Résultats : 22 texte(s)
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1
s. p.
ODE A M. l'Evêque de Metz, Duc et Pair de France.
Début :
Scavantes Nymphes du Permesse, [...]
Mots clefs :
France, Coeur, Amour, Évêque de Metz, Louange, Temple
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texteReconnaissance textuelle : ODE A M. l'Evêque de Metz, Duc et Pair de France.
ODE
A M. l'Evêque de Metz , Duc et Pair
S
de France,
Cavantes Nymphes du Permesse ,
Secondez-moi de vos leçons ;
Je veux soutenir la Noblesse ,
De vos immortelles Chansons ;
Dans le doux transport qui m'inspire ,
Je pense déja que ma Lyre,
Traîne les Rochers et les Bois ;
Et que de la Mozelle au Gange ,
A ij Elle
2100 MERCURE DE FRANCE
Elle va porter la loüange ,
Du grand Prélat dont j'ai fait choix.
Coislin , l'ornement de notre âge.
Cefut pour nous un grand bonheur
Quand des Monarques le plus sage
Te choisit pour notre Pasteur ;
D'abord ta sage vigilance ,
Loin de toi bannit l'ignorance ,
Qui se glissoit dans ton Clergé ;
Qui ne sait que dans tes Ecoles ,
Nourri des divines paroles ,
Dans peu de temps il fut changé ?a
Tendre Pere pour tes ouailles ,
Tu ne bornes pas là tes soins ;
Leurs maux déchirant tes entrailles ,
Tu pourvois à tous leurs besoins,
Pour tirer la Fille égarée ,
D'un lieu qui l'a deshonorée ,
Tu fais élever un Saint lieu ;
C'est là que , grace au bon exemple ,
Son cœur souillé devient le Temple ,
De l'amour qu'on doit au vrai Dicu.
Bientôt en faveur du malade ,
Denué de soulagement ,
Ta
OCTOBRE. 1732. 2101
·
Ta charité te persuade,
De faire un vaste logement s
Là , par ta sage prévoyance
I1 reçoit avec abondance ,
Les secours les plus précieux ;
Pour prix de cet amour si tendre ,
N'es-tu pas en droit de prétendre
Une couronne dans les Cieux ?
Par les voix de la Renommée ,
Qui vole en cent climats divers ,
Ta vertu se trouve semée
Dans tous les coins de l'Univers.
Pour la garantir des naufrages,
Qui peuvent suivre les orages ,
Du vaste Ocean où tu cours
La Piété te sert de guide ,
Et te prete un secours solide ,
Contre les vices de nos jours.
Dans ses yeux , la grace allumée ,
D'un feu pur et rempli d'appas
Te fait d'inutile fumée ,
Traiter tous les biens d'ici-bas.
>
Ton cœur ne connoît leur usage ,
Que par le genereux partage ,
Qu'il en accorde aux malheureux ;
A iij Come
2102 MERCURE DE FRANCE
Combien languiroient dans les chaînes,
Qui sont délivrez de leurs peines ,
Par tes dons répandus ( 1 ) sur eux ?
Icy je vois un Seminaire ,
Fondé pour le Clerc indigent ;
Là , des Temples tombez par terre
Relevez par ton zele ardent.
Tel que , dans sa vaste carriere
Le Soleil porte sa lumiere ,
Aux differentes Nations ;
Telles tes bontez secourables ,
S'étendent sur les misérables ,
De toutes les conditions.
Des doux effets de ta largesse ,
Quels sont ces nouveaux monumens !
J'admire ta haute sagesse ,
Dans ces suberbes ( 2 ) bâtimens :
C'est peu d'embellir notre Ville ;
Ils servent de frein et d'azile ;
Le Soldat s'y tient rassemblé ;
( 1 ) Ala naissance de Monseigneur le Dauphin,
il a payé les dettes d'un grand nombre de Prisonniers , qui ont été mis en liberté.
( 2 ) Il afait construire deux grands Corps de
Cazernes , qui forment avec leurs Pavillons , une Place magnifique.
Par
5
OCTOBRE. 1732.
2103 Par tes soins la foible innocence ,
N'est plus en proye à la licence ;
Notre sommeil n'est plus troublé.
Mais de quelle affreuse misere ,
L'humble Artisan est délivré !
Il est maître de son salaire ,
Du Soldat jadis ( 1 ) dévoré ;
Tranquille , à couvert des insultes ;
De cet Hôte , ami des tumultes ,
Il benit l'auteur de son sort ;
Et dans un sort si favorable ,
Il baise la main secourable
Qui l'a fait entrer dans le Port.
C'est pour consacrer la mémoire
De tant de celebres bienfaits ,
Qu'au Ciel nous élevons ta gloire ,
Qui ne s'effacera jamais ;
Parmi des accords magnifiques ,
On n'entend que sacrez Cantiques
Dans les Temples du Dieu jaloux ,
Là, nos cœurs , d'une sainte audace ,
Lui demandent pour toute grace
Que tu vives cent ans pour nous.
( 1 ) Avant qu'il y eut des Cazernes , on fourpissoit aux Soldats le logement , le lit , le bois , la chandelle et toutes les ustancilles du ménage.
Aiiij Dans
2104 MERCURE DE FRANCE
>
Dans ce jour de réjouissance
Qui ne s'empresse avec ardeur
A marquer la reconnoissance
Qui le pénétre jusqu'au cœur
On ne voit que Tables riantes ,
Que Feux dont les flammes brillantes ,
Font de la nuit un nouveau jour.
Mais tous nos efforts pour te plaire ,
Ne sont qu'une image légere
Des sentimens de notre amour.
O toy , dont le ferme courage ,
A travers les Ondes du Rhin ,
Se fit un glorieux passage ,
Qui nous mit les Palmes ( 1 ) en main ;
Que dis- tu des travaux illustres
Qui sans cesse depuis sept lustres ,
Occupent ton sage héritier ?
Digne fils d'un si noble Pere ,
De la vertu la plus austere ,
Il suit le pénible sentier.
Que dis-tu quand tu consideres
Ce prodige d'humilité
Y
( 1 ) En 1672. son pere Armand du Cambout ;
Duc de Coislin, Pair de France , et Lieutenant General des Armées du Roy , se signala avec éclat an
fameux passage duRhin.
Se
OCTOBRE. 1732 2105
Se plaindre des respects sinceres ,
Que nous rendons à sa bonté ? ,
Dans sa contenance modeste ,
Eclate une vertu celeste ,
En qui nous mettons notre appui
Quel témoignage plus fidele
Qu'un jour il sera le modele ,
De ceux qui viendront après lui
A M. l'Evêque de Metz , Duc et Pair
S
de France,
Cavantes Nymphes du Permesse ,
Secondez-moi de vos leçons ;
Je veux soutenir la Noblesse ,
De vos immortelles Chansons ;
Dans le doux transport qui m'inspire ,
Je pense déja que ma Lyre,
Traîne les Rochers et les Bois ;
Et que de la Mozelle au Gange ,
A ij Elle
2100 MERCURE DE FRANCE
Elle va porter la loüange ,
Du grand Prélat dont j'ai fait choix.
Coislin , l'ornement de notre âge.
Cefut pour nous un grand bonheur
Quand des Monarques le plus sage
Te choisit pour notre Pasteur ;
D'abord ta sage vigilance ,
Loin de toi bannit l'ignorance ,
Qui se glissoit dans ton Clergé ;
Qui ne sait que dans tes Ecoles ,
Nourri des divines paroles ,
Dans peu de temps il fut changé ?a
Tendre Pere pour tes ouailles ,
Tu ne bornes pas là tes soins ;
Leurs maux déchirant tes entrailles ,
Tu pourvois à tous leurs besoins,
Pour tirer la Fille égarée ,
D'un lieu qui l'a deshonorée ,
Tu fais élever un Saint lieu ;
C'est là que , grace au bon exemple ,
Son cœur souillé devient le Temple ,
De l'amour qu'on doit au vrai Dicu.
Bientôt en faveur du malade ,
Denué de soulagement ,
Ta
OCTOBRE. 1732. 2101
·
Ta charité te persuade,
De faire un vaste logement s
Là , par ta sage prévoyance
I1 reçoit avec abondance ,
Les secours les plus précieux ;
Pour prix de cet amour si tendre ,
N'es-tu pas en droit de prétendre
Une couronne dans les Cieux ?
Par les voix de la Renommée ,
Qui vole en cent climats divers ,
Ta vertu se trouve semée
Dans tous les coins de l'Univers.
Pour la garantir des naufrages,
Qui peuvent suivre les orages ,
Du vaste Ocean où tu cours
La Piété te sert de guide ,
Et te prete un secours solide ,
Contre les vices de nos jours.
Dans ses yeux , la grace allumée ,
D'un feu pur et rempli d'appas
Te fait d'inutile fumée ,
Traiter tous les biens d'ici-bas.
>
Ton cœur ne connoît leur usage ,
Que par le genereux partage ,
Qu'il en accorde aux malheureux ;
A iij Come
2102 MERCURE DE FRANCE
Combien languiroient dans les chaînes,
Qui sont délivrez de leurs peines ,
Par tes dons répandus ( 1 ) sur eux ?
Icy je vois un Seminaire ,
Fondé pour le Clerc indigent ;
Là , des Temples tombez par terre
Relevez par ton zele ardent.
Tel que , dans sa vaste carriere
Le Soleil porte sa lumiere ,
Aux differentes Nations ;
Telles tes bontez secourables ,
S'étendent sur les misérables ,
De toutes les conditions.
Des doux effets de ta largesse ,
Quels sont ces nouveaux monumens !
J'admire ta haute sagesse ,
Dans ces suberbes ( 2 ) bâtimens :
C'est peu d'embellir notre Ville ;
Ils servent de frein et d'azile ;
Le Soldat s'y tient rassemblé ;
( 1 ) Ala naissance de Monseigneur le Dauphin,
il a payé les dettes d'un grand nombre de Prisonniers , qui ont été mis en liberté.
( 2 ) Il afait construire deux grands Corps de
Cazernes , qui forment avec leurs Pavillons , une Place magnifique.
Par
5
OCTOBRE. 1732.
2103 Par tes soins la foible innocence ,
N'est plus en proye à la licence ;
Notre sommeil n'est plus troublé.
Mais de quelle affreuse misere ,
L'humble Artisan est délivré !
Il est maître de son salaire ,
Du Soldat jadis ( 1 ) dévoré ;
Tranquille , à couvert des insultes ;
De cet Hôte , ami des tumultes ,
Il benit l'auteur de son sort ;
Et dans un sort si favorable ,
Il baise la main secourable
Qui l'a fait entrer dans le Port.
C'est pour consacrer la mémoire
De tant de celebres bienfaits ,
Qu'au Ciel nous élevons ta gloire ,
Qui ne s'effacera jamais ;
Parmi des accords magnifiques ,
On n'entend que sacrez Cantiques
Dans les Temples du Dieu jaloux ,
Là, nos cœurs , d'une sainte audace ,
Lui demandent pour toute grace
Que tu vives cent ans pour nous.
( 1 ) Avant qu'il y eut des Cazernes , on fourpissoit aux Soldats le logement , le lit , le bois , la chandelle et toutes les ustancilles du ménage.
Aiiij Dans
2104 MERCURE DE FRANCE
>
Dans ce jour de réjouissance
Qui ne s'empresse avec ardeur
A marquer la reconnoissance
Qui le pénétre jusqu'au cœur
On ne voit que Tables riantes ,
Que Feux dont les flammes brillantes ,
Font de la nuit un nouveau jour.
Mais tous nos efforts pour te plaire ,
Ne sont qu'une image légere
Des sentimens de notre amour.
O toy , dont le ferme courage ,
A travers les Ondes du Rhin ,
Se fit un glorieux passage ,
Qui nous mit les Palmes ( 1 ) en main ;
Que dis- tu des travaux illustres
Qui sans cesse depuis sept lustres ,
Occupent ton sage héritier ?
Digne fils d'un si noble Pere ,
De la vertu la plus austere ,
Il suit le pénible sentier.
Que dis-tu quand tu consideres
Ce prodige d'humilité
Y
( 1 ) En 1672. son pere Armand du Cambout ;
Duc de Coislin, Pair de France , et Lieutenant General des Armées du Roy , se signala avec éclat an
fameux passage duRhin.
Se
OCTOBRE. 1732 2105
Se plaindre des respects sinceres ,
Que nous rendons à sa bonté ? ,
Dans sa contenance modeste ,
Eclate une vertu celeste ,
En qui nous mettons notre appui
Quel témoignage plus fidele
Qu'un jour il sera le modele ,
De ceux qui viendront après lui
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Résumé : ODE A M. l'Evêque de Metz, Duc et Pair de France.
Le texte est une ode dédiée à Armand de Coislin, évêque de Metz, Duc et Pair de France. L'auteur invoque les muses pour célébrer la noblesse et la vertu de l'évêque. Il loue la sagesse et la vigilance de Coislin, qui a banni l'ignorance dans son clergé et a fondé des écoles pour former les fidèles. L'évêque est décrit comme un père attentionné pour ses ouailles, prenant soin de leurs besoins spirituels et matériels. Il a construit des lieux saints pour les filles égarées et des logements pour les malades. Sa charité et sa piété sont soulignées, ainsi que son dévouement envers les malheureux et les indigents. L'auteur mentionne également des actions spécifiques de Coislin, comme la fondation d'un séminaire pour les clercs pauvres et la reconstruction de temples. Il admire la sagesse et la générosité de l'évêque, qui a embelli la ville et construit des casernes pour protéger les habitants. L'ode se termine par une prière pour que l'évêque vive longtemps et par des louanges à son fils, qui suit les traces de son père avec humilité et vertu.
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2
p. 2105-2111
REMARQUES sur la nouvelle publication de l'Inscription qu'on voyoit cy devant au Portail de sainte Croix d'Orleans, adressées aux Auteurs du Mercure.
Début :
Ayant appris, Messieurs, de ceux qui ont vû le Mercure de Juin avant [...]
Mots clefs :
Inscription, Portail de Sainte-Croix d'Orléans, Polluche, Quadratus orbis
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur la nouvelle publication de l'Inscription qu'on voyoit cy devant au Portail de sainte Croix d'Orleans, adressées aux Auteurs du Mercure.
du monde. Si le monde est rond comme
un globe , et quarré en même-tems , voilà tout d'un coup la quadrature du cercle qu'on se fatigue tant à chercher. Pasquier s'est diverti à la faire remarquer dans un bonnet de forme quarrée , qui
coëffe une tête ronde. Si par quadratus or
bis on doit entendre les quatre parties.
du monde on peut demander s'il est
donc vrai que celle qu'on appelle l'Amérique fut dès-lors connue. Mais je finis
car je m'appe çois qu'insensiblement je
m'éloigne du sujet qui ma engagé à vous
écrire. Je suis , &c.
>
A Auxerre , ce is. 15.
Juillet 1732.
un globe , et quarré en même-tems , voilà tout d'un coup la quadrature du cercle qu'on se fatigue tant à chercher. Pasquier s'est diverti à la faire remarquer dans un bonnet de forme quarrée , qui
coëffe une tête ronde. Si par quadratus or
bis on doit entendre les quatre parties.
du monde on peut demander s'il est
donc vrai que celle qu'on appelle l'Amérique fut dès-lors connue. Mais je finis
car je m'appe çois qu'insensiblement je
m'éloigne du sujet qui ma engagé à vous
écrire. Je suis , &c.
>
A Auxerre , ce is. 15.
Juillet 1732.
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Résumé : REMARQUES sur la nouvelle publication de l'Inscription qu'on voyoit cy devant au Portail de sainte Croix d'Orleans, adressées aux Auteurs du Mercure.
Le texte de 1732 discute de la forme du monde, à la fois ronde et carrée, illustrée par un bonnet carré sur une tête ronde. Il aborde la quadrature du cercle et les 'quatre parties du monde', se demandant si l'Amérique était connue. L'auteur s'excuse de s'être éloigné du sujet initial de sa lettre.
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3
p. 2112-2117
LE PROGRÈS DE LA TRAGÉDIE, Sous le Régne de Louis le Grand. ODE.
Début :
Vois-tu, divine Melpomene, [...]
Mots clefs :
Prière, Louis le Grand, Dieu, Tragédie, Progrès, Scène, Siècle, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PROGRÈS DE LA TRAGÉDIE, Sous le Régne de Louis le Grand. ODE.
LE PROGRE'S
DE LA TRAGEDIE,
V
Sous le Regne de Louis le Grand.
O D E.
Oiś-tu , divine Melpomene
Cette foule de Spectateurs ?
C'est toi qui venant sur la Scene
En fais autant d'admirateurs :
Pleins d'un trouble qui les enchante
Saisis d'une terreur charmante ,
Touchés de tes tristes soupirs ;
Leurs cœurs partagent tes allarmes ;
Et verser avec toi des larmes
Est le plus doux de leurs plaisirs.-
>
Rappelle ces jours pleins de gloire ,
Où le plus grand de tous nos Rois ,
Suivi par tout de la victoire
Faisoit par tout suivre ses loix ;
Où seul , de l'Europe étonnée ,
Dissipant la Ligue effrennée 2
Vaing
OCTOBRE. 1732. 211
Vainqueur de cent Peuples divers ,
LOUIS faisoit par sa prudence ,
Et les délices de la France ,
Et la terreur de l'Univers.
O qu'avant ce Régne héroïque ,
Tu brillois peu dans nos Etats ?
Envain sur la Scene Tragique ,
Eut-on cherché de vrais appas.
Quel amas de pointes frivoles !
Quel cahos de gaines paroles !
Que de sang versé quelle horreur !
Fades Sujets , Heros vulgaires ,
Sans art , sans choix , sans caractere ,
Que dis-je , souvent sans pudeur.
Mais Ciel ! est ce erreur ou miracle &
La Scene change ; ô doux momens !
Je vois à ce grossier spectacle
Succeder mille enchantemens.
Déja les passions émûës
Les sources du beau reconnuës ,
Tout frappe mes yeux éblouis.
Fuyez loin , ignorance vaine ,
Triomphez, raison souveraine ,
C'est le siécle du Grand Lo U I S.
Siécle
2114 MERCURE DE FRANCE
Siécle heureux , où les doctes Fées
Admirant ses nobles travaux ,
Dressent chaque jour des Trophées ,
Ala vertu de ce Heros.
Où sur ses Conquêtes rapides ,
Nos Sophocles nos Euripides ,
Forment leurs plus pompeux Concerts,
Plus animés dans leurs ouvrages ,
Par l'espoir d'avoir ses suffrages ,
Que par le feu du Dieu des Vers.
Oui , grand Roi , de leurs doctes veilles;
Tu fus toujours l'objet flateur ;
Les Racines et les Corneilles ,
A ta gloire doivent la leur..
Jamais leur Muse dramatique
Ne nous eut du vrai pathetique ,
Fait sentir toutes les beautés ,
Si dans leurs immortelles rimes ,
On n'eut vù tes vertus sublimes ,
Briller sous des noms empruntés,
Et toi jadis deshonorée ,
Dans plus d'un spectacle indécent ,
Goute enfin, Probité sacrée ,
Le plaisir le plus ravissant
Voi l'utile joint à l'aimable ,
Le merveilleux au vraisemblable,
Le
OCTOBRE. 1732. 2115
Le simple et le grand tour à tour
Voi même , ô merveille étonnante
Voi la sagesse triomphante ,
Eclater jusques dans l'Amour.
Louerai-je ici cette élegance
Qui brille dans l'expression è
Décrirai-je la véhemence
Qui régne dans la passion ?
Rappellerai-je ces figures >
Ces beaux traits , ces vives peintures
Qui charment si bien mes ennuis
Toujours sûr de m'y reconnoître
Peint tantôt tel que je dois être ,
Et tantôt peint tel que je suis,
[ Ah ! que dans mon ame attendrie ,
J'éprouve un doux ravissement !
Polieucte , Esther , Athalie ,
Que vous m'instruisés noblement !
Que je t'adinire vieil Horace !
Cinna , que je plains ta disgrace !
Que ta candeur me plaît , Burrhus !
Ainsi , par un sage artifice ,
Ou fut le Théatre du vice
S'ouvre l'Ecole des vertus.
2.
Poursui,
2116 MERCURE DE FRANCE
Poursui , trop aimable Déesse ,
Et pour avancer tes progrès ,
Hâte-toi de former sans cesse
Sur Louis les plus beaux Portraits.
Quel vaste champ , quelle abondance !
Un Prince , l'amour de la France ,
L'Arbitre et la gloire des Rois ,
Aussi cher par la paix qu'il donne ,
Que celui dont il tient le Trône ,
Fut redouté par ses exploits..
Quod si me lyricis , &c. Hor..
PRIERE POUR LE ROI.
SEigneur , écoutez nos prieres
Voulez-vous nous combler de vos dons les plus
beaux ?
Daignés sur ce jeune Heros ,
Verser vos faveurs les plus cheres !'
Dans des Princes digne de lui ,
Il se voit déja reproduire :
Poursuivés , ô mon Dieu ! soyez toujours
l'appui ,
Et du Monarque et de l'Empire ,
Nous ne demandons pas qu'au gré de sa va- leur ,
Un jour de ses hauts faits il remplisse le monde ;
Qu'il
OCTOBRE. 1732 2117
Qu'il vive seulement ; sa sagesse profonde
Nous répond de sa gloire et de notre bon heur.
?
Par M. l'Abbé Portes Chanoine du
Chapitre Royal de S. Louis , à la Fere.
DE LA TRAGEDIE,
V
Sous le Regne de Louis le Grand.
O D E.
Oiś-tu , divine Melpomene
Cette foule de Spectateurs ?
C'est toi qui venant sur la Scene
En fais autant d'admirateurs :
Pleins d'un trouble qui les enchante
Saisis d'une terreur charmante ,
Touchés de tes tristes soupirs ;
Leurs cœurs partagent tes allarmes ;
Et verser avec toi des larmes
Est le plus doux de leurs plaisirs.-
>
Rappelle ces jours pleins de gloire ,
Où le plus grand de tous nos Rois ,
Suivi par tout de la victoire
Faisoit par tout suivre ses loix ;
Où seul , de l'Europe étonnée ,
Dissipant la Ligue effrennée 2
Vaing
OCTOBRE. 1732. 211
Vainqueur de cent Peuples divers ,
LOUIS faisoit par sa prudence ,
Et les délices de la France ,
Et la terreur de l'Univers.
O qu'avant ce Régne héroïque ,
Tu brillois peu dans nos Etats ?
Envain sur la Scene Tragique ,
Eut-on cherché de vrais appas.
Quel amas de pointes frivoles !
Quel cahos de gaines paroles !
Que de sang versé quelle horreur !
Fades Sujets , Heros vulgaires ,
Sans art , sans choix , sans caractere ,
Que dis-je , souvent sans pudeur.
Mais Ciel ! est ce erreur ou miracle &
La Scene change ; ô doux momens !
Je vois à ce grossier spectacle
Succeder mille enchantemens.
Déja les passions émûës
Les sources du beau reconnuës ,
Tout frappe mes yeux éblouis.
Fuyez loin , ignorance vaine ,
Triomphez, raison souveraine ,
C'est le siécle du Grand Lo U I S.
Siécle
2114 MERCURE DE FRANCE
Siécle heureux , où les doctes Fées
Admirant ses nobles travaux ,
Dressent chaque jour des Trophées ,
Ala vertu de ce Heros.
Où sur ses Conquêtes rapides ,
Nos Sophocles nos Euripides ,
Forment leurs plus pompeux Concerts,
Plus animés dans leurs ouvrages ,
Par l'espoir d'avoir ses suffrages ,
Que par le feu du Dieu des Vers.
Oui , grand Roi , de leurs doctes veilles;
Tu fus toujours l'objet flateur ;
Les Racines et les Corneilles ,
A ta gloire doivent la leur..
Jamais leur Muse dramatique
Ne nous eut du vrai pathetique ,
Fait sentir toutes les beautés ,
Si dans leurs immortelles rimes ,
On n'eut vù tes vertus sublimes ,
Briller sous des noms empruntés,
Et toi jadis deshonorée ,
Dans plus d'un spectacle indécent ,
Goute enfin, Probité sacrée ,
Le plaisir le plus ravissant
Voi l'utile joint à l'aimable ,
Le merveilleux au vraisemblable,
Le
OCTOBRE. 1732. 2115
Le simple et le grand tour à tour
Voi même , ô merveille étonnante
Voi la sagesse triomphante ,
Eclater jusques dans l'Amour.
Louerai-je ici cette élegance
Qui brille dans l'expression è
Décrirai-je la véhemence
Qui régne dans la passion ?
Rappellerai-je ces figures >
Ces beaux traits , ces vives peintures
Qui charment si bien mes ennuis
Toujours sûr de m'y reconnoître
Peint tantôt tel que je dois être ,
Et tantôt peint tel que je suis,
[ Ah ! que dans mon ame attendrie ,
J'éprouve un doux ravissement !
Polieucte , Esther , Athalie ,
Que vous m'instruisés noblement !
Que je t'adinire vieil Horace !
Cinna , que je plains ta disgrace !
Que ta candeur me plaît , Burrhus !
Ainsi , par un sage artifice ,
Ou fut le Théatre du vice
S'ouvre l'Ecole des vertus.
2.
Poursui,
2116 MERCURE DE FRANCE
Poursui , trop aimable Déesse ,
Et pour avancer tes progrès ,
Hâte-toi de former sans cesse
Sur Louis les plus beaux Portraits.
Quel vaste champ , quelle abondance !
Un Prince , l'amour de la France ,
L'Arbitre et la gloire des Rois ,
Aussi cher par la paix qu'il donne ,
Que celui dont il tient le Trône ,
Fut redouté par ses exploits..
Quod si me lyricis , &c. Hor..
PRIERE POUR LE ROI.
SEigneur , écoutez nos prieres
Voulez-vous nous combler de vos dons les plus
beaux ?
Daignés sur ce jeune Heros ,
Verser vos faveurs les plus cheres !'
Dans des Princes digne de lui ,
Il se voit déja reproduire :
Poursuivés , ô mon Dieu ! soyez toujours
l'appui ,
Et du Monarque et de l'Empire ,
Nous ne demandons pas qu'au gré de sa va- leur ,
Un jour de ses hauts faits il remplisse le monde ;
Qu'il
OCTOBRE. 1732 2117
Qu'il vive seulement ; sa sagesse profonde
Nous répond de sa gloire et de notre bon heur.
?
Par M. l'Abbé Portes Chanoine du
Chapitre Royal de S. Louis , à la Fere.
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Résumé : LE PROGRÈS DE LA TRAGÉDIE, Sous le Régne de Louis le Grand. ODE.
Le poème célèbre le règne de Louis XIV et son influence sur le théâtre tragique. Il commence par une invocation à Melpomène, la muse de la tragédie, qui enchante et émeut les spectateurs. Le texte évoque ensuite les jours glorieux du règne de Louis XIV, où le roi, victorieux et sage, imposait ses lois et inspirait la terreur et l'admiration en Europe. Avant son règne, le théâtre français était marqué par des sujets frivoles, des personnages vulgaires et un manque d'art. Sous Louis XIV, le théâtre connaît une transformation profonde, devenant un reflet des passions humaines et des vertus héroïques. Les dramaturges comme Racine et Corneille trouvent leur inspiration dans les vertus du roi, qui brillent à travers leurs œuvres. Le théâtre devient alors une école de vertus, où des pièces comme 'Polyeucte', 'Esther', 'Athalie', 'Cinna' et 'Horace' instruisent et émouviennent les spectateurs. Le poème se conclut par une prière pour le roi, souhaitant sa longévité et sa sagesse pour le bien de la France et de l'empire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 2117-2139
SUITE du Voyage de Basse-Normandie, par M. D. L. R. IX. LETTRE,
Début :
Les raisons que j'avois, Monsieur, de séjourner à Caën, énoncées dans mes [...]
Mots clefs :
Voyage, Basse-Normandie, Abbaye de Cerisy, Bayeux, Cathédrale, Messe, Sacristie, Trésor, Ornements, Croix, Chanoine, Inscription, Buste, Diane de Poitiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE du Voyage de Basse-Normandie, par M. D. L. R. IX. LETTRE,
UITE du Voyage de Basse - Normandie ,
par M. D. L. R.
*
IX. LETTRE,
Lséjournerà Caen , énoncées dans mes Es raisons que j'avois , Monsieur , de
dernieres Lettres , subsistoient toujours:
elles m'engagerent de profiter de cette
occasion pour aller voir la Ville de
Bayeux , et l'Abbaye de Cerisy , l'une
des plus considérables de ce Diocèse. Le
même Docteur en Médecinè , homme
comme je vous ai dit , d'érudition , et
d'un agréable commerce ,
voulut encore
m'accompagner dans cette course. Nous
partîmes de Caën d'assez bon matin , et
comme Bayeux n'en est éloigné que de
six licuës , nous y arrivâmes avant l'heu-
* Ces Lettres sont dans le Mercure de Juin 1730.
vol.11 . et dans le Mercure d'Avril 1732.
re
2118 MERCURE DE FRANCE
re de dîner. Nous allâmes d'abord à la
Cathedrale , où après avoir entendu laMesse , nous fumes abordez fort gracieusement par M. l'Abbé de... Chanoine de
la connoissance du Médecin , qui nous
fit voir tout ce qu'il y a de remarquable
dans cette Eglise dédiée à la Vierge , et
nous instruisit de tout ce que des Voyageurs de notre espéce étoient bien aises
de ne pas ignorer. Le Bâtiment est un
Vaisseau assez spacieux , d'une Architecture gothique , mais bien éxécutée L'Autel principal , placé au fond du Chœur ,
est d'une simplicité noble et édifiante.
Le Chœur est seulement orné d'une Tapisserie qui représente la vie de la sainte
Vierge , à qui l'Eglise est dédiée , et les
Mysteres quiy ont du rapport. Leon Conseil , Chancelier de cette Eglise , en fit
faire les desseins, qui furent assez bien éxécutez , et lui en fit présent.
Une autre Tapisserie d'une fabrique
bien différente , régne autour de la Nef.
Elle n'a pas plus de deux pieds et demi
de hauteur ; c'est cependant un ornement instructif et des plus curieux qu'on
puisse trouver en ce genre. On y trouve
toute l'Histoire du fameux Guillaume II.
Duc de Normandie , par rapport à sa
Conquête du Royaume d'Angleterre , et
on
OCTOBRE. 1732. 2119
on peut dire que pour le tems auquel cet
ouvrage a été fait , il n'y a presque rien
à désirer pour les Figures , qu'un peu
plus de correction de dessein. Tous les
fonds restent à remplir , ce qui fait présumer que le projet étoit de faire ces
fonds en or ou en argent mais il ne
manque rien aux personnages , et aux Figures , qui composent ensemble un Monument respectable et instructif. Tout le
monde veut que la Princesse Mathilde
fille de Baudouin , Comte de Flandres Niéce du Roi Robert et de la Reine
Constance , Epouse du Duc Guillaume
fit faire cette Tapisserie pour immortaliser ses Exploits. Apparemment
cette Princesse ne vêcut pas assez pour faire achever entierement l'ouvrage. M. Foucault , qui en connoissoit le mérite , en
avoit fait dessiner quelques morceaux
qu'on a vûs à Paris dans sa Bibliotheque.
Depuis mon Voyage de Normandie , et après
la mort de M. Foucault , ce qu'il en avoit fait copier est heureusement tombé entre les mains de
M. Lancelot , qui a composé là- dessus un très-beau .
Discours qu'il a lû à l'Académie , dont il en est un
très-digne Membre ; et le R. P. de Montfaucon a
fait graver le même Monument dont il donne aussi l'explication dans les premiers Volumes de ses
Monumens de la Monarchie.
Nous
2120 MERCURE DE FRANCE
2 que
Nous passâmes dans la Sacristie , où
nous vîmes le Trésor , et beaucoup de riches Ornemens : nous y vîmes le petit
Coffre d'yvoire , de fabrique Moresque
qui renferme la Chasuble de S. Renobert,
second Evêque de Bayeux , fermé d'une
espéce de serrure d'argent , sur laquelle
est gravée une Inscription Arabe. J'ai
parlé,comme vous le sçavez , de ce Coffre
et de l'Inscription avant de les
avoir vûs , dans une de mes Lettres écrite à M. Rigord , qui est imprimée dans
les Mémoires de Trévoux du mois d'Octobre 1714. vous sçavez , dis je ,
sieur , par cette Lettre , que l'Inscription
éxactement copiée et apportée à M. Petist
de la Croix , Interpréte du Roi , chez qui
j'étois alors , se trouva être une Sentence
Mahometane , dont le sens est tel. Au
NOM DE DIEU. Quelque honneur que nousrendions à Dieu , nous ne pouvons pas l'honorer autant qu'il le mérite ; mais nous l'honoronspar son Saint Nom.
