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1
p. 1802-1803
Nouveau Lexicon Medicum, &c. [titre d'après la table]
Début :
Les Nouvelles Litteraires d'Hollande nous apprennent qu'on y va donner incessamment [...]
Mots clefs :
Lexicon Medicum, Médecine, Définitions, Étymologie
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texteReconnaissance textuelle : Nouveau Lexicon Medicum, &c. [titre d'après la table]
Les Nouvelles Litteraires d'Hollande
nous apprennent qu'on y va donner incessamment un Ouvrage considérable ,
qui ne sçauroit manquer d'être bien reçû
du public. C'est un Lexicon Medicum
dont on manquoit en Medecine On s'étoit contentéjusqu'icy des définitions des
Maladies de Gorræus , de l'Oeconomie
d'Hippocrate , par Foesius , en forme de
Léxicon. Le petit Lexicon Medicum , de
Blanchard , Grec et Latin , ne laissoit pas
d'avoir son utilité ; mais l'ouvrage qu'on
nous promet , semble devoir épuiser la
matiere Mrs Theod. Tronchin et Louis
de Neuville , Docteurs en Médecine , travaillent à l'Edition de cet Ouvrage. Ces
M" promettent d'y comprendre generalement tous les termes qui concernent la
Médecine , soit dans la Thore , soit dans
la Pratique , l'Anatomie , la Chirurgie
la Chymie , les Méchiniques , la Pharmacie , la Botanique, l'Histoire naturelle,
&c. Le tout tiré des meilleurs Auteurs
de chaque Nation , tant Anciens que Modernes.
Ony donnera
en même
-temps
l'éthymologie
et les
differentes
significations
des
mots
Grecs
, avec
l'interprétation
des
termes
Latins
, Anglois
, Flamans
, François
, Allemands
et Italiens
.
On
AOUST. 1732. 18031
On y trouvera de plus les noms des
Médicamens, tant simples que composez ;
comme aussi des Planches gravées, de toutes les Parties du Corps Humain , suivant
les nouvelles découvertes des plus habiles Anatomistes ; les différens caracteres
dont on se sert en Médecine et en Chymie , avec leurs explications ; et à la fin ,
une Table des matiéres très- ample. C'est
l'idée qu'on donne de cet Ouvrage, par le
Projet, imprimé à Amsterdam , chez R.et
J. Westeins , et G. Smith. 1732. in 4º.
On avoit déja donné le titre de ce Lexicon , il y a plus de six mois , dans le 7 .
tome, premiere Partie, de la Bibliotheque
Raisonnée ; ce qui n'a pas empêché M.
Jean Philippe Burggrave le jeune , Medecin à Francfort , sur le Maine , de pu
blier presqu'en même-temps , un Projet à
peu près semblable. Si ces Mrs tiennent
leur parole,au lieu d'un Lexicon Medicum,
le public en aura deux. Un Sujet de cette importance ne sçauroit être trop discuté.
nous apprennent qu'on y va donner incessamment un Ouvrage considérable ,
qui ne sçauroit manquer d'être bien reçû
du public. C'est un Lexicon Medicum
dont on manquoit en Medecine On s'étoit contentéjusqu'icy des définitions des
Maladies de Gorræus , de l'Oeconomie
d'Hippocrate , par Foesius , en forme de
Léxicon. Le petit Lexicon Medicum , de
Blanchard , Grec et Latin , ne laissoit pas
d'avoir son utilité ; mais l'ouvrage qu'on
nous promet , semble devoir épuiser la
matiere Mrs Theod. Tronchin et Louis
de Neuville , Docteurs en Médecine , travaillent à l'Edition de cet Ouvrage. Ces
M" promettent d'y comprendre generalement tous les termes qui concernent la
Médecine , soit dans la Thore , soit dans
la Pratique , l'Anatomie , la Chirurgie
la Chymie , les Méchiniques , la Pharmacie , la Botanique, l'Histoire naturelle,
&c. Le tout tiré des meilleurs Auteurs
de chaque Nation , tant Anciens que Modernes.
Ony donnera
en même
-temps
l'éthymologie
et les
differentes
significations
des
mots
Grecs
, avec
l'interprétation
des
termes
Latins
, Anglois
, Flamans
, François
, Allemands
et Italiens
.
On
AOUST. 1732. 18031
On y trouvera de plus les noms des
Médicamens, tant simples que composez ;
comme aussi des Planches gravées, de toutes les Parties du Corps Humain , suivant
les nouvelles découvertes des plus habiles Anatomistes ; les différens caracteres
dont on se sert en Médecine et en Chymie , avec leurs explications ; et à la fin ,
une Table des matiéres très- ample. C'est
l'idée qu'on donne de cet Ouvrage, par le
Projet, imprimé à Amsterdam , chez R.et
J. Westeins , et G. Smith. 1732. in 4º.
On avoit déja donné le titre de ce Lexicon , il y a plus de six mois , dans le 7 .
tome, premiere Partie, de la Bibliotheque
Raisonnée ; ce qui n'a pas empêché M.
Jean Philippe Burggrave le jeune , Medecin à Francfort , sur le Maine , de pu
blier presqu'en même-temps , un Projet à
peu près semblable. Si ces Mrs tiennent
leur parole,au lieu d'un Lexicon Medicum,
le public en aura deux. Un Sujet de cette importance ne sçauroit être trop discuté.
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Résumé : Nouveau Lexicon Medicum, &c. [titre d'après la table]
Les Nouvelles Littéraires d'Hollande annoncent la publication prochaine du Lexicon Medicum, un ouvrage majeur en médecine. Jusqu'alors, les médecins utilisaient les définitions de Gorræus, l'Oeconomie d'Hippocrate par Foesius, et le petit Lexicon Medicum de Blanchard. Le Lexicon Medicum, édité par Théodore Tronchin et Louis de Neuville, vise à être exhaustif en couvrant la médecine théorique et pratique, l'anatomie, la chirurgie, la chimie, les mécaniques, la pharmacie, la botanique et l'histoire naturelle. Il inclura l'étymologie et les significations des mots grecs, ainsi que les interprétations en latin, anglais, flamand, français, allemand et italien. L'ouvrage comprendra les noms des médicaments, des planches anatomiques, les caractères médicaux et chimiques, et une table des matières détaillée. Le projet a été imprimé à Amsterdam en 1732. Parallèlement, Jean Philippe Burggrave a publié un projet similaire, ce qui pourrait aboutir à la publication de deux lexiques médicaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 659-666
RÉPONSE à la Lettre inserée dans le Mercure du mois dernier, au sujet du nom de Bordeaux ou Bourdeaux.
Début :
L'habitude dans laquelle je vois presque tout le monde, Monsieur, de [...]
Mots clefs :
Bordeaux, Ville, Latin, Prononciation, Étymologie, Burdigala, Langue, Garonne
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la Lettre inserée dans le Mercure du mois dernier, au sujet du nom de Bordeaux ou Bourdeaux.
REPONSE à la Lettre inseree dans
le Mercure du mois dernier , au sujet
du nom de Bordeaux ou Bourdeaux.
Lo
'Habitude dans laquelle je vois pres
toute
que tout le monde , Monsieur , de
dire et d'écrire Bordeaux et non Bourdeaux
, ne m'a pas empêché de trouver
tout ce que vous dites pour soutenir ce
dernier sentiment , fort ingénieux ; mais
trouvez bon aussi que je vous dise ce
qu'on peut alleguer en faveur de Bordeaux.
Je ne conviens pas dabord que cette
derniere prononciation ne soit fondée
que
660 MERCURE DE FRANCE
que sur l'imagination de ceux qui ont
crû que cette Ville avoit pris son nom
du bord des Eaux où elle est située . Leur
raison pourroit y avoir encore plus de
part , et s'il n'est rien de si ordinaire que
de donner aux hommes des noms pris
des lieux de leur naissance , n'aura- t'il
pas été permis aux Fondateurs de cette
Ville d'avoir tiré son nom de sa situation
et de l'avoir appellée Bordeaux , à
cause qu'ils l'avoient bâtie sur le bord
des eaux Elle est , en effet , toute entourée
d'eaux , ayant au Levant celles de
la Garonne ; au Couchant , celles qui
viennent des Landes , qui forment pendant
quelques mois une petite Mer au
derriere du Palais Archiepiscopal , et au
Midy , les Ruisseaux qui viennent de
Begle , ce qui a fait porter à cette Capitale
de la Guyenne le nom de Bordeaux
, par une très- juste et très - judicieuse
Etymologie.
S'il se trouve quelques Auteurs qui
l'ayent nommée Bourdeaux , en y ajou
tant un u , il faut plutôt regarder cette
addition comme un deffaut du Pays et
une corruption du nom , que comme une
prononciation naturelle.
Ainsi , puisque nous trouvons la véritable
cause de ce nom dans la propre
assiette
AVRIL. 1733. 661
assiette de la Ville , il est inutile d'aller
la chercher dans ces sales idées de débauche
; car quel rapport y a t'il entre
les bords de ces eaux et ses endroits qu'on
ne sçauroit nommer sans blesser la pudeur?
L'exemple d'un Romain , qui par
magnificence , fait poser des Tentes sur
un Rivage , et qui s'y va réjouir avec de
petites Bourgeoises, parmi tous les excès de
la profusion et du luxe , n'établit aucune
preuve de l'allusion que vous faites.
Quoiqu'Ausone ait dit que Bordeaux
étoit le lieu de sa naissance , Burdigala
natale solum , ce n'est pas une conséquence
que le mot Latin Burdigala soit plus
ancien que celui que cette Ville porte
aujourd'hui , se pouvant faire qu'il ait
été inconnu dans la Guyenne jusqu'au
temps que les Romains conquirent cette
Province et que les vaincus commencerent
à y parler la Langue des vainqueurs,
c'est- à - dire , près de deux siecles et demi
avant la naissance d'Ausone.
Ce n'est donc pas dans le Latin qu'on
doit chercher l'origine du nom de Bordeaux
, et il semble que vous en convenez
, puisque vous voulez bien avoir
recours au Ruisseau de la Bourde et de
Falle , qui sont deux noms que la Latinité
ne revendiquera jamais. Ils ne sont
pas,
662 MERCURE DE FRANCE
- pas , dites - vous , éloignez de la Ville ;
vous en portez vous- même la preuve ,
puisque vous les faites entrer dans la Garonne
par l'endroit où est à présent l'Eglise
S. Pierre ; mais , Monsieur , tout le
monde ne conviendra pas avec vous de
la jonction que vous faites de ces deux
Ruisseaux , étant très - constant que la
Bourde se décharge dans la Garonne à
un quart de lieue au -dessus de Bordeaux
et la Jalle a plus d'une licüe au - dessous.
Il n'y a pas même d'apparence qu'un petit
Ruisseau tel que la Bourde , presque
inconnu , ait donné le nom à une grande
Ville arrosée de la Garonne et entou
rée de Marais .
Laissant donc là la Bourde , vous me
permettrez , s'il vous plaît , Monsieur ,
de m'en tenir à mon premier sentiment.
Je demeure d'accord que l'u des Latins
se change souvent dans le François en
ou; les exemples que vous en citez sont
familiers , mais vous ne disconviendrez
pas aussi que les Gascons ne changent
l'o des François en ou ; par exemple , nous
disons en François mordu , corde , borner ,
orner , border , cocher , orme , & c . et les
Gascons changeant l'o en on , disent mourdt
, courde , bourna , ourna , bourda , couchei,
ourme , &c. ce qui fait qu'au lieu de
proAVRIL.
1733 663
prononcer Bordeaux , conformément à
son Etymologie , on a prononcé en Gascon
Bourdeaux , et comme cette prononciation
a été generale , lorsque dans la
suite on a parlé François , on y a retenu
l'ou de la prononciation Gasconne , et delà
vient qu'on a dit Bourdeaux , le vulgaire
par ignorance , et les habiles gens par fau
te d'attention . Il s'en est cependant trouvé
qui ont retenu la pureté de la prononciation
Françoise, et qui out dit Bordeaux
, suivant l'Etymologie naturelle du
nom. Tels sont le P. Monet et l'illustre
M. Nicod , Maitre des Requêtes , dans
les deux sçavans Dictionnaires qu'ils ont
faits , où ils ne paroissent pas moins habiles
dans lå Langue Françoise que dans
la Latine. Calepin prononce Bordeaux
comme eux , et Michel - Antoine Baudran
dans sa Géographie , imprimée à Paris
en 1661. expliquant ces mots Burdigalensis
ager , dit , le Pays Bordelois. Burdipalensis
sinus , la Baye de Bordeaux .
Vous m'opposerez , sans doute , que
ces autoritez ne sont pas du poids de
celles de M. le Maître , de M. Pelisson
et du Pere Bouhours ; mais je répondrai
à l'égard de ce dernier , que s'il a décidé
en faveur de Bourdeaux , peut - être
ya- t'il eu dans sa décision un peu d'amour
664 MERCURE DE FRANCE
mour
propre ,
en conservant
l'ou dans
la premiere
sillabe du nom de Bourdeaux
,
parce qu'il se trouve dans la premiere
du sien. Pour l'autorité
de M. le Maître,
il se peut faire que quand il a composé
son Plaidoyer
, il se soit plus attaché à
la substance
des choses , qu'à l'écorce des
paroles , suivant la maxime
du Jurisconsulte.
