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1
p. 73-82
EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
Début :
La séance fut ouverte par la lecture des éloges de M. de Chazerat, premier [...]
Mots clefs :
Société littéraire de Clermont, Société littéraire, Pierres, Eaux , Pont, Clermont-Ferrand, Auvergne
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
EXTRAIT
Des Ouvrages lus à l'Assemblée publique dé
la Société Littéraire de Clermont en Au
vergne , le 24 Août
}
1754.
Léloges de M. de Chazerat , premier
A féance fut ouverte par la lecture des
Préfident de la Cour des Aides de cette
ville , & de M. Roffignol , ancien Intendant
d'Auvergne , affociés honoraires de
cette Académie . Ces deux éloges font les
premiers qui ayent été lûs depuis l'établif
fement de la Société. MM . de Chazerat
& Roffignol avoient par leur goût pour les
fciences fait revivre en Auvergne celui
des lettres & des arts ; ils avoient préfidé
& contribué de tout leur pouvoir à la formation
de cette Société , & c'eft à leur cré
dit qu'elle eft redevable de la permiffion
que fes Membres ont obtenu de s'affembler
régulierement.
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Ces derniers traits par où ces dignes
Académiciens avoient mérité notre reconnoiffance
, ont caractérisé leurs éloges .
L'Auteur n'a cependant pas négligé de
rendre aux vertus & aux actions mémorables
de ces illuftres Académiciens , le tribut
de louanges qui leur eft dû. Cette lecture
fut fuivie d'un Mémoire fur l'ancienneté
& les dimenſions du pont de vieille Brioude
, fitué fur la riviere d'Allier en Auvergne
, par M. Dijon. Une tradition mal fondée
attribuoit aux Romains la conſtruction
de ce pont .
M. D. prouve par la comparaifon des
édifices qui nous reftent du tems des Romains
avec celui- ci , la fauffeté de ce fentiment
: on n'y trouve point , dit-il , la
même force , l'élégance , la grandeur de
P'échantillon des pierres , ou les mêmes
beautés d'appareil qui regnent dans le pont
du Gard , les antiquités de Nîmes , &c.
Il produit enfuite un prix fait , donné en
1434 par les habitans de vieille Brioude
pour la conftruction de ce pont. Les dimenfions
portées au prix fait , ne font pas , il eſt
vrai ,les mêmes qu'on a fuivi dans l'exécution
; M. D. en remarque la différence &
les défigne telles qu'il les a prifes.
L'arche du pont de vieille Brioude , la
plus grande du Royaume , forme un fege
JUIN. 1735.
75
ment de cercle , dont la corde a 172 pieds
de longueur , fur 66 de fléche ou montée.
Ce pont a 15 pieds 3 pouces d'une tête à
l'autre , & 13 pieds de paffage entre les
deux parapets ; il eft fondé fur le roc aut
niveau des baffes eaux du côté de la campagne
, & un pied au deffous des baffes
caux du côté de vieille Brioude.
M. D. traite des différentes pierres qui
ont été employées à la conftruction de
Farche , du lieu de leurs carrieres , de leur
qualité , de l'état où elles fe font confervées.
Quand on examine le pont de vieille
Brioude , dit M. D. on eft plus furpris de
la grandeur de l'arche & de la hardieffe de
l'entrepriſe que de la conftruction on
remarque qu'il eft bâti fans art ; mais qu'il
devoit y en avoir beaucoup dans la forme
des ceintres , dont un deffein fatisferoit
plus les amateurs des conftructions ancien
nes que le deffein même du pont ; mais
les recherches ont été inutiles.
M. de Saint-Victor lut enfuite un Mé
moire fur la vie & les oeuvres de J. Savaron
, Préfident-Lieutenant général en la
Sénéchauffée Siege Préfidial de Clermont ,
Magiftrat connu de tous les Sçavans , & .
cité dans les ouvrages de plufieurs , fous
les noms de docte , très-docte , grand Sava-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ron ; iffu d'une famille des plus anciennes.
de Clermont , & qui dans tous les tems lui
avoit rendu des fervices très - effentiels .
Jean Savaron né à Clermont le 30 Décembre
1566 , fut éleve de Cujas dans l'Univerfité
de Bourges ; & après avoir occupé
différentes Charges , fe rendit fi illuftre
dans la Magiftrature , que Henri IV l'enleva
à la Cour des Aides pour le mettre à
la tête du Préfidial de Clermont ; & pour
F'engager à accepter cette Charge , lui fit
grace de la moitié du prix.
M. de S. V. met dans tout fon jour la
gloire que lui acquirent fa députation aux
Etats convoqués en 1614 ; fon commerce
avec les fçavans de fon fiecle , & fur- tout
la confiance qu'eurent en lui les deux Reines
: il fait entrevoir que ce grand homme
ne contribua pas peu à la donation que fit
Marguerite de Valois du Duché d'Auvergne
en faveur du Dauphin de France . II
admire en même tems fon defintéreffement
, en confiderant le peu d'avantage
qu'il a retiré pour fa famille du crédit
que lui avoit acquis une eftime générale.
L'article le plus intéreffant eſt celui où
M. de S. V. traite des ouvrages que nous
avons de M. Savaron. Dans les uns , il regne
une profonde érudition ; dans les autres
, les principes de la plus faine politi
JUIN. 1755 . 77
.
1
que ; dans tous de l'efprit , du goût & de
la délicateffe. Il feroit trop long de fuivre
M. de S. V. dans un plus grand dérail . Jean
Savaron mourut le 30 Décembre 1622 .
Ce Mémoire fut fuivi de la lecture du
Profpectus d'une hiftoire naturelle particuliere
à l'Auvergne , que M. Ozy , Membre
de la Société , fe propoſe de donner
dans quelque tems au public.
L'hiftoire naturelle , dit M. Ozy , eft
une fcience à laquelle il eft bien difficile
de refufer fon attention . Les perfonnes du
plus haut rang , les Princes , les Rois même
, ne la regardent pas comme indigne
de leurs amuſemens ; & fi les devoirs de
leur état ne leur permettent pas d'en faire
une étude particuliere , ils procurent à
ceux qui en font leur occupation
moyens d'y faire des progrès , & excitent
par leurs libéralités l'ardeur & l'émulation.
les
Après un avant - propos analogue aux
richelles qu'offre l'Auvergne au curieux
Naturalifte , M. Ozy entre en matiere , &
divife en trois parties l'objet de fes travaux,
le regne animal , le regne végétal & le regne
minéral.
Le regne animal comprend les animaux
domeftiques & fauvages . Je ne parlerai ,
dit M. Ozy , des premiers que pour enfei-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
gner
d'en retirer de nouveaux
les moyens
avantages ; quant aux feconds , je me bornerai
à ceux qui font plus rares & qui n'ha
bitent que certaines contrées : ils fe divifent
en quadrupedes , reptiles , aquatiques ,
amphibies & infectes .
Dans les quadrupedes , je parlerai des
martres , hermines , & autres que j'ai remarqués
fur les montagnes d'Auvergne.
Dans les reptiles , je ferai mention des différentes
efpeces de lézards , des ferpens &
des falamandres. }
Dans les volatils , je comprendrai les
aigles , les faucons , les vautours , les ducs ,
& les diverfes efpeces d'épervier. Dans la
claffe des aquatiques , je traiterai des moucles
que j'ai obfervé dans quelques rivie
res , & particulierement de celles qui renferment
des perles qui ne le cedent point
en beauté à celles qu'on tire d'orient .
Dans le genre d'amphibies , je ne vois
que les loutres qui foient connues en Auvergne
.
Les infectes dont les différentes efpeces
font extrêmement nombreuſes dans cette
Province , me fourniront l'occafion de
quelque découverte. Je m'attacherai principalement
à ceux dont les fingularités.
m'auront parus les plus remarquables &
dignes d'attention .
JUIN. -17535 79
Dans le regne végétal , je ferai mention
des arbres , arbriffeaux , arbustes , & autres
plantes répandues tant dans nos monta
gnes , que dans la partie de l'Auvergne
connue fous le nom de Limagne. Je citerai
les afpects , les hauteurs des lieux , la diftance
ou l'approximation des pays connus.
Je raffemblerai , s'il m'eft poffible , dans
un jardin , les dépouilles de la Province ;
la facilité de les connoître en infpirera le
goût cette noble émulation paffera des
grands jufqu'aux peuples , & les bergers
rendus induftrieux , pourront dans leur
loifir faire des récoltes utiles , à l'exemple
des Suiffes & de quelques autres nations.
2
Ce jardin fera une provifion toujours
préfente , propre à réparer les pertes du
jardin royal , & pourra même l'enrichir de
nouveaux tributs.
Enfin dans le regne minéral , je traiterai
des divers métaux que notre terre renferme
dans fon fein ; je ferai divers effais de
chacun en particulier ; je rendrai compte
du produit des mines d'argent , de cuivre ,
de fer , de plomb , des fables chargés de
pailletes d'or , que les courants dépofent ,
& de quelques fables fouterreins
des mêmes richeffes..
pourvus
Je n'oublierai pas les mines d'antimoine
très abondantes dans cette Province , &
j'en rapporterai les produits.
Div
80 MERCURE DE FRANCE,
là
Les pierres propres à bâtir méritent auffi
l'attention des Naturaliſtes ; j'indiquerai les
moyens de les connoître : on évitera
par
les inconvéniens d'employer des pierres
bituminufes , fulfureufes & vitrioliques ,
ou qui peuvent tomber en effervefcence .
Je ferai mention des différens marbres ;
granits , porphyres , des grès , pierres à
chaux , plâtres , bols , des craies , marnes ,
& de la pierre fpéculaire .
Je m'attacherai principalement aux pierres
précieuſes , comme grenats , topazes ,
amétiftes , éméraudes , cryſtal de roche &
autres cryftalliſations .
Je parlerai des ftalactites & felenites
qu'on trouve dans divers fouterreins & en
plein air , des pierres d'azur , des pierres
figurées , des ardoifes , des amiantes , des
cailloux , des quarts , des différentes pétrifications
, foit animales , foit végétales ;
des terres vitrioliques & fulfureufes , des
mines de charbon de terre , des bitumes ;
& nommément de celui qui découle d'un
monticule connu fous le nom de Puits de
la Poix .
J
Je ferai mention de plufieurs montagnes
creufes qu'on peut foupçonner avec beaucoup
de vraisemblance d'avoir été les foyers.
d'anciens volcans ; les différens fables criblés
& calcinés jufqu'à vitrification qu'on
JUIN. 1755. 8I
*
trouve dans les environs de ces montagnes ,
& les blocs immenfes des rochers qui ont
fouffert une parfaite fufion , font des témoi
gnages encore fubfiftans des éruptions &
des projections de ces fourneaux naturels.
Je n'oublierai point les eaux minérales
qu'on voit jaillir de toutes parts dans cette
Province ; les bains des Monts d'or , les
eaux de la Magdeleine , de la Bourboule ;
celles de Vic- le- Comte , de Vic en Carladais
, de Saint-Mion , de Saint-Pierre près.
Clermont de Jaude , de Saint- Marc , de
Saint-Allire , & principalement la fameuſe
ftalactite fi connue fous le nom de pont
de pierre ; j'expliquerai le méchanifme de
fa formation. Je parlerai enfin de toutes
les eaux de la Province qui méritent une
forte d'attention , & j'y joindrai une analyfe
exacte de chacune en particulier.
Je décrirai le cours des rivieres qui arrofent
cette Province ; je ferai connoître les
eaux qui font les plus propres pour les
reintures , & je rendrai compte des expériences
que j'aurai faites fur cette matiere.
Les cavernes & les fouterreins feront in
diqués , & nommément ceux qui fervent
de caves aux habitans de Chamailleres ,
d'où s'exhale une vapeur fuffoquante fur
Laquelle j'ai fait des expériences curieufes ..
Je n'oublierai point les glacieres natu
Dy
82 MERCURE DE FRANCE
relles , nommées communément les fon
taines glacées.
M. Özy lut enfuite une differtation fur
le ver lion ; il en donne la deſcription , &
rapporte exactement les diverfes obfervations
qu'il a faites fur cet infecte ; fa maneuvre
pour pourvoir à fes befoins , & fes:
différentes métamorphofes . Une multitude
de circonftances intéreffantes ornent l'hiftoire
du ver lion ; mais l'induftrieux Naturalifte
fe promet encore de nouvelles .
découvertes de la fuite de fes obfervations ;
ce qui l'a engagé à ne point finir fa differtation
.
La féance fut enfin terminée par l'extrait
des différens ouvrages lûs dans le cours de
l'année aux Affemblées particulieres de la
Société , & des obfervations fur divers :
phénomenes apperçus depuis la derniere
Affemblée publique..
Des Ouvrages lus à l'Assemblée publique dé
la Société Littéraire de Clermont en Au
vergne , le 24 Août
}
1754.
Léloges de M. de Chazerat , premier
A féance fut ouverte par la lecture des
Préfident de la Cour des Aides de cette
ville , & de M. Roffignol , ancien Intendant
d'Auvergne , affociés honoraires de
cette Académie . Ces deux éloges font les
premiers qui ayent été lûs depuis l'établif
fement de la Société. MM . de Chazerat
& Roffignol avoient par leur goût pour les
fciences fait revivre en Auvergne celui
des lettres & des arts ; ils avoient préfidé
& contribué de tout leur pouvoir à la formation
de cette Société , & c'eft à leur cré
dit qu'elle eft redevable de la permiffion
que fes Membres ont obtenu de s'affembler
régulierement.
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Ces derniers traits par où ces dignes
Académiciens avoient mérité notre reconnoiffance
, ont caractérisé leurs éloges .
L'Auteur n'a cependant pas négligé de
rendre aux vertus & aux actions mémorables
de ces illuftres Académiciens , le tribut
de louanges qui leur eft dû. Cette lecture
fut fuivie d'un Mémoire fur l'ancienneté
& les dimenſions du pont de vieille Brioude
, fitué fur la riviere d'Allier en Auvergne
, par M. Dijon. Une tradition mal fondée
attribuoit aux Romains la conſtruction
de ce pont .
M. D. prouve par la comparaifon des
édifices qui nous reftent du tems des Romains
avec celui- ci , la fauffeté de ce fentiment
: on n'y trouve point , dit-il , la
même force , l'élégance , la grandeur de
P'échantillon des pierres , ou les mêmes
beautés d'appareil qui regnent dans le pont
du Gard , les antiquités de Nîmes , &c.
Il produit enfuite un prix fait , donné en
1434 par les habitans de vieille Brioude
pour la conftruction de ce pont. Les dimenfions
portées au prix fait , ne font pas , il eſt
vrai ,les mêmes qu'on a fuivi dans l'exécution
; M. D. en remarque la différence &
les défigne telles qu'il les a prifes.
L'arche du pont de vieille Brioude , la
plus grande du Royaume , forme un fege
JUIN. 1735.
75
ment de cercle , dont la corde a 172 pieds
de longueur , fur 66 de fléche ou montée.
Ce pont a 15 pieds 3 pouces d'une tête à
l'autre , & 13 pieds de paffage entre les
deux parapets ; il eft fondé fur le roc aut
niveau des baffes eaux du côté de la campagne
, & un pied au deffous des baffes
caux du côté de vieille Brioude.
M. D. traite des différentes pierres qui
ont été employées à la conftruction de
Farche , du lieu de leurs carrieres , de leur
qualité , de l'état où elles fe font confervées.
Quand on examine le pont de vieille
Brioude , dit M. D. on eft plus furpris de
la grandeur de l'arche & de la hardieffe de
l'entrepriſe que de la conftruction on
remarque qu'il eft bâti fans art ; mais qu'il
devoit y en avoir beaucoup dans la forme
des ceintres , dont un deffein fatisferoit
plus les amateurs des conftructions ancien
nes que le deffein même du pont ; mais
les recherches ont été inutiles.
M. de Saint-Victor lut enfuite un Mé
moire fur la vie & les oeuvres de J. Savaron
, Préfident-Lieutenant général en la
Sénéchauffée Siege Préfidial de Clermont ,
Magiftrat connu de tous les Sçavans , & .
cité dans les ouvrages de plufieurs , fous
les noms de docte , très-docte , grand Sava-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ron ; iffu d'une famille des plus anciennes.
de Clermont , & qui dans tous les tems lui
avoit rendu des fervices très - effentiels .
Jean Savaron né à Clermont le 30 Décembre
1566 , fut éleve de Cujas dans l'Univerfité
de Bourges ; & après avoir occupé
différentes Charges , fe rendit fi illuftre
dans la Magiftrature , que Henri IV l'enleva
à la Cour des Aides pour le mettre à
la tête du Préfidial de Clermont ; & pour
F'engager à accepter cette Charge , lui fit
grace de la moitié du prix.
M. de S. V. met dans tout fon jour la
gloire que lui acquirent fa députation aux
Etats convoqués en 1614 ; fon commerce
avec les fçavans de fon fiecle , & fur- tout
la confiance qu'eurent en lui les deux Reines
: il fait entrevoir que ce grand homme
ne contribua pas peu à la donation que fit
Marguerite de Valois du Duché d'Auvergne
en faveur du Dauphin de France . II
admire en même tems fon defintéreffement
, en confiderant le peu d'avantage
qu'il a retiré pour fa famille du crédit
que lui avoit acquis une eftime générale.
L'article le plus intéreffant eſt celui où
M. de S. V. traite des ouvrages que nous
avons de M. Savaron. Dans les uns , il regne
une profonde érudition ; dans les autres
, les principes de la plus faine politi
JUIN. 1755 . 77
.
1
que ; dans tous de l'efprit , du goût & de
la délicateffe. Il feroit trop long de fuivre
M. de S. V. dans un plus grand dérail . Jean
Savaron mourut le 30 Décembre 1622 .
Ce Mémoire fut fuivi de la lecture du
Profpectus d'une hiftoire naturelle particuliere
à l'Auvergne , que M. Ozy , Membre
de la Société , fe propoſe de donner
dans quelque tems au public.
L'hiftoire naturelle , dit M. Ozy , eft
une fcience à laquelle il eft bien difficile
de refufer fon attention . Les perfonnes du
plus haut rang , les Princes , les Rois même
, ne la regardent pas comme indigne
de leurs amuſemens ; & fi les devoirs de
leur état ne leur permettent pas d'en faire
une étude particuliere , ils procurent à
ceux qui en font leur occupation
moyens d'y faire des progrès , & excitent
par leurs libéralités l'ardeur & l'émulation.
les
Après un avant - propos analogue aux
richelles qu'offre l'Auvergne au curieux
Naturalifte , M. Ozy entre en matiere , &
divife en trois parties l'objet de fes travaux,
le regne animal , le regne végétal & le regne
minéral.
Le regne animal comprend les animaux
domeftiques & fauvages . Je ne parlerai ,
dit M. Ozy , des premiers que pour enfei-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
gner
d'en retirer de nouveaux
les moyens
avantages ; quant aux feconds , je me bornerai
à ceux qui font plus rares & qui n'ha
bitent que certaines contrées : ils fe divifent
en quadrupedes , reptiles , aquatiques ,
amphibies & infectes .
Dans les quadrupedes , je parlerai des
martres , hermines , & autres que j'ai remarqués
fur les montagnes d'Auvergne.
Dans les reptiles , je ferai mention des différentes
efpeces de lézards , des ferpens &
des falamandres. }
Dans les volatils , je comprendrai les
aigles , les faucons , les vautours , les ducs ,
& les diverfes efpeces d'épervier. Dans la
claffe des aquatiques , je traiterai des moucles
que j'ai obfervé dans quelques rivie
res , & particulierement de celles qui renferment
des perles qui ne le cedent point
en beauté à celles qu'on tire d'orient .
Dans le genre d'amphibies , je ne vois
que les loutres qui foient connues en Auvergne
.
Les infectes dont les différentes efpeces
font extrêmement nombreuſes dans cette
Province , me fourniront l'occafion de
quelque découverte. Je m'attacherai principalement
à ceux dont les fingularités.
m'auront parus les plus remarquables &
dignes d'attention .
JUIN. -17535 79
Dans le regne végétal , je ferai mention
des arbres , arbriffeaux , arbustes , & autres
plantes répandues tant dans nos monta
gnes , que dans la partie de l'Auvergne
connue fous le nom de Limagne. Je citerai
les afpects , les hauteurs des lieux , la diftance
ou l'approximation des pays connus.
Je raffemblerai , s'il m'eft poffible , dans
un jardin , les dépouilles de la Province ;
la facilité de les connoître en infpirera le
goût cette noble émulation paffera des
grands jufqu'aux peuples , & les bergers
rendus induftrieux , pourront dans leur
loifir faire des récoltes utiles , à l'exemple
des Suiffes & de quelques autres nations.
2
Ce jardin fera une provifion toujours
préfente , propre à réparer les pertes du
jardin royal , & pourra même l'enrichir de
nouveaux tributs.
Enfin dans le regne minéral , je traiterai
des divers métaux que notre terre renferme
dans fon fein ; je ferai divers effais de
chacun en particulier ; je rendrai compte
du produit des mines d'argent , de cuivre ,
de fer , de plomb , des fables chargés de
pailletes d'or , que les courants dépofent ,
& de quelques fables fouterreins
des mêmes richeffes..
pourvus
Je n'oublierai pas les mines d'antimoine
très abondantes dans cette Province , &
j'en rapporterai les produits.
