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p. 2147-2149
LETTRE de M. d'Arnaud, à Madame de B***, en lui envoyant les Elemens de Newton.
Début :
LA Prose comme les Vers, ne suffisent pas, Madame, pour vous marquer ma [...]
Mots clefs :
Isaac Newton, René Descartes, Philosophe, Géométrie
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. d'Arnaud, à Madame de B***, en lui envoyant les Elemens de Newton.
LETTRE de M. d'Arnaud , à Madame
de B *** , en lui envoyant les Elemens de
Newton.
L
A Prose comme les Vers , ne suffisent
pas , Madame , pour vous marquer ma
reconnoissance ; le sentiment n'ayant point
d'autres interpretes , j'ai cru qu'il étoit de
mon devoir de vous remercier dans les deux
genres , ainsi je serai toujours excusable , de
quelque façon que je m'exprime ; comme je
craindrois d'exposer mes foibles Ouvrages
à votre critique , je vous envoye à leur place
ceux de M. de Voltaire . Le mérite de ce
sublime Auteur vous est assés connu , il
vient de donner une nouvelle Edition de sa
Traduction des Elemens de Newton. Ce
Cüij Livre
2148 MERCURE DE FRANCE
,
Livre renferme des vérités philosophiques ,
qui sont peintes avec les couleurs les plus
expressives & en même - temps les plus naturelles
; Descartes & Mallebranche , sont
quelquefois maltraités par l'Auteur Anglois;
c'est à vous , Mad . de décider lequel des
deux mérite d'être suivi , tous deux ont fait
des fautes. Descartes peut s'être trompé
dans ses Tourbillons & Newton dans
ses Calculs à l'infini. Il faut avoüer cependant
que la Géometrie est la Science la moins susceptible
d'hypotheses ou de sophismes ; la
diversité des Angles , des Lignes , la Section
de leurs parties , ce sont des vérités distinctes
& qui ne font point illusion ; un Géometre
voyage sur la Terre avec sûreté, & découvre
de nouveaux objets , à mesure qu'il
avance , tandis qu'un Physisien s'égare souvent
dans le Labyrinte de la Nature , & va
attendre dans la Lune qu'une nouvelle hypothese
le transporte dans Saturne , ou le promene
de Ciel en Ciel . Au reste Mad.
Newton est entré dans une carriere que Descartes
lui a ouverte ; il a fallu que ce dernier
ait sondé les abymes de la Nature , pour
que l'autre évitât d'y tomber ; voilà , je crois,
ce qui pourroit excuser le Philosophe François
, s'il étoit répréhensible ; tout ce qu'on
peut assûrer c'est que Descartes & Newton
sont tous deux hommes & tous deux grands
>
hommes.
OCTOBRE . 1738 . 2149
hommes. Pour égayer cette Lettre , il faut
que je vous raporte un trait , à propos de
Newton.
On dit (je crois le fait très- véritable , )
Que du Dieu de Paphos repoussant tous les traits ,
Newton , de votre Sexe ennemi redoutable ,
Philosophe toujours , ne fut homme jamais ;
Ah ! si l'Amour eût emprunté vos traits
Ces yeux où brillent mille charmes,
Ces graces , cet esprit & ces apas secrets ,
A.
Qui de ce Dieu sont les plus fortes Armes ;
Si l'Enfant de Cypris vous avoit ressemblé ,
On auroit vû Newton devenir homme ;
Comme Vénus • vous méritez la Pomme ,
Comme Paris , pour vous il eût brûlé.
-
Voilà , Mad. l'obligation que votre Sexe
vous auroit euë, si Newton fût venu dans ce
siecle- ci , l'homme n'auroit point gâté le .
Philosophe, & je crois qu'on peut réunir l'Amour
avec la Géometrie ; ce n'est point un Paradoxe
que j'avance, tous ceux qui vous verront
sentiront la vérité de ces paroles; le Systême
de l'Attraction, que Newton nous a donné,
devient intelligible tous les jours . Si vous
l'adoptez , Mad. ne doutez pas que les Connoisseurs
ne se rangent de votre côté. J'ai
l'honneur d'être , &c .
A Montalais le 3 Septembre 1738.
de B *** , en lui envoyant les Elemens de
Newton.
L
A Prose comme les Vers , ne suffisent
pas , Madame , pour vous marquer ma
reconnoissance ; le sentiment n'ayant point
d'autres interpretes , j'ai cru qu'il étoit de
mon devoir de vous remercier dans les deux
genres , ainsi je serai toujours excusable , de
quelque façon que je m'exprime ; comme je
craindrois d'exposer mes foibles Ouvrages
à votre critique , je vous envoye à leur place
ceux de M. de Voltaire . Le mérite de ce
sublime Auteur vous est assés connu , il
vient de donner une nouvelle Edition de sa
Traduction des Elemens de Newton. Ce
Cüij Livre
2148 MERCURE DE FRANCE
,
Livre renferme des vérités philosophiques ,
qui sont peintes avec les couleurs les plus
expressives & en même - temps les plus naturelles
; Descartes & Mallebranche , sont
quelquefois maltraités par l'Auteur Anglois;
c'est à vous , Mad . de décider lequel des
deux mérite d'être suivi , tous deux ont fait
des fautes. Descartes peut s'être trompé
dans ses Tourbillons & Newton dans
ses Calculs à l'infini. Il faut avoüer cependant
que la Géometrie est la Science la moins susceptible
d'hypotheses ou de sophismes ; la
diversité des Angles , des Lignes , la Section
de leurs parties , ce sont des vérités distinctes
& qui ne font point illusion ; un Géometre
voyage sur la Terre avec sûreté, & découvre
de nouveaux objets , à mesure qu'il
avance , tandis qu'un Physisien s'égare souvent
dans le Labyrinte de la Nature , & va
attendre dans la Lune qu'une nouvelle hypothese
le transporte dans Saturne , ou le promene
de Ciel en Ciel . Au reste Mad.
Newton est entré dans une carriere que Descartes
lui a ouverte ; il a fallu que ce dernier
ait sondé les abymes de la Nature , pour
que l'autre évitât d'y tomber ; voilà , je crois,
ce qui pourroit excuser le Philosophe François
, s'il étoit répréhensible ; tout ce qu'on
peut assûrer c'est que Descartes & Newton
sont tous deux hommes & tous deux grands
>
hommes.
OCTOBRE . 1738 . 2149
hommes. Pour égayer cette Lettre , il faut
que je vous raporte un trait , à propos de
Newton.
On dit (je crois le fait très- véritable , )
Que du Dieu de Paphos repoussant tous les traits ,
Newton , de votre Sexe ennemi redoutable ,
Philosophe toujours , ne fut homme jamais ;
Ah ! si l'Amour eût emprunté vos traits
Ces yeux où brillent mille charmes,
Ces graces , cet esprit & ces apas secrets ,
A.
Qui de ce Dieu sont les plus fortes Armes ;
Si l'Enfant de Cypris vous avoit ressemblé ,
On auroit vû Newton devenir homme ;
Comme Vénus • vous méritez la Pomme ,
Comme Paris , pour vous il eût brûlé.
-
Voilà , Mad. l'obligation que votre Sexe
vous auroit euë, si Newton fût venu dans ce
siecle- ci , l'homme n'auroit point gâté le .
Philosophe, & je crois qu'on peut réunir l'Amour
avec la Géometrie ; ce n'est point un Paradoxe
que j'avance, tous ceux qui vous verront
sentiront la vérité de ces paroles; le Systême
de l'Attraction, que Newton nous a donné,
devient intelligible tous les jours . Si vous
l'adoptez , Mad. ne doutez pas que les Connoisseurs
ne se rangent de votre côté. J'ai
l'honneur d'être , &c .
A Montalais le 3 Septembre 1738.
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Résumé : LETTRE de M. d'Arnaud, à Madame de B***, en lui envoyant les Elemens de Newton.
Dans cette lettre datée du 3 septembre 1738, M. d'Arnaud remercie Madame de B*** pour les 'Éléments' de Newton traduits par Voltaire. Il loue la clarté et la profondeur philosophique des œuvres de Newton, comparant ses contributions à celles de Descartes. Bien que reconnaissant les erreurs possibles des deux philosophes, il admire la précision de la géométrie. D'Arnaud note que Descartes a pavé la voie à Newton, lui permettant d'éviter certaines erreurs. Il partage une anecdote sur Newton, le décrivant comme un homme sans sentiments humains. La lettre se termine par une réflexion sur la possibilité de combiner amour et géométrie, suggérant que Newton aurait pu être plus humain s'il avait connu Madame de B***. D'Arnaud espère que Madame adoptera le système de l'attraction de Newton, gagnant ainsi le soutien des connaisseurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 6-26
REFLEXIONS Sur la théorie de la résistance des fluides, lûes dans l'Assemblée publique de l'Académie des Sciences. Par M. d'Alembert.
Début :
Quoique la Physique des Anciens ne fût, ni aussi déraisonnable, ni aussi [...]
Mots clefs :
Fluides, Corps, Théorie, Résistance, Lois, Fluide, Principes, Nature, Particules, Matière, Mouvement, Calcul, Parties, Résistance des fluides, Difficile, Doute, Géométrie, Isaac Newton, Esprit, Académie des sciences
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS Sur la théorie de la résistance des fluides, lûes dans l'Assemblée publique de l'Académie des Sciences. Par M. d'Alembert.
REFLEXIONS
Sur la théorie de la résistance des fluides,
lûes dans l'Assemblée publique de l'Académie
des Sciences. Par M. d'Alembert.
Quoique la Physique des Anciens ne
fût, ni aussi déraisonnable, ni aussi
bornée que le pensent ou que le disent
quelques Philosophes modernes, il pa-
roît cependant qu'ils n'étoient pas fort
versés dans les Sciences, qu on appelle
Physico-Mathématiques, & qui consistent
dans l'application du calcul aux phenomé-
nes de la Nature. La question de la résis-
tance des fluides, est une de celles qu'ils
paroissent avoir le moins étudiées sous
ce point de vûe. Je dis sous ce point de vus;
cat la connoissance de la résistance des
fluides, étant d'une nécessité absolue pour
la construction des Navires qu'ils avoient
peut-être poussée plus loin que nous, il
est difficile de croire que cette connois-
sance leur ait manqué jusqu'à un certain
point: l'expérience leur avoit sans doute
fourni des régles pour déterminer le choc
& la pression des eaux; mais ces régles,
d'usage seulement & de pratique, & pour
Goo.
3
1752.
JANVIER.
ainsi dire, de pure tradition, ne sont
point parvenues jusqu'à nous.
A l'égard de la théorie de cette résis-
tance, il n est pas surprenant qu'ils l'ayent
ignorée. On doit même, s'il est permis
de patler ainsi, leur tenir compte de leur
ignorance, de n'avoir point voulu attein-
dre à ce qu'il leur étoit impossible de sça-
voit, & de n'avoir point cherché à faire
croite qu'ils y étoient parvenus. C'est à la
plus subtile Géométrie, qu'il est permis
de tenter cette théorie, & la Géométrie
des Anciens, d'ailleurs très-profonde &
très scavanre, ne pouvoit aller jusques-là.
Il est vraisemblable qu'ils l'avoient senti;
car leur méthode de philosopher étoit plus
sage que nous ne l'imaginons communé-
ment. Les Géomêtres modernes ont scu
se procurer à cet égard plus de secours,
non parce qu'ils ont été supérieurs aux
Anciens, mais parce qu'ils sont venus
depuis. L'invention des calculs., diffe-
rentiel & intégral, nous a mis en état de
suivre en quelque maniere le mouve-
ment des corps jusques dans leurs élemens
ou dernieres particules. C'est avec le se-
cours seul de ces calculs qu'il est permis
de pénétrer dans les fluides, & de décou-
vrir le jeu de leurs parties, l'action qu'e-
xercent les uns sur les autres, ces atômes
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
innombrables, dont un fluide est compo-
sé, & qui paroissent tout à la fois unis &
divisés, dépendans & indépendans les uns
des autres. Aussi le méchanisme intérieur
des fluides, si peu analogue à celui des
corps solides que nous touchons, & sujet
à des loix toutes differentes, devroit être
pour les Philosophes un objet particulier
d'admiration, si l'étude de la Nature, des
phenoménes les plus simples, des éle-
mens même de la matiere, ne les avoit
accoutumés à ne s'étonner de rien, ou
plutôt à s'étonner également de tour. Aussi-
peu éclairés que le peuple sur la nature
des objets qu'ils confidérent, ils n ont &
ne peuvent avoir d'avantage que dans sa
combinaison qu'ils font du peu de princi-
pes qui leur sont connus, & des consé-
quences qu'ils en tirent; & c'est dans cet-
te espéce d'analyse que les Mathémati-
ques leur sont utiles Cependant avec ce
secours même la recherche de la résistance
des fluides est encore si difficile, que les
efforts des plus grands hommes se sont
terminés jusqu'ici à nous en donner une
legere ébauche.
Après avoir réflechi long-tems sur une
matiere si importante, avec tonte l'atten-
tion dont je suis capable, il m'a paru que
le peu de progrès qu'on a fait jusqu'à pré-
JANVIER. 1752.
2
sent dans cette question, vient de ce
qu'on na pas encore saisi les vrais princi-
pes, d'après lesquels il faut la résoudre; j'ai
crum devoir mappliquer à chercher ces
principes, & la maniere d'y appliquer le
calcul, s'il est possible; car il ne faut point
confondre ces deux objets, & les Geomé-
tres modernes semblent n avoir pas été as-
sez attentifs sur ce point. C'est souvent le
desir de pouvoir faire usage du calcul qui
les détermine dans le choix des principes,
an lieu qu'ils devroient examiner d'abord
les principes en eux-mêmes, sans penser
d'avance à les plier de force au calcul.
La Géométrie, qui ne doit qu'obéir à la
Physique, quand elle se réunit avec elle,
lui commande quel quefois: s'il arrive que
la question qu'on veut examiner soit trop
compliquée, pour que tous les élemens
puissent entrer dans la comparaison analy-
tique quon veut en faire, on sépare les
plus incommodes, on leur en substitue
d'autres, moins génans, mais aussi moins
réels; & on est etonné d'arriver, malgré
un travail pénible, à un résultat contre-
dit par la Nature; comme si aptès l'avoir
déguisée, tronquée, ou alterée, une com-
binaison purement méchanique pouvoit
nous la rendre.
Je me suis proposé d'éviter cet inconvé-
AV
Dgisterad vodO
10 MERCURE DE FRANCE.
nient dans un ouvrage que je vais pu-
blier sur la résistance des fluides. J'ai cher-
ché les principes de cette résistance comme
sil'analyse ne devoit y entrer pour rien;
& ces principes une fois trouvés, j'ai es-
fayé d'y appliquer l'analyse. Mais avant
que de rendre compte de mon travail, &
du degré auquel je l'ai poussé, il ne sera
pas inutile d'exposer en peu de mots ce qui
a été fait jusqu'à présent sur cette ma-
tiere.
Ne wton, à qui la Physique & la Géomé-
trie sont si redevables, est le premier, que
je sçache, qui ait entrepris de déterminer,
par les principes de la méchanique, la
résistance qu'éprouve un corps mu dans
un fluide, & de confirmer sa théorie par
des expériences. Ce grand Philosophe,
pour arriver plus facilement à la solution
d'une question si épineuse, & peut-être
pour la présenter d'une manière plus géné-
rale, envisage un fluide sous deux points
de vüe differens. Il le regarde d'abord,
comme un amas de corpuscules élastiques,
qui tendent à s'écarter les uns des autres
par une force repulsive, & qui sont dis-
posés librement à des distances égales. Il
suppose outre cela, que cet amas de cor-
puscules, qui compose le milieu resistant,
ait fort peu de densité par rapport à colle
o0
JANVIER. 1752.
11
du corps, ensorte que les parties du fluide
poussées par le corps, puissent se mouvoir
librement, sans communiquer aux parties
voisines le mouvement qu'elles ont reçu;
d'après cette hypothése, M. Newton
trouve & démontre les loix de la résis-
tance d'un tel fluide; loix assez connues
pour que nous nous dispensions de les rap-
porter ici.
Le célebre Jean Bernoulli, dans son
ouviage qui a pour titre: Discours sur les
loix de la communication du mouvement, a
dé terminé dans la même supposition, la
té sistance des fluides; il represente cette
resistance par une formule assez simple,
qui a été démontrée & généraliséc depuis:
mais il faut avouer que cette formule est
insuffisante. Dans tous les fluides que nous
connoissons, les particules sont immédia-
tement contigues par quelques uns deleurs
points, on du moins agissent les uns sur
les autres, à peu près comme si elles l'é-
toient; ainsi tout corps mû dans un fluide
pousse nécessairement à la fois & au men-
me instand un grand nombre de particules
situées dans la même ligne, & dont cha-
cune reçoit une vitesse, & une direction
differente, eu égard à sa situation; il est
donc extrêmement difficile de déterminer
le mouvement communiqué à toutes ces
A vj
o
ed by
12 MERCURE DEFRANCE.
particules, & par conséquent le mouve-
ment que le corps perd à chaque instant.
Ces réflexions n'avoient pas échappé
à M. Newton: il reconnoît que sa théo-
rie de la résistance d'un fluide composé
de globules élastiques clair-semés, s'il est
permis de s'exprimer de la sorte, ne peut
s'appliquer, ni aux fluides denses & con-
tinus, dont les particules se touchent im-
médiatement, tels que l'eau, l'huile,
& le mercure; ni aux fluides, dont l'é-
lasticité vient d'une autre cause que de la
force repulsive de leurs parties, par exem-
ple de la compression & de l'expansion
de ces parties, tel que paroît être l'air
que nous respirons. Une confidération si
nécessaire, a laquelle M. Newton en
ajoute d'autres, non moins importantes,
doit nous faire conclure que cette pre-
miere partie de sa théorie, & celse de
M. Bernoulli, qui nen est proprement
que le commentaire, sont plutôt une re-
cherche de pure curiosité, qu'elles ne sont
applicables à la Nature.