MonJe dis à cette occasion dans ma Lettre
que tout se peut concilier par le moyen
de l'Histoire et de la raison , mais que je
n'entreprenois pas de démêler comment ,
par qui , et en quel tems , deux choses
aussi opposées , que le sont la Relique
de S. Kenobert et le Coffret à Inscription
OCTOBRE.
1732 2121 tion Mahometane , ont pû se rencontrer
ensemble dans le lieu où elles sont aujourd'hui. Le R. P. Tournemine , qui dirigeoit alors le Journal de Trévoux , proposa là - dessus une conjecture qui paroît
plausible , et qu'il fit imprimer à la fin de
ma Lettre dans le même Journal.
» On sçait , dit- il , que Charles Martel
»
vainquit les Sarrazins proche de Tours ,
leur Camp fut pillé , la Cassete marquée de l'Inscription Arabe aura été
» prise en cette occasion , et la Reine
»
Ermantrude, Epouse de Charles le Chauve , à qui cette Cassete venoit de la suċcession de son Trisayeul, l'ayant euë de
» son mari , la consacra à
renfermer les
»Reliques de S. Renobert , qui avoit guéri le Roi son époux. Cette guérison et
la magnifique reconnoissance d'Ermantrude , sont marquées dans les Historiens. Cette Cassete étoit apparemment
» celle du Prince Sarrazin Abdarrha-
> man.
Quoiqu'il en soit , deux Auteurs nouveaux , sçavoir Dom Beaunier , Benedictin , et M. Piganiol de la Force , ont profité de ce que j'avois appris au public làdessus dès l'année 1714. l'un dans son
Recueil Historique, & c. des Archevêchez e
Evêchez de France , &c. Tom. II. p. 714.
B publié
2122 MERCURE DE FRANCE
publié en 1726. et l'autre dans son nou
veau Voyage de France , pag. 582. qui a
paru presque en même tems. Ils onttrouvé à propos l'un et l'autre de s'en faire
honneur , et de ne pas déclarer où ils ont
pris cette découverte , ce qui n'arrive ja- mais aux véritables Sçavans.
Le Chapitre de 1Eglise de Bayeux est
un des plus considérables qu'il y ait en
France il est composé de douze Digni
tez , dont la premiere est celle de Doyen,
et de cinquante Chanoines. Cette Eglise
reconnoît pour son premier Evêque saint
Exupere , vers la fin du deuxième, * siecle : pour second , S. Renobert , auquel
plusieurs autres saints Evêques ont suc- cedé. Elle a eu aussi des Cardinaux et des
Prélats très- distinguez par leur naissance ,
par leur doctrine et par leur pieté.. Les
Cardinaux sont Renaud , ou René de
Prie , Augustin Trivulce , Arnaud Dossat , Charles d'Humieres.
Au sortir de l'Eglise nous allâmes voir
le Subdelegué de M. l'Intendant , qui
*C'est la Chronologie d'un Historien Moderne
laquelle est rejettée par les meilleurs Critiques.
5. Renobert , second Evêque de Bayeux , assista
en 1630. à un Concile de Rheims , et par conséquent, &c.
nous
OCTOBRE. 1732.
nous retint à dîner, et nous engagea,
2723 puisque nous devions coucher à Bayeux , d'aller l'après dîner nous promener à S. Vigor , qui n'en est éloigné que d'un bon
quart de lieuë. Le Chanoine dont j'ai
parlé se joignit à nous , et j'appris encore bien des choses dans cette promenade.
S. Vigor ,
surnommé le Grand , pour
le distinguer de plusieurs Paroisses de même nom, dans le même pays , est un Prieuré de Benedictins de la Congrégation de
S. Maur ; le lieu est fort élevé , ensorte
qu'il y a beaucoup à monter pour y arriver ; mais il est très-agréable , et on découvre de- là une grande étendue de
Il est en même tems fort renommépays par.'
la dévotion des Peuples envers le Saint
de ce nom , qui a été l'un des premiers
Evêques de Bayeux , et par la cérémonie
qui s'y fait à chaque changement d'Evêque , lorsque le Prélat fait pour la premiere fois son Entrée publique dans la
Ville , et prend possession de son Eglise.
a
On ne voit rien à S. Vigor qui mérite
une attention singuliere.
L'Eglise du
Prieuré paroît bâtie sur une autre plus ancienne et ce qu'il y de nouveau
n'est pas achevé. Celle de la Paroisse est
très- moderne et fort propre. Les BeneBij dic
,
2124 MERCURE DE FRANCE
dictins de S. Maur , qui sont là en assez
petit nombre , ont bien réparé le Monastere , et ils édifient par leur éxacte régularité. Nous fûmes très-contens de leur
réception. Je trouvai dans leur petite
Bibliotheque , où sont aussi quelques titres , et les papiers de la Maison , une
Copie du Procès Verbal de la cérémonie
dont je viens de parler , telle qu'elle se
passa , lorsque François de Nesmond fit
sa premiere entrée dans la Ville de Bayeux.
Un Religieux âgé de près de 9o . ans , qui
ayoit assisté à cette cérémonie , me don-"
na l'Extrait qu'il avoit fait de ce Procès
Verbal , qui me parut curieux , et sur le
quel j'ai fait le petit narré que vous ne serez pas fâché de trouver ici.
M. l'Evêque ayant fixé le jour de son
Entrée solemnelle dans la Ville de Bayeux
au 15 Mai 1662. Il se rendit , selon la
coûtume, le matin du jour précédent à la
Chapelle de Notre Dame de la Délivrande. M. Buhot de Cartigny , Docteur de
Sorbonne , Directeur de cette Chapelle
le reçût à la Porte , revêtu d'une Chape
assisté des Prêtres qui la desservent , et le
harangua, L'Evêque étant entré , et s'étant mis à genoux sur un Prie- Dieu , le
même Chanoine lui présenta la Croix à
baiser. Après avoir fait sa priere , il célébra
OCTOBRE. 1732. 2125
6
bra la Messe , il se rendit ensuite à saing
Vigor,monté sur une Haquenéé blanche
pour y passer le reste du jour , et coucher
dans le Monastere.
Le Prélat fut conduit-une partie du chemin les Vassaux et les Habitans sous par
les armes de la Baronie de Douvres. Il
rencontra à deux ou trois lieues de Saint
Vigor les Députez du Chapitre deBayeux,
quatre Dignitez , et quatre Chanoines
qui le complimenterent. La Noblesse
vint aussi en grand nombre le saluer , le
Marquis de Colombieres , quoique de la
Religion P. R. portant la parole , ce
Marquis et les principaux de la Noblesse
l'accompagnerent jusqu'au Prieuré.
M. de Choisy , Seigneur du Fief de
Beaumont , qui releve de l'Evêché , se
trouva à la descente , et tint l'étrier , suivant l'obligation de son Fief ; le Prélat
étant descendu , le Gentilhomme se saisit
de la Haquenée , qu'il envoya , montée
par un autre Gentilhomme,à son Ecurie ,
selon le droit du même Fief.
L'Evêque se mit tout de suite sous un
Dais porté par quatre Religieux ; et prenant le chemin de l'Eglise , il fût reçû à
l'entrée du Cimetiere de la Paroisse par
le Prieur des Benedictins . Quand il fût arrivé à l'Eglise du Prieuré , on chanta le
B iij Te
2126 MERCURE DE FRANCE
1
Te Deum , et ensuite il fut conduit à sor
Appartement parles principaux de la Ng
blesse , &c. A l'heure du souper on lu
servit en maigre un Repas fort frugal
suivant le Cérémonial.
Le lendemain de grand matin , tout I
Clergé Séculier et Régulier de la Vill
s'étant assemblé au son des grosses Clo
ches dans l'Eglise Cathedrale , il se form
une Procession , dont le Corps du Cha
pitre faisoit la queue , laquelle se rendi
au Prieuré de S. Vigor. Le Doyen et le
principaux du Chapitre monterent à
l'appartement du Prélat , qu'ils trouve.
rent en prieres. Après de profondes révé rences , le Doyen le conduisit dans un
Chapelle de l'Eglise , où le Sacristain lu
ôta ses souliers et ses bas , et lui mit ur
espéce de sandales fort minces. On le r
vêtit en même-tems d'une Chappe blan
che , et on lui mit une Mitre toute sir
ple. Il alla ainsi se placer dans une ancie
ne Chaire de marbre, couverte d'un Dai
qui est près le grand Autel , où M.
Franqueville de Longaulnay le harai. ;
en présence du Clergé. L'Evêque se le
immédiatement après , et partit de S. Y
gor pour se rendre à Bayeux en
ordre.
Il étoit placé entre Mrs de Chois Bai
OCTOBRE. 1732. 2127
le Baron deBeaumont, et le Baron de Bosqbrunville , représentant le Seigneur d'E
trehan , soutenant l'un et l'autre les bouts
de sa Chappe , dont deux Aumoniers portoient la queue. Derriere étoit un Gentilhomme armé de toutes piéces à l'antique,'
portant une Hallebarde sur l'épaule , seÎon le devoir de son Fief, et un autre
Vassal marchoit immédiatement devant
le Prélat , semant de la paille depuis saint
Vigor jusqu'à la Porte de l'Eglise de
S. Sauveur de Bayeux. Les Compagnies
Bourgeoises qui étoient sous les armes ,
formerent cependant une double haye
depuis le Monastere des Capucins jusqu'à
l'Eglise Cathedrale.
L'Evêque entra , suivant la coûtume ,
dans l'Eglise de S. Sauveur , on lui lava
les mains et les pieds. Le Bassin et l'Aiguiere d'argent appartiennent au Curé
de cette Eglise ; mais le Curé étant alors
en * Déport , ils furent donnez au Chapitre. Après avoir pris des Habits pontificaux , plus riches que les précedens , il
$ rendit à la Porte de l'Eglise Cathedra
qu'il trouva fermée , et qui fût ou-
* Déport est le nom qu'on donne au droit qu'ont
les Evêques de Normandie , de joüir des revenus des
Cures de leurs Diocèses la premiere année de la vacance de chacun de ces Benefices.
B iiij verte
2128 MERCURE DE FRANCE
1
verte un moment après par quatre Chanoines.
Le Prélat se mit à genoux , à l'entrée ,
sur un Carreau de velours violet ; et après
avoir fait la priete , il fit le serment accoutumé. On le conduisit tout de suite
au Chœur jusqu'à sa Chaire Episcopale ,
et après qu'on eut chanté solemnellement
le Te Deum , il entra dans la Sacristie ,
il prit les plus magnifiques ornemens. Il
celebra la Messe pontificalement , assisté
de quatre Diacres , et de quatre Soudiacres.
où
La Messe étant finie , l'Evêque fut conduit en son Palais par le Chapitre , qu'il
retint à dîner , ainsi que les Barons , et
plusieurs autres personnes de condition
qui s'étoient trouvez à la cérémonie. Le
même jour il reçut les complimens de
tous les Corps de la Ville. Il reçut même
celui du Ministre de la Religion P.R.qui
fut éloquent , respectueux , et fort applaudi.
* La même ceremonie icy décrite , a été renouvellée depuis peu à la prise de possession de M. de
Luynes , actuellement Evêque de Bayeux ; et il en a paru une Relation en forme de Lettre , addressée
par le Chevalier de S. Jory , à Madame la Duchesse
de Chevreuse, imprimée à Caen. Cette Relation oùs
il ne falloit que de la simplicité et de l'exactitude ,
est si pleine d'emphase et de choses déplacées , &e,
qu'on peut dire qu'elle n'a contenté personne.
OCTOBRE. 1732. 2129
Nous rentrâmes de fort bonne heure
dans la Ville , ce qui me donna lieu de retourner à l'Eglise Cathedrale, pour voir la
Bibliotheque et le Chartrier du Chapitre ;
c'est presque la même chose. Quoique cette Bibliotheque , comme la plupart de
celles des autres Chapitres , Abbayes et
Monasteres ait souffert beaucoup de diminution par la vicissitude et par les malheurs des temps , on y trouve encore de
bons Manuscrits , qui regardent non- seu
lement l'Eglise , et le Diocèse de Bayeux,
mais qui pourroient encore beaucoup servir pour 'Histoire generale de la Province , même pour l'Histoire d'Angleterre ;
à cause de la part qu'ont eû quelques Evêques de Bayeux aux affaires d'Etat des
Ducs de Normandie , devenus Rois de la
Grande Bretagne. On tireroit sur tout
beaucoup de lumieres des Ecrits d'Eusebe
l'Angevin , docte Chanoine de Bayeux ;
qui sont dans ce Chartrier.
Ony apprend que l'Evêque deBayeux a
droit de sacrer le Métropolitain , Primat
de Normandie , en qualité de Doyen des
Evêques de la Province,et que cette qualité de Doyen lui fut confirmée dans un
Synode de la mêmeProvince, tenu à Caën
en 1061. en présence du Duc Guillaume ,
à cause de l'ancienneté de son Eglise , anB v te
2130 MERCURE DE FRANCE
.
térieure même à celle de Rouen , et à toutes les autres Eglises de la Normandie. Les Evêques y sont nommez en
cer ordre: Bayeux , Avranches , Evreux
Séez , Lisieux , Coûtances ; ce qui se trouve ainsi établi dans tous les Conciles Provinciaux , jusqu'au différend survenu entre Louis du Moulinet , Evêque de Séez
et Bernardin de S. François , Evêque de
Bayeux.
anco.com-
,
Le premier prétendoit la préséanc
me plus ancien Evêque dans le Concile
Provincial tņu à Rouen en 1581 , où
pré-idoit le Cardinal Chales de Bourbon.
Le second la lui disputoir par la prééminence don Siege , et par l'usage. On jugea par provision en faveur de lEvêque
de Bayeux comme Doyen de la Provin
ce Ecclésiastique. Il est vrai que le Pape
Grégoire X II. consulté sur cetre contestation, ordonna par son Rescrit de la même année 1581. qu'on se regleroit à l'avenir sur l'ancienn té de l'ordination ou
du Sacre des Evêques.
On trouve aussi dans ce même Lieu les
Ecrits historiques de Robert Cénalis ,
Chanoine de Bayeux , puis Evêque d'Avranches , l'un des meilleurs Esprits de
son temps , et dont l'ouvrage sur l'Histoire Topographyque de France est plein
de recherches curieuses. On
OCTOBRE. 1732. 21L
On apprend encore bien des choses.dans
un grand Cartulaire, nommé le Livre noir,
tout rempli de Titres et d'Actes autentiques.
C'est dans ce lieu qu'on est informé surement du mérite distingué, de plusieurs
Personnages illustres du Chapitre de cette
Eglise , entr'autres , de Robert Vaice, ou
de Vace , Chanoine sous Philippe de Harcourt , Auteur du Roman de Rou et des
Normans , écrit en Vers François , vers
l'an 1160. et dédié à Henry II. Roy d'Angleterre, dans lequel on apprend bien des
faits historiques , &c.
,
De Roger du Hommet, Archidiacre de
Bayeux, élu Evêque de Dol en 1160. d'Arnoul , Trésorier de la même Eglise , puis
Evêque de Lisieux , sçavant homme et
Auteur de plusieurs Ouvrages , mort en
1182. et enterré à S. Victor de Paris , où il
s'étoit retiré. De Pierre de Blois , Chanoine , Précepteur , puis Sécretaire de Guillaume.II. Roy de Sicile , ensuite Chancelier de Richard , Archevêque de Cantorbery, grand Homme d'Etat, et qui a beaucoup écrit , mort vers l'année 1200.
D'Etienne , Chanoine de Gavrai , neveu
du Pape Innocent III . qui le fit Cardinal,
mort en 1254.
D'Henry de Vezelai , Archidiacre , l'un
B vj des
2132 MERCURE DE FRANCE
/
des Exécuteurs du Testament de S.Louis,
puis l'un des Regens du Royaume , sous
Philippe le Hardy , enfin Chancelier de
France , mort vers l'année 1280.
De Raoul ou Radulphe de Harcourt ,
Chancelier de l'Eglise de Bayeux , Archidiacre et Chanoine de Rouen, Chantre de
la Cathedrale d'Evreux , Archidiacre de
Coutance , puis premier Aumônier du
Comte de Valois , fils de Philippe le Hardi , Conseiller d'Etat , &c. mort en 1301.
Les Eclaircissemens Historiques , pris
dans cette Bibliotheque et dans les Archives de l'Evêché , que nous visitâmes ensuite, me fourniroient une ample matiere
de parler aussi de plusieurs Evêques de
Bayeux Illustres par la naissance , par la
doctrine ou par la piéré ; mais je dois me
souvenir que j'écris une Lettre et non pas.
une Hi toire. Je me contenterai de faire
icy mention de deux outrois des plus distinguez de ces Prélats.
Ŏdon ou Eudes , surnommé le Grand,
fils de Herluin ou Hellouin , Comte de
Conteville , et d'Arlete,qui fut aimée par Robert , Duc de Normandie , amour qui
donna naissance au fameux Duc Guillaume, fut le trentiéme Evêque de Bayeux ,
en 1055. Il fit bâtir l'Eglise Cathedrale
et peindre dans la voute du Chanr , les
Ενέ
OCTOBRE. 1732. 2133
Evêques de Bayeux , réputez Saints. Il fit
faire aussi le grand Vitrage de la Nef,
peint suivant l'art de ce temps-là, qui s'est
perdu depuis , avec diverses représentations instructives et convenables au Lieu.
Ce Prélat donna , par une Charte , en
108 2. le Prieuré de S. Vigor , dont nous
avons parlé , à Gerenton , Abbé de saint
Benigne de Dijon , qui lui avoit rendu
favorable le Pape Urbain II. et choisit
pour sa sépulture , et pour celle de ses
Successeurs et de son Clergé , l'Eglise de
S. Vigor. Ce qui fut confirmé par une Bulle de l'année 1096.
Le même Evêque a joué un grand rôle
en Angleterre unie à la Normandie sous
un même Prince , dès l'année 1065. Il en
fut le Viceroy ; mais l'Histoire remarque
que son Gouvernement fut dur , et qu'il
usurpa souvent l'autorité souveraine ; ce
qui lui causa bien des disgraces.
Il partit enfin pour la Terre- Sainte avec
le Duc Robert son neveu ; ce voyage lui
fut fatal , car étant arrivé en Sicile, il tomba malade , et mourut à Palerme en l'année 1097. Gilbert , Evêque d'Evreux, prit
soin de ses Obseques , le fit inhumer dans
la Cathedrale , et Roger , Comte de Sicile , honora son Tombeau d'une Epitaphe.
Ce Prélat régit l'Eglise de Bayeux pendant
2134 MERCURE DE FRANCE "
dant so années. Il assista à 7 Conciles ou
Assemblées de la Province.
Philippe de Harcourt , 35 Evêque, est
celui qui après Odon , a fait le plus de
bien à l'Eglise de Bayeux. Il étoit Fils de
Robert , Sire de Hircourt , premier du
nom , et Frere de Guillaume Richard
Chevalier du Temple, qui en l'année 11115050. fonda la Commanderie de S. Etien- .
ne de Renneville , au Diocèse d'Evreux ,
dont j'ai parlé dans ma premiere Lettre ,
et où , comme je l'ai dit, on voit le Tombeau du Fondateur.
*
Ce Prélat fut d'abord Archidiac re d'Evreux; puis étant Evêque , il fonda l'Abbaye du Val- Richer , Ordre de Citeaux
et fit rebâtir en 1159. l'Eglise Cathédrale , où l'on voit son Tombeau, d'un Mar◄
bre grisatre. Sa mort arriva en l'année
1163 .
Pierre de Benais , Doyen , puis 42º Evêque de Bayeux , tint un Concile Diocésain , pour le rétablissement de la Disclpline , dans lequel furent faits 113 Statuts , qui sont insérez dans la Collection
des PP. Labbe et Cossart de l'année 1671.
et fort louez par le Sçavant P. Sirmond
qui les a aussi donnez dans son Recueil
* Cette Lettre est dans le Mercure de Decembre
1726. vol. 1. pag. 2696,
des
4
OCTOBRE. 1732. 2135
'des Conciles de France. Ce Prélat mourut
en 1306. six ans après la publication de ces
Statuts , dont il y a un beau Manuscrit
dans la Biblioteque de S. Victor de Paris.
C'est le même qui fonda le Collège de
Bayeux à Paris , qui subsiste encore dans
la rue de la Harpe.
que
Ason imitation François Servien, Evêde Bayeux , publia long-temps après
des Ordonnances Synodales , qui furent
imprimées en 1656. Et à propos de ce
dernier Prélat, nous apprimes que quand
on voulut l'inhumer en 1659.on ouvrit le
Tombeau de l'Evêque Guy, mort en 1259.
Son Corps fut trouvé entier , mais l'air le
réduisit bientôt en poussiere ; on lui trouva un Anneau d'or , enrichi d'un Saphir ,
qui nous fut montré dans le Trésor de '
l'Eglise Cathédrale.
Jean de Bayenx n'a pas gouverné ce
Diocèse , mais il mérite de tenir un rang
distingué parmi les Hommes Illust es qui
y sont nez. Ce vertueux Prélat fut d'abord Evêque d'Avranches, et ensuite Archevêque de Rollen. Grand amateur de la
Discipline il tint en l'année 1074. un Concile à Rouen , dans lequel on érigea en
Abbaye le Prieuré de S. Victor en Caux ,
à la priere de Roger de Mortemer. C'est
lui qui fit la Dédicace solemnelle de l'Eglise
2136 MERCURE DE FRANCE
glise de S. Etienne de Caën en présence
du Duc Guillaume , qui en est le Fondateur. Ce Prélat composa un Ouvrage estimé : De Divinis Officiis , qui a été imprimé en 1641.
Nous apprîmes encore dans le Chartrier
de l'Evêché , qui peut fournir beaucoup .
de fait, historiques , principalement dans
un Cartulaire , nommé Le Livre Rouge ;
nous apprîmes , dis- je , qu'il y a une ancienne union entre PEglise Cathedrale
d'Auverre et celle de Bayeux , fondée sur
ce qu'on croit qu'Exupere venant d'Italie , passa par la Ville d'Auxerre , et y précha le Christianisme. Cette union fut renouvellée en 1520. par la Députation que
fit le Chapitre d'Auxerre , d'un de ses
Chanoines lequel reçut dans l'Eglise de
Bayeux les mêmes honneurs et jouit des
mêmes droits qui sont dûs aux Chanoines
de cette Eglise.
François Armand de Lorraine , fils de
Louis de Lorraine, Comte d'Armagnac &c.
Grand Ecuyer de France , et de Catherine de Neufville- Villeroy , est aujourd'hui Evêque de Bayeux depuis l'année
714. Il a succedé à François de Nesmond, Prélat d'un mérite accompli.
Je ne vous dirai rien , Monsieur, de la
Ville de Bayeux , qui n'est pas considé
rable
OCTOBRE. 1732. 2137
1
rable , quoique la Capitale du Païs Bessin,
à une lieue et demie de la Mer , ce qui
peut lui donner de grandes commoditez.
On y compte plus de quinze Paroisses ,
cependant elle est assez mal peuplée.Cette Ville a été long- temps au pouvoir des
Anglois ; mais le fameux Comte de Dunoit l'ayant assiégée pour le Roy Charles VII. il la prit par Capitulation , suivant laquelle tous les Anglois en sortirent
desarmez , et un bâton à la main. Ce qui arriva en 1450.
Comme nous étions sur le point de monter à Cheval , pour voir l'Abbaye de Cérisi , et retourner à Caën, je vis arriver un
Exprès qu'on m'envoyoit de Torigny, lequel ne m'ayant point trouvé dans cette Ville , crut devoir faire le voyage de
Bayeux, pour me rendre une Lettre, par la
quelle j'étois invité le plus gracieusement du monde , à me rendre dans ce beau
séjour , sous peine de ne revoir de longtemps mes compagnons de voyage, et d'ê
tre privé des plaisirs de plus d'une espece.'
On ajoutoit que je trouverois - là de l'Antique et du Moderne , pour contenter ma
curiosité et pour grossir mes Memoires.
Il ne fallut qu'un moment pour me déterminer; mais comme il étoit déja un peu
tard, je pris le parti de coucher à Bayeux
et
2138 MERCURE DE FRANCE
#
et d'aller à Torigny , par l'Abbaye de
Cérisy , sans repasser par Caën. Je passai
le reste du jour à revoir mon Memoire sur
Bayeux , et je le lus à deux ou trois personnes intelligentes et instruites , qui y
trouverent de l'exactitude ; à un parent ,
sur tout defeu M. Petite ,Chanoine et Of
ficial de Bayeux , qui lui a laissé quantité de Memoires d'un travail immense
sur l'Histoire Ecclesiastique et Civile de
Bayeux , qu'il avoit dessein de publier, et
qui manque à ce grand Diocèse.
*
Ce Chanoine étoit aussi fort curieux de
Médailles Antiques et Modernes , dont
il avoit amassé un très- grand nombre; les
Antiques furent acquises après sa mort ,
par M. Foucault ; et une partie des Modernes sont encore au pouvoir de ce proche Parent , qui voulut bien me les com-
* On peut dire que cette Histoire manque au Diocèse de Bayeux. Celle qui a été écrite par M. Her- mant, Curé de Maltot , et imprimée à Caën en
1705. ne peut gueres passer que pour une ébauche;
outre que des trois Parties, dont elle devoit être composée , l'Autheur n'en a encore publié que la premiere, qui est peu exacte du côté de la Chronologie ,
at qui ne donne pas une grande idée de sa Criti
que, &c. J'apprens que Dom Toussaints du Plessis
qui a écrit avec succès l'Histoire du Diocèse de
Meaux, et qui compose actuellement celle de l'Archevêché de Rouen, a pris des engagemens pour écrive aussi l'Histoire du Diocèse de Bayeux.
niquer
THE NEW YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR, LENOX AND TILDEN
FOUNDATION8
.
VALENTINORVA DVX
DIANA
CLARISSIMA
AE
I
WAINWO
REM VICI
OCTOBRE. 1732 2139
muniquer aussi obligemment que les Manuscrits. Il fit plus , il me donna celle de
Diane de Poitiers, Duchesse deValentinois,
celebre dans notre Histoire , qui ne m'étoit point encore tombée entre les mains :
vous en trouverez ici un Dessein qui sarisfera , sans doute , votre curiosité ; il est
de la grandeur de l'Original . On y voit
d'un côté le Buste de cette Dame coëffée
et habillée suivant l'usage de son tems
avec cette Inscription : DIANA DUX VALENTINORUM CLARISSIMA , et de l'autre la
figure de Diane en pied avec son équipade Chasse ,foulant fierement l'Amour,
qui est terrassé à ses pieds, et ces mots auge
tour : OMNIUM VICTOREM VICI. Vous sentez , sans doute , l'allusion et la justesse
de ce symbole , pour le moins aussi flateur pour la Dame que pour le Grand et
Victorieux Monarque dont elle avoit fait
la conquête , il n'est pas nécessaire de
vous en dire davantage , ni de vous avertir que ma premiere Lettre vous rendra
un compte fidele de mon Voyage
par M. D. L. R.
*
IX. LETTRE,
Lséjournerà Caen , énoncées dans mes Es raisons que j'avois , Monsieur , de
dernieres Lettres , subsistoient toujours:
elles m'engagerent de profiter de cette
occasion pour aller voir la Ville de
Bayeux , et l'Abbaye de Cerisy , l'une
des plus considérables de ce Diocèse. Le
même Docteur en Médecinè , homme
comme je vous ai dit , d'érudition , et
d'un agréable commerce ,
voulut encore
m'accompagner dans cette course. Nous
partîmes de Caën d'assez bon matin , et
comme Bayeux n'en est éloigné que de
six licuës , nous y arrivâmes avant l'heu-
* Ces Lettres sont dans le Mercure de Juin 1730.
vol.11 . et dans le Mercure d'Avril 1732.
re
2118 MERCURE DE FRANCE
re de dîner. Nous allâmes d'abord à la
Cathedrale , où après avoir entendu laMesse , nous fumes abordez fort gracieusement par M. l'Abbé de... Chanoine de
la connoissance du Médecin , qui nous
fit voir tout ce qu'il y a de remarquable
dans cette Eglise dédiée à la Vierge , et
nous instruisit de tout ce que des Voyageurs de notre espéce étoient bien aises
de ne pas ignorer. Le Bâtiment est un
Vaisseau assez spacieux , d'une Architecture gothique , mais bien éxécutée L'Autel principal , placé au fond du Chœur ,
est d'une simplicité noble et édifiante.
Le Chœur est seulement orné d'une Tapisserie qui représente la vie de la sainte
Vierge , à qui l'Eglise est dédiée , et les
Mysteres quiy ont du rapport. Leon Conseil , Chancelier de cette Eglise , en fit
faire les desseins, qui furent assez bien éxécutez , et lui en fit présent.
Une autre Tapisserie d'une fabrique
bien différente , régne autour de la Nef.
Elle n'a pas plus de deux pieds et demi
de hauteur ; c'est cependant un ornement instructif et des plus curieux qu'on
puisse trouver en ce genre. On y trouve
toute l'Histoire du fameux Guillaume II.
Duc de Normandie , par rapport à sa
Conquête du Royaume d'Angleterre , et
on
OCTOBRE. 1732. 2119
on peut dire que pour le tems auquel cet
ouvrage a été fait , il n'y a presque rien
à désirer pour les Figures , qu'un peu
plus de correction de dessein. Tous les
fonds restent à remplir , ce qui fait présumer que le projet étoit de faire ces
fonds en or ou en argent mais il ne
manque rien aux personnages , et aux Figures , qui composent ensemble un Monument respectable et instructif. Tout le
monde veut que la Princesse Mathilde
fille de Baudouin , Comte de Flandres Niéce du Roi Robert et de la Reine
Constance , Epouse du Duc Guillaume
fit faire cette Tapisserie pour immortaliser ses Exploits. Apparemment
cette Princesse ne vêcut pas assez pour faire achever entierement l'ouvrage. M. Foucault , qui en connoissoit le mérite , en
avoit fait dessiner quelques morceaux
qu'on a vûs à Paris dans sa Bibliotheque.
Depuis mon Voyage de Normandie , et après
la mort de M. Foucault , ce qu'il en avoit fait copier est heureusement tombé entre les mains de
M. Lancelot , qui a composé là- dessus un très-beau .
Discours qu'il a lû à l'Académie , dont il en est un
très-digne Membre ; et le R. P. de Montfaucon a
fait graver le même Monument dont il donne aussi l'explication dans les premiers Volumes de ses
Monumens de la Monarchie.
Nous
2120 MERCURE DE FRANCE
2 que
Nous passâmes dans la Sacristie , où
nous vîmes le Trésor , et beaucoup de riches Ornemens : nous y vîmes le petit
Coffre d'yvoire , de fabrique Moresque
qui renferme la Chasuble de S. Renobert,
second Evêque de Bayeux , fermé d'une
espéce de serrure d'argent , sur laquelle
est gravée une Inscription Arabe. J'ai
parlé,comme vous le sçavez , de ce Coffre
et de l'Inscription avant de les
avoir vûs , dans une de mes Lettres écrite à M. Rigord , qui est imprimée dans
les Mémoires de Trévoux du mois d'Octobre 1714. vous sçavez , dis je ,
sieur , par cette Lettre , que l'Inscription
éxactement copiée et apportée à M. Petist
de la Croix , Interpréte du Roi , chez qui
j'étois alors , se trouva être une Sentence
Mahometane , dont le sens est tel. Au
NOM DE DIEU. Quelque honneur que nousrendions à Dieu , nous ne pouvons pas l'honorer autant qu'il le mérite ; mais nous l'honoronspar son Saint Nom.
