiter avec moins de
vîtesse dans les couches inferieures près du centre
, de même que les experiences journalieres
nous apprennent qu'il se précipite avec beaucoup
moins de vitesse dans l'air grossier que dans le
vuide pneumatique ; beaucoup moins vite dans
l'eau que dans un air grossier ; et si l'on suppose
des fluides extremement épais , comme le vif
argent ou l'or fondu , un corps a besoin d'une
très- grande force pour les traverser.
Quoiqu'un fluide plus dense diminue beaucoup
la force accelerative dans la chute des corps , les
Globes des Planetes doivent y circuler plus vîte ,
comme il arrive dans le périhélie , parce que plus
le fluide est épais , plus son mouvement circulaire
a de force, et que d'ailleurs les Globes des
Planetes , dans leurs périhélies , reçoivent une
impression plus active des rayons du Soleil .
On ne peut rien déterminer sur les forces acceleratives
, soit à cause de cette extrême cifference
des fluides, soit parce qu'il est très - incertain
( Elem. de la Géoné . de l'.nfin. part. 2. §. 8. ) si
II. Vol. ja
JUIN. 1734 1317
la force motrice ne s'applique au corps qui doit
être mû, qu'autant de temps précisement qu'il
en faut pour le choc , ou si cette force s'applique
continuellement au corps , le poursuit dans son
mouvement et renouvelle à chaque instant son
impression sur iui. Il paroît que dans le premier
instant , où la force motrice trouve le corps en
repos eului donne un coup , elle doit lui imprimer
une plus grande vitesse que dans le second
instant , où elle le trouve fuyant devant elle et se
dérobant à son action , C'est neanmoins sur les
principes d'une résistance toujours semblable du
Auide , et d'une acceleration du mouvement uniforme
et toujours proportionnée au temps , qu'est
appuyée la celebre démonstration de Galilée, que
les espaces parcourus sont comme les quarrez des
temps et que la chute des corps graves suit la progression
des nombres impairs , 1. 3. 5.7. 9. &c.
Comine on ne peut sçavoir rien de positif ni de la
qualité des fluides éloignez , ni de la maniere dons
la force motrice continue d'agir sur le corps dont
la chute est commencée , la prétendue démoustration
ne peut avoir de solidité .
J'avoue que plusieurs de ces hypothèses s'accordent
peu avec celles qui ont eu cours jusqu'icy
dans les differens Systêmes . Mais elles
sont vrai - semblables et satisfont à toutes les difficultez
par lesquelles on s'est efforcé de détruire
le Systême de Descartes , qui donne seul des causes
vraiment physiques de tous les Phénomenes ;
qui a l'avantage de présenter l'idée la plus magnifique
de la construction de l'univers , et dont
on peut dire , ce me semble , que non - seulement
il mérite la préférence sur toutes les autres Philosophies
, mais qu'aucune n'est à portée de la
lui disputer. Il y auroit plusieurs réfléxions à
II. Vol. faire
1318 MERCURE DE FRANCE
faire sur les autres parties de la Philosophie de
Descartes , sur sa Métaphysique , sur sa Morale
&c. Mais nous ne nous sommes proposez que
d'examiner son Systême de Physique , et dans la
vûë seulement de le comparer avec la Philosophie
Newtonienne ; car Descartes a encore cer
avantage sur Newton , d'avoir embrassé une Philosophie
generale , au lieu que Newton a borné
la sienne à une explication du Systême du Monde
par l'attraction , et à une Optique qui est res
tée imparfaite.
comparaison des Philosophies de Descartes
J
et de Newton .
E ne puis justifier deux excès ( Cartes . Prin
cip. part. 4. ) de la Philosophie de Descartes &
le premier , d'avoir poussé trop loin les effet de
ses corpuscules ; comme d'émouvoir l'imagination
de ceux qui dorment , ou même qui sont
éveillez , en excitant des pensées qui avertissent
des évenemens les pius éloignez , en faisant ressentir
les grandes afflictions, ou les joyes fort vives
d'un intime ami , les mauvais desseins d'un
ennemi , et autres choses semblables . Le second
d'avoir attribué à ses principes une certitude ,
non- seulement morale, comme celle de l'existence
d'une Ville de Rome mais une certitude métaphysique,
fondée sur ce que les notions claires et distinctes
ne peuvent nous tromper . Il est vrai que
j'ai des notions claires et distinctes du systême de
Descartes , mais comme d'une hypothese ingénieuse
et brillante , et non comme d'une réalité .
Descartes a mal raisonné ( Princip. part. 2. )
pour prouver l'infinité du Monde. En quelque
endroit, dit- il , que nous puissions supposer les li
mites de l'Univers , nous imaginons encore au-delà
II. Val des
JUIN. 174. 1309
des espaces , et par conséquent de la matiere , puis
que l'idée de l'étendue ou de l'espace renferme né
cessairement l'idée de la matiere . La réponse est
qu'au - delà des bornes du Monde materiel , il n'y
a ni espace , ni étenduë , ni matiere. A la verité,
nous ne pouvons pas connoître où sont placées
ces bornes de l'Univers , mais nous concevons
très-clairement que l'Univers ne peut être sans
limites ;et comme il est extensible de plus en plus
à l'infini , il ne peut être étendu actuellement à
l'infiai.
Cette regle de mouvement posée par Descartes
Princip. part. 2. ) qu'un corps perd autant de son
mouvement , qu'il en communique , me paroît
insoutenable. Le P. Daniel l'a réfutée ( Voyag. du
Monde de Descart. ) par l'exemple suivant. Une
balle de Mousquet perd peu de mouvement et en
communique beaucoup à l'aîle d'un mouliner
qu'elle frappe , si les autres aîles sont égales , et
Pessieu poli et bien proportionné , au lieu qu'elle
en communique peu et en perd beaucoup , si les
aîles du moulinet sont inégales et l'essieu rouillé
ou trop gros. Il me semble très - vrai semblable
et très-conforme aux experiences , d'établir pour
principe que le mouvement se communiqué suivant
la disposition des corps à se mouvoir à peu
près comme le feu , lequel étant très- foible, cause
de grands embrasemens dans une matiere fort
combustible , au lieu qu'un feu très - ardent ne
fait qu'une médiocre impression sur les matieres .
qui n'ont que très-peu de disposition à s'enflammer
et cette analogie du mouvement et du feu
est d'autant plus naturelle , que le feu consiste
dans le mouvement.
Je ne donne pas une grande confiance à cet autre
axiôme de Descartes ( Princip . part. 2. ) qu'il
II. Vol C iij
1310 MERCURE DE FRANCE
a dans le monde une quantité de mouvement
toujours égale . A la verité , il n'est pas impossi
ble que cela soit ainsi , mais la preuve quil en
apporte , n'a aucune force. Nous ne devons pas ,
dit - il , supposer de changement dans les Ouvrages
de Dieu , de peur de lui attribuer de l'inconstance.
Comme si la diversité admirable qui regne dans
la Nature , qui consiste , selon toutes les apparences
, dans l'augmentation ou dans la diminution
du mouvement , n'étoit pas l'effet d'une provi
dence toujours constante et uniforme , qui a vou
Ju orner la nature par cette varieté. La même
raison nous engageroit à dire qu'il y a toujours
dans le monde une égale quantité de rondeur ,
de couleur et de toutes les autres sortes de formes
et d'accidents ; ce qui n'a aucune vraisemblance.
L'analogie remarquée cy- dessus entre le
mouvement et le feu , est fort contraire à cer
axiome de Descartes ; car il n'est pas probable
que le feu doive diminuer dans une partie de la
matiere , pour augmenter dans une autre.
C'est encore une défectuosité dans le Systême
Cartésien , de supposer ( Princip . part 3. et 4. )
que la Terre , les autres Planetes , et même leurs
Satellites ont été dans leur origine , autant de
Soleils ou d'Etoiles ; mais que le mouvement s'étant
rallenti dans la matiere qui composoit ces
Globes , ils sont devenus opaques , de lumineux
qu'ils étoient ; que leur activité et leurs for,
ces ont été détruites , qu'ils se sont éteints et en
croutez , pour ainsi dire ; et que ne pouvant plus
défendre leurs tourbillons contre la pression des
tourbillons voisins , ils ont été assujettis à suivre
le mouvement de celui où ils sont entrez. Il est
plus digne de la magnificence de l'ouvrage , de
penser qu'il a été conservé tel , qu'il a été pro-
II. Vol. duit
JUIN. 1734: 1311
duit au commencement, qu'il s'est fait differents
amas de matiere compacte , et que ses particules
s'étant liées ensemble les Planetes en ont
été formées dans les régions où elles se sont
mises en équilibre avec les fluides de la matiere
étherée ; que ces Globes ont toujours été opaques
et propres seulement à refléchir la lumière,
parce que leur matiere a admis dans ses interstices
la matiere globuleuse du second élément ,
conjointement avec la matiere subtile du premier,
et que le mouvement rapide de l'une a été calmé
par l'autre , ce qui a empêché dès le commencement
que ces Globes n'ayent été enflammez er
lumineux par eux- mêmes , comme le Soleil.
Descartes , en suivant le même principe qui
lui a fait placer au centre la matiere subtile pour
en composer le Soleil ; ou plutôt en continuant
de s'écarter des principes de son mécanisme general
et des loix du mouvement , par lesquelles
il explique la pesanteur , dit que la matiere celeste
( Princip. part. 3. ) est plus déliée , à mesure
qu'elle approche du Soleil ou du centre , et que
les. Planetes les plus denses et les plus solides en
doivent être les plus éloignées . Il n'y a qu'à
prendre la contre- partie du Systême de Descartes
en ce point, pour lui rendre la régularité , la
justese et l'uniformité.
Il faut se représenter le Soleil comme le plus
vaste de tous les Globes , placé au centre du
tourbillon et composé de la matiere la plus compacte,
penetrée de la matiere subtile , qui remplissant
tous ses interstices , y domine avec assez
de force pour communiquer la rapidité de son
mouvement à toute la masse du Soleil . Ce qui
produit le feu le plus ardent , par la force de
masse jointe à la force de vitesse. Ce feu est en
› II. Vol. Ciiij même131
MERCURE DE FRANCE
même-temps le seul capable de porter le mou→
vement et la fécondité dans tout son tourbillon ,
et la lumiere beaucoup au delà , ainsi qu'il est nécessaire
pour qu'il puisse être apperçu des autres
tourbillons , sous la forme d'une Etoile.
De même que le fer rouge ou le charbon al→
lumé ne s'élancent pas dans l'air par un mouve
ment semblable à celui de la flamme , parce que
Pair qui les environne , conserve la force de sa
pression à l'égard de leurs parties , qui s'y prê–
tent d'autant plus , qu'elles ont plus de masse ou
de solidité , aussi la masse du Globe Solaire est
contenue dans ses limites par la répercussion de
son atmosphere qui le presse de toute part. Ce.
Globe suspendu dans un parfait équilibre , trèsdisposé
à tourner par le mouvement intrinséque
du troisiéme et du premier élement qui le composent
, est encore puissamment déterminé à
une révolution sur son axe , par la répercussion
qu'il éprouve dans toute sa superficie de la part
de son atmosphere, en même- temps qu'il chasse
de tous côtez la matiere globuleuse , et que ses
rayons sont transmis par elle. C'est cette activité
centrale qui fait tourner toutes les Planetes dans
des temps differens en suivant la route de l'écliptique
, du même sens et vers le même côté
que le Soleil tourne sur son axe . Chaque Planete
doit, suivant ce méchanisme , non - seulement décrire
autour du Soleil les orbites dont je viens de
parler , mais encore avoir une révolution sur son
axe , causée par le mouvement intrinseque des
trois élemens qui la composent , et par le mouvement
exterieur du fluide ou de l'atmosphere
qui l'emporte autour du centre commun.
Les taches du Soleil , par leurs divers aspects,
me laissent aucun doute qu'il ne tourne sur son
11. Vol.
axo.
JUIN. 1734 1313
axe. C'est donc ce premier mobile , qui par sa
révolution imprime à tout son tourbillon un
mouvement du même côté ; sçavoir , du Couchant
par le Midy vers l'Orient. Les taches que
les Astronomes observent sur les Planetes , font
conjecturer , avec beaucoup de vrai- semblance ,
que leurs superficies plus denses en certains endroits
et plus rares dans d'autres , sont , en consequence
de cette inégalité,differeminent affectées
de l'impulsion des rayons solaires ; ce qui peut
être regardé comine un principe très- physique
des aphélies et périhélies des Planetes , de l'apogée
et du périgée de la Lune , et de sa latitude
des deux côtez de ses nouds.
Le premier éleinent s'insinue par tout , mais il
ne subsiste point seul , et il se convertit en parties
globuleuses du second élement , ou en parties
branchues du troisiéme . Ainsi aucun des trois
élemens ne peut être épuisé , parce que leur conversibilité
mutuelle répare tout ce qui se dissipe.
L'uniformité de la Nature nous fait conjecturer
que ce qui nous est connu dans le tourbillon de
notre Soleil , est semblable par la construction ,
par le mouvement et par les Phénomenes , à ce
qui se passe dans les tourbillons des Etoiles ou
des autres Soleils garnis de leurs Planetes , comme
le nôtre .
Il nous reste à examiner les difficultez qui
concernent la pesanteur. Descartes l'explique par
l'impulsion du fluide ou de la matiere éthérée.
La chute des corps ne peut venir de ce que
Patmosphere terrestre ( M. Privat de Molieres ,
leçon 4. ) circule plus vite que la Terre . Huguens
a crá que cette atmosphere alloit dix sept fois
plus vite que le Globe , Si cet excès de vêtesse du
fluide circulaire étoit la cause de la pesanteur ,
la chute des corps seroit horizontale , au lieu
II. Vol. Cv d'être
1314 MERCURE DE FRANCE
d'être perpendiculaire. Dailleurs il est très- cer
tain qu'un mobile entraîné par le courant d'un
fluide , doit , à la longue , aller à peu près aussi
vite que le courant qui l'entraîne.
L'explication Cartesienne de la pesanteur a été
attaquée par cette objection très- forte , que les
cercles décrits par le fluide circulaire diminuant
toujours depuis l'équateur jusqu'aux poles , la
force centrifuge , rapportée au mouvement
circulaire du tourbillon , auroit des centres
differens dans les cercles inégaux , et que les
corps y seroient repoussez , non pas perpendicu
lairement au centre de la Terre , mais à des parties
de son axe plus ou moins éloignées du centre
; ce qui est contraire à l'experience , la chute
des corps se faisant toujours dans la ligne du
Zénit , à moins qu'il ne survienne quelque cause
étrangere. Descartes, qui a prévû cette objection ,
a répondu ( Princip. part. 4. ) que quoique le
fluide qui participe aux mouvemens journalier
et annuel de la Terre , ait en general un mouvement
circulaire , on doit neanmoins concevoir
que toutes les parties de ce fluide se balancent et
sont opposées l'une à l'autre , en telle sorte que
leur action s'étend vers tous les côtez et que la
résistance qu'elle éprouve de la part du Globe ,
donne parmi ces mouvemens en tous sens , une
principale direction aux parties du fluide , suivant
des lignes droites tirées du centre . Cette solution
de Descartes n'est pas claire , il ne dit
point de quelle maniere cette résistance de la
part du Globe peut faire tomber les corps massifs
perpendiculairement au centre. Voicy une bypothese
qui me paroît lever la difficulté.
Suivant les loix du mouvement , la matiere
globuleuse et la matiere subtile , qui ont beaucoup
plus de force centrifuge que le troisiéme
II. Vole élement
JUIN. 1734. -1315
Element , s'élancent en tout sens par des lignes
droites ; et au milieu du fluide , dont la révolu
tion en general est circulaire , une grande quantité
de matiere globuleuse et subtile , conserve
toujours un mouvement direct , autant que les
interstices du troisiéme élement peuvent le permettre;
car l'impenetrabilité est une propriété
de la matiere dans tous les Systêmes. La matiere
subtile traverse même les tourbillons par un
mouvement en ligne directe , avec encore plus de
facilité ( Act. erud. Lips. May 1690. P. 232. ) que
la matiere globaleuse qui passe necessairement
d'un tourbillon dans un autre, pour que les Etoiles
ou les Soleils des autres tourbillons puissent
être apperçus de celui où nous sommes . Ce sont
ces mouvemens en ligne droite des matieres globuleuse
et subtile , qui obligent les corps solides
de tomber à plomb et perpendiculairement au
centre de la Terre . Car ces élemens , qui ont
beaucoup plus de mobilité , venant à se traver .
ser et étant opposez en tout sens , ils obligent les
corps solides qu'ils rencontrent de se précipiter
par le côté le plus foible , qui est toujours perpendiculaire
au Clobe , parce que c'est le côté
par où il arrive une beaucoup moindre quantité
de ces matieres globuleuse et subtile . C'est ainsi
que tout l'effort de la poudre à canon se fait par
l'endroit qu'elle trouve le plus foible . Si les trois
élemens qui composent la matiere ethérée ont
differens mouvemens dans cette hypothese , cette
diversité procede des loix même du mouvement.
La pesanteur (M. Privat de Molieres, leçon 4. )
ne consiste qu'en ce que les corps pesants ont
un plus grand nombre de leurs parties en repos,
Le centre n'est point par lui - même une cause
physique . Le nom de force centrifuge ne laisse
pas d'être fort convenable à une plus grande mo-
II. Vol. C vi bilité
1316 MERCURE DE FRANCE
bilité ; car quoiqu'elle soit indépendante du cen
tre , la matiere la plus mobile repousse vers lui
les corps solides.
Bien loin que la force accélératrice doive être
moindre en raison inverse des quarrez des dis
tances , elle doit être plus grande dans les couches
voisines de la circonference , parce que ces
couches sont bien plus rarefiées et qu'une maticre
qui a beaucoup plus de mobilité , y abonde
davantage , tandis que les couches inferieures ou
voisines du centre sont beaucoup plus denses.
Suivant ces principes , l'atmosphere voisine du
Soleil doit etre ( Hartsoëk . rec . de piéc Physiq.
p. 37. ) un fluide plus épais que le vif argent , et
les autres couches du tourbillon à proportion.
Ainsi un corps doit se précipiter avec moins de
vîtesse dans les couches inferieures près du centre
, de même que les experiences journalieres
nous apprennent qu'il se précipite avec beaucoup
moins de vitesse dans l'air grossier que dans le
vuide pneumatique ; beaucoup moins vite dans
l'eau que dans un air grossier ; et si l'on suppose
des fluides extremement épais , comme le vif
argent ou l'or fondu , un corps a besoin d'une
très- grande force pour les traverser.
Quoiqu'un fluide plus dense diminue beaucoup
la force accelerative dans la chute des corps , les
Globes des Planetes doivent y circuler plus vîte ,
comme il arrive dans le périhélie , parce que plus
le fluide est épais , plus son mouvement circulaire
a de force, et que d'ailleurs les Globes des
Planetes , dans leurs périhélies , reçoivent une
impression plus active des rayons du Soleil .
On ne peut rien déterminer sur les forces acceleratives
, soit à cause de cette extrême cifference
des fluides, soit parce qu'il est très - incertain
( Elem. de la Géoné . de l'.nfin. part. 2. §. 8. ) si
II. Vol. ja
JUIN. 1734 1317
la force motrice ne s'applique au corps qui doit
être mû, qu'autant de temps précisement qu'il
en faut pour le choc , ou si cette force s'applique
continuellement au corps , le poursuit dans son
mouvement et renouvelle à chaque instant son
impression sur iui. Il paroît que dans le premier
instant , où la force motrice trouve le corps en
repos eului donne un coup , elle doit lui imprimer
une plus grande vitesse que dans le second
instant , où elle le trouve fuyant devant elle et se
dérobant à son action , C'est neanmoins sur les
principes d'une résistance toujours semblable du
Auide , et d'une acceleration du mouvement uniforme
et toujours proportionnée au temps , qu'est
appuyée la celebre démonstration de Galilée, que
les espaces parcourus sont comme les quarrez des
temps et que la chute des corps graves suit la progression
des nombres impairs , 1. 3. 5.7. 9. &c.
Comine on ne peut sçavoir rien de positif ni de la
qualité des fluides éloignez , ni de la maniere dons
la force motrice continue d'agir sur le corps dont
la chute est commencée , la prétendue démoustration
ne peut avoir de solidité .
J'avoue que plusieurs de ces hypothèses s'accordent
peu avec celles qui ont eu cours jusqu'icy
dans les differens Systêmes . Mais elles
sont vrai - semblables et satisfont à toutes les difficultez
par lesquelles on s'est efforcé de détruire
le Systême de Descartes , qui donne seul des causes
vraiment physiques de tous les Phénomenes ;
qui a l'avantage de présenter l'idée la plus magnifique
de la construction de l'univers , et dont
on peut dire , ce me semble , que non - seulement
il mérite la préférence sur toutes les autres Philosophies
, mais qu'aucune n'est à portée de la
lui disputer. Il y auroit plusieurs réfléxions à
II. Vol. faire
1318 MERCURE DE FRANCE
faire sur les autres parties de la Philosophie de
Descartes , sur sa Métaphysique , sur sa Morale
&c. Mais nous ne nous sommes proposez que
d'examiner son Systême de Physique , et dans la
vûë seulement de le comparer avec la Philosophie
Newtonienne ; car Descartes a encore cer
avantage sur Newton , d'avoir embrassé une Philosophie
generale , au lieu que Newton a borné
la sienne à une explication du Systême du Monde
par l'attraction , et à une Optique qui est res
tée imparfaite.
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Résumé : DERNIÈRE PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton.
Le texte compare les philosophies de Descartes et de Newton, en soulignant plusieurs critiques des théories de Descartes. L'auteur reproche à Descartes d'avoir exagéré les effets de ses corpuscules, comme l'influence sur l'imagination des rêves ou la perception des émotions à distance. Il critique également Descartes pour avoir attribué une certitude métaphysique à ses principes, basés sur les notions claires et distinctes, que l'auteur considère plutôt comme une hypothèse ingénieuse. L'auteur conteste la preuve de Descartes sur l'infini de l'univers, arguant que l'idée d'étendue implique nécessairement celle de matière, mais que l'univers ne peut être étendu à l'infini. Il réfute aussi la règle de Descartes selon laquelle un corps perd autant de mouvement qu'il en communique, en utilisant l'exemple d'une balle de mousquet frappant une aile de moulin. L'auteur remet en question l'axiome de Descartes selon lequel la quantité de mouvement dans le monde est toujours égale, trouvant cette idée peu probable et contraire à l'observation de la diversité naturelle. Il critique également la théorie cartésienne sur l'origine des planètes, qui seraient des soleils éteints, préférant une vision où les planètes ont toujours été opaques et réfléchissantes. Le texte propose une alternative au système cartésien, décrivant le Soleil comme un globe compact et lumineux au centre du tourbillon, capable de communiquer son mouvement à tout le système. Il explique la rotation des planètes et les taches solaires, ainsi que la conversion mutuelle des trois éléments (subtile, globuleuse et branchue) qui empêchent leur épuisement. Enfin, l'auteur examine la théorie cartésienne de la pesanteur, la trouvant insuffisante pour expliquer la chute perpendiculaire des corps. Il propose une hypothèse où la matière subtile et globuleuse, ayant plus de force centrifuge, traverse le fluide en ligne droite, obligeant les corps solides à tomber perpendiculairement au centre de la Terre. Le texte traite également de divers aspects de la physique, notamment la nature de la poudre à canon, la pesanteur et les mouvements des corps dans différents fluides. La poudre à canon agit sur le point le plus faible d'un obstacle. La pesanteur est expliquée par le repos des parties des corps pesants. Le centre n'est pas une cause physique en soi, mais la matière mobile repousse les corps solides vers lui. La force accélératrice est plus grande dans les couches rarefiées et mobiles, comme celles proches de la circonférence d'un tourbillon. L'atmosphère solaire est décrite comme un fluide dense, et les corps se déplacent plus lentement dans des fluides épais. Les planètes circulent plus vite dans les fluides denses, comme lors du périhélie, en raison de l'influence des rayons solaires. Le texte critique la démonstration de Galilée sur la chute des corps, estimant qu'elle repose sur des hypothèses incertaines concernant la résistance des fluides et l'action continue de la force motrice. Il conclut en défendant le système de Descartes, le jugeant supérieur aux autres philosophies, y compris celle de Newton, pour son explication physique des phénomènes et sa vision magnifiante de l'univers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2854
p. 1320-1323
REPLIQUE à la Réponse faite par M. le Gendre de S. Aubin, dans le Mercure d'Avril dernier, à l'objection concernant le Flux et Reflux de la Mer ; inserée dans le Mercure de Mars dernier.
Début :
Il suffit de voir à la tête de la Réponse en question le nom de M. de S. Aubin [...]
Mots clefs :
Marquis de Saint-Aubin, Solstices, Équinoxes, Pression, Terre, Équateur, Réponse
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texteReconnaissance textuelle : REPLIQUE à la Réponse faite par M. le Gendre de S. Aubin, dans le Mercure d'Avril dernier, à l'objection concernant le Flux et Reflux de la Mer ; inserée dans le Mercure de Mars dernier.
REPLIQUE à la Réponse faite par
M. le Gendre de S. Aubin , dans le
Mercure d'Avril dernier , à l'objection
concernant le Flux et Reflux de la Mer;
inserée dans le Mercure de Mars dernier.
I
L suffit de voir à la tête de la Réponse
en question le nom de M. de S. Aubin
pour juger de sa solidité et de l'érudition
dont elle doit estre remplie. Cependant
il me permettra de dire qu'elle ne me
satisfait pas entierement , et que je crois
qu'elle n'est pas une solution pour ma
difficulté.
Il s'agit du mouvement annuel de
la Mer dont j'ai attaqué l'explication , cn
I. Vol.
dia
JUIN. 1734.
8327
disant que la Lune ne répondant pas à
un plus grand cercle de la Terre dans le
tems des Equinoxes , que dans celui des
Solstices , il ne doit pas y avoir de plus
grande Marée dans l'un que dans l'autre
cas .
La solution n'a pas paru difficile à
M. de S. Aubin , et pour le faire voir
il soutient que l'égalité de tous les grands
cercles d'une Sphere n'est d'aucune considération
dans l'espece présente , l'augmentation
du Flux dans les Equinoxes
étant causée par une pression plus perpendiculaire
, au lieu que dans les Solstices
la pression est fort indirecte , et ne
fait que glisser sur les Eaux.
. Il s'agit donc ici de sçavoir si la pres
sion est plus indirecte dans le tems des
Solstices dans celui des Equinoxes,
que
J'avoue d'abord qu'elle l'est fort dans le
tems des Solstices par rapport au plan
de l'Equateur , puisque , comme le remarque
M. de S. Aubin , elle fait un angle
fort aigu avec ce plan , mais je sou
tiens que cette pression n'est pas indirecte
par rapport au plan , où elle se trouve
quand elle répond à l'un des Tropiques,
puisqu'elle répond au centre de la terre ,
comme on en convient ce qui suffit
pour que la pression ne soit pas plus in
II. Vol.
directe
1322 MERCURE DE FRANCE
directe dans le tems des Solstices , que
dans celui des Equinoxes ; et pour qu'il
soit faux que cette pression ne fasse que
glisser sur les Eaux dans le tems des
Solstices , comme le dit l'Auteur de la
Réponse.
"
M. de S. Aubin dit de plus que les
Astronomes regardent la Terre non
comme un Globe exactement rond où
tous les cercles sont égaux , mais comme
un Ellypsoïde allongé vers les poles , ou
comme un Spheroïde rehaussé sur l'Equateur.
Le premier fait est en ma faveur
, puisque le cercle qu'on tirera d'un
Tropique à l'autre sera beaucoup plus
grand que l'Equateur , si la Terre est un
Ellypsoïde allongé : ainsi les Marées seront
même plus fortes dans le tems des
Solstices que dans celui des Equinoxes ,
ce qui est contraire aux observations. Le
second ne me seroit pas si favorable , mais
l'un et l'autre de ces faits sont fort incertains
et on attend pour en être éclairci
qu'on ait fait un voyage qu'on espere
faire l'année prochaine sous l'Equateur ;
ainsi je crois qu'il est inutile quant à
présent de raisonner sur des faits incertains
; je suivrai toujours , en attendanť ,
l'opinion commune que la Terre est un
corps à peu près rond .
de
II Vol. . Quant
JUIN. 1734 1323
Quant au dernier article où l'Auteur
veut établir un nouveau Systême , comme
il ne regarde pas ma difficulté , je me
dispenserai d'en parler ici.
Pour le Perialie dont parle M. de S. Aubin
dans sa Réponse , comme il est commun
aux Equinoxes et aux Solstices , et
qu'il peut arriver en tous tems , il ne fait
rien à l'état présent de la question .
M. le Gendre de S. Aubin , dans le
Mercure d'Avril dernier , à l'objection
concernant le Flux et Reflux de la Mer;
inserée dans le Mercure de Mars dernier.
I
L suffit de voir à la tête de la Réponse
en question le nom de M. de S. Aubin
pour juger de sa solidité et de l'érudition
dont elle doit estre remplie. Cependant
il me permettra de dire qu'elle ne me
satisfait pas entierement , et que je crois
qu'elle n'est pas une solution pour ma
difficulté.
Il s'agit du mouvement annuel de
la Mer dont j'ai attaqué l'explication , cn
I. Vol.
dia
JUIN. 1734.
8327
disant que la Lune ne répondant pas à
un plus grand cercle de la Terre dans le
tems des Equinoxes , que dans celui des
Solstices , il ne doit pas y avoir de plus
grande Marée dans l'un que dans l'autre
cas .
La solution n'a pas paru difficile à
M. de S. Aubin , et pour le faire voir
il soutient que l'égalité de tous les grands
cercles d'une Sphere n'est d'aucune considération
dans l'espece présente , l'augmentation
du Flux dans les Equinoxes
étant causée par une pression plus perpendiculaire
, au lieu que dans les Solstices
la pression est fort indirecte , et ne
fait que glisser sur les Eaux.
. Il s'agit donc ici de sçavoir si la pres
sion est plus indirecte dans le tems des
Solstices dans celui des Equinoxes,
que
J'avoue d'abord qu'elle l'est fort dans le
tems des Solstices par rapport au plan
de l'Equateur , puisque , comme le remarque
M. de S. Aubin , elle fait un angle
fort aigu avec ce plan , mais je sou
tiens que cette pression n'est pas indirecte
par rapport au plan , où elle se trouve
quand elle répond à l'un des Tropiques,
puisqu'elle répond au centre de la terre ,
comme on en convient ce qui suffit
pour que la pression ne soit pas plus in
II. Vol.
directe
1322 MERCURE DE FRANCE
directe dans le tems des Solstices , que
dans celui des Equinoxes ; et pour qu'il
soit faux que cette pression ne fasse que
glisser sur les Eaux dans le tems des
Solstices , comme le dit l'Auteur de la
Réponse.
"
M. de S. Aubin dit de plus que les
Astronomes regardent la Terre non
comme un Globe exactement rond où
tous les cercles sont égaux , mais comme
un Ellypsoïde allongé vers les poles , ou
comme un Spheroïde rehaussé sur l'Equateur.
Le premier fait est en ma faveur
, puisque le cercle qu'on tirera d'un
Tropique à l'autre sera beaucoup plus
grand que l'Equateur , si la Terre est un
Ellypsoïde allongé : ainsi les Marées seront
même plus fortes dans le tems des
Solstices que dans celui des Equinoxes ,
ce qui est contraire aux observations. Le
second ne me seroit pas si favorable , mais
l'un et l'autre de ces faits sont fort incertains
et on attend pour en être éclairci
qu'on ait fait un voyage qu'on espere
faire l'année prochaine sous l'Equateur ;
ainsi je crois qu'il est inutile quant à
présent de raisonner sur des faits incertains
; je suivrai toujours , en attendanť ,
l'opinion commune que la Terre est un
corps à peu près rond .
de
II Vol. . Quant
JUIN. 1734 1323
Quant au dernier article où l'Auteur
veut établir un nouveau Systême , comme
il ne regarde pas ma difficulté , je me
dispenserai d'en parler ici.
Pour le Perialie dont parle M. de S. Aubin
dans sa Réponse , comme il est commun
aux Equinoxes et aux Solstices , et
qu'il peut arriver en tous tems , il ne fait
rien à l'état présent de la question .
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Résumé : REPLIQUE à la Réponse faite par M. le Gendre de S. Aubin, dans le Mercure d'Avril dernier, à l'objection concernant le Flux et Reflux de la Mer ; inserée dans le Mercure de Mars dernier.
Dans une réplique publiée en réponse à M. le Gendre de S. Aubin dans le Mercure d'Avril 1734, l'auteur conteste l'explication de ce dernier sur le mouvement annuel de la mer. Il soutient que la Lune n'interagit pas différemment avec la Terre lors des équinoxes et des solstices, ce qui remet en question l'existence de marées plus grandes à ces périodes. M. de S. Aubin attribue l'augmentation du flux lors des équinoxes à une pression plus perpendiculaire, contrairement aux solstices où elle serait plus indirecte. L'auteur réfute cette théorie, affirmant que la pression est similaire dans les deux cas. Il mentionne également les débats sur la forme de la Terre, certains astronomes la décrivant comme un ellipsoïde allongé vers les pôles ou un sphéroïde rehaussé sur l'équateur, mais ces hypothèses restent incertaines et nécessitent confirmation par un voyage prévu sous l'équateur. L'auteur préfère adhérer à l'opinion commune que la Terre est un corps à peu près rond. Il évite de discuter du nouveau système proposé par M. de S. Aubin et du périgée, les jugeant non pertinents pour la question actuelle.
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2855
p. 1324-1329
REMARQUE sur l'Origine du Jubilé de Lyon de la présente année 1734.
Début :
Ne croyez pas, Monsieur, que je veuille rien contester sur le Jubilé [...]
Mots clefs :
Jubilé, Lyon, Église Saint-Jean, Église, Concours, Bulles, Jésus-Christ, Église de Lyon
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUE sur l'Origine du Jubilé de Lyon de la présente année 1734.
REMARQUE sur ' Origine du Jubilé
de Lyon de la présente année 1734-
N
E
croyez pas , Monsieur , que je
veuille rien contester
sur le Jubilé
de Lyon de la présente année , sur lequel
il paroit un Livre nouveau
. J'ai attendu
pour répondre à votre question , que ce
Jubilé fur ouvert , afin que ni vous ni
ceux à qui vous ferez voir mes pensées ne
m'inputiez
point d'avoir voulu le combattre
ou en diminuer
le concours. J'ai
lû attentivement
le Livre imprimé sur
ce sujet chez Pierre Valfray. On y traite
la matiere dans toute l'étenduë
qu'elle
peut recevoir. Mais j'ai été surpris qu'on
II Vol. n'y
JUIN. 1734-
1325
n'y développât point ce qui peut avoir
fait naître cette dévotion . On bâtissoit
au milieu du quinziéme siécle le devant
de l'Eglise de S. Jean de Lyon . Il falloit
des sommes considérables pour achever
cet édifice. Il fut naturel de recourir
à Rome pour avoir des Indulgences en
forme de Jubilé . On put donc les obrenir
aisément l'an 1450. du Pape Nicolas
V. et si elles furent attachées à la Nativité
de S. Jean , c'est qu'alors on choisissoit
à dessein le tems des plus grands
jours de l'année , afin d'attirer des Pelerins
de plus loin . Or comme les Indulgences
Plenieres en forme de Jubilé
obtenues en 1450. pour l'Eglise de Lyon ,
eurent leur premiere exécution l'an 1451 .
auquels la S. Jean concouroit avec la
Fête- Dieu , les peuples crurent que cette
concurrence , qui est rare , étoit la cause
de l'indulgence , quoiqu'elle n'y eut in-
Alué en aucune maniere et il étoit d'autant
plus facile de se persuader cela , que
S. Jean- Baptiste est Patron de l'Eglise de
Lyon. Ce concours prodigieux arrivé en
1451. se divulgua ensuite dans leRoyaume
:les peres le racontérent à leurs enfants
sans oublier la circonstance de
Poccurrence des deux Fêtes , remarquée
par ceux qui avoient fait le voyage de
1 I. Vol. Lyon,
7326 MERCURE DE FRANCE
Lyon. C'est ce qui donna naissance à la
tradition , qu'on fit revivre en 1546..
lorsqu'il n'y restoit presque plus personne
qui eut vû la premiere solemnité
de 1451 .
Jubilé que
*
Comme ma coutume est de ne rien
aporter sans preuve , je vous ferai partde
la teneur d'une Bulle d'un semblable
le Roy Charles VIII. et sa
Soeur Anne de France obtinrent en 1485.
pour porter les Fidéles à contribuer au
rétablissement d'une Eglise Collégiale du
titre de S. Etienne. Ne vous imaginez
pas que ce fut à la S. Etienne d'Eté , encore
moins à celle d'Hyver que le concours
fut assigné par le Saint Pere , ce
fut à la S. Jean de même qu'à Lyon , et
ce concours devoit durer trois jours.
Omnibus et singulis utriusque sexus
Christi fidelibus verè pænitentibus et confessis
qui Ecclesiam predictam et quatuor altaria
in ea sita per dilectos filios Capitulum
ejusdem specificanda , annis singulis à primis
Vesperis diei Nativitatis S. Joannis
-Baptiste et inclusivè per duos sequentes
dies pro primo usque ad occasum solis devote
visitaverint , et ad præmissum pium ipsius
Ecclesia reparationis et instaurationis opus
manus porrexerint adjutrices , eamdem prorsus
et omnimodam plenariam anni Jubilei
II. Vel. IndulJUI
N. 1734 1327
Indulgentiam et peccatorum remissionem
quam consequerentur, si ad urbem intra annum
Jubilei hujusmodi cum contigerit illud
advenire , personaliter venirent , et Apostolorum
præ lictorum Basilicas ac Lateranensem
et Beata Maria Majoris ejusdem urbis
Ecclesias statutis ad id per predecessores
nostros Romanos Pontifices diebus de vote
visitarent , et alia caritatis et devotionis
opera pro ipsius anni Jubilei Indulgentia
consequenda exerceri solita exercerint , autoritate
Apostolicâ tenore præsentium concedimus
et largimur. Cela est suivi de la
clause pour le pouvoir des Confesseurs
et après le style ordinaire , est la limitation
du tems en ces termes : Presentibus
post triennium à data presentium computandis
minimè valituris.
Il ne vous sera pas difficile , Monsieur ,
de faire vos réflexions sur ce que je viens
de vous raporter , et d'en faire une application
aux Bulles qui ont dû exister pour
Lyon . Je ne sçai si l'Ecrivain de 1666.
ou celui de la présente année ont senti
qu'il pourroit y avoir eû une semblable
limitation dans les Bulles qui avoient
accordé le Jubilé de 1451. Au moins il
est visible qu'elles insistent fort sur la
nouvelle vigueur que le Pape Sixte IV.
leur a donnée en les confirmant ; et
11. Vol.
peut328
MERCURE DE FRANCE
peut- être avoient- elles besoin de cette
formalité.
que
En conséquence de cette confirmation
ou extension , il a été libre à un chacun
cette présente année 1734. d'aller profiter
de l'ouverture faite à Lyon des Trésors
de l'Eglise , et je ne doute pas que
le concours n'ait été encore plus grand
dans les années 1451. 1546. et 1666.
Ĉes sortes de cérémonies vont toujours
en augmentant . Vous en avez une preuve
toute recente dans ce qui vient d'arriver
à Orleans à l'Entrée du nouvel Evêque.
Le nombre des prisonniers délivrez n’alloit
autrefois qu'à cent ou deux cens
et maintenant il passe de beaucoup le
nombre de mille.
"
Quoique l'édifice de l'Eglise de S. Jean
de Lyon ne soit pas d'un entretien aussi
onereux que celui de Nôtre Dame de
Paris , Nôtre- Dame de Chartres , Nôtres
Dame de Reims ou de Roüen , il n'est
pas inutile
que dans chaque
siécle il y ait une année dans laquelle
les Fidéles
puissent
contribuer
comme
par honneur
, à l'entretien
du bâtiment
de cette Eglise
primatiale
des Gaules . Je dis dans chaque siécle en supposant
qu'on
ne touchera point à la réforme
du Calendrier
fite
sous Gregoire
XIII . selon laquelle
l'Au-
11 Vol. teur
JUIN 1734. 13:5
>
teur a préyû chaque année de cette concurrer.
ce jusqu'à - ce que nous ayons
atteint l'an trois mille depuis Jesus-
Christ. Car si on revenoit à l'ancien
calcul usité depuis Jesus - Christ jusqu'à
Gregoire XIII. on seroit quelquefois
247. ans sans voir cette concurrence ,
Au reste il n'y a rien à craindre de la
discussion que j'aurois souhaité qu'on
eut pû faire des Bulles primitives. Selon
le calcul usité aujourd'hui , la Fête- Dieu
n'arrivera le jour de Saint Jean , qu'en
l'an 1886. auquel tems il est sûr que
pas un de ceux qui lisent cette année ma
petite observation ne sera sur terre
très- probable qu'on ne songera guere
à examiner l'origine de la chose , dont
on sera encore plus éloigné de cent
cinquante ans , qu'on ne l'est aujour
d'hui.
A..... le 26 Juin 1734.
de Lyon de la présente année 1734-
N
E
croyez pas , Monsieur , que je
veuille rien contester
sur le Jubilé
de Lyon de la présente année , sur lequel
il paroit un Livre nouveau
. J'ai attendu
pour répondre à votre question , que ce
Jubilé fur ouvert , afin que ni vous ni
ceux à qui vous ferez voir mes pensées ne
m'inputiez
point d'avoir voulu le combattre
ou en diminuer
le concours. J'ai
lû attentivement
le Livre imprimé sur
ce sujet chez Pierre Valfray. On y traite
la matiere dans toute l'étenduë
qu'elle
peut recevoir. Mais j'ai été surpris qu'on
II Vol. n'y
JUIN. 1734-
1325
n'y développât point ce qui peut avoir
fait naître cette dévotion . On bâtissoit
au milieu du quinziéme siécle le devant
de l'Eglise de S. Jean de Lyon . Il falloit
des sommes considérables pour achever
cet édifice. Il fut naturel de recourir
à Rome pour avoir des Indulgences en
forme de Jubilé . On put donc les obrenir
aisément l'an 1450. du Pape Nicolas
V. et si elles furent attachées à la Nativité
de S. Jean , c'est qu'alors on choisissoit
à dessein le tems des plus grands
jours de l'année , afin d'attirer des Pelerins
de plus loin . Or comme les Indulgences
Plenieres en forme de Jubilé
obtenues en 1450. pour l'Eglise de Lyon ,
eurent leur premiere exécution l'an 1451 .
auquels la S. Jean concouroit avec la
Fête- Dieu , les peuples crurent que cette
concurrence , qui est rare , étoit la cause
de l'indulgence , quoiqu'elle n'y eut in-
Alué en aucune maniere et il étoit d'autant
plus facile de se persuader cela , que
S. Jean- Baptiste est Patron de l'Eglise de
Lyon. Ce concours prodigieux arrivé en
1451. se divulgua ensuite dans leRoyaume
:les peres le racontérent à leurs enfants
sans oublier la circonstance de
Poccurrence des deux Fêtes , remarquée
par ceux qui avoient fait le voyage de
1 I. Vol. Lyon,
7326 MERCURE DE FRANCE
Lyon. C'est ce qui donna naissance à la
tradition , qu'on fit revivre en 1546..
lorsqu'il n'y restoit presque plus personne
qui eut vû la premiere solemnité
de 1451 .
Jubilé que
*
Comme ma coutume est de ne rien
aporter sans preuve , je vous ferai partde
la teneur d'une Bulle d'un semblable
le Roy Charles VIII. et sa
Soeur Anne de France obtinrent en 1485.
pour porter les Fidéles à contribuer au
rétablissement d'une Eglise Collégiale du
titre de S. Etienne. Ne vous imaginez
pas que ce fut à la S. Etienne d'Eté , encore
moins à celle d'Hyver que le concours
fut assigné par le Saint Pere , ce
fut à la S. Jean de même qu'à Lyon , et
ce concours devoit durer trois jours.
Omnibus et singulis utriusque sexus
Christi fidelibus verè pænitentibus et confessis
qui Ecclesiam predictam et quatuor altaria
in ea sita per dilectos filios Capitulum
ejusdem specificanda , annis singulis à primis
Vesperis diei Nativitatis S. Joannis
-Baptiste et inclusivè per duos sequentes
dies pro primo usque ad occasum solis devote
visitaverint , et ad præmissum pium ipsius
Ecclesia reparationis et instaurationis opus
manus porrexerint adjutrices , eamdem prorsus
et omnimodam plenariam anni Jubilei
II. Vel. IndulJUI
N. 1734 1327
Indulgentiam et peccatorum remissionem
quam consequerentur, si ad urbem intra annum
Jubilei hujusmodi cum contigerit illud
advenire , personaliter venirent , et Apostolorum
præ lictorum Basilicas ac Lateranensem
et Beata Maria Majoris ejusdem urbis
Ecclesias statutis ad id per predecessores
nostros Romanos Pontifices diebus de vote
visitarent , et alia caritatis et devotionis
opera pro ipsius anni Jubilei Indulgentia
consequenda exerceri solita exercerint , autoritate
Apostolicâ tenore præsentium concedimus
et largimur. Cela est suivi de la
clause pour le pouvoir des Confesseurs
et après le style ordinaire , est la limitation
du tems en ces termes : Presentibus
post triennium à data presentium computandis
minimè valituris.
Il ne vous sera pas difficile , Monsieur ,
de faire vos réflexions sur ce que je viens
de vous raporter , et d'en faire une application
aux Bulles qui ont dû exister pour
Lyon . Je ne sçai si l'Ecrivain de 1666.
ou celui de la présente année ont senti
qu'il pourroit y avoir eû une semblable
limitation dans les Bulles qui avoient
accordé le Jubilé de 1451. Au moins il
est visible qu'elles insistent fort sur la
nouvelle vigueur que le Pape Sixte IV.
leur a donnée en les confirmant ; et
11. Vol.
peut328
MERCURE DE FRANCE
peut- être avoient- elles besoin de cette
formalité.
que
En conséquence de cette confirmation
ou extension , il a été libre à un chacun
cette présente année 1734. d'aller profiter
de l'ouverture faite à Lyon des Trésors
de l'Eglise , et je ne doute pas que
le concours n'ait été encore plus grand
dans les années 1451. 1546. et 1666.
Ĉes sortes de cérémonies vont toujours
en augmentant . Vous en avez une preuve
toute recente dans ce qui vient d'arriver
à Orleans à l'Entrée du nouvel Evêque.
Le nombre des prisonniers délivrez n’alloit
autrefois qu'à cent ou deux cens
et maintenant il passe de beaucoup le
nombre de mille.
"
Quoique l'édifice de l'Eglise de S. Jean
de Lyon ne soit pas d'un entretien aussi
onereux que celui de Nôtre Dame de
Paris , Nôtre- Dame de Chartres , Nôtres
Dame de Reims ou de Roüen , il n'est
pas inutile
que dans chaque
siécle il y ait une année dans laquelle
les Fidéles
puissent
contribuer
comme
par honneur
, à l'entretien
du bâtiment
de cette Eglise
primatiale
des Gaules . Je dis dans chaque siécle en supposant
qu'on
ne touchera point à la réforme
du Calendrier
fite
sous Gregoire
XIII . selon laquelle
l'Au-
11 Vol. teur
JUIN 1734. 13:5
>
teur a préyû chaque année de cette concurrer.
ce jusqu'à - ce que nous ayons
atteint l'an trois mille depuis Jesus-
Christ. Car si on revenoit à l'ancien
calcul usité depuis Jesus - Christ jusqu'à
Gregoire XIII. on seroit quelquefois
247. ans sans voir cette concurrence ,
Au reste il n'y a rien à craindre de la
discussion que j'aurois souhaité qu'on
eut pû faire des Bulles primitives. Selon
le calcul usité aujourd'hui , la Fête- Dieu
n'arrivera le jour de Saint Jean , qu'en
l'an 1886. auquel tems il est sûr que
pas un de ceux qui lisent cette année ma
petite observation ne sera sur terre
très- probable qu'on ne songera guere
à examiner l'origine de la chose , dont
on sera encore plus éloigné de cent
cinquante ans , qu'on ne l'est aujour
d'hui.
A..... le 26 Juin 1734.
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Résumé : REMARQUE sur l'Origine du Jubilé de Lyon de la présente année 1734.
Le texte aborde l'origine du Jubilé de Lyon en 1734. L'auteur ne remet pas en question ce Jubilé, mais déplore que le livre récemment publié sur le sujet n'explique pas l'origine de cette dévotion. Il rappelle qu'au milieu du XVe siècle, la construction de la façade de l'église Saint-Jean de Lyon nécessitait des fonds importants. En 1450, le pape Nicolas V accorda des indulgences en forme de Jubilé pour encourager les dons. Ces indulgences furent mises en œuvre pour la première fois en 1451, lors de la fête de la Nativité de Saint-Jean et de la Fête-Dieu. La coïncidence de ces deux fêtes amena les fidèles à croire que cette coïncidence était la cause de l'indulgence, renforcée par le fait que Saint-Jean-Baptiste est le patron de l'église de Lyon. Cette tradition se perpétua et fut réactivée en 1546. L'auteur mentionne également une bulle papale obtenue par le roi Charles VIII et sa sœur Anne de France en 1485, qui accordait des indulgences pour la contribution à la restauration d'une église collégiale. Il souligne l'importance de maintenir cette tradition pour l'entretien de l'église Saint-Jean de Lyon, malgré les réformes du calendrier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2856
p. 1331-1336
QUESTIONS élementaires et pédagogiques tirées du Livre intitulé : La Bibliotheque des Enfans, &c. par M. D. Auteur du Systême Typographique.
Début :
No. I. Les Parens ne laissent-ils pas trop long-temps leurs enfans entre les [...]
Mots clefs :
Système typographique, Enfants, Enfant, Éducation, Bureau typographique, Parents, Méthode, Maîtres, Domestiques
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texteReconnaissance textuelle : QUESTIONS élementaires et pédagogiques tirées du Livre intitulé : La Bibliotheque des Enfans, &c. par M. D. Auteur du Systême Typographique.
QUESTIONS élementaires et pédagogiques
tirées du Livre intitulé : La
Biblio.heque des Enfans , &c. par
M.D. Auteur du Systême Typographique.
N". I. Es Parens ne laissent-ils pas trop
Llong- temps leurs enfans entre les
mains inhabi.es, et légitimement
suspectes
des
Domestiques
Et comment des gens , la plupart
sans éducation
, vicieux , ignorans et mercenai
res , peuvent-ils être chargez pendant si long-
II. Vol.
Dij temps
1332 MERCURE DE FRANCE
temps d'un pareil soin , à moins qu'ils ne soicue
éprouvez et assujettis selon la méthode des Classes
du Bureau Typographique ? D'où vient même
que tant de parens donnent à leurs chevaux ,
à leurs chiens et à leurs oyseaux , les soins et
l'attention qu'ils refusent à l'éducation de leurs
propres enfans ?
N°. 2. Les Domestiques et les Parens même
ne sont ils pas souvent le plus grand obstacle
que rencontre un bon Maître , dans le plan d'une
excellente éducation ? Et la difficulté de trouver
de bons Domestiques et de bons Maîtres en fait
de pédagogie , et sur tout pour enseigner selon
la Méthode du Bureau Typographique , ne prouve-
t'elle pas l'importance du choix que les Parens
doivent faire des Maîtres , bien loin de s'en
rapporter aveuglément à des témoignages suspects
?
N'. 3. Un grand Seigneur ne doit- il pas
chercher pour ses enfans un bon Précepteur laïque
et Philosophe , plutôt qu'un simple Latiniste
Théologien ? Et en voulant , par oeconomie , un-
Précepteur Aumônier , ne risque- t'on pas souvent
de manquer l'un pour avoir l'autre ? Et
d'où vient qu'aux dépens de l'éducation de l'Enfant
, on prodigue pour la danse , pour la musi
que , &c. l'argent qu'on ne donne qu'avec peine
pour l'institution et la formation de la premiere
enfance ?
No. 4. Que penser des Parens qui ne veulent
pas faire pour leurs enfans plus de dépense qu'on
en a fait pour eux- mêmes , et qui craignent
que leurs enfans trop tôt instruits , ne leur deviennent
à charge , ou qu'ils n'oublient trop vite
ce qu'ils auront appris si tôt ? La vie la
plus longue n'est- elle pas trop courte pour ac- II. Vol.
querir
JUIN. 1734 1333
querir quelque perfection dans le moindre des
Arts La diligence , la paresse ou l'indifference
des parens sur cet article , n'influent - elles point
sur la suite des études ? L'éducation donnée de
bonne heure , est- elle plus nuisible à la santé de
l'enfant , que l'indifference en fait d'instruction?
N°. s. L'éducation differée et que l'on peut
appeller tardive et paresseuse , a - t'elle quelque
avantage sur celle que l'on peut nommer au contraire
diligente et hâtée ? L'une ou l'autre suppose-
t'elle du danger pour les Enfans , et laquelle
des deux en a plus ou moins à tous égards ? A
quelque âge que ce soit , sont- ce les plaisirs ou
les études qui tuent , ou la maniere dont on s'y
livre Les amusemens cessent- ils d'être amusemens,
dès qu'ils sont instructifs ? Un Enfant manque-
t'il d'avertir quand les idées , les sensations
et les objets l'incommodent ?
N°. 6. Y a- t'il à craindre pour la santé d'un
Enfant , parce qu'il est enseigné de bonne heure,
quoiqu'avec autant de douceur et de facilité que
si on lui laissoit passer ses premieres années dans
l'ignorance ? L'ignorance et l'oisiveté promettent-
elles plus de vie et de santé aux enfans , que
la culture du corps et de l'esprit , proportionnée
à l'âge , aux forces et à la capacité de l'Enfant ,
selon la Méthode et le Systême du Bureau Typographique
Les idées basses , communes
fausses et populaires , sont- elles plus salutaires
un enfant , que les idées nobles , vrayes et instructives
? L'augmentation reglée des connoissances
est - elle nuisible par elle-même ? Et l'enfant le
plus négligé est - il un seul instant sans en acquerir
?
N°. 7. L'enfant le plus volontaire et le plus
gâté n'aquiert-il pas tous les jours , au hazard ,
Diij 社II. Vol.
de
1234 MERCURE DE FRANCE
de nouvelles idées , de nouvelles sensations et de
nouvelles connoissances à l'occasion des nouveaux
objets ? Et l'enfant peut - il augmenter ses
connoissances que par la curiosité , par l'attention
, par l'intelligence , par la memoire et à mesure
qu'il sent , qu'il voit et qu'il entendè L'enfant
même qui ne parle pas encore , n'est- il pas
affecté , occupé et souvent malgré lui accablé
d'idées et de sensations ? En un mot , l'enfance
vuide et affamée d'idées , n'en fait -elle pas unt
plus grande provision jour par jour, que l'hom
me le plus studieux ?
No. 8. Quand on veut redresser un arbre , ou
dresser et instruire quelque animal , ne profitet'on
pas de leurs premieres années ? Pourquoi
ne feroit- on pas de même à l'égard des enfans ?
Des enfans de trois à quatre ans ne sont - ils pas
plus dociles , et, pour ainsi dire, plus échos pour
repeter , et plus Singes pour imiter , que des enfans
de cinq à six et à sept ans? A quel âge done
peut-on et doit- on en general montrer à un enfans
les premiers élemens des Lettres ? La maniere
de montrer à lire aux enfans est - elle indifferente
, dans la seule idée qu'il suffit que tôt ou
tard un enfant en vienne à bout ? Un enfant de
deux à trois et à quatre ans sera -t'il plus amusé
et mieux instruit avec un petit livre , une touche,
une page pleine de petits caracteres et avec
l'ancienne dénomination des lettres , qu'avec des
cartes pour chaque lettre et pour chaque son
de la Langue , soit qu'il ait un Bureau , soit qu'il
n'en ait point ?
›
N° 9. L'enfant amusé, touché et instruit par la
varieté des cartes sensibles, sur lesquelles chaque
Lettre sera imprimée , par le jeu du Bureau Typographique,
par l'exercice du petit A. B. C.La
IIVol
JUIN. 1734. 7335
tin et du petit A. B. C. François de la Bibliothe
que des Enfans , et cet enfant , sans alterer sa
santé , ne fera- t'il pas plus de progrès que l'enfant
girotté sur sa petite chaise et les yeux colez
sur son Livre ? L'experience n'est -elle pas encore
assez grande ? Peut- on justifier à présent les
Maîtres d'Ecole indociles , prévenus et entêtez ,
qui ne veulent point quitter l'ancienne et la fausse
dénomination des Lettres , pour faire usage
de la nouvelle et de la veritable ; L'antiquité et
la generalité d'une Méthode quelconque , prout'elle
sa superiorité sur toute autre Méthode
possible ?
N°. 10 L'esprit méthodique et vrayement
philosophique dans un Maître , n'est- il pas préferable
à l'esprit érudit et plein d'éloquence qui ne
sçait guere que parler sans raisonner ? D'où vient
donc qu'il n'y a que les esprits prévenus ou antiphilosophiques
contre le Systême du Bureau Typographyque
? Et que penser des Gouvernantes ,
des Valets de Chambre , et même des Precepteurs
qui craignant que le Systême du Bureau ne lur
enleve une partie de la gloire qu'ils attendent en
suivant la Méthode vulgaire , inspirent à leurs
Enfans du dégoût pour cette ingénieuse Machine?
N° . 11. La faute des éducations manquées ne
vient-elle pas ordinairement des Parens , dès
Domestiques , des Maîtres et des Méthodes plutôt
que des enfans ? D'où vient que les enfans
uniques , les aînez et les enfans les plus chéris ,
sont quelquefois les plus mal élevez ? Un enfant
du commun , élevé par son Pere et sa Mere ,
faute de Domestique , n'a t'il pas souvent le
bonheur d'être préservé des inconveniens et des
vices de l'éducation des enfans riches et de distinction
D'ailleurs les impressions paternelles
II. Vol. Diiijet
1336 MERCURE DE FRANCE
et les impressions de ceux qui donnent à boire
et à manger aux enfans , de ceux qui passent la
journée avec eux ne, sont- elles pas plus fortes que
les impressions des Maîtres externes ?
Nº. 12. D'où vient que les enfans les plus
stupides apprennent sans regle lesLangues vivantes
, plus facilement que les hommes les plus appliquez
n'apprennent par regle les Langues mortes
? Et d'où vient encore qu'il est plus aisé de
rendre un enfant dévot , qu'il n'est aisé de le
rendre sçavant , et pourquoi un enfant perd- il
la pratique de la dévotion plus facilement que
celle des Arts et des Sciences ? La dévotion dispose-
t'elle plus à l'étude des Sciences , que l'étu
de des Sciences ne dispose à la dévotion
tirées du Livre intitulé : La
Biblio.heque des Enfans , &c. par
M.D. Auteur du Systême Typographique.
N". I. Es Parens ne laissent-ils pas trop
Llong- temps leurs enfans entre les
mains inhabi.es, et légitimement
suspectes
des
Domestiques
Et comment des gens , la plupart
sans éducation
, vicieux , ignorans et mercenai
res , peuvent-ils être chargez pendant si long-
II. Vol.
Dij temps
1332 MERCURE DE FRANCE
temps d'un pareil soin , à moins qu'ils ne soicue
éprouvez et assujettis selon la méthode des Classes
du Bureau Typographique ? D'où vient même
que tant de parens donnent à leurs chevaux ,
à leurs chiens et à leurs oyseaux , les soins et
l'attention qu'ils refusent à l'éducation de leurs
propres enfans ?
N°. 2. Les Domestiques et les Parens même
ne sont ils pas souvent le plus grand obstacle
que rencontre un bon Maître , dans le plan d'une
excellente éducation ? Et la difficulté de trouver
de bons Domestiques et de bons Maîtres en fait
de pédagogie , et sur tout pour enseigner selon
la Méthode du Bureau Typographique , ne prouve-
t'elle pas l'importance du choix que les Parens
doivent faire des Maîtres , bien loin de s'en
rapporter aveuglément à des témoignages suspects
?
N'. 3. Un grand Seigneur ne doit- il pas
chercher pour ses enfans un bon Précepteur laïque
et Philosophe , plutôt qu'un simple Latiniste
Théologien ? Et en voulant , par oeconomie , un-
Précepteur Aumônier , ne risque- t'on pas souvent
de manquer l'un pour avoir l'autre ? Et
d'où vient qu'aux dépens de l'éducation de l'Enfant
, on prodigue pour la danse , pour la musi
que , &c. l'argent qu'on ne donne qu'avec peine
pour l'institution et la formation de la premiere
enfance ?
No. 4. Que penser des Parens qui ne veulent
pas faire pour leurs enfans plus de dépense qu'on
en a fait pour eux- mêmes , et qui craignent
que leurs enfans trop tôt instruits , ne leur deviennent
à charge , ou qu'ils n'oublient trop vite
ce qu'ils auront appris si tôt ? La vie la
plus longue n'est- elle pas trop courte pour ac- II. Vol.
querir
JUIN. 1734 1333
querir quelque perfection dans le moindre des
Arts La diligence , la paresse ou l'indifference
des parens sur cet article , n'influent - elles point
sur la suite des études ? L'éducation donnée de
bonne heure , est- elle plus nuisible à la santé de
l'enfant , que l'indifference en fait d'instruction?
N°. s. L'éducation differée et que l'on peut
appeller tardive et paresseuse , a - t'elle quelque
avantage sur celle que l'on peut nommer au contraire
diligente et hâtée ? L'une ou l'autre suppose-
t'elle du danger pour les Enfans , et laquelle
des deux en a plus ou moins à tous égards ? A
quelque âge que ce soit , sont- ce les plaisirs ou
les études qui tuent , ou la maniere dont on s'y
livre Les amusemens cessent- ils d'être amusemens,
dès qu'ils sont instructifs ? Un Enfant manque-
t'il d'avertir quand les idées , les sensations
et les objets l'incommodent ?
N°. 6. Y a- t'il à craindre pour la santé d'un
Enfant , parce qu'il est enseigné de bonne heure,
quoiqu'avec autant de douceur et de facilité que
si on lui laissoit passer ses premieres années dans
l'ignorance ? L'ignorance et l'oisiveté promettent-
elles plus de vie et de santé aux enfans , que
la culture du corps et de l'esprit , proportionnée
à l'âge , aux forces et à la capacité de l'Enfant ,
selon la Méthode et le Systême du Bureau Typographique
Les idées basses , communes
fausses et populaires , sont- elles plus salutaires
un enfant , que les idées nobles , vrayes et instructives
? L'augmentation reglée des connoissances
est - elle nuisible par elle-même ? Et l'enfant le
plus négligé est - il un seul instant sans en acquerir
?
N°. 7. L'enfant le plus volontaire et le plus
gâté n'aquiert-il pas tous les jours , au hazard ,
Diij 社II. Vol.
de
1234 MERCURE DE FRANCE
de nouvelles idées , de nouvelles sensations et de
nouvelles connoissances à l'occasion des nouveaux
objets ? Et l'enfant peut - il augmenter ses
connoissances que par la curiosité , par l'attention
, par l'intelligence , par la memoire et à mesure
qu'il sent , qu'il voit et qu'il entendè L'enfant
même qui ne parle pas encore , n'est- il pas
affecté , occupé et souvent malgré lui accablé
d'idées et de sensations ? En un mot , l'enfance
vuide et affamée d'idées , n'en fait -elle pas unt
plus grande provision jour par jour, que l'hom
me le plus studieux ?
No. 8. Quand on veut redresser un arbre , ou
dresser et instruire quelque animal , ne profitet'on
pas de leurs premieres années ? Pourquoi
ne feroit- on pas de même à l'égard des enfans ?
Des enfans de trois à quatre ans ne sont - ils pas
plus dociles , et, pour ainsi dire, plus échos pour
repeter , et plus Singes pour imiter , que des enfans
de cinq à six et à sept ans? A quel âge done
peut-on et doit- on en general montrer à un enfans
les premiers élemens des Lettres ? La maniere
de montrer à lire aux enfans est - elle indifferente
, dans la seule idée qu'il suffit que tôt ou
tard un enfant en vienne à bout ? Un enfant de
deux à trois et à quatre ans sera -t'il plus amusé
et mieux instruit avec un petit livre , une touche,
une page pleine de petits caracteres et avec
l'ancienne dénomination des lettres , qu'avec des
cartes pour chaque lettre et pour chaque son
de la Langue , soit qu'il ait un Bureau , soit qu'il
n'en ait point ?
›
N° 9. L'enfant amusé, touché et instruit par la
varieté des cartes sensibles, sur lesquelles chaque
Lettre sera imprimée , par le jeu du Bureau Typographique,
par l'exercice du petit A. B. C.La
IIVol
JUIN. 1734. 7335
tin et du petit A. B. C. François de la Bibliothe
que des Enfans , et cet enfant , sans alterer sa
santé , ne fera- t'il pas plus de progrès que l'enfant
girotté sur sa petite chaise et les yeux colez
sur son Livre ? L'experience n'est -elle pas encore
assez grande ? Peut- on justifier à présent les
Maîtres d'Ecole indociles , prévenus et entêtez ,
qui ne veulent point quitter l'ancienne et la fausse
dénomination des Lettres , pour faire usage
de la nouvelle et de la veritable ; L'antiquité et
la generalité d'une Méthode quelconque , prout'elle
sa superiorité sur toute autre Méthode
possible ?
N°. 10 L'esprit méthodique et vrayement
philosophique dans un Maître , n'est- il pas préferable
à l'esprit érudit et plein d'éloquence qui ne
sçait guere que parler sans raisonner ? D'où vient
donc qu'il n'y a que les esprits prévenus ou antiphilosophiques
contre le Systême du Bureau Typographyque
? Et que penser des Gouvernantes ,
des Valets de Chambre , et même des Precepteurs
qui craignant que le Systême du Bureau ne lur
enleve une partie de la gloire qu'ils attendent en
suivant la Méthode vulgaire , inspirent à leurs
Enfans du dégoût pour cette ingénieuse Machine?
N° . 11. La faute des éducations manquées ne
vient-elle pas ordinairement des Parens , dès
Domestiques , des Maîtres et des Méthodes plutôt
que des enfans ? D'où vient que les enfans
uniques , les aînez et les enfans les plus chéris ,
sont quelquefois les plus mal élevez ? Un enfant
du commun , élevé par son Pere et sa Mere ,
faute de Domestique , n'a t'il pas souvent le
bonheur d'être préservé des inconveniens et des
vices de l'éducation des enfans riches et de distinction
D'ailleurs les impressions paternelles
II. Vol. Diiijet
1336 MERCURE DE FRANCE
et les impressions de ceux qui donnent à boire
et à manger aux enfans , de ceux qui passent la
journée avec eux ne, sont- elles pas plus fortes que
les impressions des Maîtres externes ?
Nº. 12. D'où vient que les enfans les plus
stupides apprennent sans regle lesLangues vivantes
, plus facilement que les hommes les plus appliquez
n'apprennent par regle les Langues mortes
? Et d'où vient encore qu'il est plus aisé de
rendre un enfant dévot , qu'il n'est aisé de le
rendre sçavant , et pourquoi un enfant perd- il
la pratique de la dévotion plus facilement que
celle des Arts et des Sciences ? La dévotion dispose-
t'elle plus à l'étude des Sciences , que l'étu
de des Sciences ne dispose à la dévotion
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Résumé : QUESTIONS élementaires et pédagogiques tirées du Livre intitulé : La Bibliotheque des Enfans, &c. par M. D. Auteur du Systême Typographique.
Le texte 'Questions élémentaires et pédagogiques' extrait de 'La Bibliothèque des Enfants' de M.D., auteur du Système Typographique, aborde diverses questions relatives à l'éducation des enfants et aux responsabilités des parents et des domestiques. Le rôle des domestiques est critiqué, car les parents confient souvent leurs enfants à des domestiques incompétents et mal éduqués, tout en accordant plus d'attention à leurs animaux. Il est recommandé d'éprouver et de former ces domestiques selon la méthode des Classes du Bureau Typographique. Les obstacles à une bonne éducation incluent les domestiques et parfois les parents eux-mêmes. Trouver de bons maîtres, notamment ceux formés à la méthode du Bureau Typographique, est essentiel pour une éducation de qualité. Les grands seigneurs sont encouragés à privilégier des précepteurs laïques et philosophes plutôt que des théologiens. Économiser sur l'éducation au détriment d'autres activités comme la danse ou la musique est critiqué. Certains parents hésitent à investir dans l'éducation de leurs enfants, craignant qu'ils ne deviennent à charge ou n'oublient rapidement ce qu'ils ont appris. Cependant, l'éducation donnée tôt n'est pas nécessairement nuisible à la santé de l'enfant. L'ignorance et l'oisiveté ne garantissent pas une meilleure santé que l'éducation adaptée à l'âge et aux capacités de l'enfant. Les enfants acquièrent des connaissances même lorsqu'ils sont négligés. Les idées nobles et instructives sont préférables aux idées basses et fausses. Les enfants, même très jeunes, acquièrent des idées et des sensations par la curiosité et l'attention, accumulant rapidement des connaissances durant l'enfance. Les méthodes d'enseignement traditionnelles sont jugées moins efficaces que l'utilisation de cartes et de jeux pédagogiques, comme ceux du Bureau Typographique. Les maîtres doivent être ouverts à ces nouvelles méthodes. Un maître méthodique et philosophique est préférable à un maître érudit mais sans esprit critique. Les préjugés contre le Système Typographique sont souvent dus à la peur de perdre de la gloire personnelle. Les échecs éducatifs proviennent souvent des parents, des domestiques, des maîtres et des méthodes utilisées. Les enfants uniques ou chéris ne sont pas toujours mieux élevés. Enfin, les enfants apprennent plus facilement les langues vivantes sans règle que les langues mortes avec règle. La dévotion est plus facile à inculquer que la science, mais elle est plus facilement perdue.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2857
p. 1378-1384
CEREMONIE faite à Bordeaux, lors de la Position de la premiere Pierre du Piedestal, sur lequel doit être élevée une Statuë du Roy &c.
Début :
Nous avons été instruits un peu tard de cette cérémonie ; mais [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Bordeaux, Statue du roi, Roi, Ville, Place royale, Écuyer, Statue, Sous-maire, Médailles
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texteReconnaissance textuelle : CEREMONIE faite à Bordeaux, lors de la Position de la premiere Pierre du Piedestal, sur lequel doit être élevée une Statuë du Roy &c.
CEREMONIE faite à Bordeaux ;
lors de la Position de la premiere Pierre
du Piedestal , sur lequel doit être élevée
une Statue du Roy &c.
Ntard de cette cérémonie ; mais
Ous avons été instruits un peu
nous l'avons été avec exactitude , puisque
c'est par
le Procès verbal qui en a été
dressé le même jour , et qui est conservé
dans les Archives de l'Hôtel de Ville, dont
une copie vient de nous être envoyée.
Personne n'ignore que la Ville de Bordeaux
est une des plus importantes et des
plus considerables Villes du Royaume, et
que son Port , situé sur l'embouchure de
la Garonne , est un des plus beaux de l'Europe
, formant par sa disposition un point
de veuë qui frape et un spectacle charmant
Cetre Ville , en profitant d'une si
heureuse situation , a voulu faire deux
choses dans ces derniers temps. Donner
au Roy une marque éclatante de son
zele , et se procurer en même tems un
surcroît d'embellissement , qui répondit
à celui qu'elle a receu de la nature. Elle
fait construire une grande Place Royale
ornée de Bâtimens magnifiques, prise dans
II. Vol. unc
JUIN. 1734 1379
ne bonne partie du terrain , occupé cydevant
par le Fauxbourg ,ou Quartier du
Chapeau Rouge . Et c'est au milieu de
cette grande Place que doit être érigéo
la Statue équestre du Roy , en bronze ,
de 14 à 15 pieds d'élevation , sans le
Piedestal , à laquelle travaille actuelle .
ment M. Lemoine de l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture , dont tout le
monde connoît la capacité La Ville de
Bordeaux en fait aussi la dépense .
Lorsque cet auguste Monument sera
posé et que la Place Royale sera dans
son entiere perfection , nous ne manquerons
pas de donner la Description de l'un
et de l'autre , et d'apprendre au Public
tout ce qui se sera passé à cette occasion .
Nous nous bornons aujourd'hui à ce qui
concerne la cérémonie préliminaire contenuëdans
le Procès verbal dont nous avons
parlé , et dont voici les propres termes.
L'AN mil sept cent trente- trois et le
huitièmejour du mois d'Août , Mrs Joseph
deSegur Chevalier, Vicomte de Cabannac ,
Baron d'Arsac et de Belfort & c. Sous-
Maire :: François Joseph de Galatheau ,
Chevalier, Baron de l'Isle de la Lande &c.