Aussi l'illustre Philosophe Anglois n'a
pas crû devoir s'en tenir-là. Il considére
ies fluides dans l'état de continuité & de
compression où ils sont réellement, com-
posés de particules contignes les unes aux
autres; & c'est le second point de vûe,
soogle
JANVIEK.
1752.
13
fous lequel il les envisage.- La méthode
qu'il employe dans cette nouvelle hypo-
thése, pour résoudre le problême dont
il s'agit, est une espêce d'approximation
& de :âtonnement, dont il seroit difficile
de donner ici l'idée. Nous ne pourrions pas
non plus expliquer clairement dans une
fimple lecture publique la maniere ingé-
nieuse & fine dont M. Newton déduib
de sa théorie la résistance d'un cylindre &
d'un globe, on en général d'un sphéroide
dans un fluide indéfini; nous nous borne-
rons à dire, qu'après assez de combinai-
fons & de caculs, il parvient à cette con-
clusion, que dans un fluide dense & con-
tinu, la valeur absolue de la pistance, &
le rapport de la résistance de deux corps
sont tout autres que dans le fluide à glo-
bules élastiques de la premiere hypo-
théſe.
Mais cette seconde théorie de M.
Newton, quoique plus conforme à la na-
ture des fluides, est sujette encore à beau-
coup de difficultés. Nous ne les exposerons
point ici en détail, elles supposeroient pour
etre entendues qu'on eût une idée fort
présente de certe théorie, idée que nous
navons pu donner ici; mais l'on trou-
vera assez au long dans notre ouvrage, &
Pexpoiition de la théorie Newtonienne,
74 MERCURE DEFRANCE.
& les objections qu'on peut lui faire: c'est
l'objet particuliet d'une introduction qui
doit se trouver à la tête, & dont ces ré-
flexions ne sont qu'un extrait. Il nous suf--
sira d'observer ici que la théorie dont nous
parlons, manque sans doute de l'évi-
dence & de la précision nécessaire pout
convaincre l'esprit, puisqu elle a été atta-
quée plusieurs fois & avec succès par les
plus grands Géomêtres. Il n en faut pas
moins admirer les efforts & la sagacité
de ce grand Philosophe, qui après avoir
trouvé si heureusement la vérité dans un
grand nombre d'autres questions, a osé
entreprendre le premier la solution d'un
problême, que personne avant lui n avoit
tenté. Aussi cette solution, quoique peu
exacte, brille par tout de ce génie inven-
teur, de cet esprit fecond en ressources,
que personne n'a possedé dans un plus haut
degré que lui.
Aidés par les secours que la Géométrie
& la Méchanique nous fournissent aujour-
d'hui en plus grande abondance, est-il
surprenant que nous fassions quelque pas
de plus dans une carrière vaste & difficile
qu'il nous a ouverte? Les erreurs même
des grands hommes sont instructives, non-
seulement par les vûes qu'elles fournissent
pour l'ordinaire, mais par les pas inutiles
JANVIER.
1752.
15
qu'elles nous épargnent. Les méthodes
qui les ont égarés, assez seduisantes pour
les éblouir, nous auroient trompé comme
eux. Il étoit nécessaire qu'ils les tentas-
fent pour que nous en connussions les
écueils. La difficulté est de se frayer une
autre route, mais souvent cette difficulté
consiste plus à bien choisir celle qu'on
fuivra, qu'à la suivre quand elle est bien
choisie. Entre les differentes routes qui me-
nent à une vérité, les unes présentent une
entrée facile, ce sont celles où l'on se
jette d'abord; & si on ne rencontre des
obstacles, qu'après avoir parcouru un cer-
tain themin, alors, comme on ne consent
qu avec peine à avoir fait un travail inu-
tile, on vent du moins paroître avoir sur-
monté ces obstacles, & on ne fait quelque-
fois que les éluder. D'autres routes au
contraire ne présentent d'obstacles qu'à
leut entrée, l'abord en peut être pénible,
mais ces obstacles une fois franchis, le
reste du chemin est facile à parcourir.
Il faui convenir au reste, que les Géo-
mêtres qui ont artaqué M. Newton sur la
résistance des fluides, n'ont guere été plus
heureux que lui; les uns, après avoir
fondé sus le calcul une théorie assez va-
gue, & avoir même crû que l'expérience
acur ctoit favorable, semblent ensuite
26 MERCURE DE FRANCE.
avoir reconnu & l'insuffisance de leurs
expériences même, & le peu de solidité
de leur théorie, pour lui en substituer une
nouvelle aussi peu satisfaisante. Les au-
tres, reconnoissans de bonne foi, que
leur théorie manquoit par ses fondemens,
nous ont donné, au lieu des vrais princi-
pes, beaucoup de calculs.
Ces considérations m'ont engagé à
traiter cette matiere par une méthode en-
tierement nouvelle, & sans rien emprun-
ter de ceux qui m ont précédé dans le mê-
me travail.
La théorie que j'expose dans mon ou-
vrage, ou plutôt dont je donne l'gssai
a, ce me semble, l'avañtage de n'être ap-
puyée sur aucune supposition arbitraire. Je
suppose seulement, ce que personne ne
pent me contester, quun fluide est un
corps composé de particules très petites,
détachées, & capables de se mouvoir li-
brement.
La résistance qu'un corps éprouve
lorsqu'il en choque un autre, n'est à pro-
prement parler que la quantité de mouve-
ment qu'il perd. Lorsque le mouvement
d'un corps est altéré, on peut regarder ce
mouvement comme composé de celui que
le corps aura dans l'instant suivant, &
d'un autre qui est détruit. Il. n'est pas dif-
O
17
JANVIER. 1752.
ficile de conclure de-là, que toutes les
loix de la communication du mouvement
entre les corps, se réduisent aux loix de
l'équilibre. C'est aussi à ce principe que
j'ai réduit la solution de tous les problê-
mes de Dynamique dans le premier ou-
vrage que j ai publié en 1743. J'ai eu fré-
quemment l'occasion d'en montrer la fé-
condité & la simplicité dans les differens
Traités que j'ai mis au jour depuis; peut-
ette même ne seroit-il pas mutise pour
nous éclairer jusqu'à un certain point sur
la Métaphysique très- obscure de la percus-
sion des corps, & sur les loix ausquelles elle
est assujettie. Quoiqu'il en soit, ce princi-
pe s'applique naturellement à la résistan-
ce d'un corps dans un fluide; c'est aussi
aux loix de l'équilibre entre le fluide &
le corps, que je réduis la recherche de
cette résistance. Mais il ne faut pas s'ima-
giner que cette recherche, quoique très-
facilitée par ce moyen, soit aussi simple
que celle de la communication du mou-
ment entre deux corps solides. Supposons
en effet que nous eussions l'avantage dont
nous sommes privés, de connoître la figu-
re & la disposition mutuelle des parti-
cules qui composent les fluides; les loix
de leur résistance & de leur action, se ré-
duitoient sans doute aux loix connues
3009
18 MERCUREDEFRANCE.
du mouvement; car la recherhe du mou-
vement communique par un corps, à un
nombre quelconque de corpuscules qui
l'environnent, n'est qu'un problême de
Dynamique, pour la résolution duquel
on a tous les principes nécessaires. Cepen-
dant plus le nombre de corpuscules seroit
grand, plus le problême deviendroit com-
pliqué, & cette méthode par conséquent
ne seroit guères pratiquable dans la recher-
che de la résistance des fluides. Mais nous
sommes même bien éloignés d'avoir tou-
tes les données nécessaires, pour être à por-
tée de faire usage d'une pareille methode.
Non-seulement nous ignorons la figure
& l'arrangement des parties des fluides,
nous ignorons encore, comment ces par-
ties sont pressées par le corps, & com-
ment elles se meuvent entr elles. Il ya
d'ailleurs une si grande difference enrre
un fluide, & un amas de corpuscules soli-
des, que les loix de la pression & de l'é-
quilibre des solides sont très-differentes
des loix de la pression & de l'équilibre des
fluides; l'expérience seule a pu nous ins-
truire de ces dernieres loix, que la théo-
rie la plus subtile n'eût jamais pû nous
faire soupçonner: & aujourd'hui même
que l'observation nous les a fait connoî-
tre, on n'a pû trouver encore d'hypothése
JANVIER. 1752. 19
fatisfaisante pour les expliquer, & pous
les réduire aux principes connus de la
statique des solides.
Certe ignorance n'a cependant pas em-
peché que l'on n'ait fait de grands progrès
dans l'hydrostatique. Car les Philosophes
ne pouvant déduire immédiatement & di-
rectement de la nature des fluides les loin
de leur équilibre, ils les ont au moins
réduites à un seul principe d'expérience,
l'égalité de pression en tout sens; principe
qu'ils ont regardé (faute de mieux) com-
me la propriété fondamentale des fluides,
& celle dont il falloit déduire toutes les
autres. En effet, condamnés comme nous
se sommes, à ignorer les premieres pro-
priétés, & la contexture intérieure des
corps; la seule reflource qui reste à notre
sagacité, c'est de tâcher au moins, de sai-
fir dans chaque matiere l'analogie des
phenoménes, & de les rappeller tous à un
petit nombre de faits primitifs & fonda-
mentaux. La Nature est une machine im-
mense, dont les ressorts principaux nous
sont cachés: nous ne voyons même cetto
machine qu'à travers un voile qui nous
dérobe le jeu des parties les plus délicates.
Entre les parties les plus frappantes que
ce voile nous laisse appercevoir, il en est
quesques unes, qu'un même ressort met
Hras hO
LO MERCUREDEFRANCE.
en mouvement, & ce méchanisme est ce
que nous devons principaleuient cher-
cher à démeler.
Ne pouvant donc nous flatter de dé-
duire de la nature même des fluides la
théorie de leur résistance & de leurs ac-
tions, bornons-nous à la tirer, s'il est
possible des loix hydrostatiques, qui sont
depuis dong.tems bien constatées. La dé-
couverte purement expérimentale de ces
loix, supplée, en quelque sorte, à celle
de la figure & de la disposition des par-
ties des fluides, & peut-être rend le pro-
blême plus simple, que si pour le résoudra
nous étions bornés à cette derniere con-
noissance: il ne s'agit plus que de déve-
lopper par quel moyen les loix de la résis-
tance des fluides, peuvent se déduire des
loix de l'hydrostatique. Mais ce détail
demande une assez longue suite de propo-
fitions, dont je ne pourrois présenter ici
qu'une esquisse fort imparfaite; le public
verra bientôt mon ouvrage, & sera par
lui-même en état d'en juger. Je me con-
tenterai de dire, que voulant démontrer
tout en rigueur, jai trouvé dans les pro-
positions même les plus simples, plus de
difficultés qu on n auroit dû en soupçon-
ner, & que ce n'a pas été sans peine que
je suis parvenu à demontrer sur cette ma-
JANVIER. 1751.
tiere les vérités le plus généralenent con-
nues, & le moins rigoureusement prou-
vées jusqu'ici. Mais aptès avoir pout
ainsi dire, sacrifié à la sureté des principes
la facilite du calcul, je devois naturelle-
ment m'attendre que l'application dn cal-
cul à ces mêmes principes seroit fort pé-
nible, & c'est aussi ce qui m est arrivé; je
ne voudrois pas même assurer que du
moins en certains cas, la solution du pro-
blême dont il est question, ne se refusat
entierement à l'analyse. C'est aux Sçavans
à prononcer sur ce point; je croirois avoir
tra vaillé fort utilement, si j'étois parvenu
dans une matière si difficile, soit a fixer
moi même; soir à faire trouver à d'autres
jusqu'où peut aller la théorie, & les limi-
tes où elle est forcée de s'arrêter.
Quand je parle ici des bornes que la
théorie doit se prescrire, je ne l'envisage
qu'avec les secours actuels qu'elle peut se
procurer, non avec ceux dont elle pour-
ra s'aider dans la suite, & qui sont encore
à trouver. Car en quelque matiere que
ce soit, ou ne doit pas trop se hâter d'éle-
ver entre la Nature & l'esprit humain un
mur de séparation. Pour avoir appris à
nous mésiet de notre industrie, il ne faux
pai nous en méfier avec excès. Dans l'im,
puissance fréquente que nous éprouvons
igitized by Goc
2A MERCURE DEFRANCE.
de surmonter tant d'obstacles qui se pré-
sentent à nous, nous serions fans doute
trop heureux, si nous pouvions au moins
juger du premier coup d'oeil jusqu où nos
efforts peuvent atteindre. Mais tella est
tout à la fois la force & la foiblesse de no-
tre esprit, qu'il est souvent aussi dange-
reux de prononcer sur ce qu'il ne peut pas
que sur ce qu'il peut. Combien de décou-
vertes modernes, dont les anciens n'a-
voient pas même l'idée? combien de dé-
couvertes perdues, que nous conteste-
rions peut-etre trop legerement? & com-
bien d'autres que nous jugerions impossi-
bles, sont reservées pour notre posté-
rité ?
Voilà les vues qui m'ont guidé, & l'ob-
jet que je me suis proposé dans l'ouvrage
que je vais mettre au jour. Pour rendre mes
principes encore plus dignes de l'attention
des Physiciens & des Géomêtres, j'ai crû
devoit indiquer en peu de mots, comment
ils peuvents appliquer à differentes ques-
tions, qui ont un rapport plus au moins
immédiat à la matière que je traite, telles
que le mouvement d'un fluide qui coule
soit dans un vase, soit dans un canal quel-
conque, les oscillations d'un corps qui
flotte sur un fluide, & d'autres problêmes
de certe espéce.
Dnistres hd
JANVIER. 1752.
23
J'autois desiré pouvoit comparer ma
héorie de la résistance des fluides aux ex-
ériences que plusieurs Physiciens célé-
ires ont faites pour la déterminer. Mais
près avoir examiné ces expériences.
e les ai trouvées si peu d'accord entr'el-
es, qu'il n'y a, ce me semble, encore au-
un fait suffisamment constaté, sut co
oint. Ilnen faut pas davantage pour
nontrer combien ces expériences sont dé-
icates; aussi quelques personnes très- ver-
ées dans cet Art, ayant entrepris depuis
eu de les recommencer, ont presque
bandonné ce projet par les difficultés de
exécution. La multitude des forces, soit
ctives, soit passives, est ici compliquée à
un tel degré, qu'il paroît presque impos-
fible de déterminer sépatement l'effet de
chacune; de distinguer, pat exemple,
celui qui vient de la force d'inertie d'avec
celui qui tésulte de la tenacité, & ceux-
ci d'avec l'effet que peut produire la pé-
santeur & le frottement des particules;
d'ailleurs quand on auroit démelé dans un
seul cas les effets de chacune de ces forces,
& la loi qu'elles suivent, seroit-on bien
fondé à conclure, que dans un cas où les
particules agiroient tout autrement, tant
pat leur nombre, que par leur direction,
leut disposition & leur vitesse, la loi des
24 MERCURE DE FRANCE.
effe:s ne seroit pas toute differente? Cetto
matiere pourtoit bien être du nombre de
celles où les expériences faites en petit,
n ont presque aucune analogie avec les ex-
périences faites en grand, & les contre-
disent même quesquefois? où chaque cas
particulier demande presque une expé-
rience isolée, & où par conséquent les
résultats généraux sont toujours très-fau-
tifs & très-imparfaits.
Enfin, la difficulté fréquente d'appli-
quer le calcul à la theorie, pourra rendre
souvent presque impraticable la compa-
raison de la théorie & de l'expérience; je
me suis donc borné à faire voir l'accord
de mes principes avec les faits les plus con-
nus, & le plus généralement avoués. Sur
tout le reste je laisse encore beaucoup à
faire à ceux qui pourront travailler d'a-
près mes vices & mes calculs. On trou-
vera peut-être ma sincérité fort éloignée
de cet appareil, auquel on ne renonce
pas toujours, en rendant compte de ses
travaux; mais c'est à mon ouvrage seul à
se donner la place qu'il peut avoir. Je ne
me flatte pas d'avoir poussé à sa perfec-
tion une théorie que tant de grands hom-
mes ont à peine commençée. Le titre d'es-
sai que je donne à cet ouvrage, répond
cractement à l'idée que j'en ai: je crois
etre
rasbO
JANVIER. 1752.
2
Etre au moins dans la véritable route, &
sans oser apprécier le chemin que je puis
y avoir fait, j'applaudirai volontiers aux
efforts de ceux qui pourront allet plus
loin que moi, parce que dans la recher-
che de la vérite, le premier devoir est
d'être juste. Je crois au reste pouvoir
donner aux Geométres, qui dans la suite
s'appliqueront à cette matiere, un avis
que je prendrai le premier pour moi-
même; c est de ne pas ériger trop legere-
ment des formules d'algêbre en vérités
ou propositions physiques. L'esprit de cal-
cul qui a chassè l'esprit de systême, regne
pent-être un peu trop à son tour; car il
y a dans chaque siécle un goût de Philo-
sophie dominant. Ce goût entraîne pres-
que toujours quelques préjugés, & la
meilleute Philosophie est celle qui en a
se moins à sa suite. Il seroit mieux, sans
doute, qu elle ne fût jamais assujettie à
aucun ton particulier; les differentes con-
noissances acquises pat les Sçavans en au-
roient plus de facilité pour se rejoindre
& formet un tour. Mais c'est un avan-
tage que l'on ne peut guéres espérer. La
Philosophie prend, pour ainsi dire, la
teinture des esprits où elle se trouve.
Chez un Physicien, elle est ordinairement
toute systematique; chez un Geométre,
B
1. Vol.
26 MERCUREDEFRANCE.
elle est souvent toute de calcul. La mé-
thode du derniec, à patlet en général
est sans doute la plus sûre; mais il ne
faut pas en abuser, & croire que tout s'y
réduise; autrement nous ne ferions de
progrès dans la Geomentrię transcendante
que pour être à proportion plus bornés
sur les vérités de la Physique, & nous res-
semblerions à un homme qui auroit le sens
de la vue contraire à celui du toucher, ou
dans lequel un de ces sens ne se perfec-
tionneroit qu'aux dépens de l'autre. Plus
on peut tirer d'utilité de l'application de
la Geométrie à la Physique, plus on doit
être circonspect dans cette application.
