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p. 2602-2614
REFLEXIONS sur ces paroles d'Hippoctates, Aphorisme XXXIII. Section II. In omni morbo mente valere bonum est ; contrarium vero malum.
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Puisque nous voyons tous les jours que les moindres passions de l'ame [...]
Mots clefs :
Corps, Tension, Passions, Organes, Malade, Maladie, Imagination, Affection, Remède, Médecine, Hippocrate
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS sur ces paroles d'Hippoctates, Aphorisme XXXIII. Section II. In omni morbo mente valere bonum est ; contrarium vero malum.
REFLEXIONS fur ces paroles
d'Hippoctates , Aphorifme XXXIII.
Section II. In omni morbo mente valere
bonum eft ; contrarium vero malum.
Puifque Uifque nous voyons tous les jours
les moindres paffions de l'ame
occafionnent dans la fanté la mieux établie
mille dérangemens dangereux pour
la vie; pouvons- nous douter que la crainte
ou l'appréhenfion de mourir ne faſſe
de plus grands defordres dans un Malade?
Mais plutôt qui d'entre les hommes , le
plus intrépide même , lorſque le mal eſt
affez férieux , fe fent à l'abri des troubles
qu'une penſée fi affreuſe jette dans
tout le corps ? L'on ne doit donc point
refufer , pour peu que le bien des Malades
tienne à coeur , une attention particuliere
à ces mouvemens de l'ame qui
I. Vol. agiffent
DECEMBRE . 1730. 2603
3.
agiffent fi puiffamment à nos yeux , &
la faine pratique de Medecine ne fçauroit
les abandonner à eux- mêmes fans rendre
les meilleurs remedes de l'Art , ou inutiles
ou pernicieux dans leur ufage. C'eft fur
un fondement fi folide qu'on eft porté à
croire que la plupart des Maladies ne deviennent
ferieufes , intraitables même, que
parce que la crainte , l'abattement , la
frayeur & le defefpoir , font toujours aux
trouffes des pauvres Malades; & que la fermeté
en enleveroit un plus grand nombre à
la Parque, que les Remedes les plus fpecifi
ques,qui ne meritent pas fouvent un nom
fi impofant : de- là vient qu'on a tout fujet
de penfer que dans les moins dangereufes
maladies comme dans celles qui le font
veritablement , on épargneroit plus de
vies au genre humain , fi on s'attachoit
moins àdonner des remedes, qu'à raffures
l'efprit allarmé des Malades.
Pour le convaincre de ce que nous ve
nons d'avancer , il ne faut que jetter les
yeux fur ces mélancoliques hypocondriaques
, fujets à des prétendues vapeurs qui
ne reconnoiffent pour caufe que le vice
de leur imagination ; c'eft ainfi que nous
trouvons quelquefois dans notre pratique
de ces hommes que les biens & les honneurs
inondent de toutes parts , au milieu
des plaifirs , qu'une fanté parfaite-
Cij ment I. Vol.
2604 MERCURE DE FRANCE
&
ment bonne & vigoureufe laiffe gouter
paifiblement à la fleur de leur âge , tomber
tout à coup dans un abattement &
dans une langueur toujours funefte à la
vie , fe rendre infupportables aux autres ,
le devenir à eux mêmes , fe laiffer aller
à des contentions trop longues , à des afflictions
extrêmes ; en un mot , ſe montrer
le jouet de leur imagination par ces récits
ennuyeux des plus legeres circonftances
de leurs maux dont ils accablent ceux
qu'ils engagent férieufement à les entendre
. Des Malades de cette efpece peuventils
trouver du fecours dans l'adminiftration
des remedes , & ne feroit- ce pas pour
lors réfifter à l'experience qui apprend
conftamment au prix de la vie de ceux
qui la confient aux ignorans , que l'abattement
, la langueur de l'efprit , fe guerit
moins par l'ufage des remedes , que par
la diverfité des idées , les converfations ,
les Affemblées des perfonnes enjoüées ,
& fur tout par la fermeté ou le courage
que les bons Medecins ne manquent
jamais de préferer falutairement à tout
autre fecours ? d'ailleurs comme l'oifiveté
leur donne occafion de fe trop écouter
les exercices moderez du corps ne feroient
ils pas pour ces Malades un bon régime.
de vie ? peut être même que la reflexion
fuivante auroit affez de force pour
I. Vol.
préDECEMBRE
. 1730. 2605
prévenir & détourner la foibleffe de leur
imagination .
Il n'eft pas poffible que cette foule de
fonctions qui s'exercent par tant de differens
inftrumens dans une machine auffi délicate
que le corps
de l'homme
, ſe faffent
dans
la fanté
même
la plus
parfaite
d'une
égale
jufteffe
, puifque
tout
de même
que
dans
une
Montre
ou dans
des machines
femblables
le peu de folidité
de la matiere
dont
on conſtruit
les differentes
pieces
qui
les compofent
, les frottemens
des roues
de
leurs
arbres
qui
touchent
par
plufieurs
points
à des furfaces
jamais
planes
ou unies
;
en un mot,mille
caufes
, tant
internes
qu'externes
, font
de très- grands
obftacles
à la
perfection
de leurs
mouvemens
; de même
dans
le corps
humain
les roues
qu'on
y
découvre
, ou , pour
mieux
dire, les mouvemens
circulaires
, foit
dans
les folides
foit
dans
les liquides
, les leviers
, les puiffances
& leur
point
d'appui
, dans
le tems
que
tout
eft en jeu , fe trouvent
fujets
aux
mêmes
imperfections
que
les rouës
& les refforts
de la montre
en mouvement
;
& ces obftacles
font
d'autant
plus
fenfibles
à l'homme
,que
ceux
qui vivent
dans
une
fcrupuleufe
attention
fur
ce qui fe
pafle
au dedans
du corps
, ne fe croyent
malades
que
pour les trop
écouter
.
Si ceux qui fe montrent moins occupez
I. Vol. Cy dans
2606 MERCURE DE FRANCE
dans la pratique de Medecine à guerir
l'efprit,fouvent plus allarmé que le corps
n'eft malade , faifoient attention qu'on
doit toujours envifager dans un malade
la guérifon de deux maladies , dont la
violence ou la durée de tous les tems
qu'elles parcourent , fe répondent exactement
, & que chacune d'elles exige des
fecours differens , fuivant la fuperiorité
que l'une gagne fur l'autre , ils fe défabuferoient
avec plaifir de ce grand nombre
inutile ou meurtrier de remedes , que
Pandore a laiffé échaper , que l'avarice
fait employer , que l'honneur de la profeffion
défaprouve , & que la feule fermeté
dont les malades ont befoin ordi
nairement , ne permet jamais qu'on lui
préfere , fans reprocher les funeftes fuites
d'une fi injufte préférence à ceux qui ne
connoiffent point l'union ou la dépendance
mutuelle de ces deux fubftances qui
compofent l'homme.
Quoique l'union de l'ame avec le corps
doive plutôt paffer pour un fecret réfervé
à la Toute puiffance Divine , que pour
une connoiffance dûe aux plus profondes
recherches de l'efprit humain ; l'heureuſe
témerité des fçavans dans leurs découvertes
a fçû nous engager trop avant , pour
pouvoir nous difpenfer maintenant de
propofer nos conjectures . Cependant pour
I.Vol
AC
DECEMBRE . 1730. 2607
ne pas priver de leurs droits ceux qui pré
tendent en avoir fur cette queftion , nous
ne prendrons que ce qu'il nous faut pour
fatisfaire à notre projet.
Les Loix uniformes , & les raports réciproques
que l'Auteur de la nature a établis
dans l'union de l'ame & du corps ,
maintiennent ces deux fubftances dans
une dépendance mutuelle ; ce qui fait que
l'ame a des affections à l'occafion de certains
mouvemens du Corps, & que celui - ci
exécute des mouvemens , à l'occafion de
certaines affections de l'ame. La vivacité
de ces affections dépend de la violence des
impreffions, des objets externes fur les or
ganes du corps , & l'énergie de la puiffance
de l'ame fur le corps , de la vivacité
de fes affections; l'ame fera parconfequent
d'autant plus vivement affectée que le
.corps fera fortement émû; & le corps fera
d'autant plus puiffamment émû , que l'a
me fera vivement affectée ; le fentiment
interieur & l'expérience journaliere ne
nous permettent point de refufer notre
confentement à des véritez fi fenfibles &
fi connues.
C'eft à la faveur du genre nerveux que
les impreffions des objets externes fur les
organes du corps, d'où dépendent les fenfations
, fe tranfmettent dans le cerveau
jufqu'à l'origine des nerfs . C'eft auffi par
C vi I. Vol.
2608 MERCURE DE FRANCE
les mêmes voyes que les paffions de l'ame
agiffent fur la machine .
On peut donc regarder le genre nerveux
, comme un affemblage de petits
cordons difperfez par tout le corps ,
dans
un certain dégré de tenfion que la nature
leur a donné , réünis à la baze du crane ,
dans cet endroit du cerveau , qu'on nomme
moëlle allongée , & que nous appellerons
dans la fuite Emporeum. C'eft- là où
toutes les impreffions faites fur les organes
du corps aboutiffent , qu'on peut
placer le fiége des perceptions de l'âme.
Mais découvre-t- on dans cette parque
tie ? fi ce n'eft un tas de fibrilles fufceptibles
de vibration , capables de fe redreffer
& de fe remettre lorſque la cauſe
qui en a fait perdre la direction , ceſſe
d'agir ? Comment peut- il donc fe faire
que l'ame foit affectée dans les fenfations,
à l'occafion des impreffions faites par les
objets externes fur les organes
du corps ,
ou agir elle-même fur la machine dans,
les paffions ? une fubftance fpirituelle n'eftelle
point à l'abri des atteintes de la matiere
? Et celle - cy fouffrira-t- elle quelque
changement de la part de l'autre ? J'avouë
prefentement , que fi les fçavans fe
payoient moins de raifonnemens ingénieux
, que d'aveus finceres de la foibleffe
du génie , je n'aurois point de hon-
I.Vol
DECEMBRE . 1730. 2609
coup
te de la déclarer à des hommes dans cette
occafion , mais comme elles doivent beauà
la témérité des curieux , elles veulent
encore leur être plus redevables ; ) le
corps ne pouvant donc point agir materiellement
fur l'ame, ni l'ame fur le corps ,
il faut que le Créateur dans l'union de ces
deux fubftances , ait voulu , fuivant les
décrets immuables , qu'à l'occafion d'un
tel mouvement , où bien d'une vibration
plus ou moins forte des fibres de l'Emporeum
, l'ame fut plus ou moins vivement
ébranlée ; & qu'à l'occafion de certaines
perceptions de l'ame , il furvint à ces mêmes
fibres des vibrations dont la force
répondit exactement à la vivacité de ces
perceptions , pour lors le cordon de
nerf continu à la fibre vibrée , fera plus
ou moins tiraillé auffi-bien que les divifions
& les rameaux qui en partent, & qui
vont fe perdre dans les parties du corps.
Ainfi fuppofé maintenant que l'ame foit
vivement affectée ( comme il lui arrive
dans differentes paffions , mais fur tout
dans la crainte ou l'apprehenfion de mourir
) la vibration d'une , ou de plufieurs
fibres de l'Emporeum fera violente, le tiraillement
du cordon de nerf ne le fera
pas
moins, &fes filamens diviſez ,diſperſez dans
a machine , donneront bien - tôt des marques
tres- fenfibles de leur défordre , icy
L. Vol par
2610 MERCURE DE FRANCE
par la tenfion exceffive des membranes ,
par le retréciffement du diametre des
vaiffeaux dont les parois font devenuës
moins dociles aux caufes pulcifiques ; là,
par les douleurs infupportables , les convulfions
d'une ou de plufieurs parties , &
par l'état tonique qui fe prend au reffort
des folides ; d'où fuit le trouble, l'inégalité
de la circulation du fang , de la lymphe ,
leur féjour dans les chairs , ou dans les
vifceres qui s'enflamment , les fécretions
fufpendues , les coctions léfées , abolies
même ; enfin le bouleverfement de tout
le corps , qui fera toujours d'autant plus
puiffant fur les caufes de la vie , que le
moindre effet mentionné fuffit pour la
faire perdre.
il
Il ne fera pas difficile à prefent , de rendre
raifon des differens dégrez de dérangement
& de défordre , qui arrivent au
Corps humain ,à l'occafion des paffions de
l'ame , pour peu qu'on donne fes atten
tions à leur vivacité , à la difpofition des
fibres de l'Emporeum, & à l'état du corps
fain ou malade.
Nous avons déja vû que les affections
de l'ame occafionnent des vibrations dans
les fibres de l'Emporeum , fuivant donc le
different dégré de tenfion , de foupleffe
de rigidité , & de reffort , que la nature
feur a donné , elles font plus ou moins
I. Vol. vibraDECEMBRE
. 1730. 2611
vibratiles. Par exemple : Si l'ame eft vivement
affectée , la vibration que cette affection
occafionnera d'abord dans une ou
plufieurs fibres fera violente ; & fi les
fibres vibrées fe trouvent bien tenduës
naturellement , la force d'une telle fecouffe
produira un double effet. Il en eft à
peu près de même des autres qualitez ,
qu'on attribue à ces fibres qui varient
dans des fujets differens , par rapport au
fexe , à l'âge , au temperamment , & à la
maniere de vivre , & quelquefois dans le
même homme,à raifon de bien des circonftances,
mais fur tout de la frequence des
vibrations , d'où elles ont acquis la difpofition
d'obéir au moindre tremouffement.
Si les organes du corps fe trouvent
dans l'état le plus éloigné de la maladie ,
& que l'imagination ne foit que peu dérangée
, il eft clair que le corps n'en fera
pas fort incommodé ; delà vient qu'on'
voit une foule de mélancoliques , fe
porter d'ailleurs le mieux du monde ;
mais fi dans ce cas l'imagination eft conſiderablement
détraquée, le corps s'appro
chera pour lors de l'état malade , à proportion
que le dérangemeut de l'efprit
fera grand ; je crois même , que ce ne
feroit point fans fondement , fil'on avançoit
que l'imagination vivement frappée
de trifteffe , de crainte , &c . a affez de
I. Vol.
pou2612
MERCURE DE FRANCE
pouvoir fur la machine , pour en occafionner
la ruine.
