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1
p. 2624-2628
ELOGE du R. P. SANADON, de la Compagnie de JESUS.
Début :
LE R. P. Noël-Etienne SANADON est mort au College de LOÜIS LE GRAND, [...]
Mots clefs :
P. Sanadon, Poésie, Goût, Latinité, Jésuites, Collège
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texteReconnaissance textuelle : ELOGE du R. P. SANADON, de la Compagnie de JESUS.
ELOGE du R. P SANADON , de la
Compagnie de JESUS..
LEB
ER . P. Noël- Etienne SANADON est
mort au College de Louis LE GRAND,
le 22 Octobre 1733. dans la 58 année de
son âge. Il étoit entré chez les Jésuites
avec un goût rare pour les Belles - Lettres
, et particulierement pour la Poësie
Latine. Il eut licu de cultiver ce goût naturel
, et il le cultiva en effet toujours
dans les différens emplois dont on le char
1. Vol.
gea
DECEMBRE. 1733. 26235
gea. Son Recueil de Poësies sent le beau
siécle des Maîtres du langage Romain ,
qu'il s'étoit fait une étude d'imiter. Il les
imitoit si heureusement dans chaque
genre de Poësie que ses Modeles ne l'auroient
point désavoué . Dans ses Odes on
reconnoit le feu et le génie d'Horace ';
dans ses Elégies la facilité et les graces
d'Ovide ; dans ses Vers héroïques la cadence
et la correction de Virgile. Il ne se
permettoit pas une expression , pas un
tour , pas même une pensée , qui ne fussent
propres du sujet et du caractere par
ticulier de Vers qu'il employoit ; exact
jusqu'au scrupule sur la Latinité ; il faisoit
passer dans sa Prose cette pureté de
style et de langage , qui fait en grande
partie le mérite des bons Auteurs Latins.
C'est sur tout durant les six années qu'il
a professé la Rhétorique à Paris , que
son application à ce genre d'étude lui a
donné la réputation d'excellent connoisseur
en fait de Latinité. Il a composé de
puis d'autres Ouvrages de Critique qui
lui ont fait honneur. La mort en a inters
rompu d'autres qu'il avoit commencez :
par exemple , un Traité de la Versifica→
tion latine qui devoit être sulyi d'un autre
sur la Poësie , un tres grand nombre
e Recherches Géographiques , quantité
1. Vol. de
2626 MERCURE DE FRANCE
de Remarques sur des expressions latines
, un Rudiment sçavant , des Notes
sur Phédre et sur plusieurs autres Poëtes,
sans compter de petites Poësies fugitives
qui échapoient quelquefois à sa vei
ne, desObservations manuscrites sur quelques
Livres à son usage , et sur le bel
Atlas de Géographie qu'il avoit formé
avec beaucoup de soin , aussi bien que sa
Bibliotheque , qui étoit tres choisie .
Monseigneur le Prince de Conti, dont
il a eu l'honneur de conduire les premieres
années au Collége des Jésuites , l'a honoré
de son estime et de ses bontez.
Voici l'Extrait d'une Lettre écrite depuis
peu à un autre Prince , et bien honorable
à la mémoire du P. Sanadon .
» C'est avec un sensible regret , Mon-
» seigneur , que je rappelle à V.A.le souvenir
du feu P. Sanadon , qui a été le
premier à vous recevoir au Tribunal de
» la Pénitence , et le seul à diriger votre
>>
» conscience à Paris. Il vous aimoit ten-
» drement , et il méritoit toute la tendresse
que vous vouliez bien avoir
» pour lui. La France perd en lui un de
ses plus beaux Esprits. L'Europe un de
ses plus habiles Critiques,et un des derniers
disciples du grand Huet. Pour le
» goût et la délicatesse , il sembloit être
1. Vol du
DECEMBRE . 1733. 2627
du siécle et de la Cour d'Auguste.
