Résultats : 4 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 315-316
III.
Début :
D'Où naist tant de bruit dans les Cieux, [...]
Mots clefs :
Soufflet, Vulcain, Courroux, Tumulte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : III.
III.
D,'Où naiji tant de bruit dans les
Cieux,
Tant de tumulte, (7 tant d'alarmes>
L'onycrie, aux armes, aux armes,
ut vive, qui va la! Seroit-ce entre les
Dieux?
eroit-ce les Geans,ces Enfans de laterre,
',t!i leur viendroient encor renouveller la
guerre?
Jupiter a la foudre en main;
allas prend son Armet,sa Lance
,
&
son Egide,
Saturne sa Faux homicide,
Deson Marteau sarme Vulcain.
MArs a déjà ceint sa Rapiere ;
Junon tient saPantoufle, & Venusr\
Patin;
Pour MajJè Hercule prend un Pin; i
Neptune desa Fourchefiere
S'en va faire en deuxcoupssix trlU."
Maist Mercure, je vous demandtta
Dans cette émotion sigrande,
P,uel efl tAutioeur de ce couroux?
Ha, G"lllnt! cest-la voflreaffaire3
t Et vous voilà pris surlefait.
Faut-il devant les Dieux en cacher
1 i
mylfere?
Non, non, on ne le peut après voffiï-
SSoouuHfleect..
RAULT de Roucna.
D,'Où naiji tant de bruit dans les
Cieux,
Tant de tumulte, (7 tant d'alarmes>
L'onycrie, aux armes, aux armes,
ut vive, qui va la! Seroit-ce entre les
Dieux?
eroit-ce les Geans,ces Enfans de laterre,
',t!i leur viendroient encor renouveller la
guerre?
Jupiter a la foudre en main;
allas prend son Armet,sa Lance
,
&
son Egide,
Saturne sa Faux homicide,
Deson Marteau sarme Vulcain.
MArs a déjà ceint sa Rapiere ;
Junon tient saPantoufle, & Venusr\
Patin;
Pour MajJè Hercule prend un Pin; i
Neptune desa Fourchefiere
S'en va faire en deuxcoupssix trlU."
Maist Mercure, je vous demandtta
Dans cette émotion sigrande,
P,uel efl tAutioeur de ce couroux?
Ha, G"lllnt! cest-la voflreaffaire3
t Et vous voilà pris surlefait.
Faut-il devant les Dieux en cacher
1 i
mylfere?
Non, non, on ne le peut après voffiï-
SSoouuHfleect..
RAULT de Roucna.
Fermer
Résumé : III.
Un poème décrit une scène tumultueuse où les dieux se préparent au combat, chacun armé de ses attributs spécifiques. Mercure accuse Gallus d'être à l'origine du tumulte. Gallus est pris sur le fait et ne peut nier son implication, malgré ses tentatives de dissimulation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 169-202
ENVOY burlesque par un oisif qui s'ennuye aux eaux de Forges.
Début :
LEs Bains sont pour l'oisiveté, Aussi bien que pour la santé [...]
Mots clefs :
Bains, Santé, Poésie, Historique, Maladies, Minéraux, Vulcain, Rituels, Empereurs, Géographie, Thermalisme, Architecture, Antiquité, Médecine, Réjuvénation , Bains d'Aix, Germanie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENVOY burlesque par un oisif qui s'ennuye aux eaux de Forges.
E N V o r
burlesque par un oijlf
qui*sà'ennuye aux eaux
deForges.
LEs Bains font pour l'oisiveté,
Aussi bien que pour la
fanté
Des amusements salutaires.
0 vous attaquez de catharres
Rhumatismes , & fluxions;
De vapeurs,oppilations,
Tiedeur de coeur, humeur
caustique,
Ou dont l'esprit paralytique
Abesoin de ce supplement
Pour estre mis en mouvement
Puisez dans cette Poësie.
Le bien, le mal à fantaisie.
Il est des bains alumineux,
Plombez, ferrez bitumineux;
Des Bains, les uns font fiiJ
datoires
,
Et les autres font lavatoires;
Quelquesuns font médicinaux
es uns froids, & les autres
chauds;
Tout comme fontmaintes
pillules
.,,CiTct que veulent les
credules.
Des Bains,les uns font na.
turels,
Les autres artificiels;
)es uns & des autres, le
Sage
)u l'insensé peut faire ufaù
ge,
Au temps que quelque infirmité
L'oblige à chercher sa
santé ;
Car une santé ferme&
stable
Traite l'effet des eaux de
fable.
Des Bains, les uns font
fulphurez,
D'autres picez
)
d'autres
nitrez,
Selon la qualité diverse
De la Mine que l'eau tra
verse.
Ana,le filsdeSebeon,
Des Bains chauds fit l'invention
J
Allant dans un lieu folitare
Paistre les Troupeaux de
son Pere.
C'est dont jamais ne doutera
Qui bien la Genese lira.
L'Interprete d'Ariflophane,
Autheur non sacré
,
mais
profane
Fut l'Inventeur du, premier
- Bain
Ce maistre Forgeron VulcaIn,
Qui d'un Bain chaud (je
m'en rapporte)
Fit un present de cette
forte
Au grand Hercule Conquerant,
Dontle nom va par tout
courant.
D'où vient qu'on nomme
sans scrupule
Tous les Bains chauds, les
Bains d'Hercule ;
Bains qui passerent autrefois
Chez les Vassaux & chez
les Rois ,
Dans le rang des choses
sacrées ,
Pour les matieres sulphurées,
Et pour les Foudres reposez,
Dont on tient qu'ils font
composez.
Les Gens qui font d'une
autre verve, Imputent le - tout à Minerve.
Si l'on en veut croire
Strabon, Autheur qui peut passer
pour bon,
Les Bains froids ont leur
origine
-
Des Argonautes, Gent
marine, Gent aimant le Bain Gent
decoeur,
Tous intrepides & sans
peur,
Qui sans façonner davantage
, Lavoient leur corps sur le
rivage
De la Mer, où Dame Circé
Son domicile avoit placé
Sur les bords de la Mer
Tyrrhene,
Avec autre Magicienne,
Quand cinquante - six
grands Heros
Firent voile jusqu'à Colchos
,
Pour la conqueste ambitieuse
D'une Toison précieuse,
Qu'on appelloit la Toison
d'or,
Aprés qui chacun court
encor, -
Courra jusqu'a la fin du
monde ;
Car Toison en or est feconde
Et l'or,ce métal radieux,
Se fait rechercher en tous
1 lieux.
Pour Chefs decetteillustre
Flotte,
Qu'on pourroit nommer
Argonaute On , avoit Hercule, Jason,
Castor,Pollux,&Telamon,
Hylas, Morphus, le fort
Thesée,
Nauplius,Calaïs,-Orphée
Le genereux Zethos aussi
Peut - rencontrer sa place
icy.
Ces Chefs, ces Hommes
d'importance,
Avanturiers à toute outrance
,
Ces Guerriers de fameux
renom
Dont je viens de marquer lenom,
Furent les premiers de If
âge
Qui ders eBainns 'tfOids eu..
Sur les ~pelles Eaux de
Thetis.
Aux Bains que l'on prenoit
jadis,
UnValet basty comme un
Drille,
Portoit & l'Eponge ,
&
l'Etrille,
Pour décrasser & savonner
Ceux qu'il alloit accompagner.
Si l'Eponge estoit parfu-
If mée
~L'Etrinestoit ,toute em*.
^aunéc,
Car dans ces ~bains grands
& commun
Onse munissoit de Parfums
Et d'agréables Cassolettes,
Pour les Doüillets & les
Doüillztes
, Pour les Mignardes & Mignards,
Qui n'aimoient pas les jeux
de Mars,
Et qui cherissoient leurs
Carcasse
Autant qu'un Coquin sa
Bezace,
Autant qu'un Aveugle (dit-on)
Cherit sa tasse & son
Baston.
Dans ce temps-là plus
nous ne sommes;
Un temps fut que Femmes
• & Hommes
Dans le vaste Empire Ro-
4 main
Pratiquoient tous le mesme
Bain,
Sans mettre aucune difference,
(Honny foit- il qui mal y
- -..- pense.)
Il falloit bien que ces Genslà
Fussent discrets.Apréscela,
Certain Empereur, c'est
Severe,
Empereur d'une humeur
austere
Des sexes fit divi,sion
Pour éviter l'occasion.
La Femme de Neron J
Popée,
Faisant la petite Poupér;
Etrefusant de s'attacher
A ce qui peut mater la
chair,
Et punir ses delicatesses,
Entretenoit cinq cens Asnesses,
Et chaque matin de leur
Lait
Croyoit rendre son teint
moins laid.
C'estoit le Bain éc l'artifice
De cette vainc Imperatrice
Qui sansscrupu, le & sans
remords,
Jour & nuit dorlotoit son
Corps,
Ne pensant la belle Mignonne
Qu'à bien rafraischir sa
personne;
Mais comme tout tend à
la fin,
Il luy fallut mourir enfin
Dans des angoisses sans
pareilles.
Laitieres à grandes oreil
-
les,
Vostre Lait faisoit son teint
beau,
Son trépas fut vostre tombeau.
Aux durs sanglots abandonnées,
On vous vit en peu de
journées
journées
Mornes,&dans une maigreur,
Qui faisoit aux Humains
horreur.
Estant tristes & déconfites,
VostreLaitbientost vous
perdistes
Et laMort , avec ses Cyprès
Cette perte suivit de prés.
(
Il n'est dp'oHinotmsmure la terre
Qui ne puisse encor voirà
Rome
Ces Monuments de vanité
De la superbe Antiquité
Que jadis on a fait construire,
Qu'encore aujourd'hui l'on
admire,
Où les magnifiques Romains
Se lavoient, & prenoient
les Bains
Dans chaque coin d'Architecture,
L'art y surpassoit la nature;
Et tous les Murs par le dedans
De fin Marbre estoient
éclatans,
Marbre apporté de Numidie,
i
Ou bien,venu d'Alexandrie.
L'injusteDiocletien,
Ec le Tyran Maximien
Ont employé sommes immenses
A faire de telles dépenses.
: Mais continuons nos
desseins,
Et décrivons quelques
beaux Bains
Que les Autheurs ixcommandables
Ont rendus des plus ve--
nerables,
Qui mesme ont fait voir
a nos yeux
Un spectacle delicieux.
Les Bains de Fritolle, ou
Tritolle,
Que l'on rencontreauprés
Pouzzolle
Nommez les Ba, ins de
Ciceron
Fabriquez mesm,e avant
Neron
Estoient quelque,chose de
rare.
On n'y voyoit rien de bïzarre,
:
Mais le tout proportionné,
Et fodrt osçanvamnméen,t orSuivant
la regle & la mesure
De la plus noble Architecture.
C'estoit pour le dire en
unmot,
Non la Caverne d'un Marmot,
Maisune Salle bien voutée,
Et de Peintures ajustée
Dont letemps qui , tout ccu^
vre abat)
A ravy le lustre & l'éclat;
On y voit cependant encore
Depuis Vesper jusqu'à
l'Aurore,
Et de l'Aurore jusqu'au
soir,
Maint & maint petit Reservoir,
Remply jadis d'une Eau
potable,
Aux Infirmes fort profita.
ble;
Car chaque Malade y
trouvoit
Ce que son mcdecin vouloit.
Esculape dort là fous rocbe,
Comme une anguille fil
tout procheà l
Au temps que vivoient les
Cesars
,
1
Parmy la guerre & les hazards
,
On voyoit là maintes Statuës
Qui font maintenant abbattuës
Qui , mettant la main sur
leur corps,
Faisoient connoistre en
leur dehors
Tant leur essence magnifique
Que leurs qualitez specifiques
Les Medecins , Salerni.
tains
Plus envietuxiqune lessLa- Piquez d'une jalouse rage,
Ont ravagé ce grand Ou.
vrage, Et desseiché toutes les
Eaux
Qui rendoient ces Bains-
, là si beaux,
S'imaginant que leur pratique
Diminuoit par l'hydraulique,
Et quHippocrate estoit
perdu
Si Ciceron n'estoit fondLt
Près
Prés de là
,
si l'on m'en
veut croire,
On doit passer au Sudatoire;
Mais il faut bientost s'épouffer
,
A moins que l'on veüille
étouffer,
Y faisant chaud de telle
forte
Qu'aussitost l'on) cherche
la Porte.
On voit presqueaumesme
chemin
Les fameux Bains de Saint
Germain
Nommez Thermes de Fumerolles.
Je n'ay presque point de
paroles
• Pour vous expliquer les
raisons
Des fumantes exhalaisons
Qui cette Caverne remplissent
,
Etde leurs vapeurs lanoircissent.
Fuligineuses qualirez
, Que de cerveaux vousenteftez!
-
Domicile sudorisique,
De Vulcain l'affreuse Boutique,
Si- tost qu'on respire vostre
air,
-
On croit avoir cervelle en
rair,
Etre aux Sabat par negro- mance,
Et le sçais par experience.
Au reste,ce Lieu tant vanté
l, A Theureuse proprieté
Deguerir mainte maladie,
Soit de France, soitd'Ausonie
; et quand on apporte en ce
Lieu,
Tout fumant, tout bruslant -
de feu,
Une autre Eau qui foit étrangere,
Soit qu'elle pese, ou soit
kgere,
Ce Bain,sans s'enappercevoir,
Luvycoommiurni.queso-n.pou- <
Chacun sçait que les Bains
, d'Alise
Etde Plombieres,font de
mise;
Qu'à Vichy, qu'à Spa,qu'à
-
Mion,
Ils font enréputation;
Qu'on peut de vous dire le
1 meUne/
Bains de Pougues, Bains
de Belesme ;
Que d'ailleurs il n'est rien
sibon
Que font vos Eaux,Bains
de Bourbon.
Qui font rajeunir les Personnes,
Fussent vieilles comme
Gorgones,
L'à l'on vient chercher de
, beaux ans,
Dans les plus beaux jours
,
du Printem ps,
En chemin l'amour pouvez
faire
Pour vostreusage salutaire.
Je ne vous obmettray jamais,
Belles Etuves, beaux Bains
d'Aix,
J'entens icy d'Aix la Chapelle,
Car vostre structure est
tres- belle,
Et les Germains de tous
costez
Recherchent vos humiditez.
ATongres,au Païs de
Trêves,
Aussi-bien qu'au climat de
Cleves,
On rencontre encor tous
les jours
De ces favorables secours.
Ainsi la belle Germanie
A ses Bains comme l'Ausonie
,
Et comme les charmans
Païs
Soumis au Monarque des
Lys.
A Moscou, Païs des Fourures,
Climat tout glacé de froidures,
Où regnent l'Aigle & le
Croissant,
Etdansl'Empireflorissant
Ou le Soleil onidolâtre,
Des Bains de Porphire&
d'Albâtre,
Tous remplis de bonnes
odeurs,
Se font voir chez les grands
Seigneurs.
C'efi là.ce qui fait leurs
delices,
Leurs passetemps, leurs
exercices;
Surtout chez les Orientaux,
Et chez les Septentrion-
,
naux,
Fréquemment les Bains
-'
.,
on visite
5
Passeroit pour hétéroclite,
Et bourru, qui s'en passeroit,
Qu'on vive à Rome comme
à Rome,
Si l'on veut vivre en honneste
Homme.
Forges & Montdor
, pres
de Rheims,
Fournissent encor de bons
Bains,
Dont se prévaut mainte
Personne.
Acqs & Therfis, prés de
Bayonne,
Balleruc
, avec Barbotan,
Sont encore visitez chaque
an,
Pour leurs Bains, qui dans
la Nature
Ont tousjours fait belle
,
figure.
Nommons-en encor quelques
uns
Que l'usage a rendus communs
Comme utiles , en cent manieres
Les Bains de Barege &
Bagnieres, o
Dont les plus sçavans Médecins
Font le pont aux ânes des
Bains.
burlesque par un oijlf
qui*sà'ennuye aux eaux
deForges.
LEs Bains font pour l'oisiveté,
Aussi bien que pour la
fanté
Des amusements salutaires.
0 vous attaquez de catharres
Rhumatismes , & fluxions;
De vapeurs,oppilations,
Tiedeur de coeur, humeur
caustique,
Ou dont l'esprit paralytique
Abesoin de ce supplement
Pour estre mis en mouvement
Puisez dans cette Poësie.
Le bien, le mal à fantaisie.
Il est des bains alumineux,
Plombez, ferrez bitumineux;
Des Bains, les uns font fiiJ
datoires
,
Et les autres font lavatoires;
Quelquesuns font médicinaux
es uns froids, & les autres
chauds;
Tout comme fontmaintes
pillules
.,,CiTct que veulent les
credules.