MonJe dis à cette occasion dans ma Lettre
que tout se peut concilier par le moyen
de l'Histoire et de la raison , mais que je
n'entreprenois pas de démêler comment ,
par qui , et en quel tems , deux choses
aussi opposées , que le sont la Relique
de S. Kenobert et le Coffret à Inscription
OCTOBRE.
1732 2121 tion Mahometane , ont pû se rencontrer
ensemble dans le lieu où elles sont aujourd'hui. Le R. P. Tournemine , qui dirigeoit alors le Journal de Trévoux , proposa là - dessus une conjecture qui paroît
plausible , et qu'il fit imprimer à la fin de
ma Lettre dans le même Journal.
» On sçait , dit- il , que Charles Martel
»
vainquit les Sarrazins proche de Tours ,
leur Camp fut pillé , la Cassete marquée de l'Inscription Arabe aura été
» prise en cette occasion , et la Reine
»
Ermantrude, Epouse de Charles le Chauve , à qui cette Cassete venoit de la suċcession de son Trisayeul, l'ayant euë de
» son mari , la consacra à
renfermer les
»Reliques de S. Renobert , qui avoit guéri le Roi son époux. Cette guérison et
la magnifique reconnoissance d'Ermantrude , sont marquées dans les Historiens. Cette Cassete étoit apparemment
» celle du Prince Sarrazin Abdarrha-
> man.
Quoiqu'il en soit , deux Auteurs nouveaux , sçavoir Dom Beaunier , Benedictin , et M. Piganiol de la Force , ont profité de ce que j'avois appris au public làdessus dès l'année 1714. l'un dans son
Recueil Historique, & c. des Archevêchez e
Evêchez de France , &c. Tom. II. p. 714.
B publié
2122 MERCURE DE FRANCE
publié en 1726. et l'autre dans son nou
veau Voyage de France , pag. 582. qui a
paru presque en même tems. Ils onttrouvé à propos l'un et l'autre de s'en faire
honneur , et de ne pas déclarer où ils ont
pris cette découverte , ce qui n'arrive ja- mais aux véritables Sçavans.
Le Chapitre de 1Eglise de Bayeux est
un des plus considérables qu'il y ait en
France il est composé de douze Digni
tez , dont la premiere est celle de Doyen,
et de cinquante Chanoines. Cette Eglise
reconnoît pour son premier Evêque saint
Exupere , vers la fin du deuxième, * siecle : pour second , S. Renobert , auquel
plusieurs autres saints Evêques ont suc- cedé. Elle a eu aussi des Cardinaux et des
Prélats très- distinguez par leur naissance ,
par leur doctrine et par leur pieté.. Les
Cardinaux sont Renaud , ou René de
Prie , Augustin Trivulce , Arnaud Dossat , Charles d'Humieres.
Au sortir de l'Eglise nous allâmes voir
le Subdelegué de M. l'Intendant , qui
*C'est la Chronologie d'un Historien Moderne
laquelle est rejettée par les meilleurs Critiques.
5. Renobert , second Evêque de Bayeux , assista
en 1630. à un Concile de Rheims , et par conséquent, &c.
nous
OCTOBRE. 1732.
nous retint à dîner, et nous engagea,
2723 puisque nous devions coucher à Bayeux , d'aller l'après dîner nous promener à S. Vigor , qui n'en est éloigné que d'un bon
quart de lieuë. Le Chanoine dont j'ai
parlé se joignit à nous , et j'appris encore bien des choses dans cette promenade.
S. Vigor ,
surnommé le Grand , pour
le distinguer de plusieurs Paroisses de même nom, dans le même pays , est un Prieuré de Benedictins de la Congrégation de
S. Maur ; le lieu est fort élevé , ensorte
qu'il y a beaucoup à monter pour y arriver ; mais il est très-agréable , et on découvre de- là une grande étendue de
Il est en même tems fort renommépays par.'
la dévotion des Peuples envers le Saint
de ce nom , qui a été l'un des premiers
Evêques de Bayeux , et par la cérémonie
qui s'y fait à chaque changement d'Evêque , lorsque le Prélat fait pour la premiere fois son Entrée publique dans la
Ville , et prend possession de son Eglise.
a
On ne voit rien à S. Vigor qui mérite
une attention singuliere.
L'Eglise du
Prieuré paroît bâtie sur une autre plus ancienne et ce qu'il y de nouveau
n'est pas achevé. Celle de la Paroisse est
très- moderne et fort propre. Les BeneBij dic
,
2124 MERCURE DE FRANCE
dictins de S. Maur , qui sont là en assez
petit nombre , ont bien réparé le Monastere , et ils édifient par leur éxacte régularité. Nous fûmes très-contens de leur
réception. Je trouvai dans leur petite
Bibliotheque , où sont aussi quelques titres , et les papiers de la Maison , une
Copie du Procès Verbal de la cérémonie
dont je viens de parler , telle qu'elle se
passa , lorsque François de Nesmond fit
sa premiere entrée dans la Ville de Bayeux.
Un Religieux âgé de près de 9o . ans , qui
ayoit assisté à cette cérémonie , me don-"
na l'Extrait qu'il avoit fait de ce Procès
Verbal , qui me parut curieux , et sur le
quel j'ai fait le petit narré que vous ne serez pas fâché de trouver ici.
M. l'Evêque ayant fixé le jour de son
Entrée solemnelle dans la Ville de Bayeux
au 15 Mai 1662. Il se rendit , selon la
coûtume, le matin du jour précédent à la
Chapelle de Notre Dame de la Délivrande. M. Buhot de Cartigny , Docteur de
Sorbonne , Directeur de cette Chapelle
le reçût à la Porte , revêtu d'une Chape
assisté des Prêtres qui la desservent , et le
harangua, L'Evêque étant entré , et s'étant mis à genoux sur un Prie- Dieu , le
même Chanoine lui présenta la Croix à
baiser. Après avoir fait sa priere , il célébra
OCTOBRE. 1732. 2125
6
bra la Messe , il se rendit ensuite à saing
Vigor,monté sur une Haquenéé blanche
pour y passer le reste du jour , et coucher
dans le Monastere.
Le Prélat fut conduit-une partie du chemin les Vassaux et les Habitans sous par
les armes de la Baronie de Douvres. Il
rencontra à deux ou trois lieues de Saint
Vigor les Députez du Chapitre deBayeux,
quatre Dignitez , et quatre Chanoines
qui le complimenterent. La Noblesse
vint aussi en grand nombre le saluer , le
Marquis de Colombieres , quoique de la
Religion P. R. portant la parole , ce
Marquis et les principaux de la Noblesse
l'accompagnerent jusqu'au Prieuré.
M. de Choisy , Seigneur du Fief de
Beaumont , qui releve de l'Evêché , se
trouva à la descente , et tint l'étrier , suivant l'obligation de son Fief ; le Prélat
étant descendu , le Gentilhomme se saisit
de la Haquenée , qu'il envoya , montée
par un autre Gentilhomme,à son Ecurie ,
selon le droit du même Fief.
L'Evêque se mit tout de suite sous un
Dais porté par quatre Religieux ; et prenant le chemin de l'Eglise , il fût reçû à
l'entrée du Cimetiere de la Paroisse par
le Prieur des Benedictins . Quand il fût arrivé à l'Eglise du Prieuré , on chanta le
B iij Te
2126 MERCURE DE FRANCE
1
Te Deum , et ensuite il fut conduit à sor
Appartement parles principaux de la Ng
blesse , &c. A l'heure du souper on lu
servit en maigre un Repas fort frugal
suivant le Cérémonial.
Le lendemain de grand matin , tout I
Clergé Séculier et Régulier de la Vill
s'étant assemblé au son des grosses Clo
ches dans l'Eglise Cathedrale , il se form
une Procession , dont le Corps du Cha
pitre faisoit la queue , laquelle se rendi
au Prieuré de S. Vigor. Le Doyen et le
principaux du Chapitre monterent à
l'appartement du Prélat , qu'ils trouve.
rent en prieres. Après de profondes révé rences , le Doyen le conduisit dans un
Chapelle de l'Eglise , où le Sacristain lu
ôta ses souliers et ses bas , et lui mit ur
espéce de sandales fort minces. On le r
vêtit en même-tems d'une Chappe blan
che , et on lui mit une Mitre toute sir
ple. Il alla ainsi se placer dans une ancie
ne Chaire de marbre, couverte d'un Dai
qui est près le grand Autel , où M.
Franqueville de Longaulnay le harai. ;
en présence du Clergé. L'Evêque se le
immédiatement après , et partit de S. Y
gor pour se rendre à Bayeux en
ordre.
Il étoit placé entre Mrs de Chois Bai
OCTOBRE. 1732. 2127
le Baron deBeaumont, et le Baron de Bosqbrunville , représentant le Seigneur d'E
trehan , soutenant l'un et l'autre les bouts
de sa Chappe , dont deux Aumoniers portoient la queue. Derriere étoit un Gentilhomme armé de toutes piéces à l'antique,'
portant une Hallebarde sur l'épaule , seÎon le devoir de son Fief, et un autre
Vassal marchoit immédiatement devant
le Prélat , semant de la paille depuis saint
Vigor jusqu'à la Porte de l'Eglise de
S. Sauveur de Bayeux. Les Compagnies
Bourgeoises qui étoient sous les armes ,
formerent cependant une double haye
depuis le Monastere des Capucins jusqu'à
l'Eglise Cathedrale.
L'Evêque entra , suivant la coûtume ,
dans l'Eglise de S. Sauveur , on lui lava
les mains et les pieds. Le Bassin et l'Aiguiere d'argent appartiennent au Curé
de cette Eglise ; mais le Curé étant alors
en * Déport , ils furent donnez au Chapitre. Après avoir pris des Habits pontificaux , plus riches que les précedens , il
$ rendit à la Porte de l'Eglise Cathedra
qu'il trouva fermée , et qui fût ou-
* Déport est le nom qu'on donne au droit qu'ont
les Evêques de Normandie , de joüir des revenus des
Cures de leurs Diocèses la premiere année de la vacance de chacun de ces Benefices.
B iiij verte
2128 MERCURE DE FRANCE
1
verte un moment après par quatre Chanoines.
Le Prélat se mit à genoux , à l'entrée ,
sur un Carreau de velours violet ; et après
avoir fait la priete , il fit le serment accoutumé. On le conduisit tout de suite
au Chœur jusqu'à sa Chaire Episcopale ,
et après qu'on eut chanté solemnellement
le Te Deum , il entra dans la Sacristie ,
il prit les plus magnifiques ornemens. Il
celebra la Messe pontificalement , assisté
de quatre Diacres , et de quatre Soudiacres.
où
La Messe étant finie , l'Evêque fut conduit en son Palais par le Chapitre , qu'il
retint à dîner , ainsi que les Barons , et
plusieurs autres personnes de condition
qui s'étoient trouvez à la cérémonie. Le
même jour il reçut les complimens de
tous les Corps de la Ville. Il reçut même
celui du Ministre de la Religion P.R.qui
fut éloquent , respectueux , et fort applaudi.
* La même ceremonie icy décrite , a été renouvellée depuis peu à la prise de possession de M. de
Luynes , actuellement Evêque de Bayeux ; et il en a paru une Relation en forme de Lettre , addressée
par le Chevalier de S. Jory , à Madame la Duchesse
de Chevreuse, imprimée à Caen. Cette Relation oùs
il ne falloit que de la simplicité et de l'exactitude ,
est si pleine d'emphase et de choses déplacées , &e,
qu'on peut dire qu'elle n'a contenté personne.
OCTOBRE. 1732. 2129
Nous rentrâmes de fort bonne heure
dans la Ville , ce qui me donna lieu de retourner à l'Eglise Cathedrale, pour voir la
Bibliotheque et le Chartrier du Chapitre ;
c'est presque la même chose. Quoique cette Bibliotheque , comme la plupart de
celles des autres Chapitres , Abbayes et
Monasteres ait souffert beaucoup de diminution par la vicissitude et par les malheurs des temps , on y trouve encore de
bons Manuscrits , qui regardent non- seu
lement l'Eglise , et le Diocèse de Bayeux,
mais qui pourroient encore beaucoup servir pour 'Histoire generale de la Province , même pour l'Histoire d'Angleterre ;
à cause de la part qu'ont eû quelques Evêques de Bayeux aux affaires d'Etat des
Ducs de Normandie , devenus Rois de la
Grande Bretagne. On tireroit sur tout
beaucoup de lumieres des Ecrits d'Eusebe
l'Angevin , docte Chanoine de Bayeux ;
qui sont dans ce Chartrier.
Ony apprend que l'Evêque deBayeux a
droit de sacrer le Métropolitain , Primat
de Normandie , en qualité de Doyen des
Evêques de la Province,et que cette qualité de Doyen lui fut confirmée dans un
Synode de la mêmeProvince, tenu à Caën
en 1061. en présence du Duc Guillaume ,
à cause de l'ancienneté de son Eglise , anB v te
2130 MERCURE DE FRANCE
.
térieure même à celle de Rouen , et à toutes les autres Eglises de la Normandie. Les Evêques y sont nommez en
cer ordre: Bayeux , Avranches , Evreux
Séez , Lisieux , Coûtances ; ce qui se trouve ainsi établi dans tous les Conciles Provinciaux , jusqu'au différend survenu entre Louis du Moulinet , Evêque de Séez
et Bernardin de S. François , Evêque de
Bayeux.
anco.com-
,
Le premier prétendoit la préséanc
me plus ancien Evêque dans le Concile
Provincial tņu à Rouen en 1581 , où
pré-idoit le Cardinal Chales de Bourbon.
Le second la lui disputoir par la prééminence don Siege , et par l'usage. On jugea par provision en faveur de lEvêque
de Bayeux comme Doyen de la Provin
ce Ecclésiastique. Il est vrai que le Pape
Grégoire X II. consulté sur cetre contestation, ordonna par son Rescrit de la même année 1581. qu'on se regleroit à l'avenir sur l'ancienn té de l'ordination ou
du Sacre des Evêques.
On trouve aussi dans ce même Lieu les
Ecrits historiques de Robert Cénalis ,
Chanoine de Bayeux , puis Evêque d'Avranches , l'un des meilleurs Esprits de
son temps , et dont l'ouvrage sur l'Histoire Topographyque de France est plein
de recherches curieuses. On
OCTOBRE. 1732. 21L
On apprend encore bien des choses.dans
un grand Cartulaire, nommé le Livre noir,
tout rempli de Titres et d'Actes autentiques.
C'est dans ce lieu qu'on est informé surement du mérite distingué, de plusieurs
Personnages illustres du Chapitre de cette
Eglise , entr'autres , de Robert Vaice, ou
de Vace , Chanoine sous Philippe de Harcourt , Auteur du Roman de Rou et des
Normans , écrit en Vers François , vers
l'an 1160. et dédié à Henry II. Roy d'Angleterre, dans lequel on apprend bien des
faits historiques , &c.
,
De Roger du Hommet, Archidiacre de
Bayeux, élu Evêque de Dol en 1160. d'Arnoul , Trésorier de la même Eglise , puis
Evêque de Lisieux , sçavant homme et
Auteur de plusieurs Ouvrages , mort en
1182. et enterré à S. Victor de Paris , où il
s'étoit retiré. De Pierre de Blois , Chanoine , Précepteur , puis Sécretaire de Guillaume.II. Roy de Sicile , ensuite Chancelier de Richard , Archevêque de Cantorbery, grand Homme d'Etat, et qui a beaucoup écrit , mort vers l'année 1200.
D'Etienne , Chanoine de Gavrai , neveu
du Pape Innocent III . qui le fit Cardinal,
mort en 1254.
D'Henry de Vezelai , Archidiacre , l'un
B vj des
2132 MERCURE DE FRANCE
/
des Exécuteurs du Testament de S.Louis,
puis l'un des Regens du Royaume , sous
Philippe le Hardy , enfin Chancelier de
France , mort vers l'année 1280.
De Raoul ou Radulphe de Harcourt ,
Chancelier de l'Eglise de Bayeux , Archidiacre et Chanoine de Rouen, Chantre de
la Cathedrale d'Evreux , Archidiacre de
Coutance , puis premier Aumônier du
Comte de Valois , fils de Philippe le Hardi , Conseiller d'Etat , &c. mort en 1301.
Les Eclaircissemens Historiques , pris
dans cette Bibliotheque et dans les Archives de l'Evêché , que nous visitâmes ensuite, me fourniroient une ample matiere
de parler aussi de plusieurs Evêques de
Bayeux Illustres par la naissance , par la
doctrine ou par la piéré ; mais je dois me
souvenir que j'écris une Lettre et non pas.
une Hi toire. Je me contenterai de faire
icy mention de deux outrois des plus distinguez de ces Prélats.
Ŏdon ou Eudes , surnommé le Grand,
fils de Herluin ou Hellouin , Comte de
Conteville , et d'Arlete,qui fut aimée par Robert , Duc de Normandie , amour qui
donna naissance au fameux Duc Guillaume, fut le trentiéme Evêque de Bayeux ,
en 1055. Il fit bâtir l'Eglise Cathedrale
et peindre dans la voute du Chanr , les
Ενέ
OCTOBRE. 1732. 2133
Evêques de Bayeux , réputez Saints. Il fit
faire aussi le grand Vitrage de la Nef,
peint suivant l'art de ce temps-là, qui s'est
perdu depuis , avec diverses représentations instructives et convenables au Lieu.
Ce Prélat donna , par une Charte , en
108 2. le Prieuré de S. Vigor , dont nous
avons parlé , à Gerenton , Abbé de saint
Benigne de Dijon , qui lui avoit rendu
favorable le Pape Urbain II. et choisit
pour sa sépulture , et pour celle de ses
Successeurs et de son Clergé , l'Eglise de
S. Vigor. Ce qui fut confirmé par une Bulle de l'année 1096.
Le même Evêque a joué un grand rôle
en Angleterre unie à la Normandie sous
un même Prince , dès l'année 1065. Il en
fut le Viceroy ; mais l'Histoire remarque
que son Gouvernement fut dur , et qu'il
usurpa souvent l'autorité souveraine ; ce
qui lui causa bien des disgraces.
Il partit enfin pour la Terre- Sainte avec
le Duc Robert son neveu ; ce voyage lui
fut fatal , car étant arrivé en Sicile, il tomba malade , et mourut à Palerme en l'année 1097. Gilbert , Evêque d'Evreux, prit
soin de ses Obseques , le fit inhumer dans
la Cathedrale , et Roger , Comte de Sicile , honora son Tombeau d'une Epitaphe.
Ce Prélat régit l'Eglise de Bayeux pendant
2134 MERCURE DE FRANCE "
dant so années. Il assista à 7 Conciles ou
Assemblées de la Province.
Philippe de Harcourt , 35 Evêque, est
celui qui après Odon , a fait le plus de
bien à l'Eglise de Bayeux. Il étoit Fils de
Robert , Sire de Hircourt , premier du
nom , et Frere de Guillaume Richard
Chevalier du Temple, qui en l'année 11115050. fonda la Commanderie de S. Etien- .
ne de Renneville , au Diocèse d'Evreux ,
dont j'ai parlé dans ma premiere Lettre ,
et où , comme je l'ai dit, on voit le Tombeau du Fondateur.
*
Ce Prélat fut d'abord Archidiac re d'Evreux; puis étant Evêque , il fonda l'Abbaye du Val- Richer , Ordre de Citeaux
et fit rebâtir en 1159. l'Eglise Cathédrale , où l'on voit son Tombeau, d'un Mar◄
bre grisatre. Sa mort arriva en l'année
1163 .
Pierre de Benais , Doyen , puis 42º Evêque de Bayeux , tint un Concile Diocésain , pour le rétablissement de la Disclpline , dans lequel furent faits 113 Statuts , qui sont insérez dans la Collection
des PP. Labbe et Cossart de l'année 1671.
et fort louez par le Sçavant P. Sirmond
qui les a aussi donnez dans son Recueil
* Cette Lettre est dans le Mercure de Decembre
1726. vol. 1. pag. 2696,
des
4
OCTOBRE. 1732. 2135
'des Conciles de France. Ce Prélat mourut
en 1306. six ans après la publication de ces
Statuts , dont il y a un beau Manuscrit
dans la Biblioteque de S. Victor de Paris.
C'est le même qui fonda le Collège de
Bayeux à Paris , qui subsiste encore dans
la rue de la Harpe.
que
Ason imitation François Servien, Evêde Bayeux , publia long-temps après
des Ordonnances Synodales , qui furent
imprimées en 1656. Et à propos de ce
dernier Prélat, nous apprimes que quand
on voulut l'inhumer en 1659.on ouvrit le
Tombeau de l'Evêque Guy, mort en 1259.
Son Corps fut trouvé entier , mais l'air le
réduisit bientôt en poussiere ; on lui trouva un Anneau d'or , enrichi d'un Saphir ,
qui nous fut montré dans le Trésor de '
l'Eglise Cathédrale.
Jean de Bayenx n'a pas gouverné ce
Diocèse , mais il mérite de tenir un rang
distingué parmi les Hommes Illust es qui
y sont nez. Ce vertueux Prélat fut d'abord Evêque d'Avranches, et ensuite Archevêque de Rollen. Grand amateur de la
Discipline il tint en l'année 1074. un Concile à Rouen , dans lequel on érigea en
Abbaye le Prieuré de S. Victor en Caux ,
à la priere de Roger de Mortemer. C'est
lui qui fit la Dédicace solemnelle de l'Eglise
2136 MERCURE DE FRANCE
glise de S. Etienne de Caën en présence
du Duc Guillaume , qui en est le Fondateur. Ce Prélat composa un Ouvrage estimé : De Divinis Officiis , qui a été imprimé en 1641.
Nous apprîmes encore dans le Chartrier
de l'Evêché , qui peut fournir beaucoup .
de fait, historiques , principalement dans
un Cartulaire , nommé Le Livre Rouge ;
nous apprîmes , dis- je , qu'il y a une ancienne union entre PEglise Cathedrale
d'Auverre et celle de Bayeux , fondée sur
ce qu'on croit qu'Exupere venant d'Italie , passa par la Ville d'Auxerre , et y précha le Christianisme. Cette union fut renouvellée en 1520. par la Députation que
fit le Chapitre d'Auxerre , d'un de ses
Chanoines lequel reçut dans l'Eglise de
Bayeux les mêmes honneurs et jouit des
mêmes droits qui sont dûs aux Chanoines
de cette Eglise.
François Armand de Lorraine , fils de
Louis de Lorraine, Comte d'Armagnac &c.
Grand Ecuyer de France , et de Catherine de Neufville- Villeroy , est aujourd'hui Evêque de Bayeux depuis l'année
714. Il a succedé à François de Nesmond, Prélat d'un mérite accompli.
Je ne vous dirai rien , Monsieur, de la
Ville de Bayeux , qui n'est pas considé
rable
OCTOBRE. 1732. 2137
1
rable , quoique la Capitale du Païs Bessin,
à une lieue et demie de la Mer , ce qui
peut lui donner de grandes commoditez.
On y compte plus de quinze Paroisses ,
cependant elle est assez mal peuplée.Cette Ville a été long- temps au pouvoir des
Anglois ; mais le fameux Comte de Dunoit l'ayant assiégée pour le Roy Charles VII. il la prit par Capitulation , suivant laquelle tous les Anglois en sortirent
desarmez , et un bâton à la main. Ce qui arriva en 1450.
Comme nous étions sur le point de monter à Cheval , pour voir l'Abbaye de Cérisi , et retourner à Caën, je vis arriver un
Exprès qu'on m'envoyoit de Torigny, lequel ne m'ayant point trouvé dans cette Ville , crut devoir faire le voyage de
Bayeux, pour me rendre une Lettre, par la
quelle j'étois invité le plus gracieusement du monde , à me rendre dans ce beau
séjour , sous peine de ne revoir de longtemps mes compagnons de voyage, et d'ê
tre privé des plaisirs de plus d'une espece.'
On ajoutoit que je trouverois - là de l'Antique et du Moderne , pour contenter ma
curiosité et pour grossir mes Memoires.
Il ne fallut qu'un moment pour me déterminer; mais comme il étoit déja un peu
tard, je pris le parti de coucher à Bayeux
et
2138 MERCURE DE FRANCE
#
et d'aller à Torigny , par l'Abbaye de
Cérisy , sans repasser par Caën. Je passai
le reste du jour à revoir mon Memoire sur
Bayeux , et je le lus à deux ou trois personnes intelligentes et instruites , qui y
trouverent de l'exactitude ; à un parent ,
sur tout defeu M. Petite ,Chanoine et Of
ficial de Bayeux , qui lui a laissé quantité de Memoires d'un travail immense
sur l'Histoire Ecclesiastique et Civile de
Bayeux , qu'il avoit dessein de publier, et
qui manque à ce grand Diocèse.
*
Ce Chanoine étoit aussi fort curieux de
Médailles Antiques et Modernes , dont
il avoit amassé un très- grand nombre; les
Antiques furent acquises après sa mort ,
par M. Foucault ; et une partie des Modernes sont encore au pouvoir de ce proche Parent , qui voulut bien me les com-
* On peut dire que cette Histoire manque au Diocèse de Bayeux. Celle qui a été écrite par M. Her- mant, Curé de Maltot , et imprimée à Caën en
1705. ne peut gueres passer que pour une ébauche;
outre que des trois Parties, dont elle devoit être composée , l'Autheur n'en a encore publié que la premiere, qui est peu exacte du côté de la Chronologie ,
at qui ne donne pas une grande idée de sa Criti
que, &c. J'apprens que Dom Toussaints du Plessis
qui a écrit avec succès l'Histoire du Diocèse de
Meaux, et qui compose actuellement celle de l'Archevêché de Rouen, a pris des engagemens pour écrive aussi l'Histoire du Diocèse de Bayeux.
niquer
THE NEW YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR, LENOX AND TILDEN
FOUNDATION8
.
VALENTINORVA DVX
DIANA
CLARISSIMA
AE
I
WAINWO
REM VICI
OCTOBRE. 1732 2139
muniquer aussi obligemment que les Manuscrits. Il fit plus , il me donna celle de
Diane de Poitiers, Duchesse deValentinois,
celebre dans notre Histoire , qui ne m'étoit point encore tombée entre les mains :
vous en trouverez ici un Dessein qui sarisfera , sans doute , votre curiosité ; il est
de la grandeur de l'Original . On y voit
d'un côté le Buste de cette Dame coëffée
et habillée suivant l'usage de son tems
avec cette Inscription : DIANA DUX VALENTINORUM CLARISSIMA , et de l'autre la
figure de Diane en pied avec son équipade Chasse ,foulant fierement l'Amour,
qui est terrassé à ses pieds, et ces mots auge
tour : OMNIUM VICTOREM VICI. Vous sentez , sans doute , l'allusion et la justesse
de ce symbole , pour le moins aussi flateur pour la Dame que pour le Grand et
Victorieux Monarque dont elle avoit fait
la conquête , il n'est pas nécessaire de
vous en dire davantage , ni de vous avertir que ma premiere Lettre vous rendra
un compte fidele de mon Voyage
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Résumé : SUITE du Voyage de Basse-Normandie, par M. D. L. R. IX. LETTRE,
L'auteur décrit son séjour à Caen et sa visite de Bayeux en compagnie d'un médecin érudit. Ils se rendent à la cathédrale de Bayeux, dédiée à la Vierge, où ils sont accueillis par un chanoine. La cathédrale présente une architecture gothique avec un autel principal sobre et édifiant. Elle abrite des tapisseries remarquables, dont une représentant la vie de la Vierge et une autre illustrant la conquête de l'Angleterre par Guillaume II, attribuée à la princesse Mathilde. Cette tapisserie est incomplète mais riche en détails historiques. Après la visite de la cathédrale, ils se rendent à la sacristie pour voir le trésor et divers ornements, notamment un coffret en ivoire contenant la chasuble de Saint Renobert, le second évêque de Bayeux. Ce coffret porte une inscription arabe interprétée comme une sentence mahométane. L'auteur mentionne des conjectures sur l'origine de ce coffret, notamment une victoire de Charles Martel sur les Sarrazins. Le chapitre de l'église de Bayeux est l'un des plus importants de France, composé de douze dignités et cinquante chanoines. L'église reconnaît saint Exupère comme premier évêque et saint Renobert comme second. Plusieurs cardinaux et prélats distingués ont marqué l'histoire de cette église. L'auteur et son accompagnateur se rendent ensuite à Saint-Vigor, un prieuré bénédictin situé à un quart de lieue de Bayeux. Ils assistent à une cérémonie traditionnelle lors de l'entrée solennelle d'un nouvel évêque dans la ville. Cette cérémonie inclut une procession, des prières et des discours, et se termine par une entrée solennelle à la cathédrale de Bayeux. Le texte décrit également la cérémonie de prise de possession de l'évêque de Bayeux, qui inclut un serment, une messe pontificale, et un dîner avec le chapitre et les barons. Cette cérémonie a été renouvelée pour M. de Luynes, mais la relation écrite de cet événement a été critiquée pour son emphase et son manque de simplicité. La bibliothèque et le chartrier du chapitre de Bayeux contiennent des manuscrits précieux pour l'histoire de la région et de l'Angleterre. L'évêque de Bayeux a le droit de sacrer le métropolitain, en tant que doyen des évêques de la province, un privilège confirmé en 1061. La bibliothèque conserve des écrits historiques importants, notamment ceux d'Eusèbe l'Angevin et de Robert Cénalis. Le texte évoque plusieurs personnages illustres du chapitre de Bayeux, tels que Robert Wace, auteur du Roman de Rou, et Pierre de Blois, homme d'État et écrivain. Parmi les évêques notables, Odon le Grand et Philippe de Harcourt sont mentionnés pour leurs contributions à l'église de Bayeux. Le texte se termine par une description de la ville de Bayeux, son histoire, et une invitation à visiter l'abbaye de Cérisy.
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5
p. 2140-2142
PALINODIE. Jamjam efficaci do manus scientia.
Début :
Oui, je crois à la Médecine, [...]
Mots clefs :
Médecine, Efficacité, Chimie, Infirmité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PALINODIE. Jamjam efficaci do manus scientia.
PALINO DIE.
Jamjam efficaci do manus scientia.
OUi , je crois à la Médecine ,
Et j'en sens l'efficacité ,
Depuis que la malignité
D'une humeur traîtresse ,
Une exhalaison du Lethé ,
assassine
Chez moi , glissée à la sourdine ,
Ayant tout d'un coup affecté ,
Tout un côté de ma Machine ;
Par Arrest de la Faculté.
Là cruelle enfin m'a quitté.
Contre ingrédiens de Chimie ,
Je chante la Palinodie ;
Et chez lui s'il fut ironie
Qu'il soit icy sincerité ,
Pour l'ami que je remercie.
Une affreuse Paralysic ,
Avoit subitement gâté ,
Le Siége de ma Poësie;
Mon œil de sa place écarté ,
Ma
OCTOBRE.
1732. 2148
Majoue horriblement bouffie;
Tournant ma bouche de côté,
D'une étrange difformité ,
Couvroient ma Phisionomie.
Un Rhumatisme aux reins planté ,
Et la Goutte , sa bonne amie ,
Travailloient en société ,
A borner le cours de ma vie.
Si près de ma caducité ,
Leur tâche étoit presque finic.
Par ce Livre bien inventé ,
Pour la publique utilité ,
Je veux que tout le monde sçache ,
Que de ces trois maux tourmenté ,
Je dois au celebre Vinache ,
Le doux retour de ma santé.
Qu'à ce fait plein de vérité ,
Ces petits Vers servent d'attache ,
C'est tout ce qui m'en a couté ;
Pour si peu , m'étant acquitté
A Dieu ne plaise que je cache
Ce trait de générosité,
Ni cet effet d'habileté.
Bien , est-il vrai qu'il m'est resté,
Quelque obstruction dans la veine ;
2142 MERCURE DE FRANCE
Ces Vers-cy ne sortent qu'à peine;
D'un Chef encor débilité ,
Mais à qui faut-il qu'on s'en prenne ?
Guérir de toute infirmité ,
Un Buveur des Eaux d'Hyppocrene
Lui rendre la tête bien saine ,
Quine l'a jamais trop été ,
Surpasse la science humaine;
C'est une impossibilité ;
Et c'est ce qu'il n'a pas tenté ,
Son entreprise eut été vaine.
6.
AUTREAU.
Jamjam efficaci do manus scientia.
