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1
s. p.
LA JEUNESSE. ODE. A M. de Franay, Trésorier de France en la Generalité de Moulins.
Début :
Descends de la Voute azurée, [...]
Mots clefs :
Jeunesse, Hébé, Jeux, Bois
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texteReconnaissance textuelle : LA JEUNESSE. ODE. A M. de Franay, Trésorier de France en la Generalité de Moulins.
LA JEUNESSE,
O D E.
A M. de Franay , Trésorier de France
en la Generalité de Moulins.
D
Escends de la Voute azurée ,
Quitte , Hébé , le Buffet des Dieux;
Des Jeux , des Graces entourée ,
Viens te présenter à mes yeux.
Hebé , je vais , de ton Empire ,
Chanter les douceurs et les Loix ,
A ij Inspire
838 MERCURE DE FRANCE
Inspire-moi , touche ma Lire ;
Qui mieux que toi pourroit me dire
Ton rang, tes honneurs et tes droits ?
De quels transports , de quelle yvresse ,
Me sens-je tout à coup épris !
Est- ce toi , charmante Déesse ,
Qui viens animer mes esprits
Je la vois , un Zéphir la porte ,
Avec l'Amour , Momus la suit.
Le vieux Saturne qui l'escorte ,
Des heures forme une cohorte ,
Qui se renouvelle sans bruit.
M
Son Empire sur la Nature,
Renferme la terre et les Airs ;
Le Printemps lui doit sa verdure ,
Et les Oiseaux leurs Chants divers,
Si d'une Jeunesse immortelle,
Hebé possede les beaux jours ,
Elle en répand sur chaque Belle ,
Quelque rayon , quelque étincelle ,
Mais qui ne dure pas toûjours.
3123
Profitez , riante Jeunesse ,
Du temps de faire votre cour,
Dépêchez-
MAY. 1732. 83
Dépêchez-vous , l'heure vous presse ,
Le temps qui fuit est sans retour.
Il n'est qu'un Printemps dans l'année ,
La nuit suit de près le matin ;
Et Flore , dans une Journée ,
Des Roses dont elle est ornée ,
Commence et finit le destin.
M
En doux ébats , en Jeux , en Fêtes ,
Venez lui payer vos tributs .
Les plaisirs que Comus apprête ,
Forment d'Hebéles revenus.
Mais pour mériter à sa suite ,
La préference et sa faveur
Fuyez les fureurs du Lapithe ,
La molesse du Sybaritte ,
Le fiel du Satyre imposteur.
Quel bruit se répand dans les Plaines ?
Pan fait raisonner son Hautbois.
Les Nymphes quittent leurs Fontaines,
Les Sylvains sortent de leurs Bois.
Pendant qu'une danse legere ,
Vous marque , Hebé , leur dévouement?
La Dryade , sur la fougee ,
Pour exprimer sa joye entiere ,
Ecoute à l'écart son Amant.
f
A iij Mais
840 MERCURE DE FRANCE
Mais quel est ce Berger qui chante ;
Sa Flute rend les plus doux sons.
Il veut de l'objet qui l'enchante ,
Fléchir le cœur par ses Chansons.
Chanter pour vaincre une volage !
Berger , vous chanterez en vain ;
Poussez , pressez un cœur sauvage ,
L'Amant chantant , trace l'Ouvrage ,
L'Amant pressant , le met à fin.
M
Vous , dont la languissante veine ,
Fait souvent gémir la raison ,
En vain des Eaux de l'Hypocrêne ,
Vous enyvrez votre Apollon.
Si vous voulez de la science ,
Qu'Hebé vous ouvre le chemin.
*
Le don de plaire et l'éloquence ,
Sont à la Source de Jouvence ,
Et dans les ressorts de l'instinct.
Après neuf lustres , suis-je sage ?
Quoi : j'ose ébranler des ressorts ,
Qui sont trop vifs dans le bel âge ,
Dans le mien qui sont presque morts!
Je vois ce contraste sans peine ,
Je conseille et je n'agis pas,
Four
MA Y.. 17320 841
Pourvû, Franay , que mon halene ,
Ait , à ton gré , conduit ma veine ,
Je fais du reste peu de cas.
M. de Soultrait.
O D E.
A M. de Franay , Trésorier de France
en la Generalité de Moulins.
D
Escends de la Voute azurée ,
Quitte , Hébé , le Buffet des Dieux;
Des Jeux , des Graces entourée ,
Viens te présenter à mes yeux.
Hebé , je vais , de ton Empire ,
Chanter les douceurs et les Loix ,
A ij Inspire
838 MERCURE DE FRANCE
Inspire-moi , touche ma Lire ;
Qui mieux que toi pourroit me dire
Ton rang, tes honneurs et tes droits ?
De quels transports , de quelle yvresse ,
Me sens-je tout à coup épris !
Est- ce toi , charmante Déesse ,
Qui viens animer mes esprits
Je la vois , un Zéphir la porte ,
Avec l'Amour , Momus la suit.
Le vieux Saturne qui l'escorte ,
Des heures forme une cohorte ,
Qui se renouvelle sans bruit.
M
Son Empire sur la Nature,
Renferme la terre et les Airs ;
Le Printemps lui doit sa verdure ,
Et les Oiseaux leurs Chants divers,
Si d'une Jeunesse immortelle,
Hebé possede les beaux jours ,
Elle en répand sur chaque Belle ,
Quelque rayon , quelque étincelle ,
Mais qui ne dure pas toûjours.
3123
Profitez , riante Jeunesse ,
Du temps de faire votre cour,
Dépêchez-
MAY. 1732. 83
Dépêchez-vous , l'heure vous presse ,
Le temps qui fuit est sans retour.
Il n'est qu'un Printemps dans l'année ,
La nuit suit de près le matin ;
Et Flore , dans une Journée ,
Des Roses dont elle est ornée ,
Commence et finit le destin.
M
En doux ébats , en Jeux , en Fêtes ,
Venez lui payer vos tributs .
Les plaisirs que Comus apprête ,
Forment d'Hebéles revenus.
Mais pour mériter à sa suite ,
La préference et sa faveur
Fuyez les fureurs du Lapithe ,
La molesse du Sybaritte ,
Le fiel du Satyre imposteur.
Quel bruit se répand dans les Plaines ?
Pan fait raisonner son Hautbois.
Les Nymphes quittent leurs Fontaines,
Les Sylvains sortent de leurs Bois.
Pendant qu'une danse legere ,
Vous marque , Hebé , leur dévouement?
La Dryade , sur la fougee ,
Pour exprimer sa joye entiere ,
Ecoute à l'écart son Amant.
f
A iij Mais
840 MERCURE DE FRANCE
Mais quel est ce Berger qui chante ;
Sa Flute rend les plus doux sons.
Il veut de l'objet qui l'enchante ,
Fléchir le cœur par ses Chansons.
Chanter pour vaincre une volage !
Berger , vous chanterez en vain ;
Poussez , pressez un cœur sauvage ,
L'Amant chantant , trace l'Ouvrage ,
L'Amant pressant , le met à fin.
M
Vous , dont la languissante veine ,
Fait souvent gémir la raison ,
En vain des Eaux de l'Hypocrêne ,
Vous enyvrez votre Apollon.
Si vous voulez de la science ,
Qu'Hebé vous ouvre le chemin.
*
Le don de plaire et l'éloquence ,
Sont à la Source de Jouvence ,
Et dans les ressorts de l'instinct.
Après neuf lustres , suis-je sage ?
Quoi : j'ose ébranler des ressorts ,
Qui sont trop vifs dans le bel âge ,
Dans le mien qui sont presque morts!
Je vois ce contraste sans peine ,
Je conseille et je n'agis pas,
Four
MA Y.. 17320 841
Pourvû, Franay , que mon halene ,
Ait , à ton gré , conduit ma veine ,
Je fais du reste peu de cas.
M. de Soultrait.
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Résumé : LA JEUNESSE. ODE. A M. de Franay, Trésorier de France en la Generalité de Moulins.
Le poème est adressé à M. de Franay, Trésorier de France en la Généralité de Moulins. Il invoque Hébé, déesse de la jeunesse, pour célébrer ses douceurs et ses lois. Le poète exprime son enthousiasme et son inspiration divine. Hébé, portée par Zéphyr et accompagnée de l'Amour et de Momus, règne sur la nature, apportant verdure et chants aux oiseaux. Cependant, sa jeunesse immortelle ne dure pas éternellement pour les mortels. Le poème exhorte à profiter de la jeunesse, car le temps passe vite. Il recommande de savourer les plaisirs et les fêtes, tout en évitant les excès et les vices. Pan, les Nymphes et les Sylvains célèbrent Hébé par leurs danses et leurs chants. Un berger tente de séduire par ses chansons, mais le poète conseille de presser un cœur sauvage pour le conquérir. Le texte souligne que la science et l'éloquence proviennent de la jeunesse. Le poète reconnaît le contraste entre ses conseils et ses propres actions, avouant qu'il ne suit pas toujours ses recommandations. Il conclut en espérant que son inspiration ait plu à M. de Franay.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 841-856
METHODE pour apprendre la Musique en peu de temps. Par L. P. C. J.
Début :
Notre siecle est fécond en nouvelles Méthodes pour toutes choses [...]
Mots clefs :
Musique, Harmonie, Méthode d'enseignement, Mémoire, Apprendre, Théorie, Zarlin, Maîtres, Écoliers, Art, Do, Ut, Diatonique
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texteReconnaissance textuelle : METHODE pour apprendre la Musique en peu de temps. Par L. P. C. J.
METHODE pour apprendre la Musique
enpeu de temps. Par L. P. C. J.
Otre siecle est fécond en nouvelles
NMéthodes pour toutes choses . Rien
n'est mieux. Tôt ou tard on trouvera les
vrayes, avec cegout d'en essayer de toutes.
La Musique est donc aussi l'objet de plusieurs Méthodes nouvelles. Elle en vaut la
peine; et les Musiciens méritent bien qu'on
entre dans leur esprit et dans leurs vûës ,
et qu'on les seconde à faire mieux de jour
en jour.
La Musique n'a qu'un deffaut. Elle est
trop difficile à apprendre. Je ne parle
que du Chant : c'est peu de chose ; mais
ce peu de chose est absolument necessaire
pour aller plus loin, pour se former le goût,
pour se rendre l'oreille intelligente , pour
sentir l'harmonie , pour accompagner
pour composer.
Peu de gens vont jusques- là ; mais tout
A iiij le
842 MERCURE DE FRANCE
le monde voudroit y aller ; ceux au moins
qui apprennent la Musique. A quoi tientil donc qu'ils n'y arrivent ? Il tient à ce
peu de chose dont je parlois tout à l'heure,
lequel , tout peu qu'il est , vous arrête assez pour vous ôter le temps , le goût , ou le courage de passer au-delà.
Lire la Musique à livre ouvert , la lire
à mesure qu'on lit des paroles qui y répondent , c'est ce que j'appelle en verité
pru et très-peu de chose. C'est pourtant
l'affaire de cinq , de six , de dix , de dou.
P
ze , de quinze bonnes années pour les
trois quarts de ceux qui l'entreprennent.
Combien même y en a-t'il qui arrivent
à ce point ? il n'y a , dit- on , que les Enfans de Choeur , c'est-à-dire ceux qui
ayant commencé à l'âge de quatre ou
cinq ans , n'ont fait que cela jusqu'à 12.
15. 20. ans.
J'ai essayé de bien des sciences , et de
celles qui passent pour les plus difficiles ,
Géometrie , Algebre , Analyse , Physique,
&c. Mais je puis dire qu'il n'y a pas de
proportion entre le temps et le travail
qu'il faut pour apprendre ces sciences
fondes , je dis pour les apprendre même
toutes assez à fond , et le long temps et
le travail pénible et assidu qu'il faut pour
se rendre médiocrement possesseur d'upro-
MAY. 1732. 843
ne chose aussi médiocre que l'est la routine de la Musique et du simple Chint.
C'est , dit-on , cette routine qui fait
toute la difficulté ; je le sçais et c'est même
ce que je veux dire. On appelle la Rou
tine , l'habitude , une seconde Nature. Et
c'est par là qu'on l'estime. Mais c'est par
·là que j'en démontre le vice essentiel.
Il n'y a qu'une vraye et bonne nature ;
et je ne connois de seconde nature qu'une
contre- nature , ou une nature estropiće ,
entravée , étouffée, anéantie ; qu'on dresse
un Chien , un Cheval, qu'on siffle une Linoteou un Serin; qu'on mene un Aveugle
par la main , un Sourd par des signes ; mais
dans les Arts et dans les Sciences , je ne
voudrois pas qu'en faitd'Arts méchaniques
mêmes, on apprît rien aux enfans, parune
Méthode qui, sous prétexte de perfectionner l'humanité, commence par la dégrader.
La Musique n'est pas le seul Art , la
seule science où l'on donne trop à l'exercice et à la routine, aux dépens de l'intelligence et de la raison. Jusques à quand
traitera-t'on les enfans en machines , et
les hommes en enfans ? Jusques à quand
regardera- t'on la memoire comme la clef
des Sciences les plus abstraites et les plus
raisonnables ?
La memoire n'est la clefque de la scienA v ce
844 MERCURE DE FRANCE
ce des Perroquets ; bien définie elle même , elle n'est la science que des mots.
Encore même Horace m'apprend que l'invention , au moins celle des mots, est toute
du ressort du jugement. Verbaque provisam rem non invita sequentur. Parler de
mémoire , c'est reciter une leçon d'Ecolier. Parler après avoir pensé , c'est parler
en homme , c'est parler.
Je vais à mon but. La Musique n'est
difficile que parce qu'on l'apprend par
routine , par exercice , par habitude , par
memoire. Qu'on tourne un peu la chose
en théorie , en science , en principe , elle
va devenir tout ce qu'il y a au monde de
plus facile.
Je dis la pratique en va devenir facile.
Lorsque l'esprit est bien élairé , et qu'il
voitdistinctement de quoi il s'agit, la nature se développe , les facultez se manifestent , les talens se déploïent , la langue se délie , l'oreille devient sensible ,
les yeux clairvoyans, un air d'intelligence
se répand jusques dans les mains , dans
les doigts , dans les organes les plus méchaniques , les plus exterieurs.
Nous naissons avec un goût , une disposition , une semence de Musique qui
ne demande qu'à se developper. C'est ce
développement de la Nature qui devroit
être
M A Y. 1732. 845
être le but unique d'un Maître qui entreprend de la perfectionner. On ne perfectionne la Nature qu'en travaillant sur
le Plan même qu'elle a d'abord ébauché.
Nous autres François , sur tout , nous
entendons chanter, et bien tôt nous chantons aussi. Nous croyons donc qu'il n'y
a qu'à chanter , et que c'est- là la premiere
esquisse de la Nature. Mais ce chant pourroit bien n'être qu'une affaire d'habitude
et l'effet d'une seconde Nature.
Ceux qui sont un peu Philosophes , sçavent bien que le premier coup d'œil des
choses , est toujours imposteur ; que les
Phénomenes sensibles ont toujours des
raisons secrettes , des principes profonds ,
et qu'en un mot tout ce qui se présente
le premier dans l'ordre et dans la succession des effets , est le plus souvent le dernier dans l'ordre des generations et des
'causes.
Or ce n'est pas moi , c'est Zarlin , homme consommé dans la pratique et dans
la théorie de la Musique , qui cite Platon , pour nous dire que la mélodie , le
chant procede de l'harmonie. Et M. Rameau, qui ne le cede en rien à Zarlin,
et qui par un nombre de belles Décou-
-vertes nous a mis en état d'aller plus loin,
nous cite cet Auteur Italien pour nous
A vj repeter
846 MERCURE DE FRANCE
repeter que l'harmonie est le principe de
la mélodie. Il fait plus , il en donne des
preuves et dit tout ce qu'il faut pour l'établir solidement.
Ces grands Maîtres en parlent par rapport au grand de la Musique , à la composition , à l'accompagnement. Mais en
vain nous appellent-ils dans ce Sanctuaire,
si d'autres nous amusent au Vestibule , à
la porte, et nous ôtent l'envie , le gout, et
le temps de penetrer jusques dans cet interieur.
Ce sont ces grands Maîtres dont je
parlois à l'entrée de ce Discours , et que
je ne dédaignerai pas de seconder à perfectionner leur Art, du moins en m'efforçant d'en agrandir , d'en applanir les
avenues ; et c'est d'eux- mêmes que j'emprunterai les secours, les facilitez qui pourront m'aider , qui pourront aider au Public à allerjusqu'à eux.Un bon principe s'é- tend à tout , et celui de Platon atteint du
plus grand au plus petit, et depuis la com➡
position de l'harmonie jusqu'à la plus sim- ple execution machinale du Chant et de
la Gamme , qui est l'alphabet de la Musique.
Quoi ! dira t'on , faudra-t'il donc apprendre l'harmonie pour posseder la méIndie , et devenir Compositeur de plu- Sienn
MAY. 1732 847
sieurs Chants avant que de penser en
articuler un seul ? Quand je le dirois , je ne
croirois désesperer personne , puisque je
suis bien persuadé qu'on auroit encore
beaucoup meilleur marché de la routine
du Chant, qu'on ne prendroit ainsi qu'à
la suite d'une harmonie prise dans toute
son étendue et dans toute sa perfection.
Mais il n'en faut pas tant , et le principe seul de l'harmonie bien developpé ,
doit suffire pour cette routine de Chant
et de Mélodie ; il doit suffire et il suffit ,
bien entendu que rien ne suffit à sa place,
et que rien ne peut et ne doit le remplacer. Venons au fait.
Dans la Méthode ordinaire on chante
ou on croit chanter diatoniquement , de
proche en proche , par degrez conjoints ,
c'est- à-dire , comme on l'entend de Utà
Ré, de Ré à Mi, et tout de suite à Fa, Sol,
La, Si, Ut, Et moi, je dis que ce Systême
est faux , que cette Méthode n'a rien de
naturel , que ce chemin est scabreux , penible et long à l'infini , et que dès le
premier pas un Ecolier qu'on mene par
là , est un Ecolier manqué.
Personne ne doute , je crois , de la lon
gueur de ce chemin et de cette Méthode
Diatonique , puisque c'est l'experience de
tous les jours. Or cela seul fait assez voir
L
848 MERCURE DE FRANCE
le peu de naturel , le faux même de cette
maniere d'apprendre la Musique , n'étant pas naturel que si peu de chose coûte
tant à acquerir.
监
Suivons un Maître qui montre la Musiqué , mais sur tout rendons - nous attentif à l'Ecolier qui apprend , ou plutôt ,
pour ne révolter personne , concevons
tout ceci sous l'idée de l'Art personifié qui
à entrepris de perfectionner la nature.
L'Art décide donc que de Ut à Ré il
n'y a qu'un degré , de Ut à Mi , deux ,
de Uta Sol, cinq , et de Ut à Ut , huit
et là dessus il entonne Ut , Ré , et il exige que la Nature le repete à sa suite.
La Nature s'en mocque , son premier
degré est de Vt à Ut , le second de Ut
à Sol , le troisième , de Sol à Ut , seconde
réplique du premier , delà elle passe à
Mi, enfin ce n'est pourtant que la neuviéme marche qu'elle saisit le Ré. Jugez
d'abord de la bonté d'une Méthode dans
laquelle au lieu de multiplier les marches pour adoucir la montée , on vous
oblige du premier pas , d'enjamber le
neuvième dégré.
Je ne dis rien sans preuve , ni même
sans démonstration ; car chacun a sa Gamme, chacun son Echelle , chacun son Alphabet. Celui de l'Art est , روUt, Ré , Mì¸Fa,
MAY. .1732. 849
Fa, Sol, La , Si , Ut. Celui de la Nature est Vt, Vt , Sol , Ut, Mi , Sol , Ut,
Ré, &c. Je ne dirai rien que tous les Musiciens ne sçachent avant moi et mieux
que moi.
C'est d'eux que j'ai appris que lorsqu'on
a une corde qui sonne Ut , si on la coupe
en deux parties égales , chaque moitié
sonnera encore Vt ; si on la divise en
trois , chaque tiers sonnera Sol ; en 4 Ut,
en 5 Mi, en 6 Sol , en 8 Ut , en 9. en- fin Ré.
30
C'est un Axiome reçû des Musiciens
autant que des Physiciens et des Géométres , que les sons sont aux sons , comme
les cordes sont aux cordes , et par consequent comme les nombres sont aux
nombres.
,
Non- seulement les sons , mais là difficulté de les articuler , de les entonner ,
doit suivre le progrès des nombres. Car
non-seulement une corde mais tout
agent , tout organe sonore doit se subdiviser en 2. en 3. &c. parties pour exprimer Ut, Ut , Sol , Ut, &c. et en 9.
pour Ré.
Or il est plus naturel et plus facile ,
sans doute , de diviser en 2 qu'en 3 , en 3
qu'en 4, &c. Car pour la division en 2 , il
n'y a qu'un point à diviser; pour 3 ,
il en
faut
850 MERCURE DE FRANCE
faut 2 ; pour 4 , il en faut 3 ; et pour 9 ,
il en faut 8.
Qu'on ne dise pas que les nombres sont
quelque chose d'abstrait , qui n'influë
point dans la pratique , dans le physique
de la chose. Car je répons que tout ce
monde physique est fait avec nombre,poids
et mesure. Orla mesure et le poids sont
quelque chose de réel ; le nombre l'est
donc aussi.
Ignore- t- on d'ailleurs que le nombre
convient spécialement à l'harmonie , et
décide de tout ce qu'elle a de réel ? Enfin
la division des corps sonores, celle de l'air
même et de l'oreille , par des vibrations
ou des ondulations dont le nombre ne
peut - être que déterminé , est une chose
réelle et physique, qui ne permet pas qu'on
traite ici les nombres, ni les raisonnemens
qu'on en tire , de choses abstraites , ni de
spéculations purement géométriques ou
métaphysiques.
La Trompette n'est pas un être de rai→
son. Or lorsque dans une Trompette on
on a sonné l'Ut au plus bas, et qu'on veut
monter par dégrez , le premier dégré d'élevation donne l'octave prétenduë Vr; le
second dégré donne la quinte ou plutôt la
douzième Sol , et tout de suite , Ut , Ut ,
Sol, Ut, Mi, &c. n'arrivant et ne pouvant
MAY. 1732. 851
vant arriver au prétendu Diatonique Ré ,
qu'au neuviéme son.
Les premiers observateurs de ce Phénoméne , Mersenne , Kischer , Dechales, &c.
appelloient cela les Sautsde la Trompette,
prévenus que Ut , Ré, étoit l'échelle vraiment Diatonique. Elle l'est dans l'ordre
des effets , des Phénoménes, des apparencess
mais c'est le progrès Ut , Ut , Sol , &c.
qui l'est dans l'ordre des causes , des réa- litez de la nature.
Défions- nous , si l'on veut , de tout ce
qui est artificiel; la Trompette est un ouvrage de l'art , quoiqu'un des premiers ;
et par- là des moins suspects d'artifice et d'altération. Ne sortons pas du sujet que
nous avions d'abord proposé.
L'art , c'est-à-dire , le maître entonne
Ut, Ré; la nature , c'est-à-dire, l'enfant
le commençant, repete Ut, Ré; c'est-à- dire,
en répete les mots , car il sçait articuler
mais il n'en répete pas les sons, parce qu'il
ne sçait pas chanter , au moins sur le ton
de l'art , car il le sçait selon celui de
la nature, et en répetant Ut , Ré , il entonne Ut , Ut.
C'est un fait que la plupart des commençans , sur tout ceux que les Maîtres
disent qui ont l'oreille dure et la voix
fausse , et qui selon moi , n'ont souvent
que
852 MERCURE DE FRANCE
que trop de sensibilité et de justesse d'organes , commencent toujours par monter
à l'octave , comme la Trompette, vont de
là à la quinte , à la quarte , à la tierce, &c.
et n'arrivent au Diatonique Ut , Ré , qu'à➡
près tous ces intervalles consécutifs , et
encore même par grande déférence pour
un Maître qui l'exige du ton le plus impérieux.
Qu'un Ecolier est à plaindre , lorsque
l'art qui le dirige n'est pas sur le ton de
la nature l'art dit Ut, Ré 3 et la nature
Ut, Vt; quelle dissonance , quelle syncope , quelle convulsion pour une oreille tendre et délicate qui souffriroit à peine
dans un progrès d'harmonie une dissonance pareille , qui seroit préparée et
sauvée dans toutes les regles , et à qui
pour premier prélude , la Musique s'annonce par tout ce qu'elle a de plus dur ,
et cela fiérement et sans aucune sorte de
préparation.
Encore si cette dureté étoit sauvée,mais
l'art est impliable , et il exige son Ut,
Ré , jusqu'au dernier instant. La nature
peut se plier à force de crier Ut , Ré ; de
dire qu'on monte trop haut , de se fâcher,
de gronder, d'arracher des soupirs et des
pleurs; un pauvre enfant qui ne sçait pas
trop à qui s'en rapporter,se hazarde à monter
MA Y. 1732. 85$
ter encore plus haut , et après avoir longtems rédit , Ut , Ut , il se rapproche et
attrape Ut , Sol; mais il ne tient rien , il
revient à Ut, à Sol; mais le temps, etl'art
l'invitant toujours à descendre , il grimpe
à Mi, se balance à Sol , à Ut , à Mi , et
un beau jour , il va s'acrocher à Ré , qui
lui échape aussi- tôt , et auquel de 2 , de
3 , de 4ans , peut- être il ne pourra se fi
xer imperturbablement.
Car enfin c'est le vieux proverbe , que
de quelque fourche qu'on se serve pour
chasser la nature , elle revient toujours ,
et toujours sans fin et sans cesse , sans tréve ni quartier. Elle est toujours montée à
dire ut , après ut , comme la Trompete ;
sol après le second ut ; et à moins qu'on ne
lui alt appris en apprenant d'elle-même à
ré , sur le ton où elle est montée
pour le dire ; l'art à beau crier , il ne peut
qu'effleurer les oreilles , ou tout au plus
les déchirer , et en exiger un service forcé
qu'aucune longueur de temps ne rendra
dire ut,
naturel.
La nature est un Maître intérieur ; elle
parle tout bas, si l'on veut, mais elle est en
possession , et un enfant connoit sa voix ,
bien mieux encore que celle de sa nourde sa mere même. Les Musiciens
eux-mêmes conviennent qu'en entendant
rice ou
cer
854 MERCURE DE FRANCE
1
certains sons , l'oreille en sousentend tou
jours d'autres. Or je crois avoir prouvé ,
sans réplique , dans les Memoires de Trevoux , année 1722. Octobre , pag 1732. en
-dévelopant le systême de M. Rameau,que
cette sousentente étoit une entente réelle des
sons harmoniques ut , ut , sol , &c. dans l'ordre des nombres naturels 1 , 2 , 3 , 4.
&c.
Enfin , car il faut garder quelque chose
pour le lendemain , j'aboutis icy à conclure que pour déveloper la nature , ce qui
doit être l'unique but de tous les arts , il
faut la suivre au but qu'elle - même nous
indique icy d'une maniere qui n'a rien
d'équivoque.
Gardons la Méthode Diatonique pour
les Perroquets et pour les Serins, lesquels
pourroient peut être encore être mieux siflez, car la nature n'a qu'un systême. Mais
pour les hommes et même pour les enfans , il n'est pas question d'une aveugle
routine qui prend trop de temps , et plus
que si peu de chose n'en mérite , et qui
même n'apprend rien comme il faut.
La nature a fait icy tous les frais de ce
qu'il y a de méchanique dans la chose, les
cordes sont tendues dans l'oreille , les
tuyaux diapasones dans le gosier , la Tablature, les touches, tout l'instrument est
à
MAY. 17327 855
à son point, La nature n'a laissé à l'art ,
c'est-à- dire , à l'esprit , que la partie de
l'esprit , c'est-à- dire , l'intelligence des
sons , le rapport des tons , l'explication ,
en un mot, du systême general ut , ut ,
sol , ut , mi , sol , ut , re , mi , sol , si , ut ,
&c. qui contient tous les systêmes, diatonique , chromatique , &c. en commençant régulierement par l'harmonique qui
est la source féconde de tous les autres.
Voilà la méthode qui consiste à commencer par l'harmonique , qui est le fondement de tout, et qu'on doit bien posseder de la voix , de l'oreille , et sur tout de
l'esprit , avant que de passer au diatonique , lequel ne doit même venir que dépendamment et par voye de génération à
la suite de l'harmonique : le chromatique
venant aussi à son tour , suivi de l'enharmonique , et de tout ce que la Musique
a de plus profond.
Car pour le dire encore , une pareille
méthode mene tout de suite à la compo
sition et à
l'accompagnement , et y mene
avec une rapidité extrême; rien n'étant
plus rapide que les progrès d'une bonne
nature qu'on a laissée , comme dormir
dans une lenteur apparente , qu'elle semble affecter aux premiers , instans de sa
naissance ou de son développement.
Pour
856 MERCURE DE FRANCE
Pour ce qui est de la maniere d'exécuter ce Plan general, on va la voir dans un
petit ouvrage , où je la donne par leçons
consécutives à la portée des Maîtres et
des Ecoliers.
enpeu de temps. Par L. P. C. J.
Otre siecle est fécond en nouvelles
NMéthodes pour toutes choses . Rien
n'est mieux. Tôt ou tard on trouvera les
vrayes, avec cegout d'en essayer de toutes.
La Musique est donc aussi l'objet de plusieurs Méthodes nouvelles. Elle en vaut la
peine; et les Musiciens méritent bien qu'on
entre dans leur esprit et dans leurs vûës ,
et qu'on les seconde à faire mieux de jour
en jour.
La Musique n'a qu'un deffaut. Elle est
trop difficile à apprendre. Je ne parle
que du Chant : c'est peu de chose ; mais
ce peu de chose est absolument necessaire
pour aller plus loin, pour se former le goût,
pour se rendre l'oreille intelligente , pour
sentir l'harmonie , pour accompagner
pour composer.
Peu de gens vont jusques- là ; mais tout
A iiij le
842 MERCURE DE FRANCE
le monde voudroit y aller ; ceux au moins
qui apprennent la Musique. A quoi tientil donc qu'ils n'y arrivent ? Il tient à ce
peu de chose dont je parlois tout à l'heure,
lequel , tout peu qu'il est , vous arrête assez pour vous ôter le temps , le goût , ou le courage de passer au-delà.
Lire la Musique à livre ouvert , la lire
à mesure qu'on lit des paroles qui y répondent , c'est ce que j'appelle en verité
pru et très-peu de chose. C'est pourtant
l'affaire de cinq , de six , de dix , de dou.
P
ze , de quinze bonnes années pour les
trois quarts de ceux qui l'entreprennent.
Combien même y en a-t'il qui arrivent
à ce point ? il n'y a , dit- on , que les Enfans de Choeur , c'est-à-dire ceux qui
ayant commencé à l'âge de quatre ou
cinq ans , n'ont fait que cela jusqu'à 12.
15. 20. ans.
J'ai essayé de bien des sciences , et de
celles qui passent pour les plus difficiles ,
Géometrie , Algebre , Analyse , Physique,
&c. Mais je puis dire qu'il n'y a pas de
proportion entre le temps et le travail
qu'il faut pour apprendre ces sciences
fondes , je dis pour les apprendre même
toutes assez à fond , et le long temps et
le travail pénible et assidu qu'il faut pour
se rendre médiocrement possesseur d'upro-
MAY. 1732. 843
ne chose aussi médiocre que l'est la routine de la Musique et du simple Chint.
C'est , dit-on , cette routine qui fait
toute la difficulté ; je le sçais et c'est même
ce que je veux dire. On appelle la Rou
tine , l'habitude , une seconde Nature. Et
c'est par là qu'on l'estime. Mais c'est par
·là que j'en démontre le vice essentiel.
Il n'y a qu'une vraye et bonne nature ;
et je ne connois de seconde nature qu'une
contre- nature , ou une nature estropiće ,
entravée , étouffée, anéantie ; qu'on dresse
un Chien , un Cheval, qu'on siffle une Linoteou un Serin; qu'on mene un Aveugle
par la main , un Sourd par des signes ; mais
dans les Arts et dans les Sciences , je ne
voudrois pas qu'en faitd'Arts méchaniques
mêmes, on apprît rien aux enfans, parune
Méthode qui, sous prétexte de perfectionner l'humanité, commence par la dégrader.
La Musique n'est pas le seul Art , la
seule science où l'on donne trop à l'exercice et à la routine, aux dépens de l'intelligence et de la raison. Jusques à quand
traitera-t'on les enfans en machines , et
les hommes en enfans ? Jusques à quand
regardera- t'on la memoire comme la clef
des Sciences les plus abstraites et les plus
raisonnables ?
