Résultats : 13 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 91-98
Jeux Floreaux, & leur origine, avec plusieurs Piéces faites sur ce sujet, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay parlé il y a déja quelques années de divers Jeux [...]
Mots clefs :
Jeux, Villes, Jeux floraux, Jeunesse, Poésie, Mémoire, Fleur, Prix, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Jeux Floreaux, & leur origine, avec plusieurs Piéces faites sur ce sujet, [titre d'après la table]
Je vous ay parlé il y a déja
quelques années de divers
Jeux qui fe font en plufieus
Villes le premier jour de ce
.mois. Ceux qu'on nomme
Hij
92 MERCURE
Floreaux ou Floraux , font de
'ce nombre. Ils fe font dans.
la Ville de Thouloufe Capi
tale de Languedoc , & tirent
leur origine de ce qu'autre
fois au commencement de
ce mefme mois de May , toute
la Jeuneſſe du Pays & des
Provinces voifines s'y affembloit
, dans un certain lieu
choily , où l'on recitoit toute
forte de Poëfies , Odes , Madrigaux
, Stances , Elegies,
Sonnets , & fur tour des
Chants Royaux. Cela fe faifoit
pendant trois jours , lef
quels eftant expirez , les An
GALANT 93
ciens recueilloient les voix
pour donner le prix . Celuy
qu'on enjugeoit digne , re
cevoit une Couronne de
Laurier , & on l'appelloit
l'Amant Fidelle de la Courd'A
mourally avoit mefme des
Dames qui compofoient ain
fique les Hommes , mais
afin qu'on ne creuft pas que
la complaifande engageaft les.
Juges à leur eftre favorables,
elles renonçoient au prix.
Enfin aprés un fort grand
ɛnombre d'années , une Fer
me de qualité appellée Clemencé
, entraînée par de
1
94 MERCURE
panchant qu'elle avoit pour
la Poefie , forma le deffein
d'éternifer fa memoire en inftituant
une Fefte remarquable
, qu'on nomma les Jeux
Fleureaux , & qu'elle voulut
zeftre celebrée le premiers &
troifiéme jour de May. Elle
laiffa pour cela la plus grande
partie de fon bien à M's de
Ville à condition que tous
elesans ils feroient faire quatre
Fleurs de Vermeil qui feroient
l'Eglantine , le Soucy;
la Violettes & FOcilled. Les
-Trois premieres qui valent au
moins quinze Piſtoles chaGALANT
95
Gens
cune , font pour les jeunes
que l'on trouve dignes
de les remporter par le me
mitè de leurs Ouvrages. Elles
-font d'une coudée de hauteur
, & reprefentent la Fleur
dont elles portent de nom,
avec un pied de Vermeil , ouì
les Armesde la Ville font gravées
La quatrieme qui eſt
plus petite que les autres , eſt
pour les petits Enfans , & fe
donne par faveur. L'Hoftel
de Ville qui eft tres beau,
très grand & tres - fpacieux,
eftoit la maison de cette Dame.
Elle la donna pour y ce706
MERCURE
Febrer eek Jeux] , ainſi que la
Place du Marché que l'on appelle
La Pierre. C'eſt un lieu
couvert , où quantitéidoMar
chands étalent leurs marchandifes.
On commence
ceftè cérémonie tous les as
le premier jour du mois où
nous femmes , par une Moffe
folemnelle qu'on chante
en Müfique
à laquelle
Tout le Corps de Villelathe .
Pendant tout ce jour chacun
recre les Vers qu'il a compo
fez &le troified du mefme
mois, on convie quantitéfèe
Perlonnes des plus confiderables
GALANT. 97
bles de Thouloufe à un dilné
magnifique , aprés lequel on
examine tous les Ouvrages
qui ont efté recitez , & chacun
donne la voix pour les
Prix . Il s'y trouve toûjours
un Préfident au Mortier , &
quatre Confeillers au Parlement.
Cependant on enferme
dans une grande Sale
tous ceux qui afpirent aux
Prix , & chacun y travaille en
particulier à ce qu'on appelle
I'Effay. C'eſt un Sonnet qu'ils
font fur un Vers qui leur eft
donné , & par lequel ils font
obligez de le finir. La der-
May 1685.
1
98 MERCURE
niere fois qu'on diítribua les
Prix , voicy le Vers que l'on
donna pour l'Effay.
Quiconque efpere enDieu n'estjamais
confondu.
quelques années de divers
Jeux qui fe font en plufieus
Villes le premier jour de ce
.mois. Ceux qu'on nomme
Hij
92 MERCURE
Floreaux ou Floraux , font de
'ce nombre. Ils fe font dans.
la Ville de Thouloufe Capi
tale de Languedoc , & tirent
leur origine de ce qu'autre
fois au commencement de
ce mefme mois de May , toute
la Jeuneſſe du Pays & des
Provinces voifines s'y affembloit
, dans un certain lieu
choily , où l'on recitoit toute
forte de Poëfies , Odes , Madrigaux
, Stances , Elegies,
Sonnets , & fur tour des
Chants Royaux. Cela fe faifoit
pendant trois jours , lef
quels eftant expirez , les An
GALANT 93
ciens recueilloient les voix
pour donner le prix . Celuy
qu'on enjugeoit digne , re
cevoit une Couronne de
Laurier , & on l'appelloit
l'Amant Fidelle de la Courd'A
mourally avoit mefme des
Dames qui compofoient ain
fique les Hommes , mais
afin qu'on ne creuft pas que
la complaifande engageaft les.
Juges à leur eftre favorables,
elles renonçoient au prix.
Enfin aprés un fort grand
ɛnombre d'années , une Fer
me de qualité appellée Clemencé
, entraînée par de
1
94 MERCURE
panchant qu'elle avoit pour
la Poefie , forma le deffein
d'éternifer fa memoire en inftituant
une Fefte remarquable
, qu'on nomma les Jeux
Fleureaux , & qu'elle voulut
zeftre celebrée le premiers &
troifiéme jour de May. Elle
laiffa pour cela la plus grande
partie de fon bien à M's de
Ville à condition que tous
elesans ils feroient faire quatre
Fleurs de Vermeil qui feroient
l'Eglantine , le Soucy;
la Violettes & FOcilled. Les
-Trois premieres qui valent au
moins quinze Piſtoles chaGALANT
95
Gens
cune , font pour les jeunes
que l'on trouve dignes
de les remporter par le me
mitè de leurs Ouvrages. Elles
-font d'une coudée de hauteur
, & reprefentent la Fleur
dont elles portent de nom,
avec un pied de Vermeil , ouì
les Armesde la Ville font gravées
La quatrieme qui eſt
plus petite que les autres , eſt
pour les petits Enfans , & fe
donne par faveur. L'Hoftel
de Ville qui eft tres beau,
très grand & tres - fpacieux,
eftoit la maison de cette Dame.
Elle la donna pour y ce706
MERCURE
Febrer eek Jeux] , ainſi que la
Place du Marché que l'on appelle
La Pierre. C'eſt un lieu
couvert , où quantitéidoMar
chands étalent leurs marchandifes.
On commence
ceftè cérémonie tous les as
le premier jour du mois où
nous femmes , par une Moffe
folemnelle qu'on chante
en Müfique
à laquelle
Tout le Corps de Villelathe .
Pendant tout ce jour chacun
recre les Vers qu'il a compo
fez &le troified du mefme
mois, on convie quantitéfèe
Perlonnes des plus confiderables
GALANT. 97
bles de Thouloufe à un dilné
magnifique , aprés lequel on
examine tous les Ouvrages
qui ont efté recitez , & chacun
donne la voix pour les
Prix . Il s'y trouve toûjours
un Préfident au Mortier , &
quatre Confeillers au Parlement.
Cependant on enferme
dans une grande Sale
tous ceux qui afpirent aux
Prix , & chacun y travaille en
particulier à ce qu'on appelle
I'Effay. C'eſt un Sonnet qu'ils
font fur un Vers qui leur eft
donné , & par lequel ils font
obligez de le finir. La der-
May 1685.
1
98 MERCURE
niere fois qu'on diítribua les
Prix , voicy le Vers que l'on
donna pour l'Effay.
Quiconque efpere enDieu n'estjamais
confondu.
Fermer
Résumé : Jeux Floreaux, & leur origine, avec plusieurs Piéces faites sur ce sujet, [titre d'après la table]
Les Jeux Floraux sont une tradition toulousaine célébrée au début du mois de mai. Ils consistent en des récitations de poèmes variés sur trois jours, suivies d'un vote pour couronner le meilleur poète avec une couronne de laurier. Les femmes peuvent participer mais ne reçoivent pas de prix pour éviter le favoritisme. Clémence, une dame de qualité, institua les Jeux Fleureaux les 1er et 3 mai, léguant des biens à Toulouse pour créer quatre fleurs de vermeil : l'églantine, le souci, la violette et l'œillet. Ces prix, valant quinze pistoles chacun, récompensent les jeunes poètes et les enfants. La cérémonie inclut une messe solennelle et un dîner pour les notables. Les œuvres sont jugées par un président et quatre conseillers du parlement. Les participants doivent écrire un essai et un sonnet se terminant par un vers imposé, comme 'Quiconque espère en Dieu n'est jamais confondu'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 167-181
SECONDE LETTRE D'HELOÏSE A ABAILARD.
Début :
Ayant êté assez hûreux, que de recouvrer la Traduction en Vers, / Quel nouveau coup de Foudre ! [...]
Mots clefs :
Coup de foudre, Coeur, Cruel, Désirs, Proie, Fleur, Douleurs, Épouse, Sanglots, Ardeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE D'HELOÏSE A ABAILARD.
Yant êté affez hûreux , que de
recouvrer laTraduction en Vers,
de la 2 Lettre d'Heloife à Abailard ;
c'eft avec complaifance que j'en pare
mon Mercure : Si la premiere Epitre
du même Auteur , a û un accueil
fi favorable , j'ofe me promettre qu'en
préfentant celle- ci au Public , elle trouvera
autant d'Approbateurs , que de
Lecteurs. Il feroit à fouhaiter que la
même main qui fçait repandre tant de
graces dans tous les écrits voulût
bien fe fouftraire de tems en tems , à
des occupations plus ferieufes , pour en
donner la continuation . C'eft une invitation
que je lui adreffe , de la parts
168 LE MERCURE
des gens de goût , pour l'engager à re
point laiffer cet Ouvrage imparfait,
lui qui peut le rendre ſi parfait.
SECONDE LETTRE ..
D'HELOISE A A BAILARE .
Q
·UE L nouveau coup de Foudre !
&que viens - je d'entendre !
Je ne vous verray plus . Vous pouvez
me l'apprendre ,.
Cruel. Vous m'ôtez tout ; & c'est pour
vôtre coeur
Un barbare plaifir , de combler ma douleur.
N'êtoit-ce pas aſſezqu'aux pleurs abandonnée
,
A vivre loin de vousjefuſſe condamnée? :
Que plaintive , mourante , en Proye¹à
mes defirs ,
Ce Cloître nuit & jour entendit mes
Soupirs ?
N'étoit-ce pas affez qu'à lafleur de mon
âge ,
Vous m'enffiez impofé le plus rude efctavage
?
·Pourquoy d'un vain espoir m'envier les
douceurs ,
Et
DE DECEMBRE. 169
Et verfer fur mes jours de nouvelles
noirceurs.?
Croyez vous donc , Ingrat , que ma foible
conftance ,
Refifte encor long-temps à votre indi-
Et
férence?
que de vos raifons le frivole fecours
De mes vives douleurs puiffe arrefter le
cours ?
Non. Votre changement ne peut rienfur
mon ame ,
Plus vous êtes de glace , & plus jefuis de
flame:
Mais enfin , mon amour devient un dé-
Sespoirs
C'en eft fait , & je veux ou mourir a
ou vous voir.
Quefais-je dans ces lieux ? Malheurcufe
& coupable;
J'aigris d'un Dieu vangeur le couroux
redoutable ,
J'amaffe des Tréfors de crimes & d'horreurs
,
Et fens de jour enjour s'augmenter mes
fureurs .
Je ne fuis plus , belas , cette Epoufefacile,
Qui baifoitfous le jong une tête docile.
Victime de mes feux , je céde à leurs
tranfports ,
Décembre 1717. p .
170
LE MERCURE .
Et ne conferve plus d'inutiles dehors.
Ceft trop jouer le Ciel fous un masque
hipocrite ;
Si mon coeur eft à vous , tout le refte
l'irrite :
Duffay -je vous offrir un Objet odieux,
Rien ne peut m'empêcher de paroître à
vos yeux ;
Vous ne me fuirez point au fecours de
mes charmes ;
Aufecours de mesfeux j'appelleray mes
larmes,
Mesfoupirs, mesfanglots fléchiront vôtre
coeur ,
Vous me regarderez avec moins de ·
rigueur;
Et loin de condamner l'excez où je me
livre
Peut- être quefans moy vous ne voudrez
plus vivre:
Vous fongerez, qu'unis par des noeuds
eternels ;
Nos voeux précipitez font des voeux
criminels ,
Que l'Himen a des Droitsfacrez,inviolables;
Que vouloir les brifer , c'eft nous rendre
coupables.
