Résultats : 34 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 217
« Les Sonnets par Echo deviennent tellement à la mode, que [...] »
Début :
Les Sonnets par Echo deviennent tellement à la mode, que [...]
Mots clefs :
Sonnets par écho, Mode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Sonnets par Echo deviennent tellement à la mode, que [...] »
Les Sonnets par Echode- viennent tellement àlamode,
quej'ay crûque vous neſeriez
pas fâchée de voir celuy- cy
quej'ay crûque vous neſeriez
pas fâchée de voir celuy- cy
Fermer
2
p. 9-13
Fragmens d'une Lettre en Chansons. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay promis une Lettre en Chansons, elles sont [...]
Mots clefs :
Mode, Couplet, Air, Chant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fragmens d'une Lettre en Chansons. [titre d'après la table]
Je vous ay promis uneLet- tre en Chanfons , elles font
toûjours fort à la mode , mais on en trouve rarementdebonnes. Des raiſons particulieres m'empêchent de vousenvoyer entiere celle dont je preten- dois vous faire part. En voicy quelques Couplets dont vous devez eſtre ſatisfaite..
ややややややややややややや
Bourée ſur l'Air de A taſanté,
Depuis huitjours
Reviennent habiter le Chastean de
Kersailles;
8 LE MERCVRE
Sçavez-vous bienpourquoy ?
C'est qu'ils ſuivent le Roy..
Sur l'Air de Le beau Berger
TircisDes
Aprèsavoirfoumis Trois desplusfortes Villes,
Rendude nos Ennemis
Tous les projets inutiles,
Desplaisirs plus tranquilles Peuvent estre permis.
Sur l'Air des Importuns.
Grace à Loürs nous vous baisons.
les mains;
Conquerans Grecs , & Conquerans
Romains,
Cherchez ailleurs qui celebre vos
Faits;
Dansun Printemps Ilfaitplus qu'en dixans
Vous nefistes jamais.
Les Couplets que vous allez voir fontde la meſme Lettre,
4
GALANT. 9
mais ils ne ſuivent pas ces premiers.
Sur le Chant de Vous avez
belleB***
Si l'on oſoit aux Ероих Ecrire d'un ſtile doux
THEQUE I
LYON
*
1803*
Lepoufferois des Helas :
Mais , o cheres Précieuses,
Lebon air ne le veut pas.
1
Sur l'Air de Je ne veux pas
vous conncistre.
Quelque tendre qu'on puiſſe eſtre,
Déslors que le Sacrement
Adecidé d'un Peut-estre,
Commepar enchantement
On voit bien- toſt disparoître
Et la Maîtresse &l'Amant.
Sur l'Air de Buvons à nous
quatre.
L'Amour enménage Trouve pen d'apas20
IO LE MERCVRE
Onne le mitonnepas ,
Etdel'Esclavage Il eft bien-toſt las..
toûjours fort à la mode , mais on en trouve rarementdebonnes. Des raiſons particulieres m'empêchent de vousenvoyer entiere celle dont je preten- dois vous faire part. En voicy quelques Couplets dont vous devez eſtre ſatisfaite..
ややややややややややややや
Bourée ſur l'Air de A taſanté,
Depuis huitjours
Reviennent habiter le Chastean de
Kersailles;
8 LE MERCVRE
Sçavez-vous bienpourquoy ?
C'est qu'ils ſuivent le Roy..
Sur l'Air de Le beau Berger
TircisDes
Aprèsavoirfoumis Trois desplusfortes Villes,
Rendude nos Ennemis
Tous les projets inutiles,
Desplaisirs plus tranquilles Peuvent estre permis.
Sur l'Air des Importuns.
Grace à Loürs nous vous baisons.
les mains;
Conquerans Grecs , & Conquerans
Romains,
Cherchez ailleurs qui celebre vos
Faits;
Dansun Printemps Ilfaitplus qu'en dixans
Vous nefistes jamais.
Les Couplets que vous allez voir fontde la meſme Lettre,
4
GALANT. 9
mais ils ne ſuivent pas ces premiers.
Sur le Chant de Vous avez
belleB***
Si l'on oſoit aux Ероих Ecrire d'un ſtile doux
THEQUE I
LYON
*
1803*
Lepoufferois des Helas :
Mais , o cheres Précieuses,
Lebon air ne le veut pas.
1
Sur l'Air de Je ne veux pas
vous conncistre.
Quelque tendre qu'on puiſſe eſtre,
Déslors que le Sacrement
Adecidé d'un Peut-estre,
Commepar enchantement
On voit bien- toſt disparoître
Et la Maîtresse &l'Amant.
Sur l'Air de Buvons à nous
quatre.
L'Amour enménage Trouve pen d'apas20
IO LE MERCVRE
Onne le mitonnepas ,
Etdel'Esclavage Il eft bien-toſt las..
Fermer
Résumé : Fragmens d'une Lettre en Chansons. [titre d'après la table]
La lettre évoque des couplets de chansons à la mode que l'auteur ne peut envoyer en entier pour des raisons personnelles. Elle partage quelques couplets adaptés à des airs musicaux spécifiques. Les thèmes abordés incluent le retour de personnes au château de Versailles, le suivi du roi, et la soumission de villes ennemies. D'autres couplets expriment des réflexions sur l'amour et les relations amoureuses, ainsi que des sentiments de tendresse et de désillusion. La lettre se conclut par une mention de couplets supplémentaires qui ne suivent pas le même style que les précédents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 306-326
Modes nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Rien n'est si inconstant que la Mode, & quoy que [...]
Mots clefs :
Mode, Habits, Éventails à la siamoise, Poches, Modes, Habit, Étoffe, Corps, Galon, Usage, Nouvelle, Argent, Agréable, Justaucorps, Inconstant, Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Modes nouvelles. [titre d'après la table]
Rien n'est si inconstant
que la Mode, & quoy que
Mode veuille dire une chose
actuellement en usage, les
Modes sont si incertaines en
France, qu'on peut dire qu'il
n'y en a presquejamais d'assurées,
parce qu'ily en a trop,
& trop souvent, & qu'il suffit
qu'elles soient receuës,
pour faire craindre qu'elles ne
changent bien tost. Cependant
il faut estre à la Mode à
moins que l'on ne veüillepasser,
oupourridiculeoupouravare;
mais la difficulté est de se
saisir des Modes dans le moment
qu'elles paroissent, puis
qu'à peine se sont-elles fait remarquer,
qu'onn'envoit plus
que des restes, étouffez par
d'autres Modes naissantes.Ce
qu'il y a de fâcheux, c'est
qu'on îVert pas toujours en
estat de suivre les Modes
dans leur fleur. Tel quitte un
habit qu'il n'aporté qu'une
fois, à cause que quelque
more l'oblige à se metrre en
deuil
,
qui se trouve hors de
Mode quand il reprend cet
habit. Ainsiilne faut jamais
outrer les Modes, parce que
ceux qui les chargent davantage,
paroissenr bien-tots
les plus ridiculement vêtus.
Celles de cet Esté sont venuës
tard aussi-bien queles
chaleurs.C'est ce qui a obligé
beaucoup de gens à se
faire faire des habits d'Esté
de drap fin. La Mode la plus
constante que nous ayons
euëdepuis quelques années,
a esté celle des Culotesd'une
étoffe différente de celle
des Juste-au corps,les Culoces
estant de velours & de
Brocard, &les Juste-au-corps
de drap & de serge. Cette
Mode commence àchanger,
& la pluspar de ceux qui ont
fait faire des habits d'Esté.
ont pris des Culotes de la
mesme étoffe que le reste de
l'habit. Les Juste-au-corps
sont plus largespar le bas
qu'ils ne l'ont encore esté.
Les manches sont à botes, &
toutes plates, &la grandeur
du revers est un peu diminuée.
On voit beaucoup de
poches bizarement coupées,
appellées poches de Chasse ;
elles ne laissent pas d'estre
prelquc toutes differentes,
qnoy qu'elles portent le mêmenom.
Les unes ont deux
languetes, lesautres trois,
& les autres ont de petits
croissans tout autour. Leur
chamarrure est fort bizarre.
Les unes sont chamarées en
chevrons, les autres en zigzag,
& lesautres sont toutes
pleines : la pluspart s'en remettantàleurs
Tailleur qui
soutiennent que ce qu'ils ont
imaginé est une Mode naissante.
Aussi seroit-il difficile
qu'elle fuit plus nouvelle,
puis qu'elle n'est encore que
dans leur imagination. On
ne voit de ces poches bizarres
qu'àceux qui se font fait
habiller des premiers. Ces
placards d'or&d'argent sur
,
des habits dont le reste est
uny ,font un effet peu agréable.
Ce n'est pas la faute de
ceux qui en portent,puis
qu'ils ne font point les inventeursd'une
Mode qu'ils
n'ont prise,que parce qu'ils se
sontfait habiller avant qu'on
~McôMde~a~Me~h~
bicrfftfSAfr1usage «Î!tfettêfH
ModePcïWl
foufît#è püú.t dë^jAiries^Ofïr^
£"ièrs>\fiJis^1îfc !l'tâ 1*aVéti^ ~i~ën~p~t~éiniercrftPf
cavalier.Li(Mbdedè^pdéjh$
âhlcmg;aUcrâTyent^ok:Bes ek
trompettes, est toûjourse
usageparmy ceux dont
ilest
glorieux de suivre l'éx'empltf.
Les étofes les plus à la mode
fotit les RasdeSiam, de'Oue.;.
bec ,& deCastor. Ces étofes
sont fort fines,& quoyqu'eldes
ayent l'oeil d'uneétofe
d'Hoiver ,ronne laeisse pars dje&
porter beaucoup. La couleur
verdastre est entièrement
bannie, maiscelles demuse
clair&de Caffé font tout-àfait
en usage. Il y a encore
une petite étoffe nouvelle,
&qu'on trouve fort agreable;
elle
,
rayéressemble à du Chagrin
par petitsfilets de couleur
de gorge de pigeon. On
double tous les habits de petits
taffetas d'Angleterre glacez
& jaspez, & assortissans
aux étoffes des habits.Quand
ces habitssont à poches de
Chass ces poches, & les
revers demanches des lusteau-
corps sontchamarrez
pleind'un petit galon cou
uny, & fort leger, d'or oo d'argent étroit; mais un habtun
peu distingué,estchamarré,
d'un beau galon d'or àlissere, fc,rt Ipisant partour
donton couvre les poches & lesmanches. Il y a aussi des
habits avec une petite broderie
fort agréable d'or passé.
Cette broderie fait les mesmes
compartimens que formele
galon. Ces fortes d'habits
font pour les personnes
d'une qualitédistinguée. Les
vettesles plusàJanjod-e,.Sa
les - plus riches,sont d'une
étoffe nouvelle, dontle fond
citde gros de Tours, rayé
d'or de pouce en pouce ; le
milieu des rayes est remply
de petites fleurs d'or à l'Indienne.
Il y en a d'autres;
qui sans estre rayées sont semees
de ces fleurs. A l'égard
delà coul eur de ces vestes
cllesi sont toutes en usage.
On en porte de taffetas semblable
àl'habit, dont tout le
devant est couvert d'un galon.
d'or ou d'argent. On se sert
toujours d'Amadis fort chaûiarrez.
Jamais on n'a tant vû
d'habits deTiretaine Ilssont
toutgarnisd'unepetitenompareille
d'orsurlescoutures.
Lcsf^éftéside ceshabits sont
desmesmeétoffe, & toutes
couvotesîde galenjoude
nompareille xL'orderaefme t <
cltte celuy descouturesde
l&afoôt^Oit:porte aussides
habitsdeTiretaineavec des
hcut0tûû£tci$&t.<y&ï passent
:cdtnmc::de labroderie. Comjourd'fo):
qujrfor&l'argent
&.qu'iineskûtpâsemployai
de grandesfemmespourgarfiitvn
habit debdf
pttlté:garori surles kIoûtbrt'h
ceuxqui ns'fe^r p^i &iiqua£
lepeu-dédépense?a at^orifé
lueaporter de b'or&'tfôlèail
gcniï a en mettre surleurs haU
bits;de quoles person
nes deinaifTincx ne £anç plus
d^ftin^aces/Cela fijitque plu>
fièurfci commencent aiporoet
des habitsunis aveedesbout
tonsdelamêmecouleurqui
thafâtbinaisavei:destestes
si riches,que les Bourgeoisne
pd^emuvêmenetiJoLuesa»^oJufefntet;-eaau[p-eûpErr^ajs'
Wçjil&d'écarlace:font1
cou*-
jbufôAUjaodcv«an-lhiddour
bip delàmemecouleur qu'est
ledrap, ilssontchamarrez de i^iyutonnieres. Les
ÇYpvs.-des1manches detous ces
Jufte~a\i-cçrps for^deLl^noér
meétoffe3sur laquelle onfait
siverfes,,chamarrures. On
pprte lf&r'çhape^jx rjetrèflez>
%y.€c un cordai},e$ou»argent*
ou un tour de plumasblanc.
jDnvoitsi peujde chapeaux
gris." qu'onne peut pas dtre
qu'ils sçientà la mode. Les
cravates sont toujours en coletavecpligros,
noeud de rub$
4^g)r>pprççrle^basjGtefeye
^ortilli^ à4^abi^L^'baudriers
font peu enusage,
on n'en voit presquè plufctLes
Julie au-corpsdes personne£
dequalité qiii^tcompagttcnt
ordinairement jMonietgiietir
le Dauphin àlaGhaflfesétôient
l'année detnierededr-',i
& cette année ils sont d'un
drap gris-brun, & brodez d'argent,n'Jtj^ JJe passe à l'Article des ma*
des qui regardent les Femmes,
& je vay tâcher de Té^
claircir de manière , que les
Tailleurs de vostre Province
pui fient leur faire des habitsî
a la mode, sur ce que je vous
adicay..CTa modèdes Manteaux
aSg xlcsiJtlpmdl toujoursicà
âuâg^nLes;Qarcfçs?ontcntic»-
3fej»cnt1î J J toiites les to
ifflSjdol'filéipâiTéycUes forât
cfeabilLcgs^d'unepropreté cx>-
^triaordin^ifé. he-s\érÕl¿s:. dont ilcs Jtipèls,fonfcàpetites rayps.>tic
&cCimal^ifr^(udb deuxdoigts en milieu de
cesrayessont semées de petitesfleursd'or&
d'argent fort
^^ïcâlïlesu IIy en ad'autres
dont tout lemilieuest d'ar-
--gct-itfux-u,n fond de gros de
-3Ct)urs*Ontrouve. decesfonds
~tC~tM couieisrîi ^D'^ucifcs
ifoRoà'nayes deocwjjlsuniàrgcs
d>'undiDigt^&Eèii^unojï&yfc
<ta fleurs d'or oud'argcot^àfc
joa\v.cîar«Tçuja1fait le fond
dotoute-I^etofciCette!otose
:skppelle Marl\ .i! y erb£tdcJpuissept
francilTaunejufciti-à
1 cvingç trancsjOnvcit au{ïLdès j.ctokstoutesdefoY{ivf'fLvm,¡,
dduucrbrôbssddcTeoTuotsù#rpsu;taf&tas
f fort;ellessont rayéesdegrandes
rayesde cinqousix,courpalenuthrsè,
opraergmry*elreObseqauuecloleus3prlamCaois- étoffessontsortbigarées,&
sontappelléesRigaudans.Les
Grisetes des Dames sont d'u—
ne étofe de lainefrayée de
quantité de rayes de toutes
couleurs? &son les appelle
Siameifek s cette étofe est a
: grandmarché£Pour ce qui
regarde lamaniere ces Mano
caux ?