Joseph Dupin , Ecuyer , Avocat en Parlement
, Seigneur de la Maison Noble
du Bauquet &c . Pierre Noël de Saincrit,
II. Vole Fij Ecuyer
1380 MERCURE DE FRANCE
Ecuyer , Seigneur de la Maison Noble de
Rouffiac: Pierre Borie , Ecuyer , Seigneur
des Maisons Nobles de Poumarede
Fleury & c. Ecuyer , Avocat en Parlement
, Pierre de Kater , Ecuyer , Jurats ,
Jean- Baptiste Maignol , Ecuyer Citoyen ,
Seigneur de la Maison Noble de Mataplane
, Procureur Syndic , et Guillaume
du Boscq , Ecuyer , Conseiller du Roy ,
Clerc et Sécretaire ordinaire de la Ville ,
revêtus d'une Robe de satin rouge et
blanc , celle de M. le Sous - Maire doublée
d'un drap d'argent , faites au sujet
de la présente Céremonie , étant partis
de l'Hôtel de Ville environ sur les six
heures du soir , M. Claude Boucher
Chevalier , Seigneur des Gouttes Hebecourt
& c. Conseiller d'Honneur au Par
lemont de Bourdeaux , Président Honoraire
en la Cour des Aydes de Paris , Intendant
de Justice , Police et Finances
de la Generalité de Guyenne , à leur tête ,
se sont rendus avec leur Cortége ordipaire
sur la Place Royale et dans le lieu
où se bâtit le Piedestal destiné pour
placer la Statuë équestre de Sa Majesté ,
que cette Ville doit faire élever à son
honneur et gloire ; comme un précieux
Monument de son amour , de son respect
et de sa soumission ; ayant fait leur mar-
II Vol, che
JUI N. 1734: 1381
the par la rue Saint James , par celles
des Ayres , Poisson Sallé , Saint Pojet ,
Sainte Catherine et par le Chapeau Rouges
les Troupes Bourgeoises au nombre de
12000 hommes , tous Chefs de Familles ,
étint sous les Armes , partie rangez en
haye sur lesdites rues , partie en Bataille
sur la Place Royale : et après plusieurs
décharges de Mousqueterie et de canon ,
tant de la Ville , que des Vaisseaux , qui
avoient reçu pour cela les ordres de
Mrs les Jurats , il a été placé au milieu du
fondement du Piedestal de la Statue, dans
une Pierre creusée exprès , un coffre de
plomb , dans lequel étoit un autre petit
coffre de bois de cedre , garri en dedans
de Satin bleu , orné d'un Galon d'or et
dans icelui on a mis six Médailles , l'une
d'or et les autres d'argent , représentant
d'un côté l'Edifice de la Place Royale
et de l'autre , la Statue équestre de S. M.
sur lesquelles Médailles il a été mis un
petit coussin de la même étoffe , aussi
orné de Galons d'or , et au- dessus on a
posé une Plaque de cuivre , sur laquelle
sont gravez les noms de M. Boucher ,
Intendant , ceux de Mrs les Sous- Maire ,
Jurats , Procureur Syndic , et Clerc de
Ville , et celui de M. Gabriël , Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel , Contrôleur
II Vol.
,
Fiij
Ge382
MERCURE DE FRANCE
,
General des Bâtimens du Roy ,, son
Architecte ordinaire , et Premier Ingénieur
des Ponts et Chaussées de France ,
qui a donné les Desseins et conduit les
Travaux de la Place Royale , laquelle se
construit actuellement sur le Port de cette
Ville. M. Boucher , Mrs les Sous- Maire,
Jurats , Procureur Syndic et Clerc de
Ville , ayant mis , chacun selòn son rang,
un peu de mortier sut la premiere Pierre,
et donné quelques coups de marteau ,
tout cela au bruit des Tambours , des
Trompettes et des décharges deMousqueterie
et de canon , souvent réïterées , ils
ont mis le feu à un grand Bucher , qui
avoit été dressé sur la même Place , les
habitans ayant marqué une grande joye
et un contenrement parfait de ce premier
Monument , qui doit annoncer à la Posterité
la plus reculée les sinceres mouvements
de leur coeur , leur amour , et leur
respect pour S. M. Mrs les Sous- Maire ,
Jurats , Procureur Syndic et Clerc de
Ville ont pendant leur marche , et étant
sur ladite Place , fait jetter abondamment
de l'argent au Peuple , et ensuite ils ont
fait tirer avec beaucoup de succès un Feu
d'artifice pour la clôture de laCérémonie;
après quoi ils se sont retirez ayant laissé à
la Garde des Bourgeois de laVille, qui ont
II. Vol. SouTHE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
MDCCXXXIII
OPTIMO
PRINCIPI
PRÆSID
ET
DECUS
BURDIGAL
CIVITAS
JUIN. 1734. 1383
souhaité chacun à leur tour de participer
à cethonneur,la conservation du précieux
Dépôt des Medailles jusques à ce que l'Edifice
fut assez élevé pour le mettre à cou
vert des atteintes qu'on pourroit y donner.
FAIT sur ladite Place Royale , lesdits
jour , mois , et an que dessus , ainsi
signé Boucher , Segur Sous- Maire , de Galatheau
Jurat , Dupin Jurat , Saincrit
Jurat, Poumarede Jurat , Dessudres Jurat,
de Kater Jurat , Maignol Procureur Syndic
de la Ville , de Boscq Clerc et Sécretaire
de la Ville , et Gabriël.
On nous sçaura , sans doute, bon gré
de trouver ici la gravure du Type des six
Médailles qui ont été mises dans les fondemens
du Piedestal, et qui est le même
sur chaque Médaille . D'un côté on voit
la Représentation de la nouvelle Place
Royale , avec tous les accompagnemens
qu'elle doit avoir , et cette Legende
PRESIDIUM, ET DECU s . Et de l'autre
la Statue Equestre du Roy sur son
Piedestal avec ces mots CIVITAS BURDIGAL
OPTIMO PRINCIPI , dans
l'Exergue M. DCC. XXXIII.
Cette Medaille qui est de la grandeur
du Dessein gravé a paru d'un grand gout
et d'une belle exécution à tous les connoisseurs
, c'est M. Duvivier , de l'Aca-
11 Vol. Fiiij démie
384 MERCURE DE FRANCE
démie Royale , qui en a gravé les coins
avec son habilité ordinaire.
་
Les accidents survenus à l'un de
ces coins , qui est celui de la figure
Equestre , ont été la cause qu'elle n'a
pas paru dans le tems.LeGraveur a été obligé
de le recommencer trois fois,le coin s'étant
cassé autant de fois, tant à la trempe
que sous le Balancier : ce dernier se ressent
encore beaucoup de l'effort du Balancier,
par le grand nombre de Medailles qu'on
a frappées , qui ont élargi les fentes , et
qui causent la confusion que l'on apperçoit
dans l'ouvrage.
Le Sr Duvivier grave actuellement an
nouveau coin de la Tête du Roy , pour les
Medailles dont il fit le modele en cire ,
dans les mois de Fevrier et Mars dernier ,
-S. M. ayant bien voulu se prêter à plusieurs
reprises. Ce modele a été trouvé
très ressemblant.
lors de la Position de la premiere Pierre
du Piedestal , sur lequel doit être élevée
une Statue du Roy &c.
Ntard de cette cérémonie ; mais
Ous avons été instruits un peu
nous l'avons été avec exactitude , puisque
c'est par
le Procès verbal qui en a été
dressé le même jour , et qui est conservé
dans les Archives de l'Hôtel de Ville, dont
une copie vient de nous être envoyée.
Personne n'ignore que la Ville de Bordeaux
est une des plus importantes et des
plus considerables Villes du Royaume, et
que son Port , situé sur l'embouchure de
la Garonne , est un des plus beaux de l'Europe
, formant par sa disposition un point
de veuë qui frape et un spectacle charmant
Cetre Ville , en profitant d'une si
heureuse situation , a voulu faire deux
choses dans ces derniers temps. Donner
au Roy une marque éclatante de son
zele , et se procurer en même tems un
surcroît d'embellissement , qui répondit
à celui qu'elle a receu de la nature. Elle
fait construire une grande Place Royale
ornée de Bâtimens magnifiques, prise dans
II. Vol. unc
JUIN. 1734 1379
ne bonne partie du terrain , occupé cydevant
par le Fauxbourg ,ou Quartier du
Chapeau Rouge . Et c'est au milieu de
cette grande Place que doit être érigéo
la Statue équestre du Roy , en bronze ,
de 14 à 15 pieds d'élevation , sans le
Piedestal , à laquelle travaille actuelle .
ment M. Lemoine de l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture , dont tout le
monde connoît la capacité La Ville de
Bordeaux en fait aussi la dépense .
Lorsque cet auguste Monument sera
posé et que la Place Royale sera dans
son entiere perfection , nous ne manquerons
pas de donner la Description de l'un
et de l'autre , et d'apprendre au Public
tout ce qui se sera passé à cette occasion .
Nous nous bornons aujourd'hui à ce qui
concerne la cérémonie préliminaire contenuëdans
le Procès verbal dont nous avons
parlé , et dont voici les propres termes.
L'AN mil sept cent trente- trois et le
huitièmejour du mois d'Août , Mrs Joseph
deSegur Chevalier, Vicomte de Cabannac ,
Baron d'Arsac et de Belfort & c. Sous-
Maire :: François Joseph de Galatheau ,
Chevalier, Baron de l'Isle de la Lande &c.
Joseph Dupin , Ecuyer , Avocat en Parlement
, Seigneur de la Maison Noble
du Bauquet &c . Pierre Noël de Saincrit,
II. Vole Fij Ecuyer
1380 MERCURE DE FRANCE
Ecuyer , Seigneur de la Maison Noble de
Rouffiac: Pierre Borie , Ecuyer , Seigneur
des Maisons Nobles de Poumarede
Fleury & c. Ecuyer , Avocat en Parlement
, Pierre de Kater , Ecuyer , Jurats ,
Jean- Baptiste Maignol , Ecuyer Citoyen ,
Seigneur de la Maison Noble de Mataplane
, Procureur Syndic , et Guillaume
du Boscq , Ecuyer , Conseiller du Roy ,
Clerc et Sécretaire ordinaire de la Ville ,
revêtus d'une Robe de satin rouge et
blanc , celle de M. le Sous - Maire doublée
d'un drap d'argent , faites au sujet
de la présente Céremonie , étant partis
de l'Hôtel de Ville environ sur les six
heures du soir , M. Claude Boucher
Chevalier , Seigneur des Gouttes Hebecourt
& c. Conseiller d'Honneur au Par
lemont de Bourdeaux , Président Honoraire
en la Cour des Aydes de Paris , Intendant
de Justice , Police et Finances
de la Generalité de Guyenne , à leur tête ,
se sont rendus avec leur Cortége ordipaire
sur la Place Royale et dans le lieu
où se bâtit le Piedestal destiné pour
placer la Statuë équestre de Sa Majesté ,
que cette Ville doit faire élever à son
honneur et gloire ; comme un précieux
Monument de son amour , de son respect
et de sa soumission ; ayant fait leur mar-
II Vol, che
JUI N. 1734: 1381
the par la rue Saint James , par celles
des Ayres , Poisson Sallé , Saint Pojet ,
Sainte Catherine et par le Chapeau Rouges
les Troupes Bourgeoises au nombre de
12000 hommes , tous Chefs de Familles ,
étint sous les Armes , partie rangez en
haye sur lesdites rues , partie en Bataille
sur la Place Royale : et après plusieurs
décharges de Mousqueterie et de canon ,
tant de la Ville , que des Vaisseaux , qui
avoient reçu pour cela les ordres de
Mrs les Jurats , il a été placé au milieu du
fondement du Piedestal de la Statue, dans
une Pierre creusée exprès , un coffre de
plomb , dans lequel étoit un autre petit
coffre de bois de cedre , garri en dedans
de Satin bleu , orné d'un Galon d'or et
dans icelui on a mis six Médailles , l'une
d'or et les autres d'argent , représentant
d'un côté l'Edifice de la Place Royale
et de l'autre , la Statue équestre de S. M.
sur lesquelles Médailles il a été mis un
petit coussin de la même étoffe , aussi
orné de Galons d'or , et au- dessus on a
posé une Plaque de cuivre , sur laquelle
sont gravez les noms de M. Boucher ,
Intendant , ceux de Mrs les Sous- Maire ,
Jurats , Procureur Syndic , et Clerc de
Ville , et celui de M. Gabriël , Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel , Contrôleur
II Vol.
,
Fiij
Ge382
MERCURE DE FRANCE
,
General des Bâtimens du Roy ,, son
Architecte ordinaire , et Premier Ingénieur
des Ponts et Chaussées de France ,
qui a donné les Desseins et conduit les
Travaux de la Place Royale , laquelle se
construit actuellement sur le Port de cette
Ville. M. Boucher , Mrs les Sous- Maire,
Jurats , Procureur Syndic et Clerc de
Ville , ayant mis , chacun selòn son rang,
un peu de mortier sut la premiere Pierre,
et donné quelques coups de marteau ,
tout cela au bruit des Tambours , des
Trompettes et des décharges deMousqueterie
et de canon , souvent réïterées , ils
ont mis le feu à un grand Bucher , qui
avoit été dressé sur la même Place , les
habitans ayant marqué une grande joye
et un contenrement parfait de ce premier
Monument , qui doit annoncer à la Posterité
la plus reculée les sinceres mouvements
de leur coeur , leur amour , et leur
respect pour S. M. Mrs les Sous- Maire ,
Jurats , Procureur Syndic et Clerc de
Ville ont pendant leur marche , et étant
sur ladite Place , fait jetter abondamment
de l'argent au Peuple , et ensuite ils ont
fait tirer avec beaucoup de succès un Feu
d'artifice pour la clôture de laCérémonie;
après quoi ils se sont retirez ayant laissé à
la Garde des Bourgeois de laVille, qui ont
II. Vol. SouTHE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
MDCCXXXIII
OPTIMO
PRINCIPI
PRÆSID
ET
DECUS
BURDIGAL
CIVITAS
JUIN. 1734. 1383
souhaité chacun à leur tour de participer
à cethonneur,la conservation du précieux
Dépôt des Medailles jusques à ce que l'Edifice
fut assez élevé pour le mettre à cou
vert des atteintes qu'on pourroit y donner.
FAIT sur ladite Place Royale , lesdits
jour , mois , et an que dessus , ainsi
signé Boucher , Segur Sous- Maire , de Galatheau
Jurat , Dupin Jurat , Saincrit
Jurat, Poumarede Jurat , Dessudres Jurat,
de Kater Jurat , Maignol Procureur Syndic
de la Ville , de Boscq Clerc et Sécretaire
de la Ville , et Gabriël.
On nous sçaura , sans doute, bon gré
de trouver ici la gravure du Type des six
Médailles qui ont été mises dans les fondemens
du Piedestal, et qui est le même
sur chaque Médaille . D'un côté on voit
la Représentation de la nouvelle Place
Royale , avec tous les accompagnemens
qu'elle doit avoir , et cette Legende
PRESIDIUM, ET DECU s . Et de l'autre
la Statue Equestre du Roy sur son
Piedestal avec ces mots CIVITAS BURDIGAL
OPTIMO PRINCIPI , dans
l'Exergue M. DCC. XXXIII.
Cette Medaille qui est de la grandeur
du Dessein gravé a paru d'un grand gout
et d'une belle exécution à tous les connoisseurs
, c'est M. Duvivier , de l'Aca-
11 Vol. Fiiij démie
384 MERCURE DE FRANCE
démie Royale , qui en a gravé les coins
avec son habilité ordinaire.
་
Les accidents survenus à l'un de
ces coins , qui est celui de la figure
Equestre , ont été la cause qu'elle n'a
pas paru dans le tems.LeGraveur a été obligé
de le recommencer trois fois,le coin s'étant
cassé autant de fois, tant à la trempe
que sous le Balancier : ce dernier se ressent
encore beaucoup de l'effort du Balancier,
par le grand nombre de Medailles qu'on
a frappées , qui ont élargi les fentes , et
qui causent la confusion que l'on apperçoit
dans l'ouvrage.
Le Sr Duvivier grave actuellement an
nouveau coin de la Tête du Roy , pour les
Medailles dont il fit le modele en cire ,
dans les mois de Fevrier et Mars dernier ,
-S. M. ayant bien voulu se prêter à plusieurs
reprises. Ce modele a été trouvé
très ressemblant.
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Résumé : CEREMONIE faite à Bordeaux, lors de la Position de la premiere Pierre du Piedestal, sur lequel doit être élevée une Statuë du Roy &c.
En 1733, une cérémonie a été organisée à Bordeaux pour la pose de la première pierre du piédestal d'une statue équestre du roi. Cette cérémonie, dont le procès-verbal est conservé aux archives de l'Hôtel de Ville, a été orchestrée par plusieurs dignitaires, notamment le sous-maire Joseph de Segur et l'intendant Claude Boucher. La ville de Bordeaux, située à l'embouchure de la Garonne, a entrepris cette construction pour honorer le roi et embellir la ville. La statue, en bronze, a été réalisée par M. Lemoine de l'Académie Royale de Peinture et Sculpture. La cérémonie a commencé par une procession suivie de salves d'artillerie. Un coffre contenant des médailles commémoratives a été enterré sous la première pierre. Ces médailles, gravées par M. Duvivier, représentent la nouvelle Place Royale et la statue équestre du roi. La cérémonie s'est conclue par un feu d'artifice et des distributions d'argent au peuple. Cette initiative visait à célébrer la royauté et à marquer l'importance de Bordeaux dans le royaume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2858
p. 1389-1390
Traité des Benefices Ecclesiastiques, [titre d'après la table]
Début :
TRAITÉ DES BENEFICES ECCLESIASTIQUES, dans lequel on concilie la [...]
Mots clefs :
Bénéfices ecclésiastiques, Recueil, Édits, Ordonnances, Déclarations, Matières bénéficiales, Préface
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité des Benefices Ecclesiastiques, [titre d'après la table]
ORAITE' DES BENEFICES ECCLESIASTI
QUES dans lequel on concilie la
discipline de l'Eglise avec les usages du
Royaume de France , et le Recueil des
Edits , Ordonnances , Déclarations et
Arrêts de Reglement, concernant les matieres
Beneficiales et autres , qui y ont
raport. Par M. P... G.... trois tomes
in 4 le premier 700 pag. sans la Préface.
Le second 720. Le troisiéme 650. A Pa-.
ris chez Langlois , la veuve Mazieres , et
J. B. Garnier. 1734.
Cet Ouvrage n'est pas trop susceptible
d'un Extrait , et d'ailleurs la matiere,
II. Vol.
dont
1390 MERCURE DE FRANCE
dont il traite , n'est pas de notre compé
tence. Mais en attendant que les Journaux
des Sçavans en rendent compte au
Public , nous avertissons qu'on trouvera
dans la Préface de l'Auteur des Remarques
fort judicieuses sur les Casuistes et
les Jurisconsultes , qui ont écrit sur lë
même sujet que ce Traité est une compilation
très méthodique et très - bien
faite des dix - sept volumes de M. du
Perray , et d'un Traité imprimé à Paris
en 1721. auxquels on a ajouté cinq ou
six Questions , qui sont presque toutes
neuves un court Supplément et une
Table fort ample : Que le Recueil des
Edits , Ordonnances , Declarations . &c .
tient la moitié du second volume et tout
le troisiéme ร
que c'est la plus grande
Collection , qui ait encore paru sur cette
matiere ; qu'elle est terminée par deux
Tables très - commodes pour trouver d'abord
les pièces , dont on aura besoin .
Enfin si l'utilité , le bon style , l'exactitude
, la méthode et les recherches sçavantes
sont un pronostic sûr pour un
Ouvrage , on doit certainement très bien
augurer du succès de celui - ci , qui nous
paroît même nécessaire à tous ceux , qui
ont besoin d'étudier les matieres Beneficiales.
QUES dans lequel on concilie la
discipline de l'Eglise avec les usages du
Royaume de France , et le Recueil des
Edits , Ordonnances , Déclarations et
Arrêts de Reglement, concernant les matieres
Beneficiales et autres , qui y ont
raport. Par M. P... G.... trois tomes
in 4 le premier 700 pag. sans la Préface.
Le second 720. Le troisiéme 650. A Pa-.
ris chez Langlois , la veuve Mazieres , et
J. B. Garnier. 1734.
Cet Ouvrage n'est pas trop susceptible
d'un Extrait , et d'ailleurs la matiere,
II. Vol.
dont
1390 MERCURE DE FRANCE
dont il traite , n'est pas de notre compé
tence. Mais en attendant que les Journaux
des Sçavans en rendent compte au
Public , nous avertissons qu'on trouvera
dans la Préface de l'Auteur des Remarques
fort judicieuses sur les Casuistes et
les Jurisconsultes , qui ont écrit sur lë
même sujet que ce Traité est une compilation
très méthodique et très - bien
faite des dix - sept volumes de M. du
Perray , et d'un Traité imprimé à Paris
en 1721. auxquels on a ajouté cinq ou
six Questions , qui sont presque toutes
neuves un court Supplément et une
Table fort ample : Que le Recueil des
Edits , Ordonnances , Declarations . &c .
tient la moitié du second volume et tout
le troisiéme ร
que c'est la plus grande
Collection , qui ait encore paru sur cette
matiere ; qu'elle est terminée par deux
Tables très - commodes pour trouver d'abord
les pièces , dont on aura besoin .
Enfin si l'utilité , le bon style , l'exactitude
, la méthode et les recherches sçavantes
sont un pronostic sûr pour un
Ouvrage , on doit certainement très bien
augurer du succès de celui - ci , qui nous
paroît même nécessaire à tous ceux , qui
ont besoin d'étudier les matieres Beneficiales.
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Résumé : Traité des Benefices Ecclesiastiques, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Oraité des bénéfices ecclésiastiques' compile les disciplines de l'Église et les usages du Royaume de France en trois tomes : 700, 720 et 650 pages. Publié à Paris en 1734 par Langlois, la veuve Mazieres et J. B. Garnier, il n'est pas destiné à être extrait. La préface contient des remarques sur les casuistes et les jurisconsultes ayant traité du même sujet. L'ouvrage synthétise les dix-sept volumes de M. du Perray et un traité de 1721, enrichis de nouvelles questions, d'un supplément et d'une table ample. Le second tome et le troisième sont dédiés aux édits, ordonnances, déclarations et arrêts concernant les matières bénéficiales. Cette collection est présentée comme la plus complète publiée à ce jour, facilitée par deux tables pour retrouver les pièces nécessaires. L'ouvrage est loué pour son utilité, son style, son exactitude, sa méthode et ses recherches savantes, en faisant une référence essentielle pour l'étude des bénéfices ecclésiastiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2859
p. 1391
« CATALOGUE des Archevêchez, Evêchez, Abbayes et Prieurez de Nomination Royale, [...] »
Début :
CATALOGUE des Archevêchez, Evêchez, Abbayes et Prieurez de Nomination Royale, [...]
Mots clefs :
Nomination royale, Évêchés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CATALOGUE des Archevêchez, Evêchez, Abbayes et Prieurez de Nomination Royale, [...] »
CATALOGUE des Archevêchez
Evêch z , Abbayes et Prieurez de Nomination
Royale , leur revenu , charges
déduites ; la Taxe de Rome , les Evêchez
situez en pays d'obédience ceux qui
sont du ressort de la Legation d'Avignon ;
le nom des Titulaires , et la date de leur
Nomination en l'état qu'ils se trouvent
au 15 de May 1734. A Paris , chez Langlois
, Imprimeur Libraire , rue S. Etienne
d'Egrès , au Bon Pasteur. 1734. in 8 .
Ce Recueil , dont voici la seconde Fdition
considerablement augmentée et plus
correcte , est très secourable pour avoir
la connoissance la plus juste des Benefices
que l'on ait cüe jusqu'à présent.
Evêch z , Abbayes et Prieurez de Nomination
Royale , leur revenu , charges
déduites ; la Taxe de Rome , les Evêchez
situez en pays d'obédience ceux qui
sont du ressort de la Legation d'Avignon ;
le nom des Titulaires , et la date de leur
Nomination en l'état qu'ils se trouvent
au 15 de May 1734. A Paris , chez Langlois
, Imprimeur Libraire , rue S. Etienne
d'Egrès , au Bon Pasteur. 1734. in 8 .
Ce Recueil , dont voici la seconde Fdition
considerablement augmentée et plus
correcte , est très secourable pour avoir
la connoissance la plus juste des Benefices
que l'on ait cüe jusqu'à présent.
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Résumé : « CATALOGUE des Archevêchez, Evêchez, Abbayes et Prieurez de Nomination Royale, [...] »
Le document 'CATALOGUE des Archevêchez, Evêch z, Abbayes et Prieurez de Nomination Royale' du 15 mai 1734 détaille les revenus et charges des évêchés, abbayes et prieurés en France. Il inclut la taxe de Rome et distingue les évêchés en fonction de leur obédience. Il liste les titulaires et leurs dates de nomination. Publié à Paris par Langlois, il vise à fournir une connaissance précise des bénéfices ecclésiastiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2860
p. 1391-1400
TOME XVIII. de la Bibliotheque Germanique.
Début :
Dans l'article IV. on trouve un Extrait du XIV. volume de la Bibliothéque [...]
Mots clefs :
Histoire, Peuples, Livre, Temps, Histoire des Allemands, Guerres, Traduction allemande, Goths, Allemagne, Empire, Expéditions, Remarques, Héros, Latin, Nouvelles littéraires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TOME XVIII. de la Bibliotheque Germanique.
TO ME XVIII. de la Bibliotheque
German: que.
Dans l'article IV . on trouve un Extrait
du XIV. volume de la Bibliothéque
Grecque de M. , Fabricius , dont nous
avons parlé dans le Mercure en differentes
occasions. Ce nouveau volume cst
imprimé à Hambourg chez la veuve
Felginer en 1728. et contient 740 pages
in 4. Le Journaliste Allemand nous.
apprend que c'est ici le dernier volume.
de ce grand Ouvrage , ajoutant qu'il et
présentement complet , et que c'est le
II. Vol. fruic
1392 MERCURE DE FRANCE
fruit d'un travail de 25 années ; travail
immense et qui cependant n'a pas empê
ché M. Fabricius de donner au Public
dans cet intervalle de tems , plusieurs
Ouvrages très- considerables .
La principale piéce de ce dernier volume
est un Indice general sur les XIV.
volumes précédens . On doit en partie
cette Table , si nécessaire à cause de la
varieté et de l'abondance des matieres ,
à Jean Chrêtien Vuolff , Professeur de
Physique et de Poësie à Hambourg ; sur
quoi M. Fabricius lui témoigne sa reconnoissance.
L'Article VII. contient l'Extrait d'une
Histoire des Allemands écrite en Alle
mand jusqu'au commencement de la
Monarchie Françoise par le DocteurJean.
Jacques Mascou 1. vol . in 4. à Leipsic
chez Jacques Chuster 1726. PP. 508.
sans les Préfaces et les Tables . Le dessein
de l'Auteur est de nous donner l'Histoire
des Anciens Allemands jusqu'à l'extinc
tion de la posterité de Charlemagne; mais
il ne va dans ce volume que jusqu'à
Clovis exclusivement .
Il importe à ceux qui veulent s'instruire
à fond des Coutumes et du Droit
d'Allemagne d'aller en chercher la source
dans les tems les plus reculés . Tout ce
II Vol.
qui
JUIN. 1734 1393
qui contribue à rendre ces siécles moins
impénétrables et à en mettre l'Histoire
dans un plus grand jour mérite donc
l'attention et la reconnoissance du Public.
On y trouve l'origine de diverses Nations
Germaniques ou voisin esde l'Allemagne,
qui ont d'abord désolé et puis conquis
les plus considérables Parties de l'Empire
Romain ; le récit de leurs Expéditions ,
des Remarques sur les principaux Chefs
et sur les bonnes ou mauvaises qualitcz
de ces Héros : Tout cela est exécuté
comme il doit l'être dans une bonne
Histoire ; l'Auteur du Journal remarque
qu'il eut été à souhaiter que M. Mascou
eut écrit son Histoire en Latin en faveur
des Etrangers , d'autant plus qu'il a écrit
d'autres Ouvrages en cette Langue avec
succès .
Le premier Livre contient l'Histoire
'des Allemands jusqu'à la fin de la Guerre
Cimbrique ; on y trouve entre beaucoup
d'autres choses remarquables , le récit des
Victoires que les Cimbres et les Teutons
ont remporté sur les Romains et de leur
défaite par Marius. Depuis les Cimbres
jusqu'à Cesar les Peuples d'Allemagne
sont peu connus dans l'Histoire : Cesar
- nous a laissé des Memoires des Guerres
qu'il a cues avec eux , et quoique de son
II. Vol
tems
1394 MERCURE DE FRANCE
tems on doutât de la fidelité de ces Mémoires
, M. de Mascou n'a pû faire autrement
que de le prendre pour guide en lc
redressant , lorsque l'occasion s'en présente.
Il suit donc Cesar dans ses Expéditions
en Germanie , et il donne ensuite
une idée des moeurs des anciens Germains
prise de Cesar et de Tacite , il compare
ensuite la Mythologie de ces Peuples avec
celle des Grecs , à l'avantage de celle des
premiers. C'est ce qui contient le second
Livre.
Le troisiéme continue l'Histoire des
Allemands jusqu'à la défaite de Varus ,
c'est-à-dire les diverses Expéditions des
Romains sur les Sigambres, les Semnons ,
les Hermundures , les Marcomans , et
autres Peuples de ces pays là , jusqu'à
l'affreuse déroute de Quintilius Varus ,
dont l'avarice et les chicanes avoient
mis les Peuples Germains au désespoir.
Le quatriéme Livre contient les exploits
d'Arminius en faveur de sa Patrie
et de ceux deGermanicus en faveur desRomains
un court parallele entre ces deux
jeunes Héros; le récit des diverses Guerres
des Allemands contre les Successeurs de
Tibere , et un détail du soulevement des⚫
Bataves sous la conduite de Civilis : le.
Livre finit par la Paix des Romains avec
1 I. Vol.
les
JUIN.
1734. 1395
Ies Bataves , quoiqu'on ignore en quoi.
précisement elle consista .
›
Le cinquiéme raporte les Victoires
vrayes ou prétendues de Domitien sur
plusieurs Peuples Germaniques , celles de
Nerva sur les Marcomans , celle de Trajan
et de Marc- Aurele . On y remarque
le tems auquel l'Histoire nomme pour
la premiere fois des Peuples fameux , les
Allemands , les Goths , les Francs et les
Scythes , du nombre desquels étoient les
Goths. On trouve dans le même Livre
les Victoires de Probus sur les Allemands
proprement dits , sur les Sarmates et sur .
les Goths.
Le sixième Livre s'étend jusqu'à la fin
des Guerres des Francs et des Allemands.
sous Julien ; il met sous les yeux les noms
d'autres Peuples fameux , des Thurin
giens , des Saxons , des Bourguignons
des Vandales : ces derniers étoient déja
connus auparavant ; on y trouve encore
les Guerres des Peuples Germains entre
eux , les succès de Diocletien et de Maximien
, de Galere , de Constance et de
Constantin sur ces Peuples , leur défaite
près de Strasbourg par Julien
soumission sous cet Empereur.
و
et leur
Le septième comprend les differentes
Revolutions qui arrivérent dans l'Occi
II. Vol dent
1396 MERCURE DE FRANCE
dent occasionnées par les Alains , les Quades
, les Bourguignons , les Saxons &c .
jusqu'à la grande migration des Peuples
dans l'Empire d'Occident.
La Fondation des Etats des Goths , des
Sueves , des Bourguignons dans les Provinces
de l'Empire font le sujet du
huitiéme Livre. Mais ce qu'on y trouve
de plus remarquable , c'est le récit des
Guerres réïterées des Goths en Italie sous
la conduite d'Alaric ; on y voit les traitez
et les ruptures qui se succedérent à diver
ses reprises entre lesGoths et les Romains,
et un détail très circonstancié de la prise
de Rome par Alaric ; le mariage de Placidie
, Soeur d'Honorius avec Ataulphe ,
Successeur d'Alaric ; et enfin l'Histoire
de l'établissement des Alains , des Sueves,
des Vandales et des Goths en Espagne
et de celui des Bourguignons dans les
Gaules aux environs du Rhin : l'Auteur
dit aussi quelque chose des Francs et des
Loix Saliques .
La plus grande partie du neuvième
Livre est employée à la narration des
conquêtes desVandales en Espagne et en
Affrique , et à celle des Guerres des Huns
et de leurs ravages dans l'Occident sous
la conduite d'Attila dont M. Mascou fait
le portrait et dépeint le caractére , mais
II. Vol. avec
JUIN. 1734. 1397
avec des traits qui présentent l'idée d'un
Héros plutôt que d'un Barbare , et qui
réforment celle qu'on a eûe autrefois , et
que plusieurs se forment encore d'Attila.
Le dixiéme Livre qui finit ce volume
va jusqu'au commencement du Gouvernement
de Clovis. On y voit les Vandales
succeder aux Huns dans l'Italie : le
pillage de Rome par Genseric Roy Vandale
et Arien , avec des remarques sur
la modération de ces Peuples , sur leur
chasteté , sur leur severité et leur exactitude
à faire observer les Loix , et sur la
douceur de leur domination et de leur
Gouvernement, devenu agréable aux Romains
mêmes. L'Auteur finit ce volume
par des Réflexions sur les causes de cette
grande Révolution et sur les changemens
qu'elle apporta à la situation de l'Europe.
Extrait des Nouvelles Litteraires
du XVIII Tome.
De Petersbourg. On verra bientôt l'Histoire
Metallique d'Edesse , par M. Bayer
qui s'imprimé en cette Ville. Des Medailles
raportées d'Orient par M. Buxbaum
lui ont été d'un grand secours. Il fournira
une suite Chronologique des Rois
d'Edesse qui , à ce qu'on assure , sera
complette,
D'Upsale. II. Vol.
1398 MERCURE DE FRANCE
D'Upsale. Il parut en certe Ville l'année
passée ( 1728. ) deux Dissertations
Académiques de feu M. le Docteur
Wallin , sur l'Art d'écrire avec du feu . De
Arte Trithemiana scribendi per ignem , et
une autre de M. Fabien Toerner, Profes
seur en Eloquence sur l'origine et la Religion
des Finlandiens.
De Varsovie , M. Bachstrohm , qui est
arrivé depuis peu de Constantinople en
cette Ville , y doit retourner dans quelque
tems avec toute sa famille , pour être
employé à la Traduction de la Bible en
Langue Turque.
D'Ausbourg. On a réimprimé ici une
Traduction Latine du Dictionnaire de la
Bible de Dom Augustin Calmet , par le
R. P. Dom Jean- Dominique Mansi. Cette
Traduction avoit paru à Luques il y a
quelques années sans figures. Les Librai
res ont jugé à propos d'en metire quelques-
unes à cette nouvelle Edition. Le
P. Mansi a corrigé quelques fautes de
Dom Calmet Au reste le supplement n'est
point encore traduit en Latin . On dit
qu'il doit paroître une Traduction Allemande
du même Dictionnaire avec tou
tes les figures .
De Nuremberg. On débite ici les Ou
vrages du fameux Gerard de Lairesse , sur
II. Vol. - le
JUIN. 1734 1399
le Dessein et sur la Peinture , traduit du
Hollandois en Allemand.
D'Altorf. M. le Professeur Schultz ;
qui publia l'année passée ( 1728. ) l'Histoire
de la Médecine en Latin , fait esperer
une nouvelle Edition Grecque de Plutarque
, et une Traduction Allemande
du même Auteur , toutes deux avec des
Remarques.
De Leipsic. M. Paul- Daniel Longolius
a soutenu publiquement et a fait imprimer
une Dissertation Académique , dans
laquelle il prétend prouver que chez une
grande partie des nations , auxquelles on
reproche d'avoir sacrifié des victimes humaines
, on choisissoit pour victimes au
nioins la plupart du tems , non des personnes
innocentes , mais des criminels
condamnez à mort pour leurs crimes .
Walther fait imprimer une Traduction
Allemande de l'excellent Ouvrage de
M. Niewentyt , intitulé : le bon usage de
la contemplation du Monde ou l'existence
de Dieu, démontrée par les merveilles de la
nature.
De Halle. M. Gasser a publié une Dissettation
Académique . De Inquisitione
contrà surdum et mutum naturâ : et une Introduction
à la connoissance des affaires
d'oeconomies , de Polices et de Domaines.
I I. Vol; De
1400 MERCURE DE FRANCE
De Lubeck . M. Martini , arrivé en cette
Ville depuis quelque tems de Petersbourg
, où il étoit Membre de l'Acadé
mie , vient de faire imprimer une petite
brochure Latine sur le célebre Enfant de
Lubeck . Chrêtien Henri Heinecken , dans
laquelle il tâche de rendre des raisons
naturelles de l'extraordinaire capacité de
cet Enfant.
Moins de partialité et plus d'exactitude
dans les Auteurs de la Bibliothéque
Germanique donneroient du relief à cet
Ouvrage. On y trouve une critique presque
continuelle de la Religion Catholique
, capable d'indigner non seulement
ceux qui ne pensent pas comme ces Auteurs
, mais toutes les personnes sensées .
C'est d'ailleurs abuser de la qualité de
Journalisre et entendre mal ses propres
intêrets. A cela près , les Auteurs de ce
Journal y font paroître de l'esprit et de
l'érudition ..
German: que.
Dans l'article IV . on trouve un Extrait
du XIV. volume de la Bibliothéque
Grecque de M. , Fabricius , dont nous
avons parlé dans le Mercure en differentes
occasions. Ce nouveau volume cst
imprimé à Hambourg chez la veuve
Felginer en 1728. et contient 740 pages
in 4. Le Journaliste Allemand nous.
apprend que c'est ici le dernier volume.
de ce grand Ouvrage , ajoutant qu'il et
présentement complet , et que c'est le
II. Vol. fruic
1392 MERCURE DE FRANCE
fruit d'un travail de 25 années ; travail
immense et qui cependant n'a pas empê
ché M. Fabricius de donner au Public
dans cet intervalle de tems , plusieurs
Ouvrages très- considerables .
La principale piéce de ce dernier volume
est un Indice general sur les XIV.
volumes précédens . On doit en partie
cette Table , si nécessaire à cause de la
varieté et de l'abondance des matieres ,
à Jean Chrêtien Vuolff , Professeur de
Physique et de Poësie à Hambourg ; sur
quoi M. Fabricius lui témoigne sa reconnoissance.
L'Article VII. contient l'Extrait d'une
Histoire des Allemands écrite en Alle
mand jusqu'au commencement de la
Monarchie Françoise par le DocteurJean.
Jacques Mascou 1. vol . in 4. à Leipsic
chez Jacques Chuster 1726. PP. 508.
sans les Préfaces et les Tables . Le dessein
de l'Auteur est de nous donner l'Histoire
des Anciens Allemands jusqu'à l'extinc
tion de la posterité de Charlemagne; mais
il ne va dans ce volume que jusqu'à
Clovis exclusivement .
Il importe à ceux qui veulent s'instruire
à fond des Coutumes et du Droit
d'Allemagne d'aller en chercher la source
dans les tems les plus reculés . Tout ce
II Vol.
qui
JUIN. 1734 1393
qui contribue à rendre ces siécles moins
impénétrables et à en mettre l'Histoire
dans un plus grand jour mérite donc
l'attention et la reconnoissance du Public.
On y trouve l'origine de diverses Nations
Germaniques ou voisin esde l'Allemagne,
qui ont d'abord désolé et puis conquis
les plus considérables Parties de l'Empire
Romain ; le récit de leurs Expéditions ,
des Remarques sur les principaux Chefs
et sur les bonnes ou mauvaises qualitcz
de ces Héros : Tout cela est exécuté
comme il doit l'être dans une bonne
Histoire ; l'Auteur du Journal remarque
qu'il eut été à souhaiter que M. Mascou
eut écrit son Histoire en Latin en faveur
des Etrangers , d'autant plus qu'il a écrit
d'autres Ouvrages en cette Langue avec
succès .
Le premier Livre contient l'Histoire
'des Allemands jusqu'à la fin de la Guerre
Cimbrique ; on y trouve entre beaucoup
d'autres choses remarquables , le récit des
Victoires que les Cimbres et les Teutons
ont remporté sur les Romains et de leur
défaite par Marius. Depuis les Cimbres
jusqu'à Cesar les Peuples d'Allemagne
sont peu connus dans l'Histoire : Cesar
- nous a laissé des Memoires des Guerres
qu'il a cues avec eux , et quoique de son
II. Vol
tems
1394 MERCURE DE FRANCE
tems on doutât de la fidelité de ces Mémoires
, M. de Mascou n'a pû faire autrement
que de le prendre pour guide en lc
redressant , lorsque l'occasion s'en présente.
Il suit donc Cesar dans ses Expéditions
en Germanie , et il donne ensuite
une idée des moeurs des anciens Germains
prise de Cesar et de Tacite , il compare
ensuite la Mythologie de ces Peuples avec
celle des Grecs , à l'avantage de celle des
premiers. C'est ce qui contient le second
Livre.
Le troisiéme continue l'Histoire des
Allemands jusqu'à la défaite de Varus ,
c'est-à-dire les diverses Expéditions des
Romains sur les Sigambres, les Semnons ,
les Hermundures , les Marcomans , et
autres Peuples de ces pays là , jusqu'à
l'affreuse déroute de Quintilius Varus ,
dont l'avarice et les chicanes avoient
mis les Peuples Germains au désespoir.
Le quatriéme Livre contient les exploits
d'Arminius en faveur de sa Patrie
et de ceux deGermanicus en faveur desRomains
un court parallele entre ces deux
jeunes Héros; le récit des diverses Guerres
des Allemands contre les Successeurs de
Tibere , et un détail du soulevement des⚫
Bataves sous la conduite de Civilis : le.
Livre finit par la Paix des Romains avec
1 I. Vol.
les
JUIN.
1734. 1395
Ies Bataves , quoiqu'on ignore en quoi.
précisement elle consista .
›
Le cinquiéme raporte les Victoires
vrayes ou prétendues de Domitien sur
plusieurs Peuples Germaniques , celles de
Nerva sur les Marcomans , celle de Trajan
et de Marc- Aurele . On y remarque
le tems auquel l'Histoire nomme pour
la premiere fois des Peuples fameux , les
Allemands , les Goths , les Francs et les
Scythes , du nombre desquels étoient les
Goths. On trouve dans le même Livre
les Victoires de Probus sur les Allemands
proprement dits , sur les Sarmates et sur .
les Goths.
Le sixième Livre s'étend jusqu'à la fin
des Guerres des Francs et des Allemands.
sous Julien ; il met sous les yeux les noms
d'autres Peuples fameux , des Thurin
giens , des Saxons , des Bourguignons
des Vandales : ces derniers étoient déja
connus auparavant ; on y trouve encore
les Guerres des Peuples Germains entre
eux , les succès de Diocletien et de Maximien
, de Galere , de Constance et de
Constantin sur ces Peuples , leur défaite
près de Strasbourg par Julien
soumission sous cet Empereur.
و
et leur
Le septième comprend les differentes
Revolutions qui arrivérent dans l'Occi
II. Vol dent
1396 MERCURE DE FRANCE
dent occasionnées par les Alains , les Quades
, les Bourguignons , les Saxons &c .
jusqu'à la grande migration des Peuples
dans l'Empire d'Occident.
La Fondation des Etats des Goths , des
Sueves , des Bourguignons dans les Provinces
de l'Empire font le sujet du
huitiéme Livre. Mais ce qu'on y trouve
de plus remarquable , c'est le récit des
Guerres réïterées des Goths en Italie sous
la conduite d'Alaric ; on y voit les traitez
et les ruptures qui se succedérent à diver
ses reprises entre lesGoths et les Romains,
et un détail très circonstancié de la prise
de Rome par Alaric ; le mariage de Placidie
, Soeur d'Honorius avec Ataulphe ,
Successeur d'Alaric ; et enfin l'Histoire
de l'établissement des Alains , des Sueves,
des Vandales et des Goths en Espagne
et de celui des Bourguignons dans les
Gaules aux environs du Rhin : l'Auteur
dit aussi quelque chose des Francs et des
Loix Saliques .
La plus grande partie du neuvième
Livre est employée à la narration des
conquêtes desVandales en Espagne et en
Affrique , et à celle des Guerres des Huns
et de leurs ravages dans l'Occident sous
la conduite d'Attila dont M. Mascou fait
le portrait et dépeint le caractére , mais
II. Vol. avec
JUIN. 1734. 1397
avec des traits qui présentent l'idée d'un
Héros plutôt que d'un Barbare , et qui
réforment celle qu'on a eûe autrefois , et
que plusieurs se forment encore d'Attila.
Le dixiéme Livre qui finit ce volume
va jusqu'au commencement du Gouvernement
de Clovis. On y voit les Vandales
succeder aux Huns dans l'Italie : le
pillage de Rome par Genseric Roy Vandale
et Arien , avec des remarques sur
la modération de ces Peuples , sur leur
chasteté , sur leur severité et leur exactitude
à faire observer les Loix , et sur la
douceur de leur domination et de leur
Gouvernement, devenu agréable aux Romains
mêmes. L'Auteur finit ce volume
par des Réflexions sur les causes de cette
grande Révolution et sur les changemens
qu'elle apporta à la situation de l'Europe.
Extrait des Nouvelles Litteraires
du XVIII Tome.
De Petersbourg. On verra bientôt l'Histoire
Metallique d'Edesse , par M. Bayer
qui s'imprimé en cette Ville. Des Medailles
raportées d'Orient par M. Buxbaum
lui ont été d'un grand secours. Il fournira
une suite Chronologique des Rois
d'Edesse qui , à ce qu'on assure , sera
complette,
D'Upsale. II. Vol.
1398 MERCURE DE FRANCE
D'Upsale. Il parut en certe Ville l'année
passée ( 1728. ) deux Dissertations
Académiques de feu M. le Docteur
Wallin , sur l'Art d'écrire avec du feu . De
Arte Trithemiana scribendi per ignem , et
une autre de M. Fabien Toerner, Profes
seur en Eloquence sur l'origine et la Religion
des Finlandiens.
De Varsovie , M. Bachstrohm , qui est
arrivé depuis peu de Constantinople en
cette Ville , y doit retourner dans quelque
tems avec toute sa famille , pour être
employé à la Traduction de la Bible en
Langue Turque.
D'Ausbourg. On a réimprimé ici une
Traduction Latine du Dictionnaire de la
Bible de Dom Augustin Calmet , par le
R. P. Dom Jean- Dominique Mansi. Cette
Traduction avoit paru à Luques il y a
quelques années sans figures. Les Librai
res ont jugé à propos d'en metire quelques-
unes à cette nouvelle Edition. Le
P. Mansi a corrigé quelques fautes de
Dom Calmet Au reste le supplement n'est
point encore traduit en Latin . On dit
qu'il doit paroître une Traduction Allemande
du même Dictionnaire avec tou
tes les figures .
De Nuremberg. On débite ici les Ou
vrages du fameux Gerard de Lairesse , sur
II. Vol. - le
JUIN. 1734 1399
le Dessein et sur la Peinture , traduit du
Hollandois en Allemand.
D'Altorf. M. le Professeur Schultz ;
qui publia l'année passée ( 1728. ) l'Histoire
de la Médecine en Latin , fait esperer
une nouvelle Edition Grecque de Plutarque
, et une Traduction Allemande
du même Auteur , toutes deux avec des
Remarques.
De Leipsic. M. Paul- Daniel Longolius
a soutenu publiquement et a fait imprimer
une Dissertation Académique , dans
laquelle il prétend prouver que chez une
grande partie des nations , auxquelles on
reproche d'avoir sacrifié des victimes humaines
, on choisissoit pour victimes au
nioins la plupart du tems , non des personnes
innocentes , mais des criminels
condamnez à mort pour leurs crimes .
Walther fait imprimer une Traduction
Allemande de l'excellent Ouvrage de
M. Niewentyt , intitulé : le bon usage de
la contemplation du Monde ou l'existence
de Dieu, démontrée par les merveilles de la
nature.
De Halle. M. Gasser a publié une Dissettation
Académique . De Inquisitione
contrà surdum et mutum naturâ : et une Introduction
à la connoissance des affaires
d'oeconomies , de Polices et de Domaines.
I I. Vol; De
1400 MERCURE DE FRANCE
De Lubeck . M. Martini , arrivé en cette
Ville depuis quelque tems de Petersbourg
, où il étoit Membre de l'Acadé
mie , vient de faire imprimer une petite
brochure Latine sur le célebre Enfant de
Lubeck . Chrêtien Henri Heinecken , dans
laquelle il tâche de rendre des raisons
naturelles de l'extraordinaire capacité de
cet Enfant.
Moins de partialité et plus d'exactitude
dans les Auteurs de la Bibliothéque
Germanique donneroient du relief à cet
Ouvrage. On y trouve une critique presque
continuelle de la Religion Catholique
, capable d'indigner non seulement
ceux qui ne pensent pas comme ces Auteurs
, mais toutes les personnes sensées .
C'est d'ailleurs abuser de la qualité de
Journalisre et entendre mal ses propres
intêrets. A cela près , les Auteurs de ce
Journal y font paroître de l'esprit et de
l'érudition ..
Fermer
Résumé : TOME XVIII. de la Bibliotheque Germanique.
Le texte présente plusieurs ouvrages et publications historiques. Le volume XIV de la Bibliothèque Grecque de Fabricius, imprimé à Hambourg en 1728, marque la conclusion d'un ouvrage complet après 25 années de travail. Ce volume, composé de 740 pages, inclut un indice général couvrant les quatorze volumes précédents, partiellement rédigé par Jean Chrêtien Wolff. L'article VII de ce volume extrait une histoire des Allemands écrite par Jean-Jacques Mascou, couvrant la période jusqu'à Clovis. Cette histoire détaille les coutumes et le droit allemand, ainsi que les expéditions et chefs germaniques. Mascou est regretté de n'avoir pas écrit en latin, ce qui aurait élargi son public. L'ouvrage est structuré en livres traitant des différentes périodes historiques, des guerres et migrations des peuples germaniques, jusqu'à la fin des guerres sous Julien. Le texte mentionne également diverses publications académiques et traductions en Europe, notamment à Saint-Pétersbourg, Uppsala, Varsovie, Augsbourg, Nuremberg, Altorf, Leipzig, Halle et Lübeck.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2861
p. 1400-1401
Bibliotheque Raisonnée, &c. [titre d'après la table]
Début :
BIBLIOTHEQUE RAISONNÉE des Ouvrages des Sçavans de l'Europe, Tome [...]
Mots clefs :
Poésies, Abbé Chaulieu, Marquis de La Fare, Docteur Mandeville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bibliotheque Raisonnée, &c. [titre d'après la table]
BIBLIOTHEQUE RAISON NE'E
des Ouvrages des Sçavans de l'Europe ,
Tome 8. premiere et seconde Partie
année 1732. A Amsterdam chez les
Wetsteins et Smith. in 12.
>
Cet Ouvrage se soutient toujours avec
la même élegance , la même force , la
,
II. Vol.
même
JUIN.
1734. 1401
C
même érudition , et la même finesse de
style : pour en convenir on n'a qu'à lire
l'Extrait qui est à l'ouverture du Livre
que nous annonçons . C'est la nouvelle
Edition faite à la Haye en 1731. des
Poësies de l'Abbé de Chaulien et du
Marquis de la Fare.
On apprend dans l'article des Nouvelles
Litteraires que le Docteur Mandeville
a publié à Londres un Ouvrage
Anglois sous ce titre : Recherches sur l'origine
de l'Honneur et sur l'utilité du Christianisme
dans la Guerre. Par l'Auteur de
la Fable des Abeilles . in 8 .
des Ouvrages des Sçavans de l'Europe ,
Tome 8. premiere et seconde Partie
année 1732. A Amsterdam chez les
Wetsteins et Smith. in 12.
>
Cet Ouvrage se soutient toujours avec
la même élegance , la même force , la
,
II. Vol.
même
JUIN.
1734. 1401
C
même érudition , et la même finesse de
style : pour en convenir on n'a qu'à lire
l'Extrait qui est à l'ouverture du Livre
que nous annonçons . C'est la nouvelle
Edition faite à la Haye en 1731. des
Poësies de l'Abbé de Chaulien et du
Marquis de la Fare.
On apprend dans l'article des Nouvelles
Litteraires que le Docteur Mandeville
a publié à Londres un Ouvrage
Anglois sous ce titre : Recherches sur l'origine
de l'Honneur et sur l'utilité du Christianisme
dans la Guerre. Par l'Auteur de
la Fable des Abeilles . in 8 .
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Résumé : Bibliotheque Raisonnée, &c. [titre d'après la table]
La 'Bibliothèque Raisonnée', publiée en 1732 à Amsterdam, compile des ouvrages savants européens. Le tome 8 est loué pour son élégance et son érudition. Il inclut des poésies de l'Abbé de Chaulien et du Marquis de la Fare. Les Nouvelles Littéraires mentionnent un ouvrage du Docteur Mandeville, auteur de 'La Fable des Abeilles'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2862
p. 1401-1402
« MEMOIRES HISTORIQUES ET CRITIQUES sur divers points de l'Histoire de France, [...] »
Début :
MEMOIRES HISTORIQUES ET CRITIQUES sur divers points de l'Histoire de France, [...]
Mots clefs :
Mémoires historiques et critiques sur divers points de l'histoire de France, Nouveau Dictionnaire français et latin, Journaliste amusant, Lettre, Recherche philosophique sur la source physique des actions de l'homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MEMOIRES HISTORIQUES ET CRITIQUES sur divers points de l'Histoire de France, [...] »
MEMOIRES HISTORIQUES ET CRITIQUES
sur divers points de l'Histoire de France,
et plusieurs autres Sujets curieux , par
François Eudes de Mezeray , Amsterdam ,
bez Jean-Frederic Bernard , 2 vol. in 8.
- NOUVEAU DICTIONNAIRE François
et Latin , enrichi des meilleures façons
de parler en l'une et l'autre Langue . in
septiéme Edition .
LE JOURNALISTE A MUSANT ,
ou le Monde sérieux et comique , in 12.
ART. I V. du 2 tome p. 368. LETTRE
11 Vol. G de
1402 MERCURE DE FRANCE
de M. de S. Hyacinte à M. de la Motte,
touchant un Écrit de M. de S. Pierre ,
sur l'Origine du Droit et des Devoirs.
LETTRE au R. P. Niceron , sur un
article du XI. vol. de ses Memoires pour
servir à l'Histoire des Hommes Illustres ;
ou Justification de M. Arnauld , Docteur
de Sorbonne , au sujet de M. Deslyons ,
Doyen de Senlis , & c.
On a traduit Sethos en Anglois , en
2. vol. in 8. aussi bien que l'abregé de
'Histoire de France du P. Daniel , en s
vol. in 8.
RECHERCHE PHYLOSOPHIQUE sur la
Source physique des actions de l'homme
et la cause immédiate de la pensée . A
Londres , in 8. en Anglois.
sur divers points de l'Histoire de France,
et plusieurs autres Sujets curieux , par
François Eudes de Mezeray , Amsterdam ,
bez Jean-Frederic Bernard , 2 vol. in 8.
- NOUVEAU DICTIONNAIRE François
et Latin , enrichi des meilleures façons
de parler en l'une et l'autre Langue . in
septiéme Edition .
LE JOURNALISTE A MUSANT ,
ou le Monde sérieux et comique , in 12.
ART. I V. du 2 tome p. 368. LETTRE
11 Vol. G de
1402 MERCURE DE FRANCE
de M. de S. Hyacinte à M. de la Motte,
touchant un Écrit de M. de S. Pierre ,
sur l'Origine du Droit et des Devoirs.
LETTRE au R. P. Niceron , sur un
article du XI. vol. de ses Memoires pour
servir à l'Histoire des Hommes Illustres ;
ou Justification de M. Arnauld , Docteur
de Sorbonne , au sujet de M. Deslyons ,
Doyen de Senlis , & c.
On a traduit Sethos en Anglois , en
2. vol. in 8. aussi bien que l'abregé de
'Histoire de France du P. Daniel , en s
vol. in 8.
RECHERCHE PHYLOSOPHIQUE sur la
Source physique des actions de l'homme
et la cause immédiate de la pensée . A
Londres , in 8. en Anglois.
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Résumé : « MEMOIRES HISTORIQUES ET CRITIQUES sur divers points de l'Histoire de France, [...] »
Le document énumère diverses publications et correspondances historiques et littéraires. François Eudes de Mezeray a publié 'Mémoires historiques et critiques sur divers points de l'Histoire de France' en deux volumes. D'autres ouvrages mentionnés incluent un 'Nouveau Dictionnaire François et Latin' dans sa septième édition et 'Le Journaliste à Musant, ou le Monde sérieux et comique'. Le texte cite également une lettre de M. de Saint Hyacinthe à M. de la Motte, discutant d'un écrit de M. de Saint Pierre sur l'origine du droit et des devoirs. Une autre lettre, adressée au R. P. Niceron, défend M. Arnauld, Docteur de Sorbonne, concernant M. Deslyons, Doyen de Senlis. Parmi les traductions notables figurent 'Sethos' en anglais et l'abrégé de l'Histoire de France du Père Daniel. Enfin, une 'Recherche philosophique sur la source physique des actions de l'homme et la cause immédiate de la pensée' a été publiée à Londres en anglais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2863
p. 1402-1404
LETTRE d'un Médecin à un Médecin, sur un nouveau Fébrifuge, écrite de Paris le 20. Juin 1734.
Début :
Si vous avez trouvé ingénieuse, Monsieur, la Dissertation de l'organe de l'oüie, faite [...]
Mots clefs :
Fébrifuge, Poudre, Médecin, Paris, Guérison, Fièvres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Médecin à un Médecin, sur un nouveau Fébrifuge, écrite de Paris le 20. Juin 1734.
LETTRE d'un Médecin à un Médecin ;
sur un nouveau Fébrifuge , écrite de
Paris le 20. Juin 1734.
Sla
I vous avez trouvé ingénieuse , Monsieur ,
la Dissertation de l'organe de l'ouie , faite
par un Allemand , je vous dirai qu'elle a aussi été
estimée par les plus grands Anatomistes de Paris ;
mais si cela vous a surpris , comme il me paroît
par votre Lettre , vous le serez bien plus en apprenant
la découverte d'une Plante qui fait au-
II. Vol.
jousJUIN.
1731 1403
joud'hui l'étonnement de tout Paris et des Physiciens
les plus experimentez.
Sur la fin de l'année 1733. j'entendis publier
les merveilles de la racine d'une Plante, qui, réduite
en poudre, sans aucune addition , étoit eszimée
le plus puissant Fébrifuge qui ait jamais
parû , la petite quantité qui en étoit nécessaire
pour la guérison de toute espece de fievres ( pourvu
qu'elles ne fussent compliquées d'aucune autre
maladie , par elle-même incurable ) me surprit si
fort , que malgré la déférence et le respect que
j'ai pour tout ce qui est autorisé par M. de Chicoineau
, Conseiller d'Etat et Premier Medecin
du Roy , qui en a donné un Certificat authentique
le 9. Novembre 1733. après en avoir fait
un grand nombre d'épreuves qui lui ont certifié
sa vertu , et en conséquence duquel S. M. a accordé
un Brevet le 17. Novembre 1733. qui en
permet la vente pour l'utilité publique , et en
a ordonné l'usage dans tous les Hôpitaux
de ses Armées ; je voulus par moi - même me certifier
de ces miraculeux effets , et à cet effet je la
donnai à un jeune homme âgé de 18. ans , attaqué
d'une fievre tierce très-cruelle , et pour la
guérison de laquelle je m'étois bien proposé une
forte doze de Kinkina ( sans l'abri du retour
) mais mon étonnement fut bien grand ,
voyant que la deuxième prise de cette Poudre
avoit totalement emporté la fievre ; après cet
effer , aussi prompt que surprenant , j'en usai
avec hardiesse dans toutes les fievres , soit continues
, quotidiennes , tierces , doubles - tierces
quartes , doubles -quartes , &c. qui se sont pré
sentées , et nulle n'a résisté à la troisième prise ;
j'en ai encore retiré de très prompts secours
( et de surprenantes guérisons ) dans toutes les
II. Vil. Gij dissen1404
MERCURE DE FRANCE
dissenterics , tenesmes , cours de ventre inveteré ,
diarhées , soit bilieuses , venteuses, porracées, &c.
cffets qui vous paroîtront impossibles , et je ne
doute nullement que vous ne vouliez pas vousmême
vous éclaircir de ce.qui paroît si obscur ;
c'est pourquoi j'ay crû ne devoir plus differer ,
étant pleinement assuré de ses generiques vertus ,
de vous en faire participant , étant persuadé
qu'elle vous sera très- utile dans votre Pays , où
les fievres sont aussi rebelles que communes , et
pour la guérison desquelles le Kinkina vous
donne journellement la Comédie par leur retour,
effet qu'il ne faut pas attendre de la Poudre Fébrifuge
de la Jutais , qui se vend chez le sieur le
Blanc , Marchand Chapelier , vis - à- vis le Grand-
Conseil , rue S. Honoré . Et pour comble d'avantage
, le prix de cette Poudre est de 10. sols la
Prise , taxée ainsi par S. M. afin que tout le
Monde profite de sa bonté.
sur un nouveau Fébrifuge , écrite de
Paris le 20. Juin 1734.
Sla
I vous avez trouvé ingénieuse , Monsieur ,
la Dissertation de l'organe de l'ouie , faite
par un Allemand , je vous dirai qu'elle a aussi été
estimée par les plus grands Anatomistes de Paris ;
mais si cela vous a surpris , comme il me paroît
par votre Lettre , vous le serez bien plus en apprenant
la découverte d'une Plante qui fait au-
II. Vol.
jousJUIN.
1731 1403
joud'hui l'étonnement de tout Paris et des Physiciens
les plus experimentez.
Sur la fin de l'année 1733. j'entendis publier
les merveilles de la racine d'une Plante, qui, réduite
en poudre, sans aucune addition , étoit eszimée
le plus puissant Fébrifuge qui ait jamais
parû , la petite quantité qui en étoit nécessaire
pour la guérison de toute espece de fievres ( pourvu
qu'elles ne fussent compliquées d'aucune autre
maladie , par elle-même incurable ) me surprit si
fort , que malgré la déférence et le respect que
j'ai pour tout ce qui est autorisé par M. de Chicoineau
, Conseiller d'Etat et Premier Medecin
du Roy , qui en a donné un Certificat authentique
le 9. Novembre 1733. après en avoir fait
un grand nombre d'épreuves qui lui ont certifié
sa vertu , et en conséquence duquel S. M. a accordé
un Brevet le 17. Novembre 1733. qui en
permet la vente pour l'utilité publique , et en
a ordonné l'usage dans tous les Hôpitaux
de ses Armées ; je voulus par moi - même me certifier
de ces miraculeux effets , et à cet effet je la
donnai à un jeune homme âgé de 18. ans , attaqué
d'une fievre tierce très-cruelle , et pour la
guérison de laquelle je m'étois bien proposé une
forte doze de Kinkina ( sans l'abri du retour
) mais mon étonnement fut bien grand ,
voyant que la deuxième prise de cette Poudre
avoit totalement emporté la fievre ; après cet
effer , aussi prompt que surprenant , j'en usai
avec hardiesse dans toutes les fievres , soit continues
, quotidiennes , tierces , doubles - tierces
quartes , doubles -quartes , &c. qui se sont pré
sentées , et nulle n'a résisté à la troisième prise ;
j'en ai encore retiré de très prompts secours
( et de surprenantes guérisons ) dans toutes les
II. Vil. Gij dissen1404
MERCURE DE FRANCE
dissenterics , tenesmes , cours de ventre inveteré ,
diarhées , soit bilieuses , venteuses, porracées, &c.
cffets qui vous paroîtront impossibles , et je ne
doute nullement que vous ne vouliez pas vousmême
vous éclaircir de ce.qui paroît si obscur ;
c'est pourquoi j'ay crû ne devoir plus differer ,
étant pleinement assuré de ses generiques vertus ,
de vous en faire participant , étant persuadé
qu'elle vous sera très- utile dans votre Pays , où
les fievres sont aussi rebelles que communes , et
pour la guérison desquelles le Kinkina vous
donne journellement la Comédie par leur retour,
effet qu'il ne faut pas attendre de la Poudre Fébrifuge
de la Jutais , qui se vend chez le sieur le
Blanc , Marchand Chapelier , vis - à- vis le Grand-
Conseil , rue S. Honoré . Et pour comble d'avantage
, le prix de cette Poudre est de 10. sols la
Prise , taxée ainsi par S. M. afin que tout le
Monde profite de sa bonté.
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Résumé : LETTRE d'un Médecin à un Médecin, sur un nouveau Fébrifuge, écrite de Paris le 20. Juin 1734.
En juin 1734, un médecin parisien informe un collègue de la découverte d'une plante aux propriétés fébrifuges remarquables. Cette plante, transformée en poudre, est reconnue comme un remède puissant contre les fièvres. La racine de cette plante a été validée par M. de Chicoineau, Conseiller d'État et Premier Médecin du Roi, qui a délivré un certificat le 9 novembre 1733. En conséquence, le Roi a accordé un brevet le 17 novembre 1733 pour la vente de cette poudre, destinée à l'utilité publique et aux hôpitaux des armées. Le médecin partage son expérience personnelle, ayant guéri un jeune homme de 18 ans souffrant d'une fièvre tierce après deux prises. Il a également traité avec succès diverses fièvres et maladies telles que les dissentériques, les tenailles, les cours de ventre invétérés et les diarrhées. La poudre est vendue chez le sieur le Blanc, Marchand Chapelier, vis-à-vis le Grand-Counseil, rue Saint-Honoré, au prix de 10 sols la prise, taxé par le Roi pour en permettre l'accès à tous.
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2864
p. 1404
« La Tragédie de Pélopée, qui se vendoit cy-devant chez le Breton, Quay de Conty, se vend [...] »
Début :
La Tragédie de Pélopée, qui se vendoit cy-devant chez le Breton, Quay de Conty, se vend [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Tragédie de Pélopée, qui se vendoit cy-devant chez le Breton, Quay de Conty, se vend [...] »
La Tragédie de Pelopée , qui se vendoit cydevant
chez le Breton , Quay de Conty , se vend
présentement chez Jacques- Nicolas le Clerc , au
deuxième Pillier de la Grand - Salle du Palais , à
la Prudence.
chez le Breton , Quay de Conty , se vend
présentement chez Jacques- Nicolas le Clerc , au
deuxième Pillier de la Grand - Salle du Palais , à
la Prudence.
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2865
p. 1404-1405
Nouvelles Estampes, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy 26. Juin 1734. le sieur Lépicié, habile Graveur, fut agréé unanimement dans [...]
Mots clefs :
Amour, Portrait, Lepicié, Académie royale de peinture et de sculpture, Charles Coypel, Antoine de La Roque, Veuve Chéreau, Laureolly, Juste-Aurèle Meissonnier
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes, &c. [titre d'après la table]
Le Samedy 26. Juin 1734. le sieur Lépicié ,
habile Graveur , fut agréé unanimement dans
une Assemblée generale de l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture il avoit présenté à la
Compagnie plusieurs de ses Estampes ; sçavoir ,
le Jeu d'Enfans, ou la Toilette , d'après M.Coypel.
L'Amour Précepteur , du même.
Le Printemps, d'après la Signora Rosalba .
Le Portrait de M. Grassin , d'après M. De-
Jargilliere.
II. Vol. L'Amour
JUIN. 1734 1405
L'Amour Moissonneur et l'Amour O iseleur ,
d'après M. Boucher .
Le Portrait du Chevalier de la Roque , d'après
Wattau.
Il a à graver pour sa réception , le Portrait
de M. Rigaud et celui de M. Bertin.
Il paroit une nouvelle Estampe en large , ruž
S. Jacques , chez la Veuve Chereau , où l'Archi
tecture et les divers ornemens de la Sculpture ,
offrent aux yeux ce qu'il y a de plus agreable
pour les formes et pour l'élégance des diverses
parties . Le tout forme la façade d'un magnifique
Palais , dont le Plan est circulaire , élevé sur un
double Perron , et un du côté d'un Jardin , avee
deux aîles , Cette Estample est très - bien gravée
d'après le Dessein de M. Meissonnier , par le
sicur Laureolly.
habile Graveur , fut agréé unanimement dans
une Assemblée generale de l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture il avoit présenté à la
Compagnie plusieurs de ses Estampes ; sçavoir ,
le Jeu d'Enfans, ou la Toilette , d'après M.Coypel.
L'Amour Précepteur , du même.
Le Printemps, d'après la Signora Rosalba .
Le Portrait de M. Grassin , d'après M. De-
Jargilliere.
II. Vol. L'Amour
JUIN. 1734 1405
L'Amour Moissonneur et l'Amour O iseleur ,
d'après M. Boucher .
Le Portrait du Chevalier de la Roque , d'après
Wattau.
Il a à graver pour sa réception , le Portrait
de M. Rigaud et celui de M. Bertin.
Il paroit une nouvelle Estampe en large , ruž
S. Jacques , chez la Veuve Chereau , où l'Archi
tecture et les divers ornemens de la Sculpture ,
offrent aux yeux ce qu'il y a de plus agreable
pour les formes et pour l'élégance des diverses
parties . Le tout forme la façade d'un magnifique
Palais , dont le Plan est circulaire , élevé sur un
double Perron , et un du côté d'un Jardin , avee
deux aîles , Cette Estample est très - bien gravée
d'après le Dessein de M. Meissonnier , par le
sicur Laureolly.
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Résumé : Nouvelles Estampes, &c. [titre d'après la table]
Le 26 juin 1734, l'Académie Royale de Peinture et Sculpture a agréé à l'unanimité le sieur Lépicié, un graveur talentueux. Lors de l'assemblée générale, il a présenté plusieurs de ses œuvres, dont 'Le Jeu d'Enfants, ou la Toilette' et 'L'Amour Précepteur' d'après Coypel, 'Le Printemps' d'après Rosalba, 'Le Portrait de M. Grassin' d'après Dejargilliere, 'L'Amour Moissonneur et l'Amour Oiseleur' d'après Boucher, et 'Le Portrait du Chevalier de la Roque' d'après Watteau. Pour sa réception, Lépicié doit graver les portraits de Rigaud et Bertin. Par ailleurs, une nouvelle estampe en large a été publiée chez la Veuve Chereau, représentant la façade d'un palais d'après Meissonnier, gravée par Laureolly. Cette estampe met en valeur l'architecture et les ornements sculptés, offrant des formes et une élégance remarquables.
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2866
p. 1405-1406
Tableaux exposez à la Place Dauphine, [titre d'après la table]
Début :
Le Public et les Curieux en Peinture, ont vû avec plaisir le jour de l'Octave de la Fête Dieu, [...]
Mots clefs :
Tableaux, Enfants, Musique, Sujets, Goût, Portraits, Place Dauphine, Jean Siméon Chardin
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texteReconnaissance textuelle : Tableaux exposez à la Place Dauphine, [titre d'après la table]
Le Public et les Curieux en Peinture , ont vu
avec plaisir le jour de l'Octave de la Fêre Dieu ,
dans la Place Dauphine , quelques Tableaux de
divers Maîtres et de plusieurs jeunes Peintres ,
exposez par eux , ou par ceux qui les possedent.
On en voyoit deux en hauteur , de M. de Troy ,
avec une extrême satisfaction , dont l'un représente
une Fuite en Egypte , et l'autre , un Sujet
François et très- galant , c'est une Dame à sa
Toilette , debout dans le moment qu'on l'habille .
Seize Tableaux du sieur Chardin ; le plas
grand représente une jeune personne qui attend
avec impatience qu'on lui donne de la lumiere
pour cacheter uneiLettre.Les figures sont grandes
comme Nature.
Les autres Tableaux du même Auteur , sont
des Jeux d'Enfans , fort bien caracterisez , des
1 I. Vol.
G iij Tro7406
MERCURE DE FRANCE
Trophées de Musique , des Animaux morts er
vivans , et aures Sujets dans le goût de Tenier ,
où l'on trouve une grande verité.
Deux du sieur Natoire , digne Eleve de M. le
Moine . Ce sont deux Sujets tirez de la Fable
une Galathée, & Tableaux de Chevalet.
Quatre du sieur le Sueur , petit neveu du célebre
Eustache le Sueur. Le Portrait d'un Musicien
en Arménien , tenant une Flute. Autre Por
trait d'un Peintre , & c. Deux Enfans dans le
goût de Grimoud ; le petit Garçon tient une
Flute, et la petite Fille un papier de Musique, &c.
Deux Portraits du sieur Toquet.
Trois Portraits du sieur Autreau
Un grand Tableau du Sieur Lami , représen
tant une Assomption .
Deux Paysages en large, du sieur Charles du
Bois de Valencienne , & c.
avec plaisir le jour de l'Octave de la Fêre Dieu ,
dans la Place Dauphine , quelques Tableaux de
divers Maîtres et de plusieurs jeunes Peintres ,
exposez par eux , ou par ceux qui les possedent.
On en voyoit deux en hauteur , de M. de Troy ,
avec une extrême satisfaction , dont l'un représente
une Fuite en Egypte , et l'autre , un Sujet
François et très- galant , c'est une Dame à sa
Toilette , debout dans le moment qu'on l'habille .
Seize Tableaux du sieur Chardin ; le plas
grand représente une jeune personne qui attend
avec impatience qu'on lui donne de la lumiere
pour cacheter uneiLettre.Les figures sont grandes
comme Nature.
Les autres Tableaux du même Auteur , sont
des Jeux d'Enfans , fort bien caracterisez , des
1 I. Vol.
G iij Tro7406
MERCURE DE FRANCE
Trophées de Musique , des Animaux morts er
vivans , et aures Sujets dans le goût de Tenier ,
où l'on trouve une grande verité.
Deux du sieur Natoire , digne Eleve de M. le
Moine . Ce sont deux Sujets tirez de la Fable
une Galathée, & Tableaux de Chevalet.
Quatre du sieur le Sueur , petit neveu du célebre
Eustache le Sueur. Le Portrait d'un Musicien
en Arménien , tenant une Flute. Autre Por
trait d'un Peintre , & c. Deux Enfans dans le
goût de Grimoud ; le petit Garçon tient une
Flute, et la petite Fille un papier de Musique, &c.
Deux Portraits du sieur Toquet.