Je ne demande pas que fenfible à mes
voeux ,
DE DECEMBRE. 171
Votre coeur s'attendriffe & rallume fes
feux ;
Et que pour diffiper , la douleur qui me
preffe ,
Vous confondiez en moy l'Epouse & lạ
Maitreffe:
Je ne veux que vous voir , & que vous
sobéir ,
Et vous forcer au moins à ne meplus
hair.
Mais , cruel , vous craignez jusques à
mápréfence , יד
Pour un coeur inconftant l'amour est une
offence;
Et ce que nous reproche un crime , n'eft
pour nous ,
Qu'un Objet plein d'horreur qu'on voit
avec couroux .
Tu ne foutiendrois pas une Amante
eperdue ,
Ses larmes , fon amour. , tout blefferoit
ta vûë ;
Et tu confultes moins pour m'éloigner.
de
toy ,
La vertu , que ton coeur & ton manque
defoy:
Ce n'étoit pas ainſi qu'aydant à ma
foibleße ,
Tu fçavoispour meperdre , allumer ma
tendreffe ,
Pij
172 LE MERCURE
Rappelle-toi , cruel , cesfermens enflam
mez ,
Ces tranfports fi touchans & fi bien
exprimez :
Avant , me difois- tu , que je fois infidele
On verra fans époux vivre la Tourte-,
relle ;
Le tendre Roffignol ceffant d'être amoureux
Ne s'occupera plus de fes chants douloureux
:
On verra le Zéphir ceffer d'être volage ,
Les fleuvesfur les Monts s'entrouvrir
un passage ,
Le Soleil obfcurci nous refuſer le jour ,
Et tout perirenfin plûtôt que mon amour.
Ainfi pour me tromper, tu chaffois de mon
ame ,
Tout ce qui s'oppoſoit au fuccés de ta
flame ;
Mais qu'il t'en conta peu ! De concert
avec toy ,
Mon coeur, mon lâche coeur , s'éleva
contre moy ,
Te peignit à mesyeux, tendre , empreſſé,
fincere ;
**
Tuparlas , & tuplus , dés que tu voulus
plaire ;
On tel fut de l'amour lefuneftepouvoira
DE DECEMBRE.. 173
Que tume plûs peut - être avant de le
vouloir ;
Peut-être une Rivale , Objet de ta tendreffe
,
Fe voila quelque tems ma naiffante fois
bleffe ;
Et tes diftractions , ton trouble , ta lan
gueur ,
Paroiffoient prés de moy pour un autre
vainqueur ;
Et quand tu t'aperieus de mon extravagance
,
Funela partageas que par reconoiffance
Non cruel , non jamais tu ne ſçus bien
aimer ,
Tu n'étois que fenfible au plaifir de
charmer,
Foffris à tes defirs un Triomphe agréable :
J'aimois. C'en fut affex pour te paroître
aimable.
Eh pourquoy ! Pouvant plaire à mille
autres Objets ,
Vins-tu troubler mon coeur , en arracher
la paix ,
D'un Onele prévenu trahir la confiance,
Aux dépens de toy-même exciterfavangeance
;
Abufer lâchement de ma crédulité ,
Et nous facrifier tous deux par vanité.
Piij
174 LE MERCURE
Talens pernicieux ! Eſprit queje detefte
Prefent que m'avoit fait la colere celefte.
C'est par vous que l'amourféduisant ma.
raifon ,
Répandit dans mes fens fon funefte
poison.
Vain defir defçavoir , dangereufes Lectures:
Mon coeur ne s'eft rempli que de vos
impoftures ; -
J'en perdis l'Innocence , & bientôt ma:
pudeur ,
Fit place aux noirs tranfports d'une coupable
ardeur..
Digne fruit de tes foins , & de ton imprudence
,
Trop aveugle Fulbert , rends- moi mon
ignorance ;
Chaffe loin de ta Niece un Docteur
empefté ,
Qui va drejer un piége à sa fimplicité
;
Tu le crois occupé du deffein de m'inf
truire ;
Philofophe amoureux, il fonge à me
feduire.
Que dis-je ? Sa foibleffe a paffe dans
mon coeur ,
Ce Maître eft mon amant , ce Maître
eft mon vainqueur :
DE DECEMBRE
. 175
Mais je ne dois hélas , m'en préndre
qu'à moi même ,
Vains regrets , vain dépit , tout plait
dans ce qu'on aime :
Séduit par une ardeur pour lui pleine
3 d'appas,
Un coeur tendre fe livre , & ne rai-
Sonne pas ;
Le devoir veut en vain le tirer de fa
chaine >
Le feduiteur amour le fafcine & l'en-·
traine :
Tranquile
dans fes fers , & charmé
fous fes loix,
Ce coeur infortuné S'applaudit de fon
choix :
Infenfible à fes maux , il en craint le
reméde
Et nourit avec foin l'erreur qui le poffede
.
Au trifte portrait connoiffez , cher
> Ероих
Quels font les fentimens qu'Héloïfe a
pour vous :
J'aime à voir s'augmenter lefeu qui me
dévore ,
Je dévrois vous hair , hélas , je vous
adore !
Piiij
$76 LE MERCURE
Je ferme à la raison mon oreille &
mon coeur ,
Et je chéris en vous jusqu'à vôtre
rigueur.
Ne m'aimez plus, foyez infenfible , in
fidelle ;
Inposez- moi le joug d'une abſence éters
nelle ;
Condamnez mes tranfports : Reduifez
mon amour
Afe vaincre , ou du moins à fe cacher
au jour ;
Si ce n'eft pas affez , deffendez - moi
de rire .
J'obéis : Mais fouffrés qu'en fécret jė
foûpire.
Laiffez- moi parpitiémes craintes , mes
douleurs ,
Laiffez - moi vous donner des foupirs &
des pleurs ;
Vous n'y confentez-pas . Vôtre auftere.
Sageffe
Veut moins diffimuler, qu'étoufer mafoibleße
,
Je dois vous oublier fans feinte , sans
détour ,
Vous fermer dans mon coeur le plus foible
retour;
Imiter vôtre exemple ; & du Ciel pénetrée
DE DECEMBRE. 177
Remplir les faints devoirs , où je fuis
confacrée .
Immoler mon penchant à de plus nobles
feux' ;
Et faire de Dieu feul l'objet de tous
mes voeux .
Je dois n'aimer que lui , ne fonger qu'à
lui plaire ,
Par mes gemiffemens défarmer fa co
lere.
Foible Heloife ! En vain je fens que
je le doi
Mes coupables defirs s'échapent malgré
moi.
La raiſon veut regner , & parle enſouveraine
i
La foibleffe refifte , & triomphe fans
peine :
Toujours livrée au trouble , aux regrets »
au dépit
,
Cent fois en un moment mon coeur ſe :
contredit :
Je veux , je ne veux pas , j'befite , je
chancelle.
Quand la grace m'attire , Abailard
me rappelle ,
Et toûjours plus éprife aprés de vains :
efforts
C'est à vous , cher Epoux , que vont rouss
mes transports.
178 LE MERCURE
Soupirs impetueux , ceffés de vous contraindre
;
Eclatez mes fureurs . Je n'ai plus rien
à craindre.
L'Ingrat qui vous fait naître, a ceffé
de m'aimer >
Il me fuit , il me craint ... Mais puisje
l'en blâmer ?:
Ouy cruel !Ta vertume confond & m.accable
,
Coupable , je voudrois que tu fuffes con--
pable :
Quoi , Tu m'auras perdue , je poss
rai te voir
Triompherde ma peine , & de mon de-
Lespoir ?
Tranquile , t'applaudir de ton indiference
,
Et peut-être infulter à ma folle conftance
?
Je ne ferai pas feule en but à tant de
maux.
Je prétens à mon tour détruire ton
reposi
Te faire partager le trouble de mon
Ame ,
Et toutes les horreurs d'unefatalle flame:
Ne crois plus m'adoucir. Le fort en eſt
jetté
DE DECEMBRE. 179
Je ne puis trop punir ton infidelité.
Que n'est-il des tourmens pour vanger
mon injure ,
Qui puiffent égaler ma peine , & ton
parjure ?
Jépuiferois fur toi tout ce qu'ils ont
d'affreux
Foibles emportemens d'un amour malheureux
!*
Que vous me fervés mal ! Ma fureur
defarmée,
Respecte encor l'Ingrat dont mon ame eft
charmée :
Mon couroux contre lui , ne m'offre aucun
Secours ,
"
Et ce n'est plus qu'aux pleurs qu'Híloïfe
a recours..
Vivez , cher Abailard , fans allarmes
fans craintes ,
Et bravez de l'amour les frivoles atteintes
..
Goutez d'unfaint repos l'éternelle don
ceur
Maître de vos defirs , regnez für vô
tre coeur..
Du Dien que vous fervez foûtenezla
quérelle ;
Signalez pour fon nom ,
l'ardeur de vôi
tre.zele ::
180 LE MERCURE
Formez lui des Elûs
1
fur nous,
* qui fe réglant
Mettent dans fon amour leur bonheur
le plus doux.
Si mon falut vous touche , &fi je vous
fuis chere ,
Achevez d'affermir la raison qui m'éclaire..
Je sens que la vertu vent reprendre fes
droits
Aidez une ame foible à pratiquer fes
loix.
De fes égaremens mon esprit fe dégage
;
Mais votre idée encore affoiblit mon
courage.
Divin attrait des cours ! Charme victorieux
!
Grace adorable , enfin tu deffilles mes
yeux
Tu verfes dans mon fein laforce & l'a
lumiére,
A l'amour de mon Dien tu me rends
toute entiéres
Tu me fais retrouver l'innocence & la
Paix ;
Tu captives mes fens , &remplis mes
fouhaits.
Seigneur , c'eft ta bonté, c'eft tamain
Lecourable ,
DE DECEMBRE. 181
Qui ferme fous mes pas cet abîme effroyable:
Sans toi , je m'y plongeois ; déja même
L'erreur
A l'endurciffement avoit livré mon
coeur.
J'étois fourde à ta voix , & bravant
ta colere ,
J'étoufois du remords le trouble falu
taire.
Mon aveugle fureur m'occupoit nuit &
jour ,
Et je ne connoiffois d'autre Dieu que
l'amour:
Mais , qui peut avec toi balancer la
victoire
Nos forfaits les plus grands font écla
ter ta gloire.
Et le coeur le plus dur , quand tu veux
l'attendrir ,
A tes impreffions , lui- même vient´s’offrir.
recouvrer laTraduction en Vers,
de la 2 Lettre d'Heloife à Abailard ;
c'eft avec complaifance que j'en pare
mon Mercure : Si la premiere Epitre
du même Auteur , a û un accueil
fi favorable , j'ofe me promettre qu'en
préfentant celle- ci au Public , elle trouvera
autant d'Approbateurs , que de
Lecteurs. Il feroit à fouhaiter que la
même main qui fçait repandre tant de
graces dans tous les écrits voulût
bien fe fouftraire de tems en tems , à
des occupations plus ferieufes , pour en
donner la continuation . C'eft une invitation
que je lui adreffe , de la parts
168 LE MERCURE
des gens de goût , pour l'engager à re
point laiffer cet Ouvrage imparfait,
lui qui peut le rendre ſi parfait.
SECONDE LETTRE ..
D'HELOISE A A BAILARE .
Q
·UE L nouveau coup de Foudre !
&que viens - je d'entendre !
Je ne vous verray plus . Vous pouvez
me l'apprendre ,.
Cruel. Vous m'ôtez tout ; & c'est pour
vôtre coeur
Un barbare plaifir , de combler ma douleur.
N'êtoit-ce pas aſſezqu'aux pleurs abandonnée
,
A vivre loin de vousjefuſſe condamnée? :
Que plaintive , mourante , en Proye¹à
mes defirs ,
Ce Cloître nuit & jour entendit mes
Soupirs ?
N'étoit-ce pas affez qu'à lafleur de mon
âge ,
Vous m'enffiez impofé le plus rude efctavage
?
·Pourquoy d'un vain espoir m'envier les
douceurs ,
Et
DE DECEMBRE. 169
Et verfer fur mes jours de nouvelles
noirceurs.?
Croyez vous donc , Ingrat , que ma foible
conftance ,
Refifte encor long-temps à votre indi-
Et
férence?
que de vos raifons le frivole fecours
De mes vives douleurs puiffe arrefter le
cours ?
Non. Votre changement ne peut rienfur
mon ame ,
Plus vous êtes de glace , & plus jefuis de
flame:
Mais enfin , mon amour devient un dé-
Sespoirs
C'en eft fait , & je veux ou mourir a
ou vous voir.
Quefais-je dans ces lieux ? Malheurcufe
& coupable;
J'aigris d'un Dieu vangeur le couroux
redoutable ,
J'amaffe des Tréfors de crimes & d'horreurs
,
Et fens de jour enjour s'augmenter mes
fureurs .
