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1
p. 129-140
SCULPTURE. LETTRE de M. Voisin, Avocat au Parlement de Paris, à M. le Comte de Tressan, Lieutenant général des armées du Roi, & Commandant pour Sa Mejesté en Lorraine.
Début :
MONSIEUR, permettez-moi de me renouveller dans l'honneur de votre [...]
Mots clefs :
Marbre, Antiquités romaines, Antiquités grecques, Sculpture, Rome, Palais, Relief, Ruines, Collection
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texteReconnaissance textuelle : SCULPTURE. LETTRE de M. Voisin, Avocat au Parlement de Paris, à M. le Comte de Tressan, Lieutenant général des armées du Roi, & Commandant pour Sa Mejesté en Lorraine.
SCULPTURE.
LETTRE de M. Voifin , Avocat au Par
lement de Paris , à M. le Comte de Treffan,
Lieutenant général des armées du Roi , &
Commandant pour Sa Majesté en Lorraine.
MONSIEUR , permettez - moi de me
renouveller dans l'honneur de votre
fouvenir , & de faifir pour cela l'occafion
de vous faire part d'une collection confidérable
d'antiques grecques & romaines
que M. Adam l'aîné , de Nanci , Sculpteur
ordinaire du Roi , & Profeffeur de l'Académie
royale de Peinture & de Sculpture
expofe à la curiofité publique dans fa maifon
, rue baffe du Rempart , quartier de la
Ville-l'Evêque , après avoir eu l'honneur
,
Fv
310 MERCURE DE FRANCE.
d'en préfenter le recueil gravé à Sa Majesté,
& après l'avoir envoyé aux autres Souverains
de l'Europe..
Les 68 morceaux de cette collection
exécutés en marbre de Paros & de Salin ,
ont été trouvés à Rome dans le Palais de
Néron , au mont Palatin , & dans les ruines
du palais de Marius , entre Rome & Frelcati
: auffi M. Adam a- t- il deffiné & gravé
lui-même pour frontifpice à fon recueil
avec cette délicateffe & ce goût qui affectent
fi fingulierement les fçavans , le tems
qui découvre les ruines du palais de Marius
en 1729 .
C'eft des héritiers de M. le Cardinal
de Polignac , qui avoit raffemblé la plus
grande partie de ces antiques pendant fon
ambaffade à Rome , & qui les avoit fait
tranfporter en France , que M. Adam les a
acquifes. Il y a joint auffi plufieurs autres
morceaux également antiques , que dix ans
de féjour à Rome lui avoient procurés,
Cette collection , auffi rare que piquante
par la beauté & par la variété des objets ,
paroît déterminément propre à décorer une
une galerie ou une bibliothéque.
Elle feroit auffi d'une très- grande utilité
dans une académie , pour l'étude & pour
former le goût des éleves , foit de peinture ,
ou de ſculpture.
JUIN. 1755 131
Le bas-relief du tombeau d'un des fils
de Fauſtine , d'un pied de haut fur trois de
large , ouvrage romain én marbre de Paros
, fait la vignette initiale du recueil de
M.Adam : on y voit le bufte de ce fils chéri ,
avec une allégorie fçavamment imaginée.
Enfuite fe préfente un autel triangulaire
dédié à Bacchus : il a trois pieds trois pouces
de haut , & il eft monté fur trois vafes.
de bronze , foutenus par un piédeſtal ;
ouvrage grec de marbre de Paros . Le basrelief
de deux de ces faces repréfente un
Faune & une Bacchante , d'un pied de hauteur
on voit Silene fur le bas- relief de la
troiſieme face.
Un autre bas- relief de trois pieds de
hauteur & de deux pieds dix pouces de
largeur ; ouvrage grec de marbre de Salin ,
& tiré du tombeau de Marc- Antoine , repréfente
la conquête des Indes par Bacchus .
Les figures de ce bas- relief ont un pied
dix pouces de hauteur ce morceau eft
fans contredit un des plus beaux de l'antiquité
grecque.
Combien deux médaillons qu'on remarque
après , n'excitent- ils pas notre curiofité
de ces deux médaillons de marbre de
Paros , de deux pieds trois pouces de hau
teur chacun , l'un repréfente Diane, & l'autre
Vénus.
F vj
432 MERCURE DE FRANCE.
Deux médaillons d'Aurelien & de Vitellus
, de marbre de Paros , d'un pied trois
pouces de haut , font aux yeux l'éloge de
l'artifte romain antique qui les a exécutés.
Les gens de goût pourront- ils n'être pas
faifis de cette figure faillante & neuve ,
malgré fon antiquité , après nombre de
fiecles ? c'eft un Amour repréfenté de deux
faces , monté fur une panthere ; ouvrage
grec de marbre de Paros , de deux pieds fept
pouces de haut , dont le plinthe eft de deux
pieds trois pouces , & l'Amour de deux
pieds de proportion.
Arrive un petit Bacchus , enfant monté
fur un bouc , & préfenté de deux côtés :
c'eft un ouvrage grec de marbre de Paros ,
de deux pieds de haut fur un plinthe de
trois.
L'Hercule Farnefe eft fans doute connu ,
foit à Rome dans le palais Farnefe , où il
eft en original , foit en copies à Verfailles ,
même foit dans différens cabinets . Il s'agit
ici d'un Hercule appellé Farnefe improprement
, mais qui eft un monument grec
de marbre de Paros , d'un pied fix
de hauteur.
pouces
Après ce qui vient d'être remarqué ,
l'Amour pour l'antiquité fe trouve animé
par une figure de Minerve , d'éxécution
JUIN. 1755: 133
grecque, & de bréche violette, de la hauteur
de deux pieds.
Une autre antique grecque de marbre
de Paros , de deux pieds de haut , repréſentant
Bellonne , a immédiatement après elle
la place qui lui convient.