C'est à la simplicité de son objet que la
Geométrie est redevable de sa certitude;
à mesure que l'objet devient plus compo-
sé, la certitude semble s'éloigner, Il faut
donc sçavoir s'arrênter sur ce qu on ignore,
ne pas croire que les mots de théorême &
de corollaire fassent par quelque vertu se-
crette l'essence d'une démonstration, &
qu'en écrivant à la fin d'une proposition
ce qu'il falloit demontrer, on rendra dé-
montré ce qui ne l'est pas.
Sur la théorie de la résistance des fluides,
lûes dans l'Assemblée publique de l'Académie
des Sciences. Par M. d'Alembert.
Quoique la Physique des Anciens ne
fût, ni aussi déraisonnable, ni aussi
bornée que le pensent ou que le disent
quelques Philosophes modernes, il pa-
roît cependant qu'ils n'étoient pas fort
versés dans les Sciences, qu on appelle
Physico-Mathématiques, & qui consistent
dans l'application du calcul aux phenomé-
nes de la Nature. La question de la résis-
tance des fluides, est une de celles qu'ils
paroissent avoir le moins étudiées sous
ce point de vûe. Je dis sous ce point de vus;
cat la connoissance de la résistance des
fluides, étant d'une nécessité absolue pour
la construction des Navires qu'ils avoient
peut-être poussée plus loin que nous, il
est difficile de croire que cette connois-
sance leur ait manqué jusqu'à un certain
point: l'expérience leur avoit sans doute
fourni des régles pour déterminer le choc
& la pression des eaux; mais ces régles,
d'usage seulement & de pratique, & pour
Goo.
3
1752.
JANVIER.
ainsi dire, de pure tradition, ne sont
point parvenues jusqu'à nous.
A l'égard de la théorie de cette résis-
tance, il n est pas surprenant qu'ils l'ayent
ignorée. On doit même, s'il est permis
de patler ainsi, leur tenir compte de leur
ignorance, de n'avoir point voulu attein-
dre à ce qu'il leur étoit impossible de sça-
voit, & de n'avoir point cherché à faire
croite qu'ils y étoient parvenus. C'est à la
plus subtile Géométrie, qu'il est permis
de tenter cette théorie, & la Géométrie
des Anciens, d'ailleurs très-profonde &
très scavanre, ne pouvoit aller jusques-là.
Il est vraisemblable qu'ils l'avoient senti;
car leur méthode de philosopher étoit plus
sage que nous ne l'imaginons communé-
ment. Les Géomêtres modernes ont scu
se procurer à cet égard plus de secours,
non parce qu'ils ont été supérieurs aux
Anciens, mais parce qu'ils sont venus
depuis. L'invention des calculs., diffe-
rentiel & intégral, nous a mis en état de
suivre en quelque maniere le mouve-
ment des corps jusques dans leurs élemens
ou dernieres particules. C'est avec le se-
cours seul de ces calculs qu'il est permis
de pénétrer dans les fluides, & de décou-
vrir le jeu de leurs parties, l'action qu'e-
xercent les uns sur les autres, ces atômes
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
innombrables, dont un fluide est compo-
sé, & qui paroissent tout à la fois unis &
divisés, dépendans & indépendans les uns
des autres. Aussi le méchanisme intérieur
des fluides, si peu analogue à celui des
corps solides que nous touchons, & sujet
à des loix toutes differentes, devroit être
pour les Philosophes un objet particulier
d'admiration, si l'étude de la Nature, des
phenoménes les plus simples, des éle-
mens même de la matiere, ne les avoit
accoutumés à ne s'étonner de rien, ou
plutôt à s'étonner également de tour. Aussi-
peu éclairés que le peuple sur la nature
des objets qu'ils confidérent, ils n ont &
ne peuvent avoir d'avantage que dans sa
combinaison qu'ils font du peu de princi-
pes qui leur sont connus, & des consé-
quences qu'ils en tirent; & c'est dans cet-
te espéce d'analyse que les Mathémati-
ques leur sont utiles Cependant avec ce
secours même la recherche de la résistance
des fluides est encore si difficile, que les
efforts des plus grands hommes se sont
terminés jusqu'ici à nous en donner une
legere ébauche.
Après avoir réflechi long-tems sur une
matiere si importante, avec tonte l'atten-
tion dont je suis capable, il m'a paru que
le peu de progrès qu'on a fait jusqu'à pré-
JANVIER. 1752.
2
sent dans cette question, vient de ce
qu'on na pas encore saisi les vrais princi-
pes, d'après lesquels il faut la résoudre; j'ai
crum devoir mappliquer à chercher ces
principes, & la maniere d'y appliquer le
calcul, s'il est possible; car il ne faut point
confondre ces deux objets, & les Geomé-
tres modernes semblent n avoir pas été as-
sez attentifs sur ce point. C'est souvent le
desir de pouvoir faire usage du calcul qui
les détermine dans le choix des principes,
an lieu qu'ils devroient examiner d'abord
les principes en eux-mêmes, sans penser
d'avance à les plier de force au calcul.
La Géométrie, qui ne doit qu'obéir à la
Physique, quand elle se réunit avec elle,
lui commande quel quefois: s'il arrive que
la question qu'on veut examiner soit trop
compliquée, pour que tous les élemens
puissent entrer dans la comparaison analy-
tique quon veut en faire, on sépare les
plus incommodes, on leur en substitue
d'autres, moins génans, mais aussi moins
réels; & on est etonné d'arriver, malgré
un travail pénible, à un résultat contre-
dit par la Nature; comme si aptès l'avoir
déguisée, tronquée, ou alterée, une com-
binaison purement méchanique pouvoit
nous la rendre.
Je me suis proposé d'éviter cet inconvé-
AV
Dgisterad vodO
10 MERCURE DE FRANCE.
nient dans un ouvrage que je vais pu-
blier sur la résistance des fluides. J'ai cher-
ché les principes de cette résistance comme
sil'analyse ne devoit y entrer pour rien;
& ces principes une fois trouvés, j'ai es-
fayé d'y appliquer l'analyse. Mais avant
que de rendre compte de mon travail, &
du degré auquel je l'ai poussé, il ne sera
pas inutile d'exposer en peu de mots ce qui
a été fait jusqu'à présent sur cette ma-
tiere.
Ne wton, à qui la Physique & la Géomé-
trie sont si redevables, est le premier, que
je sçache, qui ait entrepris de déterminer,
par les principes de la méchanique, la
résistance qu'éprouve un corps mu dans
un fluide, & de confirmer sa théorie par
des expériences. Ce grand Philosophe,
pour arriver plus facilement à la solution
d'une question si épineuse, & peut-être
pour la présenter d'une manière plus géné-
rale, envisage un fluide sous deux points
de vüe differens. Il le regarde d'abord,
comme un amas de corpuscules élastiques,
qui tendent à s'écarter les uns des autres
par une force repulsive, & qui sont dis-
posés librement à des distances égales. Il
suppose outre cela, que cet amas de cor-
puscules, qui compose le milieu resistant,
ait fort peu de densité par rapport à colle
o0
JANVIER. 1752.
11
du corps, ensorte que les parties du fluide
poussées par le corps, puissent se mouvoir
librement, sans communiquer aux parties
voisines le mouvement qu'elles ont reçu;
d'après cette hypothése, M. Newton
trouve & démontre les loix de la résis-
tance d'un tel fluide; loix assez connues
pour que nous nous dispensions de les rap-
porter ici.
Le célebre Jean Bernoulli, dans son
ouviage qui a pour titre: Discours sur les
loix de la communication du mouvement, a
dé terminé dans la même supposition, la
té sistance des fluides; il represente cette
resistance par une formule assez simple,
qui a été démontrée & généraliséc depuis:
mais il faut avouer que cette formule est
insuffisante. Dans tous les fluides que nous
connoissons, les particules sont immédia-
tement contigues par quelques uns deleurs
points, on du moins agissent les uns sur
les autres, à peu près comme si elles l'é-
toient; ainsi tout corps mû dans un fluide
pousse nécessairement à la fois & au men-
me instand un grand nombre de particules
situées dans la même ligne, & dont cha-
cune reçoit une vitesse, & une direction
differente, eu égard à sa situation; il est
donc extrêmement difficile de déterminer
le mouvement communiqué à toutes ces
A vj
o
ed by
12 MERCURE DEFRANCE.
particules, & par conséquent le mouve-
ment que le corps perd à chaque instant.
Ces réflexions n'avoient pas échappé
à M. Newton: il reconnoît que sa théo-
rie de la résistance d'un fluide composé
de globules élastiques clair-semés, s'il est
permis de s'exprimer de la sorte, ne peut
s'appliquer, ni aux fluides denses & con-
tinus, dont les particules se touchent im-
médiatement, tels que l'eau, l'huile,
& le mercure; ni aux fluides, dont l'é-
lasticité vient d'une autre cause que de la
force repulsive de leurs parties, par exem-
ple de la compression & de l'expansion
de ces parties, tel que paroît être l'air
que nous respirons. Une confidération si
nécessaire, a laquelle M. Newton en
ajoute d'autres, non moins importantes,
doit nous faire conclure que cette pre-
miere partie de sa théorie, & celse de
M. Bernoulli, qui nen est proprement
que le commentaire, sont plutôt une re-
cherche de pure curiosité, qu'elles ne sont
applicables à la Nature.
Aussi l'illustre Philosophe Anglois n'a
pas crû devoir s'en tenir-là. Il considére
ies fluides dans l'état de continuité & de
compression où ils sont réellement, com-
posés de particules contignes les unes aux
autres; & c'est le second point de vûe,
soogle
JANVIEK.
1752.
13
fous lequel il les envisage.- La méthode
qu'il employe dans cette nouvelle hypo-
thése, pour résoudre le problême dont
il s'agit, est une espêce d'approximation
& de :âtonnement, dont il seroit difficile
de donner ici l'idée. Nous ne pourrions pas
non plus expliquer clairement dans une
fimple lecture publique la maniere ingé-
nieuse & fine dont M. Newton déduib
de sa théorie la résistance d'un cylindre &
d'un globe, on en général d'un sphéroide
dans un fluide indéfini; nous nous borne-
rons à dire, qu'après assez de combinai-
fons & de caculs, il parvient à cette con-
clusion, que dans un fluide dense & con-
tinu, la valeur absolue de la pistance, &
le rapport de la résistance de deux corps
sont tout autres que dans le fluide à glo-
bules élastiques de la premiere hypo-
théſe.
Mais cette seconde théorie de M.
Newton, quoique plus conforme à la na-
ture des fluides, est sujette encore à beau-
coup de difficultés. Nous ne les exposerons
point ici en détail, elles supposeroient pour
etre entendues qu'on eût une idée fort
présente de certe théorie, idée que nous
navons pu donner ici; mais l'on trou-
vera assez au long dans notre ouvrage, &
Pexpoiition de la théorie Newtonienne,
74 MERCURE DEFRANCE.
& les objections qu'on peut lui faire: c'est
l'objet particuliet d'une introduction qui
doit se trouver à la tête, & dont ces ré-
flexions ne sont qu'un extrait. Il nous suf--
sira d'observer ici que la théorie dont nous
parlons, manque sans doute de l'évi-
dence & de la précision nécessaire pout
convaincre l'esprit, puisqu elle a été atta-
quée plusieurs fois & avec succès par les
plus grands Géomêtres. Il n en faut pas
moins admirer les efforts & la sagacité
de ce grand Philosophe, qui après avoir
trouvé si heureusement la vérité dans un
grand nombre d'autres questions, a osé
entreprendre le premier la solution d'un
problême, que personne avant lui n avoit
tenté. Aussi cette solution, quoique peu
exacte, brille par tout de ce génie inven-
teur, de cet esprit fecond en ressources,
que personne n'a possedé dans un plus haut
degré que lui.
Aidés par les secours que la Géométrie
& la Méchanique nous fournissent aujour-
d'hui en plus grande abondance, est-il
surprenant que nous fassions quelque pas
de plus dans une carrière vaste & difficile
qu'il nous a ouverte? Les erreurs même
des grands hommes sont instructives, non-
seulement par les vûes qu'elles fournissent
pour l'ordinaire, mais par les pas inutiles
JANVIER.
1752.
15
qu'elles nous épargnent. Les méthodes
qui les ont égarés, assez seduisantes pour
les éblouir, nous auroient trompé comme
eux. Il étoit nécessaire qu'ils les tentas-
fent pour que nous en connussions les
écueils. La difficulté est de se frayer une
autre route, mais souvent cette difficulté
consiste plus à bien choisir celle qu'on
fuivra, qu'à la suivre quand elle est bien
choisie. Entre les differentes routes qui me-
nent à une vérité, les unes présentent une
entrée facile, ce sont celles où l'on se
jette d'abord; & si on ne rencontre des
obstacles, qu'après avoir parcouru un cer-
tain themin, alors, comme on ne consent
qu avec peine à avoir fait un travail inu-
tile, on vent du moins paroître avoir sur-
monté ces obstacles, & on ne fait quelque-
fois que les éluder. D'autres routes au
contraire ne présentent d'obstacles qu'à
leut entrée, l'abord en peut être pénible,
mais ces obstacles une fois franchis, le
reste du chemin est facile à parcourir.
Il faui convenir au reste, que les Géo-
mêtres qui ont artaqué M. Newton sur la
résistance des fluides, n'ont guere été plus
heureux que lui; les uns, après avoir
fondé sus le calcul une théorie assez va-
gue, & avoir même crû que l'expérience
acur ctoit favorable, semblent ensuite
26 MERCURE DE FRANCE.
avoir reconnu & l'insuffisance de leurs
expériences même, & le peu de solidité
de leur théorie, pour lui en substituer une
nouvelle aussi peu satisfaisante. Les au-
tres, reconnoissans de bonne foi, que
leur théorie manquoit par ses fondemens,
nous ont donné, au lieu des vrais princi-
pes, beaucoup de calculs.
Ces considérations m'ont engagé à
traiter cette matiere par une méthode en-
tierement nouvelle, & sans rien emprun-
ter de ceux qui m ont précédé dans le mê-
me travail.
La théorie que j'expose dans mon ou-
vrage, ou plutôt dont je donne l'gssai
a, ce me semble, l'avañtage de n'être ap-
puyée sur aucune supposition arbitraire. Je
suppose seulement, ce que personne ne
pent me contester, quun fluide est un
corps composé de particules très petites,
détachées, & capables de se mouvoir li-
brement.
La résistance qu'un corps éprouve
lorsqu'il en choque un autre, n'est à pro-
prement parler que la quantité de mouve-
ment qu'il perd. Lorsque le mouvement
d'un corps est altéré, on peut regarder ce
mouvement comme composé de celui que
le corps aura dans l'instant suivant, &
d'un autre qui est détruit. Il. n'est pas dif-
O
17
JANVIER. 1752.
ficile de conclure de-là, que toutes les
loix de la communication du mouvement
entre les corps, se réduisent aux loix de
l'équilibre. C'est aussi à ce principe que
j'ai réduit la solution de tous les problê-
mes de Dynamique dans le premier ou-
vrage que j ai publié en 1743. J'ai eu fré-
quemment l'occasion d'en montrer la fé-
condité & la simplicité dans les differens
Traités que j'ai mis au jour depuis; peut-
ette même ne seroit-il pas mutise pour
nous éclairer jusqu'à un certain point sur
la Métaphysique très- obscure de la percus-
sion des corps, & sur les loix ausquelles elle
est assujettie. Quoiqu'il en soit, ce princi-
pe s'applique naturellement à la résistan-
ce d'un corps dans un fluide; c'est aussi
aux loix de l'équilibre entre le fluide &
le corps, que je réduis la recherche de
cette résistance. Mais il ne faut pas s'ima-
giner que cette recherche, quoique très-
facilitée par ce moyen, soit aussi simple
que celle de la communication du mou-
ment entre deux corps solides. Supposons
en effet que nous eussions l'avantage dont
nous sommes privés, de connoître la figu-
re & la disposition mutuelle des parti-
cules qui composent les fluides; les loix
de leur résistance & de leur action, se ré-
duitoient sans doute aux loix connues
3009
18 MERCUREDEFRANCE.
du mouvement; car la recherhe du mou-
vement communique par un corps, à un
nombre quelconque de corpuscules qui
l'environnent, n'est qu'un problême de
Dynamique, pour la résolution duquel
on a tous les principes nécessaires. Cepen-
dant plus le nombre de corpuscules seroit
grand, plus le problême deviendroit com-
pliqué, & cette méthode par conséquent
ne seroit guères pratiquable dans la recher-
che de la résistance des fluides. Mais nous
sommes même bien éloignés d'avoir tou-
tes les données nécessaires, pour être à por-
tée de faire usage d'une pareille methode.
Non-seulement nous ignorons la figure
& l'arrangement des parties des fluides,
nous ignorons encore, comment ces par-
ties sont pressées par le corps, & com-
ment elles se meuvent entr elles. Il ya
d'ailleurs une si grande difference enrre
un fluide, & un amas de corpuscules soli-
des, que les loix de la pression & de l'é-
quilibre des solides sont très-differentes
des loix de la pression & de l'équilibre des
fluides; l'expérience seule a pu nous ins-
truire de ces dernieres loix, que la théo-
rie la plus subtile n'eût jamais pû nous
faire soupçonner: & aujourd'hui même
que l'observation nous les a fait connoî-
tre, on n'a pû trouver encore d'hypothése
JANVIER. 1752. 19
fatisfaisante pour les expliquer, & pous
les réduire aux principes connus de la
statique des solides.
Certe ignorance n'a cependant pas em-
peché que l'on n'ait fait de grands progrès
dans l'hydrostatique. Car les Philosophes
ne pouvant déduire immédiatement & di-
rectement de la nature des fluides les loin
de leur équilibre, ils les ont au moins
réduites à un seul principe d'expérience,
l'égalité de pression en tout sens; principe
qu'ils ont regardé (faute de mieux) com-
me la propriété fondamentale des fluides,
& celle dont il falloit déduire toutes les
autres. En effet, condamnés comme nous
se sommes, à ignorer les premieres pro-
priétés, & la contexture intérieure des
corps; la seule reflource qui reste à notre
sagacité, c'est de tâcher au moins, de sai-
fir dans chaque matiere l'analogie des
phenoménes, & de les rappeller tous à un
petit nombre de faits primitifs & fonda-
mentaux. La Nature est une machine im-
mense, dont les ressorts principaux nous
sont cachés: nous ne voyons même cetto
machine qu'à travers un voile qui nous
dérobe le jeu des parties les plus délicates.