Je ne fuis plus , belas , cette Epoufefacile,
Qui baifoitfous le jong une tête docile.
Victime de mes feux , je céde à leurs
tranfports ,
Décembre 1717. p .
170
LE MERCURE .
Et ne conferve plus d'inutiles dehors.
Ceft trop jouer le Ciel fous un masque
hipocrite ;
Si mon coeur eft à vous , tout le refte
l'irrite :
Duffay -je vous offrir un Objet odieux,
Rien ne peut m'empêcher de paroître à
vos yeux ;
Vous ne me fuirez point au fecours de
mes charmes ;
Aufecours de mesfeux j'appelleray mes
larmes,
Mesfoupirs, mesfanglots fléchiront vôtre
coeur ,
Vous me regarderez avec moins de ·
rigueur;
Et loin de condamner l'excez où je me
livre
Peut- être quefans moy vous ne voudrez
plus vivre:
Vous fongerez, qu'unis par des noeuds
eternels ;
Nos voeux précipitez font des voeux
criminels ,
Que l'Himen a des Droitsfacrez,inviolables;
Que vouloir les brifer , c'eft nous rendre
coupables.
Je ne demande pas que fenfible à mes
voeux ,
DE DECEMBRE. 171
Votre coeur s'attendriffe & rallume fes
feux ;
Et que pour diffiper , la douleur qui me
preffe ,
Vous confondiez en moy l'Epouse & lạ
Maitreffe:
Je ne veux que vous voir , & que vous
sobéir ,
Et vous forcer au moins à ne meplus
hair.
Mais , cruel , vous craignez jusques à
mápréfence , יד
Pour un coeur inconftant l'amour est une
offence;
Et ce que nous reproche un crime , n'eft
pour nous ,
Qu'un Objet plein d'horreur qu'on voit
avec couroux .
Tu ne foutiendrois pas une Amante
eperdue ,
Ses larmes , fon amour. , tout blefferoit
ta vûë ;
Et tu confultes moins pour m'éloigner.
de
toy ,
La vertu , que ton coeur & ton manque
defoy:
Ce n'étoit pas ainſi qu'aydant à ma
foibleße ,
Tu fçavoispour meperdre , allumer ma
tendreffe ,
Pij
172 LE MERCURE
Rappelle-toi , cruel , cesfermens enflam
mez ,
Ces tranfports fi touchans & fi bien
exprimez :
Avant , me difois- tu , que je fois infidele
On verra fans époux vivre la Tourte-,
relle ;
Le tendre Roffignol ceffant d'être amoureux
Ne s'occupera plus de fes chants douloureux
:
On verra le Zéphir ceffer d'être volage ,
Les fleuvesfur les Monts s'entrouvrir
un passage ,
Le Soleil obfcurci nous refuſer le jour ,
Et tout perirenfin plûtôt que mon amour.
Ainfi pour me tromper, tu chaffois de mon
ame ,
Tout ce qui s'oppoſoit au fuccés de ta
flame ;
Mais qu'il t'en conta peu ! De concert
avec toy ,
Mon coeur, mon lâche coeur , s'éleva
contre moy ,
Te peignit à mesyeux, tendre , empreſſé,
fincere ;
**
Tuparlas , & tuplus , dés que tu voulus
plaire ;
On tel fut de l'amour lefuneftepouvoira
DE DECEMBRE.. 173
Que tume plûs peut - être avant de le
vouloir ;
Peut-être une Rivale , Objet de ta tendreffe
,
Fe voila quelque tems ma naiffante fois
bleffe ;
Et tes diftractions , ton trouble , ta lan
gueur ,
Paroiffoient prés de moy pour un autre
vainqueur ;
Et quand tu t'aperieus de mon extravagance
,
Funela partageas que par reconoiffance
Non cruel , non jamais tu ne ſçus bien
aimer ,
Tu n'étois que fenfible au plaifir de
charmer,
Foffris à tes defirs un Triomphe agréable :
J'aimois. C'en fut affex pour te paroître
aimable.
Eh pourquoy ! Pouvant plaire à mille
autres Objets ,
Vins-tu troubler mon coeur , en arracher
la paix ,
D'un Onele prévenu trahir la confiance,
Aux dépens de toy-même exciterfavangeance
;
Abufer lâchement de ma crédulité ,
Et nous facrifier tous deux par vanité.
Piij
174 LE MERCURE
Talens pernicieux ! Eſprit queje detefte
Prefent que m'avoit fait la colere celefte.
C'est par vous que l'amourféduisant ma.
raifon ,
Répandit dans mes fens fon funefte
poison.
Vain defir defçavoir , dangereufes Lectures:
Mon coeur ne s'eft rempli que de vos
impoftures ; -
J'en perdis l'Innocence , & bientôt ma:
pudeur ,
Fit place aux noirs tranfports d'une coupable
ardeur..
Digne fruit de tes foins , & de ton imprudence
,
Trop aveugle Fulbert , rends- moi mon
ignorance ;
Chaffe loin de ta Niece un Docteur
empefté ,
Qui va drejer un piége à sa fimplicité
;
Tu le crois occupé du deffein de m'inf
truire ;
Philofophe amoureux, il fonge à me
feduire.
Que dis-je ? Sa foibleffe a paffe dans
mon coeur ,
Ce Maître eft mon amant , ce Maître
eft mon vainqueur :
DE DECEMBRE
. 175
Mais je ne dois hélas , m'en préndre
qu'à moi même ,
Vains regrets , vain dépit , tout plait
dans ce qu'on aime :
Séduit par une ardeur pour lui pleine
3 d'appas,
Un coeur tendre fe livre , & ne rai-
Sonne pas ;
Le devoir veut en vain le tirer de fa
chaine >
Le feduiteur amour le fafcine & l'en-·
traine :
Tranquile
dans fes fers , & charmé
fous fes loix,
Ce coeur infortuné S'applaudit de fon
choix :
Infenfible à fes maux , il en craint le
reméde
Et nourit avec foin l'erreur qui le poffede
.
Au trifte portrait connoiffez , cher
> Ероих
Quels font les fentimens qu'Héloïfe a
pour vous :
J'aime à voir s'augmenter lefeu qui me
dévore ,
Je dévrois vous hair , hélas , je vous
adore !
Piiij
$76 LE MERCURE
Je ferme à la raison mon oreille &
mon coeur ,
Et je chéris en vous jusqu'à vôtre
rigueur.
Ne m'aimez plus, foyez infenfible , in
fidelle ;
Inposez- moi le joug d'une abſence éters
nelle ;
Condamnez mes tranfports : Reduifez
mon amour
Afe vaincre , ou du moins à fe cacher
au jour ;
Si ce n'eft pas affez , deffendez - moi
de rire .
J'obéis : Mais fouffrés qu'en fécret jė
foûpire.
Laiffez- moi parpitiémes craintes , mes
douleurs ,
Laiffez - moi vous donner des foupirs &
des pleurs ;
Vous n'y confentez-pas . Vôtre auftere.
Sageffe
Veut moins diffimuler, qu'étoufer mafoibleße
,
Je dois vous oublier fans feinte , sans
détour ,
Vous fermer dans mon coeur le plus foible
retour;
Imiter vôtre exemple ; & du Ciel pénetrée
DE DECEMBRE. 177
Remplir les faints devoirs , où je fuis
confacrée .
Immoler mon penchant à de plus nobles
feux' ;
Et faire de Dieu feul l'objet de tous
mes voeux .
Je dois n'aimer que lui , ne fonger qu'à
lui plaire ,
Par mes gemiffemens défarmer fa co
lere.
Foible Heloife ! En vain je fens que
je le doi
Mes coupables defirs s'échapent malgré
moi.
La raiſon veut regner , & parle enſouveraine
i
La foibleffe refifte , & triomphe fans
peine :
Toujours livrée au trouble , aux regrets »
au dépit
,
Cent fois en un moment mon coeur ſe :
contredit :
Je veux , je ne veux pas , j'befite , je
chancelle.
Quand la grace m'attire , Abailard
me rappelle ,
Et toûjours plus éprife aprés de vains :
efforts
C'est à vous , cher Epoux , que vont rouss
mes transports.
178 LE MERCURE
Soupirs impetueux , ceffés de vous contraindre
;
Eclatez mes fureurs . Je n'ai plus rien
à craindre.
L'Ingrat qui vous fait naître, a ceffé
de m'aimer >
Il me fuit , il me craint ... Mais puisje
l'en blâmer ?:
Ouy cruel !Ta vertume confond & m.accable
,
Coupable , je voudrois que tu fuffes con--
pable :
Quoi , Tu m'auras perdue , je poss
rai te voir
Triompherde ma peine , & de mon de-
Lespoir ?
Tranquile , t'applaudir de ton indiference
,
Et peut-être infulter à ma folle conftance
?
Je ne ferai pas feule en but à tant de
maux.
Je prétens à mon tour détruire ton
reposi
Te faire partager le trouble de mon
Ame ,
Et toutes les horreurs d'unefatalle flame:
Ne crois plus m'adoucir. Le fort en eſt
jetté
DE DECEMBRE. 179
Je ne puis trop punir ton infidelité.
Que n'est-il des tourmens pour vanger
mon injure ,
Qui puiffent égaler ma peine , & ton
parjure ?
Jépuiferois fur toi tout ce qu'ils ont
d'affreux
Foibles emportemens d'un amour malheureux
!*
Que vous me fervés mal ! Ma fureur
defarmée,
Respecte encor l'Ingrat dont mon ame eft
charmée :
Mon couroux contre lui , ne m'offre aucun
Secours ,
"
Et ce n'est plus qu'aux pleurs qu'Híloïfe
a recours..
Vivez , cher Abailard , fans allarmes
fans craintes ,
Et bravez de l'amour les frivoles atteintes
..
Goutez d'unfaint repos l'éternelle don
ceur
Maître de vos defirs , regnez für vô
tre coeur..
Du Dien que vous fervez foûtenezla
quérelle ;
Signalez pour fon nom ,
l'ardeur de vôi
tre.zele ::
180 LE MERCURE
Formez lui des Elûs
1
fur nous,
* qui fe réglant
Mettent dans fon amour leur bonheur
le plus doux.
Si mon falut vous touche , &fi je vous
fuis chere ,
Achevez d'affermir la raison qui m'éclaire..
Je sens que la vertu vent reprendre fes
droits
Aidez une ame foible à pratiquer fes
loix.
De fes égaremens mon esprit fe dégage
;
Mais votre idée encore affoiblit mon
courage.
Divin attrait des cours ! Charme victorieux
!
Grace adorable , enfin tu deffilles mes
yeux
Tu verfes dans mon fein laforce & l'a
lumiére,
A l'amour de mon Dien tu me rends
toute entiéres
Tu me fais retrouver l'innocence & la
Paix ;
Tu captives mes fens , &remplis mes
fouhaits.
Seigneur , c'eft ta bonté, c'eft tamain
Lecourable ,
DE DECEMBRE. 181
Qui ferme fous mes pas cet abîme effroyable:
Sans toi , je m'y plongeois ; déja même
L'erreur
A l'endurciffement avoit livré mon
coeur.
J'étois fourde à ta voix , & bravant
ta colere ,
J'étoufois du remords le trouble falu
taire.
Mon aveugle fureur m'occupoit nuit &
jour ,
Et je ne connoiffois d'autre Dieu que
l'amour:
Mais , qui peut avec toi balancer la
victoire
Nos forfaits les plus grands font écla
ter ta gloire.
Et le coeur le plus dur , quand tu veux
l'attendrir ,
A tes impreffions , lui- même vient´s’offrir.
Fermer
3
p. 1973
A M. B**. C. D. V. à l'occasion du jour de sa Fête. RONDEAU.
Début :
Tout est dit, en Vers comme en Prose ; [...]
Mots clefs :
Bouquet, Voltaire, Fleur, Amitié
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. B**. C. D. V. à l'occasion du jour de sa Fête. RONDEAU.
AM. B**. C. D, V. à l'occafion du jour
de fa Fête.
RONDE A U.
Tout eft dit , en Vers comme en Profe ;
Tout eft donné , Tulipe & Role ;
Tout gentil Bouquet eft écrit ;
Tout s'eft offert à quelque efprit ,
Et l'Art d'inventer fe repoſe.
On fe reffemble en quelque chofes
Jufquesfur Voltaire l'on gloſe ;
Soit en grand , ou foit en petit ,
Tout eft dit.
Même toute fleur eſt écloſe.
Tendre amitié , malgré fa dofe ,
Dans tout mortel enfin périt :
La mienne , que le coeur régit ,
Ne craint point de Métamorphofe
Tout eft dit.
Laffichard.
de fa Fête.
RONDE A U.
Tout eft dit , en Vers comme en Profe ;
Tout eft donné , Tulipe & Role ;
Tout gentil Bouquet eft écrit ;
Tout s'eft offert à quelque efprit ,
Et l'Art d'inventer fe repoſe.
On fe reffemble en quelque chofes
Jufquesfur Voltaire l'on gloſe ;
Soit en grand , ou foit en petit ,
Tout eft dit.