La memoire n'est la clefque de la scienA v ce
844 MERCURE DE FRANCE
ce des Perroquets ; bien définie elle même , elle n'est la science que des mots.
Encore même Horace m'apprend que l'invention , au moins celle des mots, est toute
du ressort du jugement. Verbaque provisam rem non invita sequentur. Parler de
mémoire , c'est reciter une leçon d'Ecolier. Parler après avoir pensé , c'est parler
en homme , c'est parler.
Je vais à mon but. La Musique n'est
difficile que parce qu'on l'apprend par
routine , par exercice , par habitude , par
memoire. Qu'on tourne un peu la chose
en théorie , en science , en principe , elle
va devenir tout ce qu'il y a au monde de
plus facile.
Je dis la pratique en va devenir facile.
Lorsque l'esprit est bien élairé , et qu'il
voitdistinctement de quoi il s'agit, la nature se développe , les facultez se manifestent , les talens se déploïent , la langue se délie , l'oreille devient sensible ,
les yeux clairvoyans, un air d'intelligence
se répand jusques dans les mains , dans
les doigts , dans les organes les plus méchaniques , les plus exterieurs.
Nous naissons avec un goût , une disposition , une semence de Musique qui
ne demande qu'à se developper. C'est ce
développement de la Nature qui devroit
être
M A Y. 1732. 845
être le but unique d'un Maître qui entreprend de la perfectionner. On ne perfectionne la Nature qu'en travaillant sur
le Plan même qu'elle a d'abord ébauché.
Nous autres François , sur tout , nous
entendons chanter, et bien tôt nous chantons aussi. Nous croyons donc qu'il n'y
a qu'à chanter , et que c'est- là la premiere
esquisse de la Nature. Mais ce chant pourroit bien n'être qu'une affaire d'habitude
et l'effet d'une seconde Nature.
Ceux qui sont un peu Philosophes , sçavent bien que le premier coup d'œil des
choses , est toujours imposteur ; que les
Phénomenes sensibles ont toujours des
raisons secrettes , des principes profonds ,
et qu'en un mot tout ce qui se présente
le premier dans l'ordre et dans la succession des effets , est le plus souvent le dernier dans l'ordre des generations et des
'causes.
Or ce n'est pas moi , c'est Zarlin , homme consommé dans la pratique et dans
la théorie de la Musique , qui cite Platon , pour nous dire que la mélodie , le
chant procede de l'harmonie. Et M. Rameau, qui ne le cede en rien à Zarlin,
et qui par un nombre de belles Décou-
-vertes nous a mis en état d'aller plus loin,
nous cite cet Auteur Italien pour nous
A vj repeter
846 MERCURE DE FRANCE
repeter que l'harmonie est le principe de
la mélodie. Il fait plus , il en donne des
preuves et dit tout ce qu'il faut pour l'établir solidement.
Ces grands Maîtres en parlent par rapport au grand de la Musique , à la composition , à l'accompagnement. Mais en
vain nous appellent-ils dans ce Sanctuaire,
si d'autres nous amusent au Vestibule , à
la porte, et nous ôtent l'envie , le gout, et
le temps de penetrer jusques dans cet interieur.
Ce sont ces grands Maîtres dont je
parlois à l'entrée de ce Discours , et que
je ne dédaignerai pas de seconder à perfectionner leur Art, du moins en m'efforçant d'en agrandir , d'en applanir les
avenues ; et c'est d'eux- mêmes que j'emprunterai les secours, les facilitez qui pourront m'aider , qui pourront aider au Public à allerjusqu'à eux.Un bon principe s'é- tend à tout , et celui de Platon atteint du
plus grand au plus petit, et depuis la com➡
position de l'harmonie jusqu'à la plus sim- ple execution machinale du Chant et de
la Gamme , qui est l'alphabet de la Musique.
Quoi ! dira t'on , faudra-t'il donc apprendre l'harmonie pour posseder la méIndie , et devenir Compositeur de plu- Sienn
MAY. 1732 847
sieurs Chants avant que de penser en
articuler un seul ? Quand je le dirois , je ne
croirois désesperer personne , puisque je
suis bien persuadé qu'on auroit encore
beaucoup meilleur marché de la routine
du Chant, qu'on ne prendroit ainsi qu'à
la suite d'une harmonie prise dans toute
son étendue et dans toute sa perfection.
Mais il n'en faut pas tant , et le principe seul de l'harmonie bien developpé ,
doit suffire pour cette routine de Chant
et de Mélodie ; il doit suffire et il suffit ,
bien entendu que rien ne suffit à sa place,
et que rien ne peut et ne doit le remplacer. Venons au fait.
Dans la Méthode ordinaire on chante
ou on croit chanter diatoniquement , de
proche en proche , par degrez conjoints ,
c'est- à-dire , comme on l'entend de Utà
Ré, de Ré à Mi, et tout de suite à Fa, Sol,
La, Si, Ut, Et moi, je dis que ce Systême
est faux , que cette Méthode n'a rien de
naturel , que ce chemin est scabreux , penible et long à l'infini , et que dès le
premier pas un Ecolier qu'on mene par
là , est un Ecolier manqué.
Personne ne doute , je crois , de la lon
gueur de ce chemin et de cette Méthode
Diatonique , puisque c'est l'experience de
tous les jours. Or cela seul fait assez voir
L
848 MERCURE DE FRANCE
le peu de naturel , le faux même de cette
maniere d'apprendre la Musique , n'étant pas naturel que si peu de chose coûte
tant à acquerir.
监
Suivons un Maître qui montre la Musiqué , mais sur tout rendons - nous attentif à l'Ecolier qui apprend , ou plutôt ,
pour ne révolter personne , concevons
tout ceci sous l'idée de l'Art personifié qui
à entrepris de perfectionner la nature.
L'Art décide donc que de Ut à Ré il
n'y a qu'un degré , de Ut à Mi , deux ,
de Uta Sol, cinq , et de Ut à Ut , huit
et là dessus il entonne Ut , Ré , et il exige que la Nature le repete à sa suite.
La Nature s'en mocque , son premier
degré est de Vt à Ut , le second de Ut
à Sol , le troisième , de Sol à Ut , seconde
réplique du premier , delà elle passe à
Mi, enfin ce n'est pourtant que la neuviéme marche qu'elle saisit le Ré. Jugez
d'abord de la bonté d'une Méthode dans
laquelle au lieu de multiplier les marches pour adoucir la montée , on vous
oblige du premier pas , d'enjamber le
neuvième dégré.
Je ne dis rien sans preuve , ni même
sans démonstration ; car chacun a sa Gamme, chacun son Echelle , chacun son Alphabet. Celui de l'Art est , روUt, Ré , Mì¸Fa,
MAY. .1732. 849
Fa, Sol, La , Si , Ut. Celui de la Nature est Vt, Vt , Sol , Ut, Mi , Sol , Ut,
Ré, &c. Je ne dirai rien que tous les Musiciens ne sçachent avant moi et mieux
que moi.
C'est d'eux que j'ai appris que lorsqu'on
a une corde qui sonne Ut , si on la coupe
en deux parties égales , chaque moitié
sonnera encore Vt ; si on la divise en
trois , chaque tiers sonnera Sol ; en 4 Ut,
en 5 Mi, en 6 Sol , en 8 Ut , en 9. en- fin Ré.
30
C'est un Axiome reçû des Musiciens
autant que des Physiciens et des Géométres , que les sons sont aux sons , comme
les cordes sont aux cordes , et par consequent comme les nombres sont aux
nombres.
,
Non- seulement les sons , mais là difficulté de les articuler , de les entonner ,
doit suivre le progrès des nombres. Car
non-seulement une corde mais tout
agent , tout organe sonore doit se subdiviser en 2. en 3. &c. parties pour exprimer Ut, Ut , Sol , Ut, &c. et en 9.
pour Ré.
Or il est plus naturel et plus facile ,
sans doute , de diviser en 2 qu'en 3 , en 3
qu'en 4, &c. Car pour la division en 2 , il
n'y a qu'un point à diviser; pour 3 ,
il en
faut
850 MERCURE DE FRANCE
faut 2 ; pour 4 , il en faut 3 ; et pour 9 ,
il en faut 8.
Qu'on ne dise pas que les nombres sont
quelque chose d'abstrait , qui n'influë
point dans la pratique , dans le physique
de la chose. Car je répons que tout ce
monde physique est fait avec nombre,poids
et mesure. Orla mesure et le poids sont
quelque chose de réel ; le nombre l'est
donc aussi.
Ignore- t- on d'ailleurs que le nombre
convient spécialement à l'harmonie , et
décide de tout ce qu'elle a de réel ? Enfin
la division des corps sonores, celle de l'air
même et de l'oreille , par des vibrations
ou des ondulations dont le nombre ne
peut - être que déterminé , est une chose
réelle et physique, qui ne permet pas qu'on
traite ici les nombres, ni les raisonnemens
qu'on en tire , de choses abstraites , ni de
spéculations purement géométriques ou
métaphysiques.
La Trompette n'est pas un être de rai→
son. Or lorsque dans une Trompette on
on a sonné l'Ut au plus bas, et qu'on veut
monter par dégrez , le premier dégré d'élevation donne l'octave prétenduë Vr; le
second dégré donne la quinte ou plutôt la
douzième Sol , et tout de suite , Ut , Ut ,
Sol, Ut, Mi, &c. n'arrivant et ne pouvant
MAY. 1732. 851
vant arriver au prétendu Diatonique Ré ,
qu'au neuviéme son.
Les premiers observateurs de ce Phénoméne , Mersenne , Kischer , Dechales, &c.
appelloient cela les Sautsde la Trompette,
prévenus que Ut , Ré, étoit l'échelle vraiment Diatonique. Elle l'est dans l'ordre
des effets , des Phénoménes, des apparencess
mais c'est le progrès Ut , Ut , Sol , &c.
qui l'est dans l'ordre des causes , des réa- litez de la nature.
Défions- nous , si l'on veut , de tout ce
qui est artificiel; la Trompette est un ouvrage de l'art , quoiqu'un des premiers ;
et par- là des moins suspects d'artifice et d'altération. Ne sortons pas du sujet que
nous avions d'abord proposé.
L'art , c'est-à-dire , le maître entonne
Ut, Ré; la nature , c'est-à-dire, l'enfant
le commençant, repete Ut, Ré; c'est-à- dire,
en répete les mots , car il sçait articuler
mais il n'en répete pas les sons, parce qu'il
ne sçait pas chanter , au moins sur le ton
de l'art , car il le sçait selon celui de
la nature, et en répetant Ut , Ré , il entonne Ut , Ut.
C'est un fait que la plupart des commençans , sur tout ceux que les Maîtres
disent qui ont l'oreille dure et la voix
fausse , et qui selon moi , n'ont souvent
que
852 MERCURE DE FRANCE
que trop de sensibilité et de justesse d'organes , commencent toujours par monter
à l'octave , comme la Trompette, vont de
là à la quinte , à la quarte , à la tierce, &c.
et n'arrivent au Diatonique Ut , Ré , qu'à➡
près tous ces intervalles consécutifs , et
encore même par grande déférence pour
un Maître qui l'exige du ton le plus impérieux.
Qu'un Ecolier est à plaindre , lorsque
l'art qui le dirige n'est pas sur le ton de
la nature l'art dit Ut, Ré 3 et la nature
Ut, Vt; quelle dissonance , quelle syncope , quelle convulsion pour une oreille tendre et délicate qui souffriroit à peine
dans un progrès d'harmonie une dissonance pareille , qui seroit préparée et
sauvée dans toutes les regles , et à qui
pour premier prélude , la Musique s'annonce par tout ce qu'elle a de plus dur ,
et cela fiérement et sans aucune sorte de
préparation.
Encore si cette dureté étoit sauvée,mais
l'art est impliable , et il exige son Ut,
Ré , jusqu'au dernier instant. La nature
peut se plier à force de crier Ut , Ré ; de
dire qu'on monte trop haut , de se fâcher,
de gronder, d'arracher des soupirs et des
pleurs; un pauvre enfant qui ne sçait pas
trop à qui s'en rapporter,se hazarde à monter
MA Y. 1732. 85$
ter encore plus haut , et après avoir longtems rédit , Ut , Ut , il se rapproche et
attrape Ut , Sol; mais il ne tient rien , il
revient à Ut, à Sol; mais le temps, etl'art
l'invitant toujours à descendre , il grimpe
à Mi, se balance à Sol , à Ut , à Mi , et
un beau jour , il va s'acrocher à Ré , qui
lui échape aussi- tôt , et auquel de 2 , de
3 , de 4ans , peut- être il ne pourra se fi
xer imperturbablement.
Car enfin c'est le vieux proverbe , que
de quelque fourche qu'on se serve pour
chasser la nature , elle revient toujours ,
et toujours sans fin et sans cesse , sans tréve ni quartier. Elle est toujours montée à
dire ut , après ut , comme la Trompete ;
sol après le second ut ; et à moins qu'on ne
lui alt appris en apprenant d'elle-même à
ré , sur le ton où elle est montée
pour le dire ; l'art à beau crier , il ne peut
qu'effleurer les oreilles , ou tout au plus
les déchirer , et en exiger un service forcé
qu'aucune longueur de temps ne rendra
dire ut,
naturel.
La nature est un Maître intérieur ; elle
parle tout bas, si l'on veut, mais elle est en
possession , et un enfant connoit sa voix ,
bien mieux encore que celle de sa nourde sa mere même. Les Musiciens
eux-mêmes conviennent qu'en entendant
rice ou
cer
854 MERCURE DE FRANCE
1
certains sons , l'oreille en sousentend tou
jours d'autres. Or je crois avoir prouvé ,
sans réplique , dans les Memoires de Trevoux , année 1722. Octobre , pag 1732. en
-dévelopant le systême de M. Rameau,que
cette sousentente étoit une entente réelle des
sons harmoniques ut , ut , sol , &c. dans l'ordre des nombres naturels 1 , 2 , 3 , 4.
&c.
Enfin , car il faut garder quelque chose
pour le lendemain , j'aboutis icy à conclure que pour déveloper la nature , ce qui
doit être l'unique but de tous les arts , il
faut la suivre au but qu'elle - même nous
indique icy d'une maniere qui n'a rien
d'équivoque.
Gardons la Méthode Diatonique pour
les Perroquets et pour les Serins, lesquels
pourroient peut être encore être mieux siflez, car la nature n'a qu'un systême. Mais
pour les hommes et même pour les enfans , il n'est pas question d'une aveugle
routine qui prend trop de temps , et plus
que si peu de chose n'en mérite , et qui
même n'apprend rien comme il faut.
La nature a fait icy tous les frais de ce
qu'il y a de méchanique dans la chose, les
cordes sont tendues dans l'oreille , les
tuyaux diapasones dans le gosier , la Tablature, les touches, tout l'instrument est
à
MAY. 17327 855
à son point, La nature n'a laissé à l'art ,
c'est-à- dire , à l'esprit , que la partie de
l'esprit , c'est-à- dire , l'intelligence des
sons , le rapport des tons , l'explication ,
en un mot, du systême general ut , ut ,
sol , ut , mi , sol , ut , re , mi , sol , si , ut ,
&c. qui contient tous les systêmes, diatonique , chromatique , &c. en commençant régulierement par l'harmonique qui
est la source féconde de tous les autres.
Voilà la méthode qui consiste à commencer par l'harmonique , qui est le fondement de tout, et qu'on doit bien posseder de la voix , de l'oreille , et sur tout de
l'esprit , avant que de passer au diatonique , lequel ne doit même venir que dépendamment et par voye de génération à
la suite de l'harmonique : le chromatique
venant aussi à son tour , suivi de l'enharmonique , et de tout ce que la Musique
a de plus profond.
Car pour le dire encore , une pareille
méthode mene tout de suite à la compo
sition et à
l'accompagnement , et y mene
avec une rapidité extrême; rien n'étant
plus rapide que les progrès d'une bonne
nature qu'on a laissée , comme dormir
dans une lenteur apparente , qu'elle semble affecter aux premiers , instans de sa
naissance ou de son développement.
Pour
856 MERCURE DE FRANCE
Pour ce qui est de la maniere d'exécuter ce Plan general, on va la voir dans un
petit ouvrage , où je la donne par leçons
consécutives à la portée des Maîtres et
des Ecoliers.
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Résumé : METHODE pour apprendre la Musique en peu de temps. Par L. P. C. J.
Le texte 'METHODE pour apprendre la Musique' aborde les défis liés à l'apprentissage de la musique, en particulier du chant. L'auteur observe que la musique est souvent considérée comme trop difficile à maîtriser, en raison de la routine et des exercices excessifs qui étouffent l'intelligence et la raison. Il critique les méthodes traditionnelles qui privilégient la mémoire et l'habitude au détriment de la compréhension théorique. L'auteur propose d'enseigner la musique comme une science et une théorie, plutôt que par la simple répétition. Il soutient que la nature humaine possède une disposition innée pour la musique, qui ne demande qu'à se développer. Il cite des maîtres tels que Zarlino et Rameau pour appuyer l'idée que la mélodie et le chant découlent de l'harmonie. Le texte critique la méthode diatonique courante, qui consiste à chanter de proche en proche par degrés conjoints (Ut à Ré, Ré à Mi, etc.), la jugeant peu naturelle et pénible. L'auteur suggère une approche basée sur les divisions naturelles des sons, en utilisant les nombres et les proportions pour faciliter l'apprentissage. Par ailleurs, le texte traite des difficultés rencontrées par un écolier lorsqu'il apprend la musique selon une méthode qui ne respecte pas les lois naturelles de l'harmonie. L'auteur critique l'enseignement traditionnel qui impose des notes (Ut, Ré) qui ne correspondent pas à la nature (Ut, Vt), causant ainsi des dissonances et des souffrances pour l'élève. La nature, décrite comme un maître intérieur, guide l'enfant de manière plus naturelle et harmonieuse. Les musiciens reconnaissent que l'oreille perçoit des sons harmoniques de manière intuitive. L'auteur conclut en affirmant que comprendre les principes de l'harmonie peut rendre l'apprentissage du chant plus facile et plus naturel. Il propose une méthode basée sur l'harmonique, qui est la source de tous les autres systèmes musicaux (diatonique, chromatique, etc.). Cette méthode permet de progresser rapidement vers la composition et l'accompagnement, en respectant les lois naturelles de la musique. L'auteur prévoit de détailler cette méthode dans un ouvrage destiné aux maîtres et aux écoliers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 856-857
SONNET Sur les Bouts-Rimez; proposez dans le second vol. du Mercure de Dec. 1731.
Début :
Je crains plus, cher ami, Cupidon que la Mort, [...]
Mots clefs :
Bouts-rimés, Mort, Financier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET Sur les Bouts-Rimez; proposez dans le second vol. du Mercure de Dec. 1731.
SONNET
Sur les Bouts - Rimez ; proposez dans le
fecond vol. du Mercure de Dec. 1731.
J
E crains plus , cher ami, Cupidon que la Mort ,
Port
Et ses traits dangereux, que les Clous d'une Biere,
En vain pour me tenter , il me montre le
Je ne veux point sous lui commencer de Carriere.
Du sexe, être la dupe, Amans , c'est votre Sort
La Coquete , de tout , remplit sa Gibeciere ,
Agnès , les yeux baissez , semblable à l'eau qui
Dort "
Estst plus trompeuse encor , si l'on en croit Mo- liere.
Fussiez- vous Adonis ; malgré son air Hagard ,
Sans cheveux , & sans dents un opulent Vieil- lard ,>
Fait au cœur de la belle une vive - Apostrophe ,
Fussiez-
MAY.
1732 857
Fassiez-vous Céladon ; un Faquin >
Devenu Financier , vous donne échec et
Et rit impunément de votre
un pied Plat
Mat ,
Catastrophe.
R ... Av... A Blois.
Sur les Bouts - Rimez ; proposez dans le
fecond vol. du Mercure de Dec. 1731.
J
E crains plus , cher ami, Cupidon que la Mort ,
Port
Et ses traits dangereux, que les Clous d'une Biere,
En vain pour me tenter , il me montre le
Je ne veux point sous lui commencer de Carriere.
Du sexe, être la dupe, Amans , c'est votre Sort
La Coquete , de tout , remplit sa Gibeciere ,
Agnès , les yeux baissez , semblable à l'eau qui
Dort "
Estst plus trompeuse encor , si l'on en croit Mo- liere.
Fussiez- vous Adonis ; malgré son air Hagard ,
Sans cheveux , & sans dents un opulent Vieil- lard ,>
Fait au cœur de la belle une vive - Apostrophe ,
Fussiez-
MAY.
1732 857
Fassiez-vous Céladon ; un Faquin >
Devenu Financier , vous donne échec et
Et rit impunément de votre
un pied Plat
Mat ,
Catastrophe.
R ... Av... A Blois.
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Résumé : SONNET Sur les Bouts-Rimez; proposez dans le second vol. du Mercure de Dec. 1731.
Le sonnet de 1732, signé 'MAY', exprime la crainte de l'amour et de Cupidon. L'auteur décrit les hommes comme les dupes des coquettes. Il cite Molière pour illustrer la tromperie des femmes. Le texte souligne que les femmes peuvent être séduites ou moquées, indépendamment de leur apparence ou richesse, par des individus de condition inférieure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 857-871
TREISIÈME Lettre, sur la Biblioteque des Enfans.
Début :
Vous demandez, MONSIEUR, si pour exercer la mémoire d'un petit [...]
Mots clefs :
Bibliothèque des enfants, Méthode, Mémoire, Apprendre, Livre, Collèges, Écoles, Opérations de l'esprit, Théorie, Pratique, Latin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TREISIÈME Lettre, sur la Biblioteque des Enfans.
TREISIEME Lettre , sur la Biblioteque
des Enfans.
§. 1. Sur l'Exercice de la Mémoire.
V
Ous demandez ,
MONSIEUR , si
pour exercer la mémoire d'un petit
Enfant, il est mieux de lui faire apprendre bien des choses par cœur , ou de se
contenter de simples lectures et de quelques opérations de l'esprit proportionées
à son âge et à sa capacité ; vous supposez
que la mémoire d'un enfant est peut être
quelquefois assez exercée par l'attention
continuelle qu'il donne à écouter , à imiter et à retenir les sons et les mots de la
langue maternelle. Je crois que pour bien
répondre à votre question , il faut sçavoir en premier lieu , si l'enfant doit ensuite aller au College , ou faire ses études
dans une maison particuliere;et en second
lieu , sçavoir à quoi les parens destinent
leur
858 MERCURE DE FRANCE
leur enfant ; car quoique les premiers élémens des Lettres soient également necessaires pour la bonne et la noble éducation dans la plupart des professions, il faut
cependant convenir que le Prêtre , le Soldat , l'Avocat , le Medecin , le Financier ,
le Marchand , l'Artisan , &c. pouroient
être conduits de bonne heure , par des
routes un peu differentes , et quand il y
auroit des Colléges , ou des Ecoles exprès
pour chacune de ces professions , il n'en
seroit peut être pas plus mal.
à
Lorqu'on sçait à quel Etat un enfant est
destiné, on fait choix des Livres qui conviennent le mieux à cet état ; on inspire. de bonne heure et peu peu à l'enfant
les nobles sentimens de la profession qu'il
doit embrasser un jour;on le tourne toutà-fait du côté de son devoir ; on lui parle incessamment du point d'honneur de sa
profession ; on lui donne des exemples
sensibles de ceux , qui, par leur mérite et
leurs vertus , s'y sont rendus illustres ; et
enfin des exemples de ceux , qui , par
leurs vices et par leurs défauts , ont été
méprisez pendant leur vie et après leur
mort. Par là on imprime peu à peu , profondement et souvent pour toujours , l'amour de la vertu et les sentimens exigez
dans chaque état. Par là on donne de
l'hor
MA Y. 859 .
1732.
Phorreur pour le crime , et l'on prépare
un enfant à l'ordre habituel d'une vie réglée. Je veux dire , par exemple , qu'on
éleve en poltron, selon le monde, un enfant destiné à l'Eglise , pendant qu'on l'éleve aussi encourageux martyr,selon J.C.
s'il falloit répandre son sang et souffrir la
mort pour la foy , &c. Quoique chaque
Chrétien soit dans la même obligation ,
le Prêtre doit l'exemple au laïque.
Un homme d'épée est toujours censé
homme de guerre , homme d'honneur et
de cœur ; on lui doit une éducation plus
noble , plus cavaliere, plus aisée, plus polie , mais en visant à la perfection de son
état, elle n'est pas moins soumise aux devoirs de la Religion .
Connoître le vrai et le faux , le juste
et l'injuste , ou le bien et le mal , les devoirs du sujet et ceux du Prince ; avoiť
quelque idée de tout , sçavoir en cas de
besoin , ce qu'un Gentilhomme a dû apprendre pour la gloire du Prince, et pour
le bien de l'état , être au courant des nouvelles litteraires , historiques et politiques , après avoir parcouru les siècles de
Fantiquité; sçavoir , enfin la Théorie et la
Pratique de ce qui a rapport à sa profession; Voilà le but qu'on ne devroit jamais
perdre de vûë. Du temps des Hébreux
B des
860 MERCURE DE FRANCE
des Grecs et des Romains, le même homme pouvoit servir de Soldat pendant la
guerre, et de Juge pendant la paix ; aujourd'hui à peine veut - on se rendre bien
capable de l'une de ces deux professions ,
mais venons à la question.
Quand il sera temps d'exercer la mémoire d'un Enfant , on ne doit pas le
charger beaucoup par jour , il lui faut
donner peu de leçons , mais il est bon de
continuer sans interruption et d'ajouter
les leçons les unes aux autres , pour faire
réciter la semaine et le mois , afin de connoître et de cultiver la mémoire à proportion de l'âge et des forces de l'enfant;
l'essentiel est de bien choisir les sujets et
de tenir l'enfant en haleine , autrement
c'est du temps perdu , parce que la moindre maladie , la moindre absence , et le
moindre relâchement , obligent toujours
à recommencer; c'est pourquoi la plupart
des enfans ne sçavent ensuite presquerien;
avec eux onne peut compter que sur l'habitude contractée par la continuelle réïtération des actes , selon la méthode du
Bureau tipographique.
و
Je ne crois pas,au reste,qu'il faille char:
ger la mémoire d'un Enfant de plusieurs
longues Prieres , ni d'aucun grand Catechisme; on doit se contenter du petit Catéchisme
MAY. 1732. 861
techisme du diocèse ; il est aisé de l'alonger par les explications que l'on aura soin
d'en faire à l'enfant , à propos et dans les
Occasions favorables. On peut faire lire de
grands Catéchismes et des Catéchismes
historiques , par demandes et par réponses , sans obliger de les apprendre par
cœur et mot à mot ; il suffit de les faire
bien comprendre et d'en faire retenir le
sens et les choses plutôt que les termes ;
on voit bien des enfans de huit , de dix
à douze ans , oublier les centaines de pages apprises inutilement par cœur ; on
doit instruire l'esprit en cultivant la mémoire et ne pas s'en tenir à la méthode
de ceux qui ne sçavent que faire réciter
la leçon donnée à un enfant ; c'est une erreur de s'imaginer qu'un enfant n'est capable que de mémoire; il est bon de l'exercer à retenir un fait , une Fable , un Conte , après en avoir fait la lecture , mais
on doit tâcher de le lui faire rendre su
le champ,sans l'asservir aux mêmes termės.
Des critiques du Bureau et zélez partisans des Méthodes vulgaires , ayant fait
de leur mieux pour prouver à une Dame
que les Méthodes et les Réfléxions étoient
nuisibles à la santé des petits enfans; certè
bonne mere , trop crédule , a ôté le CatéBij chisme
862 MERCURE DE FRANCE
chisme au sien , et en a différé l'usage
pour une autre fois , s'imaginant qu'il est
plus difficile , et parconséquant plus dangereux de faire passer le catéchisme abstrait à l'esprit par l'oreille , que d'y faire
passer l'A , B, C, matériel et sensible
par les yeux. Cette mere me rappelle celle
dont on blâmoit, avec raison , la criminelle indulgence qu'elle avoit pour les excès vicieux de son fils , et qui répondit ,
en parlant de son enfant, qu'il soit ce qu'il
voudra , pourvu qu'il vive. Le Lecteur.
voit facilement l'erreur et la fausseté de
ces sortes de maximes , mais il ne voit pas
toujours également à qui en est la plus
grande faute. Il est vrai que les Méthodes
et les Catéchismes demandent beaucoup
de réfléxions de la part des bons Maîtres,
mais il n'est pas également vrai que ces
bons Maîtres exigent d'abord d'un petit
enfant aucune application ni aucune réfléxion pénible dans l'exercice litteraire ,
ni dans l'articulation , ou la récitation de
ses Prieres et de son Catéchisme. On ne
songe pour lors qu'à semer, et l'on attend
peu à peu et à proportion de l'âge, le dévelopement , la suite et la liaison des
idées , on attend ainsi l'action de réflé
chir , avec l'intelligence des mots et des
choses , ajoutez à cela que l'objection ,
tirée
MAY. 1732: 867
tirée du côté de la santé du corps est nulle , quand il s'agit de l'instruction chré
tienne , nécessaire à tous les enfans sains
ou malades , de quelque état et de quelque condition qu'ils puissent être.
La lecture des Livres historiques de la
Bible , celle des Métamorphoses d'Ovide
et des Fables d'Esope, exerceront agréablement un enfant , les images parlent
aux yeux , et les discours aux oreilles ; il
faut donc faire bien remarquer les exemples sensibles des vices et des vertus , et
apprendre à l'enfant à juger sainement de
chaque chose; ilen est capable à tout âge;
l'opération du jugement est l'exercice essentiel qui influe le plus dans toute la vie,
et c'est ordinairement celui qu'on exige
le moins dans un simple Précepteur ; en
quoi les parens ne font pas mieux , ils
devroient être plus éclairez et plus déli- cats sur cet article. Il est donc inutile de
faire apprendre par cœur mille choses méprisées dans un âge avancé , mais on peut
cultiver la mémoire en apprenant des
choses que l'on peut utilement réciter
toute la vie , comme des Sentences , des
Maximes de la Bible , de l'Imitation de
J. C. et de plusieurs autres bons Livres ,
saints ou prophanes , consultant toujours
les forces et le gout de l'enfant.
Biij Quand
894 MERCURE DE FRANCE
Quand l'enfant verra et expliquera les
Auteurs Latins , doit- on l'asservir chaque jour à en apprendre des leçons par
cœur, en Prose et en Vers ? Il semble que
dans les Colléges où l'on est obligé de
faire travailler, pour ainsi dire , à la toise , cette Méthode soit absolument nécessaire ; d'ailleurs, en cultivant la mémoire
on peut former peu à peu le gout des enfans sur celui des Auteurs qu'ils voient..
Dans les Etudes particulieres et domeștiques , il est encore bon de faire apprendre les plus beaux endroits des Auteurs ,
mais on doit en faire un bon choix et ne
pas s'asservir au courant du Livre , ainsi
qu'on le pratique dans la plupart des Ecofes. On doit viser à bien employer letems
et à remplir de bonnes idées la tête de
L'Ecolier , qui n'apprend guére.que des
mots , selon l'usage vulgaire.
Que fait ordinairement un enfant aprèsIo ou 12 ans de College , on dit qu'il y
apprend seulement la maniere d'étudier ,
il est vrai qu'il pourroit et qu'il devroit.
même y avoir appris cette maniere , mais ,
le grand nombre en sort comme des Galeres et pour renoncer aux Etudes. Est- ce
là le fruit d'une bonne Méthode ? J'ai
qui dire à un jeune Seigneur , sur la fin
de sa Rhétorique, qu'il auroit mieux aimé.
Cou
MAY 173.2. 865
coucher sur le sable d'un Manége , que
dans le meilleur lit de son Collége. Il en
parloit comme du lieu le plus haïssable ,
et ne pouvoit pas comprendre comment
ses parensavoient eu le courage de le laisser croupir si long- temps dans le même
endroit, pour y apprendre si peu de chose ; au lieu de lui avoir donné plutôt une
éducation Militaire et digne de sa naissance.
Jecr oi qu'un Enfant pourroit bien exercer sa mémoire , sans apprendre par cœur
des pages de Latin et de François, en Prose
ou en Vers; je ne voudrois exiger régu
lierement cet exercice que quand il commence de sentir et de gouter les morceaux choisis qu'on voudroit lui faire ap
prendre , c'est-à- dire , pour le plutôt en
cinquième et en quatriéme ; je ne veux
pas dire par-làqu'il ne doive rien appren
dre avant ce temps-là ; mais je ne vou
drois exercer sa mémoire que sur des
choses agréables et qui ne lui inspirassent
jamais la haine ou le dégout qu'ils font ordinairement paroître pour les Maîtres et
pour les Livres. Je m'en rapporte volon
tiers à l'expérience des meilleurs Maîtres,
qui , bien loin de gêner les enfans dans
leurs premiers exercices, ne leur montrent
que des objets atrayans et instructifs, proBiiij. por-
86% MERCURE DE FRANCE
portionnez à leur gout et à leur âge.