Enfuite fe préfente dans la galerie de
M. Adam , l'Abondance , antiquité romaine
de marbre de Salin , d'un pied onze pouces
de haut.
Les yeux s'arrêtent après fur un Jupiter
de deux pieds de hauteur , antiquité romaine
, de marbre de Paros.
On ne peut pas fe refufer à la beauté
fçavante de la Junon romaine , de marbre
de Paros , de deux pieds de hauteur . "
La Vénus à la pomme d'or , ouvrage
romain de marbre de Paros , d'un pied onze
pouces de haut , mérite ici toute notre attention
; c'eſt un précieux original dans fa
mefure déterminée , mais dont la copie ſe
remarque dans une étendue plus confidérable
le long de l'allée qui conduit au canal
de Verſailles ; & c'eft cette figure que le
feu célebre Vaillant qualifioit Dea Delphina
, à la différence que la Déeffe du
tapis verd ne tient point de pomme d'or ,
quoiqu'on lui attribue le même gefte .
La Vénus fortant du bain ne cede rien
à la précédente ; elle a une partie de fon
134 MERCURE DE FRANCE.
attitude du côté de la pudicité , & peu s'en
faut qu'à cet égard elle ne fe trouve au
niveau de la perfection de l'original de la
Vénus appellée vulgairement de Médicis ,
& qui eft dans le plus précieux cabinet du
palais de Florence. Cette Vénus fortant du
bain , qui eft une antique romaine de
marbre de Paros , a deux pieds deux pouces
de haut.
Vient enfuite une autre antique romaine
, auffi de marbre de Paros, de deux pieds
quatre pouces , repréfentant un enfant.
A côté , Bacchus enfant affis fur une peau
de bouc , d'un pied neuf pouces de haut en
marbre de Paros ; antiquité romaine.
Achelous à demi - couché & tenant une
corne d'abondance ; antiquité grecque de
marbre de Paros , de deux pieds huit pouces
de proportion , fur un plinthe de deux
pieds fept pouces .
Autre antiquité grecque de marbre de
Paros, de trois pieds de proportion , repréfentant
une Nereïde endormie & couchée
fur le rivage.
On ne peut trop admirer la beauté d'un
Hercule vainqueur du dragon du jardin
des Hefpérides ; antiquité romaine de
marbre de Paros, de deux pieds cinq pouces.
A côté on remarque avec la même fatisfaction
la figure de l'Empereur Commode
JUIN. 1755.
135
en Hercule , après la même victoire ; antiquité
romaine de marbre de Paros , de deux
pieds onze pouces de hauteur.
Un Efculape ; autre antiquité romaine
de marbre de Salin , de deux pieds onze
pouces de haut , égale en beauté les deux
précédentes figures .
Rien de plus précieux que la Vénus pu
dique qu'on voit enfuite ; antiquité grecque
de marbre de Paros , de deux pieds
onze pouces de haut. Cette figure eft régulierement
belle de tous les côtés.
On fixe enfuite fes regards fur une
Pallas armée de fon égide ; antiquité grecque
de marbre de Paros , de deux pieds
onze pouces de hauteur.
La Junon qui eft à côté , eft de la plus
rare beauté par la précifion avec laquelle
le nud fe trouve deffiné fous la draperie :
c'eſt une antiquité grecque , de deux pieds
onze pouces de hauteur , en marbre de
Paros.
Une Flore également belle ; antiquité
grecque , du même marbre & de la même.
proportion .
La curiofité est enfuite extrêmement
piquée par une autre antique grecque , de
trois pieds fix pouces de proportion , &
deux pieds fix pouces de hauteur , en marbre
Crétois , repréfentant un Phrygien qui
136 MERCURE DE FRANCE.
au bas d'une tour fe garantit des traits ennemis
par fon bouclier. Cette figure : eft
également avantageufe de tous côtés .
Une Diane fait partie de la collection de
M. Adam : c'eſt une antique romaine de
marbre de Paros , de trois pieds fix pouces
de hauteur , qui eft d'une beauté parfaite
ainfi que l'Apollon , antiquité grecque , du
même marbre & de la même hauteur. I
Il ne fe voit rien de fupérieur à une
autre antiquité grecque , du même marbre,
de trois pieds fept pouces de haut , repréfentant
une des filles de Lycomede , fous
la draperie de laquelle les yeux développent
le nud.
A côté fe trouve un Pâris à la pomme
d'or ; antiquité grecque , du même marbre
& de la même hauteur , figure admirable
pour fervir de modele.
Ifis , fous les attributs de la Déeffe de la
fanté ; antiquité grecque de marbre de
Paros , de quatre pieds de hauteur , s'offre
enfuite aux yeux.
Une des plus précieufes figures qu'on
puiffe voir fe préfente après ; c'eſt une antiquité
grecque de marbre de Salin, de quatre
pieds dix pouces de haut , repréfentant
l'Hymen , tenant un flambeau d'une main
& une couronne de l'autre à côté de fon
autel.
JUI N. 1755: 137
Il eft fuivi de trois autres antiquités
grecques , du même marbre & de la même
hauteur , repréfentant Mercure , Bacchus
& Méléagre , d'une beauté rare.
,
Enfuite la vûe fe fixe fur une antiquité
grecque , de marbre de Paros , de fix pieds
fix pouces de proportion repréſentant
Perfée qui , après la délivrance d'Andromede
, pofe la tête de Medufe fur du corail
pétrifié & teint de fon fang. La vûe
de cette figure eft piquante de tous les
côtés : on pourroit incrufter dans fon
piédeſtal un bas- relief, partie de la collection
, antiquité grecque , de deux pieds
trois pouces de haut & d'un pied fix
pouces de large , de marbre de Paros ,
repréfentant la même délivrance d'Andromede
, & dont les figures ont un pied huit
pouces.