Trois Portraits du sieur Autreau
Un grand Tableau du Sieur Lami , représen
tant une Assomption .
Deux Paysages en large, du sieur Charles du
Bois de Valencienne , & c.
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Résumé : Tableaux exposez à la Place Dauphine, [titre d'après la table]
Le 10 septembre 1725, lors de l'Octave de la Fête Dieu, divers tableaux de maîtres et jeunes peintres ont été exposés sur la Place Dauphine. Parmi les œuvres remarquées, deux tableaux de M. de Troy ont été particulièrement appréciés : une 'Fuite en Égypte' et une scène galante représentant une dame à sa toilette. Seize tableaux de Chardin étaient également exposés, dont le plus grand montrait une jeune femme attendant de la lumière pour cacheter une lettre. Les autres œuvres de Chardin incluaient des jeux d'enfants, des trophées de musique, des animaux morts et vivants, et des sujets dans le style de Tenier, caractérisés par leur grande véracité. Deux tableaux de Natoire, élève de M. le Moine, étaient tirés de la fable et réalisés sur chevalet. Le Sueur, petit-neveu d'Eustache Le Sueur, présentait quatre œuvres, dont des portraits et des enfants dans le style de Grimoud. Toquet et Autreau exposaient également des portraits. Un grand tableau représentant une Assomption était signé Lami, et deux paysages en large étaient l'œuvre de Charles du Bois de Valencienne.
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2867
p. 1406-1407
« Le 22. Juin, l'Académie de Chirurgie, établie sous la protection du Roy, tint sa Séance publique [...] »
Début :
Le 22. Juin, l'Académie de Chirurgie, établie sous la protection du Roy, tint sa Séance publique [...]
Mots clefs :
Curieux, Maîtres, Académie de chirurgie, Gersaint, Mortain, Cabinet, Dugeron, Curiosités, Chirurgien
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texteReconnaissance textuelle : « Le 22. Juin, l'Académie de Chirurgie, établie sous la protection du Roy, tint sa Séance publique [...] »
Le 22. Juin , l'Académie de Chirurgie , établie
sous la protection du Roy , tint sa Séance pu
blique dans la grande Sale des Maîtres Chirur
giens de Paris , nous en rendrons compte le
mois prochain.
Les sieurs Gersaint et de Mortain , Marchands
PontNotre- Dame, donnent avis aux Curieux , qu'ils
ont rapporté d'un voyage qu'ils viennent de faire
en Hollande , quantité de Tabeaux et Desseins des
meilleurs Maîtres , avec un grand nombre d'Estampes
rares et des plus belles Epreuves. Ils ont
trouvé entre autres choses , chez un fameux Curieux
d'Amsterdam , un Cabinet de Coquilles des
mieux conservées , excellemment belles et des
plus singulieres , avec plusieurs autres curiositez
naturelles qui en font l'assortiment , qu'ils ven
II. Vol. droat
JUIN. 1734: 1407
dront en entier et sans division . C'est une des
Collections des plus parfaites en ce genre qu'il y
ait en France ; ils avertissent aussi qu'outre ce
Cabinet , ils en ont une grande quantité de doubles,
qu'ils pourront vendre séparement, et dont
la condition et la beauté sont égales.
La vente de toutes ces Curiositez se fera
dans leurs Maisons , Pont Notre Dame , et
ils auront soin d'avertir les Curieux par une
Affiche , du jour qu'ils seront en état de l'ouvrir
Le sieur Dugeron , ancien Chirurgien d'Armée
, continue de distribuer avec succès un:
Opiate qui préserve les Dents de se gâter et de
tomber ; ses Boëtes se vendent z . livres , 3. liv .
et 4. livres. Il demeure à Paris , rue du Four ,
près S. Eustache , avec Tableau.
sous la protection du Roy , tint sa Séance pu
blique dans la grande Sale des Maîtres Chirur
giens de Paris , nous en rendrons compte le
mois prochain.
Les sieurs Gersaint et de Mortain , Marchands
PontNotre- Dame, donnent avis aux Curieux , qu'ils
ont rapporté d'un voyage qu'ils viennent de faire
en Hollande , quantité de Tabeaux et Desseins des
meilleurs Maîtres , avec un grand nombre d'Estampes
rares et des plus belles Epreuves. Ils ont
trouvé entre autres choses , chez un fameux Curieux
d'Amsterdam , un Cabinet de Coquilles des
mieux conservées , excellemment belles et des
plus singulieres , avec plusieurs autres curiositez
naturelles qui en font l'assortiment , qu'ils ven
II. Vol. droat
JUIN. 1734: 1407
dront en entier et sans division . C'est une des
Collections des plus parfaites en ce genre qu'il y
ait en France ; ils avertissent aussi qu'outre ce
Cabinet , ils en ont une grande quantité de doubles,
qu'ils pourront vendre séparement, et dont
la condition et la beauté sont égales.
La vente de toutes ces Curiositez se fera
dans leurs Maisons , Pont Notre Dame , et
ils auront soin d'avertir les Curieux par une
Affiche , du jour qu'ils seront en état de l'ouvrir
Le sieur Dugeron , ancien Chirurgien d'Armée
, continue de distribuer avec succès un:
Opiate qui préserve les Dents de se gâter et de
tomber ; ses Boëtes se vendent z . livres , 3. liv .
et 4. livres. Il demeure à Paris , rue du Four ,
près S. Eustache , avec Tableau.
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Résumé : « Le 22. Juin, l'Académie de Chirurgie, établie sous la protection du Roy, tint sa Séance publique [...] »
Le 22 juin, l'Académie de Chirurgie a organisé une séance publique à Paris, dont le compte rendu sera publié le mois suivant. Les marchands Gersaint et de Mortain ont importé de Hollande divers tableaux, dessins, estampes rares et épreuves exceptionnelles. À Amsterdam, ils ont acquis un cabinet de coquilles remarquablement conservées et d'autres curiosités naturelles, formant l'une des collections les plus parfaites en France. Cette collection sera vendue en entier sans division, tandis que les doubles pourront être vendus séparément. La vente se tiendra dans leurs maisons au Pont Notre-Dame, avec une affiche indiquant la date d'ouverture. Par ailleurs, le sieur Dugeron, ancien chirurgien d'armée, distribue un opiate pour préserver les dents, vendu entre 2 et 4 livres. Il réside à Paris, rue du Four, près de l'église Saint-Eustache, où un tableau est exposé.
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2868
p. 1407-1415
MARIE STUART, Reine d'Ecosse, Tragédie de M. ***.
Début :
Voicy l'Extrait que nous avons promis de cette Piece, représentée depuis [...]
Mots clefs :
Marie Stuart, Reine Élisabeth, Duc de Norfolk, Palais, Amant, Entendre, Ministre, Coeur, Juges, Pièce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIE STUART, Reine d'Ecosse, Tragédie de M. ***.
MARIE STUART , Reine d'Ecosse ,
Tragédie de M. * * * .
VoOicy l'Extrait que nous avons promis
de cette Piece , représentée depuis
peu au Théatre François.
ACTERS.
Elisabeth, Reine d'Angleterre. La Dlle de
Balicourt.
Marie Stuatd , Reine d'Ecosse , La Dlle
11. Vol.
du Fresne.
Le
1408 MERCURE DE FRANCE
Le Duc de Norfolck ,
Dudley , Comte
le Sr Dufresne.
le Sr Grandval.
Lle S.Sarrazin
de
Leycestre,
d'Elisabeth' Ministres
S
Cecil ,
Heliton , l'un des Principaux Officiers
du Palais , ami du Duc de Norfolck
le Sr le Grand
Monros , Ami d'Helton , le Sr Dubreuil.
Chelsey, Confidente d'Elizabeth, la Dlle
Fouvenot.
Un Officier des Gardes d'Elizabeth , le Sr
Un Garde ,
de la 7 horilliere.
le Sr d'Angeville , jeune.
La Scene est à Londres dans une Sale
'du Palais d'Elizabeth.
>
Quoique cette Tragédie dont l'Auteur
ne s'est pas encore fait connoître , n'ait
pas eu beaucoup de succès , on n'a pas
laissé de rendre justice à la plume dont
elle est sortie. On en a trouvé la versification
noble soutenue et élegante.
On n'a pas été , à beaucoup près , aussi
content de l'action Theatrale , non plus
que des caractéres ; celui d'Elizabeth a
été mieux rendu que tous les autres . Au
reste , comme les Représentations n'en
ont pas été assez nombreuses , nous
n'avons pû retenir l'ordre de la Piéce
Scene par Scene : ainsi nous esperons que
II. Vol. le
JUIN 1734. 1409
le Public voudra bien nous excuser , si
nous ne faisons pas un détail assez exact
de ce Poëme .
Il commence par une Scene déliberative
entre Elizabeth et ses deux Ministres ,
et Cecil. La Reine expose les raisons qui
la portent à les consulter. Il s'agit de faire
périr Marie Stuard , son ennemie et sa
prisonniere , ou de la renvoyer à son
Royaume d'Ecosse. Dudley amoureux de
cette Reine opprimée , opine pour son
rétablissement sur le Trône , et Cecil fait
entendre qu'il importe à la Reine d'Angleterre
de perdre une si redoutable Rivale
; Elizabeth se rend en apparence au
Conseil de Dudley , et lui ordonne d'aller
délivrer Marie Stuard. A peine ce Ministre
est-il sorti pour aller exécuter sa
commission , que Cecil , pour se vanger
de ce qu'il l'a emporté sur lui , ou pour
d'autres interêts qu'il n'explique pas ,
fait entendre à Elizabeth que Dudley a
moins parlé en Ministre, qu'en Amant de
Marie Stuard , quand il a pris si hautement
şon parti. Elizabeth qui aime secretement
Dudley , et qui a trop de fierté
pour ne s'en croire pas aimée , est mortellement
frappée de la double infidelité
qu'on lui fait ; elle se détermine dans un
monologue à approfondir cette fatale dé-
G.Y Avant couverte.
1410 MERCURE DE FRANCE
que
Avant Marie Stuard eut été mise
en liberré , il y a apparence que le Duc
de Norfolck , son Partisan et son Amant
déclaré , avoit conspiré pour la tirer de
prison à force ouverte. Il est introduit
secretement par Helton son ami , et l'un
des principaux Officiers du Palais dans
un Appartement des moins fréquentez.
Marie Stuard est agréablement surprise
de le trouver au sortir de sa prison , mais,
à ce premier mouvement de joye succede
un sentiment de vertu , quand elle apprend
que le Duc ne parle pas moins
que de déthrôner Elizabeth et de la faire
périr. Norfolck ne peut s'empêcher d'admirer
la noblesse du coeur d'une si illustre
Amante ; il lui promet de ne s'attacher
uniquement qu'à la rendre à ses sujets
et à la rétablir sur le Trône paternel ; il
la quitte pour aller mettre la derniere
main à un projet si glorieux.
Dudley instruit de la conjuration de
Norfolck par un perfide Ami à qui ce
Duc s'est inprudemment confié , veut
tirer parti de ce secret , pour s'insinuer
dans les bonnes graces de Marie Stuard
qu'il aime , comme nous l'avons déja fait
remarquer il lui fait valoir les services
qu'il lui a déja rendus et ceux qu'il peut
encore lui rendre. Marie Stuard qui le
11 Vol
Croir
JUIN. 1734. 1411
que,
croit dans les interêts d'Elizabeth , dont
il est Ministre , se défie de lui ; Dudley
lui proteste qu'il est entierement à elle ,
quoique Ministre de sa Rivale ; Marie
Stuard toujours plus défiante, lui dit
soit qu'il trahisse Elizabeth , soit qu'il
vueille la tromper elle - même, il est ég lement
coupable : Dudley lui répond qu'il ne
peut mieux prouver son innocence que
par l'aveu d'un crime qu'elle a ignoré
jusqu'à ce jour , et ce crime s'explique
par une déclaration d'amour ; M Stuard
prend cette déclaration pour un dernier
pige qu'il lui tend par l'ordre d'Eli
Zabeth ; par malheur Elizabeth atrive
dans ce premier mouvement de colere
et de défiance . M. Stuard lui fait entendre
qu'elle a découvert son artifice et
qu'elle ne doute point que Dudley , qui
a porté l'audace jusqu'à lui parlerd'amour,
ne l'ait fait, pour la faire expliquer avec
plus d'ouverture de coeur.
M. Stuard s'étant retirée avec assez de
hauteur ; Elizabeth éclate contre Dudley
dont elle s'est toujours crûe aimée ; Dudley
a recours à l'artifice , et répond à
Elizabeth que c'est uniquement pour
mieux sonder le coeur de M. Stuard qu'il
lui a parlé d'amour ; Elizabeth le congédie
sans lui faire l'honneur de le croire..
IL Vol.
Gvj Elle:
1412 MERCURE DE FRANCE
Elle est plus indignée contre Dudley
comme sujet perfide , que comme Amant
infidele ; son coeur se tourne tout entier
du côté de l'ambition et paroît craindre
beaucoup plus de perdre le Trône, qu'un
coeur si peu digne d'elle.
Dans l'Acte suivant , Dudley fait une
seconde tentative auprès de M. Stuard ;
il est plus précisement instruit des démarches
du Duc de Norfolck , par le
même traître qui s'est déja ouvert à lui
il dit à M. Stuard qu'il ne tient
qu'à lui de perdre son Rival qu'il
ne tient qu'à elle de se sauver elle même,
en acceptant ses services ; M. Stuard
emportée par son amour,lui répond, que
la premiere loi qu'elle lui impose c'est de
sauver Norfolck ; Dudley frémit à cette
proposition et se retire , la menace à la
bouche ; il ne tarde pas à consommer sa
trahison ; Elizabeth ne le reconnoît que
trop à l'arrivée de Cecil : Ce Ministre
dont on a parlé dans la premiere Scene ,
Jui fait entendre qu'on vient de lui dire
que le Duc de Norfolck a de l'intelligence
dans le Palais et qu'il va en instruire Elizabeth.
M. Stuard l'arrête , et croit ne
pouvoir mieux sauver son Amant qu'en
s'accusant elle- même. Cecil , au comble
de ses voeux , va tout dire à Elizabeth ;
II. Vola M.
JUIN. 1734- 1413
M. Stuard en est dans la consternation .
Pour surcroît de malheur elle voit approcher
le Duc ; elle frémit du peril où
il est exposé : elle lui apprend qu'on sçait
tout ; et qu'il a été trahi par quelqu'un
des conjurez ; elle lui ordonne de sortir
du Palais ; Norfolck vent perir avec elle;
mais elle l'oblige enfin de sortir , après lui
avoir dit que sa qualité de Reine met sa
vie en seureté .
Voilà le noeud de la Piéce arrivé à son
plus haut point , tout ce qui suit s'achemine
à grand pas à un dénouement des
plus funestes pour l'un et pour l'autre.
Amant.
Chelsey Confidente d'Elizabeth , ouvre
la Scene du quatrième Acte avec Marie
Stuard elle lui fait entendre que la
Reine sa maîtresse est toute disposée à
la recevoir entre ses bras , poutvû qu'elle.
vucille bien s'y jetter ; elle ajoute que
c'est le seul azile qui lui reste contre ses
juges, qui vont s'assembler pour lui faire.
son Procès ; au nom de Juge, M. Stuard
ne peut se contenir ; elle ne reconnoît
point de Tribunal qui puisse interroger
une Reine , encore moins la condamner;
elle consent cependant à voir Elizabeth :
cette derniere vient , et après un préam
bule d'indulgence et mênie de tendresse ;
11. Vol.
elle
1414 MERCURE DE FRANCE
elle fait un détail de tous les crimes dont
elle prétend que M. Stuard s'est noircie.
On a trouvé cette Scene très - belle , à la
longueur près ; M. Stuard ,sans répondre
d'une maniere détaillée à chaque chef
d'accusation , nie tout et parle avec tant
d'aigreur à Elizabeth , qu'elle l'oblige à
lui répondre sur le même ton et à se retirer
dans le dessein de lui faire subir le
honteux interrogatoire dont on l'a déja
menacée. Cecil vient l'avertir qu'il est
tems qu'elle paroisse devant ses Juges ;
il veut même lui donner des conseils ;
elle lui ferme la bouche et lui dit en sortant
que ses indignes Juges ne soutiendront
pas un seul de ses regards.
Marie Stuard ayant comparu devant le
Tribunal qu'elle a meprisé , et en ayant
été renvoyée par Cecil , qui a craint que
sa présence n'imposât à ses Juges, apprend
par des avis confus que le Duc de Norfolck
a déja subi l'arrêt de mort qui a
été prononcé contre lui ; elle ne songe
plus qu'à le suivre au tombeau . Monros
ami d'Helton , dont on a déja parlé
comme entierement attaché aux interêts
de Norfolck , vient lui donner une fausse
joye ; il lui dir que le Duc suivi d'une
nombreuse et vaillante escorte ,
vers le Palais d'une maniere à faire trem-
11. Vol. bier
JUIN. 1734. 1419
à se
bler et ses Juges et la Reine même ;
M. Stuard en rend graces au Ciel et se
livre à la douceur de l'espérance ; mais
Helton qui arrive un moment après , la
replonge dans le désespoir , par le funeste
récit qu'il lui fait de la mort de
Norfolck , qui s'est percé le sein sur la
fausse nouvelle qu'on lui a donnée que
sa chereReine venoit de perdre la vie sur
un échafaut : on vient avertir M. Stuard
qu'il est tems d'exécuter l'arrêt de sa
condamnation . Elle ne balance pas
résoudre à la mort pour ne pas survivreà
son Amant. Au reste dans les deux
premieres Représentations on fiitoit reparoître
Elizabeth , résolue en apparen
ce à révoquer Parrêt prononcé contre
M. Stuard , qu'elle traite de soeur dans
tout le cours de la Piéce ; mais cette fin
de Tragédie ayant paru trop ressemblanteaux
dernieres Scenes du Comte d'Essex ,
on a jugé à propos de retrancher une
imitation qui avoit indisposé la plupart
des Spectateurs.
Tragédie de M. * * * .
VoOicy l'Extrait que nous avons promis
de cette Piece , représentée depuis
peu au Théatre François.
ACTERS.
Elisabeth, Reine d'Angleterre. La Dlle de
Balicourt.
Marie Stuatd , Reine d'Ecosse , La Dlle
11. Vol.
du Fresne.
Le
1408 MERCURE DE FRANCE
Le Duc de Norfolck ,
Dudley , Comte
le Sr Dufresne.
le Sr Grandval.
Lle S.Sarrazin
de
Leycestre,
d'Elisabeth' Ministres
S
Cecil ,
Heliton , l'un des Principaux Officiers
du Palais , ami du Duc de Norfolck
le Sr le Grand
Monros , Ami d'Helton , le Sr Dubreuil.
Chelsey, Confidente d'Elizabeth, la Dlle
Fouvenot.
Un Officier des Gardes d'Elizabeth , le Sr
Un Garde ,
de la 7 horilliere.
le Sr d'Angeville , jeune.
La Scene est à Londres dans une Sale
'du Palais d'Elizabeth.
>
Quoique cette Tragédie dont l'Auteur
ne s'est pas encore fait connoître , n'ait
pas eu beaucoup de succès , on n'a pas
laissé de rendre justice à la plume dont
elle est sortie. On en a trouvé la versification
noble soutenue et élegante.
On n'a pas été , à beaucoup près , aussi
content de l'action Theatrale , non plus
que des caractéres ; celui d'Elizabeth a
été mieux rendu que tous les autres . Au
reste , comme les Représentations n'en
ont pas été assez nombreuses , nous
n'avons pû retenir l'ordre de la Piéce
Scene par Scene : ainsi nous esperons que
II. Vol. le
JUIN 1734. 1409
le Public voudra bien nous excuser , si
nous ne faisons pas un détail assez exact
de ce Poëme .
Il commence par une Scene déliberative
entre Elizabeth et ses deux Ministres ,
et Cecil. La Reine expose les raisons qui
la portent à les consulter. Il s'agit de faire
périr Marie Stuard , son ennemie et sa
prisonniere , ou de la renvoyer à son
Royaume d'Ecosse. Dudley amoureux de
cette Reine opprimée , opine pour son
rétablissement sur le Trône , et Cecil fait
entendre qu'il importe à la Reine d'Angleterre
de perdre une si redoutable Rivale
; Elizabeth se rend en apparence au
Conseil de Dudley , et lui ordonne d'aller
délivrer Marie Stuard. A peine ce Ministre
est-il sorti pour aller exécuter sa
commission , que Cecil , pour se vanger
de ce qu'il l'a emporté sur lui , ou pour
d'autres interêts qu'il n'explique pas ,
fait entendre à Elizabeth que Dudley a
moins parlé en Ministre, qu'en Amant de
Marie Stuard , quand il a pris si hautement
şon parti. Elizabeth qui aime secretement
Dudley , et qui a trop de fierté
pour ne s'en croire pas aimée , est mortellement
frappée de la double infidelité
qu'on lui fait ; elle se détermine dans un
monologue à approfondir cette fatale dé-
G.Y Avant couverte.
1410 MERCURE DE FRANCE
que
Avant Marie Stuard eut été mise
en liberré , il y a apparence que le Duc
de Norfolck , son Partisan et son Amant
déclaré , avoit conspiré pour la tirer de
prison à force ouverte. Il est introduit
secretement par Helton son ami , et l'un
des principaux Officiers du Palais dans
un Appartement des moins fréquentez.
Marie Stuard est agréablement surprise
de le trouver au sortir de sa prison , mais,
à ce premier mouvement de joye succede
un sentiment de vertu , quand elle apprend
que le Duc ne parle pas moins
que de déthrôner Elizabeth et de la faire
périr. Norfolck ne peut s'empêcher d'admirer
la noblesse du coeur d'une si illustre
Amante ; il lui promet de ne s'attacher
uniquement qu'à la rendre à ses sujets
et à la rétablir sur le Trône paternel ; il
la quitte pour aller mettre la derniere
main à un projet si glorieux.
Dudley instruit de la conjuration de
Norfolck par un perfide Ami à qui ce
Duc s'est inprudemment confié , veut
tirer parti de ce secret , pour s'insinuer
dans les bonnes graces de Marie Stuard
qu'il aime , comme nous l'avons déja fait
remarquer il lui fait valoir les services
qu'il lui a déja rendus et ceux qu'il peut
encore lui rendre. Marie Stuard qui le
11 Vol
Croir
JUIN. 1734. 1411
que,
croit dans les interêts d'Elizabeth , dont
il est Ministre , se défie de lui ; Dudley
lui proteste qu'il est entierement à elle ,
quoique Ministre de sa Rivale ; Marie
Stuard toujours plus défiante, lui dit
soit qu'il trahisse Elizabeth , soit qu'il
vueille la tromper elle - même, il est ég lement
coupable : Dudley lui répond qu'il ne
peut mieux prouver son innocence que
par l'aveu d'un crime qu'elle a ignoré
jusqu'à ce jour , et ce crime s'explique
par une déclaration d'amour ; M Stuard
prend cette déclaration pour un dernier
pige qu'il lui tend par l'ordre d'Eli
Zabeth ; par malheur Elizabeth atrive
dans ce premier mouvement de colere
et de défiance . M. Stuard lui fait entendre
qu'elle a découvert son artifice et
qu'elle ne doute point que Dudley , qui
a porté l'audace jusqu'à lui parlerd'amour,
ne l'ait fait, pour la faire expliquer avec
plus d'ouverture de coeur.
M. Stuard s'étant retirée avec assez de
hauteur ; Elizabeth éclate contre Dudley
dont elle s'est toujours crûe aimée ; Dudley
a recours à l'artifice , et répond à
Elizabeth que c'est uniquement pour
mieux sonder le coeur de M. Stuard qu'il
lui a parlé d'amour ; Elizabeth le congédie
sans lui faire l'honneur de le croire..
IL Vol.
Gvj Elle:
1412 MERCURE DE FRANCE
Elle est plus indignée contre Dudley
comme sujet perfide , que comme Amant
infidele ; son coeur se tourne tout entier
du côté de l'ambition et paroît craindre
beaucoup plus de perdre le Trône, qu'un
coeur si peu digne d'elle.
Dans l'Acte suivant , Dudley fait une
seconde tentative auprès de M. Stuard ;
il est plus précisement instruit des démarches
du Duc de Norfolck , par le
même traître qui s'est déja ouvert à lui
il dit à M. Stuard qu'il ne tient
qu'à lui de perdre son Rival qu'il
ne tient qu'à elle de se sauver elle même,
en acceptant ses services ; M. Stuard
emportée par son amour,lui répond, que
la premiere loi qu'elle lui impose c'est de
sauver Norfolck ; Dudley frémit à cette
proposition et se retire , la menace à la
bouche ; il ne tarde pas à consommer sa
trahison ; Elizabeth ne le reconnoît que
trop à l'arrivée de Cecil : Ce Ministre
dont on a parlé dans la premiere Scene ,
Jui fait entendre qu'on vient de lui dire
que le Duc de Norfolck a de l'intelligence
dans le Palais et qu'il va en instruire Elizabeth.
M. Stuard l'arrête , et croit ne
pouvoir mieux sauver son Amant qu'en
s'accusant elle- même. Cecil , au comble
de ses voeux , va tout dire à Elizabeth ;
II. Vola M.
JUIN. 1734- 1413
M. Stuard en est dans la consternation .
Pour surcroît de malheur elle voit approcher
le Duc ; elle frémit du peril où
il est exposé : elle lui apprend qu'on sçait
tout ; et qu'il a été trahi par quelqu'un
des conjurez ; elle lui ordonne de sortir
du Palais ; Norfolck vent perir avec elle;
mais elle l'oblige enfin de sortir , après lui
avoir dit que sa qualité de Reine met sa
vie en seureté .
Voilà le noeud de la Piéce arrivé à son
plus haut point , tout ce qui suit s'achemine
à grand pas à un dénouement des
plus funestes pour l'un et pour l'autre.
Amant.
Chelsey Confidente d'Elizabeth , ouvre
la Scene du quatrième Acte avec Marie
Stuard elle lui fait entendre que la
Reine sa maîtresse est toute disposée à
la recevoir entre ses bras , poutvû qu'elle.
vucille bien s'y jetter ; elle ajoute que
c'est le seul azile qui lui reste contre ses
juges, qui vont s'assembler pour lui faire.
son Procès ; au nom de Juge, M. Stuard
ne peut se contenir ; elle ne reconnoît
point de Tribunal qui puisse interroger
une Reine , encore moins la condamner;
elle consent cependant à voir Elizabeth :
cette derniere vient , et après un préam
bule d'indulgence et mênie de tendresse ;
11. Vol.
elle
1414 MERCURE DE FRANCE
elle fait un détail de tous les crimes dont
elle prétend que M. Stuard s'est noircie.
On a trouvé cette Scene très - belle , à la
longueur près ; M. Stuard ,sans répondre
d'une maniere détaillée à chaque chef
d'accusation , nie tout et parle avec tant
d'aigreur à Elizabeth , qu'elle l'oblige à
lui répondre sur le même ton et à se retirer
dans le dessein de lui faire subir le
honteux interrogatoire dont on l'a déja
menacée. Cecil vient l'avertir qu'il est
tems qu'elle paroisse devant ses Juges ;
il veut même lui donner des conseils ;
elle lui ferme la bouche et lui dit en sortant
que ses indignes Juges ne soutiendront
pas un seul de ses regards.
Marie Stuard ayant comparu devant le
Tribunal qu'elle a meprisé , et en ayant
été renvoyée par Cecil , qui a craint que
sa présence n'imposât à ses Juges, apprend
par des avis confus que le Duc de Norfolck
a déja subi l'arrêt de mort qui a
été prononcé contre lui ; elle ne songe
plus qu'à le suivre au tombeau . Monros
ami d'Helton , dont on a déja parlé
comme entierement attaché aux interêts
de Norfolck , vient lui donner une fausse
joye ; il lui dir que le Duc suivi d'une
nombreuse et vaillante escorte ,
vers le Palais d'une maniere à faire trem-
11. Vol. bier
JUIN. 1734. 1419
à se
bler et ses Juges et la Reine même ;
M. Stuard en rend graces au Ciel et se
livre à la douceur de l'espérance ; mais
Helton qui arrive un moment après , la
replonge dans le désespoir , par le funeste
récit qu'il lui fait de la mort de
Norfolck , qui s'est percé le sein sur la
fausse nouvelle qu'on lui a donnée que
sa chereReine venoit de perdre la vie sur
un échafaut : on vient avertir M. Stuard
qu'il est tems d'exécuter l'arrêt de sa
condamnation . Elle ne balance pas
résoudre à la mort pour ne pas survivreà
son Amant. Au reste dans les deux
premieres Représentations on fiitoit reparoître
Elizabeth , résolue en apparen
ce à révoquer Parrêt prononcé contre
M. Stuard , qu'elle traite de soeur dans
tout le cours de la Piéce ; mais cette fin
de Tragédie ayant paru trop ressemblanteaux
dernieres Scenes du Comte d'Essex ,
on a jugé à propos de retrancher une
imitation qui avoit indisposé la plupart
des Spectateurs.
Fermer
Résumé : MARIE STUART, Reine d'Ecosse, Tragédie de M. ***.
La pièce 'Marie Stuart, Reine d'Écosse' est une tragédie jouée au Théâtre Français. Elle met en scène Élisabeth, Reine d'Angleterre, et Marie Stuart, Reine d'Écosse, détenue par Élisabeth. Les personnages clés incluent Dudley, Comte de Leicester, Cecil, et le Duc de Norfolk, tous impliqués dans des intrigues politiques et amoureuses. L'intrigue commence par une délibération entre Élisabeth et ses ministres sur le sort de Marie Stuart. Dudley, amoureux de Marie Stuart, plaide pour sa libération, tandis que Cecil suggère son élimination. Élisabeth ordonne initialement la libération de Marie Stuart, mais Cecil la convainc que Dudley agit par amour pour Marie Stuart. Jalouse, Élisabeth décide d'enquêter sur cette trahison. Le Duc de Norfolk, partisan de Marie Stuart, conspire pour la libérer. Dudley, informé de cette conjuration, tente de gagner la confiance de Marie Stuart en lui offrant ses services, mais elle rejette ses avances. Élisabeth, découvrant la déclaration d'amour de Dudley à Marie Stuart, le congédie. Dans les actes suivants, Dudley trahit Norfolk en révélant sa conjuration à Élisabeth. Marie Stuart, pour protéger Norfolk, s'accuse elle-même. Norfolk est exécuté après avoir appris la fausse nouvelle de la mort de Marie Stuart. Marie Stuart, condamnée à mort, refuse de survivre à son amant et accepte son exécution. La pièce se termine par l'exécution de Marie Stuart, sans la réapparition d'Élisabeth, contrairement aux premières représentations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2869
p. 837-848
LETTRE touchant le doute proposé an sujet des Auteurs des Annales, connuës sous le nom de Saint Bertin.
Début :
Le Public est très-obligé , M. au Sçavant qui a bien voulu se charger [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE touchant le doute proposé an sujet des Auteurs des Annales, connuës sous le nom de Saint Bertin.
LETTRE touchant le doute proposé an
sujet des Auteurs des Annales, connuës
sous le nom de Saint Bertin.
Le Public est très-obligé , M. au Sçavant qui a bien voulu se charger
ger d'examiner quels sont les Auteurs
des Annales qu'on surnomme du nom
de S. Bertin. Aussi - tôt que j'eus lû dans
le Mercure de Décembre 1736. les rai-
sons qu'il aporte , pour attribuer à Pru-
dence , Evêque de Troyes , ce qu'elles
contiennent depuis l'an 8 30. jusqu'à l'an
860. j'examinai les faits par moi-même.
J'ai relû ces Annales avec plus d'atten-
tion que je n'avois jamais fait , persuadé
qu'elles partoient d'une bonne Plume, et
d'un Sçavant du premier ordre pour ce
Siécle-là. Ma lecture n'a fait que mecon
firmer de plus en plus dans l'opinion que
la premiere Partie de cette continuation,
( qui n'est qu'une suite des Annales d'E-
ginhard ) devoit être d'un Ecrivain de-
meurant en France , et même dans la
Champagne. Je n'ajoûterai rien aux Ar-
gumens que M. L. D. L. R. a produits
pour prouver que c'est Hincmar de
A iiij
Rheims
38 MERCURE DE FRANCE
Rheims, autre Champenois , qui a conti-
nué , ou fait continuer ces Annales , de-
puis la mort de Prudence .
Mais voici , M. ce que je crois digne
de l'attention des Curieux.
On connoît plusieurs sortes d'Anna-
les qui se terminent au IX. Siécle. Il y
a les Annales d'Eginhard , continuées jus-
qu'à l'an 829. Celles de Fulde , celles
de Metz. Les deux premiers Recuëils
portent avec eux des marques que l'E-
crivain étoit des Cantons d'Allemagne.
Les Traits Historiques singuliers , les
évenemens Physiques , et autres , dont
Hs chargent leurs Annales , sont presque
toûjours arrivés dans la Germanie , l'Al-
sace , les Pays-bas ou la Lorraine. L'Au-
teur des Annales de Fulde fait voir par le
mal qu'il dit de Charles le Chauve , en
quel Lieu il écrivoit. Les Annales de
Metz ont aussi quelque chose qui les
caracterise , et qui prouve que c'est à
Metz qu'elles furent compilées. Mais il
n'en est pas de même de celles de Saint
Bertin ; elles ne contiennent rien qui
prouve que ce soit un Moine de S. Ber-
tin , ou un Auteur des environs qui les
ait redigées. Il n'y a rien de singulier ni
sur l'Abbaye de S. Bertin' , ni sur Saint
Omer , ou sur les autres Eglises et Pays
voisins
MAY.
1737.
8.3.9
voisins , qui paroisse avoir été observé
par préférence. Au contraire l'Auteur re-
marque avec soin des évenemens arrivés
enChampagne ; et comme par une espece
de prédilection,il instruit tout le Royau-
me , de faits qui ne regardent propre-
ment que la Champagne , ou pour par-
ler le langage Ecclesiastique , la Provin-
ce de Sens , parcourons un peu, ces An-
nales.
A l'an 834. l'Auteur entre dans le dé-
tail sur la route que Louis le Débonnai-
re tint pour venir de Langres à Blois : etil
dit , que ce fut per Tricaffinorum & Carno-
tum ac Dunenfium Regiones . De plus de tous
les Annalistes qui ont parlé de la Bataille
deFontenay proche Auxerre donnée en
841. cet Auteur est celui qui en fait enco-
re un plus grand détail , si on en excepte
Nithard qui s'y trouva en personne.
L'endroit où elle fut donnée n'est qu'à
23. lieuës ou environ de Troyes. Pru-
dence y raconte des faits qu'on ne lie
pas même dans Nithard, par exemple ,
pas
la prise de Georges Evêque de Ravenne ,
qui s'étoit trouvé à cette Bataille comme
envoyé du Pape pour concilier les Prin
ces .
A la même année 841. il nous aprend
comment Lothaire , qui venoit de passer
A v
le
840 MERCURE DE FRANCE
le Rhin , essayant de passer la Riviere
de Seine , remonta jusqu'au Pays apellé
Mauripensis , et pénétra par- là jusqu'à
Sens. Prudence devoit connoître à mer-
veille ce Pays Mauripensis
puisqu'il
étoit en partie dans son Diocése. Il en
dit encore un mot à l'an 859. nous apre-
nant que Nogent sur Seine étoit de ce
Pays , dit Pagus Mauripensis. Aussi ne
faut - il point le confondre avec le Hure-
poix. ( a ) Ce fut en cet endroit apa-
remment , comme étant situé dans les
parties supérieures de la Seine , que Lo-
thaire passa cette Riviere en 841. pour
venir à Sens. Au moins l'Annaliste a
cru qu'il convenoit de faire remarquer à
l'an 859. que les Corps des Saints Denis ,
(a ) Ce pagus Mauripensis est le même que le
Morvisus , qui touchoit au Pays Provinisus du
Capitulaire de l'an 853. Il aboutissoit au riva-
ge droit ou Oriental de la Seine , & non à l'au-
tre rivage . Nêlle qui la reposte du Diocése de
Troyes , étoit aussi alors du même Pays. Il me
semble qu'il y auroit quelque chose à retoucher
dans M. de Valois à l'article de sa Notice , ou
il traite du Pays Mauripensis. Je ne voudrois
point confondre ce Pays avec le Hurepoix. Le
Mauripensis fut rendu en langage vulgaire dans
les Titres par Morvois , que les Notaires ont
corrompu en celui de Montois. M. Niverd Con-
seiller au Présidial de Provins , m'écrivit en
8727. que le nom de Mantois étoit fort nouveau,
Rustique
'MA Y.
1737.
841
Rustique et Eleuthere , furent transpor-
tés à Nogent sur Seine , pour être à cou-
vert de l'insulte des Normans ; et qu'on
les y cacha soigneusement dans desTom-
beaux , le 21. Septembre. Il convenoit à
l'EvêqueDiocésain de sçavoir ces particu-
larités.Nogent surSeine est du Diocèse de
Troyes , et n'est éloigné de la Ville Epis-
copale que de 8. lieues. Continuons :
Il n'est point surprenant qu'à l'an 842.
il marque le double passage du Roy
Charles le Chauve par la Ville de Troyes
Tout autre que lui l'auroit marqué de
même ; le second surtout , puisque ce
Prince y célebra la Fête de Pâques. Mais
observez comment il décrit la route qu'il
tint en allant de Troyes à Strasbourg :
Inde Trecas adiens per Alfenfem pagum et
Tullum civitatem , & c. Ce pagus Alfensis
est une contrée des environs de Bar- sur-
Aube , qu'on nomme l'Azois , Pays qui
même alors étoit moins connu que le
Mauripensis : il est sur la route de Toul
au sortir de Troyes.
L'année 846. est remarquable dans ces
Annales par un fait des plus extraordi-
naires , et qui est circonstancié d'une ma-
niere qui fait croire quel'Historien n'étoit
pas bien éloigné du Pays Auxerrois. C'est
une inondation arrivée àAuxerre au mois
A vi
de
842 MERCURE DE FRANCE
de Mai. Je la raporterai dans les propres
termes de l'Auteur , quoiqu'elle soit déja
dans le Mercure du mois de Septembre
1724. page 1940. Hujus anni mense Maio
tanta apud Altiodorum civitatem inundatio
pluviarum fluxit ut parietes penetrans ipfas
etiam cupas plenas vini influvium Icaunam
retulerit fed et quod est mirabilius
quan
dam vineam cum terra , vitibus , et arbori-
bus omnibus in nullo disruptam , ita ut erat,
solidam à parte Icauna fluminis in alteram
ejusdemfluvii partem transposuerit , ac si in
eodem agro naturaliterfuerit.
A l'an 858. il marque un évenement peu
important duDiocése de Sens,avce des cir-
constances qui suposent un Ecrivain bien
voisin du même Pays. In pago Senonico ,
dit- il , in Ecclefia Sancia Porcaria die
Dominico celebranie Missam Presbytero ,
lupus fubitò introiens , plebemque assisten-
tern discurrendo perturbans , tandem inter
feminas identidemfaciens , disparuit. L'E-
glise de Sainte Porcaire est située entre
Auxerre et Troyes . Ce n'est plus aujour
d'hui qu'une Ferme dépendante de l'Ab-
baye de Pontigny , où on l'appelle Sain
re-Procaire.C'est à une petite demie lieuë
de cette Abbaye , à l'extremité du Dio-
gése de Sens.
A la même année , l'Auteur nous fait
voir
MAY.
1737
84%
voir qu'il connoissoit parfaitement la
Carte du Diocèse de Troyes et du voisi
nage : c'est lorsqu'il raporte la route
que tint le Roi Louis le Germanique
pour venir d'Allemagne jusque dans le
Pays Orleanois , à l'insçu de son Frere
Charles le Chauve. Du Palais de Pon-
tion dans le Pertois , il passa dans le Cha-
lonois et chés les Peuples apellés Cupe-
denfes De là à Sens , d'où il entra dans
l'Orleanois : et y ayant executé ses des-
seins , il revint par le même chemin, uf-
que ad Cupedenses. Quibus Karolus Rex
compertis per Catalaunos ufque ad Breonam
Villam festinus graditur. Charles auroit
bien voulu combattre ; mais n'étant pas
soutenu , il se retira en Bourgogne : et
Louis grossissant son parti de ceux qui
avoient quitté celui de Charles , vint à
Troyes , où il récompensa ceux qui l'a-
voient apellé en France. Tout cela est
tiré de ces Annales.
Je n'insisterai point ici sur la circons-
tance de Troyes , ni de Brienne qui est
au Diocèse de Troyes ; le fait étant cer-
tain il pouvoit être remarqué par les An
nalistes de ce temps - là quels qu'ils fussent,
Mais qu'un Auteur Flamand ait connu
les Peuples apellés Cupedenses , il n'y a
aucune apparence. C'étoient des Peu-
ples
344 MERCURE DE FRANCE
ples obscurs situés sur les limites des
Diocéses de Troyes, de Sens et de Meaux,
qui ne pouvoient guere être connus que
par un Ecrivain Troyen , Meldois ou Se-
nonois.
Pourquoi notre Annaliste sçut - it
qu'un Moine de Saint Germain de Paris,
avoit déposé à Aimant au Diocèse de
Sens en 858. les Corps de deux Martyrs
qu'il avoit aportés d'Espagne , si non
parce que ce Village est tout auprès de la
petite Ville de Montereau , située à la
jonction de la Seine et de l'Yonne , et
par conséquent fort proche de la route de
la Haute Champagne à Paris , fréquentée
par les Troyens ? Or Prudence , comme
Espagnol , dut s'interesser à cet évene-
ment , et il crut devoir le faire connoî
tre à la postérité.
Toutes ces circonstances Historiques
désignent certainement un Ecrivain de
la Province Senonoise et des environs de
Sens , Troyes et Auxerre. Je crois cepen-
dant qu'il doit être de Troyes , plûtôt
que d'aucune autre Ville , parce que c'est
celle dont il spécifie avec plus de soin
Jes Pays voisins , tels que les Mauripen-
ses , Alsenses , Cupedenses : Ensorte qu'il
me semble qu'on peut apliquer ici ce
qu'a dit saint Jerôme, Ex verbis et inte
pre:
MAY.
1737
845
pretatione nominum sæpe res ostenduntur
in Jer. cap. XXIII.
Mais ce qui démontre qu'on ne peut
raisonnablement attribuer la rédaction de
ces Annales à un Moinede saint Bertin ou
du voisinage ; c'est qu'à l'an 845. l'Au-
teur parle de ce Monastere comme d'un
Endroit qui lui étoit peu connu, Un cer-
tain Monastere , dit-il , apellé Sithdin.
C'est en racontant les ravages des Nor-
mans : Cum à quodam Monasterio, Sithdin
nomine, direpto incenfoque,oneratis navibus
repedarent , &c. Un Ecrivain du Pays se
seroit il exprimé ainsi ? Auroit-il aussi
apellé les Peuples de Teroüenne Tar-
visii , comme a fait l'Annaliste à Pan
850 ? Ce terme de quodam Monasterio
dénote clairement un Ecrivain éloigné ,
et il étoit pardonnable à un Espagnol ,
résident à Troyes , de désigner l'Abbaye
de saint Bertin , sous ce terme vague ;
puisqu'encore au douziéme siecle , des
Abbés de Ferrieres au Diocèse de Sens,
ignoroient qu'il y eût aux Pays-Bas une
Abbaye, dite Saint Martin de Tournay,et
réciproquement des Moines des Pays- Bas,
ignoroient où étoit située la célebre Ab-
Baye de Ferrieres. Les informations faites
là- dessus de part et d'autre , sont curieu-
ses à lire dans le Spicilege de D.Dachery,
Tome
848 MERCURE DE FRANCE
Tome XII. in Hist. Restaur. S. Martini
Tornac. Ainsi la distance de 80. lieuës
qu'il y a de Sithin , ou de saint Bertin à
Troyes , étoit sufisante pour que Pru-
dence se contentât de dire un certain Mo-
nastere nommé Sithiu.
De plus , si c'étoit un Moine du Pays
de Teroüenne , ou de Saint- Omer , qui
eût compilé ces Annales , ou qui se fûr
chargé d'écrire les évenemens considéra-
bles , pourquoi seroit-il entré dans un dé-
tail de certaines minuties qui regardent
ła Province de Sens , et le voisinage de
Troyes ? et eût-il oublié des faits de con-
séquence , arrivés , pour ainsi dire , aux
Portes de Saint Bertin ? C'étoit à lui
plûtôt qu'à un Moine de Saint Vandrille
au Diocèse de Rouen (a) à nous trans-
mettre les horribles ravages de Port de
Quentavich , faits par les Normands en-
844.cependant les Annales de Saint Ber
tin n'en font aucune mention , et sans-
cet Annaliste de Saint Vandrille nous
ignorerions ce fait .
Concluons donc de tout ce que j'ai dit,
que les Annales connues sous le nom de
Saint Bertin , sont de Prudence depuis-
(a ) Duchêne , Tom. 2. pag. 388 Quentavich
étoit à l'embouchure de la Riviere de Canche ,
dixu douze licuës de Saint Berting
l'an
MAY.
1737.
847
f'an 830. jusqu'à l'an 860. et qu'elles
sont celles - là même dont Hincmar veut
parler : que s'en étant fait des copies ,
une de ces copies a été portée aux Pays-
Bas , et ayant été conservée à Saint Ber-
tin , elle a servi d'original à ceux qui
l'ont fait imprimer.
Voilà M. ce que j'ai cru devoir ajou-
ter à l'Ecrit de M. L. D. L. R. pour
confirmer de plus en plus le Lecteur
dans la pensée qu'a eu M. l'Abbé Fleu-
ry. Je suis d'autant plus persuadé que
Saint Prudence est le premier Continua-
teur des Annales d'Eginhard , que dans
la dénomination de quelques Fêtes dont
il parle , je le vois employer des termes
plus usités dans l'Eglise d'Espagne que
dans celle de France , tel est le nom
de Festum
Apparitionis qu'il donne à
l'Epiphanie toutes les fois qu'il a occasion
d'en parler
sçavoir , aux années 838 ,
839, 840 et 842. Consultez là dessus la
Liturgie Mozarabe , au moins le frag-
ment qui est dans le premier Tome des
Sacremens, du Pere Martenne à l'endroit
de l'arrangement des offrandes. Vous ob
serverez aussi , si vous lisez les trente an-
nées de ces Annales , que FAuteur par
lant de la plupart des anciennes Villes du
Royaume , se sert des noms qui sont
dans
848 MERCURE DE FRANCE
dans l'Itineraire d'Antonin , ou dans les
Commentaires de César
Aiedincum
Senonum Augufta Trecorum , Casarodunum
Turonum , Durocortorum Remorum , Sama-
robriva Ambianorum , et toujours Loticia
Parisiorum. Ce Loticia ressent assés le
langage étranger : et toutes ces dénomi-
nations par périphrase , conviennent ce
semble au genie d'un Espagnol qui avoit
de l'érudition , comme en est convenu
son Continuateur
Prudentius , dit-il
adprimè Litteris eruditus.
Au reste , M. comme il paroît qu'il
y a bien des siecles que l'Eglise de Troyes
l'honore comme Saint ; je ne fais aucune
difficulté de lui donner ce titre en finis
sant ce qui le regarde. J'ai vû un su-
plement au Martyrologe Romain , im
primé il y a environ quarante ans , par
les soins du Pere Simon MothierJesuite,
dans lequel je le trouve. Lisez ce que
Molanus et depuis lui les Bollandistes
ont dit de Saint Forannan Abbé de Vazor
au 30. Avril , et vous verrez que la répu
gnance que l'on a à admettre certains
Saints de l'Antiquité , ne dure qu'un
temps; après quoi on revient à l'ancienne
Tradition , quand les faits ont été éclairg
cis. Je suis , Monsieur , & c .
A Paris ce 31. Janvier 1737.
sujet des Auteurs des Annales, connuës
sous le nom de Saint Bertin.
Le Public est très-obligé , M. au Sçavant qui a bien voulu se charger
ger d'examiner quels sont les Auteurs
des Annales qu'on surnomme du nom
de S. Bertin. Aussi - tôt que j'eus lû dans
le Mercure de Décembre 1736. les rai-
sons qu'il aporte , pour attribuer à Pru-
dence , Evêque de Troyes , ce qu'elles
contiennent depuis l'an 8 30. jusqu'à l'an
860. j'examinai les faits par moi-même.
J'ai relû ces Annales avec plus d'atten-
tion que je n'avois jamais fait , persuadé
qu'elles partoient d'une bonne Plume, et
d'un Sçavant du premier ordre pour ce
Siécle-là. Ma lecture n'a fait que mecon
firmer de plus en plus dans l'opinion que
la premiere Partie de cette continuation,
( qui n'est qu'une suite des Annales d'E-
ginhard ) devoit être d'un Ecrivain de-
meurant en France , et même dans la
Champagne. Je n'ajoûterai rien aux Ar-
gumens que M. L. D. L. R. a produits
pour prouver que c'est Hincmar de
A iiij
Rheims
38 MERCURE DE FRANCE
Rheims, autre Champenois , qui a conti-
nué , ou fait continuer ces Annales , de-
puis la mort de Prudence .
Mais voici , M. ce que je crois digne
de l'attention des Curieux.
On connoît plusieurs sortes d'Anna-
les qui se terminent au IX. Siécle. Il y
a les Annales d'Eginhard , continuées jus-
qu'à l'an 829. Celles de Fulde , celles
de Metz. Les deux premiers Recuëils
portent avec eux des marques que l'E-
crivain étoit des Cantons d'Allemagne.
Les Traits Historiques singuliers , les
évenemens Physiques , et autres , dont
Hs chargent leurs Annales , sont presque
toûjours arrivés dans la Germanie , l'Al-
sace , les Pays-bas ou la Lorraine. L'Au-
teur des Annales de Fulde fait voir par le
mal qu'il dit de Charles le Chauve , en
quel Lieu il écrivoit. Les Annales de
Metz ont aussi quelque chose qui les
caracterise , et qui prouve que c'est à
Metz qu'elles furent compilées. Mais il
n'en est pas de même de celles de Saint
Bertin ; elles ne contiennent rien qui
prouve que ce soit un Moine de S. Ber-
tin , ou un Auteur des environs qui les
ait redigées. Il n'y a rien de singulier ni
sur l'Abbaye de S. Bertin' , ni sur Saint
Omer , ou sur les autres Eglises et Pays
voisins
MAY.
1737.
8.3.9
voisins , qui paroisse avoir été observé
par préférence. Au contraire l'Auteur re-
marque avec soin des évenemens arrivés
enChampagne ; et comme par une espece
de prédilection,il instruit tout le Royau-
me , de faits qui ne regardent propre-
ment que la Champagne , ou pour par-
ler le langage Ecclesiastique , la Provin-
ce de Sens , parcourons un peu, ces An-
nales.
A l'an 834. l'Auteur entre dans le dé-
tail sur la route que Louis le Débonnai-
re tint pour venir de Langres à Blois : etil
dit , que ce fut per Tricaffinorum & Carno-
tum ac Dunenfium Regiones . De plus de tous
les Annalistes qui ont parlé de la Bataille
deFontenay proche Auxerre donnée en
841. cet Auteur est celui qui en fait enco-
re un plus grand détail , si on en excepte
Nithard qui s'y trouva en personne.
L'endroit où elle fut donnée n'est qu'à
23. lieuës ou environ de Troyes. Pru-
dence y raconte des faits qu'on ne lie
pas même dans Nithard, par exemple ,
pas
la prise de Georges Evêque de Ravenne ,
qui s'étoit trouvé à cette Bataille comme
envoyé du Pape pour concilier les Prin
ces .
A la même année 841. il nous aprend
comment Lothaire , qui venoit de passer
A v
le
840 MERCURE DE FRANCE
le Rhin , essayant de passer la Riviere
de Seine , remonta jusqu'au Pays apellé
Mauripensis , et pénétra par- là jusqu'à
Sens. Prudence devoit connoître à mer-
veille ce Pays Mauripensis
puisqu'il
étoit en partie dans son Diocése. Il en
dit encore un mot à l'an 859. nous apre-
nant que Nogent sur Seine étoit de ce
Pays , dit Pagus Mauripensis. Aussi ne
faut - il point le confondre avec le Hure-
poix. ( a ) Ce fut en cet endroit apa-
remment , comme étant situé dans les
parties supérieures de la Seine , que Lo-
thaire passa cette Riviere en 841. pour
venir à Sens. Au moins l'Annaliste a
cru qu'il convenoit de faire remarquer à
l'an 859. que les Corps des Saints Denis ,
(a ) Ce pagus Mauripensis est le même que le
Morvisus , qui touchoit au Pays Provinisus du
Capitulaire de l'an 853. Il aboutissoit au riva-
ge droit ou Oriental de la Seine , & non à l'au-
tre rivage . Nêlle qui la reposte du Diocése de
Troyes , étoit aussi alors du même Pays. Il me
semble qu'il y auroit quelque chose à retoucher
dans M. de Valois à l'article de sa Notice , ou
il traite du Pays Mauripensis. Je ne voudrois
point confondre ce Pays avec le Hurepoix. Le
Mauripensis fut rendu en langage vulgaire dans
les Titres par Morvois , que les Notaires ont
corrompu en celui de Montois. M. Niverd Con-
seiller au Présidial de Provins , m'écrivit en
8727. que le nom de Mantois étoit fort nouveau,
Rustique
'MA Y.
1737.
841
Rustique et Eleuthere , furent transpor-
tés à Nogent sur Seine , pour être à cou-
vert de l'insulte des Normans ; et qu'on
les y cacha soigneusement dans desTom-
beaux , le 21. Septembre. Il convenoit à
l'EvêqueDiocésain de sçavoir ces particu-
larités.Nogent surSeine est du Diocèse de
Troyes , et n'est éloigné de la Ville Epis-
copale que de 8. lieues. Continuons :
Il n'est point surprenant qu'à l'an 842.
il marque le double passage du Roy
Charles le Chauve par la Ville de Troyes
Tout autre que lui l'auroit marqué de
même ; le second surtout , puisque ce
Prince y célebra la Fête de Pâques. Mais
observez comment il décrit la route qu'il
tint en allant de Troyes à Strasbourg :
Inde Trecas adiens per Alfenfem pagum et
Tullum civitatem , & c. Ce pagus Alfensis
est une contrée des environs de Bar- sur-
Aube , qu'on nomme l'Azois , Pays qui
même alors étoit moins connu que le
Mauripensis : il est sur la route de Toul
au sortir de Troyes.
L'année 846. est remarquable dans ces
Annales par un fait des plus extraordi-
naires , et qui est circonstancié d'une ma-
niere qui fait croire quel'Historien n'étoit
pas bien éloigné du Pays Auxerrois. C'est
une inondation arrivée àAuxerre au mois
A vi
de
842 MERCURE DE FRANCE
de Mai. Je la raporterai dans les propres
termes de l'Auteur , quoiqu'elle soit déja
dans le Mercure du mois de Septembre
1724. page 1940. Hujus anni mense Maio
tanta apud Altiodorum civitatem inundatio
pluviarum fluxit ut parietes penetrans ipfas
etiam cupas plenas vini influvium Icaunam
retulerit fed et quod est mirabilius
quan
dam vineam cum terra , vitibus , et arbori-
bus omnibus in nullo disruptam , ita ut erat,
solidam à parte Icauna fluminis in alteram
ejusdemfluvii partem transposuerit , ac si in
eodem agro naturaliterfuerit.
A l'an 858. il marque un évenement peu
important duDiocése de Sens,avce des cir-
constances qui suposent un Ecrivain bien
voisin du même Pays. In pago Senonico ,
dit- il , in Ecclefia Sancia Porcaria die
Dominico celebranie Missam Presbytero ,
lupus fubitò introiens , plebemque assisten-
tern discurrendo perturbans , tandem inter
feminas identidemfaciens , disparuit. L'E-
glise de Sainte Porcaire est située entre
Auxerre et Troyes . Ce n'est plus aujour
d'hui qu'une Ferme dépendante de l'Ab-
baye de Pontigny , où on l'appelle Sain
re-Procaire.C'est à une petite demie lieuë
de cette Abbaye , à l'extremité du Dio-
gése de Sens.
A la même année , l'Auteur nous fait
voir
MAY.
1737
84%
voir qu'il connoissoit parfaitement la
Carte du Diocèse de Troyes et du voisi
nage : c'est lorsqu'il raporte la route
que tint le Roi Louis le Germanique
pour venir d'Allemagne jusque dans le
Pays Orleanois , à l'insçu de son Frere
Charles le Chauve. Du Palais de Pon-
tion dans le Pertois , il passa dans le Cha-
lonois et chés les Peuples apellés Cupe-
denfes De là à Sens , d'où il entra dans
l'Orleanois : et y ayant executé ses des-
seins , il revint par le même chemin, uf-
que ad Cupedenses. Quibus Karolus Rex
compertis per Catalaunos ufque ad Breonam
Villam festinus graditur. Charles auroit
bien voulu combattre ; mais n'étant pas
soutenu , il se retira en Bourgogne : et
Louis grossissant son parti de ceux qui
avoient quitté celui de Charles , vint à
Troyes , où il récompensa ceux qui l'a-
voient apellé en France. Tout cela est
tiré de ces Annales.
Je n'insisterai point ici sur la circons-
tance de Troyes , ni de Brienne qui est
au Diocèse de Troyes ; le fait étant cer-
tain il pouvoit être remarqué par les An
nalistes de ce temps - là quels qu'ils fussent,
Mais qu'un Auteur Flamand ait connu
les Peuples apellés Cupedenses , il n'y a
aucune apparence. C'étoient des Peu-
ples
344 MERCURE DE FRANCE
ples obscurs situés sur les limites des
Diocéses de Troyes, de Sens et de Meaux,
qui ne pouvoient guere être connus que
par un Ecrivain Troyen , Meldois ou Se-
nonois.
Pourquoi notre Annaliste sçut - it
qu'un Moine de Saint Germain de Paris,
avoit déposé à Aimant au Diocèse de
Sens en 858. les Corps de deux Martyrs
qu'il avoit aportés d'Espagne , si non
parce que ce Village est tout auprès de la
petite Ville de Montereau , située à la
jonction de la Seine et de l'Yonne , et
par conséquent fort proche de la route de
la Haute Champagne à Paris , fréquentée
par les Troyens ? Or Prudence , comme
Espagnol , dut s'interesser à cet évene-
ment , et il crut devoir le faire connoî
tre à la postérité.
Toutes ces circonstances Historiques
désignent certainement un Ecrivain de
la Province Senonoise et des environs de
Sens , Troyes et Auxerre. Je crois cepen-
dant qu'il doit être de Troyes , plûtôt
que d'aucune autre Ville , parce que c'est
celle dont il spécifie avec plus de soin
Jes Pays voisins , tels que les Mauripen-
ses , Alsenses , Cupedenses : Ensorte qu'il
me semble qu'on peut apliquer ici ce
qu'a dit saint Jerôme, Ex verbis et inte
pre:
MAY.
1737
845
pretatione nominum sæpe res ostenduntur
in Jer. cap. XXIII.
Mais ce qui démontre qu'on ne peut
raisonnablement attribuer la rédaction de
ces Annales à un Moinede saint Bertin ou
du voisinage ; c'est qu'à l'an 845. l'Au-
teur parle de ce Monastere comme d'un
Endroit qui lui étoit peu connu, Un cer-
tain Monastere , dit-il , apellé Sithdin.
C'est en racontant les ravages des Nor-
mans : Cum à quodam Monasterio, Sithdin
nomine, direpto incenfoque,oneratis navibus
repedarent , &c. Un Ecrivain du Pays se
seroit il exprimé ainsi ? Auroit-il aussi
apellé les Peuples de Teroüenne Tar-
visii , comme a fait l'Annaliste à Pan
850 ? Ce terme de quodam Monasterio
dénote clairement un Ecrivain éloigné ,
et il étoit pardonnable à un Espagnol ,
résident à Troyes , de désigner l'Abbaye
de saint Bertin , sous ce terme vague ;
puisqu'encore au douziéme siecle , des
Abbés de Ferrieres au Diocèse de Sens,
ignoroient qu'il y eût aux Pays-Bas une
Abbaye, dite Saint Martin de Tournay,et
réciproquement des Moines des Pays- Bas,
ignoroient où étoit située la célebre Ab-
Baye de Ferrieres. Les informations faites
là- dessus de part et d'autre , sont curieu-
ses à lire dans le Spicilege de D.Dachery,
Tome
848 MERCURE DE FRANCE
Tome XII. in Hist. Restaur. S. Martini
Tornac. Ainsi la distance de 80. lieuës
qu'il y a de Sithin , ou de saint Bertin à
Troyes , étoit sufisante pour que Pru-
dence se contentât de dire un certain Mo-
nastere nommé Sithiu.
De plus , si c'étoit un Moine du Pays
de Teroüenne , ou de Saint- Omer , qui
eût compilé ces Annales , ou qui se fûr
chargé d'écrire les évenemens considéra-
bles , pourquoi seroit-il entré dans un dé-
tail de certaines minuties qui regardent
ła Province de Sens , et le voisinage de
Troyes ? et eût-il oublié des faits de con-
séquence , arrivés , pour ainsi dire , aux
Portes de Saint Bertin ? C'étoit à lui
plûtôt qu'à un Moine de Saint Vandrille
au Diocèse de Rouen (a) à nous trans-
mettre les horribles ravages de Port de
Quentavich , faits par les Normands en-
844.cependant les Annales de Saint Ber
tin n'en font aucune mention , et sans-
cet Annaliste de Saint Vandrille nous
ignorerions ce fait .
Concluons donc de tout ce que j'ai dit,
que les Annales connues sous le nom de
Saint Bertin , sont de Prudence depuis-
(a ) Duchêne , Tom. 2. pag. 388 Quentavich
étoit à l'embouchure de la Riviere de Canche ,
dixu douze licuës de Saint Berting
l'an
MAY.
1737.
847
f'an 830. jusqu'à l'an 860. et qu'elles
sont celles - là même dont Hincmar veut
parler : que s'en étant fait des copies ,
une de ces copies a été portée aux Pays-
Bas , et ayant été conservée à Saint Ber-
tin , elle a servi d'original à ceux qui
l'ont fait imprimer.
Voilà M. ce que j'ai cru devoir ajou-
ter à l'Ecrit de M. L. D. L. R. pour
confirmer de plus en plus le Lecteur
dans la pensée qu'a eu M. l'Abbé Fleu-
ry. Je suis d'autant plus persuadé que
Saint Prudence est le premier Continua-
teur des Annales d'Eginhard , que dans
la dénomination de quelques Fêtes dont
il parle , je le vois employer des termes
plus usités dans l'Eglise d'Espagne que
dans celle de France , tel est le nom
de Festum
Apparitionis qu'il donne à
l'Epiphanie toutes les fois qu'il a occasion
d'en parler
sçavoir , aux années 838 ,
839, 840 et 842. Consultez là dessus la
Liturgie Mozarabe , au moins le frag-
ment qui est dans le premier Tome des
Sacremens, du Pere Martenne à l'endroit
de l'arrangement des offrandes. Vous ob
serverez aussi , si vous lisez les trente an-
nées de ces Annales , que FAuteur par
lant de la plupart des anciennes Villes du
Royaume , se sert des noms qui sont
dans
848 MERCURE DE FRANCE
dans l'Itineraire d'Antonin , ou dans les
Commentaires de César
Aiedincum
Senonum Augufta Trecorum , Casarodunum
Turonum , Durocortorum Remorum , Sama-
robriva Ambianorum , et toujours Loticia
Parisiorum. Ce Loticia ressent assés le
langage étranger : et toutes ces dénomi-
nations par périphrase , conviennent ce
semble au genie d'un Espagnol qui avoit
de l'érudition , comme en est convenu
son Continuateur
Prudentius , dit-il
adprimè Litteris eruditus.
Au reste , M. comme il paroît qu'il
y a bien des siecles que l'Eglise de Troyes
l'honore comme Saint ; je ne fais aucune
difficulté de lui donner ce titre en finis
sant ce qui le regarde. J'ai vû un su-
plement au Martyrologe Romain , im
primé il y a environ quarante ans , par
les soins du Pere Simon MothierJesuite,
dans lequel je le trouve. Lisez ce que
Molanus et depuis lui les Bollandistes
ont dit de Saint Forannan Abbé de Vazor
au 30. Avril , et vous verrez que la répu
gnance que l'on a à admettre certains
Saints de l'Antiquité , ne dure qu'un
temps; après quoi on revient à l'ancienne
Tradition , quand les faits ont été éclairg
cis. Je suis , Monsieur , & c .
A Paris ce 31. Janvier 1737.
Fermer
2870
p. 852-869
NOUVELLES OBJECTIONS CONTRE L'AME DES BESTES.
Début :
Je me trouvai il y a quelques jours dans une compagnie, où la conversation [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES OBJECTIONS CONTRE L'AME DES BESTES.
NOUVELLES OBJECTIONS CONTRE L'AME DES BESTES.
Je me trouvai il y a quelques jours
dans une compagnie, où la conversation
tomba sur l'Ame des Bêtes : On dis-
puta vivement pour et contre , mais on
ne convint de rien
et chacun resta
dans son sentiment. C'est l'ordinaire :
Ainsi les Auditeurs n'en furent point
surpris , et ceux qui n'avoient pris au-
cun parti , convinrent que la question , de
sçavoir si les Brutes ont une Ame intelli-
gente distinguée de la matiere , est tout
à fait problematique , et que les deux
opinions et celle qui soutient l'existence
de cette Ame , et celle qui la nie , ong
également leur vrai semblance.
Tantas quis poterit componere lites ?
Quoique je me fusse mis du nombre
de ces derniers , je n'ai pas laissé en mon
particulier de faire quelques reflexions
sur cette question , d'autant plus que
chacun des Disputans , avoit prétendu
que son sentiment étoit le plus confor-
me à la Religion. Ce fut là le point le
plus
MAY.
17379
853
plas débattu de part et d'autre , surtout
su sujet d'un certain Ouvrage Anglois ,
ou prétendu tel , sur cette matiere , dont
on cita des morceaux qui établissent des
principes , lesquels parurent à tout le
monde aller trop loin , et être peu con-
formes à l'analyse de notre foy.
: Mes reflexions m'ont conduit à des
objections contre l'existence de cette
ame prétenduë , qui m'ont paru d'au-
tant plus interessantes , qu'elles ont fait
la même impression sur ceux auxquels je
les ai communiquées , et comme je ne
me souviens pas de les avoir vûës dans
aucun des Ouvrages que j'ai lûs sur ce
sujet : j'ai crû pouvoir les exposer pour
en avoir la solution. Peut- être produi
ront elles l'utilité que je m'en suis pro-
posée , par raport à la Religion , que
Pon met en jeu dans ces disputes. Aussi
sera-ce l'objet auquel je m'attacherai le
plus , après avoir premierement proposé
une difficulté , que la raison et l'expé-
rience seules m'ont fournie : la voici tele
le que je l'ai conçûë.
La preuve la plus vrai semblable de
Fexistence de l'Ame , dont il s'agit , est
sans contredit celle qui se tire de la do-
cilité des Brutes , que je nommerai dans
la suite avec le vulgaire , les animaux
simplement.
•
154 MERCURE DE FRANCE
simplement. Plusieurs de ces animaux ,
dit-on
sont disciplinables ; on leur
aprend une infinité de choses, qui ne con-
viennent point à leur nature , à chasser,
à danser , à jouer aux cartes et même
aux échets ; ce qu'ils font souvent avec
plus de dextérité et de succès que la plû-
part des hommes même : or leur instinct
*brute et naturel n'étant point ici ce
qui opere en eux ces effets si surprenans,
il faut nécessairement y reconnoître une
ame intelligente , un fonds de pensée
qui soit capable de se lier avec les signes
arbitraires dont il plaît aux hommes de
seservir , pour instruire ces animaux qui
connoissent ces signes , qui y répondent
par les effets que l'on attend d'eux ,et qui,
en un mot , par ce moyen se trouvent
en état de lier un commerce et une espe
ce de societé avec les humains. S'il n'é-
toit question que des operations , qui ,
quoiqu'admirables
>
toute une espece , et se font toujours et
par tout de la même maniere , il ne se-
roit
sont communes a
peut être pas si difficile de les expli
quer méchaniquement, par la disposition
uniforme des organes , qui, à la présence
des objets , recevant toujours les mêmes
impressions, sont aussi sujets aux mêmes
mouvemens : mais encore une fois , il
s'agit
MAY.
1737.
855
s'agit d'actions qui ne sont point ordinai-
res à l'espece quiles produit, qui ne sont
point uniformes , qui varient suivant les
individus même , entre lesquels par con-
séquent il s'en trouve , qui paroissent
avoir plus ou moins d'esprit : les exem-
ples en sont infinis et connus : il ne man-
que en un mot à ces Animaux rendus si
habiles que l'usage de la parole , pour
nous rendre raison de ce qu'ils font de
merveilleux , et qu'ils rendent en effet
en répondant si exactement aux signes
dont nous les avons fait convenir.
Quoique j'abrege cette preuve, que l'on
trouve par tout , je crois cependant que
je ne lui ai rien fait perdre de sa force , et
on verra bien tôt que ce ne seroit pas
mon interêt de le faire ; puisque plus
elle sera mise dans son jour , plus Pob-
jection que je veux en tirer sera forte et
victorieuse
et si elle est victorieuse de
cette preuve , elle le sera nécessairement
de toutes les autres , non-seulement par-
ce que celle- ci est la plus plausible , mais
bien plus encore , parce qu'elle ne peut
être détruite que toutes les autres ne
soient renversées , puisqu'elle me sert
elle-même à démontrer le défaut du prin
cipe , à l'établissement duquel on vou-
droit les faire servir.
B
Les
856 MERCURE DE FRANCE
Les Animaux entendent donc les si-
gnes que nous leur proposons , pour
nous faire aussi entendre à eux , et leur
Ame pensante y répond exactement ;
donc ils pensent. A qui ne vient-il pas
d'abord dans l'esprit que c'est grand
dommage qu'ils ne puissent parler pour
vous l'aprendre encore plus précisé-
ment eux- mêmes ? Mais quoi ne par-
lent-ils pas , au moins une grande partie
d'entre eux ? Le Perroquet , le Sanson-
net , la Linotte , &c. parlent fort bien,
il n'y a donc qu'à les intertoger. Mais
dévelopons un peu ceci , pour voir les
conséquences qui en résulteront.
On aprend à un Chien à jouer aux
cartes , et à écrire même en quelque
façon les noms des choses et des person-
nes qu'on lui nomme , par l'arrangement
exact qu'il fait des Lettres de l'Aphabet
dispersées devant lul ;
il connoît done
la différence des couleurs , et la valeur
des cartes et des lettres : de plus il faut
qu'il raisonne suivant les différens cas
des caprices du jeu et la différence des
noms. Il faut qu'il sçache distinguer une
quinte majeure,d'une quinte au Roy, d'u-
ne quatrième , &c. un quatorze d'as , d'un
quatorze de dix , et faire une juste apli
cation de ces connoissances pour gagner
comme
MAY.
1737.
857
comme il fait souvent l'Adversaire con-
tre lequel il joue. Que ces faits prouvent
trop et beaucoup au-delà de ce que pré-
tendent la plupart de ceux qui défen-
dent l'Ame des Bêtes , ce n'est pas ce
dont il s'agit présentement, non plus que
de montrer que ces exemples sont tou-
jours exagerés , & que bien des circons-
tances souvent obmises , les réduiroient
à leur juste valeur, si elles étoient dévoi-
Jées. Mais ces faits admis, je soutiens que
suposé que le Chien en question , agisse
par connoissance ; il ne peut être dou-
seux , qu'il ne nous en convainquît par
la parole , s'il en avoit l'usage. Car en-
fin la parole n'est qu'un signe , de la na-
ture de ceux dont on s'est servi pour
l'instruire , et dont il se sert ensuite lui-
même , pour exprimer cette connoissan-
ce qu'on supose le faire agir. Deux Muets
de naissance , abandonnés à eux- mêmes
et séquestrés du reste de la societé
mais obligés de vivre ensemble , inven-
teroient sans doute d'autres signes équi-
valens , pour s'exprimer leurs besoins ré-
ciproques, et pour entretenir entre eux le
commerce de la vie : et si après cela , par
quelque voye extraordinaire , ils acque-
roient l'usage de la parole , ils la substi
tueroient aux signes dont ils se servoient
auparavant.
Bij
En
858 MERCURE DE FRANCE
En effet , ou ce Chien , joint par
une réflexion , proprement dite , la con-
noissance qu'il a du Piquer , aux signes
et aux actions qu'il employe pour le
joüer , ou la chose se fait indépendem-
ment de cette connoissance , et par un
pur méchanisme
dans ce dernier cas ,
les Cartesiens ont raison , et l'Ame est
inutile et par conséquent non admissi-
ble. Et dans le premier , je demande
pourquoi cet Animal ne joindroit pas
également sa connoissance avec la paro
le , s'il en avoit l'usage. Je défie que ja-
mais on me donne là- dessus une dispa-
rité qui satisfasse.
Il est vrai
que
les Chiens n'ont pas les
organes disposés pour parler, mais les oi-
seaux parlent ; ce qui fait également pour
l'objection que je propose. Le change
ment d'espece n'y fait rien ; puisqu'on
admet également une Ame connoissan
te dans tous les Animaux. D'ailleurs plu
sieurs de ces Animaux parlans , sont dis-
ciplinables. J'ai vû deux Perroquets auxe
quels on avoit apris un jeu fort diver
tissant , qu'ils joüoient autour d'un cer-
ceau avec beaucoup d'agrément et d'in-
telligence , et ce n'avoit été qu'après un
long temps et bien des difficultés , qu'on
étoit parvenu à leur en donner la con-
noissance
IM A Y.