OUi , je crois à la Médecine ,
Et j'en sens l'efficacité ,
Depuis que la malignité
D'une humeur traîtresse ,
Une exhalaison du Lethé ,
assassine
Chez moi , glissée à la sourdine ,
Ayant tout d'un coup affecté ,
Tout un côté de ma Machine ;
Par Arrest de la Faculté.
Là cruelle enfin m'a quitté.
Contre ingrédiens de Chimie ,
Je chante la Palinodie ;
Et chez lui s'il fut ironie
Qu'il soit icy sincerité ,
Pour l'ami que je remercie.
Une affreuse Paralysic ,
Avoit subitement gâté ,
Le Siége de ma Poësie;
Mon œil de sa place écarté ,
Ma
OCTOBRE.
1732. 2148
Majoue horriblement bouffie;
Tournant ma bouche de côté,
D'une étrange difformité ,
Couvroient ma Phisionomie.
Un Rhumatisme aux reins planté ,
Et la Goutte , sa bonne amie ,
Travailloient en société ,
A borner le cours de ma vie.
Si près de ma caducité ,
Leur tâche étoit presque finic.
Par ce Livre bien inventé ,
Pour la publique utilité ,
Je veux que tout le monde sçache ,
Que de ces trois maux tourmenté ,
Je dois au celebre Vinache ,
Le doux retour de ma santé.
Qu'à ce fait plein de vérité ,
Ces petits Vers servent d'attache ,
C'est tout ce qui m'en a couté ;
Pour si peu , m'étant acquitté
A Dieu ne plaise que je cache
Ce trait de générosité,
Ni cet effet d'habileté.
Bien , est-il vrai qu'il m'est resté,
Quelque obstruction dans la veine ;
2142 MERCURE DE FRANCE
Ces Vers-cy ne sortent qu'à peine;
D'un Chef encor débilité ,
Mais à qui faut-il qu'on s'en prenne ?
Guérir de toute infirmité ,
Un Buveur des Eaux d'Hyppocrene
Lui rendre la tête bien saine ,
Quine l'a jamais trop été ,
Surpasse la science humaine;
C'est une impossibilité ;
Et c'est ce qu'il n'a pas tenté ,
Son entreprise eut été vaine.
6.
AUTREAU.
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Résumé : PALINODIE. Jamjam efficaci do manus scientia.
Le texte décrit la guérison de l'auteur après avoir souffert de divers maux. Une humeur maligne avait paralysé un côté de son corps, affectant sa capacité à écrire de la poésie. En octobre 1732, il était également atteint d'une mâchoire bouffie, d'un rhumatisme aux reins et de la goutte, maladies qui semblaient le conduire vers la mort. Grâce à un livre inventé par le célèbre Vinache, l'auteur a recouvré la santé. Il exprime sa gratitude envers Vinache, bien qu'il lui reste quelques obstructions dans la veine. Il reconnaît que guérir complètement de toutes infirmités est une tâche impossible, même pour un buveur des eaux d'Hippocrate. Le texte se conclut par une reconnaissance de la générosité et de l'habileté de Vinache.
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6
p. 2142-2144
LETTRE écrite de Marseille le 3. Septembre, au sujet du mot de Guespin attribué aux Orleanois.
Début :
En relisant, Monsieur, le Mercure du mois de mai dernier, j'ai fait attention [...]
Mots clefs :
Orléanais, Guespin, Ville des Gaules
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Marseille le 3. Septembre, au sujet du mot de Guespin attribué aux Orleanois.
LETTRE écrite de Marseille le 3. Sepau sujet du mot de Guespin tembre
attribué aux Orleanois.
E
N relisant , Monsieur , le Mercure du
mois de mai dernier , j'ai fait attention à une petite Dissertation , faite par
M. P. au sujet du mot de Guespin , qu'on
donne aux Orléanois. Quelque sçavant
que m'ait parû son Ouvrage , je n'ai pas
laissé de m'appercevoir qu'il n'avoit pour
fondement qu'une erreur populaire, à laquel1
OCTOBRE. 1732. 2143
quelle je m'étonne qu'un homme versé
comme lui dans l'Antiquité soumette si
facilement son jugement ; il ne devroit
pas, ce me semble, ignorer qu'Orleans est
une des plus anciennes Villes des Gaules ,
fondée par une Colonie Grecque sortie
des environs de l'Epire , 250. ans après la
destruction de Troyes; et comme dans ces
tems là les Grecs étoient les seuls Peuples
addonnez aux Sciences , ils firent par leur
nouvelle Colonie, d'Orleans, la plus sçavante Ville des Gaules. On remarqubit
dans ses habitans un certain génie vif et
brillant , qu'on ne distinguoit point dans
les autres Gaulois : aussi leur donna- t'on
dès lors le nom de Guespos , qui en Grec
signifie ( comme il est facile de le voir )
Pierre brillante , c'étoit une espece de
caillou transparant qui se trouvoit aux
environs de l'Epire , et qui a long - tems
decoré les Temples des Grecs. Ce nom
leur est resté depuis , et par corruption
de langage a été changé en celui de Guespin.
Je n'ignore pas que ce même mot entraîne une autre idée , que quelques ignorans lui ont donnée , par rapport à une
sorte de Mouche appellée Guespe , dont
la piqueure est mauvaise. Je pardonnetois à tout autre qu'à un Orleanois éclaiτέ
2144 MERCURE DE FRANCE
ré , de donner dans une idée si grossiere ;
la franchise qu'il affecte dahs son Ecrit
n'est , ce me semble , qu'un voile dont
il couvre adroitement sa négligence pour
la recherche de la verité.
Au reste , les qualitez qu'il attribuë
aux Orleanois sont très- bien fondées , et
à l'exception du génie mordant , dont il
prétend les taxer pour autoriser son explication , je n'y trouve rien que de conforme aux sentimens de tous les Etrangers
qui les connoissent . J'ai l'honneur d'être , &c.
V. D. G.
attribué aux Orleanois.
E
N relisant , Monsieur , le Mercure du
mois de mai dernier , j'ai fait attention à une petite Dissertation , faite par
M. P. au sujet du mot de Guespin , qu'on
donne aux Orléanois. Quelque sçavant
que m'ait parû son Ouvrage , je n'ai pas
laissé de m'appercevoir qu'il n'avoit pour
fondement qu'une erreur populaire, à laquel1
OCTOBRE. 1732. 2143
quelle je m'étonne qu'un homme versé
comme lui dans l'Antiquité soumette si
facilement son jugement ; il ne devroit
pas, ce me semble, ignorer qu'Orleans est
une des plus anciennes Villes des Gaules ,
fondée par une Colonie Grecque sortie
des environs de l'Epire , 250. ans après la
destruction de Troyes; et comme dans ces
tems là les Grecs étoient les seuls Peuples
addonnez aux Sciences , ils firent par leur
nouvelle Colonie, d'Orleans, la plus sçavante Ville des Gaules. On remarqubit
dans ses habitans un certain génie vif et
brillant , qu'on ne distinguoit point dans
les autres Gaulois : aussi leur donna- t'on
dès lors le nom de Guespos , qui en Grec
signifie ( comme il est facile de le voir )
Pierre brillante , c'étoit une espece de
caillou transparant qui se trouvoit aux
environs de l'Epire , et qui a long - tems
decoré les Temples des Grecs. Ce nom
leur est resté depuis , et par corruption
de langage a été changé en celui de Guespin.
Je n'ignore pas que ce même mot entraîne une autre idée , que quelques ignorans lui ont donnée , par rapport à une
sorte de Mouche appellée Guespe , dont
la piqueure est mauvaise. Je pardonnetois à tout autre qu'à un Orleanois éclaiτέ
2144 MERCURE DE FRANCE
ré , de donner dans une idée si grossiere ;
la franchise qu'il affecte dahs son Ecrit
n'est , ce me semble , qu'un voile dont
il couvre adroitement sa négligence pour
la recherche de la verité.
Au reste , les qualitez qu'il attribuë
aux Orleanois sont très- bien fondées , et
à l'exception du génie mordant , dont il
prétend les taxer pour autoriser son explication , je n'y trouve rien que de conforme aux sentimens de tous les Etrangers
qui les connoissent . J'ai l'honneur d'être , &c.
V. D. G.
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Résumé : LETTRE écrite de Marseille le 3. Septembre, au sujet du mot de Guespin attribué aux Orleanois.
La lettre, datée du 3 septembre et écrite à Marseille, aborde le terme 'Guespin' attribué aux habitants d'Orléans. L'auteur conteste une dissertation de M. P. publiée dans le Mercure de mai, qui repose sur une erreur populaire. Il affirme qu'Orléans est l'une des plus anciennes villes des Gaules, fondée par une colonie grecque venue des environs de l'Épire, 250 ans après la destruction de Troie. Les Grecs, alors les seuls peuples savants, firent d'Orléans une ville érudite. Les Orléanois étaient réputés pour leur esprit vif et brillant, ce qui leur valut le nom de 'Guespos', signifiant 'Pierre brillante' en grec. Ce nom a évolué en 'Guespin' par corruption linguistique. L'auteur rejette l'idée que 'Guespin' soit lié à une mouche, comme le suggèrent certains. Il conclut que les qualités attribuées aux Orléanois par M. P. sont bien fondées, sauf le génie mordant.
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7
p. 2144-2148
LE SINGE, HERITIER PRESOMPTIF DU LION. FABLE.
Début :
La soif de l'or souvent démasque un politique [...]
Mots clefs :
Singe, Lion, Or, Envie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE SINGE, HERITIER PRESOMPTIF DU LION. FABLE.
LE SINGE,
HERITIER PRESOMPTIF
DU LION.
FABLE.
LA soif de l'or souvent démasque un politique :
Sous ce voile , grands Dieux , que l'homme es
different !
D'être ami genereux tel hardiment se pique ,
Qui
O.CTOBRE 1732. 2145
Qui n'est , mis au creuzet , qu'un avide rent.
Mais à ce propos veritable ,
S'il faut un exemple ajoûter ;
Sur ce point le Singe en ma Fable
Ne laisse rien à souhaiter.
>
Seigneur Lion au plus fort de son âge,
Avoit trois Châteaux à choisir
Hôtel en ville ; avec tel appanage ,
On peut varier son plaisir.
Item , chez lui table friande
Où l'on trouvoit tout à foison ,
Mets exquis , Gibier de saison
Vins délicats , bonne provende ;
Au reste point de successeur ,
Foible ressource de la vie ,
Mais qui sert de frein à l'envie
Contre un paisible possesseur.
Enfin , parmi sa parentelle ,
Un Singe étoit collateral ;
Singe amusant , mais animal
Manquant quelquefois de cervelle,
Je dis quelquefois seulement ;
Car le matois jouoit son rôle
Pour l'ordinaire habilement
Et manioit bien la parole.
Jamais , à l'entendre parler ,
APlutus ne fit la courbette ;
paz
C Hon
2146 MERCURE
DE FRANCE
Honneurs et fortune complette
N'avoient rien qui pût l'ébranler.
Soins empressés , minauderies ,
Caresses , jeux et singeries ,
S'adressoient à son cher Parent
Et rien du tout àson argent.
Arriva pourtant le contraire :
Unjour que le Seigneur Lion
Aux champs étoit , où nulle affaire
Ne l'attiroit que la belle saison ,
Le Singe en ville entend à ses oreilles
Par un frelon ces trois mots bourdonner.
Lion est mort ! Singe de s'étonner !
Bien-tôt après de s'écrier merveilles !
Ce coup flate trop ses desirs ;
Pas un doute sur la nouvelle !
Il n'apperçoit que des plaisirs.
Est-ce-là cet ami fidelle ?
Le perfide à l'instant quitte table et fats
teuil ,
Se compose et se met en deuil ,
Demande pour escorte un supôt de justice ;
D'abord , l'Ours du quartier requis pour cet of
fice ,
Accourt chez notre Singe , arrive mal leché ,
Pour Scribe suit un Chat d'une plume har
naché ,
L'heritier avec eux monte en leste équipage ,
Où Levriers déja sont mis en attelage ;
2
•
OCTOBRE. 1732. 2147
Un Barbet sur le siege assis grotesquement ,
Prend les renes fouette et fond chez le pa
rent.
>
Un Dogue grommelant se présente à la porte ,
Demande ce que veut la vorace cohorte ?
On l'instruit , on l'effraie , il deffend son pa lier ,
Le grand nombre l'accable , on gagne l'esca- lier.
D'un Cabinet bien- tôt les effets on cachete ;
Paroît dans le moment un Renard , fine tête ,
Qui voit qu'en étourdis l'on procede en ce lieu ,
Dit : Messieurs , cessez.... vîte et nous dites
adieu.
Il faut premierement constater l'aventure ,
Et prouver par extrait la mort la sépul
ture.
>
Pour sçavoir ce qu'il craint , il
tient ;
part impa
Il trouve le Lion gros , gras , se bien por- tant.
Menageant sa harangue en Orateur habile ,
Lui dit deux nors du tour qu'on lui jouoit en ville ,
Et ces deux mots allumerent sa bile.
Le Renard très - joyeux s'en retourne aussi- tôt ,
Dit que notre défunt mange et boit comme il
faut ;
Cij Qu'en
2148 MERCURE
DE FRANCE
Qu'en dépit de l'envie il est encor des nô-.
tres ;*
Qu'il ne veut chez Pluton si-tôt suivre tant
d'autres. La joye au même instant fut chez tous les voisins , Et Bacchus tout au mieux fit l'honneur de ses
vins. A la tristesse enfin , loin de ces lieux bannie
Succederent les ris , les jeux et l'harmonie,
Chacun fut satisfait , mais le. Singe chagrin ,
Bien penaut , ruminoit , craignoit fâcheux des
tin ;
Pour prévenir l'orage , il va demander grace ,
Mais une telle faute aisément ne s'efface ;
A peine on l'apperçoit qu'on lui lâche mi
raut ;
Celui- ci n'est pas seul ,. arrive encor Brifaut ;
Le Singe délogea sans Tambour ni Trompete
tes ,
Et ses chausses de peur n'en sont pas encor
nettes.
HERITIER PRESOMPTIF
DU LION.
FABLE.
LA soif de l'or souvent démasque un politique :
Sous ce voile , grands Dieux , que l'homme es
different !
D'être ami genereux tel hardiment se pique ,
Qui
O.CTOBRE 1732. 2145
Qui n'est , mis au creuzet , qu'un avide rent.
Mais à ce propos veritable ,
S'il faut un exemple ajoûter ;
Sur ce point le Singe en ma Fable
Ne laisse rien à souhaiter.
>
Seigneur Lion au plus fort de son âge,
Avoit trois Châteaux à choisir
Hôtel en ville ; avec tel appanage ,
On peut varier son plaisir.
Item , chez lui table friande
Où l'on trouvoit tout à foison ,
Mets exquis , Gibier de saison
Vins délicats , bonne provende ;
Au reste point de successeur ,
Foible ressource de la vie ,
Mais qui sert de frein à l'envie
Contre un paisible possesseur.
Enfin , parmi sa parentelle ,
Un Singe étoit collateral ;
Singe amusant , mais animal
Manquant quelquefois de cervelle,
Je dis quelquefois seulement ;
Car le matois jouoit son rôle
Pour l'ordinaire habilement
Et manioit bien la parole.
Jamais , à l'entendre parler ,
APlutus ne fit la courbette ;
paz
C Hon
2146 MERCURE
DE FRANCE
Honneurs et fortune complette
N'avoient rien qui pût l'ébranler.
Soins empressés , minauderies ,
Caresses , jeux et singeries ,
S'adressoient à son cher Parent
Et rien du tout àson argent.
Arriva pourtant le contraire :
Unjour que le Seigneur Lion
Aux champs étoit , où nulle affaire
Ne l'attiroit que la belle saison ,
Le Singe en ville entend à ses oreilles
Par un frelon ces trois mots bourdonner.
Lion est mort ! Singe de s'étonner !
Bien-tôt après de s'écrier merveilles !
Ce coup flate trop ses desirs ;
Pas un doute sur la nouvelle !
Il n'apperçoit que des plaisirs.
Est-ce-là cet ami fidelle ?
Le perfide à l'instant quitte table et fats
teuil ,
Se compose et se met en deuil ,
Demande pour escorte un supôt de justice ;
D'abord , l'Ours du quartier requis pour cet of
fice ,
Accourt chez notre Singe , arrive mal leché ,
Pour Scribe suit un Chat d'une plume har
naché ,
L'heritier avec eux monte en leste équipage ,
Où Levriers déja sont mis en attelage ;
2
•
OCTOBRE. 1732. 2147
Un Barbet sur le siege assis grotesquement ,
Prend les renes fouette et fond chez le pa
rent.
>
Un Dogue grommelant se présente à la porte ,
Demande ce que veut la vorace cohorte ?
On l'instruit , on l'effraie , il deffend son pa lier ,
Le grand nombre l'accable , on gagne l'esca- lier.
D'un Cabinet bien- tôt les effets on cachete ;
Paroît dans le moment un Renard , fine tête ,
Qui voit qu'en étourdis l'on procede en ce lieu ,
Dit : Messieurs , cessez.... vîte et nous dites
adieu.
Il faut premierement constater l'aventure ,
Et prouver par extrait la mort la sépul
ture.
>
Pour sçavoir ce qu'il craint , il
tient ;
part impa
Il trouve le Lion gros , gras , se bien por- tant.
Menageant sa harangue en Orateur habile ,
Lui dit deux nors du tour qu'on lui jouoit en ville ,
Et ces deux mots allumerent sa bile.
Le Renard très - joyeux s'en retourne aussi- tôt ,
Dit que notre défunt mange et boit comme il
faut ;
Cij Qu'en
2148 MERCURE
DE FRANCE
Qu'en dépit de l'envie il est encor des nô-.
tres ;*
Qu'il ne veut chez Pluton si-tôt suivre tant
d'autres. La joye au même instant fut chez tous les voisins , Et Bacchus tout au mieux fit l'honneur de ses
vins. A la tristesse enfin , loin de ces lieux bannie
Succederent les ris , les jeux et l'harmonie,
Chacun fut satisfait , mais le. Singe chagrin ,
Bien penaut , ruminoit , craignoit fâcheux des
tin ;
Pour prévenir l'orage , il va demander grace ,
Mais une telle faute aisément ne s'efface ;
A peine on l'apperçoit qu'on lui lâche mi
raut ;
Celui- ci n'est pas seul ,. arrive encor Brifaut ;
Le Singe délogea sans Tambour ni Trompete
tes ,
Et ses chausses de peur n'en sont pas encor
nettes.
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Résumé : LE SINGE, HERITIER PRESOMPTIF DU LION. FABLE.
La fable 'Le Singe, héritier présomptif du Lion' relate l'histoire d'un singe, parent du Lion, qui simule l'amitié et la loyauté envers ce dernier. Le Lion, propriétaire de trois châteaux et d'une table abondante, n'a pas de successeur, ce qui suscite l'envie du Singe. Un jour, le Singe apprend la fausse nouvelle de la mort du Lion et se rend chez lui avec une escorte composée d'un Ours, d'un Chat, de lévriers et d'un Barbet. Il est arrêté par un Dogue. Un Renard, découvrant la supercherie, informe le Lion de la tentative du Singe. Furieux, le Lion chasse le Singe, qui s'enfuit pris de peur. La fable met en lumière la cupidité et la perfidie du Singe, démasquées par la ruse du Renard.
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8
p. 2149-2154
LETTRE écrite à Madame Meheul, Auteur de l'Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de...
Début :
Je vous envoye, Madame, le Livre que vous avez eu la bonté de me prêter [...]
Mots clefs :
Histoire d'Émilie, Ouvrage, Éloge, Auteurs, Princesse de Clèves
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à Madame Meheul, Auteur de l'Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de...
LETTRE écrite à Madame Meheul ,
Auteur de l'Histoire d'Emilie , ou des
Amours de Mlle de...
J
E vous envoye Madame , le Livre.
que vous avez eu la bonté de me prêter , je l'ai lû deux fois avec un plaisir et
une avidité qu'il seroit bien difficile d'ex
primer. Je n'ai guére vû d'Ouvrage en ce
genre , mieux écrit et plus interessant.
Le sujet en est parfaitement bien conçû
et bien conduit ; le dénoüement ( écüeil
ordinaire de la plupart des Auteurs ) est
très-heureusement amené ; le stile en est
bien varié , serré et rapide : les Caracteres
bién marquez et bien soutenus , on peut
dire même qu'il y a beaucoup d'expressions neuves ou heureusement hazardées ,
d'Antitheres et de Sentences fort justes.
>
L'action est simple , et entierement dégagée de ces ornemens monstrueux , de
ce merveilleux et de ces aventures extraordinaires qui ne trouvent aucune
créance dans l'esprit , et qui sont la ressource ordinaire d'un génie borné , comme l'a fort bien remarqué le plus grand
Auteur tragique que nous ayons eu. AmuCiij Scr
2150 MERCURE DE FRANCE
ser agréablement l'esprit , émouvoir , interesser et attendrir le cœur , par le tour
heureux des pensées et de l'expression ;
par la varieté et la beauté des Images , la noblesse et l'élévation des sentimens ; voilà le dernier effort de l'esprit humain
c'est aussi par-là que vous avez excellé.
Si tant de beautez ne sont que des coups
d'essais , que ne doit- on donc pas attendre de vous , Madame , dans la suite. Cette considération me conduiroit naturellement à faire ici l'éloge de votre Livre
mais plus la matiere est belle , et moins
je dois l'entreprendre , les loüanges que
mérite ce bel ouvrage sont trop au- dessus
de ma portée. Ainsi , je me bornerai seulement à m'acquitter de la promesse que
je vous ai faite , de vous rendre compte des jugemens divers que le Public
sur cet Ouvrage.
>
›
porte
Ne vous flattez pas, Madame,d'une appro
bation universelle , jamais aucun Auteur
n'a joui de cet avantage , Homere , Virgile , Corneille , Racine et Despreaux , ont
eu leurs Censeurs , vous avez aussi les vôtres. Je pense même qu'il est avantageux
qu'il y ait des Critiques. Boileau , cet
Horace Moderne , ce fameux satirique ,
qui a critiqué tant d'Auteurs , n'a pas
feint de dire qu'il étoit redevable à ses
enne
OCTOBRE. 1732. 2151
ennemis même , d'une partie de la répu
tation qu'il s'étoit acquise , en le relevanc
de quantité de fautes dont il ne s'appercevoit point. D'ailleurs , c'est un grand préjugé pour la réussite d'un Livre , que cet
acharnement que les Critiques font paroftre pour le décrier ; un Ouvrage médiocre n'excite guére la mauvaise humeur
d'un Censeur , il tombe de lui- même parce qu'aucun mérite ne le soûtient ; au contraire , un bon Ouvrage triomphe tôt ou
tard de la malignité de ses ennemis , réünit en sa faveur tous les suffrages , et fait
benir dans la Posterité la plus reculée la
mémoire et le nom de son Auteur.
Tel sera , Madame , le sort d'Emilie
son vrai mérite et ses rares beautez feront
taire la critique et l'envie ; sûre de l'estime publique , elle partagera avec justice
les applaudissemens que l'on ne se lasse
point de donner à Zaïde et à la Princesse
de Cléves. Votre nom , Madame , sera
porté par la Renommée au Temple de
Mémoire , et placé à côté de ceux de ces
Dames sçavantes qui ont illustré par leurs
doctes Ecrits la République des Lettres.
Mais que fais-je ? je tombe insensiblement
dans l'inconvenient que je voulois éviter ,
ceci ne sent- il pas un peu trop le Panegytique ? quelle témerité ! mais , Madame
Cij jc
2152 MERCURE DE FRANCE
je suis sincere , et de quelque façon que
je m'exprime , mon cœur n'écoute plus
rien , lorsqu'il s'agit de rendre justice au
vrai. J'espere , Madame , que vous me
pardonnerez mon écart en faveur de cette
consideration ; je reviens aux jugemens
que l'on fait de votre Livre , permettezmoi de commencer par vos Critiques.
Dès que l'on est informé que l'amour
d'Emilie pour M. de S. Hillaire n'est
qu'une feinte , l'esprit n'est plus occupé
>
ils
rien , il ne s'interesse plus à rien , ce
vuide est rempli par de longues conversations qui ennuyent extrêmement le Lecteur. Les Amours de votre Heroïne et du
Comte viennent trop subitement
sont toujours remplis d'allarmes et de
plaintes lorsque rien ne semble les traverser ; on vous accuse aussi d'avoir trop fait
mourir de personnes sans aucune utilité
pour votre sujet. A l'égard du pauvre
M. de S. Hillaire , chacun est surpris que
vous ayez si peu menagé sa réputation ;
on est , dit-on , scandalisé de le voir si
maltraité par Emilie après son Escapade ;
vous deviez lui donner des sentimens
plus humains dans sa situation présente
et faire connoître à vos Lecteurs , que si
Emilie ne payoit pas de sa main les importans services qu'elle avoue avoir reçû
de
OCTOBRE. 1732 2153
de M. de S. Hillaire , c'est qu'elle ne se
croyoit plus digne de lui . Enfin , on vous
reproche d'avoir rapporté les affreux exemples de Julie , de Faustine , et de Marie
de Valois , comme très - pernicieux pour
une jeunesse , à qui on doit toujours exposer des exemples de vertu plutôt que
ceux du libertinage.
Voilà , Madame , les principaux chefs
de critiques que l'on vous objecte ; au
reste , tout le monde en general vous
rend toute la justice qui vous est dûë , et
ces éloges à cet égard ne peuvent être ni
plus flateurs , ni plus complets.
Il ne me reste plus , Madame , qu'à
vous demander pardon d'avoir gardé votre Livre si long- tems ; deux ou trois
personnes ausquelles j'en avois fait un
rapport avantageux ont marqué tant
d'empressement pour le voir , queje n'ai
pas pû me dispenser de le leur prêter ; ma
déference n'est pas demeurée sans fruit
j'ai eu la satisfaction de me voir comblé
de remerciemens par ces mêmes personnes , pour leur avoir procuré la lecture
d'un Livre qui leur a fait , m'ont-ils dit ,
un plaisir infini. J'avoue que je finis ma
Lettre par où je la devois commencer ;
quelle transposition , ou plutôt quelle Cv faute
2154 MERCURE DE FRANCE
faute de jugement , oserois-je aprés cela
vous dire que je suis , &c.
C ***.
Auteur de l'Histoire d'Emilie , ou des
Amours de Mlle de...
J
E vous envoye Madame , le Livre.
que vous avez eu la bonté de me prêter , je l'ai lû deux fois avec un plaisir et
une avidité qu'il seroit bien difficile d'ex
primer. Je n'ai guére vû d'Ouvrage en ce
genre , mieux écrit et plus interessant.
Le sujet en est parfaitement bien conçû
et bien conduit ; le dénoüement ( écüeil
ordinaire de la plupart des Auteurs ) est
très-heureusement amené ; le stile en est
bien varié , serré et rapide : les Caracteres
bién marquez et bien soutenus , on peut
dire même qu'il y a beaucoup d'expressions neuves ou heureusement hazardées ,
d'Antitheres et de Sentences fort justes.
>
L'action est simple , et entierement dégagée de ces ornemens monstrueux , de
ce merveilleux et de ces aventures extraordinaires qui ne trouvent aucune
créance dans l'esprit , et qui sont la ressource ordinaire d'un génie borné , comme l'a fort bien remarqué le plus grand
Auteur tragique que nous ayons eu. AmuCiij Scr
2150 MERCURE DE FRANCE
ser agréablement l'esprit , émouvoir , interesser et attendrir le cœur , par le tour
heureux des pensées et de l'expression ;
par la varieté et la beauté des Images , la noblesse et l'élévation des sentimens ; voilà le dernier effort de l'esprit humain
c'est aussi par-là que vous avez excellé.
Si tant de beautez ne sont que des coups
d'essais , que ne doit- on donc pas attendre de vous , Madame , dans la suite. Cette considération me conduiroit naturellement à faire ici l'éloge de votre Livre
mais plus la matiere est belle , et moins
je dois l'entreprendre , les loüanges que
mérite ce bel ouvrage sont trop au- dessus
de ma portée. Ainsi , je me bornerai seulement à m'acquitter de la promesse que
je vous ai faite , de vous rendre compte des jugemens divers que le Public
sur cet Ouvrage.
>
›
porte
Ne vous flattez pas, Madame,d'une appro
bation universelle , jamais aucun Auteur
n'a joui de cet avantage , Homere , Virgile , Corneille , Racine et Despreaux , ont
eu leurs Censeurs , vous avez aussi les vôtres. Je pense même qu'il est avantageux
qu'il y ait des Critiques. Boileau , cet
Horace Moderne , ce fameux satirique ,
qui a critiqué tant d'Auteurs , n'a pas
feint de dire qu'il étoit redevable à ses
enne
OCTOBRE. 1732. 2151
ennemis même , d'une partie de la répu
tation qu'il s'étoit acquise , en le relevanc
de quantité de fautes dont il ne s'appercevoit point. D'ailleurs , c'est un grand préjugé pour la réussite d'un Livre , que cet
acharnement que les Critiques font paroftre pour le décrier ; un Ouvrage médiocre n'excite guére la mauvaise humeur
d'un Censeur , il tombe de lui- même parce qu'aucun mérite ne le soûtient ; au contraire , un bon Ouvrage triomphe tôt ou
tard de la malignité de ses ennemis , réünit en sa faveur tous les suffrages , et fait
benir dans la Posterité la plus reculée la
mémoire et le nom de son Auteur.
Tel sera , Madame , le sort d'Emilie
son vrai mérite et ses rares beautez feront
taire la critique et l'envie ; sûre de l'estime publique , elle partagera avec justice
les applaudissemens que l'on ne se lasse
point de donner à Zaïde et à la Princesse
de Cléves. Votre nom , Madame , sera
porté par la Renommée au Temple de
Mémoire , et placé à côté de ceux de ces
Dames sçavantes qui ont illustré par leurs
doctes Ecrits la République des Lettres.
Mais que fais-je ? je tombe insensiblement
dans l'inconvenient que je voulois éviter ,
ceci ne sent- il pas un peu trop le Panegytique ? quelle témerité ! mais , Madame
Cij jc
2152 MERCURE DE FRANCE
je suis sincere , et de quelque façon que
je m'exprime , mon cœur n'écoute plus
rien , lorsqu'il s'agit de rendre justice au
vrai. J'espere , Madame , que vous me
pardonnerez mon écart en faveur de cette
consideration ; je reviens aux jugemens
que l'on fait de votre Livre , permettezmoi de commencer par vos Critiques.
Dès que l'on est informé que l'amour
d'Emilie pour M. de S. Hillaire n'est
qu'une feinte , l'esprit n'est plus occupé
>
ils
rien , il ne s'interesse plus à rien , ce
vuide est rempli par de longues conversations qui ennuyent extrêmement le Lecteur. Les Amours de votre Heroïne et du
Comte viennent trop subitement
sont toujours remplis d'allarmes et de
plaintes lorsque rien ne semble les traverser ; on vous accuse aussi d'avoir trop fait
mourir de personnes sans aucune utilité
pour votre sujet. A l'égard du pauvre
M. de S. Hillaire , chacun est surpris que
vous ayez si peu menagé sa réputation ;
on est , dit-on , scandalisé de le voir si
maltraité par Emilie après son Escapade ;
vous deviez lui donner des sentimens
plus humains dans sa situation présente
et faire connoître à vos Lecteurs , que si
Emilie ne payoit pas de sa main les importans services qu'elle avoue avoir reçû
de
OCTOBRE. 1732 2153
de M. de S. Hillaire , c'est qu'elle ne se
croyoit plus digne de lui . Enfin , on vous
reproche d'avoir rapporté les affreux exemples de Julie , de Faustine , et de Marie
de Valois , comme très - pernicieux pour
une jeunesse , à qui on doit toujours exposer des exemples de vertu plutôt que
ceux du libertinage.
Voilà , Madame , les principaux chefs
de critiques que l'on vous objecte ; au
reste , tout le monde en general vous
rend toute la justice qui vous est dûë , et
ces éloges à cet égard ne peuvent être ni
plus flateurs , ni plus complets.