Si dans un corps peu malade , l'imagination
n'eft que peu allarmée ; ces deux
maladies enſemble ne font point à crain
dre , on s'en releve facilement ; mais fi
dans ce même cas , l'ame eft fortement
agitée , le trouble dans la Machine fera
très -dangereux ; on voit bien fouvent des
malades guériffables par la nature du
mal , devenir incurables , fe défefpérer &
périr malheureuſement par la préférence
qu'on a fait des remedes quelquefois fort
violens , à cette fermeté dont le retour de
la fanté ne pouvoit fe paffer fans la perte
de la vie.
Enfin fi l'imagination & le corps font
tres dérangez , dans un pareil cas le malade
fera défefpéré , pour peu qu'on néglige
de lui donner du courage , ouqu'on
fe ferve des remedes qui le tour
mentent trop.
On voit par toute cetteThéorie que dans
le concours de ces cauſes , l'ame doit agir
fur la Machine , avec un pouvoir inſurmontable
, dont les effets feront par conféquent
très -funeftes.
On reconnoît encore d'où vient que
certaines perfonnes font plus fufceptibles
de chagrin , de trifteffe , d'abattement
de crainte & de defefpoir que bien d'au-
1. Vol. tres
DECEMBRE . 1730. 2613
tres , & en reffentent de plus grands maux
dans l'ufage de la vie.
Puifqu'on ne fçauroit à prefent difconvenir
que la trifteffe & la langueur de
l'efprit, ne dérangent confidérablement la
fanté la plus affurée , & que la crainte &
l'apprehenfion de mourir n'occafionne de
nouveaux défordres dans un malade ;
n'a- t-on pas raifon de penfer que les malades
auroient moins de mal s'ils avoient
moins de peur ? In omni morbo mente valere
bonum eft , contrarium verò malum.
C'eft fur ce principe de la veritable
Médecine , où tout ce que l'avarice de
l'homme a de plus haïffable , & de plus
dangereux dans les moyens qu'elle offre
pour affouvir le défir de groffir fes richeffes
, n'a aucune part , que nous avons
prétendu faire voir :
Premierement , que les gens de notre profeffion
moins ambitieux des biens que jaloux
de leur honneur , doivent s'attirer
des malades de la confiance, plutôt par une
jufte réputation que par une effronterie
odieufe , qui ne peut tourner qu'à leur
confuſion & au malheur de ceux qui ne
diftinguant point le vrai mérite , apprennent
par leur mort violente , à des héritiers
à ne pas les fuivre dans leur funefte
choix .
Secondement , que
I. Vol.
dans les maladies férieu2614
MERCURE DE FRANCE
rieuſes , où les malades craignent fort
pour leur vie , la préfence fréquente ,
mais jamais importune , du Medecin de
confiance , eft plus falutaire qu'un grand
appareil de remedes .
3mt, Et qu'ainfi on ne doit pas faire dif
Aculté de bannir , de retrancher de la
Médecine un grand nombre de remedes ,
non feulement comme inutiles , mais encore
comme très - pernicieux , & le malade
fera guéri pour lors à moins de frais &
plus furement.
Enfin , qu'on n'a confulté , dans le def
fein de mettre au jour ce petit Ouvrage ,
que l'honneur de la profeffion , & le verible
bien des malades.
Par G B. Barrés , de Pezenas , Docteur
en Médecine, de la Faculté de Montpellier.
d'Hippoctates , Aphorifme XXXIII.
Section II. In omni morbo mente valere
bonum eft ; contrarium vero malum.
Puifque Uifque nous voyons tous les jours
les moindres paffions de l'ame
occafionnent dans la fanté la mieux établie
mille dérangemens dangereux pour
la vie; pouvons- nous douter que la crainte
ou l'appréhenfion de mourir ne faſſe
de plus grands defordres dans un Malade?
Mais plutôt qui d'entre les hommes , le
plus intrépide même , lorſque le mal eſt
affez férieux , fe fent à l'abri des troubles
qu'une penſée fi affreuſe jette dans
tout le corps ? L'on ne doit donc point
refufer , pour peu que le bien des Malades
tienne à coeur , une attention particuliere
à ces mouvemens de l'ame qui
I. Vol. agiffent
DECEMBRE . 1730. 2603
3.
agiffent fi puiffamment à nos yeux , &
la faine pratique de Medecine ne fçauroit
les abandonner à eux- mêmes fans rendre
les meilleurs remedes de l'Art , ou inutiles
ou pernicieux dans leur ufage. C'eft fur
un fondement fi folide qu'on eft porté à
croire que la plupart des Maladies ne deviennent
ferieufes , intraitables même, que
parce que la crainte , l'abattement , la
frayeur & le defefpoir , font toujours aux
trouffes des pauvres Malades; & que la fermeté
en enleveroit un plus grand nombre à
la Parque, que les Remedes les plus fpecifi
ques,qui ne meritent pas fouvent un nom
fi impofant : de- là vient qu'on a tout fujet
de penfer que dans les moins dangereufes
maladies comme dans celles qui le font
veritablement , on épargneroit plus de
vies au genre humain , fi on s'attachoit
moins àdonner des remedes, qu'à raffures
l'efprit allarmé des Malades.
Pour le convaincre de ce que nous ve
nons d'avancer , il ne faut que jetter les
yeux fur ces mélancoliques hypocondriaques
, fujets à des prétendues vapeurs qui
ne reconnoiffent pour caufe que le vice
de leur imagination ; c'eft ainfi que nous
trouvons quelquefois dans notre pratique
de ces hommes que les biens & les honneurs
inondent de toutes parts , au milieu
des plaifirs , qu'une fanté parfaite-
Cij ment I. Vol.
2604 MERCURE DE FRANCE
&
ment bonne & vigoureufe laiffe gouter
paifiblement à la fleur de leur âge , tomber
tout à coup dans un abattement &
dans une langueur toujours funefte à la
vie , fe rendre infupportables aux autres ,
le devenir à eux mêmes , fe laiffer aller
à des contentions trop longues , à des afflictions
extrêmes ; en un mot , ſe montrer
le jouet de leur imagination par ces récits
ennuyeux des plus legeres circonftances
de leurs maux dont ils accablent ceux
qu'ils engagent férieufement à les entendre
. Des Malades de cette efpece peuventils
trouver du fecours dans l'adminiftration
des remedes , & ne feroit- ce pas pour
lors réfifter à l'experience qui apprend
conftamment au prix de la vie de ceux
qui la confient aux ignorans , que l'abattement
, la langueur de l'efprit , fe guerit
moins par l'ufage des remedes , que par
la diverfité des idées , les converfations ,
les Affemblées des perfonnes enjoüées ,
& fur tout par la fermeté ou le courage
que les bons Medecins ne manquent
jamais de préferer falutairement à tout
autre fecours ? d'ailleurs comme l'oifiveté
leur donne occafion de fe trop écouter
les exercices moderez du corps ne feroient
ils pas pour ces Malades un bon régime.
de vie ? peut être même que la reflexion
fuivante auroit affez de force pour
I. Vol.
préDECEMBRE
. 1730. 2605
prévenir & détourner la foibleffe de leur
imagination .
Il n'eft pas poffible que cette foule de
fonctions qui s'exercent par tant de differens
inftrumens dans une machine auffi délicate
que le corps
de l'homme
, ſe faffent
dans
la fanté
même
la plus
parfaite
d'une
égale
jufteffe
, puifque
tout
de même
que
dans
une
Montre
ou dans
des machines
femblables
le peu de folidité
de la matiere
dont
on conſtruit
les differentes
pieces
qui
les compofent
, les frottemens
des roues
de
leurs
arbres
qui
touchent
par
plufieurs
points
à des furfaces
jamais
planes
ou unies
;
en un mot,mille
caufes
, tant
internes
qu'externes
, font
de très- grands
obftacles
à la
perfection
de leurs
mouvemens
; de même
dans
le corps
humain
les roues
qu'on
y
découvre
, ou , pour
mieux
dire, les mouvemens
circulaires
, foit
dans
les folides
foit
dans
les liquides
, les leviers
, les puiffances
& leur
point
d'appui
, dans
le tems
que
tout
eft en jeu , fe trouvent
fujets
aux
mêmes
imperfections
que
les rouës
& les refforts
de la montre
en mouvement
;
& ces obftacles
font
d'autant
plus
fenfibles
à l'homme
,que
ceux
qui vivent
dans
une
fcrupuleufe
attention
fur
ce qui fe
pafle
au dedans
du corps
, ne fe croyent
malades
que
pour les trop
écouter
.
Si ceux qui fe montrent moins occupez
I. Vol. Cy dans
2606 MERCURE DE FRANCE
dans la pratique de Medecine à guerir
l'efprit,fouvent plus allarmé que le corps
n'eft malade , faifoient attention qu'on
doit toujours envifager dans un malade
la guérifon de deux maladies , dont la
violence ou la durée de tous les tems
qu'elles parcourent , fe répondent exactement
, & que chacune d'elles exige des
fecours differens , fuivant la fuperiorité
que l'une gagne fur l'autre , ils fe défabuferoient
avec plaifir de ce grand nombre
inutile ou meurtrier de remedes , que
Pandore a laiffé échaper , que l'avarice
fait employer , que l'honneur de la profeffion
défaprouve , & que la feule fermeté
dont les malades ont befoin ordi
nairement , ne permet jamais qu'on lui
préfere , fans reprocher les funeftes fuites
d'une fi injufte préférence à ceux qui ne
connoiffent point l'union ou la dépendance
mutuelle de ces deux fubftances qui
compofent l'homme.
Quoique l'union de l'ame avec le corps
doive plutôt paffer pour un fecret réfervé
à la Toute puiffance Divine , que pour
une connoiffance dûe aux plus profondes
recherches de l'efprit humain ; l'heureuſe
témerité des fçavans dans leurs découvertes
a fçû nous engager trop avant , pour
pouvoir nous difpenfer maintenant de
propofer nos conjectures . Cependant pour
I.Vol
AC
DECEMBRE . 1730. 2607
ne pas priver de leurs droits ceux qui pré
tendent en avoir fur cette queftion , nous
ne prendrons que ce qu'il nous faut pour
fatisfaire à notre projet.
Les Loix uniformes , & les raports réciproques
que l'Auteur de la nature a établis
dans l'union de l'ame & du corps ,
maintiennent ces deux fubftances dans
une dépendance mutuelle ; ce qui fait que
l'ame a des affections à l'occafion de certains
mouvemens du Corps, & que celui - ci
exécute des mouvemens , à l'occafion de
certaines affections de l'ame. La vivacité
de ces affections dépend de la violence des
impreffions, des objets externes fur les or
ganes du corps , & l'énergie de la puiffance
de l'ame fur le corps , de la vivacité
de fes affections; l'ame fera parconfequent
d'autant plus vivement affectée que le
.corps fera fortement émû; & le corps fera
d'autant plus puiffamment émû , que l'a
me fera vivement affectée ; le fentiment
interieur & l'expérience journaliere ne
nous permettent point de refufer notre
confentement à des véritez fi fenfibles &
fi connues.
C'eft à la faveur du genre nerveux que
les impreffions des objets externes fur les
organes du corps, d'où dépendent les fenfations
, fe tranfmettent dans le cerveau
jufqu'à l'origine des nerfs . C'eft auffi par
C vi I. Vol.
2608 MERCURE DE FRANCE
les mêmes voyes que les paffions de l'ame
agiffent fur la machine .
On peut donc regarder le genre nerveux
, comme un affemblage de petits
cordons difperfez par tout le corps ,
dans
un certain dégré de tenfion que la nature
leur a donné , réünis à la baze du crane ,
dans cet endroit du cerveau , qu'on nomme
moëlle allongée , & que nous appellerons
dans la fuite Emporeum. C'eft- là où
toutes les impreffions faites fur les organes
du corps aboutiffent , qu'on peut
placer le fiége des perceptions de l'âme.
Mais découvre-t- on dans cette parque
tie ? fi ce n'eft un tas de fibrilles fufceptibles
de vibration , capables de fe redreffer
& de fe remettre lorſque la cauſe
qui en a fait perdre la direction , ceſſe
d'agir ? Comment peut- il donc fe faire
que l'ame foit affectée dans les fenfations,
à l'occafion des impreffions faites par les
objets externes fur les organes
du corps ,
ou agir elle-même fur la machine dans,
les paffions ? une fubftance fpirituelle n'eftelle
point à l'abri des atteintes de la matiere
? Et celle - cy fouffrira-t- elle quelque
changement de la part de l'autre ? J'avouë
prefentement , que fi les fçavans fe
payoient moins de raifonnemens ingénieux
, que d'aveus finceres de la foibleffe
du génie , je n'aurois point de hon-
I.Vol
DECEMBRE . 1730. 2609
coup
te de la déclarer à des hommes dans cette
occafion , mais comme elles doivent beauà
la témérité des curieux , elles veulent
encore leur être plus redevables ; ) le
corps ne pouvant donc point agir materiellement
fur l'ame, ni l'ame fur le corps ,
il faut que le Créateur dans l'union de ces
deux fubftances , ait voulu , fuivant les
décrets immuables , qu'à l'occafion d'un
tel mouvement , où bien d'une vibration
plus ou moins forte des fibres de l'Emporeum
, l'ame fut plus ou moins vivement
ébranlée ; & qu'à l'occafion de certaines
perceptions de l'ame , il furvint à ces mêmes
fibres des vibrations dont la force
répondit exactement à la vivacité de ces
perceptions , pour lors le cordon de
nerf continu à la fibre vibrée , fera plus
ou moins tiraillé auffi-bien que les divifions
& les rameaux qui en partent, & qui
vont fe perdre dans les parties du corps.
Ainfi fuppofé maintenant que l'ame foit
vivement affectée ( comme il lui arrive
dans differentes paffions , mais fur tout
dans la crainte ou l'apprehenfion de mourir
) la vibration d'une , ou de plufieurs
fibres de l'Emporeum fera violente, le tiraillement
du cordon de nerf ne le fera
pas
moins, &fes filamens diviſez ,diſperſez dans
a machine , donneront bien - tôt des marques
tres- fenfibles de leur défordre , icy
L. Vol par
2610 MERCURE DE FRANCE
par la tenfion exceffive des membranes ,
par le retréciffement du diametre des
vaiffeaux dont les parois font devenuës
moins dociles aux caufes pulcifiques ; là,
par les douleurs infupportables , les convulfions
d'une ou de plufieurs parties , &
par l'état tonique qui fe prend au reffort
des folides ; d'où fuit le trouble, l'inégalité
de la circulation du fang , de la lymphe ,
leur féjour dans les chairs , ou dans les
vifceres qui s'enflamment , les fécretions
fufpendues , les coctions léfées , abolies
même ; enfin le bouleverfement de tout
le corps , qui fera toujours d'autant plus
puiffant fur les caufes de la vie , que le
moindre effet mentionné fuffit pour la
faire perdre.
il
Il ne fera pas difficile à prefent , de rendre
raifon des differens dégrez de dérangement
& de défordre , qui arrivent au
Corps humain ,à l'occafion des paffions de
l'ame , pour peu qu'on donne fes atten
tions à leur vivacité , à la difpofition des
fibres de l'Emporeum, & à l'état du corps
fain ou malade.