Des Bains,les uns font na.
turels,
Les autres artificiels;
)es uns & des autres, le
Sage
)u l'insensé peut faire ufaù
ge,
Au temps que quelque infirmité
L'oblige à chercher sa
santé ;
Car une santé ferme&
stable
Traite l'effet des eaux de
fable.
Des Bains, les uns font
fulphurez,
D'autres picez
)
d'autres
nitrez,
Selon la qualité diverse
De la Mine que l'eau tra
verse.
Ana,le filsdeSebeon,
Des Bains chauds fit l'invention
J
Allant dans un lieu folitare
Paistre les Troupeaux de
son Pere.
C'est dont jamais ne doutera
Qui bien la Genese lira.
L'Interprete d'Ariflophane,
Autheur non sacré
,
mais
profane
Fut l'Inventeur du, premier
- Bain
Ce maistre Forgeron VulcaIn,
Qui d'un Bain chaud (je
m'en rapporte)
Fit un present de cette
forte
Au grand Hercule Conquerant,
Dontle nom va par tout
courant.
D'où vient qu'on nomme
sans scrupule
Tous les Bains chauds, les
Bains d'Hercule ;
Bains qui passerent autrefois
Chez les Vassaux & chez
les Rois ,
Dans le rang des choses
sacrées ,
Pour les matieres sulphurées,
Et pour les Foudres reposez,
Dont on tient qu'ils font
composez.
Les Gens qui font d'une
autre verve, Imputent le - tout à Minerve.
Si l'on en veut croire
Strabon, Autheur qui peut passer
pour bon,
Les Bains froids ont leur
origine
-
Des Argonautes, Gent
marine, Gent aimant le Bain Gent
decoeur,
Tous intrepides & sans
peur,
Qui sans façonner davantage
, Lavoient leur corps sur le
rivage
De la Mer, où Dame Circé
Son domicile avoit placé
Sur les bords de la Mer
Tyrrhene,
Avec autre Magicienne,
Quand cinquante - six
grands Heros
Firent voile jusqu'à Colchos
,
Pour la conqueste ambitieuse
D'une Toison précieuse,
Qu'on appelloit la Toison
d'or,
Aprés qui chacun court
encor, -
Courra jusqu'a la fin du
monde ;
Car Toison en or est feconde
Et l'or,ce métal radieux,
Se fait rechercher en tous
1 lieux.
Pour Chefs decetteillustre
Flotte,
Qu'on pourroit nommer
Argonaute On , avoit Hercule, Jason,
Castor,Pollux,&Telamon,
Hylas, Morphus, le fort
Thesée,
Nauplius,Calaïs,-Orphée
Le genereux Zethos aussi
Peut - rencontrer sa place
icy.
Ces Chefs, ces Hommes
d'importance,
Avanturiers à toute outrance
,
Ces Guerriers de fameux
renom
Dont je viens de marquer lenom,
Furent les premiers de If
âge
Qui ders eBainns 'tfOids eu..
Sur les ~pelles Eaux de
Thetis.
Aux Bains que l'on prenoit
jadis,
UnValet basty comme un
Drille,
Portoit & l'Eponge ,
&
l'Etrille,
Pour décrasser & savonner
Ceux qu'il alloit accompagner.
Si l'Eponge estoit parfu-
If mée
~L'Etrinestoit ,toute em*.
^aunéc,
Car dans ces ~bains grands
& commun
Onse munissoit de Parfums
Et d'agréables Cassolettes,
Pour les Doüillets & les
Doüillztes
, Pour les Mignardes & Mignards,
Qui n'aimoient pas les jeux
de Mars,
Et qui cherissoient leurs
Carcasse
Autant qu'un Coquin sa
Bezace,
Autant qu'un Aveugle (dit-on)
Cherit sa tasse & son
Baston.
Dans ce temps-là plus
nous ne sommes;
Un temps fut que Femmes
• & Hommes
Dans le vaste Empire Ro-
4 main
Pratiquoient tous le mesme
Bain,
Sans mettre aucune difference,
(Honny foit- il qui mal y
- -..- pense.)
Il falloit bien que ces Genslà
Fussent discrets.Apréscela,
Certain Empereur, c'est
Severe,
Empereur d'une humeur
austere
Des sexes fit divi,sion
Pour éviter l'occasion.
La Femme de Neron J
Popée,
Faisant la petite Poupér;
Etrefusant de s'attacher
A ce qui peut mater la
chair,
Et punir ses delicatesses,
Entretenoit cinq cens Asnesses,
Et chaque matin de leur
Lait
Croyoit rendre son teint
moins laid.
C'estoit le Bain éc l'artifice
De cette vainc Imperatrice
Qui sansscrupu, le & sans
remords,
Jour & nuit dorlotoit son
Corps,
Ne pensant la belle Mignonne
Qu'à bien rafraischir sa
personne;
Mais comme tout tend à
la fin,
Il luy fallut mourir enfin
Dans des angoisses sans
pareilles.
Laitieres à grandes oreil
-
les,
Vostre Lait faisoit son teint
beau,
Son trépas fut vostre tombeau.
Aux durs sanglots abandonnées,
On vous vit en peu de
journées
journées
Mornes,&dans une maigreur,
Qui faisoit aux Humains
horreur.
Estant tristes & déconfites,
VostreLaitbientost vous
perdistes
Et laMort , avec ses Cyprès
Cette perte suivit de prés.
(
Il n'est dp'oHinotmsmure la terre
Qui ne puisse encor voirà
Rome
Ces Monuments de vanité
De la superbe Antiquité
Que jadis on a fait construire,
Qu'encore aujourd'hui l'on
admire,
Où les magnifiques Romains
Se lavoient, & prenoient
les Bains
Dans chaque coin d'Architecture,
L'art y surpassoit la nature;
Et tous les Murs par le dedans
De fin Marbre estoient
éclatans,
Marbre apporté de Numidie,
i
Ou bien,venu d'Alexandrie.
L'injusteDiocletien,
Ec le Tyran Maximien
Ont employé sommes immenses
A faire de telles dépenses.
: Mais continuons nos
desseins,
Et décrivons quelques
beaux Bains
Que les Autheurs ixcommandables
Ont rendus des plus ve--
nerables,
Qui mesme ont fait voir
a nos yeux
Un spectacle delicieux.
Les Bains de Fritolle, ou
Tritolle,
Que l'on rencontreauprés
Pouzzolle
Nommez les Ba, ins de
Ciceron
Fabriquez mesm,e avant
Neron
Estoient quelque,chose de
rare.
On n'y voyoit rien de bïzarre,
:
Mais le tout proportionné,
Et fodrt osçanvamnméen,t orSuivant
la regle & la mesure
De la plus noble Architecture.
C'estoit pour le dire en
unmot,
Non la Caverne d'un Marmot,
Maisune Salle bien voutée,
Et de Peintures ajustée
Dont letemps qui , tout ccu^
vre abat)
A ravy le lustre & l'éclat;
On y voit cependant encore
Depuis Vesper jusqu'à
l'Aurore,
Et de l'Aurore jusqu'au
soir,
Maint & maint petit Reservoir,
Remply jadis d'une Eau
potable,
Aux Infirmes fort profita.
ble;
Car chaque Malade y
trouvoit
Ce que son mcdecin vouloit.
Esculape dort là fous rocbe,
Comme une anguille fil
tout procheà l
Au temps que vivoient les
Cesars
,
1
Parmy la guerre & les hazards
,
On voyoit là maintes Statuës
Qui font maintenant abbattuës
Qui , mettant la main sur
leur corps,
Faisoient connoistre en
leur dehors
Tant leur essence magnifique
Que leurs qualitez specifiques
Les Medecins , Salerni.
tains
Plus envietuxiqune lessLa- Piquez d'une jalouse rage,
Ont ravagé ce grand Ou.
vrage, Et desseiché toutes les
Eaux
Qui rendoient ces Bains-
, là si beaux,
S'imaginant que leur pratique
Diminuoit par l'hydraulique,
Et quHippocrate estoit
perdu
Si Ciceron n'estoit fondLt
Près
Prés de là
,
si l'on m'en
veut croire,
On doit passer au Sudatoire;
Mais il faut bientost s'épouffer
,
A moins que l'on veüille
étouffer,
Y faisant chaud de telle
forte
Qu'aussitost l'on) cherche
la Porte.
On voit presqueaumesme
chemin
Les fameux Bains de Saint
Germain
Nommez Thermes de Fumerolles.
Je n'ay presque point de
paroles
• Pour vous expliquer les
raisons
Des fumantes exhalaisons
Qui cette Caverne remplissent
,
Etde leurs vapeurs lanoircissent.
Fuligineuses qualirez
, Que de cerveaux vousenteftez!
-
Domicile sudorisique,
De Vulcain l'affreuse Boutique,
Si- tost qu'on respire vostre
air,
-
On croit avoir cervelle en
rair,
Etre aux Sabat par negro- mance,
Et le sçais par experience.
Au reste,ce Lieu tant vanté
l, A Theureuse proprieté
Deguerir mainte maladie,
Soit de France, soitd'Ausonie
; et quand on apporte en ce
Lieu,
Tout fumant, tout bruslant -
de feu,
Une autre Eau qui foit étrangere,
Soit qu'elle pese, ou soit
kgere,
Ce Bain,sans s'enappercevoir,
Luvycoommiurni.queso-n.pou- <
Chacun sçait que les Bains
, d'Alise
Etde Plombieres,font de
mise;
Qu'à Vichy, qu'à Spa,qu'à
-
Mion,
Ils font enréputation;
Qu'on peut de vous dire le
1 meUne/
Bains de Pougues, Bains
de Belesme ;
Que d'ailleurs il n'est rien
sibon
Que font vos Eaux,Bains
de Bourbon.
Qui font rajeunir les Personnes,
Fussent vieilles comme
Gorgones,
L'à l'on vient chercher de
, beaux ans,
Dans les plus beaux jours
,
du Printem ps,
En chemin l'amour pouvez
faire
Pour vostreusage salutaire.
Je ne vous obmettray jamais,
Belles Etuves, beaux Bains
d'Aix,
J'entens icy d'Aix la Chapelle,
Car vostre structure est
tres- belle,
Et les Germains de tous
costez
Recherchent vos humiditez.
ATongres,au Païs de
Trêves,
Aussi-bien qu'au climat de
Cleves,
On rencontre encor tous
les jours
De ces favorables secours.
Ainsi la belle Germanie
A ses Bains comme l'Ausonie
,
Et comme les charmans
Païs
Soumis au Monarque des
Lys.
A Moscou, Païs des Fourures,
Climat tout glacé de froidures,
Où regnent l'Aigle & le
Croissant,
Etdansl'Empireflorissant
Ou le Soleil onidolâtre,
Des Bains de Porphire&
d'Albâtre,
Tous remplis de bonnes
odeurs,
Se font voir chez les grands
Seigneurs.
C'efi là.ce qui fait leurs
delices,
Leurs passetemps, leurs
exercices;
Surtout chez les Orientaux,
Et chez les Septentrion-
,
naux,
Fréquemment les Bains
-'
.,
on visite
5
Passeroit pour hétéroclite,
Et bourru, qui s'en passeroit,
Qu'on vive à Rome comme
à Rome,
Si l'on veut vivre en honneste
Homme.
Forges & Montdor
, pres
de Rheims,
Fournissent encor de bons
Bains,
Dont se prévaut mainte
Personne.
Acqs & Therfis, prés de
Bayonne,
Balleruc
, avec Barbotan,
Sont encore visitez chaque
an,
Pour leurs Bains, qui dans
la Nature
Ont tousjours fait belle
,
figure.
Nommons-en encor quelques
uns
Que l'usage a rendus communs
Comme utiles , en cent manieres
Les Bains de Barege &
Bagnieres, o
Dont les plus sçavans Médecins
Font le pont aux ânes des
Bains.
Fermer
Résumé : ENVOY burlesque par un oisif qui s'ennuye aux eaux de Forges.
Le texte traite des bienfaits et des diverses utilisations des bains, tant pour le loisir que pour la santé. Les bains sont considérés comme des remèdes efficaces contre plusieurs afflictions, telles que les catharres, les rhumatismes, les vapeurs et les troubles de l'esprit. Ils sont classés selon leur composition (alumineux, plombés, ferreux, bitumineux) et leur température (chauds ou froids). Les bains peuvent être naturels ou artificiels, et leur usage varie en fonction des besoins de santé de chacun. L'origine des bains chauds est attribuée à Ana, fils de Sebeon, et à Vulcain, qui offrit un bain chaud à Hercule. Les bains froids sont associés aux Argonautes, qui se lavaient sur les rivages de la mer Tyrrhène. Historiquement, les bains étaient utilisés par les Romains et les Grecs, et leur pratique variait selon les époques et les cultures. Le texte mentionne également des bains célèbres comme ceux de Pouzzoles, de Saint-Germain, de Vichy, de Spa et de Bourbon, reconnus pour leurs propriétés curatives. Les bains sont également présents dans diverses régions, y compris la Germanie, la Russie et l'Empire ottoman, où ils sont appréciés pour leurs bienfaits et leurs plaisirs. Enfin, le texte souligne l'importance des bains dans la vie quotidienne et leur rôle dans la prévention et le traitement des maladies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 86-117
LETTRE CRITIQUE Ecrite à l'Auteur du Mercure, sur la Comedie qui a pour titre, Momus Fabuliste, ou les Nôces de Vulcain.
Début :
C'EST un coup assez hardi, Monsieur, pour un homme de Province, [...]
Mots clefs :
Momus, Fables, Fable, Jupiter, Vénus, Pièce, Comédie, Auteur, Fabuliste, Vulcain, Dieux, Théâtre, Satire, Caractère, Tuteur, Dieu, Esprit, Public, Déesse, Destin, Plutus, Neptune, Singe, Petit maître, Succès, Arrangement, Liberté, Scène, Animaux, Jean de La Fontaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE CRITIQUE Ecrite à l'Auteur du Mercure, sur la Comedie qui a pour titre, Momus Fabuliste, ou les Nôces de Vulcain.
LETTRE CRITIQUE
Ecrite à l'Auteur du Mercure , fur la
Comedie qui a pour titre , Momus
Fabulifte , on les Nôces de Vulcain.
'EST un coup affez hardi , Monfieur
, pour un homme de Province
, que de trouver à reprendre
dans ce que Paris a honoré
de fon approbation. Les applaudiffemens
extraordinaires que Momus Fabulifte avoit
reçûs fur le Théatre , durant une longue
fuite de repreſentations , s'étoient fait entendre
jufques dans nos contrées , & je ne
me ferois pas confolé de me voir par ma
fituation , privé du plaifir d'entendre une
piece que le fuccès rendoit fi fameufe , fi
je n'avois efperé que l'impreffion fuppléroit
pour nous en quelque forte à ce que
notre éloignement nous faifoit perdre du
côté de la reprefentation . Heureuſement
notre efperance n'a pas été vaine ; & comme
je fuis affez bien fervi par rapport aux
*
DE JANVIER. 87
nouveautez qui fortent de Paris , je n'ay
pas attendu long- temps après celle - cy. Je
l'ay reçue avec tranfport , & je l'ay lue
avec empreffement. La reputation de la
piece , & l'idée que je m'en étois faite ,
me foutinrent dans la premiere lecture ; ce
ne fut pas la même chofe dans la feconde ;
j'y trouvai du déchet. L'ayant voulu relire
le lendemain , je me furpris moi- même
baillant ; je m'en fçûs mauvais gré , & je
me dis , fauf reſpect , je fuis un grand animal
de bâiller à la lecture d'une piece qui a
charmé toutParis:car je ne pouvois pas douter
d'un fuccès que je trouvois autentiquement
attefté par l'Auteur même de la Préface
, où il le croit obligé à quelque forte de
reconnoiffance envers le Public , fur une
Comedie qu'il a fi extrordinairement favorifée.
Je me donnai bien de garde de me
laiffer penétrer fur cela , aux beaux efprits
mes compatriotes , qui m'auroient unanimement
fiftlé fur mon mauvais goût : car
vous ne fçauriez croire , Monfieur , jufqu'où
va la déference qu'on a en Province
pour les decifions de Paris . Une piece y a
été bien reçûë ? elle eft donc bonne. Une
autre n'a pas été goûtée ? elle ne vaut donc
rien. Voilà les regles de notre Logique ,
elle ne va pas plus loin. Momus Fabulifte
a donc été reçû ici avec les mêmes applau
diffemens qu'il avoit eûs dans la Capitale.
B8
LE MERCURE
;
On l'a lue publiquement en plufieurs com-.
pagnies ; chacun fe récrioit aux beaux endroits
; je me fuis récrié moy même : mais
* avec vous , Monfieur , j'en uferay plus fincerement.