Même toute fleur eſt écloſe.
Tendre amitié , malgré fa dofe ,
Dans tout mortel enfin périt :
La mienne , que le coeur régit ,
Ne craint point de Métamorphofe
Tout eft dit.
Laffichard.
Fermer
4
p. 57-63
LETTRE Ecrite à l'Auteur du Mercure, par un Garçon-Marchand qui voudroit bien être Bel Esprit.
Début :
MONSIEUR, Vous êtes en possession de réunir dans votre Journal [...]
Mots clefs :
Dents, Chicot, Chambre des pairs, Fleur, Public, Académie, Homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE Ecrite à l'Auteur du Mercure, par un Garçon-Marchand qui voudroit bien être Bel Esprit.
LETTRE
Ecrite à l'Auteur du Mercure, par un Garçon-Marchand
qui voudroit bien être
Bel Esprit.
MONSIEUR,
Vous êtes en possession de réunir dans
votre Journal l'instructif & l'amusant,
le férieux & le badin. Le Public
trouve son compte dans ce melange judi-
cieux; il a de quoi contenter toutes
fortes de Lecteurs: les uns songent à s'or-
ner l'esprit, les autres cherchent à se ré-
créer. Pour la satisfaction de ces der-
niers, je veux vous raconter une avanture
finguliere, dont hier au soir je fus le té-
moin oculaire. Faites, s'il vous plaît,
bien vîte imprimer ma Relation: je
n'ai point encore vû de ma prose en
lettres moulées; il me semble que cela
doit être bien chatouilleux. Etre Au-
teur !... Figurer dans un Livre !....
se commence.
Au centre ou à peu près de notre
vieille cité (nous dattons du Déluge ).
Au centre donc de notre Ville 2
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
est un réduit public, où s'assemblent
tous les soirs les Fainéans de profession,
& ceux qui quittent leur ouvrage au
jour tombant. Je me vante d'être un des
plus exacts à m'y rendre : dès que ma
boutique est fermée, je vais, je vole
à l'Académie; c'est ainsi que par décen-
ce, & faute d'Académie littéraire, nos ci-
tadins ont nommé ce tripot. Là, on tue le
temps comme on peut: les uns jouent,
ou parient: les autres mangent ou boivent:
plusieurs parlent, dissertent, exagerent,
chantent, crient; quelques-uns regar-
dent, se taisent écoutent, se mocquent,
sennuient. Cet hôtel, véritable tour de
Babel, vraie Cour du Roi Petaut, est
distribué en plusieurs appartemens, dont
deux principaux: lappartement haut,
c'est proprement l'Acadèmie, l'assemblée
du beau-monde, la Chambre des Pairs;
je n'y vais que les Dimanches : l'aparte-
tement bas où je vais tous les jours,
sera, si vous le voulez la Chambre des
Communes, vulgairement un billard,
une taverne à bierte, un poële enfumé.
Cleres de Procureur, Garçons-Mar-
chands, Huifsiers, Rats de-cave, Eco-
liers, tous bons enfans & gens du pays,
forment le gros de la bruyante assem-
blée. Les Etrangers y sont admis, com-
Digfires bO
MARS. 1752.
57
me de raison; aussi sont-ce deux Etran-
gers qui vont jouer le principale rôle
dans la Scene que j'ai à détailler. Scene
vraiment comique, quoique ensanglan-
tée: mais allons au fait; je crains de
m'être un peu trop arrêté sur la description
dulieu de laScene; en tout cas, si j'ai eu tort,
qu'on me pardonne; je suis apprentif
Relateur: moi-même, j'ai souvent eu
de l'indulgence pour les Maîtres de
PArt.
Un Arracheur de dents qui ne ment
jamais, du moins à ce qu'il dit, exer-
ce depuis quelque temps son Art en cet-
te Ville. Il se nomme le sieur N.***
C'est un petit homme singulier, gros
& court, borgne & grimacier, parlant
haut & toujours, vantant sa dextérité &
fes prouesses, aimant son métier jus-
qu'à la fureur, regardant les dents qu'il
a arrachées, comme autant d'escadrons
renversés, brave d'ailleurs & sur la hanche,
faisant trembler les vieux corps, sans en-
excepter ceux des pieds, dur à lui-mê-
me jusou'à l'Héroisme, bravant les ri-
gueurs de la saison, couvert de la plus:
mince papeline; ennemi jurè des fa-
çons, & furtout des visites du premier
jour de l'an, ayant eu soin de distri-
buer trois jours avant; force billets impri-
C
60 MERCURE DE FRANCE.
mès, où il assute qu'il arrachera les dents
à toutes les personnes qui lui feront l'hon-
neur de le venir voir. Tel est mon Héros
principal. Nous le voyons tous les jours
avec plaisit, nous l'entendons avec ad-
miration. Il opere sous nos yeux en plein
billard; & je dois dire en Historien fi-
delle, qu'il opere fort heureusement.
Hier pourtant, hier, sa gloire, aussi
brillante, mais aussi fragile que le crys-
tal, vint se briser contre un chicot obs-
tiné. Le Laquais d'un de nos Magis-
trats, qui s'amusoit bonnement avec nous
jusqu'à ce que son Maître descendit de
la Chambre des Pairs, se plaignit à no-
tre Artiste d'un reste de dent qui l'in-
commodoit. L'examiner, offrir ses servi-
ces, la manquer, la remanquer deux ou
trois fois, tout cela fut executé. Le La-
quais saignoit fort & se plaignoit: l'O-
pérateur juroit gros, & rougissoit: le
Public assemblé s'étonnoit; un mauvais
Plaisant haussoit les épaules & rioit. Le
colérique N*** s'en apperçut: vous
riez, Monsieur, lui dit-il: sachez qu'il
ny a point de Dentiste en France qui
puisse tirer ce chicot; point d'homme
en Europe... Monseu, Monseu, ajou-
ta-t. il, en haussant le ton & ôtant son
chapeau, j'ai eu l'honneur de travailler
MARS. 1752.
61
dans toutes les Cours d'Allemagne, de
Prusse, de Hollande, d'Angleterre, j'en ai
de bons certificats, & si ce chicot ...
Il en auroit dit davantage, si le Rieur,
qui alors ne rioit plus, ne l'eût inter-
rompu, J'arracherai pourtant ce chicot
tout. à l'heure, si M. la Fleur me le pet-
met, dit il modestement; M. la Fleur
mertez vous là: oui oui, Monsieur, met-
tez-vous là, dit aussi l'éhonté Opérateur,
nous allons voir. Le complaisant la Fleur
s'assied, ouvre la bouche, présente la mâ-
choire; le nouveau Dentiste y met le
davier, le chicot est enlevé . .... . Eh.
donc! Monsu de la Fleur, faites garga-
risme à l'alvéole. Ce terme de l'Art pro-
noncé d'un accent biscayen, la vue du
chicot ensanglanté; le regard malin des
Assistans, pétrifierent le pauvre N***
Je le vois bien, Monsieur, dit-il, vous
êtes du métier; mais morbleu! Si je
n'eusse ébranlé cette dent, de votre vie-
vous ne l'eussiez tirée. Le garçon Chi-
rurgien, car en effet c'en étoit un, pic-
qué de cette rodomontade, qui sem-
bloit le ravaler, palit de colere, & rougir
je
d'indignation. Je parie, dit-il à N***
parie vous arracher à vous- même à l'instant
toutes les dents l'une après l'autre; & si
jun manque une seule, je veux.. Tope,
BaseesOO
62 MERCUREDE FRANCE.
repondit l'autre. Je parie un louis d'or .. I.
la dispute étoit trop plaisante: un mem-
bre de la Chambre des Communes se
députe à la Chambre des Pairs; les Pairs
descendent .... Dans cet intervale la ga-
geure d'un louis d'or avoit été réduite à
trois livres, & l'expérience à trois dents.
N***
,le cul par terre, indiquoit à
son rival celles de toutes ses dents qui-
étoient le mieux enracinées; le jeune
Chirurgien saisit la premiere, la renver-
se, la jette sans parler aux pieds de N*xx
& d'une main victorieuse alloit froide-
ment continuer l'abatis, lorsque N***
tut ensanglanté se releve, vous avez
gagné, dit il en l'embrassant, vous êtes un
habile homme, je ne l'aurois pas mieux
arrachée: l'écu est à vous .... Mais le
triomphant Chirurgien scut user de la-
victoire; content de ses lauriers, il re-
fusa d'empocher le prix de ses travaux
rendit l'écu. Nr* de son côté se picqua de
génétosité; on apporta des pots, des li-
queurs. Tous les Assistans furent engagés à
se joindre aux trois Acteurs principaux;
beaucoup accepterent, je fus de ce nom-
bre, & au lieu d'un écu, nous en bu-
mes au moins quatre. Instabilité des cho-
ses humaines! pourtois je m'écrier ici:
vanité des biens de ce monde!N**
jitized by Goog
63
MARS. 1752.
perd en un quart d'heure au plus sa ré-
putation, une dent saine & quatre écus.
Voilà, Monsieur, la singularité dont
j'avois à vous rendre compte. Je sens
combien une Seene aussi plaisante perdra,
à être lue : le tout est d'en avoir été Spec-
tateur. La honte, le dépit de l'un, le-
tiomphe & la joye de l'autre, les mu-
seaux saignanis des deux édentés, des
rieurs de toutes paris; les attitudes va-
riées des Spectateurs, ces différens ob-
jets formoient un tout inimitable. Ja-
mais je n'ai vû un tableau aussi original.
J'aurois peut être mieux réussi dans la
copie que j'en ai faite, si j'eusse osé y
employer plus de temps, mais j'ai eu
peur d'être prévenu. Nous avons ici plu-
sieurs Beaux-Esprits qui auroient saisi cet-
te occasion d'augmenter leur gloire. On-
vient même de massurer que Mademoi-
selle... avoit passé toute la nuit pour en-
faire le sujet d'une Epître à une Duches-
se; Mademoiselle .. la matiere d'uneEglo-
gue ; M. l'Abbé .... le canevas d'une
Ode Anacréontique. Pour moi je ne fais
point de vers, ou du moins si par mal-
heur j'en fais, ils sont assez méchans,
Mais je me garde bien de les montrer aux gens.
T'ai l'honneur d'être, &c.
Ecrite à l'Auteur du Mercure, par un Garçon-Marchand
qui voudroit bien être
Bel Esprit.
MONSIEUR,
Vous êtes en possession de réunir dans
votre Journal l'instructif & l'amusant,
le férieux & le badin. Le Public
trouve son compte dans ce melange judi-
cieux; il a de quoi contenter toutes
fortes de Lecteurs: les uns songent à s'or-
ner l'esprit, les autres cherchent à se ré-
créer. Pour la satisfaction de ces der-
niers, je veux vous raconter une avanture
finguliere, dont hier au soir je fus le té-
moin oculaire. Faites, s'il vous plaît,
bien vîte imprimer ma Relation: je
n'ai point encore vû de ma prose en
lettres moulées; il me semble que cela
doit être bien chatouilleux. Etre Au-
teur !... Figurer dans un Livre !....
se commence.
Au centre ou à peu près de notre
vieille cité (nous dattons du Déluge ).
Au centre donc de notre Ville 2
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
est un réduit public, où s'assemblent
tous les soirs les Fainéans de profession,
& ceux qui quittent leur ouvrage au
jour tombant. Je me vante d'être un des
plus exacts à m'y rendre : dès que ma
boutique est fermée, je vais, je vole
à l'Académie; c'est ainsi que par décen-
ce, & faute d'Académie littéraire, nos ci-
tadins ont nommé ce tripot. Là, on tue le
temps comme on peut: les uns jouent,
ou parient: les autres mangent ou boivent:
plusieurs parlent, dissertent, exagerent,
chantent, crient; quelques-uns regar-
dent, se taisent écoutent, se mocquent,
sennuient. Cet hôtel, véritable tour de
Babel, vraie Cour du Roi Petaut, est
distribué en plusieurs appartemens, dont
deux principaux: lappartement haut,
c'est proprement l'Acadèmie, l'assemblée
du beau-monde, la Chambre des Pairs;
je n'y vais que les Dimanches : l'aparte-
tement bas où je vais tous les jours,
sera, si vous le voulez la Chambre des
Communes, vulgairement un billard,
une taverne à bierte, un poële enfumé.
Cleres de Procureur, Garçons-Mar-
chands, Huifsiers, Rats de-cave, Eco-
liers, tous bons enfans & gens du pays,
forment le gros de la bruyante assem-
blée. Les Etrangers y sont admis, com-
Digfires bO
MARS. 1752.
57
me de raison; aussi sont-ce deux Etran-
gers qui vont jouer le principale rôle
dans la Scene que j'ai à détailler. Scene
vraiment comique, quoique ensanglan-
tée: mais allons au fait; je crains de
m'être un peu trop arrêté sur la description
dulieu de laScene; en tout cas, si j'ai eu tort,
qu'on me pardonne; je suis apprentif
Relateur: moi-même, j'ai souvent eu
de l'indulgence pour les Maîtres de
PArt.