Deux buftes , antiquités grecques , fe
trouvent enfuite , d'un pied fix pouces de
hauteur chacune ; l'une de marbre de Paros
, & l'autre de marbre de Salin , repréfentant
Germanicus & Lepida .
Deux autres buftes , l'un d'une femme
inconnue , & l'autre d'Adrien , jeune ; an
tiquités romaines , de marbre de Paros ,
d'un pied huit pouces de hauteur.
Deux autres de marbre de Paros , d'un
pied deux pouces de hauteur ; antiquités
138 MERCURE DE FRANCE.
i
romaines, repréfentant une Matrone & une
Nymphe.
Deux autres buftes ; antiquités grecques,
de marbre de Paros, d'un pied cinq pouces
de hauteur , repréfentant une Veftale &
une Sabine .
Deux autres , l'un romain , & l'autre
grec , de marbre de Paros , d'un pied fept
pouces de haut , repréfentant une Bacchante
& Antinous.
Deux autres ; l'un romain & l'autre grec,
de marbre de Paros , de deux pieds de hauteur
, repréfentant Pâris & Cybelle..
Deux autres , de deux pieds trois pouces
de haut ; antiquités romaines , de marbre
de Paros , repréfentant Neron & Meffa-
-line .
C
Deux autres de marbre de Páros , de
deux pieds trois pouces de haut ; antiquités
romaines , qui repréfentent Longina
& Cefonia.
Deux autres , de la même hauteur & du
même marbre ; antiquités grecques , repréfentant
Pompeia & Caligula.
Deux autres du même marbre , l'un de
deux pieds trois pouces , & l'autre de deux
pieds un pouce ; antiquités romaines , repréfentant
Séneque & l'Empereur Commode
.
Deux autres du même marbre , de deux
JUIN. 1755. 139
pieds fept pouces ; antiquités romaines ,
repréfentant Annibal & Septime Sévere.
pouces ,
Deux autres , du même marbre ; antiquités
romaines , l'un d'un pied neuf
& l'autre de deux pieds trois pouces , repréfentant
Narciffe & Faune.
Deux autres du même marbre , de deux
pieds quatre pouces de haut ; antiquités
romaines , repréfentant Tibere & Galba .
Deux autres du même marbre , de deux
pieds dix pouces ; antiques romaines , repréfentant
Augufte & Lepide.
M. Adam a joint à fa collection cinq
buftes de lui , qui ont excité la curiofité,
publique.
Le premier eft un Apollon françois ,
de marbre de Carare , de deux pieds huit
pouces de hauteur. Ce bufte eft un portrait
allégorique du Roi , auquel Apollon , fi
c'étoit une divinité réelle comme c'eft
une fiction poëtique , auroit fouhaité de
reffembler .
Les quatre autres , de deux pieds fix pouces
chacun de haut , du même marbre
repréfentent élégamment & avec énergie
l'eau , l'air , le feu & la terre.
Tous ces différens morceaux , au nombre
de foixante & treize , font rangés avec intelligence
dans une galerie de la maiſon
140 MERCURE DE FRANCE!
où loge M. Adam. La fuite en eft trop
intéreffante pour qu'elle puiffe être féparée
, & fans doute que le Prince curieux
d'une auffi rare collection , ne trouvera fa
curiofité fatisfaite que par l'acquifition de
la totalité.
Je fuis perfuadé , Monfieur , que vous
me fçaurez quelque gré du détail que j'ai
l'honneur de vous faire ; votre goût pour
les fciences & pour les arts m'en eſt un sûr
garant. Excellent Général & homme de
Lettres , vous réuniffez les motifs les plus
preffans de vous vouer l'attachement le
plus inviolable & le plus refpectueux : c'eft
auffi avec ces fentimens que j'ai l'honneur
d'être pour toute ma vie , & c.
LETTRE de M. Voifin , Avocat au Par
lement de Paris , à M. le Comte de Treffan,
Lieutenant général des armées du Roi , &
Commandant pour Sa Majesté en Lorraine.
MONSIEUR , permettez - moi de me
renouveller dans l'honneur de votre
fouvenir , & de faifir pour cela l'occafion
de vous faire part d'une collection confidérable
d'antiques grecques & romaines
que M. Adam l'aîné , de Nanci , Sculpteur
ordinaire du Roi , & Profeffeur de l'Académie
royale de Peinture & de Sculpture
expofe à la curiofité publique dans fa maifon
, rue baffe du Rempart , quartier de la
Ville-l'Evêque , après avoir eu l'honneur
,
Fv
310 MERCURE DE FRANCE.
d'en préfenter le recueil gravé à Sa Majesté,
& après l'avoir envoyé aux autres Souverains
de l'Europe..
Les 68 morceaux de cette collection
exécutés en marbre de Paros & de Salin ,
ont été trouvés à Rome dans le Palais de
Néron , au mont Palatin , & dans les ruines
du palais de Marius , entre Rome & Frelcati
: auffi M. Adam a- t- il deffiné & gravé
lui-même pour frontifpice à fon recueil
avec cette délicateffe & ce goût qui affectent
fi fingulierement les fçavans , le tems
qui découvre les ruines du palais de Marius
en 1729 .
C'eft des héritiers de M. le Cardinal
de Polignac , qui avoit raffemblé la plus
grande partie de ces antiques pendant fon
ambaffade à Rome , & qui les avoit fait
tranfporter en France , que M. Adam les a
acquifes. Il y a joint auffi plufieurs autres
morceaux également antiques , que dix ans
de féjour à Rome lui avoient procurés,
Cette collection , auffi rare que piquante
par la beauté & par la variété des objets ,
paroît déterminément propre à décorer une
une galerie ou une bibliothéque.
