Résultats : 19 texte(s)
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1
p. 5-6
EPITRE A M. DE VOLTAIRE, En lui envoyant un Poëme sur la Grace
Début :
Toi, qui fais de yeux d'Emilie [...]
Mots clefs :
Voltaire, Grâce
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DE VOLTAIRE, En lui envoyant un Poëme sur la Grace
EPITRE
A M. DE VOLTAIRE ,
En lui envoyant un Poëme fur la Graco
ToiOi , qui fais des yeux d'Emilie
Paffer dans tes écrits les feux & la douceur ;
Toi , l'Apollon de la patrie ,
Du gout & du talent , jufte appréciateur :
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Voltaire , en le lifant , fais grace à cet ouvrage
Fruit de quelques momens dérobés à Themis .
Refpectant mon fujet , j'y parle le langage ,
Non d'un Docteur fubtil , mais d'un Chrétien fou
mis.
De la Grace en mes vers fcrutateur téméraire ,
Suivant de la raiſon le faux jour qui nous luit ,
De ce redoutable Myſtere
Oferois- je percer la nuit
Loin d'avoir cette vaine audace ,
Sur le voile mystérieux
Dont l'Eternel voulut envelopper la grace,
Je ne porterai pas mes regards curieux.
Mais au maître des vers nobles , harmonieux ,
Au rival de Milton , de Virgile & d'Homcre ,
Préfenter un poëme , & tenter de lui plaire ,
Eft- ce être moins audacieux ?
Toutefois fi je dis le motif qui m'infpire ,
Tu cefferas d'être furpris.
Richelieu l'a voulu , ce mot doit te fuffire.
Eh ! qui fçait mieux que toi combien il a d'empire
Sur les coeurs & fur les efprits !
C'eſt un pouvoir fecret que toi feul peux décrire
Chacun le retrouve en ce lieu
Tel que ta Mufe le renomme .
On l'adore ici comme un Dieu ,
Parce qu'il y vit comme un homme.
Par M. Clofier , de Montpellier.
A M. DE VOLTAIRE ,
En lui envoyant un Poëme fur la Graco
ToiOi , qui fais des yeux d'Emilie
Paffer dans tes écrits les feux & la douceur ;
Toi , l'Apollon de la patrie ,
Du gout & du talent , jufte appréciateur :
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Voltaire , en le lifant , fais grace à cet ouvrage
Fruit de quelques momens dérobés à Themis .
Refpectant mon fujet , j'y parle le langage ,
Non d'un Docteur fubtil , mais d'un Chrétien fou
mis.
De la Grace en mes vers fcrutateur téméraire ,
Suivant de la raiſon le faux jour qui nous luit ,
De ce redoutable Myſtere
Oferois- je percer la nuit
Loin d'avoir cette vaine audace ,
Sur le voile mystérieux
Dont l'Eternel voulut envelopper la grace,
Je ne porterai pas mes regards curieux.
Mais au maître des vers nobles , harmonieux ,
Au rival de Milton , de Virgile & d'Homcre ,
Préfenter un poëme , & tenter de lui plaire ,
Eft- ce être moins audacieux ?
Toutefois fi je dis le motif qui m'infpire ,
Tu cefferas d'être furpris.
Richelieu l'a voulu , ce mot doit te fuffire.
Eh ! qui fçait mieux que toi combien il a d'empire
Sur les coeurs & fur les efprits !
C'eſt un pouvoir fecret que toi feul peux décrire
Chacun le retrouve en ce lieu
Tel que ta Mufe le renomme .
On l'adore ici comme un Dieu ,
Parce qu'il y vit comme un homme.
Par M. Clofier , de Montpellier.
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Résumé : EPITRE A M. DE VOLTAIRE, En lui envoyant un Poëme sur la Grace
L'épître est adressée à Voltaire et contient un poème sur Gracchus. L'auteur exprime son admiration pour Voltaire, le comparant à Apollon et le reconnaissant comme un juge du goût et du talent. Il présente son œuvre comme le fruit de moments volés à ses occupations juridiques. L'auteur se décrit comme un chrétien sincère, sans prétention de percer les mystères de la grâce divine. Il se montre humble face à Voltaire, qu'il considère comme un maître des vers nobles et harmonieux, rival de Milton, Virgile et Homère. L'audace de l'auteur s'explique par la volonté de Richelieu, dont le pouvoir sur les cœurs et les esprits est incontestable. Richelieu est adoré en ce lieu car il y vit comme un homme. L'épître est signée par M. Clofier, de Montpellier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 7
Réponse de M. de Voltaire.
Début :
Lorsque vous me parlez des graces naturelles [...]
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texteReconnaissance textuelle : Réponse de M. de Voltaire.
Réponse de M. de Voltaire.
Lorfque vous me parlez des graces naturelles
Du héros votre commandant ,
Et de la Déité qu'on adore à Bruxelles ,
C'eſt un langage qu'on entend.
La grace du Seigneur eft bien d'une autre efpece :
Moins vous me l'expliquez , plus vous en parlez
bien.
Je l'adore , & n'y comprends rien.
L'attendre & l'ignorer , voilà notre fageffe.
Tout Docteur , il eft vrai , fçait le fecret de Dieu ,
Elus de l'autre monde ils font dignes d'envie.
Mais qui vit auprès d'Emilie ,
Ou bien auprès de Richelieu ,
Eft un élu de cette vie.
Lorfque vous me parlez des graces naturelles
Du héros votre commandant ,
Et de la Déité qu'on adore à Bruxelles ,
C'eſt un langage qu'on entend.
La grace du Seigneur eft bien d'une autre efpece :
Moins vous me l'expliquez , plus vous en parlez
bien.
Je l'adore , & n'y comprends rien.
L'attendre & l'ignorer , voilà notre fageffe.
Tout Docteur , il eft vrai , fçait le fecret de Dieu ,
Elus de l'autre monde ils font dignes d'envie.
Mais qui vit auprès d'Emilie ,
Ou bien auprès de Richelieu ,
Eft un élu de cette vie.
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Résumé : Réponse de M. de Voltaire.
Voltaire discute des grâces naturelles et divines. Il admire la grâce divine sans la comprendre, la considérant comme une condition humaine. Il respecte les docteurs connaissant le secret de Dieu et valorise ceux vivant auprès de personnes illustres comme Émilie ou Richelieu, les qualifiant d'élus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 7-32
SUITE De la Promenade de Province, & des charmes du Caractere.
Début :
L'Angleterre est ma patrie, & mon nom est Tumbsirk. Mon pere qui s'appelloit [...]
Mots clefs :
Comte, Homme, Capitaine, Vaisseau, Fils, Esprit, Papiers, Bonheur, Amis, Coeur, Promenade de province
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texteReconnaissance textuelle : SUITE De la Promenade de Province, & des charmes du Caractere.
SUITE
De la Promenade de Province , & des
charmes du Carailere.
'Angleterre eft ma patrie , & mon nom
eft Tumbfirk. Mon pere qui s'appelloit
Milord K..... devenu veuf & mécontent
de la Cour , fe retira dans fes terres
qui font dans le Comté de Devonshire .
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Ce fut là qu'il devint amouteux de la fille
d'un fimple Gentilhomme réduit à la derniere
néceffité. Elle étoit belle. Si fa mifere
le toucha , fa vertu excita fon admiration.
Il prit le parti de l'époufer , avec
toutes les formalités néceffaires , mais le
plus fecrettement qu'il lui fut poffible ,
parce qu'il craignoit les enfans de fon premier
lit , qui étoient au nombre de trois.
Je fuis le feul fruit de ce mariage , ma
mere étant morte en me mettant au monde.
Mon enfance n'a rien eu d'extraordinaire.
J'ai été élevé dans un college jufqu'à
l'âge de feize ans. J'allois fouvent
voir Milord K.... que je regardois comme
un ami qui vouloit bien prendre foin de
moi , du refte j'ignorois à qui je devois la
naiffance.
Je fus furpris un jour de ce qu'on vint
me chercher de fa part avec précipitation.
J'arrivai , & je le trouvai à l'extrêmité . Il
fit fortir tout le monde de fa chambre , &
m'ayant fait approcher de fon lit , je me
meurs , me dit- il , d'une voix foible ; mais
écontez bien ce que je vais vous dire. Vous
êtes mon fils . Voici , ajoûta- t'il , en me
préfentant des papiers , les pieces qui le
juftifieront. Vous avez des freres puiffans
qui refuferont peut - être de vous reconnoître.
Défiez- vous furtout de votre aîné , &
DECEMBRE 1755. 9
agiffez - en avec lui comme avec un homme
de qui vous avez tout à craindre. Voici
pour le Baron de W... le plus jeune de vos
freres , une lettre qui pourra l'attendrir
en votre faveur. En voilà une autre pour
votre foeur qui eft mariée au Duc de M...
Embraffez- moi , mon fils , pourfuivit - il ,
en s'attendriffant ; puiffe le ciel , protecteur
de l'innocence , vous tenir lieu de
pere ! Je reçus fa bénédiction , en pleurant
amerement , il mourut une heure après
entre mes bras. Sa perte me caufa une vive
douleur , je l'aimois véritablement , & la
confidération de l'état où il me laiſſoit , ne
fervit pas à me confoler. Je n'avois du
côté de ma mere que des parens éloignés ,
que je ne connoiffois point. Je me regardai
comme un homme ifolé , qui ne tenoit
à rien , & qui avoit tout à craindre.
Mourir, c'eft un fort inévitable , me disje
, il faudra toujours en venir - là , après
avoir effuyé bien des traverfes , je puis me
les épargner en finiffant ma trifte vie ,
mais je veux que ma mort foit utile à ma
patrie ; c'eft au milieu des hafards que je
dois la chercher . Nous étions alors en
guerre avec la France , je m'engageai dans
un vieux corps de cavalerie , bien réfolu
de vendre cherement ma vie. Je me rendis
au lieu où l'armée étoit allemblée : j'avois
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
toujours dans mon porte-feuille les papiers
que mon pere m'avoit donnés. A peine
fus-je arrivé que j'appris que l'officier qui
commandoit étoit le Comte de Y..... frere
unique de feu mon pere. Je ne l'avois jamais
vu parce qu'ils étoient mal enſemble
depuis longtems ; cela ne me donna aucune
envie de lui découvrir mon fecret.
Cependant le Capitaine de la compagnie
où j'étois enrôlé , étoit un homme
violent , emporté , brutal & généralement
haï j'avoue que je ne cédois à perfonne
ma part de cette averfion . Il me rencontra
un jour avec quelques officiers qu'il
n'aimoit pas. Il voulut me dire quelque
chofe , fa vue feule étoit capable de m'émouvoir
, je lui répondis avec hauteur. Il
fe mit en devoir de punir ma témérité
quelques coups de plat d'épée : voyons ,
lui dis - je , en tirant la mienne , fi tu as autant
de coeur que de brutalité. Je le pouſſai
vivement , mais on nous fepara. Mon crime
étoit irrémiffible ; auffi fus - je condammé
à avoir la tête caffée dès le même jour.
par
Quelque indifférence que j'euffe pour
la vie , je ne pus me défendre d'un violent
friffonnement , en fongeant que je navois
plus que quelques heures à vivre. Une
reffource me reftoit , c'étoit de me faire
connoître au Comte de Y... Mais comment
1
DECEMBRE. 1755 . II
y parvenir. A qui m'adreffer ? Plufieurs de
mes amis vinrent pour me voir , mais on
ne voulut pas leur permettre de me parler.
Un officier de confidération qui m'aimoit ,
demanda cette grace , qu'on ne put pas lui
refufer. Le ciel , lui dis - je , en l'appercevant
, vous envoie fans doute ici pour me
fauver la vie , mais il n'y a point de tems
à perdre. Je fuis le neveu du Comte de Y...
j'ai fur moi de quoi le prouver : l'officier
ne pouvant fe figurer que cela fût vrai ,
demanda à voir mes papiers , je ne fis aucune
difficulté de les lui montrer ; il y
reconnut la vérité , & courut avec empreffement
à la tente du Comte de Y..... après
avoir donné ordre à ceux qui me gardoient
de différer l'exécution jufqu'à fon retour,
Cependant l'heure de me conduire au
fupplice approchoit , le régiment étoit
déja affemblé , & mon lâche Capitaine ,
qui fe douta qu'on travailloit à me fauver ,
éloigna fous divers prétextes , ceux qui me
gardoient , & qui avoient reçu l'ordre de
différer , & me fit auffitôt conduire au lieu
où je devois perdre la vie . Je vis bien alors
qu'il n'y avoit plus de falut à efpérer : on
me banda les yeux ; quels funeftes aprêts ,
& qu'elle horrible fituation ! Tout mon
fang fe retira autour de mon coeur , mon
efprit ne m'offroit plus que des penfées
A vj
12 MERCURE
DE FRANCE
.
confufes , je crus fentir le coup qui devoit
faire fortir mon ame de fa trifte prifon.
Mais un moment après la vue me fut rendue
, & je vis auprès de moi cet officier
qui paroifoit fort en colere du mépris
que l'on avoit fait de fes ordres. Un rayon
d'efpérance coula dans mon fein , & me
rendit la refpiration que j'avois perdue . Je
n'étois pas encore parfaitement revenu à
moi-même , lorfque je me trouvai devant
le Comte de Y... Je me laiffai tomber à fes
genoux , & ne pouvant trouver de langue
ni de voix , je lui préfentai les pieces juftificatives
de ma naiffance , fans en excepter
la lettre de mon pere adreffée au Baron
de W... Il lut le tout avec émotion , &
venant à moi , il m'embraffa en me difant ,
vous êtes le fils de mon frere , je ne puis
en douter , mais je veux que vous foyez le
mien. Oui , mon cher enfant , continuat'il
, en m'obligeant de me relever , vous
ferez la confolation de ma vieilleffe . J'avois
un fils , il feroit de votre âge , vous
lui reffemblez , je croirai le voir en vous
voyant. Vous penfez bien que je lui rendis
fes careffes avec ufure. Je lui jurai un
éternel attachement. Je lui raconta ce
que m'avoit dit mon pere avant que de
mourir , ma douleur , mes craintes , mon
indifférence pour la vie ; il m'apprit que
DECEMBRE. 1755. 13
l'aîné de mes freres étoit mort depuis environ
un mois ; que le Baron de W... étoit
un de fes principaux officiers ; qu'il étoit
d'un efprit bien plus doux. Il n'eft point
actuellement ici , ajouta t'il , mais il y
fera dans quelques jours . Laiffez-moi ménager
votre premiere entrevue . Je veux le
préparer à vous reconnoître. Tout ce que
je vous recommande , c'eft de garder le
fecret fur tout ce qui vient de fe paffer
entre nous.
La premiere marque de bienveillance
que me donna le Comte de Y ... fut de me
faire changer d'habit , il m'en fit donner
de très riches . Jugez quel plaifir pour un
jeune homme de mon age. Je me trouvois
à ravir , & je me figurai avec une vive
émotion de vanité , la furprife de mes
camarades , & particulierement le dépit &
la confufion de mon Capitaine . Il foutint
ma préſence d'un air embaraffé & humilié,
Tous les pas que je faifois , étoient autant
de triomphes. Aucuns des agrémens de
ma nouvelle fituation ne m'échappoient, je
fentois toute l'étendue de mon bonheur.
Ingénieux à faire naître les occafions de
témoigner ma reconnoiffance au Comte
de Y... je paffois auprès de lui les plus gracieux
momens. Chacun raifonnoit diverfement
à mon fujet , chacun faifoit des
14 MERCURE DE FRANCE.
conjectures , mais tous ceux qui nie
voyoient , convenoient que fi je n'étois
pas d'une illuftre naillance, le fort m'avoit
fait une injuftice .
Nous étions en préfence des ennemis ,
& toujours à la veille de combattre. Le
Baron de W... arriva enfin , nous en fumes
avertis , un moment avant qu'il parût. 11
vint rendre fes devoirs au Comte de Y...
qui m'avoit fait mettre dans un endroit
d'où je pouvois tout entendre fans être
vu. Ils étoient feuls . Après qu'ils fe furent
entretenus quelque tems de l'état de l'armée
& de la difpofition des ennemis : il
eft arrivé ici depuis votre départ , dit le
Comte de Y... une hiftoire bien finguliere.
Il lui fit alors , fans nommer les perfonnes
, le récit que je viens de vous faire ,
continua Tumbfirk , voilà , ajouta le Comre
, les papiers que cet infortuné jeune
homme m'a préfentés . Le Baron de W... les
prit & lut ce qu'ils contenoient avec
une furpriſe inexprimable. Le Comte de
Y...fans lui donner le tems de fe remettre,
lui remit la lettre de mon pere : elle étoit
touchante ; auffi ce ne fut point fans répandre
des larmes , qu'il en acheva la lecture.
Ah ! c'en eft trop , dit- il , d'une voix attendrie,
après avoir fini : je chéris trop , ô mon
pere , votre mémoire pour ne pas aimer
DECEMBRE . 1755. 15
ce qui vous a été cher. Milord , permettez-
moi d'embraffer mon frere , & de lui
jurer devant vous une amitié éternelle . Je
jugeai qu'il étoit tems de paroître . Le
voilà qui s'offre à vos defits , lui dit le
Comte de Y... fatisfaites votre jufte empreffement.
Il me regarda un moment
avec attention . Je voulus embraffer fes
genoux , mais il m'en empêcha en me ferrant
entre fes bras. Mon bonheur me fembla
alors affermi d'une façon inébranlable,
hélas ! il devoit auffi peu durer qu'il étoit
inopiné .
Dès le même jour , il vint un bruit que
les ennemis avoient le deffein de nous attaquer.
Cette nouvelle caufa un mouvement
général dans le camp . On fe prépara
pour les recevoir . Le lendemain à la pointe
du jour , le combat s'engagea : il fut
meurtrier de part & d'autre . J'étois auprès
du Comte de Y... un fatal boulet de canon
vint à mes yeux le frapper dans la poitrine,
& le fit tomber roide mort. La chaleur où
j'étois ne m'empêcha pas de fentir toute
l'horreur de cette perte. Je courus vers
mon frere , mais il fembloit que le fort
attendît mon arrivée pour le frapper à la
tête d'une balle qui le fit tomber de deffus
fon cheval. On le tira de la foule , on l'appuya
contre un arbre , il me reconnut ,
16 MERCURE DE FRANCE
me tendit la main , en me difant , adieu ,
mon cher Tumbfirk , j'aurois été votre
appui , le ciel en a difpofé autrement , le
Comte de Y... à mon défaut... Il ne put
en dire davantage. Ses yeux éteints fe fermerent
pour toujours , & fa tête qu'il ne
pouvoir plus foutenir , tomba fur fa poitrine.
Plufieurs de mes amis inftruits de mon
double malheur , m'arracherent d'auprès
de ce lugubre fpectacle.Toute mon occupation
pendant huit jours fut de pleurer
amèrement les pertes que je venois de faire
, fans vouloir recevoir de confolation.
Mais à ce découragement fuccéderent des
inquiétudes fur mon fort. Je ne me voyois
pas plus avancé qu'à mon arrivée dans le
camp. Encouragé par l'épreuve que j'avois
faite du bon naturel de mon oncle & de
mon frere , je pris la réfolution d'aller
trouver ma foeur. Elle demeuroit à Londres
je me fis conduire à fon hôtel. Elle
étoit feule dans fon appartement , je lui
préfentai les preuves de ma naiffance avec
la lettre de mon pere qui lui étoit adreffée ;
je fuis fûr qu'elle alloit me donner des
marques de fa tendreffe , lorfque le Duc
de M... fon époux entra. Elle changea de
couleur en le voyant . Je le remarquai avec
effroi. Il prit les papiers des mains de fon
époufe , & les parcourut avec une furpriſe
DECEMBRE. 1755. 17
mêlée de chagrin. Je félicite Madame , me
dit- il , en affectant unair plus doux , d'avoir
pour frere un auffi aimable cavalier que
vous. L'avantage n'eft pas grand , lui répondis-
je , mais , Monfieur , ajoutai - je ,
en voyant qu'il ferroit mes papiers , permettez-
moi de vous redemander ces pieces,
elles me font néceffaires. Soyez tranquille,
me répondit-il d'un ton railleur , elles font
en fureté , je vous les rendrai , mais il faut
auparavant que je les examine à loifir.
Je compris alors mon imprudence. Je retournai
à mon auberge avec beaucoup d'inquiétude
j'étois fatigué , je me couchai
de fort bonne heure. Mais je fus réveillé
dans mon premier fommeil par un bruit
qui ne me parut pas éloigné. Je prêtai l'oreille
avec émotion , & j'entendis qu'on
vouloit forcer la porte de ma chambre.
Dans le même inftant je vis , à la lueur
d'une lumiere que j'avois laiffée , trois
hommes qui fe jetterent fur moi , m'arracherent
mon épée , me banderent la bouche
d'un mouchoir pour m'empêcher de
crier , me conduifirent à une chaife de
pofte qui me mena à Douvres , où ils me
firent embarquer. Nous fommes defcendus
à Calais , & là , mes conducteurs m'ont
fait reprendre la pofte jufqu'à D... d'où
nous venons de partir.
18 MERCURE DE FRANCE.
fi
Tel fut le récit du malheureux Tumbfick
. Montvilliers trouva quelque foulagement
en fe repréfentant qu'il n'étoit pas
le feul à plaindre. Les vents leur furent
allez favorables , pendant toute la navigation.
Mais comme le vaiffeau qu'ils montoient
étoit lourd , ils en rencontrerent
plufieurs qui les devancerent. Tumbfirk
apprit des matelots qu'on devoit faire eau
à la petite ifle de S ... Une nuit que tout le
monde dormoit , il dit à Montvilliers, vous
fentez- vous le courage de tout rifquer pour
la liberté ? Certainement , répondit-il fans
balancer. Eh bien , reprit Tumbfirk ,
vous voulez me feconder , j'ai formé le
deffein de nous révolter quand nous ferons
arrivés à l'ifle de S... Quelqu'un qui fit du
bruit les obligea de ceffer cette converfation
. L'Anglois trouva cependant le
moyen de communiquer ce deffein à tous
fes compagnons qui l'approuverent . Quelques
jours après , ils apperçurent l'ifle ; à
peine y furent- ils arrivés , qu'ils demanderent
avec empreffement à defcendre pour
fe promener quelques heures , parce qu'ils
fe trouvoient très-mal de l'air de la mer.
Le Capitaine qui ne fe doutoit point de
leur entreprife y confentit. On leur ôta
même leurs chaînes qui les incommodoient
beaucoup , & on fe contenta de
DECEMBRE. 1755. 19
•
leur donner quelques matelots pour les
garder. Quand ils fe virent éloignés da
rivage , Tumbfirk donna un coup d'oeil à
fes compagnons qui l'obfervoient . Ils fe
jetterent tous fur les matelots qu'ils défarmerent
, & qu'ils attacherent à des arbres.
Ils entrerent dans quelques maifons , obligerent
les Infulaires qui y demeuroient de
leur donner quelques armes , & marcherent
en bon ordre vers le vaiffeau , dans
l'efpérance de s'en rendre maîtres : mais le
Capitaine qui avoit été averti de leur révolte
les attendoit à la tête du refte de l'équipage.
Le nombre ni la contenance des
ennemis ne les effraya point . Ils fe précipiterent
comme des furieux , & en tuerent
quelques-uns ; mais il fallut céder au nombre
. Plufieurs d'entr'eux furent bleffés ,
Tumblrk & Montvilliers furent terraffés
& faits prifonniers. On les fépara , & on
les conduifit dans les prifons de l'iffe. Its
crurent qu'ils n'en fortiroient que pour
aller au fupplice . Cette idée ne leur fembla
point fi affreufe. Ils trouverent l'un &
l'autre une espece de douceur en penfant
qu'ils alloient bientôt être délivrés des
maux infupportables qui les accabloient.
Montvilliers s'encourageoit par ces ré-
Alexions , lorfqu'il vit ouvrir la porte du
lieu où il étoit : par une fervente priere
20 MERCURE DE FRANCE.
il recommanda fon ame à celui qui l'avoit
créée. Deux hommes affez bien mis , lui
dirent de les fuivre. Ils le firent paffer par
différentes rues , & le firent à la fin entrer
dans une fort belle maifon. Ils traverserent
plufieurs appartemens bien meublés ,
& parvinrent à une chambre où ils trouverent
un homme pour qui tous les autres
paroiffoient avoir du refpect . Il regarda
Montvilliers avec une extrême attention
, & confidérant enfuite un papier qu'il
tenoit , il parla à ceux qui étoient auprès
de lui , qui parurent convenir de ce qu'il
difoit. D'où êtes- vous , mon ami , dit- il à
Montvilliers , & par quelle aventure vous
trouvez vous avec des gens où vous paroiffez
déplacé Montvilliers raconta briévement
fon hiftoire. Connoiffez - vous cette
écriture , lui demanda le Gouverneur
, en lui préfentant une lettre à fon
adreffe ? O ciel ! s'écria- t'il , que vois- je ?
c'eft M. de Madinville. Il l'ouvrit avec empreffement.