la gorge est fort couvertc,&
a deux grands plis par
devanteun ply renversé par
derriere, la bordure large,&
un petit aîleron à l'attachement
de la manchephflée à
l'Espagnole. Cette manche
est relevée sur le bras, & pend
sur lederete & naudedans
du bras
*
&le roulement eu
lest large. Toutes les étofes
qu'onprend pour les Jupes
font en travers, & ces rayes ontcomme des ceic^au^
Ces fortes de Jupes sontfort
propres aux tailles fines; mais
les Dames qui ont un peki
d'cmbonpoint>fonttaire Iculie
Ju pes à coins tournez, ave
un galon au bas. Il se faites
core des Manteaux tout unis
de gros taffetas de couleur) où
l'on met autourdu col unga,
Ion d'argent tout droit ; mais
pour le gros roulement de la
manche? il se chamarréci.
ondes ,-ouenlassez avec uu
grosnoeudderubansauac4
kMqixcauz.Lesjflobç-S prés
pjcsjquel;on ncue•erjgiejt
tantrC RoJbcftjdçgj} pl^yj^sipwle^ui)pre^
|iên:.ejevapt^àçi®«rp. £)%
neporte phisciemançhesdc^
dessous.Les.Dames poKcnt sLes,&"&%9m*'
guant^tç. 4ç,^>rAç^-4 la jafl» tîinîerofaiteî d'ypfiaandfe-
4e a7,c lanche >3t}%4emyr|
~%4~ fSPeWft
pt^cfi&j~~fdu~ir~tu~nfi©|>C8o§«!fftlW3»
M~~SH~M~
tTeff unOuvrage aiaihôdé9
èjui tftunecfpcccde cahevas
ià fine gaze vitrêeyfiifMaquellçort
fait im oûvràgea
Péguille avec dufil fort finJei
ôuelcuivrageest appelle ~f~
ty^&lle$iDamess'yoctupcfiè
avec plàisir. Les Fontanges
ftffctftfrtgioftessurcescçc'^
fyre^ : ù' àn'
ellessoàntd*unruban
d~é*^ouitrayeijs
dôd<Mgt>&g^niè*:nottir
pmawresiollJells'yde différentes coua
encore d'autfcS
côëffûresde gaze apetite*
fleufsblanches. Les coëffes
n~it~Ïonc l'ordinaire. tes4
Eventails font à fond d'or &
d'argent? avec des figures
de la Chine; on les appelle
Eventails à la Siamoise On
porte les Colliers de Perles
fort gros; ils font d'une com-.
pofirionsi surprenante? qu'ils
paroissent fins. Les plus beaux
font de deux Louis d'or. Les
Souliers font à l'Angloise;
les Gands glacez.
que la Mode, & quoy que
Mode veuille dire une chose
actuellement en usage, les
Modes sont si incertaines en
France, qu'on peut dire qu'il
n'y en a presquejamais d'assurées,
parce qu'ily en a trop,
& trop souvent, & qu'il suffit
qu'elles soient receuës,
pour faire craindre qu'elles ne
changent bien tost. Cependant
il faut estre à la Mode à
moins que l'on ne veüillepasser,
oupourridiculeoupouravare;
mais la difficulté est de se
saisir des Modes dans le moment
qu'elles paroissent, puis
qu'à peine se sont-elles fait remarquer,
qu'onn'envoit plus
que des restes, étouffez par
d'autres Modes naissantes.Ce
qu'il y a de fâcheux, c'est
qu'on îVert pas toujours en
estat de suivre les Modes
dans leur fleur. Tel quitte un
habit qu'il n'aporté qu'une
fois, à cause que quelque
more l'oblige à se metrre en
deuil
,
qui se trouve hors de
Mode quand il reprend cet
habit. Ainsiilne faut jamais
outrer les Modes, parce que
ceux qui les chargent davantage,
paroissenr bien-tots
les plus ridiculement vêtus.
Celles de cet Esté sont venuës
tard aussi-bien queles
chaleurs.C'est ce qui a obligé
beaucoup de gens à se
faire faire des habits d'Esté
de drap fin. La Mode la plus
constante que nous ayons
euëdepuis quelques années,
a esté celle des Culotesd'une
étoffe différente de celle
des Juste-au corps,les Culoces
estant de velours & de
Brocard, &les Juste-au-corps
de drap & de serge. Cette
Mode commence àchanger,
& la pluspar de ceux qui ont
fait faire des habits d'Esté.
ont pris des Culotes de la
mesme étoffe que le reste de
l'habit. Les Juste-au-corps
sont plus largespar le bas
qu'ils ne l'ont encore esté.
Les manches sont à botes, &
toutes plates, &la grandeur
du revers est un peu diminuée.
On voit beaucoup de
poches bizarement coupées,
appellées poches de Chasse ;
elles ne laissent pas d'estre
prelquc toutes differentes,
qnoy qu'elles portent le mêmenom.
Les unes ont deux
languetes, lesautres trois,
& les autres ont de petits
croissans tout autour. Leur
chamarrure est fort bizarre.
Les unes sont chamarées en
chevrons, les autres en zigzag,
& lesautres sont toutes
pleines : la pluspart s'en remettantàleurs
Tailleur qui
soutiennent que ce qu'ils ont
imaginé est une Mode naissante.
Aussi seroit-il difficile
qu'elle fuit plus nouvelle,
puis qu'elle n'est encore que
dans leur imagination. On
ne voit de ces poches bizarres
qu'àceux qui se font fait
habiller des premiers. Ces
placards d'or&d'argent sur
,
des habits dont le reste est
uny ,font un effet peu agréable.
Ce n'est pas la faute de
ceux qui en portent,puis
qu'ils ne font point les inventeursd'une
Mode qu'ils
n'ont prise,que parce qu'ils se
sontfait habiller avant qu'on
~McôMde~a~Me~h~
bicrfftfSAfr1usage «Î!tfettêfH
ModePcïWl
foufît#è püú.t dë^jAiries^Ofïr^
£"ièrs>\fiJis^1îfc !l'tâ 1*aVéti^ ~i~ën~p~t~éiniercrftPf
cavalier.Li(Mbdedè^pdéjh$
âhlcmg;aUcrâTyent^ok:Bes ek
trompettes, est toûjourse
usageparmy ceux dont
ilest
glorieux de suivre l'éx'empltf.
Les étofes les plus à la mode
fotit les RasdeSiam, de'Oue.;.
bec ,& deCastor. Ces étofes
sont fort fines,& quoyqu'eldes
ayent l'oeil d'uneétofe
d'Hoiver ,ronne laeisse pars dje&
porter beaucoup. La couleur
verdastre est entièrement
bannie, maiscelles demuse
clair&de Caffé font tout-àfait
en usage. Il y a encore
une petite étoffe nouvelle,
&qu'on trouve fort agreable;
elle
,
rayéressemble à du Chagrin
par petitsfilets de couleur
de gorge de pigeon. On
double tous les habits de petits
taffetas d'Angleterre glacez
& jaspez, & assortissans
aux étoffes des habits.Quand
ces habitssont à poches de
Chass ces poches, & les
revers demanches des lusteau-
corps sontchamarrez
pleind'un petit galon cou
uny, & fort leger, d'or oo d'argent étroit; mais un habtun
peu distingué,estchamarré,
d'un beau galon d'or àlissere, fc,rt Ipisant partour
donton couvre les poches & lesmanches. Il y a aussi des
habits avec une petite broderie
fort agréable d'or passé.
Cette broderie fait les mesmes
compartimens que formele
galon. Ces fortes d'habits
font pour les personnes
d'une qualitédistinguée. Les
vettesles plusàJanjod-e,.Sa
les - plus riches,sont d'une
étoffe nouvelle, dontle fond
citde gros de Tours, rayé
d'or de pouce en pouce ; le
milieu des rayes est remply
de petites fleurs d'or à l'Indienne.
Il y en a d'autres;
qui sans estre rayées sont semees
de ces fleurs. A l'égard
delà coul eur de ces vestes
cllesi sont toutes en usage.
On en porte de taffetas semblable
àl'habit, dont tout le
devant est couvert d'un galon.
d'or ou d'argent. On se sert
toujours d'Amadis fort chaûiarrez.
Jamais on n'a tant vû
d'habits deTiretaine Ilssont
toutgarnisd'unepetitenompareille
d'orsurlescoutures.
Lcsf^éftéside ceshabits sont
desmesmeétoffe, & toutes
couvotesîde galenjoude
nompareille xL'orderaefme t <
cltte celuy descouturesde
l&afoôt^Oit:porte aussides
habitsdeTiretaineavec des
hcut0tûû£tci$&t.<y&ï passent
:cdtnmc::de labroderie. Comjourd'fo):
qujrfor&l'argent
&.qu'iineskûtpâsemployai
de grandesfemmespourgarfiitvn
habit debdf
pttlté:garori surles kIoûtbrt'h
ceuxqui ns'fe^r p^i &iiqua£
lepeu-dédépense?a at^orifé
lueaporter de b'or&'tfôlèail
gcniï a en mettre surleurs haU
bits;de quoles person
nes deinaifTincx ne £anç plus
d^ftin^aces/Cela fijitque plu>
fièurfci commencent aiporoet
des habitsunis aveedesbout
tonsdelamêmecouleurqui
thafâtbinaisavei:destestes
si riches,que les Bourgeoisne
pd^emuvêmenetiJoLuesa»^oJufefntet;-eaau[p-eûpErr^ajs'
Wçjil&d'écarlace:font1
cou*-
jbufôAUjaodcv«an-lhiddour
bip delàmemecouleur qu'est
ledrap, ilssontchamarrez de i^iyutonnieres. Les
ÇYpvs.-des1manches detous ces
Jufte~a\i-cçrps for^deLl^noér
meétoffe3sur laquelle onfait
siverfes,,chamarrures. On
pprte lf&r'çhape^jx rjetrèflez>
%y.€c un cordai},e$ou»argent*
ou un tour de plumasblanc.
jDnvoitsi peujde chapeaux
gris." qu'onne peut pas dtre
qu'ils sçientà la mode. Les
cravates sont toujours en coletavecpligros,
noeud de rub$
4^g)r>pprççrle^basjGtefeye
^ortilli^ à4^abi^L^'baudriers
font peu enusage,
on n'en voit presquè plufctLes
Julie au-corpsdes personne£
dequalité qiii^tcompagttcnt
ordinairement jMonietgiietir
le Dauphin àlaGhaflfesétôient
l'année detnierededr-',i
& cette année ils sont d'un
drap gris-brun, & brodez d'argent,n'Jtj^ JJe passe à l'Article des ma*
des qui regardent les Femmes,
& je vay tâcher de Té^
claircir de manière , que les
Tailleurs de vostre Province
pui fient leur faire des habitsî
a la mode, sur ce que je vous
adicay..CTa modèdes Manteaux
aSg xlcsiJtlpmdl toujoursicà
âuâg^nLes;Qarcfçs?ontcntic»-
3fej»cnt1î J J toiites les to
ifflSjdol'filéipâiTéycUes forât
cfeabilLcgs^d'unepropreté cx>-
^triaordin^ifé. he-s\érÕl¿s:. dont ilcs Jtipèls,fonfcàpetites rayps.>tic
&cCimal^ifr^(udb deuxdoigts en milieu de
cesrayessont semées de petitesfleursd'or&
d'argent fort
^^ïcâlïlesu IIy en ad'autres
dont tout lemilieuest d'ar-
--gct-itfux-u,n fond de gros de
-3Ct)urs*Ontrouve. decesfonds
~tC~tM couieisrîi ^D'^ucifcs
ifoRoà'nayes deocwjjlsuniàrgcs
d>'undiDigt^&Eèii^unojï&yfc
<ta fleurs d'or oud'argcot^àfc
joa\v.cîar«Tçuja1fait le fond
dotoute-I^etofciCette!otose
:skppelle Marl\ .i! y erb£tdcJpuissept
francilTaunejufciti-à
1 cvingç trancsjOnvcit au{ïLdès j.ctokstoutesdefoY{ivf'fLvm,¡,
dduucrbrôbssddcTeoTuotsù#rpsu;taf&tas
f fort;ellessont rayéesdegrandes
rayesde cinqousix,courpalenuthrsè,
opraergmry*elreObseqauuecloleus3prlamCaois- étoffessontsortbigarées,&
sontappelléesRigaudans.Les
Grisetes des Dames sont d'u—
ne étofe de lainefrayée de
quantité de rayes de toutes
couleurs? &son les appelle
Siameifek s cette étofe est a
: grandmarché£Pour ce qui
regarde lamaniere ces Mano
caux ?
la gorge est fort couvertc,&
a deux grands plis par
devanteun ply renversé par
derriere, la bordure large,&
un petit aîleron à l'attachement
de la manchephflée à
l'Espagnole. Cette manche
est relevée sur le bras, & pend
sur lederete & naudedans
du bras
*
&le roulement eu
lest large. Toutes les étofes
qu'onprend pour les Jupes
font en travers, & ces rayes ontcomme des ceic^au^
Ces fortes de Jupes sontfort
propres aux tailles fines; mais
les Dames qui ont un peki
d'cmbonpoint>fonttaire Iculie
Ju pes à coins tournez, ave
un galon au bas. Il se faites
core des Manteaux tout unis
de gros taffetas de couleur) où
l'on met autourdu col unga,
Ion d'argent tout droit ; mais
pour le gros roulement de la
manche? il se chamarréci.
ondes ,-ouenlassez avec uu
grosnoeudderubansauac4
kMqixcauz.Lesjflobç-S prés
pjcsjquel;on ncue•erjgiejt
tantrC RoJbcftjdçgj} pl^yj^sipwle^ui)pre^
|iên:.ejevapt^àçi®«rp. £)%
neporte phisciemançhesdc^
dessous.Les.Dames poKcnt sLes,&"&%9m*'
guant^tç. 4ç,^>rAç^-4 la jafl» tîinîerofaiteî d'ypfiaandfe-
4e a7,c lanche >3t}%4emyr|
~%4~ fSPeWft
pt^cfi&j~~fdu~ir~tu~nfi©|>C8o§«!fftlW3»
M~~SH~M~
tTeff unOuvrage aiaihôdé9
èjui tftunecfpcccde cahevas
ià fine gaze vitrêeyfiifMaquellçort
fait im oûvràgea
Péguille avec dufil fort finJei
ôuelcuivrageest appelle ~f~
ty^&lle$iDamess'yoctupcfiè
avec plàisir. Les Fontanges
ftffctftfrtgioftessurcescçc'^
fyre^ : ù' àn'
ellessoàntd*unruban
d~é*^ouitrayeijs
dôd<Mgt>&g^niè*:nottir
pmawresiollJells'yde différentes coua
encore d'autfcS
côëffûresde gaze apetite*
fleufsblanches. Les coëffes
n~it~Ïonc l'ordinaire. tes4
Eventails font à fond d'or &
d'argent? avec des figures
de la Chine; on les appelle
Eventails à la Siamoise On
porte les Colliers de Perles
fort gros; ils font d'une com-.
pofirionsi surprenante? qu'ils
paroissent fins. Les plus beaux
font de deux Louis d'or. Les
Souliers font à l'Angloise;
les Gands glacez.