Le Mercure eft toûjours difcret
& quand il le feroit moins qu'il ne l'eft ,
comme vous ne me connoiffez pas , & que
je n'ay nulle envie de me faire connoître ,
je ne rifque rien à vous faire part de mes
remarques , & de mes reflexions , dont
vous ferez tel ufage qu'il vous plaira , foit
pour leur donner place dans votre Livre ,
fi vous les en jugez dignes , foit pour les
mettre au rebut , fi vous ne les trouvez
pas d'alloy ; du moins je me ferai fatisfait ;
car je n'y puis plus tenir , il faut que je
m'explique , ou je diray comme Pafquin ,
à qui on avoit mis un bâillon : io crepo.
Je ne fuis pas 'du nombre de ceux que
M. Fuzelier accufe de juger d'une piece
par le nom de l'Auteur. Si je jugeois de
la fienne par cet endroit , je porterois un
jugement bien plus avantageux que je ne
fais . Je ne connois point M. Fuzelier par
lui-même , mais je le connois fort par fes
ouvrages , c'est- à -dire , par
differentes petites
pieces detachées qui font venuës jufqu'à
nous en Province , & qui m'ont paru
d'un fort bon goût , on y trouve de l'efprit
, de l'imagination , de la fécondité ,
de la delicateffe & du naturel , c'eſt- à- dire ,
que
DE JANVIER
1
89
ay
que je le regarde fort au deffus de fon
Momus Fabulifte , que j'enviſage feul ; &
indépendamment de l'Auteur , dans l'examen
critique que je vais en faire , & que je
feray fans partialité & fans paffion. Ce leroit
dommage qu'un génie auffi facile s'endormit
fur le fuccès de fa Comedie . Rien
n'eft fi équivoque en certaines occafions
que le faccès d'une piece . Il y a des fuccès
qu'on doit à la brigue & à la protection ;
il y en a qu'on doit à la fatyre , & il y en
a qu'on doit à la conjoncture , foit des .
temps , foit des lieux , foit des chofes. Le
fuccès de Momus Fabulifte me paroît être
de cette troifiéme efpece , & tenir même
quelque chofe de la feconde . On étoit
dans le goût des Fables . Les nouvelles Fables
qui venoient de paroître , avoient reveillé
fur ce genre de Poëfie l'attention du
Public ; on annonce fur cela Momus Fabuliſte
, voilà ce qui s'appelle une fituation.
Sur l'etiquete feule , on y courts on y
croit trouver le Phenomene potager , le
Greffier folaire , & autres termes des Fables
nouvelles malignement mifes en oeuvre .
Voilà le fel de la fatyre ; il n'en faut pas
davantage pour amorcer le Public. Il vient
en foule , il applaudit ; mais fi dans un
an , que le goût des Fables fera apparemment
furanné , on lui redonnoit Momus
Fabulite , je fuis perfuadé que ce même
H
90 LE MERCURE
Public qui l'a couru cet hyver , le fiffleroit
l'hyver prochain. La conjoncture ne
feroit plus la même , & la fatyre feroit
ufée. Que vous ôtiez à Momus Fabulifte
ces deux appuis , & que vous le reduifiez
à lui-même , il faut qu'il tombe neceſſairement.
Vous demanderez pourquoy ? en
voici la raiſon ; c'eft que dans cette piece
on ne vous donne rien de ce qu'on nous
promet ; on nous promet une Comedie ;
& cette Comedie pretenduë n'eft rien
moins qu'une Comedie ; Momus Fabulifte
nous promet des Fables , & fes Fables ne
font point du tout des Fables , au moins
pour la plupart. Voilà , Monfieur , ce que
je me fais fort de vous rendre fenfible , en
vous développant la piece.
En effet , de quoi s'agit-il ? de Venus qui
eft à marier , & à laquelle tous les Dieux
prétendent de maniere ou d'autre ; à com
mencer par Jupiter , comme il ne peutl'époufer
, parce qu'apparemment la Poli
gamie eft un cas pendable auffi bien chez
les Dieux que chez les hommes bien policcz
, il feroit bien aiſe qu'elle reſtât fille ,
fans s'éloigner d'auprès de lui ; mais fi
l'ordre du Deſtin veut abſolument qu'elle
fe marie il s'arrange pour lui faire époufer
fon fils . Voilà le projet de Jupiter ;
voilà la fin où doit tendre cette Comedie ,
où doit aboutir le dénouement. Il abou
DE JANVIER.
tit là en effet , car la piece finit par le mariage
de Venus & de Vulcain que la Déeffe
prefere à tous les rivaux. Mais , quoique
la piece aboutiſſe là , elle eſt neanmoins
fans dénouëment , & il ne peut même y
en avoir , puifqu'il n'y a point de noeud.
Le commencement & la fin de la piece
fe répondent en quelque chofe , puifque
Venus époufe Vulcain , & que c'étoit ce
que Jupiter s'étoit propofé ; mais nous ne
voyons rien qui lie ce commencement à
la fin ; nous ne voyons point d'intrigue
formée , pour ménager cet évenement &
amener Venus au but que Jupiter fe propofoit.
Il est bien vrai que ce grand Jupiter
, qui jouë ici le perſonnage d'un vrai
Jocriffe , dit dès la premiere fcene , qu'il
s'arrange pour faire époufer Vulcain à Venus
; mais on ne voit point dans le refte
de la piece comment il s'arrange pour y
arriver , ni en quoi confifte ce prétendu .
arrangement. S'il avoit pris des mefures
pour empêcher le Deftin de fe méler de
Paffaire , ou pour l'engager à le laiffer en
qualité de Souverain des Dieux , arbitre du
fort de Venus , il y auroit là quelque forte
d'arrangement ; mais le bon Jupiter ne
porte pas fes vies fi loin . Le Deftin le mande
pour lui donner les ordres ; il s'arrange ;
il va le recevoir en toute humilité. Il apprend
que le Deftin laiffe à Venus la liberté.
Hij
92 LE MERCURE
du choix pour fe donner un mari . Venus
ne dépend donc plus que d'elle- même ;
voilà matiere à un nouvel arrangement.
Il ne s'agit que de gagner Venus ; & de la
degoûter des autres Dieux , pour la porter
à le déterminer en faveur de Vulcain. Que
fait pour cela Jupiter ? luy, parle- t- il fur
ce ton ? ou lui fait- il parler par quelqu'un ?
rien moins. S'il s'étoit intrigué pour infpirer
à Venus de mauvaiſes préventions contre
les autres Dieux , qu'il eût trouvé moyen
de les commettre enfemble , & à les engager
de fe décrier les uns les autres auprés
d'elle , qu'il lui cût fait infinuer adroitement
que le fejour de la Mer étoit trop
trifte pour
elle ; que Mars n'avoit pas l'air
d'être un mari commode , qu'Apollon n'étoit
qu'un Pedant , que Plutus avec toutes
fes richeffes étoit toûjours enfeveli dans un
fond de melancolie dont l'enjoüement de
la Déeffe ne s'accommoderoit pas , & que
Mercure enfin étoit trop rufe , & en fçayoit
trop long pour une femme qui étoit
bien aife d'avoir les coudées franches ; &
qu'aprés cela , il eût produit Vulcain comme
un bon Garçon qui n'avoit point de
malice , qui étoit d'humeur pacifique , &
qui vivoit bien avec tout le monde , on
pouroit dire alors que ce ne feroit pas en
vain que Jupiter fe feroit arangé , pour engager
Venus à préferer Vulcain aux autres
DE JANVIER. 93
Dieux dans le choix d'un mari. Mais Jupiter
ne fait rien de tout cela : à quoi donc
va fon arangement ? à affembler les Dieux ,
à leur fignifier l'ordre du Deftin ; il le déclare
à Vénus même. Allons , dit il , aimable
Venus ; nè balancez pas davantage ,
choififfez un mari & une demeure ; & il en
refte là fans pouffer l'arangement plus loin.
Sur quoi il faut lui rendre cette juſtice ,
qu'on ne peut pas executer les ordres du
Deftin avec moins de partialité qu'il le fait.
Un autre à fa place auroit pu en fignifiant
ces ordres , y mêler quelques reflexions
adroites fur l'importance dont il étoit pour
Venus de choifir un mari fortable à fes
manieres & à fon humeur , & qui fut d'un
caractere à ne fe pas effaroucher mal à propos
: mais l'arangement de Jupiter ne va
pas jufqués là ; il fe tient renfermé dans
une neutralité parfaite , il eft vrai qu'il n'a
pas lieu de s'en repentir , & que Venus
choifit Vulcain comme il le fouhaitoit ; mais
il n'en a l'obligation qu'au bon efprit & à
la politique de la Déeffe coquette , & non
aux arangemens qu'il auroit pu prendre,
pour l'amener là , & qu'il n'a pas pris.
Voilà comment Jupiter s'arange : s'il n'en
fçait pas plus long dans les autres arangemens
qu'il prend , c'eft un pauvre Sire.
Il paroît donc que les parties de cette
prétendue Comedie n'ont nulle fiaifon en94
LE MERCURE
1
.
tre elle , qu'elle eft fans noeud & fans dénouement
, que l'évenement qui la termine
dans la vingtiéme Scene , n'eft point l'effet
d'une intrigue qui l'ait préparé ; que tout
ce qui a précedé jufques là , n'a contribué
en rien à déterminer Venus au choix qu'elle
fait qu'elle choifit Vulcain par principe
de coqueterie , qu'elle l'auroit choifi également
, quand les Dieux & les Déeffes qui
ont occupé le Theatre durant la piece , n'auroient
point parlé ; que les Scenes qui la
compofent , font pour la plupart fi independantes
les unes des autres , qu'on pouroit les
difpofer au hazard , fans que la Piece en
fouffrit ; n'y ayant point de raiſon qui oblige
Neptune & Mercure à paroître fur le
Theatre avant Plutus & Apollon , ou avant.
Junon & Venus ; c'eft à dire qu'il refulte
de tout cecy que cette Comedie n'eft point
une Comedie . Qu'est ce donc ? C'est une
fuite de Dialogues dans le goût de Lucien
qu'on a mis les uns aprés les autres , en
faifant dire à Jupiter dans le premier Dialogue,
qu'il s'arrange pour faire épouferVulcain
à Venus , & en faifant qu'elle l'époufeen
effet dans le dernier , fans que tout ce
qui fe dit entre deux , contribue en rien
à l'évenement . Si une Piece de cette nature
eft une Comedie , les Comediens pouront
, quand il leur plaira , nous reciter les
Dialogues de Lucien , fans qu'il leur en
DE JANVIER. 956
coûte autre choſe que de donner un mariage
au bout .
·
On me dira que dans ces fortes de
Pieces d'un Acte fimple , on ne doit pas
exiger tant de regularité. Aufli ne demande
t'on pas que tout y foit compaffé
avec la même exactitude , que dans .
une Piece complette & de cinq Actes ; mais
du moins , faut- il qu'une Comedie ſoit une
Comedie ; qu'elle ait un but , qu'il y ait
une intrigue & un dénoücment ; tout cela
fe trouve dans les plus petites Pieces de Moliere
, & devroit le trouver dans celle cy ,
puifqu'on nous la donne pour Comedie ;
& dés que ces parties effentielles ne s'y
rencontrent pas , je croi être en droit de
dire que ce n'eft pas une Comedie.
Il paroît que le Public a fait fur , cela
grace à l'Auteur avec un peu trop d'indulgence
; qu'on s'eft plus attaché à Momus
Fabulifte & Cauftique , qu'aux nôces
de Vulcain : mais Momus Fabuliſte n'eft
pas plus Comedie que le refte. On lui interdit
la raillerie dés les premieres Scenes ,
on ne lui rend pas fur cela la liberté dans la
derniere
. Quoi qu'il
ait la place d'honneur
dans les deux titres qu'on donne à
cette prétendue Comedie , il n'y elt cependant
qu'en fecond. Jupiter fe fâche
de quelques petits traits de raillerie
que lui lance Momus. Il la lui in96
LE MERCURE
vent ,
terdit pour tout ce jour- là. Momus. fur
cette défenſe s'avife de fe fervir du voile de
la Fable , pour infinuer des veritez qu'il
n'oſe plus dite ouvertement ; & afin d'exercer
fon talent , il va attendre au paffage
les Dieux fes Confreres , fur le chemin du
Temple du Deftin , où à mesure qu'ils arriil
dit à chacun fa Fable ; je ne vois
pas qu'il y ait beaucoup d'art ni d'inven ·
tion dans cette difpofition ; cela paroît bien
uni , & je crois qu'on auroit pû imaginer
quelque chofe de plus naturel & de plus
vrai-femblable , pour occafionner la rencontre
du Momus avec tous ces Dieux &
ces Déeffes , qu'il femble qu'on n'amene
là l'un après l'autre que pour en avoir des
nazardes. Je ne trouve pas d'ailleurs que
leurs caracteres pour la plupart foient affez
mefurez ; & pour commencer par Jupiter ,
qui eft lepremier & le fouverain des Dieux,
il est un peu trop de mauvaiſe humeur , &
il fe fâche contre Momus affez à contretemps.
Car fur quoi le fâche-t-il ? fur ce
qu'ayant dit qu'il aimeroit mieux que la
Déeffe reftat fille : Momus répond , refter
fille & eftre maîtreſſe de Jupiter ! Pourquoi
s'aigrit -il plus de ce trait que de plufieurs
autres du moins auffi piquants que Momus
lui avoit déja fait effuyer dans la mê ne
fcene, & qu'il avoit avalez fort doucement ?
Momus le raille fur le joug d'un mariage
d'une
DE JANVIER . $7
d'une éternité , & appelle cela ingenieulement
lesgaleres perpetuelles ; il lui demande
s'il ne vient point plaider en feparation devant
le Deftin ; il lui dit tout net qu'à la formalité
prés , la pauvre Junon est trés repudiée
; Et fur ce que Jupiter lui fait enten .
dre que s'il faut abfolument que la Deeffe
fe marie , il s'arrange pour lui faire époufer
Vulcain ; Momus fe recrie , oh le fage
arrangement ! on vous y reconnoît. Jupiter
écoute tout cela avec toute la debonaireté
poffible , il ne fe fâche que lorfque Momus
dit , refterfille & Maitreffe de Jupiter ! qui
n'eft proprement que l'explication de ce
qu'il venoit de lui dire d'une maniere moins
groffiere, & par confequent plus picquante
dans le fage arrangement , fur lequel il s'étoit
recrié: mais enfin , Jupiter eft à bout;
ce trait le déconcerte , & il s'en trouve ſi
picqué , qu'il déclare à Momus qu'il eſt
furieufement las de fes plaifanteries.En verité
le bon Jupiter ne fe connoît gueres en plaifanteries
. Le fage arrangement que Momus
venoit de relever , en étoit une ; Jupiter
ne s'en choque point ; refter fille être
Maitreffe de Jupiter ! étoit dans la bouche
de Momus une groffiereté plûtôt qu'une
raillerie fine. Jupiter s'en offenfe. Il commence
à s'appercevoir que Momus le turlupine
depuis une infinité de fiecles ; & il
ne veut plus être turlupiné. Il devoit ,
I
ce
98 LE MERCURE
me femble , y être fait , on n'attend pas
fi tard à s'en choquer ; mais enfin , il perd
patience aprés tant de fiecles & moi ,
Monfieur , je la pers auffi , lors que j'entens
raifonner d'une maniere fi indigne de
la Majefté de ce Souverain des Dieux , qui
en fronçant feulement les fourcils fait
trembler le Ciel & la Terre.