Nous avons déja vû que les affections
de l'ame occafionnent des vibrations dans
les fibres de l'Emporeum , fuivant donc le
different dégré de tenfion , de foupleffe
de rigidité , & de reffort , que la nature
feur a donné , elles font plus ou moins
I. Vol. vibraDECEMBRE
. 1730. 2611
vibratiles. Par exemple : Si l'ame eft vivement
affectée , la vibration que cette affection
occafionnera d'abord dans une ou
plufieurs fibres fera violente ; & fi les
fibres vibrées fe trouvent bien tenduës
naturellement , la force d'une telle fecouffe
produira un double effet. Il en eft à
peu près de même des autres qualitez ,
qu'on attribue à ces fibres qui varient
dans des fujets differens , par rapport au
fexe , à l'âge , au temperamment , & à la
maniere de vivre , & quelquefois dans le
même homme,à raifon de bien des circonftances,
mais fur tout de la frequence des
vibrations , d'où elles ont acquis la difpofition
d'obéir au moindre tremouffement.
Si les organes du corps fe trouvent
dans l'état le plus éloigné de la maladie ,
& que l'imagination ne foit que peu dérangée
, il eft clair que le corps n'en fera
pas fort incommodé ; delà vient qu'on'
voit une foule de mélancoliques , fe
porter d'ailleurs le mieux du monde ;
mais fi dans ce cas l'imagination eft conſiderablement
détraquée, le corps s'appro
chera pour lors de l'état malade , à proportion
que le dérangemeut de l'efprit
fera grand ; je crois même , que ce ne
feroit point fans fondement , fil'on avançoit
que l'imagination vivement frappée
de trifteffe , de crainte , &c . a affez de
I. Vol.
pou2612
MERCURE DE FRANCE
pouvoir fur la machine , pour en occafionner
la ruine.
Si dans un corps peu malade , l'imagination
n'eft que peu allarmée ; ces deux
maladies enſemble ne font point à crain
dre , on s'en releve facilement ; mais fi
dans ce même cas , l'ame eft fortement
agitée , le trouble dans la Machine fera
très -dangereux ; on voit bien fouvent des
malades guériffables par la nature du
mal , devenir incurables , fe défefpérer &
périr malheureuſement par la préférence
qu'on a fait des remedes quelquefois fort
violens , à cette fermeté dont le retour de
la fanté ne pouvoit fe paffer fans la perte
de la vie.
Enfin fi l'imagination & le corps font
tres dérangez , dans un pareil cas le malade
fera défefpéré , pour peu qu'on néglige
de lui donner du courage , ouqu'on
fe ferve des remedes qui le tour
mentent trop.
On voit par toute cetteThéorie que dans
le concours de ces cauſes , l'ame doit agir
fur la Machine , avec un pouvoir inſurmontable
, dont les effets feront par conféquent
très -funeftes.
On reconnoît encore d'où vient que
certaines perfonnes font plus fufceptibles
de chagrin , de trifteffe , d'abattement
de crainte & de defefpoir que bien d'au-
1. Vol. tres
DECEMBRE . 1730. 2613
tres , & en reffentent de plus grands maux
dans l'ufage de la vie.
Puifqu'on ne fçauroit à prefent difconvenir
que la trifteffe & la langueur de
l'efprit, ne dérangent confidérablement la
fanté la plus affurée , & que la crainte &
l'apprehenfion de mourir n'occafionne de
nouveaux défordres dans un malade ;
n'a- t-on pas raifon de penfer que les malades
auroient moins de mal s'ils avoient
moins de peur ? In omni morbo mente valere
bonum eft , contrarium verò malum.
C'eft fur ce principe de la veritable
Médecine , où tout ce que l'avarice de
l'homme a de plus haïffable , & de plus
dangereux dans les moyens qu'elle offre
pour affouvir le défir de groffir fes richeffes
, n'a aucune part , que nous avons
prétendu faire voir :
Premierement , que les gens de notre profeffion
moins ambitieux des biens que jaloux
de leur honneur , doivent s'attirer
des malades de la confiance, plutôt par une
jufte réputation que par une effronterie
odieufe , qui ne peut tourner qu'à leur
confuſion & au malheur de ceux qui ne
diftinguant point le vrai mérite , apprennent
par leur mort violente , à des héritiers
à ne pas les fuivre dans leur funefte
choix .
Secondement , que
I. Vol.
dans les maladies férieu2614
MERCURE DE FRANCE
rieuſes , où les malades craignent fort
pour leur vie , la préfence fréquente ,
mais jamais importune , du Medecin de
confiance , eft plus falutaire qu'un grand
appareil de remedes .
3mt, Et qu'ainfi on ne doit pas faire dif
Aculté de bannir , de retrancher de la
Médecine un grand nombre de remedes ,
non feulement comme inutiles , mais encore
comme très - pernicieux , & le malade
fera guéri pour lors à moins de frais &
plus furement.
Enfin , qu'on n'a confulté , dans le def
fein de mettre au jour ce petit Ouvrage ,
que l'honneur de la profeffion , & le verible
bien des malades.
Par G B. Barrés , de Pezenas , Docteur
en Médecine, de la Faculté de Montpellier.
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Résumé : REFLEXIONS sur ces paroles d'Hippoctates, Aphorisme XXXIII. Section II. In omni morbo mente valere bonum est ; contrarium vero malum.
Le texte explore l'impact des émotions et des pensées sur la santé physique, en s'appuyant sur les réflexions d'Hippocrate. Il met en évidence l'importance de la santé mentale dans toute maladie et souligne que les troubles émotionnels peuvent aggraver l'état du patient. Les passions de l'âme, même mineures, peuvent provoquer des désordres corporels dangereux. La crainte ou l'appréhension de la mort est particulièrement néfaste pour les malades. Même les individus les plus intrépides ne sont pas à l'abri des troubles émotionnels lorsqu'ils sont gravement malades. Les médecins doivent donc prêter attention aux mouvements de l'âme, car ils influencent fortement la santé physique. Les maladies deviennent souvent sérieuses et intraitables en raison de la peur, de l'abattement, de la frayeur et du désespoir qui accompagnent les patients. La fermeté et le courage sont souvent plus efficaces que les remèdes spécifiques pour guérir les malades. Le texte illustre cela avec des exemples de mélancoliques hypocondriaques, dont les troubles sont souvent causés par l'imagination plutôt que par des causes physiques. Pour ces patients, les remèdes médicaux sont moins efficaces que les distractions et les activités physiques modérées. Le texte compare également le corps humain à une machine délicate, où divers facteurs internes et externes peuvent perturber son fonctionnement. Il conclut en soulignant l'importance de traiter à la fois le corps et l'esprit dans la pratique médicale. Le texte traite également des interactions entre l'esprit et le corps dans les maladies, mettant en garde contre les tourments excessifs infligés aux malades, qui peuvent les rendre désespérés. La tristesse et la peur perturbent la santé, et les malades souffriraient moins s'ils avaient moins peur. L'auteur critique l'avarice dans la médecine et prône une approche éthique. Les médecins doivent gagner la confiance des patients par leur réputation plutôt que par des méthodes odieuses. Dans les maladies graves, la présence fréquente mais non importune du médecin est plus bénéfique qu'un grand nombre de remèdes. Le texte recommande de bannir les remèdes inutiles et pernicieux pour soigner les malades de manière plus économique et efficace. L'objectif est de promouvoir l'honneur de la profession médicale et le bien-être des patients. L'auteur est G. B. Barrés, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 99-126
MEMOIRE Sur les avantages & les inconvéniens de la fiévre, lû à l'Académie de Beziers, le 13 Novembre 1749, par M. Jean-Henri-Nicolas Bouillet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier.
Début :
SI j'entreprenois de faire ici l'éloge de la fiévre, on croiroit sans doute, qu'à [...]
Mots clefs :
Fièvre, Nature, Cause, Maladie, Maladies, Humeurs, Matière, Sang, Causes, Corps, Mouvement, Effets, Remède, Chaleur, Fièvres, Médecins, Organes, Coeur, Matière morbifique, Vaisseaux, Symptôme, Santé, Dérangement, Évacuations, Dépravation
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE Sur les avantages & les inconvéniens de la fiévre, lû à l'Académie de Beziers, le 13 Novembre 1749, par M. Jean-Henri-Nicolas Bouillet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier.
MEMOIR E
Sur les avantages & les inconvéniens de la
fiévre , lû à l'Académie de Beziers , le 13
Novembre 1749 , par M. Jean- Henri-
Nicolas Bouillet , Docteur en Médecine de
la Faculté de Montpellier.
Sliventreprenois
de faire ici l'éloge de la
fiévre , on croiroit fans doute , qu'à
l'exemple d'Erafme , qui a fait l'éloge de la
folie , & de quelques autres Ecrivains qui
ont loué ironiquement des chofes dont le
nom même eft odieux : on croiroit , dis-je,
que je voudrois amufer agréablement cette
illuftre affemblée , en préfentant fous -de
belles couleurs la chofe du monde la plus
hideufe , l'ennemi déclaré du genre humain
, le tyran de la vie des hommes.
Mais ce qu'on croiroit que je voudrois
faire ici d'une maniere ironique, de grands
Médecins l'ont exécuté férieuſement , en
exagérant dans certains cas les avantages
de la fiévre , en la repréfentant toujours
comme la feule reffource de la nature dans
le plus grand nombre des maladies , comme
le moyen le plus folemnel dont elle
faffe ufage pour leur guérifon ; en foûtenant
enfin dans des Théfes publiques , que
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
la fiévre eft bien moins fouvent une ma
ladie qu'un remède à nos maux. Il est vrai
que d'autres Médecins , non moins habiles
, ont penfé bien differemment , &
que loin de regarder la fiévre comme
quelque chofe d'avantageux , ils l'ont confidérée
comme la plus cruelle de toutes
les maladies , & comme la caufe la plus
ordinaire de la mort des hommes . Ces
deux fentimens ont encore leurs partifans,
& perfonne , que je fçache , ne s'eft avile
de difcuter à fond , lequel des deux doit
être préferé. Ce n'eft pourtant pas ici une
queftion purement ſpéculative , & dont la
décifion foit indifferente pourla pratique.
On en jugera par ce Mémoire , où je me
propofe d'examiner férieufement cette
matiere , après avoir rapporté ce qu'on a
dit jufqu'ici de plus frappant en faveur de
la fiévre,
1. Hippocrate , parmi les anciens , a été
le premier qui a relevé , ce femble , les
avantages de la fiévre , en faifant remarquer
qu'elle eft d'un bon augure dans certaines
maladies , & qu'elle en termine
heureuſement bien d'autres. Quelquesuns
de ceux quifont venus après lui , n'ont
pas manqué à cet égard de fe prévaloir de
fon autorité. Ils ont été même plus loin.
Afclepiade ofa bannir tous les remédes , &
MARS. 1750. 101
il ne craignit point d'avancer que la fiévre
étoit le principal reméde dont il fit ufage .
Enfin Celfe ne fe contenta pas de dire que
la fiévre elle- même étoit fouvent d'un
grand fecours ; il ajouta auffi , d'après Hip.
pocrate , qu'il étoit quelquefois de la prudence
du Médecin de la procurer aux
malades.
2. Parmi les modernes , Sydenham , l'un
des plus habiles Praticiens Anglois du dernier
fiécle , a regardé la fiévre comme l'u
nique moyen , dont la nature eût coûtume
de fe fervir pour chaffer hors du corps la
cauſe matérielle des maladies , mais celui
qui vers la fin du fiécle pallé , & au commencement
de celui-ci , s'eft déclaré le
plus ouvertemeift en faveur de la fièvre ,
a été le célébre M. Stahl , que la plûpart
des Médecins Allemands regardent comme
le reftaurateur de la Médecine . Cet Auteur
a même pouffé fa complaifance pour
la fiévre , jufqu'à taxer d'erreur Hippocrate
, lorfqu'après avoir fait l'énumeration
des maladies , que les anciens appelloient
aigues , ce Prince de la Médecine
ajoute * que c'eft la fièvre qui rend ordi-
,
nairement ces maladies mortelles .
Pour lui , il penfe qu'il eft plus clair
* DeVict, acutor.
E iij
102 MERCURE DEFRANCE.
que le jour , que ces mêmes maladies , ou
ce qui eft , dit-il , le même , les ftafes inflammatoires
du fang dans les vifcéres
abandonnées à elles-mêmes & fans l'intervention
de la fièvre , tuent néceffairement ,
& il ajoute que la nature par elle- même
ne peut prévenir autrement une pareille
cataſtrophe , qu'en diffipant à propos ces
fortes de ftafes , & qu'elle ne peut les diffiper
qu'en augmentant confidérablement ,
& pendant un tems fuffifant le mouvement
progreffif ou circulaire du fang , ce
qui emporte néceffairement une augmentation
de poulx , qui eft toujours fitivie
d'une augmentation de chaleur par tout
le corps , laquelle augmentation de chaleur
, à un certain degré & d'une certaine
durée , s'appelle fiévre . D'où il conclud
qu'on a grand tort de regarder la fièvre ,
comme la feule maladie & comme la cauſe
principale de la mort , tandis qu'elle eſt
au contraire l'unique fondement d'une
heureufe efpérance , & le feul inftrument
de la guérifon : ce qu'il tache de prouver
par la pefte , ce coryphée des maladies - aigues
, laquelle felon lui , n'étant point
proprement de fon effence une fiévre , ne
peut être traitée heureufement & avec fuccès
, qu'en lui oppofant une fiévre douce ,
égale & continue.
