Résultats : 20 texte(s)
Détail
Liste
1
s. p.
LA METEMPSICOSE, FABLE.
Début :
Qui du monde connoît la Carte, [...]
Mots clefs :
Métempsycose, Singe, Âne, Roi du ténébreux séjour, Perroquet
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texteReconnaissance textuelle : LA METEMPSICOSE, FABLE.
LA METEMPSICOSE ,
FABLE.
Ui du monde connoit la Carte,
Spait qu'il abonde en prestiges
divers ;
De la droite raison plus ou moins on s'écarte ,
Et les Humains ont chacun leurtravers.
Il est sur tout certaine engeance ,
Qui
994 MERCURE
3
DE FRANCE
Qui défigure l'homme et qui pullula en France .
Que l'on fuit dans tous les climats ,
Lt que ces Vers ne corrigeront
pas.
Un vieux Singe étant mort , son ombre Calotine,
Sollicita l'Epoux de Proserpine ,
Pour revoir la clarté du jour“ ;
Le Roi du tenebreux séjour,
Lui voulant ôter sa souplesse ,
Sa malice sur tour , et sa vivacité ,
Du corps d'un Asne alloit la faire hôtesse ;
Ainsi l'avoit -il arrêté :
Mais l'Ombre après quelques gambades
Et deux ou trois Pantalonades ,
Dont le bon Pluton rit bien fort ,
Obtient du Dieu de se choisir un sort
Et lui demande avec instance ,
La faveur de passer au corps d'un Perroquet .
C'est , disoit- elle , mon paquet ;
Carje pourrai du moins dans cette résidence ;
Conserver avec l'homme un peu de ressemblance
On sçait qu'étant Singe autrefois ,
J'imitois son air et son geste ;
Et joiiant ici de mon reste ,
Je le copierai de la voix.
L'ame du Singe à peine anime un verd plumage;
Qu'une vieille Fachette et le met dans la cage.
Bayard comme elle , il charmoit son ennui
Au
AMAY. 1731.998.
Aux Passans il chantoit leur game ,
Causoit le long du jour avec la bonne femme,,
Qui ne parloit plus sensément que lui.
Le Sire en fit aisément la conquête...
A son nouveau talent d'étourdir le quartier ,
Il joint , je ne sçai quoi , de son premier métier:
En Arlequin il remuoit la tête ,
Faisoit craquer son bec , formoit differens sons
Il agitoit sa queue en cent et cent façons ,
Et joüoit les Marionnettes.
La vieille mettant ses Lunettes ,
Ne se lassoit de l'admirer ,
Triste d'être un peu sourde ,et souvent d'ignorer,
Ce qu'avoit dit son Peroquet fertile.
Au demeurant , suivant son stile
Le drôle aimoit à sirotter >
La vieille aussi ; l'âge de radotter
Est assez la saison de boire;
L'une tint bon , l'autre s'en trouva mal .
Notre emplumé pour n'être assez frugal ,
Se vit encor contraint de passer l'Onde noire .
Il reparut devant Pluton ,
Qui le privant de la parole ,
Vouloit le renvoyer dans le corps d'une Sole.
L'autre craignant sur tout de devenir Poisson ,
Eut recours à son Protocole ,
Vous fit nouvelle cabriole ,
Joia sa farce, et plut. On sçait que quelquefois ,
A iij
Peu
996 MERCURE DE FRANCE
Peu de chose amuse les Rois.
Selon son goût , enfin le Dieu le fit renaître ,
Et de l'homme lui donna l'être :
> Mais n'osant pas en faire un Mortel vertueux
Un sage , il le destine au corps d'un petit Maître,
D'un brouillon , d'un présomptueux ,
Portant la tête au vent , de soi-même idolâtre ,
Importun , fanfaron , d'ennuyeux entretien ,
Parlant beaucoup , ne disant rien ;
Vrai personnage de Théatre ,
It d'ordinaire aussi personnage de Cour."
Mercure , en cet état , le rencontrant un jour ;
Je t'ai vû n'aguere au Tenare ,
S'écria -t'il , tu n'es qu'un composé bizarre ,
Et du Singe , et du Perroquet.
Grace à ton geste , ainsi qu'à ton caquet ,
Ton ridicule se consomme.
D'un semblable mêlange on ne fait qu'un so
homme ,
Et nul n'est pris à cet appas .
Ainsi le Dieu traita la chose.
O ! combien de gens ici bas ,
Me feroient croire à la Métempsicose.
M. Tanevot..
FABLE.
Ui du monde connoit la Carte,
Spait qu'il abonde en prestiges
divers ;
De la droite raison plus ou moins on s'écarte ,
Et les Humains ont chacun leurtravers.
Il est sur tout certaine engeance ,
Qui
994 MERCURE
3
DE FRANCE
Qui défigure l'homme et qui pullula en France .
Que l'on fuit dans tous les climats ,
Lt que ces Vers ne corrigeront
pas.
Un vieux Singe étant mort , son ombre Calotine,
Sollicita l'Epoux de Proserpine ,
Pour revoir la clarté du jour“ ;
Le Roi du tenebreux séjour,
Lui voulant ôter sa souplesse ,
Sa malice sur tour , et sa vivacité ,
Du corps d'un Asne alloit la faire hôtesse ;
Ainsi l'avoit -il arrêté :
Mais l'Ombre après quelques gambades
Et deux ou trois Pantalonades ,
Dont le bon Pluton rit bien fort ,
Obtient du Dieu de se choisir un sort
Et lui demande avec instance ,
La faveur de passer au corps d'un Perroquet .
C'est , disoit- elle , mon paquet ;
Carje pourrai du moins dans cette résidence ;
Conserver avec l'homme un peu de ressemblance
On sçait qu'étant Singe autrefois ,
J'imitois son air et son geste ;
Et joiiant ici de mon reste ,
Je le copierai de la voix.
L'ame du Singe à peine anime un verd plumage;
Qu'une vieille Fachette et le met dans la cage.
Bayard comme elle , il charmoit son ennui
Au
AMAY. 1731.998.
Aux Passans il chantoit leur game ,
Causoit le long du jour avec la bonne femme,,
Qui ne parloit plus sensément que lui.
Le Sire en fit aisément la conquête...
A son nouveau talent d'étourdir le quartier ,
Il joint , je ne sçai quoi , de son premier métier:
En Arlequin il remuoit la tête ,
Faisoit craquer son bec , formoit differens sons
Il agitoit sa queue en cent et cent façons ,
Et joüoit les Marionnettes.
La vieille mettant ses Lunettes ,
Ne se lassoit de l'admirer ,
Triste d'être un peu sourde ,et souvent d'ignorer,
Ce qu'avoit dit son Peroquet fertile.
Au demeurant , suivant son stile
Le drôle aimoit à sirotter >
La vieille aussi ; l'âge de radotter
Est assez la saison de boire;
L'une tint bon , l'autre s'en trouva mal .
Notre emplumé pour n'être assez frugal ,
Se vit encor contraint de passer l'Onde noire .
Il reparut devant Pluton ,
Qui le privant de la parole ,
Vouloit le renvoyer dans le corps d'une Sole.
L'autre craignant sur tout de devenir Poisson ,
Eut recours à son Protocole ,
Vous fit nouvelle cabriole ,
Joia sa farce, et plut. On sçait que quelquefois ,
A iij
Peu
996 MERCURE DE FRANCE
Peu de chose amuse les Rois.
Selon son goût , enfin le Dieu le fit renaître ,
Et de l'homme lui donna l'être :
> Mais n'osant pas en faire un Mortel vertueux
Un sage , il le destine au corps d'un petit Maître,
D'un brouillon , d'un présomptueux ,
Portant la tête au vent , de soi-même idolâtre ,
Importun , fanfaron , d'ennuyeux entretien ,
Parlant beaucoup , ne disant rien ;
Vrai personnage de Théatre ,
It d'ordinaire aussi personnage de Cour."
Mercure , en cet état , le rencontrant un jour ;
Je t'ai vû n'aguere au Tenare ,
S'écria -t'il , tu n'es qu'un composé bizarre ,
Et du Singe , et du Perroquet.
Grace à ton geste , ainsi qu'à ton caquet ,
Ton ridicule se consomme.
D'un semblable mêlange on ne fait qu'un so
homme ,
Et nul n'est pris à cet appas .
Ainsi le Dieu traita la chose.
O ! combien de gens ici bas ,
Me feroient croire à la Métempsicose.
M. Tanevot..
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Résumé : LA METEMPSICOSE, FABLE.
La fable 'La Métempsycose' relate les aventures de l'âme d'un singe après sa mort. L'âme, sous forme d'ombre, demande à Pluton de revoir la lumière. Pluton, voulant la punir, décide de la réincarner en âne, mais l'âme choisit de devenir un perroquet. Adoptée par une vieille femme, le perroquet meurt après avoir trop mangé et reparaît devant Pluton, qui envisage de le réincarner en poisson. L'âme, par une cabriole, plaît à Pluton, qui la réincarne alors en homme, un 'petit maître' présomptueux. Mercure reconnaît en cet homme un mélange de singe et de perroquet, soulignant son ridicule. La fable se conclut par une réflexion sur la métempsycose et les comportements humains qui pourraient y faire croire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 997-1013
LETTRE écrite de Seyde le premier Décembre 1730. par M. du Bellis, sur un Voyage fait en Galilée, &c.
Début :
De retour depuis peu de jours, Monsieur, d'un Voyage que je viens de [...]
Mots clefs :
Galilée, Voyage, Roi de Tyr, Syriaque, Royaume de Sidon, Cap blanc, Acre, Pèlerins, Nazareth, Incarnation
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Seyde le premier Décembre 1730. par M. du Bellis, sur un Voyage fait en Galilée, &c.
LETTRE écrite de Seyde le premier
Décembre 1730. par M. du Bellis , sur
un Voyage fait en Galilée , & c.
Dieur, Voyage que je
E retour depuis peu de jours , Monsieur
, d'un Voyage que je viens de
faire , je ne perds point de temps à vous
faire un récit succint de ce que j'ai vû ,
pour prévenir vos reproches. Dispensezmoi
de Dissertations , et permettez que
je vous renvoye une foule de Voyageurs
qui ont écrit des mêmes Pays où
j'ai été.
Les Révolutions de 18. siecles ont extrémement
simplifié la Galilée ; Flavius
Joseph , qui en a été Gouverneur , écrit
qu'il y avoit dans cette Province 204.
Bourgs ou Villages , dont plusieurs étoient
bien fortifiez , et dont le moindre avoit
environ 15000. hommes , sans parler des
grandes Villes de Tiberiade , de Sephoris
et de Gabara .
Hiram , Roi de Tyr , se trouva fort
mal payé de 20. Villes de la Galilée que
Salomon lui donna pour les Bois de Cedres
, de Sapins et autres Materiaux
ce Roi avoit fournis pour la construction.
du Temple de Jerusalem.
A iiij
que
La
998 MERCURE DE FRANCE
La Charuë a passé sur presque toutes
les Villes , Bourgs et Villages , et ceux
qui restent aujourd'hui , ne sont plus
situez aux mêmes lieux où étoient les
anciens . On n'y voit plus que quelques
monceaux de pierres et décombres de
maisons ruinées .
En partant de Seides , je ne m'étois pro
posé que d'aller à Acre ; j'étois en compagnie
de trois Négocians , dont deux
étoient les Députez de la Nation . Le Valet
d'un de ces Députez, est fils d'un Curé
Maronite de Seyde ; et comme il est au
fait de la Tradition , et qu'il sçait lire et
écrire le Syriaque , je le pris en affection
pour les secours que j'en attendois.
Après trois lieues de marche ,
Docteur domestique , me fit observer que
j'étois sur les ruines de Sarepta , et me
fit arrêter à une petite Mosquée , bâtie
au lieu même où étoit la maison de cette
Veuve, qui ayant bien voulu partager son
petit pain avec Elie , obtint de ce Prophete
la multiplication de sa farine , de
son huile , et là résurrection de son fils.
mon
A une lieuë et demie de cette Mosquée
nous passâmes la Riviere nommée la Hasemiech
, sur un fort beau Pont de Pierre ,
qu'Osman , Pacha de Seyde , a fait bâtir.
Que cette Riviere soit le Fleuve Eleuthere
des
MA Y. 1731. 999
des Anciens , ou non , je laisse cette discussion
aux Sçavans ; ce qu'il y a de certain
, c'est qu'elle séparoit autrefois les
Royaumes de Tyr et de Sidon.
Comme je souhaitois voir les fameux
Puits appellez les Puits de Salomon , parce
que ce Roi en parle dans le Cantique
des Cantiques , nous ne prîmes point le
chemin de Tyr , et nous marchâmes droit
à une Mosquée que les Maronites prétendent
être le Tombeau de Daniel . Nous
passâmes à cette Mosquée une partie de la
nuit.
Au lever du Soleil nous arrivâmes aux
Puits . Nous avions découvert en traversant
la vaste Plaine de Tyr , des restes
des Aqueducs qui conduisoient l'eau
de ces Puits dans cette Ville , qui en est
éloignée d'une lieuë.
Le plus grand de ces Puits subsiste en
son entier ; les deux autres sont ruinez.
L'eau monte jusqu'au bord , ce qui le fait
ressembler à un Réservoir , et en sortant
elle fait tourner des Moulins à blé , ce
qui le rend d'une grande utilité..
A deux lieues de ces Puits , on trouve
le chemin appellé aujourd'hui Anakoura;
il est taillé dans le Roc , sur le milieu
d'une Montagne qui n'a presque point de
pente ; il a environ une demie licuë de
A v long
-
1000 MERCURE DE FRANCE:
long : c'est un Ouvrage d'Alexandre le
Grand , le garde fou en est ruiné, le préci
pice en est affreux ; la Mer et des Rochers:
escarpez, sont au bas à une si grande
distance, qu'on ne peut presque en soutenir
la vûë; ce chemin,au reste, est si ruiné
et si mauvais , qu'on est obligé de mettre
pied à terre à chaque bout de champ .
Au sortir de ce passage , on trouve
un grand tas de pierres et quelques restes
de Murs . Ces ruines s'appellent Scandarete
, ce qui signifie petit Château d'Alexandre.
On arrive enfin au Cap Blanc , que les
'Anciens nommoient le Mont Saron . Delà
on découvre la Plaine d'Acre , bornée
au Sud par le Mont Carmel , qui avançant
dans la Mer , semble simétriser avec
le Cap Blanc , et entourer circulairement
avec les Montagnes de l'Est cette immense
Plaine . La Ville d'Acre paroît au
milieu sur le Rivage de la Mer ; et quoiqu'il
semble qu'on doive bien- tôt atteindre
à cette Ville , il faut pourtant émployer
quatre bonnes heures pour y arriver
, marchant toujours en ligne directe.
La Ville d'Acre ou de Ptolemaide , fait
pitié aujourd'hui , en voyant les ruines
des étonnantes Fortifications qui entouroient
cette grande Ville. L'Eglise de
S.
MAY. 1731. ΥΘΟΥ
S. André , celle de S. Jean , le Palais et la
Chapelle du Grand-Maître des Hospitaliers,
doivent être des Edifices admirables .
Il reste encore de ces superbes Edifices ,
quelques pans de murailles dans leur entier
, qui font juger de leur ancienne
beauté.
Trois jours après notre arrivée à Acre
un Négociant de Seyde , étant dans le
dessein d'aller à Tiberiade pour rendre
visite aux Cheiks qui ont la Ferme gene-
- rale de ce Pays , me proposa de l'accompagner
dans ce voyage , ce que j'acceptai
avec plaisir.
Ce Négociant avoit rendu un service
important au Cheik Saad , aîné de la
Famille des Cheiks de la Tiberiade. Ce
Cheik Saad , avec un des ses freres , informé
de l'arrivée de mon ami à Acre
se rendit à Nazareth ; et ayant appris
qu'il devoit les aller voir , il lui envoya
dix Cavaliers bien armez pour l'accompagner.
Après trois heures de marche vers l'Orient
, dans la Plaine d'Acre , nous entrâmes
dans les Montagnes de la Phénicie ,
et de-là dans les Verres de la Tribu de
Zabulon ; nous passâmes la belle Plaine
de cette Tribu ; et étant parvenus à un
Village nommé Saffoury , notre Cavalier
A vi con1002
MERCURE DE FRANCE
conducteur me fit observer le lieu oùétoit
la Maison de S.Joachim et de sainte Anne ,.
et le reste d'une fort belle Eglise à trois
Nefs , que sainte Helene avoit fait bâtirtout
auprès.
Cette dévote Imperatrice avoit rempli
toute la Terre- Sainte de Monumens de
sa pieté au commencement du IVe siecle.
Ce pauvre Village de Saffoury étoit autrefois
la fameuse Ville de Sephoris.
Au reste , vous remarquerez que le Cavalier
dont je parle , est un homme encore
plus important que
le Valet que
j'ai déja cité ; il sçait sa Terre- Sainte par
coeur , il conduit depuis 30. ans les Religieux
et les Pelerins . Ce Cavalier , nommé
Jacoub , connoît et explique tous les
lieux Saints.
Après avoir traversé Monts et Vallées ,
nous vîmes Nazareth dans un petit Valon.
entouré de Montagnes. Il est sur le penchant
d'une de ces Montagnes , regardant
l'Orient , et ne consiste qu'en quelques.
Cahutes dispersées sur une petite Esplanade.
Nous passâmes auprès de la Fontaine
où la sainte Vierge venoit prendre de
l'eau , n'y ayant point de Puits dans Nazareth
, mais seulement quelques Citernes .
Cette Fontaine est à 4. ou 500. pas du
Village
MAY . 1731.
1003
Village ; il en est de même de tous les
Villages de la Galilée. Les Habitans de
Saffoury vont chercher l'eau à un quart.
de lieuë.
La nouvelle Eglise que les Religieux de
la Terre-Sainte ont fait bâtir à Nazareth ,
est située au même lieu où s'est operé le
Mistere de l'Incarnation ; cette Eglise a
été consacrée depuis peu , et on y fait actuellement
l'Office divin.LeConvent n'est
pas encore achevé ; nous logeâmes dans
les chambres du vieux Monastere .
Comme nous arrivâmes bien avant le
coucher du Soleil , j'eus le temps d'aller
visiter l'Eglise. Elle est à trois Nefs et
fort éclairée.
La sainte Grote où s'est operé le Mistere
, se presente d'abord en entrant , on
y descend par un spacieux Escalier de
douze marches ; et après avoir traversé
l'espace où étoit la Maison qui a été transportée
à Lorette , on entre dans la Grotte
taillée dans le Roc.
Le Ceintre extérieur de cette Grotte est:
tout couvert de Marbre , et sous l'Autel
isolé qui est au milieu , on y lit ces mots :
Hic Verbum caro factum est.
A gauche en entrant , il y a deux grosses
Colomnes d'un Marbre singulier ; elles.
sont placées comme sont les Colomnes
Cou
}
1004 MERCURE DE FRANCE
couplées dans les Edifices. Sainte Helene
les fit poser lorsqu'elle fit bâtir une superbe
Eglise à Nazareth , pour désigner
la place où étoient la sainte Vierge et l'Ange
Gabriel , dans l'instant de l'Annonciation
; l'une de ces Colomnes demeuresuspendue,
adhérante à la voute de la Grotte
, ayant été brisée vers sa base par un
Pacha de Damas , qui pensant qu'elle étoit
creuse , croyoit y trouver un trésor .
On monte par deux Escaliers de 12. marches
, situez aux deux côtez du vieux Escalier
qui conduit à cette Grotte ; au grand
Autel de l'Eglise , qui est à la Romaine , et
placé précisément sur la voute de la Grotte
; le Choeur est derriere l'Autel .
M. Bergeret , Négociant François , Résident
à Acre , qui a donné le dessein de
cette Eglise , m'a dit qu'elle avoit dix toises
de longueur , neuf de largeur , et huit
et demie de hauteur. Les Maçons Turcs.
qui l'ont élevée , ont commis mille défauts
grossiers contre le Dessein de M.Bergeret.
On voit dans les cours du Convent
quelques anciens Chapiteaux Corinthiens
de l'Eglise de sainte Heleine , dont les
feuilles d'acanche et les autres ornemens
sont admirables.
Le lendemain j'allai visiter l'ancienne
SyMAY.
1731 1005
Synagogue de Nazareth ; cet Edifice s'est
bien conservé, mais il sert aujourd'hui d'écurie.
Je vis aussi les ruines d'une petite ,
Eglise bâtie où étoit la Boutique de S. Joseph
, et la Table de pierre sur laquelle le
Sauveur mangeoit quelquefois avec ses
Apôtres ; elle est à present renverseé .
Je négligeai d'aller voir le Précipice
qui est à un quart de lieuë de Nazareth ,
parce qu'il n'est pas décidé si ce fut à ce
lieu où au haut de la Montagne même ,
au penchant de laquelle le Village est
place , que les Juifs au sortir de la Synagogue
, conduisirent le Seigneur pour le
précipiter.
Nous partîmes avec les Cheiks de la
Tiberiade pour nous rendre chez eux. Ils
avoient pour leur suite 60. Cavaliers armez
de lances , de fusils , de sabres et de
pistolets à la ceinture , desorte qu'avec
nos dix Cavaliers et nos gens , nous étions
plus de 80. personnes à cheval.
A peine eûmes- nous marché une heure,
que nous nous arrêtâmes pour attendre
un Cavalier que nous voyons venir à toute
bride ; il rendit une Lettre aux Cheiks,
qu'on leur écrivoit d'Acre , par laquelle
on les informoit que le jour d'auparavant
21. de Novembre , il étoit arrivé à
Seyde un Capigi , porteur d'un Commandement
TOOG MERCURE DE FRANCE
•
dement pour arrêter Soliman- Pacha et
s'assurer de son bien ; que le Pacha de
Damas , son frere , avoit été également
arrêté avec le Pacha de Tripoli , fils de ce
dernier , le Gouverneur de Lataquie , fils
du Pacha de Tripoli , et celui de Mara.
Le Cavalier ajoûta que depuis un quart
d'heure qu'il étoit parti de Nazareth , il
y étoit arrivé un Capigi qui étoit descendu
chez les PP: de la Terre- Sainte .
Les Cheiks retournerent sur leurs pas
pour sçavoir le sujet de ce dernier Ĉapigi
, et nous rejoindre ensuite au Kanaintujar,
qui est au - dessous du Thabor , dans
la Plaine d'Esdrelon ; ils nous laisserent
20. Cavaliers .
Continuant notre route , nous vîmes
en passant une Mosquée , où l'on dit que
le Prophete Jonas est enterré ; de-là nous
allâmes à Cana.
L'Eglise et le Monastere que sainte He
lene avoit fait bâtir au lieu même où étoit
la Maison des Nôces où se fit le Miracle
sont aux trois quarts démolis. Je bus à
F'unique Fontaine du Village , de cette eau
qui fut convertie en vin . On voit auprès
les restes d'une Chapelle.
Aux environs de Cana , nous traversâmes
le Champ des Epis , où les Pharisiens
scandalisez de voir les Apôtres manger
dess
MAY. 1731 1057
des grains de froment le jour du Sabat ,
furent repris par le Sauveur.
Après avoir marché dans de beaux Va-.
lons , dont les Montagnes sont couvertes
de Chênes verds , nous entrâmes dans
la Plaine d'Esdrelon , nous nous trouvâmes
dans peu presque au pied du Thabor,
mais la forme piramidale de cette fameuse
Montagne , est encore la plus admirable
vûë de la Plaine. C'est ici où le docte
Cavalier Jacoub donna une grande satisfaction
à mes yeux et à mon imagination
. D'abord il m'instruisit des ruines
qui subsistent au sommet du Thabor ,
reste des Edifices que sainte Helene et le
Prince Tancrede avoient fait bâtir.
Il me montra ensuite les Monts Here
mon et Hermonien , et me fit appercevoir
de fort loin les Montagnes arides et pellées
de Gelboé , me de igna derriere le
Thabor le lieu où étoit la Ville de Naïm
au pied d'Hermonoüm . La Ville d'Ador,
où Saül alla consulter la Devineresse .
Il me rapella les évenemens de l'Ecriture .
arrivez in Campo magno Esdrelon , la Bataille
de Josué contre le Roi de Maggedo ,
la défaite de Sisara par Barac , assisté de
Débora ; la mort d'Ochozias par Jehu
et celle de Josias par Pharaon Nechao .
Nous nous rendîmes ensuite au Kanaintujar
1008 MERCURE DE FRANCE
naïntujar , c'est à-dire , le Kan de la Source
des Marchands ; c'est un très - bel Edifice:
construit par les Turcs , et qu'ils laissent
tomber en ruine ; il a été bâti pour la
commodité des Caravanes de Damas qui:
passent par la Plaine d'Esdrelon . Il s'y
tient un Bazar ou Marché toutes les se
maines. Les Pierres qui ont servi à cet
Edifice , avoient été tirées de la démolition
d'une Forteresse que les Chrétiens
avoient bâtie.
Les murailles et les tours de cette Forteresse
, qui est à une portée de fusil du
Kan , subsistent encore à une toise d'élevation
; rien n'est si admirable que les
Edifices , que les Croisez avoient élevés
dans ces Pays.
Les Cheiks nous joignirent une heure
après, et nous apprirent que le Capigi arrivé
à Nazareth , venoit de Jerusalem ,
où il avoit été envoyé pour examiner un
nouvel Edifice des Arméniens , sur lequel
il y avoit eu des plaintes à la Porte,
que les Latins , les Grecs et les Arméniens
lui avoient fait ensemble un present de
onze Bourses , afin qu'il fit à la Porte des
Relations inconsequentes de leurs Eglises
et de leurs Monasteres , et que les Religieux
de Nazareth lui avoient donné cent
Sequins pour le même sujet .
Au
MAY. 1731. 1009.
Au Soleil couchant nous arrivâmes à
la Tiberiade. On ne voit la Mer
que lorsqu'on
est parvenu
au haut de la Monta- gne, où l'on arrive
par une Plaine
; il faut descendre
après pendant
une demie
heure
pour
arriver
à la Ville.
Cette Ville bâtie par Hérode en l'honneur
de Tibere , devoit être superbe ; elle
étoit fort longue , mais peu large , parce
que la montagne la serre vers le bord de
la Mer.
Il. y a apparence que la Maison des
Cheiks où nous descendîmes , étoit un
ancien Palais , à en juger par ce qui reste
des Murailles , au bas desquelles la Mer
bat , et sur lesquelles ils ont pratiqué des
logemens à la façon du Pays. Toutes les
pierres de ces Murailles sont taillées en
pointe de diamants.
>
On voit sur le Rivage trois petits Ouvrages
d'une toise en quarré , revêtus des
mêmes pierres placées sur une même ligne
, et elevez sur des Colomnes enfoncées
dans terre , l'une touchant l'autre
à la façon de nos Pilotis. On présume que
ces Ouvrages soutenoient quelque Peristile
ou Galerie saillante du Palais. Il y a
quelques morceaux de Frise et autres fragmens
sur la Gréve , dont la Sculpture n'a
rien de remarquable.
Auprès
Toro MERCURE DE FRANCE
Auprès de ce Palais il y avoit une Forteresse
dont les ruines font aujourd'hui
un très-bel objet pittoresque ; le Palais et
la Forteresse étoient précisément au milieu
de la Ville. On ne sçait si l'enceinte de
murailles qui renferme avec ces antiques
Masures , 40. ou 50. Chaumieres , est un
Ouvrage d'Hérode ou des Croisez.
Ce sont ces murailles que le Pacha canona
le mois d'Avril dernier et devant
lesquelles il se posta avec 4000. hommes.
Elles forment un quarré long de 5. ou
600. pas , et ont tout au plus trois pieds
d'épaisseur et trois toises d'élevation . Les
Assiegez étoient au nombre de 170. mal
armez et le Chekdair joüoit aux Echecspendant
le Siege.
Ce Cheik et ses freres , au nombre de
cinq , nous régalerent de leur mieux ; et
le lendemain matin nous allâmes à cheval,
marchant toujours dans des ruines aux
Bains chauds qui étoient au bout de la
Ville du côté du Midy.
Au retour j'examinai ce Lac ou cette
Mer , sur les bords de laquelle et sur
laquelle même le Seigneur a operé tant
de prodiges. Le Cavalier Jacoub me dit
qu'elle n'avoit pas six à sept milles de
largeur et 18. à 19. milles de longueur.
Elle est toute entourée de Montagnes très
roides.
MAY. 1731. 1011
nides Il me fit observer du côté du Nord
P'endroit où le Jourdain entre dans cette
Mer , et quelques tas de pierres au lieu
où étoient Capharnaum et Betsaïde .
Au sommet d'une haute Montagne du
même côté , au Nord , je voyois parfaifaitement
la Ville de Saphet avec sa Citadelle.
Cette Ville est actuellement en
grande veneration parmi les Juifs , à cause
que leurs Rabbins , Auteurs du Talmud
, y sont enterrez . Elle donne lieu à
une grande question pour sçavoir si elle
est l'ancienne Bethulie.
En descendant vers l'Est sur la même
Montagne , on voit le Puits où Joseph fut
mis par ses freres , ou pour mieux dire
le Kan auprès duquel est ce Puits. On ne
voit rien du Corosaim ni de Gerasa , de
l'autre côté du Lac.
Il y a dans les murs de Tiberiade une
Chapelle qui sert de Magazin aux Cheiks ,
que le Prince Tancrede a fait bâtir,et qui
fut dédiée à S. Pierre , parce que ce fut
là où le Seigneur après sa Résurrection ,
apparut à ses Apôtres. Les Cheiks permettent
à nos Religieux d'y dire la Messe
quand ils vont à Tiberiade.
Nous quittâmes les Cheiks après le
diné , et nous laissâmes les dix Cavaliers
qui nous avoient escortez en allant , nous
prîmes
fo12 MERCURE DE FRANCE
prîmes notre route par la Plaine de la
multiplication des cinq Pains d'Orge et
des deux Poissons , nous passâmes au pied
de la petite Montagne sur laquelle le Seigneur
prononça les Beatitudes , auprès
de laquelle est le Village d'Athin : la
charue a passé sur le lieu où étoit le
Bourg de Jotapa , situé aux environs , et
dans lequel Flavius - Joseph fut pris par
les Romains. On ne reconnoît ce lieu
que par quelques Cîternes qu'on y trouve.
Nous arrivâmes à deux heures après
minuit à Acre , d'où je partis deux jours
après pour Seyde. Je passai à Tyr , et je
vis que les Propheties d'Ezechiel étoient
pleinement accomplies à l'égard de cette
Ville ; Dieu l'a effacée de dessus la terres
je n'y trouvai de remarquable qu'une
triple Colomne de Marbre grande de 40.
à so. pieds de longueur , qui est dans les
décombres d'une Eglise dont il subsiste
encore quelque portion de muraille . Origene
étoit enterré dans cette Eglise. Les
sables ont couvert la Digue par laquelle
Alexandre joignit la Ville à la Terre ferme
; on diroit qu'elle a toûjours été unie
au Continent. Il n'y a actuellement qu'environ
20. ou 25. personnes à Tyr.
J'aurois été au Mont Carmel , si trois
eu quatre mille Arabes n'étoient venus.
camper
M
Qu
des
able
MAY. 1731. 1013
dans la Plaine un jour après mon
camper
arrivée de Galilée , sur la nouvelle de la
disgrace des Pachas de Damas et de Seyde.
Ces descendans d'Ismaël , sous prétexte
qu'Abraham n'a laissé aucun heritage à
leur pere , s'emparent par droit d'aubeine,
des habits et des Effets des Voyageurs ,
qu'ils regardent comme leur patrimoine.
Je suis , Monsieur , &c.
Décembre 1730. par M. du Bellis , sur
un Voyage fait en Galilée , & c.
Dieur, Voyage que je
E retour depuis peu de jours , Monsieur
, d'un Voyage que je viens de
faire , je ne perds point de temps à vous
faire un récit succint de ce que j'ai vû ,
pour prévenir vos reproches. Dispensezmoi
de Dissertations , et permettez que
je vous renvoye une foule de Voyageurs
qui ont écrit des mêmes Pays où
j'ai été.
Les Révolutions de 18. siecles ont extrémement
simplifié la Galilée ; Flavius
Joseph , qui en a été Gouverneur , écrit
qu'il y avoit dans cette Province 204.
Bourgs ou Villages , dont plusieurs étoient
bien fortifiez , et dont le moindre avoit
environ 15000. hommes , sans parler des
grandes Villes de Tiberiade , de Sephoris
et de Gabara .
Hiram , Roi de Tyr , se trouva fort
mal payé de 20. Villes de la Galilée que
Salomon lui donna pour les Bois de Cedres
, de Sapins et autres Materiaux
ce Roi avoit fournis pour la construction.
du Temple de Jerusalem.
A iiij
que
La
998 MERCURE DE FRANCE
La Charuë a passé sur presque toutes
les Villes , Bourgs et Villages , et ceux
qui restent aujourd'hui , ne sont plus
situez aux mêmes lieux où étoient les
anciens . On n'y voit plus que quelques
monceaux de pierres et décombres de
maisons ruinées .
En partant de Seides , je ne m'étois pro
posé que d'aller à Acre ; j'étois en compagnie
de trois Négocians , dont deux
étoient les Députez de la Nation . Le Valet
d'un de ces Députez, est fils d'un Curé
Maronite de Seyde ; et comme il est au
fait de la Tradition , et qu'il sçait lire et
écrire le Syriaque , je le pris en affection
pour les secours que j'en attendois.