Son ami lui marquoit qu'ayant
appris dès le lendemain , la trifte nouvelle
de fon enlevement, par un domeftique de
fon pere , qui en avoit été témoin , & qui
paroiffoit outré de cette barbarie , il étoit
promptement couru à D... mais que quelque
diligence qu'il eût faite , il avoit trouvé
le vaiffeau parti. Qu'il s'étoit informé
e
DECEMBRE. 1755. 21
avec foin du nom du Capitaine qui le
montoit ; de la forme & de la cargaison
de fon vaiffeau ; qu'étant enfuite allé en
Cour , il avoit obtenu un ordre pour tous
les Gouverneurs des lieux où il pourroit
arrêter , ou aborder , de le relâcher , & de
retenir le Capitaine. Qu'il avoit joint à
cet ordre fon fignalement , avec un court
récit de la façon dont il avoit été pris ;
que fans perdre de tems il étoit enfuite
parti pour aller à Breft , où il avoit trouvé
un vaiffeau marchand , bon voilier , qui
partoit pour le Nouveau Monde ; qu'il lui
avoit donné plufieurs paquets qui tous
renfermoient le même ordre , qu'il lui
avoit expliqué ce qu'ils contenoient , &
qu'il lui avoit fait promettre de les diftribuer
fur la route , après s'être informé s'il
n'étoit pas paffé un vaiffeau de telle & telle
façon , monté par un tel Capitaine .
Je vous dois affurément beaucoup , dit
Montvilliers au Gouverneur : mais il manquera
quelque chofe à mon bonheur , fi
vous ne me rendez un ami qui m'eft plus
cher que je ne puis vous l'exprimer. Il lui
raconta en même tems l'hiftoire de Tumbfirk
; on le fit relâcher auffi -tôt. Le Capitaine
fut conduit dans la prifon qu'ils venoient
de quitter. Le vaiffeau repartit fous
la conduite du Lieutenant. Il ne fut plus
22 MERCURE DE FRANCE.
queſtion ni de rébellion ni de punition .
Les deux amis refterent chez le Gouverneur
pour attendre l'arrivée d'un vaiffeau
qui retournoit en France. Il leur procura
tous les divertiffemens qui pouvoient fe
prendre dans fon ifle pendant le court féjour
qu'ils y firent. Il leur offrit généreufement
de l'argent pour faire leur voyage ,
& ne les vit partir qu'à regret. Ils ont
depuis ce tems entretenu avec lui un commerce
de lettre autant que l'éloignement
peut le permettre , & ils fe font une fête
de le recevoir bientôt avec tous les témoignages
d'affection & de reconnoiffance
que mérite fon procédé.
Après une heureuſe navigation , ils débarquerent
à Breft , & arriverent chez
M. de Madinville à l'heure qu'il s'y attendoit
le moins . Il les reçut avec tranfport
, mais la joye de Mlle d'Arvieux ne
peut être comparée qu'à celle de Montvilliers.
On pria M. & Mdme d'Arvieux
qui pour lors vivoient fort bien avec M.de
Madinville , de venir la partager . La fatisfaction
fut générale . On foupa , & les
'deux voyageurs raconterent à la fin du
repas leurs aventures. Il eft arrivé ici bien
du changement depuis votre départ , dit
M. de Madinville , en s'adreffant à Montvilliers
, quand on fut forti de table. A
ת
C
C
F
DECEMBRE
1755. 23
peine vous fates parti que votre pere ſentit
élever du fond de fon coeur des remords
qui le
pourfuivoient partout. La
compaffion fuccéda à la colere , quand
celle- ci fut fatisfaite. On n'eft point pere
impunément ; le vôtre vous aimoit fans le
fçavoir. Dès qu'il vous eut facrifié à fon
emportement , vous ceffâtes de lui paroître
coupable. La violence de votre paffion
vous excufoit. Votre défeſpoir ſe préfentoit
à toute heure à fon efprit. Il vous
voyoit la nuit pâle & défiguré , vous lui
reprochiez fon inhumanité. D'autre fois ,
profterné à fes pieds , vous lui difiez ,
en verfant un torrent de larmes : Mon
pere , de quoi fuis - je coupable ? quel
crime ai - je commis pour me livrer à
un fort auffi barbare ? Si je vous fuis
odieux , reprenez cette vie que vous m'avez
donnée. Votre frere qui ceffa de fe
contraindre , lui fit connoître fes
cédés fon mauvais caractere. Il jugea qu'il
par proavoit
été capable
d'inventer mille chofes
qui l'avoient irrité contre vous. Je ne
doute point qu'il n'eût pris des mefures
pour vous retirer , mais il étoit continuellement
obfédé par Driancourt qu'il craignoit
alors autant qu'il l'avoit aimé. Enfin
il devint farouche ,
mélancolique ; il ne
cherchoit que la folitude : la vue de fes
24 MERCURE DE FRANCE.
plus intimes amis lui étoit infupportable.
Bientôt il tomba malade ; je fus inftruit
de la cauſe de fa maladie , & la compaffion
m'engagea à le confoler. Je pris le
tems que Driancourt étoit parti pour la
chaffe. Je me fis introduire auprès de lui ;
il me parut extrêmement abbattu , & me
témoigna une fi vive douleur , & un repentir
fi preffant de l'indignité avec laquelle
il vous avoit traité , que je ne
pus m'empêcher de lui communiquer les
mefures que j'avois prifes pour vous ravoir.
Ah ! Monfieur, me dit- il , quand cela
reuffiroit , mon fils pourra- t'il jamais oublier
ma cruauté ? N'en doutez nullement
lui répondis- je . Je connois Montvilliers :
il y a des reffources infinies dans un coeur
tel que le fien. J'ai bien des graces à vous
rendre , reprit- il , du foin que vous avez
bien voulu prendre ; cette efpérance adoucira
mes derniers momens , mais je n'en
mourrai pas moins ; mon jeune fils a creufé
mon tombeau . Il eft affamé de ma fucceffion
, il defire ma mort avec impatience
, il fera fatisfait . Le ciel équitable punit
toujours l'injufte préférence que les
peres ont pour un de leurs enfans au préjudice
des autres par l'indignité de leur
choix. Je voulus l'encourager . Vivez
Monfieur , lui dis- je , vivez pour embraf-
•
fer
DECEMBRE . 1755. 25
pour
fer ce cher fils que vous n'avez jamais vu
qu'à travers le voile de l'impofture. Vivez
pour réparer par votre tendreffe le mal
que vous lui avez fait , pour être témoin
de la joie qu'il aura de vous voir rendre
juftice à fes fentimens . Quel agréable avenir
vous me préfentez , s'écria votre pere
en pleurant ! Non , Monfieur , je ne mérite
pas ces plaifirs. J'ai été cruellement
trompé ; mais mon aveugle affection.
un fils qui n'en étoit pas digne , m'a empêché
de faire le moindre effort pour ne
l'être pas . Il ne me refte que très peu de
tems à vivre , je le fens ; aflurez , je vous
prie , Montvilliers de mes regrets. Grand
Dieu ! que j'aurois de plaifir à l'en aſſurer
moi -même , à le revoir , à l'embraffer ! en
effet , continua M. de Madinville , cet infortuné
vieillard mourut le furlendemain.
Votre frere n'a pas joui long- tems du fruit
de fon crime , il eft mort quinze jours
après d'une fievre maligne , qui couroit
beaucoup alors .
Montvilliers ne put entendre ce récit
fans être touché jufqu'aux larmes ; il plaignit
fon pere , il fe plaignit lui - même .
Pourquoi faut- il qu'il manque toujours
quelque chofe au bonheur le plus parfait ,
difoit-il ? Nous vivrions heureux , je lui
adoucirois par mes foins les infirmités de
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
la vieilleffe . Quelle fatisfaction pour moi
de le voir revenu de fon erreur , prendre
en ma faveur des fentimens de pere , bénir
le jour qui nous auroit raffemblés , &
dérefter ſon injuſtice !
La cérémonie qui devoit unir Mlle
d'Arvieux & Montvilliers , ne fut retardée
qu'autant qu'il le falloit pour faire les
préparatifs néceffaires : Enfin cet heureux
jour arriva. Tumbfirk prit beaucoup de
part à leur commun bonheur. Il aimoit
fincerement Montvilliers , qui le payant
d'un parfait retour , avoit une extrême
envie de le fixer auprès de lui . Un jour
que Tumbfirk fe promenoit , Montvilliers
fut le joindre : voilà , lui dit ce premier ,
une lettre d'Angleterre qui me confirme
mon malheur . Elle est d'un jeune homme
de mes amis. Il me marque que le Miniftre
de la Paroiffe où je fuis né eft mort ;
que le Duc de M ....a fait fouftraire des
regiftres de cette Paroiffe tout ce qui pouvoit
fervir de preuve à ma naiffance . Puisje
vous demander , lui dit Montvilliers ,
quel parti vous comptez prendre ? Je n'en
vois point d'autre , répondit - il , que de
chercher une mort prompte dans la profeffion
des armes. Vous n'avez pas de bons
yeux , reprit Montvilliers , il vous en refte
encore un autre par lequel vous mettrez
DECEMBRE. 1755. 27
le comble à la félicité d'un homme que
vous aimez & qui le mérite. C'eft , mon
cher Tumbfirk , de vouloir bien partager
avec moi les biens que le ciel m'a donnés ,
ajouta- t-il en l'embraffant . Trop genereux
ami , repartit Tumbfirk , je n'ai garde
d'accepter votre propofition , & d'abuſer
de l'excès de votre generofité ; non , laiffez-
moi en proie à mon malheureux fort ,
& ne croyez point que je puiffe jamais
me réfoudre à vous être à charge. Songez-
vous , Tumbfirk , reprit Montvilliers,
qu'un pareil difcours outrage ma façon de
penfer ? Quel étrange raifonnement ! Vous
craignez , dites- vous , de m'être à charge ,
& vous ne craignez pas de me défefperer
en me raviffant un ami qui m'eft plus cher
que moi -même. Vous trouvez peut - être
humiliant de recevoir des fecours étrangers
; mais penfez-vous que c'eft l'amitié
qui vous les offre , & que loin d'exiger
de la reconnoiffance , c'eft moi qui vous
aurai une obligation éternelle , fi vous me
procurez le plaifir inexprimable de vous
être utile? Si vous m'aimez véritablement,
vous partagerez ce plaifir avec moi, loin de
vouloir m'en priver par une fauffe délicateffe
. Parlez , mon cher ami , rendez - moi
le plus heureux de tous les hommes , fervez-
moi de frere ; mon époufe penfe de
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
la même façon que moi , & fouhaite bien
fincerement vous voir accepter ma propofition
. Tumbfirk ne put réfifter à des
follicitations fi preffantes. Vous l'emportez
fur l'amour propre , s'écria - t - il en
embrallant Montvilliers avec ardeur :
oui , mon cher Montvilliers , je n'ai point
d'armes pour me défendre contre les fentimens
que vous me faites paroître. Vous
me faites bénir mes infortunes . Tous les
avantages que j'aurois pu trouver dans le
monde , valent- ils un ami tel que vous ?
& tous les plaifirs qui fuivent la grandeur
& la fortune , font - ils comparables à
ceux que je goute dans votre commerce?
M. de Madinville qui furvint , après
avoir fait compliment à Montvilliers de fa
victoire , dit en s'adreffant à Tumbfirk , il
ne tient qu'à vous de trouver le bonheur
dans ce féjour champêtre , du moins pouvez
- vous être perfuadé qu'il ne fe trouve
point ailleurs. Il faut d'abord vous figurer
que les paffions font un labyrinthe , où
plus on marche & moins on fe retrouve ;
que les Grands font livrés par état à ces
cruels tyrans. Jouets de l'ambition ,
de la vanité , des folles efpérances , des
yains defirs , de la haine , de l'envie
tous les agrémens de leur fituation leur
échappent. Ils n'ont jamais l'efprit affez
DECEMBRE. 1755. 29
libre pour les fentir . Leur grandeur eftfouvent
un poids qui les accable , & les plus
raifonnables prêts à finir une vie agitće
fans avoir vêcu un inftant , cherchent dans
un féjour champêtre le repos dont vous
pouvez jouir dès aujourd'hui . Les douceurs
de l'amitié , la paix de l'ame , l'étude
de la nature , les charmes variés de la
lecture , voilà les plaifirs que nous vous
offrons. Ils n'ont point de lendemain , &
peuvent fe gouter à toute heure.
Tumbfirk , à qui fes infortunes avoient
donné de la folidité d'efprit plus que l'on
n'en a ordinairement à fon âge , & qui
d'ailleurs avoit un gout décidé pour une vie férieufe
& folitaire
, fentit tous les avantages
de celle qu'on lui offroit. Il s'eft appliqué
aux mathématiques
, & a fait dans cette fcience
des progrès
furprenans
. Montvilliers
l'a forcé d'accepter
une terre
affez confidérable
pour lui donner
les moyens
de vivre avec aifance
, mais à condition
qu'il ne le quitteroit
point.
La maifon de Montvilliers devint bientôt
le rendez- vous de tous les gens d'efprit
& de gout de R ....ils ne font pas en petit
nombre ; ce concours perpétuel le fatigua
ainfi que fon époufe. Ils prirent le parti de
fe former une focieté de perfonnes aimables
, vertueufes & fenfées , qui fçuffent
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
unir aux dons brillans de l'efprit les qualités
folides du coeur. L'amour de la religion
& de l'humanité , voilà ce qui caracterife
les membres de cette focieté refpectable .
On s'affemble deux fois la femaine pour
s'entretenir de matieres utiles & intéreffantes
. La Phyfique , la Morale , les Belles-
Lettres , rempliffent tour à tour la féance.
Ceux qui s'amufent de la Poëfie s'efforcent
de monter leur lyre fur ce ton philofophique
, qui n'eft point ennemi des graces.
Les amis de Montvilliers qui veulent paffer
quelque tems à la campagne , font reçus
chez lui fort agréablement. Sa maiſon
eft grande , commode , & la liberté qui y
regne la rend délicieufe. Chacun peut s'amufer
fuivant fon gout , on n'a point la
fimplicité de s'ennuyer l'un l'autre par politeffe
. Celui - ci prend un livre , & va s'égarer
dans des allées où le foleil ne pénétre
jamais, & s'affied au bord d'un ruiffeau
dont l'onde errante & toujours fraîche ,
fait mille tours dans le bois . Cet autre , la
tête remplie d'un ouvrage qu'il veut mettre
au jour, va fe renfermer dans la bibliothéque.
Celui - là occupé de quelque problême
, court au cabinet de mathématique ;
& l'autre, un microſcope à la main , examine
toutes les parties d'un infecte dont il
vient de faire la découverte . On fe raffem-
1
DECEMBRE. 1755. 31
ble à l'heure des repas,une gaieté douce &
modérée regne à table : on converſe , on
badine fans malignité ; mais nos deux
époux ne fe font pas contentés de ces plaifirs
innocens , ils en trouvent de plus vifs
& de plus nobles dans leur humeur bienfaifante.
Leurs vaffaux font les objets de
leur compaffion & de leurs bienfaits . Toujours
touchés de leur mifere , ils s'occupent
fans ceffe à la foulager. Ils donnent à l'un
de quoi réparer la perte de fes troupeaux ,
à l'autre de quoi nourrir & habiller une
nombreuſe famille ; à celui - ci de quoi paffer
un hyver rigoureux, à celui- là de quoi
payer un créancier inexorable. Ils accordent
leurs différends , font ceffer leurs inimitiés
, établiffent leurs enfans. Ils ont
fait venir un maître & une maîtreffe intelligens
pour inftruire la jeuneffe , & leur
développer les plus importans principes
de morale & de religion . Ils ne dédaignent
point d'aller quelquefois vifiter ces écoles
, & d'y faire naître l'émulation par des
petites liberalités . Ils ont fixé chez eux un
homme habile dans la profeffion de la médecine
pour les fecourir dans leurs maladies.
Enfin ils font actuellement à faire
bâtir un hôpital pour retirer les infirmes &
les vieilles gens hors d'état de travailler .
Voilà en vérité des gens bien aimables
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
& bien heureux , dit le philofophe cabalifte
, quand la Silphide eut fini fon récit.
J'aime fur- tout , continua- t'il , ce dernier
établiſſement, N'est - il pas honteux en effet
pour la focieté, que ceux qui en font le foutien,
qui menent la vie la plus dure & la plus
laborieufe pour procurer aux autres les chofes
néceffaires & agréables , n'ayent pas un
afyle , quand l'âge & les infirmités les ont
mis hors d'état de pourvoir eux - mêmes
à leur fubfiftance ? Ce que vous dites eft
vrai , répondit la Silphide ; les riches ne
font point affez d'attention à cela : mais
la promenade commence à s'éclaircir ; remettons
nos obfervations à un autre jour.
Oromafis y confentit , & la Silphide le
reporta dans fon magnifique jardin , où
nous le laifferons quelque tems avec la
permiffion du Lecteur .
De la Promenade de Province , & des
charmes du Carailere.
'Angleterre eft ma patrie , & mon nom
eft Tumbfirk. Mon pere qui s'appelloit
Milord K..... devenu veuf & mécontent
de la Cour , fe retira dans fes terres
qui font dans le Comté de Devonshire .
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Ce fut là qu'il devint amouteux de la fille
d'un fimple Gentilhomme réduit à la derniere
néceffité. Elle étoit belle. Si fa mifere
le toucha , fa vertu excita fon admiration.
Il prit le parti de l'époufer , avec
toutes les formalités néceffaires , mais le
plus fecrettement qu'il lui fut poffible ,
parce qu'il craignoit les enfans de fon premier
lit , qui étoient au nombre de trois.
Je fuis le feul fruit de ce mariage , ma
mere étant morte en me mettant au monde.
Mon enfance n'a rien eu d'extraordinaire.
J'ai été élevé dans un college jufqu'à
l'âge de feize ans. J'allois fouvent
voir Milord K.... que je regardois comme
un ami qui vouloit bien prendre foin de
moi , du refte j'ignorois à qui je devois la
naiffance.
Je fus furpris un jour de ce qu'on vint
me chercher de fa part avec précipitation.
J'arrivai , & je le trouvai à l'extrêmité . Il
fit fortir tout le monde de fa chambre , &
m'ayant fait approcher de fon lit , je me
meurs , me dit- il , d'une voix foible ; mais
écontez bien ce que je vais vous dire. Vous
êtes mon fils . Voici , ajoûta- t'il , en me
préfentant des papiers , les pieces qui le
juftifieront. Vous avez des freres puiffans
qui refuferont peut - être de vous reconnoître.
Défiez- vous furtout de votre aîné , &
DECEMBRE 1755. 9
agiffez - en avec lui comme avec un homme
de qui vous avez tout à craindre. Voici
pour le Baron de W... le plus jeune de vos
freres , une lettre qui pourra l'attendrir
en votre faveur. En voilà une autre pour
votre foeur qui eft mariée au Duc de M...
Embraffez- moi , mon fils , pourfuivit - il ,
en s'attendriffant ; puiffe le ciel , protecteur
de l'innocence , vous tenir lieu de
pere ! Je reçus fa bénédiction , en pleurant
amerement , il mourut une heure après
entre mes bras. Sa perte me caufa une vive
douleur , je l'aimois véritablement , & la
confidération de l'état où il me laiſſoit , ne
fervit pas à me confoler. Je n'avois du
côté de ma mere que des parens éloignés ,
que je ne connoiffois point. Je me regardai
comme un homme ifolé , qui ne tenoit
à rien , & qui avoit tout à craindre.
Mourir, c'eft un fort inévitable , me disje
, il faudra toujours en venir - là , après
avoir effuyé bien des traverfes , je puis me
les épargner en finiffant ma trifte vie ,
mais je veux que ma mort foit utile à ma
patrie ; c'eft au milieu des hafards que je
dois la chercher . Nous étions alors en
guerre avec la France , je m'engageai dans
un vieux corps de cavalerie , bien réfolu
de vendre cherement ma vie. Je me rendis
au lieu où l'armée étoit allemblée : j'avois
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
toujours dans mon porte-feuille les papiers
que mon pere m'avoit donnés. A peine
fus-je arrivé que j'appris que l'officier qui
commandoit étoit le Comte de Y..... frere
unique de feu mon pere. Je ne l'avois jamais
vu parce qu'ils étoient mal enſemble
depuis longtems ; cela ne me donna aucune
envie de lui découvrir mon fecret.
Cependant le Capitaine de la compagnie
où j'étois enrôlé , étoit un homme
violent , emporté , brutal & généralement
haï j'avoue que je ne cédois à perfonne
ma part de cette averfion . Il me rencontra
un jour avec quelques officiers qu'il
n'aimoit pas. Il voulut me dire quelque
chofe , fa vue feule étoit capable de m'émouvoir
, je lui répondis avec hauteur. Il
fe mit en devoir de punir ma témérité
quelques coups de plat d'épée : voyons ,
lui dis - je , en tirant la mienne , fi tu as autant
de coeur que de brutalité. Je le pouſſai
vivement , mais on nous fepara. Mon crime
étoit irrémiffible ; auffi fus - je condammé
à avoir la tête caffée dès le même jour.
par
Quelque indifférence que j'euffe pour
la vie , je ne pus me défendre d'un violent
friffonnement , en fongeant que je navois
plus que quelques heures à vivre. Une
reffource me reftoit , c'étoit de me faire
connoître au Comte de Y... Mais comment
1
DECEMBRE. 1755 . II
y parvenir. A qui m'adreffer ? Plufieurs de
mes amis vinrent pour me voir , mais on
ne voulut pas leur permettre de me parler.
Un officier de confidération qui m'aimoit ,
demanda cette grace , qu'on ne put pas lui
refufer. Le ciel , lui dis - je , en l'appercevant
, vous envoie fans doute ici pour me
fauver la vie , mais il n'y a point de tems
à perdre. Je fuis le neveu du Comte de Y...
j'ai fur moi de quoi le prouver : l'officier
ne pouvant fe figurer que cela fût vrai ,
demanda à voir mes papiers , je ne fis aucune
difficulté de les lui montrer ; il y
reconnut la vérité , & courut avec empreffement
à la tente du Comte de Y..... après
avoir donné ordre à ceux qui me gardoient
de différer l'exécution jufqu'à fon retour,
Cependant l'heure de me conduire au
fupplice approchoit , le régiment étoit
déja affemblé , & mon lâche Capitaine ,
qui fe douta qu'on travailloit à me fauver ,
éloigna fous divers prétextes , ceux qui me
gardoient , & qui avoient reçu l'ordre de
différer , & me fit auffitôt conduire au lieu
où je devois perdre la vie . Je vis bien alors
qu'il n'y avoit plus de falut à efpérer : on
me banda les yeux ; quels funeftes aprêts ,
& qu'elle horrible fituation ! Tout mon
fang fe retira autour de mon coeur , mon
efprit ne m'offroit plus que des penfées
A vj
12 MERCURE
DE FRANCE
.
confufes , je crus fentir le coup qui devoit
faire fortir mon ame de fa trifte prifon.
Mais un moment après la vue me fut rendue
, & je vis auprès de moi cet officier
qui paroifoit fort en colere du mépris
que l'on avoit fait de fes ordres. Un rayon
d'efpérance coula dans mon fein , & me
rendit la refpiration que j'avois perdue . Je
n'étois pas encore parfaitement revenu à
moi-même , lorfque je me trouvai devant
le Comte de Y... Je me laiffai tomber à fes
genoux , & ne pouvant trouver de langue
ni de voix , je lui préfentai les pieces juftificatives
de ma naiffance , fans en excepter
la lettre de mon pere adreffée au Baron
de W... Il lut le tout avec émotion , &
venant à moi , il m'embraffa en me difant ,
vous êtes le fils de mon frere , je ne puis
en douter , mais je veux que vous foyez le
mien. Oui , mon cher enfant , continuat'il
, en m'obligeant de me relever , vous
ferez la confolation de ma vieilleffe . J'avois
un fils , il feroit de votre âge , vous
lui reffemblez , je croirai le voir en vous
voyant. Vous penfez bien que je lui rendis
fes careffes avec ufure. Je lui jurai un
éternel attachement. Je lui raconta ce
que m'avoit dit mon pere avant que de
mourir , ma douleur , mes craintes , mon
indifférence pour la vie ; il m'apprit que
DECEMBRE. 1755. 13
l'aîné de mes freres étoit mort depuis environ
un mois ; que le Baron de W... étoit
un de fes principaux officiers ; qu'il étoit
d'un efprit bien plus doux. Il n'eft point
actuellement ici , ajouta t'il , mais il y
fera dans quelques jours . Laiffez-moi ménager
votre premiere entrevue . Je veux le
préparer à vous reconnoître. Tout ce que
je vous recommande , c'eft de garder le
fecret fur tout ce qui vient de fe paffer
entre nous.