Elle feroit auffi d'une très- grande utilité
dans une académie , pour l'étude & pour
former le goût des éleves , foit de peinture ,
ou de ſculpture.
JUIN. 1755 131
Le bas-relief du tombeau d'un des fils
de Fauſtine , d'un pied de haut fur trois de
large , ouvrage romain én marbre de Paros
, fait la vignette initiale du recueil de
M.Adam : on y voit le bufte de ce fils chéri ,
avec une allégorie fçavamment imaginée.
Enfuite fe préfente un autel triangulaire
dédié à Bacchus : il a trois pieds trois pouces
de haut , & il eft monté fur trois vafes.
de bronze , foutenus par un piédeſtal ;
ouvrage grec de marbre de Paros . Le basrelief
de deux de ces faces repréfente un
Faune & une Bacchante , d'un pied de hauteur
on voit Silene fur le bas- relief de la
troiſieme face.
Un autre bas- relief de trois pieds de
hauteur & de deux pieds dix pouces de
largeur ; ouvrage grec de marbre de Salin ,
& tiré du tombeau de Marc- Antoine , repréfente
la conquête des Indes par Bacchus .
Les figures de ce bas- relief ont un pied
dix pouces de hauteur ce morceau eft
fans contredit un des plus beaux de l'antiquité
grecque.
Combien deux médaillons qu'on remarque
après , n'excitent- ils pas notre curiofité
de ces deux médaillons de marbre de
Paros , de deux pieds trois pouces de hau
teur chacun , l'un repréfente Diane, & l'autre
Vénus.
F vj
432 MERCURE DE FRANCE.
Deux médaillons d'Aurelien & de Vitellus
, de marbre de Paros , d'un pied trois
pouces de haut , font aux yeux l'éloge de
l'artifte romain antique qui les a exécutés.
Les gens de goût pourront- ils n'être pas
faifis de cette figure faillante & neuve ,
malgré fon antiquité , après nombre de
fiecles ? c'eft un Amour repréfenté de deux
faces , monté fur une panthere ; ouvrage
grec de marbre de Paros , de deux pieds fept
pouces de haut , dont le plinthe eft de deux
pieds trois pouces , & l'Amour de deux
pieds de proportion.
Arrive un petit Bacchus , enfant monté
fur un bouc , & préfenté de deux côtés :
c'eft un ouvrage grec de marbre de Paros ,
de deux pieds de haut fur un plinthe de
trois.
L'Hercule Farnefe eft fans doute connu ,
foit à Rome dans le palais Farnefe , où il
eft en original , foit en copies à Verfailles ,
même foit dans différens cabinets . Il s'agit
ici d'un Hercule appellé Farnefe improprement
, mais qui eft un monument grec
de marbre de Paros , d'un pied fix
de hauteur.
pouces
Après ce qui vient d'être remarqué ,
l'Amour pour l'antiquité fe trouve animé
par une figure de Minerve , d'éxécution
JUIN. 1755: 133
grecque, & de bréche violette, de la hauteur
de deux pieds.
Une autre antique grecque de marbre
de Paros , de deux pieds de haut , repréſentant
Bellonne , a immédiatement après elle
la place qui lui convient.
Enfuite fe préfente dans la galerie de
M. Adam , l'Abondance , antiquité romaine
de marbre de Salin , d'un pied onze pouces
de haut.
Les yeux s'arrêtent après fur un Jupiter
de deux pieds de hauteur , antiquité romaine
, de marbre de Paros.
On ne peut pas fe refufer à la beauté
fçavante de la Junon romaine , de marbre
de Paros , de deux pieds de hauteur . "
La Vénus à la pomme d'or , ouvrage
romain de marbre de Paros , d'un pied onze
pouces de haut , mérite ici toute notre attention
; c'eſt un précieux original dans fa
mefure déterminée , mais dont la copie ſe
remarque dans une étendue plus confidérable
le long de l'allée qui conduit au canal
de Verſailles ; & c'eft cette figure que le
feu célebre Vaillant qualifioit Dea Delphina
, à la différence que la Déeffe du
tapis verd ne tient point de pomme d'or ,
quoiqu'on lui attribue le même gefte .
La Vénus fortant du bain ne cede rien
à la précédente ; elle a une partie de fon
134 MERCURE DE FRANCE.
attitude du côté de la pudicité , & peu s'en
faut qu'à cet égard elle ne fe trouve au
niveau de la perfection de l'original de la
Vénus appellée vulgairement de Médicis ,
& qui eft dans le plus précieux cabinet du
palais de Florence. Cette Vénus fortant du
bain , qui eft une antique romaine de
marbre de Paros , a deux pieds deux pouces
de haut.
Vient enfuite une autre antique romaine
, auffi de marbre de Paros, de deux pieds
quatre pouces , repréfentant un enfant.
A côté , Bacchus enfant affis fur une peau
de bouc , d'un pied neuf pouces de haut en
marbre de Paros ; antiquité romaine.
Achelous à demi - couché & tenant une
corne d'abondance ; antiquité grecque de
marbre de Paros , de deux pieds huit pouces
de proportion , fur un plinthe de deux
pieds fept pouces .
Autre antiquité grecque de marbre de
Paros, de trois pieds de proportion , repréfentant
une Nereïde endormie & couchée
fur le rivage.
On ne peut trop admirer la beauté d'un
Hercule vainqueur du dragon du jardin
des Hefpérides ; antiquité romaine de
marbre de Paros, de deux pieds cinq pouces.
A côté on remarque avec la même fatisfaction
la figure de l'Empereur Commode
JUIN. 1755.
135
en Hercule , après la même victoire ; antiquité
romaine de marbre de Paros , de deux
pieds onze pouces de hauteur.