Après trois lieues de marche ,
Docteur domestique , me fit observer que
j'étois sur les ruines de Sarepta , et me
fit arrêter à une petite Mosquée , bâtie
au lieu même où étoit la maison de cette
Veuve, qui ayant bien voulu partager son
petit pain avec Elie , obtint de ce Prophete
la multiplication de sa farine , de
son huile , et là résurrection de son fils.
mon
A une lieuë et demie de cette Mosquée
nous passâmes la Riviere nommée la Hasemiech
, sur un fort beau Pont de Pierre ,
qu'Osman , Pacha de Seyde , a fait bâtir.
Que cette Riviere soit le Fleuve Eleuthere
des
MA Y. 1731. 999
des Anciens , ou non , je laisse cette discussion
aux Sçavans ; ce qu'il y a de certain
, c'est qu'elle séparoit autrefois les
Royaumes de Tyr et de Sidon.
Comme je souhaitois voir les fameux
Puits appellez les Puits de Salomon , parce
que ce Roi en parle dans le Cantique
des Cantiques , nous ne prîmes point le
chemin de Tyr , et nous marchâmes droit
à une Mosquée que les Maronites prétendent
être le Tombeau de Daniel . Nous
passâmes à cette Mosquée une partie de la
nuit.
Au lever du Soleil nous arrivâmes aux
Puits . Nous avions découvert en traversant
la vaste Plaine de Tyr , des restes
des Aqueducs qui conduisoient l'eau
de ces Puits dans cette Ville , qui en est
éloignée d'une lieuë.
Le plus grand de ces Puits subsiste en
son entier ; les deux autres sont ruinez.
L'eau monte jusqu'au bord , ce qui le fait
ressembler à un Réservoir , et en sortant
elle fait tourner des Moulins à blé , ce
qui le rend d'une grande utilité..
A deux lieues de ces Puits , on trouve
le chemin appellé aujourd'hui Anakoura;
il est taillé dans le Roc , sur le milieu
d'une Montagne qui n'a presque point de
pente ; il a environ une demie licuë de
A v long
-
1000 MERCURE DE FRANCE:
long : c'est un Ouvrage d'Alexandre le
Grand , le garde fou en est ruiné, le préci
pice en est affreux ; la Mer et des Rochers:
escarpez, sont au bas à une si grande
distance, qu'on ne peut presque en soutenir
la vûë; ce chemin,au reste, est si ruiné
et si mauvais , qu'on est obligé de mettre
pied à terre à chaque bout de champ .
Au sortir de ce passage , on trouve
un grand tas de pierres et quelques restes
de Murs . Ces ruines s'appellent Scandarete
, ce qui signifie petit Château d'Alexandre.
On arrive enfin au Cap Blanc , que les
'Anciens nommoient le Mont Saron . Delà
on découvre la Plaine d'Acre , bornée
au Sud par le Mont Carmel , qui avançant
dans la Mer , semble simétriser avec
le Cap Blanc , et entourer circulairement
avec les Montagnes de l'Est cette immense
Plaine . La Ville d'Acre paroît au
milieu sur le Rivage de la Mer ; et quoiqu'il
semble qu'on doive bien- tôt atteindre
à cette Ville , il faut pourtant émployer
quatre bonnes heures pour y arriver
, marchant toujours en ligne directe.
La Ville d'Acre ou de Ptolemaide , fait
pitié aujourd'hui , en voyant les ruines
des étonnantes Fortifications qui entouroient
cette grande Ville. L'Eglise de
S.
MAY. 1731. ΥΘΟΥ
S. André , celle de S. Jean , le Palais et la
Chapelle du Grand-Maître des Hospitaliers,
doivent être des Edifices admirables .
Il reste encore de ces superbes Edifices ,
quelques pans de murailles dans leur entier
, qui font juger de leur ancienne
beauté.
Trois jours après notre arrivée à Acre
un Négociant de Seyde , étant dans le
dessein d'aller à Tiberiade pour rendre
visite aux Cheiks qui ont la Ferme gene-
- rale de ce Pays , me proposa de l'accompagner
dans ce voyage , ce que j'acceptai
avec plaisir.
Ce Négociant avoit rendu un service
important au Cheik Saad , aîné de la
Famille des Cheiks de la Tiberiade. Ce
Cheik Saad , avec un des ses freres , informé
de l'arrivée de mon ami à Acre
se rendit à Nazareth ; et ayant appris
qu'il devoit les aller voir , il lui envoya
dix Cavaliers bien armez pour l'accompagner.
Après trois heures de marche vers l'Orient
, dans la Plaine d'Acre , nous entrâmes
dans les Montagnes de la Phénicie ,
et de-là dans les Verres de la Tribu de
Zabulon ; nous passâmes la belle Plaine
de cette Tribu ; et étant parvenus à un
Village nommé Saffoury , notre Cavalier
A vi con1002
MERCURE DE FRANCE
conducteur me fit observer le lieu oùétoit
la Maison de S.Joachim et de sainte Anne ,.
et le reste d'une fort belle Eglise à trois
Nefs , que sainte Helene avoit fait bâtirtout
auprès.
Cette dévote Imperatrice avoit rempli
toute la Terre- Sainte de Monumens de
sa pieté au commencement du IVe siecle.
Ce pauvre Village de Saffoury étoit autrefois
la fameuse Ville de Sephoris.
Au reste , vous remarquerez que le Cavalier
dont je parle , est un homme encore
plus important que
le Valet que
j'ai déja cité ; il sçait sa Terre- Sainte par
coeur , il conduit depuis 30. ans les Religieux
et les Pelerins . Ce Cavalier , nommé
Jacoub , connoît et explique tous les
lieux Saints.
Après avoir traversé Monts et Vallées ,
nous vîmes Nazareth dans un petit Valon.
entouré de Montagnes. Il est sur le penchant
d'une de ces Montagnes , regardant
l'Orient , et ne consiste qu'en quelques.
Cahutes dispersées sur une petite Esplanade.
Nous passâmes auprès de la Fontaine
où la sainte Vierge venoit prendre de
l'eau , n'y ayant point de Puits dans Nazareth
, mais seulement quelques Citernes .
Cette Fontaine est à 4. ou 500. pas du
Village
MAY . 1731.
1003
Village ; il en est de même de tous les
Villages de la Galilée. Les Habitans de
Saffoury vont chercher l'eau à un quart.
de lieuë.
La nouvelle Eglise que les Religieux de
la Terre-Sainte ont fait bâtir à Nazareth ,
est située au même lieu où s'est operé le
Mistere de l'Incarnation ; cette Eglise a
été consacrée depuis peu , et on y fait actuellement
l'Office divin.LeConvent n'est
pas encore achevé ; nous logeâmes dans
les chambres du vieux Monastere .
Comme nous arrivâmes bien avant le
coucher du Soleil , j'eus le temps d'aller
visiter l'Eglise. Elle est à trois Nefs et
fort éclairée.
La sainte Grote où s'est operé le Mistere
, se presente d'abord en entrant , on
y descend par un spacieux Escalier de
douze marches ; et après avoir traversé
l'espace où étoit la Maison qui a été transportée
à Lorette , on entre dans la Grotte
taillée dans le Roc.
Le Ceintre extérieur de cette Grotte est:
tout couvert de Marbre , et sous l'Autel
isolé qui est au milieu , on y lit ces mots :
Hic Verbum caro factum est.
A gauche en entrant , il y a deux grosses
Colomnes d'un Marbre singulier ; elles.
sont placées comme sont les Colomnes
Cou
}
1004 MERCURE DE FRANCE
couplées dans les Edifices. Sainte Helene
les fit poser lorsqu'elle fit bâtir une superbe
Eglise à Nazareth , pour désigner
la place où étoient la sainte Vierge et l'Ange
Gabriel , dans l'instant de l'Annonciation
; l'une de ces Colomnes demeuresuspendue,
adhérante à la voute de la Grotte
, ayant été brisée vers sa base par un
Pacha de Damas , qui pensant qu'elle étoit
creuse , croyoit y trouver un trésor .
On monte par deux Escaliers de 12. marches
, situez aux deux côtez du vieux Escalier
qui conduit à cette Grotte ; au grand
Autel de l'Eglise , qui est à la Romaine , et
placé précisément sur la voute de la Grotte
; le Choeur est derriere l'Autel .
M. Bergeret , Négociant François , Résident
à Acre , qui a donné le dessein de
cette Eglise , m'a dit qu'elle avoit dix toises
de longueur , neuf de largeur , et huit
et demie de hauteur. Les Maçons Turcs.
qui l'ont élevée , ont commis mille défauts
grossiers contre le Dessein de M.Bergeret.
On voit dans les cours du Convent
quelques anciens Chapiteaux Corinthiens
de l'Eglise de sainte Heleine , dont les
feuilles d'acanche et les autres ornemens
sont admirables.
Le lendemain j'allai visiter l'ancienne
SyMAY.
1731 1005
Synagogue de Nazareth ; cet Edifice s'est
bien conservé, mais il sert aujourd'hui d'écurie.
Je vis aussi les ruines d'une petite ,
Eglise bâtie où étoit la Boutique de S. Joseph
, et la Table de pierre sur laquelle le
Sauveur mangeoit quelquefois avec ses
Apôtres ; elle est à present renverseé .
Je négligeai d'aller voir le Précipice
qui est à un quart de lieuë de Nazareth ,
parce qu'il n'est pas décidé si ce fut à ce
lieu où au haut de la Montagne même ,
au penchant de laquelle le Village est
place , que les Juifs au sortir de la Synagogue
, conduisirent le Seigneur pour le
précipiter.
Nous partîmes avec les Cheiks de la
Tiberiade pour nous rendre chez eux. Ils
avoient pour leur suite 60. Cavaliers armez
de lances , de fusils , de sabres et de
pistolets à la ceinture , desorte qu'avec
nos dix Cavaliers et nos gens , nous étions
plus de 80. personnes à cheval.
A peine eûmes- nous marché une heure,
que nous nous arrêtâmes pour attendre
un Cavalier que nous voyons venir à toute
bride ; il rendit une Lettre aux Cheiks,
qu'on leur écrivoit d'Acre , par laquelle
on les informoit que le jour d'auparavant
21. de Novembre , il étoit arrivé à
Seyde un Capigi , porteur d'un Commandement
TOOG MERCURE DE FRANCE
•
dement pour arrêter Soliman- Pacha et
s'assurer de son bien ; que le Pacha de
Damas , son frere , avoit été également
arrêté avec le Pacha de Tripoli , fils de ce
dernier , le Gouverneur de Lataquie , fils
du Pacha de Tripoli , et celui de Mara.
Le Cavalier ajoûta que depuis un quart
d'heure qu'il étoit parti de Nazareth , il
y étoit arrivé un Capigi qui étoit descendu
chez les PP: de la Terre- Sainte .
Les Cheiks retournerent sur leurs pas
pour sçavoir le sujet de ce dernier Ĉapigi
, et nous rejoindre ensuite au Kanaintujar,
qui est au - dessous du Thabor , dans
la Plaine d'Esdrelon ; ils nous laisserent
20. Cavaliers .
Continuant notre route , nous vîmes
en passant une Mosquée , où l'on dit que
le Prophete Jonas est enterré ; de-là nous
allâmes à Cana.
L'Eglise et le Monastere que sainte He
lene avoit fait bâtir au lieu même où étoit
la Maison des Nôces où se fit le Miracle
sont aux trois quarts démolis. Je bus à
F'unique Fontaine du Village , de cette eau
qui fut convertie en vin . On voit auprès
les restes d'une Chapelle.
Aux environs de Cana , nous traversâmes
le Champ des Epis , où les Pharisiens
scandalisez de voir les Apôtres manger
dess
MAY. 1731 1057
des grains de froment le jour du Sabat ,
furent repris par le Sauveur.
Après avoir marché dans de beaux Va-.
lons , dont les Montagnes sont couvertes
de Chênes verds , nous entrâmes dans
la Plaine d'Esdrelon , nous nous trouvâmes
dans peu presque au pied du Thabor,
mais la forme piramidale de cette fameuse
Montagne , est encore la plus admirable
vûë de la Plaine. C'est ici où le docte
Cavalier Jacoub donna une grande satisfaction
à mes yeux et à mon imagination
. D'abord il m'instruisit des ruines
qui subsistent au sommet du Thabor ,
reste des Edifices que sainte Helene et le
Prince Tancrede avoient fait bâtir.
Il me montra ensuite les Monts Here
mon et Hermonien , et me fit appercevoir
de fort loin les Montagnes arides et pellées
de Gelboé , me de igna derriere le
Thabor le lieu où étoit la Ville de Naïm
au pied d'Hermonoüm . La Ville d'Ador,
où Saül alla consulter la Devineresse .
Il me rapella les évenemens de l'Ecriture .
arrivez in Campo magno Esdrelon , la Bataille
de Josué contre le Roi de Maggedo ,
la défaite de Sisara par Barac , assisté de
Débora ; la mort d'Ochozias par Jehu
et celle de Josias par Pharaon Nechao .
Nous nous rendîmes ensuite au Kanaintujar
1008 MERCURE DE FRANCE
naïntujar , c'est à-dire , le Kan de la Source
des Marchands ; c'est un très - bel Edifice:
construit par les Turcs , et qu'ils laissent
tomber en ruine ; il a été bâti pour la
commodité des Caravanes de Damas qui:
passent par la Plaine d'Esdrelon . Il s'y
tient un Bazar ou Marché toutes les se
maines. Les Pierres qui ont servi à cet
Edifice , avoient été tirées de la démolition
d'une Forteresse que les Chrétiens
avoient bâtie.
Les murailles et les tours de cette Forteresse
, qui est à une portée de fusil du
Kan , subsistent encore à une toise d'élevation
; rien n'est si admirable que les
Edifices , que les Croisez avoient élevés
dans ces Pays.
Les Cheiks nous joignirent une heure
après, et nous apprirent que le Capigi arrivé
à Nazareth , venoit de Jerusalem ,
où il avoit été envoyé pour examiner un
nouvel Edifice des Arméniens , sur lequel
il y avoit eu des plaintes à la Porte,
que les Latins , les Grecs et les Arméniens
lui avoient fait ensemble un present de
onze Bourses , afin qu'il fit à la Porte des
Relations inconsequentes de leurs Eglises
et de leurs Monasteres , et que les Religieux
de Nazareth lui avoient donné cent
Sequins pour le même sujet .
Au
MAY. 1731. 1009.
Au Soleil couchant nous arrivâmes à
la Tiberiade. On ne voit la Mer
que lorsqu'on
est parvenu
au haut de la Monta- gne, où l'on arrive
par une Plaine
; il faut descendre
après pendant
une demie
heure
pour
arriver
à la Ville.
Cette Ville bâtie par Hérode en l'honneur
de Tibere , devoit être superbe ; elle
étoit fort longue , mais peu large , parce
que la montagne la serre vers le bord de
la Mer.
Il. y a apparence que la Maison des
Cheiks où nous descendîmes , étoit un
ancien Palais , à en juger par ce qui reste
des Murailles , au bas desquelles la Mer
bat , et sur lesquelles ils ont pratiqué des
logemens à la façon du Pays. Toutes les
pierres de ces Murailles sont taillées en
pointe de diamants.
>
On voit sur le Rivage trois petits Ouvrages
d'une toise en quarré , revêtus des
mêmes pierres placées sur une même ligne
, et elevez sur des Colomnes enfoncées
dans terre , l'une touchant l'autre
à la façon de nos Pilotis. On présume que
ces Ouvrages soutenoient quelque Peristile
ou Galerie saillante du Palais. Il y a
quelques morceaux de Frise et autres fragmens
sur la Gréve , dont la Sculpture n'a
rien de remarquable.
Auprès
Toro MERCURE DE FRANCE
Auprès de ce Palais il y avoit une Forteresse
dont les ruines font aujourd'hui
un très-bel objet pittoresque ; le Palais et
la Forteresse étoient précisément au milieu
de la Ville. On ne sçait si l'enceinte de
murailles qui renferme avec ces antiques
Masures , 40. ou 50. Chaumieres , est un
Ouvrage d'Hérode ou des Croisez.
Ce sont ces murailles que le Pacha canona
le mois d'Avril dernier et devant
lesquelles il se posta avec 4000. hommes.
Elles forment un quarré long de 5. ou
600. pas , et ont tout au plus trois pieds
d'épaisseur et trois toises d'élevation . Les
Assiegez étoient au nombre de 170. mal
armez et le Chekdair joüoit aux Echecspendant
le Siege.
Ce Cheik et ses freres , au nombre de
cinq , nous régalerent de leur mieux ; et
le lendemain matin nous allâmes à cheval,
marchant toujours dans des ruines aux
Bains chauds qui étoient au bout de la
Ville du côté du Midy.
Au retour j'examinai ce Lac ou cette
Mer , sur les bords de laquelle et sur
laquelle même le Seigneur a operé tant
de prodiges. Le Cavalier Jacoub me dit
qu'elle n'avoit pas six à sept milles de
largeur et 18. à 19. milles de longueur.
Elle est toute entourée de Montagnes très
roides.
MAY. 1731. 1011
nides Il me fit observer du côté du Nord
P'endroit où le Jourdain entre dans cette
Mer , et quelques tas de pierres au lieu
où étoient Capharnaum et Betsaïde .
Au sommet d'une haute Montagne du
même côté , au Nord , je voyois parfaifaitement
la Ville de Saphet avec sa Citadelle.
Cette Ville est actuellement en
grande veneration parmi les Juifs , à cause
que leurs Rabbins , Auteurs du Talmud
, y sont enterrez . Elle donne lieu à
une grande question pour sçavoir si elle
est l'ancienne Bethulie.
En descendant vers l'Est sur la même
Montagne , on voit le Puits où Joseph fut
mis par ses freres , ou pour mieux dire
le Kan auprès duquel est ce Puits. On ne
voit rien du Corosaim ni de Gerasa , de
l'autre côté du Lac.
Il y a dans les murs de Tiberiade une
Chapelle qui sert de Magazin aux Cheiks ,
que le Prince Tancrede a fait bâtir,et qui
fut dédiée à S. Pierre , parce que ce fut
là où le Seigneur après sa Résurrection ,
apparut à ses Apôtres. Les Cheiks permettent
à nos Religieux d'y dire la Messe
quand ils vont à Tiberiade.
Nous quittâmes les Cheiks après le
diné , et nous laissâmes les dix Cavaliers
qui nous avoient escortez en allant , nous
prîmes
fo12 MERCURE DE FRANCE
prîmes notre route par la Plaine de la
multiplication des cinq Pains d'Orge et
des deux Poissons , nous passâmes au pied
de la petite Montagne sur laquelle le Seigneur
prononça les Beatitudes , auprès
de laquelle est le Village d'Athin : la
charue a passé sur le lieu où étoit le
Bourg de Jotapa , situé aux environs , et
dans lequel Flavius - Joseph fut pris par
les Romains. On ne reconnoît ce lieu
que par quelques Cîternes qu'on y trouve.
Nous arrivâmes à deux heures après
minuit à Acre , d'où je partis deux jours
après pour Seyde. Je passai à Tyr , et je
vis que les Propheties d'Ezechiel étoient
pleinement accomplies à l'égard de cette
Ville ; Dieu l'a effacée de dessus la terres
je n'y trouvai de remarquable qu'une
triple Colomne de Marbre grande de 40.
à so. pieds de longueur , qui est dans les
décombres d'une Eglise dont il subsiste
encore quelque portion de muraille . Origene
étoit enterré dans cette Eglise. Les
sables ont couvert la Digue par laquelle
Alexandre joignit la Ville à la Terre ferme
; on diroit qu'elle a toûjours été unie
au Continent. Il n'y a actuellement qu'environ
20. ou 25. personnes à Tyr.
J'aurois été au Mont Carmel , si trois
eu quatre mille Arabes n'étoient venus.
camper
M
Qu
des
able
MAY. 1731. 1013
dans la Plaine un jour après mon
camper
arrivée de Galilée , sur la nouvelle de la
disgrace des Pachas de Damas et de Seyde.
Ces descendans d'Ismaël , sous prétexte
qu'Abraham n'a laissé aucun heritage à
leur pere , s'emparent par droit d'aubeine,
des habits et des Effets des Voyageurs ,
qu'ils regardent comme leur patrimoine.
Je suis , Monsieur , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Seyde le premier Décembre 1730. par M. du Bellis, sur un Voyage fait en Galilée, &c.
En décembre 1730, M. du Bellis relate un voyage en Galilée, mentionnant les révolutions des 18 derniers siècles qui ont simplifié la région. Flavius Josèphe décrivait 204 bourgs ou villages, certains fortifiés et peuplés de milliers d'habitants, mais la région est marquée par des destructions, laissant des monceaux de pierres et des décombres. Le voyageur part de Seyde avec trois négociants, dont un valet connaissant la tradition et le syriaque. Ils visitent les ruines de Sarepta, la rivière Hasemiech, et les Puits de Salomon. Ils traversent le chemin d'Anakoura, construit par Alexandre le Grand, et découvrent les ruines de Scandarete avant d'atteindre le Cap Blanc et la ville d'Acre, dont les fortifications sont en ruines. À Acre, le voyageur accompagne un négociant à Tibériade. Ils traversent la plaine d'Acre, les montagnes de la Phénicie, et les terres de la tribu de Zabulon, visitant les ruines de Sephoris et la maison de saint Joachim et sainte Anne à Saffoury. Ils atteignent ensuite Nazareth, où ils visitent l'église de l'Incarnation et la grotte de l'Annonciation. Le voyage se poursuit vers Cana, où ils visitent les ruines de l'église et du monastère construits par sainte Hélène. Ils traversent ensuite la plaine d'Esdrelon et le mont Thabor, où le cavalier Jacoub explique les ruines et les événements bibliques associés à la région. Ils se rendent finalement au Kanaintujar, un bel édifice près de la source des marchands. Le texte décrit également plusieurs sites historiques et événements observés en mai 1731. Un édifice construit par les Turcs pour les caravanes de Damas, situé dans la plaine d'Esdrelon, abrite un marché hebdomadaire. Les pierres de cet édifice proviennent de la démolition d'une forteresse chrétienne. Les Croisés avaient élevé des édifices admirables dans la région. À Nazareth, un Capigi, envoyé de Jérusalem pour examiner un nouvel édifice arménien, a reçu des présents des Latins, Grecs et Arméniens pour éviter des plaintes à la Porte. Les religieux de Nazareth lui ont également donné cent sequins. Le voyage se poursuit vers Tibériade, une ville bâtie par Hérode en l'honneur de Tibère. La ville est longue mais peu large, serrée par la montagne près de la mer. La maison des cheiks, où les auteurs descendent, semble être un ancien palais avec des murailles taillées en pointe de diamants. Les murailles de la ville, canonnées par le Pacha en avril, forment un carré long de 500 à 600 pas, avec une épaisseur de trois pieds et une élévation de trois toises. Les cheiks et leurs frères offrent un repas aux auteurs, qui visitent ensuite les bains chauds à l'extrémité de la ville. Le lac de Tibériade, où le Seigneur a opéré de nombreux prodiges, est décrit comme ayant une largeur de six à sept milles et une longueur de 18 à 19 milles, entouré de montagnes très roides. Des sites bibliques comme Capharnaum et Betsaïde sont mentionnés. La ville de Saphet, en grande vénération parmi les Juifs, est visible depuis une montagne. En descendant vers l'est, on voit le puits où Joseph fut mis par ses frères. À Tibériade, une chapelle dédiée à Saint-Pierre, construite par le prince Tancrede, sert de magasin aux cheiks et permet aux religieux de dire la messe. Le voyage se poursuit vers Acre, en passant par des lieux bibliques comme la plaine de la multiplication des pains et la montagne des Béatitudes. À Tyr, les prophéties d'Ézéchiel sont accomplies, et la ville est presque déserte. Les auteurs mentionnent également la présence de tribus arabes dans la plaine, prêtes à s'emparer des biens des voyageurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 1013-1017
LES TOURTERELLES. IDILLE. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne. A Madame Deshoulieres.
Début :
HELAS ! constantes Tourterelles, [...]
Mots clefs :
Tourterelles, Art des romans, Jalousie, Galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES TOURTERELLES. IDILLE. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne. A Madame Deshoulieres.
LES TOURTERELLES ,
IDILL E.
Par Me de Malcrais de la Vigne , du
Croisie , en Bretagne.
A Madame Deshoulieres.
H Elas constantes Tourterelles ,
Que vos carresses et vos jeux
Ont des attraits touchans pour un coeur amoureux
!
Redoublez , s'il se peut , vos flammes mutuelles
2
-Pâ mez - vous , languissez , mourez dans les plaisirs
,
Ah j'entends yos petits soupirs ,
De
1014 MERCURE DE FRANCE ,
De vos transports secrets , interprètes fidelles,
Profitez de la vie heureux couple d'Amans ,
Joüissez d'un bonheur dont la source est si
pure ;
L'instinct que vous donna la prudente Na
ture ,
Vaut mieux que tous nos sentimens.
Sans vous embarrasser dans d'inutiles peines ,
Le sang qui coule dans vos veines ,
Nous instruit cent fois mieux que tout l'Art des
Romans.
Plus votre ardeur vieillit , plus vous la trouvez
belle ,
Malgré l'effort des ans , vos coeurs sont enflam
mez ,
Et pour une autre Tourterelle ,
Vous ne quittez jamais celle que vous aimez.
Si les Amans , et les Amantes
Avoient pour s'envoler des aîles comme vous ,
On verroit encor parmi nous ,
Plus d'inconstans , et d'inconstantes.
C'est vous que l'on doit appeller
De vrais modéles de tendresse ,
Vous avez seulement des aîles pour voler
Après le cher objet qui vous charme sane
cesse.
Dans votre commerce amoureux
La défiante jalousie ,
Ne
MAY. 1731 .
Ne répandit jamais le poison dangéreux ,
Qui parmi nous brise les noeuds
De l'amitié la plus unic.
Si vous paroissiez quelquefois
Disputer et hausser la voix ,
Je n'y découvre rien que la loüable envie
De deux Amans ambitieux ,
Du prix de s'entr'aimer le mieux ;
Et de pareils débats toute aigreur est bannie.
Vous fréquentez les mêmes lieux ,
Vous ne cherchez jamais nulle autre compa
gnie.
Vous bûvez au même ruisseau ,
Vous vous perchez toujours sur le même rameau
,
Quand vos paupieres sont forcées ,
De céder aux pavots que le sommeil répand ,
Vous craignez de vous perdre , et vos plumes
pressées
Paroissoient être entrelassées .
Que votre langage est charmant !
Qu'il a
land !
› je ne sçai quoi , d'honnête et de ga-
Que vos accens plaintifs sont poussez d'un air
tendre !
Ce n'est qu'aux coeurs comme le mien ,
A qui Venus permet d'entendre
Et de goûter votre entretien.
B Après
016 MERCURE DE FRANCE ,
Après avoir cueilli des douceurs infinies
Dans vos embrassemens savourez à longs traits ;
Si vos forces sont affoiblies ,
Votre amitié ne l'est jamais .
Ah ! quand vous vous plaignez , c'est un regret
extrême ,
Qui vous fait l'une à l'autre adresser ce discours
:
Faut-il , mon petit coeur , toujours aimer de
même ,
Sans pouvoir cependant se carresser toujours ?
Depuis le lever de l'Aurore ,
Vous sçavez vous donner jusques à son retour ,
Differentes marques d'amour.
Recommencez vos jeux , recommencez encore ,
Hôtes légers des Bois il n'est rien sous les
Cieux
>
Qui puisse tant flatter et mon coeur et mes
усих .
Mais , si le Berger que j'adore
N'avoit plus aujourd'hui pour moi le même
coeur ,
Si l'Amour avoit fait éclore
Dans son ame changée une nouvelle ardeur.
Tourmens affreux ! douleurs cruelles !
Soupçons persuasifs ! doutes impérieux !
Cessez , helas ! cessez, constantes Tourterelles ,
N'offrez pas désormais ces plaisirs à mes yeux.
S'ils leur doivent coûter des larmes éternelles .
Du
1
MAY. 1017 1731.
Du beau Séxe François , ô la gloire et l'honneur
,
Deshoulieres , dont le génie
Sçut chanter des Amans la douce maladie ,
Et des Heros Guerriers célébrer la valeur ;
Du Pinde où tu jouis d'une meilleur vie ,
Regarde ici bas , et reçoi
L'Idille que je te dédie >
C'est à ton goût que je la doi .
Si je puis aujourd'hui mériter ton suffrage ,
Phébus et les neuf Soeurs s'unissant avec toi ,
Avoûront ce galant Ouvrage.
IDILL E.
Par Me de Malcrais de la Vigne , du
Croisie , en Bretagne.
A Madame Deshoulieres.
H Elas constantes Tourterelles ,
Que vos carresses et vos jeux
Ont des attraits touchans pour un coeur amoureux
!
Redoublez , s'il se peut , vos flammes mutuelles
2
-Pâ mez - vous , languissez , mourez dans les plaisirs
,
Ah j'entends yos petits soupirs ,
De
1014 MERCURE DE FRANCE ,
De vos transports secrets , interprètes fidelles,
Profitez de la vie heureux couple d'Amans ,
Joüissez d'un bonheur dont la source est si
pure ;
L'instinct que vous donna la prudente Na
ture ,
Vaut mieux que tous nos sentimens.
Sans vous embarrasser dans d'inutiles peines ,
Le sang qui coule dans vos veines ,
Nous instruit cent fois mieux que tout l'Art des
Romans.
Plus votre ardeur vieillit , plus vous la trouvez
belle ,
Malgré l'effort des ans , vos coeurs sont enflam
mez ,
Et pour une autre Tourterelle ,
Vous ne quittez jamais celle que vous aimez.
Si les Amans , et les Amantes
Avoient pour s'envoler des aîles comme vous ,
On verroit encor parmi nous ,
Plus d'inconstans , et d'inconstantes.
C'est vous que l'on doit appeller
De vrais modéles de tendresse ,
Vous avez seulement des aîles pour voler
Après le cher objet qui vous charme sane
cesse.
Dans votre commerce amoureux
La défiante jalousie ,
Ne
MAY. 1731 .
Ne répandit jamais le poison dangéreux ,
Qui parmi nous brise les noeuds
De l'amitié la plus unic.
Si vous paroissiez quelquefois
Disputer et hausser la voix ,
Je n'y découvre rien que la loüable envie
De deux Amans ambitieux ,
Du prix de s'entr'aimer le mieux ;
Et de pareils débats toute aigreur est bannie.
Vous fréquentez les mêmes lieux ,
Vous ne cherchez jamais nulle autre compa
gnie.
Vous bûvez au même ruisseau ,
Vous vous perchez toujours sur le même rameau
,
Quand vos paupieres sont forcées ,
De céder aux pavots que le sommeil répand ,
Vous craignez de vous perdre , et vos plumes
pressées
Paroissoient être entrelassées .
Que votre langage est charmant !
Qu'il a
land !
› je ne sçai quoi , d'honnête et de ga-
Que vos accens plaintifs sont poussez d'un air
tendre !
Ce n'est qu'aux coeurs comme le mien ,
A qui Venus permet d'entendre
Et de goûter votre entretien.
B Après
016 MERCURE DE FRANCE ,
Après avoir cueilli des douceurs infinies
Dans vos embrassemens savourez à longs traits ;
Si vos forces sont affoiblies ,
Votre amitié ne l'est jamais .
Ah ! quand vous vous plaignez , c'est un regret
extrême ,
Qui vous fait l'une à l'autre adresser ce discours
:
Faut-il , mon petit coeur , toujours aimer de
même ,
Sans pouvoir cependant se carresser toujours ?
Depuis le lever de l'Aurore ,
Vous sçavez vous donner jusques à son retour ,
Differentes marques d'amour.
Recommencez vos jeux , recommencez encore ,
Hôtes légers des Bois il n'est rien sous les
Cieux
>
Qui puisse tant flatter et mon coeur et mes
усих .
Mais , si le Berger que j'adore
N'avoit plus aujourd'hui pour moi le même
coeur ,
Si l'Amour avoit fait éclore
Dans son ame changée une nouvelle ardeur.
Tourmens affreux ! douleurs cruelles !
Soupçons persuasifs ! doutes impérieux !
Cessez , helas ! cessez, constantes Tourterelles ,
N'offrez pas désormais ces plaisirs à mes yeux.
S'ils leur doivent coûter des larmes éternelles .
Du
1
MAY. 1017 1731.
Du beau Séxe François , ô la gloire et l'honneur
,
Deshoulieres , dont le génie
Sçut chanter des Amans la douce maladie ,
Et des Heros Guerriers célébrer la valeur ;
Du Pinde où tu jouis d'une meilleur vie ,
Regarde ici bas , et reçoi
L'Idille que je te dédie >
C'est à ton goût que je la doi .
Si je puis aujourd'hui mériter ton suffrage ,
Phébus et les neuf Soeurs s'unissant avec toi ,
Avoûront ce galant Ouvrage.
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Résumé : LES TOURTERELLES. IDILLE. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne. A Madame Deshoulieres.