MARS. 1750. 103
3. Les Difciples de M. Stahl ne font
pas moins prévenus que lui en faveur de la
fiévre. Le fçavant funcker la définit un
effort falutaire de la nature , qui par des
mouvemens fecrétoires & excrétoires ,
portés au delà de leur degré naturel , mais
affez justement proportionnés à la quantité
& à la qualité de la caufe fébrile , fe
propofe , ou de corriger ou d'éloigner du
corps quelque matiere morbifique : & il
ajoute qu'en ce fens on peut fort bien déri-
Iver le mot Latin febris , de l'ancier verbe
februare , qui fignifie purifier ou expier , &
particulierement de ces cérémonies folemnelles
, de ces facrifices appellés februa ,
par lefquels on avoit en vue d'éloigner
des maifons les ombres errantes des morts,
& d'ôter les caufes des maladies. D'où il
- conclud que l'efter de la fièvre est toujours
falutaire , mais que fon évenement eft fouvent
irrégulier ou tout- à- fait funefte , non
par la faute effentielle de la fiévre , mais
par celle du fujet où la fièvre ne peut pas
librement faire fon cours , ou par d'autres
maladies qui s'y joignent , & qu'ainfi ce
n'eft pas par la fiévre , mais avec la fièvre
qu'on meurt. Il y a plus. Il prétend que
les fiévres , qui font librement leur cours ,
Haiffent après elles une fanté beaucoup
plus vigoureufe , que celle dont on jouif-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
foit avant la maladie . Nenter tient le même
langage.
4. Mais M. Stahl , & fes Difciples , ne
font pas les feuls qui parlent avantageufement
de la fiévre . M. Boerhaave prétend
auffi que la fiévre eft un heureux inftru
ment , par lequel la nature opére la guérifon
parfaite de bien des maladies aigues
& chroniques , d'ailleurs incurables :
qu'un Médecin qui fe fert de la fièvre que
la nature excite , & qui lui affocie des délayans
& de doux fondans , fait toujours
des merveilles , & qu'un Médecin qui
connoît la nature & qui l'imite , aide cette
même nature , trop foible pour furmonter
des maladies chroniques , en procurant par
des remédes une fièvre qu'elle n'a pas la
force d'exciter elle-même , & que par cette
fiévre bien ménagée on releve une nature
abbattue , & on furmonte les maladies
les plus rebelles.
5. M. Hoffman ( Frederic ) ne paroît
guéres moins prévenu en faveur de la fiévre.
D'abord il convient de bonne foi ,
que c'eft un mouvement contre nature du
fang & des humeurs , qui dérange & détruit
même les fonctions du corps & de
l'ame ; qui corrompt les fucs vitaux , épuife
les forces , difpofe aux maladies chroniques
, & donne fouvent la mort . Mais
MARS. 1750. 105
en même tems il ajoute que le mouvement
fébrile du fang , qui fe joint à beaucoup
de maladies aigues & chroniques ,
eft d'une telle nature & d'un tel caractére,
.qu'il contribue à furmonter & détruire lés
caufes des maladies , & par conféquent
qu'il eft plutôt avantageux & falutaire que
préjudiciable au corps humain . C'eft en
quoi , s'écrie- t'il , l'Auteur de la nature eft
d'autant plus admirable puifqu'il fait >
fervir la caufe même de la mort à la confervation
de la vie.
Cet Auteur n'attribue la fiévre qu'à des
effers purement méchaniques , qui ne font
point avantageux par eux-mêmes , mais
feulement par accident , en faifant fortig
les impuretés qui la caufent ; de même
que le vomiffement , quand l'eftomach eſt
chargé , & l'hémorragie dans la pléthore ,
quoiqu'ils foient des accidens maladifs ,
quelquefois mortels , opérent le rétabliſſement
de la fanté.
I
Quant à la fiévre , elle ne devient , ditil
, falutaire , que parce qu'elle accélére la
coction de la matiere morbifique , c'eſtà-
dire , qu'elle la rend propre à l'excrétion
, ce qui fe fait de deux manieres , en
divifant les matieres épaiffies , & en ouvrant
les vaiffeaux obftrués ou refferrés
par les fpafies. Or rien n'eft plus propre
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
que la chaleur de la fiévre pour produire
ces effets , car la vie confifte dans la chaleur
, n'eft- il pas naturel que fon augmen.
tation répare la langueur de fon principe.
D'où il conclud qu'il eft dangereux , fouvent
mortel , de faire tous fes efforts dans
le commencement des maladies , pour
anéantir tout-à- fait la fiévre , à moins
qu'elle ne foit entierement fymptomati
que. Il faut fe contenter , dit- il , de modé
rer les fiévres critiques , fi elles font trop
fortes , mais il faut les animer , fi elles ne
le font pas affez.
pour
6. Enfin à tous ces Panégyriftes de la
fiévre s'eft joint encore depuis peu un fçavant
Médecin de l'Ecole de Paris . D'abord
cet Auteur ne veut point qu'on appelle
maladie ce que fait la nature
corriger ou pour chaffer hors du corps la
caufe du mal , & pour rétablir une fanté
délabrée puis il ajoute que la maladie
n'étant qu'une difpofition contre nature ,
qui dérange immédiatement & par ellemême
les fonctions du corps vivant , tout
ce qui ne produit pas cet effet , ne doit pas
être mis au rang des maladies .
Au refte , dit-il , qu'on ne croye pas que
ce n'eft ici qu'une queftion de nom , car
on en tirera bien des conféquences trèsutiles
pour la pratique. En effet , s'il eft
1
MARS. 1750.
107
bien prouvé que la fiévre eft plutôt un reméde
qu'une maladie , il s'enfuivra qu'il
ne faut point l'emporter , mais ( nouveauté
étrange ! ) qu'il faut quelquefois l'allumer
; qu'il ne faut pas la diminuer , mais
l'augmenter ; qu'il ne faut pas l'éteindre
mais la conferver. Après cette digreffion ,
l'Auteur continue ainfi . Nous ne fommes
pas plutôt atteints de quelque indifpofition
, que la nature excite d'abord là fié …..
vre. Mais à quel deffein ? Eft.ce pour
ajouter un nouveau mal au premier ? Point
du tout . La nature ne travaille point à
nons détruire , elle veille au contraire à
notre confervation , & ne manque pas de
venir à notre fecours . C'eft donc envain
qu'on cherche la caufe de la fiévre ; il faut
chercher la caufe des differens maux qu'elle
accompagne, C'eft uniquement à cette
caufe qu'il faut remédier. Mais quelles
font les principales caufes des maladies ?
Des inflammations , des obftructions , des
matieres vifqueufes , gluantes , arrêtées en
differentes parties du corps . Or pour corfiger
ou pour détruire ces caufes , quel
reméde plus efficace que la fiévre ? Dans
la fiévre le mouvement & la chaleur du
fang font portés au - delà de leur dégré
naturel. C'eft le mouvement & la chaleur
qui nous font vivre. C'eft à ces agens qu'il
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
faut rapporter tout ce qui fe paffe dans
l'homme , & tant que les fonctions nefont
point lézées , ils fuffident l'un & l'autre
dans leur état naturel pour perpétuer la
vie : mais s'il le forme quelque embarras ,
alors la fièvre , par des mouvemens fecrétoires
& excrétoires , pouffés au -delà de
leur dégré naturel , brife , attenue la matiere
morbifique , & la ramène à fa température
naturelle , ou par le fecours de la
chaleur elle prépare cette matiere & la
chaffe au-dehors.
Enfin après une longue énumeration des
maladies , qu'il croit que la fiévre peut
guérir ; après avoir obfervé que ceux - là
fe trompent groffierement , qui par des
faignées & d'autres remédes tâchent de
l'appaifer , il conclud que la fièvre , loin
d'être une maladie , eft un reméde naturel ,
comme le vomiffement , l'éternuement ,.
la toux , les larmes , les déjections ; que
la meilleure fiévre eft celle qui eft proportionnée
à la caufe de la maladie & aux
forces de la nature , & que c'eſt celle - là
qui prépare & chaffe fûrement & promp
tement la matiere morbifique.
7. En voilà fans doute bien aſſez pour
prouver que de grands Médecins ont loué
férieufement la fiévre, & que loin de la re
garder comme une maladie , ils l'ont enMARS.
1750. 109
vifagée comme le plus grand reméde que la
nature puiffe apporter à nos maux. Maintenant
il ne me feroit pas difficile de faire
voir que bien d'autres Médecins , non
moins habiles , ont eu fur la fiévre des
idées tout-à- fait oppofées , & que nonfeulement
ils l'ont regardée comme une
maladie qui s'attaque généralement à tout
le corps , mais encore comme la plus fréquente
& la plus dangereufe de toutes les
maladies. Il n'y auroit qu'à rapporter ce
que le plus grand, nombre de Médecins
anciens & modernes nous ont laiffé fur ce
fujet. Mais pour ne pas trop groffir ce
Mémoire , nous nous contenterons d'examiner
la chofe en elle-même , & fans aucun
égard à l'autorité de ceux qui nous
ont précédés , & par ce moyen nous tâcherons
de découvrir fi la fiévre ' eft réellement
ou non une maladie , & s'il eft du
devoir du Médecin de la combattre ou de
la conferver , & de l'appeller même à ſom
fecours.
8. Pour garder quelque ordre dans cet
examen , nous confidérerons d'abord la
fiévre indépendamment de tout vice , foit.
humoral , fait organique : enfuite nous
examinerons celle qui dépend du vice des
humeurs , ou des organes , ou de l'enfemble
des uns & des autres : enfin nous rap116
MERCURE DE FRANCE.
porterons les principaux effets de ces differentes
fortes de fièvres , & on verra parlà
, fi on doit regarder la fièvre comme
une maladie ou comme un remède à nos
maux .
9. Que la fièvre s'éleve quelquefois indépendamment
de tout vice humoral ou
organique , c'est ce qu'ont reconnu Pitcarne
, Boerhaave & Vanfwieten , & c'est ce
que l'expérience nous montre affez fouvent.
En effet on voit la fièvre s'allumer
quelquefois dans les corps les plus fains
par la feule action des cauſes externes ou
procatharctiques , & l'on comprend aifé
ment que tout ce qui peut accélerer à un
certain point le mouvement du fang qui
revient au coeur par les veines , ou pouffer
conftamment vers le coeur une plus grande
quantité d'efprits animaux , peut exciter
la fiévre dans le corps le plus robufte & le
plus fain , avant qu'on puiffe foupçonner
d'autre vice dans les humeurs ou dans
les organes , que la feufe accéleration du
mouvement du fang ou des efprits animaux
, & le battement plus fréquent du
coeur & des artéres. C'eft du moins ainfi
que de grands & longs travaux , fürtout
dans une faifon fort chaude , de violentes
& longues paffions de l'ame , furtout des
excès de colére dans des gens jeunes &
MARS 1750. FIE
vigoureux , occafionnent fouvent la fiévre
.
10. Et qu'on ne dife point que cette
violente agitation du fang , que ces violens
& fréquens battemens du coeur & des
artéres , ne peuvent point , à proprement
parler , être appellés du nom de fievre ,
puifque tout cela difparoit quelquefois
promptement , dès que la caufe externe ou
occafionnelle ceffe d'agir. Car pourquoi
ne leur donneroit-on pas ce nom- là ? Une
fiévre d'un quart- d'heure eft-elle moins
fiévre , qu'une fiévre de vingt- quatre heures
ou de plufieurs jours ? D'ailleurs , fi
cette caufe occafionnelle conftamment appliquée
fur un corps , même très -fain , continue
d'agir pendant un certain tems , ne
s'enfuivra-t'il pas une fiévre continue , &
fouvent très-ardente ? Et le commence
ment de ce mal , avant qu'il fe foit développé
une matiere fébrile , fera-t'il moins
fiévre que la fuite de ce même mal , lorfqu'il
s'eft formé des embarras dans les vaiffcaux
, ou qu'il s'eft développé une mathere
fébrile ?
Il y a plus. On peut fi peu refufer le
nom de fiévre à ces fréquens battemens
du coeur & des artéres , & à cette violente
agitation du fang , caufée par des excès de
colere ou par de violens exercices , qu'il
#12 MERCURE DE FRANCE.
arrive quelquefois que les vaiffeaux capil
laires du cerveau , ou de quelqu'autre vifcére
, dont le calibre ou la capacité augmente
en raifon compofée de la directe
du volume & de la rapidité du fang , &
de l'inverfe de leurs réfiftances , crévent
promptement par la feule diftenfion de
leurs parois , & qu'il fe fait des extravafations
mortelles , avant que les humeurs
ayent eu le tems de fe dépraver , & que les
vaiffeaux ayent pû s'embarraffer.
fes
11. On dira peut-être que la fièvre ,
n'étant qu'an dérangement durable des
fonctions , & que les fonctions ne pouvant
être long-tems dérangées par une cauſe
externe , l'agitation du fang occafionnée
par une cauſe externe ne peut être qua
lifiée du nom de fiévre . Mais ne fuffit- it
pas que les fonctions du coeur foient dérangées
pendant un certain tems , que
battemens foient & plus forts & plus fréquens
que dans l'état naturel , pendant ce
même tems , pour que l'effet de cette caufe
externe foit appellée fiévre , avant même
que les humeurs foient dépravées ? Autrement
il ne faudroit pas non plus appeller
fiévre le dérangement caufé dans les fonctions
du coeur par le vice de quelque organe
, par la piquûre d'un nerf ou d'un
tendon , &c. & il faudroit entierement
MAR S. 1750. Its
bannir de la claffe des fiévres les fièvres
non-humorales , dont M. Fizes a le premier,
que je fçache , traité expreffément , ce qui
feroit ridicule , puifqu'il en résulte quelquefois
affez brufquement des accidens
terribles , des convallions , des délires ,
& c.
12. Il eft donc certain que la frévre peat
être excitée par une caufe externe , & indépendamment
de la dépravation des hu
meurs ou du dérangement des organes.
Voyons maintenant quels font les effets
de cette fiévre. Premierement , le fang
ne peut circuler avec beaucoup plus de rapidité
qu'à l'ordinaire , qu'il ne s'échauffe
davantage , & qu'il ne communique beau
coup plus de chaleur à tout le corps . 2. Il
doit diftendre outre mefure les parois des
vaiffeaux par où il paffe & les faire créver,
ou du moins les tirailler au point de caufer
des douleurs à la tête , àla région des
reins , & c. ou des délires , des convuk
fions , &c. 3. Les orifices des artéres lym
phatiques doivent fe dilater , & recevoir
dans leur cavité les globules rouges du
fang qui ne pouvoient y entrer aupara
vant , ce qui ne peut manquer de produire
des rougeurs & des inflammations. 4 .