Scire leges non est earum verba , seď
mentem tenere .
Lorsque M. Pelisson a écrit l'Histoire
de l'Académie , il n'a pas prétendu y
donner des regles pour la Langue , non
plus que M. le Maître dans son Plaidoyer.
Les Géographes que vous alleguez ont
laissé Bourdeaux écrit dans leurs Cartes,
comme ils l'ont trouvé dans celles qu'ils
ont réformées , et ils n'ont eu en vûë
que cette réformation et non pas celle
de la Langue ; en un mot, il faut toû
jours revenir à l'ancienne Etymologie ,
qui se trouvant autorisée par l'usage , on
ne doit pas balancer à se déterminer en
sa faveur. Ainsi l'usage d'aujourd'hui
étant pour Bordeaux , comme on peut le
remarquer en tous ceux qui parlent le
mieux , il faut suivre, cet usage qui n'a
rien que de doux et d'agréable à l'oreille.
Après le Latin vous avez eu recours au
Grec. Les Grecs prononcent , dites - vous,
Bour
AVRIL. 1733. 665
Bourdegala , le François qui a beaucoup
d'affinité avec le Grec , selon vous , doit
retenir la prononciation de l'ou; mais puisque
notre Langue n'en a pas moins avec
le Latin , qui de votre aveu , prononce
l'u comme les Grecs , témoin yotre Loucoullous
, il faudroit par la même raison
prononcer les venant du Latin ;
comme s'il y avoit ou. Ainsi au lieu de
muse , venant de musa , on diroit mouse ,
au lieu de peinture , pictura , on diroit
peintoura , ce qui produiroit de très - grandes
difformitez dans la Langue , et montre
assez que dans la prononciation Françoise
, on ne doit avoir égard ni à la Grecque
ni à la Latine , et qu'il faut suivre
uniquement celle qui se trouve établic
par le bel usage.
Mais enfin , Monsieur , pourquoi voulez
-vous persuader que Bordeaux vienne
de Burdigala , puisqu'il est plus naturel
que Burdigala ait été formé de Bordeaux,
cette Ville , comme je l'ai déja remarqué,
ayant été très- considerable , suivant le
témoignage de Strabon , dans le temps
que les Romains y mirent le pied ? Ainsi
le nom de Bordeaux imposé à la Ville
par ceux qui la bâtirent , étoit plus ancien
que le Latin Burdigala , à moins de
dire , pour favoriser notre décision que
Bur666
MERCURE DE FRANCE
Burdigala est composé du mot Espagnol
Burgo. , qui signifie Bourg , et de Gala ,
qui veut dire propreté et bonne grace ;
desorte la Ville n'étant encore qu'une
que
Bourgade dans son commencement , il
se pourroit faire qu'elle fût appellée par
ses Habitans , qui avoient eû , sans doute,
commerce avec les Espagnols , et qui parloient
quelque peu leur langage , Burgo
de Gala , c'est - à- dire , Bourg dont les Habitans
étoient propres et de bon air , et
par succession de temps , en retranchant
go , on en fit Burdegala , qui est le mot
Latin dont l'origine vous a assez occupé.
Voilà , Monsieur , une Etymologie heureuse
, puisqu'elle a l'avantage de tomber
dans votre sens , et elle ne convient pas
mal aux Habitans de cette Ville , singulierement
aux femmes , n'y en ayant gueres
ailleurs qui se mettent plus propre.
ment. Mais puisque je vous donne une
Etymologie qui doit , sans doute , vous
faire plaisir , vous ferez bien cette justice
au Public de lui passer celle de Bordeaux
et de ne pas refuser aux Rivages de cette
Ville qui présentent à toutes les Nations
un abord si agréable , l'honneur de lui
avoir donné le nom. Je suis , &c.
le Mercure du mois dernier , au sujet
du nom de Bordeaux ou Bourdeaux.
Lo
'Habitude dans laquelle je vois pres
toute
que tout le monde , Monsieur , de
dire et d'écrire Bordeaux et non Bourdeaux
, ne m'a pas empêché de trouver
tout ce que vous dites pour soutenir ce
dernier sentiment , fort ingénieux ; mais
trouvez bon aussi que je vous dise ce
qu'on peut alleguer en faveur de Bordeaux.
Je ne conviens pas dabord que cette
derniere prononciation ne soit fondée
que
660 MERCURE DE FRANCE
que sur l'imagination de ceux qui ont
crû que cette Ville avoit pris son nom
du bord des Eaux où elle est située . Leur
raison pourroit y avoir encore plus de
part , et s'il n'est rien de si ordinaire que
de donner aux hommes des noms pris
des lieux de leur naissance , n'aura- t'il
pas été permis aux Fondateurs de cette
Ville d'avoir tiré son nom de sa situation
et de l'avoir appellée Bordeaux , à
cause qu'ils l'avoient bâtie sur le bord
des eaux Elle est , en effet , toute entourée
d'eaux , ayant au Levant celles de
la Garonne ; au Couchant , celles qui
viennent des Landes , qui forment pendant
quelques mois une petite Mer au
derriere du Palais Archiepiscopal , et au
Midy , les Ruisseaux qui viennent de
Begle , ce qui a fait porter à cette Capitale
de la Guyenne le nom de Bordeaux
, par une très- juste et très - judicieuse
Etymologie.
S'il se trouve quelques Auteurs qui
l'ayent nommée Bourdeaux , en y ajou
tant un u , il faut plutôt regarder cette
addition comme un deffaut du Pays et
une corruption du nom , que comme une
prononciation naturelle.
Ainsi , puisque nous trouvons la véritable
cause de ce nom dans la propre
assiette
AVRIL. 1733. 661
assiette de la Ville , il est inutile d'aller
la chercher dans ces sales idées de débauche
; car quel rapport y a t'il entre
les bords de ces eaux et ses endroits qu'on
ne sçauroit nommer sans blesser la pudeur?
L'exemple d'un Romain , qui par
magnificence , fait poser des Tentes sur
un Rivage , et qui s'y va réjouir avec de
petites Bourgeoises, parmi tous les excès de
la profusion et du luxe , n'établit aucune
preuve de l'allusion que vous faites.
Quoiqu'Ausone ait dit que Bordeaux
étoit le lieu de sa naissance , Burdigala
natale solum , ce n'est pas une conséquence
que le mot Latin Burdigala soit plus
ancien que celui que cette Ville porte
aujourd'hui , se pouvant faire qu'il ait
été inconnu dans la Guyenne jusqu'au
temps que les Romains conquirent cette
Province et que les vaincus commencerent
à y parler la Langue des vainqueurs,
c'est- à - dire , près de deux siecles et demi
avant la naissance d'Ausone.
Ce n'est donc pas dans le Latin qu'on
doit chercher l'origine du nom de Bordeaux
, et il semble que vous en convenez
, puisque vous voulez bien avoir
recours au Ruisseau de la Bourde et de
Falle , qui sont deux noms que la Latinité
ne revendiquera jamais. Ils ne sont
pas,
662 MERCURE DE FRANCE
- pas , dites - vous , éloignez de la Ville ;
vous en portez vous- même la preuve ,
puisque vous les faites entrer dans la Garonne
par l'endroit où est à présent l'Eglise
S. Pierre ; mais , Monsieur , tout le
monde ne conviendra pas avec vous de
la jonction que vous faites de ces deux
Ruisseaux , étant très - constant que la
Bourde se décharge dans la Garonne à
un quart de lieue au -dessus de Bordeaux
et la Jalle a plus d'une licüe au - dessous.
Il n'y a pas même d'apparence qu'un petit
Ruisseau tel que la Bourde , presque
inconnu , ait donné le nom à une grande
Ville arrosée de la Garonne et entou
rée de Marais .
Laissant donc là la Bourde , vous me
permettrez , s'il vous plaît , Monsieur ,
de m'en tenir à mon premier sentiment.
Je demeure d'accord que l'u des Latins
se change souvent dans le François en
ou; les exemples que vous en citez sont
familiers , mais vous ne disconviendrez
pas aussi que les Gascons ne changent
l'o des François en ou ; par exemple , nous
disons en François mordu , corde , borner ,
orner , border , cocher , orme , & c . et les
Gascons changeant l'o en on , disent mourdt
, courde , bourna , ourna , bourda , couchei,
ourme , &c. ce qui fait qu'au lieu de
proAVRIL.
1733 663
prononcer Bordeaux , conformément à
son Etymologie , on a prononcé en Gascon
Bourdeaux , et comme cette prononciation
a été generale , lorsque dans la
suite on a parlé François , on y a retenu
l'ou de la prononciation Gasconne , et delà
vient qu'on a dit Bourdeaux , le vulgaire
par ignorance , et les habiles gens par fau
te d'attention . Il s'en est cependant trouvé
qui ont retenu la pureté de la prononciation
Françoise, et qui out dit Bordeaux
, suivant l'Etymologie naturelle du
nom. Tels sont le P. Monet et l'illustre
M. Nicod , Maitre des Requêtes , dans
les deux sçavans Dictionnaires qu'ils ont
faits , où ils ne paroissent pas moins habiles
dans lå Langue Françoise que dans
la Latine. Calepin prononce Bordeaux
comme eux , et Michel - Antoine Baudran
dans sa Géographie , imprimée à Paris
en 1661. expliquant ces mots Burdigalensis
ager , dit , le Pays Bordelois. Burdipalensis
sinus , la Baye de Bordeaux .
Vous m'opposerez , sans doute , que
ces autoritez ne sont pas du poids de
celles de M. le Maître , de M. Pelisson
et du Pere Bouhours ; mais je répondrai
à l'égard de ce dernier , que s'il a décidé
en faveur de Bourdeaux , peut - être
ya- t'il eu dans sa décision un peu d'amour
664 MERCURE DE FRANCE
mour
propre ,
en conservant
l'ou dans
la premiere
sillabe du nom de Bourdeaux
,
parce qu'il se trouve dans la premiere
du sien. Pour l'autorité
de M. le Maître,
il se peut faire que quand il a composé
son Plaidoyer
, il se soit plus attaché à
la substance
des choses , qu'à l'écorce des
paroles , suivant la maxime
du Jurisconsulte.
Scire leges non est earum verba , seď
mentem tenere .
Lorsque M. Pelisson a écrit l'Histoire
de l'Académie , il n'a pas prétendu y
donner des regles pour la Langue , non
plus que M. le Maître dans son Plaidoyer.
Les Géographes que vous alleguez ont
laissé Bourdeaux écrit dans leurs Cartes,
comme ils l'ont trouvé dans celles qu'ils
ont réformées , et ils n'ont eu en vûë
que cette réformation et non pas celle
de la Langue ; en un mot, il faut toû
jours revenir à l'ancienne Etymologie ,
qui se trouvant autorisée par l'usage , on
ne doit pas balancer à se déterminer en
sa faveur. Ainsi l'usage d'aujourd'hui
étant pour Bordeaux , comme on peut le
remarquer en tous ceux qui parlent le
mieux , il faut suivre, cet usage qui n'a
rien que de doux et d'agréable à l'oreille.
Après le Latin vous avez eu recours au
Grec. Les Grecs prononcent , dites - vous,
Bour
AVRIL. 1733. 665
Bourdegala , le François qui a beaucoup
d'affinité avec le Grec , selon vous , doit
retenir la prononciation de l'ou; mais puisque
notre Langue n'en a pas moins avec
le Latin , qui de votre aveu , prononce
l'u comme les Grecs , témoin yotre Loucoullous
, il faudroit par la même raison
prononcer les venant du Latin ;
comme s'il y avoit ou. Ainsi au lieu de
muse , venant de musa , on diroit mouse ,
au lieu de peinture , pictura , on diroit
peintoura , ce qui produiroit de très - grandes
difformitez dans la Langue , et montre
assez que dans la prononciation Françoise
, on ne doit avoir égard ni à la Grecque
ni à la Latine , et qu'il faut suivre
uniquement celle qui se trouve établic
par le bel usage.
Mais enfin , Monsieur , pourquoi voulez
-vous persuader que Bordeaux vienne
de Burdigala , puisqu'il est plus naturel
que Burdigala ait été formé de Bordeaux,
cette Ville , comme je l'ai déja remarqué,
ayant été très- considerable , suivant le
témoignage de Strabon , dans le temps
que les Romains y mirent le pied ? Ainsi
le nom de Bordeaux imposé à la Ville
par ceux qui la bâtirent , étoit plus ancien
que le Latin Burdigala , à moins de
dire , pour favoriser notre décision que
Bur666
MERCURE DE FRANCE
Burdigala est composé du mot Espagnol
Burgo. , qui signifie Bourg , et de Gala ,
qui veut dire propreté et bonne grace ;
desorte la Ville n'étant encore qu'une
que
Bourgade dans son commencement , il
se pourroit faire qu'elle fût appellée par
ses Habitans , qui avoient eû , sans doute,
commerce avec les Espagnols , et qui parloient
quelque peu leur langage , Burgo
de Gala , c'est - à- dire , Bourg dont les Habitans
étoient propres et de bon air , et
par succession de temps , en retranchant
go , on en fit Burdegala , qui est le mot
Latin dont l'origine vous a assez occupé.