Entre les parties les plus frappantes que
ce voile nous laisse appercevoir, il en est
quesques unes, qu'un même ressort met
Hras hO
LO MERCUREDEFRANCE.
en mouvement, & ce méchanisme est ce
que nous devons principaleuient cher-
cher à démeler.
Ne pouvant donc nous flatter de dé-
duire de la nature même des fluides la
théorie de leur résistance & de leurs ac-
tions, bornons-nous à la tirer, s'il est
possible des loix hydrostatiques, qui sont
depuis dong.tems bien constatées. La dé-
couverte purement expérimentale de ces
loix, supplée, en quelque sorte, à celle
de la figure & de la disposition des par-
ties des fluides, & peut-être rend le pro-
blême plus simple, que si pour le résoudra
nous étions bornés à cette derniere con-
noissance: il ne s'agit plus que de déve-
lopper par quel moyen les loix de la résis-
tance des fluides, peuvent se déduire des
loix de l'hydrostatique. Mais ce détail
demande une assez longue suite de propo-
fitions, dont je ne pourrois présenter ici
qu'une esquisse fort imparfaite; le public
verra bientôt mon ouvrage, & sera par
lui-même en état d'en juger. Je me con-
tenterai de dire, que voulant démontrer
tout en rigueur, jai trouvé dans les pro-
positions même les plus simples, plus de
difficultés qu on n auroit dû en soupçon-
ner, & que ce n'a pas été sans peine que
je suis parvenu à demontrer sur cette ma-
JANVIER. 1751.
tiere les vérités le plus généralenent con-
nues, & le moins rigoureusement prou-
vées jusqu'ici. Mais aptès avoir pout
ainsi dire, sacrifié à la sureté des principes
la facilite du calcul, je devois naturelle-
ment m'attendre que l'application dn cal-
cul à ces mêmes principes seroit fort pé-
nible, & c'est aussi ce qui m est arrivé; je
ne voudrois pas même assurer que du
moins en certains cas, la solution du pro-
blême dont il est question, ne se refusat
entierement à l'analyse. C'est aux Sçavans
à prononcer sur ce point; je croirois avoir
tra vaillé fort utilement, si j'étois parvenu
dans une matière si difficile, soit a fixer
moi même; soir à faire trouver à d'autres
jusqu'où peut aller la théorie, & les limi-
tes où elle est forcée de s'arrêter.
Quand je parle ici des bornes que la
théorie doit se prescrire, je ne l'envisage
qu'avec les secours actuels qu'elle peut se
procurer, non avec ceux dont elle pour-
ra s'aider dans la suite, & qui sont encore
à trouver. Car en quelque matiere que
ce soit, ou ne doit pas trop se hâter d'éle-
ver entre la Nature & l'esprit humain un
mur de séparation. Pour avoir appris à
nous mésiet de notre industrie, il ne faux
pai nous en méfier avec excès. Dans l'im,
puissance fréquente que nous éprouvons
igitized by Goc
2A MERCURE DEFRANCE.
de surmonter tant d'obstacles qui se pré-
sentent à nous, nous serions fans doute
trop heureux, si nous pouvions au moins
juger du premier coup d'oeil jusqu où nos
efforts peuvent atteindre. Mais tella est
tout à la fois la force & la foiblesse de no-
tre esprit, qu'il est souvent aussi dange-
reux de prononcer sur ce qu'il ne peut pas
que sur ce qu'il peut. Combien de décou-
vertes modernes, dont les anciens n'a-
voient pas même l'idée? combien de dé-
couvertes perdues, que nous conteste-
rions peut-etre trop legerement? & com-
bien d'autres que nous jugerions impossi-
bles, sont reservées pour notre posté-
rité ?
Voilà les vues qui m'ont guidé, & l'ob-
jet que je me suis proposé dans l'ouvrage
que je vais mettre au jour. Pour rendre mes
principes encore plus dignes de l'attention
des Physiciens & des Géomêtres, j'ai crû
devoit indiquer en peu de mots, comment
ils peuvents appliquer à differentes ques-
tions, qui ont un rapport plus au moins
immédiat à la matière que je traite, telles
que le mouvement d'un fluide qui coule
soit dans un vase, soit dans un canal quel-
conque, les oscillations d'un corps qui
flotte sur un fluide, & d'autres problêmes
de certe espéce.
Dnistres hd
JANVIER. 1752.
23
J'autois desiré pouvoit comparer ma
héorie de la résistance des fluides aux ex-
ériences que plusieurs Physiciens célé-
ires ont faites pour la déterminer. Mais
près avoir examiné ces expériences.
e les ai trouvées si peu d'accord entr'el-
es, qu'il n'y a, ce me semble, encore au-
un fait suffisamment constaté, sut co
oint. Ilnen faut pas davantage pour
nontrer combien ces expériences sont dé-
icates; aussi quelques personnes très- ver-
ées dans cet Art, ayant entrepris depuis
eu de les recommencer, ont presque
bandonné ce projet par les difficultés de
exécution. La multitude des forces, soit
ctives, soit passives, est ici compliquée à
un tel degré, qu'il paroît presque impos-
fible de déterminer sépatement l'effet de
chacune; de distinguer, pat exemple,
celui qui vient de la force d'inertie d'avec
celui qui tésulte de la tenacité, & ceux-
ci d'avec l'effet que peut produire la pé-
santeur & le frottement des particules;
d'ailleurs quand on auroit démelé dans un
seul cas les effets de chacune de ces forces,
& la loi qu'elles suivent, seroit-on bien
fondé à conclure, que dans un cas où les
particules agiroient tout autrement, tant
pat leur nombre, que par leur direction,
leut disposition & leur vitesse, la loi des
24 MERCURE DE FRANCE.
effe:s ne seroit pas toute differente? Cetto
matiere pourtoit bien être du nombre de
celles où les expériences faites en petit,
n ont presque aucune analogie avec les ex-
périences faites en grand, & les contre-
disent même quesquefois? où chaque cas
particulier demande presque une expé-
rience isolée, & où par conséquent les
résultats généraux sont toujours très-fau-
tifs & très-imparfaits.
Enfin, la difficulté fréquente d'appli-
quer le calcul à la theorie, pourra rendre
souvent presque impraticable la compa-
raison de la théorie & de l'expérience; je
me suis donc borné à faire voir l'accord
de mes principes avec les faits les plus con-
nus, & le plus généralement avoués. Sur
tout le reste je laisse encore beaucoup à
faire à ceux qui pourront travailler d'a-
près mes vices & mes calculs. On trou-
vera peut-être ma sincérité fort éloignée
de cet appareil, auquel on ne renonce
pas toujours, en rendant compte de ses
travaux; mais c'est à mon ouvrage seul à
se donner la place qu'il peut avoir. Je ne
me flatte pas d'avoir poussé à sa perfec-
tion une théorie que tant de grands hom-
mes ont à peine commençée. Le titre d'es-
sai que je donne à cet ouvrage, répond
cractement à l'idée que j'en ai: je crois
etre
rasbO
JANVIER. 1752.
2
Etre au moins dans la véritable route, &
sans oser apprécier le chemin que je puis
y avoir fait, j'applaudirai volontiers aux
efforts de ceux qui pourront allet plus
loin que moi, parce que dans la recher-
che de la vérite, le premier devoir est
d'être juste. Je crois au reste pouvoir
donner aux Geométres, qui dans la suite
s'appliqueront à cette matiere, un avis
que je prendrai le premier pour moi-
même; c est de ne pas ériger trop legere-
ment des formules d'algêbre en vérités
ou propositions physiques. L'esprit de cal-
cul qui a chassè l'esprit de systême, regne
pent-être un peu trop à son tour; car il
y a dans chaque siécle un goût de Philo-
sophie dominant. Ce goût entraîne pres-
que toujours quelques préjugés, & la
meilleute Philosophie est celle qui en a
se moins à sa suite. Il seroit mieux, sans
doute, qu elle ne fût jamais assujettie à
aucun ton particulier; les differentes con-
noissances acquises pat les Sçavans en au-
roient plus de facilité pour se rejoindre
& formet un tour. Mais c'est un avan-
tage que l'on ne peut guéres espérer. La
Philosophie prend, pour ainsi dire, la
teinture des esprits où elle se trouve.
Chez un Physicien, elle est ordinairement
toute systematique; chez un Geométre,
B
1. Vol.
26 MERCUREDEFRANCE.
elle est souvent toute de calcul. La mé-
thode du derniec, à patlet en général
est sans doute la plus sûre; mais il ne
faut pas en abuser, & croire que tout s'y
réduise; autrement nous ne ferions de
progrès dans la Geomentrię transcendante
que pour être à proportion plus bornés
sur les vérités de la Physique, & nous res-
semblerions à un homme qui auroit le sens
de la vue contraire à celui du toucher, ou
dans lequel un de ces sens ne se perfec-
tionneroit qu'aux dépens de l'autre. Plus
on peut tirer d'utilité de l'application de
la Geométrie à la Physique, plus on doit
être circonspect dans cette application.
C'est à la simplicité de son objet que la
Geométrie est redevable de sa certitude;
à mesure que l'objet devient plus compo-
sé, la certitude semble s'éloigner, Il faut
donc sçavoir s'arrênter sur ce qu on ignore,
ne pas croire que les mots de théorême &
de corollaire fassent par quelque vertu se-
crette l'essence d'une démonstration, &
qu'en écrivant à la fin d'une proposition
ce qu'il falloit demontrer, on rendra dé-
montré ce qui ne l'est pas.
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Résumé : REFLEXIONS Sur la théorie de la résistance des fluides, lûes dans l'Assemblée publique de l'Académie des Sciences. Par M. d'Alembert.
Dans 'Réflexions sur la théorie de la résistance des fluides', Jean le Rond d'Alembert analyse les connaissances antiques sur la résistance des fluides, soulignant leur maîtrise pratique mais leur manque de théories mathématiques rigoureuses. Cette lacune est attribuée à l'absence de méthodes géométriques avancées comme le calcul différentiel et intégral. Les philosophes modernes, grâce à ces outils, ont fait des progrès, mais la recherche reste complexe. D'Alembert critique les géomètres modernes pour leur tendance à adapter les principes aux calculs plutôt que de chercher d'abord les principes fondamentaux. Il mentionne Isaac Newton comme pionnier dans l'étude de la résistance des fluides, explorant deux hypothèses : les fluides comme corpuscules élastiques et les fluides en continuité et compression. Il distingue deux types de méthodes scientifiques : celles faciles au début mais rencontrant des obstacles plus tard, et celles difficiles au début mais plus simples ensuite. D'Alembert critique les géomètres ayant attaqué les travaux de Newton, notant que leurs théories étaient soit vagues, soit basées sur des calculs sans principes solides. Sa propre théorie suppose que les fluides sont composés de particules libres et mobiles. La résistance d'un corps dans un fluide est définie comme la quantité de mouvement perdue lors d'un choc. D'Alembert réduit les lois de la communication du mouvement aux lois de l'équilibre, mais reconnaît la complexité de la recherche en raison de l'ignorance de la figure et de la disposition des particules des fluides. Malgré cela, des progrès ont été réalisés en hydrostatique. Il souligne l'importance de déduire la théorie des lois hydrostatiques bien établies et invite les savants à explorer les limites de sa théorie. Le texte traite des limites et des défis de la théorie et de l'expérience en science. D'Alembert reconnaît l'imperfection de ses travaux et la difficulté de comparer les théories aux expériences lorsqu'elles sont basées sur des calculs. Il se concentre sur l'accord de ses principes avec les faits établis, laissant à d'autres le soin d'améliorer ses recherches. Il exprime son humilité en admettant que son ouvrage n'est pas parfait et espère que d'autres pourront progresser.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 121-126
« GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE composée en latin par Bernard Varenius, revue par [...] »
Début :
GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE composée en latin par Bernard Varenius, revue par [...]
Mots clefs :
Géographie, Réflexions, Réflexions, Isaac Newton
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE composée en latin par Bernard Varenius, revue par [...] »
GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE compofée en
latin par Bernard Varenius , revue par
Ifaac Newton , augmentée par Jacques Jurin
, traduite en anglois d'après les éditions
latines données par ces auteurs ,
avec des additions fur les nouvelles découvertes
, & préfentement traduite de l'anglois
en François avec des figures en taille-
I. Vol F
122 MERCURE DE FRANCE .
douce . A Paris , chez Vincent , rue S. Severin
, à l'Ange ; & Lottin , rue S. Jacques ,
au Coq , 1755. 4. vol. in-1 2.
Le titre feul déclare affez l'importance
de cet Ouvrage dont l'auteur eft Varenius
qui l'a écrit en latin . Les fréquentes éditions
de ce livre , qui fe font , pour ainfi
dire , fuccédées les unes aux autres , font
une preuve de fa bonté , & font fon plus
bel éloge . Le fuffrage d'un auffi grand
somme que M. Newton , ajoute le dernier
trait à fa louange . Cet illuftre philofophe
le jugea digne de fon attention ,
puifqu'il voulut lui-même prendre foin de
l'édition qui parut en 1672 à Cambridge :
il occupoit alors une chaire de Mathématiques
dans la fameufe Univerfité de cette
ville. Il commenta Varenius qui a traité
fon fujet en Géometre & en Phyficien ;
il trouva fa Géographie très-propre à être
mife entre les mains de fes éleves à qui il
faifoit des leçons publiques fur la même
matiere. Il la corrigea dans les chofes où
Varenius avoit fe il éclaircit
pu tromper ;
celles que celui ci n'avoit point affez développées
, & l'augmenta en beaucoup
d'endroits pour fuppléer à ce qui manquoit
pour la perfection de l'Ouvrage. Il fuffifoit
qu'un livre eût été revu par M. Newton
avec autant d'exactitude de fa part ,
DECEMBRE. 1755. 123
pour accélérer le débit de l'édition qui
s'épuifa malgré la quantité d'exemplaires.
qui s'étoient diftribuées à Cambridge . C'eft
ce qui engagea dans la fuite du tems , le
Docteur Jurin à donner une nouvelle édition
de cette Géographie , qu'il accompagna
d'un très- bon fupplément qui renferme
les découvertes les plus modernes pour
l'inftruction des jeunes étudians. Il la dédia
au Docteur Bentlei , à la follicitation
duquel il l'avoit entrepriſe. C'eft d'après
cette derniere édition latine , qu'a été compofée
la Traduction angloife qui paroît
être fort eftimée ; & la Traduction françoife
que nous annonçons , a été faite
fur cette Edition Angloife , fupérieure à
toutes les Editions Latines qui l'ont précédée.
Au moins , c'est ce que nous affure
M. de Puifieux qui eft le Traducteur françois
, & qui ne fe fera fans doute déterminé
à porter un pareil jugement , qu'après
les avoir comparées enfemble . On
doit lui fçavoir gré d'avoir rendu public
en notre langue un ouvrage auffi effentiel
pour perfectionner les connoiffances rela
tives à la Géographie . Ce livre eft trop
connu parmi les Sçavans pour nous arrêter
ici à en apprécier le mérite ; & la réputa
tion décidée dont il jouit nous difpenfe
d'en faire l'extrait. Fij
124 MERCURE
DE FRANCE.
REFLEXIONS fur les connoiffances
préliminaires au Chriftianifme , pour fervir
à l'inftruction des jeunes gens. A Paris ,
chez Vincent , rue S. Severin , à l'Ange ,
1 vol. in-12 . 1755 .
L'objet de ces réflexions eft l'expofition
des preuves qui établiffent l'existence de
Dieu , de la connoiffance duquel émane
la Religion qui , envifagée dans fon état
naturel , oblige l'homme fa créature , à des
devoirs envers lui . Ces confidérations préliminaires
conduifent à la néceffité d'admettre
une révélation ; & c'eſt d'elle que
le Chriftianifme tire toute fa force &
l'excellence de fa morale . L'Auteur a pour
cet effet retracé toutes les vérités qu'il
enfeigne dans une courte analyſe qui eft
une fuite de ces Réflexions . Elle fervira à
donner une teinture des notions Théologiques
à ceux qui ne fçavent tout au plus
que ce que leur catéchifme a pu leur apprendre.
On nous dit dans un avertiſſement
que l'inftruction des jeunes gens eft l'unique
but que l'Auteur s'eft propofé dans l'ouvrage
qu'il publie . On ajoute que le feul
fruit qu'il cherche à recueillir de fes foins ,
eft celui de former la jeuneffe aux vertus
dont la pratique eft recommandée par les
préceptes de l'Evangile. Cet aveu fait
DECEMBRE. 1755. 125
voir que fes vues font aufli louables que
fon travail eft édifiant .
PARAPHRASE & Explication des Pleaumes,
avec le texte de laVulgate ajouté à la
fuite felon l'ordre de cette Verfion , &
felon les Variantes Hébraïques . A Paris ,
chez Vincent , rue faint Severin , à l'Ange,
1755. gros volume in- 12 . Le même Libraire
vient de donner une nouvelle édition
d'un ouvrage intitulé , Confolations
chrétiennes avec des Réfléxions fur les buit
beatitudes , & la Paraphrafe des trois Cantiques
du Dante. Il a imprimé les Elémens
de Géométrie , traduits de l'anglois de
M.Thomas Simpfon de la Société Royale
de Londres , & Profeffeur de Mathématiques
à Wolwich , auxquels font ajoutés
deux petits ouvrages du même Auteur ; le
premier eft un effai fur les Maximis &
Minimis , des lignes , des angles & des
furfaces. Le fecond eft une fuite de problêmes
compliqués , dont il donne la con-
Atruction géométrique.