Toutes les humeurs doivent s'épaiffir ,
foit par la chaleur qui fait évaporer ce
114 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles.contiennent d'aqueux , & qui fige
tout ce qu'elles ont d'analogue au blanc
d'oeuf , foit par les coups redoublés des
vaiffeaux qui les fouettent , les ferrent &
les condenfent. 5. Les fécrétions doivent
être interrompues , & les digeftions dérangées.
6. Les humeurs doivent contracter
une acrimonie , capable de ronger les
vaiffeaux où elles doivent fe putréfier &
fe diffoudre entierement. En un mot, il
doit fe former une ou plufieurs caufes internes,
capables d'entretenir la fiévre , lors
même que la caufe externe aura ceffé d'a
gir , & alors cette fiévre aura tous les effets
que doivent avoir les fiévres produites par
des caufes internes. Mais avant que d'aller
plus loin , examinons fi cette premiere efpéce
de fiévre doit être confidérée plutôt
que comme une malacomme
un reméde
die.
i 13. D'abord il eft vifible que cette fie
vre n'eft point un remède , puifqu'un reméde
fuppofe une maladie à laquelle il
doit être appliqué , & qu'an eft convenu
qu'il n'y avoit point ici de maladie , à la
quelle cette fiévre dût fervir de reméde. 2 °.
On fçait qu'un reméde doit tendre à réta
blir la fanté , & on vient de voir que cette
fiévre tend à la détruire , ou ce qui eft le
même , tend à produire des caufes de n
MARS. 1750. ris
que
ladie & de mort. Il eft vifible auffi
cette fiévre eft une véritable maladie
avant même la dépravation des humeurs
& le dérangement des organes , puifqu'el- .
le dérange notablement les fonctions du
coeur & du cerveau , & que fi on veut
qu'elle ne foit plus une maladie , mais un
fymptôme , lorfque les humeurs font dépravées
& les organes dérangés , il faudra
du moins qu'on convienne qu'elle eft une
caufe de cette dépravation des humeurs
ou de ce vice des organes , & qu'une cauſe
immédiate de maladie ne peut pas être
qualifiée du nom de reméde. D'où il fait
que la fiévre produite par une caufe externe,
loin d'être quelque chofe d'avantageux,
doit toujours être confidérée comme un
grand mal , ou du moins comme la caufe
de tous les mauvais effets que nous avons
rapportés ci-deffus , & qu'ainfi , loin de
conferver cette fiévre , il faut la détruire
au plutôt.
14. On conviendra fans doute que
cette févre n'eft point avantageufe , & on
ajoutera qu'elle doit être regardée comme
une erreur de la nature qui ſe tourmente
inutilement , pour éloigner du corps des
chofes qui n'y font point contenues , mais
qui font fur lui le même effet que les caufes
intérieures : qu'à la vérité la nature fe
,
116 MERCURE DE FRANCE.
trompe ici dans la fin qu'elle fe propofe ,
mais que le moyen dont elle fe fert , eft
bon en lui -même , & ne manque pas de
produire un bon effet , lorfqu'il eft bien
appliqué. Mais il eft aifé de voir que ce
n'eft ici qu'un vain fubterfuge , & que les
mêmes idées reftent fous des noms differèns.
Car qu'on donne à cette fiévre le
nom de maladie ou d'erreur de la nature ,
il n'en fera pas moins vrai de dire qu'il
faut ôter cette maladie ou corriger cette
erreur , & avoir recours à d'autres remé
des que la fièvre , pour remédier à cette
maladie , ou pour corriger cette erreur de
la nature
,
15. Il faut donc que l'on convienne que
cette tfpéce de fiévre eft un moyen mal
appliqué par la nature , puifqu'il n'y
point dans le corps d'autre maladie ou de
caufe de maladie , & que loin d'être avantageufe
& falutaire , cette fiévre ne peut
être que très pernicieufe , & même fu
nefte par les hémorragies ou les extravafations
qu'elle peut caufer , on par les inflammations
qu'elle peut occafionner , ou
par bien d'autres caufes des maladies
qu'elle peut faire développer. Il faudra
auffi par les mêmes raifons , que l'on convienne
que la fiévre non- humorale , ou purement
fymptomatique , la fièvre cauſée
MARS. 1750 . 117
par la piquûre d'un 'nerf ou d'un tendon
par un panaris , ou par une vive douleur
dans quelque partie à l'occafion d'une
caufe externe : il faudra , dis je , que l'on
convienne que cette fièvre ne fçauroit
être avantageufe , & que loin d'être un
reméde , elle eft fouvent une caufe de
mort. Il feroit fans doute inutile de
vouloir prouver une chofe auffi évidente
que celle- là. H ne nous refte qu'à voir fi
la fiévre produite par des caufes internes ,
ou par la dépravation des humeurs , eft
plus avantageufe que nuifible , & fi ·elle
doit être regardée plutôt comme un reméde
que comme une maladie . Car fi je
fais voir , comme je l'efpére , que la fièvre
caufée par la dépravation des humeurs
n'eft jamais falutaire , il s'enfuivra néceffairement
que la fiévre produite à la fois
par la dépravation des humeurs , & par le
vice de quelque organe , fera encore moins
avantageufe , & ne pourra jamais paffer
pour un reméde.
16: Les caufes internes des fièvres humorales
fe réduire à celles qui fe peuvent
forment , ou dans les premieres voies , ou
dans les voies de la circulation , ou hors
des voies de la circulation . Mais quelles
foient leurs caufes , il eft d'abord évident
que ces fièvres doivent être regar
IIS MERCURE DE FRANCE.
dées comme de funeftes effets de ces caufes
, des effets qui tendent à renverſer entierement
l'économie animale , & à trancher
le fil de la vie , & des effets par conféquent
aufquels on doit s'oppofer par
tous les moyens que l'Art a pu découvrir
jufqu'ici, foit en emportant tout à la fois la
caufe & l'effet , lorsque cela fe peut , foit
en diminuant promptement l'effet qui re
produit & augmente la caufe , foit en détruifant
peu à peu la caufe & l'effet . Et il
feroit inutile de dire que ce ne font point
ces caufes qui excitent la fièvre , que c'est
la nature qui l'appelle à fon fecours pour
s'opposer à ces caufes , car il en résulte
toujours que ce n'eft qu'à l'occafion de ces
caufes que la fièvre s'allume , & que fi
elle n'en eft pas l'effet immédiat , elle en
eſt du moins l'effet médiat , ce qui revient
ici au même.
17. Nous ne nous arrêterons point à
expliquer de quelle maniere la fiévre s'allume
à l'occafion des cauſes internes dont
on vient de parler ; ceux qui voudront s'en
inftruire , n'auront qu'à lire le Traité des
fiévres, que M. Fizes a donné en Latin , en
attendant que la Traduction que nous
avons entrepriſe de ce Traité foit en état
de paroître. Quant à préfent il nous fuffira
de faire remarquer que de quelque
MARS. 1750, 119
caufe , foit interne , foit externe , que
vienne la fiévre , c'est toujours un mouvement
déréglé des humeurs & des organes ,
& que les effets de ce mouvement contre
nature font toujours à peu près les mêmes ,
que ceux qui ont été rapportés ci -deſſus *
Il ne nous refte donc qu'à examiner , fi ces
effets font plus propres à détruire les caufes
internes qui produifent , ou occafionnent
la fiévre , qu'à les entretenir & à les
augmenter.
8. Si la caufe interne , ou la matiere
qui produit la fièvre, eft en petite quantité,
mobile , peu acide on peu âcre , peu vifqueufe
, & qu'elle foit contenue dans les
premieres voies , ou dans les voies de la
circulation , l'agitation du fang & l'ofcillation
des folides s'appaiferont bientôt par
l'expulfion de cette matiere , qui ne manquera
pas de le faire , ou par le vomillement
, ou par la fueur , ou par des déjections
, & la fiévre ceffera au bout de vingtquatre
heures , comme on le voit dans la
fiévre éphémère. CCaarr mmooiinnss iill y aura de
matiere morbifique, & cette matiere moins
vifqueule , moins acide ou moins âcre ;
moins il y aura de nourriture pour la fiévre
, moins de travail pour la nature , &
* V. n°. 12.
120 MERCURE DE FRANCE.
moins d'obſtacles à la guériſon. Mais eftce
à la fièvre qu'on eft redevable de cette
guérifon Point du tout, C'eft à la nature
& aux évacuations qu'elle procure,
Car dans l'état de maladie , comme en
fanté , la nature ou ce concours des cau-
Les qui agiffent continuellement pour l'entretien
& la confervation de notre machine
, ou , ce qui revient au même , ce
mouvement réciproque de nos parties fo
. lides & fluides, qui dure autant que la vie,
& en quoi confifte la vie du corps ; ce
mouvement, dis-je , ne ceffe jamais de procurer
des évacuations , foit par les urines,
foit par la tranfpiration cutanée , foit par
les fécrétions qui fe font dans l'eftomach
dans le foie , le pancréas , les inteſtins , &c.
Et c'est par ces évacuations que fort la ma
tiere fébrile , & que la fiévre fe diffipe,
Qu'on ne dife point que la fiévre , n'étant
que ce même mouvement dont nous
venons de parler , mais porté à un plus
haut dégré que dans l'état naturel , il s'enfuit
que c'eft la fiévre qui guérit ellemême
par les évacuations que ce mouyement
procure, Car , quoiqu'il foit vrai
que dans l'état de maladie la nature foit
obligée de redoubler les efforts pour vaincre
les réfiftances que lui oppofent les cau-
Les morbifiques , pour broyer & affiner
des
MARS. 121 1750.
des humeurs ordinairement plus groffieres
que dans l'état naturel , cependant ce n'eft
pas alors que fe fait la dépuration des humeurs
; au contraire pendant ce redoublement
d'efforts , & tant que la fièvre eft
dans fa vigueur , tout eft en confufion dans
le fang : il ne fe fait ,point , ou prefque
point de fécrétions , & ce n'eft que lorf
que ce mouvement contre nature vient à
fe rallentir , que les humeurs commencent
à fe dépurer , & que les évacuations arrivent
. D'où l'on voit que la fièvre eft plutôt
un obſtacle qu'un fecours , à ces évacua-
Lions.
19. Convenons toutefois , que quoique
ce ne foit point ici la fiévre qui fe guérit
elle-même , mais bien la nature , qui n'en
ayant pas été fort accablée , a pouffé audehors
la matiere morbifique par les mêmes
voies , par lesquelles elle fe décharge
en fanté des humeurs inutiles ou ſuperflues,
cependant on n'a pas eu dans cette occafion
fort à craindre des effets de cette
fiévre , l'altération qu'elle a produite dans
les humeurs & dans les organes , n'ayant
été que peu confidérable & de peu de durée.
Mais il n'en eft pas de même , lorfque
la caufe interne , ou la matiere qui caufe
la fiévre ,fe trouve en plus grande quantité,
moins mobile , plus acide ou plus âcre ,
F
122 MERCURE DEFRANCE.
plus vifqueufe & plus hétérogene dans fes
parties : alors l'expulfion de cettte matiere
devenant d'autant plus difficile , que fes
qualités s'éloignent plus de celles que nous
avons d'abord confidérées , les effets de la
fiévre feront d'autant plus à redouter , que
la fiévre durera plus long-tems , & ces effets
, loin de détruire la caufe qui produit
la fièvre , font beaucoup plus propres à
l'entretenir & à la rendre irrémédiable , ſi
l'Art ne vient au fecours de la Nature.
20. Il feroit trop long d'examiner ici
en détail tous les effets de la fièvre , que
nous avons rapportés ci - deffus. Pour ne
pas vous ennuyer , Meffieurs , je me bornerai
à ceux qu'elle produit fur les humeurs
, & qui font les feuls que les partifans
de la fièvre , regardent comme avantageux.
Car vous jugez bien que le dérangement
des digeftions , l'interruption des
fécrétions , l'engorgement des vaiffeaux
leur ruption ou leur érofion , les douleurs
aigues , les délires , les convulfions , & c.
n'ont jamais été regardés comme des effets
avantageux , quoiqu'ils foient des
fuites ordinaires de la fievre. Mais quel eft
cet effet avantageux que la fièvre peut produire
fur les humeurs ? C'eft , dit- on , de
cuire la matiere morbifique qui s'y eft mêlée
, & de la difpofer à l'excrétion .
MARS . 1750. 123
Il est vrai que la fiévre , lorfqu'elle n'eft
pas violente , aide quelquefois un peu la
coction de cette matiere , furtout lorfqu'elle
eft d'une nature à épaiffir le fang ,
mais outre que dans ce cas même le fecours
de la fiévre est toujours fufpect & fouvent
funefte , ainfi qu'on va le voir , elle ne
peut guéres favorifer la coction - de cette
matiere , lorfqu'elle eft d'une nature à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou
qu'elle eft compofée de telle façon , qu'elle
agiffe d'une maniere irréguliere fur lui , &
qu'elle en épaiffiffe certaines parties, tandis
qu'elle en liquefie d'autres , ou qu'elle eſt
enfin fi vifqueufe & fi adhérente aux humeurs
, avec lesquelles . elle s'eft mêlée ,
qu'elle n'en peut être détachée par tous les
efforts des fluides & des folides.