» Vous vous rappellez , Monseigneur
» cette douceur , ces graces , et cette mo-
» destie qui l'accompagnoient toujours ;
au milieu des occupations les plus sé-
» duisantes pour l'esprit , entouré d'amis
» qui le chérissoient , il quittoit tout au
» moment qu'il apprenoit qu'un mala-
» de de la lie du peuple souhaitoit de le
» voir , etil alloit loin pour lui porter les
»secours du corps et de l'ame. Pour adou-
» cir la douleur dont je suis pénétré , on
»a permis que je fisse faire son Portrait.
La mort avoit déja effacé quelques
» traits , mais la vive impression qui me
» restera toujours de ce cher ami , m'a-
» voit mis en état d'y suppléer , et de
rendre au Peintre ce qui avoit disparu .
Le caracrere du P. Sanadon étoit tel
qu'on le représente icy ; il étoit doux ,.
obligeant , poli , aussi s'étoit- il fait beaucoup
d'illustres et de vrais amis.Il joignoit
à un grand fonds de probité , une piété
solide , et la pratique constante des vertus
de son état. Son amour pour le bon
ordre se remarquoit dans toute sa conduite
.Occupé uniquement de ses devoirs ,
il ne songeoit qu'à les remplir. Sa charitésur
tout et son talent à gagner la confiance
des coeurs , se faisoient distinguer. En
1. Vola un
2628 MERCURE DE FRANCE
un mot , il étoit encore plus recommendable
par son Christianisme , que par sa
qualité d'Homme de Lettres .
Compagnie de JESUS..
LEB
ER . P. Noël- Etienne SANADON est
mort au College de Louis LE GRAND,
le 22 Octobre 1733. dans la 58 année de
son âge. Il étoit entré chez les Jésuites
avec un goût rare pour les Belles - Lettres
, et particulierement pour la Poësie
Latine. Il eut licu de cultiver ce goût naturel
, et il le cultiva en effet toujours
dans les différens emplois dont on le char
1. Vol.
gea
DECEMBRE. 1733. 26235
gea. Son Recueil de Poësies sent le beau
siécle des Maîtres du langage Romain ,
qu'il s'étoit fait une étude d'imiter. Il les
imitoit si heureusement dans chaque
genre de Poësie que ses Modeles ne l'auroient
point désavoué . Dans ses Odes on
reconnoit le feu et le génie d'Horace ';
dans ses Elégies la facilité et les graces
d'Ovide ; dans ses Vers héroïques la cadence
et la correction de Virgile. Il ne se
permettoit pas une expression , pas un
tour , pas même une pensée , qui ne fussent
propres du sujet et du caractere par
ticulier de Vers qu'il employoit ; exact
jusqu'au scrupule sur la Latinité ; il faisoit
passer dans sa Prose cette pureté de
style et de langage , qui fait en grande
partie le mérite des bons Auteurs Latins.
C'est sur tout durant les six années qu'il
a professé la Rhétorique à Paris , que
son application à ce genre d'étude lui a
donné la réputation d'excellent connoisseur
en fait de Latinité. Il a composé de
puis d'autres Ouvrages de Critique qui
lui ont fait honneur. La mort en a inters
rompu d'autres qu'il avoit commencez :
par exemple , un Traité de la Versifica→
tion latine qui devoit être sulyi d'un autre
sur la Poësie , un tres grand nombre
e Recherches Géographiques , quantité
1. Vol. de
2626 MERCURE DE FRANCE
de Remarques sur des expressions latines
, un Rudiment sçavant , des Notes
sur Phédre et sur plusieurs autres Poëtes,
sans compter de petites Poësies fugitives
qui échapoient quelquefois à sa vei
ne, desObservations manuscrites sur quelques
Livres à son usage , et sur le bel
Atlas de Géographie qu'il avoit formé
avec beaucoup de soin , aussi bien que sa
Bibliotheque , qui étoit tres choisie .
Monseigneur le Prince de Conti, dont
il a eu l'honneur de conduire les premieres
années au Collége des Jésuites , l'a honoré
de son estime et de ses bontez.
Voici l'Extrait d'une Lettre écrite depuis
peu à un autre Prince , et bien honorable
à la mémoire du P. Sanadon .