DISSERTATION ANATOMIQUE & pratique
fur une maladie de la peau d'une efpece
fort finguliere , adreffée en forme de
lettre à M. l'Abbé Nolet , de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , & c. par
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
M. Cuifio , Médecin de Naples , traduite
de l'italien , par M. V *** , Médecin de la
Faculté de Paris. A Paris , chez Vincent ,
rue faint Severin , à l'Ange , 1755. Le
même Libraire vend le vingt -unieme &
dernier volume des Mémoires de Rouffet,
in-8° . A Amfterdam. On trouve auffi chez
lui la Bible de le Cene , in -fol. 2. vol .
Nous annonçons la nouvelle édition
du nouvel abregé chronologique de l'Hiftoire
de France , enfemble lefupplément de cette
édition ; c'eft la cinquieme in. 12. donnée
par l'Auteur , depuis 1744 que parut
cet ouvrage pour la premiere fois : nons
ne parlons point des deux éditions in - 4 ° .
auffi imprimées fous fes yeux , ni des éditions
contrefaites dans les pays étrangers..
latin par Bernard Varenius , revue par
Ifaac Newton , augmentée par Jacques Jurin
, traduite en anglois d'après les éditions
latines données par ces auteurs ,
avec des additions fur les nouvelles découvertes
, & préfentement traduite de l'anglois
en François avec des figures en taille-
I. Vol F
122 MERCURE DE FRANCE .
douce . A Paris , chez Vincent , rue S. Severin
, à l'Ange ; & Lottin , rue S. Jacques ,
au Coq , 1755. 4. vol. in-1 2.
Le titre feul déclare affez l'importance
de cet Ouvrage dont l'auteur eft Varenius
qui l'a écrit en latin . Les fréquentes éditions
de ce livre , qui fe font , pour ainfi
dire , fuccédées les unes aux autres , font
une preuve de fa bonté , & font fon plus
bel éloge . Le fuffrage d'un auffi grand
somme que M. Newton , ajoute le dernier
trait à fa louange . Cet illuftre philofophe
le jugea digne de fon attention ,
puifqu'il voulut lui-même prendre foin de
l'édition qui parut en 1672 à Cambridge :
il occupoit alors une chaire de Mathématiques
dans la fameufe Univerfité de cette
ville. Il commenta Varenius qui a traité
fon fujet en Géometre & en Phyficien ;
il trouva fa Géographie très-propre à être
mife entre les mains de fes éleves à qui il
faifoit des leçons publiques fur la même
matiere. Il la corrigea dans les chofes où
Varenius avoit fe il éclaircit
pu tromper ;
celles que celui ci n'avoit point affez développées
, & l'augmenta en beaucoup
d'endroits pour fuppléer à ce qui manquoit
pour la perfection de l'Ouvrage. Il fuffifoit
qu'un livre eût été revu par M. Newton
avec autant d'exactitude de fa part ,
DECEMBRE. 1755. 123
pour accélérer le débit de l'édition qui
s'épuifa malgré la quantité d'exemplaires.
qui s'étoient diftribuées à Cambridge . C'eft
ce qui engagea dans la fuite du tems , le
Docteur Jurin à donner une nouvelle édition
de cette Géographie , qu'il accompagna
d'un très- bon fupplément qui renferme
les découvertes les plus modernes pour
l'inftruction des jeunes étudians. Il la dédia
au Docteur Bentlei , à la follicitation
duquel il l'avoit entrepriſe. C'eft d'après
cette derniere édition latine , qu'a été compofée
la Traduction angloife qui paroît
être fort eftimée ; & la Traduction françoife
que nous annonçons , a été faite
fur cette Edition Angloife , fupérieure à
toutes les Editions Latines qui l'ont précédée.
Au moins , c'est ce que nous affure
M. de Puifieux qui eft le Traducteur françois
, & qui ne fe fera fans doute déterminé
à porter un pareil jugement , qu'après
les avoir comparées enfemble . On
doit lui fçavoir gré d'avoir rendu public
en notre langue un ouvrage auffi effentiel
pour perfectionner les connoiffances rela
tives à la Géographie . Ce livre eft trop
connu parmi les Sçavans pour nous arrêter
ici à en apprécier le mérite ; & la réputa
tion décidée dont il jouit nous difpenfe
d'en faire l'extrait. Fij
124 MERCURE
DE FRANCE.
REFLEXIONS fur les connoiffances
préliminaires au Chriftianifme , pour fervir
à l'inftruction des jeunes gens. A Paris ,
chez Vincent , rue S. Severin , à l'Ange ,
1 vol. in-12 . 1755 .
L'objet de ces réflexions eft l'expofition
des preuves qui établiffent l'existence de
Dieu , de la connoiffance duquel émane
la Religion qui , envifagée dans fon état
naturel , oblige l'homme fa créature , à des
devoirs envers lui . Ces confidérations préliminaires
conduifent à la néceffité d'admettre
une révélation ; & c'eſt d'elle que
le Chriftianifme tire toute fa force &
l'excellence de fa morale . L'Auteur a pour
cet effet retracé toutes les vérités qu'il
enfeigne dans une courte analyſe qui eft
une fuite de ces Réflexions . Elle fervira à
donner une teinture des notions Théologiques
à ceux qui ne fçavent tout au plus
que ce que leur catéchifme a pu leur apprendre.
On nous dit dans un avertiſſement
que l'inftruction des jeunes gens eft l'unique
but que l'Auteur s'eft propofé dans l'ouvrage
qu'il publie . On ajoute que le feul
fruit qu'il cherche à recueillir de fes foins ,
eft celui de former la jeuneffe aux vertus
dont la pratique eft recommandée par les
préceptes de l'Evangile. Cet aveu fait
DECEMBRE. 1755. 125
voir que fes vues font aufli louables que
fon travail eft édifiant .
PARAPHRASE & Explication des Pleaumes,
avec le texte de laVulgate ajouté à la
fuite felon l'ordre de cette Verfion , &
felon les Variantes Hébraïques . A Paris ,
chez Vincent , rue faint Severin , à l'Ange,
1755. gros volume in- 12 . Le même Libraire
vient de donner une nouvelle édition
d'un ouvrage intitulé , Confolations
chrétiennes avec des Réfléxions fur les buit
beatitudes , & la Paraphrafe des trois Cantiques
du Dante. Il a imprimé les Elémens
de Géométrie , traduits de l'anglois de
M.Thomas Simpfon de la Société Royale
de Londres , & Profeffeur de Mathématiques
à Wolwich , auxquels font ajoutés
deux petits ouvrages du même Auteur ; le
premier eft un effai fur les Maximis &
Minimis , des lignes , des angles & des
furfaces. Le fecond eft une fuite de problêmes
compliqués , dont il donne la con-
Atruction géométrique.
DISSERTATION ANATOMIQUE & pratique
fur une maladie de la peau d'une efpece
fort finguliere , adreffée en forme de
lettre à M. l'Abbé Nolet , de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , & c. par
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
M. Cuifio , Médecin de Naples , traduite
de l'italien , par M. V *** , Médecin de la
Faculté de Paris. A Paris , chez Vincent ,
rue faint Severin , à l'Ange , 1755. Le
même Libraire vend le vingt -unieme &
dernier volume des Mémoires de Rouffet,
in-8° . A Amfterdam. On trouve auffi chez
lui la Bible de le Cene , in -fol. 2. vol .
Nous annonçons la nouvelle édition
du nouvel abregé chronologique de l'Hiftoire
de France , enfemble lefupplément de cette
édition ; c'eft la cinquieme in. 12. donnée
par l'Auteur , depuis 1744 que parut
cet ouvrage pour la premiere fois : nons
ne parlons point des deux éditions in - 4 ° .
auffi imprimées fous fes yeux , ni des éditions
contrefaites dans les pays étrangers..
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Résumé : « GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE composée en latin par Bernard Varenius, revue par [...] »
En 1755, plusieurs ouvrages et publications ont été publiés. L'œuvre principale est une 'Géographie générale' rédigée en latin par Bernard Varenius. Cette œuvre a été revue et augmentée par Isaac Newton, alors professeur de mathématiques à Cambridge, qui l'a corrigée et enrichie pour ses élèves. La traduction française de cet ouvrage a été réalisée à partir de l'édition anglaise, jugée supérieure aux éditions latines précédentes. Le traducteur, M. de Puifieux, a souligné l'importance de cet ouvrage pour les connaissances géographiques. Le texte mentionne également d'autres publications, telles que 'Réflexions sur les connaissances préliminaires au Christianisme', destinées à instruire les jeunes sur l'existence de Dieu et la nécessité de la révélation chrétienne. Un autre ouvrage est une 'Paraphrase et Explication des Psaumes', incluant le texte de la Vulgate et des variantes hébraïques. Le libraire a également publié des 'Consolations chrétiennes' et des 'Éléments de Géométrie' traduits de l'anglais. Enfin, le texte annonce une 'Dissertation anatomique et pratique' sur une maladie de la peau, traduite de l'italien, ainsi que diverses autres publications, dont une nouvelle édition de l'abrégé chronologique de l'Histoire de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 95-116
Suite de l'Extrait de la Défense de la Chronologie fondée sur les monumens de l'histoire ancienne contre le systême chronologique de M. Newton ; par M. Fréret, & c.
Début :
M. Fréret parcourt un champ d'une plus vaste étendue dans la seconde partie de cet [...]
Mots clefs :
Année, Isaac Newton, Temps, Jours, Égypte, Cycle, Système, Nicolas Fréret, Dieux, Culte, Égyptiens, Époque, Sphère, Argonautes, Chronologie, Pasteurs, Chiron, Peuples, Religion, Hypothèse, Astronomie, Antiquité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Extrait de la Défense de la Chronologie fondée sur les monumens de l'histoire ancienne contre le systême chronologique de M. Newton ; par M. Fréret, & c.
Suite de l'Extrait de la Défenfe de la Chro
nologiefondéefurles monumens de l'histoire.
ancienne contre le fyftême chronologiquede
M.Newton; parM. Fréret,&c.
M.Fréretparcourt unchampd'uneplus
vafte étendue dans la feconde partie de cet
Ouvrage. Elle ne renferme que trois fec
tions , dont les deux premieres traitent de
la chronologie de l'hiftoire Orientale. Il
prélude par des obfervations générales fur
les antiquités Egyptiennes & fur celles des
Chaldéens. Il expofe la méthode qu'il faut
fuivre pour parvenir à diftinguer les tra
ditions fabuleufes de ces peuples , des tra
ditions véritables ; enfuite il propoſe les
moyens de les concilier, & de réduire à
leur valeur hiſtorique ces efpaces immen
fes d'années que le préjugé national affi
gnoit parmi eux à la durée de leur Monar
chie.
Ces remarques le.conduifent par degrés
à une difcuffion approfondie de l'époque
96 MERCURE DE FRANCE.
toire de ce temps-là défigne fous le nom
de Pafteurs. Ils en étoient les maîtres ab
folus , lorfque Jacob vint y chercher un
afyle. Le Prince qui revêtit Jofeph dela
dignité de Miniftre de fes Etats , étoit un
deces Rois Pafteurs, qui ne furent entiére
ment expulfés qu'au bout de 511 ans. Le
temps de leur domination fut marqué par
toutes les viciffitudes de la fortune. Après
avoir donné la loi pendant plufieurs fie
cles , ils fe virent réduits à la recevoir. Un
premier échec les dépofféda du trône de
Memphis, fous le regne d'Aliphragmu
thofis vers l'an 1878 avant l'Ere Chrétien
ne. Ce Monarque leur enleva cette Capi
tale, les chaffa de l'Egypte , & les contrai
gnit de fe renfermer dans des marais du
Delta. C'eft à cet événement que fe rap
porte l'époque du paffage d'Inachus dans
la Grece.
Quarante-huit ans après , de nouvelles
révolutions affoiblirent encore ce peuple
d'étrangers. Les Egyptiens , fous la con
duire de Thethmofis leur Roi , les force
rent dans les lieux qui leur fervoient de
retraite , & où ils s'étoient retranchés. Ils
les obligerent pour la plupart de fe retirer
dans la Paleſtine & dans la Phénicie , au
nombre de 240000, d'où ils fe répandirent
dans la partiemontagneufe de la terre de
Chanaan.
Après
JUIN. 1758.
97
Après la défaite des Pafteurs par Theth
mofis en 1830 , ceux d'entr'eux qui ſe
fentirent affez forts pour réfifter aux atta
ques des naturels du pays, demeurerent
en Egypte. Ils fe cantonnerent dans les
environs de Pélufe , où ils conferverent
leur indépendance jufqu'au regne d'Amé.
nophis. Ce Prince fuperftitieux fe faiſant,
pour ainfi dire , un devoir d'extirper une
race profcrite comme impure par les Mi
niftres de fa Religion , leur déclara ouver
tement la guerre , & marcha contr'eux.
Cela les mit dans la néceffité de pourvoir
à leur défenſe. Ils fignalerent leur liberté
expirante par une dévaftation entiere de
l'Egypte. Ils remporterent de grands avan
tages fur Aménophis, qui n'échappa à leur
pourfuite , qu'en fuyant vers les frontieres
de l'Ethiopie. Le fuccès de leurs armes
s'étant foutenu pendant treize ans , ils fu
rent enfin vaincus par Séfoftris, fils de ce
Prince , qui les extermina. Ceux qu'épar
gna le fer du Vainqueur, fubirent le joug
de la fervitude la plus onéreuſe. Les Ifraé
lites , dont les Ancêtres avoient paſſé en
Egypte au temps de la pu flance de ces
Pafteurs , furent enveloppés dans la même
difgrace. Cet efclavage commun adonné
lieu de les confondre depuis les uns avec
les autres. Les horreurs des difcordes civi
E
98 MERCURE DE FRANCE
les qui défolerent l'Egypte dans le cours
de cette guerre cruelle & fanglante, qui
précéda la ruine des Pafteurs , furentcaufe
que plufieurs de fesHabitans abandonne
rent leur patrie , loin de laquelle ilsalle
rent, fous la conduite de différens Chefs,
chercher des retraites , & fonder des Etats.
Cefut alors que Danaus paffadans laGre
ce, où il établit une colonie.
Latroifieme fection beaucoup plus lon
gue que les deux précédentes , contient
is articles , où l'Auteur traite un grand
nombre de queftions auffi curieufes qu'im
portantes, & qui ont été affez peuéclair
cies jufqu'à préfent pour mériter une ex
plication plus détaillée. Il la deftine prin
cipalement à combattre l'identité préten
due de Séfoftris & d'Ofiris, que M. New
ton fuppofe d'après M. Prideaux , quia
avancéune femblable opinion fur quelques
traits de reffemblance qu'il a obfervésdans
les actions que l'hiftoire attribue àcesdeux
Héros de l'antiquité. Comme fi des rap
ports vagues dans la vie de plufieurs hom
mes, occafionnés par un pur effet du ha
zard , fuffifoient pour les identifier. M.
Fréret fait voir que cette identité eft con
traire à ce que l'Ecriture nous apprend de
la Religion Egyptienne au temps deJacob,
deJofeph& de Moyfe, Il prouve par le
JUIN. 1758.
99
texte des Ecrivains facrés , quele cultequi
en dépendoit n'avoit point fouffert les
changemens que M. Newton fe perfuade
lui être arrivés ; qu'il fut dans les ficcles
poftérieurs à Salomon , le même que celui
qui fubfiftoit dans ce pays au temps de
Moyfe, & que parconféquent le culte
d'Ofiris & d'Apis étoit établi long-temps
avantSefac, contemporain de Salomon &
de fonfils Roboam. Il réfulte de l'impoffi
bilité que Séfoftris ait pu être le même
quel'Ofiris des Egyptiens , des difficultés
infurmontables que le fçavant Académi
cien forme contre l'hypothefe de M. New
ton furla nature de l'idolâtrie , qu'il fou
tient avoir commencé par le culte des
hommes apothéofés. Il n'a point de peine
à montrer que ce fentiment contredit
l'idée que les Anciens nous donnent de la
Religion Egyptienne. « Les Dieux adorés
en Egypte , dit notre Auteur , étoient
»dedeuxefpeces. Lesunsétoient lesDieux
fupérieurs, qui étoient tels par leur na
"
29
99
»ture. Les autres étoient des hommes il
luftres , quela reconnoiffance , l'admira
tion & la flatterie avoient mis au rang
»desDieux, à caufe de leurs grandes ac
»tions, & des découvertes utiles quele
»genre humain leur devoit dans les Arts
& dansles Sciences. D'abord on s'étoit
E ij
100 MERCURE DEFRANCE.
»contenté de les affocier aux grandes Di
»vinités , à celles de la claffe fupérieure.
33
»Ces Dieux du fecond ordre étoientfub.
»ordonnés aux premiers. Ils n'étoient d'a
»bordque les exécuteurs de leurs volon
tés, & leurs Miniftres dans le gouverne
"mentdel'Univers. Mais dans la fuite,
"on les confondit enfemble , on leur
» donna un pouvoir égal ; & commeles
»hommes préferent volontiers dans la
Religion les objets fenûbles , & ceux qui
"
"
frappent leur imagination , aux objets
purement métaphyfiques , les Divinités
»
» du fecond ordre prirent peu 2 peu la
place des premieres , & les firent pref
»qu'entiérement oublier. »
Un examen réfléchi de l'origine de l'i
dolâtrie le conduit néceffairement à difcu
ter celle que lui attribuoit Evhemere, le
premier Auteur du fyftême qui concerne
l'apothéofe , ou le culte des hommes morts,
adopté & renouvellé par M. Newton. Cet
ancien Ecrivain qui fleuriffoit du temps
des fucceffeurs d'Alexandre , avoit compo
fé unouvragefur l'hiftoire fabuleufe,où
il prétendoit que toutes les Divinités n'é
toient que de fimples hommes femblables
à nous, quel'admiration pour leurs belles
actions , la reconnoiffance pour leursbien
faits, & ſouvent la terreur qu'ils avoient
JUIN 1758.
