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1
p. 1596-1601
Lettre à Milord *** sur le sieur Baron & la Dlle le Couvreur, &c. [titre d'après la table]
Début :
On vend depuis peu chez Antoine de Heuqueville, Quai des Augustins, une brochure [...]
Mots clefs :
Adrienne Lecouvreur, Comédienne, Théâtre, Baron, Rôle, Molière, Comédien
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texteReconnaissance textuelle : Lettre à Milord *** sur le sieur Baron & la Dlle le Couvreur, &c. [titre d'après la table]
On vend depuis peu chez Antoine_de
Henqueville , Quai des Auguftins , une brochure
in 12. Voici le titre : Lettre à My-
Lord ... fur Baron & la D Le Couvreur.
Par GeorgeWink.
Nous n'examinerons point fi George
Wink eft veritablement exiftant , ou fi
M. l'Abbé d'Allainval , connu par plufieurs
Pieces joüées fur l'un & l'autre
Theatre eft caché fous ce nom Anglois ,
Il fuffit pour nous de dire que la Lettre
dont il s'agit contient diverſes particularités
qui peuvent fervir à l'Hiftoire du
Theatre François , & que les amateurs des
fpectacles lifent avec plaifir. Plufieurs de
ces traits étoient même abſolument inconnus
; outre ceux qui regardent le fieur
Baron
JUILLET . 1730. 1597
Baron & la Dlle Le Couvreur , on y trouve
des digreffions curieufes fur des Comédiens
morts depuis long-tems , & même
de la Critique . Ce qui fuit fuffira pour
donner une idée de ces anecdoctes , & dir
ftile de la Lettre.
» La nature l'avoit favorisé ( Baron ) de
»ces qualités corporelles qui gagnent les
» coeurs, & qui font fi avantageufes à ceux
» qui parlent en Public , particulierement
» fur le Theatre ; & l'air d'une Cour po-
» lie & fpirituelle qu'il fréquentoit avec
" affez d'agrément,lui avoit rendu comme
" naturelles des manieres aifées & char-
" mantes qui y naiffent avec la plûpart
" des Courtifans , & dont on n'acquiert
"& on ne copie ordinairement que le ri-
"dicule enfin il a été le plus grand Co-
" médien qui ait jamais brillé ſur le Thea-
" tre François , & il ne lui manquoit , dit
» le judicieux La Bruyere , que de parler
avec la bouche , on s'étoit même accoû-
" tumé à ce deffaut ; mais on a toûjours
» crié contre la mauvaiſe habitude qu'il
" avoit de tourner le dos à l'Acteur à qui-
"il parloit pour regarder les bancs du
>> Théatre ; on ne peut lui reprocher de
>> plus que quelques manques de bienféances
&c. La plupart des Comédiens
» font des Ames moutonnieres , qui ne fe
chargent ordinairement que des défauts
F des
1598 MERCURE DE FRANCE
1
» des grands Acteurs qu'ils veulent imiter.
» Dès que Baron commença à faire du
bruit , les Comédiens de Campagne cru
>> rent avoir attrapé fon jeu , en affectant ,
❤ & outrant même fon parler nazillard.
Voici d'autres exemples du même travers.
Bejard , camarade de Moliere , &
frere de fa femme , demeura eftropié
d'une bleffure qu'il reçut au pied en
» féparant deux de les amis qui fe battoient
» dans la Place du Palais Royal . Moliere
qui peu de tems après donna fon Avare,
chargea fon Beau -frere du Rôle de la
» Fleche , de qui Harpagon dit par allus
» fion , Je n'aime point à voir ce chien de
» boiteux là : comme Béjard faifoit beau
" coup de plaifir , on boita auffi- tôt fur
" tous les Théatres de Province , non - feu-
» lement dans le Rôle de la Fleche , où
» cela devenoit neceffaire , mais indiffe
» remment dans tous ceux que Béjard
» rempliffoit à Paris.
>>
>
Les premiers Crifpins furent faits pour
» Poiffon premier , de qui on a un petit
» Théatre : il parloit bref , & comme il
» n'avoit pas de gras de jambes , il ima-
>> gina de jouer en botines ; delà tous les
» Crifpins bredouillerent & fe botterent,
» Je m'étonne qu'ils ne poufferent pas
» l'extravagance jufqu'à s'agrandir la bou
» che , parceque Poiffon l'avoit énorme
auffi
JUILLET . 1730. 1599
"» aufli lui fit-on dire : Je vous réponds
» Monfieur , d'une bouche auffi large ...
» dans le Deuil , petite Comédie , qui ( auffi.
» bien que l'Esprit Follet) eft de Corneille lo
» jeune & du Comédien Hauteroche &c.
Baron n'eft gueres loué dans cette Lettre
que fur les talens qu'il avoit pour le Thea
tre ; il n'y eft pas épargné fur fes Ridicu
les. » Il a fourni , dit l'Auteur , les mate-
» riaux dont on s'eft fervi pour compofer
» l'une des Vies de Moliere , où il auroit
» pû donner des éclairciffemens curieux
& intereffans fur les Piéces de ce grand
homme , & fe plus ménager fur fes propres
louanges , & fur celles d'un Théa
» tre dont il n'étoit gueres que le parain .
On entre enfuite dans l'Hiftoire des Comédies
qui ont paru fous fon nom , & on
les reftitue à leurs veritables Auteurs , Ce
détail eft affez plaifant , & le feu S′ Dancourt
eft mis en paffant parmi ces geais
parés des plumes d'autrui.
»
On ne fait pas plus de quartier au S
Baron fur le filence qu'il a toûjours gardé
fur fon pere & fur fa mere qui étoient
tous deux de fort bons Comédiens.
Baron dans la Vie de Moliere ne dit qu'un
mot de ſa mere en paffant , & ne parle
point du tout de fon pere ,de qui on trou
ve ici un trai fort fingulier » que le Pu
> blic , dit l'Auteur , auroit lû avec plus
Fij de
1600 MERCURE DE FRANCE
» de plaifir que fes prétendues querelles
avec le celebre Racine .
Paffons à la Dile Le Couvreur dont il
eft auffi queftion dans cette Lettre. L'Auteur
la fuit depuis fa naiffance à Fimes
petite Ville entre Soiffons & Reims ; il
l'amene à Paris avec fon pere en 1702. &
il raconte d'une maniere très - intereſſante
& très-circonftanciée les premiers effais
de cette grande Comédienne , c'est - à - dire,
la partie qu'elle fit en 1705. avec quelques
jeunes gens , de jouer la Tragédie de
Poliencte & la Comédie du Deuil, dans une
Maifon Bourgeoife : il parle auffi d'un
jeune homme , nommé Minou , qui repréfentant
le Rôle de Severe , entra tellement
dans l'efprit de fon Rôle , qu'il tomba
en défaillance, en difant à Fabian , fon
Confident , foutiens - mois ce coup de foudre
eft grand il fallut lui ouvrir la veine .
L'Auteur fuit cette Comédienne dans les
Provinces , & il la ramene à Paris , où elle
débuta au mois de Mai 1717. & il trouve
moyen, en parlant d'elle, de ramener fouvent
Baron fur la fcene.
» La De Le Couvreur , dit -il dans un
» endroit , aimoit fon métier ; mais elle
» n'en penfoit pas fi emphatiquement que
» Baron , qui difoit qu'un Comédien étoit
un homme nourri dans le giron des
Rois. J'ai lû , difoit- il encore , toutes les
HifJUILLET.
1730 1601
» Hiftoiresanciennes & modernes ; j'y trouve
» que la Nature prodigue y a vomi dans tous
»les tems une foule de Héros & de grands
hommes dans chaque genre , elle femble
» n'avoir été avare que de grands Comédiens;
»je ne trouve que Rofcius & moi.
L'Hiftoire de la mort de notre Actrice
vient enfuite , & le refte de la Lettre eft
rempli par des Piéces qui ont été faites
fur elle pendant & après la vie. La premiere
eft une Epitre du celebre M. de
Voltaire. La feconde eft une autre Epitre
de M. de Beauchamps. La troifiéme eft
dattée des Champs Elizées ; elle eft écrite
à la Dlle Le Couvreur par M, Le Franc
fous le nom de Racine. Les Piéces que l'on
trouve après ont été faites depuis la mort
de la Dile Le Couvreur. La premiere eft
la Harangue que prononça un Comédien
le jour de la clôture du Théatre ; elle eft
de M. de Voltaire , dit P'Auteur ; elle eft
fuivie des Epitaphes Françoiſes & Latines
& des Infcriptions pour le portrait que
l'on grave actuellement d'après M. Coypel
qui l'a peinte en Cornelie. L'Auteur
finitpar dire qu'il efpere recueillir un affez
bon nombre des jolies Lettres que là D¹le
Le Couvreur a écrites pour les donner au
Public , qui verra toûjours avec plaifir
tout ce qui aura rapport avec cette grande
Comédienne qu'il a tant aimée , & qu'il
regrette tous les jours.
Henqueville , Quai des Auguftins , une brochure
in 12. Voici le titre : Lettre à My-
Lord ... fur Baron & la D Le Couvreur.
Par GeorgeWink.
Nous n'examinerons point fi George
Wink eft veritablement exiftant , ou fi
M. l'Abbé d'Allainval , connu par plufieurs
Pieces joüées fur l'un & l'autre
Theatre eft caché fous ce nom Anglois ,
Il fuffit pour nous de dire que la Lettre
dont il s'agit contient diverſes particularités
qui peuvent fervir à l'Hiftoire du
Theatre François , & que les amateurs des
fpectacles lifent avec plaifir. Plufieurs de
ces traits étoient même abſolument inconnus
; outre ceux qui regardent le fieur
Baron
JUILLET . 1730. 1597
Baron & la Dlle Le Couvreur , on y trouve
des digreffions curieufes fur des Comédiens
morts depuis long-tems , & même
de la Critique . Ce qui fuit fuffira pour
donner une idée de ces anecdoctes , & dir
ftile de la Lettre.
» La nature l'avoit favorisé ( Baron ) de
»ces qualités corporelles qui gagnent les
» coeurs, & qui font fi avantageufes à ceux
» qui parlent en Public , particulierement
» fur le Theatre ; & l'air d'une Cour po-
» lie & fpirituelle qu'il fréquentoit avec
" affez d'agrément,lui avoit rendu comme
" naturelles des manieres aifées & char-
" mantes qui y naiffent avec la plûpart
" des Courtifans , & dont on n'acquiert
"& on ne copie ordinairement que le ri-
"dicule enfin il a été le plus grand Co-
" médien qui ait jamais brillé ſur le Thea-
" tre François , & il ne lui manquoit , dit
» le judicieux La Bruyere , que de parler
avec la bouche , on s'étoit même accoû-
" tumé à ce deffaut ; mais on a toûjours
» crié contre la mauvaiſe habitude qu'il
" avoit de tourner le dos à l'Acteur à qui-
"il parloit pour regarder les bancs du
>> Théatre ; on ne peut lui reprocher de
>> plus que quelques manques de bienféances
&c. La plupart des Comédiens
» font des Ames moutonnieres , qui ne fe
chargent ordinairement que des défauts
F des
1598 MERCURE DE FRANCE
1
» des grands Acteurs qu'ils veulent imiter.
» Dès que Baron commença à faire du
bruit , les Comédiens de Campagne cru
>> rent avoir attrapé fon jeu , en affectant ,
❤ & outrant même fon parler nazillard.
Voici d'autres exemples du même travers.
Bejard , camarade de Moliere , &
frere de fa femme , demeura eftropié
d'une bleffure qu'il reçut au pied en
» féparant deux de les amis qui fe battoient
» dans la Place du Palais Royal . Moliere
qui peu de tems après donna fon Avare,
chargea fon Beau -frere du Rôle de la
» Fleche , de qui Harpagon dit par allus
» fion , Je n'aime point à voir ce chien de
» boiteux là : comme Béjard faifoit beau
" coup de plaifir , on boita auffi- tôt fur
" tous les Théatres de Province , non - feu-
» lement dans le Rôle de la Fleche , où
» cela devenoit neceffaire , mais indiffe
» remment dans tous ceux que Béjard
» rempliffoit à Paris.
>>
>
Les premiers Crifpins furent faits pour
» Poiffon premier , de qui on a un petit
» Théatre : il parloit bref , & comme il
» n'avoit pas de gras de jambes , il ima-
>> gina de jouer en botines ; delà tous les
» Crifpins bredouillerent & fe botterent,
» Je m'étonne qu'ils ne poufferent pas
» l'extravagance jufqu'à s'agrandir la bou
» che , parceque Poiffon l'avoit énorme
auffi
JUILLET . 1730. 1599
"» aufli lui fit-on dire : Je vous réponds
» Monfieur , d'une bouche auffi large ...
» dans le Deuil , petite Comédie , qui ( auffi.
» bien que l'Esprit Follet) eft de Corneille lo
» jeune & du Comédien Hauteroche &c.
Baron n'eft gueres loué dans cette Lettre
que fur les talens qu'il avoit pour le Thea
tre ; il n'y eft pas épargné fur fes Ridicu
les. » Il a fourni , dit l'Auteur , les mate-
» riaux dont on s'eft fervi pour compofer
» l'une des Vies de Moliere , où il auroit
» pû donner des éclairciffemens curieux
& intereffans fur les Piéces de ce grand
homme , & fe plus ménager fur fes propres
louanges , & fur celles d'un Théa
» tre dont il n'étoit gueres que le parain .
On entre enfuite dans l'Hiftoire des Comédies
qui ont paru fous fon nom , & on
les reftitue à leurs veritables Auteurs , Ce
détail eft affez plaifant , & le feu S′ Dancourt
eft mis en paffant parmi ces geais
parés des plumes d'autrui.
»
On ne fait pas plus de quartier au S
Baron fur le filence qu'il a toûjours gardé
fur fon pere & fur fa mere qui étoient
tous deux de fort bons Comédiens.
Baron dans la Vie de Moliere ne dit qu'un
mot de ſa mere en paffant , & ne parle
point du tout de fon pere ,de qui on trou
ve ici un trai fort fingulier » que le Pu
> blic , dit l'Auteur , auroit lû avec plus
Fij de
1600 MERCURE DE FRANCE
» de plaifir que fes prétendues querelles
avec le celebre Racine .
Paffons à la Dile Le Couvreur dont il
eft auffi queftion dans cette Lettre. L'Auteur
la fuit depuis fa naiffance à Fimes
petite Ville entre Soiffons & Reims ; il
l'amene à Paris avec fon pere en 1702. &
il raconte d'une maniere très - intereſſante
& très-circonftanciée les premiers effais
de cette grande Comédienne , c'est - à - dire,
la partie qu'elle fit en 1705. avec quelques
jeunes gens , de jouer la Tragédie de
Poliencte & la Comédie du Deuil, dans une
Maifon Bourgeoife : il parle auffi d'un
jeune homme , nommé Minou , qui repréfentant
le Rôle de Severe , entra tellement
dans l'efprit de fon Rôle , qu'il tomba
en défaillance, en difant à Fabian , fon
Confident , foutiens - mois ce coup de foudre
eft grand il fallut lui ouvrir la veine .
L'Auteur fuit cette Comédienne dans les
Provinces , & il la ramene à Paris , où elle
débuta au mois de Mai 1717. & il trouve
moyen, en parlant d'elle, de ramener fouvent
Baron fur la fcene.
» La De Le Couvreur , dit -il dans un
» endroit , aimoit fon métier ; mais elle
» n'en penfoit pas fi emphatiquement que
» Baron , qui difoit qu'un Comédien étoit
un homme nourri dans le giron des
Rois. J'ai lû , difoit- il encore , toutes les
HifJUILLET.
1730 1601
» Hiftoiresanciennes & modernes ; j'y trouve
» que la Nature prodigue y a vomi dans tous
»les tems une foule de Héros & de grands
hommes dans chaque genre , elle femble
» n'avoir été avare que de grands Comédiens;
»je ne trouve que Rofcius & moi.
L'Hiftoire de la mort de notre Actrice
vient enfuite , & le refte de la Lettre eft
rempli par des Piéces qui ont été faites
fur elle pendant & après la vie. La premiere
eft une Epitre du celebre M. de
Voltaire. La feconde eft une autre Epitre
de M. de Beauchamps. La troifiéme eft
dattée des Champs Elizées ; elle eft écrite
à la Dlle Le Couvreur par M, Le Franc
fous le nom de Racine. Les Piéces que l'on
trouve après ont été faites depuis la mort
de la Dile Le Couvreur. La premiere eft
la Harangue que prononça un Comédien
le jour de la clôture du Théatre ; elle eft
de M. de Voltaire , dit P'Auteur ; elle eft
fuivie des Epitaphes Françoiſes & Latines
& des Infcriptions pour le portrait que
l'on grave actuellement d'après M. Coypel
qui l'a peinte en Cornelie. L'Auteur
finitpar dire qu'il efpere recueillir un affez
bon nombre des jolies Lettres que là D¹le
Le Couvreur a écrites pour les donner au
Public , qui verra toûjours avec plaifir
tout ce qui aura rapport avec cette grande
Comédienne qu'il a tant aimée , & qu'il
regrette tous les jours.
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Résumé : Lettre à Milord *** sur le sieur Baron & la Dlle le Couvreur, &c. [titre d'après la table]
La brochure 'Lettre à My-Lord... fur Baron & la Dlle Le Couvreur' de George Wink, disponible chez Antoine de Henqueville, contient des informations précieuses pour l'histoire du théâtre français. Elle relate des anecdotes sur les comédiens Baron et Le Couvreur, ainsi que des critiques et des digressions sur des acteurs décédés. Baron est décrit comme un comédien doté de qualités physiques avantageuses pour le théâtre et de manières charmantes acquises à la cour. Il est reconnu comme l'un des plus grands comédiens français, malgré certains défauts, comme celui de tourner le dos à son interlocuteur sur scène. La lettre critique également les comédiens qui imitent les défauts des grands acteurs, citant par exemple Béjard boitant après avoir joué un rôle boiteux. Elle mentionne aussi les premiers Crispins, inspirés par Poiffon, qui parlait brièvement et jouait en bottines. La lettre reproche à Baron de ne pas avoir suffisamment loué Molière et de n'avoir rien dit sur ses parents, tous deux comédiens. Elle discute également des comédies publiées sous le nom de Baron, les attribuant à leurs vrais auteurs. Concernant Le Couvreur, la lettre suit sa carrière depuis sa naissance à Fismes jusqu'à ses débuts à Paris en 1717. Elle mentionne ses premiers rôles et un incident où un acteur, Minou, tomba en défaillance en jouant. La lettre se termine par des poèmes et des épîtres écrits en l'honneur de Le Couvreur, y compris ceux de Voltaire et Racine. L'auteur exprime son espoir de publier les lettres de Le Couvreur pour le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1788-1800
Le Distrait, Comédie, [titre d'après la table]
Début :
Au contraire de la Piece dont on vient de parler, la Comédie du Distrait, de [...]
Mots clefs :
Comédie, Rôle, Farce, Critique, Jugement, Distraction, Tragédies, Acteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Distrait, Comédie, [titre d'après la table]
Au contraire de la Piece dont on vient
de parler , la Comédie du Distrait , de
feu M.Renard, n'ayant eu que troisReprésentations
dans sa nouveauté , au mois
de Decembre 1697. est aujourd'hui assez
goûtée pour attirer bien du monde . Le .
sieur de Montmesnil y joüe fort bien le
principal
JUILLET. 1731. 1789
principal Rôle , & les autres y sont aussi
très -bien remplis.
Cette singularité nous engage à faire
ici quelques reflexions sur cette Piece.
On ne sçauroit justifier le jugement
qu'on semble porter aujourd'hui du Distrait
, sans condamner en quelque maniere
celui qu'on en porta autrefois ; on
peut cependant prendre un temperament
entre deux décisions si opposées , en disant
que la Piece n'est pas trouvée meilleure
qu'elle l'a parû dans sa naissance ;
mais qu'on s'y divertit davantage , parce
qu'on ne la revoit que comme une farce
pleine de gayeté ; au lieu que l'Auteur
avoit , sans doute , prétendu la donner
comme une Comédie dans les formes ;
ainsi la Critique ayant déja prononcé sur
la maniere dont les Connoisseurs devoient
la recevoir , nous n'y apportons
plus cette séverité qui l'avoit proscrite;
l'indulgence des Spectateurs fait grace
M. Renard , du peu de soin qu'il a pris
d'observer les regles , et le livre tout entiers
au plaisir qui résulte de cette irréu
larité.
à
En effet tout le monde convient que le
plus,honnête personnage de la Piece est cefui
deLéandre, dont l'Auteur a vouluétaler
le prétendu ridicule; nous disons prétendu ,
parce
1790 MERCURE DE FRANCE
parce qu'il ne dépend non - plus de nous de
n-être point distraits , qu'il n'est au pouvoir
d'un aveugle de jouir de la lumierczon
ne doit pas considerer la distraction comme
un vice, et l'Auteur même en convient
par ces Vers qu'il met à la bouche du Distrait
, dans le quatriéme Acte , Scene VII .
Ma maniere est fort bonne , et n'en veux point
changer.
Je ne ressemble point aux hommes de notre âge ,
Qui masquent en tout temps leurs coeurs et leur
visage ,
Mon deffaut prétendu , mon peu d'attention ,
Fait la sincerité de mon intention.
Je ne prépare point avec effronteric ,
Dans le fond de mon coeur d'indigne menterie į
Je dis ce que je pense et sans déguisement ;
Je suis sans refléchir mon premier mouvement.
Un esprit naturel me conduit et m'anime ;
Je suis un peu distrait , mais ce n'est pas un crime,
Leandre est bien modeste de se contenter
de conclure que sa distraction n'est pas
un crime ; il auroit pû avancer hardiment
qu'elle n'est pas un vice , puisqu'il en faiț
une vertu dans tous les Vers precedents.
Madame Grognac , qui prétend devenir
sa belle-mere , en parle à peu près de même
au premier Acte , où elle dir :
Je
JUILLE T.
1799 1731
Je sçais bien qu'à parler de lui sans passion ,
Il est particulier dans sa distraction .
Il répond rarement à ce qu'on lui propose ;
On ne le voit jamais à lui dans mille choses ;
Mais ce n'est pas un crime en lui d'être ainsi fait;
On peut être , à mon sens , homme sage et distrait,
Voilà quel est notre Distrait, selon luimême
et selon sa prétenduë future bellenere
; il est un peu moins bien dans l'esprit
de son Valet Carlin. Voici le Portrait
qu'il en fait ;
C'est un homme étonnant et rare en son espece ;
I rêve fort à rien ; il s'égare sans cesse ;
Il cherche , il trouve , il broüille , il regarde sans
voir ;
Quand on lui parle blanc , souvent il répond
noir ;
Il vous dit non pour cüi , oüi pour non ; il ape
pelle ,
Une femme Monsieur , et moi Mademoiselle ;
Prend souvent l'un pour l'autre ; il va sans sçavoir
où ;
On dit qu'il est distrait ; mais moi , je le tiens fou.'"
Dailleurs fort honnête homme , à ses devoirs
austere ,
Exact et bon ami , genereux , doux , sincṛte ;
Aimant
1792 MERCURE DE FRANCE
Aimant , comme j'ai dit , sa Maîtresse in Heros;,
Il est et sage et fou; voilà l'homme en deux mots
Ce portrait de Carlin paroît le plus
ressemblant ; mais , ni comme sage , ni
comme fou , il ne peut être le sujet d'une
Comédie ; le sage ne doit pas être joué ,
et le fou ne peut pas être corrigé.
D'où il est aisé de conclure que M. Renard
n'a choisi ce caractere que pour ouvrir
un champ plus vaste à son imagination
les incidens naissant en foule dans un sujet
si fécond en quiproquo ; en faut-il davantage
pour faire réussir une Piece où
l'on ne se propose point d'autre fin que
de faire rire ?
Nous passerons plus legerement sur les
autres caracteres , ils sont défectueux jusqu'à
révolter les personnes les moins délicates.
Le Chevalier que l'Auteur a prétendu
opposer au Distrait , est un étourdi , ou
plutôt un fou à mettre aux petites Maisons
, et de plus , de très-mauvaises moeurs ;
on en peut juger par la correction que son
oncle lui fait ; la voici :
Vous vous faites honneurd'être un franc libertin,'
Vous mettez votre gloire à bien tenir du vin ;
Et lorsque tout fumant d'une vineuse haleine ,
Sur
JUILLET. 1731. 1793
Sur vos pieds chancelants vous vous tenez à peine,
Sur un Théatre alors vous venez vous montrer ;
Là , parmi vos pareils on vous voit folâtrer ;
Vous allez vous baiser comme des Demoiselles ,
Et pour vous faire voir jusque sur les chandelles ,
Poussant l'un , heurtant l'autre , et contant vos
exploits ,
Plus haut que les Acteurs , vous élevez la voix ;
Et tout Paris témoin de vos traits de folie ,
Kit plus cent fois de vous que de la Comédie.
L'oncle ne charge point le caractere ?
c'est ce que le neveu va justifier lui-même
en sa presence.
Mais que fais-je donc tant , Monsieur , ne vous
déplaise ,
Pour trouver ma conduite à tel excès mauvaise ?
J'aime , je bois , je joue , et ne vois en cela
Rien qui puisse attirer ces réprimandes-là , &c .
De -là je pars sans bruit ,
Quand le jour diminuë et fait place à la nuit ,
Avec quelques amis , et nombre de bouteilles ,
Que nous faisons porter pour adoucir nos veilles,
Chez des femmes de bien dont l'honneur est entier
,
Et qui de leur vertu parfument le quartier.
Là, nous perçons la nuit d'une ardeur sans égale;
H Nous
1-94 MERCURE DE FRANCE
Nous sortons au grand jour pour ôter tout scandale
,
Et chacun en bon ordre aussi sage que moi ,
Sans bruit au petit pas se retire chez soi.
Cette vie innocente est - elle condamnée ?
Ne faire qu'un repas dans toute une journée !
Un malade , entre nous , se conduiroit- il mieux ?
Ce qu'il y a de plus déreglé dans la
Piece , c'est que l'oncle n'aspire qu'à rendre
heureux un neveu si indigne de l'être,
ce qui ne sçauroit faire qu'un troisiéme
caractere très - vicieux .
→
Pour celui de Madame Grognac , il n'a
rien de beau que d'être conforme à son
nom ; elle est d'une gronderie et d'une misantropie
tout- à- fait insupportable ; elle a
des duretez pour Isabelle sa fille , qui ne
sont rachetées par aucune complaisance ,
mais ce n'est point là ce qu'il y a de plus
déplorable pour cette pauvre innocente ;
l'amour que le Chevalier lui a inspiré ,
excite pour elle la pitié des Spectateurs ;
on la plaint de la voir aussi malheureuse
en Amant qu'en Mere , et c'est- là peutêtre
le seul interêt qui regne dans la Piece .
Clarice aussi heureuse qu'Isabelle , est
menacée d'être malheureuse ; elle aime
Léandre , dont tout le deffaut est d'être
distrait , deffaut qui devroit la faire tenir
en
JUILLET. 1731. -1795
en garde contre les effets qu'il produit sur
elle , puisqu'elle lui dit elle- même , après 、
une justification sur une prétenduë infidelité.
Quels que soient vos discours pour me persuader,
J'aime trop pour ne pas toûjours appréhender.
Mais ces distractions qui vous sont naturelles ,
Me rassurant un peu de mes frayeurs mortelles ;
Je vous juge innocent, et crois que votre erreur,
Provient de votre esprit plus que de votre coeur.
On voit bien par les deux premiers
Vers de ce sizain , que l'Auteur est allé
au- devant de l'objection , en attribuant les
craintes de Clarice à l'excès de son amour.
Pour ce qui regarde l'intrigue de la Piece
, on peut dire qu'il n'en a guere coûté
à l'imagination de l'Auteur pour la produire
, le caractere qu'il traite suffit, comme
nous l'avons déja dit , pour en faire
le noeud par les incidens qu'il fait naître,
et le dénoüment est une mauvaise copie
de celui des Femmes Sçavantes ; voici en .
peu de mots toute l'intrigue.
Madame Grognac , mere d'Isabelle
fondée sur un dédit signé entre elle et un
oncle de Léandre , veut que ce Léandre
épouse sa fille ; elle ne veut point
absolument du Chevalier pour son gen-
Hij
dre ;
1796 MERCURE DE FRANCE
dre ; ce dernier , outre les deffauts révoltans
dont nous avons ppaarrlléé ,, lui manque
de respect jusqu'à lui faire danser une
Courante malgré elle ; Valere , oncle du
Chevalier et de Clarice , veut faire un
double mariage entre ces Amans , et ce
mariage est au gré de leurs desirs , puisque
Clarice aime Léandre et en est aimée,
et que le Chevalier et Isabelle s'aiment
aussi réciproquement 5 Valere réserve une
dot de cinquante mille écus à Clarice sa
niece , et donne le reste de son bien au
Chevalier , son indigne neveu voilà le
noeud de la Piece , en voici le dénouement,
Carlin , Valet de Léandre, feint d'arriver
rout fraîchement et tout botté , d'un voyage
qu'il avoit fait avec son Maître , dont
T'oncle étoit à l'extremité; il anonce hardiment
que cet oncle vient de mourir, et qu'il
a desherité son neveu, parce qu'il a appris
qu'il ne vouloit pas épouser Isabelle, malgré
le dédit fait entre Madame Grognac sa
mere , et lui , oncle de Léandre. Madame
Grognac devient le Trissotin de la Piece;
elle n'a pas plutôt appris que Léandre n'a
rien , qu'elle lui dit qu'il peut chercher
fortune ailleurs. L'oncle du Chevalier
profite
de cette conjoncture pour lui faire
accepter son neveu pour gendre ; elle se
contents
JUILLET 1731. 1797
contente de dire qu'il est bien étourdi ,
et qu'elle a encore sur le coeur la Courante
qu'il lui a fait danser ; elle signe
le Contrat à condition qu'il se corrige-
Fa , et que son oncle lui en répondra . Le
Contrat signé , Valere donne Clarice , sa
niece,à Léandre ; Madame Grognac trouve
fort étrange qu'il marie sa niéce à un
homme qui vient d'être desherité , il lui
avouë la petite fourberie qu'on lui a faite
pour la faire consentir au mariage qu'elle
vient de signer ; et comme elle fait éclater
sa mauvaise humeur contre sa fille
son nouveau gendre lui dit :
J'ai , si vous la grondez , un Menuet tout prêt ,
La Piece finit par un dernier trait de
distraction. Le voicy .
Léandre à Carlin.
Toi , Carlin , à l'instant prépare ce qu'il faut ,
Pour aller voir mon oncle et partir au plutôt.
Carlin.
Laissez votre oncle en paix ; quel diantre de lan
gage ?
Vous devez cette nuit faire un autre voyage ;
Vous n'y songez donc plus ; vous êtes marié.
Léandre.
Tu m'en fais souvenir ; je l'avois oublié .
Hij Voilà
1799 MERCURE DE FRANCE
Voilà une partie des Refléxions qu'on
a faites sur la Comédie du Distrait ; cette
Piece n'a peut- être mérité ni de tomber
aussi brusquement qu'elle fit autrefois , ni
de réussir aussi heureusement qu'elle fait
aujourd'hui , cela n'empêche pas qu'on
ne doive rendre à M. Regnard la justice
qui lui est due c'est que personne n'a
mieux possedé que lui le talent de faire
rireset c'est par là que ses Pieces de Théatre
sont plus aimées qu'elles ne sont estimées.
Le 7 , l'Opera Comique donna une
Piece d'un Acte en Vaudeville , intitulée
Monde Renversé. Elle avoit été représentée
dans sa nouveauté à la Foire S. Laurent en
1718. Cette Piece est suivie de deux Aczes
de la France Galante et terminée parla
Guinguette Angloise , exécutée par les mêmes
Danseurs dont on a déja parlé dans le
premier Volume de Juin.
Le 1 2. on supprima un des deux Actes
de la France Galante , et on donna à la płace
l'Isle des Amazones , autre ancienne
Piece d'un Acte faite en 1718. On en peut
voir le sujet dans le Recueil du Théatre
de la Foire.
Jamais le goût pour les Spectacles n'a
été si général , et jamais tant de jeunes.
Gens
JUILLET. 1731. 1799
Gens ,depuis le Bourgeois jusqu'aux Personnes
de la plus grande qualité , ne se sont
appliquez avec tant d'ardeur à l'Art de la
Déclamation , auquel quelques- uns réüssisent
avec un naturel , des graces et une
finesse admirable. Dans plusieurs Maisons
de Paris , des personnes de mérite et de
bon goût , d'un même quartier , s'assemblent
, et se font un plaisir de représenter
des Tragédies et des Comédies des meilleurs
Auteurs ,avec beaucoup de justesse et
de précision , ce qui donne une grande satisfaction
au petit nombre de Spectateurs
choisis qu'on veut bien admettre dans ces
agréables amusemens.
Parmi ces Sociétez , il en est une qui
merite assurément d'être distinguée : les
Acteurs , dont le nombre n'est pas grand ,
s'attachent à ne représenter que des Pieces
que quelques uns d'entr'eux ont
composées eux -mêmes , et comme le mérite
et les talents se trouvent réunis dans
-
cette Societé , on ne craint point de
dire à l'égard de ces petites Comédies
que pour l'imagination
, la sagesse des
moeurs , et la finesse de l'exécution , elles
pourroient donner de la jalousie aux plus
babiles de l'Art.
3.
Dans quelques - unes des plus belles maisons
aux environs de Paris , on a dressé
Hij des
1800 MERCURE DE FRANCE
de petits Théatres fort bien ajustez et
ornez avec gout , où les meilleures Pieces
qu'on voit au Théatre François , sont
souvent représentées par de très - bons Sujets
, en présence de très- nombreuses et
très brillantes Assemblées.
*
Cette inclination pour le Théatre doit
être plus étenduë qu'on ne croit , car on.
apprend de Bruxelles que le 27. May
le Duc de Lorraine , à qui on avoit déja
donné quantité de Fêtes , assista à la Comedie
, intitulée , la Critique de l'Europe
Galante , ou le Mariage d' Arlequin , représentée
par des Bourgeois Flamands.
de parler , la Comédie du Distrait , de
feu M.Renard, n'ayant eu que troisReprésentations
dans sa nouveauté , au mois
de Decembre 1697. est aujourd'hui assez
goûtée pour attirer bien du monde . Le .
sieur de Montmesnil y joüe fort bien le
principal
JUILLET. 1731. 1789
principal Rôle , & les autres y sont aussi
très -bien remplis.
Cette singularité nous engage à faire
ici quelques reflexions sur cette Piece.
On ne sçauroit justifier le jugement
qu'on semble porter aujourd'hui du Distrait
, sans condamner en quelque maniere
celui qu'on en porta autrefois ; on
peut cependant prendre un temperament
entre deux décisions si opposées , en disant
que la Piece n'est pas trouvée meilleure
qu'elle l'a parû dans sa naissance ;
mais qu'on s'y divertit davantage , parce
qu'on ne la revoit que comme une farce
pleine de gayeté ; au lieu que l'Auteur
avoit , sans doute , prétendu la donner
comme une Comédie dans les formes ;
ainsi la Critique ayant déja prononcé sur
la maniere dont les Connoisseurs devoient
la recevoir , nous n'y apportons
plus cette séverité qui l'avoit proscrite;
l'indulgence des Spectateurs fait grace
M. Renard , du peu de soin qu'il a pris
d'observer les regles , et le livre tout entiers
au plaisir qui résulte de cette irréu
larité.
à
En effet tout le monde convient que le
plus,honnête personnage de la Piece est cefui
deLéandre, dont l'Auteur a vouluétaler
le prétendu ridicule; nous disons prétendu ,
parce
1790 MERCURE DE FRANCE
parce qu'il ne dépend non - plus de nous de
n-être point distraits , qu'il n'est au pouvoir
d'un aveugle de jouir de la lumierczon
ne doit pas considerer la distraction comme
un vice, et l'Auteur même en convient
par ces Vers qu'il met à la bouche du Distrait
, dans le quatriéme Acte , Scene VII .
Ma maniere est fort bonne , et n'en veux point
changer.
Je ne ressemble point aux hommes de notre âge ,
Qui masquent en tout temps leurs coeurs et leur
visage ,
Mon deffaut prétendu , mon peu d'attention ,
Fait la sincerité de mon intention.
Je ne prépare point avec effronteric ,
Dans le fond de mon coeur d'indigne menterie į
Je dis ce que je pense et sans déguisement ;
Je suis sans refléchir mon premier mouvement.
Un esprit naturel me conduit et m'anime ;
Je suis un peu distrait , mais ce n'est pas un crime,
Leandre est bien modeste de se contenter
de conclure que sa distraction n'est pas
un crime ; il auroit pû avancer hardiment
qu'elle n'est pas un vice , puisqu'il en faiț
une vertu dans tous les Vers precedents.
Madame Grognac , qui prétend devenir
sa belle-mere , en parle à peu près de même
au premier Acte , où elle dir :
Je
JUILLE T.
1799 1731
Je sçais bien qu'à parler de lui sans passion ,
Il est particulier dans sa distraction .
Il répond rarement à ce qu'on lui propose ;
On ne le voit jamais à lui dans mille choses ;
Mais ce n'est pas un crime en lui d'être ainsi fait;
On peut être , à mon sens , homme sage et distrait,
Voilà quel est notre Distrait, selon luimême
et selon sa prétenduë future bellenere
; il est un peu moins bien dans l'esprit
de son Valet Carlin. Voici le Portrait
qu'il en fait ;
C'est un homme étonnant et rare en son espece ;
I rêve fort à rien ; il s'égare sans cesse ;
Il cherche , il trouve , il broüille , il regarde sans
voir ;
Quand on lui parle blanc , souvent il répond
noir ;
Il vous dit non pour cüi , oüi pour non ; il ape
pelle ,
Une femme Monsieur , et moi Mademoiselle ;
Prend souvent l'un pour l'autre ; il va sans sçavoir
où ;
On dit qu'il est distrait ; mais moi , je le tiens fou.'"
Dailleurs fort honnête homme , à ses devoirs
austere ,
Exact et bon ami , genereux , doux , sincṛte ;
Aimant
1792 MERCURE DE FRANCE
Aimant , comme j'ai dit , sa Maîtresse in Heros;,
Il est et sage et fou; voilà l'homme en deux mots
Ce portrait de Carlin paroît le plus
ressemblant ; mais , ni comme sage , ni
comme fou , il ne peut être le sujet d'une
Comédie ; le sage ne doit pas être joué ,
et le fou ne peut pas être corrigé.
D'où il est aisé de conclure que M. Renard
n'a choisi ce caractere que pour ouvrir
un champ plus vaste à son imagination
les incidens naissant en foule dans un sujet
si fécond en quiproquo ; en faut-il davantage
pour faire réussir une Piece où
l'on ne se propose point d'autre fin que
de faire rire ?
Nous passerons plus legerement sur les
autres caracteres , ils sont défectueux jusqu'à
révolter les personnes les moins délicates.
Le Chevalier que l'Auteur a prétendu
opposer au Distrait , est un étourdi , ou
plutôt un fou à mettre aux petites Maisons
, et de plus , de très-mauvaises moeurs ;
on en peut juger par la correction que son
oncle lui fait ; la voici :
Vous vous faites honneurd'être un franc libertin,'
Vous mettez votre gloire à bien tenir du vin ;
Et lorsque tout fumant d'une vineuse haleine ,
Sur
JUILLET. 1731. 1793
Sur vos pieds chancelants vous vous tenez à peine,
Sur un Théatre alors vous venez vous montrer ;
Là , parmi vos pareils on vous voit folâtrer ;
Vous allez vous baiser comme des Demoiselles ,
Et pour vous faire voir jusque sur les chandelles ,
Poussant l'un , heurtant l'autre , et contant vos
exploits ,
Plus haut que les Acteurs , vous élevez la voix ;
Et tout Paris témoin de vos traits de folie ,
Kit plus cent fois de vous que de la Comédie.
L'oncle ne charge point le caractere ?
c'est ce que le neveu va justifier lui-même
en sa presence.
Mais que fais-je donc tant , Monsieur , ne vous
déplaise ,
Pour trouver ma conduite à tel excès mauvaise ?
J'aime , je bois , je joue , et ne vois en cela
Rien qui puisse attirer ces réprimandes-là , &c .
De -là je pars sans bruit ,
Quand le jour diminuë et fait place à la nuit ,
Avec quelques amis , et nombre de bouteilles ,
Que nous faisons porter pour adoucir nos veilles,
Chez des femmes de bien dont l'honneur est entier
,
Et qui de leur vertu parfument le quartier.
Là, nous perçons la nuit d'une ardeur sans égale;
H Nous
1-94 MERCURE DE FRANCE
Nous sortons au grand jour pour ôter tout scandale
,
Et chacun en bon ordre aussi sage que moi ,
Sans bruit au petit pas se retire chez soi.
Cette vie innocente est - elle condamnée ?
Ne faire qu'un repas dans toute une journée !
Un malade , entre nous , se conduiroit- il mieux ?
Ce qu'il y a de plus déreglé dans la
Piece , c'est que l'oncle n'aspire qu'à rendre
heureux un neveu si indigne de l'être,
ce qui ne sçauroit faire qu'un troisiéme
caractere très - vicieux .
→
Pour celui de Madame Grognac , il n'a
rien de beau que d'être conforme à son
nom ; elle est d'une gronderie et d'une misantropie
tout- à- fait insupportable ; elle a
des duretez pour Isabelle sa fille , qui ne
sont rachetées par aucune complaisance ,
mais ce n'est point là ce qu'il y a de plus
déplorable pour cette pauvre innocente ;
l'amour que le Chevalier lui a inspiré ,
excite pour elle la pitié des Spectateurs ;
on la plaint de la voir aussi malheureuse
en Amant qu'en Mere , et c'est- là peutêtre
le seul interêt qui regne dans la Piece .
Clarice aussi heureuse qu'Isabelle , est
menacée d'être malheureuse ; elle aime
Léandre , dont tout le deffaut est d'être
distrait , deffaut qui devroit la faire tenir
en
JUILLET. 1731. -1795
en garde contre les effets qu'il produit sur
elle , puisqu'elle lui dit elle- même , après 、
une justification sur une prétenduë infidelité.
Quels que soient vos discours pour me persuader,
J'aime trop pour ne pas toûjours appréhender.
Mais ces distractions qui vous sont naturelles ,
Me rassurant un peu de mes frayeurs mortelles ;
Je vous juge innocent, et crois que votre erreur,
Provient de votre esprit plus que de votre coeur.
On voit bien par les deux premiers
Vers de ce sizain , que l'Auteur est allé
au- devant de l'objection , en attribuant les
craintes de Clarice à l'excès de son amour.
Pour ce qui regarde l'intrigue de la Piece
, on peut dire qu'il n'en a guere coûté
à l'imagination de l'Auteur pour la produire
, le caractere qu'il traite suffit, comme
nous l'avons déja dit , pour en faire
le noeud par les incidens qu'il fait naître,
et le dénoüment est une mauvaise copie
de celui des Femmes Sçavantes ; voici en .
peu de mots toute l'intrigue.
Madame Grognac , mere d'Isabelle
fondée sur un dédit signé entre elle et un
oncle de Léandre , veut que ce Léandre
épouse sa fille ; elle ne veut point
absolument du Chevalier pour son gen-
Hij
dre ;
1796 MERCURE DE FRANCE
dre ; ce dernier , outre les deffauts révoltans
dont nous avons ppaarrlléé ,, lui manque
de respect jusqu'à lui faire danser une
Courante malgré elle ; Valere , oncle du
Chevalier et de Clarice , veut faire un
double mariage entre ces Amans , et ce
mariage est au gré de leurs desirs , puisque
Clarice aime Léandre et en est aimée,
et que le Chevalier et Isabelle s'aiment
aussi réciproquement 5 Valere réserve une
dot de cinquante mille écus à Clarice sa
niece , et donne le reste de son bien au
Chevalier , son indigne neveu voilà le
noeud de la Piece , en voici le dénouement,
Carlin , Valet de Léandre, feint d'arriver
rout fraîchement et tout botté , d'un voyage
qu'il avoit fait avec son Maître , dont
T'oncle étoit à l'extremité; il anonce hardiment
que cet oncle vient de mourir, et qu'il
a desherité son neveu, parce qu'il a appris
qu'il ne vouloit pas épouser Isabelle, malgré
le dédit fait entre Madame Grognac sa
mere , et lui , oncle de Léandre. Madame
Grognac devient le Trissotin de la Piece;
elle n'a pas plutôt appris que Léandre n'a
rien , qu'elle lui dit qu'il peut chercher
fortune ailleurs. L'oncle du Chevalier
profite
de cette conjoncture pour lui faire
accepter son neveu pour gendre ; elle se
contents
JUILLET 1731. 1797
contente de dire qu'il est bien étourdi ,
et qu'elle a encore sur le coeur la Courante
qu'il lui a fait danser ; elle signe
le Contrat à condition qu'il se corrige-
Fa , et que son oncle lui en répondra . Le
Contrat signé , Valere donne Clarice , sa
niece,à Léandre ; Madame Grognac trouve
fort étrange qu'il marie sa niéce à un
homme qui vient d'être desherité , il lui
avouë la petite fourberie qu'on lui a faite
pour la faire consentir au mariage qu'elle
vient de signer ; et comme elle fait éclater
sa mauvaise humeur contre sa fille
son nouveau gendre lui dit :
J'ai , si vous la grondez , un Menuet tout prêt ,
La Piece finit par un dernier trait de
distraction. Le voicy .
Léandre à Carlin.
Toi , Carlin , à l'instant prépare ce qu'il faut ,
Pour aller voir mon oncle et partir au plutôt.
Carlin.
Laissez votre oncle en paix ; quel diantre de lan
gage ?
Vous devez cette nuit faire un autre voyage ;
Vous n'y songez donc plus ; vous êtes marié.
Léandre.
Tu m'en fais souvenir ; je l'avois oublié .
Hij Voilà
1799 MERCURE DE FRANCE
Voilà une partie des Refléxions qu'on
a faites sur la Comédie du Distrait ; cette
Piece n'a peut- être mérité ni de tomber
aussi brusquement qu'elle fit autrefois , ni
de réussir aussi heureusement qu'elle fait
aujourd'hui , cela n'empêche pas qu'on
ne doive rendre à M. Regnard la justice
qui lui est due c'est que personne n'a
mieux possedé que lui le talent de faire
rireset c'est par là que ses Pieces de Théatre
sont plus aimées qu'elles ne sont estimées.
Le 7 , l'Opera Comique donna une
Piece d'un Acte en Vaudeville , intitulée
Monde Renversé. Elle avoit été représentée
dans sa nouveauté à la Foire S. Laurent en
1718. Cette Piece est suivie de deux Aczes
de la France Galante et terminée parla
Guinguette Angloise , exécutée par les mêmes
Danseurs dont on a déja parlé dans le
premier Volume de Juin.
Le 1 2. on supprima un des deux Actes
de la France Galante , et on donna à la płace
l'Isle des Amazones , autre ancienne
Piece d'un Acte faite en 1718. On en peut
voir le sujet dans le Recueil du Théatre
de la Foire.
Jamais le goût pour les Spectacles n'a
été si général , et jamais tant de jeunes.
Gens
JUILLET. 1731. 1799
Gens ,depuis le Bourgeois jusqu'aux Personnes
de la plus grande qualité , ne se sont
appliquez avec tant d'ardeur à l'Art de la
Déclamation , auquel quelques- uns réüssisent
avec un naturel , des graces et une
finesse admirable. Dans plusieurs Maisons
de Paris , des personnes de mérite et de
bon goût , d'un même quartier , s'assemblent
, et se font un plaisir de représenter
des Tragédies et des Comédies des meilleurs
Auteurs ,avec beaucoup de justesse et
de précision , ce qui donne une grande satisfaction
au petit nombre de Spectateurs
choisis qu'on veut bien admettre dans ces
agréables amusemens.
Parmi ces Sociétez , il en est une qui
merite assurément d'être distinguée : les
Acteurs , dont le nombre n'est pas grand ,
s'attachent à ne représenter que des Pieces
que quelques uns d'entr'eux ont
composées eux -mêmes , et comme le mérite
et les talents se trouvent réunis dans
-
cette Societé , on ne craint point de
dire à l'égard de ces petites Comédies
que pour l'imagination
, la sagesse des
moeurs , et la finesse de l'exécution , elles
pourroient donner de la jalousie aux plus
babiles de l'Art.
3.
Dans quelques - unes des plus belles maisons
aux environs de Paris , on a dressé
Hij des
1800 MERCURE DE FRANCE
de petits Théatres fort bien ajustez et
ornez avec gout , où les meilleures Pieces
qu'on voit au Théatre François , sont
souvent représentées par de très - bons Sujets
, en présence de très- nombreuses et
très brillantes Assemblées.
*
Cette inclination pour le Théatre doit
être plus étenduë qu'on ne croit , car on.
apprend de Bruxelles que le 27. May
le Duc de Lorraine , à qui on avoit déja
donné quantité de Fêtes , assista à la Comedie
, intitulée , la Critique de l'Europe
Galante , ou le Mariage d' Arlequin , représentée
par des Bourgeois Flamands.
Fermer
Résumé : Le Distrait, Comédie, [titre d'après la table]
La pièce 'Le Distrait' de M. Renard, représentée pour la première fois en décembre 1697, a connu un succès croissant malgré des débuts modestes avec seulement trois représentations. Aujourd'hui, elle attire un large public grâce à la performance du sieur de Montmesnil dans le rôle principal et à la qualité des autres acteurs. Initialement conçue comme une comédie classique, la pièce est désormais appréciée comme une farce pleine de gaieté. La critique a évolué, passant d'une sévérité initiale à une indulgence qui pardonne les écarts aux règles théâtrales, privilégiant le plaisir du public. Le personnage principal, Léandre, est décrit comme distrait mais sincère, un trait que l'auteur et Madame Grognac, sa future belle-mère, ne considèrent pas comme un vice. Le valet Carlin voit Léandre comme un homme honnête mais fou. La pièce exploite les quiproquos nés de la distraction de Léandre pour générer des situations comiques. Les autres personnages, comme le Chevalier, sont jugés défectueux et révoltants. Le Chevalier est décrit comme un libertin et un fou, tandis que Madame Grognac est grincheuse et misanthrope. L'intrigue repose sur les malentendus et les quiproquos, avec un dénouement qui rappelle celui des 'Femmes savantes'. La pièce se termine par un trait de distraction de Léandre, oubliant son mariage récent. Le texte souligne le talent de M. Renard pour faire rire, bien que ses pièces soient plus aimées qu'estimées. Il mentionne également l'engouement pour les spectacles et la déclamation à Paris, avec des sociétés privées représentant des pièces avec beaucoup de justesse et de précision. Une société en particulier est distinguée pour ses comédies originales, appréciées pour leur imagination, leur sagesse et leur finesse d'exécution. Les petits théâtres sont décrits comme élégamment aménagés et décorés avec goût, où les meilleures pièces du théâtre français sont fréquemment jouées par d'excellents acteurs devant un public nombreux et brillant. Cette passion pour le théâtre semble plus répandue qu'on ne le pense. Par exemple, à Bruxelles, le 27 mai, le Duc de Lorraine a assisté à la comédie intitulée 'La Critique de l'Europe Galante, ou le Mariage d'Arlequin', interprétée par des bourgeois flamands.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 350-354
STANCES, Envoyées à M. de M** le lendemain qu'il eut joué le Rôle de Phedre.
Début :
Ou suis-je? quelle voix plaintive [...]
Mots clefs :
Phèdre, Rôle, Comédien, Éloge, Congé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES, Envoyées à M. de M** le lendemain qu'il eut joué le Rôle de Phedre.
STANCES,
Envoyées à M. de M** le lendemain qu'il
eutjoué le Rôle de Phedre.
OuU suis-je ? quelle voix plaintive
Vient porter dans mon sein la pitié , la terreur ?
Je sens que mon ame attentive ,
Vase rassasier de plaisir et d'horreur.
装
M** tu paroîs sur la Scene ;
Je me livre à l'excès de mon ravissement ;
Mais que dis-je ? c'est Melpomene ;
J'en reconnois en toi les graces , l'agrément.
Quel gout ! quelle délicatesse !
Qu'en séduisant les cœurs , tu satisfais les yeux !
Jamais
FEVRIER 1732.
351
Jamais la tragique Déesse ,
Nous a-t'elle montré ton égal sous les Cieux ?
N
Le sentiment , le pathetique ,
Le grand , le naturel , les gestes et la voix,
La démarche noble , héroïque ,
Tu rassembles , M** tous ces dons à la fois.
諾
De ces dons la Nature avare
Sur toi seul aujourd'hui les verse à pleines mains;
Jouis de ce talent si rare ,
Que ton Art à jamais enchante les Humains !
DE
REPONSE.
E cet Eloge si flatteur ,
Dont Baron et la Lecouvreur ,
Auroient pû devenir jaloux avec justice ,
Et qui pourtant n'a rien qui m'éblouisse ,
Je connois le principe et je vois votre erreur.
Cher S*** à charmer les oreilles .
Accoutumé depuis long- temps ,
Vous avez crû devoir en mes foibles talens ,
Admirer les rares merveilles ,
Que trouve le Public dans le son séduisant
G vivj
Que
352 MERCURE DE FRANCE
Que d'un Instrument * indocile ,
( Sçait tirer votre main habile ,
Et quelle rend si ravissant ;
Pour louer un ami qui paroît sur la Scene ,
1
Vous avez crû que tandis qu'on disoit ,
Qu'en vous Amphion revivoit ,
Vous deviez tout au moins dire que Melpomene,
Sous mon nom , sous mon air ,
montroit.
a vos yeux st
On nous promettoit une Piece de cet
Acteur , qui , à ce qu'on assure , n'est
pas moins bon Auteur qu'excellent
Comédien ; mais des affaires indispensables l'ayant rappellé chez lui , il partit
au grand regret de toute la Ville et de
Pillustre Troupe : voici comme il prit
congé de l'Assemblée.
MESDAMES ET MESSIEURS ,
Si l'on peut s'excuser d'une témerité , c'est
sans doute par l'heureux succès qu'elle a eû,
• aussi n'est-ce que par là que j'ose me justifier de la mienne. Je me vois honoré de
vos applaudissemens lorsque tout sembloit
Coucourir à m'en priver.
Oser paroître devant tant de personnes
*L'Auteur des Vers qui précedent , joue excel- lemment du Violon,
éclairées
FEVRIER. 1732. 353 7
,
éclairées et d'un gout si délicat, se mêler parmi ces Acteurs inimitables , qui par tant de
justes titres , s'étoient déja fait admirer
sortir de son sexe et de son caractere ; emprunter un habit qui demande d'être accompagné de tant de graces , de délicatesse et
d'agrémens; se transformer ensuite devant la
plus brillante Assemblée que puisse former
le beau Sexe , et aux yeux d'une Compagnie choisie d'hommes accoutumez à ne voir
rien que d'aimable ; quelle suite de démar
ches témeraires ! y eut-il jamais entreprise
plus hardie , et ne faut - il pas pour la
former, s'aveugler jusqu'au point d'attendre quelqu'un de ces coups surprenans par
lesquels la fortune se plait quelquefois à aider
les audacieux ?
Que dis-je ? non , ce n'est point à une fortune aveugle que je dois de si doux succès ;
vous avez penetré le motif qui me guidoit
et vous avez applaudi à ce motif ; vous
ave aisementreconnu queje n'aspirois qu'an
bonheur de vous plaire , et vous m'avez
tout pardonné enfaveur d'une si noble envie,
ou peut-être cette genereuse amitié dont votreVille honore ma Patrie et dont nous avons
tant defois ressenti les plus doux effets , vous
fait croire que le titre de Citoyen d' Arles
me suffisoit pourmériter votre Approbation ;
mais soit que je ne doive tant d'applaudis- semens
134 MERCURE DE FRANCE
dissemens qu'aux faveurs du sort , soit que
vous ayez crû devoir récompenser ainsi le
desir de vous amuser; soit que vous ayez
voulu par là , donner une nouvelle marque
de votre affection pour mon Pays, et que ce ne
soit là qu'un pur effet de votre complaisance,
le souvenir ne m'en sera pas moins cher ,
jose le dire hautement etj'ai voulu vous en
assurer ; je rappellerai sans cesse avec joye
ces heureux jours où vos bonte ont éclaté
àmes yeux, et la plus vive reconnoissance
en sera àjamais gravée dans mon cœur.
Envoyées à M. de M** le lendemain qu'il
eutjoué le Rôle de Phedre.
OuU suis-je ? quelle voix plaintive
Vient porter dans mon sein la pitié , la terreur ?
Je sens que mon ame attentive ,
Vase rassasier de plaisir et d'horreur.
装
M** tu paroîs sur la Scene ;
Je me livre à l'excès de mon ravissement ;
Mais que dis-je ? c'est Melpomene ;
J'en reconnois en toi les graces , l'agrément.