N'est- ce pas abuser de l'enfant que de
l'obliger d'apprendre par cœur et à coups
de verges de grandes leçons qu'il ne comprend point , et que bien souvent le Maî
tre ne pourroit expliquer lui-même,comme la doctrine de plusieurs Rudimens en
Latin et en François , sur les Parties du
Discours , sur les Concordances et sur les
termes bizarres et inintelligibles de Gérondif et de Supin , &c. Il est bon de faire apprendre ces termes d'usage avec les
conjugaisons des Verbes , mais il est inutile de raisonner beaucoup avec lui sur
des mots qu'on n'entend pas bien en sortant de Philosophie. On doit avoir beaucoup de discrétion pour la foiblesse des
enfans , et ne pas imiter la simplicité de
cette bonne mere , qui prenant soin ellemême de la premiere éducation de son
fils , lui fit apprendre par cœur l'Avis au
Lecteur , et ensuite le Privilege du Roy,
imprimez à la tête du Livre.
Je ne sçais , au reste , lequel on doit le
plus admirer, de la simplicité de cette bonne mere,ou de la Méthode de ce même Rudiment , dont l'Editeur , entre le Privilege
et la premiere Déclinaison , donne par demandes et par réponses , l'explication et
la définition des noms, des cas et de l'ar
ticle
MA Y. 1732. 867
ticle hic , hac, hoc , qu'il met sans François, afin de le marier ensuite avec Musa
( la Muse ) &c. et Penelope ( la femme
d'Ulisse ) &c. et qu'il donne avec ce Titre
judicieux : Méthode pour bien apprendre
aux enfans à décliner les Noms ; car d'ordinaire ils les déclinent sans sçavoir l'origine
de ce Verbe, Décliner, et apprennent le Latin plutôt par routine , qu'àfond. Ce Rudiment fait par un P.. D. L..C. D. J. et
qui est peut-être un des plus gros et des
plus complets en Latin et en François , a
été bien imprimé à Grenoble , chezJean
François Champ en 1717.
J'ai rapporté ce fait et cet exemple
pour faire voir que l'ordre Théorique
des Livres n'est pas toujours le meilleus
à suivre , en conduisant et en dirigeant les enfans ; car le plus habile homme du monde ne fera jamais comprendre
à un enfant ce que c'est que Décliner et
Conjuguer, à moins qu'il ne pratique les
Déclinaisons et les Conjugaisons, et qu'il
ne rende sensibles les exemples à mesure
Penfant déclinera et conjuguera ,
comme on le fait pratiquer sur la Table.:
du Bureau Typographyque , et en suivant l'essai du Rudiment pratique de la
Langue Latine. Un enfant n'est- il pas bien
avancé lorsqu'il sçait que décliner, vient
que 9.
B.Y
dia
868 MERCURE DE FRANCE
du mot declinare. Avec cette sçavante etprofonde définition , un enfant appren- i
dra-t-il le Latin àfond , plutôt que par routi- ·
ne? Et quand il l'apprendroit par routine,
comme sa propre Langue , en seroit- ce
plus mal ?
L'Enfant destiné au Collége , doit être
montré autrement que celui qui doit faire -
ses études dans la maison paternelle. Le
premier apprendra son Rudiment par
cœur , il sera exercé pour répondre à certaines questions d'usage scolastique , et
pour composer en Latin quelques petites
Frases ; en unmot , il doit remplir sa mé...
moire , d'une maniere à pouvoir subir
l'examen préliminaire qui donne l'entrée
des Classes. L'enfant qui reste chez lui
peut mieux employer son temps ; il s'agit
moins de le faire paroître et dele faire ré-..
pondre en Perroquet , que de le rendre .
réellement fort sur ses petits exercices.Je
croi cette distinction absolument necessaire , parce qu'il pourroit arriver qu'un
enfant de 7 à 9 ans , tres capable dans sa
maison , scachant bien lire le Latin , fe.
François et le Grec , sçachant l'Histoire
et la Fable ; sçachant un peu expliquer
Phédre , ou quelque autre Auteur , seroit
néanmoins condamné dans un College à
passer au Marmoutier , ou à la Classe des
enfans
MA Y. 1732. 869
enfans qui apprennent à lire ; et cela ,
pour n'avoir pû mettre en Latin une petite Frase et n'avoir pû répondre à l'Examinateur qui lui auroit demandé , par
exemple, (audire ) ne se trouve- t- il point en
plus d'un ou de deux endroits?Surquoi il est
bon d'observer deux choses ; la premiere,
que l'abus de communiquer les demanet les argumens , regarde les Philosophes et les Théologiens , plutôt que les
petits enfans ; la seconde , que bien des
Regens , pour décrier les Méthodes particulieres et relever leur Méthode vulgaire , refuseront à un enfant assez avancé,
le témoignage qu'ils accorderont à d'autres enfans moins habiles, quant au fond ,
mais mieux au fait de l'articulation sco---
lastique , c'est pourquoi il faut opter entre ces deux Méthodes.
Mais l'éducation publique doit- elle
être préférée à l'instruction domestique.
et particuliere ? On peut lire là - dessus
Quintilien et M. l'Abbé de S. Pierre ; en
attendant , voici la réponse du sçavant et
zélé Professeur M. R. ancien Recteur de
l'Université, dans l'article second, du gouvernement des Colleges , pag. 418. Delamaniere d'enseigner et d'étudier les Belles Lettres , par rapport à l'esprit et au cœur, tom.
4. Pendant tout le temps que j'ai été
Bvj "
chargé
870 MERCURE DE FRANCE
» chargé de l'éducation de la jeunesse ,
>> parfaitement instruit des dangers qui se
>> rencontrent et dans les Maisons parti-.
culieres, et dans les Colléges , je n'ai jamais osé prendre sur moi de donner con-
» seil sur cette matiere , et je me suis con
».tenté de m'appliquer avec le plus de
» soin qu'il m'a été possible , à l'instruc-
» tion des jeunes gens , que la divine Pro-
» vidence m'addressoit. Je crois devoir
» encore garder la même neutralité et lais-
»ser à la prudence des parens à décider
» une question , qui soufre certainement
» de grandes difficultez de part et d'autre.
La neutralité de M. Rollin . semble décider la question.
On lit dans le livre du R. P. Jean Croiset , de la Compagnie de Jesus , que La
jeunesse , comme plus susceptible de venin
ne sedeffend jamais de la contagion, et qu'une
assemblée de jeunes gens, tant soit- pen négli
gez, est une pernicieuse Ecoles etyfit -on,
s'il est possible , quelque progrès dans les
Lettres, on y fera toujours une terrible perte
pour les mœurs. Reglement pour M M. les
Pensionnaires des Peres Jesuites du Col
le de Lyon , 2. édition , p. 47. p. 65
C'est donc aux parens à bien examiner
devant Dieu quel parti ils doivent prendre, à . balancer équitablement les avans
rages et les inconveniens qui se rencontrent de part et d'autre , à faire un bon
choix de Colleges ou de Maîtres. Si les
Colleges paroissent tant soit peu négligez , la contagion et la peste étant plus
probables dans les Ecoles publiques que
dans la maison paternelle , il sera encore
aisé de décider la question , mais si les
Colleges sont tels qu'ils devroient être
ou selon le Projet de M. l'Abbé de Saine
Pierre , ils sont peut-être pour lors préferables pour le plus grand nombre des enfans destinez à l'Eglise ou à la Robe.
des Enfans.
§. 1. Sur l'Exercice de la Mémoire.
V
Ous demandez ,
MONSIEUR , si
pour exercer la mémoire d'un petit
Enfant, il est mieux de lui faire apprendre bien des choses par cœur , ou de se
contenter de simples lectures et de quelques opérations de l'esprit proportionées
à son âge et à sa capacité ; vous supposez
que la mémoire d'un enfant est peut être
quelquefois assez exercée par l'attention
continuelle qu'il donne à écouter , à imiter et à retenir les sons et les mots de la
langue maternelle. Je crois que pour bien
répondre à votre question , il faut sçavoir en premier lieu , si l'enfant doit ensuite aller au College , ou faire ses études
dans une maison particuliere;et en second
lieu , sçavoir à quoi les parens destinent
leur
858 MERCURE DE FRANCE
leur enfant ; car quoique les premiers élémens des Lettres soient également necessaires pour la bonne et la noble éducation dans la plupart des professions, il faut
cependant convenir que le Prêtre , le Soldat , l'Avocat , le Medecin , le Financier ,
le Marchand , l'Artisan , &c. pouroient
être conduits de bonne heure , par des
routes un peu differentes , et quand il y
auroit des Colléges , ou des Ecoles exprès
pour chacune de ces professions , il n'en
seroit peut être pas plus mal.
à
Lorqu'on sçait à quel Etat un enfant est
destiné, on fait choix des Livres qui conviennent le mieux à cet état ; on inspire. de bonne heure et peu peu à l'enfant
les nobles sentimens de la profession qu'il
doit embrasser un jour;on le tourne toutà-fait du côté de son devoir ; on lui parle incessamment du point d'honneur de sa
profession ; on lui donne des exemples
sensibles de ceux , qui, par leur mérite et
leurs vertus , s'y sont rendus illustres ; et
enfin des exemples de ceux , qui , par
leurs vices et par leurs défauts , ont été
méprisez pendant leur vie et après leur
mort. Par là on imprime peu à peu , profondement et souvent pour toujours , l'amour de la vertu et les sentimens exigez
dans chaque état. Par là on donne de
l'hor
MA Y. 859 .
1732.
Phorreur pour le crime , et l'on prépare
un enfant à l'ordre habituel d'une vie réglée. Je veux dire , par exemple , qu'on
éleve en poltron, selon le monde, un enfant destiné à l'Eglise , pendant qu'on l'éleve aussi encourageux martyr,selon J.C.
s'il falloit répandre son sang et souffrir la
mort pour la foy , &c. Quoique chaque
Chrétien soit dans la même obligation ,
le Prêtre doit l'exemple au laïque.
Un homme d'épée est toujours censé
homme de guerre , homme d'honneur et
de cœur ; on lui doit une éducation plus
noble , plus cavaliere, plus aisée, plus polie , mais en visant à la perfection de son
état, elle n'est pas moins soumise aux devoirs de la Religion .
Connoître le vrai et le faux , le juste
et l'injuste , ou le bien et le mal , les devoirs du sujet et ceux du Prince ; avoiť
quelque idée de tout , sçavoir en cas de
besoin , ce qu'un Gentilhomme a dû apprendre pour la gloire du Prince, et pour
le bien de l'état , être au courant des nouvelles litteraires , historiques et politiques , après avoir parcouru les siècles de
Fantiquité; sçavoir , enfin la Théorie et la
Pratique de ce qui a rapport à sa profession; Voilà le but qu'on ne devroit jamais
perdre de vûë. Du temps des Hébreux
B des
860 MERCURE DE FRANCE
des Grecs et des Romains, le même homme pouvoit servir de Soldat pendant la
guerre, et de Juge pendant la paix ; aujourd'hui à peine veut - on se rendre bien
capable de l'une de ces deux professions ,
mais venons à la question.
Quand il sera temps d'exercer la mémoire d'un Enfant , on ne doit pas le
charger beaucoup par jour , il lui faut
donner peu de leçons , mais il est bon de
continuer sans interruption et d'ajouter
les leçons les unes aux autres , pour faire
réciter la semaine et le mois , afin de connoître et de cultiver la mémoire à proportion de l'âge et des forces de l'enfant;
l'essentiel est de bien choisir les sujets et
de tenir l'enfant en haleine , autrement
c'est du temps perdu , parce que la moindre maladie , la moindre absence , et le
moindre relâchement , obligent toujours
à recommencer; c'est pourquoi la plupart
des enfans ne sçavent ensuite presquerien;
avec eux onne peut compter que sur l'habitude contractée par la continuelle réïtération des actes , selon la méthode du
Bureau tipographique.
و
Je ne crois pas,au reste,qu'il faille char:
ger la mémoire d'un Enfant de plusieurs
longues Prieres , ni d'aucun grand Catechisme; on doit se contenter du petit Catéchisme
MAY. 1732. 861
techisme du diocèse ; il est aisé de l'alonger par les explications que l'on aura soin
d'en faire à l'enfant , à propos et dans les
Occasions favorables. On peut faire lire de
grands Catéchismes et des Catéchismes
historiques , par demandes et par réponses , sans obliger de les apprendre par
cœur et mot à mot ; il suffit de les faire
bien comprendre et d'en faire retenir le
sens et les choses plutôt que les termes ;
on voit bien des enfans de huit , de dix
à douze ans , oublier les centaines de pages apprises inutilement par cœur ; on
doit instruire l'esprit en cultivant la mémoire et ne pas s'en tenir à la méthode
de ceux qui ne sçavent que faire réciter
la leçon donnée à un enfant ; c'est une erreur de s'imaginer qu'un enfant n'est capable que de mémoire; il est bon de l'exercer à retenir un fait , une Fable , un Conte , après en avoir fait la lecture , mais
on doit tâcher de le lui faire rendre su
le champ,sans l'asservir aux mêmes termės.
Des critiques du Bureau et zélez partisans des Méthodes vulgaires , ayant fait
de leur mieux pour prouver à une Dame
que les Méthodes et les Réfléxions étoient
nuisibles à la santé des petits enfans; certè
bonne mere , trop crédule , a ôté le CatéBij chisme
862 MERCURE DE FRANCE
chisme au sien , et en a différé l'usage
pour une autre fois , s'imaginant qu'il est
plus difficile , et parconséquant plus dangereux de faire passer le catéchisme abstrait à l'esprit par l'oreille , que d'y faire
passer l'A , B, C, matériel et sensible
par les yeux. Cette mere me rappelle celle
dont on blâmoit, avec raison , la criminelle indulgence qu'elle avoit pour les excès vicieux de son fils , et qui répondit ,
en parlant de son enfant, qu'il soit ce qu'il
voudra , pourvu qu'il vive. Le Lecteur.
voit facilement l'erreur et la fausseté de
ces sortes de maximes , mais il ne voit pas
toujours également à qui en est la plus
grande faute. Il est vrai que les Méthodes
et les Catéchismes demandent beaucoup
de réfléxions de la part des bons Maîtres,
mais il n'est pas également vrai que ces
bons Maîtres exigent d'abord d'un petit
enfant aucune application ni aucune réfléxion pénible dans l'exercice litteraire ,
ni dans l'articulation , ou la récitation de
ses Prieres et de son Catéchisme. On ne
songe pour lors qu'à semer, et l'on attend
peu à peu et à proportion de l'âge, le dévelopement , la suite et la liaison des
idées , on attend ainsi l'action de réflé
chir , avec l'intelligence des mots et des
choses , ajoutez à cela que l'objection ,
tirée
MAY. 1732: 867
tirée du côté de la santé du corps est nulle , quand il s'agit de l'instruction chré
tienne , nécessaire à tous les enfans sains
ou malades , de quelque état et de quelque condition qu'ils puissent être.
La lecture des Livres historiques de la
Bible , celle des Métamorphoses d'Ovide
et des Fables d'Esope, exerceront agréablement un enfant , les images parlent
aux yeux , et les discours aux oreilles ; il
faut donc faire bien remarquer les exemples sensibles des vices et des vertus , et
apprendre à l'enfant à juger sainement de
chaque chose; ilen est capable à tout âge;
l'opération du jugement est l'exercice essentiel qui influe le plus dans toute la vie,
et c'est ordinairement celui qu'on exige
le moins dans un simple Précepteur ; en
quoi les parens ne font pas mieux , ils
devroient être plus éclairez et plus déli- cats sur cet article. Il est donc inutile de
faire apprendre par cœur mille choses méprisées dans un âge avancé , mais on peut
cultiver la mémoire en apprenant des
choses que l'on peut utilement réciter
toute la vie , comme des Sentences , des
Maximes de la Bible , de l'Imitation de
J. C. et de plusieurs autres bons Livres ,
saints ou prophanes , consultant toujours
les forces et le gout de l'enfant.
Biij Quand
894 MERCURE DE FRANCE
Quand l'enfant verra et expliquera les
Auteurs Latins , doit- on l'asservir chaque jour à en apprendre des leçons par
cœur, en Prose et en Vers ? Il semble que
dans les Colléges où l'on est obligé de
faire travailler, pour ainsi dire , à la toise , cette Méthode soit absolument nécessaire ; d'ailleurs, en cultivant la mémoire
on peut former peu à peu le gout des enfans sur celui des Auteurs qu'ils voient..
Dans les Etudes particulieres et domeștiques , il est encore bon de faire apprendre les plus beaux endroits des Auteurs ,
mais on doit en faire un bon choix et ne
pas s'asservir au courant du Livre , ainsi
qu'on le pratique dans la plupart des Ecofes. On doit viser à bien employer letems
et à remplir de bonnes idées la tête de
L'Ecolier , qui n'apprend guére.que des
mots , selon l'usage vulgaire.
Que fait ordinairement un enfant aprèsIo ou 12 ans de College , on dit qu'il y
apprend seulement la maniere d'étudier ,
il est vrai qu'il pourroit et qu'il devroit.
même y avoir appris cette maniere , mais ,
le grand nombre en sort comme des Galeres et pour renoncer aux Etudes. Est- ce
là le fruit d'une bonne Méthode ? J'ai
qui dire à un jeune Seigneur , sur la fin
de sa Rhétorique, qu'il auroit mieux aimé.
Cou
MAY 173.2. 865
coucher sur le sable d'un Manége , que
dans le meilleur lit de son Collége. Il en
parloit comme du lieu le plus haïssable ,
et ne pouvoit pas comprendre comment
ses parensavoient eu le courage de le laisser croupir si long- temps dans le même
endroit, pour y apprendre si peu de chose ; au lieu de lui avoir donné plutôt une
éducation Militaire et digne de sa naissance.
Jecr oi qu'un Enfant pourroit bien exercer sa mémoire , sans apprendre par cœur
des pages de Latin et de François, en Prose
ou en Vers; je ne voudrois exiger régu
lierement cet exercice que quand il commence de sentir et de gouter les morceaux choisis qu'on voudroit lui faire ap
prendre , c'est-à- dire , pour le plutôt en
cinquième et en quatriéme ; je ne veux
pas dire par-làqu'il ne doive rien appren
dre avant ce temps-là ; mais je ne vou
drois exercer sa mémoire que sur des
choses agréables et qui ne lui inspirassent
jamais la haine ou le dégout qu'ils font ordinairement paroître pour les Maîtres et
pour les Livres. Je m'en rapporte volon
tiers à l'expérience des meilleurs Maîtres,
qui , bien loin de gêner les enfans dans
leurs premiers exercices, ne leur montrent
que des objets atrayans et instructifs, proBiiij. por-
86% MERCURE DE FRANCE
portionnez à leur gout et à leur âge.
N'est- ce pas abuser de l'enfant que de
l'obliger d'apprendre par cœur et à coups
de verges de grandes leçons qu'il ne comprend point , et que bien souvent le Maî
tre ne pourroit expliquer lui-même,comme la doctrine de plusieurs Rudimens en
Latin et en François , sur les Parties du
Discours , sur les Concordances et sur les
termes bizarres et inintelligibles de Gérondif et de Supin , &c. Il est bon de faire apprendre ces termes d'usage avec les
conjugaisons des Verbes , mais il est inutile de raisonner beaucoup avec lui sur
des mots qu'on n'entend pas bien en sortant de Philosophie. On doit avoir beaucoup de discrétion pour la foiblesse des
enfans , et ne pas imiter la simplicité de
cette bonne mere , qui prenant soin ellemême de la premiere éducation de son
fils , lui fit apprendre par cœur l'Avis au
Lecteur , et ensuite le Privilege du Roy,
imprimez à la tête du Livre.
Je ne sçais , au reste , lequel on doit le
plus admirer, de la simplicité de cette bonne mere,ou de la Méthode de ce même Rudiment , dont l'Editeur , entre le Privilege
et la premiere Déclinaison , donne par demandes et par réponses , l'explication et
la définition des noms, des cas et de l'ar
ticle
MA Y. 1732. 867
ticle hic , hac, hoc , qu'il met sans François, afin de le marier ensuite avec Musa
( la Muse ) &c. et Penelope ( la femme
d'Ulisse ) &c. et qu'il donne avec ce Titre
judicieux : Méthode pour bien apprendre
aux enfans à décliner les Noms ; car d'ordinaire ils les déclinent sans sçavoir l'origine
de ce Verbe, Décliner, et apprennent le Latin plutôt par routine , qu'àfond. Ce Rudiment fait par un P.. D. L..C. D. J. et
qui est peut-être un des plus gros et des
plus complets en Latin et en François , a
été bien imprimé à Grenoble , chezJean
François Champ en 1717.
J'ai rapporté ce fait et cet exemple
pour faire voir que l'ordre Théorique
des Livres n'est pas toujours le meilleus
à suivre , en conduisant et en dirigeant les enfans ; car le plus habile homme du monde ne fera jamais comprendre
à un enfant ce que c'est que Décliner et
Conjuguer, à moins qu'il ne pratique les
Déclinaisons et les Conjugaisons, et qu'il
ne rende sensibles les exemples à mesure
Penfant déclinera et conjuguera ,
comme on le fait pratiquer sur la Table.:
du Bureau Typographyque , et en suivant l'essai du Rudiment pratique de la
Langue Latine. Un enfant n'est- il pas bien
avancé lorsqu'il sçait que décliner, vient
que 9.
B.Y
dia
868 MERCURE DE FRANCE
du mot declinare. Avec cette sçavante etprofonde définition , un enfant appren- i
dra-t-il le Latin àfond , plutôt que par routi- ·
ne? Et quand il l'apprendroit par routine,
comme sa propre Langue , en seroit- ce
plus mal ?
L'Enfant destiné au Collége , doit être
montré autrement que celui qui doit faire -
ses études dans la maison paternelle. Le
premier apprendra son Rudiment par
cœur , il sera exercé pour répondre à certaines questions d'usage scolastique , et
pour composer en Latin quelques petites
Frases ; en unmot , il doit remplir sa mé...
moire , d'une maniere à pouvoir subir
l'examen préliminaire qui donne l'entrée
des Classes. L'enfant qui reste chez lui
peut mieux employer son temps ; il s'agit
moins de le faire paroître et dele faire ré-..
pondre en Perroquet , que de le rendre .
réellement fort sur ses petits exercices.Je
croi cette distinction absolument necessaire , parce qu'il pourroit arriver qu'un
enfant de 7 à 9 ans , tres capable dans sa
maison , scachant bien lire le Latin , fe.
François et le Grec , sçachant l'Histoire
et la Fable ; sçachant un peu expliquer
Phédre , ou quelque autre Auteur , seroit
néanmoins condamné dans un College à
passer au Marmoutier , ou à la Classe des
enfans
MA Y. 1732. 869
enfans qui apprennent à lire ; et cela ,
pour n'avoir pû mettre en Latin une petite Frase et n'avoir pû répondre à l'Examinateur qui lui auroit demandé , par
exemple, (audire ) ne se trouve- t- il point en
plus d'un ou de deux endroits?Surquoi il est
bon d'observer deux choses ; la premiere,
que l'abus de communiquer les demanet les argumens , regarde les Philosophes et les Théologiens , plutôt que les
petits enfans ; la seconde , que bien des
Regens , pour décrier les Méthodes particulieres et relever leur Méthode vulgaire , refuseront à un enfant assez avancé,
le témoignage qu'ils accorderont à d'autres enfans moins habiles, quant au fond ,
mais mieux au fait de l'articulation sco---
lastique , c'est pourquoi il faut opter entre ces deux Méthodes.
Mais l'éducation publique doit- elle
être préférée à l'instruction domestique.
et particuliere ? On peut lire là - dessus
Quintilien et M. l'Abbé de S. Pierre ; en
attendant , voici la réponse du sçavant et
zélé Professeur M. R. ancien Recteur de
l'Université, dans l'article second, du gouvernement des Colleges , pag. 418. Delamaniere d'enseigner et d'étudier les Belles Lettres , par rapport à l'esprit et au cœur, tom.
4. Pendant tout le temps que j'ai été
Bvj "
chargé
870 MERCURE DE FRANCE
» chargé de l'éducation de la jeunesse ,
>> parfaitement instruit des dangers qui se
>> rencontrent et dans les Maisons parti-.
culieres, et dans les Colléges , je n'ai jamais osé prendre sur moi de donner con-
» seil sur cette matiere , et je me suis con
».tenté de m'appliquer avec le plus de
» soin qu'il m'a été possible , à l'instruc-
» tion des jeunes gens , que la divine Pro-
» vidence m'addressoit. Je crois devoir
» encore garder la même neutralité et lais-
»ser à la prudence des parens à décider
» une question , qui soufre certainement
» de grandes difficultez de part et d'autre.
La neutralité de M. Rollin . semble décider la question.
On lit dans le livre du R. P. Jean Croiset , de la Compagnie de Jesus , que La
jeunesse , comme plus susceptible de venin
ne sedeffend jamais de la contagion, et qu'une
assemblée de jeunes gens, tant soit- pen négli
gez, est une pernicieuse Ecoles etyfit -on,
s'il est possible , quelque progrès dans les
Lettres, on y fera toujours une terrible perte
pour les mœurs. Reglement pour M M. les
Pensionnaires des Peres Jesuites du Col
le de Lyon , 2. édition , p. 47. p. 65
C'est donc aux parens à bien examiner
devant Dieu quel parti ils doivent prendre, à . balancer équitablement les avans
rages et les inconveniens qui se rencontrent de part et d'autre , à faire un bon
choix de Colleges ou de Maîtres. Si les
Colleges paroissent tant soit peu négligez , la contagion et la peste étant plus
probables dans les Ecoles publiques que
dans la maison paternelle , il sera encore
aisé de décider la question , mais si les
Colleges sont tels qu'ils devroient être
ou selon le Projet de M. l'Abbé de Saine
Pierre , ils sont peut-être pour lors préferables pour le plus grand nombre des enfans destinez à l'Eglise ou à la Robe.
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Résumé : TREISIÈME Lettre, sur la Biblioteque des Enfans.
Le texte aborde les méthodes d'éducation des enfants, en mettant l'accent sur l'apprentissage de la mémoire et l'importance de la destination professionnelle de l'enfant. L'auteur souligne que les livres et les valeurs à inculquer doivent être choisis en fonction de la future profession de l'enfant, qu'il soit destiné à devenir prêtre, soldat, avocat, etc. Il recommande de ne pas surcharger l'enfant mais de maintenir une continuité dans les leçons pour cultiver sa mémoire. L'auteur critique l'apprentissage par cœur de longs textes inutiles et prône l'enseignement du sens plutôt que des termes exacts. Il encourage la lecture de livres historiques et de fables pour exercer le jugement de l'enfant. Le texte distingue également deux approches éducatives : celle des collèges et celle de l'instruction domestique. Dans les collèges, les enfants doivent mémoriser des rudiments, répondre à des questions scolastiques et composer en latin pour passer les examens préliminaires. À la maison, l'enfant peut se concentrer sur une compréhension réelle des matières, comme la lecture du latin, du français et du grec, ainsi que l'histoire et la fable. L'auteur met en garde contre les risques de l'éducation publique, notamment la contagion morale parmi les jeunes, comme le mentionne Jean Croiset de la Compagnie de Jésus. Il critique les méthodes rigides des collèges et les pratiques inutiles comme l'apprentissage par cœur de termes latins incompris. Le texte cite également des experts comme Quintilien et l'Abbé de Saint-Pierre pour discuter des avantages et des inconvénients des deux types d'éducation. Le Professeur M. Rollin, ancien recteur de l'Université, reste neutre sur la question, laissant aux parents le soin de décider en fonction des circonstances spécifiques. L'auteur conclut en soulignant l'importance pour les parents de bien examiner les avantages et les inconvénients des collèges et des maîtres privés pour faire un choix éclairé.
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5
p. 871-875
§. Sur le Rudiment du Bureau Tipographique.
Début :
Bien des personnes de mérite, Monsieur, ayant-vû l'exercice [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Rudiment, Vulgaire , Méthodes, Abécé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : §. Sur le Rudiment du Bureau Tipographique.
§. Sur le Rudiment du Bureau Tipographique.
Bien des personnes de mérite , Monsieur , ayant vû l'exèrcice du Bureau Tipographique , ont dabord avoué que pour
les premiers élémens des Lettres , pour la
lecture et pour l'ortographe des lettres
et des sons , il n'avoit paru jusqu'icy rien
de plus amusant , rien de plus instructif
ni de plus parfait ; mais quelques- unes de
ces mêmes personnes ayant d'abord donné toute leur attention aux trois premieres classes du Bureau , ont cru devoir
suspendre leur jugement sur les avantages du Rudiment Pratique de la quatriéme classe du même Bureau. On se flateneanmoins qu'avec un peu plus d'attention 7
872: MERCURE DE FRANCE
par
tion > ces personnes trouveront facilement la superiorité du Rudiment Pratique sur tous les autres Rudimens. On
verra qu'il y a même rapport , même
principe et même difference entre la maniere d'enseigner le Rudiment vulgaire
et celle de montrer l'usage du Rudiment
Pratique , qu'il y a entre la maniere de
montrer à lire la Méthode vulgaire ,
ou de montrer à lire par la Méthode et
F'exercice du Bureau Tipographique. On
conviendra facilement de cette verité , si
l'on veut lire avec attention la huitiéme
Lettre inserée dans le Mercure du mois
de Janvier 1731. sur les avantages du
Systême Tipographique , et si l'on veut
parcourir la Brochure qui se vend chez :
Pierre Witte , rue S. Jacques à l'Ange
Gardien , intitulée , Réponse de M. Perquis , &c. et si l'on veut observer que les
soixante cellules du Rudiment Pratique
sont l'abécé de la Langue Latine , comme les soixante Logettes de la seconde
classe du Bureau , sont l'abécé de la lec
ture et de la Tipographie ; même ordre
même disposition , même mécanique
même operation , même coup d'œil , et
enfin même avantage. La Méthode du
Bureau peut mettre , sur la Version et
sur la composition interlinaire , un enfant
MAY.' 17327 873
fant de quatre à six ans , le même jour
qu'on le met à l'abécé , puisqu'il n'est
pas absolument necessaire de sçavoir lire.
pour être en êtat d'imprimer la copie
donnée sur une carte. Exemple.
{
Dominus Dominorum.
Le Seigneur des Seigneurs.
Le Seigneur des Seigneurs.
Dominus Dominorum.
Or , par là Méthode vulgaire , quel
parti peut-on tirer d'un enfant qui ne
sçait pas lire ? Il y a plus , on attend ensuite qu'il sçache un peu écrire , pour lui
faire pratiquer sur le papier les Rudimens
dont on lui a rempli ou embroüillé la
tête , au lieu que l'enfant du Bureau
sans être pressé de se gâter la main pour
Pécriture , pratique réellement sur la ta
ble de son Bureau , les regles des Rudi
mens, des Concordances et de la Sintaxe.
Il est lui-même l'Artisan d'un Ouvrage
très-instructif , ce que la Méthode vul
gaire jusqu'à ce jour n'a jamais pu mon
trer si-tôt ni si bien , ni d'une maniere
si amusante ou moins rebutante.
On n'est pas surpris , au reste , d'entendre déclamer contre le Rudiment Pratique, certains Regens , prévenus et plus
interessez ou plus sensibles à la vente de
leurs petits Ouvrages de Grammaire 20
9
qu'à
874 MERCURE DE FRANCE
qu'à l'avancement du bien public dans la
premiere institution de l'enfance. On
croit même faire grace aux mauvaises critiques en les taxant d'ignorance ou de
prévention , plutôt que de mauvaise foi ;
le Public en jugera. Enfin ceux qui se
picquent de justesse dans le raisonnement
n'ont qu'à supposer d'un côté un enfant
de trois ou quatre ans mis à l'abécé et au
Rudiment vulgaire , et de l'autre côté ,
supposer un enfant , qui avec son Maître
imprime , range et pratique sur la table,
de son Bureau , les parties d'Oraison dont
on lui montre d'abord les Logettes et l'usage, et l'on sera pour lors forcé d'avouer.
que la Méthode du Bureau doit l'empor
ter sur la Méthode vulgaire , puisque l'enfant du Bureau , avec tous les avantages
des Méthodes vulgaires , a de plus les
avantages du Systême Tipographique.