» C'est avec un sensible regret , Mon-
» seigneur , que je rappelle à V.A.le souvenir
du feu P. Sanadon , qui a été le
premier à vous recevoir au Tribunal de
» la Pénitence , et le seul à diriger votre
>>
» conscience à Paris. Il vous aimoit ten-
» drement , et il méritoit toute la tendresse
que vous vouliez bien avoir
» pour lui. La France perd en lui un de
ses plus beaux Esprits. L'Europe un de
ses plus habiles Critiques,et un des derniers
disciples du grand Huet. Pour le
» goût et la délicatesse , il sembloit être
1. Vol du
DECEMBRE . 1733. 2627
du siécle et de la Cour d'Auguste.
» Vous vous rappellez , Monseigneur
» cette douceur , ces graces , et cette mo-
» destie qui l'accompagnoient toujours ;
au milieu des occupations les plus sé-
» duisantes pour l'esprit , entouré d'amis
» qui le chérissoient , il quittoit tout au
» moment qu'il apprenoit qu'un mala-
» de de la lie du peuple souhaitoit de le
» voir , etil alloit loin pour lui porter les
»secours du corps et de l'ame. Pour adou-
» cir la douleur dont je suis pénétré , on
»a permis que je fisse faire son Portrait.
La mort avoit déja effacé quelques
» traits , mais la vive impression qui me
» restera toujours de ce cher ami , m'a-
» voit mis en état d'y suppléer , et de
rendre au Peintre ce qui avoit disparu .
Le caracrere du P. Sanadon étoit tel
qu'on le représente icy ; il étoit doux ,.
obligeant , poli , aussi s'étoit- il fait beaucoup
d'illustres et de vrais amis.Il joignoit
à un grand fonds de probité , une piété
solide , et la pratique constante des vertus
de son état. Son amour pour le bon
ordre se remarquoit dans toute sa conduite
.Occupé uniquement de ses devoirs ,
il ne songeoit qu'à les remplir. Sa charitésur
tout et son talent à gagner la confiance
des coeurs , se faisoient distinguer. En
1. Vola un
2628 MERCURE DE FRANCE
un mot , il étoit encore plus recommendable
par son Christianisme , que par sa
qualité d'Homme de Lettres .
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Résumé : ELOGE du R. P. SANADON, de la Compagnie de JESUS.
Le texte rend hommage au Père Noël-Étienne Sanadon, jésuite décédé au Collège de Louis-le-Grand le 22 octobre 1733 à l'âge de 58 ans. Sanadon était renommé pour son goût prononcé pour les Belles-Lettres et la poésie latine. Il a cultivé ce talent dans divers emplois et a produit un recueil de poésies imitant les maîtres du langage romain, tels qu'Horace, Ovide et Virgile. Son style se distinguait par une pureté de langage et une exactitude scrupuleuse en latinité. Sanadon a enseigné la rhétorique à Paris pendant six ans, acquérant ainsi une réputation d'expert en latinité. Il a également composé plusieurs ouvrages de critique et a entrepris divers projets, comme un traité de versification latine et des recherches géographiques, interrompus par sa mort. Sanadon a été honoré par le Prince de Conti, qu'il a éduqué, et par d'autres princes qui ont souligné sa douceur, ses grâces et sa modestie. Son caractère était marqué par la probité, la piété et une charité distinguée, le rendant recommandable autant pour son christianisme que pour ses qualités littéraires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 55-61
TRADUCTION. A MECENE.
Début :
Illustre descendant des Souverains de l'Etrurie, Mécene, depuis long-temps [...]
Mots clefs :
Horace, Ode, Mécène, Jupiter, P. Sanadon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION. A MECENE.
TRADUCTION.
A MECENE.