Quel gout ! quelle délicatesse !
Qu'en séduisant les cœurs , tu satisfais les yeux !
Jamais
FEVRIER 1732.
351
Jamais la tragique Déesse ,
Nous a-t'elle montré ton égal sous les Cieux ?
N
Le sentiment , le pathetique ,
Le grand , le naturel , les gestes et la voix,
La démarche noble , héroïque ,
Tu rassembles , M** tous ces dons à la fois.
諾
De ces dons la Nature avare
Sur toi seul aujourd'hui les verse à pleines mains;
Jouis de ce talent si rare ,
Que ton Art à jamais enchante les Humains !
DE
REPONSE.
E cet Eloge si flatteur ,
Dont Baron et la Lecouvreur ,
Auroient pû devenir jaloux avec justice ,
Et qui pourtant n'a rien qui m'éblouisse ,
Je connois le principe et je vois votre erreur.
Cher S*** à charmer les oreilles .
Accoutumé depuis long- temps ,
Vous avez crû devoir en mes foibles talens ,
Admirer les rares merveilles ,
Que trouve le Public dans le son séduisant
G vivj
Que
352 MERCURE DE FRANCE
Que d'un Instrument * indocile ,
( Sçait tirer votre main habile ,
Et quelle rend si ravissant ;
Pour louer un ami qui paroît sur la Scene ,
1
Vous avez crû que tandis qu'on disoit ,
Qu'en vous Amphion revivoit ,
Vous deviez tout au moins dire que Melpomene,
Sous mon nom , sous mon air ,
montroit.
a vos yeux st
On nous promettoit une Piece de cet
Acteur , qui , à ce qu'on assure , n'est
pas moins bon Auteur qu'excellent
Comédien ; mais des affaires indispensables l'ayant rappellé chez lui , il partit
au grand regret de toute la Ville et de
Pillustre Troupe : voici comme il prit
congé de l'Assemblée.
MESDAMES ET MESSIEURS ,
Si l'on peut s'excuser d'une témerité , c'est
sans doute par l'heureux succès qu'elle a eû,
• aussi n'est-ce que par là que j'ose me justifier de la mienne. Je me vois honoré de
vos applaudissemens lorsque tout sembloit
Coucourir à m'en priver.
Oser paroître devant tant de personnes
*L'Auteur des Vers qui précedent , joue excel- lemment du Violon,
éclairées
FEVRIER. 1732. 353 7
,
éclairées et d'un gout si délicat, se mêler parmi ces Acteurs inimitables , qui par tant de
justes titres , s'étoient déja fait admirer
sortir de son sexe et de son caractere ; emprunter un habit qui demande d'être accompagné de tant de graces , de délicatesse et
d'agrémens; se transformer ensuite devant la
plus brillante Assemblée que puisse former
le beau Sexe , et aux yeux d'une Compagnie choisie d'hommes accoutumez à ne voir
rien que d'aimable ; quelle suite de démar
ches témeraires ! y eut-il jamais entreprise
plus hardie , et ne faut - il pas pour la
former, s'aveugler jusqu'au point d'attendre quelqu'un de ces coups surprenans par
lesquels la fortune se plait quelquefois à aider
les audacieux ?
Que dis-je ? non , ce n'est point à une fortune aveugle que je dois de si doux succès ;
vous avez penetré le motif qui me guidoit
et vous avez applaudi à ce motif ; vous
ave aisementreconnu queje n'aspirois qu'an
bonheur de vous plaire , et vous m'avez
tout pardonné enfaveur d'une si noble envie,
ou peut-être cette genereuse amitié dont votreVille honore ma Patrie et dont nous avons
tant defois ressenti les plus doux effets , vous
fait croire que le titre de Citoyen d' Arles
me suffisoit pourmériter votre Approbation ;
mais soit que je ne doive tant d'applaudis- semens
134 MERCURE DE FRANCE
dissemens qu'aux faveurs du sort , soit que
vous ayez crû devoir récompenser ainsi le
desir de vous amuser; soit que vous ayez
voulu par là , donner une nouvelle marque
de votre affection pour mon Pays, et que ce ne
soit là qu'un pur effet de votre complaisance,
le souvenir ne m'en sera pas moins cher ,
jose le dire hautement etj'ai voulu vous en
assurer ; je rappellerai sans cesse avec joye
ces heureux jours où vos bonte ont éclaté
àmes yeux, et la plus vive reconnoissance
en sera àjamais gravée dans mon cœur.
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Résumé : STANCES, Envoyées à M. de M** le lendemain qu'il eut joué le Rôle de Phedre.
Le texte est une série de stances et de réponses adressées à un acteur, M. de M**, après sa performance dans le rôle de Phèdre. L'auteur exprime son admiration pour la performance de M. de M**, soulignant ses talents exceptionnels et son interprétation remarquable. Les stances mettent en avant la voix, les gestes, la démarche et la présence scénique de l'acteur, le comparant à la muse de la tragédie, Melpomène. L'auteur reconnaît également les dons naturels et artistiques de M. de M**, le qualifiant de talent rare capable d'enchanter les humains. Dans sa réponse, M. de M** remercie l'auteur pour les éloges, mais attribue son succès à la bienveillance du public et à la générosité de l'auteur. Il exprime sa gratitude pour les applaudissements et la compréhension du public, qui a reconnu son désir de les divertir. M. de M** mentionne également qu'il a dû quitter la ville en raison d'affaires urgentes, au grand regret de la troupe et des spectateurs. Il conclut en exprimant sa reconnaissance et sa joie pour les moments partagés avec le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 364-365
« Les mêmes Comédiens ont remis au Théatre sur la fin du Carnaval, la Comédie du Malade [...] »
Début :
Les mêmes Comédiens ont remis au Théatre sur la fin du Carnaval, la Comédie du Malade [...]
Mots clefs :
Comédiens, Rôle, Théâtre
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texteReconnaissance textuelle : « Les mêmes Comédiens ont remis au Théatre sur la fin du Carnaval, la Comédie du Malade [...] »
Les mêmes Comédiens ont remis au Théatre
sur la fin du Carnaval , la Comédie du Malade
Imaginaire de Moliere ; cette Piece n'avoit point
eté représentée depuis la mort du sieur de la
Thorilliere , qui y jouoit excellemment le principal
Rôle. Ce Rôle est aujourd'hui rempli par
le sieur de Montmesnil, dont le Public paroit fort
Content.
Le 10. Février , les Comédiens Italiens remirent
-
FEVRIER.
1733. 355
rent au Théatre la petite Comédie du Je ne sçai
quoi , dans laquelle le sieur Bornet chanta pour
la premiere fois le Rôle du Maître à chanter, qui
est une Scene parodiée des Fêtes Venitiennes. Ce
nouveau Sujet a de la voix et paroît convenir au
Théatre Italien , ayant été applaudi du Public.
Le 19 Février , les mêmes Comédiens donnerent
une petite Piece nouvelle en Vers et en un
Acte , avec un Divertissement , qui a pour titre
l'Hyver ; comme on l'a interrompue à la secon
de Représentation par l'indisposition de plusieurs
Acteurs , on n'en dira pas davantage ici. Tous
les Théatres ont été fermez plusieurs fois à la
même occasion des Rhumes et Fluxions dont
plus de la moitié de Paris est attaqué cette année.
Le Février , le Lieutenant General de Police
3.
fit l'ouverture de la Foire S. Germain avec les
ceremonies accoutumées,
Il n'y a point cette année d'Opera Comique
à cette Foire , ce qui paroît assez extraordinaire
ce Divertissement n'ayant jamais manqué aux
Foires de S. Germain et de S. Laurent depuis
plus de 25 ans.
sur la fin du Carnaval , la Comédie du Malade
Imaginaire de Moliere ; cette Piece n'avoit point
eté représentée depuis la mort du sieur de la
Thorilliere , qui y jouoit excellemment le principal
Rôle. Ce Rôle est aujourd'hui rempli par
le sieur de Montmesnil, dont le Public paroit fort
Content.
Le 10. Février , les Comédiens Italiens remirent
-
FEVRIER.
1733. 355
rent au Théatre la petite Comédie du Je ne sçai
quoi , dans laquelle le sieur Bornet chanta pour
la premiere fois le Rôle du Maître à chanter, qui
est une Scene parodiée des Fêtes Venitiennes. Ce
nouveau Sujet a de la voix et paroît convenir au
Théatre Italien , ayant été applaudi du Public.
Le 19 Février , les mêmes Comédiens donnerent
une petite Piece nouvelle en Vers et en un
Acte , avec un Divertissement , qui a pour titre
l'Hyver ; comme on l'a interrompue à la secon
de Représentation par l'indisposition de plusieurs
Acteurs , on n'en dira pas davantage ici. Tous
les Théatres ont été fermez plusieurs fois à la
même occasion des Rhumes et Fluxions dont
plus de la moitié de Paris est attaqué cette année.
Le Février , le Lieutenant General de Police
3.
fit l'ouverture de la Foire S. Germain avec les
ceremonies accoutumées,
Il n'y a point cette année d'Opera Comique
à cette Foire , ce qui paroît assez extraordinaire
ce Divertissement n'ayant jamais manqué aux
Foires de S. Germain et de S. Laurent depuis
plus de 25 ans.
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Résumé : « Les mêmes Comédiens ont remis au Théatre sur la fin du Carnaval, la Comédie du Malade [...] »
En février 1733, les comédiens français reprirent 'Le Malade Imaginaire' de Molière, avec le sieur de Montmesnil dans le rôle principal, qui fut bien accueilli par le public. Le 10 février, les comédiens italiens présentèrent 'Le Je ne sais quoi', où le sieur Bornet interpréta pour la première fois le rôle du Maître à chanter. Le 19 février, les mêmes comédiens jouèrent 'L'Hiver', une pièce en vers et en un acte, accompagnée d'un divertissement, mais la représentation fut interrompue en raison de l'indisposition de plusieurs acteurs. Les théâtres furent fermés à plusieurs reprises en raison des rhumes et des fluxions qui affectaient la population parisienne. Le lieutenant général de police ouvrit la foire Saint-Germain avec les cérémonies habituelles, mais il n'y eut pas d'opéra comique cette année-là, ce qui était inhabituel puisque ce divertissement n'avait jamais manqué aux foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent depuis plus de 25 ans.
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5
p. 2040-2042
Piéces nouvelles, &c. [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens François ont reçû depuis quelque temps une Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Tragédie, Comédie, Applaudir, Voltaire, Rôle, Oedipe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Piéces nouvelles, &c. [titre d'après la table]
Es Comédiens François ont reçû de-
Luis quelque temps une Comédie
en Vers , en cinq Actes , intitulée la
Fausse Antipatie , qu'on doit jouer dans
peu.
Sur la fin du mois dernier , M. de
Voltaire , lût à l'Assemblée des Comédiens
SEPTEMBRE. 1733. 2041
diens François , une Tragédie nouvelle
e sa composition , sous le titre d'Adelaide
, qui fut unaniment reçûe , pour
être représentée au commencement de
hyver.
Les mêmes Comédiens ont aussi reçû
depuis peu une petite Comédie ,.
sous le titre de la Coquette Amoureuse ,
u'on doit jouer incessamment .
Ils ont encore reçû peu de jours après ,
une Tragédie nouvelle , dont le sujet
adéja été traité : elle est intitulée , Marie
Stuart.
Au commencement de ce mois , les
mêmes Comédiens remirent au Théatre
la Tragédie de Tiridate , et la " petite
Piece du François à Londres , dont les
principaux Rôles furent jouez par le
sieur Prin , nouveau Comédien , qui y
fut applaudi. Il a été encore plus applaudi
dans le Rôle d'Oedipe , qu'il a
joué depuis , dans la Tragédie de M. de
Voltaire.
Le même Rôle d'Oedipe a aussi été
joué par le sieur Fleury , qui y a été
applaudi.
L'Académie Royale de Musique ne doit
tesser le Balet des Fêtes Grecques et Rɔmaines
, qu'au dernier de ce mois , après
plus
2042 MERCURE DE FRANCE
plus de cinquante Représentations consécutives
ce qui marque à quel dégré
cet Ouvrage est agréable au Public.
On donnera le premier Octobre le
nouvel Opera d'Hypolite et Aricie , Tragédie
, dont nous rendrons compte àરે
nos Lecteurs dans le prochain Mercure.
Luis quelque temps une Comédie
en Vers , en cinq Actes , intitulée la
Fausse Antipatie , qu'on doit jouer dans
peu.
Sur la fin du mois dernier , M. de
Voltaire , lût à l'Assemblée des Comédiens
SEPTEMBRE. 1733. 2041
diens François , une Tragédie nouvelle
e sa composition , sous le titre d'Adelaide
, qui fut unaniment reçûe , pour
être représentée au commencement de
hyver.
Les mêmes Comédiens ont aussi reçû
depuis peu une petite Comédie ,.
sous le titre de la Coquette Amoureuse ,
u'on doit jouer incessamment .
Ils ont encore reçû peu de jours après ,
une Tragédie nouvelle , dont le sujet
adéja été traité : elle est intitulée , Marie
Stuart.
Au commencement de ce mois , les
mêmes Comédiens remirent au Théatre
la Tragédie de Tiridate , et la " petite
Piece du François à Londres , dont les
principaux Rôles furent jouez par le
sieur Prin , nouveau Comédien , qui y
fut applaudi. Il a été encore plus applaudi
dans le Rôle d'Oedipe , qu'il a
joué depuis , dans la Tragédie de M. de
Voltaire.
Le même Rôle d'Oedipe a aussi été
joué par le sieur Fleury , qui y a été
applaudi.
L'Académie Royale de Musique ne doit
tesser le Balet des Fêtes Grecques et Rɔmaines
, qu'au dernier de ce mois , après
plus
2042 MERCURE DE FRANCE
plus de cinquante Représentations consécutives
ce qui marque à quel dégré
cet Ouvrage est agréable au Public.
On donnera le premier Octobre le
nouvel Opera d'Hypolite et Aricie , Tragédie
, dont nous rendrons compte àરે
nos Lecteurs dans le prochain Mercure.
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Résumé : Piéces nouvelles, &c. [titre d'après la table]
En septembre 1733, les Comédiens Français ont reçu plusieurs œuvres. Ils ont d'abord reçu la comédie en vers 'La Fausse Antipathie', prévue pour une prochaine représentation. Voltaire a ensuite présenté la tragédie 'Adelaïde', acceptée pour l'hiver. La petite comédie 'La Coquette Amoureuse' a également été reçue pour une représentation imminente. La tragédie 'Marie Stuart', déjà traitée, a été acceptée. Les comédiens ont remis en scène 'Tiridate' et 'Le François à Londres', où le sieur Prin a été applaudi. Le sieur Prin et le sieur Fleury ont été acclamés dans le rôle d'Œdipe. L'Académie Royale de Musique prévoit de représenter le ballet 'Les Fêtes Grecques et Romaines' après plus de cinquante représentations consécutives. Le 1er octobre, l'opéra 'Hypolite et Aricie' sera donné, avec un compte rendu prévu dans le prochain Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 761
Mort du sieur Dominique, [titre d'après la table]
Début :
Le Théatre Italien a fait une perte considerable en la personne de Pierre-François Biancolelly, [...]
Mots clefs :
Pierre-François Biancolelli, Théâtre-Italien, Arlequin, Acteur, Provinces, Rôle, Mémoire prodigieuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort du sieur Dominique, [titre d'après la table]
Le Théatre Italien a fait une perte considerable
en la personne de Pierre- François Biancolelly ,
mort le 18. Avril , âgé de 53. ans. Il étoit natif
de Paris et fils du fameux Dominique Biancolel
ly , connu sous le nom d'Arlequin de l'ancien
Théatre , Italien , mort très - regreté en 1688.
L'Acteur qui vient de mourir , après avoir joué
quelques années en Italie , revint en France et y
joua pendant quelque temps dans les Provinces et
à l'Opera Comique , le Rôle d'Arlequin avec suc
cès. Il fut reçû auThéatre Italien enOctobre 1717
Cet Acteur jouoit très - sensément et avoit une
mémoire prodigieuse.Le Rôle de Trivelin masqué
, étoit celui auquel il s'étoit le plus attaché,
il le jouoit avec toute l'intelligence possible et
au gré du Public , qui le regrette fort . Il étoit
Auteur de plusieurs Comédies jouées dans les
Provinces et de plusieurs autres représentées avec
succes à l'Hôtel de Bourgogna. Son dernier Ou
vrage , qui est un des meilleurs , est une Traduction
en Vers d'une ancienne Comédie Italienne
intitulée , les Quatre semblables , dont on voit
souvent les Representations avec plaisir . Tous
ses Ouvrages sont imprimez de même que ceux
qu'il a faits en societé avec les sieurs Riccoboni
Pere et Fils , et Romagnesy,
en la personne de Pierre- François Biancolelly ,
mort le 18. Avril , âgé de 53. ans. Il étoit natif
de Paris et fils du fameux Dominique Biancolel
ly , connu sous le nom d'Arlequin de l'ancien
Théatre , Italien , mort très - regreté en 1688.
L'Acteur qui vient de mourir , après avoir joué
quelques années en Italie , revint en France et y
joua pendant quelque temps dans les Provinces et
à l'Opera Comique , le Rôle d'Arlequin avec suc
cès. Il fut reçû auThéatre Italien enOctobre 1717
Cet Acteur jouoit très - sensément et avoit une
mémoire prodigieuse.Le Rôle de Trivelin masqué
, étoit celui auquel il s'étoit le plus attaché,
il le jouoit avec toute l'intelligence possible et
au gré du Public , qui le regrette fort . Il étoit
Auteur de plusieurs Comédies jouées dans les
Provinces et de plusieurs autres représentées avec
succes à l'Hôtel de Bourgogna. Son dernier Ou
vrage , qui est un des meilleurs , est une Traduction
en Vers d'une ancienne Comédie Italienne
intitulée , les Quatre semblables , dont on voit
souvent les Representations avec plaisir . Tous
ses Ouvrages sont imprimez de même que ceux
qu'il a faits en societé avec les sieurs Riccoboni
Pere et Fils , et Romagnesy,
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Résumé : Mort du sieur Dominique, [titre d'après la table]
Pierre-François Biancolelli, acteur et dramaturge, est décédé le 18 avril à l'âge de 53 ans. Fils de Dominique Biancolelli, célèbre Arlequin au Théâtre Italien, il a joué en Italie avant de revenir en France. Il a interprété Arlequin avec succès dans les provinces et à l'Opéra Comique, rejoignant le Théâtre Italien en octobre 1717. Biancolelli était reconnu pour son jeu sensible et sa mémoire exceptionnelle, notamment dans le rôle de Trivelin masqué. Il a également écrit plusieurs comédies représentées dans les provinces et à l'Hôtel de Bourgogne. Son dernier ouvrage, une traduction en vers de 'Les Quatre semblables', a été bien accueilli. Ses travaux, ainsi que ceux réalisés avec Riccoboni père et fils, et Romagnesy, ont été imprimés.
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7
p. 172-174
« L'Académie royale de Musique continue les Fêtes de Thalie. Ce spectacle, depuis le brillant [...] »
Début :
L'Académie royale de Musique continue les Fêtes de Thalie. Ce spectacle, depuis le brillant [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Tragédie, Rôle, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie royale de Musique continue les Fêtes de Thalie. Ce spectacle, depuis le brillant [...] »
'Académie royale de Mufique continue les Fé
tes de Thalie. Ce fpectacle , depuis le brillant
début de Mile Cohendet , attire plus de monde
qu'il n'en attiroit d'abord. Le goût du Public
pour la voix & le talent de la nouvelle Actrice eft
toujours très-vif. On retirera le 3 Décembre les
Fêtes de Thalie , pour mettre Thésée.
Les Comédiens François font tous réunis depuis
le 18 de Novembre. Tandis qu'une partie faifoit
les délices de la Cour à Fontainebleau , ceux qui
étoient restés à Paris , foutenoient le théatre avec
fuccès ; & ils avoient de très-fortes repréfentations,
quoiqu'ils ne donnaffent que des pieces de répertoire
. Mlle Clairon a beaucoup joué , & toujours
fupérieurement. Les rolles qu'elle a repréſentés
pendant l'abfence , font Agrippine dans Britannicus
, Zaire , Roxane dans Bajazet , Cléopatre dans
Rodogune , Ariane , Pauline dans Polieudte , Phédre
, la Reine dans Guftave , Alzire , Penelope &
Médée. Ces deux dernieres tragédies font très -médiocres
; on les donne moins fréquemment que
celles des bons Auteurs . Penelope eut une chute
marquée dans la nouveauté , à peine put-elle fupporter
fix représentations , & elle a eu bien de la
peine à fe relever. Il y a apparence que cette tragédie
auroit été abandonnée, fi Baron , à la rentrée
au théatre , n'avoit voulu jouer les trois reconnoiffances
qui fe trouvent dans le rolle d'U
lyffe . Les deux premiers actes de Penelope font
extrêmement froids , la verfification de toute la
DECEMBRE. 1754 173
piece eft dure , profaïque & prefque toujours platte
, les rolles épifodiques font infupportables ; il y
a un perfonnage d'Yphife qu'on devroit fupprimer,
il eft abfolument inutile ; & l'amour de Telemaque
pour cette Princefle eft ridicule. Il y a des endroits
touchans dans les trois derniers actes ; la
reconnoiffance du cinquiéme fait fur- tout un
grand effet. Cette piece eft difficile à bien rendre ;
elle exige le plus grand foin de la part des Ateurs
, & principalement de la part de Penelope .
Mlle Clairon y ravit tous les fpectateurs . M. La-
Doue qui eft chargé du rolle d'Ulyſſe , s'en acquitte
auffi très-bien . Le dénouement de Penelope
devroit être en action au lieu d'être en récit. Il
y a un autre défaut dans ce dénouement , c'eſt
qu'Ulyffe n'y paroît pas : on feroit bien aife de le
revoir triomphant de fes ennemis , & paifible poffeffeur
de fes Etats .
Il nous paroît que les connoiffeurs eftiment plus.
Médée que Penelope ; les deux grands refforts de
la tragédie , la terreur & la pitié , s'y font fentir
plus vivement. Il n'y a point de perfonnage épi
fodique ; l'action en eft fimple & grande , & le
fujet bien traité. Il y a des beautés dans tous les
actes. Le quatrieme eft frappant. Médée prête à
poignarder fes enfans , & retenue par l'amour maternel
, remplit tous les fpectateurs d'effroi . Il
feroit à fouhaiter que le rolle de Jafon fût moins
foible & moins odieux . Les prétextes dont il fe
fert abandonner Médée , font miférables ;
ils excitent une indignation générale . Les rolles
de Créon & de Créufe ne font gueres mieux faits ,
Longepierre a tout facrifié à celui de Médée. Il
ya quelquefois de l'élévation dans les vers de
cette piece, il y a même des tours naturels & heureux
, mais le ftyle n'eft pas foutenu . On voit que
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE:
P'Auteur s'eft fatigué quand il a voulu mettre de la
force & de la nobleffe dans l'expreffion ; fon imagination
s'épuife promptement . La tragédie de
Médée fut reçue froidement lorfqu'elle fut mife
au théatre en 1694 , & cet ouvrage étoit preſque
oublié , lorfque les Comédiens en rifquerent une
repriſe au mois de Septembre 1728. Mlle Balicour
y rempliffoit le principal rolle , & le fuccès
en fut prodigieux , quoiqu'on ne le repréfentât
que les Mardis & Vendredis , les deux jours de
fa femaine ou la Comédie eft le moins fréquentée.
Depuis la retraite de Mlle Balicour , la tragédie
de Médée s'eft foutenue par les talens de Miles
Dumefnil & Clairon ; & tant qu'il y aura de grandes
Actrices au théatre , elle s'y maintiendra.
M. Molé a continué fon début par les rollesd'Horace
dans l'Ecole des femmes , de Seleucus
dans Rodogune , de Fréderic dans Guſtave , du
Chevalier dans le Diftrait , & de Charmant dans
l'Oracle,
On a donné le Samedi 16 , à la fuite du Ma
homet de M. de Voltaire , la petite Comédie de
la Pupille. Mlle Guéant y a débuté pour la troifieme
fois par le rolle de la Pupille ; elle a joué le
lendemain Mélite dans le Philofophe marié. On
a trouvé qu'elle avoit la figure plus agréable &
plus noble que jamais , & qu'elle avoit beaucoup
acquis du côté du fentiment & de l'expreffion . Le
public paroît defirer qu'elle foit reçue pour les
rolles de feconde amoureuſe.
tes de Thalie. Ce fpectacle , depuis le brillant
début de Mile Cohendet , attire plus de monde
qu'il n'en attiroit d'abord. Le goût du Public
pour la voix & le talent de la nouvelle Actrice eft
toujours très-vif. On retirera le 3 Décembre les
Fêtes de Thalie , pour mettre Thésée.
Les Comédiens François font tous réunis depuis
le 18 de Novembre. Tandis qu'une partie faifoit
les délices de la Cour à Fontainebleau , ceux qui
étoient restés à Paris , foutenoient le théatre avec
fuccès ; & ils avoient de très-fortes repréfentations,
quoiqu'ils ne donnaffent que des pieces de répertoire
. Mlle Clairon a beaucoup joué , & toujours
fupérieurement. Les rolles qu'elle a repréſentés
pendant l'abfence , font Agrippine dans Britannicus
, Zaire , Roxane dans Bajazet , Cléopatre dans
Rodogune , Ariane , Pauline dans Polieudte , Phédre
, la Reine dans Guftave , Alzire , Penelope &
Médée. Ces deux dernieres tragédies font très -médiocres
; on les donne moins fréquemment que
celles des bons Auteurs . Penelope eut une chute
marquée dans la nouveauté , à peine put-elle fupporter
fix représentations , & elle a eu bien de la
peine à fe relever. Il y a apparence que cette tragédie
auroit été abandonnée, fi Baron , à la rentrée
au théatre , n'avoit voulu jouer les trois reconnoiffances
qui fe trouvent dans le rolle d'U
lyffe . Les deux premiers actes de Penelope font
extrêmement froids , la verfification de toute la
DECEMBRE. 1754 173
piece eft dure , profaïque & prefque toujours platte
, les rolles épifodiques font infupportables ; il y
a un perfonnage d'Yphife qu'on devroit fupprimer,
il eft abfolument inutile ; & l'amour de Telemaque
pour cette Princefle eft ridicule. Il y a des endroits
touchans dans les trois derniers actes ; la
reconnoiffance du cinquiéme fait fur- tout un
grand effet. Cette piece eft difficile à bien rendre ;
elle exige le plus grand foin de la part des Ateurs
, & principalement de la part de Penelope .
Mlle Clairon y ravit tous les fpectateurs . M. La-
Doue qui eft chargé du rolle d'Ulyſſe , s'en acquitte
auffi très-bien . Le dénouement de Penelope
devroit être en action au lieu d'être en récit. Il
y a un autre défaut dans ce dénouement , c'eſt
qu'Ulyffe n'y paroît pas : on feroit bien aife de le
revoir triomphant de fes ennemis , & paifible poffeffeur
de fes Etats .
Il nous paroît que les connoiffeurs eftiment plus.
Médée que Penelope ; les deux grands refforts de
la tragédie , la terreur & la pitié , s'y font fentir
plus vivement. Il n'y a point de perfonnage épi
fodique ; l'action en eft fimple & grande , & le
fujet bien traité. Il y a des beautés dans tous les
actes. Le quatrieme eft frappant. Médée prête à
poignarder fes enfans , & retenue par l'amour maternel
, remplit tous les fpectateurs d'effroi . Il
feroit à fouhaiter que le rolle de Jafon fût moins
foible & moins odieux . Les prétextes dont il fe
fert abandonner Médée , font miférables ;
ils excitent une indignation générale . Les rolles
de Créon & de Créufe ne font gueres mieux faits ,
Longepierre a tout facrifié à celui de Médée. Il
ya quelquefois de l'élévation dans les vers de
cette piece, il y a même des tours naturels & heureux
, mais le ftyle n'eft pas foutenu . On voit que
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE:
P'Auteur s'eft fatigué quand il a voulu mettre de la
force & de la nobleffe dans l'expreffion ; fon imagination
s'épuife promptement . La tragédie de
Médée fut reçue froidement lorfqu'elle fut mife
au théatre en 1694 , & cet ouvrage étoit preſque
oublié , lorfque les Comédiens en rifquerent une
repriſe au mois de Septembre 1728. Mlle Balicour
y rempliffoit le principal rolle , & le fuccès
en fut prodigieux , quoiqu'on ne le repréfentât
que les Mardis & Vendredis , les deux jours de
fa femaine ou la Comédie eft le moins fréquentée.
Depuis la retraite de Mlle Balicour , la tragédie
de Médée s'eft foutenue par les talens de Miles
Dumefnil & Clairon ; & tant qu'il y aura de grandes
Actrices au théatre , elle s'y maintiendra.
M. Molé a continué fon début par les rollesd'Horace
dans l'Ecole des femmes , de Seleucus
dans Rodogune , de Fréderic dans Guſtave , du
Chevalier dans le Diftrait , & de Charmant dans
l'Oracle,
On a donné le Samedi 16 , à la fuite du Ma
homet de M. de Voltaire , la petite Comédie de
la Pupille. Mlle Guéant y a débuté pour la troifieme
fois par le rolle de la Pupille ; elle a joué le
lendemain Mélite dans le Philofophe marié. On
a trouvé qu'elle avoit la figure plus agréable &
plus noble que jamais , & qu'elle avoit beaucoup
acquis du côté du fentiment & de l'expreffion . Le
public paroît defirer qu'elle foit reçue pour les
rolles de feconde amoureuſe.
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Résumé : « L'Académie royale de Musique continue les Fêtes de Thalie. Ce spectacle, depuis le brillant [...] »
En décembre 1754, les activités théâtrales étaient marquées par plusieurs événements notables. L'Académie royale de Musique poursuivait les 'Fêtes de Thalie', attirant un public de plus en plus nombreux grâce à la performance de Mile Cohendet. Cependant, à partir du 3 décembre, ces fêtes ont été remplacées par la représentation de 'Thésée'. Parallèlement, les Comédiens Français, réunis depuis le 18 novembre, ont donné des représentations tant à la cour de Fontainebleau qu'à Paris, malgré un répertoire limité. Ces représentations ont été couronnées de succès. Mlle Clairon a interprété plusieurs rôles prestigieux, notamment dans 'Britannicus', 'Zaire', 'Bajazet', 'Rodogune', 'Polyeucte', 'Gustave', 'Alzire', 'Pénélope' et 'Médée'. Parmi ces pièces, les tragédies 'Pénélope' et 'Médée' ont reçu des critiques mitigées. 'Pénélope' a été accueillie tièdement et a été sauvée par l'interprétation de Baron. La pièce a été critiquée pour sa versification dure et ses rôles épisodiques insupportables. En revanche, 'Médée' a été mieux appréciée pour ses effets de terreur et de pitié, bien que certains rôles aient été jugés faibles. Cette tragédie a connu un succès renouvelé grâce à des actrices comme Mlle Balicour, Duménil et Clairon. M. Molé a également interprété plusieurs rôles avec succès. Quant à Mlle Guéant, elle a fait ses débuts dans 'La Pupille' et 'Mélite', recevant des éloges pour son jeu et son expression.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 223-225
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Le 23 Juillet, les Comédiens François remirent pour la premiere fois Marius [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Comédiens-Français, Tragédie, Rôle, Actrice
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
E 23 Juillet , les Comédiens François
remirent pour la premiere fois Marius
, Tragédie de M. de Caux. Cette piece
n'avoit point été jouée depuis fa nouveauté
en 1716. Elle a de grandes beautés.
J'oferois prefque dire que le rôle du vieux
Marius eft frappé au coin du grand Corneille
. Celui d'Arisbe a été rendu fupérieurement
par Mlle Clairon , qui embellit
tout ce quelle joue.
Le Dimanche 27 du même mois , la
nouvelle Actrice , Mlle Mezieres , a repréfenté
Camille dans les Horaces , avec
l'approbation générale , qui dit plus aujourd'hui
que l'applaudiffement du Parterre.
L'applaudiffement eft fouvent acheté
, au lieu que l'approbation est toujours
libre , & ne s'accorde qu'au talent par le
public connoiffeur , qui feul l'apprécie.
Ses arrêts font moins bruians, mais ils font
les feuls qui décident . Le fuccès & le mé-
Kiiij
224 MERCURE DE FRANCE.
rite théatral de Mlle Mezieres ne font donc
plus douteux. Ce troifiéme rôle a convaincu
les plus incrédules. Elle l'a joué
avec autant d'ame que d'intelligence , &
s'eft furpaffée dans l'imprécation du quatriéme
acte. C'eft dans les grands morceaux
qu'un Acteur fe développe. Quoiqu'on
en dife , ils ne fervent que le vrai
talent , ils font toujours l'écueil de la médiocrité.
L'Actrice nouvelle n'eſt point
bornée au férieux , elle n'a pas moins réuffi
dans le comique. Elle le rend avec d'autant
plus d'efprit , qu'elle ne copie perfonne
, & qu'elle exprime également bien
les caracteres oppofés. Elle a joué l'Amoureuse
dans le Florentin , avec une fineffe
qui eft à elle ; & Lucinde dans l'Oracle
, avec une naïveté fpirituelle , qui
n'eft pas montrée ; il ne lui manque que
l'ufage & le ton du théatre de Paris.
Le fieur Raucourt qui a été reçu pour
un an à l'effai , a repréſenté le vieil Horace
d'une maniere à mériter de plus en
plus l'encouragement du public.
Le 20 Août, les mêmes Comédiens ont
donné la premiere repréſentation de l'Orphelin
de la Chine , Tragédie nouvelle de
M. de Voltaire .
Toute la France y étoit , & le plus grand
nombre l'a applaudie. Ceux qui la jugent
SEPTEMBRE . 1755. 225
avec le plus de rigueur , font forcés de convenir
que les détails en font admirables.
Si la gloire de ce Poëte célébre pouvoit
croître , elle feroit comblée par ce nouveau
triomphe. Il eft vrai que Mlle Clairon doit
le partager ; on peut dire que le talent de
l'Actrice difpute de force avec le génie dé
l'Auteur. M. de Voltaire eft né ponr faire
de beaux vers , & Mlle Clairon eft faite
pour les dire. Heureufement pour la piéce
elle y joue le meilleur rôle. Je ne crois pas
que l'onpuiffe mettre au théatre un caractere
plus intéreffant que celui d'Idamé qu'elle
repréfente. Son héroïfime eft dans la nature,
Celui de fon mari fort de l'humanité.
Il eſt le modele des fujets , mais il en remplit
les devoirs aux dépens de ceux de pere
& d'époux . Il veut facrifier fon fils dans
le berceau , malgré les cris du fang , & il
exhorte fa femme à vivre pour regner avec
le tyran dont elle eft aimée. Idamé au contraire,
mere auffi tendre qu'époufe parfaite,
défend les jours de fon fils au péril des fiens ,
& propofe à fon mari un parti plus noble
& plus convénable , c'eft de mourir tous
deux d'une mort libre par le fecours d'un
poignard qu'elle lui préfente. Nous aurons
le tems de parler plus au long de cette Tragédie
, dont vraisemblablement la réuffite
ne fera point paffagere.
E 23 Juillet , les Comédiens François
remirent pour la premiere fois Marius
, Tragédie de M. de Caux. Cette piece
n'avoit point été jouée depuis fa nouveauté
en 1716. Elle a de grandes beautés.
J'oferois prefque dire que le rôle du vieux
Marius eft frappé au coin du grand Corneille
. Celui d'Arisbe a été rendu fupérieurement
par Mlle Clairon , qui embellit
tout ce quelle joue.
Le Dimanche 27 du même mois , la
nouvelle Actrice , Mlle Mezieres , a repréfenté
Camille dans les Horaces , avec
l'approbation générale , qui dit plus aujourd'hui
que l'applaudiffement du Parterre.
L'applaudiffement eft fouvent acheté
, au lieu que l'approbation est toujours
libre , & ne s'accorde qu'au talent par le
public connoiffeur , qui feul l'apprécie.
Ses arrêts font moins bruians, mais ils font
les feuls qui décident . Le fuccès & le mé-
Kiiij
224 MERCURE DE FRANCE.
rite théatral de Mlle Mezieres ne font donc
plus douteux. Ce troifiéme rôle a convaincu
les plus incrédules. Elle l'a joué
avec autant d'ame que d'intelligence , &
s'eft furpaffée dans l'imprécation du quatriéme
acte. C'eft dans les grands morceaux
qu'un Acteur fe développe. Quoiqu'on
en dife , ils ne fervent que le vrai
talent , ils font toujours l'écueil de la médiocrité.
L'Actrice nouvelle n'eſt point
bornée au férieux , elle n'a pas moins réuffi
dans le comique. Elle le rend avec d'autant
plus d'efprit , qu'elle ne copie perfonne
, & qu'elle exprime également bien
les caracteres oppofés. Elle a joué l'Amoureuse
dans le Florentin , avec une fineffe
qui eft à elle ; & Lucinde dans l'Oracle
, avec une naïveté fpirituelle , qui
n'eft pas montrée ; il ne lui manque que
l'ufage & le ton du théatre de Paris.
Le fieur Raucourt qui a été reçu pour
un an à l'effai , a repréſenté le vieil Horace
d'une maniere à mériter de plus en
plus l'encouragement du public.
Le 20 Août, les mêmes Comédiens ont
donné la premiere repréſentation de l'Orphelin
de la Chine , Tragédie nouvelle de
M. de Voltaire .
Toute la France y étoit , & le plus grand
nombre l'a applaudie. Ceux qui la jugent
SEPTEMBRE . 1755. 225
avec le plus de rigueur , font forcés de convenir
que les détails en font admirables.
Si la gloire de ce Poëte célébre pouvoit
croître , elle feroit comblée par ce nouveau
triomphe. Il eft vrai que Mlle Clairon doit
le partager ; on peut dire que le talent de
l'Actrice difpute de force avec le génie dé
l'Auteur. M. de Voltaire eft né ponr faire
de beaux vers , & Mlle Clairon eft faite
pour les dire. Heureufement pour la piéce
elle y joue le meilleur rôle. Je ne crois pas
que l'onpuiffe mettre au théatre un caractere
plus intéreffant que celui d'Idamé qu'elle
repréfente. Son héroïfime eft dans la nature,
Celui de fon mari fort de l'humanité.
Il eſt le modele des fujets , mais il en remplit
les devoirs aux dépens de ceux de pere
& d'époux . Il veut facrifier fon fils dans
le berceau , malgré les cris du fang , & il
exhorte fa femme à vivre pour regner avec
le tyran dont elle eft aimée. Idamé au contraire,
mere auffi tendre qu'époufe parfaite,
défend les jours de fon fils au péril des fiens ,
& propofe à fon mari un parti plus noble
& plus convénable , c'eft de mourir tous
deux d'une mort libre par le fecours d'un
poignard qu'elle lui préfente. Nous aurons
le tems de parler plus au long de cette Tragédie
, dont vraisemblablement la réuffite
ne fera point paffagere.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
En juillet 1755, les Comédiens Français reprirent la tragédie 'Marius' de M. de Caux, absente des scènes depuis 1716. Le rôle du vieux Marius fut comparé aux œuvres de Corneille. Mlle Clairon interpréta Arisbe avec maestria. Le 27 juillet, Mlle Mézières joua Camille dans 'Les Horaces' et reçut une approbation générale, démontrant ainsi son talent, tant dans les rôles tragiques que comiques, comme l'Amoureuse dans 'Le Florentin' et Lucinde dans 'L'Oracle'. Le sieur Raucourt, nouvellement engagé, interpréta le vieil Horace avec succès. Le 20 août, les Comédiens Français présentèrent 'L'Orphelin de la Chine' de Voltaire, acclamée par le public et les critiques. Mlle Clairon incarna Idamé, un personnage héroïque et touchant, et la tragédie fut saluée pour ses détails admirables et le talent de ses interprètes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 198-213
COMEDIE ITALIENNE. / Extrait de la Bohémienne.
Début :
LES Comédiens Italiens ont donné neuf représentations du Derviche, / Dans le premier Acte, le théatre représente une place publique. Nise & Brigani [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Comédie italienne, Comédiens-Italiens, Bohémienne, Acte, Théâtre, Tambour, Rôle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE. / Extrait de la Bohémienne.
COMEDIE ITALIENNE.
ES Comédiens Italiens ont donné
LES neuf repréſentations du Derviche
après lefquelles l'Auteur l'a retiré pour le
faire remettre cet hiver. M. Dehelfe y a
parfaitement rendu fon rôle , & nous ne
doutons pas que la piece & l'Acteur ne
reçoivent toujours les mêmes applaudiffemens.
Nous donnerons l'extrait de cette
Comédie , dès qu'elle fera imprimée .
Les mêmes Comédiens ont repris la Bohémienne
qui n'a rien perdu des graces de
la nouveauté ; en voici l'extrait que nous
avions annoncé.
NOVEMBRE. 1755. 199
Extrait de la Bohémienne.
Dans le premier Acte , le théatre repréfente
une place publique. Nife & Brigani
fon frere , ouvrent la premiere fcene gaiement
par ce duo .
Duo. Colla fpe me del goder.
Dans l'espérance
On
peut
Du plaifir ,
d'avance
Se réjouir ;
Mais les foucis de l'avenir
Sont des tourmens qu'il faut bannir.
Brigani ſe plaint que la faim le preffe ,
& qu'on ne vit pas d'efpoir. Sa four le
confole en l'affurant qu'ils vont être inceffamment
riches. Tu connois bien , ditelle
, Calcante , ce gros Marchand que tu
viens de voir à la foire de Bologne , il
fera notre reffource. Je veux quitter l'état
de fourberies : Mais , lui répond Brigani ,
Si nous fommes adroits , nous fommes indigens.
Comment veux-tu changer de vie ?
Avons-nous le moyen d'être d'honnêtes gens.
Nife.
Mon frere , nous l'aurons par un bon mariage ,
Lorfque l'on a des attraits en partage ,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Et qu'on a l'art de s'en fervir ,
Tous les coeurs font à nous , on n'a plus qu'à
choifir.
Brigani lui dit que les vieillards ne font
pas foumis à fon pouvoir ; Nife le défabufe
par cette tirade , où il y a une comparaifon
qui paroît hafardée , mais qui eft
excufable dans la bouche d'une Bohémienne.
Quand nous voulons , ils font à nos genoux ,
Et nous fçavons les rendre doux :
Leurs coeurs plus tendres , plus fenfibles ,
Defléchés par les ans , en font plus combuftibles,
Et comme l'amadoue , un feul regard coquet
Leur fait prendre feu crac ; c'eft un coup de
briquet.
Notre homme eft dans le cas , & fitôt qu'il m'a
vue ,
J'ai porté dans fon ame une atteinte imprévue ,
Il avoit fous fon bras un fac rempli d'argent
Qu'il a ferré bien vîte ,
·
Il faut de cet argent que ta main le délivre ..
Calcante vient , ajoute-t-clle , je l'entend's
à fa toux. Songe à jouer ton rôle. Préparons-
nous. Ils fe retirent au fond duthéatre
, où Brigani va ſe déguiſer en ours.
NOVEMBRE. 1755..201
Calcante paroît , & après avoir renvoyé
un valet muet qui le fuit , il dit qu'il
vient chercher la jeune perfonne , dont
la taille & les yeux fripons l'ont frappé.
Nife , qui l'entend , s'approche , fuivie de
fon frere travefti en ours , & démande
à Calcante s'il veut fçavoir fa bonne aventure
, qu'elle la lui dira . Oui - dà , répondt'il
galamment : C'en eft une déja , quand
on vous voit Montrez-moi vos deux mains,
lui réplique-t -elle . Tandis qu'il les préfente
, Brigani s'avance , & tâche de lui
voler fon argent. Le bon homme qui l'apperçoit
, & qui croit voir un ours , fait
un cri de peur. Nife le raffure , en lui
difant que cet ours eft auffi privé que lui ,
qu'il faute , qu'il danfe comme une perfonne.
Calcante redonne les mains à Nife,
qui s'écrie en les examinant ,
Ariete. Ella può credermi.
Ah ! cette ligne
défigne
Longues années ,
Et fortunées ;
Cent ans au-delà` ;
Oui , oui , mon beau Monfieur vivra ,
Calcante.
Oh ! fans grimoire:
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
2º
Couplet.
On peut vous croire :
Cela fera.
Nife.
Certaine fille ,
gentille ,
Pour vous foupire.
De fon
martyre ,
Qui la guérira ?
Hem hem ? Monfieur la guérira.
Calcante.
Oh ! fans grimoire , &c .
3 ° Couplet.
"
Nife.
... Ah ! je vois une .....
fortune .....
Que rien ne borne
Au Capricorne ,
Eft écrit cela !
Oui , oui , Monfieur fe marira.
Calcante.
Oh vraiment voire ,
On ne peut croire
Ce conte - là .
Nife infifte que Calcante deviendra l'époux
d'une jeune beauté , mais il élude le
difcours & dit que l'argent vaut mieux.
NOVEMBRE. 1755. zoz
Nife alors fait fauter fon ours . Il paroît
charmé de fes lazzis , & propofe à la Bohémienne
de s'en défaire en fa faveur :
elle répond qu'elle le donnera pour trente
ducats , & fait danfer l'ours en même
tems qu'elle chante l'Ariete fuivante .
Ariete. Tre giorni.
Examinez fa grace ;
C'est un petit amour ,
Auffi beau que le jour.
(à l'ours. ) Regardez -nous en face ,
Et faites , mon mignon ,
Un pas de Rigodon.
que
Eh ! fautez donc , fautez donc ,
Brunet , fautez pour Javote ,
Tournez pour Charlote ,
Et faites ferviteur ,
Comme un joli Monfieur.
Donnez-moi la menotte ,
La menotte ,
Et faites ferviteur.
Calcante en donne vingt ducats , elle
lui dit que c'eft bien peu. Il lui répond
fon or eft de l'or ; elle lui réplique que
fon ours eft un ours. Il ajoute quatre ducats
à la fomme. Elle les reçoit , en lui
proteftant que fi elle n'étoit pas dans l'indigence
, elle le lui donneroit pour rien ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
tant elle a d'attachement pour lui. Il l'af
fure que de fon côté , il l'aime auffi à la
folie , ajoutant qu'elle vienne le voir quel
quefois , & qu'il lui donnera ... des confeils.
Nife après avoir dit tout bas , le
vieux vilain ! chante tout haut cetre
Ariete :
Si caro ben farette.
Oui , vous ferez fans cefle
L'objet de ma tendreffe :
Déja pour vous , mon coeur s'empreffe ;;
Et je le fens fauter ,,
Palpiter.
àpart.. Voyez qu'il eſt aimable ! .
Agréable !
Pour enflâmer mon coeur !
Pour être mon vainqueur !
Elle s'en vas
Pendant l'Ariete , le faux ours vole la
bourfe de Calcante , défait fon collier
s'enfuit , & laiffe fa chaîne dans la main.
du vieux Marchand qui , voulant faire
fauter l'ours , s'apperçoit trop tard de fa
fuite , & court de tous côtés en chantant :
Ariete. Maledetti , quanti fiete..
Ah ! mon ours a pris la fuite !
Courons vite , courons vîte ,
1
NOVEMBRE. 1755. 205
: Miférable !
L'ai - je pu laiffer fauver ?
Mais où diable
Le trouver , & c.
Nife revient , & lui demande ce qui
l'oblige à crier , il répond que c'eft fon
ours qui s'eft échappé. Elle lui dit de ne
fonger qu'à Nife , qu'elle vaut bien un
ours. Il réplique que ce n'eft pas le tems
de rire. Elle dit à part que ce fera bien une
autre crife , quand il s'appercevra qu'on a
volé fa bourfe ; elle ajoute tout haut , em
le regardant tendrement , qu'elle comptoit
fur fon amour. Calcante lui répond
par cette Ariete charmante :
Madam' lafciate mi in liberta.
Oh ! laiffez donc mon coeur par charité ,.
Oh ! laiffez donc mon coeur en liberté .
(à part.) Qu'elle eft pouponne !
Mon coeur fe donne
Malgré ma volonté.
( haut ) Oh ! laiffez donc , & c.
Pefte de mine
Qui me lutine !
Pefte de mine
Qui m'affaffine !!
Fut- on jamais plus tourmenté
Oh ! laiffez donc , &c,
206 MERCURE DE FRANCE.
Quel martyre !
J'expire ,
En vérité .
Oh ! morbleu , c'en eft trop ; prends donc ma
liberté.
Nife s'écrie qu'il a la fienne en échange,
& qu'elle le préfere aux jeunes gens les
plus aimables . Oui , ajoute- elle :
Je les détefte tous. Si vous fçaviez combien
Tous ces Meffieurs m'ont attrapée.
Calcante & Nife terminent le premier
par cet agréable duo . Ace
Nife.
Mon coeur , ô cher Calcante
Dans une forge ardente
Eft battu nuit & jour.
Tous les marteaux d'amour
Le battent nuit & jour.
Calcante.
O Dieux ! qu'elle eſt ma gloire !
En figne de victoire ,
L'Amour bat du tambour.
Mon coeur eft le tambour ,
Eft le tambour d'amour.
NOVEMBRE. 1755. 207
•
Nife.
Tiens , tiens , mets ta main là ;
Sens-tu ? tipeti , tipeta.
Calcante.
Ah ! comme ton coeur va;
Et toi , ma belle enfant ,
Sens-tu ? patapan.
Ensemble.
Tipe , tape ,
Comme il frappe.
Calcante . Dis-moi , pour qui l'amour
Bat-il fur mon coeur le tambour.
Nife. Dis-moi , pour qui l'amour
Bat-il fur mon coeur nuit & jour.
Nife .
Dis toi-même.
Calcante & Nife.
C'est que j'aime.
Qui fans que j'en diſe rien ,
Tu le devines bien.
Dans le fecond Acte le théatre repréfente
des ruines & des mafures abandonnées.
208 MERCURE DE FRANCE.
Nife & Brigani en habit de Bohémien ,
ouvrent cet Acte. Elle chante l'Ariete fuivante
en éclatant de rire fi naturellement ,
que tous les fpectateurs rient avec elle..
Si raviva.
Je n'en puis plus , laiffe- moi rire .....
Rien n'eft égal à fon martyre a
Il vient , il va , depuis une heure
Il jure , il pleure ,
Ib en mourra.
Ah ah ah !
Brigani lui fait entendre que l'argent
eft la feule idole du vieillard , & qu'il va
renoncer à l'amour . Non, lui répond Niſe.
L'avarice a beau fe défendre ,.
L'Amour et le tyran des autres paffions.
Elle le preffe en même tems d'aller changer
de figure pour la feconder avec leurs.
camarades dans le rôle de Magicienne
qu'elle va jouer. Nife refte feule . Calcante
paroît défefpéré & chante l'Ariete fuivante
, fans voir Nife .
Che Orror ! che Spavento !
Je perds fans reffource
Ma bourſe, ma bourſe ;
NOVEMBRE. 1755. 209
Vivrai -je fans elle !
Fortune cruelle !
Eft-ce affez m'accabler ?
Puis- je , cruelle ,
Vivre fans elle ?
Fortune cruelle ,
Je vais m'étrangler.
O perte funefte !
La faim , la foif, & la rage , & la pefte
Ont moins de rigueur que mon fort.
L'espoir qui te reſte ,
Calcante , c'est la mort.
Dès qu'il apperçoit Nife , il l'implore
pour retrouver fa bourfe. Elle lui dit
qu'elle va tâcher de le fervir , mais qu'elle
a befoin de fa préfence , & qu'elle
craint qu'il n'ait peur. Il protefte qu'il af
fronteroit le diable pour r'avoir fon argent.
Nife alors conjure l'enfer & particulierement
Griffifer qui en eft le caiffier.
Brigani paroît en longue robe noire ,
avec une grande perruque armée de cornes
, une barbe touffue , & des griffes aux
pieds & aux mains . Nife lui demande s'il
a la bourſe , il répond qu'oui . Calcante
prie le faux diable de la lui rendre ; celuici
lui réplique que fa bourſe lui appartient,
que c'est un argent mal acquis , & lui
propofe un accommodement , c'eft que
210 MERCURE DE FRANCE.
Calcante époufe Nife , & que fa bourſe
lui fervira de dot. Le vieux Marchand ne
veut pas y conſentir. Griffifer appelle fes
camarades pour punir ce refus. Des Bohémiens
déguiſés en diables , beaux , viennent
épouvanter Calcante , qui exprime
fon effroi mortel par l'Ariete qui fuit :
Perfidi perfidi.
Au fecours ! Ah ! je tremble !
Ici l'enfer s'affemble !
O Dieux ! c'eft fait de moi,
Ah ! je meurs d'effroi
De grace .
Mon fang fe glace.
A l'aide , je trépaffe.
à Nife. Daignez me fecourir
Je me fens mourir.
Au fecours , & c.
Nife lui dit avec douceur , m'époufezvous
? Je goûte affez la chofe , répart le
bonhomme que ces Meffieurs fe retirent ;
fais-moi voir ma bourfe , & tu feras contente.
Elle fait éloigner les Bohémiens
& commande à Griffifer de faire briller à
leurs yeux la bourfe , de Calcante . Il accourt
, & montre la bourſe , en diſant :
Lucifer vous ordonne
NOVEMBRE. 1755. 211
D'être époux , & dans le moment ,
Ou redoutez le plus dur châtiment.
Le Diable faire un mariage , le récrie
Calcante , il devroit l'empêcher. Brigani
répond plaifamment :
Il fçait fes intérêts.
C'eſt lui qui préſide au ménage ,
Et ce n'eſt pas à toi de fonder ſes decrets.
Nife alors joue la tendreffe , en difant
qu'elle ne veut pas que Calcante l'épouſe
malgré lui ; qu'elle l'aime trop pour caufer
fon malheur , & qu'elle va lui rendre
la bourfe. Brigani lui déclare , que fi
elle n'eft épousée , il faut qu'elle périffe ;
qu'elle peut rendre la bourſe à ce prix.
Elle la donne à Calcante , & feint de s'évanouir
entre fes bras. Le barbon attendri
, s'écrie : voilà ma main ! Je ne ſouffrirai
pas que tu perdes le jour. Nife revient
de fa fauffe pâmoifon , & le bonhomme
dit :
Allons , figurons - nous que la bourfe eft fa dot.
On n'a du moins rien ôté de la fomme ?
Ce dernier vers prouve que l'avarice ne
veut rien perdre , & qu'elle est toujours la
paffion dominante . Brigani répond que
212 MERCURE DE FRANCE.
la fomme eft entiere , & qu'il eft un
diable honnête homme . Et l'ours , demande
Calcante ? Vous le voyez en moi , répart
le frere de Nife , en fe démafquant , je
fuis le diable , l'ours & Brigani . Vous
m'avez attrapé , s'écrie le vieillard :
Mais Nife eft fi jolie ,
Qu'en la voyant , il n'eſt rien qu'on n'oublie .
Ils s'embraffent & terminent la piece
par ce joli Tiio.
Calcante.
Toujours prefte ,
Toujours lefte
Près de toi l'on me verra ,
>
La , la , la , mon amour s'augmentera.
Nife à Calcante.
Ma chere ame ,
Je me pâme
Du plaifir d'être ta femme ;
Ah ! que Nife t'aimera ,
La , la , la , la , la..
·Brigani à part.
Le bonhomme je l'admirė ;
Et de rire
J'étouffe , en voyant cela.
La, la , la.
NOVEMBRE. 1755. 213
Nife.
Vive l'allégreffe ,
Tu peux croire que fans ceffe ,
Ma tendreffe
Durera.
Ensemble.
Que l'on chante , que l'on fête
Nife. Les douceurs qu'Hymen apprête.
Le bonhomme que j'ai-là !
Calcante. Quel tréfor je trouve - là !
Le bonhomme que voilà .
>
Brigani.
Ta la , la , la.
Nife.
Ta femme t'adorera ,
à part. T'endormira .
Calcante Ma flame s'augmentera ,
Brigani.
Madame t'adorera ,
Te menera .
Cette fin refpire une joie folle qui fe
communique à tous les fpectateurs. On
ne peut la bien rendre qu'au théatre , ni
la bien fentir qu'à la répréſentation.
ES Comédiens Italiens ont donné
LES neuf repréſentations du Derviche
après lefquelles l'Auteur l'a retiré pour le
faire remettre cet hiver. M. Dehelfe y a
parfaitement rendu fon rôle , & nous ne
doutons pas que la piece & l'Acteur ne
reçoivent toujours les mêmes applaudiffemens.
Nous donnerons l'extrait de cette
Comédie , dès qu'elle fera imprimée .
Les mêmes Comédiens ont repris la Bohémienne
qui n'a rien perdu des graces de
la nouveauté ; en voici l'extrait que nous
avions annoncé.