21. Comme dans l'état naturel le mouvement
réciproque de nos parties folides
& fluides procure la dépuration de nos
humeurs , en agitant doucement les fucs
qui s'y mêlent pour les réparer , en les
faffant , & les attenuant au point qu'il
convient , afin que les parties de ces fucs ,
qui ne doivent point fervir à la nourriture
, puiffent enfiler leurs couloirs & fe
porter au-dehors ; de même dans l'état
contre nature , dans la fièvre , ce mouvement
augmenté , mais feulement juſqu'à
F ij
124 MERCURE DE FRANCE .
un certain point , car lorfqu'il l'eft exceffivement
, il bouleverſe tout , & renverſe
entierement l'économie animale ; ce mouvement
, dis - je , attenue , brife , liquefie
la matiere fébrile , lorfqu'elle n'eft qu'épaiffiffante
, en un mot , la cuit , pour ainfi
parler , & la difpofe à l'excrétion . Mais
dans ce cas même , le fecours que procure
la fiévre , doit toujours être regardé comme
fort fufpect , car outre les autres effets
qui peuvent s'enfuivre de ce mouvement
déréglé , & que nous avons rapporté cideffus
, l'obfervation a fouvent appris aux
plus habiles Praticiens que j'ai confultés ,
foit de vive voix , foit dans leurs écrits ,
que ce mouvement abandonné à lui -même
étoit prefque toujours infuffifant pour
la
coction & l'excrétion totale de la matiere
fébrile , & qu'il étoit ordinairement fuivi,
ou d'une fièvre lente , ou de quelque abfcès
qui fe formoit , ou dans les articulations
, ou dans les glandes lymphatiques
conglobées de l'habitude du corps , ou dans
les chairs mufculeufes , ou , ce qui eft encore
pire , dans quelque vifcére , ce qu'il
feroit même aifé de prouver par théorie ,
fi cela ne menoit pas trop loin.
22. Mais fila matiere fébrile eſt d'une
autre nature , qu'elle foit propre à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou qu'elle
MARS. 1750.
125
foit fi vifqueufe & fi hétérogéne qu'elle
élude les efforts des folides & des fluides ,
alors tous les mouvemens fébriles , nonfeulement
fe feront en pure perte , mais
ils tendront encore à la deftruction de tout
le corps , & loin de contribuer à l'expulfion
ou à l'amandement de la caufe , ils en
fortifieront au contraire l'action , qui fera
fuivie de tous les funeftes effets rapportés
ci - deffus . Car on obferve conftamment
que plus l'action des folides & des fluides
augmente , plus l'action des matieres irritantes
, & capables de raréfier le fang ,
augmente auffi , ce qu'il feroit aifé de
prouver , s'il nous étoit permis d'entrer
dans un plus grand détail. Mais en voilà ,
je crois , affez pour faire comprendre que
c'eft fans aucun fondement que quelques
Médecins font des éloges fi magnifiques
de la fièvre ; que dans le fond on n'a aucun
avantage à attendre de cet inftrument
fi vanté , ou du moins que ces avantages
font très-fufpects , & fuivis d'inconvéniens
réels & fort à redouter , & qu'ainfi on ne
doit pas balancer à combattre la fiévre ,
dès qu'elle eft bien déclarée , par tous les
moyens que l'Art fuggére à des Médecins
éclairés & prudens .
23. Envain oppofera- t'on que la fiévre
n'eft qu'un fymptôme , & qu'il n'y a que
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
que
la caufe qui la produit , qui foit la maladie
qu'il faut combattre , car fi eela étoit , il
n'y auroit point non plus d'autres mala
dies , & il ne faudroit reconnoître pour
maladies les cauſes internes qui les
produifent , ou pour mieux dire , il faudroit
bannir de la Pathologie le mot de
maladie , & ne fe fervir que des noms de
caufes & de fymptômes ; ce qui feroit ridicule
, & fe réduiroit tout au plus à une
difpute de nom . Cependant comme une
cauſe interne produit un premier fymptôme,
& que ce fymptôme en améne d'autres
, il eft bien plus raifonnable de regar
der comme maladie le premier & le principal
fymptôme qui naît de la caufe , & de
ne donner le nom de fymptôme qu'aux
autres accidens qui s'y joignent & qui l'ac
compagnent. Mais que ce qui réfulte de
la caufe interne de la fiévre , foit appellé
maladie , ou effet , ou fymptôme , c'eſt de
quoi on s'eft peu embarraffé ici ; on a taché
d'examiner la chofe en elle- même , &
par un mûr examen on s'eft convaincu ,
que les avantages de la fiévre étoient imaginaires
, ou du moins très fufpects , & que
fes inconvéniens étoient toujours réels &
fort redoutables..
Sur les avantages & les inconvéniens de la
fiévre , lû à l'Académie de Beziers , le 13
Novembre 1749 , par M. Jean- Henri-
Nicolas Bouillet , Docteur en Médecine de
la Faculté de Montpellier.
Sliventreprenois
de faire ici l'éloge de la
fiévre , on croiroit fans doute , qu'à
l'exemple d'Erafme , qui a fait l'éloge de la
folie , & de quelques autres Ecrivains qui
ont loué ironiquement des chofes dont le
nom même eft odieux : on croiroit , dis-je,
que je voudrois amufer agréablement cette
illuftre affemblée , en préfentant fous -de
belles couleurs la chofe du monde la plus
hideufe , l'ennemi déclaré du genre humain
, le tyran de la vie des hommes.
Mais ce qu'on croiroit que je voudrois
faire ici d'une maniere ironique, de grands
Médecins l'ont exécuté férieuſement , en
exagérant dans certains cas les avantages
de la fiévre , en la repréfentant toujours
comme la feule reffource de la nature dans
le plus grand nombre des maladies , comme
le moyen le plus folemnel dont elle
faffe ufage pour leur guérifon ; en foûtenant
enfin dans des Théfes publiques , que
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
la fiévre eft bien moins fouvent une ma
ladie qu'un remède à nos maux. Il est vrai
que d'autres Médecins , non moins habiles
, ont penfé bien differemment , &
que loin de regarder la fiévre comme
quelque chofe d'avantageux , ils l'ont confidérée
comme la plus cruelle de toutes
les maladies , & comme la caufe la plus
ordinaire de la mort des hommes . Ces
deux fentimens ont encore leurs partifans,
& perfonne , que je fçache , ne s'eft avile
de difcuter à fond , lequel des deux doit
être préferé. Ce n'eft pourtant pas ici une
queftion purement ſpéculative , & dont la
décifion foit indifferente pourla pratique.
On en jugera par ce Mémoire , où je me
propofe d'examiner férieufement cette
matiere , après avoir rapporté ce qu'on a
dit jufqu'ici de plus frappant en faveur de
la fiévre,
1. Hippocrate , parmi les anciens , a été
le premier qui a relevé , ce femble , les
avantages de la fiévre , en faifant remarquer
qu'elle eft d'un bon augure dans certaines
maladies , & qu'elle en termine
heureuſement bien d'autres. Quelquesuns
de ceux quifont venus après lui , n'ont
pas manqué à cet égard de fe prévaloir de
fon autorité. Ils ont été même plus loin.
Afclepiade ofa bannir tous les remédes , &
MARS. 1750. 101
il ne craignit point d'avancer que la fiévre
étoit le principal reméde dont il fit ufage .
Enfin Celfe ne fe contenta pas de dire que
la fiévre elle- même étoit fouvent d'un
grand fecours ; il ajouta auffi , d'après Hip.
pocrate , qu'il étoit quelquefois de la prudence
du Médecin de la procurer aux
malades.
2. Parmi les modernes , Sydenham , l'un
des plus habiles Praticiens Anglois du dernier
fiécle , a regardé la fiévre comme l'u
nique moyen , dont la nature eût coûtume
de fe fervir pour chaffer hors du corps la
cauſe matérielle des maladies , mais celui
qui vers la fin du fiécle pallé , & au commencement
de celui-ci , s'eft déclaré le
plus ouvertemeift en faveur de la fièvre ,
a été le célébre M. Stahl , que la plûpart
des Médecins Allemands regardent comme
le reftaurateur de la Médecine . Cet Auteur
a même pouffé fa complaifance pour
la fiévre , jufqu'à taxer d'erreur Hippocrate
, lorfqu'après avoir fait l'énumeration
des maladies , que les anciens appelloient
aigues , ce Prince de la Médecine
ajoute * que c'eft la fièvre qui rend ordi-
,
nairement ces maladies mortelles .
Pour lui , il penfe qu'il eft plus clair
* DeVict, acutor.
E iij
102 MERCURE DEFRANCE.
que le jour , que ces mêmes maladies , ou
ce qui eft , dit-il , le même , les ftafes inflammatoires
du fang dans les vifcéres
abandonnées à elles-mêmes & fans l'intervention
de la fièvre , tuent néceffairement ,
& il ajoute que la nature par elle- même
ne peut prévenir autrement une pareille
cataſtrophe , qu'en diffipant à propos ces
fortes de ftafes , & qu'elle ne peut les diffiper
qu'en augmentant confidérablement ,
& pendant un tems fuffifant le mouvement
progreffif ou circulaire du fang , ce
qui emporte néceffairement une augmentation
de poulx , qui eft toujours fitivie
d'une augmentation de chaleur par tout
le corps , laquelle augmentation de chaleur
, à un certain degré & d'une certaine
durée , s'appelle fiévre . D'où il conclud
qu'on a grand tort de regarder la fièvre ,
comme la feule maladie & comme la cauſe
principale de la mort , tandis qu'elle eſt
au contraire l'unique fondement d'une
heureufe efpérance , & le feul inftrument
de la guérifon : ce qu'il tache de prouver
par la pefte , ce coryphée des maladies - aigues
, laquelle felon lui , n'étant point
proprement de fon effence une fiévre , ne
peut être traitée heureufement & avec fuccès
, qu'en lui oppofant une fiévre douce ,
égale & continue.
MARS. 1750. 103
3. Les Difciples de M. Stahl ne font
pas moins prévenus que lui en faveur de la
fiévre. Le fçavant funcker la définit un
effort falutaire de la nature , qui par des
mouvemens fecrétoires & excrétoires ,
portés au delà de leur degré naturel , mais
affez justement proportionnés à la quantité
& à la qualité de la caufe fébrile , fe
propofe , ou de corriger ou d'éloigner du
corps quelque matiere morbifique : & il
ajoute qu'en ce fens on peut fort bien déri-
Iver le mot Latin febris , de l'ancier verbe
februare , qui fignifie purifier ou expier , &
particulierement de ces cérémonies folemnelles
, de ces facrifices appellés februa ,
par lefquels on avoit en vue d'éloigner
des maifons les ombres errantes des morts,
& d'ôter les caufes des maladies. D'où il
- conclud que l'efter de la fièvre est toujours
falutaire , mais que fon évenement eft fouvent
irrégulier ou tout- à- fait funefte , non
par la faute effentielle de la fiévre , mais
par celle du fujet où la fièvre ne peut pas
librement faire fon cours , ou par d'autres
maladies qui s'y joignent , & qu'ainfi ce
n'eft pas par la fiévre , mais avec la fièvre
qu'on meurt. Il y a plus. Il prétend que
les fiévres , qui font librement leur cours ,
Haiffent après elles une fanté beaucoup
plus vigoureufe , que celle dont on jouif-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
foit avant la maladie . Nenter tient le même
langage.
4. Mais M. Stahl , & fes Difciples , ne
font pas les feuls qui parlent avantageufement
de la fiévre . M. Boerhaave prétend
auffi que la fiévre eft un heureux inftru
ment , par lequel la nature opére la guérifon
parfaite de bien des maladies aigues
& chroniques , d'ailleurs incurables :
qu'un Médecin qui fe fert de la fièvre que
la nature excite , & qui lui affocie des délayans
& de doux fondans , fait toujours
des merveilles , & qu'un Médecin qui
connoît la nature & qui l'imite , aide cette
même nature , trop foible pour furmonter
des maladies chroniques , en procurant par
des remédes une fièvre qu'elle n'a pas la
force d'exciter elle-même , & que par cette
fiévre bien ménagée on releve une nature
abbattue , & on furmonte les maladies
les plus rebelles.
5. M. Hoffman ( Frederic ) ne paroît
guéres moins prévenu en faveur de la fiévre.
D'abord il convient de bonne foi ,
que c'eft un mouvement contre nature du
fang & des humeurs , qui dérange & détruit
même les fonctions du corps & de
l'ame ; qui corrompt les fucs vitaux , épuife
les forces , difpofe aux maladies chroniques
, & donne fouvent la mort . Mais
MARS. 1750. 105
en même tems il ajoute que le mouvement
fébrile du fang , qui fe joint à beaucoup
de maladies aigues & chroniques ,
eft d'une telle nature & d'un tel caractére,
.qu'il contribue à furmonter & détruire lés
caufes des maladies , & par conféquent
qu'il eft plutôt avantageux & falutaire que
préjudiciable au corps humain . C'eft en
quoi , s'écrie- t'il , l'Auteur de la nature eft
d'autant plus admirable puifqu'il fait >
fervir la caufe même de la mort à la confervation
de la vie.
Cet Auteur n'attribue la fiévre qu'à des
effers purement méchaniques , qui ne font
point avantageux par eux-mêmes , mais
feulement par accident , en faifant fortig
les impuretés qui la caufent ; de même
que le vomiffement , quand l'eftomach eſt
chargé , & l'hémorragie dans la pléthore ,
quoiqu'ils foient des accidens maladifs ,
quelquefois mortels , opérent le rétabliſſement
de la fanté.
I
Quant à la fiévre , elle ne devient , ditil
, falutaire , que parce qu'elle accélére la
coction de la matiere morbifique , c'eſtà-
dire , qu'elle la rend propre à l'excrétion
, ce qui fe fait de deux manieres , en
divifant les matieres épaiffies , & en ouvrant
les vaiffeaux obftrués ou refferrés
par les fpafies. Or rien n'eft plus propre
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
que la chaleur de la fiévre pour produire
ces effets , car la vie confifte dans la chaleur
, n'eft- il pas naturel que fon augmen.
tation répare la langueur de fon principe.
D'où il conclud qu'il eft dangereux , fouvent
mortel , de faire tous fes efforts dans
le commencement des maladies , pour
anéantir tout-à- fait la fiévre , à moins
qu'elle ne foit entierement fymptomati
que. Il faut fe contenter , dit- il , de modé
rer les fiévres critiques , fi elles font trop
fortes , mais il faut les animer , fi elles ne
le font pas affez.
pour
6. Enfin à tous ces Panégyriftes de la
fiévre s'eft joint encore depuis peu un fçavant
Médecin de l'Ecole de Paris . D'abord
cet Auteur ne veut point qu'on appelle
maladie ce que fait la nature
corriger ou pour chaffer hors du corps la
caufe du mal , & pour rétablir une fanté
délabrée puis il ajoute que la maladie
n'étant qu'une difpofition contre nature ,
qui dérange immédiatement & par ellemême
les fonctions du corps vivant , tout
ce qui ne produit pas cet effet , ne doit pas
être mis au rang des maladies .
Au refte , dit-il , qu'on ne croye pas que
ce n'eft ici qu'une queftion de nom , car
on en tirera bien des conféquences trèsutiles
pour la pratique. En effet , s'il eft
1
MARS. 1750.