17378
859
noissance , qui n'est certainement point
naturelle à leur espece. N'objecte t'on
pas aussi une Linotte qui attachée sur une
petite planche entre deux sceaux en
équilibre , qui contiennent son boire et
son manger , mais posés un peu plus bas
que la planche ; de sorte que pour satis-
faire à ses besoins , cet oiseau est obligé
quand il veut manger , d'appuyer avec
un pied sur le sceau qui contient l'eau,
pour faire monter l'autre , qu'il fait aussi
descendre quand il veut boire. Voilà,dit-
on , une démonstration en faveur de
l'Ame que les Cartesiens voudroient
anéantir , puisque l'espece Linotte n'est
pas faite pour une telle épreuve ; cel-
le- ci esclave malgré elle ne vit jamais
aucune de ses semblables en pareil cas ;
où a-t'elle donc apris à raisonner si heu-
reusement sur les Loix de la Statique ?
Mais la Linotte est capable de parler ,
et on le lui aprend facilement, elle repete
même des airs et des chansons , qui exi-
gent outre la faculté de parler , de la mé-
moire et de la réminiscence : elle a donc
tout ce qu'il faut ,
si on lui supose
de
la connoissance , pour nous exprimer
elle-même ce qu'elle pense. Cependant,
et c'est la conclusion que je veux tirer
de tout ceci , jamais aucun Animal par-
B iij
lant
860 MERCURE DE FRANCE
lant n'a fait connoître par sesparoles qu'il
pensât , jamais on n'en a pû discipliner
jusqu'à ce point , pas même de la plus
légere ébauche. On n'y a jamais remar
qué qu'une mémoire purement machi-
nale , pas un mot qui témoigne de la
réflexion et du raisonnement
donc je
crois être en droit de conclure par le fais
même , que l'Ame en question est une
pure chimere. Je sçais bien que la plû-
part des Défenseurs de l'Ame des Bêtes;
ceux surtout qui craignent de choquer les
principes de la Religion , font profession
de leur refuser la réflexion et la liberté?
Prétendant seulement qu'elles agissent
suivant un certain instinct qu'ils n'ont ja
mais pû définir : c'est à ceux- ci que je vais
répondre en proposant ima secondeObjec
tion qui les regarde particulierement; car,
pour ceux qui confondant tout sans res◄
pect pour l'Analogie de la Foy , avoient
sans façon, qu'il n'y a que du plus et du
moins entre nous et les autres Animaux,je
ne leur adresse que la premiere, dont ils se
démêleront comme il leur plaira : Mais
par l'une et par l'autre , j'espere qu'on
verra ici comme en plusieurs autres
points , qu'il seroit facile d'indiquer qu'u-
ne grande partie de nos Philosophes mo-
dernes combattent les opinions de Des-
cartes,
MAY.
1737.
861
eartes , plûtôt à ce qu'il paroît souvent
pour contredire ce grand Homme , qui
fait tant d'honneur à la France , que par
une sérieuse et solide attention sur ses
Ouvrages ; auxquels pourtant , malgré
qu'ils en ayent , ils ont peut-être la prin
cipale obligation , de tant de bonnes
choses qu'ils sçavent , et dont ils nous
font part tous les jours.
Je prétends d'abord que si l'ame des
Bêtes agit sans réflexion , sans liberté et
sans aucun choix , elle est inutile pour
la fin que l'on se propose en l'admettant,'
qui est d'être le principe des operations
merveilleuses que l'on remarque
dans la
plûpart de ces Animaux ; inutile de
nous obecter qu'ils sont dociles et dis-
ciplinables , et de citer les Ouvrages
admirables qui sont propres à plusieurs
especes. Car cette Ame agissant néces-
sairement , ce ne peut - être qu'en con-
séquence des impressions que les corps
étrangers excitent dans les organes de
celui qu'elle anime ; puisque n'ayant au- *
cun choix , non-seulement elle ne peut
exciter aucun nouveau mouvement ,
mais aussi elle ne peut donner aucune
détermination nouvelle à ceux qui sont
actuellement excités. Elle ne le fait point
à l'égard des mouvemens qu'on apelle
B iiij
naturels,
862 MERCURE DE FRANCE
maturels , tels que sont ceux du cœur
des poulmons et des arteres ; cela est dé-
montré même par raport à l'Homme :
et elle ne le fait point non plus à l'égard
de ceux que nous nommons en nous vo-
lontaires , parce que la volonté préten-
due des Bêtes n'ayant aucune liberté
elle est entraînée elle-même par ces mou-
vemens à quoi sert donc cette Ame ? Si
elle agit nécessairement , ne devient- elle
pas un Etre multiplié sans nécessité ?
Et n'est-ce pas enfin sous des paroles ,
qui ne disent rien , revenir par un au-
tre tour au pur Systême du Méchanisme?
Mais pour pénétrer encore plus avant,
examinons l'Homme lui- même suivant
les lumieres de la Foy, qui sont évidem-
ment ici d'accord avec celles de la raison ,
comme j'espere qu'on le reconnoîtra tout
à l'heure.
Il est certain que l'Homme sent qu'il
pense et qu'il agit par réflexion et par
choix;et qu'en conséquence de sa volonté,
il s'excite en ses organes des mouvemens
quí la servent en esclaves , et qui y sont
exactement conformes : mais il comprend
aussi avec un peu d'attention
que tous
ces mouvemens pouroient être operés
par les Loix seules de la Méchanique :
je dis plus , et je soutiens que quoique
ces
MAY.
1737.
863
des mouvemens , soient des suites de sa
volonté , ce n'est pourtant pas elle qui
les produit, d'une maniere , d'une action
immédiate et Phisique. Elle n'en peut
être que l'occasion. Qu'il me soit per-
mis d'en exposer la preuve en peu de
mots , d'après un des plus grands Philo-
sophes de nos jours.
L'Homme sçait qu'il a des idées d'une
infinité de choses , et des perceptions de
toutes les sensations qu'excitent en lui
les objets étrangers : or ni ces idées , ni
ces perceptions ne sont point matériel-
les , parce que tout ce qui apartient à la
matiere , doit nécessairement être divi-
sible comme elle : cependant il est de
la derniere évidence , que ces idées et
ces perceptions sont essentiellement in-
divisibles. Qu'on partage en deux , si
l'on peut , l'idée d'un triangle , d'un
cercle , d'un Homme , d'un arbre , & c.
la perception même de cette idée , celle
d'une couleur , d'un son , &c. qu'on
divise la conclusion d'un syllogisme , le
plus ou le moins que l'esprit aperçoit
dans une comparaison qu'il fait entre
deux objets, par exemple, entre le tout et
sa partie. C'est ce qui est de la derniere
impossibilité ; et c'est aussi ce qui prou-
ve le plus invinciblement en nous , la
Bv
Léalité
864 MERCURE DE FRANCE
réalité d'un Etre qui pense et qui est
infiniment distingué de la matiere , par-
ce qu'il doit être de la même nature que
les operations qui lui sont propres.
Mais cette même preuve nous démon-
tre avec autant d'évidence › que cet
Etre , que nous apellons Ame , ne peut
agir sur la matiere d'une maniere immé
diate et Physique , parce que rien ne pa-
roît plus vrai que l'axiôme de Lucrece.
Tangere enim et tangi, nisi corpus, nulla potest res.
Pour toucher et être touché, il faut avoir
des parties touchables ; or l'Ame n'en a
point , n'étant point divisible. Cela est
précis.
De cette vérité importante ainsi con-
nuë , je crois pouvoir établir , que si
1'Homme n'avoit pas été destiné de Dieu ,
a pouvoir le connoître et glorifier , il
paroît inutile que Dieu , par des liens
admirablės , eût uni à son corps une
Ame raisonnable et capable d'agir avec
choix et réflexion , ce qui est le principe
unique du bien et du inal , de la puni-
tion et de la récompense : or la raison
de cette inutilité , est comme on l'a dit
plus haut , que sans cette Ame raison-
nable , les Loix seules du mouvemenr
auroient pû produire dans le corps hu-
main toutes les actions animales néces
saires à sa conservation.
Je
MAY.
1737.
865
Je conclus donc que la Religion nous
aprenant que les Bêtes n'ont été for-
mées pour aucune fin semblable
et
qu'elles n'ont aucune liberté pour mé-
riter ou démériter ; il est démontré qu'u-
ne Ame intelligente distinguée de la ma
tiere et principe de leurs operations
leur est absolument inutile à tous égards ,
et que cette opinion , bien loin d'être
contraire à la Religion , lui est parfai
tement conforme.
Mais pour mettre encore , s'il se peut, ce
dernier point dans toutson jour , voyons
un peu par les raisons des deuxPartis,dans
lequel des deux il se trouve de plus grands
inconveniens par raport à la Foi.
Je commence par celui qui défend
cette derniere opinion , en suposant
que les Bêtes sont de pures machines
comme des Montres et des Tournebro-
ches , qu'en peut-on conclure contre la
Foy? Qu'il s'ensuivra que l'Homme n'est
peut être aussi qu'une automate ? que la
matiere peut penser ? et de-là , dit- on ,
le renversement de toute la Religion.
Mais ce qui doit détruire cette consé
quence , c'est que tout Homme peut se
dire à lui même et se convaincre qu'il
pense , et que sa pensée est une chose
spirituelle ou immaterielle , qui ne peut
B vj
jamais
866 MERCURE DE FRANCE
jamais être l'effet de quelque arrange-
ment que ce soit des parties de la matiere.
Cela suposé , il est évident que l'on
ne peut pas conclure que l'Homme n'est
qu'une pure machine , parce que les Bê-
tes sont telles. Ce ne sont pas les opera-
tions , quelques merveilleuses
qu'elles
soient , que je remarque dans mes or
ganes corporels , qui me font conclu
re que j'ai une Ame ; elles pouroient
être absolument sans cette Ame , mais
c'est parce que je sens que je pense , et
si je pense , c'est par une raison que
l'on m'accorde ne m'être pas commune
avec les Bêtes donc il n'y a pas à crain-
dre , que l'on puisse tirer aucune con-
séquence fâcheuse du pur méchanisme
qui fait agir ces Animaux , contre l'exis-
tence effective de mon Ame.
Voyons maintenant si ceux qui admet-
tent si facilement une Ame dans les Bru-
tes , seront aussi heureux , à se débaras-
ser des inductions qu'on peut tirer.de
leur opinion contre les vérités du Chris-
tianisme.
Je demande d'abord , si'les Bêtes ont
une Ame intelligente totalement dis-
tinguée de la matiere ; comment ils ré-
pondront à ceux qui prétendent qu'il
n'y a que du plus et du moins entre elles
et
MAY.
1737.
807
et nous que la seule différence des or-
ganes , produit la différence des opera-
tions , comme nous le voyons entre les
Hommes même , parmi ceux qui ont
beaucoup d'esprit et ceux qui n'en ont
guere ; que leurs Ames et les nôtres sont
de la même espece ; qu'en un mot , si
Ame du moindre insecte étoit dans un
corps humain , elle y produiroit les mê
mes effets , que l'Ame du plus grand
Philosophe. Auront-ils recours à la Ro-
ligion qui nous aprend le contraire ?
Mais c'est précisément pour cela même
que je prétends qu'il ne faut point ad-
mettre cette Ame , qui heurte si fort les
verités que cette Religion nous enseigne,
er de plus , qui ne voit que ce recours
ici à la Religion, ne seroit recevable qu'au-
tant que cette Religion nous aprendroit
bien précisément , que les Bêtes ont une
Ame telle qu'on veut l'admettre , quoi-
que de différente espece de la nôtre ? ce
qui est absolument faux.-
Mais en second lieu , si les Brutes ont
une Ame , dès qu'il est vrai et démon-
tré que cette Ame ne peut agir physique-
ment sur le corps , je suis en droit d'em-
ployer les preuves dont je me suis servi ,
pour tâcher de découvrir la raison pour
aquelle Dieu nous a donné une Ame à
nous-
"
868 MERCURE DE FRANCE
nous-mêmes. Cette Ame est inutile dans
les Animaux pour leurs operations mé-
chaniques ; donc il faut qu'elle y soit
pour une autre fin ; et cette fin quelle
peut-elle être , autre, que celle àlaquelle
l'Homme est destiné, à titre de sa raison
et de sa liberté ?
Vouloir pour éluder cette conséquen-
ce si naturelle , persister à nier que les
Bêtes ayent une liberté , c'est une peti-
tion de principe qui n'est plus recevable:
c'est même tomber dans une contradic-
tion évidente , qui donne beau jeu à l'ing
crédulité , puisque les motifs même qui
donnent lieu d'admettre de la connois-
sance dans les Brutes , comme la docili-
té et la facilité qu'il y a de les former à
des exercices étrangers à leur nature , ou
ne prouvent rien du tout , comme on
l'a dit plus haut , ou démontrent l'exis-
tence de cette liberté ; et on demandera
toujours aux Défenseurs de cette opi-
nion , qui est-ce qui les porte à admet-
tre cette Ame , s'ils lui refusent cette li
berté , ou à nier cette liberté , s'ils recon-
noissent cette Ame , puisque l'un suit
nécessairement de l'autre ? Et d'ailleurs ,
ils ne défendent la réalité de cette sub-
stance , que par l'Analogie de certaines
operations qui nous sont communes avec
les
MAY.
1737.
869
les Animaux ; en nous ces operations se
trouvent jointes avec celles de cette sub-
stance , ils en concluent qu'il doit y en
avoir aussi une dans ces Animaux ; mais
que ne concluent- ils donc aussi qu'il y a
en eux de la liberté , puisqu'en nous ces
operations sont jointes avec la liberté ? Ils
ne raisonnent donc pas conséquemment
en refusant cette prerogative aux Bêtes
ou s'ils veulent raisonner ainsi , il faut
qu'ils reconnoissent cette liberté. Cela
paroît sans réplique , et dès lors il est dé-
montré queleur systême semble s'accor-
der moins avec la Religion que celui qu'ils
combattent.
Voilà les objections que j'avois à pro-
poser ; on pouroit encore les pousser
plus loin , et peut-être les mettre dans
un plus grand jour : mais, quoique sim-
plement ébauchées , je pense qu'on en
sentira aisément la force ; je souhaite seu-
lement que ceux qui voudront bien se
donner la peine d'y répondre , ayent at-
tention en le faisant de ne rien avancer ,
qui puisse donner atteinte aux principes
qui doivent être sacrés à tous ceux qui
aiment sincerement la Religion , dans ce
tems sur-tout où le libertinage de l'esprit,
devenu en quelque façon à la mode , fait
tous les jours des progrès si dangereux.
Je me trouvai il y a quelques jours
dans une compagnie, où la conversation
tomba sur l'Ame des Bêtes : On dis-
puta vivement pour et contre , mais on
ne convint de rien
et chacun resta
dans son sentiment. C'est l'ordinaire :
Ainsi les Auditeurs n'en furent point
surpris , et ceux qui n'avoient pris au-
cun parti , convinrent que la question , de
sçavoir si les Brutes ont une Ame intelli-
gente distinguée de la matiere , est tout
à fait problematique , et que les deux
opinions et celle qui soutient l'existence
de cette Ame , et celle qui la nie , ong
également leur vrai semblance.
Tantas quis poterit componere lites ?
Quoique je me fusse mis du nombre
de ces derniers , je n'ai pas laissé en mon
particulier de faire quelques reflexions
sur cette question , d'autant plus que
chacun des Disputans , avoit prétendu
que son sentiment étoit le plus confor-
me à la Religion. Ce fut là le point le
plus
MAY.
17379
853
plas débattu de part et d'autre , surtout
su sujet d'un certain Ouvrage Anglois ,
ou prétendu tel , sur cette matiere , dont
on cita des morceaux qui établissent des
principes , lesquels parurent à tout le
monde aller trop loin , et être peu con-
formes à l'analyse de notre foy.
: Mes reflexions m'ont conduit à des
objections contre l'existence de cette
ame prétenduë , qui m'ont paru d'au-
tant plus interessantes , qu'elles ont fait
la même impression sur ceux auxquels je
les ai communiquées , et comme je ne
me souviens pas de les avoir vûës dans
aucun des Ouvrages que j'ai lûs sur ce
sujet : j'ai crû pouvoir les exposer pour
en avoir la solution. Peut- être produi
ront elles l'utilité que je m'en suis pro-
posée , par raport à la Religion , que
Pon met en jeu dans ces disputes. Aussi
sera-ce l'objet auquel je m'attacherai le
plus , après avoir premierement proposé
une difficulté , que la raison et l'expé-
rience seules m'ont fournie : la voici tele
le que je l'ai conçûë.
La preuve la plus vrai semblable de
Fexistence de l'Ame , dont il s'agit , est
sans contredit celle qui se tire de la do-
cilité des Brutes , que je nommerai dans
la suite avec le vulgaire , les animaux
simplement.
•
154 MERCURE DE FRANCE
simplement. Plusieurs de ces animaux ,
dit-on
sont disciplinables ; on leur
aprend une infinité de choses, qui ne con-
viennent point à leur nature , à chasser,
à danser , à jouer aux cartes et même
aux échets ; ce qu'ils font souvent avec
plus de dextérité et de succès que la plû-
part des hommes même : or leur instinct
*brute et naturel n'étant point ici ce
qui opere en eux ces effets si surprenans,
il faut nécessairement y reconnoître une
ame intelligente , un fonds de pensée
qui soit capable de se lier avec les signes
arbitraires dont il plaît aux hommes de
seservir , pour instruire ces animaux qui
connoissent ces signes , qui y répondent
par les effets que l'on attend d'eux ,et qui,
en un mot , par ce moyen se trouvent
en état de lier un commerce et une espe
ce de societé avec les humains. S'il n'é-
toit question que des operations , qui ,
quoiqu'admirables
>
toute une espece , et se font toujours et
par tout de la même maniere , il ne se-
roit
sont communes a
peut être pas si difficile de les expli
quer méchaniquement, par la disposition
uniforme des organes , qui, à la présence
des objets , recevant toujours les mêmes
impressions, sont aussi sujets aux mêmes
mouvemens : mais encore une fois , il
s'agit
MAY.
1737.
855
s'agit d'actions qui ne sont point ordinai-
res à l'espece quiles produit, qui ne sont
point uniformes , qui varient suivant les
individus même , entre lesquels par con-
séquent il s'en trouve , qui paroissent
avoir plus ou moins d'esprit : les exem-
ples en sont infinis et connus : il ne man-
que en un mot à ces Animaux rendus si
habiles que l'usage de la parole , pour
nous rendre raison de ce qu'ils font de
merveilleux , et qu'ils rendent en effet
en répondant si exactement aux signes
dont nous les avons fait convenir.
Quoique j'abrege cette preuve, que l'on
trouve par tout , je crois cependant que
je ne lui ai rien fait perdre de sa force , et
on verra bien tôt que ce ne seroit pas
mon interêt de le faire ; puisque plus
elle sera mise dans son jour , plus Pob-
jection que je veux en tirer sera forte et
victorieuse
et si elle est victorieuse de
cette preuve , elle le sera nécessairement
de toutes les autres , non-seulement par-
ce que celle- ci est la plus plausible , mais
bien plus encore , parce qu'elle ne peut
être détruite que toutes les autres ne
soient renversées , puisqu'elle me sert
elle-même à démontrer le défaut du prin
cipe , à l'établissement duquel on vou-
droit les faire servir.
B
Les
856 MERCURE DE FRANCE
Les Animaux entendent donc les si-
gnes que nous leur proposons , pour
nous faire aussi entendre à eux , et leur
Ame pensante y répond exactement ;
donc ils pensent. A qui ne vient-il pas
d'abord dans l'esprit que c'est grand
dommage qu'ils ne puissent parler pour
vous l'aprendre encore plus précisé-
ment eux- mêmes ? Mais quoi ne par-
lent-ils pas , au moins une grande partie
d'entre eux ? Le Perroquet , le Sanson-
net , la Linotte , &c. parlent fort bien,
il n'y a donc qu'à les intertoger. Mais
dévelopons un peu ceci , pour voir les
conséquences qui en résulteront.
On aprend à un Chien à jouer aux
cartes , et à écrire même en quelque
façon les noms des choses et des person-
nes qu'on lui nomme , par l'arrangement
exact qu'il fait des Lettres de l'Aphabet
dispersées devant lul ;
il connoît done
la différence des couleurs , et la valeur
des cartes et des lettres : de plus il faut
qu'il raisonne suivant les différens cas
des caprices du jeu et la différence des
noms. Il faut qu'il sçache distinguer une
quinte majeure,d'une quinte au Roy, d'u-
ne quatrième , &c. un quatorze d'as , d'un
quatorze de dix , et faire une juste apli
cation de ces connoissances pour gagner
comme
MAY.
1737.
857
comme il fait souvent l'Adversaire con-
tre lequel il joue. Que ces faits prouvent
trop et beaucoup au-delà de ce que pré-
tendent la plupart de ceux qui défen-
dent l'Ame des Bêtes , ce n'est pas ce
dont il s'agit présentement, non plus que
de montrer que ces exemples sont tou-
jours exagerés , & que bien des circons-
tances souvent obmises , les réduiroient
à leur juste valeur, si elles étoient dévoi-
Jées. Mais ces faits admis, je soutiens que
suposé que le Chien en question , agisse
par connoissance ; il ne peut être dou-
seux , qu'il ne nous en convainquît par
la parole , s'il en avoit l'usage. Car en-
fin la parole n'est qu'un signe , de la na-
ture de ceux dont on s'est servi pour
l'instruire , et dont il se sert ensuite lui-
même , pour exprimer cette connoissan-
ce qu'on supose le faire agir. Deux Muets
de naissance , abandonnés à eux- mêmes
et séquestrés du reste de la societé
mais obligés de vivre ensemble , inven-
teroient sans doute d'autres signes équi-
valens , pour s'exprimer leurs besoins ré-
ciproques, et pour entretenir entre eux le
commerce de la vie : et si après cela , par
quelque voye extraordinaire , ils acque-
roient l'usage de la parole , ils la substi
tueroient aux signes dont ils se servoient
auparavant.
Bij
En
858 MERCURE DE FRANCE
En effet , ou ce Chien , joint par
une réflexion , proprement dite , la con-
noissance qu'il a du Piquer , aux signes
et aux actions qu'il employe pour le
joüer , ou la chose se fait indépendem-
ment de cette connoissance , et par un
pur méchanisme
dans ce dernier cas ,
les Cartesiens ont raison , et l'Ame est
inutile et par conséquent non admissi-
ble. Et dans le premier , je demande
pourquoi cet Animal ne joindroit pas
également sa connoissance avec la paro
le , s'il en avoit l'usage. Je défie que ja-
mais on me donne là- dessus une dispa-
rité qui satisfasse.
Il est vrai
que
les Chiens n'ont pas les
organes disposés pour parler, mais les oi-
seaux parlent ; ce qui fait également pour
l'objection que je propose. Le change
ment d'espece n'y fait rien ; puisqu'on
admet également une Ame connoissan
te dans tous les Animaux. D'ailleurs plu
sieurs de ces Animaux parlans , sont dis-
ciplinables. J'ai vû deux Perroquets auxe
quels on avoit apris un jeu fort diver
tissant , qu'ils joüoient autour d'un cer-
ceau avec beaucoup d'agrément et d'in-
telligence , et ce n'avoit été qu'après un
long temps et bien des difficultés , qu'on
étoit parvenu à leur en donner la con-
noissance
IM A Y.
17378
859
noissance , qui n'est certainement point
naturelle à leur espece. N'objecte t'on
pas aussi une Linotte qui attachée sur une
petite planche entre deux sceaux en
équilibre , qui contiennent son boire et
son manger , mais posés un peu plus bas
que la planche ; de sorte que pour satis-
faire à ses besoins , cet oiseau est obligé
quand il veut manger , d'appuyer avec
un pied sur le sceau qui contient l'eau,
pour faire monter l'autre , qu'il fait aussi
descendre quand il veut boire. Voilà,dit-
on , une démonstration en faveur de
l'Ame que les Cartesiens voudroient
anéantir , puisque l'espece Linotte n'est
pas faite pour une telle épreuve ; cel-
le- ci esclave malgré elle ne vit jamais
aucune de ses semblables en pareil cas ;
où a-t'elle donc apris à raisonner si heu-
reusement sur les Loix de la Statique ?
Mais la Linotte est capable de parler ,
et on le lui aprend facilement, elle repete
même des airs et des chansons , qui exi-
gent outre la faculté de parler , de la mé-
moire et de la réminiscence : elle a donc
tout ce qu'il faut ,
si on lui supose
de
la connoissance , pour nous exprimer
elle-même ce qu'elle pense. Cependant,
et c'est la conclusion que je veux tirer
de tout ceci , jamais aucun Animal par-
B iij
lant
860 MERCURE DE FRANCE
lant n'a fait connoître par sesparoles qu'il
pensât , jamais on n'en a pû discipliner
jusqu'à ce point , pas même de la plus
légere ébauche. On n'y a jamais remar
qué qu'une mémoire purement machi-
nale , pas un mot qui témoigne de la
réflexion et du raisonnement
donc je
crois être en droit de conclure par le fais
même , que l'Ame en question est une
pure chimere. Je sçais bien que la plû-
part des Défenseurs de l'Ame des Bêtes;
ceux surtout qui craignent de choquer les
principes de la Religion , font profession
de leur refuser la réflexion et la liberté?
Prétendant seulement qu'elles agissent
suivant un certain instinct qu'ils n'ont ja
mais pû définir : c'est à ceux- ci que je vais
répondre en proposant ima secondeObjec
tion qui les regarde particulierement; car,
pour ceux qui confondant tout sans res◄
pect pour l'Analogie de la Foy , avoient
sans façon, qu'il n'y a que du plus et du
moins entre nous et les autres Animaux,je
ne leur adresse que la premiere, dont ils se
démêleront comme il leur plaira : Mais
par l'une et par l'autre , j'espere qu'on
verra ici comme en plusieurs autres
points , qu'il seroit facile d'indiquer qu'u-
ne grande partie de nos Philosophes mo-
dernes combattent les opinions de Des-
cartes,
MAY.
1737.
861
eartes , plûtôt à ce qu'il paroît souvent
pour contredire ce grand Homme , qui
fait tant d'honneur à la France , que par
une sérieuse et solide attention sur ses
Ouvrages ; auxquels pourtant , malgré
qu'ils en ayent , ils ont peut-être la prin
cipale obligation , de tant de bonnes
choses qu'ils sçavent , et dont ils nous
font part tous les jours.
Je prétends d'abord que si l'ame des
Bêtes agit sans réflexion , sans liberté et
sans aucun choix , elle est inutile pour
la fin que l'on se propose en l'admettant,'
qui est d'être le principe des operations
merveilleuses que l'on remarque
dans la
plûpart de ces Animaux ; inutile de
nous obecter qu'ils sont dociles et dis-
ciplinables , et de citer les Ouvrages
admirables qui sont propres à plusieurs
especes. Car cette Ame agissant néces-
sairement , ce ne peut - être qu'en con-
séquence des impressions que les corps
étrangers excitent dans les organes de
celui qu'elle anime ; puisque n'ayant au- *
cun choix , non-seulement elle ne peut
exciter aucun nouveau mouvement ,
mais aussi elle ne peut donner aucune
détermination nouvelle à ceux qui sont
actuellement excités. Elle ne le fait point
à l'égard des mouvemens qu'on apelle
B iiij
naturels,
862 MERCURE DE FRANCE
maturels , tels que sont ceux du cœur
des poulmons et des arteres ; cela est dé-
montré même par raport à l'Homme :
et elle ne le fait point non plus à l'égard
de ceux que nous nommons en nous vo-
lontaires , parce que la volonté préten-
due des Bêtes n'ayant aucune liberté
elle est entraînée elle-même par ces mou-
vemens à quoi sert donc cette Ame ? Si
elle agit nécessairement , ne devient- elle
pas un Etre multiplié sans nécessité ?
Et n'est-ce pas enfin sous des paroles ,
qui ne disent rien , revenir par un au-
tre tour au pur Systême du Méchanisme?
Mais pour pénétrer encore plus avant,
examinons l'Homme lui- même suivant
les lumieres de la Foy, qui sont évidem-
ment ici d'accord avec celles de la raison ,
comme j'espere qu'on le reconnoîtra tout
à l'heure.
Il est certain que l'Homme sent qu'il
pense et qu'il agit par réflexion et par
choix;et qu'en conséquence de sa volonté,
il s'excite en ses organes des mouvemens
quí la servent en esclaves , et qui y sont
exactement conformes : mais il comprend
aussi avec un peu d'attention
que tous
ces mouvemens pouroient être operés
par les Loix seules de la Méchanique :
je dis plus , et je soutiens que quoique
ces
MAY.
1737.
863
des mouvemens , soient des suites de sa
volonté , ce n'est pourtant pas elle qui
les produit, d'une maniere , d'une action
immédiate et Phisique. Elle n'en peut
être que l'occasion. Qu'il me soit per-
mis d'en exposer la preuve en peu de
mots , d'après un des plus grands Philo-
sophes de nos jours.
L'Homme sçait qu'il a des idées d'une
infinité de choses , et des perceptions de
toutes les sensations qu'excitent en lui
les objets étrangers : or ni ces idées , ni
ces perceptions ne sont point matériel-
les , parce que tout ce qui apartient à la
matiere , doit nécessairement être divi-
sible comme elle : cependant il est de
la derniere évidence , que ces idées et
ces perceptions sont essentiellement in-
divisibles. Qu'on partage en deux , si
l'on peut , l'idée d'un triangle , d'un
cercle , d'un Homme , d'un arbre , & c.
la perception même de cette idée , celle
d'une couleur , d'un son , &c. qu'on
divise la conclusion d'un syllogisme , le
plus ou le moins que l'esprit aperçoit
dans une comparaison qu'il fait entre
deux objets, par exemple, entre le tout et
sa partie. C'est ce qui est de la derniere
impossibilité ; et c'est aussi ce qui prou-
ve le plus invinciblement en nous , la
Bv
Léalité
864 MERCURE DE FRANCE
réalité d'un Etre qui pense et qui est
infiniment distingué de la matiere , par-
ce qu'il doit être de la même nature que
les operations qui lui sont propres.
Mais cette même preuve nous démon-
tre avec autant d'évidence › que cet
Etre , que nous apellons Ame , ne peut
agir sur la matiere d'une maniere immé
diate et Physique , parce que rien ne pa-
roît plus vrai que l'axiôme de Lucrece.
Tangere enim et tangi, nisi corpus, nulla potest res.
Pour toucher et être touché, il faut avoir
des parties touchables ; or l'Ame n'en a
point , n'étant point divisible. Cela est
précis.
De cette vérité importante ainsi con-
nuë , je crois pouvoir établir , que si
1'Homme n'avoit pas été destiné de Dieu ,
a pouvoir le connoître et glorifier , il
paroît inutile que Dieu , par des liens
admirablės , eût uni à son corps une
Ame raisonnable et capable d'agir avec
choix et réflexion , ce qui est le principe
unique du bien et du inal , de la puni-
tion et de la récompense : or la raison
de cette inutilité , est comme on l'a dit
plus haut , que sans cette Ame raison-
nable , les Loix seules du mouvemenr
auroient pû produire dans le corps hu-
main toutes les actions animales néces
saires à sa conservation.
Je
MAY.
1737.
865
Je conclus donc que la Religion nous
aprenant que les Bêtes n'ont été for-
mées pour aucune fin semblable
et
qu'elles n'ont aucune liberté pour mé-
riter ou démériter ; il est démontré qu'u-
ne Ame intelligente distinguée de la ma
tiere et principe de leurs operations
leur est absolument inutile à tous égards ,
et que cette opinion , bien loin d'être
contraire à la Religion , lui est parfai
tement conforme.
Mais pour mettre encore , s'il se peut, ce
dernier point dans toutson jour , voyons
un peu par les raisons des deuxPartis,dans
lequel des deux il se trouve de plus grands
inconveniens par raport à la Foi.
Je commence par celui qui défend
cette derniere opinion , en suposant
que les Bêtes sont de pures machines
comme des Montres et des Tournebro-
ches , qu'en peut-on conclure contre la
Foy? Qu'il s'ensuivra que l'Homme n'est
peut être aussi qu'une automate ? que la
matiere peut penser ? et de-là , dit- on ,
le renversement de toute la Religion.
Mais ce qui doit détruire cette consé
quence , c'est que tout Homme peut se
dire à lui même et se convaincre qu'il
pense , et que sa pensée est une chose
spirituelle ou immaterielle , qui ne peut
B vj
jamais
866 MERCURE DE FRANCE
jamais être l'effet de quelque arrange-
ment que ce soit des parties de la matiere.
Cela suposé , il est évident que l'on
ne peut pas conclure que l'Homme n'est
qu'une pure machine , parce que les Bê-
tes sont telles. Ce ne sont pas les opera-
tions , quelques merveilleuses
qu'elles
soient , que je remarque dans mes or
ganes corporels , qui me font conclu
re que j'ai une Ame ; elles pouroient
être absolument sans cette Ame , mais
c'est parce que je sens que je pense , et
si je pense , c'est par une raison que
l'on m'accorde ne m'être pas commune
avec les Bêtes donc il n'y a pas à crain-
dre , que l'on puisse tirer aucune con-
séquence fâcheuse du pur méchanisme
qui fait agir ces Animaux , contre l'exis-
tence effective de mon Ame.
Voyons maintenant si ceux qui admet-
tent si facilement une Ame dans les Bru-
tes , seront aussi heureux , à se débaras-
ser des inductions qu'on peut tirer.de
leur opinion contre les vérités du Chris-
tianisme.
Je demande d'abord , si'les Bêtes ont
une Ame intelligente totalement dis-
tinguée de la matiere ; comment ils ré-
pondront à ceux qui prétendent qu'il
n'y a que du plus et du moins entre elles
et
MAY.
1737.
807
et nous que la seule différence des or-
ganes , produit la différence des opera-
tions , comme nous le voyons entre les
Hommes même , parmi ceux qui ont
beaucoup d'esprit et ceux qui n'en ont
guere ; que leurs Ames et les nôtres sont
de la même espece ; qu'en un mot , si
Ame du moindre insecte étoit dans un
corps humain , elle y produiroit les mê
mes effets , que l'Ame du plus grand
Philosophe. Auront-ils recours à la Ro-
ligion qui nous aprend le contraire ?
Mais c'est précisément pour cela même
que je prétends qu'il ne faut point ad-
mettre cette Ame , qui heurte si fort les
verités que cette Religion nous enseigne,
er de plus , qui ne voit que ce recours
ici à la Religion, ne seroit recevable qu'au-
tant que cette Religion nous aprendroit
bien précisément , que les Bêtes ont une
Ame telle qu'on veut l'admettre , quoi-
que de différente espece de la nôtre ? ce
qui est absolument faux.-
Mais en second lieu , si les Brutes ont
une Ame , dès qu'il est vrai et démon-
tré que cette Ame ne peut agir physique-
ment sur le corps , je suis en droit d'em-
ployer les preuves dont je me suis servi ,
pour tâcher de découvrir la raison pour
aquelle Dieu nous a donné une Ame à
nous-
"
868 MERCURE DE FRANCE
nous-mêmes. Cette Ame est inutile dans
les Animaux pour leurs operations mé-
chaniques ; donc il faut qu'elle y soit
pour une autre fin ; et cette fin quelle
peut-elle être , autre, que celle àlaquelle
l'Homme est destiné, à titre de sa raison
et de sa liberté ?
Vouloir pour éluder cette conséquen-
ce si naturelle , persister à nier que les
Bêtes ayent une liberté , c'est une peti-
tion de principe qui n'est plus recevable:
c'est même tomber dans une contradic-
tion évidente , qui donne beau jeu à l'ing
crédulité , puisque les motifs même qui
donnent lieu d'admettre de la connois-
sance dans les Brutes , comme la docili-
té et la facilité qu'il y a de les former à
des exercices étrangers à leur nature , ou
ne prouvent rien du tout , comme on
l'a dit plus haut , ou démontrent l'exis-
tence de cette liberté ; et on demandera
toujours aux Défenseurs de cette opi-
nion , qui est-ce qui les porte à admet-
tre cette Ame , s'ils lui refusent cette li
berté , ou à nier cette liberté , s'ils recon-
noissent cette Ame , puisque l'un suit
nécessairement de l'autre ? Et d'ailleurs ,
ils ne défendent la réalité de cette sub-
stance , que par l'Analogie de certaines
operations qui nous sont communes avec
les
MAY.
1737.
869
les Animaux ; en nous ces operations se
trouvent jointes avec celles de cette sub-
stance , ils en concluent qu'il doit y en
avoir aussi une dans ces Animaux ; mais
que ne concluent- ils donc aussi qu'il y a
en eux de la liberté , puisqu'en nous ces
operations sont jointes avec la liberté ? Ils
ne raisonnent donc pas conséquemment
en refusant cette prerogative aux Bêtes
ou s'ils veulent raisonner ainsi , il faut
qu'ils reconnoissent cette liberté. Cela
paroît sans réplique , et dès lors il est dé-
montré queleur systême semble s'accor-
der moins avec la Religion que celui qu'ils
combattent.
Voilà les objections que j'avois à pro-
poser ; on pouroit encore les pousser
plus loin , et peut-être les mettre dans
un plus grand jour : mais, quoique sim-
plement ébauchées , je pense qu'on en
sentira aisément la force ; je souhaite seu-
lement que ceux qui voudront bien se
donner la peine d'y répondre , ayent at-
tention en le faisant de ne rien avancer ,
qui puisse donner atteinte aux principes
qui doivent être sacrés à tous ceux qui
aiment sincerement la Religion , dans ce
tems sur-tout où le libertinage de l'esprit,
devenu en quelque façon à la mode , fait
tous les jours des progrès si dangereux.
Fermer
2871
p. 874-894
ÉLOGE DE M. DE SENECÉ.
Début :
Antoine Bauderon de Senecé nâquit à Mâcon le 27. Octobre 1643. de [...]
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texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE DE M. DE SENECÉ.
ÉLOGE DE M. DE SENECÉ.
Antoine Bauderon de Senecé nâquit à Mâcon le 27. Octobre 1643. de
Brice Bauderon de Senecé , Lieutenant
Général au Bailliage et Siege Présidial de
la même Ville , et de D ... ... Grillet.
Son Pere, le troisième de sa Famille, qui
en ligne directe étoit revêtu de cete
Charge , ne négligea rien pour lui don-
ner une excellente éducation , et pour le
mettre en état de lui succeder un jour.
On ne pouvoit guere travailler sur un
meilleur fonds , cet Enfant étant né avec
Les qualités d'esprit les plus heureuses ,
et
sçavant.
MAY.
1737-
875
et avec les talens les plus avantageux ;
cultivé d'ailleurs par un Pere vertueux et
Dès l'âge de treize ans , ayant achevé
les Etudes ordinaires au College des Je-
suites de Mâcon , il fut envoyé à Paris ,
où il fit un nouveau Cours de Philoso
phie : Il en soutint des Theses publiques
avec un aplaudissement général sur la
fin de sa quatorziéme année. Revenu
à Mâcon , il employa deux années en-
tieres à profiter des leçons et des exem-
ples d'un Pere , qui n'oublioit rien pour
le formerà l'Etude et à la Vertu.
Il fut ensuite renvoyé à Paris pour l'E-
tude des Loix. Il s'y apliqua , fut reçû
Avocat , et suivit le Barreau pendant
quelque temps : mais ce n'étoit
son penchant le plus naturel.
pas là
Cependant , pressé par une Famille ,
qui l'aimoit tendrement , il revint à Mâ-
çon , où quelque temps après son arrivée,
le feu de la jeunesse l'entraîna dans une
malheureuse Affaire , nommée dans le
monde Affaire d'honneur. Elle fut suivie
d'un combat de quatre contre quatre , dans
laquelle l'un des Combattans succomba,
et plusieurs furent blessés. Notre jeune
Homme obligé de se retirer , alla cher-
cher un azile à la Cour de Savoye , où
son
876 MERCURE DE FRANCE
son esprit , sa dépense et ses talens lui
eurent bien-tôt acquis des Amis de dis
tinction .
Mais ,s'il est vrai qu'un malheur en at-
tire souvent un autre , cette situation
douce et agréable en aparence , fut bien-
tôt fatale à notre François réfugié . Il
devint Amoureux d'une, Dlle de la pre-
miere qualité , qui le reçut bien et le
préféra à plusieurs autres , qui préten-
doient à l'honneur de son Alliance. La
Dlle avoit plusieurs Freres , qui étoient
Amis de notre Aspirant , et qui eurent
d'abord ses recherches pour agréables ..
Cette derniere circonstance n'étoit ,
par malheur , fondée que sur une équi➡
voque de nom , au sujet de celui de Se-
necé. La Terre ainsi apellée , située entre
Tournus et Châlons , étoit alors dans
la Maison de Foix : Ces Messieurs le cru-
rent être de la même Maison ; mais M.de
Senecé qui ne vouloit tromper personne,
encore moins celle qui étoit la plus in-
reressée , avoit dès le commencement
déclaré son véritable état à la Dlle , la-
quelle n'ayant d'égard qu'au mérite de
son Amant , exigea de lui de laisser ses
Freres dans la favorable prévention où
ils étoient.
: Ceux-ci en sortirent bien-tôt par les
recherches
+
1
"A
A
MAY.
1737:
877
recherches qu'ils se crurent obligés de
faire avant que de rien conclure. Instruits
de la verité , ils donnerent dans un tra-
vers. Au lieu de prendre les mesures or-
dinaires pour s'oposer à ce Mariage , ils
entrerent dans un esprit de ressentiment,
dont la Dlle prévit et prévint les suites,
en priant M. de Senecé de disparoître
pour quelque temps : mais les Freres ani-
més et instruits du départ , eurent la
foiblesse de faire trouver des gens sur sa
route pour lui faire un mauvais pârti,
Il fallut battailler , l'Amant malheureux
s'en tira heureusement, et tout de suite il
se retira à Madrid , où il resta jusqu'à la
nouvelle de l'accommodement de sa
pre.
miere Affaire , que M. son Pere lui don
na , avec ordre de revenir.
De retour à Mâcon , ce Pere qui lui
destinoit toujours sa Charge , le renvoya
bien- tôt à Paris dans la vûë de le perfec-
tionner dans l'Etude des Loix, et dans les
autres connoissances , que le commerce
des Livres et la fréquentation du Barreau
pouvoient lui acquerir.
Mais l'essor
qu'il avoit pris , et le grand monde qu'il
avoit fréquenté lui avoient donné du
dégoût pourice genre d'Etude. L'amour
des plaisirs et de la liberté l'entraîna
bien- tôt du côté d'une jeune et brillante .
Cour
878 MERCURE DE FRANCE
Cour , dans laquelle il se fit des Amis
distingués. Il se flata qu'avec un pareil
secours et avec ses talens , il pouroit
faire une fortune fort au- dessus de celle
que sa Famille lui présentoit.
Rempli des ces idées , en attendant la
premiere occasion d'acquerir une Char-
ge à la Cour , il crut devoir fixer sa si-
tuation hors de la Province par un en
gagement. Il épousa à Paris , du consen-
tement de son Pere , la Dlle de Blaisy
Fille de M. de Burnot , Seigneur de Blai-
sy , Intendant de la Maison de la Du-
chesse d'Angoulême. Le Pere ne consti-
tua à son Fils que le moins qu'il pou-
- voit lui donner , la tendresse Paternelle
étoit fort ralentie à l'égard de ce Fils
par un second Mariage , dont il y avoit
des Enfans , et pour n'avoir pas suivi
ses volontés sur le choix d'une Profes
sion.
Peu de temps après l'occasion tant dé
sirée se présenta : M. de Senecé traita en
1673. de la Charge de Premier Valet de
Chambre de la Reine , avec M. de Visé.
Avant que de rien conclure , il fit un
Voyage à Mâcon pour obtenir l'agré-
ment et quelque suplément de finance
qui lui manquoit , de M. son Pere. Ce-
lui-ci profita de l'occasion pour faire avec -
toute
MAY.
1737.
879
toute la Famille , un dernier effort sur
l'esprit de son Fils au sujet de la Charge
de Lieutenant Général ,dont il le croyoit
très capable. Mais il n'y eut pas moyen
de lui faire changer d'objet. De retour à
Paris , M. de Senecé emprunta de ses
Amis ce qu'il lui falloit , conclut le mar
ché et entra chés la Reine en la qualité
que nous avons dite.
Il fut extrémement goûté à la Cour ; il
s'y fit des Amis de distinction , et des
Protecteurs puissans : On peut dire qu'il
le méritoit ; mais cette situation agréa-
ble , cette Fortune, aparente ne furent
pas d'une longue durée. La Reine très-
satisfaite de ses Services , et qui l'hono-
roit de beaucoup de bonté , vint à mou◄
rir au bout de dix ans ; et c'est le plus
grand malheur qui pouvoit arriver à son
zelé Domestique.
On suprime ici tout le détail de ce
malheur et de ses suites , pour n'en mar-
quer qu'une ou deux circonstances . Sça-
voir , que son Pere en mourant ne lui
donna d'autre part dans ses biens , que
ce qu'il lui avoit constitué en le mariant;
c'est à dire , une petite Terre de 3000.
livres de rente , auprès de Mâcon , nom-
mée Condemines. De plus, une riche Tan-
te , Sœur de la D. sa Mere , er Epouse
C
du
880 MERCURE DE FRANCE
du Premier Président du Présidial , en
mourant sans Enfans , ne fit aucune
mention de lui dans son Testament.
On suprime aussi l'indifférence, ordi-
naire aux Gens de Cour dans la disgra-
ce , qu'eurent à son égard ceux que
nous avons apellé ci- dessus Amis de dis-
tinction et Protecteurs puissans , dans
les différentes occasions qui se présente-
rent de le servir et de le dédommager,
La seule Duchesse d'Angoulême se mon-
tra sensible et bienfaisante. M. de Sene-
cé trouva chés cette Princesse , pour lui
et pour sa Famille , une retraite honora-
ble et utile ; ensorte que tant qu'elle vê-
cut,il ne fut presque exposé à aucune dé-
pense.
Mais après la mort de la Princesse ,
il fut obligé de revenir dans sa Province ,
dont on peut dire qu'il fit les délices , et
en particulier de la Ville de Mâcon ,
tout le monde étant charmé de posseder
un Sujet orné de tant de bonnes quali
tés , de celles principalement qui font
l'honnête Homme , et en même temps
les charmes de la societé.
La mort d'une Epouse chérie , qui lui
fut enlevée en 1685. à l'âge seulement
de 33. ans , Mere de huit Enfans , ré-
veilla en lui les idées de la Cour ; la ten-
tation
MAY.
1737.
831
tation d'y aller encore chercher Fortune,
le reprit. Mais son Voyage et un assés
long séjour furent inutiles ; ils ne le fu-
rent pas pour le guérir enfin de ces idées -
de grandeur et de ces espérances Aateu-
ses , dont il s'étoit presque toujours rem-
pli.
De retour pour la derniere fois dans
sa Patrie , il ne s'occupa plus que de Re-
ligion , de soins domestiques , et de Lit-
terature , sans rien perdre de cette gaye-
té et de cette joye innocente qui le fai-
soit désirer par tout , et qu'il apelloit le
Baume de la vie , l'Elixir de la sancé.
C'est dans cette situation que nous avons
commencé à connoître M. de Senecé
il y a environ quinze ans , à l'occasion
d'abord de quelques Poësies de sa façon,
qui ont paru dans le Mercure de France.
Il y a eu ensuite entre nous un commer-
çe réglé de Littérature , dont nous avons
profité , et qui a continué jusqu'à ses
derniers jours.
Il y avoit sans doute à profiter avec un
Ami de cet âge et de cette capacité . Il
ne vouloit point au reste qu'on le loüât ,
ni qu'on fit trop valoir ses Pieces . Au-
tant ennemi des Eloges outrés , que de
la critique amere , il censuroit agréable-
ment ce premier défaut dans le Mercu-
Cij
re
882 MERCURE DE FRANCE
re de l'un de nos Prédécesseurs , Ami
de l'Auteur , il crut lui devoir un avis
utile sur cet article. Il s'en acquita par
une Epître de sa façon , dont on ne sera
peut
être pas
fâché de voir ici quelque
chose , outre que c'est une Piecedes plus
fugitives , et que nous tenons de sa
main.
V... quand Jupiter des biens fit le partage,
Les Muses à ses dons eurent petite part :
Un peu de liberté fut tout leur Apanage ;
Elles l'ont bien gardée, et s'en servent sans fard.
J'en ai ma portion , moi , leur Eleve indignes
Mon esprit en tout temps marcha d'un pas égal,
Il tient en main la régle , et mesure la ligne ,
Prêt à la condamner quand elle y répond mal,
Je blamois hautement , fondé sur ce Principe ,
Tes aplaudissemens communs et prodigués ;
Faut-il qu'un tel esprit ( disois- je ) se dissipe
A donner au Public des Eloges brigués ?
Quoi ! par une lumiere et si vive et si pure
Les Bons et les Pervers seront- ils réjouis ?
C'est-là tout ce que
fait l'Auteur de la Nature
Et que font après lui le Soleil et LOUIS ,
LOUIS
MAY.
1737.
883
LOUIS et le Soleil sont en droit de le faire ,
Et c'est de leur grandeur l'illustre fonction :
Mais V... plus borné , doit en Juge sévere ,
Du bien avec le mal faire distinction.
Ses Volumes moins gros , seroient plus sûrs de
plaire ;
Suprimant les Ecrits d'an misérable Auteur ,
Il pouroit épargner du papier au Libraire ,
A lui des soins , enfin du dégoût au Leeteur.
Mon esprit contre toi murmuroit de la sorte :
Mais mon cœur depuis peu l'en a désavoüé.
Tu viens de m'oposer une raison plus forte ;
Qu'as-tu fait pour cela,V... ? Tu m'as loüé &c
Nous omettons le reste : cet échan
tillon suffira pour montrer le caractere
de notre Ami , par raport à la flaterie
qu'il ne pouvoit souffrir , et à la censu-
re , qui chés lui n'étoit jamais austere ni
farouche.
Nous avons dit qu'il ne pouvoit souf-
frir les louanges outrées , encore moins
les louanges personnelles . C'est dans cet
esprit qu'il nous a toujours refusé un pe-
tit détail sur sa vie et sur ses Ouvrages ,
qu'on lui a souvent demandé pour en
faire un jour honneur à sa Mémoire : voici
€ iij
seulo
884 MERCURE DE FRANCE
seulement ce que l'amitié ou l'importu
nité lui permirent de nous écrire le 21 .
Octobre 1735.
20
» Vous voulez me prendre par mon
propre interêt , par la proposition que
vous me faites de vous donner quel-
ques Memoires de ma vie , qui n'est
» pas si obscure que l'on n'y trouvât
» sujet de faire un petit Roman ; mais j'ai
>> renoncé à cette vanité , et il me suffit
» que l'on sçache qu'après avoir couru
le Monde dans ma jeunesse et avoir
» fait quelque figure à la Cour du Duc
» de Savoye , Charles- Emanuël second
>
23 je me suis attaché à celle de la Prin-
» cesse d'Angoulême , où je me suis ma-
» rié ,, et qui m'a servi d'échelle pour
»monter à la Cour de la Reine Marie-
» Therèse, Epouse de LOUIS LE GRAND ;
échelle qui s'est rompue sous mes pieds,
et où je me suis brisé le col par la mort
» de cette Princesse , étant demeuré sans
>> Charge et sans récompense . Je me suis
>> ensuite retiré dans mon Pays natal , où
»je me suis consolé du mieux que j'ai
» pû avec les Muses , qui ne m'ont point
» abandonné jusqu'à l'âge de quatre- vingt
» treize ans.Pour mon Pere , vous ne pou
» vez en dire trop de bien , qu'oiqu'il
» m'ait fort maltraité , et donné tous ses
>> biens
MAY.
17377
885
» biens à des filles d'un second lit. A cela
» près , c'étoit un homme illustre par ses
» mœurs , sa justice et son éloquence
» dont il a donné des preuves autenti-
tiques dans un beau volume de Ha
rangues, &c.Voilà assés parler des miens
» et de moi.
Cependant la longue carriere de M.
de Senecé s'avançoit et n'étoit pas loin
de son terme. Ses Lettres devenoient
moins fréquentes , mais elles étoient
morales , chrétiennes , édifiantes. Ceile
sur tout qu'il nous écrivit le six Dé-
cembre 1735. marquoit un fond de
Religion et de résignation , capable de
faire plaisir à de véritables Amis. C'étoit
dans la circonstance d'une maladie , qui
ne fut cependant pas la derniere. » J'at-
tends patiemment , disoit - il ,
l'heure
» qu'il plaira à Dieu de me marquer pour
» lui aller rendre mes comptes qui ne
» sont pas en trop bon état , &c. La
Lettre étoit accompagnée d'un Cantique
de sa façon sur le sujet de ces mêmes
Comptes , où il paroissoit encore du feu
et du génie , mais bien plus encore de
pieté et de confiance en la bonté divine .
La Piece finissoit par une invocation pa-
thétique adressée à la sainte Vierge. » J'ai
»fait , ajoûtoit-il , ce petit Morceau dans
C iiij
» l'un
886 MERCURE DE FRANCE
» l'un des plus grands accès de ma ma-
>> ladie , où pour l'ordinaire on ne songe
כג
pas à faire des Vers; mais j'ai éprouvé en
» cette occasion la vérité du Proverbe
»qui dit que la Mort est un Echo de la
» vie. En tout cas , ce que je vous envoye
» servira à vous faire faire quelques re-
fléxions chrétiennes. Les Gens de Let-
tres , si remplis de differentes idées
>
» ont besoin que quelquesfois on les
"
rapelle à Dieu par des refléxions sé-
» rieuses. Je vous demande pardon de
» faire ici le Prédicateur , contre ma coû-
» tume ; mais les aproches de la mort
"Ouvrent souvent les yeux les plus aveu-
» gles, et j'espere que vous me pardonne-
» rez l'effet d'une conversion qui est dans
» sa premiere ferveur, et que je voudrois
» pouvoir étendre sur tous mes Amis, par
» mi lesquels je vous considere tout des
» premiers , &c. Enfin , comme s'il pré-
voyoit que c'étoit- là la derniere Lettre
qu'il devoit nous écrire , il la chargea de
ses complimens ou plutôt de ses adieux
pour quelques Amis particuliers , qui
sont aussi les nôtres. Il saluoit et mora-
lisoit en ces termes l'un de ces Messieurs
qui aime beaucoup les Spectacles. » Fai-
» tes mes complimens à M. L. C. et di-
» tes- lui que j'ai bien du déplaisir qu'un
» bel
MAY.
» de Thalie.
1737.
887
bel Esprit comme le sien meure dans
l'hérésie des favoris de Melpomene et
Depuis l'Epoque que nous venons de
marquer , c'est-à - dire la fin de l'année
1735. qui fut aussi la fin de notre com-
merce Litteraire , M. de Senecé , de qui
nous avions quelquefois indirectement
des nouvelles, soigneux de nous informer
de son état , tourna toutes ses pensées du
côté du Ciel. Accablé enfin par le poids
de l'âge , éprouvé par de plus fréquentes
infirmités , mais consolé et fortifié par
de solides esperances , il expira douce-
ment entre les bras d'un digne Fils , le
premier jour de l'année 1737. âgé de
93. ans , deux mois et quelques jours.
Nous n'aurions rien à ajoûter à ce
que nous venons de dire , et que nous
avons crû devoir à la memoire de M. de
Senccé , si une nouvelle instruction , qui'
vient de nous arriver , ne nous enga-
geoit de joindre ici quelques circonstan
ces particulieres qui regardent sa Famille
et sa Personne ; rien n'est à négliger dans
P'Histoire des Hommes de Lettres.
On a marqué cy -dessus qu'il étoit fils,
petit-fils et arriere petit- fils de trois Lieu
tenans Generaux au Bailliage et Siege
Présidial du Mâconois. Ils furent tous
C
trois
888 MERCURE DE FRANCE
trois très- distingués dans la Province par
leur mérite personnel et par la maniere
noble dont ils y vivoient. Ils étoient issus
d'une très- ancienne Famille originaire
de la Ville de Paray le Monial , dans le
Charolois , à 12. lieues de Mâcon , où
l'un de leurs Ancêtres vint s'établir il Y
a plus de deux cens ans.
La probité et la Litterature sont com-
me héréditaires dans cette Famille. Mais
aucun ne se distingua davantage , et ne
joignit plus d'excellentes qualités à celles
que nous venons de dire , que Brice Bau-
que
deron de Senecé , Pere de celui que nous
regretons.
Il fut Auteur de plusieurs
Ouvrages estimés , et consommé sur tout
dans les sciences de son Etat. Le Conseil
et le Parlement , bien instruits de son
integrité et de ses lumieres , l'ont sou-
vent employé dans des affaires de consé-
quence , délicates et épineuses , commis-
sions dont il s'est acquité avec un aplau-
dissement general , et qui lui ont acquis
un honneur infini . Enfin il eut le bon-
heur dans les Troubles de la minorité du
Roy Louis XIV. de servir utilement son
Maître , moins par l'autorité de sa Char-
ge , que par la vivacité de son zele et
par la force de son éloquence , qui retine
a Ville de Mâcon , prête à tomber en-
tre
MAY.
1737.
889
tre les mains des Factieux , dans son de-
voir , et fit perdre à ceux-cy toute es-
perance pour le succès d'un projet qui
étoit apuyé de la force des Armes. La
Cour très satisfaite de sa conduite , lui
fit expedier des Lettres de Conseiller d'E-
tat , datées du 31. Juillet 1651. Il re-
çut aussi de la Cour de grands Eloges
sur sa sage conduite à la tenue des Grands
Jours dans la Ville de Clermont , où il
fut mandé et où il donna encore de gran-
des marques de zele et d'attachement
pour les interêts du Roy.Il mourut à Mâ-
con le 3. Octobre 1698. âgé de 88, ans ,
après y avoir exercé pendant quarante an-
nées la premiere Magistrature.Ona obinis
qu'il avoit un grand talent pour la Poë-
sie Latine et Françoise , dont il faisoit
quelquefois ses amusemens pour se dé-
lasser.
M. de Senecé son Fils , qui fait le su-
jet de cet Eloge , a eû , comme nous l'a-
vons dit , deux Fils de son Mariage. L'aî-
né entra de bonne heure dans le Service.
Il n'avoit que 18. ans lorsqu'il fut blessé à
la Bataille de Nervinde. Il fut aussi-tôt
fait Capitaine au Régiment de Piémont
où il continua de servir avec distinction
jusqu'à l'âge de 23. ans , qu'il fut tué
dans un combat qui se donna auprès de
C vi
Tour-
80 MERCURE DE FRANCE
Tournay. Il marchoit déja sur les traces
de son digne Pere , aimant les Lettres et
écrivant fort bien en Vers et en Prose.
Son Frere puisné prit aussi le parti des´
Armes , mais la mort de l'aîné ne permit
pas à ce tendre Pere de lui laisser suivre
son inclination , ne voulant pas d'ailleurs
risquer la seule personne qui pouvoit
donner des Héritiers à son nom . Dieu
en a disposé autrement ; car ce Fils uni--
que , marié depuis 20. ans n'a aujour-
d'hui de plusieurs Enfans qui lui sont nés,
que deux filles fort jeunes.
De six Filles que M. de Senecé avoir
aussi eûes de son Mariage, l'aînée mourut
peu après le décès de la Dame sa Mere ;
les quatre suivantes sont actuellement
Religieuses en differens Monasteres , et
la derniere est mariée à M. de la Salle
Gentilhomme du Mâconois , d'une bon-
me et ancienne Maison , originaire d'Au-
vergne. Un fils unique sorti de ce Ma--
riage , Capitaine dans le Régiment d'In-
fanterie d'Anjou , a été tué en Italie à
la Bataille de Guastalla, dans sa premiere
jeunesse.
Ainsi d'un assés grand nombre d'En-
fans et de petits- Enfans , il n'est resté à
M. de Senecé que le seul Fils dont nous
venons de parler , et que la Providence:
Luk
MAY.
1737.
891
lai avoit conservé pour être sa consola-
tion et son soutien dans le reste d'une
longue carriere. Nous sçavons qu'il s'en
est acquité dignement. C'est par ce cher
Fils , homme de Lettres et d'un mérite
distingué , que nous avons été informés
des principales circonstances de la Vie
de cet illustre Pere . L'une des plus im-
portantes , sans doute , est que depuis
quelques années il avoit de grands sen-
timens de pieté , parlant sans cesse de
Religion, souvent apliqué à lire et à mé-
diter la Sainte Ecriture. De là cet esprit
de patience et de résignation aux ordres
de Dieu dans les differentes tribulations
qui ont affligé sa vieillesse .
On ne peut pas trop dire que cette vertu
ait cú sa récompense dès cette vie , car nous
aprenons de la même source que de tous
les Seigneurs qui , l'avoient connu à la
Cour , et qui l'avoient , pour ainsi dire
accablé d'offres de service , & c. aucun
ne s'est souvenu de lui dans l'occa-
sion. Un grand Ministre , né pour le
bonheur general du Royaume et pour
relever la vertu abattuë et affligée , lui
a seul conservé l'honneur de ses bon-
nes graces , et lui a donné des secours
effectifs par diverses gratifications , et par
deux differentes pensions obtenues de
la
892 MERCURE DE FRANCE
la bonté du Roy. Par là
cer illustre'
Bienfaiteur l'a empêché d'avoir une
vieillesse nécessiteuse et l'a mis en état
de passer ses dernieres années dans une
douce tranquillité. Ces derniers termes
sont les mêmes dont M. de Condemines,
son digne Fils , s'est servi pour nous
instruire et pour exprimer sa reconnois-
sance. Condemines est le nom de sa Ter-
re, et presque le seul bien qui lui reste ;
» mais Dieu qui fait tout pour le mieux,
» nous dit- il fort chrétiennement
en
» me faisant décheoir des esperances d'u
> ne fortune considerable , m'a doüé
,
» d'un esprit tranquille et sans passion ,
qui me fait vivre content dans ma mé-
» diocrité.
Nous finirons par ce qui nous reste
à dire sur les Ouvrages de M. de Senecé,
qui a brillé , sur tout , par le talent de
la Poësie Françoise et Latine. Nous em-
prunterons pour cela les termes de M.
Titon du Tillet , qui après avoir déja
parlé de lui dans son Parnasse François,
nous a fait l'honneur de nous écrire à
l'occasion de sa mort ; nous, ajoûte-
rons ici le précis de sa Lettre.
" Je viens , M. d'aprendre la mort de
» M. de Senecé , Doyen de nos Poëtes
» François. Comme je m'interesse infini-
» menc
MAY.
1737.
893
» ment à la gloire de tous les Hommes
» celebres qu'a produits la France , et
>> plus particulierement à ceux qui doi-
» vent augmenter le nombre des Habi-
» tans du Parnasse François , je me sens
» obligé de vous annoncer la perte que
» nous faisons de cet Homme illus-
» tre , pour en faire part au Public dans
votre Journal , en attendant que je
» puisse moi- même rendre justice à sa
>> memoire dans le Suplément de la Vie
» de nos celebres Poëtes , &c. que je ras-
» semble sur le Parnasse François , que
» j'ai fait élever en Bronze, à mesure que
» la mort nous les enleve , & c.
>>
" Je lui dois d'ailleurs de la recon-
noissance par l'amitié dont il m'a ho-
» noré pendant quatre ou cinq ans , que
» nous avons été en commerce ensemble,
» et par le beau présent qu'il m'a faiɛ
» du gros volume manuscrit in 4°. de ses
» Poësies , non imprimées , dont j'espere
>> enrichir
le Public par l'impression.
» Ce Manuscrit est rempli d'un grand
1
» nombre de Morceaux interessants ,
où
>> l'on trouve de l'élevation , de la grace
» et sur tout cet élégant badinage , dont
» peu de gens sont capables, et que notre
» Auteur possedoit en Homme d'un es-
*
» prit supérieur , qui connoissoit d'ail-
»leurs
894 MERCURE DE FRANCE
» leurs à fond la Cour et la Ville , & c.
» On a imprimé un Recueil d'Epi-
grammes et d'autres Pieces de M. de
» Senecé , avec un Traité sur la compo-
» sition de l'Epigramme , 1. vol. in 12,
» d'environ 5oo. pages. A Paris , chés
» F. Giffart , 1717.
Il y a aussi quantité de bonnes Pieces
de sa façon , imprimées dans le Mercu-
re Galant et dans le Mercure de France ,
qui étant recueillies , formeroient un
juste volume.
Je finis ( c'est toujours M. Titon du
Tillet qui parle ) en joignant à ma Let-
» tre une Piece de Vers de M. l'Abbé-
Poncy de Neuville , connu par divers
» Ouvrages qui lui ont fait honneur , et.
» dont sept ont remporté des Prix de Poë-
» sie à l'Académie des Jeux Floraux de
>> Toulouse.
Antoine Bauderon de Senecé nâquit à Mâcon le 27. Octobre 1643. de
Brice Bauderon de Senecé , Lieutenant
Général au Bailliage et Siege Présidial de
la même Ville , et de D ... ... Grillet.
Son Pere, le troisième de sa Famille, qui
en ligne directe étoit revêtu de cete
Charge , ne négligea rien pour lui don-
ner une excellente éducation , et pour le
mettre en état de lui succeder un jour.
On ne pouvoit guere travailler sur un
meilleur fonds , cet Enfant étant né avec
Les qualités d'esprit les plus heureuses ,
et
sçavant.
MAY.
1737-
875
et avec les talens les plus avantageux ;
cultivé d'ailleurs par un Pere vertueux et
Dès l'âge de treize ans , ayant achevé
les Etudes ordinaires au College des Je-
suites de Mâcon , il fut envoyé à Paris ,
où il fit un nouveau Cours de Philoso
phie : Il en soutint des Theses publiques
avec un aplaudissement général sur la
fin de sa quatorziéme année. Revenu
à Mâcon , il employa deux années en-
tieres à profiter des leçons et des exem-
ples d'un Pere , qui n'oublioit rien pour
le formerà l'Etude et à la Vertu.
Il fut ensuite renvoyé à Paris pour l'E-
tude des Loix. Il s'y apliqua , fut reçû
Avocat , et suivit le Barreau pendant
quelque temps : mais ce n'étoit
son penchant le plus naturel.
pas là
Cependant , pressé par une Famille ,
qui l'aimoit tendrement , il revint à Mâ-
çon , où quelque temps après son arrivée,
le feu de la jeunesse l'entraîna dans une
malheureuse Affaire , nommée dans le
monde Affaire d'honneur. Elle fut suivie
d'un combat de quatre contre quatre , dans
laquelle l'un des Combattans succomba,
et plusieurs furent blessés. Notre jeune
Homme obligé de se retirer , alla cher-
cher un azile à la Cour de Savoye , où
son
876 MERCURE DE FRANCE
son esprit , sa dépense et ses talens lui
eurent bien-tôt acquis des Amis de dis
tinction .
Mais ,s'il est vrai qu'un malheur en at-
tire souvent un autre , cette situation
douce et agréable en aparence , fut bien-
tôt fatale à notre François réfugié . Il
devint Amoureux d'une, Dlle de la pre-
miere qualité , qui le reçut bien et le
préféra à plusieurs autres , qui préten-
doient à l'honneur de son Alliance. La
Dlle avoit plusieurs Freres , qui étoient
Amis de notre Aspirant , et qui eurent
d'abord ses recherches pour agréables ..
Cette derniere circonstance n'étoit ,
par malheur , fondée que sur une équi➡
voque de nom , au sujet de celui de Se-
necé. La Terre ainsi apellée , située entre
Tournus et Châlons , étoit alors dans
la Maison de Foix : Ces Messieurs le cru-
rent être de la même Maison ; mais M.de
Senecé qui ne vouloit tromper personne,
encore moins celle qui étoit la plus in-
reressée , avoit dès le commencement
déclaré son véritable état à la Dlle , la-
quelle n'ayant d'égard qu'au mérite de
son Amant , exigea de lui de laisser ses
Freres dans la favorable prévention où
ils étoient.
: Ceux-ci en sortirent bien-tôt par les
recherches
+
1
"A
A
MAY.
1737:
877
recherches qu'ils se crurent obligés de
faire avant que de rien conclure. Instruits
de la verité , ils donnerent dans un tra-
vers. Au lieu de prendre les mesures or-
dinaires pour s'oposer à ce Mariage , ils
entrerent dans un esprit de ressentiment,
dont la Dlle prévit et prévint les suites,
en priant M. de Senecé de disparoître
pour quelque temps : mais les Freres ani-
més et instruits du départ , eurent la
foiblesse de faire trouver des gens sur sa
route pour lui faire un mauvais pârti,
Il fallut battailler , l'Amant malheureux
s'en tira heureusement, et tout de suite il
se retira à Madrid , où il resta jusqu'à la
nouvelle de l'accommodement de sa
pre.
miere Affaire , que M. son Pere lui don
na , avec ordre de revenir.
De retour à Mâcon , ce Pere qui lui
destinoit toujours sa Charge , le renvoya
bien- tôt à Paris dans la vûë de le perfec-
tionner dans l'Etude des Loix, et dans les
autres connoissances , que le commerce
des Livres et la fréquentation du Barreau
pouvoient lui acquerir.
Mais l'essor
qu'il avoit pris , et le grand monde qu'il
avoit fréquenté lui avoient donné du
dégoût pourice genre d'Etude. L'amour
des plaisirs et de la liberté l'entraîna
bien- tôt du côté d'une jeune et brillante .
Cour
878 MERCURE DE FRANCE
Cour , dans laquelle il se fit des Amis
distingués. Il se flata qu'avec un pareil
secours et avec ses talens , il pouroit
faire une fortune fort au- dessus de celle
que sa Famille lui présentoit.
Rempli des ces idées , en attendant la
premiere occasion d'acquerir une Char-
ge à la Cour , il crut devoir fixer sa si-
tuation hors de la Province par un en
gagement. Il épousa à Paris , du consen-
tement de son Pere , la Dlle de Blaisy
Fille de M. de Burnot , Seigneur de Blai-
sy , Intendant de la Maison de la Du-
chesse d'Angoulême. Le Pere ne consti-
tua à son Fils que le moins qu'il pou-
- voit lui donner , la tendresse Paternelle
étoit fort ralentie à l'égard de ce Fils
par un second Mariage , dont il y avoit
des Enfans , et pour n'avoir pas suivi
ses volontés sur le choix d'une Profes
sion.
Peu de temps après l'occasion tant dé
sirée se présenta : M. de Senecé traita en
1673. de la Charge de Premier Valet de
Chambre de la Reine , avec M. de Visé.
Avant que de rien conclure , il fit un
Voyage à Mâcon pour obtenir l'agré-
ment et quelque suplément de finance
qui lui manquoit , de M. son Pere. Ce-
lui-ci profita de l'occasion pour faire avec -
toute
MAY.
1737.
879
toute la Famille , un dernier effort sur
l'esprit de son Fils au sujet de la Charge
de Lieutenant Général ,dont il le croyoit
très capable. Mais il n'y eut pas moyen
de lui faire changer d'objet. De retour à
Paris , M. de Senecé emprunta de ses
Amis ce qu'il lui falloit , conclut le mar
ché et entra chés la Reine en la qualité
que nous avons dite.
Il fut extrémement goûté à la Cour ; il
s'y fit des Amis de distinction , et des
Protecteurs puissans : On peut dire qu'il
le méritoit ; mais cette situation agréa-
ble , cette Fortune, aparente ne furent
pas d'une longue durée. La Reine très-
satisfaite de ses Services , et qui l'hono-
roit de beaucoup de bonté , vint à mou◄
rir au bout de dix ans ; et c'est le plus
grand malheur qui pouvoit arriver à son
zelé Domestique.
On suprime ici tout le détail de ce
malheur et de ses suites , pour n'en mar-
quer qu'une ou deux circonstances . Sça-
voir , que son Pere en mourant ne lui
donna d'autre part dans ses biens , que
ce qu'il lui avoit constitué en le mariant;
c'est à dire , une petite Terre de 3000.
livres de rente , auprès de Mâcon , nom-
mée Condemines. De plus, une riche Tan-
te , Sœur de la D. sa Mere , er Epouse
C
du
880 MERCURE DE FRANCE
du Premier Président du Présidial , en
mourant sans Enfans , ne fit aucune
mention de lui dans son Testament.
On suprime aussi l'indifférence, ordi-
naire aux Gens de Cour dans la disgra-
ce , qu'eurent à son égard ceux que
nous avons apellé ci- dessus Amis de dis-
tinction et Protecteurs puissans , dans
les différentes occasions qui se présente-
rent de le servir et de le dédommager,
La seule Duchesse d'Angoulême se mon-
tra sensible et bienfaisante. M. de Sene-
cé trouva chés cette Princesse , pour lui
et pour sa Famille , une retraite honora-
ble et utile ; ensorte que tant qu'elle vê-
cut,il ne fut presque exposé à aucune dé-
pense.
Mais après la mort de la Princesse ,
il fut obligé de revenir dans sa Province ,
dont on peut dire qu'il fit les délices , et
en particulier de la Ville de Mâcon ,
tout le monde étant charmé de posseder
un Sujet orné de tant de bonnes quali
tés , de celles principalement qui font
l'honnête Homme , et en même temps
les charmes de la societé.
La mort d'une Epouse chérie , qui lui
fut enlevée en 1685. à l'âge seulement
de 33. ans , Mere de huit Enfans , ré-
veilla en lui les idées de la Cour ; la ten-
tation
MAY.