"
>
Mais , me dira-t-on , ce qui le rend de
plus mauvaiſe humeur dans cette rencontre
, n'eft pas tant ce que lui dit Momus ,
que la conjoncture où il le lui dit. Jupiter
eft amoureux de Venus , & dans l'impof
fibilité où il fe voit de l'époufer fon
amour fe tourne en chagrin , & le rend plus
aifé à choquer ; à la bonne heure : j'aurois
donc voulu que la querelle qu'il fait à
Momus , fut un effet de ſa paſſion ; & pour
cela , j'aurois fuppofé que Momus ayant
lâché quelque trait malin contre cetté
Déeffe , elle en fait fes plaintes à Jupiter ,
celui- ci amoureux au point qu'il l'étoit ,
auroit été en droit de prendre feu là - deffus ,
& d'interdire à Momus une liberté dont
il auroit abufé à l'égard d'une Décffe qui
étoit fi chere au Souverain des Dieux. Jupiter
pouvoit ouvrir le Theatre en fulminant
contre Momus , en difant qu'il ne l'a
fouffert , tant qu'il ne s'eft attaqué qu'à lui ;
mais qu'ayant l'audace de s'attaquer à Ve- *
nus même , qui lui en a fait fes plaintes , &z
DE JANVIER. 99
pour qui il n'ignore pas les égards qu'il veut
qu'on ait , il ne laiffera pas l'offenfe impunie
, & fur cela ordonner à Mercure de le
faire venir ; il me paroît qu'en prenant ce
l'interdiction de Momus feroit bien
mieux fondée dans la piece , où l'on ne voit
point pourquoi Jupiter s'avife de s'offenſer
d'une liberté à laquelle Momus avoit depuis
une infinité de fiecles pris ſoin de l'y
accoûtumer. Le debut vaudroit mieux , ce
me femble , que le perfonnage de Benest que
Pon fait faire à Jupiter , en lui faiſant crier
à deux repriſes , ô Junon ! ô Venus ! pour
nous dire pourquoi fuis je marié avec la
premiere , & hors d'état d'époufer la feconde
! Mais laiffons- là le pauvre Jupiter ;
c'eft bien le plus Dadais de tous les Dieux
qu'on introduit dans cette Piece.
Quant à Neptune , Monfieur fon frere ,
s'il n'eft pas tout- à - fait fi fot que fon aîné ,
il ne lui en doit de gueres , & foutient affez
dignement le ftile de la famille , lorfqu'il
trouve à redire que Jupiter faffe mauvais
ménage avec ſa femme , & galantiſe Venus,
qui doit eftre la mienne , dit - il , felon les
apparences , & cela fondé fur certains égards
qu'elle a pour lui. Il ne s'explique pas davantage
; car les Dieux marins font diſcrets,
¿ il feroit joly que le Dieu des Poiffons ne
Seut pas le taire. Mercure voudroit le piquer
pourle faire jafer ; mais à qui fe jouë-
I jj
80015
160 LE MERCURE
t-il ? ahlah ! vous voulez me tirer les vers du
nez ; vous êtes un fripon , mon neven . Cela
eft bien vrai pour le neveu & toute l'antiquité
en convient ; mais il me femble que ce
n'étoit pas à l'oncle à nous l'apprendre ; &
que quand il auroit un peu plus fardé les
neveux , il n'y auroit rien eu en cela contre
la bienfeance . A l'égard de celui- cy ,
je m'en tiens à ce qu'en dit Neptune , &
je n'ay rien à ajouter à ce portrait que
l'oncle fait du neveu ; fi ce n'eſt que tout
fripon & fourbe fieffé qu'on nous le reprefente
, on ne lui donne pas un caractere de
friponrerie auffi fin & auffi delié qu'il convient
à Mercure .
A ces deux Meffieurs , fuccedent Plutus
& Vulcain , qui entrent tous deux fur la
fcene , non que l'ordre de la Piece l'exige
ainfi , mais parce qu'il l'a plu de la forte
à l'Auteur, uniquement de fa pure grace
& de fon bon plaifir. Ils debutent d'abord
par fe reprocher leurs defauts naturels ,
fur ce que l'un eft aveugle , & que l'autre
boite. Cela eft paffablement groffier , &
convient à peu près à l'un & à l'autre. Je
youdrois feulement qu'on eût foutenu ce
caractere dans Vulcain , & qu'on n'eût paş
mis dans la bouche d'un Forgeron qui a
Ja phifionomie affez épaiffe , des traits de
fatyre auffi ingenieux que ceux qu'on lui
prête , comme quand Plutus dit qu'il eſt
DE JANVIER.
Tot
affiegé de toutes les belles , Vulcain ajoûte ,
quifçavent l'arithmetique . Quand le premier
dit que fon porte- feüille vaut mieux
que celui d'Appollon ; l'autre remarque
qu'en difant cela , il ne couche pas gross
& qu'il lui dit un moment après , on voit
bien que l'efprit vous coûte , & que vous ne
le prodiguez pas. Je ne me ferois pas attendu
, je vous l'avoue , à trouver tant d'efprit
dans Vulcain ; auffi femble- t - il qu'il
en ait honte ; & c'eft pour rentrer dans
fon naturel , que lorfque Momus lui pro
pofe une Fable , il commence à fe défier
de fa pénétration , & le prie que cela foit
intelligible.
Pour Mars , qui paroît enfuite couplé
avec Apollon , je n'ay rien à en dire , &
il foutient affez bien fon caractere de petit
Maître. Dès qu'on en veut faire un petit
Maître , il eft tel qu'il doit être , mais je
ne fçai s'il étoit à propos qu'on lui donnât
ce caractere ; fon Antagoniſte peut auffi
paffer abfolument ; mais quand on lui auroit
donné un peu plus d'efprit & de delicateffe
, cela n'auroit rien gâté , & j'ay
peine à digerer que le Dieu des beaux efprits
dife des chofes moins fpirituelles &
moins brillantes , que celles qu'on fait dire
à Vulcain. Que dirons- nous de la mere
de celui- ci , la Dame Junon , & de la belle
Venus ? la premiere eft une prude acariâtre,
1- iij
102 LE MERCURE
à qui je voudrois qu'on eût donné dans fa
pruderie un peu plus de dignité ? car dans
la feverité de fa vertu , elle le prend fur
un ton qui conviendroit mieux dans les
Halles que dans l'Olympe .
Pour Venus , c'est une coquette tirant
un peu fur la Pimpefouée. Je lui voudrois.
quelque chofe de plus vif & de plus picquant
dans fon caractere. Il faut que fes
charmes pour lefquels on voit tous les Dieux
unanimement foupirer , fe reduifent à fa
feule beauté : car , dans le reste de fa Perfonne
, je ne vois rien qui doive caufer
rant de fracas ; ce qu'elle dit , & la maniere
dont elle le dit , tient quelque chofe
d'une certaine langueur indolente & minaudiere
, qui affadit à la langue.
J'oubliois prefque la jeune Æglé , & il
n'y auroit pas eu grand mal , fans la fable
de la Dragée qu'elle occafione ; car on
ne voit pas pourquoi elle paroît ici plùtôt
qu'Hebé la Maîtreffe mais , comme
le refte des Perſonnages n'eft gueres plus
effentiel à la Piece que le fien, il ne faut pas
lui faire un procés là deffus ; je ne ditay
rien de fon caractere ; cette Nimphe et
fi peu connue , qu'on a pû nous la dépeindre
comme on a voulu mais il faut
admirer ici l'adreffe de l'Auteur , qui , pour
amener cette Scene , fait reprocher à Venus
par Junon dans la Scene précedente , qu'el
:
DE JANVIER 103
le avoit furpris , la veille , cette Déeffe avec
Zephire dans un cabinet de verdure ; car,
comme Zephire étoit amant d'Æglé , cela
lui donne lieu d'entrer fur la Scene pour fe
plaindre à Momus de l'inconftance de ce
petit Volage.
Il me reste à parler de Momus que j'ay
refervé pour le dernier , comme le plus important
Perfonnage & le Heros de la Piece
, dont on peut dire qu'il eft en même
temps le bel efprit. Auffi lui en donnet'on
plus qu'à un autre ; il glofe , il pointille
fur tout , & ne perd point d'occafion
de briller ; mais je ne fçai fi on ne peutroit
pas l'accufer quelquefois de ne faire
que la moitié de fa befogne. Comme il domine
dans toute la Piece , & qu'il y tient
le Dé à tout venant ; il feroit long d'examiner
en détail tout ce qu'il dit , ce n'eft
pas même dequoi il eft ici queftion . Son
principal caractere eft de faire des Fables ;
il s'agit de Momus Fabulifte. Si les Fables
font bonnes , il n'y a rien à lui dire ; fi
elles ne font pas dans les regles , il pêche
dans le point le plus effentiel ; c'eſt donc à
quoi il faut nous reduire , & ce que nous
avons à examiner.
Quand Momus ne nous apprendroit pas,
comme il fait , qu'il n'eft qu'un Fabu.ifte
de hazard ( p 16 ) & que les Fables qu'il
donne ici , ne font que fon coup d'effai ,
I iiij.
104 LE MERCURE
on s'en feroit bien apperçû , & il n'y a rien
qui n'y paroiffe . Apollon lui avoit prédit
que fi jamais il les faifoit imprimer , il feroit
bien houfpillé ( p. 37 ) La prédiction
d'un Dieu dont les Oracles ont eu autrefois
tant de vogue , devoit ce femble , le
tenir en refpect , & le faire aller bride
en main pour l'impreffion : cependant elles
paroiffent. Et , comme toute la grace qu'il
a demandée eft qu'on ne fifle point ſes Fables
qu'elles ne foient imprimées ; il ne peut
point trouver mauvais à prefent qu'elles
le font , qu'on prene la liberté de dire fon
avis .
S'il étoit auffi aifé de faire de bonnes
Fables , que de dire , inventons des Fables,
devenons Fabulifte ( p . 8 ) , on pouroit en
quelque forte excufer Momus d'avoir hazarde
les fienes ; mais il devoit fçavoir lui,
qui eft fi alerte à relever ce qu'il croit ridicule
en autrui , qu'on donne foi-méme
dans le ridicule , quand on veut fe mêler
d'un metier qu'on n'entend pas ; & il n'eft
pas difficile de montrer que Momus n'entend
rien à celui de Fabulifte . Je ne ferai
point pour cela de longue differtation ; car
je ne prétends point, non plus que l'Auteur
de la Piece , m'ériger en faiſeur de diſcours .
Je n'avancerai que des principes trés- fimples
, & des regles trés- connues , fur lefquelles
le Public poura juger fi les Fables
DE JANVIER. 105
que
Momus nous donne , le mettoient en
droit de s'ériger en faiſeur de Fables .
Ceux qui s'imaginent que ce qu'on ap
pelle Fable , confiite à faire raiſonner enfemble
des animaux , & que , pourvu que
l'on mette fur la Scene un Loup & un Renard
, ún Chat & un Singe , on a fait une
Fable, font bien loin de compte. La Fable eft
une forte de fimilitude & de comparaiſon,
ou par ce qu'on fait faire , ou dire à des
animaux , & qu'on a lieu de préfumer qu'ils
feroient & qu'ils diroient en certaines conjonctures
, s'ils avoient l'ufage de la raiſon
& de la parole ; on apprend à l'homme
ce qu'il doit penſer & faire dans des rencontres
femblables. Or qui dit comparaifon
, dit deux chofes , qui , quoique differentes
entre elles , ont neanmoins un
rapport de convenances qui les unit
dans un point. Qu'eft ce que la Fable
de la Cigale , qui aprés s'être amusée
à chanter tout PEté , au lieu de préparer
des proviſions pour l'Hyver , eft rebutée
de la Fourmi , lorfqu'elle va chez elle
crier famine ? C'eft une fimilitude qui nous
apprend que quand , au lieu de travailler
dans fa jeuneffe , on n'a fongé qu'à fes plai
firs , on eft en danger de mourir de faim
dans fa vieilleffe . La Cigale repreſente
l'homme qui s'amufe à la bagatelle , &
PEté marque le temps de la jeuneffe , com
106 LE MERCURE
n'eft
me l'hyver celui de la vieilleffe . De forte que
c'eft comme fi on difoit ; de même que la
Cigale qui ne s'amufe qu'à chanter durant
l'Eté , court rifque de mourir de faim l’Hyver
, de même l'homme qui ne fonge qu'au
plaifir durant l'Eté de fon âge , fe trouve-
La miferable quand il viendra fur le déclin.
Toute Fable qui ne peut pas fe reduire à
une comparaison de cette nature
point une Fable. Il faut donc que la chofe
que l'on compare , foit differente de celle
à laquelle on la compare , & ce n'est plus
comparaiſon , fi on la compare à elle- mêine.
Que doit-on penfer fur ce pied là de
la Fable du Saumon Tuteur ? je n'examine
point ici fi le Saumon eft bien apparié
avec l'Anguille legere , & fi le Loup Marin
qui le dit Procureur des Poiffons , eft
fondé en bonne procuration , pour figurer
là plûtôt que tout autre Poiffon d'une ef
pece plus connue ; c'eft une attention que
ne doit pas negliger un Fabulifte qui ne
fçauroit prêter trop de vraifemblance à la
fiction. Je m'arrête feulement à ce qui
rouche la comparaifon.
Neptune prétend être en droit d'efperer
que Venus lui donnera la préference fur fes
Rivaux , parce qu'il eft fon Tuteur ; & Momus
pour lui faire fentir qu'il fe trompe ,
Lui recite fa Fable du Saumon Tuteur : Neptune
trouve la Fable fort, impertinente (P
DE JANVIER 107
•
3
13 ) & il n'a pas tort. Car , comme le
nom de Neptune & celui de Saumon , ne
font rien à l'affaire , c'est à peu prés, comme
s'il lui difoit ;, de même qu'un Tuteur n'eft
pas toûjours aimé de fa Pupille , de même
il n'eſt pas fûr que pour être Tuteur
de Venus , votre Pupille vous prefere aux
autres ; ce qui eft , comparer les droits.
d'un Tuteur aux droits d'un Tuteur , c'eft
à dire , comparer une chofe à elle- même :
car , que ce Tuteur foit Dieu , ou qu'il
foit Poiffon , cette alternative ne change
rien aux choles , puifque ce n'eft que fur
la qualité de Tuteur , commune à l'un & à
l'autre , que tombe la comparaiſon & par
confequent la Fable. Voilà une forte de défauts
fur un point effentiel & capital qu'on
ne trouvera pas dans les Fables de M. de
lá Motte , malgré tout le mal qu'en dit Momus.
Je ne prétends point faire l'apologie
des Fables nouvelles , mais il me paroît
que le Dieu Fabulifte auroit grand befoin
d'aller quelque temps à l'école de l'Academicien
, tant pour ce qui regarde l'inven--
tion , que pour les autres parties qui entrent
dans une Fable. Un autre que
auroit imaginé une Fable où il fe fut contenté
de montrer en general que l'amour
ne fe regle pas fur les obligations & fur
les devoirs , d'où il auroit été ailé de con
clure que les obligations qu'un Pupille peut
lui
108 LE MERCURE
avoir pour fon Tuteur > ne font pas un
droit pour en être aimé. C'eſt ce qu'on au
roit pu faire entendre à Neptune d'une maniere
délicate , & dont il n'auroit pû fe
choquer au lieu que Momus lui dit lạ
choſe fi cruement , & avec fi peu de ménagement,
dans fa Fable prétenduë , qu'autant
vaudroit-il qu'il parlât dans fon naturel
, puifque la Fable, qu'il employe ,
n'eft rien moins qu'un voile qui ferve à
déguifer ce qu'il veut dire : Voilà ce qu'on
peut appeller juftement des Satires àl'eau
de vie ( p. 21. ) Si ce nouveau Fabuliſte
en fait louvent de cette tournure là , je ne
lui, confeille pas de les faire imprimer ( P.
5o. ) Mais , comme il dit , on aura peutêtre
de l'indulgence pour fon coup d'effay
( p . 62. ) C'eſt ſa premiere Fable ; & il
n'en eft qu'à fon apprentiffage . Les Animaux
polis , Fable employée dans la Préface
, péchent encore par le même endroit,
auffi-bien qu'une partie de la Piece , comme
il fera aifé de le voir à quiconque les
examinera de' prés.
Pour le Singe dépouillé , qui tient auſſi
du même defaut , il péche de plus du côté
de la juſteffe , ce qui rend fa comparaifon
fauffe. Momus , pour faire entendre à
Plutus qu'il ne doit pas compter fur l'appas
de fes richeffes pour réuffir auprés de Venus
, lui allegue la Fable du Singe thefan
DE JANVIER. 109
rifeur , qui recherché & courtiſé tant qu'il
fut riche , fe vit abandonné & méprifé
dès qu'il eut perdu fes trefors. La Fable
çût été juſte , & la comparaiſon bonne , ſi
- Plutus eût couru rifque de perdre les fiens
de même que le Singe ; mais comme il
ne peut perdre fes richeffes qui font attachées
à la divinité fa , comme fon appanage,
la Fable ne prouve rien contre lui , & il
auroit pû répondre à Momus , tu ne dis
rien qui vaille , mon ami ; car , fi je plais
à venus , tant que j'auray des trefors , je
fuis fûr de lui plaire toûjours. Tant que le
singe fut riche , on l'accabla , felon toy ,
de prefens & de careffes , les belles fonpiroient
pourluy ou ppoouurr les beaux yeux defa
Caffette ; mais enfin que la Caſſette en fut
le motif, c'étoit toûjours à lui qu'alloient
Les foupirs ; ainfi ta Fable prouve que j'ay
tout à efperer.de Venus. Voilà comme le
Dieu des richeſſes auroit pû prouver à
Momus , non pas que fon cheval , comme
dit le Proverbe , mais que fon Singe n'étoit
qu'une bête ; mais le bon Plutus eft
gros Caiffier , dont la penetration ne va
pas jufques là.