Il ne me reste plus , Madame , qu'à
vous demander pardon d'avoir gardé votre Livre si long- tems ; deux ou trois
personnes ausquelles j'en avois fait un
rapport avantageux ont marqué tant
d'empressement pour le voir , queje n'ai
pas pû me dispenser de le leur prêter ; ma
déference n'est pas demeurée sans fruit
j'ai eu la satisfaction de me voir comblé
de remerciemens par ces mêmes personnes , pour leur avoir procuré la lecture
d'un Livre qui leur a fait , m'ont-ils dit ,
un plaisir infini. J'avoue que je finis ma
Lettre par où je la devois commencer ;
quelle transposition , ou plutôt quelle Cv faute
2154 MERCURE DE FRANCE
faute de jugement , oserois-je aprés cela
vous dire que je suis , &c.
C ***.
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Résumé : LETTRE écrite à Madame Meheul, Auteur de l'Histoire d'Emilie, ou des Amours de Mlle de...
La lettre adressée à Madame Meheul, autrice de 'L'Histoire d'Émilie', exprime une grande admiration pour l'ouvrage. L'auteur de la lettre loue particulièrement la qualité de l'écriture, la gestion du sujet, le dénouement et la variété du style. Il apprécie la simplicité de l'action, qui évite les merveilles ou les aventures extraordinaires, ainsi que la profondeur des sentiments et des expressions. Bien que l'œuvre puisse susciter des critiques, l'auteur est convaincu que son mérite finira par triompher. Les critiques mentionnées reprochent notamment la feinte de l'amour d'Émilie, les conversations ennuyeuses, la mort inutile de certains personnages et le traitement de M. de S. Hillaire. Malgré ces points négatifs, l'ouvrage est globalement bien accueilli et loué par le public. L'auteur conclut en s'excusant d'avoir gardé le livre longtemps et en exprimant sa satisfaction des retours positifs des lecteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 2154-2159
IMITATIONE D'Alcuni Madrigaletti, del Signor Cavaliere Battista Guarini, fatta da Madamigella Malcresia della Vigna, del Crusico in Bretagna.
Début :
Donna, lasciare i Boschi: [...]
Mots clefs :
Imitation, Battista Guarini, Madrigal, Oiseau, Amant, Brasier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATIONE D'Alcuni Madrigaletti, del Signor Cavaliere Battista Guarini, fatta da Madamigella Malcresia della Vigna, del Crusico in Bretagna.
IMITATIONE
D'Alcuni Madrigaletti , del Signor Ca
valiere Battista Guarini , fatta la Madamigella Malcresia della Vigna , del
Crusico in Bretagna.
Madrigale xvii. La bella Cacciatrice.
DOnna , lasciate i Boschi :
Che fù ben Cintia cacciatrice anch'ella ,
Ma non fù ; comme voi Leggiadra , e Bella.
Voihavete beltate
Da far preda di cori , e non di Belve.
Venar infra le selve ,
Star non conviene e se convien , debbiate
Fera solo à le fere , à me benigna ,
Cintia ne, Boschi , e nel mio sen Ciprigna..
Abandonnez Iris , les Monts et les Forêts ;
Si Diane autrefois se plaisoit à la chasse
Eut-elle à menager de si rares attraits ?
Loin
OCTOBRE. 1732. 2155
Loin d'aller contre un Cerf essayer votre audace ,
Ahi c'est sur les Humains qu'il faut lancer vos traits.
Ce plaisir dont la peine est le seul avantage ,
Certes s'ajuste mal avec tant de beauté.
Mais si le sort en est jetté ;
Si votre humeur guerriere à chasser vous en
gage ;
Bornez à terrasser quelqu'Animal sauvage ,
Votre impitoyable rigueur
Et soyez ,
tage ,
chere Iris , par un charmant parDiane dans les Bois et Venus dans mon
cœur.
>
Cangiati Sguardi, Madr. xxiv.
Oechi , un tempo mia vita ,
Occhi di questo cor dolci sostegni ,
Voi mi negate aita.
Questi son ben de la mia morte i segni.
Non più speme, ò conforto.
Tempo è sol di morire ; à che più tardo ?
Occhi ch'a si gran terro ,
Morirme fate , à che torcete il guardo?
Forse per non mirar, come va dora ,
Mirate almen ch'io more.
S vi Les
2156 MERCURE DE FRANCE
Les Regards changez , Imit.
Beaux yeux qui secondant autrefois mon en vie ,
Eclairiez de vos feux l'orison de mes jours ,
En me refusant du secours ,
Vous annoncez ma mort, vous qui faisiez ma
vie.
Mon espoir s'est enfui , le Destin me convie
Avoler sans retour au trépas qui m'attend.
Daignez avant ma mort trop aimable ennemie ,
Tourner vos yeux cruels sur un Berger cons tant ;
Et si ce n'est pour voir sa tendresse infinie
Si vous voulez le perdre au lieu de le guérir ;
Ah ! c'est à vos genoux que l'Amour vous en
prie ,
Du moins regardez-le mourir..
L'Huomo è picciol mondo. Mad. CLX.
E l'huomo un picciol mondo ,
Ma , grande à l'hor ch'è con la Donna unito ,
Che l'un per l'altro hà la Natura ordito.
Hà l'huom del mondo frale
Quanto enlui di caduco e di mortale ;
Ma ne la Donna si contien l'eterno.
Il volto è l'Paradiso , e'l cor l'Inferno.
Hom
OCTOBRE. 1732 2157
L'Homme est un petit monde , alors que sans
appui
Il languit séparé de son autre Hemisphere ;
Mais quand un double accord sombre ami du mistere ,
Compose un tout vivant de la femme et de
lui.
La féconde Nature en ce moment ravie
De se voir tendrement servie ,
De l'homme illustré forme un grand monde aussi tôt
Et l'homme à la femme en un mot
Devroit-il s'enhardir de contester l'Empire ?
Le Ciel ne lui donna que ce qu'il cut de pire ,
De caduc , de pesant , de grossier , de mortel ,
Mais la femme au contraire eut par un beat
partage ,
Le vif, le volatil , le charmant , l'éternel ,
Le brulant , l'immateriel.
Qui pourroit s'il n'étoit peu sage ,
En ceci me taxer d'erreur ?
Puisque , sur son divin visage ,
Elle a le Paradis , et l'Enfer dans son cœur.
Auventurosa Augello. LII.
O comme se' gentile ,
Caro Augellino, è quanto
E'l mio stato amoroso al tuo simile !
Th
2158 MERCURE DE FRANCE
Tu prigion , io prigion , tu canti , io canto;
Tu canti per colei
Che t'ha legato , ed io canto per lei.
Mà inquesto è differente
La mia sorte dolente ,
Che giova pur à te l'esser canoro ;
Vivi cantando , ed io cantando more.
ODE Anacréontique. Imitation.
L'Oiseau plus heureux que
Serin qu'Iris tient en cage ,
Mon état ressemble au tien
Tu lui dois ton esclavage ,
C'est elle qui fit le mien.
l'Amant.
Nous chantons tous deux pour celle
Dont nous sommes prisonniers ;
Et pour 's'amuser , la Belle
Nous entend les jours entiers.
Mais que le mal qui m'enigre
Rend notre sort different !
C'est ton chant qui te fait vivre ,
Et moi je meurs en chantant.
Donna
OCTOBRE. 1732. 2159,
Donna che❜n Vecchia. XXXIX.
Gia commincia à sentire
La bella Dona mia , l'ingiurie e i danni
De l'etate , e degli anni ,
Neperò il mio desire
Vien , che s'intepidisca , o si rallenti.
O veloci , e possenti
Armi del Tempo al mio soccorso tarde !
Lafiamma mia incenerisce , e'l cor mio arde.
IMITATION.
Les ans de mon Iris qui deviennent nom- breux
Sur ses attraits brillans exercent leur ravage ;
Cependant aujourd'hui mon cœur bravant leur
rage ,
Est embrasé de mille feux ,
O Tems ; ô cruel Tems , ton dévorant Em
pire ,
Soumet tout à ses loix , excepté mes amours.
Ta fureur ne sçauroit leur nuire ,
Mon brasier tombe en cendre , et je brûle ton
jours.
D'Alcuni Madrigaletti , del Signor Ca
valiere Battista Guarini , fatta la Madamigella Malcresia della Vigna , del
Crusico in Bretagna.
Madrigale xvii. La bella Cacciatrice.
DOnna , lasciate i Boschi :
Che fù ben Cintia cacciatrice anch'ella ,
Ma non fù ; comme voi Leggiadra , e Bella.
Voihavete beltate
Da far preda di cori , e non di Belve.
Venar infra le selve ,
Star non conviene e se convien , debbiate
Fera solo à le fere , à me benigna ,
Cintia ne, Boschi , e nel mio sen Ciprigna..
Abandonnez Iris , les Monts et les Forêts ;
Si Diane autrefois se plaisoit à la chasse
Eut-elle à menager de si rares attraits ?
Loin
OCTOBRE. 1732. 2155
Loin d'aller contre un Cerf essayer votre audace ,
Ahi c'est sur les Humains qu'il faut lancer vos traits.
Ce plaisir dont la peine est le seul avantage ,
Certes s'ajuste mal avec tant de beauté.
Mais si le sort en est jetté ;
Si votre humeur guerriere à chasser vous en
gage ;
Bornez à terrasser quelqu'Animal sauvage ,
Votre impitoyable rigueur
Et soyez ,
tage ,
chere Iris , par un charmant parDiane dans les Bois et Venus dans mon
cœur.
>
Cangiati Sguardi, Madr. xxiv.
Oechi , un tempo mia vita ,
Occhi di questo cor dolci sostegni ,
Voi mi negate aita.
Questi son ben de la mia morte i segni.
Non più speme, ò conforto.
Tempo è sol di morire ; à che più tardo ?
Occhi ch'a si gran terro ,
Morirme fate , à che torcete il guardo?
Forse per non mirar, come va dora ,
Mirate almen ch'io more.
S vi Les
2156 MERCURE DE FRANCE
Les Regards changez , Imit.
Beaux yeux qui secondant autrefois mon en vie ,
Eclairiez de vos feux l'orison de mes jours ,
En me refusant du secours ,
Vous annoncez ma mort, vous qui faisiez ma
vie.
Mon espoir s'est enfui , le Destin me convie
Avoler sans retour au trépas qui m'attend.
Daignez avant ma mort trop aimable ennemie ,
Tourner vos yeux cruels sur un Berger cons tant ;
Et si ce n'est pour voir sa tendresse infinie
Si vous voulez le perdre au lieu de le guérir ;
Ah ! c'est à vos genoux que l'Amour vous en
prie ,
Du moins regardez-le mourir..
L'Huomo è picciol mondo. Mad. CLX.
E l'huomo un picciol mondo ,
Ma , grande à l'hor ch'è con la Donna unito ,
Che l'un per l'altro hà la Natura ordito.
Hà l'huom del mondo frale
Quanto enlui di caduco e di mortale ;
Ma ne la Donna si contien l'eterno.
Il volto è l'Paradiso , e'l cor l'Inferno.
Hom
OCTOBRE. 1732 2157
L'Homme est un petit monde , alors que sans
appui
Il languit séparé de son autre Hemisphere ;
Mais quand un double accord sombre ami du mistere ,
Compose un tout vivant de la femme et de
lui.
La féconde Nature en ce moment ravie
De se voir tendrement servie ,
De l'homme illustré forme un grand monde aussi tôt
Et l'homme à la femme en un mot
Devroit-il s'enhardir de contester l'Empire ?
Le Ciel ne lui donna que ce qu'il cut de pire ,
De caduc , de pesant , de grossier , de mortel ,
Mais la femme au contraire eut par un beat
partage ,
Le vif, le volatil , le charmant , l'éternel ,
Le brulant , l'immateriel.
Qui pourroit s'il n'étoit peu sage ,
En ceci me taxer d'erreur ?
Puisque , sur son divin visage ,
Elle a le Paradis , et l'Enfer dans son cœur.
Auventurosa Augello. LII.
O comme se' gentile ,
Caro Augellino, è quanto
E'l mio stato amoroso al tuo simile !
Th
2158 MERCURE DE FRANCE
Tu prigion , io prigion , tu canti , io canto;
Tu canti per colei
Che t'ha legato , ed io canto per lei.
Mà inquesto è differente
La mia sorte dolente ,
Che giova pur à te l'esser canoro ;
Vivi cantando , ed io cantando more.
ODE Anacréontique. Imitation.
L'Oiseau plus heureux que
Serin qu'Iris tient en cage ,
Mon état ressemble au tien
Tu lui dois ton esclavage ,
C'est elle qui fit le mien.
l'Amant.
Nous chantons tous deux pour celle
Dont nous sommes prisonniers ;
Et pour 's'amuser , la Belle
Nous entend les jours entiers.
Mais que le mal qui m'enigre
Rend notre sort different !
C'est ton chant qui te fait vivre ,
Et moi je meurs en chantant.
Donna
OCTOBRE. 1732. 2159,
Donna che❜n Vecchia. XXXIX.
Gia commincia à sentire
La bella Dona mia , l'ingiurie e i danni
De l'etate , e degli anni ,
Neperò il mio desire
Vien , che s'intepidisca , o si rallenti.
O veloci , e possenti
Armi del Tempo al mio soccorso tarde !
Lafiamma mia incenerisce , e'l cor mio arde.
IMITATION.
Les ans de mon Iris qui deviennent nom- breux
Sur ses attraits brillans exercent leur ravage ;
Cependant aujourd'hui mon cœur bravant leur
rage ,
Est embrasé de mille feux ,
O Tems ; ô cruel Tems , ton dévorant Em
pire ,
Soumet tout à ses loix , excepté mes amours.
Ta fureur ne sçauroit leur nuire ,
Mon brasier tombe en cendre , et je brûle ton
jours.
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Résumé : IMITATIONE D'Alcuni Madrigaletti, del Signor Cavaliere Battista Guarini, fatta da Madamigella Malcresia della Vigna, del Crusico in Bretagna.
Le texte présente une série de madrigaux et d'imitations poétiques traduits en français, extraits de l'œuvre du cavalier Battista Guarini. Les thèmes principaux abordés incluent la beauté féminine, l'amour et la condition humaine. Dans le madrigale XVII, 'La bella Cacciatrice', l'auteur s'adresse à une femme, Iris, qu'il compare à Diane, la déesse de la chasse. Il l'encourage à abandonner la chasse et à diriger ses 'traits' vers les cœurs humains plutôt que vers les bêtes sauvages, soulignant que sa beauté est plus apte à séduire les hommes qu'à chasser des animaux. Le madrigale XXIV, 'Cangiati Sguardi', exprime la douleur d'un amant dont les yeux de sa bien-aimée, autrefois source de vie, annoncent maintenant sa mort. Il supplie ces yeux de se tourner vers lui, même pour voir sa mort, tant il souffre de leur indifférence. Dans le madrigale CLX, 'L'Huomo è picciol mondo', l'auteur compare l'homme et la femme à deux mondes complémentaires. L'homme est décrit comme fragile et mortel, tandis que la femme possède des qualités éternelles et divines. Il souligne que l'homme et la femme forment un tout harmonieux et que la femme a le pouvoir de transformer l'homme en un être supérieur. Enfin, le madrigale LII, 'Auventurosa Augello', et l'ode anacréontique comparent le sort d'un oiseau en cage à celui d'un amant prisonnier de son amour. Tous deux chantent pour leur bien-aimée, mais tandis que le chant maintient l'oiseau en vie, il conduit l'amant à la mort. Le texte se conclut par une réflexion sur le passage du temps et ses effets sur la beauté d'Iris, la bien-aimée. Malgré les ravages des années, l'amour de l'auteur reste inébranlable, défiant la fureur du temps.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 2160-2165
METHODE pour gouverner un Vaisseau, et pour en retarder le Sillage dans une Mer qui n'a point de fond.
Début :
L'Art de la Navigation facilite le Sillage du Vaisseau, en augmentant son [...]
Mots clefs :
Vaisseau, Navigation, Sillage, Corps du navire, Naufrage, Méthode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : METHODE pour gouverner un Vaisseau, et pour en retarder le Sillage dans une Mer qui n'a point de fond.
METHODEpourgouverner un Vaisseau , et pour en retarder le Sillage dans
une Merqui n'a point defond.
' Art de la Navigation facilite le SilL'lage du Vaisseau, en augmentant. Sos
volume supérieur , et en diminuant son
volume inférieur ( ou la partie du Vaisseau qui est dans l'eau ) et par ce moyen ,
avec un peu de vent, on fait beaucoup de
chemin.
i
Sur ce príncipe , il est évident qu'on
retardera le Sillage du Vaisseau en faisant
le contraire ; c'est à- dire, en diminuant le
volume du Vaisseau qui est hors de l'eau,
et en augmentant celui qui est dans l'eau.
Il n'est pas question de la diminution
du volume superieur du Vaisseau pendant la tempête ; c'est une chose connuë;
mais il y a lieu d'être surpris qu'on n'ait
pas songé plutôt à la nécessité d'augmen
ter le volume inférieur du Vaisseau ; ce
qui est pourtant aussi sûr et aussi facile
qu'il est necessaire. Or il être aug peut
nienté tout contre le Corps du Navire ,
ou à quelque distance ; chacune de ces
deux augmentations peut- être exécutée
atilement en bien des manieres. On ne
donnera
OCTOBRE. 1732 2167
donnera icy que deux manieres de faire
cette augmentation loin du Vaisseau, parce qu'elles out toutes les qualitez qu'on
peut désirer. Elles sont sures , simples ,
d'une exécution facile , et de peu de dépense ; outre l'effet ordinaire de retar
der le mouvement du Bâtiment, elles ont
encore celui de le gouverner; en sorte que
par ces opérations , le Sillage du Vaisseau
est retardé considérablement , et le Navire reste toujours dans la même situation
à l'égard du vent , quelque changement
qui arrive dans le vent.
La premiere augmentation de volume
consiste en une voile de la forme qu'on
voudra , qui sera attachée par ses bords ,
à peu près comme le sont des Bassins de
Balance, à un Cable, d'une longueur convenable amaré au Vaisseau. Cette surface étant chargée d'un poids qui ne luž
permettra point de rester sur l'eau , lors
qu'elle n'agit point, fera deux effets.
Le premier de retarder le mouvement
du Vaisseau , parce qu'elle ne pourra le
suivre , sans entraîner en même temps le
volume d'eau ; ce qui diminuera le mouvement du Vaisseau , à propertion de la
grandeur de cette surface.
Son second effet de gouverner le Bâti
ment, parce que la partie à laquelle le Cable
2162 MERCURE DE FRANCE
Cable sera attaché , sera toujours exposée
au vent. Ainsi,supposant qu'on aura présenté au vent la partie du Vaisseau la plus
favorable , pour résister à la tempête , il
est vrai de dire qu'unNavire sera gouverné de la maniere la plus avantageuse , car
on peut aisément changer la situation du
Vaisseau. En un mot , cette furface aussibien que celle qu'on va proposer , seront
de vraies Ancres flotantes , qui procureront les avantages d'une Ancre qui labou
re; avec cette difference , que la résistance de l'eau étant de beaucoup plus douce
que celle de la terre , l'impression du vent
et des vagues sur le Vaisseau , sera bien
moins préjudiciable avec les Ancres flotantes , qu'avec les Ancres ordinaires.
La seconde maniere d'augmenter le volume du Vaisseau , est aussi simple ; elle
consiste uniquement en une Vergue qu'on
attache par les bouts à une corde ; laquelle pour cet effet est divisée en deux
son extrêmité , et forme un triangle
avec la Vergue. Or la Vergue suivra le
Vaisseau en travers , et trouvera par conséquent de la résistance dans toute sa longueur. Cette Vergue doit être comme la
surface précedente , accompagnée d'un
poids suffisant pour l'attirer en bas lorsqu'elle cesse d'être traînée par le Vaisseau.
Ов
OCTOBRE. 1732 : 2163
On n'entrera point à presént dans plusieurs détails , qui contribueront à perfectionner le moyen qu'on propose. On les
expliquera dans la suite.
Les avantages de ces nouvelles opéra- tions seront tres- considérables ; car outre
le retardement du Sillage et le gouvernement du Vaisseau , qui se feront d'euxmêmes, à la faveur des nouvelles Ancres,
et sans que l'équipage ait besoin de travailler , ni même d'être exposé au mauvais temps sur le Tillac ; on peut dire
que le Capot sera tres- difficile , pour ne
rien dire de plus ; et qu'un Vaisseau sera
bien foible , s'il est brisé par les Vagues ;
étant si aisé de le tenir dans la situation la
plus avantageuse.
Je ne parle pas de la facilité de ces opérations , persuadé qu'on sent assez qu'un
Equipage qui n'auroit pas la force de les
faire , seroit peu en état de naviguer.
Le cas de Tempête ne sera pas le seul
où l'augmentation du volume inférieur
du Vaisseau sera utile. On fera voir
qu'il le sera en bien d'autres occasions importantes. Les Expériences qu'on a faites
quoiqu'en petit ) rendent tout ce qu'on
vient de dire , tres-sensible.
L'Auteur de ce Mémoire, prétend qu'on
pourra par les moyens qui y sont propo- sea
2164 MERCURE DE FRANCE
sez , prévenir beaucoup de Naufrages . qui seroient inévitables d'ailleurs. Il se flatte
que la proposition qu'il fit l'année derniere , de rendre la Navigation plus sûre
et plus facile , ne sera plus regardée , comme elle l'a été jusqu'icy , et qu'on pren
dra ce qu'il donne aujourd'hui pour une
preuve suffisante de la premiere Partie de
sa proposition. A l'égard de l'autre Par
tie qui a la facilité de la Navigation pour
objet ; en attendant la maniere , dont l
premiere sera reçue. Il ne craint point d'a
vancer qu'il mettra les chofes aú poing
que le moindre Pilote fera en état de dé.
cider une question qui embarrasseroit le
plus habiles du métier , et cela sans une
grande étude , ni même beaucoup d'ap
plication. Dès la premiere explication i!
sera en état de décider , sans crainte de se
tromper. La proposition est un peu forte
aussi ne l'ai-je voulu faire , dit il , qu'après avoir donné de nouvelles preuves de suffisance. Ainsi sans retracter rien de c
que j'ai avancé , je crois pouvoir dire que
sans avoir trouvé les longitudes , je dônnerai des moyens qui feront un effet fort
approchant. Je ferai voir , par exemple ,
que la grande difference qui se trouve
dans la route de plusieurs Pilotes également habiles , ne vient que des courans.
Le
OCTOBRE. 1732. 2169
Le remede à cette erreur sera un moyen
de connoître les courans que je donnerai,
Le moyen sera de pratique , je n'en proposerai jamais d'autre ; je donnerai ure
maniete de mesurer le Sillage bien plus
exacte et même plus facile que toutes celles dont on s'est servi jusqu'à aujourd'hui;
en un mot , sans parler de bien d'autres
choses de moindre conséquence , j'espere que le public n'aura pas moins lieu
d'être content des moyens que je donnerai pour la facilité de la Navigation , que
je crois qu'il le sera de ceux que je donne
aujourd'hui,
une Merqui n'a point defond.
' Art de la Navigation facilite le SilL'lage du Vaisseau, en augmentant. Sos
volume supérieur , et en diminuant son
volume inférieur ( ou la partie du Vaisseau qui est dans l'eau ) et par ce moyen ,
avec un peu de vent, on fait beaucoup de
chemin.
i
Sur ce príncipe , il est évident qu'on
retardera le Sillage du Vaisseau en faisant
le contraire ; c'est à- dire, en diminuant le
volume du Vaisseau qui est hors de l'eau,
et en augmentant celui qui est dans l'eau.
Il n'est pas question de la diminution
du volume superieur du Vaisseau pendant la tempête ; c'est une chose connuë;
mais il y a lieu d'être surpris qu'on n'ait
pas songé plutôt à la nécessité d'augmen
ter le volume inférieur du Vaisseau ; ce
qui est pourtant aussi sûr et aussi facile
qu'il est necessaire. Or il être aug peut
nienté tout contre le Corps du Navire ,
ou à quelque distance ; chacune de ces
deux augmentations peut- être exécutée
atilement en bien des manieres. On ne
donnera
OCTOBRE. 1732 2167
donnera icy que deux manieres de faire
cette augmentation loin du Vaisseau, parce qu'elles out toutes les qualitez qu'on
peut désirer. Elles sont sures , simples ,
d'une exécution facile , et de peu de dépense ; outre l'effet ordinaire de retar
der le mouvement du Bâtiment, elles ont
encore celui de le gouverner; en sorte que
par ces opérations , le Sillage du Vaisseau
est retardé considérablement , et le Navire reste toujours dans la même situation
à l'égard du vent , quelque changement
qui arrive dans le vent.
La premiere augmentation de volume
consiste en une voile de la forme qu'on
voudra , qui sera attachée par ses bords ,
à peu près comme le sont des Bassins de
Balance, à un Cable, d'une longueur convenable amaré au Vaisseau. Cette surface étant chargée d'un poids qui ne luž
permettra point de rester sur l'eau , lors
qu'elle n'agit point, fera deux effets.
Le premier de retarder le mouvement
du Vaisseau , parce qu'elle ne pourra le
suivre , sans entraîner en même temps le
volume d'eau ; ce qui diminuera le mouvement du Vaisseau , à propertion de la
grandeur de cette surface.
Son second effet de gouverner le Bâti
ment, parce que la partie à laquelle le Cable
2162 MERCURE DE FRANCE
Cable sera attaché , sera toujours exposée
au vent. Ainsi,supposant qu'on aura présenté au vent la partie du Vaisseau la plus
favorable , pour résister à la tempête , il
est vrai de dire qu'unNavire sera gouverné de la maniere la plus avantageuse , car
on peut aisément changer la situation du
Vaisseau. En un mot , cette furface aussibien que celle qu'on va proposer , seront
de vraies Ancres flotantes , qui procureront les avantages d'une Ancre qui labou
re; avec cette difference , que la résistance de l'eau étant de beaucoup plus douce
que celle de la terre , l'impression du vent
et des vagues sur le Vaisseau , sera bien
moins préjudiciable avec les Ancres flotantes , qu'avec les Ancres ordinaires.
La seconde maniere d'augmenter le volume du Vaisseau , est aussi simple ; elle
consiste uniquement en une Vergue qu'on
attache par les bouts à une corde ; laquelle pour cet effet est divisée en deux
son extrêmité , et forme un triangle
avec la Vergue. Or la Vergue suivra le
Vaisseau en travers , et trouvera par conséquent de la résistance dans toute sa longueur. Cette Vergue doit être comme la
surface précedente , accompagnée d'un
poids suffisant pour l'attirer en bas lorsqu'elle cesse d'être traînée par le Vaisseau.
Ов
OCTOBRE. 1732 : 2163
On n'entrera point à presént dans plusieurs détails , qui contribueront à perfectionner le moyen qu'on propose. On les
expliquera dans la suite.
Les avantages de ces nouvelles opéra- tions seront tres- considérables ; car outre
le retardement du Sillage et le gouvernement du Vaisseau , qui se feront d'euxmêmes, à la faveur des nouvelles Ancres,
et sans que l'équipage ait besoin de travailler , ni même d'être exposé au mauvais temps sur le Tillac ; on peut dire
que le Capot sera tres- difficile , pour ne
rien dire de plus ; et qu'un Vaisseau sera
bien foible , s'il est brisé par les Vagues ;
étant si aisé de le tenir dans la situation la
plus avantageuse.
Je ne parle pas de la facilité de ces opérations , persuadé qu'on sent assez qu'un
Equipage qui n'auroit pas la force de les
faire , seroit peu en état de naviguer.
Le cas de Tempête ne sera pas le seul
où l'augmentation du volume inférieur
du Vaisseau sera utile. On fera voir
qu'il le sera en bien d'autres occasions importantes. Les Expériences qu'on a faites
quoiqu'en petit ) rendent tout ce qu'on
vient de dire , tres-sensible.
L'Auteur de ce Mémoire, prétend qu'on
pourra par les moyens qui y sont propo- sea
2164 MERCURE DE FRANCE
sez , prévenir beaucoup de Naufrages . qui seroient inévitables d'ailleurs. Il se flatte
que la proposition qu'il fit l'année derniere , de rendre la Navigation plus sûre
et plus facile , ne sera plus regardée , comme elle l'a été jusqu'icy , et qu'on pren
dra ce qu'il donne aujourd'hui pour une
preuve suffisante de la premiere Partie de
sa proposition. A l'égard de l'autre Par
tie qui a la facilité de la Navigation pour
objet ; en attendant la maniere , dont l
premiere sera reçue. Il ne craint point d'a
vancer qu'il mettra les chofes aú poing
que le moindre Pilote fera en état de dé.
cider une question qui embarrasseroit le
plus habiles du métier , et cela sans une
grande étude , ni même beaucoup d'ap
plication. Dès la premiere explication i!
sera en état de décider , sans crainte de se
tromper. La proposition est un peu forte
aussi ne l'ai-je voulu faire , dit il , qu'après avoir donné de nouvelles preuves de suffisance. Ainsi sans retracter rien de c
que j'ai avancé , je crois pouvoir dire que
sans avoir trouvé les longitudes , je dônnerai des moyens qui feront un effet fort
approchant. Je ferai voir , par exemple ,
que la grande difference qui se trouve
dans la route de plusieurs Pilotes également habiles , ne vient que des courans.
Le
OCTOBRE. 1732. 2169
Le remede à cette erreur sera un moyen
de connoître les courans que je donnerai,
Le moyen sera de pratique , je n'en proposerai jamais d'autre ; je donnerai ure
maniete de mesurer le Sillage bien plus
exacte et même plus facile que toutes celles dont on s'est servi jusqu'à aujourd'hui;
en un mot , sans parler de bien d'autres
choses de moindre conséquence , j'espere que le public n'aura pas moins lieu
d'être content des moyens que je donnerai pour la facilité de la Navigation , que
je crois qu'il le sera de ceux que je donne
aujourd'hui,
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Résumé : METHODE pour gouverner un Vaisseau, et pour en retarder le Sillage dans une Mer qui n'a point de fond.
Le texte aborde des techniques pour gouverner un vaisseau et retarder son sillage dans une mer sans fond. La navigation est facilitée en augmentant le volume supérieur du vaisseau et en diminuant le volume inférieur. Pour retarder le sillage, il est recommandé de réduire le volume hors de l'eau et d'augmenter celui immergé. L'accent est mis sur l'importance d'accroître le volume inférieur du vaisseau, ce qui peut être réalisé par diverses méthodes. Deux approches spécifiques sont proposées pour augmenter le volume inférieur. La première méthode consiste à attacher une voile à un câble chargé d'un poids. Cette voile retarde le mouvement du vaisseau et le gouverne en résistant au vent. La seconde méthode utilise une vergue attachée à une corde, formant un triangle, qui offre une résistance sur toute sa longueur. Ces méthodes présentent plusieurs avantages, notamment le retardement du sillage et le gouvernement du vaisseau sans effort supplémentaire de l'équipage. Elles sont simples, économiques et efficaces, même en cas de tempête. Le texte souligne également leur utilité pour prévenir les naufrages et améliorer la sécurité et la facilité de la navigation. L'auteur mentionne qu'il pourra fournir des moyens pratiques pour connaître les courants et mesurer le sillage avec précision.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 2165-2166
SONNET sur les Bouts-rimez, proposez dans le Mercure de May.
Début :
Les Suppôts de Bacchus ne parlent que de Boire, [...]
Mots clefs :
Boire, Butin, Foire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET sur les Bouts-rimez, proposez dans le Mercure de May.
SONNET sur les Bouts - rimez
proposez dans le Mercure de May.
Es Suppôts de Bacchus ne parlent que de Boire
Le Corsaire Phorbas ne pense qu'au Busin
Le suberbe Pedant ne dit que du Latin,
Le jargon du Marchand n'est que commerce et Foire.
Damon qui n'a rien vû que les bords de la Loire ,
moins qued'emprunter le secours d'un Latin ,
Ne
2166 MERCURE DE FRANCE
Nesçauroit discourir , si ce n'est de Satin ,
De Moire , de Tabis , ou de Pomme et de Poire.
Tour moi qui fais des Vers, un mystique Rabot,
M'a dressé , m'a poli lors que j'étois
Mais le temps écoulé m'a fait devenir
Nabot ,
Souche ;
Cependant jusqu'icy j'ai conduit mon Bateau,
Et quand dans ce Sonnet j'aurai mis un Ruisseau
S'il n'est droit à vos yeux , c'est que vous êtes
Louche.
proposez dans le Mercure de May.