La premiere marque de bienveillance
que me donna le Comte de Y ... fut de me
faire changer d'habit , il m'en fit donner
de très riches . Jugez quel plaifir pour un
jeune homme de mon age. Je me trouvois
à ravir , & je me figurai avec une vive
émotion de vanité , la furprife de mes
camarades , & particulierement le dépit &
la confufion de mon Capitaine . Il foutint
ma préſence d'un air embaraffé & humilié,
Tous les pas que je faifois , étoient autant
de triomphes. Aucuns des agrémens de
ma nouvelle fituation ne m'échappoient, je
fentois toute l'étendue de mon bonheur.
Ingénieux à faire naître les occafions de
témoigner ma reconnoiffance au Comte
de Y... je paffois auprès de lui les plus gracieux
momens. Chacun raifonnoit diverfement
à mon fujet , chacun faifoit des
14 MERCURE DE FRANCE.
conjectures , mais tous ceux qui nie
voyoient , convenoient que fi je n'étois
pas d'une illuftre naillance, le fort m'avoit
fait une injuftice .
Nous étions en préfence des ennemis ,
& toujours à la veille de combattre. Le
Baron de W... arriva enfin , nous en fumes
avertis , un moment avant qu'il parût. 11
vint rendre fes devoirs au Comte de Y...
qui m'avoit fait mettre dans un endroit
d'où je pouvois tout entendre fans être
vu. Ils étoient feuls . Après qu'ils fe furent
entretenus quelque tems de l'état de l'armée
& de la difpofition des ennemis : il
eft arrivé ici depuis votre départ , dit le
Comte de Y... une hiftoire bien finguliere.
Il lui fit alors , fans nommer les perfonnes
, le récit que je viens de vous faire ,
continua Tumbfirk , voilà , ajouta le Comre
, les papiers que cet infortuné jeune
homme m'a préfentés . Le Baron de W... les
prit & lut ce qu'ils contenoient avec
une furpriſe inexprimable. Le Comte de
Y...fans lui donner le tems de fe remettre,
lui remit la lettre de mon pere : elle étoit
touchante ; auffi ce ne fut point fans répandre
des larmes , qu'il en acheva la lecture.
Ah ! c'en eft trop , dit- il , d'une voix attendrie,
après avoir fini : je chéris trop , ô mon
pere , votre mémoire pour ne pas aimer
DECEMBRE . 1755. 15
ce qui vous a été cher. Milord , permettez-
moi d'embraffer mon frere , & de lui
jurer devant vous une amitié éternelle . Je
jugeai qu'il étoit tems de paroître . Le
voilà qui s'offre à vos defits , lui dit le
Comte de Y... fatisfaites votre jufte empreffement.
Il me regarda un moment
avec attention . Je voulus embraffer fes
genoux , mais il m'en empêcha en me ferrant
entre fes bras. Mon bonheur me fembla
alors affermi d'une façon inébranlable,
hélas ! il devoit auffi peu durer qu'il étoit
inopiné .
Dès le même jour , il vint un bruit que
les ennemis avoient le deffein de nous attaquer.
Cette nouvelle caufa un mouvement
général dans le camp . On fe prépara
pour les recevoir . Le lendemain à la pointe
du jour , le combat s'engagea : il fut
meurtrier de part & d'autre . J'étois auprès
du Comte de Y... un fatal boulet de canon
vint à mes yeux le frapper dans la poitrine,
& le fit tomber roide mort. La chaleur où
j'étois ne m'empêcha pas de fentir toute
l'horreur de cette perte. Je courus vers
mon frere , mais il fembloit que le fort
attendît mon arrivée pour le frapper à la
tête d'une balle qui le fit tomber de deffus
fon cheval. On le tira de la foule , on l'appuya
contre un arbre , il me reconnut ,
16 MERCURE DE FRANCE
me tendit la main , en me difant , adieu ,
mon cher Tumbfirk , j'aurois été votre
appui , le ciel en a difpofé autrement , le
Comte de Y... à mon défaut... Il ne put
en dire davantage. Ses yeux éteints fe fermerent
pour toujours , & fa tête qu'il ne
pouvoir plus foutenir , tomba fur fa poitrine.
Plufieurs de mes amis inftruits de mon
double malheur , m'arracherent d'auprès
de ce lugubre fpectacle.Toute mon occupation
pendant huit jours fut de pleurer
amèrement les pertes que je venois de faire
, fans vouloir recevoir de confolation.
Mais à ce découragement fuccéderent des
inquiétudes fur mon fort. Je ne me voyois
pas plus avancé qu'à mon arrivée dans le
camp. Encouragé par l'épreuve que j'avois
faite du bon naturel de mon oncle & de
mon frere , je pris la réfolution d'aller
trouver ma foeur. Elle demeuroit à Londres
je me fis conduire à fon hôtel. Elle
étoit feule dans fon appartement , je lui
préfentai les preuves de ma naiffance avec
la lettre de mon pere qui lui étoit adreffée ;
je fuis fûr qu'elle alloit me donner des
marques de fa tendreffe , lorfque le Duc
de M... fon époux entra. Elle changea de
couleur en le voyant . Je le remarquai avec
effroi. Il prit les papiers des mains de fon
époufe , & les parcourut avec une furpriſe
DECEMBRE. 1755. 17
mêlée de chagrin. Je félicite Madame , me
dit- il , en affectant unair plus doux , d'avoir
pour frere un auffi aimable cavalier que
vous. L'avantage n'eft pas grand , lui répondis-
je , mais , Monfieur , ajoutai - je ,
en voyant qu'il ferroit mes papiers , permettez-
moi de vous redemander ces pieces,
elles me font néceffaires. Soyez tranquille,
me répondit-il d'un ton railleur , elles font
en fureté , je vous les rendrai , mais il faut
auparavant que je les examine à loifir.
Je compris alors mon imprudence. Je retournai
à mon auberge avec beaucoup d'inquiétude
j'étois fatigué , je me couchai
de fort bonne heure. Mais je fus réveillé
dans mon premier fommeil par un bruit
qui ne me parut pas éloigné. Je prêtai l'oreille
avec émotion , & j'entendis qu'on
vouloit forcer la porte de ma chambre.
Dans le même inftant je vis , à la lueur
d'une lumiere que j'avois laiffée , trois
hommes qui fe jetterent fur moi , m'arracherent
mon épée , me banderent la bouche
d'un mouchoir pour m'empêcher de
crier , me conduifirent à une chaife de
pofte qui me mena à Douvres , où ils me
firent embarquer. Nous fommes defcendus
à Calais , & là , mes conducteurs m'ont
fait reprendre la pofte jufqu'à D... d'où
nous venons de partir.
18 MERCURE DE FRANCE.
fi
Tel fut le récit du malheureux Tumbfick
. Montvilliers trouva quelque foulagement
en fe repréfentant qu'il n'étoit pas
le feul à plaindre. Les vents leur furent
allez favorables , pendant toute la navigation.
Mais comme le vaiffeau qu'ils montoient
étoit lourd , ils en rencontrerent
plufieurs qui les devancerent. Tumbfirk
apprit des matelots qu'on devoit faire eau
à la petite ifle de S ... Une nuit que tout le
monde dormoit , il dit à Montvilliers, vous
fentez- vous le courage de tout rifquer pour
la liberté ? Certainement , répondit-il fans
balancer. Eh bien , reprit Tumbfirk ,
vous voulez me feconder , j'ai formé le
deffein de nous révolter quand nous ferons
arrivés à l'ifle de S... Quelqu'un qui fit du
bruit les obligea de ceffer cette converfation
. L'Anglois trouva cependant le
moyen de communiquer ce deffein à tous
fes compagnons qui l'approuverent . Quelques
jours après , ils apperçurent l'ifle ; à
peine y furent- ils arrivés , qu'ils demanderent
avec empreffement à defcendre pour
fe promener quelques heures , parce qu'ils
fe trouvoient très-mal de l'air de la mer.
Le Capitaine qui ne fe doutoit point de
leur entreprife y confentit. On leur ôta
même leurs chaînes qui les incommodoient
beaucoup , & on fe contenta de
DECEMBRE. 1755. 19
•
leur donner quelques matelots pour les
garder. Quand ils fe virent éloignés da
rivage , Tumbfirk donna un coup d'oeil à
fes compagnons qui l'obfervoient . Ils fe
jetterent tous fur les matelots qu'ils défarmerent
, & qu'ils attacherent à des arbres.
Ils entrerent dans quelques maifons , obligerent
les Infulaires qui y demeuroient de
leur donner quelques armes , & marcherent
en bon ordre vers le vaiffeau , dans
l'efpérance de s'en rendre maîtres : mais le
Capitaine qui avoit été averti de leur révolte
les attendoit à la tête du refte de l'équipage.
Le nombre ni la contenance des
ennemis ne les effraya point . Ils fe précipiterent
comme des furieux , & en tuerent
quelques-uns ; mais il fallut céder au nombre
. Plufieurs d'entr'eux furent bleffés ,
Tumblrk & Montvilliers furent terraffés
& faits prifonniers. On les fépara , & on
les conduifit dans les prifons de l'iffe. Its
crurent qu'ils n'en fortiroient que pour
aller au fupplice . Cette idée ne leur fembla
point fi affreufe. Ils trouverent l'un &
l'autre une espece de douceur en penfant
qu'ils alloient bientôt être délivrés des
maux infupportables qui les accabloient.
Montvilliers s'encourageoit par ces ré-
Alexions , lorfqu'il vit ouvrir la porte du
lieu où il étoit : par une fervente priere
20 MERCURE DE FRANCE.
il recommanda fon ame à celui qui l'avoit
créée. Deux hommes affez bien mis , lui
dirent de les fuivre. Ils le firent paffer par
différentes rues , & le firent à la fin entrer
dans une fort belle maifon. Ils traverserent
plufieurs appartemens bien meublés ,
& parvinrent à une chambre où ils trouverent
un homme pour qui tous les autres
paroiffoient avoir du refpect . Il regarda
Montvilliers avec une extrême attention
, & confidérant enfuite un papier qu'il
tenoit , il parla à ceux qui étoient auprès
de lui , qui parurent convenir de ce qu'il
difoit. D'où êtes- vous , mon ami , dit- il à
Montvilliers , & par quelle aventure vous
trouvez vous avec des gens où vous paroiffez
déplacé Montvilliers raconta briévement
fon hiftoire. Connoiffez - vous cette
écriture , lui demanda le Gouverneur
, en lui préfentant une lettre à fon
adreffe ? O ciel ! s'écria- t'il , que vois- je ?
c'eft M. de Madinville. Il l'ouvrit avec empreffement.
Son ami lui marquoit qu'ayant
appris dès le lendemain , la trifte nouvelle
de fon enlevement, par un domeftique de
fon pere , qui en avoit été témoin , & qui
paroiffoit outré de cette barbarie , il étoit
promptement couru à D... mais que quelque
diligence qu'il eût faite , il avoit trouvé
le vaiffeau parti. Qu'il s'étoit informé
e
DECEMBRE. 1755. 21
avec foin du nom du Capitaine qui le
montoit ; de la forme & de la cargaison
de fon vaiffeau ; qu'étant enfuite allé en
Cour , il avoit obtenu un ordre pour tous
les Gouverneurs des lieux où il pourroit
arrêter , ou aborder , de le relâcher , & de
retenir le Capitaine. Qu'il avoit joint à
cet ordre fon fignalement , avec un court
récit de la façon dont il avoit été pris ;
que fans perdre de tems il étoit enfuite
parti pour aller à Breft , où il avoit trouvé
un vaiffeau marchand , bon voilier , qui
partoit pour le Nouveau Monde ; qu'il lui
avoit donné plufieurs paquets qui tous
renfermoient le même ordre , qu'il lui
avoit expliqué ce qu'ils contenoient , &
qu'il lui avoit fait promettre de les diftribuer
fur la route , après s'être informé s'il
n'étoit pas paffé un vaiffeau de telle & telle
façon , monté par un tel Capitaine .
Je vous dois affurément beaucoup , dit
Montvilliers au Gouverneur : mais il manquera
quelque chofe à mon bonheur , fi
vous ne me rendez un ami qui m'eft plus
cher que je ne puis vous l'exprimer. Il lui
raconta en même tems l'hiftoire de Tumbfirk
; on le fit relâcher auffi -tôt. Le Capitaine
fut conduit dans la prifon qu'ils venoient
de quitter. Le vaiffeau repartit fous
la conduite du Lieutenant. Il ne fut plus
22 MERCURE DE FRANCE.
queſtion ni de rébellion ni de punition .
Les deux amis refterent chez le Gouverneur
pour attendre l'arrivée d'un vaiffeau
qui retournoit en France. Il leur procura
tous les divertiffemens qui pouvoient fe
prendre dans fon ifle pendant le court féjour
qu'ils y firent. Il leur offrit généreufement
de l'argent pour faire leur voyage ,
& ne les vit partir qu'à regret. Ils ont
depuis ce tems entretenu avec lui un commerce
de lettre autant que l'éloignement
peut le permettre , & ils fe font une fête
de le recevoir bientôt avec tous les témoignages
d'affection & de reconnoiffance
que mérite fon procédé.
Après une heureuſe navigation , ils débarquerent
à Breft , & arriverent chez
M. de Madinville à l'heure qu'il s'y attendoit
le moins . Il les reçut avec tranfport
, mais la joye de Mlle d'Arvieux ne
peut être comparée qu'à celle de Montvilliers.
On pria M. & Mdme d'Arvieux
qui pour lors vivoient fort bien avec M.de
Madinville , de venir la partager . La fatisfaction
fut générale . On foupa , & les
'deux voyageurs raconterent à la fin du
repas leurs aventures. Il eft arrivé ici bien
du changement depuis votre départ , dit
M. de Madinville , en s'adreffant à Montvilliers
, quand on fut forti de table. A
ת
C
C
F
DECEMBRE
1755. 23
peine vous fates parti que votre pere ſentit
élever du fond de fon coeur des remords
qui le
pourfuivoient partout. La
compaffion fuccéda à la colere , quand
celle- ci fut fatisfaite. On n'eft point pere
impunément ; le vôtre vous aimoit fans le
fçavoir. Dès qu'il vous eut facrifié à fon
emportement , vous ceffâtes de lui paroître
coupable. La violence de votre paffion
vous excufoit. Votre défeſpoir ſe préfentoit
à toute heure à fon efprit. Il vous
voyoit la nuit pâle & défiguré , vous lui
reprochiez fon inhumanité. D'autre fois ,
profterné à fes pieds , vous lui difiez ,
en verfant un torrent de larmes : Mon
pere , de quoi fuis - je coupable ? quel
crime ai - je commis pour me livrer à
un fort auffi barbare ? Si je vous fuis
odieux , reprenez cette vie que vous m'avez
donnée. Votre frere qui ceffa de fe
contraindre , lui fit connoître fes
cédés fon mauvais caractere. Il jugea qu'il
par proavoit
été capable
d'inventer mille chofes
qui l'avoient irrité contre vous. Je ne
doute point qu'il n'eût pris des mefures
pour vous retirer , mais il étoit continuellement
obfédé par Driancourt qu'il craignoit
alors autant qu'il l'avoit aimé. Enfin
il devint farouche ,
mélancolique ; il ne
cherchoit que la folitude : la vue de fes
24 MERCURE DE FRANCE.
plus intimes amis lui étoit infupportable.
Bientôt il tomba malade ; je fus inftruit
de la cauſe de fa maladie , & la compaffion
m'engagea à le confoler. Je pris le
tems que Driancourt étoit parti pour la
chaffe. Je me fis introduire auprès de lui ;
il me parut extrêmement abbattu , & me
témoigna une fi vive douleur , & un repentir
fi preffant de l'indignité avec laquelle
il vous avoit traité , que je ne
pus m'empêcher de lui communiquer les
mefures que j'avois prifes pour vous ravoir.
Ah ! Monfieur, me dit- il , quand cela
reuffiroit , mon fils pourra- t'il jamais oublier
ma cruauté ? N'en doutez nullement
lui répondis- je . Je connois Montvilliers :
il y a des reffources infinies dans un coeur
tel que le fien. J'ai bien des graces à vous
rendre , reprit- il , du foin que vous avez
bien voulu prendre ; cette efpérance adoucira
mes derniers momens , mais je n'en
mourrai pas moins ; mon jeune fils a creufé
mon tombeau . Il eft affamé de ma fucceffion
, il defire ma mort avec impatience
, il fera fatisfait . Le ciel équitable punit
toujours l'injufte préférence que les
peres ont pour un de leurs enfans au préjudice
des autres par l'indignité de leur
choix. Je voulus l'encourager . Vivez
Monfieur , lui dis- je , vivez pour embraf-
•
fer
DECEMBRE . 1755. 25
pour
fer ce cher fils que vous n'avez jamais vu
qu'à travers le voile de l'impofture. Vivez
pour réparer par votre tendreffe le mal
que vous lui avez fait , pour être témoin
de la joie qu'il aura de vous voir rendre
juftice à fes fentimens . Quel agréable avenir
vous me préfentez , s'écria votre pere
en pleurant ! Non , Monfieur , je ne mérite
pas ces plaifirs. J'ai été cruellement
trompé ; mais mon aveugle affection.
un fils qui n'en étoit pas digne , m'a empêché
de faire le moindre effort pour ne
l'être pas . Il ne me refte que très peu de
tems à vivre , je le fens ; aflurez , je vous
prie , Montvilliers de mes regrets. Grand
Dieu ! que j'aurois de plaifir à l'en aſſurer
moi -même , à le revoir , à l'embraffer ! en
effet , continua M. de Madinville , cet infortuné
vieillard mourut le furlendemain.
Votre frere n'a pas joui long- tems du fruit
de fon crime , il eft mort quinze jours
après d'une fievre maligne , qui couroit
beaucoup alors .
Montvilliers ne put entendre ce récit
fans être touché jufqu'aux larmes ; il plaignit
fon pere , il fe plaignit lui - même .
Pourquoi faut- il qu'il manque toujours
quelque chofe au bonheur le plus parfait ,
difoit-il ? Nous vivrions heureux , je lui
adoucirois par mes foins les infirmités de
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
la vieilleffe . Quelle fatisfaction pour moi
de le voir revenu de fon erreur , prendre
en ma faveur des fentimens de pere , bénir
le jour qui nous auroit raffemblés , &
dérefter ſon injuſtice !
La cérémonie qui devoit unir Mlle
d'Arvieux & Montvilliers , ne fut retardée
qu'autant qu'il le falloit pour faire les
préparatifs néceffaires : Enfin cet heureux
jour arriva. Tumbfirk prit beaucoup de
part à leur commun bonheur. Il aimoit
fincerement Montvilliers , qui le payant
d'un parfait retour , avoit une extrême
envie de le fixer auprès de lui . Un jour
que Tumbfirk fe promenoit , Montvilliers
fut le joindre : voilà , lui dit ce premier ,
une lettre d'Angleterre qui me confirme
mon malheur . Elle est d'un jeune homme
de mes amis. Il me marque que le Miniftre
de la Paroiffe où je fuis né eft mort ;
que le Duc de M ....a fait fouftraire des
regiftres de cette Paroiffe tout ce qui pouvoit
fervir de preuve à ma naiffance . Puisje
vous demander , lui dit Montvilliers ,
quel parti vous comptez prendre ? Je n'en
vois point d'autre , répondit - il , que de
chercher une mort prompte dans la profeffion
des armes. Vous n'avez pas de bons
yeux , reprit Montvilliers , il vous en refte
encore un autre par lequel vous mettrez
DECEMBRE. 1755. 27
le comble à la félicité d'un homme que
vous aimez & qui le mérite. C'eft , mon
cher Tumbfirk , de vouloir bien partager
avec moi les biens que le ciel m'a donnés ,
ajouta- t-il en l'embraffant . Trop genereux
ami , repartit Tumbfirk , je n'ai garde
d'accepter votre propofition , & d'abuſer
de l'excès de votre generofité ; non , laiffez-
moi en proie à mon malheureux fort ,
& ne croyez point que je puiffe jamais
me réfoudre à vous être à charge. Songez-
vous , Tumbfirk , reprit Montvilliers,
qu'un pareil difcours outrage ma façon de
penfer ? Quel étrange raifonnement ! Vous
craignez , dites- vous , de m'être à charge ,
& vous ne craignez pas de me défefperer
en me raviffant un ami qui m'eft plus cher
que moi -même. Vous trouvez peut - être
humiliant de recevoir des fecours étrangers
; mais penfez-vous que c'eft l'amitié
qui vous les offre , & que loin d'exiger
de la reconnoiffance , c'eft moi qui vous
aurai une obligation éternelle , fi vous me
procurez le plaifir inexprimable de vous
être utile? Si vous m'aimez véritablement,
vous partagerez ce plaifir avec moi, loin de
vouloir m'en priver par une fauffe délicateffe
. Parlez , mon cher ami , rendez - moi
le plus heureux de tous les hommes , fervez-
moi de frere ; mon époufe penfe de
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
la même façon que moi , & fouhaite bien
fincerement vous voir accepter ma propofition
. Tumbfirk ne put réfifter à des
follicitations fi preffantes. Vous l'emportez
fur l'amour propre , s'écria - t - il en
embrallant Montvilliers avec ardeur :
oui , mon cher Montvilliers , je n'ai point
d'armes pour me défendre contre les fentimens
que vous me faites paroître. Vous
me faites bénir mes infortunes . Tous les
avantages que j'aurois pu trouver dans le
monde , valent- ils un ami tel que vous ?
& tous les plaifirs qui fuivent la grandeur
& la fortune , font - ils comparables à
ceux que je goute dans votre commerce?
M. de Madinville qui furvint , après
avoir fait compliment à Montvilliers de fa
victoire , dit en s'adreffant à Tumbfirk , il
ne tient qu'à vous de trouver le bonheur
dans ce féjour champêtre , du moins pouvez
- vous être perfuadé qu'il ne fe trouve
point ailleurs. Il faut d'abord vous figurer
que les paffions font un labyrinthe , où
plus on marche & moins on fe retrouve ;
que les Grands font livrés par état à ces
cruels tyrans. Jouets de l'ambition ,
de la vanité , des folles efpérances , des
yains defirs , de la haine , de l'envie
tous les agrémens de leur fituation leur
échappent. Ils n'ont jamais l'efprit affez
DECEMBRE. 1755. 29
libre pour les fentir . Leur grandeur eftfouvent
un poids qui les accable , & les plus
raifonnables prêts à finir une vie agitće
fans avoir vêcu un inftant , cherchent dans
un féjour champêtre le repos dont vous
pouvez jouir dès aujourd'hui . Les douceurs
de l'amitié , la paix de l'ame , l'étude
de la nature , les charmes variés de la
lecture , voilà les plaifirs que nous vous
offrons. Ils n'ont point de lendemain , &
peuvent fe gouter à toute heure.
Tumbfirk , à qui fes infortunes avoient
donné de la folidité d'efprit plus que l'on
n'en a ordinairement à fon âge , & qui
d'ailleurs avoit un gout décidé pour une vie férieufe
& folitaire
, fentit tous les avantages
de celle qu'on lui offroit. Il s'eft appliqué
aux mathématiques
, & a fait dans cette fcience
des progrès
furprenans
. Montvilliers
l'a forcé d'accepter
une terre
affez confidérable
pour lui donner
les moyens
de vivre avec aifance
, mais à condition
qu'il ne le quitteroit
point.
La maifon de Montvilliers devint bientôt
le rendez- vous de tous les gens d'efprit
& de gout de R ....ils ne font pas en petit
nombre ; ce concours perpétuel le fatigua
ainfi que fon époufe. Ils prirent le parti de
fe former une focieté de perfonnes aimables
, vertueufes & fenfées , qui fçuffent
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
unir aux dons brillans de l'efprit les qualités
folides du coeur. L'amour de la religion
& de l'humanité , voilà ce qui caracterife
les membres de cette focieté refpectable .