Le poème 'Les Tourterelles' de Me de Malcrais de la Vigne, du Croisie, en Bretagne, est adressé à Madame Deshoulières. Il célèbre l'amour constant et fidèle des tourterelles, comparé à l'amour humain. Les tourterelles incarnent la tendresse, ignorant la jalousie et l'inconstance. Elles vivent des moments de bonheur partagé sans jamais se séparer. Leur amour est présenté comme exempt des peines et des doutes qui affectent les humains. Le poète admire leur fidélité inébranlable, contrastant avec les tourments humains en cas de changement de cœur. Le poème se conclut par une dédicace à Madame Deshoulières, louant son génie et son talent pour chanter l'amour et la valeur des héros.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1017-1023
LETTRE de M. Chompré, Maître de Pension dans la ruë S. Jean de Bauvais, à M. D. L. R. touchant le Bureau Tipographique.
Début :
Bien des personnes, Monsieur, me trouvant cité dans l'espece de Procès [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Adversaire du système, Collège, Alphabets ordinaires, Langue hébraïque, Horace, Maxime, Étude des Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Chompré, Maître de Pension dans la ruë S. Jean de Bauvais, à M. D. L. R. touchant le Bureau Tipographique.
LETTRE de M. Chompré , Maître de
Pension dans la rue S. Jean de Bauvais ,
à M. D. L. R. touchant le Bureau Tipographique
.
B
Ien des personnes , Monsieur , me
trouvant cité dans l'espece de Procès
Litteraire , intenté contre l'Auteur du
Bureau Tipographique , ont jugé différemment
de l'article qui me regarde en
particulier , et je crois devoir détromper
ceux qui de part et d'autre, voudroient
m'y engager pour plus que je ne dois y
être.
Bij II
1018 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai qu'après avoir connu les
avantages du Bureau Typographique , auquel
j'avois vû travailler le petit Candiac,
j'en fis faire un l'année derniere pour un
enfant âgé de deux ans mais peu après
on me proposa un établissement , dont
les pénibles commencemens ne paroissoient
guéres compatibles avec ce travail ,
qui demande un certain loisir , et une
certaine attention , suivie et réfléchie : de
plus , l'enfant tomba malade avant que
d'être mis au Bureau , et est demeuré
presque dans l'inaction jusqu'à présent,
>
L'Auteur du Bureau Typographique
sans distinguer mes Pensionnaires , ni meş
Externes qui vont en Classe , du petit
enfant pour lequel j'avois fait faire ce Bureau
, avança pour lors dans le Mercure
de Juillet , que je n'avois pas négligé de me
donner un Bureau Typographique pour accélerer
les premieres études des enfans. Il est
visible que ces premieres études ne regardoient
point les Pensionnaires ni les Externes
, mais seulement le petit enfant
dont il est question . Je craignis cependant
qu'on ne donnât à cela une fausse interl'Auprétation
, et j'aurois souhaitté que
teur du Bureau eut rectifié cet endroit
dans une autre Lettre : mais on ne présuma
pas qu'il se trouveroit quelqu'un pour
rele-
C
"
MAY. 1731 . 1019
relever une expérience qui n'étoit pas encore
commencée. L'Auteur du Bureau a
dit simplement que je n'avois pas négligé
de m'en donner un , et non pas que
j'y fisse travailler.
Un des Adversaires du Systême voulant
Fefuter cette Méthode , a conclu du pouvoir
à l'Acte , quand dans le dernier Mercure
de Février , après avoir rapporté
plusieurs exemples , il ajoûte ( parlant de
Auteur ) il n'oubliera pas M. Chompré ,
Maître de Pension , qui se sert du Bureau
Typographique pour les enfans. Si ce Critique
avoit voulu prendre la peine de se
bien informer de la chose , il auroit appris
que je n'ai point d'Ecoliers qui n'aillent
au College , ausquels par conséquent
le Bureau ne soit inutile ; c'est un fait.
Pourquoi donc avance- t-il que je m'en sers
pour les enfans ? Est-ce pour faire croire
ce qui n'est pas ? Si cependant il avoit été
curieux d'une exacte perquisition , il n'en
auroit pas sûr été content ; car il à coup
auroit appris que quoique l'enfant soit
toujours languissant , il n'a pas laissé de
faire quelques progrès.
Il sçait parfaitement
bien non- sculement
ses lettres , mais encore les chiffres ,
esa mere et sa soeur lui ont fait apprendre
en le tenant assis vis- à-vis le Bureau , /
que sa n
B iij pour
1020 MERCURE DE FRANCE
pour l'amuser , lorsque ses douleurs lui
donnoient un peu de repis , et il en est
présentement à ce que l'Auteur appelle
la seconde Classe . Comme il commence
à se mieux porter , il marque une inclination
constante pour ce jeu , et ne paroît
aucunement touché des objets qu'on présente
ordinairement aux enfans de son
âge : mais quand il se porteroit bien , l'ap
plication continuelle que je dois à l'éducation
des jeunes gens qu'on me confie , et
le bon ordre qu'il faut entretenir dans
ma Pension , ne me permettent pas de le
suivre au reste , il en attrapera ce qu'il
pourra ; c'est toujours beaucoup de pou
voir l'instruire de bonne heure , en l'amusant
et sans se fatiguer par trop d'attention
, ce qui ne paroit pas possible
avec les Alphabets ordinaires. Si l'éducation
particuliere de cet enfant n'est pas
des plus favorables à l'Auteur duSystême ,
elle l'est encore moins à ses Critiques . Je
vous prie donc , Monsieur , de trouver
bon que je détrompe ici ceux , qui captieusement,
ou mal informés , voudroient
encore faire mention de moi , et qui grossiroient
, ou qui diminueroient l'exemple
pour l'accommoder selon leur besoin , ce
qui n'arrive que trop communément
quand nous nous déclarons contre une
chose
MAY. 1731. 1021
chose qui ne nous plaît pas . On devroiť
du moins convenir genereusement du
bon qui se trouve dans le Systême du Bureau
Typographique , et refuter par des
raisons solides ce qu'on croit qui doit être
censuré.
Je sçai , comme bien d'autres , que l'Auteur
Typographe est de bonne foi , et
qu'il ne veut tromper personne. Sa probité
, son parfait désinteressement et son
extrême modestie , soutenus d'un sçavoir
qui n'est pas médiocre sur cette matiere ,
sont de bons préjugez pour son Systême :
néanmoins , entre plusieurs objections
qu'on peut lui faire. J'en vois une ou
deux qui me paroissent mériter quelque
attention. C'est la difficulté de trouver
des Maîtres , qui après avoir long - tems
étudié , et se croyant par conséquent en
état d'instruire , soient assez humbles pour
se mettre à l'A , B , C. C'est une étude
qui ne flatte assurément pas l'amour propre
, il faut cependant y revenir pour faire
usage du Bureau , car il ne s'agit pas
seulement de l'A , B , C , comme on l'entend
communément , mais d'une Doctrine
à laquelle on ne s'est guere appliqué
je veux dire la propre dénomination des
lettres , et les sons de la Langue , au moïen
de quoi l'enfant ne trouve plus dans son
Biiij che1012
MERCURE DE FRANCE.
2
chemin les ronces ni les épines qu'il rencontre
inévitablement avec la méthode
ordinaire . Outre la difficulté de trouver
des Maîtres capables , bien assidus et
bien patiens , il y en a encore une bien
plus forte c'est l'oeconomie du plus
grand nombre des parens , en fait d'éducation
, lesquels ne faisant pas souvent
difficulté de dépenser dix , vingt , trente
pistolles , et quelquefois des sommes bien
plus considérables , mal- à- propos
,
>
он
pour leurs plaisirs , ne pourront se résoudre
à en dépenser trois ou quatre pour
avoir un Bureau avec tout son attirail.
Un petit Alphabet de deux ou trois sols
est un peu moins difficile à acquerir .
La question est donc de sçavoir si ce
Systême réussira . Adhuc subjudice lis est.
Quoiqu'il en soit , n'y eut- il ici que les
verges et les férules de moins , c'est un
grand avantage. Ces sortes d'instrumens
sans lesquels l'enfant profite tout autant ,
et même plus qu'avec le petit Alphabet ,
et qui ne servent qu'à inspirer aux enfans
du dégoût pour l'étude des Lettres , deviennent
absolument inutiles avec cette
Méthode ; l'Auteur , sagement n'en conseille
l'usage que pour les fautes ausquelles
le coeur seul à plus de part que l'esprit.
Enfin , il est certain que ce Systême
a
ne
MA Y. 1731. 1023
ne regarde que ceux qui font profession
d'enseigner les premiers élémens des lettres
, depuis l'A , B , C , jusqu'aux basses
Classes , et qu'un enfant y apprend aisément
à lire les Langues Françoises , Latines
, Grecques , Hebraïques , et telles autres
, que le Maître est capable d'enseigner
: mais il ne peut convenir , ni à un
Professeur , ni à un Maître qui répéte les
Humanitez : en effet , quelle apparence y
auroit- il de dresser cette machine dans un
endroit où les jeunes gens sont plus pour
écouter et pour écrire que pour voir ? Le
Bureau Typographique est fait pour être
vû , et non pour être entendu , c'est ce
qui en fait le principal mérite ; car ce Ru
diment sensible , frappant les yeux , s'inculque
mieux que ce qu'on entend seule
ment raconter , et l'on y peut bien appliquer
cette Maxime d'Horace :
Segnius irritant animos demissa per aurem ,
Quam qua sunt oculis subjecta fidelibus
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ce 18 Avril , 1731.
Pension dans la rue S. Jean de Bauvais ,
à M. D. L. R. touchant le Bureau Tipographique
.
B
Ien des personnes , Monsieur , me
trouvant cité dans l'espece de Procès
Litteraire , intenté contre l'Auteur du
Bureau Tipographique , ont jugé différemment
de l'article qui me regarde en
particulier , et je crois devoir détromper
ceux qui de part et d'autre, voudroient
m'y engager pour plus que je ne dois y
être.
Bij II
1018 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai qu'après avoir connu les
avantages du Bureau Typographique , auquel
j'avois vû travailler le petit Candiac,
j'en fis faire un l'année derniere pour un
enfant âgé de deux ans mais peu après
on me proposa un établissement , dont
les pénibles commencemens ne paroissoient
guéres compatibles avec ce travail ,
qui demande un certain loisir , et une
certaine attention , suivie et réfléchie : de
plus , l'enfant tomba malade avant que
d'être mis au Bureau , et est demeuré
presque dans l'inaction jusqu'à présent,
>
L'Auteur du Bureau Typographique
sans distinguer mes Pensionnaires , ni meş
Externes qui vont en Classe , du petit
enfant pour lequel j'avois fait faire ce Bureau
, avança pour lors dans le Mercure
de Juillet , que je n'avois pas négligé de me
donner un Bureau Typographique pour accélerer
les premieres études des enfans. Il est
visible que ces premieres études ne regardoient
point les Pensionnaires ni les Externes
, mais seulement le petit enfant
dont il est question . Je craignis cependant
qu'on ne donnât à cela une fausse interl'Auprétation
, et j'aurois souhaitté que
teur du Bureau eut rectifié cet endroit
dans une autre Lettre : mais on ne présuma
pas qu'il se trouveroit quelqu'un pour
rele-
C
"
MAY. 1731 . 1019
relever une expérience qui n'étoit pas encore
commencée. L'Auteur du Bureau a
dit simplement que je n'avois pas négligé
de m'en donner un , et non pas que
j'y fisse travailler.
Un des Adversaires du Systême voulant
Fefuter cette Méthode , a conclu du pouvoir
à l'Acte , quand dans le dernier Mercure
de Février , après avoir rapporté
plusieurs exemples , il ajoûte ( parlant de
Auteur ) il n'oubliera pas M. Chompré ,
Maître de Pension , qui se sert du Bureau
Typographique pour les enfans. Si ce Critique
avoit voulu prendre la peine de se
bien informer de la chose , il auroit appris
que je n'ai point d'Ecoliers qui n'aillent
au College , ausquels par conséquent
le Bureau ne soit inutile ; c'est un fait.
Pourquoi donc avance- t-il que je m'en sers
pour les enfans ? Est-ce pour faire croire
ce qui n'est pas ? Si cependant il avoit été
curieux d'une exacte perquisition , il n'en
auroit pas sûr été content ; car il à coup
auroit appris que quoique l'enfant soit
toujours languissant , il n'a pas laissé de
faire quelques progrès.
Il sçait parfaitement
bien non- sculement
ses lettres , mais encore les chiffres ,
esa mere et sa soeur lui ont fait apprendre
en le tenant assis vis- à-vis le Bureau , /
que sa n
B iij pour
1020 MERCURE DE FRANCE
pour l'amuser , lorsque ses douleurs lui
donnoient un peu de repis , et il en est
présentement à ce que l'Auteur appelle
la seconde Classe . Comme il commence
à se mieux porter , il marque une inclination
constante pour ce jeu , et ne paroît
aucunement touché des objets qu'on présente
ordinairement aux enfans de son
âge : mais quand il se porteroit bien , l'ap
plication continuelle que je dois à l'éducation
des jeunes gens qu'on me confie , et
le bon ordre qu'il faut entretenir dans
ma Pension , ne me permettent pas de le
suivre au reste , il en attrapera ce qu'il
pourra ; c'est toujours beaucoup de pou
voir l'instruire de bonne heure , en l'amusant
et sans se fatiguer par trop d'attention
, ce qui ne paroit pas possible
avec les Alphabets ordinaires. Si l'éducation
particuliere de cet enfant n'est pas
des plus favorables à l'Auteur duSystême ,
elle l'est encore moins à ses Critiques . Je
vous prie donc , Monsieur , de trouver
bon que je détrompe ici ceux , qui captieusement,
ou mal informés , voudroient
encore faire mention de moi , et qui grossiroient
, ou qui diminueroient l'exemple
pour l'accommoder selon leur besoin , ce
qui n'arrive que trop communément
quand nous nous déclarons contre une
chose
MAY. 1731. 1021
chose qui ne nous plaît pas . On devroiť
du moins convenir genereusement du
bon qui se trouve dans le Systême du Bureau
Typographique , et refuter par des
raisons solides ce qu'on croit qui doit être
censuré.
Je sçai , comme bien d'autres , que l'Auteur
Typographe est de bonne foi , et
qu'il ne veut tromper personne. Sa probité
, son parfait désinteressement et son
extrême modestie , soutenus d'un sçavoir
qui n'est pas médiocre sur cette matiere ,
sont de bons préjugez pour son Systême :
néanmoins , entre plusieurs objections
qu'on peut lui faire. J'en vois une ou
deux qui me paroissent mériter quelque
attention. C'est la difficulté de trouver
des Maîtres , qui après avoir long - tems
étudié , et se croyant par conséquent en
état d'instruire , soient assez humbles pour
se mettre à l'A , B , C. C'est une étude
qui ne flatte assurément pas l'amour propre
, il faut cependant y revenir pour faire
usage du Bureau , car il ne s'agit pas
seulement de l'A , B , C , comme on l'entend
communément , mais d'une Doctrine
à laquelle on ne s'est guere appliqué
je veux dire la propre dénomination des
lettres , et les sons de la Langue , au moïen
de quoi l'enfant ne trouve plus dans son
Biiij che1012
MERCURE DE FRANCE.
2
chemin les ronces ni les épines qu'il rencontre
inévitablement avec la méthode
ordinaire . Outre la difficulté de trouver
des Maîtres capables , bien assidus et
bien patiens , il y en a encore une bien
plus forte c'est l'oeconomie du plus
grand nombre des parens , en fait d'éducation
, lesquels ne faisant pas souvent
difficulté de dépenser dix , vingt , trente
pistolles , et quelquefois des sommes bien
plus considérables , mal- à- propos
,
>
он
pour leurs plaisirs , ne pourront se résoudre
à en dépenser trois ou quatre pour
avoir un Bureau avec tout son attirail.
Un petit Alphabet de deux ou trois sols
est un peu moins difficile à acquerir .
La question est donc de sçavoir si ce
Systême réussira . Adhuc subjudice lis est.
Quoiqu'il en soit , n'y eut- il ici que les
verges et les férules de moins , c'est un
grand avantage. Ces sortes d'instrumens
sans lesquels l'enfant profite tout autant ,
et même plus qu'avec le petit Alphabet ,
et qui ne servent qu'à inspirer aux enfans
du dégoût pour l'étude des Lettres , deviennent
absolument inutiles avec cette
Méthode ; l'Auteur , sagement n'en conseille
l'usage que pour les fautes ausquelles
le coeur seul à plus de part que l'esprit.
Enfin , il est certain que ce Systême
a
ne
MA Y. 1731. 1023
ne regarde que ceux qui font profession
d'enseigner les premiers élémens des lettres
, depuis l'A , B , C , jusqu'aux basses
Classes , et qu'un enfant y apprend aisément
à lire les Langues Françoises , Latines
, Grecques , Hebraïques , et telles autres
, que le Maître est capable d'enseigner
: mais il ne peut convenir , ni à un
Professeur , ni à un Maître qui répéte les
Humanitez : en effet , quelle apparence y
auroit- il de dresser cette machine dans un
endroit où les jeunes gens sont plus pour
écouter et pour écrire que pour voir ? Le
Bureau Typographique est fait pour être
vû , et non pour être entendu , c'est ce
qui en fait le principal mérite ; car ce Ru
diment sensible , frappant les yeux , s'inculque
mieux que ce qu'on entend seule
ment raconter , et l'on y peut bien appliquer
cette Maxime d'Horace :
Segnius irritant animos demissa per aurem ,
Quam qua sunt oculis subjecta fidelibus
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ce 18 Avril , 1731.
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Résumé : LETTRE de M. Chompré, Maître de Pension dans la ruë S. Jean de Bauvais, à M. D. L. R. touchant le Bureau Tipographique.
M. Chompré, maître de pension, adresse une lettre à M. D. L. R. pour éclaircir sa position concernant le Bureau Typographique, un système d'enseignement. Il explique avoir acheté ce bureau pour un enfant de deux ans, mais des circonstances, telles que l'ouverture d'une pension et la maladie de l'enfant, ont retardé son utilisation. L'auteur du Bureau Typographique a affirmé que M. Chompré utilisait ce système pour accélérer les études des enfants, ce que M. Chompré rectifie en précisant que cela concernait uniquement l'enfant en question. Un opposant au système a également propagé des informations erronées. Cependant, M. Chompré confirme que l'enfant a fait des progrès malgré sa santé fragile. Il souligne que l'éducation de cet enfant ne doit pas être utilisée pour critiquer le système. M. Chompré reconnaît la bonne foi de l'auteur du Bureau Typographique mais mentionne des objections, notamment la difficulté de trouver des maîtres qualifiés et la réticence des parents à investir dans ce système coûteux. Il conclut en soulignant que le Bureau Typographique est utile pour l'apprentissage des premières lettres et des langues, mais ne convient pas aux classes avancées. Il cite Horace pour illustrer l'efficacité visuelle du système.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 1024-1027
LE FAUNE, ÉGLOGUE. À M. le Come de Saint Florentin, pendant son séjour à Châteauneuf.
Début :
Muses, qui vous plaisez dans les gras pâturages, [...]
Mots clefs :
Faune, Muses, Solitude, Bergers, Caprice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE FAUNE, ÉGLOGUE. À M. le Come de Saint Florentin, pendant son séjour à Châteauneuf.
LE FA UNE
{
EGLOGUE.
A M. le Come de Saint Florentin , pendant
son séjour à Châteauneuf.
M
Uses , qui vous plaisez dans les gras pêturages
,
Et vous entretenir de Bois et de Rivages ,
Donnez à vos chansons un peu de dignité ;
On n'aime pas toujours tant de simplicité ,
Le lierre rampant et la verte fougere ,
>
Aux grands , ainsi qu'à nous , n'ont pas le droit
de plaire ,
Offrez d'autres objets , et sçachez - en choisir
Qui puissent d'un Ministre amuser le loisir.
2
pro-
Dans le creux d'un Vallon , solitude
fonde ,
Lieux ignorant encor le tumulte du monde ,
Le jeune Celadon , et Daphnis , son ami ,
Virent sous un Tilleüil un vieux Faune endormi.
'Aussi - tôt se coulant à travers le Bocage ,
Tous deux de ce sommeil saisissent l'avantage ,
Et d'une chaîne faite , et de sauge et de Thym ;
Pour arrêter le Dieu , l'embarrassent soudain.
Car
MA Y. 1731 .
1025
Car il avoit souvent par force , ou par adresse ,
En fuyant de leurs mains éludé sa promesse ,
Et differé toujours de leur chanter les Vers
Qu'il avoit composés sur le vaste Univers.
Cette fois les Bergers craignent peu son caprice
,
Il s'éveille , et comme eux riant de leur malice
:
C'est assez , leur dit- il , enfans , rompez ces
noeuds ,
Il est juste à la fin de contenter vos voeux.
Les Bergers à ces mots s'asseyent pour entendre
,
Et le Faune commencé ainsi sans se deffendre.
Avant que le Soleil eut l'Empire des airs ,
Et qu'on peut distinguer et la Terre et les
Mers ,
Tout ce qu'offre à vos yeux avec tant d'artifice
,
De l'Univers entier le superbe édifice ,
Dans un commun principe ensemble confondu ,
`N'étoit qu'un noir brouillard vainement étendu
Une eau presqu'insensible , et sombre d'ellemême
,
Que d'un stérile noeud lioit un froid extrême.
Mais si- tôt que l'esprit qui voloit sur les
flots ,
Eût dans son vaste sein embrassé ce cahos ,
Sa féconde chaleur digerant la matiere , .
De l'Extrait qu'elle en fit composa la lumiere.
B vj
De
1026 MERCURE DE FRANCE
De ce jour toutefois , l'immortelle clarté ,
Ne fut point en tous lieux d'égale pureté :
La haute région plus vive et plus legere ,
En un feu tout divin vît transformer sa Sphere ,
La plus basse languit , et sa fausse vigueur ,
Ne pût précipiter un reste de vapeur .
Entre ces deux excès , la suprême sagesse ,
Bien tôt d'un ciel moyen fit briller la richesse
le Firmament conduisit les secours ,
Que sur nous l'Empirée épanche tous les jours.
Cependant par le feu , vers le centre chassées ,
Les tenebres s'étoient tout- à- fait condensées ,
Et d'un Globe solide inondé par dehors ,
Avoient pris sous les eaux la figure et le corps :
Mais lorsque resserrée en de justes limites ,
La Mer à son courroux eut des bornes pres
crites ,
Et par
La Terre s'éleva brillante des couleurs ,
Dont l'ornoient en naissant la verdure et les
fleurs.
Nul animal d'abord ne peupla les Montagnes ,.
Et les seules Forêts couvrirent les Campagnes :
Du jour trop répandu la molle impression ,
Bornoit au vegetable une foible action ,
Et n'eût produit jamais que d'inutiles Plantes ,
Si pour en ranimer les forces languissantes ,
De ses feux dispersés l'esprit avec succès ,
Dans le corps du Soleil n'eût réüni les traits,
AussiMAY.
1731. 1027
Aussi-tôt la Nature achevant ses Ouvrages ,
Les Oyseaux de leurs Chants remplirent les Boccages
,
Le Taureau rumina sur le bord des Ruisseaux ,
La Chevre et la Brebis chercherent les Côteaux ,
Le Loup du Bois voisin sortit pour les surprendre,,
Et le Chien accourut ardent à les deffendre.
Enfin pour couronner ces Miracles divers ,
Vous vintes , vous Mortels , habiter l'Univers .
Chef-d'oeuvre merveilleux de la Toute- Puissance,
Qui voulut sur vos fronts tracer sa ressemblance,
Tout reconnut vos Loix , tout servit vos desirs ,
Et tout brigua l'honneur d'entrer dans vos plaisirs.
Heureux si de vos champs , par un triste caprice,
Jamais l'ambition n'eût banni la justice ;
L'innocence et la paix , ineffables présens :
Que l'Olimpe ne rend qu'à ses plus chers enfans,
Devoient combler vos jours d'une joye éternelle ?
Ainsi l'avoit reglé sa bonté paternelle .
Rappellez des biensfaits à regret enlevez
>
Et les connoissez mieux , vous qui les recevez ; .
Mais déja ces Vallons me paroissent plus sombres
,
Bergers , et le Soleil laisse grandir les ombres ,.
Avant que tout-à- fait il passe sous ces eaux
Allez et retournez tous deux à vos Troupeaux.
M. de Richebourg-
{
EGLOGUE.
A M. le Come de Saint Florentin , pendant
son séjour à Châteauneuf.
M
Uses , qui vous plaisez dans les gras pêturages
,
Et vous entretenir de Bois et de Rivages ,
Donnez à vos chansons un peu de dignité ;
On n'aime pas toujours tant de simplicité ,
Le lierre rampant et la verte fougere ,
>
Aux grands , ainsi qu'à nous , n'ont pas le droit
de plaire ,
Offrez d'autres objets , et sçachez - en choisir
Qui puissent d'un Ministre amuser le loisir.
2
pro-
Dans le creux d'un Vallon , solitude
fonde ,
Lieux ignorant encor le tumulte du monde ,
Le jeune Celadon , et Daphnis , son ami ,
Virent sous un Tilleüil un vieux Faune endormi.
'Aussi - tôt se coulant à travers le Bocage ,
Tous deux de ce sommeil saisissent l'avantage ,
Et d'une chaîne faite , et de sauge et de Thym ;
Pour arrêter le Dieu , l'embarrassent soudain.
Car
MA Y. 1731 .
1025
Car il avoit souvent par force , ou par adresse ,
En fuyant de leurs mains éludé sa promesse ,
Et differé toujours de leur chanter les Vers
Qu'il avoit composés sur le vaste Univers.
Cette fois les Bergers craignent peu son caprice
,
Il s'éveille , et comme eux riant de leur malice
:
C'est assez , leur dit- il , enfans , rompez ces
noeuds ,
Il est juste à la fin de contenter vos voeux.
Les Bergers à ces mots s'asseyent pour entendre
,
Et le Faune commencé ainsi sans se deffendre.
Avant que le Soleil eut l'Empire des airs ,
Et qu'on peut distinguer et la Terre et les
Mers ,
Tout ce qu'offre à vos yeux avec tant d'artifice
,
De l'Univers entier le superbe édifice ,
Dans un commun principe ensemble confondu ,
`N'étoit qu'un noir brouillard vainement étendu
Une eau presqu'insensible , et sombre d'ellemême
,
Que d'un stérile noeud lioit un froid extrême.
Mais si- tôt que l'esprit qui voloit sur les
flots ,
Eût dans son vaste sein embrassé ce cahos ,
Sa féconde chaleur digerant la matiere , .
De l'Extrait qu'elle en fit composa la lumiere.
B vj
De
1026 MERCURE DE FRANCE
De ce jour toutefois , l'immortelle clarté ,
Ne fut point en tous lieux d'égale pureté :
La haute région plus vive et plus legere ,
En un feu tout divin vît transformer sa Sphere ,
La plus basse languit , et sa fausse vigueur ,
Ne pût précipiter un reste de vapeur .
Entre ces deux excès , la suprême sagesse ,
Bien tôt d'un ciel moyen fit briller la richesse
le Firmament conduisit les secours ,
Que sur nous l'Empirée épanche tous les jours.
Cependant par le feu , vers le centre chassées ,
Les tenebres s'étoient tout- à- fait condensées ,
Et d'un Globe solide inondé par dehors ,
Avoient pris sous les eaux la figure et le corps :
Mais lorsque resserrée en de justes limites ,
La Mer à son courroux eut des bornes pres
crites ,
Et par
La Terre s'éleva brillante des couleurs ,
Dont l'ornoient en naissant la verdure et les
fleurs.
Nul animal d'abord ne peupla les Montagnes ,.
Et les seules Forêts couvrirent les Campagnes :
Du jour trop répandu la molle impression ,
Bornoit au vegetable une foible action ,
Et n'eût produit jamais que d'inutiles Plantes ,
Si pour en ranimer les forces languissantes ,
De ses feux dispersés l'esprit avec succès ,
Dans le corps du Soleil n'eût réüni les traits,
AussiMAY.
1731. 1027
Aussi-tôt la Nature achevant ses Ouvrages ,
Les Oyseaux de leurs Chants remplirent les Boccages
,
Le Taureau rumina sur le bord des Ruisseaux ,
La Chevre et la Brebis chercherent les Côteaux ,
Le Loup du Bois voisin sortit pour les surprendre,,
Et le Chien accourut ardent à les deffendre.
Enfin pour couronner ces Miracles divers ,
Vous vintes , vous Mortels , habiter l'Univers .
Chef-d'oeuvre merveilleux de la Toute- Puissance,
Qui voulut sur vos fronts tracer sa ressemblance,
Tout reconnut vos Loix , tout servit vos desirs ,
Et tout brigua l'honneur d'entrer dans vos plaisirs.
Heureux si de vos champs , par un triste caprice,
Jamais l'ambition n'eût banni la justice ;
L'innocence et la paix , ineffables présens :
Que l'Olimpe ne rend qu'à ses plus chers enfans,
Devoient combler vos jours d'une joye éternelle ?
Ainsi l'avoit reglé sa bonté paternelle .
Rappellez des biensfaits à regret enlevez
>
Et les connoissez mieux , vous qui les recevez ; .
Mais déja ces Vallons me paroissent plus sombres
,
Bergers , et le Soleil laisse grandir les ombres ,.
Avant que tout-à- fait il passe sous ces eaux
Allez et retournez tous deux à vos Troupeaux.
M. de Richebourg-
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Résumé : LE FAUNE, ÉGLOGUE. À M. le Come de Saint Florentin, pendant son séjour à Châteauneuf.
Le texte est une églogue dédiée à M. le Comte de Saint Florentin, écrite pendant son séjour à Châteauneuf. Les bergers Céladon et Daphnis capturent un vieux Faune endormi pour l'obliger à chanter des vers qu'il avait promis. Amusé par leur ruse, le Faune accepte et commence son récit sur la création de l'univers. Avant la formation du monde, tout n'était qu'un brouillard sombre et une eau stérile. L'esprit divin, en embrassant ce chaos, créa la lumière. La haute région devint un feu divin, tandis que la basse région resta obscure. La sagesse divine créa ensuite un ciel moyen, le firmament, qui reçut les bienfaits de l'Empyrée. Les ténèbres se condensèrent en un globe solide, formant la Terre et les mers. La nature se développa ensuite, avec les plantes, les animaux et finalement les humains, chefs-d'œuvre de la Toute-Puissance. Le Faune termine en rappelant aux bergers les bienfaits de la justice et de la paix, avant de les renvoyer à leurs troupeaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 1028-1034
LETTRE écrite à M. de la R. par M. P **** Commissaire des Poudres, à C **** le 25. Mars 1731. sur le bruit d'Ansacq.
Début :
Les Lettres, Monsieur, qui sont insérées dans les deux derniers Mercures [...]
Mots clefs :
Ansacq, Acousmates, Tons, Elliptique, Vases d'airain, Caverne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. de la R. par M. P **** Commissaire des Poudres, à C **** le 25. Mars 1731. sur le bruit d'Ansacq.
LETTRE écrite à M. de la R. par
M. P **** Commissaire des Poudres ,
à C **** le 25. Mars 1731. sur le
bruit d'Ansacq.
L
Es Lettres , Monsicur , qui sont insérées
dans les deux derniers Mercures
sur le bruit entendu à Ansacq , ne me
satisfont point. Il y a cependant dans la
premiere une nouvelle preuve des Acousmates
, mais dans la seconde on n'attribuë
ce bruit qu'à l'habileté d'un Disciple
des Philibert , des Laüillets , et de leurs
semblables ; je vous avoue franchement
que je ne trouve pas ia comparaison exacte.
Une seule personne peut bien dans
une chambre , derriere un Paravant , faire
un bruit considerable et varié de sons qui
imitent des voix d'hommes , de femmes,
d'enfans et de differens animaux ; si l'on
y mêle des Poëles , des pincettes , & c . La
confusion de toutes ces choses pourra imi
ter le tintamare d'un ménage en rumeur;
mais cela ne répresentera pas dans le même
instant plusieurs voix mêlées ; la gravité
de l'une ne sera que successive à
l'éclat de l'autre ; le chant du Cocq , ne
sera point confondu avec le japement du
Chien
MAY. 1731. 1029
Chien ; chacune de ces choses seront divisées
, et l'une ne se trouvera jamais bien
unie à l'autre , comme le son d'un accord
que l'on forme sur un Clavecin.
J'ai entendu le charivari de Læillet ; il
m'a fort réjoui , mais quelque vif que fûc
son jeu , l'on distinguoit aisément qu'il
ne partoit que de la même personne. La
poële , les pincettes les chaises , qu'il ,
mettoit en mouvement , ne formoient à
chaque instant , que le bruit de chacune
de ces choses , et ne produisoit dans la
chambre et aux environs , que la valeur
de chaque son qui auroit été entendu
distinctement l'un après l'autre .