2
Illuftre defcendant des Souverains de
l'Etrurie , Mécene , depuis long- tems
je te réſerve d'excellent vin qui n'est point
entamé ; je t'offre des couronnes de rofes
, des effences pour parfumer tes cheveux,
Seconde mon impatience , arrachetoi
aux vues charmantes des humides contrées
de Tybur , des côteaux d'Efola & des
monts du parricide Télégone. Quitte l'ennuyeufe
abondance ; quitte ce vafte édifice
qui s'éleve jufqu'aux nues ; néglige pour
quelques momens de contempler les ri
cheffes , les vain éclat & le tumulte de la
Superbe Rome, Les grands fe plaifent quel
quefois à perdre de vue l'appareil de la
puiffance ; fouvent fous un toît qui ne cou
vre ni riches tapis , ni lits de pourpre, ll a
propreté du pauvre déride un front chagrin.
Déja l'Aftre brillant de Cephée nous
découvre fes feux déja Favant- coureur
de la canicule & le Lion redoutable exercent
leurs fureurs , & le Soleil ramene les
brûlantes chaleurs de l'Eté. Déja le berger
fatigué cherche avec fon troupeau languifĊ
fant , l'ombre des bois & la fraîcheur des
ruiffeaux. ( 1 ) Les Sylvains fe retirent au
au fond des bocages , Zéphire ne mêle
plus fon haleine au doux murmure de l'eau,
& toi toujours occupé de maintenir l'Etat
(2 ) dans fa fplendeur , toujours inquiet
pour Rome , tu crains jufqu'aux projets
que peuvent former contre elle les Séres ,
les Bactriens foumis autrefois à Cyrus &
les féditieux habitans des bords du Tanaïs.
La fageffe des Dieux couvre l'avenir d'épaiffes
ténébres, ils rient d'un mortel dont
l'efprit s'efforce de pénétrer au-delà de fes
bornes . En homme fage contente- toi d'ufer
du préfent ; que le refte foit entraîné
comme un fleuve , au gré des deftinées ;
tel le Tibre , tantôt lent & paisible, tombe
dans la mer d'Etrurie fans s'écarter de fes
rives , tantôt effrayant par fon bruit les forêts
& les montagnes voifines , roule pêle-.
mêle les rochers qu'il a minés , les arbres
qu'il déracine , les troupeaux qu'il englou
tit , les maifons qu'il renverfe quand un
affreux débordement irrite les fleuves tranquilles
qui fe mêlent à fes eaux . Celui- là
feul eft heureux & maître de lui-même , qui
chaque jour peut dire , ( 3 ) j'ai vêcu . Que
demain Jupiter couvre le Ciel d'épais nuages
ou qu'il l'éclaire de la lumiere la plus pare,
Jupiter, tout puiffant qu'il eft , ne peut
anéantir le paffé ; Jupiter ne peut changer ,
ne peut rappeller ce que le tems emporte fur
fes rapides aîles . Conftante à fe jolier infolemment
des mortels , la fortune qui fe
plaît dans ce cruel emploi , tranfporte les
honneurs d'une tête fur une autre , tantôt
me comblant de fes dons , tantôt les faifant
paffer en d'autres mains. S'arrête-t'elle
fur moi ? Je lui fçais gré de ce caprice ; fe
hâte-t'elle de me fair ? Je lui rends fes bienfaits
fans regret ; fous l'abri de ma vertu
je brave fes difgraces , content dans le fein
de l'indigence d'avoir pour dot la probité.
Que mes antennes plient fous l'effort des
des vents , je n'aurai point recours à d'indignes
prieres ; je ne ferai point aux Dieux
de voeux indifcrets , pour qu'ils n'ajoûtent
pas aux richeffes de l'avide mer celles que
j'apporterai de Chypre ou de Tyr. (4) Protegé
de Caftor & de Pollux , à l'aide d'un
léger efquif, je traverſerai fans danger les
flots de la mer en courroux.
REMARQUES.
( 1 ) Le P. Sanadon critique fort judicieuſement
Dacier , d'avoir traduit ainfi ce
paffage , les bergers & les troupeaux cher
chent les bocages du Dieu Sylvain , c'eft faire
dire en effet deux fois la même chofe
à Horace. Tous les autres interprétes paroiffent
s'y être trompés de même & n'ont
pas apperçû , comme le P. Sanadon , que
Sylvani étoit ici au nominatif pluriel ; &
qu'il falloit fous- entendre quærunt.