ΙΟΙ
infpirée , avoient placés dans ce rang fu
blime. Les peuples naturellement portés a
la fuperftition , s'étoient avifés d'adreffer
leur culte & leurs adorations à ces hom
mes qu'ils avoient changés en des êtres
d'une nature fupérieure à la nôtre. Ils s'i
maginoient qu'ils étoient devenus immor
tels , impaffibles & tout-puiffants , & ils les
regardoient comme les difpenfateurs des
biens &des maux qui nous arrivent dans
ce monde.
Cet Evhemere avoit affecté demarquer
le temps & le lieu de la naiſſance , de la
mort & de lafépulture de toutes ces Divi
nités. Son hypotheſe , bien loin d'être re
çue favorablement, excitaune indignation
générale, même parmi ceux d'entre les
Payens qui paroiffoient le plus indifférens
fur leurReligion. Elle fe préfentoit à leurs
yeux comme un moyen imaginé pour en
anéantir l'idée dans l'efprit des hommes.
M.Fréret obferve qu'il fuffit de confidérer
ce fyftême en lui même , dont lanouveau
té eft fenfible, pour être convaincu de fon
abfurdité & de fa fauffeté , même parmi
les Grecs qui admettoient l'apothéofe. En
effet , on ne fçauroit nier que cette affo
ciation des ames humaines aux Dieux fu
périeurs , ne foit la feule maniere dont on
puiffe concevoir l'origine du culte des
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE.
hommes déifiés. « Mais cette affociation ,
»dit notre Académicien , ne fera jamais
que des Dieux fecondaires & fubalter
»nes, dont le culte nepourra s'établir que
»par une longue fuite de générations , &
» ces Dieux ne parviendront même pref
»quejamais àêtre égalés aux Dieux fupé
»rieurs. C'eft ce qu'il confirme pardes
exemples tirés du culte religieux des Grecs,
qui diftinguoient cesDivinités fupérieures
des fubalternes , qu'ils nommoient tou
jours des Héros & des demi- Dieux. Il
montre par l'hiftoire de celui de Bacchus
quece Dieu nefut jamais regardé comme
un homme, oucomme un Héros. Il ex
pofe enfuite l'opinion des Egyptiens tou
chant le même Bacchus, Hercule & Pan,
qu'ils foutenoient n'avoir jamais été des
hommes. Il fait voir que l'apothéofe a été
inconnue aux peuples de l'Orient ; que
S. Paul , en s'adreffant aux Gentils, atou
joursfuppofé que lesDieux du Paganiſme
n'étoient pas des hommes déifiés ; que les
Phéniciens rejettoient le culte des Héros;
enfin que les Prêtres d'Egypte nioient que
les hommespuffent s'élever à la nature des
Dieux, & les Dieux defcendre à l'huma
nité. Ces remarques font fuivies de deux
digreffions , dont l'une a pour objet la va
riation de l'écliptique , dont les Egyptiens
JUIN. 1758.
10%
'entretinrent Hérodote ; l'autre roule fur
leur antiquité reconnue par Solon & par
Platon. M. Fréret fe propoſe d'établir dans
le dernier article de cette feconde partie
de fon Traité, queles Egyptiens ont con
fervé fous la domination des Grecs & des
Romains , le même éloignement pour le
culte des hommesmorts , qu'ils enavoient
témoigné dans les premiers âges de leur
Monarchie, & dansles fiecles floriffans de
leur indépendance. Cela donne lieu au
développement de leur fyftême religieux,
qu'il explique d'après les idées d'Hermes
de Porphyre, deJamblique , & de quel
ques autres Platoniciens modernes. Sino
tre analyfe n'excédoit déja par fa longueur
les bornes ordinaires , nous aurions pu en
trer dans quelque détail fur ce que ren
ferme de curieux ce morceau, qui nous
paroît fait avec beaucoupde foin , & très
propre à intéreffer ceux qui s'appliquent à
approfondir la théologie de ces anciens
temps duPaganifme. Nous ofons direàla
louange de l'Auteur , qu'il manie fon fujet
d'une maniere également fçavante & phi
lofophique. C'eft le témoignage que lui
rend M. de Bougainville , au jugement
duquel nous acquiefçons volontiers. Il eft
bonde l'entendre parler lui-même. « C'eft
»unfujet immenfe, dont les profondeurs
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.ور
ود
»inacceffibles au génie fans érudition ,
»impénétrables à l'érudition fans génie,
»renferment une infinité de problèmes ,
qu'un fçavant Philofophe eftfeul en état
"3
»
"
»de réfoudre. Je ne crains pas d'être dé
favoué parceux qui connoiffent les écrits
imprimés de M. Fréret, quand je leur
annonce que ce dernier Ouvrage ache
»vera de les convaincre qu'il étoit toutce
qu'il faut être pour lutter avec fuccès
»contredepareilles queftions. Illeprouve
» dans le coursde l'Ouvrage entier , mais
principalement à mes yeux dans cette
»feconde partie, oùbrillent à la fois toute
»la force & la fagacité de l'efprit, tout
» l'art de la critique & toutes les richeſſesود
» du fçavoir. Des difcuffions fines & mé
thodiques y conduifent le Lecteur à des
dénouemens finguliers , mais fimples ,
»dont la nouveauté l'étonne , dont la vé
»rité le frappe, & qu'il adoptefans efforts
»commedesidéesnaturelles, qui n'avoient
»befoin que d'être développées en lui.ور
»Les découvertes y naiffent les unes des
» autres. La chaîne qui lie les conféquen
» ces aux principes , les vraisemblances
» aux vérités , met entr'elles un accord fi
parfait , que les conjectures mêmes em
pruntent des faits dont elles dépendent ,
»ou qu'elles expliquent une folidité qui
» leur donne du corps.»
JUIN. 1758.
105
M. Fréret ne s'eft attaché jufqu'ici à
combattre que les preuves hiftoriques &
morales du fyftême de M. Newton , en
employant des argumens du même genre,
que les moyens mais enufage par fon Ad
verfaire. Il lui reftoit à examiner les preu
ves aftronomiques , dont ce Géometre a
voulu étayer fon hypothefe , & que fes
partifans font valoir avec beaucoup d'em
phafe. C'eſt ce que notre Auteur entre
prend de faire dans la troifieme partie qui
fe divife en deux fections. Cette matiere
eft liée à des calculs fi compliqués , qu'elle
eft, pour ainfi dire , hériffée de difficultés
qu'on ne parvient à réfoudre que par le
travail le plus opiniâtre. Mais les éclair
ciffemens qu'elle reçoit par ces fortes de
difcuffions compenfent la féchereffe des
détails épineux & pénibles qu'elle com
porte , & qui fuppofent néceffairement
une connoiffance plus que médiocre de
l'ancienne aftronomie. L'objet de la pre
miere fection eſt un réfutation dans les
formes de l'hypothefe de M. Newton ſur
letemps de l'établiffement de l'année Egyp
tienne. Suivant la fuppofition du nouveau
Chronologiſte , les Egyptiens s'étoient
fervis, avant le regne d'Ammon, pere de
Sefac ou Séfoftris, d'une année de 360
jours, qui différoit auffi fenfiblement de
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
l'année Lunaire que de l'année Solaire. Ce
Prince fut le premier qui ajouta cinq jours
épagomenes audouze mois, & qui donna
365 jours à l'année , dont l'ufage ne fut
pas d'abordcommun. Elle n'eut cours dans
toute l'Egypte que 72 ans après la mort
de Séfoftris , vers l'an 884 avant l'Ere
chrétienne , fous le regne d'Aménophis,
fils de Zarah , Roi d'Ethiopie, au temps.
duquel M. Newton rapporte l'entiere ex
pulfion des Paſteurs en 930, & qu'il pré
tend être le Menès d'Hérodote, l'Offiman
dyas de Diodore, & le Memnon desGrecs.
Il préfume que les Prêtres Egyptiens , à la
faveur de leursobfervations du lever & du
coucher héliaque des étoiles , furent alors
en état derégler leur Calendrier, en cor
rigeant la forme défectueufe de l'année
qu'ils avoient fuivie jufques-là. Il croit
que cefut pour confacrer la mémoire de
cette correction , dont ilattribuel'honneur
à Aménophis , qu'ils placerent autour de
fontombeaudansle fameuxédifice appellé
Memnonium, un cercle d'or de 365 cou
dées de circonférence , & le diviferent en
365 parties égales , qui faifoient allufion
au même nombre des jours dont leur an
née étoit compofée. Ilfuppofe encore que
le commencement de cette année nouvelle
fut fixépar eux au jour de l'équinoxe du
107
JUIN. 1758.
printemps. Mais comme elle a environ fix
heures de moins que l'année tropique, il
arriva qu'en quatre ans l'équinoxe avan
çoit d'un jour, & que par une fuite de
cette anticipation annuelle , au lieu de
concourir avecle premier jour du premier
mois, c'étoitfur le fecondde ce mois qu'il
tomboit. La même chofe avoit lieu pour
les levers & lescouchersdes étoiles. Ainft
felon M. Newton , lorfque ces Prêtres in
troduifirent dans la Chaldée l'ufage de
l'année de 365 jours, 137 ans après l'an
884, qui eft celui de fon établiſſement en
མ་
Egypte, le jour de l'équinoxe du prin
temps ne répondoit plus au premier jour
de l'année; mais au trente-quatrieme jour
cinq heures du fecond mois. L'établiffe
ment de cette année à Babylone , eft l'épo
que queM.Newton affigne à l'Ere de Na
bonaffar , qui commence au 26 Février de
Fan 747 avant l'Ere chrétienne.
Ces différentes affertions difcutées en
détail par notre Académicien , lui paroif
fentappuyées fur des fondemensruineux,
&parconféquent très-faciles à renverfer.
It montreque l'Aménophis dont il s'agit
ici , n'eft ni le Ménès d'Hérodote, ni l'Of
fimandyas de Diodore , que M. Newton
atortdelefaire auteur de la réforme du
Calendrier Egyptien ; que fon tombeau
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
n'avoit point été orné du cercle d'or , mais
celui d'un Roi d'Egypte plus ancien que
Séfaftris , & qui régnoit plus de feize cens
ans avant l'Ere chrétienne; enfin que l'éta
bliſſement de l'année de 365 jours eft de
la plus haute antiquité. Les raifons qu'il
oppofe à celles que le nouveauChronolo
gifte produit en faveur de fon hypotheſe,
fe réduifent aux articles fuivans. 1°. Les
Egyptiensavoient une annéevague de 365
jours , dont le commencement varioit
tous les ans de fix heures quelques minu
tes. C'étoit leur année religieufe. Les
Prêtres fe firent un point capital d'en con
ferverl'ufage ; en conféquence duquel les
fêtes des Dieux qui changeoient tous les
quatreans de jour par rapport au mouve
ment du foleil dans l'écliptique , parcou
roient toutes les faifons , & fanctifioient
fucceffivement tous les jours de l'année
folaire vraie.
2º. Ils avoient de plusune année civile,
dont le commencement étoit fixe , & qui
fervoit à régler la culture des terres , le
temps des fermages, & celui du paiement
des impôts annuels qui fe prenoient fur le
produit des terres.
3. Lescommencemens deces deux an
nées, dont l'une indiquoit les fêtes , &
l'autre marquoit les ufages civils , fe réu
niffoient au bout de 1460 ans par leur
JUIN. 1758.
concours au même point de l'écliptique.
109
Comme l'année civile commençoit au
lever héliaque de la canicule, nomméeSo
this en Egypte, cet espace de 1460 ans ,
dont le premier & dernier inftant étoient
déterminés par le retour commun des
deux années aux mêmes points du ciel ,
formoit un cycle connu fous le nom de
Cycle Sothiaque ou Caniculaire. La réunion
du premier jour de l'année vague avec
celui du lever héliaque de l'étoile Sothis
fous le climat de l'Egypte , marquoit la fin
d'une de ces périodes , & le commence
ment d'une autre.
4°.Cenforin témoigne expreffément que
l'année dans laquelle il écrivoit , étoit la
centieme d'un nouveau cycle , & que la
réunion ou le commencement du cycle
avoit concouru avec l'année du fecond
Confulat de l'Empereur Antonin , le trei
zieme jour avant les Calendes d'Août ,
c'eft-à-dire le 20 Juillet d'une année Ju
lienne , qui eft indubitablement la 138°
de l'Ere vulgaire. Cette année répondoit
donc à la premiere du nouveau cycle
Egyptien, & àla derniere du cycle pré
cédent. Ce cycle antérieur à celui de
Cenforin, avoit parconféquent commencé
aumois deJuillet de l'an 1322 avant l'Ere
vulgaire, c'est-à-dire 438 ans entiers avant
110 MERCURE DE FRANCE
la date établie par M. Newton pour le
premierétabliſſementde l'année Egyptien
ne de 365 jours.
5. M. Fréret va plus loin encorè. Il
fait voir que le cycle révolu immédiate
ment avant celui pendant lequel écrivoit
Cenforin , n'eft pas le plus ancien cycle
Egyptien. Il n'étoit que lefecond; & celui
de la centiemeannée, d'où dateCenforin,
étoit le troifieme. On trouvera donc, en
remontant au premier cycle, qu'il avoit
commencé 2920 ans avant le cent trente
huitieme de Jeſus-Chrift , ou l'an 2782
avant FEre chrétienne. La réalité de ce.
premier cycle eft une choſe facile àconf
tater , même parl'Ecriture dont notreAu
teur tire des preuves inconteftables, pour
montrer quel'année vague de 365 jours,
étoit en ufage chez lesEgyptiensau moins
du temps de Moyfe, & que parconfé
quent elle étoit de la même ancienneté
que lecycle caniculaire , qui eft compofé
de ces années. Ainfi ces deux chofes ont
uneliaiſon fi étroite, que l'une ne fçauroit
fubfifter fans l'autre , & que l'existence
prouvée de ce cycle eft une démonftration
de l'année de 3.65 jours.
L'examen de l'époque de Chiron dé
terminée dans le nouveau fyftême par
Faftronomie , fait le fujet de la feconde
JUIN. 1758.
TRE
fection , qui fe partage en quatre articles.
C'eft, fans contredit, le côté le plus im
pofant fouslequel l'hypothefe de M. New
tonfe préfente à l'efprit des perfonnes qui
nejugent que d'après les apparences, &
qui font par cela même moins en garde
contre l'illufion des moyens dont il fe fert
pour les établir. Comme la chronologie
阈
paroît recevoir fa plus grande certitude
des fecours qu'elle tire de l'aftronomie
M. Newton autorife fon calcul abrégé
d'une preuve qui en découle , & qui don
neàfon raiſonnement l'air d'une démonf
tration. Il s'agit de la détermination de
l'âge des Argonautes par le lieu des colu
res dans l'ancienne fphere Grecque réglée
par Chiron, pour leur ufage dans le cours
de la navigation qu'ils avoient entrepris.
M. Halley, qu'on n'accufera pas affuré
ment d'avoir été prévenu contre le nou
veau fyftême , avoue de bonne foi que
c'en eft l'endroit le plus problématique ;
parce qu'il dépend entiérement de deux.
fuppofitions, fçavoir rº. que Chiron avoir
deffiné une ſphere célefte pour l'ufage des
Argonautes ; 2°. que cette fphere étoit
celle qu'avoit fuivie Eudoxe , deux chofes
qui font avancées gratuitement. La théo
rie de la préceffion des équinoxes fournir
M.Newton l'argumentprincipal par le
112 MERCURE DE FRANCE.
quel il fe propofe d'abréger de plus de 400
ans la chronologie Grecque. Il eft conftant
parlesobfervations les plus exactes, queles
points équinoctiaux , & généralement tous
les points de l'écliptique , ont un mouve
ment rétrograde & continu , qui les porte
d'Orient en Occident contre l'ordre des
fignes , & dont la quantité mefurée eft
d'un degré en 72 ans. Chiron , felon M.
e
Newton, fixa l'expofition des points car
dinaux,au 15° degréde leursfignes.Meton,
l'an 16 de l'Ere de Nabonaffar , obſerva
31
le folftice d'été au huitieme degré da
Cancer. Parconféquent lesfolftices avoient
rétrogradé de fept degrés , & comme un
degrééquivaut à 72 ans, fept degrés par
courus produifent un intervalle de 504
ans , qui, ajoutés aux 316 de l'Ere de Na
bonaffar , qui s'étoient écoulés jufqu'au
temps de l'obfervation de Meton, nefont
remonter l'expédition des Argonautes qu'à
l'an 936 avant l'Ere chrétienne. Il n'eft
point queftion de la jufteffe de ces calculs
qu'on ne contefte point à M. Newton.
M.Fréret combat uniquement la vérité des
faits auxquels le nouveau Chronologiſte
les applique , & les conféquences qu'il en
tire pour accréditer fon hypotheſe. En
effet , fi cette fphere ancienne n'eft pas
celle de Chiron , il eft évident qu'on n'a
113
JUIN. 1758.
aucune raifon d'en déduire l'époque des
Argonautes , ni fonder fur le calcul qui
en réfultera, une chronologie totalement
oppofée à celle qui eft appuyée fur le té
moignage des meilleurs Ecrivains de l'An
tiquité. C'eft ce qu'il s'attache à prouver,
en remarquant 1°. que le premier planif
phere connu des Grecs differoit abfolu
ment de celui auquel Eudoxe a comparé
les obfervations du folftice faires par Me
ton ; ou quedumoins fi cette fphere eft
celle qu'Eudoxe a employée , elle avoit été
réformée demaniereàn'être plus lamême;
que conféquemment on ne peut inférer
l'époque des Argonautes de la pofition
affignée pour lors aux étoiles dans cette
fphere qui avoit été corrigée plufieurs
fiecles après eux ; 2°. qu'il fuffit de jetter
un coup d'œil fur ce qui nous refte des
monumens de l'aftronomie ancienne, pour
fe difpenfer d'avoir recours à cette correc
tion de fphere primitive, & pour être à
portée de voir divers Calendriers dreffés
fucceffivement , & dont il eft facile de
déterminer les époques, par les différences
qu'on obferve dans la repréſentation de
l'état du ciel fur chacun de ces Calen
driers ; 3 °. que celui qu'Eudoxe a fuivi ,
n'a été dreffé qu'au temps d'Héfiode , &
que fi l'on examine avec foin les frag
114 MERCURE DE FRANCE.
mens qui fubfiftent encore de quelques
autres , on parviendra à en découvrir dans
lenombre, un dont la date eft beaucoup
plus ancienne; puifqu'elle répond au com
mencement du quinzieme fiecle avant
Jefus-Chrift ; 4°. enfin que le temps de ce
premier effai de l'aftronomie concourt à
peu près avec l'époque marquée par les
meilleurs Ecrivains pour l'entreprife des
Argonautes ; qu'ainfi la détermination af
tronomique de cet événement , loin de
détruire leurs calculs , comme on voudroit
lefuppofer, eft unepreuvede plus en leur
faveur. Au refte, M. Fréret, avantquede
paffer à une difcuffion de la prétendue
démonſtration aftronomique de M. New
ton , donne une traduction d'un morceau
qui y eft relatif, & qu'il a extrait de
l'Ouvrageque M. Wifthon apublié contre
le nouveau fyftême. Elle y eft attaquée
dans un très-grand détail , qu'il abrege
felon l'exigence des cas. Il commente quel
quefois letexte du célebre Aftronome An
glois , auxremarques duquel il en ajoute
d'autres qui lui ont paru propres à confir
mer les idées de M. Wifthon. Il fait en
fuite des objections qui lui font particu
lieres contre cette même preuve aftrono
mique, dont M. Newton & fespartifans
fe prévalent; & pour leur donner toutela
JUIN 1758.