Es Suppôts de Bacchus ne parlent que de Boire
Le Corsaire Phorbas ne pense qu'au Busin
Le suberbe Pedant ne dit que du Latin,
Le jargon du Marchand n'est que commerce et Foire.
Damon qui n'a rien vû que les bords de la Loire ,
moins qued'emprunter le secours d'un Latin ,
Ne
2166 MERCURE DE FRANCE
Nesçauroit discourir , si ce n'est de Satin ,
De Moire , de Tabis , ou de Pomme et de Poire.
Tour moi qui fais des Vers, un mystique Rabot,
M'a dressé , m'a poli lors que j'étois
Mais le temps écoulé m'a fait devenir
Nabot ,
Souche ;
Cependant jusqu'icy j'ai conduit mon Bateau,
Et quand dans ce Sonnet j'aurai mis un Ruisseau
S'il n'est droit à vos yeux , c'est que vous êtes
Louche.
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Résumé : SONNET sur les Bouts-rimez, proposez dans le Mercure de May.
Le sonnet 'SONNET sur les Bouts - rimez' décrit des personnages obsédés par leurs passions : les suppôts de Bacchus par la boisson, Phorbas par son métier de corsaire, le pédant par le latin, et le marchand par le commerce. Damon, familier des bords de la Loire, parle de satin, moire, tabis, pommes ou poires. L'auteur se compare à un bateau formé et poli par un mystique rabot, mais réduit à une souche par le temps. Il conclut que si son sonnet ne plaît pas, c'est que le lecteur est louche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 2166-2170
LETTRE d'un Chirurgien de Soissons, à M. FOUBERT, Maître Chirurgien de Paris, sur l'Opération de la Taille.
Début :
Vous connoissez sans doute, Monsieur, une Lettre de M. Morand, [...]
Mots clefs :
Opération de la taille, Méthode, M. Cheselden, Chirurgien, Malade, M. Morand, Guérisons, Académie de Saint Côme, Lithotomie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Chirurgien de Soissons, à M. FOUBERT, Maître Chirurgien de Paris, sur l'Opération de la Taille.
LETTRE d'un Chirurgien de Soissons,
à M. FOUBERT, Maître Chirurgien
de Paris , sur l'Opération de la Taille.
V
Ous connoissez sans doute , Monsieur , une Lettre de M. Morand
Chirurgien de Paris , insérée dans le Mercure d'Aoust , et qui contient le détail de
quelques Tailles faites selon la Méthode
de M. Cheselden. J'ai appris avec étonnement par cette Lettre , que vous aviez
fait deux Tailles , selon la Méthode Angloise , ou du moins avec si peu de changemens , que M. Morand se croit en droit
de rapporter à la Méthode de M. Cheselden , le succès de vos Opérations.
Seroit
OCTOBRE. 1732. 2167
Seroit-il donc vrai , Monsieur , que
vous auriez abandonné la Méthode dont
je vous ai cru l'inventeur , et queje vous
vis pratiquer icy il y a quelques mois ?
Au premier coup d'œil elle me parut
pour le manuel entierement differente
de celle de M. Ch selden; mais vous eûtes
la bonté de me faire connoître que le lieu
de l'incision la rendoit encore plus diffé
rente ; en effet , vous incisicz , si je ne me
trompe, le corps même de la Vessie , au
dessus des Prostates ; et au contraire , M.
Cheselden , dans son Opération , coupe le
col de la Vessie , la Prostate et le com-"
mencement de l'Uretre.
Ces deux Opérations sont si differentes
que je ne puis me persuader que M. Morand les ait regardées comme semblables;
mandez moi donc , je vous supplie , ce
qui vous détermine à quitter votre ancienne façon d'opérer.
Au reste , le malade que je vous ai vû
tailler se trouve parfaitement guéri ; mais
c'est moins sur ce succès que sur les raisons que vous me donnâtes dans le tems
que j'ai jugé de la bonté de votre opération.
Je vous avouerai que l'argument qu'on
voudroit tirer d'un grand nombre de guérisons faites par une méthode , est , à
mon
2168 MERCURE DE FRANCE
mon avis , l'argument le moins décisif
qu'on puisse employer pour prouver que
cette Méthode mérite la préference sur
toutes les autres.
Pour qu'on pût décider de l'excellence
d'une Méthode , sur ce qu'elle auroit
operé des guérisons plus nombreuses , il
faudroit que le concours des circonstances se fut trouvé précisement le même .
dans les opérations faites selon les unes et
les autres Méthodes , ce qui est moralement impossible ; aussi arrive- t'il souvent
qu'après la guérison , une cicatrice cache
aux yeux des plus habiles gens , les fautes
qui ont peut-être été commises dans une
opération ; lors qu'au contraire on trouve
quelquefois dans l'ouverture du cadavre
de quoi justifier pleinement et l'Operareur et la Methode qu'on a suivie.
Les illustres Lithotomistes que vous
possedez à Paris , sentent bien, à ce qu'il
paroît , Monsieur , le peu de fondement
qu'on doit faire sur les listes semblables
àcelles que produit M. Morand: sans cela
nous verrions les nouvelles publiques
remplies de leurs promesses. Mais si les
listes dont il s'agit font peu d'impression
sur l'esprit des gens éclairés , ou de ceux
qui libres de préjugés et d'interêts , cherchent sincerement la verité , elles servent
du
OCTOBRE. 1732. 2169
du moins à faire observer avec attention
ceux qui les fournissent.
Pour moi , j'approuve beaucoup les efforts qu'on fait pour se rendre habile ;
mais je voudrois que le bien general' n'en
souffrit jamais ; cependant rien ne me paroît plus dangereux que de prévenir le
Public en faveur d'une opération à laquelle il ne doit néanmoins donner sa
confiance que lorsque les gens les plus
fameux dans l'Art l'auront approuvée.
Donner avec appareil dans le Mercure des
listes de guérisons , ce n'est pas sculement
vouloir remettre au Public la décision
d'une question sur laquelle il ne peut ju
ger; c'est presque , j'ose le dire , le séduire , en lui présentant l'état de la question dans un point de vûë tout different
de celui dans lequel il conviendroit de
l'envisager.
Les guérisons que M. Morand publie ,
sont des faits qu'il n'est peut- être pas
inutile de conserver ; j'en conviens avec
vous , Monsieur , mais je pense qu'il eut
encore mieux valu les laisser dans l'oubli
que de les divulguer sans mettre le Public en garde contre l'abus qu'il en peut
faire. Pourquoi ne se pas contenter d'annoncer ces cures aux gens de la Profession ? Votre Académie de S. Côme ne
D de-
2170 MERCURE DE FRANCE
devoit-elle point naturellement en être
la dépositaire , elle de qui le Public attend la perfection de la Lithotomie, comme celle de toutes les autres opérations
de Chirurgie. J'ai l'honneur d'être , &c.
F. J.
A Soissons , le 14 Septembre 1732
à M. FOUBERT, Maître Chirurgien
de Paris , sur l'Opération de la Taille.
V
Ous connoissez sans doute , Monsieur , une Lettre de M. Morand
Chirurgien de Paris , insérée dans le Mercure d'Aoust , et qui contient le détail de
quelques Tailles faites selon la Méthode
de M. Cheselden. J'ai appris avec étonnement par cette Lettre , que vous aviez
fait deux Tailles , selon la Méthode Angloise , ou du moins avec si peu de changemens , que M. Morand se croit en droit
de rapporter à la Méthode de M. Cheselden , le succès de vos Opérations.
Seroit
OCTOBRE. 1732. 2167
Seroit-il donc vrai , Monsieur , que
vous auriez abandonné la Méthode dont
je vous ai cru l'inventeur , et queje vous
vis pratiquer icy il y a quelques mois ?
Au premier coup d'œil elle me parut
pour le manuel entierement differente
de celle de M. Ch selden; mais vous eûtes
la bonté de me faire connoître que le lieu
de l'incision la rendoit encore plus diffé
rente ; en effet , vous incisicz , si je ne me
trompe, le corps même de la Vessie , au
dessus des Prostates ; et au contraire , M.
Cheselden , dans son Opération , coupe le
col de la Vessie , la Prostate et le com-"
mencement de l'Uretre.
Ces deux Opérations sont si differentes
que je ne puis me persuader que M. Morand les ait regardées comme semblables;
mandez moi donc , je vous supplie , ce
qui vous détermine à quitter votre ancienne façon d'opérer.
Au reste , le malade que je vous ai vû
tailler se trouve parfaitement guéri ; mais
c'est moins sur ce succès que sur les raisons que vous me donnâtes dans le tems
que j'ai jugé de la bonté de votre opération.
Je vous avouerai que l'argument qu'on
voudroit tirer d'un grand nombre de guérisons faites par une méthode , est , à
mon
2168 MERCURE DE FRANCE
mon avis , l'argument le moins décisif
qu'on puisse employer pour prouver que
cette Méthode mérite la préference sur
toutes les autres.
Pour qu'on pût décider de l'excellence
d'une Méthode , sur ce qu'elle auroit
operé des guérisons plus nombreuses , il
faudroit que le concours des circonstances se fut trouvé précisement le même .
dans les opérations faites selon les unes et
les autres Méthodes , ce qui est moralement impossible ; aussi arrive- t'il souvent
qu'après la guérison , une cicatrice cache
aux yeux des plus habiles gens , les fautes
qui ont peut-être été commises dans une
opération ; lors qu'au contraire on trouve
quelquefois dans l'ouverture du cadavre
de quoi justifier pleinement et l'Operareur et la Methode qu'on a suivie.
Les illustres Lithotomistes que vous
possedez à Paris , sentent bien, à ce qu'il
paroît , Monsieur , le peu de fondement
qu'on doit faire sur les listes semblables
àcelles que produit M. Morand: sans cela
nous verrions les nouvelles publiques
remplies de leurs promesses. Mais si les
listes dont il s'agit font peu d'impression
sur l'esprit des gens éclairés , ou de ceux
qui libres de préjugés et d'interêts , cherchent sincerement la verité , elles servent
du
OCTOBRE. 1732. 2169
du moins à faire observer avec attention
ceux qui les fournissent.
Pour moi , j'approuve beaucoup les efforts qu'on fait pour se rendre habile ;
mais je voudrois que le bien general' n'en
souffrit jamais ; cependant rien ne me paroît plus dangereux que de prévenir le
Public en faveur d'une opération à laquelle il ne doit néanmoins donner sa
confiance que lorsque les gens les plus
fameux dans l'Art l'auront approuvée.
Donner avec appareil dans le Mercure des
listes de guérisons , ce n'est pas sculement
vouloir remettre au Public la décision
d'une question sur laquelle il ne peut ju
ger; c'est presque , j'ose le dire , le séduire , en lui présentant l'état de la question dans un point de vûë tout different
de celui dans lequel il conviendroit de
l'envisager.
Les guérisons que M. Morand publie ,
sont des faits qu'il n'est peut- être pas
inutile de conserver ; j'en conviens avec
vous , Monsieur , mais je pense qu'il eut
encore mieux valu les laisser dans l'oubli
que de les divulguer sans mettre le Public en garde contre l'abus qu'il en peut
faire. Pourquoi ne se pas contenter d'annoncer ces cures aux gens de la Profession ? Votre Académie de S. Côme ne
D de-
2170 MERCURE DE FRANCE
devoit-elle point naturellement en être
la dépositaire , elle de qui le Public attend la perfection de la Lithotomie, comme celle de toutes les autres opérations
de Chirurgie. J'ai l'honneur d'être , &c.
F. J.
A Soissons , le 14 Septembre 1732
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Résumé : LETTRE d'un Chirurgien de Soissons, à M. FOUBERT, Maître Chirurgien de Paris, sur l'Opération de la Taille.
Le chirurgien de Soissons adresse une lettre à M. Foubert, maître chirurgien de Paris, pour discuter de la méthode de l'opération de la taille. Il fait référence à une lettre de M. Morand, publiée dans le Mercure d'août, qui décrit des opérations effectuées selon la méthode de M. Cheselden. Le chirurgien de Soissons exprime sa surprise que M. Foubert ait adopté cette méthode, alors qu'il avait auparavant pratiqué une technique différente, jugée plus efficace. Le chirurgien de Soissons distingue les deux méthodes : M. Foubert incise le corps de la vessie au-dessus des prostates, tandis que M. Cheselden coupe le col de la vessie, la prostate et le début de l'urètre. Il demande à M. Foubert les raisons de ce changement de méthode. Il critique l'argument des guérisons nombreuses pour prouver l'excellence d'une méthode, soulignant que les circonstances des opérations ne sont jamais identiques. Il approuve les efforts pour améliorer les compétences, mais met en garde contre la divulgation prématurée de nouvelles méthodes au public. Il suggère que les décisions concernant les méthodes chirurgicales doivent être validées par les experts de la profession. Il estime que les guérisons publiées par M. Morand auraient dû être partagées uniquement avec les professionnels de la santé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 2170-2171
RÉPONSE de M. Foubert, Maître Chirurgien de Paris, à M. F. J.
Début :
Vous êtes surpris, Monsieur, de me voir dans le Mercure du mois [...]
Mots clefs :
Opération de la taille, Lithotomistes, M. Cheselden, M. Morand
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. Foubert, Maître Chirurgien de Paris, à M. F. J.
REPONSE de M. Foubert , Maître
Chirurgien de Paris , à M. F. J.
V
Ous êtes surpris , Monsieur , de me
voir dans le Mercure du mois
d'Août , au nombre des Lithotomistes
qui suivent la Méthode de M. Cheselden.
J'en ai été aussi étonné que vous , nonseulement parce que je n'avois pas prié
M. Morand de m'annoncer au Public
mais encore parce qu'il y a une trèsgrande difference entre la Méthode qu'il
suit , et celle que je pratique. J'ai cu
l'honneur de présenter à l'Académie
de Chirurgie un Mémoire qui ne
permet pas à M. Morand d'ignorer
la Méthode dont je suis l'Auteur , Il doit
›
y avoir vû que pour faire l'Opération de
la Taille , je n'ouvre que le corps de la
vessie entre le col et la vesicule seminale
gauche , et que je n'endommage point
les
OCTOBRE. 1732. 2171
les parties qu'il coupe par l'opération
Angloise , sçavoir l'uretre , la prostate
le col , le sphincter de la vessie , &c. Il
connoît mes instrumens , il sçait que je
ne me sers que d'un trois- cart crenellé ,
sur lequel je dirige un coûteau fort different de celui de M. Cheselden , sans avoir
besoin de sonde dans l'uretre , ni d'un
homme extrêmement adroit pour la tenir.
›
Depuis deux ans je n'ai point eu d'autre façon d'opérer , et jamais je n'ai fait '
sur les vivans l'opération de M. Che
selden.
Du reste Monsieur vos refléxions
me paroissent très-judicieuses , et je vous
prie de croire que le succès de mes opérations , n'eût jamais été annoncé en cette
maniere , si M. Morand ne l'eût fait sans
mon aveu , croyant sans doute m'obliger. Je suis très - parfaitement , Monsieur , &c.
AParis, ce 20 Septembre 1732.
Chirurgien de Paris , à M. F. J.
V
Ous êtes surpris , Monsieur , de me
voir dans le Mercure du mois
d'Août , au nombre des Lithotomistes
qui suivent la Méthode de M. Cheselden.
J'en ai été aussi étonné que vous , nonseulement parce que je n'avois pas prié
M. Morand de m'annoncer au Public
mais encore parce qu'il y a une trèsgrande difference entre la Méthode qu'il
suit , et celle que je pratique. J'ai cu
l'honneur de présenter à l'Académie
de Chirurgie un Mémoire qui ne
permet pas à M. Morand d'ignorer
la Méthode dont je suis l'Auteur , Il doit
›
y avoir vû que pour faire l'Opération de
la Taille , je n'ouvre que le corps de la
vessie entre le col et la vesicule seminale
gauche , et que je n'endommage point
les
OCTOBRE. 1732. 2171
les parties qu'il coupe par l'opération
Angloise , sçavoir l'uretre , la prostate
le col , le sphincter de la vessie , &c. Il
connoît mes instrumens , il sçait que je
ne me sers que d'un trois- cart crenellé ,
sur lequel je dirige un coûteau fort different de celui de M. Cheselden , sans avoir
besoin de sonde dans l'uretre , ni d'un
homme extrêmement adroit pour la tenir.
›
Depuis deux ans je n'ai point eu d'autre façon d'opérer , et jamais je n'ai fait '
sur les vivans l'opération de M. Che
selden.
Du reste Monsieur vos refléxions
me paroissent très-judicieuses , et je vous
prie de croire que le succès de mes opérations , n'eût jamais été annoncé en cette
maniere , si M. Morand ne l'eût fait sans
mon aveu , croyant sans doute m'obliger. Je suis très - parfaitement , Monsieur , &c.
AParis, ce 20 Septembre 1732.
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Résumé : RÉPONSE de M. Foubert, Maître Chirurgien de Paris, à M. F. J.
M. Foubert, chirurgien à Paris, a répondu à M. F. J. concernant une publication dans le Mercure d'août 1732 qui le mentionnait parmi les lithotomistes utilisant la méthode de M. Cheselden. Foubert a exprimé sa surprise, car il n'avait pas demandé à M. Morand de l'annoncer au public. Il a souligné une différence majeure entre la méthode de Morand et la sienne. Foubert a présenté un mémoire à l'Académie de Chirurgie détaillant sa méthode, qui consiste à ouvrir uniquement le corps de la vessie entre le col et la vésicule séminale gauche, évitant ainsi d'endommager l'urètre, la prostate, le col et le sphincter de la vessie. Il utilise un instrument spécifique, un trois-cart crenellé, et un couteau différent de celui de Cheselden, sans nécessiter de sonde dans l'urètre ni d'homme adroit pour la tenir. Depuis deux ans, Foubert n'a pratiqué que sa propre méthode et n'a jamais effectué l'opération de Cheselden sur des vivants. Il reconnaît la justesse des réflexions de M. F. J. et regrette que le succès de ses opérations ait été annoncé sans son aval, bien que Morand ait probablement agi avec de bonnes intentions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 2172-2173
A M. Nericault Destouches.
Début :
De nos jours, aimable Terence, [...]
Mots clefs :
Coeur, Art, Plaisir, Scène, Traits, Orgueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. Nericault Destouches.
A M. Nericault Destouches.
E nos jours,aimable Terence ,
Jouis des applaudissemens ,
Dont le bon goût qui reste en France ,
Et que tu fais revivre, honore tes talens.
Ton Art , ami de la Nature ,
Donne de l'ame à ses portraits ,
Et par une heureuse imposture
De la réalité la feinte a tous les traits.
J'admire dans chaque partie
Ce qui me charme dans le tout ;
La Scene à la Scene assortie
De plaisirs en plaisirs me conduit jusqu'au bout.
Le Philosophe m'interesse ,
La Coquette me divertit ,
Mélite surprend ma tendresse ,
Et je pleure et je ris quand l'Oncle s'attendrit.
La noblesse des caracteres
Me charme dans le Glorieux ;
Com
OCTOBRE. 1732 2173
Combien de mouvemens contraires
Agitent tour à tour son cœur impérieux.
L'orgueil , ce vice détestable ,
Malgré lui se voit confondu ,
9
Que la sœur du Comte est aimable !
Son cœur répare bien tout ce qu'elle a perdu
Par tout, d'ingénieux contrastes
Naissent sous ta féconde main ;
Tu sçais mieux que les Teophrastes ,
Déployer avec art le fond du cœur humain.
Tu découvres de nos caprices
Jusques aux traits les moins connus ;
Ton esprit sçait peindre les vices ,
Et ton cœur sans effort exprime les vertus.
En vain l'envieuse Critique
Maigrit et séche de dépit ,
Lors
Laisse gronder ce monstre étique
que pour te venger tout Paris t'aplaudit.
G. D. V.
E nos jours,aimable Terence ,
Jouis des applaudissemens ,
Dont le bon goût qui reste en France ,
Et que tu fais revivre, honore tes talens.
Ton Art , ami de la Nature ,
Donne de l'ame à ses portraits ,
Et par une heureuse imposture
De la réalité la feinte a tous les traits.
J'admire dans chaque partie
Ce qui me charme dans le tout ;
La Scene à la Scene assortie
De plaisirs en plaisirs me conduit jusqu'au bout.
Le Philosophe m'interesse ,
La Coquette me divertit ,
Mélite surprend ma tendresse ,
Et je pleure et je ris quand l'Oncle s'attendrit.
La noblesse des caracteres
Me charme dans le Glorieux ;
Com
OCTOBRE. 1732 2173
Combien de mouvemens contraires
Agitent tour à tour son cœur impérieux.
L'orgueil , ce vice détestable ,
Malgré lui se voit confondu ,
9
Que la sœur du Comte est aimable !
Son cœur répare bien tout ce qu'elle a perdu
Par tout, d'ingénieux contrastes
Naissent sous ta féconde main ;
Tu sçais mieux que les Teophrastes ,
Déployer avec art le fond du cœur humain.
Tu découvres de nos caprices
Jusques aux traits les moins connus ;
Ton esprit sçait peindre les vices ,
Et ton cœur sans effort exprime les vertus.
En vain l'envieuse Critique
Maigrit et séche de dépit ,
Lors
Laisse gronder ce monstre étique
que pour te venger tout Paris t'aplaudit.
G. D. V.
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Résumé : A M. Nericault Destouches.
L'auteur adresse une lettre à M. Nericault Destouches, le comparant à Terence, un dramaturge célèbre. Il exprime son admiration pour les œuvres de Destouches, soulignant leur fidélité à la nature et leur capacité à donner de l'âme aux portraits. Chaque scène suscite divers sentiments, allant de l'intérêt philosophique au divertissement, en passant par la tendresse et la joie. Les personnages, tels que le Philosophe, la Coquette, Mélite et l'Oncle, sont appréciés pour leur authenticité et leur capacité à émouvoir. Le texte loue également la noblesse des caractères et les contrastes ingénieux présents dans les œuvres de Destouches. L'auteur admire la capacité de Destouches à révéler les caprices humains et à peindre les vices tout en exprimant les vertus. Enfin, il mentionne que la critique envieuse ne peut nuire à la popularité de Destouches, car tout Paris l'applaudit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 2174-2187
QUATRIEME Lettre écrite par M. D. L. R. à M- le Marquis de B. au sujet de la conquête d'Oran, &c.
Début :
Il me reste, Monsieur, peu de chose à vous dire au sujet de la Conquête d'Oran en elle-même. [...]
Mots clefs :
Conquête d'Oran, Commerce, Pirates, Prince Maure, Troupes, Alger, Nonce d'Espagne, Rome, André Doria, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRIEME Lettre écrite par M. D. L. R. à M- le Marquis de B. au sujet de la conquête d'Oran, &c.
QUATRIEME Lettre écrite par M. D.
L. R. à M-le Marquis de B. au sujet de
la conquête d'Oran , &c.
Idire au sujet de la Conquête d'Oran en elle- L me reste , Monsieur , peu de chose à vous
même. C'est une affaire heureusement copsommée par rapport au principal objet de larement et de l'Expédition. Sçavoir la prise de deux
Places importantes , qui assûrent la Navigation
et le Commerce dans une partie de la Mer Méditerrannée , contre les courses des Pyrates, Maures , et qui font aussi la sûreté des côtes d'Espagne très- peu éloignées de celles de Barbarie ; outre que la Religion et la Couronne d'Espagne rentrent par là dans leur ancienne possession. IL
est vrai , Monsieur , que par ma derniere Lettre
vous vous attendez d'apprendre de nouveaux
progrez des Armes de S. M. C. en Affrique. En
effet , le Comte de Montemar , après avoir sou
mis beaucoup de Païs aux environs , avoit fait ,
comme je vous l'ai mandé, un détachement considérable d'Infanterie et de Cavalerie , commandé par le Marquis de Villa - Darias , pour aller
faire le Siége de Mostagran , Ville située à l'em- bouchure de la Riviere de Chilef , à IS lieuës
d'Oran , du côté d'Alger ; à laquelle embouchure il avoit envoyé des Vaisseaux de Guerre et des
Galleres pour ' attaquer en même- temps la Place
par Mer. Mais les Vents contraires ayant empêché pendant plusieurs jours l'Escadre d'avancer , temps dont les ennemis ont sçu profiter
pour
OCTOBRE. 1732. 2175
pour se fortifier et pour recevoir des secours , le
Comte de Montemar envoya ordre au Marquis
de Villa- Darias de revenir au Camp avec ses
Troupes, remettant cette Expédition à une con- joncture plus favorable.
Depuis , ce General ayant reçu du Roy d'Espagne des Ordres précis de faire rembarquer toutes les Troupes , à l'exception de ce qui doit
composer les Garnisons des Places conquises , il
y a satisfait , et on a eu avis que la Flote et tous
les Bâtimens de transport étoient heureusement
arrivez dans les Ports d'Espagne. Le Comte de
Montemar s'est ensuite embarqué lui- même
venir rendre compte au Roy du succès de l'Expédition. On apprend qu'il est arrivé à la Cour le 17 d'Aoust que S. M. l'avoit fait Chevalier
de la Toison d'or , ainsi que Don Joseph Pathino , et qu'elle avoit honoré le Comte d'un
accueil des plus favorables.
pour
Pour ce qui regarde le Prince Maure, dont toutes les Nouvelles publiques ont parlé , qui offroit
la jonction de ses Troupes , pour réduire une
grande étendue de Païs , de donner son Fils en
Otage , &c. et qu'on attendoit même à Madrid ,
je n'en ai encore rien appris que je puisse vous donner pour certain. Mais la chose est
très-vraisemblable , et il n'est pas nouveau que
des Princes Mautes ayent recherché l'alliance des
Rois d'Espagne. Pour ne point sortir du sujet ni du Pays d'Oran , je vous dirai , Monsieur
ce que l'Histoire m'apprend à cet égard.
pour
A peine le Cardinal Ximenés étoit repassé en
Espagne , de retour de sa conquête , qu'il arriva
à la Cour des Ambassadeurs faire des propositions de la part du Roi de Tremesen ,
quelques moindres Princes de la Mautitanic , ofDiiij frant
et de
9
2176 MERCURE DE FRANCE
frant de rendre tous les Esclaves Chrétiens , de
payer même un tribut à laCouronne d'Epagne , en
faisant de grandes instances pour l'ouverture du commerce entre Oran et les Etats de ces Princes.
Ces Ambassadeurs , entr'autres choses , présenterent au Roi dix des plus beaux chevaux du pays,
magnifiquement harnachez , dix Faucons tout
dressez , de riches tapis , et un Lion apprivoisé
d'une grandeur et d'une beauté extraordinaire.
Je ne doute pas , Monsieur , qu'à mesure que
le Roi d'Espagne s'affermira dans sa nouvelle
conquête , et que ses Armes auront du progrès
dans le pays , les Puissances voisines ne tiennent
une pareille conduite.
Vous avez sçû , sans doute , que l'allarme a
été grande à Alger avant même la prise d'Oran ,
qui faisoit partie de cette Régence ; Alger , dis- je,
Ville si fiere , si bien munie , et si redoutable à la
Navigation , et au Commerce de la Chrétienté.
Aux seuls préparatifs de l'armement , la terreur
a été telle que les Algeriens avoient envoyé les
femmes , les enfans et leurs meilleurs effets dans
les Montagnes , et que la Régence avoit envoyé
une députation au Grand Seigneur pour deman- der du secours. Le Bailli de Vattan étant allé
dans le même tems à Alger avec l'Escadre des
Vaisseaux du Roi , qu'il commande , il a trouvé
les choses sur le pied que je viens de dire ; quelques Lettres ajoûtent que le Dey allarmé lui
avoit demandé si la France s'unissoit à l'Espagne
contre cette Régence , à quoi M. de Vattan
avoit répondu que quand le Roi son Maître auroit sujet de se plaindre d'elle il sçauroit la punir,
sans avoir besoin d'autré puissance que dela sienne.Veuille le Ciel humilier de plus en plus ces ennemis du Christianisme et du Genre humain. Et
puis-
OCTOBRE. 1732. 2177
puissent enfin les Vainqueurs d'Oran y faire
reporter ces fameuses Cloches qui en furent
' enlevées lors de la derniere invasion , et menées ,
pour ainsi dire , Captives à Alger.
D
Cependant vous ne sçauriez croire , Monsieur,
combien tout le Monde chrétien à été sensible
à l'heureux succès des Armes du Roi d'Espagne
à commencer par la capitale. Le Cardinal Ben
tivoglio , Ministre de cette Couronne à Rome
reçût l'heureuse nouvelle le 2.1 . Juillet , sans par- ler des dépêches du Nonce d'Espagne , qu'un autre Courrier apporta le même jour. Le Pape reçût cette nouvelle avec un excès de joye. S. S. en donna sur le champ des marques publiques Après
avoir fait l'éloge de la pieté et du zele de S. M. C.
elle assura le Cardinal B. qu'elle feroit tout ce
qui seroit en son pouvoir pour seconder ses
grands et ses pieux desseins. Le Pape résolut en
même-tems d'envoyer au Roi d'Espagne un Bref de félicitation , d'exhortation , &c. Le Cardinal
Alberoni partit quelques jours après pour Florence pour complimenter l'Infant Don Carlos sur cet évenement.
Ce Prince qui avoir reçu la même nouvelle le
20. se rendit d'abord à l'Église de l'Annonciade ,
où il fit chanter le Te Deum , en actions de gra
ces. Le Grand Duc le fit chanter dans l'Eglise
Métropolitaine de Florence..
* Ce sont les grandes Cloches que le C. Ximenés
fit fondrepour la principale Eglise d'Oran , qu'il nomma Notre- Dame de la Victoire. Les Maures
Les enleverent en l'année 1708. les porterent à Alger, et affecterent de les placer à une des Portes de
La Ville , où on les voit encore comme une espece de
triomphe sur les Chrétiens.. D Y
2178 MERCURE DE FRANCE
Je reviens à Rome , pour ajouter que le Pape
fit part au Sacré Collège de la prise d'Oran, &c.
dans un Consistoire particulier,tenu le 11 Aoust;
et le 13 , on commença par ordre de S. S. les ré
jouissances publiques. On sonna toutes les Cloches de la Ville , on tira le Canon du Château
S. Ange , et le soir il y eut des Feux et des Illuminations par toute la Ville. Le 15. Fête de l'Assomption, le Pape se rendit, en grand Cortege , à
l'Eglise de Sainte Marie Majeure , où S. S. tint
Chapelle Pontificale , à laquelle le Sacré Collége
assista. La Messe y fut célebrée par le Cardinal de
la Mirandole, Archiprêtre de cette Eglise, et aprèsla Messe on chanta le Te Deum à plusieurs
Chœurs de Musique. Il y eut un grand concours de personnes de distinction , et une affluance extraordinaire de Peuple. Le Château S. Ange
fit plusieurs décharges de toute son Artillerie.
Le Cardinal Bentivoglio avoit déja fait chanter le Te Deum solemnellement dans l'Eglise Nationnale des Espagnols , le 25 Juillet , jour de St
Jacques , auquel le Cardinal Belluga , Protecteur
des Affaires d'Espagne , celebra , avec beaucoup
de pompe , la Fête de cet Apôtre , Patron des
Espagnes.
-Je m'attens bien d'apprendre dans peu de jours:
que de pareilles actions de graces ont été renduës
dans Oran même , et que l'exercice de la vraie
Religion s'y fait actuellement dans les mêmes
Temples , dont le Mahométisme s'étoit emparé;
que les Livres d'Eglise y sont à la place de l'Alcoran et de la à Sunnah , et que la Foy pourroit
a C'est ainsi que les Mahometans appellent le Recueil des Faits et Dits de Mahomet , conservez
par tradition , &c. C'est comme la Miscnah des
Hebreux; la seconde Loy , la Loy Orale . c.
enfin
OCTOBRE. 1732. 2179
enfin penetrer delà dans le reste de cette Partie
de l'Affrique , où elle a été autrefois si floris- sante.