NOVEMBRE. 1755. 199
Extrait de la Bohémienne.
Dans le premier Acte , le théatre repréfente
une place publique. Nife & Brigani
fon frere , ouvrent la premiere fcene gaiement
par ce duo .
Duo. Colla fpe me del goder.
Dans l'espérance
On
peut
Du plaifir ,
d'avance
Se réjouir ;
Mais les foucis de l'avenir
Sont des tourmens qu'il faut bannir.
Brigani ſe plaint que la faim le preffe ,
& qu'on ne vit pas d'efpoir. Sa four le
confole en l'affurant qu'ils vont être inceffamment
riches. Tu connois bien , ditelle
, Calcante , ce gros Marchand que tu
viens de voir à la foire de Bologne , il
fera notre reffource. Je veux quitter l'état
de fourberies : Mais , lui répond Brigani ,
Si nous fommes adroits , nous fommes indigens.
Comment veux-tu changer de vie ?
Avons-nous le moyen d'être d'honnêtes gens.
Nife.
Mon frere , nous l'aurons par un bon mariage ,
Lorfque l'on a des attraits en partage ,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Et qu'on a l'art de s'en fervir ,
Tous les coeurs font à nous , on n'a plus qu'à
choifir.
Brigani lui dit que les vieillards ne font
pas foumis à fon pouvoir ; Nife le défabufe
par cette tirade , où il y a une comparaifon
qui paroît hafardée , mais qui eft
excufable dans la bouche d'une Bohémienne.
Quand nous voulons , ils font à nos genoux ,
Et nous fçavons les rendre doux :
Leurs coeurs plus tendres , plus fenfibles ,
Defléchés par les ans , en font plus combuftibles,
Et comme l'amadoue , un feul regard coquet
Leur fait prendre feu crac ; c'eft un coup de
briquet.
Notre homme eft dans le cas , & fitôt qu'il m'a
vue ,
J'ai porté dans fon ame une atteinte imprévue ,
Il avoit fous fon bras un fac rempli d'argent
Qu'il a ferré bien vîte ,
·
Il faut de cet argent que ta main le délivre ..
Calcante vient , ajoute-t-clle , je l'entend's
à fa toux. Songe à jouer ton rôle. Préparons-
nous. Ils fe retirent au fond duthéatre
, où Brigani va ſe déguiſer en ours.
NOVEMBRE. 1755..201
Calcante paroît , & après avoir renvoyé
un valet muet qui le fuit , il dit qu'il
vient chercher la jeune perfonne , dont
la taille & les yeux fripons l'ont frappé.
Nife , qui l'entend , s'approche , fuivie de
fon frere travefti en ours , & démande
à Calcante s'il veut fçavoir fa bonne aventure
, qu'elle la lui dira . Oui - dà , répondt'il
galamment : C'en eft une déja , quand
on vous voit Montrez-moi vos deux mains,
lui réplique-t -elle . Tandis qu'il les préfente
, Brigani s'avance , & tâche de lui
voler fon argent. Le bon homme qui l'apperçoit
, & qui croit voir un ours , fait
un cri de peur. Nife le raffure , en lui
difant que cet ours eft auffi privé que lui ,
qu'il faute , qu'il danfe comme une perfonne.
Calcante redonne les mains à Nife,
qui s'écrie en les examinant ,
Ariete. Ella può credermi.
Ah ! cette ligne
défigne
Longues années ,
Et fortunées ;
Cent ans au-delà` ;
Oui , oui , mon beau Monfieur vivra ,
Calcante.
Oh ! fans grimoire:
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
2º
Couplet.
On peut vous croire :
Cela fera.
Nife.
Certaine fille ,
gentille ,
Pour vous foupire.
De fon
martyre ,
Qui la guérira ?
Hem hem ? Monfieur la guérira.
Calcante.
Oh ! fans grimoire , &c .
3 ° Couplet.
"
Nife.
... Ah ! je vois une .....
fortune .....
Que rien ne borne
Au Capricorne ,
Eft écrit cela !
Oui , oui , Monfieur fe marira.
Calcante.
Oh vraiment voire ,
On ne peut croire
Ce conte - là .
Nife infifte que Calcante deviendra l'époux
d'une jeune beauté , mais il élude le
difcours & dit que l'argent vaut mieux.
NOVEMBRE. 1755. zoz
Nife alors fait fauter fon ours . Il paroît
charmé de fes lazzis , & propofe à la Bohémienne
de s'en défaire en fa faveur :
elle répond qu'elle le donnera pour trente
ducats , & fait danfer l'ours en même
tems qu'elle chante l'Ariete fuivante .
Ariete. Tre giorni.
Examinez fa grace ;
C'est un petit amour ,
Auffi beau que le jour.
(à l'ours. ) Regardez -nous en face ,
Et faites , mon mignon ,
Un pas de Rigodon.
que
Eh ! fautez donc , fautez donc ,
Brunet , fautez pour Javote ,
Tournez pour Charlote ,
Et faites ferviteur ,
Comme un joli Monfieur.
Donnez-moi la menotte ,
La menotte ,
Et faites ferviteur.
Calcante en donne vingt ducats , elle
lui dit que c'eft bien peu. Il lui répond
fon or eft de l'or ; elle lui réplique que
fon ours eft un ours. Il ajoute quatre ducats
à la fomme. Elle les reçoit , en lui
proteftant que fi elle n'étoit pas dans l'indigence
, elle le lui donneroit pour rien ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
tant elle a d'attachement pour lui. Il l'af
fure que de fon côté , il l'aime auffi à la
folie , ajoutant qu'elle vienne le voir quel
quefois , & qu'il lui donnera ... des confeils.
Nife après avoir dit tout bas , le
vieux vilain ! chante tout haut cetre
Ariete :
Si caro ben farette.
Oui , vous ferez fans cefle
L'objet de ma tendreffe :
Déja pour vous , mon coeur s'empreffe ;;
Et je le fens fauter ,,
Palpiter.
àpart.. Voyez qu'il eſt aimable ! .
Agréable !
Pour enflâmer mon coeur !
Pour être mon vainqueur !
Elle s'en vas
Pendant l'Ariete , le faux ours vole la
bourfe de Calcante , défait fon collier
s'enfuit , & laiffe fa chaîne dans la main.
du vieux Marchand qui , voulant faire
fauter l'ours , s'apperçoit trop tard de fa
fuite , & court de tous côtés en chantant :
Ariete. Maledetti , quanti fiete..
Ah ! mon ours a pris la fuite !
Courons vite , courons vîte ,
1
NOVEMBRE. 1755. 205
: Miférable !
L'ai - je pu laiffer fauver ?
Mais où diable
Le trouver , & c.
Nife revient , & lui demande ce qui
l'oblige à crier , il répond que c'eft fon
ours qui s'eft échappé. Elle lui dit de ne
fonger qu'à Nife , qu'elle vaut bien un
ours. Il réplique que ce n'eft pas le tems
de rire. Elle dit à part que ce fera bien une
autre crife , quand il s'appercevra qu'on a
volé fa bourfe ; elle ajoute tout haut , em
le regardant tendrement , qu'elle comptoit
fur fon amour. Calcante lui répond
par cette Ariete charmante :
Madam' lafciate mi in liberta.
Oh ! laiffez donc mon coeur par charité ,.
Oh ! laiffez donc mon coeur en liberté .
(à part.) Qu'elle eft pouponne !
Mon coeur fe donne
Malgré ma volonté.
( haut ) Oh ! laiffez donc , & c.
Pefte de mine
Qui me lutine !
Pefte de mine
Qui m'affaffine !!
Fut- on jamais plus tourmenté
Oh ! laiffez donc , &c,
206 MERCURE DE FRANCE.
Quel martyre !
J'expire ,
En vérité .
Oh ! morbleu , c'en eft trop ; prends donc ma
liberté.
Nife s'écrie qu'il a la fienne en échange,
& qu'elle le préfere aux jeunes gens les
plus aimables . Oui , ajoute- elle :
Je les détefte tous. Si vous fçaviez combien
Tous ces Meffieurs m'ont attrapée.
Calcante & Nife terminent le premier
par cet agréable duo . Ace
Nife.
Mon coeur , ô cher Calcante
Dans une forge ardente
Eft battu nuit & jour.
Tous les marteaux d'amour
Le battent nuit & jour.
Calcante.
O Dieux ! qu'elle eſt ma gloire !
En figne de victoire ,
L'Amour bat du tambour.
Mon coeur eft le tambour ,
Eft le tambour d'amour.
NOVEMBRE. 1755. 207
•
Nife.
Tiens , tiens , mets ta main là ;
Sens-tu ? tipeti , tipeta.
Calcante.
Ah ! comme ton coeur va;
Et toi , ma belle enfant ,
Sens-tu ? patapan.
Ensemble.
Tipe , tape ,
Comme il frappe.
Calcante . Dis-moi , pour qui l'amour
Bat-il fur mon coeur le tambour.
Nife. Dis-moi , pour qui l'amour
Bat-il fur mon coeur nuit & jour.
Nife .
Dis toi-même.
Calcante & Nife.
C'est que j'aime.
Qui fans que j'en diſe rien ,
Tu le devines bien.
Dans le fecond Acte le théatre repréfente
des ruines & des mafures abandonnées.
208 MERCURE DE FRANCE.
Nife & Brigani en habit de Bohémien ,
ouvrent cet Acte. Elle chante l'Ariete fuivante
en éclatant de rire fi naturellement ,
que tous les fpectateurs rient avec elle..
Si raviva.
Je n'en puis plus , laiffe- moi rire .....
Rien n'eft égal à fon martyre a
Il vient , il va , depuis une heure
Il jure , il pleure ,
Ib en mourra.
Ah ah ah !
Brigani lui fait entendre que l'argent
eft la feule idole du vieillard , & qu'il va
renoncer à l'amour . Non, lui répond Niſe.
L'avarice a beau fe défendre ,.
L'Amour et le tyran des autres paffions.
Elle le preffe en même tems d'aller changer
de figure pour la feconder avec leurs.
camarades dans le rôle de Magicienne
qu'elle va jouer. Nife refte feule . Calcante
paroît défefpéré & chante l'Ariete fuivante
, fans voir Nife .
Che Orror ! che Spavento !
Je perds fans reffource
Ma bourſe, ma bourſe ;
NOVEMBRE. 1755. 209
Vivrai -je fans elle !
Fortune cruelle !
Eft-ce affez m'accabler ?
Puis- je , cruelle ,
Vivre fans elle ?
Fortune cruelle ,
Je vais m'étrangler.
O perte funefte !
La faim , la foif, & la rage , & la pefte
Ont moins de rigueur que mon fort.
L'espoir qui te reſte ,
Calcante , c'est la mort.
Dès qu'il apperçoit Nife , il l'implore
pour retrouver fa bourfe. Elle lui dit
qu'elle va tâcher de le fervir , mais qu'elle
a befoin de fa préfence , & qu'elle
craint qu'il n'ait peur. Il protefte qu'il af
fronteroit le diable pour r'avoir fon argent.
Nife alors conjure l'enfer & particulierement
Griffifer qui en eft le caiffier.
Brigani paroît en longue robe noire ,
avec une grande perruque armée de cornes
, une barbe touffue , & des griffes aux
pieds & aux mains . Nife lui demande s'il
a la bourſe , il répond qu'oui . Calcante
prie le faux diable de la lui rendre ; celuici
lui réplique que fa bourſe lui appartient,
que c'est un argent mal acquis , & lui
propofe un accommodement , c'eft que
210 MERCURE DE FRANCE.
Calcante époufe Nife , & que fa bourſe
lui fervira de dot. Le vieux Marchand ne
veut pas y conſentir. Griffifer appelle fes
camarades pour punir ce refus. Des Bohémiens
déguiſés en diables , beaux , viennent
épouvanter Calcante , qui exprime
fon effroi mortel par l'Ariete qui fuit :
Perfidi perfidi.
Au fecours ! Ah ! je tremble !
Ici l'enfer s'affemble !
O Dieux ! c'eft fait de moi,
Ah ! je meurs d'effroi
De grace .
Mon fang fe glace.
A l'aide , je trépaffe.
à Nife. Daignez me fecourir
Je me fens mourir.
Au fecours , & c.
Nife lui dit avec douceur , m'époufezvous
? Je goûte affez la chofe , répart le
bonhomme que ces Meffieurs fe retirent ;
fais-moi voir ma bourfe , & tu feras contente.
Elle fait éloigner les Bohémiens
& commande à Griffifer de faire briller à
leurs yeux la bourfe , de Calcante . Il accourt
, & montre la bourſe , en diſant :
Lucifer vous ordonne
NOVEMBRE. 1755. 211
D'être époux , & dans le moment ,
Ou redoutez le plus dur châtiment.
Le Diable faire un mariage , le récrie
Calcante , il devroit l'empêcher. Brigani
répond plaifamment :
Il fçait fes intérêts.
C'eſt lui qui préſide au ménage ,
Et ce n'eſt pas à toi de fonder ſes decrets.
Nife alors joue la tendreffe , en difant
qu'elle ne veut pas que Calcante l'épouſe
malgré lui ; qu'elle l'aime trop pour caufer
fon malheur , & qu'elle va lui rendre
la bourfe. Brigani lui déclare , que fi
elle n'eft épousée , il faut qu'elle périffe ;
qu'elle peut rendre la bourſe à ce prix.
Elle la donne à Calcante , & feint de s'évanouir
entre fes bras. Le barbon attendri
, s'écrie : voilà ma main ! Je ne ſouffrirai
pas que tu perdes le jour. Nife revient
de fa fauffe pâmoifon , & le bonhomme
dit :
Allons , figurons - nous que la bourfe eft fa dot.
On n'a du moins rien ôté de la fomme ?
Ce dernier vers prouve que l'avarice ne
veut rien perdre , & qu'elle est toujours la
paffion dominante . Brigani répond que
212 MERCURE DE FRANCE.
la fomme eft entiere , & qu'il eft un
diable honnête homme . Et l'ours , demande
Calcante ? Vous le voyez en moi , répart
le frere de Nife , en fe démafquant , je
fuis le diable , l'ours & Brigani . Vous
m'avez attrapé , s'écrie le vieillard :
Mais Nife eft fi jolie ,
Qu'en la voyant , il n'eſt rien qu'on n'oublie .
Ils s'embraffent & terminent la piece
par ce joli Tiio.
Calcante.
Toujours prefte ,
Toujours lefte
Près de toi l'on me verra ,
>
La , la , la , mon amour s'augmentera.
Nife à Calcante.
Ma chere ame ,
Je me pâme
Du plaifir d'être ta femme ;
Ah ! que Nife t'aimera ,
La , la , la , la , la..
·Brigani à part.
Le bonhomme je l'admirė ;
Et de rire
J'étouffe , en voyant cela.
La, la , la.
NOVEMBRE. 1755. 213
Nife.
Vive l'allégreffe ,
Tu peux croire que fans ceffe ,
Ma tendreffe
Durera.
Ensemble.
Que l'on chante , que l'on fête
Nife. Les douceurs qu'Hymen apprête.
Le bonhomme que j'ai-là !
Calcante. Quel tréfor je trouve - là !
Le bonhomme que voilà .
>
Brigani.
Ta la , la , la.
Nife.
Ta femme t'adorera ,
à part. T'endormira .
Calcante Ma flame s'augmentera ,
Brigani.
Madame t'adorera ,
Te menera .
Cette fin refpire une joie folle qui fe
communique à tous les fpectateurs. On
ne peut la bien rendre qu'au théatre , ni
la bien fentir qu'à la répréſentation.
Fermer
Résumé : COMEDIE ITALIENNE. / Extrait de la Bohémienne.
Le texte traite des représentations théâtrales de comédiens italiens. La pièce 'Le Derviche' a été retirée après neuf représentations pour être reprogrammée l'hiver suivant. L'acteur M. Dehelfe a été particulièrement acclamé dans son rôle, et la pièce ainsi que l'acteur sont attendus avec le même enthousiasme. Un extrait de cette comédie sera publié dès qu'elle sera imprimée. Les mêmes comédiens ont également repris la pièce 'La Bohémienne', qui a conservé toute sa fraîcheur et ses charmes. Le texte fournit un extrait détaillé du premier acte de 'La Bohémienne'. La scène se déroule sur une place publique où Nise et Brigani, frère et sœur, discutent de leur situation. Nise assure Brigani qu'ils seront bientôt riches grâce à un marchand nommé Calcante. Brigani exprime son scepticisme, mais Nise propose de changer de vie par un bon mariage, utilisant ses charmes pour séduire les vieillards. Calcante apparaît, attiré par Nise, et se laisse convaincre par elle de consulter sa bonne aventure. Brigani, déguisé en ours, tente de voler l'argent de Calcante, mais est découvert. Nise rassure Calcante et lui prédit une longue vie et un mariage avec une jeune beauté. Calcante, plus intéressé par l'argent, achète l'ours déguisé. Pendant que Calcante est distrait, Brigani vole la bourse de Calcante et s'enfuit. Dans le second acte, Nise et Brigani, déguisés en bohémiens, continuent leurs ruses. Calcante, désespéré, cherche sa bourse volée. Nise, déguisée en magicienne, conjure l'enfer pour retrouver la bourse. Brigani, déguisé en diable, propose à Calcante d'épouser Nise en échange de la bourse. Après des hésitations, Calcante accepte et épouse Nise. La pièce se termine par une scène joyeuse où les personnages expriment leur allégresse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 148-155
SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES, ORDONNÉS par M. le Duc DE DURAS, Pair de France, premier Gentilhomme de la Chambre du Roi, en exercice pendant l'année 1763, & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des menus, Plaisirs & Affaires de la Chambre de SA MAJESTÉ.
Début :
LE Mardi 4 Janvier, les Comédiens François représenterent l'Irrésolu, Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Rôle, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES, ORDONNÉS par M. le Duc DE DURAS, Pair de France, premier Gentilhomme de la Chambre du Roi, en exercice pendant l'année 1763, & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des menus, Plaisirs & Affaires de la Chambre de SA MAJESTÉ.
ARTICLE V.
SPECTACLE S.
SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
ORDONNES par M. le Duc DE DURAS,
Pair de France , premier Gentilhomme
de la Chambre du Roi, en exercice
pendant l'année 1763, & conduits
parM. PAPILLON DE LA FERTÉ,
Intendant des menus , Plaifirs & Affaires
de la Chambre de SA MAJESTÉ.
LEE Mardi 4 Janvier , les Comédiens
François repréſenterent l'Irréfolu , Comédie
en cinq Actes & en vers du feu
fieur NERICAULT DESTOUCHES (a) ,
& pour petite Piéce le Charivari , Comédie
en un Acte & en profe (b) du
feu fieur DANCOURT. Le lendemain
( a) L'Irréfolu , repréfentée pour la première
fois en 1723 , avoit eu fix Repréſentations , remife
nouvellement au Théâtre avec plus de
fuccès.
(b) Première
repréſentation en 1697.
FEVRIER . 1763. 149
,
5, les Comédiens Italiens repréfenterent
Arlequin & Scapin rivaux , Comédie
Italienne , fuivie du Soldat magicien
Opera-Comique ; paroles du fieur L. B.
D. S.... Mufique du fieur PHILIDOR
(c).
Il n'y a point eu de Spectacle le
Jeudi 6 , à caufe de la Fête. Le Mardi
11 , par les Comédiens François , le
Curieux impertinent , Comédie en cinq
Actes & en vers du feu fieur NERICAULT
DESTOUCHES , fuivie du Fat
puni , Comédie en un Acte en profe :
Auteur Anonyme ( d) .
Le Mercredi 12 l'Académie Royale
de Muſique , conjointement avec la
Mufique du Roi , exécuta Hilas &
Zélis , Paftorale en un Acte , Poëme
d'un Auteur anonyme ; Mufique du
fieur de Bury , Surintendant de la Mufique
du Roi (e ) . Le rôle d'Hilas étoit
chanté par le fieur LARRIVÉE : celui
de Zélis par la Dlle LEMIERRE ( épouſe
du fieur LARRIVÉE . ) Le rôle de l'Amour
par la Dlle DUBOIS . Les principaux
Danfeurs & Danfeufes , dans le
(c) Première Repréſentation en 1760 fur le
Théâtre de l'Opera- Comique,
•
(d) Premiére Repréſentation en 1739.
(e) Premiére Repréfentation en 1762 .
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
Ballet , étoient les fieurs LAVAL
GARDEL , & les Dlles ALLARD &
VESTRIS .
Nous avons parlé avec de très-juftes
éloges de la mufique de cette Paftorale
à la dernière reprife des Caractères de la
Folie , Ballet du même Muficien , auquel
on l'avoit jointe. Cette Paftorale
en mufique avoit été précédée du Retour
d'Arlequin , Piéce Italienne , repréfentée
par les Comédiens Italiens.
Le 13 les Comédiens François repréfenterent
Phédre , Tragédie du feu fieur
RACINE. La Dile DUMESNIL jouant
le Rôle de Phédre , & la Dlle HUSSE
celui d'Aricie , le fieur BRISARD Thefee
; le fieur MOLE , Hippolite , & le
fieur DUBOIS Théramène.
Cette Tragédie fut fuivie du Confentement
forcé, Comédie en un Acte &
en Profe du feu ficur GUYOT DE
MERVILLE. (e )
Le 18 par les mêmes Comédiens le
Tambour nocturne , Comédie en cinq
Aces & en Profe du feu fieur Néricault
DESTOUCHES. (f) Cette Comédie
, qui a fait tant de plaifir à Paris ,
(e ) Premiere Repréſentation en 1738 .
(f)Imprimée dans les OEuvres de l'Auteur ,
jouée feulement dans les Provinces , repréſentée à
Paris la premiere fois en 1762 , par les foins &
avec des changemens du freur BELCOUR .
FEVRIER. 1763 . ISI
,
n'a pas moins amufé la Cour , par le
talent original , le naturel & l'intelligence
du bon comique des principaux
Acteurs . On fait particuliérement avec
quelle fineffe & quel art le fieur PRÉ-
VILLE varie continuellement le jeu du
rôle de PINCÉ dont la plaifanterie
feroit très-monotone fans cela. Le fieur
BELLECOUR , dans le Baron ; le fieur
MOLÉ , dans le Marquis ; la Dlle PREville
, dans la Baronne ; & la Dlle
LE KAIN , dans le rôle de Catau , ont
eu chacun le fuccès dû au talent avec
lequel ils jouent dans cette Piéce.
Pour petite Piéce on repréfenta le
Triple mariage (g) Comédie en un Acte
& en profe du même Auteur. Le Mercredi
, 19 , on éxécuta pour la feconde
fois la Paftorale d'Hilas & Zélis : les
rôles furent très bien rendus par les
mêmes Acteurs de la repréfentation
précédente , & les beautés diftinguées
de la mufique ont paru réunir les fuffrages
de toute la Cour , & ont fait à
l'Auteur ( le fieur de Bury ) tout l'honneur
que mérite fon talent.
Cette feconde repréfentation avoit
été précédée de la Comédie Italienne ,
intitulée la Joute d'Arlequin & de Scapin.
(g) Premiere repréſentation en 1724.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Le Jeudi 20 , les Comédiens François
repréſenterent Bajazet , Tragédie du
feu fieur RACINE . La Dlle CLAIRON
joué le rôle de Roxane , & la Demoifelle
Huss celui d'Atalide . Le fieur
MOLE le rôle de Bajazet le fieur
BRISART celui d'Acomat , & le fieur
DUBOIS Ofmin.
Après cette Tragédie , dont la repréfentation
intéreffa & toucha beaucoup
les Spectateurs , on donna le Philantrope
, Comédie en un Acte & en
profe du feu fieur LEGRAND ( h ) .
Mardi , 25 , les Comédiens François
repréfenteient la Piéce nouvelle , intitulée
Dupuis & Defronais , du fieur COLLÉ
(i ) , Comédie en vers & en trois
Actes , dont le fujet eft tiré des illuftres
Françoifes.
Un ouvrage dramatique où fe trouve
une connoiffance du monde la plus philofophique
& la plus délicate , où l'ef
prit ne femble prêter fon coloris que
pour fortifier le fentiment & orner l'inf
truction , où tout refpire les moeurs fans
trifteffe , & où tout infpire l'intérêt fans
( h) Jouée pour la première fois à Paris en
1724.
(i ) Cette Piéce avoit été repréfentée à Paris .
Voyez ci -après l'article de la Comédie Françoife.
FEVRIER. 1763. 153
affliger l'âme , ne pouvoit manquer
d'avoir un grand fuccès fur ce Théâtre .
Auffi la Cour a confirmé par fes fuffrages
la juftice que le Public avoit dérendue
à cette nouveauté. Il en a été
de même à l'égard du jeu des Acteurs
dont les trois principaux font la Dlle
GAUSSIN , pour le rôle de Mariane
: le fieur BRISART , pour celui
de Dupuis , & le fieur MOLÉ pour celui
de Desronais . Comme c'eft ce dernier
qui porte le plus de chaleur & de
mouvement dans la Piéce , nous ne
pouvons nous difpenfer de rapporter ,
fi l'on peut dire , le cri public , fur le
feu , fur le fentiment , le naturel & la
fine intelligence que met le fieur MOLÉ
jufques dans les plus petits détails de ce
rôle , qui ajoute encore à la réputation
qu'il s'étoit fi juftement acquife.
On donna pour feconde Piéce , le
même jour , les Folies amoureufes , Comédie
en vers , en trois Actes , du feu
fieur Regnard (k ). Le fieur BOURET
y joua le role de Crifpin.
Le Mercredi 26 les Comédiens Italiens
repréfenteremt Arlequin & Scapin
voleurs par amour , qui fut fuivie d'une
feconde repréfentation de Philemon &
(*) Première Repréfentation en 1704%
Gy
154. MERCURE DE FRANCE .
Baucis , Paftorale héroïque , exécutée ,
par l'Académie Royale de Mufique &
par la Mufique du Roi , telle qu'elle
l'avoit déja été ( & par les mêmes Acteurs
) le 30 Décembre dernier ( 1 ) .
L'exécution de toutes les parties de cet
Opera a été encore plus parfaite à cette
repréſentation ; & la Cour , qui l'avoit
redemandé , a paru y prendre un nouveau
plaifir. Le Poëme eft du fieur Roi ,
& la Mufique des fieurs REBEL &
FRANCEUR , Surintendans de la Mu--
fique de Sa Majesté.
Le Jeudi 27, les Comédiens François
ont repréfenté Ariane , Tragédie de
THOMAS CORNEILLE. La Dlle CLAIRON
jouoit le rôle d'Ariane , & la
Dlle Huss celui de Phédre. Les rôles
de Théfée & de Pirithoüis , par les fieurs
MOLE & BELCOUR.
On donna enfuite le Sage étourdi
Comédie en trois Actes & en vers du
feu fieur de BOISSI . ( m ) .
Les Lundi 17 & 24 Janvier il y a
eu Bal paré dans la Salle de la Comédie
du Roi , dont le parquet étoit monté au
niveau du Théâtre : elle étoit ornée de
( 1 ) Voyez le fecond Volume du Mercure de
Janvier.
(m ) Premiére repréſentation en 1748 .
FEVRIER. 1763. 155
,
beaucoup de luftres , foutenus & réunis
par des guirlandes de fleurs . Leurs
MAJESTÉS , M. le DAUPHIN Madame
la DAUPHINE & la Famille
Royale affiftent à ces Bals. Les Princes
du Sang , les jeunes Seigneurs & les
Dames de la Cour y danfent en divers
quadrilles , des entrées & ballets figurés,
dans les habits de caractères relatifs aux
fujets qu'ils ont choifis pour ces Ballets
, qui ont été extrêmement applaudis.
Le temps qu'ont duré ces Bals , depuis
11 heures & demi du foir , jufqu'à 6
ou 7 heures du matin , prouve combien
ils font agréables à ceux qui les compofent
& à ceux qui y affiftent.
SPECTACLE S.
SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
ORDONNES par M. le Duc DE DURAS,
Pair de France , premier Gentilhomme
de la Chambre du Roi, en exercice
pendant l'année 1763, & conduits
parM. PAPILLON DE LA FERTÉ,
Intendant des menus , Plaifirs & Affaires
de la Chambre de SA MAJESTÉ.
LEE Mardi 4 Janvier , les Comédiens
François repréſenterent l'Irréfolu , Comédie
en cinq Actes & en vers du feu
fieur NERICAULT DESTOUCHES (a) ,
& pour petite Piéce le Charivari , Comédie
en un Acte & en profe (b) du
feu fieur DANCOURT. Le lendemain
( a) L'Irréfolu , repréfentée pour la première
fois en 1723 , avoit eu fix Repréſentations , remife
nouvellement au Théâtre avec plus de
fuccès.
(b) Première
repréſentation en 1697.
FEVRIER . 1763. 149
,
5, les Comédiens Italiens repréfenterent
Arlequin & Scapin rivaux , Comédie
Italienne , fuivie du Soldat magicien
Opera-Comique ; paroles du fieur L. B.
D. S.... Mufique du fieur PHILIDOR
(c).
Il n'y a point eu de Spectacle le
Jeudi 6 , à caufe de la Fête. Le Mardi
11 , par les Comédiens François , le
Curieux impertinent , Comédie en cinq
Actes & en vers du feu fieur NERICAULT
DESTOUCHES , fuivie du Fat
puni , Comédie en un Acte en profe :
Auteur Anonyme ( d) .
Le Mercredi 12 l'Académie Royale
de Muſique , conjointement avec la
Mufique du Roi , exécuta Hilas &
Zélis , Paftorale en un Acte , Poëme
d'un Auteur anonyme ; Mufique du
fieur de Bury , Surintendant de la Mufique
du Roi (e ) . Le rôle d'Hilas étoit
chanté par le fieur LARRIVÉE : celui
de Zélis par la Dlle LEMIERRE ( épouſe
du fieur LARRIVÉE . ) Le rôle de l'Amour
par la Dlle DUBOIS . Les principaux
Danfeurs & Danfeufes , dans le
(c) Première Repréſentation en 1760 fur le
Théâtre de l'Opera- Comique,
•
(d) Premiére Repréſentation en 1739.
(e) Premiére Repréfentation en 1762 .
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
Ballet , étoient les fieurs LAVAL
GARDEL , & les Dlles ALLARD &
VESTRIS .
Nous avons parlé avec de très-juftes
éloges de la mufique de cette Paftorale
à la dernière reprife des Caractères de la
Folie , Ballet du même Muficien , auquel
on l'avoit jointe. Cette Paftorale
en mufique avoit été précédée du Retour
d'Arlequin , Piéce Italienne , repréfentée
par les Comédiens Italiens.
Le 13 les Comédiens François repréfenterent
Phédre , Tragédie du feu fieur
RACINE. La Dile DUMESNIL jouant
le Rôle de Phédre , & la Dlle HUSSE
celui d'Aricie , le fieur BRISARD Thefee
; le fieur MOLE , Hippolite , & le
fieur DUBOIS Théramène.
Cette Tragédie fut fuivie du Confentement
forcé, Comédie en un Acte &
en Profe du feu ficur GUYOT DE
MERVILLE. (e )
Le 18 par les mêmes Comédiens le
Tambour nocturne , Comédie en cinq
Aces & en Profe du feu fieur Néricault
DESTOUCHES. (f) Cette Comédie
, qui a fait tant de plaifir à Paris ,
(e ) Premiere Repréſentation en 1738 .
(f)Imprimée dans les OEuvres de l'Auteur ,
jouée feulement dans les Provinces , repréſentée à
Paris la premiere fois en 1762 , par les foins &
avec des changemens du freur BELCOUR .
FEVRIER. 1763 . ISI
,
n'a pas moins amufé la Cour , par le
talent original , le naturel & l'intelligence
du bon comique des principaux
Acteurs . On fait particuliérement avec
quelle fineffe & quel art le fieur PRÉ-
VILLE varie continuellement le jeu du
rôle de PINCÉ dont la plaifanterie
feroit très-monotone fans cela. Le fieur
BELLECOUR , dans le Baron ; le fieur
MOLÉ , dans le Marquis ; la Dlle PREville
, dans la Baronne ; & la Dlle
LE KAIN , dans le rôle de Catau , ont
eu chacun le fuccès dû au talent avec
lequel ils jouent dans cette Piéce.
Pour petite Piéce on repréfenta le
Triple mariage (g) Comédie en un Acte
& en profe du même Auteur. Le Mercredi
, 19 , on éxécuta pour la feconde
fois la Paftorale d'Hilas & Zélis : les
rôles furent très bien rendus par les
mêmes Acteurs de la repréfentation
précédente , & les beautés diftinguées
de la mufique ont paru réunir les fuffrages
de toute la Cour , & ont fait à
l'Auteur ( le fieur de Bury ) tout l'honneur
que mérite fon talent.
Cette feconde repréfentation avoit
été précédée de la Comédie Italienne ,
intitulée la Joute d'Arlequin & de Scapin.
(g) Premiere repréſentation en 1724.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Le Jeudi 20 , les Comédiens François
repréſenterent Bajazet , Tragédie du
feu fieur RACINE . La Dlle CLAIRON
joué le rôle de Roxane , & la Demoifelle
Huss celui d'Atalide . Le fieur
MOLE le rôle de Bajazet le fieur
BRISART celui d'Acomat , & le fieur
DUBOIS Ofmin.
Après cette Tragédie , dont la repréfentation
intéreffa & toucha beaucoup
les Spectateurs , on donna le Philantrope
, Comédie en un Acte & en
profe du feu fieur LEGRAND ( h ) .
Mardi , 25 , les Comédiens François
repréfenteient la Piéce nouvelle , intitulée
Dupuis & Defronais , du fieur COLLÉ
(i ) , Comédie en vers & en trois
Actes , dont le fujet eft tiré des illuftres
Françoifes.
Un ouvrage dramatique où fe trouve
une connoiffance du monde la plus philofophique
& la plus délicate , où l'ef
prit ne femble prêter fon coloris que
pour fortifier le fentiment & orner l'inf
truction , où tout refpire les moeurs fans
trifteffe , & où tout infpire l'intérêt fans
( h) Jouée pour la première fois à Paris en
1724.
(i ) Cette Piéce avoit été repréfentée à Paris .
Voyez ci -après l'article de la Comédie Françoife.
FEVRIER. 1763. 153
affliger l'âme , ne pouvoit manquer
d'avoir un grand fuccès fur ce Théâtre .
Auffi la Cour a confirmé par fes fuffrages
la juftice que le Public avoit dérendue
à cette nouveauté. Il en a été
de même à l'égard du jeu des Acteurs
dont les trois principaux font la Dlle
GAUSSIN , pour le rôle de Mariane
: le fieur BRISART , pour celui
de Dupuis , & le fieur MOLÉ pour celui
de Desronais . Comme c'eft ce dernier
qui porte le plus de chaleur & de
mouvement dans la Piéce , nous ne
pouvons nous difpenfer de rapporter ,
fi l'on peut dire , le cri public , fur le
feu , fur le fentiment , le naturel & la
fine intelligence que met le fieur MOLÉ
jufques dans les plus petits détails de ce
rôle , qui ajoute encore à la réputation
qu'il s'étoit fi juftement acquife.
On donna pour feconde Piéce , le
même jour , les Folies amoureufes , Comédie
en vers , en trois Actes , du feu
fieur Regnard (k ). Le fieur BOURET
y joua le role de Crifpin.
Le Mercredi 26 les Comédiens Italiens
repréfenteremt Arlequin & Scapin
voleurs par amour , qui fut fuivie d'une
feconde repréfentation de Philemon &
(*) Première Repréfentation en 1704%
Gy
154. MERCURE DE FRANCE .
Baucis , Paftorale héroïque , exécutée ,
par l'Académie Royale de Mufique &
par la Mufique du Roi , telle qu'elle
l'avoit déja été ( & par les mêmes Acteurs
) le 30 Décembre dernier ( 1 ) .
L'exécution de toutes les parties de cet
Opera a été encore plus parfaite à cette
repréſentation ; & la Cour , qui l'avoit
redemandé , a paru y prendre un nouveau
plaifir. Le Poëme eft du fieur Roi ,
& la Mufique des fieurs REBEL &
FRANCEUR , Surintendans de la Mu--
fique de Sa Majesté.
Le Jeudi 27, les Comédiens François
ont repréfenté Ariane , Tragédie de
THOMAS CORNEILLE. La Dlle CLAIRON
jouoit le rôle d'Ariane , & la
Dlle Huss celui de Phédre. Les rôles
de Théfée & de Pirithoüis , par les fieurs
MOLE & BELCOUR.
On donna enfuite le Sage étourdi
Comédie en trois Actes & en vers du
feu fieur de BOISSI . ( m ) .
Les Lundi 17 & 24 Janvier il y a
eu Bal paré dans la Salle de la Comédie
du Roi , dont le parquet étoit monté au
niveau du Théâtre : elle étoit ornée de
( 1 ) Voyez le fecond Volume du Mercure de
Janvier.
(m ) Premiére repréſentation en 1748 .
FEVRIER. 1763. 155
,
beaucoup de luftres , foutenus & réunis
par des guirlandes de fleurs . Leurs
MAJESTÉS , M. le DAUPHIN Madame
la DAUPHINE & la Famille
Royale affiftent à ces Bals. Les Princes
du Sang , les jeunes Seigneurs & les
Dames de la Cour y danfent en divers
quadrilles , des entrées & ballets figurés,
dans les habits de caractères relatifs aux
fujets qu'ils ont choifis pour ces Ballets
, qui ont été extrêmement applaudis.
Le temps qu'ont duré ces Bals , depuis
11 heures & demi du foir , jufqu'à 6
ou 7 heures du matin , prouve combien
ils font agréables à ceux qui les compofent
& à ceux qui y affiftent.
Fermer
Résumé : SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES, ORDONNÉS par M. le Duc DE DURAS, Pair de France, premier Gentilhomme de la Chambre du Roi, en exercice pendant l'année 1763, & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des menus, Plaisirs & Affaires de la Chambre de SA MAJESTÉ.
En 1763, sous la direction du Duc de Duras et de Papillon de La Ferté, plusieurs spectacles ont été organisés à la cour de Versailles. Le 4 janvier, les Comédiens Français ont interprété 'L'Irrésolu' de Néricault-Destouches et 'Le Charivari' de Dancourt. En février, les Comédiens Italiens ont joué 'Arlequin & Scapin rivaux' et 'Le Soldat magicien'. Le 11 février, les Comédiens Français ont présenté 'Le Curieux impertinent' de Néricault-Destouches et 'Le Fat puni'. Le 12 février, l'Académie Royale de Musique a exécuté 'Hilas & Zélis', une pastorale avec des rôles interprétés par Larivière, Mlle Lemierre et Mlle Dubois. Le 13 février, les Comédiens Français ont joué 'Phèdre' de Racine et 'Le Consentement forcé' de Guyot de Merville. Le 18 février, ils ont représenté 'Le Tambour nocturne' de Néricault-Destouches et 'Le Triple mariage'. Le 20 février, ils ont joué 'Bajazet' de Racine et 'Le Philantrope' de Legrand. Le 25 février, ils ont présenté 'Dupuis & Desronais' de Collé et 'Les Folies amoureuses' de Regnard. Le 26 février, les Comédiens Italiens ont joué 'Arlequin & Scapin voleurs par amour' et 'Philemon & Baucis'. Le 27 février, les Comédiens Français ont représenté 'Ariane' de Thomas Corneille et 'Le Sage étourdi' de Boissy. Des bals parés ont également eu lieu les 17 et 24 janvier, avec la participation de la famille royale et des membres de la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 167-178
SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES.
Début :
LE Jeudi 17 Février, les Comédiens François représenterent Inès de Castro, [...]
Mots clefs :
Comédie, Rôle, Pièce, Théâtre, Représentation, Comédiens
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texteReconnaissance textuelle : SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES.
SUITE DES SPECTACLES DE LA
COUR A VERSAILLES .
L E Jeudi 17 Février , les Comédiens
François repréfenterent Inès de Caftro ,
Tragédie du feu fieur LA MOTTE ( a ) ,
& pour feconde Piéce l'Ecole amoureu--
fe , Comédie en un A&te & en vers du
fieur BRET ( b ).
Dans la Tragédie , le rôle d'Inès fut
( a) Première repréſentation d'Inès en 1720 ;
32 repréſent. de fuite.
(b) L'Ecole amoureuse en 1747. & repréſent.
168 MERCURE DE FRANCE .
joué par la Dlle GAUSSIN , celui de la
Reine par la Dile DUBOIS , & celui de
Conftance par la Dlle Huss. Le fieur
BELCOUR joua le rôle de Rodrigue , le
fieur MOLÉ , celui de D. Pedre , le fieur
BRIZART ,Alphonfe , le fieur DUBOIS,
l'Ambassadeur de Caftille , & le fieur
DAUBERVAL , le rôle de Henrique.
Le fieur MOLÉ , les Dlles Huss
PRÉVILLE , BELCOUR & LE Kain,
jouerent dans la Comédie.
Le Mardi 22 Fevrier , les mêmes Comédiens
repréſenterent les Femmes fçavantes
, ( c ) Comédie en vers , en cinq
Actes , de MOLIERE , Cette excellente
Piéce fut très-bien rendue ; elle fit fur
les Amateurs du vrai genre comique ,
l'effet qu'on doit toujours attendre des
Ouvrages de l'inimitable génie qui a
créé & en même temps . perfectionné
le Théâtre François , lorfqu'on apportera
, en remettant ces chefs-d'oeuvres ,
toutes les attentions qu'ils méritent .
La Dlle DUMESNIL jouoit le rôle
de Philaminte. Les Dlles PRÉVILLE &
Huss , ceux des deux filles. Belife
étoit jouée par la Dlle DROUIN , & la
Dlle BELCOUR jouoit le rôle de la
Servante Martine . Chrifalde & Arifte ,
( c ) Première repréſentation en 1651 .
par
AVRIL . 1763 . 169
2
par les fieurs BONNEVAL & DAUBERVAL.
Le rôle de Clitandre étoit joué
par le fieur BELCOUR ; ceux de Trillotin
& Vadius , par les fieurs DANGEVILLE
& ARMAND ; & celui de Julien,
par le fieur BOURET.
Cette Piéce fut fuivie de la Famille
extravagante ( d ) Comédie en un Acte
& en Vers du feu fieur LEGRAND.
Plufieurs des mêmes A&teurs & Actrices
de la grande Piéce repréfentoient
dans celle-ci , excepté le rôle de Cléon
Amant d'Elife , joué par le Sr MOLÉ ,
celui d'Elife par la Dlle DESPINAY , &
le rôle de Soubrette par la Dlle LE
KAIN. Le lendemain on repréſenta
pour la feconde fois Vertumne & Pomone
, Ballet extrait des Elémens, dont
nous avons parlé dans le Mercure de
Mars. Cette repréſentation d'Opéra fut
précédée d'une Comédie Italienne intitulée
le Diable boiteux , jouée par les
Acteurs de ce Théâtre.
Le 2 Mars on donna un Ballet en
un Acte intitulé la Vue , extrait du
Ballet des Sens; Poëme du fieur ROI
Mufique du feu fieur MOURet.
La Dlle LE MIERRE , ( époufe du
fieur LARRIVÉE , ) chanta le rôle de
( d ) Première repréſentation en 1709.
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
T
l'Amour , la Dlle VILLETTE , du
Théâtre des Italiens , ( époufe du feur
LA RUETTE ) chanta le rôle de Zé
phire. La Dile DUBOIS , l'ainée , celui
d'Iris , & le fieur LARRIVÉE celui
d'Aquilon. Une indifpofition accidentelle
dans la voix de la Dlle LE MIERRE
mit l'éxécution de ce Baliet en rifque de
n'être pas achevée , & nuifit à fon fuccès.
La Dlle LANI & le fieur GARDEL
danferent des Pas feuls ; le fieur LAVAL,
la Dile VESTRIS , les fieurs LANI
DAUBERVAL , les Dlles ALLARD &
PESLIN danfoient différens Pas
toutes les principales Entrées.
la
La repréſentation de cet Opéra fut
précédée d'une Comédie Italienne
nouvelle , en un A&te , intitulée Arlequin
cru mort , par le fieur GOLDONI .
Cette Comédie fit plaifir ; & l'on rendit ,
par des fuffrages très -honorables
même juftice aux talens de ce célébre
Etranger , que l'on avoit déjà rendue à
la repréfentation de l'Amour Paternel.
Le lendemain Jeudi 3 Mars
".
Comédiens François repréfenterent les
Déhors trompeurs ou l'Homme dujour,(e)
( e ) Premiere repréſentation en 1740. 17
repréſentations,
,
les
AVRIL 1763. 171
Comédie en cinq Actes & en Vers
du feu fieur DE BOISSY . Le Baron
étoit joué par le fieur BELCOUR ; le
Marquis , par le fieur MOLÉ ; M. de
Forlis , par le fieur BONNEVAL ; &
Champagne , par le fieur PREVILLE ;
le rôle de la Comteffe , par la Dlle DANGEVILLE
; ceux de Lucile & de Céliante,
par les Diles HUSS & PREVILLE;
celui de Lifette , par la Dlle BELCOUR .
La feconde Piéce étoit l'Ile déferte ,
Comédie en un A&te & en Vers , du
fieur COLLET. Le fieur MOLE y jonoit
le rôle de Ferdinand, le fieur BELCOUR,
celui de Timante ; & le fieur PRÉVILLE,
le Matelot ; les rôles de Conftance & de
Silvie , furent joués par les Diles PRÉ-
VILLE & HUSS.
Le Mardi , 8Mars , par les mêmes Comédiens,
le Dépit amoureux , Comédie
de MOLIERE en 5 Actes en Vers. (f)
Erafte étoit joué par le fieur BELCOUR
, & Gros- René , fon valet , par
le fieur ARMAND ; Valére , par le fieur
MOLÉ & Mafcarille ,, par le fieur
BOURET ; les deux Vieillards , par les
fieurs BONNEVAL & BLAINVILLE ;
le Pédant , par le fieur DANGEVILLE ;
Lucile, par la Dlle GAUSSIN , fa Sui-
(f) En 1658.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
vante , Marinette , par la Dlle DANGEVILLE
, Afcagne , par la Dlle DUBOIS ,
& fa Suivante Frofine , par la Dlle LE
ΚΑΙΝ,
Pour feconde Piéce,on donna Annette
& Lubin , Comédie en un Acté , mêlée
d'Ariettes , de la Dlle FAVART & du
fieur L ***, Cette Piéce fut repréſen
tée par les Comédiens du Théâtre Italien
, ainfi qu'elle l'eft à Paris & par
les mêmes Acteurs.
Le lendemain , Mercredi , 9 Mars ,
après la repréſentation du Barbier paralitique
, Comédie Italienne , on éxécuta
le Devin du Village , ( g ) intermède ,
Paroles & Mufique du fieur ROUSSEau.
Le rôle de Colin , étoit parfaitement
rempli par le fieur GÉLIOTE, qui ne doit
rien du plaifir extrême que font fa voix &
fes talens à la difficulté d'en jouir depuis
fa retraite ; la Dlle VILLETTE
( époufe du fieur LARUETTE , ) a joué
& chanté très- agréablement le rôle de
Colette , dans lequel elle avoit déjà eu
du fuccès fur le Théâtre de l'Opéra ,
avant de paffer à celui de la Comédie
Italienne. Le fieur CAILLOT , Acteur
de ce dernier Théâtre , & des talens duquel
nous avons fi fouvent occafion de
( g ) Première repréſent . à l'Opéra en 1753•
AVRIL 1763. 173
parler avec de nouveaux éloges , a fort
bien chanté auffi le rôle du Devin dans
cet Interméde. On a pû reconnoître
quoique dans une petite étendue d'action
, ce que prête d'avantage au jeu
d'un chanteur l'habitude & l'art de la
Comédie . On parlera ci-après du Divertiffement
de la fin de cet Intermé-.
de , à l'Article de la feconde repriſe.
Le jour fuivant , 10 Mars , les Comédiens
François repréfenterent Brutus,
(h) Tragédie du Sr VOLTAIRE. Brutus
& Valérius , par les fieurs BRISART &
BLAINVILLE ; Arons , par le fieur
DUBOIS ; Titus , Fils de Brutus , par
le fieur LE KAIN ; Meffala , par le fieur
PAULIN ; Proculus , par le fieur DAUBERVAL
; Tullie , par la Dlle Huss , &
Algine , par la Dile DESPINAY.
Pour petite Piéce , l'Esprit de contradition,
Comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur DUFRESNI ( i ) . Le fieur
MOLE y jouoit le rôle de Valére ; le
fieur PAULIN , celui de Lucas ; le fieur
BONNEVAL , Oronte ; le fieur DANGEVILLE
, Tibaudois ; la Dlle DROUIN ,
Mde Oronte; & la Dlle Huss, Angélique.
(h ) Première Repréſentation en 1730.
35 repréfentations.
(i ) Première repréfent. en 1700. 16 repréf.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
f
Le Mardi 15 , les Comédiens François
donnerent Mélanide , ( k ) Comédie en
Vers en cinq Actes , du feu fieur DE
LA CHAUSSÉE . Lefieur BRISART repréfentoit
le Marquis d'Orvigny ; le
fieur DUBOIS , Théodon ; le fieur BELCOUR
, Darviane , la Dlle GAUSSIN
Melanide ; la Dlle DROUIN , Dorifées
& la Dlle Huss , Rofalie.
A la fuite de cette Piéce les Acteurs
de la Comédie Italienne éxécuterent le
Bucheron , Comédie mêlée d'Ariettes.
Mufique du fieur PHILIDOR , Paroles
du fieur GUICHARD & du fieur C***
Cette efpèce d'Interméde comique ,
très-ſuivi à Paris & duquel nous parlerons
plus en détail ci- après , parut agréable
à la Cour ; ceux. mêmes qui n'approuvent
pas l'application des tours &
de l'accent de la Mufique Italienne aux
Paroles Françoiſes rendirent juftice aux
grands talens du fieur PHILIDOR : & le
fieur CAILLOT , qui a l'art de rendre
aimable tout ce qu'il éxécute , en adouciffant
cet accent mufical étranger à l'expreffion
de notre langue , réunit les
fuffrages des Amateurs de l'un & de
l'autre genre. On donnera connoiffance
de cet Ouvrage dans l'Article des
Spectacles de Paris.
( k) Première repréſent . en 1741. 16 repræl
AVRIL. 1763. 175
>
Le lendemain , 16 Mars , a été , pour
afnfi dire , un jour de fête diftinguée fur
le Théâtre de la Cour , par la réunion
des deux plus agréables Ouvrages en
Mufique & en Paroles dans différens
genres ,
éxécutés par les plus rares ta
lens propres à ce Spectacle. La troifiéme
repriſe de Vertumne & Pomone ,
Ballet , & la deuxième du Devin
du Village occupérent entiérement fa
Scène. Les Acteurs , dont on a parlé cideffus
parurent dans l'un & l'autre
Ballet s'être furpaffés. Le Divertiffement
de Vertumne & Pomone , compofé comme
tous ceux des autresSpectacles qu'on
avoit donnés , de plufieurs morceaux
choifis dans divers Opéra ou autres
Ouvrages , étoit particuliérement ajusté
pour donner beaucoup d'airs de différens
genres au fieur GÉLIOTE , qui
les chanta tous avec la même voix
qu'on a tant admirée & avec un
naturel dans les tours de fon chant &
des graces que peut- être , fans illufion ,
on pourroit regarder comme nouvellement
acquifes & ajoûtées encore à tout
ce qu'on lui connoiffoit de fupériorité
dans ce talent.
Le Divertiffement dans le Devin du
Village , fubftitué à celui de cet Inter-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
méde , étoit charmant par la variété &
par la gaîté des morceaux dont il étoit
compofé. Le fieur CAILLOT y chantoit
une Ariette compofée pour cet objet
par le fieur PHILIDOR : mais ce qu'il
y avoit de plus faillant & d'unique en
fon genre , étoit un Pas de quatre Villageois
& Villageoifes
, éxécuté par le
fieur LANI , la Dlle ALLARD , le fieur
DAUBERVAL
& la Dlle PESLIN . Ces
quatre Sujets dont l'affortiment
du genre
, des tailles & des talens , feroit impoffible
à raffembler
dans toute l'Europe
, éxécutoient
ce Pas avec une double
préciſion de jufteffe & de graces co miques, qui méritoient
toute l'admiration
dont ils furent honorés & qui comblerent
le plaifir que faifoit l'enſemble
de ce Spectacle.
Ces divertiffemens étoient arrangés
ainfi que tous les précédens , par le fieur
REBEL , Surintendant de la Mufique
du Roi , de fémeftre depuis le premier
Janvier. Le goût du choix & la plus délicate
analogie dans les rapports de genre
avec les Ouvrages auxquels ces Divertiffemens
étoient adaptés , ont reçu
& mérité de très-juftes éloges .
Le Jeudi , 17 Mars , on donna Zaïre , (1)
(4) Prem. Repréfent, en 1732. 30 Repréfent.
AVRIL 1763. 177
1.
Tragédie du fieur de VOLTAIRE
Orofmane , repréfenté par le fieur LE
KAIN ;Lufignan, par le fieur BRISART;
Néreftan & Chatillon , par les fieurs
MOLE & DUBOIS ; Zaïre , par la Dlle
GAUSSIN ; Fatime , par la Dlle PRÉ-
VILLE .
Ce même jour , qui étoit , felon l'ufage
, celui de la clôture des Spectacles
à la Cour , fut auffi marqué par une repréfentation
très- intéreffante fçavoir
celle de l'Anglois à Bordeaux , Comédie
en un Acte , en Vers libres , du fieur
FAVART , à l'occafion de la Paix , repréfentée,
à Paris pour la premiere fois ,
le Lundi précédent , on diroit avec le
plus grand fuccès , fi celui qu'elle a eu à
la Cour n'avoit été en quelque forte encore
plus éclatant. Nous parlerons
dans l'Article de Paris , de cette Piéce
nouvelle dont l'Auteur a eu l'honneur
d'être préſenté au Roi .
P
N. B. On a éxactement nommé , dans
cettefin du Journal des Spectacles de la
Cour , tous les Acteurs qui ont repréſen
té dans chaque Piéce du Théâtre François
, afin de conftater en même temps
les Sujets éxiftans à ce Théatre pendant
cette derniere année & le fervice qu'ils
Ну
178 MERCURE DE FRANCE .
ont eu l'honneur de remplir en préfence
de leurs Majeftés.
COUR A VERSAILLES .
L E Jeudi 17 Février , les Comédiens
François repréfenterent Inès de Caftro ,
Tragédie du feu fieur LA MOTTE ( a ) ,
& pour feconde Piéce l'Ecole amoureu--
fe , Comédie en un A&te & en vers du
fieur BRET ( b ).
Dans la Tragédie , le rôle d'Inès fut
( a) Première repréſentation d'Inès en 1720 ;
32 repréſent. de fuite.
(b) L'Ecole amoureuse en 1747. & repréſent.
168 MERCURE DE FRANCE .
joué par la Dlle GAUSSIN , celui de la
Reine par la Dile DUBOIS , & celui de
Conftance par la Dlle Huss. Le fieur
BELCOUR joua le rôle de Rodrigue , le
fieur MOLÉ , celui de D. Pedre , le fieur
BRIZART ,Alphonfe , le fieur DUBOIS,
l'Ambassadeur de Caftille , & le fieur
DAUBERVAL , le rôle de Henrique.
Le fieur MOLÉ , les Dlles Huss
PRÉVILLE , BELCOUR & LE Kain,
jouerent dans la Comédie.
Le Mardi 22 Fevrier , les mêmes Comédiens
repréſenterent les Femmes fçavantes
, ( c ) Comédie en vers , en cinq
Actes , de MOLIERE , Cette excellente
Piéce fut très-bien rendue ; elle fit fur
les Amateurs du vrai genre comique ,
l'effet qu'on doit toujours attendre des
Ouvrages de l'inimitable génie qui a
créé & en même temps . perfectionné
le Théâtre François , lorfqu'on apportera
, en remettant ces chefs-d'oeuvres ,
toutes les attentions qu'ils méritent .
La Dlle DUMESNIL jouoit le rôle
de Philaminte. Les Dlles PRÉVILLE &
Huss , ceux des deux filles. Belife
étoit jouée par la Dlle DROUIN , & la
Dlle BELCOUR jouoit le rôle de la
Servante Martine . Chrifalde & Arifte ,
( c ) Première repréſentation en 1651 .
par
AVRIL . 1763 . 169
2
par les fieurs BONNEVAL & DAUBERVAL.
Le rôle de Clitandre étoit joué
par le fieur BELCOUR ; ceux de Trillotin
& Vadius , par les fieurs DANGEVILLE
& ARMAND ; & celui de Julien,
par le fieur BOURET.
Cette Piéce fut fuivie de la Famille
extravagante ( d ) Comédie en un Acte
& en Vers du feu fieur LEGRAND.