Supposé que Loüillet eût fait son tintamare
dans un lieu où il y eût cu un Echo
capable de réfléchir le bruit , il n'auroit
jamais frappé l'ouie aussi fortement que
celui que les Témoins d'Ansacq déposent
avoir entendu dans une distance considerable,
il n'auroit point effrayé les chiens
et dispersé les Troupeaux ; d'ailleurs on
sçait que la réfléxion de l'Echo ne frappe
l'oreille que dans une certaine position ,
et qu'elle varie proportionément à la sérenité
ou à l'humidité de l'Air ; enfin le
son que l'Echo rend , n'est jamais si fort
que celui qui le produit. Supposé encore
que le bruit du Disciple de Loüillet cût
τέτ
rozo MERCURE DE FRANCE
répondu à quelque voute ou à quelque
Caverne qui seroit sur le Côteau opposé au
Château d'Ansacq ; en ce cas je conviendrai
que le son peut être augmenté , mais
qu'on convienne aussi qu'il faudroit
que ce qui fait le premier bruit , fût bien
exactement placé à certaine distance , et
que le son suivit précisément le rayon de
direction jusqu'au lieu où se fait le retentissement.
Voyez Vitruve , Liv. V.
Chap. V. dans la Description des anciens
Théatres , où il y avoit differens Vases
d'airain , selon l'étendue des tons de la
voix et des Instrumens qui réfléchissoient
le son ; mais il falloit que ces Théatres
fussent Eliptiques , car s'ils avoient été
quarrez , ou qu'on eût placé les Vases en
ligne droite , et qui n'eût pas eu une certaine
direction , ils n'auroient produit aucun
effet.
On objectera peut-être que le Disciple
de Loüillet peut avoir reconnu une Caverne
sur le Côteau d'Ansacq , et avoir
si bien pris ses mesures , que d'un certain
lieu du Château il ait poussé sa voix
directement à cette Caverne : soit ; mais
comment le bruit qu'il a pû faire dans
cette situation aura- t'il été également entendu
lorsqu'il aura changé de place et
parcouru la parallele à la rue de l'Eglise ?
S'il
MAY. 1731.
1031
S'il a abandonné le foyer , comment les
rayons ont-ils conservé leur correspondance
avec la Caverne , où l'on suppose
que se forme l'Echo ? Il n'y a pas
sibilité.
de
pos-
Les loix de la réfléxion sont communes
à la vûë et à louie , avec cette difference
(quoiqu'en dise l'Auteur de la Lettre du
mois de Mars ) que la sensation de loüye
est plus exacte que celle de la vûë . Pour
comparer il faut des choses de même genre
. Si l'on meut circulairement un tison
alumé , il est vrai que les yeux seront
trompez par l'activité ; on croira voir un
cercle de feu. Mais Correlly , Batiste , &c .
qui ont poussé au plus haut degré de
vitesse l'expression des Nottes sur leurs
Violons , ne sont point parvenus à représenter
un seul son de plusieurs qu'ils expriment
en un instant , soit sur differens
tons , soit sur le même divisez par des
coups d'Archet redoublez : l'oreille distingue
toûjours cette division ; et si l'on
se méprend sur le lieu d'où part le bruit
d'une Cloche , ce n'est point un vice de
l'oreille , c'est que le son est détourné par
l'agitation de l'Air.
Il est donc certain que le bruit entendu
à Ansacq , ne peut être produit
par une seule personne ; je ne prétends
pas
1032 MERCURE DE FRANCE
pas prouver qu'il le soit par des Esprits
Aëriens , mais je vais rapporter ce que
des personnes dignes de foy ont entendu
l'année derniere ; ce fait pourra conduire
à quelque conjecture plus vrai- semblable
que celui que contient la Lettre rapportée
dans le Mercure du mois de Mars .
M. D *** étoit à F. l'Automne dernier
, le 3. Octobre , entre 2. et 3. heures
du matin ; elle fut éveillée par un bruit
de voix et d'Instrumens discords . Elle
s'imagina d'abord que c'étoit ses Domestiques
qui se divertissoient dans une Salle
au rez -de- chaussée du corps de logis . Elle
appella sa Femme de Chambre pour leur
faire dire de se retirer ; la pauvre Créature
éveillée par le même bruit , s'étoit
enfoncée dans son lit , tremblante de
peur ; la voix de sa Maîtresse la rassura ;
elle la joignit , et ayant l'une et l'autre
redoublé leur attention , elles crurent que
ce bruit se faisoit dans la cour . M. P ***
frere de Mad. D *** , que le même bruit
avoit aussi éveillé , crut qu'il se faisoit
dans la chambre de sa soeur , ne sçachant
que s'imaginer, il y accourut. Mad . D ****
le pria d'aller gronder ses gens , et de les
faire coucher. Il descendit dans la cour ,
mais il ny trouva personne ; toutes les
portes étoient fermées , les lumieres éteintes
, ch can dormoit.
.
་་
MAY. 1731 .
1033
Cependant entendant toûjours le même
bruit , il croyoit qu'il pourroit y avoir
quelqu'un dans les Vignes qui sont visà-
vis de la maison . Il monte sur la hauteur
de ces Vignes , mais il ne voit qui
que ce soit ; il écoute attentivement et
n'entend plus qu'un brouhaha , comme
si c'eût été plusieurs hommes qui parloient
bas , sans qu'il pût distinguer aucune
articulation , mais les voix lui semblerent
venir du Jardin de Mad. D **** .
Il rentre dans la maison , parcourt ce
Jardin et ne trouve personne ; pendant
qu'il va et revient , la conversation Aërienne
devient moins vive ; M. P ***
montoit le Peron pour rentrer dans le
Logis , lorsqu'un nouvel Acousmate l'étonne
autant que ce qu'il venoit d'enten◄
dre. Un bruit pareil à celui de beaucoup
de Sifflets de differens tons réunis , remplit
l'Ar et s'y perdit en s'éloignant
comme par ondulation . Mad. D **** et
sa Femme de Chambre en furent encore
effrayées . M. P *** quoiqu'esprit fort et
bon Physicien , m'a avoué qu'il avoit été
extremement surpris.
Le lieu où ces choses ont été entenduës
est situé au bas d'une Montagne opposée
au Midi, laquelle s'étend de l'Est à l'Ouest,
en forme de Croissant imparfait , dont
128
1034 MERCURE DE FRANCE
les extremitez diminuant insensiblement
de hauteur , se perdent dans une grande
Plaine. Plusieurs Monticules qui s'élevent
les unes sur les autres , forment cette Montagne
,dont la surface est plantée d'Arbres
et de Vignes. Ne se pourroit- il pas que
differens tourbillons frappant de differentes
manieres cette surface inégale , tantôt
platte , tantôt convexe et tantôt creuse ,
eussent produit l'Acousmate dont je viens
de vous faire part. Je suis , & c.
M. P **** Commissaire des Poudres ,
à C **** le 25. Mars 1731. sur le
bruit d'Ansacq.
L
Es Lettres , Monsicur , qui sont insérées
dans les deux derniers Mercures
sur le bruit entendu à Ansacq , ne me
satisfont point. Il y a cependant dans la
premiere une nouvelle preuve des Acousmates
, mais dans la seconde on n'attribuë
ce bruit qu'à l'habileté d'un Disciple
des Philibert , des Laüillets , et de leurs
semblables ; je vous avoue franchement
que je ne trouve pas ia comparaison exacte.
Une seule personne peut bien dans
une chambre , derriere un Paravant , faire
un bruit considerable et varié de sons qui
imitent des voix d'hommes , de femmes,
d'enfans et de differens animaux ; si l'on
y mêle des Poëles , des pincettes , & c . La
confusion de toutes ces choses pourra imi
ter le tintamare d'un ménage en rumeur;
mais cela ne répresentera pas dans le même
instant plusieurs voix mêlées ; la gravité
de l'une ne sera que successive à
l'éclat de l'autre ; le chant du Cocq , ne
sera point confondu avec le japement du
Chien
MAY. 1731. 1029
Chien ; chacune de ces choses seront divisées
, et l'une ne se trouvera jamais bien
unie à l'autre , comme le son d'un accord
que l'on forme sur un Clavecin.
J'ai entendu le charivari de Læillet ; il
m'a fort réjoui , mais quelque vif que fûc
son jeu , l'on distinguoit aisément qu'il
ne partoit que de la même personne. La
poële , les pincettes les chaises , qu'il ,
mettoit en mouvement , ne formoient à
chaque instant , que le bruit de chacune
de ces choses , et ne produisoit dans la
chambre et aux environs , que la valeur
de chaque son qui auroit été entendu
distinctement l'un après l'autre .
Supposé que Loüillet eût fait son tintamare
dans un lieu où il y eût cu un Echo
capable de réfléchir le bruit , il n'auroit
jamais frappé l'ouie aussi fortement que
celui que les Témoins d'Ansacq déposent
avoir entendu dans une distance considerable,
il n'auroit point effrayé les chiens
et dispersé les Troupeaux ; d'ailleurs on
sçait que la réfléxion de l'Echo ne frappe
l'oreille que dans une certaine position ,
et qu'elle varie proportionément à la sérenité
ou à l'humidité de l'Air ; enfin le
son que l'Echo rend , n'est jamais si fort
que celui qui le produit. Supposé encore
que le bruit du Disciple de Loüillet cût
τέτ
rozo MERCURE DE FRANCE
répondu à quelque voute ou à quelque
Caverne qui seroit sur le Côteau opposé au
Château d'Ansacq ; en ce cas je conviendrai
que le son peut être augmenté , mais
qu'on convienne aussi qu'il faudroit
que ce qui fait le premier bruit , fût bien
exactement placé à certaine distance , et
que le son suivit précisément le rayon de
direction jusqu'au lieu où se fait le retentissement.
Voyez Vitruve , Liv. V.
Chap. V. dans la Description des anciens
Théatres , où il y avoit differens Vases
d'airain , selon l'étendue des tons de la
voix et des Instrumens qui réfléchissoient
le son ; mais il falloit que ces Théatres
fussent Eliptiques , car s'ils avoient été
quarrez , ou qu'on eût placé les Vases en
ligne droite , et qui n'eût pas eu une certaine
direction , ils n'auroient produit aucun
effet.
On objectera peut-être que le Disciple
de Loüillet peut avoir reconnu une Caverne
sur le Côteau d'Ansacq , et avoir
si bien pris ses mesures , que d'un certain
lieu du Château il ait poussé sa voix
directement à cette Caverne : soit ; mais
comment le bruit qu'il a pû faire dans
cette situation aura- t'il été également entendu
lorsqu'il aura changé de place et
parcouru la parallele à la rue de l'Eglise ?
S'il
MAY. 1731.
1031
S'il a abandonné le foyer , comment les
rayons ont-ils conservé leur correspondance
avec la Caverne , où l'on suppose
que se forme l'Echo ? Il n'y a pas
sibilité.
de
pos-
Les loix de la réfléxion sont communes
à la vûë et à louie , avec cette difference
(quoiqu'en dise l'Auteur de la Lettre du
mois de Mars ) que la sensation de loüye
est plus exacte que celle de la vûë . Pour
comparer il faut des choses de même genre
. Si l'on meut circulairement un tison
alumé , il est vrai que les yeux seront
trompez par l'activité ; on croira voir un
cercle de feu. Mais Correlly , Batiste , &c .
qui ont poussé au plus haut degré de
vitesse l'expression des Nottes sur leurs
Violons , ne sont point parvenus à représenter
un seul son de plusieurs qu'ils expriment
en un instant , soit sur differens
tons , soit sur le même divisez par des
coups d'Archet redoublez : l'oreille distingue
toûjours cette division ; et si l'on
se méprend sur le lieu d'où part le bruit
d'une Cloche , ce n'est point un vice de
l'oreille , c'est que le son est détourné par
l'agitation de l'Air.
Il est donc certain que le bruit entendu
à Ansacq , ne peut être produit
par une seule personne ; je ne prétends
pas
1032 MERCURE DE FRANCE
pas prouver qu'il le soit par des Esprits
Aëriens , mais je vais rapporter ce que
des personnes dignes de foy ont entendu
l'année derniere ; ce fait pourra conduire
à quelque conjecture plus vrai- semblable
que celui que contient la Lettre rapportée
dans le Mercure du mois de Mars .
M. D *** étoit à F. l'Automne dernier
, le 3. Octobre , entre 2. et 3. heures
du matin ; elle fut éveillée par un bruit
de voix et d'Instrumens discords . Elle
s'imagina d'abord que c'étoit ses Domestiques
qui se divertissoient dans une Salle
au rez -de- chaussée du corps de logis . Elle
appella sa Femme de Chambre pour leur
faire dire de se retirer ; la pauvre Créature
éveillée par le même bruit , s'étoit
enfoncée dans son lit , tremblante de
peur ; la voix de sa Maîtresse la rassura ;
elle la joignit , et ayant l'une et l'autre
redoublé leur attention , elles crurent que
ce bruit se faisoit dans la cour . M. P ***
frere de Mad. D *** , que le même bruit
avoit aussi éveillé , crut qu'il se faisoit
dans la chambre de sa soeur , ne sçachant
que s'imaginer, il y accourut. Mad . D ****
le pria d'aller gronder ses gens , et de les
faire coucher. Il descendit dans la cour ,
mais il ny trouva personne ; toutes les
portes étoient fermées , les lumieres éteintes
, ch can dormoit.
.
་་
MAY. 1731 .
1033
Cependant entendant toûjours le même
bruit , il croyoit qu'il pourroit y avoir
quelqu'un dans les Vignes qui sont visà-
vis de la maison . Il monte sur la hauteur
de ces Vignes , mais il ne voit qui
que ce soit ; il écoute attentivement et
n'entend plus qu'un brouhaha , comme
si c'eût été plusieurs hommes qui parloient
bas , sans qu'il pût distinguer aucune
articulation , mais les voix lui semblerent
venir du Jardin de Mad. D **** .
Il rentre dans la maison , parcourt ce
Jardin et ne trouve personne ; pendant
qu'il va et revient , la conversation Aërienne
devient moins vive ; M. P ***
montoit le Peron pour rentrer dans le
Logis , lorsqu'un nouvel Acousmate l'étonne
autant que ce qu'il venoit d'enten◄
dre. Un bruit pareil à celui de beaucoup
de Sifflets de differens tons réunis , remplit
l'Ar et s'y perdit en s'éloignant
comme par ondulation . Mad. D **** et
sa Femme de Chambre en furent encore
effrayées . M. P *** quoiqu'esprit fort et
bon Physicien , m'a avoué qu'il avoit été
extremement surpris.
Le lieu où ces choses ont été entenduës
est situé au bas d'une Montagne opposée
au Midi, laquelle s'étend de l'Est à l'Ouest,
en forme de Croissant imparfait , dont
128
1034 MERCURE DE FRANCE
les extremitez diminuant insensiblement
de hauteur , se perdent dans une grande
Plaine. Plusieurs Monticules qui s'élevent
les unes sur les autres , forment cette Montagne
,dont la surface est plantée d'Arbres
et de Vignes. Ne se pourroit- il pas que
differens tourbillons frappant de differentes
manieres cette surface inégale , tantôt
platte , tantôt convexe et tantôt creuse ,
eussent produit l'Acousmate dont je viens
de vous faire part. Je suis , & c.
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Résumé : LETTRE écrite à M. de la R. par M. P **** Commissaire des Poudres, à C **** le 25. Mars 1731. sur le bruit d'Ansacq.
Le 25 mars 1731, M. P****, Commissaire des Poudres, adresse une lettre à M. de la R. pour discuter du bruit entendu à Ansacq, mentionné dans les derniers numéros du Mercure. L'auteur exprime son insatisfaction face aux explications proposées, notamment celle attribuant le bruit à l'habileté d'un disciple des Philibert et des Laüillet. Il argue que ces derniers ne peuvent imiter simultanément plusieurs voix et sons distincts, comme le décrivent les témoins. L'auteur rapporte avoir entendu le charivari de Laüillet, mais souligne que les sons produits étaient distincts et non confondus. Il discute des conditions nécessaires pour que l'écho amplifie un bruit, citant Vitruve et les anciens théâtres. Il rejette l'idée que le bruit puisse être produit par une seule personne, même avec l'aide d'une caverne ou d'un écho. Pour appuyer son propos, l'auteur rapporte un incident similaire survenu à M. D****, qui a entendu des voix et des instruments discordants sans trouver d'origine humaine. Le bruit semblait provenir de différentes directions et variait en intensité. L'auteur suggère que des tourbillons d'air frappant la surface inégale d'une montagne pourraient expliquer ces phénomènes acoustiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 1034-1039
L'AMOUR ET PLUTUS, POEME. Par M. Cavaliés, de Montpellier, Avocat à la Cour des Aydes de la même Ville.
Début :
Muse, raconte moi par quel destin contraire, [...]
Mots clefs :
Amour, Plutus, Muse, Tyran des cœurs, Candeur, Pactole, Regard téméraire, Richesse
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texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR ET PLUTUS, POEME. Par M. Cavaliés, de Montpellier, Avocat à la Cour des Aydes de la même Ville.
L'AMOUR ET PLUTUS ,
POEM E.
Par M. Cavaliés , de Montpellier , Avocat
à la Cour des Aydes de la même Ville.
Muse , raconte moi par- quel destin contraire ,
Plutus malgré l'Amour s'empara de Cythere ,
Et vrai tyran des coeurs dans son funeste emploi
Leur fit de s'enrichir une suprême loi .
Jadis avec l'Amour , avec ce Maître aimable
La Terre entretenoit un commerce agréable ;
Il en fit un séjour charmant , délicieux ,
Pour elle il dédaignoit la demeure des Cieux.
Sans contraindre les coeurs à changer de nature ,
Par
MAY. 1731.
1035
Par la simple équité , par l'exacte droiture ,
Il n'en fit que regler les secrets mouvemens,
Ses volontez étoient les Loix des premiers tems ;
Les Belles consultant le cristal d'une eau claire ,
Epioient leurs attraits et ne vouloient que plaire ,
Par son éclat encor , un métal odieux ,
N'avoit point fasciné ni leurs coeurs ni leur yeux;
Le respect , la candeur , la constante tendresse ,
D'un Amant jusqu'alors composoient la finesse.
Les Belles se rendoient à d'innocens vainqueurs.
Tems heureux ! où les coeurs étoient le prix des
coeurs.
Tel étoit le bonheur d'une innocente vie ,
Et rien n'en alteroit la parfaite harmonie ;
Quand Plutus contemplant du celeste Lambris ,
L'Empire fortuné de l'enfant de Cypris :
Jusqu'à quand l'Univers , dit- il , plein de colere ,
Subira t'il donc le joug d'un jeune témeraire ?
Le plus petit des Dieux, en usurpant mes droits ,
Aux crédules Mortels imposera des loix !
Mais son triomphe est vain et ma gloire exposée ,
Trouve dans mes trésors une ressource aisée ;
Assez et trop long-tems sans culte et sans Autels,
Je ne fus regardé que comme un des Mortels.
Il faut à notre tour que l'on nous rende hommage.
Désormais dans leurs eaux le Pactole et le Tage ,
Ne feront plus rouler d'inutiles trésors ,
Et
1036 MERCURE DE FRANCE.
Et bien - tôt les Mortels , à l'envi sur leurs bords ,
Méprisant de l'Amour tous les bienfaits stériles ,
Viendront cueillir des biens plus surs et plus
utiles.
>
Il appelle à ces mots , pour servir sa fureur ,
L'infame trahison à l'oeil sombre et trompeur ,
L'orgueil , l'ambition au regard témeraire ,
L'ardente soif du gain , l'interêt mercenaire ,
L'artifice flateur au langage affecté ,
L'usure au front d'airain , le parjure effronté ,
`Et l'avarice enfin mere de tous les crimes ;
Ces Monstres odieux des plus profonds abîmes ;
Du Dieu leur Souverain entendirent la voix
Et l'Univers les vit pour la premiere fois.
La terre s'en émut , étonnée , éperduë ,
La Nature trembla , frémit à cette vûë ,
La lumiere pâlit , l'air en fut infecté.
A leur aspect le Dieu lui- même épouventé ,
Pour en cacher l'horreur à la Terre éplorée ,
Répandit sur leurs traits une couche dorée.
Hélas ! sous ce vernis jusqu'alors inconnu ,
Le crime cût à nos yeux l'éclat de la vertu .
Enfin Plutus suivi de ce cortege étrange ,
Et chargé des trésors et de l'Inde et du Gange ,
Se presente aux Humaius et leur tient ce discours.
Ovous , foibles Mortels , esclaves des Amours
C'est pour romprc vos fers qu'une Troupe immortelle,
Vient
MAY. 1731 .
1037
Vient donner à la terre une face nouvelle.
Gouterez-vous toujours une insipide paix ?
Le Carquois d'un Enfant remplit - il vos souhaits ?
Sous l'espoir d'un plaisir que suivent mille
peines ,
Ignorez - vous encor qu'il vous charge de
chaînes ?
Reconnoissez ma voix ; le plus riche des Dieux,
Suivi de ses trésors , Plutus vient en ces lieux.
J'en bannis à jamais l'inutile tendresse ;
J'amene le plaisir , j'amene la richesse ,
Vous me verrez bien- tôt , secondant vos desseins
,
Répandre mes bienfaits sur vous à pleines
mains .
Il dit et dans les coeurs son langage perfide ,
A son gré fait couler un poison homicide ,
De ce fatal poison les Mortels enyvrez ,
Aux folles passions dès - lors furent livrez.
Le desir d'acquerir s'établit à Cythére ,
La richesse aux Humains apporta la misere ;
Et l'avide interêt vainqueur de l'Univers ,
Combattit la raison et la mit dans les fers .
Cependant Cupidon méprisé sur la terre ,
S'envole et prend l'essor vers le Dieu du Tonnerre.
Puissant pere , dit - il , des hommes et des Dieux ,
Sur l'Enfant de Cipris , daigne jetter les yeux.
Détourne les malheurs qu'un Dieu jaloux m'apprête
,
rc38 MERCURE DE FRANCE
Plutus m'ose des coeurs disputer la conquête ,
Tu vois, par son éclat les Mortels éblouis ,
Ne rendre qu'à lui seul des honneurs inoüis.
Non , jamais ces ingrats , cette race infidele ,
Ne fit pour m'honorer éclater tant de zele.
Les desirs effrenez , et les voeux criminels ,
Les conduisent en foule au pied de ses Autels.
Là , parmi les horreurs , le trouble , les allarmes ,
D'un métal à leurs yeux , il fait briller les char
mes.
Là l'Avare à son gré se repaît , s'assouvit ,
Et fait provision d'un bien qui l'asservit ;
En vain je cherchois sur la terre un azile ;
La discorde a rendu mon Carquois inutile ;
En vain je l'ai vuidé pour rétablir la paix ;
Les coeurs avec dédain ont repoussé mes Traits.
Tu peux seul , Jupiter , rétablir mon Empire ;
Et la paix dans les coeurs que Plutus vient séduire
A ces mots Jupiter , le visage serain ,
Apprens , dit- il , Amour , les Arrêts du Destin ,
Les temps sont arrivez que , regnant sur la terre
Plutus doit la livrer au démon de la
guerre.
Déja peu satisfaits de tes dons bienfaisants ,
Les Mortels ont reçû ses funestes présens.
Ils adorent Plutus ; que Plutus les conduise ;
Et les comble d'un bien dont l'éclat les séduise .
Le crime qui grossit leurs coupables trésors
Te
M A Y.
1039 1731 .
Te vengera sur eux par les cuisans remords.
Pour toi, fils de Venus , regne dans l'Empirée ,
Regnes -y de concert avec l'aimable Astrée ;
Le Destin a fixé ton séjour dans les Cieux ,
Tu soumis les Mortels , tu soumettras les Dieux .
Depuis pour nous cacher notre propre esclavage,
Plutus prit de l'Amour la taille et le visage ,
Et s'armant de Traits d'or, et d'un Carquois doré,
Il asservit les coeurs , il en fut adoré ;
Mais qu'il a mal rempli leurs desirs trop avides ,
Plus ils sont pleins de lui , plus ils se trouvent
vuides ;
Accablez des trésors qu'ils ont tant demandez ,
Ils les possedent moins qu'ils n'en sont possedez.
POEM E.
Par M. Cavaliés , de Montpellier , Avocat
à la Cour des Aydes de la même Ville.
Muse , raconte moi par- quel destin contraire ,
Plutus malgré l'Amour s'empara de Cythere ,
Et vrai tyran des coeurs dans son funeste emploi
Leur fit de s'enrichir une suprême loi .
Jadis avec l'Amour , avec ce Maître aimable
La Terre entretenoit un commerce agréable ;
Il en fit un séjour charmant , délicieux ,
Pour elle il dédaignoit la demeure des Cieux.
Sans contraindre les coeurs à changer de nature ,
Par
MAY. 1731.
1035
Par la simple équité , par l'exacte droiture ,
Il n'en fit que regler les secrets mouvemens,
Ses volontez étoient les Loix des premiers tems ;
Les Belles consultant le cristal d'une eau claire ,
Epioient leurs attraits et ne vouloient que plaire ,
Par son éclat encor , un métal odieux ,
N'avoit point fasciné ni leurs coeurs ni leur yeux;
Le respect , la candeur , la constante tendresse ,
D'un Amant jusqu'alors composoient la finesse.
Les Belles se rendoient à d'innocens vainqueurs.
Tems heureux ! où les coeurs étoient le prix des
coeurs.
Tel étoit le bonheur d'une innocente vie ,
Et rien n'en alteroit la parfaite harmonie ;
Quand Plutus contemplant du celeste Lambris ,
L'Empire fortuné de l'enfant de Cypris :
Jusqu'à quand l'Univers , dit- il , plein de colere ,
Subira t'il donc le joug d'un jeune témeraire ?
Le plus petit des Dieux, en usurpant mes droits ,
Aux crédules Mortels imposera des loix !
Mais son triomphe est vain et ma gloire exposée ,
Trouve dans mes trésors une ressource aisée ;
Assez et trop long-tems sans culte et sans Autels,
Je ne fus regardé que comme un des Mortels.
Il faut à notre tour que l'on nous rende hommage.
Désormais dans leurs eaux le Pactole et le Tage ,
Ne feront plus rouler d'inutiles trésors ,
Et
1036 MERCURE DE FRANCE.
Et bien - tôt les Mortels , à l'envi sur leurs bords ,
Méprisant de l'Amour tous les bienfaits stériles ,
Viendront cueillir des biens plus surs et plus
utiles.
>
Il appelle à ces mots , pour servir sa fureur ,
L'infame trahison à l'oeil sombre et trompeur ,
L'orgueil , l'ambition au regard témeraire ,
L'ardente soif du gain , l'interêt mercenaire ,
L'artifice flateur au langage affecté ,
L'usure au front d'airain , le parjure effronté ,
`Et l'avarice enfin mere de tous les crimes ;
Ces Monstres odieux des plus profonds abîmes ;
Du Dieu leur Souverain entendirent la voix
Et l'Univers les vit pour la premiere fois.
La terre s'en émut , étonnée , éperduë ,
La Nature trembla , frémit à cette vûë ,
La lumiere pâlit , l'air en fut infecté.
A leur aspect le Dieu lui- même épouventé ,
Pour en cacher l'horreur à la Terre éplorée ,
Répandit sur leurs traits une couche dorée.
Hélas ! sous ce vernis jusqu'alors inconnu ,
Le crime cût à nos yeux l'éclat de la vertu .
Enfin Plutus suivi de ce cortege étrange ,
Et chargé des trésors et de l'Inde et du Gange ,
Se presente aux Humaius et leur tient ce discours.
Ovous , foibles Mortels , esclaves des Amours
C'est pour romprc vos fers qu'une Troupe immortelle,
Vient
MAY. 1731 .
1037
Vient donner à la terre une face nouvelle.
Gouterez-vous toujours une insipide paix ?
Le Carquois d'un Enfant remplit - il vos souhaits ?
Sous l'espoir d'un plaisir que suivent mille
peines ,
Ignorez - vous encor qu'il vous charge de
chaînes ?
Reconnoissez ma voix ; le plus riche des Dieux,
Suivi de ses trésors , Plutus vient en ces lieux.
J'en bannis à jamais l'inutile tendresse ;
J'amene le plaisir , j'amene la richesse ,
Vous me verrez bien- tôt , secondant vos desseins
,
Répandre mes bienfaits sur vous à pleines
mains .
Il dit et dans les coeurs son langage perfide ,
A son gré fait couler un poison homicide ,
De ce fatal poison les Mortels enyvrez ,
Aux folles passions dès - lors furent livrez.
Le desir d'acquerir s'établit à Cythére ,
La richesse aux Humains apporta la misere ;
Et l'avide interêt vainqueur de l'Univers ,
Combattit la raison et la mit dans les fers .
Cependant Cupidon méprisé sur la terre ,
S'envole et prend l'essor vers le Dieu du Tonnerre.
Puissant pere , dit - il , des hommes et des Dieux ,
Sur l'Enfant de Cipris , daigne jetter les yeux.
Détourne les malheurs qu'un Dieu jaloux m'apprête
,
rc38 MERCURE DE FRANCE
Plutus m'ose des coeurs disputer la conquête ,
Tu vois, par son éclat les Mortels éblouis ,
Ne rendre qu'à lui seul des honneurs inoüis.
Non , jamais ces ingrats , cette race infidele ,
Ne fit pour m'honorer éclater tant de zele.
Les desirs effrenez , et les voeux criminels ,
Les conduisent en foule au pied de ses Autels.
Là , parmi les horreurs , le trouble , les allarmes ,
D'un métal à leurs yeux , il fait briller les char
mes.
Là l'Avare à son gré se repaît , s'assouvit ,
Et fait provision d'un bien qui l'asservit ;
En vain je cherchois sur la terre un azile ;
La discorde a rendu mon Carquois inutile ;
En vain je l'ai vuidé pour rétablir la paix ;
Les coeurs avec dédain ont repoussé mes Traits.
Tu peux seul , Jupiter , rétablir mon Empire ;
Et la paix dans les coeurs que Plutus vient séduire
A ces mots Jupiter , le visage serain ,
Apprens , dit- il , Amour , les Arrêts du Destin ,
Les temps sont arrivez que , regnant sur la terre
Plutus doit la livrer au démon de la
guerre.
Déja peu satisfaits de tes dons bienfaisants ,
Les Mortels ont reçû ses funestes présens.
Ils adorent Plutus ; que Plutus les conduise ;
Et les comble d'un bien dont l'éclat les séduise .
Le crime qui grossit leurs coupables trésors
Te
M A Y.
1039 1731 .
Te vengera sur eux par les cuisans remords.
Pour toi, fils de Venus , regne dans l'Empirée ,
Regnes -y de concert avec l'aimable Astrée ;
Le Destin a fixé ton séjour dans les Cieux ,
Tu soumis les Mortels , tu soumettras les Dieux .
Depuis pour nous cacher notre propre esclavage,
Plutus prit de l'Amour la taille et le visage ,
Et s'armant de Traits d'or, et d'un Carquois doré,
Il asservit les coeurs , il en fut adoré ;
Mais qu'il a mal rempli leurs desirs trop avides ,
Plus ils sont pleins de lui , plus ils se trouvent
vuides ;
Accablez des trésors qu'ils ont tant demandez ,
Ils les possedent moins qu'ils n'en sont possedez.
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Résumé : L'AMOUR ET PLUTUS, POEME. Par M. Cavaliés, de Montpellier, Avocat à la Cour des Aydes de la même Ville.
Le poème 'L'AMOUR ET PLUTUS' de M. Cavaliés, avocat à la Cour des Aydes de Montpellier, narre la prise de contrôle de Cythère, le domaine de l'Amour, par Plutus, le dieu de la richesse. Initialement, l'Amour gouvernait la Terre, favorisant des relations humaines harmonieuses et sincères. Les beautés cherchaient à plaire sans être influencées par la richesse matérielle. Cependant, Plutus, envieux du pouvoir de l'Amour, a introduit des valeurs telles que l'orgueil, l'ambition et l'avarice, corrompant ainsi les cœurs humains pour qu'ils préfèrent la richesse aux sentiments authentiques. L'Amour, délaissé, a sollicité l'aide de Jupiter. Ce dernier a révélé que le destin voulait que Plutus règne sur Terre et mène les hommes à la guerre. Jupiter a conseillé à l'Amour de régner dans l'Empyrée aux côtés d'Astrée. Depuis lors, Plutus a pris l'apparence de l'Amour pour asservir les cœurs, mais cette richesse ne satisfait pas les désirs humains, les laissant vides malgré l'abondance de trésors.
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8
p. 1039-1041
CANTIQUE d'Anne, Mere du Prophete Samuel, Lib. I. Chap. 2. des Rois, traduit de l'Hebreu en Prose Poëtique Françoise, par M. L'Abbé le Camus de Provence, suivant l'idée de M. de la Motte, de l'Académie Françoise.
Début :
Feu pur et sacré que l'amour allume dans mon cœur, exhalez vous en saintes [...]
Mots clefs :
Cantique, Samuel, Hébreu, Prose poétique , Jacob, Arc du Fort , Trône, Christ
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CANTIQUE d'Anne, Mere du Prophete Samuel, Lib. I. Chap. 2. des Rois, traduit de l'Hebreu en Prose Poëtique Françoise, par M. L'Abbé le Camus de Provence, suivant l'idée de M. de la Motte, de l'Académie Françoise.
CANTIQUE d'Anne , Mere du
Prophete Samuel , Lib. 1. Chap. 2 .
des Rois , traduit de l'Hebreu en Prose
Poëtique Françoise , par M. l'Abbé le
Camus de Provence , suivant l'idée de
M.de la Motte, de l'Académie Françoise.
Fdans mon coeur, exhalez vous en sain-
Eu pur et sacré que l'amour allume
tes louanges.
C'est toi , Dieu tout puissant et bon ;
quis releves ma force abbattuë ;
C Mes
1040 MERCURE DE FRANCE
Mes ennemis étonnez , m'entendent
élever la voix . Joye douce qui me vient
de tes bontez secourables !
Non , il n'est de Saint que notre Dieu ;
non , il n'est que toi de rampart assuré.
Que l'impieté se taise ; et vous , superbes
, écoutez-moi.
Connoissez le Dieu de Jacob. La sagesse
est son partage inaliénable ; point
de projet heureux qu'il ne l'ait formé.
C'est par lui que l'Arc du Fort est
brisé ;
Que les pieds incertains du foible sont
affermis.
C'est lui qui livre au travail ingrat
à la misere imprévûë , désespérante
le Riche amolli dans la volupté.
.
Mais , les jours du pauvre tristes et laborieux
, il les change en des jours de Fêtes.
Une troupe inesperée d'enfans badins
entourent une mere n'aguéres sterile. La
joye inonde son coeur ;
Tandis que cette autre , fiere d'une posterité
flatteuse, languit dans l'abbattement
et le désespoir,
Fehova conduit au tombeau , et ramené
des portes du trépas.
Dans tes mains toutes- puissantes sont
la mort et la vie , la richesse et la
vreté ,
pau-
11
MAY. 1731. 1041
Il abbaisse , il éleve .
Et d'un tas de poudre et d'ordure sort
à sa voix l'affreuse indigence.
Lui même il la place sur un Trône , et
Les Grands s'empressent à l'entour , éblouis
de ce naissant éclat .
Mon Dieu tient d'une main les bases
profondes sur lesquelles il a posé la Terre.
Et de l'autre main il guide les pas du
Juste.
L'Impie le voit en frémissant , du fond
de l'obscurité , où il croupit.
Force humaine , tu n'es que foiblesse ;
jamais tu n'enfantas les succès .
Mais , ô Dieu fort , ne perds point de
vue ton Christ , ni ses envieux obstinez .
Verse sur eux la terreur et la ruine .
Que ton Tonnerre gronde , que les
Cieux s'ébranlent en sa faveur.
D'un bout de la Terre à l'autre , tu
juges les foibles Mortels.
Tu fortifies ton Christ , et la gloire brille
sur son front couronné .
M. l'Abbé le Camus , qui sçait bien
l'Hébreu , pourroit , s'il vouloit , donner
au Public une Traduction des Pseaumes
de la même maniere.
Prophete Samuel , Lib. 1. Chap. 2 .
des Rois , traduit de l'Hebreu en Prose
Poëtique Françoise , par M. l'Abbé le
Camus de Provence , suivant l'idée de
M.de la Motte, de l'Académie Françoise.
Fdans mon coeur, exhalez vous en sain-
Eu pur et sacré que l'amour allume
tes louanges.
C'est toi , Dieu tout puissant et bon ;
quis releves ma force abbattuë ;
C Mes
1040 MERCURE DE FRANCE
Mes ennemis étonnez , m'entendent
élever la voix . Joye douce qui me vient
de tes bontez secourables !
Non , il n'est de Saint que notre Dieu ;
non , il n'est que toi de rampart assuré.
Que l'impieté se taise ; et vous , superbes
, écoutez-moi.
Connoissez le Dieu de Jacob. La sagesse
est son partage inaliénable ; point
de projet heureux qu'il ne l'ait formé.
C'est par lui que l'Arc du Fort est
brisé ;
Que les pieds incertains du foible sont
affermis.
C'est lui qui livre au travail ingrat
à la misere imprévûë , désespérante
le Riche amolli dans la volupté.
.
Mais , les jours du pauvre tristes et laborieux
, il les change en des jours de Fêtes.
Une troupe inesperée d'enfans badins
entourent une mere n'aguéres sterile. La
joye inonde son coeur ;
Tandis que cette autre , fiere d'une posterité
flatteuse, languit dans l'abbattement
et le désespoir,
Fehova conduit au tombeau , et ramené
des portes du trépas.
Dans tes mains toutes- puissantes sont
la mort et la vie , la richesse et la
vreté ,
pau-
11
MAY. 1731. 1041
Il abbaisse , il éleve .
Et d'un tas de poudre et d'ordure sort
à sa voix l'affreuse indigence.
Lui même il la place sur un Trône , et
Les Grands s'empressent à l'entour , éblouis
de ce naissant éclat .
Mon Dieu tient d'une main les bases
profondes sur lesquelles il a posé la Terre.
Et de l'autre main il guide les pas du
Juste.
L'Impie le voit en frémissant , du fond
de l'obscurité , où il croupit.
Force humaine , tu n'es que foiblesse ;
jamais tu n'enfantas les succès .
Mais , ô Dieu fort , ne perds point de
vue ton Christ , ni ses envieux obstinez .
Verse sur eux la terreur et la ruine .
Que ton Tonnerre gronde , que les
Cieux s'ébranlent en sa faveur.
D'un bout de la Terre à l'autre , tu
juges les foibles Mortels.
Tu fortifies ton Christ , et la gloire brille
sur son front couronné .
M. l'Abbé le Camus , qui sçait bien
l'Hébreu , pourroit , s'il vouloit , donner
au Public une Traduction des Pseaumes
de la même maniere.
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Résumé : CANTIQUE d'Anne, Mere du Prophete Samuel, Lib. I. Chap. 2. des Rois, traduit de l'Hebreu en Prose Poëtique Françoise, par M. L'Abbé le Camus de Provence, suivant l'idée de M. de la Motte, de l'Académie Françoise.
Le texte présente une traduction en prose poétique du 'Cantique d'Anne, Mère du Prophète Samuel' du Livre des Rois, réalisée par l'Abbé le Camus de Provence, inspirée par M. de la Motte de l'Académie Française. Anne exprime sa gratitude envers Dieu pour avoir exaucé sa prière et lui avoir donné un fils. Elle loue Dieu pour sa puissance et sa bonté, affirmant qu'il est le seul saint et le seul rempart sûr. Anne invite les impies et les superbes à reconnaître le Dieu de Jacob, qui possède une sagesse inaliénable et forme des projets heureux. Le texte décrit comment Dieu brise l'arc des forts, affermit les pieds des faibles, et change les jours tristes des pauvres en jours de fête. Il montre également comment Dieu abaisse les riches et élève les pauvres, plaçant parfois ces derniers sur un trône. Dieu tient la Terre d'une main et guide les pas des justes de l'autre, tandis que les impies le voient avec frayeur. Le cantique se termine par une prière pour que Dieu protège son Christ et verse la terreur et la ruine sur ses ennemis, jugeant les mortels de la Terre entière et fortifiant son Christ.
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9
p. 1042-1044
STANCES SUR LA FIEVRE.
Début :
Monstre produit par les Enfers, [...]
Mots clefs :
Fléau, Fièvre, Corps, Brûlantes veines, Poison, Hiver, Froidure, Poumons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES SUR LA FIEVRE.
STANCE S.
SUR LA FIEVRE.
Monstre produit par les Enfers ,
Triste fruit des amours d'une horrible Furie ,
Noir fleau , dont la barbarie ,
Se plaît à desoler tout ce vaste Univers ,
Contre toi je brûle d'écrire ,
( Muses , Phébus , je ne veux rien de vous , )
Le feu que sa rage m'inspire ,
Mieux que le Dieu des Vers , peut servir mon
conrroux,
Jusques à quand , Fievre maudite ,
Eprouverai -je encor tes brulantes fureurs ?
Je cede enfin à tes horreurs ,
N'est-il pas temps , helas ! que ton ardeur nie
quitte ?
Depuis qu'à mon débile corps ,
Tu fais sentir une guerre cruelle ;
Déja sur ces aimables bords ,
La saison du Printemps deux fois se renouvelle,
Sous mille divers changemens ;
A me persecuter toujours ingenieuse ;
Je
M A Y 1043
17318
Je vois ta malice odieuse ,
Se plaire à mépriser les plus cruels tourmens :
Tantôt, de même qu'en nos Plaines ,
Se précipite un Torrent furieux ,
Tuviens dans mes brulantes veines ,
Répandre ton poison en cent bouillons de feux .
Je te vois changeant de nature ,
Du plus affreux hyver emprunter les glaçons ;
Je ressens tes mortels frissons ,
Porter jusqu'en mon coeur une ardente froidure,
Au milieu même de l'Eté ,
Mon sang glacé , se fige dans ma veine
L'Air par mon soufle est infecté ,
;
Mes poumons oppressez le respirent à peine.
粥
Tantôt appaisant ses rigueurs ,
Tu caches dans mon sein le venin qui me tuë ,
Jusqu'en mon coeur il s'insinuë ,
J'y sens bien-tôt couler de mortelles langueurs ;
La pâleur , l'affreuse tristesse ,
Le noir chagrin , l'ennui , suivent tes pas ,
Enfin une prompte foiblesse ,
Me conduit à pas lents aux portes du trépas?
Ma foible raison offensée ,
Ciij Par
1044 MERCURE DE FRANCE
Par le poison brulant de tes noires fureurs ,
1
S'égare enfin dans les horreurs ,
Dont la sombre vapeur la tient embarassée ,
Je vois des Monstres odieux ,
Mille dangers, mille erreurs passageres ,
Souvent des transports furieux ,
Sont les tristes effets de tes noires chimeres.
$2
A qui pourrois-je avoir recours ?
J'implore en vain le fils du Dieu qui nous
éclaire ;
Ses herbes , son Art salutaire ;
Rien ne peut arrêter ton redoutable
cours
Si quelquefois
ta barbarie
,
Pour un moment semble se ralentir ,
Bien- tôt avec plus de furie ,
Ta renaissante ardeur vient se faire sentir.
Le mortel poison qui m'enflâme
Envenime pour moi les jeux et les plaisirs ;
Le dégout suit tous mes desirs ,
L'Amour même , l'Amour ne peut rien sur mon
ame
Ah ! c'est trop vivre sous ta Loi ;
Bien - tôt la mort doit être mon partage ,
Cruelle , je l'attends de toi ,
Mais je meurs trop content de voir périr ta rage,
*
Esculape.
R. D. R. de Dijon.
SUR LA FIEVRE.
Monstre produit par les Enfers ,
Triste fruit des amours d'une horrible Furie ,
Noir fleau , dont la barbarie ,
Se plaît à desoler tout ce vaste Univers ,
Contre toi je brûle d'écrire ,
( Muses , Phébus , je ne veux rien de vous , )
Le feu que sa rage m'inspire ,
Mieux que le Dieu des Vers , peut servir mon
conrroux,
Jusques à quand , Fievre maudite ,
Eprouverai -je encor tes brulantes fureurs ?
Je cede enfin à tes horreurs ,
N'est-il pas temps , helas ! que ton ardeur nie
quitte ?
Depuis qu'à mon débile corps ,
Tu fais sentir une guerre cruelle ;
Déja sur ces aimables bords ,
La saison du Printemps deux fois se renouvelle,
Sous mille divers changemens ;
A me persecuter toujours ingenieuse ;
Je
M A Y 1043
17318
Je vois ta malice odieuse ,
Se plaire à mépriser les plus cruels tourmens :
Tantôt, de même qu'en nos Plaines ,
Se précipite un Torrent furieux ,
Tuviens dans mes brulantes veines ,
Répandre ton poison en cent bouillons de feux .
Je te vois changeant de nature ,
Du plus affreux hyver emprunter les glaçons ;
Je ressens tes mortels frissons ,
Porter jusqu'en mon coeur une ardente froidure,
Au milieu même de l'Eté ,
Mon sang glacé , se fige dans ma veine
L'Air par mon soufle est infecté ,
;
Mes poumons oppressez le respirent à peine.
粥
Tantôt appaisant ses rigueurs ,
Tu caches dans mon sein le venin qui me tuë ,
Jusqu'en mon coeur il s'insinuë ,
J'y sens bien-tôt couler de mortelles langueurs ;
La pâleur , l'affreuse tristesse ,
Le noir chagrin , l'ennui , suivent tes pas ,
Enfin une prompte foiblesse ,
Me conduit à pas lents aux portes du trépas?
Ma foible raison offensée ,
Ciij Par
1044 MERCURE DE FRANCE
Par le poison brulant de tes noires fureurs ,
1
S'égare enfin dans les horreurs ,
Dont la sombre vapeur la tient embarassée ,
Je vois des Monstres odieux ,
Mille dangers, mille erreurs passageres ,
Souvent des transports furieux ,
Sont les tristes effets de tes noires chimeres.
$2
A qui pourrois-je avoir recours ?
J'implore en vain le fils du Dieu qui nous
éclaire ;
Ses herbes , son Art salutaire ;
Rien ne peut arrêter ton redoutable
cours
Si quelquefois
ta barbarie
,
Pour un moment semble se ralentir ,
Bien- tôt avec plus de furie ,
Ta renaissante ardeur vient se faire sentir.
Le mortel poison qui m'enflâme
Envenime pour moi les jeux et les plaisirs ;
Le dégout suit tous mes desirs ,
L'Amour même , l'Amour ne peut rien sur mon
ame
Ah ! c'est trop vivre sous ta Loi ;
Bien - tôt la mort doit être mon partage ,
Cruelle , je l'attends de toi ,
Mais je meurs trop content de voir périr ta rage,
*
Esculape.
R. D. R. de Dijon.
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Résumé : STANCES SUR LA FIEVRE.
Le texte décrit la fièvre comme un monstre issu des Enfers et un fléau barbare. Le narrateur souhaite écrire contre elle, sans l'aide des Muses ou de Phébus, tant la rage qu'elle lui inspire est intense. Il déplore les souffrances qu'elle inflige, persistantes même avec l'arrivée du printemps. La fièvre est caractérisée par des symptômes variés : chaleur et froid alternés, pâleur, tristesse et faiblesse mortelle. Le narrateur se sent impuissant face à ce mal, les remèdes d'Esculape étant inefficaces. Il attend la mort comme une délivrance, espérant que la fièvre périra avec lui.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 1045-1053
LETTRE DE M. le B. Chanoine et Sous-Chantre d'Auxerre, à M. de la Roque ; au sujet d'une Inscription Romaine, découverte le 10. May 1731. proche de cette Ville.
Début :
J'ai déjà fait remarquer dans un petit livre imprimé, il y a huit ans, que nôtre [...]
Mots clefs :
Lettre, Inscription romaine, Basilique, Sépultures, Chanoine régulier, Inscription païenne, Tombeau, Guerre
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M. le B. Chanoine et Sous-Chantre d'Auxerre, à M. de la Roque ; au sujet d'une Inscription Romaine, découverte le 10. May 1731. proche de cette Ville.
LETTRE de M. le B. Chanoine et Sous-
Chantre d'Auxerre , à M. de la Roque ;
au sujet d'une Inscription Romaine , découverte
le 10. May 1731. proche de
cette Ville.
J'Ay déja fait remarquer dans un petit
livre imprimé , il y a huit ans , que nôtre
Ville étoit originairement fort petite ,
et qu'elle n'est devenuë grande, et du circuit
d'environ une lieue ; que par l'accroissement
des Bourgs , qui se sont formés
autour des Monastéres et des Eglises
que la pieté des Evéques fonda autour des
anciens murs. Entre- autres Eglises , nous
avons au Septentrion de nôtre Ville , la
Basilique de S. Germain , dont le contour
souterrain est rempli de tous côtés de sépultures
de Chrétiens , qui se faisoient inhumer
au déhors de cette Eglise par devotion
envers ce grand Evêque , le second de
toute la France qui ait été le plus fameux
en miracles aprés le celebre S. Martin , et
dont aucunDiocese de France ne peut ignorer
les vertus et les merveilles , à moins
qu'il ne soit tout -à - coup privé des connoissances
les plus communes. Nous avons
C iiij ensuite
1046 MERCURE DE FRANCE
•
ensuite au midi , un Bourg surnommé de
Saint-Amatre , que son éloignement du
quartier de la Cité, n'a fait renfermer encore
que dans nos murs construits au douziéme
siècle. Quiconque connoît S. Germain
Gouverneur pour les Romains dans
la Gaule Celtique , ne peut manquer de
connoître celui qui lui confera la tonsure.
C'est S. Amateur. Il fût inhumé dans le
lieu où il avoit livré la guerre au reste
des Payens , et où quelques- uns de ses
prédecesseurs avoient été pareillement
inhumés , poury attirer le concours des
fideles à la place des dévotions précédentes
de l'Idolâtric. On trouve que ce lieu fût
appellé Autricum , ou bien Mons Autricus.
Il y a une prairie au bas : ce qui sert à appuyer
la pensée sur l'origine des noms locaux
, où la syilabe au est contenuë , que
M. Huet , ancien Evêque d'Avranches , a
avancée , et qui a été suivie depuis par
M. l'Abbé des Thuilleries : et c'est , selon
que je le prouve ailleurs , vers cette prairie
qu'ont existé les commencemens des
Villes Payennes , dont a été depuis formé
Auxerre Chrétien . Le côteau qui fait face
à cette prairie vers l'Occident , n'est pas
moins rempli de tombeaux de pierre , que
celui du Bourg Septentrional de Saint Germain.
Mais il est arrivé à presque tous ces
tombeaux
MAY. 173 P. 1047
tombeaux, tant à ceux de Saint - Germain'
qu'à ceux de Saint Amatre , la même chose
qu'à ceux que de nos jours l'on a trouvés
à Paris autour de l'Eglise de Saint- Germain
des Prez , et que l'on a vû rompre
pour faire place à des fondations de bâtimens.
L'éloignement des temps ayant fait
perdre la mémoire des personnes inhumées
dans ces lieux , la necessité de bâtir
ou de cultiver , a été cause que dépuis
plusieurs siecles , ce qui servoit de cimetière
est devenu un lieu profane ; c'està-
dire, qu'il a été changé ou en jardin , ou
en vigne , ou bien en place publique ; desorte
qu'on n'a plus fait aucun cas des
morts qui pouvoient y réposer. Il en est
arrivé de même en plusieurs Villes. Le
besoin où Monsieur Carouge , Chanoine
régulier , Prieur et Seigneur de Saint- Amatre
lez- Auxerre , a été de se fermer de
murs , parceque toutes les anciennes murailles
et bâtimens de son Monastere furent
démolis dans le temps fâcheux de la Ligue ,
qui causa des maux extrêmes en ce payscy
, l'a obligé de faire curer toutes les anciennes
fondations d'édifices , de ramasser
toutes les démolitions , et de lever tous
les obstacles au plan de bâtir qu'il s'est
formé. Entre le grand nombre de tombeaux
qui se présenterent l'an passé sous
C v
la
1048 MERCURE DE FRANCE
la main des ouvriers , on n'en a trouvé
qu'un seul , où il y eût une inscription.
Elle me parût être du moyen âge , et un
peu frivole , parcequ'elle n'est que commencée
: cependant je n'ai pas laissé d'en
dire un mot à un sçavant Antiquaire Ecclesiastique
, dans une lettre que je lui ai
adressée surdifferentes matieres , le dixième
jour du mois dernier. Mais hier matin nous
nous sommes trouvés plus riches , et nous
avons éprouvé la verité de ce qui arrive
souvent à Rome , qu'en levant un tombeau
de Chrétien , on rencontre en dedans
ou en déhors une Inscription Payenne .
Celle que nous avons trouvée , est au déhors
d'un tombeau : mais il n'est pas difficile
de juger par ce qu'elle contient , que
l'inscription n'a pas été faite pour le tombeau
, et qu'elle est beauconp plus ancienne
que le tombeau même. Cette pierre
étoit un gros bloc de la hauteur d'un pied
dix pouces , large de quatre pieds et demi
sur deux pieds six pouces de travers. Il
ya apparence qu'il y avoit un sacrifice representé
à l'une des deux faces , qui n'ont
que deux pieds et demi ; on y voit encore
sur les bords de la rainure qui y régnoit
une moitié de tête de Belier d'un côté , et
de l'autre comme une moitié de roue avec
des restes de rayons . Si l'on n'y apperçoit
pas
MAY. 1731. 1049
pas davantage de sculpture , c'est que la
pierre fût creusée dépuis , et vuidée pour
servir à former les deux tiers d'un sépulchre
à commencer par le côté de la tête ,
ensorte que ce reste de sepulture dont je
viens de parler , est du côté qui devoit
être réuni à un autre bloc creusé, et destiné
pour contenir les pieds du défunt . Mais
comme toute l'inscription ne s'est pas trouvée
dans le superflu que l'ouvrier du sépulchre
a cru devoir ôter , on y lit heureusement
sur le haut d'une des deux fácès
les plus larges , ces deux lignes trés bien
gravées, et en caractéres romains trés beaux
et de la hauteur d'un pouce et demi .
PRO SALUTE DOMINORUM. V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO CÓS.
Il n'y a pas à hésiter dans la date de cette
inscription : elle est sûrement de l'année
228. de Jesus- Christ , puisque c'est à
cette année que se rapporte selon les Fastes
le Consulat de Modeste et de Probus . C'étoit
en partie la sixième et septième année
de l'Empire d'Alexandre Severe , et la
trentiéme avant que nôtre premier Evêque
S. Pelerin fût envoyé dans les Gaules ;
mais ne pouvoit-on pas en tirer quelque
avantage pour l'éclaircissement de l'his-
C vj toire
1050 MERCURE DE FRANCE
toire de cet empereur ? On paroît embarrassé
à assurer positivement que ce fût l'an
228.qu'Alexandre Sevére s'associa Ovindus
Camillus. On croit que la médaille rapportée
par
Occon
, n'est pas suffisante pour
prouver le temps du départ de ces deux
Princes contre les Barbares , et l'on dit
qu'il faudroit qu'il y eut clairement sur
cette médaille Profectio Augg. au plurier ,
et non simplement Profectio Aug. qui ne
veut dire que Profectio Augusti. Vôtre inscription
s'exprime nettement au Plurier ,
ainsi que vous le voyez : et l'on ne peut
guére entendre Dominorum , d'autres que
d'Alexandre , et de Camillus qui étoit regardé
comme un nouveau César depuis
l'honneur qu'Alexandre lui avoit fait de
l'associer à l'Empire. J'ai donc dans la
sée , que cette Pierre vient d'un Autel
érigé en mémoire de quelque Taurobole ,
ou de quelque Criobole , cerémonie qui
avoit marqué le zéle des habitans de nos
cantons , pour la prosperité de ces deux
Princes. Les Tailleurs de pierre réconnoissent
dans ce bloc le grain de la pierre du
pays , c'est à dire d'une carriere qui est à
quatre ou cinq lieües d'icy , et y auroit- il
apparence qu'une pierre qui pesoit bien
trois ou quatre muids de vin avant qu'elle
fût cavée , eût été apportée icy d'une aupentre
MAY . 1731. 1051
>
tre Ville trés éloignée ? Quoiqu'il en soit
le reste d'inscription qu'elle contient
peut servir non seulement à confirmer ce
que l'on apprend par la Médaille d'Occo ,
mais il appuye encore le raisonnement ,
par lequel Lampride , auteur de la vie
d'Alexandre , réfute l'opinion populaire ,
qui attribuoit à Trajan l'association de ce
Camillus. Lampride après avoir rappor
té le fait , ajoûte que ni Fabius Marcellinus
, ni Aurelius Verus , ni Statius Valens
dont il avoit les écrits sous les yeux , n'attribuoient
l'élevation de Camillus à Trajan
; et qu'au contraire Septimius, Acholius
et Encolpius , écrivains de la vie d'Alexandre
Severe , disoient de lui le fait singulier
de cette association subite , et im.
prevue , et de cette expedition militaire
qu'ils firent en commun contre les Barba
res. Je ne vous retracerai pas icy ce que
Lampride rapporte de cette guerre. On a
des preuves que ce fût contre les Allemans
qu'Alexandre et Camillus partirent l'an
228. ce qui est curieux à lire , et qu'-
Alexandre partit à pied, invitant son nouvel
associé d'en faire de même , Camillus
qui n'étoit point accoutumé , comme
Alexandre , à cette voiture , se trouva trés
fatigué au bout de cinq mille pas , c'est-àdire
, aprés avoir fait deux lieues ou envi .
ron.
A
1052 MERCURE DE FRANCE
ron. Alexandre lui fit donner un cheval ,
qu'il ne pût supportet que pendant deux
journées , parcequ'il étoit d'un temperament
trés delicat ; enfin le chariot ne lui
convint pas davantage , et il fût obligé de
renoncer au métier de la guerre , sans cependant
abandonner sesprétentions à l'Empire.
On voit par là que la santé de cet associé
avoit un peu plus besoin des voeux du
peuple envers les Dieux , que celle d'Alexandre
, qui étoit robuste et vigoureuse:
mais on ne les separa point dans la ceremonie
qui fût faite à Auxerre à leur intention
, et les voeux furent portés également
pour la santé de ces deux Maîtres
pro falute Dominorum .
Si vous, ou vos amis, avez une autre explication
à donner à nôtre inscription , qui
ne fait que commencer à voir le jour , je
ne m'y oppose aucunement ; je l'attendrai
avec plaisir , principalement celle qui sera
donnée des quatre lettres initiales de la
premiere ligne , sur lesquelles je laisse à
d'autres à deviner ce qu'elles signifient.
Je ne vous parle point d'une autre inscription
aussi trouvée avant hier au même
lieu , parcequ'elle est encore plus mutilée
que la précedente . Elle est egalement
d'un trés-beau'caractére Romain, et on y lit
lecommencement du mot de LUPERC alia
PeutMAY.
1731. 1053
Peut-être trouvera- t- on dans la suite les
autres morceaux de ces inscriptions ; en
ce cas je ne manquerai pas de vous en donner
avis , étant &c.
A Auxerre ce 11. May 1731.
Chantre d'Auxerre , à M. de la Roque ;
au sujet d'une Inscription Romaine , découverte
le 10. May 1731. proche de
cette Ville.
J'Ay déja fait remarquer dans un petit
livre imprimé , il y a huit ans , que nôtre
Ville étoit originairement fort petite ,
et qu'elle n'est devenuë grande, et du circuit
d'environ une lieue ; que par l'accroissement
des Bourgs , qui se sont formés
autour des Monastéres et des Eglises
que la pieté des Evéques fonda autour des
anciens murs. Entre- autres Eglises , nous
avons au Septentrion de nôtre Ville , la
Basilique de S. Germain , dont le contour
souterrain est rempli de tous côtés de sépultures
de Chrétiens , qui se faisoient inhumer
au déhors de cette Eglise par devotion
envers ce grand Evêque , le second de
toute la France qui ait été le plus fameux
en miracles aprés le celebre S. Martin , et
dont aucunDiocese de France ne peut ignorer
les vertus et les merveilles , à moins
qu'il ne soit tout -à - coup privé des connoissances
les plus communes. Nous avons
C iiij ensuite
1046 MERCURE DE FRANCE
•
ensuite au midi , un Bourg surnommé de
Saint-Amatre , que son éloignement du
quartier de la Cité, n'a fait renfermer encore
que dans nos murs construits au douziéme
siècle. Quiconque connoît S. Germain
Gouverneur pour les Romains dans
la Gaule Celtique , ne peut manquer de
connoître celui qui lui confera la tonsure.
C'est S. Amateur. Il fût inhumé dans le
lieu où il avoit livré la guerre au reste
des Payens , et où quelques- uns de ses
prédecesseurs avoient été pareillement
inhumés , poury attirer le concours des
fideles à la place des dévotions précédentes
de l'Idolâtric. On trouve que ce lieu fût
appellé Autricum , ou bien Mons Autricus.
Il y a une prairie au bas : ce qui sert à appuyer
la pensée sur l'origine des noms locaux
, où la syilabe au est contenuë , que
M. Huet , ancien Evêque d'Avranches , a
avancée , et qui a été suivie depuis par
M. l'Abbé des Thuilleries : et c'est , selon
que je le prouve ailleurs , vers cette prairie
qu'ont existé les commencemens des
Villes Payennes , dont a été depuis formé
Auxerre Chrétien . Le côteau qui fait face
à cette prairie vers l'Occident , n'est pas
moins rempli de tombeaux de pierre , que
celui du Bourg Septentrional de Saint Germain.
Mais il est arrivé à presque tous ces
tombeaux
MAY. 173 P. 1047
tombeaux, tant à ceux de Saint - Germain'
qu'à ceux de Saint Amatre , la même chose
qu'à ceux que de nos jours l'on a trouvés
à Paris autour de l'Eglise de Saint- Germain
des Prez , et que l'on a vû rompre
pour faire place à des fondations de bâtimens.
L'éloignement des temps ayant fait
perdre la mémoire des personnes inhumées
dans ces lieux , la necessité de bâtir
ou de cultiver , a été cause que dépuis
plusieurs siecles , ce qui servoit de cimetière
est devenu un lieu profane ; c'està-
dire, qu'il a été changé ou en jardin , ou
en vigne , ou bien en place publique ; desorte
qu'on n'a plus fait aucun cas des
morts qui pouvoient y réposer. Il en est
arrivé de même en plusieurs Villes. Le
besoin où Monsieur Carouge , Chanoine
régulier , Prieur et Seigneur de Saint- Amatre
lez- Auxerre , a été de se fermer de
murs , parceque toutes les anciennes murailles
et bâtimens de son Monastere furent
démolis dans le temps fâcheux de la Ligue ,
qui causa des maux extrêmes en ce payscy
, l'a obligé de faire curer toutes les anciennes
fondations d'édifices , de ramasser
toutes les démolitions , et de lever tous
les obstacles au plan de bâtir qu'il s'est
formé. Entre le grand nombre de tombeaux
qui se présenterent l'an passé sous
C v
la
1048 MERCURE DE FRANCE
la main des ouvriers , on n'en a trouvé
qu'un seul , où il y eût une inscription.
Elle me parût être du moyen âge , et un
peu frivole , parcequ'elle n'est que commencée
: cependant je n'ai pas laissé d'en
dire un mot à un sçavant Antiquaire Ecclesiastique
, dans une lettre que je lui ai
adressée surdifferentes matieres , le dixième
jour du mois dernier. Mais hier matin nous
nous sommes trouvés plus riches , et nous
avons éprouvé la verité de ce qui arrive
souvent à Rome , qu'en levant un tombeau
de Chrétien , on rencontre en dedans
ou en déhors une Inscription Payenne .
Celle que nous avons trouvée , est au déhors
d'un tombeau : mais il n'est pas difficile
de juger par ce qu'elle contient , que
l'inscription n'a pas été faite pour le tombeau
, et qu'elle est beauconp plus ancienne
que le tombeau même. Cette pierre
étoit un gros bloc de la hauteur d'un pied
dix pouces , large de quatre pieds et demi
sur deux pieds six pouces de travers. Il
ya apparence qu'il y avoit un sacrifice representé
à l'une des deux faces , qui n'ont
que deux pieds et demi ; on y voit encore
sur les bords de la rainure qui y régnoit
une moitié de tête de Belier d'un côté , et
de l'autre comme une moitié de roue avec
des restes de rayons . Si l'on n'y apperçoit
pas
MAY. 1731. 1049
pas davantage de sculpture , c'est que la
pierre fût creusée dépuis , et vuidée pour
servir à former les deux tiers d'un sépulchre
à commencer par le côté de la tête ,
ensorte que ce reste de sepulture dont je
viens de parler , est du côté qui devoit
être réuni à un autre bloc creusé, et destiné
pour contenir les pieds du défunt . Mais
comme toute l'inscription ne s'est pas trouvée
dans le superflu que l'ouvrier du sépulchre
a cru devoir ôter , on y lit heureusement
sur le haut d'une des deux fácès
les plus larges , ces deux lignes trés bien
gravées, et en caractéres romains trés beaux
et de la hauteur d'un pouce et demi .
PRO SALUTE DOMINORUM. V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO CÓS.
Il n'y a pas à hésiter dans la date de cette
inscription : elle est sûrement de l'année
228. de Jesus- Christ , puisque c'est à
cette année que se rapporte selon les Fastes
le Consulat de Modeste et de Probus . C'étoit
en partie la sixième et septième année
de l'Empire d'Alexandre Severe , et la
trentiéme avant que nôtre premier Evêque
S. Pelerin fût envoyé dans les Gaules ;
mais ne pouvoit-on pas en tirer quelque
avantage pour l'éclaircissement de l'his-
C vj toire
1050 MERCURE DE FRANCE
toire de cet empereur ? On paroît embarrassé
à assurer positivement que ce fût l'an
228.qu'Alexandre Sevére s'associa Ovindus
Camillus. On croit que la médaille rapportée
par
Occon
, n'est pas suffisante pour
prouver le temps du départ de ces deux
Princes contre les Barbares , et l'on dit
qu'il faudroit qu'il y eut clairement sur
cette médaille Profectio Augg. au plurier ,
et non simplement Profectio Aug. qui ne
veut dire que Profectio Augusti. Vôtre inscription
s'exprime nettement au Plurier ,
ainsi que vous le voyez : et l'on ne peut
guére entendre Dominorum , d'autres que
d'Alexandre , et de Camillus qui étoit regardé
comme un nouveau César depuis
l'honneur qu'Alexandre lui avoit fait de
l'associer à l'Empire. J'ai donc dans la
sée , que cette Pierre vient d'un Autel
érigé en mémoire de quelque Taurobole ,
ou de quelque Criobole , cerémonie qui
avoit marqué le zéle des habitans de nos
cantons , pour la prosperité de ces deux
Princes. Les Tailleurs de pierre réconnoissent
dans ce bloc le grain de la pierre du
pays , c'est à dire d'une carriere qui est à
quatre ou cinq lieües d'icy , et y auroit- il
apparence qu'une pierre qui pesoit bien
trois ou quatre muids de vin avant qu'elle
fût cavée , eût été apportée icy d'une aupentre
MAY . 1731. 1051
>
tre Ville trés éloignée ? Quoiqu'il en soit
le reste d'inscription qu'elle contient
peut servir non seulement à confirmer ce
que l'on apprend par la Médaille d'Occo ,
mais il appuye encore le raisonnement ,
par lequel Lampride , auteur de la vie
d'Alexandre , réfute l'opinion populaire ,
qui attribuoit à Trajan l'association de ce
Camillus. Lampride après avoir rappor
té le fait , ajoûte que ni Fabius Marcellinus
, ni Aurelius Verus , ni Statius Valens
dont il avoit les écrits sous les yeux , n'attribuoient
l'élevation de Camillus à Trajan
; et qu'au contraire Septimius, Acholius
et Encolpius , écrivains de la vie d'Alexandre
Severe , disoient de lui le fait singulier
de cette association subite , et im.
prevue , et de cette expedition militaire
qu'ils firent en commun contre les Barba
res. Je ne vous retracerai pas icy ce que
Lampride rapporte de cette guerre. On a
des preuves que ce fût contre les Allemans
qu'Alexandre et Camillus partirent l'an
228. ce qui est curieux à lire , et qu'-
Alexandre partit à pied, invitant son nouvel
associé d'en faire de même , Camillus
qui n'étoit point accoutumé , comme
Alexandre , à cette voiture , se trouva trés
fatigué au bout de cinq mille pas , c'est-àdire
, aprés avoir fait deux lieues ou envi .
ron.
A
1052 MERCURE DE FRANCE
ron. Alexandre lui fit donner un cheval ,
qu'il ne pût supportet que pendant deux
journées , parcequ'il étoit d'un temperament
trés delicat ; enfin le chariot ne lui
convint pas davantage , et il fût obligé de
renoncer au métier de la guerre , sans cependant
abandonner sesprétentions à l'Empire.
On voit par là que la santé de cet associé
avoit un peu plus besoin des voeux du
peuple envers les Dieux , que celle d'Alexandre
, qui étoit robuste et vigoureuse:
mais on ne les separa point dans la ceremonie
qui fût faite à Auxerre à leur intention
, et les voeux furent portés également
pour la santé de ces deux Maîtres
pro falute Dominorum .
Si vous, ou vos amis, avez une autre explication
à donner à nôtre inscription , qui
ne fait que commencer à voir le jour , je
ne m'y oppose aucunement ; je l'attendrai
avec plaisir , principalement celle qui sera
donnée des quatre lettres initiales de la
premiere ligne , sur lesquelles je laisse à
d'autres à deviner ce qu'elles signifient.
Je ne vous parle point d'une autre inscription
aussi trouvée avant hier au même
lieu , parcequ'elle est encore plus mutilée
que la précedente . Elle est egalement
d'un trés-beau'caractére Romain, et on y lit
lecommencement du mot de LUPERC alia
PeutMAY.
1731. 1053
Peut-être trouvera- t- on dans la suite les
autres morceaux de ces inscriptions ; en
ce cas je ne manquerai pas de vous en donner
avis , étant &c.
A Auxerre ce 11. May 1731.
Fermer
Résumé : LETTRE DE M. le B. Chanoine et Sous-Chantre d'Auxerre, à M. de la Roque ; au sujet d'une Inscription Romaine, découverte le 10. May 1731. proche de cette Ville.
Le 11 mai 1731, un chanoine et sous-chantre d'Auxerre adresse une lettre à M. de la Roque pour relater la découverte d'une inscription romaine près d'Auxerre, le 10 mai 1731. L'auteur décrit la croissance de la ville d'Auxerre, initialement petite, qui s'est agrandie grâce à l'expansion des bourgs autour des monastères et des églises fondées par les évêques. Parmi ces églises, la basilique de Saint-Germain au nord et le bourg de Saint-Amatre au sud sont particulièrement notables. Saint-Germain et Saint-Amatre étaient des figures importantes dans l'histoire chrétienne de la région. L'inscription découverte est gravée sur un bloc de pierre utilisé pour un sépulcre. Elle contient les lignes 'PRO SALUTE DOMINORUM. V. S. L. M. DEDICAVIT MODESTO ET PROBO CÓS.' et date de l'année 228 après J.-C., correspondant au consulat de Modeste et Probus. Cette inscription est liée à une cérémonie en l'honneur des empereurs Alexandre Sévère et Ovindus Camillus, associés à l'Empire. La pierre provient probablement d'une carrière locale et pourrait confirmer des événements historiques relatifs à Alexandre Sévère et Camillus. L'auteur invite M. de la Roque à partager d'autres interprétations de l'inscription et mentionne une autre inscription mutilée trouvée au même endroit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 1053-1056
ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume In Exitu Israël de Ægypto, &c.
Début :
Quand Israël quitta la Terre [...]
Mots clefs :
Ode sacrée, Psaume, Israël, Héritage, Mer, Hébreux, Vérité, Sagesse, Gentils, Lumière
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texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume In Exitu Israël de Ægypto, &c.
ODE SACRE'E ,
Tirée du Pseaume
In Exitu Israël de Ægypto , &c.
QUand Israël quitta la Terre
Des barbares Egyptiens ,
Celui qui commande au Tonnerre ,
Brisa ses funestes liens :
Il le prit pour son héritage ;
La Mer s'ouvrit à son passage ,
Le Jourdain suspendit ses Eaux ;
Les Colines et les Montagnes ,
Sauterent comme en nos Campagnes
Nous voyons bondir les Troupeaux.
O Mer en nauffrages féconde ,
A l'aspect du Camp des Hébreux ,
Pourquoi retiras-tu ton Onde ?
Jour1054
MERCURE DE FRANCE
Jourdain , pourquoi fuir devant eux ?
Monts orgueilleux , et vous , Colines ,
Les Moutons des Plaines voisines ,
Vous virent imiter leurs sauts ;
Grand Dieu ! la Terre en ta presence ,
S'émeut en voyant ta puissance ,
Un Rocher forme des Ruisseaux.
諾
Etre éternel ! que la memoire ,
De tant de Miracles divers ,
Ne tourne point à notre gloire ,
Qu'elle t'annonce à l'Univers ;
Que ta Verité , ta clémence ,
Ta Sagesse et ta Providence ,
Te manifestent aux Humains ;
Qu'ils sçachent qu'Israël révere ,
Le Maître du Ciel , qui sçait faire ,
Tout ce qu'embrassent ses desseins.
Les Gentils ont des Dieux frivoles
Qu'ils se sont eux-mêmes formez ,
Sourdes et trompeuses Idoles ,
Dont les yeux sont toujours fermez ;
Leurs pieds , leurs mains sont immobiles ;
De Métal masses inutiles ,
Vous êtes des Etres muets ;
Puissent
MAY.
1055 1731.
Puissent vous devenir semblables ,
Tous ceux qui croiront secourables ,
Des Dieux que les hommes ont faits.
Israël mit son esperance ,
Dans l'assistance du Seigneur ;
Aron invoqua sa puissance ,
Il s'est montré leur Protecteur ;
Celui qui craint de lui déplaire
Dans sa bonté sans cesse espere ,
Et toujours éprouve ses soins :
Combien de fois ce tendre Pere ,
Sans attendre notre Priere
A-t'il prévenu nos besoins ?
,
;
Son Peuple , de sa bienveillance ,
Mille fois sentit les effets ;
Ceux qui réverent sa puissance ,
Par lui sont comblez de bienfaits
Dans la splendeur ou l'indigence ,
Son incomparable clémence ,
Ecoute également leurs voeux .
Puissent vos enfans et vous- même ,
Etre benis du Dieu suprême ,
Qui créa la Terre et les Cieux !
Son
1056 MERCURE DE FRANCE
Son Trône au-delà du Tonnerre ,
Brille dans la celeste Cour :
Du néant il tira la Terre ,
Pour en faire notre séjour ,
Seigneur , dans la nuit éternelle ,
Tombeau de l'Ame criminelle ,
On ne benit point tes faveurs ;
Mais nous qui suivons ta lumiere ,
Durant l'Eternelle carriere ,
Nous celebrerons tes grandeurs.
Par M. de Sainte Palaye , de Montfort-
Lamaury
Tirée du Pseaume
In Exitu Israël de Ægypto , &c.
QUand Israël quitta la Terre
Des barbares Egyptiens ,
Celui qui commande au Tonnerre ,
Brisa ses funestes liens :
Il le prit pour son héritage ;
La Mer s'ouvrit à son passage ,
Le Jourdain suspendit ses Eaux ;
Les Colines et les Montagnes ,
Sauterent comme en nos Campagnes
Nous voyons bondir les Troupeaux.
O Mer en nauffrages féconde ,
A l'aspect du Camp des Hébreux ,
Pourquoi retiras-tu ton Onde ?
Jour1054
MERCURE DE FRANCE
Jourdain , pourquoi fuir devant eux ?
Monts orgueilleux , et vous , Colines ,
Les Moutons des Plaines voisines ,
Vous virent imiter leurs sauts ;
Grand Dieu ! la Terre en ta presence ,
S'émeut en voyant ta puissance ,
Un Rocher forme des Ruisseaux.
諾
Etre éternel ! que la memoire ,
De tant de Miracles divers ,
Ne tourne point à notre gloire ,
Qu'elle t'annonce à l'Univers ;
Que ta Verité , ta clémence ,
Ta Sagesse et ta Providence ,
Te manifestent aux Humains ;
Qu'ils sçachent qu'Israël révere ,
Le Maître du Ciel , qui sçait faire ,
Tout ce qu'embrassent ses desseins.
Les Gentils ont des Dieux frivoles
Qu'ils se sont eux-mêmes formez ,
Sourdes et trompeuses Idoles ,
Dont les yeux sont toujours fermez ;
Leurs pieds , leurs mains sont immobiles ;
De Métal masses inutiles ,
Vous êtes des Etres muets ;
Puissent
MAY.
1055 1731.
Puissent vous devenir semblables ,
Tous ceux qui croiront secourables ,
Des Dieux que les hommes ont faits.
Israël mit son esperance ,
Dans l'assistance du Seigneur ;
Aron invoqua sa puissance ,
Il s'est montré leur Protecteur ;
Celui qui craint de lui déplaire
Dans sa bonté sans cesse espere ,
Et toujours éprouve ses soins :
Combien de fois ce tendre Pere ,
Sans attendre notre Priere
A-t'il prévenu nos besoins ?
,
;
Son Peuple , de sa bienveillance ,
Mille fois sentit les effets ;
Ceux qui réverent sa puissance ,
Par lui sont comblez de bienfaits
Dans la splendeur ou l'indigence ,
Son incomparable clémence ,
Ecoute également leurs voeux .
Puissent vos enfans et vous- même ,
Etre benis du Dieu suprême ,
Qui créa la Terre et les Cieux !
Son
1056 MERCURE DE FRANCE
Son Trône au-delà du Tonnerre ,
Brille dans la celeste Cour :
Du néant il tira la Terre ,
Pour en faire notre séjour ,
Seigneur , dans la nuit éternelle ,
Tombeau de l'Ame criminelle ,
On ne benit point tes faveurs ;
Mais nous qui suivons ta lumiere ,
Durant l'Eternelle carriere ,
Nous celebrerons tes grandeurs.
Par M. de Sainte Palaye , de Montfort-
Lamaury
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Résumé : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume In Exitu Israël de Ægypto, &c.
L'ode sacrée, extraite du Psaume 'In Exitu Israël de Ægypto', commémore la libération d'Israël de l'esclavage en Égypte. Dieu, maître du tonnerre, a brisé les chaînes des Hébreux et leur a ouvert un passage à travers la mer Rouge et le Jourdain. Les montagnes et les collines ont bondi à sa présence, démontrant sa puissance. La mer, le Jourdain et les montagnes sont interpellés pour souligner leur soumission devant Dieu. Le texte insiste sur le fait que la mémoire de ces miracles doit servir à la glorification de Dieu, et non à la gloire humaine. Il met en avant la vérité, la clémence, la sagesse et la providence divines, contrastant avec les idoles muettes et inutiles des Gentils. Israël, en espérant dans l'assistance du Seigneur, a toujours été protégé et béni par Dieu, qui prévient les besoins de son peuple et écoute leurs vœux. L'ode se conclut par une invocation à Dieu, créateur de la Terre et des Cieux, dont le trône brille dans la cour céleste. Elle exprime le désir que les bénédictions divines soient sur les enfants et les fidèles, qui célébreront éternellement les grandeurs de Dieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 1056-1070
SUITE des Memoires historiques sur les personnes illustres originaires du Comté d'Eu.
Début :
Aprés avoir fait connoître les Personnes originaires du Comté d'Eu qui [...]
Mots clefs :
Mémoires historiques, Personnes illustres, Chevalier, Vicomte héréditaire, Diocèse d'Amiens, Bataille de Nicopolis
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Memoires historiques sur les personnes illustres originaires du Comté d'Eu.
SUITTE des Memoires historiques sur les
perfonnes illustres originaires du Comté
d'En.
A
Prés avoir fait connoître les Personnes
originaires du Comté d'Eu qui
se sont distinguées par leurs sciences, ou
par leur pieté , je vais presentement parler
de celles qui par leur valeur , ou par
leur habileté dans les Arts , ont merité
d'être particulicrement estimées. Je commence
par Guillaume d'Eu , fils ainé d'Eustache
d'Eu ; Seigneur de la Chaussée ,
Chevalier
MAY. 1057 1731 .
1
Chevalier et Vicomte hereditaire du Comté
d'Eu , et d'Alix de Piquigni . Ce Seigneur
avoit pris naissance dans un Châ-
Iteau qui subsistoit alors au fauxbourg de
la chaussée d'Eu , dont on voit encore les
vestiges , et qui faisoit le chef- lieu et le domicile
ordinaire de cette ancienne et illustre
maison qui descend des premiers Comtes
d'Eu ; et parceque ce fief de la chaussée
d'Eu,quoique membre du Comté d'Eu
et de la Province de Normandie , est néanmoins
situé du côté de la Picardie , et du
Diocèse d'Amiens , les Historiens ont
donné quelquefois à ce Seigneur le nom
de brave et vaillant Picard .
Elevé d'une maniere conforme à sa naissance
, il ne fut pas plutôt en âge d'exercer
la profession des Armes , qu'il l'embrassa.
Il est vrai que l'Histoire * ne nous
a pas transmis tout ce que ce Seigneur a fait
de singulier et d'heroïque , où nous eussions
sans doute trouvé des preuves abondantes
de sa valeur : elle ne nous fournit
qu'une seule action ; mais qui , quoique
seule , est plus que suffisante pour justifier
quel étoit , l'excès de son courage.
C'est de la fameuse bataille de Nicopolis
en Bulgarie , donnée l'an 1396.
* Froiffart. T. IV. Ch. 72.
Nicopolis
to58 MERCURE DE FRANCE
dont je veux parler , le jeune Seigneur
ayant suivi en .... le Comte d'Eu Phillipe
d'Artois , Connétable de France .
On voit dans ce que l'Histoire rapporte
de cette bataille , que la trop grande
vivacité du Comte d'Eu , ayant engagé
mal à propos les troupes Françoises à marcher
indiscrettement vers l'armée ennemie
, sans être suivie de l'armée chrétienne
, elles se trouverent à l'instant envelopées
par soixante mille Turcs. Ce fût dans
cette funeste occasion que Guillaume d'Eu
fit connoître jusqu'où alloit son intrépidité
et sa valeur ; car les Historiens ont particulierement
remarqué que pendant l'horrible
massacre que les Turcs faisoient des
François , Guillaume d'Eu se fit jour deux
fois , l'épée à la main , au travers de cette
nombreuse armée ; ce qui lui donnoit , s'il
avoit voulu une entiere liberté de se tirer
du peril ; mais persuadé qu'il étoit indigne
pour lui de survivre à la perte du Corps
des
troupes Françoises , il aima mieux
retourner daus la mêlée , où il perit avec
les autres. ( a )
Je vais maintenant parler d'un autre
Seigneur du Comté d'Eu qui s'est rendu
fameux pour avoir été le premier qui a
(a) Froiff. ibid. Baudier, Hist . des Turcs L. 2 .
Ch. 1.
tenté
MAY. 1731 . 1059
tenté la découverte d'un nouveau Monde ;
et qui a ouvert un chemin pour passer dans
l'Amerique. Ce Seigneur est Jean de
Bethencourt, Baron deS. Martin leGaillard ,
au Comté d'Eu , lequel a commencé le
premier établissement qui s'est fait aux
ifles des Canaries . ( a ) Ces Ifles , à la verité
,avoient été connuës des Anciens sous
le nom des Ifles Fortunées ; et quelques
Avanturiers sétant hazardés d'y aborder
y avoient quelquefois réussi ; mais l'usage
de la Boussole n'étant pas encore connu,
peu avoient osé se hazarder à faire un
semblable voiage, Lorsqu'enfin la direction
de l'éguille aimantée vers le Nord fût découverte,
et l'usage qu'on en pouvoit faire
pour régler sa route sur Mer confirmé ;
Jean de Bethencourt fût le premier qui
entreprit de tenter par cette voye l'accès
de ces Ifles , qui étoient alors abandonnées.
Robert de Bracquemont son cousin y
donna lieu ; comme il avoit de l'inclination
pour les expeditions de Mer , il forma
le dessein d'aborder ces Isles, et de s'en
mettre en possession . C'est pourquoi il
obtint en 1401. du Roy de Castille Jean
II. la permission d'en faire la Conquête :
ce qui lui fût accordé en consideration des
services qu'il avoit rendus à ce Prince dans
(a) Jean de Verrier,Hist, des Canaries,
les
1060 MERCURE DE FRANCE
les guerres contre le Portugal . Mais soit
que dans la suite il eût prit son parti d’avancer
plutôt sa fortune en France , que
de l'aller chercher si loin , comme en effet
il y fût pourvû quelque tems aprés de la
qualité d'Amiral ; soit enfin qu'il voulût
donner la gloire de cette découverte à Jean
de Bethencourt son parent , et lui procurer
un établissement , il lui en donna la
commission , et lui ceda ses droits qui lui
furent confirmés par la Reine Catherine ,
veuve du Roy Jean II.
Le Baron de S. Martin aiant pris toutes
ses mesures pour son embarquement , mit
enfin à la voile dans l'été de l'année 1402 .
et aborda heureusement aux Canaries ,
dont il conquit d'abord quelques Isles .
Mais ne se trouvant pas assés fort pour
se rendre Maître des autres , il revint en
Espagne où il reçût des munitions et de
l'argent de Henry III . Roy de Castille ,
qui lui donna la souveraineté de ces Isles ,
à condition qu'il lui en feroit hommage ;
étant retourné il se saisit encore de quelques
unes , et en particulier de celle qui
se nomme Lancelote , où il fit bâtir un Fort.
Il y prit même la qualité de Roy : mais
étant mort peu de tems aprés , il y laissa
Y
pour surcesseur son neveu nommé Me-
Baut , avec la même qualité . Tout le monde
MAY. 1731. 1061
de convient que ce voyage est le premier
qui se soit fait avec ordre , et le plus loin
vers la ligne. Ce qui donna lieu ensuite aux
Portugais , et aux Castillans de hazarder
d'autres voyages de long cours ; comme
de doubler le cap de BonneEsperance pour
passer aux Indes , et de faire enfin la découverte
de l'Amerique.
Je ne doute pas que ceux qui ont par
la lecture quelque connoissance du fameux
armateur Jacques Sore dont je vais présentement
parler , ne soient surpris que je
lui donne place dans le rang des personnes
illustres qui sont sorties du Comté d'Eu
parceque la pluspart des Historiens qui
en parlent , le regardent comme un insigne
Pirate , et un veritable scelerat : mais
c'est justement ce qui doit m'y engager ;
car il ne paroît pas que les Historiens
` lui aient rendu la justice qui lui est duë.
Deux choses , il est vrai , ont contribué
à le rendre odieux de son vivant. La premiere,
parcequ'il étoit Calviniste , et protegé
des principaux Chefs de cette secte.
La seconde , en ce que s'étant un jour rendu
maître d'un Bâtiment Espagnol qui alloit
au Bresil , sur lequel étoient embarquez
des Jesuites qui y passoient pour annoncer
la foy , il les fit tous mourir et jetter ensuite
dans la mer,
J'avoije
ト
1062 MERCURE DE FRANCE
>
J'avoue que ce fût un malheur pour
Jacques Sore d'avoir vêcu dans l'héresie
dont les funestes sentimens ont pû contribuer
à l'animer contre les Jesuites : c'est
surquoy je ne prétend s pas le disculper ;
mais à cela près , il peut avoir eu d'ailleurs
de bonnes qualités naturelles , lesquelles
ont pû le mettre fort audessus du commun.
C'est aussi sous cet aspect que je
pretends le faire régarder,apuïé comme je
suis sur ce qu'en a pensé un excellent connoisseur
qui devoit bien sçavoir ce qu'il
étoit , puisqu'il vivoit de son tems , qu'il
étoit en place pour en juger , et qu'il
ne peut être soupçonné de lui avoir été
favorable par la conformité de réligion :
sçavoir Pierre Bourdeille , Abbé de Brantome
, connu sous ce dernier nom ; lequel
parlant par occasion dans ses Mémoires
de Jacques Sore , fait son éloge en´
deux mots , en disant qu'il avoit été un
des bons hommes de Mer qui fût de
son tems , ajoûtant même qui eût été
depuis. (a)
Jacques Sore étoit natif du village de
Floques , situé proche de la Mer à une
petite lieuë de la Ville d'Eu , il avoit
comme j'ai dit , cu le malheur d'être élevé
>
(a)Mem . de Brant. Eloge de M. de Mont-luc.
dans
ΜΑΥ. 1731. 1063
dans la secte de Calvin ; mais étant d'un
esprit vif , et hardi , né avec quelques
biens , voyant la guerre déclarée contre
la France et l'Angleterre lors du Siége
du Havre de grace en 1563. il prit le
parti d'armer une frégate pour aller en
course contre les ennemis de l'Etat , sur
lesquels il ne tarda pas à faire des prises
considerables , et à se rendre formidable
sur la mer. Mais la paix ayant été faite
plutôt qu'il ne le souhaittoit , il lui fallût
chercher un prétexte qui l'autorisat à continuer
une profession de son goût , et
où il se voioit en état d'avancer sa fortune.
Il le trouva , ce prétexte , dans son protecteur
le fameux Amiral de Châtillon
lequel non content de lui faire une pension
, lui procura des lettres de Jeanne
d'Albret , Reine de Navarre , par les
quelles elle l'établissoit Amiral de Navarre
, ce qui lui donnoit droit de courir
sur les vaisseaux Espagnols , comme il
fit en effet. Pour y mieux reüssir il prit
avec lui un autre Armateur nommé
Didacus d'Andrada , s'engageant de par
tager le butin. ( a )
Ce für alors qu'il donna vigoureusement
la chasse aux vaisseaux d'Espagne ,
(a) Flarim, de Raim. Hist, de l'Heresie. L.
5. p. 738.
D
of
1664 MERCURE DE FRANCE
·
et qu'il prit celui dont les Historiens
ont fait tant de bruit, Il est vrai que ce
bâtiment alloit au Bresil , et qu'il y por
toit des Jesuites destinés pour les Missions
du Pays , dont le Chef s'appelloit
Ignace , du nom du Fondateur de sa
Compagnie. Les Auteurs varient sur le
nombre , les uns disent qu'il y en avoit
douze , les autres trente- huit , d'autres
enfin quarante . N'importe , il est toûjours
certain que Jacques Sore prit ce bâtiment
l'an 1570. et qu'il fit mourir les
Jesuites , comme je l'ai dit plus haut,
( a ) Je sçay que tous les Auteurs crient
avec raison contre cette action pleine de
cruauté , et qu'ils la regardent comme
un effet de la haine de Jacques Sore
contre la Catholicité. Les anciens de ce
pays-cy rapportoient la chose d'une maniere
qui la rendoit un peu moins odieuse ;
sçavoir , que Jacques Sore n'en avoit
agi ainsi que par réprésailles , en ce que
les Espagnols aiant traité de la même
maniere un particulier qui lui appartenoit
, et qui étoit tombé entre leurs
mains , il crût d'ailleurs que les Jesuites
y avoient eu part. Mais cela ne sçauroit
jamais le disculper.
fc) Florim, de Raim, ibid, Hist. gener. d'Hora
griz, liv, 15,
Nôtre
MAY. 1731. 1065
Nôtre Amiral de Navarre fit , au rapport
de Brantôme , une autre prise qui
fit beaucoup de bruit pour le bien et
le mal qu'elle causa au parti Calviniste.
Ce fût un vaisseau Venitien , du port
de douze à treize cens tonneaux , qu'il
aborda , et qu'il prit en déçà du détroit
de Gibraltar , lequel faisoit voile vers
l'Angleterre. L'ayant conduit à la Rochelle
, les Calvinistes le firent passer
quelque tems aprés au Port de Broüage
dont ilsvouloient se rendre les maîtres . Če
qui en effet leue facilita la prise de cette
place , est que s'étant avisé de placer
de l'artillerie sur la hune de ce vaisseau
qu'il avoit extrémement large , ils
tuoient de-là à coup sûr tous ceux qui
se présentoient pour défendre la bréche ;
mais aiant malheureusement pour eux
laissé le vaisseau désarmé dans ce Port ,
et le Roy Charles IX . étant venu assiéger
peu de temps aprés la Rochelle
, il
ly fit repasser
; et l'ayant
fait couler à
fond à l'entrée
du Port , il fit placer dessus
une batterie
qui fit des merveilles
battre la Ville , et pour empêcher
le secours
d'y entrer.
,
pour
Enfin l'Amiral Sore , las d'une vie si
agitée , prit le parti d'abandonner la Marine
, et de se retirer au Comté d'Eu ,
Dij son
+
1066 MERCURE DE FRANCE
son pays , pour y finir le reste de ses
jours dans le repos , et encore mieux ,
si on en croit la tradition du même pays,
pour y rentrer dans le sein de l'Eglise .
On tient qu'il y est mort , et qu'il a été
inhumé comme Catholique dans l'Eglise
du Village de Floques , qui étoit, comme
j'ay dit , le lieu de sa naissance ; au
moins est- il certain , que c'est une insigne
calomnie ce qu'a avancé celui qui
à fait les Additions à l'Histoire de Portugal
par Jerôme Ozorius ( a ) ,sçavoir , que
le Capitaine Sore se retira dans sa patrie ,
pour y mourir comme enragé , écumant
sa mort comme un Sanglier , ce qui
n'a nulle vrai- semblance, puisque qui que
ce soit dans le pays n'a jamais entendu
parler de pareille chose , le tems n'en
étant pas si éloigné , moi- même m'étant
souvent entretenu des Avantures de Jacques
Sore avec ceux dont les Peres l'avoient
parfaitement connu , et dont les
proches parens avoient eû part à ses expeditions.
D'ailleurs les habitans de cette
ville ayant toûjours été fort opposés
au Calvinisme , et Jacques Sore étant
mort à leur porte , il n'est pas vrai- semblable
qu'une mort si tragique eût
échapé à leur connoissance , et à leur
mémoire ; ils n'auroient pas ignorés
(4) Liv. ag. ch. 3.
même
MAY. 1731. 1067
même , fameux comme il étoit , le lieu
profane où on l'auroit inhumé , s'il étoit
mort Calviniste .
Voici encore un autre Capitaine de
vaisseau , et depuis Chef d'Escadre , natifdu
Comté d'Eu , lequel a dû aussi son
élevation à la seule force de son génie
sçavoir,Abraham Du Quesne , Pere de l'illustre
Du Quesne , Géneral des Armées
Navales de France. Il naquit au Bourg
de Blangi, dans le Comté d'Eu , de parens
peu favorisés de la Fortune , et qui
avoient le malheur , comme ceux de l'Amiral
Sore, d'être infectés, de l'héresie de
Calvin ; ce qui est assez particulier , vû le
peu de progrès que cette héresie avoit
fait dans le Comté d'Eu. Il y a apparen
ce que ce fût ce qui lui donna lieu de se
retirer à Dieppe où le Calvinisme étoit
plus en vogue. Il y apprit la Carte Marine
, se mit sur les vaisseaux et se rendit
capable d'être Pilote .
Aprés avoir exercé cette profession
pendant quelque temps , il passa en Sue -
de , où s'étant fait connoître , il obtint une
place de Pilote dans les vaisseaux de la
• Reine Christine. Comme cette Princesse
trouva à propos d'envoyer quelques
vaisseaux en France , il fut choisi préferablement
à d'autres pour les conduire
D iij parcequ'il
1068 MERCURE DE FRANCE
parcequ'il étoit François. S'étant distingué
dans cette occasion , il fut fait Capitaine
de vaisseau du Roy dans l'Armée
navale de France , où il se signala de maniere
, que le Roy Louis XIV. ne fit. pas
difficulté de l'envoyer en Suede avec une
Escadre pour y ménager des affaires qui
regardoient la Marine. Comme la France
étoit alors en guerre avec l'Espagne ,
Abraham Du Quesne ne pouvoit guére
éviter d'être attaqué par les vaisseaux
Espagnols qui tenoient la Mer , lesquels
d'ailleurs le surpassoient de beaucoup en
nombre. En effet , comme il revenoit en
France , il se donna un combat entre les
deux Flottes ; et quoique Du Quesne fit
des prodiges de valeur , il reçut une blessure
considerable , et fut fait Prisonnier.
Ayant été conduit à Dunkerque , il y
mourut peu aprés de sa blessure , l'an
1535. dans les sentimens de la Réligion
Prétendue Reformée.
,
Il ne me reste presentement qu'à parler
des deux freres Anguier , qui ont excellé
dans la Sculture , et qui ont primé de
nos jours dans ce bel Art. Ils naquirent
tous deux à Eu dans la Paroisse de S. Jean,
d'un pere menuisier. Nés tous deux pour
la Sculture , et le Dessein ; dès qu'ils commencerent
à faire usage de leur esprit ,
on
MAY. 1731 . 1069
on les vit s'occupper à faire de petites
figures de bois ou de pierre avec leurs coû
teaux , en quoy ils réussissoient passablement
bien , ce qui frappa un honnête
Bourgeois de la ville , et l'engagea à en
prendre soin par charité. Voyant enfin
qu'ils commençoient d'être en âge à pouvoir
travailler , et que le goût pour la
Sculture se fortifioit de plus en plus en
eux , il obtint d'un Jesuite qui alloit à
Paris , qu'il les y meneroit pour les placer
chez un Maître où ils pussent se perfectionner
, ce que ce Pere fit en effet.
A peine eurent-ils commencé à modeler
des figures , que le Maître s'apperçût
bientôt qu'ils iroient fort loin un
jour , s'ils continuoient de travailler. Il
le connût encore mieux , lorsqu'ils eurent
commencé à se servir du cizeau sur le
bois et sur la pierre. Après s'être ainsi
formés quelque tems à Paris , ils allerent
à Rome, afin qu'il ne leur manquât rien
pour se perfectionner dans leur Art .
Etant enfin de rétour à Paris , ils y acquirent
une telle réputation , qu'ils furent
employés pour les plus considerables morceaux
de Sculture ; tels que le grand Crucifix
de marbre qui tient lieu de Tableau
à l'Autel de l'Eglise de Sorbonne , tous
les ornemens et les bas- reliefs de la porte
D iiij
de
D070 MERCURE DE FRANCE
de S. Denis , et les deux figures de celle
de S. Antoine dans l'Eglise des Celestins
le Tombeau du Duc de Rohan , et l'Obelisque
du Duc de Longueville. Tous
les Ornemens de l'Autel de l'Eglise du
Val de grace , et sur le même Autel le
petit Jesus dans la Crèche , avec la Sainte
Vierge et S. Joseph , et quantité d'autres
ouvrages dont on peut voir le détail
dans la Déscription de Paris par Germain
Brice.
Enfin , aprés avoir si dignement employé
le talent que Dieu leur avoit donné ,
ils finirent leurs jours ; sçavoir , François
qui étoit l'ainé le 8. Août 1669. et Michel
le 11. Juillet 1686. Ils furent tous
deux inhumez dans la Nef de l'Eglise de
S. Roch leur Paroisse , sous une Tombe
de marbre blanc , sur laquelle fût gravée
I'Epitaphe suivante ,
Dans sa concavité ce funeste Tombeau
Tient les os renfermés de l'un et l'autre frere ;
Il leur étoit aisé d'en avoir un plus beau
Si de leurs propres mains ils l'eussent voulu faire
Mais il importe peu de loger noblement
Ce qu'aprés le trépas un corps laisse de reste
Et pourvûque ce Corps quittant le logement
L'Ame trouve le sien dans le séjour celeste..
perfonnes illustres originaires du Comté
d'En.
A
Prés avoir fait connoître les Personnes
originaires du Comté d'Eu qui
se sont distinguées par leurs sciences, ou
par leur pieté , je vais presentement parler
de celles qui par leur valeur , ou par
leur habileté dans les Arts , ont merité
d'être particulicrement estimées. Je commence
par Guillaume d'Eu , fils ainé d'Eustache
d'Eu ; Seigneur de la Chaussée ,
Chevalier
MAY. 1057 1731 .
1
Chevalier et Vicomte hereditaire du Comté
d'Eu , et d'Alix de Piquigni . Ce Seigneur
avoit pris naissance dans un Châ-
Iteau qui subsistoit alors au fauxbourg de
la chaussée d'Eu , dont on voit encore les
vestiges , et qui faisoit le chef- lieu et le domicile
ordinaire de cette ancienne et illustre
maison qui descend des premiers Comtes
d'Eu ; et parceque ce fief de la chaussée
d'Eu,quoique membre du Comté d'Eu
et de la Province de Normandie , est néanmoins
situé du côté de la Picardie , et du
Diocèse d'Amiens , les Historiens ont
donné quelquefois à ce Seigneur le nom
de brave et vaillant Picard .
Elevé d'une maniere conforme à sa naissance
, il ne fut pas plutôt en âge d'exercer
la profession des Armes , qu'il l'embrassa.
Il est vrai que l'Histoire * ne nous
a pas transmis tout ce que ce Seigneur a fait
de singulier et d'heroïque , où nous eussions
sans doute trouvé des preuves abondantes
de sa valeur : elle ne nous fournit
qu'une seule action ; mais qui , quoique
seule , est plus que suffisante pour justifier
quel étoit , l'excès de son courage.
C'est de la fameuse bataille de Nicopolis
en Bulgarie , donnée l'an 1396.
* Froiffart. T. IV. Ch. 72.
Nicopolis
to58 MERCURE DE FRANCE
dont je veux parler , le jeune Seigneur
ayant suivi en .... le Comte d'Eu Phillipe
d'Artois , Connétable de France .
On voit dans ce que l'Histoire rapporte
de cette bataille , que la trop grande
vivacité du Comte d'Eu , ayant engagé
mal à propos les troupes Françoises à marcher
indiscrettement vers l'armée ennemie
, sans être suivie de l'armée chrétienne
, elles se trouverent à l'instant envelopées
par soixante mille Turcs. Ce fût dans
cette funeste occasion que Guillaume d'Eu
fit connoître jusqu'où alloit son intrépidité
et sa valeur ; car les Historiens ont particulierement
remarqué que pendant l'horrible
massacre que les Turcs faisoient des
François , Guillaume d'Eu se fit jour deux
fois , l'épée à la main , au travers de cette
nombreuse armée ; ce qui lui donnoit , s'il
avoit voulu une entiere liberté de se tirer
du peril ; mais persuadé qu'il étoit indigne
pour lui de survivre à la perte du Corps
des
troupes Françoises , il aima mieux
retourner daus la mêlée , où il perit avec
les autres. ( a )
Je vais maintenant parler d'un autre
Seigneur du Comté d'Eu qui s'est rendu
fameux pour avoir été le premier qui a
(a) Froiff. ibid. Baudier, Hist . des Turcs L. 2 .
Ch. 1.
tenté
MAY. 1731 . 1059
tenté la découverte d'un nouveau Monde ;
et qui a ouvert un chemin pour passer dans
l'Amerique. Ce Seigneur est Jean de
Bethencourt, Baron deS. Martin leGaillard ,
au Comté d'Eu , lequel a commencé le
premier établissement qui s'est fait aux
ifles des Canaries . ( a ) Ces Ifles , à la verité
,avoient été connuës des Anciens sous
le nom des Ifles Fortunées ; et quelques
Avanturiers sétant hazardés d'y aborder
y avoient quelquefois réussi ; mais l'usage
de la Boussole n'étant pas encore connu,
peu avoient osé se hazarder à faire un
semblable voiage, Lorsqu'enfin la direction
de l'éguille aimantée vers le Nord fût découverte,
et l'usage qu'on en pouvoit faire
pour régler sa route sur Mer confirmé ;
Jean de Bethencourt fût le premier qui
entreprit de tenter par cette voye l'accès
de ces Ifles , qui étoient alors abandonnées.
Robert de Bracquemont son cousin y
donna lieu ; comme il avoit de l'inclination
pour les expeditions de Mer , il forma
le dessein d'aborder ces Isles, et de s'en
mettre en possession . C'est pourquoi il
obtint en 1401. du Roy de Castille Jean
II. la permission d'en faire la Conquête :
ce qui lui fût accordé en consideration des
services qu'il avoit rendus à ce Prince dans
(a) Jean de Verrier,Hist, des Canaries,
les
1060 MERCURE DE FRANCE
les guerres contre le Portugal . Mais soit
que dans la suite il eût prit son parti d’avancer
plutôt sa fortune en France , que
de l'aller chercher si loin , comme en effet
il y fût pourvû quelque tems aprés de la
qualité d'Amiral ; soit enfin qu'il voulût
donner la gloire de cette découverte à Jean
de Bethencourt son parent , et lui procurer
un établissement , il lui en donna la
commission , et lui ceda ses droits qui lui
furent confirmés par la Reine Catherine ,
veuve du Roy Jean II.
Le Baron de S. Martin aiant pris toutes
ses mesures pour son embarquement , mit
enfin à la voile dans l'été de l'année 1402 .
et aborda heureusement aux Canaries ,
dont il conquit d'abord quelques Isles .
Mais ne se trouvant pas assés fort pour
se rendre Maître des autres , il revint en
Espagne où il reçût des munitions et de
l'argent de Henry III . Roy de Castille ,
qui lui donna la souveraineté de ces Isles ,
à condition qu'il lui en feroit hommage ;
étant retourné il se saisit encore de quelques
unes , et en particulier de celle qui
se nomme Lancelote , où il fit bâtir un Fort.
Il y prit même la qualité de Roy : mais
étant mort peu de tems aprés , il y laissa
Y
pour surcesseur son neveu nommé Me-
Baut , avec la même qualité . Tout le monde
MAY. 1731. 1061
de convient que ce voyage est le premier
qui se soit fait avec ordre , et le plus loin
vers la ligne. Ce qui donna lieu ensuite aux
Portugais , et aux Castillans de hazarder
d'autres voyages de long cours ; comme
de doubler le cap de BonneEsperance pour
passer aux Indes , et de faire enfin la découverte
de l'Amerique.
Je ne doute pas que ceux qui ont par
la lecture quelque connoissance du fameux
armateur Jacques Sore dont je vais présentement
parler , ne soient surpris que je
lui donne place dans le rang des personnes
illustres qui sont sorties du Comté d'Eu
parceque la pluspart des Historiens qui
en parlent , le regardent comme un insigne
Pirate , et un veritable scelerat : mais
c'est justement ce qui doit m'y engager ;
car il ne paroît pas que les Historiens
` lui aient rendu la justice qui lui est duë.
Deux choses , il est vrai , ont contribué
à le rendre odieux de son vivant. La premiere,
parcequ'il étoit Calviniste , et protegé
des principaux Chefs de cette secte.
La seconde , en ce que s'étant un jour rendu
maître d'un Bâtiment Espagnol qui alloit
au Bresil , sur lequel étoient embarquez
des Jesuites qui y passoient pour annoncer
la foy , il les fit tous mourir et jetter ensuite
dans la mer,
J'avoije
ト
1062 MERCURE DE FRANCE
>
J'avoue que ce fût un malheur pour
Jacques Sore d'avoir vêcu dans l'héresie
dont les funestes sentimens ont pû contribuer
à l'animer contre les Jesuites : c'est
surquoy je ne prétend s pas le disculper ;
mais à cela près , il peut avoir eu d'ailleurs
de bonnes qualités naturelles , lesquelles
ont pû le mettre fort audessus du commun.
C'est aussi sous cet aspect que je
pretends le faire régarder,apuïé comme je
suis sur ce qu'en a pensé un excellent connoisseur
qui devoit bien sçavoir ce qu'il
étoit , puisqu'il vivoit de son tems , qu'il
étoit en place pour en juger , et qu'il
ne peut être soupçonné de lui avoir été
favorable par la conformité de réligion :
sçavoir Pierre Bourdeille , Abbé de Brantome
, connu sous ce dernier nom ; lequel
parlant par occasion dans ses Mémoires
de Jacques Sore , fait son éloge en´
deux mots , en disant qu'il avoit été un
des bons hommes de Mer qui fût de
son tems , ajoûtant même qui eût été
depuis. (a)
Jacques Sore étoit natif du village de
Floques , situé proche de la Mer à une
petite lieuë de la Ville d'Eu , il avoit
comme j'ai dit , cu le malheur d'être élevé
>
(a)Mem . de Brant. Eloge de M. de Mont-luc.
dans
ΜΑΥ. 1731. 1063
dans la secte de Calvin ; mais étant d'un
esprit vif , et hardi , né avec quelques
biens , voyant la guerre déclarée contre
la France et l'Angleterre lors du Siége
du Havre de grace en 1563. il prit le
parti d'armer une frégate pour aller en
course contre les ennemis de l'Etat , sur
lesquels il ne tarda pas à faire des prises
considerables , et à se rendre formidable
sur la mer. Mais la paix ayant été faite
plutôt qu'il ne le souhaittoit , il lui fallût
chercher un prétexte qui l'autorisat à continuer
une profession de son goût , et
où il se voioit en état d'avancer sa fortune.
Il le trouva , ce prétexte , dans son protecteur
le fameux Amiral de Châtillon
lequel non content de lui faire une pension
, lui procura des lettres de Jeanne
d'Albret , Reine de Navarre , par les
quelles elle l'établissoit Amiral de Navarre
, ce qui lui donnoit droit de courir
sur les vaisseaux Espagnols , comme il
fit en effet. Pour y mieux reüssir il prit
avec lui un autre Armateur nommé
Didacus d'Andrada , s'engageant de par
tager le butin. ( a )
Ce für alors qu'il donna vigoureusement
la chasse aux vaisseaux d'Espagne ,
(a) Flarim, de Raim. Hist, de l'Heresie. L.
5. p. 738.
D
of
1664 MERCURE DE FRANCE
·
et qu'il prit celui dont les Historiens
ont fait tant de bruit, Il est vrai que ce
bâtiment alloit au Bresil , et qu'il y por
toit des Jesuites destinés pour les Missions
du Pays , dont le Chef s'appelloit
Ignace , du nom du Fondateur de sa
Compagnie. Les Auteurs varient sur le
nombre , les uns disent qu'il y en avoit
douze , les autres trente- huit , d'autres
enfin quarante . N'importe , il est toûjours
certain que Jacques Sore prit ce bâtiment
l'an 1570. et qu'il fit mourir les
Jesuites , comme je l'ai dit plus haut,
( a ) Je sçay que tous les Auteurs crient
avec raison contre cette action pleine de
cruauté , et qu'ils la regardent comme
un effet de la haine de Jacques Sore
contre la Catholicité. Les anciens de ce
pays-cy rapportoient la chose d'une maniere
qui la rendoit un peu moins odieuse ;
sçavoir , que Jacques Sore n'en avoit
agi ainsi que par réprésailles , en ce que
les Espagnols aiant traité de la même
maniere un particulier qui lui appartenoit
, et qui étoit tombé entre leurs
mains , il crût d'ailleurs que les Jesuites
y avoient eu part. Mais cela ne sçauroit
jamais le disculper.
fc) Florim, de Raim, ibid, Hist. gener. d'Hora
griz, liv, 15,
Nôtre
MAY. 1731. 1065
Nôtre Amiral de Navarre fit , au rapport
de Brantôme , une autre prise qui
fit beaucoup de bruit pour le bien et
le mal qu'elle causa au parti Calviniste.
Ce fût un vaisseau Venitien , du port
de douze à treize cens tonneaux , qu'il
aborda , et qu'il prit en déçà du détroit
de Gibraltar , lequel faisoit voile vers
l'Angleterre. L'ayant conduit à la Rochelle
, les Calvinistes le firent passer
quelque tems aprés au Port de Broüage
dont ilsvouloient se rendre les maîtres . Če
qui en effet leue facilita la prise de cette
place , est que s'étant avisé de placer
de l'artillerie sur la hune de ce vaisseau
qu'il avoit extrémement large , ils
tuoient de-là à coup sûr tous ceux qui
se présentoient pour défendre la bréche ;
mais aiant malheureusement pour eux
laissé le vaisseau désarmé dans ce Port ,
et le Roy Charles IX . étant venu assiéger
peu de temps aprés la Rochelle
, il
ly fit repasser
; et l'ayant
fait couler à
fond à l'entrée
du Port , il fit placer dessus
une batterie
qui fit des merveilles
battre la Ville , et pour empêcher
le secours
d'y entrer.
,
pour
Enfin l'Amiral Sore , las d'une vie si
agitée , prit le parti d'abandonner la Marine
, et de se retirer au Comté d'Eu ,
Dij son
+
1066 MERCURE DE FRANCE
son pays , pour y finir le reste de ses
jours dans le repos , et encore mieux ,
si on en croit la tradition du même pays,
pour y rentrer dans le sein de l'Eglise .
On tient qu'il y est mort , et qu'il a été
inhumé comme Catholique dans l'Eglise
du Village de Floques , qui étoit, comme
j'ay dit , le lieu de sa naissance ; au
moins est- il certain , que c'est une insigne
calomnie ce qu'a avancé celui qui
à fait les Additions à l'Histoire de Portugal
par Jerôme Ozorius ( a ) ,sçavoir , que
le Capitaine Sore se retira dans sa patrie ,
pour y mourir comme enragé , écumant
sa mort comme un Sanglier , ce qui
n'a nulle vrai- semblance, puisque qui que
ce soit dans le pays n'a jamais entendu
parler de pareille chose , le tems n'en
étant pas si éloigné , moi- même m'étant
souvent entretenu des Avantures de Jacques
Sore avec ceux dont les Peres l'avoient
parfaitement connu , et dont les
proches parens avoient eû part à ses expeditions.
D'ailleurs les habitans de cette
ville ayant toûjours été fort opposés
au Calvinisme , et Jacques Sore étant
mort à leur porte , il n'est pas vrai- semblable
qu'une mort si tragique eût
échapé à leur connoissance , et à leur
mémoire ; ils n'auroient pas ignorés
(4) Liv. ag. ch. 3.
même
MAY. 1731. 1067
même , fameux comme il étoit , le lieu
profane où on l'auroit inhumé , s'il étoit
mort Calviniste .
Voici encore un autre Capitaine de
vaisseau , et depuis Chef d'Escadre , natifdu
Comté d'Eu , lequel a dû aussi son
élevation à la seule force de son génie
sçavoir,Abraham Du Quesne , Pere de l'illustre
Du Quesne , Géneral des Armées
Navales de France. Il naquit au Bourg
de Blangi, dans le Comté d'Eu , de parens
peu favorisés de la Fortune , et qui
avoient le malheur , comme ceux de l'Amiral
Sore, d'être infectés, de l'héresie de
Calvin ; ce qui est assez particulier , vû le
peu de progrès que cette héresie avoit
fait dans le Comté d'Eu. Il y a apparen
ce que ce fût ce qui lui donna lieu de se
retirer à Dieppe où le Calvinisme étoit
plus en vogue. Il y apprit la Carte Marine
, se mit sur les vaisseaux et se rendit
capable d'être Pilote .
Aprés avoir exercé cette profession
pendant quelque temps , il passa en Sue -
de , où s'étant fait connoître , il obtint une
place de Pilote dans les vaisseaux de la
• Reine Christine. Comme cette Princesse
trouva à propos d'envoyer quelques
vaisseaux en France , il fut choisi préferablement
à d'autres pour les conduire
D iij parcequ'il
1068 MERCURE DE FRANCE
parcequ'il étoit François. S'étant distingué
dans cette occasion , il fut fait Capitaine
de vaisseau du Roy dans l'Armée
navale de France , où il se signala de maniere
, que le Roy Louis XIV. ne fit. pas
difficulté de l'envoyer en Suede avec une
Escadre pour y ménager des affaires qui
regardoient la Marine. Comme la France
étoit alors en guerre avec l'Espagne ,
Abraham Du Quesne ne pouvoit guére
éviter d'être attaqué par les vaisseaux
Espagnols qui tenoient la Mer , lesquels
d'ailleurs le surpassoient de beaucoup en
nombre. En effet , comme il revenoit en
France , il se donna un combat entre les
deux Flottes ; et quoique Du Quesne fit
des prodiges de valeur , il reçut une blessure
considerable , et fut fait Prisonnier.
Ayant été conduit à Dunkerque , il y
mourut peu aprés de sa blessure , l'an
1535. dans les sentimens de la Réligion
Prétendue Reformée.
,
Il ne me reste presentement qu'à parler
des deux freres Anguier , qui ont excellé
dans la Sculture , et qui ont primé de
nos jours dans ce bel Art. Ils naquirent
tous deux à Eu dans la Paroisse de S. Jean,
d'un pere menuisier. Nés tous deux pour
la Sculture , et le Dessein ; dès qu'ils commencerent
à faire usage de leur esprit ,
on
MAY. 1731 . 1069
on les vit s'occupper à faire de petites
figures de bois ou de pierre avec leurs coû
teaux , en quoy ils réussissoient passablement
bien , ce qui frappa un honnête
Bourgeois de la ville , et l'engagea à en
prendre soin par charité. Voyant enfin
qu'ils commençoient d'être en âge à pouvoir
travailler , et que le goût pour la
Sculture se fortifioit de plus en plus en
eux , il obtint d'un Jesuite qui alloit à
Paris , qu'il les y meneroit pour les placer
chez un Maître où ils pussent se perfectionner
, ce que ce Pere fit en effet.
A peine eurent-ils commencé à modeler
des figures , que le Maître s'apperçût
bientôt qu'ils iroient fort loin un
jour , s'ils continuoient de travailler. Il
le connût encore mieux , lorsqu'ils eurent
commencé à se servir du cizeau sur le
bois et sur la pierre. Après s'être ainsi
formés quelque tems à Paris , ils allerent
à Rome, afin qu'il ne leur manquât rien
pour se perfectionner dans leur Art .
Etant enfin de rétour à Paris , ils y acquirent
une telle réputation , qu'ils furent
employés pour les plus considerables morceaux
de Sculture ; tels que le grand Crucifix
de marbre qui tient lieu de Tableau
à l'Autel de l'Eglise de Sorbonne , tous
les ornemens et les bas- reliefs de la porte
D iiij
de
D070 MERCURE DE FRANCE
de S. Denis , et les deux figures de celle
de S. Antoine dans l'Eglise des Celestins
le Tombeau du Duc de Rohan , et l'Obelisque
du Duc de Longueville. Tous
les Ornemens de l'Autel de l'Eglise du
Val de grace , et sur le même Autel le
petit Jesus dans la Crèche , avec la Sainte
Vierge et S. Joseph , et quantité d'autres
ouvrages dont on peut voir le détail
dans la Déscription de Paris par Germain
Brice.
Enfin , aprés avoir si dignement employé
le talent que Dieu leur avoit donné ,
ils finirent leurs jours ; sçavoir , François
qui étoit l'ainé le 8. Août 1669. et Michel
le 11. Juillet 1686. Ils furent tous
deux inhumez dans la Nef de l'Eglise de
S. Roch leur Paroisse , sous une Tombe
de marbre blanc , sur laquelle fût gravée
I'Epitaphe suivante ,
Dans sa concavité ce funeste Tombeau
Tient les os renfermés de l'un et l'autre frere ;
Il leur étoit aisé d'en avoir un plus beau
Si de leurs propres mains ils l'eussent voulu faire
Mais il importe peu de loger noblement
Ce qu'aprés le trépas un corps laisse de reste
Et pourvûque ce Corps quittant le logement
L'Ame trouve le sien dans le séjour celeste..
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Résumé : SUITE des Memoires historiques sur les personnes illustres originaires du Comté d'Eu.
Le texte met en lumière plusieurs personnalités marquantes originaires du Comté d'Eu, distinguées par leurs exploits militaires, leurs découvertes ou leurs talents artistiques. Guillaume d'Eu, fils aîné d'Eustache d'Eu, est un Chevalier et Vicomte héréditaire du Comté d'Eu. Né dans un château au faubourg de la Chaussée d'Eu, il est parfois surnommé 'brave et vaillant Picard'. Il a démontré son courage lors de la bataille de Nicopolis en 1396, où il a combattu avec intrépidité contre les Turcs. Jean de Bethencourt, Baron de Saint-Martin-le-Gaillard, est célèbre pour avoir été le premier à tenter la découverte d'un nouveau monde et à ouvrir un chemin vers l'Amérique. En 1402, il a conquis plusieurs îles des Canaries et a établi un fort sur l'île de Lancelote, se proclamant roi de ces îles. Jacques Sore, natif du village de Floques près d'Eu, est un armateur controversé. Calviniste et protégé des chefs de cette secte, il est connu pour ses actions de piraterie, notamment la capture d'un vaisseau espagnol transportant des Jésuites, qu'il a fait exécuter. Malgré ses actes de cruauté, certains historiens comme Pierre Bourdeille, Abbé de Brantôme, reconnaissent ses qualités naturelles et son habileté en mer. Sore a fini ses jours dans le Comté d'Eu, où il est inhumé comme catholique dans l'église de Floques. Abraham Du Quesne, né au Bourg de Blangi dans le Comté d'Eu, provenait d'une famille peu fortunée et calviniste. Il se rendit à Dieppe pour apprendre la carte marine et devint pilote. Après avoir servi en Suède, il fut nommé capitaine de vaisseau dans la marine française. Lors d'un combat contre les Espagnols, il fut blessé et capturé, mourant peu après à Dunkerque en 1535. Les frères Anguier, François et Michel, naquirent à Eu dans la paroisse de Saint-Jean, fils d'un menuisier. Dès leur jeune âge, ils montrèrent un talent pour la sculpture et furent pris en charge par un bourgeois qui les envoya à Paris pour se perfectionner. Après avoir étudié à Rome, ils acquirent une grande réputation à Paris, réalisant des œuvres notables comme le crucifix de l'église de la Sorbonne et divers ornements dans plusieurs églises parisiennes. François mourut le 8 août 1669 et Michel le 11 juillet 1686. Ils furent inhumés dans l'église de Saint-Roch.
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13
p. 1071-1073
VULCAIN VANGÉ. CANTATE.
Début :
Au Dieu qui forge le Tonnere [...]
Mots clefs :
Cantate, Hymen, Olympe , Amour, Coeurs, Imprudence , Vulcain, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VULCAIN VANGÉ. CANTATE.
VULCAIN VANGE.
Αν
CANTATE.
U Dieu qui forge le Tonnere
L'Hymen avoit uni la Déesse Cypris ,
Et Vulcain de l'Olympe éxilé sur la Terre
Esperoit dans ses bras oublier ses soucis ;
Mais l'Amour indigné que l'hymen témeraire
Sans consulter son choix eût formé ces liens ,
S'abandonne aux transports d'une juste colere ,
t frappe de ces cris les bois Idaliens . E
Si désormais , usurpant ma puissance
Le seul hymen enchaîne tous les coeurs ;
Où sont mes droits ? qui de mes traits vain
queurs
Voudra sentir la douce violence
Ainsi qu'aux Dieux , inutile aux Mortels
Je chérirois une lâche indolence !
Non; par
Rétablissons
l'honneur
de nos Autels...
Si désormais
, usurpant
ma puissance.
Le seulhymen enchaîne
tous les Cours ;,
l'éclat d'une illustre vangeance
D V Oth
1072 MERCURE DE FRANCE
Où sont mes droits ? qui de mes traits vainqueurs
Voudra sentir la douce violence ?
Il exale en ces mots la douleur qui le presse ,
Et de son Isle abandonnant les bords.
Il vole vers les lieux où l'aimable Déesse
De son nouvel époux secondoit les transports.
Mais pour le frere de Bellone
Bientôt la fille de Dione
Brûle par les soins de l'Amour ,
Et Mars qui ne se plaît qu'au milieu des allarmes,
Oubliant sa fureur dans ses yeux pleins de char- mes
>
L'assure d'un tendre retour..
'Alors l'Amour vangé comtemplant son ouvrage
Au Dieu de l'hymenée adresse ce langage.
Que cet exemple t'apprenne
Qu'aux coeurs rangés sous tes Loix
Hymen , ta faveur est vaine
Si je n'approuve leur choix.
De ta coupable imprudence
Vois les funestes effets ;
Vois échouer ta puissance
Contre
MAY. 1731 1073 .
Contre l'effort de mes traits.
Que cet exemple t'apprenne
Qu'aux coeurs rangés sous tes Loix,
Hymen , ta faveur est vaine
Si je n'approuve leur choix.
Tandis que l'Enfant de Cythere
De l'hymen impuissant irritoit les douleurs ,
Vulcain entre sans bruit dans le bois solitaire ,
Où Venus au Dieu Mars prodiguoit ses faveurs
Que ne peut inspirer la noire jalousie !
Pour vanger cet affront employant l'industrie
Vulcain dans ses filets tendus de toutes parts
Enveloppe à la fois l'Amour , Venus , et Mars.
Que la paix de retour
Régne enfin sur la terre.
Pour enchaîner l'Amour
Vulcain cesse en ce jour
L'Ouvrage du Tonnerre ,
Et le Dieu de la Guerre
Est Captif à son tour,
Que la paix de retour
Régne enfin sur la Terre
Αν
CANTATE.
U Dieu qui forge le Tonnere
L'Hymen avoit uni la Déesse Cypris ,
Et Vulcain de l'Olympe éxilé sur la Terre
Esperoit dans ses bras oublier ses soucis ;
Mais l'Amour indigné que l'hymen témeraire
Sans consulter son choix eût formé ces liens ,
S'abandonne aux transports d'une juste colere ,
t frappe de ces cris les bois Idaliens . E
Si désormais , usurpant ma puissance
Le seul hymen enchaîne tous les coeurs ;
Où sont mes droits ? qui de mes traits vain
queurs
Voudra sentir la douce violence
Ainsi qu'aux Dieux , inutile aux Mortels
Je chérirois une lâche indolence !
Non; par
Rétablissons
l'honneur
de nos Autels...
Si désormais
, usurpant
ma puissance.
Le seulhymen enchaîne
tous les Cours ;,
l'éclat d'une illustre vangeance
D V Oth
1072 MERCURE DE FRANCE
Où sont mes droits ? qui de mes traits vainqueurs
Voudra sentir la douce violence ?
Il exale en ces mots la douleur qui le presse ,
Et de son Isle abandonnant les bords.
Il vole vers les lieux où l'aimable Déesse
De son nouvel époux secondoit les transports.
Mais pour le frere de Bellone
Bientôt la fille de Dione
Brûle par les soins de l'Amour ,
Et Mars qui ne se plaît qu'au milieu des allarmes,
Oubliant sa fureur dans ses yeux pleins de char- mes
>
L'assure d'un tendre retour..
'Alors l'Amour vangé comtemplant son ouvrage
Au Dieu de l'hymenée adresse ce langage.
Que cet exemple t'apprenne
Qu'aux coeurs rangés sous tes Loix
Hymen , ta faveur est vaine
Si je n'approuve leur choix.
De ta coupable imprudence
Vois les funestes effets ;
Vois échouer ta puissance
Contre
MAY. 1731 1073 .
Contre l'effort de mes traits.
Que cet exemple t'apprenne
Qu'aux coeurs rangés sous tes Loix,
Hymen , ta faveur est vaine
Si je n'approuve leur choix.
Tandis que l'Enfant de Cythere
De l'hymen impuissant irritoit les douleurs ,
Vulcain entre sans bruit dans le bois solitaire ,
Où Venus au Dieu Mars prodiguoit ses faveurs
Que ne peut inspirer la noire jalousie !
Pour vanger cet affront employant l'industrie
Vulcain dans ses filets tendus de toutes parts
Enveloppe à la fois l'Amour , Venus , et Mars.
Que la paix de retour
Régne enfin sur la terre.
Pour enchaîner l'Amour
Vulcain cesse en ce jour
L'Ouvrage du Tonnerre ,
Et le Dieu de la Guerre
Est Captif à son tour,
Que la paix de retour
Régne enfin sur la Terre
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Résumé : VULCAIN VANGÉ. CANTATE.
Le texte raconte une histoire mythologique impliquant Vulcain, l'Amour et l'Hymen. Vulcain, exilé sur Terre après son union avec la déesse Cypris (Vénus), est tourmenté par l'Amour, qui s'indigne de ce mariage non consenti. L'Amour décide de rétablir l'honneur de ses autels en se rendant auprès de Vénus et de Mars, devenus amants. Mars, dieu de la guerre, oublie sa fureur en contemplant Vénus. L'Amour, vengé, informe l'Hymen que sa faveur est vaine sans son approbation. Parallèlement, Vulcain, jaloux, tend un piège à Vénus et Mars dans un bois solitaire et les capture avec l'Amour dans ses filets. Pour se venger, Vulcain utilise son habileté. Finalement, Vulcain cesse de forger le tonnerre, et Mars est captif. La paix revient sur Terre.
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14
p. 1074-1086
PROJET D'un Traité complet du Droit Public.
Début :
Feu M. le Marêchal d'Huxelles, auroit fort souhaité de voir paroître [...]
Mots clefs :
Europe, Sciences, Philosophie, Athées, Traité du Droit Public, Art de commander, Art de civiliser les hommes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROJET D'un Traité complet du Droit Public.
PROJET
D'un Traité complet du Droit Public.
Eu M. le Maréchal d'Huxelles , au-
Froit fort souhaité de voir paroître
pendant sa vie un Traité du Droit public.
Le besoin qu'il en avoit éprouvé à
la Guerre , dans ses Gouvernemens , et
dans les Conseils du Roy , excitoit son
zéle là - dessus. Il disoit que la litterature
étoit féconde en livres excellens ; mais
que , pour le malheur du monde , le plus
excellent de tous les livres , celui qui devoit
apprendre aux hommes à comman
der et à obeir , étoit encore à désirer.
Entrons ici dans la plainte de ce grand
Ministre. Elle est juste , et peut -être
va-t'elle devenir utile. L'Europe se plaît
à mettre les sciences dans leur plus haut
éclat , et elle ne daigne pas jetter les yeu
sur celle- cy. Les Académies retentissent
des bruits harmonieux de la Philosophie,
de la Medecine , du Droit Civil ; Il est
peu d'Ecoles pour le Droit Public. Les
Sages de tous les tems semblent s'être entendus
à ne nous en donner que de simples
notions ; rien n'est achevé à cet égard
dans
MA Y. 1737. 1075
peu
dans leurs ouvrages. Le grand Legisla
teur , qui a si dignement parlé du Droit
divin , et du Droit humain , n'a touché
que legerement le Droit public; et le
qui lui en est échapé ,forme à peine quelque
partie du Droit particulier des Juifs.
Platon et Aristote ne nous ont pas donné
des Traitez complets de politique. Les
belles parties qu'ils nous en ont laissées ,
font seulement desirer un tout accompli
Leurs maximes d'ailleurs sont souvent
accommodées à leurs tems , à leurs pays ,
à leurs moeurs , et ne portent guére audelà
du Danube , et du Gange. Les Romains
, qui dans les liens de l'Empire ou
de l'alliance , contenoient tous les Peuples
de la Terre devoient à leur gloire
un corps du Droit public , comme ils en
ont donné un excellent du Droit particu
fier. Ils ne manquoient ni de grands Maitres
ni d'habiles Praticiens. Les Scipions
et les Papiniens naissoient chez eux à
l'ombre des faisseaux et des lauriers . Cependant
les Romains ont été steriles sur
le Droit public, et leur zéle si vanté pour
le bien commun , n'a pas excedé les bornes
de la patrie . Les politiques d'aprés
eux , ceux , qui dans la ruine de leur Êmpire
, ont recueilli les restes de leur sagesse
; Les Morus , les Campanelle , les Bodim
1076 MERCURE DE FRANCE .
din , les Grotius , les Puffendorff , tous
ces heritiers de leur sçavoir , se sont contentez
de nous transmettre quelques parties
du Droit public. Nul d'entre- eux ne
nous en a donné le corps achevé. Une prévention
même a resisté chez eux à l'en
treprise ; c'est qu'à l'exemple des Grecs ,
ils se sont asservis aux pays , et aux moeurs.
Le Droit public entre leurs mains est devenu
une politique Européene . Les peuples
éloignés , les voisins , les Turcs même
ont refusé d'y souscrire , et ce qui est
affligeant , les Sauvages n'ont pas été instruits
, et les Athées ( s'il fût jamais des
Athées au monde ) sont demeurés dans
leurs illusions.
Il manque donc à la terre un Traité du
Droit Public , qui soit universel , et que
nul homme ne puisse décliner. Ce Droit
estau- dessus des temps,des lieux , des conjonctures
, des usages. Il part du sein de
la Divinité , et raporte tout à la Divinité,
C'est lui qui nous découvre un premier
Etre invisible à nos sens , visible à nôtre
esprit , qui a tout fait , qui conserve tour
etqui appelle tout à lui . C'est lui qui nous
apprend que la Loi de ce premier Erre
est stable comme l'axe du monde : qu'elle
est douce , interessante , propre à lier les
Nations , les familles , les Personnes ; ca←
pable
MAY. 1731 . 1077
1
pable d'assurer la paix , de prévenir la
discorde , de faire régner le paisible travail
, et le repos laborieux ; propre à concilier
l'homme avec son auteur , et avec
lui même. C'est lui enfin qui dégageant
l'ame du poids de la cupidité , et des passions
, l'éleve à la pureté de son état , et
à la possession du bien souverain.