107
bien prouvé que la fiévre eft plutôt un reméde
qu'une maladie , il s'enfuivra qu'il
ne faut point l'emporter , mais ( nouveauté
étrange ! ) qu'il faut quelquefois l'allumer
; qu'il ne faut pas la diminuer , mais
l'augmenter ; qu'il ne faut pas l'éteindre
mais la conferver. Après cette digreffion ,
l'Auteur continue ainfi . Nous ne fommes
pas plutôt atteints de quelque indifpofition
, que la nature excite d'abord là fié …..
vre. Mais à quel deffein ? Eft.ce pour
ajouter un nouveau mal au premier ? Point
du tout . La nature ne travaille point à
nons détruire , elle veille au contraire à
notre confervation , & ne manque pas de
venir à notre fecours . C'eft donc envain
qu'on cherche la caufe de la fiévre ; il faut
chercher la caufe des differens maux qu'elle
accompagne, C'eft uniquement à cette
caufe qu'il faut remédier. Mais quelles
font les principales caufes des maladies ?
Des inflammations , des obftructions , des
matieres vifqueufes , gluantes , arrêtées en
differentes parties du corps . Or pour corfiger
ou pour détruire ces caufes , quel
reméde plus efficace que la fiévre ? Dans
la fiévre le mouvement & la chaleur du
fang font portés au - delà de leur dégré
naturel. C'eft le mouvement & la chaleur
qui nous font vivre. C'eft à ces agens qu'il
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
faut rapporter tout ce qui fe paffe dans
l'homme , & tant que les fonctions nefont
point lézées , ils fuffident l'un & l'autre
dans leur état naturel pour perpétuer la
vie : mais s'il le forme quelque embarras ,
alors la fièvre , par des mouvemens fecrétoires
& excrétoires , pouffés au -delà de
leur dégré naturel , brife , attenue la matiere
morbifique , & la ramène à fa température
naturelle , ou par le fecours de la
chaleur elle prépare cette matiere & la
chaffe au-dehors.
Enfin après une longue énumeration des
maladies , qu'il croit que la fiévre peut
guérir ; après avoir obfervé que ceux - là
fe trompent groffierement , qui par des
faignées & d'autres remédes tâchent de
l'appaifer , il conclud que la fièvre , loin
d'être une maladie , eft un reméde naturel ,
comme le vomiffement , l'éternuement ,.
la toux , les larmes , les déjections ; que
la meilleure fiévre eft celle qui eft proportionnée
à la caufe de la maladie & aux
forces de la nature , & que c'eſt celle - là
qui prépare & chaffe fûrement & promp
tement la matiere morbifique.
7. En voilà fans doute bien aſſez pour
prouver que de grands Médecins ont loué
férieufement la fiévre, & que loin de la re
garder comme une maladie , ils l'ont enMARS.
1750. 109
vifagée comme le plus grand reméde que la
nature puiffe apporter à nos maux. Maintenant
il ne me feroit pas difficile de faire
voir que bien d'autres Médecins , non
moins habiles , ont eu fur la fiévre des
idées tout-à- fait oppofées , & que nonfeulement
ils l'ont regardée comme une
maladie qui s'attaque généralement à tout
le corps , mais encore comme la plus fréquente
& la plus dangereufe de toutes les
maladies. Il n'y auroit qu'à rapporter ce
que le plus grand, nombre de Médecins
anciens & modernes nous ont laiffé fur ce
fujet. Mais pour ne pas trop groffir ce
Mémoire , nous nous contenterons d'examiner
la chofe en elle-même , & fans aucun
égard à l'autorité de ceux qui nous
ont précédés , & par ce moyen nous tâcherons
de découvrir fi la fiévre ' eft réellement
ou non une maladie , & s'il eft du
devoir du Médecin de la combattre ou de
la conferver , & de l'appeller même à ſom
fecours.
8. Pour garder quelque ordre dans cet
examen , nous confidérerons d'abord la
fiévre indépendamment de tout vice , foit.
humoral , fait organique : enfuite nous
examinerons celle qui dépend du vice des
humeurs , ou des organes , ou de l'enfemble
des uns & des autres : enfin nous rap116
MERCURE DE FRANCE.
porterons les principaux effets de ces differentes
fortes de fièvres , & on verra parlà
, fi on doit regarder la fièvre comme
une maladie ou comme un remède à nos
maux .
9. Que la fièvre s'éleve quelquefois indépendamment
de tout vice humoral ou
organique , c'est ce qu'ont reconnu Pitcarne
, Boerhaave & Vanfwieten , & c'est ce
que l'expérience nous montre affez fouvent.
En effet on voit la fièvre s'allumer
quelquefois dans les corps les plus fains
par la feule action des cauſes externes ou
procatharctiques , & l'on comprend aifé
ment que tout ce qui peut accélerer à un
certain point le mouvement du fang qui
revient au coeur par les veines , ou pouffer
conftamment vers le coeur une plus grande
quantité d'efprits animaux , peut exciter
la fiévre dans le corps le plus robufte & le
plus fain , avant qu'on puiffe foupçonner
d'autre vice dans les humeurs ou dans
les organes , que la feufe accéleration du
mouvement du fang ou des efprits animaux
, & le battement plus fréquent du
coeur & des artéres. C'eft du moins ainfi
que de grands & longs travaux , fürtout
dans une faifon fort chaude , de violentes
& longues paffions de l'ame , furtout des
excès de colére dans des gens jeunes &
MARS 1750. FIE
vigoureux , occafionnent fouvent la fiévre
.
10. Et qu'on ne dife point que cette
violente agitation du fang , que ces violens
& fréquens battemens du coeur & des
artéres , ne peuvent point , à proprement
parler , être appellés du nom de fievre ,
puifque tout cela difparoit quelquefois
promptement , dès que la caufe externe ou
occafionnelle ceffe d'agir. Car pourquoi
ne leur donneroit-on pas ce nom- là ? Une
fiévre d'un quart- d'heure eft-elle moins
fiévre , qu'une fiévre de vingt- quatre heures
ou de plufieurs jours ? D'ailleurs , fi
cette caufe occafionnelle conftamment appliquée
fur un corps , même très -fain , continue
d'agir pendant un certain tems , ne
s'enfuivra-t'il pas une fiévre continue , &
fouvent très-ardente ? Et le commence
ment de ce mal , avant qu'il fe foit développé
une matiere fébrile , fera-t'il moins
fiévre que la fuite de ce même mal , lorfqu'il
s'eft formé des embarras dans les vaiffcaux
, ou qu'il s'eft développé une mathere
fébrile ?
Il y a plus. On peut fi peu refufer le
nom de fiévre à ces fréquens battemens
du coeur & des artéres , & à cette violente
agitation du fang , caufée par des excès de
colere ou par de violens exercices , qu'il
#12 MERCURE DE FRANCE.
arrive quelquefois que les vaiffeaux capil
laires du cerveau , ou de quelqu'autre vifcére
, dont le calibre ou la capacité augmente
en raifon compofée de la directe
du volume & de la rapidité du fang , &
de l'inverfe de leurs réfiftances , crévent
promptement par la feule diftenfion de
leurs parois , & qu'il fe fait des extravafations
mortelles , avant que les humeurs
ayent eu le tems de fe dépraver , & que les
vaiffeaux ayent pû s'embarraffer.
fes
11. On dira peut-être que la fièvre ,
n'étant qu'an dérangement durable des
fonctions , & que les fonctions ne pouvant
être long-tems dérangées par une cauſe
externe , l'agitation du fang occafionnée
par une cauſe externe ne peut être qua
lifiée du nom de fiévre . Mais ne fuffit- it
pas que les fonctions du coeur foient dérangées
pendant un certain tems , que
battemens foient & plus forts & plus fréquens
que dans l'état naturel , pendant ce
même tems , pour que l'effet de cette caufe
externe foit appellée fiévre , avant même
que les humeurs foient dépravées ? Autrement
il ne faudroit pas non plus appeller
fiévre le dérangement caufé dans les fonctions
du coeur par le vice de quelque organe
, par la piquûre d'un nerf ou d'un
tendon , &c. & il faudroit entierement
MAR S. 1750. Its
bannir de la claffe des fiévres les fièvres
non-humorales , dont M. Fizes a le premier,
que je fçache , traité expreffément , ce qui
feroit ridicule , puifqu'il en résulte quelquefois
affez brufquement des accidens
terribles , des convallions , des délires ,
& c.
12. Il eft donc certain que la frévre peat
être excitée par une caufe externe , & indépendamment
de la dépravation des hu
meurs ou du dérangement des organes.
Voyons maintenant quels font les effets
de cette fiévre. Premierement , le fang
ne peut circuler avec beaucoup plus de rapidité
qu'à l'ordinaire , qu'il ne s'échauffe
davantage , & qu'il ne communique beau
coup plus de chaleur à tout le corps . 2. Il
doit diftendre outre mefure les parois des
vaiffeaux par où il paffe & les faire créver,
ou du moins les tirailler au point de caufer
des douleurs à la tête , àla région des
reins , & c. ou des délires , des convuk
fions , &c. 3. Les orifices des artéres lym
phatiques doivent fe dilater , & recevoir
dans leur cavité les globules rouges du
fang qui ne pouvoient y entrer aupara
vant , ce qui ne peut manquer de produire
des rougeurs & des inflammations. 4 .
Toutes les humeurs doivent s'épaiffir ,
foit par la chaleur qui fait évaporer ce
114 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles.contiennent d'aqueux , & qui fige
tout ce qu'elles ont d'analogue au blanc
d'oeuf , foit par les coups redoublés des
vaiffeaux qui les fouettent , les ferrent &
les condenfent. 5. Les fécrétions doivent
être interrompues , & les digeftions dérangées.
6. Les humeurs doivent contracter
une acrimonie , capable de ronger les
vaiffeaux où elles doivent fe putréfier &
fe diffoudre entierement. En un mot, il
doit fe former une ou plufieurs caufes internes,
capables d'entretenir la fiévre , lors
même que la caufe externe aura ceffé d'a
gir , & alors cette fiévre aura tous les effets
que doivent avoir les fiévres produites par
des caufes internes. Mais avant que d'aller
plus loin , examinons fi cette premiere efpéce
de fiévre doit être confidérée plutôt
que comme une malacomme
un reméde
die.
i 13. D'abord il eft vifible que cette fie
vre n'eft point un remède , puifqu'un reméde
fuppofe une maladie à laquelle il
doit être appliqué , & qu'an eft convenu
qu'il n'y avoit point ici de maladie , à la
quelle cette fiévre dût fervir de reméde. 2 °.
On fçait qu'un reméde doit tendre à réta
blir la fanté , & on vient de voir que cette
fiévre tend à la détruire , ou ce qui eft le
même , tend à produire des caufes de n
MARS. 1750. ris
que
ladie & de mort. Il eft vifible auffi
cette fiévre eft une véritable maladie
avant même la dépravation des humeurs
& le dérangement des organes , puifqu'el- .
le dérange notablement les fonctions du
coeur & du cerveau , & que fi on veut
qu'elle ne foit plus une maladie , mais un
fymptôme , lorfque les humeurs font dépravées
& les organes dérangés , il faudra
du moins qu'on convienne qu'elle eft une
caufe de cette dépravation des humeurs
ou de ce vice des organes , & qu'une cauſe
immédiate de maladie ne peut pas être
qualifiée du nom de reméde. D'où il fait
que la fiévre produite par une caufe externe,
loin d'être quelque chofe d'avantageux,
doit toujours être confidérée comme un
grand mal , ou du moins comme la caufe
de tous les mauvais effets que nous avons
rapportés ci-deffus , & qu'ainfi , loin de
conferver cette fiévre , il faut la détruire
au plutôt.
14. On conviendra fans doute que
cette févre n'eft point avantageufe , & on
ajoutera qu'elle doit être regardée comme
une erreur de la nature qui ſe tourmente
inutilement , pour éloigner du corps des
chofes qui n'y font point contenues , mais
qui font fur lui le même effet que les caufes
intérieures : qu'à la vérité la nature fe
,
116 MERCURE DE FRANCE.
trompe ici dans la fin qu'elle fe propofe ,
mais que le moyen dont elle fe fert , eft
bon en lui -même , & ne manque pas de
produire un bon effet , lorfqu'il eft bien
appliqué. Mais il eft aifé de voir que ce
n'eft ici qu'un vain fubterfuge , & que les
mêmes idées reftent fous des noms differèns.
Car qu'on donne à cette fiévre le
nom de maladie ou d'erreur de la nature ,
il n'en fera pas moins vrai de dire qu'il
faut ôter cette maladie ou corriger cette
erreur , & avoir recours à d'autres remé
des que la fièvre , pour remédier à cette
maladie , ou pour corriger cette erreur de
la nature
,
15. Il faut donc que l'on convienne que
cette tfpéce de fiévre eft un moyen mal
appliqué par la nature , puifqu'il n'y
point dans le corps d'autre maladie ou de
caufe de maladie , & que loin d'être avantageufe
& falutaire , cette fiévre ne peut
être que très pernicieufe , & même fu
nefte par les hémorragies ou les extravafations
qu'elle peut caufer , on par les inflammations
qu'elle peut occafionner , ou
par bien d'autres caufes des maladies
qu'elle peut faire développer. Il faudra
auffi par les mêmes raifons , que l'on convienne
que la fiévre non- humorale , ou purement
fymptomatique , la fièvre cauſée
MARS. 1750 . 117
par la piquûre d'un 'nerf ou d'un tendon
par un panaris , ou par une vive douleur
dans quelque partie à l'occafion d'une
caufe externe : il faudra , dis je , que l'on
convienne que cette fièvre ne fçauroit
être avantageufe , & que loin d'être un
reméde , elle eft fouvent une caufe de
mort. Il feroit fans doute inutile de
vouloir prouver une chofe auffi évidente
que celle- là. H ne nous refte qu'à voir fi
la fiévre produite par des caufes internes ,
ou par la dépravation des humeurs , eft
plus avantageufe que nuifible , & fi ·elle
doit être regardée plutôt comme un reméde
que comme une maladie . Car fi je
fais voir , comme je l'efpére , que la fièvre
caufée par la dépravation des humeurs
n'eft jamais falutaire , il s'enfuivra néceffairement
que la fiévre produite à la fois
par la dépravation des humeurs , & par le
vice de quelque organe , fera encore moins
avantageufe , & ne pourra jamais paffer
pour un reméde.