Plufieurs des mêmes A&teurs & Actrices
de la grande Piéce repréfentoient
dans celle-ci , excepté le rôle de Cléon
Amant d'Elife , joué par le Sr MOLÉ ,
celui d'Elife par la Dlle DESPINAY , &
le rôle de Soubrette par la Dlle LE
KAIN. Le lendemain on repréſenta
pour la feconde fois Vertumne & Pomone
, Ballet extrait des Elémens, dont
nous avons parlé dans le Mercure de
Mars. Cette repréſentation d'Opéra fut
précédée d'une Comédie Italienne intitulée
le Diable boiteux , jouée par les
Acteurs de ce Théâtre.
Le 2 Mars on donna un Ballet en
un Acte intitulé la Vue , extrait du
Ballet des Sens; Poëme du fieur ROI
Mufique du feu fieur MOURet.
La Dlle LE MIERRE , ( époufe du
fieur LARRIVÉE , ) chanta le rôle de
( d ) Première repréſentation en 1709.
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
T
l'Amour , la Dlle VILLETTE , du
Théâtre des Italiens , ( époufe du feur
LA RUETTE ) chanta le rôle de Zé
phire. La Dile DUBOIS , l'ainée , celui
d'Iris , & le fieur LARRIVÉE celui
d'Aquilon. Une indifpofition accidentelle
dans la voix de la Dlle LE MIERRE
mit l'éxécution de ce Baliet en rifque de
n'être pas achevée , & nuifit à fon fuccès.
La Dlle LANI & le fieur GARDEL
danferent des Pas feuls ; le fieur LAVAL,
la Dile VESTRIS , les fieurs LANI
DAUBERVAL , les Dlles ALLARD &
PESLIN danfoient différens Pas
toutes les principales Entrées.
la
La repréſentation de cet Opéra fut
précédée d'une Comédie Italienne
nouvelle , en un A&te , intitulée Arlequin
cru mort , par le fieur GOLDONI .
Cette Comédie fit plaifir ; & l'on rendit ,
par des fuffrages très -honorables
même juftice aux talens de ce célébre
Etranger , que l'on avoit déjà rendue à
la repréfentation de l'Amour Paternel.
Le lendemain Jeudi 3 Mars
".
Comédiens François repréfenterent les
Déhors trompeurs ou l'Homme dujour,(e)
( e ) Premiere repréſentation en 1740. 17
repréſentations,
,
les
AVRIL 1763. 171
Comédie en cinq Actes & en Vers
du feu fieur DE BOISSY . Le Baron
étoit joué par le fieur BELCOUR ; le
Marquis , par le fieur MOLÉ ; M. de
Forlis , par le fieur BONNEVAL ; &
Champagne , par le fieur PREVILLE ;
le rôle de la Comteffe , par la Dlle DANGEVILLE
; ceux de Lucile & de Céliante,
par les Diles HUSS & PREVILLE;
celui de Lifette , par la Dlle BELCOUR .
La feconde Piéce étoit l'Ile déferte ,
Comédie en un A&te & en Vers , du
fieur COLLET. Le fieur MOLE y jonoit
le rôle de Ferdinand, le fieur BELCOUR,
celui de Timante ; & le fieur PRÉVILLE,
le Matelot ; les rôles de Conftance & de
Silvie , furent joués par les Diles PRÉ-
VILLE & HUSS.
Le Mardi , 8Mars , par les mêmes Comédiens,
le Dépit amoureux , Comédie
de MOLIERE en 5 Actes en Vers. (f)
Erafte étoit joué par le fieur BELCOUR
, & Gros- René , fon valet , par
le fieur ARMAND ; Valére , par le fieur
MOLÉ & Mafcarille ,, par le fieur
BOURET ; les deux Vieillards , par les
fieurs BONNEVAL & BLAINVILLE ;
le Pédant , par le fieur DANGEVILLE ;
Lucile, par la Dlle GAUSSIN , fa Sui-
(f) En 1658.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
vante , Marinette , par la Dlle DANGEVILLE
, Afcagne , par la Dlle DUBOIS ,
& fa Suivante Frofine , par la Dlle LE
ΚΑΙΝ,
Pour feconde Piéce,on donna Annette
& Lubin , Comédie en un Acté , mêlée
d'Ariettes , de la Dlle FAVART & du
fieur L ***, Cette Piéce fut repréſen
tée par les Comédiens du Théâtre Italien
, ainfi qu'elle l'eft à Paris & par
les mêmes Acteurs.
Le lendemain , Mercredi , 9 Mars ,
après la repréſentation du Barbier paralitique
, Comédie Italienne , on éxécuta
le Devin du Village , ( g ) intermède ,
Paroles & Mufique du fieur ROUSSEau.
Le rôle de Colin , étoit parfaitement
rempli par le fieur GÉLIOTE, qui ne doit
rien du plaifir extrême que font fa voix &
fes talens à la difficulté d'en jouir depuis
fa retraite ; la Dlle VILLETTE
( époufe du fieur LARUETTE , ) a joué
& chanté très- agréablement le rôle de
Colette , dans lequel elle avoit déjà eu
du fuccès fur le Théâtre de l'Opéra ,
avant de paffer à celui de la Comédie
Italienne. Le fieur CAILLOT , Acteur
de ce dernier Théâtre , & des talens duquel
nous avons fi fouvent occafion de
( g ) Première repréſent . à l'Opéra en 1753•
AVRIL 1763. 173
parler avec de nouveaux éloges , a fort
bien chanté auffi le rôle du Devin dans
cet Interméde. On a pû reconnoître
quoique dans une petite étendue d'action
, ce que prête d'avantage au jeu
d'un chanteur l'habitude & l'art de la
Comédie . On parlera ci-après du Divertiffement
de la fin de cet Intermé-.
de , à l'Article de la feconde repriſe.
Le jour fuivant , 10 Mars , les Comédiens
François repréfenterent Brutus,
(h) Tragédie du Sr VOLTAIRE. Brutus
& Valérius , par les fieurs BRISART &
BLAINVILLE ; Arons , par le fieur
DUBOIS ; Titus , Fils de Brutus , par
le fieur LE KAIN ; Meffala , par le fieur
PAULIN ; Proculus , par le fieur DAUBERVAL
; Tullie , par la Dlle Huss , &
Algine , par la Dile DESPINAY.
Pour petite Piéce , l'Esprit de contradition,
Comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur DUFRESNI ( i ) . Le fieur
MOLE y jouoit le rôle de Valére ; le
fieur PAULIN , celui de Lucas ; le fieur
BONNEVAL , Oronte ; le fieur DANGEVILLE
, Tibaudois ; la Dlle DROUIN ,
Mde Oronte; & la Dlle Huss, Angélique.
(h ) Première Repréſentation en 1730.
35 repréfentations.
(i ) Première repréfent. en 1700. 16 repréf.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
f
Le Mardi 15 , les Comédiens François
donnerent Mélanide , ( k ) Comédie en
Vers en cinq Actes , du feu fieur DE
LA CHAUSSÉE . Lefieur BRISART repréfentoit
le Marquis d'Orvigny ; le
fieur DUBOIS , Théodon ; le fieur BELCOUR
, Darviane , la Dlle GAUSSIN
Melanide ; la Dlle DROUIN , Dorifées
& la Dlle Huss , Rofalie.
A la fuite de cette Piéce les Acteurs
de la Comédie Italienne éxécuterent le
Bucheron , Comédie mêlée d'Ariettes.
Mufique du fieur PHILIDOR , Paroles
du fieur GUICHARD & du fieur C***
Cette efpèce d'Interméde comique ,
très-ſuivi à Paris & duquel nous parlerons
plus en détail ci- après , parut agréable
à la Cour ; ceux. mêmes qui n'approuvent
pas l'application des tours &
de l'accent de la Mufique Italienne aux
Paroles Françoiſes rendirent juftice aux
grands talens du fieur PHILIDOR : & le
fieur CAILLOT , qui a l'art de rendre
aimable tout ce qu'il éxécute , en adouciffant
cet accent mufical étranger à l'expreffion
de notre langue , réunit les
fuffrages des Amateurs de l'un & de
l'autre genre. On donnera connoiffance
de cet Ouvrage dans l'Article des
Spectacles de Paris.
( k) Première repréſent . en 1741. 16 repræl
AVRIL. 1763. 175
>
Le lendemain , 16 Mars , a été , pour
afnfi dire , un jour de fête diftinguée fur
le Théâtre de la Cour , par la réunion
des deux plus agréables Ouvrages en
Mufique & en Paroles dans différens
genres ,
éxécutés par les plus rares ta
lens propres à ce Spectacle. La troifiéme
repriſe de Vertumne & Pomone ,
Ballet , & la deuxième du Devin
du Village occupérent entiérement fa
Scène. Les Acteurs , dont on a parlé cideffus
parurent dans l'un & l'autre
Ballet s'être furpaffés. Le Divertiffement
de Vertumne & Pomone , compofé comme
tous ceux des autresSpectacles qu'on
avoit donnés , de plufieurs morceaux
choifis dans divers Opéra ou autres
Ouvrages , étoit particuliérement ajusté
pour donner beaucoup d'airs de différens
genres au fieur GÉLIOTE , qui
les chanta tous avec la même voix
qu'on a tant admirée & avec un
naturel dans les tours de fon chant &
des graces que peut- être , fans illufion ,
on pourroit regarder comme nouvellement
acquifes & ajoûtées encore à tout
ce qu'on lui connoiffoit de fupériorité
dans ce talent.
Le Divertiffement dans le Devin du
Village , fubftitué à celui de cet Inter-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
méde , étoit charmant par la variété &
par la gaîté des morceaux dont il étoit
compofé. Le fieur CAILLOT y chantoit
une Ariette compofée pour cet objet
par le fieur PHILIDOR : mais ce qu'il
y avoit de plus faillant & d'unique en
fon genre , étoit un Pas de quatre Villageois
& Villageoifes
, éxécuté par le
fieur LANI , la Dlle ALLARD , le fieur
DAUBERVAL
& la Dlle PESLIN . Ces
quatre Sujets dont l'affortiment
du genre
, des tailles & des talens , feroit impoffible
à raffembler
dans toute l'Europe
, éxécutoient
ce Pas avec une double
préciſion de jufteffe & de graces co miques, qui méritoient
toute l'admiration
dont ils furent honorés & qui comblerent
le plaifir que faifoit l'enſemble
de ce Spectacle.
Ces divertiffemens étoient arrangés
ainfi que tous les précédens , par le fieur
REBEL , Surintendant de la Mufique
du Roi , de fémeftre depuis le premier
Janvier. Le goût du choix & la plus délicate
analogie dans les rapports de genre
avec les Ouvrages auxquels ces Divertiffemens
étoient adaptés , ont reçu
& mérité de très-juftes éloges .
Le Jeudi , 17 Mars , on donna Zaïre , (1)
(4) Prem. Repréfent, en 1732. 30 Repréfent.
AVRIL 1763. 177
1.
Tragédie du fieur de VOLTAIRE
Orofmane , repréfenté par le fieur LE
KAIN ;Lufignan, par le fieur BRISART;
Néreftan & Chatillon , par les fieurs
MOLE & DUBOIS ; Zaïre , par la Dlle
GAUSSIN ; Fatime , par la Dlle PRÉ-
VILLE .
Ce même jour , qui étoit , felon l'ufage
, celui de la clôture des Spectacles
à la Cour , fut auffi marqué par une repréfentation
très- intéreffante fçavoir
celle de l'Anglois à Bordeaux , Comédie
en un Acte , en Vers libres , du fieur
FAVART , à l'occafion de la Paix , repréfentée,
à Paris pour la premiere fois ,
le Lundi précédent , on diroit avec le
plus grand fuccès , fi celui qu'elle a eu à
la Cour n'avoit été en quelque forte encore
plus éclatant. Nous parlerons
dans l'Article de Paris , de cette Piéce
nouvelle dont l'Auteur a eu l'honneur
d'être préſenté au Roi .
P
N. B. On a éxactement nommé , dans
cettefin du Journal des Spectacles de la
Cour , tous les Acteurs qui ont repréſen
té dans chaque Piéce du Théâtre François
, afin de conftater en même temps
les Sujets éxiftans à ce Théatre pendant
cette derniere année & le fervice qu'ils
Ну
178 MERCURE DE FRANCE .
ont eu l'honneur de remplir en préfence
de leurs Majeftés.
Fermer
Résumé : SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES.
Du 17 février au 9 mars 1763, la cour de Versailles a accueilli plusieurs spectacles présentés par les Comédiens Français. Parmi les pièces jouées figurent 'Inès de Castro' de La Motte, 'Les Femmes savantes' et 'Le Dépit amoureux' de Molière, ainsi que 'Les Déhors trompeurs' de De Boissy. Le 3 mars, une représentation du ballet 'La Vue' a été interrompue en raison d'une indisposition. Le 9 mars, après une comédie italienne, 'Le Devin du Village' de Rousseau a été interprété par Géliote et la Dlle Villette. En avril 1763, les représentations ont continué. Le 10 mars, les Comédiens Français ont joué 'Brutus' de Voltaire et 'L'Esprit de contradiction' de Dufresny. Le 15 mars, ils ont présenté 'Mélanide' de La Chaussée, suivie de 'Le Bucheron' par les acteurs de la Comédie Italienne. Le 16 mars, des reprises de 'Vertumne et Pomone' et du 'Devin du Village' ont été données. Le 17 mars, 'Zaïre' de Voltaire et 'L'Anglais à Bordeaux' de Favart ont été joués. Un document officiel, probablement publié dans le 'Mercure de France', a reconnu les sujets ayant servi au théâtre durant l'année précédente. Il a confirmé les individus présents sur scène et les rôles qu'ils ont honorablement remplis devant leurs Majestés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 147-152
ÉTAT actuel des deux Théâtres des Comédiens ordinaires du ROI. AVIS.
Début :
LE nombre des Curieux d'Anecdotes du Théâtre est considérable aujourd'hui [...]
Mots clefs :
Acteurs, Talents, Actrices, Théâtre, Rôle, Soubrette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉTAT actuel des deux Théâtres des Comédiens ordinaires du ROI. AVIS.
ÉTAT actuel des deux Théâtres des
Comédiens ordinaires du Ror.
LE
AVIS.
E nombre des Curieux d'Anecdotes
du Théâtre eft confidérable aujourd'hui
; ce qui a fait multiplier les Dictionnaires
, Tablettes , Almanachs &
autres Ouvrages de Bibliographie dramatique
dans ce nombre de Curieux ,
il en eft plufieurs attachés à l'éxactitude
de ce qui concerne les Acteurs de
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
haque Théâtre. On fe plaint fouvent
ce trouver à cet égard des contradicdons
& des erreurs dans les Ouvrages
ti ue nous venons de citer ; & les Auqeurs
de ces Ouvrages eux- mêmes ſe
plaignent de n'avoir aucun dépôt littéraire
où l'on puiffe , avec confiance ,
puifer fur ce fujet des connoiffances
certaines. On nous a fait remarquer
à cette occafion que dans notre
Journal fe trouvant un Article deſtiné
aux Spectacles avec plus de détails que
dans tout autre , il conviendroit que ce
fût dans celui-là, que l'on pût avoir cette
efpéce de dépôt de faits & de dattes
hiftoriques. Comme rien ne nous intéreffe
davantage que de fatisfaire à tous
les goûts & à tous les genres de curiofité
de chacun de nos Lecteurs , nous
placerons dorénavant des Etats , pareils
à ceux que nous donnons aujourd'hui ,
chaque année à pareil temps , parce que
c'eft le point de l'année Théatrale où il
y a ordinairement moins de variations.
Par ce moyen , fans faire de recherches
particulières dans les Articles de chaque
mois , on trouvera tout ce qu'on défirera
fur cet objet , raffemblé fous un feul
point de vue ; & par la fuite , en confultant
dans les Mercures ces Etats de chaJUILLET.
1763. 149
que année , on vérifiera facilement des
dattes & des faits fur lefquels on contefte
fouvent dans la co nverfation .
N. B. Nous ne donner ons cette année
l'Etat du Théâtre de l'Opéra , que lorfqu'il
reprendra fes Spectacles ordinaires
dans la Salle que l'on prépare au Palais
des Thuilleries. Ce qui arrivera, vraifemblablement
le plutôt qu'il fera poffible ;
mais encore trop tardpour l'impatience
du Public.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Acteurs & Actrices à Part , demi part ,
&c , fuivant l'ancienneté de
leurs réceptions.
LES SIEURS.JLES DLLES.
ARMAND .
DUBOIS .
DUMESNIL .
DROUIN .
BONNEVAL.
PAULIN.
LE KAIN .
BELLECOUR.
BLAINVILLE .
PRÉVILLE .
BRISAR .
MOLÉ.
AUGER .
D'AUBERVAL.
CLAIRON .
BELLECOUR.
Huss.
PRÉVILLE .
LE KAIN .
DUBOIS .
D'ÉPINAY
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Acteurs & Actrices à appointemens.
LE SIEUR.
BOURET .
LES DLLES.
D'OLIGNY .
DE LUZZY .
Acteurs & Actrices retirés au mois de
Mars de lapréfente année 1763.
Les Dlles DANGEVILLE , ( a )
( a ) Mlle DANGEVILLE , Niéce & Eléve de
Mile DESMARES , à peine âgée de 14 ans , débuta
le 28 Décembre 1729 , par le rôle de Soubrette
dans le Médifant ; & les jours fuivans
dans la Soubrette da Cocher fuppofé ; Cléantis
dans Démocrite , la Soubrette du Florentin , Laurette
de la Mère coquette ; la Soubrette des Folies
amoureufes ; celle d'Efope à la Ville : Toinette
du Malade imaginaire & Lifette de la Sérénade.
Après avoir joué à la Cour , elle fut reçue
avec beaucoup d'agrément , d'abord à demie
part , au mois de Mars 1730. Le 24 Juin de
cette même année , elle prouva la variété de fes
talens , par la façon dont elle joua le Rôle
d'Hermione dans Andromaque , qui lui procura
beaucoup d'applaudiffemens & d'admiration ,
& dans lequel elle montroit de très grandes
difpofitions pour le Tragique , genre que les
circonftances de la retraite de Mile DESMARES.
lui firent abandonner pour ſe livrer entièrement
à celui dans lequel elle excelloit déja. Cette
Actrice , que le Public avoit vue avec tant de
plaifir , dès fon enfance , dans tous les Rôles
de cet âge , ainfi que dans la danſe où elle
s'étoit exercée avec fuccès , faifoir efpérer dès-lors
-
JUILLET 1763. 151
1
GAUSSIN , ( b ) & le Sr DANG EVILLE.
( C )
un Sujet qui orneroit la Scène Françoife. Ses débuts
confirmerent avec éclat cette favorable conjecture.
Elle est devenue depuis , & en fort peu
de temps , le Chef- d'oeuvre de l'Art Théâtral.
II y a lieu de croire que la rare perfection
de fes talens fera long - temps de plus grand
modèle qu'on puille propofer à toutes celles
qui entreront dans la carrière du Théâtre , par
les rôles de fon emploi. Nos faftes littéraires
font remplis des éloges fincères & continuels de
cette admirable Actrice , fans crainte qu'on nous
les reproche , car les Amateurs des Talens fublimes
les reliront toujours avec plaifir , furtout
ceux qui auront eu celui de l'admirer fur la
Scène Françoile.
( b) Mlle GAUSSIN débuta le 28 Avril 1731
dans Britannicus par le Rôle de Junie ; la jeuneffe
, les charmes de fa figure & ceux de fa
voie tendre & touchante , auroient fuffi pour lui
procurer tous les applaudiffemens , fi les talens
& les difpofitions déja formées pour le genre
où elle s'eft diftinguée , ne lui euffent , dès- lors ,
attiré tous les fuffrages. Elle fuivit ſon début
dans Chimène , dans Monime , dans Andromaque
& dans Iphigénie. On la vit au développer
dans le haur Comique , les talens fupérieurs
qu'on a continué d'admirer en elle , encore les
derniers jours qui ont précédé la retraite . Actrice
intéreffante jufqu'à la féduction , dans les Rôles
qui lui étoient perfonnellement propres , elle
les jouoit avec une expreffion fi naturelle & fi
vraie, qu'on étoit porté à croire qu'elle en avoit
infpiré le caractère eux Auteurs. Telle est l'idée
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
Acteurs & Actrices de la Comédie Ita
lienne , à part & demi part , &c.
Les Sieurs.
DE HESSE.
CIAVARELLI .
ROCHARD .
CARLIN.
CHAMPVILLE
LE JEUNE
CAILLOT
LÁNUZZY.- Zen
COLLALTO .
LA RUETTE.
CLAIRVAL.
BALLETTI .
L'OBREAU.
Les Demoifelles.
FAVART .
CATINON FOULQUIER
(f.Rivière. )
CAMILLE .
PICCINELLI.
VILLETTE (f. la
Ruette. )
DESGLANDS.
DESCHAMPS.
BOGNIOLY .
SAYY
Acteurs & Actrices à appointemens.
Les Sieurs.
DES BROSSES.
SAVY.
Les Demoiselles.
CARLIN.
LAFOND.
COLLET .
PLACIDE .
que la Poftérité confervera de l'A&rice , dont
nous regrettons encore journellement les talens.
( c ) M. DANGEVILLE , frère de l'Actrice de ce
nom , avoit débuté le 21 Mars 1730 avec applaudiffemens
dans le principal rôle de la Tragédie
dė Polieudte & du François à Londres.
Comédiens ordinaires du Ror.
LE
AVIS.
E nombre des Curieux d'Anecdotes
du Théâtre eft confidérable aujourd'hui
; ce qui a fait multiplier les Dictionnaires
, Tablettes , Almanachs &
autres Ouvrages de Bibliographie dramatique
dans ce nombre de Curieux ,
il en eft plufieurs attachés à l'éxactitude
de ce qui concerne les Acteurs de
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
haque Théâtre. On fe plaint fouvent
ce trouver à cet égard des contradicdons
& des erreurs dans les Ouvrages
ti ue nous venons de citer ; & les Auqeurs
de ces Ouvrages eux- mêmes ſe
plaignent de n'avoir aucun dépôt littéraire
où l'on puiffe , avec confiance ,
puifer fur ce fujet des connoiffances
certaines. On nous a fait remarquer
à cette occafion que dans notre
Journal fe trouvant un Article deſtiné
aux Spectacles avec plus de détails que
dans tout autre , il conviendroit que ce
fût dans celui-là, que l'on pût avoir cette
efpéce de dépôt de faits & de dattes
hiftoriques. Comme rien ne nous intéreffe
davantage que de fatisfaire à tous
les goûts & à tous les genres de curiofité
de chacun de nos Lecteurs , nous
placerons dorénavant des Etats , pareils
à ceux que nous donnons aujourd'hui ,
chaque année à pareil temps , parce que
c'eft le point de l'année Théatrale où il
y a ordinairement moins de variations.
Par ce moyen , fans faire de recherches
particulières dans les Articles de chaque
mois , on trouvera tout ce qu'on défirera
fur cet objet , raffemblé fous un feul
point de vue ; & par la fuite , en confultant
dans les Mercures ces Etats de chaJUILLET.
1763. 149
que année , on vérifiera facilement des
dattes & des faits fur lefquels on contefte
fouvent dans la co nverfation .
N. B. Nous ne donner ons cette année
l'Etat du Théâtre de l'Opéra , que lorfqu'il
reprendra fes Spectacles ordinaires
dans la Salle que l'on prépare au Palais
des Thuilleries. Ce qui arrivera, vraifemblablement
le plutôt qu'il fera poffible ;
mais encore trop tardpour l'impatience
du Public.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Acteurs & Actrices à Part , demi part ,
&c , fuivant l'ancienneté de
leurs réceptions.
LES SIEURS.JLES DLLES.
ARMAND .
DUBOIS .
DUMESNIL .
DROUIN .
BONNEVAL.
PAULIN.
LE KAIN .
BELLECOUR.
BLAINVILLE .
PRÉVILLE .
BRISAR .
MOLÉ.
AUGER .
D'AUBERVAL.
CLAIRON .
BELLECOUR.
Huss.
PRÉVILLE .
LE KAIN .
DUBOIS .
D'ÉPINAY
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Acteurs & Actrices à appointemens.
LE SIEUR.
BOURET .
LES DLLES.
D'OLIGNY .
DE LUZZY .
Acteurs & Actrices retirés au mois de
Mars de lapréfente année 1763.
Les Dlles DANGEVILLE , ( a )
( a ) Mlle DANGEVILLE , Niéce & Eléve de
Mile DESMARES , à peine âgée de 14 ans , débuta
le 28 Décembre 1729 , par le rôle de Soubrette
dans le Médifant ; & les jours fuivans
dans la Soubrette da Cocher fuppofé ; Cléantis
dans Démocrite , la Soubrette du Florentin , Laurette
de la Mère coquette ; la Soubrette des Folies
amoureufes ; celle d'Efope à la Ville : Toinette
du Malade imaginaire & Lifette de la Sérénade.
Après avoir joué à la Cour , elle fut reçue
avec beaucoup d'agrément , d'abord à demie
part , au mois de Mars 1730. Le 24 Juin de
cette même année , elle prouva la variété de fes
talens , par la façon dont elle joua le Rôle
d'Hermione dans Andromaque , qui lui procura
beaucoup d'applaudiffemens & d'admiration ,
& dans lequel elle montroit de très grandes
difpofitions pour le Tragique , genre que les
circonftances de la retraite de Mile DESMARES.
lui firent abandonner pour ſe livrer entièrement
à celui dans lequel elle excelloit déja. Cette
Actrice , que le Public avoit vue avec tant de
plaifir , dès fon enfance , dans tous les Rôles
de cet âge , ainfi que dans la danſe où elle
s'étoit exercée avec fuccès , faifoir efpérer dès-lors
-
JUILLET 1763. 151
1
GAUSSIN , ( b ) & le Sr DANG EVILLE.
( C )
un Sujet qui orneroit la Scène Françoife. Ses débuts
confirmerent avec éclat cette favorable conjecture.
Elle est devenue depuis , & en fort peu
de temps , le Chef- d'oeuvre de l'Art Théâtral.
II y a lieu de croire que la rare perfection
de fes talens fera long - temps de plus grand
modèle qu'on puille propofer à toutes celles
qui entreront dans la carrière du Théâtre , par
les rôles de fon emploi. Nos faftes littéraires
font remplis des éloges fincères & continuels de
cette admirable Actrice , fans crainte qu'on nous
les reproche , car les Amateurs des Talens fublimes
les reliront toujours avec plaifir , furtout
ceux qui auront eu celui de l'admirer fur la
Scène Françoile.
( b) Mlle GAUSSIN débuta le 28 Avril 1731
dans Britannicus par le Rôle de Junie ; la jeuneffe
, les charmes de fa figure & ceux de fa
voie tendre & touchante , auroient fuffi pour lui
procurer tous les applaudiffemens , fi les talens
& les difpofitions déja formées pour le genre
où elle s'eft diftinguée , ne lui euffent , dès- lors ,
attiré tous les fuffrages. Elle fuivit ſon début
dans Chimène , dans Monime , dans Andromaque
& dans Iphigénie. On la vit au développer
dans le haur Comique , les talens fupérieurs
qu'on a continué d'admirer en elle , encore les
derniers jours qui ont précédé la retraite . Actrice
intéreffante jufqu'à la féduction , dans les Rôles
qui lui étoient perfonnellement propres , elle
les jouoit avec une expreffion fi naturelle & fi
vraie, qu'on étoit porté à croire qu'elle en avoit
infpiré le caractère eux Auteurs. Telle est l'idée
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
Acteurs & Actrices de la Comédie Ita
lienne , à part & demi part , &c.
Les Sieurs.
DE HESSE.
CIAVARELLI .
ROCHARD .
CARLIN.
CHAMPVILLE
LE JEUNE
CAILLOT
LÁNUZZY.- Zen
COLLALTO .
LA RUETTE.
CLAIRVAL.
BALLETTI .
L'OBREAU.
Les Demoifelles.
FAVART .
CATINON FOULQUIER
(f.Rivière. )
CAMILLE .
PICCINELLI.
VILLETTE (f. la
Ruette. )
DESGLANDS.
DESCHAMPS.
BOGNIOLY .
SAYY
Acteurs & Actrices à appointemens.
Les Sieurs.
DES BROSSES.
SAVY.
Les Demoiselles.
CARLIN.
LAFOND.
COLLET .
PLACIDE .
que la Poftérité confervera de l'A&rice , dont
nous regrettons encore journellement les talens.
( c ) M. DANGEVILLE , frère de l'Actrice de ce
nom , avoit débuté le 21 Mars 1730 avec applaudiffemens
dans le principal rôle de la Tragédie
dė Polieudte & du François à Londres.
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Résumé : ÉTAT actuel des deux Théâtres des Comédiens ordinaires du ROI. AVIS.
Le texte traite de l'état actuel des théâtres des comédiens ordinaires du Roi et de l'intérêt croissant pour les anecdotes théâtrales, ce qui a conduit à une multiplication de dictionnaires, tablettes, almanachs et autres ouvrages de bibliographie dramatique. Ces ouvrages sont souvent entachés de contradictions et d'erreurs, et leurs auteurs manquent de sources littéraires fiables. Le Mercure de France est proposé comme une source potentielle pour obtenir des informations précises sur les acteurs et les faits historiques du théâtre grâce à ses articles détaillés sur les spectacles. Le document annonce également la publication annuelle des états des théâtres à cette période de l'année, facilitant ainsi la collecte des informations nécessaires sans recherches supplémentaires. L'état du Théâtre de l'Opéra sera publié dès la reprise de ses spectacles au Palais des Tuileries. Le texte liste les acteurs et actrices de la Comédie Française, classés par statut et ancienneté. Parmi les retraités en mars 1763, Mlle Dangeville et Mlle Gaussin sont particulièrement notées. Mlle Dangeville, débutante à 14 ans, a joué divers rôles et était appréciée pour ses talents variés, notamment dans le tragique. Mlle Gaussin, débutante en 1731, était reconnue pour ses talents supérieurs et son expression naturelle. Le document mentionne également les acteurs et actrices de la Comédie Italienne, classés de manière similaire. Il liste aussi les acteurs et actrices engagés, incluant Deschamps, Bognioly, Sayy, Des Brosse, Savy, Carlin, Lafond, Collet et Placide. L'actrice Arice et son frère, M. Dangeville, sont également mentionnés. Ce dernier a fait ses débuts le 21 mars 1730 dans les rôles principaux des tragédies 'Polyeucte' et 'Le François à Londres', et a été acclamé par le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 176-181
SPECTACLES DE LA COUR A FONTAINEBLEAU. ORDONNÉS par M. le Duc de DURAS Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI en Exercice, & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus, Plaisirs, Argenteries & Affaires de la Chambre de SA MAJESTÉ.
Début :
LE ROI étant arrivé le à Fontainebleau, il y eut Spectacle sur le Théâtre [...]
Mots clefs :
Acte, Rôle, Musique, Cour, Intendant, Talents
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texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR A FONTAINEBLEAU. ORDONNÉS par M. le Duc de DURAS Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI en Exercice, & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus, Plaisirs, Argenteries & Affaires de la Chambre de SA MAJESTÉ.
SPECTACLES DE LA COUR
A FONTAINEBLEAU.
ORDONNÉS par M. le Duc de DURAS
Pair de France , Premier Gentilhomme.
de la Chambre du ROI en Exercice ,
& conduits par M. PAPILLON DE
LA FERTÉ , Intendant des Menus ,
Plaifirs , Argenteries & Affaires de
la Chambre de SA MAJESTÉ. ·
LE
E ROI étant arrivé le à Fontaine-
5
OCTOBRE. 1763. 77
י
bleau , il y eut Spectacle fur le Théâtre
du Château le lendemain. Les Comédiens
François y repréfenterent Héraclius
, Tragédie du grand CORNEILLE,
& Zénéïde , Comédie en 1 Acte de feu
M. DE CAHUSAC. Dans la Tragédie les
rôles de Pulchérie & de Léontine furent
admirablement rendus par les Dlles
CLAIRON & DUMESNIL , celui d'Eus
doxe par la Dlle DUBOIS . Le rôle dé
Phoca's fut joué par le fieur BRIZART ,
celui d'Héraclius par le fieur LE Kain ,
& celui de Martian par le Sr MOLÉ.
Dans la feconde Piéce , le Sr MOLÉ
a repréſenté Olinde , la Dlle DROUIN
la Fée , la Dile DOLIGNY Zénéïde , &
la Dile LUZI Gnidie.
Le Samedi 8 , les Sujets de la Mufique
du Roi & de l'Académie Royale
exécuterent , en préfence de Leurs Majeftés
, Dardanus , Opéra - Tragédie,
dont le Poëme eft de feu M. de la
Bruere , & la Mufique du célébre M.
RAMEAU.
Le Rôle de Dardanus a été éxécuté
par le fieur JELIOTTE , de la Mufique
du Roi & Penfionnaire de l'AOn
ne nommera dans les grandes Pièces que
les Acteurs des principaux rôles , pour éviter la
prolixité.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE ,
cadémie . Celui d'Iphife par la Dlle ARNOULD.
Teucer & Ifmenor , par le fieur
LARRIVÉE , Antenor par le fieur GE
DIN. La Dlle DUBOIS & le fieur Mu-
GUET ont chanté les rôles acceffoires.
Le fieur GARDEL , les Dlles LYONNOIS
& ALLARD danferent les principales
Entrées dans le Ballet du premier
Acte. Le fieur LAVAL dans celui
des Magiciens au fecond Acte. La Dlle
LANI dans le Ballet du troifiéme A&te.
La Dile PESLIN & le Sr DAUBERVAL
les Pas de Deux de ce même Acte.
Le Sr VESTRIS & la Dlle VESTRIS
dans les Efprits Aëriens du quatriéme
Acte. Le Sr VESTRIS feul dans le cinquiéme
A&te. Le Sr DAUBERVAL , la
Elle PESLIN , le Sr CAMPIANI , la
Dlle GUIMARD ont exécuté divers Pas
ou Entrées dans ce même Acte .
Cet Opéra , repréfenté à la Cour, tel
qu'il avoit été donné à Paris à la dernière
reprife , a fait un très-grand plaifir.
Les beautés tranfcendantes de la
Mufique y ont eté admirées , & l'on a
fenti tout le mérite du Poëme qui peut
être compté au nombre des meilleurs
Drames lyriques du grand genre.
T
Il fuffiroit d'avoir nommé les Ac-.
teurs qui chantoient dans cet Opéra ,
OCTOBRE. 1763. 179
pour avoir prévenu fur le mérite de
l'exécution dans les Rôles . La voix &
les talens du Sr Jeliotte y ont paru
exactement tels que le Public les a admirés
il y a quelques années . Comme
la remife de cet Opéra eft encore récente
, on doit fe rappeller le charme,
touchant de l'action & du fentimens
de la Dile Arnould , dans le Rôle d'Iphife
& le plaifir qu'a fait le Sr Larrivée
dans les Rôles d'Ifmenor & de Teucer.
Leurs talens ont paru fupérieurs encore ,
dans cette repréſentation , à ce qu'ils
ont été lorfque l'on donnoit cet Opéra,
à Paris . La belle voix du Sr Gelin a
très -bien rempli le Rôle d'Antenor.
Sans outrer les éloges , on doit regader
comme une des plus parfaites exécutions
celle de toutes les autres parties
Muficales de cet Opéra. Il feroit
Impoffible d'imaginer plus de magnificence
& plus d'éclat dans les habits
& dans les décorations .
N. B. On avertit ici , pour ne le plus répéter :
que dans tous les Spectacles en mufique , ainfi
que dans les entractes des Comédies , l'exécurion
muficale eft dirigée par M. Francoeur , Sur-Intendant
de la Mufique du Roi , ( en femeftre )
fecondé de M. Rebel, Chevalier de 1Ordre du
Roi , auffi Sur-Intendant de la Musique de Sa
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
Majefté , & de M. de Buri , Sur- Intendant en
furvivance.
Tous les Ballets font de la compofition de
MM . LAVAL Père & Fils , Maîtres des Ballets du
Roi.
>
Le Lundi 11 , le Philofophe marié
Comédie en vers en 5 Actes , de feu
M. NÉRICAULT DESTOUCHES &
enfuite la Nouveauté , Comédie en un
Acte & en Profe, du feu Sr LEGRAND,
furent repréſentées par les Comédiens
François.
>
Le Sr BELLECOUR a joué avec fuccès
Arifte dans la première Piéce , le
Sr BONNEVAL Géronte , le Sr BRIZARD
Lyfimon , le Sr MOLE Damon
rôle que l'on ne peut rendre avec plus
de vérité & d'agrément qu'en a mis
cet Acteur. Le Sr DUBOIS jouoit le
Marquis du Lauret. Le rôle de Céliante
a été rendu avec toute la perfection
dont eft capable l'inimitable Dile
DANGEVILLE , Penfionnaire du Roi,
& des rares talens de laquelle la Cour
jouit encore. La Dlle PRÉVILLE jouoit
le rôle de Mélite , & la Dlle Luzí celui
de Finette.
Dans la feconde Piéce , conjointement
avec quelques-uns des mêmes Aceurs
de la précédente , ont paru les
OCTOBRE . 1763 .
181
Srs ARMAND , DAUBERVAL
, AU
GER , BOURET , les Dlles DROUIN ,
DOLIGNI & DUBOIS , cette dernière
repréfentant la Nouveauté.
La Cour paroît très- contente du progrès
des talens des deux jeunes Actrices,
( DOLIGNI & LUZI ) qu'elle avoit
agréées avec plaifir cet été.
A FONTAINEBLEAU.
ORDONNÉS par M. le Duc de DURAS
Pair de France , Premier Gentilhomme.
de la Chambre du ROI en Exercice ,
& conduits par M. PAPILLON DE
LA FERTÉ , Intendant des Menus ,
Plaifirs , Argenteries & Affaires de
la Chambre de SA MAJESTÉ. ·
LE
E ROI étant arrivé le à Fontaine-
5
OCTOBRE. 1763. 77
י
bleau , il y eut Spectacle fur le Théâtre
du Château le lendemain. Les Comédiens
François y repréfenterent Héraclius
, Tragédie du grand CORNEILLE,
& Zénéïde , Comédie en 1 Acte de feu
M. DE CAHUSAC. Dans la Tragédie les
rôles de Pulchérie & de Léontine furent
admirablement rendus par les Dlles
CLAIRON & DUMESNIL , celui d'Eus
doxe par la Dlle DUBOIS . Le rôle dé
Phoca's fut joué par le fieur BRIZART ,
celui d'Héraclius par le fieur LE Kain ,
& celui de Martian par le Sr MOLÉ.
Dans la feconde Piéce , le Sr MOLÉ
a repréſenté Olinde , la Dlle DROUIN
la Fée , la Dile DOLIGNY Zénéïde , &
la Dile LUZI Gnidie.
Le Samedi 8 , les Sujets de la Mufique
du Roi & de l'Académie Royale
exécuterent , en préfence de Leurs Majeftés
, Dardanus , Opéra - Tragédie,
dont le Poëme eft de feu M. de la
Bruere , & la Mufique du célébre M.
RAMEAU.
Le Rôle de Dardanus a été éxécuté
par le fieur JELIOTTE , de la Mufique
du Roi & Penfionnaire de l'AOn
ne nommera dans les grandes Pièces que
les Acteurs des principaux rôles , pour éviter la
prolixité.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE ,
cadémie . Celui d'Iphife par la Dlle ARNOULD.
Teucer & Ifmenor , par le fieur
LARRIVÉE , Antenor par le fieur GE
DIN. La Dlle DUBOIS & le fieur Mu-
GUET ont chanté les rôles acceffoires.
Le fieur GARDEL , les Dlles LYONNOIS
& ALLARD danferent les principales
Entrées dans le Ballet du premier
Acte. Le fieur LAVAL dans celui
des Magiciens au fecond Acte. La Dlle
LANI dans le Ballet du troifiéme A&te.
La Dile PESLIN & le Sr DAUBERVAL
les Pas de Deux de ce même Acte.
Le Sr VESTRIS & la Dlle VESTRIS
dans les Efprits Aëriens du quatriéme
Acte. Le Sr VESTRIS feul dans le cinquiéme
A&te. Le Sr DAUBERVAL , la
Elle PESLIN , le Sr CAMPIANI , la
Dlle GUIMARD ont exécuté divers Pas
ou Entrées dans ce même Acte .
Cet Opéra , repréfenté à la Cour, tel
qu'il avoit été donné à Paris à la dernière
reprife , a fait un très-grand plaifir.
Les beautés tranfcendantes de la
Mufique y ont eté admirées , & l'on a
fenti tout le mérite du Poëme qui peut
être compté au nombre des meilleurs
Drames lyriques du grand genre.
T
Il fuffiroit d'avoir nommé les Ac-.
teurs qui chantoient dans cet Opéra ,
OCTOBRE. 1763. 179
pour avoir prévenu fur le mérite de
l'exécution dans les Rôles . La voix &
les talens du Sr Jeliotte y ont paru
exactement tels que le Public les a admirés
il y a quelques années . Comme
la remife de cet Opéra eft encore récente
, on doit fe rappeller le charme,
touchant de l'action & du fentimens
de la Dile Arnould , dans le Rôle d'Iphife
& le plaifir qu'a fait le Sr Larrivée
dans les Rôles d'Ifmenor & de Teucer.
Leurs talens ont paru fupérieurs encore ,
dans cette repréſentation , à ce qu'ils
ont été lorfque l'on donnoit cet Opéra,
à Paris . La belle voix du Sr Gelin a
très -bien rempli le Rôle d'Antenor.
Sans outrer les éloges , on doit regader
comme une des plus parfaites exécutions
celle de toutes les autres parties
Muficales de cet Opéra. Il feroit
Impoffible d'imaginer plus de magnificence
& plus d'éclat dans les habits
& dans les décorations .
N. B. On avertit ici , pour ne le plus répéter :
que dans tous les Spectacles en mufique , ainfi
que dans les entractes des Comédies , l'exécurion
muficale eft dirigée par M. Francoeur , Sur-Intendant
de la Mufique du Roi , ( en femeftre )
fecondé de M. Rebel, Chevalier de 1Ordre du
Roi , auffi Sur-Intendant de la Musique de Sa
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
Majefté , & de M. de Buri , Sur- Intendant en
furvivance.
Tous les Ballets font de la compofition de
MM . LAVAL Père & Fils , Maîtres des Ballets du
Roi.
>
Le Lundi 11 , le Philofophe marié
Comédie en vers en 5 Actes , de feu
M. NÉRICAULT DESTOUCHES &
enfuite la Nouveauté , Comédie en un
Acte & en Profe, du feu Sr LEGRAND,
furent repréſentées par les Comédiens
François.
>
Le Sr BELLECOUR a joué avec fuccès
Arifte dans la première Piéce , le
Sr BONNEVAL Géronte , le Sr BRIZARD
Lyfimon , le Sr MOLE Damon
rôle que l'on ne peut rendre avec plus
de vérité & d'agrément qu'en a mis
cet Acteur. Le Sr DUBOIS jouoit le
Marquis du Lauret. Le rôle de Céliante
a été rendu avec toute la perfection
dont eft capable l'inimitable Dile
DANGEVILLE , Penfionnaire du Roi,
& des rares talens de laquelle la Cour
jouit encore. La Dlle PRÉVILLE jouoit
le rôle de Mélite , & la Dlle Luzí celui
de Finette.
Dans la feconde Piéce , conjointement
avec quelques-uns des mêmes Aceurs
de la précédente , ont paru les
OCTOBRE . 1763 .
181
Srs ARMAND , DAUBERVAL
, AU
GER , BOURET , les Dlles DROUIN ,
DOLIGNI & DUBOIS , cette dernière
repréfentant la Nouveauté.
La Cour paroît très- contente du progrès
des talens des deux jeunes Actrices,
( DOLIGNI & LUZI ) qu'elle avoit
agréées avec plaifir cet été.
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Résumé : SPECTACLES DE LA COUR A FONTAINEBLEAU. ORDONNÉS par M. le Duc de DURAS Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI en Exercice, & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus, Plaisirs, Argenteries & Affaires de la Chambre de SA MAJESTÉ.
Du 5 au 11 octobre 1763, plusieurs spectacles ont été organisés à la cour de Fontainebleau sous la direction du duc de Duras et de Papillon de La Ferté. Le roi est arrivé le 5 octobre. Le 6 octobre, les comédiens français ont interprété 'Héraclius' de Corneille et 'Zénéïde' de Cahusac. Les rôles principaux ont été joués par des acteurs tels que Clairon, Duménil, Dubois, Brizzart, Le Kain, Molé, Drouin, Doligny et Luzi. Le 8 octobre, les sujets de la musique du roi et de l'Académie Royale ont présenté l'opéra 'Dardanus' de La Bruère et Rameau. Les rôles principaux ont été interprétés par Jéliotte, Arnould, Larivée, Gédin, Dubois et Muguet. Les danses ont été chorégraphiées par Laval père et fils. Le 11 octobre, les comédiens français ont joué 'Le Philosophe marié' de Néricault-Destouches et 'La Nouveauté' de Legrand. Les acteurs notables incluaient Bellecour, Bonneval, Brizzard, Molé, Dubois, Dangeville, Préville et Luzi. La cour a souligné les progrès des jeunes actrices Doligny et Luzi.
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14
p. 174-181
SUITE des Spectacles de la Cour A FONTAINEBLEAU.
Début :
LE Jeudi 13 Octobre, les Comédiens François réprésenterent TANCREDE [...]
Mots clefs :
Opéra, Tragédie, Rôle, Pièce, Talents, Musique
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Spectacles de la Cour A FONTAINEBLEAU.
SUITE des Spectacles de la Cour
A FONTAINEBLEAU.
LE Jeudi 13 Octobre , les Comédiens
François répréſenterent TANCREDE
Tragédie de M. De Voltaire. La diſtribution
des rôles étoit la même qu'à
Paris : Mais la chaleur & l'art ſupérieur
avec lesquels cette Piéce fut jouée,mérite
qu'on en faffe une mention particuliére.
Quelque perfection , quelque fublimité
de Talens qu'y ait toujours fait éclater la
Dile CLAIRON , il n'eſt pas poffible
d'imaginer le degré continuel d'admiration
& de ſenſibilité qu'elle a excité
dans les Spectateurs. Malgré le refpect
qui retient , à la Cour , le bruit des applaudiſſemens
, ils ont été diſtinctement
marqués par des mouvemens involonaires
, pendant tout le temps qu'elle
ccupoitla Scène. Les autres rôles princiaux
furent auſſi rendus avec le plus
Prand art , & l'impreſſion en fut fenfi-
Element remarquable.
b
NOVEMBRE. 1763. 175
La ſeconde Piéce étoit l'agréable
Comédie en 1 acte & en proſe de M.
SAURIN, intitulée les Moeurs du Temps.
La Dlle DANGEVILLE y jouoit le rôle
de la Comteſſe ; cela ſuffit pour faire
connoître le plaifir que fit cette petite
Piéce.
L'intervalle entre la Tragédie & la
Comédie fut rempli , par la belle Chacone
d'Iphigénie , dont la Muſique eft
de M. LE BRETON , danſée par le Sr
VESTRIS avec le Ballet. La Cour a
paru fingulièrement fatisfaite du choix
& de l'exécution de ce Spectacle.
Le Samedi 15 on exécuta avec autant
de perfection & autant de ſuccès que la
premiére fois , une ſeconde Repréſentation
de Dardanus, Opéra - Tragédie ,
dont nous avons parlé dans le précédent
Volume.
2
Le Mardi 18 , la Comédie Françoiſe
donna la Réconciliation normande
Comédie en 5 Actes & en vers , de feu
M. DUFRESNY. Le comique de cette
Piéce fi difficile à bien rendre par le
caractère particulier du ſtyle de ſon ingénieux
Auteur , avec le fecours officieux
des Talens uniques de la Dlle DANGEVILLE
, a paru amufer la Cour ,
qui a vû auſſi avec plaifir le Sr BELLEA
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE.
1
COUR dans le Rôle du Chevalier , qui
éxige beaucoup de Talens & dont il
s'eſt acquitté avec ſuccès , ainſi que la
Dile DROUIN du Rôle de la Marquife.
L'intelligence de l'eſprit dont cette Piéce
eſt une forte d'effort , ne peut jamais
être mieux ſecondée que par les Acteurs
qu'on vient de nommer.
Pour ſeconde Piéce , on repréſenta
les Vendanges de Suréne , Comédie fi
connue , en I Acte & en proſe , du feu
Sr DANCOURT. La Cour a paru
fatisfaite du Sr BOURET dans le Rôle
de Vivien. Le Sr PREVILLE , dont les
Talens toujours fürs de plaire , jettent
de l'agrément ſur tous les Rôles , jouoit
celui de l'Orange. La Dile Luzi ,
jousit celui de Mde Du Buiſſon , & la
Dle DOLIGNI , celui de Marianne.
La Dile CLAIRON , non contente de
donner journellement de nouvelles
preuves de la ſupériorité de ſes grands
Talens , en a donné une de ſon zéle en
ſe chargeant dans cette Piéce d'un des
plus petits Rôles de rempliſſage , pour
faciliter le ſervice.
Dans l'intervalle de ces deux Comédies
on exécuta le Ballet des Vendangeurs
du Prologue de Platée.
Le Jeudi 20 , on repréſenta Venceslas,
NOVEMBRE . 1763. 177
Tragédie de ROTROU. Les rôles étoient
diſtribués ainfi. Venceslas , par le Sr
BRISARD , Ladislas , par le Sr le
KAIN . Alexandre ſecond , Fils de Venceflas
, par le Sr MCLÉ , le Duc , par le
Sr BELLECOUR , Caffandre , par la
Dile CLAIRON , Théodore , Infante ,
pat la Dile DUBOIS , Léonore , par la
Dile PREVILLE. Cette Tragédie fut
très-bien jouée , & fit autant d'honneur
auxTalens des Acteurs, que d'impreffion
touchante ſur les Spectateurs.
On connoît la Comédie du Legs en
un Acte & en proſe par feu M. DE
MARIVAUX , & le plaifir qu'y ont fait
toujours la Dile DANGEVILLE & le
Sr PREVILLE. Cette Piéce fut repréſenrée
après la Tragédie. Entre l'une &
l'autre on exécuta un Ballet de Guerriers
dans lequel le Sr GARDEL danſoit le
Pas ſeul.
Le Samedi 22 , jour destiné à l'Opéra ,
on exécuta Scanderberg , Tragédie ,
Poëme de feu M. DE LA MOTTE .
Muſique de MM. REBEL & FRANCOEUR
, Surintendans de la Muſique du
Roi.
Cet Opéra n'avoit pas été fini par M.
DE LA MOTTE. Lorſqu'il fut repréſenté
à Paris en 1735 , le cinquiéme Acte
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
étoit d'un autre Auteur. Le même Acte
a été changé en paroles & en Muſique.
C'eſt avec ce nouveau changement ,
&quelques autres en Muſique dans le
corps de l'Ouvrage , qu'il vient d'être
repréſenté à la Cour. Le Poëme de
Scanderberg ayant été anciennement
imprimé , nous ne devons compte à
nos Lecteurs que de ce nouveau 5 .
Acte.
La Scène eſt au commencement de
l'Acte dans le Périſtile de la grande
Moſquée , dont les Portes font fermées.
Amurat paroît au milieu des grands
Officiers de la Porte, aufquels il ordonne
d'aſſembler les Imans , pour annoncer
la Fête , ( celle de la nuit de Gloire. )
Il balance encore entre les fureurs
que lui inſpire la jalouſie , l'amitié qu'il
a pour fon Rival ( Scanderberg ) & fa
tendreſſe pour Servilie. On vient annoncer
que cette Princeſſe allarmée ſur le
fort du Vifir ( Scanderberg ) cédera aux
voeux du Sultan. Ce dernier ſe flatte
que ſa conſtance & fes foins obtiendront
le coeur de la Princeſſe , qu'il va
contraindre à lui donner la main. Les
Peuples arrivent. Les portes de la Mofquée
s'ouvrent , on voit tout l'intérieur
Les Imans yfont raffemblés , le
NOVEMBRE. 1763. 179
Muphty àleur tête. Ils s'avancent. Après
avoir célébré par des chants majestueux,
le fublime pouvoir de la Loi , Amurat
veut engager le Muphty à confacrer fon
union avec Servilie. Le Muphty étonné
de cette propoſition , lui répond par ces
vers.
>> Juſques - là ta fierté s'oublie !
Un Sultan par l'hymen oſe engager ſa foi !
>> Ce ſeroit te trahir , que de l'unir à toi.
Le Sultan s'offenſe de la fermeté du
Muphty.
>>Tu m'ofes menacer ! Tout tremble devant mei
Le Muphty répond avec dignité.
>> L'Univers t'eſt ſoumis , mais tu l'es à la Loi.
こい
:
Amurat , qui ne conſulte que ſa paffion,
preſſe Servilie de prononcer ; elle veut
lui oppoſer la colère du Prophéte ; il ſe
charge de l'appaiſer. Servilie apperçoit
Scanderberg. Elle en eſt plus déterminée
à ſe refuſer à l'hymen du Sultan , & ce
dernier plus diſpoſé à la vengeance. Les
deux Amans bravent à l'envi la colère
du Souverain jaloux ; & chacun d'eux
fe diſpute l'honneur d'en être la victime .
Il ſe livre à toute la fureur que doit naturellement
lui ſuggérer cette ſituation .
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Dans le temps qu'il veut frapper Scanderberg
, Servilie l'arrête. Il croît qu'elle va
céder pour ſauver ſon amant , lorſqu'elle
lui adreſſe fiérement les vers ſuivans .
Il faut te détromper , Amurat , connois -moi.
>>Ce Prince te fut cher ,& tu lui dois la vie ;
>> Je troublai ton bonheur , j'armai ta jalouſie;
- Je ne puis être à lui , je ne puis être à toi :
*>>Que ma mort vous réconcilie.
Elle veut ſe tuer , Amurat lui arrache
le poignard des mains. Elle veur
encore s'en reffaifir , Scanderberg s'offre
aux cous du Sultan. Celui - ci preſſé par
ſa tendreſſe & par ſon amitié , céde à
une généreuſe pitié. Il ne peut confentir
à immoler ou ſa maîtreffe ou l'ami
auquel il doit la vie.
» Oubliez vos tourmens ( leur dit-il ) que l'Hya
men les répare.
>> Je ſerai malheureux ; mais je ſerois barbare.
Il veut que Scanderberg & Servilie
lui dérobent les témoignages de leur
reconnoiffance & de leur bonheur. Il
veut qu'ils partent pour leurs Etats &
qu'ils y ramènent leurs Sujet . Il ordonne
aux Imans de rentrer dans l'intérieur
du Temple. !
NOVEMBRE. 1763. 18
* >> Je renonce à l'Hymen je triomphe de moi.
>> Du reſpect qu'éxige la Loi ,
Laiſſons à l'Univers un immortel exemple.
Amurat termine ainſi l'action de cette
Tragédie. Il ſe retire. Les Imans &_le
Muphty vont ſe ranger autour du Livre
de la Loi dans l'intérieur de la mofquée
. Servilie & Scanderberg demeurent
dans le Périſtile avec leurs Peuples
qui forment un Divertiſſement par lequel
l'Opéra eſt terminé.
Cet Ouvrage qui depuis très long
temps n'avoit paru fur leThéâtre & qui
avoit eu du ſuccès dans ſa nouveauté ,
en a eu beaucoup à cette repriſe pour
la Cour. On ne parlera point du mérite
connu dans les détails du Poëme ,
ainſi que dans ſa contexture ; le tout
plus dramatique peut- être qu'aucun des
Ouvrages lyriques modernes. On a trèsbien
ſenti , ainſi qu'autrefois , le prix
de l'analogie du récitatif muſical avec
le Dialogue des Scènes , dont quelquesunes
ſont dans le genre de la Tragédie
du Théâtre François. Pluſieurs airs
caractérisés &un très - bel enſemble de
muſique , en ont rendu l'exécution trèsagréable.
( * Ces derniers Vers ne ſont pas éxactement
tels dans les Livres de paroles , parce qu'ils ont
été changés après l'impreſſion.
A FONTAINEBLEAU.
LE Jeudi 13 Octobre , les Comédiens
François répréſenterent TANCREDE
Tragédie de M. De Voltaire. La diſtribution
des rôles étoit la même qu'à
Paris : Mais la chaleur & l'art ſupérieur
avec lesquels cette Piéce fut jouée,mérite
qu'on en faffe une mention particuliére.
Quelque perfection , quelque fublimité
de Talens qu'y ait toujours fait éclater la
Dile CLAIRON , il n'eſt pas poffible
d'imaginer le degré continuel d'admiration
& de ſenſibilité qu'elle a excité
dans les Spectateurs. Malgré le refpect
qui retient , à la Cour , le bruit des applaudiſſemens
, ils ont été diſtinctement
marqués par des mouvemens involonaires
, pendant tout le temps qu'elle
ccupoitla Scène. Les autres rôles princiaux
furent auſſi rendus avec le plus
Prand art , & l'impreſſion en fut fenfi-
Element remarquable.
b
NOVEMBRE. 1763. 175
La ſeconde Piéce étoit l'agréable
Comédie en 1 acte & en proſe de M.