Nota.Les Poëtes et les Orateurs ayant été
invitez à chanter et à celebrer l'heureuse
Naissance de Monseigneur le Dauphin
it semble qu'il ne seroit pas mal à present
d'inviter les Grammairiens , les Philosophes et les Méthodistes , à donner leurs
idées , leur Systême , et à travailler , de
concert ou à l'envi , aux matériaux necessaires pour faciliter et perfectionner
Pinstitution,l'instruction,l'éducation et la
-6
fór
MA Y. 1732. 875
formation du jeune Héros , heritier présomptif de la Couronne de France. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris, ces. Decembre 1731.
Bien des personnes de mérite , Monsieur , ayant vû l'exèrcice du Bureau Tipographique , ont dabord avoué que pour
les premiers élémens des Lettres , pour la
lecture et pour l'ortographe des lettres
et des sons , il n'avoit paru jusqu'icy rien
de plus amusant , rien de plus instructif
ni de plus parfait ; mais quelques- unes de
ces mêmes personnes ayant d'abord donné toute leur attention aux trois premieres classes du Bureau , ont cru devoir
suspendre leur jugement sur les avantages du Rudiment Pratique de la quatriéme classe du même Bureau. On se flateneanmoins qu'avec un peu plus d'attention 7
872: MERCURE DE FRANCE
par
tion > ces personnes trouveront facilement la superiorité du Rudiment Pratique sur tous les autres Rudimens. On
verra qu'il y a même rapport , même
principe et même difference entre la maniere d'enseigner le Rudiment vulgaire
et celle de montrer l'usage du Rudiment
Pratique , qu'il y a entre la maniere de
montrer à lire la Méthode vulgaire ,
ou de montrer à lire par la Méthode et
F'exercice du Bureau Tipographique. On
conviendra facilement de cette verité , si
l'on veut lire avec attention la huitiéme
Lettre inserée dans le Mercure du mois
de Janvier 1731. sur les avantages du
Systême Tipographique , et si l'on veut
parcourir la Brochure qui se vend chez :
Pierre Witte , rue S. Jacques à l'Ange
Gardien , intitulée , Réponse de M. Perquis , &c. et si l'on veut observer que les
soixante cellules du Rudiment Pratique
sont l'abécé de la Langue Latine , comme les soixante Logettes de la seconde
classe du Bureau , sont l'abécé de la lec
ture et de la Tipographie ; même ordre
même disposition , même mécanique
même operation , même coup d'œil , et
enfin même avantage. La Méthode du
Bureau peut mettre , sur la Version et
sur la composition interlinaire , un enfant
MAY.' 17327 873
fant de quatre à six ans , le même jour
qu'on le met à l'abécé , puisqu'il n'est
pas absolument necessaire de sçavoir lire.
pour être en êtat d'imprimer la copie
donnée sur une carte. Exemple.
{
Dominus Dominorum.
Le Seigneur des Seigneurs.
Le Seigneur des Seigneurs.
Dominus Dominorum.
Or , par là Méthode vulgaire , quel
parti peut-on tirer d'un enfant qui ne
sçait pas lire ? Il y a plus , on attend ensuite qu'il sçache un peu écrire , pour lui
faire pratiquer sur le papier les Rudimens
dont on lui a rempli ou embroüillé la
tête , au lieu que l'enfant du Bureau
sans être pressé de se gâter la main pour
Pécriture , pratique réellement sur la ta
ble de son Bureau , les regles des Rudi
mens, des Concordances et de la Sintaxe.
Il est lui-même l'Artisan d'un Ouvrage
très-instructif , ce que la Méthode vul
gaire jusqu'à ce jour n'a jamais pu mon
trer si-tôt ni si bien , ni d'une maniere
si amusante ou moins rebutante.
On n'est pas surpris , au reste , d'entendre déclamer contre le Rudiment Pratique, certains Regens , prévenus et plus
interessez ou plus sensibles à la vente de
leurs petits Ouvrages de Grammaire 20
9
qu'à
874 MERCURE DE FRANCE
qu'à l'avancement du bien public dans la
premiere institution de l'enfance. On
croit même faire grace aux mauvaises critiques en les taxant d'ignorance ou de
prévention , plutôt que de mauvaise foi ;
le Public en jugera. Enfin ceux qui se
picquent de justesse dans le raisonnement
n'ont qu'à supposer d'un côté un enfant
de trois ou quatre ans mis à l'abécé et au
Rudiment vulgaire , et de l'autre côté ,
supposer un enfant , qui avec son Maître
imprime , range et pratique sur la table,
de son Bureau , les parties d'Oraison dont
on lui montre d'abord les Logettes et l'usage, et l'on sera pour lors forcé d'avouer.
que la Méthode du Bureau doit l'empor
ter sur la Méthode vulgaire , puisque l'enfant du Bureau , avec tous les avantages
des Méthodes vulgaires , a de plus les
avantages du Systême Tipographique.
Nota.Les Poëtes et les Orateurs ayant été
invitez à chanter et à celebrer l'heureuse
Naissance de Monseigneur le Dauphin
it semble qu'il ne seroit pas mal à present
d'inviter les Grammairiens , les Philosophes et les Méthodistes , à donner leurs
idées , leur Systême , et à travailler , de
concert ou à l'envi , aux matériaux necessaires pour faciliter et perfectionner
Pinstitution,l'instruction,l'éducation et la
-6
fór
MA Y. 1732. 875
formation du jeune Héros , heritier présomptif de la Couronne de France. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris, ces. Decembre 1731.
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Résumé : §. Sur le Rudiment du Bureau Tipographique.
Le texte met en lumière les mérites du Bureau Tipographique, un système éducatif innovant pour l'enseignement des lettres, de la lecture et de l'orthographe. De nombreuses personnes de mérite ont reconnu la supériorité de ce système pour les premières classes, bien qu'elles aient exprimé des réserves concernant la quatrième classe, qui utilise le Rudiment Pratique. Le texte affirme que, avec une attention accrue, ces personnes constateront la supériorité du Rudiment Pratique sur les autres méthodes. Il souligne les différences entre la méthode vulgaire et celle du Bureau Tipographique. Cette dernière permet à un enfant de quatre à six ans de pratiquer l'impression et la composition interlinaire dès qu'il apprend l'abécédaire, sans nécessiter la connaissance préalable de la lecture. Contrairement à la méthode vulgaire, qui attend que l'enfant sache écrire pour pratiquer les rudiments, le Bureau Tipographique permet à l'enfant de pratiquer directement sur une table les règles des rudiments, des concordances et de la syntaxe. Le texte mentionne également des critiques provenant de certains régents, motivés par des intérêts personnels plutôt que par le bien public. Enfin, il invite les grammairiens, philosophes et méthodistes à contribuer à l'amélioration de l'instruction et de l'éducation, notamment pour le jeune Dauphin.
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6
p. 875-882
PARODIE de la premiere Ode d'Horace, à S. E. M. le Cardinal de Fleury. / Ode.
Début :
Seigneur, tous tant que nous sommes, [...]
Mots clefs :
Horace, Esprit, France, Estime, Cardinal de Fleury, Mécène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARODIE de la premiere Ode d'Horace, à S. E. M. le Cardinal de Fleury. / Ode.
PARODIE de la premiere Ode d'Horace
à S. E. M. le Cardinal de Fleury..
Espoir
des bons et le mien
Si ce n'est impertinence ,
De se mettre en concurrenceAvec tant de gens de bien. )
Cardinal , dont les épaules ,
A supporter un grand poids ,
Par son seul et digne choix ,
Aident au Maître des Gaules ;
Pour délasser un moment
L'Atlas que chargent nos Poles ,
De mes simples babioles ,
Prenez en gré l'enjoüment ,
Et souffrez que je vous trace
En traits marquez et suivis ,
De l'ingenieux Horace ,
Le Mecenas atavis.
ODE
$76 MERCURE DE FRANCE
Seigneur ,
O D E.
Eigneur tous tant que nous sommes
Chaque esprit a ses objets ;
Chaque cœur chez tous les hommes ,
Forme differens projets :
L'ambition dominante ,
Est des Grands qu'elle régente ,.
La fougueuse passion ,
Pendant que la Petitesse ,
Soupire après la Richesse,
Ou la réputation.,
L'un , qui d'un desir modeste ,
N'eut jamais le cœur atteint ,
Voudroit voir- briller sa veste
Du Portrait de l'Esprit Saint.
Une secrete amertume ,
Le devore et le consume ;
C'est sa tribulation ,
De voir cet honneur sublime ,
Orner des gens qu'il estime
D'une moindre extraction.
L'autre respire la guerre ;:
C'est son ébat , c'est son jeu;
Aux quatre coins de la Terre ,
IF
MAY.
1732. 877
I brule de voir le feu.
La longue Paix qui nous berce ,
Est une longue traverse ,
Pour son esprit martial ,
Qui ne méditant que Palmes ,
Se promet en temps moins calmes ,"
Un Bâton de: Maréchal..
Ce troisiéme qui s'adonne ,
A des desseins plus pieux ;
C'est un suppôt de Sorbonne ,
Beau parleur , air gracieux :-
Approuvé de l'Ordinaire
H se fourre dans la Chaire ,
Habile homme et prêchant mal ,
Et flatant sa suffisance ;
Pour sa moindre récompense ,
D'un riche Anneau Pastoral..
Vous , que les doctes Pucelles ,
N'ont point honte d'ennuyer ,
Leurs promesses infidelles ,
Ne tendent qu'à vous jouer ;
Montez sur vos grands Cothurnes ,
De vos fatigues nocturnes
Les fruits seront corrompus ;
Car malgré vos longues veilles ,
Des
178 MERCURE DE FRANCE
Des Racines , des Corneilles ,
Les grands moules sont rompus.
Celui-cy paroît plus sage,
Qui se picquant moins d'esprit
Ne donne qué sur bon gage,
Les sornettes qu'il écrit. ~
Tout coup vaille ; rien n'importe ;
Pourvû qu'on paye à la porte ,.
Tout lui semble indifferent ;.
Permis à de plus habiles ,
De fronder les Vaudevilles ,
De la Foire S. Laurent.
Tel d'une Idolé adorée ,
Fait tout son amusement ,-
Et des jeux de Cytherée ,
Son plaisir et son tourment.
Tel autre dans sa misere,
Croupit et se desespere ,
Pour entasser force écus
,
;
Pendant qu'un Beuveur se flatte ;
De trouver Perse et Surate
Dans la Tonne de Bacchus.
* Allusion à la maniere des Hollandois de
compter les richesses par Tonnes d'or. Surate est un
Port fameux du Mogol , où se fait le plus riche
Commerce de l'Orient.
J'aurois
MAY. 1732.
879
J'aurois , Seigneur , trop d'affaires ,
Si j'essayois d'imiter ,
Tous les divers caracteres,
Qu'Horace aime à debiter ;
Cette stérile abondance ,
Lasseroit la patience ,
Et me rendroit odieux,;
Pour acquerir quelque estime ,
Le sage Orateur supprime ,
Tout verbiage ennuyeux.
Oque j'aurois d'éloquence ,
S'il m'étoit permis un jour,
De détailler à la France ,
Votre zele et votre amour?
Mais quoi ! votre modestie ,
Prendroit ma Muse à partie ,
Et la feroit échouer.
Fiere vertu , qui s'offense
Et nous impose silence ,
Quand nous osons vous louer.
Mais tandis que je me tuë,
A rimer , tant bien que mal ,
Je sens que je perds de vuë ,
Mon charmant Original.
Notre Horace રેà son Mecens
Sou-
880 MERCURE DE FRANCE
Soutient que de l'hyppocrene ,
Le bien seul l'enrichira ,
Et qu'un homme qui s'applique ,
A devenir bon Lyrique ,
Aux Etoiles touchera.
Pour moi qui du cher Parnasse ,
Me suis toujours défié ,
Comme on fait d'un tas de glace ,
Où l'on affeoit mal son pié;
Mon Style le plus superbe ,
Fût-il Racan ou Malherbe ,
Mes plus pathétiques traits ,
N'ont jamais eu la puissance ,
D'augmenter mon opulence ,
D'une charge de Cotrets.
Souhaitons par compagnie,
Non pas,
illustre FLEURY ,
D'Euterpe ou de Polymnie ,
D'être estimé favori :
Ma Muse est bien plus discrete ;
Mais tout ce qu'elle souhaite ,
Son unique ambition ,
C'est , dans cette âpre froidure ,
D'obtenir une doublure ,
Pour ma mince Pension .
Que
MA Y.. 1732.
882
Que si vous m'êtes propice ,
LOUIS , le meilleur des Rois ,
Par faveur ou par justice,
Ecoutera votre voix ;
Remontrez- lui , grand Ministre ,
Que l'hyver sera sinistre ,
Pour les Vieillards.catherreux ;
Pour qui les severes Parques ,
Ont cotté sur leurs Remarques. ,
Huit fois dix et cinq fois deux.
DE SENECE.
à S. E. M. le Cardinal de Fleury..
Espoir
des bons et le mien
Si ce n'est impertinence ,
De se mettre en concurrenceAvec tant de gens de bien. )
Cardinal , dont les épaules ,
A supporter un grand poids ,
Par son seul et digne choix ,
Aident au Maître des Gaules ;
Pour délasser un moment
L'Atlas que chargent nos Poles ,
De mes simples babioles ,
Prenez en gré l'enjoüment ,
Et souffrez que je vous trace
En traits marquez et suivis ,
De l'ingenieux Horace ,
Le Mecenas atavis.
ODE
$76 MERCURE DE FRANCE
Seigneur ,
O D E.
Eigneur tous tant que nous sommes
Chaque esprit a ses objets ;
Chaque cœur chez tous les hommes ,
Forme differens projets :
L'ambition dominante ,
Est des Grands qu'elle régente ,.
La fougueuse passion ,
Pendant que la Petitesse ,
Soupire après la Richesse,
Ou la réputation.,
L'un , qui d'un desir modeste ,
N'eut jamais le cœur atteint ,
Voudroit voir- briller sa veste
Du Portrait de l'Esprit Saint.
Une secrete amertume ,
Le devore et le consume ;
C'est sa tribulation ,
De voir cet honneur sublime ,
Orner des gens qu'il estime
D'une moindre extraction.
L'autre respire la guerre ;:
C'est son ébat , c'est son jeu;
Aux quatre coins de la Terre ,
IF
MAY.
1732. 877
I brule de voir le feu.
La longue Paix qui nous berce ,
Est une longue traverse ,
Pour son esprit martial ,
Qui ne méditant que Palmes ,
Se promet en temps moins calmes ,"
Un Bâton de: Maréchal..
Ce troisiéme qui s'adonne ,
A des desseins plus pieux ;
C'est un suppôt de Sorbonne ,
Beau parleur , air gracieux :-
Approuvé de l'Ordinaire
H se fourre dans la Chaire ,
Habile homme et prêchant mal ,
Et flatant sa suffisance ;
Pour sa moindre récompense ,
D'un riche Anneau Pastoral..
Vous , que les doctes Pucelles ,
N'ont point honte d'ennuyer ,
Leurs promesses infidelles ,
Ne tendent qu'à vous jouer ;
Montez sur vos grands Cothurnes ,
De vos fatigues nocturnes
Les fruits seront corrompus ;
Car malgré vos longues veilles ,
Des
178 MERCURE DE FRANCE
Des Racines , des Corneilles ,
Les grands moules sont rompus.
Celui-cy paroît plus sage,
Qui se picquant moins d'esprit
Ne donne qué sur bon gage,
Les sornettes qu'il écrit. ~
Tout coup vaille ; rien n'importe ;
Pourvû qu'on paye à la porte ,.
Tout lui semble indifferent ;.
Permis à de plus habiles ,
De fronder les Vaudevilles ,
De la Foire S. Laurent.
Tel d'une Idolé adorée ,
Fait tout son amusement ,-
Et des jeux de Cytherée ,
Son plaisir et son tourment.
Tel autre dans sa misere,
Croupit et se desespere ,
Pour entasser force écus
,
;
Pendant qu'un Beuveur se flatte ;
De trouver Perse et Surate
Dans la Tonne de Bacchus.
* Allusion à la maniere des Hollandois de
compter les richesses par Tonnes d'or. Surate est un
Port fameux du Mogol , où se fait le plus riche
Commerce de l'Orient.
J'aurois
MAY. 1732.
879
J'aurois , Seigneur , trop d'affaires ,
Si j'essayois d'imiter ,
Tous les divers caracteres,
Qu'Horace aime à debiter ;
Cette stérile abondance ,
Lasseroit la patience ,
Et me rendroit odieux,;
Pour acquerir quelque estime ,
Le sage Orateur supprime ,
Tout verbiage ennuyeux.
Oque j'aurois d'éloquence ,
S'il m'étoit permis un jour,
De détailler à la France ,
Votre zele et votre amour?
Mais quoi ! votre modestie ,
Prendroit ma Muse à partie ,
Et la feroit échouer.
Fiere vertu , qui s'offense
Et nous impose silence ,
Quand nous osons vous louer.
Mais tandis que je me tuë,
A rimer , tant bien que mal ,
Je sens que je perds de vuë ,
Mon charmant Original.
Notre Horace રેà son Mecens
Sou-
880 MERCURE DE FRANCE
Soutient que de l'hyppocrene ,
Le bien seul l'enrichira ,
Et qu'un homme qui s'applique ,
A devenir bon Lyrique ,
Aux Etoiles touchera.
Pour moi qui du cher Parnasse ,
Me suis toujours défié ,
Comme on fait d'un tas de glace ,
Où l'on affeoit mal son pié;
Mon Style le plus superbe ,
Fût-il Racan ou Malherbe ,
Mes plus pathétiques traits ,
N'ont jamais eu la puissance ,
D'augmenter mon opulence ,
D'une charge de Cotrets.
Souhaitons par compagnie,
Non pas,
illustre FLEURY ,
D'Euterpe ou de Polymnie ,
D'être estimé favori :
Ma Muse est bien plus discrete ;
Mais tout ce qu'elle souhaite ,
Son unique ambition ,
C'est , dans cette âpre froidure ,
D'obtenir une doublure ,
Pour ma mince Pension .
Que
MA Y.. 1732.
882
Que si vous m'êtes propice ,
LOUIS , le meilleur des Rois ,
Par faveur ou par justice,
Ecoutera votre voix ;
Remontrez- lui , grand Ministre ,
Que l'hyver sera sinistre ,
Pour les Vieillards.catherreux ;
Pour qui les severes Parques ,
Ont cotté sur leurs Remarques. ,
Huit fois dix et cinq fois deux.
DE SENECE.
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Résumé : PARODIE de la premiere Ode d'Horace, à S. E. M. le Cardinal de Fleury. / Ode.
Le texte est une parodie de la première Ode d'Horace dédiée à S. E. M. le Cardinal de Fleury. L'auteur commence par exprimer son espoir de ne pas être impertinent en se comparant à des personnes de bien. Il loue ensuite le Cardinal pour son soutien au roi de France et lui offre une œuvre légère destinée à le divertir. L'auteur décrit diverses ambitions humaines, telles que l'ambition des grands, le désir de richesse, la quête de réputation, l'aspiration à des honneurs religieux, ou encore le goût pour la guerre et les distinctions militaires. Il critique également ceux qui se consacrent à des études doctes mais stériles. L'auteur conclut en exprimant son admiration pour Horace et son mécène, tout en soulignant modestement que ses propres écrits n'ont jamais enrichi leur auteur. Il souhaite simplement obtenir une augmentation de sa pension pour mieux affronter l'hiver.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 882
« Cette Ode a été suivie d'un succès tel que [...] »
Début :
Cette Ode a été suivie d'un succès tel que [...]
Mots clefs :
Succès
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texteReconnaissance textuelle : « Cette Ode a été suivie d'un succès tel que [...] »
Cette Ode a été suivie d'un succès tel
que l'Auteur le desiroit.
que l'Auteur le desiroit.
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8
p. 882-887
MEMOIRE au sujet d'un nouveau Calendrier.
Début :
Voicy un Ouvrage qui a été déposé par l'Auteur [...]
Mots clefs :
Calendrier, Hémisphère, Astronomes, Epacte, Lune, Éclipses de soleil
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE au sujet d'un nouveau Calendrier.
MEMOIRE au sujet d'un nouveau
Calendrier.
Oicy un Ouvrage qui a été déposé
Vopar l'Auteur à la Bibliotheque de
l'Abbaye Royale de S. Germain des Prezlez- Paris , dont la Reconnoissance a été
donnée par les RR. P P. Dom Martin
Bouquet et Louis Lemrault , Bibliothe
quaires , le 20. Avril 1732.
DE '
882 MERCURE DE FRANCE
DECOUVERTE faiteparun travail consommé.
CREATION d'un nouveau Calendrier
pour toutes les parties du Monde , composépar le calcul Astronomique , dont le
point a été pris l'année d'une grande
Eclipse de Soleil , arrivée en 1706. sous
notre Hemisphere , qui accorde l'Ecclesiastique , le Civil , les Conciles et le sentiment des PP. de l'Eglise. Cette Découverte peut servir non- seulement pour
l'Eglise Romaine , mais encore pour
Toutes les Nations de la Terre , de toutes sortes de Religions dans l'un et
l'autre Hemisphere. Rien de plus clair
et de plus simple dans son principe lorsqu'on l'a trouvé. Rien de plus obscur, de
plus composé et de plus difficile quand on le cherche.
L'Auteur de cet Ouvrage prie tous les
Astronomes du siecle , de lui faire l'honneur de venir à la Bibliotheque de l'Abbaye Royale S. Germain , pour être présens à ce qu'il démontrera en public , il
y aura , dit-il , deux Assemblées par Semaine; sçavoir , les Lundis et Vendredis.
11 est penetré des devoirs sacrez qu'il
doit à sa Religion , au Roy et à sa Patrie,
à laquelle il est attaché comme l'Epouse
la
M A Y. 1732. 853
la plus fidelle et la plus vertueuse l'est
à son Epoux.
L'Auteur ne veut pas aller chercher
une fortune ailleurs , il espere la trouver
dans le sein de sa Patrie, et il ne veut jamais s'en séparer.
Il prie Messieurs de l'Académie Royale des Sciences et tous les Sçavans en ce
genre , d'honorer les Assemblées de leur
présence > pour être témoins de ce que
' Auteur démontrera ; il promet de développer des choses qui n'ont pû être acquises que par un travail consommé ,
ce qui produira les effets qu'il annonce
dans tous les siecles passez , présent et à
venir.
L'Auteur s'oblige de répondre sur le
champ , en présence de l'Assemblée , à
toutes les difficultez imaginables, de quelle
nature qu'elles puissent être , concernant
la matiere qu'il traite , sans apporter pour
excuse qu'il n'avoit pas prévû la difficulté
qu'on lui fait. Outre les Assemblées , of
peut le consulter en particulier tous les
jours à la Bibliotheque de S. Germain , où
tous les Sçavans seront bien reçûs depuis
9. heures du matin jusqu'à rr. et depuis
3. heures après midi jusqu'à 6. heures du
soir , il expliquera toutes les difficultez
qu'on pourra lui opposer.
C Voici
$84 MERCURE DE FRANCE
Voici deux Observations faites par deux
celebres Astronomes dans les deux Hemispheres , l'année d'une grande Eclipse
de Soleil , arrivée en 1706. qui sert de
point fixe.
L'Epacte Astronomique de notreHemisphere a été calculée sous le méridien de
Mantoüe en Italie , où l'Auteur étoit pour
lors ; cette Epacte s'est trouvée suivant le
calcul de l'Eclipse de 16. p. 15. h. 28" 45" ,
elle con-vient à tous les Méridiens de notre Hemisphere , et c'est par cette Epacte
qu'il est remonté jusqu'à la Naissance de
J.C.et ensuite il est descendu jusqu'à 6400.
ans pour avoir la découverte complete.
Suivant le calcul d'un Astronome de
l'autre Hemisphere , l'Epacte Astronomique a été trouvée de 17. p. 8. h. 31'15"-
Nous prenons pour point fixe le 23. Mars
dans l'une et l'autre Partie du monde , et
nous cherchons la nouvelle Lune la plus
proche de ce point que nous trouvons le
14.Mars, ce 14. étoit un Dimanche, le plein
de la Lune étoit le 27. Mars , ce 27. étoit
un Samedy, la Lune étoit dans son 14.
et le 28. étoit un Dimanche , qui , selon
les Chrétiens , est la vraie Pâque.
Tous ces points sont égaux à ceux de
notre Hemisphere , puisqu'ils s'accordent
en tous sens, l'Epacte Astronomique étant
de
MAY. 1732. * 85
de 16. p. 15. h. 28 ' 45 ". suivant le Civil
on doit compter 17. d'Epacte, à cause
-que les heures qui suivent les jours passent 12. heures on compte un jour civil,
parce que le jour astronomique anticipe.
sur le jour civil , afin de s'approcher toû
jours de plus en plus de l'Equinoxe et de
faire accorder les deux Hemispheres.
,
On prie les Astronomes de faire at
tention à ce que l'Auteur découvre. Il démontrera par le même principe quel
quantiéme a été celebrée la premiere Pâque du Christianisme ou pour mieux s'expliquer , il démontrera la Pâque qui a
été celebrée il y a 169 8. ans , qui est l'an
34. de J. C. qui selon les Chronologistes
Sacrez , est l'an que J. C. est mort ;
suivant notre Hemisphere l'Epacte astronomique étoit de 24. j . 6. h. 58' 29". la
nouvelle Lune la plus proche du 23 Mars
étoit le 6. Avril , qui se trouvoit un
Jeudy, parce que l'an 34 la Lettre Dominicale étoit A. le plein étoit le 19. Avril,
qui tomboit un Mercredy; la Lune étoit
ce jour- là dans son 14. le Vendredy- Saint
étoit le 21. Avril, et le Dimanche sui
vant étoit le 23. Avril pour la premiere
Pâque du Christianisme.
C'est par cette raison que l'Eglise a
tegléquele plein qui seroit le plus proche
Cij
de
886 MERCURE DE FRANCE
6
,
de l'Equinoxe seroit le plein de la Lune
Pascale , et que le Dimanche immédiatement après,seroit la Pâque des Chrétiens;
mais lorsque le plein tomberoit un Dimanche , pour ne pas faire la Pâque avec
les Juifs, on la remettroit toûjours au Dimanche suivant, pour suivre une conformité et une regle précise dans tout le
Christianisme ; et afin que toutes les Nations de la terre suivent cette regle , il
faut donc donner un calcul infaillible
qui ne s'écarte en rien du vrai , de la maniere que l'Auteur le démontre.
6
Il donne un Calcul , non-seulement
pour toute l'Europe , mais encore pour
toutes les parties de la Terre ; danslautre Hemisphere l'Epacte Astronomique
de l'an 34. de J. C. est de 23.j. 17. h.
1'31" , égal à 24..jours pour le civil, qui
donnera les nouvelles et pleines Lunes
Paschales , et si la Religion Chrétienneey.
étoit établie , on celebreroit la Pâque
le même jour qu'ici.
1 .
On prie les personnes consommées en
Astronomie et dans la matiere en question , de faire l'honneur de répondre à
Auteur , il donnera tous les mois quelque chose de nouveau et de très- interessant , qu'il espere être bien reçû du
Public. Il y a près de trente ans que cet
MAY. 17320 887
cet Auteur vit dans l'obscurité , il est
témps qu'il se fasse connoître avec son
Ouvrage.
Calendrier.
Oicy un Ouvrage qui a été déposé
Vopar l'Auteur à la Bibliotheque de
l'Abbaye Royale de S. Germain des Prezlez- Paris , dont la Reconnoissance a été
donnée par les RR. P P. Dom Martin
Bouquet et Louis Lemrault , Bibliothe
quaires , le 20. Avril 1732.
DE '
882 MERCURE DE FRANCE
DECOUVERTE faiteparun travail consommé.
CREATION d'un nouveau Calendrier
pour toutes les parties du Monde , composépar le calcul Astronomique , dont le
point a été pris l'année d'une grande
Eclipse de Soleil , arrivée en 1706. sous
notre Hemisphere , qui accorde l'Ecclesiastique , le Civil , les Conciles et le sentiment des PP. de l'Eglise. Cette Découverte peut servir non- seulement pour
l'Eglise Romaine , mais encore pour
Toutes les Nations de la Terre , de toutes sortes de Religions dans l'un et
l'autre Hemisphere. Rien de plus clair
et de plus simple dans son principe lorsqu'on l'a trouvé. Rien de plus obscur, de
plus composé et de plus difficile quand on le cherche.
L'Auteur de cet Ouvrage prie tous les
Astronomes du siecle , de lui faire l'honneur de venir à la Bibliotheque de l'Abbaye Royale S. Germain , pour être présens à ce qu'il démontrera en public , il
y aura , dit-il , deux Assemblées par Semaine; sçavoir , les Lundis et Vendredis.
11 est penetré des devoirs sacrez qu'il
doit à sa Religion , au Roy et à sa Patrie,
à laquelle il est attaché comme l'Epouse
la
M A Y. 1732. 853
la plus fidelle et la plus vertueuse l'est
à son Epoux.
L'Auteur ne veut pas aller chercher
une fortune ailleurs , il espere la trouver
dans le sein de sa Patrie, et il ne veut jamais s'en séparer.
Il prie Messieurs de l'Académie Royale des Sciences et tous les Sçavans en ce
genre , d'honorer les Assemblées de leur
présence > pour être témoins de ce que
' Auteur démontrera ; il promet de développer des choses qui n'ont pû être acquises que par un travail consommé ,
ce qui produira les effets qu'il annonce
dans tous les siecles passez , présent et à
venir.
L'Auteur s'oblige de répondre sur le
champ , en présence de l'Assemblée , à
toutes les difficultez imaginables, de quelle
nature qu'elles puissent être , concernant
la matiere qu'il traite , sans apporter pour
excuse qu'il n'avoit pas prévû la difficulté
qu'on lui fait. Outre les Assemblées , of
peut le consulter en particulier tous les
jours à la Bibliotheque de S. Germain , où
tous les Sçavans seront bien reçûs depuis
9. heures du matin jusqu'à rr. et depuis
3. heures après midi jusqu'à 6. heures du
soir , il expliquera toutes les difficultez
qu'on pourra lui opposer.
C Voici
$84 MERCURE DE FRANCE
Voici deux Observations faites par deux
celebres Astronomes dans les deux Hemispheres , l'année d'une grande Eclipse
de Soleil , arrivée en 1706. qui sert de
point fixe.
L'Epacte Astronomique de notreHemisphere a été calculée sous le méridien de
Mantoüe en Italie , où l'Auteur étoit pour
lors ; cette Epacte s'est trouvée suivant le
calcul de l'Eclipse de 16. p. 15. h. 28" 45" ,
elle con-vient à tous les Méridiens de notre Hemisphere , et c'est par cette Epacte
qu'il est remonté jusqu'à la Naissance de
J.C.et ensuite il est descendu jusqu'à 6400.
ans pour avoir la découverte complete.
Suivant le calcul d'un Astronome de
l'autre Hemisphere , l'Epacte Astronomique a été trouvée de 17. p. 8. h. 31'15"-
Nous prenons pour point fixe le 23. Mars
dans l'une et l'autre Partie du monde , et
nous cherchons la nouvelle Lune la plus
proche de ce point que nous trouvons le
14.Mars, ce 14. étoit un Dimanche, le plein
de la Lune étoit le 27. Mars , ce 27. étoit
un Samedy, la Lune étoit dans son 14.
et le 28. étoit un Dimanche , qui , selon
les Chrétiens , est la vraie Pâque.
Tous ces points sont égaux à ceux de
notre Hemisphere , puisqu'ils s'accordent
en tous sens, l'Epacte Astronomique étant
de
MAY. 1732. * 85
de 16. p. 15. h. 28 ' 45 ". suivant le Civil
on doit compter 17. d'Epacte, à cause
-que les heures qui suivent les jours passent 12. heures on compte un jour civil,
parce que le jour astronomique anticipe.
sur le jour civil , afin de s'approcher toû
jours de plus en plus de l'Equinoxe et de
faire accorder les deux Hemispheres.
,
On prie les Astronomes de faire at
tention à ce que l'Auteur découvre. Il démontrera par le même principe quel
quantiéme a été celebrée la premiere Pâque du Christianisme ou pour mieux s'expliquer , il démontrera la Pâque qui a
été celebrée il y a 169 8. ans , qui est l'an
34. de J. C. qui selon les Chronologistes
Sacrez , est l'an que J. C. est mort ;
suivant notre Hemisphere l'Epacte astronomique étoit de 24. j . 6. h. 58' 29". la
nouvelle Lune la plus proche du 23 Mars
étoit le 6. Avril , qui se trouvoit un
Jeudy, parce que l'an 34 la Lettre Dominicale étoit A. le plein étoit le 19. Avril,
qui tomboit un Mercredy; la Lune étoit
ce jour- là dans son 14. le Vendredy- Saint
étoit le 21. Avril, et le Dimanche sui
vant étoit le 23. Avril pour la premiere
Pâque du Christianisme.