Fermer
Résumé : Modes nouvelles. [titre d'après la table]
Le texte aborde l'inconstance de la mode en France, notant que les tendances changent fréquemment, rendant difficile leur suivi. Les modes sont nombreuses et instables, et il est essentiel d'être à la mode pour éviter de paraître ridicule ou avare. Cependant, s'y conformer excessivement peut également devenir ridicule. Les modes estivales sont arrivées tardivement, poussant beaucoup à se faire confectionner des habits d'été en drap fin. La tendance récente la plus constante a été celle des culottes d'une étoffe différente de celle des justaucorps, mais cette mode commence à évoluer. Les justaucorps actuels sont plus larges au bas, avec des manches à boutons et plates, et des revers légèrement réduits. Les poches, appelées poches de chasse, sont variées et bizarres, avec des coupes et des ornements différents. Les étoffes à la mode incluent les ras de Siam, de Queue, de Bec et de Castor, avec des couleurs verdâtres bannies et des teintes de muse clair et café en usage. Les habits sont doublés de petits taffetas d'Angleterre glacés et jaspez, assortis aux étoffes des habits. Les habits distingués sont ornés de galons d'or ou d'argent, avec des broderies en or passé. Les vestes à la mode sont en étoffe nouvelle, avec des fonds de gros de Tours rayés d'or et des fleurs d'or à l'Indienne. Les cravates sont toujours en col avec des plis gros, et les chapeaux gris sont peu à la mode. Les habits unis avec des boutons de la même couleur que le tissu sont également en vogue. Les justaucorps des personnes de qualité sont souvent ornés de galons d'or ou d'argent. Les manteaux des femmes sont en gros taffetas de couleur, avec des galons et des rubans. Les dames portent des guimpes et des éventails à fond d'or et d'argent, avec des figures de la Chine. Les colliers de perles sont gros et fins, et les souliers sont à l'Angloise, avec des gants glacés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 439-440
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle. / Quoique je ne sois rien, je sçay donner des loix [...]
Mots clefs :
Mode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
Oo iiij
440 MERCURE
۱
ENIGME.
Quoique jene fois rien ,jefçay dona
ner des loix
Aufage , auferieux , au fol , à la
coquette
Et souvent le caprice , arbitre de
mon choix ,
M'affujetit tout à lafois ,
Et la Princeſſe &la griſette.
Dem'obéir onne peut s'exempter,
Sans paßerpour un ridicule,
Etcelui qui plasy recule
Est à la fin contraint de ſe laiſſfer
dompter.
nouvelle.
Oo iiij
440 MERCURE
۱
ENIGME.
Quoique jene fois rien ,jefçay dona
ner des loix
Aufage , auferieux , au fol , à la
coquette
Et souvent le caprice , arbitre de
mon choix ,
M'affujetit tout à lafois ,
Et la Princeſſe &la griſette.
Dem'obéir onne peut s'exempter,
Sans paßerpour un ridicule,
Etcelui qui plasy recule
Est à la fin contraint de ſe laiſſfer
dompter.
Fermer
6
p. 7-47
DISSERTATION SUR LES LANGUES EN GENERAL ET SUR LA LANGUE FRANCOISE EN PARTICULIER. Par M. l'Abbé de Pons.
Début :
Je donnai au Mercure de Janvier dernier, une Dissertation sur le [...]
Mots clefs :
Langues, Esprit, Idées, Mots, Expressions, Latin, Horace, Ouvrages, Construction, Muses, Peuples, Phrases, Traduction, Jugements, Variété, Auteurs, Verbe, Richesses, Mode, Déclinaisons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION SUR LES LANGUES EN GENERAL ET SUR LA LANGUE FRANCOISE EN PARTICULIER. Par M. l'Abbé de Pons.
DISSERTATION
SUR
LES LANGUES EN GENERAL .
ET SUR
LA LANGUE FRANCOISE
J
IN
PARTICULIER
.
Pat M. l'Abbé de Pons .
E donnai au Mercure de
Janvier dernier , une Differtation
fur le Poëme
Epique contre la Doctrine
des Difciples
d'Ariftote. Ges
8 LE NOUVEAU
Meffieurs n'ont pas coûtume de
demeurer oififs ; quand il s'agit
de défendre les droits facrés de
lenr Ecole. Je m'attendois donc
à trouver dans le Mercure fuivant
une réponſe de leur part , mais
une réponſe haute , impérieufe ,
où mon attentat feroit févérement
réprimé.
Ce n'eft pas là tout ; j'avois ,
dans cette même Differtation , engagé
une efpéce de querelle avec
les Poëtes ,Nation guérriere & difficile
à calmer , quand une fois
elle eft irritée.
J'étois dans les horreurs de
cette double guerre , quand le
Mercure de Février me tomba
dans les mains ; je n'y trouvai
rien de la part des Docteurs Ariftoreliciens
, j'en louai Dieu ; autre
bonne fortune , j'y trouvai un Ouvrage
fous le titre de Deffenfe
de la Poëfie Françoife . Je
recornû dans cer Ouvrage un
Poëte galant-homme , qui défendoit
avec chaleur les prétendus
MERCURE.
droits de fon art , fans appeller
à fon fecours l'Apoftrophe injurieufe
, l'yronie infultante ; fans
violer aucun des égars que la focieté
civile a confacrés pour ainfi
dire , à l'union generale .
>
Le Public femble avoir difpenfé
les gens de Lettres , de ces
fortes de devoirs ; ils ont acquis
cette difpenfe à force d'éxcés
la focieté s'accoûtume à les regarder
comme un peuple féroce
& indifciplinable , qu'il faut abandonner
par pitié à fa dure impoliteffe
à fa groffére rufticité.
Voilà un genre d'indulgence , qui
n'accommoderoit pas mon amour
propre.
>
Le Reverend Pere D. C. de la
Compagnie de Jefus , Auteur de
l'Ouvrage dont j'ai parlé , eſt affûrement
de mon goût ; fon procedé
m'en est caution ; ce même
procedé fera voir , que la contrarieté
des fentiments entre gens. de
Lettres , n'aliéne pas toujours les
coeurs.
10 LE NOUVEAU
Je crois , au refte , que le Public
feroit en état de juger àpréfent la
question controverfée entre le R.
P. D. C. & moy ; notre procés
me paroît fuffifamment inftruit ; on
peut voir ce que j'ay dit dans le
Mercure de Janvier , fur les Vers
& fur la Profe , on lira enfuite la
réponſe de mon adverfaire , aprés
quoi je prie le Lecteur de retourner
pour dernier examen , au Mercure
de Janvier : il fentira que j'ay
dû lui fauver l'ennuy d'une replique
inutile.
Il y a pourtant dans la réponſe
du R. P. D. C. une chofe fur
laquelle je ne puis lui faire grace,
il s'appuye de l'autorité de feu
it
M. l'Archevêque de Cambray ,
pour faire à notre langue certains
reproches , dont il me paroît important
de la juftifier ;" c'eſt ce qui
m'a fait naître l'idée de la differtation
fuivante que je divife en plufieurs
articles , dont le premier ,
ne contient que des éclairciffemens
préliminaires.
MERCURE. 11
ARTICLE PREMIER.
De l'origine des Langues &
de leur fin.
T
Outes les langues du monde
font nées du befoin que les
hommes ont éprouvés de fe communiquer
reciproquement leurs
penſé es.
Chaque langue particulière a été
inftituée par un certain Peuple ,
pour lui fournir des fignes repréfentatifs
de fes penfées.
Les Philofophes diftinguent trois
fortes de penfées . Idée , lugement ,
Raifonnement ; ajoutons -en une quatriéme
que nous nommerons , Sen
timent.
L'Idée et la penſée de l'efprit
que les Langues expriment par les
Noms , comme
Lyon. Arbre.
Impuissance. Ferocité, Sterilité.
Impuiffent. Farvec. Sterile.
Dieu. Homme
Sageffe.
Sage
12
LE NOUVEAU
Le Fugement eft la penſée de
l'efprit, que les Langues expriment
par les verbes comme quand je dis .
Dieu eft fage.
Je fais un jugement compofé de
deux idées ; fçavoir , de l'idée de
Dieu , & de l'idée de Sage , que
j'unis par le verbe , eft , qui en eft
comme le lien ; & lorfque je dis.
Dieu n'eft pas impuiſſant.
Je juge que l'idée d'impuißanee
ne convient point à l'idée de Dicu ,
c'eft pourquoi je défunis ces deux
idées par le verbe, eft , foutenu de
la particule négative .
Si l'on me demande a préfent la
définition de la penfée de l'efprit,
apelée Jugement , je répɔnds , que
le jugement n'eft autre chofe que
l'acquiefcement de l'âme ou fon refus
d'acquiefcer á l'union de plufieures
idées concordantes ou dif
cordantes entr'elles.
La
MERCU. RE. 13
La troifiéme efpece de penfée ,
eft appellée par les Philofophes
Raifonnement.
Or le Raifonnement n'eft autre
chofe que plufieurs jugements fi
intimement liez enfemble, qu'il y a
pour ainsi dire , unité entr'eux ,
comme quand je dis.
Tout eftre fpirituel eft immortel.
Or , l'âme humaine eft fpirituelle ,
Donc , l'âme humaire eft immortelle.
Voilà un raifonnement exprimé.
par trois propofitions , dont chacune
contient un jugement particulier.
Nous voilà arrivés à la quatriéme
penfée de l'efprit , appelke
Sentiment. Ce genre de penfée
n'eit gueres connu des Philofophes;
mais les gens de Lettres ne me fçauront
pas mauvais gré de l'avoir mife
ici en honneur.
J'entend
par
Sentiments , les
differentes modifications de notre.
âme , fes paffions , fes affections.
Les Sentiments s'expriment dans
B
44
LE NOUVEAU
les Langues,par certains modes des
verbes. Par exemple le fentiment
impérieux eft exprimé par le mode
qu'on appelle Impératif , le
défir , par le mode qu'on appelle
Optatif
Imperatif. arrête approche
Optatif. plût à Dieu que ?
-
Les Modifications de l'âme s'expriment
auffi dans les Langues par
les adverbes & les interjections .
Adverbes . Comment ? vite ? hors d'icy
Lunterjections... Helas ! gares ? gares ? pax
paix , bon ! courage ?
ARTICLE SECOND.
De la clarté des Langues .
La clarté d'une langue ne peut
venir que de deux chofes ; l'une, de
ce qu'elle a des fignes diftincts pour
chaque idée ou penfée de l'efprit ;
l'autre , de ce que par fes conftructions
, elle affigne à fes mots un
●rdre , qui fuit d'affez prés , ceMERCURE.
39
lui que nos idées ont entr'elles.
Toutes les Langues fatisfont au
premier devoir ; chaque penſée de
l'efprit y trouve fon figne particulier
; il arrive pourtant quelquesfois
, mais cela elt affez rare, pour
ne devoir pas être cité en reproche
; il arrive , dis-je , quelquesfois
dans toutes les Langues , qu'un
même mot exprime
différentes
chofes , comme nous voyons en
François du mor fon.
Il m'a vendu fon cheval
Il aime le fen des cloches.
Voilà du fonde farine.
Dans une phrafe qui exprime un
jugement ou un raifonnement , il
ne fuffit pas pour la clarté , que
chaque expreffion de cette phrafe
préfente à l'efprit fon idée particuliere
fans équivoque ; il faut encore
que la conftruction de cette
phrafe affigne aux idées fucceffives ,
l'ordre dans lequel l'efprit les a
concûës .
Par exemple, fi je difois.
Que les Anges , de fimple
Bij
16 LE NOUVEAU
direction par la voye , pensées
leurs fe communiquent , affirment
quelques Theologiens.
Voilà une phrafe compofée de termes
, dont chacun préſente diſtinctement
fon idée particuliere ; cependant,
cette phrafe n'eft pas claire,
parcequ'elle pervertit l'ordre naturel
des idées . Reftituons cet ordre.
Quelques Theologiens affirment
, que les Anges fe communiquent
leurs pensées , par
la voye de fimple direction .
་
Les perfonnes qui ne connoiſſent
point d'autre Langue que la Françoife
, auroient de la peine à croireque
les Latins effènt introduits
dans leur idione ,le défordre , dont
je viens de donner l'exemple , il cit
pourtant vrai que ma phrafe Francoife
, toute ridicule qu'elle paroît,
elt litteralement traduite du Latin.