SAURIN, intitulée les Moeurs du Temps.
La Dlle DANGEVILLE y jouoit le rôle
de la Comteſſe ; cela ſuffit pour faire
connoître le plaifir que fit cette petite
Piéce.
L'intervalle entre la Tragédie & la
Comédie fut rempli , par la belle Chacone
d'Iphigénie , dont la Muſique eft
de M. LE BRETON , danſée par le Sr
VESTRIS avec le Ballet. La Cour a
paru fingulièrement fatisfaite du choix
& de l'exécution de ce Spectacle.
Le Samedi 15 on exécuta avec autant
de perfection & autant de ſuccès que la
premiére fois , une ſeconde Repréſentation
de Dardanus, Opéra - Tragédie ,
dont nous avons parlé dans le précédent
Volume.
2
Le Mardi 18 , la Comédie Françoiſe
donna la Réconciliation normande
Comédie en 5 Actes & en vers , de feu
M. DUFRESNY. Le comique de cette
Piéce fi difficile à bien rendre par le
caractère particulier du ſtyle de ſon ingénieux
Auteur , avec le fecours officieux
des Talens uniques de la Dlle DANGEVILLE
, a paru amufer la Cour ,
qui a vû auſſi avec plaifir le Sr BELLEA
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE.
1
COUR dans le Rôle du Chevalier , qui
éxige beaucoup de Talens & dont il
s'eſt acquitté avec ſuccès , ainſi que la
Dile DROUIN du Rôle de la Marquife.
L'intelligence de l'eſprit dont cette Piéce
eſt une forte d'effort , ne peut jamais
être mieux ſecondée que par les Acteurs
qu'on vient de nommer.
Pour ſeconde Piéce , on repréſenta
les Vendanges de Suréne , Comédie fi
connue , en I Acte & en proſe , du feu
Sr DANCOURT. La Cour a paru
fatisfaite du Sr BOURET dans le Rôle
de Vivien. Le Sr PREVILLE , dont les
Talens toujours fürs de plaire , jettent
de l'agrément ſur tous les Rôles , jouoit
celui de l'Orange. La Dile Luzi ,
jousit celui de Mde Du Buiſſon , & la
Dle DOLIGNI , celui de Marianne.
La Dile CLAIRON , non contente de
donner journellement de nouvelles
preuves de la ſupériorité de ſes grands
Talens , en a donné une de ſon zéle en
ſe chargeant dans cette Piéce d'un des
plus petits Rôles de rempliſſage , pour
faciliter le ſervice.
Dans l'intervalle de ces deux Comédies
on exécuta le Ballet des Vendangeurs
du Prologue de Platée.
Le Jeudi 20 , on repréſenta Venceslas,
NOVEMBRE . 1763. 177
Tragédie de ROTROU. Les rôles étoient
diſtribués ainfi. Venceslas , par le Sr
BRISARD , Ladislas , par le Sr le
KAIN . Alexandre ſecond , Fils de Venceflas
, par le Sr MCLÉ , le Duc , par le
Sr BELLECOUR , Caffandre , par la
Dile CLAIRON , Théodore , Infante ,
pat la Dile DUBOIS , Léonore , par la
Dile PREVILLE. Cette Tragédie fut
très-bien jouée , & fit autant d'honneur
auxTalens des Acteurs, que d'impreffion
touchante ſur les Spectateurs.
On connoît la Comédie du Legs en
un Acte & en proſe par feu M. DE
MARIVAUX , & le plaifir qu'y ont fait
toujours la Dile DANGEVILLE & le
Sr PREVILLE. Cette Piéce fut repréſenrée
après la Tragédie. Entre l'une &
l'autre on exécuta un Ballet de Guerriers
dans lequel le Sr GARDEL danſoit le
Pas ſeul.
Le Samedi 22 , jour destiné à l'Opéra ,
on exécuta Scanderberg , Tragédie ,
Poëme de feu M. DE LA MOTTE .
Muſique de MM. REBEL & FRANCOEUR
, Surintendans de la Muſique du
Roi.
Cet Opéra n'avoit pas été fini par M.
DE LA MOTTE. Lorſqu'il fut repréſenté
à Paris en 1735 , le cinquiéme Acte
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
étoit d'un autre Auteur. Le même Acte
a été changé en paroles & en Muſique.
C'eſt avec ce nouveau changement ,
&quelques autres en Muſique dans le
corps de l'Ouvrage , qu'il vient d'être
repréſenté à la Cour. Le Poëme de
Scanderberg ayant été anciennement
imprimé , nous ne devons compte à
nos Lecteurs que de ce nouveau 5 .
Acte.
La Scène eſt au commencement de
l'Acte dans le Périſtile de la grande
Moſquée , dont les Portes font fermées.
Amurat paroît au milieu des grands
Officiers de la Porte, aufquels il ordonne
d'aſſembler les Imans , pour annoncer
la Fête , ( celle de la nuit de Gloire. )
Il balance encore entre les fureurs
que lui inſpire la jalouſie , l'amitié qu'il
a pour fon Rival ( Scanderberg ) & fa
tendreſſe pour Servilie. On vient annoncer
que cette Princeſſe allarmée ſur le
fort du Vifir ( Scanderberg ) cédera aux
voeux du Sultan. Ce dernier ſe flatte
que ſa conſtance & fes foins obtiendront
le coeur de la Princeſſe , qu'il va
contraindre à lui donner la main. Les
Peuples arrivent. Les portes de la Mofquée
s'ouvrent , on voit tout l'intérieur
Les Imans yfont raffemblés , le
NOVEMBRE. 1763. 179
Muphty àleur tête. Ils s'avancent. Après
avoir célébré par des chants majestueux,
le fublime pouvoir de la Loi , Amurat
veut engager le Muphty à confacrer fon
union avec Servilie. Le Muphty étonné
de cette propoſition , lui répond par ces
vers.
>> Juſques - là ta fierté s'oublie !
Un Sultan par l'hymen oſe engager ſa foi !
>> Ce ſeroit te trahir , que de l'unir à toi.
Le Sultan s'offenſe de la fermeté du
Muphty.
>>Tu m'ofes menacer ! Tout tremble devant mei
Le Muphty répond avec dignité.
>> L'Univers t'eſt ſoumis , mais tu l'es à la Loi.
こい
:
Amurat , qui ne conſulte que ſa paffion,
preſſe Servilie de prononcer ; elle veut
lui oppoſer la colère du Prophéte ; il ſe
charge de l'appaiſer. Servilie apperçoit
Scanderberg. Elle en eſt plus déterminée
à ſe refuſer à l'hymen du Sultan , & ce
dernier plus diſpoſé à la vengeance. Les
deux Amans bravent à l'envi la colère
du Souverain jaloux ; & chacun d'eux
fe diſpute l'honneur d'en être la victime .
Il ſe livre à toute la fureur que doit naturellement
lui ſuggérer cette ſituation .
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Dans le temps qu'il veut frapper Scanderberg
, Servilie l'arrête. Il croît qu'elle va
céder pour ſauver ſon amant , lorſqu'elle
lui adreſſe fiérement les vers ſuivans .
Il faut te détromper , Amurat , connois -moi.
>>Ce Prince te fut cher ,& tu lui dois la vie ;
>> Je troublai ton bonheur , j'armai ta jalouſie;
- Je ne puis être à lui , je ne puis être à toi :
*>>Que ma mort vous réconcilie.
Elle veut ſe tuer , Amurat lui arrache
le poignard des mains. Elle veur
encore s'en reffaifir , Scanderberg s'offre
aux cous du Sultan. Celui - ci preſſé par
ſa tendreſſe & par ſon amitié , céde à
une généreuſe pitié. Il ne peut confentir
à immoler ou ſa maîtreffe ou l'ami
auquel il doit la vie.
» Oubliez vos tourmens ( leur dit-il ) que l'Hya
men les répare.
>> Je ſerai malheureux ; mais je ſerois barbare.
Il veut que Scanderberg & Servilie
lui dérobent les témoignages de leur
reconnoiffance & de leur bonheur. Il
veut qu'ils partent pour leurs Etats &
qu'ils y ramènent leurs Sujet . Il ordonne
aux Imans de rentrer dans l'intérieur
du Temple. !
NOVEMBRE. 1763. 18
* >> Je renonce à l'Hymen je triomphe de moi.
>> Du reſpect qu'éxige la Loi ,
Laiſſons à l'Univers un immortel exemple.
Amurat termine ainſi l'action de cette
Tragédie. Il ſe retire. Les Imans &_le
Muphty vont ſe ranger autour du Livre
de la Loi dans l'intérieur de la mofquée
. Servilie & Scanderberg demeurent
dans le Périſtile avec leurs Peuples
qui forment un Divertiſſement par lequel
l'Opéra eſt terminé.
Cet Ouvrage qui depuis très long
temps n'avoit paru fur leThéâtre & qui
avoit eu du ſuccès dans ſa nouveauté ,
en a eu beaucoup à cette repriſe pour
la Cour. On ne parlera point du mérite
connu dans les détails du Poëme ,
ainſi que dans ſa contexture ; le tout
plus dramatique peut- être qu'aucun des
Ouvrages lyriques modernes. On a trèsbien
ſenti , ainſi qu'autrefois , le prix
de l'analogie du récitatif muſical avec
le Dialogue des Scènes , dont quelquesunes
ſont dans le genre de la Tragédie
du Théâtre François. Pluſieurs airs
caractérisés &un très - bel enſemble de
muſique , en ont rendu l'exécution trèsagréable.
( * Ces derniers Vers ne ſont pas éxactement
tels dans les Livres de paroles , parce qu'ils ont
été changés après l'impreſſion.
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Résumé : SUITE des Spectacles de la Cour A FONTAINEBLEAU.
Du 13 au 22 octobre 1763, plusieurs spectacles furent présentés à la cour de Fontainebleau. Le 13 octobre, les comédiens français jouèrent 'Tancrede' de Voltaire, avec une distribution identique à celle de Paris. La pièce fut acclamée, notamment grâce à la performance de l'actrice Clairon. La même journée, la comédie 'Les Moeurs du Temps' de Saurin fut représentée, avec la demoiselle Dangeville dans le rôle de la Comtesse. Entre les deux pièces, une chaconne d'Iphigénie, composée par Le Breton et dansée par Vestris, fut exécutée. Le 15 octobre, une seconde représentation de 'Dardanus', opéra-tragédie, eut lieu avec le même succès que la première. Le 18 octobre, la comédie 'La Réconciliation normande' de Dufresny fut jouée, avec Dangeville et Belleh dans les rôles principaux. La pièce 'Les Vendanges de Surène' de Dancourt suivit, avec Bourret, Préville, Luzi et Doligni dans les rôles principaux. Clairon joua un petit rôle pour faciliter le service. Entre les comédies, le ballet des Vendangeurs du prologue de 'Platée' fut exécuté. Le 20 octobre, la tragédie 'Venceslas' de Rotrou fut présentée, avec Brisard, Le Kain, McLé, Bellecour, Clairon, Dubois et Préville dans les rôles principaux. La comédie 'Le Legs' de Marivaux suivit, avec Dangeville et Préville. Le 22 octobre, l'opéra 'Scanderbeg' de La Motte, avec une musique de Rebel et Francoeur, fut joué. L'opéra 'Scanderbeg' raconte l'histoire d'Amurat, Servilie et Scanderberg. Amurat, poussé par sa passion, presse Servilie de l'épouser, mais elle refuse, invoquant la colère du Prophète et sa loyauté envers Scanderberg. La présence de Scanderberg renforce la détermination de Servilie et la soif de vengeance d'Amurat. Les deux amants défient la colère du sultan jaloux, chacun prêt à en subir les conséquences. Servilie, pour éviter un conflit, propose de se donner la mort, mais Amurat l'en empêche. Scanderberg s'offre alors comme victime. Touché par leur dévouement, Amurat décide de pardonner et de les laisser partir ensemble pour gouverner leurs États, tout en respectant la loi. La pièce se termine par un divertissement où Servilie et Scanderberg restent avec leurs peuples, tandis qu'Amurat et les Imams se retirent dans la mosquée.
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15
p. 186-188
SPECTACLES DE PARIS.
Début :
DEPUIS le 15 Octobre, il n'y a eu de relâche au Théâtre de la Comédie [...]
Mots clefs :
Rôle, Troupe, Comédie, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS.
SPECTACLES DE PARIS.
DEPUIS le 15 Octobre , il n'y a eu
de relâche au Théâtre de la Comédie
Françoife , pour le ſervice de la Cour ,
que les 18 , 20 & 25. On a joué Tancréde
, Mithridate , & deux fois Hypermneftre
: la Scène a été plus occupée
par le genre comique. LeDimanche 16
:
NOVEMBRE . 1763. 187
on a repréſenté les Amans brouillés ,
Comédie en 5 Actes & en vers de
QUINAULT , plus connue sous le nom
de la Mère coquette. Cette Piéce a fait
le plus grand plaifir , & Mile Drouin y
a été fort applaudie dans le rôle de
Mère . Ce Drame a été donné au Public
dans un temps mémorable, en 1665 ,
l'année que la Troupe de Molière quitta
le titre de Troupe de Monfieur pour
celui de Troupe du Ror , ce qui efſt
l'époque du commencement de la haute
réputation qui a rendu immortelle la
mémoire de cet homme admirable.
Le Vendredi , 28 on a donné le
Tambour nocturne , de feu M. Néricault
Deftouches , Piéce fort amuſante & qui
doit principalement ſon ſuccès au jeu
des Acteurs , & furtout à la ſupériorité
de M. Préville , dans le rôle de
Pincé , Intendant de la Baronne ; & au
talent de M. Molé , dans le rôle du
Marquis , Fat. Mlle le Kain a joué le
rôle de la vieille Cathau avec tant de
vérité & d'agrément , qu'on n'a pas fait
lamoindre attention à ce que ſa figure ,
bien faite pour justifier l'amour du bonhomme
Pincé, avoit de difcordant par
l'âge avec celui de fon perſonnage.
Malgré tous les avantages d'un Spec188
MERCURE DE FRANCE.
tacle qui réunit l'utile à l'agréable , l'af
fluence des Spectateurs ſe porte aux
Italiens , qui en ſont à la fixiéme Repréſentation
des Nouvelles Métamorphofes
d'Arlequin. Le Public ne ſe laſſe
pas de voir Annette & Lubin , les Sultanes
, les deux Chaſſeurs & la Laitiere ,
&c. Un nouvel Acteur a débuté le 21 ,
par le Rôle de Richard , dans le Roi &
le Fermier , & par celui de Marcel ,
dans le Maréchal.
DEPUIS le 15 Octobre , il n'y a eu
de relâche au Théâtre de la Comédie
Françoife , pour le ſervice de la Cour ,
que les 18 , 20 & 25. On a joué Tancréde
, Mithridate , & deux fois Hypermneftre
: la Scène a été plus occupée
par le genre comique. LeDimanche 16
:
NOVEMBRE . 1763. 187
on a repréſenté les Amans brouillés ,
Comédie en 5 Actes & en vers de
QUINAULT , plus connue sous le nom
de la Mère coquette. Cette Piéce a fait
le plus grand plaifir , & Mile Drouin y
a été fort applaudie dans le rôle de
Mère . Ce Drame a été donné au Public
dans un temps mémorable, en 1665 ,
l'année que la Troupe de Molière quitta
le titre de Troupe de Monfieur pour
celui de Troupe du Ror , ce qui efſt
l'époque du commencement de la haute
réputation qui a rendu immortelle la
mémoire de cet homme admirable.
Le Vendredi , 28 on a donné le
Tambour nocturne , de feu M. Néricault
Deftouches , Piéce fort amuſante & qui
doit principalement ſon ſuccès au jeu
des Acteurs , & furtout à la ſupériorité
de M. Préville , dans le rôle de
Pincé , Intendant de la Baronne ; & au
talent de M. Molé , dans le rôle du
Marquis , Fat. Mlle le Kain a joué le
rôle de la vieille Cathau avec tant de
vérité & d'agrément , qu'on n'a pas fait
lamoindre attention à ce que ſa figure ,
bien faite pour justifier l'amour du bonhomme
Pincé, avoit de difcordant par
l'âge avec celui de fon perſonnage.
Malgré tous les avantages d'un Spec188
MERCURE DE FRANCE.
tacle qui réunit l'utile à l'agréable , l'af
fluence des Spectateurs ſe porte aux
Italiens , qui en ſont à la fixiéme Repréſentation
des Nouvelles Métamorphofes
d'Arlequin. Le Public ne ſe laſſe
pas de voir Annette & Lubin , les Sultanes
, les deux Chaſſeurs & la Laitiere ,
&c. Un nouvel Acteur a débuté le 21 ,
par le Rôle de Richard , dans le Roi &
le Fermier , & par celui de Marcel ,
dans le Maréchal.
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Résumé : SPECTACLES DE PARIS.
Du 15 octobre au 28 novembre 1763, le Théâtre de la Comédie-Française a proposé plusieurs spectacles pour la Cour, incluant 'Tancrède', 'Mithridate' et 'Hypermnestre'. La programmation était principalement axée sur le genre comique. Le 16 novembre, la pièce 'Les Amants brouillés' de Quinault, également connue sous le titre 'La Mère coquette', a été jouée avec succès. Mlle Drouin a particulièrement brillé dans le rôle de la mère. Cette pièce avait déjà été présentée en 1665, marquant le début de la renommée de la troupe de Molière, alors appelée la Troupe du Roi. Le 28 novembre, 'Le Tambour nocturne' de Néricault Destouches a été interprété, avec des performances notables de M. Préville, M. Molé et Mlle Le Kain. Malgré la qualité des spectacles à la Comédie-Française, le public préférait assister aux représentations des Italiens, notamment 'Les Nouvelles Métamorphoses d'Arlequin', mettant en vedette des personnages comme Annette, Lubin, les Sultanes, les deux Chasseurs et la Laitière. Un nouvel acteur a fait ses débuts le 21 novembre dans les rôles de Richard et Marcel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 149-172
SUITE des Spectacles de la Cour. A FONTAINEBLEAU.
Début :
LE Mardi 25 Octobre, les Comédiens François représenterent la Mère [...]
Mots clefs :
Rôle, Comédie, Ballet, Salon, Opéra, Bal, Spectacles, Pièce, Théâtre, Acteurs
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Spectacles de la Cour. A FONTAINEBLEAU.
SUITE des Spectacles de la Cour
A FONTAINEBLEAU.
LEE Mardi 25 Octobre , les Comédiens
François repréſenterent la Mère
Coquette , Comédie en cinq Actes &
en vers de feu M. Quinaut. ( a ) Elle
(a) Voyez dans le Mercure de Novembre , à
l'article des Spectacles de Paris , l'Anecdote rapportée
à l'occaſion de l'époque mémorable où
cettePiécefut donnée pour la première fois.
Gij
150 MERCURE DE FRANCE.
fut bien jouée par les principaux Acteurs.
Le rôle de la Mère Coquette ,
entre autres fit honneur à la Dile
DROUIN.Il eſt inutile de dire comment
fut rendu celui de Laurette en avertiffant
que la Dile DANGEVILLE le
jouoit. Cette Piéce fut ſuivie du Somnambule
, Comédie en un Acte & en
profe d'un Auteur anonyme. La Piéce ,
à-peu-près nouvelle pour la Cour ,
amuſa beaucoup. On ſcait avec quel
art le Geur BELCOUR , dans le rôle
du Somnambule , donne par l'imitation
même l'idée d'un modéle peu connu
& rarement fous les yeux. Ce font
de ces Portraits où l'art montre tant de
vérité que l'on juge de la reſſemblance
ſans en avoir và les Originaux. Tous
les autres rôles furent remplis avec l'agrément
& toute la fineſſe qui en font
le fuccès à Paris.
Le Jeudi 27 du même mois , la ſcène
fut occupée par Mitridate , Tragédie
de RACINE , dans laquelle la Dile
CLAIRON joua le rôle de Monime.
Il ſeroit difficile de déterminer , fi cette
excellente Actrice a tourné le caractère
de ce rôle vers celui qu'on
croyoit particulier à fon jeu ; ou fi
DECEMBRE. 1763. 151
elle avoit fait prêter le caractère de
fon jeu à celui du rôle : ce qui en
refulte , c'eſt qu'il ne peut jamais être
rendu avec plus de vérité, d'intelligence,
de dignité & en même-temps d'intérêt
, qu'il l'a été par elle. Le Sieur
BRISART joua Mithridate avec une
admiration très- méritée & très - honorable
pour ſes talens . Ceux de Pharnace
& de Xipharès rendus par les Sieurs
LE KAIN & MOLÉ , achevoient de
donner à cette repréſentation le mérite
d'un enſemble , que dans toute l'Europe
, la Cour de France a l'avantage
exclufif de pouvoir réunir.
,
entre
La ſeconde Piéce étoit le Préjugé
vaincu , petite Comédie en un Acte &
en vers de feu M. DE MARIVAUX ;
qui lorſqu'elle fut donnée en 1748 ,
n'avoit eu qu'un ſuccès douteux &
dont le talent des Comédiens
autres de l'inimitable Mlle DANGEVILLE
, a fait mieux goûter l'efprit
à la remiſe. Elle y jouoit à la Cour
le même role de Lisette dans lequel
elle avoit ſi ſouvent fait les plaiſirs
de Paris. Le Sr MOLÈ celui de Dorante
, le Sr ARMAND celui de l'Epine
, le Sr BONNEVAL celui du Père
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
& la Dile Huss celui d'Angélique.
Le Samedi 29 du même mois , on
éxécuta pour la ſeconde fois l'Opéra
de Scanderberg , avec autant de magnificence
qu'il l'avoit été précédemment
, & l'exécution en fut parfaite
dans toutes les parties . ( b )
Hypermnestre , Tragédie de M. LE
MIERRE , fut repréſentée le Jeudi 3
Novembre . Les Acteurs étoient les
mêmes qu'à Paris lorſqu'on y donne
cette Piéce. Elle parut faire une trèsvive
impreſſion ſur tous les Spectateurs.
La Dile CLAIRON après y
avoir joué le rôle d'Hypermnestre avec
la plus grande perfection , joua un
petit rôle acceſſoire du Cocher Suppofé
, Comédie en un Acte & en profe
de feu M. HAUTEROCHE. Comme
on donne ſouvent cette Comédie
en petite Piéce à Paris , les Acteurs en
ſont ſuffisamment connus. La Dlle
DANGEVILLE y jouoit le rôle de
Rozette.
On a toujours continué de donner
un Ballet entre les deux Piéces les jours
( b ) Le Mercure de Novembre , article des
Spectacles de la Cour , où la Repréſentation de
cetOpéra ſe trouve rapportée avec beaucoup de
détails.
DECEMBRE. 1763. 153
de la Comédie , depuis celui que nous
avons indiqué dans le volume précédent.
On plaça après Hypermneftre
le Ballet , en Pantomime Heroïque , de
Médée & Jafon qui faisoit partie de
Théagène & Chariclée , Opéra repréſenté
à Choiſy cette année , Poëme
de M. LAUJON N , Muſique de M. de
la B **. Ce Ballet ingénieux d'un
grand genre & admirablement éxécuté ,
ne fit pas moins d'effet qu'il en avoit
produit la premiere fois , & répondit
au defir que la Cour avoit marqué
de le revoir.
,
Le Samedi 5 Novembre , on éxécuta
pour la premiere fois l'Opéra de
Caftor & Pollux , Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Les Acteurs chantans étoient :
POLLUX , Fils de Jupiter& de
Léda , Roi de Sparte ,
CASTOR ,Fils de Tindare & de
leSr Gelin.
Léda , le Sr Jéliote.
THELAIRE, Filles du
PHEBÉ , }
la DileArnoud.
Soleil , la Dile Chevalier.
JUPITER , le Sr Larrivée.
MERCURE , leSrPilot
CLÉONE , Confidente
de Phébé , la Dile la Malle , de laMusique
du Roi ,& non de l'Académie.
Gy
1
154 MERCURE DE FRANCE.
La Dile DUBOIS chantant les Airs des Divertiſſemens
& repréſentant divers Perſonnages ,
1
&c. &c. &c.
On ne s'étendra point ſur le mérite
de cet Opéra , dont le Poëme & la Muſique
font également connus , & ont
fait les délices de tous les Amateurs de
ce Spectacle. L'exécution des Rôles en
a été d'autant plus intéreſſante , qu'elle
étoit foutenue de la chaleur & du ſentiment
qui animent le talentde la Dlle
ARNOULD , de tout l'éclat & de l'art
enchanteur du célébre Acteur que le
Public a perdu ( le Sr JELIOTE ) lequel
ſembloit avoir recueilli de nouvelles
forces , & s'il étoit poſſible ,
ajoûté de nouveaux talens à ceux
qui l'ont fait exceller. Ges avantages
étoient ſecondés par les autres principaux
Acteurs qui ont rempli tous les
rôles avec le plus grand art. Les Bal
lets ont été déffinés & exécutés de
manière à faire bien ſentir les progrès
que cet Art a fait depuis quelques années.
On a été frappé ſurtout d'une
Entrée qui peignoit avec les traits les
plus forts & les plus vrais , les Jeux
célébres des Athletes & des Gladiateurs.
Cette Entrée , exécutée par les Srs LAVAL
, GARDEL , LYONNOIS,& HYADECEMBRE.
1763. 155
CYNTHE pour les Lutteurs , & par les
Srs LEGER & DAUBERVAL pour les
Gladiateurs , étoit d'un grand effet ainſi
que celle des Furies au 4º Acte, exécutée
par le Sr DAUBERVAL , les Diles
LIONNOIS & ALLARD . L'Entrée de
Démons liée à la précédente dans le
même Acte & primée par les Srs LAVAL
, GARDEL & LYONNOIS , refpiroit
le trouble & la terreur , tout y
étoit caractériſé avec feu.
:
Au cinquiéme Acte le Sr VESTRIS
éxécutoit , au milieu de l'Entrée des
Génies qui préſident aux Planettes,celui
du Soleil , avec la distinction de talent
analogue à celle du perſonnage qu'il
figuroit , ainſi que la Dlle LANI celui
dela Lune : les Dlles ALLARD , VES
TRIS & les Sieurs GARDEL & CAMPIONI
, &c. figuroient les autres Planettes.
La Dile VESTRIS danſoit ſous
la forme d'HÉBÉ , au troiſiéme Acte ,
l'enchantement céléſte , qui eſt l'objet
de cette Entrée. Uu jeune Sujet ( la
Dlle GUIMARD ) déja connue & applaudie
ſur les Théâtres de Paris , a don
né des preuves agréables de ſes progrès
,& particulièrement dans les Ballets
de cet.Opéra où elle danſoit plufleurs
Pas de deux.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
La pompe du Spectacle dans cet
Opéra a furpaffé encore celle des précédens
en habits & en décorations . Les
plus remarquables étoient celles d'un
Palais éclatant de Jupiter , au troifiéme
Acte, & celle du Palais celeſte du même
Dieu & des Divinités des Planettes.
La première , repréſentant l'intérieur
du Palais de Jupiter , offroit l'aſpect
de trois grandes galleries formées par
quatre rangs de Colonnes torſes d'ordre
compofite , dont la matière paroiffoit
d'émeraudes. Les Tores des Colonnes
étoient environnés d'une guirlande
de Diamans dans toute la hauteur.
Les Chapitaux , en or , étoient pareillement
ornés de Diamans avec des
foudres en rubis ſur les principales faces.
La même richeſſe régnoit fur les
bâſes , ainſi que ſur l'entablement
dont les fonds étoient en or dans la
corniche ainſi que dans l'achitrave ,
& en émeraude dans la friſe. Les moulures
, les roſettes , les modillons &
tous les autres ornemens des Plafonds,
dont les fonds étoient en or & diviſés
par platebandes , étoient auſſi enrichis
de Pierres précieuſes diſtribuées ſuivant
fordre d'architecture. Les aîles de cette
C
DECEMBRE. 1763. 157
décoration n'étoient formées que de
vapeurs ou nuages reflettés des couleurs
du Palais & qui ſe répandoient auſſi en
pluſieurs endroits du plafonds.
L'embelliſſement de cette décoration
en pierreries étoit encore un des fruits
de la vigilance & des talens , en cette
partie , de M. LÉVÉQUE , Garde-Magaſin
général des menus Plaiſirs. Ce genre
d'ornement n'avoit jamais été mieux
placé que dans cette occafion où un
pouvoir furnaturel admet la probabilité
idéale d'un éclat ſi précieux par fa rareté
dans la nature phyſique . D'ailleurs
la diſtribution n'en pouvoit être plus
agréable & d'un meilleur effet , en ce
que les guirlandes de diamans dans toute
lahauteurdes colonnes , produiſoient
degrandes maſſes continuées & prolongées;
avantage que n'occaſionnoit pas
la ſtructure des autres décorations en
richies de cette brillante matière .
L'autre décoration avoit à repréſenter
les cieux ouverts. Le fond étoit l'extérieur
du Palais de Jupiter formé par une
colonade. Dans un lointain ſupérieur ,
le Zodiaque avec le Signe des Gémeaux
nouvellement inſtallés. Le Soleil fur
fon char , paarrccoouurraanntt ſa lumineufe car158
MERCURE DE FRANCE.
rière. Sur les côtés les pavillons ou Pa
lais des principales divinités céleftės, indiqués
par les couleurs & par des attributs
; le tout porté ſur des nuages
éclatans. Tout cet Enſemble , qui étoit
en tranſparent juſques aux premiers
chaſſis du bord du Théâtre , étoit d'une
telle force de lumière & d'un tel éclat
que la vue en ſupportoit à peine l'ef
fet , & par là ne figuroit pas mal le lieu
où l'on ſuppoſe être le principe & la
fource de la lumière. On connoiffoit
déja les effets du transparent , mais on
ne l'avoit guères employé que dans des
parties de lointain, des. Gloires , ou autres
objets repouffés par des maſſes
éclairées ſeulement de reflet : ceci eſt
un eſſai qui eſt ſuſceptible de perfection
pour parvenir à la juſteſſe des effets
perſpectifs , par une gradation combinée
des lumières , par le choix des
couleurs , par la fonte inſenſible des
ombres avec les clairs dans la Peinture ,
en un mot par beaucoup d'études & de
recherches de l'Art. On devra aux Ordonnateurs
de ces Spectacles une voie
qui peut conduire à des moyens propres
pour le merveilleux , ſi ſouvent
&peut-être fi néceſſairement en ufage
dans la repréſentation des Opéra.
DECEMBRE . 1763. 159
Nous n'avons pû donner que cette
foible eſquiſſe de la magnificence avec
laquelle on a décoré le Poëme ingénieux
d'un des plus agréables de nos
Poëtes & l'un des chefs - d'oeuvres du
plus célébre de nos Muficiens.
,
Le 8 du même mois , on repréſenta
Britannicus , Tragédie de RACINE ;
dans laquelle le Sr BRISART , quelqu'idée
qu'on ait de la chaleur vraie&
pathétique avec laquelle il joue le rôle
de Burrhus , furpaſſa encore de beaucoup
ce qu'on a vû de lui à Paris dans
ce rôle. On peut dire auſſi que les
autres Acteurs ſçavoir la Dlle Du-
MESNIL dans le rôle d'Aggrippine ,
le Sr le KAIN dans celui de Neron ,
la DHE DUBO15 , dans le rôle de Junie
& le Sr MOLÉ dans celui de Britan
nicus , donnerent chacun des preuves
du zéle qui les animoit pour ſatisfaire,
proportionnellement à l'intérêt des rôles.
Celui de Narciffe , dont l'impref
fion quoiqu'odieuſe eft fi néceſſaire
au contraſte des deux plus belles ſcénes
de la Piéce , fut rendu avec tout l'art
qu'on peut defirer , par le Sr DUBOIS .
Pour petite Piéce on repréſenta la
Matinée à la mode , Comédie en proſe
& en un Acte de M. ROCHON DE
,
160 MERCURE DE FRANCE .
:
1
CHABANNES. Elle étoit rendue par
les mêmes Acteurs qui jouent à Paris.
,
Le lendemain 9 du même mois , on
repréſenta Caftor & Pollux Opéra,avec
les mêmes Acteurs , la même pompe
, & encore plus de fatisfaction de
la part des Spectateurs. L'exécution
très-difficile dans un eſpace auffi gêné
que le Théâtre de la Cour , avoit été
très-bień , dès la premiere repréſentation
, elle fut dans le plus grand degré
de préciſion à celle- ci , &d'une perfection
générale dans toutes les parties
d'un auſſi grand Spectacle.
Le Jeudi 10 , les Spectacles furent
terminés par la repréſentation de Dupuis
& Defronais , Comédie en trois
Acte & en vers de M. COLLÉ & par
les trois Coufines , Comédie en trois
Actes & en proſe du feu Sr DANCOURT
, avec trois divertiſſemens.
La première de ces Piéces attacha
intéreſſa & fit la plus ſenſible impreffion
fur tous les Sepectateurs. On ſçait
qu'elle ne porte que fur trois Perfonnages
qui étoient rendus par la Dile
PRÉVILLE , les Sieurs BRISART &C
MOLE. Il ne feroit pas poſſible d'affigner
de préférence à aucun de ces fujets,
fur la vérité , l'intelligence & le
1
DECEMBRE. 1763. 161
feu avec lequel ils jouerent, principalement
le troifiémel Acte , partie de l'onvrage
qui en eſt le plus fufceptible , &
où ces grands talens font néceſſaires ,
pour remplir le but de l'Auteur. La Dile
PRÉVILLE méritoit en particulier tous
les éloges qu'elle reçut , en ce qu'elle
jouoit le rôle de Marianne pour la première
fois , qu'elle le jouoit après une
Actrice regrettée ( la Dile GAUSSIN )
&que ce genre même fort un peu de
celui des emplois qu'elle avoit exercés
juſqu'à préſent.
Les rôles des trois Coufines étoient
remplis dans la ſeconde Piéce par les
jeunes Sujets de la Comédie (les Dlles
DOLIGNI , D'EPINAY & Luzi , la
Dile DROUIN le rôle de la Meuniere.
Ce ne ſera pas une anecdote indifférente
par la ſuite pour les Curieux de
'Hiſtoire de notre Théâtre , de ſçavoir
que le ſieur ARMAND jouoit encore
cette année le rôle de Blaise dans cette
Comédie. Les divertiſſemens , dont on
avoit orné cette dernière,repréſentation
, avoient été enrichis de plufieurs
airs choiſis avec goût,tant pour le chant
que pour la danſe , ajoutés à ceux des
anciens divertiſſemens de la Comédie.Le
Sr JELIOTE & la Dile ARNOULD Y
:
162 MERCURE DE FRANCE.
chanterent. Le Sr VESTRIS., la Dile
LANI & les premiers Sujets de la Danſe
exécuterent différentes Entrées dans
les Ballets , leſquels étoient nombreux ,
analogues à la Piéce , & très-agréablement
compotes.
Depuis 1754 , où il y avoit eu fous
les ordres de M. le Duc d'AUMONT
4 grands & pompeux Spectacles d'Opéra
&des Intermédes en grand nombre,
pendant le ſéjour de Fontainebleau ,
la Cour n'en avoit pas eu une fuite
auſſi conſidérable que cette année. Le
Roi a daigné témoigner publiquement
ſa ſatisfaction tant ſur l'ordonnance que
für le zéle & les talens de tous ceux qui
ont concouru à la belle exécution de ces
fortes de Fêtes. Le peu d'eſpace de la
Salle n'a permis qu'à un petit nombre
de Curieux d'en jouir; mais elles ont raf
ſemblé une Cour des plus nombreufes&
des plus brillantes pendant tout
le voyage.
BAL & SALLON DE JEU:
Ayant été déterminé que l'on donneroit
les Bals & le Jeu dans la Salle des
Spectacles , on avoit conſtruit une décoration
facile à ſe placer dans l'eſpace
du Théâtre, pour former un Sallon carré
DECEMBRE. 1763. 163
de 25 pieds de long fur autantde large.
L'ordonnance générale de ce Salion
eſt Corinthienne , contenant 14 pilaftres
au pourtour des trois parties fermées
& quatre colonnes iſolées fur la
partie de devant qui joint l'avant- ſcène,
le tout avec piédeſtaux & ſur un focle
de marbre verd campant. Les pilaſtres
portent une corniche architravée, décorée
de tous les ornemens propres a l'ordre
Corinthien. Ils font eſpacés à diftance
égale , ils diviſent ſur chaque face
trois arcades ; celles du milieu, au fond
&aux parties latérales, en glace au tein,
ſervent en même temps de portes au
Sallon. Dans les autres arcades accompagnant
les glaces , font placés fix Tableaux
dont les quatre des côtés repréfentent
les Saiſons figurées par des jeux
d'enfans , ceux du fond , la chaſſe & les
Arts. De grands rideaux peints ſur les
Tableaux les encadrent dans les embraſures
où ils ſe trouvent. Chaque arcade
de glace eſt ornée au-deſſus d'une
urne ou caffolette en bas-relief de marbre-
blanc , accompagnée d'enfans dont
chacun porte un attribut relatif au ſujet
du tableau auquel il touche , ce qui
lie l'eſprit de cette compoſition. Les
Marcades des Tableaux font furmontées,
164 MERCURE DE FRANCE.
de Médaillons en marbre blanc , con
tenant les têtes des Divinités qui préſident
à chaque ſujet des Tableaux. Les
pilaſtres , colonnes & renfoncemens
des panneaux ainſi que l'entablement
font en marbre de brêche violette &
les corps en blanc veiné. Les chapiteaux&
tous les autres ornemens d'architecture
en of. De l'entablement s'é
léve une vouſſure en blanc veiné avec
cannaux & autres ornemens convenables
en or. La vouſſurefert d'encadrement
à un plafond carré enrichi de
guillochis , au milieu duquel eſt un Tableau,
dans une forme circulaire ,encadré
par une guirlande de feuillage en
or. On a repréſenté dans ce Tableau
l'Aurore ſur ſon char,accompagnée de
pluſieurs enfans répandant des fleurs.
Les guirlandes qu'ils tiennent paroifſent
ſervir à ſuſpendre un gros luſtre de
criſtal au centre du Sallon ; 4 autres
luftres , dont les cordons font attachés
aux roſettes des angles ,accompagnent
celui du milieu &éclairent ce Sallon ,
avec les girandoles chargées de lumières
poſées fur fix tables de marbre à
pieds dorés , fort riches , au bas des
arcades des Tableaux.
Le bord du Théâtre étoit fermé par
DECEMBRE . 1763. 165
A
,
une balustrade de fer doré , ouverte
dans le milieu fur un eſcalier de mar.
bre de huit marches à deux rampes
fervant à monter & à deſcendre de la
Salle du Bal au Sallon de Jeu . Cette
Salle étoit la même que celle des Spectacles
, mais décorée avec des étoffes
d'or à fonds cramoiſi avec franges ,
cartiſanes & glands difpoſées en feftons
aux ceintres des loges , une quantité
de luftres & de girandoles éclairoient
ce lieu. On avoit adapté dans la partie
cintrée du fond une grande tribune décorée
comme les loges , fur des piliers
qui laiſſoient libre le paſſage d'en
trée. Cette tribune ſervoit à un orchef
tre rempli de Symphonistes . Au-deffous
, dans les angles ceintrés , on avoit
dreffé de riches buffets chargésde tout
ce qui eft néceſſaire pour les raffraîchiſſemens
.
La richeſſe , l'élégance & en même
temps la pureté d'une belle & ſage architecture
caractériſent la décoration
de ce Sallon. Il a été exécuté ſur les
deſſeins du célébre M. MICHEL-ANGE
SCHLODTZ , Deffinateur du Cabinet
du Roi , ainfi que toutes les décorations
de Théâtre nouvellement faites .
Par un mechaniſme fimple & facile ,
166 MERCURE DE FRANCE.
1
tel qu'eſt ſi capable d'inventer& d'éxécuter
M. ARNOULD , Ingénieur- Machiniſte
du ROI pour les Théâtres ,
talent dont il avoit déja donné tant de
preuves , toute cette décoration de Sallon
mobile, ſe ſubſtitue en deux heures,
avec tous les acceſſoires , au nombre
immenfe&embaraſſant des décorations,
portans & machines d'un Théâtre d'Opéra
; en forte que dans le même lieu
où l'on venoit de voir la 2. repréſentation
de Scanderberg finie à près de
10 heures du ſoir (le Samedi29 Octobre
) à minuit , la Cour trouva ce lieu
diſpoſé de manière à paroître n'avoir
jamais eu d'autre deſtination que le
nouvel uſage qu'on en faiſoit. Le Roi
fe plaça dans le Sallon , d'où après avoir
vû danſer pendant quelque temps , il ſe
mit au jeu. La Reine vint dans ſa loge
à ce Bal , fans aucun cérémonial ; elle
avoit trouvé bon que dans les autres
loges on plaçatdes femmes non préfentées
de la ſuite de la Cour ou de la
Ville. Lorſque Leurs Majestés furent
retirées , on continua de danſer juſqu'à
cinq heures du matin .
Le Dimanche 6 Novembre , il y
eut Bal & Appartement de Jeu , avec
plus de pompe que la première fois. Une
DECEMBRE. 1763. 167
partie des Princes , Seigneurs & Dames
de la Cour avoit préparé des Entrées
ou cadrilles , dans les habits de caractère
, ainſi qu'il s'étoit pratiqué
l'hyver dernier à Versailles. Lorſque
le Roi fut placé dans le Sallon , &
la Reine aſſiſe à l'ouverture de la
balustrade, au haut de l'eſcalier qui defcendoit
dans la Salle , on ouvrit le Bal
par les danſes ordinaires. Enſuite parut
le premier Ballet , dont le Sujet étoit
une Affemblée de Sauvages Indiens ,
dans un jour de Fête.
DISTRIBUTION DES CADRILLES
& Perſonnages du Ballet.
Premier Cadrille composé de Caciques
&de leurs femmes.
M. le Duc de CHARTRES .
Mde la Comteſſe de BELSUNCE.
M. le Prince de CONDÉ .
Mde la Marquiſe de DURAS.
M. le Duc de COIGNI .
Mde la Marquiſe de BRANCAS.
M. le Comte de COIGNI.
Mde la Ducheſſe de MAZARIN.
86 MERCURE DE FRANCE .
:
:
Le Grand Cacique ou Chef de toute
la Nation .
M. le Comte d'AVAREY.
Un Chef ou Capitaine des Gardes.
M. le Prince de BOURNONVILLE .
Deuxième Quadrille.
t
INDIENS ET INDIENNES,
M. le Duc de FRONSAC .
Mde la Comteſſe de JUMILHAC,
M. le Marquis de BELSUNCE.
Mde la Marquiſe de LEVI
M. le Comte de POLIGNAC,
Mde la Marquiſe de VALBELE. T
M. le Baron de FISSENDORFF .
Mde la Ducheſſe d'AVRÉ . こ
Gardes , Joueurs d'Instrumens , & Porteurs du
Hamac.
1
La marche ouvroit par les Gardes
du Grand Cacique , armés d'arcs & de
carquois , ayant leur Chef à leur tête,
Une troupe d'Indiens , jouant de divers
inſtrumens, accompagnoit le Grand
CACIQUE porté ſur un Hamac décoré
ſelon l'uſage du Pays , à la ſuite de
de
DECEMBRE. 1763. 169
de ce Hamac marchoient les autres Caciques
ou Principaux de la Nation. Ils
étoient ſuivis par le Quadrille des jeunes
gens de l'un & de l'autre Séxe.
Les Caciques étoient diftingués par des
ornemens plus riches en plumes & autres
genres de parure nationa'e.
: Parvenu au milieu de l'aſſemblée &
defcendu de ſon Hamac , le Grand
CACIQUE ſe mêloit aux Danſes de la
Nation ; enſuite les autres Caciques
lui pofoient fur la tête , une coëffure
à triple étage de Plumes en Pannache ,
enrichie de Diamans , le tout au fon
des inſtrumens & avec un cérémonial
particulier : après quoi , les Grands
&le Peuple faifoient le ſalut d'hommage.
Le Grand CACIQUE , remonté dans
ſon Hamac élevé ſur les épaules de
quatre Sauvages , préſidoit de la aux
différentes danſes. Le Ballet étoit
terminé par une Contredanſe générale
qui ſe formoit autour du Grand
CACIQUE & à la fin de laquelle il
emmenoit tous les Perſonnages qui
l'avoient formé. Les Habits étoient
bien caractériſés , très-ornés de Plumes
d'Autruches & autres , dont la variété
des couleurs & la fingularité du
genre produiſoient un effet agréable &
H
170 MERCURE DE FRANCE.
un Spectacle diftingué. On peut juger
fi ce ſpectacle devoit avoir de l'éclat, en
ſcachant que par l'eſtimation des Jouailliers
les plus experts , qui avoient fait
attacher les Diamans & Pierres de cou
leurs en fin fur les habits de ce Ballet ,
la valeur de ce que l'on en avoit raffemblé
, ne pouvoit être au- deſſous de dix
millions . Ces Brillans & pierres de couleur
étoient ſubſtitués aux grains de verre
dont ſe parent les Sauvages.
Un autre Ballet moins nombreux
que le précédent , mais dont le carac
tére d'habillemens étoit intéreſſant ,
noble & élégant , fuccéda aux Indiens.
Ceux qui formoient ce Ballet , avoient
choiſi l'usage des François dans leurs
habits & dans leurs parures , à-peu .
près vers l'avant dernier fiécle . Les Da.
mes avoient des Colets montés , les
Chevaliers des pourpoints , petits manteaux
& Toques à bouquets de plumes.
Ils étoient tous en blanc, avec de riches
parures en brillans & en perles.
Les Seigneurs & les Dames qui dan
foient dans ce Ballet étoient :
LES DAMES.
Mde la Comteſſe d'EGMONT,
Mde la Princeſſe de MONACO.
DECEMBRE. 1763. 171
Mde la Comteſſe de LILLEBONNE.
Mde la Comteſſe de BLOT.
LES CHEVALIERS .
M. le Marquis de VAUDREUIL.
M. le Comte de l'EGLE .
M. le Marquis de SERAN.
M. le Vicomte de CHABот.
L'un & l'autre Ballet furent exécutés
avec beaucoup de grâces & de préciſion .
Ils furent redemandés par Leurs Majeftés
dans le courant du Bal.
Le Ballet des Indiens étoit de la compofition
du Sr DE HESSE , de la Comédie
Italienne , l'autre du Sr HYACINTHE
, de l'Académie Royale de
Muſique.
La Reine daigna faire, pour ainſi dirė,
elle-même les honneurs de cette brillante
& auguſte aſſemblée. Elle defcendit
pluſieurs fois du Sallon dans l'eſpace
de la Salle où l'on danſoit , pour donner
des éloges en particulier à ceux qui
venoient d'exécuter foit les Entrées du
Ballet , foit différentes Contredanſes
qai remplirent tout le Bal. Leurs Majeſtés
jouerentdans le Sallon ; la Rene
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
:
à une grande table de Cavagnole & le
Roi à des tables particulières. Ce dernier
Bal dura juſqu'a ſept heures du
matin.
L'ordre & l'arrangement de ce Bal ,
dont M. le Duc de DURAS , premier
Gentilhomme de la Chambre en exercice
, faifoit les honneurs , ſecondé de
MM. les Gentilshommes de la Chambre,
étoient tels que malgré l'extrême empreſſement
qu'il y avoit d'être admis ,
il n'y eût pas un moment de tumulte
aux entrées. Les perſonnes à qui l'on
avoit bien voulu permettre d'être Spectateurs,
étoient dans les loges de la Salle
ou fur des gradins renfermés dans des
enceintes , enforte que rien ne troubloit
ni n'interrompoit le Spectacle des Danſes
dans le cercle de la Cour.
Le Dimanche matin , le Roi , M. le
Dauphin &une partie dela Cour,avoient
voulu voir la manoeuvre prompte &
fingulière de la ſubſtitution du Sallon
aux Décorations du Théâtre .
Nota. Dans le Volume prochain on
donnera le Journal des Spectacles de
la Cour à Versailles , depuis le retour
de Leurs Majestés.
A FONTAINEBLEAU.
LEE Mardi 25 Octobre , les Comédiens
François repréſenterent la Mère
Coquette , Comédie en cinq Actes &
en vers de feu M. Quinaut. ( a ) Elle
(a) Voyez dans le Mercure de Novembre , à
l'article des Spectacles de Paris , l'Anecdote rapportée
à l'occaſion de l'époque mémorable où
cettePiécefut donnée pour la première fois.
Gij
150 MERCURE DE FRANCE.
fut bien jouée par les principaux Acteurs.
Le rôle de la Mère Coquette ,
entre autres fit honneur à la Dile
DROUIN.Il eſt inutile de dire comment
fut rendu celui de Laurette en avertiffant
que la Dile DANGEVILLE le
jouoit. Cette Piéce fut ſuivie du Somnambule
, Comédie en un Acte & en
profe d'un Auteur anonyme. La Piéce ,
à-peu-près nouvelle pour la Cour ,
amuſa beaucoup. On ſcait avec quel
art le Geur BELCOUR , dans le rôle
du Somnambule , donne par l'imitation
même l'idée d'un modéle peu connu
& rarement fous les yeux. Ce font
de ces Portraits où l'art montre tant de
vérité que l'on juge de la reſſemblance
ſans en avoir và les Originaux. Tous
les autres rôles furent remplis avec l'agrément
& toute la fineſſe qui en font
le fuccès à Paris.
Le Jeudi 27 du même mois , la ſcène
fut occupée par Mitridate , Tragédie
de RACINE , dans laquelle la Dile
CLAIRON joua le rôle de Monime.
Il ſeroit difficile de déterminer , fi cette
excellente Actrice a tourné le caractère
de ce rôle vers celui qu'on
croyoit particulier à fon jeu ; ou fi
DECEMBRE. 1763. 151
elle avoit fait prêter le caractère de
fon jeu à celui du rôle : ce qui en
refulte , c'eſt qu'il ne peut jamais être
rendu avec plus de vérité, d'intelligence,
de dignité & en même-temps d'intérêt
, qu'il l'a été par elle. Le Sieur
BRISART joua Mithridate avec une
admiration très- méritée & très - honorable
pour ſes talens . Ceux de Pharnace
& de Xipharès rendus par les Sieurs
LE KAIN & MOLÉ , achevoient de
donner à cette repréſentation le mérite
d'un enſemble , que dans toute l'Europe
, la Cour de France a l'avantage
exclufif de pouvoir réunir.
,
entre
La ſeconde Piéce étoit le Préjugé
vaincu , petite Comédie en un Acte &
en vers de feu M. DE MARIVAUX ;
qui lorſqu'elle fut donnée en 1748 ,
n'avoit eu qu'un ſuccès douteux &
dont le talent des Comédiens
autres de l'inimitable Mlle DANGEVILLE
, a fait mieux goûter l'efprit
à la remiſe. Elle y jouoit à la Cour
le même role de Lisette dans lequel
elle avoit ſi ſouvent fait les plaiſirs
de Paris. Le Sr MOLÈ celui de Dorante
, le Sr ARMAND celui de l'Epine
, le Sr BONNEVAL celui du Père
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
& la Dile Huss celui d'Angélique.
Le Samedi 29 du même mois , on
éxécuta pour la ſeconde fois l'Opéra
de Scanderberg , avec autant de magnificence
qu'il l'avoit été précédemment
, & l'exécution en fut parfaite
dans toutes les parties . ( b )
Hypermnestre , Tragédie de M. LE
MIERRE , fut repréſentée le Jeudi 3
Novembre . Les Acteurs étoient les
mêmes qu'à Paris lorſqu'on y donne
cette Piéce. Elle parut faire une trèsvive
impreſſion ſur tous les Spectateurs.
La Dile CLAIRON après y
avoir joué le rôle d'Hypermnestre avec
la plus grande perfection , joua un
petit rôle acceſſoire du Cocher Suppofé
, Comédie en un Acte & en profe
de feu M. HAUTEROCHE. Comme
on donne ſouvent cette Comédie
en petite Piéce à Paris , les Acteurs en
ſont ſuffisamment connus. La Dlle
DANGEVILLE y jouoit le rôle de
Rozette.
On a toujours continué de donner
un Ballet entre les deux Piéces les jours
( b ) Le Mercure de Novembre , article des
Spectacles de la Cour , où la Repréſentation de
cetOpéra ſe trouve rapportée avec beaucoup de
détails.
DECEMBRE. 1763. 153
de la Comédie , depuis celui que nous
avons indiqué dans le volume précédent.
On plaça après Hypermneftre
le Ballet , en Pantomime Heroïque , de
Médée & Jafon qui faisoit partie de
Théagène & Chariclée , Opéra repréſenté
à Choiſy cette année , Poëme
de M. LAUJON N , Muſique de M. de
la B **. Ce Ballet ingénieux d'un
grand genre & admirablement éxécuté ,
ne fit pas moins d'effet qu'il en avoit
produit la premiere fois , & répondit
au defir que la Cour avoit marqué
de le revoir.
,
Le Samedi 5 Novembre , on éxécuta
pour la premiere fois l'Opéra de
Caftor & Pollux , Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Les Acteurs chantans étoient :
POLLUX , Fils de Jupiter& de
Léda , Roi de Sparte ,
CASTOR ,Fils de Tindare & de
leSr Gelin.
Léda , le Sr Jéliote.
THELAIRE, Filles du
PHEBÉ , }
la DileArnoud.
Soleil , la Dile Chevalier.
JUPITER , le Sr Larrivée.
MERCURE , leSrPilot
CLÉONE , Confidente
de Phébé , la Dile la Malle , de laMusique
du Roi ,& non de l'Académie.
Gy
1
154 MERCURE DE FRANCE.
La Dile DUBOIS chantant les Airs des Divertiſſemens
& repréſentant divers Perſonnages ,
1
&c. &c. &c.
On ne s'étendra point ſur le mérite
de cet Opéra , dont le Poëme & la Muſique
font également connus , & ont
fait les délices de tous les Amateurs de
ce Spectacle. L'exécution des Rôles en
a été d'autant plus intéreſſante , qu'elle
étoit foutenue de la chaleur & du ſentiment
qui animent le talentde la Dlle
ARNOULD , de tout l'éclat & de l'art
enchanteur du célébre Acteur que le
Public a perdu ( le Sr JELIOTE ) lequel
ſembloit avoir recueilli de nouvelles
forces , & s'il étoit poſſible ,
ajoûté de nouveaux talens à ceux
qui l'ont fait exceller. Ges avantages
étoient ſecondés par les autres principaux
Acteurs qui ont rempli tous les
rôles avec le plus grand art. Les Bal
lets ont été déffinés & exécutés de
manière à faire bien ſentir les progrès
que cet Art a fait depuis quelques années.
On a été frappé ſurtout d'une
Entrée qui peignoit avec les traits les
plus forts & les plus vrais , les Jeux
célébres des Athletes & des Gladiateurs.
Cette Entrée , exécutée par les Srs LAVAL
, GARDEL , LYONNOIS,& HYADECEMBRE.
1763. 155
CYNTHE pour les Lutteurs , & par les
Srs LEGER & DAUBERVAL pour les
Gladiateurs , étoit d'un grand effet ainſi
que celle des Furies au 4º Acte, exécutée
par le Sr DAUBERVAL , les Diles
LIONNOIS & ALLARD . L'Entrée de
Démons liée à la précédente dans le
même Acte & primée par les Srs LAVAL
, GARDEL & LYONNOIS , refpiroit
le trouble & la terreur , tout y
étoit caractériſé avec feu.
:
Au cinquiéme Acte le Sr VESTRIS
éxécutoit , au milieu de l'Entrée des
Génies qui préſident aux Planettes,celui
du Soleil , avec la distinction de talent
analogue à celle du perſonnage qu'il
figuroit , ainſi que la Dlle LANI celui
dela Lune : les Dlles ALLARD , VES
TRIS & les Sieurs GARDEL & CAMPIONI
, &c. figuroient les autres Planettes.
La Dile VESTRIS danſoit ſous
la forme d'HÉBÉ , au troiſiéme Acte ,
l'enchantement céléſte , qui eſt l'objet
de cette Entrée. Uu jeune Sujet ( la
Dlle GUIMARD ) déja connue & applaudie
ſur les Théâtres de Paris , a don
né des preuves agréables de ſes progrès
,& particulièrement dans les Ballets
de cet.Opéra où elle danſoit plufleurs
Pas de deux.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
La pompe du Spectacle dans cet
Opéra a furpaffé encore celle des précédens
en habits & en décorations . Les
plus remarquables étoient celles d'un
Palais éclatant de Jupiter , au troifiéme
Acte, & celle du Palais celeſte du même
Dieu & des Divinités des Planettes.