C'est par cette raison que l'Eglise a
tegléquele plein qui seroit le plus proche
Cij
de
886 MERCURE DE FRANCE
6
,
de l'Equinoxe seroit le plein de la Lune
Pascale , et que le Dimanche immédiatement après,seroit la Pâque des Chrétiens;
mais lorsque le plein tomberoit un Dimanche , pour ne pas faire la Pâque avec
les Juifs, on la remettroit toûjours au Dimanche suivant, pour suivre une conformité et une regle précise dans tout le
Christianisme ; et afin que toutes les Nations de la terre suivent cette regle , il
faut donc donner un calcul infaillible
qui ne s'écarte en rien du vrai , de la maniere que l'Auteur le démontre.
6
Il donne un Calcul , non-seulement
pour toute l'Europe , mais encore pour
toutes les parties de la Terre ; danslautre Hemisphere l'Epacte Astronomique
de l'an 34. de J. C. est de 23.j. 17. h.
1'31" , égal à 24..jours pour le civil, qui
donnera les nouvelles et pleines Lunes
Paschales , et si la Religion Chrétienneey.
étoit établie , on celebreroit la Pâque
le même jour qu'ici.
1 .
On prie les personnes consommées en
Astronomie et dans la matiere en question , de faire l'honneur de répondre à
Auteur , il donnera tous les mois quelque chose de nouveau et de très- interessant , qu'il espere être bien reçû du
Public. Il y a près de trente ans que cet
MAY. 17320 887
cet Auteur vit dans l'obscurité , il est
témps qu'il se fasse connoître avec son
Ouvrage.
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Résumé : MEMOIRE au sujet d'un nouveau Calendrier.
Le texte décrit un mémoire relatif à la création d'un nouveau calendrier fondé sur des calculs astronomiques. L'auteur a déposé son ouvrage à la Bibliothèque de l'Abbaye Royale de Saint-Germain-des-Prés à Paris, où il a été reconnu le 20 avril 1732. Ce calendrier, élaboré à partir d'une grande éclipse solaire observée en 1706, vise à harmoniser les calendriers ecclésiastique, civil et les conciles, tout en étant applicable à toutes les nations et religions du monde. L'auteur convie les astronomes et les savants à des démonstrations publiques à la bibliothèque, les lundis et vendredis, pour examiner son travail. Il s'engage à répondre à toutes les questions et à expliquer les difficultés liées à son calendrier. L'auteur mentionne des observations astronomiques réalisées en 1706, servant de point fixe pour ses calculs. Il démontre comment ces observations permettent de déterminer la date de la Pâque chrétienne, notamment celle de l'an 34, année supposée de la mort de Jésus-Christ. Le calendrier proposé est conçu pour être universel, applicable à toutes les parties du monde, et pour fournir un calcul infaillible afin de standardiser la célébration de la Pâque chrétienne. L'auteur espère ainsi se faire connaître après avoir vécu dans l'obscurité pendant près de trente ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 887-890
L'AMOUR, ODE. A M. L. M. D. F.
Début :
Tandis qu'au milieu des merveilles, [...]
Mots clefs :
Amour, Héros, Holocauste, Pays des fictions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR, ODE. A M. L. M. D. F.
L'AMOUR,
ODE..
A. M. L. M. D. F.
Tandis qu'au milieu des merveilles ,
Dont Flore vient charmer nos yeux ;
Je puis affranchir mes oreilles ,
Des cris du Plaideur ennuyeux ;
Dieu de Paphos , mon premier Maître,
Approchez , faites disparoître ,
Ces Fantômes encor errans ,
Et vous , ô filles du Permesse ,
Portez-moi cette aimable yvresse
Qui s'empare de tous les sens.
Mais quoi , vos riantes images ,
M'environnent de toutes parts ,
Je vois fuir parmi les nuages ,
La Chicanne aux sombres regards,
Dieux ! quelle agréable chimere !
Je marche sur les pas d'Homere
2
Ciij Dans
888 MERCURE DE FRANCE
Dans le pays des fictions.
Ah ! j'entens sa Lire charmante ;
En peignant les Heros du Xante ,
Il excuse mes passions.
Je vois les Dieux dans cette guerre .
'A la honte de leurs Autels,
Quitter le séjour du Tonnerre ,
Pour combattre avec les Mortels.
Sous ses Tentes le grand Achille ;
Desormais guerrier inutile ,
Cede aux feux dont il est épris..
Ce Heros abattu , sans armes ,
Baignant son Casque de ses larmes ,
Est aussi foible que Pâris.
Je vois la Grece conjurée ,
Bravant et Neptune et les Vents,
Sous les ordres du fils d'Atrée
Faire marcher ses Combattans.
On poursuit Heleine fuyante ,
Une Nation menaçante ,
Ne respire que son retour ;
Le fer brille , je vois la flamme ;
Et l'embrasement de Pergame ,
Est un Holocauste à l'Amour.
2
Dans
MAY. 1732. 889
Dans ces Peintures magnifiques ,
Je trouve des consolateurs ;
J'apperçois dans les cœurs antiques ,
Les égaremens de nos cœurs ;
Je crois mes transports légitimes ,
Quand je vois des Héros sublimes,
De l'Amour éprouver les coups ;
Et lorsque mon ame est saisie ,
Des accès de la jalousie ,
Je sçais que les Dieux sont jaloux.
2
Nos cœurs instruits par la Nature ,
Dieu d'Amour te sont destinez ;
Ceux qui veulent te faire injure ,
En deviennent plus forcenez,
..
Un cœur orgueilleux et sauvage ,
Esclave en fuyant l'esclavage
Par son humeur est combattu ;
Al'aide d'un brutal caprice ,
11 devient l'azile du vice ,
Croyant l'être de la vertu.
Toutefois aux bords de Cythere ,
Nourri dès mes plus jeunes ans ,
J'abhorre une ame mercenaire ,
Qui fait trafic de sentimens ;
Ennemi des lâches souplesses ,
C iiij L'art
890 MERCURE DE FRANCE
L'art des Circez Enchanteresses ,
N'a point corrompu ma bonté ,
Vous le sçavez , sage Uranie,
Mes Vers même , enfans du génie
Ont le Sceau de la Verité.
Mais de l'Amour et de ses charmes
Que sert de vous entretenir !
C'est un malheureux que mes larmes ,
Près de vous n'ont pû retenir ,
Voyez ce Dieu l'aisle baissée ,
Tenant une Fleche émoussée ;
Le Temps déchire son Bandeau ,
Voyez les Graces gémissantes ,
Ranimant dans leurs mains tremblantes ,
Les vains restes de son flambeau.
A Grenoble le 15. Avril 1732.
ODE..
A. M. L. M. D. F.
Tandis qu'au milieu des merveilles ,
Dont Flore vient charmer nos yeux ;
Je puis affranchir mes oreilles ,
Des cris du Plaideur ennuyeux ;
Dieu de Paphos , mon premier Maître,
Approchez , faites disparoître ,
Ces Fantômes encor errans ,
Et vous , ô filles du Permesse ,
Portez-moi cette aimable yvresse
Qui s'empare de tous les sens.
Mais quoi , vos riantes images ,
M'environnent de toutes parts ,
Je vois fuir parmi les nuages ,
La Chicanne aux sombres regards,
Dieux ! quelle agréable chimere !
Je marche sur les pas d'Homere
2
Ciij Dans
888 MERCURE DE FRANCE
Dans le pays des fictions.
Ah ! j'entens sa Lire charmante ;
En peignant les Heros du Xante ,
Il excuse mes passions.
Je vois les Dieux dans cette guerre .
'A la honte de leurs Autels,
Quitter le séjour du Tonnerre ,
Pour combattre avec les Mortels.
Sous ses Tentes le grand Achille ;
Desormais guerrier inutile ,
Cede aux feux dont il est épris..
Ce Heros abattu , sans armes ,
Baignant son Casque de ses larmes ,
Est aussi foible que Pâris.
Je vois la Grece conjurée ,
Bravant et Neptune et les Vents,
Sous les ordres du fils d'Atrée
Faire marcher ses Combattans.
On poursuit Heleine fuyante ,
Une Nation menaçante ,
Ne respire que son retour ;
Le fer brille , je vois la flamme ;
Et l'embrasement de Pergame ,
Est un Holocauste à l'Amour.
2
Dans
MAY. 1732. 889
Dans ces Peintures magnifiques ,
Je trouve des consolateurs ;
J'apperçois dans les cœurs antiques ,
Les égaremens de nos cœurs ;
Je crois mes transports légitimes ,
Quand je vois des Héros sublimes,
De l'Amour éprouver les coups ;
Et lorsque mon ame est saisie ,
Des accès de la jalousie ,
Je sçais que les Dieux sont jaloux.
2
Nos cœurs instruits par la Nature ,
Dieu d'Amour te sont destinez ;
Ceux qui veulent te faire injure ,
En deviennent plus forcenez,
..
Un cœur orgueilleux et sauvage ,
Esclave en fuyant l'esclavage
Par son humeur est combattu ;
Al'aide d'un brutal caprice ,
11 devient l'azile du vice ,
Croyant l'être de la vertu.
Toutefois aux bords de Cythere ,
Nourri dès mes plus jeunes ans ,
J'abhorre une ame mercenaire ,
Qui fait trafic de sentimens ;
Ennemi des lâches souplesses ,
C iiij L'art
890 MERCURE DE FRANCE
L'art des Circez Enchanteresses ,
N'a point corrompu ma bonté ,
Vous le sçavez , sage Uranie,
Mes Vers même , enfans du génie
Ont le Sceau de la Verité.
Mais de l'Amour et de ses charmes
Que sert de vous entretenir !
C'est un malheureux que mes larmes ,
Près de vous n'ont pû retenir ,
Voyez ce Dieu l'aisle baissée ,
Tenant une Fleche émoussée ;
Le Temps déchire son Bandeau ,
Voyez les Graces gémissantes ,
Ranimant dans leurs mains tremblantes ,
Les vains restes de son flambeau.
A Grenoble le 15. Avril 1732.
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Résumé : L'AMOUR, ODE. A M. L. M. D. F.
Le texte est une ode à l'amour adressée à une personne identifiée par les initiales A. M. L. M. D. F. Le poète exprime son désir de fuir les cris ennuyeux du monde pour se plonger dans les merveilles de l'amour. Il invoque les dieux de Paphos et les Muses pour l'inspirer. Il imagine des scènes épiques de l'Iliade, où les dieux descendent sur terre pour la guerre de Troie et où des héros comme Achille et Pâris sont soumis aux passions amoureuses. Ces récits lui offrent des consolations et des légitimations pour ses propres sentiments. Le poète affirme que les cœurs humains, instruits par la nature, sont destinés à l'amour, et que ceux qui résistent à cet amour deviennent fous ou esclaves de leurs vices. Il se déclare honnête et dégoûté par les âmes mercantiles qui trafiquent les sentiments. Il conclut en décrivant l'amour comme un dieu affaibli, ses flèches émoussées et son flambeau éteint, symbolisant la douleur et la tristesse de l'amour non partagé. Le texte est daté du 15 avril 1732 à Grenoble.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 890-898
WAMPIRS, fait singulier et des plus extraordinaires, s'il est vrai.
Début :
Voicy le rapport des Chirurgiens Impériaux, sur ce qui s'est [...]
Mots clefs :
Vampires, Sang, Mort, Jour, Chirurgiens, Maladie, Corps, Médugion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : WAMPIRS, fait singulier et des plus extraordinaires, s'il est vrai.
WAMPIRS, fait singulier et des plus .
extraordinaires , s'il est vrai.
Oicy le rapport des Chirurgiens
V. Impériaux , sur pur cece qui s'est s'est trouvé
en Servie au Village de Médugion , sur
les Frontieres de la Turquie , au sujet des
Wampirs; c'est le nom qu'on donne en
ce
MAY. 1732. 891
ce Païs , à des gens , qui après leur mort
viennent , dit- on , sucer les vivans.
Sur l'avis qui fût donné que dans le
Village de Médugion , certains Wampirs
avoient fait mourir quelques personnes
en les suçant. J'ai été envoyé sur les
lieux par l'ordre du Commandant de ces
quartiers, pour examiner la chose à fond
avec deux Officiers et deux Chirurgiens ,
commandez , à cet effét ; et j'ai fait l'in
formation suivante , en présence de tous
les Chefs du Village , du Gerschita , Càpitaine des Haiduchs, du Hadnach, du Fariala , et des plus anciens Hayduchs du
village, ce qui s'est passé en cette maniere:
3
Après les interrogatoires requis , tous
les gens du Village ont dit unanimement
que depuis, environ 5 ans , un Hayduch
du Païs , nommé Arnoud - Parte , lequel
s'étoit cassé le col en tombant du haut
d'un Chariot à foin , et avoit souvent raconté pendant sa vie , que près de Gossera , dans la Servie Turque , il avoit été
toarmenté par un Wampirs , et qu'il
avoit ensuite mangé la terre de sa fosse et
s'étoit frotté de son sang , pour se déli
vrer de ce tourment ; que 20 ou 30 jours
après la mort de ce Hayduch , quelques
personnes s'étoient plaintes d'avoir été
tourmentées par le même Arnoud, et
Cv qu'en
892 MERCURE DE FRANCE
qu'en effet cinq personnes en étoient
mortes ; que d'abord pour arrêter ce mal¸
on avoit été, du conseil de leur Hadnach,
qui s'étoit trouvé cn pareil cas ,
déterrer
corps d'Arnoud-Parte environ 40 jours
après sa mort , et qu'on avoit trouvé qu'il
étoit encore entier , sans aucune corruple
tion ; que le sang lui couloit encore tout
frais des yeux , du nez , de la bouche et
des oreilles , que son drap , sa chemise et
son cercueil , étoient pleins de sang , que
les ongles des mains et des pieds lui
étoient tombez avec la peau , et qu'il lui
en croissoit d'autres ; que comme on reconnut que c'étoit un véritable Wampir ,
on lui enfonça , selon la coutume , un
Pal à travers du cœur , sur quoi il fit un
petit crachement , et la playe,rendit une
grande quantité de sang ; on brula le cadavre le même jour , et on jetta les cendres dans la fosse.
Les mêmes gens ont encore dit , que,
tous ceux qui sont tourmentez par les
Wampirs. et qui en meurent, deviennent
aussi Wampirs eux - mêmes , et que c'est
pour cela qu'ils firent la même opération
sur les cinq personnes dont on a parlé s
Ils ajoutent encore que le même ArnoudParte, attaquoit et suivoit non- seulementles hommes , mais aussi les bestiaux , et
que
MAY. 1732. 893
que comme illyy avoit des personnes qui
avoient mangé de leur chair , on s'appercevoit de nouveau dans le païs qu'il s'y
trouvoit beaucoup de Vvampirs ; de sorte
qu'en trois mois de temps , la mort avoit
enlevé 17 personnes , tant jeunes que
vieux , dont quelques uns étoient morts
en deux ou trois jours sans avoir été malades.
Le Hayduc Jorvina a déposé de plus ;
qu'il y avoit environ 20 jours que sa bru,
nommée Stanaha , s'étoit mise au lit en
bonne santé , et s'étant reveillée en sursaut , avec un cri , une frayeur , et un
tremblement extraordinaire , se plaignit
d'avoir été sucée au col par le fils d'un
Hayduc , nommé Miller , mort depuis 9
semaines , dont elle avoit senti une gran
de douleur à la poitrine ; et que se trouvant plus mal d'heure en heure , elle étoit
enfin morte au bout de trois jours..
Le même jour après midi , nous nous
transportames au Cimetiere , accompagnez des mêmes Ouvriers Hayducs dut
Village , pour faire ouvrir les tombeaux
suspects , et en faire visiter les corps ; ce
qu'ayant fait,nous trouvâmes: 1 ° .Une fem
me , nommée Stana, qui étoit morte,âgée
de 20 ans, après une maladie de trois jours ,
causée par ses couches , et qui avoit dic
I
Cvj, avant
894 MERCURE DE FRANCE
ayant sa mort, s'être frottée du sang d'un
Wampir , dont elle et son enfant , mort
aussi-tôt après sa naissance , et qui avoit
été encore mangé par les chiens , parce
que sa fosse n'étoit pas assez profonde
étoient devenus Wampirs.
Cette femme étoit toute entiere , sans
pourriture. Après l'ouverture du corps on
lui trouva quantité de sangextravasé dans
la cavité de la poitrine , les vaisscaux ,
comme arteres et veines , avec les ventri
cules du cœur , n'étoient pas , comme il
sont ordinairement , remplis de sang coagulé; tous les visceres , comme le poulmon et le foye , l'estomac , la ratte et le
reste des intestins , étant aussi sains que
dans une personne en santé, mais la matrice étoit fort grande et intérieurement
enflammée, parce que l'arriere- faix et les
vuidanges y étoient restez , ce qui avoit
causé une entiere pourriture. La peau des
mains et des pieds , de même que les ongles tomboient d'eux - mêmes , et il reparoissoit à la place de nouveaux ongles ep
une nouvelle peau fraiche et vive.
2. Nous déterrames une autre femme,
nommée Mélica , qui étoit morte , âgée
d'environ 60 ans , après une maladie de 3
mois on lui trouva dans la poitrine beaucoup de sang liquide , le reste des entrailles
...
MAY. 1732. 8955
les étoit comme dans l'autre femme , en
bon état. Tous les Hayduchs qui étoient
présens à la dissection , furent fort étonnéz de la graisse et de l'embonpoint de
cette femme, disant unanimement l'avoir
très-bien connue dès sa jeunesse , et que
pendant sa vie elle avoit été toujours fort :
maigre et fort seche. Ils ajoutoient unanimement qu'il falloit que cet embonpoint
fut venu dans le tombeau , et que selon
le rapport des gens du lieu , c'étoit elle..
qui avoit été la premiere desWampirsd'àpresent , parce qu'elle avoit mangé de la chair des Brebis qui avoient été tuées par
les Wampirs précédens..
3. Nous trouvames un enfant de huit
jours , enterré depuis trois mois , lequel ™
étoit pareillement dans le même état des
Wampirs
4. Le fils d'an Hayduch ; nommé Millot , mort à 16 ans , après une maladie de
trois jours , et enterré depuis neuf semaines , fut trouvé dans le même état des
Wampirs.
5. Un Hayduch, nommé Joachin, mort
à 17 ans , après 2 jours de maladie , et enterré depuis 8 semaines.
6. Une femme , nommée Ruscha, morte
après dix jours de maladie , et enterrée .
depuis six semaines ; on trouva beaucoup
de
896 MERCURE DE FRANCE
de sang tout frais , non- seulement dans la
poitrine , mais aussi au fond du ventricule; la même chose fut observée à l'égard
de son enfant , qui étoit mort depuis cinq
semaines , âgé de 18 ans.
7. Une jeune fille de dix ans , morte depuis 2 mois , pareillement toute entiere
et avec du sang dans la poitrine.
8. La femme d'un Hayduch , avec un
enfant , laquelle étoit morte depuis 7 semaines, et son enfant mort depuis 15 jours
âgé de 8 ans ; la mere et l'enfant furent
trouvez tout pourris , quoiqu'enterrez
tout auprès des Wampirs.
9. Le Valet d'un Caporal de Heyduchs,
d'un païs nommé Rad , mort âgé de 23:
ans , après trois mois de maladie , et enterré depuis 5 semaines , fut trouvé en
tierement pourri .
10. Lafemme du Bariactar du lieu, avec
son enfant, mort depuis six semaines, pareillement pourris.
11. Auprès du même , un Heyduch¸.
mort depuis 6 semaines , âgé de 60 ans. Je
lai trouvai , comme aux autres Wampirs,
quantité de sang liquide dans la poitrine
et l'estomach , avec tout le corps , dans le
même état des Wampirs..
12. La femme d'un Heyduch , appel
lée Stanaha, morte à l'âge de 20 ans,après
trois
ΜΑΥ. 17323 899
3 jours de maladie , et enterrée depuis 18
jours à la dissection je trouvai qu'elleavoit le visage d'une couleur toute rouge,.
et vive ; et comme on a dit cy dessus
qu'elle avoit été sucée au col par le fils
d'un Heyduch , nommé Millve. On remarquoit effectivement qu'elle avoit au :
dessus de l'oreille du côté droit , une tache bleuë , mêlée de sang extravasé , de la
longueur du doigt. Au sortir de la fosse.
elle jetta une grande quantité de sang
tout frais par le nez,et après la dissection,
je trouvai , comme je l'ai souvent remarqué , une grande quantité de sang balsamique et tout frais , non seulement dans
le creux de la poitrine , mais aussi dans
le ventricule du cœur ; tous les visceres
étoient entierement sains et en bon état ,
et la peau de tout le corps , de même que
les ongles des mains et des pieds étoient
pareillement tout frais.
Après la visite de ces corps , on fit couper la tête à tous les Wampirs , par l'E--
xécuteur du lieu , et ensuite on brûla les
têtes et les corps , les cendres en furentjettées dans la Riviere du Morave ; pour
les Cadavres pourris on les remit dans
leurs premieres fosses. Toutes lesquelles.
choses j'atteste veritables , conjointement
气
avec
898 MER CURE DE FRANCE
*
avec les deux Chirurgiens qui m'ont été
adjoints pour cette information..
Signé ,Jean Schchinge, Chirurgien du
Regiment de Rischembach , Infanterie.
Jean Ferdirack , Chirurgien du même
Régiment. J. H.Sicq, Chirurgien au Ké
giment de Moralt..
Nous , soussignez , certifions-que tout
ce que les Chirurgiens de Rischembach ,
et les deux Chirurgiens cy- dessus nommez, ont attesté à l'égard des Wampirs a été par Nous vû et trouvé conforme à
la vérité dans tous les points , ayant éré
présens à la visite et à l'examen de toutes
choses ; en foy de quoi nous avons signé
le present Acte , et apposé nos Cachets.
A Belgrade, le 26 Janv.1732. Signé , Bultrul, Lieutenant Colonel du Regiment dư
Pr. Alexandre de Wirtemberg, C. L. S.
de Linden fils , Enseigne dans le Regiment du Pr. Alexandre de Wirtemberg.
extraordinaires , s'il est vrai.
Oicy le rapport des Chirurgiens
V. Impériaux , sur pur cece qui s'est s'est trouvé
en Servie au Village de Médugion , sur
les Frontieres de la Turquie , au sujet des
Wampirs; c'est le nom qu'on donne en
ce
MAY. 1732. 891
ce Païs , à des gens , qui après leur mort
viennent , dit- on , sucer les vivans.
Sur l'avis qui fût donné que dans le
Village de Médugion , certains Wampirs
avoient fait mourir quelques personnes
en les suçant. J'ai été envoyé sur les
lieux par l'ordre du Commandant de ces
quartiers, pour examiner la chose à fond
avec deux Officiers et deux Chirurgiens ,
commandez , à cet effét ; et j'ai fait l'in
formation suivante , en présence de tous
les Chefs du Village , du Gerschita , Càpitaine des Haiduchs, du Hadnach, du Fariala , et des plus anciens Hayduchs du
village, ce qui s'est passé en cette maniere:
3
Après les interrogatoires requis , tous
les gens du Village ont dit unanimement
que depuis, environ 5 ans , un Hayduch
du Païs , nommé Arnoud - Parte , lequel
s'étoit cassé le col en tombant du haut
d'un Chariot à foin , et avoit souvent raconté pendant sa vie , que près de Gossera , dans la Servie Turque , il avoit été
toarmenté par un Wampirs , et qu'il
avoit ensuite mangé la terre de sa fosse et
s'étoit frotté de son sang , pour se déli
vrer de ce tourment ; que 20 ou 30 jours
après la mort de ce Hayduch , quelques
personnes s'étoient plaintes d'avoir été
tourmentées par le même Arnoud, et
Cv qu'en
892 MERCURE DE FRANCE
qu'en effet cinq personnes en étoient
mortes ; que d'abord pour arrêter ce mal¸
on avoit été, du conseil de leur Hadnach,
qui s'étoit trouvé cn pareil cas ,
déterrer
corps d'Arnoud-Parte environ 40 jours
après sa mort , et qu'on avoit trouvé qu'il
étoit encore entier , sans aucune corruple
tion ; que le sang lui couloit encore tout
frais des yeux , du nez , de la bouche et
des oreilles , que son drap , sa chemise et
son cercueil , étoient pleins de sang , que
les ongles des mains et des pieds lui
étoient tombez avec la peau , et qu'il lui
en croissoit d'autres ; que comme on reconnut que c'étoit un véritable Wampir ,
on lui enfonça , selon la coutume , un
Pal à travers du cœur , sur quoi il fit un
petit crachement , et la playe,rendit une
grande quantité de sang ; on brula le cadavre le même jour , et on jetta les cendres dans la fosse.
Les mêmes gens ont encore dit , que,
tous ceux qui sont tourmentez par les
Wampirs. et qui en meurent, deviennent
aussi Wampirs eux - mêmes , et que c'est
pour cela qu'ils firent la même opération
sur les cinq personnes dont on a parlé s
Ils ajoutent encore que le même ArnoudParte, attaquoit et suivoit non- seulementles hommes , mais aussi les bestiaux , et
que
MAY. 1732. 893
que comme illyy avoit des personnes qui
avoient mangé de leur chair , on s'appercevoit de nouveau dans le païs qu'il s'y
trouvoit beaucoup de Vvampirs ; de sorte
qu'en trois mois de temps , la mort avoit
enlevé 17 personnes , tant jeunes que
vieux , dont quelques uns étoient morts
en deux ou trois jours sans avoir été malades.
Le Hayduc Jorvina a déposé de plus ;
qu'il y avoit environ 20 jours que sa bru,
nommée Stanaha , s'étoit mise au lit en
bonne santé , et s'étant reveillée en sursaut , avec un cri , une frayeur , et un
tremblement extraordinaire , se plaignit
d'avoir été sucée au col par le fils d'un
Hayduc , nommé Miller , mort depuis 9
semaines , dont elle avoit senti une gran
de douleur à la poitrine ; et que se trouvant plus mal d'heure en heure , elle étoit
enfin morte au bout de trois jours..
Le même jour après midi , nous nous
transportames au Cimetiere , accompagnez des mêmes Ouvriers Hayducs dut
Village , pour faire ouvrir les tombeaux
suspects , et en faire visiter les corps ; ce
qu'ayant fait,nous trouvâmes: 1 ° .Une fem
me , nommée Stana, qui étoit morte,âgée
de 20 ans, après une maladie de trois jours ,
causée par ses couches , et qui avoit dic
I
Cvj, avant
894 MERCURE DE FRANCE
ayant sa mort, s'être frottée du sang d'un
Wampir , dont elle et son enfant , mort
aussi-tôt après sa naissance , et qui avoit
été encore mangé par les chiens , parce
que sa fosse n'étoit pas assez profonde
étoient devenus Wampirs.
Cette femme étoit toute entiere , sans
pourriture. Après l'ouverture du corps on
lui trouva quantité de sangextravasé dans
la cavité de la poitrine , les vaisscaux ,
comme arteres et veines , avec les ventri
cules du cœur , n'étoient pas , comme il
sont ordinairement , remplis de sang coagulé; tous les visceres , comme le poulmon et le foye , l'estomac , la ratte et le
reste des intestins , étant aussi sains que
dans une personne en santé, mais la matrice étoit fort grande et intérieurement
enflammée, parce que l'arriere- faix et les
vuidanges y étoient restez , ce qui avoit
causé une entiere pourriture. La peau des
mains et des pieds , de même que les ongles tomboient d'eux - mêmes , et il reparoissoit à la place de nouveaux ongles ep
une nouvelle peau fraiche et vive.
2. Nous déterrames une autre femme,
nommée Mélica , qui étoit morte , âgée
d'environ 60 ans , après une maladie de 3
mois on lui trouva dans la poitrine beaucoup de sang liquide , le reste des entrailles
...
MAY. 1732. 8955
les étoit comme dans l'autre femme , en
bon état. Tous les Hayduchs qui étoient
présens à la dissection , furent fort étonnéz de la graisse et de l'embonpoint de
cette femme, disant unanimement l'avoir
très-bien connue dès sa jeunesse , et que
pendant sa vie elle avoit été toujours fort :
maigre et fort seche. Ils ajoutoient unanimement qu'il falloit que cet embonpoint
fut venu dans le tombeau , et que selon
le rapport des gens du lieu , c'étoit elle..
qui avoit été la premiere desWampirsd'àpresent , parce qu'elle avoit mangé de la chair des Brebis qui avoient été tuées par
les Wampirs précédens..
3. Nous trouvames un enfant de huit
jours , enterré depuis trois mois , lequel ™
étoit pareillement dans le même état des
Wampirs
4. Le fils d'an Hayduch ; nommé Millot , mort à 16 ans , après une maladie de
trois jours , et enterré depuis neuf semaines , fut trouvé dans le même état des
Wampirs.
5. Un Hayduch, nommé Joachin, mort
à 17 ans , après 2 jours de maladie , et enterré depuis 8 semaines.
6. Une femme , nommée Ruscha, morte
après dix jours de maladie , et enterrée .
depuis six semaines ; on trouva beaucoup
de
896 MERCURE DE FRANCE
de sang tout frais , non- seulement dans la
poitrine , mais aussi au fond du ventricule; la même chose fut observée à l'égard
de son enfant , qui étoit mort depuis cinq
semaines , âgé de 18 ans.
7. Une jeune fille de dix ans , morte depuis 2 mois , pareillement toute entiere
et avec du sang dans la poitrine.
8. La femme d'un Hayduch , avec un
enfant , laquelle étoit morte depuis 7 semaines, et son enfant mort depuis 15 jours
âgé de 8 ans ; la mere et l'enfant furent
trouvez tout pourris , quoiqu'enterrez
tout auprès des Wampirs.
9. Le Valet d'un Caporal de Heyduchs,
d'un païs nommé Rad , mort âgé de 23:
ans , après trois mois de maladie , et enterré depuis 5 semaines , fut trouvé en
tierement pourri .
10. Lafemme du Bariactar du lieu, avec
son enfant, mort depuis six semaines, pareillement pourris.
11. Auprès du même , un Heyduch¸.
mort depuis 6 semaines , âgé de 60 ans. Je
lai trouvai , comme aux autres Wampirs,
quantité de sang liquide dans la poitrine
et l'estomach , avec tout le corps , dans le
même état des Wampirs..
12. La femme d'un Heyduch , appel
lée Stanaha, morte à l'âge de 20 ans,après
trois
ΜΑΥ. 17323 899
3 jours de maladie , et enterrée depuis 18
jours à la dissection je trouvai qu'elleavoit le visage d'une couleur toute rouge,.
et vive ; et comme on a dit cy dessus
qu'elle avoit été sucée au col par le fils
d'un Heyduch , nommé Millve. On remarquoit effectivement qu'elle avoit au :
dessus de l'oreille du côté droit , une tache bleuë , mêlée de sang extravasé , de la
longueur du doigt. Au sortir de la fosse.
elle jetta une grande quantité de sang
tout frais par le nez,et après la dissection,
je trouvai , comme je l'ai souvent remarqué , une grande quantité de sang balsamique et tout frais , non seulement dans
le creux de la poitrine , mais aussi dans
le ventricule du cœur ; tous les visceres
étoient entierement sains et en bon état ,
et la peau de tout le corps , de même que
les ongles des mains et des pieds étoient
pareillement tout frais.
Après la visite de ces corps , on fit couper la tête à tous les Wampirs , par l'E--
xécuteur du lieu , et ensuite on brûla les
têtes et les corps , les cendres en furentjettées dans la Riviere du Morave ; pour
les Cadavres pourris on les remit dans
leurs premieres fosses. Toutes lesquelles.
choses j'atteste veritables , conjointement
气
avec
898 MER CURE DE FRANCE
*
avec les deux Chirurgiens qui m'ont été
adjoints pour cette information..
Signé ,Jean Schchinge, Chirurgien du
Regiment de Rischembach , Infanterie.
Jean Ferdirack , Chirurgien du même
Régiment. J. H.Sicq, Chirurgien au Ké
giment de Moralt..
Nous , soussignez , certifions-que tout
ce que les Chirurgiens de Rischembach ,
et les deux Chirurgiens cy- dessus nommez, ont attesté à l'égard des Wampirs a été par Nous vû et trouvé conforme à
la vérité dans tous les points , ayant éré
présens à la visite et à l'examen de toutes
choses ; en foy de quoi nous avons signé
le present Acte , et apposé nos Cachets.
A Belgrade, le 26 Janv.1732. Signé , Bultrul, Lieutenant Colonel du Regiment dư
Pr. Alexandre de Wirtemberg, C. L. S.
de Linden fils , Enseigne dans le Regiment du Pr. Alexandre de Wirtemberg.
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Résumé : WAMPIRS, fait singulier et des plus extraordinaires, s'il est vrai.