1737.
831
tation d'y aller encore chercher Fortune,
le reprit. Mais son Voyage et un assés
long séjour furent inutiles ; ils ne le fu-
rent pas pour le guérir enfin de ces idées -
de grandeur et de ces espérances Aateu-
ses , dont il s'étoit presque toujours rem-
pli.
De retour pour la derniere fois dans
sa Patrie , il ne s'occupa plus que de Re-
ligion , de soins domestiques , et de Lit-
terature , sans rien perdre de cette gaye-
té et de cette joye innocente qui le fai-
soit désirer par tout , et qu'il apelloit le
Baume de la vie , l'Elixir de la sancé.
C'est dans cette situation que nous avons
commencé à connoître M. de Senecé
il y a environ quinze ans , à l'occasion
d'abord de quelques Poësies de sa façon,
qui ont paru dans le Mercure de France.
Il y a eu ensuite entre nous un commer-
çe réglé de Littérature , dont nous avons
profité , et qui a continué jusqu'à ses
derniers jours.
Il y avoit sans doute à profiter avec un
Ami de cet âge et de cette capacité . Il
ne vouloit point au reste qu'on le loüât ,
ni qu'on fit trop valoir ses Pieces . Au-
tant ennemi des Eloges outrés , que de
la critique amere , il censuroit agréable-
ment ce premier défaut dans le Mercu-
Cij
re
882 MERCURE DE FRANCE
re de l'un de nos Prédécesseurs , Ami
de l'Auteur , il crut lui devoir un avis
utile sur cet article. Il s'en acquita par
une Epître de sa façon , dont on ne sera
peut
être pas
fâché de voir ici quelque
chose , outre que c'est une Piecedes plus
fugitives , et que nous tenons de sa
main.
V... quand Jupiter des biens fit le partage,
Les Muses à ses dons eurent petite part :
Un peu de liberté fut tout leur Apanage ;
Elles l'ont bien gardée, et s'en servent sans fard.
J'en ai ma portion , moi , leur Eleve indignes
Mon esprit en tout temps marcha d'un pas égal,
Il tient en main la régle , et mesure la ligne ,
Prêt à la condamner quand elle y répond mal,
Je blamois hautement , fondé sur ce Principe ,
Tes aplaudissemens communs et prodigués ;
Faut-il qu'un tel esprit ( disois- je ) se dissipe
A donner au Public des Eloges brigués ?
Quoi ! par une lumiere et si vive et si pure
Les Bons et les Pervers seront- ils réjouis ?
C'est-là tout ce que
fait l'Auteur de la Nature
Et que font après lui le Soleil et LOUIS ,
LOUIS
MAY.
1737.
883
LOUIS et le Soleil sont en droit de le faire ,
Et c'est de leur grandeur l'illustre fonction :
Mais V... plus borné , doit en Juge sévere ,
Du bien avec le mal faire distinction.
Ses Volumes moins gros , seroient plus sûrs de
plaire ;
Suprimant les Ecrits d'an misérable Auteur ,
Il pouroit épargner du papier au Libraire ,
A lui des soins , enfin du dégoût au Leeteur.
Mon esprit contre toi murmuroit de la sorte :
Mais mon cœur depuis peu l'en a désavoüé.
Tu viens de m'oposer une raison plus forte ;
Qu'as-tu fait pour cela,V... ? Tu m'as loüé &c
Nous omettons le reste : cet échan
tillon suffira pour montrer le caractere
de notre Ami , par raport à la flaterie
qu'il ne pouvoit souffrir , et à la censu-
re , qui chés lui n'étoit jamais austere ni
farouche.
Nous avons dit qu'il ne pouvoit souf-
frir les louanges outrées , encore moins
les louanges personnelles . C'est dans cet
esprit qu'il nous a toujours refusé un pe-
tit détail sur sa vie et sur ses Ouvrages ,
qu'on lui a souvent demandé pour en
faire un jour honneur à sa Mémoire : voici
€ iij
seulo
884 MERCURE DE FRANCE
seulement ce que l'amitié ou l'importu
nité lui permirent de nous écrire le 21 .
Octobre 1735.
20
» Vous voulez me prendre par mon
propre interêt , par la proposition que
vous me faites de vous donner quel-
ques Memoires de ma vie , qui n'est
» pas si obscure que l'on n'y trouvât
» sujet de faire un petit Roman ; mais j'ai
>> renoncé à cette vanité , et il me suffit
» que l'on sçache qu'après avoir couru
le Monde dans ma jeunesse et avoir
» fait quelque figure à la Cour du Duc
» de Savoye , Charles- Emanuël second
>
23 je me suis attaché à celle de la Prin-
» cesse d'Angoulême , où je me suis ma-
» rié ,, et qui m'a servi d'échelle pour
»monter à la Cour de la Reine Marie-
» Therèse, Epouse de LOUIS LE GRAND ;
échelle qui s'est rompue sous mes pieds,
et où je me suis brisé le col par la mort
» de cette Princesse , étant demeuré sans
>> Charge et sans récompense . Je me suis
>> ensuite retiré dans mon Pays natal , où
»je me suis consolé du mieux que j'ai
» pû avec les Muses , qui ne m'ont point
» abandonné jusqu'à l'âge de quatre- vingt
» treize ans.Pour mon Pere , vous ne pou
» vez en dire trop de bien , qu'oiqu'il
» m'ait fort maltraité , et donné tous ses
>> biens
MAY.
17377
885
» biens à des filles d'un second lit. A cela
» près , c'étoit un homme illustre par ses
» mœurs , sa justice et son éloquence
» dont il a donné des preuves autenti-
tiques dans un beau volume de Ha
rangues, &c.Voilà assés parler des miens
» et de moi.
Cependant la longue carriere de M.
de Senecé s'avançoit et n'étoit pas loin
de son terme. Ses Lettres devenoient
moins fréquentes , mais elles étoient
morales , chrétiennes , édifiantes. Ceile
sur tout qu'il nous écrivit le six Dé-
cembre 1735. marquoit un fond de
Religion et de résignation , capable de
faire plaisir à de véritables Amis. C'étoit
dans la circonstance d'une maladie , qui
ne fut cependant pas la derniere. » J'at-
tends patiemment , disoit - il ,
l'heure
» qu'il plaira à Dieu de me marquer pour
» lui aller rendre mes comptes qui ne
» sont pas en trop bon état , &c. La
Lettre étoit accompagnée d'un Cantique
de sa façon sur le sujet de ces mêmes
Comptes , où il paroissoit encore du feu
et du génie , mais bien plus encore de
pieté et de confiance en la bonté divine .
La Piece finissoit par une invocation pa-
thétique adressée à la sainte Vierge. » J'ai
»fait , ajoûtoit-il , ce petit Morceau dans
C iiij
» l'un
886 MERCURE DE FRANCE
» l'un des plus grands accès de ma ma-
>> ladie , où pour l'ordinaire on ne songe
כג
pas à faire des Vers; mais j'ai éprouvé en
» cette occasion la vérité du Proverbe
»qui dit que la Mort est un Echo de la
» vie. En tout cas , ce que je vous envoye
» servira à vous faire faire quelques re-
fléxions chrétiennes. Les Gens de Let-
tres , si remplis de differentes idées
>
» ont besoin que quelquesfois on les
"
rapelle à Dieu par des refléxions sé-
» rieuses. Je vous demande pardon de
» faire ici le Prédicateur , contre ma coû-
» tume ; mais les aproches de la mort
"Ouvrent souvent les yeux les plus aveu-
» gles, et j'espere que vous me pardonne-
» rez l'effet d'une conversion qui est dans
» sa premiere ferveur, et que je voudrois
» pouvoir étendre sur tous mes Amis, par
» mi lesquels je vous considere tout des
» premiers , &c. Enfin , comme s'il pré-
voyoit que c'étoit- là la derniere Lettre
qu'il devoit nous écrire , il la chargea de
ses complimens ou plutôt de ses adieux
pour quelques Amis particuliers , qui
sont aussi les nôtres. Il saluoit et mora-
lisoit en ces termes l'un de ces Messieurs
qui aime beaucoup les Spectacles. » Fai-
» tes mes complimens à M. L. C. et di-
» tes- lui que j'ai bien du déplaisir qu'un
» bel
MAY.
» de Thalie.
1737.
887
bel Esprit comme le sien meure dans
l'hérésie des favoris de Melpomene et
Depuis l'Epoque que nous venons de
marquer , c'est-à - dire la fin de l'année
1735. qui fut aussi la fin de notre com-
merce Litteraire , M. de Senecé , de qui
nous avions quelquefois indirectement
des nouvelles, soigneux de nous informer
de son état , tourna toutes ses pensées du
côté du Ciel. Accablé enfin par le poids
de l'âge , éprouvé par de plus fréquentes
infirmités , mais consolé et fortifié par
de solides esperances , il expira douce-
ment entre les bras d'un digne Fils , le
premier jour de l'année 1737. âgé de
93. ans , deux mois et quelques jours.
Nous n'aurions rien à ajoûter à ce
que nous venons de dire , et que nous
avons crû devoir à la memoire de M. de
Senccé , si une nouvelle instruction , qui'
vient de nous arriver , ne nous enga-
geoit de joindre ici quelques circonstan
ces particulieres qui regardent sa Famille
et sa Personne ; rien n'est à négliger dans
P'Histoire des Hommes de Lettres.
On a marqué cy -dessus qu'il étoit fils,
petit-fils et arriere petit- fils de trois Lieu
tenans Generaux au Bailliage et Siege
Présidial du Mâconois. Ils furent tous
C
trois
888 MERCURE DE FRANCE
trois très- distingués dans la Province par
leur mérite personnel et par la maniere
noble dont ils y vivoient. Ils étoient issus
d'une très- ancienne Famille originaire
de la Ville de Paray le Monial , dans le
Charolois , à 12. lieues de Mâcon , où
l'un de leurs Ancêtres vint s'établir il Y
a plus de deux cens ans.
La probité et la Litterature sont com-
me héréditaires dans cette Famille. Mais
aucun ne se distingua davantage , et ne
joignit plus d'excellentes qualités à celles
que nous venons de dire , que Brice Bau-
que
deron de Senecé , Pere de celui que nous
regretons.
Il fut Auteur de plusieurs
Ouvrages estimés , et consommé sur tout
dans les sciences de son Etat. Le Conseil
et le Parlement , bien instruits de son
integrité et de ses lumieres , l'ont sou-
vent employé dans des affaires de consé-
quence , délicates et épineuses , commis-
sions dont il s'est acquité avec un aplau-
dissement general , et qui lui ont acquis
un honneur infini . Enfin il eut le bon-
heur dans les Troubles de la minorité du
Roy Louis XIV. de servir utilement son
Maître , moins par l'autorité de sa Char-
ge , que par la vivacité de son zele et
par la force de son éloquence , qui retine
a Ville de Mâcon , prête à tomber en-
tre
MAY.
1737.
889
tre les mains des Factieux , dans son de-
voir , et fit perdre à ceux-cy toute es-
perance pour le succès d'un projet qui
étoit apuyé de la force des Armes. La
Cour très satisfaite de sa conduite , lui
fit expedier des Lettres de Conseiller d'E-
tat , datées du 31. Juillet 1651. Il re-
çut aussi de la Cour de grands Eloges
sur sa sage conduite à la tenue des Grands
Jours dans la Ville de Clermont , où il
fut mandé et où il donna encore de gran-
des marques de zele et d'attachement
pour les interêts du Roy.Il mourut à Mâ-
con le 3. Octobre 1698. âgé de 88, ans ,
après y avoir exercé pendant quarante an-
nées la premiere Magistrature.Ona obinis
qu'il avoit un grand talent pour la Poë-
sie Latine et Françoise , dont il faisoit
quelquefois ses amusemens pour se dé-
lasser.
M. de Senecé son Fils , qui fait le su-
jet de cet Eloge , a eû , comme nous l'a-
vons dit , deux Fils de son Mariage. L'aî-
né entra de bonne heure dans le Service.
Il n'avoit que 18. ans lorsqu'il fut blessé à
la Bataille de Nervinde. Il fut aussi-tôt
fait Capitaine au Régiment de Piémont
où il continua de servir avec distinction
jusqu'à l'âge de 23. ans , qu'il fut tué
dans un combat qui se donna auprès de
C vi
Tour-
80 MERCURE DE FRANCE
Tournay. Il marchoit déja sur les traces
de son digne Pere , aimant les Lettres et
écrivant fort bien en Vers et en Prose.
Son Frere puisné prit aussi le parti des´
Armes , mais la mort de l'aîné ne permit
pas à ce tendre Pere de lui laisser suivre
son inclination , ne voulant pas d'ailleurs
risquer la seule personne qui pouvoit
donner des Héritiers à son nom . Dieu
en a disposé autrement ; car ce Fils uni--
que , marié depuis 20. ans n'a aujour-
d'hui de plusieurs Enfans qui lui sont nés,
que deux filles fort jeunes.
De six Filles que M. de Senecé avoir
aussi eûes de son Mariage, l'aînée mourut
peu après le décès de la Dame sa Mere ;
les quatre suivantes sont actuellement
Religieuses en differens Monasteres , et
la derniere est mariée à M. de la Salle
Gentilhomme du Mâconois , d'une bon-
me et ancienne Maison , originaire d'Au-
vergne. Un fils unique sorti de ce Ma--
riage , Capitaine dans le Régiment d'In-
fanterie d'Anjou , a été tué en Italie à
la Bataille de Guastalla, dans sa premiere
jeunesse.
Ainsi d'un assés grand nombre d'En-
fans et de petits- Enfans , il n'est resté à
M. de Senecé que le seul Fils dont nous
venons de parler , et que la Providence:
Luk
MAY.
1737.
891
lai avoit conservé pour être sa consola-
tion et son soutien dans le reste d'une
longue carriere. Nous sçavons qu'il s'en
est acquité dignement. C'est par ce cher
Fils , homme de Lettres et d'un mérite
distingué , que nous avons été informés
des principales circonstances de la Vie
de cet illustre Pere . L'une des plus im-
portantes , sans doute , est que depuis
quelques années il avoit de grands sen-
timens de pieté , parlant sans cesse de
Religion, souvent apliqué à lire et à mé-
diter la Sainte Ecriture. De là cet esprit
de patience et de résignation aux ordres
de Dieu dans les differentes tribulations
qui ont affligé sa vieillesse .
On ne peut pas trop dire que cette vertu
ait cú sa récompense dès cette vie , car nous
aprenons de la même source que de tous
les Seigneurs qui , l'avoient connu à la
Cour , et qui l'avoient , pour ainsi dire
accablé d'offres de service , & c. aucun
ne s'est souvenu de lui dans l'occa-
sion. Un grand Ministre , né pour le
bonheur general du Royaume et pour
relever la vertu abattuë et affligée , lui
a seul conservé l'honneur de ses bon-
nes graces , et lui a donné des secours
effectifs par diverses gratifications , et par
deux differentes pensions obtenues de
la
892 MERCURE DE FRANCE
la bonté du Roy. Par là
cer illustre'
Bienfaiteur l'a empêché d'avoir une
vieillesse nécessiteuse et l'a mis en état
de passer ses dernieres années dans une
douce tranquillité. Ces derniers termes
sont les mêmes dont M. de Condemines,
son digne Fils , s'est servi pour nous
instruire et pour exprimer sa reconnois-
sance. Condemines est le nom de sa Ter-
re, et presque le seul bien qui lui reste ;
» mais Dieu qui fait tout pour le mieux,
» nous dit- il fort chrétiennement
en
» me faisant décheoir des esperances d'u
> ne fortune considerable , m'a doüé
,
» d'un esprit tranquille et sans passion ,
qui me fait vivre content dans ma mé-
» diocrité.
Nous finirons par ce qui nous reste
à dire sur les Ouvrages de M. de Senecé,
qui a brillé , sur tout , par le talent de
la Poësie Françoise et Latine. Nous em-
prunterons pour cela les termes de M.
Titon du Tillet , qui après avoir déja
parlé de lui dans son Parnasse François,
nous a fait l'honneur de nous écrire à
l'occasion de sa mort ; nous, ajoûte-
rons ici le précis de sa Lettre.
" Je viens , M. d'aprendre la mort de
» M. de Senecé , Doyen de nos Poëtes
» François. Comme je m'interesse infini-
» menc
MAY.
1737.
893
» ment à la gloire de tous les Hommes
» celebres qu'a produits la France , et
>> plus particulierement à ceux qui doi-
» vent augmenter le nombre des Habi-
» tans du Parnasse François , je me sens
» obligé de vous annoncer la perte que
» nous faisons de cet Homme illus-
» tre , pour en faire part au Public dans
votre Journal , en attendant que je
» puisse moi- même rendre justice à sa
>> memoire dans le Suplément de la Vie
» de nos celebres Poëtes , &c. que je ras-
» semble sur le Parnasse François , que
» j'ai fait élever en Bronze, à mesure que
» la mort nous les enleve , & c.
>>
" Je lui dois d'ailleurs de la recon-
noissance par l'amitié dont il m'a ho-
» noré pendant quatre ou cinq ans , que
» nous avons été en commerce ensemble,
» et par le beau présent qu'il m'a faiɛ
» du gros volume manuscrit in 4°. de ses
» Poësies , non imprimées , dont j'espere
>> enrichir
le Public par l'impression.
» Ce Manuscrit est rempli d'un grand
1
» nombre de Morceaux interessants ,
où
>> l'on trouve de l'élevation , de la grace
» et sur tout cet élégant badinage , dont
» peu de gens sont capables, et que notre
» Auteur possedoit en Homme d'un es-
*
» prit supérieur , qui connoissoit d'ail-
»leurs
894 MERCURE DE FRANCE
» leurs à fond la Cour et la Ville , & c.
» On a imprimé un Recueil d'Epi-
grammes et d'autres Pieces de M. de
» Senecé , avec un Traité sur la compo-
» sition de l'Epigramme , 1. vol. in 12,
» d'environ 5oo. pages. A Paris , chés
» F. Giffart , 1717.
Il y a aussi quantité de bonnes Pieces
de sa façon , imprimées dans le Mercu-
re Galant et dans le Mercure de France ,
qui étant recueillies , formeroient un
juste volume.
Je finis ( c'est toujours M. Titon du
Tillet qui parle ) en joignant à ma Let-
» tre une Piece de Vers de M. l'Abbé-
Poncy de Neuville , connu par divers
» Ouvrages qui lui ont fait honneur , et.
» dont sept ont remporté des Prix de Poë-
» sie à l'Académie des Jeux Floraux de
>> Toulouse.
Fermer
2872
p. 905-915
LETTRE de M. D. à M. l'Abbé Ph... au sujet du Tasse.
Début :
J'ai lû, Monsieur , comme nous en étions convenus ensemble, la Jerusalem [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D. à M. l'Abbé Ph... au sujet du Tasse.
LETTRE de M. D. à M. l'Abbé Ph... au sujet du Tasse.
J'ai lû, Monsieur , comme nous en
étions convenus ensemble, la Jerusalem
délivrée , et je vous avoie que
j'y ai remarqué des beautés que la foi-
blesse de l'âge , ou le préjugé François
m'avoient empêché d'admirer. Le Tasse,
malgré la Critique du Rossi et des Aca-
démiciens della Crusca , sera tou ours re-
gardé comme le premier des Poëtes Ita-
Liens , l'Arioste ,
il est vrai , lui dispute
le Sceptre Poëtique , son Orlando furioso
est rempli de ces images vivantes , et de
ces Portaits brillans que nous ne voyons
point dans l'autre ; mais celui ci est plus.
sage et moins emporté , ses Peintures ne
sont pas si hardies , mais dans leur gen-
re ce sont autant de miniatures finies
et dont la délicatesse saisir davantage
Dij
les
906 MERCURE DE FRANCE
les yeux le clair obscur et l'harmonie
des couleurs y sont mêlés avec plus
d'art , les nuances moins grossieres ; les
idées de l'Arioste sont bizarres , sublimes ,
gigantesques ; celle du Tasse sont à la
portée de tout le monde , l'un n'a pour
regle que son imagination , l'autre sçait
temperer cette imagination à propos , et
joint à la nature les perfections de l'art;
outre ces avantages , le Tasse a le vers
plus correct et moins enflé que celui de
l'Arioste.
•
M. Despreaux , cet Homme de notre
Siécle le moins ignorant Critique , a
quelquefois porté ses censures un peu
trop loin , beaucoup de petits esprits onc
adopté ses décisions comme sans apel.
C'est ainsi qu'on voit des Frêlons
Imiter souvent les Abeilles ,
Ils bourdonnent à nos oreilles ,
Vôlent de même, et rendent mêmes sons ;
Mais examine- t- on l'ouvrage ,
Le Frêlon est tout different ;
L'Abeille seule a l'avantage
Que lui dispute un Rival ignorant.
M. Mirabeaud dans sa Préface a vengé
le Poëte Italien de ces préjugés ridicules
Le caractere de Renaud est incompa-
rable '
MAY.
1737.
907
rable , je le préfererois à celui d'Achillle.
J'y vois un Heros que l'amour
Aveugle sur sa propre gloire ,
Et qui des deux esclave tour à tour ,
A tous les deux dispute la victoire ,
Tantôt l'amour prend le dessus ,
Le Héros céde , et de la fiere Armide
La beauté dans son cœur décide ,
Et l'emporte sur ses vertus ;
Tantôt rougissant de sa honte ,
Il goûte à regret les plaisirs ;
Le devoir , l'honneur le surmonte ,
Et la raison condamne ses desirs ;
Ainsi peu maître de lui - même ,
Il est jaloux, il n'aime pas , il aime ,
Qui des deux mérite un retour
Ou de la gloire , ou de l'amour ?
Celui de Tancrede est plus moderé ;
c'est un Prince courageux , dont l'âge a
reprimé la fougue ; plus prudent que
Renaud , il connoît davantage le dan-
ger , et par là sa bravoure est moins ac-
tive ; il a toutes les vertus d'Ulysse ,
sans en avoir les défauts.
1
En vain l'amour pour le surprendre
De l'aimable Herminie augmente les apas ,
Un cœur sçait toujours se défendre
D iij
Quand
908 MERCURE DE FRANCE
Quand la raison ne l'abandonne pas.
Clorinde a sçu toucher son ame ;
Mais ce n'est point une brûlante flamme ,
Telle que le plaifir allume dans nos cœurs ,
Qui s'éteint à l'instant qu'elle commence
naître ,
Et qui souvent craint de paroître ,
Pour nous cacher ses honteuses ardeurs
C'est un feu qui naît de l'estime
Que nourrit l'innocence et la fidelité ;
Ennemi de la volupté ,
La raison le soûtient , la constance l'anime ,
Et l'indolente oisiveté
Ne peut éteindre un feu si légitime.
Tancrede n'est point combattu
Par les transports d'une lâche tendresse ;
Ah ! si l'amour étoit une foiblesse ,
Quels cœurs auroient de la vertu ?
Godefroy fait le même Personnage que
Nestor dans l'Iliade, il ne se distingue des
autres Chefs que par une sagesse con
sommée.
C'est un Héros que la prudence guide ,
Dont la vieillesse est l'unique défaut ;
Peut être eût-il , comme Renaud ,
Suivi les pas de la trompeuse Armide.
Mais
M Ả Ý.
1737.
Mais quand l'âge avec la raison
909
Vient reprimer ces fougues indomptables
C'est recueillir en arriere saison,
Que vouloir enflammer des cœurs si respectables
L'Episode de Sophronie et d'Olinde
est bien touchée , quoiqu'on la trouve
déplacée et étrangere au sujet; quelques-
uns veulent que ce soit une copie défi-
gurée de Nisus er d'Euryale ; Argant ,
Aladin , Soliman y sont dépeints avec
les couleurs les plus vives , et les plus
naturelles,
leur caractere ne se dément
point dans la suite du Poëme ; le Tasse
a mis à profit cette maxime d'Horace ,
le seul Auteur de l'antiquité que les Mo
dernes daignent encore respecter. .' ..
Sit Mediaferox invictaque , flebilis Ino ,
Perfidus Ixion , Io vaga , tristis Orestes ;
Si quid inexpertum scene committis , et audes
Personamformare novam , servetur ad imum
Qualis abincapto processerit , et sibi constet.
Le Sarrazin ne connoissoit qu'une và➡
leur brutale et déterminée, semblable à ces
bêres qui ne suivent qu'un instinct gros-
sier ; il seroit à souhaiter pour nos Fran-
çois qu'ils pûssent dépeindre le caracte-
Diiij
re
910 MERCURE DE FRANCE
re des autres Peuples , aussi - bien que le
Poëte Italien ; le seul Auteur de Gil- Blas
a sçi , avec gloire , éviter ce défaut , il
a peint les Espagnols tels qu'ils sont , et
non pas sur des idées vagues ou univer-
selles; si nos Tragiques eussent suivi ce-
te regle , nous n'aurions point tant de
mauvaises Pieces , qui ne sont tout au
plus que de froids Dialogues montés sur
le même ton ; Pharamond ne parleroit
qu'en vrai Conquerant , &c. Mais ce
n'est point ici le lieu d'exercer la Criti-
que.
Ismeno , dans la Jerusalem délivrée
fait le personnage deCalchas dans l'Iliade,
l'un est un Devin qui ne sert qu'à entre-
tenir la superstition de l'Armée Grecque,
aussi Agamenon lui dit fort bien , E'onor
δ᾽ οὐδέτι πω εἶπας ἔπος , ουδ᾽ ἐτέλεββας.
Bonum nullum adbuc verbum dixisti , nes
fecisti.
L'autre est un Magicien qui effraye
les Sarrazins par les secrets de son art.
Le sublime Auteur de la Henriade
dans son Essai sur le Poëme Epique (Ou-
vrage merveilleux ) a rendu justice au
Tasse ; la conformité de talens ne lui a
point inspiré cette jalousie qu'il apelle
ui-même dans sa Préface d'Alzire , Ma-
adie incurable.
L'Episode
MAY.
1737.
911
L'Episode de Tancrede et de Clorin-
de est préférable , selon beaucoup de
Gens d'esprit , à celle de Didon dans
Virgile : je vois déja plusieurs Pédans qui
m'anathematisent , et me menacent des
foudres scholastiques ;
Mais leurs cris impuissans se perdent dans les
airs.
En effet , qu'est- ce que Didon ? une
femme furieuse dans sa passion , qui veut
à toute force aimer Enée , et en être ai-
mée ; comblée de refus outrageans elle se
tuë. ( Dénoüement rate parmi les fem-
mes de notre siècle. )
Ce fut sa faute en un mot :
A quoi songeoit cette Belle,
De prendre un Amant dévot ? *
Il est vrai que ces petits défauts de
caractere sont rachetés par une infinité
de morceaux frapans , et qui trouvent
facilement le chemin du cœur ; mais se
peut- il une situation plus touchante que
celle de nos deux Amans dans le Tasse ?
Tancrede est le propre assasin de sa Maî-
tresse , sans le sçavoir ; il reconnoît son
erreur, quand son aveuglement lui étoit
le plus nécessaire , et les derniers sou-
pirs de son Amante sont consacrés à un
* Rousseau.
D v amour
912 MERCURE DE FRANCE.
amour vertueux. Je m'en raporte aux
Dames dont le goût est plus délicat , et
le cœur plus susceptible de ces impres
sions de tendresse .
Temperes à lacrymis.
• Quis taliafando
La Forêt enchantée , l'Isle où se renfer-
me Armide avec Renaud , sont des coups
de pinceaux hardis que le Tasse a mêlés-
dans l'ombredu tableau ;iln'apartient qu'à
des Hommes choisis d'enfanter de pareil-
les productions , et qui leur sont même
particulieres. L'Albane differe du Titien,.
Michel - Ange se distingue par ses atti-
tudes , le fameux Tableau du Jugement
dernier , que les Curieux regardent com-
me un chef- d'oeuvre , est une preuve de
ce goût sublime qui n'est affecté qu'aux
génies véritablement grands ; les Cruci-
fix du Guide se font admirer de tous les
Connoisseurs.
Le Tombeau que le Tasse fait élever
à Didon , aproche beaucoup de celui de-
Patrocle ; s'il nous represente un com-
bat, c'est avec des expressions mâles er
hardies ; le desespoir où se trouvent les
Sarrazins , après la perte de leurs Chefs,
est d'un coloris admirable : la conclusion
de ce Poëme est bien ménagée, il n'y a
Dien:
MAY 1737.
Dvj
913
rien de trop ni de trop peu ; ce qu'on
pouroit blâmer avec justice , me semble
ce combat singulier qui se donne entre
Godefroy et Argant : notre Heros a le
même bonheur qu'Enée , un Ange lui
remet entre les mains des Armes d'une
trempe fine , et à l'épreuve des coups ;
Argant est un autre Turnus aussi mal-
heureux que le premier ; le Tasse cepen-
dant plus éclairé sur cet article que Vir-
gile , a trouvé moyen de rendre le Sar-
razin odieux à son Lecteur , le Rutulois
au contraire nous interesse ; il dispute à'
un Etranger la Princesse que Latinus lul
avoit promise , Enée n'agit pas en galant
Homme de vouloir enlever sa fiancée, et
sur quel droit prétend-il l'emporter con-
tre Turnus ? a t il quelques prérogatives
qui l'autorisent dans ce rapt ?
Virgile a imité Homere dans la plû-
part de ses fautes ; le Tasse , à son tour,
s'est arrogé celles de Virgile ; un certaint
préjugé que nous avons , dès notre en-
fance , pour les Anciens, nous empêche
de voir leurs défauts : je ne critiquerai
point le Tasse, il me suffit de l'admirer.
Que dirai-je de ses Héroïnes ?
Clorinde est fière , Herminie est sensible ,
Armide est d'autant plus terrible
Qu'elle
914 MERCURE DEFRANCE
Qu'elle sçait l'art de captiver les cours ;
Ses dédains affectés , sa beauté naturelle ,
Toutjusqu'à son silence est un charme pour elle
Mais que j'aime à la voir les yeux baignés de
pleurs ,
Se jetter aux genoux d'un Amant infidele ,
Lui demander la mort , soupirer , l'attendrir ,
Ebranler sa fierté , le vaincre et le féchir!
Mais non , l'ingrat bientôt reprend sa perfidie,
Armide en vain croit avoir triomphé,
Il détourne les yeux, il part , court dans l'Asie
Ensevelir un feu mal étouffé .
Dans cet instant cruel et redoutable ,
Cher Ami , j'ignore , à mon tour
Qui doit être le plus coupable
Ou de l'Amant , ou de l'Amour.
L'Amour , malgré l'Amant , fait sentir sa puis-
sance ;
L'Amant , malgré l'Amour , resiste à la cons-
tance :
Mon cœur veut condamner l'Amant ,
La prudente raison décide le contraire ,
Si j'écoute le cœur , Renaud est trop severe ,
Si j'en crois la raison , Renaud est innocent.
Voilà , Monsieur , ce que je pense en
peu de mots de ce grand Poëte ; il fau-
droit
MAY.
1737.
915
droit entendre l'Italien parfaitement pour
en concevoir toutes les beautés ; à moins
que de se transporter dans le Pays , on
ignore toûjours cette finesse de la lan-
gue annexée à ses seuls Citoyens . J'es-
pere que l'occasion poura me procurer
ce plaisir litteraire : en attendant cette
petite satisfaction , je m'en raporte à vo-
tre jugement , persuadé que vous étes
plus capable qu'aucun autre d'en décider.
J'ai l'honneur d'être , &c.
J'ai lû, Monsieur , comme nous en
étions convenus ensemble, la Jerusalem
délivrée , et je vous avoie que
j'y ai remarqué des beautés que la foi-
blesse de l'âge , ou le préjugé François
m'avoient empêché d'admirer. Le Tasse,
malgré la Critique du Rossi et des Aca-
démiciens della Crusca , sera tou ours re-
gardé comme le premier des Poëtes Ita-
Liens , l'Arioste ,
il est vrai , lui dispute
le Sceptre Poëtique , son Orlando furioso
est rempli de ces images vivantes , et de
ces Portaits brillans que nous ne voyons
point dans l'autre ; mais celui ci est plus.
sage et moins emporté , ses Peintures ne
sont pas si hardies , mais dans leur gen-
re ce sont autant de miniatures finies
et dont la délicatesse saisir davantage
Dij
les
906 MERCURE DE FRANCE
les yeux le clair obscur et l'harmonie
des couleurs y sont mêlés avec plus
d'art , les nuances moins grossieres ; les
idées de l'Arioste sont bizarres , sublimes ,
gigantesques ; celle du Tasse sont à la
portée de tout le monde , l'un n'a pour
regle que son imagination , l'autre sçait
temperer cette imagination à propos , et
joint à la nature les perfections de l'art;
outre ces avantages , le Tasse a le vers
plus correct et moins enflé que celui de
l'Arioste.
•
M. Despreaux , cet Homme de notre
Siécle le moins ignorant Critique , a
quelquefois porté ses censures un peu
trop loin , beaucoup de petits esprits onc
adopté ses décisions comme sans apel.
C'est ainsi qu'on voit des Frêlons
Imiter souvent les Abeilles ,
Ils bourdonnent à nos oreilles ,
Vôlent de même, et rendent mêmes sons ;
Mais examine- t- on l'ouvrage ,
Le Frêlon est tout different ;
L'Abeille seule a l'avantage
Que lui dispute un Rival ignorant.
M. Mirabeaud dans sa Préface a vengé
le Poëte Italien de ces préjugés ridicules
Le caractere de Renaud est incompa-
rable '
MAY.
1737.
907
rable , je le préfererois à celui d'Achillle.
J'y vois un Heros que l'amour
Aveugle sur sa propre gloire ,
Et qui des deux esclave tour à tour ,
A tous les deux dispute la victoire ,
Tantôt l'amour prend le dessus ,
Le Héros céde , et de la fiere Armide
La beauté dans son cœur décide ,
Et l'emporte sur ses vertus ;
Tantôt rougissant de sa honte ,
Il goûte à regret les plaisirs ;
Le devoir , l'honneur le surmonte ,
Et la raison condamne ses desirs ;
Ainsi peu maître de lui - même ,
Il est jaloux, il n'aime pas , il aime ,
Qui des deux mérite un retour
Ou de la gloire , ou de l'amour ?
Celui de Tancrede est plus moderé ;
c'est un Prince courageux , dont l'âge a
reprimé la fougue ; plus prudent que
Renaud , il connoît davantage le dan-
ger , et par là sa bravoure est moins ac-
tive ; il a toutes les vertus d'Ulysse ,
sans en avoir les défauts.
1
En vain l'amour pour le surprendre
De l'aimable Herminie augmente les apas ,
Un cœur sçait toujours se défendre
D iij
Quand
908 MERCURE DE FRANCE
Quand la raison ne l'abandonne pas.
Clorinde a sçu toucher son ame ;
Mais ce n'est point une brûlante flamme ,
Telle que le plaifir allume dans nos cœurs ,
Qui s'éteint à l'instant qu'elle commence
naître ,
Et qui souvent craint de paroître ,
Pour nous cacher ses honteuses ardeurs
C'est un feu qui naît de l'estime
Que nourrit l'innocence et la fidelité ;
Ennemi de la volupté ,
La raison le soûtient , la constance l'anime ,
Et l'indolente oisiveté
Ne peut éteindre un feu si légitime.
Tancrede n'est point combattu
Par les transports d'une lâche tendresse ;
Ah ! si l'amour étoit une foiblesse ,
Quels cœurs auroient de la vertu ?
Godefroy fait le même Personnage que
Nestor dans l'Iliade, il ne se distingue des
autres Chefs que par une sagesse con
sommée.
C'est un Héros que la prudence guide ,
Dont la vieillesse est l'unique défaut ;
Peut être eût-il , comme Renaud ,
Suivi les pas de la trompeuse Armide.
Mais
M Ả Ý.
1737.
Mais quand l'âge avec la raison
909
Vient reprimer ces fougues indomptables
C'est recueillir en arriere saison,
Que vouloir enflammer des cœurs si respectables
L'Episode de Sophronie et d'Olinde
est bien touchée , quoiqu'on la trouve
déplacée et étrangere au sujet; quelques-
uns veulent que ce soit une copie défi-
gurée de Nisus er d'Euryale ; Argant ,
Aladin , Soliman y sont dépeints avec
les couleurs les plus vives , et les plus
naturelles,
leur caractere ne se dément
point dans la suite du Poëme ; le Tasse
a mis à profit cette maxime d'Horace ,
le seul Auteur de l'antiquité que les Mo
dernes daignent encore respecter. .' ..
Sit Mediaferox invictaque , flebilis Ino ,
Perfidus Ixion , Io vaga , tristis Orestes ;
Si quid inexpertum scene committis , et audes
Personamformare novam , servetur ad imum
Qualis abincapto processerit , et sibi constet.
Le Sarrazin ne connoissoit qu'une và➡
leur brutale et déterminée, semblable à ces
bêres qui ne suivent qu'un instinct gros-
sier ; il seroit à souhaiter pour nos Fran-
çois qu'ils pûssent dépeindre le caracte-
Diiij
re
910 MERCURE DE FRANCE
re des autres Peuples , aussi - bien que le
Poëte Italien ; le seul Auteur de Gil- Blas
a sçi , avec gloire , éviter ce défaut , il
a peint les Espagnols tels qu'ils sont , et
non pas sur des idées vagues ou univer-
selles; si nos Tragiques eussent suivi ce-
te regle , nous n'aurions point tant de
mauvaises Pieces , qui ne sont tout au
plus que de froids Dialogues montés sur
le même ton ; Pharamond ne parleroit
qu'en vrai Conquerant , &c. Mais ce
n'est point ici le lieu d'exercer la Criti-
que.
Ismeno , dans la Jerusalem délivrée
fait le personnage deCalchas dans l'Iliade,
l'un est un Devin qui ne sert qu'à entre-
tenir la superstition de l'Armée Grecque,
aussi Agamenon lui dit fort bien , E'onor
δ᾽ οὐδέτι πω εἶπας ἔπος , ουδ᾽ ἐτέλεββας.
Bonum nullum adbuc verbum dixisti , nes
fecisti.
L'autre est un Magicien qui effraye
les Sarrazins par les secrets de son art.
Le sublime Auteur de la Henriade
dans son Essai sur le Poëme Epique (Ou-
vrage merveilleux ) a rendu justice au
Tasse ; la conformité de talens ne lui a
point inspiré cette jalousie qu'il apelle
ui-même dans sa Préface d'Alzire , Ma-
adie incurable.
L'Episode
MAY.
1737.
911
L'Episode de Tancrede et de Clorin-
de est préférable , selon beaucoup de
Gens d'esprit , à celle de Didon dans
Virgile : je vois déja plusieurs Pédans qui
m'anathematisent , et me menacent des
foudres scholastiques ;
Mais leurs cris impuissans se perdent dans les
airs.
En effet , qu'est- ce que Didon ? une
femme furieuse dans sa passion , qui veut
à toute force aimer Enée , et en être ai-
mée ; comblée de refus outrageans elle se
tuë. ( Dénoüement rate parmi les fem-
mes de notre siècle. )
Ce fut sa faute en un mot :
A quoi songeoit cette Belle,
De prendre un Amant dévot ? *
Il est vrai que ces petits défauts de
caractere sont rachetés par une infinité
de morceaux frapans , et qui trouvent
facilement le chemin du cœur ; mais se
peut- il une situation plus touchante que
celle de nos deux Amans dans le Tasse ?
Tancrede est le propre assasin de sa Maî-
tresse , sans le sçavoir ; il reconnoît son
erreur, quand son aveuglement lui étoit
le plus nécessaire , et les derniers sou-
pirs de son Amante sont consacrés à un
* Rousseau.
D v amour
912 MERCURE DE FRANCE.
amour vertueux. Je m'en raporte aux
Dames dont le goût est plus délicat , et
le cœur plus susceptible de ces impres
sions de tendresse .
Temperes à lacrymis.
• Quis taliafando
La Forêt enchantée , l'Isle où se renfer-
me Armide avec Renaud , sont des coups
de pinceaux hardis que le Tasse a mêlés-
dans l'ombredu tableau ;iln'apartient qu'à
des Hommes choisis d'enfanter de pareil-
les productions , et qui leur sont même
particulieres. L'Albane differe du Titien,.
Michel - Ange se distingue par ses atti-
tudes , le fameux Tableau du Jugement
dernier , que les Curieux regardent com-
me un chef- d'oeuvre , est une preuve de
ce goût sublime qui n'est affecté qu'aux
génies véritablement grands ; les Cruci-
fix du Guide se font admirer de tous les
Connoisseurs.
Le Tombeau que le Tasse fait élever
à Didon , aproche beaucoup de celui de-
Patrocle ; s'il nous represente un com-
bat, c'est avec des expressions mâles er
hardies ; le desespoir où se trouvent les
Sarrazins , après la perte de leurs Chefs,
est d'un coloris admirable : la conclusion
de ce Poëme est bien ménagée, il n'y a
Dien:
MAY 1737.
Dvj
913
rien de trop ni de trop peu ; ce qu'on
pouroit blâmer avec justice , me semble
ce combat singulier qui se donne entre
Godefroy et Argant : notre Heros a le
même bonheur qu'Enée , un Ange lui
remet entre les mains des Armes d'une
trempe fine , et à l'épreuve des coups ;
Argant est un autre Turnus aussi mal-
heureux que le premier ; le Tasse cepen-
dant plus éclairé sur cet article que Vir-
gile , a trouvé moyen de rendre le Sar-
razin odieux à son Lecteur , le Rutulois
au contraire nous interesse ; il dispute à'
un Etranger la Princesse que Latinus lul
avoit promise , Enée n'agit pas en galant
Homme de vouloir enlever sa fiancée, et
sur quel droit prétend-il l'emporter con-
tre Turnus ? a t il quelques prérogatives
qui l'autorisent dans ce rapt ?
Virgile a imité Homere dans la plû-
part de ses fautes ; le Tasse , à son tour,
s'est arrogé celles de Virgile ; un certaint
préjugé que nous avons , dès notre en-
fance , pour les Anciens, nous empêche
de voir leurs défauts : je ne critiquerai
point le Tasse, il me suffit de l'admirer.
Que dirai-je de ses Héroïnes ?
Clorinde est fière , Herminie est sensible ,
Armide est d'autant plus terrible
Qu'elle
914 MERCURE DEFRANCE
Qu'elle sçait l'art de captiver les cours ;
Ses dédains affectés , sa beauté naturelle ,
Toutjusqu'à son silence est un charme pour elle
Mais que j'aime à la voir les yeux baignés de
pleurs ,
Se jetter aux genoux d'un Amant infidele ,
Lui demander la mort , soupirer , l'attendrir ,
Ebranler sa fierté , le vaincre et le féchir!
Mais non , l'ingrat bientôt reprend sa perfidie,
Armide en vain croit avoir triomphé,
Il détourne les yeux, il part , court dans l'Asie
Ensevelir un feu mal étouffé .
Dans cet instant cruel et redoutable ,
Cher Ami , j'ignore , à mon tour
Qui doit être le plus coupable
Ou de l'Amant , ou de l'Amour.
L'Amour , malgré l'Amant , fait sentir sa puis-
sance ;
L'Amant , malgré l'Amour , resiste à la cons-
tance :
Mon cœur veut condamner l'Amant ,
La prudente raison décide le contraire ,
Si j'écoute le cœur , Renaud est trop severe ,
Si j'en crois la raison , Renaud est innocent.
Voilà , Monsieur , ce que je pense en
peu de mots de ce grand Poëte ; il fau-
droit
MAY.
1737.
915
droit entendre l'Italien parfaitement pour
en concevoir toutes les beautés ; à moins
que de se transporter dans le Pays , on
ignore toûjours cette finesse de la lan-
gue annexée à ses seuls Citoyens . J'es-
pere que l'occasion poura me procurer
ce plaisir litteraire : en attendant cette
petite satisfaction , je m'en raporte à vo-
tre jugement , persuadé que vous étes
plus capable qu'aucun autre d'en décider.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
2873
p. 916-929
LETTRE de M. Le Beuf, Chanoine d'Auxerre, à M. Clerot, Avocat au Parlement de Roüen.
Début :
Il me paroît, Monsieur, par les lettres que vous avez écrites depuis un an à [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Le Beuf, Chanoine d'Auxerre, à M. Clerot, Avocat au Parlement de Roüen.
LETTRE de M. Le Beuf, Chanoine
d'Auxerre, à M. Clerot, Avocat au
Parlement de Roüen.
Il me paroît, Monsieur, par les lettres
que vous avez écrites depuis un an à
M. D. L. R. que vous vous êtes apliqué à
l'Histoire de Rouen et des environs, et que
vous en sçavez parfaitement les Anti-
quités. Le trait que vous venez de nous
donner de St Romain , votre Evêque (a)
m'a fait songer à vous communiquer
une découverte que j'ai faite par hazard
ces jours derniers. Je cherchois dans un
Pays fort éloigné d'ici , et même hors du
Royaume , ( b ) un monument que je
(a ) Mercure de Décembre 1736..
(b) A P'.bbaye de Saint-Gal en Suisse?
croyois
MAY.
$737.
917
croyois pouvoir donner dans mon Histoi-
re d'Auxerre, sur le jugement qu'en avoit
porté l'Auteur de l'Histoire literaire
de la France , Tome 2. p. 261. J'ai été frus-
tré de mon esperance ; il s'est trouvé que
ce Manuscrit dont on a donné communi-
cation fortvolontiers , est un monument
qui ne peut convenir qu'à l'Histoire de
Rouen , ou à l'Histoire Litteraire des
Gaules , ou bien dans un Recuëil tel
que la Bibliotheque des Pères et autres
Auteurs Ecclesiastiques. Je vous apten-
drai ce que c'est avec bien du plaisir.
C'est un Ouvrage de S. Victrice , votre
Evêque. S. Victrice de Rouen , parmi
les Auteurs Ecclesiastiques , est une es-
pece de Phénomene Litteraire. On sça-
voit seulement qu'il avoit écrit quelques
Lettres à S. Paulin de Nole , mais ces
Lettres étoient perduës. L'Ouvrage done
je veux vous parler est beaucoup plus
qu'une Lettre: c'est un Traité qu'il com-
posa à la louange des Saints dont il re
gur des Reliques , qui lui furent en-
voyées d'Italie , et dont plusieurs étoient
venuës de plus loin . Il porte la parole à ces
Saints presque d'un bout à l'autre.
Il nous aprend dans cet Ouvrage qu'il
étoit dans la Grande-Bretagne , dont les
Evêques l'avoient apellé, pour les aider
dans
918 MERCURE DE FRANCE
dans leur Ministere , ( a ) lorsque le Por
teur de ces Reliques , nommé Elien ,
étoit en chemin pour Roüen ; que ce
Porteur ne l'ayant point trouvé dans sa
Ville Episcopale , prit la route de la
Grande Bretagne , dans laquelle il le
rencontra à quarante mille seulement du
lieu d'où il venoit , ou du Port où il
avoit débarqué. Ensorte , dit - il , que les
Reliques vinrent deux fois dans la Ville
de Rouen. Les apostrophes en forme d'ac-
tions de graces , qu'il fait à saint Am-
broise , alors vivant, à un Evêque nom-
mé Théodule , à un autre nommé Eus-
et à d'autres , indiquent de
tathius , et à d'autres
quelles Eglises d'Italie lui venoient ces
précieux restes. Vous trouverez les noms
de ces Evêques à la fin de la Lettre du
Concile de Milan de l'an 390. contre
Jovinien et ses Adhérans. T. 2. Concil.
Labb. Col. 1027. Ces Reliques étoient
de S. Jean- Baptiste , S. Jean l'Evange
liste , S. André , S. Thomas , S. Luc ;
S. Gervais , S. Protais ,
et S. Nazaire , de
( a ) Usserius , ni Harpsfeldius , ni Alfordus ,
Historiens modernes de l'Eglise d'Angleterre, n'ont
point connu ce fait. Gildas ,
et depuis lui Bede
marquent que l'Arianisme trouva des fauteurs
dans la Grande Bretagne , et Usserius croit que
cefut vers l'an 3·80,
Milan :
MAY.
1737.
919
Milar : (a) S. Agricole et S. Procule de
Boulogne; Ste Euphemie, de Calcedoine;
S. Antonin , de Plaisance ; Ss . Saturnin
et Trajan , de Macedoine ; Ss. Mutius
Alexandre , Datysus ou Dathus , Cyn-
dée ou Chyndée , Ste Kogate, Ste Léoni-
de , Ste Anastasie , et Ste Anatocle. ( b )
Il paroît par ses expressions que ce n'é-
toient point des Ossemens de ces Saints ,
au moins quart à la plûpart , mais seu-
lement du Sang , ou de la terre détrem-
pée de leur Sang. Aussi S. Victrice s'é-
tend-il beaucoup à prouver que ce peu
équivaloit en vertu au Corps entier ,
puisqu'on ne peut pas partager le mérite
des Saints , que le Sang est le comple-
ment et la perfection de tous les mem-
bres , et que ces Reliques , toutes mo
diques qu'elles paroissent , sont enam-
mées d'une ardeur divine , qui les ren-
dent aussi puissantes en petite portion
que dans une plus grande. Quoiqu'il
qualifie cet amas de Reliques du nom
( a ) S. Paulin fit mettre sous l'Autel de l'E-
glise de S. Felix de Nole des Reliques des princi-
paux de tous ces Saints , ainsi qu'il paroit par son
Poëme 24. Vers 406. et suivans.
( b ) S. Victrice raporte , sur la fin de son Ou-
vrage , quelques actions de ces Saintes , peu con
ques d'ailleurs.
de
920 MERCURE DE FRANCE
de Troupe de Saints , par raport au nom-
bre dont il y en avoir , le Vase qui les
contenoit n'étoit cependant tout au plus
qu'une espece de Reliquaire portatif que
les Anciens apelloient Philactere , et qu'ils
attachoient au col . Mais l'Ecrit de S Vic-
trice prouve que dès lors on faisoit des
réjouissances pour ces sortes de recep-
zions. Il fait à cette occasion une des-
cription du Peuple de sa Ville , dans la
quelle il s'étend beaucoup sur l'état des
Vierges et des Veuves , afin de donner
par là des preuves de son unité de senti-
mens avec les Eglises d'Italie , qui avoient
condamné nouvellement Jovinien enne-
mi de l'état de Virginité.
Il y fait aussi une longue profession de
foy sur le Mystere de la Trinité , prin
cipalement sur la Divinité de J. C. qui
étoit aparemment combattue alors dans
les Gaules par quelques Ariens , depuis
la liberté que l'Empereur Gratien avoit
donnée en 378.
La 370. Lettre de Saint Paulin de No-
le , qui est adressée à ce même Saint
Victrice , paroît y'avoir raport. Ce que
j'ai encore bien remarqué , c'est qu'il sem
ble que Saint Paulin cût reçû de Vic-
trice un exemplaire de cet Ouvrage , par
la maniere dont il lui parle dans sa pre-
miere
M A Y.
1737.
921
miere Lettre qui est la 18c.) sur la nou-
velle face qu'avoit reprise la Ville de
Rouen sous son Gouvernement (num.s )
il le félicite sur ce qu'une Ville si éloi-
gnée , étoit enrichie de tant de Mémoires
de Saints Apôtres , qui sembloient de-
meurer avec lui pour cooperer à ses tra-
vaux , et être honorés par son Clergé et
son Peuple. Par le moyen de l'Ouvrage
de Saint Victrice , cet endroit de Saint
Paulin qui étoit assés obscur en lui - mê-
me , reçoit une certaine clarté qui fait
honneur à la Ville de Rouen . L'état des
Vierges et des Veuves y est dépeint avec
les mêmes couleurs que dans l'Ecrit de
Saint Victrice.
C'est à vous , Monsieur , à m'apren
dre maintenant s'il y eut dès le quatrié
me siecle à Rouen , une Eglise dédiée
sous l'Invocation de quelques Saints de
Milan ; car Saint Victrice dir que les fon-
demens des Bâtimens étoient déja jettés,
qu'il falloit maintenant ériger les Aurels.
Je ne sçaurois entendre à la lettre le
passage d'Orderic , qui dit que Saint Mel-
lon , votre premier Evêque avoit été in-
humé in Crypta Basilica S. Gervasii. Il
veut dire aparemment dans une Crypte
sur laquelle fut bâtie depuis l'Eglise de
Saint Gervais. Son témoignage prouve
assés
922 MERCURE DE FRANCE
assés que l'Eglise de Saint Gervais , qui
est aux Fauxbourg Occidental de votre
Ville , passoit de son temps pour être
très anciene. Le titre d'Abbaye qu'elle
avoit au XIe. siecle , la belle Crypte
qu'on y voit,sont autant d'indices de son
antiquité. Je croirois volontiers que ç'au-
roit été là que Saint Victrice déposa les
Reliques qu'on lui aporta de Milan , et
que ce fut la premiere Eglise Cimeteriale
du Clergé de Rouen. Vous pouvez re-
former mes conjectures , si elles font
fausses. Je ne suis jamais descendu dans la
Crypte de Saint Gervais , pour juger du
temps de son édifice.
Ce furent sans doute , les fruits que
Saint Victrice fit dans le temps qu'il
passa sur les côtes , qu'on apelle aujour-
d'hui le Pontieu et le Boulenois, qui en-
gagerent les Evêques de la Grande Breta-
gne à l'apeller dans leur Isle. Si la re-
marque de Scaliger sur le mot de Nervi-
ci litioris , au lieu duquel il voudroit qu'on
lût Ebruicani littoris , étoit mieux apuyée,
il sembleroit que ce seroit aux environs
d'York que Saint Victrice auroit été
évangeliser.
Si le Public souhaite que l'opuscule de
votre S.Evêque paroisse en entier, il fera
facile de le donner avec quelques notes.
11
MAY.
1737
923
Test tiré d'un Manuscrit de mille ans ,suc
lequel un Auteur de sept ou huit cent
ans a voulu faire des remarques qui sont
souvent fausses . J'oublicis de vous dire
que S. Victrice se nomme lui- même dans
ce petit Ouvrage. On y verra avec satis-
faction une nouvelle preuve de l'anti-
quité des pratiques de l'Eglise Catholi-
que , exprimées dans le langage du qua-
triéme siecle. Je ne sçai si ce Traité ne
seroit point celui de Laude generali om-
nium Maryrum , que Gennade a attribué
à Saint Paulin , et lequel ne se retrouve
plus. Le Copiste du Manuscrit de mille
ans avoit cru que cet Ouvrage de Vic-
trice , étoit de Saint Ambroise , et lui
avoit donné mal à propos ce titre , Inci-
pit Liber ejusdem ( Ambrosii ) de Laude
Sanctorum.
Les Historiens de votre premier Evê-
que Saint Mellon , le font Breton de nais-
sance , et quelques Auteurs comme Pos-
sevin lui attribuent des Homelies . J'a-
prehende qu'il n'y ait un peu de confu-
sion , au moins quant au dernier chef ,
et que les prétendues Homelies de Saint
Mellon ou Mellaine de la Grande Bre-
tagne , ne soient le Traité de Saint Vic-
trice , qui est assés en style de discours
public. On a cru jusqu'ici que Saint Vie-
trice
924 MERCURE DE FRANCE
trice étoit né ou dans l'Artois ou dans
Le Pays Boulenois ; mais l'endroit de la
18e. Epitre de Saint Paulin , sur lequel
uniquement cela est fondé , peut prouver
également , et même encore mieux , que
c'étoit dans la Grande Bretagne qu'il
avoit pris naissance. Te in lucem populi
sui de extimo , ou extremo orbis eduxit Do-
minus. En ce cas Saint Victrice dut natu-
rellement être porté à ſecourir sa Patrie.
Je vous suis très- obligé,M.du petit mot
que vous avez marqué dans votre Dis-
sertation par raport à mon sentiment sur
la signification du mot Dunum. Je trou-
ve encore de temps en temps ( sans les
chercher ) des exemples de Lieux situés
sur des Montagnes ou à mi- côte , ou au
bas de quelque Montagne considérable
dont le nom latin se termine par ce cé-
lebre mot , dont la signification m'avoit
été contestée par le R. P. du Plessis . Une
personne qui a vu le Village de Senuc
au Diocèse de Rheims , où fut marty-
rifé Saint Oricle , par les Vandales du
cinquième siecle , m'a assuré que ce Vil-
lage nommé en latin Sindunum , est à
mi-côte sur une Montagne. C'est un Lieu
fameux dans l'Histoire de l'Abbaye de
Saint Kemi de Rheims. Staonne qui est
au même Diocese dans le Pays Rethelois,
se
"
MAY.
1737.
925
se dit en latin Stadonum ou Stadunum.
Le P. Mabillon nous fait en deux mots
dans sa Diplomatique la Discription de
sa situation , in edito colle , dit -il , dua-
bus à Mosomago leugis LeVillage de Bran
don au Diocèse de Mâcon est fort connu
par les Titres de l'Abbaye de Cluny , dont
il est peu éloigné. Ces Titres latins du
Monastere qui sont du onzième et dou-
ziéme siecle , l'apellent Brancidunum et
Brancedunum
:
la Montagne auprès de
laquelle il est situé , est si considéra-
ble qu'elle est même figurée dans quel-
ques Cartes. Dun au Diocèse de Rheims
est dans le même cas. Le Prieuré
nommé Artun ou Artas , est situé sur
une hauteur à quelques lieuës de Lyon ;
Aussi les Titres de Cluny que l'on peut
voir cités dans le P. Mabillon ,T. 4. An-
nal. pag. 104. l'apellent ils Artedunum.
A Saverdun au Comté de Foix , il y a la
haute et la basse Ville , ce qui supose une
Montagne. L'Histoire des Evêques du
Mans , recueillie au neuviéme siecle ou
environ , fiit souvent mention d'un Lieu
qu'elle apelle Baladon ou Baladun . Or je
sçais par une personne qui a passé dans ce
Bourg du Pays du Maine , qu'il est situé
sur une Montagne ronde , seule et isolée
comme la Ville de Laon. Le Château est
ац
926 MERCURE DE FRANCE
au sommet,et l'on voit de là tous les Pays
voisins en rond. On l'apelle aujourd'hui
Bâlon . Une Montagne que D. Duplessis
peut voir de sa fenêtre , est celle de Meu-
don. Le Village est à la verité dans le
bas de cette Montagne comme à Bran-
don , et en d'autres Endroits; mais cela ne
change point le fond de la chose : les Châ-
teaux Seigneuriaux par où ces Villages
ont commencé étoient en haut. Or je
suis persuadé que le vrai nom Latin de
cette Montagne est Modunum ou Moldy--
"num. J'en tire la preuve du Pouiller de
l'Evêché de Paris , écrit au commence-
ment du treiziéme siecle , dont voici le
contenu au feuillet 4. Ecclesiæ pertinentes
ad donationem Episcopi in Decanatu Cas-
tri-Fortis. Ecclesia de Issiaco , Ecclesia de
Modun , Ecclesia de Seva , Ecclesia de
Columbis , Ecclesia de Rodolio. Quoique
nous prononcions aujourd'hui Meudon ,
il n'en est pas moins veritable , qu'au
treiziéme siecle et auparavant on pronon-
çoit Modun. Je n'omettrai point de vous
parler du célebre Monastere de Redon
en Bretagne Les Montagnes auprès des-
quelles il est, valent bien celle de Meudon .
Un ancien Auteur dont l'Ouvrage se lit
au second Tome du quatriéme siecle Be-
nedictin , pag. 189. Pa dit situé juxia
sinung
dun ,
MAY.
1737.
927
sinum duorum fluminum , montibus proce
ritate fua polo vicinus : et fondé in verti-
ce Bellimontis : Et à la page 210. il dit
At ubi de cacumine montis descenderunt qui
Monasterio imminet. Cette Description
représente ce Lieu ,comme si on le voyoit.
Les Rochers très-élevés que l'Historien
de la Vie de Saint Martin , dit être au-
dessus de Marmoutiers , proche Tours,
suffisent par la même raison , pour avoir
fait donner à cette Ville le nom de Ca
sarodunum.
Si l'argument que D. Duplessis a tiré
de votre Ruisseau du Pays de Caux eût
valu quelque chose , et qu'on eût peu di-
re qu'une preuve que Dun ne signifioit
pas Montagne chés les Celtes , c'est que
ce nom se trouve donné à une eau cou-
lante , on eut pû dire également qu'il
ne signifie ni Vallée ni Montagne , puis-
qu'on trouve des noms d'hommes qui
finissoient également par Dunus. J'en
aperçois dans les mêmes Pays , où Dun
étoit employé pour signifier une Mon-
tagne. A Arles ou à Aix il y eut un Evê-
que apellé Chadunau septiéme siecle.
En Espagne un Capitaine de Tortose
au neuviéme siecle , se nommoit Abai-
( Duchêne Tom. 2. pag. 292. ) Au
Hist. de l'Abbaye Saint Denis , page 28.
E
dixième
924 MERCURE DE FRANCE
trice étoit né ou dans l'Artois ou dans
Le Pays Boulenois ; mais l'endroit de la
18e. Epitre de Saint Paulin , sur lequel
uniquement cela est fondé , peut prouver
également , et même encore mieux , que
c'étoit dans la Grande Bretagne qu'il
avoit pris naissance. Te in lucem populi
sui de extimo , ou extremo orbis eduxit Do-
minus. En ce cas Saint Victrice dut natu-
rellement être porté à ſecourir sa Patrie.
Je vous suis très- obligé, M.du petit mot
que vous avez marqué dans votre Dis-
sertation par raport à mon sentiment sur
la signification du mot Dunum. Je trou
ve encore de temps en temps ( sans les
chercher ) des exemples de Lieux situés
sur des Montagnes ou à mi- côte , ou au
bas de quelque Montagne considérable
dont le nom latin se termine par ce cé-
lebre mot , dont la signification m'avoit
été contestée par le R. P. du Plessis . Une
personne qui a vu le Village de Senuc
au Diocèse de Rheims , où fut marty-
rifé Saint Oricle , par les Vandales du
cinquième siecle , m'a assuré que ce Vil-
lage nommé en latin Sindunum , est à
mi-côte sur une Montagne. C'est un Lieu
fameux dans l'Histoire de l'Abbaye de
Saint Kemi de Rheims. Staonne qui est
au même Diocèse dans le Pays Rethelois,
se
་
MAY.
1737.
925
se dit en latin Stadonum ou Stadunum.
Le P. Mabillon nous fait en deux mots
dans sa Diplomatique la Discription de
sa situation , in edito colle , dit-il , dua-
bus à Masomago lengis LeVillage de Bran-
don au Diocèse de Mâcon est fort connu
par les Titres de l'Abbaye de Cluny , dont
il est peu éloigné. Ces Titres latins du
Monastere qui sont du onzième et dou-
ziéme siecle , l'apellent Brancidunum et
Brancedunum la Montagne auprès de
laquelle il est situé , est si considéra-
ble qu'elle est même figurée dans quel-
ques Cartes. Dun au Diocèse de Rheims
est dans le même cas, Le Prieuré
nommé Artun ou Artas , est situé sur
une hauteur à quelques lieuës de Lyon ;
Aussi les Titres de Cluny que l'on peut
voir cités dans le P. Mabillon ,T. 4. An-
nal. pag. 104. l'apellent ils Artedunum.
A Saverdun au Comté de Foix , il y a la
haute et la basse Ville, ce qui supose une
Montagne. L'Histoire des Evêques du
Mans , recueillie au neuviéme siecle ou
environ ,fiitsouvent mention d'un Lieu
qu'elle apelle Baladon ou Baladun. Or je
sçais par une personne qui a passé dans ce
Bourg du Pays du Maine , qu'il est situé
sur une Montagne ronde , seule et isolée
comme la Ville de Laon. Le Château est
au
926 MERCURE DE FRANCE
au sommet,et l'on voit de là tous les Pays
voisins en rond. On l'apelle aujourd'hui
Bâlon . Une Montagne que D. Duplessis
peut voir de sa fenêtre , est celle de Meu-
don. Le Village est à la verité dans le
bas de cette Montagne comme à Bran-
don , et en d'autres Endroits ; mais cela ne
change point le fond de la chose : les Châ-
teaux Seigneuriaux par où ces Villages
ont commencé étoient en haut. Or je
suis persuadé que le vrai nom Latin de
cette Montagne est Modunum ou Moldy--
"num. J'en tire la preuve du Pouiller de
l'Evêché de Paris , écrit au commence-
ment du treiziéme siecle , dont voici le
contenu au feuillet 4. Ecclesiæ pertinentes
ad donationem Episcopi in Decanatu Cas-
tri-Fortis. Ecclesia de Issiaco , Ecclesia de
Modun , Ecclesia de Seva , Ecclesia de
Columbis , Ecclesia de Rodolio. Quoique
nous prononcions aujourd'hui Meudon ,
il n'en est pas moins veritable , qu'au
treiziéme siecle et auparavant on pronon-
çoit Modun. Je n'omettrai point de vous
parler du célebre Monastere de Redon
en Bretagne : Les Montagnes auprès des-
quelles il est,valent bien celle de Meudon .
Un ancien Auteur dont l'Ouvrage se lit
au second Tome du quatriéme siecle Be
nedictin , pag. 189. l'a dit situé juxia
sinung
"
MAY.
1737.
927
sinum duorum fluminum , montibus proce
ritatefua polo vicinus : et fondé in verti-
ce Bellimontis : Et à la page 210. il dit ,
At ubi de cacumine montis descenderunt qui
Monasterio imminet. Cette Description
représente ce Lieu ,comme si on le voyoit.
Les Rochers très -élevés que l'Historien
de la Vie de Saint Martin , dit être au-
3
dessus de Marmoutiers , proche Tours,
suffisent par la même raison , pour avoir
fait donner à cette Ville le nom de Ca
sarodunum.
Si l'argument que D. Duplessis a tiré
de votre Ruisseau du Pays de Caux eût
valu quelque chose , et qu'on eût peu di-
re qu'une preuve que Dun ne signifioit
pas Montagne chés les Celtes , c'est que
ce nom se trouve donné à une eau cou-
lante , on eut pû dire également qu'il
ne signifie ni Vallée ni Montagne , puis-
qu'on trouve des noms d'hommes qui
finissoient également par Dunus. J'en
aperçois dans les mêmes Pays , où Dun
étoit employé pour signifier une Mon-
tagne. A Arles ou à Aix il y eut un Evê-
que apellé Chadunau septième siecle.
En Espagne un Capitaine de Tortose
E
•
au neuviéme siecle , se nommoit Abai-
dun , ( Duchêne Tom. 2. pag. 292, ) Au
* Hist. de l'Abbaye Saint Denis , page 28 .
dixième
928 MERCURE DE FRANCE
dixiéme siecle, un Evêque de Lindisfarne
en Angleterre , portoit le nom d'Aldun
( Tom. 4. Annal. Bened. pag. 96. ) Dira-
t'on à cause de ces trois exemples , que
Dun signifie un homme ? Et parce que
voilà trois personnes de l'antiquité qui
l'ont eu dans leur nom , seroit-on bien
venu à dire que ce n'étoit pas un nom
de chose ? On feroit très-mal fondé à
tirer cette conclusior . Bucanan m'a pa-
ru aussi très-formel dans son Histoire
d'Ecosse , en faveur de mon interpreta-
tation. Au feüillet 5. de l'Edition de
1583. il dit : Secat regionemfluvius unus
qui memoratu sit dignus Carron , juxta
quem aliquot vetusta funt monumenta. Ad
lavam Carrontis duo terreni funt tumuli ha
minum operâ ( ut res indicat ) adificati ;
vulgo Duni pacis appellari. Voilà des émi-
nences de Terre , qu'en Ecosse on apelle
Duns-Bei , pour dire Montagne de paix.
Il dit plus bas , cujus pacis monumentum
bi colles effent , quod illic terminum fue
ditionis Romani statuissent. Si Bucanan
peut faire foy pour le Celtique qui avoit
pénétréjusques dans l'Ecosse , le Pere Lo-
bineau peut être écouté pour ce qui est
du Celtique des Gaules. Ce Sçavant His-
torien de Bretagne , pag 6. de la Préface
de ces preuves , nous insinue à la verité
qu'en
MAY.
1737.
929
qu'en Breton , Dordon signifie eau pro-
fonde ; mais aussi-tôt il ajoûte que
che
Uche
et Dun marquent aussi en Breton des
hauts lieux , des éminences. Je tiens
(comme vous voyez ) la promesse que
jai faite à M. Maillart de ramasser tous
les témoignages qui se présenteroient
pour fortifier l'ancien sentiment. Nous
verrons quelles observations Dom Du-
Plessis fera sur tout cela dans l'Histoire
de votre Diocése. Je suis , & c.
A Paris le 10. Février 1737.
d'Auxerre, à M. Clerot, Avocat au
Parlement de Roüen.
Il me paroît, Monsieur, par les lettres
que vous avez écrites depuis un an à
M. D. L. R. que vous vous êtes apliqué à
l'Histoire de Rouen et des environs, et que
vous en sçavez parfaitement les Anti-
quités. Le trait que vous venez de nous
donner de St Romain , votre Evêque (a)
m'a fait songer à vous communiquer
une découverte que j'ai faite par hazard
ces jours derniers. Je cherchois dans un
Pays fort éloigné d'ici , et même hors du
Royaume , ( b ) un monument que je
(a ) Mercure de Décembre 1736..
(b) A P'.bbaye de Saint-Gal en Suisse?
croyois
MAY.
$737.
917
croyois pouvoir donner dans mon Histoi-
re d'Auxerre, sur le jugement qu'en avoit
porté l'Auteur de l'Histoire literaire
de la France , Tome 2. p. 261. J'ai été frus-
tré de mon esperance ; il s'est trouvé que
ce Manuscrit dont on a donné communi-
cation fortvolontiers , est un monument
qui ne peut convenir qu'à l'Histoire de
Rouen , ou à l'Histoire Litteraire des
Gaules , ou bien dans un Recuëil tel
que la Bibliotheque des Pères et autres
Auteurs Ecclesiastiques. Je vous apten-
drai ce que c'est avec bien du plaisir.
C'est un Ouvrage de S. Victrice , votre
Evêque. S. Victrice de Rouen , parmi
les Auteurs Ecclesiastiques , est une es-
pece de Phénomene Litteraire. On sça-
voit seulement qu'il avoit écrit quelques
Lettres à S. Paulin de Nole , mais ces
Lettres étoient perduës. L'Ouvrage done
je veux vous parler est beaucoup plus
qu'une Lettre: c'est un Traité qu'il com-
posa à la louange des Saints dont il re
gur des Reliques , qui lui furent en-
voyées d'Italie , et dont plusieurs étoient
venuës de plus loin . Il porte la parole à ces
Saints presque d'un bout à l'autre.
Il nous aprend dans cet Ouvrage qu'il
étoit dans la Grande-Bretagne , dont les
Evêques l'avoient apellé, pour les aider
dans
918 MERCURE DE FRANCE
dans leur Ministere , ( a ) lorsque le Por
teur de ces Reliques , nommé Elien ,
étoit en chemin pour Roüen ; que ce
Porteur ne l'ayant point trouvé dans sa
Ville Episcopale , prit la route de la
Grande Bretagne , dans laquelle il le
rencontra à quarante mille seulement du
lieu d'où il venoit , ou du Port où il
avoit débarqué. Ensorte , dit - il , que les
Reliques vinrent deux fois dans la Ville
de Rouen. Les apostrophes en forme d'ac-
tions de graces , qu'il fait à saint Am-
broise , alors vivant, à un Evêque nom-
mé Théodule , à un autre nommé Eus-
et à d'autres , indiquent de
tathius , et à d'autres
quelles Eglises d'Italie lui venoient ces
précieux restes. Vous trouverez les noms
de ces Evêques à la fin de la Lettre du
Concile de Milan de l'an 390. contre
Jovinien et ses Adhérans. T. 2. Concil.
Labb. Col. 1027. Ces Reliques étoient
de S. Jean- Baptiste , S. Jean l'Evange
liste , S. André , S. Thomas , S. Luc ;
S. Gervais , S. Protais ,
et S. Nazaire , de
( a ) Usserius , ni Harpsfeldius , ni Alfordus ,
Historiens modernes de l'Eglise d'Angleterre, n'ont
point connu ce fait. Gildas ,
et depuis lui Bede
marquent que l'Arianisme trouva des fauteurs
dans la Grande Bretagne , et Usserius croit que
cefut vers l'an 3·80,
Milan :
MAY.
1737.
919
Milar : (a) S. Agricole et S. Procule de
Boulogne; Ste Euphemie, de Calcedoine;
S. Antonin , de Plaisance ; Ss . Saturnin
et Trajan , de Macedoine ; Ss. Mutius
Alexandre , Datysus ou Dathus , Cyn-
dée ou Chyndée , Ste Kogate, Ste Léoni-
de , Ste Anastasie , et Ste Anatocle. ( b )
Il paroît par ses expressions que ce n'é-
toient point des Ossemens de ces Saints ,
au moins quart à la plûpart , mais seu-
lement du Sang , ou de la terre détrem-
pée de leur Sang. Aussi S. Victrice s'é-
tend-il beaucoup à prouver que ce peu
équivaloit en vertu au Corps entier ,
puisqu'on ne peut pas partager le mérite
des Saints , que le Sang est le comple-
ment et la perfection de tous les mem-
bres , et que ces Reliques , toutes mo
diques qu'elles paroissent , sont enam-
mées d'une ardeur divine , qui les ren-
dent aussi puissantes en petite portion
que dans une plus grande. Quoiqu'il
qualifie cet amas de Reliques du nom
( a ) S. Paulin fit mettre sous l'Autel de l'E-
glise de S. Felix de Nole des Reliques des princi-
paux de tous ces Saints , ainsi qu'il paroit par son
Poëme 24. Vers 406. et suivans.