Div
80 MERCURE DE FRANCE,
là
Les pierres propres à bâtir méritent auffi
l'attention des Naturaliſtes ; j'indiquerai les
moyens de les connoître : on évitera
par
les inconvéniens d'employer des pierres
bituminufes , fulfureufes & vitrioliques ,
ou qui peuvent tomber en effervefcence .
Je ferai mention des différens marbres ;
granits , porphyres , des grès , pierres à
chaux , plâtres , bols , des craies , marnes ,
& de la pierre fpéculaire .
Je m'attacherai principalement aux pierres
précieuſes , comme grenats , topazes ,
amétiftes , éméraudes , cryſtal de roche &
autres cryftalliſations .
Je parlerai des ftalactites & felenites
qu'on trouve dans divers fouterreins & en
plein air , des pierres d'azur , des pierres
figurées , des ardoifes , des amiantes , des
cailloux , des quarts , des différentes pétrifications
, foit animales , foit végétales ;
des terres vitrioliques & fulfureufes , des
mines de charbon de terre , des bitumes ;
& nommément de celui qui découle d'un
monticule connu fous le nom de Puits de
la Poix .
J
Je ferai mention de plufieurs montagnes
creufes qu'on peut foupçonner avec beaucoup
de vraisemblance d'avoir été les foyers.
d'anciens volcans ; les différens fables criblés
& calcinés jufqu'à vitrification qu'on
JUIN. 1755. 8I
*
trouve dans les environs de ces montagnes ,
& les blocs immenfes des rochers qui ont
fouffert une parfaite fufion , font des témoi
gnages encore fubfiftans des éruptions &
des projections de ces fourneaux naturels.
Je n'oublierai point les eaux minérales
qu'on voit jaillir de toutes parts dans cette
Province ; les bains des Monts d'or , les
eaux de la Magdeleine , de la Bourboule ;
celles de Vic- le- Comte , de Vic en Carladais
, de Saint-Mion , de Saint-Pierre près.
Clermont de Jaude , de Saint- Marc , de
Saint-Allire , & principalement la fameuſe
ftalactite fi connue fous le nom de pont
de pierre ; j'expliquerai le méchanifme de
fa formation. Je parlerai enfin de toutes
les eaux de la Province qui méritent une
forte d'attention , & j'y joindrai une analyfe
exacte de chacune en particulier.
Je décrirai le cours des rivieres qui arrofent
cette Province ; je ferai connoître les
eaux qui font les plus propres pour les
reintures , & je rendrai compte des expériences
que j'aurai faites fur cette matiere.
Les cavernes & les fouterreins feront in
diqués , & nommément ceux qui fervent
de caves aux habitans de Chamailleres ,
d'où s'exhale une vapeur fuffoquante fur
Laquelle j'ai fait des expériences curieufes ..
Je n'oublierai point les glacieres natu
Dy
82 MERCURE DE FRANCE
relles , nommées communément les fon
taines glacées.
M. Özy lut enfuite une differtation fur
le ver lion ; il en donne la deſcription , &
rapporte exactement les diverfes obfervations
qu'il a faites fur cet infecte ; fa maneuvre
pour pourvoir à fes befoins , & fes:
différentes métamorphofes . Une multitude
de circonftances intéreffantes ornent l'hiftoire
du ver lion ; mais l'induftrieux Naturalifte
fe promet encore de nouvelles .
découvertes de la fuite de fes obfervations ;
ce qui l'a engagé à ne point finir fa differtation
.
La féance fut enfin terminée par l'extrait
des différens ouvrages lûs dans le cours de
l'année aux Affemblées particulieres de la
Société , & des obfervations fur divers :
phénomenes apperçus depuis la derniere
Affemblée publique..
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Résumé : EXTRAIT Des Ouvrages lûs à l'Assemblée publique de la Société Littéraire de Clermont en Auvergne, le 24 Août 1754.
Le 24 août 1754, la Société Littéraire de Clermont en Auvergne a organisé une assemblée publique au cours de laquelle plusieurs ouvrages ont été présentés. La séance a débuté par la lecture des éloges de M. de Chazerat, président de la Cour des Aides, et de M. Roffignol, ancien Intendant d'Auvergne, tous deux associés honoraires de l'Académie. Ces éloges étaient les premiers à être lus depuis la création de la Société. Les deux hommes avaient joué un rôle crucial dans la revitalisation des lettres et des arts en Auvergne et avaient obtenu la permission pour les membres de la Société de se réunir régulièrement. M. Dijon a ensuite présenté un mémoire sur l'ancienneté et les dimensions du pont de vieille Brioude, situé sur la rivière d'Allier. Il a contesté l'attribution de la construction de ce pont aux Romains en comparant ses caractéristiques architecturales avec celles des édifices romains connus. M. Dijon a également produit un document de 1434 prouvant que le pont avait été construit par les habitants de vieille Brioude. Il a décrit les dimensions et les matériaux utilisés, notant que l'arche du pont est la plus grande du Royaume, formant un segment de cercle avec une corde de 172 pieds de longueur et une flèche de 66 pieds. M. de Saint-Victor a lu un mémoire sur la vie et les œuvres de Jean Savaron, président-lieutenant général au siège présidial de Clermont. Savaron, né en 1566, avait été élevé par Cujas et avait occupé diverses charges avant de devenir président du présidial de Clermont sous Henri IV. Le mémoire soulignait sa députation aux États de 1614, ses échanges avec les savants de son époque, et sa contribution à la donation du Duché d'Auvergne par Marguerite de Valois. Savaron est décédé en 1622. Enfin, M. Ozy a présenté un prospectus pour une histoire naturelle de l'Auvergne, qu'il prévoyait de publier. Il a divisé son étude en trois parties : le règne animal, le règne végétal et le règne minéral. Pour le règne animal, il a mentionné les animaux domestiques et sauvages, en se concentrant sur les espèces rares. Pour le règne végétal, il a prévu de décrire les arbres, arbustes et autres plantes de la région. Pour le règne minéral, il a prévu d'étudier les métaux, les pierres précieuses, les eaux minérales et les phénomènes géologiques comme les volcans et les cavernes. M. Ozy a également lu une dissertation sur le ver lion, détaillant ses observations et ses métamorphoses. La séance s'est conclue par la lecture des extraits des ouvrages lus lors des assemblées particulières de l'année et des observations sur divers phénomènes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 83-91
EXTRAIT DE L'ELOGE DE M. D'ONS-EN-BRAY, Prononcé le 13 Novembre 1754, par M. de Fouchy, Secrétaire de l'Académie des Sciences.
Début :
Louis-Léon Pajot, Chevalier, Comte d'Ons-en-Bray, nâquit à Paris le 25 [...]
Mots clefs :
Louis-Léon Pajot, Comte d'Ons-en-Bray, Académie des sciences, Secrétaire de l'Académie des sciences, Jean-Paul Grandjean de Fouchy, Philosophie, Maladie
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE L'ELOGE DE M. D'ONS-EN-BRAY, Prononcé le 13 Novembre 1754, par M. de Fouchy, Secrétaire de l'Académie des Sciences.
EXTRAIT DE L'ELOGE
DE M. D'ONS- EN- BRAY ,
Prononcé le 13 Novembre 1754 , par M.
de Fouchy , Secrétaire de l'Académie des
Sciences.
Quis-Léon Pajot , Chevalier , Comte
Ldons- en-Bray ,naquit à Parisleas
Mars 1678 de Léon Pajot , Comte d'Onsen-
Bray , Directeur général des poftes &
relais de France , & de Marie Anne Rouillé
, tante de M. Rouillé , Miniftre & Secrétaire
d'Etat. Son ayeul avoit été envoyé
par la Reine , mere de Louis XIV , en
Efpagne , où il fut retenu quatre ans prifonnier.
Si les peines attachées aux en-
» fans deshonorent la poftérité de ceux qui
les éprouvent , pourquoi ne compteroiton
pas au rang des titres d'honneur les
difgraces qui n'ont leur fource que dans
» le zele avec lequel on fert fon Roi & fa
patrie ?
»
"
Il fit fes études au College des Jéfuites:
de Paris ; mais un mal d'yeux confidérable
dont il fut attaqué pendant fa rhétorique
obligea de le rappeller , à la maifon
nelle
ord så mot
Divis
pater
84 MERCURE DE FRANCE.
Pendant le cours de cette maladie , M.
Quent , homme habile qu'on avoit mis auprès
de lui , imagina de l'occuper d'une
fcience à laquelle les fens extérieurs font
fouvent plus nuifibles qu'utiles , de l'étude
de la philofophie . Il faifoit lire auprès de
lui les principes de celle de Defcartes , &
la meilleure preuve qu'on puiffe donner
qu'il en avoit fait dès lors un Philofophe
eft la reconnoiffance qu'il eut des foins de
cet habile maître. La vraie philofophie tend
encore plus à enrichir le coeur de toutes.
les vertus qu'à orner l'efprit de nouvelles
connoiffances .
Au fortir de cette maladie , il alla
voya
ger en Hollande . La vûe des grands hom
mes que cet état poffédoit alors, des collections
curieufes & fçavantes qu'ils y avoient
faites & des applications ingénieufes qu'il
y voyoit continuellement faire de la més
chanique , le rendirent encore plus Philos
fophe & plus Méchanicien , & ce fut là
qu'il forma le premier projet de ce cabinet
qu'il a depuis rendu fi célebre.
Il ne l'exécuta cependant pas auffi-tôt
après fon retour. Les occupations attachées
à la place de Directeur général des poftes
aufquelles M. fon pere l'engagea à fe livrer ,
ne lui laiffoient que peu de momens:
libres , mais ce peu de momens étoient
JUIN. 1755.
foigneufement ménagés pour ce qu'il
aimoit.
❤
M. d'Ons- en -Bray perdit fon pere en
1708 , & il lui fuccéda dans fa place ; mais
ce qui tourne plus à fa gloire , quoiqu'il
n'eut alors que vingt neuf à trente ans ,
Louis XIV lui accorda fa confiance ; il le
chargea de plufieurs affaires dont il lui
rendoit compte indépendamment des Miniftres
, & le fit appeller dans fa derniere
maladie pour cacheter fon teftament avant
de l'envoyer dépofer au Parlement. Il jouit
de la même confiance fous la Régence de
feu M. le Duc d'Orléans. Lorfque ce Prin
ce créa les charges d'Intendans des poftes ,
il en donna une à M. d'Ons - en - Bray , &
le public eft informé de l'exactitude avec
laquelle il s'en est toujours acquitté.
Dès qu'il s'étoit vu fon maître , il avoit
travaillé à exécuter le projet qu'il avoit
formé en Hollande ; mais comme d'un côté
les devoirs de fa charge , & d'autre part
les vifites continuelles aufquelles il étoit
expofé à Paris ne lui en laifoient pas le
loifir , il réfolut de fe dérober à celles- ci ;
ne pouvant ni ne voulant fe fouſtraire à
fes devoirs , il choifit pour ce deffein une
belle maifon qu'il avoit à Berci . Cet endroit
affez près de Paris , pour
lui
tre d'y paffer tous les momens qu'il avoit
permet86
MERCURE DE FRANCE.
de libres , en étoit cependant affez éloigné
pour écarter les vifites importunes. Il facrifia
la plus grande partie de cette maiſon
aux cabinets qu'il y vouloit former , y établit
un jardin de plantes & une orangerie ,
& fit de cet endroit un des plus agréables
afyles que la philofophie ait jamais habités
; il y venoit paffer tout le tems dont il
pouvoit difpofer , & y attiroit autant qu'il
pouvoit les Académiciens les plus célebres
; le P. Sebaſtien étoit du nombre , &
M. Geoffroy a conduit quatre ans fon laboratoire.
La route que fuivit M. d'Ons- en-
Bray l'approchoit néceffairement de l'Académie
: il y obtint en 1716 une des deux
places d'honoraires que le Roi venoit d'y
établir par le nouveau réglement il y
étoit extrêmement affidu , & prenoit part
à prefque toutes les matieres qui s'y traitoient
les fciences font trop liées les unes
aux autres , pour que le cabinet ne profitât
extrêmement de cette affiduité.
pas
Quoique M. d'Ons- en- Bray ne fût affujetti
par fa place à aucun travail acadé
mique , on a de lui plufieurs mémoires im
primés , entr'autres la defcription d'une
machine pour battre la meſure de tous les
airs , d'une maniere fixe & indépendante
du caprice des Muficiens ; des recherches:
fur les mefures des liquides , qu'il fit à la
JUIN. 1755
87
réquifition du Corps de ville de Paris :
mais ce qu'il a donné de plus fingulier , eft
fon anémometre , ou inftrument propre à
mefurer la force & la direction du vent ;
les inftrumens ordinaires ne font que des
corps purement paffifs , dont l'obfervateur
eft pour ainfi dire l'ame on pourroit
prefque dire que M. d'Ons- en- Bray a donné
de l'intelligence à fon anémometre ;
l'inftrument fçair obferver lui - même &
écrire fes obfervations : les ftatues immortelles
de Vulcain fi bien décrites par Homere
, n'en fçavoient peut- être pas davantage
.
Le cabinet qu'il avoit entrepris étoit
cependant fa principale occupation ; il
l'avoit déja rendu fi riche & fi complet
dès 1717 , que peu de Seigneurs étrangers
venoient en France fans le vifiter ; il y reçut
le Czar Pierre I , l'Empereur à préſent
regnant , & le Prince Charles de Lorraine ,.
le feu Electeur de Baviere , le Roi de Pologne
, Duc de Lorraine , les Princes de-
Saxe Kaubourg & de Saxe - Gotha , & enfin
les deux Ambaſſadeurs du Grand Seigneur
, Meheniet & Saïd- Effendi , qui en
fortirent pleins d'une admiration ,, d'autant
plus flateuſe pour M. d'Ons - en - Bray , que
*
Voyez les Mémoires de l'Académie. 17344.
p. 123.
$ 8 霉
MERCURE DE FRANCE.
ces deux Seigneurs , & fur-tout Saïd- Pacha
, étoient en état d'en connoître tout le
prix.
Dans ces occafions , M. d'Ons- en - Bray
faifoit parfaitement les honneurs de fa
maifon ; il y donnoit des repas magnifiques
& des fêtes élegantes : c'étoit un peu
de pris fur ce tems dont il étoit fi bon menager
, mais c'étoit pour l'honneur des
fciences & de la philofophie , & rien ne
lui coûtoit pour leur acquerir des profélites
ou des protecteurs.
Il ne négligeoit ni n'épargnoit rien
pour remplir fon cabinet de piéces inté
reffantes. Mais ce qui rendoit cette collection
plutôt finguliere que la premiere
de ce genre , étoit l'immenfe quantité
de piéces de méchanique dont il Pavoit
ornée , & parmi lefquelles il y en avoit
plufieurs de fon invention . Dans le nombre
de ces dernieres fe trouve un morceau
fingulier des élémens de géométrie tout en
machines ; il avoit imaginé cette finguliere
façon de démontrer , pour faciliter au Roi,
encore enfant , l'étude des Mathématiques.
Les meilleurs élémens qu'il eût pûr donner
en toute autre occafion , n'euffent fait
voir que fa capacité , ceux - ci font unt
preuve fubfiftante de fon attachement pour
fon Roi on laiffe aux coeurs françois
JUIN. 1755. 89
à décider qui des deux mérite la préférence.
Il avoit reçu de feu M. le Duc d'Orléans
, Régent , plufieurs vifites. Ce Prince
fe plaifoit extrêmement dans les cabinets
de M. d'Ons -en- Bray , & il voulut les orner
du célebre verre ardent conftruit par
M. de Tfchirnhauz , dont il lui fit préfent ;
ce Prince auroit eu de la peine à en choi
fir un qui pût lui être plus agréable .
Dans ce même lieu où il recevoit les
plus grands Princes , il recevoit auffi , &
peut-être avec plus de plaifir , les Philofophes
, & fur- tout les Académiciens fes
confreres : il fe délaffoit avec eux de fes
travaux , & puifoit dans leur entretien des
idées pour en entreprendre de nouveaux ;
c'eft ainfi qu'il a paffé tout le tems de fa
vie : toujours citoyen , toujours Académicien.
Dès le mois d'Octobre 1753 , il fut attaqué
d'une maladie , qu'il ne regarda d'abord
que comme une éréfipelle ordinaire
mais qui dans peu devint une éruption vio
lente ; il fentit lui -même le danger de fon
état ; & après avoir pris les précautions
que la religion exigeoit de lui , il voulut
donner au public & à l'Académie une derniere
marque de fon attachement . Il fit
propofer au Roi d'accepter le don qu'il
96 MERCURE DE FRANCE.
vouloit faire à l'Académie de fes cabinets ,
mais fous des conditions qui tendent toutes
à rendre ce préfent plus utile au public
; car malgré fon attachement pour cette
Compagnie , le bien public lui étoit encore
plus cher , & l'Académie n'a garde
de blâmer en lui ce fentiment , duquel elle
fe pique elle- même. Le Roi fentit toute la
générofité de M. d'Ons- en - Bray , & non
feulement accepta le don qu'il vouloit
faire , mais encore fe chargea de le loger
au Louvre , & de pourvoir à tout ce qui
feroit néceffaire pour l'entretenir , & mettre
le public en état d'en profiter . Auffi- tôr
que M. d'Ons-en-Bray fçut cette nouvelle ,
il fit un codicille , par lequel il légue fes
cabinets à l'Académie , & prefcrit les conditions
aufquelles il fait ce don ; il ne s'oc
cupa plus après cela qu'au moyen d'aug
menter le préfent qu'il venoit de faire à
l'Académie, & mourut le 22 Février 1754,
âgé de près de foixante- feize ans .
Toute fa vie a été une pratique exacte
& conftante de l'équité naturelle . Pendant
tout le tems qu'il a été à la tête des poftes ,
aucun Commis n'a pu fe plaindre d'avoir
été renvoyé par caprice. Une commiffion
fous lui étoit prefque pour d'honnêtes
gens un héritage ; il étoit bon maître
mais il ne fouffroit pas qu'on lui man
JUIN. 1755. 91
quât , ayant d'ailleurs toutes les attentions
poffibles pour fes domeftiques : il faifoit
de grandes charités ouvertement & par les
mains de fes Curés , mais il y en avoit
d'autres dont il fe réſervoit la diftribution,
& qu'il faifoit fecrettement pour éviter
cette cruelle maniere de foulager les malheureux
en bleffant les fentimens qui furvivent
fouvent dans les coeurs bien placés
aux dignités & à la fortune.
Il a fait par teftament fon légataire univerfel
M. le Gendre , Lieutenant général
des armées du Roi , frere de feu M. le
Préfident le Gendre , fils de M. le Gendre,
fucceffivement Intendant de Montauban
de Pau & de Tours , & d'une foeur de M.
d'Ons-en- Bray.
Sa place d'Académicien honoraire a étéẻ.
remplie par M. le Maréchal de Lowendal
DE M. D'ONS- EN- BRAY ,
Prononcé le 13 Novembre 1754 , par M.
de Fouchy , Secrétaire de l'Académie des
Sciences.
Quis-Léon Pajot , Chevalier , Comte
Ldons- en-Bray ,naquit à Parisleas
Mars 1678 de Léon Pajot , Comte d'Onsen-
Bray , Directeur général des poftes &
relais de France , & de Marie Anne Rouillé
, tante de M. Rouillé , Miniftre & Secrétaire
d'Etat. Son ayeul avoit été envoyé
par la Reine , mere de Louis XIV , en
Efpagne , où il fut retenu quatre ans prifonnier.
Si les peines attachées aux en-
» fans deshonorent la poftérité de ceux qui
les éprouvent , pourquoi ne compteroiton
pas au rang des titres d'honneur les
difgraces qui n'ont leur fource que dans
» le zele avec lequel on fert fon Roi & fa
patrie ?
»
"
Il fit fes études au College des Jéfuites:
de Paris ; mais un mal d'yeux confidérable
dont il fut attaqué pendant fa rhétorique
obligea de le rappeller , à la maifon
nelle
ord så mot
Divis
pater
84 MERCURE DE FRANCE.
Pendant le cours de cette maladie , M.
Quent , homme habile qu'on avoit mis auprès
de lui , imagina de l'occuper d'une
fcience à laquelle les fens extérieurs font
fouvent plus nuifibles qu'utiles , de l'étude
de la philofophie . Il faifoit lire auprès de
lui les principes de celle de Defcartes , &
la meilleure preuve qu'on puiffe donner
qu'il en avoit fait dès lors un Philofophe
eft la reconnoiffance qu'il eut des foins de
cet habile maître. La vraie philofophie tend
encore plus à enrichir le coeur de toutes.
les vertus qu'à orner l'efprit de nouvelles
connoiffances .
Au fortir de cette maladie , il alla
voya
ger en Hollande . La vûe des grands hom
mes que cet état poffédoit alors, des collections
curieufes & fçavantes qu'ils y avoient
faites & des applications ingénieufes qu'il
y voyoit continuellement faire de la més
chanique , le rendirent encore plus Philos
fophe & plus Méchanicien , & ce fut là
qu'il forma le premier projet de ce cabinet
qu'il a depuis rendu fi célebre.
Il ne l'exécuta cependant pas auffi-tôt
après fon retour. Les occupations attachées
à la place de Directeur général des poftes
aufquelles M. fon pere l'engagea à fe livrer ,
ne lui laiffoient que peu de momens:
libres , mais ce peu de momens étoient
JUIN. 1755.
foigneufement ménagés pour ce qu'il
aimoit.