En mai 1732, un rapport des chirurgiens impériaux a documenté des événements survenus au village de Médugion, en Serbie, aux frontières de la Turquie, concernant des créatures appelées 'Wampirs'. Ces Wampirs sont des individus décédés qui, selon les croyances locales, sucent le sang des vivants. Une enquête a été menée par un officier et deux chirurgiens après des informations sur des décès suspects. Les habitants du village ont rapporté que depuis environ cinq ans, un homme nommé Arnoud-Parte, mort après une chute, était devenu un Wampir. Après sa mort, plusieurs personnes ont été tourmentées et cinq sont décédées. Le corps d'Arnoud-Parte, exhumé 40 jours après son décès, était intact et rempli de sang frais. Pour le neutraliser, on lui a enfoncé un pieu dans le cœur et son cadavre a été brûlé. Les habitants ont également mentionné que les personnes tuées par les Wampirs deviennent elles-mêmes des Wampirs. Arnoud-Parte attaquait aussi les animaux, et ceux qui consommaient leur chair risquaient de devenir des Wampirs. En trois mois, 17 personnes sont mortes dans des circonstances similaires. Lors de l'exhumation de plusieurs corps suspects, les chirurgiens ont trouvé des signes de vampirisme, tels que du sang frais dans la poitrine et des organes internes en bon état. Les corps des Wampirs étaient intacts, contrairement aux autres cadavres qui étaient en décomposition. Les Wampirs identifiés ont été décapités et brûlés, leurs cendres jetées dans la rivière Morave. Les chirurgiens et les officiers présents ont attesté la véracité de ces observations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 899-902
HIPERMNESTRE. CANTATE. Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE, du Croisic en Bretagne.
Début :
Filles cruellement fidelles, [...]
Mots clefs :
Époux, Père, Danaüs, Danaïdes, Hymen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HIPERMNESTRE. CANTATE. Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE, du Croisic en Bretagne.
HIPERMNESTRE..
CANTATE.
Par Mile DE MALCRAIS DE LA VIGNE
du Croisic en Bretagne.
UNa de multis face nuptiali ,
Digna perjurum fuit in Parentem,
Splendide mendax , et in omne Virgo ,
Nobilis ovum.
Hor. liv. 3. Od. II.
Filles cruellement fidelles ,
A leur Pere , aveuglé d'un perfide couroux...
Les Danaïdes criminelles ,
Dans les bras du sommeil , immoloient leurs
Epoux.
La seule Amante de Lincée ,
Ecoutoit son amour , et consultoit sa foy ,'
Mais Danaus , Vengeur , s'offrant à sa pensée ,
En excitant son bras , la remplissoit d'effroi.
Pour moi , pour mes sœurs , au Tar rare ,
Hymen , allumas- tu tes feux ? .
Qu'a
338173
900 MERCURE DE FRANCE
Qu'a fait mon Epoux , sort barbare
Qui mérite un trépas affreux ?-
Soleil , demeure au sein de l'Onde ;
Frémis d'éclairer nos forfaits ;
Epargne ce spectable au monde ;
Eteins tes rayons pour jamais..
Pour moi , pour mes sœurs , au Tar♣
tare ,
Hymen, allumas- tu tes feux ?.
Qu'a fait mon Epoux , sort barbare,
Qui mérite un trépas affreux ?
Sa main pour le percer , trois fois est suspen duë ;
Trois fois ne sçachant où frapper ,
Sa main d'elle- même abbattuë ,
Laisse le Poignard s'échapper.
Pâle , tremblante , irrésoluë ,
Retombant sur son lit , qu'elle arrose de pleurs
Elle addresse ces mots à l'objet qui la tuë,
Auprès d'elle endormi , sans prévoir ses mal- heurs.
Tendre Epoux ? moitié trop chérie
Quelle:
MA Y. 1732. 901
Quelle est la rigueur de mon sort ?
Je meurs , si j'épargne ta vie ,
Où je mourrai du regret de ta mort..
Ah ! plutôt , infléxible Pere ,
De cent coups , ouvre moi le flanc ;;
Que seule au moins je dégénere
De ta fureur, à t'abreuver de
>
sang.
Tendre Epoux ? moitié trop chérie ,
Quelle est la rigueur de mon sort è;
Je meurs , si j'épargne ta vie ,
Où je mourrai du regret de ta mort.
Mais ôtransport , dit-elle , & discours inutile
Que je tarde à délibérer !
Ouvre les yeux , fuis , cours ,
quelque azyle ,
cherche au loin
Profite de la nuit tranquille ;
Nous nous perdons tous deux à différer ,
Devançant le retour de la rapide Aurore ,
Mon Pere furieux et mes parjures sœurs ,
Viendront des crimes que j'abhorre ;
Consommer dans ton sang les infames noir ceurs. 1
Qu'attens, tu , cher Epoux adieu , reçois en core
Cet
902 MERCURE DE FRANCE
Ces avides baisers. , ces trop courtes douceurs.››
Pars donc , et pour faveur derniere ,
Pour prix de t'avoir conservé ,
Souviens- toi d'une Epouse à toy seul toute end tiere ,
Qui s'expose au péril dont elle t'a sauvé.
Hymen , combien ta puissance
Produit de nobles effets ;
Quand l'Amour d'intelligence ,.,
Serre les noeuds que tu fais !
Mais quand dans tes nœuds coupa bles ,
Le cœur ne suit pas la main ,
A quels crimes effroiables
N'ouvres-tu pas le chemin !
Hymen , combien ta puissance ,
Produit de nobles effets ?
Quand l'Amour d'intelligence.
Serre les noeuds que tu fais
CANTATE.
Par Mile DE MALCRAIS DE LA VIGNE
du Croisic en Bretagne.
UNa de multis face nuptiali ,
Digna perjurum fuit in Parentem,
Splendide mendax , et in omne Virgo ,
Nobilis ovum.
Hor. liv. 3. Od. II.
Filles cruellement fidelles ,
A leur Pere , aveuglé d'un perfide couroux...
Les Danaïdes criminelles ,
Dans les bras du sommeil , immoloient leurs
Epoux.
La seule Amante de Lincée ,
Ecoutoit son amour , et consultoit sa foy ,'
Mais Danaus , Vengeur , s'offrant à sa pensée ,
En excitant son bras , la remplissoit d'effroi.
Pour moi , pour mes sœurs , au Tar rare ,
Hymen , allumas- tu tes feux ? .
Qu'a
338173
900 MERCURE DE FRANCE
Qu'a fait mon Epoux , sort barbare
Qui mérite un trépas affreux ?-
Soleil , demeure au sein de l'Onde ;
Frémis d'éclairer nos forfaits ;
Epargne ce spectable au monde ;
Eteins tes rayons pour jamais..
Pour moi , pour mes sœurs , au Tar♣
tare ,
Hymen, allumas- tu tes feux ?.
Qu'a fait mon Epoux , sort barbare,
Qui mérite un trépas affreux ?
Sa main pour le percer , trois fois est suspen duë ;
Trois fois ne sçachant où frapper ,
Sa main d'elle- même abbattuë ,
Laisse le Poignard s'échapper.
Pâle , tremblante , irrésoluë ,
Retombant sur son lit , qu'elle arrose de pleurs
Elle addresse ces mots à l'objet qui la tuë,
Auprès d'elle endormi , sans prévoir ses mal- heurs.
Tendre Epoux ? moitié trop chérie
Quelle:
MA Y. 1732. 901
Quelle est la rigueur de mon sort ?
Je meurs , si j'épargne ta vie ,
Où je mourrai du regret de ta mort..
Ah ! plutôt , infléxible Pere ,
De cent coups , ouvre moi le flanc ;;
Que seule au moins je dégénere
De ta fureur, à t'abreuver de
>
sang.
Tendre Epoux ? moitié trop chérie ,
Quelle est la rigueur de mon sort è;
Je meurs , si j'épargne ta vie ,
Où je mourrai du regret de ta mort.
Mais ôtransport , dit-elle , & discours inutile
Que je tarde à délibérer !
Ouvre les yeux , fuis , cours ,
quelque azyle ,
cherche au loin
Profite de la nuit tranquille ;
Nous nous perdons tous deux à différer ,
Devançant le retour de la rapide Aurore ,
Mon Pere furieux et mes parjures sœurs ,
Viendront des crimes que j'abhorre ;
Consommer dans ton sang les infames noir ceurs. 1
Qu'attens, tu , cher Epoux adieu , reçois en core
Cet
902 MERCURE DE FRANCE
Ces avides baisers. , ces trop courtes douceurs.››
Pars donc , et pour faveur derniere ,
Pour prix de t'avoir conservé ,
Souviens- toi d'une Epouse à toy seul toute end tiere ,
Qui s'expose au péril dont elle t'a sauvé.
Hymen , combien ta puissance
Produit de nobles effets ;
Quand l'Amour d'intelligence ,.,
Serre les noeuds que tu fais !
Mais quand dans tes nœuds coupa bles ,
Le cœur ne suit pas la main ,
A quels crimes effroiables
N'ouvres-tu pas le chemin !
Hymen , combien ta puissance ,
Produit de nobles effets ?
Quand l'Amour d'intelligence.
Serre les noeuds que tu fais
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Résumé : HIPERMNESTRE. CANTATE. Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE, du Croisic en Bretagne.
La cantate 'HIPERMNESTRE' de Mile de Malcrais de La Vigne raconte l'histoire d'Hypermnestre, une Danaïde qui épargne son époux Lyncée contrairement à ses sœurs. Hypermnestre est confrontée à un dilemme : obéir à son père Danaus, qui ordonne de tuer son mari, ou suivre son cœur. Elle lutte entre son amour pour Lyncée et sa peur du père vengeur. Après réflexion, elle décide de sauver Lyncée et l'incite à fuir pour éviter la vengeance de Danaus et de ses sœurs. La cantate met en lumière la puissance de l'Hymen et de l'Amour, soulignant leurs effets nobles lorsqu'ils sont en harmonie et les crimes effroyables lorsqu'ils sont absents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 903-908
EXTRAIT d'une Lettre écrite à M. D. L. R. au sujet des Préservatifs contre le Tonnerre, et contre les Maladies du Corps humain.
Début :
On diroit, MONSIEUR, à la lecture de ce qui est [...]
Mots clefs :
Préservatifs, Tonnerre, Maladies du corps humain, Chirurgie, Remèdes, Dévotion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite à M. D. L. R. au sujet des Préservatifs contre le Tonnerre, et contre les Maladies du Corps humain.
EXTRAIT d'une Lettre écrite à M. D.
L. R. au sujet des Préservatifs contre le
Tonnerre et contre les Maladies du
Corps humain.
O
"
N diroit , MONSIEUR , à la lecture de ce qui est rapporté dans le
Mercure de Sept. dern. pag. 2063. à l'oc-
´casion des Fêtes du Tonnerre , qui se celebrent dans le Diocèse de Trèves , que
eette Province Ecclesiastique seroit sans
Réglemens , et que toutes les superstitions y sont en usage. Pour vous prouver le contraire , et vous faire voir qu'el
kes n'y sont pas plus autorisées qu'ailleurs donnez-vous la peine de jetter la
vûë sur le Concile de Tréves de l'an
1310 , qui n'a été imprimé que depuis
quelques années ( a ) . A la vérité vous n'y
trouverez rien qui regarde ces Fêtes du
Tonnerre; mais vous ne pourrez pas vous
empêcher d'avouer qu'il contient de sages
Canons contre une infinité de superstitions. Je ne doute pas que le Sçavant qui
s'est chargé de la nouvelle Edition du livre du Pere le Brun , contre les pratiques
superstitieuses , n'en fasse mention.
(a)Thes. Anecdot. T. IV.
A
904 MERCURE DE FRANCE
A de la dévotion des peuples ,
propos ,
pour être préservé du Tonnerre et de la
Grêle, je crois avoir trouvé la raison
pour laquelle , c'est plutôt vers S.Abdon
que vers un autre Saint , qu'ils tournent
leurs vœux. Elle est assez clairement marquée dans l'Histoire de la Translation du
Corps de ce Saint , faite de Rome , dans
le Comté de Roussillon , il y a plusieurs
siecles. Une Vallée de cette Province , entre les autres , étoit plus souvent affligée
de la Grêle ; et les années s'y passoient
souvent sans recolte. Les termes de l'His
torien qui le rapporte sont énergiques: In
ista igitur valle ex reverberatione solis ,quoniam ita naturalitergrando generatur , consuevit tempore quo fructus terra in manibus
debebant venire laborantium , insurgere tempestares grandinis et fulgurum , in tantum
"quod non remanebant fructus nec folia in
vineis , nec in campis apparebant nisi palea tantùm sine grano. L'Abbé du Monas
tere d'Arles en cette Province , écrit qu'il
falloit procurer àce territoire des Protecteurs singuliers ; il alla à Rome , il exposa
au Pape les calamitez publiques du lieu
d'où il étoit député , lui demanda des Reliques , et Dieu permit que ce furent celles des Saints Abdon et Sennan qu'on lui
accorda. De là vint que ces Martyrs pas-
*
serent
MAY. 1732 905 4
serent pour Tutelaires du Païs ; et la pieuse coutume qu'on prit de les invoquer
particulierement dans les temps des Orages , s'étendit ensuite au delà des limites
de la Province. Vous pouvez voir cette
Histoire dans le dernier volume des
Sçavans Bollandistes , à la page 139 , du
30 Juillet.
Comme le Concile de Tréves , dont je
vous ai parlé , est un des plus curieux qui
se trouvent dans les dernieres collections,
vous ne trouverez pas mauvais queje saisisse cette occasion , pour vous prier de
rendre un Canon , qui regarde les donneurs de remedes , plus public et plus
connu qu'il ne l'est. On ne sçauroit souvent résister au torrent de tant de gens
qui s'érigent en Médecins , et qui distri
buent des Remedes qu'ils ont inventés.
Ce sont toujours des Préservatifs spécifiques, des Remedes souverains, et incomparables, qu'ils font publier par les Journaux ou par les Gazettes.
Il y en a dans les Provinces , comme à
Paris , qui s'érigent là- dessus en Maîtres ,
sans avoir été auparavant Disciples. Le
Canon 112. du Concile de Tréves , deffend à aucun de ces prétendus Docteurs
en Médecine et en Chirurgie , de rien
distribuer, ni de proceder à aucune Cure,
sans
06 MERCURE DE FRANCE
sans avoir obtenu la permission des Evêques Diocésains. Il ne faut pas croire pour
cela que les Evêques des quatre Diocèses
de la Province , qui sont Metz , Toul et
Verdun, avec celui de Tréves, fussent solidement versez dans la Médecine et dans
da Chirurgie ; mais ils pouvoient avoir à
leur suite, ou au moins dans leur Chapitre quelque Docteur en Médecine , par
des lumieres duquel ils étoient en état de
discerner les Charlatans d'avec les personnes habiles dans l'art de guérir les maladies. Je ne sçaurois mieux vous mettre au
fait de ce Reglement, qui menace les contrevenans d'excommunication , ipsofacto,
et qui fait un éloge singulier de la santé
du corps , qu'en vous l'envoyant en propres termes : Quia , sicut intelleximus, plerique indocti , et quorum vitæ et mores incognita sunt , in civitate , castris oppidis et villis nostris et nostre Provincia , in arte Medicine et Chirurgie et aliis artibus docere ,
dicere et prædicare contendunt , et circa exhibendas Medicinas et collyria , quam plures
imperiti et inexperti se ingerunt , ex quibus
quamplurima dispendia provenisse noscun
tur; Magistrique esse cupiunt qui Discipuli
nonfuerunt ; districtè sub pœna excommunicationis lata sententia inhibemus , ne quis
deinceps in civitate , diœcesi nostra et Provincia
MAY. 17320 907
vincia artem Medicina et Chirurgia exersere seu docere prasumat , absque nostra lisentia , seu Episcoporum locorum speciali.
Decet enim ut prius examinentur et appro
bentur tam in scientia quam moribus hi qui
circa salutem corporum, qua rebus quibuslibes
praponenda existit , se asserunt expertos; cum
maximè in talibus tam periculosis et arduis
quilibet ignorans prasumi debeat , nisi pro
baverit se scientem . Quand même en Fran
ce l'examen des Drogues et des pansemens de Playes ne seroit pas attribué à un
autre Tribunal , qu'à celui des Evêques :
on doit s'attendre que l'émulation qui va
s'introduire parmi les Chirurgiens du Royaume , par le moyen de la nouvelle
Academie de Chirurgie , rendra l'art de
guérir les Corps , encore plus parfait et
plus heureux qu'il n'a été jusqu'icy. Au reste , c'est presque dans toutes les Sciences et les Arts , que l'on voit des personnes qui ont une démangeaison étonnante.
de se donner pour Maîtres , sans jamais
avoir été Disciples. J'en connois , qui éle
vez durant longues années , dans un lieu
où l'on fait profession publique de ne
mettre jamais en pratique une certaine
science , et où l'on se fait , au contraire ,
un principe de l'ignorer ; et qui sans avoir
jamais rien lû• ni étudié qui puîsse supD pléer
908 MERCURE DE FRANCE
pléer au défaut d'instruction , s'avisent
de commencer , tout sexagenaires ou mê
me septuagenaires qu'ils sont , à donner
des leçons à ceux qui ont été formez dès
l'âge de 15 ans par les plus habiles Maîtres de Paris et de tout le Royaume ; tant
il est vrai que la grande Maxime des Aneiens : Nosce te ipsum , fait peu le sujet
de leurs méditations. Quelques personnes
croient que , quoique venue des Payens ,
elle devroit être écrite en gros caracteres
sur le frontispice des endroits où les Chrétiens tiennent leurs assemblées, comme elle
Pétoit à l'entrée du Temple de Delphes :
Mais y auroit-il lieu d'esperer que cette
Sentence fit grande impression sur ceux
qui ont pris leur ply ( pour parler ainsi )
et dont le caractere naturel est d'entreprendre de donner des leçons sur les matieres qu'ils connoissent le moins , et cela
afin de s'égayer l'esprit, et d'avoir au moins
la satisfaction de murmurer de ce qu'on
ne les écoute pas , ou de railler ceux qui
mettent les bonnes regles en pratique
L. R. au sujet des Préservatifs contre le
Tonnerre et contre les Maladies du
Corps humain.
O
"
N diroit , MONSIEUR , à la lecture de ce qui est rapporté dans le
Mercure de Sept. dern. pag. 2063. à l'oc-
´casion des Fêtes du Tonnerre , qui se celebrent dans le Diocèse de Trèves , que
eette Province Ecclesiastique seroit sans
Réglemens , et que toutes les superstitions y sont en usage. Pour vous prouver le contraire , et vous faire voir qu'el
kes n'y sont pas plus autorisées qu'ailleurs donnez-vous la peine de jetter la
vûë sur le Concile de Tréves de l'an
1310 , qui n'a été imprimé que depuis
quelques années ( a ) . A la vérité vous n'y
trouverez rien qui regarde ces Fêtes du
Tonnerre; mais vous ne pourrez pas vous
empêcher d'avouer qu'il contient de sages
Canons contre une infinité de superstitions. Je ne doute pas que le Sçavant qui
s'est chargé de la nouvelle Edition du livre du Pere le Brun , contre les pratiques
superstitieuses , n'en fasse mention.
(a)Thes. Anecdot. T. IV.
A
904 MERCURE DE FRANCE
A de la dévotion des peuples ,
propos ,
pour être préservé du Tonnerre et de la
Grêle, je crois avoir trouvé la raison
pour laquelle , c'est plutôt vers S.Abdon
que vers un autre Saint , qu'ils tournent
leurs vœux. Elle est assez clairement marquée dans l'Histoire de la Translation du
Corps de ce Saint , faite de Rome , dans
le Comté de Roussillon , il y a plusieurs
siecles. Une Vallée de cette Province , entre les autres , étoit plus souvent affligée
de la Grêle ; et les années s'y passoient
souvent sans recolte. Les termes de l'His
torien qui le rapporte sont énergiques: In
ista igitur valle ex reverberatione solis ,quoniam ita naturalitergrando generatur , consuevit tempore quo fructus terra in manibus
debebant venire laborantium , insurgere tempestares grandinis et fulgurum , in tantum
"quod non remanebant fructus nec folia in
vineis , nec in campis apparebant nisi palea tantùm sine grano. L'Abbé du Monas
tere d'Arles en cette Province , écrit qu'il
falloit procurer àce territoire des Protecteurs singuliers ; il alla à Rome , il exposa
au Pape les calamitez publiques du lieu
d'où il étoit député , lui demanda des Reliques , et Dieu permit que ce furent celles des Saints Abdon et Sennan qu'on lui
accorda. De là vint que ces Martyrs pas-
*
serent
MAY. 1732 905 4
serent pour Tutelaires du Païs ; et la pieuse coutume qu'on prit de les invoquer
particulierement dans les temps des Orages , s'étendit ensuite au delà des limites
de la Province. Vous pouvez voir cette
Histoire dans le dernier volume des
Sçavans Bollandistes , à la page 139 , du
30 Juillet.
Comme le Concile de Tréves , dont je
vous ai parlé , est un des plus curieux qui
se trouvent dans les dernieres collections,
vous ne trouverez pas mauvais queje saisisse cette occasion , pour vous prier de
rendre un Canon , qui regarde les donneurs de remedes , plus public et plus
connu qu'il ne l'est. On ne sçauroit souvent résister au torrent de tant de gens
qui s'érigent en Médecins , et qui distri
buent des Remedes qu'ils ont inventés.
Ce sont toujours des Préservatifs spécifiques, des Remedes souverains, et incomparables, qu'ils font publier par les Journaux ou par les Gazettes.
Il y en a dans les Provinces , comme à
Paris , qui s'érigent là- dessus en Maîtres ,
sans avoir été auparavant Disciples. Le
Canon 112. du Concile de Tréves , deffend à aucun de ces prétendus Docteurs
en Médecine et en Chirurgie , de rien
distribuer, ni de proceder à aucune Cure,
sans
06 MERCURE DE FRANCE
sans avoir obtenu la permission des Evêques Diocésains. Il ne faut pas croire pour
cela que les Evêques des quatre Diocèses
de la Province , qui sont Metz , Toul et
Verdun, avec celui de Tréves, fussent solidement versez dans la Médecine et dans
da Chirurgie ; mais ils pouvoient avoir à
leur suite, ou au moins dans leur Chapitre quelque Docteur en Médecine , par
des lumieres duquel ils étoient en état de
discerner les Charlatans d'avec les personnes habiles dans l'art de guérir les maladies. Je ne sçaurois mieux vous mettre au
fait de ce Reglement, qui menace les contrevenans d'excommunication , ipsofacto,
et qui fait un éloge singulier de la santé
du corps , qu'en vous l'envoyant en propres termes : Quia , sicut intelleximus, plerique indocti , et quorum vitæ et mores incognita sunt , in civitate , castris oppidis et villis nostris et nostre Provincia , in arte Medicine et Chirurgie et aliis artibus docere ,
dicere et prædicare contendunt , et circa exhibendas Medicinas et collyria , quam plures
imperiti et inexperti se ingerunt , ex quibus
quamplurima dispendia provenisse noscun
tur; Magistrique esse cupiunt qui Discipuli
nonfuerunt ; districtè sub pœna excommunicationis lata sententia inhibemus , ne quis
deinceps in civitate , diœcesi nostra et Provincia
MAY. 17320 907
vincia artem Medicina et Chirurgia exersere seu docere prasumat , absque nostra lisentia , seu Episcoporum locorum speciali.
Decet enim ut prius examinentur et appro
bentur tam in scientia quam moribus hi qui
circa salutem corporum, qua rebus quibuslibes
praponenda existit , se asserunt expertos; cum
maximè in talibus tam periculosis et arduis
quilibet ignorans prasumi debeat , nisi pro
baverit se scientem . Quand même en Fran
ce l'examen des Drogues et des pansemens de Playes ne seroit pas attribué à un
autre Tribunal , qu'à celui des Evêques :
on doit s'attendre que l'émulation qui va
s'introduire parmi les Chirurgiens du Royaume , par le moyen de la nouvelle
Academie de Chirurgie , rendra l'art de
guérir les Corps , encore plus parfait et
plus heureux qu'il n'a été jusqu'icy. Au reste , c'est presque dans toutes les Sciences et les Arts , que l'on voit des personnes qui ont une démangeaison étonnante.
de se donner pour Maîtres , sans jamais
avoir été Disciples. J'en connois , qui éle
vez durant longues années , dans un lieu
où l'on fait profession publique de ne
mettre jamais en pratique une certaine
science , et où l'on se fait , au contraire ,
un principe de l'ignorer ; et qui sans avoir
jamais rien lû• ni étudié qui puîsse supD pléer
908 MERCURE DE FRANCE
pléer au défaut d'instruction , s'avisent
de commencer , tout sexagenaires ou mê
me septuagenaires qu'ils sont , à donner
des leçons à ceux qui ont été formez dès
l'âge de 15 ans par les plus habiles Maîtres de Paris et de tout le Royaume ; tant
il est vrai que la grande Maxime des Aneiens : Nosce te ipsum , fait peu le sujet
de leurs méditations. Quelques personnes
croient que , quoique venue des Payens ,
elle devroit être écrite en gros caracteres
sur le frontispice des endroits où les Chrétiens tiennent leurs assemblées, comme elle
Pétoit à l'entrée du Temple de Delphes :
Mais y auroit-il lieu d'esperer que cette
Sentence fit grande impression sur ceux
qui ont pris leur ply ( pour parler ainsi )
et dont le caractere naturel est d'entreprendre de donner des leçons sur les matieres qu'ils connoissent le moins , et cela
afin de s'égayer l'esprit, et d'avoir au moins
la satisfaction de murmurer de ce qu'on
ne les écoute pas , ou de railler ceux qui
mettent les bonnes regles en pratique
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite à M. D. L. R. au sujet des Préservatifs contre le Tonnerre, et contre les Maladies du Corps humain.
L'auteur d'une lettre répond à une critique concernant les superstitions dans le Diocèse de Trèves, mentionnée dans le Mercure de Septembre. Pour réfuter cette critique, il cite le Concile de Trèves de 1310, récemment imprimé, qui contient des canons contre diverses superstitions. Il mentionne également un ouvrage du Père le Brun sur les pratiques superstitieuses, soulignant ainsi que le Diocèse de Trèves n'est pas plus superstitieux que d'autres régions. L'auteur explique ensuite la dévotion particulière à Saint Abdon pour se protéger du tonnerre et de la grêle. Cette dévotion trouve son origine dans une vallée du Comté de Roussillon, souvent frappée par la grêle. L'abbé du monastère d'Arles y obtint des reliques des saints Abdon et Sennan, qui devinrent les protecteurs de la région. Cette coutume s'étendit au-delà de la province, montrant l'importance de ces saints dans la protection contre les intempéries. La lettre aborde également la question des charlatans distribuant des remèdes sans autorisation. Le Canon 112 du Concile de Trèves interdit à quiconque de pratiquer la médecine ou la chirurgie sans la permission des évêques diocésains. Cette mesure vise à protéger la population des pratiques dangereuses et incompétentes. L'auteur espère que la nouvelle Académie de Chirurgie en France améliorera la qualité des soins médicaux en formant correctement les praticiens. Enfin, l'auteur conclut en soulignant la tendance de certaines personnes à se proclamer maîtres dans divers domaines sans avoir reçu de formation adéquate, mettant en danger la santé et le bien-être des individus.
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13
p. 909-912
LE RETOUR DU PRINTEMS. ODE
Début :
Quelle merveille imprévuë, [...]
Mots clefs :
Printemps, Amour, Onde, Vents, Beaux jours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE RETOUR DU PRINTEMS. ODE
LE RETOUR DU PRINTEMS.
Q
ODE
Uelle merveille imprévuë,
Frappe mes yeux étonnez ?
Flore , des Cieux descenduë ,
Foule nos champs fortunez ;
Zéphir vole sur ses traces ;
Les Amours , les Ris , les Graces ,
Suivent en foule ses pas
Et le frere de Bellonne ,
Dans la Fille de Dionne ,
Trouve beaucoup moins d'appas.
Al'aspect de la Déesse,
On voit fondre les frimats ;
Et sa prodigue largesse
Fertilise nos climats.
Tout renaît dans la nature ;
Nos Prez brillent de verdure
La Terre produit des fleurs ;
Et promettant l'abondance,
Cérês nourrit l'esperance
Des avides Laboureurs.
;
*D ij Une
10 MERCURE DE FRANCE
Une Onde tranquille et pure ,
D'où naissent mille ruisseaux
Tombe avec un doux murmure ,
De nos fertiles Côteaux.
L'Oiseau que l'amour engage ,
Dans son aimable esclavage,
Exprime ses tendres feux ,
Et la triste Philomèle
D'une race criminelle ,
Pleure le sort malheureux,
Loin des peines inquiètes ,
L'heureux retour du Printems ,
Fait naître dans nos retraites ,
Mille plaisirs innocens.
Icy la Biche tremblante ,
Du Chasseur qui l'épouvante ,
Fuit les redoutables traits ,
Et la Colombe plaintive ,
Laisse son aîle captive ,
Dans de funestes filets.
Commele Printems rappelle
Les Vents , amis des beaux jours ,
Ainsi la saison nouvelle
A ramené les amours.
Icy la jeune Bergere ,
De
MAY. 1732. 911
De l'Amant qui sçait lui plaire
Favorise les transports
Tandis que sa Bergerie
Eparse dans la Prairie ,
Broute l'herbe de ces bords.
C'est dans ce charmant azile
Que la pure volupté ,
Achoisi son domicile ,
Par l'innocence habité.
Icy Thémis adorée ,
Semble du siecle de Rhée ,
Nous ramener les beaux jours ,
Et la fortune ennemie
De notre paisible vie ,
Ne trouble point l'heureux cours.
Le Sage fuyant la Ville ,
Et ses charmes décevans ,
Vient jouir d'un sort tranquile;
Dans nos déserts innocens ;
Sous sa cabane rustique ,
Du Courtisan politique ,
Il dédaigne les plaisirs ;
Et dans son ame contente
L'Ambition dévorante ,
N'allume point de désirs.
Diij Si
912 MERCURE DE FRANCE
Si les dons de la nature ,
'Abondent dans nos réduits ,
La paix qui nous les procure ,
Est l'Ouvrage de LOUIS.
Loin de nous , l'affreuse guerre
Que font regner sur la terre ,
Ces Rois à vastes projets ;
Sourd aux cris de la Victoire,
LOUIS , met toute sa gloire ,
A nous assurer la Paix.
J. M GAULTIER.
Q
ODE
Uelle merveille imprévuë,
Frappe mes yeux étonnez ?
Flore , des Cieux descenduë ,
Foule nos champs fortunez ;
Zéphir vole sur ses traces ;
Les Amours , les Ris , les Graces ,
Suivent en foule ses pas
Et le frere de Bellonne ,
Dans la Fille de Dionne ,
Trouve beaucoup moins d'appas.
Al'aspect de la Déesse,
On voit fondre les frimats ;
Et sa prodigue largesse
Fertilise nos climats.
Tout renaît dans la nature ;
Nos Prez brillent de verdure
La Terre produit des fleurs ;
Et promettant l'abondance,
Cérês nourrit l'esperance
Des avides Laboureurs.
;
*D ij Une
10 MERCURE DE FRANCE
Une Onde tranquille et pure ,
D'où naissent mille ruisseaux
Tombe avec un doux murmure ,
De nos fertiles Côteaux.
L'Oiseau que l'amour engage ,
Dans son aimable esclavage,
Exprime ses tendres feux ,
Et la triste Philomèle
D'une race criminelle ,
Pleure le sort malheureux,
Loin des peines inquiètes ,
L'heureux retour du Printems ,
Fait naître dans nos retraites ,
Mille plaisirs innocens.
Icy la Biche tremblante ,
Du Chasseur qui l'épouvante ,
Fuit les redoutables traits ,
Et la Colombe plaintive ,
Laisse son aîle captive ,
Dans de funestes filets.
Commele Printems rappelle
Les Vents , amis des beaux jours ,
Ainsi la saison nouvelle
A ramené les amours.
Icy la jeune Bergere ,
De
MAY. 1732. 911
De l'Amant qui sçait lui plaire
Favorise les transports
Tandis que sa Bergerie
Eparse dans la Prairie ,
Broute l'herbe de ces bords.
C'est dans ce charmant azile
Que la pure volupté ,
Achoisi son domicile ,
Par l'innocence habité.
Icy Thémis adorée ,
Semble du siecle de Rhée ,
Nous ramener les beaux jours ,
Et la fortune ennemie
De notre paisible vie ,
Ne trouble point l'heureux cours.