(2) Les Commentateurs , & même le
P. Sanadon , qui écrit orbis , v . 26 , au lieu
d'urbes , n'ont pas fait la diftinction des
deux mots civitas & urbs , qui fouvent , à
la vérité , ont été employés par les bons
Auteurs comme fynonimes , mais qu'Horace
n'a point employés ici dans le même
fans. Le premier fignifie Refpublica , Reipublica
adminiftratio, Cives , &c. Le fecond
Edificia , fic Cic. de Rep. L. 1. urbem à
civitate claris verbis diftinxit.
(3 ) Le P. Tarteron n'a point traduit
avec exactitude vixi , en l'interprétant ainfi
, j'ai paffe gayement la journée , ni ludum
infolentem , par jeu bizare.
(4) Dacier , malgré ces mots , fans me
foucier du vaiffeau , qu'il ajoûte au texte ,
n'eft pas plus exact ni plus élégant dans fa
traduction de la fin de cette Ode , quorqu'il
fe vante d'être le feul des interprétes
qui en ait entendu le fens . Pour moi , ditil
, dans une pareille occafion , fans me foucier
du vaiffeau , je defcendrai dans l'efquif, &
au plus fort de la tempête je voguerai fur la
mer Egée avec autant d'affûrance & de tranquillité
quefi le vent m'étoit favorable, & que
fi Caftor & Pollux me conduifoient.
A MECENE.
2
Illuftre defcendant des Souverains de
l'Etrurie , Mécene , depuis long- tems
je te réſerve d'excellent vin qui n'est point
entamé ; je t'offre des couronnes de rofes
, des effences pour parfumer tes cheveux,
Seconde mon impatience , arrachetoi
aux vues charmantes des humides contrées
de Tybur , des côteaux d'Efola & des
monts du parricide Télégone. Quitte l'ennuyeufe
abondance ; quitte ce vafte édifice
qui s'éleve jufqu'aux nues ; néglige pour
quelques momens de contempler les ri
cheffes , les vain éclat & le tumulte de la
Superbe Rome, Les grands fe plaifent quel
quefois à perdre de vue l'appareil de la
puiffance ; fouvent fous un toît qui ne cou
vre ni riches tapis , ni lits de pourpre, ll a
propreté du pauvre déride un front chagrin.
Déja l'Aftre brillant de Cephée nous
découvre fes feux déja Favant- coureur
de la canicule & le Lion redoutable exercent
leurs fureurs , & le Soleil ramene les
brûlantes chaleurs de l'Eté. Déja le berger
fatigué cherche avec fon troupeau languifĊ
fant , l'ombre des bois & la fraîcheur des
ruiffeaux. ( 1 ) Les Sylvains fe retirent au
au fond des bocages , Zéphire ne mêle
plus fon haleine au doux murmure de l'eau,
& toi toujours occupé de maintenir l'Etat
(2 ) dans fa fplendeur , toujours inquiet
pour Rome , tu crains jufqu'aux projets
que peuvent former contre elle les Séres ,
les Bactriens foumis autrefois à Cyrus &
les féditieux habitans des bords du Tanaïs.
La fageffe des Dieux couvre l'avenir d'épaiffes
ténébres, ils rient d'un mortel dont
l'efprit s'efforce de pénétrer au-delà de fes
bornes . En homme fage contente- toi d'ufer
du préfent ; que le refte foit entraîné
comme un fleuve , au gré des deftinées ;
tel le Tibre , tantôt lent & paisible, tombe
dans la mer d'Etrurie fans s'écarter de fes
rives , tantôt effrayant par fon bruit les forêts
& les montagnes voifines , roule pêle-.