( b ) S. Victrice raporte , sur la fin de son Ou-
vrage , quelques actions de ces Saintes , peu con
ques d'ailleurs.
de
920 MERCURE DE FRANCE
de Troupe de Saints , par raport au nom-
bre dont il y en avoir , le Vase qui les
contenoit n'étoit cependant tout au plus
qu'une espece de Reliquaire portatif que
les Anciens apelloient Philactere , et qu'ils
attachoient au col . Mais l'Ecrit de S Vic-
trice prouve que dès lors on faisoit des
réjouissances pour ces sortes de recep-
zions. Il fait à cette occasion une des-
cription du Peuple de sa Ville , dans la
quelle il s'étend beaucoup sur l'état des
Vierges et des Veuves , afin de donner
par là des preuves de son unité de senti-
mens avec les Eglises d'Italie , qui avoient
condamné nouvellement Jovinien enne-
mi de l'état de Virginité.
Il y fait aussi une longue profession de
foy sur le Mystere de la Trinité , prin
cipalement sur la Divinité de J. C. qui
étoit aparemment combattue alors dans
les Gaules par quelques Ariens , depuis
la liberté que l'Empereur Gratien avoit
donnée en 378.
La 370. Lettre de Saint Paulin de No-
le , qui est adressée à ce même Saint
Victrice , paroît y'avoir raport. Ce que
j'ai encore bien remarqué , c'est qu'il sem
ble que Saint Paulin cût reçû de Vic-
trice un exemplaire de cet Ouvrage , par
la maniere dont il lui parle dans sa pre-
miere
M A Y.
1737.
921
miere Lettre qui est la 18c.) sur la nou-
velle face qu'avoit reprise la Ville de
Rouen sous son Gouvernement (num.s )
il le félicite sur ce qu'une Ville si éloi-
gnée , étoit enrichie de tant de Mémoires
de Saints Apôtres , qui sembloient de-
meurer avec lui pour cooperer à ses tra-
vaux , et être honorés par son Clergé et
son Peuple. Par le moyen de l'Ouvrage
de Saint Victrice , cet endroit de Saint
Paulin qui étoit assés obscur en lui - mê-
me , reçoit une certaine clarté qui fait
honneur à la Ville de Rouen . L'état des
Vierges et des Veuves y est dépeint avec
les mêmes couleurs que dans l'Ecrit de
Saint Victrice.
C'est à vous , Monsieur , à m'apren
dre maintenant s'il y eut dès le quatrié
me siecle à Rouen , une Eglise dédiée
sous l'Invocation de quelques Saints de
Milan ; car Saint Victrice dir que les fon-
demens des Bâtimens étoient déja jettés,
qu'il falloit maintenant ériger les Aurels.
Je ne sçaurois entendre à la lettre le
passage d'Orderic , qui dit que Saint Mel-
lon , votre premier Evêque avoit été in-
humé in Crypta Basilica S. Gervasii. Il
veut dire aparemment dans une Crypte
sur laquelle fut bâtie depuis l'Eglise de
Saint Gervais. Son témoignage prouve
assés
922 MERCURE DE FRANCE
assés que l'Eglise de Saint Gervais , qui
est aux Fauxbourg Occidental de votre
Ville , passoit de son temps pour être
très anciene. Le titre d'Abbaye qu'elle
avoit au XIe. siecle , la belle Crypte
qu'on y voit,sont autant d'indices de son
antiquité. Je croirois volontiers que ç'au-
roit été là que Saint Victrice déposa les
Reliques qu'on lui aporta de Milan , et
que ce fut la premiere Eglise Cimeteriale
du Clergé de Rouen. Vous pouvez re-
former mes conjectures , si elles font
fausses. Je ne suis jamais descendu dans la
Crypte de Saint Gervais , pour juger du
temps de son édifice.
Ce furent sans doute , les fruits que
Saint Victrice fit dans le temps qu'il
passa sur les côtes , qu'on apelle aujour-
d'hui le Pontieu et le Boulenois, qui en-
gagerent les Evêques de la Grande Breta-
gne à l'apeller dans leur Isle. Si la re-
marque de Scaliger sur le mot de Nervi-
ci litioris , au lieu duquel il voudroit qu'on
lût Ebruicani littoris , étoit mieux apuyée,
il sembleroit que ce seroit aux environs
d'York que Saint Victrice auroit été
évangeliser.
Si le Public souhaite que l'opuscule de
votre S.Evêque paroisse en entier, il fera
facile de le donner avec quelques notes.
11
MAY.
1737
923
Test tiré d'un Manuscrit de mille ans ,suc
lequel un Auteur de sept ou huit cent
ans a voulu faire des remarques qui sont
souvent fausses . J'oublicis de vous dire
que S. Victrice se nomme lui- même dans
ce petit Ouvrage. On y verra avec satis-
faction une nouvelle preuve de l'anti-
quité des pratiques de l'Eglise Catholi-
que , exprimées dans le langage du qua-
triéme siecle. Je ne sçai si ce Traité ne
seroit point celui de Laude generali om-
nium Maryrum , que Gennade a attribué
à Saint Paulin , et lequel ne se retrouve
plus. Le Copiste du Manuscrit de mille
ans avoit cru que cet Ouvrage de Vic-
trice , étoit de Saint Ambroise , et lui
avoit donné mal à propos ce titre , Inci-
pit Liber ejusdem ( Ambrosii ) de Laude
Sanctorum.
Les Historiens de votre premier Evê-
que Saint Mellon , le font Breton de nais-
sance , et quelques Auteurs comme Pos-
sevin lui attribuent des Homelies . J'a-
prehende qu'il n'y ait un peu de confu-
sion , au moins quant au dernier chef ,
et que les prétendues Homelies de Saint
Mellon ou Mellaine de la Grande Bre-
tagne , ne soient le Traité de Saint Vic-
trice , qui est assés en style de discours
public. On a cru jusqu'ici que Saint Vie-
trice
924 MERCURE DE FRANCE
trice étoit né ou dans l'Artois ou dans
Le Pays Boulenois ; mais l'endroit de la
18e. Epitre de Saint Paulin , sur lequel
uniquement cela est fondé , peut prouver
également , et même encore mieux , que
c'étoit dans la Grande Bretagne qu'il
avoit pris naissance. Te in lucem populi
sui de extimo , ou extremo orbis eduxit Do-
minus. En ce cas Saint Victrice dut natu-
rellement être porté à ſecourir sa Patrie.
Je vous suis très- obligé,M.du petit mot
que vous avez marqué dans votre Dis-
sertation par raport à mon sentiment sur
la signification du mot Dunum. Je trou-
ve encore de temps en temps ( sans les
chercher ) des exemples de Lieux situés
sur des Montagnes ou à mi- côte , ou au
bas de quelque Montagne considérable
dont le nom latin se termine par ce cé-
lebre mot , dont la signification m'avoit
été contestée par le R. P. du Plessis . Une
personne qui a vu le Village de Senuc
au Diocèse de Rheims , où fut marty-
rifé Saint Oricle , par les Vandales du
cinquième siecle , m'a assuré que ce Vil-
lage nommé en latin Sindunum , est à
mi-côte sur une Montagne. C'est un Lieu
fameux dans l'Histoire de l'Abbaye de
Saint Kemi de Rheims. Staonne qui est
au même Diocese dans le Pays Rethelois,
se
"
MAY.
1737.
925
se dit en latin Stadonum ou Stadunum.
Le P. Mabillon nous fait en deux mots
dans sa Diplomatique la Discription de
sa situation , in edito colle , dit -il , dua-
bus à Mosomago leugis LeVillage de Bran
don au Diocèse de Mâcon est fort connu
par les Titres de l'Abbaye de Cluny , dont
il est peu éloigné. Ces Titres latins du
Monastere qui sont du onzième et dou-
ziéme siecle , l'apellent Brancidunum et
Brancedunum
:
la Montagne auprès de
laquelle il est situé , est si considéra-
ble qu'elle est même figurée dans quel-
ques Cartes. Dun au Diocèse de Rheims
est dans le même cas. Le Prieuré
nommé Artun ou Artas , est situé sur
une hauteur à quelques lieuës de Lyon ;
Aussi les Titres de Cluny que l'on peut
voir cités dans le P. Mabillon ,T. 4. An-
nal. pag. 104. l'apellent ils Artedunum.
A Saverdun au Comté de Foix , il y a la
haute et la basse Ville , ce qui supose une
Montagne. L'Histoire des Evêques du
Mans , recueillie au neuviéme siecle ou
environ , fiit souvent mention d'un Lieu
qu'elle apelle Baladon ou Baladun . Or je
sçais par une personne qui a passé dans ce
Bourg du Pays du Maine , qu'il est situé
sur une Montagne ronde , seule et isolée
comme la Ville de Laon. Le Château est
ац
926 MERCURE DE FRANCE
au sommet,et l'on voit de là tous les Pays
voisins en rond. On l'apelle aujourd'hui
Bâlon . Une Montagne que D. Duplessis
peut voir de sa fenêtre , est celle de Meu-
don. Le Village est à la verité dans le
bas de cette Montagne comme à Bran-
don , et en d'autres Endroits; mais cela ne
change point le fond de la chose : les Châ-
teaux Seigneuriaux par où ces Villages
ont commencé étoient en haut. Or je
suis persuadé que le vrai nom Latin de
cette Montagne est Modunum ou Moldy--
"num. J'en tire la preuve du Pouiller de
l'Evêché de Paris , écrit au commence-
ment du treiziéme siecle , dont voici le
contenu au feuillet 4. Ecclesiæ pertinentes
ad donationem Episcopi in Decanatu Cas-
tri-Fortis. Ecclesia de Issiaco , Ecclesia de
Modun , Ecclesia de Seva , Ecclesia de
Columbis , Ecclesia de Rodolio. Quoique
nous prononcions aujourd'hui Meudon ,
il n'en est pas moins veritable , qu'au
treiziéme siecle et auparavant on pronon-
çoit Modun. Je n'omettrai point de vous
parler du célebre Monastere de Redon
en Bretagne Les Montagnes auprès des-
quelles il est, valent bien celle de Meudon .
Un ancien Auteur dont l'Ouvrage se lit
au second Tome du quatriéme siecle Be-
nedictin , pag. 189. Pa dit situé juxia
sinung
dun ,
MAY.
1737.
927
sinum duorum fluminum , montibus proce
ritate fua polo vicinus : et fondé in verti-
ce Bellimontis : Et à la page 210. il dit
At ubi de cacumine montis descenderunt qui
Monasterio imminet. Cette Description
représente ce Lieu ,comme si on le voyoit.
Les Rochers très-élevés que l'Historien
de la Vie de Saint Martin , dit être au-
dessus de Marmoutiers , proche Tours,
suffisent par la même raison , pour avoir
fait donner à cette Ville le nom de Ca
sarodunum.
Si l'argument que D. Duplessis a tiré
de votre Ruisseau du Pays de Caux eût
valu quelque chose , et qu'on eût peu di-
re qu'une preuve que Dun ne signifioit
pas Montagne chés les Celtes , c'est que
ce nom se trouve donné à une eau cou-
lante , on eut pû dire également qu'il
ne signifie ni Vallée ni Montagne , puis-
qu'on trouve des noms d'hommes qui
finissoient également par Dunus. J'en
aperçois dans les mêmes Pays , où Dun
étoit employé pour signifier une Mon-
tagne. A Arles ou à Aix il y eut un Evê-
que apellé Chadunau septiéme siecle.
En Espagne un Capitaine de Tortose
au neuviéme siecle , se nommoit Abai-
( Duchêne Tom. 2. pag. 292. ) Au
Hist. de l'Abbaye Saint Denis , page 28.
E
dixième
924 MERCURE DE FRANCE
trice étoit né ou dans l'Artois ou dans
Le Pays Boulenois ; mais l'endroit de la
18e. Epitre de Saint Paulin , sur lequel
uniquement cela est fondé , peut prouver
également , et même encore mieux , que
c'étoit dans la Grande Bretagne qu'il
avoit pris naissance. Te in lucem populi
sui de extimo , ou extremo orbis eduxit Do-
minus. En ce cas Saint Victrice dut natu-
rellement être porté à ſecourir sa Patrie.
Je vous suis très- obligé, M.du petit mot
que vous avez marqué dans votre Dis-
sertation par raport à mon sentiment sur
la signification du mot Dunum. Je trou
ve encore de temps en temps ( sans les
chercher ) des exemples de Lieux situés
sur des Montagnes ou à mi- côte , ou au
bas de quelque Montagne considérable
dont le nom latin se termine par ce cé-
lebre mot , dont la signification m'avoit
été contestée par le R. P. du Plessis . Une
personne qui a vu le Village de Senuc
au Diocèse de Rheims , où fut marty-
rifé Saint Oricle , par les Vandales du
cinquième siecle , m'a assuré que ce Vil-
lage nommé en latin Sindunum , est à
mi-côte sur une Montagne. C'est un Lieu
fameux dans l'Histoire de l'Abbaye de
Saint Kemi de Rheims. Staonne qui est
au même Diocèse dans le Pays Rethelois,
se
་
MAY.
1737.
925
se dit en latin Stadonum ou Stadunum.
Le P. Mabillon nous fait en deux mots
dans sa Diplomatique la Discription de
sa situation , in edito colle , dit-il , dua-
bus à Masomago lengis LeVillage de Bran-
don au Diocèse de Mâcon est fort connu
par les Titres de l'Abbaye de Cluny , dont
il est peu éloigné. Ces Titres latins du
Monastere qui sont du onzième et dou-
ziéme siecle , l'apellent Brancidunum et
Brancedunum la Montagne auprès de
laquelle il est situé , est si considéra-
ble qu'elle est même figurée dans quel-
ques Cartes. Dun au Diocèse de Rheims
est dans le même cas, Le Prieuré
nommé Artun ou Artas , est situé sur
une hauteur à quelques lieuës de Lyon ;
Aussi les Titres de Cluny que l'on peut
voir cités dans le P. Mabillon ,T. 4. An-
nal. pag. 104. l'apellent ils Artedunum.
A Saverdun au Comté de Foix , il y a la
haute et la basse Ville, ce qui supose une
Montagne. L'Histoire des Evêques du
Mans , recueillie au neuviéme siecle ou
environ ,fiitsouvent mention d'un Lieu
qu'elle apelle Baladon ou Baladun. Or je
sçais par une personne qui a passé dans ce
Bourg du Pays du Maine , qu'il est situé
sur une Montagne ronde , seule et isolée
comme la Ville de Laon. Le Château est
au
926 MERCURE DE FRANCE
au sommet,et l'on voit de là tous les Pays
voisins en rond. On l'apelle aujourd'hui
Bâlon . Une Montagne que D. Duplessis
peut voir de sa fenêtre , est celle de Meu-
don. Le Village est à la verité dans le
bas de cette Montagne comme à Bran-
don , et en d'autres Endroits ; mais cela ne
change point le fond de la chose : les Châ-
teaux Seigneuriaux par où ces Villages
ont commencé étoient en haut. Or je
suis persuadé que le vrai nom Latin de
cette Montagne est Modunum ou Moldy--
"num. J'en tire la preuve du Pouiller de
l'Evêché de Paris , écrit au commence-
ment du treiziéme siecle , dont voici le
contenu au feuillet 4. Ecclesiæ pertinentes
ad donationem Episcopi in Decanatu Cas-
tri-Fortis. Ecclesia de Issiaco , Ecclesia de
Modun , Ecclesia de Seva , Ecclesia de
Columbis , Ecclesia de Rodolio. Quoique
nous prononcions aujourd'hui Meudon ,
il n'en est pas moins veritable , qu'au
treiziéme siecle et auparavant on pronon-
çoit Modun. Je n'omettrai point de vous
parler du célebre Monastere de Redon
en Bretagne : Les Montagnes auprès des-
quelles il est,valent bien celle de Meudon .
Un ancien Auteur dont l'Ouvrage se lit
au second Tome du quatriéme siecle Be
nedictin , pag. 189. l'a dit situé juxia
sinung
"
MAY.
1737.
927
sinum duorum fluminum , montibus proce
ritatefua polo vicinus : et fondé in verti-
ce Bellimontis : Et à la page 210. il dit ,
At ubi de cacumine montis descenderunt qui
Monasterio imminet. Cette Description
représente ce Lieu ,comme si on le voyoit.
Les Rochers très -élevés que l'Historien
de la Vie de Saint Martin , dit être au-
3
dessus de Marmoutiers , proche Tours,
suffisent par la même raison , pour avoir
fait donner à cette Ville le nom de Ca
sarodunum.
Si l'argument que D. Duplessis a tiré
de votre Ruisseau du Pays de Caux eût
valu quelque chose , et qu'on eût peu di-
re qu'une preuve que Dun ne signifioit
pas Montagne chés les Celtes , c'est que
ce nom se trouve donné à une eau cou-
lante , on eut pû dire également qu'il
ne signifie ni Vallée ni Montagne , puis-
qu'on trouve des noms d'hommes qui
finissoient également par Dunus. J'en
aperçois dans les mêmes Pays , où Dun
étoit employé pour signifier une Mon-
tagne. A Arles ou à Aix il y eut un Evê-
que apellé Chadunau septième siecle.
En Espagne un Capitaine de Tortose
E
•
au neuviéme siecle , se nommoit Abai-
dun , ( Duchêne Tom. 2. pag. 292, ) Au
* Hist. de l'Abbaye Saint Denis , page 28 .
dixième
928 MERCURE DE FRANCE
dixiéme siecle, un Evêque de Lindisfarne
en Angleterre , portoit le nom d'Aldun
( Tom. 4. Annal. Bened. pag. 96. ) Dira-
t'on à cause de ces trois exemples , que
Dun signifie un homme ? Et parce que
voilà trois personnes de l'antiquité qui
l'ont eu dans leur nom , seroit-on bien
venu à dire que ce n'étoit pas un nom
de chose ? On feroit très-mal fondé à
tirer cette conclusior . Bucanan m'a pa-
ru aussi très-formel dans son Histoire
d'Ecosse , en faveur de mon interpreta-
tation. Au feüillet 5. de l'Edition de
1583. il dit : Secat regionemfluvius unus
qui memoratu sit dignus Carron , juxta
quem aliquot vetusta funt monumenta. Ad
lavam Carrontis duo terreni funt tumuli ha
minum operâ ( ut res indicat ) adificati ;
vulgo Duni pacis appellari. Voilà des émi-
nences de Terre , qu'en Ecosse on apelle
Duns-Bei , pour dire Montagne de paix.
Il dit plus bas , cujus pacis monumentum
bi colles effent , quod illic terminum fue
ditionis Romani statuissent. Si Bucanan
peut faire foy pour le Celtique qui avoit
pénétréjusques dans l'Ecosse , le Pere Lo-
bineau peut être écouté pour ce qui est
du Celtique des Gaules. Ce Sçavant His-
torien de Bretagne , pag 6. de la Préface
de ces preuves , nous insinue à la verité
qu'en
MAY.
1737.
929
qu'en Breton , Dordon signifie eau pro-
fonde ; mais aussi-tôt il ajoûte que
che
Uche
et Dun marquent aussi en Breton des
hauts lieux , des éminences. Je tiens
(comme vous voyez ) la promesse que
jai faite à M. Maillart de ramasser tous
les témoignages qui se présenteroient
pour fortifier l'ancien sentiment. Nous
verrons quelles observations Dom Du-
Plessis fera sur tout cela dans l'Histoire
de votre Diocése. Je suis , & c.
A Paris le 10. Février 1737.
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2874
p. [9]36
« TRAITÉ PHYSIQUE de la Lumière, des Couleurs, du Son, et [...] »
Début :
TRAITÉ PHYSIQUE de la Lumière, des Couleurs, du Son, et [...]
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texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ PHYSIQUE de la Lumière, des Couleurs, du Son, et [...] »
TRAITÉ PHYSIQUE de la Lumière,
des Couleurs, du Son, et
des differens Tons , dédié au Duc de
Chartres , par M. Jean Bannieres. T. 1.
contenant le Traité de la Lumiere et des
Couleurs , 1737. in- 12. A Paris , chés
la Veuve Mazieres, et J. B. Garnier, Im-
primeurs- Libraires de la Reine , ruë S.
Jacques , à la Providence. Le second To-
me, où l'Auteur se propose de traiter
du Son et des differens Tous , doir pa-
roître incessamment.
des Couleurs, du Son, et
des differens Tons , dédié au Duc de
Chartres , par M. Jean Bannieres. T. 1.
contenant le Traité de la Lumiere et des
Couleurs , 1737. in- 12. A Paris , chés
la Veuve Mazieres, et J. B. Garnier, Im-
primeurs- Libraires de la Reine , ruë S.
Jacques , à la Providence. Le second To-
me, où l'Auteur se propose de traiter
du Son et des differens Tous , doir pa-
roître incessamment.
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2875
p. [9]36
« La Suite des nouveaux Amusemens Sérieux et Comiques, Ouvrage Périodique, [...] »
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La Suite des nouveaux Amusemens Sérieux et Comiques, Ouvrage Périodique, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Suite des nouveaux Amusemens Sérieux et Comiques, Ouvrage Périodique, [...] »
La Suite des nouveaux Amusemens Sérieux
et Comiques, Ouvrage Périodique,
qui avoit été interrompu depuis quelque
temps , paroît chés Guillaume , rue Dau-
phine, c'est le même Libraire qui les avoit
commencés. On trouve dans les cinq ou
six feuilles qui ont parû depuis la reprise,
un Recueil choisi d'Historiettes , de Poë
sles et autres petites Pieces fugitives , très-
capables de répondre au titre de la feuille.
et Comiques, Ouvrage Périodique,
qui avoit été interrompu depuis quelque
temps , paroît chés Guillaume , rue Dau-
phine, c'est le même Libraire qui les avoit
commencés. On trouve dans les cinq ou
six feuilles qui ont parû depuis la reprise,
un Recueil choisi d'Historiettes , de Poë
sles et autres petites Pieces fugitives , très-
capables de répondre au titre de la feuille.
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2876
p. [9]36-937
« DE L'AMOUR DE DIEU, ses Motifs, ses Qualités, ses Effets. Par le R. P. [...] »
Début :
DE L'AMOUR DE DIEU, ses Motifs, ses Qualités, ses Effets. Par le R. P. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « DE L'AMOUR DE DIEU, ses Motifs, ses Qualités, ses Effets. Par le R. P. [...] »
DE L'AMOUR DE DIEU, ses Motifs, ses Qualités, ses Effets. Par le R. P.
ses
MAY.
1737.
937
Pallu , de la Compagnie de Jesus. A Pa-
ris , chès Marc Bordelet , rue S. Jacques ,
vis -à-vis le College des Jesuites , à Saint
Ignace. 1737. in- 12.
ses
MAY.
1737.
937
Pallu , de la Compagnie de Jesus. A Pa-
ris , chès Marc Bordelet , rue S. Jacques ,
vis -à-vis le College des Jesuites , à Saint
Ignace. 1737. in- 12.
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2877
p. 937-944
Memoires pour servir à l'Histoire de Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires pour servir à l'Histoire de Hommes Illustres, [titre d'après la table]
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des
Hommes Illustres dans la République des
Lettres , &c. A Paris, chés Briasson, rue
S. Jacques , à la Science. M. DCC .
XXXVI. T. XXX V.
Les Sçavans Illustres , dont il est par-
lé dans ce dernier Volume du Recueil
de R. P. Niceron , sont au nombre de
trente-quatre. Leurs Articles se font lire
avec plaisir , et aprennent plusieurs sin-
gularités litteraires. On en jugera par
celui de Pierre Dortigue de Vaumoriere,
que nous allons , selon notre coûtume ,
donner ici en son entier.
Pierre Dortigue Sr de Vaumoriere , étoit
natif d'Apt en Provence , et sortoit d'u-
ne Famille noble. Etant venu s'établir à
Paris , il donna dans le goût qui regnoit
alors , et composa plusieurs Romans et
divers autres Ouvrages , qui lui firent
honneur , et lui acquirent de la répu-
tation.
Il eut par-là entrée dans l'Académie
de l'Abbé d'Aubignac , qui étoit com-
E vj
posée
938 MERCURE DE FRANCE
posée de Personnes de mérite et d'érudi-
tion , et il en devint même Sous Di-
recteur.
On ignore les particularités de sa Vie.
Richelet nous aprend seulement qu'il
étoit brouillé avec la Fortune , et qu'il
avoit été prisonnier au Châtelet pendant
trois semaines ; mais il n'en dit point le
sujet. I mourut âgé en 1693 apa-
remment dans le mois de Septembre
puisque sa mort fut annoncée dans le
Mercure du mois d'Octobre de la même
année.
Mlle. de Scudery , qui a donné son
Eloge , n'y a rien dit de sa naissance , 'ni
de sa mort , ni de sa fortune ; elle
s'est
bornée aux bonnes qualités de son esprit
et de son cœur. En voici les principaux
traits.
M. de Vaumoriere étoit un Gentil-
homme , illustre par sa naissance , et dis-
tingué par un grand nombre d'Ouvra-
ges estimés. Sa moindre qualité étoit son
bel esprit. Il brilloit par- tout ; mais il
étoit encore plus honnête Homme , qu'il-
n'étoit Homme de Lettres. Il avoit l'es-
prit vif, les sentimens naturels et nobles,
Is idées justes et distinctes , les expres-
sions gayes et hardies , les manieres dou-
ces et engageantes , le cœur au dessus de
son
MAY.
1737.
939
son pouvoir et de son état .Généreux , em-
pressé , noble , prévenant , ne connois-
sant d'autre interêt que celui de ses amis ,
et d'autre plaisir que celui d'en faire ; il
n'avoit rien à lui , tous ceux qui le con-
noissoient étoient plus maîtres de son
bien que lui- même. Il disoit toujours que
l'argent et le cœur ne sont bons que lors-
qu'on les donne à quoi il ajoûtoit que
c'étoit un moindre mal d'être dupe, que
de craindre toujours d'être dupé. Dans
un âge fort avancé il conservoit tout le
feu d'une belle jeunesse ; il étoit enjoüé
et galant dans les ruelles , modeste avec
les Gens d'esprit , réjouissant et solide
avec les jeunes Gens : toujours doux ,
toujours poli , toujours agréable en tou-
tes sortes de societés ;
il portoit la joye
et le plaisir avec lui. Sa seule presence
avoit l'art de réveiller une conversation
assoupie. Il avoit et des idées et des ter-
mes que personne ne pouvoit prévoir, et
c'étoit toujours chose nouvelle . Les Gra-
ces ornoient tous ses discours , et la dou-
ceur de son naturel se répandoit sur ses
paroles: Il parloit bien , il écoutoit en-
core mieux , et sa complaisance déterroit
dans les Gens certain mérite et certain
tour d'esprit qu'ils ne connoissoient pas
eux-mêmes. Le don de conversation n'a
jamais
940 MERCURE DE FRANCE
jamais été prodigué avec plus d'avantage
par la nature. Sa facilité étoit soûtenuë
d'un fond qu'on ne trouve guere.
'Il avoit une connoissance parfaite de
l'Antiquité. Il n'y a pas un nom connu
dans l'Histoire , sur lequel il ne sçût un
détail curieux et peu connu . Il sçavoit
mettre entre l'Histoire et la Fable un
raport vraisemblable , qui persuadoir
agréablement. Il étoit vif et précis dans
ses narrations , surprenant dans ses pein-
tures , sçavant dans ses remarques , en-
nemi des parentheses , enjoüé , naturel ,
éloquent , et suivi par - tout.
Il est à présumer , dit le P. Niceron ,
qu'il y a un peu d'exageration dans tout
cela , et que l'amitié de Mademoiselle
de Scudery pour Vaumoriere le lui a fait
representer avec les mêmes couleurs qui
lui servoient à peindre les Héros de ses
Komans.
Catalogue de ses Ouvrages.
Le Grand Scipion .
Paris , 1658.
in-8. quatre Volumes. On étoit alors
dans le goût des grands Romans , et
Vaumoriere crût ne pouvoir mieux se
produire dans le monde , qu'en compo-
sant quelque chose en ce genre. Ce goût
ayant change quelque temps après ,
il
nc
MAY.
1737.
941
ne donna plus que de petites Nouvelles.
2. Il a continué Pharamond , Roman
de la Calprenede, qui en avoit donné sept
Volumes , et y en a ajoûté cinq autres,
dont le premier parut en 1665. in-8 . M.
de Salo parla fort avantageusement de
cette continuation dans le Journal des
Sçavans du 23. Février 1665. Il y a lieu
d'esperer , dit-il , par ce qui paroît du
huitième volume , que l'on ne regretera
pas long temps la mort de celui dont il
suit les traces. Il est parfaitement bien
entré dans l'esprit de cet Auteur. Il con-
serve aux Héros et aux Héroïnes les mê-
mes sentimens et les mêmes caracteres
qu'il leur avoit donnés ; et dans son stile
il a pris cet air grand et magnifique qui
lui étoit propre. On peut même dire que
le discours de M. de Vaumoriere est plus
uni et plus chîtié que le sien , et qu'il
a mieux sçû retenir les emportemens du
grand stile.
M. Gueret ne parle pas avec la même
indulgence de ce premier Tome de la
continuation de Pharamond , quoiqu'il
donne assés d'encens à l'Auteur. Je ne
suis pas mal satisfait du travail de ce
Continuateur , fait - il dire à Pharamond,
dans son Parnasse reformé , je voudrois
bien seulement qu'il n'eût pas fait un
Volume
-
942 MERCURE DE FRANCE
Volume entier de l'Histoire de Constan
tin : elle languit un peu trop , et sans la
beauté de son langage , qui réveille le
Lecteur , elle seroit ennuyeuse. Il l'a bien
aperçû lui- même , car il s'en est corrigé
aux Tomes suivans.
3. Histoire de la Galanterie des Anciens.
Paris. 1671. in 12. Deux Volumes.
4. Diane de France. Nouvelle Histori-
que. Paris. 1674. in- 1 z.
5.Mademoiselle de Tournon . Paris 1679%
in- 12. On a mis mal à propos cette Nou-
velle parmi les Oeuvres de Madame de
Villedieu , dans quelques Editions.
6. Mademoiselle d'Alençon . Autre Nou
velle , dont j'ignore la date , et qu'on a
mise aussi , sans raison , parmi les Oeu-
vres de Madame de Villedieu.
7. Adélaïde de Champagne. Paris . 1680.
in-12.4. Volumes. C'est un Roman .
8. Agiatis , Reine de Sparte , ou les
Guerres Civiles des Lacédemoniens , sous
les Rois Agis et Léonidas. Paris. 1685. in-
12. 2. Volumes. Autre Roman.
9. L'Art de plaire dans la Conversa-
tion. Paris. 1688. in- 12. Cet Ouvrage
partagé en 20. Dialogues , renferme de
fort bons préceptes , qui méritent d'ê-
tre lûs.
10. Harangues sur toutes sortes de su
jets
MAY.
1737.
943
jets,avec l'Art de les composer. Paris. 1688.
in 4. Item. 2e Edition augmentée. Paris.
1693. in 4. It. 3e Edition augmentée de-
puis la mort de l'Auteur , d'une Disserta-
tion sur les Oraisons Funebres , par M.
l'Abbé du Jarry , et d'un grand nombre de
nouvelles Harangues. Paris . 1713. in 4.
Vaumoriere n'est pas l'Auteur de toutes
les Harangues qu'on voit ici , comme
quelques-uns l'ont dit sans fondement ;
il y en a quelques-unes de lui ,mais il en a
tiré la plupart de differens Auteurs. M.
a
Gibert à fait la Critique du Traité Préli-
minaire dans le 3e Tome de ses Jugemens
des Sçavans sur les Maîtres de l'Eloquen-
ce , page 222 .
11. Lettres sur toutes sortes de sujets ,avec
des Avis sur la maniere de les écrire. Paris.
1689. in 12. deux Volumes. It. 2. Edition.
Ibid. 1695. in- 12 . Deux Volumes. Et
quelques autres fois depuis.
12. On voit quelques Vers de sa façon ,
imprimés à la tête de la Macarise de
l'Abbé d'Aubignac. Paris. 1664. in 8.
Il est aisé , par ce Catalogue , de re-
connoître que l'Art de plaire dans la
Conversation est certainement de Vau-
moriere , et non pas de M. l'Abbé de
Bellegarde , à qui un homme d'esprit
l'attribue gratuitementpour avoir le plai-
sir
944 MERCURE DE FRANCE
sir de dire un bon mot. M. de Bellegar-
de , bien superieur en tout à l'autre Au-
teur , a écrit des Modeles de Conversa-
tions pour les Personnes polies , c'es le Ti-
tre de son Livre , dont le but principal
est d'instruire. 1.Vol.12 . Paris. 1698.
Les autres Auteurs , dont 1 Histoire
entre dans ce XXXVe Volume du P. N.
sont N. Amelot de la Houssaye ; G. Au-
bert; P. Aubert ; F. le Metel de Boisro-
bert
P. V. P. Cayet ; E. Chilmead ; S.
Clarkes G. Coquille ; G. Corte ; A. Desi-
ré; F. Florent ; A. de la Fosse ; J. Freind ;
T. Galluzzi ; T. E. Gabe ; M. Inchuser ;
L. Joubert; C. Lancelot ; J. Magnus; O.
Magnus; C. Marcel ; J. de Marconville ;
J. Desmarets de S. Sorlin ; R. Desmarets ,
M. de Morgues ; J. J. Orsi ; J. B. Ramu-
sio; L. Savot ; G. Scioppius ; T. Spize-
lius P. Vivet, C. Vitringa , et C. Vitringa
le Fils.
Hommes Illustres dans la République des
Lettres , &c. A Paris, chés Briasson, rue
S. Jacques , à la Science. M. DCC .
XXXVI. T. XXX V.
Les Sçavans Illustres , dont il est par-
lé dans ce dernier Volume du Recueil
de R. P. Niceron , sont au nombre de
trente-quatre. Leurs Articles se font lire
avec plaisir , et aprennent plusieurs sin-
gularités litteraires. On en jugera par
celui de Pierre Dortigue de Vaumoriere,
que nous allons , selon notre coûtume ,
donner ici en son entier.
Pierre Dortigue Sr de Vaumoriere , étoit
natif d'Apt en Provence , et sortoit d'u-
ne Famille noble. Etant venu s'établir à
Paris , il donna dans le goût qui regnoit
alors , et composa plusieurs Romans et
divers autres Ouvrages , qui lui firent
honneur , et lui acquirent de la répu-
tation.
Il eut par-là entrée dans l'Académie
de l'Abbé d'Aubignac , qui étoit com-
E vj
posée
938 MERCURE DE FRANCE
posée de Personnes de mérite et d'érudi-
tion , et il en devint même Sous Di-
recteur.
On ignore les particularités de sa Vie.
Richelet nous aprend seulement qu'il
étoit brouillé avec la Fortune , et qu'il
avoit été prisonnier au Châtelet pendant
trois semaines ; mais il n'en dit point le
sujet. I mourut âgé en 1693 apa-
remment dans le mois de Septembre
puisque sa mort fut annoncée dans le
Mercure du mois d'Octobre de la même
année.
Mlle. de Scudery , qui a donné son
Eloge , n'y a rien dit de sa naissance , 'ni
de sa mort , ni de sa fortune ; elle
s'est
bornée aux bonnes qualités de son esprit
et de son cœur. En voici les principaux
traits.
M. de Vaumoriere étoit un Gentil-
homme , illustre par sa naissance , et dis-
tingué par un grand nombre d'Ouvra-
ges estimés. Sa moindre qualité étoit son
bel esprit. Il brilloit par- tout ; mais il
étoit encore plus honnête Homme , qu'il-
n'étoit Homme de Lettres. Il avoit l'es-
prit vif, les sentimens naturels et nobles,
Is idées justes et distinctes , les expres-
sions gayes et hardies , les manieres dou-
ces et engageantes , le cœur au dessus de
son
MAY.
1737.
939
son pouvoir et de son état .Généreux , em-
pressé , noble , prévenant , ne connois-
sant d'autre interêt que celui de ses amis ,
et d'autre plaisir que celui d'en faire ; il
n'avoit rien à lui , tous ceux qui le con-
noissoient étoient plus maîtres de son
bien que lui- même. Il disoit toujours que
l'argent et le cœur ne sont bons que lors-
qu'on les donne à quoi il ajoûtoit que
c'étoit un moindre mal d'être dupe, que
de craindre toujours d'être dupé. Dans
un âge fort avancé il conservoit tout le
feu d'une belle jeunesse ; il étoit enjoüé
et galant dans les ruelles , modeste avec
les Gens d'esprit , réjouissant et solide
avec les jeunes Gens : toujours doux ,
toujours poli , toujours agréable en tou-
tes sortes de societés ;
il portoit la joye
et le plaisir avec lui. Sa seule presence
avoit l'art de réveiller une conversation
assoupie. Il avoit et des idées et des ter-
mes que personne ne pouvoit prévoir, et
c'étoit toujours chose nouvelle . Les Gra-
ces ornoient tous ses discours , et la dou-
ceur de son naturel se répandoit sur ses
paroles: Il parloit bien , il écoutoit en-
core mieux , et sa complaisance déterroit
dans les Gens certain mérite et certain
tour d'esprit qu'ils ne connoissoient pas
eux-mêmes. Le don de conversation n'a
jamais
940 MERCURE DE FRANCE
jamais été prodigué avec plus d'avantage
par la nature. Sa facilité étoit soûtenuë
d'un fond qu'on ne trouve guere.
'Il avoit une connoissance parfaite de
l'Antiquité. Il n'y a pas un nom connu
dans l'Histoire , sur lequel il ne sçût un
détail curieux et peu connu . Il sçavoit
mettre entre l'Histoire et la Fable un
raport vraisemblable , qui persuadoir
agréablement. Il étoit vif et précis dans
ses narrations , surprenant dans ses pein-
tures , sçavant dans ses remarques , en-
nemi des parentheses , enjoüé , naturel ,
éloquent , et suivi par - tout.
Il est à présumer , dit le P. Niceron ,
qu'il y a un peu d'exageration dans tout
cela , et que l'amitié de Mademoiselle
de Scudery pour Vaumoriere le lui a fait
representer avec les mêmes couleurs qui
lui servoient à peindre les Héros de ses
Komans.
Catalogue de ses Ouvrages.
Le Grand Scipion .
Paris , 1658.
in-8. quatre Volumes. On étoit alors
dans le goût des grands Romans , et
Vaumoriere crût ne pouvoir mieux se
produire dans le monde , qu'en compo-
sant quelque chose en ce genre. Ce goût
ayant change quelque temps après ,
il
nc
MAY.
1737.
941
ne donna plus que de petites Nouvelles.
2. Il a continué Pharamond , Roman
de la Calprenede, qui en avoit donné sept
Volumes , et y en a ajoûté cinq autres,
dont le premier parut en 1665. in-8 . M.
de Salo parla fort avantageusement de
cette continuation dans le Journal des
Sçavans du 23. Février 1665. Il y a lieu
d'esperer , dit-il , par ce qui paroît du
huitième volume , que l'on ne regretera
pas long temps la mort de celui dont il
suit les traces. Il est parfaitement bien
entré dans l'esprit de cet Auteur. Il con-
serve aux Héros et aux Héroïnes les mê-
mes sentimens et les mêmes caracteres
qu'il leur avoit donnés ; et dans son stile
il a pris cet air grand et magnifique qui
lui étoit propre. On peut même dire que
le discours de M. de Vaumoriere est plus
uni et plus chîtié que le sien , et qu'il
a mieux sçû retenir les emportemens du
grand stile.
M. Gueret ne parle pas avec la même
indulgence de ce premier Tome de la
continuation de Pharamond , quoiqu'il
donne assés d'encens à l'Auteur. Je ne
suis pas mal satisfait du travail de ce
Continuateur , fait - il dire à Pharamond,
dans son Parnasse reformé , je voudrois
bien seulement qu'il n'eût pas fait un
Volume
-
942 MERCURE DE FRANCE
Volume entier de l'Histoire de Constan
tin : elle languit un peu trop , et sans la
beauté de son langage , qui réveille le
Lecteur , elle seroit ennuyeuse. Il l'a bien
aperçû lui- même , car il s'en est corrigé
aux Tomes suivans.
3. Histoire de la Galanterie des Anciens.
Paris. 1671. in 12. Deux Volumes.
4. Diane de France. Nouvelle Histori-
que. Paris. 1674. in- 1 z.
5.Mademoiselle de Tournon . Paris 1679%
in- 12. On a mis mal à propos cette Nou-
velle parmi les Oeuvres de Madame de
Villedieu , dans quelques Editions.
6. Mademoiselle d'Alençon . Autre Nou
velle , dont j'ignore la date , et qu'on a
mise aussi , sans raison , parmi les Oeu-
vres de Madame de Villedieu.
7. Adélaïde de Champagne. Paris . 1680.
in-12.4. Volumes. C'est un Roman .
8. Agiatis , Reine de Sparte , ou les
Guerres Civiles des Lacédemoniens , sous
les Rois Agis et Léonidas. Paris. 1685. in-
12. 2. Volumes. Autre Roman.
9. L'Art de plaire dans la Conversa-
tion. Paris. 1688. in- 12. Cet Ouvrage
partagé en 20. Dialogues , renferme de
fort bons préceptes , qui méritent d'ê-
tre lûs.
10. Harangues sur toutes sortes de su
jets
MAY.
1737.
943
jets,avec l'Art de les composer. Paris. 1688.
in 4. Item. 2e Edition augmentée. Paris.
1693. in 4. It. 3e Edition augmentée de-
puis la mort de l'Auteur , d'une Disserta-
tion sur les Oraisons Funebres , par M.
l'Abbé du Jarry , et d'un grand nombre de
nouvelles Harangues. Paris . 1713. in 4.
Vaumoriere n'est pas l'Auteur de toutes
les Harangues qu'on voit ici , comme
quelques-uns l'ont dit sans fondement ;
il y en a quelques-unes de lui ,mais il en a
tiré la plupart de differens Auteurs. M.
a
Gibert à fait la Critique du Traité Préli-
minaire dans le 3e Tome de ses Jugemens
des Sçavans sur les Maîtres de l'Eloquen-
ce , page 222 .
11. Lettres sur toutes sortes de sujets ,avec
des Avis sur la maniere de les écrire. Paris.
1689. in 12. deux Volumes. It. 2. Edition.
Ibid. 1695. in- 12 . Deux Volumes. Et
quelques autres fois depuis.
12. On voit quelques Vers de sa façon ,
imprimés à la tête de la Macarise de
l'Abbé d'Aubignac. Paris. 1664. in 8.
Il est aisé , par ce Catalogue , de re-
connoître que l'Art de plaire dans la
Conversation est certainement de Vau-
moriere , et non pas de M. l'Abbé de
Bellegarde , à qui un homme d'esprit
l'attribue gratuitementpour avoir le plai-
sir
944 MERCURE DE FRANCE
sir de dire un bon mot. M. de Bellegar-
de , bien superieur en tout à l'autre Au-
teur , a écrit des Modeles de Conversa-
tions pour les Personnes polies , c'es le Ti-
tre de son Livre , dont le but principal
est d'instruire. 1.Vol.12 . Paris. 1698.
Les autres Auteurs , dont 1 Histoire
entre dans ce XXXVe Volume du P. N.
sont N. Amelot de la Houssaye ; G. Au-
bert; P. Aubert ; F. le Metel de Boisro-
bert
P. V. P. Cayet ; E. Chilmead ; S.
Clarkes G. Coquille ; G. Corte ; A. Desi-
ré; F. Florent ; A. de la Fosse ; J. Freind ;
T. Galluzzi ; T. E. Gabe ; M. Inchuser ;
L. Joubert; C. Lancelot ; J. Magnus; O.
Magnus; C. Marcel ; J. de Marconville ;
J. Desmarets de S. Sorlin ; R. Desmarets ,
M. de Morgues ; J. J. Orsi ; J. B. Ramu-
sio; L. Savot ; G. Scioppius ; T. Spize-
lius P. Vivet, C. Vitringa , et C. Vitringa
le Fils.
Fermer
2878
p. 944
« LA PAYSANNE PARVENUE, ou les Mémoires de M. la Marquise de L. V. par [...] »
Début :
LA PAYSANNE PARVENUE, ou les Mémoires de M. la Marquise de L. V. par [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA PAYSANNE PARVENUE, ou les Mémoires de M. la Marquise de L. V. par [...] »
LA PAYSANNE PARVENUE, ou les Mémoires
de M. la Marquise de L. V. par
M. le Chevalier de Mouky , huitième
Partie. A Paris , chés Prault , fils , Quay
de Conty , vis- à- vis la Descente du
Pont Neuf , à la Charité. 1737. in- 12 .
Prix 24. sols.
de M. la Marquise de L. V. par
M. le Chevalier de Mouky , huitième
Partie. A Paris , chés Prault , fils , Quay
de Conty , vis- à- vis la Descente du
Pont Neuf , à la Charité. 1737. in- 12 .
Prix 24. sols.
Fermer
2879
p. 945-947
Elemens de Mathématiques, &c. [titre d'après la table]
Début :
ELEMENS DE MATHEMATIQUES, contenant les Elemens de Géométrie, d'Arithmétique, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Elemens de Mathématiques, &c. [titre d'après la table]
ELEMENS DE MATHEMATIQUES, contenant
les Elemens de Géométrie, d'Arithmétique,
d'Algebre et d' Analise. Par le Pere
Duclos de la Compagnie de Jesus , Pro-
fesseur de Mathématiques dans le Col-
lege de Lyon , et de l'Académie des
Beaux Arts. A Lyon chés Claude Perrot ,
à l'Epée Royale , rue Confort. 1737. in- 8.
avec cinq Planches.
On ne manque pas d'Elemens de Ma-
thématiques. Il semble pourtant que les
Maîtres de l'Art ont dédaigné la pre-
miere Partie de cette Science. Le grand
nombre s'est attaché pour les Elemens de
Géométrie , à suivre Euclide, quoiqu'as-
surément on y trouve peu d'ordre et de
précision. Des deux principaux Auteurs
qui ont suivi une autre methode , le pre-
mier s'éloigne trop de la maniere de dé-
montrer d'Euclide , laquelle est pourtant
plus à la portée des Commençans. Le
second est extrémement diffus et fatigue
à pure perte , en faisant soupçonner du
mystere où il n'y en a point. Il est d'ail
leurs nécessaire de mêler les Elemens de
Géometrieavec ceux de l'Arithmérique et
de l'Algebre , sans quoi on ne sçait par
lesquels commencer . L'emploi qu'exerce
le P. Duclos lui a fait sentir ces incon-
veniens , et lui a fait entreprendre d'y
Ses
946 MERCURE DE FRANCE
Ses Elemens sont divisés en neuf Li-
vres. Dans le premier il démontre en sept
Théoremes presque tout le premier Li-
vre d'Euclide. Le second Livre renferme
en six Théoremes les proprietés du Cer-
cle au-delà de ce qu'en contient le troi-
siéme Livre d'Euclide. On a un com-
mencement de Géometrie pratique dans
les quinze Problêmes du troisiéme Livre.
Le quatrième contient les premieres Re-
gles d'Arithmetique et d'Algebre ; on
y trouve une bonne Partie du septième,
huitième et neuviéme Livre d'Euclide.
Le cinquiéme traite des Proportions.
Après avoir démontré la Regle de Trois,
et après une remarque très-simple et très-
claire , on en déduit par voie de Corot-
laire , et très-briévement le cinquième
Livre d'Euclide. Le sixième renferme
tout ce qui a raport aux fractions , aux
extractions de Racines , et aux Regles
de Proportion composée. Les dix Théo-
rêmes du septiéme Livre traitent des
Plans et des Solides , et de ce qu'il y a
d'utile dans le sixième , onzième , dou-
ziéme et treiziéme Livres d'Euclide. On
y démontre universellement , et d'une
maniere très simple les dernieres Propo-
sitions du premier , second et troisiéme
Livres. Le huitiéme Livre renferme huit
Problêmes
MAY.
la petitesse et le
1737 .
947
Problêmes qui suivent du Livre préce-
dent ; enfin dans le neuviéme on trouve
les principes de l'Analise ; on met un
Commençant au fait des questions du
premier et second degrés ; on lui décou-
vre les proprietés des differentes sortes
de Progressions ; et on lui aprend par un
petit nombre d'exemples choisis , à apli-
quer à la Géometrie les Préceptes de
L'Analise.
Le P. Duclos avertit au commence-
ment qu'il n'est pas entré dans un grand
détail par raport aux premieres Regles
d'Arithmétique , parce qu'elles s'apren-
nent plus aisément par un petit nombre.
de leçons verbales et d'exemples ,et qu'ila
omis lesOpérations d'Arihtmétique dont
l'Algebre facilite et abrege l'execution.
Il a eu soin de coter en marge à quel-
le Proposition d'Euclide les siennes se
taportent ; et il a fait une Table qui met
tout d'un coup la chose sous les yeux-
Il dédie son Ouvrage à Messieurs de l'A-
cadémie des Beaux Arts ; et il a l'avanta-
ge dans les éloges que renferme son Epi-
tre Dédicatoire , de s'accorder avec la
voix publique. Quant à l'Impresion ,
elle est telle que ceux qui étudieront ces
Elemens n'auront point à luter contre
peu
teres et des figures .
de netteté des caracteres et des figures.
les Elemens de Géométrie, d'Arithmétique,
d'Algebre et d' Analise. Par le Pere
Duclos de la Compagnie de Jesus , Pro-
fesseur de Mathématiques dans le Col-
lege de Lyon , et de l'Académie des
Beaux Arts. A Lyon chés Claude Perrot ,
à l'Epée Royale , rue Confort. 1737. in- 8.
avec cinq Planches.
On ne manque pas d'Elemens de Ma-
thématiques. Il semble pourtant que les
Maîtres de l'Art ont dédaigné la pre-
miere Partie de cette Science. Le grand
nombre s'est attaché pour les Elemens de
Géométrie , à suivre Euclide, quoiqu'as-
surément on y trouve peu d'ordre et de
précision. Des deux principaux Auteurs
qui ont suivi une autre methode , le pre-
mier s'éloigne trop de la maniere de dé-
montrer d'Euclide , laquelle est pourtant
plus à la portée des Commençans. Le
second est extrémement diffus et fatigue
à pure perte , en faisant soupçonner du
mystere où il n'y en a point. Il est d'ail
leurs nécessaire de mêler les Elemens de
Géometrieavec ceux de l'Arithmérique et
de l'Algebre , sans quoi on ne sçait par
lesquels commencer . L'emploi qu'exerce
le P. Duclos lui a fait sentir ces incon-
veniens , et lui a fait entreprendre d'y
Ses
946 MERCURE DE FRANCE
Ses Elemens sont divisés en neuf Li-
vres. Dans le premier il démontre en sept
Théoremes presque tout le premier Li-
vre d'Euclide. Le second Livre renferme
en six Théoremes les proprietés du Cer-
cle au-delà de ce qu'en contient le troi-
siéme Livre d'Euclide. On a un com-
mencement de Géometrie pratique dans
les quinze Problêmes du troisiéme Livre.
Le quatrième contient les premieres Re-
gles d'Arithmetique et d'Algebre ; on
y trouve une bonne Partie du septième,
huitième et neuviéme Livre d'Euclide.
Le cinquiéme traite des Proportions.
Après avoir démontré la Regle de Trois,
et après une remarque très-simple et très-
claire , on en déduit par voie de Corot-
laire , et très-briévement le cinquième
Livre d'Euclide. Le sixième renferme
tout ce qui a raport aux fractions , aux
extractions de Racines , et aux Regles
de Proportion composée. Les dix Théo-
rêmes du septiéme Livre traitent des
Plans et des Solides , et de ce qu'il y a
d'utile dans le sixième , onzième , dou-
ziéme et treiziéme Livres d'Euclide. On
y démontre universellement , et d'une
maniere très simple les dernieres Propo-
sitions du premier , second et troisiéme
Livres. Le huitiéme Livre renferme huit
Problêmes
MAY.
la petitesse et le
1737 .
947
Problêmes qui suivent du Livre préce-
dent ; enfin dans le neuviéme on trouve
les principes de l'Analise ; on met un
Commençant au fait des questions du
premier et second degrés ; on lui décou-
vre les proprietés des differentes sortes
de Progressions ; et on lui aprend par un
petit nombre d'exemples choisis , à apli-
quer à la Géometrie les Préceptes de
L'Analise.
Le P. Duclos avertit au commence-
ment qu'il n'est pas entré dans un grand
détail par raport aux premieres Regles
d'Arithmétique , parce qu'elles s'apren-
nent plus aisément par un petit nombre.
de leçons verbales et d'exemples ,et qu'ila
omis lesOpérations d'Arihtmétique dont
l'Algebre facilite et abrege l'execution.
Il a eu soin de coter en marge à quel-
le Proposition d'Euclide les siennes se
taportent ; et il a fait une Table qui met
tout d'un coup la chose sous les yeux-
Il dédie son Ouvrage à Messieurs de l'A-
cadémie des Beaux Arts ; et il a l'avanta-
ge dans les éloges que renferme son Epi-
tre Dédicatoire , de s'accorder avec la
voix publique. Quant à l'Impresion ,
elle est telle que ceux qui étudieront ces
Elemens n'auront point à luter contre
peu
teres et des figures .
de netteté des caracteres et des figures.
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2880
p. 948
« OEUVRES DE SCARON, nouvelle Edition, revûë, corrigée et augmentée de [...] »
Début :
OEUVRES DE SCARON, nouvelle Edition, revûë, corrigée et augmentée de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « OEUVRES DE SCARON, nouvelle Edition, revûë, corrigée et augmentée de [...] »
OEUVRES DE SCARON, nouvelle Edition,
revûë, corrigée et augmentée de
quantité de Pieces obmises dans les Edi-
tions précédentes. A Amsterdam , chés
Westein et Smith. 1737. Dix Volumes
in - 12.
revûë, corrigée et augmentée de
quantité de Pieces obmises dans les Edi-
tions précédentes. A Amsterdam , chés
Westein et Smith. 1737. Dix Volumes
in - 12.
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2881
p. 948
« HISTOIRE du Vaillant Chevalier Tiran le Blanc, traduite de l'Espagnol. 2. Vol. [...] »
Début :
HISTOIRE du Vaillant Chevalier Tiran le Blanc, traduite de l'Espagnol. 2. Vol. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE du Vaillant Chevalier Tiran le Blanc, traduite de l'Espagnol. 2. Vol. [...] »
HISTOIRE du Vaillant Chevalier Tiran
le Blanc, traduite de l'Espagnol. 2. Vol.
in- 8. Le premier de 336. pages, sans l'A-
vertissement ; le second de 523. A Lon-
dres , et se vend à Paris chés la Veuve Pisa
sot , Quay de Coniy , à la descente du Pont-
Neuf, à la Croix d'Or. En attendant que
nous donnions un Extrait de ce Livre ,
nous renvoyons le Lecteur curieux au
Jugement du Curé , au Chapitre 6. du 1 .
Vol. de Don Quichotte.
le Blanc, traduite de l'Espagnol. 2. Vol.
in- 8. Le premier de 336. pages, sans l'A-
vertissement ; le second de 523. A Lon-
dres , et se vend à Paris chés la Veuve Pisa
sot , Quay de Coniy , à la descente du Pont-
Neuf, à la Croix d'Or. En attendant que
nous donnions un Extrait de ce Livre ,
nous renvoyons le Lecteur curieux au
Jugement du Curé , au Chapitre 6. du 1 .
Vol. de Don Quichotte.
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2882
p. 948
« LES PRINCIPES de la Morale et du Goût, en deux Poëmes, traduits de l'Anglois [...] »
Début :
LES PRINCIPES de la Morale et du Goût, en deux Poëmes, traduits de l'Anglois [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LES PRINCIPES de la Morale et du Goût, en deux Poëmes, traduits de l'Anglois [...] »
LES PRINCIPES de la Morale et du
Goût, en deux Poëmes , traduits de l'An
glois de M. Pope , par M. du Resnel ,
Abbé de Sept Fontaines , de l'Académie
des Inscriptions et des Belles lettres. A
Paris , chès Briasson . 1737. Vol . in-8.
Goût, en deux Poëmes , traduits de l'An
glois de M. Pope , par M. du Resnel ,
Abbé de Sept Fontaines , de l'Académie
des Inscriptions et des Belles lettres. A
Paris , chès Briasson . 1737. Vol . in-8.
Fermer
2883
p. 948-949
« HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens, des Carthaginois, des Assyriens, des [...] »
Début :
HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens, des Carthaginois, des Assyriens, des [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens, des Carthaginois, des Assyriens, des [...] »
HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens,
des Carthaginois, des Assyriens, des
Babyloniens , des Medes et des Perses ,
des Macédoniens , des Grecs. Onziéme
Tome
MAY.
1737.
949
Tome contenant les Arts Liberaux ; et
ce Traité des Sciences et des Arts occu-
pera encore le douziéme Volume tout
entier au moins . Par M. Rollin.
des Carthaginois, des Assyriens, des
Babyloniens , des Medes et des Perses ,
des Macédoniens , des Grecs. Onziéme
Tome
MAY.
1737.
949
Tome contenant les Arts Liberaux ; et
ce Traité des Sciences et des Arts occu-
pera encore le douziéme Volume tout
entier au moins . Par M. Rollin.
Fermer
2884
p. 949-953
Les Vies des plus celebres Jurisconsultes, [titre d'après la table]
Début :
LES VIES des plus Célébres Jurisconsultes de toutes les Nations, tant Anciens [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Vies des plus celebres Jurisconsultes, [titre d'après la table]
LES VIES des plus Célébres Jurisconsultes
de toutes les Nations, tant Anciens
que Modernes ; sçavoir , Latins ou
Romains , François , Espagnols , Italiens,
Allemans , Anglois , Hollandois , &c.
tirées des meilleurs Auteurs qui en ont
écrit , et mises en leur jour par Ordre
alphabétique. Par M. Taisand , Tréso
tier de France. Nouvelle Edition , aug-
mentée d'un tiers par M..... A Paris ,
Quay de Gesures , chés Prault , Pere , an
Paradis , et au Palais chés Jacques Nico
las le Clerc , à la Prudence 1737. Un Vo-
lume in-4, de 800. pages. Prix 9 liv.
Le Corps de cet Ouvrage est de M:
Pierre Taisand , Tresorier de France en
la Généralité de Bourgogne et de Bresse ,
qui mourut en 1715. Ce n'est qu'après
sa mort que son Ouvrage a été donné au
Public par un de ses Fils , Religieux de
l'Ordre de Cîteaux , qui l'a dédié à M. le
Chancelier.
L'Auteur n'a pas entrepris d'écrire les
Vies de tous ceux que leur Erat oblige
d'être versés dans la Science du Droit
tels
950 MERCURE DE FRANCE
tels que les Juges et les Avocats , ce qui
auroit fait un Ouvrage immense , et qui
seroit devenu ennuyeux. Il n'a compris
dans ce Recueil que les Vies de ceux qui
ont enseigné publiquement la Jurispru
dence , ou qui en ont donné au Public
quelques Traités.
Il les a rangées par Ordre alphabéti-
>
que comme étant le plus commode et
le plus naturel , et aussi pour éviter de
donner la préference du rang à l'un plû-
tôt qu'à l'autre, ce qui auroit pû causer
quelque jalousie à ceux qui s'interessent
à la gloire de ces Jurisconsultes.
Il pouvoit également éviter cet incon
venient en suivant l'Ordre Chronologi
que , mais il n'a pas jugé à propos de s'y
assujetir , dans la crainte que cet Ordre
ne fût pas assés exact , y ayant quelques
Jurisconsultes dont on ne sçait pas préci
sément le temps de la naissance.
Le Fils de l'Auteur a mis à la tête de
l'Ouvrage la Vie de son Pere : ensuite
sont les Vies des Jurisconsultes
posées par M. Taisand , au nombre de
plus de 5oo. depuis Comncanus , qui vi-
voit dans le Ve Siècle , et au commence-
ment du Vle et qui est le premier des
Anciens Jnrisconsultes qui ait acquis
quelqueréputation.
com
Comme
MAY.
1737.
༡ ད་
Comme l'Ouvrage de M. Taisand étoit
déja connu ,on n'en fera pas ici l'Analise
et on se contentera d'observer ce qu'il y
ade particulier dans la nouvelle Edition
qui vient d'en être donnée au Public,
On a mis à la fin de cette Edition des
Additions assés considerables, composées
par un Auteur Anonime, lesquelles con-
tiennent plus de 2 50. pages d'impression .
L'Auteur y a raporté plusieurs circons-
tances que M. Taisand avoit obmises
dans la Vie de quelques Jurisconsultes :
il y a aussi compris les Vies de plus de
cent Jurisconsultes dont M. Taisand n'a-
voit pas fait mention ; entr'autres ceux
qui ne sont morts qu'après lui , tels que
M. M. Rassicod , le Merre , Blanchard
de Cormis , Bretonnier, Brillon , Terras
son et plusieurs autres.
Ces Additions sont tirées de divers Au-
teurs , aussi- bien que les Vies composées
par M. Taisand , mais particulierement
des Journaux des Sçavans , du Diction-
naire Historique , du Suplément , des
Mémoires du P. Niceron , et de Mémoi-
res particuliers fournis à l'Auteur; ce qui
fait que lesVies contenues dans ces Addi .
tions ne sont pas écrites d'un même stile.
Le Public est certainement redevable à
M.Taisand et à l'Auteur des Additions de
F
952 MERCURE DE FRANCE
ce qu'ils ont pris la peine de recueillir et de
rassembler les Vies de tant de Jurisconsul
tes , rien n'étant plus convenable que de
perpétuer la mémoire des Gr. Hommes,
il est même souvent nécessaire de sça-
voir en quel temps et dans quels Pays
vivoit un Jurisconsulte , quel étoit son
génie et son caractere , dans quelles con
jonctures il a écrit, et quand il est décédé,
pour déterminer le jugement que l'on
doit porter de son Ouvrage , et l'usage
que l'on en doit faire.
Il est juste aussi, en écrivant la Vie d'un
Jurisconsulte, de rendre compte de ses ta-
lens , de ses vertus , et des autres belles
qualités qui l'ont rendu recommandable
et de le faire connoître à la Posterité pour
l'animer à suivre ces grands exemples.
Il y a cependant de certains détails peu
interessans , dans lesquels l'Auteur des
Additions surM.Taisand,auroit pû se dis-
penser d'entrer , comme il a fait en quel-
ques endroits, où il observe, par exemple,
que le Jurisconsulte dont il parle étoit fils
d'un Marchand,d'un Chirurgien , d'un Hom-
meInteressé dans les Fermes du Roy,qu'il rem-
portoit toujours les premiers Prix de sa Clas-
se ; qu'il a eu plusieurs enfans , mais qu'an-
cun ne s'est adonné à la Jurisprudence.
Il auroit pû aussi , à l'exemple de M.
Taisand
MAY.
1737-
953
Taisand , être plus moderé sur les Elo-
ges qu'il a donnés à la plupart des Juris-
consultes. Un Auteur peut bien , quand
il n'écrit que la Vie d'un seul Hornme
lui donner quelques loüanges , s'il les
mérite , mais dans un Ouvrage qui con-
tient les Vies de plus de 600. Juriscon-
sultes , et dans lequel , si on veut loüer,
on est exposé à repeter , presque à cha-
que page , les mêmes Eloges , il semble
que l'on doive être plus reservé sur cet
article; parce que , quand les Eloges sont
prodigués à tous ceux dont on parle , ils
deviennent insipides ,
et font moins
d'honneur à ceux auxquels ils sont don-
nés. Cela n'empêche pas que l'on ne ren-
de aux Grands Hommes toute la justice
qu'ils méritent ; mais la meilleure ma-
niere de les louer , est de raporter les
faits mémorables qui les ont distingués
du commun des hommes :Ce sont les faits
même qui loüent : Acta Virum probant.
de toutes les Nations, tant Anciens
que Modernes ; sçavoir , Latins ou
Romains , François , Espagnols , Italiens,
Allemans , Anglois , Hollandois , &c.
tirées des meilleurs Auteurs qui en ont
écrit , et mises en leur jour par Ordre
alphabétique. Par M. Taisand , Tréso
tier de France. Nouvelle Edition , aug-
mentée d'un tiers par M..... A Paris ,
Quay de Gesures , chés Prault , Pere , an
Paradis , et au Palais chés Jacques Nico
las le Clerc , à la Prudence 1737. Un Vo-
lume in-4, de 800. pages. Prix 9 liv.
Le Corps de cet Ouvrage est de M:
Pierre Taisand , Tresorier de France en
la Généralité de Bourgogne et de Bresse ,
qui mourut en 1715. Ce n'est qu'après
sa mort que son Ouvrage a été donné au
Public par un de ses Fils , Religieux de
l'Ordre de Cîteaux , qui l'a dédié à M. le
Chancelier.
L'Auteur n'a pas entrepris d'écrire les
Vies de tous ceux que leur Erat oblige
d'être versés dans la Science du Droit
tels
950 MERCURE DE FRANCE
tels que les Juges et les Avocats , ce qui
auroit fait un Ouvrage immense , et qui
seroit devenu ennuyeux. Il n'a compris
dans ce Recueil que les Vies de ceux qui
ont enseigné publiquement la Jurispru
dence , ou qui en ont donné au Public
quelques Traités.
Il les a rangées par Ordre alphabéti-
>
que comme étant le plus commode et
le plus naturel , et aussi pour éviter de
donner la préference du rang à l'un plû-
tôt qu'à l'autre, ce qui auroit pû causer
quelque jalousie à ceux qui s'interessent
à la gloire de ces Jurisconsultes.
Il pouvoit également éviter cet incon
venient en suivant l'Ordre Chronologi
que , mais il n'a pas jugé à propos de s'y
assujetir , dans la crainte que cet Ordre
ne fût pas assés exact , y ayant quelques
Jurisconsultes dont on ne sçait pas préci
sément le temps de la naissance.
Le Fils de l'Auteur a mis à la tête de
l'Ouvrage la Vie de son Pere : ensuite
sont les Vies des Jurisconsultes
posées par M. Taisand , au nombre de
plus de 5oo. depuis Comncanus , qui vi-
voit dans le Ve Siècle , et au commence-
ment du Vle et qui est le premier des
Anciens Jnrisconsultes qui ait acquis
quelqueréputation.
com
Comme
MAY.
1737.
༡ ད་
Comme l'Ouvrage de M. Taisand étoit
déja connu ,on n'en fera pas ici l'Analise
et on se contentera d'observer ce qu'il y
ade particulier dans la nouvelle Edition
qui vient d'en être donnée au Public,
On a mis à la fin de cette Edition des
Additions assés considerables, composées
par un Auteur Anonime, lesquelles con-
tiennent plus de 2 50. pages d'impression .
L'Auteur y a raporté plusieurs circons-
tances que M. Taisand avoit obmises
dans la Vie de quelques Jurisconsultes :
il y a aussi compris les Vies de plus de
cent Jurisconsultes dont M. Taisand n'a-
voit pas fait mention ; entr'autres ceux
qui ne sont morts qu'après lui , tels que
M. M. Rassicod , le Merre , Blanchard
de Cormis , Bretonnier, Brillon , Terras
son et plusieurs autres.
Ces Additions sont tirées de divers Au-
teurs , aussi- bien que les Vies composées
par M. Taisand , mais particulierement
des Journaux des Sçavans , du Diction-
naire Historique , du Suplément , des
Mémoires du P. Niceron , et de Mémoi-
res particuliers fournis à l'Auteur; ce qui
fait que lesVies contenues dans ces Addi .
tions ne sont pas écrites d'un même stile.
Le Public est certainement redevable à
M.Taisand et à l'Auteur des Additions de
F
952 MERCURE DE FRANCE
ce qu'ils ont pris la peine de recueillir et de
rassembler les Vies de tant de Jurisconsul
tes , rien n'étant plus convenable que de
perpétuer la mémoire des Gr. Hommes,
il est même souvent nécessaire de sça-
voir en quel temps et dans quels Pays
vivoit un Jurisconsulte , quel étoit son
génie et son caractere , dans quelles con
jonctures il a écrit, et quand il est décédé,
pour déterminer le jugement que l'on
doit porter de son Ouvrage , et l'usage
que l'on en doit faire.
Il est juste aussi, en écrivant la Vie d'un
Jurisconsulte, de rendre compte de ses ta-
lens , de ses vertus , et des autres belles
qualités qui l'ont rendu recommandable
et de le faire connoître à la Posterité pour
l'animer à suivre ces grands exemples.
Il y a cependant de certains détails peu
interessans , dans lesquels l'Auteur des
Additions surM.Taisand,auroit pû se dis-
penser d'entrer , comme il a fait en quel-
ques endroits, où il observe, par exemple,
que le Jurisconsulte dont il parle étoit fils
d'un Marchand,d'un Chirurgien , d'un Hom-
meInteressé dans les Fermes du Roy,qu'il rem-
portoit toujours les premiers Prix de sa Clas-
se ; qu'il a eu plusieurs enfans , mais qu'an-
cun ne s'est adonné à la Jurisprudence.
Il auroit pû aussi , à l'exemple de M.
Taisand
MAY.
1737-
953
Taisand , être plus moderé sur les Elo-
ges qu'il a donnés à la plupart des Juris-
consultes. Un Auteur peut bien , quand
il n'écrit que la Vie d'un seul Hornme
lui donner quelques loüanges , s'il les
mérite , mais dans un Ouvrage qui con-
tient les Vies de plus de 600. Juriscon-
sultes , et dans lequel , si on veut loüer,
on est exposé à repeter , presque à cha-
que page , les mêmes Eloges , il semble
que l'on doive être plus reservé sur cet
article; parce que , quand les Eloges sont
prodigués à tous ceux dont on parle , ils
deviennent insipides ,
et font moins
d'honneur à ceux auxquels ils sont don-
nés. Cela n'empêche pas que l'on ne ren-
de aux Grands Hommes toute la justice
qu'ils méritent ; mais la meilleure ma-
niere de les louer , est de raporter les
faits mémorables qui les ont distingués
du commun des hommes :Ce sont les faits
même qui loüent : Acta Virum probant.
Fermer
2885
p. 953-954
« CONFERENCES des Ordonnances de Louis XIV. Roy de France et de Navarre, [...] »
Début :
CONFERENCES des Ordonnances de Louis XIV. Roy de France et de Navarre, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CONFERENCES des Ordonnances de Louis XIV. Roy de France et de Navarre, [...] »
CONFERENCES des Ordonnances de
Louis XIV. Roy de France et de Navarre,
avec les anciennes Ordonnances
du Royaume , le Droit, Ecrit et les Ar-i
rêts, enrichies d'Annotations et de Décia
sions importantes. Par M. Philipe Bo
nier, Lieutenant Particulier en la Séné-
Fij.
chaussée
954 MERCURE DE FRANCE
chaussée de Montpellier. Nouvelle Edi-
tion , corrigée et augmenté des Edits ,
Déclarations et Arrêts donnés en inter-
prétation des Ordonnances , de plusieurs
Reglemens du Conseil , et d'un grand
nombre de Notes qui ne sont point dans
l'Edition précedente. Par M.... Avocat
en Parlement. A Paris , chès les Associés
choisis par ordre de S. M. pour l'Impres-
sion de ses Nouvelles Ordonnances.1737*
Deux Volumes in- 4. de plus de 800. pp.
chacun. Prix 15. liv. les deux Volumes.
Louis XIV. Roy de France et de Navarre,
avec les anciennes Ordonnances
du Royaume , le Droit, Ecrit et les Ar-i
rêts, enrichies d'Annotations et de Décia
sions importantes. Par M. Philipe Bo
nier, Lieutenant Particulier en la Séné-
Fij.
chaussée
954 MERCURE DE FRANCE
chaussée de Montpellier. Nouvelle Edi-
tion , corrigée et augmenté des Edits ,
Déclarations et Arrêts donnés en inter-
prétation des Ordonnances , de plusieurs
Reglemens du Conseil , et d'un grand
nombre de Notes qui ne sont point dans
l'Edition précedente. Par M.... Avocat
en Parlement. A Paris , chès les Associés
choisis par ordre de S. M. pour l'Impres-
sion de ses Nouvelles Ordonnances.1737*
Deux Volumes in- 4. de plus de 800. pp.
chacun. Prix 15. liv. les deux Volumes.
Fermer
2886
p. 954-955
« JOURNAL DU PALAIS, ou Recueil des principales Décisions de tous les Parlemens [...] »
Début :
JOURNAL DU PALAIS, ou Recueil des principales Décisions de tous les Parlemens [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « JOURNAL DU PALAIS, ou Recueil des principales Décisions de tous les Parlemens [...] »
JOURNAL DU PALAIS, ou Recueil des
principales Décisions de tous les Parlemens
et Cours Souveraines de France ;
sur les Questions les plus importantes de
Droit Civil , de Coûtume , de Matieres
Criminelles et Beneficiales , et de Droit
Public. Par feus Mes Claude Blondeau et
Gabriël Gueret , Avocats en Parlement .
Nouvelle Edition , revûë , corrigée et
augmentée , dédiée à M. le Premier Pré-
sident. 2. Vol. in fol. contenant les Ar-
rêts depuis l'année 1600. jusqu'en 1700 .
A Paris,chés le Gras, Grand- Salle du Pa-
lais , David et Saugrain , Pere , Quay des
Aug., Cavelier, ruë S. Jacq. au Lys d'or ,
Dumenil et Mouchet , Quay des Augus.
Huart, rue S. Jacq . Rollin, Fils , Quay
des
MAY.
1737.