Angelos , fimplicis directionis
via, cogitationes fibi fuas communicare,
afferunt aliqui Theolozi.
Les Scoliaftes ne m'accuſeront
MERCURE. 17
pas , d'avoir malignement choisi
un exemple rare de l'excés des
Latins ; je ne cite point ces périodes
immenfes , ces phrafes prétendues
fonores , dont le fens vafte,
mais confus , ne commence à fe déveloper
, que lorfqu'il plaît au verbe
dominant , de fe montrer ; verbe
, que l'Orateur Romain s'obſtine
à faire marcher à la fuite de toutes
les idées , qu'il auroit dû précéder
, felon l'ordre de nos conceptions.
Quelques perfonnes dévouées
aux Latins , ont prétendus me
prouver , que ce défordre ne répandoit
pas dans les Ouvrages Latins
, la même obfcurité qu'il repandroit
dans les nôtres , fi nous
voulions l'imiter. Ils en donnent
pour raifon , que la termimifon
variée des noms Latins dans leurs
differents cas , prépare l'efprit à
l'employ qu'ils doivent recevoir du
verbe , & des autres parties du
difcours , qui ne fe font point encore
ngantrées ; au lieu que , les noms
François- n'étans variés dans leurs
Bij
r8 LE NOUVEAU
differents cas , que par les articles
trop uniformes , il ne feroit pas
facile de preffentir leur destination .
Verifions cette Remarque , en
comparant un nom Latin avec un
nom François.
NominatifMufa la Mufe
Genitif Mufe de la Mufe
Datif Mufæ à la Mufe
Accufatif Mufam la Mufe
Vocatif Mufa la Mufe
Ablatif Mufa de la Mufe
ve qie
Dans le nom Latin , je ne troul'Accufatif
, qui ait fa
terminaifon particuliere , & qui ne
puifle être appliquée à aucun autre
cas , Mufam.
Dans le nom François , je ne
v ois que le Datif , dont l'article
ne puiffe valfer aux autres cas ,
à là Muſe.
Continuons . Dans notre nom Latin
; le Niminatif, le Vooatif, &
L'Ablatif , ont une terminaifon
connine ; Mifa. • le Genitif
MERCURE.
& le Datif le terminent de même,
Adufa.
Dans le nom François , le Nomi-
Matif, l'Accufatif & le vocatif ,
ont le même article , la Mufe. Le
genitif & l'ablatif ont auffi un
article commun , de la Muſe.
Tout et parfaitement égal ici
entre nos deux Langues ; le nom
Templum & tous ceux de la premiere
déclinaifon ne font pas plus
variés que ne le fon: nos articles
François .
Que conclure de cela , finon
que dans le Latin , comme
dans le François , indiftinctement
fi la conftruction préfente ces
noms avant les expreffions qui les
doivent régir dans le difcours , on
ne peut deviner , furement leur
deſtination.
cas ,
Il y a des noms Latins , dont la
terminaiſon varie un peu plus les
qu'il n'arrive aux noms de la
première déclinaifon ; mais enfin
on ne m'en citera jamais aucun
, qui foit fingulierement varié
* LE NOUVEAU
dans tous fes differents cas ; ainfi
il s'en faut beaucoup , que l'objec
tion qu'on nous a faite , juftifie
parfaitement les conftructions de
la Langue Latine.
›
Il est bon d'obferver , que les Ro
mains n'affectoient les conftructions
exceffivement violentes , que dans
lés harangues faftueufes & autres
ouvrages appartenants à la haute
éloquence . L'importance & la fingularité
des matières que l'Orateur
traitoit dans ces fortes de difcours ,
lui étoient garants de l'avide attention
de fon Auditoire ; il abufoit
pour ainfi dire , de fon droit ,
& comme s'il eût voulû affocier
fes Auditeurs à fa peine & leur faire:
acheter les grandes chofes qu'il
feurs avoit préparées ; il conftruf
foit fon difcours fi violeminent
que l'Auditeur étoit chargé du travail
continu de reftituer l'ordre naturel
, aux idées confufement difjointes
dans chaque période .
Dans les Ouvrages Moraux on
Philofophiques , dans les Ouvrages
familiers , tels que les Epitres ; enMERCURE
23
fin dans les Ouvrages voulez au
délaffement & à la joye , comme les
Comedies ; les Latins ne s'écartoient
gueres de l'ordre que la nature
affigne aux idées , ce qui prouve
encore que le défordre des conftructions
dans les ouvrages faftueux ,
exigeoit d'eux , une attention laborieufe
& fatigante .
Nos premiers Auteurs voulurent,
à l'imitation des Latins , introduire
ces conftructions violentes dans
notre Langue ; heureufement la
raifon reclama de bonheure contre
cet abus : laNationFrançoife, ennemie
de tout vain travail , reprouva cette
fatigue ingrate qui n'offre rien de
flatteur à l'amour propre.
L'ordre & la clarté font les principales
graces que nous cherchons
aujourd'huy dans nos ouvrages.
Je ne fçai par quelle fatalité la
verité à tant de peine à fe faire enrendre
de ces mêmes hommes qui
en font , difent - ils , fi avides ? aux
prémieres approches on lui fait infulte
, elle tient ferme , & à force
de conftance & d'opiniâtreté , elle ſe
22 LE NOUVEAU
fait enfin recevoir chez nous ; eft elle
acüillie du torrent , il s'éleve encore
des voix fidéles à l'erreur , qui
gémiffent affectueufement fur fa
ruine.
Un des prémiers hommes de notre
âge, feu Mr l'Archevêque de
Cambray , lui , que notre Langue a
fi bien fervi dans fes Ouvrages ,
a reproché à cette même Langue,
l'ordre uniforme de fes conftructions
. Le R. P. D. C. m'a dénoncé
ce reproche dans le Mercure de
Février dernier.
J'ay beaucoup de refpect pour
feu M l'Archevêque de Cambray:
mais ce respect ne va pas jufqu'à
fubjuguer ma raifon , je m'écarteray
de lui fans façon , lorfqu'il ne
me femblera pas dans la route du
vray. Examinons fi fon grief eft
fondé; voici fes paroles.
Rien de plus uniforme que
les conftructions de la Langue
Françoife; on voit toujours venir
d'abord un NominatifSubfsantif
qui méne fan Adjectif
MERCURE 23
comme par la main , fon verbe
ne manque pas de marcher derriere,
ſuivi d'un Adverbe qui ne
fouffre rien entr'eux & le regimeappelle
auffi- tôt un Accuſatif
qu'on ne peut déplacer.
Cela eft vray. Les mots font placés
dans notre Langue à peu près
dans cet ordre. Pourquoi cela : c'eft
que nos idées font conçues par notre
efprit dans cet ordre même.
J'ay demandé à un Peintre 5
pourquoi il affignoit toujours le mênie
ordre aux parties du vifage humain
dans fes Tableaux ? Il m'a répondu
, c'eft que la nature a affigné
cet ordre même aux parties du
vifage humain .
J'infiftay : mais , Monfieur ,
fi
dans ce Tableau où vous avez peint
plufieures figures humaines dans des
attitudes differentes , avec des affections
variées , vous vous étiez
avifé de varier encore la pofition
des Parties du vifage ? Si vous aviez
placé, tantôt les deux yeux au front;
tantôt le nez au menton ; enfin &
24 LE NOUVEAU
?
vous aviez tiré party de toutes les
differentes Combinaifons qu'on peut
imaginer dans la pofition des parties
du vifage humain , votre ouvrage
auroit le mérite d'une plus grande
variété mon efprit s'occuperoit
agréablement du travail de reftituer
aux traits déplacez , leur veritable
pofition ? Le Peintre n'héfita pas à
me croire un échapé des petites
Maifons : il me rendit graces de mon
excellent avis , & m'affûra , d'un
grand ferieux , que dorénavant il
ménageroit dans fes Tableaux ce
genre de varieté, jufques - là inconnu
à fon Art.
Revenons à notre affaire . On
fouhaiteroit que la Langue Françoife
voulut introduire une agréable
variété dans fes conftructions?
Mais cela ne fe peut faire fans pervertir
l'ordre que la nature a affigné
à nos idées. On eft choqué de
voir toujours un nom Subftantif
mener fon Adjectifcomme par
la main : mais fait-on bien attention
, que ces deux noms font les
fignes repréfentatifs de deux idées ,
que
MERCURE.
25
>
que l'efprit ne divife par aucune
idée intermédiaire Le Verbe
dit- on , fe préfente fuivie d'un
Adverbe & le regime appelle
l'accufatif ? Vous avez raifon :
Mais voilà l'ordre de nos penfées,
& loin qu'on doive faire un démerité
à notre Langue , d'être fidéle à
cet ordre , on doit au contraire lui
en tenir grand compte.
Dans les Arts de pure imitation,
dans la Peinture , par exemple ;
il ne faut pas chercher une autre
variété , que celle dont la Nature a
décoré les objets qu'on fe propofe
d'imiter ; c'eſt ce qu'avoit fenti le
Peintre dont j'ay parlé. Son Tableau
préfentoit aux yeux plus de trente
Figures humaines , diftinguées entr'-
elles , par leurs attitudes différentes
, par leurs différents afpects ,
par leurs expreffions ou paffions
variées : mais comme la nature n'a
pas varié dans les hommes , la pofition
des parties du vifage , le Peintre
n'eût gardé de fe perfuader qu'il
avoit eû tort de n'avoir pas coars
1717 C
26 LE NOUVEAU
tredit en cela les vues de la nature.
Les langues font dans le cas des
Arts imitateurs , elles ont été inftituées
pour reprefenter nos penfées
; ainfi elles doivent fe conformer
à la nature de ces mêmes penfées.
Un jugement , un raiſonnement ,
par exemple , font compofez d'idées
trés - différentes ; une Langue doit
avoir des fignes différents pour imiter
ce genre de variété.
Ces mêmes jugements ou raifonnemens
, quoique compofez d'idées
trés différentes , font néanmoins conçûs
par l'efprit dans un certain ordre
fixe , il faut que les Langues
imitent cet ordre dans leurs conftructions.
ARTICLE TROISIEME
De la Richeffe des Langues,
La Richeffe d'une Langue eft pro-
Portionnelle à l'étendue des connoifMERCURE
27
fances acquifes par le Peuple particulier
qui l'a formée .
La Langue que parlent les La
pons , dont l'intelligence n'embraf
fe qu'un trés petit cercle d'idées ,
ne peut être que fort pauvre ; Si l'on
dégroffiffoit ces Peuples , enportant.
chez eux les Sciences & les Arts,
à mefûre que leurs idéos fe multipliroient
, on verroit croître leur idiome;
le befoin de commercer entr'eux
des connoiffances acquifes ,
leur feroit inventer de nouveaux
fignes, de nouvelles expreffions ; &
cette même Langue , pauvre dans
une certaine époque , pourroit avec
le tems,fe trouver auffi riche qu'aucune
qui fut dans l'Univers.
C'est ainsi que la Notre , toute
indigente qu'elle étoit , il n'y a pas
encore trois fiécles , eſt enfin
par
venue à ce point de richeffe où
nous la trouvons aujourd'huy.
L'étude des Sciences & des Arts à
multiplié fnos idées ; nous avons
exercé notre jugement à faifir tous
les rapports qu'elles ont entr'elles.
Cij
28 LE NOUVEAU
mefure que nous nous fommes
formez , nous nous fommes communiquez
nos progrez , les uns aux
autres , il a donc fallu convenir de
nouveaux fignes ; voilà l'hiftoire
des progrez de notre Langue qui
groffira encore, fi les Sciences & les
Lettres ne ceffent pas d'être en
honneur en France .
Meffieurs les Erudits prétendent
que la Langue Grecque & la Langue
Latine , font infiniment plus
riches que la Françoife ; lorfqu'ils
voudront verifier cette propofition ,
je les prie de fe fouvenir , qu'il faut
commencer par nous prouver , que
les Grecs & les Latins ont eûs l'efprit
plus cultivés que nous , & qu'ils
ont portés plus loin que nous, les Arts
& les Sciences ; Qu'ils avoient un
plus grand nombre de connoiffances
que nous n'en avons acquifes
que leur raifon s'étoit plus exercée
que la notre , dans l'art délicat d'envifager
les idées par tous leurs différens
afpects ; enfin , fi nous fommes
vaincûs du côté de l'efprit ,
nous pafferons condamnation pour
notre Langue.
MERCURE. 29
Une idée qui peut être confiderée
par l'efprit fous differents afpects,
a dans notre Langue autant de fignes
differents , qu'il y a de façes
fous lefquelles elle peut être apercûë.
Il y a des gens qui penfent bonnement
, que ces differents fignès
font Synonimes entr'eux , parce qu'-
ils expriment le même fonds d'idée :
mais ils fe trompent , chacun de ces
mots exprime une modification particuliére
de l'idée commune à tous,
il la préfente à l'efprit par un côté
fingulier , avec un accelloir diftinct
de toute autre acception ; ainfi chacun
de ces prétendûs finonimes
doit être confideré comme préfentant
fon idée ou fa perception particuliére.
Exemple.
Berger. Vacher.
Un Payfan croit que ces deux
mots veulent dire préciſement la me
me chofe : ils reveillent en lui la
même idée fans aucun acceffoir plus
ou moins ignoble. Ces deux mots.
affectent différemment les perfonnes
éclairées . Pourquoi celà ? Le
voicy. C iij
30 LE NOUVEAU
Le Payfan groffier & ignorant
croit que de tout tems , l'emploi de
garder les Troupeaux , a été le
partage des miferables ; il ne foupçonne
pas que l'Univers ait jamais
cù une autre forme que celle qu'il
y aperçoit ; il croit que de tout
tems il y a eû entre les hommes
la même fubordination , les mêmes
diftinctions qu'il y découvre actuellement.
Un homme plus éclairé fçait , qu'-
il a été un tems où tous les hommes
indiftinctement , menoient la
vie champêtre. Les Troupeaux &
le Labourage faifoient toutes leurs
richeffes , chaque famille faifoit un
Peuple dont le chef étoit le Roy.
c'eft en ce fens que la tradition
nous dit que les enfans des Rois
gardoient les Troupeaux ; l'avarice
& l'ambition n'avoient point encore
fait bâtir ces Villes fuperbes qui
dominent aujourd'hui nos Cam-.
pagnes.