Voilà , Monsieur , une Etymologie heureuse
, puisqu'elle a l'avantage de tomber
dans votre sens , et elle ne convient pas
mal aux Habitans de cette Ville , singulierement
aux femmes , n'y en ayant gueres
ailleurs qui se mettent plus propre.
ment. Mais puisque je vous donne une
Etymologie qui doit , sans doute , vous
faire plaisir , vous ferez bien cette justice
au Public de lui passer celle de Bordeaux
et de ne pas refuser aux Rivages de cette
Ville qui présentent à toutes les Nations
un abord si agréable , l'honneur de lui
avoir donné le nom. Je suis , &c.
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Résumé : RÉPONSE à la Lettre inserée dans le Mercure du mois dernier, au sujet du nom de Bordeaux ou Bourdeaux.
Le texte discute de l'orthographe correcte du nom de la ville de Bordeaux. L'auteur reconnaît les arguments en faveur de 'Bourdeaux' mais soutient que 'Bordeaux' est la prononciation correcte. Il explique que 'Bordeaux' dérive de la situation géographique de la ville, entourée d'eaux, et que cette étymologie est plus logique que les autres propositions. L'auteur rejette l'idée que 'Bourdeaux' soit une corruption du nom et affirme que l'ajout du 'u' est une erreur. Il cite plusieurs auteurs et dictionnaires qui utilisent 'Bordeaux' et critique ceux qui préfèrent 'Bourdeaux' pour des raisons de vanité ou de négligence. L'auteur conclut que l'usage actuel et l'étymologie naturelle du nom favorisent 'Bordeaux'. Il propose également une étymologie alternative selon laquelle 'Burdigala' pourrait dériver de 'Bordeaux', mais il insiste sur le fait que 'Bordeaux' est le nom originel et correct.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 862-865
REMARQUES sur les Lettres inserées dans les deux derniers Mercures, au sujet du nom et de l'étimologie de Bourdeaux ou Bordeaux.
Début :
En matiere d'étimologies il faut les chercher dans la langue naturelle et [...]
Mots clefs :
Bordeaux, Langue, Gaulois, Ville, Villes, Goths, Étymologie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur les Lettres inserées dans les deux derniers Mercures, au sujet du nom et de l'étimologie de Bourdeaux ou Bordeaux.
REMARQUES sur les Lettres inserées
dans les deux derniers Mercures >
au sujet du nom et de l'étimologie de
Bourdeaux ou Bordeaux .
N matiere d'étimologies il faut les
E chercher dans la langue naturelle et
originale de chaque Païs , ou de celledes
Colonies qui sont venues l'habiter.
Dans l'ancienne Langue celtique , qui
étoit celle qu'on parloit dans les Gaules
, la Germanie , la Grande Bretagne
&c. Bourg, ou Burggauts , signifie la ville
des Gaulois , nom qu'on a donné à Bordeaux
, parce que les Gaulois, qui étoient
divi
MAY. 1733. 863
divisez des Aquitains par la Garonne ,
passerent cette Riviere , et s'établirent en
deçà. Une semblable raison a fait appeller
Burgus Santonum , la ville de Bourg ,
qui est une Colonie des Santones , qui
s'établirent plus bas sur cette Riviere.Le
nom de Burg est fort usité dans les noms
des Villes de tout le Païs du Nord , et il
signifie Castrum , Sedes , Urbs, habitatio
& c. Cesar a appellé Bituriges vibises
les environs de Bordeaux , et ce n'est
que Strabon, et Ausone après lui, qui ont
latinisé Burg , gauls , et en on fait Burdigala.
Or ce mot s'est formé comme celui
de Linguadokum , qui vient de Lingua
Gottorum , nom qu'on donne à la Gaule
Narbonnoise , où les Gots s'établirent au
quatrième siècle , sous l'Empereur Honorius.
Les François appellerent ce Païs
Langue des Gots ou Langue des Kots , cat
le Get le K se changent souvent l'un en
l'autre , et quand on a voulu latiniser ce
nom , on a dit Linguadokum ; de sorte
qu'il y a eu d'ajouté l'article du Génitif,
tout ainsi qu'il s'est introduit dans l'Espagnol
, l'Italien et l'Anglois.
De Burg de Gauls , on en a ensuite
formé Bordeaux , comme de Langue des
Gots , s'est formé Languedok , où il y a
une sillabe retranchée.
By Les
864 MERCURE DE FRANCE
Les noms anciens latinisez , où il y a
un D au milieu , qui n'est point article
du Génitif, ont laissé le D en devenant
François , comme Andegavum , Anjou ;
Cadurcum , Cahors ; Clodoveus , Clovis , et
Loüis ; Lugdunum , Lyon ; Rhodanus , le
Rhône , &c mais lorsque le D a été prafixum
du Gnitif , il y est resté , comme
dans Linguadakum , Languedoc ; Burdigala
, Bordeaux , & c .
Dans les Langues Gauloise , Celtique ,
Saxone et même Tudesque , aujourd'hui ,
Bord , signifie extrêmité et rivage. Il se
peut qu'on a donné le nom de Bordgauls
à la ville des Gaulois , établis sur les Kives
de la Garonne , du cô é des Aquitains,
et que pour rendre latin ce nom , on a dit
Burdegala. Cette étimologie paroît fort
naturelle ; il y a même plusieurs Paï's qui
ont pris leur nom des Rivages de la Mer,,
ou de quelque Riviere . On dit qu'Aquitania,
signifie Aquarum regio. Armorica, en
Anglois , signifie Regio Maritima. L'Attique
en Grece , Regio littoralis ( si l'on peutse
servir de ce terme ) , parce qu'elle estpresque
toute environnée de Mer.L'Tonie,,
le Pont , la Phrygie, par la même raison..
Le Portugal est le Port des Gaulois.. On
trouve encore aujourd'hui beaucoup de
Villes Maritimes , où sur les bords des,
Rivieres
MAY. 1733 865
Rivieres , qui ont pris leur nom de leur
situation ; comme en France , le Havre
de Grace , Bayonne , &c . et les Villes où
le mot de Port se trouve joint. En Hollande
, Utrecht et Maestrecht ont pris
leur nom de Trajectus , passage , ou Ville
au de- là . En Angleterre quantité de
Villes. En Italie , Östic , &c.
Voilà deux Etimologies dont on pourra
choisir celle qui fera le plus de plaisir,
et qu'on jugera la plus convenable a
nom de Bordeaux.
dans les deux derniers Mercures >
au sujet du nom et de l'étimologie de
Bourdeaux ou Bordeaux .
N matiere d'étimologies il faut les
E chercher dans la langue naturelle et
originale de chaque Païs , ou de celledes
Colonies qui sont venues l'habiter.
Dans l'ancienne Langue celtique , qui
étoit celle qu'on parloit dans les Gaules
, la Germanie , la Grande Bretagne
&c. Bourg, ou Burggauts , signifie la ville
des Gaulois , nom qu'on a donné à Bordeaux
, parce que les Gaulois, qui étoient
divi
MAY. 1733. 863
divisez des Aquitains par la Garonne ,
passerent cette Riviere , et s'établirent en
deçà. Une semblable raison a fait appeller
Burgus Santonum , la ville de Bourg ,
qui est une Colonie des Santones , qui
s'établirent plus bas sur cette Riviere.Le
nom de Burg est fort usité dans les noms
des Villes de tout le Païs du Nord , et il
signifie Castrum , Sedes , Urbs, habitatio
& c. Cesar a appellé Bituriges vibises
les environs de Bordeaux , et ce n'est
que Strabon, et Ausone après lui, qui ont
latinisé Burg , gauls , et en on fait Burdigala.
Or ce mot s'est formé comme celui
de Linguadokum , qui vient de Lingua
Gottorum , nom qu'on donne à la Gaule
Narbonnoise , où les Gots s'établirent au
quatrième siècle , sous l'Empereur Honorius.
Les François appellerent ce Païs
Langue des Gots ou Langue des Kots , cat
le Get le K se changent souvent l'un en
l'autre , et quand on a voulu latiniser ce
nom , on a dit Linguadokum ; de sorte
qu'il y a eu d'ajouté l'article du Génitif,
tout ainsi qu'il s'est introduit dans l'Espagnol
, l'Italien et l'Anglois.
De Burg de Gauls , on en a ensuite
formé Bordeaux , comme de Langue des
Gots , s'est formé Languedok , où il y a
une sillabe retranchée.
By Les
864 MERCURE DE FRANCE
Les noms anciens latinisez , où il y a
un D au milieu , qui n'est point article
du Génitif, ont laissé le D en devenant
François , comme Andegavum , Anjou ;
Cadurcum , Cahors ; Clodoveus , Clovis , et
Loüis ; Lugdunum , Lyon ; Rhodanus , le
Rhône , &c mais lorsque le D a été prafixum
du Gnitif , il y est resté , comme
dans Linguadakum , Languedoc ; Burdigala
, Bordeaux , & c .
Dans les Langues Gauloise , Celtique ,
Saxone et même Tudesque , aujourd'hui ,
Bord , signifie extrêmité et rivage. Il se
peut qu'on a donné le nom de Bordgauls
à la ville des Gaulois , établis sur les Kives
de la Garonne , du cô é des Aquitains,
et que pour rendre latin ce nom , on a dit
Burdegala. Cette étimologie paroît fort
naturelle ; il y a même plusieurs Paï's qui
ont pris leur nom des Rivages de la Mer,,
ou de quelque Riviere . On dit qu'Aquitania,
signifie Aquarum regio. Armorica, en
Anglois , signifie Regio Maritima. L'Attique
en Grece , Regio littoralis ( si l'on peutse
servir de ce terme ) , parce qu'elle estpresque
toute environnée de Mer.L'Tonie,,
le Pont , la Phrygie, par la même raison..
Le Portugal est le Port des Gaulois.. On
trouve encore aujourd'hui beaucoup de
Villes Maritimes , où sur les bords des,
Rivieres
MAY. 1733 865
Rivieres , qui ont pris leur nom de leur
situation ; comme en France , le Havre
de Grace , Bayonne , &c . et les Villes où
le mot de Port se trouve joint. En Hollande
, Utrecht et Maestrecht ont pris
leur nom de Trajectus , passage , ou Ville
au de- là . En Angleterre quantité de
Villes. En Italie , Östic , &c.
Voilà deux Etimologies dont on pourra
choisir celle qui fera le plus de plaisir,
et qu'on jugera la plus convenable a
nom de Bordeaux.
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Résumé : REMARQUES sur les Lettres inserées dans les deux derniers Mercures, au sujet du nom et de l'étimologie de Bourdeaux ou Bordeaux.
Le texte explore l'étymologie du nom 'Bordeaux' en se basant sur la langue celtique. Le terme 'Bourg' ou 'Burggauts' signifie 'ville des Gaulois'. Les Gaulois, après avoir traversé la Garonne, se sont établis dans cette région, nommant ainsi la ville. Le nom 'Burg' est courant dans les noms de villes du Nord et signifie 'castrum', 'sedes', 'urbs' ou 'habitatio'. César appelait les environs de Bordeaux 'Bituriges vivis', tandis que Strabon et Ausone ont latinisé le nom en 'Burdigala'. Ce mot s'est formé de manière similaire à 'Linguadokum', dérivé de 'Lingua Gottorum', le nom donné à la Gaule Narbonnaise où les Gots se sont établis au quatrième siècle. Les Français ont appelé cette région 'Langue des Gots' ou 'Langue des Kots', et le nom a été latinisé en 'Linguadokum'. De 'Burg de Gauls', le nom 'Bordeaux' a été formé, tout comme 'Languedoc' est dérivé de 'Langue des Gots' avec une syllabe retranchée. En gaulois, celtique, saxon et tudesque, 'Bord' signifie 'extrémité' et 'rivage'. Il est possible que Bordeaux ait été nommé ainsi en raison de sa situation sur les rives de la Garonne. Plusieurs pays et villes ont des noms dérivés de leur situation géographique, comme l'Aquitaine, l'Armorique, l'Attique, la Thrace, le Pont, la Phrygie et le Portugal. Le texte présente deux étymologies possibles pour le nom de Bordeaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 5-18
LETTRE De M. Chaix, à M. B... dans laquelle il releve quelques erreurs concernant l'Histoire de Provence, glissées dans les relations des fêtes données par la Cour des Comptes, Aides & Finances, & par la Ville d'Aix.
Début :
J'applaudis volontiers, Monsieur, au zéle de ceux qui ont fait insérer dans le Mercure [...]