La Fable du Lion petit Maître , renferme
de même un autre defaut de jufteffe
qui n'eft pas moins reprehenfible. Mars
fe vante que tout le monde le lonë , & qu'on
Se relaye pour l'admirer ( p. 30 ) Momus
710
LE MERCURE
pour lui faire entendre que c'eft moins à
la fincerité qu'il doit ces demonftrations
d'eftime & ces louanges , qu'à la crainte
que fa force imprime , introduit un Lion
petit Maître. Pour le Lion , paffe , le per-
Tonnage convenoit ; mais pour le petit
Maître il n'y vient pas , un petit Maître
n'eft pas fait pour être craint , on rit de
fes façons & de fes airs ; mais fa griffe ne
fait peur à perfonne : pourquoi donc faire
de ce Lion un petit Maître ? on a cru qu'il
en reviendroit du relief à la Fable ; mais
en voulant lui en donner , on l'a gâtée.
,
La Poule prude feroit de mile , fi un
Cocq le contentoit d'une Poule pour femmais
comme la loy contre la Polygamie
, n'eft pas faite pour les Cocqs , &
qu'on n'en met qu'un pour plufieurs Poules
, il a droit de les fervir toutes , fans
pouvoir être accufé d'aller au change. Je
ne fçais pas d'où vient que l'Auteur ayant
une Fable à faire fur une Prude , va choifir
precifément l'efpece de tous les animaux qui
eft le moins en droit d'exiger que fon måle
garde la fidelité conjugale
ne fçai ſi c'eſt ma faute , mais je n'ai
point compris la fin de la Fable de Pot felé.
Si Momus eft un Fabulifte tiré au clair
(p. 22 ) comme il s'en vante , ce n'eft pas
du moins dans cette Fable qui eft des plus
obfcures ; auffi ne l'avoit- il pas encore faite,
DE JANVIER.
lorfqu'il le fatte dans le même endroit
qu'il n'aura jamais l'affront d'être commenté-;
mais c'eft un affront d'avoir befoin d'un
Commentaire pour être entendu , & le be-
Loin paroît ici tout viſible.
Je n'entreray pas dans un plus grand
détail fur les Fables , ſoit de la Preface
foit de la Piece , it fuffit de dire qu'à
celle de la Dragée près , qui eft fort ingenieufe
& fort jolie ; toutes les autres , pour
la plupart , péchent par quelque endroit
effentiel , & qu'à prendre les chofes exacte
ment, ce ne font pas des Fables. On s'ap
perçoit affez que Momus fait tout ce
qu'il peut pour pouvoir égaïer fes Fables, &
leur donner quelque chofe de cet enjouëment
qui charme dans celles de la Fontaine ;
mais le pauvre garçon n'y entend rien , &
le Dieu des bons mots n'eſt rien moins dans
cette Piece , que ce qu'il devroit être. La
Fontaine pouroit dire ici de Momus , ce
que le Singe dit du Leopard , dans la Fable
de ces deux animaux,
Cette diverfité dont on vous parle tant ,
Mon voifin Leopard l'a ſur ſoyſeulement ;
Moy, je l'ay dans l'efprit:
C'est-à- dire que l'enjouement de la Fontaine
eft dans la naïveté de la narration ,
& que celui de Momus ne confifte que
dans la recherche de certaines expreflions
I 1.2 LE MERCURE
détournées , qu'il a voulu tranfplanter du
Theatre des Danfeurs de corde à celui de
la Comedie . De là viennent toutes ces gentilleffes
qu'il debite tout à la franquette ,
un attrait poftiche , des Iris guenons . Le
Termometre de la finance , c'eſt par où il
defigne l'infolence ; le Cheval qui vit en
homme , pour dire qui dans fes amours étoit
inconftant & volage , comme les hommes ;
Soupirer à l'uniffon , un cercle chien , & autres
expreffions femblables , qui n'ont rien
à reprocher au Phenomene potager , & au
Greffier folaire . Que fi après avoir examiné
fes Fables pour le fond & pour la tournure
, on vient à les examiner encore du
côté de la verfification , on y trouvera
beaucoup de negligence pour le ftile , fouvent
lâche , & plein de vers plutôt jettez ,
que maniez avec art. De forte que fi l'Auteur
ne les avoit avoüez dans la Preface ,
j'aurois prefque été tenté d'être du fentiinent
de ces Differtateurs , c'est le nom
dont il fe fert , qui ont crû qu'il avoit
fait faire fes Fables en Ville ; car je n'ay
gueres vû de Vers de fa façon qui ne fuffent
beaucoup mieux tournez que ceux-cy.
Pourquoi donc toutes defectueufes que
font ces Fables par tant d'endroits , ontelles
réuffi fur le Theatre ? peut - être que
l'habileté du Momus qui les recitoit , n'y
aura pas nuit , & que l'Auteur aura été
affez
DE JANVIER. Iz
affez heureux pour rencontrer un de ces
gofiers harmonieux & feducteurs dont il
parle dans fa Preface , qui fervent des
Poëtes , bien mieux que leur plume.
Rien n'eſt plus ordinaire que de voir des
Pieces qui ont charmé dans le recit , faire
pitié fur le papier. Ajoutons à cela que la
fatyre , delicate ounon , entraîne toujours
le plus grand nombre . Or , Momus a prerendu
que fes Fables ne fuffent que fatyriques.
Faffe , dit- il , des Fables purement
morales qui le jugera à propos ; pour moy,
je me garderay bien de prendre ce ton-là ,
il ne réuffit pas.
Avant que d'examiner fi ce que dit Mo
mus des Fables purement morales , eft vrai,
je ne puis m'empêcher de faire une refle
xion , fur une faute de jugement qu'on
fait faire à ce Dieu railleur. Je fuis , luy
fait- on dire , l'inventeur des Fables ....
rien n'eft fi commode que de n'avoir point
de modele. Il est donc le premier qui ait
fait des Fables , & il ne s'en eft point fait
qui puiffent lui fervir de modele. D'où at-
il donc pris que les Fables purement morales
, ne réuffiffoient pas ? le bon Momus
n'y a pas fait attention , & prouve en cela
que le jugement fert bien dans la compofition
, ainfi que dans la lecture. Dame
Memoire & Demoiſelle Imagination qu'on
relevé fi fort dans cette Comedie , l'ont
K
1.14 LE MERCURE
, emporté pour cette fois fur Dom jugement
qui fe beloufe ici vilainement , & pour
la conjoncture du tems & pour le fond de
la chofe, Car où eft-ce que Momus a pris
que les Fables purement morales ne réuffiffoient
pas ? les Fables de la Fontaine
font des Fables purement morales. Dirat-
on qu'elles n'ayent pas réuffi. Momus
nous auroit fait grand plaifir , fi au lieu
de ces Fables groffierement fatyriques , il
nous en eût donné de finement Morales
dans le goût du celebre la Fontaine .
D'ailleurs , que veut- il nous dire par la
diftinction des Fables morales & des fables
fatyriques ? Toute Fable eft effentielement
morale , & par là , renferme toujours quel
que chofe du fatyrique , par le ridicule
qu'elle decouvre à la faveur de fa fiction ,
& qu'elle y rend fenfible comme un Tableau.
Il eft vrai que la fatyre qu'elle renferme
, n'eft qu'une fatyre generale , &
qui ne tombe fur perfonne en particulier,.
une fatyre moderée , adoucie , égayée , innocente
, & non une fatyre à l'eau de vie ,
( p. 21. ) telle qu'en renferment les Fa
bles de Momus qui font prefque toutes à
bout portant , & plus propres à choquer
ceux à qui on les adreffe , qu'à les inf
truire ; mais c'eft de cette moderation même
que la Fable tire fon principal merite.
Des Fables perfonnellement fatyriques ,
DE JANVIER. FIS
telles que les Fables du Dieu Fabulifte , font
plutoft des Satyres que des Fables .
Mais il faloit faire cette mauvaiſe dif
tinction , pour tomber fur les fables de
M. de la Motte , & les turlupiner fur le
Theatre . Je l'ai déja dit , & je le dis encore
; je ne pretends point en faire l'apologie
, quoiqu'il fut peut- être plus facile
qu'on ne le penfe , d'en faire une raiſonnable
; mais du moins , un Auteur de cette
reputation meritoit - il quelque menagement
? Et en verité , il n'eſt pas un home
me à être tourné en ridicule fur le Theatre.
Je ne fçai fi j'ai tort de paroître fi delicat
fur ce point ; mais nous autres Provinciaux,
nous fommes gens du vieux chrême , &
qui ne pouvons nous defaire de certaines
idées de bienfeance , contre lefquelles on
n'a point encore profcrit en Province ; car
quelque approbation que mes compatriores
ayent donné à Momus fabulifte fur la
fin du fuccez de Paris , ils n'ont pas été
choqués moins que moy de la liberté qu'on
s'y eft donnée contre M. de la Morte . Que
dans une differtation critique , on attaque
un ouvrage , & qu'on y releve ce qu'il a
de mauvais , pourvû que la chofe fe faffe
dans les regles , & avec les égards qu'on
doit d'ailleurs au merite perfonnel de
Auteur , cela elt permis , & perfonne
ne peut y trouver à redire ; mais qu'on
1
Kij
116
LE MERCURE
1
mette un honnête homme fur le Theatre
qu'on l'immole publiquement à la rifée du
Parterre , en dechirant fes ouvrages par
lambeaux , & en le turlupinant , pour me
fervir des termes de Momus Fabuliſte ;
voilà ce que la bienfeance ne permet point
& qui doit intereffer tous les honnêtes
gens Jupiter n'eft pas le feul qui n'aime
pas à être turlupiné ; tous les honnêtes
gens font fort d'humeur fur ce point , &
fi une pareille licence fe tolere , qui eft- ce
qui n'aura pas à craindre pour foy-même.
Je ne fçaurois m'ôter de l'efprit que ce qui
a empêché l'Auteur de fe declarer d'abord
, a été la crainte des reproches qu'il
auroit à effuyer de ce côté là. Le fuccés
l'a enhardi , & comme il a vû que le Public
qui ne fongeoit qu'à rire , ne relevoit
point cette indecence , il a cru qu'il pourroit
, fans rifquer beaucoup , fe faire connoître
, & le demaſquer ; mais il n'a pas.
fait attention que le Spectateur qui ne
penfe qu'à rire , tandis qu'il eft dans le
Parterre , fait des réflexions , quand il eſt
de retour chez lui ; & que pour s'être rejoui
à la Piece de l'Auteur , il n'en eſtime
pas plus la perfonne , s'ils ne font d'un caractere
à facrifier un honnête homme à
un bon mot . Eloigné de Paris , comme je.
Le fuis , je ne puis fçavoir fur quel pied
PAuteur des Fables nouvelles , & l'Auteur
DE JANVIER. 117
de Momus Fabuliſte , font enſemble. Le
Premier m'eſt beaucoup plus connu que
l'autre ; & outre qu'il eft de l'Academie
Françoife , il paroît tenir dans la Republique
des Lettres , par la reputation de
Les ouvrages , un rang fort au-deffus de celui
de fon Antagoniſte. Mais celui cy futil
ennemi de l'autre , ce n'étoit pas fur le
Theatre qu'il faloit l'attaquer , & c'eſt à
mon fens un endroit , qui , quelque ingenieux
que fut d'ailleurs la Comedie de
Momus Fabuliſte , ne fçauroit faire honneur
à l'Auteur. Je finirai par là , Monfieur,
une critique qui eft prefque auffi lon
gue que la Piece même qui en fait le fujet.
Mais fut- elle plus longue , je ne fçai
fi je ne ferois point en droit de dire ici
comme Momus le dit à Jupiter à la fin de.
la premiere Scene , que je n'ai pas encore.
fait la moitié de ma befogne..
Ecrite à l'Auteur du Mercure , fur la
Comedie qui a pour titre , Momus
Fabulifte , on les Nôces de Vulcain.
'EST un coup affez hardi , Monfieur
, pour un homme de Province
, que de trouver à reprendre
dans ce que Paris a honoré
de fon approbation. Les applaudiffemens
extraordinaires que Momus Fabulifte avoit
reçûs fur le Théatre , durant une longue
fuite de repreſentations , s'étoient fait entendre
jufques dans nos contrées , & je ne
me ferois pas confolé de me voir par ma
fituation , privé du plaifir d'entendre une
piece que le fuccès rendoit fi fameufe , fi
je n'avois efperé que l'impreffion fuppléroit
pour nous en quelque forte à ce que
notre éloignement nous faifoit perdre du
côté de la reprefentation . Heureuſement
notre efperance n'a pas été vaine ; & comme
je fuis affez bien fervi par rapport aux
*
DE JANVIER. 87
nouveautez qui fortent de Paris , je n'ay
pas attendu long- temps après celle - cy. Je
l'ay reçue avec tranfport , & je l'ay lue
avec empreffement. La reputation de la
piece , & l'idée que je m'en étois faite ,
me foutinrent dans la premiere lecture ; ce
ne fut pas la même chofe dans la feconde ;
j'y trouvai du déchet. L'ayant voulu relire
le lendemain , je me furpris moi- même
baillant ; je m'en fçûs mauvais gré , & je
me dis , fauf reſpect , je fuis un grand animal
de bâiller à la lecture d'une piece qui a
charmé toutParis:car je ne pouvois pas douter
d'un fuccès que je trouvois autentiquement
attefté par l'Auteur même de la Préface
, où il le croit obligé à quelque forte de
reconnoiffance envers le Public , fur une
Comedie qu'il a fi extrordinairement favorifée.
Je me donnai bien de garde de me
laiffer penétrer fur cela , aux beaux efprits
mes compatriotes , qui m'auroient unanimement
fiftlé fur mon mauvais goût : car
vous ne fçauriez croire , Monfieur , jufqu'où
va la déference qu'on a en Province
pour les decifions de Paris . Une piece y a
été bien reçûë ? elle eft donc bonne. Une
autre n'a pas été goûtée ? elle ne vaut donc
rien. Voilà les regles de notre Logique ,
elle ne va pas plus loin. Momus Fabulifte
a donc été reçû ici avec les mêmes applau
diffemens qu'il avoit eûs dans la Capitale.
B8
LE MERCURE
;
On l'a lue publiquement en plufieurs com-.
pagnies ; chacun fe récrioit aux beaux endroits
; je me fuis récrié moy même : mais
* avec vous , Monfieur , j'en uferay plus fincerement.
Le Mercure eft toûjours difcret
& quand il le feroit moins qu'il ne l'eft ,
comme vous ne me connoiffez pas , & que
je n'ay nulle envie de me faire connoître ,
je ne rifque rien à vous faire part de mes
remarques , & de mes reflexions , dont
vous ferez tel ufage qu'il vous plaira , foit
pour leur donner place dans votre Livre ,
fi vous les en jugez dignes , foit pour les
mettre au rebut , fi vous ne les trouvez
pas d'alloy ; du moins je me ferai fatisfait ;
car je n'y puis plus tenir , il faut que je
m'explique , ou je diray comme Pafquin ,
à qui on avoit mis un bâillon : io crepo.
Je ne fuis pas 'du nombre de ceux que
M. Fuzelier accufe de juger d'une piece
par le nom de l'Auteur. Si je jugeois de
la fienne par cet endroit , je porterois un
jugement bien plus avantageux que je ne
fais . Je ne connois point M. Fuzelier par
lui-même , mais je le connois fort par fes
ouvrages , c'est- à -dire , par
differentes petites
pieces detachées qui font venuës jufqu'à
nous en Province , & qui m'ont paru
d'un fort bon goût , on y trouve de l'efprit
, de l'imagination , de la fécondité ,
de la delicateffe & du naturel , c'eſt- à- dire ,
que
DE JANVIER
1
89
ay
que je le regarde fort au deffus de fon
Momus Fabulifte , que j'enviſage feul ; &
indépendamment de l'Auteur , dans l'examen
critique que je vais en faire , & que je
feray fans partialité & fans paffion. Ce leroit
dommage qu'un génie auffi facile s'endormit
fur le fuccès de fa Comedie . Rien
n'eft fi équivoque en certaines occafions
que le faccès d'une piece . Il y a des fuccès
qu'on doit à la brigue & à la protection ;
il y en a qu'on doit à la fatyre , & il y en
a qu'on doit à la conjoncture , foit des .
temps , foit des lieux , foit des chofes. Le
fuccès de Momus Fabulifte me paroît être
de cette troifiéme efpece , & tenir même
quelque chofe de la feconde . On étoit
dans le goût des Fables . Les nouvelles Fables
qui venoient de paroître , avoient reveillé
fur ce genre de Poëfie l'attention du
Public ; on annonce fur cela Momus Fabuliſte
, voilà ce qui s'appelle une fituation.