❤
M. d'Ons- en -Bray perdit fon pere en
1708 , & il lui fuccéda dans fa place ; mais
ce qui tourne plus à fa gloire , quoiqu'il
n'eut alors que vingt neuf à trente ans ,
Louis XIV lui accorda fa confiance ; il le
chargea de plufieurs affaires dont il lui
rendoit compte indépendamment des Miniftres
, & le fit appeller dans fa derniere
maladie pour cacheter fon teftament avant
de l'envoyer dépofer au Parlement. Il jouit
de la même confiance fous la Régence de
feu M. le Duc d'Orléans. Lorfque ce Prin
ce créa les charges d'Intendans des poftes ,
il en donna une à M. d'Ons - en - Bray , &
le public eft informé de l'exactitude avec
laquelle il s'en est toujours acquitté.
Dès qu'il s'étoit vu fon maître , il avoit
travaillé à exécuter le projet qu'il avoit
formé en Hollande ; mais comme d'un côté
les devoirs de fa charge , & d'autre part
les vifites continuelles aufquelles il étoit
expofé à Paris ne lui en laifoient pas le
loifir , il réfolut de fe dérober à celles- ci ;
ne pouvant ni ne voulant fe fouſtraire à
fes devoirs , il choifit pour ce deffein une
belle maifon qu'il avoit à Berci . Cet endroit
affez près de Paris , pour
lui
tre d'y paffer tous les momens qu'il avoit
permet86
MERCURE DE FRANCE.
de libres , en étoit cependant affez éloigné
pour écarter les vifites importunes. Il facrifia
la plus grande partie de cette maiſon
aux cabinets qu'il y vouloit former , y établit
un jardin de plantes & une orangerie ,
& fit de cet endroit un des plus agréables
afyles que la philofophie ait jamais habités
; il y venoit paffer tout le tems dont il
pouvoit difpofer , & y attiroit autant qu'il
pouvoit les Académiciens les plus célebres
; le P. Sebaſtien étoit du nombre , &
M. Geoffroy a conduit quatre ans fon laboratoire.
La route que fuivit M. d'Ons- en-
Bray l'approchoit néceffairement de l'Académie
: il y obtint en 1716 une des deux
places d'honoraires que le Roi venoit d'y
établir par le nouveau réglement il y
étoit extrêmement affidu , & prenoit part
à prefque toutes les matieres qui s'y traitoient
les fciences font trop liées les unes
aux autres , pour que le cabinet ne profitât
extrêmement de cette affiduité.
pas
Quoique M. d'Ons- en- Bray ne fût affujetti
par fa place à aucun travail acadé
mique , on a de lui plufieurs mémoires im
primés , entr'autres la defcription d'une
machine pour battre la meſure de tous les
airs , d'une maniere fixe & indépendante
du caprice des Muficiens ; des recherches:
fur les mefures des liquides , qu'il fit à la
JUIN. 1755
87
réquifition du Corps de ville de Paris :
mais ce qu'il a donné de plus fingulier , eft
fon anémometre , ou inftrument propre à
mefurer la force & la direction du vent ;
les inftrumens ordinaires ne font que des
corps purement paffifs , dont l'obfervateur
eft pour ainfi dire l'ame on pourroit
prefque dire que M. d'Ons- en- Bray a donné
de l'intelligence à fon anémometre ;
l'inftrument fçair obferver lui - même &
écrire fes obfervations : les ftatues immortelles
de Vulcain fi bien décrites par Homere
, n'en fçavoient peut- être pas davantage
.
Le cabinet qu'il avoit entrepris étoit
cependant fa principale occupation ; il
l'avoit déja rendu fi riche & fi complet
dès 1717 , que peu de Seigneurs étrangers
venoient en France fans le vifiter ; il y reçut
le Czar Pierre I , l'Empereur à préſent
regnant , & le Prince Charles de Lorraine ,.
le feu Electeur de Baviere , le Roi de Pologne
, Duc de Lorraine , les Princes de-
Saxe Kaubourg & de Saxe - Gotha , & enfin
les deux Ambaſſadeurs du Grand Seigneur
, Meheniet & Saïd- Effendi , qui en
fortirent pleins d'une admiration ,, d'autant
plus flateuſe pour M. d'Ons - en - Bray , que
*
Voyez les Mémoires de l'Académie. 17344.
p. 123.
$ 8 霉
MERCURE DE FRANCE.
ces deux Seigneurs , & fur-tout Saïd- Pacha
, étoient en état d'en connoître tout le
prix.
Dans ces occafions , M. d'Ons- en - Bray
faifoit parfaitement les honneurs de fa
maifon ; il y donnoit des repas magnifiques
& des fêtes élegantes : c'étoit un peu
de pris fur ce tems dont il étoit fi bon menager
, mais c'étoit pour l'honneur des
fciences & de la philofophie , & rien ne
lui coûtoit pour leur acquerir des profélites
ou des protecteurs.
Il ne négligeoit ni n'épargnoit rien
pour remplir fon cabinet de piéces inté
reffantes. Mais ce qui rendoit cette collection
plutôt finguliere que la premiere
de ce genre , étoit l'immenfe quantité
de piéces de méchanique dont il Pavoit
ornée , & parmi lefquelles il y en avoit
plufieurs de fon invention . Dans le nombre
de ces dernieres fe trouve un morceau
fingulier des élémens de géométrie tout en
machines ; il avoit imaginé cette finguliere
façon de démontrer , pour faciliter au Roi,
encore enfant , l'étude des Mathématiques.
Les meilleurs élémens qu'il eût pûr donner
en toute autre occafion , n'euffent fait
voir que fa capacité , ceux - ci font unt
preuve fubfiftante de fon attachement pour
fon Roi on laiffe aux coeurs françois
JUIN. 1755. 89
à décider qui des deux mérite la préférence.
Il avoit reçu de feu M. le Duc d'Orléans
, Régent , plufieurs vifites. Ce Prince
fe plaifoit extrêmement dans les cabinets
de M. d'Ons -en- Bray , & il voulut les orner
du célebre verre ardent conftruit par
M. de Tfchirnhauz , dont il lui fit préfent ;
ce Prince auroit eu de la peine à en choi
fir un qui pût lui être plus agréable .
Dans ce même lieu où il recevoit les
plus grands Princes , il recevoit auffi , &
peut-être avec plus de plaifir , les Philofophes
, & fur- tout les Académiciens fes
confreres : il fe délaffoit avec eux de fes
travaux , & puifoit dans leur entretien des
idées pour en entreprendre de nouveaux ;
c'eft ainfi qu'il a paffé tout le tems de fa
vie : toujours citoyen , toujours Académicien.
Dès le mois d'Octobre 1753 , il fut attaqué
d'une maladie , qu'il ne regarda d'abord
que comme une éréfipelle ordinaire
mais qui dans peu devint une éruption vio
lente ; il fentit lui -même le danger de fon
état ; & après avoir pris les précautions
que la religion exigeoit de lui , il voulut
donner au public & à l'Académie une derniere
marque de fon attachement . Il fit
propofer au Roi d'accepter le don qu'il
96 MERCURE DE FRANCE.
vouloit faire à l'Académie de fes cabinets ,
mais fous des conditions qui tendent toutes
à rendre ce préfent plus utile au public
; car malgré fon attachement pour cette
Compagnie , le bien public lui étoit encore
plus cher , & l'Académie n'a garde
de blâmer en lui ce fentiment , duquel elle
fe pique elle- même. Le Roi fentit toute la
générofité de M. d'Ons- en - Bray , & non
feulement accepta le don qu'il vouloit
faire , mais encore fe chargea de le loger
au Louvre , & de pourvoir à tout ce qui
feroit néceffaire pour l'entretenir , & mettre
le public en état d'en profiter . Auffi- tôr
que M. d'Ons-en-Bray fçut cette nouvelle ,
il fit un codicille , par lequel il légue fes
cabinets à l'Académie , & prefcrit les conditions
aufquelles il fait ce don ; il ne s'oc
cupa plus après cela qu'au moyen d'aug
menter le préfent qu'il venoit de faire à
l'Académie, & mourut le 22 Février 1754,
âgé de près de foixante- feize ans .
Toute fa vie a été une pratique exacte
& conftante de l'équité naturelle . Pendant
tout le tems qu'il a été à la tête des poftes ,
aucun Commis n'a pu fe plaindre d'avoir
été renvoyé par caprice. Une commiffion
fous lui étoit prefque pour d'honnêtes
gens un héritage ; il étoit bon maître
mais il ne fouffroit pas qu'on lui man
JUIN. 1755. 91
quât , ayant d'ailleurs toutes les attentions
poffibles pour fes domeftiques : il faifoit
de grandes charités ouvertement & par les
mains de fes Curés , mais il y en avoit
d'autres dont il fe réſervoit la diftribution,
& qu'il faifoit fecrettement pour éviter
cette cruelle maniere de foulager les malheureux
en bleffant les fentimens qui furvivent
fouvent dans les coeurs bien placés
aux dignités & à la fortune.
Il a fait par teftament fon légataire univerfel
M. le Gendre , Lieutenant général
des armées du Roi , frere de feu M. le
Préfident le Gendre , fils de M. le Gendre,
fucceffivement Intendant de Montauban
de Pau & de Tours , & d'une foeur de M.
d'Ons-en- Bray.
Sa place d'Académicien honoraire a étéẻ.
remplie par M. le Maréchal de Lowendal
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Résumé : EXTRAIT DE L'ELOGE DE M. D'ONS-EN-BRAY, Prononcé le 13 Novembre 1754, par M. de Fouchy, Secrétaire de l'Académie des Sciences.
Léon Pajot, Chevalier et Comte d'Ons-en-Bray, naquit à Paris en mars 1678. Son père, Léon Pajot, était Directeur général des postes et relais de France, et sa mère, Marie Anne Rouillé, était la tante de M. Rouillé, Ministre et Secrétaire d'État. Son grand-père avait été envoyé en Espagne par la Reine mère de Louis XIV et y avait été retenu prisonnier pendant quatre ans. Léon Pajot fit ses études au Collège des Jésuites de Paris, mais une maladie des yeux l'obligea à interrompre ses études. Pendant sa convalescence, il se consacra à l'étude de la philosophie sous la guidance de M. Quent. Il voyagea ensuite en Hollande, où il fut inspiré par les grandes collections et les applications mécaniques qu'il y observa. Ce voyage lui donna l'idée de créer un cabinet célèbre. À la mort de son père en 1708, Léon Pajot lui succéda à la tête des postes et reçut la confiance de Louis XIV, qui le chargea de plusieurs affaires importantes. Il continua à servir sous la Régence du Duc d'Orléans, qui lui confia la charge d'Intendant des postes. Malgré ses responsabilités, il trouva le temps de réaliser son projet de cabinet à Berci, où il accueillit des académiciens et des philosophes. Léon Pajot fut élu à l'Académie des Sciences en 1716 et y publia plusieurs mémoires, notamment sur des instruments scientifiques comme l'anémomètre. Son cabinet, riche en pièces de mécanique et en inventions, attira des visiteurs illustres, y compris le Czar Pierre Ier et l'Empereur régnant. En octobre 1753, il fut atteint d'une maladie violente. Avant de mourir le 22 février 1754, il fit don de ses cabinets à l'Académie des Sciences, avec des conditions pour en assurer l'utilité publique. Il légua également ses biens à son gendre, Lieutenant général des armées du Roi. Sa vie fut marquée par une pratique constante de l'équité et de la générosité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 92-98
LETTRE sur la Chronique scandaleuse, qui se trouve dans le second volume des Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
Début :
L'AUTEUR des mémoires que vous m'avez envoyé ne doit pas se plaindre [...]
Mots clefs :
Chronique scandaleuse, Combats littéraires, Antoine Gachet d'Artigny, Abbé d'Artigny
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur la Chronique scandaleuse, qui se trouve dans le second volume des Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
LETTRE fur la Chronique fcandaleuſe ,
qui fe trouve dans le fecond volume des
Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
'AUTEUR des mémoires que vous
L'avez envoyé ne doitpas fe plaindre
de la rareté des Goujet & des La Monnoie
, puifqu'il trouve dans foi-même dequoi
y fuppléer. Il a fçu réconcilier l'érudition
avec les graces , & lui prêter cet air
aifé & délicat , qui a fait lire l'Histoire
des Oracles de l'ingénieux Fontenelle .
Cependant je vous avouerai qu'il y a
quelques articles dans fon livre qui demanderoient
une plus grande étendue :
par exemple , dans la chronique fcandaleufe
des fçavans , il a omis plufieurs
combats littéraires. Tel eft celui de Jufte
Lipfe , avec un faifeur de dialogue ( a )
( c'eft ainfi qu'il appelle fon adverfaire ) ;
ce démêlé eft d'autant plus curieux que
l'imitateur de Séneque n'y fait pas paroître
la douceur qu'il avoit , felon MM . Huet
(b ) & Balzac ; car voici fon début. [ Ofe-
( a ) Adverfus dialogiftam liber de unâ religione,
in quo tria capita libri politicorum explicantur ,
Lug. Hug. à Porta , 1592. in- 12 .
(b) Huctiana... Socrate Chrétien.
JUIN. 1755. 93
rai- je entrer en lice avec un turbulent & un
inquiet , qui écrit plutôt par rage que par
raifon , & qui , comme ces gros mâtins ,
ne ceſſe jamais d'aboyer ? Que je le vainquiffe
ou que j'en fuffe vaincu , je ne pourrois
que me deshonorer .... C'eſt un inconnu
, ou , difons mieux , fes fottifes l'ont
fait connoître ..... En l'humiliant je lui
donne du relief.... Qui lira fon ouvrage
fi je ne le critique ? ... Son ftyle n'eft que
galimathias & verbiage , il l'a emprunté
de la canaille .... Je craindrois de fouiller
mon ouvrage , fi fon nom s'y trouvoit
une feule fois . ] Dans le corps de la réponſe
les mêmes déclamations reviennent à chaque
page ... Son adverfaire eft un ftupide
un infenfé , un homme fans front ,
un impie il finit en lui difant que
bon fens n'eft pas le fruit de la vieilleffe ,
après avoir fait l'apologie de fes invecti
ves par le paffage de Tertullien , dont fe
fervoit M. Arnaud pour excufer les douceurs
que fa charité lui arrachoit.
>
le
On ne doit pas être furpris que Jufte
Lipfe invective avec fi peu de ménagement
; en poffeffion du Triumvirat (c) de
la République des Lettres , il ne peut pas
fupporter qu'on l'attaque une feule fois ;
(c) Teiffier , hommes illuftres de Thou , art
Jufte Lipfe , to ent
94 MERCURE DE FRANCE:
la rareté du mépris ne le lui rend que plus
fenfible. Il ne veut pas faire grace aux poin
tes qui fe préfentent fous fa plume , ignorant
peut-être que c'eft fe venger contre
foi-même que de noircir nos ennemis par
de fauffes imputations.
>
On attaque Jufte Lipfe fur fa religion ;
c'eft ce qui peut l'excufer. Mais de quel
cil doit- on voir Gallonius (d) & les Moines
du Mont- Caffin fe prodiguer des injures
pour des vétilles ? Les accufations de mauvaife
foi , de calomnie , de fauffaire , de
folie , Monachus ifte curandus elleboro
font répétées plus de cent fois par Gallonius.
Ah ! plût à Dieu , ( dit-il au Moine
Conftantin , ) que votre monachiſme ne
vous mît pas à l'abri de la loi Cornelia contre
les fauffaires. Et pourquoi croyez - vous
qu'il leur donne tous ces éloges ? On veut
fçavoir fi S. Grégoire a été Bénédictin.
Queſtion importante , qui auroit fanctifié
les Enfans de S. Benoit fi leur prétention
eût été fondée !
• La difpute des Bénédictins avec Naudé
( e ) ne fut pas moins intéreſſante ni moins
affaifonnée de fiel & de vinaigre , quoique
l'on ne combattît que pour trouver le
( d) Simon , Lettres choifies , t. 3. Lettre XI à
M. de Gouffainville.
(e) Ibid. Bibl. critiq. t. 1. ch. 7. p. 894
JUIN. 1755. 95,
véritable auteur d'un livre qui n'infpire
rien tant que la modération. [ Lorsqu'il
s'agit de leurs intérêts ( leut dit le Bibliothécaire
) , ils perdent de vue la charité ;
ce font des impofteurs , des fauffaires , des
présomptueux , des calomniateurs , qui
ont encore moins de jugement que de
confcience ; ils fuppofent les actions les
plus atroces pour noircir leurs adverfaires.
]
Le mordant Thiers n'épargna pas davantage
les Bénédictins , dans fa burleſque
fatyre , intitulée Apologie de M. l'Abbé" de
la Trape : jugez- en par ce trait. [ Lords &
Milords , grands & petits , Moines & Moineaux
, chacun fe fit un mérite de donner
un coup de bec à M. de la Trape (f) ] Cependant
M. de Rancé n'eut pas à faire feu
lement avec les MM . de S. Maur ; Dom
Innocent Maſſon , ( g ) Général des Chartreux
, l'attaqua très vivement dans un
livre imprimé en fecret à la grande Chartreufe
: il l'accufa d'avoir voulu diffamer
les autres ordres , par les Réflexions fur l'État
monastique , qu'il appelle un libelle fpiritualifé
, de donner la torture aux paſſages
des Peres pour prouver fon fyftême ; il
-
(f) Cité dans les Mémoires eccléfiaftiq. du P
Avrigni , Jéfuite , an. 1700. t. 4.
(g ) Bibl, critiq. chap. 32.
96 MERCURE DE FRANCE.
lui reprocha d'avoir inféré dans fon livre
plufieurs traits diffamatoires , qui reffentent
la production d'un homme qui a le
mépris des autres caché dans le coeur ....
Peut-on lire ces duretés fans faire réflexion
que dans le cloître les paffions ne font pas
amorties tout- à- fait ? Alors l'intérêt commun
peut fervir d'enveloppe à une fecrette
jaloufie ; fous le prétexte fpécieux de venger
l'honneur d'un corps, on cherche à faire
montre d'une érudition déplacée , ou à déprimer
un adverfaire dont la réputation
nous fait ombrage.
En vous donnant une efquiffe de fupplément
à la Chronique fcandaleufe , je ne
penfe pas , Monfieur , nourrir la haine que
vous avez pour l'érudition . Vous fçavez ,
fans doute, que les vrais fçavans ont en horreur
, non feulement ces injures groffieres
& perfonnelles , mais même celles qui ne
fe montrent qu'avec efprit , & qui fe cachent
avec art. Vous aurez vû dans le jugement
des fçavans , ( b ) que M. Baillet ne
peut pas fupporter Gruter , lorfqu'il appelle
Paroeus un âne , un mulet de charge , un bouc,
un verrat , un hibou. C'eſt en effet une chofe
monftrueuſe que ce noir chagrin , qu'on
voit s'exhaler des écrits de quelques fça-
( b ) Grammairiens , art.1483600 100
vans ;
JUIN . 1755 97
vans ; leur efprit obfcurci par la pouffiere
du cabinet , n'a pas goûté les agrémens de la
fociété ; la multitude des livres qu'ils parcourent
, leur perfuade qu'ils doivent être
regardés comme des oracles. Dans cette
préfomption , fi quelqu'un leve le bouclier
contre eux ; incapables de produire quelque
chofe d'ingénieux & de délicat , ils font
ufage de tout ce qui fe trouve fous leurs
mains , ils fe jettent fur les perfonalités ,
& facrifient leur honneur en voulant perdre
celui de leurs adverfaires ; l'Abbé Faidit
nous en fournit un exemple bien capa-.
сара-
ble de faire impreffion . Dès qu'il fe fut
livré à fon méchant caprice , on ne l'appella
plus que frénétique , faifeur de libelles
, &c. on lui mit cent fois devant les
yeux fes aventures . Procedé cruel , que fon
exemple ne pouvoit pas autorifer ! il eſt
honteux que le droit de repréfailles fe foit
naturalifé dans la République des Lettres.
Voilà , Monfieur , quelques démêlés littéraires
que M. d'Artigny a oubliés ; fi quelqu'un
de fes amis lui faifoit appercevoir
cette omiffion , vous feriez dédommagé ,
par l'agrément qu'il répand fur les matieres
qui en font le moins fufceptibles , de la
féchereffe de mon effai . Il feroit très-àpropos
qu'on lui rappellât auffi les difputes
de Sciopius avec Strada , de Thiers avec
1. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Robert , de l'Ifola avec Verjus , de Mervezin
avec un Provençal.
d'une
Si je ne connoiffois pas votre averfion ,
pour les vétilles , je vous ferois part
lettre du P. Lami , par laquelle je prouve
qu'il a travaillé plus de trente ans à ſa deſcription
du temple ; je vous ferois obferver
de même que M. d'Artigny a oublié
dans le catalogue des Ana la Bibliot . critiq.
& les lettres de Simon ; que dans les Journaux
de Trévoux , Novembre 1744, on ne
trouve aucune particularité fur la Chroni--
que fcandaleufe ; mais ces petites négligences
n'empêchent pas que fon ouvrage
ne foit un des meilleurs recueils de litté
rature . Le livre de Ahafverus Frit Schey
int . Paranefis de cavendâ nimiâ convocandi
libidine in refutandis aliorum fcriptis &
opinionibus ( k ) , renferme de bonnes réflexions
fur cette groffiereté qui s'eft introduite
dans les combats littéraires.
qui fe trouve dans le fecond volume des
Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
'AUTEUR des mémoires que vous
L'avez envoyé ne doitpas fe plaindre
de la rareté des Goujet & des La Monnoie
, puifqu'il trouve dans foi-même dequoi
y fuppléer. Il a fçu réconcilier l'érudition
avec les graces , & lui prêter cet air
aifé & délicat , qui a fait lire l'Histoire
des Oracles de l'ingénieux Fontenelle .
Cependant je vous avouerai qu'il y a
quelques articles dans fon livre qui demanderoient
une plus grande étendue :
par exemple , dans la chronique fcandaleufe
des fçavans , il a omis plufieurs
combats littéraires. Tel eft celui de Jufte
Lipfe , avec un faifeur de dialogue ( a )
( c'eft ainfi qu'il appelle fon adverfaire ) ;
ce démêlé eft d'autant plus curieux que
l'imitateur de Séneque n'y fait pas paroître
la douceur qu'il avoit , felon MM . Huet
(b ) & Balzac ; car voici fon début. [ Ofe-
( a ) Adverfus dialogiftam liber de unâ religione,
in quo tria capita libri politicorum explicantur ,
Lug. Hug. à Porta , 1592. in- 12 .
(b) Huctiana... Socrate Chrétien.
JUIN. 1755. 93
rai- je entrer en lice avec un turbulent & un
inquiet , qui écrit plutôt par rage que par
raifon , & qui , comme ces gros mâtins ,
ne ceſſe jamais d'aboyer ? Que je le vainquiffe
ou que j'en fuffe vaincu , je ne pourrois
que me deshonorer .... C'eſt un inconnu
, ou , difons mieux , fes fottifes l'ont
fait connoître ..... En l'humiliant je lui
donne du relief.... Qui lira fon ouvrage
fi je ne le critique ? ... Son ftyle n'eft que
galimathias & verbiage , il l'a emprunté
de la canaille .... Je craindrois de fouiller
mon ouvrage , fi fon nom s'y trouvoit
une feule fois . ] Dans le corps de la réponſe
les mêmes déclamations reviennent à chaque
page ... Son adverfaire eft un ftupide
un infenfé , un homme fans front ,
un impie il finit en lui difant que
bon fens n'eft pas le fruit de la vieilleffe ,
après avoir fait l'apologie de fes invecti
ves par le paffage de Tertullien , dont fe
fervoit M. Arnaud pour excufer les douceurs
que fa charité lui arrachoit.
>
le
On ne doit pas être furpris que Jufte
Lipfe invective avec fi peu de ménagement
; en poffeffion du Triumvirat (c) de
la République des Lettres , il ne peut pas
fupporter qu'on l'attaque une feule fois ;
(c) Teiffier , hommes illuftres de Thou , art
Jufte Lipfe , to ent
94 MERCURE DE FRANCE:
la rareté du mépris ne le lui rend que plus
fenfible. Il ne veut pas faire grace aux poin
tes qui fe préfentent fous fa plume , ignorant
peut-être que c'eft fe venger contre
foi-même que de noircir nos ennemis par
de fauffes imputations.
>
On attaque Jufte Lipfe fur fa religion ;
c'eft ce qui peut l'excufer. Mais de quel
cil doit- on voir Gallonius (d) & les Moines
du Mont- Caffin fe prodiguer des injures
pour des vétilles ? Les accufations de mauvaife
foi , de calomnie , de fauffaire , de
folie , Monachus ifte curandus elleboro
font répétées plus de cent fois par Gallonius.
Ah ! plût à Dieu , ( dit-il au Moine
Conftantin , ) que votre monachiſme ne
vous mît pas à l'abri de la loi Cornelia contre
les fauffaires. Et pourquoi croyez - vous
qu'il leur donne tous ces éloges ? On veut
fçavoir fi S. Grégoire a été Bénédictin.
Queſtion importante , qui auroit fanctifié
les Enfans de S. Benoit fi leur prétention
eût été fondée !
• La difpute des Bénédictins avec Naudé
( e ) ne fut pas moins intéreſſante ni moins
affaifonnée de fiel & de vinaigre , quoique
l'on ne combattît que pour trouver le
( d) Simon , Lettres choifies , t. 3. Lettre XI à
M. de Gouffainville.
(e) Ibid. Bibl. critiq. t. 1. ch. 7. p. 894
JUIN. 1755. 95,
véritable auteur d'un livre qui n'infpire
rien tant que la modération. [ Lorsqu'il
s'agit de leurs intérêts ( leut dit le Bibliothécaire
) , ils perdent de vue la charité ;
ce font des impofteurs , des fauffaires , des
présomptueux , des calomniateurs , qui
ont encore moins de jugement que de
confcience ; ils fuppofent les actions les
plus atroces pour noircir leurs adverfaires.
]
Le mordant Thiers n'épargna pas davantage
les Bénédictins , dans fa burleſque
fatyre , intitulée Apologie de M. l'Abbé" de
la Trape : jugez- en par ce trait. [ Lords &
Milords , grands & petits , Moines & Moineaux
, chacun fe fit un mérite de donner
un coup de bec à M. de la Trape (f) ] Cependant
M. de Rancé n'eut pas à faire feu
lement avec les MM . de S. Maur ; Dom
Innocent Maſſon , ( g ) Général des Chartreux
, l'attaqua très vivement dans un
livre imprimé en fecret à la grande Chartreufe
: il l'accufa d'avoir voulu diffamer
les autres ordres , par les Réflexions fur l'État
monastique , qu'il appelle un libelle fpiritualifé
, de donner la torture aux paſſages
des Peres pour prouver fon fyftême ; il
-
(f) Cité dans les Mémoires eccléfiaftiq. du P
Avrigni , Jéfuite , an. 1700. t. 4.
(g ) Bibl, critiq. chap. 32.
96 MERCURE DE FRANCE.
lui reprocha d'avoir inféré dans fon livre
plufieurs traits diffamatoires , qui reffentent
la production d'un homme qui a le
mépris des autres caché dans le coeur ....
Peut-on lire ces duretés fans faire réflexion
que dans le cloître les paffions ne font pas
amorties tout- à- fait ? Alors l'intérêt commun
peut fervir d'enveloppe à une fecrette
jaloufie ; fous le prétexte fpécieux de venger
l'honneur d'un corps, on cherche à faire
montre d'une érudition déplacée , ou à déprimer
un adverfaire dont la réputation
nous fait ombrage.
En vous donnant une efquiffe de fupplément
à la Chronique fcandaleufe , je ne
penfe pas , Monfieur , nourrir la haine que
vous avez pour l'érudition . Vous fçavez ,
fans doute, que les vrais fçavans ont en horreur
, non feulement ces injures groffieres
& perfonnelles , mais même celles qui ne
fe montrent qu'avec efprit , & qui fe cachent
avec art. Vous aurez vû dans le jugement
des fçavans , ( b ) que M. Baillet ne
peut pas fupporter Gruter , lorfqu'il appelle
Paroeus un âne , un mulet de charge , un bouc,
un verrat , un hibou. C'eſt en effet une chofe
monftrueuſe que ce noir chagrin , qu'on
voit s'exhaler des écrits de quelques fça-
( b ) Grammairiens , art.1483600 100
vans ;
JUIN . 1755 97
vans ; leur efprit obfcurci par la pouffiere
du cabinet , n'a pas goûté les agrémens de la
fociété ; la multitude des livres qu'ils parcourent
, leur perfuade qu'ils doivent être
regardés comme des oracles. Dans cette
préfomption , fi quelqu'un leve le bouclier
contre eux ; incapables de produire quelque
chofe d'ingénieux & de délicat , ils font
ufage de tout ce qui fe trouve fous leurs
mains , ils fe jettent fur les perfonalités ,
& facrifient leur honneur en voulant perdre
celui de leurs adverfaires ; l'Abbé Faidit
nous en fournit un exemple bien capa-.
сара-
ble de faire impreffion . Dès qu'il fe fut
livré à fon méchant caprice , on ne l'appella
plus que frénétique , faifeur de libelles
, &c. on lui mit cent fois devant les
yeux fes aventures . Procedé cruel , que fon
exemple ne pouvoit pas autorifer ! il eſt
honteux que le droit de repréfailles fe foit
naturalifé dans la République des Lettres.
Voilà , Monfieur , quelques démêlés littéraires
que M. d'Artigny a oubliés ; fi quelqu'un
de fes amis lui faifoit appercevoir
cette omiffion , vous feriez dédommagé ,
par l'agrément qu'il répand fur les matieres
qui en font le moins fufceptibles , de la
féchereffe de mon effai . Il feroit très-àpropos
qu'on lui rappellât auffi les difputes
de Sciopius avec Strada , de Thiers avec
1. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Robert , de l'Ifola avec Verjus , de Mervezin
avec un Provençal.
d'une
Si je ne connoiffois pas votre averfion ,
pour les vétilles , je vous ferois part
lettre du P. Lami , par laquelle je prouve
qu'il a travaillé plus de trente ans à ſa deſcription
du temple ; je vous ferois obferver
de même que M. d'Artigny a oublié
dans le catalogue des Ana la Bibliot . critiq.
& les lettres de Simon ; que dans les Journaux
de Trévoux , Novembre 1744, on ne
trouve aucune particularité fur la Chroni--
que fcandaleufe ; mais ces petites négligences
n'empêchent pas que fon ouvrage
ne foit un des meilleurs recueils de litté
rature . Le livre de Ahafverus Frit Schey
int . Paranefis de cavendâ nimiâ convocandi
libidine in refutandis aliorum fcriptis &
opinionibus ( k ) , renferme de bonnes réflexions
fur cette groffiereté qui s'eft introduite
dans les combats littéraires.
Fermer
Résumé : LETTRE sur la Chronique scandaleuse, qui se trouve dans le second volume des Mémoires de M. l'Abbé d'Artigny.
La lettre critique les Mémoires de l'Abbé d'Artigny, reconnaissant son habileté à combiner érudition et élégance, à l'image de Fontenelle. Cependant, elle déplore que certains articles soient insuffisamment développés, notamment la chronique des querelles littéraires parmi les savants, qui passe sous silence plusieurs conflits notables. Parmi les omissions, la lettre mentionne le conflit entre Juste Lipse et un auteur de dialogues. Lipse, en possession du Triumvirat de la République des Lettres, réagit violemment aux attaques et utilise des accusations fallacieuses contre ses adversaires. D'autres disputes littéraires sont également évoquées, comme celles entre Gallonius et les moines du Mont-Cassin, ou entre les Bénédictins et Naudé. Ces querelles sont marquées par des accusations de mauvaise foi, de calomnie et de folie. Le texte critique également le mordant Thiers et Dom Innocent Masson, qui ont attaqué les Bénédictins avec virulence. Ces conflits montrent que les passions ne sont pas éteintes dans le cloître et que l'intérêt commun peut servir de prétexte à des attaques personnelles. La lettre conclut en rappelant d'autres démêlés littéraires oubliés par l'Abbé d'Artigny, tels que ceux entre Sciopius et Strada, ou entre Thiers et Robert. Malgré ces omissions, l'ouvrage de l'Abbé d'Artigny est considéré comme un excellent recueil de littérature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 98-104
« L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
Début :
L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...]
Mots clefs :
Arts, Arts en Angleterre, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
L'ETAT DES ARTS en Angleterre ,
dédié à M. le Marquis de Marigny ; par
M. Rouquet , de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture . Chez Jombert ,
rue Dauphine 175 5. Un volume in- 12 . Prix
3 livres .
( ( i ) Jena 1674.
JUIN. 1755. 92EQUE
LA
Perfonne ne pouvoit mieux traiter lanatiere.
M. Rouquet parle en auteur inftruit ,
par trente ans de féjour à Londres . Il erit
fur la peinture en artifte éclairé , & fur
les
autres arts en homme d'efprit qui s'y connoît
. Son ftyle eft plus varié que correct ;
tantôt c'eft un poëte qui prend l'effor , &
qui peint les objets des couleurs les plus
brillantes ; tantôt c'eft un philofophe qui
approfondit , & qui fait une jufte analyſe
des chofes : quelques exemples prouveront
l'un & l'autre . Rien n'eft plus poëtique que
cette defcription qu'il fait de la vûe. » De
tous les organes de nos fens l'oeil eft
fans doute le plus occupé ; rien n'égale
l'activité de nos regards , la fréquence &
» l'affiduité de leur application ; ils cher-
» chent fans ceffe avec une avidité infa-
» tiable de nouveaux objets : dès que le
» fommeil laiffe à nos paupieres la liberté
» de s'ouvrir , nous courons à la lumiere ,
» nous préfentons nos yeux avec empreffe
> ment aux réflexions d'un nombre infini
de formes & de couleurs ; & pour éten-
» dre davantage le fpectacle , nous ache-
" tons , au prix de cent incommodités
» le plaifir d'habiter des lieux élevés. Ce
fpectacle n'eft jamais affez vaſte , affez
» varié ni affez brillant , quand même il
» n'auroit de bornes que ces montagnes ,
»
»
E ij
Too MERCURE DE FRANCE,
"
que leur éloignement peint d'azur fur
» ces beaux fonds de pourpre & d'or , dont
» la naiſſance & la fin du jour décorent
quelquefois l'horizon .
Il redouble d'enthoufiafme par cette
apoftrophe qui rend fi bien l'éclat des bougies.
85
"» Induftrieufe abeille , nous vous de-
>> vons ces lumieres agréables & nombreufes
qui vont fuccéder à celles du jour ,
» En vain la nuit vouloit dérober à nos yeux
» la fcene brillante dont ils jouiffoient ;
» ils voient , ils jouiffent encore : les Gaf-
» pard , les Claude auroient ils trouvé le
» fecret de fixer quelques rayons du foleil?
» Par quel charme vois- je encore le ciel ,
» les eaux , les campagnes riantes ? Quel
art perpétue ici dans le fein de l'épaiffe
nuit les fêtes , les délices des plus beaux
jours ?
و د
Voilà l'écart d'une belle ode en profe. Je
vais citer maintenant des traits qui montreront
que l'auteur examine en fage , qu'il
fuit l'amour du vrai , & qu'il juge avec
cette liberté qu'il a puifée dans le commerce
des Anglois , & qui n'eft pas la moins
précieufe des acquifitions qu'il a faites chéz
eux il ufe du droit qu'elle donne pour
nous détromper fur leur compte. Par
tout , dit-il , ou le commerce Aleurit ,
JUIN. 1755. 101
"
"
les richeffes font une des principales diftinctions
, & les arts n'étant pas la voie
» commune des richeffes, y font par confé-
"quent moins diftingués. C'eft ici le lieu
» d'affûrer , malgré tout ce qu'on a débité,
» que les arts ne font point en Angleterre
» l'objet de l'attention publique ; il n'y a
point d'inftitution en leur faveur , ni de
» la part de la Couronne en particulier , ni
» de celle du Gouvernement en général .
» Je ne fçai même fi la conftitution de
» l'Etat ne rendroit pas infructueux le def-
» fein que l'on auroit pû avoir d'exciter
l'émulation dans les arts par des penfions
» ou autrement. Aucun pofte lucratif ne
» s'accorde en Angleterre que dans la vûe
» directe ou indirecte d'acquerir ou de
conferver la pluralité des fuffrages dans
les élections parlementaires. Suivant cet-
» te économic miniftériale , fage & prudente
dans fon principe , un artiste à
grands talens , fans aucun droit de fuffrage
, cu fans protecteurs qui en euffent,
» n'auroit jamais rien obtenu . Les Anglois
» s'amufent beaucoup des arts , fans trop
» confidérer l'artifte. Il n'y a qu'un Pein-
» tre en Angleterre qui ait penfion , &
qu'on appelle le Peintre du Roi , il l'eft
par brevet , avec un falaire de cinq mille
livres.
2
D
"3
"
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
On voit par là que fi les arts font cultivés
à Londres , ils y font moins honorés
& moins récompenfés qu'en France .
» Il eft vrai , ajoûte- il , qu'on a décoré
quelquefois les artiftes du titre de Che- .
» valier.
99
Ils obtiennent ici la même diftinction ,
& plufieurs y font parés du cordon de Saint
Michel.
» Dans toutes les députations que
la
» ville fait au Roi , pourſuit M. Rouquet ,
il fe trouve toujours quelque Echevin
» qui veut être fait Chevalier ; on a foin
d'en informer Sa Majefté , qui le touche
» de fon épée . On prétend que les Eche-
» vins qui demandent cet honneur , le font
» ordinairement pour fatisfaire l'ambition
» de leurs femmes , elles en acquierent le
nom de Lady : tous ceux qui l'approchent
, fes enfans , fon mari même ne lui
parlent plus alors qu'à la troifieme per-
→ fonne ; elle en va plus fouvent au ſpectacle
, pour avoir le plaifir d'entendre
» demander à perte d'haleine , l'équipage
» & les gens de Lady ***.
Ce font là , trait pour trait , les Bourgeoifes
de qualité de Dancourt . Ce qui
prouve que les ridicules anglois fe rapprochent
des nôtres , ainfi que les ufages. A
quelques nuances près les hommes font
JUIN. 1755.. 103
par -tout les mêmes , malgré la différen
ce des climats , & la diverfité des caracteres.
La peinture eft l'art fur lequel l'auteur
s'étend le plus ; elle contient plus de la
moitié de fon livre . La fculpture , la gravûre
, l'imprimerie , l'orfevrerie , la bijouterie
, l'architecture , la déclamation &
la mufique en rempliffent fuccintement les
autres pages. Il y joint la médecine exercée
agréablement par des Docteurs en épée ,
qui font fouvent Poëtes ou Muficiens , ( les
nôtres leur reffemblent quelquefois ) il
fait mention en même tems de la Chirurgie
, pratiquée plus férieufement par des
hommes qui s'y livrent fans diftraction ; il
met auffi au rang des arts celui de préparer
les alimens , qu'il décrit ainfi left
un art , lefeul qui ait le droit de prétendre à
réunir l'agrément à l'utilité la plus indifpenfable
; mais cet art né dans la fervitude , où
il fe trouve encore malgré fon extrême importance
, eft un art ignoble , & on fera peut-être
révolté de lui voir tenir ici une place parmi
les arts. C'eft à la fin de cet article que M.
Rouquet nous avoue avec cette agréable
franchife dont il fait profeffion , qu'il
n'aime pas ce que nous appellons vulgairement
la foupe & le bouilli . Il exprime fon
dégoût dans des termes qui méritent d'être
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
retenus les voici ; je finirai par eux le
précis de fon ouvrage.
» On obſerve déja avec la plus ridicule
» affectation l'ordre des fervices. On fert
>> même fouvent cette décoction tant van-
» tée ailleurs , qui fait par- tout le premier
» mets , & de laquelle les Anglois rioient
depuis fi long-tems ; on en fert même
» auffi la tête morte. Il eft vrai que ce n'eft
point encore l'ufage en Angleterre d'en
féparer entierement par une cuiffon opiniâtre
tout ce qu'elle pouvoit contenir
» de fubftance alimentaire.
dédié à M. le Marquis de Marigny ; par
M. Rouquet , de l'Académie royale de
Peinture & de Sculpture . Chez Jombert ,
rue Dauphine 175 5. Un volume in- 12 . Prix
3 livres .
( ( i ) Jena 1674.
JUIN. 1755. 92EQUE
LA
Perfonne ne pouvoit mieux traiter lanatiere.
M. Rouquet parle en auteur inftruit ,
par trente ans de féjour à Londres . Il erit
fur la peinture en artifte éclairé , & fur
les
autres arts en homme d'efprit qui s'y connoît
. Son ftyle eft plus varié que correct ;
tantôt c'eft un poëte qui prend l'effor , &
qui peint les objets des couleurs les plus
brillantes ; tantôt c'eft un philofophe qui
approfondit , & qui fait une jufte analyſe
des chofes : quelques exemples prouveront
l'un & l'autre . Rien n'eft plus poëtique que
cette defcription qu'il fait de la vûe. » De
tous les organes de nos fens l'oeil eft
fans doute le plus occupé ; rien n'égale
l'activité de nos regards , la fréquence &
» l'affiduité de leur application ; ils cher-
» chent fans ceffe avec une avidité infa-
» tiable de nouveaux objets : dès que le
» fommeil laiffe à nos paupieres la liberté
» de s'ouvrir , nous courons à la lumiere ,
» nous préfentons nos yeux avec empreffe
> ment aux réflexions d'un nombre infini
de formes & de couleurs ; & pour éten-
» dre davantage le fpectacle , nous ache-
" tons , au prix de cent incommodités
» le plaifir d'habiter des lieux élevés. Ce
fpectacle n'eft jamais affez vaſte , affez
» varié ni affez brillant , quand même il
» n'auroit de bornes que ces montagnes ,
»
»
E ij
Too MERCURE DE FRANCE,
"
que leur éloignement peint d'azur fur
» ces beaux fonds de pourpre & d'or , dont
» la naiſſance & la fin du jour décorent
quelquefois l'horizon .
Il redouble d'enthoufiafme par cette
apoftrophe qui rend fi bien l'éclat des bougies.
85
"» Induftrieufe abeille , nous vous de-
>> vons ces lumieres agréables & nombreufes
qui vont fuccéder à celles du jour ,
» En vain la nuit vouloit dérober à nos yeux
» la fcene brillante dont ils jouiffoient ;
» ils voient , ils jouiffent encore : les Gaf-
» pard , les Claude auroient ils trouvé le
» fecret de fixer quelques rayons du foleil?
» Par quel charme vois- je encore le ciel ,
» les eaux , les campagnes riantes ? Quel
art perpétue ici dans le fein de l'épaiffe
nuit les fêtes , les délices des plus beaux
jours ?
و د
Voilà l'écart d'une belle ode en profe. Je
vais citer maintenant des traits qui montreront
que l'auteur examine en fage , qu'il
fuit l'amour du vrai , & qu'il juge avec
cette liberté qu'il a puifée dans le commerce
des Anglois , & qui n'eft pas la moins
précieufe des acquifitions qu'il a faites chéz
eux il ufe du droit qu'elle donne pour
nous détromper fur leur compte. Par
tout , dit-il , ou le commerce Aleurit ,
JUIN. 1755. 101
"
"
les richeffes font une des principales diftinctions
, & les arts n'étant pas la voie
» commune des richeffes, y font par confé-
"quent moins diftingués. C'eft ici le lieu
» d'affûrer , malgré tout ce qu'on a débité,
» que les arts ne font point en Angleterre
» l'objet de l'attention publique ; il n'y a
point d'inftitution en leur faveur , ni de
» la part de la Couronne en particulier , ni
» de celle du Gouvernement en général .
» Je ne fçai même fi la conftitution de
» l'Etat ne rendroit pas infructueux le def-
» fein que l'on auroit pû avoir d'exciter
l'émulation dans les arts par des penfions
» ou autrement. Aucun pofte lucratif ne
» s'accorde en Angleterre que dans la vûe
» directe ou indirecte d'acquerir ou de
conferver la pluralité des fuffrages dans
les élections parlementaires. Suivant cet-
» te économic miniftériale , fage & prudente
dans fon principe , un artiste à
grands talens , fans aucun droit de fuffrage
, cu fans protecteurs qui en euffent,
» n'auroit jamais rien obtenu . Les Anglois
» s'amufent beaucoup des arts , fans trop
» confidérer l'artifte. Il n'y a qu'un Pein-
» tre en Angleterre qui ait penfion , &
qu'on appelle le Peintre du Roi , il l'eft
par brevet , avec un falaire de cinq mille
livres.
2
D
"3
"
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
On voit par là que fi les arts font cultivés
à Londres , ils y font moins honorés
& moins récompenfés qu'en France .
» Il eft vrai , ajoûte- il , qu'on a décoré
quelquefois les artiftes du titre de Che- .
» valier.
99
Ils obtiennent ici la même diftinction ,
& plufieurs y font parés du cordon de Saint
Michel.
» Dans toutes les députations que
la
» ville fait au Roi , pourſuit M. Rouquet ,
il fe trouve toujours quelque Echevin
» qui veut être fait Chevalier ; on a foin
d'en informer Sa Majefté , qui le touche
» de fon épée . On prétend que les Eche-
» vins qui demandent cet honneur , le font
» ordinairement pour fatisfaire l'ambition
» de leurs femmes , elles en acquierent le
nom de Lady : tous ceux qui l'approchent
, fes enfans , fon mari même ne lui
parlent plus alors qu'à la troifieme per-
→ fonne ; elle en va plus fouvent au ſpectacle
, pour avoir le plaifir d'entendre
» demander à perte d'haleine , l'équipage
» & les gens de Lady ***.
Ce font là , trait pour trait , les Bourgeoifes
de qualité de Dancourt . Ce qui
prouve que les ridicules anglois fe rapprochent
des nôtres , ainfi que les ufages. A
quelques nuances près les hommes font
JUIN. 1755.. 103
par -tout les mêmes , malgré la différen
ce des climats , & la diverfité des caracteres.
La peinture eft l'art fur lequel l'auteur
s'étend le plus ; elle contient plus de la
moitié de fon livre . La fculpture , la gravûre
, l'imprimerie , l'orfevrerie , la bijouterie
, l'architecture , la déclamation &
la mufique en rempliffent fuccintement les
autres pages. Il y joint la médecine exercée
agréablement par des Docteurs en épée ,
qui font fouvent Poëtes ou Muficiens , ( les
nôtres leur reffemblent quelquefois ) il
fait mention en même tems de la Chirurgie
, pratiquée plus férieufement par des
hommes qui s'y livrent fans diftraction ; il
met auffi au rang des arts celui de préparer
les alimens , qu'il décrit ainfi left
un art , lefeul qui ait le droit de prétendre à
réunir l'agrément à l'utilité la plus indifpenfable
; mais cet art né dans la fervitude , où
il fe trouve encore malgré fon extrême importance
, eft un art ignoble , & on fera peut-être
révolté de lui voir tenir ici une place parmi
les arts. C'eft à la fin de cet article que M.
Rouquet nous avoue avec cette agréable
franchife dont il fait profeffion , qu'il
n'aime pas ce que nous appellons vulgairement
la foupe & le bouilli . Il exprime fon
dégoût dans des termes qui méritent d'être
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
retenus les voici ; je finirai par eux le
précis de fon ouvrage.
» On obſerve déja avec la plus ridicule
» affectation l'ordre des fervices. On fert
>> même fouvent cette décoction tant van-
» tée ailleurs , qui fait par- tout le premier
» mets , & de laquelle les Anglois rioient
depuis fi long-tems ; on en fert même
» auffi la tête morte. Il eft vrai que ce n'eft
point encore l'ufage en Angleterre d'en
féparer entierement par une cuiffon opiniâtre
tout ce qu'elle pouvoit contenir
» de fubftance alimentaire.
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Résumé : « L'ETAT DES ARTS en Angleterre, dédié à M. le Marquis de Marigny ; par [...] »
L'ouvrage 'L'ETAT DES ARTS en Angleterre' de M. Rouquet est dédié à M. le Marquis de Marigny. Après trente ans de séjour à Londres, Rouquet démontre une grande connaissance des arts, notamment de la peinture. Son style est varié, oscillant entre poésie et analyse philosophique. Il décrit avec éloquence la vue et l'importance de l'œil parmi les sens, ainsi que l'éclat des bougies. Rouquet critique l'attention limitée portée aux arts en Angleterre, notant l'absence d'institutions publiques ou gouvernementales en leur faveur. Contrairement à la France, les artistes anglais ne sont pas récompensés de manière significative, bien que certains puissent obtenir des titres honorifiques. Il compare les ridicules et usages anglais aux français, soulignant les similitudes malgré les différences culturelles. L'auteur aborde divers arts tels que la sculpture, la gravure, l'imprimerie, l'orfèvrerie, la bijouterie, l'architecture, la déclamation, la musique, la médecine, la chirurgie et la préparation des aliments. Rouquet exprime son dégoût pour la soupe et le bouilli, critiquant l'ordre des services culinaires en Angleterre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 104-108
« LES FAUX PAS, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne *** [...] »
Début :
LES FAUX PAS, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne *** [...]
Mots clefs :
Roman, Faux pas, Baronne, Pierre Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES FAUX PAS, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne *** [...] »
LES FAUX PAS , ou les Mémoires
vrais ou vraisemblables de la Baronne ***
traduits de l'original Bas- breton ; deux
parties. Chez Duchefne , rue S. Jacques ,
au Temple du Goût. 1755 .
Le titre eft juftifié par le Roman . La Baronne
*** ou la Rofen , doit le jour à un
faux pas. Sa mere fut féduite par un petit
Souverain d'Allemagne ; notre héroïne fut
le fruit de cette foibleffe . Son éducation
fut encore un faux pas , qui forma la chaîne
de plufieurs autres. Abandonnée de fes
parens dès fon enfance , & confiée à des
mains étrangeres , elle fut miſe dans un
couvent dont la Supérieure l'inftruifit la
premiere à broncher . Elle eſt enlevée de
JUIN. 1755 . 105
ce cloître par une méprife : nouvelle occafion
de faux pas , qu'elle veut mettre à
profit ; mais Duréal , fon raviffeur , defefperé
de s'être trompé , a la modeftie de ne
pas s'y prêter , & montre toute la pudeur
qu'elle eût dû faire paroître. Ils couchent
tous les foirs dans la même chambre avec
une fageffe édifiante , dont le Cavalier a
toute la gloire , & la Demoiſelle tout le regret.
Il la laiffe un beau matin pour courir
après Mlle Bafin qu'il adore ; il la trouve
mariée , revient fe confoler auprès de Mlle
Rofen , & parvient enfin à l'aimer par dépit.
Elle bronche de plus belle ; mais il la
quitte une feconde fois pour aller recueillir
une fucceffion . Dans le defoeuvrement
où elle fe trouve , elle fe lie avec une jeune
perfonne appellée Lolote , qui fous un
air honnête l'engage dans une partie qui
ne l'étoit pas. Elle dément dans cette occafion
fon éducation & fon caractere ; elle
a fait des faux pas au couvent , où tout
doit en garantir , & dans une promenade
arrangée pour en faire , elle marche droit
contre toute apparence. Elle a heureufement
à faire à M. Meffin , Financier , auffi
diftingué par fes fentimens que par fes richelles
; car dans nos Romans nouveaux
on n'en voit plus que de ceux-là . Ce galant
homme édifié de la réfiftance , fe prend
Ev
T06 MERCURE DE FRANCE.
pour elle d'une tendre eftime , & la conble
de bienfaits fans en exiger de falaire .
Turreville , fon neveu , en devient auſſi
amoureux ; mais quoiqu'elle le trouve aimable
, elle fe dérobe à fes pourfuites , &
fe rend à Paris où elle cherche inutilement
Duréal , dont le fouvenir lui eft toujours
cher.
Dans cette circonftance Riza-beg , Ambaffadeur
de Perfe , arrive à Paris , voit
Mlle Rofen , l'adore , & lui donne le mouchoir.
C'eft ici où l'hiftoire eft adroitement
fondue dans le Roman. Notre héroïne enchaîne
fi bien Riza- beg à fon char qu'il
l'époufe fecrettement , & répare par ce
noeud fingulier le faux pas qu'elle a fait
en fa faveur. Mme Riza-beg part avec fon
mari , accouche à Dantzick d'un gros Perfan
, & rencontre une bande de voleurs
qui l'enlevent avec le bagage , & laiffent
Riza- beg dépouillé , maître du champ de
bataille avec l'enfant & la nourrice. Prête
à faire avec fes raviffeurs , qui fe la difputent
, le plus terrible faux pas qu'elle eût
fait en fa vie , elle eft arrêtée avec eux.
Ils font exécutés ; elle obtient fa liberté ,
& la Juftice de Brandebourg , qui devroit
fervir de modele à toutes les autres , lui
reftitue tous les effets que ces fcélerats .
avoient volés à Riza-beg fon mari . La fille
JUIN . 1755. 107
du Geolier vient la joindre dans le vaiffeau
qui doit la porter en Afie , & la prie de
vouloir bien l'y faire recevoir avec un
jeune homme dont elle a rompu les fers.
Il fe trouve que c'eft Duréal lui - même ,
ils fe reconnoiffent ; & après s'être juftifiés
l'un & l'autre , leur flamme fe rallume ; la
fille du Geolier defefpérée de s'être jettée
dans les bras de fa rivale , fe précipite
dans la mer. Duréal frappé de cette mort
tragique difparoît à la premiere occafion
& quitte fa maîtreffe pour la troifieme fois .
Celle-ci retrouve fon fils , qui la confole
de cette perte ; mais elle apprend en même
tems qu'elle eft veuve , & que Rizabeg
a été étranglé par ordre du Sophi . Elle
revient fur fes pas , & s'arrête à Drefde
où elle fait la conquête du Prince de ....
Elle trouve fon pere dans cet amant , qui
la reconnoît pour fa fille , la fait légitimer,
& obtient pour elle de la Cour de Vienne
le titre de Baronne ; il lui permet de retourner
en France . Elle retrouve Duréal à
deux lieues de Strafbourg , & s'écrie avec
raifon en le voyant : eh ! d'où fortez- vous ?
on ne trouve que vous dans les chemins,
Pour fe juftifier , il lui conte fon hiftoire
que je fupprime ; ils fe pardonnent mutuellement
leurs écarts : elle donne la main à
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Duréal , & l'hymen pour le coup termine
tous fes faux pas.
Ce Roman eft de M. Rouffeau de Touloufe
; il eft écrit vivement : la premiere
partie fur-tout fe fait lire avec plaifir ; il y
a du ftyle , des portraits , des faillies . Comme
il a du feu & un talent facile , je lui
confeille de les employer à traiter le Roman
dans l'intérêt , & de l'affervir toujours
aux régles de la décence . Nos Romanciens
qu'il a trop fuivi , ont dénaturé le
genre ; la meilleure de leurs productions
eft plutôt un recueil de réflexions détachées
qu'un récit d'aventures fuivies.
Comme les incidens ne font que le prétexte
, on y trouve plus d'efprit que de
conduite , plus de coloris que de deffein ,
plus de détails que d'enſemble , & plus de
propos que d'action . Pour comble de maladreffe
le fond en est toujours libre fans.
être amuſant ; il ennuie aux dépens des
moeurs , & le vice y paroît auffi froid que
la vertu.
vrais ou vraisemblables de la Baronne ***
traduits de l'original Bas- breton ; deux
parties. Chez Duchefne , rue S. Jacques ,
au Temple du Goût. 1755 .
Le titre eft juftifié par le Roman . La Baronne
*** ou la Rofen , doit le jour à un
faux pas. Sa mere fut féduite par un petit
Souverain d'Allemagne ; notre héroïne fut
le fruit de cette foibleffe . Son éducation
fut encore un faux pas , qui forma la chaîne
de plufieurs autres. Abandonnée de fes
parens dès fon enfance , & confiée à des
mains étrangeres , elle fut miſe dans un
couvent dont la Supérieure l'inftruifit la
premiere à broncher . Elle eſt enlevée de
JUIN. 1755 . 105
ce cloître par une méprife : nouvelle occafion
de faux pas , qu'elle veut mettre à
profit ; mais Duréal , fon raviffeur , defefperé
de s'être trompé , a la modeftie de ne
pas s'y prêter , & montre toute la pudeur
qu'elle eût dû faire paroître. Ils couchent
tous les foirs dans la même chambre avec
une fageffe édifiante , dont le Cavalier a
toute la gloire , & la Demoiſelle tout le regret.
Il la laiffe un beau matin pour courir
après Mlle Bafin qu'il adore ; il la trouve
mariée , revient fe confoler auprès de Mlle
Rofen , & parvient enfin à l'aimer par dépit.
Elle bronche de plus belle ; mais il la
quitte une feconde fois pour aller recueillir
une fucceffion . Dans le defoeuvrement
où elle fe trouve , elle fe lie avec une jeune
perfonne appellée Lolote , qui fous un
air honnête l'engage dans une partie qui
ne l'étoit pas. Elle dément dans cette occafion
fon éducation & fon caractere ; elle
a fait des faux pas au couvent , où tout
doit en garantir , & dans une promenade
arrangée pour en faire , elle marche droit
contre toute apparence. Elle a heureufement
à faire à M. Meffin , Financier , auffi
diftingué par fes fentimens que par fes richelles
; car dans nos Romans nouveaux
on n'en voit plus que de ceux-là . Ce galant
homme édifié de la réfiftance , fe prend
Ev
T06 MERCURE DE FRANCE.
pour elle d'une tendre eftime , & la conble
de bienfaits fans en exiger de falaire .
Turreville , fon neveu , en devient auſſi
amoureux ; mais quoiqu'elle le trouve aimable
, elle fe dérobe à fes pourfuites , &
fe rend à Paris où elle cherche inutilement
Duréal , dont le fouvenir lui eft toujours
cher.
Dans cette circonftance Riza-beg , Ambaffadeur
de Perfe , arrive à Paris , voit
Mlle Rofen , l'adore , & lui donne le mouchoir.
C'eft ici où l'hiftoire eft adroitement
fondue dans le Roman. Notre héroïne enchaîne
fi bien Riza- beg à fon char qu'il
l'époufe fecrettement , & répare par ce
noeud fingulier le faux pas qu'elle a fait
en fa faveur. Mme Riza-beg part avec fon
mari , accouche à Dantzick d'un gros Perfan
, & rencontre une bande de voleurs
qui l'enlevent avec le bagage , & laiffent
Riza- beg dépouillé , maître du champ de
bataille avec l'enfant & la nourrice. Prête
à faire avec fes raviffeurs , qui fe la difputent
, le plus terrible faux pas qu'elle eût
fait en fa vie , elle eft arrêtée avec eux.
Ils font exécutés ; elle obtient fa liberté ,
& la Juftice de Brandebourg , qui devroit
fervir de modele à toutes les autres , lui
reftitue tous les effets que ces fcélerats .
avoient volés à Riza-beg fon mari . La fille
JUIN . 1755. 107
du Geolier vient la joindre dans le vaiffeau
qui doit la porter en Afie , & la prie de
vouloir bien l'y faire recevoir avec un
jeune homme dont elle a rompu les fers.
Il fe trouve que c'eft Duréal lui - même ,
ils fe reconnoiffent ; & après s'être juftifiés
l'un & l'autre , leur flamme fe rallume ; la
fille du Geolier defefpérée de s'être jettée
dans les bras de fa rivale , fe précipite
dans la mer. Duréal frappé de cette mort
tragique difparoît à la premiere occafion
& quitte fa maîtreffe pour la troifieme fois .
Celle-ci retrouve fon fils , qui la confole
de cette perte ; mais elle apprend en même
tems qu'elle eft veuve , & que Rizabeg
a été étranglé par ordre du Sophi . Elle
revient fur fes pas , & s'arrête à Drefde
où elle fait la conquête du Prince de ....
Elle trouve fon pere dans cet amant , qui
la reconnoît pour fa fille , la fait légitimer,
& obtient pour elle de la Cour de Vienne
le titre de Baronne ; il lui permet de retourner
en France . Elle retrouve Duréal à
deux lieues de Strafbourg , & s'écrie avec
raifon en le voyant : eh ! d'où fortez- vous ?
on ne trouve que vous dans les chemins,
Pour fe juftifier , il lui conte fon hiftoire
que je fupprime ; ils fe pardonnent mutuellement
leurs écarts : elle donne la main à
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Duréal , & l'hymen pour le coup termine
tous fes faux pas.
Ce Roman eft de M. Rouffeau de Touloufe
; il eft écrit vivement : la premiere
partie fur-tout fe fait lire avec plaifir ; il y
a du ftyle , des portraits , des faillies . Comme
il a du feu & un talent facile , je lui
confeille de les employer à traiter le Roman
dans l'intérêt , & de l'affervir toujours
aux régles de la décence . Nos Romanciens
qu'il a trop fuivi , ont dénaturé le
genre ; la meilleure de leurs productions
eft plutôt un recueil de réflexions détachées
qu'un récit d'aventures fuivies.
Comme les incidens ne font que le prétexte
, on y trouve plus d'efprit que de
conduite , plus de coloris que de deffein ,
plus de détails que d'enſemble , & plus de
propos que d'action . Pour comble de maladreffe
le fond en est toujours libre fans.
être amuſant ; il ennuie aux dépens des
moeurs , & le vice y paroît auffi froid que
la vertu.
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Résumé : « LES FAUX PAS, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne *** [...] »
Le roman 'Les Faux Pas, ou les Mémoires vrais ou vraisemblables de la Baronne ***' relate l'histoire de l'héroïne, la Baronne ou la Rosen, née d'une relation illégitime entre sa mère et un petit souverain d'Allemagne. Son éducation est marquée par plusieurs erreurs, notamment son placement dans un couvent où la supérieure l'incite à mal se comporter. Enlevée du couvent par méprise, elle est ensuite abandonnée par Duréal, son ravisseur, qui la laisse pour une autre femme. Après diverses aventures, elle rencontre M. Meffin, un financier, qui l'aime malgré ses résistances. Elle refuse ensuite les avances de Turreville, le neveu de Meffin, et part à Paris chercher Duréal. À Paris, elle rencontre Riza-beg, ambassadeur de Perse, qu'elle épouse secrètement. Enlevée par des voleurs, elle est libérée et retrouve Duréal, qui l'abandonne à nouveau après une tragédie. Elle découvre alors qu'elle est veuve et retrouve son père, qui la légitime et lui permet de revenir en France. Elle retrouve finalement Duréal, et ils se marient, mettant fin à ses nombreux faux pas. Le roman est écrit par M. Rouffeau de Touloufe et est apprécié pour son style et ses portraits, bien que l'auteur conseille de respecter davantage les règles de la décence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 108-116
« MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...] »
Début :
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...]
Mots clefs :
Médecine, Médecine expérimentale, Maladies, Causes, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...] »
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE,
ou Réſultat de nouvelles obfervations - pratiques
& anatomiques , premiere partie.
A Paris , chez Duchefne , Libraire , rue
S. Jacques , au Temple du Goût. 1755.
Cet ouvrage n'eft pas moins intéreffant
JUIN. 1755. 109
par la forme que par le fond. L'auteur a
dépouillé la Médecine de ces termes barbares
, qui effraient autant un lecteur que
les maladies qu'ils expriment 5 il la fait
parler un langage clair & précis, qui la met
à la portée de tout le monde . On lit fon
premier volume comme un ouvrage de
pur agrément. Ce que je trouve de plus
eftimable dans cet Ecrivain , c'est qu'on
voit qu'il n'a voulu rendre fon livre élégant
que pour le rendre plus utile , &
qu'un zéle éclairé l'a produit d'après les
obfervations pour le bien de l'humanité :
c'eft dans ce fens qu'il eft beau d'être
philantrope. Travailler à prolonger la vie
des hommes , ou à la rendre moins douloureuſe
, voilà la vraie philofophie réduire
en pratique . Hypocrate à mes yeux mérite
mieux le nom de fage que Bias ou
Thalés . M. T ...... eft d'autant plus digne
de ce titre , qu'il exerce la fcience
de guérir les hommes fans intérêt ; le
feul qui l'anime eft la perfection de l'art
relativement à leur bien -être. Son traité
eft divifé en trois parties. Dans la premiere
qui paroît , il offre fes réflexions
fur les befoins de la Médecine , fur le danger
des fyftêmes , & fur la néceffité de l'obfervation
; il montre en même tems la
route particuliere qu'il a fuivie pour ob110
MERCURE DE FRANCE.
ferver , & donne enfuite le précis de quel-,
ques confidérations fur les maladies en
général , fur les maladies aiguës , fur les
maladies chroniques , fur l'air & fur les
alimens.
L'auteur prouve les befoins de l'art par
l'état actuel des hommes , quant à leur
multiplication & à leur conftitution . 1 ° .
C'eſt un fait conftaté , dit l'auteur , que
dans les deux premieres années de la vie
le tiers de l'humanité eft moiffonné , & il
paroît que cette proportion n'a pas toujours
eu lieu fi l'on a égard aux caufes qui
fomentent actuellement cette perte prématurée.
2 ° . L'abus qu'on fait des denrées
qu'on tire des Indes depuis leur découverte,
& l'excès qu'on fait des liqueurs fpiritueu
fes depuis l'introduction de l'eau-de - vie ,
font périr un vingt-huitieme des hommes.
3°. Les progrès lents ou rapides de ce mal ,
aujourd'hui fi répandu que la plus honnête,
femme n'en eft pas à l'abri , & qui n'eft connu
parmi nous que depuis deux cens foixante
ans environ, autorifent à croire qu'au
moins un autre vingt-huitieme des hommes
périt par ce poifon. 4°. L'apprêt pernicieux
des alimens qu'il dénature , l'irrégularité
des faifons & celle des moeurs , font un
nouveau ravage. Comme on fe livre avant
le tems au plaifir , on eft vieillard de
JUIN. 1755. 111
">
bonne heure , & la mort eft précoce .
» Les maladies , dit éloquemment M.
» T ... fe multiplient , & fe reproduifent
» à vue d'oeil. Celles qui étoient ou paf-
» foient pour fimples , deviennent fouvent
compliquées ; elles ne vont plus le front
» levé comme autrefois , elles empruntent
>> le mafque , elles jouent le Prothée , elles
» nous donnent le change , elles nous éga-
» rent ; les fymptômes en font plus fourds,
& par là plus aggravans : ainfi les hommes
» déja affoiblis par l'organiſation , font
» encore minés dans l'état de fanté même
» par les caufes qui peuvent fomenter cette
foibleffe , c'eft- à- dire que l'attaque, eft
» devenue beaucoup plus violente , & la dé-
» fenfe beaucoup plus difficile. ... Un coup
» de vent , ajoûte- t - il , abbat quelquefois
» tout-à- coup une partie des fruirs d'un
» verger , c'eft le fléau qui moiffonne. Une
» année humide & pluvieufe en fait tom-
» ber
peu-à -peu encore un plus grand nom-
» bre avant leur maturité , c'eſt le dépé-
» riffement en détail. Telle eſt malheureufement
notre pofition préſente vis- à- vis
» des fiécles reculés.
C'est-à-dire qu'il meurt aujourd'hui plus
d'hommes par ces maux compliqués & fecrets
qui minent leurs jours , qu'il n'en mouroit
autrefois par la guerre alors plus meur112
MERCURE DE FRANCE.
triere , & par la pefte plus fréquente & plus
générale , qui moiffonnoient prefque tout
d'un coup des provinces entieres . M. T ....
prouve par là la néceffité d'avoir recours à
une fûre méthode , pour obvier autant qu'il
dépend de nous au danger de tant de maladies
qui étoient inconnues à nos peres. Y
peut- on parvenir par les fyftêmes ? il fait
voir qu'ils font la plus mauvaiſe voie .
·
» On ne trouve , dit-il , dans nos fyftê-
»mes que des notions flottantes , des in-
» certitudes continuelles , la théorie allant
>> fouvent d'un côté , & la pratique de
» l'autre .... Ouvrez les faftes littéraires
» de l'art , lifez l'hiftoire de la Médecine
» de le Clerc , de Fieund , de Schultz , &c.
» ou pour mieux dire , contentez - vous de
» lire l'hiſtoire des opinions des Philofo-
>> phes , vous y trouverez en même tems
» celle des opinions des Médecins . Combien
de fois n'ont-ils pas adopté comme
principes facrés de l'art tout ce qu'il a
plû à l'imagination échauffée d'un philofophe
d'ériger en fyftême ? ... Que cet
affemblage fait un coup d'oeil humiliant
» pour l'efprit & pour la raifon ! il s'agit
» pourtant de la chofe la plus effentielle &
la plus intéreffante pour les hommes , il
» s'agit de leur confervation .
2
»
"
On ne peut trouver dans les principes
JUIN. 1755. 113
gratuits de théorie des fecours proportionnés
aux dégrés des maux qui les exigent
, ce n'eft que dans l'obfervation fcrupuleufe
des phénomenes fucceffifs des maladies
: dans l'analogie pratique , entre les
fymptômes qui s'offrent , & ceux qui ont
frappé ailleurs ; ce qui fert à établir la néceffité
de cette même obfervation.
:
2
Elle a été le berceau & l'école de la Médecine
; ce n'eft que depuis qu'on s'eft remis
à obferver qu'on a vu l'art s'élever au
point où il est aujourd'hui. Les premiers
Médecins affidus au lit des malades , ne le
quittoient que pour mettre par écrit l'hif
toire des phénomenes , du cours , de l'heureux
& funefte événement des maladies ,
de l'application des remedes & de leurs.
effets interprêtes de la nature , la vérité
s'exprimoit par leur bouche ; ce n'eft plus
qu'aux dépens de cette même vérité qu'ils
n'ont plus été imités . Si l'on s'étoit tenu
au plan fage que nous avoient tracé Hyppocrate
, Galien , &c. nous n'aurions plus
de
regrets fur le paffé , plus de plaintes fur
le préfent , moins de fouhaits à former ſur
l'avenir ce font les expreffions de l'Auteur
, que je copie toujours exactement ,
perfuadé qu'on ne peut pas mieux dire .
Il s'eft preferit pour régles , 1 °. de ne point
répéter ce qui a été dit par d'autres . 2 ° .
114 MERCURE DE FRANCE.
De ne point affigner des principes gra
tuits , dont on veuille enfuite tirer des
conféquences arbitraires . 3 ° . De ne point
confondre les caufes avec leurs effets. 4°.
De n'avancer aucun fait qu'à l'appui d'une
expérience immuable. 5. D'avoir attention
qu'en produifant quelque chofe de
nouveau , tous les phénomenes quelconques
puiffent reffortir aux caufes & aux
raifons données , & réciproquement .
Quelle opinion ne doit - on pas avoir
d'un livre affervi à des loix fifages ! Quelle
eftime & quelle confiance ne doit pas inf
pirer l'auteur qui porte la bonne foi juf
qu'à faire ce rare & modefte aven ! La
plupart des obfervateurs , dit - il , ne s'annoncent
que par leurs fuccès , & moi je n'ai
prefque que des regrets à former fur la perte
de ceux qui ont donné lieu à ces obfervations ;
mais en perdant les uns j'ai appris à fauver
les autres , & je réferve la méthode & le détail
de mes cures pour un autre ouvrage.
Les bornes d'un extrait ne me permettent
pas de m'étendre fur le refte de cette premiere
partie je renvoie le lecteur à l'ouvrage
même, qui mérite fi bien d'être acheté
& d'être lû. Les deux autres parties qui
n'ont pas encore vû le jour , font un recueil
des obfervations fondées la plupart
fur les découvertes qui y ont donné lieu .
JUIN. 1755. 115
NOUVEAUX GLOBES céleftes &
terreftres , de neuf pouces de diametre ;
par M. Robert de Vaugondy , Géographe
ordinaire du Roi.
Ces globes font la réduction des grands
que l'auteur a faits il y a trois ans , par
ordre du Roi ; ils font deftinés principalement
pour l'inftruction de la jeuneffe . Le
célefte fur-tout eft compofé de façon à
pouvoir faire connoître avec une grande
Facilité les étoiles , par le fecours d'aligne
mens qui joignent les étoiles les unes aux
autres , & qui forment dans les conftellations
des triangles & des quadrilateres ,
figures très - connues & bien plus réelles
que celles d'hommes & d'animaux que les
anciens & les modernes ont imaginées. Il
ne s'agit que d'orienter & de difpofer le
globe pour un jour & une heure propofée ,
pour avoir par ce globe l'état actuel du
ciel ; pour lors en confidérant ce globe , &
rapportant au ciel ces figures de triangles
& de quadrilateres , l'on vient aifément à
connoître la grandeur & la pofition de ces
étoiles. Un Seigneur , autant recommendable
par fes lumieres que par fon illuftre
naillance , a bien voulu communiquer
cette idée nouvelle à l'auteur , qui l'a exécutée
, en faisant imprimer le globe célefte
en deux couleurs ; fçavoir , en noir
116 MERCURE DE FRANCE.
pour les étoiles & les figures ordinaires des
conftellations , & en rouge pour les alignemens.
L'on ne doute point que le public
n'applaudiffe à une invention fi fimple
& fi avantageufe.
Ces globes , comme ceux de dix - huit
pouces , fe vendent à Paris , chez le fieur
Robert , Géographe ordinaire du Roi , quai
de l'Horloge du Palais , proche le Pont
neuf.
ou Réſultat de nouvelles obfervations - pratiques
& anatomiques , premiere partie.
A Paris , chez Duchefne , Libraire , rue
S. Jacques , au Temple du Goût. 1755.
Cet ouvrage n'eft pas moins intéreffant
JUIN. 1755. 109
par la forme que par le fond. L'auteur a
dépouillé la Médecine de ces termes barbares
, qui effraient autant un lecteur que
les maladies qu'ils expriment 5 il la fait
parler un langage clair & précis, qui la met
à la portée de tout le monde . On lit fon
premier volume comme un ouvrage de
pur agrément. Ce que je trouve de plus
eftimable dans cet Ecrivain , c'est qu'on
voit qu'il n'a voulu rendre fon livre élégant
que pour le rendre plus utile , &
qu'un zéle éclairé l'a produit d'après les
obfervations pour le bien de l'humanité :
c'eft dans ce fens qu'il eft beau d'être
philantrope. Travailler à prolonger la vie
des hommes , ou à la rendre moins douloureuſe
, voilà la vraie philofophie réduire
en pratique . Hypocrate à mes yeux mérite
mieux le nom de fage que Bias ou
Thalés . M. T ...... eft d'autant plus digne
de ce titre , qu'il exerce la fcience
de guérir les hommes fans intérêt ; le
feul qui l'anime eft la perfection de l'art
relativement à leur bien -être. Son traité
eft divifé en trois parties. Dans la premiere
qui paroît , il offre fes réflexions
fur les befoins de la Médecine , fur le danger
des fyftêmes , & fur la néceffité de l'obfervation
; il montre en même tems la
route particuliere qu'il a fuivie pour ob110
MERCURE DE FRANCE.
ferver , & donne enfuite le précis de quel-,
ques confidérations fur les maladies en
général , fur les maladies aiguës , fur les
maladies chroniques , fur l'air & fur les
alimens.
L'auteur prouve les befoins de l'art par
l'état actuel des hommes , quant à leur
multiplication & à leur conftitution . 1 ° .
C'eſt un fait conftaté , dit l'auteur , que
dans les deux premieres années de la vie
le tiers de l'humanité eft moiffonné , & il
paroît que cette proportion n'a pas toujours
eu lieu fi l'on a égard aux caufes qui
fomentent actuellement cette perte prématurée.
2 ° . L'abus qu'on fait des denrées
qu'on tire des Indes depuis leur découverte,
& l'excès qu'on fait des liqueurs fpiritueu
fes depuis l'introduction de l'eau-de - vie ,
font périr un vingt-huitieme des hommes.
3°. Les progrès lents ou rapides de ce mal ,
aujourd'hui fi répandu que la plus honnête,
femme n'en eft pas à l'abri , & qui n'eft connu
parmi nous que depuis deux cens foixante
ans environ, autorifent à croire qu'au
moins un autre vingt-huitieme des hommes
périt par ce poifon. 4°. L'apprêt pernicieux
des alimens qu'il dénature , l'irrégularité
des faifons & celle des moeurs , font un
nouveau ravage. Comme on fe livre avant
le tems au plaifir , on eft vieillard de
JUIN. 1755. 111
">
bonne heure , & la mort eft précoce .
» Les maladies , dit éloquemment M.
» T ... fe multiplient , & fe reproduifent
» à vue d'oeil. Celles qui étoient ou paf-
» foient pour fimples , deviennent fouvent
compliquées ; elles ne vont plus le front
» levé comme autrefois , elles empruntent
>> le mafque , elles jouent le Prothée , elles
» nous donnent le change , elles nous éga-
» rent ; les fymptômes en font plus fourds,
& par là plus aggravans : ainfi les hommes
» déja affoiblis par l'organiſation , font
» encore minés dans l'état de fanté même
» par les caufes qui peuvent fomenter cette
foibleffe , c'eft- à- dire que l'attaque, eft
» devenue beaucoup plus violente , & la dé-
» fenfe beaucoup plus difficile. ... Un coup
» de vent , ajoûte- t - il , abbat quelquefois
» tout-à- coup une partie des fruirs d'un
» verger , c'eft le fléau qui moiffonne. Une
» année humide & pluvieufe en fait tom-
» ber
peu-à -peu encore un plus grand nom-
» bre avant leur maturité , c'eſt le dépé-
» riffement en détail. Telle eſt malheureufement
notre pofition préſente vis- à- vis
» des fiécles reculés.
C'est-à-dire qu'il meurt aujourd'hui plus
d'hommes par ces maux compliqués & fecrets
qui minent leurs jours , qu'il n'en mouroit
autrefois par la guerre alors plus meur112
MERCURE DE FRANCE.
triere , & par la pefte plus fréquente & plus
générale , qui moiffonnoient prefque tout
d'un coup des provinces entieres . M. T ....
prouve par là la néceffité d'avoir recours à
une fûre méthode , pour obvier autant qu'il
dépend de nous au danger de tant de maladies
qui étoient inconnues à nos peres. Y
peut- on parvenir par les fyftêmes ? il fait
voir qu'ils font la plus mauvaiſe voie .
·
» On ne trouve , dit-il , dans nos fyftê-
»mes que des notions flottantes , des in-
» certitudes continuelles , la théorie allant
>> fouvent d'un côté , & la pratique de
» l'autre .... Ouvrez les faftes littéraires
» de l'art , lifez l'hiftoire de la Médecine
» de le Clerc , de Fieund , de Schultz , &c.
» ou pour mieux dire , contentez - vous de
» lire l'hiſtoire des opinions des Philofo-
>> phes , vous y trouverez en même tems
» celle des opinions des Médecins . Combien
de fois n'ont-ils pas adopté comme
principes facrés de l'art tout ce qu'il a
plû à l'imagination échauffée d'un philofophe
d'ériger en fyftême ? ... Que cet
affemblage fait un coup d'oeil humiliant
» pour l'efprit & pour la raifon ! il s'agit
» pourtant de la chofe la plus effentielle &
la plus intéreffante pour les hommes , il
» s'agit de leur confervation .
2
»
"
On ne peut trouver dans les principes
JUIN. 1755. 113
gratuits de théorie des fecours proportionnés
aux dégrés des maux qui les exigent
, ce n'eft que dans l'obfervation fcrupuleufe
des phénomenes fucceffifs des maladies
: dans l'analogie pratique , entre les
fymptômes qui s'offrent , & ceux qui ont
frappé ailleurs ; ce qui fert à établir la néceffité
de cette même obfervation.
:
2
Elle a été le berceau & l'école de la Médecine
; ce n'eft que depuis qu'on s'eft remis
à obferver qu'on a vu l'art s'élever au
point où il est aujourd'hui. Les premiers
Médecins affidus au lit des malades , ne le
quittoient que pour mettre par écrit l'hif
toire des phénomenes , du cours , de l'heureux
& funefte événement des maladies ,
de l'application des remedes & de leurs.
effets interprêtes de la nature , la vérité
s'exprimoit par leur bouche ; ce n'eft plus
qu'aux dépens de cette même vérité qu'ils
n'ont plus été imités . Si l'on s'étoit tenu
au plan fage que nous avoient tracé Hyppocrate
, Galien , &c. nous n'aurions plus
de
regrets fur le paffé , plus de plaintes fur
le préfent , moins de fouhaits à former ſur
l'avenir ce font les expreffions de l'Auteur
, que je copie toujours exactement ,
perfuadé qu'on ne peut pas mieux dire .
Il s'eft preferit pour régles , 1 °. de ne point
répéter ce qui a été dit par d'autres . 2 ° .
114 MERCURE DE FRANCE.
De ne point affigner des principes gra
tuits , dont on veuille enfuite tirer des
conféquences arbitraires . 3 ° . De ne point
confondre les caufes avec leurs effets. 4°.
De n'avancer aucun fait qu'à l'appui d'une
expérience immuable. 5. D'avoir attention
qu'en produifant quelque chofe de
nouveau , tous les phénomenes quelconques
puiffent reffortir aux caufes & aux
raifons données , & réciproquement .
Quelle opinion ne doit - on pas avoir
d'un livre affervi à des loix fifages ! Quelle
eftime & quelle confiance ne doit pas inf
pirer l'auteur qui porte la bonne foi juf
qu'à faire ce rare & modefte aven ! La
plupart des obfervateurs , dit - il , ne s'annoncent
que par leurs fuccès , & moi je n'ai
prefque que des regrets à former fur la perte
de ceux qui ont donné lieu à ces obfervations ;
mais en perdant les uns j'ai appris à fauver
les autres , & je réferve la méthode & le détail
de mes cures pour un autre ouvrage.
Les bornes d'un extrait ne me permettent
pas de m'étendre fur le refte de cette premiere
partie je renvoie le lecteur à l'ouvrage
même, qui mérite fi bien d'être acheté
& d'être lû. Les deux autres parties qui
n'ont pas encore vû le jour , font un recueil
des obfervations fondées la plupart
fur les découvertes qui y ont donné lieu .
JUIN. 1755. 115
NOUVEAUX GLOBES céleftes &
terreftres , de neuf pouces de diametre ;
par M. Robert de Vaugondy , Géographe
ordinaire du Roi.
Ces globes font la réduction des grands
que l'auteur a faits il y a trois ans , par
ordre du Roi ; ils font deftinés principalement
pour l'inftruction de la jeuneffe . Le
célefte fur-tout eft compofé de façon à
pouvoir faire connoître avec une grande
Facilité les étoiles , par le fecours d'aligne
mens qui joignent les étoiles les unes aux
autres , & qui forment dans les conftellations
des triangles & des quadrilateres ,
figures très - connues & bien plus réelles
que celles d'hommes & d'animaux que les
anciens & les modernes ont imaginées. Il
ne s'agit que d'orienter & de difpofer le
globe pour un jour & une heure propofée ,
pour avoir par ce globe l'état actuel du
ciel ; pour lors en confidérant ce globe , &
rapportant au ciel ces figures de triangles
& de quadrilateres , l'on vient aifément à
connoître la grandeur & la pofition de ces
étoiles. Un Seigneur , autant recommendable
par fes lumieres que par fon illuftre
naillance , a bien voulu communiquer
cette idée nouvelle à l'auteur , qui l'a exécutée
, en faisant imprimer le globe célefte
en deux couleurs ; fçavoir , en noir
116 MERCURE DE FRANCE.
pour les étoiles & les figures ordinaires des
conftellations , & en rouge pour les alignemens.
L'on ne doute point que le public
n'applaudiffe à une invention fi fimple
& fi avantageufe.
Ces globes , comme ceux de dix - huit
pouces , fe vendent à Paris , chez le fieur
Robert , Géographe ordinaire du Roi , quai
de l'Horloge du Palais , proche le Pont
neuf.
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Résumé : « MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...] »
L'ouvrage 'Médecine expérimentale', publié en 1755 à Paris par Duchefne, est reconnu pour son style clair et accessible, rendant la médecine compréhensible à un large public. L'auteur, M. T......, ambitionne de rendre la médecine utile et philanthropique, avec pour objectifs de prolonger la vie et de réduire la douleur. Son traité est structuré en trois parties. La première partie traite des besoins de la médecine, des dangers des systèmes médicaux existants et de la nécessité de l'observation. L'auteur met en lumière les besoins de la médecine en se basant sur l'état actuel de l'humanité. Il observe que le tiers des humains meurt dans les deux premières années de vie. De plus, les abus alimentaires et la consommation excessive de liqueurs spirituelles causent la mort d'un vingt-huitième des hommes. Les maladies récentes et les aliments dénaturés contribuent également à une mortalité précoce. Les maladies se multiplient et deviennent plus complexes, rendant leur traitement difficile. L'auteur critique les systèmes médicaux actuels, les jugeant incertains et inefficaces. Il prône une observation scrupuleuse des phénomènes des maladies pour améliorer les soins. L'auteur s'engage à ne pas répéter les travaux des autres, à éviter les principes gratuits, à ne pas confondre causes et effets, et à ne présenter que des faits appuyés par des expériences immuables. Il réserve le détail de ses méthodes et de ses cures pour un autre ouvrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 116-120
« MES LOISIRS. A Paris, chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais ; & [...] »
Début :
MES LOISIRS. A Paris, chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais ; & [...]
Mots clefs :
Philosophie, Réflexions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MES LOISIRS. A Paris, chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais ; & [...] »
MES LOISIRS . A Paris , chez Defaint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais ; &
Vincent , rue S. Severin.
Cet ouvrage eſtimable eſt dédié à M. le
Comte d'Argenfon. M. le Chevalier d'Arc
en eft l'auteur : on peut dire fans flaterie
que fes loifirs font bien employés ; ils font
honneur à fon coeur autant qu'à fon efprit ,
& refpirent la vérité & la décence qu'il a
pris pour épigraphe * . On y lit d'abord une
préface auffi courte que modefte : elle eft
fuivie d'un difcours préliminaire , où l'auteur
dit avec raifon que juger des chofes
fur leurs furfaces , c'eſt en mal juger ; que
pour bien juger , il faut connoître ; qu'on
ne peut bien connoître que par le moyen
* Quid verum atque decens curo & rogo, &
omnis in hocfum. Hor. ep. lib. I. ep. I.
JUIN. 1755. 117
de l'analyfe ; qu'elle eft peut -être plus néceffaire
dans le monde que dans le cabinet
, & qu'elle y eft auffi fouvent employée
par ceux-même qui font le plus effarouchés
du mot. Parmi plufieurs exemples qu'il
cite , je me renfermerai dans un feul ; il
fuffira pour juftifier fon fentiment. Une
jolie femme , dit -il , à fa toilette analyſe
fes traits , cherche les rapports que les ornemens
étrangers peuvent avoir avec fa
figure , & ne fe détermine à placer telle
fleur ou telle mouche qu'après l'examen
le plus fcrupuleux de l'effet qu'elle doit
produire.
Pour moi je n'ai pas cru pouvoir faire
une meilleure analyfe de fon livre que
d'en extraire quelques- unes des réflexions
qui le compofent. Comme elles font détachées
& rangées par ordre alphabétique ,
je n'ai eu que la peine du choix : il eft
vrai que je l'ai trouvé d'autant plus difficile
, que ces réflexions m'ont prefque toutes
parues d'une égale bonté : celles que je
préſente ici au hazard , feront voir que
l'auteur penfe auffi - bien qu'il écrit . Sa
philofophie eft vraie ; elle eft puifée dans
l'ufage du monde , ce n'eft que là qu'il faut
l'étudier , & qu'on peut apprendre à la
mettre en pratique.
» L'accueil que les grands Seigneurs
118 MERCURE DE FRANCE.
» font aux grands hommes , eft un effort
» de l'orgueil , qui cherche à s'élever jufqu'au
mérite en le careffant . "
» Les plaifirs forment des liaiſons ,
» l'ambition produit des intrigues , les
» goûts ou l'intérêt arrangent des fociétés ;
» la vertu feule affortit & refferre les
» noeuds de l'amitié.
"
» Nous cherchons à découvrir le bon-
» heur , comme un Aftronome cherche à
decouvrir une étoile . Imbécilles que nous
» ſommes , baiſſons les yeux ; il eſt à nos
>> pieds , & nous paffons deffus fans daigner
», le regarder.
"
» Le bonheur & le repos réfultent l'un
» de l'autre , & ne font
ainfi dire ,
, pour
qu'une même choſe ; mais il ne faut pas
» confondre le repos avec l'inaction . Le
» répos de l'ame eft dans un mouvement
régulier ,, que rien ne fufpend , que rien
»> ne précipite.
"
L'émulation eft extraite de l'envie ,
» comme certains remedes font extraits de
quelques poifons ; l'utilité de fes effets
nous ferme les yeux fur fon principe.
33
"
» Les efprits ont , pour ainfi dire , leur
temperamment comme les corps , & tout
auffi difficile à connoître ; c'eſt ce qui
» fait que le même raifonnement porte la
» vérité dans celui- ci , l'incertitude dans
J.UIN . 1755. 119
> » celui là , l'erreur dans un autre comme
fait un remede qui agit bien , qui agit
mal , ou n'agit point du tout , felon la
» différence des corps à qui on les donne.
» Le prétendu efprit fort n'eft rien moins
qu'un efprit nerveux ; c'eft une yvreffe
» dont l'afpect de la mort rabat les fumées
alors on fe trouve affoibli de tout :
» ce qu'on avoit montré de forces .
» Ces efprits forts font comme les gens
" yvres , qui veulent toujours faire boire
» les autres.
» La flaterie eſt une mine que creufe le
» vice pour faire écrouler la vertu.
Qui fe livre à des occupations frivo-
» les , devient incapable de grands deffeins.
» Rarement le fiécle de la frivolité eft- il le
» fiécle des grands hommes . » Il est vrai
qu'il ne forme communément que le joli homme
, ou tout au plus l'homme aimable.
" La marche du génie eft comme celle
d'un corps élastique ; le moment où il fe
ralentit touche au moment où il s'arrête.
»Il feroit plus fûr de voir les hommes
tels qu'ils font ; il eft plus agréable de
» les voir tels qu'ils veulent paroître.
" Les gens médiocres copient fervile-
» ment ; les efprits fupérieurs commencent
»par imiter , & finiffent par fervir de mo
» dele.
120 MERCURE DE FRANCE.
» Peut-être qu'un importun s'importu-
» ne lui- même , & qu'il ne cherche quelqu'un
que pour fe “ fuir.
ور
» Il faut être né bien heureufement pour
» être philofophe fans avoir été malheu-
>> redx .
""
Lorfque les larmes font l'expreffion
de la tendreffe , elles font à l'amour ce
» que les pluies font aux fleurs ; elles le
» nourriffent , elles le raniment.
و ر »L'adverfitécommenceparaigrirleca-
» ractere , & finit par le brifer ; elle corri-
» ge l'exceffive vanité de quelques gens ,
» & les ramene , pour ainfi dire , à leur
» place ; mais elle rend quelquefois trop
humbles ceux que la profpérité avoit
» rendu trop vains .
M. le Chevalier d'Arc couronne fes réflexions
par l'apologie du genre
humain.
Son bon efprit lui fait voir les hommes
par leur bon côté ; n'eft-ce pas le plus fage
parti , ou le meilleur fyftême ?
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais ; &
Vincent , rue S. Severin.
Cet ouvrage eſtimable eſt dédié à M. le
Comte d'Argenfon. M. le Chevalier d'Arc
en eft l'auteur : on peut dire fans flaterie
que fes loifirs font bien employés ; ils font
honneur à fon coeur autant qu'à fon efprit ,
& refpirent la vérité & la décence qu'il a
pris pour épigraphe * . On y lit d'abord une
préface auffi courte que modefte : elle eft
fuivie d'un difcours préliminaire , où l'auteur
dit avec raifon que juger des chofes
fur leurs furfaces , c'eſt en mal juger ; que
pour bien juger , il faut connoître ; qu'on
ne peut bien connoître que par le moyen
* Quid verum atque decens curo & rogo, &
omnis in hocfum. Hor. ep. lib. I. ep. I.
JUIN. 1755. 117
de l'analyfe ; qu'elle eft peut -être plus néceffaire
dans le monde que dans le cabinet
, & qu'elle y eft auffi fouvent employée
par ceux-même qui font le plus effarouchés
du mot. Parmi plufieurs exemples qu'il
cite , je me renfermerai dans un feul ; il
fuffira pour juftifier fon fentiment. Une
jolie femme , dit -il , à fa toilette analyſe
fes traits , cherche les rapports que les ornemens
étrangers peuvent avoir avec fa
figure , & ne fe détermine à placer telle
fleur ou telle mouche qu'après l'examen
le plus fcrupuleux de l'effet qu'elle doit
produire.
Pour moi je n'ai pas cru pouvoir faire
une meilleure analyfe de fon livre que
d'en extraire quelques- unes des réflexions
qui le compofent. Comme elles font détachées
& rangées par ordre alphabétique ,
je n'ai eu que la peine du choix : il eft
vrai que je l'ai trouvé d'autant plus difficile
, que ces réflexions m'ont prefque toutes
parues d'une égale bonté : celles que je
préſente ici au hazard , feront voir que
l'auteur penfe auffi - bien qu'il écrit . Sa
philofophie eft vraie ; elle eft puifée dans
l'ufage du monde , ce n'eft que là qu'il faut
l'étudier , & qu'on peut apprendre à la
mettre en pratique.
» L'accueil que les grands Seigneurs
118 MERCURE DE FRANCE.
» font aux grands hommes , eft un effort
» de l'orgueil , qui cherche à s'élever jufqu'au
mérite en le careffant . "
» Les plaifirs forment des liaiſons ,
» l'ambition produit des intrigues , les
» goûts ou l'intérêt arrangent des fociétés ;
» la vertu feule affortit & refferre les
» noeuds de l'amitié.
"
» Nous cherchons à découvrir le bon-
» heur , comme un Aftronome cherche à
decouvrir une étoile . Imbécilles que nous
» ſommes , baiſſons les yeux ; il eſt à nos
>> pieds , & nous paffons deffus fans daigner
», le regarder.
"
» Le bonheur & le repos réfultent l'un
» de l'autre , & ne font
ainfi dire ,
, pour
qu'une même choſe ; mais il ne faut pas
» confondre le repos avec l'inaction . Le
» répos de l'ame eft dans un mouvement
régulier ,, que rien ne fufpend , que rien
»> ne précipite.
"
L'émulation eft extraite de l'envie ,
» comme certains remedes font extraits de
quelques poifons ; l'utilité de fes effets
nous ferme les yeux fur fon principe.
33
"
» Les efprits ont , pour ainfi dire , leur
temperamment comme les corps , & tout
auffi difficile à connoître ; c'eſt ce qui
» fait que le même raifonnement porte la
» vérité dans celui- ci , l'incertitude dans
J.UIN . 1755. 119
> » celui là , l'erreur dans un autre comme
fait un remede qui agit bien , qui agit
mal , ou n'agit point du tout , felon la
» différence des corps à qui on les donne.
» Le prétendu efprit fort n'eft rien moins
qu'un efprit nerveux ; c'eft une yvreffe
» dont l'afpect de la mort rabat les fumées
alors on fe trouve affoibli de tout :
» ce qu'on avoit montré de forces .
» Ces efprits forts font comme les gens
" yvres , qui veulent toujours faire boire
» les autres.
» La flaterie eſt une mine que creufe le
» vice pour faire écrouler la vertu.
Qui fe livre à des occupations frivo-
» les , devient incapable de grands deffeins.
» Rarement le fiécle de la frivolité eft- il le
» fiécle des grands hommes . » Il est vrai
qu'il ne forme communément que le joli homme
, ou tout au plus l'homme aimable.
" La marche du génie eft comme celle
d'un corps élastique ; le moment où il fe
ralentit touche au moment où il s'arrête.
»Il feroit plus fûr de voir les hommes
tels qu'ils font ; il eft plus agréable de
» les voir tels qu'ils veulent paroître.
" Les gens médiocres copient fervile-
» ment ; les efprits fupérieurs commencent
»par imiter , & finiffent par fervir de mo
» dele.
120 MERCURE DE FRANCE.
» Peut-être qu'un importun s'importu-
» ne lui- même , & qu'il ne cherche quelqu'un
que pour fe “ fuir.
ور
» Il faut être né bien heureufement pour
» être philofophe fans avoir été malheu-
>> redx .
""
Lorfque les larmes font l'expreffion
de la tendreffe , elles font à l'amour ce
» que les pluies font aux fleurs ; elles le
» nourriffent , elles le raniment.
و ر »L'adverfitécommenceparaigrirleca-
» ractere , & finit par le brifer ; elle corri-
» ge l'exceffive vanité de quelques gens ,
» & les ramene , pour ainfi dire , à leur
» place ; mais elle rend quelquefois trop
humbles ceux que la profpérité avoit
» rendu trop vains .
M. le Chevalier d'Arc couronne fes réflexions
par l'apologie du genre
humain.
Son bon efprit lui fait voir les hommes
par leur bon côté ; n'eft-ce pas le plus fage
parti , ou le meilleur fyftême ?
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Résumé : « MES LOISIRS. A Paris, chez Desaint & Saillant, rue S. Jean de Beauvais ; & [...] »
L'ouvrage 'Mes loisirs' est publié à Paris par Defaint & Saillant et Vincent, dédié au Comte d'Argenfon et écrit par le Chevalier d'Arc. L'auteur utilise ses loisirs de manière honorable, reflétant vérité et décence. Le livre commence par une préface modeste suivie d'un discours préliminaire où l'auteur affirme que juger les choses superficiellement est erroné. Il insiste sur l'importance de l'analyse pour bien connaître et comprendre, illustrant son propos par divers exemples, comme une femme analysant sa toilette pour choisir les ornements appropriés. Le texte extrait plusieurs réflexions du livre, classées par ordre alphabétique. Parmi elles, on trouve des observations sur les relations sociales, le bonheur, l'émulation, et les esprits forts. L'auteur note que l'accueil des grands seigneurs envers les grands hommes est souvent motivé par l'orgueil. Il distingue les vraies amitiés, fondées sur la vertu, des liaisons basées sur les plaisirs ou l'ambition. Le bonheur est décrit comme accessible mais souvent ignoré. L'émulation est comparée à un remède extrait de poisons, utile malgré son principe douteux. Les esprits forts sont comparés à des ivrognes cherchant à faire boire les autres. La flatterie est vue comme une menace à la vertu, et les occupations frivoles empêchent les grands desseins. Le génie est comparé à un corps élastique, et les gens médiocres copient servilement tandis que les esprits supérieurs innovent. L'adversité corrige la vanité mais peut aussi rendre humble de manière excessive. Le livre se conclut par une apologie du genre humain, vu sous un jour favorable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 120-125
« TOME SECOND du nouveau Traité de Diplomatique in-4o. Par deux Religieux [...] »
Début :
TOME SECOND du nouveau Traité de Diplomatique in-4o. Par deux Religieux [...]
Mots clefs :
Diplômes, Traité de Diplomatique
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texteReconnaissance textuelle : « TOME SECOND du nouveau Traité de Diplomatique in-4o. Par deux Religieux [...] »
TOME SECOND du nouveau Traité
de Diplomatique in- 4 ° . Par deux Religieux
Bénédictins , de la Congrégation de Saint
Maur . A Paris , chez Guillaume Desprez ,
Imprimeur du Roi & du Clergé de France,
1755.
On s'appercevra aifément que les auteurs
ི JUIN. ⠀ 1755 1 121
1 2 1
teurs du nouveau traité de Diplomatique
enchériffent de beaucoup fur les promelles
qu'ils ont faites dans leur Prospectus Le fe->
cond volume qui paroît aujourd'hui , eft:
une: augmentation très intéreffante , fur
laquelle ils n'avoient point prévenu le public
. Le fujet qu'on y traite à fond eſt extraordinaire
& nouveau. Perfonne n'avoit
encore entrepris de fixer la figure , l'âge ,
la nomenclature , la patrie , la defcendanla
fortune & les métamorphofes des
vingt - trois lettres de l'alphabet latin dans
les infcriptions lapidaires & métalliques
les manufcrits & les diplomes de tous les
fiécles. Nul auteur n'avoit pris la peine
de dreffer fur ces anciens monumens des
alphabets généraux de toutes les écritures
Lomaines & nationales qui ont eu cours
chez les Latins pendant près de trois mille
ans. On n'avoit point encore réduit en
fyftême les écritures antiques pour en former
un art lapidaire & métallique , au
moyen duquel on pût déterminer l'âge des
infcriptions , & difcerner les fuppofées des
véritables. Ces objets avec plufieurs autres
également importans , font la matiere de
ce fecond tome. Dans le plan des auteurs
toutes les écritures latines font réduites
à trois claffes , fçavoit , les écritures des
marbres , des bronzes & des autres matie
I. Vol. F
122 : MERCURE DE FRANCE.
で
res dures ; les écritures des manufcrits, des
puis le IV fécle ; & celles des diplomes ,
depuis le V Les deux dernieres claffes ,
avec leurs dépendances & la matiere des
fceaux , feront traitées dans le troifieme
volume. Le grand nombre de planches
qu'il faut arranger fyftematiquement , &
graver , & le travail immenfe qu'exige né
ceffairement l'entreprife , invitent le public
à ne pas s'impatienter. Si on le fait at
tendre , ce n'eft affurément que pour le
mieux fervir. Les quatrieme & cinquieme
volumes fuivront de près le troifieme ; cependant
pour compenfer en quelque fortei
le defagrément des délais , quoiqu'invo
lontaires , l'Imprimeur-Libraire délivre le
fecond tome aux Soufcripteurs fans exiger
la fomme ftipulée en foufcrivant ; il s'en
gage même à leur donner les tomes fuivans
au prix de la foufcription , quoiqu'il
y perde confidérablement , les frais de
l'impreffion , des caracteres extraordinai
res , & des planches étant beaucoup plus
confidérables qu'il n'avoit penfé lorsqu'il
prit des engagemens avec le public.
REFUTATION de deux Ecrits publiés
en faveur de M. de Torrès , fous les noms
de MM. Carboneil & Bertrand , fe difant
Docteurs en Médecine avec une Replique
1
JUIN. 17556 123
aú Sr Mollée , Chymifte. Par M. Dibon ,
Chirurgien ordinaire du Roi dans la Compagnie
des Cent- Suiffes de la Garde de Sa
Majefté. A Paris , chez Delaguette , Im
primeur du College & de l'Académie roya
le de Chirurgie , rue S. Jacques, à l'Olivier,
1755. Brochure in- 4° . de 56 pages .
Nous nous abftiendrons toujours de
prendre part aux différens dont nous ferons
quelquefois obligés de rendre compte 3
pous nous contenterons d'annoncer les
écrits refpectifs foumis à notre rapport ,
fans acception de perfonnes , fans nous
paffionner pour aucun des contendans
quels qu'ils foient, ni marquer la moindre
partialité.
C'eſt par un effet de cette juftice & de
ce defintéreffement que nous annonçons
l'écrit en queftion . Nous l'avons lû , parce
qu'il nous a paru mériter la peine d'être
lu , & qu'il intéreffe trop le public pour
nous être indifférent. On y trouvera , des
faits graves que nous laiffons examiner à
ceux qui s'occupent de ces matieres , &
qui font plus à portée que nous de démêfer
la vérité. Il y en a même de curieux
qu'on ne lira point fans intérêt , ni peutêtre
encore fans fruit ; telle est une cure
auffi furprenante par fa qualité que par
promptitude , d'un particulier de Lyon : co
fa
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
malade après avoir paffé fans fuccès entre
les mains de plufieurs Praticiens habiles
fut jugé par le célèbre M. Fizes , Médecin
de Montpellier , dans le cas de ne pouvoir
être guéri que par un traitement méthodique
qui auroit duré près d'un an , &
dont M. Dibon a réduit le terme à moins
de deux mois. Une preuve de cette force
eft bien décifive ; mais c'eft aux maîtres de
l'art à la conftater , & nous nous en rapportons
à leur jugement , ainfi qu'à celui
du public.
PINOLET, ou l'Aveugle parvenu , ouvrage
annoncé dans le Mercure d'Avril : fe
vend chez Jorry , aux Cicognes , quai des
Auguftins , près le pont S. Michel,
PIECES FUGITIVES extraites des OEuvres
mêlées de M *** ·
Les deux morceaux de profe qui commencent
ces pieces , m'ont paru mériter
l'approbation du public. Le premier , tel
qu'il eft à préfent , & qui a pour titre l'O
rigine des Guebres , offre une hiftoire in
génieufe de Zoroaftre ; il a fur- tout le mé
rite d'être bien écrit.
' L'hiftoire d'Euphranor qui compofe le
fecond morceau , a le double avantage d'e-
'tre courte & intereffante ; les remords qui
accompagnent l'infidélité d'Euphranor ,
les
JAU IN. 1735 723
malheurs qui n'alterent point la vertu de
Barfine , fon époufe , & leur tendre réunion
occafionnée par leur fille unique
dont les charmes égalent la fageffe , forment
un tableau , & font un dénoument
qui attendrit jufqu'aux larmes. Il y a quel
ques jolis vers dans les poëfies diverfes
mais l'Auteur eft mieux appellé à la profe:
je crois qu'il fera fagement de s'y borner...
Le peu d'efpace qui me refte pour cette
partie , m'oblige de remettre au fecond
Mercure de ce mois , les extraits ou les
indications des autres livres nouveaux..
de Diplomatique in- 4 ° . Par deux Religieux
Bénédictins , de la Congrégation de Saint
Maur . A Paris , chez Guillaume Desprez ,
Imprimeur du Roi & du Clergé de France,
1755.
On s'appercevra aifément que les auteurs
ི JUIN. ⠀ 1755 1 121
1 2 1
teurs du nouveau traité de Diplomatique
enchériffent de beaucoup fur les promelles
qu'ils ont faites dans leur Prospectus Le fe->
cond volume qui paroît aujourd'hui , eft:
une: augmentation très intéreffante , fur
laquelle ils n'avoient point prévenu le public
. Le fujet qu'on y traite à fond eſt extraordinaire
& nouveau. Perfonne n'avoit
encore entrepris de fixer la figure , l'âge ,
la nomenclature , la patrie , la defcendanla
fortune & les métamorphofes des
vingt - trois lettres de l'alphabet latin dans
les infcriptions lapidaires & métalliques
les manufcrits & les diplomes de tous les
fiécles. Nul auteur n'avoit pris la peine
de dreffer fur ces anciens monumens des
alphabets généraux de toutes les écritures
Lomaines & nationales qui ont eu cours
chez les Latins pendant près de trois mille
ans. On n'avoit point encore réduit en
fyftême les écritures antiques pour en former
un art lapidaire & métallique , au
moyen duquel on pût déterminer l'âge des
infcriptions , & difcerner les fuppofées des
véritables. Ces objets avec plufieurs autres
également importans , font la matiere de
ce fecond tome. Dans le plan des auteurs
toutes les écritures latines font réduites
à trois claffes , fçavoit , les écritures des
marbres , des bronzes & des autres matie
I. Vol. F
122 : MERCURE DE FRANCE.
で
res dures ; les écritures des manufcrits, des
puis le IV fécle ; & celles des diplomes ,
depuis le V Les deux dernieres claffes ,
avec leurs dépendances & la matiere des
fceaux , feront traitées dans le troifieme
volume. Le grand nombre de planches
qu'il faut arranger fyftematiquement , &
graver , & le travail immenfe qu'exige né
ceffairement l'entreprife , invitent le public
à ne pas s'impatienter. Si on le fait at
tendre , ce n'eft affurément que pour le
mieux fervir. Les quatrieme & cinquieme
volumes fuivront de près le troifieme ; cependant
pour compenfer en quelque fortei
le defagrément des délais , quoiqu'invo
lontaires , l'Imprimeur-Libraire délivre le
fecond tome aux Soufcripteurs fans exiger
la fomme ftipulée en foufcrivant ; il s'en
gage même à leur donner les tomes fuivans
au prix de la foufcription , quoiqu'il
y perde confidérablement , les frais de
l'impreffion , des caracteres extraordinai
res , & des planches étant beaucoup plus
confidérables qu'il n'avoit penfé lorsqu'il
prit des engagemens avec le public.
REFUTATION de deux Ecrits publiés
en faveur de M. de Torrès , fous les noms
de MM. Carboneil & Bertrand , fe difant
Docteurs en Médecine avec une Replique
1
JUIN. 17556 123
aú Sr Mollée , Chymifte. Par M. Dibon ,
Chirurgien ordinaire du Roi dans la Compagnie
des Cent- Suiffes de la Garde de Sa
Majefté. A Paris , chez Delaguette , Im
primeur du College & de l'Académie roya
le de Chirurgie , rue S. Jacques, à l'Olivier,
1755. Brochure in- 4° . de 56 pages .
Nous nous abftiendrons toujours de
prendre part aux différens dont nous ferons
quelquefois obligés de rendre compte 3
pous nous contenterons d'annoncer les
écrits refpectifs foumis à notre rapport ,
fans acception de perfonnes , fans nous
paffionner pour aucun des contendans
quels qu'ils foient, ni marquer la moindre
partialité.
C'eſt par un effet de cette juftice & de
ce defintéreffement que nous annonçons
l'écrit en queftion . Nous l'avons lû , parce
qu'il nous a paru mériter la peine d'être
lu , & qu'il intéreffe trop le public pour
nous être indifférent. On y trouvera , des
faits graves que nous laiffons examiner à
ceux qui s'occupent de ces matieres , &
qui font plus à portée que nous de démêfer
la vérité. Il y en a même de curieux
qu'on ne lira point fans intérêt , ni peutêtre
encore fans fruit ; telle est une cure
auffi furprenante par fa qualité que par
promptitude , d'un particulier de Lyon : co
fa
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
malade après avoir paffé fans fuccès entre
les mains de plufieurs Praticiens habiles
fut jugé par le célèbre M. Fizes , Médecin
de Montpellier , dans le cas de ne pouvoir
être guéri que par un traitement méthodique
qui auroit duré près d'un an , &
dont M. Dibon a réduit le terme à moins
de deux mois. Une preuve de cette force
eft bien décifive ; mais c'eft aux maîtres de
l'art à la conftater , & nous nous en rapportons
à leur jugement , ainfi qu'à celui
du public.
PINOLET, ou l'Aveugle parvenu , ouvrage
annoncé dans le Mercure d'Avril : fe
vend chez Jorry , aux Cicognes , quai des
Auguftins , près le pont S. Michel,
PIECES FUGITIVES extraites des OEuvres
mêlées de M *** ·
Les deux morceaux de profe qui commencent
ces pieces , m'ont paru mériter
l'approbation du public. Le premier , tel
qu'il eft à préfent , & qui a pour titre l'O
rigine des Guebres , offre une hiftoire in
génieufe de Zoroaftre ; il a fur- tout le mé
rite d'être bien écrit.
' L'hiftoire d'Euphranor qui compofe le
fecond morceau , a le double avantage d'e-
'tre courte & intereffante ; les remords qui
accompagnent l'infidélité d'Euphranor ,
les
JAU IN. 1735 723
malheurs qui n'alterent point la vertu de
Barfine , fon époufe , & leur tendre réunion
occafionnée par leur fille unique
dont les charmes égalent la fageffe , forment
un tableau , & font un dénoument
qui attendrit jufqu'aux larmes. Il y a quel
ques jolis vers dans les poëfies diverfes
mais l'Auteur eft mieux appellé à la profe:
je crois qu'il fera fagement de s'y borner...
Le peu d'efpace qui me refte pour cette
partie , m'oblige de remettre au fecond
Mercure de ce mois , les extraits ou les
indications des autres livres nouveaux..
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Résumé : « TOME SECOND du nouveau Traité de Diplomatique in-4o. Par deux Religieux [...] »
Le Tome Second du nouveau Traité de Diplomatique, publié en 1755 par deux religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, présente une augmentation significative par rapport au prospectus initial. Ce volume explore en détail les vingt-trois lettres de l'alphabet latin, en abordant leur figure, âge, nomenclature, patrie, descendance, fortune et métamorphoses dans diverses inscriptions et manuscrits. Les auteurs ont compilé des alphabets généraux des écritures latines et nationales utilisées sur une période de près de trois mille ans. Ils ont également systématisé les écritures antiques pour déterminer l'âge des inscriptions et distinguer les authentiques des falsifiées. Le tome est organisé en trois classes d'écriture : celles des marbres et des bronzes, celles des manuscrits depuis le IVe siècle, et celles des diplômes depuis le Ve siècle. Les deux dernières classes, ainsi que la matière des sceaux, seront traitées dans le troisième volume. La publication des volumes suivants sera retardée en raison du travail nécessaire pour préparer et graver les planches de manière systématique. L'imprimeur-libraire offre le second tome aux souscripteurs sans exiger la somme stipulée et s'engage à livrer les tomes suivants au prix de la souscription, malgré les coûts élevés de l'impression. Par ailleurs, le Mercure de France annonce la publication d'une réfutation de deux écrits en faveur de M. de Torrès, rédigée par M. Dibon, chirurgien du roi. Cette brochure de 56 pages présente des faits graves et curieux, notamment une cure surprenante réalisée par M. Dibon. Le Mercure de France se contente d'annoncer les écrits respectifs sans prendre parti. Enfin, le Mercure mentionne également la vente de l'ouvrage 'Pinolet, ou l'Aveugle parvenu' et des 'Pièces fugitives' extraites des œuvres mêlées de M***, qui contiennent des morceaux de prose et de poésie appréciables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 125-130
SÉANCE PUBLIQUE De l'Académie Françoise.
Début :
M. de Chateaubrun ayant été élu par l'Académie Françoise à la place de M. le [...]
Mots clefs :
Montesquieu, Académie française, Éloge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE PUBLIQUE De l'Académie Françoise.
SÉANCE
PUBLIQUE
De l'Académie Françoife .
M. de Chateaubrun ayant été élû par
l'Académie Françoife à la place de M. le
Préfident de Montefquieu , y vint prendre
féance le lundi 5 Mai 1755. Le difcours
qu'il prononça reçut l'applaudiffement
unanime d'un public choifi , dont les fuffrages
avoient prévenu ceux de la Compagnie.
L'éloge de M. de Montefquieu étoit
réfervé à M. de Chateaubrun . Ce grand
homme pouvoit il rencontrer un meilleur
panégyrifte Il n'appartenoit qu'au vrai
talent de louer le génie. Ce que j'en vais
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
extraire ou tranfcrire , va le prouver.
33
"
» Ah ! Meffieurs , s'écrie M. de Cha
» teaubrun , quel reffouvenir vient me
frapper ! quel paffage rapide de la joie
à la trifteffe ! quelle foible compenfation
j'apporté ici pour foulager votre dou
leur ! quel nom eft prêt de m'échaper !
plus fa gloire vous eft chere , plus je
» m'en trouve accablé. Comment pourrois
»je fuffire à faire l'éloge de M. le Préfident
de Montefquieu ? Il faudroit , f
j'ofe ainfi parler , pouvoir mefurer fon
génie , & atteindre , comme il a fait, juf
» qu'aux extrêmités de l'ame humaine.
"
Dès fa jeuneffe , fon imagination , fi
noble , fi riante , fi féconde , ſe déploie.
Nouvel Amphion , au fon d'une lyre
» qu'Apollon même prend pour la fienne ,
» il éleve un temple enchanteur * ; les
*.
Graces fe hâtent d'en pofer les fonde-
» mens , leurs mains légeres lui préfentent
>> les matériaux de ce charmant édifice
» elles en ordonnent la fymmétrie ; elles
» l'embelliffent de peintures , où elles fe
> repréſentent par- tout , & reçoivent du
fentiment ce coloris immortel , dont le
feul fentiment poffede le fecret.
La fcène change. M. de Montefquieu
paroît dans ces climats , d'où la lumiere
Le Temple de Gnide,
JUIN 1755. $127
s'annonce à toute la nature. Quel est ce
» nouveau gente de correfpondances ? **
mais lui-même les couvre d'un voile &
les cache à mes regards. Je ne les reclame
point , Meffieurs la gloire de Ma de
Montefquieu peut faire des facrifices
fans s'appauvrir.
n
» Il marche à pas de géant dans la carriere
du génie , je le vois aux priſes ,
pout ainfi dire avec les maîtres dut
monde. Idemandes compte aux Ro-
» mains ** de leur aggrandiffement & de
» leur décadence. La fortune aveugle na
point d'autels aux yeux de cet examina-
»teur judicieux & févere. Chaque effet a
fon principe , & il fçait le trouver. al
analyſe les événemens : il décompofe le
»coeur de l'homme , qui n'a rien d'obfcur
pour lui Toutes les nations paffent
→fucceffivement devant lui . Il fe donne
» l'expérience de plufieurs ficcles , & s'ouvre
la route à un autre ouvrage plus admirable
encore. Vous me prévenez ,
Meffieurs , c'eft l'Esprit des Loix.
"
7
D'anciens Législateurs crurent avoir
"pourvu au bonheur de leurs conci-
Les Lettres Perfannes.
** Confidérations fur les caufes de la grandetg
des Romains & de leur décadence.
Fiiij
128
MERCURE DE FRANCE.
toyens & même à celui de tous les hom
mes ; mais leurs loix dans l'exécution
devinrent un nouveau mal. Dracon don-
» na tout à la terreur , & ne fit que
» efclaves. Solon accorda tout à la liberté,
des
& ne produifit que l'anarchie. Lycurgue
ôta tout à la nature , & ne fit que
» malheureux. Les Romains établirent des
des
» loix pour étendre ou pour affurer leurs
» conquêtes , & non pour rendre les
hommes meilleurs. L'ouvrage de M.
de Montefquieu étoit néceffaire à l'hu
manité.
» Il laiffe au defpotifme d'Afie des principes
qu'il ne pourroit détruire fans
bouleverfer une partie de la terre ; mais
il l'environne d'écueils & de précipi
hances. b.diz du in
1
n
pr
C'eft à des
gouvernemens où l'empire
eft légitime , où l'obéiffance eft honorable
, où le bonheur des maîtres & des
fujets eft toujours en proportion de la
fidélité qu'ils apportent à remplir leurs
devoirs refpectifs ; c'eft à ces gouvernemens
que M. de Montefquieu a confacré
fes veilles & fon travail..
» Il a connu tous les mobiles qui déterminent
les hommes au bien & au mal.
Ila mefaré les dégrés de force que les
» paffions peuvent oppofer à l'éducation ,
و د
JUIN 1755 129
à l'honneur , à la vertu . Il a enchaîné les
paffions par les paffions même , quand
elles rompoient l'équilibre. Jamais les
» refforts du monde moral n'ont été com
» binés avec tant de juſteſſe , ni n'ont eu
» de directions fi certaines.
M. de Chateaubrun termine fon difcours
par ce trait qui acheve le portrait
de M. de Montefquieu . » Propre à faire
» les délices de la fociété dans laquelle il
» fe comptoit pour rien , fes vertus étoient
» finceres ; il étoit avec lui-même ce qu'il
»paroiffoit avec les autres. On ne lui a
point connu de défauts ; & ce qui com-
» ble ſon éloge , perfonne n'a defiré de lui
93
» en trouver.
M. l'Abbé d'Olivet , en qualité d'ancien
Directeur , répondit à M. de Chateaubrun ,
& fit fon éloge en ces termes.
» Avant de nous parler pour vous , le
>> public venoit de vous accorder , ne di-
» fons point de ces applaudiffemens qui
» ne font pas refufés quelquefois à un art
» impofteur , mais de ces larmes précieu-
» fes que la nature commande elle feule
» & qui honorent l'humanité . Vous avez
»puifé dans la fource intariffable du beau
» & du pathétique . Vous avez fait voir
» que deux mille ans n'ont rien changé
ni à l'efprit , ni au.coeur de l'homme .
Fav
130 MERCURE DE FRANCE.
כ » Andromaque , Iphigenie , les Troyen
nes , Philoctete , font les meilleurs ou
> vrages qu'on ait fait pour défendre les
anciens contre les modernes.
PUBLIQUE
De l'Académie Françoife .
M. de Chateaubrun ayant été élû par
l'Académie Françoife à la place de M. le
Préfident de Montefquieu , y vint prendre
féance le lundi 5 Mai 1755. Le difcours
qu'il prononça reçut l'applaudiffement
unanime d'un public choifi , dont les fuffrages
avoient prévenu ceux de la Compagnie.
L'éloge de M. de Montefquieu étoit
réfervé à M. de Chateaubrun . Ce grand
homme pouvoit il rencontrer un meilleur
panégyrifte Il n'appartenoit qu'au vrai
talent de louer le génie. Ce que j'en vais
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
extraire ou tranfcrire , va le prouver.
33
"
» Ah ! Meffieurs , s'écrie M. de Cha
» teaubrun , quel reffouvenir vient me
frapper ! quel paffage rapide de la joie
à la trifteffe ! quelle foible compenfation
j'apporté ici pour foulager votre dou
leur ! quel nom eft prêt de m'échaper !
plus fa gloire vous eft chere , plus je
» m'en trouve accablé. Comment pourrois
»je fuffire à faire l'éloge de M. le Préfident
de Montefquieu ? Il faudroit , f
j'ofe ainfi parler , pouvoir mefurer fon
génie , & atteindre , comme il a fait, juf
» qu'aux extrêmités de l'ame humaine.
"
Dès fa jeuneffe , fon imagination , fi
noble , fi riante , fi féconde , ſe déploie.
Nouvel Amphion , au fon d'une lyre
» qu'Apollon même prend pour la fienne ,
» il éleve un temple enchanteur * ; les
*.
Graces fe hâtent d'en pofer les fonde-
» mens , leurs mains légeres lui préfentent
>> les matériaux de ce charmant édifice
» elles en ordonnent la fymmétrie ; elles
» l'embelliffent de peintures , où elles fe
> repréſentent par- tout , & reçoivent du
fentiment ce coloris immortel , dont le
feul fentiment poffede le fecret.
La fcène change. M. de Montefquieu
paroît dans ces climats , d'où la lumiere
Le Temple de Gnide,
JUIN 1755. $127
s'annonce à toute la nature. Quel est ce
» nouveau gente de correfpondances ? **
mais lui-même les couvre d'un voile &
les cache à mes regards. Je ne les reclame
point , Meffieurs la gloire de Ma de
Montefquieu peut faire des facrifices
fans s'appauvrir.
n
» Il marche à pas de géant dans la carriere
du génie , je le vois aux priſes ,
pout ainfi dire avec les maîtres dut
monde. Idemandes compte aux Ro-
» mains ** de leur aggrandiffement & de
» leur décadence. La fortune aveugle na
point d'autels aux yeux de cet examina-
»teur judicieux & févere. Chaque effet a
fon principe , & il fçait le trouver. al
analyſe les événemens : il décompofe le
»coeur de l'homme , qui n'a rien d'obfcur
pour lui Toutes les nations paffent
→fucceffivement devant lui . Il fe donne
» l'expérience de plufieurs ficcles , & s'ouvre
la route à un autre ouvrage plus admirable
encore. Vous me prévenez ,
Meffieurs , c'eft l'Esprit des Loix.
"
7
D'anciens Législateurs crurent avoir
"pourvu au bonheur de leurs conci-
Les Lettres Perfannes.
** Confidérations fur les caufes de la grandetg
des Romains & de leur décadence.
Fiiij
128
MERCURE DE FRANCE.
toyens & même à celui de tous les hom
mes ; mais leurs loix dans l'exécution
devinrent un nouveau mal. Dracon don-
» na tout à la terreur , & ne fit que
» efclaves. Solon accorda tout à la liberté,
des
& ne produifit que l'anarchie. Lycurgue
ôta tout à la nature , & ne fit que
» malheureux. Les Romains établirent des
des
» loix pour étendre ou pour affurer leurs
» conquêtes , & non pour rendre les
hommes meilleurs. L'ouvrage de M.
de Montefquieu étoit néceffaire à l'hu
manité.
» Il laiffe au defpotifme d'Afie des principes
qu'il ne pourroit détruire fans
bouleverfer une partie de la terre ; mais
il l'environne d'écueils & de précipi
hances. b.diz du in
1
n
pr
C'eft à des
gouvernemens où l'empire
eft légitime , où l'obéiffance eft honorable
, où le bonheur des maîtres & des
fujets eft toujours en proportion de la
fidélité qu'ils apportent à remplir leurs
devoirs refpectifs ; c'eft à ces gouvernemens
que M. de Montefquieu a confacré
fes veilles & fon travail..
» Il a connu tous les mobiles qui déterminent
les hommes au bien & au mal.
Ila mefaré les dégrés de force que les
» paffions peuvent oppofer à l'éducation ,
و د
JUIN 1755 129
à l'honneur , à la vertu . Il a enchaîné les
paffions par les paffions même , quand
elles rompoient l'équilibre. Jamais les
» refforts du monde moral n'ont été com
» binés avec tant de juſteſſe , ni n'ont eu
» de directions fi certaines.
M. de Chateaubrun termine fon difcours
par ce trait qui acheve le portrait
de M. de Montefquieu . » Propre à faire
» les délices de la fociété dans laquelle il
» fe comptoit pour rien , fes vertus étoient
» finceres ; il étoit avec lui-même ce qu'il
»paroiffoit avec les autres. On ne lui a
point connu de défauts ; & ce qui com-
» ble ſon éloge , perfonne n'a defiré de lui
93
» en trouver.
M. l'Abbé d'Olivet , en qualité d'ancien
Directeur , répondit à M. de Chateaubrun ,
& fit fon éloge en ces termes.
» Avant de nous parler pour vous , le
>> public venoit de vous accorder , ne di-
» fons point de ces applaudiffemens qui
» ne font pas refufés quelquefois à un art
» impofteur , mais de ces larmes précieu-
» fes que la nature commande elle feule
» & qui honorent l'humanité . Vous avez
»puifé dans la fource intariffable du beau
» & du pathétique . Vous avez fait voir
» que deux mille ans n'ont rien changé
ni à l'efprit , ni au.coeur de l'homme .
Fav
130 MERCURE DE FRANCE.
כ » Andromaque , Iphigenie , les Troyen
nes , Philoctete , font les meilleurs ou
> vrages qu'on ait fait pour défendre les
anciens contre les modernes.
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Résumé : SÉANCE PUBLIQUE De l'Académie Françoise.
Le 5 mai 1755, M. de Chateaubrun fut élu à l'Académie Française pour succéder à M. le Président de Montesquieu. Lors de sa prise de fonction, il prononça un discours qui reçut un accueil unanime. Chateaubrun exprima la difficulté de rendre hommage à Montesquieu, soulignant son génie et son influence. Il décrivit Montesquieu comme un homme doté d'une imagination et d'un talent exceptionnels, capable de créer des œuvres enchanteuses et de correspondre avec les plus grands esprits. Montesquieu avait exploré les causes de la grandeur et de la décadence des nations, analysant les événements et les cœurs humains avec une grande perspicacité. Son œuvre majeure, 'L'Esprit des Lois', critiquait les législations anciennes qui avaient échoué à assurer le bonheur des hommes. Montesquieu avait également mis en lumière les principes des gouvernements légitimes et les mobiles qui déterminent les actions humaines. Chateaubrun conclut son discours en soulignant les vertus sincères de Montesquieu, qui se comportait avec autrui comme avec lui-même, sans défauts apparents. En réponse, l'abbé d'Olivet loua Chateaubrun pour son discours émouvant, comparant ses œuvres aux grands classiques antiques.
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