La memoire de ces vieux te nps
nous eft chére ; nous aimons qu'on
MERCURE.
nous en retrace l'idée dans ces fictions
ingénieuſes , où l'on nous
peint les moeurs douces & tranquiles
des premiers âges. Les Bergers
qu'on introduit dans ces Poëmes
, ne font point nos hommes
ruftiques , abrutis par la fervitude
& par la mifere. Ces hommes que
nous nommons Vachers , expreffion
à laquelle il fe joint un fentiment
de mépris & de dégoût , qui n'eft
point attaché au mɔt générique ,
Berger.
Ainfi , fi je difois en parlant des
Eglogues de M de Fontenelles
que les hommes champêtres qu'il
y introduit , ne font pas des Vachers
, mais des Bergers.
,
Qui ne comprendroit pas , que
je veux dire par là , que Mr de
Fontenelles donne aux Bergers de
fes Eglogues les moeurs douces
les paffions tranquiles de la vie
champêtre , en leurs fauvant certe
rufticité fervile & dégoutante , qui
caractériſe nos Vachers.
Les mots , Fermeté , Courage ,
32 LE NOUVEAU
Valeur, Magnanimité , Intrépidité ,
expriment Fidée generale d'une
même vertu ; mais chacun de ces
mots , que quelques gens croyent
fynonymes , font néanmoins differents
entr'eux , en ce que chacun
exprime le fonds commun de
l'idée generale , avec un petit acceffoir
fingulier.
Brilant , éclatant , refplendiffant ,
ne font point adjectifs fynonimes ,
chacun de ces adjectifs préfente
l'idée commune à tous avec une
modification particuliere.
›
Il en eft de nos jugements, comme
de nos idées . Les verbes qui
font les fignes de nos jugements
fe multiplient autant de fois que le
même jugement peut être porté
avec differents acceffoirs . Si l'on
difoit à un homme.
Vous en avez menti.
Vous parlés autrement que vous
ne pensés.
Voilà le même jugement exprimé
en deux manieres ; mais il eft
porté avec des acceffoirs differents .
MERCURE.
37
Dans la premiere façon , il eft accompagné
d'infulte ; dans la feconde
, il eft mêlé de circonfpection
& de politeffe.
J'entrerois volontiers dans l'éxacte
difcuffion des differences délicates
, qui diftinguent tous les
prétendus Synonimes de la Langue
Françoife. Quoique cet examen fût
un peu métaphifique , je ne defefpérerois
pas de le rendre amufant ;
j'en ferai l'effai quelque jour. Mais
le temps m'appelle au quatrième
article de ma Differtation.
ARTICLE QUATRIEME .
De l'impoffibilité d'entendre
parfaitement les Langues
mortes.
L'intelligence parfaite d'une Langue
, fuppofe le difcernement fur
de tous les fignes établis dans cette:
Langue , pour repréfenter les idées ,
les jugements , les fentiments ; en
34 LE NOUVEAU
un mot , toutes les penfées variées
de l'efprit.
Nous avons vu dans l'article précédent
, que la même idée peut
être apperçue fous différens afpects,
que la même paflion de l'âme
peut être repréfentée avec des modifications
differentes , que le même
jugement peut être porté avec
des acceffoirs variés : il faut donc ,
pour entendre parfaitement une
Langue , avoir la clef des fignesprétendus
fynonimes , dont chacun
caractériſe , par un acceffoir fingulier
, la penfée commune à tous.
Il ne fuffit pas d'avoir commercé
long-tems avec les perfonnes qui
parlent bien une Langue vivante ,
pour être au fait de tous ces myf--
teres il faut encore avoir le fentiment
délicat , pour ne jamais confondre
ces fignes voisins.
S'il y a
a fi peu de gens qui foient
en état d'affigner les differences fines
, qui diftinguent les faux fynonimes
de nôtre Langue . Comment
pourons - nous efperer d'entendre
MERCURE.
·
35
jamais les Langues mortes , à ce
dégré de certitude & de confiance
que nous atteignons fi rarement &
fi difficilement dans la nôtre même
?
Il y a tant de fiéclés que la Langue
Latine ne fe parle plus chez
aucun Peuple du monde , qu'il n'y
a pas moyen de vérifier par la voye
des témoignages , fi un mot employé
par Horace , exprimoit précifement
de fon tems, l'une ou l'autre
de deux idées qui ont irreconciliablement
divifé fes Commentateurs.
S'il's'élevoit une querelle de cette
efpece entre Nous , fur une expreffion
tirée d'un Auteur Italien
I'Academie de la Crufea , la décideroit
fouverainement.
Meffieurs les Commentateurs ont
beau nous dire , qu'ils ont la clef
des Langues mortes , qu'ils en connoiffent
toutes les fineffes , qu'ils
ont un fentiment diftinct de la propriété
fixe & incommunicable de
chaque expreffion , foit Grecque,
36 LE NOUVEAU
foit Latine : j'ofe leur dire , qu'ils
fe font illufion. Il n'y a que le
commerce habituel avec le Peuple
qui parle une certaine Langue , qui
puiffe en décéler l'élégance & les
graces ; un Scoliafte pourra bien
déveloper le fond général des penfées
dans un ouvrage , foit Grec ,
foit Latin mais il perdra les af
pects finguliers de chaque idée , les
acceffoirs , foit augmentatifs , foit
diminutifs de chaque paffion exprimée
, & par confequent il ne pourra
fçavoir préciſement, comment l'Auteur
original a façonné , pour ainſi
dire , chacune de fes penſées dans
fon ouvrage
.
Pallida mors aquo pulfat pede
pauperum tabernas . *
Regumque turres.
La pâle mort frappe d'un pied
égal , aux Cabannes des pauvres &
aux Palais des Rois.
* Horace , Ode 4. L. 1.
Voilà
MERCURE. 37
Voilà ce que le texte Latin traduit
litteralement , préſente à l'eſ--
prit ; il n'y a pas autre chofe pour
qui ne veut pas deviner.
> Or c'est l'art de deviner bien
c'est-à-dire , favorablement pour
l'Auteur original , qui fait les bons
Traducteurs. L'éducation nous a
revelé , que tout eft divin dans les
Ouvrages d'Horace ; ainfi malheur
à qui le dégradera dans une traduction.
De deux Traducteurs , celui
qui aura peut-être le plus falfifié
fon texte , par les graces neuves
& originales dont il l'aura paró
fera toujours celui que nous jugerons
l'avoir mieux deviné .
C'est ce que comprend parfaitement
le peuple Traducteur ; aufli
ces Meffieurs ne font -ils plus affés
dupes , pour ofer donner au Public
des Traductions Litterales ; ils fentent
qu'ils n'ont rien de trop de
tour leur genie , pour foûrenir dans
leurs Traductions , la réputation
qu'ils ont donnée aux anciens.
Les Scoliaftes me permettront
D
38
LE NOUVEAU
8
s'il leur plaît , de remarquer ici ,
en paffant , que leur foy fur l'infaillibilité
des anciens , quelque
ferme qu'elle paroiffe , ne laiffe
pas de chanceler de tems à autre ; 'il
leurs arrive quelquefois de nous efcamoter
dans leurs traductions certains
traits , qu'ils ne nous diffimus'ils
leroient n'en eftoient un
pas ,
peu bleffés.
Voici la Traduction de l'illustre
Mr Dacier , fur le paffage cité
d'Horace .
La mort renverse égallement
les Palais des Rois , & les
Cabanes des Pauvres.
Je voudrois bien fçavoir , pourquoi
Mr Dacier diffimule dans fa
Traduction ce mot Pallida? Pourquoi
ne dit-il pas la Pâle mort &c.
auroit-il efté bleffé de cette Epithéte
?
Je m'apperçois encore , que Me
Dacier , fupprime ces deux mots ,
Equopede , d'un pied égal ?
MERCURE.
39
Horace nous peint la mort fra
pant du pied ; pourquoi fuprimer
cette circonftance ? Je remarque
que Mr Dacier juge Horace plus
févérement que je ne ferois ; car
je n'aurois point hefité à tirer party
de cette circonftance. N'est - il
pas raifonnable de dire , que la
mort qui méconnoît tous égards ,
toute distinction , ne s'avife pas de
grater refpectüeufement à la porte
des Rois , mais qu'elle heurte brutallement
avec le pied.
Fores calcibus infultavit . *
Il a heurté infolemment avec le
pied.
Encore un mot. Mr Dacier traduit
le mot Latin Pulfat , par le mot
François Renverſe. Il lui plaît de
deviner ici. Car enfin , il ne me
niera pas que Pulfare oftium , ne
fignifie dans Plaute & dans Terence ,
Heurter , fraper à une porte. Il y
* Plaute .
40 LE NOUVEAU
a plus , s'il avoit à nous exprimer
en Latin , renverſer une maiſon , il
ne s'aviferoit jamais de dire , pulfare
domum , il fe ferviroit fûrement
de l'un des verbes fuivants . Demoliri
, difturbare , pervertere ,fabvertere
, evertere.
Evertére Domos totas optantibus ipfis,
Dii faciles. *
Mais je veux pour un moment
que le verbe Pulſare , pût avoir
chez les Latins , l'un ou l'autre de
nos deux fens indifferement . Je
denmanderai encore à Mr Dacier ,
comment il a découvert , dans lequel
de ces deux fens , Horace a
voulu l'employer ici . Si Mr Dacier
juftifie fon choix , il me revient un
coupable . Je demanderai au R. P.
Tarteron , qui nous a donné une
élégante traduction d'Horace , fur
quel fondement il prétend , que
le mot Pulfare , fignifie ici fraper.
Voici done fa Traduction.
* Juvenalis , Sat. 9.
MERCURE. 41
Latrifte mort frapefans dif
tinction aux Palais des Rois ,
commeauxCabanes desPaupres.
Le R. P. Tarteron a efté bien
affecté de l'image , qui préfente
la mort , frapant fans diftinction
aux Palais des Rois , comme aux
Cabanes des Pauvres ; il n'a pas
eu befoin pour rendre cette image,
de détourner la fignification ordinaire
du verbe pulfare.
Pour Mr Dacier , il a voulu un
peu plus de bruit & de fracas dans
tout ceci ; il lui a femblé plus vif
de préfenter la mort renverfant indiftinctement
les Palais des Rois
& les Cabanes des Pauvres ; cette
image lui a paru plus digne du génie
d'Horace ; il n'en a pas fallu
davantage pour le conduire peu à
peu à croire fermement, que c'est là
le veritable fens d'Horace.
Le R. P. Tarteron fupprime -
quo pede , comme Mr Dacier.
Revenons au mot Pallida. J'ai
vû desgens qui fçavoient fort mau-
Ciij
42 LE NOUVEAU
vais gré à Mr Dacier de l'avoir
fuprimé ; ces bonnes gens donnoient
en même-tems à cette expreffion
un fens actif & un fens
paffif. D'abord , ils l'entendoient
dans le fens paffif , la pâle mort , ils
fe repréfentoient donc la mort,
comme un spectre pále & décharné .
Enfuite , le fens actif fe montroit ,
la pâle mort , c'est-à- dire , la mort
qui répend la pâleur ; comme la
mert terrible , voudroit dire , la mort
qui répend la terreur.
Voilà les illufions que l'ignorance
de la Langue Latine produit chez
les Erudits mêmes.
Revenons au R. P. Tarteron , il
me fupprime point le mot palbida
comme Mr Dacier ; mais il ne lui
plaît pas de le rendre en François
par le mot pále , il foupçonne que
le mot Latin auroit bien pû exprimer
du tems d'Horace , l'idée que
nous attachons au mot François
trifte.
Je pafferai tout à ces Meffieurs,
pourvû qu'ils conviennent de bonMERCURE
.
43'
ne foy , qu'ils ne font que deviner.
Au refte , le R. P. Tarteron eft
heureux en conjectures ; il lui fuffit
, que l'Auteur original fourniffe
fe le fonds des pensées : on peut
repofer fur fon génie , du foin d'y
joindre les graces acceffoires : il
taille , façonne , corrige , fuprime,
& le tout pour le mieux je veux
dire au grand profit du Poëte Latin .
Avoüez fincerement , Meffieurs,
que vous traduifez moins les Auteurs
Grecs & Latins , que vous
ne vous traduifez , pour ainfi dire ,
vous mêmes. S'il arrive quelquefois
que vos Traductions deplaifent
au Public ; n'imputez pas ce
mauvais fuccez à l'impuiffance de
notre Langue ; cette excufe n'eft
plus recevable ; la Langue Françoi
fe à donné depuis un fiécle des
chefdoeuvres dans tous les genres,
elle eft glorieuſement fortie de toutes
épreuves. Il faut chercher ailleurs
les raifons de votre infortune.
Vous éprouvez , dites vous , votre
incapacité à traduire dignement les
44
LE NOUVEAU
Auteurs anciens , cet aveu coûteroit
un peu plus à votre amour propre ,
fi vous aviez bien fenti les veritables
raifons de cette incapacité ;
ne viendroit - elle point , de ce
que vous n'entendez pas affez les
Auteurs que vous voulez nous faire
entendre ? examinés ceci. Peutêtre
fommes nous aufait
Comme le traducteur ignore la
propriéte fixe de chaque expreffion ,
foit Grecque , foit Latine ; à la vûe
d'une certaine expreffion , fon imagination
fe remplit du fens vafte de
tous les acceffoirs dont il fent que'
le fonds de l'idée exprimée poùroit
être fufceptible , le voilà dans
une espece d'étourdiffement & d'ivreffe
; il ne s'avife pas de penfer
que ce mot , dont il lui plaît de
s'étourdir , ne peut fignifier à la
fois tant d'acceffoirs variez & quelquefois
contradictoires , il faut bien
que dans les vues de l'Auteur original
, l'expreffion ait été fixée à un
fens unique à un acceffoir déterminé.