mêle les rochers qu'il a minés , les arbres
qu'il déracine , les troupeaux qu'il englou
tit , les maifons qu'il renverfe quand un
affreux débordement irrite les fleuves tranquilles
qui fe mêlent à fes eaux . Celui- là
feul eft heureux & maître de lui-même , qui
chaque jour peut dire , ( 3 ) j'ai vêcu . Que
demain Jupiter couvre le Ciel d'épais nuages
ou qu'il l'éclaire de la lumiere la plus pare,
Jupiter, tout puiffant qu'il eft , ne peut
anéantir le paffé ; Jupiter ne peut changer ,
ne peut rappeller ce que le tems emporte fur
fes rapides aîles . Conftante à fe jolier infolemment
des mortels , la fortune qui fe
plaît dans ce cruel emploi , tranfporte les
honneurs d'une tête fur une autre , tantôt
me comblant de fes dons , tantôt les faifant
paffer en d'autres mains. S'arrête-t'elle
fur moi ? Je lui fçais gré de ce caprice ; fe
hâte-t'elle de me fair ? Je lui rends fes bienfaits
fans regret ; fous l'abri de ma vertu
je brave fes difgraces , content dans le fein
de l'indigence d'avoir pour dot la probité.
Que mes antennes plient fous l'effort des
des vents , je n'aurai point recours à d'indignes
prieres ; je ne ferai point aux Dieux
de voeux indifcrets , pour qu'ils n'ajoûtent
pas aux richeffes de l'avide mer celles que
j'apporterai de Chypre ou de Tyr. (4) Protegé
de Caftor & de Pollux , à l'aide d'un
léger efquif, je traverſerai fans danger les
flots de la mer en courroux.
REMARQUES.
( 1 ) Le P. Sanadon critique fort judicieuſement
Dacier , d'avoir traduit ainfi ce
paffage , les bergers & les troupeaux cher
chent les bocages du Dieu Sylvain , c'eft faire
dire en effet deux fois la même chofe
à Horace. Tous les autres interprétes paroiffent
s'y être trompés de même & n'ont
pas apperçû , comme le P. Sanadon , que
Sylvani étoit ici au nominatif pluriel ; &
qu'il falloit fous- entendre quærunt.
(2) Les Commentateurs , & même le
P. Sanadon , qui écrit orbis , v . 26 , au lieu
d'urbes , n'ont pas fait la diftinction des
deux mots civitas & urbs , qui fouvent , à
la vérité , ont été employés par les bons
Auteurs comme fynonimes , mais qu'Horace
n'a point employés ici dans le même
fans. Le premier fignifie Refpublica , Reipublica
adminiftratio, Cives , &c. Le fecond
Edificia , fic Cic. de Rep. L. 1. urbem à
civitate claris verbis diftinxit.
(3 ) Le P. Tarteron n'a point traduit
avec exactitude vixi , en l'interprétant ainfi
, j'ai paffe gayement la journée , ni ludum
infolentem , par jeu bizare.
(4) Dacier , malgré ces mots , fans me
foucier du vaiffeau , qu'il ajoûte au texte ,
n'eft pas plus exact ni plus élégant dans fa
traduction de la fin de cette Ode , quorqu'il
fe vante d'être le feul des interprétes
qui en ait entendu le fens . Pour moi , ditil
, dans une pareille occafion , fans me foucier
du vaiffeau , je defcendrai dans l'efquif, &
au plus fort de la tempête je voguerai fur la
mer Egée avec autant d'affûrance & de tranquillité
quefi le vent m'étoit favorable, & que
fi Caftor & Pollux me conduifoient.
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Résumé : TRADUCTION. A MECENE.
La lettre est adressée à Mécène, descendant des souverains d'Étrurie. L'auteur lui offre du vin, des couronnes de roses et des essences pour ses cheveux, et l'invite à quitter les plaisirs et les préoccupations de Rome pour profiter du moment présent. Il décrit les signes annonciateurs de l'été et les activités des bergers ainsi que celles des divinités sylvestres. L'auteur exprime son inquiétude pour Rome et ses menaces potentielles, tout en conseillant à Mécène de se contenter du présent et de laisser l'avenir aux dieux. Il compare le destin à un fleuve imprévisible et souligne la futilité de s'inquiéter des honneurs éphémères. L'auteur affirme sa résilience face aux caprices de la fortune et son refus de prier pour des richesses supplémentaires. Il conclut en exprimant sa confiance en la protection des dieux pour naviguer en toute sécurité, même en période de tempête.
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