113
force dont ellesfontfufceptibles, ilfe livre
aux plusprofondes difcuffions des Calen
driers des différensâges , qu'il compare les
uns avec les autres. Il fait obſerverla mar
che progreffive des conftellations , indi
quée fur ces planifpheres , par la diverfité
des lieux qu'elles y occupent. De ces dif
férentes pofitions mifes en parallele avec
celles que les catalogues de Bayer & de
Flamftéed attribuent aux mêmes étoiles, il
déduit les époques qui doivent être affi.
gnées à ces planifpheres anciens. Il exa
mine unpaffage de Columelle allégué par
M.Newton, qui s'en autorife fans rap
porter les paroles expreffes de cet Auteur,
pour avancer que Meton avoit placé le co
lure des folftices au 8. degré. Ilfe pro
pofe de montrer que le fçavant Anglois
s'eft mépris groffiérement fur le fens de ce
paffage, qui bien loin de favorifer fon
fyftème, lui eft formellement contraire.
Cet examen l'engage par occafion dans
des recherches fur les Calendriers rufti
ques des Anciens. Des éclairciffemens fur
les Calendriers qui portoient le nom de
Meron, & fur ceux qui étoient , felon les
apparences , plus anciens que le temps.
d'Héfiode , terminent cette fection &c
F'ouvrage entier. Il eft aifé de jugerde fon
utilité par l'analyfe que nous venons d'en
116 MERCURE DE FRANCE.
faire. Onpeut affurer qu'elle eft fupériea
re à celle d'un écrit purement polémique;
puifque l'objet de ce Traité n'eft pas une
finple réfutation des hypothefes fingulie
res & hardies de M. Newton ; fon plan
embraffe encore la folution des plus im
portantes queſtions de la chronologie de
tous les peuples de l'antiquité, & la fixa
tion de toutes les époques générales, &
de celles d'un infinité de faits particuliers
fur chacun defquels il afpire à découvrir
la vérité. S'il nous étoit permis de déclarer
ce que nous penfons du travail de l'Au
teur, fans prétendre pour cela diminuer
le mérite de celui des autres perfonnesqui
ont attaqué le nouveau fyftême ,
dirions que nous n'en connoiffons aucun,
qui en ait développé les principes avec
plus d'ordre & de clarté , ait faifi les diffi
cultés qui en naiffent avec plus de préci
fion , & les ait combattus avec plus de
nous
force que M. Fréret.
nologiefondéefurles monumens de l'histoire.
ancienne contre le fyftême chronologiquede
M.Newton; parM. Fréret,&c.
M.Fréretparcourt unchampd'uneplus
vafte étendue dans la feconde partie de cet
Ouvrage. Elle ne renferme que trois fec
tions , dont les deux premieres traitent de
la chronologie de l'hiftoire Orientale. Il
prélude par des obfervations générales fur
les antiquités Egyptiennes & fur celles des
Chaldéens. Il expofe la méthode qu'il faut
fuivre pour parvenir à diftinguer les tra
ditions fabuleufes de ces peuples , des tra
ditions véritables ; enfuite il propoſe les
moyens de les concilier, & de réduire à
leur valeur hiſtorique ces efpaces immen
fes d'années que le préjugé national affi
gnoit parmi eux à la durée de leur Monar
chie.
Ces remarques le.conduifent par degrés
à une difcuffion approfondie de l'époque
96 MERCURE DE FRANCE.
toire de ce temps-là défigne fous le nom
de Pafteurs. Ils en étoient les maîtres ab
folus , lorfque Jacob vint y chercher un
afyle. Le Prince qui revêtit Jofeph dela
dignité de Miniftre de fes Etats , étoit un
deces Rois Pafteurs, qui ne furent entiére
ment expulfés qu'au bout de 511 ans. Le
temps de leur domination fut marqué par
toutes les viciffitudes de la fortune. Après
avoir donné la loi pendant plufieurs fie
cles , ils fe virent réduits à la recevoir. Un
premier échec les dépofféda du trône de
Memphis, fous le regne d'Aliphragmu
thofis vers l'an 1878 avant l'Ere Chrétien
ne. Ce Monarque leur enleva cette Capi
tale, les chaffa de l'Egypte , & les contrai
gnit de fe renfermer dans des marais du
Delta. C'eft à cet événement que fe rap
porte l'époque du paffage d'Inachus dans
la Grece.
Quarante-huit ans après , de nouvelles
révolutions affoiblirent encore ce peuple
d'étrangers. Les Egyptiens , fous la con
duire de Thethmofis leur Roi , les force
rent dans les lieux qui leur fervoient de
retraite , & où ils s'étoient retranchés. Ils
les obligerent pour la plupart de fe retirer
dans la Paleſtine & dans la Phénicie , au
nombre de 240000, d'où ils fe répandirent
dans la partiemontagneufe de la terre de
Chanaan.
Après
JUIN. 1758.
97
Après la défaite des Pafteurs par Theth
mofis en 1830 , ceux d'entr'eux qui ſe
fentirent affez forts pour réfifter aux atta
ques des naturels du pays, demeurerent
en Egypte. Ils fe cantonnerent dans les
environs de Pélufe , où ils conferverent
leur indépendance jufqu'au regne d'Amé.
nophis. Ce Prince fuperftitieux fe faiſant,
pour ainfi dire , un devoir d'extirper une
race profcrite comme impure par les Mi
niftres de fa Religion , leur déclara ouver
tement la guerre , & marcha contr'eux.
Cela les mit dans la néceffité de pourvoir
à leur défenſe. Ils fignalerent leur liberté
expirante par une dévaftation entiere de
l'Egypte. Ils remporterent de grands avan
tages fur Aménophis, qui n'échappa à leur
pourfuite , qu'en fuyant vers les frontieres
de l'Ethiopie. Le fuccès de leurs armes
s'étant foutenu pendant treize ans , ils fu
rent enfin vaincus par Séfoftris, fils de ce
Prince , qui les extermina. Ceux qu'épar
gna le fer du Vainqueur, fubirent le joug
de la fervitude la plus onéreuſe. Les Ifraé
lites , dont les Ancêtres avoient paſſé en
Egypte au temps de la pu flance de ces
Pafteurs , furent enveloppés dans la même
difgrace. Cet efclavage commun adonné
lieu de les confondre depuis les uns avec
les autres. Les horreurs des difcordes civi
E
98 MERCURE DE FRANCE
les qui défolerent l'Egypte dans le cours
de cette guerre cruelle & fanglante, qui
précéda la ruine des Pafteurs , furentcaufe
que plufieurs de fesHabitans abandonne
rent leur patrie , loin de laquelle ilsalle
rent, fous la conduite de différens Chefs,
chercher des retraites , & fonder des Etats.
Cefut alors que Danaus paffadans laGre
ce, où il établit une colonie.
Latroifieme fection beaucoup plus lon
gue que les deux précédentes , contient
is articles , où l'Auteur traite un grand
nombre de queftions auffi curieufes qu'im
portantes, & qui ont été affez peuéclair
cies jufqu'à préfent pour mériter une ex
plication plus détaillée. Il la deftine prin
cipalement à combattre l'identité préten
due de Séfoftris & d'Ofiris, que M. New
ton fuppofe d'après M. Prideaux , quia
avancéune femblable opinion fur quelques
traits de reffemblance qu'il a obfervésdans
les actions que l'hiftoire attribue àcesdeux
Héros de l'antiquité. Comme fi des rap
ports vagues dans la vie de plufieurs hom
mes, occafionnés par un pur effet du ha
zard , fuffifoient pour les identifier. M.
Fréret fait voir que cette identité eft con
traire à ce que l'Ecriture nous apprend de
la Religion Egyptienne au temps deJacob,
deJofeph& de Moyfe, Il prouve par le
JUIN. 1758.
99
texte des Ecrivains facrés , quele cultequi
en dépendoit n'avoit point fouffert les
changemens que M. Newton fe perfuade
lui être arrivés ; qu'il fut dans les ficcles
poftérieurs à Salomon , le même que celui
qui fubfiftoit dans ce pays au temps de
Moyfe, & que parconféquent le culte
d'Ofiris & d'Apis étoit établi long-temps
avantSefac, contemporain de Salomon &
de fonfils Roboam. Il réfulte de l'impoffi
bilité que Séfoftris ait pu être le même
quel'Ofiris des Egyptiens , des difficultés
infurmontables que le fçavant Académi
cien forme contre l'hypothefe de M. New
ton furla nature de l'idolâtrie , qu'il fou
tient avoir commencé par le culte des
hommes apothéofés. Il n'a point de peine
à montrer que ce fentiment contredit
l'idée que les Anciens nous donnent de la
Religion Egyptienne. « Les Dieux adorés
en Egypte , dit notre Auteur , étoient
»dedeuxefpeces. Lesunsétoient lesDieux
fupérieurs, qui étoient tels par leur na
"
29
99
»ture. Les autres étoient des hommes il
luftres , quela reconnoiffance , l'admira
tion & la flatterie avoient mis au rang
»desDieux, à caufe de leurs grandes ac
»tions, & des découvertes utiles quele
»genre humain leur devoit dans les Arts
& dansles Sciences. D'abord on s'étoit
E ij
100 MERCURE DEFRANCE.
»contenté de les affocier aux grandes Di
»vinités , à celles de la claffe fupérieure.
33
»Ces Dieux du fecond ordre étoientfub.
»ordonnés aux premiers. Ils n'étoient d'a
»bordque les exécuteurs de leurs volon
tés, & leurs Miniftres dans le gouverne
"mentdel'Univers. Mais dans la fuite,
"on les confondit enfemble , on leur
» donna un pouvoir égal ; & commeles
»hommes préferent volontiers dans la
Religion les objets fenûbles , & ceux qui
"
"
frappent leur imagination , aux objets
purement métaphyfiques , les Divinités
»
» du fecond ordre prirent peu 2 peu la
place des premieres , & les firent pref
»qu'entiérement oublier. »
Un examen réfléchi de l'origine de l'i
dolâtrie le conduit néceffairement à difcu
ter celle que lui attribuoit Evhemere, le
premier Auteur du fyftême qui concerne
l'apothéofe , ou le culte des hommes morts,
adopté & renouvellé par M. Newton. Cet
ancien Ecrivain qui fleuriffoit du temps
des fucceffeurs d'Alexandre , avoit compo
fé unouvragefur l'hiftoire fabuleufe,où
il prétendoit que toutes les Divinités n'é
toient que de fimples hommes femblables
à nous, quel'admiration pour leurs belles
actions , la reconnoiffance pour leursbien
faits, & ſouvent la terreur qu'ils avoient
JUIN 1758.
ΙΟΙ
infpirée , avoient placés dans ce rang fu
blime. Les peuples naturellement portés a
la fuperftition , s'étoient avifés d'adreffer
leur culte & leurs adorations à ces hom
mes qu'ils avoient changés en des êtres
d'une nature fupérieure à la nôtre. Ils s'i
maginoient qu'ils étoient devenus immor
tels , impaffibles & tout-puiffants , & ils les
regardoient comme les difpenfateurs des
biens &des maux qui nous arrivent dans
ce monde.
Cet Evhemere avoit affecté demarquer
le temps & le lieu de la naiſſance , de la
mort & de lafépulture de toutes ces Divi
nités. Son hypotheſe , bien loin d'être re
çue favorablement, excitaune indignation
générale, même parmi ceux d'entre les
Payens qui paroiffoient le plus indifférens
fur leurReligion. Elle fe préfentoit à leurs
yeux comme un moyen imaginé pour en
anéantir l'idée dans l'efprit des hommes.
M.Fréret obferve qu'il fuffit de confidérer
ce fyftême en lui même , dont lanouveau
té eft fenfible, pour être convaincu de fon
abfurdité & de fa fauffeté , même parmi
les Grecs qui admettoient l'apothéofe. En
effet , on ne fçauroit nier que cette affo
ciation des ames humaines aux Dieux fu
périeurs , ne foit la feule maniere dont on
puiffe concevoir l'origine du culte des
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE.
hommes déifiés. « Mais cette affociation ,
»dit notre Académicien , ne fera jamais
que des Dieux fecondaires & fubalter
»nes, dont le culte nepourra s'établir que
»par une longue fuite de générations , &
» ces Dieux ne parviendront même pref
»quejamais àêtre égalés aux Dieux fupé
»rieurs. C'eft ce qu'il confirme pardes
exemples tirés du culte religieux des Grecs,
qui diftinguoient cesDivinités fupérieures
des fubalternes , qu'ils nommoient tou
jours des Héros & des demi- Dieux. Il
montre par l'hiftoire de celui de Bacchus
quece Dieu nefut jamais regardé comme
un homme, oucomme un Héros. Il ex
pofe enfuite l'opinion des Egyptiens tou
chant le même Bacchus, Hercule & Pan,
qu'ils foutenoient n'avoir jamais été des
hommes. Il fait voir que l'apothéofe a été
inconnue aux peuples de l'Orient ; que
S. Paul , en s'adreffant aux Gentils, atou
joursfuppofé que lesDieux du Paganiſme
n'étoient pas des hommes déifiés ; que les
Phéniciens rejettoient le culte des Héros;
enfin que les Prêtres d'Egypte nioient que
les hommespuffent s'élever à la nature des
Dieux, & les Dieux defcendre à l'huma
nité. Ces remarques font fuivies de deux
digreffions , dont l'une a pour objet la va
riation de l'écliptique , dont les Egyptiens
JUIN. 1758.
10%
'entretinrent Hérodote ; l'autre roule fur
leur antiquité reconnue par Solon & par
Platon. M. Fréret fe propoſe d'établir dans
le dernier article de cette feconde partie
de fon Traité, queles Egyptiens ont con
fervé fous la domination des Grecs & des
Romains , le même éloignement pour le
culte des hommesmorts , qu'ils enavoient
témoigné dans les premiers âges de leur
Monarchie, & dansles fiecles floriffans de
leur indépendance. Cela donne lieu au
développement de leur fyftême religieux,
qu'il explique d'après les idées d'Hermes
de Porphyre, deJamblique , & de quel
ques autres Platoniciens modernes. Sino
tre analyfe n'excédoit déja par fa longueur
les bornes ordinaires , nous aurions pu en
trer dans quelque détail fur ce que ren
ferme de curieux ce morceau, qui nous
paroît fait avec beaucoupde foin , & très
propre à intéreffer ceux qui s'appliquent à
approfondir la théologie de ces anciens
temps duPaganifme. Nous ofons direàla
louange de l'Auteur , qu'il manie fon fujet
d'une maniere également fçavante & phi
lofophique. C'eft le témoignage que lui
rend M. de Bougainville , au jugement
duquel nous acquiefçons volontiers. Il eft
bonde l'entendre parler lui-même. « C'eft
»unfujet immenfe, dont les profondeurs
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.ور
ود
»inacceffibles au génie fans érudition ,
»impénétrables à l'érudition fans génie,
»renferment une infinité de problèmes ,
qu'un fçavant Philofophe eftfeul en état
"3
»
"
»de réfoudre. Je ne crains pas d'être dé
favoué parceux qui connoiffent les écrits
imprimés de M. Fréret, quand je leur
annonce que ce dernier Ouvrage ache
»vera de les convaincre qu'il étoit toutce
qu'il faut être pour lutter avec fuccès
»contredepareilles queftions. Illeprouve
» dans le coursde l'Ouvrage entier , mais
principalement à mes yeux dans cette
»feconde partie, oùbrillent à la fois toute
»la force & la fagacité de l'efprit, tout
» l'art de la critique & toutes les richeſſesود
» du fçavoir. Des difcuffions fines & mé
thodiques y conduifent le Lecteur à des
dénouemens finguliers , mais fimples ,
»dont la nouveauté l'étonne , dont la vé
»rité le frappe, & qu'il adoptefans efforts
»commedesidéesnaturelles, qui n'avoient
»befoin que d'être développées en lui.ور
»Les découvertes y naiffent les unes des
» autres. La chaîne qui lie les conféquen
» ces aux principes , les vraisemblances
» aux vérités , met entr'elles un accord fi
parfait , que les conjectures mêmes em
pruntent des faits dont elles dépendent ,
»ou qu'elles expliquent une folidité qui
» leur donne du corps.»
JUIN. 1758.