On s'affemble deux fois la femaine pour
s'entretenir de matieres utiles & intéreffantes
. La Phyfique , la Morale , les Belles-
Lettres , rempliffent tour à tour la féance.
Ceux qui s'amufent de la Poëfie s'efforcent
de monter leur lyre fur ce ton philofophique
, qui n'eft point ennemi des graces.
Les amis de Montvilliers qui veulent paffer
quelque tems à la campagne , font reçus
chez lui fort agréablement. Sa maiſon
eft grande , commode , & la liberté qui y
regne la rend délicieufe. Chacun peut s'amufer
fuivant fon gout , on n'a point la
fimplicité de s'ennuyer l'un l'autre par politeffe
. Celui - ci prend un livre , & va s'égarer
dans des allées où le foleil ne pénétre
jamais, & s'affied au bord d'un ruiffeau
dont l'onde errante & toujours fraîche ,
fait mille tours dans le bois . Cet autre , la
tête remplie d'un ouvrage qu'il veut mettre
au jour, va fe renfermer dans la bibliothéque.
Celui - là occupé de quelque problême
, court au cabinet de mathématique ;
& l'autre, un microſcope à la main , examine
toutes les parties d'un infecte dont il
vient de faire la découverte . On fe raffem-
1
DECEMBRE. 1755. 31
ble à l'heure des repas,une gaieté douce &
modérée regne à table : on converſe , on
badine fans malignité ; mais nos deux
époux ne fe font pas contentés de ces plaifirs
innocens , ils en trouvent de plus vifs
& de plus nobles dans leur humeur bienfaifante.
Leurs vaffaux font les objets de
leur compaffion & de leurs bienfaits . Toujours
touchés de leur mifere , ils s'occupent
fans ceffe à la foulager. Ils donnent à l'un
de quoi réparer la perte de fes troupeaux ,
à l'autre de quoi nourrir & habiller une
nombreuſe famille ; à celui - ci de quoi paffer
un hyver rigoureux, à celui- là de quoi
payer un créancier inexorable. Ils accordent
leurs différends , font ceffer leurs inimitiés
, établiffent leurs enfans. Ils ont
fait venir un maître & une maîtreffe intelligens
pour inftruire la jeuneffe , & leur
développer les plus importans principes
de morale & de religion . Ils ne dédaignent
point d'aller quelquefois vifiter ces écoles
, & d'y faire naître l'émulation par des
petites liberalités . Ils ont fixé chez eux un
homme habile dans la profeffion de la médecine
pour les fecourir dans leurs maladies.
Enfin ils font actuellement à faire
bâtir un hôpital pour retirer les infirmes &
les vieilles gens hors d'état de travailler .
Voilà en vérité des gens bien aimables
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
& bien heureux , dit le philofophe cabalifte
, quand la Silphide eut fini fon récit.
J'aime fur- tout , continua- t'il , ce dernier
établiſſement, N'est - il pas honteux en effet
pour la focieté, que ceux qui en font le foutien,
qui menent la vie la plus dure & la plus
laborieufe pour procurer aux autres les chofes
néceffaires & agréables , n'ayent pas un
afyle , quand l'âge & les infirmités les ont
mis hors d'état de pourvoir eux - mêmes
à leur fubfiftance ? Ce que vous dites eft
vrai , répondit la Silphide ; les riches ne
font point affez d'attention à cela : mais
la promenade commence à s'éclaircir ; remettons
nos obfervations à un autre jour.
Oromafis y confentit , & la Silphide le
reporta dans fon magnifique jardin , où
nous le laifferons quelque tems avec la
permiffion du Lecteur .
Fermer
Résumé : SUITE De la Promenade de Province, & des charmes du Caractere.
Le texte raconte l'histoire de Tumbfirk, un jeune homme anglais dont le père, Milord K..., s'était remarié secrètement avec une femme de condition modeste. À la mort de son père, Tumbfirk découvre l'existence de demi-frères et sœurs qui pourraient le rejeter. Il s'engage dans l'armée pour servir sa patrie. Lors d'un conflit avec la France, il est condamné à mort pour avoir défié un capitaine brutal. Avant son exécution, il révèle son identité au Comte de Y..., son oncle, qui le sauve. Tumbfirk est alors reconnu par son frère, le Baron de W..., mais leur bonheur est de courte durée, car ils trouvent tous deux la mort lors d'une bataille. Désespéré, Tumbfirk décide de rencontrer sa sœur à Londres. Cependant, le Duc de M..., époux de sa sœur, s'empare des preuves de sa naissance et le fait enlever. Tumbfirk est conduit à Calais, puis à D..., où il raconte son histoire. Tumbfirk et Montvilliers, deux captifs sur un navire, décident de se révolter lors d'une escale à l'île de S. Leur plan échoue, et ils sont capturés et emprisonnés. Montvilliers est libéré grâce à une lettre de son ami M. de Madinville. Tumbfirk est également relâché. Ils sont ensuite accueillis par M. de Madinville et Mlle d'Arvieux. Montvilliers apprend la mort de son père et de son frère, rongés par les remords. Montvilliers et Mlle d'Arvieux se marient, et Tumbfirk accepte de partager la fortune de Montvilliers, devenant son frère adoptif. Dans une conversation ultérieure, Tumbfirk exprime sa gratitude pour l'amitié et les plaisirs de la vie champêtre. M. de Madinville conseille Tumbfirk de trouver le bonheur loin des passions des Grands. Tumbfirk, doté d'une sagesse précoce, apprécie les douceurs de l'amitié et les plaisirs de la vie champêtre. Montvilliers lui offre une terre pour vivre confortablement. Leur maison devient un lieu de rassemblement pour des personnes d'esprit et de goût, valorisant la religion, l'humanité et les arts. Ils fondent un hôpital pour les infirmes et les vieillards, montrant une grande bienveillance envers leurs vassaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 33-36
LA LIBERTÉ, OU LA PARFAITE INDIFFÉRENCE. Imitation d'une Ode Italienne, de M. l'Abbé Métastase.
Début :
GRACE à ta perfidie, un amour malheureux [...]
Mots clefs :
Coeur, Yeux
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texteReconnaissance textuelle : LA LIBERTÉ, OU LA PARFAITE INDIFFÉRENCE. Imitation d'une Ode Italienne, de M. l'Abbé Métastase.
LA LIBERTÉ ,
O U
LA PARFAITE INDIFFÉRENCE.
Imitation d'une Ode Italienne , de M. l'Abbé
Métaftafe.
GRACE à ta perfidie , un amour malheureux
Ne livre plus mon ame au plus cruel martyre.
Les Dieux ont pris pitié de mon fort rigoureux :
Tes charmes pour mon coeur ne font plus dan
gereux ;
Et libre de ton joug , à la fin je reſpire .
Non , ce n'eft pas un fonge ; un dépit infenfé
Ne me déguiſe point une ardeur mal éteinte :
Vainement devant moi ton nom eft prononcé ;
Je l'entends fans allarme ; & ton afpect , Nicé ,
A ma tranquillité ne porte plus d'atteinte .
Je dors , & le fomineil ne m'offre point tes
traits :
Tu n'es plus cet objet qui m'occupoit fans ceffe ;
Ton abfence à mon coeur ne coute nuls regrets :
Je ne défire point de revoir tes attraits ;
Je les revois fans joie , ainsi que fans trifteffe.
Bv
34
MERCURE DE FRANCE .
D'aucun trouble , à tes yeux , les miens ne font
émus :
J'oppose à tes dédains une froideur extrême .
Tu t'approches de moi , fans me rendre confus :
Je puis , de ta beauté qui ne me touche plus ,
M'entretenir fans rifque avec mon rival même.
Parle- moi fiérement & d'un ton plein d'aigreur
;
Ou daigne m'honorer d'un regard , d'un ſourire :
Tout est égal pour moi , ta haine ou ta douceur.
Tes yeux ne fçavent plus le chemin de mon coeur;
Ta bouche fur mes fens n'a plus aucun empire.
Que je fois fatisfait , ou triſte déſormais ,
Ma joie ou mes ennuis ne font point ton ouvra
ge .
Je ne fuis plus tes pas dans le fond des forêts ;
Sur un côteau riant , loin de toi je me plais :
Je m'ennuie avec toi dans un féjour ſauvage.
1
Je fuis pourtant fincere. Oui , toujours t
verras
Ta beauté juftement attirer mon fuffrage :
Mais j'en fçais dont les yeux brillent de plus
d'appas ;
DECEMBRE . 1755 35
Et même ( que le vrai ne te révolte pas )
Je vois quelques défauts fur ton charmant vifage.
D'abord il m'en couta , je l'avoue ; & la mort
Me parut , en briſant une chaîne auffi rude ,
Devoir être le fruit d'un pénible effort ;
Mais pour redevenir le maître de fon fort ,
Que ne fait point un coeur las de fa fervitude
Pour fe débarraffer , l'oifeau pris au filet
De quelques plumes fait l'utile facrifice :
Bientôt il les recouvre , & rendu plus difcret
Il fçait fe garantir des piéges , qu'en fecret
Lui tend de l'Oifeleur l'impuiffant artifice.
Je jure fi fouvent que je ne t'aime plus ,
Que peut -être , Nicé , ta crois que je t'adore:
Non , ne t'en flate pas , mes liens font rompus ;
Mais après les dangers que le coeur a courus ,
L'efprit avec plaifir fe les retrace encore.
Ainfi par le guerrier fes faits font racontés ;
Des coups qu'il a reçus toujours il fait l'hiſtoire
Et cite les périls par fa valeur domptés :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Tel l'affranchi , des fers qu'il a long- tems portés
,
Se plaît à rappeller fans ceffe la mémoire .
Si je te parle donc , de ma flamme vainqueur ,
Ce n'eft plus pour te rendre un hommage fervile
;
C'est pour me contenter , pour braver ta rigueur ,
Et même fans daigner m'informer fi ton coeur
Eft , en fongeant au mien , inquiet ou tranquile.
En comparant ma perte à celle que tu fais ,
J'ignore qui des deux , Nicé , perd davantage :
Mais je fçais bien au moins , quelques foient tes
attraits ,
Qu'un amant tel que moi ne fe trouve jamais ,
Et qu'on trouve aifément une amante volage.
Par M ... G ... Dourx ...
O U
LA PARFAITE INDIFFÉRENCE.
Imitation d'une Ode Italienne , de M. l'Abbé
Métaftafe.
GRACE à ta perfidie , un amour malheureux
Ne livre plus mon ame au plus cruel martyre.
Les Dieux ont pris pitié de mon fort rigoureux :
Tes charmes pour mon coeur ne font plus dan
gereux ;
Et libre de ton joug , à la fin je reſpire .
Non , ce n'eft pas un fonge ; un dépit infenfé
Ne me déguiſe point une ardeur mal éteinte :
Vainement devant moi ton nom eft prononcé ;
Je l'entends fans allarme ; & ton afpect , Nicé ,
A ma tranquillité ne porte plus d'atteinte .
Je dors , & le fomineil ne m'offre point tes
traits :
Tu n'es plus cet objet qui m'occupoit fans ceffe ;
Ton abfence à mon coeur ne coute nuls regrets :
Je ne défire point de revoir tes attraits ;
Je les revois fans joie , ainsi que fans trifteffe.
Bv
34
MERCURE DE FRANCE .
D'aucun trouble , à tes yeux , les miens ne font
émus :
J'oppose à tes dédains une froideur extrême .
Tu t'approches de moi , fans me rendre confus :
Je puis , de ta beauté qui ne me touche plus ,
M'entretenir fans rifque avec mon rival même.
Parle- moi fiérement & d'un ton plein d'aigreur
;
Ou daigne m'honorer d'un regard , d'un ſourire :
Tout est égal pour moi , ta haine ou ta douceur.
Tes yeux ne fçavent plus le chemin de mon coeur;
Ta bouche fur mes fens n'a plus aucun empire.
Que je fois fatisfait , ou triſte déſormais ,
Ma joie ou mes ennuis ne font point ton ouvra
ge .
Je ne fuis plus tes pas dans le fond des forêts ;
Sur un côteau riant , loin de toi je me plais :
Je m'ennuie avec toi dans un féjour ſauvage.
1
Je fuis pourtant fincere. Oui , toujours t
verras
Ta beauté juftement attirer mon fuffrage :
Mais j'en fçais dont les yeux brillent de plus
d'appas ;
DECEMBRE . 1755 35
Et même ( que le vrai ne te révolte pas )
Je vois quelques défauts fur ton charmant vifage.
D'abord il m'en couta , je l'avoue ; & la mort
Me parut , en briſant une chaîne auffi rude ,
Devoir être le fruit d'un pénible effort ;
Mais pour redevenir le maître de fon fort ,
Que ne fait point un coeur las de fa fervitude
Pour fe débarraffer , l'oifeau pris au filet
De quelques plumes fait l'utile facrifice :
Bientôt il les recouvre , & rendu plus difcret
Il fçait fe garantir des piéges , qu'en fecret
Lui tend de l'Oifeleur l'impuiffant artifice.
Je jure fi fouvent que je ne t'aime plus ,
Que peut -être , Nicé , ta crois que je t'adore:
Non , ne t'en flate pas , mes liens font rompus ;
Mais après les dangers que le coeur a courus ,
L'efprit avec plaifir fe les retrace encore.
Ainfi par le guerrier fes faits font racontés ;
Des coups qu'il a reçus toujours il fait l'hiſtoire
Et cite les périls par fa valeur domptés :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Tel l'affranchi , des fers qu'il a long- tems portés
,
Se plaît à rappeller fans ceffe la mémoire .
Si je te parle donc , de ma flamme vainqueur ,
Ce n'eft plus pour te rendre un hommage fervile
;
C'est pour me contenter , pour braver ta rigueur ,
Et même fans daigner m'informer fi ton coeur
Eft , en fongeant au mien , inquiet ou tranquile.
En comparant ma perte à celle que tu fais ,
J'ignore qui des deux , Nicé , perd davantage :
Mais je fçais bien au moins , quelques foient tes
attraits ,
Qu'un amant tel que moi ne fe trouve jamais ,
Et qu'on trouve aifément une amante volage.
Par M ... G ... Dourx ...
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Résumé : LA LIBERTÉ, OU LA PARFAITE INDIFFÉRENCE. Imitation d'une Ode Italienne, de M. l'Abbé Métastase.
Le poème 'LA LIBERTÉ, OU LA PARFAITE INDIFFÉRENCE' est une imitation d'une ode italienne de l'Abbé Métastase. Le narrateur y exprime sa libération d'un amour malheureux pour une personne nommée Nicé. Il affirme que les charmes de Nicé ne le tourmentent plus et qu'il est désormais libre de son emprise. Il peut entendre le nom de Nicé sans alarme et sa présence ne trouble plus sa tranquillité. Le narrateur reconnaît la beauté de Nicé mais note avoir vu d'autres femmes plus attrayantes et quelques défauts sur son visage. Il compare sa libération à un oiseau se débarrassant de ses plumes pour échapper à un filet. Il jure qu'il ne l'aime plus, bien que les dangers passés du cœur puissent être rappelés avec plaisir. Le narrateur parle de sa victoire sur sa flamme non pour rendre hommage, mais pour se contenter et braver la rigueur de Nicé. Il conclut en se demandant qui des deux perd davantage, tout en sachant que les attraits de Nicé sont rares et qu'il est facile de trouver une amante volage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 37-41
Lettre à Madame ***.
Début :
Vous voulez une lettre de moi, Madame, je dois vous obéir ; mais je [...]
Mots clefs :
Humeur, Impatience, Femmes, Malheureux, Femme, Plaisirs, Vivacité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à Madame ***.
Lettre à Madame *** ¸
Ous voulez une lettre de moi , Madame
, je dois vous obéir ; mais je
erains que vous ne vous repentiez bientôt
de me l'avoir demandée. Je me trouve
dans un moment de raifon porté à vous
parler morale , & je fens que je vais fuccomber
à mon penchant fingulier . Au pis
aller , j'écris fur du papier , & votre bougie
vous vengera de mes fages impertinences.
Je prends pour fujet de mon petit
fermon les chagrins , l'impatience & l'humeur.
Commençons.
Diminuer les peines , augmenter les
plaifirs , fe rendre le plus heureux , ou le
moins malheureux qu'il eft poffible , tel
eft mon fyftême. Si vous l'adoptez , Madame
, il faut d'abord vous réfoudre à réduire
les chagrins à leur jufte valeur , à
étudier leurs caufes & leurs effets , à foumettre
le fentiment à la réflexion , & le
coeur à l'efprit.
Un verre caffé , une porcelaine briſée ,
un meuble détruit , une impoliteffe , un
trait de calomnie , voilà quels font ordinairement
les motifs de vos plaintes . Voici
ce qu'ils deviennent aux yeux de la raiſon.
Avec la dixieme partie de la fomme que
38 MERCURE DE FRANCE.
vous employez tous les ans à des fuperfluités
agréables , ou au foulagement des malheureux
, vous réparerez les effets de la
maladreffe de tous ceux que vous querellez.
Cette réflexion feule doit affurément vous
confoler fur cet objet , pour le paffé , le
préfent & l'avenir. Si elle ne fuffic pas ,
imaginez que vos yeux éblouiffent ceux
qui les voyent , & font l'excufe de nos
diftractions or un diftrait eft toujours
maladroit.
Le mauvais procédé d'un fat , le propos
déplacé d'un méchant , l'air dédaigneux
d'une coquette doivent vous affliger encore
moins. Ce font pour ces originaux des
agrémens d'état auxquels il faut fe faire
dans le monde , qui , fans vous nuire , les
caracterifent, & prouvent tout au plus leur
exiftence. Toute femme jeune , belle &
fage doit être perfécutée par le defir , l'envie
& la méchanceté : Après cela ofez vous
plaindre.
Vous m'attendez à l'article des calomnies
, dont vous êtes quelquefois la victi
me. J'aurois tort d'étouffer votre fenfibilité
à cet égard , fi mille femmes qui ne
vous valent pas , ne partageoient votre
infortune , fi les imputations des gens mefestimables
étoient de quelque poids , fi
elles n'étoient au contraire de véritables
DECEMBRE . 1755. 39
éloges , & fi enfin on devoit être furpris
de voir des calomniateurs dans une efpece
où l'on trouve des Corfaires , des Antropophages
, & des Tyrans.
L'impatience eft encore un petit défaut,
dont je voudrois corriger une perfonne
que vous connoiffez mieux que moi . L'impatience
, me direz- vous , eft un effet de
la vivacité , & la vivacité eft un agrément
mais je penfe bien autrement fur
cette qualité vantée , & c'eft fans admiration
que j'entends tous les jours des femmes
m'ailurer qu'elles la poffedent . Il eft
vrai que leur ton nonchalant les dément
& les juftifie .
La vivacité ceffe d'être agréable dès
qu'elle paffe les bornes étroites que lui ont
impofé la politeffe & les convenances ;
dès lors elle commence à nuire au bonheur
. Imaginez ce qu'on peut dire de l'impatience
qui , toujours mécontente d'ellemême
, blâme & tourmente tout ce qui
l'environne. Pour en guérir la meilleure
de vos amies , je la condamne à lire tout
entiers trois Commentateurs de l'autre fiecle
, & deux Romanciers de celui - ci .
L'impatience que je traite fi mal , ceffera
d'être condamnable , & paroîtra prefque
une vertu , fi nous la la comparons à
l'humeur , dont il me reste à vous parler..
40 MERCURE DE FRANCE.
L'humeur plus conftante , plus acariâtre
que le caprice , eft par conféquent encore
plus infupportable. Ses motifs font
toujours de petits mécontentemens groffis
par notre amour- propre , par notre vanité
, & par l'envie trop naturelle de contrarier
& d'affliger nos femblables ; elle
ferme l'efprit à la gaieté & le coeur aux
plaifirs. De tous ceux que nous pourrions
gouter , elle ne nous laiffe que celui de
faire du mal .
La feule définition de cette qualité que
nos jolies femmes ont mife à la mode , va
vous rendre fon ennemie , & doit fans
doute vous effrayer. Si jamais vous en reffentiez
les atteintes , je vais tâcher de
vous fournir un contre-poifon .
Quand de petits malheurs vous rendront
trop fenfible , jettez les yeux fur
l'efpece humaine comptez , fi vous le
pouvez , tous ceux qui font plus malheureux
que vous. Songez auffi que votre ſenfibilité
corrompt vos plaifirs : Soyez en.
fin certaine que les ames , qui fe laiffent
affecter par de petits objets , font bien
peti es elles-mêmes ; & qu'en un mot une
femme qui a de l'humeur , eft un femme
fans efprit.
Si mon fentiment eft vrai , s'il devient
un principe , on n'entendra plus dire aux
DECEMBRE. 1755. 41
femmes du bel air : J'ai de l'humeur comme
un dogue ; elles s'écrieront au contraire :
Je n'ai jamais d'humeur ! & elles en feront
bien plus aimables , fi toutefois elles font
finceres.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Ous voulez une lettre de moi , Madame
, je dois vous obéir ; mais je
erains que vous ne vous repentiez bientôt
de me l'avoir demandée. Je me trouve
dans un moment de raifon porté à vous
parler morale , & je fens que je vais fuccomber
à mon penchant fingulier . Au pis
aller , j'écris fur du papier , & votre bougie
vous vengera de mes fages impertinences.
Je prends pour fujet de mon petit
fermon les chagrins , l'impatience & l'humeur.
Commençons.
Diminuer les peines , augmenter les
plaifirs , fe rendre le plus heureux , ou le
moins malheureux qu'il eft poffible , tel
eft mon fyftême. Si vous l'adoptez , Madame
, il faut d'abord vous réfoudre à réduire
les chagrins à leur jufte valeur , à
étudier leurs caufes & leurs effets , à foumettre
le fentiment à la réflexion , & le
coeur à l'efprit.
Un verre caffé , une porcelaine briſée ,
un meuble détruit , une impoliteffe , un
trait de calomnie , voilà quels font ordinairement
les motifs de vos plaintes . Voici
ce qu'ils deviennent aux yeux de la raiſon.
Avec la dixieme partie de la fomme que
38 MERCURE DE FRANCE.
vous employez tous les ans à des fuperfluités
agréables , ou au foulagement des malheureux
, vous réparerez les effets de la
maladreffe de tous ceux que vous querellez.
Cette réflexion feule doit affurément vous
confoler fur cet objet , pour le paffé , le
préfent & l'avenir. Si elle ne fuffic pas ,
imaginez que vos yeux éblouiffent ceux
qui les voyent , & font l'excufe de nos
diftractions or un diftrait eft toujours
maladroit.
Le mauvais procédé d'un fat , le propos
déplacé d'un méchant , l'air dédaigneux
d'une coquette doivent vous affliger encore
moins. Ce font pour ces originaux des
agrémens d'état auxquels il faut fe faire
dans le monde , qui , fans vous nuire , les
caracterifent, & prouvent tout au plus leur
exiftence. Toute femme jeune , belle &
fage doit être perfécutée par le defir , l'envie
& la méchanceté : Après cela ofez vous
plaindre.
Vous m'attendez à l'article des calomnies
, dont vous êtes quelquefois la victi
me. J'aurois tort d'étouffer votre fenfibilité
à cet égard , fi mille femmes qui ne
vous valent pas , ne partageoient votre
infortune , fi les imputations des gens mefestimables
étoient de quelque poids , fi
elles n'étoient au contraire de véritables
DECEMBRE . 1755. 39
éloges , & fi enfin on devoit être furpris
de voir des calomniateurs dans une efpece
où l'on trouve des Corfaires , des Antropophages
, & des Tyrans.
L'impatience eft encore un petit défaut,
dont je voudrois corriger une perfonne
que vous connoiffez mieux que moi . L'impatience
, me direz- vous , eft un effet de
la vivacité , & la vivacité eft un agrément
mais je penfe bien autrement fur
cette qualité vantée , & c'eft fans admiration
que j'entends tous les jours des femmes
m'ailurer qu'elles la poffedent . Il eft
vrai que leur ton nonchalant les dément
& les juftifie .
La vivacité ceffe d'être agréable dès
qu'elle paffe les bornes étroites que lui ont
impofé la politeffe & les convenances ;
dès lors elle commence à nuire au bonheur
. Imaginez ce qu'on peut dire de l'impatience
qui , toujours mécontente d'ellemême
, blâme & tourmente tout ce qui
l'environne. Pour en guérir la meilleure
de vos amies , je la condamne à lire tout
entiers trois Commentateurs de l'autre fiecle
, & deux Romanciers de celui - ci .