Vous me demanderez peut être , Monsieur , si
on n'a point rapporté parmi les dépouilles des
deux Places conquises , quelques Manuscrits de
Littérature Arabe? Cela se pourroit fort bien ;
les Sciences n'ont pas moins fleuri sous les Califes d'Affrique que sous ceux de l'Asie, et particu- lierement dans les Païs circonvoisins d'Oran, sur
tout après l'expulsion des Arabes de toute l'Espagne ; expulsion qui contribua beaucoup à faire
de cette Ville , l'une des plus grandes , des plus:
celebres et des plus riches Villes du Mahométisme,où se retirerent les Personnages les plus con- sidérables en tout genre.
Les Historiens Espagnols m'apprennent que
lorsque le Cardinal Ximenés fit son entrée solemnelle dans Alcala , après la Conquête d'Oran ; la
seconde chose qui parut dans son triomphe, après
plusieurs Chameaux , conduits par des Esclaves
chargez de Pieces d'or et d'Argent destinées pour
le Roy , ce fut une quantité de Livres Arabes d'Histoire , de Médecine , d'Astrologie , &c. qui
furent placez dans la Bibliotheque du Cardinal ,
lequel les laissa depuis à la Bibliotheque de l'Université d'Alcala , qu'il avoit fondée , où on les
voit encore aujourd'hui.
Ximenês n'a pas sans doute tout enlevé, et dans
Fespace d'environ 25 années qu'a duré la derniere invasion , il peut être entré dans Oran d'au
tres Manuscrits Arabes , curieux et utiles ; le
Païs des environs et sur tout la Ville de Trémé
sen , qui a fondé celle d'Oran , ne doivent pas em
être dépourvûs. Je connois deux Autheurs de réputation , originaires de cette même Ville , done D vi les:
3 MERCURE DE FRANCE
-
les Ouvrages sont fort estimez par les Bibliogra
phes Orientaux. Le premier est Assifeddin , Soliman Ben Ali , surnommé Telmessani ou de
Tremesen , Autheur d'un Scharh , ou Commentaire sur le Poeme du celebre Ebn * Faredh , intitulé , Taiiah. Ce Commentateur est mort l'an
690 de l'Hégire 1291. de J. C. L'autre Ecrivain
Arabe est Schamseddin , Mohammed Ben Amed,
Ebn Al Merousi , Marzouk , aussi surnommé
Talmessani, ou de Trémésen. Il est Autheur d'un
Livre , intitulé : AschrafAl Thoraf l'Almalek Al
Aschraf: C'est un Recueil de Eons Mots et de
Contes agréables , dédié à Malek Al Aschraf
Roy d'Egypte , avec un Traité de l'Egypte, dans
lequel l'Autheur prétend prouver que c'est le meilleur Pais de toute la Terre habitable Il mourut l'an 781. de l'H.gire ou l'an 1379. de notre
époque. Mais lais ons à l'illustre Gouverneur
d'Oran 1 soin de recueillir tout ce qui peut être
resté de bon dans le Païs , en fait d'Erudition
Arabe Il est plus en état que personne de le faire,
avec un juste discernement , et d'en enrichir un
jour la République des Lettres.
Vous me paroissez touché du mérite d'André
Doria , le Liberateur d'Oran , et content de la
Médaille de ce grand Homme , dont je vous ai
Scharfeddin Omar Ebn' Faredh , originaire
de Hamal , en Syrie , né au Caire l'an 577 de
l'Hegire , ou 1181. de J. C. fut l'un des plut Illus- tres Poëtes Arabes. Le Recueil de ses Poësies, sous le
nom de Divan , est tres- estimé , et a eu plusieurs
Commentateurs. Il composa le Taiiah , en faveur
des Sofis , espece de Religieux Musulmans qui
donnent dans la Mysticité , &c. Les Foësies de cet Autheur sont dans la Bibliotheque du Roy.. entre
1
OCTOBRE. 1732. 2181
entretenu dans ma derniere Lettre. Je puis bien
avoir fait quelque omission sur ce sujet , car , je
vous avoue , Monsieur , que ce n'est qu'en finissant cette Lettre , que j'étois pressé de faire partir, que j'ai sçu que Doria avoit eu un Historien,
et que cet Historien est le fameux Jesuite Sigonius , dont les Ouvrages , en grand nombre, sont
en réputation et ne se trouvent pas tous ensemble bien aisément. J'ai cependant eû le plaisir de
lire depuis dans cet Autheur la Vie a d'André
Doria , et d'avoir trouvé en lui un garant des
principales choses que je vous ai écrites sur ce
sujet.
de
Il en faut seulement excepter l'article de la
Statue , érigée par la République de Génes , en
l'honneur de Doria Elle est de Marbre blanc ,
selon mes Mémoires , et suivant le rapport
ceux qui l'ont vûë placée dans le Vestibule du
Palais où s'assemble le Sénat , et élevée sur un
Pié d'Estal , sur lequel est l'Inscription que j'ai
rapportée.
Aprendre littéralement le Narré de Sigonius,
qui rapporte tout du long le Decret du Sénat , la
Statue seroit de Bronze , et placée dans la grande Sale de ce Palais. Mais cela me paroît aisé a
concilier. Dans ce Decret , datté du mois d'Octobre 1578. le Sénat , après avoir fait un Előge magnifique de Doria , qui avoit, dit-il , rendu
la liberté à sa Patrie , &c . s'exprime ainsi , au su
a Cette Vie se trouve dans un des Volumes des
Oeuvres de Sigonius , intitulé : Caroli Sigonii ,
Historia de Rebus Bononiensibus , Libri VIII.
Ejusdem de vita ANDREE DORIE , Libri duo..
quibus accesserunt , &c. 1. vol. Fol. Francofurti ,
1603
jer
2182 MERCURE DE FRANCE
jet de la Statuë : Decrevit ut Andrea Doria Enea
Statua in magna Pratorii Aula , quoadfieri possit
ornatissima , cum ipsius nominis Inscriptione ponatur. Il est sans doute arrivé que dans l'exécution
de ce Décret , le Sénat , toujours le Maitre de ses
Décisions , ait , par des raisons qui nous sont inconnues , trouvé à propos de changer la matiere
et la situation de ce Monument , qui en effet se
trouve plus exposé à la vénération publique à
l'entrée du Palais , qu'il ne le seroit dans l'enté- rieur de ce Bâtiment. L'intention du Sénat est
toujours remplie , et l'Historien qui a écrit , et
qui est mort avant l'exécution , n'a point de
tort.
à
Je n'ai pû trouver, au reste , dans cet Historien, ni dans aucun autre Ecrivain le nom et la famille
de l'Epouse d'André Doria , dont le même Historien éleve si fort le rare génie et le mérite superieur, dont il fait, en un mot , une Héroïne , laquelle l'Empereur Charles V. voulut rendre visite en passant par Génes et qui donna à ce Prince des Conseils admirables , &c Je ne comprens pas trop cette omission de la part de Sigonius, d'ailleurs si exacts qu'en nommant la Mere
de Doria , il nous fait entendre qu'elle étoit de la
même Maison que son Epoux. J'ai aussi appris de cet Autheur que la Principauté de Melphe , donnée par Charles V. à Doria , et généreusement refusée d'abord, est située
dans le Royaume de Naples , relevant de cette.
Couronne. Elle Y avoit été réunie par la défection , ou la félonie de Jean Carracioli , Prince de
Melphe. Vous avez vû , Monsieur , dans ma derniere
Lettre , que le fameux Pyrate Dragut , pris par char- les Galeres de Doria , fut amené à Génes ,
gé
OCTOBRE. 1732. 218
é de chaînes , &c. Sigonius décrit élégamment
Phumanité et la générosité exercée par A. Doria
envers ce Captif , que je crois plus que jamais ,
après cette lecture , être representé sur le Revers
de notre Médaille , et non pas Barbarousse, com
me je l'avois d'abord pensé. Ce Captif , dis- je ,
homme féroce et barbare , s'il en fut jamais , est
bien connu sur ce pied-là par Doria Norat enim feros illius. moreş , et immanem naturam , dit notre Historien. Je crois que vous le reconnoîtrez à
ces traits sur la Médaille même , tant l'habileté
du Graveur a été grande àexprimer tout cela, par son Burin.
Rien,au reste, n'est plus pathétique et plus moral que le Discours de Doria fait à Dragut en le mettant en liberté. Il mérite d'être lû dans cet
Autheur: Morale et Eloquence perduës! les monstres ne s'apprivoisent presque jamais. Vous sçavez de quelle ingratitude Dragut paya dans la
suite son Libérateur, qui pensa être la Dupe d'une
générosité sans exemple.
J'apprens encore dans le même Livre , que les
Génois avoient fait Doria leur Généralissime de
Terre et de Mer. C'est la matiere du 38 Chap.
du onzième Livre , intitulé : De Maritimo ac
Terrestri Imperio ei à Genuensib, delato.
Je trouve enfin une circonstance singuliere dans
le 43 et dernier Chapitre , qui donne une grande idée de l'attachement et de la reconnoissance
de ce General , pour l'Empereur Charles V. en
ordonnant par l'Acte solemnel de ses dernieres
volontez, qu'on mit avec lui dans son Tombeau
Les Lettres de ce Prince par lesquelles il l'avoit
créé Chevalier de la Toison d'or.
Une autre circonstance non moins singuliere ,
que j'ai tirée d'un Mémoire particulier, venu de- puis
2184 MERCURE DE FRANCE
puis peu de Génes , c'est qu'André Doria , né
pour ainsi dire , pour les Armes et pour les Exploits Guerriers, ne porta jamais d'Epée ni de Poignard ; il disoit sur cela que toute sa force êtoit dans sa tête et dans l'amour de ses Concitoyens. Ne vous semble-t -il pas, Monsieur , être
transporté dans les meilleurs temps de la Republique Romaine , et voir revivre les Fabius , les
Lucullus , les Catons , dans ce grand Personnage ?
Finissons par un court Eloge , consacré à sa
Mémoire , et composé à Génes , en 158 6. à l'occasion de la Statue dont nous avons déja parlé ,
par l'Editeur de Sigonius :
Hic tamferventi Patria flagravit amore ,
Illius ut chara pro libertate tuenda
Horribiles Regum non formidaverit iras ,
Hic quoque cum Patria Regno , Sceptroquepotiri
Posset et aurata frontem redimire corona ,
Contempsit Regni fastus , nomenque Tyranni.
Huic maris Imperium vasti , sævumque tridentem
Neptunus , Pelagique leves concessit habenas :
Quin etiam aratis premerit cum classibus &quor,
Haud Pauci impavidi admirantes pectoris ausa.
Neptunum , aut sacro Neptuni è sanguine cretum
Mortalesque Deum vultus sumpsisse putarunt.
Hoc certum est , nullas Neptunum amplectier oras
Quá non ille simulfama penetrarit et armis,
Je finirois ici ma Lettre , Monsieur , si par vo
tre Réponse à ma précedente , je n'étois pas obligé
OCTOBRE. 1732. 2185
gé de revenir à Oran , pour vous dire en trèspeu de mots, qu'après quelques recherches je n'ai
rien trouvé qui autorise ce que Davity * en a dit,
sçavoir , qu'elle est la Capitale d'un petit Etat
nommé le Marquizat d'Oran , &c. et qu'à l'égard de Marzalquibir , dépendant , dit il , de ce
Marquisat, cette Ville fut enlevée aux Maures par
le Marquis de Comarez en 1555. Ce dernier fait
me paroît contredit par les meilleurs Historiens,
qui s'accordent tous à mettre la premiere conquête de Marzalquibir par les Espagnols en 1508.
ce fut comme le prélude de celle d'Oran , qui ne
fut réduit que l'année d'après. Don Fernand de
Cordoue commandoit l'Armée qui prit Marzalquibir , et non pas le Marquis de Comarez.
Dans mes Recherches j'ai trouvé quelquefois
cette expression dans certains Auteurs le Royaume d'Oran , cela n'est peut-être pas exact, mais il sert àprouver que cette Ville , Colonie , comme
je l'ai dit ailleurs , de celle de Tremesen et dans l'entiere dépendance des Rois de Tremesen , devenue extrêmement puissante par le commerce
et par la navigation , avoit secoué le joug de ses
prémiers Maîtres pour se faire Capitale d'un Etat
particulier , qui obéissoit apparemment à quelque Chef qui prit le nom de Roy , Etat qui devint ensuite presque Républiquain et qui étoit
tel lorsque les Espagnols conquirent Oran et ses
dépendances.
A l'égard de la puissance de cette Ville lors de
la Conquête , l'Historien du Ministere du Cardinal Ximenés , dit que les Maures chassez d'Espagne qui s'y étoient retirez , l'avoient tellement peu-
* Description generale de l'Affrique. Edition de
Rocolles , T. VI, in fol. Paris 1660.
plée
2186 MERCURE DE FRANCE
›
*
plée et enrichie, qu'elle pouvoit mettre sur pied des
Armées assez considerables. On peut juger , ajoûtet'il , de la grandeur et des richesses d'Oran par son
commerce et de son commerce par le nombre de
1500. Boutiques qui y étoient lorsque Ximenés la
prit.Le butin, sans y comprendre ce qui fut détourné,
fut estimé 500. mille écus d'or ; toute l'Armée s'enrichit à cetteprise , et il y eut tel particulier qui en rapporta jusqu'à dix mille ducats. Les richesses
d'Oran n'étoient pas ce qui contribuoit le plus à sa
réputation; sa grandeur , le nombre de ses habitans,
sa situation , son Port , son Arcenal , où l'on trouva
plus de 60 Pieces de gros Canons , sans compter les
moindres , et un nombre infini de toutes sortes d'armes >
la faisoient passer pour la plus importante
Ville de toute l'Afrique.
Il est vrai qu'il y a eu du changement dans la
fortune de cette Ville; mais sa situation maritime,
et ses autres avantages naturels étant toûjours les
mêmes , c'est un coup important pour l'Espagne
d'en avoir fait la conquête , contre la pensée de
certaines gens mal instruits et peu éclairez , qui
font des raisonnemens contraires et qui comptent
pour peu de chose la prise de ces deux Places. La
seule prise du Port de Marzalquibir met toute la
Côte d'Espagne même en sureté,et ouvre une entrée à la conquête de l'Affrique. C'est ainsi que
s'estexprimésur ce sujet un Historien Espagnol
des plus sensez.
Qu'il me soit permis , Monsieur , en finissant
Jerome Julien , Historien , qui étoit à la conquête d'Oran , dit les avoir comptées , par le nom
de Boutiques ilfaut entendre des Magazins remplis de Marchandises , c.
* Alvar-Gomez de Castro de reb. gestis Ximen.
d'observer
OCTOBRE. 1732. 2187
d'observer ici une méprise de M. d'Herbelor
dans sa Bibliotheque Orientale au sujet de notre
Marzalquibir , page 558 , que l'Auteur confond
avec le Port et la Ville de Velez , autrement le
Penon de Velez, situez sur la même Côte de Barbarie , mais c'est si peu la même chose , que selon les meilleurs Géographes et selon la nouvelle
Carte de la Mer Méditerranée , il y a de Marzalquibir à Velez , situé près le Détroit , plus de
deux cens cinquante milles, ou environ soixante
et dix lieuës Françoises. M. d'Herbelot ajoûte
que Garcia de Tolede , Capitaine Espagnol , prit
Velez en 1564. ce qui ne s'accorde pas avec l'Histoire de la conquête d'Oran par Ximenés ; l'Au- teur Espagnol qui l'a écrite , marque expressément que peu de temps avant la prise d'O
*
ran, le même Pierre de Navarre , dont il est tant
parlé dans cette Histoire , avoit réduit cette Ville
de Velez sous l'obéissance du Roy d'Espagne. Ce
General après le départ de Ximenés fit encore
d'autres conquêtes ; il prit Bugie , Capitale du
Royaume de ce nom , puis Tripoly , &c. et se
rendit la terreur de toute l'Affrique. Enfin Alger
se rendit tributaire de la Couronne d'Espagne.
,
Je souhaite aux Armes de S. M. C. de pareils
succès et de plus considerables pour le bien de la
Chrétienté , pour la gloire de ce grand Prince et
pour celle de la Religion. Je m'engage en même
temps de vous instruire avec la même exactitude
de la suite des Evenemens. Je suis, Monsieur, &c.
A Paris , le 26. Septembre 1732..
*Pi
L. R. à M-le Marquis de B. au sujet de
la conquête d'Oran , &c.
Idire au sujet de la Conquête d'Oran en elle- L me reste , Monsieur , peu de chose à vous
même. C'est une affaire heureusement copsommée par rapport au principal objet de larement et de l'Expédition. Sçavoir la prise de deux
Places importantes , qui assûrent la Navigation
et le Commerce dans une partie de la Mer Méditerrannée , contre les courses des Pyrates, Maures , et qui font aussi la sûreté des côtes d'Espagne très- peu éloignées de celles de Barbarie ; outre que la Religion et la Couronne d'Espagne rentrent par là dans leur ancienne possession. IL
est vrai , Monsieur , que par ma derniere Lettre
vous vous attendez d'apprendre de nouveaux
progrez des Armes de S. M. C. en Affrique. En
effet , le Comte de Montemar , après avoir sou
mis beaucoup de Païs aux environs , avoit fait ,
comme je vous l'ai mandé, un détachement considérable d'Infanterie et de Cavalerie , commandé par le Marquis de Villa - Darias , pour aller
faire le Siége de Mostagran , Ville située à l'em- bouchure de la Riviere de Chilef , à IS lieuës
d'Oran , du côté d'Alger ; à laquelle embouchure il avoit envoyé des Vaisseaux de Guerre et des
Galleres pour ' attaquer en même- temps la Place
par Mer. Mais les Vents contraires ayant empêché pendant plusieurs jours l'Escadre d'avancer , temps dont les ennemis ont sçu profiter
pour
OCTOBRE. 1732. 2175
pour se fortifier et pour recevoir des secours , le
Comte de Montemar envoya ordre au Marquis
de Villa- Darias de revenir au Camp avec ses
Troupes, remettant cette Expédition à une con- joncture plus favorable.
Depuis , ce General ayant reçu du Roy d'Espagne des Ordres précis de faire rembarquer toutes les Troupes , à l'exception de ce qui doit
composer les Garnisons des Places conquises , il
y a satisfait , et on a eu avis que la Flote et tous
les Bâtimens de transport étoient heureusement
arrivez dans les Ports d'Espagne. Le Comte de
Montemar s'est ensuite embarqué lui- même
venir rendre compte au Roy du succès de l'Expédition. On apprend qu'il est arrivé à la Cour le 17 d'Aoust que S. M. l'avoit fait Chevalier
de la Toison d'or , ainsi que Don Joseph Pathino , et qu'elle avoit honoré le Comte d'un
accueil des plus favorables.
pour
Pour ce qui regarde le Prince Maure, dont toutes les Nouvelles publiques ont parlé , qui offroit
la jonction de ses Troupes , pour réduire une
grande étendue de Païs , de donner son Fils en
Otage , &c. et qu'on attendoit même à Madrid ,
je n'en ai encore rien appris que je puisse vous donner pour certain. Mais la chose est
très-vraisemblable , et il n'est pas nouveau que
des Princes Mautes ayent recherché l'alliance des
Rois d'Espagne. Pour ne point sortir du sujet ni du Pays d'Oran , je vous dirai , Monsieur
ce que l'Histoire m'apprend à cet égard.
pour
A peine le Cardinal Ximenés étoit repassé en
Espagne , de retour de sa conquête , qu'il arriva
à la Cour des Ambassadeurs faire des propositions de la part du Roi de Tremesen ,
quelques moindres Princes de la Mautitanic , ofDiiij frant
et de
9
2176 MERCURE DE FRANCE
frant de rendre tous les Esclaves Chrétiens , de
payer même un tribut à laCouronne d'Epagne , en
faisant de grandes instances pour l'ouverture du commerce entre Oran et les Etats de ces Princes.
Ces Ambassadeurs , entr'autres choses , présenterent au Roi dix des plus beaux chevaux du pays,
magnifiquement harnachez , dix Faucons tout
dressez , de riches tapis , et un Lion apprivoisé
d'une grandeur et d'une beauté extraordinaire.
Je ne doute pas , Monsieur , qu'à mesure que
le Roi d'Espagne s'affermira dans sa nouvelle
conquête , et que ses Armes auront du progrès
dans le pays , les Puissances voisines ne tiennent
une pareille conduite.
Vous avez sçû , sans doute , que l'allarme a
été grande à Alger avant même la prise d'Oran ,
qui faisoit partie de cette Régence ; Alger , dis- je,
Ville si fiere , si bien munie , et si redoutable à la
Navigation , et au Commerce de la Chrétienté.
Aux seuls préparatifs de l'armement , la terreur
a été telle que les Algeriens avoient envoyé les
femmes , les enfans et leurs meilleurs effets dans
les Montagnes , et que la Régence avoit envoyé
une députation au Grand Seigneur pour deman- der du secours. Le Bailli de Vattan étant allé
dans le même tems à Alger avec l'Escadre des
Vaisseaux du Roi , qu'il commande , il a trouvé
les choses sur le pied que je viens de dire ; quelques Lettres ajoûtent que le Dey allarmé lui
avoit demandé si la France s'unissoit à l'Espagne
contre cette Régence , à quoi M. de Vattan
avoit répondu que quand le Roi son Maître auroit sujet de se plaindre d'elle il sçauroit la punir,
sans avoir besoin d'autré puissance que dela sienne.Veuille le Ciel humilier de plus en plus ces ennemis du Christianisme et du Genre humain. Et
puis-
OCTOBRE. 1732. 2177
puissent enfin les Vainqueurs d'Oran y faire
reporter ces fameuses Cloches qui en furent
' enlevées lors de la derniere invasion , et menées ,
pour ainsi dire , Captives à Alger.
D
Cependant vous ne sçauriez croire , Monsieur,
combien tout le Monde chrétien à été sensible
à l'heureux succès des Armes du Roi d'Espagne
à commencer par la capitale. Le Cardinal Ben
tivoglio , Ministre de cette Couronne à Rome
reçût l'heureuse nouvelle le 2.1 . Juillet , sans par- ler des dépêches du Nonce d'Espagne , qu'un autre Courrier apporta le même jour. Le Pape reçût cette nouvelle avec un excès de joye. S. S. en donna sur le champ des marques publiques Après
avoir fait l'éloge de la pieté et du zele de S. M. C.
elle assura le Cardinal B. qu'elle feroit tout ce
qui seroit en son pouvoir pour seconder ses
grands et ses pieux desseins. Le Pape résolut en
même-tems d'envoyer au Roi d'Espagne un Bref de félicitation , d'exhortation , &c. Le Cardinal
Alberoni partit quelques jours après pour Florence pour complimenter l'Infant Don Carlos sur cet évenement.
Ce Prince qui avoir reçu la même nouvelle le
20. se rendit d'abord à l'Église de l'Annonciade ,
où il fit chanter le Te Deum , en actions de gra
ces. Le Grand Duc le fit chanter dans l'Eglise
Métropolitaine de Florence..
* Ce sont les grandes Cloches que le C. Ximenés
fit fondrepour la principale Eglise d'Oran , qu'il nomma Notre- Dame de la Victoire. Les Maures
Les enleverent en l'année 1708. les porterent à Alger, et affecterent de les placer à une des Portes de
La Ville , où on les voit encore comme une espece de
triomphe sur les Chrétiens.. D Y
2178 MERCURE DE FRANCE
Je reviens à Rome , pour ajouter que le Pape
fit part au Sacré Collège de la prise d'Oran, &c.
dans un Consistoire particulier,tenu le 11 Aoust;
et le 13 , on commença par ordre de S. S. les ré
jouissances publiques. On sonna toutes les Cloches de la Ville , on tira le Canon du Château
S. Ange , et le soir il y eut des Feux et des Illuminations par toute la Ville. Le 15. Fête de l'Assomption, le Pape se rendit, en grand Cortege , à
l'Eglise de Sainte Marie Majeure , où S. S. tint
Chapelle Pontificale , à laquelle le Sacré Collége
assista. La Messe y fut célebrée par le Cardinal de
la Mirandole, Archiprêtre de cette Eglise, et aprèsla Messe on chanta le Te Deum à plusieurs
Chœurs de Musique. Il y eut un grand concours de personnes de distinction , et une affluance extraordinaire de Peuple. Le Château S. Ange
fit plusieurs décharges de toute son Artillerie.
Le Cardinal Bentivoglio avoit déja fait chanter le Te Deum solemnellement dans l'Eglise Nationnale des Espagnols , le 25 Juillet , jour de St
Jacques , auquel le Cardinal Belluga , Protecteur
des Affaires d'Espagne , celebra , avec beaucoup
de pompe , la Fête de cet Apôtre , Patron des
Espagnes.
-Je m'attens bien d'apprendre dans peu de jours:
que de pareilles actions de graces ont été renduës
dans Oran même , et que l'exercice de la vraie
Religion s'y fait actuellement dans les mêmes
Temples , dont le Mahométisme s'étoit emparé;
que les Livres d'Eglise y sont à la place de l'Alcoran et de la à Sunnah , et que la Foy pourroit
a C'est ainsi que les Mahometans appellent le Recueil des Faits et Dits de Mahomet , conservez
par tradition , &c. C'est comme la Miscnah des
Hebreux; la seconde Loy , la Loy Orale . c.
enfin
OCTOBRE. 1732. 2179
enfin penetrer delà dans le reste de cette Partie
de l'Affrique , où elle a été autrefois si floris- sante.
Vous me demanderez peut être , Monsieur , si
on n'a point rapporté parmi les dépouilles des
deux Places conquises , quelques Manuscrits de
Littérature Arabe? Cela se pourroit fort bien ;
les Sciences n'ont pas moins fleuri sous les Califes d'Affrique que sous ceux de l'Asie, et particu- lierement dans les Païs circonvoisins d'Oran, sur
tout après l'expulsion des Arabes de toute l'Espagne ; expulsion qui contribua beaucoup à faire
de cette Ville , l'une des plus grandes , des plus:
celebres et des plus riches Villes du Mahométisme,où se retirerent les Personnages les plus con- sidérables en tout genre.
Les Historiens Espagnols m'apprennent que
lorsque le Cardinal Ximenés fit son entrée solemnelle dans Alcala , après la Conquête d'Oran ; la
seconde chose qui parut dans son triomphe, après
plusieurs Chameaux , conduits par des Esclaves
chargez de Pieces d'or et d'Argent destinées pour
le Roy , ce fut une quantité de Livres Arabes d'Histoire , de Médecine , d'Astrologie , &c. qui
furent placez dans la Bibliotheque du Cardinal ,
lequel les laissa depuis à la Bibliotheque de l'Université d'Alcala , qu'il avoit fondée , où on les
voit encore aujourd'hui.
Ximenês n'a pas sans doute tout enlevé, et dans
Fespace d'environ 25 années qu'a duré la derniere invasion , il peut être entré dans Oran d'au
tres Manuscrits Arabes , curieux et utiles ; le
Païs des environs et sur tout la Ville de Trémé
sen , qui a fondé celle d'Oran , ne doivent pas em
être dépourvûs. Je connois deux Autheurs de réputation , originaires de cette même Ville , done D vi les:
3 MERCURE DE FRANCE
-
les Ouvrages sont fort estimez par les Bibliogra
phes Orientaux. Le premier est Assifeddin , Soliman Ben Ali , surnommé Telmessani ou de
Tremesen , Autheur d'un Scharh , ou Commentaire sur le Poeme du celebre Ebn * Faredh , intitulé , Taiiah. Ce Commentateur est mort l'an
690 de l'Hégire 1291. de J. C. L'autre Ecrivain
Arabe est Schamseddin , Mohammed Ben Amed,
Ebn Al Merousi , Marzouk , aussi surnommé
Talmessani, ou de Trémésen. Il est Autheur d'un
Livre , intitulé : AschrafAl Thoraf l'Almalek Al
Aschraf: C'est un Recueil de Eons Mots et de
Contes agréables , dédié à Malek Al Aschraf
Roy d'Egypte , avec un Traité de l'Egypte, dans
lequel l'Autheur prétend prouver que c'est le meilleur Pais de toute la Terre habitable Il mourut l'an 781. de l'H.gire ou l'an 1379. de notre
époque. Mais lais ons à l'illustre Gouverneur
d'Oran 1 soin de recueillir tout ce qui peut être
resté de bon dans le Païs , en fait d'Erudition
Arabe Il est plus en état que personne de le faire,
avec un juste discernement , et d'en enrichir un
jour la République des Lettres.
Vous me paroissez touché du mérite d'André
Doria , le Liberateur d'Oran , et content de la
Médaille de ce grand Homme , dont je vous ai
Scharfeddin Omar Ebn' Faredh , originaire
de Hamal , en Syrie , né au Caire l'an 577 de
l'Hegire , ou 1181. de J. C. fut l'un des plut Illus- tres Poëtes Arabes. Le Recueil de ses Poësies, sous le
nom de Divan , est tres- estimé , et a eu plusieurs
Commentateurs. Il composa le Taiiah , en faveur
des Sofis , espece de Religieux Musulmans qui
donnent dans la Mysticité , &c. Les Foësies de cet Autheur sont dans la Bibliotheque du Roy.. entre
1
OCTOBRE. 1732. 2181
entretenu dans ma derniere Lettre. Je puis bien
avoir fait quelque omission sur ce sujet , car , je
vous avoue , Monsieur , que ce n'est qu'en finissant cette Lettre , que j'étois pressé de faire partir, que j'ai sçu que Doria avoit eu un Historien,
et que cet Historien est le fameux Jesuite Sigonius , dont les Ouvrages , en grand nombre, sont
en réputation et ne se trouvent pas tous ensemble bien aisément. J'ai cependant eû le plaisir de
lire depuis dans cet Autheur la Vie a d'André
Doria , et d'avoir trouvé en lui un garant des
principales choses que je vous ai écrites sur ce
sujet.
de
Il en faut seulement excepter l'article de la
Statue , érigée par la République de Génes , en
l'honneur de Doria Elle est de Marbre blanc ,
selon mes Mémoires , et suivant le rapport
ceux qui l'ont vûë placée dans le Vestibule du
Palais où s'assemble le Sénat , et élevée sur un
Pié d'Estal , sur lequel est l'Inscription que j'ai
rapportée.
Aprendre littéralement le Narré de Sigonius,
qui rapporte tout du long le Decret du Sénat , la
Statue seroit de Bronze , et placée dans la grande Sale de ce Palais. Mais cela me paroît aisé a
concilier. Dans ce Decret , datté du mois d'Octobre 1578. le Sénat , après avoir fait un Előge magnifique de Doria , qui avoit, dit-il , rendu
la liberté à sa Patrie , &c . s'exprime ainsi , au su
a Cette Vie se trouve dans un des Volumes des
Oeuvres de Sigonius , intitulé : Caroli Sigonii ,
Historia de Rebus Bononiensibus , Libri VIII.
Ejusdem de vita ANDREE DORIE , Libri duo..
quibus accesserunt , &c. 1. vol. Fol. Francofurti ,
1603
jer
2182 MERCURE DE FRANCE
jet de la Statuë : Decrevit ut Andrea Doria Enea
Statua in magna Pratorii Aula , quoadfieri possit
ornatissima , cum ipsius nominis Inscriptione ponatur. Il est sans doute arrivé que dans l'exécution
de ce Décret , le Sénat , toujours le Maitre de ses
Décisions , ait , par des raisons qui nous sont inconnues , trouvé à propos de changer la matiere
et la situation de ce Monument , qui en effet se
trouve plus exposé à la vénération publique à
l'entrée du Palais , qu'il ne le seroit dans l'enté- rieur de ce Bâtiment. L'intention du Sénat est
toujours remplie , et l'Historien qui a écrit , et
qui est mort avant l'exécution , n'a point de
tort.
à
Je n'ai pû trouver, au reste , dans cet Historien, ni dans aucun autre Ecrivain le nom et la famille
de l'Epouse d'André Doria , dont le même Historien éleve si fort le rare génie et le mérite superieur, dont il fait, en un mot , une Héroïne , laquelle l'Empereur Charles V. voulut rendre visite en passant par Génes et qui donna à ce Prince des Conseils admirables , &c Je ne comprens pas trop cette omission de la part de Sigonius, d'ailleurs si exacts qu'en nommant la Mere
de Doria , il nous fait entendre qu'elle étoit de la
même Maison que son Epoux. J'ai aussi appris de cet Autheur que la Principauté de Melphe , donnée par Charles V. à Doria , et généreusement refusée d'abord, est située
dans le Royaume de Naples , relevant de cette.