Sur l'etiquete feule , on y courts on y
croit trouver le Phenomene potager , le
Greffier folaire , & autres termes des Fables
nouvelles malignement mifes en oeuvre .
Voilà le fel de la fatyre ; il n'en faut pas
davantage pour amorcer le Public. Il vient
en foule , il applaudit ; mais fi dans un
an , que le goût des Fables fera apparemment
furanné , on lui redonnoit Momus
Fabulite , je fuis perfuadé que ce même
H
90 LE MERCURE
Public qui l'a couru cet hyver , le fiffleroit
l'hyver prochain. La conjoncture ne
feroit plus la même , & la fatyre feroit
ufée. Que vous ôtiez à Momus Fabulifte
ces deux appuis , & que vous le reduifiez
à lui-même , il faut qu'il tombe neceſſairement.
Vous demanderez pourquoy ? en
voici la raiſon ; c'eft que dans cette piece
on ne vous donne rien de ce qu'on nous
promet ; on nous promet une Comedie ;
& cette Comedie pretenduë n'eft rien
moins qu'une Comedie ; Momus Fabulifte
nous promet des Fables , & fes Fables ne
font point du tout des Fables , au moins
pour la plupart. Voilà , Monfieur , ce que
je me fais fort de vous rendre fenfible , en
vous développant la piece.
En effet , de quoi s'agit-il ? de Venus qui
eft à marier , & à laquelle tous les Dieux
prétendent de maniere ou d'autre ; à com
mencer par Jupiter , comme il ne peutl'époufer
, parce qu'apparemment la Poli
gamie eft un cas pendable auffi bien chez
les Dieux que chez les hommes bien policcz
, il feroit bien aiſe qu'elle reſtât fille ,
fans s'éloigner d'auprès de lui ; mais fi
l'ordre du Deſtin veut abſolument qu'elle
fe marie il s'arrange pour lui faire époufer
fon fils . Voilà le projet de Jupiter ;
voilà la fin où doit tendre cette Comedie ,
où doit aboutir le dénouement. Il abou
DE JANVIER.
tit là en effet , car la piece finit par le mariage
de Venus & de Vulcain que la Déeffe
prefere à tous les rivaux. Mais , quoique
la piece aboutiſſe là , elle eſt neanmoins
fans dénouëment , & il ne peut même y
en avoir , puifqu'il n'y a point de noeud.
Le commencement & la fin de la piece
fe répondent en quelque chofe , puifque
Venus époufe Vulcain , & que c'étoit ce
que Jupiter s'étoit propofé ; mais nous ne
voyons rien qui lie ce commencement à
la fin ; nous ne voyons point d'intrigue
formée , pour ménager cet évenement &
amener Venus au but que Jupiter fe propofoit.
Il est bien vrai que ce grand Jupiter
, qui jouë ici le perſonnage d'un vrai
Jocriffe , dit dès la premiere fcene , qu'il
s'arrange pour faire époufer Vulcain à Venus
; mais on ne voit point dans le refte
de la piece comment il s'arrange pour y
arriver , ni en quoi confifte ce prétendu .
arrangement. S'il avoit pris des mefures
pour empêcher le Deftin de fe méler de
Paffaire , ou pour l'engager à le laiffer en
qualité de Souverain des Dieux , arbitre du
fort de Venus , il y auroit là quelque forte
d'arrangement ; mais le bon Jupiter ne
porte pas fes vies fi loin . Le Deftin le mande
pour lui donner les ordres ; il s'arrange ;
il va le recevoir en toute humilité. Il apprend
que le Deftin laiffe à Venus la liberté.
Hij
92 LE MERCURE
du choix pour fe donner un mari . Venus
ne dépend donc plus que d'elle- même ;
voilà matiere à un nouvel arrangement.
Il ne s'agit que de gagner Venus ; & de la
degoûter des autres Dieux , pour la porter
à le déterminer en faveur de Vulcain. Que
fait pour cela Jupiter ? luy, parle- t- il fur
ce ton ? ou lui fait- il parler par quelqu'un ?
rien moins. S'il s'étoit intrigué pour infpirer
à Venus de mauvaiſes préventions contre
les autres Dieux , qu'il eût trouvé moyen
de les commettre enfemble , & à les engager
de fe décrier les uns les autres auprés
d'elle , qu'il lui cût fait infinuer adroitement
que le fejour de la Mer étoit trop
trifte pour
elle ; que Mars n'avoit pas l'air
d'être un mari commode , qu'Apollon n'étoit
qu'un Pedant , que Plutus avec toutes
fes richeffes étoit toûjours enfeveli dans un
fond de melancolie dont l'enjoüement de
la Déeffe ne s'accommoderoit pas , & que
Mercure enfin étoit trop rufe , & en fçayoit
trop long pour une femme qui étoit
bien aife d'avoir les coudées franches ; &
qu'aprés cela , il eût produit Vulcain comme
un bon Garçon qui n'avoit point de
malice , qui étoit d'humeur pacifique , &
qui vivoit bien avec tout le monde , on
pouroit dire alors que ce ne feroit pas en
vain que Jupiter fe feroit arangé , pour engager
Venus à préferer Vulcain aux autres
DE JANVIER. 93
Dieux dans le choix d'un mari. Mais Jupiter
ne fait rien de tout cela : à quoi donc
va fon arangement ? à affembler les Dieux ,
à leur fignifier l'ordre du Deftin ; il le déclare
à Vénus même. Allons , dit il , aimable
Venus ; nè balancez pas davantage ,
choififfez un mari & une demeure ; & il en
refte là fans pouffer l'arangement plus loin.
Sur quoi il faut lui rendre cette juſtice ,
qu'on ne peut pas executer les ordres du
Deftin avec moins de partialité qu'il le fait.
Un autre à fa place auroit pu en fignifiant
ces ordres , y mêler quelques reflexions
adroites fur l'importance dont il étoit pour
Venus de choifir un mari fortable à fes
manieres & à fon humeur , & qui fut d'un
caractere à ne fe pas effaroucher mal à propos
: mais l'arangement de Jupiter ne va
pas jufqués là ; il fe tient renfermé dans
une neutralité parfaite , il eft vrai qu'il n'a
pas lieu de s'en repentir , & que Venus
choifit Vulcain comme il le fouhaitoit ; mais
il n'en a l'obligation qu'au bon efprit & à
la politique de la Déeffe coquette , & non
aux arangemens qu'il auroit pu prendre,
pour l'amener là , & qu'il n'a pas pris.
Voilà comment Jupiter s'arange : s'il n'en
fçait pas plus long dans les autres arangemens
qu'il prend , c'eft un pauvre Sire.
Il paroît donc que les parties de cette
prétendue Comedie n'ont nulle fiaifon en94
LE MERCURE
1
.
tre elle , qu'elle eft fans noeud & fans dénouement
, que l'évenement qui la termine
dans la vingtiéme Scene , n'eft point l'effet
d'une intrigue qui l'ait préparé ; que tout
ce qui a précedé jufques là , n'a contribué
en rien à déterminer Venus au choix qu'elle
fait qu'elle choifit Vulcain par principe
de coqueterie , qu'elle l'auroit choifi également
, quand les Dieux & les Déeffes qui
ont occupé le Theatre durant la piece , n'auroient
point parlé ; que les Scenes qui la
compofent , font pour la plupart fi independantes
les unes des autres , qu'on pouroit les
difpofer au hazard , fans que la Piece en
fouffrit ; n'y ayant point de raiſon qui oblige
Neptune & Mercure à paroître fur le
Theatre avant Plutus & Apollon , ou avant.
Junon & Venus ; c'eft à dire qu'il refulte
de tout cecy que cette Comedie n'eft point
une Comedie . Qu'est ce donc ? C'est une
fuite de Dialogues dans le goût de Lucien
qu'on a mis les uns aprés les autres , en
faifant dire à Jupiter dans le premier Dialogue,
qu'il s'arrange pour faire épouferVulcain
à Venus , & en faifant qu'elle l'époufeen
effet dans le dernier , fans que tout ce
qui fe dit entre deux , contribue en rien
à l'évenement . Si une Piece de cette nature
eft une Comedie , les Comediens pouront
, quand il leur plaira , nous reciter les
Dialogues de Lucien , fans qu'il leur en
DE JANVIER. 956
coûte autre choſe que de donner un mariage
au bout .
·
On me dira que dans ces fortes de
Pieces d'un Acte fimple , on ne doit pas
exiger tant de regularité. Aufli ne demande
t'on pas que tout y foit compaffé
avec la même exactitude , que dans .
une Piece complette & de cinq Actes ; mais
du moins , faut- il qu'une Comedie ſoit une
Comedie ; qu'elle ait un but , qu'il y ait
une intrigue & un dénoücment ; tout cela
fe trouve dans les plus petites Pieces de Moliere
, & devroit le trouver dans celle cy ,
puifqu'on nous la donne pour Comedie ;
& dés que ces parties effentielles ne s'y
rencontrent pas , je croi être en droit de
dire que ce n'eft pas une Comedie.
Il paroît que le Public a fait fur , cela
grace à l'Auteur avec un peu trop d'indulgence
; qu'on s'eft plus attaché à Momus
Fabulifte & Cauftique , qu'aux nôces
de Vulcain : mais Momus Fabuliſte n'eft
pas plus Comedie que le refte. On lui interdit
la raillerie dés les premieres Scenes ,
on ne lui rend pas fur cela la liberté dans la
derniere
. Quoi qu'il
ait la place d'honneur
dans les deux titres qu'on donne à
cette prétendue Comedie , il n'y elt cependant
qu'en fecond. Jupiter fe fâche
de quelques petits traits de raillerie
que lui lance Momus. Il la lui in96
LE MERCURE
vent ,
terdit pour tout ce jour- là. Momus. fur
cette défenſe s'avife de fe fervir du voile de
la Fable , pour infinuer des veritez qu'il
n'oſe plus dite ouvertement ; & afin d'exercer
fon talent , il va attendre au paffage
les Dieux fes Confreres , fur le chemin du
Temple du Deftin , où à mesure qu'ils arriil
dit à chacun fa Fable ; je ne vois
pas qu'il y ait beaucoup d'art ni d'inven ·
tion dans cette difpofition ; cela paroît bien
uni , & je crois qu'on auroit pû imaginer
quelque chofe de plus naturel & de plus
vrai-femblable , pour occafionner la rencontre
du Momus avec tous ces Dieux &
ces Déeffes , qu'il femble qu'on n'amene
là l'un après l'autre que pour en avoir des
nazardes. Je ne trouve pas d'ailleurs que
leurs caracteres pour la plupart foient affez
mefurez ; & pour commencer par Jupiter ,
qui eft lepremier & le fouverain des Dieux,
il est un peu trop de mauvaiſe humeur , &
il fe fâche contre Momus affez à contretemps.
Car fur quoi le fâche-t-il ? fur ce
qu'ayant dit qu'il aimeroit mieux que la
Déeffe reftat fille : Momus répond , refter
fille & eftre maîtreſſe de Jupiter ! Pourquoi
s'aigrit -il plus de ce trait que de plufieurs
autres du moins auffi piquants que Momus
lui avoit déja fait effuyer dans la mê ne
fcene, & qu'il avoit avalez fort doucement ?
Momus le raille fur le joug d'un mariage
d'une
DE JANVIER . $7
d'une éternité , & appelle cela ingenieulement
lesgaleres perpetuelles ; il lui demande
s'il ne vient point plaider en feparation devant
le Deftin ; il lui dit tout net qu'à la formalité
prés , la pauvre Junon est trés repudiée
; Et fur ce que Jupiter lui fait enten .
dre que s'il faut abfolument que la Deeffe
fe marie , il s'arrange pour lui faire époufer
Vulcain ; Momus fe recrie , oh le fage
arrangement ! on vous y reconnoît. Jupiter
écoute tout cela avec toute la debonaireté
poffible , il ne fe fâche que lorfque Momus
dit , refterfille & Maitreffe de Jupiter ! qui
n'eft proprement que l'explication de ce
qu'il venoit de lui dire d'une maniere moins
groffiere, & par confequent plus picquante
dans le fage arrangement , fur lequel il s'étoit
recrié: mais enfin , Jupiter eft à bout;
ce trait le déconcerte , & il s'en trouve ſi
picqué , qu'il déclare à Momus qu'il eſt
furieufement las de fes plaifanteries.En verité
le bon Jupiter ne fe connoît gueres en plaifanteries
. Le fage arrangement que Momus
venoit de relever , en étoit une ; Jupiter
ne s'en choque point ; refter fille être
Maitreffe de Jupiter ! étoit dans la bouche
de Momus une groffiereté plûtôt qu'une
raillerie fine. Jupiter s'en offenfe. Il commence
à s'appercevoir que Momus le turlupine
depuis une infinité de fiecles ; & il
ne veut plus être turlupiné. Il devoit ,
I
ce
98 LE MERCURE
me femble , y être fait , on n'attend pas
fi tard à s'en choquer ; mais enfin , il perd
patience aprés tant de fiecles & moi ,
Monfieur , je la pers auffi , lors que j'entens
raifonner d'une maniere fi indigne de
la Majefté de ce Souverain des Dieux , qui
en fronçant feulement les fourcils fait
trembler le Ciel & la Terre.
"
>
Mais , me dira-t-on , ce qui le rend de
plus mauvaiſe humeur dans cette rencontre
, n'eft pas tant ce que lui dit Momus ,
que la conjoncture où il le lui dit. Jupiter
eft amoureux de Venus , & dans l'impof
fibilité où il fe voit de l'époufer fon
amour fe tourne en chagrin , & le rend plus
aifé à choquer ; à la bonne heure : j'aurois
donc voulu que la querelle qu'il fait à
Momus , fut un effet de ſa paſſion ; & pour
cela , j'aurois fuppofé que Momus ayant
lâché quelque trait malin contre cetté
Déeffe , elle en fait fes plaintes à Jupiter ,
celui- ci amoureux au point qu'il l'étoit ,
auroit été en droit de prendre feu là - deffus ,
& d'interdire à Momus une liberté dont
il auroit abufé à l'égard d'une Décffe qui
étoit fi chere au Souverain des Dieux. Jupiter
pouvoit ouvrir le Theatre en fulminant
contre Momus , en difant qu'il ne l'a
fouffert , tant qu'il ne s'eft attaqué qu'à lui ;
mais qu'ayant l'audace de s'attaquer à Ve- *
nus même , qui lui en a fait fes plaintes , &z
DE JANVIER. 99
pour qui il n'ignore pas les égards qu'il veut
qu'on ait , il ne laiffera pas l'offenfe impunie
, & fur cela ordonner à Mercure de le
faire venir ; il me paroît qu'en prenant ce
l'interdiction de Momus feroit bien
mieux fondée dans la piece , où l'on ne voit
point pourquoi Jupiter s'avife de s'offenſer
d'une liberté à laquelle Momus avoit depuis
une infinité de fiecles pris ſoin de l'y
accoûtumer. Le debut vaudroit mieux , ce
me femble , que le perfonnage de Benest que
Pon fait faire à Jupiter , en lui faiſant crier
à deux repriſes , ô Junon ! ô Venus ! pour
nous dire pourquoi fuis je marié avec la
premiere , & hors d'état d'époufer la feconde
! Mais laiffons- là le pauvre Jupiter ;
c'eft bien le plus Dadais de tous les Dieux
qu'on introduit dans cette Piece.
Quant à Neptune , Monfieur fon frere ,
s'il n'eft pas tout- à - fait fi fot que fon aîné ,
il ne lui en doit de gueres , & foutient affez
dignement le ftile de la famille , lorfqu'il
trouve à redire que Jupiter faffe mauvais
ménage avec ſa femme , & galantiſe Venus,
qui doit eftre la mienne , dit - il , felon les
apparences , & cela fondé fur certains égards
qu'elle a pour lui. Il ne s'explique pas davantage
; car les Dieux marins font diſcrets,
¿ il feroit joly que le Dieu des Poiffons ne
Seut pas le taire. Mercure voudroit le piquer
pourle faire jafer ; mais à qui fe jouë-
I jj
80015
160 LE MERCURE
t-il ? ahlah ! vous voulez me tirer les vers du
nez ; vous êtes un fripon , mon neven . Cela
eft bien vrai pour le neveu & toute l'antiquité
en convient ; mais il me femble que ce
n'étoit pas à l'oncle à nous l'apprendre ; &
que quand il auroit un peu plus fardé les
neveux , il n'y auroit rien eu en cela contre
la bienfeance . A l'égard de celui- cy ,
je m'en tiens à ce qu'en dit Neptune , &
je n'ay rien à ajouter à ce portrait que
l'oncle fait du neveu ; fi ce n'eſt que tout
fripon & fourbe fieffé qu'on nous le reprefente
, on ne lui donne pas un caractere de
friponrerie auffi fin & auffi delié qu'il convient
à Mercure .