L'impatience que je traite fi mal , ceffera
d'être condamnable , & paroîtra prefque
une vertu , fi nous la la comparons à
l'humeur , dont il me reste à vous parler..
40 MERCURE DE FRANCE.
L'humeur plus conftante , plus acariâtre
que le caprice , eft par conféquent encore
plus infupportable. Ses motifs font
toujours de petits mécontentemens groffis
par notre amour- propre , par notre vanité
, & par l'envie trop naturelle de contrarier
& d'affliger nos femblables ; elle
ferme l'efprit à la gaieté & le coeur aux
plaifirs. De tous ceux que nous pourrions
gouter , elle ne nous laiffe que celui de
faire du mal .
La feule définition de cette qualité que
nos jolies femmes ont mife à la mode , va
vous rendre fon ennemie , & doit fans
doute vous effrayer. Si jamais vous en reffentiez
les atteintes , je vais tâcher de
vous fournir un contre-poifon .
Quand de petits malheurs vous rendront
trop fenfible , jettez les yeux fur
l'efpece humaine comptez , fi vous le
pouvez , tous ceux qui font plus malheureux
que vous. Songez auffi que votre ſenfibilité
corrompt vos plaifirs : Soyez en.
fin certaine que les ames , qui fe laiffent
affecter par de petits objets , font bien
peti es elles-mêmes ; & qu'en un mot une
femme qui a de l'humeur , eft un femme
fans efprit.
Si mon fentiment eft vrai , s'il devient
un principe , on n'entendra plus dire aux
DECEMBRE. 1755. 41
femmes du bel air : J'ai de l'humeur comme
un dogue ; elles s'écrieront au contraire :
Je n'ai jamais d'humeur ! & elles en feront
bien plus aimables , fi toutefois elles font
finceres.
J'ai l'honneur d'être , &c .
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Résumé : Lettre à Madame ***.
La lettre est adressée à une dame qui a sollicité une correspondance de l'auteur. Bien que celui-ci exprime des doutes initiaux, il accepte de lui écrire. Il choisit de traiter des sujets tels que les chagrins, l'impatience et l'humeur. L'auteur expose son système pour atténuer les peines et augmenter les plaisirs, qui consiste à réduire les chagrins à leur juste mesure, à en étudier les causes et les effets, et à soumettre le sentiment à la réflexion. Il illustre ses propos avec des exemples concrets, comme un verre cassé ou une impolitesse, suggérant que ces incidents peuvent être réparés ou excusés. L'auteur aborde également la question des calomnies, notant que les femmes jeunes, belles et sages sont souvent victimes de méchanceté et d'envie. Il critique l'impatience, qu'il considère comme nuisible au bonheur, et la distingue de l'humeur, plus constante et insupportable. L'humeur est définie comme un mécontentement exacerbé par l'amour-propre et la vanité, fermant l'esprit à la gaieté et au plaisir. Pour contrer l'humeur, il conseille de comparer ses malheurs à ceux des autres et de ne pas se laisser affecter par des détails insignifiants.
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6
p. 41
FABLES. FABLE PREMIERE. Le Coq & la Cigale.
Début :
Un coq chantoit, puis il grattoit la terre. [...]
Mots clefs :
Coq, Cigale
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texteReconnaissance textuelle : FABLES. FABLE PREMIERE. Le Coq & la Cigale.
FABLE S.
FABLE PREMIERE.
Le Coq & la Cigale.
UN coq chantoit , puis il gtattoit la terre.
Une cigale dit : Paffe encor de chanter ;
Mais un grand , tel que vous , n'eft pas né
gratter.
Ainfi parle un fot , mais il erre ,
Répond l'animal enplumé.
Eh ! que ferois-je donc fi j'étois enrhumé
pour
Le plus vil des métiers n'a rien qui deshonore ,
Et ne pas s'occuper eft cent fois pis encore.
FABLE PREMIERE.
Le Coq & la Cigale.
UN coq chantoit , puis il gtattoit la terre.
Une cigale dit : Paffe encor de chanter ;
Mais un grand , tel que vous , n'eft pas né
gratter.
Ainfi parle un fot , mais il erre ,
Répond l'animal enplumé.
Eh ! que ferois-je donc fi j'étois enrhumé
pour
Le plus vil des métiers n'a rien qui deshonore ,
Et ne pas s'occuper eft cent fois pis encore.
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7
p. 41-42
FABLE II. Les deux Chiens.
Début :
Rien n'est plus dangereux qu'une vive dispute ; [...]
Mots clefs :
Chiens
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texteReconnaissance textuelle : FABLE II. Les deux Chiens.
FABLE II.
Les deux Chiens.
Ien n'eft plus dangereux qu'une vive dif
pute ;
L'inimitié la fuit de près :
42 MERCURE DE FRANCE.
Rarement on finit ainsi que l'on débute.
Je cite cet exemple entr'autres que je tais.
Soliman & Pluton , chiens de la même eſpeco ,
De plus amis dès leur tendre jeuneſſe ,
Dans un commun chénil un jour fe difputoient
Pour quel fujet je ne fçaurois le dire ,
Peut-être pour un os , peut- être encor pour gire ;
Bien eft-il vrai que l'an & l'autre étoient
Fort échauffés. On fe plaint , on murmure ?
Aigres propos , hauts tons , maniere dure
Sont employés dans leurs débats.
Je vous laifle à penser quel fut alors le cas
Chacun prétend tirer vengeance
De l'affront fait à fon honneur.
Soliman fe pique de coeur ,
Pluton ne veut furvivre à fon offenſe :
Leurs poils font hériffés , leurs yeux étincélans
Sont animés d'une fureur mortelle ;
Tous les deux de leur queue ils fe battent les
flancs :
De tous côtés le fang ruiffele.
N'importe , rien ne peut appaifer leur courroux.
Le vaincu terraffé ne céde point aux coups :
Il fe releve , il écume de rage .
Vit-il encor il n'eft pas fatisfait.
Je n'outre rien dans ce portrait.
Vous y connoiffez vous , François ? c'eft votre
image.
Les deux Chiens.
Ien n'eft plus dangereux qu'une vive dif
pute ;
L'inimitié la fuit de près :
42 MERCURE DE FRANCE.
Rarement on finit ainsi que l'on débute.
Je cite cet exemple entr'autres que je tais.
Soliman & Pluton , chiens de la même eſpeco ,
De plus amis dès leur tendre jeuneſſe ,
Dans un commun chénil un jour fe difputoient
Pour quel fujet je ne fçaurois le dire ,
Peut-être pour un os , peut- être encor pour gire ;
Bien eft-il vrai que l'an & l'autre étoient
Fort échauffés. On fe plaint , on murmure ?
Aigres propos , hauts tons , maniere dure
Sont employés dans leurs débats.
Je vous laifle à penser quel fut alors le cas
Chacun prétend tirer vengeance
De l'affront fait à fon honneur.
Soliman fe pique de coeur ,
Pluton ne veut furvivre à fon offenſe :
Leurs poils font hériffés , leurs yeux étincélans
Sont animés d'une fureur mortelle ;
Tous les deux de leur queue ils fe battent les
flancs :
De tous côtés le fang ruiffele.
N'importe , rien ne peut appaifer leur courroux.
Le vaincu terraffé ne céde point aux coups :
Il fe releve , il écume de rage .
Vit-il encor il n'eft pas fatisfait.
Je n'outre rien dans ce portrait.
Vous y connoiffez vous , François ? c'eft votre
image.
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Résumé : FABLE II. Les deux Chiens.
La fable 'Les deux Chiens' raconte la dispute violente entre Soliman et Pluton, deux chiens amis depuis leur jeunesse. Un jour, ils se querellent pour une raison inconnue, peut-être un os ou un jeu. Leur dispute s'intensifie rapidement, marquée par des propos aigres et des manières dures. Chacun cherche à venger l'affront fait à son honneur. Soliman et Pluton montrent des signes de fureur, leurs poils se hérissent et leurs yeux étincellent. Ils se battent férocement, sans que l'un des deux ne cède, même après avoir été terrassé. La dispute se termine sans vainqueur, chacun restant insatisfait malgré la violence de leur affrontement. L'auteur compare cette scène à l'image des querelles humaines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 43-45
LES SAUVAGES. Piece de Clavecin, de M. Rameau. PARODIE.
Début :
Oui, [...]
Mots clefs :
Jean-Philippe Rameau, Sauvages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES SAUVAGES. Piece de Clavecin, de M. Rameau. PARODIE.
LES SAUVAGE S.
Piece de Clavecin , de M. Rameau.
PARODI E.
C
Oui
,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui :
Sans lui la vertu
N'eft qu'un fécu.
L'efprit , les talens ,
Les fentimens ,
Les agrémens
Les plus brillans
Ne font plus fur les rangs.
C'eft
Du vil intérêt
Qu'on fuit l'arrêt ,
Qui remplit le coeur
D'un fot honneur ,
Dont le réſultat
Eft de tenir un grand état ,
Souvent l'origine d'un fat.
Dieux !
Sans jetter fes yeux
Sur leurs ayeux ,
Verra-t-on toujours
Aller au cours ,
En cabriolets ,
44 MERCURE DE FRANCE.
Mille fujets
Qui font des vrais
Colifichets ,
Nous morguer à l'excès ,
Faire florès ,
Et de fix laquais ,
Bien vêtus , bien faits,
Montrer l'étalage.
Quoi ! le fage
Peut-il voir
S'écarter ainfi du devoir ,
Sans un chagrin inoui ..::
Oui ,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui , &c.
Quand
Le maudit clinquant
Ne fera-t-il plus fi fréquent
Jamais la raifon
Ne fera-t-elle
De faifon ?
Imitera-t-on
Toujours le ton
De Phaeton ?
Chutte qu'on rappelle.
Sots ,
Pour le vrai quittez le faux.
Foux ,
Qu'on ne parle plus de vous.
6
DECEMBRE. 1755 .
45
Grands ,
Sçachez contenir vos fens ,
Servez d'exemple en tout tems ;
Mais fans fracas quel ennui !
Oui ,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui , &c.
A Amiens.
Par M. Fuzillier.
T
Cette parodie nous paroît d'autant
mieux faite, qu'on ne s'apperçoit pas de la
difficulté vaincue , & que la quantité y
eft parfaitement bien obfervée. L'Auteur
avoit autrefois décoré ce Journal de plufieurs
parodies de fa compofition , qui
avoient été juſtement goutées ; entr'autres
celle de l'ouverture des Indes Galantes , en
1736. Nous le prions de nous continuer
fes bienfaits , & nous lui promettons d'être
exact à les rendre publics,
Piece de Clavecin , de M. Rameau.
PARODI E.
C
Oui
,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui :
Sans lui la vertu
N'eft qu'un fécu.
L'efprit , les talens ,
Les fentimens ,
Les agrémens
Les plus brillans
Ne font plus fur les rangs.
C'eft
Du vil intérêt
Qu'on fuit l'arrêt ,
Qui remplit le coeur
D'un fot honneur ,
Dont le réſultat
Eft de tenir un grand état ,
Souvent l'origine d'un fat.
Dieux !
Sans jetter fes yeux
Sur leurs ayeux ,
Verra-t-on toujours
Aller au cours ,
En cabriolets ,
44 MERCURE DE FRANCE.
Mille fujets
Qui font des vrais
Colifichets ,
Nous morguer à l'excès ,
Faire florès ,
Et de fix laquais ,
Bien vêtus , bien faits,
Montrer l'étalage.
Quoi ! le fage
Peut-il voir
S'écarter ainfi du devoir ,
Sans un chagrin inoui ..::
Oui ,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui , &c.
Quand
Le maudit clinquant
Ne fera-t-il plus fi fréquent
Jamais la raifon
Ne fera-t-elle
De faifon ?
Imitera-t-on
Toujours le ton
De Phaeton ?
Chutte qu'on rappelle.
Sots ,
Pour le vrai quittez le faux.
Foux ,
Qu'on ne parle plus de vous.
6
DECEMBRE. 1755 .
45
Grands ,
Sçachez contenir vos fens ,
Servez d'exemple en tout tems ;
Mais fans fracas quel ennui !
Oui ,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui , &c.
A Amiens.
Par M. Fuzillier.
T
Cette parodie nous paroît d'autant
mieux faite, qu'on ne s'apperçoit pas de la
difficulté vaincue , & que la quantité y
eft parfaitement bien obfervée. L'Auteur
avoit autrefois décoré ce Journal de plufieurs
parodies de fa compofition , qui
avoient été juſtement goutées ; entr'autres
celle de l'ouverture des Indes Galantes , en
1736. Nous le prions de nous continuer
fes bienfaits , & nous lui promettons d'être
exact à les rendre publics,
Fermer
Résumé : LES SAUVAGES. Piece de Clavecin, de M. Rameau. PARODIE.
Le texte présente une parodie de la pièce de clavecin 'Les Sauvages' de Jean-Philippe Rameau. Cette parodie, écrite par un auteur anonyme, critique la société de son époque en soulignant l'importance excessive accordée à l'argent. Le poème dénonce le fait que la vertu et les talents ne suffisent plus à garantir une position sociale élevée, et que seul l'or est valorisé. Il exprime également un mécontentement face à la montée des intérêts égoïstes et à la dévalorisation des véritables qualités humaines. L'auteur déplore que les personnes sans mérite puissent accéder à des positions influentes grâce à leur richesse. La parodie se termine par un appel à la raison et à la modération, exhortant les grands à servir d'exemple. Le texte mentionne que cette parodie est bien réalisée et respecte les contraintes métriques. L'auteur de la parodie avait déjà publié d'autres œuvres similaires, comme celle de l'ouverture des 'Indes Galantes' en 1736, et est encouragé à continuer.
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9
p. 46-55
Portrait d'un honnête homme.
Début :
C'est moi-même qui me dépeins ici, non pas par ostentation, mais par [...]
Mots clefs :
Coeur, Vertu, Plaisir, Esprit, Homme, Bonté, Bonheur, Société, Amour, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait d'un honnête homme.
Portrait d'un honnête homme.
' Eft moi - même qui me dépeins ici ,
non pas par oftentation , mais par
franchife : auffi ce n'eft pas l'efprit , mais
le coeur feul , qui a part à ce portrait.
Je commence , où j'ai commencé à être
homme.
Nous apportons tous en naiffant une
efpece de vertu , les uns plus , les autres
moins , fuivant les occurrences. Cette vertu
eft fauvage ; il faut la rectifier par le
goût , & la plier aux moeurs du fiecle , fi
on veut faire membre dans la fociété. La
vertu que le ciel m'a donné en partage , eft
un fonds de bonté inaltérable . Si j'avois eu
une éducation telle que je me fens en état de
la donner , j'aurois connu ce caractere , &
je ne me ferois pas égaré dans ma philofophie.
J'ai eu des paffions que je prenois
fans doute pour des goûts , & des caprices
que j'appellois peut- être vivacité d'efprit
; ajoutons à ces défauts une inconftance
invincible , un dégoût pour ce que j'avois
le plus aimé. Avec de telles imperfections
, je n'étois guere bon à rien de folide
ni d'agréable : avec de la vertu de la bonté,
du génie & de l'efprit , n'être d'aucun
DECEMBRE. 1755. 47
avantage pour la fociété ni pour foi , on
trouvera cela fingulier : auffi mon caractere
eft- il un vrai paradoxe .
Ce que j'avois de bon eft resté en friche :
le mauvais a pris le deffus , & m'a entraîné.
Les ſciences ont eu de l'attrait pour
mon efprit. Je m'y fuis livré fans jugement.
Je les dévorois. Je les ai effleurées prefque
toutes . Mais enfin j'en ai connu le vuide,
Ma raiſon a paru , & a diffipé ce goût
prématuré. A préfent , c'eft dans le fond
de mon coeur que je cherche la nature :
c'eſt- là où fe place le vrai bonheur . J'ai
profcrit mes livres de fciences ; je ne lis
que ceux qui peuvent me former le
coeur & l'efprit.
Je me fuis fait un fiftême de bonheur: aimer
& être aimé. J'ai cru qu'il étoit facile de
fe faire aimer , quand on aimoit facile
ment. J'agiffois en conféquence . J'aimois
dans toute la franchiſe de mon coeur , &
je n'étois pas aimé , parce que j'aimois
trop. C'eft quelquefois un défaut de laiffer
voir le fond de fon coeur , quand il
péche par un excès de bonté.
Comme je n'ai ni ambition , ni pru
dence , ni politique , on me tourne comme
l'on veut . On me trompe fans que je
m'en apperçoive. Je ne fçais pas primer ;
je n'ai jamais pu attraper ce ton d'impor
48 MERCURE DE FRANCE.
tance , ces airs fuffifans , enfans de la fublime
vanité , cet art délicat de fe faire
craindre & défirer tout à la fois.
Cependant ces petits défauts galans , ce
mérite ridicule eft effentiel pour la fociété.
( La belle fociété s'entend ce qu'on appelle
le grand monde. ) J'euſſe brillé , ſi j'avois
voulu ceffer d'être bon , & acquérir un
peu de fauffeté & d'amour-propre ; mais
ce ne pouvoit être qu'aux dépens des
biens que la nature a mis dans mon coeur.
Que le ciel me puniffe , fi jamais je facrifie
ces tréfors précieux ! On m'appellera
bizarre , mifantrope , fauvage , j'aurai
toujours quelques amis qui penferont comme
moi , & à qui je m'ouvrirai fans paroître
ridicule. Je négligerai ma fortune ,
il eft vrai . Hé ! n'eft- on pas affez riche ,
quand on fçait fe contenter ? Je n'ai point
l'art de donner , ni de recevoir , ni de
demander ; cela empêche- t'il que je ne fois
libéral , reconnoiffant ? & c.
Avec un coeur fi tendre , on penſe bien
que j'ai fenti quelquefois les impreffions
de l'amour ; mais on penfe auffi que je
ne fuis pas un homme à bonnes fortunes.
Ce n'eft plus l'amour qui fait les intrigues.
amoureufes. Je penfe trop , pour être aimé
des femmes , & je fuis trop digne d'en être
aimé pour en être haï. Avare de mon tems ,
je
DECEMBRE . 1755 . 49
je néglige l'art des mines , & j'avoue tout
net que je ne fuis pas galant. Je ne laiffe
pourtant pas que d'eflayer la galanterie
avec fuccès , furtout quand l'humeur m'y
porte. Ce n'eft pas par goût , mais le devoir
focial l'exige : il m'eft facré . Ainſi je
fçais me conformer aux ufages les plus frivoles
, fans les adopter.
Je ne fuis pas pédant , mais j'ai du bon
fens ;je ne fuis pas fat ,mais je fçais le copier
; je ne fuis pas bel efprit , mais j'ai
des faillies heureuſes . Tout ce que je dis eft
utile : je ne fçais pas employer les termes
inutilement ; je m'en apperçois , lorfque
je fuis obligé de flatter une femme , & de
lui faire une déclaration d'amour fans
l'aimer.
Ma converfation avec les petits maîtres,
tarit tout de fuite , parce que je ne fçais
pas médire & faifir les ridicules : mon
caractere eft un emblême pour eux ; ils
y voyent une bonté qu'ils ne connoiffent
pas. Au contraire , je me plais avec le
Philofophe , & il fe plaît avec moi : c'eſt
ce qui m'a fait voir que je l'étois moimême.
Je parle également à l'homme de lettres
comme au fat , au riche comme au pauvre
, à l'heureux comme au malheureux :
il n'y a que le fot vraiment fot , & le fou
I. Vol. C
30 MERCURE DE FRANCE.
vraiment fou , que j'évite foigneufement.
Je ne me flatte jamais ; au contraire , il
m'en coute , pour convenir de mon mérite.
Ce n'eft pas par modeftie , mais par
défaut d'amour-propre . Que fçai -je ? Peutêtre
que je vaux bien des gens qui valent
quelque chofe. A l'âge de vingt- deux ans,
on ne s'eft point encore affez connu , on
n'a pas appris tout ce qu'on doit fçavoir ,
la raifon n'a pas atteint fon dégré de vigueur
, on n'a pas encore formě fon caractere.
La trop grande fougue des paffions
, le defir trop violent d'avoir da
plaifir , font qu'on néglige la ſcience de
la raifon , & qu'on court après la perte du
tems . On cherche à s'enlevelir dans la
volupté , non pas dans les réflexions . Ce
n'eft pas à mon âge que Platon réfléchiffoit
fi bien. Il fut peintre & poëte , &
fans doute voluptueux , avant que d'être
philofophe. Je l'imite peut-être, fans m'en
appercevoir. Quand on a des femences
de bonté , qu'on defire la vertu , &
qu'on fuce de bons principes , la fageffe
fe gliffe infenfiblement dans le coeur , &
l'on eft tout furpris de fe fentir embrafé
de ce feu divin .
Cependant je ne fuis pas en tour point
Thomme que j'ai nommé. Le bonheur
qu'il propofe , me paroît équivoque , à
DECEMBRE. 1755. S.E
moins que certains
plaifirs , que je me
permets
, ne foient les grades requis pour
parvenir
à fon bonheur
. En vain je m'abîme
dans l'étude , en vain j'approfondis
mon coeur , & je tâche d'y déchirer
le voile
qui m'en dérobe la connoiffance
, ce coeur
fe refuſe toujours
à mes réflexions
: je me
trouve caché à moi - même dans la profondeur
que j'y creufe. On connoît
la matiere
dont la nature fe fert , pour créer les
différens
êtres , on apperçoit
cette fage
mere, jufques
dans l'infecte
le plus abject;
on découvre
tous les jours des portions
de
notre globe , on découvre
des nouveaux
globes dans le ciel ; notre coeur feul nous
eſt inconnu
, & le fera toujours
, felon
toute apparence
, à moins que la bonté
fouveraine
ne prenne pitié de notre mifere.
La morale que j'avois embraffée , m'entraînoit
dans une mélancolie trop funefte ,
pour ne pas m'en dégager. Mais en fottant
de ce labyrinthe , il falloit craindre un
contraire. Le pas eft gliffant , comme on
fçait . L'homme en quittant un extrême ,
tombe dans un autre extrême. La raifon
qui l'avoit guidé pour fe débarraffer d'une
vertu trop auftere , le quitte dans le beau
chemin ; il craint , s'égare , chancele , tombe
dans le tolérantiſme.
Peut- être fais je là le récit de mon
·
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
crime. Je puis protefter du moins que j'ai
fait mon poffible pour m'aflurer dans ce
fentier étroit , qui fe trouve entre les deux
gouffres. Les amis de la vertu pourront
m'avertir fi j'ai failli : il leur importe
autant qu'à moi que je fois parfait ; à
eux , pour avoir en moi un modele de fageffe
; à moi , pour mon bonheur. Faſſe le
monarque de nos amis , qu'on puiffe dire
de moi , qu'il a exifté un fage en France
comme à Athenes .
Dorénavant je fuivrai volontiers Montagne.
Ce fage voluptueux pénetre mon
ame d'une rofée qui me rend toujours
content. Je puife chez lui , ( du moins je
le crois ) des fentimens élevés , dont le
progrès m'étonne. Voici la maniere d'être.
heureux , qu'il m'a comme infinuée : ni
Stoïcien , ni parfait Epicurien , je regarde
le malheur d'un oeil ftoïque , & le bonheur
d'un oeil épicurien . Plus fenfible au
plaifir qu'à la peine , & plus à la pitié qu'au
plaifir , je fçais jouir de ce dernier , maist
jamais aux dépens de la vertu je fçais
m'en arracher quand mon devoir l'exige .
Je fuis la peine & cherche le plaifir : mais
pour moi , la privation du plaifir n'eft pas
une peine , & l'exemption de la peine eft
un plaifir. Je ne connois que les plaifirs
du coeur & de l'efprit ; je fuis affez EpicuDECEMBRE
. 1755. 53
rien pour les préparer , les compofer , les
étudier , les raffiner. Quelquefois le fens
s'y mêle , mais ce n'eft que comme l'agent
de l'ame : je ne cherche que la tranquillité
de la mienne , & je crois que le plaifir en
eft la compagne inféparable ; il faut en
calculer les dégrés de vivacité , fuivant fa
propre fenfibilité . Quoiqu'extrême , par
rapport à l'imagination , un petit plaifit
varié à propos & avec goût , me tient dans
la douce férénité qui me convient. Pourrendre
un peuple parfaitement heureux ,
il devroit y avoir dans l'Etat une conftitution
fondamentale , qui commît des Philofophes
pour combiner ce rapport du climat
au plaifir , & en difpenfer au peuple
une qualité gratuite. Je fçais par ma propre
expérience , que ce plaifir au lieu d'énerver
l'ame , l'éleve au contraire , & la
rend plus propre à fes devoirs. Suivant.ce
plan , je fuis à l'abri des traits de la fortune.