Un Efculape ; autre antiquité romaine
de marbre de Salin , de deux pieds onze
pouces de haut , égale en beauté les deux
précédentes figures .
Rien de plus précieux que la Vénus pu
dique qu'on voit enfuite ; antiquité grecque
de marbre de Paros , de deux pieds
onze pouces de haut. Cette figure eft régulierement
belle de tous les côtés.
On fixe enfuite fes regards fur une
Pallas armée de fon égide ; antiquité grecque
de marbre de Paros , de deux pieds
onze pouces de hauteur.
La Junon qui eft à côté , eft de la plus
rare beauté par la précifion avec laquelle
le nud fe trouve deffiné fous la draperie :
c'eſt une antiquité grecque , de deux pieds
onze pouces de hauteur , en marbre de
Paros.
Une Flore également belle ; antiquité
grecque , du même marbre & de la même.
proportion .
La curiofité est enfuite extrêmement
piquée par une autre antique grecque , de
trois pieds fix pouces de proportion , &
deux pieds fix pouces de hauteur , en marbre
Crétois , repréfentant un Phrygien qui
136 MERCURE DE FRANCE.
au bas d'une tour fe garantit des traits ennemis
par fon bouclier. Cette figure : eft
également avantageufe de tous côtés .
Une Diane fait partie de la collection de
M. Adam : c'eſt une antique romaine de
marbre de Paros , de trois pieds fix pouces
de hauteur , qui eft d'une beauté parfaite
ainfi que l'Apollon , antiquité grecque , du
même marbre & de la même hauteur. I
Il ne fe voit rien de fupérieur à une
autre antiquité grecque , du même marbre,
de trois pieds fept pouces de haut , repréfentant
une des filles de Lycomede , fous
la draperie de laquelle les yeux développent
le nud.
A côté fe trouve un Pâris à la pomme
d'or ; antiquité grecque , du même marbre
& de la même hauteur , figure admirable
pour fervir de modele.
Ifis , fous les attributs de la Déeffe de la
fanté ; antiquité grecque de marbre de
Paros , de quatre pieds de hauteur , s'offre
enfuite aux yeux.
Une des plus précieufes figures qu'on
puiffe voir fe préfente après ; c'eſt une antiquité
grecque de marbre de Salin, de quatre
pieds dix pouces de haut , repréfentant
l'Hymen , tenant un flambeau d'une main
& une couronne de l'autre à côté de fon
autel.
JUI N. 1755: 137
Il eft fuivi de trois autres antiquités
grecques , du même marbre & de la même
hauteur , repréfentant Mercure , Bacchus
& Méléagre , d'une beauté rare.
,
Enfuite la vûe fe fixe fur une antiquité
grecque , de marbre de Paros , de fix pieds
fix pouces de proportion repréſentant
Perfée qui , après la délivrance d'Andromede
, pofe la tête de Medufe fur du corail
pétrifié & teint de fon fang. La vûe
de cette figure eft piquante de tous les
côtés : on pourroit incrufter dans fon
piédeſtal un bas- relief, partie de la collection
, antiquité grecque , de deux pieds
trois pouces de haut & d'un pied fix
pouces de large , de marbre de Paros ,
repréfentant la même délivrance d'Andromede
, & dont les figures ont un pied huit
pouces.
Deux buftes , antiquités grecques , fe
trouvent enfuite , d'un pied fix pouces de
hauteur chacune ; l'une de marbre de Paros
, & l'autre de marbre de Salin , repréfentant
Germanicus & Lepida .
Deux autres buftes , l'un d'une femme
inconnue , & l'autre d'Adrien , jeune ; an
tiquités romaines , de marbre de Paros ,
d'un pied huit pouces de hauteur.
Deux autres de marbre de Paros , d'un
pied deux pouces de hauteur ; antiquités
138 MERCURE DE FRANCE.
i
romaines, repréfentant une Matrone & une
Nymphe.
Deux autres buftes ; antiquités grecques,
de marbre de Paros, d'un pied cinq pouces
de hauteur , repréfentant une Veftale &
une Sabine .
Deux autres , l'un romain , & l'autre
grec , de marbre de Paros , d'un pied fept
pouces de haut , repréfentant une Bacchante
& Antinous.
Deux autres ; l'un romain & l'autre grec,
de marbre de Paros , de deux pieds de hauteur
, repréfentant Pâris & Cybelle..
Deux autres , de deux pieds trois pouces
de haut ; antiquités romaines , de marbre
de Paros , repréfentant Neron & Meffa-
-line .
C
Deux autres de marbre de Páros , de
deux pieds trois pouces de haut ; antiquités
romaines , qui repréfentent Longina
& Cefonia.
Deux autres , de la même hauteur & du
même marbre ; antiquités grecques , repréfentant
Pompeia & Caligula.
Deux autres du même marbre , l'un de
deux pieds trois pouces , & l'autre de deux
pieds un pouce ; antiquités romaines , repréfentant
Séneque & l'Empereur Commode
.
Deux autres du même marbre , de deux
JUIN. 1755. 139
pieds fept pouces ; antiquités romaines ,
repréfentant Annibal & Septime Sévere.
pouces ,
Deux autres , du même marbre ; antiquités
romaines , l'un d'un pied neuf
& l'autre de deux pieds trois pouces , repréfentant
Narciffe & Faune.
Deux autres du même marbre , de deux
pieds quatre pouces de haut ; antiquités
romaines , repréfentant Tibere & Galba .
Deux autres du même marbre , de deux
pieds dix pouces ; antiques romaines , repréfentant
Augufte & Lepide.
M. Adam a joint à fa collection cinq
buftes de lui , qui ont excité la curiofité,
publique.