955
des Augustins, Saugrain, Fils, et Nully ,
Grand' Salle du Palais , Nyon , Fils , Quay
des Augustins. 1737 .
principales Décisions de tous les Parlemens
et Cours Souveraines de France ;
sur les Questions les plus importantes de
Droit Civil , de Coûtume , de Matieres
Criminelles et Beneficiales , et de Droit
Public. Par feus Mes Claude Blondeau et
Gabriël Gueret , Avocats en Parlement .
Nouvelle Edition , revûë , corrigée et
augmentée , dédiée à M. le Premier Pré-
sident. 2. Vol. in fol. contenant les Ar-
rêts depuis l'année 1600. jusqu'en 1700 .
A Paris,chés le Gras, Grand- Salle du Pa-
lais , David et Saugrain , Pere , Quay des
Aug., Cavelier, ruë S. Jacq. au Lys d'or ,
Dumenil et Mouchet , Quay des Augus.
Huart, rue S. Jacq . Rollin, Fils , Quay
des
MAY.
1737.
955
des Augustins, Saugrain, Fils, et Nully ,
Grand' Salle du Palais , Nyon , Fils , Quay
des Augustins. 1737 .
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2887
p. 955-959
Principes de l'Histoire, [titre d'après la table]
Début :
PRINCIPES DE L'HISTOIRE pour l'éducation de la Jeunesse : troisiéme année, qui [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Principes de l'Histoire, [titre d'après la table]
PRINCIPES DE L'HISTOIRE pour l'éducation
de la Jeunesse : troisiéme année, qui
contient l'Histoire de l'Empire Romain
en Orient et en Occident. Par M. l'Abbé
Lenglet Dufresnoy , in 12. Paris , chés de
Bure l'aîné. 1737.
C'est toûjours le même ordre et la
même méthode que suit M. l'Abbé Len-
glet dans ce troisiéme Volume des Prin-
cipes de l'Histoire , qui contient celle de
l'Empire Romain , divisé entre l'Orient
et l'Occident. La précision y est égale et
les faits principaux s'y trouvent rapellés
avec beaucoup d'exactitude. Ce qui doit
faire plaisir dans cet Ouvrage , est qu'on
ne voit guere de Prince , d'Empereur ,
ou de Souverain, dont le caractere n'ysoit
marqué. On aime à connoître lesHommes.
L'Auteur a soin de soulager l'esprit et
la mémoire par quelques repos : et ces re-
pos sont des époques qui donnent une
nouvelle face à l'Histoire
d'eux à son instruction particuliere. Ain-
si depuis Auguste jusques à Constantin
on voit une même suite historique ,
comprise en trente- quatre leçons. L'ins-
Fiij
et chacun
truction
956 MERCURE DE FRANCE
truction qui les accompagne marque les
Auteurs qu'on doit lire pour se former
dans cette partie. Mais on n'y donne pas
l'Histoire Romaine de Laurent Echard
>
sur le pied d'une traduction simple et
servile , comme on l'a reproché à l'Au-
teur. Il dit lui-même le contraire dans
la liste qui est à la fin de la Préface de ce
troisiéme Volume.
L'Auteur poursuit l'Histoire Romai-
ne jusqu'aux révolutions , qui l'ont divi-
sé et presque anéanti. On y examine
toujours le caractere des Princes. Cons-
tantin n'y est pas loüé avec excès , ni
Julien blâmé avec aigreur.
Après deux leçons sur les destructeurs
de l'Empire Romain , vient toute l'His-
toire d'Orient jusqu'à la prise de Cons-
tantinople par les Turcs. Et comme les.
Ottomans ont continué cet Empire de-
puis Mahomet II. c'est ce qui donne lieu
à l'Auteur de tracer en peu de mots l'His-
toire desTurcs jusqu'à ces derniers temps.
L'on donne ensuite en 22. leçons tou-
te l'Histoire de l'Empire d'Occident ,
rétabli par Charlemagne , Roy de France:
et après la postérité de ce grand Prince ,
il prend le titre d'Empire d'Allemagne ,
ou Romano - Germanique , comme on
parle dans l'Empire. L'Auteur est loia-
ble
MAY.
1737.
957
ble de donner aux derniers Empereurs
de l'auguste Maison d'Autriche les louan-
ges qu'ils ont méritées. Voici ce qu'il
dit de l'Empereur Leopold
que fa
Réligion quifut toujours sincere a été récom-
pensée même en ce monde par les heureux
fuccès de fes armes en Hongrie ; sa grande
expériencejointe à ses talens naturels et à
une grande pénétration , l'avoit rendu con-
sommé dans toutes sortes d'affaires , dont il
prévoyoit toutes les conféquences. Né avec
beaucoup degoût et d'aplication , il avoit de
Pamour pour les Arts et les Sciences, dont il
se plaisoit à s'entretenir avec les plus grands
Maîtres.
Cet article est d'autant plus remarqua-
ble que l'on se fait un plaisir de montrer
dans la Bibliotheque Imperiale à Vien-
ne , des Lettres que ce grand Prince écri-
voit fimilierement à Lambecius , son
Bibliothequaire , comme à son Ami :
Elles sont en Latin , et commencent tou-
tes par ces termes affectueux , Chare mi
Lambeci , qui marquent la bonté de ce
digne Empereur , qui , au milieu des plus
grandes affaires, dont son regne fut agité,
daigne néanmoins s'entretenir cordiale
ment de Littérature avec un de ses sujets.
L'Empereur Charles VI . qui regnet
heureufement aujourd'hui , n'y est pas
Fij
moing
958 MERCURE DE FRANCE
moins bien caracterisé , par la sagesse et
la bonté de son Gouvernement , dont je
ne puis m'empêcher de raporter cette
preuve éclatante.
Toute la Ville de Vienne se souvient
encore avec admiration de la vertueuse
résolution de ce grand Prince. La peste
ayant pénétré jusque dans le Palais Im-
périal l'an 1715. tous les Courtisans
voulurent l'engager à sortir de sa Capi-
tale. Mais il répondit avec un courage
plein de Religion et d'humanité , que
s'il en sortoit , la Ville alloit périr de
faim et de maladie , et qu'il étoit plus
loüable qu'il mourût au milieu de son
peuple en le soulageant , que de le faire
périr doublement , en cherchant son pro-
pre
salut
par sa retraite
qu'il n'y avoit
donc qu'à purifier la Chambre de son
Palais qui étoit infectée , et la murer :
mais qu'il étoit résolu de rester au mi-
lieu de son Peuple.
L'Auteur nous tire d'une erreur où l'on
étoit ; c'est dans la 95e. Leçon , on avoit
dit , et le Continuateur de M. de Puf-
fendorffl'avoit marqué comme les autres,
que c'étoient des Commerçans Anglois ,
qui étoient Auteurs de la Compagnie
d'Ostende. M. l'Abbé Lenglet a soin de
nous en désabuser , en assurant que l'é
tablissement
MAY.
1737.
959
tablissement de cette Compagnie étoit
dû au Chevalier de la Merveille , le fils,
Navigateur Breton , actuellement au ser
vice de Sa Majesté Impériale à Trieste dans
le Golfe de la Mer Adriatique , où il est
Intendant de Marine et du Commerce
,
et qu'elle fut formée par un pur hazard.
L'Auteur finit ce Volume par l'Histoire
de Suisse et des Pays - Bas ,autrefois mem-
bres de l'Empire. Et quoique ce ne soit
ici qu'un Abrégé , on ne laisse pas d'y
trouver des particularités curieuses et
interessantes. Les autres Volumes vont
paroître de suite.
de la Jeunesse : troisiéme année, qui
contient l'Histoire de l'Empire Romain
en Orient et en Occident. Par M. l'Abbé
Lenglet Dufresnoy , in 12. Paris , chés de
Bure l'aîné. 1737.
C'est toûjours le même ordre et la
même méthode que suit M. l'Abbé Len-
glet dans ce troisiéme Volume des Prin-
cipes de l'Histoire , qui contient celle de
l'Empire Romain , divisé entre l'Orient
et l'Occident. La précision y est égale et
les faits principaux s'y trouvent rapellés
avec beaucoup d'exactitude. Ce qui doit
faire plaisir dans cet Ouvrage , est qu'on
ne voit guere de Prince , d'Empereur ,
ou de Souverain, dont le caractere n'ysoit
marqué. On aime à connoître lesHommes.
L'Auteur a soin de soulager l'esprit et
la mémoire par quelques repos : et ces re-
pos sont des époques qui donnent une
nouvelle face à l'Histoire
d'eux à son instruction particuliere. Ain-
si depuis Auguste jusques à Constantin
on voit une même suite historique ,
comprise en trente- quatre leçons. L'ins-
Fiij
et chacun
truction
956 MERCURE DE FRANCE
truction qui les accompagne marque les
Auteurs qu'on doit lire pour se former
dans cette partie. Mais on n'y donne pas
l'Histoire Romaine de Laurent Echard
>
sur le pied d'une traduction simple et
servile , comme on l'a reproché à l'Au-
teur. Il dit lui-même le contraire dans
la liste qui est à la fin de la Préface de ce
troisiéme Volume.
L'Auteur poursuit l'Histoire Romai-
ne jusqu'aux révolutions , qui l'ont divi-
sé et presque anéanti. On y examine
toujours le caractere des Princes. Cons-
tantin n'y est pas loüé avec excès , ni
Julien blâmé avec aigreur.
Après deux leçons sur les destructeurs
de l'Empire Romain , vient toute l'His-
toire d'Orient jusqu'à la prise de Cons-
tantinople par les Turcs. Et comme les.
Ottomans ont continué cet Empire de-
puis Mahomet II. c'est ce qui donne lieu
à l'Auteur de tracer en peu de mots l'His-
toire desTurcs jusqu'à ces derniers temps.
L'on donne ensuite en 22. leçons tou-
te l'Histoire de l'Empire d'Occident ,
rétabli par Charlemagne , Roy de France:
et après la postérité de ce grand Prince ,
il prend le titre d'Empire d'Allemagne ,
ou Romano - Germanique , comme on
parle dans l'Empire. L'Auteur est loia-
ble
MAY.
1737.
957
ble de donner aux derniers Empereurs
de l'auguste Maison d'Autriche les louan-
ges qu'ils ont méritées. Voici ce qu'il
dit de l'Empereur Leopold
que fa
Réligion quifut toujours sincere a été récom-
pensée même en ce monde par les heureux
fuccès de fes armes en Hongrie ; sa grande
expériencejointe à ses talens naturels et à
une grande pénétration , l'avoit rendu con-
sommé dans toutes sortes d'affaires , dont il
prévoyoit toutes les conféquences. Né avec
beaucoup degoût et d'aplication , il avoit de
Pamour pour les Arts et les Sciences, dont il
se plaisoit à s'entretenir avec les plus grands
Maîtres.
Cet article est d'autant plus remarqua-
ble que l'on se fait un plaisir de montrer
dans la Bibliotheque Imperiale à Vien-
ne , des Lettres que ce grand Prince écri-
voit fimilierement à Lambecius , son
Bibliothequaire , comme à son Ami :
Elles sont en Latin , et commencent tou-
tes par ces termes affectueux , Chare mi
Lambeci , qui marquent la bonté de ce
digne Empereur , qui , au milieu des plus
grandes affaires, dont son regne fut agité,
daigne néanmoins s'entretenir cordiale
ment de Littérature avec un de ses sujets.
L'Empereur Charles VI . qui regnet
heureufement aujourd'hui , n'y est pas
Fij
moing
958 MERCURE DE FRANCE
moins bien caracterisé , par la sagesse et
la bonté de son Gouvernement , dont je
ne puis m'empêcher de raporter cette
preuve éclatante.
Toute la Ville de Vienne se souvient
encore avec admiration de la vertueuse
résolution de ce grand Prince. La peste
ayant pénétré jusque dans le Palais Im-
périal l'an 1715. tous les Courtisans
voulurent l'engager à sortir de sa Capi-
tale. Mais il répondit avec un courage
plein de Religion et d'humanité , que
s'il en sortoit , la Ville alloit périr de
faim et de maladie , et qu'il étoit plus
loüable qu'il mourût au milieu de son
peuple en le soulageant , que de le faire
périr doublement , en cherchant son pro-
pre
salut
par sa retraite
qu'il n'y avoit
donc qu'à purifier la Chambre de son
Palais qui étoit infectée , et la murer :
mais qu'il étoit résolu de rester au mi-
lieu de son Peuple.
L'Auteur nous tire d'une erreur où l'on
étoit ; c'est dans la 95e. Leçon , on avoit
dit , et le Continuateur de M. de Puf-
fendorffl'avoit marqué comme les autres,
que c'étoient des Commerçans Anglois ,
qui étoient Auteurs de la Compagnie
d'Ostende. M. l'Abbé Lenglet a soin de
nous en désabuser , en assurant que l'é
tablissement
MAY.
1737.
959
tablissement de cette Compagnie étoit
dû au Chevalier de la Merveille , le fils,
Navigateur Breton , actuellement au ser
vice de Sa Majesté Impériale à Trieste dans
le Golfe de la Mer Adriatique , où il est
Intendant de Marine et du Commerce
,
et qu'elle fut formée par un pur hazard.
L'Auteur finit ce Volume par l'Histoire
de Suisse et des Pays - Bas ,autrefois mem-
bres de l'Empire. Et quoique ce ne soit
ici qu'un Abrégé , on ne laisse pas d'y
trouver des particularités curieuses et
interessantes. Les autres Volumes vont
paroître de suite.
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2888
p. 959-963
Histoire Universelle de Diodore de Sicile, &c. [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE UNIVERSELLE DE DIODORE DE SICILE, traduite en François par M. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire Universelle de Diodore de Sicile, &c. [titre d'après la table]
HISTOIRE UNIVERSELLE DE DIODORE
DE SICILE, traduite en François par M.
l'Abbé Terrasson , de l'Academie Fran-
çoise , in- 12 . à Paris, chés Debure l'aîné ,
Quay des Augustins , à l'Image Saint
Paul. 1737. 2. Volumes.
Diodore de Sicile , est un de nos an-
ciens Ecrivains qui mérite le plus d'être
traduit en notre Langue. Les Italiens en
ont plusieurs versions ; mais elles ne sont
pas également bonnes ; la premiere qui
ne contenoit que les cinq premiers Li-
vres , parut d'abordà Florence en 1526.
in - 8. et fut publiée depuis à Venise:
en 1542. et 1547. Cette version étoit
F v
faire ,
960 MERCURE DE FRANCE
faite , non sur l'Original Grec , mais sur
une version Latine du Pogge Florentin ,
imprimée d'abord à Venise en 1476.
1493. et 1496. François Baldelli , l'un
des plus habiles Traducteurs de l'Italie,
peu content de cette version , en publia
une nouvelle à Venise l'an 1575. in- 4.
Elle fait partie , et même c'est une des
versions les plus rares de la célébre Col-
lana , ou Chaîne des Historiens Grecs ,
si estimée par les Amateurs de la Lan-
gue Italienne.
Les François commencerent vers le
même temps à donner en notre Langue
quelques portions de cet Historien.Clau-
dede Seissel, qui est mort Archevêque de
Turin , donna l'an 1530. et 1545. l'His-
toire des Successeurs d'Alexandre , qu'on
a remise en meilleur François dans ces
derniers temps. Macaut , l'un des Valets
de Chambre de François I. publia en 1535.
et 1540. les trois premiers Livres de cet
Historien; enfin l'an 1554 , le célébré Jae-
ques Amiot en donna une autre version
françoise , mais il ne toucha point aux
cinq premiers Livres qui sont cependant
très-nécessaires pour connoître l'Histoire
fabuleuse des premiers temps , telle que
l'ont conçue les anciens qui n'avoient
aucune idée certaine des verités Histori-
ques
MAY.
1737.
961
ques, contenues dans les Livres de Moy-
se. Cette version fut réimprimée l'an
1585. par les soins de Louis le Roy , dit
Regius , qui joignit ensemble le travail de
Macaut et d'Amiot.
Mais comme ces deux versions , qui
ne laissoient pas d'être rares , avoient ex-
trémement vieilli , M. l'Abbé Terrasson
de l'Academie Françoise , distingué déja
par d'autres bonsOuvrages, vient d'en pu-
blier une nouvelle. Sa connoissance dans
les Langues Grecque et Françoise , nous
répond de la fidelité de sa Traduction :
Il commence aujourd'hui par les cinq
premiers Livres , et les autres vont venir
de suite.
Ces cinq Livres sont d'autant plus in-
teressans , qu'ils nous ont transmis des
faits et des mœurs , qui nous donnent
beaucoup de lumieres sur l'Histoire an-
cienne. Celle d'Egypte si curieuse, et ce-
pendant si embarrassée, fait la matiere du
premier ; mais que de choses singulie-
res , Diodore de Sicile ne nous a - t'il pas
conservé sur les mœurs , la Religion et
le Gouvernement des Egyptiens ? C'est
de là principalement que le célebre M.
Bossuet , a tiré le fond des sages et lumi-
neuses réflexions qu'il a données sur
l'Histoire d'Egypte , dans son discours
sur l'Histoire Universelle.
F vj
962 MERCURE DE FRANCE
Dans le second Livre , l'Auteur passe
à l'Empire des Assyriens ,
si célebre ,
mais si confus dans l'ancienne Histoire ,
par la diversité de sentimens qui se trou-
ve entre Herodote et les autres Ecrivains.
Diodore de Sicile plus proche des anciens
Monumens que nous ne sommes aujour-
d'hui , a choisi le meilleur parti ; et con-
formément à l'Ecriture Sainte , il fait re-
monter l'Histoire des
Assyriens aux
temps les plus prochains du Déluge.
Après quoi, il parcourt l'Inde , la Scythie
et l'Arabie.
Vient dans le troisiéme Livre , l'His-
toire des Ethiopiens , très curieuse par la
singularité de leurs mœurs , d'où l'Au-
teur passe aux anciennes Divinités de la
Fable ; Divinités cependant qui ont un
fondement réel dans l'Histoire , et Dio-
dore de Sicile a soin de nous donner les
fumieres nécessaires pour démêler la ve-
rité du mensonge.
Le quatriéme Livre de Diodore de Si-
cile continue à parler des anciennes Di-
vinités , d'où il vient aux Héros de la
Grece ; Hercule et Thésée sont ceux
dont il parle avec plus d'étendue , mais
toujours en raprochant la verité de la
Fable qui l'a couverte et envelopée.
Enfin , le cinquiéme Livre traite des
Isles
MAY.
1737.
951
ffles de la Mer Méditerranée , il passe
même jusques à l'Ocean , et pousse dans
l'Angleterre , et dans le Nord, d'où il re-
vient chés les Celtes et les Gaulois , et
raconte toujours des choses également
utiles et interessantes.
Enfin , le Traducteur finit cette éle-
gante version par plusieurs fragmens im-
portans , qui doivent suivre le cinquié-
me Livre. Il est à souhaiter que l'Auteur
également exact et poli , ne laisse pas
languir le Public qui désire avec impa-
tience la suite d'une Traduction , que
l'on attendoit depuis long- temps.
DE SICILE, traduite en François par M.
l'Abbé Terrasson , de l'Academie Fran-
çoise , in- 12 . à Paris, chés Debure l'aîné ,
Quay des Augustins , à l'Image Saint
Paul. 1737. 2. Volumes.
Diodore de Sicile , est un de nos an-
ciens Ecrivains qui mérite le plus d'être
traduit en notre Langue. Les Italiens en
ont plusieurs versions ; mais elles ne sont
pas également bonnes ; la premiere qui
ne contenoit que les cinq premiers Li-
vres , parut d'abordà Florence en 1526.
in - 8. et fut publiée depuis à Venise:
en 1542. et 1547. Cette version étoit
F v
faire ,
960 MERCURE DE FRANCE
faite , non sur l'Original Grec , mais sur
une version Latine du Pogge Florentin ,
imprimée d'abord à Venise en 1476.
1493. et 1496. François Baldelli , l'un
des plus habiles Traducteurs de l'Italie,
peu content de cette version , en publia
une nouvelle à Venise l'an 1575. in- 4.
Elle fait partie , et même c'est une des
versions les plus rares de la célébre Col-
lana , ou Chaîne des Historiens Grecs ,
si estimée par les Amateurs de la Lan-
gue Italienne.
Les François commencerent vers le
même temps à donner en notre Langue
quelques portions de cet Historien.Clau-
dede Seissel, qui est mort Archevêque de
Turin , donna l'an 1530. et 1545. l'His-
toire des Successeurs d'Alexandre , qu'on
a remise en meilleur François dans ces
derniers temps. Macaut , l'un des Valets
de Chambre de François I. publia en 1535.
et 1540. les trois premiers Livres de cet
Historien; enfin l'an 1554 , le célébré Jae-
ques Amiot en donna une autre version
françoise , mais il ne toucha point aux
cinq premiers Livres qui sont cependant
très-nécessaires pour connoître l'Histoire
fabuleuse des premiers temps , telle que
l'ont conçue les anciens qui n'avoient
aucune idée certaine des verités Histori-
ques
MAY.
1737.
961
ques, contenues dans les Livres de Moy-
se. Cette version fut réimprimée l'an
1585. par les soins de Louis le Roy , dit
Regius , qui joignit ensemble le travail de
Macaut et d'Amiot.
Mais comme ces deux versions , qui
ne laissoient pas d'être rares , avoient ex-
trémement vieilli , M. l'Abbé Terrasson
de l'Academie Françoise , distingué déja
par d'autres bonsOuvrages, vient d'en pu-
blier une nouvelle. Sa connoissance dans
les Langues Grecque et Françoise , nous
répond de la fidelité de sa Traduction :
Il commence aujourd'hui par les cinq
premiers Livres , et les autres vont venir
de suite.
Ces cinq Livres sont d'autant plus in-
teressans , qu'ils nous ont transmis des
faits et des mœurs , qui nous donnent
beaucoup de lumieres sur l'Histoire an-
cienne. Celle d'Egypte si curieuse, et ce-
pendant si embarrassée, fait la matiere du
premier ; mais que de choses singulie-
res , Diodore de Sicile ne nous a - t'il pas
conservé sur les mœurs , la Religion et
le Gouvernement des Egyptiens ? C'est
de là principalement que le célebre M.
Bossuet , a tiré le fond des sages et lumi-
neuses réflexions qu'il a données sur
l'Histoire d'Egypte , dans son discours
sur l'Histoire Universelle.
F vj
962 MERCURE DE FRANCE
Dans le second Livre , l'Auteur passe
à l'Empire des Assyriens ,
si célebre ,
mais si confus dans l'ancienne Histoire ,
par la diversité de sentimens qui se trou-
ve entre Herodote et les autres Ecrivains.
Diodore de Sicile plus proche des anciens
Monumens que nous ne sommes aujour-
d'hui , a choisi le meilleur parti ; et con-
formément à l'Ecriture Sainte , il fait re-
monter l'Histoire des
Assyriens aux
temps les plus prochains du Déluge.
Après quoi, il parcourt l'Inde , la Scythie
et l'Arabie.
Vient dans le troisiéme Livre , l'His-
toire des Ethiopiens , très curieuse par la
singularité de leurs mœurs , d'où l'Au-
teur passe aux anciennes Divinités de la
Fable ; Divinités cependant qui ont un
fondement réel dans l'Histoire , et Dio-
dore de Sicile a soin de nous donner les
fumieres nécessaires pour démêler la ve-
rité du mensonge.
Le quatriéme Livre de Diodore de Si-
cile continue à parler des anciennes Di-
vinités , d'où il vient aux Héros de la
Grece ; Hercule et Thésée sont ceux
dont il parle avec plus d'étendue , mais
toujours en raprochant la verité de la
Fable qui l'a couverte et envelopée.
Enfin , le cinquiéme Livre traite des
Isles
MAY.
1737.
951
ffles de la Mer Méditerranée , il passe
même jusques à l'Ocean , et pousse dans
l'Angleterre , et dans le Nord, d'où il re-
vient chés les Celtes et les Gaulois , et
raconte toujours des choses également
utiles et interessantes.
Enfin , le Traducteur finit cette éle-
gante version par plusieurs fragmens im-
portans , qui doivent suivre le cinquié-
me Livre. Il est à souhaiter que l'Auteur
également exact et poli , ne laisse pas
languir le Public qui désire avec impa-
tience la suite d'une Traduction , que
l'on attendoit depuis long- temps.
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2889
p. 963-967
Imitation de N. S. J. Ch. [titre d'après la table]
Début :
IMITATION de Notre Seigneur Jesus-Christ, traduite et revûë sur l'ancien [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Imitation de N. S. J. Ch. [titre d'après la table]
IMITATION de Notre Seigneur Jesus-Christ,
traduite et revûë sur l'ancien
original françois , d'où l'on a tiré un
Chapitre qui manque dans les autres Edi-
tions . Par M. l'Abbé Lenglet Dufresnoy ;
nouvelle Edition , in- 12. àParis , chés Án-
dré Cailleau, Quay des Augustins. 1737.
Cette nouvelle Edition de l'Imitation
de J.C.n'est pas un Ouvrage du caractere
des autres Livres de ce genre. Le hazard
fit trouver à M. l'Abbé Lenglet , lors
qu'il étoit en Flandres , quelques impri-
més gothiques , sous le titre de l'internelle
Consolation , ou de la Confolation interieu-
A l'inspection du Livre il remarqua
que
964 MERCURE DE FRANCE
que c'étoit celui de l'Imitation de J. C.
sous un autre nom , et dans un autre
ordre. Il n'en fallut pas d'avantage pour
exciter sa curiosité et pour l'animer à
faire quelques recherches , qui lui réüs-
sirent. Il remarqua non- seulement dans
ees anciens exemplaires beaucoup de
différences essentielles , mais il observa
même qu'il y avoit au Livre premier un
Chapitre entier,qui manquoit dans tou-
tes les Imitations ordinaires. De retour
à Paris , il continua ses recherches , et
trouva dans la célébre Bibliotheque de
l'Abbaye de Saint Germain des Prés
d'autres Exemplaires imprimés de ce
même Livre , et toujours sous le même
titre. M. l'Abbé Lenglet se détermina
donc à faire imprimer dans les Pays Bas
en 1731. une Edition nouvelle de l'Imi-
tation de J. C. avec ce nouveau Chapitre ,
qui fait le XXVIe, du premier Livre. Il
donne aujourd'hui de nouveau cette mê
me Edition qu'il a revûë exactement sur
ces Originaux. C'est une obligation que
Fon a aux recherches de cet Auteur.
La Préface de M. l'Abbé Lenglet , qui
est curieuse et instructive , tend à prou-
ver que l'original de l'Imitation de Jesus-
Christ , est françois , & que le latin n'en
est qu'une Traduction , qui a même
quel
MAY.
1737.
965
quelquefois abregé les paroles du premier
Auteur. M. l'Abbé Lenglet jerte les yeux
sur Gerson , Chancelier de l'Eglise et de
l'Université de Paris , au commencement
du XVe. siecle pour lui attribuer cette
pieuse production. Il a scrupuleusement
examiné toutes les Editions antiques du
François qui lui sont tombées entre les
mains , et pas une n'a marqué que ce fût
une Traduction . Elles font seulement
connoître que c'est un Livre nouvelle-
ment imprimé et corrigé. Cependant
c'étoit une gloire que nos anciens ne lais
soient point échaper ; ils préferoient la
qualité de Traducteur à celle d'Auteur,
qui leur paroissoit moins sçavante .
Le nouvel Editeur croit par- là qu'il
peut concilier les deux Traditions
•
dont l'une donne ce Livre à Gerson et
Pautre à Thomas à Kempis. Gerson aura
fait le Livre en François et Thomas à
Kempis l'aura traduit en Latin , en l'ac-
commodant néanmoins à la vie Religieu
se ; au lieu que l'Auteur original ne par-
le dans tout son Livre que des Chrétiens
en général. Ainsi les deux Traditions
sont également recevables , mais cepen-
dant à différens égards. En ce cas , l'E-
dition de Bresse en Italie de 1435. qui,
la premiere, attribue ce Livre à Gerson ,
n'a
966 MERCURE DE FRANCE
n'a pas moins raison que celle d'Aus-
bourg de 1475. et une autre de 1485. qui
la donnent à Thomas à Kempis ; à l'un
comme Auteur , et à l'autre comme Tra
ducteur.
Notre nouvel Editeur à raison de s'é-
tonner que tant de personnes habiles ,
les Naudés , les Frontons , les Launois , et
même les Dupins , ayant traité cette fa-
meuse controverse sur l'Auteur de ce
Livre , pas un n'ait d'écouvert cet Ou-
vrage François imprimé tant de fois . Il
est hors de doute qu'il auroit fait chan-
ger le systême de la dispute.
Mais quand le célébre Gerson auroit-il
fait cet Ouvrage ? Ce seroit sans doute
dans sa retraite. Cet illustre Théolo-
gien qui avoit assisté au Concile de Cons-
tance , ne revint plus à Paris , il voya-
gea et se retira ensuite à Lyon , où il me-
na une vie obscure et pénitente , et il y
mourut l'an 1429. Ce seroit là sansdoute,
qu'il auroit fait ce Livre pour raprocher
les maximes de la Vie Intérieure , de la
Vie commune de Jesus- Christ et de ses
Apôtres,
Pour marquer ce qu'on doit penser de
cette nouvelle Traduction , on se con-
tentera de marquer ici ce qu'en dit M..
l'Abbé de Marcilli , Docteur de la Mai-
son
MAY.
1737.
967
son et Societé de Sorbonne , dans son
Aprobation , que » la beauté du style ,
» la noblesse des expressions n'ôte rien à
» la simplicité convenable à un Ouvrage
» de ce genre , et lui donne un nouveau
» mérite au - dessus de celles qui ont paru
»jusques à présent . Le Traducteur habi-
le a le talent de rendre plus sensibles.
» les pensées de l'Auteur en quelques en-
» droits , qui avoient besoin d'être éclair-
>> cis : mais la découverte qu'il a faite d'un
>>
Chapitre , qui manquoit au premier
» Livre , enrichit sa Traduction d'un
» morceau excellent. Les personnes qui
» ont le vrai goût de la pieté ( que nul
>>Livre n'est plus capable de leur inspirer
» que celui de l'Imitation de J. C. ) sçau- .
>> ront bon gré à M. Lenglet et de sa re-
» cherche et de cette addition.
M. l'Abbé Lenglet voulant faire voir
le caractere de l'Auteur original , a mis le
XVIe. Chapitre du premier Livre dans
notre vieux Gaulois , tel qu'il l'a trouvé
dans ses Exemplaires.
traduite et revûë sur l'ancien
original françois , d'où l'on a tiré un
Chapitre qui manque dans les autres Edi-
tions . Par M. l'Abbé Lenglet Dufresnoy ;
nouvelle Edition , in- 12. àParis , chés Án-
dré Cailleau, Quay des Augustins. 1737.
Cette nouvelle Edition de l'Imitation
de J.C.n'est pas un Ouvrage du caractere
des autres Livres de ce genre. Le hazard
fit trouver à M. l'Abbé Lenglet , lors
qu'il étoit en Flandres , quelques impri-
més gothiques , sous le titre de l'internelle
Consolation , ou de la Confolation interieu-
A l'inspection du Livre il remarqua
que
964 MERCURE DE FRANCE
que c'étoit celui de l'Imitation de J. C.
sous un autre nom , et dans un autre
ordre. Il n'en fallut pas d'avantage pour
exciter sa curiosité et pour l'animer à
faire quelques recherches , qui lui réüs-
sirent. Il remarqua non- seulement dans
ees anciens exemplaires beaucoup de
différences essentielles , mais il observa
même qu'il y avoit au Livre premier un
Chapitre entier,qui manquoit dans tou-
tes les Imitations ordinaires. De retour
à Paris , il continua ses recherches , et
trouva dans la célébre Bibliotheque de
l'Abbaye de Saint Germain des Prés
d'autres Exemplaires imprimés de ce
même Livre , et toujours sous le même
titre. M. l'Abbé Lenglet se détermina
donc à faire imprimer dans les Pays Bas
en 1731. une Edition nouvelle de l'Imi-
tation de J. C. avec ce nouveau Chapitre ,
qui fait le XXVIe, du premier Livre. Il
donne aujourd'hui de nouveau cette mê
me Edition qu'il a revûë exactement sur
ces Originaux. C'est une obligation que
Fon a aux recherches de cet Auteur.
La Préface de M. l'Abbé Lenglet , qui
est curieuse et instructive , tend à prou-
ver que l'original de l'Imitation de Jesus-
Christ , est françois , & que le latin n'en
est qu'une Traduction , qui a même
quel
MAY.
1737.
965
quelquefois abregé les paroles du premier
Auteur. M. l'Abbé Lenglet jerte les yeux
sur Gerson , Chancelier de l'Eglise et de
l'Université de Paris , au commencement
du XVe. siecle pour lui attribuer cette
pieuse production. Il a scrupuleusement
examiné toutes les Editions antiques du
François qui lui sont tombées entre les
mains , et pas une n'a marqué que ce fût
une Traduction . Elles font seulement
connoître que c'est un Livre nouvelle-
ment imprimé et corrigé. Cependant
c'étoit une gloire que nos anciens ne lais
soient point échaper ; ils préferoient la
qualité de Traducteur à celle d'Auteur,
qui leur paroissoit moins sçavante .
Le nouvel Editeur croit par- là qu'il
peut concilier les deux Traditions
•
dont l'une donne ce Livre à Gerson et
Pautre à Thomas à Kempis. Gerson aura
fait le Livre en François et Thomas à
Kempis l'aura traduit en Latin , en l'ac-
commodant néanmoins à la vie Religieu
se ; au lieu que l'Auteur original ne par-
le dans tout son Livre que des Chrétiens
en général. Ainsi les deux Traditions
sont également recevables , mais cepen-
dant à différens égards. En ce cas , l'E-
dition de Bresse en Italie de 1435. qui,
la premiere, attribue ce Livre à Gerson ,
n'a
966 MERCURE DE FRANCE
n'a pas moins raison que celle d'Aus-
bourg de 1475. et une autre de 1485. qui
la donnent à Thomas à Kempis ; à l'un
comme Auteur , et à l'autre comme Tra
ducteur.
Notre nouvel Editeur à raison de s'é-
tonner que tant de personnes habiles ,
les Naudés , les Frontons , les Launois , et
même les Dupins , ayant traité cette fa-
meuse controverse sur l'Auteur de ce
Livre , pas un n'ait d'écouvert cet Ou-
vrage François imprimé tant de fois . Il
est hors de doute qu'il auroit fait chan-
ger le systême de la dispute.
Mais quand le célébre Gerson auroit-il
fait cet Ouvrage ? Ce seroit sans doute
dans sa retraite. Cet illustre Théolo-
gien qui avoit assisté au Concile de Cons-
tance , ne revint plus à Paris , il voya-
gea et se retira ensuite à Lyon , où il me-
na une vie obscure et pénitente , et il y
mourut l'an 1429. Ce seroit là sansdoute,
qu'il auroit fait ce Livre pour raprocher
les maximes de la Vie Intérieure , de la
Vie commune de Jesus- Christ et de ses
Apôtres,
Pour marquer ce qu'on doit penser de
cette nouvelle Traduction , on se con-
tentera de marquer ici ce qu'en dit M..
l'Abbé de Marcilli , Docteur de la Mai-
son
MAY.
1737.
967
son et Societé de Sorbonne , dans son
Aprobation , que » la beauté du style ,
» la noblesse des expressions n'ôte rien à
» la simplicité convenable à un Ouvrage
» de ce genre , et lui donne un nouveau
» mérite au - dessus de celles qui ont paru
»jusques à présent . Le Traducteur habi-
le a le talent de rendre plus sensibles.
» les pensées de l'Auteur en quelques en-
» droits , qui avoient besoin d'être éclair-
>> cis : mais la découverte qu'il a faite d'un
>>
Chapitre , qui manquoit au premier
» Livre , enrichit sa Traduction d'un
» morceau excellent. Les personnes qui
» ont le vrai goût de la pieté ( que nul
>>Livre n'est plus capable de leur inspirer
» que celui de l'Imitation de J. C. ) sçau- .
>> ront bon gré à M. Lenglet et de sa re-
» cherche et de cette addition.
M. l'Abbé Lenglet voulant faire voir
le caractere de l'Auteur original , a mis le
XVIe. Chapitre du premier Livre dans
notre vieux Gaulois , tel qu'il l'a trouvé
dans ses Exemplaires.
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2890
p. 967-970
Memoires concernant le Droit de Tiers et Danger, &c. [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES concernant le Droit de Tiers et Danger, sur les Bois de la Province de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires concernant le Droit de Tiers et Danger, &c. [titre d'après la table]
MEMOIRES concernant le Droit de Tiers
et Danger, sur les Bois de la Province de
Normandie. Par M. Louis GREARD ,
Ecuyer , ancien Avocat au Parlement de
Rouen. Avec les Preuves et Observations
de
968 MERCURE DE FRANCE
de M. Louis FROLAND , Ancien Bâtonnier
de MM.les Avocats du Parlement de Pa-
ris. 1. Vol. in-4° . A ROUEN , chés Abra-
bam Viret , Imprimeur- Libraire , ruë Séné-
caux , près Saint Martin fur Renelle , et
Pierre le Boucher le jeune , Libraire , sous
la Galerie du Palais. Et à Paris , chès de
Nully , le Gras et Girard , Libraires an
Palais.
Cet Ouvrage est également curieux et
intéressant , écrit avec une délicatesse et
une solidité qui le feroient seules recher-
cher. Il servit en 1673. à la défense de
toute une Province, qui le regarde encore
aujourd'hui avec une extrême vénération .
Celle qu'elle conserve pour la mémoire
du Sçavant Défenseur , à qui elle doit
son repos , lui faisoit désirer depuis long-
temps de voir renouveller un monument
qui lui est si précieux . M. Loüis FROLAND,
Neveu Maternel de M. GREARD , vient
de remplir de si just es desirs. Non - seu-
lement il a fait imprimer ces Mémoires ;
mais il y a joint un Extrait raisonné de
toutes les Pieces qui ont servi pour les au-
toriser. On admire surtout la précision et
la justesse avec laquelle l'Auteur s'expri-
me au milieu d'une foule de citations qu'il
s'est contenté de désigner. Dans les notes
placées entre chaque Chapitre , on voit
les
MAY.
1737.
969
les recherches immenses qu'il lui a fallu
faire pour choisir ses
autorités. Tout
ce que les Histoires ont dit de cette
Province et de ses prérogatives se trou-
ve adroitement employé par notre Au-
teur , et judicieusement mesuré aux cir-
constances dans lesquelles se trouvoit le
Pays qu'il avoit à défendre.
On a placé à la fin de ce Volume un Re-
cueil de différens Arrêts du Parlement
de Normandie , qui jugent les plus sin-
gulieres Questions de Fait et de Coûtu-
me. Ils ont été judicieusement recueillis
par feu M. Bertheaume , ancien Avocat
de ce Parlement. L'espece y est établie
avec précision , après le prononcé de
P'Arrêt , pour déterminer plus sûrement
la circonstance dans laquelle il a été ren.
du.
Après ce compte rendu au Public des
Mémoires sur le TIERS et DANGER , il n'est
pas hors de propos de dire un mot des
propres Ouvrages de M. Froland . On se
contentera d'en donner les Titres ; le cre-
dit qu'ils ont eu depuis qu'ils sont entre
les mains du Public , a prévenu l'Eloge
qu'on en pouroit faire .
MEMOIRES Concernant le Comté Pairie
d'Eu , et ses Usages prétendus Locaux ,
avec les Arrêts du Parlement de Paris
qui
970 MERCURE DE FRANCE
qui les ont condamnés , par M. Louis
FROLAND , Ancien Avocat au Parlement
de Paris. M. DCC . XXII . 1. Vol . in -4°.
MEMOIRES Concernant la prohibition
d'évoquer les Décrets d'Immeubles situés en
Normandie , avec les Chartes , Ordon-
nances , Edits , Déclarations , Lettres
Patentes , Réponses de nos Rois , Arrêts
du Conseil et du Parlement de Paris , qui
ont établi et confirmé le Privilege de la
Province ; diverses Questions mixtes qui
en dépendent , et les Arrêts qui les ont
décidées. M. DCC. XXII . 1. Vol. in 4.
MEMOIRES Concernant l'Observation du
Senatus-consulte Velleien dans le Duché
de Normandie, et diverses Questions mix-
tes qui en dépendent , avec les Arrêts
qui les ont décidées. M. DCC . XXIX . 1 .
Vol. in- 4.
MEMOIRES Concernant la nature et la
qualité des Statuts. Diverses Questions
mixtes de Droit et de Coutume , et la
plûpart des Arrêts qui les ont décidées.
M. DCC . XXIX. 2. Vol . in-4.
Tous ces Ouvrages se vendent à Paris
chés de Nully , au Palais .
et Danger, sur les Bois de la Province de
Normandie. Par M. Louis GREARD ,
Ecuyer , ancien Avocat au Parlement de
Rouen. Avec les Preuves et Observations
de
968 MERCURE DE FRANCE
de M. Louis FROLAND , Ancien Bâtonnier
de MM.les Avocats du Parlement de Pa-
ris. 1. Vol. in-4° . A ROUEN , chés Abra-
bam Viret , Imprimeur- Libraire , ruë Séné-
caux , près Saint Martin fur Renelle , et
Pierre le Boucher le jeune , Libraire , sous
la Galerie du Palais. Et à Paris , chès de
Nully , le Gras et Girard , Libraires an
Palais.
Cet Ouvrage est également curieux et
intéressant , écrit avec une délicatesse et
une solidité qui le feroient seules recher-
cher. Il servit en 1673. à la défense de
toute une Province, qui le regarde encore
aujourd'hui avec une extrême vénération .
Celle qu'elle conserve pour la mémoire
du Sçavant Défenseur , à qui elle doit
son repos , lui faisoit désirer depuis long-
temps de voir renouveller un monument
qui lui est si précieux . M. Loüis FROLAND,
Neveu Maternel de M. GREARD , vient
de remplir de si just es desirs. Non - seu-
lement il a fait imprimer ces Mémoires ;
mais il y a joint un Extrait raisonné de
toutes les Pieces qui ont servi pour les au-
toriser. On admire surtout la précision et
la justesse avec laquelle l'Auteur s'expri-
me au milieu d'une foule de citations qu'il
s'est contenté de désigner. Dans les notes
placées entre chaque Chapitre , on voit
les
MAY.
1737.
969
les recherches immenses qu'il lui a fallu
faire pour choisir ses
autorités. Tout
ce que les Histoires ont dit de cette
Province et de ses prérogatives se trou-
ve adroitement employé par notre Au-
teur , et judicieusement mesuré aux cir-
constances dans lesquelles se trouvoit le
Pays qu'il avoit à défendre.
On a placé à la fin de ce Volume un Re-
cueil de différens Arrêts du Parlement
de Normandie , qui jugent les plus sin-
gulieres Questions de Fait et de Coûtu-
me. Ils ont été judicieusement recueillis
par feu M. Bertheaume , ancien Avocat
de ce Parlement. L'espece y est établie
avec précision , après le prononcé de
P'Arrêt , pour déterminer plus sûrement
la circonstance dans laquelle il a été ren.
du.
Après ce compte rendu au Public des
Mémoires sur le TIERS et DANGER , il n'est
pas hors de propos de dire un mot des
propres Ouvrages de M. Froland . On se
contentera d'en donner les Titres ; le cre-
dit qu'ils ont eu depuis qu'ils sont entre
les mains du Public , a prévenu l'Eloge
qu'on en pouroit faire .
MEMOIRES Concernant le Comté Pairie
d'Eu , et ses Usages prétendus Locaux ,
avec les Arrêts du Parlement de Paris
qui
970 MERCURE DE FRANCE
qui les ont condamnés , par M. Louis
FROLAND , Ancien Avocat au Parlement
de Paris. M. DCC . XXII . 1. Vol . in -4°.
MEMOIRES Concernant la prohibition
d'évoquer les Décrets d'Immeubles situés en
Normandie , avec les Chartes , Ordon-
nances , Edits , Déclarations , Lettres
Patentes , Réponses de nos Rois , Arrêts
du Conseil et du Parlement de Paris , qui
ont établi et confirmé le Privilege de la
Province ; diverses Questions mixtes qui
en dépendent , et les Arrêts qui les ont
décidées. M. DCC. XXII . 1. Vol. in 4.
MEMOIRES Concernant l'Observation du
Senatus-consulte Velleien dans le Duché
de Normandie, et diverses Questions mix-
tes qui en dépendent , avec les Arrêts
qui les ont décidées. M. DCC . XXIX . 1 .
Vol. in- 4.
MEMOIRES Concernant la nature et la
qualité des Statuts. Diverses Questions
mixtes de Droit et de Coutume , et la
plûpart des Arrêts qui les ont décidées.
M. DCC . XXIX. 2. Vol . in-4.
Tous ces Ouvrages se vendent à Paris
chés de Nully , au Palais .
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2891
p. 970-982
Lettre sur le Passage du Roy et de la Reine de Pologne, par la Champagne, [titre d'après la table]
Début :
LETTRE écrite par M. *** à M. *** au sujet du Passage du Roy et de la Reine de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre sur le Passage du Roy et de la Reine de Pologne, par la Champagne, [titre d'après la table]
LETTRE écrite par M. *** à M. ***
au sujet du Passage du Roy et de la Reine de
Pologne par la Champagne , en allant prendre
possession de leurs Etats de Lorraine. A Chaalons
chés
res
MAY.
1737
971
chés Seneuze , 1737. brochure in 4. de 12. pa-
ges. La Lettre est datée du 25. Avril.
L'Ecrivain déclare dabord avec modestie qu'on
ne doit s'atacher qu'à la vérité d.s faits qu'il ra-
porte et non à la délicatesse du stile. Il commen-
ce ainsi sa narration. Le Roy de Pologne partit
de Meudon en poste le premier Avril , ce Prince
n'a séjourné en aucun endroit , il vint coucher à
Mont-Saint- Pere, Terre limitrophe de cette Pro-
vince , qui apartient à M. Paris du Vernay.
De Mont-Saint-Pere,le Roy de Pologne se ren-
dit à Epernay , il fit l'honneur à M. d'Aubigny,
Lieutenant General et Subdelegué de M. l'Inten-
dant , de dîner chés lui.
Le Roy fit aussi l'honneur à M. de Saint Clair,
Chevalier de S. Louis , Exempt des Gardes du
Corps , Gendre de M. d'Aubigni , de le faire
manger à sa table. La Bourgeoisie qui étoit sous
ler Armes , bordoit les rues, et monta la garde
chés le Roy jusqu'au départ de Sa Majesté
Elle fut escortée d'abord par la Maréchaussée ;
une Compagnie du Régiment de Pont , Cavale
rie , qui est en quartier dans le Village d'Athie ,
conduisit ce Prince jusqu'à Jalon , une autre du
mêine Régiment releva cette premiere , ct l'accom-
pagna jusqu'à Aulnay; les Diles de ce Lieu , vétuës
galamment , et M. le Curé ensuite , complimen-
terent S. M. Voici l'un et l'autre de ces Compli
mens , et les Réponses du Roy de Pologne ; Pune
de ces Dlles s'étant avancée , dit avec beaucoup
de grace , en lui présentant le vin d'honneur .
SIRE , nous vous offrons au nom de nos Pe-
>
defoibles marques de leurs respects , nous ac-
compagnons notre offrande de vœux sinceres que
nous faisons pour votre santé puissiez- vous SIRE
Lorsque nous serons ayeules , recevoir de notre pos
terit
972 MERCURE DE FRANCE
terité les mêmes hommages , et voir la vôtre faire
le bonheur de l'Europe.
Le Roy de Pologne aplaudit en souriant à la
saillie de cette jeune personne , il lui souhai
ta l'accomplissement de ses désirs , dans les-
quels il lui dit qu'il se trouvoit fort interessé
ces Dlles s'étant éloignées , M. le Dieu , Curé
d'Aulnay, âgé de près de 80. ans, s'avança et dit.
SIRE , il y a long- temps que je vis, mais dans
le cours de mes années , je n'ai pas eû un jour si
flateur l'ai le bonheur de voir un grand Roy que
son Héroisme fait respecter de toutes les Nations
un Roy tojours égal à lui- même , malgré le concours
des évenemens les plus marqués , c'est le vrai ca-
ractere de la vertu ; nos vœux , SIRE , ont déja
été plusieurs fois portés jusqu'au Trône du Roy des
Rois pour la conservation et la prospérité de V. M.
Les François , SIRE , et moi en particulier , s'y
interessent sincerement et relativement à votre Per
sonne sacrée , et par reconnoissance pour le don que
le Ciel nous a fait de Monseigneur le Dauphin vo-
tre petit-Fils , qui assure le repos de cet Empire
je redoublerai mes prieres , SIRE , pour qu'une
parfaite sécurité pendant une longue suite d'années
vous conduise à la vie éternelle.
Le Roy parut satisfait de ce Compliment , il
en remercia fort gracieusement M. le Curé, et le
conjura de se ressouvenir de la promesse qu'il
lui faisoit de prier Dieu pour lui,
A la sortie du Bac d'Aulnay , de l'autre côté
de la Riviere de Marne, le Roy de Pologne trous
va une Brigade de la Maréchaussée qui l'escorta
jusqu'à Chaalons ; en chemin il trouva une au-
tre Compagnie du même Régiment de Pont, qui
augmenta l'escorte ; S. M. arriva en cette Ville
sur les quatre heures , précedé d'un nouveau dé-
tachement
MAY.
1737.
973
tachement de la Maréchaussée , commandé par
le Prévôt Géneral , et de deux Chaises de poste ,
dans lesquelles il y avoit deux Seigneurs de sa
Maison , plusieurs de ses Officiers suivoient à
cheval , le Carosse de M. de Beaupré , qui étoit
allé au- devant de S. M. venoit après , un troi-
siéme Escadron du Régiment de Pont fermoit la
marche. Le Roy passa au milieu d'une foule de
Peuple accourue de toutes parts pour voir S. M.
laquelle pour répondre à cet empressement,bais-
sa les glaces de sa Chaise et ordonna à son Pos-
tillon d'aller au petit pas.
De Chaalons, S. M. se rendit à Sary, Château
de M. l'Evêque, situé à l'extremité du Jard, pro-
menade la plus belle qu'il y ait dans aucune Vil-
le de France ; ce Château est très -beau et très-
commode ; on le concevra aisément en se rapel-
lant que les Evêques de Chaalons y ont toujours
reçu les Princes et Princesses du Sang, M. le Duc
d'Orleans et M. le Duc y ont été mariés .
M. l'Evêque , accompagné du Marquis de
Choiseul , Lieutenant Général de la Province ,
de l'Abbé de Saint Mémie , ses Freres , et des
Personnes les plus distinguées de Chaalons , re-
çut S. M. à la descente de sa Chaise ; ce Prélat
comptoit que le Roy de Pologne lui feroit l'hon-
neur de souper et coucher chés lui , mais com-
me il étoit encore de bonne heure , ce Prince
jugea à propos de ne s'arrêter qu'environ uns
heure, et d'aller à Saint Dizier
3
après avoir em-
brassé M. l'Evêque et lui avoir témoigné com-
bien il étoit sensible à sa politesse ; S. M. em-
brassa pareillement M. l'Intendant , et lui té-
moigna qu'elle étoit très-contente des attentions
qu'il avoit eues pour lui dans son Département.
L'Evêque de Chaalons présenta au Roy son
Neveu,
974 MERCURE DE FRANCE
Neveu , fils du Marquis de Choiseul , en lui di-
sant ,
qu'étant né en Lorraine il étoit du nom-
bre de ses Sujets , ce jeune Seigneur , qui joint à
une phisionomie des plus heureuses , beaucoup
d'esprit et de graces, servoit alors à boire à S.M.
qui avec cette douce et noble affabilité qui releve
toutes ses actions , dit, en mettant la main sur
l'épaule de cet aimable Enfant , J'en prends pos-
session avec bien du plaisir.
Les Officiers de Ville de Chaalons s'étant ren
dus à Sary , furent introduits auprès de S. M.
par M. l'Evêque , ils présenterent à ce Prince le
vin d'honneur, qu'il accepta ; ces Mrs et les Per
sonnes de consideration qui s'étoient rendus à
Sary , furent invités par M. l'Evêque d'y rester
au soupé, qui étoit destiné pour S. M. De Sary ,
le Roy se rendit à Saint Dizier , & c .
La Reine de Pologne partit de Meudon le 3.
Avril et arriva à 7 heures du soir au Château de
Congy, qui apartient à M,de Chasot , Président
à Mortier au Parlement de Metz ; Ș. A. S. Ma-
demoiselle de Clermont y logea en 1725 , lors-
qu'elle alla à Strasbourg pour le Mariage de la
Reine. M. l'Intendant reçut la Reine de Pologne
à la descente de son Carosse , que tous les Habi-
tans de ce Lieu entouroient ; les femmes offri-
rent leur présent à S. M. qui consistoit en un
Mouton orné d'une infinité de rubans, & c. sur les
huit heures la R. de P. soupa à son petit couverts
on ne fera point le détail des differens mets qui
furent servis avec une délicatesse et une attention
infinies de la part de M.l'Intendant , qui fit aussi
servir à soupé aux Seigneurs et Dames de la sui-
te de S. M.
Le lendemain la Reine de Pol. après avoir en
tendu la Messe , partit pour Sary. Elle alla dîner
au
MAY.
1737.
975
u Château de Reineville , à cinq lieues de Chaa-
lons . M. de Beaupré avoit cû soin que tout y
für en abondance; l'Evêque s'y étant aussi rendu,
i's reçurent S. M. à la descente de son Ca-
rosse ; plusieurs femmes en habit des bonnes Fê.
tes , présenterent à la Reine un Lapin blanc ,
orné de rubans , &c.
La Reine étant partie de Reineville de bonne
heure, arriva à Chaalons vers les 5. heures , et se
rendit ensuite au Château de Sary , où elle a sé-
journé. Son Entrée en cette Ville fut fort belle ,
plusieurs Brigades de Maréchaussées , comman-
dées par le Prévôt Géneral , étoient de la suite ;
deux Compagnies du Régiment de Pont et les
Pages de S. M. environnoient son Carosse ; M.
l'Evêque et M. l'Intendant précedoient , chacun
dans leur Chaise de poste , afin de recevoir S. M.
à Sary , cinq Carosses à six chevaux , dans les-
quels étoient les Dames et Seigneurs de la suite
de la Reine , & c. La Compagnie de l'Arquebuse
de Chaalons étoit sous les Armes à l'entrée de la
Ville , les Milices Bourgeoises bordoient les rues
jusqu'à la porte de la superbe Promenade dont on
a parlé.
S.M. fut reçue à Sary par les mêmes Personnes
qui s'y étoient trouvées lors du passage du Roy;
l'Evêque de Chaalons et le Marquis de Choi-
seul , curent l'honneur de lui présenter la main.
S. M. soupa à son petit couvert et se coucha
de bonne heure.
Le lendemain elle entendit la Messe à 11. heu-
res dans la Chapelle du Château , les Officiers de
Ville furent présentés à S. M. par le Marquis de
Choiseul, ils lui offrirent dans une corbeille très-
galamment ornée toutes sortes de confitures
seches.
G La
976 MERCURE DE FRANCE
La Reine dîna à son petit couvert à midy ;
elle reçut sur les cinq heutes les respects du R.P.
Baltus , Recteur des jésuites de Chaalons , &c.
Lorsque la Reine de Pologne eut fait ses dé-
pêches pour le Roy son Epoux , elle en chargea
le Marquis de Choiseul , et nomma en même-
temps Mad. son Epouse Dame de son Palais ;
M. de Choiseul en remercia S. M. dans des ter-
mes pleins de reconnoissance; il partit à l'instang
pour Luneville.
Le 7. Avril 5. M. entendit la Messe à dix heu
res , dîna une heure après à son petit couvert et
partit à midy.
On ne peut rien dire de plus obligeant que ce
que la Reine dit à l'Evêque , sur la réception
que lui a fait ce Prélat ; il fut remercié aussi par
la Comtesse de Linange et par les autres Sei-
gneurs et Dames de la Cour.
M. de Beaupré monra dans sa Chaise de poste
pour préceder S. M. à Vitry ; elle y arriva à 6.
heures du soir , escortée par un détachement de
la Maréchaussée.
L'élite de la Milice Bourgeoise sous les Armes
avec des cocardes blanches , formoit une double
haye dans les rues , jusqu'au logement de la Rei-
ne; le Marquis de Vilaine , Gouverneur de la
Ville étoit à la tête. S M. fut reçûë à la descen-
te de son Carosse par M. de la Galaiziere , In-
tendant de Lorraine et de Bar , qui lui donna la
main jusques dans son Apartement.
Les Maire et Echevins , qui furent présentés
par M. l'Intendant , offrirent leurs présens à la
Reine , ils furent très - bien reçus
elle admit en-
suite à son Audience plusieurs Officiers des Trou-
pes du Roy , elle en reconnut quelques- uns , et
leur donna des témoignages de son souvenir;le P.
Prieur
MAY.
1737.
977
Brieur de la Charité de cette Ville fut aussi ad-
mis à rendre ses respects à la Reine , il lui pré-
senta un Ananas d'une prodigieuse grosseur.
A huit heures S. M. soupa à son petit couvert,
il y cut cinq autres tables , dont l'une étoit de
30. couverts , et les autres de 25. et 20. qui fu-
sent servies avec une propreté et une délicatessé
qui passe tout ce qu'on peut imaginer.
L'attention de M. l'Intendant ne se borna pas
aux Personnes de distinction , il voulut que gé-
neralement tous les gens de la snite se ressentis-
sent de sa magnificence ; on cur servit un sou◄
pé convenable et force vin de Champagne.
Le lendeman , jour du départ , S. M. alla en-
tendre la Messe à sept heures à la Collégiale, elle
fut reçue à l'entrée de la principale porte par le
Chapitre , qui lui avoit fait préparer un tapis de
pied et un careau sur lequel la Reine se mit à
genoux pour baiser la Croix , qui lui fut présentée
par le Doyen , S. M. s'étant levée elle reçut l'Eau
benite ; ensuite le Doyen prononça ce Discours .
MADAME ,
Le Chapitre de l'Eglise Royale de cette Ville
rend avec un respectueux empressement ses très-
humbles devoirs à V.M.Nous allons , MADAME,
célebrer les saints Misteres pour demander à Dieu
la conservation de V. M. et le bonheur de toute la
Famille Royale , c'est aux seules Prieres que se ter
minent dans le Temple du Seigneur les Camplimens
des Ministres du Roy des Rois.
La Reine salua le Clergé qui l'accompagna
jusqu'à son Prie- Dieu , M. l'Intendant,donnoit
la main à S. M. La Messe finie , le Doyen à la
droite de la Reine , précedé de tout le Chapitre,
la conduisit jusqu'à son Carosse . M. l'Intendant
continua de donner la main à S. M. Au milieu
G ij
.
de
·
978 MERCURE DE FRANCE
de la Nef , elle eut la bonté de se tourner
du côté du Doyen , et lui dit : M. je vous
remercie et toute votre Compagnie , de la réception
gracieuse que vous m'avezfaite. Le Doyen lui ré-
pondit : MADA ME , nous désirons ardemment
que les Prieres que nous venons de faire pour V.M.
soient exaucées, nous avons prié de tout notre cœur.
Ensuite la Reine monta en Carosse pour se
rendre à S. Dizier , escortée par un détachement
de Maréchaussée , un instant après M. l'Inten-
dant partit en paste , afin de préceder S. M.
S. M. arriva le 11. sur les midy à S. Dizier ,
escortée d'un détachement de la Maréchaussée
de l'Arquebuse et les Milices Bourgeoises bor-
doient les rues ; cette Princesse logea au Château
que M. de Beaupré avoit fait meubler. Les Maire.
et Echevins qu'il présenta à la Reine , lui offri
rent leurs présens , et furent reçus très-gracieu-
sement.
S. M. dina à son petit couvert , elle fut servie
comme si elle cût mangé en public ;
il y eug
plusieurs autres tables également bien servies par
les soins de M. de Beaupré , S. M. partit à trois
heures pour aller coucher à Bar. Elle témoigna
à M. de Beaupré combien elle étoit satisfaite de
ses attentions , &c. Tous les Seigneurs et Dames
de sa Cour le complimenterent dans des termes
remplis de reconnoissance. Il a suivi S. M. jus◄
qu'à Bar.
Dès qu'on fut assuré que la Reine de Pologne
étoit arrivée sur la Frontiere de ses nouveaux
Etats, une nombreuse Compagnie de Chevaliers
proprement vétus d'un uniforme blanc avec pa-
remens rouges , alla à sa rencontre et revint le
même jour , marchant devant le Carosse de
S. M. au bruit des Instrumens Militaires,
Sur
MAY.
1737-
979
Sur le chemin , à quelque distance de Bar-le-
Duc , la Reine trouva une Compagnie de jeunes
Gens à pied , qui avoient passé la nuit sous des
Tentes , en attendant son arrivée. Cette Compa-
gnie formée à son honneur , lui servit d'escorte.
Lorsque la Reine arriva aux portes de la Ville,
elle y trouva environ trois mille Bourgeois qui
étoient rangés sous des Drapeaux magnifiques,
et qui la suivirent jusques au Château.
En entrant dans cette Place , elle fut compli-
mentée par M. le Commandant , et en avançant
un peu plus loin , elle parut agréablement sur-
prise d'un Spectacle que présentoit à ses yeux la
Jeunesse du College des Jésuites. Ces jeunes Gens
etoient partie à pied et partie à cheval . Ceux des
Classes inférieures , au nombre de quarante ,
étoient à pied , habillés à la Polonoise , ayans
tous un habit d'écarlate bordé de fourures d'her
mine,et sur l'habillement des écharpes de prix . Hs
avoient des bonnets rouges qui cachoient entie
rement leurs cheveux , et dont la pointe garnie
d'une frange d'argent , s'élevoit au - dessus d'une
fourure très- propre. Devant eux pendoient de
petits coutelas , et ils tenoient à la main des
Etendards très riches , les uns aux Armes de Pos
logne , de Leczinski , les autres aux Armes de
Lorraine et de Bar.
Ceux des Classes supérieures étoient à cheval
au nombre de 24. botés à la Połonoise , habillés
comme les autres d'écarlate , et portant des bon-
nets de même , mais ayant tous le Sabre à la
main.
Ces deux Corps étoient rangés dans la cour inte
rieure du Château sur deux lignes, en demi cercle,
ayant à une extremité leur Tambour , habillé à
la Romaine , et à une autre deux Clercs , dong
Giij
l'un
980 MERCURE DE FRANCE
P'un étoit à cheval , représentant tous les Clercs-
du College , et l'autre à pied , en manteau long,
qui se disposoit à parler. A leurs côtés étoient
Mrs les Militaires de la Garde , présentant les
Armes.
Aussi- tôt que la Reine fut près de ces jeunes:
Gens ainsi disposés , les premiers baisserent leurs
Erendarts pour la saluer ; ce qui se fit avec beau-
coup d'ordre et au grand contentement de S. M.
La Reine inonta ensuite dans son Apartement,
introduite par M. le Chancelier et Garde des
Sceaux , précedée de quelques - uns des Polonois,
qui portoient des Etendarts aux Armes de Bar.
Après que M. le Chancelier eut fait son com-
pliment , un Ecolier eut aussi l'honneur de com
plimenter Sa Majesté au nom du College..
La Reine répondit avec bonté : Je suis très-
sensible à votre Compliment , je vous en remercie ,
mais je veux voir encore une fois la Jeunesse Po-
lonoise.
Sur cela on donna ordre à cette Jeunesse de se
rendre dans l'Apartement de S. M. et là ces jeu-
nes Gens passant tous devant elle , les uns après-
les autres , ils eurent l'honneur de la saluer de
rechef avec l'Etendart.
Ils sortirent ensuite deux à deux et revinrent
avec les Cavaliers Polonois au College. Peu de
temps après le Canon du Château se fit entendre;
on ne doit pas oublier ici la maniere gracieuse
dont S. M. remercia la Noblesse et toutes les
Compagnies de cette Ville , qui étoient dans les
différentes Chambres de son Apartement , &c..
Elle leur témoigna qu'elle étoit très- satisfaite de.
leur zele et de tout ce qu'on faisoit pour elle .
Sur le soir , vers les huit heures , le Château
et toute la Ville étant illuminés , on tira un très-
beau
MAY.
1737.
981
beau Feu d'artifice , qu'on avoit artistement pla
cé sur un bâtiment à deux étages , orné de De-
vises à l'honneur du Roy et de la Reine , et sur-
monté d'une Renommée , qui tenoit d'ung main
les Armes de Pologne et de l'autre sa Trompete .
Après quoi la Reine se mit à table , et comme
elle a un grand fond de pieté et de religion, inal-
gré toutes ses fatigues et la délicatesse de son
tempérament , elle ne prit qu'une simple colla-
tion
Alors les Dames curent l'honneur de lui
faire la réverence, et en furent très gracieusement
reçûës.
Le lendemain 12. Avril , S. M. entendit la
Messe dans la Chapelle du Château , où elle fut
complimentée par le Doyen de certe Eglise.
Après avoir oui la Messe , elle monta dans
son Carosse. Aussi -tôt la Jeunesse Polonoise
qui avoit repris son premier poste , se mit en
marche sur deux lignes , ceux qui étoient à che-
val , marchant immédiatement devant le Caros-
se de la Reine , et ceux qui étoient à pied mar-
chant à la tête avec leurs Etendarts. Les autres
Carosses suivoient , bordés de la nouvelle Com-
pagnie à pied, et suivis d'une partie de la Bour-
geolie , tap iis que l'autre bordoit les rues .
On marcha dans cet ordre jusques hors de la
Ville, &c. La Reine fut de nouveau complimentée
au nom des Ecoliers Elle eur la bonté de dire plus
sieurs fois qu'elle étoit très- contente, et que ceux
qui étoient à pied pouvoient s'en retourner , ce
qu'ils firent à la suite de la Bourgeoisie.
Pour les autres qui étoient à cheval , ils eurent
l'honneur de marcher devant le Carosse de S. M.
jusqu'à la premiere Bourgade. La Compagnie
des Chevaliers qui avoient attendu la Reine ,
continua à l'accompagner jusques vers Ligny au
Giiij
bruig
982 MERCURE DE FRANCE
bruit des Trompettes et des Timbales. Ensuite
S. M. les remercia de la maniere du monde la
plus obligeante.
au sujet du Passage du Roy et de la Reine de
Pologne par la Champagne , en allant prendre
possession de leurs Etats de Lorraine. A Chaalons
chés
res
MAY.
1737
971
chés Seneuze , 1737. brochure in 4. de 12. pa-
ges. La Lettre est datée du 25. Avril.
L'Ecrivain déclare dabord avec modestie qu'on
ne doit s'atacher qu'à la vérité d.s faits qu'il ra-
porte et non à la délicatesse du stile. Il commen-
ce ainsi sa narration. Le Roy de Pologne partit
de Meudon en poste le premier Avril , ce Prince
n'a séjourné en aucun endroit , il vint coucher à
Mont-Saint- Pere, Terre limitrophe de cette Pro-
vince , qui apartient à M. Paris du Vernay.
De Mont-Saint-Pere,le Roy de Pologne se ren-
dit à Epernay , il fit l'honneur à M. d'Aubigny,
Lieutenant General et Subdelegué de M. l'Inten-
dant , de dîner chés lui.
Le Roy fit aussi l'honneur à M. de Saint Clair,
Chevalier de S. Louis , Exempt des Gardes du
Corps , Gendre de M. d'Aubigni , de le faire
manger à sa table. La Bourgeoisie qui étoit sous
ler Armes , bordoit les rues, et monta la garde
chés le Roy jusqu'au départ de Sa Majesté
Elle fut escortée d'abord par la Maréchaussée ;
une Compagnie du Régiment de Pont , Cavale
rie , qui est en quartier dans le Village d'Athie ,
conduisit ce Prince jusqu'à Jalon , une autre du
mêine Régiment releva cette premiere , ct l'accom-
pagna jusqu'à Aulnay; les Diles de ce Lieu , vétuës
galamment , et M. le Curé ensuite , complimen-
terent S. M. Voici l'un et l'autre de ces Compli
mens , et les Réponses du Roy de Pologne ; Pune
de ces Dlles s'étant avancée , dit avec beaucoup
de grace , en lui présentant le vin d'honneur .
SIRE , nous vous offrons au nom de nos Pe-
>
defoibles marques de leurs respects , nous ac-
compagnons notre offrande de vœux sinceres que
nous faisons pour votre santé puissiez- vous SIRE
Lorsque nous serons ayeules , recevoir de notre pos
terit
972 MERCURE DE FRANCE
terité les mêmes hommages , et voir la vôtre faire
le bonheur de l'Europe.
Le Roy de Pologne aplaudit en souriant à la
saillie de cette jeune personne , il lui souhai
ta l'accomplissement de ses désirs , dans les-
quels il lui dit qu'il se trouvoit fort interessé
ces Dlles s'étant éloignées , M. le Dieu , Curé
d'Aulnay, âgé de près de 80. ans, s'avança et dit.
SIRE , il y a long- temps que je vis, mais dans
le cours de mes années , je n'ai pas eû un jour si
flateur l'ai le bonheur de voir un grand Roy que
son Héroisme fait respecter de toutes les Nations
un Roy tojours égal à lui- même , malgré le concours
des évenemens les plus marqués , c'est le vrai ca-
ractere de la vertu ; nos vœux , SIRE , ont déja
été plusieurs fois portés jusqu'au Trône du Roy des
Rois pour la conservation et la prospérité de V. M.
Les François , SIRE , et moi en particulier , s'y
interessent sincerement et relativement à votre Per
sonne sacrée , et par reconnoissance pour le don que
le Ciel nous a fait de Monseigneur le Dauphin vo-
tre petit-Fils , qui assure le repos de cet Empire
je redoublerai mes prieres , SIRE , pour qu'une
parfaite sécurité pendant une longue suite d'années
vous conduise à la vie éternelle.
Le Roy parut satisfait de ce Compliment , il
en remercia fort gracieusement M. le Curé, et le
conjura de se ressouvenir de la promesse qu'il
lui faisoit de prier Dieu pour lui,
A la sortie du Bac d'Aulnay , de l'autre côté
de la Riviere de Marne, le Roy de Pologne trous
va une Brigade de la Maréchaussée qui l'escorta
jusqu'à Chaalons ; en chemin il trouva une au-
tre Compagnie du même Régiment de Pont, qui
augmenta l'escorte ; S. M. arriva en cette Ville
sur les quatre heures , précedé d'un nouveau dé-
tachement
MAY.
1737.
973
tachement de la Maréchaussée , commandé par
le Prévôt Géneral , et de deux Chaises de poste ,
dans lesquelles il y avoit deux Seigneurs de sa
Maison , plusieurs de ses Officiers suivoient à
cheval , le Carosse de M. de Beaupré , qui étoit
allé au- devant de S. M. venoit après , un troi-
siéme Escadron du Régiment de Pont fermoit la
marche. Le Roy passa au milieu d'une foule de
Peuple accourue de toutes parts pour voir S. M.
laquelle pour répondre à cet empressement,bais-
sa les glaces de sa Chaise et ordonna à son Pos-
tillon d'aller au petit pas.
De Chaalons, S. M. se rendit à Sary, Château
de M. l'Evêque, situé à l'extremité du Jard, pro-
menade la plus belle qu'il y ait dans aucune Vil-
le de France ; ce Château est très -beau et très-
commode ; on le concevra aisément en se rapel-
lant que les Evêques de Chaalons y ont toujours
reçu les Princes et Princesses du Sang, M. le Duc
d'Orleans et M. le Duc y ont été mariés .
M. l'Evêque , accompagné du Marquis de
Choiseul , Lieutenant Général de la Province ,
de l'Abbé de Saint Mémie , ses Freres , et des
Personnes les plus distinguées de Chaalons , re-
çut S. M. à la descente de sa Chaise ; ce Prélat
comptoit que le Roy de Pologne lui feroit l'hon-
neur de souper et coucher chés lui , mais com-
me il étoit encore de bonne heure , ce Prince
jugea à propos de ne s'arrêter qu'environ uns
heure, et d'aller à Saint Dizier
3
après avoir em-
brassé M. l'Evêque et lui avoir témoigné com-
bien il étoit sensible à sa politesse ; S. M. em-
brassa pareillement M. l'Intendant , et lui té-
moigna qu'elle étoit très-contente des attentions
qu'il avoit eues pour lui dans son Département.
L'Evêque de Chaalons présenta au Roy son
Neveu,
974 MERCURE DE FRANCE
Neveu , fils du Marquis de Choiseul , en lui di-
sant ,
qu'étant né en Lorraine il étoit du nom-
bre de ses Sujets , ce jeune Seigneur , qui joint à
une phisionomie des plus heureuses , beaucoup
d'esprit et de graces, servoit alors à boire à S.M.
qui avec cette douce et noble affabilité qui releve
toutes ses actions , dit, en mettant la main sur
l'épaule de cet aimable Enfant , J'en prends pos-
session avec bien du plaisir.
Les Officiers de Ville de Chaalons s'étant ren
dus à Sary , furent introduits auprès de S. M.
par M. l'Evêque , ils présenterent à ce Prince le
vin d'honneur, qu'il accepta ; ces Mrs et les Per
sonnes de consideration qui s'étoient rendus à
Sary , furent invités par M. l'Evêque d'y rester
au soupé, qui étoit destiné pour S. M. De Sary ,
le Roy se rendit à Saint Dizier , & c .
La Reine de Pologne partit de Meudon le 3.