Sans m'affujettir à la méthode des voluptueux
du fiecle , je trouve le moyen de
diminuer mes peines , & de doubler mes
plaifirs ; & par - là , je me rapproche de la
pureté de la nature . Enfin je refpecte la
vertu , la patrie , la fociété ; j'adore la
juftice , l'égalité , la liberté ; j'aime la fanté
, les plaifirs , mes amis ; je ne hais que
le vice.
' Eft moi - même qui me dépeins ici ,
non pas par oftentation , mais par
franchife : auffi ce n'eft pas l'efprit , mais
le coeur feul , qui a part à ce portrait.
Je commence , où j'ai commencé à être
homme.
Nous apportons tous en naiffant une
efpece de vertu , les uns plus , les autres
moins , fuivant les occurrences. Cette vertu
eft fauvage ; il faut la rectifier par le
goût , & la plier aux moeurs du fiecle , fi
on veut faire membre dans la fociété. La
vertu que le ciel m'a donné en partage , eft
un fonds de bonté inaltérable . Si j'avois eu
une éducation telle que je me fens en état de
la donner , j'aurois connu ce caractere , &
je ne me ferois pas égaré dans ma philofophie.
J'ai eu des paffions que je prenois
fans doute pour des goûts , & des caprices
que j'appellois peut- être vivacité d'efprit
; ajoutons à ces défauts une inconftance
invincible , un dégoût pour ce que j'avois
le plus aimé. Avec de telles imperfections
, je n'étois guere bon à rien de folide
ni d'agréable : avec de la vertu de la bonté,
du génie & de l'efprit , n'être d'aucun
DECEMBRE. 1755. 47
avantage pour la fociété ni pour foi , on
trouvera cela fingulier : auffi mon caractere
eft- il un vrai paradoxe .
Ce que j'avois de bon eft resté en friche :
le mauvais a pris le deffus , & m'a entraîné.
Les ſciences ont eu de l'attrait pour
mon efprit. Je m'y fuis livré fans jugement.
Je les dévorois. Je les ai effleurées prefque
toutes . Mais enfin j'en ai connu le vuide,
Ma raiſon a paru , & a diffipé ce goût
prématuré. A préfent , c'eft dans le fond
de mon coeur que je cherche la nature :
c'eſt- là où fe place le vrai bonheur . J'ai
profcrit mes livres de fciences ; je ne lis
que ceux qui peuvent me former le
coeur & l'efprit.
Je me fuis fait un fiftême de bonheur: aimer
& être aimé. J'ai cru qu'il étoit facile de
fe faire aimer , quand on aimoit facile
ment. J'agiffois en conféquence . J'aimois
dans toute la franchiſe de mon coeur , &
je n'étois pas aimé , parce que j'aimois
trop. C'eft quelquefois un défaut de laiffer
voir le fond de fon coeur , quand il
péche par un excès de bonté.
Comme je n'ai ni ambition , ni pru
dence , ni politique , on me tourne comme
l'on veut . On me trompe fans que je
m'en apperçoive. Je ne fçais pas primer ;
je n'ai jamais pu attraper ce ton d'impor
48 MERCURE DE FRANCE.
tance , ces airs fuffifans , enfans de la fublime
vanité , cet art délicat de fe faire
craindre & défirer tout à la fois.
Cependant ces petits défauts galans , ce
mérite ridicule eft effentiel pour la fociété.
( La belle fociété s'entend ce qu'on appelle
le grand monde. ) J'euſſe brillé , ſi j'avois
voulu ceffer d'être bon , & acquérir un
peu de fauffeté & d'amour-propre ; mais
ce ne pouvoit être qu'aux dépens des
biens que la nature a mis dans mon coeur.
Que le ciel me puniffe , fi jamais je facrifie
ces tréfors précieux ! On m'appellera
bizarre , mifantrope , fauvage , j'aurai
toujours quelques amis qui penferont comme
moi , & à qui je m'ouvrirai fans paroître
ridicule. Je négligerai ma fortune ,
il eft vrai . Hé ! n'eft- on pas affez riche ,
quand on fçait fe contenter ? Je n'ai point
l'art de donner , ni de recevoir , ni de
demander ; cela empêche- t'il que je ne fois
libéral , reconnoiffant ? & c.
Avec un coeur fi tendre , on penſe bien
que j'ai fenti quelquefois les impreffions
de l'amour ; mais on penfe auffi que je
ne fuis pas un homme à bonnes fortunes.
Ce n'eft plus l'amour qui fait les intrigues.
amoureufes. Je penfe trop , pour être aimé
des femmes , & je fuis trop digne d'en être
aimé pour en être haï. Avare de mon tems ,
je
DECEMBRE . 1755 . 49
je néglige l'art des mines , & j'avoue tout
net que je ne fuis pas galant. Je ne laiffe
pourtant pas que d'eflayer la galanterie
avec fuccès , furtout quand l'humeur m'y
porte. Ce n'eft pas par goût , mais le devoir
focial l'exige : il m'eft facré . Ainſi je
fçais me conformer aux ufages les plus frivoles
, fans les adopter.
Je ne fuis pas pédant , mais j'ai du bon
fens ;je ne fuis pas fat ,mais je fçais le copier
; je ne fuis pas bel efprit , mais j'ai
des faillies heureuſes . Tout ce que je dis eft
utile : je ne fçais pas employer les termes
inutilement ; je m'en apperçois , lorfque
je fuis obligé de flatter une femme , & de
lui faire une déclaration d'amour fans
l'aimer.
Ma converfation avec les petits maîtres,
tarit tout de fuite , parce que je ne fçais
pas médire & faifir les ridicules : mon
caractere eft un emblême pour eux ; ils
y voyent une bonté qu'ils ne connoiffent
pas. Au contraire , je me plais avec le
Philofophe , & il fe plaît avec moi : c'eſt
ce qui m'a fait voir que je l'étois moimême.
Je parle également à l'homme de lettres
comme au fat , au riche comme au pauvre
, à l'heureux comme au malheureux :
il n'y a que le fot vraiment fot , & le fou
I. Vol. C
30 MERCURE DE FRANCE.
vraiment fou , que j'évite foigneufement.
Je ne me flatte jamais ; au contraire , il
m'en coute , pour convenir de mon mérite.
Ce n'eft pas par modeftie , mais par
défaut d'amour-propre . Que fçai -je ? Peutêtre
que je vaux bien des gens qui valent
quelque chofe. A l'âge de vingt- deux ans,
on ne s'eft point encore affez connu , on
n'a pas appris tout ce qu'on doit fçavoir ,
la raifon n'a pas atteint fon dégré de vigueur
, on n'a pas encore formě fon caractere.
La trop grande fougue des paffions
, le defir trop violent d'avoir da
plaifir , font qu'on néglige la ſcience de
la raifon , & qu'on court après la perte du
tems . On cherche à s'enlevelir dans la
volupté , non pas dans les réflexions . Ce
n'eft pas à mon âge que Platon réfléchiffoit
fi bien. Il fut peintre & poëte , &
fans doute voluptueux , avant que d'être
philofophe. Je l'imite peut-être, fans m'en
appercevoir. Quand on a des femences
de bonté , qu'on defire la vertu , &
qu'on fuce de bons principes , la fageffe
fe gliffe infenfiblement dans le coeur , &
l'on eft tout furpris de fe fentir embrafé
de ce feu divin .
Cependant je ne fuis pas en tour point
Thomme que j'ai nommé. Le bonheur
qu'il propofe , me paroît équivoque , à
DECEMBRE. 1755. S.E
moins que certains
plaifirs , que je me
permets
, ne foient les grades requis pour
parvenir
à fon bonheur
. En vain je m'abîme
dans l'étude , en vain j'approfondis
mon coeur , & je tâche d'y déchirer
le voile
qui m'en dérobe la connoiffance
, ce coeur
fe refuſe toujours
à mes réflexions
: je me
trouve caché à moi - même dans la profondeur
que j'y creufe. On connoît
la matiere
dont la nature fe fert , pour créer les
différens
êtres , on apperçoit
cette fage
mere, jufques
dans l'infecte
le plus abject;
on découvre
tous les jours des portions
de
notre globe , on découvre
des nouveaux
globes dans le ciel ; notre coeur feul nous
eſt inconnu
, & le fera toujours
, felon
toute apparence
, à moins que la bonté
fouveraine
ne prenne pitié de notre mifere.
La morale que j'avois embraffée , m'entraînoit
dans une mélancolie trop funefte ,
pour ne pas m'en dégager. Mais en fottant
de ce labyrinthe , il falloit craindre un
contraire. Le pas eft gliffant , comme on
fçait . L'homme en quittant un extrême ,
tombe dans un autre extrême. La raifon
qui l'avoit guidé pour fe débarraffer d'une
vertu trop auftere , le quitte dans le beau
chemin ; il craint , s'égare , chancele , tombe
dans le tolérantiſme.
Peut- être fais je là le récit de mon
·
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
crime. Je puis protefter du moins que j'ai
fait mon poffible pour m'aflurer dans ce
fentier étroit , qui fe trouve entre les deux
gouffres. Les amis de la vertu pourront
m'avertir fi j'ai failli : il leur importe
autant qu'à moi que je fois parfait ; à
eux , pour avoir en moi un modele de fageffe
; à moi , pour mon bonheur. Faſſe le
monarque de nos amis , qu'on puiffe dire
de moi , qu'il a exifté un fage en France
comme à Athenes .
Dorénavant je fuivrai volontiers Montagne.
Ce fage voluptueux pénetre mon
ame d'une rofée qui me rend toujours
content. Je puife chez lui , ( du moins je
le crois ) des fentimens élevés , dont le
progrès m'étonne. Voici la maniere d'être.
heureux , qu'il m'a comme infinuée : ni
Stoïcien , ni parfait Epicurien , je regarde
le malheur d'un oeil ftoïque , & le bonheur
d'un oeil épicurien . Plus fenfible au
plaifir qu'à la peine , & plus à la pitié qu'au
plaifir , je fçais jouir de ce dernier , maist
jamais aux dépens de la vertu je fçais
m'en arracher quand mon devoir l'exige .
Je fuis la peine & cherche le plaifir : mais
pour moi , la privation du plaifir n'eft pas
une peine , & l'exemption de la peine eft
un plaifir. Je ne connois que les plaifirs
du coeur & de l'efprit ; je fuis affez EpicuDECEMBRE
. 1755. 53
rien pour les préparer , les compofer , les
étudier , les raffiner. Quelquefois le fens
s'y mêle , mais ce n'eft que comme l'agent
de l'ame : je ne cherche que la tranquillité
de la mienne , & je crois que le plaifir en
eft la compagne inféparable ; il faut en
calculer les dégrés de vivacité , fuivant fa
propre fenfibilité . Quoiqu'extrême , par
rapport à l'imagination , un petit plaifit
varié à propos & avec goût , me tient dans
la douce férénité qui me convient. Pourrendre
un peuple parfaitement heureux ,
il devroit y avoir dans l'Etat une conftitution
fondamentale , qui commît des Philofophes
pour combiner ce rapport du climat
au plaifir , & en difpenfer au peuple
une qualité gratuite. Je fçais par ma propre
expérience , que ce plaifir au lieu d'énerver
l'ame , l'éleve au contraire , & la
rend plus propre à fes devoirs. Suivant.ce
plan , je fuis à l'abri des traits de la fortune.
Sans m'affujettir à la méthode des voluptueux
du fiecle , je trouve le moyen de
diminuer mes peines , & de doubler mes
plaifirs ; & par - là , je me rapproche de la
pureté de la nature . Enfin je refpecte la
vertu , la patrie , la fociété ; j'adore la
juftice , l'égalité , la liberté ; j'aime la fanté
, les plaifirs , mes amis ; je ne hais que
le vice.
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Résumé : Portrait d'un honnête homme.
Le texte présente un portrait introspectif d'un individu qui se décrit avec franchise. Il affirme que son portrait est guidé par le cœur plutôt que par l'esprit. Il reconnaît une vertu innée, sauvage, nécessitant d'être rectifiée par les mœurs du siècle pour s'intégrer à la société. Sa vertu principale est une bonté inaltérable, mais il admet des passions, des caprices et une inconsistance qui l'ont rendu inapte à des rôles solides ou agréables dans la société. L'auteur a été attiré par les sciences, mais les a trouvées vides. Il cherche désormais le bonheur dans le fond de son cœur, préférant les livres qui forment le cœur et l'esprit. Il s'est fixé un système de bonheur basé sur l'amour et le fait d'être aimé, bien qu'il ait souvent été déçu dans ses attentes. Il se décrit comme quelqu'un sans ambition, prudence ou politique, facilement manipulable et trompé. Il ne possède pas les qualités nécessaires pour briller dans la société, préférant rester bon et authentique. Il évite les médisances et les ridicules, se plaisant davantage en compagnie de philosophes. L'auteur reconnaît ses limites et ses défauts, tout en affirmant sa bonté et sa dignité. Il évite les flatteries inutiles et les déclarations d'amour insincères. Il parle à tous avec respect, évitant seulement les fous véritables. Il réfléchit sur sa jeunesse, marquée par la fougue des passions et le désir de plaisir, au détriment de la raison. Il aspire à une sagesse qui se glisse insensiblement dans le cœur. Cependant, il se trouve encore caché à lui-même, son cœur restant inconnu. Il critique la morale austère qui l'a conduit à une mélancolie funeste, et il craint de tomber dans le tolérantisme en cherchant à éviter les extrêmes. Il suit désormais Montaigne, cherchant un bonheur modéré, ni stoïcien ni épicurien extrême. Il privilégie les plaisirs du cœur et de l'esprit, calculant leur vivacité selon sa sensibilité. L'auteur respecte la vertu, la patrie, la société, la justice, l'égalité et la liberté, aimant la santé, les plaisirs et ses amis, tout en haïssant le vice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 54-57
ODE Tirée du Pseaume 99.
Début :
Foibles enfans de la poussiere ! [...]
Mots clefs :
Dieu, Cieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Pseaume 99.
ODE
Tirée du
Pleaume 99 .
Foibles enfans de la pouffiere !
Que celui qui vous fit de rien ,
Dans cette pénible carriere
Soit votre infaillible foutien,
Saifis d'une unanime joie ,
Adorez tous le Roi des Rois ;
Goutez les biens qu'il vous envoie ,
Et n'enfreignez jamais fes loix.
Il nous a fait à fon image ,
Il eft notre vrai Créateur ;
Nous fommes fon plus cher ouvrage :
Lui feul a droit fur notre coeur.
Arrachez , d'une fainte force ,
Les vices en vous combattus :
Du plaifir ils n'ont que l'écorce
La tige en eft dans les vertus .
C.
DECEMBRE, 1755 . $52
» Des Cieux contemplez la ftructure !
» Voyez tous ces êtres divers :
» Ah ! je reconnois la nature ,
C'eft la mere de l'univers .
f
» Nous fommes les Dieux de la terre :
Nous ne dépendons que de nous.
» Mortels ! d'un maître du tonnerre
» Ne craignez point le vain courroux,
» Monftre pieux ! fageffe affreuſe !
» Tu rendrois nos jours languiffans.
» Viens , volupté délicieufe !
Sois la Déeffe de nos fens.
Homme ingrat , qui d'un front impie
Etale ces honteux difcours ,
Bientôt d'une exécrable vie
La mort interrompra le cours,
串
Déja ce corps réduit en poudre !
Par l'ordre d'un Dieu ranimé ,
Se leve , & frappé de la foudre ,
Brule fans être confumé.
Civ
56
MERCURE DE FRANCE .
Rebelle enfant , connois un pere !
Parle , pécheur ! eſt- il un Dieu ?
Oui ! ce juge intégre & févere
Sçait punir le feu par le feu.
Vous , qui d'une coupable flamme ,
Fuyant l'éclat trop féducteur ,
Pour ne point égarer votre ame ,
Marchez fous le facré paſteur .
Reftez donc fes brébis chéries ;
Et de loup bravant les fureurs ,
Paiffez dans fes faintes prairies ;
Vous n'y trouverez que des fleurs.
Le chagrin , le mépris , l'outrage
Viennent troubler votre repos
Souffrez , Chrétiens , avec courage:
Ce font de vrais biens que vos maux.
Chantez le Seigneur dans vos fêtes ;
Les hommes droits font fes amis :
Doux foldats , bornez vos conquêtes
A lui gagner les ennemis.
DECEMBRE . 1755. 57
Que l'or décore les portiques
De vos temples majestueux ;
Et joignez vos divins cantiques
Aux concerts immortels des Cieux.
Seigneur , que tu nous es propice !
Loin par toi d'être rejettés ,
Tu vois croître notre malice ,
Et nous conferves tes bontés.
$3
Adorable pere , à toute heure
Tu veilles fur tes chers enfans ;
Et dans la céleste demeure
Tu les fais entrer triomphans.
Toi , qui partout laiffe des traces ,
Et dont Dieu feul eft respecté ,
Tems , porte de races en races.
Son immuable vérité .
Ad ..... d'Arp....
Tirée du
Pleaume 99 .
Foibles enfans de la pouffiere !
Que celui qui vous fit de rien ,
Dans cette pénible carriere
Soit votre infaillible foutien,
Saifis d'une unanime joie ,
Adorez tous le Roi des Rois ;
Goutez les biens qu'il vous envoie ,
Et n'enfreignez jamais fes loix.
Il nous a fait à fon image ,
Il eft notre vrai Créateur ;
Nous fommes fon plus cher ouvrage :
Lui feul a droit fur notre coeur.
Arrachez , d'une fainte force ,
Les vices en vous combattus :
Du plaifir ils n'ont que l'écorce
La tige en eft dans les vertus .
C.
DECEMBRE, 1755 . $52
» Des Cieux contemplez la ftructure !
» Voyez tous ces êtres divers :
» Ah ! je reconnois la nature ,
C'eft la mere de l'univers .
f
» Nous fommes les Dieux de la terre :
Nous ne dépendons que de nous.
» Mortels ! d'un maître du tonnerre
» Ne craignez point le vain courroux,
» Monftre pieux ! fageffe affreuſe !
» Tu rendrois nos jours languiffans.
» Viens , volupté délicieufe !
Sois la Déeffe de nos fens.
Homme ingrat , qui d'un front impie
Etale ces honteux difcours ,
Bientôt d'une exécrable vie
La mort interrompra le cours,
串
Déja ce corps réduit en poudre !
Par l'ordre d'un Dieu ranimé ,
Se leve , & frappé de la foudre ,
Brule fans être confumé.
Civ
56
MERCURE DE FRANCE .
Rebelle enfant , connois un pere !
Parle , pécheur ! eſt- il un Dieu ?
Oui ! ce juge intégre & févere
Sçait punir le feu par le feu.
Vous , qui d'une coupable flamme ,
Fuyant l'éclat trop féducteur ,
Pour ne point égarer votre ame ,
Marchez fous le facré paſteur .
Reftez donc fes brébis chéries ;
Et de loup bravant les fureurs ,
Paiffez dans fes faintes prairies ;
Vous n'y trouverez que des fleurs.
Le chagrin , le mépris , l'outrage
Viennent troubler votre repos
Souffrez , Chrétiens , avec courage:
Ce font de vrais biens que vos maux.
Chantez le Seigneur dans vos fêtes ;
Les hommes droits font fes amis :
Doux foldats , bornez vos conquêtes
A lui gagner les ennemis.
DECEMBRE . 1755. 57
Que l'or décore les portiques
De vos temples majestueux ;
Et joignez vos divins cantiques
Aux concerts immortels des Cieux.
Seigneur , que tu nous es propice !
Loin par toi d'être rejettés ,
Tu vois croître notre malice ,
Et nous conferves tes bontés.
$3
Adorable pere , à toute heure
Tu veilles fur tes chers enfans ;
Et dans la céleste demeure
Tu les fais entrer triomphans.
Toi , qui partout laiffe des traces ,
Et dont Dieu feul eft respecté ,
Tems , porte de races en races.
Son immuable vérité .
Ad ..... d'Arp....
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Résumé : ODE Tirée du Pseaume 99.
Le texte est une ode religieuse et morale, publiée en décembre 1755 dans le Mercure de France. La première section invite les lecteurs à adorer Dieu, à profiter de ses bienfaits et à respecter ses lois. Elle souligne que l'humanité est créée à l'image divine et que les vices doivent être combattus pour révéler les vertus. La deuxième section encourage la contemplation de la structure des cieux et de la diversité des êtres, reconnaissant la nature comme la mère de l'univers. Elle met en garde contre les dangers de la volupté et de l'ingratitude. La troisième section appelle les pécheurs à reconnaître un père céleste et à suivre les enseignements du pasteur sacré. Elle encourage les chrétiens à souffrir avec courage et à chanter le Seigneur lors des fêtes, tout en limitant leurs conquêtes à gagner les ennemis pour Dieu. La dernière section prie pour que l'or décore les temples et que les cantiques divins se joignent aux concerts célestes. Elle exprime la gratitude envers Dieu pour ses bontés malgré la malice humaine et reconnaît le temps comme porteur de la vérité immuable de Dieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 58-61
VERS Sur la mort de M. le Marquis de Bauffremont, Lieutenant-Général des armées du Roi, & Chevalier de la Toison d'or ; par M. le Ch. de Saint-Germain-Matinel.
Début :
Eh ! quoi ! tu ne vis plus, & je respire encore ! [...]
Mots clefs :
Mort, Roi, Coeur, Marquis de Bauffremont, Lieutenant général des armées du roi, Chevalier de la Toison d'or
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texteReconnaissance textuelle : VERS Sur la mort de M. le Marquis de Bauffremont, Lieutenant-Général des armées du Roi, & Chevalier de la Toison d'or ; par M. le Ch. de Saint-Germain-Matinel.
VERS
Sur la mort de M. le Marquis de Bauffremont
, Lieutenant - Général des armées du
Roi , & Chevalier de la Toifon d'or ; par
M. le Ch. de Saint- Germain-Matinel,
EH quoi ! tu ne vis plus , & je reſpire encore !
On peut donc réfifter aux plus grandes douleurs !
Cher Bauffremont , chere ombre que j'adore ,
Reçois au moins le tribut de mes pleurs !
Dans le fatal moment où tu ceffas de vivre ,
Je crus voir de mes jours s'éteindre le flambeau ;
Frappé du même coup j'étois prêt à te fuivre ,
Trop heureux avec toi de defcendre au tombeau.
Mais , non ; celui qui fit nos deftinées ,
Un Dieu puiffant , maître du fort ,
N'a point voulu réunir nos années ,
Et me laiffe à pleurer ta mort .
J'en fus témoin , grand Dieu ! fur fes lévres éteintes
,
'Je cueillis fon dernier foupir ;
Je le vis fuccomber aux cruelles atteintes
Des friffons de la mort , tomber & s'affoupir .
Ses yeux étoient déja fermés à la lumiere ,
Que fon bras chancélant cherchant encor ma
main ,
Cher ami , me dit - il , j'ai rempli ma carriere ,
DECEMBRE. 59. 1755 .
J'ai befoin maintenant d'un fecours plus qu'humain
:
Alors la charité rallumant fon courage
Il rappelle un inftant fes efprits confondus ;
Et par trois fois du Chrift il embraffe l'image ,
Et difparoît enfin à mes fens éperdus .
O mort trop rigoureufe ! ô mort impitoyable !
Rien n'a pu détourner l'effet de ton courroux ,
Et ta fureur infatiable
Etoit laffe déja de fufpendre fes coups !
En vain pour le fauver , ce guerrier magnanime,
De MELAMPE on ufa tout l'art & le fçavoir ; *
A tes loix eft fujet le Roi le plus fublime ,
Contre ta barbarie il n'eft point de pouvoir.
Quel homme cependant , quelle grande victime
Sur ton fanglant autel tu te viens d'immoler ;
Tu pouvois t'épargner un crime :
Ah ! pour lui tout mon fang demandoit à couler ;
Dans fon coeur palpitant , dans fes tremblantes
veines
Je brulois du defir de le faire paffer ,
Moins émû , s'il fe peut , moins touché de fes
peines
Que de voir fa conftance encor les furpaffer.