Le premier eft un Apollon françois ,
de marbre de Carare , de deux pieds huit
pouces de hauteur. Ce bufte eft un portrait
allégorique du Roi , auquel Apollon , fi
c'étoit une divinité réelle comme c'eft
une fiction poëtique , auroit fouhaité de
reffembler .
Les quatre autres , de deux pieds fix pouces
chacun de haut , du même marbre
repréfentent élégamment & avec énergie
l'eau , l'air , le feu & la terre.
Tous ces différens morceaux , au nombre
de foixante & treize , font rangés avec intelligence
dans une galerie de la maiſon
140 MERCURE DE FRANCE!
où loge M. Adam. La fuite en eft trop
intéreffante pour qu'elle puiffe être féparée
, & fans doute que le Prince curieux
d'une auffi rare collection , ne trouvera fa
curiofité fatisfaite que par l'acquifition de
la totalité.
Je fuis perfuadé , Monfieur , que vous
me fçaurez quelque gré du détail que j'ai
l'honneur de vous faire ; votre goût pour
les fciences & pour les arts m'en eſt un sûr
garant. Excellent Général & homme de
Lettres , vous réuniffez les motifs les plus
preffans de vous vouer l'attachement le
plus inviolable & le plus refpectueux : c'eft
auffi avec ces fentimens que j'ai l'honneur
d'être pour toute ma vie , & c.
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Résumé : SCULPTURE. LETTRE de M. Voisin, Avocat au Parlement de Paris, à M. le Comte de Tressan, Lieutenant général des armées du Roi, & Commandant pour Sa Mejesté en Lorraine.
La lettre de M. Voifin, avocat au Parlement de Paris, est adressée à M. le Comte de Treffan, lieutenant général des armées du Roi et commandant en Lorraine. Elle présente une collection d'antiquités grecques et romaines exposée par M. Adam l'aîné, sculpteur ordinaire du Roi et professeur à l'Académie royale de Peinture et de Sculpture. Cette collection, composée de 68 pièces en marbre de Paros et de Salin, a été découverte à Rome et dans ses environs. M. Adam a acquis la majorité des pièces des héritiers du Cardinal de Polignac, qui les avait rassemblées pendant son ambassade à Rome. La collection inclut divers bas-reliefs, médaillons et statues, tels qu'un bas-relief du tombeau d'un fils de Faustine, un autel dédié à Bacchus, et des représentations de figures mythologiques comme Bacchus, Diane, Vénus et Hercule. La collection est décrite comme rare et variée, appropriée pour décorer une galerie ou une bibliothèque, et utile pour l'étude et la formation du goût des élèves en peinture et sculpture. La lettre se conclut par une expression de respect et d'attachement envers le Comte de Treffan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 67-72
COPIE de la Lettre écrite le 12 Août 1755. par M. Voisin, Avocat au Parlement à M. le Prince de ..... Chevalier de la Toison d'or.
Début :
MONSIEUR, La simple idée par écrit, que vous me demandez du Livre (I), dont, avant votre [...]
Mots clefs :
Princes, Gloire, Seigneurs, Magnificence, Prince, Devoirs, Richesses, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre écrite le 12 Août 1755. par M. Voisin, Avocat au Parlement à M. le Prince de ..... Chevalier de la Toison d'or.
COPIE de la Leure écrite le 12 Août
1755. par M. Voifin , Avocat au Parlement
à M. le Prince de Chevalier de
la Toifon d'or,
MONSIEUR ,
14
La fimple idée par écrit , que vous me
demandez du Livre ( 1 ) , dont , avant votre
départ de Paris , j'ai eu l'honneur de.
vous entretenir , & auquel je travaille depuis
plufieurs années , exige elle-même un
affez grand détail par la multitude des objers.
Je crois , Monfieur , ne pouvoir
mieux fatisfaire à ce que vous défitez de
moi à cet égard , qu'en vous communiquant
par forme de lettres , le difcours
que je projette de mettre à la tête de l'ouvrage
pour y fervir d'introduction.
( 1 ) Ce Livre a pour titre , Le Confeilfamilier
& économique des Princes des grands Seigneurs ;
ou Moyens de conferver , d'augmenter & de perpétuer
les richeffes , la magnificence & la véritable
gloire de leurs Maiſons.
68 MERCURE DE FRANCE.
PREMIERE LETTRE.
Que les Princes & les grands Seigneurs
foient dans l'opulence , c'eft un attribut
naturel de leur condition : mais ils ne doivent
pas fe flatter de conferver , d'augmenter
, ni de perpétuer leurs richeffes , fans
une heureufe intelligence , foutenue de
cette économie libérale , qui ne prodigue
rien , pour donner fans ceffe avec difcernement.
Que les Princes & les grands Seigneurs
ayent en général le défir de la magnificence
, faut-il s'en étonner ? Ils naiffent
dans fon fein ; on en recrée leur enfance :
hommes formés , ils en ajoutent l'habitude
au goût naturel ; ils y meurent . Mais étoitce
une véritable magnificence que l'éclat
qui leur fit illufion pendant leur vie ? ou
n'étoit ce au contraire , qu'un faux brillant
qui , en deshonorant la mémoire de
ceux qu'il féduit , ne laiffe fouvent dans
leurs fucceffions que l'indigence & l'infolvabilité.
La véritable magnificence trouve dans
la fageffe qui la dirige , les moyens de ſe
conferver , de s'augmenter & de fe perpétuer.
Un efprit d'arrangement fans contrainte
, blâme ou avoue les motifs & les
occafions de la magnificence. Si la riche
DECEMBRE . 1755. 69
économie qui prend foin , quand il le faut,
que rien ne manque au fpectacle , lui prefcrit
cependant quelquefois des bornes ,
c'eſt pour faire , en évitant le défaut d'une
confufion inutile & choquante , fubfifter
cette magnificence même avec plus de folidité
, & pour affurer par-là à celui qui en´
fupporte la dépenfe , le fuffrage des perfonnes
dont le goût & la raifon font les
guides éclairés.