Or c'est ce fens fixe que notre
MERCURE. 45
Traducteur eft enfin forcé de deviner
,lorfqu'il veut rendre en François
l'expreffion originale ; il fort
pour un moment de fes tenebres ,
il fecoue tous ces fens variez &
confùs qui l'obfedoient , enfuite il
s'empare du fonds commun de l'idée
que le mot exprime ; ce n'eſt
pas tout, comme il ignore fous quel
afpect fingulier l'expreffion originale
prefente cette idée , il choifit
entre tous les afpects fous lefquels
elle peut être envifagée , celui qui
lui femble le plus gracieux. Lors
donc qu'il a faifi l'idée par le cô
té auquel il a donné la préféren
ce , notre Langue lui fournit l'expreffion
qui répond à fes vûes . Le
voila content : mais un moment
aprés je le vois rentrer dans l'yvreffe
, dont fon travail l'avoit fait
fortir ; fon imagination fe remplit
de nouveau de tout ce fens vague
& confus qu'il avoit fecoüé : il jette
les yeux fur fa Traduction , il n'eft
plus content , ce n'eft pas là ce que
je fens , dit-il , Langue maudite,
46 LE NOUVEAU
tu ne me rendras jamais le fentiment
que j'éprouve ? Eh , non ,
Monfieur ; ces fortes de miracles
excédent fes forces.
Je connois un homme d'efprit
qui a paffé foixante années , partie
à Rome , partie à Paris ; comme
le Commerce avec les deux
nations lui a donné la clef des faux
Sinonimes de l'une & de l'autre
Langue , il n'eft point embarraſſé
à traduire , il ne peut êtte le jouet
des illufions qui travaillent nos
Commentateurs , chaque expreffion
, foit Italiene , foit Françoite,
prefente fans aucun équivoque à fon
efprit , l'idée fixe dont elle eft le
figne ; il ne s'avife pas d'y chercher
autre choſe . Si les Scoliaftes entendoient
de même les Langues, Grecque
& Latine , ils ne nous donneroient
pas des Traductions fi
difcordantes entr'elles fur le même
Auteur , le Texte offriroit le même
fens à tous ; chacun d'eux feroit
content , lorfque notre Langue
lui auroit fourni les expreffions
MERCURE. 47
propres à rendre le fens qu'il au-
Toit diftinctement conçû , il ne craindroit
pas d'avoir manqué fon coup.
Je ne vois les Commentateurs
d'accord entr'eux , qu'en un feul
point ; le même texte Grec ou Latin
les enflâme au même dégré
je les vois tous dans un raviffement
égal.
Mais s'ils ofent chacun en particulier
me traduire le texte enchanteur
, les voilà défunis. Je
m'aperçois que chacun a ſon Idole
particuliere, Comment donc ? Meſfieurs
, qui dois-je croire ici à qui
d'entre vous le Divin Horace at'il
revelé fon veritable fens ? Qu'il
me donne des preuves de fa miffion
, & je me joins à lui pour faire
rète aux faux Antoufiaftes.
SUR
LES LANGUES EN GENERAL .
ET SUR
LA LANGUE FRANCOISE
J
IN
PARTICULIER
.
Pat M. l'Abbé de Pons .
E donnai au Mercure de
Janvier dernier , une Differtation
fur le Poëme
Epique contre la Doctrine
des Difciples
d'Ariftote. Ges
8 LE NOUVEAU
Meffieurs n'ont pas coûtume de
demeurer oififs ; quand il s'agit
de défendre les droits facrés de
lenr Ecole. Je m'attendois donc
à trouver dans le Mercure fuivant
une réponſe de leur part , mais
une réponſe haute , impérieufe ,
où mon attentat feroit févérement
réprimé.
Ce n'eft pas là tout ; j'avois ,
dans cette même Differtation , engagé
une efpéce de querelle avec
les Poëtes ,Nation guérriere & difficile
à calmer , quand une fois
elle eft irritée.
J'étois dans les horreurs de
cette double guerre , quand le
Mercure de Février me tomba
dans les mains ; je n'y trouvai
rien de la part des Docteurs Ariftoreliciens
, j'en louai Dieu ; autre
bonne fortune , j'y trouvai un Ouvrage
fous le titre de Deffenfe
de la Poëfie Françoife . Je
recornû dans cer Ouvrage un
Poëte galant-homme , qui défendoit
avec chaleur les prétendus
MERCURE.
droits de fon art , fans appeller
à fon fecours l'Apoftrophe injurieufe
, l'yronie infultante ; fans
violer aucun des égars que la focieté
civile a confacrés pour ainfi
dire , à l'union generale .
>
Le Public femble avoir difpenfé
les gens de Lettres , de ces
fortes de devoirs ; ils ont acquis
cette difpenfe à force d'éxcés
la focieté s'accoûtume à les regarder
comme un peuple féroce
& indifciplinable , qu'il faut abandonner
par pitié à fa dure impoliteffe
à fa groffére rufticité.
Voilà un genre d'indulgence , qui
n'accommoderoit pas mon amour
propre.
>
Le Reverend Pere D. C. de la
Compagnie de Jefus , Auteur de
l'Ouvrage dont j'ai parlé , eſt affûrement
de mon goût ; fon procedé
m'en est caution ; ce même
procedé fera voir , que la contrarieté
des fentiments entre gens. de
Lettres , n'aliéne pas toujours les
coeurs.
10 LE NOUVEAU
Je crois , au refte , que le Public
feroit en état de juger àpréfent la
question controverfée entre le R.
P. D. C. & moy ; notre procés
me paroît fuffifamment inftruit ; on
peut voir ce que j'ay dit dans le
Mercure de Janvier , fur les Vers
& fur la Profe , on lira enfuite la
réponſe de mon adverfaire , aprés
quoi je prie le Lecteur de retourner
pour dernier examen , au Mercure
de Janvier : il fentira que j'ay
dû lui fauver l'ennuy d'une replique
inutile.
Il y a pourtant dans la réponſe
du R. P. D. C. une chofe fur
laquelle je ne puis lui faire grace,
il s'appuye de l'autorité de feu
it
M. l'Archevêque de Cambray ,
pour faire à notre langue certains
reproches , dont il me paroît important
de la juftifier ;" c'eſt ce qui
m'a fait naître l'idée de la differtation
fuivante que je divife en plufieurs
articles , dont le premier ,
ne contient que des éclairciffemens
préliminaires.
MERCURE. 11
ARTICLE PREMIER.
De l'origine des Langues &
de leur fin.
T
Outes les langues du monde
font nées du befoin que les
hommes ont éprouvés de fe communiquer
reciproquement leurs
penſé es.
Chaque langue particulière a été
inftituée par un certain Peuple ,
pour lui fournir des fignes repréfentatifs
de fes penfées.
Les Philofophes diftinguent trois
fortes de penfées . Idée , lugement ,
Raifonnement ; ajoutons -en une quatriéme
que nous nommerons , Sen
timent.
L'Idée et la penſée de l'efprit
que les Langues expriment par les
Noms , comme
Lyon. Arbre.
Impuissance. Ferocité, Sterilité.
Impuiffent. Farvec. Sterile.
Dieu. Homme
Sageffe.
Sage
12
LE NOUVEAU
Le Fugement eft la penſée de
l'efprit, que les Langues expriment
par les verbes comme quand je dis .
Dieu eft fage.
Je fais un jugement compofé de
deux idées ; fçavoir , de l'idée de
Dieu , & de l'idée de Sage , que
j'unis par le verbe , eft , qui en eft
comme le lien ; & lorfque je dis.
Dieu n'eft pas impuiſſant.
Je juge que l'idée d'impuißanee
ne convient point à l'idée de Dicu ,
c'eft pourquoi je défunis ces deux
idées par le verbe, eft , foutenu de
la particule négative .
Si l'on me demande a préfent la
définition de la penfée de l'efprit,
apelée Jugement , je répɔnds , que
le jugement n'eft autre chofe que
l'acquiefcement de l'âme ou fon refus
d'acquiefcer á l'union de plufieures
idées concordantes ou dif
cordantes entr'elles.
La
MERCU. RE. 13
La troifiéme efpece de penfée ,
eft appellée par les Philofophes
Raifonnement.
Or le Raifonnement n'eft autre
chofe que plufieurs jugements fi
intimement liez enfemble, qu'il y a
pour ainsi dire , unité entr'eux ,
comme quand je dis.
Tout eftre fpirituel eft immortel.
Or , l'âme humaine eft fpirituelle ,
Donc , l'âme humaire eft immortelle.
Voilà un raifonnement exprimé.
par trois propofitions , dont chacune
contient un jugement particulier.
Nous voilà arrivés à la quatriéme
penfée de l'efprit , appelke
Sentiment. Ce genre de penfée
n'eit gueres connu des Philofophes;
mais les gens de Lettres ne me fçauront
pas mauvais gré de l'avoir mife
ici en honneur.
J'entend
par
Sentiments , les
differentes modifications de notre.
âme , fes paffions , fes affections.
Les Sentiments s'expriment dans
B
44
LE NOUVEAU
les Langues,par certains modes des
verbes. Par exemple le fentiment
impérieux eft exprimé par le mode
qu'on appelle Impératif , le
défir , par le mode qu'on appelle
Optatif
Imperatif. arrête approche
Optatif. plût à Dieu que ?
-
Les Modifications de l'âme s'expriment
auffi dans les Langues par
les adverbes & les interjections .
Adverbes . Comment ? vite ? hors d'icy
Lunterjections... Helas ! gares ? gares ? pax
paix , bon ! courage ?
ARTICLE SECOND.
De la clarté des Langues .
La clarté d'une langue ne peut
venir que de deux chofes ; l'une, de
ce qu'elle a des fignes diftincts pour
chaque idée ou penfée de l'efprit ;
l'autre , de ce que par fes conftructions
, elle affigne à fes mots un
●rdre , qui fuit d'affez prés , ceMERCURE.
39
lui que nos idées ont entr'elles.
Toutes les Langues fatisfont au
premier devoir ; chaque penſée de
l'efprit y trouve fon figne particulier
; il arrive pourtant quelquesfois
, mais cela elt affez rare, pour
ne devoir pas être cité en reproche
; il arrive , dis-je , quelquesfois
dans toutes les Langues , qu'un
même mot exprime
différentes
chofes , comme nous voyons en
François du mor fon.
Il m'a vendu fon cheval
Il aime le fen des cloches.
Voilà du fonde farine.
Dans une phrafe qui exprime un
jugement ou un raifonnement , il
ne fuffit pas pour la clarté , que
chaque expreffion de cette phrafe
préfente à l'efprit fon idée particuliere
fans équivoque ; il faut encore
que la conftruction de cette
phrafe affigne aux idées fucceffives ,
l'ordre dans lequel l'efprit les a
concûës .
Par exemple, fi je difois.
Que les Anges , de fimple
Bij
16 LE NOUVEAU
direction par la voye , pensées
leurs fe communiquent , affirment
quelques Theologiens.
Voilà une phrafe compofée de termes
, dont chacun préſente diſtinctement
fon idée particuliere ; cependant,
cette phrafe n'eft pas claire,
parcequ'elle pervertit l'ordre naturel
des idées . Reftituons cet ordre.
Quelques Theologiens affirment
, que les Anges fe communiquent
leurs pensées , par
la voye de fimple direction .
་
Les perfonnes qui ne connoiſſent
point d'autre Langue que la Françoife
, auroient de la peine à croireque
les Latins effènt introduits
dans leur idione ,le défordre , dont
je viens de donner l'exemple , il cit
pourtant vrai que ma phrafe Francoife
, toute ridicule qu'elle paroît,
elt litteralement traduite du Latin.
Angelos , fimplicis directionis
via, cogitationes fibi fuas communicare,
afferunt aliqui Theolozi.
Les Scoliaftes ne m'accuſeront
MERCURE. 17
pas , d'avoir malignement choisi
un exemple rare de l'excés des
Latins ; je ne cite point ces périodes
immenfes , ces phrafes prétendues
fonores , dont le fens vafte,
mais confus , ne commence à fe déveloper
, que lorfqu'il plaît au verbe
dominant , de fe montrer ; verbe
, que l'Orateur Romain s'obſtine
à faire marcher à la fuite de toutes
les idées , qu'il auroit dû précéder
, felon l'ordre de nos conceptions.
Quelques perfonnes dévouées
aux Latins , ont prétendus me
prouver , que ce défordre ne répandoit
pas dans les Ouvrages Latins
, la même obfcurité qu'il repandroit
dans les nôtres , fi nous
voulions l'imiter. Ils en donnent
pour raifon , que la termimifon
variée des noms Latins dans leurs
differents cas , prépare l'efprit à
l'employ qu'ils doivent recevoir du
verbe , & des autres parties du
difcours , qui ne fe font point encore
ngantrées ; au lieu que , les noms
François- n'étans variés dans leurs
Bij
r8 LE NOUVEAU
differents cas , que par les articles
trop uniformes , il ne feroit pas
facile de preffentir leur destination .
Verifions cette Remarque , en
comparant un nom Latin avec un
nom François.
NominatifMufa la Mufe
Genitif Mufe de la Mufe
Datif Mufæ à la Mufe
Accufatif Mufam la Mufe
Vocatif Mufa la Mufe
Ablatif Mufa de la Mufe
ve qie
Dans le nom Latin , je ne troul'Accufatif
, qui ait fa
terminaifon particuliere , & qui ne
puifle être appliquée à aucun autre
cas , Mufam.
Dans le nom François , je ne
v ois que le Datif , dont l'article
ne puiffe valfer aux autres cas ,
à là Muſe.
Continuons . Dans notre nom Latin
; le Niminatif, le Vooatif, &
L'Ablatif , ont une terminaifon
connine ; Mifa. • le Genitif
MERCURE.
& le Datif le terminent de même,
Adufa.
Dans le nom François , le Nomi-
Matif, l'Accufatif & le vocatif ,
ont le même article , la Mufe. Le
genitif & l'ablatif ont auffi un
article commun , de la Muſe.
Tout et parfaitement égal ici
entre nos deux Langues ; le nom
Templum & tous ceux de la premiere
déclinaifon ne font pas plus
variés que ne le fon: nos articles
François .
Que conclure de cela , finon
que dans le Latin , comme
dans le François , indiftinctement
fi la conftruction préfente ces
noms avant les expreffions qui les
doivent régir dans le difcours , on
ne peut deviner , furement leur
deſtination.
cas ,
Il y a des noms Latins , dont la
terminaiſon varie un peu plus les
qu'il n'arrive aux noms de la
première déclinaifon ; mais enfin
on ne m'en citera jamais aucun
, qui foit fingulierement varié
* LE NOUVEAU
dans tous fes differents cas ; ainfi
il s'en faut beaucoup , que l'objec
tion qu'on nous a faite , juftifie
parfaitement les conftructions de
la Langue Latine.