MM. Andouillé & Lene , Chirurgiens , ont eu
l'étonnant fecret de prolonger fes jours de plus de
trois mois. On croit devoir à leur habileté à leurs
Soins pleins d'affection , ce témoignage de juftice &
de reconnoiffance.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Pendant fix mois & plus qu'il a fçu fe contrain
dre ;
Au milieu des douleurs , ferme comme un rocher,
A peine on l'entendit fe plaindre ;
Tranquille fous la main qui craint de l'approcher,
Hélas ! il ne reprend , ne femble reprocher
Que le fujet qu'on a de craindre.
La patience au mal oppofoit fes efforts ;
Et lorfqu'un feu fecret , une brulante flamme
De fon corps épuifé confumoient les refforts ,
Le viſage ſerein , on eût dit que fon ame
Se faifoit un plaifir des fouffrances du corps.
Mais d'où lui venoit donc ce courage paiſible ,
Qui le rendoit fi grand fous le poids de ſes maux ?
Etoit-ce un reste encor de la force invincible
Qui l'avoit diftingué parmi fes fiers rivaux ?
Non ; & quelques vertus qu'alors il fit paroître ,
L'honneur de la patrie, & l'amour de fon Roi ,
Etoient l'unique objet & la fuprême loi
Que dans fes paffions il femblât reconnoître.
Un appui plus folide , & plus noble à la fois ,
Affermiffoit fon coeur dans ce péril extrême ;
Il n'avoit d'autre loi que la vérité même ,
D'autre objet que le Roi des Rois;
Et jufques à fon trône élevant fes penſées ,
Ses maux lui paroiffoient un trop doux châtiment;
Le repentir amer de fes fautes paffées-
Etouffoit dans fon fein tout autre fentiment.
Que dis-je , hélas ! que dis-je , & quel fombre
génie
DECEMBRE. 1755. Gr
Reveille dans mon ame un cruel fouvenir ?
Je l'ai vu , n'ayant plus que l'ombre de la vie ,
Répondre à tous mes foins , même les prévenir ;
Et par des traits marqués de tendreffe infinie ,
Me rendre cent fois plus qu'il n'en pouvoit tenir.
Oui , fans doute , il portoit un coeur ſenſible &
tendre :
Combien de malheureux fe jettoient dans les bras ?
Obligeant à l'excès , & fans en rien attendre ,
Il ignoroit comment on faifoit des ingrats .
Ainfi réuniffant au ferme caractere
D'honnête homme & de citoyen
La piété la plus fincere ;
Au génie élevé , l'humble foi pour foutien ,
Qui lui fit des grandeurs connoître la mifere ,
Il vécut en héros , & mourut en chrétien .
Si jadis emporté par l'ardeur d'un faux zele ,
J'ai chanté mille objets divers ;
Si le gout des plaifirs dicta mes premiers vers ,
J'ignorois les doux noeuds d'une amitié fidelle.
O toi qui t'es couvert des plus nobles lauriers ,
Ainfi que ta vertu , ma douleur immortelle
A tes fombres cyprès attache mes derniers..
Sur la mort de M. le Marquis de Bauffremont
, Lieutenant - Général des armées du
Roi , & Chevalier de la Toifon d'or ; par
M. le Ch. de Saint- Germain-Matinel,
EH quoi ! tu ne vis plus , & je reſpire encore !
On peut donc réfifter aux plus grandes douleurs !
Cher Bauffremont , chere ombre que j'adore ,
Reçois au moins le tribut de mes pleurs !
Dans le fatal moment où tu ceffas de vivre ,
Je crus voir de mes jours s'éteindre le flambeau ;
Frappé du même coup j'étois prêt à te fuivre ,
Trop heureux avec toi de defcendre au tombeau.
Mais , non ; celui qui fit nos deftinées ,
Un Dieu puiffant , maître du fort ,
N'a point voulu réunir nos années ,
Et me laiffe à pleurer ta mort .
J'en fus témoin , grand Dieu ! fur fes lévres éteintes
,
'Je cueillis fon dernier foupir ;
Je le vis fuccomber aux cruelles atteintes
Des friffons de la mort , tomber & s'affoupir .
Ses yeux étoient déja fermés à la lumiere ,
Que fon bras chancélant cherchant encor ma
main ,
Cher ami , me dit - il , j'ai rempli ma carriere ,
DECEMBRE. 59. 1755 .
J'ai befoin maintenant d'un fecours plus qu'humain
:
Alors la charité rallumant fon courage
Il rappelle un inftant fes efprits confondus ;
Et par trois fois du Chrift il embraffe l'image ,
Et difparoît enfin à mes fens éperdus .
O mort trop rigoureufe ! ô mort impitoyable !
Rien n'a pu détourner l'effet de ton courroux ,
Et ta fureur infatiable
Etoit laffe déja de fufpendre fes coups !
En vain pour le fauver , ce guerrier magnanime,
De MELAMPE on ufa tout l'art & le fçavoir ; *
A tes loix eft fujet le Roi le plus fublime ,
Contre ta barbarie il n'eft point de pouvoir.
Quel homme cependant , quelle grande victime
Sur ton fanglant autel tu te viens d'immoler ;
Tu pouvois t'épargner un crime :
Ah ! pour lui tout mon fang demandoit à couler ;
Dans fon coeur palpitant , dans fes tremblantes
veines
Je brulois du defir de le faire paffer ,
Moins émû , s'il fe peut , moins touché de fes
peines
Que de voir fa conftance encor les furpaffer.
MM. Andouillé & Lene , Chirurgiens , ont eu
l'étonnant fecret de prolonger fes jours de plus de
trois mois. On croit devoir à leur habileté à leurs
Soins pleins d'affection , ce témoignage de juftice &
de reconnoiffance.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Pendant fix mois & plus qu'il a fçu fe contrain
dre ;
Au milieu des douleurs , ferme comme un rocher,
A peine on l'entendit fe plaindre ;
Tranquille fous la main qui craint de l'approcher,
Hélas ! il ne reprend , ne femble reprocher
Que le fujet qu'on a de craindre.
La patience au mal oppofoit fes efforts ;
Et lorfqu'un feu fecret , une brulante flamme
De fon corps épuifé confumoient les refforts ,
Le viſage ſerein , on eût dit que fon ame
Se faifoit un plaifir des fouffrances du corps.
Mais d'où lui venoit donc ce courage paiſible ,
Qui le rendoit fi grand fous le poids de ſes maux ?
Etoit-ce un reste encor de la force invincible
Qui l'avoit diftingué parmi fes fiers rivaux ?
Non ; & quelques vertus qu'alors il fit paroître ,
L'honneur de la patrie, & l'amour de fon Roi ,
Etoient l'unique objet & la fuprême loi
Que dans fes paffions il femblât reconnoître.
Un appui plus folide , & plus noble à la fois ,
Affermiffoit fon coeur dans ce péril extrême ;
Il n'avoit d'autre loi que la vérité même ,
D'autre objet que le Roi des Rois;
Et jufques à fon trône élevant fes penſées ,
Ses maux lui paroiffoient un trop doux châtiment;
Le repentir amer de fes fautes paffées-
Etouffoit dans fon fein tout autre fentiment.
Que dis-je , hélas ! que dis-je , & quel fombre
génie
DECEMBRE. 1755. Gr
Reveille dans mon ame un cruel fouvenir ?
Je l'ai vu , n'ayant plus que l'ombre de la vie ,
Répondre à tous mes foins , même les prévenir ;
Et par des traits marqués de tendreffe infinie ,
Me rendre cent fois plus qu'il n'en pouvoit tenir.
Oui , fans doute , il portoit un coeur ſenſible &
tendre :
Combien de malheureux fe jettoient dans les bras ?
Obligeant à l'excès , & fans en rien attendre ,
Il ignoroit comment on faifoit des ingrats .
Ainfi réuniffant au ferme caractere
D'honnête homme & de citoyen
La piété la plus fincere ;
Au génie élevé , l'humble foi pour foutien ,
Qui lui fit des grandeurs connoître la mifere ,
Il vécut en héros , & mourut en chrétien .
Si jadis emporté par l'ardeur d'un faux zele ,
J'ai chanté mille objets divers ;
Si le gout des plaifirs dicta mes premiers vers ,
J'ignorois les doux noeuds d'une amitié fidelle.
O toi qui t'es couvert des plus nobles lauriers ,
Ainfi que ta vertu , ma douleur immortelle
A tes fombres cyprès attache mes derniers..
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Résumé : VERS Sur la mort de M. le Marquis de Bauffremont, Lieutenant-Général des armées du Roi, & Chevalier de la Toison d'or ; par M. le Ch. de Saint-Germain-Matinel.
Le poème du Chevalier de Saint-Germain-Matinel rend hommage au Marquis de Bauffremont, Lieutenant-Général des armées du Roi et Chevalier de la Toison d'or, décédé en décembre 1755. L'auteur exprime sa douleur et son incrédulité face à la perte de son ami, décrivant avec émotion le moment de sa mort. Le Marquis de Bauffremont a montré un courage et une patience exemplaires malgré ses souffrances, restant serein et digne jusqu'à la fin. Il a été soutenu par les chirurgiens MM. Andouillé et Lene, qui ont prolongé sa vie de plusieurs mois grâce à leurs soins. Le Marquis est dépeint comme un homme d'honneur, dévoué à la patrie et au Roi. Il possédait un cœur sensible et généreux, aidant de nombreux malheureux sans attendre de reconnaissance. Le poème se conclut par une réflexion sur la grandeur et la piété du défunt, soulignant qu'il a vécu en héros et est mort en chrétien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 62-63
Portrait de M. Jean-Baptiste Bosc, Conseiller d'Etat, ancien Procureur-Général de la Cour des Aides, Chancélier-Garde des Sceaux de l'Ordre de S. Lazare, né le 29 Mars 1673, & mort le .... Août 1755.
Début :
Cet illustre Magistrat avoit une physionomie qui annonçoit toutes les [...]
Mots clefs :
Vertus, Jean-Baptiste Bosc, Conseiller d'État, Procureur général de la Cour des aides, Chancelier-garde des sceaux de l'Ordre de Saint-Lazare
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait de M. Jean-Baptiste Bosc, Conseiller d'Etat, ancien Procureur-Général de la Cour des Aides, Chancélier-Garde des Sceaux de l'Ordre de S. Lazare, né le 29 Mars 1673, & mort le .... Août 1755.
Portrait de M. Jean-Baptiste Bofc , Confeiller
d'Etat , ancien Procureur - Général de la
Cour des Aides , Chancelier - Garde des -
Sceaux de l'Ordre de S. Lazare , né le
29 Mars 1673 , & mort le .... Août
1755-
ET illuftre Magiftrat avoit une phy-
Cfionomie qui annonçoit toutes les
vertus de fon ame , & qui infpiroit à la
fois le refpect & la confiance.
La dignité de fon maintien n'avoit jamais
rien pris fur l'affabilité : fa politeffe
obligeoit & honoroit. Il avoit le langage
de la bonté & de la haute naiffance.
Quoiqu'il fût né avec beaucoup d'élévation
dans le caractere , l'orgueil n'avoit
jamais pu trouver entrée dans fon coeur ni
dans fes manieres.
Un profond refpect pour la religion
une équité reglée fur une parfaite connoiffance
des Loix , & un amour violent
pour le travail en ont fait pendant près
de cinquante ans un modele accompli pour
ceux qui voudront entrer dans la Magif
trature ; & toutes les actions de fa vie privée
pourront fervir d'exemple à l'humanité.
Cet accord parfait des plus grandes qua
DECEMBRE. 1755. 64
lités lui mérita à jufte titre l'eftime & l'amitié
de M. le Duc d'Orleans , Régent du
Royaume , & du Prince fon fils , dont le
zele & la piété feront à jamais l'édification
de toute l'Europe Chrétienne. Son efprit
& fes talens lui attirerent la confiance du
premier , & fes vertus la confidération du
fecond.
Compatiffant , libéral , bon pere , bon
mari , incomparable ami , croiroit - on
qu'avec de fi rares qualités il avoit cependant
éprouvé l'ingratitude ?
La fortune lui avoit fait auffi effuyer
fes caprices ; mais fes faveurs comme fes
difgraces n'ont fervi qu'à mettre les vertus
dans un plus beau jour.
A l'âge de quatre - vingt - deux ans il
montroit encore tout le feu de fa premiere
jeuneffe ; & dans les occafions où il s'agiffoit
d'obliger , il employoit tout fon
crédit pour
le foulagement des malheureux
,
Sa converfation étoit délicieuſe , fes
lettres charmantes ; il y peignoit la gaieté
naturelle de fon efprit , & la candeur de
fes moeurs.
2
Sa bonne fanté & le voeu public faifoient
efperer qu'avec la fageffe de Neftor
il en verroit les années .
Par une Dame de fes amies.
d'Etat , ancien Procureur - Général de la
Cour des Aides , Chancelier - Garde des -
Sceaux de l'Ordre de S. Lazare , né le
29 Mars 1673 , & mort le .... Août
1755-
ET illuftre Magiftrat avoit une phy-
Cfionomie qui annonçoit toutes les
vertus de fon ame , & qui infpiroit à la
fois le refpect & la confiance.
La dignité de fon maintien n'avoit jamais
rien pris fur l'affabilité : fa politeffe
obligeoit & honoroit. Il avoit le langage
de la bonté & de la haute naiffance.
Quoiqu'il fût né avec beaucoup d'élévation
dans le caractere , l'orgueil n'avoit
jamais pu trouver entrée dans fon coeur ni
dans fes manieres.
Un profond refpect pour la religion
une équité reglée fur une parfaite connoiffance
des Loix , & un amour violent
pour le travail en ont fait pendant près
de cinquante ans un modele accompli pour
ceux qui voudront entrer dans la Magif
trature ; & toutes les actions de fa vie privée
pourront fervir d'exemple à l'humanité.
Cet accord parfait des plus grandes qua
DECEMBRE. 1755. 64
lités lui mérita à jufte titre l'eftime & l'amitié
de M. le Duc d'Orleans , Régent du
Royaume , & du Prince fon fils , dont le
zele & la piété feront à jamais l'édification
de toute l'Europe Chrétienne. Son efprit
& fes talens lui attirerent la confiance du
premier , & fes vertus la confidération du
fecond.
Compatiffant , libéral , bon pere , bon
mari , incomparable ami , croiroit - on
qu'avec de fi rares qualités il avoit cependant
éprouvé l'ingratitude ?
La fortune lui avoit fait auffi effuyer
fes caprices ; mais fes faveurs comme fes
difgraces n'ont fervi qu'à mettre les vertus
dans un plus beau jour.
A l'âge de quatre - vingt - deux ans il
montroit encore tout le feu de fa premiere
jeuneffe ; & dans les occafions où il s'agiffoit
d'obliger , il employoit tout fon
crédit pour
le foulagement des malheureux
,
Sa converfation étoit délicieuſe , fes
lettres charmantes ; il y peignoit la gaieté
naturelle de fon efprit , & la candeur de
fes moeurs.
2
Sa bonne fanté & le voeu public faifoient
efperer qu'avec la fageffe de Neftor
il en verroit les années .
Par une Dame de fes amies.
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Résumé : Portrait de M. Jean-Baptiste Bosc, Conseiller d'Etat, ancien Procureur-Général de la Cour des Aides, Chancélier-Garde des Sceaux de l'Ordre de S. Lazare, né le 29 Mars 1673, & mort le .... Août 1755.
Le texte présente Jean-Baptiste Bofc, conseiller d'État, ancien procureur général de la Cour des Aides et chancelier-garde des sceaux de l'Ordre de Saint-Lazare. Né le 29 mars 1673 et décédé en août 1755, Bofc était un magistrat respecté, dont la physionomie reflétait ses vertus. Sa dignité n'altérait jamais son affabilité, et son langage témoignait de sa bonté et de sa haute naissance. Il se distinguait par son respect pour la religion, son équité, sa connaissance des lois et son amour pour le travail. Ces qualités en firent un modèle pour la magistrature pendant près de cinquante ans. Ses actions privées servaient également d'exemple à l'humanité. Bofc était compatissant, libéral, bon père, mari et ami. Malgré l'ingratitude et les caprices de la fortune, ses vertus ressortaient toujours plus brillantes. À quatre-vingt-deux ans, il conservait l'énergie de sa jeunesse et employait son crédit pour soulager les malheureux. Sa conversation et ses lettres étaient charmantes, reflétant la gaieté de son esprit et la candeur de ses mœurs. Sa bonne santé et le vœu public laissaient espérer une longue vieillesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 64-67
ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
Début :
Iris, que les graces formerent [...]
Mots clefs :
Goût, Philosophie, Émilie du Châtelet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
ODE
A Mlle...fur fon goût pour la Philofophie.
IRis , que les graces formerent
Sur des modeles fi parfaits ,
Vous , qu'en naiffant , elles parerent
De leurs plus folides attraits ,
Quel nouveau penchant vous infpire
N'est-ce point affez de l'empire
Qu'ont acquis vos yeux fur les coeurs ?
Le mérite d'être fçavante ,
A la gloire d'être charmante ,
Peut-il ajouter des honneurs ?
Du fexe l'ouvrage eft de plaire
Et de cultiver l'art d'aimer :
Les fleurs de l'ifle de Cythere
Seules ont droit de le charmer.
La ſcience eft trop épineufe ,
Et l'étude trop ennuyeuſe ,
Pour qu'il y donne fes momens.
Broder avec délicateffe ,
Deffiner , peindre avec fineſſe
Doivent être fes paffe-tems.
DECEMBRE . 1755. 65
Que dis-je Iris eft indignée
Des limites qu'on lui prefcrit ;
L'étude la plus relevée
Eft au-deffous de fon efprit.
Capable des hautes ſciences ,
Les plus fublimes connoiffances
Pour elle ont des appas Aatteurs.
Tout cede à fon heureux génie ,
Et l'abftraite philofophie
Ne lui préfente que des fleurs.
*
Venez Dilèmes , Sillogifmes ,
Votre nom n'effarouche pas ;
Epichérèmes & Sophifmes ,
On ne vous croit plus fans appas.
Iris de vos regles inftruite ,
Des préjugés & de leur fuite,
Aime à voir la futilité.
Au milieu de votre air fauvage ,
Elle démêle votre ufage ,
Et toute votre utilité.
Décider fur une parure
De Cloris c'est le grand talent.
Louer , blâmer une coëffure
D'Agnès c'eft le goût dominant.
Angélique , non moins frivole ,
66.
MERCURE DE
FRANCE.
De fes bijoux fait fon idole ,
Et ne parle que vanité.
Iris , avec plus
d'avantage ,
Du ciel vout eûtes en partage ,
Le goût feul de la vérité.
D'une (1 ) fçavante
incomparable
Imitant les nobles efforts ,
Comme elle , vous joignez l'aimable
Aux plus héroïques transports.
'Avec zele , fuivant fes traces ,
Vous paffez de la cour des graces
A l'auditoire de Platon ,
Et faites une égale eftime
De l'agréable & du fublime ,
Du Dieu des coeurs & de Newton
Souvent de fes foibles lumieres
Votre guide fe défiant ,
A craint de laiffer aux matieres
Un air obfcur & rebutant ;
Mais grace à votre intelligence ,
Le défaut de fon éloquence
N'a point fait tort à vos progrès ;
A vous feule en revient la gloire.
(1 ) Madame la Marquise du Châtelet.
DECEMBRE. 1755. 67
Il n'ofera jamais le croire
Que le témoin de vos fuccès.
Par D. M.
A Mlle...fur fon goût pour la Philofophie.
IRis , que les graces formerent
Sur des modeles fi parfaits ,
Vous , qu'en naiffant , elles parerent
De leurs plus folides attraits ,
Quel nouveau penchant vous infpire
N'est-ce point affez de l'empire
Qu'ont acquis vos yeux fur les coeurs ?
Le mérite d'être fçavante ,
A la gloire d'être charmante ,
Peut-il ajouter des honneurs ?
Du fexe l'ouvrage eft de plaire
Et de cultiver l'art d'aimer :
Les fleurs de l'ifle de Cythere
Seules ont droit de le charmer.
La ſcience eft trop épineufe ,
Et l'étude trop ennuyeuſe ,
Pour qu'il y donne fes momens.
Broder avec délicateffe ,
Deffiner , peindre avec fineſſe
Doivent être fes paffe-tems.
DECEMBRE . 1755. 65
Que dis-je Iris eft indignée
Des limites qu'on lui prefcrit ;
L'étude la plus relevée
Eft au-deffous de fon efprit.
Capable des hautes ſciences ,
Les plus fublimes connoiffances
Pour elle ont des appas Aatteurs.
Tout cede à fon heureux génie ,
Et l'abftraite philofophie
Ne lui préfente que des fleurs.
*
Venez Dilèmes , Sillogifmes ,
Votre nom n'effarouche pas ;
Epichérèmes & Sophifmes ,
On ne vous croit plus fans appas.
Iris de vos regles inftruite ,
Des préjugés & de leur fuite,
Aime à voir la futilité.
Au milieu de votre air fauvage ,
Elle démêle votre ufage ,
Et toute votre utilité.
Décider fur une parure
De Cloris c'est le grand talent.
Louer , blâmer une coëffure
D'Agnès c'eft le goût dominant.
Angélique , non moins frivole ,
66.
MERCURE DE
FRANCE.
De fes bijoux fait fon idole ,
Et ne parle que vanité.
Iris , avec plus
d'avantage ,
Du ciel vout eûtes en partage ,
Le goût feul de la vérité.
D'une (1 ) fçavante
incomparable
Imitant les nobles efforts ,
Comme elle , vous joignez l'aimable
Aux plus héroïques transports.
'Avec zele , fuivant fes traces ,
Vous paffez de la cour des graces
A l'auditoire de Platon ,
Et faites une égale eftime
De l'agréable & du fublime ,
Du Dieu des coeurs & de Newton
Souvent de fes foibles lumieres
Votre guide fe défiant ,
A craint de laiffer aux matieres
Un air obfcur & rebutant ;
Mais grace à votre intelligence ,
Le défaut de fon éloquence
N'a point fait tort à vos progrès ;
A vous feule en revient la gloire.
(1 ) Madame la Marquise du Châtelet.
DECEMBRE. 1755. 67
Il n'ofera jamais le croire
Que le témoin de vos fuccès.
Par D. M.
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Résumé : ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
L'ode célèbre Mlle..., une jeune femme admirée pour son goût pour la philosophie. L'auteur commence par louer sa beauté et ses charmes naturels, puis s'étonne de son intérêt pour une discipline qu'il considère comme ardue et ennuyeuse pour les hommes. Il admire son esprit élevé et sa capacité à apprécier les sciences les plus élevées. Iris, la jeune femme, est contrastée avec d'autres personnages féminins comme Cloris, Agnès et Angélique, préoccupées par des sujets frivoles tels que les parures et les bijoux. Iris est décrite comme ayant un goût pour la vérité et une intelligence incomparable, comparable à celle de Madame la Marquise du Châtelet. L'auteur reconnaît que grâce à son intelligence et sa persévérance, même les sujets les plus complexes deviennent accessibles et attrayants. Il conclut en soulignant que ses succès sont le fruit de son esprit éclairé et de son zèle pour les études philosophiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 67-72
COPIE de la Lettre écrite le 12 Août 1755. par M. Voisin, Avocat au Parlement à M. le Prince de ..... Chevalier de la Toison d'or.
Début :
MONSIEUR, La simple idée par écrit, que vous me demandez du Livre (I), dont, avant votre [...]
Mots clefs :
Princes, Gloire, Seigneurs, Magnificence, Prince, Devoirs, Richesses, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre écrite le 12 Août 1755. par M. Voisin, Avocat au Parlement à M. le Prince de ..... Chevalier de la Toison d'or.
COPIE de la Leure écrite le 12 Août
1755. par M. Voifin , Avocat au Parlement
à M. le Prince de Chevalier de
la Toifon d'or,
MONSIEUR ,
14
La fimple idée par écrit , que vous me
demandez du Livre ( 1 ) , dont , avant votre
départ de Paris , j'ai eu l'honneur de.
vous entretenir , & auquel je travaille depuis
plufieurs années , exige elle-même un
affez grand détail par la multitude des objers.
Je crois , Monfieur , ne pouvoir
mieux fatisfaire à ce que vous défitez de
moi à cet égard , qu'en vous communiquant
par forme de lettres , le difcours
que je projette de mettre à la tête de l'ouvrage
pour y fervir d'introduction.