Que les Princes & les grands Seigneurs
confiderent la gloire de leurs Maifons
comme leur principal objet , & le plus
digne de les occuper , l'antiquité & la nobleffe
de leur origine femblent , à leur
naiffance , en graver le fentiment dans
leurs coeurs il feroit à fouhaiter qu'au
foin qu'on fe donne de leur en préfenter
fans ceffe la perfpective dans le cours de
leur éducation , on joignît l'attention de
leur développer les caracteres effentiels
de la véritable gloire , & de leur en infpirer
cet amour raiſonné qui , ennemi d'un
aveugle orgueil , reçoit de l'efprit même
du Chriftianifme , la permiffion d'aiguillonner
les gens d'honneur.
Penfer , comme on croit fincerement le
devoir ; s'inftruire , pour penfer mieux
encore ; faire ce qu'on peut & ce qu'on
doit par inclination pour le bon ordre
70 MERCURE DE FRANCE.
voilà en général la bafe inebranlable de
la véritable gloire des Princes & des
grands Seigneurs. C'eft , en un mot , le
fondement de la gloire folide dans tous
les états.
Ce principe annonce donc que , pour
conferver , augmenter & perpétuer la véritable
gloire des Grands , il faut ,
Premierement , qu'ils foyent convaincus
de l'indifpenfable néceffité de remplir les
devoirs de leur état .
Secondement , qu'ils travaillent folidement
à les connoître dans la vérité , parcequ'il
eft impoffible de bien faire ce dont
on ignore les principes .
Enfin il est néceffaire que les Grands
furmontent avec courage les dégoûts & les
contradictions que des paffions tumul- .
tueufes élevent quelquefois contre le regne
tranquille de l'ordre & de la raifon.
Que la réunion de ces ennemis intérieurs
n'effraye pas le combattant ; je ferai
voir dans fon lieu que l'idée du combat
eft plus terrible que le combat même. Le
Combattant doit craindre d'autant moins
d'effayer fes forces , que fon courage le
rend fûr d'une victoire , dont les fuites
font la paix du coeur & la gayeté de
l'efprit .
Les Princes & les Grands ont donc des
DECEMBRE . 1755. 71
devoirs d'état à remplir , & ce n'eft que
par leur exactitude à s'en acquitter , qu'ils
peuvent conferver , augmenter & perpétuer
la véritable gloire de leurs Maifons.
Mais pour fçavoir quelle eft l'étendue
des devoirs d'état des Princes & des
Grands , il faut déterminer quel eft leur
état même.
Parce qu'ils font grands , ne font- ils
qu'hommes de Cour , & ne fe croyent- ils
affujettis à des devoirs qu'envers la Cour ?
Je les confidere dans trois pofitions différentes
, dont chacune exige des connoiffances
qui lui font immédiatement néceffaires.
Le Prince ou le grand Seigneur, comme
particulier dans l'intérieur de fa maiſon &
de fes terres : Premiere Partie.
Le Prince ou le grand Seigneur perè
de famille : Seconde Partie.
Le Prince ou le grand Seigneur membre
de la Société , & homme d'Etat : Troifieme
Partie.
C'est en propofant mes réflexions fur
chacune de ces trois conditions , que je
mets fous les yeux des Princes & des
grands Seigneurs , les moyens de conferver
, d'augmenter & de perpétuer les richeffes
, la magnificence & la véritable
gloire de leurs Maiſons.
72 MERCURE DE FRANCE.
Ces trois points de vue fous lefquels les
Princes & les grands Seigneurs peuvent
être envifagés , font auffi la divifion naturelle
de ce difcours , dont les trois parties
réunies renferment le plan général de
l'Ouvrage.
1755. par M. Voifin , Avocat au Parlement
à M. le Prince de Chevalier de
la Toifon d'or,
MONSIEUR ,
14
La fimple idée par écrit , que vous me
demandez du Livre ( 1 ) , dont , avant votre
départ de Paris , j'ai eu l'honneur de.
vous entretenir , & auquel je travaille depuis
plufieurs années , exige elle-même un
affez grand détail par la multitude des objers.
Je crois , Monfieur , ne pouvoir
mieux fatisfaire à ce que vous défitez de
moi à cet égard , qu'en vous communiquant
par forme de lettres , le difcours
que je projette de mettre à la tête de l'ouvrage
pour y fervir d'introduction.
( 1 ) Ce Livre a pour titre , Le Confeilfamilier
& économique des Princes des grands Seigneurs ;
ou Moyens de conferver , d'augmenter & de perpétuer
les richeffes , la magnificence & la véritable
gloire de leurs Maiſons.
68 MERCURE DE FRANCE.
PREMIERE LETTRE.
Que les Princes & les grands Seigneurs
foient dans l'opulence , c'eft un attribut
naturel de leur condition : mais ils ne doivent
pas fe flatter de conferver , d'augmenter
, ni de perpétuer leurs richeffes , fans
une heureufe intelligence , foutenue de
cette économie libérale , qui ne prodigue
rien , pour donner fans ceffe avec difcernement.
Que les Princes & les grands Seigneurs
ayent en général le défir de la magnificence
, faut-il s'en étonner ? Ils naiffent
dans fon fein ; on en recrée leur enfance :
hommes formés , ils en ajoutent l'habitude
au goût naturel ; ils y meurent . Mais étoitce
une véritable magnificence que l'éclat
qui leur fit illufion pendant leur vie ? ou
n'étoit ce au contraire , qu'un faux brillant
qui , en deshonorant la mémoire de
ceux qu'il féduit , ne laiffe fouvent dans
leurs fucceffions que l'indigence & l'infolvabilité.