A ces deux Meffieurs , fuccedent Plutus
& Vulcain , qui entrent tous deux fur la
fcene , non que l'ordre de la Piece l'exige
ainfi , mais parce qu'il l'a plu de la forte
à l'Auteur, uniquement de fa pure grace
& de fon bon plaifir. Ils debutent d'abord
par fe reprocher leurs defauts naturels ,
fur ce que l'un eft aveugle , & que l'autre
boite. Cela eft paffablement groffier , &
convient à peu près à l'un & à l'autre. Je
youdrois feulement qu'on eût foutenu ce
caractere dans Vulcain , & qu'on n'eût paş
mis dans la bouche d'un Forgeron qui a
Ja phifionomie affez épaiffe , des traits de
fatyre auffi ingenieux que ceux qu'on lui
prête , comme quand Plutus dit qu'il eſt
DE JANVIER.
Tot
affiegé de toutes les belles , Vulcain ajoûte ,
quifçavent l'arithmetique . Quand le premier
dit que fon porte- feüille vaut mieux
que celui d'Appollon ; l'autre remarque
qu'en difant cela , il ne couche pas gross
& qu'il lui dit un moment après , on voit
bien que l'efprit vous coûte , & que vous ne
le prodiguez pas. Je ne me ferois pas attendu
, je vous l'avoue , à trouver tant d'efprit
dans Vulcain ; auffi femble- t - il qu'il
en ait honte ; & c'eft pour rentrer dans
fon naturel , que lorfque Momus lui pro
pofe une Fable , il commence à fe défier
de fa pénétration , & le prie que cela foit
intelligible.
Pour Mars , qui paroît enfuite couplé
avec Apollon , je n'ay rien à en dire , &
il foutient affez bien fon caractere de petit
Maître. Dès qu'on en veut faire un petit
Maître , il eft tel qu'il doit être , mais je
ne fçai s'il étoit à propos qu'on lui donnât
ce caractere ; fon Antagoniſte peut auffi
paffer abfolument ; mais quand on lui auroit
donné un peu plus d'efprit & de delicateffe
, cela n'auroit rien gâté , & j'ay
peine à digerer que le Dieu des beaux efprits
dife des chofes moins fpirituelles &
moins brillantes , que celles qu'on fait dire
à Vulcain. Que dirons- nous de la mere
de celui- ci , la Dame Junon , & de la belle
Venus ? la premiere eft une prude acariâtre,
1- iij
102 LE MERCURE
à qui je voudrois qu'on eût donné dans fa
pruderie un peu plus de dignité ? car dans
la feverité de fa vertu , elle le prend fur
un ton qui conviendroit mieux dans les
Halles que dans l'Olympe .
Pour Venus , c'est une coquette tirant
un peu fur la Pimpefouée. Je lui voudrois.
quelque chofe de plus vif & de plus picquant
dans fon caractere. Il faut que fes
charmes pour lefquels on voit tous les Dieux
unanimement foupirer , fe reduifent à fa
feule beauté : car , dans le reste de fa Perfonne
, je ne vois rien qui doive caufer
rant de fracas ; ce qu'elle dit , & la maniere
dont elle le dit , tient quelque chofe
d'une certaine langueur indolente & minaudiere
, qui affadit à la langue.
J'oubliois prefque la jeune Æglé , & il
n'y auroit pas eu grand mal , fans la fable
de la Dragée qu'elle occafione ; car on
ne voit pas pourquoi elle paroît ici plùtôt
qu'Hebé la Maîtreffe mais , comme
le refte des Perſonnages n'eft gueres plus
effentiel à la Piece que le fien, il ne faut pas
lui faire un procés là deffus ; je ne ditay
rien de fon caractere ; cette Nimphe et
fi peu connue , qu'on a pû nous la dépeindre
comme on a voulu mais il faut
admirer ici l'adreffe de l'Auteur , qui , pour
amener cette Scene , fait reprocher à Venus
par Junon dans la Scene précedente , qu'el
:
DE JANVIER 103
le avoit furpris , la veille , cette Déeffe avec
Zephire dans un cabinet de verdure ; car,
comme Zephire étoit amant d'Æglé , cela
lui donne lieu d'entrer fur la Scene pour fe
plaindre à Momus de l'inconftance de ce
petit Volage.
Il me reste à parler de Momus que j'ay
refervé pour le dernier , comme le plus important
Perfonnage & le Heros de la Piece
, dont on peut dire qu'il eft en même
temps le bel efprit. Auffi lui en donnet'on
plus qu'à un autre ; il glofe , il pointille
fur tout , & ne perd point d'occafion
de briller ; mais je ne fçai fi on ne peutroit
pas l'accufer quelquefois de ne faire
que la moitié de fa befogne. Comme il domine
dans toute la Piece , & qu'il y tient
le Dé à tout venant ; il feroit long d'examiner
en détail tout ce qu'il dit , ce n'eft
pas même dequoi il eft ici queftion . Son
principal caractere eft de faire des Fables ;
il s'agit de Momus Fabulifte. Si les Fables
font bonnes , il n'y a rien à lui dire ; fi
elles ne font pas dans les regles , il pêche
dans le point le plus effentiel ; c'eſt donc à
quoi il faut nous reduire , & ce que nous
avons à examiner.
Quand Momus ne nous apprendroit pas,
comme il fait , qu'il n'eft qu'un Fabu.ifte
de hazard ( p 16 ) & que les Fables qu'il
donne ici , ne font que fon coup d'effai ,
I iiij.
104 LE MERCURE
on s'en feroit bien apperçû , & il n'y a rien
qui n'y paroiffe . Apollon lui avoit prédit
que fi jamais il les faifoit imprimer , il feroit
bien houfpillé ( p. 37 ) La prédiction
d'un Dieu dont les Oracles ont eu autrefois
tant de vogue , devoit ce femble , le
tenir en refpect , & le faire aller bride
en main pour l'impreffion : cependant elles
paroiffent. Et , comme toute la grace qu'il
a demandée eft qu'on ne fifle point ſes Fables
qu'elles ne foient imprimées ; il ne peut
point trouver mauvais à prefent qu'elles
le font , qu'on prene la liberté de dire fon
avis .
S'il étoit auffi aifé de faire de bonnes
Fables , que de dire , inventons des Fables,
devenons Fabulifte ( p . 8 ) , on pouroit en
quelque forte excufer Momus d'avoir hazarde
les fienes ; mais il devoit fçavoir lui,
qui eft fi alerte à relever ce qu'il croit ridicule
en autrui , qu'on donne foi-méme
dans le ridicule , quand on veut fe mêler
d'un metier qu'on n'entend pas ; & il n'eft
pas difficile de montrer que Momus n'entend
rien à celui de Fabulifte . Je ne ferai
point pour cela de longue differtation ; car
je ne prétends point, non plus que l'Auteur
de la Piece , m'ériger en faiſeur de diſcours .
Je n'avancerai que des principes trés- fimples
, & des regles trés- connues , fur lefquelles
le Public poura juger fi les Fables
DE JANVIER. 105
que
Momus nous donne , le mettoient en
droit de s'ériger en faiſeur de Fables .
Ceux qui s'imaginent que ce qu'on ap
pelle Fable , confiite à faire raiſonner enfemble
des animaux , & que , pourvu que
l'on mette fur la Scene un Loup & un Renard
, ún Chat & un Singe , on a fait une
Fable, font bien loin de compte. La Fable eft
une forte de fimilitude & de comparaiſon,
ou par ce qu'on fait faire , ou dire à des
animaux , & qu'on a lieu de préfumer qu'ils
feroient & qu'ils diroient en certaines conjonctures
, s'ils avoient l'ufage de la raiſon
& de la parole ; on apprend à l'homme
ce qu'il doit penſer & faire dans des rencontres
femblables. Or qui dit comparaifon
, dit deux chofes , qui , quoique differentes
entre elles , ont neanmoins un
rapport de convenances qui les unit
dans un point. Qu'eft ce que la Fable
de la Cigale , qui aprés s'être amusée
à chanter tout PEté , au lieu de préparer
des proviſions pour l'Hyver , eft rebutée
de la Fourmi , lorfqu'elle va chez elle
crier famine ? C'eft une fimilitude qui nous
apprend que quand , au lieu de travailler
dans fa jeuneffe , on n'a fongé qu'à fes plai
firs , on eft en danger de mourir de faim
dans fa vieilleffe . La Cigale repreſente
l'homme qui s'amufe à la bagatelle , &
PEté marque le temps de la jeuneffe , com
106 LE MERCURE
n'eft
me l'hyver celui de la vieilleffe . De forte que
c'eft comme fi on difoit ; de même que la
Cigale qui ne s'amufe qu'à chanter durant
l'Eté , court rifque de mourir de faim l’Hyver
, de même l'homme qui ne fonge qu'au
plaifir durant l'Eté de fon âge , fe trouve-
La miferable quand il viendra fur le déclin.
Toute Fable qui ne peut pas fe reduire à
une comparaison de cette nature
point une Fable. Il faut donc que la chofe
que l'on compare , foit differente de celle
à laquelle on la compare , & ce n'est plus
comparaiſon , fi on la compare à elle- mêine.
Que doit-on penfer fur ce pied là de
la Fable du Saumon Tuteur ? je n'examine
point ici fi le Saumon eft bien apparié
avec l'Anguille legere , & fi le Loup Marin
qui le dit Procureur des Poiffons , eft
fondé en bonne procuration , pour figurer
là plûtôt que tout autre Poiffon d'une ef
pece plus connue ; c'eft une attention que
ne doit pas negliger un Fabulifte qui ne
fçauroit prêter trop de vraifemblance à la
fiction. Je m'arrête feulement à ce qui
rouche la comparaifon.
Neptune prétend être en droit d'efperer
que Venus lui donnera la préference fur fes
Rivaux , parce qu'il eft fon Tuteur ; & Momus
pour lui faire fentir qu'il fe trompe ,
Lui recite fa Fable du Saumon Tuteur : Neptune
trouve la Fable fort, impertinente (P
DE JANVIER 107
•
3
13 ) & il n'a pas tort. Car , comme le
nom de Neptune & celui de Saumon , ne
font rien à l'affaire , c'est à peu prés, comme
s'il lui difoit ;, de même qu'un Tuteur n'eft
pas toûjours aimé de fa Pupille , de même
il n'eſt pas fûr que pour être Tuteur
de Venus , votre Pupille vous prefere aux
autres ; ce qui eft , comparer les droits.
d'un Tuteur aux droits d'un Tuteur , c'eft
à dire , comparer une chofe à elle- même :
car , que ce Tuteur foit Dieu , ou qu'il
foit Poiffon , cette alternative ne change
rien aux choles , puifque ce n'eft que fur
la qualité de Tuteur , commune à l'un & à
l'autre , que tombe la comparaiſon & par
confequent la Fable. Voilà une forte de défauts
fur un point effentiel & capital qu'on
ne trouvera pas dans les Fables de M. de
lá Motte , malgré tout le mal qu'en dit Momus.
Je ne prétends point faire l'apologie
des Fables nouvelles , mais il me paroît
que le Dieu Fabulifte auroit grand befoin
d'aller quelque temps à l'école de l'Academicien
, tant pour ce qui regarde l'inven--
tion , que pour les autres parties qui entrent
dans une Fable. Un autre que
auroit imaginé une Fable où il fe fut contenté
de montrer en general que l'amour
ne fe regle pas fur les obligations & fur
les devoirs , d'où il auroit été ailé de con
clure que les obligations qu'un Pupille peut
lui
108 LE MERCURE
avoir pour fon Tuteur > ne font pas un
droit pour en être aimé. C'eſt ce qu'on au
roit pu faire entendre à Neptune d'une maniere
délicate , & dont il n'auroit pû fe
choquer au lieu que Momus lui dit lạ
choſe fi cruement , & avec fi peu de ménagement,
dans fa Fable prétenduë , qu'autant
vaudroit-il qu'il parlât dans fon naturel
, puifque la Fable, qu'il employe ,
n'eft rien moins qu'un voile qui ferve à
déguifer ce qu'il veut dire : Voilà ce qu'on
peut appeller juftement des Satires àl'eau
de vie ( p. 21. ) Si ce nouveau Fabuliſte
en fait louvent de cette tournure là , je ne
lui, confeille pas de les faire imprimer ( P.
5o. ) Mais , comme il dit , on aura peutêtre
de l'indulgence pour fon coup d'effay
( p . 62. ) C'eſt ſa premiere Fable ; & il
n'en eft qu'à fon apprentiffage . Les Animaux
polis , Fable employée dans la Préface
, péchent encore par le même endroit,
auffi-bien qu'une partie de la Piece , comme
il fera aifé de le voir à quiconque les
examinera de' prés.
Pour le Singe dépouillé , qui tient auſſi
du même defaut , il péche de plus du côté
de la juſteffe , ce qui rend fa comparaifon
fauffe. Momus , pour faire entendre à
Plutus qu'il ne doit pas compter fur l'appas
de fes richeffes pour réuffir auprés de Venus
, lui allegue la Fable du Singe thefan
DE JANVIER. 109
rifeur , qui recherché & courtiſé tant qu'il
fut riche , fe vit abandonné & méprifé
dès qu'il eut perdu fes trefors. La Fable
çût été juſte , & la comparaiſon bonne , ſi
- Plutus eût couru rifque de perdre les fiens
de même que le Singe ; mais comme il
ne peut perdre fes richeffes qui font attachées
à la divinité fa , comme fon appanage,
la Fable ne prouve rien contre lui , & il
auroit pû répondre à Momus , tu ne dis
rien qui vaille , mon ami ; car , fi je plais
à venus , tant que j'auray des trefors , je
fuis fûr de lui plaire toûjours. Tant que le
singe fut riche , on l'accabla , felon toy ,
de prefens & de careffes , les belles fonpiroient
pourluy ou ppoouurr les beaux yeux defa
Caffette ; mais enfin que la Caſſette en fut
le motif, c'étoit toûjours à lui qu'alloient
Les foupirs ; ainfi ta Fable prouve que j'ay
tout à efperer.de Venus. Voilà comme le
Dieu des richeſſes auroit pû prouver à
Momus , non pas que fon cheval , comme
dit le Proverbe , mais que fon Singe n'étoit
qu'une bête ; mais le bon Plutus eft
gros Caiffier , dont la penetration ne va
pas jufques là.
La Fable du Lion petit Maître , renferme
de même un autre defaut de jufteffe
qui n'eft pas moins reprehenfible. Mars
fe vante que tout le monde le lonë , & qu'on
Se relaye pour l'admirer ( p. 30 ) Momus
710
LE MERCURE
pour lui faire entendre que c'eft moins à
la fincerité qu'il doit ces demonftrations
d'eftime & ces louanges , qu'à la crainte
que fa force imprime , introduit un Lion
petit Maître. Pour le Lion , paffe , le per-
Tonnage convenoit ; mais pour le petit
Maître il n'y vient pas , un petit Maître
n'eft pas fait pour être craint , on rit de
fes façons & de fes airs ; mais fa griffe ne
fait peur à perfonne : pourquoi donc faire
de ce Lion un petit Maître ? on a cru qu'il
en reviendroit du relief à la Fable ; mais
en voulant lui en donner , on l'a gâtée.
,
La Poule prude feroit de mile , fi un
Cocq le contentoit d'une Poule pour femmais
comme la loy contre la Polygamie
, n'eft pas faite pour les Cocqs , &
qu'on n'en met qu'un pour plufieurs Poules
, il a droit de les fervir toutes , fans
pouvoir être accufé d'aller au change. Je
ne fçais pas d'où vient que l'Auteur ayant
une Fable à faire fur une Prude , va choifir
precifément l'efpece de tous les animaux qui
eft le moins en droit d'exiger que fon måle
garde la fidelité conjugale
ne fçai ſi c'eſt ma faute , mais je n'ai
point compris la fin de la Fable de Pot felé.
Si Momus eft un Fabulifte tiré au clair
(p. 22 ) comme il s'en vante , ce n'eft pas
du moins dans cette Fable qui eft des plus
obfcures ; auffi ne l'avoit- il pas encore faite,
DE JANVIER.
lorfqu'il le fatte dans le même endroit
qu'il n'aura jamais l'affront d'être commenté-;
mais c'eft un affront d'avoir befoin d'un
Commentaire pour être entendu , & le be-
Loin paroît ici tout viſible.