( 1 ) Ce Livre a pour titre , Le Confeilfamilier
& économique des Princes des grands Seigneurs ;
ou Moyens de conferver , d'augmenter & de perpétuer
les richeffes , la magnificence & la véritable
gloire de leurs Maiſons.
68 MERCURE DE FRANCE.
PREMIERE LETTRE.
Que les Princes & les grands Seigneurs
foient dans l'opulence , c'eft un attribut
naturel de leur condition : mais ils ne doivent
pas fe flatter de conferver , d'augmenter
, ni de perpétuer leurs richeffes , fans
une heureufe intelligence , foutenue de
cette économie libérale , qui ne prodigue
rien , pour donner fans ceffe avec difcernement.
Que les Princes & les grands Seigneurs
ayent en général le défir de la magnificence
, faut-il s'en étonner ? Ils naiffent
dans fon fein ; on en recrée leur enfance :
hommes formés , ils en ajoutent l'habitude
au goût naturel ; ils y meurent . Mais étoitce
une véritable magnificence que l'éclat
qui leur fit illufion pendant leur vie ? ou
n'étoit ce au contraire , qu'un faux brillant
qui , en deshonorant la mémoire de
ceux qu'il féduit , ne laiffe fouvent dans
leurs fucceffions que l'indigence & l'infolvabilité.
La véritable magnificence trouve dans
la fageffe qui la dirige , les moyens de ſe
conferver , de s'augmenter & de fe perpétuer.
Un efprit d'arrangement fans contrainte
, blâme ou avoue les motifs & les
occafions de la magnificence. Si la riche
DECEMBRE . 1755. 69
économie qui prend foin , quand il le faut,
que rien ne manque au fpectacle , lui prefcrit
cependant quelquefois des bornes ,
c'eſt pour faire , en évitant le défaut d'une
confufion inutile & choquante , fubfifter
cette magnificence même avec plus de folidité
, & pour affurer par-là à celui qui en´
fupporte la dépenfe , le fuffrage des perfonnes
dont le goût & la raifon font les
guides éclairés.
Que les Princes & les grands Seigneurs
confiderent la gloire de leurs Maifons
comme leur principal objet , & le plus
digne de les occuper , l'antiquité & la nobleffe
de leur origine femblent , à leur
naiffance , en graver le fentiment dans
leurs coeurs il feroit à fouhaiter qu'au
foin qu'on fe donne de leur en préfenter
fans ceffe la perfpective dans le cours de
leur éducation , on joignît l'attention de
leur développer les caracteres effentiels
de la véritable gloire , & de leur en infpirer
cet amour raiſonné qui , ennemi d'un
aveugle orgueil , reçoit de l'efprit même
du Chriftianifme , la permiffion d'aiguillonner
les gens d'honneur.
Penfer , comme on croit fincerement le
devoir ; s'inftruire , pour penfer mieux
encore ; faire ce qu'on peut & ce qu'on
doit par inclination pour le bon ordre
70 MERCURE DE FRANCE.
voilà en général la bafe inebranlable de
la véritable gloire des Princes & des
grands Seigneurs. C'eft , en un mot , le
fondement de la gloire folide dans tous
les états.
Ce principe annonce donc que , pour
conferver , augmenter & perpétuer la véritable
gloire des Grands , il faut ,
Premierement , qu'ils foyent convaincus
de l'indifpenfable néceffité de remplir les
devoirs de leur état .
Secondement , qu'ils travaillent folidement
à les connoître dans la vérité , parcequ'il
eft impoffible de bien faire ce dont
on ignore les principes .
Enfin il est néceffaire que les Grands
furmontent avec courage les dégoûts & les
contradictions que des paffions tumul- .
tueufes élevent quelquefois contre le regne
tranquille de l'ordre & de la raifon.
Que la réunion de ces ennemis intérieurs
n'effraye pas le combattant ; je ferai
voir dans fon lieu que l'idée du combat
eft plus terrible que le combat même. Le
Combattant doit craindre d'autant moins
d'effayer fes forces , que fon courage le
rend fûr d'une victoire , dont les fuites
font la paix du coeur & la gayeté de
l'efprit .
Les Princes & les Grands ont donc des
DECEMBRE . 1755. 71
devoirs d'état à remplir , & ce n'eft que
par leur exactitude à s'en acquitter , qu'ils
peuvent conferver , augmenter & perpétuer
la véritable gloire de leurs Maifons.
Mais pour fçavoir quelle eft l'étendue
des devoirs d'état des Princes & des
Grands , il faut déterminer quel eft leur
état même.
Parce qu'ils font grands , ne font- ils
qu'hommes de Cour , & ne fe croyent- ils
affujettis à des devoirs qu'envers la Cour ?
Je les confidere dans trois pofitions différentes
, dont chacune exige des connoiffances
qui lui font immédiatement néceffaires.
Le Prince ou le grand Seigneur, comme
particulier dans l'intérieur de fa maiſon &
de fes terres : Premiere Partie.
Le Prince ou le grand Seigneur perè
de famille : Seconde Partie.
Le Prince ou le grand Seigneur membre
de la Société , & homme d'Etat : Troifieme
Partie.
C'est en propofant mes réflexions fur
chacune de ces trois conditions , que je
mets fous les yeux des Princes & des
grands Seigneurs , les moyens de conferver
, d'augmenter & de perpétuer les richeffes
, la magnificence & la véritable
gloire de leurs Maiſons.
72 MERCURE DE FRANCE.
Ces trois points de vue fous lefquels les
Princes & les grands Seigneurs peuvent
être envifagés , font auffi la divifion naturelle
de ce difcours , dont les trois parties
réunies renferment le plan général de
l'Ouvrage.
1755. par M. Voifin , Avocat au Parlement
à M. le Prince de Chevalier de
la Toifon d'or,
MONSIEUR ,
14
La fimple idée par écrit , que vous me
demandez du Livre ( 1 ) , dont , avant votre
départ de Paris , j'ai eu l'honneur de.
vous entretenir , & auquel je travaille depuis
plufieurs années , exige elle-même un
affez grand détail par la multitude des objers.
Je crois , Monfieur , ne pouvoir
mieux fatisfaire à ce que vous défitez de
moi à cet égard , qu'en vous communiquant
par forme de lettres , le difcours
que je projette de mettre à la tête de l'ouvrage
pour y fervir d'introduction.
( 1 ) Ce Livre a pour titre , Le Confeilfamilier
& économique des Princes des grands Seigneurs ;
ou Moyens de conferver , d'augmenter & de perpétuer
les richeffes , la magnificence & la véritable
gloire de leurs Maiſons.
68 MERCURE DE FRANCE.
PREMIERE LETTRE.
Que les Princes & les grands Seigneurs
foient dans l'opulence , c'eft un attribut
naturel de leur condition : mais ils ne doivent
pas fe flatter de conferver , d'augmenter
, ni de perpétuer leurs richeffes , fans
une heureufe intelligence , foutenue de
cette économie libérale , qui ne prodigue
rien , pour donner fans ceffe avec difcernement.
Que les Princes & les grands Seigneurs
ayent en général le défir de la magnificence
, faut-il s'en étonner ? Ils naiffent
dans fon fein ; on en recrée leur enfance :
hommes formés , ils en ajoutent l'habitude
au goût naturel ; ils y meurent . Mais étoitce
une véritable magnificence que l'éclat
qui leur fit illufion pendant leur vie ? ou
n'étoit ce au contraire , qu'un faux brillant
qui , en deshonorant la mémoire de
ceux qu'il féduit , ne laiffe fouvent dans
leurs fucceffions que l'indigence & l'infolvabilité.
La véritable magnificence trouve dans
la fageffe qui la dirige , les moyens de ſe
conferver , de s'augmenter & de fe perpétuer.
Un efprit d'arrangement fans contrainte
, blâme ou avoue les motifs & les
occafions de la magnificence. Si la riche
DECEMBRE . 1755. 69
économie qui prend foin , quand il le faut,
que rien ne manque au fpectacle , lui prefcrit
cependant quelquefois des bornes ,
c'eſt pour faire , en évitant le défaut d'une
confufion inutile & choquante , fubfifter
cette magnificence même avec plus de folidité
, & pour affurer par-là à celui qui en´
fupporte la dépenfe , le fuffrage des perfonnes
dont le goût & la raifon font les
guides éclairés.
Que les Princes & les grands Seigneurs
confiderent la gloire de leurs Maifons
comme leur principal objet , & le plus
digne de les occuper , l'antiquité & la nobleffe
de leur origine femblent , à leur
naiffance , en graver le fentiment dans
leurs coeurs il feroit à fouhaiter qu'au
foin qu'on fe donne de leur en préfenter
fans ceffe la perfpective dans le cours de
leur éducation , on joignît l'attention de
leur développer les caracteres effentiels
de la véritable gloire , & de leur en infpirer
cet amour raiſonné qui , ennemi d'un
aveugle orgueil , reçoit de l'efprit même
du Chriftianifme , la permiffion d'aiguillonner
les gens d'honneur.
Penfer , comme on croit fincerement le
devoir ; s'inftruire , pour penfer mieux
encore ; faire ce qu'on peut & ce qu'on
doit par inclination pour le bon ordre
70 MERCURE DE FRANCE.
voilà en général la bafe inebranlable de
la véritable gloire des Princes & des
grands Seigneurs. C'eft , en un mot , le
fondement de la gloire folide dans tous
les états.
Ce principe annonce donc que , pour
conferver , augmenter & perpétuer la véritable
gloire des Grands , il faut ,
Premierement , qu'ils foyent convaincus
de l'indifpenfable néceffité de remplir les
devoirs de leur état .
Secondement , qu'ils travaillent folidement
à les connoître dans la vérité , parcequ'il
eft impoffible de bien faire ce dont
on ignore les principes .
Enfin il est néceffaire que les Grands
furmontent avec courage les dégoûts & les
contradictions que des paffions tumul- .
tueufes élevent quelquefois contre le regne
tranquille de l'ordre & de la raifon.
Que la réunion de ces ennemis intérieurs
n'effraye pas le combattant ; je ferai
voir dans fon lieu que l'idée du combat
eft plus terrible que le combat même. Le
Combattant doit craindre d'autant moins
d'effayer fes forces , que fon courage le
rend fûr d'une victoire , dont les fuites
font la paix du coeur & la gayeté de
l'efprit .
Les Princes & les Grands ont donc des
DECEMBRE . 1755. 71
devoirs d'état à remplir , & ce n'eft que
par leur exactitude à s'en acquitter , qu'ils
peuvent conferver , augmenter & perpétuer
la véritable gloire de leurs Maifons.
Mais pour fçavoir quelle eft l'étendue
des devoirs d'état des Princes & des
Grands , il faut déterminer quel eft leur
état même.
Parce qu'ils font grands , ne font- ils
qu'hommes de Cour , & ne fe croyent- ils
affujettis à des devoirs qu'envers la Cour ?
Je les confidere dans trois pofitions différentes
, dont chacune exige des connoiffances
qui lui font immédiatement néceffaires.
Le Prince ou le grand Seigneur, comme
particulier dans l'intérieur de fa maiſon &
de fes terres : Premiere Partie.
Le Prince ou le grand Seigneur perè
de famille : Seconde Partie.
Le Prince ou le grand Seigneur membre
de la Société , & homme d'Etat : Troifieme
Partie.
C'est en propofant mes réflexions fur
chacune de ces trois conditions , que je
mets fous les yeux des Princes & des
grands Seigneurs , les moyens de conferver
, d'augmenter & de perpétuer les richeffes
, la magnificence & la véritable
gloire de leurs Maiſons.
72 MERCURE DE FRANCE.
Ces trois points de vue fous lefquels les
Princes & les grands Seigneurs peuvent
être envifagés , font auffi la divifion naturelle
de ce difcours , dont les trois parties
réunies renferment le plan général de
l'Ouvrage.
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Résumé : COPIE de la Lettre écrite le 12 Août 1755. par M. Voisin, Avocat au Parlement à M. le Prince de ..... Chevalier de la Toison d'or.
Le document est une lettre datée du 12 août 1755, rédigée par M. Voifin, avocat au Parlement, adressée à M. le Prince de Chevalier de la Toison d'or. Voifin y présente un livre intitulé 'Le Conseil familier & économique des Princes des grands Seigneurs; ou Moyens de conserver, d'augmenter & de perpétuer les richesses, la magnificence & la véritable gloire de leurs Maisons'. L'auteur souligne l'importance pour les princes et grands seigneurs de posséder une intelligence économique afin de conserver et d'accroître leurs richesses. Il distingue la véritable magnificence, guidée par la sagesse, qui se maintient et s'accroît, de l'éclat trompeur qui peut mener à l'indigence. La gloire des maisons princières repose sur la connaissance et l'accomplissement des devoirs d'état, ainsi que sur le courage face aux passions tumultueuses. L'ouvrage de Voifin est structuré en trois parties. La première traite du prince en tant que particulier dans sa maison, la deuxième le considère en tant que père de famille, et la troisième en tant que membre de la société et homme d'État. Chaque section vise à fournir des moyens pour conserver, augmenter et perpétuer les richesses, la magnificence et la gloire des maisons princières.
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15
p. 72
Mot de l'Enigme & du Logogryphe du Mercure de Novembre, [titre d'après la table]
Début :
Le mot de l'Enigme du Mercure de Novembre est Enigme même ; celui du Logogryphe [...]
Mots clefs :
Lumière, Énigme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mot de l'Enigme & du Logogryphe du Mercure de Novembre, [titre d'après la table]
LE
E mot de l'Enigme du Mercure de Novembre
eft Enigme même ; celui du Logogryphe
et Lumiere , dans lequel on trouve
: re , mi , mer , lie , Jule , liere , merle ,
rime , lime , ver , lui , mur , Mire , Vire ,
Reme , mule , vir , Eve , mure , mire , rume.
E mot de l'Enigme du Mercure de Novembre
eft Enigme même ; celui du Logogryphe
et Lumiere , dans lequel on trouve
: re , mi , mer , lie , Jule , liere , merle ,
rime , lime , ver , lui , mur , Mire , Vire ,
Reme , mule , vir , Eve , mure , mire , rume.
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16
p. 72-73
ENIGME.
Début :
Sous tes yeux, cher Lecteur, je commence à paroître, [...]
Mots clefs :
Lettre R
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
tes yeux , cher Lecteur , je commence à
paroître ,
Au caprice je dois & mon nom & mon être.
Je fuis utile aux Grands , aux Empereurs , aux
Rois ,
La République même eft foumife à mes loix.
Impoffible en Afie , ordinaire en Afrique ,
Dans l'Europe je regne ainfi qu'en Amérique.
Alexandre fans moi n'eût jamais exiſté.
Du menfonge ennemi , j'aime la vérité.
J'abandonne le Peuple & l'Eglife & le Pape ;
J'aime
DECEMBRE. 1755 . 73
J'aime les Cordeliers , je protege la Trappe ;
On me voit chez les Grecs , les Hébreux , les
François :
En fervant le repos , je me prête aux procès.
Je mépriſe la Fable , & protege l'Hiſtoire :
Je fuis toujours de près le meurtre & la victoire.
Je me trouve partout , au milieu des revers ,
Dans le fein du bonheur , & même dans ces vers .
Par Madame Ourfeau , chez Madame la
Ducheffe d'Ollone , à Paris .
tes yeux , cher Lecteur , je commence à
paroître ,
Au caprice je dois & mon nom & mon être.
Je fuis utile aux Grands , aux Empereurs , aux
Rois ,
La République même eft foumife à mes loix.
Impoffible en Afie , ordinaire en Afrique ,
Dans l'Europe je regne ainfi qu'en Amérique.
Alexandre fans moi n'eût jamais exiſté.
Du menfonge ennemi , j'aime la vérité.
J'abandonne le Peuple & l'Eglife & le Pape ;
J'aime
DECEMBRE. 1755 . 73
J'aime les Cordeliers , je protege la Trappe ;
On me voit chez les Grecs , les Hébreux , les
François :
En fervant le repos , je me prête aux procès.
Je mépriſe la Fable , & protege l'Hiſtoire :
Je fuis toujours de près le meurtre & la victoire.
Je me trouve partout , au milieu des revers ,
Dans le fein du bonheur , & même dans ces vers .
Par Madame Ourfeau , chez Madame la
Ducheffe d'Ollone , à Paris .
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17
p. 73-75
LOGOGRYPHE.
Début :
L'usage veut qu'en un triangle [...]
Mots clefs :
Chapeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
L'Ufage veut qu'en un triangle
Mon corps , tout rond qu'il eft , devienne transformé..
Soit caprice ou raiſon , comme un âne on me
fangle :
Alors fur un pivot monté ,
En Hyver , en Eté ,
Dans les champs , à la ville ,
L'honnête homme & le fat , le pauvre & l'opulent
,
Le philofophe
& l'imbécile
,
Les bergers & les rois , le fage & l'imprudent ,
Tous , en un mot , me trouvent fort utile.
Aux uns je fuis un ornement ,
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Aux autres ..... mais c'est trop , & tu dois me connoître
,
Lecteur : fi toutefois tu ne me comprends pas ,
Difféque les fept pieds qui compofent mon être ,
Et fans peine tu trouveras
Le réduit où tu mets les fruits de la vendange :
Le nom qu'on donne à fept cens- vingt deniers
:
Un manteau féminin d'une figure étrange :
Ce qu'on échalaffe à milliers
Dans la Champagne & la Bourgogne :
Une riviere en Portugal :
Un des quatre élémens : une ville en Gascogne :
Ce qu'on ne peut ôter fans fouffrir un grand mal :
Le lieu qui donna la naiſſance
Au quatrieme des Henris :
Ce qu'on bat fans ceffe à Paris :
Un terrein éminent qui dans la mer s'avance :
Enfin , pour exciter tes curieux defirs ,
Dans la preſqu'ifle Orientale
Cherche , Lecteur , la ville capitale
D'où nos Marchands rapportent les ( 1 ) Saphirs
:
De mon individu fais bien l'anatomie ,
Tu verras dans la Normandie
Certaine ville en outre , une interjection :
Plus une prépofition
A quelque objet toujours unie :
(1 ) Pierre précieuſe.
L'opposé de l'excès : un article : un pronom ;
Je fens que ces derniers ne font pas de ſaiſon ;
Qu'importe encor deux mots , & je finis ta
crife.
Certaine espece de perfil :
Ce que porte dans une Égliſe.....
Alte-là , c'eft trop de babil.
L. M. Typographe.
Provins en Brie , ce 22 Juillet 1755
L'Ufage veut qu'en un triangle
Mon corps , tout rond qu'il eft , devienne transformé..
Soit caprice ou raiſon , comme un âne on me
fangle :
Alors fur un pivot monté ,
En Hyver , en Eté ,
Dans les champs , à la ville ,
L'honnête homme & le fat , le pauvre & l'opulent
,
Le philofophe
& l'imbécile
,
Les bergers & les rois , le fage & l'imprudent ,
Tous , en un mot , me trouvent fort utile.
Aux uns je fuis un ornement ,
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Aux autres ..... mais c'est trop , & tu dois me connoître
,
Lecteur : fi toutefois tu ne me comprends pas ,
Difféque les fept pieds qui compofent mon être ,
Et fans peine tu trouveras
Le réduit où tu mets les fruits de la vendange :
Le nom qu'on donne à fept cens- vingt deniers
:
Un manteau féminin d'une figure étrange :
Ce qu'on échalaffe à milliers
Dans la Champagne & la Bourgogne :
Une riviere en Portugal :
Un des quatre élémens : une ville en Gascogne :
Ce qu'on ne peut ôter fans fouffrir un grand mal :
Le lieu qui donna la naiſſance
Au quatrieme des Henris :
Ce qu'on bat fans ceffe à Paris :
Un terrein éminent qui dans la mer s'avance :
Enfin , pour exciter tes curieux defirs ,
Dans la preſqu'ifle Orientale
Cherche , Lecteur , la ville capitale
D'où nos Marchands rapportent les ( 1 ) Saphirs
:
De mon individu fais bien l'anatomie ,
Tu verras dans la Normandie
Certaine ville en outre , une interjection :
Plus une prépofition
A quelque objet toujours unie :
(1 ) Pierre précieuſe.
L'opposé de l'excès : un article : un pronom ;
Je fens que ces derniers ne font pas de ſaiſon ;
Qu'importe encor deux mots , & je finis ta
crife.
Certaine espece de perfil :
Ce que porte dans une Égliſe.....
Alte-là , c'eft trop de babil.
L. M. Typographe.
Provins en Brie , ce 22 Juillet 1755
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18
p. 75
AIR.
Début :
Non, Venus n'est pas comparable [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR.
AIR.
Non , Venus n'eft pas comparable
A la beauté dont je porte les fers :
Fur- il jamais dans l'univers
Un objet plus aimable
Viens , tendre amour , viens l'enflammer ,
Ne retarde plus fa défaite :
C'eſt à toi de rendre Iris parfaite ,
Ea foumettant fon coeur au doux plaifir d'aimer.
Non , Venus n'eft pas comparable
A la beauté dont je porte les fers :
Fur- il jamais dans l'univers
Un objet plus aimable
Viens , tendre amour , viens l'enflammer ,
Ne retarde plus fa défaite :
C'eſt à toi de rendre Iris parfaite ,
Ea foumettant fon coeur au doux plaifir d'aimer.
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19
p. 76
« Nous avons eu raison de ne pas mettre dans le Mercure précédent, sous [...] »
Début :
Nous avons eu raison de ne pas mettre dans le Mercure précédent, sous [...]
Mots clefs :
Voltaire, Madame de Staal, Montesquieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous avons eu raison de ne pas mettre dans le Mercure précédent, sous [...] »
MERCURE DE FRANCE.
ΝNire
Ous avons eu raifon de
ne pas met. \
tre dans le Mercure précédent , fous
le nom de M. de Voltaire , les vers fur la
mort de M. de Montefquieu. Nous venons
d'apprendre qu'ils font de M. Bordes , de
l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Lyon.
Nous n'avons pu mettre dans le Mercure
de Novembre la Lettre qui nous eft adreffée
fur les Mémoires de Madame de Staal ,
ne l'ayant reçue que le 30 Octobre , qui
étoit précisément le premier jour de la
diftribution de ce Journal. Il ne nous a
pas même été poffible de l'inférer dans celui-
ci . Le premier article où elle doit être
placée , étoit déja imprimé , quand elle
nous eft parvenue. Pour réparer ce contretems
, autant qu'il dépend de nous ,
nous commencerons par elle la partie fugitive
du fecond Mercure de ce mois , qui
paroîtra le 15. Ce ne fera qu'un retard de
deux femaines . Ce court intervalle ne fera
rien perdre de fon prix à l'ouvrage , & ne
doit pas empêcher l'Auteur d'enrichir notre
recueil des autres morceaux qu'il nous
promet.
ΝNire
Ous avons eu raifon de
ne pas met. \
tre dans le Mercure précédent , fous
le nom de M. de Voltaire , les vers fur la
mort de M. de Montefquieu. Nous venons
d'apprendre qu'ils font de M. Bordes , de
l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Lyon.
Nous n'avons pu mettre dans le Mercure
de Novembre la Lettre qui nous eft adreffée
fur les Mémoires de Madame de Staal ,
ne l'ayant reçue que le 30 Octobre , qui
étoit précisément le premier jour de la
diftribution de ce Journal. Il ne nous a
pas même été poffible de l'inférer dans celui-
ci . Le premier article où elle doit être
placée , étoit déja imprimé , quand elle
nous eft parvenue. Pour réparer ce contretems
, autant qu'il dépend de nous ,
nous commencerons par elle la partie fugitive
du fecond Mercure de ce mois , qui
paroîtra le 15. Ce ne fera qu'un retard de
deux femaines . Ce court intervalle ne fera
rien perdre de fon prix à l'ouvrage , & ne
doit pas empêcher l'Auteur d'enrichir notre
recueil des autres morceaux qu'il nous
promet.
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Résumé : « Nous avons eu raison de ne pas mettre dans le Mercure précédent, sous [...] »
Le Mercure de France explique des retards dans la publication de certains contenus. Les vers sur la mort de Montesquieu, initialement attribués à Voltaire, sont en réalité de M. Bordes, membre de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Lyon. Une lettre concernant les Mémoires de Madame de Staal n'a pas pu être incluse dans les éditions de novembre et décembre en raison de son arrivée tardive. Pour remédier à ce contretemps, la lettre sera publiée dans la partie fugitive du second Mercure de ce mois, prévue pour le 15. Ce retard de deux semaines n'affectera pas la valeur de l'ouvrage et n'empêchera pas l'auteur de contribuer d'autres morceaux promis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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