›
Il est bon d'obferver , que les Ro
mains n'affectoient les conftructions
exceffivement violentes , que dans
lés harangues faftueufes & autres
ouvrages appartenants à la haute
éloquence . L'importance & la fingularité
des matières que l'Orateur
traitoit dans ces fortes de difcours ,
lui étoient garants de l'avide attention
de fon Auditoire ; il abufoit
pour ainfi dire , de fon droit ,
& comme s'il eût voulû affocier
fes Auditeurs à fa peine & leur faire:
acheter les grandes chofes qu'il
feurs avoit préparées ; il conftruf
foit fon difcours fi violeminent
que l'Auditeur étoit chargé du travail
continu de reftituer l'ordre naturel
, aux idées confufement difjointes
dans chaque période .
Dans les Ouvrages Moraux on
Philofophiques , dans les Ouvrages
familiers , tels que les Epitres ; enMERCURE
23
fin dans les Ouvrages voulez au
délaffement & à la joye , comme les
Comedies ; les Latins ne s'écartoient
gueres de l'ordre que la nature
affigne aux idées , ce qui prouve
encore que le défordre des conftructions
dans les ouvrages faftueux ,
exigeoit d'eux , une attention laborieufe
& fatigante .
Nos premiers Auteurs voulurent,
à l'imitation des Latins , introduire
ces conftructions violentes dans
notre Langue ; heureufement la
raifon reclama de bonheure contre
cet abus : laNationFrançoife, ennemie
de tout vain travail , reprouva cette
fatigue ingrate qui n'offre rien de
flatteur à l'amour propre.
L'ordre & la clarté font les principales
graces que nous cherchons
aujourd'huy dans nos ouvrages.
Je ne fçai par quelle fatalité la
verité à tant de peine à fe faire enrendre
de ces mêmes hommes qui
en font , difent - ils , fi avides ? aux
prémieres approches on lui fait infulte
, elle tient ferme , & à force
de conftance & d'opiniâtreté , elle ſe
22 LE NOUVEAU
fait enfin recevoir chez nous ; eft elle
acüillie du torrent , il s'éleve encore
des voix fidéles à l'erreur , qui
gémiffent affectueufement fur fa
ruine.
Un des prémiers hommes de notre
âge, feu Mr l'Archevêque de
Cambray , lui , que notre Langue a
fi bien fervi dans fes Ouvrages ,
a reproché à cette même Langue,
l'ordre uniforme de fes conftructions
. Le R. P. D. C. m'a dénoncé
ce reproche dans le Mercure de
Février dernier.
J'ay beaucoup de refpect pour
feu M l'Archevêque de Cambray:
mais ce respect ne va pas jufqu'à
fubjuguer ma raifon , je m'écarteray
de lui fans façon , lorfqu'il ne
me femblera pas dans la route du
vray. Examinons fi fon grief eft
fondé; voici fes paroles.
Rien de plus uniforme que
les conftructions de la Langue
Françoife; on voit toujours venir
d'abord un NominatifSubfsantif
qui méne fan Adjectif
MERCURE 23
comme par la main , fon verbe
ne manque pas de marcher derriere,
ſuivi d'un Adverbe qui ne
fouffre rien entr'eux & le regimeappelle
auffi- tôt un Accuſatif
qu'on ne peut déplacer.
Cela eft vray. Les mots font placés
dans notre Langue à peu près
dans cet ordre. Pourquoi cela : c'eft
que nos idées font conçues par notre
efprit dans cet ordre même.
J'ay demandé à un Peintre 5
pourquoi il affignoit toujours le mênie
ordre aux parties du vifage humain
dans fes Tableaux ? Il m'a répondu
, c'eft que la nature a affigné
cet ordre même aux parties du
vifage humain .
J'infiftay : mais , Monfieur ,
fi
dans ce Tableau où vous avez peint
plufieures figures humaines dans des
attitudes differentes , avec des affections
variées , vous vous étiez
avifé de varier encore la pofition
des Parties du vifage ? Si vous aviez
placé, tantôt les deux yeux au front;
tantôt le nez au menton ; enfin &
24 LE NOUVEAU
?
vous aviez tiré party de toutes les
differentes Combinaifons qu'on peut
imaginer dans la pofition des parties
du vifage humain , votre ouvrage
auroit le mérite d'une plus grande
variété mon efprit s'occuperoit
agréablement du travail de reftituer
aux traits déplacez , leur veritable
pofition ? Le Peintre n'héfita pas à
me croire un échapé des petites
Maifons : il me rendit graces de mon
excellent avis , & m'affûra , d'un
grand ferieux , que dorénavant il
ménageroit dans fes Tableaux ce
genre de varieté, jufques - là inconnu
à fon Art.
Revenons à notre affaire . On
fouhaiteroit que la Langue Françoife
voulut introduire une agréable
variété dans fes conftructions?
Mais cela ne fe peut faire fans pervertir
l'ordre que la nature a affigné
à nos idées. On eft choqué de
voir toujours un nom Subftantif
mener fon Adjectifcomme par
la main : mais fait-on bien attention
, que ces deux noms font les
fignes repréfentatifs de deux idées ,
que
MERCURE.
25
>
que l'efprit ne divife par aucune
idée intermédiaire Le Verbe
dit- on , fe préfente fuivie d'un
Adverbe & le regime appelle
l'accufatif ? Vous avez raifon :
Mais voilà l'ordre de nos penfées,
& loin qu'on doive faire un démerité
à notre Langue , d'être fidéle à
cet ordre , on doit au contraire lui
en tenir grand compte.
Dans les Arts de pure imitation,
dans la Peinture , par exemple ;
il ne faut pas chercher une autre
variété , que celle dont la Nature a
décoré les objets qu'on fe propofe
d'imiter ; c'eſt ce qu'avoit fenti le
Peintre dont j'ay parlé. Son Tableau
préfentoit aux yeux plus de trente
Figures humaines , diftinguées entr'-
elles , par leurs attitudes différentes
, par leurs différents afpects ,
par leurs expreffions ou paffions
variées : mais comme la nature n'a
pas varié dans les hommes , la pofition
des parties du vifage , le Peintre
n'eût gardé de fe perfuader qu'il
avoit eû tort de n'avoir pas coars
1717 C
26 LE NOUVEAU
tredit en cela les vues de la nature.
Les langues font dans le cas des
Arts imitateurs , elles ont été inftituées
pour reprefenter nos penfées
; ainfi elles doivent fe conformer
à la nature de ces mêmes penfées.
Un jugement , un raiſonnement ,
par exemple , font compofez d'idées
trés - différentes ; une Langue doit
avoir des fignes différents pour imiter
ce genre de variété.
Ces mêmes jugements ou raifonnemens
, quoique compofez d'idées
trés différentes , font néanmoins conçûs
par l'efprit dans un certain ordre
fixe , il faut que les Langues
imitent cet ordre dans leurs conftructions.
ARTICLE TROISIEME
De la Richeffe des Langues,
La Richeffe d'une Langue eft pro-
Portionnelle à l'étendue des connoifMERCURE
27
fances acquifes par le Peuple particulier
qui l'a formée .
La Langue que parlent les La
pons , dont l'intelligence n'embraf
fe qu'un trés petit cercle d'idées ,
ne peut être que fort pauvre ; Si l'on
dégroffiffoit ces Peuples , enportant.
chez eux les Sciences & les Arts,
à mefûre que leurs idéos fe multipliroient
, on verroit croître leur idiome;
le befoin de commercer entr'eux
des connoiffances acquifes ,
leur feroit inventer de nouveaux
fignes, de nouvelles expreffions ; &
cette même Langue , pauvre dans
une certaine époque , pourroit avec
le tems,fe trouver auffi riche qu'aucune
qui fut dans l'Univers.
C'est ainsi que la Notre , toute
indigente qu'elle étoit , il n'y a pas
encore trois fiécles , eſt enfin
par
venue à ce point de richeffe où
nous la trouvons aujourd'huy.
L'étude des Sciences & des Arts à
multiplié fnos idées ; nous avons
exercé notre jugement à faifir tous
les rapports qu'elles ont entr'elles.
Cij
28 LE NOUVEAU
mefure que nous nous fommes
formez , nous nous fommes communiquez
nos progrez , les uns aux
autres , il a donc fallu convenir de
nouveaux fignes ; voilà l'hiftoire
des progrez de notre Langue qui
groffira encore, fi les Sciences & les
Lettres ne ceffent pas d'être en
honneur en France .
Meffieurs les Erudits prétendent
que la Langue Grecque & la Langue
Latine , font infiniment plus
riches que la Françoife ; lorfqu'ils
voudront verifier cette propofition ,
je les prie de fe fouvenir , qu'il faut
commencer par nous prouver , que
les Grecs & les Latins ont eûs l'efprit
plus cultivés que nous , & qu'ils
ont portés plus loin que nous, les Arts
& les Sciences ; Qu'ils avoient un
plus grand nombre de connoiffances
que nous n'en avons acquifes
que leur raifon s'étoit plus exercée
que la notre , dans l'art délicat d'envifager
les idées par tous leurs différens
afpects ; enfin , fi nous fommes
vaincûs du côté de l'efprit ,
nous pafferons condamnation pour
notre Langue.
MERCURE. 29
Une idée qui peut être confiderée
par l'efprit fous differents afpects,
a dans notre Langue autant de fignes
differents , qu'il y a de façes
fous lefquelles elle peut être apercûë.
Il y a des gens qui penfent bonnement
, que ces differents fignès
font Synonimes entr'eux , parce qu'-
ils expriment le même fonds d'idée :
mais ils fe trompent , chacun de ces
mots exprime une modification particuliére
de l'idée commune à tous,
il la préfente à l'efprit par un côté
fingulier , avec un accelloir diftinct
de toute autre acception ; ainfi chacun
de ces prétendûs finonimes
doit être confideré comme préfentant
fon idée ou fa perception particuliére.
Exemple.
Berger. Vacher.
Un Payfan croit que ces deux
mots veulent dire préciſement la me
me chofe : ils reveillent en lui la
même idée fans aucun acceffoir plus
ou moins ignoble. Ces deux mots.
affectent différemment les perfonnes
éclairées . Pourquoi celà ? Le
voicy. C iij
30 LE NOUVEAU
Le Payfan groffier & ignorant
croit que de tout tems , l'emploi de
garder les Troupeaux , a été le
partage des miferables ; il ne foupçonne
pas que l'Univers ait jamais
cù une autre forme que celle qu'il
y aperçoit ; il croit que de tout
tems il y a eû entre les hommes
la même fubordination , les mêmes
diftinctions qu'il y découvre actuellement.
Un homme plus éclairé fçait , qu'-
il a été un tems où tous les hommes
indiftinctement , menoient la
vie champêtre. Les Troupeaux &
le Labourage faifoient toutes leurs
richeffes , chaque famille faifoit un
Peuple dont le chef étoit le Roy.
c'eft en ce fens que la tradition
nous dit que les enfans des Rois
gardoient les Troupeaux ; l'avarice
& l'ambition n'avoient point encore
fait bâtir ces Villes fuperbes qui
dominent aujourd'hui nos Cam-.
pagnes.
La memoire de ces vieux te nps
nous eft chére ; nous aimons qu'on
MERCURE.
nous en retrace l'idée dans ces fictions
ingénieuſes , où l'on nous
peint les moeurs douces & tranquiles
des premiers âges. Les Bergers
qu'on introduit dans ces Poëmes
, ne font point nos hommes
ruftiques , abrutis par la fervitude
& par la mifere. Ces hommes que
nous nommons Vachers , expreffion
à laquelle il fe joint un fentiment
de mépris & de dégoût , qui n'eft
point attaché au mɔt générique ,
Berger.
Ainfi , fi je difois en parlant des
Eglogues de M de Fontenelles
que les hommes champêtres qu'il
y introduit , ne font pas des Vachers
, mais des Bergers.
,
Qui ne comprendroit pas , que
je veux dire par là , que Mr de
Fontenelles donne aux Bergers de
fes Eglogues les moeurs douces
les paffions tranquiles de la vie
champêtre , en leurs fauvant certe
rufticité fervile & dégoutante , qui
caractériſe nos Vachers.
Les mots , Fermeté , Courage ,
32 LE NOUVEAU
Valeur, Magnanimité , Intrépidité ,
expriment Fidée generale d'une
même vertu ; mais chacun de ces
mots , que quelques gens croyent
fynonymes , font néanmoins differents
entr'eux , en ce que chacun
exprime le fonds commun de
l'idée generale , avec un petit acceffoir
fingulier.
Brilant , éclatant , refplendiffant ,
ne font point adjectifs fynonimes ,
chacun de ces adjectifs préfente
l'idée commune à tous avec une
modification particuliere.
›
Il en eft de nos jugements, comme
de nos idées . Les verbes qui
font les fignes de nos jugements
fe multiplient autant de fois que le
même jugement peut être porté
avec differents acceffoirs . Si l'on
difoit à un homme.
Vous en avez menti.
Vous parlés autrement que vous
ne pensés.
Voilà le même jugement exprimé
en deux manieres ; mais il eft
porté avec des acceffoirs differents .
MERCURE.
37
Dans la premiere façon , il eft accompagné
d'infulte ; dans la feconde
, il eft mêlé de circonfpection
& de politeffe.
J'entrerois volontiers dans l'éxacte
difcuffion des differences délicates
, qui diftinguent tous les
prétendus Synonimes de la Langue
Françoife. Quoique cet examen fût
un peu métaphifique , je ne defefpérerois
pas de le rendre amufant ;
j'en ferai l'effai quelque jour. Mais
le temps m'appelle au quatrième
article de ma Differtation.
ARTICLE QUATRIEME .
De l'impoffibilité d'entendre
parfaitement les Langues
mortes.
L'intelligence parfaite d'une Langue
, fuppofe le difcernement fur
de tous les fignes établis dans cette:
Langue , pour repréfenter les idées ,
les jugements , les fentiments ; en
34 LE NOUVEAU
un mot , toutes les penfées variées
de l'efprit.
Nous avons vu dans l'article précédent
, que la même idée peut
être apperçue fous différens afpects,
que la même paflion de l'âme
peut être repréfentée avec des modifications
differentes , que le même
jugement peut être porté avec
des acceffoirs variés : il faut donc ,
pour entendre parfaitement une
Langue , avoir la clef des fignesprétendus
fynonimes , dont chacun
caractériſe , par un acceffoir fingulier
, la penfée commune à tous.