Le Sage fuyant la Ville ,
Et ses charmes décevans ,
Vient jouir d'un sort tranquile;
Dans nos déserts innocens ;
Sous sa cabane rustique ,
Du Courtisan politique ,
Il dédaigne les plaisirs ;
Et dans son ame contente
L'Ambition dévorante ,
N'allume point de désirs.
Diij Si
912 MERCURE DE FRANCE
Si les dons de la nature ,
'Abondent dans nos réduits ,
La paix qui nous les procure ,
Est l'Ouvrage de LOUIS.
Loin de nous , l'affreuse guerre
Que font regner sur la terre ,
Ces Rois à vastes projets ;
Sourd aux cris de la Victoire,
LOUIS , met toute sa gloire ,
A nous assurer la Paix.
J. M GAULTIER.
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Résumé : LE RETOUR DU PRINTEMS. ODE
Le poème 'Le Retour du Printemps', publié dans le Mercure de France en mai 1732, célèbre l'arrivée du printemps, décrit comme une transformation imprévue de la nature. Flore, accompagnée de Zéphir, des Amours, des Rires et des Grâces, couvre les champs de fleurs et fait fondre la neige, permettant à la nature de renaître. Les prairies se couvrent de verdure et de fleurs, promettant abondance et nourrissant l'espérance des laboureurs. Les ruisseaux murmurent doucement, et les oiseaux expriment leurs sentiments amoureux. La saison ramène les amours et les vents favorables, influençant les animaux et les humains. Les bergères et leurs amants profitent de cette période pour exprimer leurs sentiments dans un cadre idyllique. Le printemps évoque également une époque de paix et de tranquillité, loin des charmes décevants de la ville. La paix, assurée par Louis, permet aux dons de la nature d'abonder, loin des affres de la guerre. Le roi met sa gloire à garantir la paix, sourd aux cris de la victoire.
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14
p. 912-917
LETTRE écrite d'Orleans le 12. Avril 1732. sur le nom de Guespin, qu'on donne aux Orleanois.
Début :
De bonne foi, y pensez-vous, Monsieur, de me faire [...]
Mots clefs :
Orléans, Guespin, Latin, Caractère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite d'Orleans le 12. Avril 1732. sur le nom de Guespin, qu'on donne aux Orleanois.
LETTRE écrite d'Orleans le 11. Avril
1732. sur le nom de Guespin , qu'on
donne aux Orleanois.
D
E bonne foi , y pensez-vous , Monsieur , de me faire de pareilles demandes. Orleanois depuis le Deluge (1 )
ou peu s'en faut , vous voulez que je
vous dise d'où vient le nom de Guespin ,
et ce que l'on doit entendre par ce sobriquet , qu'on nous donne si liberalement ;il faut être bien complaisant pour
(1 ) Le Maire , Hist. d'Orleans , met la fonda
on de cette Ville seulement 350. ans après le Dé
suge.
Vous
MAY. 1732 913
vous répondre, mais l'amitié est imperieuse et je vous obéis.
Ceux qui croient que Guespin a été
formé de Genebensis , qu'on a employé ,
selon eux, pour Aurelianensis , en ont assez
bien établi la filiation ; Genebensis , Genebinus , Guebinus , et par le changement
ordinaire du B. en P. Guepinus , Guépin.
Mais par malheur les bonnes gens raisonnent sur un faux principe ; car Genebensis ne s'est jamais dit en ce sens , et
dans la Vie de S. Liphard , écrite au sixiéme siecle , où ils prétendent , d'après la
Saussaye ( 1 ) que l'Evêque d'Orleans est
appellé Episcopus Genebensis , on trouve
au contraire , Episcopus Aurelianensis ,
ainsi qu'il est aisé de s'en convaincre dans
le Pere Mabillon. ( 2 ) Comme c'est le seul
monument que nos Etimonologistes rapportent pour eux , vous le voyez bien , in
Vanum laboraaverunt ; mais Dieu le leur pardonne , ils ont eu bonne volonté et leur
zele mérite quelque remerciement.
Il faut donc , malgré nous , remonter
à la veritable source , et reconnoître de
bonne foi que Quespin descend en droite
ligne de Guespa , ( 3 ) mor dont on s'est ser-
(1 ) Sausseyus Annal. Eccles. Aurel. L. 1 .
Num. 16.
(2 ) Act. SS. Bened. T. 1. p. 155. n. 8.
(3) V.le Gloss. de Ducange.
D iiij vi
914 MERCURE DE FRANCE,
vi dans la basse latinité pour Vespa , uno
Guespe. Par malheur cet Insecte mis en
symbole , n'est pas de bonne augure ; aussi
les anciens Philosophes , au rapport de
Pierius Valerianus , ( 1 ) en faisoient- ils celui d'un esprit querelleur , et il a plu au
fameux Alciat dans son 51. Emblême
d'en faire celui de la médisance.
Vespas
Esse ferunt lingua certa sigilla mala.
Rien n'est plus ordinaire dans les Au
teurs , que les reproches qu'on nous fait
sur ces deux articles. » Le naturel des
Guespins ( dit un Ouvrage ( 2 ) publié
»du temps de la Ligue , ) j'en prens Or-
»leans pour exemple , est d'être hagard ,
» noiseux , et mutin. Et vous avez lû ,
sans doute, M. de Valois , ( 3 ) sur ce sujet.
» Vespis , dit-il , en parlant des Orleanois,
» Quarum advolantium molestos ictus , im-
»portunos bombos , ac pungendi libidinem;
»vino suo inflati clamoribus , rixis et con-
» viciis imitantur. Je me garderai bien de
(1 ) Hieroglyphica , L. 4.
(2 ) Saint et charitable conseil à Mrs le Pré- vôt des Marchands et Echevins de la Ville de Pais , pour se départir de la ligue. Memoire de la Li- gue, T. 3. P. 344.
(3) Notitia Galliarum.
traduire
MAY. 1732.
915
traduire ce beau Latin , si même en letranscrivant ma main pouvoit agir sans mes
yeux , je ferois comme Socrate , quand
il parloit de l'Amour , je me couvrirois
la tête d'un voile.
C'est en vain que Théodore de Beze ;
qui avoit étudié à Orleans , et dont l'esprit et le cœur ( 1 ) étoient interessez à
aimer cette Ville , a voulu expliquer le
mot de Guespe en bonne part.
Aurelias vocare Vespas suevimus ,
Ut dicere olim mos erat nasum atticum. (2)
Ces Vers sont beaux , mais il vaudroit
mieux pour nous n'avoir point de comparaison à faire de ce côté avec les Athéniens , quoique les Peuples les plus spirituels de la Grece.
Pour continuer à vous dire ce que je
sçai sur le mot de Guespin , je trouve que
Bonaventure Des Periers , (3 ) semble opposer ce terme à civil et poli ; c'est dans -
(1) Théodore de Bese y avoit une Maitresse .
Marie de l'Etoille , dont on voit l'Epitaphe dans le
grand Cimetiere , en Prose Latine et Françoise
mais si effacée , qu'on ne peut plus en lire que quel
ques mots. On croit cette Epitaphe de la composition de Th. de Beze.
(2) Juvenilia , p. 43. verso.
(3) Les nouvelles Recréations et joyeux Devis ,
page 71. Edition de Lyon 1558. ·
D v le
916 MERCURE DE FRANCE
le Conte d'une Dame d'Orleans , qui aimoit
un Ecolier. Une Dame , dit il , gentille et ,
bonnête , encore qu'elle fût Guepine. Enfin
je ne connois qu'un seul Passage d'Auteurs où Gespin soit employé sans mauvaise interprétation; c'est dans la Relation
(1 ) de l'Entrée de l'Empereur Charles V.
dans la Ville d'Orleans en 1539. Après
venoient les Maîtres d'Ecoles , les Medecins , puis les Officiers de l'Université, les
Conseillers et Guespins d'icelle. Dans ce
Passage, Guespin , comme on le voit, ne
signifie qu'Etudiant d'Orleans.
Il est aisé à present de juger si la définition que Richelet et les Auteurs du
Dictionnaire de Trévoux , ont donnée du
mot de Guespin , est bien juste , lorsqu'ils disent que c'est un Sobriquet qu'on
employe quand on veut signifier qu'une personne est fine et rusée et qu'elle est d'Orleans. Les Orleanois ont de l'esprit assurément , c'est une justice qu'on leur doit
rendre , mais pour être fins et ruscz , c'est
un reproche qu'ils ne méritent pas ,
ne sont que trop unis et trop natu els ,
et c'est ce même caractere qui fait en
partie celui du Guespin , que je ne
puis mieux vous peindre que par ' ces
ils
(1)Ceremonial de France deT. Godefroy , Tome
.2.P. 757.
Vers
MAY. 1732 917
Vers ,où M. Despréaux , Satyre premiere,
fait son Portrait sous le nom de Damon.
Je suis rustique et fier et j'ai l'ame grossiere ,
Je ne puis rien nommer, si ce n'est par son nom,
J'appelle un chat un chat et Rolet un fripon.
Je suis , Monsieur , &c. D. P.
1732. sur le nom de Guespin , qu'on
donne aux Orleanois.
D
E bonne foi , y pensez-vous , Monsieur , de me faire de pareilles demandes. Orleanois depuis le Deluge (1 )
ou peu s'en faut , vous voulez que je
vous dise d'où vient le nom de Guespin ,
et ce que l'on doit entendre par ce sobriquet , qu'on nous donne si liberalement ;il faut être bien complaisant pour
(1 ) Le Maire , Hist. d'Orleans , met la fonda
on de cette Ville seulement 350. ans après le Dé
suge.
Vous
MAY. 1732 913
vous répondre, mais l'amitié est imperieuse et je vous obéis.
Ceux qui croient que Guespin a été
formé de Genebensis , qu'on a employé ,
selon eux, pour Aurelianensis , en ont assez
bien établi la filiation ; Genebensis , Genebinus , Guebinus , et par le changement
ordinaire du B. en P. Guepinus , Guépin.
Mais par malheur les bonnes gens raisonnent sur un faux principe ; car Genebensis ne s'est jamais dit en ce sens , et
dans la Vie de S. Liphard , écrite au sixiéme siecle , où ils prétendent , d'après la
Saussaye ( 1 ) que l'Evêque d'Orleans est
appellé Episcopus Genebensis , on trouve
au contraire , Episcopus Aurelianensis ,
ainsi qu'il est aisé de s'en convaincre dans
le Pere Mabillon. ( 2 ) Comme c'est le seul
monument que nos Etimonologistes rapportent pour eux , vous le voyez bien , in
Vanum laboraaverunt ; mais Dieu le leur pardonne , ils ont eu bonne volonté et leur
zele mérite quelque remerciement.
Il faut donc , malgré nous , remonter
à la veritable source , et reconnoître de
bonne foi que Quespin descend en droite
ligne de Guespa , ( 3 ) mor dont on s'est ser-
(1 ) Sausseyus Annal. Eccles. Aurel. L. 1 .
Num. 16.
(2 ) Act. SS. Bened. T. 1. p. 155. n. 8.
(3) V.le Gloss. de Ducange.
D iiij vi
914 MERCURE DE FRANCE,
vi dans la basse latinité pour Vespa , uno
Guespe. Par malheur cet Insecte mis en
symbole , n'est pas de bonne augure ; aussi
les anciens Philosophes , au rapport de
Pierius Valerianus , ( 1 ) en faisoient- ils celui d'un esprit querelleur , et il a plu au
fameux Alciat dans son 51. Emblême
d'en faire celui de la médisance.
Vespas
Esse ferunt lingua certa sigilla mala.
Rien n'est plus ordinaire dans les Au
teurs , que les reproches qu'on nous fait
sur ces deux articles. » Le naturel des
Guespins ( dit un Ouvrage ( 2 ) publié
»du temps de la Ligue , ) j'en prens Or-
»leans pour exemple , est d'être hagard ,
» noiseux , et mutin. Et vous avez lû ,
sans doute, M. de Valois , ( 3 ) sur ce sujet.
» Vespis , dit-il , en parlant des Orleanois,
» Quarum advolantium molestos ictus , im-
»portunos bombos , ac pungendi libidinem;
»vino suo inflati clamoribus , rixis et con-
» viciis imitantur. Je me garderai bien de
(1 ) Hieroglyphica , L. 4.
(2 ) Saint et charitable conseil à Mrs le Pré- vôt des Marchands et Echevins de la Ville de Pais , pour se départir de la ligue. Memoire de la Li- gue, T. 3. P. 344.
(3) Notitia Galliarum.
traduire
MAY. 1732.
915
traduire ce beau Latin , si même en letranscrivant ma main pouvoit agir sans mes
yeux , je ferois comme Socrate , quand
il parloit de l'Amour , je me couvrirois
la tête d'un voile.
C'est en vain que Théodore de Beze ;
qui avoit étudié à Orleans , et dont l'esprit et le cœur ( 1 ) étoient interessez à
aimer cette Ville , a voulu expliquer le
mot de Guespe en bonne part.
Aurelias vocare Vespas suevimus ,
Ut dicere olim mos erat nasum atticum. (2)
Ces Vers sont beaux , mais il vaudroit
mieux pour nous n'avoir point de comparaison à faire de ce côté avec les Athéniens , quoique les Peuples les plus spirituels de la Grece.
Pour continuer à vous dire ce que je
sçai sur le mot de Guespin , je trouve que
Bonaventure Des Periers , (3 ) semble opposer ce terme à civil et poli ; c'est dans -
(1) Théodore de Bese y avoit une Maitresse .
Marie de l'Etoille , dont on voit l'Epitaphe dans le
grand Cimetiere , en Prose Latine et Françoise
mais si effacée , qu'on ne peut plus en lire que quel
ques mots. On croit cette Epitaphe de la composition de Th. de Beze.
(2) Juvenilia , p. 43. verso.
(3) Les nouvelles Recréations et joyeux Devis ,
page 71. Edition de Lyon 1558. ·
D v le
916 MERCURE DE FRANCE
le Conte d'une Dame d'Orleans , qui aimoit
un Ecolier. Une Dame , dit il , gentille et ,
bonnête , encore qu'elle fût Guepine. Enfin
je ne connois qu'un seul Passage d'Auteurs où Gespin soit employé sans mauvaise interprétation; c'est dans la Relation
(1 ) de l'Entrée de l'Empereur Charles V.
dans la Ville d'Orleans en 1539. Après
venoient les Maîtres d'Ecoles , les Medecins , puis les Officiers de l'Université, les
Conseillers et Guespins d'icelle. Dans ce
Passage, Guespin , comme on le voit, ne
signifie qu'Etudiant d'Orleans.
Il est aisé à present de juger si la définition que Richelet et les Auteurs du
Dictionnaire de Trévoux , ont donnée du
mot de Guespin , est bien juste , lorsqu'ils disent que c'est un Sobriquet qu'on
employe quand on veut signifier qu'une personne est fine et rusée et qu'elle est d'Orleans. Les Orleanois ont de l'esprit assurément , c'est une justice qu'on leur doit
rendre , mais pour être fins et ruscz , c'est
un reproche qu'ils ne méritent pas ,
ne sont que trop unis et trop natu els ,
et c'est ce même caractere qui fait en
partie celui du Guespin , que je ne
puis mieux vous peindre que par ' ces
ils
(1)Ceremonial de France deT. Godefroy , Tome
.2.P. 757.
Vers
MAY. 1732 917
Vers ,où M. Despréaux , Satyre premiere,
fait son Portrait sous le nom de Damon.
Je suis rustique et fier et j'ai l'ame grossiere ,
Je ne puis rien nommer, si ce n'est par son nom,
J'appelle un chat un chat et Rolet un fripon.
Je suis , Monsieur , &c. D. P.
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Résumé : LETTRE écrite d'Orleans le 12. Avril 1732. sur le nom de Guespin, qu'on donne aux Orleanois.
La lettre datée du 11 avril 1732 à Orléans traite de l'origine du sobriquet 'Guespin' attribué aux Orleanois. L'auteur répond à une demande d'explication sur ce terme et évoque plusieurs théories. L'une d'elles relie 'Guespin' à 'Genebensis', une forme supposée de 'Aurelianensis'. Cependant, cette théorie est réfutée car 'Genebensis' n'a jamais été utilisé dans ce sens. L'auteur conclut que 'Guespin' dérive de 'Guespa', un terme de basse latinité pour 'guêpe'. Cette association est négative, symbolisant un esprit querelleur et médisant. Des auteurs anciens et contemporains, comme Pierius Valerianus et Alciat, confirment cette interprétation péjorative. Des exemples littéraires, tels que ceux de Théodore de Bèze et Bonaventure Des Périers, montrent que 'Guespin' est souvent utilisé de manière défavorable. Un passage de la Relation de l'Entrée de l'Empereur Charles V à Orléans en 1539 utilise 'Guespin' de manière neutre, signifiant simplement 'étudiant d'Orléans'. L'auteur critique les définitions des dictionnaires comme celui de Richelet et du Dictionnaire de Trévoux, qui décrivent les Guespins comme fins et rusés. Il affirme que les Orleanois sont naturels et unis, mais ne méritent pas le reproche d'être rusés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 917-920
A MADEMOISELLE de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne. ODE
Début :
Dans l'enceinte des murs où la Marne serpente, [...]
Mots clefs :
Amour, Icare, Chanter, Lyre, Beaux vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne. ODE
A MADEMOISELLE de Malcrais
de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
ODE
Ans l'enceinte des murs où la Marne serà
pente ,
DA
Quand je lis tes Ecrits ,
Sçavante de Malcrais , leur force surprenante ?
Etonne mes esprits
Je me sens élevé sur la double Coline ;
Dans mes heureux transports,
De ta celeste voix , de ta Lyre divine ,
J'écoute les accords
Tu ravis , tu surprens les Filles de Memoire;
Dans le sacré Vallon ,
Dvj Jusqu'au
918 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'au faîte brillant du Temple de la Gloire,
L'Echo porte ton nom.
Que dis- je ? tes beaux Vers ont passé le Cocité ¿
Aux Champs Elisiens ,
L'Amante de Phaon tendrement les récite ,
Et les préfère aux siens.
On parle du Croisic comme on parle d'Astrée,
De Smirne , de Lesbos ,
Ta Muse de nos jours y montre Cyterée ,
Plus belle qu'à Paphos.
Les Graces font parler le Lut et la Musette;
Qu'accompagne ta voix :
Et tu peux animer au son de ta Trompette
Les Héros et les Rois.
Tu fais ce que tu veux ; si ton vaste génie,
T'inspire de grands airs ,
Apeine dans leurs Chants Calliope , Uranie
Egalent tes Concerts.
Si tu fais raisonner ou l'Eglogue ou l'Idile;
Tes accens sont si doux,
Que
MAY.. 17325 919
!
Que malgré leurs grands noms et Terence et Virgile ,
En deviennent jaloux.
Comme eux en t'attachant à rendre la Nature ,
Tu finis tes Portraits ;
Mais ton tendre Pinceau dans la vive peinture ,
Encherit sur leurs traits.
Un tour plus gracieux , plus de délicatesse ,
Fait briller tes couleurs.
Le trait dont tu te sers pour peindre laTendresse,
La porte dans les cœurs.
L'Amour vole par tout où ta plume fidelle ,
Fait voler tes Chansons.
Oui , l'Amour , s'il pouvoit subir la loi mortelle;
Renaîtroit de leurs sons.
Tu ranimes ses feux , tu lui forges des armes ,'
Et les yeux de Cypris ,
N'ontpas, de sonaveu, la douceur et les charmes,
Qu'on sent dans tes Ecrits.
L'Amour pleure avec toi quand le trépas d'uni Pere ,
T'arrache des soupirs
920 MERCURE DE FRANCE
Il rit quand des Oiseaux consacrez à sa Mere„
Tu décris les plaisirs.
L'Amour...mais je mé tais, il faut être un Pins dare ,
Pour oser te chanter
Et je suis menacé de la chute d'Icare ,
Si je veux le tenter.
de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
ODE
Ans l'enceinte des murs où la Marne serà
pente ,
DA
Quand je lis tes Ecrits ,
Sçavante de Malcrais , leur force surprenante ?
Etonne mes esprits
Je me sens élevé sur la double Coline ;
Dans mes heureux transports,
De ta celeste voix , de ta Lyre divine ,
J'écoute les accords
Tu ravis , tu surprens les Filles de Memoire;
Dans le sacré Vallon ,
Dvj Jusqu'au
918 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'au faîte brillant du Temple de la Gloire,
L'Echo porte ton nom.
Que dis- je ? tes beaux Vers ont passé le Cocité ¿
Aux Champs Elisiens ,
L'Amante de Phaon tendrement les récite ,
Et les préfère aux siens.
On parle du Croisic comme on parle d'Astrée,
De Smirne , de Lesbos ,
Ta Muse de nos jours y montre Cyterée ,
Plus belle qu'à Paphos.
Les Graces font parler le Lut et la Musette;
Qu'accompagne ta voix :
Et tu peux animer au son de ta Trompette
Les Héros et les Rois.
Tu fais ce que tu veux ; si ton vaste génie,
T'inspire de grands airs ,
Apeine dans leurs Chants Calliope , Uranie
Egalent tes Concerts.
Si tu fais raisonner ou l'Eglogue ou l'Idile;
Tes accens sont si doux,
Que
MAY.. 17325 919
!
Que malgré leurs grands noms et Terence et Virgile ,
En deviennent jaloux.
Comme eux en t'attachant à rendre la Nature ,
Tu finis tes Portraits ;
Mais ton tendre Pinceau dans la vive peinture ,
Encherit sur leurs traits.
Un tour plus gracieux , plus de délicatesse ,
Fait briller tes couleurs.
Le trait dont tu te sers pour peindre laTendresse,
La porte dans les cœurs.
L'Amour vole par tout où ta plume fidelle ,
Fait voler tes Chansons.
Oui , l'Amour , s'il pouvoit subir la loi mortelle;
Renaîtroit de leurs sons.
Tu ranimes ses feux , tu lui forges des armes ,'
Et les yeux de Cypris ,
N'ontpas, de sonaveu, la douceur et les charmes,
Qu'on sent dans tes Ecrits.
L'Amour pleure avec toi quand le trépas d'uni Pere ,
T'arrache des soupirs
920 MERCURE DE FRANCE
Il rit quand des Oiseaux consacrez à sa Mere„
Tu décris les plaisirs.
L'Amour...mais je mé tais, il faut être un Pins dare ,
Pour oser te chanter
Et je suis menacé de la chute d'Icare ,
Si je veux le tenter.
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Résumé : A MADEMOISELLE de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne. ODE
Le texte est une ode dédiée à Mademoiselle de Malcrais, originaire de la Vigne, au Croisic en Bretagne. L'auteur exprime son admiration pour ses écrits, soulignant leur force et leur capacité à l'élever spirituellement. Il compare ses œuvres à des voix célestes et divines, capables de ravir et de surprendre les Muses. L'écho de son nom résonne jusqu'au Temple de la Gloire, et ses vers sont récités dans les Champs Élyséens. Le Croisic est comparé à des lieux mythiques comme Astrée, Smirne et Lesbos, où sa Muse brille plus que jamais. Les Grâces accompagnent sa voix, et elle peut animer héros et rois par sa trompette. Son génie est comparé à celui des Muses Calliope et Uranie. Ses écrits surpassent ceux de Terence et Virgile en délicatesse et en tendresse, portant l'amour dans les cœurs. L'Amour lui-même reconnaît la douceur et les charmes de ses écrits. L'auteur conclut en admettant son incapacité à chanter dignement ses louanges, craignant de subir le sort d'Icare.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 920-932
LETTRE d'un Officier General des Armées du Roy à un de ses Amis, qui est en Province, au sujet d'un Ouvrage Historique.
Début :
Pour satisfaire, Monsieur, à ce que vous souhaitez de moi, [...]
Mots clefs :
Prince Eugène, Histoire militaire, Ouvrage historique, Dumont, Batailles, Historiens, Guerre, Louis XIV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Officier General des Armées du Roy à un de ses Amis, qui est en Province, au sujet d'un Ouvrage Historique.
LETTRE d'un Officier Genera' des
Armées du Roy à un de ses Amis , qui
est en Province , au sujet d'un Ouvrage
Historique.
Our satisfure , Monsieur , à ce que
Pvous souhait z de moi , touchant
P'Histoire Militaire du Prince Eugene de
Savoye , du Duc de Malbourough, et du
Prince de Nassau-Frise , qui a été annoncée dans les Nouvelles publiques ,
j'aurai l'honneur de vous dire que ce Livre est une suite des Batailles que le
Prince Eugene a gagnées en Hongrie et
contre la France , qui ont paru en l'année 1728. Elles ont été données par
M. Dumont , qui se qualifie de Baron de
Calescroon , et Historiographe de S.M.I. Comme
MAY. 17321 921
Comme je n'ai point vâ ce Livre des Batailles , je ne vous en dirai rien , je me
contenterai de vous dire quelque chose
de l'Histoire Militaire en question , dont
on a emprunté le Titre de l'Histoire Militaire de Louis XIV. que vous avez , et
qui a commencé à paroître en l'année
1726.
Cet Ouvrage est divisé en deux Parties ; la premiere porte le Titre de Supplement aux Batailles du Prince Eugene ,
par le même M. Dumont , et à la tête est
une Préface de l'Editeur ; elle comprend
une Histoire particuliere de ce Prince en
61. pages , dans laquelle il ne se contente
pas de marquer le grand nombre de conquêtes que ce Prince a faites et des Batailles qu'il a veritablement gagnées ; mais
pour donner encore un plus grand lustre
à la gloire qu'il a si justement acquise , il
lui attribue le gain de plusieurs Batailles qu'il a perdues contre l'Armée des
deux Couronnes. Vous le trouverez mal
instruit des Maisons de France , puisqu'il
fait le Prince de Turenne fils du Duc de
Crequy , et qu'il donne le Prince de Talmont comme étant de la Maison de Lorraine.
La seconde Partie a 338. pages. Elle
est de M. Rousset , qui ne prend aucune
qualité,
922 MERCURE DE FRANCE.
qualité; il dit seulement qu'il a été témoin de la plupart des évenemens qui
se sont passez dans la guerre qu'il décrit.
>>Nous n'avons pû citer en marge, dit- il
» dans son Avertissement , les Auteurs
>> dont nous avons emprunté nos Maté-
» riaux, parce qu'outre l'Histoire Mili-
» taire de Louis XIV. par M. Dequincy ,
>> et les Mémoires du Tems , nous n'avons
»eu recours qu'à des Relations manus-
>> crites que nous tenons de bonnes mains,
» et à des Lettres de Generaux et d'autres
» Officiers.... Nous avons évité , autant
» que nous avons pû , la coûtume de tant
» d'Historiens qui ne parlent de leurs Hé-
»ros que l'Encensoir à la main. Les basses
»flateries dont M. Dequincy a soupoudré
»toute l'Histoire Militaire de Louis XIV.
»> nous ont montré un écueil
» avons bien résolu d'éviter.
que nous
M. Rousset a mal suivi sa résolution ,
puisqu'il est tombé lui même dans ce
prétendu deffaut qu'il reproche à l'Auteur de l'Histoire Militaire , et qu'il a
cependant bien résolu d'éviter ; vous le
connoîtrez visiblement par la lecture de son Livre , que j'offre de vous
envoyer; si vous ne trouvez pas à propos
de l'achepter , vous verrez que non- seulement il ne se contente pas des loüanges
outrées
M. A Y. 1732. 523
outrées qu'il donne aux trois Princes dont
il donne l'Histoire Militaire , et aux autres Generaux des Alliez ; il ne les soupoudre point , à la verité , de loüanges
( expression qui est nouvelle , et qui , je
crois , ne fera pas fortune ) mais accompagnée d'épithetes quine sont plus , pour
ainsi dire , consacrez qu'à la Poësie ,
et sur tout aux Romans. Il croit même
les Victoires que le Prince Eugene a
remportées ne suffisent pas à sa gloire ,
s'il ne lui donne , de sa propre autorité ,
le gain de quelques Batailles qu'il a perduës , entr'autres celles de Luzara et de
Cassano.
que
Vous sçavez que dans le Combat de
la Villorsa , qui préceda la Bataille de
Luzara , les Alliez y perdirent plus de
2000. Cuirassiers de l'Empereur , que
commandoit le General Vo comti. Cet
Auteur ne fait perdre aux Alliez que
5oo. hommes , pendant qu'il trouve à propos de faire monter la perte des deux Couronnes à 2000. Il vient ensuite à la Bataille
de Luzara , dont il donne le gain au Prince
Eugene , étant resté Maître , dit- il , du
Champ de Bataille, quoiqu'il soit d'une notorieté inévitable que ce Prince fut obligé,
près de grands efforts , et après avoir fait
une perte considerable, dese retirer sur les
bords
924 MERCURE DE FRANCE
bords du Zero , où il se retrancha , il n'y
a cependant qu'à refléchir sur ce qui se
passa , pour détruire ce que M. Rousset
a osé avancer. Le dessein du Roi d'Espagne, lorsqu'il marcha à Luzara , fut de
s'emparer de ce poste ; parce que les Ennemis y avoient de gros Magazins , d'y
faire un Pont pour communiquer avec
l'Armée du Prince de Vaudemont , et de
couper toute communication de Bresello
avec l'Armée du Prince Eugene ; tout
cela fut executé , quoique le Prince Eugene n'eût décampé d'Osliglice que pour
s'y opposer , la Prise de Luzara n'a pû
être contestée , puisque le Marquis de
Crequy y fut enterré en presence de sso
Prisonniers qu'on y avoit fait le jour précedent , et de tous ceux qu'on avoit faits
le jour de la Bataille. Il est vrai que le
Roy d'Espagne fit retirer un peu en rrière la droite de son Armée , où elle
resta en Bataille toute la nuit , mais aussi
la gauche , composée de la Brigade de
Piémont , la passa dans l'endroit qu'elle
avoit combattu.
preuves ,
attribuer
Voyons présentement si M. Rousset a
pû, sur de meilleures
le gain de la Bataille deCassano au Prince
Eugene. Vous sçavez , Monsieur , puisque vous y étiez, que le Prince Eugene
n'avoit
MAY. 1732 925
n'avoit d'autre but que de joindre le Duc
de Savoye ; il ne le pouvoit faire qu'en
passant l'Adda ; après avoir fait plusieurs
tentatives inutiles en plusieurs endroits ,
il crut pouvoir le faire à Cassano, M. le
Duc de Vendôme y marcha avec ce qu'il
put ramasser de Troupes , pour s'y opposer. Le Prince Eugene , après un Combat des plus vifs et des plus sanglants , et
après avoir fait une perte considerable,fut
obligé d'abandonner le Champ de bataille
et de se retirer à Tréviglio , où il se couvrit de Naville et de Canande , ce qui
fit qu'on ne le put suivre dans sa retraite.
En un mot , ce Prince veut passer l'Adda,
il est répoussé , il y perd cinq ou six
mille hommes , abandonne le Champ de
Bataille. Un Auteur après cela ose- t'il
avancer qu'il la gagna,cette Bataille?Vous
le trouverez aussi infidele dans le récit
qu'il fait de la Bataille de Castigliane ,
que gagna M. de Vendôme en l'année
1706. contre le General Raventlau. Il
traite cette Action comme un petit Combat , quoique les Ennemis y eussent laissé
300. hommes sur le Champ de Bataille ,
et qu'on leur eût fait environ le même
nombre de Prisonniers.
Il en est de même dans le détail qu'il
fait de la Bataille d'Ekereu , que gagna
le
326 MERCURE DE FRANCE
le Maréchal de Bouflers , contre le Baron
Dobdam , qui voyant ses Troupes forcées
dans les Postes qu'elles occupoient , se retira avec les premieres et ne parut plus.
Il n'y a pas jusqu'à la Bataille de Fredelingue , dont il attribüę le gain au Prince
de Bade , en le favorisant du Champ de
Bataille ; tout le monde sçait que ce Prince , après une Action qui mérita le Bâton
de Maréchal de France à M. de Villars ,
fut contraint de se retirer avec son Armée dans les Montagnes Noires ; cet Auteur perd même le respect qui est dû à
un General si renommé par un si grand
nombre d'Actions éclatantes , en le traitant dans plusieurs endroits de fanfaron
et sujet à des gasgonades ; vous croyez
bien que de pareils traits dans un Historien , ne peuvent qu'attirer l'indignation des honnêtes g ns , et ne sont pas ca- gns,
>
pables de donner la moindre atteinte à
réputation d'un General qui a joué un
si grand Rôle dans l'Europe.
Mais doit- on attendre autre chose d'un
Auteur qui pousse l'audace , pour ne rien
dire de plus , jusqu'à vouloir flétrir la
réputation d'un Prince aussi respectable
qu'il est malheureux , c'est du Prétendant,
dont il fait, une peinture aussi odieuse
qu'elle est fausse , c'est avec peine que je
me
MAY 1732. 927
me trouve obligé de vous en rapporter
les mêmes termes , que je renfermerois
dans l'oubli , si M. Rousser ne les avoit
rendus publics , en donnant son Histoire. Les voici , mot pour mot
trouverez à la page 245.