La première , repréſentant l'intérieur
du Palais de Jupiter , offroit l'aſpect
de trois grandes galleries formées par
quatre rangs de Colonnes torſes d'ordre
compofite , dont la matière paroiffoit
d'émeraudes. Les Tores des Colonnes
étoient environnés d'une guirlande
de Diamans dans toute la hauteur.
Les Chapitaux , en or , étoient pareillement
ornés de Diamans avec des
foudres en rubis ſur les principales faces.
La même richeſſe régnoit fur les
bâſes , ainſi que ſur l'entablement
dont les fonds étoient en or dans la
corniche ainſi que dans l'achitrave ,
& en émeraude dans la friſe. Les moulures
, les roſettes , les modillons &
tous les autres ornemens des Plafonds,
dont les fonds étoient en or & diviſés
par platebandes , étoient auſſi enrichis
de Pierres précieuſes diſtribuées ſuivant
fordre d'architecture. Les aîles de cette
C
DECEMBRE. 1763. 157
décoration n'étoient formées que de
vapeurs ou nuages reflettés des couleurs
du Palais & qui ſe répandoient auſſi en
pluſieurs endroits du plafonds.
L'embelliſſement de cette décoration
en pierreries étoit encore un des fruits
de la vigilance & des talens , en cette
partie , de M. LÉVÉQUE , Garde-Magaſin
général des menus Plaiſirs. Ce genre
d'ornement n'avoit jamais été mieux
placé que dans cette occafion où un
pouvoir furnaturel admet la probabilité
idéale d'un éclat ſi précieux par fa rareté
dans la nature phyſique . D'ailleurs
la diſtribution n'en pouvoit être plus
agréable & d'un meilleur effet , en ce
que les guirlandes de diamans dans toute
lahauteurdes colonnes , produiſoient
degrandes maſſes continuées & prolongées;
avantage que n'occaſionnoit pas
la ſtructure des autres décorations en
richies de cette brillante matière .
L'autre décoration avoit à repréſenter
les cieux ouverts. Le fond étoit l'extérieur
du Palais de Jupiter formé par une
colonade. Dans un lointain ſupérieur ,
le Zodiaque avec le Signe des Gémeaux
nouvellement inſtallés. Le Soleil fur
fon char , paarrccoouurraanntt ſa lumineufe car158
MERCURE DE FRANCE.
rière. Sur les côtés les pavillons ou Pa
lais des principales divinités céleftės, indiqués
par les couleurs & par des attributs
; le tout porté ſur des nuages
éclatans. Tout cet Enſemble , qui étoit
en tranſparent juſques aux premiers
chaſſis du bord du Théâtre , étoit d'une
telle force de lumière & d'un tel éclat
que la vue en ſupportoit à peine l'ef
fet , & par là ne figuroit pas mal le lieu
où l'on ſuppoſe être le principe & la
fource de la lumière. On connoiffoit
déja les effets du transparent , mais on
ne l'avoit guères employé que dans des
parties de lointain, des. Gloires , ou autres
objets repouffés par des maſſes
éclairées ſeulement de reflet : ceci eſt
un eſſai qui eſt ſuſceptible de perfection
pour parvenir à la juſteſſe des effets
perſpectifs , par une gradation combinée
des lumières , par le choix des
couleurs , par la fonte inſenſible des
ombres avec les clairs dans la Peinture ,
en un mot par beaucoup d'études & de
recherches de l'Art. On devra aux Ordonnateurs
de ces Spectacles une voie
qui peut conduire à des moyens propres
pour le merveilleux , ſi ſouvent
&peut-être fi néceſſairement en ufage
dans la repréſentation des Opéra.
DECEMBRE . 1763. 159
Nous n'avons pû donner que cette
foible eſquiſſe de la magnificence avec
laquelle on a décoré le Poëme ingénieux
d'un des plus agréables de nos
Poëtes & l'un des chefs - d'oeuvres du
plus célébre de nos Muficiens.
,
Le 8 du même mois , on repréſenta
Britannicus , Tragédie de RACINE ;
dans laquelle le Sr BRISART , quelqu'idée
qu'on ait de la chaleur vraie&
pathétique avec laquelle il joue le rôle
de Burrhus , furpaſſa encore de beaucoup
ce qu'on a vû de lui à Paris dans
ce rôle. On peut dire auſſi que les
autres Acteurs ſçavoir la Dlle Du-
MESNIL dans le rôle d'Aggrippine ,
le Sr le KAIN dans celui de Neron ,
la DHE DUBO15 , dans le rôle de Junie
& le Sr MOLÉ dans celui de Britan
nicus , donnerent chacun des preuves
du zéle qui les animoit pour ſatisfaire,
proportionnellement à l'intérêt des rôles.
Celui de Narciffe , dont l'impref
fion quoiqu'odieuſe eft fi néceſſaire
au contraſte des deux plus belles ſcénes
de la Piéce , fut rendu avec tout l'art
qu'on peut defirer , par le Sr DUBOIS .
Pour petite Piéce on repréſenta la
Matinée à la mode , Comédie en proſe
& en un Acte de M. ROCHON DE
,
160 MERCURE DE FRANCE .
:
1
CHABANNES. Elle étoit rendue par
les mêmes Acteurs qui jouent à Paris.
,
Le lendemain 9 du même mois , on
repréſenta Caftor & Pollux Opéra,avec
les mêmes Acteurs , la même pompe
, & encore plus de fatisfaction de
la part des Spectateurs. L'exécution
très-difficile dans un eſpace auffi gêné
que le Théâtre de la Cour , avoit été
très-bień , dès la premiere repréſentation
, elle fut dans le plus grand degré
de préciſion à celle- ci , &d'une perfection
générale dans toutes les parties
d'un auſſi grand Spectacle.
Le Jeudi 10 , les Spectacles furent
terminés par la repréſentation de Dupuis
& Defronais , Comédie en trois
Acte & en vers de M. COLLÉ & par
les trois Coufines , Comédie en trois
Actes & en proſe du feu Sr DANCOURT
, avec trois divertiſſemens.
La première de ces Piéces attacha
intéreſſa & fit la plus ſenſible impreffion
fur tous les Sepectateurs. On ſçait
qu'elle ne porte que fur trois Perfonnages
qui étoient rendus par la Dile
PRÉVILLE , les Sieurs BRISART &C
MOLE. Il ne feroit pas poſſible d'affigner
de préférence à aucun de ces fujets,
fur la vérité , l'intelligence & le
1
DECEMBRE. 1763. 161
feu avec lequel ils jouerent, principalement
le troifiémel Acte , partie de l'onvrage
qui en eſt le plus fufceptible , &
où ces grands talens font néceſſaires ,
pour remplir le but de l'Auteur. La Dile
PRÉVILLE méritoit en particulier tous
les éloges qu'elle reçut , en ce qu'elle
jouoit le rôle de Marianne pour la première
fois , qu'elle le jouoit après une
Actrice regrettée ( la Dile GAUSSIN )
&que ce genre même fort un peu de
celui des emplois qu'elle avoit exercés
juſqu'à préſent.
Les rôles des trois Coufines étoient
remplis dans la ſeconde Piéce par les
jeunes Sujets de la Comédie (les Dlles
DOLIGNI , D'EPINAY & Luzi , la
Dile DROUIN le rôle de la Meuniere.
Ce ne ſera pas une anecdote indifférente
par la ſuite pour les Curieux de
'Hiſtoire de notre Théâtre , de ſçavoir
que le ſieur ARMAND jouoit encore
cette année le rôle de Blaise dans cette
Comédie. Les divertiſſemens , dont on
avoit orné cette dernière,repréſentation
, avoient été enrichis de plufieurs
airs choiſis avec goût,tant pour le chant
que pour la danſe , ajoutés à ceux des
anciens divertiſſemens de la Comédie.Le
Sr JELIOTE & la Dile ARNOULD Y
:
162 MERCURE DE FRANCE.
chanterent. Le Sr VESTRIS., la Dile
LANI & les premiers Sujets de la Danſe
exécuterent différentes Entrées dans
les Ballets , leſquels étoient nombreux ,
analogues à la Piéce , & très-agréablement
compotes.
Depuis 1754 , où il y avoit eu fous
les ordres de M. le Duc d'AUMONT
4 grands & pompeux Spectacles d'Opéra
&des Intermédes en grand nombre,
pendant le ſéjour de Fontainebleau ,
la Cour n'en avoit pas eu une fuite
auſſi conſidérable que cette année. Le
Roi a daigné témoigner publiquement
ſa ſatisfaction tant ſur l'ordonnance que
für le zéle & les talens de tous ceux qui
ont concouru à la belle exécution de ces
fortes de Fêtes. Le peu d'eſpace de la
Salle n'a permis qu'à un petit nombre
de Curieux d'en jouir; mais elles ont raf
ſemblé une Cour des plus nombreufes&
des plus brillantes pendant tout
le voyage.
BAL & SALLON DE JEU:
Ayant été déterminé que l'on donneroit
les Bals & le Jeu dans la Salle des
Spectacles , on avoit conſtruit une décoration
facile à ſe placer dans l'eſpace
du Théâtre, pour former un Sallon carré
DECEMBRE. 1763. 163
de 25 pieds de long fur autantde large.
L'ordonnance générale de ce Salion
eſt Corinthienne , contenant 14 pilaftres
au pourtour des trois parties fermées
& quatre colonnes iſolées fur la
partie de devant qui joint l'avant- ſcène,
le tout avec piédeſtaux & ſur un focle
de marbre verd campant. Les pilaſtres
portent une corniche architravée, décorée
de tous les ornemens propres a l'ordre
Corinthien. Ils font eſpacés à diftance
égale , ils diviſent ſur chaque face
trois arcades ; celles du milieu, au fond
&aux parties latérales, en glace au tein,
ſervent en même temps de portes au
Sallon. Dans les autres arcades accompagnant
les glaces , font placés fix Tableaux
dont les quatre des côtés repréfentent
les Saiſons figurées par des jeux
d'enfans , ceux du fond , la chaſſe & les
Arts. De grands rideaux peints ſur les
Tableaux les encadrent dans les embraſures
où ils ſe trouvent. Chaque arcade
de glace eſt ornée au-deſſus d'une
urne ou caffolette en bas-relief de marbre-
blanc , accompagnée d'enfans dont
chacun porte un attribut relatif au ſujet
du tableau auquel il touche , ce qui
lie l'eſprit de cette compoſition. Les
Marcades des Tableaux font furmontées,
164 MERCURE DE FRANCE.
de Médaillons en marbre blanc , con
tenant les têtes des Divinités qui préſident
à chaque ſujet des Tableaux. Les
pilaſtres , colonnes & renfoncemens
des panneaux ainſi que l'entablement
font en marbre de brêche violette &
les corps en blanc veiné. Les chapiteaux&
tous les autres ornemens d'architecture
en of. De l'entablement s'é
léve une vouſſure en blanc veiné avec
cannaux & autres ornemens convenables
en or. La vouſſurefert d'encadrement
à un plafond carré enrichi de
guillochis , au milieu duquel eſt un Tableau,
dans une forme circulaire ,encadré
par une guirlande de feuillage en
or. On a repréſenté dans ce Tableau
l'Aurore ſur ſon char,accompagnée de
pluſieurs enfans répandant des fleurs.
Les guirlandes qu'ils tiennent paroifſent
ſervir à ſuſpendre un gros luſtre de
criſtal au centre du Sallon ; 4 autres
luftres , dont les cordons font attachés
aux roſettes des angles ,accompagnent
celui du milieu &éclairent ce Sallon ,
avec les girandoles chargées de lumières
poſées fur fix tables de marbre à
pieds dorés , fort riches , au bas des
arcades des Tableaux.
Le bord du Théâtre étoit fermé par
DECEMBRE . 1763. 165
A
,
une balustrade de fer doré , ouverte
dans le milieu fur un eſcalier de mar.
bre de huit marches à deux rampes
fervant à monter & à deſcendre de la
Salle du Bal au Sallon de Jeu . Cette
Salle étoit la même que celle des Spectacles
, mais décorée avec des étoffes
d'or à fonds cramoiſi avec franges ,
cartiſanes & glands difpoſées en feftons
aux ceintres des loges , une quantité
de luftres & de girandoles éclairoient
ce lieu. On avoit adapté dans la partie
cintrée du fond une grande tribune décorée
comme les loges , fur des piliers
qui laiſſoient libre le paſſage d'en
trée. Cette tribune ſervoit à un orchef
tre rempli de Symphonistes . Au-deffous
, dans les angles ceintrés , on avoit
dreffé de riches buffets chargésde tout
ce qui eft néceſſaire pour les raffraîchiſſemens
.
La richeſſe , l'élégance & en même
temps la pureté d'une belle & ſage architecture
caractériſent la décoration
de ce Sallon. Il a été exécuté ſur les
deſſeins du célébre M. MICHEL-ANGE
SCHLODTZ , Deffinateur du Cabinet
du Roi , ainfi que toutes les décorations
de Théâtre nouvellement faites .
Par un mechaniſme fimple & facile ,
166 MERCURE DE FRANCE.
1
tel qu'eſt ſi capable d'inventer& d'éxécuter
M. ARNOULD , Ingénieur- Machiniſte
du ROI pour les Théâtres ,
talent dont il avoit déja donné tant de
preuves , toute cette décoration de Sallon
mobile, ſe ſubſtitue en deux heures,
avec tous les acceſſoires , au nombre
immenfe&embaraſſant des décorations,
portans & machines d'un Théâtre d'Opéra
; en forte que dans le même lieu
où l'on venoit de voir la 2. repréſentation
de Scanderberg finie à près de
10 heures du ſoir (le Samedi29 Octobre
) à minuit , la Cour trouva ce lieu
diſpoſé de manière à paroître n'avoir
jamais eu d'autre deſtination que le
nouvel uſage qu'on en faiſoit. Le Roi
fe plaça dans le Sallon , d'où après avoir
vû danſer pendant quelque temps , il ſe
mit au jeu. La Reine vint dans ſa loge
à ce Bal , fans aucun cérémonial ; elle
avoit trouvé bon que dans les autres
loges on plaçatdes femmes non préfentées
de la ſuite de la Cour ou de la
Ville. Lorſque Leurs Majestés furent
retirées , on continua de danſer juſqu'à
cinq heures du matin .
Le Dimanche 6 Novembre , il y
eut Bal & Appartement de Jeu , avec
plus de pompe que la première fois. Une
DECEMBRE. 1763. 167
partie des Princes , Seigneurs & Dames
de la Cour avoit préparé des Entrées
ou cadrilles , dans les habits de caractère
, ainſi qu'il s'étoit pratiqué
l'hyver dernier à Versailles. Lorſque
le Roi fut placé dans le Sallon , &
la Reine aſſiſe à l'ouverture de la
balustrade, au haut de l'eſcalier qui defcendoit
dans la Salle , on ouvrit le Bal
par les danſes ordinaires. Enſuite parut
le premier Ballet , dont le Sujet étoit
une Affemblée de Sauvages Indiens ,
dans un jour de Fête.
DISTRIBUTION DES CADRILLES
& Perſonnages du Ballet.
Premier Cadrille composé de Caciques
&de leurs femmes.
M. le Duc de CHARTRES .
Mde la Comteſſe de BELSUNCE.
M. le Prince de CONDÉ .
Mde la Marquiſe de DURAS.
M. le Duc de COIGNI .
Mde la Marquiſe de BRANCAS.
M. le Comte de COIGNI.
Mde la Ducheſſe de MAZARIN.
86 MERCURE DE FRANCE .
:
:
Le Grand Cacique ou Chef de toute
la Nation .
M. le Comte d'AVAREY.
Un Chef ou Capitaine des Gardes.
M. le Prince de BOURNONVILLE .
Deuxième Quadrille.
t
INDIENS ET INDIENNES,
M. le Duc de FRONSAC .
Mde la Comteſſe de JUMILHAC,
M. le Marquis de BELSUNCE.
Mde la Marquiſe de LEVI
M. le Comte de POLIGNAC,
Mde la Marquiſe de VALBELE. T
M. le Baron de FISSENDORFF .
Mde la Ducheſſe d'AVRÉ . こ
Gardes , Joueurs d'Instrumens , & Porteurs du
Hamac.
1
La marche ouvroit par les Gardes
du Grand Cacique , armés d'arcs & de
carquois , ayant leur Chef à leur tête,
Une troupe d'Indiens , jouant de divers
inſtrumens, accompagnoit le Grand
CACIQUE porté ſur un Hamac décoré
ſelon l'uſage du Pays , à la ſuite de
de
DECEMBRE. 1763. 169
de ce Hamac marchoient les autres Caciques
ou Principaux de la Nation. Ils
étoient ſuivis par le Quadrille des jeunes
gens de l'un & de l'autre Séxe.
Les Caciques étoient diftingués par des
ornemens plus riches en plumes & autres
genres de parure nationa'e.
: Parvenu au milieu de l'aſſemblée &
defcendu de ſon Hamac , le Grand
CACIQUE ſe mêloit aux Danſes de la
Nation ; enſuite les autres Caciques
lui pofoient fur la tête , une coëffure
à triple étage de Plumes en Pannache ,
enrichie de Diamans , le tout au fon
des inſtrumens & avec un cérémonial
particulier : après quoi , les Grands
&le Peuple faifoient le ſalut d'hommage.
Le Grand CACIQUE , remonté dans
ſon Hamac élevé ſur les épaules de
quatre Sauvages , préſidoit de la aux
différentes danſes. Le Ballet étoit
terminé par une Contredanſe générale
qui ſe formoit autour du Grand
CACIQUE & à la fin de laquelle il
emmenoit tous les Perſonnages qui
l'avoient formé. Les Habits étoient
bien caractériſés , très-ornés de Plumes
d'Autruches & autres , dont la variété
des couleurs & la fingularité du
genre produiſoient un effet agréable &
H
170 MERCURE DE FRANCE.
un Spectacle diftingué. On peut juger
fi ce ſpectacle devoit avoir de l'éclat, en
ſcachant que par l'eſtimation des Jouailliers
les plus experts , qui avoient fait
attacher les Diamans & Pierres de cou
leurs en fin fur les habits de ce Ballet ,
la valeur de ce que l'on en avoit raffemblé
, ne pouvoit être au- deſſous de dix
millions . Ces Brillans & pierres de couleur
étoient ſubſtitués aux grains de verre
dont ſe parent les Sauvages.
Un autre Ballet moins nombreux
que le précédent , mais dont le carac
tére d'habillemens étoit intéreſſant ,
noble & élégant , fuccéda aux Indiens.
Ceux qui formoient ce Ballet , avoient
choiſi l'usage des François dans leurs
habits & dans leurs parures , à-peu .
près vers l'avant dernier fiécle . Les Da.
mes avoient des Colets montés , les
Chevaliers des pourpoints , petits manteaux
& Toques à bouquets de plumes.
Ils étoient tous en blanc, avec de riches
parures en brillans & en perles.
Les Seigneurs & les Dames qui dan
foient dans ce Ballet étoient :
LES DAMES.
Mde la Comteſſe d'EGMONT,
Mde la Princeſſe de MONACO.
DECEMBRE. 1763. 171
Mde la Comteſſe de LILLEBONNE.
Mde la Comteſſe de BLOT.
LES CHEVALIERS .
M. le Marquis de VAUDREUIL.
M. le Comte de l'EGLE .
M. le Marquis de SERAN.
M. le Vicomte de CHABот.
L'un & l'autre Ballet furent exécutés
avec beaucoup de grâces & de préciſion .
Ils furent redemandés par Leurs Majeftés
dans le courant du Bal.
Le Ballet des Indiens étoit de la compofition
du Sr DE HESSE , de la Comédie
Italienne , l'autre du Sr HYACINTHE
, de l'Académie Royale de
Muſique.
La Reine daigna faire, pour ainſi dirė,
elle-même les honneurs de cette brillante
& auguſte aſſemblée. Elle defcendit
pluſieurs fois du Sallon dans l'eſpace
de la Salle où l'on danſoit , pour donner
des éloges en particulier à ceux qui
venoient d'exécuter foit les Entrées du
Ballet , foit différentes Contredanſes
qai remplirent tout le Bal. Leurs Majeſtés
jouerentdans le Sallon ; la Rene
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
:
à une grande table de Cavagnole & le
Roi à des tables particulières. Ce dernier
Bal dura juſqu'a ſept heures du
matin.
L'ordre & l'arrangement de ce Bal ,
dont M. le Duc de DURAS , premier
Gentilhomme de la Chambre en exercice
, faifoit les honneurs , ſecondé de
MM. les Gentilshommes de la Chambre,
étoient tels que malgré l'extrême empreſſement
qu'il y avoit d'être admis ,
il n'y eût pas un moment de tumulte
aux entrées. Les perſonnes à qui l'on
avoit bien voulu permettre d'être Spectateurs,
étoient dans les loges de la Salle
ou fur des gradins renfermés dans des
enceintes , enforte que rien ne troubloit
ni n'interrompoit le Spectacle des Danſes
dans le cercle de la Cour.
Le Dimanche matin , le Roi , M. le
Dauphin &une partie dela Cour,avoient
voulu voir la manoeuvre prompte &
fingulière de la ſubſtitution du Sallon
aux Décorations du Théâtre .
Nota. Dans le Volume prochain on
donnera le Journal des Spectacles de
la Cour à Versailles , depuis le retour
de Leurs Majestés.
Fermer
17
p. 175-180
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Nous ne craignons point de répéter les éloges si bien mérités que nous avons [...]
Mots clefs :
Talents, Robe, Rôle, Succès, Tragédie, Mérite, Auteur, Pièce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
Nous ne craignons point de répéter
les éloges ſi bien mérités que nous avons
précédemment donnés aux Acteurs &
Actrices de ce Théâtre , ſur les ſoins
pénibles qu'ils ont pris,pour que le fervice
de la Cour ne préjudiciât pas à
l'amusement du Public. Ils ont porté ce
zéle juſqu'à intervertir l'ordre de leurs
emplois , & même les femmes ſe ſont
prêtées à jouer des rôles d'hommes,dans
quelques Piéces , ne pouvant autrement
remplir le ſervice.
Une des nouveautés les plus intéreffantes
pour les Amateurs du grand
genre a récompenſé , par un ſucces
brillant & foutenu , le zéle & l'étude
des Comédiens qui s'étoient mis en état
de la faire paroître avant le retour de
la Cour : c'eſt le Comte de Warvik,
Η iv
'176 MERCURE DE FRANCE.
,
Tragédie par M. DE LA HARPE , dont
la première repréſentation fut donnée
le 7 du mois dernier. Il paroît généralement
convenu , que l'on a peu vu
d'exemples d'un début auſſi heureux
dans cette difficile carrière,& qui donne
d'auſſi hautes eſpérances , attendu la
jeuneſſe de l'Auteur & le talent recommandable
dont il a déja produitde fi glorieuſes
preuves. La Piéce marche , fe
conduit attache , & enfin obtient
un ſuccès univerſel fans le ſecours,
inconnu aux grands Maîtres, de
ces Machines dramatiques , que nous
appellerons coups de Théâtre en tableau.
Un Dialogue juſte , de grandes
penſées, énoncées ſimplement , dans un
ſtyle noble ſans enflure , & qui ne
confond pas l'Epique avec le Drame :
voilà ce qui caractériſe à-peu-près les
détails & le coloris général de cette
nouvelle Tragédie. Une Lettre qui
nous a été adreſſée à cette occafion
& que l'on trouvera jointe à ce volume
, nous diſpenſe d'en faire l'anaiyfe.
Cependant , comme les Ouvrages
du mérite de celui-ci & d'un ſuccès
décidé , ſont précisément ceux dont la
* A la fin du Vol. la Lettre adreſſée aux Au
teurs du Mer cure.
*
:
DECEMBRE. 1763. 177
difcuffion critique peut fournir le plus
de lumiéres pour l'art , nous hazarderons
quelques obſervations ſur la nouvelle
Tragédie. Il pourroit être échappé à
la jeuneſſe de l'Auteur , des choſes que
des beautés réelles compenferoient, mais
qui n'en ſeroient pas plus autoriſées.
Nous ne diſſimulerons point les reproches
que la critique ou d'autres ſentimens
auroient dictés ; ces derniers mê
mes , quelque mépriſables qu'ils foient
par eux-mêmes , devroient être connus
aux Auteurs & aux talens de grande
efpérance. Il étoit permis aux Soldats
Romains de chanter des Satyres contre
le Général autour de fon char de
triomphe , & un Efclave affis à côté
de lui , étoit chargé de le rappeller fans
ceſſe à l'idée de la foibleſſe humaine ,
pour tempérer les excès où la gloire de
ce grand jour pouvoit porter l'amourpropre
dans les âmes les plus fortes.
Que cette fage précaution auroit d'avantages
pour les talens ! Que de génies ,
égarés trop tôt dans les vaines fumées
des premiers ſuccès , ont négligé l'étu
de néceſſaire à diriger les dons heureux
de la Nature ! Mais ſans ſe livrer trop
àcette réflexion , nous balancerons les
critiques & les défenſes , & nous nous
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
1
ferons honneur de contribuer avec le
Public à l'encouragement le mieux mérité
& le plus confirmé par le concours
égal & conſtant des Spectateurs.
,
Les détails des Spectacles de la Cour
nous ayant indiſpenſablement rempli
une grande partie de cet Article
nous ſommes forcés de remettre ces
Obſervations fur le Comte de Warvik
au mois prochain. Elles feront d'autant
moins déplacées alors , que cette Piéce ,
imprimée à Paris chez Duchesne , aura
été ſous les yeux de tous nos Lecteurs,
Il ſeroit injuſte de ne pas faire re
marquer combien les principaux Acteurs
, par leurs talens , ont fervi à faire
ſentir le mérite de cette Tragédie.Les
traits hardis d'un naturel qui devient
fublime quand il atteint précisément le
but , rendent frappant le rôledeMarguerite
que joue Mlle DUMESNIL,
On ne peut mettre plus d'énergie &
mieux remplir toutes les parties d'un
beau rôle qu'a fait M. le Kaip dans
celui du Comte de Warvik. Les defirs
impérieux d'un jeune Prince nouvellement
le maître des autres , qui ne peut
l'être encore de lui-même , qui cependant,
par reſpect pour la vertu , ne peut
DECEMBRE. 1763. 179
pas non plus manquer à la reconnoiſſance
, & qui s'expoſe par-là
aux reproches téméraires d'un Sujet
; le ſoin de conſerver la dignité
de fon état ; tant de mouvemens
difficiles à concilier conſtituent le rôle
d'Edouard , auquel les talens naturels
& l'intelligence acquiſe de M. MOLÉ
ne pouvoient être que très-utiles.
,
Mile DUBOIS de laquelle nous
cherchons toujours à exciter l'émulation
pour le travail par de juſtes éloges
ſur ſes diſpoſitions , rend intéreſfante
dans le rôle d'Elizabeth , la ſituation
d'une Princeffe partagée entre la
fidélité de fon coeur pour fon amant
& l'obéifſance qu'elle doit à ſon Roi.
On donne quelquefois , dans ce qu'on
appelle les Petits Jours , des Piéces où
l'on fait jouer de grands rôles par les
jeunes Sujets. On croit devoir faire une
mention particulière d'une repréſentation
du Glorieux , dans laquelle Mlle
DOLIGN I repréſentoit le rôle de laSoeur,
d'autant plus remarquable que ce rôle
eft mixte entre celui des Soubrettes
&celui des Amoureuſes. Si dans la façon
dont elle s'en acquitta, il y avoit encore
des perfections à deſirer que le remps
& l'expérience peuvent ſeuls donner ,
,
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
il y avoit plus que ſuffisamment de quoi
confirmer les eſpérances univerſelles du
Public fur ce jeune Sujet , & le defir
de jouir ſouvent de ſes talens, On peut
hazarder d'ailleurs que cette Piéce eſt
peut-être jouée aujourd'hui d'une manière
que l'Auteur eût lui-même defirée,
particulièrement à l'égard d'un des rôles.
( celui de Philinte) rendu par M. DAUBERVAL
, dans le véritable ſens de ce
caractère , dont le trivial , dans lequel il
avoit été pris , faiſoit une diſparate défavantageuſe
a l'Ouvrage.
MM. BELLECOUR , MOLÉ , PRÉ-
VILLE , BONNEVAL , AUGER & Mde
PRÉVILLE , chacun dans les rôles de
leur emploi, doivent exciter le concours
des Amateurs de notre Scène , lorſque
Pon donne cette Comédie.
Mile DOLIGNI jouoit le même jour
dans la Pupille , où elle avoit attiré &
touché tant de Spectateurs pendant fon
début.
Nous ne craignons point de répéter
les éloges ſi bien mérités que nous avons
précédemment donnés aux Acteurs &
Actrices de ce Théâtre , ſur les ſoins
pénibles qu'ils ont pris,pour que le fervice
de la Cour ne préjudiciât pas à
l'amusement du Public. Ils ont porté ce
zéle juſqu'à intervertir l'ordre de leurs
emplois , & même les femmes ſe ſont
prêtées à jouer des rôles d'hommes,dans
quelques Piéces , ne pouvant autrement
remplir le ſervice.
Une des nouveautés les plus intéreffantes
pour les Amateurs du grand
genre a récompenſé , par un ſucces
brillant & foutenu , le zéle & l'étude
des Comédiens qui s'étoient mis en état
de la faire paroître avant le retour de
la Cour : c'eſt le Comte de Warvik,
Η iv
'176 MERCURE DE FRANCE.
,
Tragédie par M. DE LA HARPE , dont
la première repréſentation fut donnée
le 7 du mois dernier. Il paroît généralement
convenu , que l'on a peu vu
d'exemples d'un début auſſi heureux
dans cette difficile carrière,& qui donne
d'auſſi hautes eſpérances , attendu la
jeuneſſe de l'Auteur & le talent recommandable
dont il a déja produitde fi glorieuſes
preuves. La Piéce marche , fe
conduit attache , & enfin obtient
un ſuccès univerſel fans le ſecours,
inconnu aux grands Maîtres, de
ces Machines dramatiques , que nous
appellerons coups de Théâtre en tableau.
Un Dialogue juſte , de grandes
penſées, énoncées ſimplement , dans un
ſtyle noble ſans enflure , & qui ne
confond pas l'Epique avec le Drame :
voilà ce qui caractériſe à-peu-près les
détails & le coloris général de cette
nouvelle Tragédie. Une Lettre qui
nous a été adreſſée à cette occafion
& que l'on trouvera jointe à ce volume
, nous diſpenſe d'en faire l'anaiyfe.
Cependant , comme les Ouvrages
du mérite de celui-ci & d'un ſuccès
décidé , ſont précisément ceux dont la
* A la fin du Vol. la Lettre adreſſée aux Au
teurs du Mer cure.
*
:
DECEMBRE. 1763. 177
difcuffion critique peut fournir le plus
de lumiéres pour l'art , nous hazarderons
quelques obſervations ſur la nouvelle
Tragédie. Il pourroit être échappé à
la jeuneſſe de l'Auteur , des choſes que
des beautés réelles compenferoient, mais
qui n'en ſeroient pas plus autoriſées.
Nous ne diſſimulerons point les reproches
que la critique ou d'autres ſentimens
auroient dictés ; ces derniers mê
mes , quelque mépriſables qu'ils foient
par eux-mêmes , devroient être connus
aux Auteurs & aux talens de grande
efpérance. Il étoit permis aux Soldats
Romains de chanter des Satyres contre
le Général autour de fon char de
triomphe , & un Efclave affis à côté
de lui , étoit chargé de le rappeller fans
ceſſe à l'idée de la foibleſſe humaine ,
pour tempérer les excès où la gloire de
ce grand jour pouvoit porter l'amourpropre
dans les âmes les plus fortes.
Que cette fage précaution auroit d'avantages
pour les talens ! Que de génies ,
égarés trop tôt dans les vaines fumées
des premiers ſuccès , ont négligé l'étu
de néceſſaire à diriger les dons heureux
de la Nature ! Mais ſans ſe livrer trop
àcette réflexion , nous balancerons les
critiques & les défenſes , & nous nous
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
1
ferons honneur de contribuer avec le
Public à l'encouragement le mieux mérité
& le plus confirmé par le concours
égal & conſtant des Spectateurs.
,
Les détails des Spectacles de la Cour
nous ayant indiſpenſablement rempli
une grande partie de cet Article
nous ſommes forcés de remettre ces
Obſervations fur le Comte de Warvik
au mois prochain. Elles feront d'autant
moins déplacées alors , que cette Piéce ,
imprimée à Paris chez Duchesne , aura
été ſous les yeux de tous nos Lecteurs,
Il ſeroit injuſte de ne pas faire re
marquer combien les principaux Acteurs
, par leurs talens , ont fervi à faire
ſentir le mérite de cette Tragédie.Les
traits hardis d'un naturel qui devient
fublime quand il atteint précisément le
but , rendent frappant le rôledeMarguerite
que joue Mlle DUMESNIL,
On ne peut mettre plus d'énergie &
mieux remplir toutes les parties d'un
beau rôle qu'a fait M. le Kaip dans
celui du Comte de Warvik. Les defirs
impérieux d'un jeune Prince nouvellement
le maître des autres , qui ne peut
l'être encore de lui-même , qui cependant,
par reſpect pour la vertu , ne peut
DECEMBRE. 1763. 179
pas non plus manquer à la reconnoiſſance
, & qui s'expoſe par-là
aux reproches téméraires d'un Sujet
; le ſoin de conſerver la dignité
de fon état ; tant de mouvemens
difficiles à concilier conſtituent le rôle
d'Edouard , auquel les talens naturels
& l'intelligence acquiſe de M. MOLÉ
ne pouvoient être que très-utiles.
,
Mile DUBOIS de laquelle nous
cherchons toujours à exciter l'émulation
pour le travail par de juſtes éloges
ſur ſes diſpoſitions , rend intéreſfante
dans le rôle d'Elizabeth , la ſituation
d'une Princeffe partagée entre la
fidélité de fon coeur pour fon amant
& l'obéifſance qu'elle doit à ſon Roi.
On donne quelquefois , dans ce qu'on
appelle les Petits Jours , des Piéces où
l'on fait jouer de grands rôles par les
jeunes Sujets. On croit devoir faire une
mention particulière d'une repréſentation
du Glorieux , dans laquelle Mlle
DOLIGN I repréſentoit le rôle de laSoeur,
d'autant plus remarquable que ce rôle
eft mixte entre celui des Soubrettes
&celui des Amoureuſes. Si dans la façon
dont elle s'en acquitta, il y avoit encore
des perfections à deſirer que le remps
& l'expérience peuvent ſeuls donner ,
,
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
il y avoit plus que ſuffisamment de quoi
confirmer les eſpérances univerſelles du
Public fur ce jeune Sujet , & le defir
de jouir ſouvent de ſes talens, On peut
hazarder d'ailleurs que cette Piéce eſt
peut-être jouée aujourd'hui d'une manière
que l'Auteur eût lui-même defirée,
particulièrement à l'égard d'un des rôles.
( celui de Philinte) rendu par M. DAUBERVAL
, dans le véritable ſens de ce
caractère , dont le trivial , dans lequel il
avoit été pris , faiſoit une diſparate défavantageuſe
a l'Ouvrage.
MM. BELLECOUR , MOLÉ , PRÉ-
VILLE , BONNEVAL , AUGER & Mde
PRÉVILLE , chacun dans les rôles de
leur emploi, doivent exciter le concours
des Amateurs de notre Scène , lorſque
Pon donne cette Comédie.
Mile DOLIGNI jouoit le même jour
dans la Pupille , où elle avoit attiré &
touché tant de Spectateurs pendant fon
début.
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18
p. 148-151
« LE 22 Novembre, les Comédiens François représenterent sur le Théâtre [...] »
Début :
LE 22 Novembre, les Comédiens François représenterent sur le Théâtre [...]
Mots clefs :
Comédie, Pièce, Rôle, Comédiens, Tragédie, Actes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE 22 Novembre, les Comédiens François représenterent sur le Théâtre [...] »
A VERSAILLES.
LE 22 Novembre, les Comédiens
François représenterent fur le Théâtre
du Roi , le Menteur , Comédie en cinq
Actes , en vers, de Pierre Corneille, don-
née la premiere fois en 1641.
Pour feconde Piéce , on repréſenta
Heureufement , Comédie en un Acte ,
en profe de M. ROCHON DE CHA-
BANNES, qui a paru, dans fa nouveauté,
avec fuccès
1762.
,
au mois de Novembre
Le Mercredi 23 , par les Comédiens
Italiens , le Retour d' Arlequin , Comé-
die Italienne , fuivie du Roi & le Fer-
mier , Comédie mêlée d'Ariettes,
Le Jeudi 24 , par les Comédiens Fran-
çois, Didon,Tragédie de M. LE FRANC,
donnée la première fois en 1734 .
Le rôle de Didon a été joué par la
Plle CLAIRON. Celui d'Enée› par le
,
JANVIER. 1764.
149
fieur LE KAIN ; Jarbe , par le fieur BEL-
COUR ; Achate , par le fieur BRIZARD .
Ce même jour , pour feconde Piéce ,
le Deuil , Comédie en un Acte , en vers,
de feu M. HAUTEROCHE
de 1662.
>
dans la-
quelle les Dlles DOLIGNY & LUZY
;
jouerent l'une le rôle de Babet , & l'au-
tre celui de Perette. Cette Comédie eft
Le Mardi 29 , les mêmes Comédiens
repréfenterent l'Ecole des Maris , Co-
médie de MOLIERE , en trois Actes &
en Vers. Cette Piéce eft de 1662 ; elle
fut fuivie du Sage Etourdi , Comédie
de feu M. DE BOISSY
dans laquelle
le fieur MOLÉ a joué le rôle de Léandre ;
le fieur BELCOUR celui d'Erafte , & la
Dlle PRÉVILLE le rôle d'Eliante , & c.
Le Jeudi , premier Décembre , on re-
préfenta pour la premiere fois ( à la
Cour ) la nouvelle Tragédie intitulée
le Comte de Warvik de M. DE LA
HARPE. Cette Piéce y fit fur les Spec-
tateurs la même impreffion qu'elle
avoit faite à Paris ,& par conféquent eut
un fuccès général. Nous en avons déja
parlé dans le précédent Mercure ; nous
ajouterons ci-après , dans l'Article de
Paris de ce vol. quelques obfervations
fur cette Tragédie.
G iij
50 MERCURE DE FRANCE.
La Tragédie fut fuivie de la Pupille ,
Comédie en 1 Acte en Profe de feur
M. FAGAN. La jeune Dlle DOLIGNI
>
qui dans fon début avoit , pour ainfi
dire , renouvellé le fuccès qu'eut cette
Piéce dans fa nouveauté en 1734 , a
joué le rôle de la Pupille à la Cour, où
elle a fait le plus grand plaifir.
La nouvelle de la mort de l'Archidu-
cheffe a interrompu les Spectacles de
la Cour pendant plufieurs jours ; ils ont
été repris le Mardi 13 , par le Joueur
>
Comédie en cinq Actes , en vers , de feu
M. REGNARD , donnée en 1698. Le
rôle de Valere a été joué par le fieur
BELCOUR , celui d'Hector , par le fieur
ARMAND , & c.
Pour feconde Piéce , le même jour ,
la Famille extravagante , Comédie en
un Acte , en vers , du feu fieur LE
GRAND , de 1709.
Le 14 , par les Comédiens Italiens , les
Amours d'Arlequin & de Camille , de
M. GOLDONI , Piéce Italienne conte-
nant les trois premiers Actes d'un Su-
jet diftribué en
autres. Ouvrage Dra
matique , dont nous avons déja parlé &
dont on ne parlera jamais avec autant
d'éloges qu'il en mérite.
Pour feconde Piéce, Ninette à la Cour,
Opéra- Comique.
JANVIER. 1764.
Le lendemain , 15 , par les Comédiens
François , Mérope , Tragédie de M. de
VOLTAIRE , fuivie de Zénéïde. Le
fieur GRANGER , jeune Acteur dont
nous allons avoir occafion de parler à
l'Article de Paris , y débuta avec beau-
, y
coup de fuccès par le rôle d'Egifte ,
dans la premiere Piéce ; & par celui
d'Olinde , dans la feconde .
La fuite au Mercure prochain.
LE 22 Novembre, les Comédiens
François représenterent fur le Théâtre
du Roi , le Menteur , Comédie en cinq
Actes , en vers, de Pierre Corneille, don-
née la premiere fois en 1641.
Pour feconde Piéce , on repréſenta
Heureufement , Comédie en un Acte ,
en profe de M. ROCHON DE CHA-
BANNES, qui a paru, dans fa nouveauté,
avec fuccès
1762.
,
au mois de Novembre
Le Mercredi 23 , par les Comédiens
Italiens , le Retour d' Arlequin , Comé-
die Italienne , fuivie du Roi & le Fer-
mier , Comédie mêlée d'Ariettes,
Le Jeudi 24 , par les Comédiens Fran-
çois, Didon,Tragédie de M. LE FRANC,
donnée la première fois en 1734 .
Le rôle de Didon a été joué par la
Plle CLAIRON. Celui d'Enée› par le
,
JANVIER. 1764.
149
fieur LE KAIN ; Jarbe , par le fieur BEL-
COUR ; Achate , par le fieur BRIZARD .
Ce même jour , pour feconde Piéce ,
le Deuil , Comédie en un Acte , en vers,
de feu M. HAUTEROCHE
de 1662.
>
dans la-
quelle les Dlles DOLIGNY & LUZY
;
jouerent l'une le rôle de Babet , & l'au-
tre celui de Perette. Cette Comédie eft
Le Mardi 29 , les mêmes Comédiens
repréfenterent l'Ecole des Maris , Co-
médie de MOLIERE , en trois Actes &
en Vers. Cette Piéce eft de 1662 ; elle
fut fuivie du Sage Etourdi , Comédie
de feu M. DE BOISSY
dans laquelle
le fieur MOLÉ a joué le rôle de Léandre ;
le fieur BELCOUR celui d'Erafte , & la
Dlle PRÉVILLE le rôle d'Eliante , & c.
Le Jeudi , premier Décembre , on re-
préfenta pour la premiere fois ( à la
Cour ) la nouvelle Tragédie intitulée
le Comte de Warvik de M. DE LA
HARPE. Cette Piéce y fit fur les Spec-
tateurs la même impreffion qu'elle
avoit faite à Paris ,& par conféquent eut
un fuccès général. Nous en avons déja
parlé dans le précédent Mercure ; nous
ajouterons ci-après , dans l'Article de
Paris de ce vol. quelques obfervations
fur cette Tragédie.
G iij
50 MERCURE DE FRANCE.
La Tragédie fut fuivie de la Pupille ,
Comédie en 1 Acte en Profe de feur
M. FAGAN. La jeune Dlle DOLIGNI
>
qui dans fon début avoit , pour ainfi
dire , renouvellé le fuccès qu'eut cette
Piéce dans fa nouveauté en 1734 , a
joué le rôle de la Pupille à la Cour, où
elle a fait le plus grand plaifir.
La nouvelle de la mort de l'Archidu-
cheffe a interrompu les Spectacles de
la Cour pendant plufieurs jours ; ils ont
été repris le Mardi 13 , par le Joueur
>
Comédie en cinq Actes , en vers , de feu
M. REGNARD , donnée en 1698. Le
rôle de Valere a été joué par le fieur
BELCOUR , celui d'Hector , par le fieur
ARMAND , & c.
Pour feconde Piéce , le même jour ,
la Famille extravagante , Comédie en
un Acte , en vers , du feu fieur LE
GRAND , de 1709.
Le 14 , par les Comédiens Italiens , les
Amours d'Arlequin & de Camille , de
M. GOLDONI , Piéce Italienne conte-
nant les trois premiers Actes d'un Su-
jet diftribué en
autres. Ouvrage Dra
matique , dont nous avons déja parlé &
dont on ne parlera jamais avec autant
d'éloges qu'il en mérite.
Pour feconde Piéce, Ninette à la Cour,
Opéra- Comique.
JANVIER. 1764.
Le lendemain , 15 , par les Comédiens
François , Mérope , Tragédie de M. de
VOLTAIRE , fuivie de Zénéïde. Le
fieur GRANGER , jeune Acteur dont
nous allons avoir occafion de parler à
l'Article de Paris , y débuta avec beau-
, y
coup de fuccès par le rôle d'Egifte ,
dans la premiere Piéce ; & par celui
d'Olinde , dans la feconde .
La fuite au Mercure prochain.
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Résumé : « LE 22 Novembre, les Comédiens François représenterent sur le Théâtre [...] »
Du 22 novembre au 15 janvier 1764, plusieurs représentations théâtrales ont eu lieu à Versailles. Les Comédiens Français ont joué 'Le Menteur' de Pierre Corneille et 'Heureusement' de Rochon de Chabannes le 22 novembre, suivis par les Comédiens Italiens avec 'Le Retour d'Arlequin' et 'Le Roi et le Fermier' le 23 novembre. Le 24 novembre, les Comédiens Français ont interprété 'Didon' de Le Franc et 'Le Deuil' de Hauteroche. Le 29 novembre, ils ont joué 'L'École des Maris' de Molière et 'Le Sage Étourdi' de Boissy. Le 1er décembre, la tragédie 'Le Comte de Warwick' de La Harpe a été représentée pour la première fois à la cour, suivie de 'La Pupille' de Fagan. Les spectacles ont été interrompus par la nouvelle de la mort de l'archiduchesse et ont repris le 13 janvier avec 'Le Joueur' de Regnard et 'La Famille extravagante' de Le Grand. Le 14 janvier, les Comédiens Italiens ont joué 'Les Amours d'Arlequin et de Camille' de Goldoni et 'Ninette à la Cour'. Enfin, le 15 janvier, les Comédiens Français ont présenté 'Mérope' de Voltaire et 'Zénéïde', avec Granger débutant dans les rôles d'Égiste et d'Olinde.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 171-175
« LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...] »
Début :
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...]
Mots clefs :
Fleur, Musique, Acte, Rôle, Jouer, Spectacles, Lekain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...] »
A VERSAILLES.
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens
François représenterent le Jaloux
défabufé , Comédie en cinq Actes en
vers de feu M. CAMPISTRON , ( de
1709. ) Le fieur BELLECOUR a joué
le rôle de Dorante , le fieur MOLÉ
celui d'Erafte , le fieur ARMAND celui
de Dubois , & le fieur PRÉVILLE celui
de Champagne. Les rôles de Célie & de
Julie étoient remplis par les Dlles PRÉ-
VILLE & DOLIGNI . Les Dlle BEL-
LECOUR & le KAIN ont joué les
rôles de Juftine & de Babet. Pour la
feconde Piéce on donna Crifpin rival
de fon Maître , Comédie en un Acte
& en profe de feu M. LE SAGE , ( de
1707. ) Le rôle de Crispin a été joué
par le fieur PREVILLE. La Dile
DROUIN jouoit Mde Oronté & la Dlle
Hij
1
*
172 MERCURE DE FRANCE .
DOLIGNI Angélique. La Dlle le Kain
celui de Lifette.
Le Mercredi , jour des Italiens ,
il
n'y eut point de Spectacle à caufe de
la Fête.
Le Jeudi 22 , on repréfenta l'Orphe-
lin de la Chine de M. DE VOLTAIRE ,
( de 1755. ).
Gingis- Kan des Tartares repréfenté
par M. LE Kain , Zamti Mandarin par
le fieur BRIZARD , Idamé par la Dlle
CLAIRON , & c. Pour petite Piéce
Impromptu de Campagne , Comédie
en un Acte & en vers de feu M.
POISSON , ( de 1731. ) Le rôle d'Erafte
joué par le fieur MOLE , celui de Père
par le fieur Brizard
?
par la Dile DROUIN , Ifabelle par la
Dlle DOLIGNI , Lifette par la Dlle
LE KAIN , & c.
la Comtefe
La folemnité des Fêtes de Noël ayant
interrompu les Spectacles, les jours fui-
vans , on a terminé cette année , le
Jeudi 29 Décembre , par la repréfen-
tation de deux Actes d'Opéra. L'un
de ces Actes étoit le Feu , troifiéme
Entrée du Ballet des Elémens , Poëme
de feu M. Roy , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel ,
la Mufique de feu M.
* M. Roy , étoit mort peu de temps aupas .
JANVIER. 1764.
173
DESTOUCHES Surintendant de la Mu-
fique du Roi.
( de 1721. )
M. le BERTON , Maître de Mufique
de l'Académie Royale , a fait les aug-
mentations & les changemens qu'on
avoit crû néceffaires à la perfection
de cet Acte , compofé dans un temps
où les progrès de la Mufique n'étoient
pas encore portés en France au point
où cet Art eft aujourd'hui .
D'ailleurs cet Acte eft trop connu
pour en renouveller l'éloge .
La Dile ARNOUD a chanté le rôle
d'Emilie. Le fieur LARRIVÉE celui
de Valere. Le fieur DUBUT jeune
homme dont nous avons eu occafion
de parler avantageufement dans l'article
des Concerts Spirituels , exécuta le rôle
ravant cette repréſentation. Tout le monde con-
noît les Poëmes qu'il a faits pour le Théâtre de
l'Opéra,& les talens particuliers de fa mufe pour
ce genre de Poëfie. Qu'il nous foit permis à
fon occafion de nous plaindre publiquement de
la négligence des familles ou des perfonnes qui
ont des mémoires exacts fur les Gens de Lettres
d'une certaine célébrité , auxquels il ne devroit
pas être auffi indifférent que leur conduite le
laiffe croire , de nous mettre en état de con-
figner dans ce Journal les particularités ou au
moins des époques de réputation littéraire qui
procureroient autant de certitude que de facili-.
té à cette branche intéreffante de notre hiftoire.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
de l'Amour. La Demoifelle LAN Y
danfoit les Entrées feulés dans le ca-
ractère de Prêtreffe , & le fieur LAVAL
dans celui du Chevalier Romain . Les
fieurs GARDEL & CAMPIONI ont
danfé dans les Entrées de Peuples ,
ainfi que la Dlle ALLARD .
L'autre Acte étoit la Guirlande ou
les Fleurs enchantées , Poëme de M.
MARMONTEL , Mufique de M. Ra-
MEAU , ( de 1751. ) Le fieur JÉLIOTE
& la Dile LARRIVÉE ont chanté les
rôles de Berger & de Bergère qui
forment tonte l'action de cet Acte.
La Dlle VESTRIS & la Dile GUI-
MARD ont danfé les principales En-
trées de Bergères , les fieurs GARDEL
& CAMPIONI celles de Bergers. Le
fieur LANY & la Dlle ALLARD étoient
à la tête des Pâtres & des Paftourelles.
Nous avons précédemment nommé
tous ceux dont les talens font employés
à l'ordonnance de ces Spectacles. MM .
LAVALpère & fils , Maîtres des Ballets ,
& c ; ainfi nous ne les répéterons plus .
N B. Nous croyons obliger tous ceux qui
ordonnent & font exécuter des Spectacles en
Europe , de rappeller ici le goût & les talens
du fieur L'ECUYER , Pannacher du Roi , pour tous
les genres de Coeffures en ufage au Théâtre,
JANVIER 1764
# 175
ainfifi que dans tout ce qui a rapport aux orne-
mens en Plumes.
On peut dire de même de l'intelligence du .
fieur de LAITRE chargé de l'exécution des ha-
billemens de Théâtre & Mafcarades des Menus.
Plaifirs du Roi & de l'Académie Royale de
Mufique.
La fuite des Spectacles , en Janvier,
pour le Mercure prochain.
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens
François représenterent le Jaloux
défabufé , Comédie en cinq Actes en
vers de feu M. CAMPISTRON , ( de
1709. ) Le fieur BELLECOUR a joué
le rôle de Dorante , le fieur MOLÉ
celui d'Erafte , le fieur ARMAND celui
de Dubois , & le fieur PRÉVILLE celui
de Champagne. Les rôles de Célie & de
Julie étoient remplis par les Dlles PRÉ-
VILLE & DOLIGNI . Les Dlle BEL-
LECOUR & le KAIN ont joué les
rôles de Juftine & de Babet. Pour la
feconde Piéce on donna Crifpin rival
de fon Maître , Comédie en un Acte
& en profe de feu M. LE SAGE , ( de
1707. ) Le rôle de Crispin a été joué
par le fieur PREVILLE. La Dile
DROUIN jouoit Mde Oronté & la Dlle
Hij
1
*
172 MERCURE DE FRANCE .
DOLIGNI Angélique. La Dlle le Kain
celui de Lifette.
Le Mercredi , jour des Italiens ,
il
n'y eut point de Spectacle à caufe de
la Fête.
Le Jeudi 22 , on repréfenta l'Orphe-
lin de la Chine de M. DE VOLTAIRE ,
( de 1755. ).
Gingis- Kan des Tartares repréfenté
par M. LE Kain , Zamti Mandarin par
le fieur BRIZARD , Idamé par la Dlle
CLAIRON , & c. Pour petite Piéce
Impromptu de Campagne , Comédie
en un Acte & en vers de feu M.
POISSON , ( de 1731. ) Le rôle d'Erafte
joué par le fieur MOLE , celui de Père
par le fieur Brizard
?
par la Dile DROUIN , Ifabelle par la
Dlle DOLIGNI , Lifette par la Dlle
LE KAIN , & c.
la Comtefe
La folemnité des Fêtes de Noël ayant
interrompu les Spectacles, les jours fui-
vans , on a terminé cette année , le
Jeudi 29 Décembre , par la repréfen-
tation de deux Actes d'Opéra. L'un
de ces Actes étoit le Feu , troifiéme
Entrée du Ballet des Elémens , Poëme
de feu M. Roy , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel ,
la Mufique de feu M.
* M. Roy , étoit mort peu de temps aupas .
JANVIER. 1764.
173
DESTOUCHES Surintendant de la Mu-
fique du Roi.
( de 1721. )
M. le BERTON , Maître de Mufique
de l'Académie Royale , a fait les aug-
mentations & les changemens qu'on
avoit crû néceffaires à la perfection
de cet Acte , compofé dans un temps
où les progrès de la Mufique n'étoient
pas encore portés en France au point
où cet Art eft aujourd'hui .
D'ailleurs cet Acte eft trop connu
pour en renouveller l'éloge .
La Dile ARNOUD a chanté le rôle
d'Emilie. Le fieur LARRIVÉE celui
de Valere. Le fieur DUBUT jeune
homme dont nous avons eu occafion
de parler avantageufement dans l'article
des Concerts Spirituels , exécuta le rôle
ravant cette repréſentation. Tout le monde con-
noît les Poëmes qu'il a faits pour le Théâtre de
l'Opéra,& les talens particuliers de fa mufe pour
ce genre de Poëfie. Qu'il nous foit permis à
fon occafion de nous plaindre publiquement de
la négligence des familles ou des perfonnes qui
ont des mémoires exacts fur les Gens de Lettres
d'une certaine célébrité , auxquels il ne devroit
pas être auffi indifférent que leur conduite le
laiffe croire , de nous mettre en état de con-
figner dans ce Journal les particularités ou au
moins des époques de réputation littéraire qui
procureroient autant de certitude que de facili-.
té à cette branche intéreffante de notre hiftoire.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
de l'Amour. La Demoifelle LAN Y
danfoit les Entrées feulés dans le ca-
ractère de Prêtreffe , & le fieur LAVAL
dans celui du Chevalier Romain . Les
fieurs GARDEL & CAMPIONI ont
danfé dans les Entrées de Peuples ,
ainfi que la Dlle ALLARD .
L'autre Acte étoit la Guirlande ou
les Fleurs enchantées , Poëme de M.
MARMONTEL , Mufique de M. Ra-
MEAU , ( de 1751. ) Le fieur JÉLIOTE
& la Dile LARRIVÉE ont chanté les
rôles de Berger & de Bergère qui
forment tonte l'action de cet Acte.
La Dlle VESTRIS & la Dile GUI-
MARD ont danfé les principales En-
trées de Bergères , les fieurs GARDEL
& CAMPIONI celles de Bergers. Le
fieur LANY & la Dlle ALLARD étoient
à la tête des Pâtres & des Paftourelles.
Nous avons précédemment nommé
tous ceux dont les talens font employés
à l'ordonnance de ces Spectacles. MM .
LAVALpère & fils , Maîtres des Ballets ,
& c ; ainfi nous ne les répéterons plus .
N B. Nous croyons obliger tous ceux qui
ordonnent & font exécuter des Spectacles en
Europe , de rappeller ici le goût & les talens
du fieur L'ECUYER , Pannacher du Roi , pour tous
les genres de Coeffures en ufage au Théâtre,
JANVIER 1764
# 175
ainfifi que dans tout ce qui a rapport aux orne-
mens en Plumes.
On peut dire de même de l'intelligence du .
fieur de LAITRE chargé de l'exécution des ha-
billemens de Théâtre & Mafcarades des Menus.
Plaifirs du Roi & de l'Académie Royale de
Mufique.