Ces hautes prérogatives m'ont presque
fait rencherir sur le zéle du Marêchal
d'Huxelles. J'ai souhaité de voir le Droit
public non seulement dans l'état des autres
Sciences ; mais dans un état plus facile
, plus agréable , plus simple ; tel que
les Maîtres du monde , ceux qui peuvent
le devenir , les Magistrats , les personnes
de toutes conditions , de tout sexe , de
tout age , en recherchassent avidement la
connoissance. J'ai attendu ce Chef- d'oeu
vre du celebre M. Domat , qui sembloit
l'avoir promis , et qui étoit si capable de
l'accomplir. Une mort trop prompte nous
l'a enlevé. Mes esperances ont tourné du
côté du Barreau , et de l'Académie , où
la vertu ne céde en rien à la science ; Mais
les Illustres de ces ordres ont été , comme
les Demosténes et les Cicerons , jettés
par leur merite dans le torrent des affaires
; et le Droit public est demeuré.
Ainsi lassé d'attendre , et d'ailleurs persuadé
T078 MERCURE DE FRANCE.
>
suadé par une longue meditation , que
l'ouvrage , quelque grand qu'il paroisse
n'est pas impossible , et que même il est
facile et agreable à quiconque ose l'entreprendre
; je fais moi- même ce que mes
voeux ont long-temps déferé aux autres ,
et j'offre à l'Univers le Traité complet du
Droit Public.
Pour le presenter dignement , je crois
en devoir tirer ici l'Analise , et la faire
passer dans tous les pays , où la raison est
connuë, afin que les sages soient par tout
invitez à m'honorer de leurs avis critiques
, et à me communiquer leurs lumieres,
Le Droit public est l'Art de commander
et d'obéir ; on peut encore le définir Art
de civiliser les hommes et de les conduire au
souverain bien.
Il se divise en quatre parties, la premicre
a pour objet la constitution des Etats ,
et des Ordres qui les composent,
La seconde traite du Gouvernement
interieur des Etats.
La troisième du Gouvernement exterieur.
La quatrième de la Guerre et de la Paix.
PREMIERE
MAY. 1079 1731
Premiere Partie,de la Constitution des Etats,
et des Ordres qui les composent.
1 Chap. L'ordre de l'Univers est là
régle fondamentale du Droit public , et
de la Politique.
2. La destination des hommes dans
l'ordre de l'Univers , est de cultiver la
terre , et d'aspirer au souverain bien.
3. Pour accomplir cette destination ,
les hommes ont besoin de s'unir en so
cieté .
4. Pour s'unir en societé les hommes
sont obligés d'ériger au dessus d'eux une
puissance publique,
5. Droits de la puissance publique sur
les hommes qui l'ont érigée.
6. Ces droits s'étendent sur quelques.
hommes même qui ne l'ont pas érigée.
7. Ressorts de la puissance publique.
8. La puissance publique est déférée à
un seul homme ou à plusieurs ensemble
ou séparement.
9. la puissance publique est déférée à
une femme.
10. Engagemens de celui et de ceux
à qui la puissance publique est déferée ..
11. Engagemens de ceux qui ont déferé
la puissance publique ,, et de leurs
successeurs..
12
1080 MERCURE DE FRANCE
12. Portrait d'un Prince accompli.
13. Portrait d'un sage Citoyen.
14. Le dépôt de la puissance publique
forme un Corps politique appellé Etat.
15. Etat Monarchique.
16. Etat Aristocratique .
17. Etat Démocratique ou populaire .
18. Etat composé.
19. Parallele de ces différens Etats .
20. Splendeur , variation décadence ,
dissolution des Etats.
21. Des Monarques , Rois , Chefs_de
Nations .
22. Des Rois mineurs.
23. De la Tutele , Curatele et éduca
sation des Rois mineurs.
24. De la Régence des Royaumes pendant
la minorité , la maladie , l'absence ,
la détention des Rois .
25. Du pouvoir des Régens .
26. Du Sacre et Couronnement des
Rois.
27. De la majorité des Rois .
28. Du Mariage des Rois .
29. Des Epouses des Rois.
30. Du Mariage des Reines , qui regnent
par elles -mêmes .
31. Des Epoux de ces Reines .
32. De l'union des Rois , et des Reines,
de leur résidence , et du raport de leurs
Etats. 33.
MAY. 17317 1081
.
33. Des Conseils des Rois.
34. Des Ministres des Rois.
35. Des Confidens des Rois.
36. Des Amis et des Favoris des Rois.
37. Des Courtisans.
38. Des Magistrats , Chefs de Républiques
, de leur pouvoir et de leurs personnes.
39. De la veneration due à tous ceux
qui exercent la puissance publique par
eux-mêmes ou par commission.
40. Des égards dûs aux Palais , et à
tous les lieux où s'exerce la puissance
publique.
41. Des infirmitez naturelles et accidentelles
de quelques Rois.
42. Des Absences , Voyages et Caprivité
des Rois.
43. Des Cessions et Abdications des
Rois , et de leur retour à la Couronne .
44. Des Testamens des Rois.
45. De la Mort des Rois.
46. Des Enfans des Rois et des Reines,
et de leur maniere de succeder aux Couronnes
paternelles et maternelles.
47. Des Heritiers Patrimoniaux , Légitimes
, Testamenraires , Directs et Collateraux
des Rois.
48. Des Princes et Princesses du Sang
des Rois.
49.
1082 MERCURE DE FRANCE
49. Des Prêtres.
fo . Des Juges .
51. Des Guerriers.
52. Des Officiers , Vicerbis et Gouverneurs
de Villes et de Provinces.
53. Des Nobles.
54. Des Bourgeois.
55. Des Agriculteurs et Laboureurs.
56. Des Artisans .
57. Des Serviteurs et Esclaves , où il
est démontré , contre les Loix Romaines ,
que l'Esclavage est contraire , non- seulement
au Droit naturel , mais au Droit
des Gens .
Voila exactement l'Analyse de la premiere
Partie dans le sens et l'ordre que je
destine à l'impression , si je ne suis réformé
par quelque judicieux avis . Je ne
donnerai pas les semblables Analyses des
trois autres ies.
Idée de la seconde Partie.
Le Gouvernement interieur des Etats
est le culte de Dieu , la Législation , l'execution
et la dispense des Loix , la Jurisdiction
, la clémence publique , la distribution
des Emplois , des rangs , des dignitez
, des honneurs , des graces ; l'institution
et la destitution des Officiers , la
direction des moeurs , le soin du repos
public ,
MAY. 17318 1083
public , de l'abondance du travail , de
l'Agriculture , du Commerce domestique
et étranger , des chemins , de la Navigation
, de l'industrie , des Monnoyes , du
Patrimoine public , des Subsides , des
Sciences , des Arts , des Métiers, de la santé
, de la décoration , des plaisirs publics.
Idée de la troisième Partie,
Le Gouvernement exterieur consiste
principalement à régir les affaires étrangeres
, à regler les limites , à entretenir
correspondances avec les Puissances Etrangeres
, à négocier avec ces Puissances , à
former des Ligues , des Alliances , des
Mariages , des Traitez de Commerce et
de Neutralité ; à nommer et à instruire
des Ambassadeurs , des Envoyez , des
Consuls , des Résidens , des Agens , des
Procureurs , des Secretaires ; à proteger
les Nations opprimées ; à porter chez les
Peuples barbares ou sauvages ; la connoissance
du Créateur et l'usage de la
raison.
Idée de la quatrième Partie,
Le Droit de la Guerre et de la Paix ,
est le pouvoir de fortifier et munir les
Places , de lever les Milices , de construire
et d'armer les Vaisseaux , de donner
les Sauf-conduits , les Amnisties , les réprésailles
1084 MERCURE DE FRANCE
pré sailles ; de déclarer une Guerre juste
ou injuste , de la dénoncer à l'Ennemi ,
de commander l'Armée , d'exercer les
hostilitez , d'user du droit de conquête ,
de pardonner aux Vaincus, de reconnoître
le Vainqueur , de récompenser les Guerriers
, d'évacuer les Places , de licentier
l'Armée , de proposer , accepter ou refuser
des Préliminaires de Paix , de faire des
Tréves , de donner et recevoir des ôtages,
de négocier , arrêter et executer des conditions
de Paix.
SUR cela je prens la liberté de demander
, 1º . S'il paroît que mon Systême soit
complet , et que toutes les parties du
Droit public y soient exactement renfermées.
2º . Si la division en est juste ; ou s'il
s'en peut imaginer une plus simple , plus
sensible , plus génerale.
3. Les quatre Analyses des quatre premiers
Chapitres cy- dessus , sont des principes
très nouveaux qui paroissent pour
la premiere fois dans la Litterature. Ils
influent sur toutes les parties du Droit
public dont ils sont la source évidente,
Leur plénitude fait naître une infinité de
principes sous ordonnez et des conséquences
aussi graves que lumineuses , qui
·
n'éMAY.
1085 1731.
n'échapperont pas aux hommes accoutu
mez à penser. Ce sont ces hommes que
je consulte singulierement ici , et que je
prie de ne me pas refuser leur sentiment
sur ces quatre Analyses.
4°. Comme mon entreprise est grande
et que je suis en tout sens fort borné , je
prie les Sçavans de m'accorder une libre
entrée dans leurs Cabinets , pour y puiser
les lumières , les conseils , les Livres ,
les Monumens , les Actes , les Memoires
qui peuvent me manquer sur les impor
tantes matieres que je traite , par rapport
seulement à la politique,
5°. J'ay fait et je continuerai de faire
très- volontiers lecture de mes Ouvrages
à ceux qui voudront bien se donner la
peine de les entendre dans mon Cabinet..
Il y en a provision pour une juste critique.
Si mon entreprise est goûtée , je donnerai
la premiere Partie de l'Ouvrage en
un volume in 4. dans l'année prochaine
1732. La seconde en un pareil volume
en 1733. La troisiéme en 1734. La quatrième
et derniere en 1735. et si Dieu
soutient mon zele , j'oserai en 1736 presenter
à Monseigneur le Dauphin le Droit
Public de la France avec ses Preuves,
Heureux si par ce travail je parviens
à glorifier Dieu , à servir mon Roi et à
rendre
"
1086 MERCURE DE FRANCE
rendre aux hommes le tribut d'amour et
de reconnoissance que je confesse leur
devoir .
Par M. Pasquier , Avocat au Parlement
, Conseiller au Conseil Souverain de
Dombes.
D'un Traité complet du Droit Public.
Eu M. le Maréchal d'Huxelles , au-
Froit fort souhaité de voir paroître
pendant sa vie un Traité du Droit public.
Le besoin qu'il en avoit éprouvé à
la Guerre , dans ses Gouvernemens , et
dans les Conseils du Roy , excitoit son
zéle là - dessus. Il disoit que la litterature
étoit féconde en livres excellens ; mais
que , pour le malheur du monde , le plus
excellent de tous les livres , celui qui devoit
apprendre aux hommes à comman
der et à obeir , étoit encore à désirer.
Entrons ici dans la plainte de ce grand
Ministre. Elle est juste , et peut -être
va-t'elle devenir utile. L'Europe se plaît
à mettre les sciences dans leur plus haut
éclat , et elle ne daigne pas jetter les yeu
sur celle- cy. Les Académies retentissent
des bruits harmonieux de la Philosophie,
de la Medecine , du Droit Civil ; Il est
peu d'Ecoles pour le Droit Public. Les
Sages de tous les tems semblent s'être entendus
à ne nous en donner que de simples
notions ; rien n'est achevé à cet égard
dans
MA Y. 1737. 1075
peu
dans leurs ouvrages. Le grand Legisla
teur , qui a si dignement parlé du Droit
divin , et du Droit humain , n'a touché
que legerement le Droit public; et le
qui lui en est échapé ,forme à peine quelque
partie du Droit particulier des Juifs.
Platon et Aristote ne nous ont pas donné
des Traitez complets de politique. Les
belles parties qu'ils nous en ont laissées ,
font seulement desirer un tout accompli
Leurs maximes d'ailleurs sont souvent
accommodées à leurs tems , à leurs pays ,
à leurs moeurs , et ne portent guére audelà
du Danube , et du Gange. Les Romains
, qui dans les liens de l'Empire ou
de l'alliance , contenoient tous les Peuples
de la Terre devoient à leur gloire
un corps du Droit public , comme ils en
ont donné un excellent du Droit particu
fier. Ils ne manquoient ni de grands Maitres
ni d'habiles Praticiens. Les Scipions
et les Papiniens naissoient chez eux à
l'ombre des faisseaux et des lauriers . Cependant
les Romains ont été steriles sur
le Droit public, et leur zéle si vanté pour
le bien commun , n'a pas excedé les bornes
de la patrie . Les politiques d'aprés
eux , ceux , qui dans la ruine de leur Êmpire
, ont recueilli les restes de leur sagesse
; Les Morus , les Campanelle , les Bodim
1076 MERCURE DE FRANCE .
din , les Grotius , les Puffendorff , tous
ces heritiers de leur sçavoir , se sont contentez
de nous transmettre quelques parties
du Droit public. Nul d'entre- eux ne
nous en a donné le corps achevé. Une prévention
même a resisté chez eux à l'en
treprise ; c'est qu'à l'exemple des Grecs ,
ils se sont asservis aux pays , et aux moeurs.
Le Droit public entre leurs mains est devenu
une politique Européene . Les peuples
éloignés , les voisins , les Turcs même
ont refusé d'y souscrire , et ce qui est
affligeant , les Sauvages n'ont pas été instruits
, et les Athées ( s'il fût jamais des
Athées au monde ) sont demeurés dans
leurs illusions.
Il manque donc à la terre un Traité du
Droit Public , qui soit universel , et que
nul homme ne puisse décliner. Ce Droit
estau- dessus des temps,des lieux , des conjonctures
, des usages. Il part du sein de
la Divinité , et raporte tout à la Divinité,
C'est lui qui nous découvre un premier
Etre invisible à nos sens , visible à nôtre
esprit , qui a tout fait , qui conserve tour
etqui appelle tout à lui . C'est lui qui nous
apprend que la Loi de ce premier Erre
est stable comme l'axe du monde : qu'elle
est douce , interessante , propre à lier les
Nations , les familles , les Personnes ; ca←
pable
MAY. 1731 . 1077
1
pable d'assurer la paix , de prévenir la
discorde , de faire régner le paisible travail
, et le repos laborieux ; propre à concilier
l'homme avec son auteur , et avec
lui même. C'est lui enfin qui dégageant
l'ame du poids de la cupidité , et des passions
, l'éleve à la pureté de son état , et
à la possession du bien souverain.
Ces hautes prérogatives m'ont presque
fait rencherir sur le zéle du Marêchal
d'Huxelles. J'ai souhaité de voir le Droit
public non seulement dans l'état des autres
Sciences ; mais dans un état plus facile
, plus agréable , plus simple ; tel que
les Maîtres du monde , ceux qui peuvent
le devenir , les Magistrats , les personnes
de toutes conditions , de tout sexe , de
tout age , en recherchassent avidement la
connoissance. J'ai attendu ce Chef- d'oeu
vre du celebre M. Domat , qui sembloit
l'avoir promis , et qui étoit si capable de
l'accomplir. Une mort trop prompte nous
l'a enlevé. Mes esperances ont tourné du
côté du Barreau , et de l'Académie , où
la vertu ne céde en rien à la science ; Mais
les Illustres de ces ordres ont été , comme
les Demosténes et les Cicerons , jettés
par leur merite dans le torrent des affaires
; et le Droit public est demeuré.
Ainsi lassé d'attendre , et d'ailleurs persuadé
T078 MERCURE DE FRANCE.
>
suadé par une longue meditation , que
l'ouvrage , quelque grand qu'il paroisse
n'est pas impossible , et que même il est
facile et agreable à quiconque ose l'entreprendre
; je fais moi- même ce que mes
voeux ont long-temps déferé aux autres ,
et j'offre à l'Univers le Traité complet du
Droit Public.
Pour le presenter dignement , je crois
en devoir tirer ici l'Analise , et la faire
passer dans tous les pays , où la raison est
connuë, afin que les sages soient par tout
invitez à m'honorer de leurs avis critiques
, et à me communiquer leurs lumieres,
Le Droit public est l'Art de commander
et d'obéir ; on peut encore le définir Art
de civiliser les hommes et de les conduire au
souverain bien.
Il se divise en quatre parties, la premicre
a pour objet la constitution des Etats ,
et des Ordres qui les composent,
La seconde traite du Gouvernement
interieur des Etats.
La troisième du Gouvernement exterieur.
La quatrième de la Guerre et de la Paix.
PREMIERE
MAY. 1079 1731
Premiere Partie,de la Constitution des Etats,
et des Ordres qui les composent.
1 Chap. L'ordre de l'Univers est là
régle fondamentale du Droit public , et
de la Politique.
2. La destination des hommes dans
l'ordre de l'Univers , est de cultiver la
terre , et d'aspirer au souverain bien.
3. Pour accomplir cette destination ,
les hommes ont besoin de s'unir en so
cieté .
4. Pour s'unir en societé les hommes
sont obligés d'ériger au dessus d'eux une
puissance publique,
5. Droits de la puissance publique sur
les hommes qui l'ont érigée.
6. Ces droits s'étendent sur quelques.
hommes même qui ne l'ont pas érigée.
7. Ressorts de la puissance publique.
8. La puissance publique est déférée à
un seul homme ou à plusieurs ensemble
ou séparement.
9. la puissance publique est déférée à
une femme.
10. Engagemens de celui et de ceux
à qui la puissance publique est déferée ..
11. Engagemens de ceux qui ont déferé
la puissance publique ,, et de leurs
successeurs..
12
1080 MERCURE DE FRANCE
12. Portrait d'un Prince accompli.
13. Portrait d'un sage Citoyen.
14. Le dépôt de la puissance publique
forme un Corps politique appellé Etat.
15. Etat Monarchique.
16. Etat Aristocratique .
17. Etat Démocratique ou populaire .
18. Etat composé.
19. Parallele de ces différens Etats .
20. Splendeur , variation décadence ,
dissolution des Etats.
21. Des Monarques , Rois , Chefs_de
Nations .
22. Des Rois mineurs.
23. De la Tutele , Curatele et éduca
sation des Rois mineurs.
24. De la Régence des Royaumes pendant
la minorité , la maladie , l'absence ,
la détention des Rois .
25. Du pouvoir des Régens .
26. Du Sacre et Couronnement des
Rois.
27. De la majorité des Rois .
28. Du Mariage des Rois .
29. Des Epouses des Rois.
30. Du Mariage des Reines , qui regnent
par elles -mêmes .
31. Des Epoux de ces Reines .
32. De l'union des Rois , et des Reines,
de leur résidence , et du raport de leurs
Etats. 33.
MAY. 17317 1081
.
33. Des Conseils des Rois.
34. Des Ministres des Rois.
35. Des Confidens des Rois.
36. Des Amis et des Favoris des Rois.
37. Des Courtisans.
38. Des Magistrats , Chefs de Républiques
, de leur pouvoir et de leurs personnes.
39. De la veneration due à tous ceux
qui exercent la puissance publique par
eux-mêmes ou par commission.
40. Des égards dûs aux Palais , et à
tous les lieux où s'exerce la puissance
publique.
41. Des infirmitez naturelles et accidentelles
de quelques Rois.
42. Des Absences , Voyages et Caprivité
des Rois.
43. Des Cessions et Abdications des
Rois , et de leur retour à la Couronne .
44. Des Testamens des Rois.
45. De la Mort des Rois.
46. Des Enfans des Rois et des Reines,
et de leur maniere de succeder aux Couronnes
paternelles et maternelles.
47. Des Heritiers Patrimoniaux , Légitimes
, Testamenraires , Directs et Collateraux
des Rois.
48. Des Princes et Princesses du Sang
des Rois.
49.
1082 MERCURE DE FRANCE
49. Des Prêtres.
fo . Des Juges .
51. Des Guerriers.
52. Des Officiers , Vicerbis et Gouverneurs
de Villes et de Provinces.
53. Des Nobles.
54. Des Bourgeois.
55. Des Agriculteurs et Laboureurs.
56. Des Artisans .
57. Des Serviteurs et Esclaves , où il
est démontré , contre les Loix Romaines ,
que l'Esclavage est contraire , non- seulement
au Droit naturel , mais au Droit
des Gens .
Voila exactement l'Analyse de la premiere
Partie dans le sens et l'ordre que je
destine à l'impression , si je ne suis réformé
par quelque judicieux avis . Je ne
donnerai pas les semblables Analyses des
trois autres ies.
Idée de la seconde Partie.
Le Gouvernement interieur des Etats
est le culte de Dieu , la Législation , l'execution
et la dispense des Loix , la Jurisdiction
, la clémence publique , la distribution
des Emplois , des rangs , des dignitez
, des honneurs , des graces ; l'institution
et la destitution des Officiers , la
direction des moeurs , le soin du repos
public ,
MAY. 17318 1083
public , de l'abondance du travail , de
l'Agriculture , du Commerce domestique
et étranger , des chemins , de la Navigation
, de l'industrie , des Monnoyes , du
Patrimoine public , des Subsides , des
Sciences , des Arts , des Métiers, de la santé
, de la décoration , des plaisirs publics.
Idée de la troisième Partie,
Le Gouvernement exterieur consiste
principalement à régir les affaires étrangeres
, à regler les limites , à entretenir
correspondances avec les Puissances Etrangeres
, à négocier avec ces Puissances , à
former des Ligues , des Alliances , des
Mariages , des Traitez de Commerce et
de Neutralité ; à nommer et à instruire
des Ambassadeurs , des Envoyez , des
Consuls , des Résidens , des Agens , des
Procureurs , des Secretaires ; à proteger
les Nations opprimées ; à porter chez les
Peuples barbares ou sauvages ; la connoissance
du Créateur et l'usage de la
raison.
Idée de la quatrième Partie,
Le Droit de la Guerre et de la Paix ,
est le pouvoir de fortifier et munir les
Places , de lever les Milices , de construire
et d'armer les Vaisseaux , de donner
les Sauf-conduits , les Amnisties , les réprésailles
1084 MERCURE DE FRANCE
pré sailles ; de déclarer une Guerre juste
ou injuste , de la dénoncer à l'Ennemi ,
de commander l'Armée , d'exercer les
hostilitez , d'user du droit de conquête ,
de pardonner aux Vaincus, de reconnoître
le Vainqueur , de récompenser les Guerriers
, d'évacuer les Places , de licentier
l'Armée , de proposer , accepter ou refuser
des Préliminaires de Paix , de faire des
Tréves , de donner et recevoir des ôtages,
de négocier , arrêter et executer des conditions
de Paix.
SUR cela je prens la liberté de demander
, 1º . S'il paroît que mon Systême soit
complet , et que toutes les parties du
Droit public y soient exactement renfermées.
2º . Si la division en est juste ; ou s'il
s'en peut imaginer une plus simple , plus
sensible , plus génerale.
3. Les quatre Analyses des quatre premiers
Chapitres cy- dessus , sont des principes
très nouveaux qui paroissent pour
la premiere fois dans la Litterature. Ils
influent sur toutes les parties du Droit
public dont ils sont la source évidente,
Leur plénitude fait naître une infinité de
principes sous ordonnez et des conséquences
aussi graves que lumineuses , qui
·
n'éMAY.
1085 1731.
n'échapperont pas aux hommes accoutu
mez à penser. Ce sont ces hommes que
je consulte singulierement ici , et que je
prie de ne me pas refuser leur sentiment
sur ces quatre Analyses.
4°. Comme mon entreprise est grande
et que je suis en tout sens fort borné , je
prie les Sçavans de m'accorder une libre
entrée dans leurs Cabinets , pour y puiser
les lumières , les conseils , les Livres ,
les Monumens , les Actes , les Memoires
qui peuvent me manquer sur les impor
tantes matieres que je traite , par rapport
seulement à la politique,
5°. J'ay fait et je continuerai de faire
très- volontiers lecture de mes Ouvrages
à ceux qui voudront bien se donner la
peine de les entendre dans mon Cabinet..
Il y en a provision pour une juste critique.
Si mon entreprise est goûtée , je donnerai
la premiere Partie de l'Ouvrage en
un volume in 4. dans l'année prochaine
1732. La seconde en un pareil volume
en 1733. La troisiéme en 1734. La quatrième
et derniere en 1735. et si Dieu
soutient mon zele , j'oserai en 1736 presenter
à Monseigneur le Dauphin le Droit
Public de la France avec ses Preuves,
Heureux si par ce travail je parviens
à glorifier Dieu , à servir mon Roi et à
rendre
"
1086 MERCURE DE FRANCE
rendre aux hommes le tribut d'amour et
de reconnoissance que je confesse leur
devoir .
Par M. Pasquier , Avocat au Parlement
, Conseiller au Conseil Souverain de
Dombes.
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Résumé : PROJET D'un Traité complet du Droit Public.
Le texte présente un projet de traité complet sur le Droit Public, initié par le Maréchal d'Huxelles. Ce projet est motivé par le besoin d'un ouvrage essentiel pour apprendre à commander et à obéir, un besoin ressenti par le Maréchal durant ses expériences militaires, administratives et au sein des conseils royaux. Le texte souligne que, malgré la floraison des sciences, le Droit Public reste négligé. Les grandes figures historiques, telles que les législateurs, philosophes et juristes, n'ont pas fourni de traité complet sur ce sujet, se contentant souvent de notions partielles adaptées à leurs contextes spécifiques. Le Droit Public est décrit comme universel, au-dessus des temps et des lieux, et lié à une divinité. Il vise à civiliser les hommes et à les conduire au souverain bien. Le traité proposé se divise en quatre parties : la constitution des États, le gouvernement intérieur, le gouvernement extérieur et le droit de la guerre et de la paix. La première partie, détaillée dans le texte, couvre des sujets tels que l'ordre de l'univers, la constitution des États, les droits de la puissance publique, et les différents types de gouvernements (monarchique, aristocratique, démocratique, composé). Le texte invite les sages et les savants à critiquer et à enrichir ce projet, promettant de publier les différentes parties du traité entre 1732 et 1736. L'auteur exprime son espoir de voir ce traité adopté et apprécié par les maîtres du monde, les magistrats et toutes les conditions de personnes. Le texte est une dédicace adressée au public de la France. L'auteur exprime son souhait de glorifier Dieu, de servir son roi et de témoigner de son amour et de sa reconnaissance envers les hommes. Il s'agit d'un travail publié en 1086 par les éditions Mercure de France. L'auteur est identifié comme M. Pasquier, avocat au Parlement et conseiller au Conseil Souverain de Dombes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 1086
EXPLICATION des deux Logogyphes d'Avril.
Début :
Cher ami, sans courir d'ici jusqu'à Pavie, [...]
Mots clefs :
Pavie, Claire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des deux Logogyphes d'Avril.
EXPLICATION des deux
Logogryphes d'Avril.
CHer ami , sans courir d'ici jusqu'à Pavie ;
Vous avez deviné les deux mots proposez.
La chose est Claire , et sur ma vie ,
Ces mots pour vous sont trop aisez.
J
D. M.
Logogryphes d'Avril.
CHer ami , sans courir d'ici jusqu'à Pavie ;
Vous avez deviné les deux mots proposez.
La chose est Claire , et sur ma vie ,
Ces mots pour vous sont trop aisez.
J
D. M.
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16
p. 1086
EXPLICATION de l'Enigme.
Début :
Je crois que Mercure nous berne, [...]
Mots clefs :
Lanterne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION de l'Enigme.
EXPLICATION de l'Enigme.
E crois que Mercure nous berne ,
Et nous prend pour de vrais Fallots ;
Pour trouver de semblables mots ,
Il n'est pas besoin de Lanterne.
D. M.
E crois que Mercure nous berne ,
Et nous prend pour de vrais Fallots ;
Pour trouver de semblables mots ,
Il n'est pas besoin de Lanterne.
D. M.
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17
p. 1086
« Le Logogryphe du Supplement du Mercure d'Avril, s'explique par Orgueil. [...] »
Début :
Le Logogryphe du Supplement du Mercure d'Avril, s'explique par Orgueil. [...]
Mots clefs :
Orgueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Logogryphe du Supplement du Mercure d'Avril, s'explique par Orgueil. [...] »
Le Logogryphe du Supplement du
Mercure d'Avril , s'explique par Orgueil.
Mercure d'Avril , s'explique par Orgueil.
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18
p. 1087
ENIGME.
Début :
Du moment que je viens de naître, [...]
Mots clefs :
Barbe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Dumoment que je viens de naître , U
L'homme devient prudent , ou du moins il doit
l'être ,
Mais qu'il est peu reconnoissant !
A peine me voit-il paroître ,
Que son desir le plus pressant ,
Est de m'étouffer en naissant ,
O temps ! ô siecle ! ô moeurs ! quelle injustice
extrême !
Il n'est dans l'Univers qu'un seul Peuple qui
m'aime ;
Tous les autres en moi condamnent la grandeur;
Qui me faisoit jadis desirer des Rois même ;
J'inspirois le respect et j'inspire l'horreur.
On prend le fer en main pour me faire la guerre ;
On me noye; on m'arrache ; on me jette par terre;
Lecteur , si de mon nom tu parois curieux ,
Mire-toi ; je suis sous tes yeux.
Dumoment que je viens de naître , U
L'homme devient prudent , ou du moins il doit
l'être ,
Mais qu'il est peu reconnoissant !
A peine me voit-il paroître ,
Que son desir le plus pressant ,
Est de m'étouffer en naissant ,
O temps ! ô siecle ! ô moeurs ! quelle injustice
extrême !
Il n'est dans l'Univers qu'un seul Peuple qui
m'aime ;
Tous les autres en moi condamnent la grandeur;
Qui me faisoit jadis desirer des Rois même ;
J'inspirois le respect et j'inspire l'horreur.
On prend le fer en main pour me faire la guerre ;
On me noye; on m'arrache ; on me jette par terre;
Lecteur , si de mon nom tu parois curieux ,
Mire-toi ; je suis sous tes yeux.
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19
p. 1087-1088
LOGOGRYPHE.
Début :
J'habite les Palais, et nâquis dans les Bois, [...]
Mots clefs :
Poutre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGR Y P HE.
Habite les Palais , et nâquis dans les Bois ,
Six Lettres en mon nom s'épelent en deux fois.
Je présente d'abord une malpropre bête ;
Mais de mon corps entier si vous ôtez la tête ,
On peut par mon secours se passer de tonneau.
E Etant
1088 MERCURE DE FRANCE
Etant en cet état tranchez mon chef nouveau ,
Deux Notes de Musique aussi- tôt je présente.
Par cinq , deux , trois , et six , les méchans j'épouvante
;
Par un , deux , cinq et quatre , on évite nauffrage;
Quatre et deux,tro is et cinq, est des Massons l'ouvrage
;
Trois , six , cinq , est l'effet de la corruption .
Un , six , quatre , a souvent causé confusion .
De mon chef abatu , le cinq prenant la place ,
Il faut me suivre alors , mais le choix embarasse.
Mettez cinq , deux et quatre , au milieu du festin ;
Prenez un , deux et quatre , emplissez - le de vin ;
Je contiens Fleuve , Ville , et ce qui la rend close.
Avec un , six et trois , je serois peu de chose ;
Cinq , trois et quatre , agite un certain animal .
Mon corps entier tombant , peut guerir de tout
mal.
Habite les Palais , et nâquis dans les Bois ,
Six Lettres en mon nom s'épelent en deux fois.
Je présente d'abord une malpropre bête ;
Mais de mon corps entier si vous ôtez la tête ,
On peut par mon secours se passer de tonneau.
E Etant
1088 MERCURE DE FRANCE
Etant en cet état tranchez mon chef nouveau ,
Deux Notes de Musique aussi- tôt je présente.
Par cinq , deux , trois , et six , les méchans j'épouvante
;
Par un , deux , cinq et quatre , on évite nauffrage;
Quatre et deux,tro is et cinq, est des Massons l'ouvrage
;
Trois , six , cinq , est l'effet de la corruption .
Un , six , quatre , a souvent causé confusion .
De mon chef abatu , le cinq prenant la place ,
Il faut me suivre alors , mais le choix embarasse.
Mettez cinq , deux et quatre , au milieu du festin ;
Prenez un , deux et quatre , emplissez - le de vin ;
Je contiens Fleuve , Ville , et ce qui la rend close.
Avec un , six et trois , je serois peu de chose ;
Cinq , trois et quatre , agite un certain animal .
Mon corps entier tombant , peut guerir de tout
mal.
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20
p. 1088
AUTRE LOGOGRYPHE.
Début :
J'ai dix lettres en tout ; laissez les dix entieres, [...]
Mots clefs :
Logogriphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE LOGOGRYPHE.
AUTRE LOGOGRYPHE.
' Ai dix lettres en tout ; laissez les dix entieres,
Mon origine est Grecque, ou du moins on le dit ,
Chez Mercure j'ai du crédit.
Retranchez mes quatre premieres ,
Lecteur prends garde à toi , si tu n'es aux aguets,
Je te tiens sous ma griffe, à l'ortographe près.
' Ai dix lettres en tout ; laissez les dix entieres,
Mon origine est Grecque, ou du moins on le dit ,
Chez Mercure j'ai du crédit.
Retranchez mes quatre premieres ,
Lecteur prends garde à toi , si tu n'es aux aguets,
Je te tiens sous ma griffe, à l'ortographe près.
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