› que vous
Louis XIV. dit - il , qui étoit l'ame
»de tous les projets de ses Généraux , en
» avoit formé d'aussi magnifiques qu'ils
» étoient vastes , pour cette Campagne ;
»mais par malheur , tout dépendoit du
» premier, et celui - cy dépendoit du vent,
» et de l'homme le plus lâche de tous
ceux qui ont jamais porté le nom de
» Prince. Ce premier mobile de tous les
» projets du Roy de France , étoit une
» descente en Ecosse , pour une Flotte
» Françoise, armée à Dunkerque, qui devoit
» porter le Prétendant. S.M.T.C. croyoit
» qu'aussi- tôt que la Flotte auroit mis à
» terre ce prétendu Roy , toute l'Ecosse
» se souleveroit , et que le moindre avan-
» tage qu'il en tireroit , seroit la supérion rité qu'acqueroient ces Troupes en Flan
dres; d'où la Reine Anne auroit été obii-
» gée de tirer au moins trente Bataillons;
» et d'où il s'en seroit suivi , que l'on au-
»roit aisément contraint les Hollandois
>> à quitter la grande alliance et à faire
» leur paix. Mais Louis XIV. éprouva
qu'il
928 MERCURE DE FRANCE
» qu'il n'étoit pas le maître des Vents, qui »devinrent contraires , et l'idée d'aller
tirer l'Fpe en Ecosse , donna la fiévre
» au Prétendant, qui ne put s'embarquer,
» quand il l'auroit fallu , et qui s'embar-
» qua lorsqu'il n'étoit plus temps.
Quelle idée cet Auteur veut il donner
à l'Europe d'un Prince que nous avons
vu dans les dernieres Campagnes, donner
des marques d'une si grande valeur , et
d'une si grande intrépidité ; principalement à la Bataille de Malplaquet , où il
resta pendant toute l'action avec une
grande fermeté , à la tête du premier EsCadron de la Maison du Roy , malgré un
feu épouventable , dont un des deux Of
ficiers qu'on avoit mis auprès de sa Personne , fut tué à ses côtez. Il chargea même, avec la Maison du Roy , plusieurs fois les Ennemis.
Ce n'est pas tout , la témérité de cet
Auteur l'a porté à changer le discours
que Louis XIV. fit au Dauphin avant sa
mort , et qui est écrit en Lettre d'Or , à
coté du lit de Louis XV. Souffrez que je
vous le rappelle pour vous faire voir combien il est different de celui que M.Rousset fait tenir à ce grand Prince.
Mon enfant, vous allez être un grand
Roy, ne m'imitez pas dans le goût que
j'ai
MAY. 1732. 929
j'ai eu pour la Guerre; tâchez d'avoir la
paix avec vos voisins ; rendez à Dieu ce
que vous lui devez; reconnoissez les obligations que vous lui avez, faites- le honorer par ces Sujets, suivez toujours les bons
conseils , tâchez de soulager vos peuples ,
ce que je suis assez malheureux de n'avoir
pû faire.
Et voicy ce que M. Rousset trouve à
propos de lui faire dire ; vous y trouverez une difference qui n'est pas excusable dans un Auteur : Ne suivez pas les
mauvais exemples que je vous ai donnez;
j'ai souvent entrepris la Guerre trop lé
gerement , et je l'ai soutenue par vanité.
Après tant d'infidélités , qui ne sont pas
pardonnables dans un Historien , vous reconnoîtrez sa mauvaise foy , par rap
port aux Citations de la plupart des faits
qu'il rapporte. Il dit dans son Avertissement, comme je vous l'ai déja marqué
qu'il n'a pû citer les Auteurs dont il a
emprunté les matériaux , parce qu'outre
l'Histoire Militaire de Louis XIV. et les
Mémoires du temps , il n'a eu recours
qu'à des Relations manuscrites, que nous
tenons , dit- il , de bonnes mains.
Il commence son Histoire par les deux
Traitez de partage de la Monarchie d'Espagne, dont il à tiré mot à mot, 10 pag.
de
30 MERCURE DE FRANCE
de suites , de l'Histoire Militaire de Louis
XIV. Il a , à la vérité , la bonne foy de
marquer par un renvoi au bas de la page,
le nom de son Auteur; mais il n'a pas eu
la même exactitude , à l'égard de plusieurs autres articles du même Historien
entremêlez , avec ce qu'il a tiré des Mémoires de la Torve. La même bonne foy
paroît dans la Relation qu'il donne de la
bataille d'Hochetet, qui contient 16 pag.
ayant pareillement , par un renvoi , cité
l'Auteur de l'Histoire Militaire ; mais il
en demeure- là dans tout le reste de son
Ouvrage, croyant que cela étoit suffisant
pour la fidelité qu'il avoit promise et qu'il
n'a pas tenuë.
Vous en serez convaincu dès la page
65 , où il donne une Relation de l'action
de Crémone qui est en 16 pag. et qu'il
prise toute entiere dans l'Histoire Militaire , sans aucune citation. Toutes les dispositions pour le Siége de Turin , qui commencent à la page 135. ce qui s'est passé
à l'attaque de cette Place ; les mouvemens
du Duc de la Feüillade pendant ce Siége ;
ceux du Prince Eugêne , à la tête de
l'armée Impériale , pour joindre le Duc
de Savoye ; et ceux que le Duc d'Orleans
a faits pour s'y opposer ; aussi bien que
les dispositions des Alliez , pour attaquer
les
MAY. 1732 937
les Lignes ; et le récit de cette grande ac
tion , le tout contenant 72 pag. est ti
ré du même Auteur , sans l'avoir cité.
La tentative que le Prince Eugêne a
faite pour surprendre Brisac , est copiée
mot à mot de l'Histoire Militaire , en 4
pages. Vous trouverez à la page 242. la
levée du Siége de Toulon toute entiere
dans le même Historien , en 26 pag.aussibien que la surprise de Gand , par l'Elec
teur de Baviere , en s pag. le Combat de
Vincudal , en 4 la description des Lignes
de l'Escarpes , et la disposition des Troupes pour leurs deffenses , en 5.le Siege de
la Citadelle de Tournai , en 6. Ce qu'il
donne du Siége de Doüay , en 4. et enfin
à la page 320. L'action entiere de Denain,
en douze pages et le tout sans nulle citation ; par le petit détail que je vous
donne de cet Ouvrage , vous connoîtrez
qu'il a tout tiré de l'Histoire Militaire de Louis XIV . et que dans 335. pages
qui composent l'Histoire de M. Rousser,
y en a 180. qu'il a prises dans cet Historien, et qu'il n'a cité que les deux Traitez de partage ; et la Relation de la Bataille d'Ochstet , qui contiennent ensemble 46 pag. comme les ayant tirées de cet
Auteur. Au reste , ce Livre est en grand
Papier Imperial, de belle Impression
E orné
932 MERCURE DE FRANCE
orné de trois Cartes Géographiques de la
Flandre , et de 53 Planches bien gravées ,
dont quelques Plans , commeceux de Cléves, de Huy et de la Kenocque, et de plusieurs une pareil- autres , ne meritent pas
le dépense. Si vous prenez , Monsieur , le
parti de l'achepter , vous aurez une Histoire infidelle ; écrite par un Plagiaire , entremêlée de quelques traits de Satyres fort
imprudens ; mais en récompense vous
pourrez vous vanter d'avoir quelques Rames de magnifique papier et de tres- belles
Images. J'ay l'honneur d'être , &c.
Armées du Roy à un de ses Amis , qui
est en Province , au sujet d'un Ouvrage
Historique.
Our satisfure , Monsieur , à ce que
Pvous souhait z de moi , touchant
P'Histoire Militaire du Prince Eugene de
Savoye , du Duc de Malbourough, et du
Prince de Nassau-Frise , qui a été annoncée dans les Nouvelles publiques ,
j'aurai l'honneur de vous dire que ce Livre est une suite des Batailles que le
Prince Eugene a gagnées en Hongrie et
contre la France , qui ont paru en l'année 1728. Elles ont été données par
M. Dumont , qui se qualifie de Baron de
Calescroon , et Historiographe de S.M.I. Comme
MAY. 17321 921
Comme je n'ai point vâ ce Livre des Batailles , je ne vous en dirai rien , je me
contenterai de vous dire quelque chose
de l'Histoire Militaire en question , dont
on a emprunté le Titre de l'Histoire Militaire de Louis XIV. que vous avez , et
qui a commencé à paroître en l'année
1726.
Cet Ouvrage est divisé en deux Parties ; la premiere porte le Titre de Supplement aux Batailles du Prince Eugene ,
par le même M. Dumont , et à la tête est
une Préface de l'Editeur ; elle comprend
une Histoire particuliere de ce Prince en
61. pages , dans laquelle il ne se contente
pas de marquer le grand nombre de conquêtes que ce Prince a faites et des Batailles qu'il a veritablement gagnées ; mais
pour donner encore un plus grand lustre
à la gloire qu'il a si justement acquise , il
lui attribue le gain de plusieurs Batailles qu'il a perdues contre l'Armée des
deux Couronnes. Vous le trouverez mal
instruit des Maisons de France , puisqu'il
fait le Prince de Turenne fils du Duc de
Crequy , et qu'il donne le Prince de Talmont comme étant de la Maison de Lorraine.
La seconde Partie a 338. pages. Elle
est de M. Rousset , qui ne prend aucune
qualité,
922 MERCURE DE FRANCE.
qualité; il dit seulement qu'il a été témoin de la plupart des évenemens qui
se sont passez dans la guerre qu'il décrit.
>>Nous n'avons pû citer en marge, dit- il
» dans son Avertissement , les Auteurs
>> dont nous avons emprunté nos Maté-
» riaux, parce qu'outre l'Histoire Mili-
» taire de Louis XIV. par M. Dequincy ,
>> et les Mémoires du Tems , nous n'avons
»eu recours qu'à des Relations manus-
>> crites que nous tenons de bonnes mains,
» et à des Lettres de Generaux et d'autres
» Officiers.... Nous avons évité , autant
» que nous avons pû , la coûtume de tant
» d'Historiens qui ne parlent de leurs Hé-
»ros que l'Encensoir à la main. Les basses
»flateries dont M. Dequincy a soupoudré
»toute l'Histoire Militaire de Louis XIV.
»> nous ont montré un écueil
» avons bien résolu d'éviter.
que nous
M. Rousset a mal suivi sa résolution ,
puisqu'il est tombé lui même dans ce
prétendu deffaut qu'il reproche à l'Auteur de l'Histoire Militaire , et qu'il a
cependant bien résolu d'éviter ; vous le
connoîtrez visiblement par la lecture de son Livre , que j'offre de vous
envoyer; si vous ne trouvez pas à propos
de l'achepter , vous verrez que non- seulement il ne se contente pas des loüanges
outrées
M. A Y. 1732. 523
outrées qu'il donne aux trois Princes dont
il donne l'Histoire Militaire , et aux autres Generaux des Alliez ; il ne les soupoudre point , à la verité , de loüanges
( expression qui est nouvelle , et qui , je
crois , ne fera pas fortune ) mais accompagnée d'épithetes quine sont plus , pour
ainsi dire , consacrez qu'à la Poësie ,
et sur tout aux Romans. Il croit même
les Victoires que le Prince Eugene a
remportées ne suffisent pas à sa gloire ,
s'il ne lui donne , de sa propre autorité ,
le gain de quelques Batailles qu'il a perduës , entr'autres celles de Luzara et de
Cassano.
que
Vous sçavez que dans le Combat de
la Villorsa , qui préceda la Bataille de
Luzara , les Alliez y perdirent plus de
2000. Cuirassiers de l'Empereur , que
commandoit le General Vo comti. Cet
Auteur ne fait perdre aux Alliez que
5oo. hommes , pendant qu'il trouve à propos de faire monter la perte des deux Couronnes à 2000. Il vient ensuite à la Bataille
de Luzara , dont il donne le gain au Prince
Eugene , étant resté Maître , dit- il , du
Champ de Bataille, quoiqu'il soit d'une notorieté inévitable que ce Prince fut obligé,
près de grands efforts , et après avoir fait
une perte considerable, dese retirer sur les
bords
924 MERCURE DE FRANCE
bords du Zero , où il se retrancha , il n'y
a cependant qu'à refléchir sur ce qui se
passa , pour détruire ce que M. Rousset
a osé avancer. Le dessein du Roi d'Espagne, lorsqu'il marcha à Luzara , fut de
s'emparer de ce poste ; parce que les Ennemis y avoient de gros Magazins , d'y
faire un Pont pour communiquer avec
l'Armée du Prince de Vaudemont , et de
couper toute communication de Bresello
avec l'Armée du Prince Eugene ; tout
cela fut executé , quoique le Prince Eugene n'eût décampé d'Osliglice que pour
s'y opposer , la Prise de Luzara n'a pû
être contestée , puisque le Marquis de
Crequy y fut enterré en presence de sso
Prisonniers qu'on y avoit fait le jour précedent , et de tous ceux qu'on avoit faits
le jour de la Bataille. Il est vrai que le
Roy d'Espagne fit retirer un peu en rrière la droite de son Armée , où elle
resta en Bataille toute la nuit , mais aussi
la gauche , composée de la Brigade de
Piémont , la passa dans l'endroit qu'elle
avoit combattu.
preuves ,
attribuer
Voyons présentement si M. Rousset a
pû, sur de meilleures
le gain de la Bataille deCassano au Prince
Eugene. Vous sçavez , Monsieur , puisque vous y étiez, que le Prince Eugene
n'avoit
MAY. 1732 925
n'avoit d'autre but que de joindre le Duc
de Savoye ; il ne le pouvoit faire qu'en
passant l'Adda ; après avoir fait plusieurs
tentatives inutiles en plusieurs endroits ,
il crut pouvoir le faire à Cassano, M. le
Duc de Vendôme y marcha avec ce qu'il
put ramasser de Troupes , pour s'y opposer. Le Prince Eugene , après un Combat des plus vifs et des plus sanglants , et
après avoir fait une perte considerable,fut
obligé d'abandonner le Champ de bataille
et de se retirer à Tréviglio , où il se couvrit de Naville et de Canande , ce qui
fit qu'on ne le put suivre dans sa retraite.
En un mot , ce Prince veut passer l'Adda,
il est répoussé , il y perd cinq ou six
mille hommes , abandonne le Champ de
Bataille. Un Auteur après cela ose- t'il
avancer qu'il la gagna,cette Bataille?Vous
le trouverez aussi infidele dans le récit
qu'il fait de la Bataille de Castigliane ,
que gagna M. de Vendôme en l'année
1706. contre le General Raventlau. Il
traite cette Action comme un petit Combat , quoique les Ennemis y eussent laissé
300. hommes sur le Champ de Bataille ,
et qu'on leur eût fait environ le même
nombre de Prisonniers.
Il en est de même dans le détail qu'il
fait de la Bataille d'Ekereu , que gagna
le
326 MERCURE DE FRANCE
le Maréchal de Bouflers , contre le Baron
Dobdam , qui voyant ses Troupes forcées
dans les Postes qu'elles occupoient , se retira avec les premieres et ne parut plus.
Il n'y a pas jusqu'à la Bataille de Fredelingue , dont il attribüę le gain au Prince
de Bade , en le favorisant du Champ de
Bataille ; tout le monde sçait que ce Prince , après une Action qui mérita le Bâton
de Maréchal de France à M. de Villars ,
fut contraint de se retirer avec son Armée dans les Montagnes Noires ; cet Auteur perd même le respect qui est dû à
un General si renommé par un si grand
nombre d'Actions éclatantes , en le traitant dans plusieurs endroits de fanfaron
et sujet à des gasgonades ; vous croyez
bien que de pareils traits dans un Historien , ne peuvent qu'attirer l'indignation des honnêtes g ns , et ne sont pas ca- gns,
>
pables de donner la moindre atteinte à
réputation d'un General qui a joué un
si grand Rôle dans l'Europe.
Mais doit- on attendre autre chose d'un
Auteur qui pousse l'audace , pour ne rien
dire de plus , jusqu'à vouloir flétrir la
réputation d'un Prince aussi respectable
qu'il est malheureux , c'est du Prétendant,
dont il fait, une peinture aussi odieuse
qu'elle est fausse , c'est avec peine que je
me
MAY 1732. 927
me trouve obligé de vous en rapporter
les mêmes termes , que je renfermerois
dans l'oubli , si M. Rousser ne les avoit
rendus publics , en donnant son Histoire. Les voici , mot pour mot
trouverez à la page 245.
› que vous
Louis XIV. dit - il , qui étoit l'ame
»de tous les projets de ses Généraux , en
» avoit formé d'aussi magnifiques qu'ils
» étoient vastes , pour cette Campagne ;
»mais par malheur , tout dépendoit du
» premier, et celui - cy dépendoit du vent,
» et de l'homme le plus lâche de tous
ceux qui ont jamais porté le nom de
» Prince. Ce premier mobile de tous les
» projets du Roy de France , étoit une
» descente en Ecosse , pour une Flotte
» Françoise, armée à Dunkerque, qui devoit
» porter le Prétendant. S.M.T.C. croyoit
» qu'aussi- tôt que la Flotte auroit mis à
» terre ce prétendu Roy , toute l'Ecosse
» se souleveroit , et que le moindre avan-
» tage qu'il en tireroit , seroit la supérion rité qu'acqueroient ces Troupes en Flan
dres; d'où la Reine Anne auroit été obii-
» gée de tirer au moins trente Bataillons;
» et d'où il s'en seroit suivi , que l'on au-
»roit aisément contraint les Hollandois
>> à quitter la grande alliance et à faire
» leur paix. Mais Louis XIV. éprouva
qu'il
928 MERCURE DE FRANCE
» qu'il n'étoit pas le maître des Vents, qui »devinrent contraires , et l'idée d'aller
tirer l'Fpe en Ecosse , donna la fiévre
» au Prétendant, qui ne put s'embarquer,
» quand il l'auroit fallu , et qui s'embar-
» qua lorsqu'il n'étoit plus temps.
Quelle idée cet Auteur veut il donner
à l'Europe d'un Prince que nous avons
vu dans les dernieres Campagnes, donner
des marques d'une si grande valeur , et
d'une si grande intrépidité ; principalement à la Bataille de Malplaquet , où il
resta pendant toute l'action avec une
grande fermeté , à la tête du premier EsCadron de la Maison du Roy , malgré un
feu épouventable , dont un des deux Of
ficiers qu'on avoit mis auprès de sa Personne , fut tué à ses côtez. Il chargea même, avec la Maison du Roy , plusieurs fois les Ennemis.
Ce n'est pas tout , la témérité de cet
Auteur l'a porté à changer le discours
que Louis XIV. fit au Dauphin avant sa
mort , et qui est écrit en Lettre d'Or , à
coté du lit de Louis XV. Souffrez que je
vous le rappelle pour vous faire voir combien il est different de celui que M.Rousset fait tenir à ce grand Prince.
Mon enfant, vous allez être un grand
Roy, ne m'imitez pas dans le goût que
j'ai
MAY. 1732. 929
j'ai eu pour la Guerre; tâchez d'avoir la
paix avec vos voisins ; rendez à Dieu ce
que vous lui devez; reconnoissez les obligations que vous lui avez, faites- le honorer par ces Sujets, suivez toujours les bons
conseils , tâchez de soulager vos peuples ,
ce que je suis assez malheureux de n'avoir
pû faire.
Et voicy ce que M. Rousset trouve à
propos de lui faire dire ; vous y trouverez une difference qui n'est pas excusable dans un Auteur : Ne suivez pas les
mauvais exemples que je vous ai donnez;
j'ai souvent entrepris la Guerre trop lé
gerement , et je l'ai soutenue par vanité.
Après tant d'infidélités , qui ne sont pas
pardonnables dans un Historien , vous reconnoîtrez sa mauvaise foy , par rap
port aux Citations de la plupart des faits
qu'il rapporte. Il dit dans son Avertissement, comme je vous l'ai déja marqué
qu'il n'a pû citer les Auteurs dont il a
emprunté les matériaux , parce qu'outre
l'Histoire Militaire de Louis XIV. et les
Mémoires du temps , il n'a eu recours
qu'à des Relations manuscrites, que nous
tenons , dit- il , de bonnes mains.
Il commence son Histoire par les deux
Traitez de partage de la Monarchie d'Espagne, dont il à tiré mot à mot, 10 pag.
de
30 MERCURE DE FRANCE
de suites , de l'Histoire Militaire de Louis
XIV. Il a , à la vérité , la bonne foy de
marquer par un renvoi au bas de la page,
le nom de son Auteur; mais il n'a pas eu
la même exactitude , à l'égard de plusieurs autres articles du même Historien
entremêlez , avec ce qu'il a tiré des Mémoires de la Torve. La même bonne foy
paroît dans la Relation qu'il donne de la
bataille d'Hochetet, qui contient 16 pag.
ayant pareillement , par un renvoi , cité
l'Auteur de l'Histoire Militaire ; mais il
en demeure- là dans tout le reste de son
Ouvrage, croyant que cela étoit suffisant
pour la fidelité qu'il avoit promise et qu'il
n'a pas tenuë.
Vous en serez convaincu dès la page
65 , où il donne une Relation de l'action
de Crémone qui est en 16 pag. et qu'il
prise toute entiere dans l'Histoire Militaire , sans aucune citation. Toutes les dispositions pour le Siége de Turin , qui commencent à la page 135. ce qui s'est passé
à l'attaque de cette Place ; les mouvemens
du Duc de la Feüillade pendant ce Siége ;
ceux du Prince Eugêne , à la tête de
l'armée Impériale , pour joindre le Duc
de Savoye ; et ceux que le Duc d'Orleans
a faits pour s'y opposer ; aussi bien que
les dispositions des Alliez , pour attaquer
les
MAY. 1732 937
les Lignes ; et le récit de cette grande ac
tion , le tout contenant 72 pag. est ti
ré du même Auteur , sans l'avoir cité.
La tentative que le Prince Eugêne a
faite pour surprendre Brisac , est copiée
mot à mot de l'Histoire Militaire , en 4
pages. Vous trouverez à la page 242. la
levée du Siége de Toulon toute entiere
dans le même Historien , en 26 pag.aussibien que la surprise de Gand , par l'Elec
teur de Baviere , en s pag. le Combat de
Vincudal , en 4 la description des Lignes
de l'Escarpes , et la disposition des Troupes pour leurs deffenses , en 5.le Siege de
la Citadelle de Tournai , en 6. Ce qu'il
donne du Siége de Doüay , en 4. et enfin
à la page 320. L'action entiere de Denain,
en douze pages et le tout sans nulle citation ; par le petit détail que je vous
donne de cet Ouvrage , vous connoîtrez
qu'il a tout tiré de l'Histoire Militaire de Louis XIV . et que dans 335. pages
qui composent l'Histoire de M. Rousser,
y en a 180. qu'il a prises dans cet Historien, et qu'il n'a cité que les deux Traitez de partage ; et la Relation de la Bataille d'Ochstet , qui contiennent ensemble 46 pag. comme les ayant tirées de cet
Auteur. Au reste , ce Livre est en grand
Papier Imperial, de belle Impression
E orné
932 MERCURE DE FRANCE
orné de trois Cartes Géographiques de la
Flandre , et de 53 Planches bien gravées ,
dont quelques Plans , commeceux de Cléves, de Huy et de la Kenocque, et de plusieurs une pareil- autres , ne meritent pas
le dépense. Si vous prenez , Monsieur , le
parti de l'achepter , vous aurez une Histoire infidelle ; écrite par un Plagiaire , entremêlée de quelques traits de Satyres fort
imprudens ; mais en récompense vous
pourrez vous vanter d'avoir quelques Rames de magnifique papier et de tres- belles
Images. J'ay l'honneur d'être , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE d'un Officier General des Armées du Roy à un de ses Amis, qui est en Province, au sujet d'un Ouvrage Historique.
La lettre d'un officier général des armées du roi à un ami en province critique un ouvrage historique sur les batailles du Prince Eugène de Savoie, du Duc de Marlborough et du Prince de Nassau-Frise. Cet ouvrage est une suite des batailles gagnées par le Prince Eugène en Hongrie et contre la France, publiées en 1728 par M. Dumont, baron de Calescroon et historiographe de Sa Majesté Impériale. L'officier général n'ayant pas lu le livre de Dumont, il se concentre sur l'Histoire Militaire en question, qui est une continuation de l'Histoire Militaire de Louis XIV, commencée en 1726. L'ouvrage est divisé en deux parties. La première, intitulée 'Supplément aux Batailles du Prince Eugène', est écrite par M. Dumont et comprend une histoire particulière du Prince Eugène sur 61 pages. Dumont attribue au Prince Eugène des victoires qu'il a en réalité perdues et fait des erreurs sur les maisons de France, comme faire du Prince de Turenne le fils du Duc de Crequy et du Prince de Talmont un membre de la maison de Lorraine. La seconde partie, de 338 pages, est écrite par M. Rousset, qui affirme avoir été témoin des événements décrits. Rousset critique les flatteurs excessifs dans les histoires militaires mais tombe lui-même dans cette erreur en louant excessivement les trois princes et les généraux alliés. Il attribue également au Prince Eugène des victoires qu'il a perdues, comme celles de Luzara et de Cassano. Rousset minimise les pertes des alliés et exagère celles des ennemis, et traite de manière injurieuse des généraux et des princes, comme le Prétendant. L'officier général critique également la mauvaise foi de Rousset concernant les citations des sources. Rousset affirme n'avoir pu citer les auteurs des matériaux empruntés, sauf pour l'Histoire Militaire de Louis XIV et les Mémoires du temps, mais il ne cite pas toujours ses sources pour d'autres passages. L'officier général souligne que 180 des 335 pages du livre de Rousset sont directement copiées de l'Histoire Militaire de Louis XIV sans aucune citation. Parmi les passages copiés, on trouve la tentative du Prince Eugène contre Brisac, la levée du Siège de Toulon, la surprise de Gand par l'Électeur de Bavière, le combat de Vincudal, la description des lignes de l'Escarpe, le siège de la citadelle de Tournai, le siège de Douai, et l'action de Denain. L'ouvrage est imprimé sur du grand papier impérial, avec une belle impression et orné de trois cartes géographiques de la Flandre et de 53 planches gravées. Cependant, certaines planches, comme celles de Clèves, Huy et la Kenocque, sont jugées de mauvaise qualité. L'auteur de la critique conseille de ne pas acheter ce livre, le qualifiant d'infidèle et écrit par un plagiaire, mêlé de traits de satire imprudents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 932
Enigmes, Logogryphes, &c. [titre d'après la table]
Début :
Les deux Enigmes du mois dernier doivent s'expliquer sur [...]
Mots clefs :
Boussole, Pavé, Crochet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Enigmes, Logogryphes, &c. [titre d'après la table]
Les deux Enigmes du mois dernier doivent s'expliquer sur la Lettre Z , et sur la Boussole , Pavé et Crochet , sont les mots des deux Logogryphes.
Fermer
18
p. 932-933
ENIGME.
Début :
Pour me donner le jour, chose étrange, mon pere [...]
Mots clefs :
Cloche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
NIGM E.
Our me donner le jour , chose étrange
pourmon pere
Me fait rentrer dans le sein de ma
mere ,
Ou m'en tire , et bien-tôt dans certaine maison
On me met en prison.
C'est-là que toute nuë,
Innocente , Chrétienne , hélas ! je suis penduë Dans
MAY. 17323 933
Dans mes tourments , mon fils
Mon unique fils que j'embrasse ,
Se débat dans mon sein , et redouble mes cris :
Bien plus , pour comble de disgrace ,
Toujours la bouche ouverte et sans me déta- cher ,
A coups de pieds souvent on m'oblige à mar- cher.
Par fois enfin dans ma détresse ,
J'implore du secours , et cause la tristesse.
Our me donner le jour , chose étrange
pourmon pere
Me fait rentrer dans le sein de ma
mere ,
Ou m'en tire , et bien-tôt dans certaine maison
On me met en prison.
C'est-là que toute nuë,
Innocente , Chrétienne , hélas ! je suis penduë Dans
MAY. 17323 933
Dans mes tourments , mon fils
Mon unique fils que j'embrasse ,
Se débat dans mon sein , et redouble mes cris :
Bien plus , pour comble de disgrace ,
Toujours la bouche ouverte et sans me déta- cher ,
A coups de pieds souvent on m'oblige à mar- cher.
Par fois enfin dans ma détresse ,
J'implore du secours , et cause la tristesse.
Fermer
19
p. 933-934
LOGOGRIPHE.
Début :
Je fus jadis une arme meurtriere, [...]
Mots clefs :
Fronde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGOGRIP HE.
E fus jadis une arme meurtriere >
Et pourrois l'être encore dans un besoin ,
Mais ce n'est pas parmi la Gent guerriere ;
Je puis aussi , sans parler de si loin ,
Rappeller dans Paris sur certaine matiere
Une Epoque particuliere.
D
Mon chefà bas , les Disciples de Mars ,
Exactement me mettent en pratique,
Car pour conserver leurs remparts ,
Je suis une bonne rubrique.
Otez encor mon col , en poursuivant ,
<
Et par licence poëtique ,
Vous me verrez alors un grand département ,
En cet état , retranchez une lettre ,
Je deviens de l'esprit un digne enfantement ,
E ij Et.
934 MERCURE DE FRANCE
Et vous avez, Lecteur , peut être
Le talent de me donner l'être ; t "
Mon tout remis , rognez mes deux extrêmitez
Voyez-moy de tous les côtez :::
A moins que l'on ne me refonde
Je suis bâti comme le monde.
E fus jadis une arme meurtriere >
Et pourrois l'être encore dans un besoin ,
Mais ce n'est pas parmi la Gent guerriere ;
Je puis aussi , sans parler de si loin ,
Rappeller dans Paris sur certaine matiere
Une Epoque particuliere.
D
Mon chefà bas , les Disciples de Mars ,
Exactement me mettent en pratique,
Car pour conserver leurs remparts ,
Je suis une bonne rubrique.
Otez encor mon col , en poursuivant ,
<
Et par licence poëtique ,
Vous me verrez alors un grand département ,
En cet état , retranchez une lettre ,
Je deviens de l'esprit un digne enfantement ,
E ij Et.
934 MERCURE DE FRANCE
Et vous avez, Lecteur , peut être
Le talent de me donner l'être ; t "
Mon tout remis , rognez mes deux extrêmitez
Voyez-moy de tous les côtez :::
A moins que l'on ne me refonde
Je suis bâti comme le monde.
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20
p. 934-935
AUTRE LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis un mets des plus communs, [...]
Mots clefs :
Fève
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UTRE LOGOGRYPHE,
JE
E suis un mets des plus communs
Saus être dédaigné du goût de quelques- uns
De plus, certain jour d'allégresse ;
Au début du repas ,je fais l'attention
De maint convive qui s'empresse
D'inspirer à l'envi la jubilation ;
Pris dans un autre sens , je suis toute autre ess
pece
Alors j'oblige le Cheval ,
D'avoir recours au Maréchal
Retranchez ma queuë et ma tête
Et vous verrez Ville et Comté
Mon dernier membre icy seul rapporté
L'on voit , sans aller à l'enquête ,
Fémelle de l'antiquité ,
De qui le nom par singularité ,
Quoique pris à rebours , reste toujours le même
De ma finale encor , faisant soustraction ,
Et de mon chef la restitution ,
Je vous avertis sans problême
Ne
MAY. 1732.
933
Ne m'approchez qu'avec précaution ,
Or de mon tout enfin , ôtez la pénultiéme' ,
Je tiens certains esprits en admiration ,
Et ne suis pourtant rien que pure fiction.
JE
E suis un mets des plus communs
Saus être dédaigné du goût de quelques- uns
De plus, certain jour d'allégresse ;
Au début du repas ,je fais l'attention
De maint convive qui s'empresse
D'inspirer à l'envi la jubilation ;
Pris dans un autre sens , je suis toute autre ess
pece
Alors j'oblige le Cheval ,
D'avoir recours au Maréchal
Retranchez ma queuë et ma tête
Et vous verrez Ville et Comté
Mon dernier membre icy seul rapporté
L'on voit , sans aller à l'enquête ,
Fémelle de l'antiquité ,
De qui le nom par singularité ,
Quoique pris à rebours , reste toujours le même
De ma finale encor , faisant soustraction ,
Et de mon chef la restitution ,
Je vous avertis sans problême
Ne
MAY. 1732.
933
Ne m'approchez qu'avec précaution ,
Or de mon tout enfin , ôtez la pénultiéme' ,
Je tiens certains esprits en admiration ,
Et ne suis pourtant rien que pure fiction.
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