Mots clefs :
Provence, Troubadours, Aix-en-Provence, Saliens, Bateleurs, Poésie, Instruments, Origine, Mot, Danseurs, Histoire, Galoubets, Latin, Peuples, Langue, Étymologie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M. Chaix, à M. B... dans laquelle il releve quelques erreurs concernant l'Histoire de Provence, glissées dans les relations des fêtes données par la Cour des Comptes, Aides & Finances, & par la Ville d'Aix.
LETTRE
De M. Chaix , à M. B ... dans laquelle il
releve quelques erreurs concernant l'Hiftoire
de Provence , gliffées dans les relations des
fêtes donnéespar la Cour des Comptes , Aides
& Finances , & par la Ville d'Aix.
J'a
'Applaudis volontiers , Monfieur , au zéle
de ceux qui ont fait inférer dans le Mercure
du mois d'Octobre dernier , depuis la
page 2291. jufques à la page 2303 , les relations
des fêtes données tant par la Cour des
Comptes , Aides & Finances , que par la Ville
d'Aix , aufujet du rétabliſſement de la fanté du
Roi. Je vous avois dans le tems inftruit de ces
fêtes , & leurs relations dans les faits n'auront
plus eu pour vous les graces de la nouveauté,
auffije ne fuis point en peine du jugement que
vous en aurez porté.
Quoiqu'il en foit , ce n'eft point contre elles
que je m'éleve , mais contre des erreurs
qu'on y a inferées fans néceffité. Erreurs que
je pardonnerois aifément , elles ne touchoient
qu'aux faits , qui font la matiere de
ces relations , mais que je ne puis paffer fous
filence , parce qu'elles tombent directement
fur l'Hiftoire générale de Provence ou fur
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
I'Hiftoire particuliere de la Ville d'Aix.
a)
39
ל כ
On lit ces mots à la page 2299. de la premiere
de ces relations : » Sur ces chars étoit
,, une fymphonie ambulante , accompagnée
de ces tambourins , nommés en Provence
galaubets , qui font très-téjouiffans , & s'accordent
parfaitement au génie des gens du
Pays , toujours prêts à danfer & à fauter :
Aufli font-ils les defcendans des Saliens ,
», ainfi nommés à Saliendo. Ces tambourins
ou galaubers nous viennent , felon les Historiens
de Provence , des anciens Troubadours,
dont les ouvrages font la premiere & vraie
origine de la Poëfie Françoife .
و د
و د
a)
53
>>
Il faut n'avoir jamais lù les Auteurs anciens
& modernes , qui ont parlé de la Provence ,
pour donner une telle étymologie au nom
des Saliens. Pitton dans fon Hiftoire de la
Ville d'Aix , Liv . 1. Chap. 1. paroît l'avoir
curieufement & exactement recherchée, Celle
des mots Grecs Σαλνές & Σαλμες & des
mots Latins falii , faluei , ou falies , n'eft pas
moins difficile à fçavoir , dit-il , que
de chercher
la fource du Nil , à la pourfuite de laquelle
on travaille en vain depuis tant defiécles .
Je me ris de la vanité des Grecs , qui prétendent
avoir impofé les noms à divers peuples ....
Cette Relation de la Cour des Comptes d'Aix a ensere
été imprimée à Paris chez Ballard fils.
MA I. 1745
Notre pays eft peuplé devant qu'on eût la connoiffance
de la Langue Grecque, puifque les fugitifs
de la Phocide trouverent un Roi & despeu
ples qui lui étoient foumis .... Il n'eft non plus
véritable de dire , que quoique nous soyons difpos
au faut & à la courſe , le terme Latin de falio
on falto , qui fignifie fauter , faſſe celui de Salien
.
Pitton , après avoir ainfi prouvé que le nom
des Saliens ne peut être dérivé du Grec ni du
Latin , propoſe enfuite fon fentiment , & celui
du Pere Denis Capucin , fur l'étymologie
de ce nom . Ils la tirent l'un & l'autre de la
Langue Hébraïque : Pitton dit qu'il dérive du
mot Hebreufala , en Latin fales , & en François
le mot à rire. , Expreflion , dit- il , qui
s'accorde à l'humeur de notre Nation , &furtout
de ceux de la Ville d'Aix , qui ont l'efprit
gaillard , plaifant , facétieux , & prompt aux
belles reparties.
On voit bien qu'il a quelque raifon de n'être
pas jaloux de fon opinion , puifqu'il défere
tout de fuite à celle du Pere Denis ,
qu'il
rapporte. Ce grand homme , ajoûte Pitton ,
m'a autrefois affuré que le mot Hebreu fahala
veut dire dilaté & étendu . Or les Auteurs
m'apprennent que lesSaliens étoient les plus puiffans
de cette Province ; que leur pouvoir & autorité
fous le commandement d'un feul Monarque,
s'étendoient fur tous les voifins ( depuis
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
les environs d'Aix jufques vers Nice , en fuivant
les côtes de Provence ) tous lesquels
étoient compris fous le nom de Saliens , comme
les plus recommandables. Les peuples les plus
nobles ont toujours cet avantage d'obliger leurs
voifins, d'emprunter leur nompour avoir part
leurgloire.
à
Faut-il réfléchir longtems fur les opinions
du Pere Denis & de Pitton pour le convaincre
qu'elles ne font pas plus fondées que celles
des anciens Auteurs qui tiroient du Grec
ou du Latin l'étymologie du nom de Saliens ?
J'avoue , Monfieur , qu'à travers cette diverfité
d'opinions il n'eft pas facile de ſe déterminer
, mais on ne peut défavouer auffi
que la moins vraisemblable & la moins foutenable
eft celle qui tire cette étymologie du
mot Latin, Salio ,Salii à Saliendo.Si la Langue
Latine n'a été connuë en Provence que lorfqu'elle
a été conquife & réduite en Province
par les Romains, Provincia , quaſi , prò viĉta,
comment cette Langue peut-elle avoir donné
l'origine au nom des Saliens , tandis que
ces peuples habitoient cette contrée plufieurs
fiécles auparavant , & qu'au rapport de Ptolomée
& de Strabon les anciens Phocéens
qui y aborderent la trouverent peuplée d'habitans
foumis au gouvernement de leur Roi ?
Je n'oſe préfumer , Monfieur ,
› que l'Auteur
de cette relation ait confondu dans l'étyMAI.
1745 :
mologie du nom des Saliens , anciens peuples
de Provence , celle des Saliens , Prêtres de
Mars , inftitués à Rome par Numa Pompilius
, & qui réellement furent appellés Saliens,
Salii à Saliendo , parce qu'en certains jours ils
chantoient & danfoient par la Ville. L'erreur
feroit dans ce cas trop groffiere , & l'imperitie
trop grande ; j'aime bien mieux croire
que le mot Latin Salio , faifant une allufion na .
turelle à celui de Salii , l'a détourné de toute
recherche , & lui a fait faifir cette explication
comme la plus apparente & la meilleure
, quoiqu'elle foit abfolument faufle .
La feconde erreur n'eft ni moins intéref
fante , ni moins néceffaire à réparer. On peut
même dire qu'elle eft géminée , puifqu'elle
fuppofe , 10. que les inftrumens , dits en patois
Provençal galaubets , étoient connus du
tems des Troubadours , 2 °. que ces mêmes
Troubadours s'en fervoient. Dans l'une &
Fautre de ces fuppofitions il eft étonnant
qu'on s'autorife des Hiftoriens de Provence®
qui n'en difent mot.
Que les galaubets ne fuffent point connus
du tems des Troubadours , c'eft ce qu'aucun
Provençal n'ignore . L'invention de ces inftrumens
eft toute récente , elle ne remonte guéres
au-de -là de ce fiécle , & nos vieillards
n'ont point encore oublié que Meffieurs
Azan & Fregier , morts depuis quelques an
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
nées , ont été ceux qui les premiers fe font
diftingués à Aix par l'accord de cet inftrument
avec le tambourin . Il eft vrai que dans
ces derniers tems en Provence & fur-tout à
Marſeille , ces inftrumens font devenus fort à
la mode , que les jeunes gens de tout état ont
pris plaifir à en jouer ; qu'ils y ont excellé , en
les accommodant même aux tons de la mufique
, & que cette efpece d'émulation a fait
entrer ces mêmes inftrumens dans toutes les
fêtes & dans toutes les parties de plaifir.
La feconde fuppofition n'eft que le renouvellement
d'une difpute qu'il y eût au commencement
de ce fiécle entre quelques Auteurs
Provençaux fur divers points de l'Hiftoire
de Provence.
--
M. Pierre Jofeph de Haitze dans fa
Lettre de Sextius le Salien à Euxenus le Marfeillois
, & dans fes Differtations fur divers
points de l'Hiftoire de Provence , Differtat. 3 .
de l'origine des Troubadours , ſe vanta d'en
avoir découvert le véritable caractére dans un
portrait peu avantageux que fait d'eux Rodulphe
Glaber , Moine de Saint Germain
d'Auxerre , au 3e. Liv. de fes Hiftoires , fur la
fin du Chap. 9. Il foutint fur l'autorité de cet
Auteur que les Troubadours , que la Princeffe
Conftance , fille du Comte de Provence
Guillaume I. mena à la Cour de France lors
de fon mariage avec le Roi Robert , n'étoiens
MAI. If
1745.
29
» d'autres que des Comédiens , des Chanteurs
»& des Joueurspublics d'inftrumens , aufquels
» on donna d'abord les noms de Jongleurs ,
» Comies , Mufars , Vialeurs & Chantaires ,
& qu'il n'y avoit jamais eu d'autres Trou-
» badours en Provence .
M. de Galaup-Chaftueil , l'un des antagoniftes
du Sieur de Haitze , dans fon Difcours
fur les Arcs triomphaux dreffés en la Ville
d'Aix lorfque les Enfans de France y paſſerent
en 1701. étoit convenu de ces noms ,
donnés anciennement aux Troubadours , &
expliqués par Jean Noftradamus dans la préface
de leurs vies . Il convint encore dans fes
Reflexionsfur la lettre de Sextius , & dans fon
Apologie des Troubadours , fervant de réponse
aux Differtations de Pierre- Jofeph, Dialog. 3e.
que ceux que la Reine Conftance mena
avec elle à Paris pouvoient être de fimples
Bateleurs & Ménétriers , mais les conféquences
qu'il en tira , furent toutes contraires à
celles de M. de Haitze.
D'abord il lui reprocha de ne point dif
tinguer les tems pour fixer la vraie origine
& le caractére des Troubadours ; qu'il ne
falloit point confondre ceux- ci , ainfi qu'avoit
fait le Moine Glaber , avec les Bâteleurs
& Ménétriers de la Reine Conftance ; qu'en
fuppofant même que ces Bâteleurs & Ménétriers
euffent inventé & ſe fuffent exercés à
Avi
MERCURE DE FRANCE.
la Poëfie Provençale , on pouvoit en conclure
feulement qu'elle n'avoit pas une origine
fort illuftre , & qu'elle étoit alors ( dans
le dixiéme fiécle ) pour ainfi dire , dans fon
enfance , mais jamais que les Troubadours
qui vinrent dans la fuite ( depuis le 11e . jufqu'au
14 fiécle ) & qui perfectionnerent la
Poëfie Provençale , cès admirablesgénies qu'on
vit regner pendant quelques fiècles en Provence,
dont les productions étoient fieftimées dans les
differentes Cours de l'Europe , ne fuffent euxmêmes
que des Bateleurs & des Ménétriers.
Peut on en effet penfer que l'Empereur Frederic
I. , Richard Roi d'Angleterre , Raymond
Berenger III . Comte de Provence, les
Caftellannes , les Blauas , la Comteffe de Die,
& tant d'autres beaux efprits de ces tems euffent
ainfi avili leur rang & leurs talens ?
Il auroit été facile , ce me femble , Monfieur
, de concilier fur ce point les opinions
differentes des Sieurs de Haitze & de Galaup
,, en diftinguant les tems , ainfi que ce
dernier le prétendoit.
On ne pouvoit difconvenir avec M. de
Haitze, que conformément à ce que rapporte
Glaber , les Troubadours qui accompagnerent
la Reine Conftance ne fuflent des Comédiens
, des Chanteurs , & des Joueurs publics
d'inftrumens , mais il ne falloit point de cela
tirer avec lui cette conféquence erronée , que
MAI. 1745 .
$3
es grands hommes qui avoient dans la fuite
cultivé la Poëfie Provençale , n'étoient pas pour
cela Troubadours de profeffion , paree qu'ils n'étoient
pas Fongleurs , Comies , Mufars , Vialeurs
& Chantaires publics , & qu'ils n'enfaifoient
pas métier-marchandise.
On devoit au contraire en conclure avec
M. de Galaup que la Poëfie Provençale s'étant
bien- tôt après perfectionnée, & qu'ayant
été cultivée , ainfi que dit Pafquier Liv . 7
chap. 4, par les Gentilshommes ou grands Seigneurs
, efquels on ne pouvoit facilement remarquer
une PoëfiePedantefque ( encore moins
les regarder comine des Bateleurs & des Ménétriers
) on n'eût pas befoin pour devenir
Troubadour de faire le métier de Jongleurs ,
Comies , Mufars , Vialeurs , & Chantaires ,
& qu'il fuffit alors de s'exercer & de réuffir
dans cette Poëfie pour être dit & reconnu
véritable Troubadour. On peut en effet aflûrer
, ainfi que le rapporte Galaup , que les
Hiftoriens qui nous ont confervé les noms & les
principaux ouvrages de nos Troubadours , n'ont
pas entendu parler de ces Jongleurs & Vialeurs,
Comies & Bateleurs de la Reine Conftance
mais bien des perfonnes confidérables qui avoient
cultivé les rimes Provençales , & celles qui s'étoient
diftinguées dans cette ingénieuse maniere
d'écrire.
Pardonnez-moi , Monfieur , cette digref
14 MERCURE DE FRANCE
fion fur nos Troubadours. Je les ai vûs à regret
confondre de nouveau , ainfi qu'avoit
fait le Sr de Haitze avec des Bâteleurs & Ménétriers
, & j'ai voulu rappeller après M. de
Galaup que les perfonnes qui fe font appliquées
à la Poëfie Provençale , & qu'on ne
peut foupçonner d'avoir exercé la profeffion
de Bâteleurs & Ménétriers , font les feules
auxquelles les Hiftoriens de Provence ont
donné le nom de Troubadours ; les feules
dont ils nous ont confervé les noms & les
ouvrages ; les feules enfin qu'une Tradition
conftante nous a fait reconnoître pour tels.
Je ne défavoue point cependant que
lorfque nos Poëtes Provençaux joignoient
à leur talent pour la Poëfie celui de jouer de
quelque inftrument , ils n'en fiffent un noble
ufage , foit pour réhauffer le prix de leurs
productions , foit pour montrer un talent de
plus , & c'est ce qu'obferve Noftradamus
dans la préface de leurs vies. Le Préſident
Fauchet dans fon Recueil de l'origine de la
Langue & de la Poefie Françoise , rime & romans
, chap. 8. obferve la même chofe des
premiers Poëtes François , mais ces deux Auteurs
ne fe font point avifé de dire , de pen .
fer même , que ces premiers Poëtes , foit
Provençaux, foit François ,fe foient fervis ou
ayent pu fe fervir d'autres inftrumens que de
la flute, du violon ou de la viole, feuls inftruMAI.
1745. 15
mens qui pouvoient s'accorder & convenir
à leurs chants , & jamais des tambours , tambourins
& autres bruyans inftrumens toujours
incompatibles avec l'accompagnement de la
Voix .
De tout cela vous conclurez aifément, M
qu'indépendament de ce que , ainfi que je
l'ai déja obfervé , l'époque de l'ufage des
galaubets en Provence ne remonte point audelà
de 50 ou 60 ans , quand même elle fe
roit auffi ancienne que le font nos Troubadours
, ceux- ci n'auroient jamais pu s'en fervir
, & que dans les régles de la bienféance
ils ne leur auroient méme pû convenir , mais
feulement à des Bateleurs & Ménétriers ,
qu'on ne peut & qu'on ne doit en aucun
fens confondre avec eux .
»
La double erreur que je viens de difcuter
peut avoir donné lieu à celle qui fuit. On a
inféré au bas des pages 2302 & 2303 de la
relation des fêtes données par la Ville d'Aix ,
cette note fur le mot Danfeurs. » On appelle
ainfi plufieurs bandes de jeunes gens habillés
proprement avec des chemiſes de
» toile d'Hollande , des rubans en bando-
» liere & une efpece de culotte à la matelote
garnie de rubans , bas & fouliers blancs ,
» frifés & poudrés , ayant un cafque en tête
» couvert de plumes & portant une espece de
fceptre à la main. On croit que c'est à pen
55
"
"
16 MERCURE DE FRANCE.
près l'habit des anciens Troubadours, de Pro-
» vence.
D'abord je conviens ,M. du nom & de l'habillement
des Danfeurs : Je trouve même
qu'ils ont affés de rapport avec les Prêtres
de Mars de l'ancienne Rome , nommés Salii
à Saliendo , & je ne doute pas que nos Peres
les euffent appellés du nom de Saliens , s'ils
n'euffent craint avec raifon qu'on ne les confondit
dans la fuite , ainfi qu'on l'a fait dans la
rélation des fêtes de la Cour des Comptes ,
& que je l'ai dit ci- devant , avec les anciens
Peuples de ce nom , defquels ils tiroient leur
primitive & véritable origine.
Mais je ne puis convenir en même tems ,
que tel fût à peu près l'habit des anciens Trou
badours de Provence. A la vérité cet habit
auroit pû aſſortir des Bâteleurs & Ménétriers
tels que ceux qui accompagnerent la Princeffe
Conftance à Paris , mais peut- on penfer
que cette efpece d'habillement eût convenu
à des perfonnes qui autant par leur
naiffance que par leurs talens étoient bien
éloignées de fe donner ainfi en ſpectacle ?
D'ailleurs quoique j'ignore l'époque de
Tintroduction des Danfeurs dans la Ville
d'Aix, qu'on trouveroit fans doute dans les
* On ponvoit même y ajouter lesjarretieres chargées de
grelots , qu'ils placent fur leurs gras de jambe , le mou¬
sboir qu'ils ont à la main gauche , Sc
MAI. 1745.
Archives de la Communauté , je crois pouvoir
cependant affurer fur de bons garants
qu'elle n'eft pas fort ancienne.
Ces Danfeurs ne fortent & ne danfent
communément à Aix qu'une fois l'année à
l'occafion de la Fête Dieu , que vous fçavez ,
M. qu'on y célébre affés fingulierement par
la repréfentation de certains anciens Jeux
ridicules , indécens & dont on a fupprimé
une bonne partie , mais ces Danfeurs ne font
point , ainfi que le refte de ces mêmes Jeux ,
de l'infti.ution de cette Fête . Réné d'Anjou
Comte de Provence , qui eft le Fondateur ,
ne les y introduifit point , & il n'eft fait aucune
mention d'eux dans la plainte de Mathurin
de Nuré à notre célébre Gaffendy ,
fur l'indécence de nos Jeux de la Fête Dieu ,
écrite en 1645 , ni dans la Traduction libre
& manufcrite en vers Provençaux d'une partie
de cet ouvrage fait par M. de Gaillard-
Chaudon , ni enfin dans l'efprit du Cérémonial
d'Aix en la célébration de la Fête Dieu
de M. de Haitze , dont il a été fait deux Editions
, l'une en 1708 , l'autre en 1730 .
Si donc on veut d'une part fixer une fois
fes idées fur les Poëtes Provençaux qu'on
doit reconnoître pour les vrais Troubadours ,
de l'autre convenir de l'incongruité qu'il y
auroit eu pour eux dans cette efpece d'habillement
dont le décorent nos Danfeurs ;
18 MERCURE DE FRANCE.
réfléchir enfin que ces derniers n'avoient
point été introduits parmi les Jeux de la Fête
Dieu , puifque non feulement les Auteurs
que j'ai cités, mais les Hiftoriens de Provence,
n'en parlent point , on conclura néceffairement
que la préfomption par laquelle on a
voulu donner l'habillement des Danfeurs aux
anciens Troubadours ne leur convient abfolument
point & leur eſt tout-à- fait injutieuſe.
A Aix le 20 Décembre 1744.
De M. Chaix , à M. B ... dans laquelle il
releve quelques erreurs concernant l'Hiftoire
de Provence , gliffées dans les relations des
fêtes donnéespar la Cour des Comptes , Aides
& Finances , & par la Ville d'Aix.
J'a
'Applaudis volontiers , Monfieur , au zéle
de ceux qui ont fait inférer dans le Mercure
du mois d'Octobre dernier , depuis la
page 2291. jufques à la page 2303 , les relations
des fêtes données tant par la Cour des
Comptes , Aides & Finances , que par la Ville
d'Aix , aufujet du rétabliſſement de la fanté du
Roi. Je vous avois dans le tems inftruit de ces
fêtes , & leurs relations dans les faits n'auront
plus eu pour vous les graces de la nouveauté,
auffije ne fuis point en peine du jugement que
vous en aurez porté.
Quoiqu'il en foit , ce n'eft point contre elles
que je m'éleve , mais contre des erreurs
qu'on y a inferées fans néceffité. Erreurs que
je pardonnerois aifément , elles ne touchoient
qu'aux faits , qui font la matiere de
ces relations , mais que je ne puis paffer fous
filence , parce qu'elles tombent directement
fur l'Hiftoire générale de Provence ou fur
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
I'Hiftoire particuliere de la Ville d'Aix.
a)
39
ל כ
On lit ces mots à la page 2299. de la premiere
de ces relations : » Sur ces chars étoit
,, une fymphonie ambulante , accompagnée
de ces tambourins , nommés en Provence
galaubets , qui font très-téjouiffans , & s'accordent
parfaitement au génie des gens du
Pays , toujours prêts à danfer & à fauter :
Aufli font-ils les defcendans des Saliens ,
», ainfi nommés à Saliendo. Ces tambourins
ou galaubers nous viennent , felon les Historiens
de Provence , des anciens Troubadours,
dont les ouvrages font la premiere & vraie
origine de la Poëfie Françoife .
و د
و د
a)
53
>>
Il faut n'avoir jamais lù les Auteurs anciens
& modernes , qui ont parlé de la Provence ,
pour donner une telle étymologie au nom
des Saliens. Pitton dans fon Hiftoire de la
Ville d'Aix , Liv . 1. Chap. 1. paroît l'avoir
curieufement & exactement recherchée, Celle
des mots Grecs Σαλνές & Σαλμες & des
mots Latins falii , faluei , ou falies , n'eft pas
moins difficile à fçavoir , dit-il , que
de chercher
la fource du Nil , à la pourfuite de laquelle
on travaille en vain depuis tant defiécles .
Je me ris de la vanité des Grecs , qui prétendent
avoir impofé les noms à divers peuples ....
Cette Relation de la Cour des Comptes d'Aix a ensere
été imprimée à Paris chez Ballard fils.
MA I. 1745
Notre pays eft peuplé devant qu'on eût la connoiffance
de la Langue Grecque, puifque les fugitifs
de la Phocide trouverent un Roi & despeu
ples qui lui étoient foumis .... Il n'eft non plus
véritable de dire , que quoique nous soyons difpos
au faut & à la courſe , le terme Latin de falio
on falto , qui fignifie fauter , faſſe celui de Salien
.
Pitton , après avoir ainfi prouvé que le nom
des Saliens ne peut être dérivé du Grec ni du
Latin , propoſe enfuite fon fentiment , & celui
du Pere Denis Capucin , fur l'étymologie
de ce nom . Ils la tirent l'un & l'autre de la
Langue Hébraïque : Pitton dit qu'il dérive du
mot Hebreufala , en Latin fales , & en François
le mot à rire. , Expreflion , dit- il , qui
s'accorde à l'humeur de notre Nation , &furtout
de ceux de la Ville d'Aix , qui ont l'efprit
gaillard , plaifant , facétieux , & prompt aux
belles reparties.
On voit bien qu'il a quelque raifon de n'être
pas jaloux de fon opinion , puifqu'il défere
tout de fuite à celle du Pere Denis ,
qu'il
rapporte. Ce grand homme , ajoûte Pitton ,
m'a autrefois affuré que le mot Hebreu fahala
veut dire dilaté & étendu . Or les Auteurs
m'apprennent que lesSaliens étoient les plus puiffans
de cette Province ; que leur pouvoir & autorité
fous le commandement d'un feul Monarque,
s'étendoient fur tous les voifins ( depuis
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
les environs d'Aix jufques vers Nice , en fuivant
les côtes de Provence ) tous lesquels
étoient compris fous le nom de Saliens , comme
les plus recommandables. Les peuples les plus
nobles ont toujours cet avantage d'obliger leurs
voifins, d'emprunter leur nompour avoir part
leurgloire.
à
Faut-il réfléchir longtems fur les opinions
du Pere Denis & de Pitton pour le convaincre
qu'elles ne font pas plus fondées que celles
des anciens Auteurs qui tiroient du Grec
ou du Latin l'étymologie du nom de Saliens ?
J'avoue , Monfieur , qu'à travers cette diverfité
d'opinions il n'eft pas facile de ſe déterminer
, mais on ne peut défavouer auffi
que la moins vraisemblable & la moins foutenable
eft celle qui tire cette étymologie du
mot Latin, Salio ,Salii à Saliendo.Si la Langue
Latine n'a été connuë en Provence que lorfqu'elle
a été conquife & réduite en Province
par les Romains, Provincia , quaſi , prò viĉta,
comment cette Langue peut-elle avoir donné
l'origine au nom des Saliens , tandis que
ces peuples habitoient cette contrée plufieurs
fiécles auparavant , & qu'au rapport de Ptolomée
& de Strabon les anciens Phocéens
qui y aborderent la trouverent peuplée d'habitans
foumis au gouvernement de leur Roi ?
Je n'oſe préfumer , Monfieur ,
› que l'Auteur
de cette relation ait confondu dans l'étyMAI.
1745 :
mologie du nom des Saliens , anciens peuples
de Provence , celle des Saliens , Prêtres de
Mars , inftitués à Rome par Numa Pompilius
, & qui réellement furent appellés Saliens,
Salii à Saliendo , parce qu'en certains jours ils
chantoient & danfoient par la Ville. L'erreur
feroit dans ce cas trop groffiere , & l'imperitie
trop grande ; j'aime bien mieux croire
que le mot Latin Salio , faifant une allufion na .
turelle à celui de Salii , l'a détourné de toute
recherche , & lui a fait faifir cette explication
comme la plus apparente & la meilleure
, quoiqu'elle foit abfolument faufle .
La feconde erreur n'eft ni moins intéref
fante , ni moins néceffaire à réparer. On peut
même dire qu'elle eft géminée , puifqu'elle
fuppofe , 10. que les inftrumens , dits en patois
Provençal galaubets , étoient connus du
tems des Troubadours , 2 °. que ces mêmes
Troubadours s'en fervoient. Dans l'une &
Fautre de ces fuppofitions il eft étonnant
qu'on s'autorife des Hiftoriens de Provence®
qui n'en difent mot.
Que les galaubets ne fuffent point connus
du tems des Troubadours , c'eft ce qu'aucun
Provençal n'ignore . L'invention de ces inftrumens
eft toute récente , elle ne remonte guéres
au-de -là de ce fiécle , & nos vieillards
n'ont point encore oublié que Meffieurs
Azan & Fregier , morts depuis quelques an
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
nées , ont été ceux qui les premiers fe font
diftingués à Aix par l'accord de cet inftrument
avec le tambourin . Il eft vrai que dans
ces derniers tems en Provence & fur-tout à
Marſeille , ces inftrumens font devenus fort à
la mode , que les jeunes gens de tout état ont
pris plaifir à en jouer ; qu'ils y ont excellé , en
les accommodant même aux tons de la mufique
, & que cette efpece d'émulation a fait
entrer ces mêmes inftrumens dans toutes les
fêtes & dans toutes les parties de plaifir.
La feconde fuppofition n'eft que le renouvellement
d'une difpute qu'il y eût au commencement
de ce fiécle entre quelques Auteurs
Provençaux fur divers points de l'Hiftoire
de Provence.
--
M. Pierre Jofeph de Haitze dans fa
Lettre de Sextius le Salien à Euxenus le Marfeillois
, & dans fes Differtations fur divers
points de l'Hiftoire de Provence , Differtat. 3 .
de l'origine des Troubadours , ſe vanta d'en
avoir découvert le véritable caractére dans un
portrait peu avantageux que fait d'eux Rodulphe
Glaber , Moine de Saint Germain
d'Auxerre , au 3e. Liv. de fes Hiftoires , fur la
fin du Chap. 9. Il foutint fur l'autorité de cet
Auteur que les Troubadours , que la Princeffe
Conftance , fille du Comte de Provence
Guillaume I. mena à la Cour de France lors
de fon mariage avec le Roi Robert , n'étoiens
MAI. If
1745.
29
» d'autres que des Comédiens , des Chanteurs
»& des Joueurspublics d'inftrumens , aufquels
» on donna d'abord les noms de Jongleurs ,
» Comies , Mufars , Vialeurs & Chantaires ,
& qu'il n'y avoit jamais eu d'autres Trou-
» badours en Provence .
M. de Galaup-Chaftueil , l'un des antagoniftes
du Sieur de Haitze , dans fon Difcours
fur les Arcs triomphaux dreffés en la Ville
d'Aix lorfque les Enfans de France y paſſerent
en 1701. étoit convenu de ces noms ,
donnés anciennement aux Troubadours , &
expliqués par Jean Noftradamus dans la préface
de leurs vies . Il convint encore dans fes
Reflexionsfur la lettre de Sextius , & dans fon
Apologie des Troubadours , fervant de réponse
aux Differtations de Pierre- Jofeph, Dialog. 3e.
que ceux que la Reine Conftance mena
avec elle à Paris pouvoient être de fimples
Bateleurs & Ménétriers , mais les conféquences
qu'il en tira , furent toutes contraires à
celles de M. de Haitze.
D'abord il lui reprocha de ne point dif
tinguer les tems pour fixer la vraie origine
& le caractére des Troubadours ; qu'il ne
falloit point confondre ceux- ci , ainfi qu'avoit
fait le Moine Glaber , avec les Bâteleurs
& Ménétriers de la Reine Conftance ; qu'en
fuppofant même que ces Bâteleurs & Ménétriers
euffent inventé & ſe fuffent exercés à
Avi
MERCURE DE FRANCE.
la Poëfie Provençale , on pouvoit en conclure
feulement qu'elle n'avoit pas une origine
fort illuftre , & qu'elle étoit alors ( dans
le dixiéme fiécle ) pour ainfi dire , dans fon
enfance , mais jamais que les Troubadours
qui vinrent dans la fuite ( depuis le 11e . jufqu'au
14 fiécle ) & qui perfectionnerent la
Poëfie Provençale , cès admirablesgénies qu'on
vit regner pendant quelques fiècles en Provence,
dont les productions étoient fieftimées dans les
differentes Cours de l'Europe , ne fuffent euxmêmes
que des Bateleurs & des Ménétriers.
Peut on en effet penfer que l'Empereur Frederic
I. , Richard Roi d'Angleterre , Raymond
Berenger III . Comte de Provence, les
Caftellannes , les Blauas , la Comteffe de Die,
& tant d'autres beaux efprits de ces tems euffent
ainfi avili leur rang & leurs talens ?
Il auroit été facile , ce me femble , Monfieur
, de concilier fur ce point les opinions
differentes des Sieurs de Haitze & de Galaup
,, en diftinguant les tems , ainfi que ce
dernier le prétendoit.
On ne pouvoit difconvenir avec M. de
Haitze, que conformément à ce que rapporte
Glaber , les Troubadours qui accompagnerent
la Reine Conftance ne fuflent des Comédiens
, des Chanteurs , & des Joueurs publics
d'inftrumens , mais il ne falloit point de cela
tirer avec lui cette conféquence erronée , que
MAI. 1745 .
$3
es grands hommes qui avoient dans la fuite
cultivé la Poëfie Provençale , n'étoient pas pour
cela Troubadours de profeffion , paree qu'ils n'étoient
pas Fongleurs , Comies , Mufars , Vialeurs
& Chantaires publics , & qu'ils n'enfaifoient
pas métier-marchandise.
On devoit au contraire en conclure avec
M. de Galaup que la Poëfie Provençale s'étant
bien- tôt après perfectionnée, & qu'ayant
été cultivée , ainfi que dit Pafquier Liv . 7
chap. 4, par les Gentilshommes ou grands Seigneurs
, efquels on ne pouvoit facilement remarquer
une PoëfiePedantefque ( encore moins
les regarder comine des Bateleurs & des Ménétriers
) on n'eût pas befoin pour devenir
Troubadour de faire le métier de Jongleurs ,
Comies , Mufars , Vialeurs , & Chantaires ,
& qu'il fuffit alors de s'exercer & de réuffir
dans cette Poëfie pour être dit & reconnu
véritable Troubadour. On peut en effet aflûrer
, ainfi que le rapporte Galaup , que les
Hiftoriens qui nous ont confervé les noms & les
principaux ouvrages de nos Troubadours , n'ont
pas entendu parler de ces Jongleurs & Vialeurs,
Comies & Bateleurs de la Reine Conftance
mais bien des perfonnes confidérables qui avoient
cultivé les rimes Provençales , & celles qui s'étoient
diftinguées dans cette ingénieuse maniere
d'écrire.
Pardonnez-moi , Monfieur , cette digref
14 MERCURE DE FRANCE
fion fur nos Troubadours. Je les ai vûs à regret
confondre de nouveau , ainfi qu'avoit
fait le Sr de Haitze avec des Bâteleurs & Ménétriers
, & j'ai voulu rappeller après M. de
Galaup que les perfonnes qui fe font appliquées
à la Poëfie Provençale , & qu'on ne
peut foupçonner d'avoir exercé la profeffion
de Bâteleurs & Ménétriers , font les feules
auxquelles les Hiftoriens de Provence ont
donné le nom de Troubadours ; les feules
dont ils nous ont confervé les noms & les
ouvrages ; les feules enfin qu'une Tradition
conftante nous a fait reconnoître pour tels.
Je ne défavoue point cependant que
lorfque nos Poëtes Provençaux joignoient
à leur talent pour la Poëfie celui de jouer de
quelque inftrument , ils n'en fiffent un noble
ufage , foit pour réhauffer le prix de leurs
productions , foit pour montrer un talent de
plus , & c'est ce qu'obferve Noftradamus
dans la préface de leurs vies. Le Préſident
Fauchet dans fon Recueil de l'origine de la
Langue & de la Poefie Françoise , rime & romans
, chap. 8. obferve la même chofe des
premiers Poëtes François , mais ces deux Auteurs
ne fe font point avifé de dire , de pen .
fer même , que ces premiers Poëtes , foit
Provençaux, foit François ,fe foient fervis ou
ayent pu fe fervir d'autres inftrumens que de
la flute, du violon ou de la viole, feuls inftruMAI.
1745. 15
mens qui pouvoient s'accorder & convenir
à leurs chants , & jamais des tambours , tambourins
& autres bruyans inftrumens toujours
incompatibles avec l'accompagnement de la
Voix .
De tout cela vous conclurez aifément, M
qu'indépendament de ce que , ainfi que je
l'ai déja obfervé , l'époque de l'ufage des
galaubets en Provence ne remonte point audelà
de 50 ou 60 ans , quand même elle fe
roit auffi ancienne que le font nos Troubadours
, ceux- ci n'auroient jamais pu s'en fervir
, & que dans les régles de la bienféance
ils ne leur auroient méme pû convenir , mais
feulement à des Bateleurs & Ménétriers ,
qu'on ne peut & qu'on ne doit en aucun
fens confondre avec eux .
»
La double erreur que je viens de difcuter
peut avoir donné lieu à celle qui fuit. On a
inféré au bas des pages 2302 & 2303 de la
relation des fêtes données par la Ville d'Aix ,
cette note fur le mot Danfeurs. » On appelle
ainfi plufieurs bandes de jeunes gens habillés
proprement avec des chemiſes de
» toile d'Hollande , des rubans en bando-
» liere & une efpece de culotte à la matelote
garnie de rubans , bas & fouliers blancs ,
» frifés & poudrés , ayant un cafque en tête
» couvert de plumes & portant une espece de
fceptre à la main. On croit que c'est à pen
55
"
"
16 MERCURE DE FRANCE.
près l'habit des anciens Troubadours, de Pro-
» vence.
D'abord je conviens ,M. du nom & de l'habillement
des Danfeurs : Je trouve même
qu'ils ont affés de rapport avec les Prêtres
de Mars de l'ancienne Rome , nommés Salii
à Saliendo , & je ne doute pas que nos Peres
les euffent appellés du nom de Saliens , s'ils
n'euffent craint avec raifon qu'on ne les confondit
dans la fuite , ainfi qu'on l'a fait dans la
rélation des fêtes de la Cour des Comptes ,
& que je l'ai dit ci- devant , avec les anciens
Peuples de ce nom , defquels ils tiroient leur
primitive & véritable origine.
Mais je ne puis convenir en même tems ,
que tel fût à peu près l'habit des anciens Trou
badours de Provence. A la vérité cet habit
auroit pû aſſortir des Bâteleurs & Ménétriers
tels que ceux qui accompagnerent la Princeffe
Conftance à Paris , mais peut- on penfer
que cette efpece d'habillement eût convenu
à des perfonnes qui autant par leur
naiffance que par leurs talens étoient bien
éloignées de fe donner ainfi en ſpectacle ?
D'ailleurs quoique j'ignore l'époque de
Tintroduction des Danfeurs dans la Ville
d'Aix, qu'on trouveroit fans doute dans les
* On ponvoit même y ajouter lesjarretieres chargées de
grelots , qu'ils placent fur leurs gras de jambe , le mou¬
sboir qu'ils ont à la main gauche , Sc
MAI. 1745.
Archives de la Communauté , je crois pouvoir
cependant affurer fur de bons garants
qu'elle n'eft pas fort ancienne.
Ces Danfeurs ne fortent & ne danfent
communément à Aix qu'une fois l'année à
l'occafion de la Fête Dieu , que vous fçavez ,
M. qu'on y célébre affés fingulierement par
la repréfentation de certains anciens Jeux
ridicules , indécens & dont on a fupprimé
une bonne partie , mais ces Danfeurs ne font
point , ainfi que le refte de ces mêmes Jeux ,
de l'infti.ution de cette Fête . Réné d'Anjou
Comte de Provence , qui eft le Fondateur ,
ne les y introduifit point , & il n'eft fait aucune
mention d'eux dans la plainte de Mathurin
de Nuré à notre célébre Gaffendy ,
fur l'indécence de nos Jeux de la Fête Dieu ,
écrite en 1645 , ni dans la Traduction libre
& manufcrite en vers Provençaux d'une partie
de cet ouvrage fait par M. de Gaillard-
Chaudon , ni enfin dans l'efprit du Cérémonial
d'Aix en la célébration de la Fête Dieu
de M. de Haitze , dont il a été fait deux Editions
, l'une en 1708 , l'autre en 1730 .
Si donc on veut d'une part fixer une fois
fes idées fur les Poëtes Provençaux qu'on
doit reconnoître pour les vrais Troubadours ,
de l'autre convenir de l'incongruité qu'il y
auroit eu pour eux dans cette efpece d'habillement
dont le décorent nos Danfeurs ;
18 MERCURE DE FRANCE.
réfléchir enfin que ces derniers n'avoient
point été introduits parmi les Jeux de la Fête
Dieu , puifque non feulement les Auteurs
que j'ai cités, mais les Hiftoriens de Provence,
n'en parlent point , on conclura néceffairement
que la préfomption par laquelle on a
voulu donner l'habillement des Danfeurs aux
anciens Troubadours ne leur convient abfolument
point & leur eſt tout-à- fait injutieuſe.
A Aix le 20 Décembre 1744.
Fermer
5
p. 15-24
MÉMOIRE SUR BELLE-ISLE.
Début :
EN Latin Calonesus, dérivé selon M. Bulet, Professeur Royal de l'Université [...]
Mots clefs :
Chevalier, Citadelle, Comte, Troupes, Gouverneur, Vaisseaux, Étymologie, Île
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRE SUR BELLE-ISLE.
MÉMOIRE SUR BELLE-ISsle.
EN Latin Calonefus , dérivé ſelon M.
Bulet , Profeffeur Royal de l'Univerfité
de Befançon dans fon Dictionnaire Celtique
, des mots cal , qui fignifie pierre :
ou roc, & de ones , iſle , calones , ifle
de rocher.
16 MERCURE DE FRANCE .
D'autres dérivent ce mot Calonefus ,
du Grec Karos , pulcher , Beau ou belle
& vnoos , infula , ifle.
Il y a plus de vraisemblance dans
cette derniere étymologie. Les Hollanlandois
l'appellent Boelin , & les Anglois
la nomment Fine - Ifland ; Les Romainsla
nommoient auffiCalonefus, comme
nous venons de le dire . Cependant
Céfar n'en fait point de mention particulière
dans fes Commentaires &
paroît l'avoir confondue avec les autres
İfles des environs , fous le nom général
d'Infula Venitia. Dans la fuite
on lui a donné le nom de l'Ile de
Guedel, qu'elle a quitté pour celui de
Belle-Ifle. C'eft une Ifle de France des
plus confidérables du Royaume , fituée
fur les côtes méridionales de la Bretagne
, Diocéfe de Vannes , Parlement de
Rennes , Intendance de Nantes , Recette
de Vannes , avec titre de Marquifat
; elle a environ fix lieues de longueur
, & deux de large avec un bon
port & quelques châteaux vis-à-vis de
*
> * M. d'Anville dans fa notice de la Gaule
parle de Belle- Ifle fous le nom de Vindiles. Il
fait voir que dans les titres du moyen âge le
nom de cette ifle eft Guidel , ayant été donné à
l'Abbaye de Redon.
OCTOBRE. 1763. 17
Vannes & d'Aurai , n'étant qu'à cinq
ou fix milles de la Terre-ferme . Son port
eft défendu par une bonne citadelle , &
le refte de l'Ifle par des rochers inacceffibles.
Elle eft fertile en grains & en
pâturages , & confidérable par fes falines
, & par le paffage ordinaire des
Vaiffeaux le long des côtes . Elle appartenoit
autrefois au Comte de Cornouaille
; Geoffroi , Comte de Rennes
la lui ufurpa & la donna à l'Abbaye de
Redon ; mais Alain fils dudit Geoffroi
la retira des Moines de Redon , pour la
rendre au Comte de Cornouaille , qui
la donna peu après à l'Abbaye de
Quimperlé. Ces deux donations ont
caufé de grandes conteftations entret
ces deux Abbayes ; elles n'ont été af
foupies qu'en 1172 par une Tranſaction
conclue entre les Moines.
Charles IX donna cette Ifle au Comte
de Retz de la maiſon de Gondy ; &
l'érigea en Marquifat en 1573. Charles
de Retz tué en 1596 , fut père d'Henri
Duc de Retz qui vendit Belle- Ifle à Nicolas
Foucquet , Surintendant des Finances
& Miniftre d'Etat en 1653. Cette
acquifition fut un des chefs des accufations
du procès fait contre lui en
1661. Ce procès qui dura trois ans a été
imprimé à Paris l'an 1699. en 16 vol.
18 MERCURE DE FRANCE.
in- 12. Après l'Arrêt qui fut rendu pár
des Commiffaires nommés par le Roi ,
M. Foucquet fut conduit à Pignerol le
20 Décembre 1694 , où il fut enfermé
dans le donjon , & où il mourut après
21 ans de captivité , le 23 Mars 1680 ,
agé de 65 ans . Son corps apporté à Paris
, fut inhumé dans l'Eglife des Filles
de Ste Marie , rue S. Antoine , auprès
de fon père * , où l'on voit fon Épitaphe.
Charles-Louis - Augufte Foucquet ,Pair
& Maréchal de France , petit-fils de Nicolas
Foucquet , Surintendant des Finances
, fut le dernier poffeffeur & Seigneur
de Belle-Ifle ; il étoit Prince de
l'Empire , Chevalier des Ordres du Roi
& de la Toifon d'or , Gouverneur de
Metz & du Pays Meffin , Lieutenant
Général au Gouvernement de Lorraine
& de Barrois , Miniftre & Secrétaire
d'Etat au Département de la Guerre
& l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe. Il eſt mort à Verſailles le 26
Janvier 1761 , âgé de 76 ans 4 mois &
4 jours , étant né le 22 Septembre 1684
& eft inhumé en fa Terre de Bizy en
Normandie .
* V. Deſcription de Paris par Piganiol de la
Force , Paris 1742. Tome IV . p. 417. & fuiv . &
les Epitaphes de Paris , Mff. que l'on va faire.
imprimer.]
OCTOBRE. 1763. 19
Il avoit rétrocédé au Roi , au mois
d'Octobre 1718. Belle- Ifle , en échange
du Comté de Gifors , du Vicomté de
Vernon , Audelis & Lyons , terres en
Normandie ; toutes ces terres furent
depuis érigées en fa faveur en Duché
fous le nom de Gifors , par Lettres - Patentes
du mois de Mars 1742 , regiftrées
au Parlement de Paris le 19 Juillet
fuivant , & en Pairie le 9 Juin 1748.
Le Maréchal de Belle - Ifle par fon
teftament a rendu au Roi le Duché de
Gifors & dépendances , qu'il avoit eu
en échange de Belle- Ifle , comme nous
venons de le dire. Le Roi fit de Belle-
IfleunGouvernement particulier ave cun
Etat-Major ; il y a d'ordinaire vingt-deux
compagnies d'Infanterie en garniſon.
Les lieux principaux font le Palais , la
Citadelle & Bangor , & les paroiffes de
Sauzon & de Lomaria ; il y a auffi un
Gouverneur pour la Citadelle du Palais.
Les Anglois ont fait plufieurs tentatives
infructeufes fur cette Ifle en 1674 ,
1695 , 1703 & 1746. L'époque de 1703
nous donne une circonftance qui mérite
d'être remarquée : » lorfque la flot-
» te des Angois & des Hollandois pa-
» rut à la hauteur de cette Ifle , en la-
» dite année , le Curé du Bourg fit pren20
MERCURE DE FRANCE.
dre des habits d'homme aux femmés ,
» qui parurent fur la côte en trop grand
» nombre pour laiffer aux ennemis l'ef-
» pérance d'y pouvoir faire une def-
» cente , & cette manoeuvre détourna
les Anglois de pourfuivre leur deffein .
Ils ont encore tenté la même defcente
en 1761 , qui leur a réuſſi ,
Leur flotte compofée de 115 voiles
mouilla le 7 Avril dans la Rade de
Belle - Ifle ; le lendemain 8 , elle fit fes
difpofitions pour l'attaque . Le Chevalier
de Sainte- Croix , Brigadier des Armées
du Roi , & Commandant a Belle - Iſle,
jugeant que les batteaux plats des Anglois
fe dirigeoient vers le Port-Andras ,
y porta la plus grande partie de fes troupes.
Les ennemis effectivement débarquerent
dans cette partie ; mais ils furent
fi vivement repouffés , qu'ils perdirent
800 hommes & prèfque tous
grenadiers ; on leur fit plus de 300 prifonniers
parmilefquels fe trouverent le
Lieutenant Colonel Thomas & le Major
Meklein , qui commandoit l'attaque.
Le 23 du même mois les Anglois
tenterent un nouveau débarquement ,
& l'effectuerent le même jour. Les François
après avoir difputé le terrein pied
à pied , fe renfermerent dans la Citadelle
OCTOBRE . 1763 . 21
au nombre de 3500 hommes ; comme
les troupes que les Anglois avoient dans
l'Ifle n'étoient par fuffifantes pour en
faire le fiége , le Gouvernement d'Angleterre
y fit paffer 3000 hommes.
On peut voir la fuite du fiége de
Belle - Ifle , dans un Journal très- bien
détaillé , qui a été imprimé , avec la
capitulation faite pour la reddition de
cette Ifle aux Anglois le 7 Juin 1761 .
Enfin par le VII Article de la Paix
générale conclue le 3 Novembre 1762
entre le Roi de France & celui de
la Grande Bretagne , l'Angleterre
reftitue avec plufieurs autres Ifles , celle
de Belle -Iile , qui doivent être rendues
dans le même état où elles étoient quand
la conquête en a été faite par les armes
Britanniques ; ce qui a été éxécuté le 11
Mai 1763 , comme il paroît par cette
rélation .
·
» Le Chevalier de Warren , Maréchal
» de Camp , nommé par le Roi , pour
commander les troupes deftinées à
» reprendre poffeffion de cette Ifle , eft
» arrivé le 1 Mai avec fes troupes de
» débarquement , à une demie lieue du
» Port. M. Callwal , Commandant de
» P'Efcadre Angloife , eft allé au-devant
» de lui dans une Pinnace fort ornée
» & lui a offert de le conduire à bord
}
1
22 MERCURE DE FRANCE.
de fon Vaiffeau jufqu'au Port. M.
» Forreſtier , Gouverneur de l'Ifle , at-
» tendoit fur le rivage le Chevalier de
» Warren ; il lui a donné la main pour
» defcendre à terre , & lui a préſenté
» fept Colonels Anglois , dont il étoit
» accompagné. Le Chevalier de War-
» ren , ayant remis au Gouverneur An-
» glois la Lettre par laquelle Sa Majeſté
» Britannique ordonne que l'Ifle , la
» Citadelle , le Fort &c , foient remis
» entre les mains des François , il y a
», eu entre ces deux Officiers une con-
» férence qui a duré une demie heure ,
» & après laquelle le Chevalier de Warren
a envoyé relever par une compagnie
de grenadiers , un femblable
» détachement Anglois , qui s'eft re-
» tiré par une porte pour aller s'em-
» barquer , tandis que les François en-
» troient par la porte principale. Le
» refte des Troupes Angloifes étoient
» déja à bord des vaiffeaux avec tous
» leurs effets. Le Commandant Fran-
"
çois , après avoir pris poffeffion de
" I'Ifle , a donné un grand repas aux
» Officiers Anglois , & les a conduits
» enfuite jufqu'à leurs vaiffeaux . La
» Flotte Angloife a levé l'ancre à mi-
» nuit , a mis à la voile fur les deux
OCTOBRE . 1763. 23
» heures , & dès le matin elle avoit déja
difparu .
On a gravé plufieurs Cartes de Belle-
Ifle en 1761.
1. Par M. le Rouge , Géographe ordinaire
du Roi , rue des Grands Auguftins.
Selon lui cette Ifle à deux lieues de
longueur, trois quarts marine, ce qui fait
trois petites lieues & demie parifiennes,
2. Autre Carte de Belle - Ifle avec
partie des Côtes de Bretagne & les Ifles
voifines , par le fieur Brion , Ingénieur
Géographe , à l'Enfeigne de la Place
des Victoires , au bas de la rue S. Jacques
, avec la defcription abrégée de
cette Ifle , qui felon lui contient près
de 20000 arpens de terre , dont la plus
grande partie eft inculte ; elle eft peuplée
d'environ 8000 Habitans , parmi
lefquels on en compte 11 à 1200 portant
les armes. La Capitale feule , outre la
garnifon de la Citadelle , renferme près
de 3000 âmes ; les roches , les fables &
les efcarpemens , dont l'Ifle eft prèsque
toute environnée , en font les défenfes
naturelles ; & l'art a fuppléé où
l'on
prapeut
aborder
; les Ports à l'oppofite
de la Bretagne
font les feuls
ticables
, encore
ne peut -il y entrer
que des chaloupes
,
24 MERCURE
DE FRANCE .
3. Autre Carte de Belle-Ifle par M.
de Beaurain , fils de M. le Chevalier de
Beaurain.
4. Autre idem par M. Paris , Ingénieur
du Roi , chez Lattré , Graveur
rue S. Jacques , & chez M. Julien .
l'Hôtel de Soubife .
5. id. avec la Defcription du Siége de
Belle - Ifle , dans l'Almanach de Bâle , dir
le Meffager boiteux pour l'année 1762.
Par M. de N.... abonné au Mercure .
EN Latin Calonefus , dérivé ſelon M.
Bulet , Profeffeur Royal de l'Univerfité
de Befançon dans fon Dictionnaire Celtique
, des mots cal , qui fignifie pierre :
ou roc, & de ones , iſle , calones , ifle
de rocher.
16 MERCURE DE FRANCE .
D'autres dérivent ce mot Calonefus ,
du Grec Karos , pulcher , Beau ou belle
& vnoos , infula , ifle.
Il y a plus de vraisemblance dans
cette derniere étymologie. Les Hollanlandois
l'appellent Boelin , & les Anglois
la nomment Fine - Ifland ; Les Romainsla
nommoient auffiCalonefus, comme
nous venons de le dire . Cependant
Céfar n'en fait point de mention particulière
dans fes Commentaires &
paroît l'avoir confondue avec les autres
İfles des environs , fous le nom général
d'Infula Venitia. Dans la fuite
on lui a donné le nom de l'Ile de
Guedel, qu'elle a quitté pour celui de
Belle-Ifle. C'eft une Ifle de France des
plus confidérables du Royaume , fituée
fur les côtes méridionales de la Bretagne
, Diocéfe de Vannes , Parlement de
Rennes , Intendance de Nantes , Recette
de Vannes , avec titre de Marquifat
; elle a environ fix lieues de longueur
, & deux de large avec un bon
port & quelques châteaux vis-à-vis de
*
> * M. d'Anville dans fa notice de la Gaule
parle de Belle- Ifle fous le nom de Vindiles. Il
fait voir que dans les titres du moyen âge le
nom de cette ifle eft Guidel , ayant été donné à
l'Abbaye de Redon.
OCTOBRE. 1763. 17
Vannes & d'Aurai , n'étant qu'à cinq
ou fix milles de la Terre-ferme . Son port
eft défendu par une bonne citadelle , &
le refte de l'Ifle par des rochers inacceffibles.
Elle eft fertile en grains & en
pâturages , & confidérable par fes falines
, & par le paffage ordinaire des
Vaiffeaux le long des côtes . Elle appartenoit
autrefois au Comte de Cornouaille
; Geoffroi , Comte de Rennes
la lui ufurpa & la donna à l'Abbaye de
Redon ; mais Alain fils dudit Geoffroi
la retira des Moines de Redon , pour la
rendre au Comte de Cornouaille , qui
la donna peu après à l'Abbaye de
Quimperlé. Ces deux donations ont
caufé de grandes conteftations entret
ces deux Abbayes ; elles n'ont été af
foupies qu'en 1172 par une Tranſaction
conclue entre les Moines.
Charles IX donna cette Ifle au Comte
de Retz de la maiſon de Gondy ; &
l'érigea en Marquifat en 1573. Charles
de Retz tué en 1596 , fut père d'Henri
Duc de Retz qui vendit Belle- Ifle à Nicolas
Foucquet , Surintendant des Finances
& Miniftre d'Etat en 1653. Cette
acquifition fut un des chefs des accufations
du procès fait contre lui en
1661. Ce procès qui dura trois ans a été
imprimé à Paris l'an 1699. en 16 vol.
18 MERCURE DE FRANCE.
in- 12. Après l'Arrêt qui fut rendu pár
des Commiffaires nommés par le Roi ,
M. Foucquet fut conduit à Pignerol le
20 Décembre 1694 , où il fut enfermé
dans le donjon , & où il mourut après
21 ans de captivité , le 23 Mars 1680 ,
agé de 65 ans . Son corps apporté à Paris
, fut inhumé dans l'Eglife des Filles
de Ste Marie , rue S. Antoine , auprès
de fon père * , où l'on voit fon Épitaphe.
Charles-Louis - Augufte Foucquet ,Pair
& Maréchal de France , petit-fils de Nicolas
Foucquet , Surintendant des Finances
, fut le dernier poffeffeur & Seigneur
de Belle-Ifle ; il étoit Prince de
l'Empire , Chevalier des Ordres du Roi
& de la Toifon d'or , Gouverneur de
Metz & du Pays Meffin , Lieutenant
Général au Gouvernement de Lorraine
& de Barrois , Miniftre & Secrétaire
d'Etat au Département de la Guerre
& l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe. Il eſt mort à Verſailles le 26
Janvier 1761 , âgé de 76 ans 4 mois &
4 jours , étant né le 22 Septembre 1684
& eft inhumé en fa Terre de Bizy en
Normandie .
* V. Deſcription de Paris par Piganiol de la
Force , Paris 1742. Tome IV . p. 417. & fuiv . &
les Epitaphes de Paris , Mff. que l'on va faire.
imprimer.]
OCTOBRE. 1763. 19
Il avoit rétrocédé au Roi , au mois
d'Octobre 1718. Belle- Ifle , en échange
du Comté de Gifors , du Vicomté de
Vernon , Audelis & Lyons , terres en
Normandie ; toutes ces terres furent
depuis érigées en fa faveur en Duché
fous le nom de Gifors , par Lettres - Patentes
du mois de Mars 1742 , regiftrées
au Parlement de Paris le 19 Juillet
fuivant , & en Pairie le 9 Juin 1748.
Le Maréchal de Belle - Ifle par fon
teftament a rendu au Roi le Duché de
Gifors & dépendances , qu'il avoit eu
en échange de Belle- Ifle , comme nous
venons de le dire. Le Roi fit de Belle-
IfleunGouvernement particulier ave cun
Etat-Major ; il y a d'ordinaire vingt-deux
compagnies d'Infanterie en garniſon.
Les lieux principaux font le Palais , la
Citadelle & Bangor , & les paroiffes de
Sauzon & de Lomaria ; il y a auffi un
Gouverneur pour la Citadelle du Palais.
Les Anglois ont fait plufieurs tentatives
infructeufes fur cette Ifle en 1674 ,
1695 , 1703 & 1746. L'époque de 1703
nous donne une circonftance qui mérite
d'être remarquée : » lorfque la flot-
» te des Angois & des Hollandois pa-
» rut à la hauteur de cette Ifle , en la-
» dite année , le Curé du Bourg fit pren20
MERCURE DE FRANCE.
dre des habits d'homme aux femmés ,
» qui parurent fur la côte en trop grand
» nombre pour laiffer aux ennemis l'ef-
» pérance d'y pouvoir faire une def-
» cente , & cette manoeuvre détourna
les Anglois de pourfuivre leur deffein .
Ils ont encore tenté la même defcente
en 1761 , qui leur a réuſſi ,
Leur flotte compofée de 115 voiles
mouilla le 7 Avril dans la Rade de
Belle - Ifle ; le lendemain 8 , elle fit fes
difpofitions pour l'attaque . Le Chevalier
de Sainte- Croix , Brigadier des Armées
du Roi , & Commandant a Belle - Iſle,
jugeant que les batteaux plats des Anglois
fe dirigeoient vers le Port-Andras ,
y porta la plus grande partie de fes troupes.
Les ennemis effectivement débarquerent
dans cette partie ; mais ils furent
fi vivement repouffés , qu'ils perdirent
800 hommes & prèfque tous
grenadiers ; on leur fit plus de 300 prifonniers
parmilefquels fe trouverent le
Lieutenant Colonel Thomas & le Major
Meklein , qui commandoit l'attaque.
Le 23 du même mois les Anglois
tenterent un nouveau débarquement ,
& l'effectuerent le même jour. Les François
après avoir difputé le terrein pied
à pied , fe renfermerent dans la Citadelle
OCTOBRE . 1763 . 21
au nombre de 3500 hommes ; comme
les troupes que les Anglois avoient dans
l'Ifle n'étoient par fuffifantes pour en
faire le fiége , le Gouvernement d'Angleterre
y fit paffer 3000 hommes.
On peut voir la fuite du fiége de
Belle - Ifle , dans un Journal très- bien
détaillé , qui a été imprimé , avec la
capitulation faite pour la reddition de
cette Ifle aux Anglois le 7 Juin 1761 .
Enfin par le VII Article de la Paix
générale conclue le 3 Novembre 1762
entre le Roi de France & celui de
la Grande Bretagne , l'Angleterre
reftitue avec plufieurs autres Ifles , celle
de Belle -Iile , qui doivent être rendues
dans le même état où elles étoient quand
la conquête en a été faite par les armes
Britanniques ; ce qui a été éxécuté le 11
Mai 1763 , comme il paroît par cette
rélation .
·
» Le Chevalier de Warren , Maréchal
» de Camp , nommé par le Roi , pour
commander les troupes deftinées à
» reprendre poffeffion de cette Ifle , eft
» arrivé le 1 Mai avec fes troupes de
» débarquement , à une demie lieue du
» Port. M. Callwal , Commandant de
» P'Efcadre Angloife , eft allé au-devant
» de lui dans une Pinnace fort ornée
» & lui a offert de le conduire à bord
}
1
22 MERCURE DE FRANCE.
de fon Vaiffeau jufqu'au Port. M.
» Forreſtier , Gouverneur de l'Ifle , at-
» tendoit fur le rivage le Chevalier de
» Warren ; il lui a donné la main pour
» defcendre à terre , & lui a préſenté
» fept Colonels Anglois , dont il étoit
» accompagné. Le Chevalier de War-
» ren , ayant remis au Gouverneur An-
» glois la Lettre par laquelle Sa Majeſté
» Britannique ordonne que l'Ifle , la
» Citadelle , le Fort &c , foient remis
» entre les mains des François , il y a
», eu entre ces deux Officiers une con-
» férence qui a duré une demie heure ,
» & après laquelle le Chevalier de Warren
a envoyé relever par une compagnie
de grenadiers , un femblable
» détachement Anglois , qui s'eft re-
» tiré par une porte pour aller s'em-
» barquer , tandis que les François en-
» troient par la porte principale. Le
» refte des Troupes Angloifes étoient
» déja à bord des vaiffeaux avec tous
» leurs effets. Le Commandant Fran-
"
çois , après avoir pris poffeffion de
" I'Ifle , a donné un grand repas aux
» Officiers Anglois , & les a conduits
» enfuite jufqu'à leurs vaiffeaux . La
» Flotte Angloife a levé l'ancre à mi-
» nuit , a mis à la voile fur les deux
OCTOBRE . 1763. 23
» heures , & dès le matin elle avoit déja
difparu .
On a gravé plufieurs Cartes de Belle-
Ifle en 1761.
1. Par M. le Rouge , Géographe ordinaire
du Roi , rue des Grands Auguftins.
Selon lui cette Ifle à deux lieues de
longueur, trois quarts marine, ce qui fait
trois petites lieues & demie parifiennes,
2. Autre Carte de Belle - Ifle avec
partie des Côtes de Bretagne & les Ifles
voifines , par le fieur Brion , Ingénieur
Géographe , à l'Enfeigne de la Place
des Victoires , au bas de la rue S. Jacques
, avec la defcription abrégée de
cette Ifle , qui felon lui contient près
de 20000 arpens de terre , dont la plus
grande partie eft inculte ; elle eft peuplée
d'environ 8000 Habitans , parmi
lefquels on en compte 11 à 1200 portant
les armes. La Capitale feule , outre la
garnifon de la Citadelle , renferme près
de 3000 âmes ; les roches , les fables &
les efcarpemens , dont l'Ifle eft prèsque
toute environnée , en font les défenfes
naturelles ; & l'art a fuppléé où
l'on
prapeut
aborder
; les Ports à l'oppofite
de la Bretagne
font les feuls
ticables
, encore
ne peut -il y entrer
que des chaloupes
,
24 MERCURE
DE FRANCE .
3. Autre Carte de Belle-Ifle par M.
de Beaurain , fils de M. le Chevalier de
Beaurain.
4. Autre idem par M. Paris , Ingénieur
du Roi , chez Lattré , Graveur
rue S. Jacques , & chez M. Julien .
l'Hôtel de Soubife .
5. id. avec la Defcription du Siége de
Belle - Ifle , dans l'Almanach de Bâle , dir
le Meffager boiteux pour l'année 1762.
Par M. de N.... abonné au Mercure .
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