16: Les caufes internes des fièvres humorales
fe réduire à celles qui fe peuvent
forment , ou dans les premieres voies , ou
dans les voies de la circulation , ou hors
des voies de la circulation . Mais quelles
foient leurs caufes , il eft d'abord évident
que ces fièvres doivent être regar
IIS MERCURE DE FRANCE.
dées comme de funeftes effets de ces caufes
, des effets qui tendent à renverſer entierement
l'économie animale , & à trancher
le fil de la vie , & des effets par conféquent
aufquels on doit s'oppofer par
tous les moyens que l'Art a pu découvrir
jufqu'ici, foit en emportant tout à la fois la
caufe & l'effet , lorsque cela fe peut , foit
en diminuant promptement l'effet qui re
produit & augmente la caufe , foit en détruifant
peu à peu la caufe & l'effet . Et il
feroit inutile de dire que ce ne font point
ces caufes qui excitent la fièvre , que c'est
la nature qui l'appelle à fon fecours pour
s'opposer à ces caufes , car il en résulte
toujours que ce n'eft qu'à l'occafion de ces
caufes que la fièvre s'allume , & que fi
elle n'en eft pas l'effet immédiat , elle en
eſt du moins l'effet médiat , ce qui revient
ici au même.
17. Nous ne nous arrêterons point à
expliquer de quelle maniere la fiévre s'allume
à l'occafion des cauſes internes dont
on vient de parler ; ceux qui voudront s'en
inftruire , n'auront qu'à lire le Traité des
fiévres, que M. Fizes a donné en Latin , en
attendant que la Traduction que nous
avons entrepriſe de ce Traité foit en état
de paroître. Quant à préfent il nous fuffira
de faire remarquer que de quelque
MARS. 1750, 119
caufe , foit interne , foit externe , que
vienne la fiévre , c'est toujours un mouvement
déréglé des humeurs & des organes ,
& que les effets de ce mouvement contre
nature font toujours à peu près les mêmes ,
que ceux qui ont été rapportés ci -deſſus *
Il ne nous refte donc qu'à examiner , fi ces
effets font plus propres à détruire les caufes
internes qui produifent , ou occafionnent
la fiévre , qu'à les entretenir & à les
augmenter.
8. Si la caufe interne , ou la matiere
qui produit la fièvre, eft en petite quantité,
mobile , peu acide on peu âcre , peu vifqueufe
, & qu'elle foit contenue dans les
premieres voies , ou dans les voies de la
circulation , l'agitation du fang & l'ofcillation
des folides s'appaiferont bientôt par
l'expulfion de cette matiere , qui ne manquera
pas de le faire , ou par le vomillement
, ou par la fueur , ou par des déjections
, & la fiévre ceffera au bout de vingtquatre
heures , comme on le voit dans la
fiévre éphémère. CCaarr mmooiinnss iill y aura de
matiere morbifique, & cette matiere moins
vifqueule , moins acide ou moins âcre ;
moins il y aura de nourriture pour la fiévre
, moins de travail pour la nature , &
* V. n°. 12.
120 MERCURE DE FRANCE.
moins d'obſtacles à la guériſon. Mais eftce
à la fièvre qu'on eft redevable de cette
guérifon Point du tout, C'eft à la nature
& aux évacuations qu'elle procure,
Car dans l'état de maladie , comme en
fanté , la nature ou ce concours des cau-
Les qui agiffent continuellement pour l'entretien
& la confervation de notre machine
, ou , ce qui revient au même , ce
mouvement réciproque de nos parties fo
. lides & fluides, qui dure autant que la vie,
& en quoi confifte la vie du corps ; ce
mouvement, dis-je , ne ceffe jamais de procurer
des évacuations , foit par les urines,
foit par la tranfpiration cutanée , foit par
les fécrétions qui fe font dans l'eftomach
dans le foie , le pancréas , les inteſtins , &c.
Et c'est par ces évacuations que fort la ma
tiere fébrile , & que la fiévre fe diffipe,
Qu'on ne dife point que la fiévre , n'étant
que ce même mouvement dont nous
venons de parler , mais porté à un plus
haut dégré que dans l'état naturel , il s'enfuit
que c'eft la fiévre qui guérit ellemême
par les évacuations que ce mouyement
procure, Car , quoiqu'il foit vrai
que dans l'état de maladie la nature foit
obligée de redoubler les efforts pour vaincre
les réfiftances que lui oppofent les cau-
Les morbifiques , pour broyer & affiner
des
MARS. 121 1750.
des humeurs ordinairement plus groffieres
que dans l'état naturel , cependant ce n'eft
pas alors que fe fait la dépuration des humeurs
; au contraire pendant ce redoublement
d'efforts , & tant que la fièvre eft
dans fa vigueur , tout eft en confufion dans
le fang : il ne fe fait ,point , ou prefque
point de fécrétions , & ce n'eft que lorf
que ce mouvement contre nature vient à
fe rallentir , que les humeurs commencent
à fe dépurer , & que les évacuations arrivent
. D'où l'on voit que la fièvre eft plutôt
un obſtacle qu'un fecours , à ces évacua-
Lions.
19. Convenons toutefois , que quoique
ce ne foit point ici la fiévre qui fe guérit
elle-même , mais bien la nature , qui n'en
ayant pas été fort accablée , a pouffé audehors
la matiere morbifique par les mêmes
voies , par lesquelles elle fe décharge
en fanté des humeurs inutiles ou ſuperflues,
cependant on n'a pas eu dans cette occafion
fort à craindre des effets de cette
fiévre , l'altération qu'elle a produite dans
les humeurs & dans les organes , n'ayant
été que peu confidérable & de peu de durée.
Mais il n'en eft pas de même , lorfque
la caufe interne , ou la matiere qui caufe
la fiévre ,fe trouve en plus grande quantité,
moins mobile , plus acide ou plus âcre ,
F
122 MERCURE DEFRANCE.
plus vifqueufe & plus hétérogene dans fes
parties : alors l'expulfion de cettte matiere
devenant d'autant plus difficile , que fes
qualités s'éloignent plus de celles que nous
avons d'abord confidérées , les effets de la
fiévre feront d'autant plus à redouter , que
la fiévre durera plus long-tems , & ces effets
, loin de détruire la caufe qui produit
la fièvre , font beaucoup plus propres à
l'entretenir & à la rendre irrémédiable , ſi
l'Art ne vient au fecours de la Nature.
20. Il feroit trop long d'examiner ici
en détail tous les effets de la fièvre , que
nous avons rapportés ci - deffus. Pour ne
pas vous ennuyer , Meffieurs , je me bornerai
à ceux qu'elle produit fur les humeurs
, & qui font les feuls que les partifans
de la fièvre , regardent comme avantageux.
Car vous jugez bien que le dérangement
des digeftions , l'interruption des
fécrétions , l'engorgement des vaiffeaux
leur ruption ou leur érofion , les douleurs
aigues , les délires , les convulfions , & c.
n'ont jamais été regardés comme des effets
avantageux , quoiqu'ils foient des
fuites ordinaires de la fievre. Mais quel eft
cet effet avantageux que la fièvre peut produire
fur les humeurs ? C'eft , dit- on , de
cuire la matiere morbifique qui s'y eft mêlée
, & de la difpofer à l'excrétion .
MARS . 1750. 123
Il est vrai que la fiévre , lorfqu'elle n'eft
pas violente , aide quelquefois un peu la
coction de cette matiere , furtout lorfqu'elle
eft d'une nature à épaiffir le fang ,
mais outre que dans ce cas même le fecours
de la fiévre est toujours fufpect & fouvent
funefte , ainfi qu'on va le voir , elle ne
peut guéres favorifer la coction - de cette
matiere , lorfqu'elle eft d'une nature à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou
qu'elle eft compofée de telle façon , qu'elle
agiffe d'une maniere irréguliere fur lui , &
qu'elle en épaiffiffe certaines parties, tandis
qu'elle en liquefie d'autres , ou qu'elle eſt
enfin fi vifqueufe & fi adhérente aux humeurs
, avec lesquelles . elle s'eft mêlée ,
qu'elle n'en peut être détachée par tous les
efforts des fluides & des folides.
21. Comme dans l'état naturel le mouvement
réciproque de nos parties folides
& fluides procure la dépuration de nos
humeurs , en agitant doucement les fucs
qui s'y mêlent pour les réparer , en les
faffant , & les attenuant au point qu'il
convient , afin que les parties de ces fucs ,
qui ne doivent point fervir à la nourriture
, puiffent enfiler leurs couloirs & fe
porter au-dehors ; de même dans l'état
contre nature , dans la fièvre , ce mouvement
augmenté , mais feulement juſqu'à
F ij
124 MERCURE DE FRANCE .
un certain point , car lorfqu'il l'eft exceffivement
, il bouleverſe tout , & renverſe
entierement l'économie animale ; ce mouvement
, dis - je , attenue , brife , liquefie
la matiere fébrile , lorfqu'elle n'eft qu'épaiffiffante
, en un mot , la cuit , pour ainfi
parler , & la difpofe à l'excrétion . Mais
dans ce cas même , le fecours que procure
la fiévre , doit toujours être regardé comme
fort fufpect , car outre les autres effets
qui peuvent s'enfuivre de ce mouvement
déréglé , & que nous avons rapporté cideffus
, l'obfervation a fouvent appris aux
plus habiles Praticiens que j'ai confultés ,
foit de vive voix , foit dans leurs écrits ,
que ce mouvement abandonné à lui -même
étoit prefque toujours infuffifant pour
la
coction & l'excrétion totale de la matiere
fébrile , & qu'il étoit ordinairement fuivi,
ou d'une fièvre lente , ou de quelque abfcès
qui fe formoit , ou dans les articulations
, ou dans les glandes lymphatiques
conglobées de l'habitude du corps , ou dans
les chairs mufculeufes , ou , ce qui eft encore
pire , dans quelque vifcére , ce qu'il
feroit même aifé de prouver par théorie ,
fi cela ne menoit pas trop loin.
22. Mais fila matiere fébrile eſt d'une
autre nature , qu'elle foit propre à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou qu'elle
MARS. 1750.
125
foit fi vifqueufe & fi hétérogéne qu'elle
élude les efforts des folides & des fluides ,
alors tous les mouvemens fébriles , nonfeulement
fe feront en pure perte , mais
ils tendront encore à la deftruction de tout
le corps , & loin de contribuer à l'expulfion
ou à l'amandement de la caufe , ils en
fortifieront au contraire l'action , qui fera
fuivie de tous les funeftes effets rapportés
ci - deffus . Car on obferve conftamment
que plus l'action des folides & des fluides
augmente , plus l'action des matieres irritantes
, & capables de raréfier le fang ,
augmente auffi , ce qu'il feroit aifé de
prouver , s'il nous étoit permis d'entrer
dans un plus grand détail. Mais en voilà ,
je crois , affez pour faire comprendre que
c'eft fans aucun fondement que quelques
Médecins font des éloges fi magnifiques
de la fièvre ; que dans le fond on n'a aucun
avantage à attendre de cet inftrument
fi vanté , ou du moins que ces avantages
font très-fufpects , & fuivis d'inconvéniens
réels & fort à redouter , & qu'ainfi on ne
doit pas balancer à combattre la fiévre ,
dès qu'elle eft bien déclarée , par tous les
moyens que l'Art fuggére à des Médecins
éclairés & prudens .
23. Envain oppofera- t'on que la fiévre
n'eft qu'un fymptôme , & qu'il n'y a que
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
que
la caufe qui la produit , qui foit la maladie
qu'il faut combattre , car fi eela étoit , il
n'y auroit point non plus d'autres mala
dies , & il ne faudroit reconnoître pour
maladies les cauſes internes qui les
produifent , ou pour mieux dire , il faudroit
bannir de la Pathologie le mot de
maladie , & ne fe fervir que des noms de
caufes & de fymptômes ; ce qui feroit ridicule
, & fe réduiroit tout au plus à une
difpute de nom . Cependant comme une
cauſe interne produit un premier fymptôme,
& que ce fymptôme en améne d'autres
, il eft bien plus raifonnable de regar
der comme maladie le premier & le principal
fymptôme qui naît de la caufe , & de
ne donner le nom de fymptôme qu'aux
autres accidens qui s'y joignent & qui l'ac
compagnent. Mais que ce qui réfulte de
la caufe interne de la fiévre , foit appellé
maladie , ou effet , ou fymptôme , c'eſt de
quoi on s'eft peu embarraffé ici ; on a taché
d'examiner la chofe en elle- même , &
par un mûr examen on s'eft convaincu ,
que les avantages de la fiévre étoient imaginaires
, ou du moins très fufpects , & que
fes inconvéniens étoient toujours réels &
fort redoutables..
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3
p. 221-222
SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
Début :
L'Académie de S. Luc, toujours attentive au progrès des Arts de Peinture [...]
Mots clefs :
Peinture, Académie, Sculpture, Anatomie, Organes, Enseignement, Curiosité
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
SupplÉm ENT aux Beaux-Ans* PEINTURE, L’Académie de S. Luc, toujours attentive au progrès des Arts de Peinture & de Sculpture , fait faire un Cours d'Anatomie relative aux connoiflances indifpenlablesà ces Ans. On y parte même à l’expofition & à la démonilration des Organes qui y ont un rapport moins direél, afin de fatisfaire les Curieux & les Sçavans que ce Cours attire. li a recommencé le a8 Janvier dernier , pour durer jufqu’à la fin de Mars, & fera continué exactement tous les ans pen-
• • • K ii]
ziz MERCURE DE FRANCE, dant trois mois, dans l’Amphithéâtre de l’Académie , rue du Haut-Moulin, près S.Denis delà Chartre.il commence à fept heures du fuir, apiès la levée du Modèle.
• • • K ii]
ziz MERCURE DE FRANCE, dant trois mois, dans l’Amphithéâtre de l’Académie , rue du Haut-Moulin, près S.Denis delà Chartre.il commence à fept heures du fuir, apiès la levée du Modèle.
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Résumé : SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
L'Académie de Saint-Luc organise un cours d'anatomie pour les arts de la peinture et de la sculpture. Ce cours, débuté le 18 janvier, se poursuit jusqu'à fin mars et inclut des démonstrations d'organes. Les sessions se tiennent à sept heures du matin dans l'amphithéâtre de l'Académie, rue du Haut-Moulin.
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