Je n'entreray pas dans un plus grand
détail fur les Fables , ſoit de la Preface
foit de la Piece , it fuffit de dire qu'à
celle de la Dragée près , qui eft fort ingenieufe
& fort jolie ; toutes les autres , pour
la plupart , péchent par quelque endroit
effentiel , & qu'à prendre les chofes exacte
ment, ce ne font pas des Fables. On s'ap
perçoit affez que Momus fait tout ce
qu'il peut pour pouvoir égaïer fes Fables, &
leur donner quelque chofe de cet enjouëment
qui charme dans celles de la Fontaine ;
mais le pauvre garçon n'y entend rien , &
le Dieu des bons mots n'eſt rien moins dans
cette Piece , que ce qu'il devroit être. La
Fontaine pouroit dire ici de Momus , ce
que le Singe dit du Leopard , dans la Fable
de ces deux animaux,
Cette diverfité dont on vous parle tant ,
Mon voifin Leopard l'a ſur ſoyſeulement ;
Moy, je l'ay dans l'efprit:
C'est-à- dire que l'enjouement de la Fontaine
eft dans la naïveté de la narration ,
& que celui de Momus ne confifte que
dans la recherche de certaines expreflions
I 1.2 LE MERCURE
détournées , qu'il a voulu tranfplanter du
Theatre des Danfeurs de corde à celui de
la Comedie . De là viennent toutes ces gentilleffes
qu'il debite tout à la franquette ,
un attrait poftiche , des Iris guenons . Le
Termometre de la finance , c'eſt par où il
defigne l'infolence ; le Cheval qui vit en
homme , pour dire qui dans fes amours étoit
inconftant & volage , comme les hommes ;
Soupirer à l'uniffon , un cercle chien , & autres
expreffions femblables , qui n'ont rien
à reprocher au Phenomene potager , & au
Greffier folaire . Que fi après avoir examiné
fes Fables pour le fond & pour la tournure
, on vient à les examiner encore du
côté de la verfification , on y trouvera
beaucoup de negligence pour le ftile , fouvent
lâche , & plein de vers plutôt jettez ,
que maniez avec art. De forte que fi l'Auteur
ne les avoit avoüez dans la Preface ,
j'aurois prefque été tenté d'être du fentiinent
de ces Differtateurs , c'est le nom
dont il fe fert , qui ont crû qu'il avoit
fait faire fes Fables en Ville ; car je n'ay
gueres vû de Vers de fa façon qui ne fuffent
beaucoup mieux tournez que ceux-cy.
Pourquoi donc toutes defectueufes que
font ces Fables par tant d'endroits , ontelles
réuffi fur le Theatre ? peut - être que
l'habileté du Momus qui les recitoit , n'y
aura pas nuit , & que l'Auteur aura été
affez
DE JANVIER. Iz
affez heureux pour rencontrer un de ces
gofiers harmonieux & feducteurs dont il
parle dans fa Preface , qui fervent des
Poëtes , bien mieux que leur plume.
Rien n'eſt plus ordinaire que de voir des
Pieces qui ont charmé dans le recit , faire
pitié fur le papier. Ajoutons à cela que la
fatyre , delicate ounon , entraîne toujours
le plus grand nombre . Or , Momus a prerendu
que fes Fables ne fuffent que fatyriques.
Faffe , dit- il , des Fables purement
morales qui le jugera à propos ; pour moy,
je me garderay bien de prendre ce ton-là ,
il ne réuffit pas.
Avant que d'examiner fi ce que dit Mo
mus des Fables purement morales , eft vrai,
je ne puis m'empêcher de faire une refle
xion , fur une faute de jugement qu'on
fait faire à ce Dieu railleur. Je fuis , luy
fait- on dire , l'inventeur des Fables ....
rien n'eft fi commode que de n'avoir point
de modele. Il est donc le premier qui ait
fait des Fables , & il ne s'en eft point fait
qui puiffent lui fervir de modele. D'où at-
il donc pris que les Fables purement morales
, ne réuffiffoient pas ? le bon Momus
n'y a pas fait attention , & prouve en cela
que le jugement fert bien dans la compofition
, ainfi que dans la lecture. Dame
Memoire & Demoiſelle Imagination qu'on
relevé fi fort dans cette Comedie , l'ont
K
1.14 LE MERCURE
, emporté pour cette fois fur Dom jugement
qui fe beloufe ici vilainement , & pour
la conjoncture du tems & pour le fond de
la chofe, Car où eft-ce que Momus a pris
que les Fables purement morales ne réuffiffoient
pas ? les Fables de la Fontaine
font des Fables purement morales. Dirat-
on qu'elles n'ayent pas réuffi. Momus
nous auroit fait grand plaifir , fi au lieu
de ces Fables groffierement fatyriques , il
nous en eût donné de finement Morales
dans le goût du celebre la Fontaine .
D'ailleurs , que veut- il nous dire par la
diftinction des Fables morales & des fables
fatyriques ? Toute Fable eft effentielement
morale , & par là , renferme toujours quel
que chofe du fatyrique , par le ridicule
qu'elle decouvre à la faveur de fa fiction ,
& qu'elle y rend fenfible comme un Tableau.
Il eft vrai que la fatyre qu'elle renferme
, n'eft qu'une fatyre generale , &
qui ne tombe fur perfonne en particulier,.
une fatyre moderée , adoucie , égayée , innocente
, & non une fatyre à l'eau de vie ,
( p. 21. ) telle qu'en renferment les Fa
bles de Momus qui font prefque toutes à
bout portant , & plus propres à choquer
ceux à qui on les adreffe , qu'à les inf
truire ; mais c'eft de cette moderation même
que la Fable tire fon principal merite.
Des Fables perfonnellement fatyriques ,
DE JANVIER. FIS
telles que les Fables du Dieu Fabulifte , font
plutoft des Satyres que des Fables .
Mais il faloit faire cette mauvaiſe dif
tinction , pour tomber fur les fables de
M. de la Motte , & les turlupiner fur le
Theatre . Je l'ai déja dit , & je le dis encore
; je ne pretends point en faire l'apologie
, quoiqu'il fut peut- être plus facile
qu'on ne le penfe , d'en faire une raiſonnable
; mais du moins , un Auteur de cette
reputation meritoit - il quelque menagement
? Et en verité , il n'eſt pas un home
me à être tourné en ridicule fur le Theatre.
Je ne fçai fi j'ai tort de paroître fi delicat
fur ce point ; mais nous autres Provinciaux,
nous fommes gens du vieux chrême , &
qui ne pouvons nous defaire de certaines
idées de bienfeance , contre lefquelles on
n'a point encore profcrit en Province ; car
quelque approbation que mes compatriores
ayent donné à Momus fabulifte fur la
fin du fuccez de Paris , ils n'ont pas été
choqués moins que moy de la liberté qu'on
s'y eft donnée contre M. de la Morte . Que
dans une differtation critique , on attaque
un ouvrage , & qu'on y releve ce qu'il a
de mauvais , pourvû que la chofe fe faffe
dans les regles , & avec les égards qu'on
doit d'ailleurs au merite perfonnel de
Auteur , cela elt permis , & perfonne
ne peut y trouver à redire ; mais qu'on
1
Kij
116
LE MERCURE
1
mette un honnête homme fur le Theatre
qu'on l'immole publiquement à la rifée du
Parterre , en dechirant fes ouvrages par
lambeaux , & en le turlupinant , pour me
fervir des termes de Momus Fabuliſte ;
voilà ce que la bienfeance ne permet point
& qui doit intereffer tous les honnêtes
gens Jupiter n'eft pas le feul qui n'aime
pas à être turlupiné ; tous les honnêtes
gens font fort d'humeur fur ce point , &
fi une pareille licence fe tolere , qui eft- ce
qui n'aura pas à craindre pour foy-même.
Je ne fçaurois m'ôter de l'efprit que ce qui
a empêché l'Auteur de fe declarer d'abord
, a été la crainte des reproches qu'il
auroit à effuyer de ce côté là. Le fuccés
l'a enhardi , & comme il a vû que le Public
qui ne fongeoit qu'à rire , ne relevoit
point cette indecence , il a cru qu'il pourroit
, fans rifquer beaucoup , fe faire connoître
, & le demaſquer ; mais il n'a pas.
fait attention que le Spectateur qui ne
penfe qu'à rire , tandis qu'il eft dans le
Parterre , fait des réflexions , quand il eſt
de retour chez lui ; & que pour s'être rejoui
à la Piece de l'Auteur , il n'en eſtime
pas plus la perfonne , s'ils ne font d'un caractere
à facrifier un honnête homme à
un bon mot . Eloigné de Paris , comme je.
Le fuis , je ne puis fçavoir fur quel pied
PAuteur des Fables nouvelles , & l'Auteur
DE JANVIER. 117
de Momus Fabuliſte , font enſemble. Le
Premier m'eſt beaucoup plus connu que
l'autre ; & outre qu'il eft de l'Academie
Françoife , il paroît tenir dans la Republique
des Lettres , par la reputation de
Les ouvrages , un rang fort au-deffus de celui
de fon Antagoniſte. Mais celui cy futil
ennemi de l'autre , ce n'étoit pas fur le
Theatre qu'il faloit l'attaquer , & c'eſt à
mon fens un endroit , qui , quelque ingenieux
que fut d'ailleurs la Comedie de
Momus Fabuliſte , ne fçauroit faire honneur
à l'Auteur. Je finirai par là , Monfieur,
une critique qui eft prefque auffi lon
gue que la Piece même qui en fait le fujet.
Mais fut- elle plus longue , je ne fçai
fi je ne ferois point en droit de dire ici
comme Momus le dit à Jupiter à la fin de.
la premiere Scene , que je n'ai pas encore.
fait la moitié de ma befogne..
Fermer
4
p. 1071-1073
VULCAIN VANGÉ. CANTATE.
Début :
Au Dieu qui forge le Tonnere [...]
Mots clefs :
Cantate, Hymen, Olympe , Amour, Coeurs, Imprudence , Vulcain, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VULCAIN VANGÉ. CANTATE.
VULCAIN VANGE.
Αν
CANTATE.
U Dieu qui forge le Tonnere
L'Hymen avoit uni la Déesse Cypris ,
Et Vulcain de l'Olympe éxilé sur la Terre
Esperoit dans ses bras oublier ses soucis ;
Mais l'Amour indigné que l'hymen témeraire
Sans consulter son choix eût formé ces liens ,
S'abandonne aux transports d'une juste colere ,
t frappe de ces cris les bois Idaliens . E
Si désormais , usurpant ma puissance
Le seul hymen enchaîne tous les coeurs ;
Où sont mes droits ? qui de mes traits vain
queurs
Voudra sentir la douce violence
Ainsi qu'aux Dieux , inutile aux Mortels
Je chérirois une lâche indolence !
Non; par
Rétablissons
l'honneur
de nos Autels...
Si désormais
, usurpant
ma puissance.
Le seulhymen enchaîne
tous les Cours ;,
l'éclat d'une illustre vangeance
D V Oth
1072 MERCURE DE FRANCE
Où sont mes droits ? qui de mes traits vainqueurs
Voudra sentir la douce violence ?
Il exale en ces mots la douleur qui le presse ,
Et de son Isle abandonnant les bords.
Il vole vers les lieux où l'aimable Déesse
De son nouvel époux secondoit les transports.
Mais pour le frere de Bellone
Bientôt la fille de Dione
Brûle par les soins de l'Amour ,
Et Mars qui ne se plaît qu'au milieu des allarmes,
Oubliant sa fureur dans ses yeux pleins de char- mes
>
L'assure d'un tendre retour..
'Alors l'Amour vangé comtemplant son ouvrage
Au Dieu de l'hymenée adresse ce langage.
Que cet exemple t'apprenne
Qu'aux coeurs rangés sous tes Loix
Hymen , ta faveur est vaine
Si je n'approuve leur choix.
De ta coupable imprudence
Vois les funestes effets ;
Vois échouer ta puissance
Contre
MAY. 1731 1073 .
Contre l'effort de mes traits.
Que cet exemple t'apprenne
Qu'aux coeurs rangés sous tes Loix,
Hymen , ta faveur est vaine
Si je n'approuve leur choix.
Tandis que l'Enfant de Cythere
De l'hymen impuissant irritoit les douleurs ,
Vulcain entre sans bruit dans le bois solitaire ,
Où Venus au Dieu Mars prodiguoit ses faveurs
Que ne peut inspirer la noire jalousie !
Pour vanger cet affront employant l'industrie
Vulcain dans ses filets tendus de toutes parts
Enveloppe à la fois l'Amour , Venus , et Mars.
Que la paix de retour
Régne enfin sur la terre.
Pour enchaîner l'Amour
Vulcain cesse en ce jour
L'Ouvrage du Tonnerre ,
Et le Dieu de la Guerre
Est Captif à son tour,
Que la paix de retour
Régne enfin sur la Terre
Αν
CANTATE.
U Dieu qui forge le Tonnere
L'Hymen avoit uni la Déesse Cypris ,
Et Vulcain de l'Olympe éxilé sur la Terre
Esperoit dans ses bras oublier ses soucis ;
Mais l'Amour indigné que l'hymen témeraire
Sans consulter son choix eût formé ces liens ,
S'abandonne aux transports d'une juste colere ,
t frappe de ces cris les bois Idaliens . E
Si désormais , usurpant ma puissance
Le seul hymen enchaîne tous les coeurs ;
Où sont mes droits ? qui de mes traits vain
queurs
Voudra sentir la douce violence
Ainsi qu'aux Dieux , inutile aux Mortels
Je chérirois une lâche indolence !
Non; par
Rétablissons
l'honneur
de nos Autels...
Si désormais
, usurpant
ma puissance.
Le seulhymen enchaîne
tous les Cours ;,
l'éclat d'une illustre vangeance
D V Oth
1072 MERCURE DE FRANCE
Où sont mes droits ? qui de mes traits vainqueurs
Voudra sentir la douce violence ?
Il exale en ces mots la douleur qui le presse ,
Et de son Isle abandonnant les bords.
Il vole vers les lieux où l'aimable Déesse
De son nouvel époux secondoit les transports.
Mais pour le frere de Bellone
Bientôt la fille de Dione
Brûle par les soins de l'Amour ,
Et Mars qui ne se plaît qu'au milieu des allarmes,
Oubliant sa fureur dans ses yeux pleins de char- mes
>
L'assure d'un tendre retour..
'Alors l'Amour vangé comtemplant son ouvrage
Au Dieu de l'hymenée adresse ce langage.
Que cet exemple t'apprenne
Qu'aux coeurs rangés sous tes Loix
Hymen , ta faveur est vaine
Si je n'approuve leur choix.
De ta coupable imprudence
Vois les funestes effets ;
Vois échouer ta puissance
Contre
MAY. 1731 1073 .
Contre l'effort de mes traits.
Que cet exemple t'apprenne
Qu'aux coeurs rangés sous tes Loix,
Hymen , ta faveur est vaine
Si je n'approuve leur choix.
Tandis que l'Enfant de Cythere
De l'hymen impuissant irritoit les douleurs ,
Vulcain entre sans bruit dans le bois solitaire ,
Où Venus au Dieu Mars prodiguoit ses faveurs
Que ne peut inspirer la noire jalousie !
Pour vanger cet affront employant l'industrie
Vulcain dans ses filets tendus de toutes parts
Enveloppe à la fois l'Amour , Venus , et Mars.
Que la paix de retour
Régne enfin sur la terre.
Pour enchaîner l'Amour
Vulcain cesse en ce jour
L'Ouvrage du Tonnerre ,
Et le Dieu de la Guerre
Est Captif à son tour,
Que la paix de retour
Régne enfin sur la Terre
Fermer
Résumé : VULCAIN VANGÉ. CANTATE.
Le texte raconte une histoire mythologique impliquant Vulcain, l'Amour et l'Hymen. Vulcain, exilé sur Terre après son union avec la déesse Cypris (Vénus), est tourmenté par l'Amour, qui s'indigne de ce mariage non consenti. L'Amour décide de rétablir l'honneur de ses autels en se rendant auprès de Vénus et de Mars, devenus amants. Mars, dieu de la guerre, oublie sa fureur en contemplant Vénus. L'Amour, vengé, informe l'Hymen que sa faveur est vaine sans son approbation. Parallèlement, Vulcain, jaloux, tend un piège à Vénus et Mars dans un bois solitaire et les capture avec l'Amour dans ses filets. Pour se venger, Vulcain utilise son habileté. Finalement, Vulcain cesse de forger le tonnerre, et Mars est captif. La paix revient sur Terre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer