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p. 252-285
ELOGE DU GRAND CORNEILLE A MONSIEUR L'ABBÉ DES VIVIERS AUMOSNIER du Roy, Chanoine de Constance, Protonotaire du Saint Siege.
Début :
Il seroit difficile que l'Ouvrage qui suit ne vous plust pas, / Je voy bien, Monsieur, que vous m'écrivez, non seulement pour m'apprendre [...]
Mots clefs :
Grand, Corneille, Poète, Gloire, Horace, Roi, Ouvrage, Théâtre, Vieillesse, Pièces, Éclat, Louanges, Sentiments, Divertissements, Beauté, Esprit, Agréable, Mort, Excellence, Déclin, Éloge funèbre, Discours
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texteReconnaissance textuelle : ELOGE DU GRAND CORNEILLE A MONSIEUR L'ABBÉ DES VIVIERS AUMOSNIER du Roy, Chanoine de Constance, Protonotaire du Saint Siege.
isseroitdifficile que fOuvrage qui
fuitne t'eus plaflpàs,puùqu'ilefi de
M. de laFevrtrie
,
&fait à la gloire
du fameux M.deCorneille, àla mort
duquelveuiavez, donnédeslarmes»
ELOGE
DU GRAND CORNEILLE
A MONSIEURL'ABBE
DES VIVIERS AUMOSNIER.
du Roy, Chanoine de Constance,
Protonotaire du Saint
Siege. jE voy bien, Monsieur, que
vous m'écrivez, non feulement
- - pour mapprendre la mort de
l'incomparable Monsieur Corneille,
mais encore pour m'engagerà
faire son Oraison Funèbre,
comme si un Panégyrique de ma
façon
,
pouvoit contribuer quelque
chose à sa mémoire ; mais
enfin il ne tiendra pas à*vous,5c àmoy
,
quetoutle monde no
l'admire, &; que ses Envieux, 6c
ses Ennemis, ne soient contraints
de reconnoistre son mérite.Mélons
donc nos larmes avec celles
du Parnasse, &de tous les beaux
esprits qui pleurent la mort de
cet Illustre, ouplutost mélons
nos voix parmy celles de toute la
France, qui chante si hautement
ses louanges. Que dis-je, toute
la France? Rome & l'Italie. entiere
ne luy refuseront pas à sa
mort, des applaudissemens qu'-
elles luy accorderent pendant sa
vie, lors qu'un grand Pape en fit
les éloges ; car enfin, Monsieur.
qui n'est pas convaincu du prix
& de l'excellence de l'admirable
Corneille?Et ne pouvons-nous
pasdirede luy,ceque Virgilea
ditautrefois de son Héros, ou du
moins de ion Daphnis?
Bine ufqm adfydera moins.
Le plus excellent Critique de
nostre Siecle
,
& qu'on pourroit
justement appeller le Génie de la
Satyre,a reconnu leméritédece
grand Homme. Il a remarqué
des défautsdans les plus celébré-
Aurheursj il a fait la guerre
genéralementà tous nos Poëtes,
& par sa delicatesse
,
& par ion
,discernement
,
il les a presque
tous mis au desespoir. Cependant
il a toûjours excepté de sa
cenfute l'Illustre Mr Corneille,
.& mesme ill'a toujours proposé
comme un grand Maistre de
FAit; digne de leiintnattalité., Zc
- de la donner aux autres. Voicy
comme il en parle au Roy.
Etparmy tant£Autbeurs,jtveux
bien£avouer,
Apollon en connoiifqui te peuvent
-
louer.
oiji,j*efcay quentre ceux qui t'adrèssent
leursveilles,
Parmy les Pelletiers,eonn ccoommpittee des
corneilles.
Et dans sa Poëtique, où il désigne
quatre Poëtes qui doivent
travailler à la gloire&au divertissementdu
Rov. eCornâUe pourtoyrallumantfo»
audace,
Soit encor le Corneille, & du Cid &
£Horace.
I.
Il sembleroit d'abord que M.
Despreaux feroit du sentiment
de ceux dont M. Corneille se
plaint dans cette belle Epistre
qu'il adressa au Roy, il y aquelquesannées.
;
J'affaiblis, ou dumoins ilssi le jermaient.
Et qu'il n'arien faitdepuis Horace
&.. le Çid,deUÉorcede ces
deux Pièces ; mais si l'on y fait
un peu de reflexion,on verra
que M. Boisleau est d'un sentimenttout
contraire. Illuytrouve
encore la mesme vigueur, &
le juge capable plus quejamais de
travailler au divertissement du
plus grand, Roy du monde. Ce
feu estoit encore sous la cendre,
il n'estoit pas encore éteint ,il
n'estoit feulement qu'assoupy, &
on levoyoit avec lemefme éclat
& la mesme ardeurquand il en
estoitbesoin. Estcequ'ilneparoissoit
pas dans Sertorius, dans
Oedipe& dans Rhodogune?Eftce
que ces Ouvrages estoientsans
force & languissans
, &que luy
mesme ait eu raison de dire au
Roy?
1
-
Cefont desmalheureux élouffiZJ AU
Berceau, jqL Jjhtunfiul de tes regards peut tirer
du Tomkedu.
Non, non, M. Corneillea
toujours eu le mesmefeu &Ilde
mcÍme génie que dans Horace
,& dans le Cid. Les regards de
sa Majesté pouvoient, je l'avoue,
donner un nouveau lustreàses
Pieces; mais elles meritoient bien
aussi ses regards favorables ; car
il n'y en a aucune qui manque
de grace& de beauté, ôc il a pû
dire hardiment de ses Ouvrages.
Achevé, les derniers rient rien qttï
dégénéré,
Rienqui lesfajfecroire enfansdut*
autrepere.
Il faut donc avouer que M,
Corneille n'a point vieilly,&n'a
point dégeneré. Cependant
l'Autheur des Nouvelles nouvelles,
ditqu'il a pris un vol 1J
haut, que l'âge l'oblige malgré
luy de descendre. Si cet Autheur
a dit cela en parlant de Sophonisbe,
qu'a-t'il pû dire depuis
Mais enfin si les Pieces du grand
Corneille n'ont pas toutes la mesme
vigueur,&la mesme beauté,,
est-ce une raison de l'acculerde
vieillesse, &de s'écrier foy-meC.
we? • Pour bien écrire encorjay trop long*
tempsécrity1l -'r,.
MUls rides dufient passent jufq$ta*
l'esprit
Les Poëtes ont cela de commun
avec les belles Femmes,
qu'iln'y a rienqu'ils a pprehendent
tant que de vieillir
, ou di*
moins de paroistre vieux; & pour
ce sujet, ils font à leurs écrits,
tout ce que lesautres font à leurs
visages. Il semble que les Mufes
leur ayent inspiré cette inclinanation.
Comme elles font toujours
vierges & belles
,
ils,! voudraient
ettre toujours jeunes&
vigonreux Il n'y a rien qu'ils
ne faisent pour conserver cet
agrément,& cette fleur de jeunesse
quifait tout l'êclat, &tout
le brillant de leurs Ouvrages,
Horaceestoitdece sentiment;il
nesouhaitoit ny les honneurs, ny
les richesses
;
il secontentoitd'une
viefrugale & tranquille. Mais ildemandoit au grand Apollon,
d'estre toujourscet Horace
agréable& charmant, cet Horace
plein d'esprit & de feu, cet
Horace les délices de Mecenas ôc
d'Auguste.
Frui parâtù dr validomt'hi
LatoedûRtsxc?precorintégra
Cllm ment*:ntc turptm fencttam
Degere, ueccythata camtim.
Vous voyezcomme il appréhende
la vieillesse, & qu'il l'appelle
la honte & l'infamie des
Poëtes.UnCommentateurd'Horace
, dit sur ces paroles,Nec turpcm
Sencctam. Non delirentem, vel
inhonoratam ferutttutrn,fed lauda
hiltvt
,
dr jucundam. En effet,
Horace & tous les Poëtes doivent
craindre ces deux choses.
Le bon sens & la faveur ne les accompagnent
pas toujours.L'oserây-
je dire, en vous parlant de
M. Corneille? Les Poëtes ontun
grand panchant à la folie;& le
déclin de leur âge est bien souvent
le déclin de leur fortune. Il
faut donc sacrifieràApollon,pour
obtenir comme Horace cette
vieillesse agréable & glorieuse
toutenfemble.
Mais les voeux de Virgile sontà
mon gré bien plus nobles, &bien
plusgenéreux. Horacenecherche
icy que sa [atisFaébon- particuliere.
Unedemandequeleplaisir
&lajoye;&il craintautant
que sa vieillessene soit privée de laMusique, que de l'honneur &
dela gloire. Il ne demande pas
une longue vie, ny une vieillesse
heureuse pour loüer Auguste, &
Mecenas ; mais feulement pour
vivre long-temps,& pour vivre
agréablement:.Virgile au contraire
ne souhaite de longues années
& d'heureux jours, que
pour loüer dignementPollion,
& pour chanter sa gloire.
Omwitamlonge marnâtpars ultimA
vit*,
Spiritut,&\quantumfat erittua di.
cercfaté.
M.Corneille faitles mêmes fou*
haits,& il est bien plus fasché d'être
vieux, que de ce qu'on croit
qu'il a vieilly.Cependant il confa.
creau Roy ce qui luy reste de vie,
& veut finir comme il a commencé
, en travaillant toujours
à la gloire de son Prince, mais il
veut que le Roy profice du temps,
8c fc haste de luy commander
quelque chose. Car
L'offreriejipasbicngranâe, &le
moindre moment,
Teut dispenser mes voeux de l'accomplissement.
Préviens ce dur moment par des ordres
propices,
Compte tous mes desirs pourautant de
x, Jervices. Et laraisonqui l'obligeà parler
dela sorte, c'est que
Cesilluflresbien-tofiriauront plus
- rienàcraindre,
C'estledernier édat d'un feu prefA
s'éteindre,
Sur le pointd'expirer il ta"cbee--
blouir,
Etnefrappt les yeux queiosrs'éva
nüir.
Ou
Oucommeil aditailleurs:
IJ^uipq7rcujtaiJulcc'oambetrftoeusilanmotr,t Jetteun plus viféclat,& tout£uii
coup séteint. ,,,,",,,,, w
»"* Mais,Monsieur
, ce quifaifoit
sa crainte, n'estoit pas la perte
d'une si belle vie, de cette vie
de l'esprit qui le rendra immortel
àla Posterité, & dont lesderniersmomensont
jetté tant d'éclat
& de lumieres; ill'a toujours
possedée sans interruption & sans
foiblesse, & il pouvoit direaussi
iustementque Malherbe.
Je fuù vaincu du temps,jecede kses
outrages,
Mon cjprii feulementexemptdesi "- rigueur9-' Adequoy témoignerenCes derniers
Ouvrages,
SApremierevigueur.
LuJuiJJànüs faveurs dont Pllrnaf/è
m'honore.
Non loin de mon Berceau commencèrent
leur cours,
Je les pojfedayjeune, & les possede
encore,
AUfin de mes jonrs.
Il n'y -avoit queles foiblesses
du corps ,
qui pouvoient allarmer
Mr Corneille,&luy faire dira
en parlant de Sophocle.
le niraypassiloin, d" si mes quinzeluflres,
Fontencor quelque peineaux Modernesillujlres.
S'il en eft^defâcheuxjujqu'a s'en chagriner,
lenauraypou long-tempsA lesimportuner.
Cependant un peu de j-al-ousie
femblefe mêleràsa viei llesse, &
luy faire regarder la reputatiort
de nos jeunes Poëtes, avecquelque
sorte d'émulation; mais pouvoit-
il estre fâché de voir briller
ses Disciples de l'éclat de ses
rayons, & qu'ils empruntaient
quelques lumieres de cette gloire
qui l'environnoit?N'étoit-il point
assez remply de cette éclatante
renommée qu'il s'était acquise,&
que personne ne luy avoit disputée?
Ilest vray que l'honneur est
quelque chose de plus cher, èc
de plus prétieux que la vie. Il
est vray que la vieillesse est ordinairement
avare, mais quelqu'un
a-t-ilpilléoucritiquéses Ouvrages?
On les fuit, on les imite, en
cela feulement où ils ne font pas
inimitables
; car c'est encoreun
avantage qui luy est particulier.
Il a ouvert la Carriere, mais qui
a pû courre avec luy ? Y at'il encor
quelque chose à remporter
au delà du prix qui luy estoit deu?
Nos Poëtes modernes ont prétendu
feulement envisager le but
qu'il avoit touché, & de quelques
loüanges qu'ils soient dignes
, & quelques récompenses
qu'ils reçoivent de la Posterité,
le grand Corneilleaura toûjours
l'avantage de les avoir devancez
en gloire aussi bien qu'en mérite.
Pour 010Y ,
s'il m'est permis de
dire mon sentiment des Ouvrages
de M[ Corneille,je trouve
que trois choses l'ontmisau det:
fus de tous les Autheurs qui ont
paru en ce genre d'écrire; & ces
trois choses l'ont rendu avec justice
digne de la réputation & de
l'immortalité qu'il s'est acquise.
Personne n'a mieux appliquéce
qu'il a pris des Anciens que luy.
Personne n'a mieux entendu le
Théeatre que luy. Personne enfin
n'a écrit en ce genre,d'unemaniére
plus solide& plus durable.Voila,
Monsieur, de la maniere que je
comprens le grand Corneille,&
cequifaitàmonavis,qu'on luy a
donné tant de loüanges.
Si le Théâtre doit en France
toute sa gloire & tout son appuy
au grand Cardinal de Richelieu,il
doit toute sa beauté, & tous ses
ornemens à l'incomparableCorneille.
Commeavant ceCardinal
Théatre estoit peu de chose, le
avant ce Poëtela Comédieavoit
peu d'estime. Les Pieces de Théatre
n'estoient que de grossieres
ébauchesaussi imparfaites quele
Théâtre mesme. Celuy icy n'avoit
point de Loix
,
celles-là n'avoient
point de Regles ; mais ce
grand Ministre faisant son divertissement
de Li Comédie, la Scene
vit alors le plus grand changement
qui eut jamais paru sur le
Théatre. La pudeurJ'honnesteté
,
la bienséance en chasserent
l'effronterie
,
l'impudence & le
libertinage. Enfin la presence
du Cardinal ne purifia pas seulementle
Théâtre
,
il devinr une
étude aussibienqu'unlieude divertissement.
Mais de tous les
Poëtes qui travaillerent à ce
grand Ouvrage, Mr Corneille
sur celuy qui remplir mieux l'idée
que ce Ministre en avoit
conceuë. En effet qui a porté
plus loin que luy l'excellence &
la majesté du Poëme Dramatique?
Qui en a mieux connu les
régles? Qui a eu plus de lumieres
sur ce sujet? Il a réprimé cette
colereimpétueuse, 8ccet amour
licentieux qui faisoient l'horreur
& la corruption de la Scene. Il
en a modéré toutes les passions,
& a joint l'utile, & l'agréable
dans <;es patrions. Il a suivy les
régles avec exactitude
,
mais il
s'en est détaché avec prudence,
& je ne sçay s'il est plus admirable
,
lors qu'illes fuit, que lors
qu'il s'en éloigne. Lors qu'il les
observe,ilsuit Aristote, Horace
& l'antiquité qui souvent n'est
pas sans défauts,&quis'oppose
presque toûjours à nos moeurs,
Seà nostre temps; mais lors qu'il
s'en écarte
,
c'eil: un grand génie
qui sçait ce qui nous plaist,&ce
qui nous déplaist; & pour lors les
regles qu'il tire de cette connoifs-- sance, bien qu'opposées à celles
d'Aristote,sont pourtant les plus
seures&les plus infaillibles. ,:.7 Quelques-uns jaloux de la
gloire de Mr Corneille, n'ont pû
souffrir qu'il ait porté la connois.
sance du Théâtre
,
plus loin que
la Poëtique d'Arsftore. Ils ont
critiquéses Pieces, & ont voulu
que les regles condamnasssent un desesOuvrages, qui avoitréüssi
sans les regles. On dit mesme
que le grand Cardinal estoit de
la partie; maisles beaux Ouvrages
font non seulement au dessüs
des regles, ils font encore au
dessus de lasuffisance&del'authorité.
En vain contre le Cidm Minijhefi"
ligue,
Tout Paris four cbimenea lesjeux
de Rodrigue.
&AcadémieenCerps a beau le cesurer,
Le Public révoltés'objlineal'admirer.
Le Cid fera donc toujours une
preuve immortelle de l'excellent
génie de Mr Corneille. Mairet,
des Marets, Scudery
,
&tant
d'autresont travaillé comme luy
au Poëme Dramatique
,
mais
qu'ont ilsfait devant ou après le
Cid, qui approche du merite de
cette Piece ? Scudcrv, tour appuyé
qu'il estoit d'Aristote,& du
grand Cardinal qui faisoit la for.
tune& la destinée des Ouvrages
de son temps, n'a jamais pu faire
en faveur de l'AmourTirannique,
ce que le Public a fait pour le
Cid. Mais si l'Illustre Corneille atriomphé en dépit d'Aristote,
quelsavantages n'ail point eus
lors qu'il a suivy cét excellent
Maistre de l'Art Poërique? Qjelles
Pieces approchent de la réhu,
laritéde celles qu'il a travaillées
sur ses Préceptes ? Arminius le
disputera-ila ~Ciuna? toineà Rodogune ? Les Vinonmiresà
Dom Sanche d'Aragon?"
Il faut donc demeurer d'accord
qu'il l'emporte en ce genre sur
tous les Poëtes qui l'ont précedé
, soit qu'il suive Aristote ou
qu'il s'en éloigne
; & comme il
dit quelque part luy mesme;si les
premiers qui ont travaillé pour
le Théâtre
, ont travaillé sans
exemple, n'auronsnous pas le
mesme privilege ? Les regles des
Anciens font bonnes, continuëil,
mais leur methode n'est pas
de nostre Siècle; &. qui s'attacheroit
à ne marcher que sur
leurs pas, feroit sans doute peu
de progrez, & divertiroit mal
sonAuditoire. C'estlàentendre
Aristore, mais c'est mieux entendre
le Théatre qu'Aristote. Il
faut lire les Anciens, il faut les
étudier,il fautconnoistre.
- -- vos exemplaria Groecs.
NoBumbvcrfate wauu ,
verfite
diurnâ.
Mais ilne faut pas toujours les
suivre, il faut s'en éloigner quelquefois.
C'estunArt,il faut le
perfectionner, & pour cela aller
plus loin que les Anciens, si l'on
veut découvrir quelque
-
chose.
Il faut. aller au delà des regles
pour en établir de meilleures.
.Nilintcntatum nostri liquere Poé't£t
Nccminimum mtruere decus, vejligia
Groeca
Aufidefcrere.
Il faut faire de nouvelles découvertes.
Il faut risquer quand
ce feroit à ses périls, comme il l'a
dit luy mesme
,
& c'est ce qu'il a
pratiqué si heureusement
,
qu'il
s'est acquis par là la réputation
du piusgrand MustreduThéâtre
qui ait jamaisesté.
Mais s'il a esté plus loin que
les Anciens
,
il a ponssé les Anciens
plus loin qu'ils ne croyoient
aller. Ilapenetréleurgenie,&
luya donné toute l'étenauë qu'il
pouvoit avoir. Ila rectifié, leurs
moeurs, & leurs sentimens, sans
les rendre semblables aux nôtres.
Il a fait les Anciens meilleurs
sans nous les faite ressembler,
ny parler comme nous, 8c
nous comme|eux. Enfin tous ces
Caractères ont esté plûtost des
Originaux que des Copies. Il a
embelly Rome&Athènes;mais
de Rome & d'Athènes, il n'en a
point fait Paris. Il a toujours distingue
l'Areopage & le Senar,
du Parlement, & du Chastelet;
& si LOÜIS LE GRAND ressembleà
Cesar, il distingue toujours
l'Empereur des François,du Conquerant
des Gaules. Voila pour
ce qui regarde les moeurs, & les
caracteres. Quedirons-nousdes
Piecesde Théatre des Anciens,
qu'il a traitées & donc il a soûtenu
le genie & l'invention? Telles
font OCdlpé, Medée, & les
autres qu'il a tirées des Grecs &
des Latins, dans lesquelles on
peut voir cette belle & délicate
imitation des Anciens. Il donne
un tour à tout ce qu'il prend
d'eux, qu'il accommode à son
genie, mais qui est toujours propre
à leur caractere. Ce n'est
point du Latin en François,encore
moins du François en Latin,
Vous m'entendez
,
Monsieur, il
rend les pcnÍees des Anciens naturelles
en nostre Langue, mais
ces pensées ne font point Françoises,
elles demeurent toujours
Grecques & Romaines. C'estoit
le défaut des Poëtes qui l'avoient
précedé
,
ils parloient toujours
comme les Anciens, & faisoient
toujours parler les Anciens comme
eux;c'est à dire que leurs sentimens
estoient François, & leurs
expressions Latines. Quelleconfusion!
quelle barbarie! Cependant
cette Science pedantesque
faisoit une partie de leur entousiasme.
Ils faisoient gloire des
Galimathias, & croyoient n'être
pas Poëtes, si leurs Ouvrages
ne ressembloient aux Oracles.
Pour moy je vous avoüe que je
reconnois la Poësie divine en
cela, de s'estre tirée d'une pareille
obscurité. !Ær Corneille est
un de ceux quia le plus travaillé
à luy donner cette élegance &
cette pureté, dans laquelle nous
la voyions aujourd'huy. Rien
n'est plus net, rien n'est plusno- -
ble que sa diction. Il a de la facilité,
de la.grâce ; il*le
beau tour ,
&. ce font lesqualitez
deson slilequilerendent à mon
avis si recommandable
, & qui
l'élevent au dessus des autres. Il
a écrit d'une maniere solide &
durable, & propre pour tous
les temps ; d'un stile égal, ny
trop vieux, ny trop nouveau.
Point d'affectation
,
point de
préciosité, s'il m'est permis d'user
de ce mot. Toutes ses expressions
font de mise & de bon aloy
,
& sa
Poësie est aussi chaste pour les
moeurs, que pour le stile, ce qui
rendra sa memoire immortelle,
& fera estimer ses Ouvrages dans
tous les Siecles.
Aprés cela, Monsieur
,
puisje
trouver à redire aux honneurs
qu'il a receus de nostre grand
Monarque
,
& luy refuser un
grain d'encens, lors qu'on luy
donne par toutmille loüanges?
Je souscris hautement à cette
grande réputation
,
& j'approuve
qu'il ait dit au Roy dans son remerciement.
Mais centre ces abtu que j'aurûts de
fiffrages
Situ donnois le tiena mes derniers
Ouvrages!
iz me souviens mesme avec
joye du renouvellement d'estime
qu'il plut à Sa Majesté de luy
marquer il y a quelques années,
& qu'Ellese soit Souvenuëdece
Vers.
Sire, un bon mot de grace an Pere de
la chaise.
On ne sçauroit trop payer le
fli vice des Muses, & sur toutle
travail de M. Corneille.
lefers depuàdix am, mais cefi pat
d'autres bras,
J>)ucje versepour toy dufangdans
noscombats,
lepleureciicoreunFils & trembleray
pour l'autre,
Tant que Mtirstroublera Un repos é*
le fJofJre.
Jamais Virgile ne sur plus à
plaindre,quandil décritles maux
que la Guerreluy avoit faits.
Barbarmhasfeçetes?
Mig jamais aussiVirgilenefut
mieux récompensé d'Auguste,
que Mr Corneille l'a esté de nôtre
Grand Monarque. Ilest certain
que tout ce qu'Alexandre a
fait pour Homere, tout ce qu'-
Augusteafait pour Virgile, tout
qu Henry III. a fait pour des
Portes, n'approche point de l'estime
que le Roy a toujours euë
pourcetexcellent Poëte.
Il en connoissoit le merite, &
son rare discernement rendra
toujours sa glorie solide & durable.
Ainsi il pouvoit dire dans
un autre sens que Virgile.
- - - -- Sedcarminatantum
Ncflra valent,
Mais pour joüir d'uneréputatation
aussi longue & aussi glorieuse
que celle de Sophocle, auquel
il a ressemblé en tant de
choses
,
& jusqu'à son vieil âge,
il a toujours eu en veüe lesActions
éclatantes du Roy,& ena iaiffe
une éternelle image dans tous ses
écrits. Le Théatre en effet, ne
peur mieux estre employé qu'à
representerlesvertus du Prince,
& le Prince ne peut ailleurs recevoir
de plus dignes loüanges.
Sa gloire y paroist sans flaterie.
Il y remarque sa Personne & sa
conduite. Il y voit ce qu'il a fait
& ce qu'il doit faire. Enfin quand
le Poëte est habile, le Poëme
Dramatique est un miroir,où le
Prince se voit, & où les Sujets
voyentlePrince.Quinereconnoift
dans Attila nostre invincible
Monarque
,
fous le nom de
Meroüée? Ce n'est point là Celà..
ou Alexandre, c'est L o ii i s
LE GRAND.Ce n'est pointaussi
Aristophane ou Virgile qui en
ont fait le Portraie, c'est l'incomparable
Corneille qui pouvoir
direen mourant quis caneret
Nympk,is, ou plutost quis canerct
Ktccs ? Car si Appelles seul estoit
digne de peindre Alexandre,Corneille.
seul étoit digne depeindre
Loiiis LEGRAND. C'est ce que
j'ay toujourspensédecetillustre
Poëte, & ce que j'ay crudevoir
vous écrire pour vostre Msraction,
& la mienne. Je fuis, &c.
fuitne t'eus plaflpàs,puùqu'ilefi de
M. de laFevrtrie
,
&fait à la gloire
du fameux M.deCorneille, àla mort
duquelveuiavez, donnédeslarmes»
ELOGE
DU GRAND CORNEILLE
A MONSIEURL'ABBE
DES VIVIERS AUMOSNIER.
du Roy, Chanoine de Constance,
Protonotaire du Saint
Siege. jE voy bien, Monsieur, que
vous m'écrivez, non feulement
- - pour mapprendre la mort de
l'incomparable Monsieur Corneille,
mais encore pour m'engagerà
faire son Oraison Funèbre,
comme si un Panégyrique de ma
façon
,
pouvoit contribuer quelque
chose à sa mémoire ; mais
enfin il ne tiendra pas à*vous,5c àmoy
,
quetoutle monde no
l'admire, &; que ses Envieux, 6c
ses Ennemis, ne soient contraints
de reconnoistre son mérite.Mélons
donc nos larmes avec celles
du Parnasse, &de tous les beaux
esprits qui pleurent la mort de
cet Illustre, ouplutost mélons
nos voix parmy celles de toute la
France, qui chante si hautement
ses louanges. Que dis-je, toute
la France? Rome & l'Italie. entiere
ne luy refuseront pas à sa
mort, des applaudissemens qu'-
elles luy accorderent pendant sa
vie, lors qu'un grand Pape en fit
les éloges ; car enfin, Monsieur.
qui n'est pas convaincu du prix
& de l'excellence de l'admirable
Corneille?Et ne pouvons-nous
pasdirede luy,ceque Virgilea
ditautrefois de son Héros, ou du
moins de ion Daphnis?
Bine ufqm adfydera moins.
Le plus excellent Critique de
nostre Siecle
,
& qu'on pourroit
justement appeller le Génie de la
Satyre,a reconnu leméritédece
grand Homme. Il a remarqué
des défautsdans les plus celébré-
Aurheursj il a fait la guerre
genéralementà tous nos Poëtes,
& par sa delicatesse
,
& par ion
,discernement
,
il les a presque
tous mis au desespoir. Cependant
il a toûjours excepté de sa
cenfute l'Illustre Mr Corneille,
.& mesme ill'a toujours proposé
comme un grand Maistre de
FAit; digne de leiintnattalité., Zc
- de la donner aux autres. Voicy
comme il en parle au Roy.
Etparmy tant£Autbeurs,jtveux
bien£avouer,
Apollon en connoiifqui te peuvent
-
louer.
oiji,j*efcay quentre ceux qui t'adrèssent
leursveilles,
Parmy les Pelletiers,eonn ccoommpittee des
corneilles.
Et dans sa Poëtique, où il désigne
quatre Poëtes qui doivent
travailler à la gloire&au divertissementdu
Rov. eCornâUe pourtoyrallumantfo»
audace,
Soit encor le Corneille, & du Cid &
£Horace.
I.
Il sembleroit d'abord que M.
Despreaux feroit du sentiment
de ceux dont M. Corneille se
plaint dans cette belle Epistre
qu'il adressa au Roy, il y aquelquesannées.
;
J'affaiblis, ou dumoins ilssi le jermaient.
Et qu'il n'arien faitdepuis Horace
&.. le Çid,deUÉorcede ces
deux Pièces ; mais si l'on y fait
un peu de reflexion,on verra
que M. Boisleau est d'un sentimenttout
contraire. Illuytrouve
encore la mesme vigueur, &
le juge capable plus quejamais de
travailler au divertissement du
plus grand, Roy du monde. Ce
feu estoit encore sous la cendre,
il n'estoit pas encore éteint ,il
n'estoit feulement qu'assoupy, &
on levoyoit avec lemefme éclat
& la mesme ardeurquand il en
estoitbesoin. Estcequ'ilneparoissoit
pas dans Sertorius, dans
Oedipe& dans Rhodogune?Eftce
que ces Ouvrages estoientsans
force & languissans
, &que luy
mesme ait eu raison de dire au
Roy?
1
-
Cefont desmalheureux élouffiZJ AU
Berceau, jqL Jjhtunfiul de tes regards peut tirer
du Tomkedu.
Non, non, M. Corneillea
toujours eu le mesmefeu &Ilde
mcÍme génie que dans Horace
,& dans le Cid. Les regards de
sa Majesté pouvoient, je l'avoue,
donner un nouveau lustreàses
Pieces; mais elles meritoient bien
aussi ses regards favorables ; car
il n'y en a aucune qui manque
de grace& de beauté, ôc il a pû
dire hardiment de ses Ouvrages.
Achevé, les derniers rient rien qttï
dégénéré,
Rienqui lesfajfecroire enfansdut*
autrepere.
Il faut donc avouer que M,
Corneille n'a point vieilly,&n'a
point dégeneré. Cependant
l'Autheur des Nouvelles nouvelles,
ditqu'il a pris un vol 1J
haut, que l'âge l'oblige malgré
luy de descendre. Si cet Autheur
a dit cela en parlant de Sophonisbe,
qu'a-t'il pû dire depuis
Mais enfin si les Pieces du grand
Corneille n'ont pas toutes la mesme
vigueur,&la mesme beauté,,
est-ce une raison de l'acculerde
vieillesse, &de s'écrier foy-meC.
we? • Pour bien écrire encorjay trop long*
tempsécrity1l -'r,.
MUls rides dufient passent jufq$ta*
l'esprit
Les Poëtes ont cela de commun
avec les belles Femmes,
qu'iln'y a rienqu'ils a pprehendent
tant que de vieillir
, ou di*
moins de paroistre vieux; & pour
ce sujet, ils font à leurs écrits,
tout ce que lesautres font à leurs
visages. Il semble que les Mufes
leur ayent inspiré cette inclinanation.
Comme elles font toujours
vierges & belles
,
ils,! voudraient
ettre toujours jeunes&
vigonreux Il n'y a rien qu'ils
ne faisent pour conserver cet
agrément,& cette fleur de jeunesse
quifait tout l'êclat, &tout
le brillant de leurs Ouvrages,
Horaceestoitdece sentiment;il
nesouhaitoit ny les honneurs, ny
les richesses
;
il secontentoitd'une
viefrugale & tranquille. Mais ildemandoit au grand Apollon,
d'estre toujourscet Horace
agréable& charmant, cet Horace
plein d'esprit & de feu, cet
Horace les délices de Mecenas ôc
d'Auguste.
Frui parâtù dr validomt'hi
LatoedûRtsxc?precorintégra
Cllm ment*:ntc turptm fencttam
Degere, ueccythata camtim.
Vous voyezcomme il appréhende
la vieillesse, & qu'il l'appelle
la honte & l'infamie des
Poëtes.UnCommentateurd'Horace
, dit sur ces paroles,Nec turpcm
Sencctam. Non delirentem, vel
inhonoratam ferutttutrn,fed lauda
hiltvt
,
dr jucundam. En effet,
Horace & tous les Poëtes doivent
craindre ces deux choses.
Le bon sens & la faveur ne les accompagnent
pas toujours.L'oserây-
je dire, en vous parlant de
M. Corneille? Les Poëtes ontun
grand panchant à la folie;& le
déclin de leur âge est bien souvent
le déclin de leur fortune. Il
faut donc sacrifieràApollon,pour
obtenir comme Horace cette
vieillesse agréable & glorieuse
toutenfemble.
Mais les voeux de Virgile sontà
mon gré bien plus nobles, &bien
plusgenéreux. Horacenecherche
icy que sa [atisFaébon- particuliere.
Unedemandequeleplaisir
&lajoye;&il craintautant
que sa vieillessene soit privée de laMusique, que de l'honneur &
dela gloire. Il ne demande pas
une longue vie, ny une vieillesse
heureuse pour loüer Auguste, &
Mecenas ; mais feulement pour
vivre long-temps,& pour vivre
agréablement:.Virgile au contraire
ne souhaite de longues années
& d'heureux jours, que
pour loüer dignementPollion,
& pour chanter sa gloire.
Omwitamlonge marnâtpars ultimA
vit*,
Spiritut,&\quantumfat erittua di.
cercfaté.
M.Corneille faitles mêmes fou*
haits,& il est bien plus fasché d'être
vieux, que de ce qu'on croit
qu'il a vieilly.Cependant il confa.
creau Roy ce qui luy reste de vie,
& veut finir comme il a commencé
, en travaillant toujours
à la gloire de son Prince, mais il
veut que le Roy profice du temps,
8c fc haste de luy commander
quelque chose. Car
L'offreriejipasbicngranâe, &le
moindre moment,
Teut dispenser mes voeux de l'accomplissement.
Préviens ce dur moment par des ordres
propices,
Compte tous mes desirs pourautant de
x, Jervices. Et laraisonqui l'obligeà parler
dela sorte, c'est que
Cesilluflresbien-tofiriauront plus
- rienàcraindre,
C'estledernier édat d'un feu prefA
s'éteindre,
Sur le pointd'expirer il ta"cbee--
blouir,
Etnefrappt les yeux queiosrs'éva
nüir.
Ou
Oucommeil aditailleurs:
IJ^uipq7rcujtaiJulcc'oambetrftoeusilanmotr,t Jetteun plus viféclat,& tout£uii
coup séteint. ,,,,",,,,, w
»"* Mais,Monsieur
, ce quifaifoit
sa crainte, n'estoit pas la perte
d'une si belle vie, de cette vie
de l'esprit qui le rendra immortel
àla Posterité, & dont lesderniersmomensont
jetté tant d'éclat
& de lumieres; ill'a toujours
possedée sans interruption & sans
foiblesse, & il pouvoit direaussi
iustementque Malherbe.
Je fuù vaincu du temps,jecede kses
outrages,
Mon cjprii feulementexemptdesi "- rigueur9-' Adequoy témoignerenCes derniers
Ouvrages,
SApremierevigueur.
LuJuiJJànüs faveurs dont Pllrnaf/è
m'honore.
Non loin de mon Berceau commencèrent
leur cours,
Je les pojfedayjeune, & les possede
encore,
AUfin de mes jonrs.
Il n'y -avoit queles foiblesses
du corps ,
qui pouvoient allarmer
Mr Corneille,&luy faire dira
en parlant de Sophocle.
le niraypassiloin, d" si mes quinzeluflres,
Fontencor quelque peineaux Modernesillujlres.
S'il en eft^defâcheuxjujqu'a s'en chagriner,
lenauraypou long-tempsA lesimportuner.
Cependant un peu de j-al-ousie
femblefe mêleràsa viei llesse, &
luy faire regarder la reputatiort
de nos jeunes Poëtes, avecquelque
sorte d'émulation; mais pouvoit-
il estre fâché de voir briller
ses Disciples de l'éclat de ses
rayons, & qu'ils empruntaient
quelques lumieres de cette gloire
qui l'environnoit?N'étoit-il point
assez remply de cette éclatante
renommée qu'il s'était acquise,&
que personne ne luy avoit disputée?
Ilest vray que l'honneur est
quelque chose de plus cher, èc
de plus prétieux que la vie. Il
est vray que la vieillesse est ordinairement
avare, mais quelqu'un
a-t-ilpilléoucritiquéses Ouvrages?
On les fuit, on les imite, en
cela feulement où ils ne font pas
inimitables
; car c'est encoreun
avantage qui luy est particulier.
Il a ouvert la Carriere, mais qui
a pû courre avec luy ? Y at'il encor
quelque chose à remporter
au delà du prix qui luy estoit deu?
Nos Poëtes modernes ont prétendu
feulement envisager le but
qu'il avoit touché, & de quelques
loüanges qu'ils soient dignes
, & quelques récompenses
qu'ils reçoivent de la Posterité,
le grand Corneilleaura toûjours
l'avantage de les avoir devancez
en gloire aussi bien qu'en mérite.
Pour 010Y ,
s'il m'est permis de
dire mon sentiment des Ouvrages
de M[ Corneille,je trouve
que trois choses l'ontmisau det:
fus de tous les Autheurs qui ont
paru en ce genre d'écrire; & ces
trois choses l'ont rendu avec justice
digne de la réputation & de
l'immortalité qu'il s'est acquise.
Personne n'a mieux appliquéce
qu'il a pris des Anciens que luy.
Personne n'a mieux entendu le
Théeatre que luy. Personne enfin
n'a écrit en ce genre,d'unemaniére
plus solide& plus durable.Voila,
Monsieur, de la maniere que je
comprens le grand Corneille,&
cequifaitàmonavis,qu'on luy a
donné tant de loüanges.
Si le Théâtre doit en France
toute sa gloire & tout son appuy
au grand Cardinal de Richelieu,il
doit toute sa beauté, & tous ses
ornemens à l'incomparableCorneille.
Commeavant ceCardinal
Théatre estoit peu de chose, le
avant ce Poëtela Comédieavoit
peu d'estime. Les Pieces de Théatre
n'estoient que de grossieres
ébauchesaussi imparfaites quele
Théâtre mesme. Celuy icy n'avoit
point de Loix
,
celles-là n'avoient
point de Regles ; mais ce
grand Ministre faisant son divertissement
de Li Comédie, la Scene
vit alors le plus grand changement
qui eut jamais paru sur le
Théatre. La pudeurJ'honnesteté
,
la bienséance en chasserent
l'effronterie
,
l'impudence & le
libertinage. Enfin la presence
du Cardinal ne purifia pas seulementle
Théâtre
,
il devinr une
étude aussibienqu'unlieude divertissement.
Mais de tous les
Poëtes qui travaillerent à ce
grand Ouvrage, Mr Corneille
sur celuy qui remplir mieux l'idée
que ce Ministre en avoit
conceuë. En effet qui a porté
plus loin que luy l'excellence &
la majesté du Poëme Dramatique?
Qui en a mieux connu les
régles? Qui a eu plus de lumieres
sur ce sujet? Il a réprimé cette
colereimpétueuse, 8ccet amour
licentieux qui faisoient l'horreur
& la corruption de la Scene. Il
en a modéré toutes les passions,
& a joint l'utile, & l'agréable
dans <;es patrions. Il a suivy les
régles avec exactitude
,
mais il
s'en est détaché avec prudence,
& je ne sçay s'il est plus admirable
,
lors qu'illes fuit, que lors
qu'il s'en éloigne. Lors qu'il les
observe,ilsuit Aristote, Horace
& l'antiquité qui souvent n'est
pas sans défauts,&quis'oppose
presque toûjours à nos moeurs,
Seà nostre temps; mais lors qu'il
s'en écarte
,
c'eil: un grand génie
qui sçait ce qui nous plaist,&ce
qui nous déplaist; & pour lors les
regles qu'il tire de cette connoifs-- sance, bien qu'opposées à celles
d'Aristote,sont pourtant les plus
seures&les plus infaillibles. ,:.7 Quelques-uns jaloux de la
gloire de Mr Corneille, n'ont pû
souffrir qu'il ait porté la connois.
sance du Théâtre
,
plus loin que
la Poëtique d'Arsftore. Ils ont
critiquéses Pieces, & ont voulu
que les regles condamnasssent un desesOuvrages, qui avoitréüssi
sans les regles. On dit mesme
que le grand Cardinal estoit de
la partie; maisles beaux Ouvrages
font non seulement au dessüs
des regles, ils font encore au
dessus de lasuffisance&del'authorité.
En vain contre le Cidm Minijhefi"
ligue,
Tout Paris four cbimenea lesjeux
de Rodrigue.
&AcadémieenCerps a beau le cesurer,
Le Public révoltés'objlineal'admirer.
Le Cid fera donc toujours une
preuve immortelle de l'excellent
génie de Mr Corneille. Mairet,
des Marets, Scudery
,
&tant
d'autresont travaillé comme luy
au Poëme Dramatique
,
mais
qu'ont ilsfait devant ou après le
Cid, qui approche du merite de
cette Piece ? Scudcrv, tour appuyé
qu'il estoit d'Aristote,& du
grand Cardinal qui faisoit la for.
tune& la destinée des Ouvrages
de son temps, n'a jamais pu faire
en faveur de l'AmourTirannique,
ce que le Public a fait pour le
Cid. Mais si l'Illustre Corneille atriomphé en dépit d'Aristote,
quelsavantages n'ail point eus
lors qu'il a suivy cét excellent
Maistre de l'Art Poërique? Qjelles
Pieces approchent de la réhu,
laritéde celles qu'il a travaillées
sur ses Préceptes ? Arminius le
disputera-ila ~Ciuna? toineà Rodogune ? Les Vinonmiresà
Dom Sanche d'Aragon?"
Il faut donc demeurer d'accord
qu'il l'emporte en ce genre sur
tous les Poëtes qui l'ont précedé
, soit qu'il suive Aristote ou
qu'il s'en éloigne
; & comme il
dit quelque part luy mesme;si les
premiers qui ont travaillé pour
le Théâtre
, ont travaillé sans
exemple, n'auronsnous pas le
mesme privilege ? Les regles des
Anciens font bonnes, continuëil,
mais leur methode n'est pas
de nostre Siècle; &. qui s'attacheroit
à ne marcher que sur
leurs pas, feroit sans doute peu
de progrez, & divertiroit mal
sonAuditoire. C'estlàentendre
Aristore, mais c'est mieux entendre
le Théatre qu'Aristote. Il
faut lire les Anciens, il faut les
étudier,il fautconnoistre.
- -- vos exemplaria Groecs.
NoBumbvcrfate wauu ,
verfite
diurnâ.
Mais ilne faut pas toujours les
suivre, il faut s'en éloigner quelquefois.
C'estunArt,il faut le
perfectionner, & pour cela aller
plus loin que les Anciens, si l'on
veut découvrir quelque
-
chose.
Il faut. aller au delà des regles
pour en établir de meilleures.
.Nilintcntatum nostri liquere Poé't£t
Nccminimum mtruere decus, vejligia
Groeca
Aufidefcrere.
Il faut faire de nouvelles découvertes.
Il faut risquer quand
ce feroit à ses périls, comme il l'a
dit luy mesme
,
& c'est ce qu'il a
pratiqué si heureusement
,
qu'il
s'est acquis par là la réputation
du piusgrand MustreduThéâtre
qui ait jamaisesté.
Mais s'il a esté plus loin que
les Anciens
,
il a ponssé les Anciens
plus loin qu'ils ne croyoient
aller. Ilapenetréleurgenie,&
luya donné toute l'étenauë qu'il
pouvoit avoir. Ila rectifié, leurs
moeurs, & leurs sentimens, sans
les rendre semblables aux nôtres.
Il a fait les Anciens meilleurs
sans nous les faite ressembler,
ny parler comme nous, 8c
nous comme|eux. Enfin tous ces
Caractères ont esté plûtost des
Originaux que des Copies. Il a
embelly Rome&Athènes;mais
de Rome & d'Athènes, il n'en a
point fait Paris. Il a toujours distingue
l'Areopage & le Senar,
du Parlement, & du Chastelet;
& si LOÜIS LE GRAND ressembleà
Cesar, il distingue toujours
l'Empereur des François,du Conquerant
des Gaules. Voila pour
ce qui regarde les moeurs, & les
caracteres. Quedirons-nousdes
Piecesde Théatre des Anciens,
qu'il a traitées & donc il a soûtenu
le genie & l'invention? Telles
font OCdlpé, Medée, & les
autres qu'il a tirées des Grecs &
des Latins, dans lesquelles on
peut voir cette belle & délicate
imitation des Anciens. Il donne
un tour à tout ce qu'il prend
d'eux, qu'il accommode à son
genie, mais qui est toujours propre
à leur caractere. Ce n'est
point du Latin en François,encore
moins du François en Latin,
Vous m'entendez
,
Monsieur, il
rend les pcnÍees des Anciens naturelles
en nostre Langue, mais
ces pensées ne font point Françoises,
elles demeurent toujours
Grecques & Romaines. C'estoit
le défaut des Poëtes qui l'avoient
précedé
,
ils parloient toujours
comme les Anciens, & faisoient
toujours parler les Anciens comme
eux;c'est à dire que leurs sentimens
estoient François, & leurs
expressions Latines. Quelleconfusion!
quelle barbarie! Cependant
cette Science pedantesque
faisoit une partie de leur entousiasme.
Ils faisoient gloire des
Galimathias, & croyoient n'être
pas Poëtes, si leurs Ouvrages
ne ressembloient aux Oracles.
Pour moy je vous avoüe que je
reconnois la Poësie divine en
cela, de s'estre tirée d'une pareille
obscurité. !Ær Corneille est
un de ceux quia le plus travaillé
à luy donner cette élegance &
cette pureté, dans laquelle nous
la voyions aujourd'huy. Rien
n'est plus net, rien n'est plusno- -
ble que sa diction. Il a de la facilité,
de la.grâce ; il*le
beau tour ,
&. ce font lesqualitez
deson slilequilerendent à mon
avis si recommandable
, & qui
l'élevent au dessus des autres. Il
a écrit d'une maniere solide &
durable, & propre pour tous
les temps ; d'un stile égal, ny
trop vieux, ny trop nouveau.
Point d'affectation
,
point de
préciosité, s'il m'est permis d'user
de ce mot. Toutes ses expressions
font de mise & de bon aloy
,
& sa
Poësie est aussi chaste pour les
moeurs, que pour le stile, ce qui
rendra sa memoire immortelle,
& fera estimer ses Ouvrages dans
tous les Siecles.
Aprés cela, Monsieur
,
puisje
trouver à redire aux honneurs
qu'il a receus de nostre grand
Monarque
,
& luy refuser un
grain d'encens, lors qu'on luy
donne par toutmille loüanges?
Je souscris hautement à cette
grande réputation
,
& j'approuve
qu'il ait dit au Roy dans son remerciement.
Mais centre ces abtu que j'aurûts de
fiffrages
Situ donnois le tiena mes derniers
Ouvrages!
iz me souviens mesme avec
joye du renouvellement d'estime
qu'il plut à Sa Majesté de luy
marquer il y a quelques années,
& qu'Ellese soit Souvenuëdece
Vers.
Sire, un bon mot de grace an Pere de
la chaise.
On ne sçauroit trop payer le
fli vice des Muses, & sur toutle
travail de M. Corneille.
lefers depuàdix am, mais cefi pat
d'autres bras,
J>)ucje versepour toy dufangdans
noscombats,
lepleureciicoreunFils & trembleray
pour l'autre,
Tant que Mtirstroublera Un repos é*
le fJofJre.
Jamais Virgile ne sur plus à
plaindre,quandil décritles maux
que la Guerreluy avoit faits.
Barbarmhasfeçetes?
Mig jamais aussiVirgilenefut
mieux récompensé d'Auguste,
que Mr Corneille l'a esté de nôtre
Grand Monarque. Ilest certain
que tout ce qu'Alexandre a
fait pour Homere, tout ce qu'-
Augusteafait pour Virgile, tout
qu Henry III. a fait pour des
Portes, n'approche point de l'estime
que le Roy a toujours euë
pourcetexcellent Poëte.
Il en connoissoit le merite, &
son rare discernement rendra
toujours sa glorie solide & durable.
Ainsi il pouvoit dire dans
un autre sens que Virgile.
- - - -- Sedcarminatantum
Ncflra valent,
Mais pour joüir d'uneréputatation
aussi longue & aussi glorieuse
que celle de Sophocle, auquel
il a ressemblé en tant de
choses
,
& jusqu'à son vieil âge,
il a toujours eu en veüe lesActions
éclatantes du Roy,& ena iaiffe
une éternelle image dans tous ses
écrits. Le Théatre en effet, ne
peur mieux estre employé qu'à
representerlesvertus du Prince,
& le Prince ne peut ailleurs recevoir
de plus dignes loüanges.
Sa gloire y paroist sans flaterie.
Il y remarque sa Personne & sa
conduite. Il y voit ce qu'il a fait
& ce qu'il doit faire. Enfin quand
le Poëte est habile, le Poëme
Dramatique est un miroir,où le
Prince se voit, & où les Sujets
voyentlePrince.Quinereconnoift
dans Attila nostre invincible
Monarque
,
fous le nom de
Meroüée? Ce n'est point là Celà..
ou Alexandre, c'est L o ii i s
LE GRAND.Ce n'est pointaussi
Aristophane ou Virgile qui en
ont fait le Portraie, c'est l'incomparable
Corneille qui pouvoir
direen mourant quis caneret
Nympk,is, ou plutost quis canerct
Ktccs ? Car si Appelles seul estoit
digne de peindre Alexandre,Corneille.
seul étoit digne depeindre
Loiiis LEGRAND. C'est ce que
j'ay toujourspensédecetillustre
Poëte, & ce que j'ay crudevoir
vous écrire pour vostre Msraction,
& la mienne. Je fuis, &c.
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Résumé : ELOGE DU GRAND CORNEILLE A MONSIEUR L'ABBÉ DES VIVIERS AUMOSNIER du Roy, Chanoine de Constance, Protonotaire du Saint Siege.
Pierre Corneille, dramaturge français, est renommé pour son génie et son mérite exceptionnel, même reconnu par des critiques rigoureux comme Nicolas Boileau. Contrairement à l'idée d'un déclin avec l'âge, ses œuvres tardives telles que 'Sertorius', 'Œdipe' et 'Rodogune' montrent une vigueur constante. Corneille aspirait à rester productif jusqu'à la fin de sa vie, redoutant surtout la perte de sa capacité créative. Il a profondément influencé le théâtre français en élevant le niveau de la comédie et en introduisant des règles et une moralité sur scène. Avant Richelieu et Corneille, le théâtre était grossier et dépourvu de règles. Corneille a su modérer les passions et allier l'utile à l'agréable dans ses œuvres, respectant les règles classiques tout en sachant s'en affranchir avec prudence. Ses pièces, comme 'Le Cid', ont toujours rencontré un succès populaire incontestable. Son style est décrit comme solide, durable, clair, noble, facile et gracieux, exempt d'affectation et de préciosité. La reconnaissance royale envers Corneille est comparée aux honneurs accordés à Homère, Virgile et autres grands poètes. Le théâtre, selon le texte, permet de représenter les vertus du prince et de montrer au prince sa propre image et celle de ses sujets. Corneille est ainsi considéré comme le seul digne de peindre Louis le Grand.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 8-12
L'Anneau d'Horace, à Mademoiselle de Scudery. [titre d'après la table]
Début :
L'Aimable Courtisan d'Auguste, [...]
Mots clefs :
Horace, Sapho, Portrait, Louis, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Anneau d'Horace, à Mademoiselle de Scudery. [titre d'après la table]
L
'
Aimable
Courtifan
d'Au-
gufte
,
Horace
,
dont la
Lyre
enchanta
les
humains
,
Portoit
au
doigt
ce
petit
Bufte
Du
plus
grand
de
tous
les
Ro-mains
.
2
Pour
louer
ce
Maitre du monde
,
Qui
,
l'honorant d'un fi
beaufort
,
GALANT
.
9
Luy
fit
fentir
fa
main
en
bienfaits
fi
feconde
,
Ce Portrait l'infpiroit d'abord:
S
Mais
,
Sapho
,
fi
-jadis
ceste
puif-
(
ante
Image
Scent l'échauffer d'un feu fi char-
mant & fi doux ,
A qui convient fi bien qu'à vous
Ce refte de fon heritage ?
S
Les Graces , comme à luy , fur cent
fujets divers
Vous ouvrent leur noble carriere,
Et fon ame en vos mains paſſe encor
toute entiere ,
Quand le nom de Louis fur l'aile de
vos Vers
,
Ainfi qu'en
un char de lumiere
,
Vele aux deux
bouts
de l'Uni-
vers.
10
MERCURE
Que dis-je ? Horace même auroit
mauqué d'haleine,
Et
n'auroit
pu
vous imiterو
S'il euft eu comme vous fur les bords
de la Seine
Tant de miracles à chanter.
S
Qu'auroit
-
il dit
de
Mons
,
de
Be
Jançon
,
de
l'ifle
,
Et de
tant d'Ennemis avec un
bras
d'Achille
Repouſſez en tant de façous ?
Peut-eftre qu'an milieu de ces riches
moiſſons ,
Sa Mafe impuiffante & fterile
N'auroit pa luyfournir que de trop
foibles fons.
&B
v
Peut
eftre
que l'Anneau qui
fit
cealer fa veine
GALANT. II
•
Parmy tant de rayons n'auroit de
rien fervi ,
Et que fon œilfurpris n'euft foutenu
qu'à peine
Les
hauts
faits
qui
l'auroient
ravi
.
S
Mais
Louis
d'un regard
fait
cent
fois
plus qu'Augufte
N'euft fait avec
mille
regards
,
Sapho
,
quand
voftre eſprit
&
fivif
&
&
jufte
Sous
destas
de
Lauriers nous peint
ce
nouveau
Mars
.
ន
Pour moy , malgrè ma longue
abfence,
Je
croy revoir encor
ce
Heros
de
la
France
,
Quand mon
zèle
à mes yeux
retra-
çant
ce
Vainquear
,
12 MERCURE
Chaque inftant offre à ma - me-
moire
Le Portrait que toute la gloire
A fi bien gravé dans mon cœur.
'
Aimable
Courtifan
d'Au-
gufte
,
Horace
,
dont la
Lyre
enchanta
les
humains
,
Portoit
au
doigt
ce
petit
Bufte
Du
plus
grand
de
tous
les
Ro-mains
.
2
Pour
louer
ce
Maitre du monde
,
Qui
,
l'honorant d'un fi
beaufort
,
GALANT
.
9
Luy
fit
fentir
fa
main
en
bienfaits
fi
feconde
,
Ce Portrait l'infpiroit d'abord:
S
Mais
,
Sapho
,
fi
-jadis
ceste
puif-
(
ante
Image
Scent l'échauffer d'un feu fi char-
mant & fi doux ,
A qui convient fi bien qu'à vous
Ce refte de fon heritage ?
S
Les Graces , comme à luy , fur cent
fujets divers
Vous ouvrent leur noble carriere,
Et fon ame en vos mains paſſe encor
toute entiere ,
Quand le nom de Louis fur l'aile de
vos Vers
,
Ainfi qu'en
un char de lumiere
,
Vele aux deux
bouts
de l'Uni-
vers.
10
MERCURE
Que dis-je ? Horace même auroit
mauqué d'haleine,
Et
n'auroit
pu
vous imiterو
S'il euft eu comme vous fur les bords
de la Seine
Tant de miracles à chanter.
S
Qu'auroit
-
il dit
de
Mons
,
de
Be
Jançon
,
de
l'ifle
,
Et de
tant d'Ennemis avec un
bras
d'Achille
Repouſſez en tant de façous ?
Peut-eftre qu'an milieu de ces riches
moiſſons ,
Sa Mafe impuiffante & fterile
N'auroit pa luyfournir que de trop
foibles fons.
&B
v
Peut
eftre
que l'Anneau qui
fit
cealer fa veine
GALANT. II
•
Parmy tant de rayons n'auroit de
rien fervi ,
Et que fon œilfurpris n'euft foutenu
qu'à peine
Les
hauts
faits
qui
l'auroient
ravi
.
S
Mais
Louis
d'un regard
fait
cent
fois
plus qu'Augufte
N'euft fait avec
mille
regards
,
Sapho
,
quand
voftre eſprit
&
fivif
&
&
jufte
Sous
destas
de
Lauriers nous peint
ce
nouveau
Mars
.
ន
Pour moy , malgrè ma longue
abfence,
Je
croy revoir encor
ce
Heros
de
la
France
,
Quand mon
zèle
à mes yeux
retra-
çant
ce
Vainquear
,
12 MERCURE
Chaque inftant offre à ma - me-
moire
Le Portrait que toute la gloire
A fi bien gravé dans mon cœur.
Fermer
Résumé : L'Anneau d'Horace, à Mademoiselle de Scudery. [titre d'après la table]
Le poème célèbre les talents poétiques d'un individu contemporain de Louis XIV, le comparant à des figures antiques telles qu'Horace et Sappho. Le poète porte une bague inspiratrice, similaire au buste d'Auguste porté par Horace. Il loue Louis XIV, dont les bienfaits inspirent ses écrits. Les Grâces lui offrent diverses sources d'inspiration, et son âme reste pure lorsqu'il chante les louanges de Louis. Le poète affirme qu'Horace serait incapable d'imiter ses œuvres, qui célèbrent les victoires et exploits de Louis, comme ceux de Mons, Béziers et l'île. Il suggère que les miracles et hauts faits de Louis surpassent ceux d'Auguste. Le poète exprime son admiration pour Louis, le comparant à un nouveau Mars, et avoue revoir ce héros de la France à travers ses écrits, malgré une longue absence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 95-96
Livre nouveau.
Début :
Traduction en vers François, de l'Art Poëtique d' [...]
Mots clefs :
Horace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Livre nouveau.
Livre nouveau»
Traduction en vers
François, de l'Arc Poëtique
d'Horace, &c. Une
Dissertation sur les Auteurs
anciens & modernes,
& un Traité de la
Versification Françoise.
Gros volumein 12.
Ce Livre vaut bien là
peine qu'on en parle plus
au long dans le mois prochain
, se vend à Paris
Chez Guillaume 9 - Nicolas
Aubert, Quay des Augujlins9
du costé du Pont S. Michel,
àsaint Nicolas.LesLibraires
pourront s'addresser 4
l'Auteur mesme
,
vis à vis
le College de la Marche, rul
- de la Montagne sainte Gent.
vifve.
Traduction en vers
François, de l'Arc Poëtique
d'Horace, &c. Une
Dissertation sur les Auteurs
anciens & modernes,
& un Traité de la
Versification Françoise.
Gros volumein 12.
Ce Livre vaut bien là
peine qu'on en parle plus
au long dans le mois prochain
, se vend à Paris
Chez Guillaume 9 - Nicolas
Aubert, Quay des Augujlins9
du costé du Pont S. Michel,
àsaint Nicolas.LesLibraires
pourront s'addresser 4
l'Auteur mesme
,
vis à vis
le College de la Marche, rul
- de la Montagne sainte Gent.
vifve.
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Résumé : Livre nouveau.
Le livre « Livre nouveau » inclut des traductions en vers d'Horace et d'autres auteurs, une dissertation sur les auteurs anciens et modernes, et un traité sur la versification française. Disponible à Paris chez Guillaume et Nicolas Aubert, il peut être commandé par les libraires auprès de l'auteur, résidant près du Collège de la Marche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 3-27
« En annonçant dans le Mercure dernier un Livre nouveau, j' [...] »
Début :
En annonçant dans le Mercure dernier un Livre nouveau, j' [...]
Mots clefs :
Auteur, Livre, Ouvrage, Poète, Art poétique, Horace, Quintilien, Vin, Anciens, Rire, Notes, Réputation, Ovide, Homère, Traduction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « En annonçant dans le Mercure dernier un Livre nouveau, j' [...] »
LITTERATVRE. EN annonçant dans
le Mercure dernier
un Livre nouveau, j'ay
promisd'en parler ce
mois cy ,
c'est un Livre
tres-varié,rempli d'érudition,
& capable de vous
remetrre dans l'idée les
réglés de la composition
&dubon goust.
D'abord on y voit une
Traduction en vers de ïArt
portique d'Horace: c'est ce
qui sert de titre au Livre,
il y a ensuite quantité de
Notes curieuses, les unes
de l'Autheur
,
& les autres
citées de plusieurs Grecs
& Latins, dont voicy quelques-
unes.
-
L'Art poëtique d'H O*
RACE est une Lettre
qu'il écrit aux PISONS.
Ces PIS O N S estoientle
frere & les neveux de Calpurnie
Epouse deJules Cesar,
& fille de Lucius Pison.
La premiere réglé de
l'éloquence, c'est d'estre
clair; & la seconde
,
de
n'estre pas diffus.
MARITAL dit que
les ouvrages-où il n'y a
rien: à retrancher, ne sont
jamais trop longs.
Lalime,ditQUINTILIEN,
doit polir & non
pas affoiblir, & user, pour
ainsi dire,un ouvrage.
J'ay veu dans un Autheur
François, travaillez
vostre ouvrage jusqu'à ce
qu'il foit au point qu'on
ne s'appercoive pas qu'il
vous a cousté beaucoup
de travail.
PROPERCE compare
l'Autheur dont le stile
n'est ny trop enflé ny
trop simple
,
là un Marinier
qui rase le rivage avec
un de ses avirons, & qui
fend les flots avec l'autre.
LONGINdonne pour
exemple de l'enfleure. ces
pensées
- cy Faire du vent
Boréeson joueur de jiute.-
Et cetautre: Jupitercrache
des neiges contre les Alpes^.
Exemples du vray sublime
:HOMEREpeint
la
-
Discorde la teste dans les
-
Cieux, & les pieds sur la
terre. Et quand il parle de
Neptune il dit:
Que Neptune marchant dans
les vastescampagnes Fait , tremblersousses pieds&
forests & montagnes. Ilfaitdireà AJAXqui
voit l'Armée des Grecs
couverte tout à coup d'épaisses
tenebres.
Grand Dieu chasses la nuit
qui nous couvre lesyeux,
Et combats contre nous à la
clarté des Cieux.
Caraéteres différents de
poësie traduirs d'Ovide
par l'Autheur,
Vous qui que vous soyez à
Censeur trop severe,
Jugez, de nos travauxselon leur
caraïlere,
C'est au Vers Heroïque à chanter
les combats:
Quelleplaceytiendroient Venus
& les appas;
La grandeur, le couroux sont du
stile tragique,
Maisles sujets communs regardent
le comique,
L'Iambe libre cft propre à lancer
son venin,
Soit qu'il coure tousjours, ou qu'il
boite à la fin.
Les Amours, leurs carquois,
l'inconstante Silvie,
Sont les dignessujets de la tendre
Elegie.
Pour celebrer Cidippe,Homere
ny ses Vers,
N'y doivent point paroistre aux
yeux de l'univers.
Achile convient mal au ton de
Callimaque
, - Et Thais ne doit pas imiter
Andromaque.
L'autheur dit à propos
de la force du pathétique,
que nous pleurons en voyant
pleurer, que nous
rions en voyant rire,&cela
par une raison phisique à
peu pres semblableàcelle
qui
fait
remuer les cordes
de plusieurs instruments
qui sont dans une mesme
chambre, avec un autre
dont on touchera fortement
les cordes montées
au mesme ton que cellesde
ces autres instruments
quirefonneront sans qu'on
les touche, &c. Ilyaainsi
à peu prés dans tous les
hommes des nerfs montez
, pour ainsi dire, au
mesme ton, & c'est ce
qu'on appelle fimpathie,
&c.
Comme nous nous sentons
capables des mesmes
maux, & des mesmes biens
que nous voyons ressentir
aux autres, nous sommes
remuez par les mesmes
sentiments £ la veuë du
bien ou du mal qui leur
arrive.
L'autheur fait plusieurs
remarques sensées sur diferents
Poëmes, anciens
& modernes.
Puisque les Poèmes sont
des imications
,
dit-il,ils
doivent sans doute imiter:
mais ils ne doivent pas
imiter une aaion
violer les réglés de la poësie.
Corneille a tellement
imité le combat de son
Horace, que sa pieces'est
trouvéefinie au troisiéme
Acte. Le voila fort à l'estroit,
comment se tirerat'il
de ce paslà? Il ne l'a
peu sans violer l'unité de
l'action,ilest obligé d'adjouster
le meurtre de Camille
pour donnerune juste
estenduëà sa Tragédie;
dans le Cid&ailleurs
il ne sort de pareils embarras
qu'en violant l'unité
du temps,ou celle du
lieu, &c.
A propos, de lamaniere
doncon doit commencer unpoëme,JULES SCALIGER
donne pour exemple
d'un Exorde régulier
celuy de Lucain,qui
dans son poëme sur la
guerre civile, place tout
d'un coup Cesar au partage
du Rubicon,d'où estant
s
declaré ennemy de lapatrie
par le Senat, il est forcé
d'entreprendre cette
guerre.
Un Poëte François a dit
que le vin estoit legrand cheval
des Poètes. Une peau de
bouc pleine de vin estoit
autrefois un prix que remportoit
le Poëte qui avoit
le mieux reüssi dans la Tragedie
; en voicy la raison :
cette forte de poëme neftoit
au commencement
que des chansons en l'honneur
de Bacchus, auquel
on sacrifioit un bouc comme
animal contraire à la
vigne, on rempliffoit de
vin la peau du bouc, &on
la donnoic au Poëce.
Aprés les Notes sur
l'Art Poétique
,
il y a plusieurs
petites traductions
de différentes pieces d'Horace,
d'Ovide, de Petrone,
& avec des Notes donc
voicy quelques-unes.
Lucille estoit un Poète
latin que Juvenal appelle
l'illustre nourrissond'Auronce.
Ce Poëte avoit
composé trente Satyres.
Horace dit dans sa premiere
Satyre du second Livre;
que Lucille confioit ses
secrets à ses Livres, qu'il
n'alloit point ailleurs décharger
son coeur,ce qui
a fait qu'on a trouvé la vie
de ce vieillard peinte dans
ses ouvrages comme dans
un tableau.
,
4 On croiroit que les expressions
de avoir bon neK ,
avoirle ne7, fin, feroient
basses & impropres pour
exprimer avoirl'espritbon,
l'espritsubstil maisHorace,
Perse, & Martial l'ont anpobli
en remployant dans
ce sens. La
- La Comedie a pour but
de réjoüir & d'instruire;
les mimes estoient des
poemes qui n'avoient pour
but que de faire rire, c'estoit
les farces de ce temps-
}'1à.0. Quintilien emploie un
long Chapitre à traiter du
Ris, il est estonnéque paroissant
chose si peu importante
, il ait quelquefois
des effets si estonnants.
Un Ris excité à propos
peut changer l'estat des
affaires les plus importanles,
il empesche quelque-,
fois les fuites fafcheufesde
la haine, de la colere,&c.
& fait succeder la douceur
la bénignité, laclemence.
Par exemple, deux jeunes
Tarentis furent amenez
devant le Roy Pyrrus,
parce que dans un repas
ils avoient eu l'insolence
de parler mal de ce Prince
; voyant qu'ils ne pouvoient
nier le fait ny se
deffendre raisonnablement,
ils respondirent,
Sire
y
sila bouteille ne nous
avoitpas manque, vous eflick
mort,c'estoitfait de vous. Ce
bon mot calma la colere
de leur Juge en le faisant
rire.
Les vins de Falerne se
gardoient si long-temps,
que Petrone par le de bouteilles
de ce vin bouchées
avec foin, dont les étiquetes
marquoient que ce vin
avoic esté fumé fous le
Consul Opimus, cent ans
avant.
Diogenes
,
à propos des
superstitions sur les songes,
estoit indigné que les hom.
mes se tourmentassent au
lujetdessonges,& donnaient
si peu d'attention
aux avions qu'ils faisoient
estanteveillez.
Auguste avoir, dédié
dans son palais un Temple
, & une magnifique
Bibliothèque à Apollon,
où cinq Juges, du nombre
desquels estoit Tarpa, décidoient
du mérité des ouvrages
, que les Autheurs
y venoient lire.
Ennius, dit Quintilien
est semblable à , ces bois
que leur antiquité a consacrez
)
& dont les vieux
arbres font plus vénérables
qu'ils ne font beaux.
Les Anciens écrivoient
sur des tablettes couvertes
de cire,&ils se servoient
d'éguilles pointuës par un
bout, & plates par l'autre;
avec la pointe ils formoient
les caracteres, &
avec l'autre bout ils effaçoient
ce qu'ils avoient
écrit.
Traduction d'un Frag-
O ment d'Ovide.
Je le dis malgré moy ,
trahiffant
mes talents,
Retenez avec foin ces avis excellents
3
P()ulez-vous fuir l'amour ? que
vostre ame discrette
Evite les accents de tout tendre
Poëte:
Qallimaque aisement peut vous
rendre amoureux , Filetasestpour vous un Autheur
dangereux:
Safo plus fortement m'attache à
ma maistresse
Le vieux Anacreon augmente
ma tendresse
Est-on froid, ô Cinthie, en lisant
ton Amant?
Ou quelqu'un a-t-illeu Tibule
impunément ?
Des doux fons de Gallus quel
coeur peut se deffendre ?
Et les miens n'ont-ils fa* je ne
sfay quoy de tendre?
Martial ;Poëte Latin
estoit né à Bilbilis, ville,
de la Celtiberie en Espagne.
Il fut intime ami de
Stella) de Silius Italicus,
& de Pline le Jeune, qui
luy donna quelques secours
pour regagner sa patrie,
après avoir demeure
trente ans a Rome, peu
estimé apparemment pendant
sa vie, il addresse
cette Epigramme à Regule.
LA REPUTATION
des Poëtes.
Le Lecteur rarement aime un
Autheur en vie*,
A son gré des vivantspresquaucun
ne dit bien :
Qui cause cet abus ? Regule, cefi
l'envie,
De
De Pompée on rechercheainsi
le vieux portique,
son vil Temple, Catule
, efl
loué des vieillards,
A Virgile vivant, Quintus mort
fit la nique,
Et pour Homere en vie oit eut
trop peu d'égards.
Rarement le theatre applaudit
à Menandre
Pour fd seule , Corine, Ovide
est des appas, Cacher,-vous donc mon Livre, il
faut encore attendre,
Si la gloire ne vient quaprès
nostre trépas.
Wâ
Septemb. iju. C
A pres toutes ces traductions
l'Autheur fait une
dissertation sur les Autheurs
anciens & modernes
,
dont je donneray
quelques traits, & quelques
petits fragments de
Vers qui font tousjours
plaisir à voir rassemblez,
quoy qu'on les ait veus
ailleurs separément.
Comme ces morceaux
détachez ne demandent
nulle liaison
,
je les garderay
pour le mois prochain
; car je n'ay plus de
place dans cette partie
que pour la fuite de l'abrégé
de l'Iliade qui a
esté receu avec tant de
plaisir,que j'ay prié mon
amy de donner quelques
heures à la continuation
de cet ouvrage.
le Mercure dernier
un Livre nouveau, j'ay
promisd'en parler ce
mois cy ,
c'est un Livre
tres-varié,rempli d'érudition,
& capable de vous
remetrre dans l'idée les
réglés de la composition
&dubon goust.
D'abord on y voit une
Traduction en vers de ïArt
portique d'Horace: c'est ce
qui sert de titre au Livre,
il y a ensuite quantité de
Notes curieuses, les unes
de l'Autheur
,
& les autres
citées de plusieurs Grecs
& Latins, dont voicy quelques-
unes.
-
L'Art poëtique d'H O*
RACE est une Lettre
qu'il écrit aux PISONS.
Ces PIS O N S estoientle
frere & les neveux de Calpurnie
Epouse deJules Cesar,
& fille de Lucius Pison.
La premiere réglé de
l'éloquence, c'est d'estre
clair; & la seconde
,
de
n'estre pas diffus.
MARITAL dit que
les ouvrages-où il n'y a
rien: à retrancher, ne sont
jamais trop longs.
Lalime,ditQUINTILIEN,
doit polir & non
pas affoiblir, & user, pour
ainsi dire,un ouvrage.
J'ay veu dans un Autheur
François, travaillez
vostre ouvrage jusqu'à ce
qu'il foit au point qu'on
ne s'appercoive pas qu'il
vous a cousté beaucoup
de travail.
PROPERCE compare
l'Autheur dont le stile
n'est ny trop enflé ny
trop simple
,
là un Marinier
qui rase le rivage avec
un de ses avirons, & qui
fend les flots avec l'autre.
LONGINdonne pour
exemple de l'enfleure. ces
pensées
- cy Faire du vent
Boréeson joueur de jiute.-
Et cetautre: Jupitercrache
des neiges contre les Alpes^.
Exemples du vray sublime
:HOMEREpeint
la
-
Discorde la teste dans les
-
Cieux, & les pieds sur la
terre. Et quand il parle de
Neptune il dit:
Que Neptune marchant dans
les vastescampagnes Fait , tremblersousses pieds&
forests & montagnes. Ilfaitdireà AJAXqui
voit l'Armée des Grecs
couverte tout à coup d'épaisses
tenebres.
Grand Dieu chasses la nuit
qui nous couvre lesyeux,
Et combats contre nous à la
clarté des Cieux.
Caraéteres différents de
poësie traduirs d'Ovide
par l'Autheur,
Vous qui que vous soyez à
Censeur trop severe,
Jugez, de nos travauxselon leur
caraïlere,
C'est au Vers Heroïque à chanter
les combats:
Quelleplaceytiendroient Venus
& les appas;
La grandeur, le couroux sont du
stile tragique,
Maisles sujets communs regardent
le comique,
L'Iambe libre cft propre à lancer
son venin,
Soit qu'il coure tousjours, ou qu'il
boite à la fin.
Les Amours, leurs carquois,
l'inconstante Silvie,
Sont les dignessujets de la tendre
Elegie.
Pour celebrer Cidippe,Homere
ny ses Vers,
N'y doivent point paroistre aux
yeux de l'univers.
Achile convient mal au ton de
Callimaque
, - Et Thais ne doit pas imiter
Andromaque.
L'autheur dit à propos
de la force du pathétique,
que nous pleurons en voyant
pleurer, que nous
rions en voyant rire,&cela
par une raison phisique à
peu pres semblableàcelle
qui
fait
remuer les cordes
de plusieurs instruments
qui sont dans une mesme
chambre, avec un autre
dont on touchera fortement
les cordes montées
au mesme ton que cellesde
ces autres instruments
quirefonneront sans qu'on
les touche, &c. Ilyaainsi
à peu prés dans tous les
hommes des nerfs montez
, pour ainsi dire, au
mesme ton, & c'est ce
qu'on appelle fimpathie,
&c.
Comme nous nous sentons
capables des mesmes
maux, & des mesmes biens
que nous voyons ressentir
aux autres, nous sommes
remuez par les mesmes
sentiments £ la veuë du
bien ou du mal qui leur
arrive.
L'autheur fait plusieurs
remarques sensées sur diferents
Poëmes, anciens
& modernes.
Puisque les Poèmes sont
des imications
,
dit-il,ils
doivent sans doute imiter:
mais ils ne doivent pas
imiter une aaion
violer les réglés de la poësie.
Corneille a tellement
imité le combat de son
Horace, que sa pieces'est
trouvéefinie au troisiéme
Acte. Le voila fort à l'estroit,
comment se tirerat'il
de ce paslà? Il ne l'a
peu sans violer l'unité de
l'action,ilest obligé d'adjouster
le meurtre de Camille
pour donnerune juste
estenduëà sa Tragédie;
dans le Cid&ailleurs
il ne sort de pareils embarras
qu'en violant l'unité
du temps,ou celle du
lieu, &c.
A propos, de lamaniere
doncon doit commencer unpoëme,JULES SCALIGER
donne pour exemple
d'un Exorde régulier
celuy de Lucain,qui
dans son poëme sur la
guerre civile, place tout
d'un coup Cesar au partage
du Rubicon,d'où estant
s
declaré ennemy de lapatrie
par le Senat, il est forcé
d'entreprendre cette
guerre.
Un Poëte François a dit
que le vin estoit legrand cheval
des Poètes. Une peau de
bouc pleine de vin estoit
autrefois un prix que remportoit
le Poëte qui avoit
le mieux reüssi dans la Tragedie
; en voicy la raison :
cette forte de poëme neftoit
au commencement
que des chansons en l'honneur
de Bacchus, auquel
on sacrifioit un bouc comme
animal contraire à la
vigne, on rempliffoit de
vin la peau du bouc, &on
la donnoic au Poëce.
Aprés les Notes sur
l'Art Poétique
,
il y a plusieurs
petites traductions
de différentes pieces d'Horace,
d'Ovide, de Petrone,
& avec des Notes donc
voicy quelques-unes.
Lucille estoit un Poète
latin que Juvenal appelle
l'illustre nourrissond'Auronce.
Ce Poëte avoit
composé trente Satyres.
Horace dit dans sa premiere
Satyre du second Livre;
que Lucille confioit ses
secrets à ses Livres, qu'il
n'alloit point ailleurs décharger
son coeur,ce qui
a fait qu'on a trouvé la vie
de ce vieillard peinte dans
ses ouvrages comme dans
un tableau.
,
4 On croiroit que les expressions
de avoir bon neK ,
avoirle ne7, fin, feroient
basses & impropres pour
exprimer avoirl'espritbon,
l'espritsubstil maisHorace,
Perse, & Martial l'ont anpobli
en remployant dans
ce sens. La
- La Comedie a pour but
de réjoüir & d'instruire;
les mimes estoient des
poemes qui n'avoient pour
but que de faire rire, c'estoit
les farces de ce temps-
}'1à.0. Quintilien emploie un
long Chapitre à traiter du
Ris, il est estonnéque paroissant
chose si peu importante
, il ait quelquefois
des effets si estonnants.
Un Ris excité à propos
peut changer l'estat des
affaires les plus importanles,
il empesche quelque-,
fois les fuites fafcheufesde
la haine, de la colere,&c.
& fait succeder la douceur
la bénignité, laclemence.
Par exemple, deux jeunes
Tarentis furent amenez
devant le Roy Pyrrus,
parce que dans un repas
ils avoient eu l'insolence
de parler mal de ce Prince
; voyant qu'ils ne pouvoient
nier le fait ny se
deffendre raisonnablement,
ils respondirent,
Sire
y
sila bouteille ne nous
avoitpas manque, vous eflick
mort,c'estoitfait de vous. Ce
bon mot calma la colere
de leur Juge en le faisant
rire.
Les vins de Falerne se
gardoient si long-temps,
que Petrone par le de bouteilles
de ce vin bouchées
avec foin, dont les étiquetes
marquoient que ce vin
avoic esté fumé fous le
Consul Opimus, cent ans
avant.
Diogenes
,
à propos des
superstitions sur les songes,
estoit indigné que les hom.
mes se tourmentassent au
lujetdessonges,& donnaient
si peu d'attention
aux avions qu'ils faisoient
estanteveillez.
Auguste avoir, dédié
dans son palais un Temple
, & une magnifique
Bibliothèque à Apollon,
où cinq Juges, du nombre
desquels estoit Tarpa, décidoient
du mérité des ouvrages
, que les Autheurs
y venoient lire.
Ennius, dit Quintilien
est semblable à , ces bois
que leur antiquité a consacrez
)
& dont les vieux
arbres font plus vénérables
qu'ils ne font beaux.
Les Anciens écrivoient
sur des tablettes couvertes
de cire,&ils se servoient
d'éguilles pointuës par un
bout, & plates par l'autre;
avec la pointe ils formoient
les caracteres, &
avec l'autre bout ils effaçoient
ce qu'ils avoient
écrit.
Traduction d'un Frag-
O ment d'Ovide.
Je le dis malgré moy ,
trahiffant
mes talents,
Retenez avec foin ces avis excellents
3
P()ulez-vous fuir l'amour ? que
vostre ame discrette
Evite les accents de tout tendre
Poëte:
Qallimaque aisement peut vous
rendre amoureux , Filetasestpour vous un Autheur
dangereux:
Safo plus fortement m'attache à
ma maistresse
Le vieux Anacreon augmente
ma tendresse
Est-on froid, ô Cinthie, en lisant
ton Amant?
Ou quelqu'un a-t-illeu Tibule
impunément ?
Des doux fons de Gallus quel
coeur peut se deffendre ?
Et les miens n'ont-ils fa* je ne
sfay quoy de tendre?
Martial ;Poëte Latin
estoit né à Bilbilis, ville,
de la Celtiberie en Espagne.
Il fut intime ami de
Stella) de Silius Italicus,
& de Pline le Jeune, qui
luy donna quelques secours
pour regagner sa patrie,
après avoir demeure
trente ans a Rome, peu
estimé apparemment pendant
sa vie, il addresse
cette Epigramme à Regule.
LA REPUTATION
des Poëtes.
Le Lecteur rarement aime un
Autheur en vie*,
A son gré des vivantspresquaucun
ne dit bien :
Qui cause cet abus ? Regule, cefi
l'envie,
De
De Pompée on rechercheainsi
le vieux portique,
son vil Temple, Catule
, efl
loué des vieillards,
A Virgile vivant, Quintus mort
fit la nique,
Et pour Homere en vie oit eut
trop peu d'égards.
Rarement le theatre applaudit
à Menandre
Pour fd seule , Corine, Ovide
est des appas, Cacher,-vous donc mon Livre, il
faut encore attendre,
Si la gloire ne vient quaprès
nostre trépas.
Wâ
Septemb. iju. C
A pres toutes ces traductions
l'Autheur fait une
dissertation sur les Autheurs
anciens & modernes
,
dont je donneray
quelques traits, & quelques
petits fragments de
Vers qui font tousjours
plaisir à voir rassemblez,
quoy qu'on les ait veus
ailleurs separément.
Comme ces morceaux
détachez ne demandent
nulle liaison
,
je les garderay
pour le mois prochain
; car je n'ay plus de
place dans cette partie
que pour la fuite de l'abrégé
de l'Iliade qui a
esté receu avec tant de
plaisir,que j'ay prié mon
amy de donner quelques
heures à la continuation
de cet ouvrage.
Fermer
Résumé : « En annonçant dans le Mercure dernier un Livre nouveau, j' [...] »
Le texte annonce la publication d'un livre intitulé 'L'Art poétique d'Horace', qui présente une traduction en vers de l'œuvre d'Horace accompagnée de notes de l'auteur et de divers écrivains grecs et latins. Ce livre explore les règles de la composition poétique et du bon goût. Il aborde des réflexions sur l'éloquence, la clarté, et l'importance d'éviter la diffusion. Des exemples de styles poétiques sont fournis, comme celui de Properce comparant un auteur à un marinier. Le texte mentionne également des exemples de sublime et de pathétique, tels que les descriptions d'Homère. Il traite des différents caractères de la poésie et des règles de l'imitation dans les poèmes. Le livre discute des unités de l'action, du temps et du lieu dans les tragédies, en citant Corneille. Il inclut des anecdotes sur les poètes et leurs œuvres, comme celles de Lucille et Martial. Le livre contient aussi des traductions de pièces d'Horace, d'Ovide, et de Pétrone, accompagnées de notes. Enfin, le texte se termine par une promesse de continuer l'abrégé de l'Iliade dans un prochain numéro.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 149-174
LE TOMBEAU DE BOILEAU. SATYRE.
Début :
Quelle sombre tristesse attaque tes esprits ? [...]
Mots clefs :
Boileau, Auteur, Poète, Horace, Université, Barbin, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TOMBEAU DE BOILEAU. SATYRE.
LE TOMBEAU
DE BO 1LEAU,
SATYRE.
Quellesombre tristesse attaque
tes esprits ?
Lechagrinsurtonfront est
gravépar replis,
Qu'as-tufait de ceteint où
lajeunesse brille?
Jetevois plusrêveurqu'un
enfantd famille,
Qui courant vainement,
cherche depuis unmois
Quelque bonneUsurier
qui prête audeniertrois.
Ou qu'un tuteur tremblant
qui voit leverles
lustres
Pour éclairerbien-tostses
fittira illustres.
Quandle Partere en main
tient lesifflettoutprest,
Et luy va sansappel prononcersonArrest.
Ma douleur,cher Ami,
paroît avecjustice,
Cen'est pointen cejourun
effetdecaprice;
Mepompeuxattiraild'un
funesteConfvoy
Vientdesaisirmon coeurde
douleur&d'effroy,
Mesyeux ont vu passer
danslaplaceprochaine
DesMenins de la Mort
une troupe inhumaine;
De Pedans mal peignez,
un bataillon crotté,
Descendoit à paslents à
l'Université.
Leurs longs manteaux de
, :, àterre, A leurs crespesflottans les
mntsfaisoientlagutr*
rt';
Et chacun à la main avott
pïûpowjkitâbeau,
V#Umttj*di*:-?vertpour
orner untombeau,
J'ay vû parmi Içs rangs
malgréI4fouleextre*
me
Dc'"ml!inl Auteur dolent
lafaceseche&blefme.
fyey#Grecs& denxiLa*
tins escortotent le cereueil,
Et le mouchoirenmain
Barbinmenoitle deuil
pour qui crois-tu que nur*
che une telle ~oronnance.?
Ce lugubre appareil, cette
noire affluence?
D'unPoëte deffuntplains
lefunestesort,
l'Université pleure
, (7:
Despreauxestmort.
Ilestmort, c'enestfait,sa
Satyre ~T/~
Enfant infortuné d'une
plume infidelle,
Dont la Ville,&la Cour
ontfaitsipeu decas,
L'avoit déjà conduitaux
-
portes dutrépas.
Quandles cruelsefets d'une
derniere rage
L'ontfaitenfinpartirpour
cederniervoyage,
Ilcroyoit qu'Hipocrene,&
," sonpluspurcristal
Nedevoitquepour luy couleràpleincanal;
Mais apprenant qu'un au*
tre anime par lagloire
Avoit beureusementdans
Il sasourceose boire , frémit,&perce du fini
mortedépit,
Par l'ordred'Apollonilva
semettre 414 lit.
Tu ris: de tous les maux
déchaînezsur la terre
Pour livreraux Auteurs
une cruelle guerre:
Sçàis-tu bienque l'envieest
le plus dangereux?
Ils n'ontpoint d'antidoteÀ
ce poison affreux.
Un Poete aisement aidé
par lanature
Souffrelafaim,lafoif., le
Soleil
,
la fro dure,
Porte,sansmurmurer,dix
ans le même habit>-
N'a que les quatre murs
l'hiverpour tour deht*-
D'unGrand qui le nourrit ilsouffrelessaccades,
Son dosmêmeendurci si
, fait aux bastonnadesJ-'
Mais voit-ilsur lesrangs
quelqu'un se presenter,,
Et cüeillirdes lauriersqu'il
croitjcuL meriter.
Au bon goustà venirsoudainilenappelle,
AusieclepervertisaMuse
faitquerelle*
Achaque coin de ruèïlcrie,
-JO temps! omoeurs!
Lepoison cependant,augmentesesardeurs^
Etles dépits cruels ,les noires
jalousies
,
Fontàlafin l'effetdevingt
apoplexies.
quehérofiss,jourlleCini. ours leCini.
Dontun triste cercueilgardeàpresentlesos
Maissesentant voisin de l'infernalerive,
Et toutprest d'exalerson
amefugitive,
Il demandaparggrarâccee,,,&&
dunefablevoix
D'embrasser se-ç enfant
pourladernierefois.
Deux valetsaussi-tostses
dignesSecretaires I
Apportentprés de luy des
milliersd'exemplaires.
Lelitpar trop chargégemit j
souslespacquets,
Etl'Auteurmoribond dit
cesmotsparhocquets. 0 vous, mes tristes vers,
dignes objets d'envie,
JVJ)IN dont fattenst*hon~
., nveuired'u.n,e lfeéccoonnddér
PMiffitZJ-rzJOUJ:échAJler.m
naufragedesjins, Etbraverajamais £ignorance
,&Letemps,
jfenevous'verrayplus,déjà lamorthideuse
Autour de mon chevetétend
uneaile affreuse;
JMaisjt meurssans regret
dans
1
untemps dépravé;
> .- f-
Oùle mauvaisgoustregne,
&va lefront levé.
*QnlePublicsngrat,tnjidele,
perfide).
T,rouveMA veine usee, dl monstileinsipide
Moy,qui me,crusfadisa
Régnierpréfère.
Que dirontnosNeveux!
Regnardm'etfcomparé,
•Luyqùifendantdixansdu
Couchant
CouchantaL'Aurore
Errachez le Lapon&ramachezle
Maure.
Luy quinesçutjamaisnyle
Grecnyl'Hebreu.
Qui jcuajour&nuit,fîF
grandchcre&bonfeu;
Est- ce ainsi qu'autrefois
dansmavieillesouspente
Allâ,irombi-e- lueur d'une
lampe puante J'appris j pour mes pechez,
l'artdefairedesvers,
Feuilletantlesreplis de cent
Bouquinsdivers? ,
N'est-ce doncqu'enbuvant
que l'on imite Horace?
Par dessentiers defleurs , monte-t-onauParnasse?
Ce Regnardcependantvoit
éclatersestraits.
Quand mes derniers écrits
font en proye aux laquais\
0rage, ôdesespoir, ôvieillesse
ennemie!
Aprés tant de travaux
surlafin de ma vie
Par un nouvel Athlète on
meverra vaincu
Etjevis. Nonje meurs.. fayde)atropvécu,
ji ces mots bégayez, que la ".:
fureurinfvire,
Bbileaufermelesyeux,pen-
-
chela teste,expire.
Le bruit decette mort dans
lepaysLatin
Se répandaussî-lost&vole
chezBarbin.
La
, dans l'enfoncement
d'unearriere^boutique,
Safemmeétaleenvainson
embonpointantique,>
Etfaisant le débit de cent livresmauvais , Amuseun cercle entier des ,oisifs du Palais,
Là le vieux Presidenta
toujoursessceances,
Là le jeune, Avocat vient
prendreseslicences
Et le blond Senateur en
quittant leBarreau,
Vientpeignersaperruque,
&prendreson chapeau;
C'est là que le Chanoine au
sortirduservice,
Vientenaumusse encore a~
cheversonoffice.
Etqu'on voitàmidy maint
Auteur du menu
Surle projet d'un Livre
emprunterun écu.
Dansce Licée étroit cette
mortimprévue
Fut par les assistansdiversement
reçûë.
Acasteensoupira
3
le Li- braireengemt, -Crispe en eut l'oeil humide,
& Perraultensount;•-
Pendant qu'on doute encor
de la triste nouvelle
Arijitarrivéenpleurs, (:l,
suruneescabelle
Au milieu du Perron se
plaçanttristement.
Lut
-
au Cercle ces mots
extraits duTestament
EnThonneur d'Apollon à
jamaisjesouhaite
\Auxyeux de l'Universvi-
-
vre&mourirPoète,
J'en eustoute ma'V«,(9'
t'air,&lemaintien,
JMais desirantmourir en
Poëtechrestien
Je declare au Publicqueje
veux que l'on rende,
[Ce qu'à bon droitsurmoy
Juvenal redemande,
Quandmon Livreseroitré-
--
4-r- duitàdixfeüillets,
Jeveuxreflitusr les larcins
quej'ayfaits.
Si de cesvolshonteuxl'audaceefloitpunie,
Vne rame àla mainj'auroisfini
mavie,
Las d'estre simpleauteur
entésurdu Latin,
Tour imposerauxsots je
tradmfois Longin.
Maisj'avoue en mourant
quejel'ay mis en masque,
., Etque j'entendsleGrec,
aussipeu que le Basque,
Sur tout de noirs remords
mon espritagité,
Faitamandehonorable au
beau Sexe irrité,
jiu milieu des Pedans
nourrytoute mavie
J'ignoraylebeau monde,&
, lagalanterie, i
Et le coeur d'une Irispleine
demille attraits 4
Est
Estune terreaustralleoùje
n'allayjamais.
Jelaiseà mon valet dequoi
lever boutique
Des restes méprisezd'une
- Ode Pindarique,
Qu'on vit à sa naissance
expirerdans Paris:
On le verroitbien-tostrouler
en chevaux gis,
Si le langage obscuremploïé
dans cette Ode
Pouvoit unjourenfin devenirà
la mode.
Item, mais à ce mot chez
l'HorlogeurleRoux,
.La Pendulles'émeut,sonne
-
&frappedixcoups,
Alidoraussi-tost rempli
d'impatience
D'undélaicriminelaccuse
l'ajfifiance,
Faitvoir queletempspres-
,. se , & qu'il faut en
, granddeüil
Dans une heure au plus
tardescorterlecercüeil,
Il dit,&dans l'instanton
vitla Compagnie
Se lever bruspuementpour
la Ceremonie,
L'un court chezson Ami9
l'autre chez, un Frippier
Endosser l'attirail d'un
nouvel heritier,
Perrin d'un vieil bahut
d'oùpenduneserrure,
Tirasonjustaucorpsfaitau
deüil de Voiture,
Dont le coude entr'ouvert
reçut plus d'un échec
Envoulantle vêtir, tant il
se trouvasec.
Pradon, leseul Pradon eut
assez de courage
D'entrerchez, un Drapier
-
&d'un humble langage
., Pour quatre aulnes de drap
estimezvingtecus
Proposer un Billet signé
Germanicus.
Enfin midy sonnant cette
lugubre escorte
S'estsaisie aujourd'huy du
Deffuntsursaporte,
Et promenant ses os de
quartieren quartier
Le conduit au Parnasse en
songitedernier;
C'est-laqu'on va porterses
funebres reliques
Dansla cave marquée aux
Auteurssatiriques.
Là, sur un marbre offert
aux yeux de l'Univers
Encaractere d'or ongrave
ra ces vers.
Cy gist Maître Boileau
qui vécut de médire,
Et qui mourut aussiparun
traitdesatire:
Le coup qu'il assenaluyfut
enfinrendu.
Sipar malheur unjourson
livre estoitperdu,
A le chercher bien loin
Passant ne t'ernbataj^
se.
Tu le retrouveras tout entier
dans Horace.
DE BO 1LEAU,
SATYRE.
Quellesombre tristesse attaque
tes esprits ?
Lechagrinsurtonfront est
gravépar replis,
Qu'as-tufait de ceteint où
lajeunesse brille?
Jetevois plusrêveurqu'un
enfantd famille,
Qui courant vainement,
cherche depuis unmois
Quelque bonneUsurier
qui prête audeniertrois.
Ou qu'un tuteur tremblant
qui voit leverles
lustres
Pour éclairerbien-tostses
fittira illustres.
Quandle Partere en main
tient lesifflettoutprest,
Et luy va sansappel prononcersonArrest.
Ma douleur,cher Ami,
paroît avecjustice,
Cen'est pointen cejourun
effetdecaprice;
Mepompeuxattiraild'un
funesteConfvoy
Vientdesaisirmon coeurde
douleur&d'effroy,
Mesyeux ont vu passer
danslaplaceprochaine
DesMenins de la Mort
une troupe inhumaine;
De Pedans mal peignez,
un bataillon crotté,
Descendoit à paslents à
l'Université.
Leurs longs manteaux de
, :, àterre, A leurs crespesflottans les
mntsfaisoientlagutr*
rt';
Et chacun à la main avott
pïûpowjkitâbeau,
V#Umttj*di*:-?vertpour
orner untombeau,
J'ay vû parmi Içs rangs
malgréI4fouleextre*
me
Dc'"ml!inl Auteur dolent
lafaceseche&blefme.
fyey#Grecs& denxiLa*
tins escortotent le cereueil,
Et le mouchoirenmain
Barbinmenoitle deuil
pour qui crois-tu que nur*
che une telle ~oronnance.?
Ce lugubre appareil, cette
noire affluence?
D'unPoëte deffuntplains
lefunestesort,
l'Université pleure
, (7:
Despreauxestmort.
Ilestmort, c'enestfait,sa
Satyre ~T/~
Enfant infortuné d'une
plume infidelle,
Dont la Ville,&la Cour
ontfaitsipeu decas,
L'avoit déjà conduitaux
-
portes dutrépas.
Quandles cruelsefets d'une
derniere rage
L'ontfaitenfinpartirpour
cederniervoyage,
Ilcroyoit qu'Hipocrene,&
," sonpluspurcristal
Nedevoitquepour luy couleràpleincanal;
Mais apprenant qu'un au*
tre anime par lagloire
Avoit beureusementdans
Il sasourceose boire , frémit,&perce du fini
mortedépit,
Par l'ordred'Apollonilva
semettre 414 lit.
Tu ris: de tous les maux
déchaînezsur la terre
Pour livreraux Auteurs
une cruelle guerre:
Sçàis-tu bienque l'envieest
le plus dangereux?
Ils n'ontpoint d'antidoteÀ
ce poison affreux.
Un Poete aisement aidé
par lanature
Souffrelafaim,lafoif., le
Soleil
,
la fro dure,
Porte,sansmurmurer,dix
ans le même habit>-
N'a que les quatre murs
l'hiverpour tour deht*-
D'unGrand qui le nourrit ilsouffrelessaccades,
Son dosmêmeendurci si
, fait aux bastonnadesJ-'
Mais voit-ilsur lesrangs
quelqu'un se presenter,,
Et cüeillirdes lauriersqu'il
croitjcuL meriter.
Au bon goustà venirsoudainilenappelle,
AusieclepervertisaMuse
faitquerelle*
Achaque coin de ruèïlcrie,
-JO temps! omoeurs!
Lepoison cependant,augmentesesardeurs^
Etles dépits cruels ,les noires
jalousies
,
Fontàlafin l'effetdevingt
apoplexies.
quehérofiss,jourlleCini. ours leCini.
Dontun triste cercueilgardeàpresentlesos
Maissesentant voisin de l'infernalerive,
Et toutprest d'exalerson
amefugitive,
Il demandaparggrarâccee,,,&&
dunefablevoix
D'embrasser se-ç enfant
pourladernierefois.
Deux valetsaussi-tostses
dignesSecretaires I
Apportentprés de luy des
milliersd'exemplaires.
Lelitpar trop chargégemit j
souslespacquets,
Etl'Auteurmoribond dit
cesmotsparhocquets. 0 vous, mes tristes vers,
dignes objets d'envie,
JVJ)IN dont fattenst*hon~
., nveuired'u.n,e lfeéccoonnddér
PMiffitZJ-rzJOUJ:échAJler.m
naufragedesjins, Etbraverajamais £ignorance
,&Letemps,
jfenevous'verrayplus,déjà lamorthideuse
Autour de mon chevetétend
uneaile affreuse;
JMaisjt meurssans regret
dans
1
untemps dépravé;
> .- f-
Oùle mauvaisgoustregne,
&va lefront levé.
*QnlePublicsngrat,tnjidele,
perfide).
T,rouveMA veine usee, dl monstileinsipide
Moy,qui me,crusfadisa
Régnierpréfère.
Que dirontnosNeveux!
Regnardm'etfcomparé,
•Luyqùifendantdixansdu
Couchant
CouchantaL'Aurore
Errachez le Lapon&ramachezle
Maure.
Luy quinesçutjamaisnyle
Grecnyl'Hebreu.
Qui jcuajour&nuit,fîF
grandchcre&bonfeu;
Est- ce ainsi qu'autrefois
dansmavieillesouspente
Allâ,irombi-e- lueur d'une
lampe puante J'appris j pour mes pechez,
l'artdefairedesvers,
Feuilletantlesreplis de cent
Bouquinsdivers? ,
N'est-ce doncqu'enbuvant
que l'on imite Horace?
Par dessentiers defleurs , monte-t-onauParnasse?
Ce Regnardcependantvoit
éclatersestraits.
Quand mes derniers écrits
font en proye aux laquais\
0rage, ôdesespoir, ôvieillesse
ennemie!
Aprés tant de travaux
surlafin de ma vie
Par un nouvel Athlète on
meverra vaincu
Etjevis. Nonje meurs.. fayde)atropvécu,
ji ces mots bégayez, que la ".:
fureurinfvire,
Bbileaufermelesyeux,pen-
-
chela teste,expire.
Le bruit decette mort dans
lepaysLatin
Se répandaussî-lost&vole
chezBarbin.
La
, dans l'enfoncement
d'unearriere^boutique,
Safemmeétaleenvainson
embonpointantique,>
Etfaisant le débit de cent livresmauvais , Amuseun cercle entier des ,oisifs du Palais,
Là le vieux Presidenta
toujoursessceances,
Là le jeune, Avocat vient
prendreseslicences
Et le blond Senateur en
quittant leBarreau,
Vientpeignersaperruque,
&prendreson chapeau;
C'est là que le Chanoine au
sortirduservice,
Vientenaumusse encore a~
cheversonoffice.
Etqu'on voitàmidy maint
Auteur du menu
Surle projet d'un Livre
emprunterun écu.
Dansce Licée étroit cette
mortimprévue
Fut par les assistansdiversement
reçûë.
Acasteensoupira
3
le Li- braireengemt, -Crispe en eut l'oeil humide,
& Perraultensount;•-
Pendant qu'on doute encor
de la triste nouvelle
Arijitarrivéenpleurs, (:l,
suruneescabelle
Au milieu du Perron se
plaçanttristement.
Lut
-
au Cercle ces mots
extraits duTestament
EnThonneur d'Apollon à
jamaisjesouhaite
\Auxyeux de l'Universvi-
-
vre&mourirPoète,
J'en eustoute ma'V«,(9'
t'air,&lemaintien,
JMais desirantmourir en
Poëtechrestien
Je declare au Publicqueje
veux que l'on rende,
[Ce qu'à bon droitsurmoy
Juvenal redemande,
Quandmon Livreseroitré-
--
4-r- duitàdixfeüillets,
Jeveuxreflitusr les larcins
quej'ayfaits.
Si de cesvolshonteuxl'audaceefloitpunie,
Vne rame àla mainj'auroisfini
mavie,
Las d'estre simpleauteur
entésurdu Latin,
Tour imposerauxsots je
tradmfois Longin.
Maisj'avoue en mourant
quejel'ay mis en masque,
., Etque j'entendsleGrec,
aussipeu que le Basque,
Sur tout de noirs remords
mon espritagité,
Faitamandehonorable au
beau Sexe irrité,
jiu milieu des Pedans
nourrytoute mavie
J'ignoraylebeau monde,&
, lagalanterie, i
Et le coeur d'une Irispleine
demille attraits 4
Est
Estune terreaustralleoùje
n'allayjamais.
Jelaiseà mon valet dequoi
lever boutique
Des restes méprisezd'une
- Ode Pindarique,
Qu'on vit à sa naissance
expirerdans Paris:
On le verroitbien-tostrouler
en chevaux gis,
Si le langage obscuremploïé
dans cette Ode
Pouvoit unjourenfin devenirà
la mode.
Item, mais à ce mot chez
l'HorlogeurleRoux,
.La Pendulles'émeut,sonne
-
&frappedixcoups,
Alidoraussi-tost rempli
d'impatience
D'undélaicriminelaccuse
l'ajfifiance,
Faitvoir queletempspres-
,. se , & qu'il faut en
, granddeüil
Dans une heure au plus
tardescorterlecercüeil,
Il dit,&dans l'instanton
vitla Compagnie
Se lever bruspuementpour
la Ceremonie,
L'un court chezson Ami9
l'autre chez, un Frippier
Endosser l'attirail d'un
nouvel heritier,
Perrin d'un vieil bahut
d'oùpenduneserrure,
Tirasonjustaucorpsfaitau
deüil de Voiture,
Dont le coude entr'ouvert
reçut plus d'un échec
Envoulantle vêtir, tant il
se trouvasec.
Pradon, leseul Pradon eut
assez de courage
D'entrerchez, un Drapier
-
&d'un humble langage
., Pour quatre aulnes de drap
estimezvingtecus
Proposer un Billet signé
Germanicus.
Enfin midy sonnant cette
lugubre escorte
S'estsaisie aujourd'huy du
Deffuntsursaporte,
Et promenant ses os de
quartieren quartier
Le conduit au Parnasse en
songitedernier;
C'est-laqu'on va porterses
funebres reliques
Dansla cave marquée aux
Auteurssatiriques.
Là, sur un marbre offert
aux yeux de l'Univers
Encaractere d'or ongrave
ra ces vers.
Cy gist Maître Boileau
qui vécut de médire,
Et qui mourut aussiparun
traitdesatire:
Le coup qu'il assenaluyfut
enfinrendu.
Sipar malheur unjourson
livre estoitperdu,
A le chercher bien loin
Passant ne t'ernbataj^
se.
Tu le retrouveras tout entier
dans Horace.
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Résumé : LE TOMBEAU DE BOILEAU. SATYRE.
Le poème 'Le Tombeau de Boileau' évoque la mort du poète Nicolas Boileau. Le narrateur exprime une profonde tristesse et décrit Boileau comme un homme accablé par les soucis et les chagrins. Il compare Boileau à un enfant cherchant un usurier ou à un tuteur anxieux. Le narrateur révèle avoir vu des figures symbolisant la mort, notamment des pédants mal vêtus descendant à l'Université, parmi eux Boileau, accompagné de figures grecques et latines. Le poème détaille la douleur du narrateur, qui attribue la mort de Boileau à une 'funeste Convoy' et à une vision de la mort approchant. Boileau croyait que son inspiration poétique ne tarirait jamais, mais apprenant qu'un autre poète avait réussi, il mourut de dépit. Le texte souligne les difficultés des poètes, confrontés à l'envie, la faim, la soif, et l'ingratitude du public. Le poème se termine par la description des réactions diverses à la mort de Boileau dans le milieu littéraire parisien. Des figures comme Acaste, Crispe, Perrault, et Ariste réagissent différemment à la nouvelle. Boileau, dans son testament, exprime son désir de mourir en poète chrétien et demande pardon pour ses erreurs. Il avoue ignorer le grec et le latin, et exprime des remords envers le beau sexe. Le poème se conclut par la procession funéraire de Boileau, conduit au Parnasse où ses reliques seront inhumées. Une épitaphe gravée en caractères d'or résumera sa vie et sa mort : 'Cy gist Maître Boileau qui vécut de médire, Et qui mourut aussiparun traitdesatire.'
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 145-168
VERSION paraphrasée de la 29e. Ode du 3e. Livre d'Horace adressée à Mecenas, qui commence par Tyrrhena Regum progenies, &c.
Début :
J'ay attendu longtemps ce mois cy quelque nouvelle / Grand & fameux neveu de ces illustres Rois, [...]
Mots clefs :
Horace, Poésie, Livre d'Horace, Malheur, Temps, Eaux, Repos
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERSION paraphrasée de la 29e. Ode du 3e. Livre d'Horace adressée à Mecenas, qui commence par Tyrrhena Regum progenies, &c.
J'ay attendu longtemps ce
mois cy quelque nouvelle
piece de Poësie , mais on n'a
pas jugé à propos de m'en faire
preſent. Lindifference des
Auteurs m'a determiné à parcourir
tous mes papiers poury
chercher quelque choſe qui
pût faire plaifir aux Lecteurs.
J'y ay enfin trouvé une verſion
paraphrafée de la 29.
Ode du troifiéme Livre d'Horace
qui n'a jamais été imprimée
, je l'ay lûë & examinéc
avec beaucoup d'attention .Je
l'ay même montrée à d'excellents
Critiques qui à quelque
Septembre 1714. N
146 MERCURE
petite choſe prés , en ont
trouvé la Poësie , & les penſéesbelles.
Leur temoignage
m'adeterminé à la donner , &
je ſuis perfuadé que ceux qui
la liront ne feront pas plus
difficiles qu'eux.
:
GALANT 147
VERSION
C
paraphrafée de la 29. Ode
du 3. Livre d'Horace addreſſée
à Mecenas , qui
commence par Tyrrhena
Regum progenies , .
Grand&fameux neven
de ces illuftres Rois ,
Qu'autrefois la Toscane a
reconnu pour maiſtres ,
Noble &digne heritier de
ces nobles ancestres ,
Nij
148 MERCURE
Dont un peuple puiſſant a
reveré les loix ,
Quitte pour aujourd'huy
ces éclatantes marques
Et cet appareilglorieux ,
Qui fait bien connoiſtre à
:
nosyeux ,
Que tu fors du fang des
Monarques ,
Et vienssçavoir par mon
moyen
و
Jusqu'on vont les plaiſirs
d'un ſimple Citoyen.
CecharmantTrooly dont
۱
GALANT . 149
les fuperbes eaux
ой
Baignent de flots d'argent
cent baſſins de Porphyre ;
Ces jardinssomptueuх ,
l'oeil furpris admire
D'an art entreprenant
prodiges nouveaux ,
Cispalais enchantez , ces
pompeux édifices
les
Ont aßezoccupé tesſens :
Viens-t'en dans ces lieux
innocens
Gouter d'innocentes delices:
Tu n'es pas plus grand
qu'Apollon ,
1
Niij
ISO MERCURE
Qui fait bien cet honneur
àmonhumble vallon.
Tu trouveras mon vin
fur mon buffet placé ,
Ce vin que m'a rendu ma
premiere cuvée ,
Quepourtoyſeulement mes
Joins ont refervée ,
Et que j'ay fait garder
dans un autre glacé:
Tu verras fur mon linge
une moiſſon deroſes ,
Et tu trouveras ,ſi tu veux,
Pourl'usage de tes cheveux
GALANT. 151
De bien plus excellentes
chofes ;
Carj'ay de ces parfumsfi
A
doux
Que l'Orient vaincu ne
produit que pour nous.
C'est la diverſitéqui ſoutient
le plaiſir ;
Le trop de bonne chere en
fait perdre l'envie ,
D'un dégoust infaillible elle
eft toûjours ſuivie,
Et l'excés du bien mêmeen
ofte le defir. ما
N iiij
152 MERCURE
Sans or & fans azur ;
fans pourpre &Sans
peinture
Un repas ferviproprement
Dans un licu qui n'a d'ornement
,
Que des beautez de la
nature ,
•Sçait bien mieux charmer
lesSoucis ,
Que ces pompeux feſtins ,
८ ou les Rois font affis.
Quitte doncpour ceſoir le
tumulte & le bruit ;
GALANT. 153
Laifle de trop de biens l'abondance
importune ;
Laiſſe dans ton palais ta
gloire&tafortune ;
Etfois abſent de Rome au
moins pour une nuit.
Ceffe de contempler dans
Sagrandeurfublime
Cette Reine de l'univers ,
Qui fur tant de peuples
divers .
Levefon orgueilleuse cime ,
Et qui par ses vastes
projets
Dans tous les Potentats ne
154 MERCURE
voit que desſujets.
ॐ
Déja la canicule élance
fon ardeur ;
Des feux dufier Lion la
force eſt aſſemblée;
Dugrand aftré du jour la
flamme estredoublée ;
Et l'air eft allumé parsa
vive fplendeur.
Le burger entouré de brebis
Languiſſantes ,
Va chercher le ſecours des
eaux ,
Où ces arbres , dont les
GALANT.155
rameaux
Font des ombres rafrai
chiffantes ,
Mais qui dans cet embra-
Sement
Nefont pas agitez, d'un
zephirſeulement.
Elevé cependant au ſupréme
pouvoir ,
Et malgré ce haut rang
étouffé dans la preffe
D'un amas defâcheux qui
t'affiegentfans ceſſe ,
Etqui viennent te rendre
136 MERCURE
un importun devoir ,
Tu trouve le repos indigne
d'un grand homme :
L'Etat occupe tous tes
Joins ;
Ettafantéte touche moins,
Que ne fait l'intereſt de
Rome ,
Pourqui tu redoute l'effort
Des Parthes revoltez ou
des peuples du Nort.
Mais de grace dy moy ,
quefert d'entretenir
Deces évenemens lacrainGALANT
157
te anticipée ,
Si cette crainte eſt vaine ,
& peut- être trompée,
Puiſque c'est à Dieu feul
desçavoir l'avenir,
Ces fuccés éloignezSous
une nuit obscure ,
Parfa prudence font cachez,
Et lorſqu'il nous voit empêchez
A craindre une perte future
,
Il rit des choses d'icy bas ,
Où tel pleure un malheur
158 MERCURE
qu'il nefentirapas..
ॐ
Gardons bien noftreesprit
de s'échapperſi loin ,
Bornons tous nosfoucis à
lachoſe preſente ,
1
Et croyons que fans fruit
nôtre coeurſe tourmente
Pourunfauxavenir, d'un
veritableſoin ;
Aille comme il pourra , le
temps qui nous doit
fuivre ,
Ces chagrinsſontpour nos
neveux ,
GALANT. 159
Etles maux qui viendront
fur eux ,
Quand nous aurons ceffé
de vivre ,
Enrien neferoient amoindris
Par la compaſſion de nos
coeurs attendris.
ॐ
Ainsique nous voyons un
grandfleuve en repos ,
Dormir comme un étang
dans l'enclos defesrives,
Puis tout à coup laſſé de
voirſes eaux captives ,
160 MERCURE
S'élever, s'elargır, &pouffermilleflots:
Ilparoift une mer , &fon
ravage étrange
Entraine troupeaux &
maisons ;
De mêmeenchan De même en changeantfes -
faisons,
Le temps fait qu'un
Se change,
état
Et mêle en ſes divers effets
Le tumulte au repos & la
guerre à la paix.
ॐ
Ce
GALANT. 161
Ce changement de temps
peut troubler nos plaiſirs ;
Mais celuy-là fans doute.
en éprouve un extrême ,
Qui tout autant qu'il peut
Jerenferme enſoy-même ,
Et qui de ce qu'il tient contentefes
defirs.
Le beau temps d'aujourd'huy
comble toutefa
joye ;
Que demain le Ciel foit
changé
Que de noirs nuages chargé
,
Septembre 1714. Ο
162 MERCURE
Il éclate , il tonne , il foudroye
;
Leſage ignore ce malheur ,
Et jusqu'à ce qu'il souffre ,
épargnefa douleur.
Bien moinss'aviſe-t'ilpar
des crisfuperflus
De rappeller àſoy la difgrace
paffée ,
Bien moins occupe-t'ilfon
coeur&Sapensée
Aluy rendre preſents des
maux qui neſont plus ,
Ilfçait qu'un fiecle entier
GALANT. 163
de troubles & d'allarmes
Ne fera pas revivre un
mort ,
Ilſçait que les arrests du.
fort
S'executent malgré nos lar
mes ,
Et que même une Deité
Nepeut pas empêcher qu
un malheur n'ait esté.
Lafortunefeplaît àfrap
per de grands coups
Enſes jeux infolens elle est
opiniâtre ;
O ij
164 MERCURE
Elle estsouvent contraire
àqui plus l'idolâtre ,
Etson visage est traître ,
alors qu'ilfemble doux :
Ellefait de grands dons ,
mais leur peu de durée
Afflige noftre ambition ;
Bienſouvent la poſſeſſion
En eft courie & mal af-
Seurée
Et ce que je tiens desa
main
Un autre le tiendra peuteſtre
dés demain.
ॐ
GALANT. 165
Je nesuis point ingrat des
biens qu'elle m'afaits ;
Je vante ſes faveurs , je
l'en aime , & l'en lovë ,
Sur tout quand àmaporte
ellefixefa roue ,
Etſemble vouloir rire au
gré de mesfouhaits.
Maisfitoft quejeſens qu'
elle ébranle fon aisle ,
Pour voler en d'autres
quartiers ,
Je mediſpoſe volontiers
Aluy rendre ce qui vienm
d'elle
166 MERCURE
Et ne demeure revêtu
Quedu manteau certainde
ma propre vertu.
* Quand je ferois privé de
tout autreſoutien ;
Jamais la pauvreté n'étonneroit
mon ame ,
Et je n'y connois rien qui
foit digne de blâme ,
Quand on se peut vanter
qu'on est hommede bien :
Je la tiens preferable aux
richeſſes lointaines,
Qui viennent des bords
GALANT. 167
estrangers ,
Qu'on chercheavec tant de
dangers
Par des routes ſi peu certaines,
Où l'on reclameſiſouvent
L'indulgence desflots&la
faveur du vent.
*
Armezdoncvosfureurs
contre l'air& les eaux ,
Aquilons inhumains, fiers
Auteurs des naufrages,
Vous aurez tout loiſir de
former vos orages ,
168 MERCURE
Avant que d'abimer ny
moy ny mes Vaiffeaux,
Quand je m'embarqueray
fur le fameux Egée
Zephire les careffera ,
Luyfoutmes voiles enflera ,
Ma Barquefera chargée :
Toutfera calme aux environs
,
Et Pollux & Castor tien-
C dront mes avirons.
mois cy quelque nouvelle
piece de Poësie , mais on n'a
pas jugé à propos de m'en faire
preſent. Lindifference des
Auteurs m'a determiné à parcourir
tous mes papiers poury
chercher quelque choſe qui
pût faire plaifir aux Lecteurs.
J'y ay enfin trouvé une verſion
paraphrafée de la 29.
Ode du troifiéme Livre d'Horace
qui n'a jamais été imprimée
, je l'ay lûë & examinéc
avec beaucoup d'attention .Je
l'ay même montrée à d'excellents
Critiques qui à quelque
Septembre 1714. N
146 MERCURE
petite choſe prés , en ont
trouvé la Poësie , & les penſéesbelles.
Leur temoignage
m'adeterminé à la donner , &
je ſuis perfuadé que ceux qui
la liront ne feront pas plus
difficiles qu'eux.
:
GALANT 147
VERSION
C
paraphrafée de la 29. Ode
du 3. Livre d'Horace addreſſée
à Mecenas , qui
commence par Tyrrhena
Regum progenies , .
Grand&fameux neven
de ces illuftres Rois ,
Qu'autrefois la Toscane a
reconnu pour maiſtres ,
Noble &digne heritier de
ces nobles ancestres ,
Nij
148 MERCURE
Dont un peuple puiſſant a
reveré les loix ,
Quitte pour aujourd'huy
ces éclatantes marques
Et cet appareilglorieux ,
Qui fait bien connoiſtre à
:
nosyeux ,
Que tu fors du fang des
Monarques ,
Et vienssçavoir par mon
moyen
و
Jusqu'on vont les plaiſirs
d'un ſimple Citoyen.
CecharmantTrooly dont
۱
GALANT . 149
les fuperbes eaux
ой
Baignent de flots d'argent
cent baſſins de Porphyre ;
Ces jardinssomptueuх ,
l'oeil furpris admire
D'an art entreprenant
prodiges nouveaux ,
Cispalais enchantez , ces
pompeux édifices
les
Ont aßezoccupé tesſens :
Viens-t'en dans ces lieux
innocens
Gouter d'innocentes delices:
Tu n'es pas plus grand
qu'Apollon ,
1
Niij
ISO MERCURE
Qui fait bien cet honneur
àmonhumble vallon.
Tu trouveras mon vin
fur mon buffet placé ,
Ce vin que m'a rendu ma
premiere cuvée ,
Quepourtoyſeulement mes
Joins ont refervée ,
Et que j'ay fait garder
dans un autre glacé:
Tu verras fur mon linge
une moiſſon deroſes ,
Et tu trouveras ,ſi tu veux,
Pourl'usage de tes cheveux
GALANT. 151
De bien plus excellentes
chofes ;
Carj'ay de ces parfumsfi
A
doux
Que l'Orient vaincu ne
produit que pour nous.
C'est la diverſitéqui ſoutient
le plaiſir ;
Le trop de bonne chere en
fait perdre l'envie ,
D'un dégoust infaillible elle
eft toûjours ſuivie,
Et l'excés du bien mêmeen
ofte le defir. ما
N iiij
152 MERCURE
Sans or & fans azur ;
fans pourpre &Sans
peinture
Un repas ferviproprement
Dans un licu qui n'a d'ornement
,
Que des beautez de la
nature ,
•Sçait bien mieux charmer
lesSoucis ,
Que ces pompeux feſtins ,
८ ou les Rois font affis.
Quitte doncpour ceſoir le
tumulte & le bruit ;
GALANT. 153
Laifle de trop de biens l'abondance
importune ;
Laiſſe dans ton palais ta
gloire&tafortune ;
Etfois abſent de Rome au
moins pour une nuit.
Ceffe de contempler dans
Sagrandeurfublime
Cette Reine de l'univers ,
Qui fur tant de peuples
divers .
Levefon orgueilleuse cime ,
Et qui par ses vastes
projets
Dans tous les Potentats ne
154 MERCURE
voit que desſujets.
ॐ
Déja la canicule élance
fon ardeur ;
Des feux dufier Lion la
force eſt aſſemblée;
Dugrand aftré du jour la
flamme estredoublée ;
Et l'air eft allumé parsa
vive fplendeur.
Le burger entouré de brebis
Languiſſantes ,
Va chercher le ſecours des
eaux ,
Où ces arbres , dont les
GALANT.155
rameaux
Font des ombres rafrai
chiffantes ,
Mais qui dans cet embra-
Sement
Nefont pas agitez, d'un
zephirſeulement.
Elevé cependant au ſupréme
pouvoir ,
Et malgré ce haut rang
étouffé dans la preffe
D'un amas defâcheux qui
t'affiegentfans ceſſe ,
Etqui viennent te rendre
136 MERCURE
un importun devoir ,
Tu trouve le repos indigne
d'un grand homme :
L'Etat occupe tous tes
Joins ;
Ettafantéte touche moins,
Que ne fait l'intereſt de
Rome ,
Pourqui tu redoute l'effort
Des Parthes revoltez ou
des peuples du Nort.
Mais de grace dy moy ,
quefert d'entretenir
Deces évenemens lacrainGALANT
157
te anticipée ,
Si cette crainte eſt vaine ,
& peut- être trompée,
Puiſque c'est à Dieu feul
desçavoir l'avenir,
Ces fuccés éloignezSous
une nuit obscure ,
Parfa prudence font cachez,
Et lorſqu'il nous voit empêchez
A craindre une perte future
,
Il rit des choses d'icy bas ,
Où tel pleure un malheur
158 MERCURE
qu'il nefentirapas..
ॐ
Gardons bien noftreesprit
de s'échapperſi loin ,
Bornons tous nosfoucis à
lachoſe preſente ,
1
Et croyons que fans fruit
nôtre coeurſe tourmente
Pourunfauxavenir, d'un
veritableſoin ;
Aille comme il pourra , le
temps qui nous doit
fuivre ,
Ces chagrinsſontpour nos
neveux ,
GALANT. 159
Etles maux qui viendront
fur eux ,
Quand nous aurons ceffé
de vivre ,
Enrien neferoient amoindris
Par la compaſſion de nos
coeurs attendris.
ॐ
Ainsique nous voyons un
grandfleuve en repos ,
Dormir comme un étang
dans l'enclos defesrives,
Puis tout à coup laſſé de
voirſes eaux captives ,
160 MERCURE
S'élever, s'elargır, &pouffermilleflots:
Ilparoift une mer , &fon
ravage étrange
Entraine troupeaux &
maisons ;
De mêmeenchan De même en changeantfes -
faisons,
Le temps fait qu'un
Se change,
état
Et mêle en ſes divers effets
Le tumulte au repos & la
guerre à la paix.
ॐ
Ce
GALANT. 161
Ce changement de temps
peut troubler nos plaiſirs ;
Mais celuy-là fans doute.
en éprouve un extrême ,
Qui tout autant qu'il peut
Jerenferme enſoy-même ,
Et qui de ce qu'il tient contentefes
defirs.
Le beau temps d'aujourd'huy
comble toutefa
joye ;
Que demain le Ciel foit
changé
Que de noirs nuages chargé
,
Septembre 1714. Ο
162 MERCURE
Il éclate , il tonne , il foudroye
;
Leſage ignore ce malheur ,
Et jusqu'à ce qu'il souffre ,
épargnefa douleur.
Bien moinss'aviſe-t'ilpar
des crisfuperflus
De rappeller àſoy la difgrace
paffée ,
Bien moins occupe-t'ilfon
coeur&Sapensée
Aluy rendre preſents des
maux qui neſont plus ,
Ilfçait qu'un fiecle entier
GALANT. 163
de troubles & d'allarmes
Ne fera pas revivre un
mort ,
Ilſçait que les arrests du.
fort
S'executent malgré nos lar
mes ,
Et que même une Deité
Nepeut pas empêcher qu
un malheur n'ait esté.
Lafortunefeplaît àfrap
per de grands coups
Enſes jeux infolens elle est
opiniâtre ;
O ij
164 MERCURE
Elle estsouvent contraire
àqui plus l'idolâtre ,
Etson visage est traître ,
alors qu'ilfemble doux :
Ellefait de grands dons ,
mais leur peu de durée
Afflige noftre ambition ;
Bienſouvent la poſſeſſion
En eft courie & mal af-
Seurée
Et ce que je tiens desa
main
Un autre le tiendra peuteſtre
dés demain.
ॐ
GALANT. 165
Je nesuis point ingrat des
biens qu'elle m'afaits ;
Je vante ſes faveurs , je
l'en aime , & l'en lovë ,
Sur tout quand àmaporte
ellefixefa roue ,
Etſemble vouloir rire au
gré de mesfouhaits.
Maisfitoft quejeſens qu'
elle ébranle fon aisle ,
Pour voler en d'autres
quartiers ,
Je mediſpoſe volontiers
Aluy rendre ce qui vienm
d'elle
166 MERCURE
Et ne demeure revêtu
Quedu manteau certainde
ma propre vertu.
* Quand je ferois privé de
tout autreſoutien ;
Jamais la pauvreté n'étonneroit
mon ame ,
Et je n'y connois rien qui
foit digne de blâme ,
Quand on se peut vanter
qu'on est hommede bien :
Je la tiens preferable aux
richeſſes lointaines,
Qui viennent des bords
GALANT. 167
estrangers ,
Qu'on chercheavec tant de
dangers
Par des routes ſi peu certaines,
Où l'on reclameſiſouvent
L'indulgence desflots&la
faveur du vent.
*
Armezdoncvosfureurs
contre l'air& les eaux ,
Aquilons inhumains, fiers
Auteurs des naufrages,
Vous aurez tout loiſir de
former vos orages ,
168 MERCURE
Avant que d'abimer ny
moy ny mes Vaiffeaux,
Quand je m'embarqueray
fur le fameux Egée
Zephire les careffera ,
Luyfoutmes voiles enflera ,
Ma Barquefera chargée :
Toutfera calme aux environs
,
Et Pollux & Castor tien-
C dront mes avirons.
Fermer
Résumé : VERSION paraphrasée de la 29e. Ode du 3e. Livre d'Horace adressée à Mecenas, qui commence par Tyrrhena Regum progenies, &c.
L'auteur découvre une paraphrase de la 29ème Ode du troisième Livre d'Horace dédiée à Mécène et décide de la publier après l'avoir examinée et soumise à des critiques en septembre 1714. Cette ode oppose la vie simple et innocente d'un citoyen aux plaisirs éphémères des monarques, encourageant Mécène à privilégier des joies modestes comme un bon vin et des roses fraîches. Elle met en garde contre l'excès et prône la modération. L'ode aborde également les soucis liés au pouvoir et les dangers menaçant Rome, incitant à profiter du présent sans se préoccuper de l'avenir incertain. La vie est comparée à un fleuve alternant entre repos et tumultes, soulignant que ceux qui savourent le moment présent sont moins affectés par les revers. Le texte réfléchit sur la fortune et la vertu, décrivant la fortune comme capricieuse et imprévisible. L'auteur exprime sa gratitude pour les faveurs de la fortune mais préfère la vertu à la richesse incertaine. Il conclut en invoquant les vents pour protéger ses navires lors de son voyage sur la mer Égée, espérant un trajet calme sous la protection des dieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 224-226
« J'avois le mois dernier formé le projet de donner une [...] »
Début :
J'avois le mois dernier formé le projet de donner une [...]
Mots clefs :
Journal historique, Horace, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'avois le mois dernier formé le projet de donner une [...] »
J'avois le mois dernier formé
le projet de donner une
Relation entiere de tout cc
GALANT. 225
qui s'eſt paſſé à Barcelone depuis
que M. de Staremberg
eſt ſorti de cette Place , jufqu'à
preſent. J'avois même
ramaſſe un grand nombre de
Memoires que je deſtinois à
l'execution de ce deffein , &
je n'aurois pas manqué d'en
faire une ſuite exacte , ſi je
n'avois pas trouvé dans mes
manufcrits tant de vuides
qu'il m'a eſté abſolument impoſſible
de les remplir en un
mois . J'auray plus de loiſir
&je feray peut- eſtre plus heureux
le mois prochain. Si je
réüflis enfin dans mes recher226
MERCURE
1
ches , on n'attendra pas longtemps
le Journal hiſtorique de
tous les évenemens de ce fameux
Siege , finon je m'en
tiendray au precepte d'Horace
,&malgré toutes les peines
que j'auray priſes, j'abandonneray
un ouvrage dont la façon
ne me flatteroit pas d'un
heureux fuccés... Et qua *
Defperattractata nitefcere poffe
relinquit.
le projet de donner une
Relation entiere de tout cc
GALANT. 225
qui s'eſt paſſé à Barcelone depuis
que M. de Staremberg
eſt ſorti de cette Place , jufqu'à
preſent. J'avois même
ramaſſe un grand nombre de
Memoires que je deſtinois à
l'execution de ce deffein , &
je n'aurois pas manqué d'en
faire une ſuite exacte , ſi je
n'avois pas trouvé dans mes
manufcrits tant de vuides
qu'il m'a eſté abſolument impoſſible
de les remplir en un
mois . J'auray plus de loiſir
&je feray peut- eſtre plus heureux
le mois prochain. Si je
réüflis enfin dans mes recher226
MERCURE
1
ches , on n'attendra pas longtemps
le Journal hiſtorique de
tous les évenemens de ce fameux
Siege , finon je m'en
tiendray au precepte d'Horace
,&malgré toutes les peines
que j'auray priſes, j'abandonneray
un ouvrage dont la façon
ne me flatteroit pas d'un
heureux fuccés... Et qua *
Defperattractata nitefcere poffe
relinquit.
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Résumé : « J'avois le mois dernier formé le projet de donner une [...] »
L'auteur souhaite écrire une relation complète des événements à Barcelone depuis le départ de M. de Staremberg. Il a rassemblé des mémoires mais constate des lacunes dans ses manuscrits, rendant impossible leur complétion rapide. Il espère achever son ouvrage le mois suivant ou l'abandonner si les résultats ne le satisfont pas, suivant le précepte d'Horace.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 247-259
Réponse sçavante de M. D. L. H. à la critique de M. D. R. [titre d'après la table]
Début :
Je ne me serois jamais attendu, Monsieur, qu'on m'eût accusé [...]
Mots clefs :
Vers, Césure, Latin, Horace, Poésie latine, Auteurs, Poète, Distique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse sçavante de M. D. L. H. à la critique de M. D. R. [titre d'après la table]
Je ne mt (crois jamais attendu3
Monficuf
s
qu'on m'eût aceuse
de beveuë, quand j'ay mis
sur le compte deSanteudle DistiqueÇuivant
qui efl au bas d'un
Portrait du Royen Estampe.
Vicit inacceffis confias rupibus
arces
Miraris! pa Rhenumhicsibi
fecit iter.
Santotius Victorinus.
On s'étonne que je riaye pas
juge que ces vers nepourvoient pas
tftre de luy, efl ceparce queVicit9
eJlun terme impropreeeConfifas
un barbarisme, ce Poètey, efloit
sujetJ on a chanté pendant plus
de quinze ans l'hymne de S.Jean
où il avoit employé Refeeata
pour RefeGta. Vousvoqu'il
nefloit pas heureux en supins
y efl-ceparce que lapenséeelffaujfe,
on n'en dit rien,mais feulement
quelle nesspas dans toutsonjour;
c'est doncparce que l'on s'imagine
que le fécond vers eflplus vicieux
que le premier , commesi un bon
Poëte ne pouvoit pas faire deux
méchans vers de fuite, e moy
je métonne que sur desifoibles
raisons, on ait donné un dementi
aufeu Chevalier de Linck, Ù*
ditfeusieur Gantrel
,
l'un a gravé
l'eflampe & les vers, avec le
nom deSanteùil, l'autre l'aimprimée
à Paris : on sçait jufytes
où alloitlasensibilitédeSantend
sursa, réputationauroit-ilsouffert
qu'a ses yeux on luy tût
juppoféunDitfiqueplacé dans un
endroit si brillant,pourmoy jt
n'aypointl'art de détruirepar de
frivoles conjectures
) un telargn*
ment.
Ces vers, dit on, ne peuvent
venir que d'un Poète du païs dit
Wordd, ou a-t-:» on appris que Ille
Adidy n'en fournisse que d'excel.
Uns:siN-aples a donné un Sa*
meZAr ÏEcojfe a produit un
Bachamar luy seulen vaut une
légion:sils'agijjoit d'un Sonnet
François3l'applicationferoitjufle;
mais pourquoy croire que les glaces
du Nordy ontrepoidy la veine
Poetiqueyest-ilbienconfiant qua
Salamanque on tourne mieux un
1ers qu'aLcide, cefiinjulter de
gayttéde coeur despeuples qui cultivent
le Lxtin avec tant d'ajjtduité.
V; nons aux observations.
L'Auteur
>
felon vous, efi
un homme de Pais qui efi fort
Jçavant,fut voflre paroleJ je
luy crois beaucoup d'habileté, rien
ne luyéchape des sciences lesplus
abjiraites ; mais pour les minuties
de la Grammaire Latine,ilefl
évident qu'il les a oubliées, la
perte nesspasgrande;cest, dit-il,
ne pas Jçavoir les regles de la
PotfieLatine, que defeander les
Pentamètres par des Anpeftes,
/ilauoitfait réflexion que ces
'Vers s'appellent Pentametrès^parce
qu'ils font comp()(è de cinq
pieds, il Je feroit épargne cette
fausse remarques ilfaut qu'il y
aitlong-temps quil naît luson
Defpautereyil avoit appart mmtnt
quelque chose dé mieux àfaire,
écoutons nojlreMaigre.
Pentametrum vulc quinquc
pedes tertius esto
Spondeus, quartus quinquc
Anapestus.
LAuteur du Regia Parnaflï* sexpliquedemesme. LA Jccifion
est precifeâairfi le Pentamctrede
Santeud est regulier, & riest
pasplus "vicieuxqu'un bexametre
ouil y a un barbarismeycest .) pourquOYJeny ay rien rtprzs.
Lafeconde man:ere de mefurerun
Pentameire,cestde laisser
une cesureaprès les deux premiers
pieds: quand on mefureroit
de rmfme- celuy de Santeüil
,
la
premièresillabe de Rhenum,ftrviroit
de cejfure; en cela il n'a fait
que copier les plusgrands originaux.
Collaque & os, oculosque ilhus
ore premam
DitOvide.
Troja virûm
,
& virtutum
omnium acerba cinis
Dit Carulle.
Etplus loin, illamasslgit odore,
iste perit podagrâ.
Le Pentametre de Santtiln'cft
donc point sans cefure
J comme
on l'a avancesans reflexion, &
ilJe trouve appuyéd'exemples irréparables
.: il efl vray que des
Grammairiens pretendent que le
vers en eflmoins beau,quand III.)
ceJure efi suivie d'uneEhjïon;
mais on n'a jamais dit que pour
cela un vers feit t'rjitieu)I, la remarque
mesme me paroiss peu
feure par une raison de parité que
je tire du vers A 1 jetireduversAsclepiade
,
il efi
composé d'un SpondEe, de deux
choriambes,d'un Pyrrihique, ou
d'un Iambe
y
Despauterey efl
formel.
Mecenas Aravis Edite Regibus.
D'autres le composentd'un
Spondée3 d'un Daélyle, d'une
Cesure & de deux Daéiyles:or
en n'a jamais dit qu'un vers Asclepiadefutvitieux,
nymesme
moins beau3 quand la Cesure efi
suivie J'uneElision.
Exegi monumentumre perennius.
Horacenen a pas fait de plus
beau) & celuy de Santrüille paroiflroit
de mesme, si on nefloit
pas dans l'habitudedescander les
Pentametres en les lisantsur la
Cesure, qui tft ordinairement la
derniereftllabe du mot, iljemble
"Joir des fautereaux de Clavejjtn
qui montent & qui defeendent,
on feroit mieux de future la maniere
des Grammairiensy qui lisent
lesvers de fuite, imitateurs en
cela des anciens, cela se prouve
par les vus d'Horace, où fou-
'lient la derniere sillabe d'un vers
tft jointe avec lapremierejïlUbe
du vers suivant.
Jenecomprenspasqu1il manque
une longue3 àcaufideïEcbhpfii;
c'cfi pourmoy un Enigme & un
Paradoxe du College, pour ne
rien dire de pis. Remontons a
l'HeXametrc..
J'avois douté que vincere
arces sur Latin, on trouve du
temps de Ciceron,vinccre oppida3
& dans Eutrope vincerc
ur bes, parcourons le Difliquerefondu.
Stravit inaccessis structasin
rupibus
rupibus arces.
Quid ni ? pr Rhenum sic fibi
fecititer.
, Le changement de confifas
en stru£tas, efl aussi heureux
qu'il efl difficile ; car je doutefortque
confinsadjefhffetrouve
dans les Auteurs du temps d'Augufte
; des gens pointilleux- demanderoient
si sternere arces
riefi pas une exprejjton de mefmc
trtmpe on tcmploye avec tant
de confiance, quejeparierois pour
son antiquité; tantjefuis de bonne
composition. Le quid ny?e ben
trovato:, tll'emporte infiniment
sur Miraris, mais rien riefi dp,
laforce du fie, le Roy, dues vous,
a renversé des forteresses bafltes
surdes rochers inaccejjtbles,pourquoy
nont etest ainsi quils'efl
ouvert un chemin à travers le
Rhin.
Siceflchanger de figure
> ou
développer la pensee de Santeml>
je m'en rapporte aux connoisseurs,
lesréflexions nous meneroient
trop loin. Vous niave% invité>
Afonfieur, a répondre, infinfihlement
c'etf une dissertation, je
sens bien quelleferaennuyeuse
aux personnes qui ne cherchent
que l'agréable, la matiere efltrifle,
je riaypu l'égayer, 9 répandre
des lfeurs sur un sujetsi herissé
titépines. D. L. j.
Monficuf
s
qu'on m'eût aceuse
de beveuë, quand j'ay mis
sur le compte deSanteudle DistiqueÇuivant
qui efl au bas d'un
Portrait du Royen Estampe.
Vicit inacceffis confias rupibus
arces
Miraris! pa Rhenumhicsibi
fecit iter.
Santotius Victorinus.
On s'étonne que je riaye pas
juge que ces vers nepourvoient pas
tftre de luy, efl ceparce queVicit9
eJlun terme impropreeeConfifas
un barbarisme, ce Poètey, efloit
sujetJ on a chanté pendant plus
de quinze ans l'hymne de S.Jean
où il avoit employé Refeeata
pour RefeGta. Vousvoqu'il
nefloit pas heureux en supins
y efl-ceparce que lapenséeelffaujfe,
on n'en dit rien,mais feulement
quelle nesspas dans toutsonjour;
c'est doncparce que l'on s'imagine
que le fécond vers eflplus vicieux
que le premier , commesi un bon
Poëte ne pouvoit pas faire deux
méchans vers de fuite, e moy
je métonne que sur desifoibles
raisons, on ait donné un dementi
aufeu Chevalier de Linck, Ù*
ditfeusieur Gantrel
,
l'un a gravé
l'eflampe & les vers, avec le
nom deSanteùil, l'autre l'aimprimée
à Paris : on sçait jufytes
où alloitlasensibilitédeSantend
sursa, réputationauroit-ilsouffert
qu'a ses yeux on luy tût
juppoféunDitfiqueplacé dans un
endroit si brillant,pourmoy jt
n'aypointl'art de détruirepar de
frivoles conjectures
) un telargn*
ment.
Ces vers, dit on, ne peuvent
venir que d'un Poète du païs dit
Wordd, ou a-t-:» on appris que Ille
Adidy n'en fournisse que d'excel.
Uns:siN-aples a donné un Sa*
meZAr ÏEcojfe a produit un
Bachamar luy seulen vaut une
légion:sils'agijjoit d'un Sonnet
François3l'applicationferoitjufle;
mais pourquoy croire que les glaces
du Nordy ontrepoidy la veine
Poetiqueyest-ilbienconfiant qua
Salamanque on tourne mieux un
1ers qu'aLcide, cefiinjulter de
gayttéde coeur despeuples qui cultivent
le Lxtin avec tant d'ajjtduité.
V; nons aux observations.
L'Auteur
>
felon vous, efi
un homme de Pais qui efi fort
Jçavant,fut voflre paroleJ je
luy crois beaucoup d'habileté, rien
ne luyéchape des sciences lesplus
abjiraites ; mais pour les minuties
de la Grammaire Latine,ilefl
évident qu'il les a oubliées, la
perte nesspasgrande;cest, dit-il,
ne pas Jçavoir les regles de la
PotfieLatine, que defeander les
Pentamètres par des Anpeftes,
/ilauoitfait réflexion que ces
'Vers s'appellent Pentametrès^parce
qu'ils font comp()(è de cinq
pieds, il Je feroit épargne cette
fausse remarques ilfaut qu'il y
aitlong-temps quil naît luson
Defpautereyil avoit appart mmtnt
quelque chose dé mieux àfaire,
écoutons nojlreMaigre.
Pentametrum vulc quinquc
pedes tertius esto
Spondeus, quartus quinquc
Anapestus.
LAuteur du Regia Parnaflï* sexpliquedemesme. LA Jccifion
est precifeâairfi le Pentamctrede
Santeud est regulier, & riest
pasplus "vicieuxqu'un bexametre
ouil y a un barbarismeycest .) pourquOYJeny ay rien rtprzs.
Lafeconde man:ere de mefurerun
Pentameire,cestde laisser
une cesureaprès les deux premiers
pieds: quand on mefureroit
de rmfme- celuy de Santeüil
,
la
premièresillabe de Rhenum,ftrviroit
de cejfure; en cela il n'a fait
que copier les plusgrands originaux.
Collaque & os, oculosque ilhus
ore premam
DitOvide.
Troja virûm
,
& virtutum
omnium acerba cinis
Dit Carulle.
Etplus loin, illamasslgit odore,
iste perit podagrâ.
Le Pentametre de Santtiln'cft
donc point sans cefure
J comme
on l'a avancesans reflexion, &
ilJe trouve appuyéd'exemples irréparables
.: il efl vray que des
Grammairiens pretendent que le
vers en eflmoins beau,quand III.)
ceJure efi suivie d'uneEhjïon;
mais on n'a jamais dit que pour
cela un vers feit t'rjitieu)I, la remarque
mesme me paroiss peu
feure par une raison de parité que
je tire du vers A 1 jetireduversAsclepiade
,
il efi
composé d'un SpondEe, de deux
choriambes,d'un Pyrrihique, ou
d'un Iambe
y
Despauterey efl
formel.
Mecenas Aravis Edite Regibus.
D'autres le composentd'un
Spondée3 d'un Daélyle, d'une
Cesure & de deux Daéiyles:or
en n'a jamais dit qu'un vers Asclepiadefutvitieux,
nymesme
moins beau3 quand la Cesure efi
suivie J'uneElision.
Exegi monumentumre perennius.
Horacenen a pas fait de plus
beau) & celuy de Santrüille paroiflroit
de mesme, si on nefloit
pas dans l'habitudedescander les
Pentametres en les lisantsur la
Cesure, qui tft ordinairement la
derniereftllabe du mot, iljemble
"Joir des fautereaux de Clavejjtn
qui montent & qui defeendent,
on feroit mieux de future la maniere
des Grammairiensy qui lisent
lesvers de fuite, imitateurs en
cela des anciens, cela se prouve
par les vus d'Horace, où fou-
'lient la derniere sillabe d'un vers
tft jointe avec lapremierejïlUbe
du vers suivant.
Jenecomprenspasqu1il manque
une longue3 àcaufideïEcbhpfii;
c'cfi pourmoy un Enigme & un
Paradoxe du College, pour ne
rien dire de pis. Remontons a
l'HeXametrc..
J'avois douté que vincere
arces sur Latin, on trouve du
temps de Ciceron,vinccre oppida3
& dans Eutrope vincerc
ur bes, parcourons le Difliquerefondu.
Stravit inaccessis structasin
rupibus
rupibus arces.
Quid ni ? pr Rhenum sic fibi
fecititer.
, Le changement de confifas
en stru£tas, efl aussi heureux
qu'il efl difficile ; car je doutefortque
confinsadjefhffetrouve
dans les Auteurs du temps d'Augufte
; des gens pointilleux- demanderoient
si sternere arces
riefi pas une exprejjton de mefmc
trtmpe on tcmploye avec tant
de confiance, quejeparierois pour
son antiquité; tantjefuis de bonne
composition. Le quid ny?e ben
trovato:, tll'emporte infiniment
sur Miraris, mais rien riefi dp,
laforce du fie, le Roy, dues vous,
a renversé des forteresses bafltes
surdes rochers inaccejjtbles,pourquoy
nont etest ainsi quils'efl
ouvert un chemin à travers le
Rhin.
Siceflchanger de figure
> ou
développer la pensee de Santeml>
je m'en rapporte aux connoisseurs,
lesréflexions nous meneroient
trop loin. Vous niave% invité>
Afonfieur, a répondre, infinfihlement
c'etf une dissertation, je
sens bien quelleferaennuyeuse
aux personnes qui ne cherchent
que l'agréable, la matiere efltrifle,
je riaypu l'égayer, 9 répandre
des lfeurs sur un sujetsi herissé
titépines. D. L. j.
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Résumé : Réponse sçavante de M. D. L. H. à la critique de M. D. R. [titre d'après la table]
Le texte discute d'une controverse autour d'un distique latin trouvé sous un portrait gravé du roi. L'auteur se défend contre des accusations de plagiat en affirmant que ce distique provient de Santotius Victorinus. Il justifie la régularité du pentamètre latin utilisé, réfutant les accusations de barbarisme et de fautes grammaticales. Pour appuyer sa défense, l'auteur cite des exemples tirés des œuvres d'Ovide et de Catulle, montrant que la structure du vers de Santotius respecte les règles poétiques classiques. Il critique ceux qui jugent le vers incorrect simplement parce qu'il contient une élision après la césure, concluant que le distique est correct et approprié pour honorer le roi. En outre, le texte aborde la difficulté de développer une pensée complexe, notamment celle de Santeml. L'auteur reconnaît que cette tâche peut être ardue et ennuyeuse pour ceux qui préfèrent des sujets plus légers. Cependant, il exprime son désir d'égayer le sujet malgré sa complexité. Il précise qu'il s'adresse à des connaisseurs et qu'il répond à une demande spécifique, tout en étant conscient de la difficulté de la tâche. Le texte se termine par la signature 'D. L. j.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 127-129
Belle reflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Ne vous semble-t-il pas, Mademoiselle, que l'Auteur de [...]
Mots clefs :
Vers, Horace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Belle reflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
Ne vous semblet-il pas,
Mademoiselle,quel'Auteur de
fçtçe Lettre me prendpour
quelque Horace,ou qu'il nous
aoit au tempsd'Auguste.
Iivec son Mecenas,en verné
il se mocque du monde On
voit aujourd'huy fort peu de
ces gens -
làJ & quand il y en
auroit encore quelques uns,
pourroient-ils estre faits pour
le Mercure. Il ya néanmoins
déjà long temps que j'en ay
choisiun ; mais je meurs de
peur de l'avoir choisitout seul.
Il a outre l'éclat de son sang
& de son rang qui font des
meilleurs
,
mille fois plus de
science, d'esprit&de goûc que
je ne peux vous ledire;voila
presque justement ce qui rçtà
prouve, qu'il n'est pas pour
moy;maisil sereconnoist déja,
parce qu'il ne peut pas se méprendre
àce que je viens de
<dirç,Sc je crains que sa bonté
ne s'offense de mon reproche;
reprenons donc s'il vous plaît
nôtre route ,
& allons nôtre
chemin;maisquevois je ?CC
sont des Vers encore;qu'importe
tlsme:pta"(lntJ& vous
plairont peut cftrcaulfi.
Mademoiselle,quel'Auteur de
fçtçe Lettre me prendpour
quelque Horace,ou qu'il nous
aoit au tempsd'Auguste.
Iivec son Mecenas,en verné
il se mocque du monde On
voit aujourd'huy fort peu de
ces gens -
làJ & quand il y en
auroit encore quelques uns,
pourroient-ils estre faits pour
le Mercure. Il ya néanmoins
déjà long temps que j'en ay
choisiun ; mais je meurs de
peur de l'avoir choisitout seul.
Il a outre l'éclat de son sang
& de son rang qui font des
meilleurs
,
mille fois plus de
science, d'esprit&de goûc que
je ne peux vous ledire;voila
presque justement ce qui rçtà
prouve, qu'il n'est pas pour
moy;maisil sereconnoist déja,
parce qu'il ne peut pas se méprendre
àce que je viens de
<dirç,Sc je crains que sa bonté
ne s'offense de mon reproche;
reprenons donc s'il vous plaît
nôtre route ,
& allons nôtre
chemin;maisquevois je ?CC
sont des Vers encore;qu'importe
tlsme:pta"(lntJ& vous
plairont peut cftrcaulfi.
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Résumé : Belle reflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre exprime ses doutes sur le choix d'un protecteur littéraire, rare de nos jours. Il a déjà choisi un protecteur de haut rang, savant et raffiné, mais craint de l'avoir fait seul. Il redoute d'offenser ce protecteur par ses paroles et interrompt sa lettre en découvrant des vers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 7-47
DISSERTATION SUR LES LANGUES EN GENERAL ET SUR LA LANGUE FRANCOISE EN PARTICULIER. Par M. l'Abbé de Pons.
Début :
Je donnai au Mercure de Janvier dernier, une Dissertation sur le [...]
Mots clefs :
Langues, Esprit, Idées, Mots, Expressions, Latin, Horace, Ouvrages, Construction, Muses, Peuples, Phrases, Traduction, Jugements, Variété, Auteurs, Verbe, Richesses, Mode, Déclinaisons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION SUR LES LANGUES EN GENERAL ET SUR LA LANGUE FRANCOISE EN PARTICULIER. Par M. l'Abbé de Pons.
DISSERTATION
SUR
LES LANGUES EN GENERAL .
ET SUR
LA LANGUE FRANCOISE
J
IN
PARTICULIER
.
Pat M. l'Abbé de Pons .
E donnai au Mercure de
Janvier dernier , une Differtation
fur le Poëme
Epique contre la Doctrine
des Difciples
d'Ariftote. Ges
8 LE NOUVEAU
Meffieurs n'ont pas coûtume de
demeurer oififs ; quand il s'agit
de défendre les droits facrés de
lenr Ecole. Je m'attendois donc
à trouver dans le Mercure fuivant
une réponſe de leur part , mais
une réponſe haute , impérieufe ,
où mon attentat feroit févérement
réprimé.
Ce n'eft pas là tout ; j'avois ,
dans cette même Differtation , engagé
une efpéce de querelle avec
les Poëtes ,Nation guérriere & difficile
à calmer , quand une fois
elle eft irritée.
J'étois dans les horreurs de
cette double guerre , quand le
Mercure de Février me tomba
dans les mains ; je n'y trouvai
rien de la part des Docteurs Ariftoreliciens
, j'en louai Dieu ; autre
bonne fortune , j'y trouvai un Ouvrage
fous le titre de Deffenfe
de la Poëfie Françoife . Je
recornû dans cer Ouvrage un
Poëte galant-homme , qui défendoit
avec chaleur les prétendus
MERCURE.
droits de fon art , fans appeller
à fon fecours l'Apoftrophe injurieufe
, l'yronie infultante ; fans
violer aucun des égars que la focieté
civile a confacrés pour ainfi
dire , à l'union generale .
>
Le Public femble avoir difpenfé
les gens de Lettres , de ces
fortes de devoirs ; ils ont acquis
cette difpenfe à force d'éxcés
la focieté s'accoûtume à les regarder
comme un peuple féroce
& indifciplinable , qu'il faut abandonner
par pitié à fa dure impoliteffe
à fa groffére rufticité.
Voilà un genre d'indulgence , qui
n'accommoderoit pas mon amour
propre.
>
Le Reverend Pere D. C. de la
Compagnie de Jefus , Auteur de
l'Ouvrage dont j'ai parlé , eſt affûrement
de mon goût ; fon procedé
m'en est caution ; ce même
procedé fera voir , que la contrarieté
des fentiments entre gens. de
Lettres , n'aliéne pas toujours les
coeurs.
10 LE NOUVEAU
Je crois , au refte , que le Public
feroit en état de juger àpréfent la
question controverfée entre le R.
P. D. C. & moy ; notre procés
me paroît fuffifamment inftruit ; on
peut voir ce que j'ay dit dans le
Mercure de Janvier , fur les Vers
& fur la Profe , on lira enfuite la
réponſe de mon adverfaire , aprés
quoi je prie le Lecteur de retourner
pour dernier examen , au Mercure
de Janvier : il fentira que j'ay
dû lui fauver l'ennuy d'une replique
inutile.
Il y a pourtant dans la réponſe
du R. P. D. C. une chofe fur
laquelle je ne puis lui faire grace,
il s'appuye de l'autorité de feu
it
M. l'Archevêque de Cambray ,
pour faire à notre langue certains
reproches , dont il me paroît important
de la juftifier ;" c'eſt ce qui
m'a fait naître l'idée de la differtation
fuivante que je divife en plufieurs
articles , dont le premier ,
ne contient que des éclairciffemens
préliminaires.
MERCURE. 11
ARTICLE PREMIER.
De l'origine des Langues &
de leur fin.
T
Outes les langues du monde
font nées du befoin que les
hommes ont éprouvés de fe communiquer
reciproquement leurs
penſé es.
Chaque langue particulière a été
inftituée par un certain Peuple ,
pour lui fournir des fignes repréfentatifs
de fes penfées.
Les Philofophes diftinguent trois
fortes de penfées . Idée , lugement ,
Raifonnement ; ajoutons -en une quatriéme
que nous nommerons , Sen
timent.
L'Idée et la penſée de l'efprit
que les Langues expriment par les
Noms , comme
Lyon. Arbre.
Impuissance. Ferocité, Sterilité.
Impuiffent. Farvec. Sterile.
Dieu. Homme
Sageffe.
Sage
12
LE NOUVEAU
Le Fugement eft la penſée de
l'efprit, que les Langues expriment
par les verbes comme quand je dis .
Dieu eft fage.
Je fais un jugement compofé de
deux idées ; fçavoir , de l'idée de
Dieu , & de l'idée de Sage , que
j'unis par le verbe , eft , qui en eft
comme le lien ; & lorfque je dis.
Dieu n'eft pas impuiſſant.
Je juge que l'idée d'impuißanee
ne convient point à l'idée de Dicu ,
c'eft pourquoi je défunis ces deux
idées par le verbe, eft , foutenu de
la particule négative .
Si l'on me demande a préfent la
définition de la penfée de l'efprit,
apelée Jugement , je répɔnds , que
le jugement n'eft autre chofe que
l'acquiefcement de l'âme ou fon refus
d'acquiefcer á l'union de plufieures
idées concordantes ou dif
cordantes entr'elles.
La
MERCU. RE. 13
La troifiéme efpece de penfée ,
eft appellée par les Philofophes
Raifonnement.
Or le Raifonnement n'eft autre
chofe que plufieurs jugements fi
intimement liez enfemble, qu'il y a
pour ainsi dire , unité entr'eux ,
comme quand je dis.
Tout eftre fpirituel eft immortel.
Or , l'âme humaine eft fpirituelle ,
Donc , l'âme humaire eft immortelle.
Voilà un raifonnement exprimé.
par trois propofitions , dont chacune
contient un jugement particulier.
Nous voilà arrivés à la quatriéme
penfée de l'efprit , appelke
Sentiment. Ce genre de penfée
n'eit gueres connu des Philofophes;
mais les gens de Lettres ne me fçauront
pas mauvais gré de l'avoir mife
ici en honneur.
J'entend
par
Sentiments , les
differentes modifications de notre.
âme , fes paffions , fes affections.
Les Sentiments s'expriment dans
B
44
LE NOUVEAU
les Langues,par certains modes des
verbes. Par exemple le fentiment
impérieux eft exprimé par le mode
qu'on appelle Impératif , le
défir , par le mode qu'on appelle
Optatif
Imperatif. arrête approche
Optatif. plût à Dieu que ?
-
Les Modifications de l'âme s'expriment
auffi dans les Langues par
les adverbes & les interjections .
Adverbes . Comment ? vite ? hors d'icy
Lunterjections... Helas ! gares ? gares ? pax
paix , bon ! courage ?
ARTICLE SECOND.
De la clarté des Langues .
La clarté d'une langue ne peut
venir que de deux chofes ; l'une, de
ce qu'elle a des fignes diftincts pour
chaque idée ou penfée de l'efprit ;
l'autre , de ce que par fes conftructions
, elle affigne à fes mots un
●rdre , qui fuit d'affez prés , ceMERCURE.
39
lui que nos idées ont entr'elles.
Toutes les Langues fatisfont au
premier devoir ; chaque penſée de
l'efprit y trouve fon figne particulier
; il arrive pourtant quelquesfois
, mais cela elt affez rare, pour
ne devoir pas être cité en reproche
; il arrive , dis-je , quelquesfois
dans toutes les Langues , qu'un
même mot exprime
différentes
chofes , comme nous voyons en
François du mor fon.
Il m'a vendu fon cheval
Il aime le fen des cloches.
Voilà du fonde farine.
Dans une phrafe qui exprime un
jugement ou un raifonnement , il
ne fuffit pas pour la clarté , que
chaque expreffion de cette phrafe
préfente à l'efprit fon idée particuliere
fans équivoque ; il faut encore
que la conftruction de cette
phrafe affigne aux idées fucceffives ,
l'ordre dans lequel l'efprit les a
concûës .
Par exemple, fi je difois.
Que les Anges , de fimple
Bij
16 LE NOUVEAU
direction par la voye , pensées
leurs fe communiquent , affirment
quelques Theologiens.
Voilà une phrafe compofée de termes
, dont chacun préſente diſtinctement
fon idée particuliere ; cependant,
cette phrafe n'eft pas claire,
parcequ'elle pervertit l'ordre naturel
des idées . Reftituons cet ordre.
Quelques Theologiens affirment
, que les Anges fe communiquent
leurs pensées , par
la voye de fimple direction .
་
Les perfonnes qui ne connoiſſent
point d'autre Langue que la Françoife
, auroient de la peine à croireque
les Latins effènt introduits
dans leur idione ,le défordre , dont
je viens de donner l'exemple , il cit
pourtant vrai que ma phrafe Francoife
, toute ridicule qu'elle paroît,
elt litteralement traduite du Latin.
Angelos , fimplicis directionis
via, cogitationes fibi fuas communicare,
afferunt aliqui Theolozi.
Les Scoliaftes ne m'accuſeront
MERCURE. 17
pas , d'avoir malignement choisi
un exemple rare de l'excés des
Latins ; je ne cite point ces périodes
immenfes , ces phrafes prétendues
fonores , dont le fens vafte,
mais confus , ne commence à fe déveloper
, que lorfqu'il plaît au verbe
dominant , de fe montrer ; verbe
, que l'Orateur Romain s'obſtine
à faire marcher à la fuite de toutes
les idées , qu'il auroit dû précéder
, felon l'ordre de nos conceptions.
Quelques perfonnes dévouées
aux Latins , ont prétendus me
prouver , que ce défordre ne répandoit
pas dans les Ouvrages Latins
, la même obfcurité qu'il repandroit
dans les nôtres , fi nous
voulions l'imiter. Ils en donnent
pour raifon , que la termimifon
variée des noms Latins dans leurs
differents cas , prépare l'efprit à
l'employ qu'ils doivent recevoir du
verbe , & des autres parties du
difcours , qui ne fe font point encore
ngantrées ; au lieu que , les noms
François- n'étans variés dans leurs
Bij
r8 LE NOUVEAU
differents cas , que par les articles
trop uniformes , il ne feroit pas
facile de preffentir leur destination .
Verifions cette Remarque , en
comparant un nom Latin avec un
nom François.
NominatifMufa la Mufe
Genitif Mufe de la Mufe
Datif Mufæ à la Mufe
Accufatif Mufam la Mufe
Vocatif Mufa la Mufe
Ablatif Mufa de la Mufe
ve qie
Dans le nom Latin , je ne troul'Accufatif
, qui ait fa
terminaifon particuliere , & qui ne
puifle être appliquée à aucun autre
cas , Mufam.
Dans le nom François , je ne
v ois que le Datif , dont l'article
ne puiffe valfer aux autres cas ,
à là Muſe.
Continuons . Dans notre nom Latin
; le Niminatif, le Vooatif, &
L'Ablatif , ont une terminaifon
connine ; Mifa. • le Genitif
MERCURE.
& le Datif le terminent de même,
Adufa.
Dans le nom François , le Nomi-
Matif, l'Accufatif & le vocatif ,
ont le même article , la Mufe. Le
genitif & l'ablatif ont auffi un
article commun , de la Muſe.
Tout et parfaitement égal ici
entre nos deux Langues ; le nom
Templum & tous ceux de la premiere
déclinaifon ne font pas plus
variés que ne le fon: nos articles
François .
Que conclure de cela , finon
que dans le Latin , comme
dans le François , indiftinctement
fi la conftruction préfente ces
noms avant les expreffions qui les
doivent régir dans le difcours , on
ne peut deviner , furement leur
deſtination.
cas ,
Il y a des noms Latins , dont la
terminaiſon varie un peu plus les
qu'il n'arrive aux noms de la
première déclinaifon ; mais enfin
on ne m'en citera jamais aucun
, qui foit fingulierement varié
* LE NOUVEAU
dans tous fes differents cas ; ainfi
il s'en faut beaucoup , que l'objec
tion qu'on nous a faite , juftifie
parfaitement les conftructions de
la Langue Latine.
›
Il est bon d'obferver , que les Ro
mains n'affectoient les conftructions
exceffivement violentes , que dans
lés harangues faftueufes & autres
ouvrages appartenants à la haute
éloquence . L'importance & la fingularité
des matières que l'Orateur
traitoit dans ces fortes de difcours ,
lui étoient garants de l'avide attention
de fon Auditoire ; il abufoit
pour ainfi dire , de fon droit ,
& comme s'il eût voulû affocier
fes Auditeurs à fa peine & leur faire:
acheter les grandes chofes qu'il
feurs avoit préparées ; il conftruf
foit fon difcours fi violeminent
que l'Auditeur étoit chargé du travail
continu de reftituer l'ordre naturel
, aux idées confufement difjointes
dans chaque période .
Dans les Ouvrages Moraux on
Philofophiques , dans les Ouvrages
familiers , tels que les Epitres ; enMERCURE
23
fin dans les Ouvrages voulez au
délaffement & à la joye , comme les
Comedies ; les Latins ne s'écartoient
gueres de l'ordre que la nature
affigne aux idées , ce qui prouve
encore que le défordre des conftructions
dans les ouvrages faftueux ,
exigeoit d'eux , une attention laborieufe
& fatigante .
Nos premiers Auteurs voulurent,
à l'imitation des Latins , introduire
ces conftructions violentes dans
notre Langue ; heureufement la
raifon reclama de bonheure contre
cet abus : laNationFrançoife, ennemie
de tout vain travail , reprouva cette
fatigue ingrate qui n'offre rien de
flatteur à l'amour propre.
L'ordre & la clarté font les principales
graces que nous cherchons
aujourd'huy dans nos ouvrages.
Je ne fçai par quelle fatalité la
verité à tant de peine à fe faire enrendre
de ces mêmes hommes qui
en font , difent - ils , fi avides ? aux
prémieres approches on lui fait infulte
, elle tient ferme , & à force
de conftance & d'opiniâtreté , elle ſe
22 LE NOUVEAU
fait enfin recevoir chez nous ; eft elle
acüillie du torrent , il s'éleve encore
des voix fidéles à l'erreur , qui
gémiffent affectueufement fur fa
ruine.
Un des prémiers hommes de notre
âge, feu Mr l'Archevêque de
Cambray , lui , que notre Langue a
fi bien fervi dans fes Ouvrages ,
a reproché à cette même Langue,
l'ordre uniforme de fes conftructions
. Le R. P. D. C. m'a dénoncé
ce reproche dans le Mercure de
Février dernier.
J'ay beaucoup de refpect pour
feu M l'Archevêque de Cambray:
mais ce respect ne va pas jufqu'à
fubjuguer ma raifon , je m'écarteray
de lui fans façon , lorfqu'il ne
me femblera pas dans la route du
vray. Examinons fi fon grief eft
fondé; voici fes paroles.
Rien de plus uniforme que
les conftructions de la Langue
Françoife; on voit toujours venir
d'abord un NominatifSubfsantif
qui méne fan Adjectif
MERCURE 23
comme par la main , fon verbe
ne manque pas de marcher derriere,
ſuivi d'un Adverbe qui ne
fouffre rien entr'eux & le regimeappelle
auffi- tôt un Accuſatif
qu'on ne peut déplacer.
Cela eft vray. Les mots font placés
dans notre Langue à peu près
dans cet ordre. Pourquoi cela : c'eft
que nos idées font conçues par notre
efprit dans cet ordre même.
J'ay demandé à un Peintre 5
pourquoi il affignoit toujours le mênie
ordre aux parties du vifage humain
dans fes Tableaux ? Il m'a répondu
, c'eft que la nature a affigné
cet ordre même aux parties du
vifage humain .
J'infiftay : mais , Monfieur ,
fi
dans ce Tableau où vous avez peint
plufieures figures humaines dans des
attitudes differentes , avec des affections
variées , vous vous étiez
avifé de varier encore la pofition
des Parties du vifage ? Si vous aviez
placé, tantôt les deux yeux au front;
tantôt le nez au menton ; enfin &
24 LE NOUVEAU
?
vous aviez tiré party de toutes les
differentes Combinaifons qu'on peut
imaginer dans la pofition des parties
du vifage humain , votre ouvrage
auroit le mérite d'une plus grande
variété mon efprit s'occuperoit
agréablement du travail de reftituer
aux traits déplacez , leur veritable
pofition ? Le Peintre n'héfita pas à
me croire un échapé des petites
Maifons : il me rendit graces de mon
excellent avis , & m'affûra , d'un
grand ferieux , que dorénavant il
ménageroit dans fes Tableaux ce
genre de varieté, jufques - là inconnu
à fon Art.
Revenons à notre affaire . On
fouhaiteroit que la Langue Françoife
voulut introduire une agréable
variété dans fes conftructions?
Mais cela ne fe peut faire fans pervertir
l'ordre que la nature a affigné
à nos idées. On eft choqué de
voir toujours un nom Subftantif
mener fon Adjectifcomme par
la main : mais fait-on bien attention
, que ces deux noms font les
fignes repréfentatifs de deux idées ,
que
MERCURE.
25
>
que l'efprit ne divife par aucune
idée intermédiaire Le Verbe
dit- on , fe préfente fuivie d'un
Adverbe & le regime appelle
l'accufatif ? Vous avez raifon :
Mais voilà l'ordre de nos penfées,
& loin qu'on doive faire un démerité
à notre Langue , d'être fidéle à
cet ordre , on doit au contraire lui
en tenir grand compte.
Dans les Arts de pure imitation,
dans la Peinture , par exemple ;
il ne faut pas chercher une autre
variété , que celle dont la Nature a
décoré les objets qu'on fe propofe
d'imiter ; c'eſt ce qu'avoit fenti le
Peintre dont j'ay parlé. Son Tableau
préfentoit aux yeux plus de trente
Figures humaines , diftinguées entr'-
elles , par leurs attitudes différentes
, par leurs différents afpects ,
par leurs expreffions ou paffions
variées : mais comme la nature n'a
pas varié dans les hommes , la pofition
des parties du vifage , le Peintre
n'eût gardé de fe perfuader qu'il
avoit eû tort de n'avoir pas coars
1717 C
26 LE NOUVEAU
tredit en cela les vues de la nature.
Les langues font dans le cas des
Arts imitateurs , elles ont été inftituées
pour reprefenter nos penfées
; ainfi elles doivent fe conformer
à la nature de ces mêmes penfées.
Un jugement , un raiſonnement ,
par exemple , font compofez d'idées
trés - différentes ; une Langue doit
avoir des fignes différents pour imiter
ce genre de variété.
Ces mêmes jugements ou raifonnemens
, quoique compofez d'idées
trés différentes , font néanmoins conçûs
par l'efprit dans un certain ordre
fixe , il faut que les Langues
imitent cet ordre dans leurs conftructions.
ARTICLE TROISIEME
De la Richeffe des Langues,
La Richeffe d'une Langue eft pro-
Portionnelle à l'étendue des connoifMERCURE
27
fances acquifes par le Peuple particulier
qui l'a formée .
La Langue que parlent les La
pons , dont l'intelligence n'embraf
fe qu'un trés petit cercle d'idées ,
ne peut être que fort pauvre ; Si l'on
dégroffiffoit ces Peuples , enportant.
chez eux les Sciences & les Arts,
à mefûre que leurs idéos fe multipliroient
, on verroit croître leur idiome;
le befoin de commercer entr'eux
des connoiffances acquifes ,
leur feroit inventer de nouveaux
fignes, de nouvelles expreffions ; &
cette même Langue , pauvre dans
une certaine époque , pourroit avec
le tems,fe trouver auffi riche qu'aucune
qui fut dans l'Univers.
C'est ainsi que la Notre , toute
indigente qu'elle étoit , il n'y a pas
encore trois fiécles , eſt enfin
par
venue à ce point de richeffe où
nous la trouvons aujourd'huy.
L'étude des Sciences & des Arts à
multiplié fnos idées ; nous avons
exercé notre jugement à faifir tous
les rapports qu'elles ont entr'elles.
Cij
28 LE NOUVEAU
mefure que nous nous fommes
formez , nous nous fommes communiquez
nos progrez , les uns aux
autres , il a donc fallu convenir de
nouveaux fignes ; voilà l'hiftoire
des progrez de notre Langue qui
groffira encore, fi les Sciences & les
Lettres ne ceffent pas d'être en
honneur en France .
Meffieurs les Erudits prétendent
que la Langue Grecque & la Langue
Latine , font infiniment plus
riches que la Françoife ; lorfqu'ils
voudront verifier cette propofition ,
je les prie de fe fouvenir , qu'il faut
commencer par nous prouver , que
les Grecs & les Latins ont eûs l'efprit
plus cultivés que nous , & qu'ils
ont portés plus loin que nous, les Arts
& les Sciences ; Qu'ils avoient un
plus grand nombre de connoiffances
que nous n'en avons acquifes
que leur raifon s'étoit plus exercée
que la notre , dans l'art délicat d'envifager
les idées par tous leurs différens
afpects ; enfin , fi nous fommes
vaincûs du côté de l'efprit ,
nous pafferons condamnation pour
notre Langue.
MERCURE. 29
Une idée qui peut être confiderée
par l'efprit fous differents afpects,
a dans notre Langue autant de fignes
differents , qu'il y a de façes
fous lefquelles elle peut être apercûë.
Il y a des gens qui penfent bonnement
, que ces differents fignès
font Synonimes entr'eux , parce qu'-
ils expriment le même fonds d'idée :
mais ils fe trompent , chacun de ces
mots exprime une modification particuliére
de l'idée commune à tous,
il la préfente à l'efprit par un côté
fingulier , avec un accelloir diftinct
de toute autre acception ; ainfi chacun
de ces prétendûs finonimes
doit être confideré comme préfentant
fon idée ou fa perception particuliére.
Exemple.
Berger. Vacher.
Un Payfan croit que ces deux
mots veulent dire préciſement la me
me chofe : ils reveillent en lui la
même idée fans aucun acceffoir plus
ou moins ignoble. Ces deux mots.
affectent différemment les perfonnes
éclairées . Pourquoi celà ? Le
voicy. C iij
30 LE NOUVEAU
Le Payfan groffier & ignorant
croit que de tout tems , l'emploi de
garder les Troupeaux , a été le
partage des miferables ; il ne foupçonne
pas que l'Univers ait jamais
cù une autre forme que celle qu'il
y aperçoit ; il croit que de tout
tems il y a eû entre les hommes
la même fubordination , les mêmes
diftinctions qu'il y découvre actuellement.
Un homme plus éclairé fçait , qu'-
il a été un tems où tous les hommes
indiftinctement , menoient la
vie champêtre. Les Troupeaux &
le Labourage faifoient toutes leurs
richeffes , chaque famille faifoit un
Peuple dont le chef étoit le Roy.
c'eft en ce fens que la tradition
nous dit que les enfans des Rois
gardoient les Troupeaux ; l'avarice
& l'ambition n'avoient point encore
fait bâtir ces Villes fuperbes qui
dominent aujourd'hui nos Cam-.
pagnes.
La memoire de ces vieux te nps
nous eft chére ; nous aimons qu'on
MERCURE.
nous en retrace l'idée dans ces fictions
ingénieuſes , où l'on nous
peint les moeurs douces & tranquiles
des premiers âges. Les Bergers
qu'on introduit dans ces Poëmes
, ne font point nos hommes
ruftiques , abrutis par la fervitude
& par la mifere. Ces hommes que
nous nommons Vachers , expreffion
à laquelle il fe joint un fentiment
de mépris & de dégoût , qui n'eft
point attaché au mɔt générique ,
Berger.
Ainfi , fi je difois en parlant des
Eglogues de M de Fontenelles
que les hommes champêtres qu'il
y introduit , ne font pas des Vachers
, mais des Bergers.
,
Qui ne comprendroit pas , que
je veux dire par là , que Mr de
Fontenelles donne aux Bergers de
fes Eglogues les moeurs douces
les paffions tranquiles de la vie
champêtre , en leurs fauvant certe
rufticité fervile & dégoutante , qui
caractériſe nos Vachers.
Les mots , Fermeté , Courage ,
32 LE NOUVEAU
Valeur, Magnanimité , Intrépidité ,
expriment Fidée generale d'une
même vertu ; mais chacun de ces
mots , que quelques gens croyent
fynonymes , font néanmoins differents
entr'eux , en ce que chacun
exprime le fonds commun de
l'idée generale , avec un petit acceffoir
fingulier.
Brilant , éclatant , refplendiffant ,
ne font point adjectifs fynonimes ,
chacun de ces adjectifs préfente
l'idée commune à tous avec une
modification particuliere.
›
Il en eft de nos jugements, comme
de nos idées . Les verbes qui
font les fignes de nos jugements
fe multiplient autant de fois que le
même jugement peut être porté
avec differents acceffoirs . Si l'on
difoit à un homme.
Vous en avez menti.
Vous parlés autrement que vous
ne pensés.
Voilà le même jugement exprimé
en deux manieres ; mais il eft
porté avec des acceffoirs differents .
MERCURE.
37
Dans la premiere façon , il eft accompagné
d'infulte ; dans la feconde
, il eft mêlé de circonfpection
& de politeffe.
J'entrerois volontiers dans l'éxacte
difcuffion des differences délicates
, qui diftinguent tous les
prétendus Synonimes de la Langue
Françoife. Quoique cet examen fût
un peu métaphifique , je ne defefpérerois
pas de le rendre amufant ;
j'en ferai l'effai quelque jour. Mais
le temps m'appelle au quatrième
article de ma Differtation.
ARTICLE QUATRIEME .
De l'impoffibilité d'entendre
parfaitement les Langues
mortes.
L'intelligence parfaite d'une Langue
, fuppofe le difcernement fur
de tous les fignes établis dans cette:
Langue , pour repréfenter les idées ,
les jugements , les fentiments ; en
34 LE NOUVEAU
un mot , toutes les penfées variées
de l'efprit.
Nous avons vu dans l'article précédent
, que la même idée peut
être apperçue fous différens afpects,
que la même paflion de l'âme
peut être repréfentée avec des modifications
differentes , que le même
jugement peut être porté avec
des acceffoirs variés : il faut donc ,
pour entendre parfaitement une
Langue , avoir la clef des fignesprétendus
fynonimes , dont chacun
caractériſe , par un acceffoir fingulier
, la penfée commune à tous.
Il ne fuffit pas d'avoir commercé
long-tems avec les perfonnes qui
parlent bien une Langue vivante ,
pour être au fait de tous ces myf--
teres il faut encore avoir le fentiment
délicat , pour ne jamais confondre
ces fignes voisins.
S'il y a
a fi peu de gens qui foient
en état d'affigner les differences fines
, qui diftinguent les faux fynonimes
de nôtre Langue . Comment
pourons - nous efperer d'entendre
MERCURE.
·
35
jamais les Langues mortes , à ce
dégré de certitude & de confiance
que nous atteignons fi rarement &
fi difficilement dans la nôtre même
?
Il y a tant de fiéclés que la Langue
Latine ne fe parle plus chez
aucun Peuple du monde , qu'il n'y
a pas moyen de vérifier par la voye
des témoignages , fi un mot employé
par Horace , exprimoit précifement
de fon tems, l'une ou l'autre
de deux idées qui ont irreconciliablement
divifé fes Commentateurs.
S'il's'élevoit une querelle de cette
efpece entre Nous , fur une expreffion
tirée d'un Auteur Italien
I'Academie de la Crufea , la décideroit
fouverainement.
Meffieurs les Commentateurs ont
beau nous dire , qu'ils ont la clef
des Langues mortes , qu'ils en connoiffent
toutes les fineffes , qu'ils
ont un fentiment diftinct de la propriété
fixe & incommunicable de
chaque expreffion , foit Grecque,
36 LE NOUVEAU
foit Latine : j'ofe leur dire , qu'ils
fe font illufion. Il n'y a que le
commerce habituel avec le Peuple
qui parle une certaine Langue , qui
puiffe en décéler l'élégance & les
graces ; un Scoliafte pourra bien
déveloper le fond général des penfées
dans un ouvrage , foit Grec ,
foit Latin mais il perdra les af
pects finguliers de chaque idée , les
acceffoirs , foit augmentatifs , foit
diminutifs de chaque paffion exprimée
, & par confequent il ne pourra
fçavoir préciſement, comment l'Auteur
original a façonné , pour ainſi
dire , chacune de fes penſées dans
fon ouvrage
.
Pallida mors aquo pulfat pede
pauperum tabernas . *
Regumque turres.
La pâle mort frappe d'un pied
égal , aux Cabannes des pauvres &
aux Palais des Rois.
* Horace , Ode 4. L. 1.
Voilà
MERCURE. 37
Voilà ce que le texte Latin traduit
litteralement , préſente à l'eſ--
prit ; il n'y a pas autre chofe pour
qui ne veut pas deviner.
> Or c'est l'art de deviner bien
c'est-à-dire , favorablement pour
l'Auteur original , qui fait les bons
Traducteurs. L'éducation nous a
revelé , que tout eft divin dans les
Ouvrages d'Horace ; ainfi malheur
à qui le dégradera dans une traduction.
De deux Traducteurs , celui
qui aura peut-être le plus falfifié
fon texte , par les graces neuves
& originales dont il l'aura paró
fera toujours celui que nous jugerons
l'avoir mieux deviné .
C'est ce que comprend parfaitement
le peuple Traducteur ; aufli
ces Meffieurs ne font -ils plus affés
dupes , pour ofer donner au Public
des Traductions Litterales ; ils fentent
qu'ils n'ont rien de trop de
tour leur genie , pour foûrenir dans
leurs Traductions , la réputation
qu'ils ont donnée aux anciens.
Les Scoliaftes me permettront
D
38
LE NOUVEAU
8
s'il leur plaît , de remarquer ici ,
en paffant , que leur foy fur l'infaillibilité
des anciens , quelque
ferme qu'elle paroiffe , ne laiffe
pas de chanceler de tems à autre ; 'il
leurs arrive quelquefois de nous efcamoter
dans leurs traductions certains
traits , qu'ils ne nous diffimus'ils
leroient n'en eftoient un
pas ,
peu bleffés.
Voici la Traduction de l'illustre
Mr Dacier , fur le paffage cité
d'Horace .
La mort renverse égallement
les Palais des Rois , & les
Cabanes des Pauvres.
Je voudrois bien fçavoir , pourquoi
Mr Dacier diffimule dans fa
Traduction ce mot Pallida? Pourquoi
ne dit-il pas la Pâle mort &c.
auroit-il efté bleffé de cette Epithéte
?
Je m'apperçois encore , que Me
Dacier , fupprime ces deux mots ,
Equopede , d'un pied égal ?
MERCURE.
39
Horace nous peint la mort fra
pant du pied ; pourquoi fuprimer
cette circonftance ? Je remarque
que Mr Dacier juge Horace plus
févérement que je ne ferois ; car
je n'aurois point hefité à tirer party
de cette circonftance. N'est - il
pas raifonnable de dire , que la
mort qui méconnoît tous égards ,
toute distinction , ne s'avife pas de
grater refpectüeufement à la porte
des Rois , mais qu'elle heurte brutallement
avec le pied.
Fores calcibus infultavit . *
Il a heurté infolemment avec le
pied.
Encore un mot. Mr Dacier traduit
le mot Latin Pulfat , par le mot
François Renverſe. Il lui plaît de
deviner ici. Car enfin , il ne me
niera pas que Pulfare oftium , ne
fignifie dans Plaute & dans Terence ,
Heurter , fraper à une porte. Il y
* Plaute .
40 LE NOUVEAU
a plus , s'il avoit à nous exprimer
en Latin , renverſer une maiſon , il
ne s'aviferoit jamais de dire , pulfare
domum , il fe ferviroit fûrement
de l'un des verbes fuivants . Demoliri
, difturbare , pervertere ,fabvertere
, evertere.
Evertére Domos totas optantibus ipfis,
Dii faciles. *
Mais je veux pour un moment
que le verbe Pulſare , pût avoir
chez les Latins , l'un ou l'autre de
nos deux fens indifferement . Je
denmanderai encore à Mr Dacier ,
comment il a découvert , dans lequel
de ces deux fens , Horace a
voulu l'employer ici . Si Mr Dacier
juftifie fon choix , il me revient un
coupable . Je demanderai au R. P.
Tarteron , qui nous a donné une
élégante traduction d'Horace , fur
quel fondement il prétend , que
le mot Pulfare , fignifie ici fraper.
Voici done fa Traduction.
* Juvenalis , Sat. 9.
MERCURE. 41
Latrifte mort frapefans dif
tinction aux Palais des Rois ,
commeauxCabanes desPaupres.
Le R. P. Tarteron a efté bien
affecté de l'image , qui préfente
la mort , frapant fans diftinction
aux Palais des Rois , comme aux
Cabanes des Pauvres ; il n'a pas
eu befoin pour rendre cette image,
de détourner la fignification ordinaire
du verbe pulfare.
Pour Mr Dacier , il a voulu un
peu plus de bruit & de fracas dans
tout ceci ; il lui a femblé plus vif
de préfenter la mort renverfant indiftinctement
les Palais des Rois
& les Cabanes des Pauvres ; cette
image lui a paru plus digne du génie
d'Horace ; il n'en a pas fallu
davantage pour le conduire peu à
peu à croire fermement, que c'est là
le veritable fens d'Horace.
Le R. P. Tarteron fupprime -
quo pede , comme Mr Dacier.
Revenons au mot Pallida. J'ai
vû desgens qui fçavoient fort mau-
Ciij
42 LE NOUVEAU
vais gré à Mr Dacier de l'avoir
fuprimé ; ces bonnes gens donnoient
en même-tems à cette expreffion
un fens actif & un fens
paffif. D'abord , ils l'entendoient
dans le fens paffif , la pâle mort , ils
fe repréfentoient donc la mort,
comme un spectre pále & décharné .
Enfuite , le fens actif fe montroit ,
la pâle mort , c'est-à- dire , la mort
qui répend la pâleur ; comme la
mert terrible , voudroit dire , la mort
qui répend la terreur.
Voilà les illufions que l'ignorance
de la Langue Latine produit chez
les Erudits mêmes.
Revenons au R. P. Tarteron , il
me fupprime point le mot palbida
comme Mr Dacier ; mais il ne lui
plaît pas de le rendre en François
par le mot pále , il foupçonne que
le mot Latin auroit bien pû exprimer
du tems d'Horace , l'idée que
nous attachons au mot François
trifte.
Je pafferai tout à ces Meffieurs,
pourvû qu'ils conviennent de bonMERCURE
.
43'
ne foy , qu'ils ne font que deviner.
Au refte , le R. P. Tarteron eft
heureux en conjectures ; il lui fuffit
, que l'Auteur original fourniffe
fe le fonds des pensées : on peut
repofer fur fon génie , du foin d'y
joindre les graces acceffoires : il
taille , façonne , corrige , fuprime,
& le tout pour le mieux je veux
dire au grand profit du Poëte Latin .
Avoüez fincerement , Meffieurs,
que vous traduifez moins les Auteurs
Grecs & Latins , que vous
ne vous traduifez , pour ainfi dire ,
vous mêmes. S'il arrive quelquefois
que vos Traductions deplaifent
au Public ; n'imputez pas ce
mauvais fuccez à l'impuiffance de
notre Langue ; cette excufe n'eft
plus recevable ; la Langue Françoi
fe à donné depuis un fiécle des
chefdoeuvres dans tous les genres,
elle eft glorieuſement fortie de toutes
épreuves. Il faut chercher ailleurs
les raifons de votre infortune.
Vous éprouvez , dites vous , votre
incapacité à traduire dignement les
44
LE NOUVEAU
Auteurs anciens , cet aveu coûteroit
un peu plus à votre amour propre ,
fi vous aviez bien fenti les veritables
raifons de cette incapacité ;
ne viendroit - elle point , de ce
que vous n'entendez pas affez les
Auteurs que vous voulez nous faire
entendre ? examinés ceci. Peutêtre
fommes nous aufait
Comme le traducteur ignore la
propriéte fixe de chaque expreffion ,
foit Grecque , foit Latine ; à la vûe
d'une certaine expreffion , fon imagination
fe remplit du fens vafte de
tous les acceffoirs dont il fent que'
le fonds de l'idée exprimée poùroit
être fufceptible , le voilà dans
une espece d'étourdiffement & d'ivreffe
; il ne s'avife pas de penfer
que ce mot , dont il lui plaît de
s'étourdir , ne peut fignifier à la
fois tant d'acceffoirs variez & quelquefois
contradictoires , il faut bien
que dans les vues de l'Auteur original
, l'expreffion ait été fixée à un
fens unique à un acceffoir déterminé.
Or c'est ce fens fixe que notre
MERCURE. 45
Traducteur eft enfin forcé de deviner
,lorfqu'il veut rendre en François
l'expreffion originale ; il fort
pour un moment de fes tenebres ,
il fecoue tous ces fens variez &
confùs qui l'obfedoient , enfuite il
s'empare du fonds commun de l'idée
que le mot exprime ; ce n'eſt
pas tout, comme il ignore fous quel
afpect fingulier l'expreffion originale
prefente cette idée , il choifit
entre tous les afpects fous lefquels
elle peut être envifagée , celui qui
lui femble le plus gracieux. Lors
donc qu'il a faifi l'idée par le cô
té auquel il a donné la préféren
ce , notre Langue lui fournit l'expreffion
qui répond à fes vûes . Le
voila content : mais un moment
aprés je le vois rentrer dans l'yvreffe
, dont fon travail l'avoit fait
fortir ; fon imagination fe remplit
de nouveau de tout ce fens vague
& confus qu'il avoit fecoüé : il jette
les yeux fur fa Traduction , il n'eft
plus content , ce n'eft pas là ce que
je fens , dit-il , Langue maudite,
46 LE NOUVEAU
tu ne me rendras jamais le fentiment
que j'éprouve ? Eh , non ,
Monfieur ; ces fortes de miracles
excédent fes forces.
Je connois un homme d'efprit
qui a paffé foixante années , partie
à Rome , partie à Paris ; comme
le Commerce avec les deux
nations lui a donné la clef des faux
Sinonimes de l'une & de l'autre
Langue , il n'eft point embarraſſé
à traduire , il ne peut êtte le jouet
des illufions qui travaillent nos
Commentateurs , chaque expreffion
, foit Italiene , foit Françoite,
prefente fans aucun équivoque à fon
efprit , l'idée fixe dont elle eft le
figne ; il ne s'avife pas d'y chercher
autre choſe . Si les Scoliaftes entendoient
de même les Langues, Grecque
& Latine , ils ne nous donneroient
pas des Traductions fi
difcordantes entr'elles fur le même
Auteur , le Texte offriroit le même
fens à tous ; chacun d'eux feroit
content , lorfque notre Langue
lui auroit fourni les expreffions
MERCURE. 47
propres à rendre le fens qu'il au-
Toit diftinctement conçû , il ne craindroit
pas d'avoir manqué fon coup.
Je ne vois les Commentateurs
d'accord entr'eux , qu'en un feul
point ; le même texte Grec ou Latin
les enflâme au même dégré
je les vois tous dans un raviffement
égal.
Mais s'ils ofent chacun en particulier
me traduire le texte enchanteur
, les voilà défunis. Je
m'aperçois que chacun a ſon Idole
particuliere, Comment donc ? Meſfieurs
, qui dois-je croire ici à qui
d'entre vous le Divin Horace at'il
revelé fon veritable fens ? Qu'il
me donne des preuves de fa miffion
, & je me joins à lui pour faire
rète aux faux Antoufiaftes.
SUR
LES LANGUES EN GENERAL .
ET SUR
LA LANGUE FRANCOISE
J
IN
PARTICULIER
.
Pat M. l'Abbé de Pons .
E donnai au Mercure de
Janvier dernier , une Differtation
fur le Poëme
Epique contre la Doctrine
des Difciples
d'Ariftote. Ges
8 LE NOUVEAU
Meffieurs n'ont pas coûtume de
demeurer oififs ; quand il s'agit
de défendre les droits facrés de
lenr Ecole. Je m'attendois donc
à trouver dans le Mercure fuivant
une réponſe de leur part , mais
une réponſe haute , impérieufe ,
où mon attentat feroit févérement
réprimé.
Ce n'eft pas là tout ; j'avois ,
dans cette même Differtation , engagé
une efpéce de querelle avec
les Poëtes ,Nation guérriere & difficile
à calmer , quand une fois
elle eft irritée.
J'étois dans les horreurs de
cette double guerre , quand le
Mercure de Février me tomba
dans les mains ; je n'y trouvai
rien de la part des Docteurs Ariftoreliciens
, j'en louai Dieu ; autre
bonne fortune , j'y trouvai un Ouvrage
fous le titre de Deffenfe
de la Poëfie Françoife . Je
recornû dans cer Ouvrage un
Poëte galant-homme , qui défendoit
avec chaleur les prétendus
MERCURE.
droits de fon art , fans appeller
à fon fecours l'Apoftrophe injurieufe
, l'yronie infultante ; fans
violer aucun des égars que la focieté
civile a confacrés pour ainfi
dire , à l'union generale .
>
Le Public femble avoir difpenfé
les gens de Lettres , de ces
fortes de devoirs ; ils ont acquis
cette difpenfe à force d'éxcés
la focieté s'accoûtume à les regarder
comme un peuple féroce
& indifciplinable , qu'il faut abandonner
par pitié à fa dure impoliteffe
à fa groffére rufticité.
Voilà un genre d'indulgence , qui
n'accommoderoit pas mon amour
propre.
>
Le Reverend Pere D. C. de la
Compagnie de Jefus , Auteur de
l'Ouvrage dont j'ai parlé , eſt affûrement
de mon goût ; fon procedé
m'en est caution ; ce même
procedé fera voir , que la contrarieté
des fentiments entre gens. de
Lettres , n'aliéne pas toujours les
coeurs.
10 LE NOUVEAU
Je crois , au refte , que le Public
feroit en état de juger àpréfent la
question controverfée entre le R.
P. D. C. & moy ; notre procés
me paroît fuffifamment inftruit ; on
peut voir ce que j'ay dit dans le
Mercure de Janvier , fur les Vers
& fur la Profe , on lira enfuite la
réponſe de mon adverfaire , aprés
quoi je prie le Lecteur de retourner
pour dernier examen , au Mercure
de Janvier : il fentira que j'ay
dû lui fauver l'ennuy d'une replique
inutile.
Il y a pourtant dans la réponſe
du R. P. D. C. une chofe fur
laquelle je ne puis lui faire grace,
il s'appuye de l'autorité de feu
it
M. l'Archevêque de Cambray ,
pour faire à notre langue certains
reproches , dont il me paroît important
de la juftifier ;" c'eſt ce qui
m'a fait naître l'idée de la differtation
fuivante que je divife en plufieurs
articles , dont le premier ,
ne contient que des éclairciffemens
préliminaires.
MERCURE. 11
ARTICLE PREMIER.
De l'origine des Langues &
de leur fin.
T
Outes les langues du monde
font nées du befoin que les
hommes ont éprouvés de fe communiquer
reciproquement leurs
penſé es.
Chaque langue particulière a été
inftituée par un certain Peuple ,
pour lui fournir des fignes repréfentatifs
de fes penfées.
Les Philofophes diftinguent trois
fortes de penfées . Idée , lugement ,
Raifonnement ; ajoutons -en une quatriéme
que nous nommerons , Sen
timent.
L'Idée et la penſée de l'efprit
que les Langues expriment par les
Noms , comme
Lyon. Arbre.
Impuissance. Ferocité, Sterilité.
Impuiffent. Farvec. Sterile.
Dieu. Homme
Sageffe.
Sage
12
LE NOUVEAU
Le Fugement eft la penſée de
l'efprit, que les Langues expriment
par les verbes comme quand je dis .
Dieu eft fage.
Je fais un jugement compofé de
deux idées ; fçavoir , de l'idée de
Dieu , & de l'idée de Sage , que
j'unis par le verbe , eft , qui en eft
comme le lien ; & lorfque je dis.
Dieu n'eft pas impuiſſant.
Je juge que l'idée d'impuißanee
ne convient point à l'idée de Dicu ,
c'eft pourquoi je défunis ces deux
idées par le verbe, eft , foutenu de
la particule négative .
Si l'on me demande a préfent la
définition de la penfée de l'efprit,
apelée Jugement , je répɔnds , que
le jugement n'eft autre chofe que
l'acquiefcement de l'âme ou fon refus
d'acquiefcer á l'union de plufieures
idées concordantes ou dif
cordantes entr'elles.
La
MERCU. RE. 13
La troifiéme efpece de penfée ,
eft appellée par les Philofophes
Raifonnement.
Or le Raifonnement n'eft autre
chofe que plufieurs jugements fi
intimement liez enfemble, qu'il y a
pour ainsi dire , unité entr'eux ,
comme quand je dis.
Tout eftre fpirituel eft immortel.
Or , l'âme humaine eft fpirituelle ,
Donc , l'âme humaire eft immortelle.
Voilà un raifonnement exprimé.
par trois propofitions , dont chacune
contient un jugement particulier.
Nous voilà arrivés à la quatriéme
penfée de l'efprit , appelke
Sentiment. Ce genre de penfée
n'eit gueres connu des Philofophes;
mais les gens de Lettres ne me fçauront
pas mauvais gré de l'avoir mife
ici en honneur.
J'entend
par
Sentiments , les
differentes modifications de notre.
âme , fes paffions , fes affections.
Les Sentiments s'expriment dans
B
44
LE NOUVEAU
les Langues,par certains modes des
verbes. Par exemple le fentiment
impérieux eft exprimé par le mode
qu'on appelle Impératif , le
défir , par le mode qu'on appelle
Optatif
Imperatif. arrête approche
Optatif. plût à Dieu que ?
-
Les Modifications de l'âme s'expriment
auffi dans les Langues par
les adverbes & les interjections .
Adverbes . Comment ? vite ? hors d'icy
Lunterjections... Helas ! gares ? gares ? pax
paix , bon ! courage ?
ARTICLE SECOND.
De la clarté des Langues .
La clarté d'une langue ne peut
venir que de deux chofes ; l'une, de
ce qu'elle a des fignes diftincts pour
chaque idée ou penfée de l'efprit ;
l'autre , de ce que par fes conftructions
, elle affigne à fes mots un
●rdre , qui fuit d'affez prés , ceMERCURE.
39
lui que nos idées ont entr'elles.
Toutes les Langues fatisfont au
premier devoir ; chaque penſée de
l'efprit y trouve fon figne particulier
; il arrive pourtant quelquesfois
, mais cela elt affez rare, pour
ne devoir pas être cité en reproche
; il arrive , dis-je , quelquesfois
dans toutes les Langues , qu'un
même mot exprime
différentes
chofes , comme nous voyons en
François du mor fon.
Il m'a vendu fon cheval
Il aime le fen des cloches.
Voilà du fonde farine.
Dans une phrafe qui exprime un
jugement ou un raifonnement , il
ne fuffit pas pour la clarté , que
chaque expreffion de cette phrafe
préfente à l'efprit fon idée particuliere
fans équivoque ; il faut encore
que la conftruction de cette
phrafe affigne aux idées fucceffives ,
l'ordre dans lequel l'efprit les a
concûës .
Par exemple, fi je difois.
Que les Anges , de fimple
Bij
16 LE NOUVEAU
direction par la voye , pensées
leurs fe communiquent , affirment
quelques Theologiens.
Voilà une phrafe compofée de termes
, dont chacun préſente diſtinctement
fon idée particuliere ; cependant,
cette phrafe n'eft pas claire,
parcequ'elle pervertit l'ordre naturel
des idées . Reftituons cet ordre.
Quelques Theologiens affirment
, que les Anges fe communiquent
leurs pensées , par
la voye de fimple direction .
་
Les perfonnes qui ne connoiſſent
point d'autre Langue que la Françoife
, auroient de la peine à croireque
les Latins effènt introduits
dans leur idione ,le défordre , dont
je viens de donner l'exemple , il cit
pourtant vrai que ma phrafe Francoife
, toute ridicule qu'elle paroît,
elt litteralement traduite du Latin.
Angelos , fimplicis directionis
via, cogitationes fibi fuas communicare,
afferunt aliqui Theolozi.
Les Scoliaftes ne m'accuſeront
MERCURE. 17
pas , d'avoir malignement choisi
un exemple rare de l'excés des
Latins ; je ne cite point ces périodes
immenfes , ces phrafes prétendues
fonores , dont le fens vafte,
mais confus , ne commence à fe déveloper
, que lorfqu'il plaît au verbe
dominant , de fe montrer ; verbe
, que l'Orateur Romain s'obſtine
à faire marcher à la fuite de toutes
les idées , qu'il auroit dû précéder
, felon l'ordre de nos conceptions.
Quelques perfonnes dévouées
aux Latins , ont prétendus me
prouver , que ce défordre ne répandoit
pas dans les Ouvrages Latins
, la même obfcurité qu'il repandroit
dans les nôtres , fi nous
voulions l'imiter. Ils en donnent
pour raifon , que la termimifon
variée des noms Latins dans leurs
differents cas , prépare l'efprit à
l'employ qu'ils doivent recevoir du
verbe , & des autres parties du
difcours , qui ne fe font point encore
ngantrées ; au lieu que , les noms
François- n'étans variés dans leurs
Bij
r8 LE NOUVEAU
differents cas , que par les articles
trop uniformes , il ne feroit pas
facile de preffentir leur destination .
Verifions cette Remarque , en
comparant un nom Latin avec un
nom François.
NominatifMufa la Mufe
Genitif Mufe de la Mufe
Datif Mufæ à la Mufe
Accufatif Mufam la Mufe
Vocatif Mufa la Mufe
Ablatif Mufa de la Mufe
ve qie
Dans le nom Latin , je ne troul'Accufatif
, qui ait fa
terminaifon particuliere , & qui ne
puifle être appliquée à aucun autre
cas , Mufam.
Dans le nom François , je ne
v ois que le Datif , dont l'article
ne puiffe valfer aux autres cas ,
à là Muſe.
Continuons . Dans notre nom Latin
; le Niminatif, le Vooatif, &
L'Ablatif , ont une terminaifon
connine ; Mifa. • le Genitif
MERCURE.
& le Datif le terminent de même,
Adufa.
Dans le nom François , le Nomi-
Matif, l'Accufatif & le vocatif ,
ont le même article , la Mufe. Le
genitif & l'ablatif ont auffi un
article commun , de la Muſe.
Tout et parfaitement égal ici
entre nos deux Langues ; le nom
Templum & tous ceux de la premiere
déclinaifon ne font pas plus
variés que ne le fon: nos articles
François .
Que conclure de cela , finon
que dans le Latin , comme
dans le François , indiftinctement
fi la conftruction préfente ces
noms avant les expreffions qui les
doivent régir dans le difcours , on
ne peut deviner , furement leur
deſtination.
cas ,
Il y a des noms Latins , dont la
terminaiſon varie un peu plus les
qu'il n'arrive aux noms de la
première déclinaifon ; mais enfin
on ne m'en citera jamais aucun
, qui foit fingulierement varié
* LE NOUVEAU
dans tous fes differents cas ; ainfi
il s'en faut beaucoup , que l'objec
tion qu'on nous a faite , juftifie
parfaitement les conftructions de
la Langue Latine.
›
Il est bon d'obferver , que les Ro
mains n'affectoient les conftructions
exceffivement violentes , que dans
lés harangues faftueufes & autres
ouvrages appartenants à la haute
éloquence . L'importance & la fingularité
des matières que l'Orateur
traitoit dans ces fortes de difcours ,
lui étoient garants de l'avide attention
de fon Auditoire ; il abufoit
pour ainfi dire , de fon droit ,
& comme s'il eût voulû affocier
fes Auditeurs à fa peine & leur faire:
acheter les grandes chofes qu'il
feurs avoit préparées ; il conftruf
foit fon difcours fi violeminent
que l'Auditeur étoit chargé du travail
continu de reftituer l'ordre naturel
, aux idées confufement difjointes
dans chaque période .
Dans les Ouvrages Moraux on
Philofophiques , dans les Ouvrages
familiers , tels que les Epitres ; enMERCURE
23
fin dans les Ouvrages voulez au
délaffement & à la joye , comme les
Comedies ; les Latins ne s'écartoient
gueres de l'ordre que la nature
affigne aux idées , ce qui prouve
encore que le défordre des conftructions
dans les ouvrages faftueux ,
exigeoit d'eux , une attention laborieufe
& fatigante .
Nos premiers Auteurs voulurent,
à l'imitation des Latins , introduire
ces conftructions violentes dans
notre Langue ; heureufement la
raifon reclama de bonheure contre
cet abus : laNationFrançoife, ennemie
de tout vain travail , reprouva cette
fatigue ingrate qui n'offre rien de
flatteur à l'amour propre.
L'ordre & la clarté font les principales
graces que nous cherchons
aujourd'huy dans nos ouvrages.
Je ne fçai par quelle fatalité la
verité à tant de peine à fe faire enrendre
de ces mêmes hommes qui
en font , difent - ils , fi avides ? aux
prémieres approches on lui fait infulte
, elle tient ferme , & à force
de conftance & d'opiniâtreté , elle ſe
22 LE NOUVEAU
fait enfin recevoir chez nous ; eft elle
acüillie du torrent , il s'éleve encore
des voix fidéles à l'erreur , qui
gémiffent affectueufement fur fa
ruine.
Un des prémiers hommes de notre
âge, feu Mr l'Archevêque de
Cambray , lui , que notre Langue a
fi bien fervi dans fes Ouvrages ,
a reproché à cette même Langue,
l'ordre uniforme de fes conftructions
. Le R. P. D. C. m'a dénoncé
ce reproche dans le Mercure de
Février dernier.
J'ay beaucoup de refpect pour
feu M l'Archevêque de Cambray:
mais ce respect ne va pas jufqu'à
fubjuguer ma raifon , je m'écarteray
de lui fans façon , lorfqu'il ne
me femblera pas dans la route du
vray. Examinons fi fon grief eft
fondé; voici fes paroles.
Rien de plus uniforme que
les conftructions de la Langue
Françoife; on voit toujours venir
d'abord un NominatifSubfsantif
qui méne fan Adjectif
MERCURE 23
comme par la main , fon verbe
ne manque pas de marcher derriere,
ſuivi d'un Adverbe qui ne
fouffre rien entr'eux & le regimeappelle
auffi- tôt un Accuſatif
qu'on ne peut déplacer.
Cela eft vray. Les mots font placés
dans notre Langue à peu près
dans cet ordre. Pourquoi cela : c'eft
que nos idées font conçues par notre
efprit dans cet ordre même.
J'ay demandé à un Peintre 5
pourquoi il affignoit toujours le mênie
ordre aux parties du vifage humain
dans fes Tableaux ? Il m'a répondu
, c'eft que la nature a affigné
cet ordre même aux parties du
vifage humain .
J'infiftay : mais , Monfieur ,
fi
dans ce Tableau où vous avez peint
plufieures figures humaines dans des
attitudes differentes , avec des affections
variées , vous vous étiez
avifé de varier encore la pofition
des Parties du vifage ? Si vous aviez
placé, tantôt les deux yeux au front;
tantôt le nez au menton ; enfin &
24 LE NOUVEAU
?
vous aviez tiré party de toutes les
differentes Combinaifons qu'on peut
imaginer dans la pofition des parties
du vifage humain , votre ouvrage
auroit le mérite d'une plus grande
variété mon efprit s'occuperoit
agréablement du travail de reftituer
aux traits déplacez , leur veritable
pofition ? Le Peintre n'héfita pas à
me croire un échapé des petites
Maifons : il me rendit graces de mon
excellent avis , & m'affûra , d'un
grand ferieux , que dorénavant il
ménageroit dans fes Tableaux ce
genre de varieté, jufques - là inconnu
à fon Art.
Revenons à notre affaire . On
fouhaiteroit que la Langue Françoife
voulut introduire une agréable
variété dans fes conftructions?
Mais cela ne fe peut faire fans pervertir
l'ordre que la nature a affigné
à nos idées. On eft choqué de
voir toujours un nom Subftantif
mener fon Adjectifcomme par
la main : mais fait-on bien attention
, que ces deux noms font les
fignes repréfentatifs de deux idées ,
que
MERCURE.
25
>
que l'efprit ne divife par aucune
idée intermédiaire Le Verbe
dit- on , fe préfente fuivie d'un
Adverbe & le regime appelle
l'accufatif ? Vous avez raifon :
Mais voilà l'ordre de nos penfées,
& loin qu'on doive faire un démerité
à notre Langue , d'être fidéle à
cet ordre , on doit au contraire lui
en tenir grand compte.
Dans les Arts de pure imitation,
dans la Peinture , par exemple ;
il ne faut pas chercher une autre
variété , que celle dont la Nature a
décoré les objets qu'on fe propofe
d'imiter ; c'eſt ce qu'avoit fenti le
Peintre dont j'ay parlé. Son Tableau
préfentoit aux yeux plus de trente
Figures humaines , diftinguées entr'-
elles , par leurs attitudes différentes
, par leurs différents afpects ,
par leurs expreffions ou paffions
variées : mais comme la nature n'a
pas varié dans les hommes , la pofition
des parties du vifage , le Peintre
n'eût gardé de fe perfuader qu'il
avoit eû tort de n'avoir pas coars
1717 C
26 LE NOUVEAU
tredit en cela les vues de la nature.
Les langues font dans le cas des
Arts imitateurs , elles ont été inftituées
pour reprefenter nos penfées
; ainfi elles doivent fe conformer
à la nature de ces mêmes penfées.
Un jugement , un raiſonnement ,
par exemple , font compofez d'idées
trés - différentes ; une Langue doit
avoir des fignes différents pour imiter
ce genre de variété.
Ces mêmes jugements ou raifonnemens
, quoique compofez d'idées
trés différentes , font néanmoins conçûs
par l'efprit dans un certain ordre
fixe , il faut que les Langues
imitent cet ordre dans leurs conftructions.
ARTICLE TROISIEME
De la Richeffe des Langues,
La Richeffe d'une Langue eft pro-
Portionnelle à l'étendue des connoifMERCURE
27
fances acquifes par le Peuple particulier
qui l'a formée .
La Langue que parlent les La
pons , dont l'intelligence n'embraf
fe qu'un trés petit cercle d'idées ,
ne peut être que fort pauvre ; Si l'on
dégroffiffoit ces Peuples , enportant.
chez eux les Sciences & les Arts,
à mefûre que leurs idéos fe multipliroient
, on verroit croître leur idiome;
le befoin de commercer entr'eux
des connoiffances acquifes ,
leur feroit inventer de nouveaux
fignes, de nouvelles expreffions ; &
cette même Langue , pauvre dans
une certaine époque , pourroit avec
le tems,fe trouver auffi riche qu'aucune
qui fut dans l'Univers.
C'est ainsi que la Notre , toute
indigente qu'elle étoit , il n'y a pas
encore trois fiécles , eſt enfin
par
venue à ce point de richeffe où
nous la trouvons aujourd'huy.
L'étude des Sciences & des Arts à
multiplié fnos idées ; nous avons
exercé notre jugement à faifir tous
les rapports qu'elles ont entr'elles.
Cij
28 LE NOUVEAU
mefure que nous nous fommes
formez , nous nous fommes communiquez
nos progrez , les uns aux
autres , il a donc fallu convenir de
nouveaux fignes ; voilà l'hiftoire
des progrez de notre Langue qui
groffira encore, fi les Sciences & les
Lettres ne ceffent pas d'être en
honneur en France .
Meffieurs les Erudits prétendent
que la Langue Grecque & la Langue
Latine , font infiniment plus
riches que la Françoife ; lorfqu'ils
voudront verifier cette propofition ,
je les prie de fe fouvenir , qu'il faut
commencer par nous prouver , que
les Grecs & les Latins ont eûs l'efprit
plus cultivés que nous , & qu'ils
ont portés plus loin que nous, les Arts
& les Sciences ; Qu'ils avoient un
plus grand nombre de connoiffances
que nous n'en avons acquifes
que leur raifon s'étoit plus exercée
que la notre , dans l'art délicat d'envifager
les idées par tous leurs différens
afpects ; enfin , fi nous fommes
vaincûs du côté de l'efprit ,
nous pafferons condamnation pour
notre Langue.
MERCURE. 29
Une idée qui peut être confiderée
par l'efprit fous differents afpects,
a dans notre Langue autant de fignes
differents , qu'il y a de façes
fous lefquelles elle peut être apercûë.
Il y a des gens qui penfent bonnement
, que ces differents fignès
font Synonimes entr'eux , parce qu'-
ils expriment le même fonds d'idée :
mais ils fe trompent , chacun de ces
mots exprime une modification particuliére
de l'idée commune à tous,
il la préfente à l'efprit par un côté
fingulier , avec un accelloir diftinct
de toute autre acception ; ainfi chacun
de ces prétendûs finonimes
doit être confideré comme préfentant
fon idée ou fa perception particuliére.
Exemple.
Berger. Vacher.
Un Payfan croit que ces deux
mots veulent dire préciſement la me
me chofe : ils reveillent en lui la
même idée fans aucun acceffoir plus
ou moins ignoble. Ces deux mots.
affectent différemment les perfonnes
éclairées . Pourquoi celà ? Le
voicy. C iij
30 LE NOUVEAU
Le Payfan groffier & ignorant
croit que de tout tems , l'emploi de
garder les Troupeaux , a été le
partage des miferables ; il ne foupçonne
pas que l'Univers ait jamais
cù une autre forme que celle qu'il
y aperçoit ; il croit que de tout
tems il y a eû entre les hommes
la même fubordination , les mêmes
diftinctions qu'il y découvre actuellement.
Un homme plus éclairé fçait , qu'-
il a été un tems où tous les hommes
indiftinctement , menoient la
vie champêtre. Les Troupeaux &
le Labourage faifoient toutes leurs
richeffes , chaque famille faifoit un
Peuple dont le chef étoit le Roy.
c'eft en ce fens que la tradition
nous dit que les enfans des Rois
gardoient les Troupeaux ; l'avarice
& l'ambition n'avoient point encore
fait bâtir ces Villes fuperbes qui
dominent aujourd'hui nos Cam-.
pagnes.
La memoire de ces vieux te nps
nous eft chére ; nous aimons qu'on
MERCURE.
nous en retrace l'idée dans ces fictions
ingénieuſes , où l'on nous
peint les moeurs douces & tranquiles
des premiers âges. Les Bergers
qu'on introduit dans ces Poëmes
, ne font point nos hommes
ruftiques , abrutis par la fervitude
& par la mifere. Ces hommes que
nous nommons Vachers , expreffion
à laquelle il fe joint un fentiment
de mépris & de dégoût , qui n'eft
point attaché au mɔt générique ,
Berger.
Ainfi , fi je difois en parlant des
Eglogues de M de Fontenelles
que les hommes champêtres qu'il
y introduit , ne font pas des Vachers
, mais des Bergers.
,
Qui ne comprendroit pas , que
je veux dire par là , que Mr de
Fontenelles donne aux Bergers de
fes Eglogues les moeurs douces
les paffions tranquiles de la vie
champêtre , en leurs fauvant certe
rufticité fervile & dégoutante , qui
caractériſe nos Vachers.
Les mots , Fermeté , Courage ,
32 LE NOUVEAU
Valeur, Magnanimité , Intrépidité ,
expriment Fidée generale d'une
même vertu ; mais chacun de ces
mots , que quelques gens croyent
fynonymes , font néanmoins differents
entr'eux , en ce que chacun
exprime le fonds commun de
l'idée generale , avec un petit acceffoir
fingulier.
Brilant , éclatant , refplendiffant ,
ne font point adjectifs fynonimes ,
chacun de ces adjectifs préfente
l'idée commune à tous avec une
modification particuliere.
›
Il en eft de nos jugements, comme
de nos idées . Les verbes qui
font les fignes de nos jugements
fe multiplient autant de fois que le
même jugement peut être porté
avec differents acceffoirs . Si l'on
difoit à un homme.
Vous en avez menti.
Vous parlés autrement que vous
ne pensés.
Voilà le même jugement exprimé
en deux manieres ; mais il eft
porté avec des acceffoirs differents .
MERCURE.
37
Dans la premiere façon , il eft accompagné
d'infulte ; dans la feconde
, il eft mêlé de circonfpection
& de politeffe.
J'entrerois volontiers dans l'éxacte
difcuffion des differences délicates
, qui diftinguent tous les
prétendus Synonimes de la Langue
Françoife. Quoique cet examen fût
un peu métaphifique , je ne defefpérerois
pas de le rendre amufant ;
j'en ferai l'effai quelque jour. Mais
le temps m'appelle au quatrième
article de ma Differtation.
ARTICLE QUATRIEME .
De l'impoffibilité d'entendre
parfaitement les Langues
mortes.
L'intelligence parfaite d'une Langue
, fuppofe le difcernement fur
de tous les fignes établis dans cette:
Langue , pour repréfenter les idées ,
les jugements , les fentiments ; en
34 LE NOUVEAU
un mot , toutes les penfées variées
de l'efprit.
Nous avons vu dans l'article précédent
, que la même idée peut
être apperçue fous différens afpects,
que la même paflion de l'âme
peut être repréfentée avec des modifications
differentes , que le même
jugement peut être porté avec
des acceffoirs variés : il faut donc ,
pour entendre parfaitement une
Langue , avoir la clef des fignesprétendus
fynonimes , dont chacun
caractériſe , par un acceffoir fingulier
, la penfée commune à tous.
Il ne fuffit pas d'avoir commercé
long-tems avec les perfonnes qui
parlent bien une Langue vivante ,
pour être au fait de tous ces myf--
teres il faut encore avoir le fentiment
délicat , pour ne jamais confondre
ces fignes voisins.
S'il y a
a fi peu de gens qui foient
en état d'affigner les differences fines
, qui diftinguent les faux fynonimes
de nôtre Langue . Comment
pourons - nous efperer d'entendre
MERCURE.
·
35
jamais les Langues mortes , à ce
dégré de certitude & de confiance
que nous atteignons fi rarement &
fi difficilement dans la nôtre même
?
Il y a tant de fiéclés que la Langue
Latine ne fe parle plus chez
aucun Peuple du monde , qu'il n'y
a pas moyen de vérifier par la voye
des témoignages , fi un mot employé
par Horace , exprimoit précifement
de fon tems, l'une ou l'autre
de deux idées qui ont irreconciliablement
divifé fes Commentateurs.
S'il's'élevoit une querelle de cette
efpece entre Nous , fur une expreffion
tirée d'un Auteur Italien
I'Academie de la Crufea , la décideroit
fouverainement.
Meffieurs les Commentateurs ont
beau nous dire , qu'ils ont la clef
des Langues mortes , qu'ils en connoiffent
toutes les fineffes , qu'ils
ont un fentiment diftinct de la propriété
fixe & incommunicable de
chaque expreffion , foit Grecque,
36 LE NOUVEAU
foit Latine : j'ofe leur dire , qu'ils
fe font illufion. Il n'y a que le
commerce habituel avec le Peuple
qui parle une certaine Langue , qui
puiffe en décéler l'élégance & les
graces ; un Scoliafte pourra bien
déveloper le fond général des penfées
dans un ouvrage , foit Grec ,
foit Latin mais il perdra les af
pects finguliers de chaque idée , les
acceffoirs , foit augmentatifs , foit
diminutifs de chaque paffion exprimée
, & par confequent il ne pourra
fçavoir préciſement, comment l'Auteur
original a façonné , pour ainſi
dire , chacune de fes penſées dans
fon ouvrage
.
Pallida mors aquo pulfat pede
pauperum tabernas . *
Regumque turres.
La pâle mort frappe d'un pied
égal , aux Cabannes des pauvres &
aux Palais des Rois.
* Horace , Ode 4. L. 1.
Voilà
MERCURE. 37
Voilà ce que le texte Latin traduit
litteralement , préſente à l'eſ--
prit ; il n'y a pas autre chofe pour
qui ne veut pas deviner.
> Or c'est l'art de deviner bien
c'est-à-dire , favorablement pour
l'Auteur original , qui fait les bons
Traducteurs. L'éducation nous a
revelé , que tout eft divin dans les
Ouvrages d'Horace ; ainfi malheur
à qui le dégradera dans une traduction.
De deux Traducteurs , celui
qui aura peut-être le plus falfifié
fon texte , par les graces neuves
& originales dont il l'aura paró
fera toujours celui que nous jugerons
l'avoir mieux deviné .
C'est ce que comprend parfaitement
le peuple Traducteur ; aufli
ces Meffieurs ne font -ils plus affés
dupes , pour ofer donner au Public
des Traductions Litterales ; ils fentent
qu'ils n'ont rien de trop de
tour leur genie , pour foûrenir dans
leurs Traductions , la réputation
qu'ils ont donnée aux anciens.
Les Scoliaftes me permettront
D
38
LE NOUVEAU
8
s'il leur plaît , de remarquer ici ,
en paffant , que leur foy fur l'infaillibilité
des anciens , quelque
ferme qu'elle paroiffe , ne laiffe
pas de chanceler de tems à autre ; 'il
leurs arrive quelquefois de nous efcamoter
dans leurs traductions certains
traits , qu'ils ne nous diffimus'ils
leroient n'en eftoient un
pas ,
peu bleffés.
Voici la Traduction de l'illustre
Mr Dacier , fur le paffage cité
d'Horace .
La mort renverse égallement
les Palais des Rois , & les
Cabanes des Pauvres.
Je voudrois bien fçavoir , pourquoi
Mr Dacier diffimule dans fa
Traduction ce mot Pallida? Pourquoi
ne dit-il pas la Pâle mort &c.
auroit-il efté bleffé de cette Epithéte
?
Je m'apperçois encore , que Me
Dacier , fupprime ces deux mots ,
Equopede , d'un pied égal ?
MERCURE.
39
Horace nous peint la mort fra
pant du pied ; pourquoi fuprimer
cette circonftance ? Je remarque
que Mr Dacier juge Horace plus
févérement que je ne ferois ; car
je n'aurois point hefité à tirer party
de cette circonftance. N'est - il
pas raifonnable de dire , que la
mort qui méconnoît tous égards ,
toute distinction , ne s'avife pas de
grater refpectüeufement à la porte
des Rois , mais qu'elle heurte brutallement
avec le pied.
Fores calcibus infultavit . *
Il a heurté infolemment avec le
pied.
Encore un mot. Mr Dacier traduit
le mot Latin Pulfat , par le mot
François Renverſe. Il lui plaît de
deviner ici. Car enfin , il ne me
niera pas que Pulfare oftium , ne
fignifie dans Plaute & dans Terence ,
Heurter , fraper à une porte. Il y
* Plaute .
40 LE NOUVEAU
a plus , s'il avoit à nous exprimer
en Latin , renverſer une maiſon , il
ne s'aviferoit jamais de dire , pulfare
domum , il fe ferviroit fûrement
de l'un des verbes fuivants . Demoliri
, difturbare , pervertere ,fabvertere
, evertere.
Evertére Domos totas optantibus ipfis,
Dii faciles. *
Mais je veux pour un moment
que le verbe Pulſare , pût avoir
chez les Latins , l'un ou l'autre de
nos deux fens indifferement . Je
denmanderai encore à Mr Dacier ,
comment il a découvert , dans lequel
de ces deux fens , Horace a
voulu l'employer ici . Si Mr Dacier
juftifie fon choix , il me revient un
coupable . Je demanderai au R. P.
Tarteron , qui nous a donné une
élégante traduction d'Horace , fur
quel fondement il prétend , que
le mot Pulfare , fignifie ici fraper.
Voici done fa Traduction.
* Juvenalis , Sat. 9.
MERCURE. 41
Latrifte mort frapefans dif
tinction aux Palais des Rois ,
commeauxCabanes desPaupres.
Le R. P. Tarteron a efté bien
affecté de l'image , qui préfente
la mort , frapant fans diftinction
aux Palais des Rois , comme aux
Cabanes des Pauvres ; il n'a pas
eu befoin pour rendre cette image,
de détourner la fignification ordinaire
du verbe pulfare.
Pour Mr Dacier , il a voulu un
peu plus de bruit & de fracas dans
tout ceci ; il lui a femblé plus vif
de préfenter la mort renverfant indiftinctement
les Palais des Rois
& les Cabanes des Pauvres ; cette
image lui a paru plus digne du génie
d'Horace ; il n'en a pas fallu
davantage pour le conduire peu à
peu à croire fermement, que c'est là
le veritable fens d'Horace.
Le R. P. Tarteron fupprime -
quo pede , comme Mr Dacier.
Revenons au mot Pallida. J'ai
vû desgens qui fçavoient fort mau-
Ciij
42 LE NOUVEAU
vais gré à Mr Dacier de l'avoir
fuprimé ; ces bonnes gens donnoient
en même-tems à cette expreffion
un fens actif & un fens
paffif. D'abord , ils l'entendoient
dans le fens paffif , la pâle mort , ils
fe repréfentoient donc la mort,
comme un spectre pále & décharné .
Enfuite , le fens actif fe montroit ,
la pâle mort , c'est-à- dire , la mort
qui répend la pâleur ; comme la
mert terrible , voudroit dire , la mort
qui répend la terreur.
Voilà les illufions que l'ignorance
de la Langue Latine produit chez
les Erudits mêmes.
Revenons au R. P. Tarteron , il
me fupprime point le mot palbida
comme Mr Dacier ; mais il ne lui
plaît pas de le rendre en François
par le mot pále , il foupçonne que
le mot Latin auroit bien pû exprimer
du tems d'Horace , l'idée que
nous attachons au mot François
trifte.
Je pafferai tout à ces Meffieurs,
pourvû qu'ils conviennent de bonMERCURE
.
43'
ne foy , qu'ils ne font que deviner.
Au refte , le R. P. Tarteron eft
heureux en conjectures ; il lui fuffit
, que l'Auteur original fourniffe
fe le fonds des pensées : on peut
repofer fur fon génie , du foin d'y
joindre les graces acceffoires : il
taille , façonne , corrige , fuprime,
& le tout pour le mieux je veux
dire au grand profit du Poëte Latin .
Avoüez fincerement , Meffieurs,
que vous traduifez moins les Auteurs
Grecs & Latins , que vous
ne vous traduifez , pour ainfi dire ,
vous mêmes. S'il arrive quelquefois
que vos Traductions deplaifent
au Public ; n'imputez pas ce
mauvais fuccez à l'impuiffance de
notre Langue ; cette excufe n'eft
plus recevable ; la Langue Françoi
fe à donné depuis un fiécle des
chefdoeuvres dans tous les genres,
elle eft glorieuſement fortie de toutes
épreuves. Il faut chercher ailleurs
les raifons de votre infortune.
Vous éprouvez , dites vous , votre
incapacité à traduire dignement les
44
LE NOUVEAU
Auteurs anciens , cet aveu coûteroit
un peu plus à votre amour propre ,
fi vous aviez bien fenti les veritables
raifons de cette incapacité ;
ne viendroit - elle point , de ce
que vous n'entendez pas affez les
Auteurs que vous voulez nous faire
entendre ? examinés ceci. Peutêtre
fommes nous aufait
Comme le traducteur ignore la
propriéte fixe de chaque expreffion ,
foit Grecque , foit Latine ; à la vûe
d'une certaine expreffion , fon imagination
fe remplit du fens vafte de
tous les acceffoirs dont il fent que'
le fonds de l'idée exprimée poùroit
être fufceptible , le voilà dans
une espece d'étourdiffement & d'ivreffe
; il ne s'avife pas de penfer
que ce mot , dont il lui plaît de
s'étourdir , ne peut fignifier à la
fois tant d'acceffoirs variez & quelquefois
contradictoires , il faut bien
que dans les vues de l'Auteur original
, l'expreffion ait été fixée à un
fens unique à un acceffoir déterminé.
Or c'est ce fens fixe que notre
MERCURE. 45
Traducteur eft enfin forcé de deviner
,lorfqu'il veut rendre en François
l'expreffion originale ; il fort
pour un moment de fes tenebres ,
il fecoue tous ces fens variez &
confùs qui l'obfedoient , enfuite il
s'empare du fonds commun de l'idée
que le mot exprime ; ce n'eſt
pas tout, comme il ignore fous quel
afpect fingulier l'expreffion originale
prefente cette idée , il choifit
entre tous les afpects fous lefquels
elle peut être envifagée , celui qui
lui femble le plus gracieux. Lors
donc qu'il a faifi l'idée par le cô
té auquel il a donné la préféren
ce , notre Langue lui fournit l'expreffion
qui répond à fes vûes . Le
voila content : mais un moment
aprés je le vois rentrer dans l'yvreffe
, dont fon travail l'avoit fait
fortir ; fon imagination fe remplit
de nouveau de tout ce fens vague
& confus qu'il avoit fecoüé : il jette
les yeux fur fa Traduction , il n'eft
plus content , ce n'eft pas là ce que
je fens , dit-il , Langue maudite,
46 LE NOUVEAU
tu ne me rendras jamais le fentiment
que j'éprouve ? Eh , non ,
Monfieur ; ces fortes de miracles
excédent fes forces.
Je connois un homme d'efprit
qui a paffé foixante années , partie
à Rome , partie à Paris ; comme
le Commerce avec les deux
nations lui a donné la clef des faux
Sinonimes de l'une & de l'autre
Langue , il n'eft point embarraſſé
à traduire , il ne peut êtte le jouet
des illufions qui travaillent nos
Commentateurs , chaque expreffion
, foit Italiene , foit Françoite,
prefente fans aucun équivoque à fon
efprit , l'idée fixe dont elle eft le
figne ; il ne s'avife pas d'y chercher
autre choſe . Si les Scoliaftes entendoient
de même les Langues, Grecque
& Latine , ils ne nous donneroient
pas des Traductions fi
difcordantes entr'elles fur le même
Auteur , le Texte offriroit le même
fens à tous ; chacun d'eux feroit
content , lorfque notre Langue
lui auroit fourni les expreffions
MERCURE. 47
propres à rendre le fens qu'il au-
Toit diftinctement conçû , il ne craindroit
pas d'avoir manqué fon coup.
Je ne vois les Commentateurs
d'accord entr'eux , qu'en un feul
point ; le même texte Grec ou Latin
les enflâme au même dégré
je les vois tous dans un raviffement
égal.
Mais s'ils ofent chacun en particulier
me traduire le texte enchanteur
, les voilà défunis. Je
m'aperçois que chacun a ſon Idole
particuliere, Comment donc ? Meſfieurs
, qui dois-je croire ici à qui
d'entre vous le Divin Horace at'il
revelé fon veritable fens ? Qu'il
me donne des preuves de fa miffion
, & je me joins à lui pour faire
rète aux faux Antoufiaftes.
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Résumé : DISSERTATION SUR LES LANGUES EN GENERAL ET SUR LA LANGUE FRANCOISE EN PARTICULIER. Par M. l'Abbé de Pons.
L'abbé de Pons rédige une dissertation sur les langues en réponse à une controverse publiée dans le Mercure, admirant la méthode d'un jésuite qui défend la poésie française sans attaques personnelles. Il explore l'origine et la finalité des langues, nées du besoin de communication, et distingue quatre types de pensées exprimées par divers éléments linguistiques. Le texte compare la clarté et l'ordre des phrases en français et en latin, notant que les constructions latines peuvent perturber l'ordre naturel des idées. Les premiers auteurs français ont tenté d'imiter les constructions latines, mais la nation française a préféré l'ordre et la clarté. L'auteur réfute un reproche de l'ancien archevêque de Cambray sur l'uniformité des constructions grammaticales en français, affirmant que l'ordre des mots reflète l'ordre naturel des pensées. Il explique que la richesse d'une langue dépend des connaissances du peuple qui la parle. La langue française s'est enrichie grâce aux progrès des sciences et des arts, nécessitant de nouveaux signes pour exprimer les idées. Le texte souligne que des mots apparentés en français expriment des nuances différentes, illustrant ainsi la richesse et la précision de la langue. Le texte aborde les difficultés de maîtriser une langue, vivante ou morte, en raison des nuances subtiles entre les mots apparentés. Comprendre une langue nécessite une longue pratique et un sens délicat pour éviter les confusions, surtout avec les langues mortes comme le latin. Les commentateurs prétendent souvent connaître toutes les subtilités des langues anciennes, mais cette connaissance est illusoire sans une familiarité quotidienne avec la langue. L'exemple d'un vers d'Horace illustre ces défis, montrant que les traducteurs doivent deviner l'intention de l'auteur, ce qui peut mener à des interprétations variées. Le texte critique la traduction de M. Dacier, qui omettrait des détails importants, et la compare à celle du Père Tarteron, qui conserve mieux l'image poétique d'Horace.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 67-70
EPITRE DE M. THIRIOT, A M. D....
Début :
Je vous écris, mon cher, pour vous remercier de nous [...]
Mots clefs :
Histoire, Procès, Humeur noire, Auteurs, Virgile, Horace, Absence, Silence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE M. THIRIOT, A M. D....
EPITRE DEM.THIRIOT,
A M. D.
J E vous écris, mon cher , pour
vous remercier de nous avoir
donnéCouvent de vos nouvelles,
& pour vous demander pardon de
ne vous avoir pas écrit.
Sansvous ennuyer parl'histoire,
Sichacuns'est biendiverti,
Depuisque vousêtes parti,
Pi/ur AltèrAHX Rives de Loire:
Sçachez de nous en racourci,
,9j4e 110USnoUSoccuporJjiL)
A dresser unExecutoire ,
Une Requête, un Compulsoire;
Ou bien d'un Procès obscurci,
Par quelqueNullité notoire,
Dontnousnouschargeonsla mémoire,
Débroüiller le Car, & le Si>
N'ayant à faireentoutcecy
Qu'àChicaneurs, gens d'écritoire
J$m nous
payentd'ungrand merci.
Or, vous devez, aisément croire,
£u'en travaillant à tel grimoire,
Nous avons peu de tems ;
qu'ainsi,
l'ennui nous accableroit, si
Quelque fois des gens sans fouet,
Ne dissipoientnôtre humeurnoire ,
Parleur entretien, comme aussi
Aforce de rire&de boire.
Plus heureux de vôtre CÔt,é,
LoindutumultedelaVille , Etplusjugement enchanté,
Coûtezbienl'étudefacile,
.!f!!!,e vousprocurevôtreazile
Cherchantplutôtpargoûtquepar
necessité
LeVrai,l'Agréab, le,&l'Utile,
JvfSon puisedansleseinfertile
Des Auteurs de VAntiquité,
Dontj'ai peu ou prou profité.
Peu,tréssûrement pour le stile;
Mais d'où pourtant j'ai raporté
Certain esprit de liberté,
Exempt dupréjugéservile,
ADvoenct le Vulgaire eji infecté,
une vertu docile,
A soûtenirl'adversité,
Dans un malheureux domicile,
Oùjesuis en societé
- D'Ignorans, dont leplus habile
Entend l'OrdonnanceCivile,
1 .!2.!!,'il a plussouventcommenté,
I JH^ue Terence, Horace ou Virgile.
f,
Je fuporterois plus tranquilement
l'ennui que me causent ces Mef- I(leurs, si la perte de mes amis
n'achevott de m'accabler tout à
fait. G. part pour Rome,nous
sommes fort aises de ce voyage,
par raport à lui, & très fachez par
la perte que nous faisons. Avec les
talens qu'il a, jugez combien il en
reviendra joli homme.
D'unNaturel ingenieux,
jivecsuccès il concilie,
Sans être fort laborieux
, La Peinture & la Poësie:
Mais ce qui vaut encore mieux,
Il est de bonne compagnie.
Quant aulong cr honteuxsilence
JH^ue me reprochez justement ;
Ce n'est point par indiference
,
Si je l'ai gardélonguement,
Mais bienplûtôtparnonchalance
,
«ZU-11 commeun Auteur d'importance
, Ji-f'al\ir.donnetrès rarement :
Orc.oc,eprtsteile.1jjurance,
N'ayez point de ressentiment,
Ecrivez-nous plusfrequement,
Ousinon,que vôtrepresence
Nou: tire de l'abbattement,
G)uenous a causé vôtre abfer.ee,
A M. D.
J E vous écris, mon cher , pour
vous remercier de nous avoir
donnéCouvent de vos nouvelles,
& pour vous demander pardon de
ne vous avoir pas écrit.
Sansvous ennuyer parl'histoire,
Sichacuns'est biendiverti,
Depuisque vousêtes parti,
Pi/ur AltèrAHX Rives de Loire:
Sçachez de nous en racourci,
,9j4e 110USnoUSoccuporJjiL)
A dresser unExecutoire ,
Une Requête, un Compulsoire;
Ou bien d'un Procès obscurci,
Par quelqueNullité notoire,
Dontnousnouschargeonsla mémoire,
Débroüiller le Car, & le Si>
N'ayant à faireentoutcecy
Qu'àChicaneurs, gens d'écritoire
J$m nous
payentd'ungrand merci.
Or, vous devez, aisément croire,
£u'en travaillant à tel grimoire,
Nous avons peu de tems ;
qu'ainsi,
l'ennui nous accableroit, si
Quelque fois des gens sans fouet,
Ne dissipoientnôtre humeurnoire ,
Parleur entretien, comme aussi
Aforce de rire&de boire.
Plus heureux de vôtre CÔt,é,
LoindutumultedelaVille , Etplusjugement enchanté,
Coûtezbienl'étudefacile,
.!f!!!,e vousprocurevôtreazile
Cherchantplutôtpargoûtquepar
necessité
LeVrai,l'Agréab, le,&l'Utile,
JvfSon puisedansleseinfertile
Des Auteurs de VAntiquité,
Dontj'ai peu ou prou profité.
Peu,tréssûrement pour le stile;
Mais d'où pourtant j'ai raporté
Certain esprit de liberté,
Exempt dupréjugéservile,
ADvoenct le Vulgaire eji infecté,
une vertu docile,
A soûtenirl'adversité,
Dans un malheureux domicile,
Oùjesuis en societé
- D'Ignorans, dont leplus habile
Entend l'OrdonnanceCivile,
1 .!2.!!,'il a plussouventcommenté,
I JH^ue Terence, Horace ou Virgile.
f,
Je fuporterois plus tranquilement
l'ennui que me causent ces Mef- I(leurs, si la perte de mes amis
n'achevott de m'accabler tout à
fait. G. part pour Rome,nous
sommes fort aises de ce voyage,
par raport à lui, & très fachez par
la perte que nous faisons. Avec les
talens qu'il a, jugez combien il en
reviendra joli homme.
D'unNaturel ingenieux,
jivecsuccès il concilie,
Sans être fort laborieux
, La Peinture & la Poësie:
Mais ce qui vaut encore mieux,
Il est de bonne compagnie.
Quant aulong cr honteuxsilence
JH^ue me reprochez justement ;
Ce n'est point par indiference
,
Si je l'ai gardélonguement,
Mais bienplûtôtparnonchalance
,
«ZU-11 commeun Auteur d'importance
, Ji-f'al\ir.donnetrès rarement :
Orc.oc,eprtsteile.1jjurance,
N'ayez point de ressentiment,
Ecrivez-nous plusfrequement,
Ousinon,que vôtrepresence
Nou: tire de l'abbattement,
G)uenous a causé vôtre abfer.ee,
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Résumé : EPITRE DE M. THIRIOT, A M. D....
Dans son épître, M. Thiriot s'excuse de n'avoir pas écrit plus tôt en raison de ses occupations juridiques, telles que la rédaction d'exécutoires, de requêtes et de compulsoires, ainsi que la gestion de procès complexes. Il trouve ces tâches monotones et ennuyeuses, sauf lorsqu'elles sont interrompues par des visiteurs. Thiriot envie la situation de son destinataire, qui vit dans un environnement paisible et studieux, loin du tumulte de la ville, et se consacre à l'étude des auteurs de l'Antiquité. Ces lectures lui ont apporté un esprit de liberté et une vertu docile face à l'adversité, malgré sa cohabitation avec des ignorants. Il exprime également sa tristesse face au départ d'un ami talentueux pour Rome, qui excelle en peinture et en poésie. Thiriot justifie son silence prolongé par une nonchalance occasionnelle et invite son correspondant à écrire plus fréquemment ou à lui rendre visite pour remédier à l'abattement causé par son absence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 69-70
M. RENE BOUDIER, SIEUR DE LA JOUSSELINIERE, Agé de 83 ans. AUX MANES DE M. BOURET Lieutenant général de Mantes, son cher Ami, âgé de 71 ans. EPICE DIE.
Début :
Clothon qui devide nos jours, [...]
Mots clefs :
Voyage, Mânes, Horace, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : M. RENE BOUDIER, SIEUR DE LA JOUSSELINIERE, Agé de 83 ans. AUX MANES DE M. BOURET Lieutenant général de Mantes, son cher Ami, âgé de 71 ans. EPICE DIE.
M. RENE BOUDIER ,
SIEUR DE LA JOUSSELINIERE,
Agé de 83 ans.
AUX MANES
DE M. BOURET
Lieutenant général de Mantes ,
cher Ami , âgé de
CL
71 ans.
EPICE DIE..
fon
Lothon qui devide nos jours
Et tranche à fan gré nas fufées i
Vous envoye aux Champs Elifées ,
Faire un Voyage de lang cours.
La route feule en eft fachenfe :
On traverfe des Bois épais
On paffe une Eau naire & fangenfe.
Que l'on ne repaffe jamais.
Mais , tranfportez d'un bord à l'autre ,
Les Manes font tout étonnez
D'être en des Pais fortunez ,
Et faits autrement que le nôtre.
70
LE MERCURE
Les fleurs y naiffent fous leurs pas
Tout y fate leur fantaisie ;
Et comme au Ciel , tous leurs repas
Sont de Nectar & d'Ambroisie .
Loin d'eux fe tiennent écartez ,
Les foucis de la vie humaine
Et l'effroy de la mort certaine ,
Dont les Vivans font agitez.
Enfin , l'on y trouve un azile
Contre la peur de l'Avenir ;
Et c'eft un féjour fi tranquile ,
Que pas un n'en veut revenir..
Plus âge que vous de deux Luftres ,
J'y devois aller avant vous ;
Mais , la Parque qui nous prend tous
Commence par les plus Illuftres..
Defcendu dans ces vastes lieux ,
Vous irezprendre vôtre place
Au Quartier des Manes pieux
Près de Juvenal & d'Horace.
Ménagez avec eux ma Paix ,
Ou du moins faites leur entendre
Quefur vos pas je vais leur rendre
Les Larcins que je leur ai faits ..
SIEUR DE LA JOUSSELINIERE,
Agé de 83 ans.
AUX MANES
DE M. BOURET
Lieutenant général de Mantes ,
cher Ami , âgé de
CL
71 ans.
EPICE DIE..
fon
Lothon qui devide nos jours
Et tranche à fan gré nas fufées i
Vous envoye aux Champs Elifées ,
Faire un Voyage de lang cours.
La route feule en eft fachenfe :
On traverfe des Bois épais
On paffe une Eau naire & fangenfe.
Que l'on ne repaffe jamais.
Mais , tranfportez d'un bord à l'autre ,
Les Manes font tout étonnez
D'être en des Pais fortunez ,
Et faits autrement que le nôtre.
70
LE MERCURE
Les fleurs y naiffent fous leurs pas
Tout y fate leur fantaisie ;
Et comme au Ciel , tous leurs repas
Sont de Nectar & d'Ambroisie .
Loin d'eux fe tiennent écartez ,
Les foucis de la vie humaine
Et l'effroy de la mort certaine ,
Dont les Vivans font agitez.
Enfin , l'on y trouve un azile
Contre la peur de l'Avenir ;
Et c'eft un féjour fi tranquile ,
Que pas un n'en veut revenir..
Plus âge que vous de deux Luftres ,
J'y devois aller avant vous ;
Mais , la Parque qui nous prend tous
Commence par les plus Illuftres..
Defcendu dans ces vastes lieux ,
Vous irezprendre vôtre place
Au Quartier des Manes pieux
Près de Juvenal & d'Horace.
Ménagez avec eux ma Paix ,
Ou du moins faites leur entendre
Quefur vos pas je vais leur rendre
Les Larcins que je leur ai faits ..
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Résumé : M. RENE BOUDIER, SIEUR DE LA JOUSSELINIERE, Agé de 83 ans. AUX MANES DE M. BOURET Lieutenant général de Mantes, son cher Ami, âgé de 71 ans. EPICE DIE.
L'épitaphe rend hommage à René Boudier, sieur de La Jousselinière, âgé de 83 ans, et à M. Bouret, lieutenant général de Mantes, âgé de 71 ans. Après leur décès, leurs âmes entreprennent un voyage difficile vers les Champs Élysées, traversant des bois denses et une eau noire et sanglante. À leur arrivée, ils découvrent un pays prospère et différent, où les fleurs naissent sous leurs pas et où les repas sont composés de nectar et d'ambroisie. Cet endroit est exempt de soucis et de la peur de la mort, offrant un refuge contre l'anxiété de l'avenir. La tranquillité y est telle que personne ne souhaite en partir. Bien que l'auteur doive y aller avant M. Bouret en raison de son âge, la Parque prend les plus illustres en premier. Dans l'au-delà, M. Bouret rejoindra les âmes pieuses près de Juvenal et d'Horace. L'auteur demande à M. Bouret de préserver sa paix ou de rassurer les poètes sur le remboursement des emprunts littéraires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 438-440
ODE imitée de la XIII. du troisiéme Livre d'Horace. A la Fontaine de Blanduse.
Début :
O Fontaine délicieuse ! [...]
Mots clefs :
Eau, Fontaine, Horace
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texteReconnaissance textuelle : ODE imitée de la XIII. du troisiéme Livre d'Horace. A la Fontaine de Blanduse.
ODE imitée de la x111. du troifiéme
Livre d'Horace.
AlaFontaine de Blandufe.
Fontaine délicieuſe !
Blandufe, dont l'eau précieufe
Eft plus claire qu. le criſtal,
Ton fein eft digne qu'on y mêle
Lejus, le preſent fans égal,
Qu'ont receu les mortels du Dieu fils de Sémele.
Blandufe il faut auffi te parfemer de fleurs,
Brillantes par l'émail de leurs vives couleurs.
柒
La dévorante canicule
Nepût jamais darder fes regards fur tes eaux ,
Tu fçais rafraîchir les troupeaux ,
Que l'ardeur de cet are brûle.
Quand
DE SEPTEMBRE 1723. 439
Quand Vefper s'avançant délivra les Taureaux ,
Du pefant fardeau qui les tuë ,
Ils retrouvent dans tes ruiffeaux
La force qu'ils avoient perduë.
Ton doux bruitinvite aufommeil,
Tu fers de miroir aux Bergeres,
Le matin en juppes legeres ›
Ces beautez cherchent ton confeil,
Ton gazonleur fert de toilette ,
Le fard qui rend leur teint vermeil
Elt pris dans ton eau toûjours nette.
Blandafe, en ton honneur j'immolerai demain,
Un Chevreau déja fier de fes cornes naiffantes,
Aux combas , à l'amour il fe deftine en vain ,
Dès demain tu verras tes ondes rougifantes ,
De fonfang à grands flots répandudemamain.
Au rang des illuftres Fontaines ,
On te placera déformais,
Quand Apollon foufflant fa chaleur dans mes
veines ,
Mes vers auront enfin celebré tes attraits.
Quand
440
LE MERCURE
Quand ils auront chanté ta fource vive & pure,
Ce Rocher d'où ton onde en jailliffant murmure
Ce Rocher où l'on voit un ormeau mis exprès
Par l'induftrieufe nature ,
Etendant les rameaux pour te donner du frais.
Livre d'Horace.
AlaFontaine de Blandufe.
Fontaine délicieuſe !
Blandufe, dont l'eau précieufe
Eft plus claire qu. le criſtal,
Ton fein eft digne qu'on y mêle
Lejus, le preſent fans égal,
Qu'ont receu les mortels du Dieu fils de Sémele.
Blandufe il faut auffi te parfemer de fleurs,
Brillantes par l'émail de leurs vives couleurs.
柒
La dévorante canicule
Nepût jamais darder fes regards fur tes eaux ,
Tu fçais rafraîchir les troupeaux ,
Que l'ardeur de cet are brûle.
Quand
DE SEPTEMBRE 1723. 439
Quand Vefper s'avançant délivra les Taureaux ,
Du pefant fardeau qui les tuë ,
Ils retrouvent dans tes ruiffeaux
La force qu'ils avoient perduë.
Ton doux bruitinvite aufommeil,
Tu fers de miroir aux Bergeres,
Le matin en juppes legeres ›
Ces beautez cherchent ton confeil,
Ton gazonleur fert de toilette ,
Le fard qui rend leur teint vermeil
Elt pris dans ton eau toûjours nette.
Blandafe, en ton honneur j'immolerai demain,
Un Chevreau déja fier de fes cornes naiffantes,
Aux combas , à l'amour il fe deftine en vain ,
Dès demain tu verras tes ondes rougifantes ,
De fonfang à grands flots répandudemamain.
Au rang des illuftres Fontaines ,
On te placera déformais,
Quand Apollon foufflant fa chaleur dans mes
veines ,
Mes vers auront enfin celebré tes attraits.
Quand
440
LE MERCURE
Quand ils auront chanté ta fource vive & pure,
Ce Rocher d'où ton onde en jailliffant murmure
Ce Rocher où l'on voit un ormeau mis exprès
Par l'induftrieufe nature ,
Etendant les rameaux pour te donner du frais.
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Résumé : ODE imitée de la XIII. du troisiéme Livre d'Horace. A la Fontaine de Blanduse.
L'ode célèbre la fontaine de Blanduys, décrite comme délicieuse et dont l'eau cristalline est digne du nectar divin. Ornée de fleurs brillantes, elle offre un refuge rafraîchissant aux troupeaux pendant la chaleur estivale et redonne vigueur aux bœufs après leurs travaux. Les bergères s'y baignent chaque matin pour se préparer. L'auteur promet un sacrifice d'un chevreau en l'honneur de la fontaine, espérant que ses eaux soient rougies par le sang. Il souhaite que la fontaine soit reconnue parmi les plus illustres grâce à ses vers inspirés par Apollon. La fontaine jaillit d'un rocher ombragé par un orme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 47-49
TRADUCTION de la quatriéme Ode du I. Livre d'Horace.
Début :
Le Printemps commence d'éclorre, [...]
Mots clefs :
Parque, Horace
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texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION de la quatriéme Ode du I. Livre d'Horace.
TR ADVCTIO N de la quatrième
Ode du 1. Livre d'Horace.
T E Printemps commence d'éclorre s
L'Hiver fuit, & l'Amant de Flor« . .
Ramene en ces lieux les beaux jours >»
Trop long.temps oisifs fur l'arerie i
Déja fur la liquide plaine
fiós vaisseaux reprennent leurs cours*
Après un hyver redoutable ,
Les troupeaux vont quitter l'établc j
Et le Laboureur ses tisons ;
La terre s'ouvre , & les prairies
Cessent enfin d'être flétries
Par les frimats & les glaçons.
Vénus au mileu des campagnes ,
Danse avec ses cheres compagnes ;
Diane se prête à leurs jeux 5 . _
G iiij. Tan4?
MERCURE' DE' FRANCS*
Tandis qu'en des antres terribles y
Avec ses Cyclopes horribles..,
Vulcain excite mille feux..
Celebrons de riantes fêtes ,
De mille fleurs ornons nos têtes
Cueillons ses myrrhes les plus beauxV
Rendons' Faune à nos voeux propice,t
Dans nos bois , par le sacrifice ,
Ou des Brebis ou des chevreaux^
Sexte , en vain , la fortune amie ,
Vous accorde une heureuse vie :
II faut subir de tristes loix ,
Grands & petits , la mort fatale',
Moissonne d'une faux égale ,
Les jours des pauvres & des Rois;
Illustre ami , les destinées ,
Nous accordent trop peu- d'années j
Pour former de vastes projets ;
La Parque de nos jours avare ,
Peut être déja se prépare
A fermer nos yeux pour jamais. -
JANVIER 1714- 4?
Et quand victime de la Parque ,
Caron vous aura dans fa barque ,
Fair paner fur les sombres bords ,
Vous n'y trouverez point de treille ,
Bacchus & fa liqueur vermeille ,
Ne font point connus chez les morts.
Ce fils autour de qui s'empreíse
Toute votre aimable jeunesse ,
Licidas tendre & gracieux ,
Dont toutes nos jeunes Romaines,
Vont bien. tôt recevoir lés chaînest'
N'ira point là charmer vos yeux.
Ode du 1. Livre d'Horace.
T E Printemps commence d'éclorre s
L'Hiver fuit, & l'Amant de Flor« . .
Ramene en ces lieux les beaux jours >»
Trop long.temps oisifs fur l'arerie i
Déja fur la liquide plaine
fiós vaisseaux reprennent leurs cours*
Après un hyver redoutable ,
Les troupeaux vont quitter l'établc j
Et le Laboureur ses tisons ;
La terre s'ouvre , & les prairies
Cessent enfin d'être flétries
Par les frimats & les glaçons.
Vénus au mileu des campagnes ,
Danse avec ses cheres compagnes ;
Diane se prête à leurs jeux 5 . _
G iiij. Tan4?
MERCURE' DE' FRANCS*
Tandis qu'en des antres terribles y
Avec ses Cyclopes horribles..,
Vulcain excite mille feux..
Celebrons de riantes fêtes ,
De mille fleurs ornons nos têtes
Cueillons ses myrrhes les plus beauxV
Rendons' Faune à nos voeux propice,t
Dans nos bois , par le sacrifice ,
Ou des Brebis ou des chevreaux^
Sexte , en vain , la fortune amie ,
Vous accorde une heureuse vie :
II faut subir de tristes loix ,
Grands & petits , la mort fatale',
Moissonne d'une faux égale ,
Les jours des pauvres & des Rois;
Illustre ami , les destinées ,
Nous accordent trop peu- d'années j
Pour former de vastes projets ;
La Parque de nos jours avare ,
Peut être déja se prépare
A fermer nos yeux pour jamais. -
JANVIER 1714- 4?
Et quand victime de la Parque ,
Caron vous aura dans fa barque ,
Fair paner fur les sombres bords ,
Vous n'y trouverez point de treille ,
Bacchus & fa liqueur vermeille ,
Ne font point connus chez les morts.
Ce fils autour de qui s'empreíse
Toute votre aimable jeunesse ,
Licidas tendre & gracieux ,
Dont toutes nos jeunes Romaines,
Vont bien. tôt recevoir lés chaînest'
N'ira point là charmer vos yeux.
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Résumé : TRADUCTION de la quatriéme Ode du I. Livre d'Horace.
Le texte traduit de la quatrième Ode du premier Livre d'Horace célèbre l'arrivée du printemps. L'hiver se termine, et l'amant de Flore ramène les beaux jours. Les navires reprennent leur navigation sur la mer, les troupeaux et les laboureurs quittent leurs abris, et la terre se réchauffe. Vénus et Diane dansent dans les campagnes, tandis que Vulcain travaille avec les Cyclopes. Le poète invite à célébrer des fêtes joyeuses, à orner les têtes de fleurs et à rendre Faune propice par des sacrifices. Il rappelle que la mort est inévitable et moissonne tous les hommes, riches ou pauvres. La vie est trop courte pour de vastes projets, et la Parque peut à tout moment fermer les yeux des hommes. Après la mort, Caron transporte les âmes vers les sombres bords, où il n'y a ni treille ni Bacchus. Le poète évoque également Licidas, un jeune homme aimé des Romaines, qui ne pourra plus charmer les yeux du poète après sa mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 447-450
IMITATION De la onziéme Ode d'Horace, Livre II. Eheu fugaces Posthume Posthume labuntur anni, &c.
Début :
Helas ! de tes plaisirs quel sera le retour ? [...]
Mots clefs :
Horace, Imitation
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION De la onziéme Ode d'Horace, Livre II. Eheu fugaces Posthume Posthume labuntur anni, &c.
IMITATION
De la onzième Ode d'Horace , Livre IL
Eheu fugaces Pofthume Posthume
labuntur anni , &c.
HElas !
Elas ! de tes plaifirs quel fera le retour ?
Tu vieilliras , Pofthume, & tu mourras un jour.
Leplus beau de tes ans s'écoule avec vîteſſe
Et tu fens ralentir les feux de ta jeuneffe ;
Ton culte envers le Ciel , ton encens , ni tes
voeux ,
Ne pourront t'exempter d'une lente vicilleffe ,
Ils n'arrêteront pas le temps qui fuit fans ceffe,
Et qui de jour en jour vient blanchir tes cheveux.
Quand tu devrois immoler cent Victimes ,
Au Dieu terrible des Enfers
Au Dieu dont le pouvoir par des droits legitimes
,
Comprend tout ce vafte Univers ,
Tu ne flechiras point fon coeur inexorable.
C'eſt une Loi pour tous inévitable ,
Qu'il faut que chacun à fon tour ,
Le Riche, l'Indigent , le Berger , le Monarque,
Paffent confufément , fans efpoir de retour ,
Dans la funefte Barque ,
B En
448 MERCURE DE FRANCE.
En vain l'on voudroit prolonger ,
Le foible cours de nos années ,
Le terme en eft marqué , les Dieux les ont boşnées
:
En vain l'on tâche à ménager ,
De nos tranquiles jours les douces deſtinées ,
En ne s'expofant pas aux funeftes hazards
De Bellone & de Mars .
En vain l'art d'un Pilote & le vent favorable ;
Conduiront fur les flots d'une Mer redoutable ,
Notre Navire jufqu'au Port .
En vain , pour éloigner la mort qui nous
étonne ,
Nous voudrons éviter dans la faifon d'Automne
,
D'un vent froid & mal fain l'impetueux effort.
Il faut fubir les coups de la Parque fatale ,
Et payer tôt ou tard le tribut à Caron ;
Voir le trifte Cocyte & le noir Acheron ;
Habiter de Pluton la demeure infernale :
Là , parmi les horreurs d'une obfcure prifon ,
La race Danaïde & l'orgueilleux Typhon
Syfiphe , Ixion & Tantale.
Eprouvent éternellement ,
De leurs forfaits divers le jufte châtiment.
II
MARS. 1730. 449
Al te faudra quitter tes Maifons de Campagne ,
Tes meubles fomptueux , tes fuperbes Palais ,
Abandonner & perdre pour jamais ,
Ton Epouſe fi chere & ta douce Compagne ;
Tu périras toi- même , & la mort fans pitié ,
Prendra d'un tout fi beau, l'une & l'autre moitié.
Que deviendront alors ces lieux pleins de dé
lices ,
De tes plaifirs fecrets confidens & complices
?
Ces bois fombres & frais ; ces Jardins toûjours
verds ,
Où pendant la rigueur d'une ſaiſon rebelle ,
Par ton art & tes foins Flore fe renouvelle ,
Et conferve un printemps au milieu des hyvers.
Ces Oeillets , ces Lys & ces Rofes ,
Que dès l'Aurore on voit éclofes ,
Et qui ne durent qu'un matin ,
Sont de tes foibles jours une vive peinture ,
Qui fans ceffe t'apprend quel fera ton deftin.
De tant d'arbres , dont la verdure ,
Découvre à tes yeux mille attraits ,
Quand tu fatisferas aux Loix de la Nature a
Il ne te reftera que les triftes Cyprès.
Bij
Alors
450 MERCURE DE FRANCE.
Alors un heritier & prodigue & peu fage ,
Croira de tes grands biens faire un meilleur
ufage ;
Bientôt on le verra fe livrant aux plaiſirs ,
Les répandre par tout au gré de ſes defirs .
Il boira largement fans nulle prévoyance ,
Tes vins les plus exquis & les plus eſtimez ,
Vins qu'avec tant de foin & tant de vigilance,
Ta tenois fous cent clefs dans ta cave enfer
mez.
శ్రీ శ్రీ
Moreau de Mautour.
De la onzième Ode d'Horace , Livre IL
Eheu fugaces Pofthume Posthume
labuntur anni , &c.
HElas !
Elas ! de tes plaifirs quel fera le retour ?
Tu vieilliras , Pofthume, & tu mourras un jour.
Leplus beau de tes ans s'écoule avec vîteſſe
Et tu fens ralentir les feux de ta jeuneffe ;
Ton culte envers le Ciel , ton encens , ni tes
voeux ,
Ne pourront t'exempter d'une lente vicilleffe ,
Ils n'arrêteront pas le temps qui fuit fans ceffe,
Et qui de jour en jour vient blanchir tes cheveux.
Quand tu devrois immoler cent Victimes ,
Au Dieu terrible des Enfers
Au Dieu dont le pouvoir par des droits legitimes
,
Comprend tout ce vafte Univers ,
Tu ne flechiras point fon coeur inexorable.
C'eſt une Loi pour tous inévitable ,
Qu'il faut que chacun à fon tour ,
Le Riche, l'Indigent , le Berger , le Monarque,
Paffent confufément , fans efpoir de retour ,
Dans la funefte Barque ,
B En
448 MERCURE DE FRANCE.
En vain l'on voudroit prolonger ,
Le foible cours de nos années ,
Le terme en eft marqué , les Dieux les ont boşnées
:
En vain l'on tâche à ménager ,
De nos tranquiles jours les douces deſtinées ,
En ne s'expofant pas aux funeftes hazards
De Bellone & de Mars .
En vain l'art d'un Pilote & le vent favorable ;
Conduiront fur les flots d'une Mer redoutable ,
Notre Navire jufqu'au Port .
En vain , pour éloigner la mort qui nous
étonne ,
Nous voudrons éviter dans la faifon d'Automne
,
D'un vent froid & mal fain l'impetueux effort.
Il faut fubir les coups de la Parque fatale ,
Et payer tôt ou tard le tribut à Caron ;
Voir le trifte Cocyte & le noir Acheron ;
Habiter de Pluton la demeure infernale :
Là , parmi les horreurs d'une obfcure prifon ,
La race Danaïde & l'orgueilleux Typhon
Syfiphe , Ixion & Tantale.
Eprouvent éternellement ,
De leurs forfaits divers le jufte châtiment.
II
MARS. 1730. 449
Al te faudra quitter tes Maifons de Campagne ,
Tes meubles fomptueux , tes fuperbes Palais ,
Abandonner & perdre pour jamais ,
Ton Epouſe fi chere & ta douce Compagne ;
Tu périras toi- même , & la mort fans pitié ,
Prendra d'un tout fi beau, l'une & l'autre moitié.
Que deviendront alors ces lieux pleins de dé
lices ,
De tes plaifirs fecrets confidens & complices
?
Ces bois fombres & frais ; ces Jardins toûjours
verds ,
Où pendant la rigueur d'une ſaiſon rebelle ,
Par ton art & tes foins Flore fe renouvelle ,
Et conferve un printemps au milieu des hyvers.
Ces Oeillets , ces Lys & ces Rofes ,
Que dès l'Aurore on voit éclofes ,
Et qui ne durent qu'un matin ,
Sont de tes foibles jours une vive peinture ,
Qui fans ceffe t'apprend quel fera ton deftin.
De tant d'arbres , dont la verdure ,
Découvre à tes yeux mille attraits ,
Quand tu fatisferas aux Loix de la Nature a
Il ne te reftera que les triftes Cyprès.
Bij
Alors
450 MERCURE DE FRANCE.
Alors un heritier & prodigue & peu fage ,
Croira de tes grands biens faire un meilleur
ufage ;
Bientôt on le verra fe livrant aux plaiſirs ,
Les répandre par tout au gré de ſes defirs .
Il boira largement fans nulle prévoyance ,
Tes vins les plus exquis & les plus eſtimez ,
Vins qu'avec tant de foin & tant de vigilance,
Ta tenois fous cent clefs dans ta cave enfer
mez.
శ్రీ శ్రీ
Moreau de Mautour.
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Résumé : IMITATION De la onziéme Ode d'Horace, Livre II. Eheu fugaces Posthume Posthume labuntur anni, &c.
Le texte imite la onzième Ode d'Horace, Livre II, et médite sur la fugacité du temps et l'inévitabilité de la mort. L'auteur souligne que les années passent rapidement et que nul ne peut échapper au vieillissement et à la mort, même par des prières ou des sacrifices. Le temps avance inexorablement, apportant la vieillesse et blanchissant les cheveux. Les efforts pour prolonger la vie ou éviter les dangers sont vains face à la mort inévitable. L'auteur évoque la nécessité de subir les coups du destin et de payer le tribut à Caron, le passeur des âmes. Il décrit les supplices éternels des damnés dans les enfers, comme Sisyphe, Ixion et Tantale. Le texte se conclut par une réflexion sur la perte des biens matériels et des êtres chers, ainsi que sur la vanité des plaisirs terrestres, comparés à des fleurs éphémères.
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16
p. 1350-1354
CONJECTURES sur le mot Cornicula, qu'on lit dans la troisiéme Lettre du premier Livre des Epîtres d'Horace.
Début :
Ceux qui ont lû dans Phédre la Fable du Geai glorieux, qui s'étant paré [...]
Mots clefs :
Corneille, Phèdre, Horace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONJECTURES sur le mot Cornicula, qu'on lit dans la troisiéme Lettre du premier Livre des Epîtres d'Horace.
CONJECTURES fur le mot
Cornicula , qu'on lit dans la troifiéme
Lettre du premier Livre des Epîtres
d'Horace.
Eux qui ont lû dans Phédre la Fable
du Geai glorieux , qui s'étant paré
des Plumes d'un Paon qu'il avoit ramaffées
, s'étant mêlé parmi les Paons qui le
chafferent de leur Compagnie , font furpris
en lifant Horace , de ce que cet Au
teur en défignant la même Fable , ne la
met point fous le nom du Geai comme
Phédre , mais fous le nom d'un Oifeau
qu'il nomme Cornicula.
Nifi fortè fuas repetitum venerit olim
Grex avium plumas , moveat Cornicula , rifum
Furtivis nudata coloribus ....
Horace & Phédre étoient contempo
rains , ou du moins ils ont vécu dans des
temps peu éloignez ; ils ne font pas les
Inventeurs de cette Fable , ils l'ont puifée
vrai -femblablement dans les mêmes
fources de la Mythologie; pourquoi donc
dira - t - on cette difference entre eux ?
Quand deux Autheurs de notre temps
rapportent une Fable connuë ; par exem
ple , celle du Loup & de l'Agneau , de la
1. Vol GreJUI
N. 1730. 1351
Grenouille & du Boeuf, &c. ils ne s'avi
fent point d'en changer les perfonnages
d'où vient donc la difference qu'on remarque
entre Horace & Phédre par rap
port à la même Fable ? Eft - ce caprice ?
Eft ce un défaut de mémoire dans l'un de
ces deux Poëtes ?
S'il étoir permis , fans témerité , de
s'opposer au torrent des Traducteurs &
des Interpretes d'Horace qui fe fuivent &
fe copient les uns les autres , j'oferois hazarder
une penfée qui pourroit concilier
Horace & Phédre ; ce feroit de dire que
Cornicula dans Horace ne marque point
POileau que nous nommons la Corneille
, mais que ce terme fignifie le Geai . Je
fens bien qu'on m'accablera tout auffi-
τότ par le nombre des Interpretes & des
Traducteurs d'Horace,qui n'ont pas eu la
moindre penfée que Cornicula pût fignifier
un Geai . Ce mot dérivé de Cornix ,
écarte tout-à-fait l'idée du Geai , & ne leur
laiffe que celle de la Corneille ; cependant
en laiffant à part les préjugez , on prie
les perfonnes équitables de faire attention
qu'il n'en eft pas du mot Cornicula , par
rapport à Cornix , d'où il dérive ; comme
de Graculus par rapport à Gracus , ou de
Hadulus par rapport à Hadus-Graculus
& Gracus font précisément la même cho
fe , & Hadulus ne differe point de Hadus
II. Vol quant
1352 MERCURE DE FRANCE
"
quant à l'efpece , mais feulement quant
à l'âge & à la taille au contraire , je ſoutiens
, non comme une verité certaine
mais comme une conjecture probable, que
le mot Cornicula ne défigne point la Cor
neille , mais en general toutes les especes
contenues fub genere Corvino , lefquelles
font plus petites que la Corneille , & en
particulier le Geai , lequel eft une defdites
efpeces .
Aldrovandus dans fon Ornithológie
diftingue & nomme jufqu'à dix-neuf ef
peces d'Oifeaux contenus fous le genre
des Corbeaux & des Corneilles , dont le
Geai que les Grecs nomment Pyrrhoco
rax ou Corbeau rouge eft une , la Pie une
autre, la Choüete une autre , le Pivert une
autre , &c. ce font toutes ces efpeces
qu'on nomme Cornicula , parce qu'elles
font comprifes fub genere Corvino ,
80
qu'elles font plus petites que les Corbeaux
& les Corneilles . Mais peut - on donner
quelques preuves de ce qu'on avance icy?
C'en eft une que les bons Dictionnaires ,
comme celui d'Etienne & d'autres , no
donnent jamais pour l'équivalent du mot
Cornicula le mot grec open , qui eſt
le feul mot fpecifique qui défigne la Cor
neille , mais celui de xoxoide qui défigne
proprement & principalement lo
Geai , Graculus ; quoiqu'il marque auffi
II. Vol. moins
JUIN. 1730. 1355
moins principalement quelques - unes des
petites efpeces qu'on range fons le genre
des Corbeaux ou Corneilles , comme la
Pie , la Chouette qui font appelées par
cette raifon Cornicule ou Parva Cornices
, ce qui n'empêche pas qu'elles ne
foient d'une espece & d'un nom different
de la Corneille , proprement dite , laquel
le feule a retenu le nom du genre. If réfulte
de ces remarques qu'Horace a voulu
marquer par Cornicula , non la Corneille
qui n'a point en latin d'autre nom
fpecifique que celui de Cornix ,
ni en gręc
que celui de xopov , mais un Geai
comme Phédre l'a marqué bien expreffer
ment ; on ne peut point entendre Phédre
d'une Corneille , mais on peut bien entendre
d'un Geai le Cornicula dont Horace
s'eft fervi , puifque ce mot veut dire
lifeau que les Grecs appellent κολοιός ,
& que la premiere fignification de xoods
eft de marquer un geai . Cette maniere de
concilier enfemble ces deux Auteurs n'a
rien qui me paroiffe choquer la raiſon ,ni
fortir des bornes de la vraisemblance
c'est tout ce qu'on peur attendre dans une
matiere comme celle - ci qui n'eft point
fufceptible de démonftrations métaphyfiques
. S'il fe trouve quelque perfonne ha
bile qui daigne adopter mon fentiment ,
j'en ferai bien aife , s'il s'en trouve qui
II. Vol. veuille
1354 MERCURE DE FRANCE
veuille prendre la peine de le réfuter , je
n'en ferai nullement fâché , je puis dire
même que je lui en fçaurai gré, puifqu'elle
me donnera lieu de profiter de fes lumie
res , ce n'eft même qu'à ce deffein que
queſtion a été miſe fur de tapis.
Cornicula , qu'on lit dans la troifiéme
Lettre du premier Livre des Epîtres
d'Horace.
Eux qui ont lû dans Phédre la Fable
du Geai glorieux , qui s'étant paré
des Plumes d'un Paon qu'il avoit ramaffées
, s'étant mêlé parmi les Paons qui le
chafferent de leur Compagnie , font furpris
en lifant Horace , de ce que cet Au
teur en défignant la même Fable , ne la
met point fous le nom du Geai comme
Phédre , mais fous le nom d'un Oifeau
qu'il nomme Cornicula.
Nifi fortè fuas repetitum venerit olim
Grex avium plumas , moveat Cornicula , rifum
Furtivis nudata coloribus ....
Horace & Phédre étoient contempo
rains , ou du moins ils ont vécu dans des
temps peu éloignez ; ils ne font pas les
Inventeurs de cette Fable , ils l'ont puifée
vrai -femblablement dans les mêmes
fources de la Mythologie; pourquoi donc
dira - t - on cette difference entre eux ?
Quand deux Autheurs de notre temps
rapportent une Fable connuë ; par exem
ple , celle du Loup & de l'Agneau , de la
1. Vol GreJUI
N. 1730. 1351
Grenouille & du Boeuf, &c. ils ne s'avi
fent point d'en changer les perfonnages
d'où vient donc la difference qu'on remarque
entre Horace & Phédre par rap
port à la même Fable ? Eft - ce caprice ?
Eft ce un défaut de mémoire dans l'un de
ces deux Poëtes ?
S'il étoir permis , fans témerité , de
s'opposer au torrent des Traducteurs &
des Interpretes d'Horace qui fe fuivent &
fe copient les uns les autres , j'oferois hazarder
une penfée qui pourroit concilier
Horace & Phédre ; ce feroit de dire que
Cornicula dans Horace ne marque point
POileau que nous nommons la Corneille
, mais que ce terme fignifie le Geai . Je
fens bien qu'on m'accablera tout auffi-
τότ par le nombre des Interpretes & des
Traducteurs d'Horace,qui n'ont pas eu la
moindre penfée que Cornicula pût fignifier
un Geai . Ce mot dérivé de Cornix ,
écarte tout-à-fait l'idée du Geai , & ne leur
laiffe que celle de la Corneille ; cependant
en laiffant à part les préjugez , on prie
les perfonnes équitables de faire attention
qu'il n'en eft pas du mot Cornicula , par
rapport à Cornix , d'où il dérive ; comme
de Graculus par rapport à Gracus , ou de
Hadulus par rapport à Hadus-Graculus
& Gracus font précisément la même cho
fe , & Hadulus ne differe point de Hadus
II. Vol quant
1352 MERCURE DE FRANCE
"
quant à l'efpece , mais feulement quant
à l'âge & à la taille au contraire , je ſoutiens
, non comme une verité certaine
mais comme une conjecture probable, que
le mot Cornicula ne défigne point la Cor
neille , mais en general toutes les especes
contenues fub genere Corvino , lefquelles
font plus petites que la Corneille , & en
particulier le Geai , lequel eft une defdites
efpeces .
Aldrovandus dans fon Ornithológie
diftingue & nomme jufqu'à dix-neuf ef
peces d'Oifeaux contenus fous le genre
des Corbeaux & des Corneilles , dont le
Geai que les Grecs nomment Pyrrhoco
rax ou Corbeau rouge eft une , la Pie une
autre, la Choüete une autre , le Pivert une
autre , &c. ce font toutes ces efpeces
qu'on nomme Cornicula , parce qu'elles
font comprifes fub genere Corvino ,
80
qu'elles font plus petites que les Corbeaux
& les Corneilles . Mais peut - on donner
quelques preuves de ce qu'on avance icy?
C'en eft une que les bons Dictionnaires ,
comme celui d'Etienne & d'autres , no
donnent jamais pour l'équivalent du mot
Cornicula le mot grec open , qui eſt
le feul mot fpecifique qui défigne la Cor
neille , mais celui de xoxoide qui défigne
proprement & principalement lo
Geai , Graculus ; quoiqu'il marque auffi
II. Vol. moins
JUIN. 1730. 1355
moins principalement quelques - unes des
petites efpeces qu'on range fons le genre
des Corbeaux ou Corneilles , comme la
Pie , la Chouette qui font appelées par
cette raifon Cornicule ou Parva Cornices
, ce qui n'empêche pas qu'elles ne
foient d'une espece & d'un nom different
de la Corneille , proprement dite , laquel
le feule a retenu le nom du genre. If réfulte
de ces remarques qu'Horace a voulu
marquer par Cornicula , non la Corneille
qui n'a point en latin d'autre nom
fpecifique que celui de Cornix ,
ni en gręc
que celui de xopov , mais un Geai
comme Phédre l'a marqué bien expreffer
ment ; on ne peut point entendre Phédre
d'une Corneille , mais on peut bien entendre
d'un Geai le Cornicula dont Horace
s'eft fervi , puifque ce mot veut dire
lifeau que les Grecs appellent κολοιός ,
& que la premiere fignification de xoods
eft de marquer un geai . Cette maniere de
concilier enfemble ces deux Auteurs n'a
rien qui me paroiffe choquer la raiſon ,ni
fortir des bornes de la vraisemblance
c'est tout ce qu'on peur attendre dans une
matiere comme celle - ci qui n'eft point
fufceptible de démonftrations métaphyfiques
. S'il fe trouve quelque perfonne ha
bile qui daigne adopter mon fentiment ,
j'en ferai bien aife , s'il s'en trouve qui
II. Vol. veuille
1354 MERCURE DE FRANCE
veuille prendre la peine de le réfuter , je
n'en ferai nullement fâché , je puis dire
même que je lui en fçaurai gré, puifqu'elle
me donnera lieu de profiter de fes lumie
res , ce n'eft même qu'à ce deffein que
queſtion a été miſe fur de tapis.
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Résumé : CONJECTURES sur le mot Cornicula, qu'on lit dans la troisiéme Lettre du premier Livre des Epîtres d'Horace.
Le texte examine les différences entre les versions d'une fable rapportée par Horace et Phèdre. Horace utilise le terme 'Cornicula' pour désigner un oiseau, tandis que Phèdre parle d'un geai. Cette divergence soulève des questions, car les auteurs contemporains ne modifient généralement pas les personnages des fables connues. L'auteur propose que 'Cornicula' chez Horace ne désigne pas la corneille, mais le geai, une espèce incluse dans le genre des corbeaux et des corneilles. Aldrovandus, dans son ouvrage sur les oiseaux, distingue plusieurs espèces sous ce genre, dont le geai. Les dictionnaires, comme celui d'Étienne, traduisent 'Cornicula' par 'Geai' et non par 'Corneille'. Ainsi, Horace et Phèdre pourraient parler du même oiseau, ce qui concilierait leurs versions respectives. L'auteur invite à une discussion pour valider ou réfuter cette conjecture.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 2622
LETTRE écrite d'Aix le 30. Septembre 1730.
Début :
La prédilection, Monsieur, que j'ai toujours euë pour l'Ode du second [...]
Mots clefs :
Traduction, Horace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite d'Aix le 30. Septembre 1730.
LETTRE écrite d'Aix le 30 .
Septembre 1730.
A prédilection , Monfieur , que j'ai
Ltoujours eue pour l'Ode du fecond euë
Livre d'Horace , qui commence par ces
mots Ehen ! fugaces & c. m'a fait lire avec
plaifir dans votre Mercure du mois de
Mars dernier l'Imitation qu'en a faite
M. Moreau de Mantour ; j'écrivis là- deffus
à M.le Marquis d'Eftrozzi de Margon,
avec lequel je fuis en relation de Belles-
Lettres depuis quelque- tems , pour fçavoir
fon fentiment fur cette Traduction,
le priant en même - tems d'avoir la complaifance
de m'en envoyer une de fa façon
en Vers François : la voici ; il fera
peut-être fâché que je la rende publique;
mais fi elle eft digne de votre approbation
, & d'être mife dans votre Mercure;
votre fuffrage me fera un motif fuffifant
calmer fon mécontentement envers
pour
moi . J'ai l'honneur d'être très parfaite
ment &c.
C. D. R.
Septembre 1730.
A prédilection , Monfieur , que j'ai
Ltoujours eue pour l'Ode du fecond euë
Livre d'Horace , qui commence par ces
mots Ehen ! fugaces & c. m'a fait lire avec
plaifir dans votre Mercure du mois de
Mars dernier l'Imitation qu'en a faite
M. Moreau de Mantour ; j'écrivis là- deffus
à M.le Marquis d'Eftrozzi de Margon,
avec lequel je fuis en relation de Belles-
Lettres depuis quelque- tems , pour fçavoir
fon fentiment fur cette Traduction,
le priant en même - tems d'avoir la complaifance
de m'en envoyer une de fa façon
en Vers François : la voici ; il fera
peut-être fâché que je la rende publique;
mais fi elle eft digne de votre approbation
, & d'être mife dans votre Mercure;
votre fuffrage me fera un motif fuffifant
calmer fon mécontentement envers
pour
moi . J'ai l'honneur d'être très parfaite
ment &c.
C. D. R.
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Résumé : LETTRE écrite d'Aix le 30. Septembre 1730.
Le 30 septembre 1730, l'auteur admire l'Ode II, 15 d'Horace et son imitation par Moreau de Mantour. Il sollicite l'avis du Marquis d'Eftrozzi de Margon sur cette traduction et lui demande sa propre version en vers français. L'auteur espère que l'approbation du destinataire apaisera le Marquis, potentiellement mécontent de la publication.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 2623-2624
TRADUCTION D'une Ode d'Horace : Eheu ! fugaces, posthume, posthume, Labuntur anni &c.
Début :
Le tems fuit, l'âge nous presse, [...]
Mots clefs :
Horace, Vins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION D'une Ode d'Horace : Eheu ! fugaces, posthume, posthume, Labuntur anni &c.
TRADUCTION
D'une Ode d'Horace :
Eheu ! fugaces , pofthume , pofthume
Labuntur anni & c.
LEE tems fuit , l'âge nous preffe
Il s'écoule à tout moment ;
A la mort , à la vieilleffe
On court fans retardement.
Qu'à Pluton on facrifie
Trois cent victimes par jour ;
Pour Geryon , pour Titye ,
Pour tous il eſt ſans retour.
Tout ce qui vit & reſpire ,
Riches , Pauvres , Bergers , Rois ,
Vers fon tenebreux Empire
Doit naviger une fois.
C'eſt en vain qu'on fuit Bellone }
Le Dieu des Mers irrité ,
Et qu'on craint le vent d'Automne
Si nuifible à la fanté.
Il faut voir le noir Cocite ,
Le cours errant de feseaux ,
I, Vol. Dij
Do
2624 MERCURE DE FRANCE
Des Soeurs la race maudite ,
De Sifyphe les travaux .
On perd tout fur cette rive ,
Femme , maiſons , quels regrets !
Des Arbres que l'on cultive
Rien ne fuit que le cyprès.
Nos heritiers feront gloire
De diffiper tous nos vins ,
Ces vins qu'on ne devoit boire
Que dans les plus grands feftins.
D'une Ode d'Horace :
Eheu ! fugaces , pofthume , pofthume
Labuntur anni & c.
LEE tems fuit , l'âge nous preffe
Il s'écoule à tout moment ;
A la mort , à la vieilleffe
On court fans retardement.
Qu'à Pluton on facrifie
Trois cent victimes par jour ;
Pour Geryon , pour Titye ,
Pour tous il eſt ſans retour.
Tout ce qui vit & reſpire ,
Riches , Pauvres , Bergers , Rois ,
Vers fon tenebreux Empire
Doit naviger une fois.
C'eſt en vain qu'on fuit Bellone }
Le Dieu des Mers irrité ,
Et qu'on craint le vent d'Automne
Si nuifible à la fanté.
Il faut voir le noir Cocite ,
Le cours errant de feseaux ,
I, Vol. Dij
Do
2624 MERCURE DE FRANCE
Des Soeurs la race maudite ,
De Sifyphe les travaux .
On perd tout fur cette rive ,
Femme , maiſons , quels regrets !
Des Arbres que l'on cultive
Rien ne fuit que le cyprès.
Nos heritiers feront gloire
De diffiper tous nos vins ,
Ces vins qu'on ne devoit boire
Que dans les plus grands feftins.
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Résumé : TRADUCTION D'une Ode d'Horace : Eheu ! fugaces, posthume, posthume, Labuntur anni &c.
L'ode d'Horace médite sur la fugacité du temps et l'inévitabilité de la mort. Chaque jour, des victimes sont sacrifiées à Pluton, symbolisant la mort inéluctable pour tous, riches ou pauvres. La mort est inévitable, même en fuyant les dangers. Les damnés, comme Sisyphé, souffrent dans l'au-delà. Sur terre, on perd tout, y compris les biens matériels et les êtres chers. Les héritiers dilapident les biens accumulés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 87-93
RÉFLEXIONS sur la conjecture proposée, touchant la correction d'un endroit des traductions d'Horace.
Début :
En raisonnant ces jours passez avec un Grammairien, sur la [...]
Mots clefs :
Traduction, Horace, Grammaire, Traducteurs, Cornicula, Conjecture, Journal des savants, Hésiode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉFLEXIONS sur la conjecture proposée, touchant la correction d'un endroit des traductions d'Horace.
REFLEXIONS sur la conjecture
proposée , touchant la correction d'un endroit
des traductions d'Horace.
N raisonnant ces jours passez avec
ENun Gramairien , sur la remarque inprimée
dans le Mercure de Juin , page
1350. la premiere pensée qui m'est venue
a été , qu'il n'est nullement deffendu de
s'opposer au torrent des Traducteurs ou
Interpretes des Aureurs Classiques. Je suis
ensuite allé plus loin , et j'ai cru qu'il
étoit necessaire de faire sentir aux Imprimeurs
le tort qu'ils ont de faire copier
souvent les fautes des manuscrits. Il n'est
pas
étonnant
, disois
-je , que
ceux
qui
lisent
Cornicula
dans
Horace
, traduisent
ce terme
par
celui
de Corneille
. Peut
-être
n'ont
-ils pas
bien
examiné
s'il
faut
veritablement
lire
Cornicula
dans
ce Poëte
,
et si ce
mot
a toujours
été
écrit
ainsi
.
Dès
lors
je
suis
tombé
d'accord
avec
E ij
l'Au-
-
88 MERCURE DE FRANCE.
sert pour
l'Auteur de la conjecture proposée , que
le mot Cornix écarte tout- à- fait l'idée de
Geai ; mais sans user du détour dont il se
faire valoir son sentiment, voicy
la pensée que je hazardois. Je ne prétendois
point qu'il en dût être autrement
de Cornicula par rapport à Cornix , que
de graculus par rapport à gracus et de
hædulus par rapport à heedus. Je présumois
seulement que le substantif corvus
avoit pû avoir dans l'antiquité ses diminutifs
, de même que ces trois autres coravec
l'autre avant
nix ,, gracus et hædus , et qu'ainsi on a pû
'dire corviculus et corvicula. Il seroit ennuyeux
de produire une infinité d'exemples
où l'on voit que la lettre n a été
prise pour la lettre . Ces méprises sont
venues de la ressemblance que l'une avoit
que dans l'écriture latine
on eut inventé une v consone pour
le besoin , et chez les grecs même la ressemblance
de ces deux caracteres est si
grande, que je lisois encore dernierement
dans le Journal des Sçavans du mois de
Juillet, que c'est sur le principe de cette
conformité que M. l'Abbé Sévin s'appuye
pour avoir la veritable lecture d'un
passage d'Hésiode ; ensorte qu'au lieu
de Dion genos , il faut lire, selon lui , Dion
genos.
Dans le texte de notre Poëte , il ne s'agit
JANVIER. 1731. 89
git point de race divine , mais de race.
corvine. Le Geai étant donc compris sub
genere corvino , selon l'Auteur de la Remarque
, qui me paroissoit suffisainment
autorisée , en ce que les bons Dictionaires
rendent le xoλe d'Esope , par le
terme Graculus . J'en concluois que si
Graculus signifie un Geai , xoxoids est
surement cet oiseau , et non pas la Corneille.
Mais comme il n'est pas certain
que graculus soit le Geai . C'est ce qui
doit arrêter toutes les consequences qu'on
pourroit tirer en supposant la chose.
D'ailleurs , la conjecture par laquelle on
prétendoit qu'Horace a mis originaire
ment corvicula, ne peut se soutenir , parce
que le Poëte , pour faire son vers , a
du mettre un mot dont la seconde syllabe
fût longue. Or la seconde de corvi
cula ( si ce mot existoit ) seroit breve , suivant
les regles des dérivez.
Comment donc ajuster tout cela : Ce
ne sera point en suivant l'auteur de la
conjecture dans tous les raisonnemens
qu'il fait , mais seulement dans quelques-
uns. Il a raison d'improuver ceux
qui croyent qu'Horace et Phédre ont
voulu désigner un oiseau different , et ilne
faut pas s'imaginer que le graculus
de celui- ci , soit different du cornicula du
premier.
E iij L'Augo
MERCURE DE FRANCE.
L'Auteur doit , selon moi , revenir au
sentiment de Furetiere , qui dit que
graculus n'est point le Geai. A la verité
son Dictionaire ne renferme point de
Dissertation pour le prouver ; mais je
suis persuadé qu'il n'a pas pris la négative
sur cet article sans avoir de bonnes
raisons . Laissons donc les Traducteurs
d'Horace dans l'usage de prendre l'oiseau
de la fable pour une corneille ; et
tâchons seulement d'empêcher ceux qui
dans la suite traduiront Phédre , de rendre
le mot graculus par celui de Geai .
Déja il faut avouer que le terme latin
n'a pas grande affinité avec le françois
et c'est un assez grand fondement pour
douter.
J'avoue encore une fois que le noλorde
κολοιός
des Grees , et le graculus des Latins sont
le même oiseau. Il faut attribuer à
gram
eulus tout ce que les Grecs ont dit du ca
quet importun et désagréable du xoxoide.
figure des grands parleurs , qui cherchent
leurs semblables, et qui se plaisent à s'at-
Troupper pour faire grand bruit. Si le
Geai aime à jazer , le Graculus se plait à
grailler. Ces deux sortes d'oiseaux sont
loquaces, pour ainsi dire , et cependant ils
sont differens. Je n'ai point dans ma solitude
tous les Livres des Auteurs Payens
des premiers temps , qui ont parlé de ces
SOEJANVIER.
1731. 9:19
sortes d'animaux ; mais parmi quelques
collections que j'ai faites des Ecrivains
des moyens temps , je trouve un Historien
du huitième siècle , Auteur de la
Vie de S. Frichoux ou Fructueux , Archevêque
de Brague , en Portugal , mort
en 665 , lequel s'exprime ainsi : Nigras
parvasque aves quas usitato nomine vulgus
graculas vocitat , mansuetas in Monasterio
babuisse perhibetur. Il est important de
remarquer icy que selon ce texte , graculus
ou gracula est un oiseau de couleur
noire. Or le Geai n'est pas un oiseau
noir ; il est varié dans sa couleur.
Outre cela le but de l'Auteur de la
fable n'eût pas été assez sensible , ni le
sujer assez exactement traité , s'il eut
pris pour le fond de sa moralité un oi
seau qui eut eu un plumage de diver
ses couleurs , et qui n'eut point été laid
à voir. Il vouloit representer un oiseau
different du Paon, generalement en tou
tes choses , un oiseau peu agréable à la
uë , un oiseau d'un plumage uniforme
et de couleur lugubre et triste , lequet
dégouté de sa propre laideur , qui le faisoit
mépriser , avoit entrepris de se mé
tamorphoser en un autre oiseau infiniment
mieux habillé .
Sur le fondement de la disproportion
des deux oiseaux , la morale étoit ensuite
E iiij bien
92 MERCURE DE FRANCE.
*
bien plus sensible, et tomboit bien plus
visiblement sur ceux qui honteux de leur
pauvreté ou de la sterilité de leurs_talens
, se parent et s'ornent des biens et
des productions d'autrui . Je conclus
donc tout au contraire de la remarque.
inserée dans le Mercure , que ce sont les
Traducteurs de Phédre qui ont tort , et
non pas ceux d'Horace ; et qu'il ne faudroit
point intituler cette fable du Geai
glorieux , mais de la Corneille glorieuſe. Il
me paroît que l'Auteur a eu intention
de parler d'un oiseau semblable à nos
Corneilles. Il ne seroit peut-être pas même
hors de vrai-semblance que cet oinommé
par l'un de nos Auteurs
Latins , graculus , et par l'autre cornicula,
fut la Pie. On trouve dans cet oiseau
la loquacité reconnue par les Anciens.
dans le graculus , et elle est d'une espece
noire. Outre cela c'est un oiseau
qu'on apprivoise facilement ; cela convient
avec le texte de l'Auteur de la
Vie de S, Fructueux , qui écrivoit il y a
mille ans .
seau ,
. La Corneille dont il est fait mention
dans la Vie de S. Sour , Hermite en Périgord
, au sixième siècle , étoit un oiseau
domestique ; mais le nom de Cornicula
employé par l'Ecrivain de cette Vie , fait
croire qu'elle étoit de la couleur de nos
"
CorJANVIER.
1731. 93
Corneilles , et par consequent si on veut
allier en quelque maniere la domesticité
de cet oiseau avec sa couleur , on peut
dire que c'est la Pie . Il est vrai que la Pie:
et le Geal se ressemblent aussi du côté
de la domesticité ; peut-être est- ce pour
cela que les vocabulaires du moyen
temps , tels que celui de Papias de Lom.
bardie , identifient Gaius , Gaia , avec
Picus et Pica. Mais il y a trop de difference
du côté de la couleur , pour pou-.
voir dire que l'un soit l'autre. Et comme
dans la fable , c'est de la variété du
plumage qu'il est question , autant ques
principe de la beauté, je reviens toujours
à dire que l'animal le plus triste en couleur
et le plus laid en plumage , est celui
que nos Poëtes ont eu en vue , et non cefui
dont le plumage est aussi varié que
l'est celui du Geai . Et puisqu'il n'est pas .
rare de trouver des Geais blancs , trèsagréables
à la vue ; c'est une justice
qu'on doit rendre à cette espece d'oiseau
que de ne la pas mettre dans la catégorie:
des oiseaux naturellement laids , qui ont
besoin d'emprunter du Paon ,de quoi se
farder et s'embellir ..
que
Ce 2. Aouft 1730 ..
proposée , touchant la correction d'un endroit
des traductions d'Horace.
N raisonnant ces jours passez avec
ENun Gramairien , sur la remarque inprimée
dans le Mercure de Juin , page
1350. la premiere pensée qui m'est venue
a été , qu'il n'est nullement deffendu de
s'opposer au torrent des Traducteurs ou
Interpretes des Aureurs Classiques. Je suis
ensuite allé plus loin , et j'ai cru qu'il
étoit necessaire de faire sentir aux Imprimeurs
le tort qu'ils ont de faire copier
souvent les fautes des manuscrits. Il n'est
pas
étonnant
, disois
-je , que
ceux
qui
lisent
Cornicula
dans
Horace
, traduisent
ce terme
par
celui
de Corneille
. Peut
-être
n'ont
-ils pas
bien
examiné
s'il
faut
veritablement
lire
Cornicula
dans
ce Poëte
,
et si ce
mot
a toujours
été
écrit
ainsi
.
Dès
lors
je
suis
tombé
d'accord
avec
E ij
l'Au-
-
88 MERCURE DE FRANCE.
sert pour
l'Auteur de la conjecture proposée , que
le mot Cornix écarte tout- à- fait l'idée de
Geai ; mais sans user du détour dont il se
faire valoir son sentiment, voicy
la pensée que je hazardois. Je ne prétendois
point qu'il en dût être autrement
de Cornicula par rapport à Cornix , que
de graculus par rapport à gracus et de
hædulus par rapport à heedus. Je présumois
seulement que le substantif corvus
avoit pû avoir dans l'antiquité ses diminutifs
, de même que ces trois autres coravec
l'autre avant
nix ,, gracus et hædus , et qu'ainsi on a pû
'dire corviculus et corvicula. Il seroit ennuyeux
de produire une infinité d'exemples
où l'on voit que la lettre n a été
prise pour la lettre . Ces méprises sont
venues de la ressemblance que l'une avoit
que dans l'écriture latine
on eut inventé une v consone pour
le besoin , et chez les grecs même la ressemblance
de ces deux caracteres est si
grande, que je lisois encore dernierement
dans le Journal des Sçavans du mois de
Juillet, que c'est sur le principe de cette
conformité que M. l'Abbé Sévin s'appuye
pour avoir la veritable lecture d'un
passage d'Hésiode ; ensorte qu'au lieu
de Dion genos , il faut lire, selon lui , Dion
genos.
Dans le texte de notre Poëte , il ne s'agit
JANVIER. 1731. 89
git point de race divine , mais de race.
corvine. Le Geai étant donc compris sub
genere corvino , selon l'Auteur de la Remarque
, qui me paroissoit suffisainment
autorisée , en ce que les bons Dictionaires
rendent le xoλe d'Esope , par le
terme Graculus . J'en concluois que si
Graculus signifie un Geai , xoxoids est
surement cet oiseau , et non pas la Corneille.
Mais comme il n'est pas certain
que graculus soit le Geai . C'est ce qui
doit arrêter toutes les consequences qu'on
pourroit tirer en supposant la chose.
D'ailleurs , la conjecture par laquelle on
prétendoit qu'Horace a mis originaire
ment corvicula, ne peut se soutenir , parce
que le Poëte , pour faire son vers , a
du mettre un mot dont la seconde syllabe
fût longue. Or la seconde de corvi
cula ( si ce mot existoit ) seroit breve , suivant
les regles des dérivez.
Comment donc ajuster tout cela : Ce
ne sera point en suivant l'auteur de la
conjecture dans tous les raisonnemens
qu'il fait , mais seulement dans quelques-
uns. Il a raison d'improuver ceux
qui croyent qu'Horace et Phédre ont
voulu désigner un oiseau different , et ilne
faut pas s'imaginer que le graculus
de celui- ci , soit different du cornicula du
premier.
E iij L'Augo
MERCURE DE FRANCE.
L'Auteur doit , selon moi , revenir au
sentiment de Furetiere , qui dit que
graculus n'est point le Geai. A la verité
son Dictionaire ne renferme point de
Dissertation pour le prouver ; mais je
suis persuadé qu'il n'a pas pris la négative
sur cet article sans avoir de bonnes
raisons . Laissons donc les Traducteurs
d'Horace dans l'usage de prendre l'oiseau
de la fable pour une corneille ; et
tâchons seulement d'empêcher ceux qui
dans la suite traduiront Phédre , de rendre
le mot graculus par celui de Geai .
Déja il faut avouer que le terme latin
n'a pas grande affinité avec le françois
et c'est un assez grand fondement pour
douter.
J'avoue encore une fois que le noλorde
κολοιός
des Grees , et le graculus des Latins sont
le même oiseau. Il faut attribuer à
gram
eulus tout ce que les Grecs ont dit du ca
quet importun et désagréable du xoxoide.
figure des grands parleurs , qui cherchent
leurs semblables, et qui se plaisent à s'at-
Troupper pour faire grand bruit. Si le
Geai aime à jazer , le Graculus se plait à
grailler. Ces deux sortes d'oiseaux sont
loquaces, pour ainsi dire , et cependant ils
sont differens. Je n'ai point dans ma solitude
tous les Livres des Auteurs Payens
des premiers temps , qui ont parlé de ces
SOEJANVIER.
1731. 9:19
sortes d'animaux ; mais parmi quelques
collections que j'ai faites des Ecrivains
des moyens temps , je trouve un Historien
du huitième siècle , Auteur de la
Vie de S. Frichoux ou Fructueux , Archevêque
de Brague , en Portugal , mort
en 665 , lequel s'exprime ainsi : Nigras
parvasque aves quas usitato nomine vulgus
graculas vocitat , mansuetas in Monasterio
babuisse perhibetur. Il est important de
remarquer icy que selon ce texte , graculus
ou gracula est un oiseau de couleur
noire. Or le Geai n'est pas un oiseau
noir ; il est varié dans sa couleur.
Outre cela le but de l'Auteur de la
fable n'eût pas été assez sensible , ni le
sujer assez exactement traité , s'il eut
pris pour le fond de sa moralité un oi
seau qui eut eu un plumage de diver
ses couleurs , et qui n'eut point été laid
à voir. Il vouloit representer un oiseau
different du Paon, generalement en tou
tes choses , un oiseau peu agréable à la
uë , un oiseau d'un plumage uniforme
et de couleur lugubre et triste , lequet
dégouté de sa propre laideur , qui le faisoit
mépriser , avoit entrepris de se mé
tamorphoser en un autre oiseau infiniment
mieux habillé .
Sur le fondement de la disproportion
des deux oiseaux , la morale étoit ensuite
E iiij bien
92 MERCURE DE FRANCE.
*
bien plus sensible, et tomboit bien plus
visiblement sur ceux qui honteux de leur
pauvreté ou de la sterilité de leurs_talens
, se parent et s'ornent des biens et
des productions d'autrui . Je conclus
donc tout au contraire de la remarque.
inserée dans le Mercure , que ce sont les
Traducteurs de Phédre qui ont tort , et
non pas ceux d'Horace ; et qu'il ne faudroit
point intituler cette fable du Geai
glorieux , mais de la Corneille glorieuſe. Il
me paroît que l'Auteur a eu intention
de parler d'un oiseau semblable à nos
Corneilles. Il ne seroit peut-être pas même
hors de vrai-semblance que cet oinommé
par l'un de nos Auteurs
Latins , graculus , et par l'autre cornicula,
fut la Pie. On trouve dans cet oiseau
la loquacité reconnue par les Anciens.
dans le graculus , et elle est d'une espece
noire. Outre cela c'est un oiseau
qu'on apprivoise facilement ; cela convient
avec le texte de l'Auteur de la
Vie de S, Fructueux , qui écrivoit il y a
mille ans .
seau ,
. La Corneille dont il est fait mention
dans la Vie de S. Sour , Hermite en Périgord
, au sixième siècle , étoit un oiseau
domestique ; mais le nom de Cornicula
employé par l'Ecrivain de cette Vie , fait
croire qu'elle étoit de la couleur de nos
"
CorJANVIER.
1731. 93
Corneilles , et par consequent si on veut
allier en quelque maniere la domesticité
de cet oiseau avec sa couleur , on peut
dire que c'est la Pie . Il est vrai que la Pie:
et le Geal se ressemblent aussi du côté
de la domesticité ; peut-être est- ce pour
cela que les vocabulaires du moyen
temps , tels que celui de Papias de Lom.
bardie , identifient Gaius , Gaia , avec
Picus et Pica. Mais il y a trop de difference
du côté de la couleur , pour pou-.
voir dire que l'un soit l'autre. Et comme
dans la fable , c'est de la variété du
plumage qu'il est question , autant ques
principe de la beauté, je reviens toujours
à dire que l'animal le plus triste en couleur
et le plus laid en plumage , est celui
que nos Poëtes ont eu en vue , et non cefui
dont le plumage est aussi varié que
l'est celui du Geai . Et puisqu'il n'est pas .
rare de trouver des Geais blancs , trèsagréables
à la vue ; c'est une justice
qu'on doit rendre à cette espece d'oiseau
que de ne la pas mettre dans la catégorie:
des oiseaux naturellement laids , qui ont
besoin d'emprunter du Paon ,de quoi se
farder et s'embellir ..
que
Ce 2. Aouft 1730 ..
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Résumé : RÉFLEXIONS sur la conjecture proposée, touchant la correction d'un endroit des traductions d'Horace.
Le texte traite d'une conjecture sur la correction d'un terme dans les traductions d'Horace, en se concentrant sur le mot 'Cornicula' et sa possible confusion avec 'Corneille'. L'auteur souligne que les traducteurs et imprimeurs reproduisent souvent les erreurs des manuscrits, ce qui peut entraîner des traductions incorrectes. Il examine la possibilité que 'Cornicula' soit un diminutif de 'corvus' (corbeau), de même que 'graculus' est un diminutif de 'gracus' (geai). Il mentionne des erreurs courantes dans l'écriture latine et grecque, où la lettre 'n' est souvent confondue avec la lettre 'u'. Le texte aborde également la fable d'Ésope et la traduction du terme grec 'xoλe' par 'Graculus'. L'auteur conclut que 'graculus' ne désigne pas le geai mais plutôt la corneille, en se basant sur des descriptions historiques et des dictionnaires. Il cite un historien du VIIIe siècle qui décrit 'graculus' comme un oiseau noir, ce qui correspond mieux à la corneille qu'au geai. L'auteur critique les traducteurs de Phèdre qui traduisent 'graculus' par 'geai' et propose que la fable devrait être intitulée 'La Corneille glorieuse' plutôt que 'Le Geai glorieux'. Il suggère que l'oiseau en question pourrait être la pie, qui est noire et loquace, et qui correspond mieux aux descriptions historiques. Enfin, l'auteur insiste sur l'importance de la couleur et de l'apparence des oiseaux dans la fable, concluant que l'oiseau décrit est probablement la pie, en raison de son plumage uniforme et sombre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 479-480
IMITATION De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace, Donec gratus eram &c. DIALOGUE. Tirsis, Philis.
Début :
Philis tant que sensible à mes vives tendresses [...]
Mots clefs :
Dialogue, Ode, Horace, Trahison, Fidélité, Réconciliation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace, Donec gratus eram &c. DIALOGUE. Tirsis, Philis.
IMITATION
De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace ..
Donec gratus eram & c.
DIALOGUE ,
Tirsis , Philis.
Tirsis.
PHilis tant que sensible à mes vives tendresses
De tout autre Berger tu dédaignas la foi ,
Je préferois ton coeur à l'éclat des Richesses
Je le préferois même à la pourpre d'un Roi.
Philis
480 MERCURE DE FRANCE
Philis.
Ingrat , jusqu'au moment que je te vis changer
J'estimois plus mon sort que celui d'une Reine ; -
Le beau Médor n'eut pû rendre mon coeur leger
Lorsque tu me quittas pour la jeune Climene..
Tirsis.
Elle chante souvent nos amoureux transports;
Le charme de sa voix tient mon ame ravie ;
Climene me feroit voler à mille morts
Si ma mort ajoûtoit quelques jours à sa vie..
Philis.
Oui , je dois à Medor une ardeur éternelle ,
Malgré mes longs mépris il resta sous ma loi;
Il est respectueux , ardent , tendre , fidelle ,
Je lui jure ma vie est plus à lui qu'à moi.
Tirsis.
Quoique son coeur leger m'ait payé de froideur,
Quoiqu'en appas Venus le cede à ma Bergere ,
Si l'oubliant pour toi je te rendois mon coeur
Flechirois - tu , Philis , ton injuste colere ?
Philis.
Quoique Medor soit beau plus que l'Astre du jour
Quoique le vent soit moins inconstant que ton ame
Hélas!rends-moi ton coeur ,je te rends mon amour ,
Et la mort pourra seule en éteindre la flamme.
Le Chevalier de Montador.
De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace ..
Donec gratus eram & c.
DIALOGUE ,
Tirsis , Philis.
Tirsis.
PHilis tant que sensible à mes vives tendresses
De tout autre Berger tu dédaignas la foi ,
Je préferois ton coeur à l'éclat des Richesses
Je le préferois même à la pourpre d'un Roi.
Philis
480 MERCURE DE FRANCE
Philis.
Ingrat , jusqu'au moment que je te vis changer
J'estimois plus mon sort que celui d'une Reine ; -
Le beau Médor n'eut pû rendre mon coeur leger
Lorsque tu me quittas pour la jeune Climene..
Tirsis.
Elle chante souvent nos amoureux transports;
Le charme de sa voix tient mon ame ravie ;
Climene me feroit voler à mille morts
Si ma mort ajoûtoit quelques jours à sa vie..
Philis.
Oui , je dois à Medor une ardeur éternelle ,
Malgré mes longs mépris il resta sous ma loi;
Il est respectueux , ardent , tendre , fidelle ,
Je lui jure ma vie est plus à lui qu'à moi.
Tirsis.
Quoique son coeur leger m'ait payé de froideur,
Quoiqu'en appas Venus le cede à ma Bergere ,
Si l'oubliant pour toi je te rendois mon coeur
Flechirois - tu , Philis , ton injuste colere ?
Philis.
Quoique Medor soit beau plus que l'Astre du jour
Quoique le vent soit moins inconstant que ton ame
Hélas!rends-moi ton coeur ,je te rends mon amour ,
Et la mort pourra seule en éteindre la flamme.
Le Chevalier de Montador.
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Résumé : IMITATION De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace, Donec gratus eram &c. DIALOGUE. Tirsis, Philis.
Le texte relate un dialogue entre Tirsis et Philis, deux bergers, qui discutent de leurs amours et déceptions. Tirsis rappelle à Philis qu'elle avait autrefois choisi son amour plutôt que les richesses et la royauté. Philis accuse Tirsis d'ingratitude après qu'il l'a quittée pour Climène. Tirsis admire Climène, tandis que Philis confesse son amour éternel pour Médor, qui est resté fidèle malgré ses mépris. Tirsis propose de revenir vers Philis, mais elle refuse d'abord, critiquant son inconstance. Finalement, Philis accepte de pardonner Tirsis et de lui rendre son amour, affirmant que seule la mort pourra éteindre leur flamme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 1017-1023
LETTRE de M. Chompré, Maître de Pension dans la ruë S. Jean de Bauvais, à M. D. L. R. touchant le Bureau Tipographique.
Début :
Bien des personnes, Monsieur, me trouvant cité dans l'espece de Procès [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Adversaire du système, Collège, Alphabets ordinaires, Langue hébraïque, Horace, Maxime, Étude des Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Chompré, Maître de Pension dans la ruë S. Jean de Bauvais, à M. D. L. R. touchant le Bureau Tipographique.
LETTRE de M. Chompré , Maître de
Pension dans la rue S. Jean de Bauvais ,
à M. D. L. R. touchant le Bureau Tipographique
.
B
Ien des personnes , Monsieur , me
trouvant cité dans l'espece de Procès
Litteraire , intenté contre l'Auteur du
Bureau Tipographique , ont jugé différemment
de l'article qui me regarde en
particulier , et je crois devoir détromper
ceux qui de part et d'autre, voudroient
m'y engager pour plus que je ne dois y
être.
Bij II
1018 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai qu'après avoir connu les
avantages du Bureau Typographique , auquel
j'avois vû travailler le petit Candiac,
j'en fis faire un l'année derniere pour un
enfant âgé de deux ans mais peu après
on me proposa un établissement , dont
les pénibles commencemens ne paroissoient
guéres compatibles avec ce travail ,
qui demande un certain loisir , et une
certaine attention , suivie et réfléchie : de
plus , l'enfant tomba malade avant que
d'être mis au Bureau , et est demeuré
presque dans l'inaction jusqu'à présent,
>
L'Auteur du Bureau Typographique
sans distinguer mes Pensionnaires , ni meş
Externes qui vont en Classe , du petit
enfant pour lequel j'avois fait faire ce Bureau
, avança pour lors dans le Mercure
de Juillet , que je n'avois pas négligé de me
donner un Bureau Typographique pour accélerer
les premieres études des enfans. Il est
visible que ces premieres études ne regardoient
point les Pensionnaires ni les Externes
, mais seulement le petit enfant
dont il est question . Je craignis cependant
qu'on ne donnât à cela une fausse interl'Auprétation
, et j'aurois souhaitté que
teur du Bureau eut rectifié cet endroit
dans une autre Lettre : mais on ne présuma
pas qu'il se trouveroit quelqu'un pour
rele-
C
"
MAY. 1731 . 1019
relever une expérience qui n'étoit pas encore
commencée. L'Auteur du Bureau a
dit simplement que je n'avois pas négligé
de m'en donner un , et non pas que
j'y fisse travailler.
Un des Adversaires du Systême voulant
Fefuter cette Méthode , a conclu du pouvoir
à l'Acte , quand dans le dernier Mercure
de Février , après avoir rapporté
plusieurs exemples , il ajoûte ( parlant de
Auteur ) il n'oubliera pas M. Chompré ,
Maître de Pension , qui se sert du Bureau
Typographique pour les enfans. Si ce Critique
avoit voulu prendre la peine de se
bien informer de la chose , il auroit appris
que je n'ai point d'Ecoliers qui n'aillent
au College , ausquels par conséquent
le Bureau ne soit inutile ; c'est un fait.
Pourquoi donc avance- t-il que je m'en sers
pour les enfans ? Est-ce pour faire croire
ce qui n'est pas ? Si cependant il avoit été
curieux d'une exacte perquisition , il n'en
auroit pas sûr été content ; car il à coup
auroit appris que quoique l'enfant soit
toujours languissant , il n'a pas laissé de
faire quelques progrès.
Il sçait parfaitement
bien non- sculement
ses lettres , mais encore les chiffres ,
esa mere et sa soeur lui ont fait apprendre
en le tenant assis vis- à-vis le Bureau , /
que sa n
B iij pour
1020 MERCURE DE FRANCE
pour l'amuser , lorsque ses douleurs lui
donnoient un peu de repis , et il en est
présentement à ce que l'Auteur appelle
la seconde Classe . Comme il commence
à se mieux porter , il marque une inclination
constante pour ce jeu , et ne paroît
aucunement touché des objets qu'on présente
ordinairement aux enfans de son
âge : mais quand il se porteroit bien , l'ap
plication continuelle que je dois à l'éducation
des jeunes gens qu'on me confie , et
le bon ordre qu'il faut entretenir dans
ma Pension , ne me permettent pas de le
suivre au reste , il en attrapera ce qu'il
pourra ; c'est toujours beaucoup de pou
voir l'instruire de bonne heure , en l'amusant
et sans se fatiguer par trop d'attention
, ce qui ne paroit pas possible
avec les Alphabets ordinaires. Si l'éducation
particuliere de cet enfant n'est pas
des plus favorables à l'Auteur duSystême ,
elle l'est encore moins à ses Critiques . Je
vous prie donc , Monsieur , de trouver
bon que je détrompe ici ceux , qui captieusement,
ou mal informés , voudroient
encore faire mention de moi , et qui grossiroient
, ou qui diminueroient l'exemple
pour l'accommoder selon leur besoin , ce
qui n'arrive que trop communément
quand nous nous déclarons contre une
chose
MAY. 1731. 1021
chose qui ne nous plaît pas . On devroiť
du moins convenir genereusement du
bon qui se trouve dans le Systême du Bureau
Typographique , et refuter par des
raisons solides ce qu'on croit qui doit être
censuré.
Je sçai , comme bien d'autres , que l'Auteur
Typographe est de bonne foi , et
qu'il ne veut tromper personne. Sa probité
, son parfait désinteressement et son
extrême modestie , soutenus d'un sçavoir
qui n'est pas médiocre sur cette matiere ,
sont de bons préjugez pour son Systême :
néanmoins , entre plusieurs objections
qu'on peut lui faire. J'en vois une ou
deux qui me paroissent mériter quelque
attention. C'est la difficulté de trouver
des Maîtres , qui après avoir long - tems
étudié , et se croyant par conséquent en
état d'instruire , soient assez humbles pour
se mettre à l'A , B , C. C'est une étude
qui ne flatte assurément pas l'amour propre
, il faut cependant y revenir pour faire
usage du Bureau , car il ne s'agit pas
seulement de l'A , B , C , comme on l'entend
communément , mais d'une Doctrine
à laquelle on ne s'est guere appliqué
je veux dire la propre dénomination des
lettres , et les sons de la Langue , au moïen
de quoi l'enfant ne trouve plus dans son
Biiij che1012
MERCURE DE FRANCE.
2
chemin les ronces ni les épines qu'il rencontre
inévitablement avec la méthode
ordinaire . Outre la difficulté de trouver
des Maîtres capables , bien assidus et
bien patiens , il y en a encore une bien
plus forte c'est l'oeconomie du plus
grand nombre des parens , en fait d'éducation
, lesquels ne faisant pas souvent
difficulté de dépenser dix , vingt , trente
pistolles , et quelquefois des sommes bien
plus considérables , mal- à- propos
,
>
он
pour leurs plaisirs , ne pourront se résoudre
à en dépenser trois ou quatre pour
avoir un Bureau avec tout son attirail.
Un petit Alphabet de deux ou trois sols
est un peu moins difficile à acquerir .
La question est donc de sçavoir si ce
Systême réussira . Adhuc subjudice lis est.
Quoiqu'il en soit , n'y eut- il ici que les
verges et les férules de moins , c'est un
grand avantage. Ces sortes d'instrumens
sans lesquels l'enfant profite tout autant ,
et même plus qu'avec le petit Alphabet ,
et qui ne servent qu'à inspirer aux enfans
du dégoût pour l'étude des Lettres , deviennent
absolument inutiles avec cette
Méthode ; l'Auteur , sagement n'en conseille
l'usage que pour les fautes ausquelles
le coeur seul à plus de part que l'esprit.
Enfin , il est certain que ce Systême
a
ne
MA Y. 1731. 1023
ne regarde que ceux qui font profession
d'enseigner les premiers élémens des lettres
, depuis l'A , B , C , jusqu'aux basses
Classes , et qu'un enfant y apprend aisément
à lire les Langues Françoises , Latines
, Grecques , Hebraïques , et telles autres
, que le Maître est capable d'enseigner
: mais il ne peut convenir , ni à un
Professeur , ni à un Maître qui répéte les
Humanitez : en effet , quelle apparence y
auroit- il de dresser cette machine dans un
endroit où les jeunes gens sont plus pour
écouter et pour écrire que pour voir ? Le
Bureau Typographique est fait pour être
vû , et non pour être entendu , c'est ce
qui en fait le principal mérite ; car ce Ru
diment sensible , frappant les yeux , s'inculque
mieux que ce qu'on entend seule
ment raconter , et l'on y peut bien appliquer
cette Maxime d'Horace :
Segnius irritant animos demissa per aurem ,
Quam qua sunt oculis subjecta fidelibus
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ce 18 Avril , 1731.
Pension dans la rue S. Jean de Bauvais ,
à M. D. L. R. touchant le Bureau Tipographique
.
B
Ien des personnes , Monsieur , me
trouvant cité dans l'espece de Procès
Litteraire , intenté contre l'Auteur du
Bureau Tipographique , ont jugé différemment
de l'article qui me regarde en
particulier , et je crois devoir détromper
ceux qui de part et d'autre, voudroient
m'y engager pour plus que je ne dois y
être.
Bij II
1018 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai qu'après avoir connu les
avantages du Bureau Typographique , auquel
j'avois vû travailler le petit Candiac,
j'en fis faire un l'année derniere pour un
enfant âgé de deux ans mais peu après
on me proposa un établissement , dont
les pénibles commencemens ne paroissoient
guéres compatibles avec ce travail ,
qui demande un certain loisir , et une
certaine attention , suivie et réfléchie : de
plus , l'enfant tomba malade avant que
d'être mis au Bureau , et est demeuré
presque dans l'inaction jusqu'à présent,
>
L'Auteur du Bureau Typographique
sans distinguer mes Pensionnaires , ni meş
Externes qui vont en Classe , du petit
enfant pour lequel j'avois fait faire ce Bureau
, avança pour lors dans le Mercure
de Juillet , que je n'avois pas négligé de me
donner un Bureau Typographique pour accélerer
les premieres études des enfans. Il est
visible que ces premieres études ne regardoient
point les Pensionnaires ni les Externes
, mais seulement le petit enfant
dont il est question . Je craignis cependant
qu'on ne donnât à cela une fausse interl'Auprétation
, et j'aurois souhaitté que
teur du Bureau eut rectifié cet endroit
dans une autre Lettre : mais on ne présuma
pas qu'il se trouveroit quelqu'un pour
rele-
C
"
MAY. 1731 . 1019
relever une expérience qui n'étoit pas encore
commencée. L'Auteur du Bureau a
dit simplement que je n'avois pas négligé
de m'en donner un , et non pas que
j'y fisse travailler.
Un des Adversaires du Systême voulant
Fefuter cette Méthode , a conclu du pouvoir
à l'Acte , quand dans le dernier Mercure
de Février , après avoir rapporté
plusieurs exemples , il ajoûte ( parlant de
Auteur ) il n'oubliera pas M. Chompré ,
Maître de Pension , qui se sert du Bureau
Typographique pour les enfans. Si ce Critique
avoit voulu prendre la peine de se
bien informer de la chose , il auroit appris
que je n'ai point d'Ecoliers qui n'aillent
au College , ausquels par conséquent
le Bureau ne soit inutile ; c'est un fait.
Pourquoi donc avance- t-il que je m'en sers
pour les enfans ? Est-ce pour faire croire
ce qui n'est pas ? Si cependant il avoit été
curieux d'une exacte perquisition , il n'en
auroit pas sûr été content ; car il à coup
auroit appris que quoique l'enfant soit
toujours languissant , il n'a pas laissé de
faire quelques progrès.
Il sçait parfaitement
bien non- sculement
ses lettres , mais encore les chiffres ,
esa mere et sa soeur lui ont fait apprendre
en le tenant assis vis- à-vis le Bureau , /
que sa n
B iij pour
1020 MERCURE DE FRANCE
pour l'amuser , lorsque ses douleurs lui
donnoient un peu de repis , et il en est
présentement à ce que l'Auteur appelle
la seconde Classe . Comme il commence
à se mieux porter , il marque une inclination
constante pour ce jeu , et ne paroît
aucunement touché des objets qu'on présente
ordinairement aux enfans de son
âge : mais quand il se porteroit bien , l'ap
plication continuelle que je dois à l'éducation
des jeunes gens qu'on me confie , et
le bon ordre qu'il faut entretenir dans
ma Pension , ne me permettent pas de le
suivre au reste , il en attrapera ce qu'il
pourra ; c'est toujours beaucoup de pou
voir l'instruire de bonne heure , en l'amusant
et sans se fatiguer par trop d'attention
, ce qui ne paroit pas possible
avec les Alphabets ordinaires. Si l'éducation
particuliere de cet enfant n'est pas
des plus favorables à l'Auteur duSystême ,
elle l'est encore moins à ses Critiques . Je
vous prie donc , Monsieur , de trouver
bon que je détrompe ici ceux , qui captieusement,
ou mal informés , voudroient
encore faire mention de moi , et qui grossiroient
, ou qui diminueroient l'exemple
pour l'accommoder selon leur besoin , ce
qui n'arrive que trop communément
quand nous nous déclarons contre une
chose
MAY. 1731. 1021
chose qui ne nous plaît pas . On devroiť
du moins convenir genereusement du
bon qui se trouve dans le Systême du Bureau
Typographique , et refuter par des
raisons solides ce qu'on croit qui doit être
censuré.
Je sçai , comme bien d'autres , que l'Auteur
Typographe est de bonne foi , et
qu'il ne veut tromper personne. Sa probité
, son parfait désinteressement et son
extrême modestie , soutenus d'un sçavoir
qui n'est pas médiocre sur cette matiere ,
sont de bons préjugez pour son Systême :
néanmoins , entre plusieurs objections
qu'on peut lui faire. J'en vois une ou
deux qui me paroissent mériter quelque
attention. C'est la difficulté de trouver
des Maîtres , qui après avoir long - tems
étudié , et se croyant par conséquent en
état d'instruire , soient assez humbles pour
se mettre à l'A , B , C. C'est une étude
qui ne flatte assurément pas l'amour propre
, il faut cependant y revenir pour faire
usage du Bureau , car il ne s'agit pas
seulement de l'A , B , C , comme on l'entend
communément , mais d'une Doctrine
à laquelle on ne s'est guere appliqué
je veux dire la propre dénomination des
lettres , et les sons de la Langue , au moïen
de quoi l'enfant ne trouve plus dans son
Biiij che1012
MERCURE DE FRANCE.
2
chemin les ronces ni les épines qu'il rencontre
inévitablement avec la méthode
ordinaire . Outre la difficulté de trouver
des Maîtres capables , bien assidus et
bien patiens , il y en a encore une bien
plus forte c'est l'oeconomie du plus
grand nombre des parens , en fait d'éducation
, lesquels ne faisant pas souvent
difficulté de dépenser dix , vingt , trente
pistolles , et quelquefois des sommes bien
plus considérables , mal- à- propos
,
>
он
pour leurs plaisirs , ne pourront se résoudre
à en dépenser trois ou quatre pour
avoir un Bureau avec tout son attirail.
Un petit Alphabet de deux ou trois sols
est un peu moins difficile à acquerir .
La question est donc de sçavoir si ce
Systême réussira . Adhuc subjudice lis est.
Quoiqu'il en soit , n'y eut- il ici que les
verges et les férules de moins , c'est un
grand avantage. Ces sortes d'instrumens
sans lesquels l'enfant profite tout autant ,
et même plus qu'avec le petit Alphabet ,
et qui ne servent qu'à inspirer aux enfans
du dégoût pour l'étude des Lettres , deviennent
absolument inutiles avec cette
Méthode ; l'Auteur , sagement n'en conseille
l'usage que pour les fautes ausquelles
le coeur seul à plus de part que l'esprit.
Enfin , il est certain que ce Systême
a
ne
MA Y. 1731. 1023
ne regarde que ceux qui font profession
d'enseigner les premiers élémens des lettres
, depuis l'A , B , C , jusqu'aux basses
Classes , et qu'un enfant y apprend aisément
à lire les Langues Françoises , Latines
, Grecques , Hebraïques , et telles autres
, que le Maître est capable d'enseigner
: mais il ne peut convenir , ni à un
Professeur , ni à un Maître qui répéte les
Humanitez : en effet , quelle apparence y
auroit- il de dresser cette machine dans un
endroit où les jeunes gens sont plus pour
écouter et pour écrire que pour voir ? Le
Bureau Typographique est fait pour être
vû , et non pour être entendu , c'est ce
qui en fait le principal mérite ; car ce Ru
diment sensible , frappant les yeux , s'inculque
mieux que ce qu'on entend seule
ment raconter , et l'on y peut bien appliquer
cette Maxime d'Horace :
Segnius irritant animos demissa per aurem ,
Quam qua sunt oculis subjecta fidelibus
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ce 18 Avril , 1731.
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Résumé : LETTRE de M. Chompré, Maître de Pension dans la ruë S. Jean de Bauvais, à M. D. L. R. touchant le Bureau Tipographique.
M. Chompré, maître de pension, adresse une lettre à M. D. L. R. pour éclaircir sa position concernant le Bureau Typographique, un système d'enseignement. Il explique avoir acheté ce bureau pour un enfant de deux ans, mais des circonstances, telles que l'ouverture d'une pension et la maladie de l'enfant, ont retardé son utilisation. L'auteur du Bureau Typographique a affirmé que M. Chompré utilisait ce système pour accélérer les études des enfants, ce que M. Chompré rectifie en précisant que cela concernait uniquement l'enfant en question. Un opposant au système a également propagé des informations erronées. Cependant, M. Chompré confirme que l'enfant a fait des progrès malgré sa santé fragile. Il souligne que l'éducation de cet enfant ne doit pas être utilisée pour critiquer le système. M. Chompré reconnaît la bonne foi de l'auteur du Bureau Typographique mais mentionne des objections, notamment la difficulté de trouver des maîtres qualifiés et la réticence des parents à investir dans ce système coûteux. Il conclut en soulignant que le Bureau Typographique est utile pour l'apprentissage des premières lettres et des langues, mais ne convient pas aux classes avancées. Il cite Horace pour illustrer l'efficacité visuelle du système.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 46-50
IMITATION de la XVI. Ode du II. Livre d'Horace, sur la Tranquilité.
Début :
Lorsqu'une Tempête soudaine, [...]
Mots clefs :
Imitation, Horace, Thrace, Tempête, Destinées, Tranquillité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION de la XVI. Ode du II. Livre d'Horace, sur la Tranquilité.
IMITATION de la XVI Ode
du II. Livre d'Horace , sur la...
Lorsqu'un
Tranquilité.
Orsqu'une Tempête soudaine ,,
De Thétis agite les flots,
L'image d'une mort certaine ,
S'offre aux timides Matelots :
Pour guide ils n'ont plus les Etoiles ,
La nuit étend ses sombres voiles ,
Lez
JANVIER. 1731. 47"
Le Pilote déconcerté ,
Pendant les cruelles allarmes ,
Demande , en répandant des larmes ,
Le repos , la tranquilité.
Le Thrace dont le cœur respire ,
Et le carnage, et la fureur ,
Dans les Combats pourtant soupire ,
Après la Paix et sa douceur ;
Les Medes qu'un beau Carquois pare,
Font des vœux pour un bien si rare ;
Les Diamans , la Pourpre , l'or ,
Ne sçauroient les rendre tranquiles ;.
Tous leurs efforts sont inutiles ,
Pour joüir d'un si cher trésor...
Avec les richesses d'Attale
Notre esprit est-il plus serein ?
Lés honneurs rendent-ils égale ,
L'ame de quelque Souverain ? '
Les Grands ont leurs soins pour escorte s
La Garde qui veille à leur porte ,
N'en deffendra point leurs Palais ;
Sous leurs toits ils volent sans cesse
Et le Licteur qui fend la
Neles écartera jamais.
pressé ,
Content :
48 MERCURE DE FRANCE
Content du modique heritage ,
Que lui transmirent ses Ayeux ,
Parmi les Mortels, le seul Sage ,
Goute un repos délicieux .
Sa table n'est point magnifique ,
On sert sur sa vaisselle antique ,
Peu de mets , sans trop d'appareil ;
Jamais l'avarice sordide,
La crainte au visage livide ,
N'interrompirent son sommeil.
Tel est l'ordre des Destinées
Que l'homme vive peu de temps ,
Ou que ses forces ruinées ,
Succombent sans le poids des ans.
Pourquoi des trésors de la Perse ,
Ce Marchand par un long commerce ,
A-t'il enrichi notre Bord 1
Il trouva dans chaque Hemisphere,
Des ressources à la misere ;
Mais en est- il contre la mort ?
Envain en des plages lointaines ,
Fuyons nous pour çhasser l'ennui ;
De l'Est les bruyantes haleines ,
Ne vont pas si vite que lui ;
Il nous suit sur Mer et sur Terse ,
II-
JANVIER. 1731. 49
Il nous accompagne à la guerre ,
Parmi les Escadrons nombreux
Sa course paroît plus rapide .
Que n'est celle du Cerftimide,
Suivi du Chasseur vigoureux,
Qu'une secrette inquietude ,
Ne trouble jamais nos plaisirs ;
Faisons notre premiere étude ,
De moderer tous nos desirs ;
Adoucissons par notre joye ,
Les maux dont nous sommes la proye
Il n'est point de bonheur parfait ;
Mon esprit joyeux et facile ,
Sur l'avenir se tient tranquile ,
Et du présent est satisfait.
Le fameux vainqueur de Pergame ,
Périt sous le fatal Cizeau ,
Lorsqu'il restoit beaucoup de trame ,
Pour faire tourner le Fuseau.
La vieillesse la plus chagrine ,
Use Tithon, elle le mine ;
O Grosphus , cet heureux moment ,
M'accorde une faveur durable ;
Pour vous peut être inexorable ,
La refuse-t'il constamment.
Auteur
so MERCURE DE FRANCE
Autour de vous vos Boeufs mugissent 3-
Vous voyez croître vos Troupeaux ;
Qui tantôt dans vos Prez bondissent ,
Tantôt errent sur vos Côteaux ;
De vos trésors ils sont la source ;
Vos Haras seront pour la course ;
Votre superbe ameublement
Ravit le Spectateur , l'enchante ;
La Pourpre n'est pas trop brillante ,
Pour vous servir de vêtement..
Pour moi , la bienfaisante Parque
M'accorde un champ fort limité ;
Mais c'est une plus grande marque ,›
De sa singuliere bonté ;
Si je n'ai qu'un petit Domaine ,
Elle m'a doté de la veine ,
D'ou coulent les lyriques chants &
Aux Sçavans je tâche de plaire ,
Et je méprise le vulgaire ,
Qui trouve mes Vers peu touchants.
Par M. Chabaud.
du II. Livre d'Horace , sur la...
Lorsqu'un
Tranquilité.
Orsqu'une Tempête soudaine ,,
De Thétis agite les flots,
L'image d'une mort certaine ,
S'offre aux timides Matelots :
Pour guide ils n'ont plus les Etoiles ,
La nuit étend ses sombres voiles ,
Lez
JANVIER. 1731. 47"
Le Pilote déconcerté ,
Pendant les cruelles allarmes ,
Demande , en répandant des larmes ,
Le repos , la tranquilité.
Le Thrace dont le cœur respire ,
Et le carnage, et la fureur ,
Dans les Combats pourtant soupire ,
Après la Paix et sa douceur ;
Les Medes qu'un beau Carquois pare,
Font des vœux pour un bien si rare ;
Les Diamans , la Pourpre , l'or ,
Ne sçauroient les rendre tranquiles ;.
Tous leurs efforts sont inutiles ,
Pour joüir d'un si cher trésor...
Avec les richesses d'Attale
Notre esprit est-il plus serein ?
Lés honneurs rendent-ils égale ,
L'ame de quelque Souverain ? '
Les Grands ont leurs soins pour escorte s
La Garde qui veille à leur porte ,
N'en deffendra point leurs Palais ;
Sous leurs toits ils volent sans cesse
Et le Licteur qui fend la
Neles écartera jamais.
pressé ,
Content :
48 MERCURE DE FRANCE
Content du modique heritage ,
Que lui transmirent ses Ayeux ,
Parmi les Mortels, le seul Sage ,
Goute un repos délicieux .
Sa table n'est point magnifique ,
On sert sur sa vaisselle antique ,
Peu de mets , sans trop d'appareil ;
Jamais l'avarice sordide,
La crainte au visage livide ,
N'interrompirent son sommeil.
Tel est l'ordre des Destinées
Que l'homme vive peu de temps ,
Ou que ses forces ruinées ,
Succombent sans le poids des ans.
Pourquoi des trésors de la Perse ,
Ce Marchand par un long commerce ,
A-t'il enrichi notre Bord 1
Il trouva dans chaque Hemisphere,
Des ressources à la misere ;
Mais en est- il contre la mort ?
Envain en des plages lointaines ,
Fuyons nous pour çhasser l'ennui ;
De l'Est les bruyantes haleines ,
Ne vont pas si vite que lui ;
Il nous suit sur Mer et sur Terse ,
II-
JANVIER. 1731. 49
Il nous accompagne à la guerre ,
Parmi les Escadrons nombreux
Sa course paroît plus rapide .
Que n'est celle du Cerftimide,
Suivi du Chasseur vigoureux,
Qu'une secrette inquietude ,
Ne trouble jamais nos plaisirs ;
Faisons notre premiere étude ,
De moderer tous nos desirs ;
Adoucissons par notre joye ,
Les maux dont nous sommes la proye
Il n'est point de bonheur parfait ;
Mon esprit joyeux et facile ,
Sur l'avenir se tient tranquile ,
Et du présent est satisfait.
Le fameux vainqueur de Pergame ,
Périt sous le fatal Cizeau ,
Lorsqu'il restoit beaucoup de trame ,
Pour faire tourner le Fuseau.
La vieillesse la plus chagrine ,
Use Tithon, elle le mine ;
O Grosphus , cet heureux moment ,
M'accorde une faveur durable ;
Pour vous peut être inexorable ,
La refuse-t'il constamment.
Auteur
so MERCURE DE FRANCE
Autour de vous vos Boeufs mugissent 3-
Vous voyez croître vos Troupeaux ;
Qui tantôt dans vos Prez bondissent ,
Tantôt errent sur vos Côteaux ;
De vos trésors ils sont la source ;
Vos Haras seront pour la course ;
Votre superbe ameublement
Ravit le Spectateur , l'enchante ;
La Pourpre n'est pas trop brillante ,
Pour vous servir de vêtement..
Pour moi , la bienfaisante Parque
M'accorde un champ fort limité ;
Mais c'est une plus grande marque ,›
De sa singuliere bonté ;
Si je n'ai qu'un petit Domaine ,
Elle m'a doté de la veine ,
D'ou coulent les lyriques chants &
Aux Sçavans je tâche de plaire ,
Et je méprise le vulgaire ,
Qui trouve mes Vers peu touchants.
Par M. Chabaud.
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Résumé : IMITATION de la XVI. Ode du II. Livre d'Horace, sur la Tranquilité.
Le texte, imitation de la seizième ode du deuxième livre d'Horace, date de janvier 1731 et traite de la tranquillité et de la paix intérieure. Lors d'une tempête en mer, les marins, désorientés, souhaitent la tranquillité. De même, les guerriers, les archers médes et les riches ne trouvent pas la paix malgré leurs possessions. Les puissants, bien que protégés, restent tourmentés. Seule la personne satisfaite de son modeste héritage connaît un repos paisible. Le texte met en avant la brièveté de la vie et l'inévitable mort, indépendamment des richesses. Il oppose la simplicité et la satisfaction personnelle à l'ambition et à la richesse matérielle, valorisant ainsi la tranquillité d'esprit et la modération des désirs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 875-882
PARODIE de la premiere Ode d'Horace, à S. E. M. le Cardinal de Fleury. / Ode.
Début :
Seigneur, tous tant que nous sommes, [...]
Mots clefs :
Horace, Esprit, France, Estime, Cardinal de Fleury, Mécène
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texteReconnaissance textuelle : PARODIE de la premiere Ode d'Horace, à S. E. M. le Cardinal de Fleury. / Ode.
PARODIE de la premiere Ode d'Horace
à S. E. M. le Cardinal de Fleury..
Espoir
des bons et le mien
Si ce n'est impertinence ,
De se mettre en concurrenceAvec tant de gens de bien. )
Cardinal , dont les épaules ,
A supporter un grand poids ,
Par son seul et digne choix ,
Aident au Maître des Gaules ;
Pour délasser un moment
L'Atlas que chargent nos Poles ,
De mes simples babioles ,
Prenez en gré l'enjoüment ,
Et souffrez que je vous trace
En traits marquez et suivis ,
De l'ingenieux Horace ,
Le Mecenas atavis.
ODE
$76 MERCURE DE FRANCE
Seigneur ,
O D E.
Eigneur tous tant que nous sommes
Chaque esprit a ses objets ;
Chaque cœur chez tous les hommes ,
Forme differens projets :
L'ambition dominante ,
Est des Grands qu'elle régente ,.
La fougueuse passion ,
Pendant que la Petitesse ,
Soupire après la Richesse,
Ou la réputation.,
L'un , qui d'un desir modeste ,
N'eut jamais le cœur atteint ,
Voudroit voir- briller sa veste
Du Portrait de l'Esprit Saint.
Une secrete amertume ,
Le devore et le consume ;
C'est sa tribulation ,
De voir cet honneur sublime ,
Orner des gens qu'il estime
D'une moindre extraction.
L'autre respire la guerre ;:
C'est son ébat , c'est son jeu;
Aux quatre coins de la Terre ,
IF
MAY.
1732. 877
I brule de voir le feu.
La longue Paix qui nous berce ,
Est une longue traverse ,
Pour son esprit martial ,
Qui ne méditant que Palmes ,
Se promet en temps moins calmes ,"
Un Bâton de: Maréchal..
Ce troisiéme qui s'adonne ,
A des desseins plus pieux ;
C'est un suppôt de Sorbonne ,
Beau parleur , air gracieux :-
Approuvé de l'Ordinaire
H se fourre dans la Chaire ,
Habile homme et prêchant mal ,
Et flatant sa suffisance ;
Pour sa moindre récompense ,
D'un riche Anneau Pastoral..
Vous , que les doctes Pucelles ,
N'ont point honte d'ennuyer ,
Leurs promesses infidelles ,
Ne tendent qu'à vous jouer ;
Montez sur vos grands Cothurnes ,
De vos fatigues nocturnes
Les fruits seront corrompus ;
Car malgré vos longues veilles ,
Des
178 MERCURE DE FRANCE
Des Racines , des Corneilles ,
Les grands moules sont rompus.
Celui-cy paroît plus sage,
Qui se picquant moins d'esprit
Ne donne qué sur bon gage,
Les sornettes qu'il écrit. ~
Tout coup vaille ; rien n'importe ;
Pourvû qu'on paye à la porte ,.
Tout lui semble indifferent ;.
Permis à de plus habiles ,
De fronder les Vaudevilles ,
De la Foire S. Laurent.
Tel d'une Idolé adorée ,
Fait tout son amusement ,-
Et des jeux de Cytherée ,
Son plaisir et son tourment.
Tel autre dans sa misere,
Croupit et se desespere ,
Pour entasser force écus
,
;
Pendant qu'un Beuveur se flatte ;
De trouver Perse et Surate
Dans la Tonne de Bacchus.
* Allusion à la maniere des Hollandois de
compter les richesses par Tonnes d'or. Surate est un
Port fameux du Mogol , où se fait le plus riche
Commerce de l'Orient.
J'aurois
MAY. 1732.
879
J'aurois , Seigneur , trop d'affaires ,
Si j'essayois d'imiter ,
Tous les divers caracteres,
Qu'Horace aime à debiter ;
Cette stérile abondance ,
Lasseroit la patience ,
Et me rendroit odieux,;
Pour acquerir quelque estime ,
Le sage Orateur supprime ,
Tout verbiage ennuyeux.
Oque j'aurois d'éloquence ,
S'il m'étoit permis un jour,
De détailler à la France ,
Votre zele et votre amour?
Mais quoi ! votre modestie ,
Prendroit ma Muse à partie ,
Et la feroit échouer.
Fiere vertu , qui s'offense
Et nous impose silence ,
Quand nous osons vous louer.
Mais tandis que je me tuë,
A rimer , tant bien que mal ,
Je sens que je perds de vuë ,
Mon charmant Original.
Notre Horace રેà son Mecens
Sou-
880 MERCURE DE FRANCE
Soutient que de l'hyppocrene ,
Le bien seul l'enrichira ,
Et qu'un homme qui s'applique ,
A devenir bon Lyrique ,
Aux Etoiles touchera.
Pour moi qui du cher Parnasse ,
Me suis toujours défié ,
Comme on fait d'un tas de glace ,
Où l'on affeoit mal son pié;
Mon Style le plus superbe ,
Fût-il Racan ou Malherbe ,
Mes plus pathétiques traits ,
N'ont jamais eu la puissance ,
D'augmenter mon opulence ,
D'une charge de Cotrets.
Souhaitons par compagnie,
Non pas,
illustre FLEURY ,
D'Euterpe ou de Polymnie ,
D'être estimé favori :
Ma Muse est bien plus discrete ;
Mais tout ce qu'elle souhaite ,
Son unique ambition ,
C'est , dans cette âpre froidure ,
D'obtenir une doublure ,
Pour ma mince Pension .
Que
MA Y.. 1732.
882
Que si vous m'êtes propice ,
LOUIS , le meilleur des Rois ,
Par faveur ou par justice,
Ecoutera votre voix ;
Remontrez- lui , grand Ministre ,
Que l'hyver sera sinistre ,
Pour les Vieillards.catherreux ;
Pour qui les severes Parques ,
Ont cotté sur leurs Remarques. ,
Huit fois dix et cinq fois deux.
DE SENECE.
à S. E. M. le Cardinal de Fleury..
Espoir
des bons et le mien
Si ce n'est impertinence ,
De se mettre en concurrenceAvec tant de gens de bien. )
Cardinal , dont les épaules ,
A supporter un grand poids ,
Par son seul et digne choix ,
Aident au Maître des Gaules ;
Pour délasser un moment
L'Atlas que chargent nos Poles ,
De mes simples babioles ,
Prenez en gré l'enjoüment ,
Et souffrez que je vous trace
En traits marquez et suivis ,
De l'ingenieux Horace ,
Le Mecenas atavis.
ODE
$76 MERCURE DE FRANCE
Seigneur ,
O D E.
Eigneur tous tant que nous sommes
Chaque esprit a ses objets ;
Chaque cœur chez tous les hommes ,
Forme differens projets :
L'ambition dominante ,
Est des Grands qu'elle régente ,.
La fougueuse passion ,
Pendant que la Petitesse ,
Soupire après la Richesse,
Ou la réputation.,
L'un , qui d'un desir modeste ,
N'eut jamais le cœur atteint ,
Voudroit voir- briller sa veste
Du Portrait de l'Esprit Saint.
Une secrete amertume ,
Le devore et le consume ;
C'est sa tribulation ,
De voir cet honneur sublime ,
Orner des gens qu'il estime
D'une moindre extraction.
L'autre respire la guerre ;:
C'est son ébat , c'est son jeu;
Aux quatre coins de la Terre ,
IF
MAY.
1732. 877
I brule de voir le feu.
La longue Paix qui nous berce ,
Est une longue traverse ,
Pour son esprit martial ,
Qui ne méditant que Palmes ,
Se promet en temps moins calmes ,"
Un Bâton de: Maréchal..
Ce troisiéme qui s'adonne ,
A des desseins plus pieux ;
C'est un suppôt de Sorbonne ,
Beau parleur , air gracieux :-
Approuvé de l'Ordinaire
H se fourre dans la Chaire ,
Habile homme et prêchant mal ,
Et flatant sa suffisance ;
Pour sa moindre récompense ,
D'un riche Anneau Pastoral..
Vous , que les doctes Pucelles ,
N'ont point honte d'ennuyer ,
Leurs promesses infidelles ,
Ne tendent qu'à vous jouer ;
Montez sur vos grands Cothurnes ,
De vos fatigues nocturnes
Les fruits seront corrompus ;
Car malgré vos longues veilles ,
Des
178 MERCURE DE FRANCE
Des Racines , des Corneilles ,
Les grands moules sont rompus.
Celui-cy paroît plus sage,
Qui se picquant moins d'esprit
Ne donne qué sur bon gage,
Les sornettes qu'il écrit. ~
Tout coup vaille ; rien n'importe ;
Pourvû qu'on paye à la porte ,.
Tout lui semble indifferent ;.
Permis à de plus habiles ,
De fronder les Vaudevilles ,
De la Foire S. Laurent.
Tel d'une Idolé adorée ,
Fait tout son amusement ,-
Et des jeux de Cytherée ,
Son plaisir et son tourment.
Tel autre dans sa misere,
Croupit et se desespere ,
Pour entasser force écus
,
;
Pendant qu'un Beuveur se flatte ;
De trouver Perse et Surate
Dans la Tonne de Bacchus.
* Allusion à la maniere des Hollandois de
compter les richesses par Tonnes d'or. Surate est un
Port fameux du Mogol , où se fait le plus riche
Commerce de l'Orient.
J'aurois
MAY. 1732.
879
J'aurois , Seigneur , trop d'affaires ,
Si j'essayois d'imiter ,
Tous les divers caracteres,
Qu'Horace aime à debiter ;
Cette stérile abondance ,
Lasseroit la patience ,
Et me rendroit odieux,;
Pour acquerir quelque estime ,
Le sage Orateur supprime ,
Tout verbiage ennuyeux.
Oque j'aurois d'éloquence ,
S'il m'étoit permis un jour,
De détailler à la France ,
Votre zele et votre amour?
Mais quoi ! votre modestie ,
Prendroit ma Muse à partie ,
Et la feroit échouer.
Fiere vertu , qui s'offense
Et nous impose silence ,
Quand nous osons vous louer.
Mais tandis que je me tuë,
A rimer , tant bien que mal ,
Je sens que je perds de vuë ,
Mon charmant Original.
Notre Horace રેà son Mecens
Sou-
880 MERCURE DE FRANCE
Soutient que de l'hyppocrene ,
Le bien seul l'enrichira ,
Et qu'un homme qui s'applique ,
A devenir bon Lyrique ,
Aux Etoiles touchera.
Pour moi qui du cher Parnasse ,
Me suis toujours défié ,
Comme on fait d'un tas de glace ,
Où l'on affeoit mal son pié;
Mon Style le plus superbe ,
Fût-il Racan ou Malherbe ,
Mes plus pathétiques traits ,
N'ont jamais eu la puissance ,
D'augmenter mon opulence ,
D'une charge de Cotrets.
Souhaitons par compagnie,
Non pas,
illustre FLEURY ,
D'Euterpe ou de Polymnie ,
D'être estimé favori :
Ma Muse est bien plus discrete ;
Mais tout ce qu'elle souhaite ,
Son unique ambition ,
C'est , dans cette âpre froidure ,
D'obtenir une doublure ,
Pour ma mince Pension .
Que
MA Y.. 1732.
882
Que si vous m'êtes propice ,
LOUIS , le meilleur des Rois ,
Par faveur ou par justice,
Ecoutera votre voix ;
Remontrez- lui , grand Ministre ,
Que l'hyver sera sinistre ,
Pour les Vieillards.catherreux ;
Pour qui les severes Parques ,
Ont cotté sur leurs Remarques. ,
Huit fois dix et cinq fois deux.
DE SENECE.
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Résumé : PARODIE de la premiere Ode d'Horace, à S. E. M. le Cardinal de Fleury. / Ode.
Le texte est une parodie de la première Ode d'Horace dédiée à S. E. M. le Cardinal de Fleury. L'auteur commence par exprimer son espoir de ne pas être impertinent en se comparant à des personnes de bien. Il loue ensuite le Cardinal pour son soutien au roi de France et lui offre une œuvre légère destinée à le divertir. L'auteur décrit diverses ambitions humaines, telles que l'ambition des grands, le désir de richesse, la quête de réputation, l'aspiration à des honneurs religieux, ou encore le goût pour la guerre et les distinctions militaires. Il critique également ceux qui se consacrent à des études doctes mais stériles. L'auteur conclut en exprimant son admiration pour Horace et son mécène, tout en soulignant modestement que ses propres écrits n'ont jamais enrichi leur auteur. Il souhaite simplement obtenir une augmentation de sa pension pour mieux affronter l'hiver.
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24
p. 1109-114
IMITATION de la seconde Ode du Livre des Epodes d'Horace. Loüanges de la Vie rustique.
Début :
Heureux celui qui, sans affaires, [...]
Mots clefs :
Vie rustique, Champs, Plaisirs, Epodes, Horace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION de la seconde Ode du Livre des Epodes d'Horace. Loüanges de la Vie rustique.
IMITATION de la seconde Ode
du Livre des Epodes d'Horace.
Louanges de la Vie rustique.
Heureux celui qui , sans affaires
Cultive ses guérets , ainsi qu'au siecle d'or ! !
Qui par des produits usuraires ,
N'a jamais enfié son trésor !
Il n'est point éveillé par le bruit des Trom--
pettes ,
Il n'entend près de lui que le son des · Muset- -
tes ;
Il fuit le Dédale des Loix
Il ne changeroit pas ses Retraites rustiques ,
Pour les Palais dorez , les superbes Portiques
Qui sont habitez par les Rois.
Ennemi d'un repos indigne ,
al marie aux Ormeaux , les rempans rejettons
Que produit sa fertile Vigne ;
Il mene paître ses Moutons7
.?
I.Vol.
Sur
TO MERCURE DE FRANCE
Sur le penchant Herbu , d'une vaste Colline
Il laisse errer ses Boeufs dans la plaine voisine.
Quel plaisir en tous lieux le suit ?
Va- t-il dans ses Vergers sa Serpete y retran
che ,
De quelque Arbre fruitier l'infructueuse bran◄
che ;
Greffée , elle porte du fruit.
Les industrieuses Abeilles ,-
Ont-elles achevé leurs utiles travaux !
Il leur enleve ces merveilles ;
Le miel coule dans ses Vaisseaux?
Au retour du Printems , de leurs Toisons char
gées ,
Ses fécondes Brebis sont par lui soulagées, -
Qu'un tel sort me paroît heureax !
Quand l'Eté disparoît , quand la riante Au
tomne
Embellit les Jardins , que Vertumne couronne
Ilcueille des fruits savoureux
Quel contentement le possede ,
Lorsqu'il voit de Bacchus les précieux rubis
A qui la Pourpre de Tyr cede
Pour le merveilleux Coloris !!
I. Vol.
En
JUIN. 1732. IIII
En ramassant les fruits qu'il a greffez lui
même,
Il reconnoît , & Dieux , votre bonté suprême;
Blonde Cérès , et toi Sylvain ',
Il vient sur vos Autels en offrir les prémices ;
Soyez lui pour toujours des Déïtez propices ;
Gardez ses Champs et son Jardin.
S'il se couche àl'ombre d'un Chêne ,
Ou bien sur le Gazon tendre et rafraîchissant ,
D'où l'on ne s'arrête qu'à peine ,
Il goute un plaisir innocent.
L'eau des Ruisseaux , voisins d'une Roche éles
vée ,.
S'y vient précipiter , et l'obligeant Morphée
Sur lui prodigue ses Pavots ;
Tout l'invite au sommeil , le bruit de ses Fon
taines ,
Qui vont en serpentant , fertiliser les Plaines ,
Et les Airs plaintifs des Oyseaux .
Lorsque l'Hyver par sa froidure ,
Tout armé de Glaçons , de Neiges , de Fri
mats ,
Attriste toute la nature ,
Lui seul ne s'en afflige pas ;
Apeine le Soleil dérobe les Etoiles ,
I. Vol. Qu'il
1112 MERCURE DE FRANCE
Qu'il chasse, ses Limiers font donner dans les
toiles
Quelque Sanglier vigoureux ;
Il s'amuse à dresser des Piéges à la Grive;
Lapassagere Grue est quelquefois captive
Dans ses Lacs artificieux.
Des maux d'une amoureuse flamme
Qui peut garder alors le souvenir affreux ?
Il lui faut une chaste femme ;
Il l'a , le voilà donc heureux.
'Ainsi qu'une Sabine , elle a soin du ménage ?
Elle enferme les Boeufs , sortans du labourage ,
La Vache est traite par sa main ;
Un repas composé de leurs fruits domestiques ,
S'apprête pour l'Epoux , las des Travaux rustiques ;
Elle lui sert le meilleur vin.
Je prise peu les Gélinotes ,
Les Huitres de nos Lacs , le Sarget ; le Turbot ,
Lorsque le hazard sur nos Côtes ,
En jette par des coups de Flot ;
Ce qui flatte mon goût , c'est l'Ozeille nais
sante
La Mauve si salubre et si rafraichissante ;
Et les Olives de mon plant ;
I. Vol.
Qu'on
JUIN. 1732. 1113
Qu'on ne me serve plus que le doux fruit champêtre ,
Qui naftra dans un Champ , dont je serai le
maître ;
C'est assez pour être content.
Un Chevreau que je sacrifie ,
Au Dieu Therme , qui veille aux Bornes de mes Champs ,
La moindre bête au Loup ravie ,
Me font des Festins excellents.
Quel plaisir ai-je à voir mes Brebis bien nour Ties
Pendant le doux Régal , revenir des Prairies !
Mes Boeufs fatiguez du Labour ,
Trainer d'un pas pesant , la tranchante Charruë ,
Aprês un long travail , à leur col suspenduë
Lorsque la nuit est de retour !
Quel Essain d'Esclaves fourmille ,
Autour de mon Foyer, net et resplendissant !
Dans une opulente famille ,
L'Essain n'est point embarrassant.
L'Usurier Alphius , usera les années ,
2
Que les Parques encor ont pour lui destinées ,
Aux Champs , dites- vous , dês demain.
Point du tout, il reçût tout son argent aux Ides ;
·I. Vol.
11
T114 MERCURE DE FRANCE
Il va recommencer ses Usures sordides ,
Aux Calendes du mois prochain.i
Par M. CHABAU D
du Livre des Epodes d'Horace.
Louanges de la Vie rustique.
Heureux celui qui , sans affaires
Cultive ses guérets , ainsi qu'au siecle d'or ! !
Qui par des produits usuraires ,
N'a jamais enfié son trésor !
Il n'est point éveillé par le bruit des Trom--
pettes ,
Il n'entend près de lui que le son des · Muset- -
tes ;
Il fuit le Dédale des Loix
Il ne changeroit pas ses Retraites rustiques ,
Pour les Palais dorez , les superbes Portiques
Qui sont habitez par les Rois.
Ennemi d'un repos indigne ,
al marie aux Ormeaux , les rempans rejettons
Que produit sa fertile Vigne ;
Il mene paître ses Moutons7
.?
I.Vol.
Sur
TO MERCURE DE FRANCE
Sur le penchant Herbu , d'une vaste Colline
Il laisse errer ses Boeufs dans la plaine voisine.
Quel plaisir en tous lieux le suit ?
Va- t-il dans ses Vergers sa Serpete y retran
che ,
De quelque Arbre fruitier l'infructueuse bran◄
che ;
Greffée , elle porte du fruit.
Les industrieuses Abeilles ,-
Ont-elles achevé leurs utiles travaux !
Il leur enleve ces merveilles ;
Le miel coule dans ses Vaisseaux?
Au retour du Printems , de leurs Toisons char
gées ,
Ses fécondes Brebis sont par lui soulagées, -
Qu'un tel sort me paroît heureax !
Quand l'Eté disparoît , quand la riante Au
tomne
Embellit les Jardins , que Vertumne couronne
Ilcueille des fruits savoureux
Quel contentement le possede ,
Lorsqu'il voit de Bacchus les précieux rubis
A qui la Pourpre de Tyr cede
Pour le merveilleux Coloris !!
I. Vol.
En
JUIN. 1732. IIII
En ramassant les fruits qu'il a greffez lui
même,
Il reconnoît , & Dieux , votre bonté suprême;
Blonde Cérès , et toi Sylvain ',
Il vient sur vos Autels en offrir les prémices ;
Soyez lui pour toujours des Déïtez propices ;
Gardez ses Champs et son Jardin.
S'il se couche àl'ombre d'un Chêne ,
Ou bien sur le Gazon tendre et rafraîchissant ,
D'où l'on ne s'arrête qu'à peine ,
Il goute un plaisir innocent.
L'eau des Ruisseaux , voisins d'une Roche éles
vée ,.
S'y vient précipiter , et l'obligeant Morphée
Sur lui prodigue ses Pavots ;
Tout l'invite au sommeil , le bruit de ses Fon
taines ,
Qui vont en serpentant , fertiliser les Plaines ,
Et les Airs plaintifs des Oyseaux .
Lorsque l'Hyver par sa froidure ,
Tout armé de Glaçons , de Neiges , de Fri
mats ,
Attriste toute la nature ,
Lui seul ne s'en afflige pas ;
Apeine le Soleil dérobe les Etoiles ,
I. Vol. Qu'il
1112 MERCURE DE FRANCE
Qu'il chasse, ses Limiers font donner dans les
toiles
Quelque Sanglier vigoureux ;
Il s'amuse à dresser des Piéges à la Grive;
Lapassagere Grue est quelquefois captive
Dans ses Lacs artificieux.
Des maux d'une amoureuse flamme
Qui peut garder alors le souvenir affreux ?
Il lui faut une chaste femme ;
Il l'a , le voilà donc heureux.
'Ainsi qu'une Sabine , elle a soin du ménage ?
Elle enferme les Boeufs , sortans du labourage ,
La Vache est traite par sa main ;
Un repas composé de leurs fruits domestiques ,
S'apprête pour l'Epoux , las des Travaux rustiques ;
Elle lui sert le meilleur vin.
Je prise peu les Gélinotes ,
Les Huitres de nos Lacs , le Sarget ; le Turbot ,
Lorsque le hazard sur nos Côtes ,
En jette par des coups de Flot ;
Ce qui flatte mon goût , c'est l'Ozeille nais
sante
La Mauve si salubre et si rafraichissante ;
Et les Olives de mon plant ;
I. Vol.
Qu'on
JUIN. 1732. 1113
Qu'on ne me serve plus que le doux fruit champêtre ,
Qui naftra dans un Champ , dont je serai le
maître ;
C'est assez pour être content.
Un Chevreau que je sacrifie ,
Au Dieu Therme , qui veille aux Bornes de mes Champs ,
La moindre bête au Loup ravie ,
Me font des Festins excellents.
Quel plaisir ai-je à voir mes Brebis bien nour Ties
Pendant le doux Régal , revenir des Prairies !
Mes Boeufs fatiguez du Labour ,
Trainer d'un pas pesant , la tranchante Charruë ,
Aprês un long travail , à leur col suspenduë
Lorsque la nuit est de retour !
Quel Essain d'Esclaves fourmille ,
Autour de mon Foyer, net et resplendissant !
Dans une opulente famille ,
L'Essain n'est point embarrassant.
L'Usurier Alphius , usera les années ,
2
Que les Parques encor ont pour lui destinées ,
Aux Champs , dites- vous , dês demain.
Point du tout, il reçût tout son argent aux Ides ;
·I. Vol.
11
T114 MERCURE DE FRANCE
Il va recommencer ses Usures sordides ,
Aux Calendes du mois prochain.i
Par M. CHABAU D
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Résumé : IMITATION de la seconde Ode du Livre des Epodes d'Horace. Loüanges de la Vie rustique.
Le texte imite la seconde Ode du Livre des Epodes d'Horace et célèbre les mérites de la vie rustique. Il met en scène un homme heureux qui cultive ses terres, évitant ainsi les tracas et les bruits de la ville. Cet homme vit en harmonie avec la nature, élevant des moutons et des bœufs, et profitant des fruits de son travail. Il prend plaisir à greffer des arbres, à récolter le miel des abeilles, et à soigner ses brebis. Selon les saisons, il trouve du contentement dans les activités agricoles et dans la simplicité de sa vie. En hiver, il chasse et pose des pièges pour se divertir. Il apprécie une vie modeste avec une épouse chaste qui s'occupe du ménage. Il préfère les aliments simples et sains, comme l'oseille et les olives, et se contente de peu pour être heureux. Il sacrifie un chevreau pour honorer les dieux et protège ses animaux des loups. Il se réjouit de voir ses animaux bien nourris et ses bœufs fatigués après le travail. Contrairement à l'usurier Alphius, il ne se laisse pas corrompre par l'argent et les affaires.
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25
p. 1326-1331
LES DOUCEURS DE LA VIE CHAMPÊTRE. ODE.
Début :
Sejour qu'habitent les Ombres [...]
Mots clefs :
Vie champêtre, Nature, Fleurs, Horace, Hiver, Lyre
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texteReconnaissance textuelle : LES DOUCEURS DE LA VIE CHAMPÊTRE. ODE.
LES DOUCEURS
DE LA VIE CHAMPÊTRE,
O D E.
SEjour qu'habitent les Ombres ,
Doux climats , paisibles lieux ,
Calmez de mes ennuis sombres ,
Le tumulte audacieux.
11. Vol Sus-
JUIN. 1732. 1327
Suspendez .... mais quelle flamme,
Se développe en mon ame?
Elle appaise mes desirs.
Ah! tranquille solitude ,
Déja mon inquiétude ,
S'appaise dans tes plaisirs.
Qu'ici la Nature- est belle !
Que ce coup d'œil est charmant!
Chaque objet s'y renouvelle ,
Au gré de l'éloignement.
Malgré leurs affreuses pentes ,
Ces Collines verdoyantes ,
N'ont que des aspects heureux :
Oh! que de Métamorphoses !
Je vois éclore les Roses ,
Des Buissons infructueux.
Là, sous de sacrez Bocages ,
Où je charme le Destin ,
Les Zephirs et les ombrages,
Semblent se donner la main.
Ornemens de la Nature ,
Gazons , Tapis de verdure ,
Bigarrez de mille fleurs :
C'est en vain que par ses veilles ,
11. Vol. L'Art
328 MERCURE DE FRANCE
L'Art imite vos merveilles .
S'il n'exprime vos odeurs.
O vous , aimables Prairies ,
Qu'arrosent tant de Ruisseaux ,
Creux Vallons , Plaines fleuries ,
Plantez de Chênes, ou d'Ormeaux ,
Que j'aime à voir vos Allées ,
Alongue file égalées ,3.
Deffendre l'entrée au jour !
Vous sauvez de fleurs sans nombre;
Qui veulent mourir à l'ombre ;
J'y mourrai de même un jour.
M
Arbrisseaux que la Nature
A semez confusément ,
Mais qui d'une eau toûjours pure ,
Vous baignez heureusement ;
Vous craignez peu la tempête ,
Qui s'éleve sur le faîte ,
Des orgueilleuses Forêts.
Vous aimerez le Zephire ,
Lui qui sur vous ne respire ,
Que pour augmenter le frais.
M
Sur le bord d'une Fontaine,
Ou Narcisse s'est miré ,
II. Vol. Jtetins
JUIN.
17320 1329
- J'éteins la brulante haleine ,
D'un poulmon trop alteré.
Là, sur une couche verte ,
De Violettes couverte ,
Je me livre au doux sommeil.
La vapeur qui me surmonte ,
Avec ordre m'y raconte ,
Les plaisirs de mon réveil.
Mais que vois-je sur ces Rives,
Où s'enflamment les regards
Des voix tendres et plaintives ,
Y naissent de toutes parts.
Transposé sur le Méandre ,
Oiseaux , je crois vous entendre ,
Sur ses bords toûjours rians ,
Ou sur les Rives d'Alphée ,
Où jadis le Docte Orphée ,
Forma vos Airs ravissans.
諾
Ici chaque objet in'amuse ,
Et m'instruit tout à la fois ;
Ma Lyre ailleurs trop confuse ,
S'explique mieux dans ces Bois.
Ainsi quand la Tourterelle ,
De sa Compagne fidelle ,
Pleure la mort en ce lieu ;
11. Vol. D Elle
1330 MERCURE DE FRANCE
Elle me dit , miserable ,
Tu dois être inconsolable ,
Si tu perds jamais ton Dieu.
粥
Déja le feuillage vole,
La Nature s'affoiblit ;
L'hyver glacé la desole,
Le Printemps la rétablit.
O Nature inanimée ,
Sous les fleurs , sous la ramée ,
Tu rajeunis tous les ans ;
Mais , pour l'humaine Nature ,
Quand elle perd sa verdure ,
Il n'est plus d'autre Printemps.
La nuit de ses sombres voiles,
Enveloppant l'Univers ,
Produit mille et mille Etoiles ,
Pour éclairer ces Deserts.
Là, dans un humble silence ,
Je contemple l'ordonnance
De ce Globle éblouissant
Sous ses feux où je respire
Deserts , vous m'y faites lire
La route du Firmament *
(a) La voyelactés.
>
:
II. Vob Ecucil
JUIN.
1732 1331 Ecueil de notre innocence ,
Monde du Monde adoré,
Je veux loin de ta puissance ,
Vivre et mourir ignoré.
Loin de tes affreux orages ,
Sur ces paisibles Rivages ,
S'écouleront mes beaux jours..
Heureux ! si dans ma foiblesse ,
Solitude , à ma promesse ,
Je consacre tes amours.
Orus , quando te aspiciam ! quandoque licebit ,
Nunc veterum libris , nunc somno et inertibus horis,
Ducere sollicita jucunda oblivia vita ! Horace.
Par M. DAY , en Marsan
DE LA VIE CHAMPÊTRE,
O D E.
SEjour qu'habitent les Ombres ,
Doux climats , paisibles lieux ,
Calmez de mes ennuis sombres ,
Le tumulte audacieux.
11. Vol Sus-
JUIN. 1732. 1327
Suspendez .... mais quelle flamme,
Se développe en mon ame?
Elle appaise mes desirs.
Ah! tranquille solitude ,
Déja mon inquiétude ,
S'appaise dans tes plaisirs.
Qu'ici la Nature- est belle !
Que ce coup d'œil est charmant!
Chaque objet s'y renouvelle ,
Au gré de l'éloignement.
Malgré leurs affreuses pentes ,
Ces Collines verdoyantes ,
N'ont que des aspects heureux :
Oh! que de Métamorphoses !
Je vois éclore les Roses ,
Des Buissons infructueux.
Là, sous de sacrez Bocages ,
Où je charme le Destin ,
Les Zephirs et les ombrages,
Semblent se donner la main.
Ornemens de la Nature ,
Gazons , Tapis de verdure ,
Bigarrez de mille fleurs :
C'est en vain que par ses veilles ,
11. Vol. L'Art
328 MERCURE DE FRANCE
L'Art imite vos merveilles .
S'il n'exprime vos odeurs.
O vous , aimables Prairies ,
Qu'arrosent tant de Ruisseaux ,
Creux Vallons , Plaines fleuries ,
Plantez de Chênes, ou d'Ormeaux ,
Que j'aime à voir vos Allées ,
Alongue file égalées ,3.
Deffendre l'entrée au jour !
Vous sauvez de fleurs sans nombre;
Qui veulent mourir à l'ombre ;
J'y mourrai de même un jour.
M
Arbrisseaux que la Nature
A semez confusément ,
Mais qui d'une eau toûjours pure ,
Vous baignez heureusement ;
Vous craignez peu la tempête ,
Qui s'éleve sur le faîte ,
Des orgueilleuses Forêts.
Vous aimerez le Zephire ,
Lui qui sur vous ne respire ,
Que pour augmenter le frais.
M
Sur le bord d'une Fontaine,
Ou Narcisse s'est miré ,
II. Vol. Jtetins
JUIN.
17320 1329
- J'éteins la brulante haleine ,
D'un poulmon trop alteré.
Là, sur une couche verte ,
De Violettes couverte ,
Je me livre au doux sommeil.
La vapeur qui me surmonte ,
Avec ordre m'y raconte ,
Les plaisirs de mon réveil.
Mais que vois-je sur ces Rives,
Où s'enflamment les regards
Des voix tendres et plaintives ,
Y naissent de toutes parts.
Transposé sur le Méandre ,
Oiseaux , je crois vous entendre ,
Sur ses bords toûjours rians ,
Ou sur les Rives d'Alphée ,
Où jadis le Docte Orphée ,
Forma vos Airs ravissans.
諾
Ici chaque objet in'amuse ,
Et m'instruit tout à la fois ;
Ma Lyre ailleurs trop confuse ,
S'explique mieux dans ces Bois.
Ainsi quand la Tourterelle ,
De sa Compagne fidelle ,
Pleure la mort en ce lieu ;
11. Vol. D Elle
1330 MERCURE DE FRANCE
Elle me dit , miserable ,
Tu dois être inconsolable ,
Si tu perds jamais ton Dieu.
粥
Déja le feuillage vole,
La Nature s'affoiblit ;
L'hyver glacé la desole,
Le Printemps la rétablit.
O Nature inanimée ,
Sous les fleurs , sous la ramée ,
Tu rajeunis tous les ans ;
Mais , pour l'humaine Nature ,
Quand elle perd sa verdure ,
Il n'est plus d'autre Printemps.
La nuit de ses sombres voiles,
Enveloppant l'Univers ,
Produit mille et mille Etoiles ,
Pour éclairer ces Deserts.
Là, dans un humble silence ,
Je contemple l'ordonnance
De ce Globle éblouissant
Sous ses feux où je respire
Deserts , vous m'y faites lire
La route du Firmament *
(a) La voyelactés.
>
:
II. Vob Ecucil
JUIN.
1732 1331 Ecueil de notre innocence ,
Monde du Monde adoré,
Je veux loin de ta puissance ,
Vivre et mourir ignoré.
Loin de tes affreux orages ,
Sur ces paisibles Rivages ,
S'écouleront mes beaux jours..
Heureux ! si dans ma foiblesse ,
Solitude , à ma promesse ,
Je consacre tes amours.
Orus , quando te aspiciam ! quandoque licebit ,
Nunc veterum libris , nunc somno et inertibus horis,
Ducere sollicita jucunda oblivia vita ! Horace.
Par M. DAY , en Marsan
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Résumé : LES DOUCEURS DE LA VIE CHAMPÊTRE. ODE.
Le texte 'Les Douceurs de la vie champêtre' exalte la beauté et la tranquillité de la nature. L'auteur admire les paysages champêtres, les collines verdoyantes, les prairies fleuries et les ruisseaux. Il apprécie les transformations saisonnières, notamment l'éclosion des roses et la renaissance du printemps après l'hiver. La nature est perçue comme un refuge contre les tumultes de la vie urbaine. L'auteur y trouve des prairies arrosées, des vallons, des allées bordées d'arbres et des arbrisseaux résistants aux tempêtes. Les fontaines offrent des lieux de repos et de sommeil. La nuit étoilée inspire contemplation et réflexion. L'auteur aspire à vivre et mourir dans cette solitude paisible, loin des tumultes du monde. Il conclut en citant Horace, exprimant son désir de trouver des moments de repos et d'oubli dans les livres et le sommeil.
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26
p. 2380-2381
BOUTS-RIMEZ du Mercure de May 1732. remplis sur ces Vers d'Horace.
Début :
Plus un Yvrogne boit, plus il demande à boire, [...]
Mots clefs :
Boire, Foire, Ivrogne, Horace
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texteReconnaissance textuelle : BOUTS-RIMEZ du Mercure de May 1732. remplis sur ces Vers d'Horace.
BOUTS- RIMEZ du Mercure de
May 1732. remplis sur ces Vers
d'Horace.
Qui fit , Mecenas , ut nemo quam sibi sortem ;
Seu ratio dederit , seu fors objecerit , illâ
Contentus vivat , ¿c,
PLus un Yvrogne boit , plus il demande à
Le Soldat n'est jamais content de son
boire
butin,
Pour changer son état , chacun met son latin
Par des tours quelquefois pis que ceux de la foire.
Le Jeune batelier veut voguer sur la
Sans sçavoir s'il le peut , comme un petit
loire :
lutin
La Coquette en Damas veut troquer son satin
Tout est plus inconstant que l'Arbre où pend la poire.
Cefut ainsi qu'Adam * méprisant son rabot ,
* Maître Adam étoit Menuisier de Nevers, et un
Devint
NOVEMBR E. 1732. 2381
Devint un grand Auteur d'un Ouvrier nabot
Et par ce changement fit l'honneur de sa souche.
Souvent l'ambition est semblable au
Qui pour trop hazarder périt sur le
Tel croit bien voir son but qui ne le
Ornement du siecle où nous sommes ,
Vous n'aurez rien de moi , sinon
Que pour les Vers et pour le nom ,
Vous êtes le premier des hommes.
Bateau ,
Ruisseau
voit qu'en louche.
GROUSTEL DUCHESNE'
May 1732. remplis sur ces Vers
d'Horace.
Qui fit , Mecenas , ut nemo quam sibi sortem ;
Seu ratio dederit , seu fors objecerit , illâ
Contentus vivat , ¿c,
PLus un Yvrogne boit , plus il demande à
Le Soldat n'est jamais content de son
boire
butin,
Pour changer son état , chacun met son latin
Par des tours quelquefois pis que ceux de la foire.
Le Jeune batelier veut voguer sur la
Sans sçavoir s'il le peut , comme un petit
loire :
lutin
La Coquette en Damas veut troquer son satin
Tout est plus inconstant que l'Arbre où pend la poire.
Cefut ainsi qu'Adam * méprisant son rabot ,
* Maître Adam étoit Menuisier de Nevers, et un
Devint
NOVEMBR E. 1732. 2381
Devint un grand Auteur d'un Ouvrier nabot
Et par ce changement fit l'honneur de sa souche.
Souvent l'ambition est semblable au
Qui pour trop hazarder périt sur le
Tel croit bien voir son but qui ne le
Ornement du siecle où nous sommes ,
Vous n'aurez rien de moi , sinon
Que pour les Vers et pour le nom ,
Vous êtes le premier des hommes.
Bateau ,
Ruisseau
voit qu'en louche.
GROUSTEL DUCHESNE'
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Résumé : BOUTS-RIMEZ du Mercure de May 1732. remplis sur ces Vers d'Horace.
Le poème 'Bouts-Rimés' du Mercure de mai 1732 explore l'insatisfaction humaine et l'ambition. Il commence par une citation d'Horace sur la difficulté de se contenter de son sort. Le texte illustre cette idée à travers plusieurs exemples : un ivrogne qui, plus il boit, plus il en demande ; un soldat jamais satisfait de son butin ; un jeune batelier voulant naviguer sur la Loire sans savoir s'il en est capable ; et une coquette désirant échanger son satin pour du damas. Ces comportements sont comparés à l'inconstance d'un arbre fruitier. Le poème mentionne également Maître Adam, un menuisier de Nevers devenu grand auteur, illustrant comment l'ambition peut transformer une personne. Le texte se conclut par une réflexion sur l'ambition excessive, qui peut mener à la perte, et par une déclaration d'admiration pour Groustel Duchesne, qualifié comme le premier des hommes en matière de vers et de nom.
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27
p. 2686-2688
IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Sic te Diva potens Cypri, &c.
Début :
Puisses-tu de l'humide Plaine, [...]
Mots clefs :
Imitation, Ode, Horace, Rivage, Océan, Vaisseau, Ciel, Foudres
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Sic te Diva potens Cypri, &c.
IMITATION de l'Ode d'Horace
qui commence par ces mots : Sie te
Diva potens Cypri , &c.
Puisses-tu de l'humide Plaine ,
Heureusement fendre les Flots ,
Guidé par les freres d'Helene ,
Et par la Reine de Paphos ;
Vaisseau , daigne Eole exorable ,
T'accorder un vent favorable ,
Enchaîner les vents ennemis ,
Afin qu'à l'attique Rivage ,
Tu portes sans aucun dommage,
Mon Virgile à ta foi commis.
Quiconque fut l'homme intrépide ,
Qui le premier put s'engager ,
A courir l'Ocean perfide ,
Sur un Vaisseau frêle et leger
Sourd aux menaces furibondes ,
Des vents divers qui sur les Ondes ,
Exercent leur droit souverain ;
Oui , quand il tenta cette route ,
Il eut le cœur muni , sans doute ,
Et de chêne et d'un triple airain.
谁
Quel degré de mort épouvante ,
1. Vol. Celui
DECEMBRE. 1732. 2687
Celui qui peut voir sans terreur ,
Les Monstres que la Mer enfante ,
Ses écueils , ses flots en fureur ?
En vain le Maître du Tonnerre ,
Prudent , a séparé la Terre ,
Du profond abîme des eaux ,
Si le Détroit le plus sauvage ,
Est contraint d'ouvrir un passage ,
Anos témeraires Vaisseaux.
N
C'est ainsi qu'à l'humaine audace
Les plus grands forfaits coûtent peu.
De Japet l'insolente Race ,
Dans les Cieux déroba le feu ;
Présent à la Terre funeste !
Mille maux la fievre , la peste ,
Regnerent dès-lors ici bas ;
Bien-tôt leur rigueur excessive ,
Fit que la mort jadis tardive ,
Vers les Humains doubla le pas.
Avec les aîles qu'il sçut faire,
Dédale s'éleva dans l'air.
Pour s'emparer du fier Cerbere ,
Hercule osa forcer l'Enfer.
Rien aux Mortels n'est difficile.
Notre fureur trop indocile ,
1. Vol. H Αν
2688 MERCURE DE FRANCE
Au Ciel même adresse ses coups ;
Sans fin nos attentats horribles ,
Excitent les foudres terribles ,
Que Jupiter lance sur nous.
F. M. F.
qui commence par ces mots : Sie te
Diva potens Cypri , &c.
Puisses-tu de l'humide Plaine ,
Heureusement fendre les Flots ,
Guidé par les freres d'Helene ,
Et par la Reine de Paphos ;
Vaisseau , daigne Eole exorable ,
T'accorder un vent favorable ,
Enchaîner les vents ennemis ,
Afin qu'à l'attique Rivage ,
Tu portes sans aucun dommage,
Mon Virgile à ta foi commis.
Quiconque fut l'homme intrépide ,
Qui le premier put s'engager ,
A courir l'Ocean perfide ,
Sur un Vaisseau frêle et leger
Sourd aux menaces furibondes ,
Des vents divers qui sur les Ondes ,
Exercent leur droit souverain ;
Oui , quand il tenta cette route ,
Il eut le cœur muni , sans doute ,
Et de chêne et d'un triple airain.
谁
Quel degré de mort épouvante ,
1. Vol. Celui
DECEMBRE. 1732. 2687
Celui qui peut voir sans terreur ,
Les Monstres que la Mer enfante ,
Ses écueils , ses flots en fureur ?
En vain le Maître du Tonnerre ,
Prudent , a séparé la Terre ,
Du profond abîme des eaux ,
Si le Détroit le plus sauvage ,
Est contraint d'ouvrir un passage ,
Anos témeraires Vaisseaux.
N
C'est ainsi qu'à l'humaine audace
Les plus grands forfaits coûtent peu.
De Japet l'insolente Race ,
Dans les Cieux déroba le feu ;
Présent à la Terre funeste !
Mille maux la fievre , la peste ,
Regnerent dès-lors ici bas ;
Bien-tôt leur rigueur excessive ,
Fit que la mort jadis tardive ,
Vers les Humains doubla le pas.
Avec les aîles qu'il sçut faire,
Dédale s'éleva dans l'air.
Pour s'emparer du fier Cerbere ,
Hercule osa forcer l'Enfer.
Rien aux Mortels n'est difficile.
Notre fureur trop indocile ,
1. Vol. H Αν
2688 MERCURE DE FRANCE
Au Ciel même adresse ses coups ;
Sans fin nos attentats horribles ,
Excitent les foudres terribles ,
Que Jupiter lance sur nous.
F. M. F.
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Sic te Diva potens Cypri, &c.
Le texte est une imitation de l'Ode d'Horace, débutant par 'Sie te Diva potens Cypri'. Il s'agit d'une prière pour qu'un vaisseau traverse heureusement les flots, guidé par les frères d'Hélène et la Reine de Paphos, avec un vent favorable d'Éole. Le poème admire l'audace de celui qui osa naviguer sur l'océan pour la première fois, malgré les dangers des vents et des monstres marins. Il évoque les terrifiantes créatures marines et les écueils, soulignant que même les détroits les plus sauvages doivent céder aux navires téméraires. Le texte met en avant l'audace humaine, illustrée par des exploits mythologiques comme le vol du feu par la race de Japet, la construction d'ailes par Dédale, et la descente aux enfers par Hercule. Ces actions montrent que rien n'est impossible pour les mortels, mais que leur fureur peut aussi attirer la colère divine.
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28
p. 2804-2805
IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Nullus argento color est, &c. A M. F. Avocat à Saint Sauveur-le-Vicomte.
Début :
Des métaux estimez qu'enserre [...]
Mots clefs :
Imitation, Argent, Avarice, Amour, Vertu, Bassesse, Horace
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Nullus argento color est, &c. A M. F. Avocat à Saint Sauveur-le-Vicomte.
IMITATION de l'Ode d'Horace ,
qui commence par ces mots : Nullus
argento color est , &c.
A M. F. Avocat à Saint Sauveur
le-Vicomte.
DEs métaux estimez qu'enserre
Le centre avare de la terre
Ennemi toujours déclaré ,
Crispe , l'argent aux yeux du Sage
Brille seulement par l'usage
Qu'en sçait faire un cœur moderé.
諾
Les cent voix de la Nymphe aîlée
Far tout vanteront Proculée ;
Et l'amour vraiment paternel ,
Qu'au fort des plus grandes miseres
En lui reconnurent ses freres ,
Rendra son honneur éternel.
Çelui , qui maître de son ame
En bannit l'avarice infâme ,
Fégne plus souverainement ,
Que si de ses loix redoutées ,
II. Vol. L'Eu
DECEMBRE. 1732 2805
L'Europe et l'Affrique domptées
Portoient le joug docilement.
Envain de la soif qui le presse ,
L'Hydropique en bûvant sans cesse
Espere calmer la rigueur ;
Il ne fera qu'aigrir ses peines ,
Tandis qu'il aura dans les veines
Le principe de sa langueur.
諾
Phraate est remis sur le Trône;
Mais de l'éclat qui l'environne
La vertu connoissant le prix .
Bien differente du vulgaire
Pour ce bonheur imaginaire
N'aurajamais que du mépris.
Libre d'une bassesse indigne ,
Et toujours intégre elle assigne
Les vrais honneurs , les premiers rangs
A ceux qui doüez de sagesse
Peuvent regarder la richesse
Avec des yeux indiférens.
F. M. F.
qui commence par ces mots : Nullus
argento color est , &c.
A M. F. Avocat à Saint Sauveur
le-Vicomte.
DEs métaux estimez qu'enserre
Le centre avare de la terre
Ennemi toujours déclaré ,
Crispe , l'argent aux yeux du Sage
Brille seulement par l'usage
Qu'en sçait faire un cœur moderé.
諾
Les cent voix de la Nymphe aîlée
Far tout vanteront Proculée ;
Et l'amour vraiment paternel ,
Qu'au fort des plus grandes miseres
En lui reconnurent ses freres ,
Rendra son honneur éternel.
Çelui , qui maître de son ame
En bannit l'avarice infâme ,
Fégne plus souverainement ,
Que si de ses loix redoutées ,
II. Vol. L'Eu
DECEMBRE. 1732 2805
L'Europe et l'Affrique domptées
Portoient le joug docilement.
Envain de la soif qui le presse ,
L'Hydropique en bûvant sans cesse
Espere calmer la rigueur ;
Il ne fera qu'aigrir ses peines ,
Tandis qu'il aura dans les veines
Le principe de sa langueur.
諾
Phraate est remis sur le Trône;
Mais de l'éclat qui l'environne
La vertu connoissant le prix .
Bien differente du vulgaire
Pour ce bonheur imaginaire
N'aurajamais que du mépris.
Libre d'une bassesse indigne ,
Et toujours intégre elle assigne
Les vrais honneurs , les premiers rangs
A ceux qui doüez de sagesse
Peuvent regarder la richesse
Avec des yeux indiférens.
F. M. F.
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots: Nullus argento color est, &c. A M. F. Avocat à Saint Sauveur-le-Vicomte.
Le texte est une imitation de l'Ode d'Horace dédiée à M. F., avocat à Saint-Sauveur-le-Vicomte. Il explore la valeur des métaux précieux et la sagesse dans leur usage. L'argent, bien que précieux, ne brille que par l'usage modéré qu'en fait un cœur sage. La vertu et l'amour paternel sont loués, comme dans le cas de Proculée, qui a montré un amour fraternel dans l'adversité. Le texte met en garde contre l'avarice, comparant l'hydropique qui boit sans cesse à celui qui cherche vainement à apaiser sa soif d'argent. Phraate, remis sur le trône, ne se laisse pas aveugler par l'éclat de sa position et connaît la véritable valeur de la vertu. La vertu, libre de toute bassesse, accorde les vrais honneurs à ceux qui, doués de sagesse, considèrent la richesse avec indifférence.
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29
p. 34-35
IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Eheu ! fugaces, &c.
Début :
Le temps s'enfuit, hélas ! Posthume, ami Posthume, [...]
Mots clefs :
Horace, Vin, Postumus
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Eheu ! fugaces, &c.
IM ITATION de POde dT-Iorace , qui
commence par ces mots: Eloen.’ fuga
ce: , Üc.
L E temps s’enfuit ,hé1as 1 Posthumc, ami Pas-I
rhum: _,
En vain à ses rigueurs ta piété présume , g
D’apportc_r du retardement ;
Ics priercs , ces voeux seront inéficaces l
la Viellcsse et 1a Mort vers toi, quoique tu fa»
5C8 5
Savanccne insensibleiment;
5%
Non .. quand pour empêcher que ton corpsnc
pénsse , _ _
Tu te signaler-ois par Pample Sacrifice ,
De trois cent Taureaux , chaque jour;
In ne fléchirois point le Roy de ces lieux 50m1
bres , — - -
Où 1’Ondc Stygiale a tant de milliers d’Ombtea
. Ravie tout espoir de retour. "
" "Yaineg"
1 r.‘
,_' ‘JANVIER. 175;. 3;
_ Nainement craindrons-nous les fièvres de PAIN
tomne , .
ÿainement de Théris , vainement de Bellone ,'
Eviterons-nous les dangers . ‘
‘Nous la passerons tous , cette Onde redoutée :
Nous la passerons tous , c’est une Loy dictée
-Pour les Rois e: pour les Bergers. _
M - 1
Il faudra Voir un jour le noir et lent Cocyte;
Du Cruel Danaüs la Famille maudite , '
Sisyphe et ses travaux affreux s
Il te faudra quitter cette riche Campagne,
Ce logis magnifique, et Qäccorda FHPyaimmeanblàe cteosmpvaoegunxe.,‘ i
M
De ces Arbres si beaux , que tes soins ont fait
croître ,
Excepté le Cyprês , nul ne suivra son Maître.
Ce vin , sous cent clefs conservé ,
Ce Vin qui des Dieux même égale le breuvage 5
Dam plus digne heritier devenu le partage ,
Teindra son superbe pave’.
F. M. F;
commence par ces mots: Eloen.’ fuga
ce: , Üc.
L E temps s’enfuit ,hé1as 1 Posthumc, ami Pas-I
rhum: _,
En vain à ses rigueurs ta piété présume , g
D’apportc_r du retardement ;
Ics priercs , ces voeux seront inéficaces l
la Viellcsse et 1a Mort vers toi, quoique tu fa»
5C8 5
Savanccne insensibleiment;
5%
Non .. quand pour empêcher que ton corpsnc
pénsse , _ _
Tu te signaler-ois par Pample Sacrifice ,
De trois cent Taureaux , chaque jour;
In ne fléchirois point le Roy de ces lieux 50m1
bres , — - -
Où 1’Ondc Stygiale a tant de milliers d’Ombtea
. Ravie tout espoir de retour. "
" "Yaineg"
1 r.‘
,_' ‘JANVIER. 175;. 3;
_ Nainement craindrons-nous les fièvres de PAIN
tomne , .
ÿainement de Théris , vainement de Bellone ,'
Eviterons-nous les dangers . ‘
‘Nous la passerons tous , cette Onde redoutée :
Nous la passerons tous , c’est une Loy dictée
-Pour les Rois e: pour les Bergers. _
M - 1
Il faudra Voir un jour le noir et lent Cocyte;
Du Cruel Danaüs la Famille maudite , '
Sisyphe et ses travaux affreux s
Il te faudra quitter cette riche Campagne,
Ce logis magnifique, et Qäccorda FHPyaimmeanblàe cteosmpvaoegunxe.,‘ i
M
De ces Arbres si beaux , que tes soins ont fait
croître ,
Excepté le Cyprês , nul ne suivra son Maître.
Ce vin , sous cent clefs conservé ,
Ce Vin qui des Dieux même égale le breuvage 5
Dam plus digne heritier devenu le partage ,
Teindra son superbe pave’.
F. M. F;
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Eheu ! fugaces, &c.
Le texte imite l'ode d'Horace 'Eloen. fuga ce' en réfléchissant sur la fuite inévitable du temps et l'inutilité des prières pour retarder la vieillesse et la mort. Même des sacrifices extrêmes, comme offrir trois cents taureaux chaque jour, ne peuvent empêcher la mort. Il souligne les dangers inévitables de la vie, qu'ils soient liés aux fièvres, aux maladies ou aux guerres, affirmant que tous, qu'ils soient rois ou bergers, doivent affronter la mort. Le texte évoque les âmes damnées dans les enfers, comme la famille de Danaos et Sisyphe. Il mentionne la nécessité de quitter les biens terrestres, y compris les logis magnifiques et les arbres cultivés, à l'exception du cyprès, symbole de deuil. Enfin, il parle d'un vin précieux, digne des dieux, qui finira par se gâter.
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30
p. 228-230
ODE. Imitée de la XIX. du premier Livre d'Horace, par M. Des-Forges Maillard. A. A. P. D. B.
Début :
Que vois-je ? des Amours c'est la Mere cruelle, [...]
Mots clefs :
Dieux, Vénus, Coeur, Horace, Amour, Glicère
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texteReconnaissance textuelle : ODE. Imitée de la XIX. du premier Livre d'Horace, par M. Des-Forges Maillard. A. A. P. D. B.
OD E.
Imitée de la XIX. du premier Livre
d'Horace, par M. Des-Forges Maillard .
A. A. P. D. B.
Ue vois je des Amours c'est la Mere
cruelle ,
Q
Qui d'un tranquile coeur vient troubler le re
pos ;
Ses perfiles Enfans attachez auprès d'elle ,
Pour voler à ma perte , abandonnent Paphos.
Faut-il encore aimer ? quoi donc Bacchus luis
même ,
Qui m'offroit autrefois un azile en´ses bras,
Conspire avec l'Amour ces Dieux veulent que
j'aime !
A ces Dieux réunis peut- on ne ceder pas?
JA
FEVRIER. 1733. 229
Je l'avois dit cent fois , l'infidele Glicere
M'a trop long - tems joüé , je ne l'aimerai
plus.
Je l'avois dit cent fois , et malgré ma colere
Mes sermens, à sa vûë , ont été superflus.
Peut-on lui disputer P'honneur de la vic
toire ?
Peut-on quand on la voit lui refuser son'
coeur !
,
Plus vermeil que la Rose , et plus blanc que
l'ivoire ,
Son teint porte en tous lieux une vive splen
deur.
Son petit air badin qui m'irrite , et m'enflamme
,
L'étincelant éclat de ses regards perçans ,
L'un et l'autre ébranlant le siége de mon ame ;
Une douce fureur coule dans tous mes sens.
Venus m'a tout entier soumis à son em
pire ;
C'est en vain qu'animé d'un dessein géne
reux ,
Sur d'héroïques tons je croi monter ma Lyre ;
Je n'en sçaurois tirer que des sons amoureux .
B v A
230 MERCURE DE FRANCE
A mes voeux , ô Venus , rends Glicere prod
pice ;
Si de mes soins ardens tu m'accordes ce prix ,
Ton Autel fumera du tendre Sacrifice
D'un Agneau premier fruit d'une jeune brebis.
Imitée de la XIX. du premier Livre
d'Horace, par M. Des-Forges Maillard .
A. A. P. D. B.
Ue vois je des Amours c'est la Mere
cruelle ,
Q
Qui d'un tranquile coeur vient troubler le re
pos ;
Ses perfiles Enfans attachez auprès d'elle ,
Pour voler à ma perte , abandonnent Paphos.
Faut-il encore aimer ? quoi donc Bacchus luis
même ,
Qui m'offroit autrefois un azile en´ses bras,
Conspire avec l'Amour ces Dieux veulent que
j'aime !
A ces Dieux réunis peut- on ne ceder pas?
JA
FEVRIER. 1733. 229
Je l'avois dit cent fois , l'infidele Glicere
M'a trop long - tems joüé , je ne l'aimerai
plus.
Je l'avois dit cent fois , et malgré ma colere
Mes sermens, à sa vûë , ont été superflus.
Peut-on lui disputer P'honneur de la vic
toire ?
Peut-on quand on la voit lui refuser son'
coeur !
,
Plus vermeil que la Rose , et plus blanc que
l'ivoire ,
Son teint porte en tous lieux une vive splen
deur.
Son petit air badin qui m'irrite , et m'enflamme
,
L'étincelant éclat de ses regards perçans ,
L'un et l'autre ébranlant le siége de mon ame ;
Une douce fureur coule dans tous mes sens.
Venus m'a tout entier soumis à son em
pire ;
C'est en vain qu'animé d'un dessein géne
reux ,
Sur d'héroïques tons je croi monter ma Lyre ;
Je n'en sçaurois tirer que des sons amoureux .
B v A
230 MERCURE DE FRANCE
A mes voeux , ô Venus , rends Glicere prod
pice ;
Si de mes soins ardens tu m'accordes ce prix ,
Ton Autel fumera du tendre Sacrifice
D'un Agneau premier fruit d'une jeune brebis.
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Résumé : ODE. Imitée de la XIX. du premier Livre d'Horace, par M. Des-Forges Maillard. A. A. P. D. B.
Le poème 'OD E.' de M. Des-Forges Maillard s'inspire de la XIXème ode du premier livre d'Horace. Le narrateur y exprime son conflit intérieur face à l'amour, qu'il décrit comme une force cruelle perturbant sa tranquillité. Il mentionne que même Bacchus, autrefois son refuge, semble s'allier à l'amour pour le faire succomber. Le narrateur reconnaît l'inutilité de lutter contre ces dieux réunis. Il évoque ensuite son amour pour Glicère, une femme infidèle qui l'a trompé. Malgré ses serments de ne plus l'aimer, il se rend compte que sa beauté et son charme le subjuguent à nouveau. Glicère est décrite avec un teint plus vermeil que la rose et plus blanc que l'ivoire, et un air badin qui l'irrite et l'enflamme. Ses regards perçants et sa douce fureur ébranlent son âme, le rendant incapable de résister. Le narrateur conclut en suppliant Vénus de lui rendre Glicère favorable, promettant un sacrifice sous la forme d'un agneau, premier fruit d'une jeune brebis, s'il obtient son amour.
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31
p. 498-500
IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Otium Divos, &c.
Début :
Si tôt que sur l'Egée un tenebreux nuage, [...]
Mots clefs :
Horace, Heureux, Inutiles
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Otium Divos, &c.
1MITATION de l'Ode d'Horace
qui commence par ces mots Ocium
Divos , & c .
Si tôt que sur l'Egée un tenebreux nuage ,
Ravit aux Matelots la lumiere des Cieux ,
Le plus hardi Pilote effrayé de l'orage ,
Demande le repos aux Dieux .
M
Grosphe , le Mede même et la Thrace indomptée,
Desirent ardemment ce précieux trésor ,
Dont la possession ne peut être achetée
në Ni par la Pourpre , ne par l'or.
Un magnifique Train , le Crédit , la Richesse ,
Inutiles secours , ne banniront jamais ,
Les Chagrins , les ennuis qui voltigent sans cesse
Autour des superbes Palais.
Celui- là vit heureux , qui frugal et modeste ,
Est content d'un repas simple et sans appareil
Qu'un sordide desir , qu'une crainte funeste ,
N'éloignent jamais du sommeil.
Pourquoi
MARS. 1733- 499
Pourquoi tant de projets avec si peu de vie ?
Dans un autre Climat pourquoi nous transporter?
Quél homme assez heureux , en fuyant sa Patric
A pû soi- même s'éviter ?
Dans les riches Vaisseaux le noir souci demeure
Pour y gêner sans fin l'avare Nautonnier.
Plus leger que le Cerf, plus rapide que l'Eure
Il suit par tout le Cavalier ,
Occupez du présent , sur l'avenir tranquilles à
Sçachons par le plaisir temperer la douleur :
Au surplus , renonçons à des soins inutiles :
Il n'est point de parfait bonheur.
M
Achille , jeune encor termine sa carriere :
Tithon accablé d'ans , languit foible et miné¿
Et ce que le Destin refuse à ta priere ,
Me sera peut-être donné.
M
Tandis qu'à cent Troupeaux tu fournis la pâture
Que pour traîner ton Char ces Coursiers sont
nourris ,
Et que de ton habit la superbe teinture ,
Attire les regards surpris.
La
388778
500 MERCURE DE FRANCE
La Parque favorable , avec un bien modiqué ,
*
Du Chantre de Lesbos m'accordant le talent ,
Entretient en mon ame un mépris héroïque ,
Four le vulgaire petulant.
* Alcée , Poëte Lyrique , qu'Horace a imité.
F. M. F.
qui commence par ces mots Ocium
Divos , & c .
Si tôt que sur l'Egée un tenebreux nuage ,
Ravit aux Matelots la lumiere des Cieux ,
Le plus hardi Pilote effrayé de l'orage ,
Demande le repos aux Dieux .
M
Grosphe , le Mede même et la Thrace indomptée,
Desirent ardemment ce précieux trésor ,
Dont la possession ne peut être achetée
në Ni par la Pourpre , ne par l'or.
Un magnifique Train , le Crédit , la Richesse ,
Inutiles secours , ne banniront jamais ,
Les Chagrins , les ennuis qui voltigent sans cesse
Autour des superbes Palais.
Celui- là vit heureux , qui frugal et modeste ,
Est content d'un repas simple et sans appareil
Qu'un sordide desir , qu'une crainte funeste ,
N'éloignent jamais du sommeil.
Pourquoi
MARS. 1733- 499
Pourquoi tant de projets avec si peu de vie ?
Dans un autre Climat pourquoi nous transporter?
Quél homme assez heureux , en fuyant sa Patric
A pû soi- même s'éviter ?
Dans les riches Vaisseaux le noir souci demeure
Pour y gêner sans fin l'avare Nautonnier.
Plus leger que le Cerf, plus rapide que l'Eure
Il suit par tout le Cavalier ,
Occupez du présent , sur l'avenir tranquilles à
Sçachons par le plaisir temperer la douleur :
Au surplus , renonçons à des soins inutiles :
Il n'est point de parfait bonheur.
M
Achille , jeune encor termine sa carriere :
Tithon accablé d'ans , languit foible et miné¿
Et ce que le Destin refuse à ta priere ,
Me sera peut-être donné.
M
Tandis qu'à cent Troupeaux tu fournis la pâture
Que pour traîner ton Char ces Coursiers sont
nourris ,
Et que de ton habit la superbe teinture ,
Attire les regards surpris.
La
388778
500 MERCURE DE FRANCE
La Parque favorable , avec un bien modiqué ,
*
Du Chantre de Lesbos m'accordant le talent ,
Entretient en mon ame un mépris héroïque ,
Four le vulgaire petulant.
* Alcée , Poëte Lyrique , qu'Horace a imité.
F. M. F.
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Otium Divos, &c.
Le texte est une imitation de l'Ode d'Horace, débutant par 'Ocium Divos, & c.' Il explore la quête du repos et du bonheur, inatteignable par la richesse ou le pouvoir. Les vers soulignent que les chagrins et les ennuis persistent malgré les luxes. Le bonheur est trouvé dans la frugalité et la modestie, loin des désirs avides et des craintes. Le poète s'interroge sur la fuite des hommes vers d'autres climats et sur l'impossibilité d'éviter ses propres malheurs. Il observe que les soucis accompagnent même les plus riches. Il prône de vivre l'instant présent et de tempérer la douleur par le plaisir, tout en renonçant à la quête d'un bonheur parfait. Le texte mentionne Achille et Tithon pour illustrer la brièveté de la vie et l'inévitabilité du destin. Le poète exprime son désir d'un talent poétique, comme celui accordé à Alcée, pour nourrir un mépris héroïque envers le vulgaire.
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32
p. 1190
Oeuvres d'Horace, gravées, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le sieur J. Pine, Graveur à Londres, qui au commencement de l'année derniere, publia un [...]
Mots clefs :
Horace, Vignettes, Culs-de-lampe, Souscriptions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oeuvres d'Horace, gravées, &c. [titre d'après la table]
Le sieur J. Pine, Graveur à Londres , qui au
Commencement de l'année derniere , publia un
Plan , pour graver par Souscription , les Oeuvres
d'Horace en Latin ; avec des Vignettes et
Culs de Lampe à chaque Piece , avertit le Public
qu'il continuë de travailler à cet Ouvrage avec
beaucoup de succès et l'applaudissement general
des Curieux . Il en fera 2 vol. in 8. Les ornemens
de chaque Piece y ont du rapport ,
tirez des Médailles , Pierres gravées , Statues ,
Bustes , &c . des Anciens. Il en a répandu des
échantillons par toute l'Europe , et les Souscriptions
nombreuses qu'il a reçues , prouvent combien
les Curieux estiment cet Ouvrage : Le prix
est de deux Guinées ; on en paye une en Souscrivant
, une demi Guignée en retirant le pre
mier vol. et une demi Guinée en recevant le 2
vol. Les Wetsteins et Smith , Libraires à Amsterdam
, sont chargez de recevoir les Souscriptions
qui se présenteront en Hollande et en Allemagne.
Ils ont chez eux des épreuves du 1 vol .
entier pour les montrer aux Amateurs ; avec une
Liste de ceux qui ont souscrit.
Commencement de l'année derniere , publia un
Plan , pour graver par Souscription , les Oeuvres
d'Horace en Latin ; avec des Vignettes et
Culs de Lampe à chaque Piece , avertit le Public
qu'il continuë de travailler à cet Ouvrage avec
beaucoup de succès et l'applaudissement general
des Curieux . Il en fera 2 vol. in 8. Les ornemens
de chaque Piece y ont du rapport ,
tirez des Médailles , Pierres gravées , Statues ,
Bustes , &c . des Anciens. Il en a répandu des
échantillons par toute l'Europe , et les Souscriptions
nombreuses qu'il a reçues , prouvent combien
les Curieux estiment cet Ouvrage : Le prix
est de deux Guinées ; on en paye une en Souscrivant
, une demi Guignée en retirant le pre
mier vol. et une demi Guinée en recevant le 2
vol. Les Wetsteins et Smith , Libraires à Amsterdam
, sont chargez de recevoir les Souscriptions
qui se présenteront en Hollande et en Allemagne.
Ils ont chez eux des épreuves du 1 vol .
entier pour les montrer aux Amateurs ; avec une
Liste de ceux qui ont souscrit.
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Résumé : Oeuvres d'Horace, gravées, &c. [titre d'après la table]
Le graveur londonien J. Pine a annoncé la publication des œuvres d'Horace en latin, illustrées de vignettes et de culs-de-lampe pour chaque pièce. L'ouvrage, composé de deux volumes in-octavo, sera orné d'éléments inspirés des médailles, pierres gravées, statues et bustes des Anciens. Les échantillons distribués en Europe ont suscité un grand intérêt, comme en témoignent les nombreuses souscriptions reçues. Le prix total est fixé à deux guinées, avec des paiements échelonnés : une guinée à la souscription, une demi-guinée à la réception du premier volume, et une demi-guinée à la réception du second volume. Les libraires Wetsteins et Smith à Amsterdam sont responsables des souscriptions en Hollande et en Allemagne. Ils possèdent des épreuves du premier volume entier et une liste des souscripteurs pour les amateurs intéressés.
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33
p. 1772-1774
IMITATION de la XXIIe Ode d'Horace, liv. I. Integer vitae, &c.
Début :
Loin celui qui dans le vice, [...]
Mots clefs :
Horace, Terreur, Rage, Bois, Pallas, Guide, Méprise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION de la XXIIe Ode d'Horace, liv. I. Integer vitae, &c.
IMITATION de la XXII Ode
d'Horace , liv. I.
Integer vita , & c.
Loin celui qui dans le vice
A passé ses plus beaux jours ;
Celui qui de l'injustice ,
A pratiqué les détours ;
Les Cyclopes effroyables
Dans leurs antres redoutables ,
Pour lui forgent mille traits ,
Qu'il arme sa main perfide ,
D'un Javelot homicide ,
Pour s'assurer ses forfaits.
▸
Celui qui de l'innocence ,
Suivit toujours le sentier ,
N'a besoin pour sa deffense ,
De Dard ni de Bouclier ;
も
Sa vertu lui sert d'Ægide ,
La sage Pallas son guide ,
Toujours le conduit au Port ;
Et d'une main salutaire
La sagesse qui l'éclaire ,
L'arrache aux coups
ì....
•
de la mort
Sans
AOUST. 1733 . 3773
Sans armes , seul et tranquille ,
Je m'égarois dans le Bois ,
Je chantois ; l'Echo docile ,
Rendoit les sons de ma voix ,
Que vois- je ? En ce lieu sauvage ,
Un Loup guidé par sa rage ,
Porte par tout la terreur ;
Pour moi l'Esperance est vaine ,
Ou fuir ! Ma perte est certaine
Dieux, prévenez mon malheur.
2
Prodige! heureuse méprise !
Il retourne sur ses pas ;
Est-ce une vaine surprise ,
Pour m'arracher au trépasz
Pallas vient sur une nuë ,
Je me rassure à sa vuë ,
Mortel , fidele à mes Loix ,
Dit-elle C'est le seul sage ,
Qui triomphe de la rage ,
Des Loups , habitans des Bois.
*
Loin la terreur au tein pâle.
Jaffronte tous les revers
Que la fureur infernale
Prépare pour mai des fers ;
Que
1974 MERCURE DE FRANCE
Que l'air gronde sur ma tête ,
Je méprise la tempête ;
Que la Mer ouvre son sein
Au milieu de cet abîme' ,
Un coeur exempt de tout crime
Est ferme comme l'airain .
Par P. D. C
d'Horace , liv. I.
Integer vita , & c.
Loin celui qui dans le vice
A passé ses plus beaux jours ;
Celui qui de l'injustice ,
A pratiqué les détours ;
Les Cyclopes effroyables
Dans leurs antres redoutables ,
Pour lui forgent mille traits ,
Qu'il arme sa main perfide ,
D'un Javelot homicide ,
Pour s'assurer ses forfaits.
▸
Celui qui de l'innocence ,
Suivit toujours le sentier ,
N'a besoin pour sa deffense ,
De Dard ni de Bouclier ;
も
Sa vertu lui sert d'Ægide ,
La sage Pallas son guide ,
Toujours le conduit au Port ;
Et d'une main salutaire
La sagesse qui l'éclaire ,
L'arrache aux coups
ì....
•
de la mort
Sans
AOUST. 1733 . 3773
Sans armes , seul et tranquille ,
Je m'égarois dans le Bois ,
Je chantois ; l'Echo docile ,
Rendoit les sons de ma voix ,
Que vois- je ? En ce lieu sauvage ,
Un Loup guidé par sa rage ,
Porte par tout la terreur ;
Pour moi l'Esperance est vaine ,
Ou fuir ! Ma perte est certaine
Dieux, prévenez mon malheur.
2
Prodige! heureuse méprise !
Il retourne sur ses pas ;
Est-ce une vaine surprise ,
Pour m'arracher au trépasz
Pallas vient sur une nuë ,
Je me rassure à sa vuë ,
Mortel , fidele à mes Loix ,
Dit-elle C'est le seul sage ,
Qui triomphe de la rage ,
Des Loups , habitans des Bois.
*
Loin la terreur au tein pâle.
Jaffronte tous les revers
Que la fureur infernale
Prépare pour mai des fers ;
Que
1974 MERCURE DE FRANCE
Que l'air gronde sur ma tête ,
Je méprise la tempête ;
Que la Mer ouvre son sein
Au milieu de cet abîme' ,
Un coeur exempt de tout crime
Est ferme comme l'airain .
Par P. D. C
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Résumé : IMITATION de la XXIIe Ode d'Horace, liv. I. Integer vitae, &c.
Le texte imite la XXII Ode d'Horace, intitulée 'Integer vita', et oppose deux types d'individus : ceux qui vivent dans le vice et l'injustice, et ceux qui suivent le chemin de l'innocence et de la vertu. Les premiers sont menacés par des forces maléfiques, symbolisées par les Cyclopes, qui forgent des armes pour assurer leurs forfaits. Les seconds, protégés par leur vertu et guidés par la sagesse, n'ont besoin d'aucune défense matérielle. Le narrateur, se promenant seul dans un bois, rencontre un loup enragé et invoque les dieux pour éviter le danger. Le loup recule et la déesse Pallas apparaît, confirmant que seul le sage triomphe des dangers. Le narrateur exprime sa confiance en sa propre innocence, affirmant qu'il peut affronter toutes les adversités, qu'elles viennent des éléments naturels ou des forces maléfiques. Un cœur exempt de tout crime est comparé à l'airain pour sa fermeté.
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34
p. 2816-2819
IMITATION de l'Ode d'Horace, Justum et tenacem, &c.
Début :
L'Homme juste et constant dans ses moeurs héroïques [...]
Mots clefs :
Horace, Fils, Ilion, Moyen, Dieux, Priam
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, Justum et tenacem, &c.
IMITATION de l'Ode d'Horace ,
Justum et tenasem , &c.
L
'Homme juste et constant dans ses moeurs
héroïques
D'un Peuple mutiné dédaigne les pratiques ,
D'un Tiran menaçant le visage enflammé :
Immobile , il soutient l'effort de la tempête ;
Ferme , il entend gronder la foudre sur sa tête ;
L'Univers tomberoit sans qu'il fût allarmé.
Pour arriver au Ciel , ce moyen fut le guide
Qui dirigea les pas de Pollux et d'Aleide ;
( Auguste boit déjà le Nectar avec eux. )
Ce fut par ce moyen , puissant fils de Semele ,
Que t'éleva jadis à la gloire immortelle
Ton Chariot traîné par des Tigres fougueux .
Par ce moyen encore et si noble et si rare ,
Le divin Romulus évita le Tartare ,
Secondé des Coursiers au Dieu Mars consacrez ;
Après qu'aux Immortels , Junon moins couroucée
,
II. Vol. Dans
DECEMBR E. 1733. 2817
Dans le Conseil Celeste , eut marqué sa pensée ,
Par ces mots à la fois chéris et réverez.
"
»Un Juge incestueux , une Etrangere infâme ,
D'Ilion, par leur crime ont allumé la flam me ,
" Et quand Laomedon aux Dieux manqua de foi ,
» Nos coeurs s'interessant à vanger cette injure ,
La perte des Troyens et de leur Chef parjure ,
Dès -lors fut résoluë entre Minerve et moy.
» Enfin , de ses forfaits il a porté la peine ,
» Cet Hôte si fameux de l'adultere Helene ;
Priam de son Hector fatalement privé ,
» Aux ravages des Grecs n'oppose plus de digues ;
» Ce débat obstiné qu'allongeoient nos intrigues,
» Ce débat malheureux est enfin achevé.
50
לכ
53
C'en est fait , je renonce à ma juste colere ;
Mon petit-fils , Troyen du côté de sa Mere ,
M'est , en faveur de Mars , beaucoup moin
odieux :
Qu'il hahite avec nous ces demeures heureuses;
Qu'il goûte du Nectar les douceurs savoureuses
;
Qu'il vienne , j'y consens , s'asseoir au rang
des Dieux .
Pourvu qu'un long trajet partage Rome er
Troye ,
11. Vol. Qu'ins
1816 MERCURE DE FRANCE
Qu'insultez des Troupeaux,qu'aux Reptiles en
proye ,
De Priam , de Paris les Buchers soient deserts ,
Regnent ces Exilez de l'un à l'autre Pole ;
» Subsiste , j'y consens , l'éclatant Capitole ;
Puisse aux Medes vaincus Rome donner des fers.
Qu'elle étende son nom jusqu'aur bornes du
Monde ,
Bornes qu'entre l'Europe et l'Affrique met
l'Onde ,
Jusqu'en l'heureux Pais par le Nil arrosé :
Qu'en ne cherchant point l'or, vrayement pru
dente et sage ,
Elle aspire à l'honneur d'en dédaigner l'usage ,
Et s'épargne l'affront d'en avoir abusé.
Que de ses traits vainqueurs les atteintes more
telles
Se fassent ressentir à tous Peuples rebelles ,
Des climats les plus chauds , aux climats les
plus froids ;
» Mais à condition qu'une pieté vaine ,
N'excitera jamais la vaillance Romaine
A vouloir d'Ilion renouveller les Toits.
» Ilion rebâti , retombera par terre.
» Je veux , moi , femme et soeur du Maître d
Tonnerre ,
Rassembler contre lui tous mes Grecs en
courroux ; » Qu'ADECEMBRE.
1733. 2819
Qu'Apollon par trois fois d'un mur d'airais
l'entoure ,
Trois fois le renversant , leur fatale bravoure
» Fera pleurer la mort des Fils et des Epoux . )
Que faites-vous, ma Muse,où tend votre délire?
Ceci ne convient pas aux accents d'une Lyrë
Destinée à chanter les Amours et les Ris ;
Vous récitez des Dieux les Discours magna
nimes ;
Gardez - vous d'achever , et de ces Chants su
blimes ,
Par vos foibles accords n'abbaissez plus le prix.
F. M. F.
Justum et tenasem , &c.
L
'Homme juste et constant dans ses moeurs
héroïques
D'un Peuple mutiné dédaigne les pratiques ,
D'un Tiran menaçant le visage enflammé :
Immobile , il soutient l'effort de la tempête ;
Ferme , il entend gronder la foudre sur sa tête ;
L'Univers tomberoit sans qu'il fût allarmé.
Pour arriver au Ciel , ce moyen fut le guide
Qui dirigea les pas de Pollux et d'Aleide ;
( Auguste boit déjà le Nectar avec eux. )
Ce fut par ce moyen , puissant fils de Semele ,
Que t'éleva jadis à la gloire immortelle
Ton Chariot traîné par des Tigres fougueux .
Par ce moyen encore et si noble et si rare ,
Le divin Romulus évita le Tartare ,
Secondé des Coursiers au Dieu Mars consacrez ;
Après qu'aux Immortels , Junon moins couroucée
,
II. Vol. Dans
DECEMBR E. 1733. 2817
Dans le Conseil Celeste , eut marqué sa pensée ,
Par ces mots à la fois chéris et réverez.
"
»Un Juge incestueux , une Etrangere infâme ,
D'Ilion, par leur crime ont allumé la flam me ,
" Et quand Laomedon aux Dieux manqua de foi ,
» Nos coeurs s'interessant à vanger cette injure ,
La perte des Troyens et de leur Chef parjure ,
Dès -lors fut résoluë entre Minerve et moy.
» Enfin , de ses forfaits il a porté la peine ,
» Cet Hôte si fameux de l'adultere Helene ;
Priam de son Hector fatalement privé ,
» Aux ravages des Grecs n'oppose plus de digues ;
» Ce débat obstiné qu'allongeoient nos intrigues,
» Ce débat malheureux est enfin achevé.
50
לכ
53
C'en est fait , je renonce à ma juste colere ;
Mon petit-fils , Troyen du côté de sa Mere ,
M'est , en faveur de Mars , beaucoup moin
odieux :
Qu'il hahite avec nous ces demeures heureuses;
Qu'il goûte du Nectar les douceurs savoureuses
;
Qu'il vienne , j'y consens , s'asseoir au rang
des Dieux .
Pourvu qu'un long trajet partage Rome er
Troye ,
11. Vol. Qu'ins
1816 MERCURE DE FRANCE
Qu'insultez des Troupeaux,qu'aux Reptiles en
proye ,
De Priam , de Paris les Buchers soient deserts ,
Regnent ces Exilez de l'un à l'autre Pole ;
» Subsiste , j'y consens , l'éclatant Capitole ;
Puisse aux Medes vaincus Rome donner des fers.
Qu'elle étende son nom jusqu'aur bornes du
Monde ,
Bornes qu'entre l'Europe et l'Affrique met
l'Onde ,
Jusqu'en l'heureux Pais par le Nil arrosé :
Qu'en ne cherchant point l'or, vrayement pru
dente et sage ,
Elle aspire à l'honneur d'en dédaigner l'usage ,
Et s'épargne l'affront d'en avoir abusé.
Que de ses traits vainqueurs les atteintes more
telles
Se fassent ressentir à tous Peuples rebelles ,
Des climats les plus chauds , aux climats les
plus froids ;
» Mais à condition qu'une pieté vaine ,
N'excitera jamais la vaillance Romaine
A vouloir d'Ilion renouveller les Toits.
» Ilion rebâti , retombera par terre.
» Je veux , moi , femme et soeur du Maître d
Tonnerre ,
Rassembler contre lui tous mes Grecs en
courroux ; » Qu'ADECEMBRE.
1733. 2819
Qu'Apollon par trois fois d'un mur d'airais
l'entoure ,
Trois fois le renversant , leur fatale bravoure
» Fera pleurer la mort des Fils et des Epoux . )
Que faites-vous, ma Muse,où tend votre délire?
Ceci ne convient pas aux accents d'une Lyrë
Destinée à chanter les Amours et les Ris ;
Vous récitez des Dieux les Discours magna
nimes ;
Gardez - vous d'achever , et de ces Chants su
blimes ,
Par vos foibles accords n'abbaissez plus le prix.
F. M. F.
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, Justum et tenacem, &c.
Le texte est une imitation de l'Ode d'Horace intitulée 'Justum et tenacem'. Il décrit un homme juste et constant dans ses mœurs héroïques, imperturbable face aux tempêtes et à la foudre. Des exemples mythologiques illustrent cette fermeté : Pollux et Aléide, Auguste, Bacchus, et Romulus, qui ont atteint la gloire immortelle par leur justice et leur constance. Le texte relate ensuite un discours de Junon, qui évoque la destruction de Troie en raison des crimes d'un juge incestueux, d'une étrangère infâme, et de la trahison de Laomédon envers les dieux. Junon renonce à sa colère contre Énée, le petit-fils de Priam, et consent à ce qu'il habite parmi les dieux, à condition que Rome et Troie restent séparées et que Troie ne soit jamais reconstruite. Junon menace de rassembler les Grecs pour détruire Troie si elle est rebâtie, utilisant la bravoure fatale des Grecs pour pleurer la mort des fils et des époux. La muse de l'auteur interrompt alors le récit, se reprochant de dévaloriser les chants lyriques destinés à célébrer les amours et les rires.
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35
p. 47-51
IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Thyrrhena Regum, &c.
Début :
Rejetton de Roy qu'on honore, [...]
Mots clefs :
Horace, Temps, Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Thyrrhena Regum, &c.
IMITATION de l'Ode d'Horace ,
qui commence par ces mots : Thyrrhena
Regum , &c.
R Ejetton de Roy qu'on honore ,
Chez moi je vous réserve un muid tout plein
encore
D'un vin dont la douceur peut répondre à vos
voeux ,
Et je me suis pourvû , Mécêne , entre autre chose,
De Parfums exquis et de Roses
Que je destine à vos cheveux.
Hâtez-vous d'être mon Convive .
Que votre coeur au moins pour quelque temps
se prive
Des transports ravissans dont il se sent pressé ,
A l'aspect de Tibur , des Campagnes d'Esule ,
Et du Mont où fonda Tuscule ,
Le fils d'Ulisse et de Circé .
Quittez , pour remplir mon attente ,
Des repas superflus la pompe dégoutante ;
Quittez ce haut Palais superbement construit ,
Er de l'heureuse Rome , objet de vos tendresses
Cessez d'admirer les richesses ,
L'éclat, la fumée et le bruit
Le
48 MERCURE DE FRANCE
Le changement d'air et de table ,
A l'homme le plus riche est souvent agreable ;
Souvent le toît du pauvre a des charmes pour
Souvent la propreté d'une humble nourriture
Sans pourpre , tapis , ni doruré ,
De son front a chassé l'ennui.
luia
Déja le temps , à qui tout cede ,
Fait sur notre horison du Père d'Andromede
Reparoître les feux depuis long- temps cachez
Déja de Procyon on ressent l'inclémence ,
Et l'âpre Lion recominence.
A brûler nos Champs dessechez .
Les Bergers , les Troupeaux débiles ,
Contre l'ardeur du jour vont chercher pour azile
Les buissons de Sylvain , l'Ombrage et les Ruisseaux.
Tout languit accablé d'une chaleur extrême ,
Le vent ne rafraichit pas même
Les lieux les plus voisins des Eaux.
Cependant votre ame inquiete
S'abandonne aux soucis , dans l'embarras so
jette ,
Toujours craignant pour Rome et veillant à son
bien ;
Vous redoutez toujours , guidé par votre zele ,
Ce
JANVIER. 49 1734
Ce que pourroient tramer contre elle ,
Bactres , * le Scythe et l'Indien .
Le prudent Arbitre du Monde
Nous cache l'avenir dans une nuit profonde ,
Et rit de nos frayeurs qui vont jusqu'à l'excès:
Il suffit de regler les affaires présentes ;
Grace à vos démarches prudentes ,
Tout leur assure un bon succès.
Tout le reste a la ressemblance ,
D'un Fleuve , qui tantôt s'écoule avec silence ,
Et tantôt furieux dans son débordement ,
Entraîne Arbres , Maisons , Rochers, Troupeaux,
Racines ;
Des Monts et des Forêts voisines
Excite le mugissement .
L'inquiétude et les allarmes.
De la vie aux Mortels -enlevent tous les charmes;
Heureux cent fois celui qu'elles n'ont point
vaincu ! .
Et qui toujours exempt d'une crainte effrenée ,
A la fin de chaque journée ,
Peut dire aujourd'hui j'ai vécu. :
Que du nuage le plus sombre ,
* Ville Capitale d'un Pays voisin de la Scyshie,
autrefois subjuguée par Cyrus .
Demain
so MERCURE DE FRANCE
Demain le Roi des Dieux sur nous répande
l'ombre ,
Qu'il fasse du Soleil triompher la clarté ;
Des accidens passez Jupiter n'est plus Maître ,
Et ce qu'une fois il fit être ,
Ne peut plus n'avoir pas été.
La Fortune aveugle et cruelle
Prend un plaisir malin à nous être infidelle ,
Aime à faire passer ses dons de main en main ;
Et tantôt ennemie et tantôt bienfaictrice ,
Selon les loix de son caprice ,
Change du soir au lendemain.
Tant qu'elle est ferme , je la loue ;
Mais dès qu'en s'envolant la perfide me joüe ,
Je lui rends volontiers ce qu'elle m'a prêté.
Des traits du désespoir ma vertu me délivre ,
Et je me tiens content de vivre
Dans une honnête pauvreté.
Sur le sein de l'Onde en colere ,
On ne me verra point , Suppliant , Mercenaire
Traiter avec le Ciel par mille voeux formez ,
Pour empêcher que l'or dont ma Barque ese
chargée ,
N'aille de l'inconstante Egée
Enrichir les Flots affamez.
Libre
JANVIER. 1734. st
Libre d'une telle manie ,
A l'aide d'un Esquif j'aurai soin de ma vie ;
Ma plus grande richesse et mon plus cher trésor
Et bornant tous mes voeux gagner le rivage ,
J'obtienderai ce doux avantage
Et de Pollux et de Castor.
F. M. F.
qui commence par ces mots : Thyrrhena
Regum , &c.
R Ejetton de Roy qu'on honore ,
Chez moi je vous réserve un muid tout plein
encore
D'un vin dont la douceur peut répondre à vos
voeux ,
Et je me suis pourvû , Mécêne , entre autre chose,
De Parfums exquis et de Roses
Que je destine à vos cheveux.
Hâtez-vous d'être mon Convive .
Que votre coeur au moins pour quelque temps
se prive
Des transports ravissans dont il se sent pressé ,
A l'aspect de Tibur , des Campagnes d'Esule ,
Et du Mont où fonda Tuscule ,
Le fils d'Ulisse et de Circé .
Quittez , pour remplir mon attente ,
Des repas superflus la pompe dégoutante ;
Quittez ce haut Palais superbement construit ,
Er de l'heureuse Rome , objet de vos tendresses
Cessez d'admirer les richesses ,
L'éclat, la fumée et le bruit
Le
48 MERCURE DE FRANCE
Le changement d'air et de table ,
A l'homme le plus riche est souvent agreable ;
Souvent le toît du pauvre a des charmes pour
Souvent la propreté d'une humble nourriture
Sans pourpre , tapis , ni doruré ,
De son front a chassé l'ennui.
luia
Déja le temps , à qui tout cede ,
Fait sur notre horison du Père d'Andromede
Reparoître les feux depuis long- temps cachez
Déja de Procyon on ressent l'inclémence ,
Et l'âpre Lion recominence.
A brûler nos Champs dessechez .
Les Bergers , les Troupeaux débiles ,
Contre l'ardeur du jour vont chercher pour azile
Les buissons de Sylvain , l'Ombrage et les Ruisseaux.
Tout languit accablé d'une chaleur extrême ,
Le vent ne rafraichit pas même
Les lieux les plus voisins des Eaux.
Cependant votre ame inquiete
S'abandonne aux soucis , dans l'embarras so
jette ,
Toujours craignant pour Rome et veillant à son
bien ;
Vous redoutez toujours , guidé par votre zele ,
Ce
JANVIER. 49 1734
Ce que pourroient tramer contre elle ,
Bactres , * le Scythe et l'Indien .
Le prudent Arbitre du Monde
Nous cache l'avenir dans une nuit profonde ,
Et rit de nos frayeurs qui vont jusqu'à l'excès:
Il suffit de regler les affaires présentes ;
Grace à vos démarches prudentes ,
Tout leur assure un bon succès.
Tout le reste a la ressemblance ,
D'un Fleuve , qui tantôt s'écoule avec silence ,
Et tantôt furieux dans son débordement ,
Entraîne Arbres , Maisons , Rochers, Troupeaux,
Racines ;
Des Monts et des Forêts voisines
Excite le mugissement .
L'inquiétude et les allarmes.
De la vie aux Mortels -enlevent tous les charmes;
Heureux cent fois celui qu'elles n'ont point
vaincu ! .
Et qui toujours exempt d'une crainte effrenée ,
A la fin de chaque journée ,
Peut dire aujourd'hui j'ai vécu. :
Que du nuage le plus sombre ,
* Ville Capitale d'un Pays voisin de la Scyshie,
autrefois subjuguée par Cyrus .
Demain
so MERCURE DE FRANCE
Demain le Roi des Dieux sur nous répande
l'ombre ,
Qu'il fasse du Soleil triompher la clarté ;
Des accidens passez Jupiter n'est plus Maître ,
Et ce qu'une fois il fit être ,
Ne peut plus n'avoir pas été.
La Fortune aveugle et cruelle
Prend un plaisir malin à nous être infidelle ,
Aime à faire passer ses dons de main en main ;
Et tantôt ennemie et tantôt bienfaictrice ,
Selon les loix de son caprice ,
Change du soir au lendemain.
Tant qu'elle est ferme , je la loue ;
Mais dès qu'en s'envolant la perfide me joüe ,
Je lui rends volontiers ce qu'elle m'a prêté.
Des traits du désespoir ma vertu me délivre ,
Et je me tiens content de vivre
Dans une honnête pauvreté.
Sur le sein de l'Onde en colere ,
On ne me verra point , Suppliant , Mercenaire
Traiter avec le Ciel par mille voeux formez ,
Pour empêcher que l'or dont ma Barque ese
chargée ,
N'aille de l'inconstante Egée
Enrichir les Flots affamez.
Libre
JANVIER. 1734. st
Libre d'une telle manie ,
A l'aide d'un Esquif j'aurai soin de ma vie ;
Ma plus grande richesse et mon plus cher trésor
Et bornant tous mes voeux gagner le rivage ,
J'obtienderai ce doux avantage
Et de Pollux et de Castor.
F. M. F.
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Thyrrhena Regum, &c.
Le texte est une imitation de l'Ode d'Horace adressée à Mécène. Le poète invite Mécène à fuir les plaisirs et les soucis de Rome pour un moment de détente et de simplicité. Il propose un repas modeste mais agréable, loin des richesses et des bruits de la ville. Le poète souligne que même les plus riches peuvent bénéficier d'un changement d'air et de table. Il décrit la chaleur accablante de l'été, affectant les bergers et les troupeaux, et contraste cela avec l'inquiétude constante de Mécène pour Rome. Le poète rappelle que l'avenir est incertain et que les soucis excessifs enlèvent les charmes de la vie. Il exprime son désir de vivre sans crainte, acceptant les caprices de la fortune. Il se déclare content de vivre dans une honnête pauvreté, libre des désirs excessifs. Enfin, il aspire à atteindre le rivage en toute sécurité, comme les dieux jumeaux Castor et Pollux.
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36
p. 199-202
IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence Qualem ministrum, &c.
Début :
Tel que le noble Oyseau, Ministre du Tonnere, [...]
Mots clefs :
Néron, Dieux, Horace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence Qualem ministrum, &c.
IMITATION
De l'Ode d'Horace , qui commence
T
Qualem ministrum , &c .
El que le noble Oyseau , Ministre
du Tonnere ,
Que pour avoir ravi Ganimede
à la terre ,
Le Roy des Dieux fit Roy des habitans de l'air;
Quitte son nid , jaloux des forces paternelles ,
A ij
Et
200 MERCURE DE FRANCE
Et surpasse déja par l'effort de ses aîles,
Les paisiblés Zéphirs , successeurs de l'Hyver .
Bien-tôt l'expérience, augment ant son audace
Il va , fier ennemi d'une timide race ,
Jusqu'en leur Bergerie , attaquer les Agneaux ;
it bravant des Dragons la résistance vaine ,
Ose , pressé de faim , et transporté de haine
Leur livrer constamment les plus rudes assauts.
> Tel encor, que , sur soi , dans un Vallon
champêtre ,
Le Chevreuil occupé du soin de se repaître ,
A vû fondre un Lion , nouvellement sevré ,
Tel , au combat , donné près des Alpes altieres ,
Drusus , qu'accompagnoient mille vertus guer
rieres ,
Aux Vindéliciens , aux Rhetes s'est montré.
Leurs cruels Escadrons , jaloux de notre gloire,
Ayant long-temps volé de victoire en victoire
Vaincus par un jeune homme ont senti le pouvoir
3
D'un instinct vertueux qu'enrichit la culture ,
Et connu ce qu'ajoûte aux dons de la nature ,
Le soin que des Nerons , Auguste daigne avoir
Des forts naissent les forts ; la vigueur , le
Courage ,
Aux
FEVRIER. 1734. 201
Aux Coursiers, aux Taureaux passent en héritage,
L'Aigle n'engendre point un Ramier délicat ;
Mais un heureux exemple est ce qui vivifie ;
Toujours un coeur bien né par lui se fortifie ,
par lui la vertu conserve son éclat. Et
Rome, grace aux Nérons, tu subsistes encore;
Au vainqueur d'Asdrubal , défait près du Métaure
;
Tu dûs le premier jour de tes félicitez ,
Depuis qu'à la fureur joignant la perfidie ,
Tel qu'un vent orageux , ou tel qu'un incendie
Le superbe Affricain ravagent nos Citez .
Après ce jour heureux que nous fit luire Claude
,
La jeunesse Romaine , à la force , à la fraude ;
Sçut opposer des bras toujours victorieux ;
Et ceuillant de Lauriers les moissons les plus
amples ,
Sa vertu rétablit et le culte et les Temples ,
Que la rage Punique avoit ravis aux Dieux.
Le perfide Annibal , à cet aspect s'écrie ,
» C'est trop d'avides Loups ' provoquer la furie ,
Foibles Cerfs tant de fois vaincus et dispersez ;
» C'en est trop , c'en est trop , par une fuite
prompte ,
» D'une défaite entiere épargnons- nous la honte,
A iij Les ""
102 MERCURE DE FRANCE
» Les tromper en fuyant , c'est triompher assez-
Le Peuple , qui porta dans les Champs Italiques
Ses Enfans , ses Vieillards et ses Dieux domestiques
,
Sauvez des feux de Troye, et des flots de la Mer,
( Semblable au Chêne altier , qui , sur l'Algide
sombre ,
Jadis tondu , pullule en rejettons sans nombre )
Doit son accroissement aux outrages du fer.
L'Hydre fort de sa playe , étoit moins redoutable
:
Jamais Thebe ou Colchos n'eut un Monstre semblable
.
Qu'on le plonge dans l'Onde, il n'en sort que plus
beau ,
Proposer-lui la Lutte , il vous jette par terre ,
Et les femmes de ceux qui lui livrent la guerre ,
Chaque jour de pleurer ont un sujet nouveau.
C'est fait de notre honneur : Qu'esperer davans .
tage ?
Puisque Asdrubal est mort , que desormais Carthage
N'attende plus de moi de superbes Courriers ,
Aux forces des Nérons,tous succès sont possibles ,
Et Jupiter a mis , pour les rendre invincibles ,
Leur prudence au dessus de tout l'art des Gues
aiers.
F. M. F.
De l'Ode d'Horace , qui commence
T
Qualem ministrum , &c .
El que le noble Oyseau , Ministre
du Tonnere ,
Que pour avoir ravi Ganimede
à la terre ,
Le Roy des Dieux fit Roy des habitans de l'air;
Quitte son nid , jaloux des forces paternelles ,
A ij
Et
200 MERCURE DE FRANCE
Et surpasse déja par l'effort de ses aîles,
Les paisiblés Zéphirs , successeurs de l'Hyver .
Bien-tôt l'expérience, augment ant son audace
Il va , fier ennemi d'une timide race ,
Jusqu'en leur Bergerie , attaquer les Agneaux ;
it bravant des Dragons la résistance vaine ,
Ose , pressé de faim , et transporté de haine
Leur livrer constamment les plus rudes assauts.
> Tel encor, que , sur soi , dans un Vallon
champêtre ,
Le Chevreuil occupé du soin de se repaître ,
A vû fondre un Lion , nouvellement sevré ,
Tel , au combat , donné près des Alpes altieres ,
Drusus , qu'accompagnoient mille vertus guer
rieres ,
Aux Vindéliciens , aux Rhetes s'est montré.
Leurs cruels Escadrons , jaloux de notre gloire,
Ayant long-temps volé de victoire en victoire
Vaincus par un jeune homme ont senti le pouvoir
3
D'un instinct vertueux qu'enrichit la culture ,
Et connu ce qu'ajoûte aux dons de la nature ,
Le soin que des Nerons , Auguste daigne avoir
Des forts naissent les forts ; la vigueur , le
Courage ,
Aux
FEVRIER. 1734. 201
Aux Coursiers, aux Taureaux passent en héritage,
L'Aigle n'engendre point un Ramier délicat ;
Mais un heureux exemple est ce qui vivifie ;
Toujours un coeur bien né par lui se fortifie ,
par lui la vertu conserve son éclat. Et
Rome, grace aux Nérons, tu subsistes encore;
Au vainqueur d'Asdrubal , défait près du Métaure
;
Tu dûs le premier jour de tes félicitez ,
Depuis qu'à la fureur joignant la perfidie ,
Tel qu'un vent orageux , ou tel qu'un incendie
Le superbe Affricain ravagent nos Citez .
Après ce jour heureux que nous fit luire Claude
,
La jeunesse Romaine , à la force , à la fraude ;
Sçut opposer des bras toujours victorieux ;
Et ceuillant de Lauriers les moissons les plus
amples ,
Sa vertu rétablit et le culte et les Temples ,
Que la rage Punique avoit ravis aux Dieux.
Le perfide Annibal , à cet aspect s'écrie ,
» C'est trop d'avides Loups ' provoquer la furie ,
Foibles Cerfs tant de fois vaincus et dispersez ;
» C'en est trop , c'en est trop , par une fuite
prompte ,
» D'une défaite entiere épargnons- nous la honte,
A iij Les ""
102 MERCURE DE FRANCE
» Les tromper en fuyant , c'est triompher assez-
Le Peuple , qui porta dans les Champs Italiques
Ses Enfans , ses Vieillards et ses Dieux domestiques
,
Sauvez des feux de Troye, et des flots de la Mer,
( Semblable au Chêne altier , qui , sur l'Algide
sombre ,
Jadis tondu , pullule en rejettons sans nombre )
Doit son accroissement aux outrages du fer.
L'Hydre fort de sa playe , étoit moins redoutable
:
Jamais Thebe ou Colchos n'eut un Monstre semblable
.
Qu'on le plonge dans l'Onde, il n'en sort que plus
beau ,
Proposer-lui la Lutte , il vous jette par terre ,
Et les femmes de ceux qui lui livrent la guerre ,
Chaque jour de pleurer ont un sujet nouveau.
C'est fait de notre honneur : Qu'esperer davans .
tage ?
Puisque Asdrubal est mort , que desormais Carthage
N'attende plus de moi de superbes Courriers ,
Aux forces des Nérons,tous succès sont possibles ,
Et Jupiter a mis , pour les rendre invincibles ,
Leur prudence au dessus de tout l'art des Gues
aiers.
F. M. F.
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence Qualem ministrum, &c.
Le texte imite une ode d'Horace et décrit la métamorphose d'un jeune aigle, comparé à Ganimède, qui quitte son nid et surpasse les Zéphyrs. L'aigle attaque les agneaux et brave les dragons, illustrant son audace croissante. Ce comportement est comparé à celui de Drusus, un jeune guerrier romain ayant vaincu les Vindéliciens et les Rhètes, démontrant que les forts naissent des forts. Le texte souligne que la vertu et le courage sont héréditaires et renforcés par l'exemple. Rome, sous des leaders comme Auguste et Claude, a résisté aux attaques d'Hannibal. Après la défaite d'Asdrubal près du Métaure, la jeunesse romaine a restauré la vertu et les temples. Hannibal, impressionné par la résilience romaine, reconnaît la futilité de continuer le combat. Le peuple romain, comparé à un chêne qui repousse après avoir été tondu, a su croître grâce aux épreuves. L'Hydre, symbole de Carthage, est décrit comme redoutable mais vaincue par la prudence et la force des Romains. Le texte se conclut par la certitude que, grâce à la prudence et à la force des Nérons, Rome est invincible.
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37
p. 623-626
IMITATION De l'Ode d'Horace, qui commence : Mercuri, nam te docilis magistro, &c.
Début :
Mercure, inspire-moi ; docile à tes maximes, [...]
Mots clefs :
Horace, Mercure, Époux, Monstres, Dessein
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION De l'Ode d'Horace, qui commence : Mercuri, nam te docilis magistro, &c.
IMITATION
"
De l'Ode d'Horace , qui commences
Mercuri , nam te docilis magistro , &c.
M
Ercure , inspire-moi , docile à tes
maximes ,
Amphion ton Eleve eut jadis le
pouvoir
D'exciter par ses Chants , harmonieux, sublimes,
Les Rochers même à se mouvoir.
A ij
By
624 MERCURE DE FRANCE
Et toi , Lyre autrefois triste et presque muette ,
Mais dont on admira le charme séduisant ,
Aussi-tôt que ce Dieu , pour te rendre parfaite ,
De sept Cordes t'eut fait présent.
柒
Toi qui combles les coeurs d'un plaisir indicible,
A la Table des Grands , dans les Temples des
Dieux ,
Puisse la fiere Lyde être aujourd'hui sensible
A tes accords mélodieux .
Tu peux par leur douceur entraîner à ta suite
Les Monts et les Forêts , les Tygres et les Ours ;
Des Fleuves , des Ruisseaux les plus prompts dans
leur fuite ,
Tu sçais l'art d'enchaîner le cours.
M
Muni de trois gosiers , écumant de colere ,
Garde affreux d'un séjour aux Vivans interdit
Herissé de Serpens , le terrible Cerbere
A tes sons flateurs se rendit.
Ixion , Tityus , que leurs appas touche rent ,
Tressaillirent de joye au milieu des tourmens ,
Et des Brus d'Egyptus les Urnes se secherent ,
Immobiles quelques momens.
Qu'au
AVRIL. 1734 625
Qu'aujourd'hui Lyde écoute et leur crime perfide ,
Et la juste rigueur du châtiment divin
Qui les force à remplir un tonneau toujours
vuide ,
Et rend leur travail toujours vain.
Ces Monstres (que peut - on oser de plus atroce?)
Ces Monstres que le Ciel poursuit jusqu'aux Enfers
,
Oserent , ô noirceur ! ô cruauté féroce !
Perdre leurs Maris par le fer.
Pour conserver le sien , une entre autres insigne,
Trahissant noblement le dessein paternel ,
Du flambeau nuptial scule se montra digne ,
Et rendit son nom éternel.
諾
"Leve-toi , cher Epoux , d'un long sommeil ,
dit - elle ,
» Hâte- toi , malheureux , d'éviter les horreurs ,
Leve toi , trompe ainsi ton beau - pere infidele,
» Trompe ainsi mes barbares Soeurs .
» Hélas ! telles qu'on voit des Lionnes farouches
Déchirer les Agneaux dans leur ardent courroux
,
A iij >> Telles
626 MERCURE DE FRANCE
» Telles en ce moment elles soüillent leurs couches
ni
» Du sang de leurs jeunes Epoux.
» Ah ! je suis plus humaine , et j'ai trop de tendresse
,
-50
Pour pouvoir me résoudre à te percer le sein ;
Qui ! moi , trancher tes jours ! si j'en fis la
promesse ,
Je n'en eus jamais le dessein .
» Cher Epoux , que mon Pere en me chargeant
de chaînes ,
» Me punisse demain de t'avoir épargné :
" Qu'il m'éxile , s'il veut, dans les arides Plaines,
» Du climat le plus éloigné .
dérobe ta vie ,
Et par terre et par mer va ,
→ Á l'inhumanité d'un attentat affreux ;
La nuit te favorise et Venus t'y convie :
Va , fui sous un auspice heureux . "3
Adieu . Mais daigne au moins conserver la mémoire
,
De ma tendre pitié, de ma constante foi;
Daigne sur mon tombeau graver un jour l'histoire
,
).
De ce qu'ici je fais pour toi.
F. M , F.
"
De l'Ode d'Horace , qui commences
Mercuri , nam te docilis magistro , &c.
M
Ercure , inspire-moi , docile à tes
maximes ,
Amphion ton Eleve eut jadis le
pouvoir
D'exciter par ses Chants , harmonieux, sublimes,
Les Rochers même à se mouvoir.
A ij
By
624 MERCURE DE FRANCE
Et toi , Lyre autrefois triste et presque muette ,
Mais dont on admira le charme séduisant ,
Aussi-tôt que ce Dieu , pour te rendre parfaite ,
De sept Cordes t'eut fait présent.
柒
Toi qui combles les coeurs d'un plaisir indicible,
A la Table des Grands , dans les Temples des
Dieux ,
Puisse la fiere Lyde être aujourd'hui sensible
A tes accords mélodieux .
Tu peux par leur douceur entraîner à ta suite
Les Monts et les Forêts , les Tygres et les Ours ;
Des Fleuves , des Ruisseaux les plus prompts dans
leur fuite ,
Tu sçais l'art d'enchaîner le cours.
M
Muni de trois gosiers , écumant de colere ,
Garde affreux d'un séjour aux Vivans interdit
Herissé de Serpens , le terrible Cerbere
A tes sons flateurs se rendit.
Ixion , Tityus , que leurs appas touche rent ,
Tressaillirent de joye au milieu des tourmens ,
Et des Brus d'Egyptus les Urnes se secherent ,
Immobiles quelques momens.
Qu'au
AVRIL. 1734 625
Qu'aujourd'hui Lyde écoute et leur crime perfide ,
Et la juste rigueur du châtiment divin
Qui les force à remplir un tonneau toujours
vuide ,
Et rend leur travail toujours vain.
Ces Monstres (que peut - on oser de plus atroce?)
Ces Monstres que le Ciel poursuit jusqu'aux Enfers
,
Oserent , ô noirceur ! ô cruauté féroce !
Perdre leurs Maris par le fer.
Pour conserver le sien , une entre autres insigne,
Trahissant noblement le dessein paternel ,
Du flambeau nuptial scule se montra digne ,
Et rendit son nom éternel.
諾
"Leve-toi , cher Epoux , d'un long sommeil ,
dit - elle ,
» Hâte- toi , malheureux , d'éviter les horreurs ,
Leve toi , trompe ainsi ton beau - pere infidele,
» Trompe ainsi mes barbares Soeurs .
» Hélas ! telles qu'on voit des Lionnes farouches
Déchirer les Agneaux dans leur ardent courroux
,
A iij >> Telles
626 MERCURE DE FRANCE
» Telles en ce moment elles soüillent leurs couches
ni
» Du sang de leurs jeunes Epoux.
» Ah ! je suis plus humaine , et j'ai trop de tendresse
,
-50
Pour pouvoir me résoudre à te percer le sein ;
Qui ! moi , trancher tes jours ! si j'en fis la
promesse ,
Je n'en eus jamais le dessein .
» Cher Epoux , que mon Pere en me chargeant
de chaînes ,
» Me punisse demain de t'avoir épargné :
" Qu'il m'éxile , s'il veut, dans les arides Plaines,
» Du climat le plus éloigné .
dérobe ta vie ,
Et par terre et par mer va ,
→ Á l'inhumanité d'un attentat affreux ;
La nuit te favorise et Venus t'y convie :
Va , fui sous un auspice heureux . "3
Adieu . Mais daigne au moins conserver la mémoire
,
De ma tendre pitié, de ma constante foi;
Daigne sur mon tombeau graver un jour l'histoire
,
).
De ce qu'ici je fais pour toi.
F. M , F.
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Résumé : IMITATION De l'Ode d'Horace, qui commence : Mercuri, nam te docilis magistro, &c.
Le texte est une imitation de l'Ode d'Horace dédiée à Mercure, le dieu des arts et des voyageurs. Le poète sollicite l'inspiration de Mercure, évoquant Amphion, élève de Mercure, qui déplaçait les rochers par ses chants. Mercure a perfectionné la lyre en lui ajoutant sept cordes. Le poète souhaite que Lyde, une femme fière, soit sensible aux accords de la lyre. Cette lyre est décrite comme capable de déplacer les montagnes, les forêts, et même d'apaiser des créatures féroces comme les tigres et les ours. Elle ralentit le cours des fleuves et a apaisé Cerbère, le chien des Enfers, ainsi que des figures mythologiques telles qu'Ixion et Tityus. Le texte mentionne aussi les Danaïdes, condamnées à remplir un tonneau percé. Le poème se concentre ensuite sur Lyde, qui écoute les histoires de monstres ayant tué leurs maris. Une femme trahit le dessein paternel pour sauver son époux, préférant être punie par son père. Elle supplie son mari de fuir les horreurs et l'inhumanité de ses sœurs, lui demandant de se souvenir de sa tendresse et de graver cette histoire sur son tombeau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 3-5
Imitation de l'Ode 21e. du 3e. Livre d'Horace. O nata mecum Consule Manlio.
Début :
Aimable fille de la treille, [...]
Mots clefs :
Horace, Douce
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texteReconnaissance textuelle : Imitation de l'Ode 21e. du 3e. Livre d'Horace. O nata mecum Consule Manlio.
Imitation
de l'ode 21.du3 Livre d'Horace.
Onata mecum Confule Manlio .
Aimablefillede la treille,
Doux charme del'oisiveté ,
FideleAmi,chere bouteille,
!
:
Viens, amene la volupté;
Que possedés de ton delire
Nosjours passentcommeun instant,
Obeis auxsons demaLa
Hatetoi
naLyre,
*** tattend:
4 MERCURE DE FRANCE.
Ne crains pas cet air de tudeſſe ,
Formé ſur de graves leçons ;
La voix qu'inſpire la ſageſſe
Ne dédaigne pas tes Chanſons :
Souvent cette morale auſtere
Dont Caton voulut s'étayer ,
Célébrant ton joyeux myſtere
Avec toi voulut s'égayer.
***
Par une douce violence
Tu commandes à nos humeurs,
Tu forces la haine au filence ;
Tu ſçais t'aſſujettir nos moeurs :
Tu dérides le front du Sage
Sous ta douce yvreſſe abattu ,
Et tu ſers le libertinage
Sans effaroucher la Vertu.
**
Le voile de la politique
Tombe ſous tes premiers efforts ;
De ſa plus ſecrette pratique
Tu découvres tous les refforts.
Par toi , le pauvre qu'on opprime
NOVEMBRE. 1744.
Perd un douloureux ſouvenir ,
Et dans le tranſport qui l'anime ,
Ne voit qu'un heureux avenir.
Viens, & que les Graces badines ;
Qui ne t'abandonnent jamais ,
Aux plaifirs que tu nous deſtines
Joignent leurs ſéduiſans attraits.
A la lueur de cent bougies
Rivales de l'Aſtre du jour ,
Nous célébrerons tes orgies ,
Sans fonger même à fon retour.
de l'ode 21.du3 Livre d'Horace.
Onata mecum Confule Manlio .
Aimablefillede la treille,
Doux charme del'oisiveté ,
FideleAmi,chere bouteille,
!
:
Viens, amene la volupté;
Que possedés de ton delire
Nosjours passentcommeun instant,
Obeis auxsons demaLa
Hatetoi
naLyre,
*** tattend:
4 MERCURE DE FRANCE.
Ne crains pas cet air de tudeſſe ,
Formé ſur de graves leçons ;
La voix qu'inſpire la ſageſſe
Ne dédaigne pas tes Chanſons :
Souvent cette morale auſtere
Dont Caton voulut s'étayer ,
Célébrant ton joyeux myſtere
Avec toi voulut s'égayer.
***
Par une douce violence
Tu commandes à nos humeurs,
Tu forces la haine au filence ;
Tu ſçais t'aſſujettir nos moeurs :
Tu dérides le front du Sage
Sous ta douce yvreſſe abattu ,
Et tu ſers le libertinage
Sans effaroucher la Vertu.
**
Le voile de la politique
Tombe ſous tes premiers efforts ;
De ſa plus ſecrette pratique
Tu découvres tous les refforts.
Par toi , le pauvre qu'on opprime
NOVEMBRE. 1744.
Perd un douloureux ſouvenir ,
Et dans le tranſport qui l'anime ,
Ne voit qu'un heureux avenir.
Viens, & que les Graces badines ;
Qui ne t'abandonnent jamais ,
Aux plaifirs que tu nous deſtines
Joignent leurs ſéduiſans attraits.
A la lueur de cent bougies
Rivales de l'Aſtre du jour ,
Nous célébrerons tes orgies ,
Sans fonger même à fon retour.
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Résumé : Imitation de l'Ode 21e. du 3e. Livre d'Horace. O nata mecum Consule Manlio.
Le texte imite l'ode 21 du troisième livre d'Horace et s'adresse à une 'aimable fille de la treille' et à une 'chère bouteille'. Il invite ces éléments à apporter la volupté et à rendre les jours agréables. Le poème vante les mérites de la bouteille, affirmant qu'elle ne craint ni la tristesse ni les leçons sérieuses, car même la sagesse apprécie ses chansons. La bouteille est décrite comme capable de maîtriser les émotions humaines, de réduire la haine au silence et de réguler les comportements. Elle adoucit le sage et favorise la liberté sans nuire à la vertu. Le texte mentionne aussi que la bouteille dévoile les secrets de la politique et soulage les souffrances des opprimés. Enfin, il convie à célébrer les plaisirs qu'elle offre, accompagnés des Grâces, à la lumière de cent bougies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 3-6
Imitation De l'ode 24e. du 3e. livre d'Horace
Début :
Quand tout l'or de l'Arabie [...]
Mots clefs :
Horace, Intérêt, Fortune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Imitation De l'ode 24e. du 3e. livre d'Horace
Imitation
De lode 244. du. 3º livre d'Horace
Quandtoutl'or de l'Arabie
Enfleroit vos magasins,
Quandnouveau Roide Phrygie
Toutseroitor sous vos mains,
Sile tems que rien n'arrête
Sur vôtre superbe tête
Graveles traits de lamort,
Rien ne sçauroitvous defendre;
L'or estegal a la cendre
Dans la balance du Sort .
4 MERCURE DEFRANCE ,
O toi Peuple heureux * & ſage
Qu'Alexandre reſpecta
Conſerve à jamais l'uſage
Que la raiſon te dicta , :
Qu'en ta courſe vagabonde
L'interêt de ce Dieu du Monde
Te laiſſe ignorer fa loi ;
Qu'une richeffe commune
T'aſſerviſſant la fortune ,
En fixe le juſte emploi.
Là l'Orphelin trouve un Pere
Et la Veuve fans dégoûts
Ne voit rien qu'elle préfere
Aux cendres de fon Epoux.
L'appas d'une dot immenfe
Au caprice , à la licence
N'acquiert pas l'impunité.
La femme ſimple & timide
N'aque la vertu pour guide ,
Et pour dot la chaſteté.
François , quelle ame affez belle
Enfantera le deſſein
D'appeller fur ce modéle
Les Vertus dans votre ſein ?
Afon génereux courage
J'ofe affurer le ſuffrage
* Les Scythes,
DECEMBRE. 1744. 5
Et l'amour de l'avenir :
Tous les Temps pleins de ſa gloire
Dreſſeront à ſa mémoire
Les Autels du ſouvenir .
Severe , mais équitable
La ſeule poſterité
Eft l'organe reſpectable
Qu'a choiſi la vérité.
Sans ceffe en proieà l'envie
Les Heros pendant leur vie
Gemiſſent ſous ſon effort :
C'eſt ainſi qu'elle ſe venge
De l'éternelle louange
Que leur affure la mort.
Nous parlons contre les vices ,
Mais nous flattons les forfaits ,
Les crimes ſont ſans ſuplices ,
Et les Loix ſans effets .
La fraude , la violence
Conduiſent à l'opulence ,
Qui bien-tôt leur ſert d'appui ;
Le pauvre ſeul eft coupable ,
Et le crime eft reſpectable
Si la fortune eſt pour lui.
Rougiffons de la baſſeſſe ,
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE.
1
Où ſans crainte du mépris ,
L'intérêt & la molleſſe
Aviliffent nos eſprits.
Dans ſa naiſſante avarice
Le Fils pour toute exercice
Ne connoît que l'art des jeux ;
Tandis que plus lâche encore ,
Son Pere ſe deshonore
Pour enrichir ſes Neveux.
C'eſt ainſi que les ravages
D'une indigne paſſion
Ftendent fur tous les âges
Leur fatale impreffion ;
Mais une jufte diſgrace
Des biens que l'avare entaffe
Sçait écarter les plaiſirs ;
Et la céleste vengeance
Au ſein de la jouiſſance
Lui laiſſe encor les defirs.
De lode 244. du. 3º livre d'Horace
Quandtoutl'or de l'Arabie
Enfleroit vos magasins,
Quandnouveau Roide Phrygie
Toutseroitor sous vos mains,
Sile tems que rien n'arrête
Sur vôtre superbe tête
Graveles traits de lamort,
Rien ne sçauroitvous defendre;
L'or estegal a la cendre
Dans la balance du Sort .
4 MERCURE DEFRANCE ,
O toi Peuple heureux * & ſage
Qu'Alexandre reſpecta
Conſerve à jamais l'uſage
Que la raiſon te dicta , :
Qu'en ta courſe vagabonde
L'interêt de ce Dieu du Monde
Te laiſſe ignorer fa loi ;
Qu'une richeffe commune
T'aſſerviſſant la fortune ,
En fixe le juſte emploi.
Là l'Orphelin trouve un Pere
Et la Veuve fans dégoûts
Ne voit rien qu'elle préfere
Aux cendres de fon Epoux.
L'appas d'une dot immenfe
Au caprice , à la licence
N'acquiert pas l'impunité.
La femme ſimple & timide
N'aque la vertu pour guide ,
Et pour dot la chaſteté.
François , quelle ame affez belle
Enfantera le deſſein
D'appeller fur ce modéle
Les Vertus dans votre ſein ?
Afon génereux courage
J'ofe affurer le ſuffrage
* Les Scythes,
DECEMBRE. 1744. 5
Et l'amour de l'avenir :
Tous les Temps pleins de ſa gloire
Dreſſeront à ſa mémoire
Les Autels du ſouvenir .
Severe , mais équitable
La ſeule poſterité
Eft l'organe reſpectable
Qu'a choiſi la vérité.
Sans ceffe en proieà l'envie
Les Heros pendant leur vie
Gemiſſent ſous ſon effort :
C'eſt ainſi qu'elle ſe venge
De l'éternelle louange
Que leur affure la mort.
Nous parlons contre les vices ,
Mais nous flattons les forfaits ,
Les crimes ſont ſans ſuplices ,
Et les Loix ſans effets .
La fraude , la violence
Conduiſent à l'opulence ,
Qui bien-tôt leur ſert d'appui ;
Le pauvre ſeul eft coupable ,
Et le crime eft reſpectable
Si la fortune eſt pour lui.
Rougiffons de la baſſeſſe ,
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE.
1
Où ſans crainte du mépris ,
L'intérêt & la molleſſe
Aviliffent nos eſprits.
Dans ſa naiſſante avarice
Le Fils pour toute exercice
Ne connoît que l'art des jeux ;
Tandis que plus lâche encore ,
Son Pere ſe deshonore
Pour enrichir ſes Neveux.
C'eſt ainſi que les ravages
D'une indigne paſſion
Ftendent fur tous les âges
Leur fatale impreffion ;
Mais une jufte diſgrace
Des biens que l'avare entaffe
Sçait écarter les plaiſirs ;
Et la céleste vengeance
Au ſein de la jouiſſance
Lui laiſſe encor les defirs.
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Résumé : Imitation De l'ode 24e. du 3e. livre d'Horace
Le texte, inspiré par Horace, traite de la vanité des richesses et de la sagesse des peuples anciens. Il souligne la fragilité de la vie et l'inutilité de l'or face à la mort. Les Scythes, respectés par Alexandre, sont loués pour leur usage modéré des richesses, leur protection des orphelins et des veuves, ainsi que leur valorisation de la vertu et de la chasteté. Le texte exhorte les Français à adopter ces vertus et à manifester un courage généreux. Il critique la société contemporaine où les vices sont tolérés et les criminels prospèrent grâce à la fortune. L'avarice et la mollesse y corrompent les esprits, affectant toutes les générations. Enfin, il souligne que la véritable justice et la postérité reconnaissent les vrais héros, souvent méconnus de leur vivant.
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40
p. 55-61
TRADUCTION. A MECENE.
Début :
Illustre descendant des Souverains de l'Etrurie, Mécene, depuis long-temps [...]
Mots clefs :
Horace, Ode, Mécène, Jupiter, P. Sanadon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION. A MECENE.
TRADUCTION.
A MECENE.
2
Illuftre defcendant des Souverains de
l'Etrurie , Mécene , depuis long- tems
je te réſerve d'excellent vin qui n'est point
entamé ; je t'offre des couronnes de rofes
, des effences pour parfumer tes cheveux,
Seconde mon impatience , arrachetoi
aux vues charmantes des humides contrées
de Tybur , des côteaux d'Efola & des
monts du parricide Télégone. Quitte l'ennuyeufe
abondance ; quitte ce vafte édifice
qui s'éleve jufqu'aux nues ; néglige pour
quelques momens de contempler les ri
cheffes , les vain éclat & le tumulte de la
Superbe Rome, Les grands fe plaifent quel
quefois à perdre de vue l'appareil de la
puiffance ; fouvent fous un toît qui ne cou
vre ni riches tapis , ni lits de pourpre, ll a
propreté du pauvre déride un front chagrin.
Déja l'Aftre brillant de Cephée nous
découvre fes feux déja Favant- coureur
de la canicule & le Lion redoutable exercent
leurs fureurs , & le Soleil ramene les
brûlantes chaleurs de l'Eté. Déja le berger
fatigué cherche avec fon troupeau languifĊ
fant , l'ombre des bois & la fraîcheur des
ruiffeaux. ( 1 ) Les Sylvains fe retirent au
au fond des bocages , Zéphire ne mêle
plus fon haleine au doux murmure de l'eau,
& toi toujours occupé de maintenir l'Etat
(2 ) dans fa fplendeur , toujours inquiet
pour Rome , tu crains jufqu'aux projets
que peuvent former contre elle les Séres ,
les Bactriens foumis autrefois à Cyrus &
les féditieux habitans des bords du Tanaïs.
La fageffe des Dieux couvre l'avenir d'épaiffes
ténébres, ils rient d'un mortel dont
l'efprit s'efforce de pénétrer au-delà de fes
bornes . En homme fage contente- toi d'ufer
du préfent ; que le refte foit entraîné
comme un fleuve , au gré des deftinées ;
tel le Tibre , tantôt lent & paisible, tombe
dans la mer d'Etrurie fans s'écarter de fes
rives , tantôt effrayant par fon bruit les forêts
& les montagnes voifines , roule pêle-.
mêle les rochers qu'il a minés , les arbres
qu'il déracine , les troupeaux qu'il englou
tit , les maifons qu'il renverfe quand un
affreux débordement irrite les fleuves tranquilles
qui fe mêlent à fes eaux . Celui- là
feul eft heureux & maître de lui-même , qui
chaque jour peut dire , ( 3 ) j'ai vêcu . Que
demain Jupiter couvre le Ciel d'épais nuages
ou qu'il l'éclaire de la lumiere la plus pare,
Jupiter, tout puiffant qu'il eft , ne peut
anéantir le paffé ; Jupiter ne peut changer ,
ne peut rappeller ce que le tems emporte fur
fes rapides aîles . Conftante à fe jolier infolemment
des mortels , la fortune qui fe
plaît dans ce cruel emploi , tranfporte les
honneurs d'une tête fur une autre , tantôt
me comblant de fes dons , tantôt les faifant
paffer en d'autres mains. S'arrête-t'elle
fur moi ? Je lui fçais gré de ce caprice ; fe
hâte-t'elle de me fair ? Je lui rends fes bienfaits
fans regret ; fous l'abri de ma vertu
je brave fes difgraces , content dans le fein
de l'indigence d'avoir pour dot la probité.
Que mes antennes plient fous l'effort des
des vents , je n'aurai point recours à d'indignes
prieres ; je ne ferai point aux Dieux
de voeux indifcrets , pour qu'ils n'ajoûtent
pas aux richeffes de l'avide mer celles que
j'apporterai de Chypre ou de Tyr. (4) Protegé
de Caftor & de Pollux , à l'aide d'un
léger efquif, je traverſerai fans danger les
flots de la mer en courroux.
REMARQUES.
( 1 ) Le P. Sanadon critique fort judicieuſement
Dacier , d'avoir traduit ainfi ce
paffage , les bergers & les troupeaux cher
chent les bocages du Dieu Sylvain , c'eft faire
dire en effet deux fois la même chofe
à Horace. Tous les autres interprétes paroiffent
s'y être trompés de même & n'ont
pas apperçû , comme le P. Sanadon , que
Sylvani étoit ici au nominatif pluriel ; &
qu'il falloit fous- entendre quærunt.
(2) Les Commentateurs , & même le
P. Sanadon , qui écrit orbis , v . 26 , au lieu
d'urbes , n'ont pas fait la diftinction des
deux mots civitas & urbs , qui fouvent , à
la vérité , ont été employés par les bons
Auteurs comme fynonimes , mais qu'Horace
n'a point employés ici dans le même
fans. Le premier fignifie Refpublica , Reipublica
adminiftratio, Cives , &c. Le fecond
Edificia , fic Cic. de Rep. L. 1. urbem à
civitate claris verbis diftinxit.
(3 ) Le P. Tarteron n'a point traduit
avec exactitude vixi , en l'interprétant ainfi
, j'ai paffe gayement la journée , ni ludum
infolentem , par jeu bizare.
(4) Dacier , malgré ces mots , fans me
foucier du vaiffeau , qu'il ajoûte au texte ,
n'eft pas plus exact ni plus élégant dans fa
traduction de la fin de cette Ode , quorqu'il
fe vante d'être le feul des interprétes
qui en ait entendu le fens . Pour moi , ditil
, dans une pareille occafion , fans me foucier
du vaiffeau , je defcendrai dans l'efquif, &
au plus fort de la tempête je voguerai fur la
mer Egée avec autant d'affûrance & de tranquillité
quefi le vent m'étoit favorable, & que
fi Caftor & Pollux me conduifoient.
A MECENE.
2
Illuftre defcendant des Souverains de
l'Etrurie , Mécene , depuis long- tems
je te réſerve d'excellent vin qui n'est point
entamé ; je t'offre des couronnes de rofes
, des effences pour parfumer tes cheveux,
Seconde mon impatience , arrachetoi
aux vues charmantes des humides contrées
de Tybur , des côteaux d'Efola & des
monts du parricide Télégone. Quitte l'ennuyeufe
abondance ; quitte ce vafte édifice
qui s'éleve jufqu'aux nues ; néglige pour
quelques momens de contempler les ri
cheffes , les vain éclat & le tumulte de la
Superbe Rome, Les grands fe plaifent quel
quefois à perdre de vue l'appareil de la
puiffance ; fouvent fous un toît qui ne cou
vre ni riches tapis , ni lits de pourpre, ll a
propreté du pauvre déride un front chagrin.
Déja l'Aftre brillant de Cephée nous
découvre fes feux déja Favant- coureur
de la canicule & le Lion redoutable exercent
leurs fureurs , & le Soleil ramene les
brûlantes chaleurs de l'Eté. Déja le berger
fatigué cherche avec fon troupeau languifĊ
fant , l'ombre des bois & la fraîcheur des
ruiffeaux. ( 1 ) Les Sylvains fe retirent au
au fond des bocages , Zéphire ne mêle
plus fon haleine au doux murmure de l'eau,
& toi toujours occupé de maintenir l'Etat
(2 ) dans fa fplendeur , toujours inquiet
pour Rome , tu crains jufqu'aux projets
que peuvent former contre elle les Séres ,
les Bactriens foumis autrefois à Cyrus &
les féditieux habitans des bords du Tanaïs.
La fageffe des Dieux couvre l'avenir d'épaiffes
ténébres, ils rient d'un mortel dont
l'efprit s'efforce de pénétrer au-delà de fes
bornes . En homme fage contente- toi d'ufer
du préfent ; que le refte foit entraîné
comme un fleuve , au gré des deftinées ;
tel le Tibre , tantôt lent & paisible, tombe
dans la mer d'Etrurie fans s'écarter de fes
rives , tantôt effrayant par fon bruit les forêts
& les montagnes voifines , roule pêle-.
mêle les rochers qu'il a minés , les arbres
qu'il déracine , les troupeaux qu'il englou
tit , les maifons qu'il renverfe quand un
affreux débordement irrite les fleuves tranquilles
qui fe mêlent à fes eaux . Celui- là
feul eft heureux & maître de lui-même , qui
chaque jour peut dire , ( 3 ) j'ai vêcu . Que
demain Jupiter couvre le Ciel d'épais nuages
ou qu'il l'éclaire de la lumiere la plus pare,
Jupiter, tout puiffant qu'il eft , ne peut
anéantir le paffé ; Jupiter ne peut changer ,
ne peut rappeller ce que le tems emporte fur
fes rapides aîles . Conftante à fe jolier infolemment
des mortels , la fortune qui fe
plaît dans ce cruel emploi , tranfporte les
honneurs d'une tête fur une autre , tantôt
me comblant de fes dons , tantôt les faifant
paffer en d'autres mains. S'arrête-t'elle
fur moi ? Je lui fçais gré de ce caprice ; fe
hâte-t'elle de me fair ? Je lui rends fes bienfaits
fans regret ; fous l'abri de ma vertu
je brave fes difgraces , content dans le fein
de l'indigence d'avoir pour dot la probité.
Que mes antennes plient fous l'effort des
des vents , je n'aurai point recours à d'indignes
prieres ; je ne ferai point aux Dieux
de voeux indifcrets , pour qu'ils n'ajoûtent
pas aux richeffes de l'avide mer celles que
j'apporterai de Chypre ou de Tyr. (4) Protegé
de Caftor & de Pollux , à l'aide d'un
léger efquif, je traverſerai fans danger les
flots de la mer en courroux.
REMARQUES.
( 1 ) Le P. Sanadon critique fort judicieuſement
Dacier , d'avoir traduit ainfi ce
paffage , les bergers & les troupeaux cher
chent les bocages du Dieu Sylvain , c'eft faire
dire en effet deux fois la même chofe
à Horace. Tous les autres interprétes paroiffent
s'y être trompés de même & n'ont
pas apperçû , comme le P. Sanadon , que
Sylvani étoit ici au nominatif pluriel ; &
qu'il falloit fous- entendre quærunt.
(2) Les Commentateurs , & même le
P. Sanadon , qui écrit orbis , v . 26 , au lieu
d'urbes , n'ont pas fait la diftinction des
deux mots civitas & urbs , qui fouvent , à
la vérité , ont été employés par les bons
Auteurs comme fynonimes , mais qu'Horace
n'a point employés ici dans le même
fans. Le premier fignifie Refpublica , Reipublica
adminiftratio, Cives , &c. Le fecond
Edificia , fic Cic. de Rep. L. 1. urbem à
civitate claris verbis diftinxit.
(3 ) Le P. Tarteron n'a point traduit
avec exactitude vixi , en l'interprétant ainfi
, j'ai paffe gayement la journée , ni ludum
infolentem , par jeu bizare.
(4) Dacier , malgré ces mots , fans me
foucier du vaiffeau , qu'il ajoûte au texte ,
n'eft pas plus exact ni plus élégant dans fa
traduction de la fin de cette Ode , quorqu'il
fe vante d'être le feul des interprétes
qui en ait entendu le fens . Pour moi , ditil
, dans une pareille occafion , fans me foucier
du vaiffeau , je defcendrai dans l'efquif, &
au plus fort de la tempête je voguerai fur la
mer Egée avec autant d'affûrance & de tranquillité
quefi le vent m'étoit favorable, & que
fi Caftor & Pollux me conduifoient.
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Résumé : TRADUCTION. A MECENE.
La lettre est adressée à Mécène, descendant des souverains d'Étrurie. L'auteur lui offre du vin, des couronnes de roses et des essences pour ses cheveux, et l'invite à quitter les plaisirs et les préoccupations de Rome pour profiter du moment présent. Il décrit les signes annonciateurs de l'été et les activités des bergers ainsi que celles des divinités sylvestres. L'auteur exprime son inquiétude pour Rome et ses menaces potentielles, tout en conseillant à Mécène de se contenter du présent et de laisser l'avenir aux dieux. Il compare le destin à un fleuve imprévisible et souligne la futilité de s'inquiéter des honneurs éphémères. L'auteur affirme sa résilience face aux caprices de la fortune et son refus de prier pour des richesses supplémentaires. Il conclut en exprimant sa confiance en la protection des dieux pour naviguer en toute sécurité, même en période de tempête.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 133-134
« NYON fils, & Guillyn, ont mis sous presse un Horace qui formera quatre petits [...] »
Début :
NYON fils, & Guillyn, ont mis sous presse un Horace qui formera quatre petits [...]
Mots clefs :
Horace, Traduction, Vers, Libraires
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texteReconnaissance textuelle : « NYON fils, & Guillyn, ont mis sous presse un Horace qui formera quatre petits [...] »
NYON fils, & Guillyn, ont mis sous
presse un Horace qui formera quatre petits
volumes in 12. Cette Edition contiendra le
texte de ce grand Poëte, la traduction en
vers de tous ses Ouvrages, & des notes
sur les endroits difficiles. L'Edition sera
jolie, & paroîtra dans trois mois. Si quel-
ques Sçavans, disent les Libraires dans
leur, avertissement imprimé, avoient
des traductions en vers de quelque mor.
ceau d'Horace qui neussent pas été im-
primées, dont il voulût nous faire part
nous ne manquerions pas de les inférer,
si. elles venoient à tems, & de donner
aux Auteurs des marques particulieres &
publiques de notre reconnoissance.
Les mêmes Libraires donneront inces-
134 MERCURE DEFRANCE.
samment une Edition en 4 vol. in.12, de
l'excellente traduction de Quintilien, par
M. l'Abbé Gedoin.
presse un Horace qui formera quatre petits
volumes in 12. Cette Edition contiendra le
texte de ce grand Poëte, la traduction en
vers de tous ses Ouvrages, & des notes
sur les endroits difficiles. L'Edition sera
jolie, & paroîtra dans trois mois. Si quel-
ques Sçavans, disent les Libraires dans
leur, avertissement imprimé, avoient
des traductions en vers de quelque mor.
ceau d'Horace qui neussent pas été im-
primées, dont il voulût nous faire part
nous ne manquerions pas de les inférer,
si. elles venoient à tems, & de donner
aux Auteurs des marques particulieres &
publiques de notre reconnoissance.
Les mêmes Libraires donneront inces-
134 MERCURE DEFRANCE.
samment une Edition en 4 vol. in.12, de
l'excellente traduction de Quintilien, par
M. l'Abbé Gedoin.
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Résumé : « NYON fils, & Guillyn, ont mis sous presse un Horace qui formera quatre petits [...] »
Les libraires NYON fils et Guillyn annoncent une édition d'Horace en quatre volumes in-12, incluant le texte original, une traduction en vers et des notes explicatives. La publication est prévue dans trois mois. Ils sollicitent également des traductions en vers inédites de savants pour une éventuelle inclusion. Par ailleurs, ils préparent une édition de la traduction de Quintilien par l'Abbé Gedoin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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42
p. 32-34
VERS libres à l'imitation de la neuvième Ode d'HORACE. Vides ut altâ stet nive candidum Soracte, &c.
Début :
Le mont voisin gémit sous les frimats ; [...]
Mots clefs :
Nature, Horace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS libres à l'imitation de la neuvième Ode d'HORACE. Vides ut altâ stet nive candidum Soracte, &c.
VERS libres à l'imitation de la neu
vième Ode d'HORACE.
Vides ut altâflet nive candidum
Sorate, &c.
E mont voifin gémit fous les frimats ;
Cher Altidonis , la nature
Déja reffent dans nos climats
Les atteintes de la froidure.
Voyez dans fa rapidité
Ce fleuve fuperbe arrêté.
Par quel charme fa vive courfe ;
Trompant fa bondiffante fource
En a-t-elle fait un métal ?
Cette eau fugitive & limpide ,
Transformée en maffe folide ,
Déja ne roule plus fon mobile cristal.
Aux lugubres objets qui s'offrent à la vue,
Pendant que votre âme éperdue
Cherche vainement fa vigueur ,
Et croit que la nature eft au néant rendues
Vous oubliez , ami, que la douce chaleur
D'un pétillant nectar , docte confolateur,
Peut rendre à vos efprits celle qu'ils ont perdue,
SEPTEMBRE 1767 33
De Bacchus le jus enchanteur ,
Quand le ciel embrafé fait gronder fon tonnerre,
Souvent dans notre aride cœur
Allume un feu caniculaire ;
Et, malgré l'ombre falutaire ,
Qui, durant tout l'été , rafraîchit le bûveur
Ami , le vin le moins contraire
;
Ne produit dans le fang qu'une funefte ardeur.
Mais , fous un abri tutélaire ,
Tandis que par toute la terre ,
Les corps ne fentent plus qu'une trifte froideur ;
Le philofophe .folitaire ,
Dans le coin d'unfoyer qui l'échauffe & l'éclaire ,
D'un vin nourrillant & Aateur
Savoure mieux la féve & craint moins lavapeur.
Du refte , plein de confiance ,
Jettez-vous dans le fein des Dieux.
Ils répriment les vents , & leur haute- fcience
Aux ormes rend la paix , calme l'onde , & des
cieux
Remontre l'afur à nos yeux.
Gardez que trop d'inquiétude ,
Sar an avenir incertain ,
Chez vous ne rompe l'habitude
De profiter des jours que donne le deftin
Et , pour toute follicitude ,
Jouiffez du préfent qui difparoît foudain ,
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
Sans vous faire une vaine étude
Dufort qui vous attend demain.
Laiffez à la fombre vieilleſſe ,
Les ennuis & les foins cuifans.
Cultivez , loin de la molleffe ,
La vigueur de vos jeunes ans :
A la folie , à la fageffe ,
Offrez tour-à-tour votre encens.
Quelquefois , malgré fa rudeffe ,
Et la fierté de fes accens ,
La raison , fauvage maîtreſſe,
Céde aux caprices de nos lens.
Des neuf Soeurs chériffez l'empire.
Quant à l'amour & fes plaifirs ,
Ami , pourrois-je vous féduire ?
Et, comme Horace... Ah ! quel délire!
Il veut que de tendres foupirs...?
Non , non, je lui remets fa lyre.
Avec lui je ne ſçaurois dire
Qu'amour doit flatter nos defirs ,
Quand je fçais les maux qu'il attire.
N. LAVILLEMARAIS, dans les
jardins d'HORACE.
vième Ode d'HORACE.
Vides ut altâflet nive candidum
Sorate, &c.
E mont voifin gémit fous les frimats ;
Cher Altidonis , la nature
Déja reffent dans nos climats
Les atteintes de la froidure.
Voyez dans fa rapidité
Ce fleuve fuperbe arrêté.
Par quel charme fa vive courfe ;
Trompant fa bondiffante fource
En a-t-elle fait un métal ?
Cette eau fugitive & limpide ,
Transformée en maffe folide ,
Déja ne roule plus fon mobile cristal.
Aux lugubres objets qui s'offrent à la vue,
Pendant que votre âme éperdue
Cherche vainement fa vigueur ,
Et croit que la nature eft au néant rendues
Vous oubliez , ami, que la douce chaleur
D'un pétillant nectar , docte confolateur,
Peut rendre à vos efprits celle qu'ils ont perdue,
SEPTEMBRE 1767 33
De Bacchus le jus enchanteur ,
Quand le ciel embrafé fait gronder fon tonnerre,
Souvent dans notre aride cœur
Allume un feu caniculaire ;
Et, malgré l'ombre falutaire ,
Qui, durant tout l'été , rafraîchit le bûveur
Ami , le vin le moins contraire
;
Ne produit dans le fang qu'une funefte ardeur.
Mais , fous un abri tutélaire ,
Tandis que par toute la terre ,
Les corps ne fentent plus qu'une trifte froideur ;
Le philofophe .folitaire ,
Dans le coin d'unfoyer qui l'échauffe & l'éclaire ,
D'un vin nourrillant & Aateur
Savoure mieux la féve & craint moins lavapeur.
Du refte , plein de confiance ,
Jettez-vous dans le fein des Dieux.
Ils répriment les vents , & leur haute- fcience
Aux ormes rend la paix , calme l'onde , & des
cieux
Remontre l'afur à nos yeux.
Gardez que trop d'inquiétude ,
Sar an avenir incertain ,
Chez vous ne rompe l'habitude
De profiter des jours que donne le deftin
Et , pour toute follicitude ,
Jouiffez du préfent qui difparoît foudain ,
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
Sans vous faire une vaine étude
Dufort qui vous attend demain.
Laiffez à la fombre vieilleſſe ,
Les ennuis & les foins cuifans.
Cultivez , loin de la molleffe ,
La vigueur de vos jeunes ans :
A la folie , à la fageffe ,
Offrez tour-à-tour votre encens.
Quelquefois , malgré fa rudeffe ,
Et la fierté de fes accens ,
La raison , fauvage maîtreſſe,
Céde aux caprices de nos lens.
Des neuf Soeurs chériffez l'empire.
Quant à l'amour & fes plaifirs ,
Ami , pourrois-je vous féduire ?
Et, comme Horace... Ah ! quel délire!
Il veut que de tendres foupirs...?
Non , non, je lui remets fa lyre.
Avec lui je ne ſçaurois dire
Qu'amour doit flatter nos defirs ,
Quand je fçais les maux qu'il attire.
N. LAVILLEMARAIS, dans les
jardins d'HORACE.
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43
p. 5-8
TRADUCTION libre de la quinzième ode d'HORACE, livre premier. Pastor quum traheret, &c.
Début :
Epris d'un fol amour, Pâris, sur ses vaisseaux, [...]
Mots clefs :
Troyens, Palais, Fureur, Horace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION libre de la quinzième ode d'HORACE, livre premier. Pastor quum traheret, &c.
TRADUCTION libre de la quinzième ode
d'HORACE , livre premier.
E.
Paftor quum traheret , &c.
PRIS d'un fol amour , Paris , fur fes vaiffeaux;
Conduifoit à Pergame une perfide amante ,
Lorfqu'un Dieu fufpendit le murmure des eaux ,
Et fit trembler les mers de fa voix menaçante.
A. iij
6 MERCURE DE FRANCE.
La colère des Dieux fuivra dans ton palais
Hélène qui nâquit pour le malheur du monde :
C'en eft fait pour punir le plus noir des forfaits ,
La Grèce vient d'armer le ciel , la terre & fonde.
Déja fes bataillons , fecondant fa fureur ,
Renverfent de Priam les cohortes tremblantes ;
Lui-même enveloppé dans une nuit d'horreur ,
Va tomber écrafé fous les voûtes brûlantes .
Hélas ! quelle fueur inonde les guerriers !
Que de combats fanglans ! quel horrible carnage !
Tremble déja Pallas fait voler les courfiers ,
Et va , fur les Troyens , faire éclater fa rage .
Enfans de Dardanus , que je plains votre fort !
Jupiter vous menace , il apprête fa foudre.
A combien de héros vois -je donner la mort ,
Et combien de palais vois- je réduire en poudre ?
La faveur de Vénus a troublé ta raifon :
Triomphant au milieu des Dames de Phrygie ,
Et la lyre à la main , tu nourris le poiſon
qui va trancher le cours d'une infidèle vie.
Mais l'efpoir qui te refte expire dans ton coeur :
Les Troyens ont péri par le fer & la flamme.
Le fils de Telamon , fes coups & fa fureur ,
Bientôt iront porter le trouble dans ton âme,
JUIN 1768.
Quel fpectacle funeſte a frappé mes regards !
Du vainqueur irrité la vengeance s'apprête :
Pyrrhus , dans la pouffière , au pied de tes rem
parts ,
Vient fouiller tes cheveux & ta coupable tête .
Déja le vieux Neftor a juré ton trépas :
Il s'avance appuyé fur le fils de Laërte :
La terreur le devance , & la mort fuit fes pas :
De corps enfanglantés la campagne eft couverte.
Pour te joindre Teucer a forcé tous les rangs ;
Sténélus avec lui , Sténélus invincible ,
Soit qu'il faffe voler des chevaux écumans ,
Soit qu'il arme fon bras d'une lance terrible.
Tu frémiras d'horreur en voyant Mérion ,
Et le fils de Tydée , auffi vaillant qu'Alcide ,
Poursuivre les Troyens dans les murs d'Ilion
Et les faire tomber fous un glaive homicide.
Tu trembles , foible amant ; d'un pas précipité
Tu fuis de ce guerrier la rage étincelante ;
Et tu ne fonges plus , par la crainte emporté ,
Aux fermens que jadis tu fis à ton amante.
Ainfi l'on voit , paffant à l'ombre des ormeaux ,
Un cerf faifi d'effroi , fuir à perte d'haleine ,
Et quitter à l'inftant fes tendres arbriffeaux ,
S'il apperçoit un loup s'élancer dans la plaine.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
La colère d'Achille a prolongé tes jours :
Tranquille fur fa flotte , au milieu des alarmes ,
Il ne veut point troubler tes coupables amours ;
Il fufpend pour un temps la fureur de ſes armes.
Mais enfin les Troyens , accablés de revers ,
Et , contre tous les Grecs n'ofant plus fe défendre ,
Verront , n'en doutez pas , après quelques hivers ,
Leur ville renverfée & leurs palais en cendre.
Par M. IZOARD DE LIV ANI , Profeffeur d'hu- .
manité au Collège de Châlons-fur-Saône.
d'HORACE , livre premier.
E.
Paftor quum traheret , &c.
PRIS d'un fol amour , Paris , fur fes vaiffeaux;
Conduifoit à Pergame une perfide amante ,
Lorfqu'un Dieu fufpendit le murmure des eaux ,
Et fit trembler les mers de fa voix menaçante.
A. iij
6 MERCURE DE FRANCE.
La colère des Dieux fuivra dans ton palais
Hélène qui nâquit pour le malheur du monde :
C'en eft fait pour punir le plus noir des forfaits ,
La Grèce vient d'armer le ciel , la terre & fonde.
Déja fes bataillons , fecondant fa fureur ,
Renverfent de Priam les cohortes tremblantes ;
Lui-même enveloppé dans une nuit d'horreur ,
Va tomber écrafé fous les voûtes brûlantes .
Hélas ! quelle fueur inonde les guerriers !
Que de combats fanglans ! quel horrible carnage !
Tremble déja Pallas fait voler les courfiers ,
Et va , fur les Troyens , faire éclater fa rage .
Enfans de Dardanus , que je plains votre fort !
Jupiter vous menace , il apprête fa foudre.
A combien de héros vois -je donner la mort ,
Et combien de palais vois- je réduire en poudre ?
La faveur de Vénus a troublé ta raifon :
Triomphant au milieu des Dames de Phrygie ,
Et la lyre à la main , tu nourris le poiſon
qui va trancher le cours d'une infidèle vie.
Mais l'efpoir qui te refte expire dans ton coeur :
Les Troyens ont péri par le fer & la flamme.
Le fils de Telamon , fes coups & fa fureur ,
Bientôt iront porter le trouble dans ton âme,
JUIN 1768.
Quel fpectacle funeſte a frappé mes regards !
Du vainqueur irrité la vengeance s'apprête :
Pyrrhus , dans la pouffière , au pied de tes rem
parts ,
Vient fouiller tes cheveux & ta coupable tête .
Déja le vieux Neftor a juré ton trépas :
Il s'avance appuyé fur le fils de Laërte :
La terreur le devance , & la mort fuit fes pas :
De corps enfanglantés la campagne eft couverte.
Pour te joindre Teucer a forcé tous les rangs ;
Sténélus avec lui , Sténélus invincible ,
Soit qu'il faffe voler des chevaux écumans ,
Soit qu'il arme fon bras d'une lance terrible.
Tu frémiras d'horreur en voyant Mérion ,
Et le fils de Tydée , auffi vaillant qu'Alcide ,
Poursuivre les Troyens dans les murs d'Ilion
Et les faire tomber fous un glaive homicide.
Tu trembles , foible amant ; d'un pas précipité
Tu fuis de ce guerrier la rage étincelante ;
Et tu ne fonges plus , par la crainte emporté ,
Aux fermens que jadis tu fis à ton amante.
Ainfi l'on voit , paffant à l'ombre des ormeaux ,
Un cerf faifi d'effroi , fuir à perte d'haleine ,
Et quitter à l'inftant fes tendres arbriffeaux ,
S'il apperçoit un loup s'élancer dans la plaine.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
La colère d'Achille a prolongé tes jours :
Tranquille fur fa flotte , au milieu des alarmes ,
Il ne veut point troubler tes coupables amours ;
Il fufpend pour un temps la fureur de ſes armes.
Mais enfin les Troyens , accablés de revers ,
Et , contre tous les Grecs n'ofant plus fe défendre ,
Verront , n'en doutez pas , après quelques hivers ,
Leur ville renverfée & leurs palais en cendre.
Par M. IZOARD DE LIV ANI , Profeffeur d'hu- .
manité au Collège de Châlons-fur-Saône.
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Résumé : TRADUCTION libre de la quinzième ode d'HORACE, livre premier. Pastor quum traheret, &c.
L'ode d'Horace relate la guerre de Troie déclenchée par l'enlèvement d'Hélène par Paris. Consumé par son amour, Paris emmène Hélène à Pergame, suscitant la colère des dieux et la mobilisation de la Grèce. Les combats s'intensifient, entraînant la destruction de Troie et la mort de nombreux héros. Les Troyens, malgré leur bravoure, sont submergés par les forces grecques. Achille, bien que furieux, interrompt temporairement ses attaques pour prolonger la vie de Paris. La chute de Troie est inévitable et survient après quelques hivers. Le texte décrit aussi la terreur et le chaos sur le champ de bataille, avec des guerriers grecs comme Pyrrhus, Nestor et Ajax se distinguant par leur violence et leur détermination.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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44
p. 97-101
LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure, Sun passage d'Horace.
Début :
QUELQUE mépris, Monsieur, que notre siècle témoigne pour les commentateurs [...]
Mots clefs :
Horace, Passage, Commentateurs, Héros, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure, Sun passage d'Horace.
LETTRE à M. DE LA PLACE , auteur du
Mercure , fur un paffage d'Horace .
QUELQ UELQUE mépris , Monfieur , que
notre fiècle témoigne pour les commentateurs
, j'ofe me flatter qu'il permet d'étu
dier Horace , ce poëte philofophe , dont
la précifion & la fineffe font plutôt fenties
par l'homme de goût , que devinées par
l'homme de lettres , qui n'eft qu'érudit.
Vous ne craindrez donc pas de fatiguer
vos lecteurs par une feconde lettre fur un
paffage latin ; fi tous n'applaudiffent pas
à la jufteffe de ma conjecture , quelqu'un
me faura peut- être bon gré d'avoir ofé
produire une idée éloignée de celles de la
plupart des commentateurs & traducteurs
d'Horace.
On a lu avec plaifir , dans la Gazette
Littéraire , de nouvelles vues fur les odes
& l'art poétique ; quoiqu'elles différaffent
en tout des explications reçues , j'efpère la
E
98 MERCURE DE FRANCE.
m me faveur pour celle que je vais vous
propofer.
La lettre du P. Brun , inférée dans votre
Mercure du mois paffé , me paroît contenir
une critique affez jufte de la façon
dont on a entendu & traduit jufqu'ici
ce paffage des épîtres :
Urit enim fulgore fuo qui pragravat artes
Infrà fe pofitas. Liv. 2 , ép . 1 .
Mais je n'adopte pas entièrement le
fens qu'il y donne , & qu'il eft à propos
de rapporter ici , puifque je vais le combattre.
Lorfqu'un artifte , fupérieur à fon art ,
en rend la pratique plus difficile , tous fes
rivaux font bleffés de fa gloire . ( Merc. de
Fr. 1768.
Je conviendrai avec le P. Brun que
pragravare doit fignifier , dans cette occafion
, appefantir , rendre plus difficile , & ,
qu'à confidérer le paffage ifolé & indépendant
de ce qui précéde , fa traduction
eft celle qui rend le mieux la force du
texte .
Mais ne faudroit -il pas lier ces vers à
ceux d'auparavant , & devons- nous négli
ger la connexion qui nous eft indiquée
par la conjonction enim ? Le poëte , dans
fon début , dont tout le monde connoît
la beauté , gémir fur le fort des héros de
JUIN 1768 .
99
l'antiquité : quelques fervices qu'ils euffent
rendus au genre humain , la mort ſeule
dompta l'envie qui empoifonna leurs jours.
Il n'eft question ni des arts ni des artiftes ;
c'eft d'Augufte dont on va parler , lui qui ,
comparable à ces grands hommes , mais
plus fortuné qu'eux , jouit de fa gloire
dès fon vivant. Quelle apparence qu'Horace
ait interrompu fa comparaison pour
débiter une maxime fur le fort des maîtres
de l'art ! Quelque belle , quelque juſte
qu'elle pût être , on feroit en droit de ſe
fervir , contre l'auteur , de fes propres
armes , & de lui dire : non erat his locus.
Art. poét.
Mais Horace réſervant la fuite de fon
épître pour parler des écrivains , avoit en
vue , dans fes vers , les travaux glorieux
de fes héros artes eft donc ici l'équivalent
de virtutes .
pour
Aurefte les traducteurs d'Horace avoient
fenti , comme moi , que ce paffage , tel
que l'entendoient les
commentateurs , manquoit
de fuite & de liaifon , & c'eft
lui en donner qu'ils avoient ajouté : quiconque
s'élève dans une fphère quelle qu'elle
foit. Mais cette circonlocution rend elle
qui pregravat artes ? Ne cherchons pas
hors du texte , il nous fournit feul & la
liaiſon & la juſteffe néceffaires , pourvu
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
que nous entendions par artes les vertus
ou la vertu.
C'eft ainfi qu'Horace l'entendoit luimême
dans l'ode troifième du troisième
livre. Après avoir fait le beau portrait de
la fermeté inébranlable de l'homme ver
tueux , il ajoute :
Hac arte Pollux , & vagus Hercules
Innixus , arces attigit igneas ,
Quos inter Auguftus recumbens
Purpureo bibit ore nectar,
Quel préjugé pour croire que dans cette
épître , où il fait paroître encore Pollux
& Hercule fes héros favoris , qu'il a toujours
foin d'affocier à Augufte , c'eſt à cux
que doit fe rapporter le mot artes ? auquel
cas il eft abfurde de le prendre pour les
arts , encore plus pour les artiftes.
A l'aide de mon explication j'offre
encore un paffage du même Horace , où ,
voulant exprimer la même idée , il dit ;
Virtutem incolumem odimus
Sublatam ex oculis quarimus invidi.
Od. 23 , l. 3 .
Voici donc comme je rendrois le paffage
en queftion :
Urit enim fulgore fuo qui prægravat artés
Infrà fe pofitas.
JUIN 1768.
101
Et , en effet , celui qui , fupérieur aux
efforts ordinaires de la vertu , en rend la
pratique plus difficile , nous bleffe par l'éclat
de fa gloire.
Telles font , Monfieur , mes conjectures
, elles m'ont été infpirées par une
fecture réfléchie d'Horace. Quoique je ne
fois pas en tout de l'avis du P. Brun
j'adopte , je le répéte , fon interprétation
de pragravat , & il mérite l'éloge d'avoir
fait fentir le premier combien peu on
avoit rendu cette expreffion pleine de
force.
Si vous jugez mon interprétation digne
d'être préfentée aux yeux de vos lecteurs ,
ce fera déja beaucoup pour moi , perfonne
n'étant avec plus d'eftime que je fuis , & c.
Le Chevalier DE SERTYES,
A Avignon , le 9 mars 1768,
Mercure , fur un paffage d'Horace .
QUELQ UELQUE mépris , Monfieur , que
notre fiècle témoigne pour les commentateurs
, j'ofe me flatter qu'il permet d'étu
dier Horace , ce poëte philofophe , dont
la précifion & la fineffe font plutôt fenties
par l'homme de goût , que devinées par
l'homme de lettres , qui n'eft qu'érudit.
Vous ne craindrez donc pas de fatiguer
vos lecteurs par une feconde lettre fur un
paffage latin ; fi tous n'applaudiffent pas
à la jufteffe de ma conjecture , quelqu'un
me faura peut- être bon gré d'avoir ofé
produire une idée éloignée de celles de la
plupart des commentateurs & traducteurs
d'Horace.
On a lu avec plaifir , dans la Gazette
Littéraire , de nouvelles vues fur les odes
& l'art poétique ; quoiqu'elles différaffent
en tout des explications reçues , j'efpère la
E
98 MERCURE DE FRANCE.
m me faveur pour celle que je vais vous
propofer.
La lettre du P. Brun , inférée dans votre
Mercure du mois paffé , me paroît contenir
une critique affez jufte de la façon
dont on a entendu & traduit jufqu'ici
ce paffage des épîtres :
Urit enim fulgore fuo qui pragravat artes
Infrà fe pofitas. Liv. 2 , ép . 1 .
Mais je n'adopte pas entièrement le
fens qu'il y donne , & qu'il eft à propos
de rapporter ici , puifque je vais le combattre.
Lorfqu'un artifte , fupérieur à fon art ,
en rend la pratique plus difficile , tous fes
rivaux font bleffés de fa gloire . ( Merc. de
Fr. 1768.
Je conviendrai avec le P. Brun que
pragravare doit fignifier , dans cette occafion
, appefantir , rendre plus difficile , & ,
qu'à confidérer le paffage ifolé & indépendant
de ce qui précéde , fa traduction
eft celle qui rend le mieux la force du
texte .
Mais ne faudroit -il pas lier ces vers à
ceux d'auparavant , & devons- nous négli
ger la connexion qui nous eft indiquée
par la conjonction enim ? Le poëte , dans
fon début , dont tout le monde connoît
la beauté , gémir fur le fort des héros de
JUIN 1768 .
99
l'antiquité : quelques fervices qu'ils euffent
rendus au genre humain , la mort ſeule
dompta l'envie qui empoifonna leurs jours.
Il n'eft question ni des arts ni des artiftes ;
c'eft d'Augufte dont on va parler , lui qui ,
comparable à ces grands hommes , mais
plus fortuné qu'eux , jouit de fa gloire
dès fon vivant. Quelle apparence qu'Horace
ait interrompu fa comparaison pour
débiter une maxime fur le fort des maîtres
de l'art ! Quelque belle , quelque juſte
qu'elle pût être , on feroit en droit de ſe
fervir , contre l'auteur , de fes propres
armes , & de lui dire : non erat his locus.
Art. poét.
Mais Horace réſervant la fuite de fon
épître pour parler des écrivains , avoit en
vue , dans fes vers , les travaux glorieux
de fes héros artes eft donc ici l'équivalent
de virtutes .
pour
Aurefte les traducteurs d'Horace avoient
fenti , comme moi , que ce paffage , tel
que l'entendoient les
commentateurs , manquoit
de fuite & de liaifon , & c'eft
lui en donner qu'ils avoient ajouté : quiconque
s'élève dans une fphère quelle qu'elle
foit. Mais cette circonlocution rend elle
qui pregravat artes ? Ne cherchons pas
hors du texte , il nous fournit feul & la
liaiſon & la juſteffe néceffaires , pourvu
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
que nous entendions par artes les vertus
ou la vertu.
C'eft ainfi qu'Horace l'entendoit luimême
dans l'ode troifième du troisième
livre. Après avoir fait le beau portrait de
la fermeté inébranlable de l'homme ver
tueux , il ajoute :
Hac arte Pollux , & vagus Hercules
Innixus , arces attigit igneas ,
Quos inter Auguftus recumbens
Purpureo bibit ore nectar,
Quel préjugé pour croire que dans cette
épître , où il fait paroître encore Pollux
& Hercule fes héros favoris , qu'il a toujours
foin d'affocier à Augufte , c'eſt à cux
que doit fe rapporter le mot artes ? auquel
cas il eft abfurde de le prendre pour les
arts , encore plus pour les artiftes.
A l'aide de mon explication j'offre
encore un paffage du même Horace , où ,
voulant exprimer la même idée , il dit ;
Virtutem incolumem odimus
Sublatam ex oculis quarimus invidi.
Od. 23 , l. 3 .
Voici donc comme je rendrois le paffage
en queftion :
Urit enim fulgore fuo qui prægravat artés
Infrà fe pofitas.
JUIN 1768.
101
Et , en effet , celui qui , fupérieur aux
efforts ordinaires de la vertu , en rend la
pratique plus difficile , nous bleffe par l'éclat
de fa gloire.
Telles font , Monfieur , mes conjectures
, elles m'ont été infpirées par une
fecture réfléchie d'Horace. Quoique je ne
fois pas en tout de l'avis du P. Brun
j'adopte , je le répéte , fon interprétation
de pragravat , & il mérite l'éloge d'avoir
fait fentir le premier combien peu on
avoit rendu cette expreffion pleine de
force.
Si vous jugez mon interprétation digne
d'être préfentée aux yeux de vos lecteurs ,
ce fera déja beaucoup pour moi , perfonne
n'étant avec plus d'eftime que je fuis , & c.
Le Chevalier DE SERTYES,
A Avignon , le 9 mars 1768,
Fermer
Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure, Sun passage d'Horace.
Dans une lettre à M. de La Place, l'auteur annonce son projet d'étudier Horace, un poète philosophe dont les qualités littéraires sont mieux reconnues par les amateurs éclairés que par les savants. Il justifie la nécessité d'une nouvelle analyse d'un passage des épîtres d'Horace, malgré les critiques possibles. L'auteur reconnaît la critique du Père Brun concernant la traduction du vers 'Urit enim fulgore suo qui praegravat artes', mais ne l'accepte pas entièrement. Il soutient que ce passage doit être interprété en lien avec ceux qui le précèdent et que 'artes' signifie ici 'vertus' plutôt que 'arts'. L'auteur explique que Horace compare Auguste à des héros antiques et que le passage traite des efforts glorieux de ces héros. Pour appuyer son interprétation, il cite un autre passage d'Horace. Il propose ensuite sa propre traduction du vers, affirmant que ceux qui excellent dans la vertu rendent sa pratique plus difficile et éblouissent par leur gloire. L'auteur espère que ses conjectures, issues d'une lecture attentive d'Horace, seront bien accueillies par les lecteurs de M. de La Place.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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45
p. 485-509
A M. DE F.
Début :
LA personne qui a reçu cette lettre, n'a pas cru devoir jouir seule du plaisir qu'elle lui a fait éprouver. / J'ARRIVE de Naples, mon cher ami, et je vous porte un fruit de mon voyage, sur lequel [...]
Mots clefs :
Rome, Terre, Ruines, Villa, Tombeau, Maison, Ami, Temps, Monuments, Homme, Scipion, Tivoli, Monde, Génie, Coeur, Campagne, Débris, Eaux, Horace, Naples, Bruit, Hommes, Peuple, Romain, Souvenirs
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texteReconnaissance textuelle : A M. DE F.
I 4 A personne qui a reçu cette lettre , n'a pas cru
devoir jouir seule du plaisir qu'elle lui a fait éprou
ver. Les détails qu'elle renferme intéresseront tous
les lecteurs. On y retrouvera le talent de l'auteur
du Génie du Christianisme , enrichie d'autres
souvenirs et d'autres images (i).
Home, le 10 janvier 1804.
A M. de F.
J'ARRIVE de Naples, mon cher ami, et je
vous porte un fruit de mon voyage , sur lequel
vous avez des droits : quelques feuilles du laurier
du tombeau de Virgile. « Tenet nunc Parthenope . »
Il y a long-temps que j'aurais dû vous parler de
cette terre classique, faite pour intéresser un génie
comme le vôtre ; mais diverses raisons m'en ont
empêché. Cependant, je ne veux pas quitter Rome
sans vous dire au moins quelques mots de cette
ville fameuse. Nous étions convenus que je vous
écrirais, au hasard et sans suite, tout ce que je
penserais de l'Italie , comme je vous marquais
autrefois l'impression que faisaient sur mon coeur
les solitudes du Nouveau - Monde. Sans autre
préambule, je vais donc essayer de vous donner
une idée générale des dehors de Rome , c'est-àdire,
de ses campagnes et de ses ruines.
Vous avez lu , mon cher ami , tout ce qu'on
(i) M. de Chateaubriand à qni l'on a communiqué les
épreuves de sa lettre , a bien voulu y ajouter quelques
notes. ( Note de l'éditeur. )
H h 3
486 MERCURE DE FRANCE,
a écrit sur ce sujet; mais je ne sais pas si les
voyageurs vous ont donné une idée bien juste du
tableau que présente la campagne de Rome.
Figurez - vous quelque chose de la désolation
de Tyr et de Babylone, dont parle l'Ecriture;
un silence et une solitude aussi vastes que le
bruit et le tumulte des hommes qui se pres
saient jadis sur ce sol. On croit y entendre reten
tir celte malédiction du prophète : Venient tibi
duo hoec subitb indienne, sterilitas ewiduitas(i).
Vous apercevez çà et là quelques bouts de
voies romaines, dans des lieux où il ne passe plus
personne ; quelques traces desséchées des torrens
de l'hiver, qui, vues de loin, ont elles-mêmes l'air
de grands chemins battus et fréquentés, et qui ne
sont que le lit désert d'une onde orageuse qui
s'est écoulée comme le peuple romain. A peine
découvrez-vous quelques arbres , mais vous voyez
partout des ruines d'aqueducs et de tombeaux,
3ui semblent être les forêts et les plantes indigènes
une terre composée de la poussière des morts
et des débris des empires. Souvent , dans une
grande plaine, j'ai cru voir de riches moissons;
je m'en approchais, et ce n'était que des herbes
flétries qui avaient trompé mon oeil : quelquefois
sous ces moissons stériles vous distinguez les traces
d'une ancienne culture. Point d'oiseaux, point de
laboureurs, point çle mouvemens champêtres,
point de mugissemens vde troupeaux , point de
villages, Un petit nomhre de fermes délabrées
se montrent sur la nudité des champs: les fenêtres
et les portes en Sont fermées ; il n'en sort ni fumée ,
ni bruit, ni habitans ; une espèce de sauvage,
presque nu , pâle et miné par la fièvre , garde
■ Il I. III II .11 . ■■■»--■■■ ■«^■^1— I II II' ' —^—»—-M^i—^^
( i ) « Deux choses te viendront à la fois dans un seul
» jour f stérilité et veuvage. » Isaïc,
VENTOSE AN XII. 487
seulement ces tristes chaumières , comme ces
spectres qui, dans nos histoires gothiques, défen
dent l'entrée des châteaux abandonnés. Enfin ,
l'on dirait qu'aucune nation n'a osé succéder aux
maîtres du monde dans leur terre natale , et que
vous voyez ces champs, tels que les a laissés le soc
de Cincinnafus , ou la dernière charrue romaine.
C'est du milieu de ce terrain inculte , que do
mine et qu'attriste encore un monument appelé
par la voix populaire le Tombeau de Néron (1) ,
que s'élève la grande ombre «le la ville éternelle.
Déchue de sa puissance terrestre , elle semble dans .
son orgueil avoir voulu s'isoler ; elle s'est séparée
des autres cités de la terre; et, comme une reinç^
tombée du trône, elle a noblement caché ses mal^ \
heurs dans la solitude.
11 me serait impossible de vous peindre ce
qu'on éprouve , lorsque Rome vous apparaît
tout-à-coup au milieu de ses royaumes vuides ,
inania régna ,• et qu'elle a l'air de se lever
Ç>ur vous de la tombe où elle était couchée,
àchez de vous figurer ce trouble et cet étonnement
qu'éprouvaient les prophètes , lorsque Dieu
leur envoyait la vision de quelque cité à laquelle
il avait attaché les destinées de son peuple ; quasi
aspectus splendoris (2.). La multitude des souvenirs,
l'abondance des senti mens vous oppressent , et
votre ame est bouleversée à l'aspect de cette Rome
qui a recueilli deux fois la succession du monde ,
comme héritière de Saturne et de Jacob (3).
( i ) Le véritable tombeau de Néron était à la porte
du Peuple , dans l'endroit même où l'on a bâti depuis
l'église de Santa Maria del Popolo.
(2) « C'était comme une vision de splendeur, n Ezecli.
(3) Montaigne décrit ainsi la campagne de Rome , telle
qu'elle était il y a envison deux cents ans :
« Nous avions loin ; sur notre main gauche , l'Apec-
; s . -,
Hh4
4&8 MERCURE DE FRANCE,
Vous croirez peut-être , mon cher ami , d'a
près cette description , qu'il n'y a rien de plus af
freux que les campagnes romaines ? vous vous
tromperiez beaucoup , elles ont une inconcevable
grandeur ; on est toujours prêt , en les regardant ,
à s'écrier avec Virgile :
Salve, magna parens frugum, saturniateUus,
Magna ■virûm (i) /
Si vous les voyez en économiste , elles vous dé
soleront sans doute; mais si vous les contemplez
en artiste, en poète, et même en philosophe, vous
ne voudriez peut-être pas qu'elles fussent autrement.
L'aspect d'un champ de bled ou d'un coteau de
vigne ne donnerait pas à votre ame d'aussi fortes
émotions , que la vue de cette terre dont la cul
ture moderne n'a pas rajeuni le sol , et qui est ,
pour ainsi dire, demeurée antique comme les ruines
qui la «ouvrent.
Rien n'est beau comme les lignes de l'horizon
romain , comme la douce inclinaison des plans ,
et les contours suaves et fuyans des montagnes qui
le terminent. Souvent les vallées y prennent la
forme d'une arène, d'un cirque , d'un hippo
drome ; les coteaux y sont taillés en terrasses ,
comme si la main puissante des Romains avait re
mué toute cette terre. Une vapeur particulière , ré
pandue dans ies lointains , arrondit les objets et
fait disparaître ce qu'ils pourraient avoir de trop
dur ou de trop heurté dans leurs formes. Les
n nin , le prospect du pays mal plaisant , bossé , plein
j> de profondes fandasses, incapable d'y recevoir nulle
» conduite de gens de guerre en ordonnance: le terroir nu
» sans arbres , une bonne partie stérile , le pavs fort ou-
» vert tout autour, et plus de dix milles à la ronde, et
j> quasi tout de cette sorte , fort peu peuplé de maisons, n
(i) « Salut, terre féconde ; terre de Saturne, mère
A des grands hommes, »
VENTOSE AN XII. 489
ombres n'y sont jamais lourdes et noires; il n'y a
pas de masses si obscures dans les rochers et les
feuillages, où il ne s'insinue toujours un peu de
lumière. Une teinte singulièrement harmonieuse,
marie la terre , le ciel , les eaux : toutes les sur
faces , au moyen d'une gradation insensible de
couleurs , s'unissent par leurs extrémités , sans
qu'on puisse déterminer le point où une nuance
finit et où l'autre commence. Vous avez sans doute
admiré dans les paysages de Claude Lorrain, cette
lumière qui semble idéale et plus belle que na
ture ? eh bien , c'est la lumière de Rome.
Je ne me lassais point de voir à la Villa
Borghese , le soleil se coucher sur les cyprès du
mont Marins et sur les pins de la f'illa Pamphili ,
Çlantés par le Nôtre. J'ai souvent aussi remonté le
'ibre à Ponte Mole , pour jouir de cette grande
scène de la fin du jour. Les sommets des mon
tagnes de la Sabine apparaissent alors de lapis lazuli
et d'or pâle , tandis que leur base et leurs
flancs sont noyés dans une vapeur d'une teinte
violette ou purpurine. Quelquefois de beaux
nuages comme des chars légers , portés sur le
vent du soir avec une grâce inimitable , font com
prendre l'apparition des habitans de l'Olympe
sous ce ciel mythologique ; quelquefois l'antique
Rome semble avoir étendu dans l'Occident toute
la pourpre de ses Consuls et de ses Césars , sous les
derniers pas du dieu du jour. Cette riche décora
tion ne disparaît pas aussi vite que dans nos cli
mats : lorsque vous croyez que les teintes vont
s'effacer , elle se ranime tout-à-coup sur quelqu'autre
point de l'horizon ; un crépuscule semble
succéder à un crépuscule , et la magie du couchant
se prolonge. Il est vrai qu'à cette heure du repos des
campagnes , l'air ne retentit plus de chants bucoli
ques ; les bergers n'y sont plus : Dulcia linauimus
490 MERCURE DE FRANCE,
arva ; mais on voit encore les grandes victimes du
Clytumne , des boeufs blancs ou des troupeaux de
cavales demi sauvages , descendre seuls au bord
du Tibre et venir s'abreuver dans ses eaux. Vous
vous croiriez transporté autemps des vieux Sabirrs
ouausiècledel'arcadien Evandre, no)i**nf komv (i)
alors que le Tibre s'appeloit encore Albula (2) ,
et que le pieux Enée remonta ses oncles inconnues.
Je conviendrai toutefois que les sites de Naples
sont peut-être plus éblouissans que ceux de Rome :
lorsque le soleil enflammé ou que la lune large et
rougie, se lève au-dessus du Vésuve , comme un
globe lancé par le volcan , la baie de Naples avec
ses rivages bordés d'orangers, les montagnes de
l'Apouille, l'île deCaprée, la côte du Pausilipe ,
Baïe , Misène , Cumes , 1'A.verne , les Champs-
Elysées et toute cette terre Virgiiienne, présentent
un spectacle magique; mais il n'a pas selon moi le
grandiose de la campagne romaine. Du moins estil
certain que l'on s'attache prodigieusement à ce
sol fameux : il y a deux mille ans que Cicéron , se
croyait exilé sous le ciel de l'Asie, et qu'il écrivait
à ses amis : Urbem , mi Rufi , cote et in istâ luce
vive (3). Cet attrait de la belle Ausonie , est encore
le même. On cite plusieurs exemples de voyageurs
qui, venus à Rome dans le dessein d'y passer seule
ment quelques jours , y sont demeurés toute leur
vie. Il fallut que le Poussin vint mourir sur cette
terre des beaux paysages; et au moment même
( 1 ) « Pasteurs des peuples. » Hotner.
(2) fïrf.Tit. Liv.
(3) « C'est à Rome qu'il faut habiter, mon cher Rufus,
» c'est a cette lumière qu'il faut vivre. » Je crois que c'est
dans le premier ou dans le second livre des Epistres Fa
milières. Comme j'ai cité partout de mémoire , on vou
dra bien me pardonner, s'il se trouve quelqu'inexactitude
dans les citations.
VENTOSE AN XII. 49t
où je vous écris , j'ai le bonheur d'y connaître
M. d'Agincourt, quiy vit seul depuis 25 ans, et qui
promet à la France d'avoir aussi son Winckelman.
Quiconque s'occupe uniquement de l'étude de
l'antiquité et des beaux arts, ou quiconque n'a
plus de liens dans la vie , doit venir demeurer à
Rome. Là il trouvera pour société une terre qui
nourrira ses réflexions et qui occupera son coeur,
des promenades qui lui diront toujours quelque
chose. La pierre qu'il foulera aux pieds lui parlera,
et la poussière que le vent élèvera sous ses pas
renfermera quelque grandeur humaine. S'il est
malheureux , s'il a mêlé les cendres de ceux qu'il
aima , à tant de cerltlres illustres, avec quel charme
ne passera-t-il pas du sépulcre des Scipions au
tombeau d'un ami vertueux, dunharmant mausolée
de Cecilia Metella , au modeste cercueil d'une
femme infortunée ! Il pourra croire que ces mânes
chéris se plaisent à errer autour de ces monumens
avec l'ombre d'un Cicéron , pleurant en
core sa chère Tullie , ou d'une Âgrippine en
core occupée de l'urne de Germanicus. S'il est
chrétien , ah! comment pourrait-il alors s'arracher
de cette terre qui est devenue sa patrie, de cette
terre qui a vu naître un second empire plus saint
dans son berceau , plus grand dans sa puissance
que celui qui l'a précédé; de cette terre enfin où
les amis que nous avons perdus, dormant avec les
saints dans les catacombes, sous l'oeil du Père des
fidèles , paraissent devoir se réveiller les premiers
dans leur poussière , et semblent plus voisins des
cieux ?
Quoique Rome, vue intérieurement, ressemble
aujourd'hui à la plupart des villes européennes ,
toutefois elle conserve encore un caractère par
ticulier : aucune autre cité ne présente un pareil
mélange d'architecture et de ruines, depuis le sa-»
4g2 MERCUREDEFRANCE,
blime Panthéon d' Agrippa jusqu'aux murailles
gothiques de Bélisaire , depuis les monumens ap
portés d'Alexandrie jusqu'au dôme élevé par
Michel-Ange. La beauté de ses femmes , est un
autre trait distinctif: elles rappellent par leur port
et leur démarche , les Clélie et les Comelie ; ou
croirait voir des statues antiques de Junon ou de
Pallas descendues de leur piédestal , et se pro
menant autour de leurs temples. D'une autre part,
on retrouve chez les Romains , ce ton des chairs ,
que les peintres appellent couleur historique et
qu'ils emploient dans leurs tableaux. Il semble na
turel que des hommes dont les aïeux ont joué un
si grand rôle sur la terre , aient servi de modèle
ou de type aux Raphaël et aux Dominiquin, pour
représenter les personnages de l'histoire.
Une autre singularité de la ville de Rome, ce
sont les troupeaux de chèvres et sur-tout ces atte
lages de grands boeufs aux cornes énormes que
l'on trouve couchés aux pieds des obélisques
Egyptiens , parmi les débris du Forum , et sous
les arcs où ils passaient autrefois, pour conduire le
triomphateur romain à ce capitole , que Ciceron
appelle le conseil public de l'univers:
Romanos adtempla Deûm duxere triumphos.
A tous les bruits ordinaires des grandes cités ,
se mêle ici le bruit des eaux que l'on entend de
toutes parts , comme si l'on était auprès des fon
taines de Blandusie ou d'Egérie. Du haut des col
lines qui sont renfermées dans l'enceinte de Rome ,
ou à l'extrémité de plusieurs rues, vous apercevez
la campagne en perspective ; ce qui mêle la ville
et les champs d'une manière tout - à - fait pit
toresque. En hiver les toits des maisons sont
couverts d'herbe , à-peu-près comme les vieux
toits de chaume de nos paysans. Ces diverses cir
constances contribuent à donner à Rome je ne sais
VENTOSE AN XII. 4g3
quoi de rustique , qui vous rappelle que ses pre
miers dictateurs conduisaient la charrue , qu'elle
dut l'empire du monde à des laboureurs , et que
le plus grand de ses poètes ne dédaigna pas d'en
seigner l'art d'Hésiode aux enfans de Romulus :
Ascrceumque cano romana per oppida carmcn.
Quant au Tibre qui baigne cette grande cité , et
qui en partage la gloire , sa destinée est tout-à-fait
bizarre. Il passe dans un coin de Rome comme s'il
n'y était pas ; on n'y daigne pas jeter les yeux, on
n'en parle jamais , on ne boit point ses eaux , les
femmes ne s'en servent pas pOur laver ; il se dérobe
furtivement entre de méchantes maisons qui le
cachent , et court se précipiter dans la mer , hon
teux de s'appeler le Tevere.
Il faut maintenant, mon cher ami, vous dire
quelque chose de ces ruines dont vous m'avez tant
recommandé de ( vous parler , et qui font une si
grande partie des dehors de Rome ; je les ai toutes
vues en détail , soit à Rome , soit à Naples , excepté
pourtant les temples de Pcestum , que je n'ai pas
eu le temps de visiter. Vous sentez qu'elles doivent
prendre différens caractères , selon les souvenirs qui
s'y attachent.
Dans une belle soirée du mois de juillet dernier,
j'étais allé m'asseoir au Colisée , sur la marche d'un
des autels consacrés aux douleurs de la Passion.
Le soleil qui se couchait , versait des fleuves d'or
par toutes ces galeries où roulait jadis le torrent des
peuples; de fortes ombres sortaient en même temps
de l'enfoncement des loges et des corridors, ou
tombaient sur la terre en larges bandes noires. Du
haut des massifs de l'architecture, j'apercevais, entre
les ruines du côté droit de l'édifice, le jardin du
palais des Césars . avec un palmier qui semble être
placé tout exprés sur ces débris pour les peintres
et les poètes. Au lieu des cris de joieque desspec594
MERCURE DE FRANCE,
tateurs féroces poussaient jadis dans cet amphi
théâtre, en voyant déchirer des chrétiens par de»
lions et des panthères, on n'entendait que les
aboiemens des chiens de l'hermite qui garde ces
ruines. Mais au moment où le soleil descendit sousl'horizon,
ia cloche du dôme de Saint- Pierre
retentit sous les portiques du Colisée. Cette
correspondance établie par des sons religieux, entre
les deux plus grands monumens de Rome païenne
et de Rome chrétienne , me causa une vive émotion ;
je songeai que ce grand édifice moderne tom
berait à son tour comme l'édifice antiqae ".* nue
les monumens se succèdent comme les homm*. ., qui
les ont élevés ; je me rappelai que ces menu
Juifs qui , dans leurs premières captivités , travail
lèrent aux-édifices de l'Egypte et de Babylone ,
avaient aussi dans leur dernière dispersion , bâti
cette énorme enceinte ; que le monument sous les
voûtes duquel résonnait cette cloche chrétienne .
était l'ouvrage d'un empereur païen marqué dans
les prophéties pour la destruction finale de Jéru
salem. Sont-ce là , mon cher ami , d'assez hauts
sujets de méditations fournis par une seule ruine ,
et croyez-vous qu'une ville où de pareils effets se
reproduisent à chaque pas, soit digne d'être vue?
Je suis retourné hier , o, janvier , au Colisée , pour
le voir dans une autre saison , et sous un autre as
pect : j'ai été étonné en arrivant, de ne point en
tendre l'aboiement des chiens qui se montraient
ordinairement dans les corridors supérieurs de
l'amphithéâtre, entre des ruines et des herbes séchées.
J'ai frappé à la porte de l'hermitage prati
qué dans le ceintre d'une loge ; on ne m'a point
répondu ; l'hermite est mort. L'inclémence de la
saison, l'absence du bon solitaire, des souvenirs ré
cens et douloureux, ont redoublé pour moi la
tristesse de cette enceinte, au point que j'ai cru v«ir
VENTOSE AN XII. 4g5
les ruines d'un édifice, que j'avais admiré quelques
jours auparavant dans toute son intégrité et toute
sa Fraîcheur. C'est ainsi , mon très-cher ami , que
nous sommes avertis à chaque pas de notre néant.
L'homme cherche au-dehors des raisons pour s'en
convaincre ; il va méditer sur les restes des monumens
des empires ; et il ne songe pas qu'il est
lui-même une ruine encore plus chancelante , et
qu"il sera tombé avant ces débris ! Ce qui achève de
rendre notre vie le songe d'une ombre (i), c'est
que nous ne pouvons pas même espérer de vivre
long-temps dans le souvenir de nos amis \ puisque
leur coeur où s'est gravée notre image est, comme
l'objet dont il retient les traits , une argile sujette
à se dissoudre. On m'a montré à Portici, un mor
ceau dé cendre du Vésuve, qui tombe en poudre
sans le toucher , et qui conserve l'empreinte , chaque
jour plus effacée , du sein et du bras d'une jeune
femme ensevelie sous les ruines de Pompéïa : c'est
une image assez juste ( bien qu'elle ne soit pas
encore assez vaine ) de la trace que notre mé
moire laisse dans le coeur des hommes , qui n'est
que cendre et poussière (2).
Avant de partir pour Naples , j'étais allé passer
quelques jours seul à Tivoli. Je parcourus les
ruines des environs , et sur-tout celles de la Villa
Adriana. Surpris par la pluie, au milieu de ma
course, je me réfugiai dans les salles des Thermes
voisins du Pécile (3) , sous un figuier qui avait
renversé le pan d'un mur en s'élevant. Dans un
petit salon octogone , ouvert devant moi , une
vigne vierge avait percé la voûte de l'édifice , et
son gros cep lisse , rouge et tortueux , montait le
long du mur comme un serpent. Tout autour de
(1) Pind.
( 2 ) Job.
( 5 ) Monuinens de la Villa,
496 MERCURE DE FRANCE
moî, à travers les arcades des ruines, s'ouvraient
des points de vue sur la campagne romaine. Des
buissons de sureau remplissaient les salles désertes
où venaient se réfugier quelques merles solitaires.
Les fragmens de maçonnerie étaient tapissés de
feuilles de scolopendre , dont la verdure satinée
se dessinait comme un travail en mosaïque sur
la blancheur des marbres. Çà et là de haute
cyprès remplaçaient les colonnes tombées dans ces
f)alais de la mort ; l'acanthe sauvage rampait à
eurs pieds, sur des débris, comme si la nature
s'était plû à reproduire sur ces chefs-d'oeuvre
mutilés de l'architecture , l'ornement de leur beauté
passée. Les salles diverses et les sommités des
ruines ressemblaient à des corbeilles et à des
bouquets de verdure; le vent en agitait les guir
landes humides, et toutes les plantes s'inclinaient
sous la pluie du ciel.
Pendant que je contemplais ce tableau pitto
resque et sauvage , mille idées confuses se pres
saient dans mon esprit : tantôt j'admirais, tantôt
je détestais la grandeur romaine; tantôt je pensais
aux vertus, tantôt aux vices de ce propriétaire
du monde, qui avait voulu rassembler une image
de son empire dans son jardin. Je me rappelais
les événemens qui avaient renversé cette Villa
superbe ; je la voyais dépouillée de ses plus beaux
omemens par le successeur d'Adrien, les Barbares
y passer comme un tourbillon , s'y cantonner
quelquefois , et , pour se défendre dans ces mêmes
monumens qu'ils avaient à moitié détruits , cou
ronner l'ordre grec et toscan du créneau gothique:
enfin, des religieux chrétiens, ramenant la civili
sation dans ces lieux , plantaient la vigne et con
duisaient la charrue dans le temple des Stoïciens
et les salles de l'Académie (i). Bientôt le siècle
( i ) Monumens de ta Villa.
des
VENTOSE
des arts renaissait, et de ne
achevaient de bouleverser ce qu?
ruines de ces paiais , pour y trouve
d'oeuvre des arts. A ces diverses per1
une voix intérieure qui me répétait ce qu'on a cent
fois écrit sur la vanité des choses humaines. Ii y a
même double vanité dans les monumensde la Villa
Adriana ; ils n'étaient , comme on sait , que
des imitations d'autres monumens répandus dans
les provinces de l'empire romain: le véritable
temple de Sérapis à Alexandrie , la véritable
Académie à Athènes , n'existent plus ; vous ne
voyez donc dans les copies d'Adrien que des ruines
de ruines.
Il faudrait maintenant , mon cher ami , vous
décrire le temple de la Sibylle à Tivoli, et le char
mant temple de Vesta suspendu sur la cascade ;
mais le temps me manque. .le regrette encore de ne
pouvoir vous peindre cette charmante cascade célé
brée par Horace ; j'étais là dans vos domaines, vous
l'héritier de l'Açs*»* des Grecs ou du simplex munditiis(
i) du chantre de VArtpoéiique ;mais]el'ai vue
dans unesaison assez triste, et je n'étais pasmoi-môme
fort gai. Je vous dirai plus , j'ai été importuné du
bruit des eaux, dece bruit quim'a tant defoischarmé
dans les forêts américaines. Je me ra ppelle encore avec
quelles délices, la nuit, au milieu du désert, lorsque
mon bûcher était à demi éteint , que mon guide
dormait, que mes chevaux paissaient à quelque
distance ; je me rappelle , dis- je, avec quelles dé
lices j'écoutais la mélodie des eaux et des vents
dans la profondeur des bois. Ces murmures tantôt
plus forts, tantôt plus faibles , croissant et décrois
sant à chaque instant me faisaient tressaillir , et
chaque arbre était pour moi une espèce de lyre
( i ) « Elégante simplicité. » Hor.
498 MERCURE DE FRANCE,
harmonieuse , dont les vents tiraient d'ineffables
accords.
Aujourd'hui je m'aperçois que je suis beau
coup moins sensible à ces charmes de la nature ,
et je doute que îa cataracte même de Niagara me
causât la même admiration qu'autrefois. Quand on
est très-jeune , la nature muette parle beaucoup ,
parce qu'il y a surabondance dans le coeur de
l'homme ; tout son avenir est devant lui ( si mon
Aristarque veut me passer cette expression ) ; il
espère reporter ses sensations au monde , et il se
nourrit de mille chimères ; mais dans un âge plus
avancé , lorsque la perspective que nous avions
devant nous passe derrière , que nous sommes dé
trompés sur une foule d'illusions , alors la nature
seule devient plus froide et moins parlante ,
les jardins parlent peu (i). Il faut pour qu'elle
nous intéresse encore , qu'il s'y attache des souve
nirs de la société , parce que nous nous suffisons
moins à nous-mêmes ; la solitude absolue nous pèse ,
et nous avons besoin de ces conversations qui se
font le soir à voix basse entre des amis (2).
Je n'ai pas quitté Tivoli , sans visiter la maison
du poète que je viens de citer : elle était en face
de la Villa de Mécène. C'était là qu'il otfrait Jloribus
et vino genium memorem brevis oevi (3).
L'hermitage ne pouvait pas être grand , car il est
situé sur la croupe même du coteau ; mais on sent
qu'on devait être bien à l'abri dans ce lieu, et quetout
y était commode quoique petit. Du verger
qui était au-devant de la maison , l'oeil embrassait
un pays immense : vraie retraite du poète à qui
\
( 1 ) La fontaine.
( 2 ) Horace.
( 5 ) « Des fleurs et du vin au génie qui nous rappelle
» la brièveté de la vie. »
VENTOSE AN Xïî. 49g
f>eu suffit, et qui jouit de tout ce qui n'est pas à
ui, spatio brevi spém longam reseces (i). Après
tout il est fort aisé d'être philosophe comme
Horace ; il avait une maison à Rome, deux Villa
à la campagne , lune à Utique , l'autre à Tivoli.
Il buvait d'un certain vin du consulat de Tullus
avec ses amis, son buffet était couvert d'argenterie ,
il disait familièrement au premier ministre du
Mailre du monde : « Je ne sens point les besoins
de la pauvreté , et si je voulais quelque chose de
plus , Mécène , tu ne me le refuserais pas. » Avec
cela on pfcut chanter Lalagé, se couronner de lys
qui vivent peu , parler de la mort en buvant le
Falernc , et livrer au vent les chagrins.
Je remarque qu'Horace, Virgile, Tibulle, Tite-'
Live, moururent tous avant Auguste, qui eut en
cela le sort de Louis XIV : notre grand prince
survécut un peu à son siècle, et se coucha le der
nier dans la tombe , comme pour s'assurer qu'il ne
restait rien après lui.
Il vous sera sans doute fort indifférent de savoir
3ue la maison de Catulle est placée à Tivoli , auessus
de la maison d'Horace , et qu'elle sert main
tenant de demeure à quelques religieux chrétiens ;
mais vous trouvère* peut - être assez remarquable
que l'Arioste soit venu composer ses fables co
miques (2) au même lieu où Horace s'est joué de
toutes les choses de la vie. On se démande
avec surprise, comment il se fait que le chantre
de Roland, retiré chez le cardinal d'Est à Tivoli »
ait consacré ses divines folies à la France , et à la
France demi-barbare, tandisqu'il avait sous lesyeux
les sévères monumens et les graves sou veni rs d upeuple
(1) « Renferme dans un espace étroit tes longues espé»
m rances. » Horï ■■ ": ' '
( 2 ) Boileau.
lia
5oo MERCURE DE FRANCE,
Je plus sérieux et le plus civilisé de la terre. Au
reste, la Villa d'Est est la seule Villa moderne qui
m'ait intéressé , au milieu des débris des Villa de
tant d'Empereurs et de Consulaires. Cette illustre
maison de Ferrare a eu le bonheur peu commun,
d'avoir été chantée par les deux plus grands poètes
de son temps et les deux plus beaux génies de
l'Italie moderne.
Piacciavi , generose Ercolea proie ,
Ornamento , e splendor del secol nostro
Ippolùo , etc.
C'est ici le cri d'un homme heureux, qui rend
grâce à la maison puissante dont il recueille les
faveurs, et dont il fait lui-même les délices. Le
Tasse , plus touchant , fait entendre dans son in
vocation , les accens de la reconnaissance d'un
grand homme infortuné :
Tu rnagnanimo Alfonso , il quai riiogli , etc.
C'est faire un noble usage du pouvoir que de
s'en servir pour protéger les talens exilés , et re
cueillir le mérite fugitif. Arioste et Hippolyte
d'Est ont laissé dans les vallons de Tivoli un sou
venir qui ne le cède pas en charme, à celui d'Ho
race et de Mécène. Mais que sont devenus les
protecteurs et les protégés? au moment même où.
j'écris, la maison d'Est vient de s'éteindre , sa Villa
tombe en ruines , comme celle du ministre d'Au
guste ; c'est l'histoire de toutes les choses et de tous
les hommes :
Linquenda Tellus, et domus et placens
Uxor (\).
Je passai presque tout un jour à cette superbe
Villa. Je ne pouvais me lasser d'admirer la vaste
perspective dont on jouit du haut de ses terrasses :
au-dessous de vous s'étendent les jardins avec leurs
( i ) « Il faudra quitter la terre , une maison , une
» épouse chérie. » Hor.
VENTOSE AN XII. 5oi
1 platanes et leurs cyprès; après les jardins viennent
les restes de la maison de Mécène placée au bord
de l'Anio (i) ; de l'autre côté de la rivière, sur
le coteau en face , règne un bois de vieux oli
viers , où l'on trouve les débris de la Villa de
Varus (2); un peu plus loin à gauche dans la
plaine , s'élèvent les trois monts Monticelli , san
Francesco et sant Angelo, et entre les sommets de
ces trois monts voisins apparaît le sommet lointain
et azuré de l'antique Soracte; à l'horizon et à l'ex
trémité des campagnes romaines , en décrivant un
cercle par le couchant et le midi, on découvre les
hauteurs de Monte - Fiascone , Rome , Civita-
Vecchia, Ostie , la mer, Frascati , surmonté des
pins de Tusculum; enfin, revenant chercher Tivoli
vers le levant , la circonférence entière de cette
immense perspective se termine au mont Ripoli
autrefois occupé par les maisons de Brutus et
d'Atticus, et au pied duquel se trouve la Villa
Adriana avec toutes ses ruines.
On peut découvrir au milieu de ce tableau, le
cours du Teverone , qui descend vers le Tibre , et
3ue l'oeil suit jusqu'au pont où s'élève le mausolée
e la famille Plotia , bâti en ibrme de tour. Le
grand chemin de Rome se déroule aussi dans
la campagne : c'était l'ancienne voie Tiburtine
autrefois bordée de sépulcres , et le long de la
quelle des meules de foin , élevées en pyramides ,
imitent encore des tombeaux.
Il serait difficile de trouver dans le reste du
monde, une vue plus étonnante et plus propre à
faire naître de puissantes réflexions. Je ne parle
pas de Rome , dont on aperçoit les dômes et
( 1 ) Aujourd'hui le Teverone.
( 2 ) Le Varus qui fut massacré avec les légions en
Germanie. Voyez, l'admirable morceau de Tacite.
I i 3
5o3 MERCURE DE FRANCE,
qui seule dit tout ; je parle seulement des
lieux et des monumens renfermés dans cette vaste
élendue. Voilà la maison où Mécène rassasié des
biens de la terre mourut d'une maladie de lan
gueur ; Varus quitta ce beau coteau pour aller
verser son sang dans les marais de la Germanie ;
Cassius et Brutus abandonnèrent ces retraites en
chantées pour bouleverser leur pairie ; sous ces
haut pms de Frascati , Cicéron dictait ses Tusculanes;
Adrien fit couler un nouveau Pénée au pied
de cette colline, et transporta dans ces lieux les
noms , les charmes et les souvenirs du vallon de
Tempe. Vers cette source de la Tolfàtare , la reine
captive de Palmyre acheva ses jours dans l'obscu
rité , et sa ville d'un moment disparut dans le dé
sert ; c'est ici que le roi Latinus consulta le dieu
laune dans la forêt de l'Albunée ; c'est ici qu'Her
cule avait son temple , et que la sibylle Tiburtine
dictaitsesoracles; cesont-là les montagnes des vieux
Sabins, les plaines de l'antique Latium ; terre de
Saturne et de Rhée, berceau de l'âge d'or, chanté
par tous les poètes ; rians coteaux de ïibur et de
Lucrétile dont le seul génie français a pu retracer
les grâces , et qui attendaient le pinceau de
Poussin et de Claude Lorrain.
Je descendis de la Villa d'Est vers les trois
heures après midi , je passai le Teverone sur le
pont de Lupus, pour rentrer à Tivoli par la porte
Sabine. En traversant le bois des vieux oliviers ,
dontjeviensdevousparler, j'aperçus une petite cha
pelle blanche, dédiée à la Madone Quinlilanea , et
bâtie sur les ruines de la Villa de Varus. C'était
un dimanche, la porte de cette chapelle était
ouverte , j'y entrai ; je vis trois petits autels disposés
en forme de croix ; sur celui du milieu s'élevait un
grand crucifix d'argent, devant lequel brûlait une
, Rtnpe suspendue à la voûte. Un seul homme ,
VENTOSE AN XII. 5o3
qui avait l'air très- malheureux, «hait prosterné
auprès d'un banc; il priait avec tant de ferveur.
3u'il ne leva pas même les yeux sur moi au bruit
e mes pas. Je sentis ce que j'ai m ille^ois éprouvé
en entrant dans une église, c'est-à-dire ,uïi certain
apaisement des troubles du coeur \ pour parler
comme nos vieilles Bibles), et je ne sais quel
dégoût de la terre. Je me mis à genoux à quelque
distance de cet homme, et, inspiré par le lieu , je
nepus m'em pêcher de prononcer cetteprière : « Dieu
» du voyageur , qui avez voulu que le pèlerin vous
» adorât dans cet humble asile, bâti sur les ruines
» du palais" d'un grand de la terre; mère de dou-
» leur, qui avez établi votre culte de miséri-
» corde dans l'héritage de ce romain malheureux,
» mort loin de son pays , dans les torêts de la
» Germanie : nous ne sommes ici que deux fidèles
» prosternés au pied de votre autel solitaire. Accor-
>> dez à cet inconnu , qui semble si profondément
» humilié devant vos grandeurs, tout ce qu'il vous
» demande ; faites que les prières de cet homme
» servent à leur tour à guérir mes infirmités , afin
» que ces deux chrétiens qui sont inconnus l'un à
» l'autre, qui ne se sont rencontrés qu'un instant
» dans la vie, et qui vont se quitter pour ne plus
» se voir ici-bas, soient tout étonnés en se retrou-
» vant au pied de votre trône , de se devoir
» mutuellement une partie de leur bonheur, par
» les miracles de la charité ! »
Quand je viens à regarder , mon cher ami ,
toutes les feuilles éparses sur mon bureau , je suis
épouvanté de mon énorme fatras , et j'hésite à
vous l'envoyer. Je sens pourtant que je ne vous ai
rien dit, que j'ai oublié mille choses que j'aurais
dû vous dire. Comment, par exemple, ne vous
ai-je pas parlé de Tusculum , de ce Cicéron qui ,
selon Sénèque, « fut le seul génie que le peuple
5o4 MERCURE DE FRANCE,
» romain aitjCu égal à son empire. « llludingcniurn
» quod solùm populus romanus par impéiio suo
» habuit.nJSlon voyage à Naples , ma descente dans
le cratère du Vésuve (i), mes courses à Pompéia, à
Capoue ,' a* Caserte , à la Tolfatare , au lac d'Averne
, à la grotte de la Sibylle, auraient pu vous
intéresser, etc. Baïes , où se sont passées tant de
scènes mémorables, mériterait seul un volume. Il
me semble que je vois encore la tour de JBola , où
était placée la maison d'Agrippine , et où elle dit
ce mot sublime aux assassins envoyés par son fils :
« Ventrem feri (2). » L'ile de Nisida, qui servit
de retraite à Brutus, après le meurtre de César,
le pont de Caligula , la Piscine admirable , tous ces
palais bâtis dans la mer , dont parle Horace , vau
draient bien la peine qu'on s'y arrêtât un peu.
Virgile a placé ou trouvé dans ces lieux les belles
fictions du sixième livre de son Enéide : c'est de
là qu'il écrivait à Auguste ces paroles modestes
( 1 ) Il n'y a que de la fatigue et aucun danger à descen
dre dans la cratère du Vésuve. Il faudroit avoir le malheur
d'y être surpris par une éruption , et dans ce cas-là même ,
si l'on n'étoit pas emporté par l'explosion de la matière ,
l'expérience a prouvé qu'on peut encore se sauver sur la
lave-: comme elle coule avec une extrême lenteur, sa sur
face se refroidit assez, vite pour qu'on puissey passer rapi
dement. Jesuisdescendu jusques dans un des trois petits cra
tères , formés daDS le milieu du grand cratère , par la dernière
-éruption , qui eut lieu en 1 797. Les fumées , du côté de la
torre de V Annunziala , étoient assez fortes ; je fis plusieurs
tentatives inutiles , pour parvenir à une lueur que l'on
voyait sur le flanc opposé , du côté de Caserte : dans
quelques endroits , la cendre étoit brûlante à deux pouces
de profondeur sous sa surface.
(2) Tacite.
VENTOSE AN XII. 5o5
( elles sont , je crois , les seules lignes de prose
que nous connaissions de ce grand homme) :
Ego verà fréquentes a te literas accipio... De slEnca
quidem meo , si me hercule jam dignum aurlbus haberem
tuis , libenter mitterem ; sed tanta inchoala res est,
ut poene vitio mentis tantum opus ingressus mihi videar ;
cum proesertim , ut scis , alia quoque studio, ad id opus
multoquc potiora impcrtiar (i).
Mon pèlerinage au tombeau de Scipion l'Africain
est un de ceux qui a le plus satisfait mon coeur, bien
que j'aie manqué le but de mon voyage. On m'avait d i t
que son mausolée existait encore , et qu'on y Usait
même le mot patria, seul reste de cette inscription
qu'on prétend y avoir été gravée : Ingrate patrie ,
tu n'auras pas mes os. Je me suis rendu à Patria,
l'ancienne Literne ; je n'ai point trouvé le tom
beau , mais j'ai erré sur les ruines de la maison que
le plus grand et le plus aimable des hommes habi
tait dans son exil : il me semblait voir le vain
queur d'Annibalse promener au bord de la mer
sur la côte opposée à celle de Carthage,et se conso
lant de l'injustice de Rome , par les charmes de
l'amitié et Je souvenir de ses vertus (2).
(1) Ce fragment se trouve dans Macrobe , mais je ne
puis indiquer le livre : je crois pourtant que c'est le
premier.
(2) Non-seulement on m'avait dit que ce tombeau exis
tait j mais j'avais lu les circonstances que je rapporte ici ,
dans je ne sais plus quel voyageur. Cependant , les raisons
suivantes me font douter un peu de la vérité des faits :
i°. Il me paraît que Scipion , malgré les justes raisons
de plainte qu'il avait contre Rome , aimait cependant
trop sa patrie pour avoir voulu qu'on gravât celte ins
cription sur son tombeau : cela semble contraire à tout
ce que nous connaissons du génie des anciens.
20. L'inscription rapportée est conçue presque littérale
ment dans les termes de l'imprécation que Tite-Live fait
5o6 MERCURE DE FRANCE,
Quant aux Romains modernes, mon cher ami,
Duclos me semble avoir de l'humeur , lorsqu'il les
prononcer à Scipion en sortant de Rome : ne serait-ce paslà
la source de l'erreur?
3°. Plutarque raconte que l'on trouva près de Gaïette ,
une urne de bronze dans un tombeau de marbre , où les
cendres de Scipion devaient avoir été renfermées , et qui
portait une inscription très-différente de celle dont il
s'agit ici.
4*. L'ancienne Literne ayant pris le nom de Palrîa ,
cela a pu donner naissance à ce qu'on a dit du mot patria ,
resté seul de toute l'inscription du tombeau. Ne serait-ce
pas, en effet, un hasard fort singulier que 1« lieu se nom
mât Patria , et que le mot patria se trouvât aussi sur le
monument de Scipion? à moins que l'on ne suppose que
l'un a pris son nom de l'autre.
Il se peut faire toutefois que des auteurs que je ne con
nais pas , aient parlé de cette inscription de manière à ne
laisser aucun doute : ilyamême unephrase dans Plutarque,
qui semble favorable à l'opinion que je combats. Un homme
du plus grand mérite , et qui m'est d'autant plus cher qu'il
est fort malheureux, a fait , presqu'en même temps que moi ,
le voyage de Patria. Nous avons souvent causé ensemble
de ce lieu célèbre ; mais je ne suis pas bien sûr qu'il m'ait
dit avoir vu lui-même le tombeau et le mot (ce qui tran
cherait la difficulté ) , ou s'il m'a seulement raconté la tra
dition populaire. Quant à moi, je n'ai point trouvé le mo
nument, et je n'ai vu que les ruines de la Villa , qui sont
très-peu de chose.
Plutarque parle de l'opinion de ceux qui voulaient que
le tombeau de Scipion fût auprès de Rome. Mais ils con
fondaient évidemment le tombeau des Scipion et le tom
beau de Scipion. Tite-Live affirme que celui-ci était à
Literne , qu'il était surmonté d'une statue qui fut abattue
par une tempête , et qu'il avait vu lui-même cette
VENTOSE AN XII. 5o7
appelle les Italiens de Rome. Je crois qu'il y a
encore chez eux le fond diune nation peu com
mune. On peut découvrir . aisément parmi ce
peuple, trop sévèrement jugé, un grand sens, du
courage, de la patience, du génie, des traces pro
fondes de ses anciennes moeurs , je ne sais quel
air de souverain, et quels noblesusages qui sentent
encore la royauté. Avant de condamner cette opi
nion, qui peut vous paraître bizarre, il faudrait
entendre mes raisons, et je n'ai pas le temps de
vous les rapporter.
Que de choses me resteraient à vous dire sur
la littérature italienne ! Savez-vous que je n'ai
vu qu'une seule fois le comte Alfieri dans ma vie,
et devineriez -vous dans quelle circonstance ? je
l'ai vu mettre dans sa bière. On me dit qu'il n'é
tait presque pas changé. Sa physionomie me pa
rut noble et grave; la mort y ajoutait sans doute
une nouvelle sévérité ; son cercueil étant un peu
Irop court , on lui inclina la tête surla poitrine, ce qui
lui fit faire un mouvement formidable. Jetiensdela
bonté d'une personne qui lui fut bien chère , et de
la politesse d'un ami du comte Alfieri à Florence ,
les notes les plus curieuses sur les ouvrages pos
thumes , les opinions et la vie de cet homme
célèbre.La plupart des papiers publics, en France,
ne vous ont donné sur tout cela que des renseignemens
tronqués et incertains. En attendant que je
puisse vous communiquer mes notes, je vous envoie
statue. On savait d'ailleurs par Senèque , Ciceron et Pline ,
que l'autre tombeau, c'est-à-dire celui des Scipion avait
•existé en effet à une des portes de Rome. Il a été découvert
sous Pie VI ; on en a transporté les inscriptions au musée
du Vatican : parmi les noms des membres de la famille des
Scipion trouyés dans le monument , celui de l'Africain
manque,
5o8 MERCURE DE FRANCE,
l'épitaphe que le comte Alfieri avait faite , en même
temps que la sienne, pour sa noble amie :
HIC. SITA. EST
Al.... E. . . . St....
ALT. ... C O M
Génère, forma, moribus.
Incomparabili. animi. candore.
Proeclarissima.
. A. Viclorio. Alferio.
Juxta. c/iiem. sarcophago. uno (i).
Tumulata. est.
Annorum. 26. spatio.
Vitra, res. omnes. dilecta.
Et. quasi, mortale. nnmen.
Ab ipso, constanter. habita.
Et. observata.
Vixit annos.... menses.... dies....
Ha nnonioe. Montibus. nata.
Obiit. . . die. . . mensis. . .
Anno Domini. M. D. CCC. . (2).
La simplicité de cette épitaphe, et sur-tout la
( 1 ) Sic inscribendum , me , ut opinor et opto , proemoriente •
sed , aliter jubente Dea , aliter inscribendum ■
Qui. juxta. eam. sarcophago. uno >
Conduits, erit. quamprimùin.
(2) « Ici repose Héloïse E. St. comtesse d' Al. , illustre par ses
» aïeux, célèbre far les grâces de sa personne , par les agrémens
» de son esprit , et par la candeur imcomparable de son ame.
» Inhumée près de Victor Alfieri , dans un même tombeau (*) ; il
» la préféra, pendant vingt-six ans , à toutes les choses de la terre.
» Mortelle, ellefut constamment suivie et honorée par lui, c»mme
» si elle eût été une Divinité.
a Née à Hlons ; elle vécut et moitrut le »
(*) Ainsi j'ai écrit , espérant , désirant mourir le premier ; mais
i'il plaît à Dieu d'en ordonner autrement , il faudra autrement écrire :
« Inhumée par la volonté de Victor Alfieri, qui sera bientôt enseveU
» près d'e lie dans un même tombeau. »
VENTOSE AN XII. 5o9
note qui l'accompagne , me semblent extrême
ment touchantes.
Pour cette fois, j'ai fini; je vous envoie ce
monceau de ruines, faites-en tout ce qu'il vous
plaira. Dans la description des divers objets dont
je vous ai parlé , je crois n'avoir omis aucune cir
constance remarquable , si ce n'est que le Tibre
est toujours le Jlams Tiberinus de Virgile. On
prétend qu'il doit cette couleur limoneuse aux
pluies qui tombent dans les montagnes dont il
descend. Souvent, par le temps le plus serein, en
regardant couler ses flots décolorés , je me suis re
présenté une vie commencée au milieu des orages ;
le reste de son cours passe en vain sous un ciel
pur; le fleuve demeure teint des eaux de la
tempête , qui l'ont troublé dans sa source.
Chateaubriand.
devoir jouir seule du plaisir qu'elle lui a fait éprou
ver. Les détails qu'elle renferme intéresseront tous
les lecteurs. On y retrouvera le talent de l'auteur
du Génie du Christianisme , enrichie d'autres
souvenirs et d'autres images (i).
Home, le 10 janvier 1804.
A M. de F.
J'ARRIVE de Naples, mon cher ami, et je
vous porte un fruit de mon voyage , sur lequel
vous avez des droits : quelques feuilles du laurier
du tombeau de Virgile. « Tenet nunc Parthenope . »
Il y a long-temps que j'aurais dû vous parler de
cette terre classique, faite pour intéresser un génie
comme le vôtre ; mais diverses raisons m'en ont
empêché. Cependant, je ne veux pas quitter Rome
sans vous dire au moins quelques mots de cette
ville fameuse. Nous étions convenus que je vous
écrirais, au hasard et sans suite, tout ce que je
penserais de l'Italie , comme je vous marquais
autrefois l'impression que faisaient sur mon coeur
les solitudes du Nouveau - Monde. Sans autre
préambule, je vais donc essayer de vous donner
une idée générale des dehors de Rome , c'est-àdire,
de ses campagnes et de ses ruines.
Vous avez lu , mon cher ami , tout ce qu'on
(i) M. de Chateaubriand à qni l'on a communiqué les
épreuves de sa lettre , a bien voulu y ajouter quelques
notes. ( Note de l'éditeur. )
H h 3
486 MERCURE DE FRANCE,
a écrit sur ce sujet; mais je ne sais pas si les
voyageurs vous ont donné une idée bien juste du
tableau que présente la campagne de Rome.
Figurez - vous quelque chose de la désolation
de Tyr et de Babylone, dont parle l'Ecriture;
un silence et une solitude aussi vastes que le
bruit et le tumulte des hommes qui se pres
saient jadis sur ce sol. On croit y entendre reten
tir celte malédiction du prophète : Venient tibi
duo hoec subitb indienne, sterilitas ewiduitas(i).
Vous apercevez çà et là quelques bouts de
voies romaines, dans des lieux où il ne passe plus
personne ; quelques traces desséchées des torrens
de l'hiver, qui, vues de loin, ont elles-mêmes l'air
de grands chemins battus et fréquentés, et qui ne
sont que le lit désert d'une onde orageuse qui
s'est écoulée comme le peuple romain. A peine
découvrez-vous quelques arbres , mais vous voyez
partout des ruines d'aqueducs et de tombeaux,
3ui semblent être les forêts et les plantes indigènes
une terre composée de la poussière des morts
et des débris des empires. Souvent , dans une
grande plaine, j'ai cru voir de riches moissons;
je m'en approchais, et ce n'était que des herbes
flétries qui avaient trompé mon oeil : quelquefois
sous ces moissons stériles vous distinguez les traces
d'une ancienne culture. Point d'oiseaux, point de
laboureurs, point çle mouvemens champêtres,
point de mugissemens vde troupeaux , point de
villages, Un petit nomhre de fermes délabrées
se montrent sur la nudité des champs: les fenêtres
et les portes en Sont fermées ; il n'en sort ni fumée ,
ni bruit, ni habitans ; une espèce de sauvage,
presque nu , pâle et miné par la fièvre , garde
■ Il I. III II .11 . ■■■»--■■■ ■«^■^1— I II II' ' —^—»—-M^i—^^
( i ) « Deux choses te viendront à la fois dans un seul
» jour f stérilité et veuvage. » Isaïc,
VENTOSE AN XII. 487
seulement ces tristes chaumières , comme ces
spectres qui, dans nos histoires gothiques, défen
dent l'entrée des châteaux abandonnés. Enfin ,
l'on dirait qu'aucune nation n'a osé succéder aux
maîtres du monde dans leur terre natale , et que
vous voyez ces champs, tels que les a laissés le soc
de Cincinnafus , ou la dernière charrue romaine.
C'est du milieu de ce terrain inculte , que do
mine et qu'attriste encore un monument appelé
par la voix populaire le Tombeau de Néron (1) ,
que s'élève la grande ombre «le la ville éternelle.
Déchue de sa puissance terrestre , elle semble dans .
son orgueil avoir voulu s'isoler ; elle s'est séparée
des autres cités de la terre; et, comme une reinç^
tombée du trône, elle a noblement caché ses mal^ \
heurs dans la solitude.
11 me serait impossible de vous peindre ce
qu'on éprouve , lorsque Rome vous apparaît
tout-à-coup au milieu de ses royaumes vuides ,
inania régna ,• et qu'elle a l'air de se lever
Ç>ur vous de la tombe où elle était couchée,
àchez de vous figurer ce trouble et cet étonnement
qu'éprouvaient les prophètes , lorsque Dieu
leur envoyait la vision de quelque cité à laquelle
il avait attaché les destinées de son peuple ; quasi
aspectus splendoris (2.). La multitude des souvenirs,
l'abondance des senti mens vous oppressent , et
votre ame est bouleversée à l'aspect de cette Rome
qui a recueilli deux fois la succession du monde ,
comme héritière de Saturne et de Jacob (3).
( i ) Le véritable tombeau de Néron était à la porte
du Peuple , dans l'endroit même où l'on a bâti depuis
l'église de Santa Maria del Popolo.
(2) « C'était comme une vision de splendeur, n Ezecli.
(3) Montaigne décrit ainsi la campagne de Rome , telle
qu'elle était il y a envison deux cents ans :
« Nous avions loin ; sur notre main gauche , l'Apec-
; s . -,
Hh4
4&8 MERCURE DE FRANCE,
Vous croirez peut-être , mon cher ami , d'a
près cette description , qu'il n'y a rien de plus af
freux que les campagnes romaines ? vous vous
tromperiez beaucoup , elles ont une inconcevable
grandeur ; on est toujours prêt , en les regardant ,
à s'écrier avec Virgile :
Salve, magna parens frugum, saturniateUus,
Magna ■virûm (i) /
Si vous les voyez en économiste , elles vous dé
soleront sans doute; mais si vous les contemplez
en artiste, en poète, et même en philosophe, vous
ne voudriez peut-être pas qu'elles fussent autrement.
L'aspect d'un champ de bled ou d'un coteau de
vigne ne donnerait pas à votre ame d'aussi fortes
émotions , que la vue de cette terre dont la cul
ture moderne n'a pas rajeuni le sol , et qui est ,
pour ainsi dire, demeurée antique comme les ruines
qui la «ouvrent.
Rien n'est beau comme les lignes de l'horizon
romain , comme la douce inclinaison des plans ,
et les contours suaves et fuyans des montagnes qui
le terminent. Souvent les vallées y prennent la
forme d'une arène, d'un cirque , d'un hippo
drome ; les coteaux y sont taillés en terrasses ,
comme si la main puissante des Romains avait re
mué toute cette terre. Une vapeur particulière , ré
pandue dans ies lointains , arrondit les objets et
fait disparaître ce qu'ils pourraient avoir de trop
dur ou de trop heurté dans leurs formes. Les
n nin , le prospect du pays mal plaisant , bossé , plein
j> de profondes fandasses, incapable d'y recevoir nulle
» conduite de gens de guerre en ordonnance: le terroir nu
» sans arbres , une bonne partie stérile , le pavs fort ou-
» vert tout autour, et plus de dix milles à la ronde, et
j> quasi tout de cette sorte , fort peu peuplé de maisons, n
(i) « Salut, terre féconde ; terre de Saturne, mère
A des grands hommes, »
VENTOSE AN XII. 489
ombres n'y sont jamais lourdes et noires; il n'y a
pas de masses si obscures dans les rochers et les
feuillages, où il ne s'insinue toujours un peu de
lumière. Une teinte singulièrement harmonieuse,
marie la terre , le ciel , les eaux : toutes les sur
faces , au moyen d'une gradation insensible de
couleurs , s'unissent par leurs extrémités , sans
qu'on puisse déterminer le point où une nuance
finit et où l'autre commence. Vous avez sans doute
admiré dans les paysages de Claude Lorrain, cette
lumière qui semble idéale et plus belle que na
ture ? eh bien , c'est la lumière de Rome.
Je ne me lassais point de voir à la Villa
Borghese , le soleil se coucher sur les cyprès du
mont Marins et sur les pins de la f'illa Pamphili ,
Çlantés par le Nôtre. J'ai souvent aussi remonté le
'ibre à Ponte Mole , pour jouir de cette grande
scène de la fin du jour. Les sommets des mon
tagnes de la Sabine apparaissent alors de lapis lazuli
et d'or pâle , tandis que leur base et leurs
flancs sont noyés dans une vapeur d'une teinte
violette ou purpurine. Quelquefois de beaux
nuages comme des chars légers , portés sur le
vent du soir avec une grâce inimitable , font com
prendre l'apparition des habitans de l'Olympe
sous ce ciel mythologique ; quelquefois l'antique
Rome semble avoir étendu dans l'Occident toute
la pourpre de ses Consuls et de ses Césars , sous les
derniers pas du dieu du jour. Cette riche décora
tion ne disparaît pas aussi vite que dans nos cli
mats : lorsque vous croyez que les teintes vont
s'effacer , elle se ranime tout-à-coup sur quelqu'autre
point de l'horizon ; un crépuscule semble
succéder à un crépuscule , et la magie du couchant
se prolonge. Il est vrai qu'à cette heure du repos des
campagnes , l'air ne retentit plus de chants bucoli
ques ; les bergers n'y sont plus : Dulcia linauimus
490 MERCURE DE FRANCE,
arva ; mais on voit encore les grandes victimes du
Clytumne , des boeufs blancs ou des troupeaux de
cavales demi sauvages , descendre seuls au bord
du Tibre et venir s'abreuver dans ses eaux. Vous
vous croiriez transporté autemps des vieux Sabirrs
ouausiècledel'arcadien Evandre, no)i**nf komv (i)
alors que le Tibre s'appeloit encore Albula (2) ,
et que le pieux Enée remonta ses oncles inconnues.
Je conviendrai toutefois que les sites de Naples
sont peut-être plus éblouissans que ceux de Rome :
lorsque le soleil enflammé ou que la lune large et
rougie, se lève au-dessus du Vésuve , comme un
globe lancé par le volcan , la baie de Naples avec
ses rivages bordés d'orangers, les montagnes de
l'Apouille, l'île deCaprée, la côte du Pausilipe ,
Baïe , Misène , Cumes , 1'A.verne , les Champs-
Elysées et toute cette terre Virgiiienne, présentent
un spectacle magique; mais il n'a pas selon moi le
grandiose de la campagne romaine. Du moins estil
certain que l'on s'attache prodigieusement à ce
sol fameux : il y a deux mille ans que Cicéron , se
croyait exilé sous le ciel de l'Asie, et qu'il écrivait
à ses amis : Urbem , mi Rufi , cote et in istâ luce
vive (3). Cet attrait de la belle Ausonie , est encore
le même. On cite plusieurs exemples de voyageurs
qui, venus à Rome dans le dessein d'y passer seule
ment quelques jours , y sont demeurés toute leur
vie. Il fallut que le Poussin vint mourir sur cette
terre des beaux paysages; et au moment même
( 1 ) « Pasteurs des peuples. » Hotner.
(2) fïrf.Tit. Liv.
(3) « C'est à Rome qu'il faut habiter, mon cher Rufus,
» c'est a cette lumière qu'il faut vivre. » Je crois que c'est
dans le premier ou dans le second livre des Epistres Fa
milières. Comme j'ai cité partout de mémoire , on vou
dra bien me pardonner, s'il se trouve quelqu'inexactitude
dans les citations.
VENTOSE AN XII. 49t
où je vous écris , j'ai le bonheur d'y connaître
M. d'Agincourt, quiy vit seul depuis 25 ans, et qui
promet à la France d'avoir aussi son Winckelman.
Quiconque s'occupe uniquement de l'étude de
l'antiquité et des beaux arts, ou quiconque n'a
plus de liens dans la vie , doit venir demeurer à
Rome. Là il trouvera pour société une terre qui
nourrira ses réflexions et qui occupera son coeur,
des promenades qui lui diront toujours quelque
chose. La pierre qu'il foulera aux pieds lui parlera,
et la poussière que le vent élèvera sous ses pas
renfermera quelque grandeur humaine. S'il est
malheureux , s'il a mêlé les cendres de ceux qu'il
aima , à tant de cerltlres illustres, avec quel charme
ne passera-t-il pas du sépulcre des Scipions au
tombeau d'un ami vertueux, dunharmant mausolée
de Cecilia Metella , au modeste cercueil d'une
femme infortunée ! Il pourra croire que ces mânes
chéris se plaisent à errer autour de ces monumens
avec l'ombre d'un Cicéron , pleurant en
core sa chère Tullie , ou d'une Âgrippine en
core occupée de l'urne de Germanicus. S'il est
chrétien , ah! comment pourrait-il alors s'arracher
de cette terre qui est devenue sa patrie, de cette
terre qui a vu naître un second empire plus saint
dans son berceau , plus grand dans sa puissance
que celui qui l'a précédé; de cette terre enfin où
les amis que nous avons perdus, dormant avec les
saints dans les catacombes, sous l'oeil du Père des
fidèles , paraissent devoir se réveiller les premiers
dans leur poussière , et semblent plus voisins des
cieux ?
Quoique Rome, vue intérieurement, ressemble
aujourd'hui à la plupart des villes européennes ,
toutefois elle conserve encore un caractère par
ticulier : aucune autre cité ne présente un pareil
mélange d'architecture et de ruines, depuis le sa-»
4g2 MERCUREDEFRANCE,
blime Panthéon d' Agrippa jusqu'aux murailles
gothiques de Bélisaire , depuis les monumens ap
portés d'Alexandrie jusqu'au dôme élevé par
Michel-Ange. La beauté de ses femmes , est un
autre trait distinctif: elles rappellent par leur port
et leur démarche , les Clélie et les Comelie ; ou
croirait voir des statues antiques de Junon ou de
Pallas descendues de leur piédestal , et se pro
menant autour de leurs temples. D'une autre part,
on retrouve chez les Romains , ce ton des chairs ,
que les peintres appellent couleur historique et
qu'ils emploient dans leurs tableaux. Il semble na
turel que des hommes dont les aïeux ont joué un
si grand rôle sur la terre , aient servi de modèle
ou de type aux Raphaël et aux Dominiquin, pour
représenter les personnages de l'histoire.
Une autre singularité de la ville de Rome, ce
sont les troupeaux de chèvres et sur-tout ces atte
lages de grands boeufs aux cornes énormes que
l'on trouve couchés aux pieds des obélisques
Egyptiens , parmi les débris du Forum , et sous
les arcs où ils passaient autrefois, pour conduire le
triomphateur romain à ce capitole , que Ciceron
appelle le conseil public de l'univers:
Romanos adtempla Deûm duxere triumphos.
A tous les bruits ordinaires des grandes cités ,
se mêle ici le bruit des eaux que l'on entend de
toutes parts , comme si l'on était auprès des fon
taines de Blandusie ou d'Egérie. Du haut des col
lines qui sont renfermées dans l'enceinte de Rome ,
ou à l'extrémité de plusieurs rues, vous apercevez
la campagne en perspective ; ce qui mêle la ville
et les champs d'une manière tout - à - fait pit
toresque. En hiver les toits des maisons sont
couverts d'herbe , à-peu-près comme les vieux
toits de chaume de nos paysans. Ces diverses cir
constances contribuent à donner à Rome je ne sais
VENTOSE AN XII. 4g3
quoi de rustique , qui vous rappelle que ses pre
miers dictateurs conduisaient la charrue , qu'elle
dut l'empire du monde à des laboureurs , et que
le plus grand de ses poètes ne dédaigna pas d'en
seigner l'art d'Hésiode aux enfans de Romulus :
Ascrceumque cano romana per oppida carmcn.
Quant au Tibre qui baigne cette grande cité , et
qui en partage la gloire , sa destinée est tout-à-fait
bizarre. Il passe dans un coin de Rome comme s'il
n'y était pas ; on n'y daigne pas jeter les yeux, on
n'en parle jamais , on ne boit point ses eaux , les
femmes ne s'en servent pas pOur laver ; il se dérobe
furtivement entre de méchantes maisons qui le
cachent , et court se précipiter dans la mer , hon
teux de s'appeler le Tevere.
Il faut maintenant, mon cher ami, vous dire
quelque chose de ces ruines dont vous m'avez tant
recommandé de ( vous parler , et qui font une si
grande partie des dehors de Rome ; je les ai toutes
vues en détail , soit à Rome , soit à Naples , excepté
pourtant les temples de Pcestum , que je n'ai pas
eu le temps de visiter. Vous sentez qu'elles doivent
prendre différens caractères , selon les souvenirs qui
s'y attachent.
Dans une belle soirée du mois de juillet dernier,
j'étais allé m'asseoir au Colisée , sur la marche d'un
des autels consacrés aux douleurs de la Passion.
Le soleil qui se couchait , versait des fleuves d'or
par toutes ces galeries où roulait jadis le torrent des
peuples; de fortes ombres sortaient en même temps
de l'enfoncement des loges et des corridors, ou
tombaient sur la terre en larges bandes noires. Du
haut des massifs de l'architecture, j'apercevais, entre
les ruines du côté droit de l'édifice, le jardin du
palais des Césars . avec un palmier qui semble être
placé tout exprés sur ces débris pour les peintres
et les poètes. Au lieu des cris de joieque desspec594
MERCURE DE FRANCE,
tateurs féroces poussaient jadis dans cet amphi
théâtre, en voyant déchirer des chrétiens par de»
lions et des panthères, on n'entendait que les
aboiemens des chiens de l'hermite qui garde ces
ruines. Mais au moment où le soleil descendit sousl'horizon,
ia cloche du dôme de Saint- Pierre
retentit sous les portiques du Colisée. Cette
correspondance établie par des sons religieux, entre
les deux plus grands monumens de Rome païenne
et de Rome chrétienne , me causa une vive émotion ;
je songeai que ce grand édifice moderne tom
berait à son tour comme l'édifice antiqae ".* nue
les monumens se succèdent comme les homm*. ., qui
les ont élevés ; je me rappelai que ces menu
Juifs qui , dans leurs premières captivités , travail
lèrent aux-édifices de l'Egypte et de Babylone ,
avaient aussi dans leur dernière dispersion , bâti
cette énorme enceinte ; que le monument sous les
voûtes duquel résonnait cette cloche chrétienne .
était l'ouvrage d'un empereur païen marqué dans
les prophéties pour la destruction finale de Jéru
salem. Sont-ce là , mon cher ami , d'assez hauts
sujets de méditations fournis par une seule ruine ,
et croyez-vous qu'une ville où de pareils effets se
reproduisent à chaque pas, soit digne d'être vue?
Je suis retourné hier , o, janvier , au Colisée , pour
le voir dans une autre saison , et sous un autre as
pect : j'ai été étonné en arrivant, de ne point en
tendre l'aboiement des chiens qui se montraient
ordinairement dans les corridors supérieurs de
l'amphithéâtre, entre des ruines et des herbes séchées.
J'ai frappé à la porte de l'hermitage prati
qué dans le ceintre d'une loge ; on ne m'a point
répondu ; l'hermite est mort. L'inclémence de la
saison, l'absence du bon solitaire, des souvenirs ré
cens et douloureux, ont redoublé pour moi la
tristesse de cette enceinte, au point que j'ai cru v«ir
VENTOSE AN XII. 4g5
les ruines d'un édifice, que j'avais admiré quelques
jours auparavant dans toute son intégrité et toute
sa Fraîcheur. C'est ainsi , mon très-cher ami , que
nous sommes avertis à chaque pas de notre néant.
L'homme cherche au-dehors des raisons pour s'en
convaincre ; il va méditer sur les restes des monumens
des empires ; et il ne songe pas qu'il est
lui-même une ruine encore plus chancelante , et
qu"il sera tombé avant ces débris ! Ce qui achève de
rendre notre vie le songe d'une ombre (i), c'est
que nous ne pouvons pas même espérer de vivre
long-temps dans le souvenir de nos amis \ puisque
leur coeur où s'est gravée notre image est, comme
l'objet dont il retient les traits , une argile sujette
à se dissoudre. On m'a montré à Portici, un mor
ceau dé cendre du Vésuve, qui tombe en poudre
sans le toucher , et qui conserve l'empreinte , chaque
jour plus effacée , du sein et du bras d'une jeune
femme ensevelie sous les ruines de Pompéïa : c'est
une image assez juste ( bien qu'elle ne soit pas
encore assez vaine ) de la trace que notre mé
moire laisse dans le coeur des hommes , qui n'est
que cendre et poussière (2).
Avant de partir pour Naples , j'étais allé passer
quelques jours seul à Tivoli. Je parcourus les
ruines des environs , et sur-tout celles de la Villa
Adriana. Surpris par la pluie, au milieu de ma
course, je me réfugiai dans les salles des Thermes
voisins du Pécile (3) , sous un figuier qui avait
renversé le pan d'un mur en s'élevant. Dans un
petit salon octogone , ouvert devant moi , une
vigne vierge avait percé la voûte de l'édifice , et
son gros cep lisse , rouge et tortueux , montait le
long du mur comme un serpent. Tout autour de
(1) Pind.
( 2 ) Job.
( 5 ) Monuinens de la Villa,
496 MERCURE DE FRANCE
moî, à travers les arcades des ruines, s'ouvraient
des points de vue sur la campagne romaine. Des
buissons de sureau remplissaient les salles désertes
où venaient se réfugier quelques merles solitaires.
Les fragmens de maçonnerie étaient tapissés de
feuilles de scolopendre , dont la verdure satinée
se dessinait comme un travail en mosaïque sur
la blancheur des marbres. Çà et là de haute
cyprès remplaçaient les colonnes tombées dans ces
f)alais de la mort ; l'acanthe sauvage rampait à
eurs pieds, sur des débris, comme si la nature
s'était plû à reproduire sur ces chefs-d'oeuvre
mutilés de l'architecture , l'ornement de leur beauté
passée. Les salles diverses et les sommités des
ruines ressemblaient à des corbeilles et à des
bouquets de verdure; le vent en agitait les guir
landes humides, et toutes les plantes s'inclinaient
sous la pluie du ciel.
Pendant que je contemplais ce tableau pitto
resque et sauvage , mille idées confuses se pres
saient dans mon esprit : tantôt j'admirais, tantôt
je détestais la grandeur romaine; tantôt je pensais
aux vertus, tantôt aux vices de ce propriétaire
du monde, qui avait voulu rassembler une image
de son empire dans son jardin. Je me rappelais
les événemens qui avaient renversé cette Villa
superbe ; je la voyais dépouillée de ses plus beaux
omemens par le successeur d'Adrien, les Barbares
y passer comme un tourbillon , s'y cantonner
quelquefois , et , pour se défendre dans ces mêmes
monumens qu'ils avaient à moitié détruits , cou
ronner l'ordre grec et toscan du créneau gothique:
enfin, des religieux chrétiens, ramenant la civili
sation dans ces lieux , plantaient la vigne et con
duisaient la charrue dans le temple des Stoïciens
et les salles de l'Académie (i). Bientôt le siècle
( i ) Monumens de ta Villa.
des
VENTOSE
des arts renaissait, et de ne
achevaient de bouleverser ce qu?
ruines de ces paiais , pour y trouve
d'oeuvre des arts. A ces diverses per1
une voix intérieure qui me répétait ce qu'on a cent
fois écrit sur la vanité des choses humaines. Ii y a
même double vanité dans les monumensde la Villa
Adriana ; ils n'étaient , comme on sait , que
des imitations d'autres monumens répandus dans
les provinces de l'empire romain: le véritable
temple de Sérapis à Alexandrie , la véritable
Académie à Athènes , n'existent plus ; vous ne
voyez donc dans les copies d'Adrien que des ruines
de ruines.
Il faudrait maintenant , mon cher ami , vous
décrire le temple de la Sibylle à Tivoli, et le char
mant temple de Vesta suspendu sur la cascade ;
mais le temps me manque. .le regrette encore de ne
pouvoir vous peindre cette charmante cascade célé
brée par Horace ; j'étais là dans vos domaines, vous
l'héritier de l'Açs*»* des Grecs ou du simplex munditiis(
i) du chantre de VArtpoéiique ;mais]el'ai vue
dans unesaison assez triste, et je n'étais pasmoi-môme
fort gai. Je vous dirai plus , j'ai été importuné du
bruit des eaux, dece bruit quim'a tant defoischarmé
dans les forêts américaines. Je me ra ppelle encore avec
quelles délices, la nuit, au milieu du désert, lorsque
mon bûcher était à demi éteint , que mon guide
dormait, que mes chevaux paissaient à quelque
distance ; je me rappelle , dis- je, avec quelles dé
lices j'écoutais la mélodie des eaux et des vents
dans la profondeur des bois. Ces murmures tantôt
plus forts, tantôt plus faibles , croissant et décrois
sant à chaque instant me faisaient tressaillir , et
chaque arbre était pour moi une espèce de lyre
( i ) « Elégante simplicité. » Hor.
498 MERCURE DE FRANCE,
harmonieuse , dont les vents tiraient d'ineffables
accords.
Aujourd'hui je m'aperçois que je suis beau
coup moins sensible à ces charmes de la nature ,
et je doute que îa cataracte même de Niagara me
causât la même admiration qu'autrefois. Quand on
est très-jeune , la nature muette parle beaucoup ,
parce qu'il y a surabondance dans le coeur de
l'homme ; tout son avenir est devant lui ( si mon
Aristarque veut me passer cette expression ) ; il
espère reporter ses sensations au monde , et il se
nourrit de mille chimères ; mais dans un âge plus
avancé , lorsque la perspective que nous avions
devant nous passe derrière , que nous sommes dé
trompés sur une foule d'illusions , alors la nature
seule devient plus froide et moins parlante ,
les jardins parlent peu (i). Il faut pour qu'elle
nous intéresse encore , qu'il s'y attache des souve
nirs de la société , parce que nous nous suffisons
moins à nous-mêmes ; la solitude absolue nous pèse ,
et nous avons besoin de ces conversations qui se
font le soir à voix basse entre des amis (2).
Je n'ai pas quitté Tivoli , sans visiter la maison
du poète que je viens de citer : elle était en face
de la Villa de Mécène. C'était là qu'il otfrait Jloribus
et vino genium memorem brevis oevi (3).
L'hermitage ne pouvait pas être grand , car il est
situé sur la croupe même du coteau ; mais on sent
qu'on devait être bien à l'abri dans ce lieu, et quetout
y était commode quoique petit. Du verger
qui était au-devant de la maison , l'oeil embrassait
un pays immense : vraie retraite du poète à qui
\
( 1 ) La fontaine.
( 2 ) Horace.
( 5 ) « Des fleurs et du vin au génie qui nous rappelle
» la brièveté de la vie. »
VENTOSE AN Xïî. 49g
f>eu suffit, et qui jouit de tout ce qui n'est pas à
ui, spatio brevi spém longam reseces (i). Après
tout il est fort aisé d'être philosophe comme
Horace ; il avait une maison à Rome, deux Villa
à la campagne , lune à Utique , l'autre à Tivoli.
Il buvait d'un certain vin du consulat de Tullus
avec ses amis, son buffet était couvert d'argenterie ,
il disait familièrement au premier ministre du
Mailre du monde : « Je ne sens point les besoins
de la pauvreté , et si je voulais quelque chose de
plus , Mécène , tu ne me le refuserais pas. » Avec
cela on pfcut chanter Lalagé, se couronner de lys
qui vivent peu , parler de la mort en buvant le
Falernc , et livrer au vent les chagrins.
Je remarque qu'Horace, Virgile, Tibulle, Tite-'
Live, moururent tous avant Auguste, qui eut en
cela le sort de Louis XIV : notre grand prince
survécut un peu à son siècle, et se coucha le der
nier dans la tombe , comme pour s'assurer qu'il ne
restait rien après lui.
Il vous sera sans doute fort indifférent de savoir
3ue la maison de Catulle est placée à Tivoli , auessus
de la maison d'Horace , et qu'elle sert main
tenant de demeure à quelques religieux chrétiens ;
mais vous trouvère* peut - être assez remarquable
que l'Arioste soit venu composer ses fables co
miques (2) au même lieu où Horace s'est joué de
toutes les choses de la vie. On se démande
avec surprise, comment il se fait que le chantre
de Roland, retiré chez le cardinal d'Est à Tivoli »
ait consacré ses divines folies à la France , et à la
France demi-barbare, tandisqu'il avait sous lesyeux
les sévères monumens et les graves sou veni rs d upeuple
(1) « Renferme dans un espace étroit tes longues espé»
m rances. » Horï ■■ ": ' '
( 2 ) Boileau.
lia
5oo MERCURE DE FRANCE,
Je plus sérieux et le plus civilisé de la terre. Au
reste, la Villa d'Est est la seule Villa moderne qui
m'ait intéressé , au milieu des débris des Villa de
tant d'Empereurs et de Consulaires. Cette illustre
maison de Ferrare a eu le bonheur peu commun,
d'avoir été chantée par les deux plus grands poètes
de son temps et les deux plus beaux génies de
l'Italie moderne.
Piacciavi , generose Ercolea proie ,
Ornamento , e splendor del secol nostro
Ippolùo , etc.
C'est ici le cri d'un homme heureux, qui rend
grâce à la maison puissante dont il recueille les
faveurs, et dont il fait lui-même les délices. Le
Tasse , plus touchant , fait entendre dans son in
vocation , les accens de la reconnaissance d'un
grand homme infortuné :
Tu rnagnanimo Alfonso , il quai riiogli , etc.
C'est faire un noble usage du pouvoir que de
s'en servir pour protéger les talens exilés , et re
cueillir le mérite fugitif. Arioste et Hippolyte
d'Est ont laissé dans les vallons de Tivoli un sou
venir qui ne le cède pas en charme, à celui d'Ho
race et de Mécène. Mais que sont devenus les
protecteurs et les protégés? au moment même où.
j'écris, la maison d'Est vient de s'éteindre , sa Villa
tombe en ruines , comme celle du ministre d'Au
guste ; c'est l'histoire de toutes les choses et de tous
les hommes :
Linquenda Tellus, et domus et placens
Uxor (\).
Je passai presque tout un jour à cette superbe
Villa. Je ne pouvais me lasser d'admirer la vaste
perspective dont on jouit du haut de ses terrasses :
au-dessous de vous s'étendent les jardins avec leurs
( i ) « Il faudra quitter la terre , une maison , une
» épouse chérie. » Hor.
VENTOSE AN XII. 5oi
1 platanes et leurs cyprès; après les jardins viennent
les restes de la maison de Mécène placée au bord
de l'Anio (i) ; de l'autre côté de la rivière, sur
le coteau en face , règne un bois de vieux oli
viers , où l'on trouve les débris de la Villa de
Varus (2); un peu plus loin à gauche dans la
plaine , s'élèvent les trois monts Monticelli , san
Francesco et sant Angelo, et entre les sommets de
ces trois monts voisins apparaît le sommet lointain
et azuré de l'antique Soracte; à l'horizon et à l'ex
trémité des campagnes romaines , en décrivant un
cercle par le couchant et le midi, on découvre les
hauteurs de Monte - Fiascone , Rome , Civita-
Vecchia, Ostie , la mer, Frascati , surmonté des
pins de Tusculum; enfin, revenant chercher Tivoli
vers le levant , la circonférence entière de cette
immense perspective se termine au mont Ripoli
autrefois occupé par les maisons de Brutus et
d'Atticus, et au pied duquel se trouve la Villa
Adriana avec toutes ses ruines.
On peut découvrir au milieu de ce tableau, le
cours du Teverone , qui descend vers le Tibre , et
3ue l'oeil suit jusqu'au pont où s'élève le mausolée
e la famille Plotia , bâti en ibrme de tour. Le
grand chemin de Rome se déroule aussi dans
la campagne : c'était l'ancienne voie Tiburtine
autrefois bordée de sépulcres , et le long de la
quelle des meules de foin , élevées en pyramides ,
imitent encore des tombeaux.
Il serait difficile de trouver dans le reste du
monde, une vue plus étonnante et plus propre à
faire naître de puissantes réflexions. Je ne parle
pas de Rome , dont on aperçoit les dômes et
( 1 ) Aujourd'hui le Teverone.
( 2 ) Le Varus qui fut massacré avec les légions en
Germanie. Voyez, l'admirable morceau de Tacite.
I i 3
5o3 MERCURE DE FRANCE,
qui seule dit tout ; je parle seulement des
lieux et des monumens renfermés dans cette vaste
élendue. Voilà la maison où Mécène rassasié des
biens de la terre mourut d'une maladie de lan
gueur ; Varus quitta ce beau coteau pour aller
verser son sang dans les marais de la Germanie ;
Cassius et Brutus abandonnèrent ces retraites en
chantées pour bouleverser leur pairie ; sous ces
haut pms de Frascati , Cicéron dictait ses Tusculanes;
Adrien fit couler un nouveau Pénée au pied
de cette colline, et transporta dans ces lieux les
noms , les charmes et les souvenirs du vallon de
Tempe. Vers cette source de la Tolfàtare , la reine
captive de Palmyre acheva ses jours dans l'obscu
rité , et sa ville d'un moment disparut dans le dé
sert ; c'est ici que le roi Latinus consulta le dieu
laune dans la forêt de l'Albunée ; c'est ici qu'Her
cule avait son temple , et que la sibylle Tiburtine
dictaitsesoracles; cesont-là les montagnes des vieux
Sabins, les plaines de l'antique Latium ; terre de
Saturne et de Rhée, berceau de l'âge d'or, chanté
par tous les poètes ; rians coteaux de ïibur et de
Lucrétile dont le seul génie français a pu retracer
les grâces , et qui attendaient le pinceau de
Poussin et de Claude Lorrain.
Je descendis de la Villa d'Est vers les trois
heures après midi , je passai le Teverone sur le
pont de Lupus, pour rentrer à Tivoli par la porte
Sabine. En traversant le bois des vieux oliviers ,
dontjeviensdevousparler, j'aperçus une petite cha
pelle blanche, dédiée à la Madone Quinlilanea , et
bâtie sur les ruines de la Villa de Varus. C'était
un dimanche, la porte de cette chapelle était
ouverte , j'y entrai ; je vis trois petits autels disposés
en forme de croix ; sur celui du milieu s'élevait un
grand crucifix d'argent, devant lequel brûlait une
, Rtnpe suspendue à la voûte. Un seul homme ,
VENTOSE AN XII. 5o3
qui avait l'air très- malheureux, «hait prosterné
auprès d'un banc; il priait avec tant de ferveur.
3u'il ne leva pas même les yeux sur moi au bruit
e mes pas. Je sentis ce que j'ai m ille^ois éprouvé
en entrant dans une église, c'est-à-dire ,uïi certain
apaisement des troubles du coeur \ pour parler
comme nos vieilles Bibles), et je ne sais quel
dégoût de la terre. Je me mis à genoux à quelque
distance de cet homme, et, inspiré par le lieu , je
nepus m'em pêcher de prononcer cetteprière : « Dieu
» du voyageur , qui avez voulu que le pèlerin vous
» adorât dans cet humble asile, bâti sur les ruines
» du palais" d'un grand de la terre; mère de dou-
» leur, qui avez établi votre culte de miséri-
» corde dans l'héritage de ce romain malheureux,
» mort loin de son pays , dans les torêts de la
» Germanie : nous ne sommes ici que deux fidèles
» prosternés au pied de votre autel solitaire. Accor-
>> dez à cet inconnu , qui semble si profondément
» humilié devant vos grandeurs, tout ce qu'il vous
» demande ; faites que les prières de cet homme
» servent à leur tour à guérir mes infirmités , afin
» que ces deux chrétiens qui sont inconnus l'un à
» l'autre, qui ne se sont rencontrés qu'un instant
» dans la vie, et qui vont se quitter pour ne plus
» se voir ici-bas, soient tout étonnés en se retrou-
» vant au pied de votre trône , de se devoir
» mutuellement une partie de leur bonheur, par
» les miracles de la charité ! »
Quand je viens à regarder , mon cher ami ,
toutes les feuilles éparses sur mon bureau , je suis
épouvanté de mon énorme fatras , et j'hésite à
vous l'envoyer. Je sens pourtant que je ne vous ai
rien dit, que j'ai oublié mille choses que j'aurais
dû vous dire. Comment, par exemple, ne vous
ai-je pas parlé de Tusculum , de ce Cicéron qui ,
selon Sénèque, « fut le seul génie que le peuple
5o4 MERCURE DE FRANCE,
» romain aitjCu égal à son empire. « llludingcniurn
» quod solùm populus romanus par impéiio suo
» habuit.nJSlon voyage à Naples , ma descente dans
le cratère du Vésuve (i), mes courses à Pompéia, à
Capoue ,' a* Caserte , à la Tolfatare , au lac d'Averne
, à la grotte de la Sibylle, auraient pu vous
intéresser, etc. Baïes , où se sont passées tant de
scènes mémorables, mériterait seul un volume. Il
me semble que je vois encore la tour de JBola , où
était placée la maison d'Agrippine , et où elle dit
ce mot sublime aux assassins envoyés par son fils :
« Ventrem feri (2). » L'ile de Nisida, qui servit
de retraite à Brutus, après le meurtre de César,
le pont de Caligula , la Piscine admirable , tous ces
palais bâtis dans la mer , dont parle Horace , vau
draient bien la peine qu'on s'y arrêtât un peu.
Virgile a placé ou trouvé dans ces lieux les belles
fictions du sixième livre de son Enéide : c'est de
là qu'il écrivait à Auguste ces paroles modestes
( 1 ) Il n'y a que de la fatigue et aucun danger à descen
dre dans la cratère du Vésuve. Il faudroit avoir le malheur
d'y être surpris par une éruption , et dans ce cas-là même ,
si l'on n'étoit pas emporté par l'explosion de la matière ,
l'expérience a prouvé qu'on peut encore se sauver sur la
lave-: comme elle coule avec une extrême lenteur, sa sur
face se refroidit assez, vite pour qu'on puissey passer rapi
dement. Jesuisdescendu jusques dans un des trois petits cra
tères , formés daDS le milieu du grand cratère , par la dernière
-éruption , qui eut lieu en 1 797. Les fumées , du côté de la
torre de V Annunziala , étoient assez fortes ; je fis plusieurs
tentatives inutiles , pour parvenir à une lueur que l'on
voyait sur le flanc opposé , du côté de Caserte : dans
quelques endroits , la cendre étoit brûlante à deux pouces
de profondeur sous sa surface.
(2) Tacite.
VENTOSE AN XII. 5o5
( elles sont , je crois , les seules lignes de prose
que nous connaissions de ce grand homme) :
Ego verà fréquentes a te literas accipio... De slEnca
quidem meo , si me hercule jam dignum aurlbus haberem
tuis , libenter mitterem ; sed tanta inchoala res est,
ut poene vitio mentis tantum opus ingressus mihi videar ;
cum proesertim , ut scis , alia quoque studio, ad id opus
multoquc potiora impcrtiar (i).
Mon pèlerinage au tombeau de Scipion l'Africain
est un de ceux qui a le plus satisfait mon coeur, bien
que j'aie manqué le but de mon voyage. On m'avait d i t
que son mausolée existait encore , et qu'on y Usait
même le mot patria, seul reste de cette inscription
qu'on prétend y avoir été gravée : Ingrate patrie ,
tu n'auras pas mes os. Je me suis rendu à Patria,
l'ancienne Literne ; je n'ai point trouvé le tom
beau , mais j'ai erré sur les ruines de la maison que
le plus grand et le plus aimable des hommes habi
tait dans son exil : il me semblait voir le vain
queur d'Annibalse promener au bord de la mer
sur la côte opposée à celle de Carthage,et se conso
lant de l'injustice de Rome , par les charmes de
l'amitié et Je souvenir de ses vertus (2).
(1) Ce fragment se trouve dans Macrobe , mais je ne
puis indiquer le livre : je crois pourtant que c'est le
premier.
(2) Non-seulement on m'avait dit que ce tombeau exis
tait j mais j'avais lu les circonstances que je rapporte ici ,
dans je ne sais plus quel voyageur. Cependant , les raisons
suivantes me font douter un peu de la vérité des faits :
i°. Il me paraît que Scipion , malgré les justes raisons
de plainte qu'il avait contre Rome , aimait cependant
trop sa patrie pour avoir voulu qu'on gravât celte ins
cription sur son tombeau : cela semble contraire à tout
ce que nous connaissons du génie des anciens.
20. L'inscription rapportée est conçue presque littérale
ment dans les termes de l'imprécation que Tite-Live fait
5o6 MERCURE DE FRANCE,
Quant aux Romains modernes, mon cher ami,
Duclos me semble avoir de l'humeur , lorsqu'il les
prononcer à Scipion en sortant de Rome : ne serait-ce paslà
la source de l'erreur?
3°. Plutarque raconte que l'on trouva près de Gaïette ,
une urne de bronze dans un tombeau de marbre , où les
cendres de Scipion devaient avoir été renfermées , et qui
portait une inscription très-différente de celle dont il
s'agit ici.
4*. L'ancienne Literne ayant pris le nom de Palrîa ,
cela a pu donner naissance à ce qu'on a dit du mot patria ,
resté seul de toute l'inscription du tombeau. Ne serait-ce
pas, en effet, un hasard fort singulier que 1« lieu se nom
mât Patria , et que le mot patria se trouvât aussi sur le
monument de Scipion? à moins que l'on ne suppose que
l'un a pris son nom de l'autre.
Il se peut faire toutefois que des auteurs que je ne con
nais pas , aient parlé de cette inscription de manière à ne
laisser aucun doute : ilyamême unephrase dans Plutarque,
qui semble favorable à l'opinion que je combats. Un homme
du plus grand mérite , et qui m'est d'autant plus cher qu'il
est fort malheureux, a fait , presqu'en même temps que moi ,
le voyage de Patria. Nous avons souvent causé ensemble
de ce lieu célèbre ; mais je ne suis pas bien sûr qu'il m'ait
dit avoir vu lui-même le tombeau et le mot (ce qui tran
cherait la difficulté ) , ou s'il m'a seulement raconté la tra
dition populaire. Quant à moi, je n'ai point trouvé le mo
nument, et je n'ai vu que les ruines de la Villa , qui sont
très-peu de chose.
Plutarque parle de l'opinion de ceux qui voulaient que
le tombeau de Scipion fût auprès de Rome. Mais ils con
fondaient évidemment le tombeau des Scipion et le tom
beau de Scipion. Tite-Live affirme que celui-ci était à
Literne , qu'il était surmonté d'une statue qui fut abattue
par une tempête , et qu'il avait vu lui-même cette
VENTOSE AN XII. 5o7
appelle les Italiens de Rome. Je crois qu'il y a
encore chez eux le fond diune nation peu com
mune. On peut découvrir . aisément parmi ce
peuple, trop sévèrement jugé, un grand sens, du
courage, de la patience, du génie, des traces pro
fondes de ses anciennes moeurs , je ne sais quel
air de souverain, et quels noblesusages qui sentent
encore la royauté. Avant de condamner cette opi
nion, qui peut vous paraître bizarre, il faudrait
entendre mes raisons, et je n'ai pas le temps de
vous les rapporter.
Que de choses me resteraient à vous dire sur
la littérature italienne ! Savez-vous que je n'ai
vu qu'une seule fois le comte Alfieri dans ma vie,
et devineriez -vous dans quelle circonstance ? je
l'ai vu mettre dans sa bière. On me dit qu'il n'é
tait presque pas changé. Sa physionomie me pa
rut noble et grave; la mort y ajoutait sans doute
une nouvelle sévérité ; son cercueil étant un peu
Irop court , on lui inclina la tête surla poitrine, ce qui
lui fit faire un mouvement formidable. Jetiensdela
bonté d'une personne qui lui fut bien chère , et de
la politesse d'un ami du comte Alfieri à Florence ,
les notes les plus curieuses sur les ouvrages pos
thumes , les opinions et la vie de cet homme
célèbre.La plupart des papiers publics, en France,
ne vous ont donné sur tout cela que des renseignemens
tronqués et incertains. En attendant que je
puisse vous communiquer mes notes, je vous envoie
statue. On savait d'ailleurs par Senèque , Ciceron et Pline ,
que l'autre tombeau, c'est-à-dire celui des Scipion avait
•existé en effet à une des portes de Rome. Il a été découvert
sous Pie VI ; on en a transporté les inscriptions au musée
du Vatican : parmi les noms des membres de la famille des
Scipion trouyés dans le monument , celui de l'Africain
manque,
5o8 MERCURE DE FRANCE,
l'épitaphe que le comte Alfieri avait faite , en même
temps que la sienne, pour sa noble amie :
HIC. SITA. EST
Al.... E. . . . St....
ALT. ... C O M
Génère, forma, moribus.
Incomparabili. animi. candore.
Proeclarissima.
. A. Viclorio. Alferio.
Juxta. c/iiem. sarcophago. uno (i).
Tumulata. est.
Annorum. 26. spatio.
Vitra, res. omnes. dilecta.
Et. quasi, mortale. nnmen.
Ab ipso, constanter. habita.
Et. observata.
Vixit annos.... menses.... dies....
Ha nnonioe. Montibus. nata.
Obiit. . . die. . . mensis. . .
Anno Domini. M. D. CCC. . (2).
La simplicité de cette épitaphe, et sur-tout la
( 1 ) Sic inscribendum , me , ut opinor et opto , proemoriente •
sed , aliter jubente Dea , aliter inscribendum ■
Qui. juxta. eam. sarcophago. uno >
Conduits, erit. quamprimùin.
(2) « Ici repose Héloïse E. St. comtesse d' Al. , illustre par ses
» aïeux, célèbre far les grâces de sa personne , par les agrémens
» de son esprit , et par la candeur imcomparable de son ame.
» Inhumée près de Victor Alfieri , dans un même tombeau (*) ; il
» la préféra, pendant vingt-six ans , à toutes les choses de la terre.
» Mortelle, ellefut constamment suivie et honorée par lui, c»mme
» si elle eût été une Divinité.
a Née à Hlons ; elle vécut et moitrut le »
(*) Ainsi j'ai écrit , espérant , désirant mourir le premier ; mais
i'il plaît à Dieu d'en ordonner autrement , il faudra autrement écrire :
« Inhumée par la volonté de Victor Alfieri, qui sera bientôt enseveU
» près d'e lie dans un même tombeau. »
VENTOSE AN XII. 5o9
note qui l'accompagne , me semblent extrême
ment touchantes.
Pour cette fois, j'ai fini; je vous envoie ce
monceau de ruines, faites-en tout ce qu'il vous
plaira. Dans la description des divers objets dont
je vous ai parlé , je crois n'avoir omis aucune cir
constance remarquable , si ce n'est que le Tibre
est toujours le Jlams Tiberinus de Virgile. On
prétend qu'il doit cette couleur limoneuse aux
pluies qui tombent dans les montagnes dont il
descend. Souvent, par le temps le plus serein, en
regardant couler ses flots décolorés , je me suis re
présenté une vie commencée au milieu des orages ;
le reste de son cours passe en vain sous un ciel
pur; le fleuve demeure teint des eaux de la
tempête , qui l'ont troublé dans sa source.
Chateaubriand.
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