Un Arracheur de dents qui ne ment
jamais, du moins à ce qu'il dit, exer-
ce depuis quelque temps son Art en cet-
te Ville. Il se nomme le sieur N.***
C'est un petit homme singulier, gros
& court, borgne & grimacier, parlant
haut & toujours, vantant sa dextérité &
fes prouesses, aimant son métier jus-
qu'à la fureur, regardant les dents qu'il
a arrachées, comme autant d'escadrons
renversés, brave d'ailleurs & sur la hanche,
faisant trembler les vieux corps, sans en-
excepter ceux des pieds, dur à lui-mê-
me jusou'à l'Héroisme, bravant les ri-
gueurs de la saison, couvert de la plus:
mince papeline; ennemi jurè des fa-
çons, & furtout des visites du premier
jour de l'an, ayant eu soin de distri-
buer trois jours avant; force billets impri-
C
60 MERCURE DE FRANCE.
mès, où il assute qu'il arrachera les dents
à toutes les personnes qui lui feront l'hon-
neur de le venir voir. Tel est mon Héros
principal. Nous le voyons tous les jours
avec plaisit, nous l'entendons avec ad-
miration. Il opere sous nos yeux en plein
billard; & je dois dire en Historien fi-
delle, qu'il opere fort heureusement.
Hier pourtant, hier, sa gloire, aussi
brillante, mais aussi fragile que le crys-
tal, vint se briser contre un chicot obs-
tiné. Le Laquais d'un de nos Magis-
trats, qui s'amusoit bonnement avec nous
jusqu'à ce que son Maître descendit de
la Chambre des Pairs, se plaignit à no-
tre Artiste d'un reste de dent qui l'in-
commodoit. L'examiner, offrir ses servi-
ces, la manquer, la remanquer deux ou
trois fois, tout cela fut executé. Le La-
quais saignoit fort & se plaignoit: l'O-
pérateur juroit gros, & rougissoit: le
Public assemblé s'étonnoit; un mauvais
Plaisant haussoit les épaules & rioit. Le
colérique N*** s'en apperçut: vous
riez, Monsieur, lui dit-il: sachez qu'il
ny a point de Dentiste en France qui
puisse tirer ce chicot; point d'homme
en Europe... Monseu, Monseu, ajou-
ta-t. il, en haussant le ton & ôtant son
chapeau, j'ai eu l'honneur de travailler
MARS. 1752.
61
dans toutes les Cours d'Allemagne, de
Prusse, de Hollande, d'Angleterre, j'en ai
de bons certificats, & si ce chicot ...
Il en auroit dit davantage, si le Rieur,
qui alors ne rioit plus, ne l'eût inter-
rompu, J'arracherai pourtant ce chicot
tout. à l'heure, si M. la Fleur me le pet-
met, dit il modestement; M. la Fleur
mertez vous là: oui oui, Monsieur, met-
tez-vous là, dit aussi l'éhonté Opérateur,
nous allons voir. Le complaisant la Fleur
s'assied, ouvre la bouche, présente la mâ-
choire; le nouveau Dentiste y met le
davier, le chicot est enlevé . .... . Eh.
donc! Monsu de la Fleur, faites garga-
risme à l'alvéole. Ce terme de l'Art pro-
noncé d'un accent biscayen, la vue du
chicot ensanglanté; le regard malin des
Assistans, pétrifierent le pauvre N***
Je le vois bien, Monsieur, dit-il, vous
êtes du métier; mais morbleu! Si je
n'eusse ébranlé cette dent, de votre vie-
vous ne l'eussiez tirée. Le garçon Chi-
rurgien, car en effet c'en étoit un, pic-
qué de cette rodomontade, qui sem-
bloit le ravaler, palit de colere, & rougir
je
d'indignation. Je parie, dit-il à N***
parie vous arracher à vous- même à l'instant
toutes les dents l'une après l'autre; & si
jun manque une seule, je veux.. Tope,
BaseesOO
62 MERCUREDE FRANCE.
repondit l'autre. Je parie un louis d'or .. I.
la dispute étoit trop plaisante: un mem-
bre de la Chambre des Communes se
députe à la Chambre des Pairs; les Pairs
descendent .... Dans cet intervale la ga-
geure d'un louis d'or avoit été réduite à
trois livres, & l'expérience à trois dents.
N***
,le cul par terre, indiquoit à
son rival celles de toutes ses dents qui-
étoient le mieux enracinées; le jeune
Chirurgien saisit la premiere, la renver-
se, la jette sans parler aux pieds de N*xx
& d'une main victorieuse alloit froide-
ment continuer l'abatis, lorsque N***
tut ensanglanté se releve, vous avez
gagné, dit il en l'embrassant, vous êtes un
habile homme, je ne l'aurois pas mieux
arrachée: l'écu est à vous .... Mais le
triomphant Chirurgien scut user de la-
victoire; content de ses lauriers, il re-
fusa d'empocher le prix de ses travaux
rendit l'écu. Nr* de son côté se picqua de
génétosité; on apporta des pots, des li-
queurs. Tous les Assistans furent engagés à
se joindre aux trois Acteurs principaux;
beaucoup accepterent, je fus de ce nom-
bre, & au lieu d'un écu, nous en bu-
mes au moins quatre. Instabilité des cho-
ses humaines! pourtois je m'écrier ici:
vanité des biens de ce monde!N**
jitized by Goog
63
MARS. 1752.
perd en un quart d'heure au plus sa ré-
putation, une dent saine & quatre écus.
Voilà, Monsieur, la singularité dont
j'avois à vous rendre compte. Je sens
combien une Seene aussi plaisante perdra,
à être lue : le tout est d'en avoir été Spec-
tateur. La honte, le dépit de l'un, le-
tiomphe & la joye de l'autre, les mu-
seaux saignanis des deux édentés, des
rieurs de toutes paris; les attitudes va-
riées des Spectateurs, ces différens ob-
jets formoient un tout inimitable. Ja-
mais je n'ai vû un tableau aussi original.
J'aurois peut être mieux réussi dans la
copie que j'en ai faite, si j'eusse osé y
employer plus de temps, mais j'ai eu
peur d'être prévenu. Nous avons ici plu-
sieurs Beaux-Esprits qui auroient saisi cet-
te occasion d'augmenter leur gloire. On-
vient même de massurer que Mademoi-
selle... avoit passé toute la nuit pour en-
faire le sujet d'une Epître à une Duches-
se; Mademoiselle .. la matiere d'uneEglo-
gue ; M. l'Abbé .... le canevas d'une
Ode Anacréontique. Pour moi je ne fais
point de vers, ou du moins si par mal-
heur j'en fais, ils sont assez méchans,
Mais je me garde bien de les montrer aux gens.
T'ai l'honneur d'être, &c.
Fermer
5
p. 60-61
EPITRE. A UNE VEUVE. Par M. le Chevalier de Laurès.
Début :
Pourquoi, Philis, dans les ténébres [...]
Mots clefs :
Amour, Ruisseau, Fleur, Dieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE. A UNE VEUVE. Par M. le Chevalier de Laurès.
E PITRE
A UNE VEU V E.
Par M. le Chevalier de Laurèsă-
Pourquoi , Philis , dans fes ténébres
Cacher tant de traits enchanteurs ?
Pourquoi ces images funebres ,
Ces foupirs , ces plaintes , ces pleurs ,,
Dont vous nourriffez vos douleurs ? .
Si l'objet de votre tendreffe
A fermé les yeux pour jamais ,
Faut-il que
la nature ceffe
De s'embellir de vos attraits -
Les Dieux juftes dans leurs bienfaits ,
Pour tous les regards font éclore ,
Et l'émail parfumé de Flore ,.
Et la verdure des forêts.
La fleur de rubis éclatante ,
Qui d'un feul ruiffeau qui l'enchante:
Reçoit la vie & la couleur ,,
JANVIER. 1755 GB
Voit bientôt fa beauté flétrie..
Si du ruiffeau l'onde eft tarie ,
Et fi , conftante en fon ardeur
Pour tout autre dans la prairie
Elle conferve fa rigueur..
Mais , fi d'une fource nouvelle
Son fein eft enfin abreuvé ,
Dieux ! quel jour pur brille fur elle. ??
Le bonheur qu'elle a retrouvé
La rend encor cent fois plus belle..
Fille des Graces , cette fleur
Offre un confeil à votre coeur ;
Vous n'avez reçu tant de charmes ,
Que pour plaire & que pour aimer ::
L'Amour a cauſé vos allarmes ,
C'eft à l'Amour de les calmer..
A UNE VEU V E.
Par M. le Chevalier de Laurèsă-
Pourquoi , Philis , dans fes ténébres
Cacher tant de traits enchanteurs ?
Pourquoi ces images funebres ,
Ces foupirs , ces plaintes , ces pleurs ,,
Dont vous nourriffez vos douleurs ? .
Si l'objet de votre tendreffe
A fermé les yeux pour jamais ,
Faut-il que
la nature ceffe
De s'embellir de vos attraits -
Les Dieux juftes dans leurs bienfaits ,
Pour tous les regards font éclore ,
Et l'émail parfumé de Flore ,.
Et la verdure des forêts.
La fleur de rubis éclatante ,
Qui d'un feul ruiffeau qui l'enchante:
Reçoit la vie & la couleur ,,
JANVIER. 1755 GB
Voit bientôt fa beauté flétrie..
Si du ruiffeau l'onde eft tarie ,
Et fi , conftante en fon ardeur
Pour tout autre dans la prairie
Elle conferve fa rigueur..
Mais , fi d'une fource nouvelle
Son fein eft enfin abreuvé ,
Dieux ! quel jour pur brille fur elle. ??
Le bonheur qu'elle a retrouvé
La rend encor cent fois plus belle..
Fille des Graces , cette fleur
Offre un confeil à votre coeur ;
Vous n'avez reçu tant de charmes ,
Que pour plaire & que pour aimer ::
L'Amour a cauſé vos allarmes ,
C'eft à l'Amour de les calmer..
Fermer
Résumé : EPITRE. A UNE VEUVE. Par M. le Chevalier de Laurès.
Le poème 'E PITRE A UNE VEUVE' a été écrit par le Chevalier de Laurès en janvier 1755. L'auteur s'adresse à une veuve nommée Philis, s'interrogeant sur les raisons de sa tristesse et de la dissimulation de ses attraits. Il observe que la nature continue de s'embellir malgré les deuils, comme les fleurs qui refleurissent après la pluie. Le poète compare Philis à une fleur qui retrouve sa beauté après avoir été arrosée. Il l'encourage à ne pas laisser la tristesse l'envahir et à se rappeler que ses charmes sont destinés à plaire et à aimer. L'Amour, qui a causé ses alarmes, doit également les apaiser.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 193-201
PROCÉDÉ abrégé pour retirer le Bleu de Prusse des Eaux minérales de M. de Calsabigi, avec des Réflexions sur l'utilité de ce Bleu, par le sieur Cadet, Apothicaire Major de l'Hôtel Royal des Invalides.
Début :
Il faut prendre quatre livres de sang de boeuf desséché que l'on mêlera avec quatre [...]
Mots clefs :
Bleu, Liqueur, Eaux minérales, Couleur, Fleur, Bleu de Prusse, Chimie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROCÉDÉ abrégé pour retirer le Bleu de Prusse des Eaux minérales de M. de Calsabigi, avec des Réflexions sur l'utilité de ce Bleu, par le sieur Cadet, Apothicaire Major de l'Hôtel Royal des Invalides.
PROCÉDÉ abrégé pour retirer le Bleu
de Pruffe des Eaux minérales de M. de
Calfaligi , avec des Réflexions fur l'utilité
de ce Blen, par le fieur Cadet , Apothicaire
Major de l'Hôtel Royal des Invalides.
It
L faut prendre quatre livres de fang de
boeufdefléché que l'on mêlera avec qua .
tre livres de foude d'Alicante groffiérement
concaffée , telle qu'on la vend chez tous
nos Epiciers de Paris. On mettra ce mélange
à calciner dans un creufet de fer ou
fourneau à vent ; il faut obſerver de ne
pas trop remplir le creufet , attendu que
la matiere pendant la calcination bourfouf-
Ae beaucoup. On continuera la calcinanation
jufqu'à ce que la matiere foit devenue
parfairement rouge , & qu'elle ne
rende prefque plus de flamme. A ce point
de calcination , il faut la retirer du creufet,
& la jetter toute rouge dans une fuffifante
quantité d'eau bouillante ; après une
heure d'ébullition , il faut filtrer cette
leffive.
Pour procéder enfuite à l'opération du
bleu , il faut prendre des vaiffeaux de
1. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
terre ou de fer , dans lefquels l'on mettra
chauffer 300 pintes d'eau minérale . On
faifira l'inftant de l'ébullition où la liqueur
prend une couleur jaune très- foncée , on
ceffera le feu pour laiffer repofer l'eau qui
s'éclaircira en peu de tems , en dépofant.
une matiere jaune inutile dans cette opération
, qu'il faudra féparer de la liqueur
par la décantation.
Ces deux liqueurs étant chaudes , l'on
mêlera peu à peu avec l'eau minérale la
liqueur Alkaline fulphureufe ; ce mêlange
paffera tout d'un coup à une belle couleur
bleue ; quand on s'appercevra fur la fin
du mêlange que cette couleur s'affoiblit
de beaucoup , & qu'elle eft fur le point de
paffer à une couleur grife , alors on ceffera
de mettre de la liqueur alkaline fulphureufe.
Le mouvement d'effervefcence qui
fe paffe dans le mêlange étant ceffé , la
liqueur parfaitement repofée , on la décantera
auffitât avec foin , pour en féparer
la fécule qui fe fera précipitée , qu'on
aura foin de laver exactement avec de
l'eau de puits ou de l'eau de la Seine ,
bien claire. Il faut obſerver de décanter à
tems la liqueur de deffus la fécule , ainfi
que je l'ai fait obferver dans mes premicres
expériences raiſonnées fur ce bleu
attendu que la liqueur qui eft chargée en-
馨
DECEMBRE. J 1755 195
core de vitriol martial , dépoferoit une
portion de terre jaune , qui fe mêleroit
avec ce bleu , & qui lui communiqueroit
la couleur verte . La fécule étant ainfi préparée
& féchée avec foin , l'on aura une
livre deux onces d'un beau bleu foncé.
RÉFLEXIONS fur l'utilité du Bleu de
Pruffe , tiré des Eaux de M. de Calfabigi,
en réponse à ce que le fieur Machi en a dit
dans l'Examen Physique & Chimique qu'il
a donné de ces Eaux & de celles de la
fource de Madame Belami.
Jieur Machi , de la façon obligeante
dont il parle de mes procédés chimiques ,
auffi l'intérêt feul de la Chimie eft ce qui
me met dans le cas de lui répondre au fujet
de deux obfervations fur lefquelles je
ne fuis pas d'accord avec lui . L'une regarde
l'ochre que l'on fépare des Eaux minérales
de M. de Calfabigi , qu'il prétend n'être
pas du fer , page 30. Er l'autre concerne
l'utilité du Bleu de Pruffe que l'on retire
de ces mêmes Eaux , p . 44.
E ne dois que des remerciemens au
Je crois pouvoir avancer avec certitude ,
que le fieur Machi n'a point répété mes
expériences , il auroit reconnu que l'ochre
qui eft féparée de l'eau minérale de M. de
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
Calfabigi , eft un pur fer , ainfi que je l'ai
démontré art. 14 de mes Analyſes , & '
qu'après avoir été lavée pour enlever une
portion d'acide qui lui refte , & étant calcinée
un inftant dans un tefte fous la mouffle
du fourneau de coupelle , pour la dépouiller
de fes parties hétérogenes , elle
devient alors toute attirable à l'aimant en
forme de grouppe bien aiguillé , ce qui eft
la preuve la plus certaine que cette ochre
eft un véritable fer. Le Sr Machi prétend
auffi que cette ochre traitée avec le charbon ,
le fer qui en réfulte eft aigre & caffant , il
m'a dit même en avoir fait un petit culot:
je ne conçois pas par quel tour ingénieux
il a pu 6 bien raffembler , à l'aide feule du
charbon , ces parties métalliques , ce qu'on
ne pourroit faire que difficilement à l'aide
d'un flux plus reductif que celui du charbon
, tel qu'un qui feroit compofé avec
du tartre , du nitre & du fel de verre , & c.
Je penfe avoir annoncé avec jufte raifon
que mon travail fur ce bleu méritoit
l'attention du Public , par l'avantage qu'il
en peut tirer , loin d'être un amufement de
curiofité comme l'avance le fieur Machi .
J'ai dit dans mes premieres analyfes
que ce bleu pourroit être employé dans
toutes les préparations de fucre par préférence
au bleu de Pruffe , ce bleu étant fouDECEMBRE
1755. 197
vent préparé avec des vitriols martiaux
contenant du cuivre. Je connois un confifeur
qui fait un débit affez confidérable
de paftilles de violettes , qu'il prépare
avec les fleurs fechées , le fucre , l'Iris de
Florence , & un mucilage de gomme adra
gant qu'il colore avec du bleu de Prufſe.
Ces fortes de paftilles , priſes intérieurement
, étant données comme pectorales ,
qui peut être affuré qu'elles ne contiennent
point de cuivre ? c'est ce dont je ne répondrai
pas. Mais celles qui feroient préparées
avec le bleu de M. de Calfabigi , pourroient
être prifes avec confiance , & n'auroient
point cet inconvénient ; ce blea
étant tiré d'une eau minérale que MeffieursVenel,
Bayen, Rouelle, & le fieur Machi
lui même ont démontré être exemptes
de tout atome de cuivre.
Le fecond avantage que je prétends tirer
de ce bleu , c'eft que je le regarde comme
fupérieur à tous les bleus de Pruffe ordinaires
qui font prefque tous avivés par les
acides minéraux , & qui malgré les précautions
que l'on prend pour les laver ,
confervent toujours une petite portion
d'acide qui à la longue attaque & détruit
cette couleur , ainfi qu'il a été démontré
par le célebre M. Geoffroi.
Le bleu de M. de Calfabigi n'ayant
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
pas beſoin d'être avivé par les acides , procure
un avantage effentiel aux Peintres
qui dans leurs travaux n'auront pas le
défagrément de voir leurs couleurs s'altérer
auffi promptement que celles qu'autoient
touché nos acides minéraux .
J'ai obfervé que ce bleu prenoit une
partie de blanc de plomb de plus que le
bleu de Pruffe le plus foncé que j'aye på
trouver , ce qui paroît faire un troifieme
avantage qui le rend plus intéreffant que
ne l'a penfé le fieur Machi.
Il faut obferver que deux cens quatrevingt
pintes de ces eaux minérales fourniffent
une livre de bleu , & qu'il faut que
les 280 pintes ayent dépofé leur ochre
& repris de nouveau fer , pour fournir
cette quantité : il n'a pas réfléchi
que pour
réuffir dans mon opération , je fuis obligé
néceſſairement, ainſi qu'il l'avance , de féparer
la terre jaune avec laquelle je n'aurois
qu'une fécule verte , & que la liqueur, en
reprenant de nouveau fer , fe chargeroit
d'une nouvelle terre jaune femblable à
celle que j'ai féparée : par conféquent cette
liqueur dans cet état ne pourroit donner
que du vert , comme je l'ai démontré ; delà
je concluds qu'il s'eft trompé dans ce
qu'il avance. De plus , s'il avoit bien examiné
mon procédé , il auroit vu que cette
1
DECEMBRE. 1755. 199
opération faite dans un vaiffeau de terre ,
ne produit pas plus de bleu que celui que
je fais dans les vaiffeaux de fer. La preuve
que je crois pouvoir donner de ces faits
eft bien fimple ; c'eft que premierement
l'acide furabondant , démontré dans les
eaux de M. de Calfabigi , n'y eft pas en
affez grande quantité , & qu'il eft noyé
dans trop de flegme pour diffoudre une
quantité de fer auffi fenfible que celle qui
fe précipite. Si cela arrivoit dans ce procédé
, il me feroit impoffible d'avoir du
bleu dans les vaiffeaux de fer , puifque la
liqueur que je fépare de deffus ma fécule
qui a été traitée dans les vaiffeaux de terre ,
contient encore du fer combiné avec l'acide
vitriolique qui fe dépoferoit fous la
couleur jaune , & qui fe mêleroit avec la
fécule , & lui donneroit la couleur verte
fans les précautions que j'ai indiqué dans
ce procédé abrégé pour retirer ce bleu ;
par conféquent s'il falloit néceffairement
que l'eau minérale fe rechargeât fenfiblement
de nouveau fer , l'opération ne pourroit
pas réaffir .
Le fieur Machi avance de plus qu'en
exploitant par jour deux livres de bleu de
Pruffe , que ce travail continué pendant
quinze jours dépenferoit S400 pintes d'eau
par mois ; ce qui pourroit contribuer à al-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
térer la fource de M. de Calfabigi , & par
conféquent nuire beaucoup à celle de Madame
Belami , dont il croit qu'elle tire fon
origine. Madame Belami peut fe tranquillifer
fur cet article , puifqu'il a été clairement
prouvé enjuftice & par les analyſes ,
que ces fources , & par conféquent les
eaux de Madame Belami font totalement
différentes , & qu'elles font diamétralement
oppofées.
Monfieur & Madame de Calfabigi étant
intéreffés à tirer le meilleur parti poffible
de leurs eaux , on ne doit pas préfumer
qu'ils cherchent à altérer une fource dont
ils fe préparent de démontrer au Public les
propriétés fingulieres relativement à la Médecine
, fuivant les certificats qu'ils font
en état de produire de plufieurs Médecins
& Chirurgiens.
Ces propriétés ne font point de mon
objet ; je me contenterai de dire qu'il réfulte
des Analyfes qui ont été faites des
eaux de M. de Calfabigi , qu'elles contiennent
une abondance de fer qui ne fe trouve
point dans celles de Madame Belami ;.
ce qui me donne lieu de penfer que ces
dernieres ne font pas dans le cas d'une
exacte comparaifon , ces eaux ne pouvant
fournir de bleu de Pruffe , fuivant ce
qu'en dit le Sr Machi lui-même , pag. 13...
DECEMBRE. 1755. 201
Je n'ai fait aucune expérience pour m'affurer
de ce fait ; je ne voudrois cependan
pas répondre qu'en traitant ces mêmest
eaux avec la leflive alkaline décrite par le
fçavant M. Macquer , laquelle eft chargée
jufqu'à parfaite faturation de phlogistique
animal , on ne pût en retirer une quantité
qui feroit vraisemblablement très petite ,
mais fuffifante cependant pour être fenfible.
De ces obfervations il réfulte que j'ai
prouvé ,
1°. Que l'ochre des eaux minérales de
M. de Calfabigi , eft un fer pur attirable à
l'aimant.
2°. Que l'eau minérale , en fe rechargeant
de nouveau fer , ne peut produire
du bleu de Pruffe , ce qui fait voir que le
heur Machi n'a pas entendu mon opération.
3°. Que le bleu de Pruffe fait avec ces
eaux , peut mieux convenir pour la Peinture
, en ce que n'étant pas avivé par les
acides minéraux , il eft moins fujer à s'altérer
que le bleu de Pruffe ordinaire .
4°. Que ce bleu étant exempt de mêlan
ge de cuivre , eft de beaucoup préférablepour
les préparations de fucre , à celui de
Pruffe , qu'on ne peut s'affurer en être tou--
jours dépouillé.
de Pruffe des Eaux minérales de M. de
Calfaligi , avec des Réflexions fur l'utilité
de ce Blen, par le fieur Cadet , Apothicaire
Major de l'Hôtel Royal des Invalides.
It
L faut prendre quatre livres de fang de
boeufdefléché que l'on mêlera avec qua .
tre livres de foude d'Alicante groffiérement
concaffée , telle qu'on la vend chez tous
nos Epiciers de Paris. On mettra ce mélange
à calciner dans un creufet de fer ou
fourneau à vent ; il faut obſerver de ne
pas trop remplir le creufet , attendu que
la matiere pendant la calcination bourfouf-
Ae beaucoup. On continuera la calcinanation
jufqu'à ce que la matiere foit devenue
parfairement rouge , & qu'elle ne
rende prefque plus de flamme. A ce point
de calcination , il faut la retirer du creufet,
& la jetter toute rouge dans une fuffifante
quantité d'eau bouillante ; après une
heure d'ébullition , il faut filtrer cette
leffive.
Pour procéder enfuite à l'opération du
bleu , il faut prendre des vaiffeaux de
1. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
terre ou de fer , dans lefquels l'on mettra
chauffer 300 pintes d'eau minérale . On
faifira l'inftant de l'ébullition où la liqueur
prend une couleur jaune très- foncée , on
ceffera le feu pour laiffer repofer l'eau qui
s'éclaircira en peu de tems , en dépofant.
une matiere jaune inutile dans cette opération
, qu'il faudra féparer de la liqueur
par la décantation.
Ces deux liqueurs étant chaudes , l'on
mêlera peu à peu avec l'eau minérale la
liqueur Alkaline fulphureufe ; ce mêlange
paffera tout d'un coup à une belle couleur
bleue ; quand on s'appercevra fur la fin
du mêlange que cette couleur s'affoiblit
de beaucoup , & qu'elle eft fur le point de
paffer à une couleur grife , alors on ceffera
de mettre de la liqueur alkaline fulphureufe.
Le mouvement d'effervefcence qui
fe paffe dans le mêlange étant ceffé , la
liqueur parfaitement repofée , on la décantera
auffitât avec foin , pour en féparer
la fécule qui fe fera précipitée , qu'on
aura foin de laver exactement avec de
l'eau de puits ou de l'eau de la Seine ,
bien claire. Il faut obſerver de décanter à
tems la liqueur de deffus la fécule , ainfi
que je l'ai fait obferver dans mes premicres
expériences raiſonnées fur ce bleu
attendu que la liqueur qui eft chargée en-
馨
DECEMBRE. J 1755 195
core de vitriol martial , dépoferoit une
portion de terre jaune , qui fe mêleroit
avec ce bleu , & qui lui communiqueroit
la couleur verte . La fécule étant ainfi préparée
& féchée avec foin , l'on aura une
livre deux onces d'un beau bleu foncé.
RÉFLEXIONS fur l'utilité du Bleu de
Pruffe , tiré des Eaux de M. de Calfabigi,
en réponse à ce que le fieur Machi en a dit
dans l'Examen Physique & Chimique qu'il
a donné de ces Eaux & de celles de la
fource de Madame Belami.
Jieur Machi , de la façon obligeante
dont il parle de mes procédés chimiques ,
auffi l'intérêt feul de la Chimie eft ce qui
me met dans le cas de lui répondre au fujet
de deux obfervations fur lefquelles je
ne fuis pas d'accord avec lui . L'une regarde
l'ochre que l'on fépare des Eaux minérales
de M. de Calfabigi , qu'il prétend n'être
pas du fer , page 30. Er l'autre concerne
l'utilité du Bleu de Pruffe que l'on retire
de ces mêmes Eaux , p . 44.
E ne dois que des remerciemens au
Je crois pouvoir avancer avec certitude ,
que le fieur Machi n'a point répété mes
expériences , il auroit reconnu que l'ochre
qui eft féparée de l'eau minérale de M. de
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
Calfabigi , eft un pur fer , ainfi que je l'ai
démontré art. 14 de mes Analyſes , & '
qu'après avoir été lavée pour enlever une
portion d'acide qui lui refte , & étant calcinée
un inftant dans un tefte fous la mouffle
du fourneau de coupelle , pour la dépouiller
de fes parties hétérogenes , elle
devient alors toute attirable à l'aimant en
forme de grouppe bien aiguillé , ce qui eft
la preuve la plus certaine que cette ochre
eft un véritable fer. Le Sr Machi prétend
auffi que cette ochre traitée avec le charbon ,
le fer qui en réfulte eft aigre & caffant , il
m'a dit même en avoir fait un petit culot:
je ne conçois pas par quel tour ingénieux
il a pu 6 bien raffembler , à l'aide feule du
charbon , ces parties métalliques , ce qu'on
ne pourroit faire que difficilement à l'aide
d'un flux plus reductif que celui du charbon
, tel qu'un qui feroit compofé avec
du tartre , du nitre & du fel de verre , & c.
Je penfe avoir annoncé avec jufte raifon
que mon travail fur ce bleu méritoit
l'attention du Public , par l'avantage qu'il
en peut tirer , loin d'être un amufement de
curiofité comme l'avance le fieur Machi .
J'ai dit dans mes premieres analyfes
que ce bleu pourroit être employé dans
toutes les préparations de fucre par préférence
au bleu de Pruffe , ce bleu étant fouDECEMBRE
1755. 197
vent préparé avec des vitriols martiaux
contenant du cuivre. Je connois un confifeur
qui fait un débit affez confidérable
de paftilles de violettes , qu'il prépare
avec les fleurs fechées , le fucre , l'Iris de
Florence , & un mucilage de gomme adra
gant qu'il colore avec du bleu de Prufſe.
Ces fortes de paftilles , priſes intérieurement
, étant données comme pectorales ,
qui peut être affuré qu'elles ne contiennent
point de cuivre ? c'est ce dont je ne répondrai
pas. Mais celles qui feroient préparées
avec le bleu de M. de Calfabigi , pourroient
être prifes avec confiance , & n'auroient
point cet inconvénient ; ce blea
étant tiré d'une eau minérale que MeffieursVenel,
Bayen, Rouelle, & le fieur Machi
lui même ont démontré être exemptes
de tout atome de cuivre.
Le fecond avantage que je prétends tirer
de ce bleu , c'eft que je le regarde comme
fupérieur à tous les bleus de Pruffe ordinaires
qui font prefque tous avivés par les
acides minéraux , & qui malgré les précautions
que l'on prend pour les laver ,
confervent toujours une petite portion
d'acide qui à la longue attaque & détruit
cette couleur , ainfi qu'il a été démontré
par le célebre M. Geoffroi.
Le bleu de M. de Calfabigi n'ayant
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
pas beſoin d'être avivé par les acides , procure
un avantage effentiel aux Peintres
qui dans leurs travaux n'auront pas le
défagrément de voir leurs couleurs s'altérer
auffi promptement que celles qu'autoient
touché nos acides minéraux .
J'ai obfervé que ce bleu prenoit une
partie de blanc de plomb de plus que le
bleu de Pruffe le plus foncé que j'aye på
trouver , ce qui paroît faire un troifieme
avantage qui le rend plus intéreffant que
ne l'a penfé le fieur Machi.
Il faut obferver que deux cens quatrevingt
pintes de ces eaux minérales fourniffent
une livre de bleu , & qu'il faut que
les 280 pintes ayent dépofé leur ochre
& repris de nouveau fer , pour fournir
cette quantité : il n'a pas réfléchi
que pour
réuffir dans mon opération , je fuis obligé
néceſſairement, ainſi qu'il l'avance , de féparer
la terre jaune avec laquelle je n'aurois
qu'une fécule verte , & que la liqueur, en
reprenant de nouveau fer , fe chargeroit
d'une nouvelle terre jaune femblable à
celle que j'ai féparée : par conféquent cette
liqueur dans cet état ne pourroit donner
que du vert , comme je l'ai démontré ; delà
je concluds qu'il s'eft trompé dans ce
qu'il avance. De plus , s'il avoit bien examiné
mon procédé , il auroit vu que cette
1
DECEMBRE. 1755. 199
opération faite dans un vaiffeau de terre ,
ne produit pas plus de bleu que celui que
je fais dans les vaiffeaux de fer. La preuve
que je crois pouvoir donner de ces faits
eft bien fimple ; c'eft que premierement
l'acide furabondant , démontré dans les
eaux de M. de Calfabigi , n'y eft pas en
affez grande quantité , & qu'il eft noyé
dans trop de flegme pour diffoudre une
quantité de fer auffi fenfible que celle qui
fe précipite. Si cela arrivoit dans ce procédé
, il me feroit impoffible d'avoir du
bleu dans les vaiffeaux de fer , puifque la
liqueur que je fépare de deffus ma fécule
qui a été traitée dans les vaiffeaux de terre ,
contient encore du fer combiné avec l'acide
vitriolique qui fe dépoferoit fous la
couleur jaune , & qui fe mêleroit avec la
fécule , & lui donneroit la couleur verte
fans les précautions que j'ai indiqué dans
ce procédé abrégé pour retirer ce bleu ;
par conféquent s'il falloit néceffairement
que l'eau minérale fe rechargeât fenfiblement
de nouveau fer , l'opération ne pourroit
pas réaffir .
Le fieur Machi avance de plus qu'en
exploitant par jour deux livres de bleu de
Pruffe , que ce travail continué pendant
quinze jours dépenferoit S400 pintes d'eau
par mois ; ce qui pourroit contribuer à al-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
térer la fource de M. de Calfabigi , & par
conféquent nuire beaucoup à celle de Madame
Belami , dont il croit qu'elle tire fon
origine. Madame Belami peut fe tranquillifer
fur cet article , puifqu'il a été clairement
prouvé enjuftice & par les analyſes ,
que ces fources , & par conféquent les
eaux de Madame Belami font totalement
différentes , & qu'elles font diamétralement
oppofées.
Monfieur & Madame de Calfabigi étant
intéreffés à tirer le meilleur parti poffible
de leurs eaux , on ne doit pas préfumer
qu'ils cherchent à altérer une fource dont
ils fe préparent de démontrer au Public les
propriétés fingulieres relativement à la Médecine
, fuivant les certificats qu'ils font
en état de produire de plufieurs Médecins
& Chirurgiens.
Ces propriétés ne font point de mon
objet ; je me contenterai de dire qu'il réfulte
des Analyfes qui ont été faites des
eaux de M. de Calfabigi , qu'elles contiennent
une abondance de fer qui ne fe trouve
point dans celles de Madame Belami ;.
ce qui me donne lieu de penfer que ces
dernieres ne font pas dans le cas d'une
exacte comparaifon , ces eaux ne pouvant
fournir de bleu de Pruffe , fuivant ce
qu'en dit le Sr Machi lui-même , pag. 13...
DECEMBRE. 1755. 201
Je n'ai fait aucune expérience pour m'affurer
de ce fait ; je ne voudrois cependan
pas répondre qu'en traitant ces mêmest
eaux avec la leflive alkaline décrite par le
fçavant M. Macquer , laquelle eft chargée
jufqu'à parfaite faturation de phlogistique
animal , on ne pût en retirer une quantité
qui feroit vraisemblablement très petite ,
mais fuffifante cependant pour être fenfible.
De ces obfervations il réfulte que j'ai
prouvé ,
1°. Que l'ochre des eaux minérales de
M. de Calfabigi , eft un fer pur attirable à
l'aimant.
2°. Que l'eau minérale , en fe rechargeant
de nouveau fer , ne peut produire
du bleu de Pruffe , ce qui fait voir que le
heur Machi n'a pas entendu mon opération.
3°. Que le bleu de Pruffe fait avec ces
eaux , peut mieux convenir pour la Peinture
, en ce que n'étant pas avivé par les
acides minéraux , il eft moins fujer à s'altérer
que le bleu de Pruffe ordinaire .
4°. Que ce bleu étant exempt de mêlan
ge de cuivre , eft de beaucoup préférablepour
les préparations de fucre , à celui de
Pruffe , qu'on ne peut s'affurer en être tou--
jours dépouillé.
Fermer
Résumé : PROCÉDÉ abrégé pour retirer le Bleu de Prusse des Eaux minérales de M. de Calsabigi, avec des Réflexions sur l'utilité de ce Bleu, par le sieur Cadet, Apothicaire Major de l'Hôtel Royal des Invalides.
Le texte décrit un procédé pour extraire le bleu de Prusse des eaux minérales de M. de Calfaligi, présenté par le sieur Cadet, apothicaire major de l'Hôtel Royal des Invalides. Le processus commence par la calcination d'un mélange de sang de bœuf désséché et de soufre d'Alicante concassé, jusqu'à ce que la matière devienne rouge et ne produise plus de flamme. Cette matière est ensuite jetée dans de l'eau bouillante et filtrée après une heure d'ébullition. Pour obtenir le bleu de Prusse, 300 pintes d'eau minérale sont chauffées jusqu'à ébullition, puis laissées reposer pour séparer une matière jaune inutile. La liqueur alcaline sulfureuse est ensuite mélangée à l'eau minérale, produisant une couleur bleue. Une fois refroidie, la liqueur est décantée pour séparer la fécule, qui est lavée avec de l'eau claire. Le résultat est une livre deux onces d'un beau bleu foncé. Le texte inclut également des réflexions sur l'utilité du bleu de Prusse extrait des eaux de M. de Calfaligi. Le sieur Cadet conteste les observations du sieur Machi, affirmant que l'ochre séparée des eaux est un fer pur, attirable à l'aimant. Il souligne que ce bleu est supérieur aux bleus de Prusse ordinaires car il n'est pas avivé par des acides minéraux, ce qui le rend moins sujet à l'altération. De plus, il est exempt de cuivre, le rendant préférable pour les préparations de sucre. Le procédé permet d'obtenir deux cents quatre-vingts pintes d'eau minérale pour une livre de bleu, après séparation de la terre jaune. Le sieur Cadet conclut que les eaux de M. de Calfaligi et celles de Madame Belami sont différentes et ne peuvent être comparées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 51-52
LE BOUTON DE ROSE, ET LA TULIPE. FABLE.
Début :
APRÉS mainte métamorphose [...]
Mots clefs :
Bouton, Tulipe, Rose, Amour, Gloire, Fleur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE BOUTON DE ROSE, ET LA TULIPE. FABLE.
LE BOUTON DE ROSE ,
ET LA TULIPE.
FABLE.
APRES mainte
métamorphoſe
Le deftin , en bouton de roſe ,
Pour contenter Vénus , un jour changea Pfyché.
Voilà, tout l'Olympe autour d'elle.´*)\
Celui de la Troupe immortelle ,
Vers lequel elle auroit penché ,
Devoit cueillir la fleur nouvelle.
Déja chaque Dieu s'eft niché
Dans la fleur qu'il croit la plus belle.
Il ne reste autour du bouton
Qu'une Tulipe jaune & noire ,
Séche fans agrément . Perfonne n'en weut donc,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Dit l'Amour ? tant mieux pour ma gloire.
Le petit Dieu s'y cache, & la rofe à l'inſtant
Sourit , ouvre fon fein , fatigue & fe démêne ;
Pfyché reconnoît ſon amant.
Ses traitslui font rendus: au penchant qui l'entraine
Les Dieux abandonnent fon coeur.
Qui peut le contefter? quelque forme qu'il prenne,
L'Amour fera toujours vainqueur.
NANNON.
ET LA TULIPE.
FABLE.
APRES mainte
métamorphoſe
Le deftin , en bouton de roſe ,
Pour contenter Vénus , un jour changea Pfyché.
Voilà, tout l'Olympe autour d'elle.´*)\
Celui de la Troupe immortelle ,
Vers lequel elle auroit penché ,
Devoit cueillir la fleur nouvelle.
Déja chaque Dieu s'eft niché
Dans la fleur qu'il croit la plus belle.
Il ne reste autour du bouton
Qu'une Tulipe jaune & noire ,
Séche fans agrément . Perfonne n'en weut donc,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Dit l'Amour ? tant mieux pour ma gloire.
Le petit Dieu s'y cache, & la rofe à l'inſtant
Sourit , ouvre fon fein , fatigue & fe démêne ;
Pfyché reconnoît ſon amant.
Ses traitslui font rendus: au penchant qui l'entraine
Les Dieux abandonnent fon coeur.
Qui peut le contefter? quelque forme qu'il prenne,
L'Amour fera toujours vainqueur.
NANNON.
Fermer
8
p. 171-175
« LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...] »
Début :
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...]
Mots clefs :
Fleur, Musique, Acte, Rôle, Jouer, Spectacles, Lekain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...] »
A VERSAILLES.
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens
François représenterent le Jaloux
défabufé , Comédie en cinq Actes en
vers de feu M. CAMPISTRON , ( de
1709. ) Le fieur BELLECOUR a joué
le rôle de Dorante , le fieur MOLÉ
celui d'Erafte , le fieur ARMAND celui
de Dubois , & le fieur PRÉVILLE celui
de Champagne. Les rôles de Célie & de
Julie étoient remplis par les Dlles PRÉ-
VILLE & DOLIGNI . Les Dlle BEL-
LECOUR & le KAIN ont joué les
rôles de Juftine & de Babet. Pour la
feconde Piéce on donna Crifpin rival
de fon Maître , Comédie en un Acte
& en profe de feu M. LE SAGE , ( de
1707. ) Le rôle de Crispin a été joué
par le fieur PREVILLE. La Dile
DROUIN jouoit Mde Oronté & la Dlle
Hij
1
*
172 MERCURE DE FRANCE .
DOLIGNI Angélique. La Dlle le Kain
celui de Lifette.
Le Mercredi , jour des Italiens ,
il
n'y eut point de Spectacle à caufe de
la Fête.
Le Jeudi 22 , on repréfenta l'Orphe-
lin de la Chine de M. DE VOLTAIRE ,
( de 1755. ).
Gingis- Kan des Tartares repréfenté
par M. LE Kain , Zamti Mandarin par
le fieur BRIZARD , Idamé par la Dlle
CLAIRON , & c. Pour petite Piéce
Impromptu de Campagne , Comédie
en un Acte & en vers de feu M.
POISSON , ( de 1731. ) Le rôle d'Erafte
joué par le fieur MOLE , celui de Père
par le fieur Brizard
?
par la Dile DROUIN , Ifabelle par la
Dlle DOLIGNI , Lifette par la Dlle
LE KAIN , & c.
la Comtefe
La folemnité des Fêtes de Noël ayant
interrompu les Spectacles, les jours fui-
vans , on a terminé cette année , le
Jeudi 29 Décembre , par la repréfen-
tation de deux Actes d'Opéra. L'un
de ces Actes étoit le Feu , troifiéme
Entrée du Ballet des Elémens , Poëme
de feu M. Roy , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel ,
la Mufique de feu M.
* M. Roy , étoit mort peu de temps aupas .
JANVIER. 1764.
173
DESTOUCHES Surintendant de la Mu-
fique du Roi.
( de 1721. )
M. le BERTON , Maître de Mufique
de l'Académie Royale , a fait les aug-
mentations & les changemens qu'on
avoit crû néceffaires à la perfection
de cet Acte , compofé dans un temps
où les progrès de la Mufique n'étoient
pas encore portés en France au point
où cet Art eft aujourd'hui .
D'ailleurs cet Acte eft trop connu
pour en renouveller l'éloge .
La Dile ARNOUD a chanté le rôle
d'Emilie. Le fieur LARRIVÉE celui
de Valere. Le fieur DUBUT jeune
homme dont nous avons eu occafion
de parler avantageufement dans l'article
des Concerts Spirituels , exécuta le rôle
ravant cette repréſentation. Tout le monde con-
noît les Poëmes qu'il a faits pour le Théâtre de
l'Opéra,& les talens particuliers de fa mufe pour
ce genre de Poëfie. Qu'il nous foit permis à
fon occafion de nous plaindre publiquement de
la négligence des familles ou des perfonnes qui
ont des mémoires exacts fur les Gens de Lettres
d'une certaine célébrité , auxquels il ne devroit
pas être auffi indifférent que leur conduite le
laiffe croire , de nous mettre en état de con-
figner dans ce Journal les particularités ou au
moins des époques de réputation littéraire qui
procureroient autant de certitude que de facili-.
té à cette branche intéreffante de notre hiftoire.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
de l'Amour. La Demoifelle LAN Y
danfoit les Entrées feulés dans le ca-
ractère de Prêtreffe , & le fieur LAVAL
dans celui du Chevalier Romain . Les
fieurs GARDEL & CAMPIONI ont
danfé dans les Entrées de Peuples ,
ainfi que la Dlle ALLARD .
L'autre Acte étoit la Guirlande ou
les Fleurs enchantées , Poëme de M.
MARMONTEL , Mufique de M. Ra-
MEAU , ( de 1751. ) Le fieur JÉLIOTE
& la Dile LARRIVÉE ont chanté les
rôles de Berger & de Bergère qui
forment tonte l'action de cet Acte.
La Dlle VESTRIS & la Dile GUI-
MARD ont danfé les principales En-
trées de Bergères , les fieurs GARDEL
& CAMPIONI celles de Bergers. Le
fieur LANY & la Dlle ALLARD étoient
à la tête des Pâtres & des Paftourelles.
Nous avons précédemment nommé
tous ceux dont les talens font employés
à l'ordonnance de ces Spectacles. MM .
LAVALpère & fils , Maîtres des Ballets ,
& c ; ainfi nous ne les répéterons plus .
N B. Nous croyons obliger tous ceux qui
ordonnent & font exécuter des Spectacles en
Europe , de rappeller ici le goût & les talens
du fieur L'ECUYER , Pannacher du Roi , pour tous
les genres de Coeffures en ufage au Théâtre,
JANVIER 1764
# 175
ainfifi que dans tout ce qui a rapport aux orne-
mens en Plumes.
On peut dire de même de l'intelligence du .
fieur de LAITRE chargé de l'exécution des ha-
billemens de Théâtre & Mafcarades des Menus.
Plaifirs du Roi & de l'Académie Royale de
Mufique.
La fuite des Spectacles , en Janvier,
pour le Mercure prochain.
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens
François représenterent le Jaloux
défabufé , Comédie en cinq Actes en
vers de feu M. CAMPISTRON , ( de
1709. ) Le fieur BELLECOUR a joué
le rôle de Dorante , le fieur MOLÉ
celui d'Erafte , le fieur ARMAND celui
de Dubois , & le fieur PRÉVILLE celui
de Champagne. Les rôles de Célie & de
Julie étoient remplis par les Dlles PRÉ-
VILLE & DOLIGNI . Les Dlle BEL-
LECOUR & le KAIN ont joué les
rôles de Juftine & de Babet. Pour la
feconde Piéce on donna Crifpin rival
de fon Maître , Comédie en un Acte
& en profe de feu M. LE SAGE , ( de
1707. ) Le rôle de Crispin a été joué
par le fieur PREVILLE. La Dile
DROUIN jouoit Mde Oronté & la Dlle
Hij
1
*
172 MERCURE DE FRANCE .
DOLIGNI Angélique. La Dlle le Kain
celui de Lifette.
Le Mercredi , jour des Italiens ,
il
n'y eut point de Spectacle à caufe de
la Fête.
Le Jeudi 22 , on repréfenta l'Orphe-
lin de la Chine de M. DE VOLTAIRE ,
( de 1755. ).
Gingis- Kan des Tartares repréfenté
par M. LE Kain , Zamti Mandarin par
le fieur BRIZARD , Idamé par la Dlle
CLAIRON , & c. Pour petite Piéce
Impromptu de Campagne , Comédie
en un Acte & en vers de feu M.
POISSON , ( de 1731. ) Le rôle d'Erafte
joué par le fieur MOLE , celui de Père
par le fieur Brizard
?
par la Dile DROUIN , Ifabelle par la
Dlle DOLIGNI , Lifette par la Dlle
LE KAIN , & c.
la Comtefe
La folemnité des Fêtes de Noël ayant
interrompu les Spectacles, les jours fui-
vans , on a terminé cette année , le
Jeudi 29 Décembre , par la repréfen-
tation de deux Actes d'Opéra. L'un
de ces Actes étoit le Feu , troifiéme
Entrée du Ballet des Elémens , Poëme
de feu M. Roy , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel ,
la Mufique de feu M.
* M. Roy , étoit mort peu de temps aupas .
JANVIER. 1764.
173
DESTOUCHES Surintendant de la Mu-
fique du Roi.
( de 1721. )
M. le BERTON , Maître de Mufique
de l'Académie Royale , a fait les aug-
mentations & les changemens qu'on
avoit crû néceffaires à la perfection
de cet Acte , compofé dans un temps
où les progrès de la Mufique n'étoient
pas encore portés en France au point
où cet Art eft aujourd'hui .
D'ailleurs cet Acte eft trop connu
pour en renouveller l'éloge .
La Dile ARNOUD a chanté le rôle
d'Emilie. Le fieur LARRIVÉE celui
de Valere. Le fieur DUBUT jeune
homme dont nous avons eu occafion
de parler avantageufement dans l'article
des Concerts Spirituels , exécuta le rôle
ravant cette repréſentation. Tout le monde con-
noît les Poëmes qu'il a faits pour le Théâtre de
l'Opéra,& les talens particuliers de fa mufe pour
ce genre de Poëfie. Qu'il nous foit permis à
fon occafion de nous plaindre publiquement de
la négligence des familles ou des perfonnes qui
ont des mémoires exacts fur les Gens de Lettres
d'une certaine célébrité , auxquels il ne devroit
pas être auffi indifférent que leur conduite le
laiffe croire , de nous mettre en état de con-
figner dans ce Journal les particularités ou au
moins des époques de réputation littéraire qui
procureroient autant de certitude que de facili-.
té à cette branche intéreffante de notre hiftoire.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
de l'Amour. La Demoifelle LAN Y
danfoit les Entrées feulés dans le ca-
ractère de Prêtreffe , & le fieur LAVAL
dans celui du Chevalier Romain . Les
fieurs GARDEL & CAMPIONI ont
danfé dans les Entrées de Peuples ,
ainfi que la Dlle ALLARD .
L'autre Acte étoit la Guirlande ou
les Fleurs enchantées , Poëme de M.
MARMONTEL , Mufique de M. Ra-
MEAU , ( de 1751. ) Le fieur JÉLIOTE
& la Dile LARRIVÉE ont chanté les
rôles de Berger & de Bergère qui
forment tonte l'action de cet Acte.
La Dlle VESTRIS & la Dile GUI-
MARD ont danfé les principales En-
trées de Bergères , les fieurs GARDEL
& CAMPIONI celles de Bergers. Le
fieur LANY & la Dlle ALLARD étoient
à la tête des Pâtres & des Paftourelles.
Nous avons précédemment nommé
tous ceux dont les talens font employés
à l'ordonnance de ces Spectacles. MM .
LAVALpère & fils , Maîtres des Ballets ,
& c ; ainfi nous ne les répéterons plus .
N B. Nous croyons obliger tous ceux qui
ordonnent & font exécuter des Spectacles en
Europe , de rappeller ici le goût & les talens
du fieur L'ECUYER , Pannacher du Roi , pour tous
les genres de Coeffures en ufage au Théâtre,
JANVIER 1764
# 175
ainfifi que dans tout ce qui a rapport aux orne-
mens en Plumes.
On peut dire de même de l'intelligence du .
fieur de LAITRE chargé de l'exécution des ha-
billemens de Théâtre & Mafcarades des Menus.
Plaifirs du Roi & de l'Académie Royale de
Mufique.
La fuite des Spectacles , en Janvier,
pour le Mercure prochain.
Fermer
9
p. 47
AUTRE. A Madame J. d. Ch.
Début :
Je naquis pour l'amour, mon pere est le Zéphir, [...]
Mots clefs :
Fleur
10
p. 29
LOGOGRYPHE. A Madame ***.
Début :
Je naquis pour l'amour, mon père est le Zéphir, [...]
Mots clefs :
Fleur
12
p. 124
ÉNIGME A FLANCS. Par les flancs, on entend la 2e. & l'avant-derniere lettre du mot.
Début :
Je suis d'un regne avec mes flancs, [...]
Mots clefs :
Fleur