Couronne. Elle Y avoit été réunie par la défection , ou la félonie de Jean Carracioli , Prince de
Melphe. Vous avez vû , Monsieur , dans ma derniere
Lettre , que le fameux Pyrate Dragut , pris par char- les Galeres de Doria , fut amené à Génes ,
gé
OCTOBRE. 1732. 218
é de chaînes , &c. Sigonius décrit élégamment
Phumanité et la générosité exercée par A. Doria
envers ce Captif , que je crois plus que jamais ,
après cette lecture , être representé sur le Revers
de notre Médaille , et non pas Barbarousse, com
me je l'avois d'abord pensé. Ce Captif , dis- je ,
homme féroce et barbare , s'il en fut jamais , est
bien connu sur ce pied-là par Doria Norat enim feros illius. moreş , et immanem naturam , dit notre Historien. Je crois que vous le reconnoîtrez à
ces traits sur la Médaille même , tant l'habileté
du Graveur a été grande àexprimer tout cela, par son Burin.
Rien,au reste, n'est plus pathétique et plus moral que le Discours de Doria fait à Dragut en le mettant en liberté. Il mérite d'être lû dans cet
Autheur: Morale et Eloquence perduës! les monstres ne s'apprivoisent presque jamais. Vous sçavez de quelle ingratitude Dragut paya dans la
suite son Libérateur, qui pensa être la Dupe d'une
générosité sans exemple.
J'apprens encore dans le même Livre , que les
Génois avoient fait Doria leur Généralissime de
Terre et de Mer. C'est la matiere du 38 Chap.
du onzième Livre , intitulé : De Maritimo ac
Terrestri Imperio ei à Genuensib, delato.
Je trouve enfin une circonstance singuliere dans
le 43 et dernier Chapitre , qui donne une grande idée de l'attachement et de la reconnoissance
de ce General , pour l'Empereur Charles V. en
ordonnant par l'Acte solemnel de ses dernieres
volontez, qu'on mit avec lui dans son Tombeau
Les Lettres de ce Prince par lesquelles il l'avoit
créé Chevalier de la Toison d'or.
Une autre circonstance non moins singuliere ,
que j'ai tirée d'un Mémoire particulier, venu de- puis
2184 MERCURE DE FRANCE
puis peu de Génes , c'est qu'André Doria , né
pour ainsi dire , pour les Armes et pour les Exploits Guerriers, ne porta jamais d'Epée ni de Poignard ; il disoit sur cela que toute sa force êtoit dans sa tête et dans l'amour de ses Concitoyens. Ne vous semble-t -il pas, Monsieur , être
transporté dans les meilleurs temps de la Republique Romaine , et voir revivre les Fabius , les
Lucullus , les Catons , dans ce grand Personnage ?
Finissons par un court Eloge , consacré à sa
Mémoire , et composé à Génes , en 158 6. à l'occasion de la Statue dont nous avons déja parlé ,
par l'Editeur de Sigonius :
Hic tamferventi Patria flagravit amore ,
Illius ut chara pro libertate tuenda
Horribiles Regum non formidaverit iras ,
Hic quoque cum Patria Regno , Sceptroquepotiri
Posset et aurata frontem redimire corona ,
Contempsit Regni fastus , nomenque Tyranni.
Huic maris Imperium vasti , sævumque tridentem
Neptunus , Pelagique leves concessit habenas :
Quin etiam aratis premerit cum classibus &quor,
Haud Pauci impavidi admirantes pectoris ausa.
Neptunum , aut sacro Neptuni è sanguine cretum
Mortalesque Deum vultus sumpsisse putarunt.
Hoc certum est , nullas Neptunum amplectier oras
Quá non ille simulfama penetrarit et armis,
Je finirois ici ma Lettre , Monsieur , si par vo
tre Réponse à ma précedente , je n'étois pas obligé
OCTOBRE. 1732. 2185
gé de revenir à Oran , pour vous dire en trèspeu de mots, qu'après quelques recherches je n'ai
rien trouvé qui autorise ce que Davity * en a dit,
sçavoir , qu'elle est la Capitale d'un petit Etat
nommé le Marquizat d'Oran , &c. et qu'à l'égard de Marzalquibir , dépendant , dit il , de ce
Marquisat, cette Ville fut enlevée aux Maures par
le Marquis de Comarez en 1555. Ce dernier fait
me paroît contredit par les meilleurs Historiens,
qui s'accordent tous à mettre la premiere conquête de Marzalquibir par les Espagnols en 1508.
ce fut comme le prélude de celle d'Oran , qui ne
fut réduit que l'année d'après. Don Fernand de
Cordoue commandoit l'Armée qui prit Marzalquibir , et non pas le Marquis de Comarez.
Dans mes Recherches j'ai trouvé quelquefois
cette expression dans certains Auteurs le Royaume d'Oran , cela n'est peut-être pas exact, mais il sert àprouver que cette Ville , Colonie , comme
je l'ai dit ailleurs , de celle de Tremesen et dans l'entiere dépendance des Rois de Tremesen , devenue extrêmement puissante par le commerce
et par la navigation , avoit secoué le joug de ses
prémiers Maîtres pour se faire Capitale d'un Etat
particulier , qui obéissoit apparemment à quelque Chef qui prit le nom de Roy , Etat qui devint ensuite presque Républiquain et qui étoit
tel lorsque les Espagnols conquirent Oran et ses
dépendances.
A l'égard de la puissance de cette Ville lors de
la Conquête , l'Historien du Ministere du Cardinal Ximenés , dit que les Maures chassez d'Espagne qui s'y étoient retirez , l'avoient tellement peu-
* Description generale de l'Affrique. Edition de
Rocolles , T. VI, in fol. Paris 1660.
plée
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plée et enrichie, qu'elle pouvoit mettre sur pied des
Armées assez considerables. On peut juger , ajoûtet'il , de la grandeur et des richesses d'Oran par son
commerce et de son commerce par le nombre de
1500. Boutiques qui y étoient lorsque Ximenés la
prit.Le butin, sans y comprendre ce qui fut détourné,
fut estimé 500. mille écus d'or ; toute l'Armée s'enrichit à cetteprise , et il y eut tel particulier qui en rapporta jusqu'à dix mille ducats. Les richesses
d'Oran n'étoient pas ce qui contribuoit le plus à sa
réputation; sa grandeur , le nombre de ses habitans,
sa situation , son Port , son Arcenal , où l'on trouva
plus de 60 Pieces de gros Canons , sans compter les
moindres , et un nombre infini de toutes sortes d'armes >
la faisoient passer pour la plus importante
Ville de toute l'Afrique.
Il est vrai qu'il y a eu du changement dans la
fortune de cette Ville; mais sa situation maritime,
et ses autres avantages naturels étant toûjours les
mêmes , c'est un coup important pour l'Espagne
d'en avoir fait la conquête , contre la pensée de
certaines gens mal instruits et peu éclairez , qui
font des raisonnemens contraires et qui comptent
pour peu de chose la prise de ces deux Places. La
seule prise du Port de Marzalquibir met toute la
Côte d'Espagne même en sureté,et ouvre une entrée à la conquête de l'Affrique. C'est ainsi que
s'estexprimésur ce sujet un Historien Espagnol
des plus sensez.
Qu'il me soit permis , Monsieur , en finissant
Jerome Julien , Historien , qui étoit à la conquête d'Oran , dit les avoir comptées , par le nom
de Boutiques ilfaut entendre des Magazins remplis de Marchandises , c.
* Alvar-Gomez de Castro de reb. gestis Ximen.
d'observer
OCTOBRE. 1732. 2187
d'observer ici une méprise de M. d'Herbelor
dans sa Bibliotheque Orientale au sujet de notre
Marzalquibir , page 558 , que l'Auteur confond
avec le Port et la Ville de Velez , autrement le
Penon de Velez, situez sur la même Côte de Barbarie , mais c'est si peu la même chose , que selon les meilleurs Géographes et selon la nouvelle
Carte de la Mer Méditerranée , il y a de Marzalquibir à Velez , situé près le Détroit , plus de
deux cens cinquante milles, ou environ soixante
et dix lieuës Françoises. M. d'Herbelot ajoûte
que Garcia de Tolede , Capitaine Espagnol , prit
Velez en 1564. ce qui ne s'accorde pas avec l'Histoire de la conquête d'Oran par Ximenés ; l'Au- teur Espagnol qui l'a écrite , marque expressément que peu de temps avant la prise d'O
*
ran, le même Pierre de Navarre , dont il est tant
parlé dans cette Histoire , avoit réduit cette Ville
de Velez sous l'obéissance du Roy d'Espagne. Ce
General après le départ de Ximenés fit encore
d'autres conquêtes ; il prit Bugie , Capitale du
Royaume de ce nom , puis Tripoly , &c. et se
rendit la terreur de toute l'Affrique. Enfin Alger
se rendit tributaire de la Couronne d'Espagne.
,
Je souhaite aux Armes de S. M. C. de pareils
succès et de plus considerables pour le bien de la
Chrétienté , pour la gloire de ce grand Prince et
pour celle de la Religion. Je m'engage en même
temps de vous instruire avec la même exactitude
de la suite des Evenemens. Je suis, Monsieur, &c.
A Paris , le 26. Septembre 1732..
*Pi
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Résumé : QUATRIEME Lettre écrite par M. D. L. R. à M- le Marquis de B. au sujet de la conquête d'Oran, &c.
La lettre de M. D. L. R. au Marquis de B. discute de la conquête d'Oran et de ses conséquences. La prise d'Oran et d'une autre place stratégique sécurise la navigation et le commerce en Méditerranée, protégeant ainsi les côtes espagnoles des attaques des pirates maures. Cette victoire permet à la religion et à la couronne d'Espagne de récupérer des possessions anciennes. Le Comte de Montemar, après avoir soumis plusieurs pays voisins, avait envoyé un détachement dirigé par le Marquis de Villa-Darias pour assiéger Mostagran. Cependant, des vents contraires ont empêché l'escadre d'avancer, permettant aux ennemis de se renforcer. Montemar a donc ordonné le retrait des troupes et reporté l'expédition à une date plus favorable. Par la suite, Montemar a reçu l'ordre du roi d'Espagne de rembarquer toutes les troupes, sauf celles nécessaires pour les garnisons des places conquises. La flotte est arrivée en Espagne, et Montemar a été fait Chevalier de la Toison d'or pour ses succès. La lettre mentionne également un prince maure offrant son alliance, bien que cette proposition manque de confirmation certaine. Historiquement, des ambassadeurs avaient déjà proposé des alliances et des tributs à l'Espagne après la conquête d'Oran par le Cardinal Ximenès. La nouvelle de la conquête a suscité une grande joie à Rome et à Florence, où des actions de grâce ont été organisées. Le pape a félicité le roi d'Espagne et a ordonné des réjouissances publiques. La lettre évoque aussi la possibilité de retrouver des manuscrits arabes de littérature, de médecine et d'astrologie, similaires à ceux rapportés par Ximenès lors de sa conquête. Elle mentionne deux auteurs arabes réputés originaires de Trémésen, ville voisine d'Oran. Enfin, la lettre fait référence à André Doria, libérateur d'Oran, et à son historien, le jésuite Sigonius, qui a écrit sur la vie de Doria.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 2188
A MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE du Croisy.
Début :
Docte Malcrais, dont les gentils Ecrits, [...]
Mots clefs :
Mercure, Docte, Génie, Savoir, Être imaginaire
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texteReconnaissance textuelle : A MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE du Croisy.
A MILE M ALCRAIS DE LA VIGNE
du Croisy.
Docte Malcrais , dont les gentils Ecrits ,
Dans le Mercure obtiennent toûjours place ,
Lorsque je lis vos Vers remplis de grace ,
Certain soupçon se forme en mes esprits.
Je vous le dis , quand devrois vous déplaire ,
Vous n'êtes femme en aucune façon ,
Si fin génie et sçavoir si profond ,
Dans votre Sexe est extraordinaire ,
Ainsi je vois ; confirmant mon soupçon ,
Que Malcrais n'est qu'un Estre imaginaire,
V. D. G.
De Marseille le 3. Septembre 17 32.
du Croisy.
Docte Malcrais , dont les gentils Ecrits ,
Dans le Mercure obtiennent toûjours place ,
Lorsque je lis vos Vers remplis de grace ,
Certain soupçon se forme en mes esprits.
Je vous le dis , quand devrois vous déplaire ,
Vous n'êtes femme en aucune façon ,
Si fin génie et sçavoir si profond ,
Dans votre Sexe est extraordinaire ,
Ainsi je vois ; confirmant mon soupçon ,
Que Malcrais n'est qu'un Estre imaginaire,
V. D. G.
De Marseille le 3. Septembre 17 32.
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17
p. 2188-2192
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Provence au mois de Juillet dernier, au sujet d'une quantité d'ancienne Monnoye trouvée à Marseille.
Début :
Le 16. du mois passé des Massons travaillant à faire creuser une Cave [...]
Mots clefs :
Ancienne monnaie, Marseille, Maçons, Cave
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Provence au mois de Juillet dernier, au sujet d'une quantité d'ancienne Monnoye trouvée à Marseille.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Provence au mois de Juillet dernier, an
sujet d'une quantité d'ancienne Monnoye
trouvée à Marseille.
LaE 16. du mois passé des Massons
travaillant à faire creuser une Cavę
dans une Maison nouvellement alignée et
qu'on
OCTOBRE. 1732. 2189
qu'on rebâtit à Marseille dans la ruë de
Rome près de la Fontaine Longue , trouverent un vase de terre fait en forme de
bouteille à l'Angloise , et l'ayant cassé,
il en sortit de l'eau avec une quantité
de petite Monnoye d'argent , toute de
la même qualité en grandeur , qui est à
peu près comme celle de nos Liards. Sept
Ouvriers se partagerent entre eux ces Especes. Le sieur Fortoul Bourgeois et Proprietaire de la Maison , en fut averti et
prétendit se les faire restituer ; le Receveur du Domaine agit aussi de son côté
et établit des Gardes sur les Lieux , mais
ces Travailleurs , à ce qu'on assure , en
avoient déja vendu à des Changeurs pour
quatre ou 500. livres , et ce qui étoit
encore entre les mains de quelques- uns
fût déposé à la Police , le tout ensemble
pouvant valoir environ mille livres. On
a depuis continué à creuser au même endroit , où l'on prétend que les Templiers
avoient eu une Maison , ce qui d'abord
avoit fait présumer quelque trésor enfoui , &c. mais on n'a plus rien trouvé.
J'ai trouvé le moyen d'avoir de la
Monnoye quelques-unes de ces Pieces. On y voit d'un côté la tête d'un
Comte de Provence et pour Legende Co.
MES PROVINCIE, et de l'autre MASSIL
>
CI-
2190 MERCURE DE FRANCE
CIVITAS. en caracteres du temps >
c'est-à-dire fort gothiques. M. de Ruffy
le Pere a fait graver une pareille Monnoye dans le x. Liv. de son Histoire de
Marseille , page 444. publiée en 1642. ce
que son fils a obmis dans la seconde Edition. Cette Monnoye s'appelloit dans les
Titres Solidi minuti Massilienses , et vulgairement Menus Marseillois. Elle pese
suivant l'essai que j'en ai fait faire à la
Monnoye sur une Piece des plus entieres , un denier douze grains , et est au
titre de onze deniers de fin.
Comme le nom du Comte de Provence
n'y est pas exprimé , on ne peut pas sçavoir précisément à quel Prince on doit
la rapporter. Elle peut être de Charles
d'Anjou, frere de S. Louis, avant qu'il fut
Roy de Sicile ; mais aussi elle pourroit
bien être de quelqu'un des Berengers , ce
qui me paroît assez difficile à déterminer.
Il est parlé de cette Monnoye dans les
Chapitres de Paix , où le fameux Traité
fait en 1257. entre Charles d'Anjou et
la Ville de Marseille , lorsque cette Ville
se donna et se soumit à ce Prince.
Avant que d'avoir reçû la Lettre dont
on vient de lire l'Extrait , qui est d'une
Personne de consideration et fort intelligente , on nous avoit envoyé de Marseille
S.
OCTOBR E. 1732. 2191
,
5. ou 6. de ces mêmes Pieces ; nous n'aurions pas pû en faire une description plus
exacte , ni donner là-dessus des Remarques plus justes. Nous ajoûterons seulement ici que sur le côté de cette Monnoye où se lit Massil civitas, on voit comme le Frontispice d'un Bâtiment avec
une Croix au sommet. M. de Ruffy * le
fils , veut que ce soit la Ville même
ayant ses Clochers élevez , ce qui , en tout
cas , est fort grossierement représenté.
Nous observerons encore que les cinq
Pieces qui nous ont été envoyées sont
de differens coins , et ont été frappées
sous differens Princes. Deux même de
ces Têtes ont une Coëffure et un air de
femme , ce qui peut donner lieu à des
conjectures et à des recherches ' curieuses;
matiere que nous laissons volontiers à
éclaircir à M" de la nouvelle Académie
de Marseille , qui ont formé le dessein
d'en écrire l'Histoire. L'Article des Monnoyes frappées dans cette Ville , et de son
autorité , par un droit anciennement acquis et exercé pendant plusieurs siecles ,
ne sera pas le moins important , et il
mérite d'autant plus d'attention que ce
sujet paroît confusément traité par les
* Hist. de Marseille , Liv. XIII. pag. 324. 58-
CordeEdition 1696.
Ecrivains
2192 MERCURE DE FRANCE
Ecrivains qui ont précedé nos Académiciens.
Provence au mois de Juillet dernier, an
sujet d'une quantité d'ancienne Monnoye
trouvée à Marseille.
LaE 16. du mois passé des Massons
travaillant à faire creuser une Cavę
dans une Maison nouvellement alignée et
qu'on
OCTOBRE. 1732. 2189
qu'on rebâtit à Marseille dans la ruë de
Rome près de la Fontaine Longue , trouverent un vase de terre fait en forme de
bouteille à l'Angloise , et l'ayant cassé,
il en sortit de l'eau avec une quantité
de petite Monnoye d'argent , toute de
la même qualité en grandeur , qui est à
peu près comme celle de nos Liards. Sept
Ouvriers se partagerent entre eux ces Especes. Le sieur Fortoul Bourgeois et Proprietaire de la Maison , en fut averti et
prétendit se les faire restituer ; le Receveur du Domaine agit aussi de son côté
et établit des Gardes sur les Lieux , mais
ces Travailleurs , à ce qu'on assure , en
avoient déja vendu à des Changeurs pour
quatre ou 500. livres , et ce qui étoit
encore entre les mains de quelques- uns
fût déposé à la Police , le tout ensemble
pouvant valoir environ mille livres. On
a depuis continué à creuser au même endroit , où l'on prétend que les Templiers
avoient eu une Maison , ce qui d'abord
avoit fait présumer quelque trésor enfoui , &c. mais on n'a plus rien trouvé.
J'ai trouvé le moyen d'avoir de la
Monnoye quelques-unes de ces Pieces. On y voit d'un côté la tête d'un
Comte de Provence et pour Legende Co.
MES PROVINCIE, et de l'autre MASSIL
>
CI-
2190 MERCURE DE FRANCE
CIVITAS. en caracteres du temps >
c'est-à-dire fort gothiques. M. de Ruffy
le Pere a fait graver une pareille Monnoye dans le x. Liv. de son Histoire de
Marseille , page 444. publiée en 1642. ce
que son fils a obmis dans la seconde Edition. Cette Monnoye s'appelloit dans les
Titres Solidi minuti Massilienses , et vulgairement Menus Marseillois. Elle pese
suivant l'essai que j'en ai fait faire à la
Monnoye sur une Piece des plus entieres , un denier douze grains , et est au
titre de onze deniers de fin.
Comme le nom du Comte de Provence
n'y est pas exprimé , on ne peut pas sçavoir précisément à quel Prince on doit
la rapporter. Elle peut être de Charles
d'Anjou, frere de S. Louis, avant qu'il fut
Roy de Sicile ; mais aussi elle pourroit
bien être de quelqu'un des Berengers , ce
qui me paroît assez difficile à déterminer.
Il est parlé de cette Monnoye dans les
Chapitres de Paix , où le fameux Traité
fait en 1257. entre Charles d'Anjou et
la Ville de Marseille , lorsque cette Ville
se donna et se soumit à ce Prince.
Avant que d'avoir reçû la Lettre dont
on vient de lire l'Extrait , qui est d'une
Personne de consideration et fort intelligente , on nous avoit envoyé de Marseille
S.
OCTOBR E. 1732. 2191
,
5. ou 6. de ces mêmes Pieces ; nous n'aurions pas pû en faire une description plus
exacte , ni donner là-dessus des Remarques plus justes. Nous ajoûterons seulement ici que sur le côté de cette Monnoye où se lit Massil civitas, on voit comme le Frontispice d'un Bâtiment avec
une Croix au sommet. M. de Ruffy * le
fils , veut que ce soit la Ville même
ayant ses Clochers élevez , ce qui , en tout
cas , est fort grossierement représenté.
Nous observerons encore que les cinq
Pieces qui nous ont été envoyées sont
de differens coins , et ont été frappées
sous differens Princes. Deux même de
ces Têtes ont une Coëffure et un air de
femme , ce qui peut donner lieu à des
conjectures et à des recherches ' curieuses;
matiere que nous laissons volontiers à
éclaircir à M" de la nouvelle Académie
de Marseille , qui ont formé le dessein
d'en écrire l'Histoire. L'Article des Monnoyes frappées dans cette Ville , et de son
autorité , par un droit anciennement acquis et exercé pendant plusieurs siecles ,
ne sera pas le moins important , et il
mérite d'autant plus d'attention que ce
sujet paroît confusément traité par les
* Hist. de Marseille , Liv. XIII. pag. 324. 58-
CordeEdition 1696.
Ecrivains
2192 MERCURE DE FRANCE
Ecrivains qui ont précedé nos Académiciens.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Provence au mois de Juillet dernier, au sujet d'une quantité d'ancienne Monnoye trouvée à Marseille.
En juillet de l'année précédente, des maçons à Marseille ont découvert un vase contenant des pièces de monnaie ancienne en argent, similaires aux liards. Sept ouvriers se sont partagé les pièces, et certaines ont été vendues à des changeurs pour environ 400 à 500 livres. Le propriétaire de la maison et le receveur du domaine ont tenté de récupérer les pièces, mais une partie avait déjà été vendue. Les pièces restantes, d'une valeur totale d'environ mille livres, ont été déposées à la police. Cette monnaie, appelée 'Solidi minuti Massilienses' ou 'Menus Marseillois', porte l'effigie d'un comte de Provence et des inscriptions en caractères gothiques. L'analyse de son poids et de sa pureté a révélé un titre de onze deniers de fin. L'origine exacte de cette monnaie reste incertaine, pouvant appartenir à Charles d'Anjou ou à un membre de la famille des Bérengers. Des pièces similaires avaient été trouvées auparavant, confirmant les descriptions et les remarques faites. Les pièces proviennent de différents coins et princes, certaines montrant des traits féminins, ce qui ouvre des perspectives pour des recherches historiques. L'Académie de Marseille prévoit d'écrire l'histoire de cette monnaie, un sujet confusément traité par les écrivains précédents.
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18
p. 2192
MADRIGAL. De Mlle de Malcrais de la Vigne, au Poëte des bords de la Marne, Auteur de l'Ode à sa louange, imprimée dans le Mercure de May 1732.
Début :
Berger, dont l'aimable Musette [...]
Mots clefs :
Berger, Coeur, Sons flatteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL. De Mlle de Malcrais de la Vigne, au Poëte des bords de la Marne, Auteur de l'Ode à sa louange, imprimée dans le Mercure de May 1732.
MADRIGAL.
De Me de Malcrais de la Vigne , au
Poëte des bords de la Marne , Auteur de
l'Ode à sa loйange , imprimée dans le
Mercure de May 1732.
Berger ,dont l'aimable Musette ,
Sçut raisonner pour moi sur un si joli ton ,
Que l'écho de mon cœur sans cesse le repete ;
De dites-moi votre nom.
grace ,
beau Berger ,
Mais non , non , taisez vous: Sur le riant gazon ,
Le hazard se plairoit à nous mener peut- être.
Un cœur n'est pas toûjours son maitre ;
Et vous chantez si tendrement ,
Vos sons flateurs entrent si doucement ,
Non , je ne veux pas vous connoître.
De Me de Malcrais de la Vigne , au
Poëte des bords de la Marne , Auteur de
l'Ode à sa loйange , imprimée dans le
Mercure de May 1732.
Berger ,dont l'aimable Musette ,
Sçut raisonner pour moi sur un si joli ton ,
Que l'écho de mon cœur sans cesse le repete ;
De dites-moi votre nom.
grace ,
beau Berger ,
Mais non , non , taisez vous: Sur le riant gazon ,
Le hazard se plairoit à nous mener peut- être.
Un cœur n'est pas toûjours son maitre ;
Et vous chantez si tendrement ,
Vos sons flateurs entrent si doucement ,
Non , je ne veux pas vous connoître.
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Résumé : MADRIGAL. De Mlle de Malcrais de la Vigne, au Poëte des bords de la Marne, Auteur de l'Ode à sa louange, imprimée dans le Mercure de May 1732.
Le madrigal célèbre un poète des bords de la Marne, auteur de l'Ode publiée en mai 1732. Le locuteur admire la mélodie d'un berger, dont la musique résonne dans son cœur. Il préfère ignorer le nom du berger, se laissant guider par le hasard, et savoure la douceur de sa musique sans connaître son identité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 2192
« On a dû expliquer les Enigmes et les Logogryphes de Septembre , par la Satyre, [...] »
Début :
On a dû expliquer les Enigmes et les Logogryphes de Septembre , par la Satyre, [...]
Mots clefs :
Satire, Fièvre, Orgueil, Chiourme, Oraison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a dû expliquer les Enigmes et les Logogryphes de Septembre , par la Satyre, [...] »
On a dû expliquer les Enigmes et les
Logogryphes de Septembre , par la Satyre,
la Fieure, Orgueil , Chiourme , Oraison.
Logogryphes de Septembre , par la Satyre,
la Fieure, Orgueil , Chiourme , Oraison.
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20
p. 2193
ENIGME.
Début :
Joliette, [...]
Mots clefs :
Noisette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
J
Oliette ,
Rondelette
C'est aux champs ,
Qu'on me cueille,
Et ma feuille ,
Aux Amans,
Sert d'ombrage.
Heureux l'âge,
Où la dent ,
Aisément ,
De ma loge ,
Me déloge ;
Quelquefois,
De mon bois
Retirée ,
Et sucrée ,
Je parois,
Bien blanchette ;
De grisette ,
Que j'étois.
J... de Paris.
J
Oliette ,
Rondelette
C'est aux champs ,
Qu'on me cueille,
Et ma feuille ,
Aux Amans,
Sert d'ombrage.
Heureux l'âge,
Où la dent ,
Aisément ,
De ma loge ,
Me déloge ;
Quelquefois,
De mon bois
Retirée ,
Et sucrée ,
Je parois,
Bien blanchette ;
De grisette ,
Que j'étois.
J... de Paris.
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21
p. 2193-2195
LOGOGRYPHE.
Début :
Sept membres arrangez font mon individu, [...]
Mots clefs :
Drapeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
OGOGRYPHE.
SEpt membres arrangez font mon individu ,
Dont les quatre premiers , sans les changer de
place , E For
2194 MERCURE DE FRANCE
Forment, un autre Tout , au Lecteur fort connu
Qui peu propre et grossier ,
suffisoit pour Horace , I
Dans les trois quarts du monde on en fait tres
grand cas ,
Le besoin prétend qu'on en fasse.
Cependant autre part un Roy même s'en passe,
Et l'homme ne le cherche pas
Tant qu'aimant Dieu plus qué lui-même ,
La sincere innocence eut pour lui des appas.
Si vous doublez le quatrième
Ajustant l'un des deux aux trois autres restez ;
Des deux parts de mon tout vous verrez la der niere ,
Dans les Prez , les Valons , et les lieux écartez ,
Sans cesse porter la premiere ,
Avant qu'à la Nature humble et simple ouvriere,
L'Art superbe faisant de sçavantes leçons ,
L'embellisse et la change en diverses façons,
Pour servir aux Humains en plus d'une maniere.
Mais si les trois derniers sont pris séparément ,
Vous trouverez un Element ,
Réunissez mon corps , et d'abord dans la guerre,
D'un air fier , et pompeux, vous me verrez marcher,
Et de Mars en couroux , défier le tonnerre,
I .. ? toga qua deffendere frigus ,
Quamvis crassa, queat. Sat. 111,
Prenez
7
Σ
OCTOBRE. 1732. 2195
Prenez- moi , dans un autre sens ,
Ma fonction est basse et vile ;
Alors je ne deviens utile
Sur tout qu'aux plus petits enfans.'
SEpt membres arrangez font mon individu ,
Dont les quatre premiers , sans les changer de
place , E For
2194 MERCURE DE FRANCE
Forment, un autre Tout , au Lecteur fort connu
Qui peu propre et grossier ,
suffisoit pour Horace , I
Dans les trois quarts du monde on en fait tres
grand cas ,
Le besoin prétend qu'on en fasse.
Cependant autre part un Roy même s'en passe,
Et l'homme ne le cherche pas
Tant qu'aimant Dieu plus qué lui-même ,
La sincere innocence eut pour lui des appas.
Si vous doublez le quatrième
Ajustant l'un des deux aux trois autres restez ;
Des deux parts de mon tout vous verrez la der niere ,
Dans les Prez , les Valons , et les lieux écartez ,
Sans cesse porter la premiere ,
Avant qu'à la Nature humble et simple ouvriere,
L'Art superbe faisant de sçavantes leçons ,
L'embellisse et la change en diverses façons,
Pour servir aux Humains en plus d'une maniere.
Mais si les trois derniers sont pris séparément ,
Vous trouverez un Element ,
Réunissez mon corps , et d'abord dans la guerre,
D'un air fier , et pompeux, vous me verrez marcher,
Et de Mars en couroux , défier le tonnerre,
I .. ? toga qua deffendere frigus ,
Quamvis crassa, queat. Sat. 111,
Prenez
7
Σ
OCTOBRE. 1732. 2195
Prenez- moi , dans un autre sens ,
Ma fonction est basse et vile ;
Alors je ne deviens utile
Sur tout qu'aux plus petits enfans.'
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22
p. 2195-2196
AUTRE LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis mere de sept enfans, [...]
Mots clefs :
Semaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE LOGOGRYPHE.
UTRE LOGOGRYPHE.
JE suis mere de sept enfans ,
Quide moi n'ont point pris naissance,
Et par une autre circonstance ,
Nous dattons tous du mênre-temp
Le fils d'un Patriarche au début se présente ,
Une riviere vient après
Ma premiere de moins , ainsi que sa suivante
Al'instant vous reconnoîtrezé
Une des Provinces de France ,
ง
En cet état , mon second membre à part ,
Je plais , ou je déplais sur la simple apparence¿
Pris dans un autre sens , je suis pour le Soudart
Un sujet de travail ainsi que de science ,
Voulez-vous autrement m'interpreter encor
A bon droit je suis un trésor ;
Le susdit remis en sa place ,
Si mon dernier est retranché
Tel humain est bien empêché ,
Qui de moi, par force se passe,
Rognez encor , et puis à découvert ,
E ij
Vous
2196 MERCURE DE FRANCE
Vous verrz que jamais on ne me prend sans verd.
JE suis mere de sept enfans ,
Quide moi n'ont point pris naissance,
Et par une autre circonstance ,
Nous dattons tous du mênre-temp
Le fils d'un Patriarche au début se présente ,
Une riviere vient après
Ma premiere de moins , ainsi que sa suivante
Al'instant vous reconnoîtrezé
Une des Provinces de France ,
ง
En cet état , mon second membre à part ,
Je plais , ou je déplais sur la simple apparence¿
Pris dans un autre sens , je suis pour le Soudart
Un sujet de travail ainsi que de science ,
Voulez-vous autrement m'interpreter encor
A bon droit je suis un trésor ;
Le susdit remis en sa place ,
Si mon dernier est retranché
Tel humain est bien empêché ,
Qui de moi, par force se passe,
Rognez encor , et puis à découvert ,
E ij
Vous
2196 MERCURE DE FRANCE
Vous verrz que jamais on ne me prend sans verd.
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