Avril et arriva à 7 heures du soir au Château de
Congy, qui apartient à M,de Chasot , Président
à Mortier au Parlement de Metz ; Ș. A. S. Ma-
demoiselle de Clermont y logea en 1725 , lors-
qu'elle alla à Strasbourg pour le Mariage de la
Reine. M. l'Intendant reçut la Reine de Pologne
à la descente de son Carosse , que tous les Habi-
tans de ce Lieu entouroient ; les femmes offri-
rent leur présent à S. M. qui consistoit en un
Mouton orné d'une infinité de rubans, & c. sur les
huit heures la R. de P. soupa à son petit couverts
on ne fera point le détail des differens mets qui
furent servis avec une délicatesse et une attention
infinies de la part de M.l'Intendant , qui fit aussi
servir à soupé aux Seigneurs et Dames de la sui-
te de S. M.
Le lendemain la Reine de Pol. après avoir en
tendu la Messe , partit pour Sary. Elle alla dîner
au
MAY.
1737.
975
u Château de Reineville , à cinq lieues de Chaa-
lons . M. de Beaupré avoit cû soin que tout y
für en abondance; l'Evêque s'y étant aussi rendu,
i's reçurent S. M. à la descente de son Ca-
rosse ; plusieurs femmes en habit des bonnes Fê.
tes , présenterent à la Reine un Lapin blanc ,
orné de rubans , &c.
La Reine étant partie de Reineville de bonne
heure, arriva à Chaalons vers les 5. heures , et se
rendit ensuite au Château de Sary , où elle a sé-
journé. Son Entrée en cette Ville fut fort belle ,
plusieurs Brigades de Maréchaussées , comman-
dées par le Prévôt Géneral , étoient de la suite ;
deux Compagnies du Régiment de Pont et les
Pages de S. M. environnoient son Carosse ; M.
l'Evêque et M. l'Intendant précedoient , chacun
dans leur Chaise de poste , afin de recevoir S. M.
à Sary , cinq Carosses à six chevaux , dans les-
quels étoient les Dames et Seigneurs de la suite
de la Reine , & c. La Compagnie de l'Arquebuse
de Chaalons étoit sous les Armes à l'entrée de la
Ville , les Milices Bourgeoises bordoient les rues
jusqu'à la porte de la superbe Promenade dont on
a parlé.
S.M. fut reçue à Sary par les mêmes Personnes
qui s'y étoient trouvées lors du passage du Roy;
l'Evêque de Chaalons et le Marquis de Choi-
seul , curent l'honneur de lui présenter la main.
S. M. soupa à son petit couvert et se coucha
de bonne heure.
Le lendemain elle entendit la Messe à 11. heu-
res dans la Chapelle du Château , les Officiers de
Ville furent présentés à S. M. par le Marquis de
Choiseul, ils lui offrirent dans une corbeille très-
galamment ornée toutes sortes de confitures
seches.
G La
976 MERCURE DE FRANCE
La Reine dîna à son petit couvert à midy ;
elle reçut sur les cinq heutes les respects du R.P.
Baltus , Recteur des jésuites de Chaalons , &c.
Lorsque la Reine de Pologne eut fait ses dé-
pêches pour le Roy son Epoux , elle en chargea
le Marquis de Choiseul , et nomma en même-
temps Mad. son Epouse Dame de son Palais ;
M. de Choiseul en remercia S. M. dans des ter-
mes pleins de reconnoissance; il partit à l'instang
pour Luneville.
Le 7. Avril 5. M. entendit la Messe à dix heu
res , dîna une heure après à son petit couvert et
partit à midy.
On ne peut rien dire de plus obligeant que ce
que la Reine dit à l'Evêque , sur la réception
que lui a fait ce Prélat ; il fut remercié aussi par
la Comtesse de Linange et par les autres Sei-
gneurs et Dames de la Cour.
M. de Beaupré monra dans sa Chaise de poste
pour préceder S. M. à Vitry ; elle y arriva à 6.
heures du soir , escortée par un détachement de
la Maréchaussée.
L'élite de la Milice Bourgeoise sous les Armes
avec des cocardes blanches , formoit une double
haye dans les rues , jusqu'au logement de la Rei-
ne; le Marquis de Vilaine , Gouverneur de la
Ville étoit à la tête. S M. fut reçûë à la descen-
te de son Carosse par M. de la Galaiziere , In-
tendant de Lorraine et de Bar , qui lui donna la
main jusques dans son Apartement.
Les Maire et Echevins , qui furent présentés
par M. l'Intendant , offrirent leurs présens à la
Reine , ils furent très - bien reçus
elle admit en-
suite à son Audience plusieurs Officiers des Trou-
pes du Roy , elle en reconnut quelques- uns , et
leur donna des témoignages de son souvenir;le P.
Prieur
MAY.
1737.
977
Brieur de la Charité de cette Ville fut aussi ad-
mis à rendre ses respects à la Reine , il lui pré-
senta un Ananas d'une prodigieuse grosseur.
A huit heures S. M. soupa à son petit couvert,
il y cut cinq autres tables , dont l'une étoit de
30. couverts , et les autres de 25. et 20. qui fu-
sent servies avec une propreté et une délicatessé
qui passe tout ce qu'on peut imaginer.
L'attention de M. l'Intendant ne se borna pas
aux Personnes de distinction , il voulut que gé-
neralement tous les gens de la snite se ressentis-
sent de sa magnificence ; on cur servit un sou◄
pé convenable et force vin de Champagne.
Le lendeman , jour du départ , S. M. alla en-
tendre la Messe à sept heures à la Collégiale, elle
fut reçue à l'entrée de la principale porte par le
Chapitre , qui lui avoit fait préparer un tapis de
pied et un careau sur lequel la Reine se mit à
genoux pour baiser la Croix , qui lui fut présentée
par le Doyen , S. M. s'étant levée elle reçut l'Eau
benite ; ensuite le Doyen prononça ce Discours .
MADAME ,
Le Chapitre de l'Eglise Royale de cette Ville
rend avec un respectueux empressement ses très-
humbles devoirs à V.M.Nous allons , MADAME,
célebrer les saints Misteres pour demander à Dieu
la conservation de V. M. et le bonheur de toute la
Famille Royale , c'est aux seules Prieres que se ter
minent dans le Temple du Seigneur les Camplimens
des Ministres du Roy des Rois.
La Reine salua le Clergé qui l'accompagna
jusqu'à son Prie- Dieu , M. l'Intendant,donnoit
la main à S. M. La Messe finie , le Doyen à la
droite de la Reine , précedé de tout le Chapitre,
la conduisit jusqu'à son Carosse . M. l'Intendant
continua de donner la main à S. M. Au milieu
G ij
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de
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978 MERCURE DE FRANCE
de la Nef , elle eut la bonté de se tourner
du côté du Doyen , et lui dit : M. je vous
remercie et toute votre Compagnie , de la réception
gracieuse que vous m'avezfaite. Le Doyen lui ré-
pondit : MADA ME , nous désirons ardemment
que les Prieres que nous venons de faire pour V.M.
soient exaucées, nous avons prié de tout notre cœur.
Ensuite la Reine monta en Carosse pour se
rendre à S. Dizier , escortée par un détachement
de Maréchaussée , un instant après M. l'Inten-
dant partit en paste , afin de préceder S. M.
S. M. arriva le 11. sur les midy à S. Dizier ,
escortée d'un détachement de la Maréchaussée
de l'Arquebuse et les Milices Bourgeoises bor-
doient les rues ; cette Princesse logea au Château
que M. de Beaupré avoit fait meubler. Les Maire.
et Echevins qu'il présenta à la Reine , lui offri
rent leurs présens , et furent reçus très-gracieu-
sement.
S. M. dina à son petit couvert , elle fut servie
comme si elle cût mangé en public ;
il y eug
plusieurs autres tables également bien servies par
les soins de M. de Beaupré , S. M. partit à trois
heures pour aller coucher à Bar. Elle témoigna
à M. de Beaupré combien elle étoit satisfaite de
ses attentions , &c. Tous les Seigneurs et Dames
de sa Cour le complimenterent dans des termes
remplis de reconnoissance. Il a suivi S. M. jus◄
qu'à Bar.
Dès qu'on fut assuré que la Reine de Pologne
étoit arrivée sur la Frontiere de ses nouveaux
Etats, une nombreuse Compagnie de Chevaliers
proprement vétus d'un uniforme blanc avec pa-
remens rouges , alla à sa rencontre et revint le
même jour , marchant devant le Carosse de
S. M. au bruit des Instrumens Militaires,
Sur
MAY.
1737-
979
Sur le chemin , à quelque distance de Bar-le-
Duc , la Reine trouva une Compagnie de jeunes
Gens à pied , qui avoient passé la nuit sous des
Tentes , en attendant son arrivée. Cette Compa-
gnie formée à son honneur , lui servit d'escorte.
Lorsque la Reine arriva aux portes de la Ville,
elle y trouva environ trois mille Bourgeois qui
étoient rangés sous des Drapeaux magnifiques,
et qui la suivirent jusques au Château.
En entrant dans cette Place , elle fut compli-
mentée par M. le Commandant , et en avançant
un peu plus loin , elle parut agréablement sur-
prise d'un Spectacle que présentoit à ses yeux la
Jeunesse du College des Jésuites. Ces jeunes Gens
etoient partie à pied et partie à cheval . Ceux des
Classes inférieures , au nombre de quarante ,
étoient à pied , habillés à la Polonoise , ayans
tous un habit d'écarlate bordé de fourures d'her
mine,et sur l'habillement des écharpes de prix . Hs
avoient des bonnets rouges qui cachoient entie
rement leurs cheveux , et dont la pointe garnie
d'une frange d'argent , s'élevoit au - dessus d'une
fourure très- propre. Devant eux pendoient de
petits coutelas , et ils tenoient à la main des
Etendards très riches , les uns aux Armes de Pos
logne , de Leczinski , les autres aux Armes de
Lorraine et de Bar.
Ceux des Classes supérieures étoient à cheval
au nombre de 24. botés à la Połonoise , habillés
comme les autres d'écarlate , et portant des bon-
nets de même , mais ayant tous le Sabre à la
main.
Ces deux Corps étoient rangés dans la cour inte
rieure du Château sur deux lignes, en demi cercle,
ayant à une extremité leur Tambour , habillé à
la Romaine , et à une autre deux Clercs , dong
Giij
l'un
980 MERCURE DE FRANCE
P'un étoit à cheval , représentant tous les Clercs-
du College , et l'autre à pied , en manteau long,
qui se disposoit à parler. A leurs côtés étoient
Mrs les Militaires de la Garde , présentant les
Armes.
Aussi- tôt que la Reine fut près de ces jeunes:
Gens ainsi disposés , les premiers baisserent leurs
Erendarts pour la saluer ; ce qui se fit avec beau-
coup d'ordre et au grand contentement de S. M.
La Reine inonta ensuite dans son Apartement,
introduite par M. le Chancelier et Garde des
Sceaux , précedée de quelques - uns des Polonois,
qui portoient des Etendarts aux Armes de Bar.
Après que M. le Chancelier eut fait son com-
pliment , un Ecolier eut aussi l'honneur de com
plimenter Sa Majesté au nom du College..
La Reine répondit avec bonté : Je suis très-
sensible à votre Compliment , je vous en remercie ,
mais je veux voir encore une fois la Jeunesse Po-
lonoise.
Sur cela on donna ordre à cette Jeunesse de se
rendre dans l'Apartement de S. M. et là ces jeu-
nes Gens passant tous devant elle , les uns après-
les autres , ils eurent l'honneur de la saluer de
rechef avec l'Etendart.
Ils sortirent ensuite deux à deux et revinrent
avec les Cavaliers Polonois au College. Peu de
temps après le Canon du Château se fit entendre;
on ne doit pas oublier ici la maniere gracieuse
dont S. M. remercia la Noblesse et toutes les
Compagnies de cette Ville , qui étoient dans les
différentes Chambres de son Apartement , &c..
Elle leur témoigna qu'elle étoit très- satisfaite de.
leur zele et de tout ce qu'on faisoit pour elle .
Sur le soir , vers les huit heures , le Château
et toute la Ville étant illuminés , on tira un très-
beau
MAY.
1737.
981
beau Feu d'artifice , qu'on avoit artistement pla
cé sur un bâtiment à deux étages , orné de De-
vises à l'honneur du Roy et de la Reine , et sur-
monté d'une Renommée , qui tenoit d'ung main
les Armes de Pologne et de l'autre sa Trompete .
Après quoi la Reine se mit à table , et comme
elle a un grand fond de pieté et de religion, inal-
gré toutes ses fatigues et la délicatesse de son
tempérament , elle ne prit qu'une simple colla-
tion
Alors les Dames curent l'honneur de lui
faire la réverence, et en furent très gracieusement
reçûës.
Le lendemain 12. Avril , S. M. entendit la
Messe dans la Chapelle du Château , où elle fut
complimentée par le Doyen de certe Eglise.
Après avoir oui la Messe , elle monta dans
son Carosse. Aussi -tôt la Jeunesse Polonoise
qui avoit repris son premier poste , se mit en
marche sur deux lignes , ceux qui étoient à che-
val , marchant immédiatement devant le Caros-
se de la Reine , et ceux qui étoient à pied mar-
chant à la tête avec leurs Etendarts. Les autres
Carosses suivoient , bordés de la nouvelle Com-
pagnie à pied, et suivis d'une partie de la Bour-
geolie , tap iis que l'autre bordoit les rues .
On marcha dans cet ordre jusques hors de la
Ville, &c. La Reine fut de nouveau complimentée
au nom des Ecoliers Elle eur la bonté de dire plus
sieurs fois qu'elle étoit très- contente, et que ceux
qui étoient à pied pouvoient s'en retourner , ce
qu'ils firent à la suite de la Bourgeoisie.
Pour les autres qui étoient à cheval , ils eurent
l'honneur de marcher devant le Carosse de S. M.
jusqu'à la premiere Bourgade. La Compagnie
des Chevaliers qui avoient attendu la Reine ,
continua à l'accompagner jusques vers Ligny au
Giiij
bruig
982 MERCURE DE FRANCE
bruit des Trompettes et des Timbales. Ensuite
S. M. les remercia de la maniere du monde la
plus obligeante.
Fermer
2892
p. 982-984
« Pierre Gissey, Libraire et Imprimeur, ruë de la vieille Bouclerie, débite depuis quelque temps [...] »
Début :
Pierre Gissey, Libraire et Imprimeur, ruë de la vieille Bouclerie, débite depuis quelque temps [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pierre Gissey, Libraire et Imprimeur, ruë de la vieille Bouclerie, débite depuis quelque temps [...] »
Pierre Gissey, Libraire et Imprimeur, ruë de
la vieille Bouclerie, débite depuis quelque temps
des Feuilles Périodiques , qui paroissent tous les
Mardis , et dont voici le titre : Reflexions sur les
Ouvrages de Litterature. Il paroît que deux Au-
reurs ont travaillé aux Feuilles qui composent le
premier volume , et que le second , dont le stile
est plus élegant et plus correct , mérite encore
plus l'estime du Public. L'Auteur de cette con-
tinuation fournit sa carriere avec plus de succès ;
sa Critique est instructive et agréable. Il juge
sainement des Livres modernes , et entremêle des
refléxions interessantes. Dans la premiere Füle
du second volume il expose ainsi son sentiment
sur la Critique.
99
D
>> Quel ton faut-il prendre en critiquant ? Si
l'on s'en raporte au bon sens , qui est l'œil de
l'esprit , il faut proportionner le ton à l'Ouvra-
ge qu'on discute ; s'il est sérieux ou dogmati-
" que les graces austeres , le stile ferme et sou-
tenu , sont alors de saison , et rien ne seroit
plus ridicule que la demangeaison de plaisanter.
" Veut-on aprécier le mérite d'un Ouvrage d'es-
55
prit ? les tours vifs et ingenieux , le sel attique
" et les jeux de l'imagination doivent assaisonner
כל
59
la Critique et les louanges. Mais le fiel et l'en-
vie d'élever sa réputation sur les ruines de celle
d'autrui , ne doivent jamais se faire sentir. La
probité , la droiture du cœur et la politesse ,
» sont les plus beaux ornemens de la Critique .
Quelle étrange situation pour celui qui se livre
à ce dangereux métier ! La plupart des Lec-
teurs
32
MAY.
1737.
983
teurs veulent être instruits d'une maniere
agréable ; ils exigent des traits vifs et hardis ,.
des ironies legeres, des tours figurés et expres-
" sifs , des saillies heureuses et même des Paro-
dies courtes , mais fines , du ridicule. Au con-
* traire l'Auteur crie à l'injustice, se plaint qu'on
→ cherche à divertir le Public à ses dépens , et vo-
mit un torrent d'injures. Faut-il que pour
lui plaire le Critique laisse dormir son imagi-
nation , et s'expose au danger certain d'en-
" nuyer ses Lecteurs par de tristes et froides re-
" fléxions ? En vain donneroit- on ce conseil au
Critique , il ne le suivroit pas , sçachant com-
» bien il est de son interêt d'égayer son Dis-
cours. Mais on a droit de lui prescrire une im-
partialité rigide , l'observation des regles de
" l'honnêteté et de la bienséance, et une sincerité-
qui ne se démente jamais . Heureux le Critique
qui ne fait jamais briller son esprit aux dépens
» de son cœur ! Sûr du suffrage du Public , il ob-
"tiendra l'aprobation de l'Auteur même , lors-
DJ que son ressentiment sera éteint.
Dans la cinquiéme Feuille , l'Auteur des Re-
fléxions s'explique ainsi à l'occasion d'un Libelle.
Rien de plus déplorable que l'abus des talens
de l'esprit dans les disputes où les Gens de Let-
» tres ne devroient se proposer que la perfection
» du goût et de la raison . A en juger par les in-
jures dont ils s'accablent , on croiroit que les
Belles- Lettres , loin de communiquer plus de
politesse et de modération , ne servent qu'à en'
étouffer les précieuses semences. Quelle idée
» veulent- ils que le Public se forme de leurs
" études et de leur éducation , lorsqu'il les voit
braver sans pudeur les loix de l'honnêteté er
de la bienséance
Ces procedés indigues ren-.
GY > deng
981 MERCURE DE FRANCE
» dent méprisables les Lettres et ceux qui fons
D
33
*
profession de les cultiver ... Je conviens que
le genre polemique doit être assaisonné d'un
» peu de sel, mais ce sel ne doit Fas être mordi-
33
cant , c'est à Venus et aux Graces de le prépa
rer ,pour rendre plus vif le goût de la raison .
Chercher à flatter la malignité des Lecteurs
> c'est se défier de la force et de la justesse des
39.
» raisonnemens qu'on leur présente , et révolter
toutes les personnes sensées. Je ne métonne pas
que des gens indignés des excès de la Critique,
l'ayent regardée comme une invention du Dia-
» ble. Omnino credo Diabolum esse Auctorem
" Critices , disoit David Pareus , maltraité par
» Joseph Scaliger. L'Auteur ne s'écarte point de
ces Regles judicieuses. Les dernieres Feuilles de
cet Ouvrage , sur tout , sont très-interessantes et
fort instructives ; toutes les personnes de goût
qui les ont lûës , ont jugé que peut- être elles ne
le cédoient pas aux autres Ouvrages qui parois-
sent dans le même goût.
la vieille Bouclerie, débite depuis quelque temps
des Feuilles Périodiques , qui paroissent tous les
Mardis , et dont voici le titre : Reflexions sur les
Ouvrages de Litterature. Il paroît que deux Au-
reurs ont travaillé aux Feuilles qui composent le
premier volume , et que le second , dont le stile
est plus élegant et plus correct , mérite encore
plus l'estime du Public. L'Auteur de cette con-
tinuation fournit sa carriere avec plus de succès ;
sa Critique est instructive et agréable. Il juge
sainement des Livres modernes , et entremêle des
refléxions interessantes. Dans la premiere Füle
du second volume il expose ainsi son sentiment
sur la Critique.
99
D
>> Quel ton faut-il prendre en critiquant ? Si
l'on s'en raporte au bon sens , qui est l'œil de
l'esprit , il faut proportionner le ton à l'Ouvra-
ge qu'on discute ; s'il est sérieux ou dogmati-
" que les graces austeres , le stile ferme et sou-
tenu , sont alors de saison , et rien ne seroit
plus ridicule que la demangeaison de plaisanter.
" Veut-on aprécier le mérite d'un Ouvrage d'es-
55
prit ? les tours vifs et ingenieux , le sel attique
" et les jeux de l'imagination doivent assaisonner
כל
59
la Critique et les louanges. Mais le fiel et l'en-
vie d'élever sa réputation sur les ruines de celle
d'autrui , ne doivent jamais se faire sentir. La
probité , la droiture du cœur et la politesse ,
» sont les plus beaux ornemens de la Critique .
Quelle étrange situation pour celui qui se livre
à ce dangereux métier ! La plupart des Lec-
teurs
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MAY.
1737.
983
teurs veulent être instruits d'une maniere
agréable ; ils exigent des traits vifs et hardis ,.
des ironies legeres, des tours figurés et expres-
" sifs , des saillies heureuses et même des Paro-
dies courtes , mais fines , du ridicule. Au con-
* traire l'Auteur crie à l'injustice, se plaint qu'on
→ cherche à divertir le Public à ses dépens , et vo-
mit un torrent d'injures. Faut-il que pour
lui plaire le Critique laisse dormir son imagi-
nation , et s'expose au danger certain d'en-
" nuyer ses Lecteurs par de tristes et froides re-
" fléxions ? En vain donneroit- on ce conseil au
Critique , il ne le suivroit pas , sçachant com-
» bien il est de son interêt d'égayer son Dis-
cours. Mais on a droit de lui prescrire une im-
partialité rigide , l'observation des regles de
" l'honnêteté et de la bienséance, et une sincerité-
qui ne se démente jamais . Heureux le Critique
qui ne fait jamais briller son esprit aux dépens
» de son cœur ! Sûr du suffrage du Public , il ob-
"tiendra l'aprobation de l'Auteur même , lors-
DJ que son ressentiment sera éteint.
Dans la cinquiéme Feuille , l'Auteur des Re-
fléxions s'explique ainsi à l'occasion d'un Libelle.
Rien de plus déplorable que l'abus des talens
de l'esprit dans les disputes où les Gens de Let-
» tres ne devroient se proposer que la perfection
» du goût et de la raison . A en juger par les in-
jures dont ils s'accablent , on croiroit que les
Belles- Lettres , loin de communiquer plus de
politesse et de modération , ne servent qu'à en'
étouffer les précieuses semences. Quelle idée
» veulent- ils que le Public se forme de leurs
" études et de leur éducation , lorsqu'il les voit
braver sans pudeur les loix de l'honnêteté er
de la bienséance
Ces procedés indigues ren-.
GY > deng
981 MERCURE DE FRANCE
» dent méprisables les Lettres et ceux qui fons
D
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*
profession de les cultiver ... Je conviens que
le genre polemique doit être assaisonné d'un
» peu de sel, mais ce sel ne doit Fas être mordi-
33
cant , c'est à Venus et aux Graces de le prépa
rer ,pour rendre plus vif le goût de la raison .
Chercher à flatter la malignité des Lecteurs
> c'est se défier de la force et de la justesse des
39.
» raisonnemens qu'on leur présente , et révolter
toutes les personnes sensées. Je ne métonne pas
que des gens indignés des excès de la Critique,
l'ayent regardée comme une invention du Dia-
» ble. Omnino credo Diabolum esse Auctorem
" Critices , disoit David Pareus , maltraité par
» Joseph Scaliger. L'Auteur ne s'écarte point de
ces Regles judicieuses. Les dernieres Feuilles de
cet Ouvrage , sur tout , sont très-interessantes et
fort instructives ; toutes les personnes de goût
qui les ont lûës , ont jugé que peut- être elles ne
le cédoient pas aux autres Ouvrages qui parois-
sent dans le même goût.
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2893
p. 984
« CATALOGUE des Livres de feuë Madame la Comtesse de Verruë, dont la vente se fera en [...] »
Début :
CATALOGUE des Livres de feuë Madame la Comtesse de Verruë, dont la vente se fera en [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CATALOGUE des Livres de feuë Madame la Comtesse de Verruë, dont la vente se fera en [...] »
CATALOGUE des Livres de feuë Madame la
Comtesse de Verruë, dont la vente se fera en
détail en son Hôtel , rue du Cherche- Midy , le
12 juin 1737. et jours suivans . A Paris , ruë
Arts , établie à Pau , distribuera le premier Fé
3
S. Jacques , chés Gabr. Martin , in 8. de 2408-
pages.
Comtesse de Verruë, dont la vente se fera en
détail en son Hôtel , rue du Cherche- Midy , le
12 juin 1737. et jours suivans . A Paris , ruë
Arts , établie à Pau , distribuera le premier Fé
3
S. Jacques , chés Gabr. Martin , in 8. de 2408-
pages.
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2894
p. 984-985
Prix pour l'Académie des Sciences établie à Pau, &c. [titre d'après la table]
Début :
L'ACADEMIE des Sciences et des Beaux-Arts, établie à Pau, distribuera le premier Février [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix pour l'Académie des Sciences établie à Pau, &c. [titre d'après la table]
L'ACADEMIE des Sciences et des Beaux-Arts, établie à Pau, distribuera le premier Février 1738 le Prix d'une Médaille d'or à l'Ou
vrage en Prose ou en Vers , qu'elle jugera le mé--
riters lequel ne sera pas de plus d'une
mie
heure de lecture.. Le Sujet proposé est : Quelles :
sompt
MA Y.
1737.
9 ཎཾ ;
sont les qualités les plus désirables dans la Societé,
celles de l'esprit où celles du cœur. On adressera
jusqu'au mois de Novembre inclusivement les
Pieces affranchies , à M. d'Hegobure , Secretaire
de l'Académie. On mettra au bas de l'Ouvrage
une Sentence, laquelle sera repetée au-dessus d'un
Billet cacheté , dans lequel sera le nom de l'Au-
teur.
vrage en Prose ou en Vers , qu'elle jugera le mé--
riters lequel ne sera pas de plus d'une
mie
heure de lecture.. Le Sujet proposé est : Quelles :
sompt
MA Y.
1737.
9 ཎཾ ;
sont les qualités les plus désirables dans la Societé,
celles de l'esprit où celles du cœur. On adressera
jusqu'au mois de Novembre inclusivement les
Pieces affranchies , à M. d'Hegobure , Secretaire
de l'Académie. On mettra au bas de l'Ouvrage
une Sentence, laquelle sera repetée au-dessus d'un
Billet cacheté , dans lequel sera le nom de l'Au-
teur.
Fermer
2895
p. 985
Académie Royale de Soissons, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Lundi 29. Avril, l'Académie Royale de Soissons, tint son Assemblée publique dans le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Académie Royale de Soissons, &c. [titre d'après la table]
Le Lundi 29. Avril, l'Académie Royale de
Soissons, tint son Assemblée publique dans le
Palais Episcopal. M. Vernier, Directeur de cette
Académie , en fit l'ouverture par un sçavant Dis-
Cours , après lequel on fit la lecture de la Dis-
sertation qui avoit remporté le Prix , dont le
Sujet étoit : L'Epoque de l'établissement de la Re-
ligion Chrétienne dans le Soissonnois , et les progrès`
du Christianisme dans le même Pays , avec le nom
des premiers Evêques de Soissons et la durée de leur
Episcopat jusqu'à la fin du quatrieme siecle Cette
Dissertation fut déclarée être de M. le Beuf,
Chanoine et Sous- Chantre de l'Eglise d'Auxerre,
qui étoit présent à l'Assemblée. M. l'Evêque ,
Instituteur de ce Prix , lui remit une Médaille
d'or toute semblable à celle dont nous avons fait
la description dans les années précedentes, excep-
té que dans l'Exergue on lit M. DCC. XXXVII.
Soissons, tint son Assemblée publique dans le
Palais Episcopal. M. Vernier, Directeur de cette
Académie , en fit l'ouverture par un sçavant Dis-
Cours , après lequel on fit la lecture de la Dis-
sertation qui avoit remporté le Prix , dont le
Sujet étoit : L'Epoque de l'établissement de la Re-
ligion Chrétienne dans le Soissonnois , et les progrès`
du Christianisme dans le même Pays , avec le nom
des premiers Evêques de Soissons et la durée de leur
Episcopat jusqu'à la fin du quatrieme siecle Cette
Dissertation fut déclarée être de M. le Beuf,
Chanoine et Sous- Chantre de l'Eglise d'Auxerre,
qui étoit présent à l'Assemblée. M. l'Evêque ,
Instituteur de ce Prix , lui remit une Médaille
d'or toute semblable à celle dont nous avons fait
la description dans les années précedentes, excep-
té que dans l'Exergue on lit M. DCC. XXXVII.
Fermer
2896
p. 985-986
Séance publique de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Mardy 30. l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, tint sa Séance publique [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Séance publique de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, &c. [titre d'après la table]
Le Mardy 30. l'Académie Royale des Inscriptions
et Belles-Lettres, tint sa Séance publique
d'après Pâques. M. le Cardinal de Polignac pré-
sida à cette Assemblée , et déclara que M. l'Abbé'
Goujet , Chanoine de S. Jacques de l'Hôpital à
Paris , avoit remporté le Prix sur le sujer pro-
posé l'année derniere par cette Académie , qui
étoit l'Etat des Lettres en France depuis la mort
Govj
de
986 MERCURE DE FRANCE
de Charlemagnejusqu'au regne du Roy Robert. Ce
Abbé se présenta et reçut des mains de son Emi-
nepce la Médaille d'or de la valeur de 400. liv.
Ensuite M. de Foncemagne , Membre de l'A
cadémie , et l'un des 40. de l'Académie Françoi-
se , lut pour M. de Nicolay , une Dissertation sur
les Rois d'Epire et,sur tout, sur la Vie d'Alexandre
Molossus , oncle d'Alexandre le Grand. Cette
Dissertation fit grand plaisir à toute l'Assemblée.
qui l'a trouvée bien écrite et pleine de recher-
ches très curieuses. Elle fut suivie d'une Disser-
tation que M. Racine lut sur l'harmonie des
Vers François et sur la Rime , où il fit voir que
l'invention de la Rime est aussi ancienne que
celle de la Poësie même , et qu'elle a été connue
de tous les Peuples , même des Romains , qui
prenoient quelquefois pour un ornement de faire
rimer les Hémistiches de leurs Vers , sur tout
des Pentametres ; ce qu'il confirma par plusieurs
exemples , tirés des meilleurs Poëtes Latins.
M. l'Abbé Sallier lut ensuite pour M. Lance
lot , un Mémoire sur la véritable date du Maria-
&e de Charles VIII. et d'Anne de Bretagne. En
fin la Séance fut terminée par une Dissertation
que M. de Foncemagne lut pour M. de la Curne
de Sainte-Palaye , sur les Poisies de Froissard
Cette Dissertation et quelques Morceaux choisis
de cesPoësies, parurent faire plaisir à l'Assemblée .
et Belles-Lettres, tint sa Séance publique
d'après Pâques. M. le Cardinal de Polignac pré-
sida à cette Assemblée , et déclara que M. l'Abbé'
Goujet , Chanoine de S. Jacques de l'Hôpital à
Paris , avoit remporté le Prix sur le sujer pro-
posé l'année derniere par cette Académie , qui
étoit l'Etat des Lettres en France depuis la mort
Govj
de
986 MERCURE DE FRANCE
de Charlemagnejusqu'au regne du Roy Robert. Ce
Abbé se présenta et reçut des mains de son Emi-
nepce la Médaille d'or de la valeur de 400. liv.
Ensuite M. de Foncemagne , Membre de l'A
cadémie , et l'un des 40. de l'Académie Françoi-
se , lut pour M. de Nicolay , une Dissertation sur
les Rois d'Epire et,sur tout, sur la Vie d'Alexandre
Molossus , oncle d'Alexandre le Grand. Cette
Dissertation fit grand plaisir à toute l'Assemblée.
qui l'a trouvée bien écrite et pleine de recher-
ches très curieuses. Elle fut suivie d'une Disser-
tation que M. Racine lut sur l'harmonie des
Vers François et sur la Rime , où il fit voir que
l'invention de la Rime est aussi ancienne que
celle de la Poësie même , et qu'elle a été connue
de tous les Peuples , même des Romains , qui
prenoient quelquefois pour un ornement de faire
rimer les Hémistiches de leurs Vers , sur tout
des Pentametres ; ce qu'il confirma par plusieurs
exemples , tirés des meilleurs Poëtes Latins.
M. l'Abbé Sallier lut ensuite pour M. Lance
lot , un Mémoire sur la véritable date du Maria-
&e de Charles VIII. et d'Anne de Bretagne. En
fin la Séance fut terminée par une Dissertation
que M. de Foncemagne lut pour M. de la Curne
de Sainte-Palaye , sur les Poisies de Froissard
Cette Dissertation et quelques Morceaux choisis
de cesPoësies, parurent faire plaisir à l'Assemblée .
Fermer
2897
p. 986-991
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences.
Début :
Feu M. Roüillé de Meslay , ancien Conseiller au Parlement de Paris, ayant conçu le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences.
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences.
Feu M. Roüillé de Meslay , ancien Conseiller
au Parlement de Paris, ayant conçu le
noble dessein de contribuer au progrès des Scien--
ces et à l'utilité que le Public en pouvoit retirer,
a legué à l'Académie Royale des Sciences un
fonds
M A Y.
1737.
987
fonds pour deux Prix qui seront distribués à
ceux , qui , au jugement de cette Compagnie ,
auront le mieux réussi sur deux differentes sor-
tes de Sujets , qu'il a indiqués dans son Testa-
ment , et dont il a donné des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistê-
me general du Monde et l'Astronomie Physique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux ter-
mes du Testament , et se distribuer tous les ans.
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considérable , et il sera de 2500. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navi-
gation et le Commerce.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et se-
ra
de 2000. livres.
Plusieurs excellentes Pieces que l'Académie a
reçûës cette année sur le sujet des Ancres , sont
le fruit du délai auquel elle se détermina en 1735.
Cependant ayant divisé ce Sujet en trois Parties
differentes qui devoient faire l'objet d'autant de
Prix, elle n'a pas trouvé des Pieces d'un égal mé-
rite pour tous les trois. La figure des Ancres ,
comme plus susceptible de l'aplication de la
Géométrie , est la partie qui en a fourni davan-
tage , et les meilleures, Celle de la Forge et de la
fabrique des Ancres , n'en a donné qu'un petit
nombre ; et l'épreuve dès Ancres n'en a point
procuré que l'Académie ait pû couronner sous
se titre. La Compagnie a donc adjugé le Prix du
Sujet : Quelle est la figure la plus avantageuse
qu'on puisse donner aux Ancres ? à la Piece N°. 5%.
( de 1737. ) qui a pour Devise ,.
Hic teneat nostras Anchora jacta ratés
et qui est de M....
Elle a donné le Prix de la fabrique , Quelle est
988 MERCURE DE FRANCE
la meilleure maniere deforger des Ancres ?`au N °.
7. dont la Devise est , Vis unita fortior , et qui
est de M. Tresaguet , ancien Ingénieur des Ponts
et Chaussées.
A l'égard du troisiéme Snjet , Quelle est la
meilleure maniere d'éprouver les Ancres ? et qui ne
lui a pas parû suffisamment rempli , elle a jugé à ·
propos de distribuer le Prix qu'elle y avoit des-
tiné , en égale part à deux Pieces , où elle a trou-
vé d'ailleurs des Recherches curieuses et utiles
tánt sur la figure des Ancres , que sur les autres
Sujets et sur plusieurs pratiques qu'elle n'a pase ,
voulu qui fussent perdues pour le Public.
L'une , qui est le N°. 9. et qui a pour Devise ,
Omnia conando docilis solertia vincit ,
est de M ....
L'autre N. 11. qui contient trois parties et
qui a trois Devises , par ce Vers ainsi varié ,
Hic teneat nostras Anchora-{
Firma
Ducta
est de M. le Marquis Poleni , Professeur de Ma~~
thématique à Padoüe.
Les deux Pieces qui ont le plus aproché du
Prix , et c'est par raport à la fabrique ou à l'é-
preuve des Ancres , sont le N° . s. ( de 1735. )V
qui a pour Devise , N° 154
Certa } rates ,
Et le N° .13 . ( de 1737. ) qui a pour Devise, Sz
non bene, saltem voluisse decorum est, est de M. le
Comte de Crequi.
L'Académie ayant eu avis par des personnes
habiles et expérimentées dans la Navigation , que
dans les fréquentes manœuvres où l'on se sert du
Cabestan , le cordage attaché au poids qu'on
veut lever ou traîner , se dévide sur l'essieu de
cette machine , de maniere qu'à chaque tour ce
cordage descend de toute sa grosseur , et qu'il
arrive
MAY.
1737.
989
afrive qu'après plusieurs tours il parvient au
bout du Cabestan, et qu'il faut le rehausser ( ou
choquer ) pour éviter qu'il ne s'embarasse ; que
par-là on ne sçauroit se servir du Cabestan
qu'on ne soit obligé de choquer plusieurs fois ,
e qu'à chaque fois qu'on choque , il faut arrêter
le mouvement de la machine , prendre des bosses-
(ou tresses , &c. ) sur le cordage , dévirer le Ca-
bestan , pour mollir ( ou lâcher ) la partie du
cordage qui est sur l'essieu . relever le cordage
le roidir de nouveau ,et enfin ôter les bosses pour
remettre le Cabestan en état ; que cette opération
souvent repetée emporte beaucoup de temps , et
dans plusieurs rencontres un temps précieux , et
qu'elle fait toujours perdre une partie de l'effort
déja fait : Considérant d'ailleurs la liaison de la
manœuvre du Cabestan avec celle des Ancres ,
qu'on ne jette ou qu'on ne leve que par son
moyen , l'Académie a résolu de proposer pour
Sujet du Prix de l'année 1739. La meilleure cons---
truction du Cabestan , ou telle autre Machine équi--
valente , par raport à tous les usages auxquels
on l'aplique dans un Navire , et principalement
pour éviter , en tout ou en partie , les inconvé
niens mentionnés ci- dessus.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invi--
tés à travailler sur ce Sujet , et même les Asso-
ciés Etrangers de l'Académie. Elle s'est fait la
Loi d'exclure les Académiciens Regnicoles de
prétendre aux Prix.
Ceux qui composeront sont invités à écrire
en François ou en Latin , mais sans aucune obli
gation. Ils pouront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , et l'Académie fera traduire leurs
Ouvrages
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisi--
bles ,
990 MERCURE DE FRANCE
bles , sur-tout quand il y aura des Calculs d'Al-
gebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ou-
vrages , mais seulement une Sentence ou Devise.
He pouront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit
un Billet séparé et cacheté par eux , où seront
avec cette même Sentence , leur nom , leurs
qualités et leur adresse , et ce Billet ne sera ou
vert par l'Académie qu'en cas que la Piece ait
remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresse-
ront leurs Ouvrages à Paris au Secretaire per-
pétuel de l'Académie , ou les lui feront remer-
tre entre les mains. Dans ce second cas le Secre
taire en donnera en même temps à celui qui les
lui aura remis , son Recepissé , où sera marquée
la Sentence de l'Ouvrage et son numero , selon
l'ordre ou le temps dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au pre-
mier Septembre 1738 : exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'après
Pâques 1739. proclamera la Piece qui aura ce
Prix.
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la
Picce qui aura remporté le Prix , le Trésorier
de l'Académie délivrera la somme du Prix à ce-
lui qui lui raportera ce Recepissé. Il n'y aura à
cela nulle autre formalité
S'il n'y a pas de Recepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur mê-
me , qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
L'Académie juge à propos de déclarer encore
que Comme elle ne restreint à macun Sistême les
explications qu'elle demande des Phénomenes , le
sufrage qu'elle donne à ces explications n'est point
une:
1
MAY.
1737.
991
une adoption des principes sur lesquels elles sont
fondées, ni de toutes les conséquences qu'on ex
tire.
Feu M. Roüillé de Meslay , ancien Conseiller
au Parlement de Paris, ayant conçu le
noble dessein de contribuer au progrès des Scien--
ces et à l'utilité que le Public en pouvoit retirer,
a legué à l'Académie Royale des Sciences un
fonds
M A Y.
1737.
987
fonds pour deux Prix qui seront distribués à
ceux , qui , au jugement de cette Compagnie ,
auront le mieux réussi sur deux differentes sor-
tes de Sujets , qu'il a indiqués dans son Testa-
ment , et dont il a donné des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistê-
me general du Monde et l'Astronomie Physique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux ter-
mes du Testament , et se distribuer tous les ans.
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considérable , et il sera de 2500. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navi-
gation et le Commerce.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et se-
ra
de 2000. livres.
Plusieurs excellentes Pieces que l'Académie a
reçûës cette année sur le sujet des Ancres , sont
le fruit du délai auquel elle se détermina en 1735.
Cependant ayant divisé ce Sujet en trois Parties
differentes qui devoient faire l'objet d'autant de
Prix, elle n'a pas trouvé des Pieces d'un égal mé-
rite pour tous les trois. La figure des Ancres ,
comme plus susceptible de l'aplication de la
Géométrie , est la partie qui en a fourni davan-
tage , et les meilleures, Celle de la Forge et de la
fabrique des Ancres , n'en a donné qu'un petit
nombre ; et l'épreuve dès Ancres n'en a point
procuré que l'Académie ait pû couronner sous
se titre. La Compagnie a donc adjugé le Prix du
Sujet : Quelle est la figure la plus avantageuse
qu'on puisse donner aux Ancres ? à la Piece N°. 5%.
( de 1737. ) qui a pour Devise ,.
Hic teneat nostras Anchora jacta ratés
et qui est de M....
Elle a donné le Prix de la fabrique , Quelle est
988 MERCURE DE FRANCE
la meilleure maniere deforger des Ancres ?`au N °.
7. dont la Devise est , Vis unita fortior , et qui
est de M. Tresaguet , ancien Ingénieur des Ponts
et Chaussées.
A l'égard du troisiéme Snjet , Quelle est la
meilleure maniere d'éprouver les Ancres ? et qui ne
lui a pas parû suffisamment rempli , elle a jugé à ·
propos de distribuer le Prix qu'elle y avoit des-
tiné , en égale part à deux Pieces , où elle a trou-
vé d'ailleurs des Recherches curieuses et utiles
tánt sur la figure des Ancres , que sur les autres
Sujets et sur plusieurs pratiques qu'elle n'a pase ,
voulu qui fussent perdues pour le Public.
L'une , qui est le N°. 9. et qui a pour Devise ,
Omnia conando docilis solertia vincit ,
est de M ....
L'autre N. 11. qui contient trois parties et
qui a trois Devises , par ce Vers ainsi varié ,
Hic teneat nostras Anchora-{
Firma
Ducta
est de M. le Marquis Poleni , Professeur de Ma~~
thématique à Padoüe.
Les deux Pieces qui ont le plus aproché du
Prix , et c'est par raport à la fabrique ou à l'é-
preuve des Ancres , sont le N° . s. ( de 1735. )V
qui a pour Devise , N° 154
Certa } rates ,
Et le N° .13 . ( de 1737. ) qui a pour Devise, Sz
non bene, saltem voluisse decorum est, est de M. le
Comte de Crequi.
L'Académie ayant eu avis par des personnes
habiles et expérimentées dans la Navigation , que
dans les fréquentes manœuvres où l'on se sert du
Cabestan , le cordage attaché au poids qu'on
veut lever ou traîner , se dévide sur l'essieu de
cette machine , de maniere qu'à chaque tour ce
cordage descend de toute sa grosseur , et qu'il
arrive
MAY.
1737.
989
afrive qu'après plusieurs tours il parvient au
bout du Cabestan, et qu'il faut le rehausser ( ou
choquer ) pour éviter qu'il ne s'embarasse ; que
par-là on ne sçauroit se servir du Cabestan
qu'on ne soit obligé de choquer plusieurs fois ,
e qu'à chaque fois qu'on choque , il faut arrêter
le mouvement de la machine , prendre des bosses-
(ou tresses , &c. ) sur le cordage , dévirer le Ca-
bestan , pour mollir ( ou lâcher ) la partie du
cordage qui est sur l'essieu . relever le cordage
le roidir de nouveau ,et enfin ôter les bosses pour
remettre le Cabestan en état ; que cette opération
souvent repetée emporte beaucoup de temps , et
dans plusieurs rencontres un temps précieux , et
qu'elle fait toujours perdre une partie de l'effort
déja fait : Considérant d'ailleurs la liaison de la
manœuvre du Cabestan avec celle des Ancres ,
qu'on ne jette ou qu'on ne leve que par son
moyen , l'Académie a résolu de proposer pour
Sujet du Prix de l'année 1739. La meilleure cons---
truction du Cabestan , ou telle autre Machine équi--
valente , par raport à tous les usages auxquels
on l'aplique dans un Navire , et principalement
pour éviter , en tout ou en partie , les inconvé
niens mentionnés ci- dessus.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invi--
tés à travailler sur ce Sujet , et même les Asso-
ciés Etrangers de l'Académie. Elle s'est fait la
Loi d'exclure les Académiciens Regnicoles de
prétendre aux Prix.
Ceux qui composeront sont invités à écrire
en François ou en Latin , mais sans aucune obli
gation. Ils pouront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , et l'Académie fera traduire leurs
Ouvrages
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisi--
bles ,
990 MERCURE DE FRANCE
bles , sur-tout quand il y aura des Calculs d'Al-
gebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ou-
vrages , mais seulement une Sentence ou Devise.
He pouront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit
un Billet séparé et cacheté par eux , où seront
avec cette même Sentence , leur nom , leurs
qualités et leur adresse , et ce Billet ne sera ou
vert par l'Académie qu'en cas que la Piece ait
remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresse-
ront leurs Ouvrages à Paris au Secretaire per-
pétuel de l'Académie , ou les lui feront remer-
tre entre les mains. Dans ce second cas le Secre
taire en donnera en même temps à celui qui les
lui aura remis , son Recepissé , où sera marquée
la Sentence de l'Ouvrage et son numero , selon
l'ordre ou le temps dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au pre-
mier Septembre 1738 : exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'après
Pâques 1739. proclamera la Piece qui aura ce
Prix.
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la
Picce qui aura remporté le Prix , le Trésorier
de l'Académie délivrera la somme du Prix à ce-
lui qui lui raportera ce Recepissé. Il n'y aura à
cela nulle autre formalité
S'il n'y a pas de Recepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur mê-
me , qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
L'Académie juge à propos de déclarer encore
que Comme elle ne restreint à macun Sistême les
explications qu'elle demande des Phénomenes , le
sufrage qu'elle donne à ces explications n'est point
une:
1
MAY.
1737.
991
une adoption des principes sur lesquels elles sont
fondées, ni de toutes les conséquences qu'on ex
tire.
Fermer
2898
p. 991-996
Assemblée publique de la même Académie, et Memoires lûs, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy 4. May, cette Académie tint son Assemblée publique, à laquelle M. d'Argenson [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Assemblée publique de la même Académie, et Memoires lûs, &c. [titre d'après la table]
Le Samedy 4. May, cette Académie tint son
Assemblée publique, à laquelle M. d'Argenson
présida. M. de Fontenelle ouvrit la Séance et an-
nonça les Pieces qui ont remporté les Prix de la
présente année ; il proposa ensuite le sujet du
Prix pour l'année 1739. l'un et l'autre.comme
on le voit dans l'article précedent.
M. Cassini lût après cela les Observations
qu'il a faites de la Comete qui a parû cette année;
il parla en ces termes :
Le 16. Février de l'année 1737. on a aperçâ
à Paris une Comete du côté de l'Occident , au-
dessous de la Planette de Vénus , dont elle étoit
éloignée de 7 à 8. degrés.
On continua de la voir les jours suivans qu'el
le parut avoir un mouvement de l'Occident vers
P'Orient,suivant la suite des Signes d'un peu plus
de deux degrés par jour.
Elle paroissoit à peu près comme une Etoile
fixe de la seconde grandeur , mais moins lumi-
neuse >
Σ
avec une queue de 2 à 3 degrés de lon-
gueur , qui étoit dans une direction oposée au
Soleil.
Cette Comete a été aperçue à la vûë simple
jusqu'au commencement de Mars', et on a con-
tinué à l'observer avec des Lunettes jusqu'au 2.
Avril , qu'on a cessé entierement de la voir ,
lorsquelle étoit au-dessous de l'œil du Taureau
Aldebaran . Elle a cû depuis le 17. Février jusqu'à
cejour un mouvement de 63. degrés en longitu
de et de 7. degrésen latitude vers le Midy.
Suivant les Observations qu'on en a faites ,
elle a décrit un Arc de grand cercle incliné de
1.2.4.
992 MERCURE DE FRANCE
2. degrés à l'Ecliptique qu'elle a coupé dans
le 13e degré des Poissons.
Sa distance à la Terre a été jugée le 16. Fé-
vrier , un peu moins du double de la distance de
la Terre au Soleil.
M. de Mairan lût ensuite un Discours sur la
propagation du son et des tons qui le modifient,
Après quoi M.Hellot û un Extrait de deux Me
moires sur une nouvelle Encre Sympatique , que
la chaleur fait paroître et qui disparoît au froid,
Ce qui a donné occasion à ces deux Memoires
est un Sel qu'un Artiste Allemand fit voir l'an-
née dernicie à quelques personnes de l'Acadé-
mie. Ce Sel , qui étoit couleur de rose , devenoit
Bleu en l'aprochant du feu, puis reprenoit sa pre-
miere couleur en refroidissant. C'est la dissolu
pion de ce Sel dans l'eau qui fait l'Encre Sym-
patique en question . Quant à la matiere qui lui
donne sa teinture , c'est une mine Aisenicale
espece de Cobolt , qui fournit en même- temps
par les essais de l'Arsenic , du Bismuth ou Etain
de glace , et une matiere fixe au feu , qui , mê-
lée par la fonte avec d'autres matieres aisées à
vitrifier , fait cette masse bleue qu'on nomme
Smalt , et qui étant réduite en poudre fort fine
est connue ici sous le nom de bleu d'émail ou
d'azur. Au lieu d'introduire cette matiere fixe
colorante dans la substance d'un verre quelcon-
que , il n'y a qu'à l'enlever par l'eau forte , di-
gerée sur la mine réduite en poudre , elle teint
ce dissolvant en rouge sale ou en feuille morte
foncé , on survuide cette eau forte teinte , dans
une jatte de verre ou de porcelaine , on y meg
autant de Sel de table blanc qu'on a employé de
Mine , et l'on desseche ce mêlange sur le feu en
une masse saline grainée , qui est verte tang
qu'elle
M. A Y.
1737.
993
qu'elle est chaude , et qui devient couleur de rose
en refroidissant. L'eau qu'on verse sur ce Sel
refroidi , le dissout et se teint de la couleur du
Lilas . On écrit avec cette Liqueur sur de bon
papier , on laisse secher l'écriture; rien ne paroît;
mais si on aproche le papier du feu , les caracte-
res invisibles prennent une couleur bleuâtre on
bleue verdâtre .On laisse refroidir le papier à l'air.
l'écriture disparoît de nouveau Si on le chauffe
encore , elle reparoît , et ainsi de suite , alterna
tivement , et pendant très- long-temps sans di-
minution de son effet quand la Mine est bien-
choisie. Tous les Cobolts donnent cette teinture
plus ou moins parfaite , selon la qualité des
matieres héterogones qu'ils contiennent. Le si-
gne principal auquel on en reconnoît la bonne
espece , est cette couleur d'une bonne Bierre
rouge qu'il doit donner à l'eau forte.
Cette Encre Sympathique , qui par les pro-
prietés qu'on vient de décrire , est differente de
toutes les autres Encres Sympathiques connues ,
peut devenir , pour ainst - dire , semblable à cha
cune d'elles , ou pour m'expliquer comme M.
Hellot , elle peut entrer dans chacune des quatre
classes de ces Encres Sympathiques , qu'on trou
ve décrites dans divers Auteurs . La premiere
classe est celle des Encres dont l'écriture ne pa-
roît qu'en passant dessus une nouvelle liqueur
•
ou sa vapeur. La seconde comprend les Encres
Sympathiques , dont les caracteres invisibles se
colorent à l'air. Dans la trosiéme sont les Li-
queurs glutineuses avec lesquelles on peut faire
une écriture qui ne paroît qu'en passant dessus
une poudre terreuse , fine et colorée. Enfin la
quatrième classe est celle des Encres dont l'écri-
ture ne peut être aperçuë qu'en chauffant vive-
ment
994 MERCURE DE FRANCE
ment le papier. Mais toutes ces Encres ne dispa-
roissent plus d'elles- mêmes dès qu'une fois on
les a fait paroître. La principale proprieté de
l'Encre Sympathique du Mémoire dont nous
parlons est de paroître d'un verd bleuâtre , M.
Hellot a trouvé le moyen d'avoir de la même
matiere des Encres Sympathiques bleuë , verte de
differentes teintes , colombine, violette claire, in-
carnate , couleur de rose , jaune de citron. Il ne
s'est rien réservé des procedés par lesquels il y
parvient , afin qu'un bon Dessinateur puisse faire
usage de ces couleurs sympathiques. Nous ne
pouvons le suivre de memoire , d'ailleurs ce que
nous donnons ici n'est qu'un abregé de l'Extrait
qu'il a lû.
M. du Hamel finit la Séance par un Memoire
des Observations qu'il a faites , conjointement
avec M. de Buffon , sur les differens effets que les
fortes gelées d'hyver produisent sur les arbres ,
comparés à ceux que les gelées du Printemps y
produisent. En voici l'Extrait.
La Physique des Végétaux qui conduit à la.
perfection de l'Agriculture , est une de ces Scien-
ces dont le progrès ne s'augmente que par une
multitude d'Observations qui ne peuvent être
Pouvrage ni d'un seul homme, ni d'un temps bor-
né; aussi les Observations ne passent-elles gueres
pour certaines que lorsqu'elles ont été repétées et
combinées en differens lieux , en differentes sai-
6ons et par differentes personnes qui ayent eû les
mêmes idées ; ç'a été dans cette vûë que
M. du Hamel et M. de Buffon se sont réunis
pour travailler de concert à l'éclaircissement
d'un nombre de Phénomenes difficiles à expliquer
dans cette partie de l'Histoire de la Nature , de
la connoissance desquels il peut résulter une in
finité
bier.
MAY.
1737.
995
Anité de choses utiles dans la pratique de l'Agri-
culture.
Des Observations sur l'excentricité des cou-
ches
igneuses , sur l'inégalité de l'épaisseur de
ces couches , sur les circonstances qui font que
l'Aubier se convertit plutôt en bois ou reste plus
long - temps dans son état d'Aubier , &c. ont été
les prémices de cette association , et des Observa-
tions sur les differens effets que produisent sur
les Végétaux les grandes gelées d'hyver et les
petites qui viennent au Printemps , sont une sui-
te de cette même association.
Ces Mrs examinent d'abord les désordres que
les grandes gelées de l'hyver produisent sur les
arbres , et cet examen forme la premiere partie
du Mémoire , dans laquelle entr'autres iis détail
lent avec grande exactitude une maladie des ar-
bres peu connue ,
connue , et qu'ils apellent double Au-
Dans la seconde partie il s'agit des gelées qui
viennent au Printemps , et on y démontre 1º.
que ce n'est pas ordinairement dans les situa
tions ou aux expositions où il fait le plus grand
fraid es où il gele le plus fort , que la gelée fait
le plus de tort aux Vegetaux.
20. Que tout ce qui porte de l'humidité sur
les Plantes, rend la gelée plus dangereuse ; telies.
sont les pluyes , les brouillards , les vapeurs qui
s'échapent de la terre et des fumiers , la transpi-
ration des Plantes , &c. au contraire tout ce qui
desseche l'exterieur des Plantes , quand même
ce seroit en augmentant le froid , empêche que
la gelée n'endommage les Végetaux .
Ils entrent ensuite dans un examen des effets
que le Soleil produit sur les Plantes gelées , et ils
terminent ce Memoire par des refléxions utiles
996 MERCURE DE FRANCE
l'Agriculture , mais comme ce Memoire n'est
qu'un tissu d'Observations et d'Experiences qui
sont intimement liées les unes aux autres er qui
se servent mutuellement de preuves, il n'est gue-
re susceptible d'un Extrait.
Nous donnerons dans le prochain Journal
PExtrait du Mémoire de M. Mayran.
Assemblée publique, à laquelle M. d'Argenson
présida. M. de Fontenelle ouvrit la Séance et an-
nonça les Pieces qui ont remporté les Prix de la
présente année ; il proposa ensuite le sujet du
Prix pour l'année 1739. l'un et l'autre.comme
on le voit dans l'article précedent.
M. Cassini lût après cela les Observations
qu'il a faites de la Comete qui a parû cette année;
il parla en ces termes :
Le 16. Février de l'année 1737. on a aperçâ
à Paris une Comete du côté de l'Occident , au-
dessous de la Planette de Vénus , dont elle étoit
éloignée de 7 à 8. degrés.
On continua de la voir les jours suivans qu'el
le parut avoir un mouvement de l'Occident vers
P'Orient,suivant la suite des Signes d'un peu plus
de deux degrés par jour.
Elle paroissoit à peu près comme une Etoile
fixe de la seconde grandeur , mais moins lumi-
neuse >
Σ
avec une queue de 2 à 3 degrés de lon-
gueur , qui étoit dans une direction oposée au
Soleil.
Cette Comete a été aperçue à la vûë simple
jusqu'au commencement de Mars', et on a con-
tinué à l'observer avec des Lunettes jusqu'au 2.
Avril , qu'on a cessé entierement de la voir ,
lorsquelle étoit au-dessous de l'œil du Taureau
Aldebaran . Elle a cû depuis le 17. Février jusqu'à
cejour un mouvement de 63. degrés en longitu
de et de 7. degrésen latitude vers le Midy.
Suivant les Observations qu'on en a faites ,
elle a décrit un Arc de grand cercle incliné de
1.2.4.
992 MERCURE DE FRANCE
2. degrés à l'Ecliptique qu'elle a coupé dans
le 13e degré des Poissons.
Sa distance à la Terre a été jugée le 16. Fé-
vrier , un peu moins du double de la distance de
la Terre au Soleil.
M. de Mairan lût ensuite un Discours sur la
propagation du son et des tons qui le modifient,
Après quoi M.Hellot û un Extrait de deux Me
moires sur une nouvelle Encre Sympatique , que
la chaleur fait paroître et qui disparoît au froid,
Ce qui a donné occasion à ces deux Memoires
est un Sel qu'un Artiste Allemand fit voir l'an-
née dernicie à quelques personnes de l'Acadé-
mie. Ce Sel , qui étoit couleur de rose , devenoit
Bleu en l'aprochant du feu, puis reprenoit sa pre-
miere couleur en refroidissant. C'est la dissolu
pion de ce Sel dans l'eau qui fait l'Encre Sym-
patique en question . Quant à la matiere qui lui
donne sa teinture , c'est une mine Aisenicale
espece de Cobolt , qui fournit en même- temps
par les essais de l'Arsenic , du Bismuth ou Etain
de glace , et une matiere fixe au feu , qui , mê-
lée par la fonte avec d'autres matieres aisées à
vitrifier , fait cette masse bleue qu'on nomme
Smalt , et qui étant réduite en poudre fort fine
est connue ici sous le nom de bleu d'émail ou
d'azur. Au lieu d'introduire cette matiere fixe
colorante dans la substance d'un verre quelcon-
que , il n'y a qu'à l'enlever par l'eau forte , di-
gerée sur la mine réduite en poudre , elle teint
ce dissolvant en rouge sale ou en feuille morte
foncé , on survuide cette eau forte teinte , dans
une jatte de verre ou de porcelaine , on y meg
autant de Sel de table blanc qu'on a employé de
Mine , et l'on desseche ce mêlange sur le feu en
une masse saline grainée , qui est verte tang
qu'elle
M. A Y.
1737.
993
qu'elle est chaude , et qui devient couleur de rose
en refroidissant. L'eau qu'on verse sur ce Sel
refroidi , le dissout et se teint de la couleur du
Lilas . On écrit avec cette Liqueur sur de bon
papier , on laisse secher l'écriture; rien ne paroît;
mais si on aproche le papier du feu , les caracte-
res invisibles prennent une couleur bleuâtre on
bleue verdâtre .On laisse refroidir le papier à l'air.
l'écriture disparoît de nouveau Si on le chauffe
encore , elle reparoît , et ainsi de suite , alterna
tivement , et pendant très- long-temps sans di-
minution de son effet quand la Mine est bien-
choisie. Tous les Cobolts donnent cette teinture
plus ou moins parfaite , selon la qualité des
matieres héterogones qu'ils contiennent. Le si-
gne principal auquel on en reconnoît la bonne
espece , est cette couleur d'une bonne Bierre
rouge qu'il doit donner à l'eau forte.
Cette Encre Sympathique , qui par les pro-
prietés qu'on vient de décrire , est differente de
toutes les autres Encres Sympathiques connues ,
peut devenir , pour ainst - dire , semblable à cha
cune d'elles , ou pour m'expliquer comme M.
Hellot , elle peut entrer dans chacune des quatre
classes de ces Encres Sympathiques , qu'on trou
ve décrites dans divers Auteurs . La premiere
classe est celle des Encres dont l'écriture ne pa-
roît qu'en passant dessus une nouvelle liqueur
•
ou sa vapeur. La seconde comprend les Encres
Sympathiques , dont les caracteres invisibles se
colorent à l'air. Dans la trosiéme sont les Li-
queurs glutineuses avec lesquelles on peut faire
une écriture qui ne paroît qu'en passant dessus
une poudre terreuse , fine et colorée. Enfin la
quatrième classe est celle des Encres dont l'écri-
ture ne peut être aperçuë qu'en chauffant vive-
ment
994 MERCURE DE FRANCE
ment le papier. Mais toutes ces Encres ne dispa-
roissent plus d'elles- mêmes dès qu'une fois on
les a fait paroître. La principale proprieté de
l'Encre Sympathique du Mémoire dont nous
parlons est de paroître d'un verd bleuâtre , M.
Hellot a trouvé le moyen d'avoir de la même
matiere des Encres Sympathiques bleuë , verte de
differentes teintes , colombine, violette claire, in-
carnate , couleur de rose , jaune de citron. Il ne
s'est rien réservé des procedés par lesquels il y
parvient , afin qu'un bon Dessinateur puisse faire
usage de ces couleurs sympathiques. Nous ne
pouvons le suivre de memoire , d'ailleurs ce que
nous donnons ici n'est qu'un abregé de l'Extrait
qu'il a lû.
M. du Hamel finit la Séance par un Memoire
des Observations qu'il a faites , conjointement
avec M. de Buffon , sur les differens effets que les
fortes gelées d'hyver produisent sur les arbres ,
comparés à ceux que les gelées du Printemps y
produisent. En voici l'Extrait.
La Physique des Végétaux qui conduit à la.
perfection de l'Agriculture , est une de ces Scien-
ces dont le progrès ne s'augmente que par une
multitude d'Observations qui ne peuvent être
Pouvrage ni d'un seul homme, ni d'un temps bor-
né; aussi les Observations ne passent-elles gueres
pour certaines que lorsqu'elles ont été repétées et
combinées en differens lieux , en differentes sai-
6ons et par differentes personnes qui ayent eû les
mêmes idées ; ç'a été dans cette vûë que
M. du Hamel et M. de Buffon se sont réunis
pour travailler de concert à l'éclaircissement
d'un nombre de Phénomenes difficiles à expliquer
dans cette partie de l'Histoire de la Nature , de
la connoissance desquels il peut résulter une in
finité
bier.
MAY.
1737.
995
Anité de choses utiles dans la pratique de l'Agri-
culture.
Des Observations sur l'excentricité des cou-
ches
igneuses , sur l'inégalité de l'épaisseur de
ces couches , sur les circonstances qui font que
l'Aubier se convertit plutôt en bois ou reste plus
long - temps dans son état d'Aubier , &c. ont été
les prémices de cette association , et des Observa-
tions sur les differens effets que produisent sur
les Végétaux les grandes gelées d'hyver et les
petites qui viennent au Printemps , sont une sui-
te de cette même association.
Ces Mrs examinent d'abord les désordres que
les grandes gelées de l'hyver produisent sur les
arbres , et cet examen forme la premiere partie
du Mémoire , dans laquelle entr'autres iis détail
lent avec grande exactitude une maladie des ar-
bres peu connue ,
connue , et qu'ils apellent double Au-
Dans la seconde partie il s'agit des gelées qui
viennent au Printemps , et on y démontre 1º.
que ce n'est pas ordinairement dans les situa
tions ou aux expositions où il fait le plus grand
fraid es où il gele le plus fort , que la gelée fait
le plus de tort aux Vegetaux.
20. Que tout ce qui porte de l'humidité sur
les Plantes, rend la gelée plus dangereuse ; telies.
sont les pluyes , les brouillards , les vapeurs qui
s'échapent de la terre et des fumiers , la transpi-
ration des Plantes , &c. au contraire tout ce qui
desseche l'exterieur des Plantes , quand même
ce seroit en augmentant le froid , empêche que
la gelée n'endommage les Végetaux .
Ils entrent ensuite dans un examen des effets
que le Soleil produit sur les Plantes gelées , et ils
terminent ce Memoire par des refléxions utiles
996 MERCURE DE FRANCE
l'Agriculture , mais comme ce Memoire n'est
qu'un tissu d'Observations et d'Experiences qui
sont intimement liées les unes aux autres er qui
se servent mutuellement de preuves, il n'est gue-
re susceptible d'un Extrait.
Nous donnerons dans le prochain Journal
PExtrait du Mémoire de M. Mayran.
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2899
p. 996
DISCOURS prononcé à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture le 4. May par M. Lépicié, Graveur ordinaire du Roy, après avoir prêté le Serment ordinaire pour la place de Secretaire et Historiographe de cette Académie, vacante par la mort de M. de Saint Gelais.
Début :
SI le zele tenoit lieu de capacité, je recevrois, Messieurs, avec une joye sans égale l'honneur [...]
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture le 4. May par M. Lépicié, Graveur ordinaire du Roy, après avoir prêté le Serment ordinaire pour la place de Secretaire et Historiographe de cette Académie, vacante par la mort de M. de Saint Gelais.
DISCOURS prononcé à l'Académie
Royale de Peinture et de Sculpture
le 4. May par M. Lépicié, Graveur
ordinaire du Roy, après avoir prêté
le Serment ordinaire pour la place de
Secretaire et Historiographe de cette
Académie, vacante par la mort de
M. de Saint Gelais.
SI le zele tenoit lieu de capacité, je recevrois,
Messieurs, avec une joye sans égale l'honneur
que vous me faites aujourd'hui , mais puisque
l'inexperience est la source des fautes , fose attendre
que vous mettrez le comble à vos bontés , en m'ai-
dant de vos lumieres et de vos conseils , mon Pré-
decesseur étoit un homme consommé dans les affai-
ves , illustrépar les differens Emplois dont le Minis-
tere l'avoit honoré , et qui n'avoit pas crû mieux
finir sa carriere , qu'en devenant votre Secretaire
et votre Historiographe. Heureux , Messieurs , sije
puis remplir avec succès la double place que vous
me confiez , et plus heureux encore si mon travail
et mon exactitude peuvent m'acquerir l'unanimité
de votre estime !
Royale de Peinture et de Sculpture
le 4. May par M. Lépicié, Graveur
ordinaire du Roy, après avoir prêté
le Serment ordinaire pour la place de
Secretaire et Historiographe de cette
Académie, vacante par la mort de
M. de Saint Gelais.
SI le zele tenoit lieu de capacité, je recevrois,
Messieurs, avec une joye sans égale l'honneur
que vous me faites aujourd'hui , mais puisque
l'inexperience est la source des fautes , fose attendre
que vous mettrez le comble à vos bontés , en m'ai-
dant de vos lumieres et de vos conseils , mon Pré-
decesseur étoit un homme consommé dans les affai-
ves , illustrépar les differens Emplois dont le Minis-
tere l'avoit honoré , et qui n'avoit pas crû mieux
finir sa carriere , qu'en devenant votre Secretaire
et votre Historiographe. Heureux , Messieurs , sije
puis remplir avec succès la double place que vous
me confiez , et plus heureux encore si mon travail
et mon exactitude peuvent m'acquerir l'unanimité
de votre estime !
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2900
p. 997-998
Estampes Nouvelles.
Début :
PREMIER LIVRE de Vases, inventés par Edme Bouchardon, Sculpteur du Roy, gravés [...]
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texteReconnaissance textuelle : Estampes Nouvelles.
Estampes Nouvelles.
PREMIER LIVRE de Vases, inventés par
Edme Bouchardon, Sculpteur du Roy, gravés
par Huquier , 12. Pieces en hauteur.
SECOND LIVRE de Vases , inventés par
le inême Auteur et gravés par le même Graveur,
12. Pieces en hauteur.
RECUEIL de dessus de porte , inventés par
un des plus habiles Maîtres, gravés par Huquier,
7. Pieces en hauteur et en largeur , compris le
titre. Ce sont diverses Pieces de Gibier mort et
vivant ; Trophées de Musique , de Peinture , & c,
RECUEIL de differentes Charges , dessinées
à Rome par CHARLES VANLOO , Peintre
du Roy , et gravées par le Bas et Ravenet , 120
Pieces en hauteur ; figures d'hommes en pied et
assis , de diverses Nations.
LES CRIS DE PARIS , par Fran. Boucher,
gravés par le Bas et Ravenet , 12. Pieces en bau-
teur ; figures debout , hommes et femmes , sça-
voir , Rémouleur , Racommodeur de soufflets ,
de seaux et de paraplaye. Vendeuse de Noiset-
tes au litron , Vendeur de balais , Charbonnier,
Ramoneur ; Crêmiere ; Vendeur de Gâteaux et
Talmouses ; Chaudronnier ; Vendeuse de Raves;
Vinaigrier ; Laitiere.
Dit
98 MERCURE DE FRANCE
DIFFERENTES PENSE'ES D'CRNEMENS ,
et Arabesques à divers usages ; en deux Parties
de dix Pieces chacune en large , inventées par
Bellay , et gravées par Huquier.
PREMIER LIVRE de differens Morceaux
à l'usage de tous ceux qui s'apliquent aux Beaux
Arts, inventé par G. M. Oppenor , Architecte dde
Roy , et gravé par Huquier , 6. Pieces en hau-
teur.
SIX MORCEAUX en hauteur de la Suite
du Roman Comique , du Dessein de M. Qudry ,
Peintre du Roy , sçavoir, L'arrivée de l'Opéra-
teur dans l'Hôtellerie.
Ragotin dans le coffre.
Sérenade donnée par Ragotin,
Ragotin renversé dans la boue.
L'Olive rétrecit l'habit de Ragotin.
Ventouses données à Ragotin.
Comme on continue toujours à graver ce **
Suite , il y en a à présent 26. Morceaux .
Toutes les Estampes dont on vient de par
se débitent chés Huquier ,
vis- à - vis le grana
Châtelet. On trouvera tous les mois chés lui dif-
ferentes Nouveautés à l'usage des Artistes et de
Curieux. Il est assorti d'un très-grand nombre
de Desseins , qu'il a fait faire par les plus babi-
les Maîtres pour cet usage.
PREMIER LIVRE de Vases, inventés par
Edme Bouchardon, Sculpteur du Roy, gravés
par Huquier , 12. Pieces en hauteur.
SECOND LIVRE de Vases , inventés par
le inême Auteur et gravés par le même Graveur,
12. Pieces en hauteur.
RECUEIL de dessus de porte , inventés par
un des plus habiles Maîtres, gravés par Huquier,
7. Pieces en hauteur et en largeur , compris le
titre. Ce sont diverses Pieces de Gibier mort et
vivant ; Trophées de Musique , de Peinture , & c,
RECUEIL de differentes Charges , dessinées
à Rome par CHARLES VANLOO , Peintre
du Roy , et gravées par le Bas et Ravenet , 120
Pieces en hauteur ; figures d'hommes en pied et
assis , de diverses Nations.
LES CRIS DE PARIS , par Fran. Boucher,
gravés par le Bas et Ravenet , 12. Pieces en bau-
teur ; figures debout , hommes et femmes , sça-
voir , Rémouleur , Racommodeur de soufflets ,
de seaux et de paraplaye. Vendeuse de Noiset-
tes au litron , Vendeur de balais , Charbonnier,
Ramoneur ; Crêmiere ; Vendeur de Gâteaux et
Talmouses ; Chaudronnier ; Vendeuse de Raves;
Vinaigrier ; Laitiere.
Dit
98 MERCURE DE FRANCE
DIFFERENTES PENSE'ES D'CRNEMENS ,
et Arabesques à divers usages ; en deux Parties
de dix Pieces chacune en large , inventées par
Bellay , et gravées par Huquier.
PREMIER LIVRE de differens Morceaux
à l'usage de tous ceux qui s'apliquent aux Beaux
Arts, inventé par G. M. Oppenor , Architecte dde
Roy , et gravé par Huquier , 6. Pieces en hau-
teur.
SIX MORCEAUX en hauteur de la Suite
du Roman Comique , du Dessein de M. Qudry ,
Peintre du Roy , sçavoir, L'arrivée de l'Opéra-
teur dans l'Hôtellerie.
Ragotin dans le coffre.
Sérenade donnée par Ragotin,
Ragotin renversé dans la boue.
L'Olive rétrecit l'habit de Ragotin.
Ventouses données à Ragotin.
Comme on continue toujours à graver ce **
Suite , il y en a à présent 26. Morceaux .
Toutes les Estampes dont on vient de par
se débitent chés Huquier ,
vis- à - vis le grana
Châtelet. On trouvera tous les mois chés lui dif-
ferentes Nouveautés à l'usage des Artistes et de
Curieux. Il est assorti d'un très-grand nombre
de Desseins , qu'il a fait faire par les plus babi-
les Maîtres pour cet usage.
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