La véritable magnificence trouve dans
la fageffe qui la dirige , les moyens de ſe
conferver , de s'augmenter & de fe perpétuer.
Un efprit d'arrangement fans contrainte
, blâme ou avoue les motifs & les
occafions de la magnificence. Si la riche
DECEMBRE . 1755. 69
économie qui prend foin , quand il le faut,
que rien ne manque au fpectacle , lui prefcrit
cependant quelquefois des bornes ,
c'eſt pour faire , en évitant le défaut d'une
confufion inutile & choquante , fubfifter
cette magnificence même avec plus de folidité
, & pour affurer par-là à celui qui en´
fupporte la dépenfe , le fuffrage des perfonnes
dont le goût & la raifon font les
guides éclairés.
Que les Princes & les grands Seigneurs
confiderent la gloire de leurs Maifons
comme leur principal objet , & le plus
digne de les occuper , l'antiquité & la nobleffe
de leur origine femblent , à leur
naiffance , en graver le fentiment dans
leurs coeurs il feroit à fouhaiter qu'au
foin qu'on fe donne de leur en préfenter
fans ceffe la perfpective dans le cours de
leur éducation , on joignît l'attention de
leur développer les caracteres effentiels
de la véritable gloire , & de leur en infpirer
cet amour raiſonné qui , ennemi d'un
aveugle orgueil , reçoit de l'efprit même
du Chriftianifme , la permiffion d'aiguillonner
les gens d'honneur.
Penfer , comme on croit fincerement le
devoir ; s'inftruire , pour penfer mieux
encore ; faire ce qu'on peut & ce qu'on
doit par inclination pour le bon ordre
70 MERCURE DE FRANCE.
voilà en général la bafe inebranlable de
la véritable gloire des Princes & des
grands Seigneurs. C'eft , en un mot , le
fondement de la gloire folide dans tous
les états.
Ce principe annonce donc que , pour
conferver , augmenter & perpétuer la véritable
gloire des Grands , il faut ,
Premierement , qu'ils foyent convaincus
de l'indifpenfable néceffité de remplir les
devoirs de leur état .
Secondement , qu'ils travaillent folidement
à les connoître dans la vérité , parcequ'il
eft impoffible de bien faire ce dont
on ignore les principes .
Enfin il est néceffaire que les Grands
furmontent avec courage les dégoûts & les
contradictions que des paffions tumul- .
tueufes élevent quelquefois contre le regne
tranquille de l'ordre & de la raifon.
Que la réunion de ces ennemis intérieurs
n'effraye pas le combattant ; je ferai
voir dans fon lieu que l'idée du combat
eft plus terrible que le combat même. Le
Combattant doit craindre d'autant moins
d'effayer fes forces , que fon courage le
rend fûr d'une victoire , dont les fuites
font la paix du coeur & la gayeté de
l'efprit .
Les Princes & les Grands ont donc des
DECEMBRE . 1755. 71
devoirs d'état à remplir , & ce n'eft que
par leur exactitude à s'en acquitter , qu'ils
peuvent conferver , augmenter & perpétuer
la véritable gloire de leurs Maifons.
Mais pour fçavoir quelle eft l'étendue
des devoirs d'état des Princes & des
Grands , il faut déterminer quel eft leur
état même.
Parce qu'ils font grands , ne font- ils
qu'hommes de Cour , & ne fe croyent- ils
affujettis à des devoirs qu'envers la Cour ?
Je les confidere dans trois pofitions différentes
, dont chacune exige des connoiffances
qui lui font immédiatement néceffaires.
Le Prince ou le grand Seigneur, comme
particulier dans l'intérieur de fa maiſon &
de fes terres : Premiere Partie.
Le Prince ou le grand Seigneur perè
de famille : Seconde Partie.
Le Prince ou le grand Seigneur membre
de la Société , & homme d'Etat : Troifieme
Partie.
C'est en propofant mes réflexions fur
chacune de ces trois conditions , que je
mets fous les yeux des Princes & des
grands Seigneurs , les moyens de conferver
, d'augmenter & de perpétuer les richeffes
, la magnificence & la véritable
gloire de leurs Maiſons.
72 MERCURE DE FRANCE.
Ces trois points de vue fous lefquels les
Princes & les grands Seigneurs peuvent
être envifagés , font auffi la divifion naturelle
de ce difcours , dont les trois parties
réunies renferment le plan général de
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Résumé : COPIE de la Lettre écrite le 12 Août 1755. par M. Voisin, Avocat au Parlement à M. le Prince de ..... Chevalier de la Toison d'or.
Le document est une lettre datée du 12 août 1755, rédigée par M. Voifin, avocat au Parlement, adressée à M. le Prince de Chevalier de la Toison d'or. Voifin y présente un livre intitulé 'Le Conseil familier & économique des Princes des grands Seigneurs; ou Moyens de conserver, d'augmenter & de perpétuer les richesses, la magnificence & la véritable gloire de leurs Maisons'. L'auteur souligne l'importance pour les princes et grands seigneurs de posséder une intelligence économique afin de conserver et d'accroître leurs richesses. Il distingue la véritable magnificence, guidée par la sagesse, qui se maintient et s'accroît, de l'éclat trompeur qui peut mener à l'indigence. La gloire des maisons princières repose sur la connaissance et l'accomplissement des devoirs d'état, ainsi que sur le courage face aux passions tumultueuses. L'ouvrage de Voifin est structuré en trois parties. La première traite du prince en tant que particulier dans sa maison, la deuxième le considère en tant que père de famille, et la troisième en tant que membre de la société et homme d'État. Chaque section vise à fournir des moyens pour conserver, augmenter et perpétuer les richesses, la magnificence et la gloire des maisons princières.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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