La fuite des Spectacles , en Janvier,
pour le Mercure prochain.
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Résumé : « LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...] »
Du 20 au 29 décembre, une série de représentations théâtrales ont été organisées à Versailles. Le 20 décembre, les Comédiens Français ont interprété 'Le Jaloux défait' de Campistron, avec Bellecour dans le rôle de Dorante, Molé en Éraste, Armand en Dubois, et Préville en Champagne. Les rôles féminins étaient tenus par les demoiselles Préville, Doligny, Bellecour, et Kain. La deuxième pièce de la soirée était 'Crispin rival de son maître' de Lesage, avec Préville dans le rôle principal. Le 22 décembre, 'L'Orphelin de la Chine' de Voltaire a été joué, avec Le Kain en Gengis-Khan, Brizard en Zamti, et Clairon en Idamé. La pièce complémentaire était 'L'Impromptu de campagne' de Poisson, interprétée par Molé, Brizard, Drouin, Doligny, et Kain. Le 29 décembre, deux actes d'opéra ont marqué la fin de l'année : 'Le Feu', troisième entrée du 'Ballet des Éléments' de Roy, avec Arnaud, Larivière, Dubut, et Lanry, et 'La Guirlande ou les Fleurs enchantées' de Marmontel et Rameau, interprétée par Jéliotte, Larivière, Vestris, Guimard, Gardel, Campioni, et Allard. Les spectacles ont été suspendus pour les fêtes de Noël.
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20
p. 185-189
« L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
Début :
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...]
Mots clefs :
Théâtre, Opéra, Public, Voix, Rôle, Cour, Exécuter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
L'ACADÉMIE ROYALE DE
MUSIQUE a donné dans la nouvelle
Salle , le Mardi 24 Janvier , la première
Repréſentation de Castor & Pollux ,
Tragédie - Opéra ; Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Cet Opéra avoit été donné pour la
première fois le 24 Octobre 1737 , &
repris en Janvier 1764. Nous ne nous arrêterons
pas à parler du fond de cet Ouvrage,
dont le Public vient de ſentir encore
le mérite & de le marquer nonſeulement
par des applaudiſſemens
mais par fon affluence. * Nous rendrons
compte de l'exécution & de la pompe
de ſon Spectacle. La diſtribution des
rôles eſt la même qu'elle étoit à la
* Les cing premières Repréſentations ont produit
20800 liv.
186 MERCURE DE FRANCE.
Cour ( * excepté le rôle de Caftor exécuté
à Paris par M. PILLOT avec le feu
& l'intelligence d'Acteur. Jamais l'intéreffante
Mlle ARNOULD ne l'a été davantage
pour le Public. Indépendam -
ment des grâces , du ſentiment réglé
par l'intelligence la plus juſte , il ſemble
que fur ce nouveau Théâtre , ſa voix
ait pris de nouvelles forces , plus de
volume & plus de rondeur qu'elle n'en
avoit. Il eſt conſtamment éprouvé qu'à
quelque diſtance qu'elle y chante , non
feulement on ne perd aucune partie de
ſes ſons , mais encore des paroles de
fon rôle. Ce dernier effet eſt ſans doute
le fruit de l'art d'articuler , mérite qui
double celui de toutes les voix : mais on
peut aſſurer que dans cette Salle le fon
eſt en général repercuté plus diftincte .
ment que dans toute autre. Nous
croyons que ce Théâtre a un avantage
particulier , bien favorable à la vérité
des actions , c'eſt d'être plus ſonore audelà
de l'avant-Scène que ſous le plafond
qui la couvre. Nous avons déja
dit que dans le rôle de JupiterM. LARRIVÉE
étoit très-bien entendu à-peuprès
à 70 pieds de diſtance. Nous ré-
*V. dans les précédens Mercures l'Article des
Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
FEVRIER. 1764. 187
avec lefeu
,
Jamais
l'ince
D ne l'a été da
ic. Indépendamdu
fentiment
réglé
plus juſte , ilſemble
u Théâtre , ſa voix
elles forces plus de
- rondeur qu'elle n'en
tamment éprouvéqu'
qu'elle y chante , non
e perd aucune partiede
encore des paroles de
ernier effet eſtfansdoute
= d'articuler , mérite qui
etoutes les voix : mais on
De dans cette Salle le fon
repercuté plus distincte. dans
toute
autre
. Nous ce Théâtre
a un avantage en favorable
à la vérité 'eſt d'être
plus fonore
au -Scène
que ſous le pla uvre. Nous
avons
dép rôlede Jupiter
M. LAR- ès- bien
entendu
à-peu- s de diſtance
. Nous
ré
cédens
Mercures
l'Article
des
ir àFontainebleau
.
pétons d'autant plus volontiers cette
vérité , qu'elle ne peut être imputée à
une illufion officieuſe , puiſque nous
en avons pour garants l'impreſſion &
le témoignage général de tous les Auditeurs
. Mlle LARRIVÉE a donné des
preuves très-agréables au Public de fon
zéle, en chantant les airs des divertiſſemens
de cet Opéra. On paroît auffi
très content de la manière dont M.
GELIN rend le rôle de Pollux. Mlle
CHEVALIER remplit très-bien leRôle
de Phébé, ainſi quelle avoit fait à la
Cour.
M. DUPAR , nouvelle Hautecontre ,
a débuté à la troifiéme repréſentation
par l'Ariette du ſecond Acte , Eclatez ,
fières trompettes , &c. & par le rôle de
Mercure. Le fon de ſa voix paroît agréable&
d'un volume ſuffifant. Il fournit
aux tons les plus hauts & fans héſiter.
Les agrémens du chant font bien exécutés
; on lui trouve de la netteté dans
la prononciation , beaucoup de juſteſſe
& d'oreille. Enfin on a lieu d'en eſpérer
favorablement , lorſque l'uſage du
Théâtre & des foins auront formé fon
maintien & fon jeu. On croit que l'ons
entendra encore d'autres Débutans dans
188 MERCURE DE FRANCE.
ce même genre de voix ſur lequel il
paroît que l'on prend toutes les meſures
poffibles pour fatisfaire le Public.
Les Ballets , par M. LANI , Maître
des Ballets de l'Opéra , font bien deffinés
, convenablement caractériſés &
produiſent ſur ce grand Théâtre uneffet
bien plus avantageux que ſur l'ancien.
Mlle LANI danſe dans les Ombres
heureuſes du quatriéme Acte & dans
l'Entrée de Génies qui préſident aux
Planettes . Nous croyons que tout éloge
feroit fuperflu ; la nommer , c'eſt indiquer
ſuffisamment l'admiration du Public.&
la fupériorité du Sujet qui l'occafionne
. Mlle ALLARD danſe au premierActe
en Spartiate & dans le Pas de
Trois en Furie, au quatrième Acte. Au
gré des Connoiffeurs , cette Danſeuſe
exécute dans cet Opéra les choſes les
plus fortes de fon art& d'une manière
dont à peine on conçoit les moyens.
Mlle VESTRIS , en Hébé , danſe l'enchantement
au troiſiéme Acte , & dans
les Planettes au cinquiéme. Mlle LYONNOIS
dans l'Entrée des Furies avec
Mlle ALLARD & M. BEAT . Le Pas des
Gladiateurs eft exécuté par MM. LANI
& GARDEL au premier Acte , & celui
NCE FEVRIER. 1764. 189
Tur lea
ares les mesufaire
le Public
LANT
Maître
, font bien deff
ent caractérisés
&
rand Theatre
un ef
tageux que ſur l'andes
Lutteurs par MM . LAVAL, LYONNOIS
, HIACINTE & ROGIER .
M. GARDEL danſe avec beaucoup
de ſuccès au cinquiéme Acte , ſous la
forme du Génie qui préſide au Soleil, ce
que M. VESTRIS danſoit à la Cour
dans le même Opéra . Mlle GUIMARD
exécute pluſieurs Pas de Deux avec M.
CAMPIONI au premier Acte & avec
Mlle LECLERC dans les trois autres,
MUSIQUE a donné dans la nouvelle
Salle , le Mardi 24 Janvier , la première
Repréſentation de Castor & Pollux ,
Tragédie - Opéra ; Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Cet Opéra avoit été donné pour la
première fois le 24 Octobre 1737 , &
repris en Janvier 1764. Nous ne nous arrêterons
pas à parler du fond de cet Ouvrage,
dont le Public vient de ſentir encore
le mérite & de le marquer nonſeulement
par des applaudiſſemens
mais par fon affluence. * Nous rendrons
compte de l'exécution & de la pompe
de ſon Spectacle. La diſtribution des
rôles eſt la même qu'elle étoit à la
* Les cing premières Repréſentations ont produit
20800 liv.
186 MERCURE DE FRANCE.
Cour ( * excepté le rôle de Caftor exécuté
à Paris par M. PILLOT avec le feu
& l'intelligence d'Acteur. Jamais l'intéreffante
Mlle ARNOULD ne l'a été davantage
pour le Public. Indépendam -
ment des grâces , du ſentiment réglé
par l'intelligence la plus juſte , il ſemble
que fur ce nouveau Théâtre , ſa voix
ait pris de nouvelles forces , plus de
volume & plus de rondeur qu'elle n'en
avoit. Il eſt conſtamment éprouvé qu'à
quelque diſtance qu'elle y chante , non
feulement on ne perd aucune partie de
ſes ſons , mais encore des paroles de
fon rôle. Ce dernier effet eſt ſans doute
le fruit de l'art d'articuler , mérite qui
double celui de toutes les voix : mais on
peut aſſurer que dans cette Salle le fon
eſt en général repercuté plus diftincte .
ment que dans toute autre. Nous
croyons que ce Théâtre a un avantage
particulier , bien favorable à la vérité
des actions , c'eſt d'être plus ſonore audelà
de l'avant-Scène que ſous le plafond
qui la couvre. Nous avons déja
dit que dans le rôle de JupiterM. LARRIVÉE
étoit très-bien entendu à-peuprès
à 70 pieds de diſtance. Nous ré-
*V. dans les précédens Mercures l'Article des
Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
FEVRIER. 1764. 187
avec lefeu
,
Jamais
l'ince
D ne l'a été da
ic. Indépendamdu
fentiment
réglé
plus juſte , ilſemble
u Théâtre , ſa voix
elles forces plus de
- rondeur qu'elle n'en
tamment éprouvéqu'
qu'elle y chante , non
e perd aucune partiede
encore des paroles de
ernier effet eſtfansdoute
= d'articuler , mérite qui
etoutes les voix : mais on
De dans cette Salle le fon
repercuté plus distincte. dans
toute
autre
. Nous ce Théâtre
a un avantage en favorable
à la vérité 'eſt d'être
plus fonore
au -Scène
que ſous le pla uvre. Nous
avons
dép rôlede Jupiter
M. LAR- ès- bien
entendu
à-peu- s de diſtance
. Nous
ré
cédens
Mercures
l'Article
des
ir àFontainebleau
.
pétons d'autant plus volontiers cette
vérité , qu'elle ne peut être imputée à
une illufion officieuſe , puiſque nous
en avons pour garants l'impreſſion &
le témoignage général de tous les Auditeurs
. Mlle LARRIVÉE a donné des
preuves très-agréables au Public de fon
zéle, en chantant les airs des divertiſſemens
de cet Opéra. On paroît auffi
très content de la manière dont M.
GELIN rend le rôle de Pollux. Mlle
CHEVALIER remplit très-bien leRôle
de Phébé, ainſi quelle avoit fait à la
Cour.
M. DUPAR , nouvelle Hautecontre ,
a débuté à la troifiéme repréſentation
par l'Ariette du ſecond Acte , Eclatez ,
fières trompettes , &c. & par le rôle de
Mercure. Le fon de ſa voix paroît agréable&
d'un volume ſuffifant. Il fournit
aux tons les plus hauts & fans héſiter.
Les agrémens du chant font bien exécutés
; on lui trouve de la netteté dans
la prononciation , beaucoup de juſteſſe
& d'oreille. Enfin on a lieu d'en eſpérer
favorablement , lorſque l'uſage du
Théâtre & des foins auront formé fon
maintien & fon jeu. On croit que l'ons
entendra encore d'autres Débutans dans
188 MERCURE DE FRANCE.
ce même genre de voix ſur lequel il
paroît que l'on prend toutes les meſures
poffibles pour fatisfaire le Public.
Les Ballets , par M. LANI , Maître
des Ballets de l'Opéra , font bien deffinés
, convenablement caractériſés &
produiſent ſur ce grand Théâtre uneffet
bien plus avantageux que ſur l'ancien.
Mlle LANI danſe dans les Ombres
heureuſes du quatriéme Acte & dans
l'Entrée de Génies qui préſident aux
Planettes . Nous croyons que tout éloge
feroit fuperflu ; la nommer , c'eſt indiquer
ſuffisamment l'admiration du Public.&
la fupériorité du Sujet qui l'occafionne
. Mlle ALLARD danſe au premierActe
en Spartiate & dans le Pas de
Trois en Furie, au quatrième Acte. Au
gré des Connoiffeurs , cette Danſeuſe
exécute dans cet Opéra les choſes les
plus fortes de fon art& d'une manière
dont à peine on conçoit les moyens.
Mlle VESTRIS , en Hébé , danſe l'enchantement
au troiſiéme Acte , & dans
les Planettes au cinquiéme. Mlle LYONNOIS
dans l'Entrée des Furies avec
Mlle ALLARD & M. BEAT . Le Pas des
Gladiateurs eft exécuté par MM. LANI
& GARDEL au premier Acte , & celui
NCE FEVRIER. 1764. 189
Tur lea
ares les mesufaire
le Public
LANT
Maître
, font bien deff
ent caractérisés
&
rand Theatre
un ef
tageux que ſur l'andes
Lutteurs par MM . LAVAL, LYONNOIS
, HIACINTE & ROGIER .
M. GARDEL danſe avec beaucoup
de ſuccès au cinquiéme Acte , ſous la
forme du Génie qui préſide au Soleil, ce
que M. VESTRIS danſoit à la Cour
dans le même Opéra . Mlle GUIMARD
exécute pluſieurs Pas de Deux avec M.
CAMPIONI au premier Acte & avec
Mlle LECLERC dans les trois autres,
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Résumé : « L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
Le 24 janvier 1764, l'Académie Royale de Musique a présenté la première représentation de 'Castor et Pollux', une tragédie-opéra composée par Jean-Philippe Rameau sur un poème de Pierre-Jean-Baptiste Chabanon de Maulevon dit Bernard. Cet opéra avait déjà été joué pour la première fois le 24 octobre 1737 et repris en janvier 1764. Les cinq premières représentations ont généré 20 800 livres de recettes. La distribution des rôles était similaire à celle de la représentation précédente à Paris, à l'exception du rôle de Castor, interprété par M. Pillot. Mlle Arnould a particulièrement impressionné le public par son interprétation et sa voix, qui semblait plus puissante et claire dans la nouvelle salle. Cette salle offrait une acoustique favorable, permettant une meilleure réverbération des sons et une articulation distincte des paroles. M. Larivé, dans le rôle de Jupiter, a également été bien apprécié. Mlle Larivé a chanté les airs des divertissements, et M. Gelin a bien interprété le rôle de Pollux. Mlle Chevalier a rempli le rôle de Phébé avec succès. M. Dupar, une nouvelle haute-contre, a débuté lors de la troisième représentation et a été bien accueilli pour sa voix agréable et ses compétences vocales. Les ballets, chorégraphiés par M. Lani, étaient bien définis et mieux adaptés à la nouvelle salle. Plusieurs danseurs, dont Mlle Lani, Mlle Allard, Mlle Vestris, et Mlle Lyonnois, ont été salués pour leurs performances exceptionnelles.
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21
p. 148-149
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
M. DU TILLEUL a continué son début par le rôle d'Orgon dans le Tartuffe, [...]
Mots clefs :
Théâtre, Rôle, Orgon, M. du Tilleul, Le Tartuffe, Triumvirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
M. DU TILLEUL a continué son
début par le rôle d'Orgon dans le Tartuffe,
de Serfort dans le Chevalier à la
mode , de Lucas dans l'Esprit de con-
tradiction , de Géronte dans le Philofo-
phe marié , &c. Il a eu dans le rôle
d'Orgon des applaudiffemens affez mé-
rités. En général , ce début ne paroît
pas devoir faire paffer fur le Théâtre
de la Capitale un Sujet , qui n'eft
pas à beaucoup près fans talens , mais.
qui feroit dans un jour plus favorable
fur des Théâtres où l'on n'aura pas vu
d'aufli excellens modéles que fur ce-
lui- ci. Tel nous a femble être le juge-
ment du Public à cet égard.
Le Jeudi 5 du préfent mois , on a
donné les Triumvirs , Tragédie nou-
velle d'un Anonyme , qui a été retirée
après cette première repréfentation . Il
y avoit une décoration de M. BRU
NETTI d'un fort bel effet , & dont la
perspective eft très-bien entendue . Elle
reprefente fur le devant du Théâtre des
JUILLET. 1764.
149
rochers , un bras de mer, & au-delà une
Ville dont les édifices portent tout le
caraâère du bel antique. On a remar-
qué que dans cette repréfenration on
avoit à-peu-près prévenu l'idée conte-
nue dans la Lettre à MM. les Comé-
diens François , inférée dans notre pré-
cédent volume. A l'ouverture de la
Scène , l'Orchestre a exécuté une fym-
phonie qui peignoit la tempête repré-
fentée par le foulévement des flots.
La Lettre dont nous venons de par-
ler, ayant apparemment donné lieu aux
réfléxions de quelques Amateurs du
Théâtre François , nous en a déja pro-
curé une autre fur le même Sujet.
M. DU TILLEUL a continué son
début par le rôle d'Orgon dans le Tartuffe,
de Serfort dans le Chevalier à la
mode , de Lucas dans l'Esprit de con-
tradiction , de Géronte dans le Philofo-
phe marié , &c. Il a eu dans le rôle
d'Orgon des applaudiffemens affez mé-
rités. En général , ce début ne paroît
pas devoir faire paffer fur le Théâtre
de la Capitale un Sujet , qui n'eft
pas à beaucoup près fans talens , mais.
qui feroit dans un jour plus favorable
fur des Théâtres où l'on n'aura pas vu
d'aufli excellens modéles que fur ce-
lui- ci. Tel nous a femble être le juge-
ment du Public à cet égard.
Le Jeudi 5 du préfent mois , on a
donné les Triumvirs , Tragédie nou-
velle d'un Anonyme , qui a été retirée
après cette première repréfentation . Il
y avoit une décoration de M. BRU
NETTI d'un fort bel effet , & dont la
perspective eft très-bien entendue . Elle
reprefente fur le devant du Théâtre des
JUILLET. 1764.
149
rochers , un bras de mer, & au-delà une
Ville dont les édifices portent tout le
caraâère du bel antique. On a remar-
qué que dans cette repréfenration on
avoit à-peu-près prévenu l'idée conte-
nue dans la Lettre à MM. les Comé-
diens François , inférée dans notre pré-
cédent volume. A l'ouverture de la
Scène , l'Orchestre a exécuté une fym-
phonie qui peignoit la tempête repré-
fentée par le foulévement des flots.
La Lettre dont nous venons de par-
ler, ayant apparemment donné lieu aux
réfléxions de quelques Amateurs du
Théâtre François , nous en a déja pro-
curé une autre fur le même Sujet.
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22
p. 180-182
Comédie Italienne.
Début :
M. RENAUD, dont nous avons déja parlé dans le Mercure précédent, [...]
Mots clefs :
Rôle, Timidité, Débutant, Jeu d'acteur, Spectacle, Ballet, Opéra, Légèreté, Grâces, Danse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comédie Italienne.
Comédie Italienne.
M. RENAUD , dont nous avors
déja parlé dans le Mercure précédent ,
a continué fes débuts par le rôle de
Lucas dans les Aveux indifcrets , & a
repris quelques-uns des mêmes qu'il
avoit joués d'abord. La timidité fi naturelle
à un Débutant avoit paru nuire
à l'action de fon jeu qu'il a développé
depuis , & l'on peut dire , qu'il a juftifié
les encouragemens que l'on lui a
donnés. Il y a tout lieu d'efpérer qu'il
deviendra un Sujet très - utile pour ce
Spectacle.
Le 24 Octobre , on a donné la première
repréſentation d'Ulyffe dans l'Ifie
de Circe , Ballet férieux Héroï Pantomime
, de la compofition de M. Pitrot ,
dans lequel lui & fon Epoufe ( ci-devant
connue à ce même Spectacle & à l'Opéra
fous le nom de Mlle Rey ) ont
danfé les principales Entrées.
, La magnificence de ce Ballet la
beauté des fituations , les grâces & les
NOVEMBRE . 1764. 181
variétés du deffein , l'enſemble de l'éxé
cution , tout a répondu à la célébrité
que M. Pitrot s'eft acquife dans tous
les Pays de l'Europe où il a fait admirer
fes talens .
Le Public attendoit avec impatience
le moment de le revoir paroître fur un
Théâtre où il avoit laiffé un vuide trop
fenfible pour n'être point regretté . Les
applaudiffemens continuels qu'il a reçus
l'ont affure du nouveau plaifir qu'il a
fait , furtout dans le belle Chacone
de M. le Berton, dans laquelle M.Veftris
s'étoit diftingué d'une façon fi brillante
à l'Opéra. La comparaifon n'a point
nui à M. Pitrot ; c'eſt affez faire fon
éloge.
La légéreté , la précifion & les grâces
réunies dans la Danfe de Mde Pitrot ,
lui ont mérité des fuffrages unanimes.
Elle étoit déja reconnue pour une des
premières Danfeufes dans le genre brillant
; on a remarqué avec la plus vive
fatisfaction combien les leçons d'un
grand Maître ont fervi en elle à l'entière
perfection d'un Art où elle a fi
peu de rivales . Nous ne devons pas
oublier non plus de donner aux talens
naiffans de Mlles Louife & Mion Rey
182 MERCURE DE FRANCE.
fes Niéces , les juftes éloges qu'elles
méritent. Elles prouvent l'une & l'autre
que les grâces font héréditaires dans
leur Famille.
Nous donnons ici le Programme de
ce Ballet avec l'Epître au Public tels
que M. Pitrot les a donnés lui -même,
M. RENAUD , dont nous avors
déja parlé dans le Mercure précédent ,
a continué fes débuts par le rôle de
Lucas dans les Aveux indifcrets , & a
repris quelques-uns des mêmes qu'il
avoit joués d'abord. La timidité fi naturelle
à un Débutant avoit paru nuire
à l'action de fon jeu qu'il a développé
depuis , & l'on peut dire , qu'il a juftifié
les encouragemens que l'on lui a
donnés. Il y a tout lieu d'efpérer qu'il
deviendra un Sujet très - utile pour ce
Spectacle.
Le 24 Octobre , on a donné la première
repréſentation d'Ulyffe dans l'Ifie
de Circe , Ballet férieux Héroï Pantomime
, de la compofition de M. Pitrot ,
dans lequel lui & fon Epoufe ( ci-devant
connue à ce même Spectacle & à l'Opéra
fous le nom de Mlle Rey ) ont
danfé les principales Entrées.
, La magnificence de ce Ballet la
beauté des fituations , les grâces & les
NOVEMBRE . 1764. 181
variétés du deffein , l'enſemble de l'éxé
cution , tout a répondu à la célébrité
que M. Pitrot s'eft acquife dans tous
les Pays de l'Europe où il a fait admirer
fes talens .
Le Public attendoit avec impatience
le moment de le revoir paroître fur un
Théâtre où il avoit laiffé un vuide trop
fenfible pour n'être point regretté . Les
applaudiffemens continuels qu'il a reçus
l'ont affure du nouveau plaifir qu'il a
fait , furtout dans le belle Chacone
de M. le Berton, dans laquelle M.Veftris
s'étoit diftingué d'une façon fi brillante
à l'Opéra. La comparaifon n'a point
nui à M. Pitrot ; c'eſt affez faire fon
éloge.
La légéreté , la précifion & les grâces
réunies dans la Danfe de Mde Pitrot ,
lui ont mérité des fuffrages unanimes.
Elle étoit déja reconnue pour une des
premières Danfeufes dans le genre brillant
; on a remarqué avec la plus vive
fatisfaction combien les leçons d'un
grand Maître ont fervi en elle à l'entière
perfection d'un Art où elle a fi
peu de rivales . Nous ne devons pas
oublier non plus de donner aux talens
naiffans de Mlles Louife & Mion Rey
182 MERCURE DE FRANCE.
fes Niéces , les juftes éloges qu'elles
méritent. Elles prouvent l'une & l'autre
que les grâces font héréditaires dans
leur Famille.
Nous donnons ici le Programme de
ce Ballet avec l'Epître au Public tels
que M. Pitrot les a donnés lui -même,
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Résumé : Comédie Italienne.
Le texte évoque les débuts de M. Renaud dans le rôle de Lucas dans 'Les Aveux indifférents', soulignant ses progrès malgré une timidité initiale. Son jeu a été encouragé, et il est attendu qu'il devienne un acteur utile pour le spectacle. Le 24 octobre, la première représentation de 'Ulysse dans l'Île de Circe', un ballet sérieux héroïque et pantomime composé par M. Pitrot, a eu lieu. M. Pitrot et son épouse, anciennement Mlle Rey, ont dansé les principales entrées. Le ballet a été salué pour sa magnificence, la beauté des situations, les grâces et les variétés du dessin, ainsi que l'ensemble de l'exécution, confirmant la célébrité de M. Pitrot en Europe. Le public, impatient de revoir M. Pitrot, l'a acclamé, notamment pour sa performance dans la chaconne de M. le Berton. Mme Pitrot a également été félicitée pour sa légèreté, précision et grâces, confirmant son statut de première danseuse dans le genre brillant. Les nièces de M. Pitrot, Mlles Louise et Mion Rey, ont été louées pour leurs talents naissants, prouvant que les grâces sont héréditaires dans leur famille. Le texte inclut également le programme du ballet et une épître au public fournis par M. Pitrot.
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23
p. 174-193
OPÉRA.
Début :
Le vendredi, 6 mai, on a donné la première représentation de la Vénitienne, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Opéra, Plaisirs, Ardeur, Musique, Succès, Plaisir, Monologue, Théâtre, Noeuds, Divertissement, Air, Rôle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPÉRA.
OPÉRA.
La vendredi , 6 mai , on a donné là
première repréſentation de la Vénitienne ,
comédie ballet en trois actes , poëme de
feu M. la Motte * , remis en mutique
par M. d'Auvergne , Surintendant de la
Mulique du Roi . Le fuccès de cet opéra
parut d'abord très - équivoque ; mais dans
parut
le cours des repréſentations fubféquentes ,
le public a femblé prendre plaifir à rendre
de plus en plus juftice aux talens reconnus
du célèbre Compofiteur qui n'a pas
craint de redonner l'être à ce drame , fufceptible
en effet des plus grandes beautés
muficales , quoique d'un genre à effuyer
bien des contradictions. L'impartialité que
nous nous faifons un devoir d'obferver
dans nos jugemens , nous oblige de conve
* Cet opéra , dont l'ancienne muſique eſt de
la Barre , fut joué , pour la première fois , le 26
mai 1705. On ne l'avoit point repris depuis .
JUIN 1768 . 175
nir que le fond de cer opéra , quelque,
faillantes qu'en foient les paroles , a feul
contribué à balancer les fuffrages. Nous
ne prétendons point attaquer le préjugé
établi en faveur des anciens poëmes ; mais
nous ne pouvons diffimuler que le goût ,
à force de mers délicats , eft devenu difficile
, & que , blâfé fur la magie de l'efprit
, il ne fe laiffe plus piquer que par
l'intérêt. Trop de refpect pour les anciennes
productions eft auffi nuifible au progrès
des lettres qu'une exceffive indulgence
pour les nouvelles. L'analyfe que nous
allons faire de la Vénitienne pourra peut- être
juftifier le peu d'accueil que le public lui
a fait le premier jour qu'elle a reparu.
ACTEURS.
ISABELLE ,
LEONORE ,
OCTAVE ,
Mde L'ARRIVÉE.
Mlle BEAU MESNIL.
M. LE GROS.
ISMÉNIDE, Dévinereffe , Mlle DUBOIS.
ZERBIN , valet d'O CTAVE
, M. L'ARRIVÉE.
SPINETTE , fuivante
d'ISABELLE , Mlle ROSALIE.
ACTE PREMIER.
La théâtre repréſente des jardins , &
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dans l'éloignement la place de Saint-Marc
Léonore ouvre la fcène par ce monologue.
Tendres plaifirs , charmans amours ,
Ah ! que n'ai - je plutôt fenti votre puiffance !
Deviez -vous , dans l'indifférence ,
Laiffer couler mes plus beaux jours ?
Du moins gardons -nous bien d'éteindre
Les feux que dans mon coeur l'amour daigne
allumer :
Au lieu de m'en laiffer charmer ,
Falloit-il perdre , hélas ! tant de temps à les
craindre ?
Tendres plaifirs , &c.
La mufique de ce monologue , d'un
genre très- agréable , a été vivement fentie
& généralement applaudie. Isabelle furvient
avec Spinette , fa fuivante. Elle
accufe Léonore , qui eft fon amie , d'ingratitude
& de trahifon. Quoi ! lui ditelle
,
L'amant qui m'aimoit vous adore ,
Et votre coeur reçoit les infidèles voeux ?
Léonore la défabuſe , en s'expliquant
ainfi :
C'est dans les premiers jeux que me fit voir Octavež
Que la paix fortit de mon coeur.
Un inconnu fut mon vainqueur.
JUIN 1768. 177
D'un feul de fes regards mon coeur fut enchanté ;
Le mafque me cacha le refte de fes charmes.
· •
Il me parle à ces jeux que vous me reprochez.
Elle eſpère de voir enfin fes traits dans
le bal qui fe prépare . Cet aveu tranquilife
Ifabelle. Léonore la quitte en lui difant ,
au fujet d'Octave :
Je vais encor , par de nouveaux refus
Servir votre amour & ma flâme.
Ffabelle , dans la fcène qui fuit , apprend
à Spinette quel eft cet inconnu dont Léo
More s'eft éprife.
Lorfque de mon amant
Je vis l'inconftance fatale ,
Je le fuivis par-tout fous un déguisement
Qui m'a livré le coeur de ma rivale...
Elle charge Spinette d'obferver les pas
d'Octave & de l'inftruire de toutes fes
démarches. Spinette , feule , chante cette
ariette , que nous citons comme une des
plus agréables de cet opéra
De mille amans en vain nous recevons les voeux
On les perd fans retour en terminant leur peine
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Les perfides brifent leurs noeuds
Dès qu'ils ont formé notre chaîne.
On ne foupire long- temps ,
Que pour des beautés cruelles :
Les peines font les coeurs conftans ,
Les plaifirs font les infidèles.
Spinette entend venir Octave ; elle fe
cache pour l'obferver. Léonore rentre fur
la fcène avec lui : ils chantent un duo
contraſté dont la mufique eft d'un très - bel
effet . Léonore renvoye Octave à Ifabelle ,
& ne lui promet que des mépris. Il ne
paroît alarmé ni de fon courroux ni de
fon indifférence . Leur difpute eft interrompue
par l'arrivée d'une troupe de barquerolles
qui forment un divertiffement ,
dans lequel on applaudit , avec un plaifir
toujours nouveau , MM. Lani & Dauberval
, & Miles Allard & Peflin * . MM.
Malter & Le Grand , Mlle Mion & Dervieux
s'y diftinguent auffi & recueillent en
même temps des fuffrages unanimes. Les
* Nous obferverons ici , avec plaifir , que
Mlle Peflin , toujours applaudie avec juſtice , l'a
fur- tout été univerfellement dans le beau pas de
deux qu'elle danfe avec M. Dauberval ; & que les
foins & les avis de cet excellent Danfeur l'ont
mife au point de partager très -fouvent les éloges
que l'on doit toujours à Mlle Allard.
JUIN 1768. 179
19
airs de ce divertiffement , entr'autrès , ce- :
lui des barquerolles , compofé de huit
couplets , font honneur au goût & au
génie de M. d'Auvergne . Zerbin conduit
la fête , après laquelle Octave preffe encore
Léonore de fe rendre , & n'eft pas mieux
écouté qu'auparavant. Fatigué de fes méptis
, il fe difpofe à aller confulter Ifménide
, réfolu d'apprendre de cette Magicienne
quel fera le fuccès de fon amour.
Spinette, qui s'eft toujours tenue cachée
pour l'épier , reparoît dès qu'elle le voit
parti , & annonce qu'elle va révéler à fa
maîtreffe le deffein du perfide.
ACTE I I.
Le théâtre repréfente un antre éclairé
par une lampe. , Octave , déguifé en valet ,
& Zerbin en noble Vénitien , arrivent
près de l'antre d'Ifménide. Zerbin tremble
& chancéle à l'aspect de cette demeure
infernale. Il dit à fon maître , qui s'en apperçoit
:
Pour braver les périls où votre amour m'engage ,
J'ai voulu de Bacchus emprunter le fecours ;
Dans fa liqueur j'ai cherché du courage ,
Mais je fens bien que j'en manque toujours.
e.
L'objet du déguisement qu'Octave a
H vj
180 , MERCURE DE FRANCE.
pris & a fair prendre à Zerbin eft d'éprou
ver la fcience des deyins ; il veut voir s'il
s'y laifferont tromper . Il va les avertir &
oblige fon valet de refter feul devant la
caverne. Le jus de Bacchus dont Zerbin
a cru devoir s'enivrer , par une fage précaution,,
ne l'enhardit point ; au contraire ,
fa cervelle n'en eft que plus troublée. Il
croit voir des fpectres & des monftres
horribles , il croit entendre des cris & des
hurlemens affreux ; il s'imagine qu'un
géant furieux eft prêt à le frapper. Il fe
recommande à Bacchus ; il fe plaint que
ce Dieu ne lui ait prêté que d'impuiffantes
armes ; enfin il s'endort après avoir fait
fur les charmes du fommeil cette réflexion
que l'on pourroit trouver trop philofophique
pour un homme de fa forte & pour la
fituation où il fe trouve , mais qui n'en
préfente pas moins une vérité des plus
frappantes.
'
Que le fort des mortels eft' pen digne d'envie !
Les plus doux plaifirs de la vie ,
Sont de n'en point fentir les maux.
Tout ce monologue , qui commence par
un récitatif obligé , eft rendu par le muficien
d'une manière fublime . Ce morceau
& digne de la réputation de fon auteur ,
3JUIN • 180
1768.
eft un des plus beaux que l'on ait entendus
jufqu'ici fur ce théâtre. Ifabelle , voyant
Zerbin couvert des habits de fon maître
& le trouvant endormi , le prend pour
Octave. Son monologue , qui commence
auffi par un récitatif obligé , eft fuivi d'un
air de mouvement qui peint très - bien la
fureur qui l'agite. Elle va pour ôter le
poignard de Zerbin & s'en frapper ; il fe
réveille , elle le reconnoît ; il lui apprend
qu'Octave eft actuellement occupé à confulter
Ifménide fur fa nouvelle ardeur..
Ifabelle , appercevant fon amant qui fort
de l'antre avec la Devinereffe , dit en à
parte :
Je veux les écouter..
Leur difcours m'apprendra ce que je dois tenter.
Ifménide , accompagnée d'Octave , s'avance
avec une troupe de Devins & de
Devinereffes. Ifabelle les obferve fans être
vue. Octave , pour embarraffer Ifménide ,
lui parle ainfi :
Vous , pour qui l'avenir n'a rien d'impénétrable ,,
Qui des plus . fombres coeurs percez tous les détours
Vous favez qui de nous cherche votre fecours ,
M
IS MENIDE à part.
?
Malgré leur myſtère ,,
En les intimidant tâchons à juger d'eux..
&C
182 MERCURE DE FRANCE.
Elle obferve leurs mouvemens & continue
de la forte :
Les démons à ma voix vont paroître en ces lieux.
Pourrez- vous foutenir leur terrible préſence ?
OCTAVE.
Parlez , je ne crains rien .
ZERBIN.
Moi , je crains tout , ô dieux !
La fermeté du maître & la frayeur du
valet les décéle l'un & l'autre aux yeux de
la Devinereffe , qui dit à Octave , en montrant
Zerbin :
Vous me cherchez vous ſeul &vous êtes fon maître.
OCTAVE.
Vous favez quel deffein en ce lieu me conduit ?
ISMENIDE embarraffée.
Souvent. l'amour...
ZERBIN,
T
Ciel ! quel démon l'inftruit ?
IS MÉNID E.
L'amour vous fait fentir les plus rudes atteintes,
འ །
ZERBIN.
Chaque mot redouble mes craintes !
IS Li
JUIN 1768. 183
Ainfi la peur indifcrette de Zerbin ſeconde
l'adrefle d'Iſménide & l'aide à deviner
ce qui fe paffe dans le coeur d'Octave.
Il la prie de l'éclaircir fur le fort que le
Ciel réſerve à fon amour. Elle ordonne à
fes Miniftres de célébrer leurs affreux myftères.
Les Devins font leurs cérémonies
magiques. Les danfes font entremêlées de
chants. On remarque , dans ce divertiffement
, deux choeurs infernaux qui ne cédent
en rien à ceux même qui ont le plus
illuftré l'incomparable Rameau. Ifménide ,
après les cérémonies , fait éteindre les
Bambeaux & la lampe qui éclaire l'antre .
Elle prévient Octave qu'il va être inftruit
de fon fort. A la faveur de l'obfcurité
Ifabelle fort de l'endroit où elle étoit cachée
, & prononce elle -même cet oracle :
Octave , romps tes nouveaux fers ,
Je tiens le fer levé fur ton coeur infidèle ;
Cette nuit , avec moi , je t'entraîne aux enfers ,
Si ce jour ne te voit fous les loix d'Iſabelle.
Ifménide & les Devins , furpris de ce
qu'ils entendent , font eux - mêmes faifis
de frayeur & fortent précipitamment avec
Octave & Zerbin .
ISABELLE feule,
Toi , qui m'as infpirée , achève ton ouvrage ,
Amour ! c'eft à toi feul de me rendre un volage.
184 MERCURE DE FRANCE.
Rien n'eft plus ingénieux certainement
que l'idée de cette fcène & de la précédente
; mais on a trouvé que la magie
en étoit trop noire pour un drame qui
porte le titre de comédie- ballet. Il est vrai
qu'elle ne diffère point de celle de nos plus
fombres tragédies lyriques. La Devinereffe
s'y préfente avec tout l'appareil effrayant
des Circe & des Médée. Cependant , en
réfléchiffant fur l'intrigue de ce poëme ,
il eft facile de fentir que , fi l'Auteur eût
voulu répandre fur fa magie des nuances
plus gaies , il eût manqué tout l'effet de
fes deux fcènes. La teinte qu'il a prife
étoit abfolument néceffaire au fil de fon
action qu'il a développée avec un art infini.
La richeffe d'invention qui brille dans cet
acte eft demeurée en pure perte pour lui
faute d'avoir mieux concilié l'intérêt des
fpectateurs avec celui de fes perfonnages.
Le fujet de la confultation d'Octave eft trop
peu grave pour une fi grande profufion
de couleurs fombres. D'ailleurs , le mêlange
de férieux , de comique & de tragique
déplaît toujours partout où il fe
Trouve. Les plaifanteries de Zerbin devant
une Magicienne de l'afpect le plus redou
table n'ont point été goûtées. On ne s'eft.
point prêté à la néceffité de ces difparates
pour le jeu de l'action. Ce qui prouve que
JUIN 1768 . 185
1
ce n'eft pas toujours par les effets du génie
que l'on réuffit à plaire.
Le ballet de cet acte , qui eft de la compofition
de M. Laval , & dans lequel il
danfe lui-même avec une force & une
vivacité qui le laiffent fans rivaux dans ce
genre , eft très-bien exécuté.
ACTE I I I.
Le théâtre repréfente un fallon préparé
pour un bal. Léonore feule commence
l'acte par cet air , dont les paroles charmantes
ne font pas exprimées par la mufique
avec des grâces moins piquantes.
Quand je revois l'objet de mes amours ,
Le temps s'enfuit d'une viteffe extrême ;
Mais , hélas il fufpend fon cours ,
Quand je ne vois plus ce que j'aime,
O temps fervez mieux nos defirs ;
Réparez de l'amour les rigueurs inhumaines
Arrêtez-vous pour fixer les plaifirs ,
Volez pour abréger les peines.
Octave revient encore lui parler d'a
mour.
L'amour feul ( lui dit- il ) peut nous fatisfaire
Le plus doux plaifir eft d'aimer ,
Et le plus fenfible eft de plaire.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
Ifabelle , mafquée & déguifée en Vénitien
, paroît avec une troupe de mafques.
Léonore , qui reconnoît en elle l'objet dont
elle eft préoccupée , ne cherche plus qu'à
éloigner Octave . Elle le charge d'aller
avertir Ifabelle que les jeux font prêts.
OCTAVE.
Eh ! pourquoi voulez - vous qu'elle foit de ces jeux?
LÉONORE.
Allez , vous dis - je , je le veux ;
Et ne revenez pas fans elle .
OCTAVE , à part.
Quels foupçons viennent m'agiter !
Demeurons , & fachons s'il s'y faut arrêter.
Ifabelle , en s'amufant de la méprife de
Léonore , continue de lui faire la cour.
Son déguiſement donne lieu aux équivoques
les plus ingénieufes. Léonore l'engage
a fe démafquer , & les refus d'Ifabelle ont
l'air de partir d'une modeftie outrée. Léonore
en prend occafion de l'accufer de ne
vouloir que fe divertir à fes dépens , ce
qu'elle lui fait entendre par ce vers :
Vos refus ne font voir qu'une ardeur bien légère.
JUIN 1768. 187
ISABELLE.
Mon coeur brûle de mille feux ,
La conftance & l'amour y triomphent enſemble.
Non , dans tout l'empire amoureux ,
Vous ne trouverez point d'amant qui me reffemble.
Elle ajoute qu'elle craint qu'Octave ne
la féchiffe , ce qui foutient toujours le
ton d'équivoque dont Léonore eft la dupe .
Elle répond à Iſabelle :
N'êtes-vous pas le feul de qui l'ardeur m'enchante
?
Je voudrois être encor mille fois plus charmante;
Mais je voudrois ne l'être qu'a vos yeux.
Cette scène est terminée par un trèsjoli
duo où elles fe jurent une ardeur
éternelle. Octave , furieux . fe montre dans
le moment & fait à Léonore tous les reproches
que la colère peut dicter.
ISABELL B.
Calmez le tranſport qui vous guide.
Peut-être qu'Isabelle eſt cachée en ces lieux :
Ne rougirez - vous point de montrer à les yeux
Ce défefpoir perfide ?
Octave , outré de fe voir plaifanter par
188 MERCURE DE FRANCE.
un rival , menace de le tuer. Léonore ;
effrayée , veut l'appaifer. Sa colère n'en
devient que plus forte , ce qui oblige Ifabelle
de fe faire reconnoître. En ôtant fon
mafque d'une main , & de l'autre tirant
fon poignard , elle lui dit :
Connois- moi donc , perfide , & frappè , fi tu
l'ofes.
LÉONORE & OCTAVE,
Que vois-je ?
LÉONORE.
Amour ! à quels maux tu m'expoſes !
Elle fort. Ifabelle , reftée feule avec
Octave , ne met plus de bornes à fon dépit.
L'habit qu'elle porte lui infpire un courage
héroïque. De l'air le plus impétueux
& le plus décidé , ollo adreffe ce difcours
à Octave :
Qui te retient , ingrat ? fui ton reffentiment.
Sois mon vainqueur ou ma victime ;
Que l'un de nous périffe en ce moment .
Perfide ! vien combler ton crime ,
Ou recevoir ton châtiment.
Octave ne fait que répondre à ce défi .
Elle prend enfuite un ton plus doux &
JUIN 1768. 189
l'invite à reprendre fes premiers noeuds.
Touché de tant d'amour , il ne peut réfifter
à la flamme qu'il fent renaître pour
elle dans fon coeur. Ils fe réconcilient , &
le bal commence . Ifabelle , Octave & Zerbin
chantent chacun une ariette pendant la
fête , dans laquelle danfent M. Gardel ,
Miles Guimard , & Affelin , avec tous
les applaudiffemens qu'ils font dans
l'habitude de recueillir. MM. Lani &
Dauberval , & Miles Allard & Peflin y
exécutent auffi , en pas de quatre , une
pantomime de Tirrolois . La célébrité des
talens de ces quatre fujets nous difpenfe
d'en faire l'éloge . Le divertiffement eft
terminé par une contredanfe à laquelle fe
joint le pas de quatre ci -deffus.
On peut juger par cet extrait que le
dénouement de ce poëme n'étoit point
affez heureux pour exciter de grands applaudiffemens.
Léonore eft une jeune perfonne
aimable , douce & tendre , dont le
coeur ne fent rien pour Octave , mais s'eſt
laiffé prévenir en faveur d'un objet qui ,
quoique fous le mafque , n'en a pas moins
eu le fecret de lui plaire . N'étant ni fourbe ,
ni coquette , ni fière , ni envieuſe , elle ne
mérite point d'être la victime de la ſupercherie
d'Ifabelle. On ne fauroit non plus
pardonner à celle- ci le tour qu'elle joue à
190 MERCURE DE FRANCE.
"
fon amie. Cette méchanceté détruit tout
l'intérêt que l'on pourroit prendre à l'injure
que lui fait fon amant , & empêche
que l'on ne partage fon bonheur lorfqu'elle
l'a ramené dans fes fers. Octave , de fon
côté , revient à elle dans une circonſtance
très- défavorable. On ne peut lui favoir
gré de l'oubli fubit qu'il fait de Léonore
il femble qu'il ait encore peur du poignard
dont Habelle l'a menacé.
La prompte fuite de Léonore` , en reconnoiffant
Ifabelle , toute naturelle qu'elle
étoit , excitoit toujours des rumeurs. On
a cru devoir remédier à ce défaut en changeant
ainfi le dénouement. On fait refter
Léonore après qu'elle a dit :
Amour à quels maux tu m'expoſes !
Et c'est devant elle qu'Ifabelle dit à
Odave :
Qui te retient , ingrat , &c.
A recevoir ton châtiment,
LÉONORE à ISABELLE.
Qu'un fentiment plus doux déformais vous anime.
Sous ce déguisement vous furprîtes mon coeur;
Pour m'en venger je veux votre bonheur.
( Montrant Octave. )
Rendez-lui votre amour , & mon âme eſt contente.
1
JUIN 1768. 191
OCTAVE À ISABELLE.
Ah ! fuis-je digne encor de vous offrir des voeux ?
ISABELLE.
Je devrois te punir d'avoir trahi més feux ;
Mais je fens malgré moi ma colère mourante,
Rens le calme à mon coeur , reprens tes premiers
noeuds.
Ne vois en moi qu'une fidèle amante ;
N'y vois plus de rival heureux.
OCTAVE.
Tant d'amour pénétre mon âme.
Plus charmé que jamais je tombe à vos genoux ;
Accordez le pardon d'une infidèle flâme ,
A celle dont mon coeur brûle à jamais pour vous.
ISABELLE.
Ah ! je fuis trop heureuſe !
Остаув .
Adorable Ifabelle !
LÉONORE.
Vous m'enchantez par des tranfports fi doux !
Les Interlocuteurs reprennent en trio le
joli duo qu'Isabelle & Léonore ont chanté
192 MERCURE DE FRANCE.
dans la fcène III de cet acte , & que nous
tranfcritons ici.
LÉONORE.
Suivez l'amour qui vous appelle .
ISABELLE à OCTAVE.
Il enchaîne nos coeurs de fes noeuds les plus beaux;
LEONORE.
Que votre ardeur foit éternelle.
ISABELLE & OCTAV E.
Que notre ardeur foit éternelle ,
Et nos plaifirs toujours nouveaux .
Il n'eft pas étonnant que les détails charmans
dont cet ouvrage eft rempli aient féduit
M. Dauvergne à la lecture , & il eſt
très -excufable de s'être aveuglé fur fes défauts
; mais il y a tout lieu d'efpérer que
les beautés de la mufique , plus admirée
de jour en jour , répareront fuffisamment
les torts du Poëte."
Depuis qu'on joue cet opéra , Mile Rofalie
a quitté le rôle de Spinette qu'elle a
chanté avec autant d'agrément & de lége
reté , qu'elle a mis de fineffe & de vérité
dans celui de Léonore , où elle a remplacé
Mlle Beauménil qui a été forcée de quitter
par
JUIN 1768 . 123
་
par une indifpofition qui l'empêche encore
de reparoître.
Mile Ritter a remplacé Mlle Rofaliedans
le rôle de Spinette , & n'a point démenti
le fuccès qu'elle a eu lors de fon
début .
Mlle Dubois , à la feconde repréfentation
, a été remplacée par Mlle Duplan
dans le rôle d'Ifménide ; & M. Larrivée
par MM . Durand & Caffagnade dans celuž
de Zerbin.
Mlle Duranci chante maintenant , avec
beaucoup de fuccès , le rôle d'Iſabelle que
Mde l'Arrivée a quitté pour s'occuper de
celui d'Alcimadure , dont on répéte l'opéra ,
traduit en françois par M. de Mondonville ,
auteur de la mufique , & que
l'on compte
donner mardi7 de ce mois , pour la première
fois.
La vendredi , 6 mai , on a donné là
première repréſentation de la Vénitienne ,
comédie ballet en trois actes , poëme de
feu M. la Motte * , remis en mutique
par M. d'Auvergne , Surintendant de la
Mulique du Roi . Le fuccès de cet opéra
parut d'abord très - équivoque ; mais dans
parut
le cours des repréſentations fubféquentes ,
le public a femblé prendre plaifir à rendre
de plus en plus juftice aux talens reconnus
du célèbre Compofiteur qui n'a pas
craint de redonner l'être à ce drame , fufceptible
en effet des plus grandes beautés
muficales , quoique d'un genre à effuyer
bien des contradictions. L'impartialité que
nous nous faifons un devoir d'obferver
dans nos jugemens , nous oblige de conve
* Cet opéra , dont l'ancienne muſique eſt de
la Barre , fut joué , pour la première fois , le 26
mai 1705. On ne l'avoit point repris depuis .
JUIN 1768 . 175
nir que le fond de cer opéra , quelque,
faillantes qu'en foient les paroles , a feul
contribué à balancer les fuffrages. Nous
ne prétendons point attaquer le préjugé
établi en faveur des anciens poëmes ; mais
nous ne pouvons diffimuler que le goût ,
à force de mers délicats , eft devenu difficile
, & que , blâfé fur la magie de l'efprit
, il ne fe laiffe plus piquer que par
l'intérêt. Trop de refpect pour les anciennes
productions eft auffi nuifible au progrès
des lettres qu'une exceffive indulgence
pour les nouvelles. L'analyfe que nous
allons faire de la Vénitienne pourra peut- être
juftifier le peu d'accueil que le public lui
a fait le premier jour qu'elle a reparu.
ACTEURS.
ISABELLE ,
LEONORE ,
OCTAVE ,
Mde L'ARRIVÉE.
Mlle BEAU MESNIL.
M. LE GROS.
ISMÉNIDE, Dévinereffe , Mlle DUBOIS.
ZERBIN , valet d'O CTAVE
, M. L'ARRIVÉE.
SPINETTE , fuivante
d'ISABELLE , Mlle ROSALIE.
ACTE PREMIER.
La théâtre repréſente des jardins , &
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dans l'éloignement la place de Saint-Marc
Léonore ouvre la fcène par ce monologue.
Tendres plaifirs , charmans amours ,
Ah ! que n'ai - je plutôt fenti votre puiffance !
Deviez -vous , dans l'indifférence ,
Laiffer couler mes plus beaux jours ?
Du moins gardons -nous bien d'éteindre
Les feux que dans mon coeur l'amour daigne
allumer :
Au lieu de m'en laiffer charmer ,
Falloit-il perdre , hélas ! tant de temps à les
craindre ?
Tendres plaifirs , &c.
La mufique de ce monologue , d'un
genre très- agréable , a été vivement fentie
& généralement applaudie. Isabelle furvient
avec Spinette , fa fuivante. Elle
accufe Léonore , qui eft fon amie , d'ingratitude
& de trahifon. Quoi ! lui ditelle
,
L'amant qui m'aimoit vous adore ,
Et votre coeur reçoit les infidèles voeux ?
Léonore la défabuſe , en s'expliquant
ainfi :
C'est dans les premiers jeux que me fit voir Octavež
Que la paix fortit de mon coeur.
Un inconnu fut mon vainqueur.
JUIN 1768. 177
D'un feul de fes regards mon coeur fut enchanté ;
Le mafque me cacha le refte de fes charmes.
· •
Il me parle à ces jeux que vous me reprochez.
Elle eſpère de voir enfin fes traits dans
le bal qui fe prépare . Cet aveu tranquilife
Ifabelle. Léonore la quitte en lui difant ,
au fujet d'Octave :
Je vais encor , par de nouveaux refus
Servir votre amour & ma flâme.
Ffabelle , dans la fcène qui fuit , apprend
à Spinette quel eft cet inconnu dont Léo
More s'eft éprife.
Lorfque de mon amant
Je vis l'inconftance fatale ,
Je le fuivis par-tout fous un déguisement
Qui m'a livré le coeur de ma rivale...
Elle charge Spinette d'obferver les pas
d'Octave & de l'inftruire de toutes fes
démarches. Spinette , feule , chante cette
ariette , que nous citons comme une des
plus agréables de cet opéra
De mille amans en vain nous recevons les voeux
On les perd fans retour en terminant leur peine
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Les perfides brifent leurs noeuds
Dès qu'ils ont formé notre chaîne.
On ne foupire long- temps ,
Que pour des beautés cruelles :
Les peines font les coeurs conftans ,
Les plaifirs font les infidèles.
Spinette entend venir Octave ; elle fe
cache pour l'obferver. Léonore rentre fur
la fcène avec lui : ils chantent un duo
contraſté dont la mufique eft d'un très - bel
effet . Léonore renvoye Octave à Ifabelle ,
& ne lui promet que des mépris. Il ne
paroît alarmé ni de fon courroux ni de
fon indifférence . Leur difpute eft interrompue
par l'arrivée d'une troupe de barquerolles
qui forment un divertiffement ,
dans lequel on applaudit , avec un plaifir
toujours nouveau , MM. Lani & Dauberval
, & Miles Allard & Peflin * . MM.
Malter & Le Grand , Mlle Mion & Dervieux
s'y diftinguent auffi & recueillent en
même temps des fuffrages unanimes. Les
* Nous obferverons ici , avec plaifir , que
Mlle Peflin , toujours applaudie avec juſtice , l'a
fur- tout été univerfellement dans le beau pas de
deux qu'elle danfe avec M. Dauberval ; & que les
foins & les avis de cet excellent Danfeur l'ont
mife au point de partager très -fouvent les éloges
que l'on doit toujours à Mlle Allard.
JUIN 1768. 179
19
airs de ce divertiffement , entr'autrès , ce- :
lui des barquerolles , compofé de huit
couplets , font honneur au goût & au
génie de M. d'Auvergne . Zerbin conduit
la fête , après laquelle Octave preffe encore
Léonore de fe rendre , & n'eft pas mieux
écouté qu'auparavant. Fatigué de fes méptis
, il fe difpofe à aller confulter Ifménide
, réfolu d'apprendre de cette Magicienne
quel fera le fuccès de fon amour.
Spinette, qui s'eft toujours tenue cachée
pour l'épier , reparoît dès qu'elle le voit
parti , & annonce qu'elle va révéler à fa
maîtreffe le deffein du perfide.
ACTE I I.
Le théâtre repréfente un antre éclairé
par une lampe. , Octave , déguifé en valet ,
& Zerbin en noble Vénitien , arrivent
près de l'antre d'Ifménide. Zerbin tremble
& chancéle à l'aspect de cette demeure
infernale. Il dit à fon maître , qui s'en apperçoit
:
Pour braver les périls où votre amour m'engage ,
J'ai voulu de Bacchus emprunter le fecours ;
Dans fa liqueur j'ai cherché du courage ,
Mais je fens bien que j'en manque toujours.
e.
L'objet du déguisement qu'Octave a
H vj
180 , MERCURE DE FRANCE.
pris & a fair prendre à Zerbin eft d'éprou
ver la fcience des deyins ; il veut voir s'il
s'y laifferont tromper . Il va les avertir &
oblige fon valet de refter feul devant la
caverne. Le jus de Bacchus dont Zerbin
a cru devoir s'enivrer , par une fage précaution,,
ne l'enhardit point ; au contraire ,
fa cervelle n'en eft que plus troublée. Il
croit voir des fpectres & des monftres
horribles , il croit entendre des cris & des
hurlemens affreux ; il s'imagine qu'un
géant furieux eft prêt à le frapper. Il fe
recommande à Bacchus ; il fe plaint que
ce Dieu ne lui ait prêté que d'impuiffantes
armes ; enfin il s'endort après avoir fait
fur les charmes du fommeil cette réflexion
que l'on pourroit trouver trop philofophique
pour un homme de fa forte & pour la
fituation où il fe trouve , mais qui n'en
préfente pas moins une vérité des plus
frappantes.