105
M. Fréret ne s'eft attaché jufqu'ici à
combattre que les preuves hiftoriques &
morales du fyftême de M. Newton , en
employant des argumens du même genre,
que les moyens mais enufage par fon Ad
verfaire. Il lui reftoit à examiner les preu
ves aftronomiques , dont ce Géometre a
voulu étayer fon hypothefe , & que fes
partifans font valoir avec beaucoup d'em
phafe. C'eſt ce que notre Auteur entre
prend de faire dans la troifieme partie qui
fe divife en deux fections. Cette matiere
eft liée à des calculs fi compliqués , qu'elle
eft, pour ainfi dire , hériffée de difficultés
qu'on ne parvient à réfoudre que par le
travail le plus opiniâtre. Mais les éclair
ciffemens qu'elle reçoit par ces fortes de
difcuffions compenfent la féchereffe des
détails épineux & pénibles qu'elle com
porte , & qui fuppofent néceffairement
une connoiffance plus que médiocre de
l'ancienne aftronomie. L'objet de la pre
miere fection eſt un réfutation dans les
formes de l'hypothefe de M. Newton ſur
letemps de l'établiffement de l'année Egyp
tienne. Suivant la fuppofition du nouveau
Chronologiſte , les Egyptiens s'étoient
fervis, avant le regne d'Ammon, pere de
Sefac ou Séfoftris, d'une année de 360
jours, qui différoit auffi fenfiblement de
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
l'année Lunaire que de l'année Solaire. Ce
Prince fut le premier qui ajouta cinq jours
épagomenes audouze mois, & qui donna
365 jours à l'année , dont l'ufage ne fut
pas d'abordcommun. Elle n'eut cours dans
toute l'Egypte que 72 ans après la mort
de Séfoftris , vers l'an 884 avant l'Ere
chrétienne , fous le regne d'Aménophis,
fils de Zarah , Roi d'Ethiopie, au temps.
duquel M. Newton rapporte l'entiere ex
pulfion des Paſteurs en 930, & qu'il pré
tend être le Menès d'Hérodote, l'Offiman
dyas de Diodore, & le Memnon desGrecs.
Il préfume que les Prêtres Egyptiens , à la
faveur de leursobfervations du lever & du
coucher héliaque des étoiles , furent alors
en état derégler leur Calendrier, en cor
rigeant la forme défectueufe de l'année
qu'ils avoient fuivie jufques-là. Il croit
que cefut pour confacrer la mémoire de
cette correction , dont ilattribuel'honneur
à Aménophis , qu'ils placerent autour de
fontombeaudansle fameuxédifice appellé
Memnonium, un cercle d'or de 365 cou
dées de circonférence , & le diviferent en
365 parties égales , qui faifoient allufion
au même nombre des jours dont leur an
née étoit compofée. Ilfuppofe encore que
le commencement de cette année nouvelle
fut fixépar eux au jour de l'équinoxe du
107
JUIN. 1758.
printemps. Mais comme elle a environ fix
heures de moins que l'année tropique, il
arriva qu'en quatre ans l'équinoxe avan
çoit d'un jour, & que par une fuite de
cette anticipation annuelle , au lieu de
concourir avecle premier jour du premier
mois, c'étoitfur le fecondde ce mois qu'il
tomboit. La même chofe avoit lieu pour
les levers & lescouchersdes étoiles. Ainft
felon M. Newton , lorfque ces Prêtres in
troduifirent dans la Chaldée l'ufage de
l'année de 365 jours, 137 ans après l'an
884, qui eft celui de fon établiſſement en
མ་
Egypte, le jour de l'équinoxe du prin
temps ne répondoit plus au premier jour
de l'année; mais au trente-quatrieme jour
cinq heures du fecond mois. L'établiffe
ment de cette année à Babylone , eft l'épo
que queM.Newton affigne à l'Ere de Na
bonaffar , qui commence au 26 Février de
Fan 747 avant l'Ere chrétienne.
Ces différentes affertions difcutées en
détail par notre Académicien , lui paroif
fentappuyées fur des fondemensruineux,
&parconféquent très-faciles à renverfer.
It montreque l'Aménophis dont il s'agit
ici , n'eft ni le Ménès d'Hérodote, ni l'Of
fimandyas de Diodore , que M. Newton
atortdelefaire auteur de la réforme du
Calendrier Egyptien ; que fon tombeau
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
n'avoit point été orné du cercle d'or , mais
celui d'un Roi d'Egypte plus ancien que
Séfaftris , & qui régnoit plus de feize cens
ans avant l'Ere chrétienne; enfin que l'éta
bliſſement de l'année de 365 jours eft de
la plus haute antiquité. Les raifons qu'il
oppofe à celles que le nouveauChronolo
gifte produit en faveur de fon hypotheſe,
fe réduifent aux articles fuivans. 1°. Les
Egyptiensavoient une annéevague de 365
jours , dont le commencement varioit
tous les ans de fix heures quelques minu
tes. C'étoit leur année religieufe. Les
Prêtres fe firent un point capital d'en con
ferverl'ufage ; en conféquence duquel les
fêtes des Dieux qui changeoient tous les
quatreans de jour par rapport au mouve
ment du foleil dans l'écliptique , parcou
roient toutes les faifons , & fanctifioient
fucceffivement tous les jours de l'année
folaire vraie.
2º. Ils avoient de plusune année civile,
dont le commencement étoit fixe , & qui
fervoit à régler la culture des terres , le
temps des fermages, & celui du paiement
des impôts annuels qui fe prenoient fur le
produit des terres.
3. Lescommencemens deces deux an
nées, dont l'une indiquoit les fêtes , &
l'autre marquoit les ufages civils , fe réu
niffoient au bout de 1460 ans par leur
JUIN. 1758.
concours au même point de l'écliptique.
109
Comme l'année civile commençoit au
lever héliaque de la canicule, nomméeSo
this en Egypte, cet espace de 1460 ans ,
dont le premier & dernier inftant étoient
déterminés par le retour commun des
deux années aux mêmes points du ciel ,
formoit un cycle connu fous le nom de
Cycle Sothiaque ou Caniculaire. La réunion
du premier jour de l'année vague avec
celui du lever héliaque de l'étoile Sothis
fous le climat de l'Egypte , marquoit la fin
d'une de ces périodes , & le commence
ment d'une autre.
4°.Cenforin témoigne expreffément que
l'année dans laquelle il écrivoit , étoit la
centieme d'un nouveau cycle , & que la
réunion ou le commencement du cycle
avoit concouru avec l'année du fecond
Confulat de l'Empereur Antonin , le trei
zieme jour avant les Calendes d'Août ,
c'eft-à-dire le 20 Juillet d'une année Ju
lienne , qui eft indubitablement la 138°
de l'Ere vulgaire. Cette année répondoit
donc à la premiere du nouveau cycle
Egyptien, & àla derniere du cycle pré
cédent. Ce cycle antérieur à celui de
Cenforin, avoit parconféquent commencé
aumois deJuillet de l'an 1322 avant l'Ere
vulgaire, c'est-à-dire 438 ans entiers avant
110 MERCURE DE FRANCE
la date établie par M. Newton pour le
premierétabliſſementde l'année Egyptien
ne de 365 jours.
5. M. Fréret va plus loin encorè. Il
fait voir que le cycle révolu immédiate
ment avant celui pendant lequel écrivoit
Cenforin , n'eft pas le plus ancien cycle
Egyptien. Il n'étoit que lefecond; & celui
de la centiemeannée, d'où dateCenforin,
étoit le troifieme. On trouvera donc, en
remontant au premier cycle, qu'il avoit
commencé 2920 ans avant le cent trente
huitieme de Jeſus-Chrift , ou l'an 2782
avant FEre chrétienne. La réalité de ce.
premier cycle eft une choſe facile àconf
tater , même parl'Ecriture dont notreAu
teur tire des preuves inconteftables, pour
montrer quel'année vague de 365 jours,
étoit en ufage chez lesEgyptiensau moins
du temps de Moyfe, & que parconfé
quent elle étoit de la même ancienneté
que lecycle caniculaire , qui eft compofé
de ces années. Ainfi ces deux chofes ont
uneliaiſon fi étroite, que l'une ne fçauroit
fubfifter fans l'autre , & que l'existence
prouvée de ce cycle eft une démonftration
de l'année de 3.65 jours.
L'examen de l'époque de Chiron dé
terminée dans le nouveau fyftême par
Faftronomie , fait le fujet de la feconde
JUIN. 1758.
TRE
fection , qui fe partage en quatre articles.
C'eft, fans contredit, le côté le plus im
pofant fouslequel l'hypothefe de M. New
tonfe préfente à l'efprit des perfonnes qui
nejugent que d'après les apparences, &
qui font par cela même moins en garde
contre l'illufion des moyens dont il fe fert
pour les établir. Comme la chronologie
阈
paroît recevoir fa plus grande certitude
des fecours qu'elle tire de l'aftronomie
M. Newton autorife fon calcul abrégé
d'une preuve qui en découle , & qui don
neàfon raiſonnement l'air d'une démonf
tration. Il s'agit de la détermination de
l'âge des Argonautes par le lieu des colu
res dans l'ancienne fphere Grecque réglée
par Chiron, pour leur ufage dans le cours
de la navigation qu'ils avoient entrepris.
M. Halley, qu'on n'accufera pas affuré
ment d'avoir été prévenu contre le nou
veau fyftême , avoue de bonne foi que
c'en eft l'endroit le plus problématique ;
parce qu'il dépend entiérement de deux.
fuppofitions, fçavoir rº. que Chiron avoir
deffiné une ſphere célefte pour l'ufage des
Argonautes ; 2°. que cette fphere étoit
celle qu'avoit fuivie Eudoxe , deux chofes
qui font avancées gratuitement. La théo
rie de la préceffion des équinoxes fournir
M.Newton l'argumentprincipal par le
112 MERCURE DE FRANCE.
quel il fe propofe d'abréger de plus de 400
ans la chronologie Grecque. Il eft conftant
parlesobfervations les plus exactes, queles
points équinoctiaux , & généralement tous
les points de l'écliptique , ont un mouve
ment rétrograde & continu , qui les porte
d'Orient en Occident contre l'ordre des
fignes , & dont la quantité mefurée eft
d'un degré en 72 ans. Chiron , felon M.
e
Newton, fixa l'expofition des points car
dinaux,au 15° degréde leursfignes.Meton,
l'an 16 de l'Ere de Nabonaffar , obſerva
31
le folftice d'été au huitieme degré da
Cancer. Parconféquent lesfolftices avoient
rétrogradé de fept degrés , & comme un
degrééquivaut à 72 ans, fept degrés par
courus produifent un intervalle de 504
ans , qui, ajoutés aux 316 de l'Ere de Na
bonaffar , qui s'étoient écoulés jufqu'au
temps de l'obfervation de Meton, nefont
remonter l'expédition des Argonautes qu'à
l'an 936 avant l'Ere chrétienne. Il n'eft
point queftion de la jufteffe de ces calculs
qu'on ne contefte point à M. Newton.
M.Fréret combat uniquement la vérité des
faits auxquels le nouveau Chronologiſte
les applique , & les conféquences qu'il en
tire pour accréditer fon hypotheſe. En
effet , fi cette fphere ancienne n'eft pas
celle de Chiron , il eft évident qu'on n'a
113
JUIN. 1758.
aucune raifon d'en déduire l'époque des
Argonautes , ni fonder fur le calcul qui
en réfultera, une chronologie totalement
oppofée à celle qui eft appuyée fur le té
moignage des meilleurs Ecrivains de l'An
tiquité. C'eft ce qu'il s'attache à prouver,
en remarquant 1°. que le premier planif
phere connu des Grecs differoit abfolu
ment de celui auquel Eudoxe a comparé
les obfervations du folftice faires par Me
ton ; ou quedumoins fi cette fphere eft
celle qu'Eudoxe a employée , elle avoit été
réformée demaniereàn'être plus lamême;
que conféquemment on ne peut inférer
l'époque des Argonautes de la pofition
affignée pour lors aux étoiles dans cette
fphere qui avoit été corrigée plufieurs
fiecles après eux ; 2°. qu'il fuffit de jetter
un coup d'œil fur ce qui nous refte des
monumens de l'aftronomie ancienne, pour
fe difpenfer d'avoir recours à cette correc
tion de fphere primitive, & pour être à
portée de voir divers Calendriers dreffés
fucceffivement , & dont il eft facile de
déterminer les époques, par les différences
qu'on obferve dans la repréſentation de
l'état du ciel fur chacun de ces Calen
driers ; 3 °. que celui qu'Eudoxe a fuivi ,
n'a été dreffé qu'au temps d'Héfiode , &
que fi l'on examine avec foin les frag
114 MERCURE DE FRANCE.
mens qui fubfiftent encore de quelques
autres , on parviendra à en découvrir dans
lenombre, un dont la date eft beaucoup
plus ancienne; puifqu'elle répond au com
mencement du quinzieme fiecle avant
Jefus-Chrift ; 4°. enfin que le temps de ce
premier effai de l'aftronomie concourt à
peu près avec l'époque marquée par les
meilleurs Ecrivains pour l'entreprife des
Argonautes ; qu'ainfi la détermination af
tronomique de cet événement , loin de
détruire leurs calculs , comme on voudroit
lefuppofer, eft unepreuvede plus en leur
faveur. Au refte, M. Fréret, avantquede
paffer à une difcuffion de la prétendue
démonſtration aftronomique de M. New
ton , donne une traduction d'un morceau
qui y eft relatif, & qu'il a extrait de
l'Ouvrageque M. Wifthon apublié contre
le nouveau fyftême. Elle y eft attaquée
dans un très-grand détail , qu'il abrege
felon l'exigence des cas. Il commente quel
quefois letexte du célebre Aftronome An
glois , auxremarques duquel il en ajoute
d'autres qui lui ont paru propres à confir
mer les idées de M. Wifthon. Il fait en
fuite des objections qui lui font particu
lieres contre cette même preuve aftrono
mique, dont M. Newton & fespartifans
fe prévalent; & pour leur donner toutela
JUIN 1758.
113
force dont ellesfontfufceptibles, ilfe livre
aux plusprofondes difcuffions des Calen
driers des différensâges , qu'il compare les
uns avec les autres. Il fait obſerverla mar
che progreffive des conftellations , indi
quée fur ces planifpheres , par la diverfité
des lieux qu'elles y occupent. De ces dif
férentes pofitions mifes en parallele avec
celles que les catalogues de Bayer & de
Flamftéed attribuent aux mêmes étoiles, il
déduit les époques qui doivent être affi.
gnées à ces planifpheres anciens. Il exa
mine unpaffage de Columelle allégué par
M.Newton, qui s'en autorife fans rap
porter les paroles expreffes de cet Auteur,
pour avancer que Meton avoit placé le co
lure des folftices au 8. degré. Ilfe pro
pofe de montrer que le fçavant Anglois
s'eft mépris groffiérement fur le fens de ce
paffage, qui bien loin de favorifer fon
fyftème, lui eft formellement contraire.
Cet examen l'engage par occafion dans
des recherches fur les Calendriers rufti
ques des Anciens. Des éclairciffemens fur
les Calendriers qui portoient le nom de
Meron, & fur ceux qui étoient , felon les
apparences , plus anciens que le temps.
d'Héfiode , terminent cette fection &c
F'ouvrage entier. Il eft aifé de jugerde fon
utilité par l'analyfe que nous venons d'en
116 MERCURE DE FRANCE.
faire. Onpeut affurer qu'elle eft fupériea
re à celle d'un écrit purement polémique;
puifque l'objet de ce Traité n'eft pas une
finple réfutation des hypothefes fingulie
res & hardies de M. Newton ; fon plan
embraffe encore la folution des plus im
portantes queſtions de la chronologie de
tous les peuples de l'antiquité, & la fixa
tion de toutes les époques générales, &
de celles d'un infinité de faits particuliers
fur chacun defquels il afpire à découvrir
la vérité. S'il nous étoit permis de déclarer
ce que nous penfons du travail de l'Au
teur, fans prétendre pour cela diminuer
le mérite de celui des autres perfonnesqui
ont attaqué le nouveau fyftême ,
dirions que nous n'en connoiffons aucun,
qui en ait développé les principes avec
plus d'ordre & de clarté , ait faifi les diffi
cultés qui en naiffent avec plus de préci
fion , & les ait combattus avec plus de
nous
force que M. Fréret.
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Résumé : Suite de l'Extrait de la Défense de la Chronologie fondée sur les monumens de l'histoire ancienne contre le systême chronologique de M. Newton ; par M. Fréret, & c.
Dans son ouvrage, M. Fréret examine la chronologie de l'histoire orientale, en se concentrant particulièrement sur les antiquités égyptiennes et chaldéennes. Il distingue les traditions légendaires des traditions véridiques et harmonise les longues périodes attribuées à la monarchie égyptienne. Fréret explore la période des Pasteurs, un peuple ayant dominé l'Égypte pendant 511 ans avant d'être chassé par divers rois égyptiens. Il analyse également l'évolution du culte des divinités en Égypte, notant que les grands hommes furent progressivement déifiés, supplantant les divinités métaphysiques. Fréret critique l'hypothèse d'Évhémère, soutenue par Isaac Newton, selon laquelle toutes les divinités étaient des hommes déifiés. Il rejette cette théorie, affirmant que les dieux secondaires restaient subordonnés aux dieux supérieurs. Il étudie les croyances religieuses des Égyptiens, des Phéniciens et des Grecs, montrant que l'apothéose était inconnue ou rejetée dans ces cultures. L'auteur conteste également les théories de Newton sur l'établissement de l'année égyptienne de 365 jours sous le règne d'Aménophis, arguant que cette réforme est beaucoup plus ancienne. Il traite du Cycle Sothiaque, un cycle de 1460 ans utilisé en Égypte ancienne, et remet en question la chronologie grecque proposée par Newton pour l'expédition des Argonautes. Le texte aborde l'astronomie ancienne et les calendriers. Les corrections apportées à la sphère céleste permettent de déterminer les époques des calendriers anciens. Le calendrier d'Eudoxe date du temps d'Hésiode, et des fragments plus anciens remontent au quinzième siècle avant Jésus-Christ, correspondant à l'expédition des Argonautes. Fréret critique la démonstration astronomique de Newton et compare les calendriers anciens pour déduire les époques des planisphères anciens. Il examine également les calendriers rustiques anciens et ceux de Méton, concluant que son ouvrage est utile pour réfuter les hypothèses de Newton et résoudre des questions importantes de chronologie antique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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