'
Que le fort des mortels eft' pen digne d'envie !
Les plus doux plaifirs de la vie ,
Sont de n'en point fentir les maux.
Tout ce monologue , qui commence par
un récitatif obligé , eft rendu par le muficien
d'une manière fublime . Ce morceau
& digne de la réputation de fon auteur ,
3JUIN • 180
1768.
eft un des plus beaux que l'on ait entendus
jufqu'ici fur ce théâtre. Ifabelle , voyant
Zerbin couvert des habits de fon maître
& le trouvant endormi , le prend pour
Octave. Son monologue , qui commence
auffi par un récitatif obligé , eft fuivi d'un
air de mouvement qui peint très - bien la
fureur qui l'agite. Elle va pour ôter le
poignard de Zerbin & s'en frapper ; il fe
réveille , elle le reconnoît ; il lui apprend
qu'Octave eft actuellement occupé à confulter
Ifménide fur fa nouvelle ardeur..
Ifabelle , appercevant fon amant qui fort
de l'antre avec la Devinereffe , dit en à
parte :
Je veux les écouter..
Leur difcours m'apprendra ce que je dois tenter.
Ifménide , accompagnée d'Octave , s'avance
avec une troupe de Devins & de
Devinereffes. Ifabelle les obferve fans être
vue. Octave , pour embarraffer Ifménide ,
lui parle ainfi :
Vous , pour qui l'avenir n'a rien d'impénétrable ,,
Qui des plus . fombres coeurs percez tous les détours
Vous favez qui de nous cherche votre fecours ,
M
IS MENIDE à part.
?
Malgré leur myſtère ,,
En les intimidant tâchons à juger d'eux..
&C
182 MERCURE DE FRANCE.
Elle obferve leurs mouvemens & continue
de la forte :
Les démons à ma voix vont paroître en ces lieux.
Pourrez- vous foutenir leur terrible préſence ?
OCTAVE.
Parlez , je ne crains rien .
ZERBIN.
Moi , je crains tout , ô dieux !
La fermeté du maître & la frayeur du
valet les décéle l'un & l'autre aux yeux de
la Devinereffe , qui dit à Octave , en montrant
Zerbin :
Vous me cherchez vous ſeul &vous êtes fon maître.
OCTAVE.
Vous favez quel deffein en ce lieu me conduit ?
ISMENIDE embarraffée.
Souvent. l'amour...
ZERBIN,
T
Ciel ! quel démon l'inftruit ?
IS MÉNID E.
L'amour vous fait fentir les plus rudes atteintes,
འ །
ZERBIN.
Chaque mot redouble mes craintes !
IS Li
JUIN 1768. 183
Ainfi la peur indifcrette de Zerbin ſeconde
l'adrefle d'Iſménide & l'aide à deviner
ce qui fe paffe dans le coeur d'Octave.
Il la prie de l'éclaircir fur le fort que le
Ciel réſerve à fon amour. Elle ordonne à
fes Miniftres de célébrer leurs affreux myftères.
Les Devins font leurs cérémonies
magiques. Les danfes font entremêlées de
chants. On remarque , dans ce divertiffement
, deux choeurs infernaux qui ne cédent
en rien à ceux même qui ont le plus
illuftré l'incomparable Rameau. Ifménide ,
après les cérémonies , fait éteindre les
Bambeaux & la lampe qui éclaire l'antre .
Elle prévient Octave qu'il va être inftruit
de fon fort. A la faveur de l'obfcurité
Ifabelle fort de l'endroit où elle étoit cachée
, & prononce elle -même cet oracle :
Octave , romps tes nouveaux fers ,
Je tiens le fer levé fur ton coeur infidèle ;
Cette nuit , avec moi , je t'entraîne aux enfers ,
Si ce jour ne te voit fous les loix d'Iſabelle.
Ifménide & les Devins , furpris de ce
qu'ils entendent , font eux - mêmes faifis
de frayeur & fortent précipitamment avec
Octave & Zerbin .
ISABELLE feule,
Toi , qui m'as infpirée , achève ton ouvrage ,
Amour ! c'eft à toi feul de me rendre un volage.
184 MERCURE DE FRANCE.
Rien n'eft plus ingénieux certainement
que l'idée de cette fcène & de la précédente
; mais on a trouvé que la magie
en étoit trop noire pour un drame qui
porte le titre de comédie- ballet. Il est vrai
qu'elle ne diffère point de celle de nos plus
fombres tragédies lyriques. La Devinereffe
s'y préfente avec tout l'appareil effrayant
des Circe & des Médée. Cependant , en
réfléchiffant fur l'intrigue de ce poëme ,
il eft facile de fentir que , fi l'Auteur eût
voulu répandre fur fa magie des nuances
plus gaies , il eût manqué tout l'effet de
fes deux fcènes. La teinte qu'il a prife
étoit abfolument néceffaire au fil de fon
action qu'il a développée avec un art infini.
La richeffe d'invention qui brille dans cet
acte eft demeurée en pure perte pour lui
faute d'avoir mieux concilié l'intérêt des
fpectateurs avec celui de fes perfonnages.
Le fujet de la confultation d'Octave eft trop
peu grave pour une fi grande profufion
de couleurs fombres. D'ailleurs , le mêlange
de férieux , de comique & de tragique
déplaît toujours partout où il fe
Trouve. Les plaifanteries de Zerbin devant
une Magicienne de l'afpect le plus redou
table n'ont point été goûtées. On ne s'eft.
point prêté à la néceffité de ces difparates
pour le jeu de l'action. Ce qui prouve que
JUIN 1768 . 185
1
ce n'eft pas toujours par les effets du génie
que l'on réuffit à plaire.
Le ballet de cet acte , qui eft de la compofition
de M. Laval , & dans lequel il
danfe lui-même avec une force & une
vivacité qui le laiffent fans rivaux dans ce
genre , eft très-bien exécuté.
ACTE I I I.
Le théâtre repréfente un fallon préparé
pour un bal. Léonore feule commence
l'acte par cet air , dont les paroles charmantes
ne font pas exprimées par la mufique
avec des grâces moins piquantes.
Quand je revois l'objet de mes amours ,
Le temps s'enfuit d'une viteffe extrême ;
Mais , hélas il fufpend fon cours ,
Quand je ne vois plus ce que j'aime,
O temps fervez mieux nos defirs ;
Réparez de l'amour les rigueurs inhumaines
Arrêtez-vous pour fixer les plaifirs ,
Volez pour abréger les peines.
Octave revient encore lui parler d'a
mour.
L'amour feul ( lui dit- il ) peut nous fatisfaire
Le plus doux plaifir eft d'aimer ,
Et le plus fenfible eft de plaire.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
Ifabelle , mafquée & déguifée en Vénitien
, paroît avec une troupe de mafques.
Léonore , qui reconnoît en elle l'objet dont
elle eft préoccupée , ne cherche plus qu'à
éloigner Octave . Elle le charge d'aller
avertir Ifabelle que les jeux font prêts.
OCTAVE.
Eh ! pourquoi voulez - vous qu'elle foit de ces jeux?
LÉONORE.
Allez , vous dis - je , je le veux ;
Et ne revenez pas fans elle .
OCTAVE , à part.
Quels foupçons viennent m'agiter !
Demeurons , & fachons s'il s'y faut arrêter.
Ifabelle , en s'amufant de la méprife de
Léonore , continue de lui faire la cour.
Son déguiſement donne lieu aux équivoques
les plus ingénieufes. Léonore l'engage
a fe démafquer , & les refus d'Ifabelle ont
l'air de partir d'une modeftie outrée. Léonore
en prend occafion de l'accufer de ne
vouloir que fe divertir à fes dépens , ce
qu'elle lui fait entendre par ce vers :
Vos refus ne font voir qu'une ardeur bien légère.
JUIN 1768. 187
ISABELLE.
Mon coeur brûle de mille feux ,
La conftance & l'amour y triomphent enſemble.
Non , dans tout l'empire amoureux ,
Vous ne trouverez point d'amant qui me reffemble.
Elle ajoute qu'elle craint qu'Octave ne
la féchiffe , ce qui foutient toujours le
ton d'équivoque dont Léonore eft la dupe .
Elle répond à Iſabelle :
N'êtes-vous pas le feul de qui l'ardeur m'enchante
?
Je voudrois être encor mille fois plus charmante;
Mais je voudrois ne l'être qu'a vos yeux.
Cette scène est terminée par un trèsjoli
duo où elles fe jurent une ardeur
éternelle. Octave , furieux . fe montre dans
le moment & fait à Léonore tous les reproches
que la colère peut dicter.
ISABELL B.
Calmez le tranſport qui vous guide.
Peut-être qu'Isabelle eſt cachée en ces lieux :
Ne rougirez - vous point de montrer à les yeux
Ce défefpoir perfide ?
Octave , outré de fe voir plaifanter par
188 MERCURE DE FRANCE.
un rival , menace de le tuer. Léonore ;
effrayée , veut l'appaifer. Sa colère n'en
devient que plus forte , ce qui oblige Ifabelle
de fe faire reconnoître. En ôtant fon
mafque d'une main , & de l'autre tirant
fon poignard , elle lui dit :
Connois- moi donc , perfide , & frappè , fi tu
l'ofes.
LÉONORE & OCTAVE,
Que vois-je ?
LÉONORE.
Amour ! à quels maux tu m'expoſes !
Elle fort. Ifabelle , reftée feule avec
Octave , ne met plus de bornes à fon dépit.
L'habit qu'elle porte lui infpire un courage
héroïque. De l'air le plus impétueux
& le plus décidé , ollo adreffe ce difcours
à Octave :
Qui te retient , ingrat ? fui ton reffentiment.
Sois mon vainqueur ou ma victime ;
Que l'un de nous périffe en ce moment .
Perfide ! vien combler ton crime ,
Ou recevoir ton châtiment.
Octave ne fait que répondre à ce défi .
Elle prend enfuite un ton plus doux &
JUIN 1768. 189
l'invite à reprendre fes premiers noeuds.
Touché de tant d'amour , il ne peut réfifter
à la flamme qu'il fent renaître pour
elle dans fon coeur. Ils fe réconcilient , &
le bal commence . Ifabelle , Octave & Zerbin
chantent chacun une ariette pendant la
fête , dans laquelle danfent M. Gardel ,
Miles Guimard , & Affelin , avec tous
les applaudiffemens qu'ils font dans
l'habitude de recueillir. MM. Lani &
Dauberval , & Miles Allard & Peflin y
exécutent auffi , en pas de quatre , une
pantomime de Tirrolois . La célébrité des
talens de ces quatre fujets nous difpenfe
d'en faire l'éloge . Le divertiffement eft
terminé par une contredanfe à laquelle fe
joint le pas de quatre ci -deffus.
On peut juger par cet extrait que le
dénouement de ce poëme n'étoit point
affez heureux pour exciter de grands applaudiffemens.
Léonore eft une jeune perfonne
aimable , douce & tendre , dont le
coeur ne fent rien pour Octave , mais s'eſt
laiffé prévenir en faveur d'un objet qui ,
quoique fous le mafque , n'en a pas moins
eu le fecret de lui plaire . N'étant ni fourbe ,
ni coquette , ni fière , ni envieuſe , elle ne
mérite point d'être la victime de la ſupercherie
d'Ifabelle. On ne fauroit non plus
pardonner à celle- ci le tour qu'elle joue à
190 MERCURE DE FRANCE.
"
fon amie. Cette méchanceté détruit tout
l'intérêt que l'on pourroit prendre à l'injure
que lui fait fon amant , & empêche
que l'on ne partage fon bonheur lorfqu'elle
l'a ramené dans fes fers. Octave , de fon
côté , revient à elle dans une circonſtance
très- défavorable. On ne peut lui favoir
gré de l'oubli fubit qu'il fait de Léonore
il femble qu'il ait encore peur du poignard
dont Habelle l'a menacé.
La prompte fuite de Léonore` , en reconnoiffant
Ifabelle , toute naturelle qu'elle
étoit , excitoit toujours des rumeurs. On
a cru devoir remédier à ce défaut en changeant
ainfi le dénouement. On fait refter
Léonore après qu'elle a dit :
Amour à quels maux tu m'expoſes !
Et c'est devant elle qu'Ifabelle dit à
Odave :
Qui te retient , ingrat , &c.
A recevoir ton châtiment,
LÉONORE à ISABELLE.
Qu'un fentiment plus doux déformais vous anime.
Sous ce déguisement vous furprîtes mon coeur;
Pour m'en venger je veux votre bonheur.
( Montrant Octave. )
Rendez-lui votre amour , & mon âme eſt contente.
1
JUIN 1768. 191
OCTAVE À ISABELLE.
Ah ! fuis-je digne encor de vous offrir des voeux ?
ISABELLE.
Je devrois te punir d'avoir trahi més feux ;
Mais je fens malgré moi ma colère mourante,
Rens le calme à mon coeur , reprens tes premiers
noeuds.
Ne vois en moi qu'une fidèle amante ;
N'y vois plus de rival heureux.
OCTAVE.
Tant d'amour pénétre mon âme.
Plus charmé que jamais je tombe à vos genoux ;
Accordez le pardon d'une infidèle flâme ,
A celle dont mon coeur brûle à jamais pour vous.
ISABELLE.
Ah ! je fuis trop heureuſe !
Остаув .
Adorable Ifabelle !
LÉONORE.
Vous m'enchantez par des tranfports fi doux !
Les Interlocuteurs reprennent en trio le
joli duo qu'Isabelle & Léonore ont chanté
192 MERCURE DE FRANCE.
dans la fcène III de cet acte , & que nous
tranfcritons ici.
LÉONORE.
Suivez l'amour qui vous appelle .
ISABELLE à OCTAVE.
Il enchaîne nos coeurs de fes noeuds les plus beaux;
LEONORE.
Que votre ardeur foit éternelle.
ISABELLE & OCTAV E.
Que notre ardeur foit éternelle ,
Et nos plaifirs toujours nouveaux .
Il n'eft pas étonnant que les détails charmans
dont cet ouvrage eft rempli aient féduit
M. Dauvergne à la lecture , & il eſt
très -excufable de s'être aveuglé fur fes défauts
; mais il y a tout lieu d'efpérer que
les beautés de la mufique , plus admirée
de jour en jour , répareront fuffisamment
les torts du Poëte."
Depuis qu'on joue cet opéra , Mile Rofalie
a quitté le rôle de Spinette qu'elle a
chanté avec autant d'agrément & de lége
reté , qu'elle a mis de fineffe & de vérité
dans celui de Léonore , où elle a remplacé
Mlle Beauménil qui a été forcée de quitter
par
JUIN 1768 . 123
་
par une indifpofition qui l'empêche encore
de reparoître.
Mile Ritter a remplacé Mlle Rofaliedans
le rôle de Spinette , & n'a point démenti
le fuccès qu'elle a eu lors de fon
début .
Mlle Dubois , à la feconde repréfentation
, a été remplacée par Mlle Duplan
dans le rôle d'Ifménide ; & M. Larrivée
par MM . Durand & Caffagnade dans celuž
de Zerbin.
Mlle Duranci chante maintenant , avec
beaucoup de fuccès , le rôle d'Iſabelle que
Mde l'Arrivée a quitté pour s'occuper de
celui d'Alcimadure , dont on répéte l'opéra ,
traduit en françois par M. de Mondonville ,
auteur de la mufique , & que
l'on compte
donner mardi7 de ce mois , pour la première
fois.
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Résumé : OPÉRA.
Le 6 mai, la première représentation de 'La Vénitienne', comédie-ballet en trois actes, a eu lieu. Le poème original de La Motte a été réorchestré par M. d'Auvergne. Initialement, le succès de l'opéra était incertain, mais le public a progressivement apprécié les talents du compositeur. L'opéra, joué pour la première fois en 1705, n'avait pas été repris depuis. Malgré des paroles imparfaites, le fond de l'œuvre a contribué à équilibrer les avis. Le texte met en garde contre le respect excessif des anciennes productions et l'indulgence excessive envers les nouvelles. L'opéra raconte l'histoire d'Isabelle, Léonore, Octave et leurs serviteurs. Léonore regrette d'avoir tardé à céder à l'amour. Isabelle accuse Léonore d'infidélité, mais Léonore explique aimer un inconnu rencontré lors de jeux. Isabelle, déguisée, a séduit cet inconnu, qui est Octave. Spinette, la suivante d'Isabelle, observe Octave et Léonore. Léonore repousse Octave, qui consulte alors la devineresse Isménide. Spinette informe Isabelle des intentions d'Octave. Dans le second acte, Octave et Zerbin, déguisés, se rendent chez Isménide. Zerbin, ivre, tremble face à l'antre de la magicienne. Zerbin s'endort et rêve de spectres et de monstres. Isabelle tente de se suicider mais reconnaît Zerbin avant d'agir. Zerbin révèle qu'Octave consulte Isménide. Isabelle écoute leur conversation. Isménide prononce un oracle prédisant la mort d'Octave s'il ne revient pas à Isabelle. Terrifiés, ils fuient. Isabelle reste seule, espérant que l'amour lui rendra son amant. Dans la pièce, Léonore tente d'éloigner Isabelle d'Octave. Isabelle joue avec les sentiments de Léonore. Octave, jaloux, menace le prétendu rival. Ils se réconcilient et le bal commence avec des danses et des chants. En juin 1768, une pièce montre Octave et Isabelle se réconcilier. Léonore se réjouit de leur réconciliation. Plusieurs changements de distribution sont mentionnés, notamment Mlle Rosalie remplaçant Mlle Ritter dans le rôle de Léonore.
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24
p. 65-67
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
Ernélinde qui fut reprise l'année dernière, à-peu-près à pareil temps, a toujours [...]
Mots clefs :
Rôle, Temps, M. Le Gros, Mlle Le Vasseur, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ERNELINDE qui fut repriſe l'année der
nière , à-peu-près à pareil temps , a tou
jours été accueillie du public. Il règne , dans
cet Ouvrage , un appareil de guerre , dont
l'exécution produit un grand effet , & les
connoiffeurs ont remarqué dans la Mufi
que des beautés du premier ordre , qui
réchauffent de temps- en- temps la froideur
du Poëme. Mrs. Gelin , l'Arrivée , le Gros ,
& Mile. Durancy ont rempli les princi
paux perfonnages avec le fuccès qu'on dǝir
attendre de leurs talens.
Peu de temps après la mort du célèbre
Rouffeau de Genève , on donna une repréfentation
du Devin du Village , dans
laquelle M. le Gros & Mlle. le Vaffeur
jouerent les rôles de Colin & de Colette .
Cet Ouvrage qui a joui d'un fuccès fi conftant
& fi unanime , fut plus goûté & plus
applaudi qu'il ne l'avoit jamais été ; car
fes applaudiffemens ne font jamais plus
vifs que lorsqu'ils font mêlés de regrets ,
& le talent n'intéreffe jamais plus qu'au
moment où il difparoît fans retour. Lorf
66 MERCURE
que l'Auteur donna autrefois fa lettre fur
le Spectacle , fe fentant déjà affoibli par
l'âge & la maladie , il difoita Lecteur vous
accueillerez mon ombre , car pour moi, je
ne fuis plus. Il a depuis donné des produc
tions pleines de vie & qui ont été accueillies
de fon vivant. Nous nous propofons
dans un des numéros prochains de jeter
un coup d'oeil rapide fur les Ouvrages de
cet éloquent Ecrivain.
Orphée , Drame héroïque en 3 Actes ,
parodié de l'Italien par M. Moline , & mis
en mufique par M. le Chevalier Gluck ,
donné pour la première fois au mois
d'Août 1774 , & repris depuis en 1775 ,
1776 & 1777 , a été remis le Mardi 28.
C'eft Melle. Laguerre qui a joué le rôle
d'Euridice , & la beauté de fon organe ,
la netteté de fon chant & les progrès de
fon jeu , font toujours un nouveau plaifir.
M. l'Ainé a joué le rôle d'Orphée ; il ne
manque ni d'intelligence ni de chaleur :
mais on fent combien il eſt difficile de lutter
dans ce rôle contre la voix brillante &
les moyens fupérieurs de l'Acteur que M.
l'Ainé remplaçoit . Melle. St. Huberty a
chanté le rôle de l'Amour ; le pas de trois
du ballet des champs élifées a été dánfé par
M. Veftris , Melle. Guimard & Melle.
Heinel , & c'eſt donner l'idée d'une exécution
à laquelle on ne pourroit rien trouver
DE FRANCE. 67
de femblable dans l'Europe. Les talens
naiſſans du jeune M. Veftris ont été vivement
applaudis : il eft impoflible de donner
de plus grandes efpérances , & quand
on porte ce nom , on doit afpirer à la perfection
.
ERNELINDE qui fut repriſe l'année der
nière , à-peu-près à pareil temps , a tou
jours été accueillie du public. Il règne , dans
cet Ouvrage , un appareil de guerre , dont
l'exécution produit un grand effet , & les
connoiffeurs ont remarqué dans la Mufi
que des beautés du premier ordre , qui
réchauffent de temps- en- temps la froideur
du Poëme. Mrs. Gelin , l'Arrivée , le Gros ,
& Mile. Durancy ont rempli les princi
paux perfonnages avec le fuccès qu'on dǝir
attendre de leurs talens.
Peu de temps après la mort du célèbre
Rouffeau de Genève , on donna une repréfentation
du Devin du Village , dans
laquelle M. le Gros & Mlle. le Vaffeur
jouerent les rôles de Colin & de Colette .
Cet Ouvrage qui a joui d'un fuccès fi conftant
& fi unanime , fut plus goûté & plus
applaudi qu'il ne l'avoit jamais été ; car
fes applaudiffemens ne font jamais plus
vifs que lorsqu'ils font mêlés de regrets ,
& le talent n'intéreffe jamais plus qu'au
moment où il difparoît fans retour. Lorf
66 MERCURE
que l'Auteur donna autrefois fa lettre fur
le Spectacle , fe fentant déjà affoibli par
l'âge & la maladie , il difoita Lecteur vous
accueillerez mon ombre , car pour moi, je
ne fuis plus. Il a depuis donné des produc
tions pleines de vie & qui ont été accueillies
de fon vivant. Nous nous propofons
dans un des numéros prochains de jeter
un coup d'oeil rapide fur les Ouvrages de
cet éloquent Ecrivain.
Orphée , Drame héroïque en 3 Actes ,
parodié de l'Italien par M. Moline , & mis
en mufique par M. le Chevalier Gluck ,
donné pour la première fois au mois
d'Août 1774 , & repris depuis en 1775 ,
1776 & 1777 , a été remis le Mardi 28.
C'eft Melle. Laguerre qui a joué le rôle
d'Euridice , & la beauté de fon organe ,
la netteté de fon chant & les progrès de
fon jeu , font toujours un nouveau plaifir.
M. l'Ainé a joué le rôle d'Orphée ; il ne
manque ni d'intelligence ni de chaleur :
mais on fent combien il eſt difficile de lutter
dans ce rôle contre la voix brillante &
les moyens fupérieurs de l'Acteur que M.
l'Ainé remplaçoit . Melle. St. Huberty a
chanté le rôle de l'Amour ; le pas de trois
du ballet des champs élifées a été dánfé par
M. Veftris , Melle. Guimard & Melle.
Heinel , & c'eſt donner l'idée d'une exécution
à laquelle on ne pourroit rien trouver
DE FRANCE. 67
de femblable dans l'Europe. Les talens
naiſſans du jeune M. Veftris ont été vivement
applaudis : il eft impoflible de donner
de plus grandes efpérances , & quand
on porte ce nom , on doit afpirer à la perfection
.
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Résumé : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'Académie Royale de Musique a récemment repris 'Ernelinde', saluée pour ses effets spectaculaires et ses qualités musicales. Les rôles principaux étaient interprétés par Mme Gelin, l'Arrivée, le Gros et Mlle Durancy. Après le décès de Rousseau de Genève, 'Le Devin du Village' a été représenté avec M. le Gros et Mlle le Vasseur, rencontrant un succès constant et unanime, marqué par les regrets de la perte de l'auteur. L'œuvre 'Orphée', un drame héroïque en trois actes, a été créée en août 1774 et reprise jusqu'en 1777. La dernière représentation a eu lieu le 28 du mois, avec Mlle Laguerre en Eurydice, M. l'Aîné en Orphée et Mlle St. Huberty en Amour. Le ballet des champs élyséens, dansé par M. Vestris, Mlle Guimard et Mlle Heinel, a été particulièrement acclamé pour son exécution exceptionnelle, tout comme les talents émergents de M. Vestris.
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25
p. 294-296
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
A l'instant où nous écrivons cet article, on n'a encore donné qu'une représentation [...]
Mots clefs :
Rôle, Public, Comédien, Acteur, Jardinière, Talent, Spectacle, Pasquale Anfossi, Costanza Baglioni, Tumulte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
A L'INSTANT où nous écrivons cet article ,
on n'a encore donné qu'une repréſentation
de la Finta Giardiniera , ou la Jardinière
Suppofee , Opéra Bouffon en trois Actes ,
Mufique del Signor Anfoffi. Elle a été donnée
le Jeudi 12 de ce mois. Nous n'en parlons
ici que pour fatisfaire , autant qu'il eſt en
nous, la curiofité de nos Lecteurs. Une Cantatrice
s'étoit propofé de chanter une fois
feulement le rôle de la Jardinière . Elle cut
le malheur de déplaire au Public , qui l'interrompit
au milieu du premier Acte , &
appela à grands cris la Signora Conftanza
Baglioni. Cette Adrice fe trouvoit à l'amphithéâtre,
& fa préfence ne fit qu'augmenter
le tumulte. Elle fut obligée de céder aux
voeux du Public , & continua le rôle.
que
Qu'on nous permette de faire ici une obfervation.
Il nous femble l'habitude que
quelques Comédiens ont contractée de fe
placer fous les yeux du Public , pour être
témoins des effais de ceux qui débutent
dans leurs emplois , entraîne après elle des
inconvéniens. Elle nous paroît préjudiciable
à l'Acteur qui débute , à celui dont le talent
DE FRANCE. 295
fait l'objet de comparaifon, à la tranquillite,
à la décence du fpectacle ; & , par une fuite
néceffaire , à l'effet de la repréfentation . Si
le débutant n'a qu'un talent médiocre , la préfence
de l'Acteur aimé rend plus infupportable
la médiocrité du premier. Si dans le nombre
des mécontens un feul ofe élever la voix,
le refte des fpectateurs fuit bientôt fon exemple
: de -là , une Scène femblable à celle dont
nous venons de rendre compte , & un furcroît
d'humiliation pour le fujet malheureux
qui avoit déjà encouru la difgrâce du Public.
Si au contraire le Comédien qui débute annonce
un talent fupérieur à celui de l'Acteur
connu , difons plus , s'il eft feulement doué
de quelques uns de ces moyens de féduction
qui emportent au premier moment les fuffrages,
la troupe enthoufiafte des protecteurs
ne manque pas defaire du triomphe de l'un un
motif de reproche pour l'autre. Tous les yeux
fetournent fur le Comédien qui obferve; c'eſt
à lui que vont s'adreffer les éloges qu'on croit
devoir au débutant. On les prodigue aveć
d'autant plus de profufion , qu'on fe fait une
joie maligne de relever la fupériorité qu'on
accorde fur lui , au Comédien devenu l'objet
de la préférence publique. Que cette préférence
foit fondée , ou qu'elle ne le foit
pas , l'Acteur ancien n'en éprouve pas un
chagrin moins réel , & le fpectacle n'en perd
pas moins de fa tranquillité. Nous fommes
éloignés de croire qu'un Comédien ne doive
Niv
296 MERCURE
jamais fe montrer publiquement au fpectacle
dont il eft membre , mais nous penfons
que ce n'eft pas dans une circonftance
pareille à celle dont nous parlons , qu'il doit
y paroître. Cette obfervation nous a été
infpirée par des événemens dont nous avons
été témoins , & nous la foumettons au jugement
des gens fages.
Le tumulte dont nous venons de parler, a
détruit l'effet du premier Acte de la Jardinière
; les deux autres ont été mieux entendus
; mais la nature de la voix de la débutante
ayant forcé de baiffer le rôle d'un ton
& demi , & l'organe de la Signora Conftanza
exigeant un autre diapafon , il faut attendre
une feconde repréſentation pour parler
de ce rôle . La Signora Rofina a très -bien
chanté le rôle d'Armanda. Le Signor Caribaldi
a rempli celui du Contino Belfiore ,
avec le goût & la fupériorité que le Public
lui connoît. Le rôle de Dom Anchiſe a été
chanté & joué par le Signor Gherardi , dont
le jeu naturel & vraiment comique , ajoute
tous les jours à l'idée avantageufe que le
Public a conçue de fes talens. .
Nous donnerons fur la Mufique des détails
plus étendus dans notre prochain
N°. En attendant nous pouvons affurer
qu'elle ne fera pas moins d'honneur au
Signor Anfoffi , que les autres ouvrages que
nous connoiffons déjà de ce célèbre Compofiteur.
A L'INSTANT où nous écrivons cet article ,
on n'a encore donné qu'une repréſentation
de la Finta Giardiniera , ou la Jardinière
Suppofee , Opéra Bouffon en trois Actes ,
Mufique del Signor Anfoffi. Elle a été donnée
le Jeudi 12 de ce mois. Nous n'en parlons
ici que pour fatisfaire , autant qu'il eſt en
nous, la curiofité de nos Lecteurs. Une Cantatrice
s'étoit propofé de chanter une fois
feulement le rôle de la Jardinière . Elle cut
le malheur de déplaire au Public , qui l'interrompit
au milieu du premier Acte , &
appela à grands cris la Signora Conftanza
Baglioni. Cette Adrice fe trouvoit à l'amphithéâtre,
& fa préfence ne fit qu'augmenter
le tumulte. Elle fut obligée de céder aux
voeux du Public , & continua le rôle.
que
Qu'on nous permette de faire ici une obfervation.
Il nous femble l'habitude que
quelques Comédiens ont contractée de fe
placer fous les yeux du Public , pour être
témoins des effais de ceux qui débutent
dans leurs emplois , entraîne après elle des
inconvéniens. Elle nous paroît préjudiciable
à l'Acteur qui débute , à celui dont le talent
DE FRANCE. 295
fait l'objet de comparaifon, à la tranquillite,
à la décence du fpectacle ; & , par une fuite
néceffaire , à l'effet de la repréfentation . Si
le débutant n'a qu'un talent médiocre , la préfence
de l'Acteur aimé rend plus infupportable
la médiocrité du premier. Si dans le nombre
des mécontens un feul ofe élever la voix,
le refte des fpectateurs fuit bientôt fon exemple
: de -là , une Scène femblable à celle dont
nous venons de rendre compte , & un furcroît
d'humiliation pour le fujet malheureux
qui avoit déjà encouru la difgrâce du Public.
Si au contraire le Comédien qui débute annonce
un talent fupérieur à celui de l'Acteur
connu , difons plus , s'il eft feulement doué
de quelques uns de ces moyens de féduction
qui emportent au premier moment les fuffrages,
la troupe enthoufiafte des protecteurs
ne manque pas defaire du triomphe de l'un un
motif de reproche pour l'autre. Tous les yeux
fetournent fur le Comédien qui obferve; c'eſt
à lui que vont s'adreffer les éloges qu'on croit
devoir au débutant. On les prodigue aveć
d'autant plus de profufion , qu'on fe fait une
joie maligne de relever la fupériorité qu'on
accorde fur lui , au Comédien devenu l'objet
de la préférence publique. Que cette préférence
foit fondée , ou qu'elle ne le foit
pas , l'Acteur ancien n'en éprouve pas un
chagrin moins réel , & le fpectacle n'en perd
pas moins de fa tranquillité. Nous fommes
éloignés de croire qu'un Comédien ne doive
Niv
296 MERCURE
jamais fe montrer publiquement au fpectacle
dont il eft membre , mais nous penfons
que ce n'eft pas dans une circonftance
pareille à celle dont nous parlons , qu'il doit
y paroître. Cette obfervation nous a été
infpirée par des événemens dont nous avons
été témoins , & nous la foumettons au jugement
des gens fages.
Le tumulte dont nous venons de parler, a
détruit l'effet du premier Acte de la Jardinière
; les deux autres ont été mieux entendus
; mais la nature de la voix de la débutante
ayant forcé de baiffer le rôle d'un ton
& demi , & l'organe de la Signora Conftanza
exigeant un autre diapafon , il faut attendre
une feconde repréſentation pour parler
de ce rôle . La Signora Rofina a très -bien
chanté le rôle d'Armanda. Le Signor Caribaldi
a rempli celui du Contino Belfiore ,
avec le goût & la fupériorité que le Public
lui connoît. Le rôle de Dom Anchiſe a été
chanté & joué par le Signor Gherardi , dont
le jeu naturel & vraiment comique , ajoute
tous les jours à l'idée avantageufe que le
Public a conçue de fes talens. .
Nous donnerons fur la Mufique des détails
plus étendus dans notre prochain
N°. En attendant nous pouvons affurer
qu'elle ne fera pas moins d'honneur au
Signor Anfoffi , que les autres ouvrages que
nous connoiffons déjà de ce célèbre Compofiteur.
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Résumé : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'Académie Royale de Musique a présenté 'La Finta Giardiniera' ou 'la Jardinière Supposée', un opéra bouffon en trois actes composé par le Signor Anfossi, le jeudi 12 du mois. La première représentation a été perturbée par le public qui a interrompu la cantatrice débutante pour réclamer la Signora Constanza Baglioni, présente dans l'amphithéâtre. Cette dernière a dû prendre la relève. L'article critique cette habitude de certains comédiens de se placer parmi le public, estimant que cela perturbe la tranquillité et la décence du spectacle. Le tumulte a gâché le premier acte, mais les deux suivants ont été mieux accueillis. La différence de tessiture entre les deux cantatrices a nécessité une seconde représentation pour évaluer pleinement le rôle. La Signora Rosina a bien interprété Armanda, et le Signor Caribaldi a excellé dans le rôle du Contino Belfiore. Le Signor Gherardi a également été salué pour son interprétation naturelle et comique du rôle de Dom Anchise. La musique sera détaillée plus en profondeur dans le prochain numéro.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 297-299
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
On va jouer à ce théâtre les deux nouvelles Comédies de M. Dorat, que nous avons [...]
Mots clefs :
Rôle, Jouer, Expression, Mademoiselle Saint-Val aînée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
ON vájouer à ce théâtre les deux nouvelles
Comédies de M. Dorat , que nous avons
annoncées il y a quelque temps ; mais l'epoque
régulière où ce Journal doit paroître ,
ne nous permet d'en parler que dans le numéro
prochain. En attendant nous ne pouvons
que rendre compte de la reprefentation
de quelques-unes des Pièces qui ont été
mifes fucceffivemenr fur la Scène. M. Brifard
a joué , avec le plus grand fuccès , le rôle de
Mithridate dans la Tragedie de ce nom. On
fait qu'il a fait une etude particulière de ce
rôle , & qu'il y a mis des détails d'action
qu'aucun de fes prédeceffeurs n'avoit hafardés
, & qui ajoutent au caractère & à
l'expreflion du perfonnage . Mde Veſtris a
joué Monime avec la décence , la douleur
noble & modefte , & la fenfibilité réfléchie
qui conviennent à cette Princeffe. Le talent
de cette Actrice confifte principalement
dans une intelligence fupérieure qui faifit
toutes les nuances d'un caractère , & embraffe
tout l'enſemble d'un rôle , fans en négliger
aucune partie. Sa fenfibilité n'eft jamais
exagérée , & ne fe manifefte point pat
des éclats ni par des mouvemens défagréables.
Elle reçu les plus grands applaudiffemens
N v
298 MERCUREdans
le rôle de Roxane , fur - tout dans le
monologue du quatrième Acte , qu'elle
a rendu avec l'expreflion la plus énergique.
Elle n'a pas paru moins belle dans le cinquième
Acte d'Inès , où le pathétique de ſon
jeu étoit égal à celui de la fituation .
-
de
Mademoiſelle Sainval l'aînée a joué fucceffivement
les rôles de Cléopâtre ,
Phèdre , de Mérope , de Clitemneftre , de
Jocafte , & c. c'eft dans celui de Mérope
qu'elle a réuni le plus de fuffrages . Dans
les trois autres , les inégalités de fon jeu ont
été plus fenties . Entraînée par un feu qu'elle
ne règle pas affez , elle oublie quelquefois
qu'il faut paroitre Reine en même temps
que mère , & que le pathétique ne doit
jamais exclure ni les convenances locales ,
ni les bienféances du rang & du fexe . Peutêtre
aurions - nous été tentés de rappeler
quelques uns des endroits où elle imite
Mademoiſelle Duménil , & ceux où elle s'en
écarte ; mais inftruits par l'expérience que
dans ces fortes de comparaifons , qui n'ont
pour but que l'encouragement , le progrès &
l'inftruction du talent , on ne manque jamais
de nous fuppofer très-gratuitement des intentions
toutes différentes , nous nous abftiendrons
de ces parallèles dangereux.
-
M. de la Rive a été applaudi avec juftice
dans le rôle d'Achille , & Mademoiſelle
Sainval cadette dans celui d'Iphigénie . Le
DE FRANCE. 299
premier , dont les efforts & les progrès lui
concilient de plus en plus la faveur du public
, n'a pas été moins accueilli dans OEdipe
& dans Anthiocus , qu'il a joué avec beaucoup
de chaleur.
,
M. Molé , après une abfence de quinze
jours , a reparu dans le rôle du Mifantrope ,
où il a été reçu avec les acclamations les
plus flatteufes. Quoique l'austérité de ce
perfonnage femble un peu étrangère à la
figure & aux grâces naturelles de cet Acteur ,
cependant la facilité qu'il a de fe plier à
tous les tons lui a fait furmonter tous
les obftacles. Il a fait fur-tout le plus grand
plaifir dans la fcène du quatrième Acte.
Madame Molé a été applaudie dans le rôle
de Célinène , qui a été très - bien rendu.
M. Fleuri , qui jouoit le rôle d'Acafte , dont
M. Molé étoit chargé auparavant , y a pafu
très agréable au public , malgré le danger de
la comparaifon.
ON vájouer à ce théâtre les deux nouvelles
Comédies de M. Dorat , que nous avons
annoncées il y a quelque temps ; mais l'epoque
régulière où ce Journal doit paroître ,
ne nous permet d'en parler que dans le numéro
prochain. En attendant nous ne pouvons
que rendre compte de la reprefentation
de quelques-unes des Pièces qui ont été
mifes fucceffivemenr fur la Scène. M. Brifard
a joué , avec le plus grand fuccès , le rôle de
Mithridate dans la Tragedie de ce nom. On
fait qu'il a fait une etude particulière de ce
rôle , & qu'il y a mis des détails d'action
qu'aucun de fes prédeceffeurs n'avoit hafardés
, & qui ajoutent au caractère & à
l'expreflion du perfonnage . Mde Veſtris a
joué Monime avec la décence , la douleur
noble & modefte , & la fenfibilité réfléchie
qui conviennent à cette Princeffe. Le talent
de cette Actrice confifte principalement
dans une intelligence fupérieure qui faifit
toutes les nuances d'un caractère , & embraffe
tout l'enſemble d'un rôle , fans en négliger
aucune partie. Sa fenfibilité n'eft jamais
exagérée , & ne fe manifefte point pat
des éclats ni par des mouvemens défagréables.
Elle reçu les plus grands applaudiffemens
N v
298 MERCUREdans
le rôle de Roxane , fur - tout dans le
monologue du quatrième Acte , qu'elle
a rendu avec l'expreflion la plus énergique.
Elle n'a pas paru moins belle dans le cinquième
Acte d'Inès , où le pathétique de ſon
jeu étoit égal à celui de la fituation .
-
de
Mademoiſelle Sainval l'aînée a joué fucceffivement
les rôles de Cléopâtre ,
Phèdre , de Mérope , de Clitemneftre , de
Jocafte , & c. c'eft dans celui de Mérope
qu'elle a réuni le plus de fuffrages . Dans
les trois autres , les inégalités de fon jeu ont
été plus fenties . Entraînée par un feu qu'elle
ne règle pas affez , elle oublie quelquefois
qu'il faut paroitre Reine en même temps
que mère , & que le pathétique ne doit
jamais exclure ni les convenances locales ,
ni les bienféances du rang & du fexe . Peutêtre
aurions - nous été tentés de rappeler
quelques uns des endroits où elle imite
Mademoiſelle Duménil , & ceux où elle s'en
écarte ; mais inftruits par l'expérience que
dans ces fortes de comparaifons , qui n'ont
pour but que l'encouragement , le progrès &
l'inftruction du talent , on ne manque jamais
de nous fuppofer très-gratuitement des intentions
toutes différentes , nous nous abftiendrons
de ces parallèles dangereux.
-
M. de la Rive a été applaudi avec juftice
dans le rôle d'Achille , & Mademoiſelle
Sainval cadette dans celui d'Iphigénie . Le
DE FRANCE. 299
premier , dont les efforts & les progrès lui
concilient de plus en plus la faveur du public
, n'a pas été moins accueilli dans OEdipe
& dans Anthiocus , qu'il a joué avec beaucoup
de chaleur.
,
M. Molé , après une abfence de quinze
jours , a reparu dans le rôle du Mifantrope ,
où il a été reçu avec les acclamations les
plus flatteufes. Quoique l'austérité de ce
perfonnage femble un peu étrangère à la
figure & aux grâces naturelles de cet Acteur ,
cependant la facilité qu'il a de fe plier à
tous les tons lui a fait furmonter tous
les obftacles. Il a fait fur-tout le plus grand
plaifir dans la fcène du quatrième Acte.
Madame Molé a été applaudie dans le rôle
de Célinène , qui a été très - bien rendu.
M. Fleuri , qui jouoit le rôle d'Acafte , dont
M. Molé étoit chargé auparavant , y a pafu
très agréable au public , malgré le danger de
la comparaifon.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
Le texte annonce les prochaines représentations de deux nouvelles comédies de M. Dorat, mais se concentre sur les représentations récentes de plusieurs pièces. M. Brissard a interprété Mithridate avec succès, ajoutant des détails inédits au rôle. Mme Vestris a joué Monime avec décence, douleur noble et sensibilité réfléchie, recevant de grands applaudissements, notamment dans le rôle de Roxane. Mlle Sainval l'aînée a interprété divers rôles, excellant particulièrement dans celui de Mérope, mais montrant des inégalités dans d'autres rôles. M. de la Rive a été applaudi dans les rôles d'Achille, Œdipe et Antiochus. M. Molé est revenu après une absence pour jouer le Misanthrope, surmontant l'austérité du personnage grâce à sa polyvalence. Madame Molé a été applaudie dans le rôle de Célimène, et M. Fleury a bien interprété Acaste, malgré la comparaison avec la précédente performance de M. Molé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 47-51
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
Jamais à ce théâtre les spectacles n'ont été plus variés que depuis quelques mois. Dans [...]
Mots clefs :
Chanter, Ballets, Acte, Rôle, Amour, Personnage, Musique, Jeu, Colette, Bergerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
JAMAIS
AMAIS à ce théâtre les fpectacles n'ont été
plus variés que depuis quelques mois . Dans
ce moment , outre Caftor & Pollux , dont
les repréſentations ont toujours été fuivies
avec la même affluence , outre les Bouffons
& les Ballets - Pantomimes , qu'on a foin de
faire exécuter après leurs Opéras , on donne
encore de temps en temps des Fragmens ,
compofes de la, Bergerie , Acte tiré du Ballet
des Romans , du Devin du Village & de la
Provençale. Ces Fragmens , ainfi arrangés
ont été donnés pour la première fois le Jeudi
19 Novembre.
L'Amour veut foumettre à fon empire
48 MERCURE
deux jeunes Bergers indifférents ; il ſe préfente
à eux pour leur demander un sûr afyle
contre un fort rigoureux ; ils le lui promettent.
Tout-à-coup l'Amour feint de s'endormir.
Les jeunes -gens remarquent fon carquois &
fon arc; ils veulent effayer la puiffance defes
traits fur les oifeaux de leurs forêts , & s'en
bleffent eux-mêmes. Ils brûlent fur le champ
d'un amour mutuel , & l'Amour les unit.
Tel eft le fujet de la Bergerie . Mde Saint-
Huberti a joué le rôle de l'Amour , Mlle Laguerre
celui de Doris , & M. Lainez celui
d'Iphis. On trouve encore dans cet Acte un
vieux Berger nommé Arcas : l'Auteur paroît
ne l'avoir placé que pour conduire des
Choeurs & des Ballets au commencement &
à la fin de l'Acte. Ce perfonnage a été repréfenté
par M. Moreau. La voix de Mlle Laguerre
, fon chant facile & agréable , font
le plus grand charme de ce Fragment.
>
Les Ballets font de M. Gardel l'aîné. Ces
Ballets nous ont paru un peu longs , quoique
très-bien exécutés par M. Gardel lui-même
par M. Veftris , M. Dauberval , & par Mlles
Allard & Peflin. La Mufique eft de M.
Cambini.
Le Devin du Village à été reçu avec les
mêmes tranfports qu'il a toujours infpirés .
M. le Gros , pour rendre un hommage public
à la mémoire de Rouffeau , a voulu
chanter, à cette repriſe , le rôle de Colin ;
mais quoique fa voix & fon jeu foient toujours
DE FRANCE. 49
jours en poffeffion de plaire , on a trouvé
que ce rôle ne convenoit pas à fes moyens
extérieurs ; peut-être devroit-il y renoncer.
Et quand on a dans fon talent autant de
reffources que M. le Gros , qu'eft- ce que le
facrifice d'un rôle ?
Dans l'état actuel de l'Opéra , Colette ne
peut être mieux repréſentée que par Mlle
Durancy. S'il lui manque quelques - uns des
agrémens du perfonnage , on ne s'en fouvient
plus quand elle eft en Scène. Il eft impoffible
d'être plus vraie , plus naïve & plus intéreffante.
La Scène entre Colin & Colette eft de
fa part un chef- d'oeuvre de jeu , dans les détails
& dans l'enſemble.
MlloLaguerre , qui a chanté ce rôle , le
Mardi 24 Novembre , a mérité beaucoup
d'applaudiffemens ; nous l'invitons , par intérêt
pour fon talent , à fe bien perfuader
qu'un organe charmant ne fait pas feul une
Actrice , même à l'Opéra. Elle nous a paru
un peu foible dans Colette , quoique digne
d'être encouragée. Quels fuccès ne doit- elle
pas fe promettre , fi elle peut joindre à ce
qu'elle a déjà , les qualités qui donnent l'ame
& la vie au perfonnage qu'on repréſente !
On diftingue dans les Ballets qui terminent
l'Acte, un pas de deux, exécuté par M. Nivelon
& par Mlle Cécile. On ne peut guères fe
figurer une danfe dont l'effet foit plus agréable.
Nous avons déjà parlé de la nouvelle Mufique
de la Provençale. On y a ajouté deux
morceaux neufs , ils ont été fort applaudis ;
5 Décembre 1778.
C
50 MERCURE
mais on a remarqué principalement le Duo
chanté par Mlle Durancy & par M. Durand.
Les Ballets font charmans. Ils font arrangés
par M. Dauberval ; il y eft parfaitement
fecondé par Mlle Allard.
La feconde repréfentation de la Finta
Giardiniera a répondu à l'idée que les connoiffeurs
s'en étoient faite. C'eft un des plus
agréables ouvrages de Mufique que les Italiens
nous aient encore donnés , quoiqu'il
foit bien inférieur à la Frafcatana. Les endroits
qui ont été le plus généralement goûtés
, font l'aria Dentro il mio petto , chanté
par le Signor Gherardi ; a forza di Martelli ,
chanté par le Signor Focchetti ; le petit air
un Marito oh Dio! vorrei , chanté par la Signora
Farnezi ; la finale du premier Acte , le
récitatif obligé , ah non partir , & l'air qui le
fuit , chanté par le Signor Caribaldi . Mais
un morceau qui a produit les impreffions
les plus vives , c'eft la finale ajoutée au fecond
Acte. Elle eft du Signor Paeziello , le
génie le plus fécond , & peut-être le plus riche
de tous les Muficiens connus. Tout ce
que l'art a de profondeur , de fineffe ; tout
ce que la mélodie a de touchant ; tout ce que
l'harmonie raffemble d'effets ; tout ce que la
Mulique peut donner d'émotions , on le
trouve dans cette finale , qu'on regarde
comme le chef-d'oeuvre de fon Auteur.
La Signora Conftanza Baglioni a chanté le
rôle de Sandrina avec beaucoup de goût &
adreffe ; fon organe eſt très- beau , & fon jeu
DE FRANCE.
quoiqu'un peu froid , eft jufte & raiſonné.
Les décorations font bien entendues . Celle
qui mérite le plus d'éloges , eft compofee
d'une fimple toile de fond , repréſentant une
galerie. Elle produit une telle illufion , que le
theatre paroit avoir confervé toute fa profondeur
, quoiqu'elle tombe directement fur
le manteau de la feconde couliffe.
JAMAIS
AMAIS à ce théâtre les fpectacles n'ont été
plus variés que depuis quelques mois . Dans
ce moment , outre Caftor & Pollux , dont
les repréſentations ont toujours été fuivies
avec la même affluence , outre les Bouffons
& les Ballets - Pantomimes , qu'on a foin de
faire exécuter après leurs Opéras , on donne
encore de temps en temps des Fragmens ,
compofes de la, Bergerie , Acte tiré du Ballet
des Romans , du Devin du Village & de la
Provençale. Ces Fragmens , ainfi arrangés
ont été donnés pour la première fois le Jeudi
19 Novembre.
L'Amour veut foumettre à fon empire
48 MERCURE
deux jeunes Bergers indifférents ; il ſe préfente
à eux pour leur demander un sûr afyle
contre un fort rigoureux ; ils le lui promettent.
Tout-à-coup l'Amour feint de s'endormir.
Les jeunes -gens remarquent fon carquois &
fon arc; ils veulent effayer la puiffance defes
traits fur les oifeaux de leurs forêts , & s'en
bleffent eux-mêmes. Ils brûlent fur le champ
d'un amour mutuel , & l'Amour les unit.
Tel eft le fujet de la Bergerie . Mde Saint-
Huberti a joué le rôle de l'Amour , Mlle Laguerre
celui de Doris , & M. Lainez celui
d'Iphis. On trouve encore dans cet Acte un
vieux Berger nommé Arcas : l'Auteur paroît
ne l'avoir placé que pour conduire des
Choeurs & des Ballets au commencement &
à la fin de l'Acte. Ce perfonnage a été repréfenté
par M. Moreau. La voix de Mlle Laguerre
, fon chant facile & agréable , font
le plus grand charme de ce Fragment.
>
Les Ballets font de M. Gardel l'aîné. Ces
Ballets nous ont paru un peu longs , quoique
très-bien exécutés par M. Gardel lui-même
par M. Veftris , M. Dauberval , & par Mlles
Allard & Peflin. La Mufique eft de M.
Cambini.
Le Devin du Village à été reçu avec les
mêmes tranfports qu'il a toujours infpirés .
M. le Gros , pour rendre un hommage public
à la mémoire de Rouffeau , a voulu
chanter, à cette repriſe , le rôle de Colin ;
mais quoique fa voix & fon jeu foient toujours
DE FRANCE. 49
jours en poffeffion de plaire , on a trouvé
que ce rôle ne convenoit pas à fes moyens
extérieurs ; peut-être devroit-il y renoncer.
Et quand on a dans fon talent autant de
reffources que M. le Gros , qu'eft- ce que le
facrifice d'un rôle ?
Dans l'état actuel de l'Opéra , Colette ne
peut être mieux repréſentée que par Mlle
Durancy. S'il lui manque quelques - uns des
agrémens du perfonnage , on ne s'en fouvient
plus quand elle eft en Scène. Il eft impoffible
d'être plus vraie , plus naïve & plus intéreffante.
La Scène entre Colin & Colette eft de
fa part un chef- d'oeuvre de jeu , dans les détails
& dans l'enſemble.
MlloLaguerre , qui a chanté ce rôle , le
Mardi 24 Novembre , a mérité beaucoup
d'applaudiffemens ; nous l'invitons , par intérêt
pour fon talent , à fe bien perfuader
qu'un organe charmant ne fait pas feul une
Actrice , même à l'Opéra. Elle nous a paru
un peu foible dans Colette , quoique digne
d'être encouragée. Quels fuccès ne doit- elle
pas fe promettre , fi elle peut joindre à ce
qu'elle a déjà , les qualités qui donnent l'ame
& la vie au perfonnage qu'on repréſente !
On diftingue dans les Ballets qui terminent
l'Acte, un pas de deux, exécuté par M. Nivelon
& par Mlle Cécile. On ne peut guères fe
figurer une danfe dont l'effet foit plus agréable.
Nous avons déjà parlé de la nouvelle Mufique
de la Provençale. On y a ajouté deux
morceaux neufs , ils ont été fort applaudis ;
5 Décembre 1778.
C
50 MERCURE
mais on a remarqué principalement le Duo
chanté par Mlle Durancy & par M. Durand.
Les Ballets font charmans. Ils font arrangés
par M. Dauberval ; il y eft parfaitement
fecondé par Mlle Allard.
La feconde repréfentation de la Finta
Giardiniera a répondu à l'idée que les connoiffeurs
s'en étoient faite. C'eft un des plus
agréables ouvrages de Mufique que les Italiens
nous aient encore donnés , quoiqu'il
foit bien inférieur à la Frafcatana. Les endroits
qui ont été le plus généralement goûtés
, font l'aria Dentro il mio petto , chanté
par le Signor Gherardi ; a forza di Martelli ,
chanté par le Signor Focchetti ; le petit air
un Marito oh Dio! vorrei , chanté par la Signora
Farnezi ; la finale du premier Acte , le
récitatif obligé , ah non partir , & l'air qui le
fuit , chanté par le Signor Caribaldi . Mais
un morceau qui a produit les impreffions
les plus vives , c'eft la finale ajoutée au fecond
Acte. Elle eft du Signor Paeziello , le
génie le plus fécond , & peut-être le plus riche
de tous les Muficiens connus. Tout ce
que l'art a de profondeur , de fineffe ; tout
ce que la mélodie a de touchant ; tout ce que
l'harmonie raffemble d'effets ; tout ce que la
Mulique peut donner d'émotions , on le
trouve dans cette finale , qu'on regarde
comme le chef-d'oeuvre de fon Auteur.
La Signora Conftanza Baglioni a chanté le
rôle de Sandrina avec beaucoup de goût &
adreffe ; fon organe eſt très- beau , & fon jeu
DE FRANCE.
quoiqu'un peu froid , eft jufte & raiſonné.
Les décorations font bien entendues . Celle
qui mérite le plus d'éloges , eft compofee
d'une fimple toile de fond , repréſentant une
galerie. Elle produit une telle illufion , que le
theatre paroit avoir confervé toute fa profondeur
, quoiqu'elle tombe directement fur
le manteau de la feconde couliffe.
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Résumé : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'Académie Royale de Musique présente une programmation diversifiée comprenant des opéras, des spectacles des Bouffons, des ballets-pantomimes et des extraits d'œuvres. Parmi ces extraits figurent 'La Bergerie', 'Acte tiré du Ballet des Romans', 'Le Devin du Village' et 'La Provençale', tous présentés pour la première fois le 19 novembre. 'La Bergerie' narre l'union de deux jeunes bergers grâce à l'Amour. Les rôles principaux sont interprétés par Madame Saint-Hubert (l'Amour), Mademoiselle Laguerre (Doris) et Monsieur Lainez (Iphis). Monsieur Moreau incarne le vieux Berger Arcas, introduisant des chœurs et des ballets. La performance vocale de Mademoiselle Laguerre est particulièrement remarquée. Les ballets, chorégraphiés par Monsieur Gardel l'aîné, sont bien exécutés mais jugés trop longs. 'Le Devin du Village' reçoit un bon accueil, mais la prestation de Monsieur Le Gros dans le rôle de Colin est critiquée. Mademoiselle Durancy excelle dans le rôle de Colette, tandis que Mademoiselle Laguerre, bien que prometteuse, manque encore de certaines qualités pour ce rôle. 'La Provençale' inclut de nouveaux morceaux musicaux, notamment un duo chanté par Mademoiselle Durancy et Monsieur Durand. Les ballets, arrangés par Monsieur Dauberval, sont bien reçus. La représentation de 'La Finta Giardiniera' est appréciée pour sa qualité musicale, bien qu'elle soit considérée inférieure à 'La Frascatana'. Plusieurs airs et duos sont particulièrement salués, notamment ceux interprétés par les Signori Gherardi, Focchetti, Farnezi et Caribaldi. La finale du second acte est également soulignée pour sa composition.
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