Il ne fuffit pas d'avoir commercé
long-tems avec les perfonnes qui
parlent bien une Langue vivante ,
pour être au fait de tous ces myf--
teres il faut encore avoir le fentiment
délicat , pour ne jamais confondre
ces fignes voisins.
S'il y a
a fi peu de gens qui foient
en état d'affigner les differences fines
, qui diftinguent les faux fynonimes
de nôtre Langue . Comment
pourons - nous efperer d'entendre
MERCURE.
·
35
jamais les Langues mortes , à ce
dégré de certitude & de confiance
que nous atteignons fi rarement &
fi difficilement dans la nôtre même
?
Il y a tant de fiéclés que la Langue
Latine ne fe parle plus chez
aucun Peuple du monde , qu'il n'y
a pas moyen de vérifier par la voye
des témoignages , fi un mot employé
par Horace , exprimoit précifement
de fon tems, l'une ou l'autre
de deux idées qui ont irreconciliablement
divifé fes Commentateurs.
S'il's'élevoit une querelle de cette
efpece entre Nous , fur une expreffion
tirée d'un Auteur Italien
I'Academie de la Crufea , la décideroit
fouverainement.
Meffieurs les Commentateurs ont
beau nous dire , qu'ils ont la clef
des Langues mortes , qu'ils en connoiffent
toutes les fineffes , qu'ils
ont un fentiment diftinct de la propriété
fixe & incommunicable de
chaque expreffion , foit Grecque,
36 LE NOUVEAU
foit Latine : j'ofe leur dire , qu'ils
fe font illufion. Il n'y a que le
commerce habituel avec le Peuple
qui parle une certaine Langue , qui
puiffe en décéler l'élégance & les
graces ; un Scoliafte pourra bien
déveloper le fond général des penfées
dans un ouvrage , foit Grec ,
foit Latin mais il perdra les af
pects finguliers de chaque idée , les
acceffoirs , foit augmentatifs , foit
diminutifs de chaque paffion exprimée
, & par confequent il ne pourra
fçavoir préciſement, comment l'Auteur
original a façonné , pour ainſi
dire , chacune de fes penſées dans
fon ouvrage
.
Pallida mors aquo pulfat pede
pauperum tabernas . *
Regumque turres.
La pâle mort frappe d'un pied
égal , aux Cabannes des pauvres &
aux Palais des Rois.
* Horace , Ode 4. L. 1.
Voilà
MERCURE. 37
Voilà ce que le texte Latin traduit
litteralement , préſente à l'eſ--
prit ; il n'y a pas autre chofe pour
qui ne veut pas deviner.
> Or c'est l'art de deviner bien
c'est-à-dire , favorablement pour
l'Auteur original , qui fait les bons
Traducteurs. L'éducation nous a
revelé , que tout eft divin dans les
Ouvrages d'Horace ; ainfi malheur
à qui le dégradera dans une traduction.
De deux Traducteurs , celui
qui aura peut-être le plus falfifié
fon texte , par les graces neuves
& originales dont il l'aura paró
fera toujours celui que nous jugerons
l'avoir mieux deviné .
C'est ce que comprend parfaitement
le peuple Traducteur ; aufli
ces Meffieurs ne font -ils plus affés
dupes , pour ofer donner au Public
des Traductions Litterales ; ils fentent
qu'ils n'ont rien de trop de
tour leur genie , pour foûrenir dans
leurs Traductions , la réputation
qu'ils ont donnée aux anciens.
Les Scoliaftes me permettront
D
38
LE NOUVEAU
8
s'il leur plaît , de remarquer ici ,
en paffant , que leur foy fur l'infaillibilité
des anciens , quelque
ferme qu'elle paroiffe , ne laiffe
pas de chanceler de tems à autre ; 'il
leurs arrive quelquefois de nous efcamoter
dans leurs traductions certains
traits , qu'ils ne nous diffimus'ils
leroient n'en eftoient un
pas ,
peu bleffés.
Voici la Traduction de l'illustre
Mr Dacier , fur le paffage cité
d'Horace .
La mort renverse égallement
les Palais des Rois , & les
Cabanes des Pauvres.
Je voudrois bien fçavoir , pourquoi
Mr Dacier diffimule dans fa
Traduction ce mot Pallida? Pourquoi
ne dit-il pas la Pâle mort &c.
auroit-il efté bleffé de cette Epithéte
?
Je m'apperçois encore , que Me
Dacier , fupprime ces deux mots ,
Equopede , d'un pied égal ?
MERCURE.
39
Horace nous peint la mort fra
pant du pied ; pourquoi fuprimer
cette circonftance ? Je remarque
que Mr Dacier juge Horace plus
févérement que je ne ferois ; car
je n'aurois point hefité à tirer party
de cette circonftance. N'est - il
pas raifonnable de dire , que la
mort qui méconnoît tous égards ,
toute distinction , ne s'avife pas de
grater refpectüeufement à la porte
des Rois , mais qu'elle heurte brutallement
avec le pied.
Fores calcibus infultavit . *
Il a heurté infolemment avec le
pied.
Encore un mot. Mr Dacier traduit
le mot Latin Pulfat , par le mot
François Renverſe. Il lui plaît de
deviner ici. Car enfin , il ne me
niera pas que Pulfare oftium , ne
fignifie dans Plaute & dans Terence ,
Heurter , fraper à une porte. Il y
* Plaute .
40 LE NOUVEAU
a plus , s'il avoit à nous exprimer
en Latin , renverſer une maiſon , il
ne s'aviferoit jamais de dire , pulfare
domum , il fe ferviroit fûrement
de l'un des verbes fuivants . Demoliri
, difturbare , pervertere ,fabvertere
, evertere.
Evertére Domos totas optantibus ipfis,
Dii faciles. *
Mais je veux pour un moment
que le verbe Pulſare , pût avoir
chez les Latins , l'un ou l'autre de
nos deux fens indifferement . Je
denmanderai encore à Mr Dacier ,
comment il a découvert , dans lequel
de ces deux fens , Horace a
voulu l'employer ici . Si Mr Dacier
juftifie fon choix , il me revient un
coupable . Je demanderai au R. P.
Tarteron , qui nous a donné une
élégante traduction d'Horace , fur
quel fondement il prétend , que
le mot Pulfare , fignifie ici fraper.
Voici done fa Traduction.
* Juvenalis , Sat. 9.
MERCURE. 41
Latrifte mort frapefans dif
tinction aux Palais des Rois ,
commeauxCabanes desPaupres.
Le R. P. Tarteron a efté bien
affecté de l'image , qui préfente
la mort , frapant fans diftinction
aux Palais des Rois , comme aux
Cabanes des Pauvres ; il n'a pas
eu befoin pour rendre cette image,
de détourner la fignification ordinaire
du verbe pulfare.
Pour Mr Dacier , il a voulu un
peu plus de bruit & de fracas dans
tout ceci ; il lui a femblé plus vif
de préfenter la mort renverfant indiftinctement
les Palais des Rois
& les Cabanes des Pauvres ; cette
image lui a paru plus digne du génie
d'Horace ; il n'en a pas fallu
davantage pour le conduire peu à
peu à croire fermement, que c'est là
le veritable fens d'Horace.
Le R. P. Tarteron fupprime -
quo pede , comme Mr Dacier.
Revenons au mot Pallida. J'ai
vû desgens qui fçavoient fort mau-
Ciij
42 LE NOUVEAU
vais gré à Mr Dacier de l'avoir
fuprimé ; ces bonnes gens donnoient
en même-tems à cette expreffion
un fens actif & un fens
paffif. D'abord , ils l'entendoient
dans le fens paffif , la pâle mort , ils
fe repréfentoient donc la mort,
comme un spectre pále & décharné .
Enfuite , le fens actif fe montroit ,
la pâle mort , c'est-à- dire , la mort
qui répend la pâleur ; comme la
mert terrible , voudroit dire , la mort
qui répend la terreur.
Voilà les illufions que l'ignorance
de la Langue Latine produit chez
les Erudits mêmes.
Revenons au R. P. Tarteron , il
me fupprime point le mot palbida
comme Mr Dacier ; mais il ne lui
plaît pas de le rendre en François
par le mot pále , il foupçonne que
le mot Latin auroit bien pû exprimer
du tems d'Horace , l'idée que
nous attachons au mot François
trifte.
Je pafferai tout à ces Meffieurs,
pourvû qu'ils conviennent de bonMERCURE
.
43'
ne foy , qu'ils ne font que deviner.
Au refte , le R. P. Tarteron eft
heureux en conjectures ; il lui fuffit
, que l'Auteur original fourniffe
fe le fonds des pensées : on peut
repofer fur fon génie , du foin d'y
joindre les graces acceffoires : il
taille , façonne , corrige , fuprime,
& le tout pour le mieux je veux
dire au grand profit du Poëte Latin .
Avoüez fincerement , Meffieurs,
que vous traduifez moins les Auteurs
Grecs & Latins , que vous
ne vous traduifez , pour ainfi dire ,
vous mêmes. S'il arrive quelquefois
que vos Traductions deplaifent
au Public ; n'imputez pas ce
mauvais fuccez à l'impuiffance de
notre Langue ; cette excufe n'eft
plus recevable ; la Langue Françoi
fe à donné depuis un fiécle des
chefdoeuvres dans tous les genres,
elle eft glorieuſement fortie de toutes
épreuves. Il faut chercher ailleurs
les raifons de votre infortune.
Vous éprouvez , dites vous , votre
incapacité à traduire dignement les
44
LE NOUVEAU
Auteurs anciens , cet aveu coûteroit
un peu plus à votre amour propre ,
fi vous aviez bien fenti les veritables
raifons de cette incapacité ;
ne viendroit - elle point , de ce
que vous n'entendez pas affez les
Auteurs que vous voulez nous faire
entendre ? examinés ceci. Peutêtre
fommes nous aufait
Comme le traducteur ignore la
propriéte fixe de chaque expreffion ,
foit Grecque , foit Latine ; à la vûe
d'une certaine expreffion , fon imagination
fe remplit du fens vafte de
tous les acceffoirs dont il fent que'
le fonds de l'idée exprimée poùroit
être fufceptible , le voilà dans
une espece d'étourdiffement & d'ivreffe
; il ne s'avife pas de penfer
que ce mot , dont il lui plaît de
s'étourdir , ne peut fignifier à la
fois tant d'acceffoirs variez & quelquefois
contradictoires , il faut bien
que dans les vues de l'Auteur original
, l'expreffion ait été fixée à un
fens unique à un acceffoir déterminé.
Or c'est ce fens fixe que notre
MERCURE. 45
Traducteur eft enfin forcé de deviner
,lorfqu'il veut rendre en François
l'expreffion originale ; il fort
pour un moment de fes tenebres ,
il fecoue tous ces fens variez &
confùs qui l'obfedoient , enfuite il
s'empare du fonds commun de l'idée
que le mot exprime ; ce n'eſt
pas tout, comme il ignore fous quel
afpect fingulier l'expreffion originale
prefente cette idée , il choifit
entre tous les afpects fous lefquels
elle peut être envifagée , celui qui
lui femble le plus gracieux. Lors
donc qu'il a faifi l'idée par le cô
té auquel il a donné la préféren
ce , notre Langue lui fournit l'expreffion
qui répond à fes vûes . Le
voila content : mais un moment
aprés je le vois rentrer dans l'yvreffe
, dont fon travail l'avoit fait
fortir ; fon imagination fe remplit
de nouveau de tout ce fens vague
& confus qu'il avoit fecoüé : il jette
les yeux fur fa Traduction , il n'eft
plus content , ce n'eft pas là ce que
je fens , dit-il , Langue maudite,
46 LE NOUVEAU
tu ne me rendras jamais le fentiment
que j'éprouve ? Eh , non ,
Monfieur ; ces fortes de miracles
excédent fes forces.
Je connois un homme d'efprit
qui a paffé foixante années , partie
à Rome , partie à Paris ; comme
le Commerce avec les deux
nations lui a donné la clef des faux
Sinonimes de l'une & de l'autre
Langue , il n'eft point embarraſſé
à traduire , il ne peut êtte le jouet
des illufions qui travaillent nos
Commentateurs , chaque expreffion
, foit Italiene , foit Françoite,
prefente fans aucun équivoque à fon
efprit , l'idée fixe dont elle eft le
figne ; il ne s'avife pas d'y chercher
autre choſe . Si les Scoliaftes entendoient
de même les Langues, Grecque
& Latine , ils ne nous donneroient
pas des Traductions fi
difcordantes entr'elles fur le même
Auteur , le Texte offriroit le même
fens à tous ; chacun d'eux feroit
content , lorfque notre Langue
lui auroit fourni les expreffions
MERCURE. 47
propres à rendre le fens qu'il au-
Toit diftinctement conçû , il ne craindroit
pas d'avoir manqué fon coup.
Je ne vois les Commentateurs
d'accord entr'eux , qu'en un feul
point ; le même texte Grec ou Latin
les enflâme au même dégré
je les vois tous dans un raviffement
égal.
Mais s'ils ofent chacun en particulier
me traduire le texte enchanteur
, les voilà défunis. Je
m'aperçois que chacun a ſon Idole
particuliere, Comment donc ? Meſfieurs
, qui dois-je croire ici à qui
d'entre vous le Divin Horace at'il
revelé fon veritable fens ? Qu'il
me donne des preuves de fa miffion
, & je me joins à lui pour faire
rète aux faux Antoufiaftes.
Fermer
7
p. 164-165
AUTRE DE Mr LAUVIN.
Début :
Quelque obscure que je puisse être, [...]
Mots clefs :
Mode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE DE Mr LAUVIN.
AUTRE
DE Mr LAUVIN.
JQuclnHc (A-fcure que je puiss
et'e,
A ces m.uq':Cf, LlJewr, tu dois n,
Quoique toujours si!!(
Roturier
A , peine )c parois que chàct
me desire
, Le Roj-mêmeest sujet à mon sat.:
y.ut Empire.
S1.Msl' sa.re r. rien ,
jefais
t ',:,"1t vtéeter,
le dcaJe en !1 Cour en AfuUrt^
/-';" :'-;".:-'-r.' ejm le fois ;
E.ftôt qw:, /u,J reçue
, L'u:\\ e irity:n-. an nombre
(es L--;.'x:
jl/.iii que ¡¡-:;': r-yrc e) (()!!r:.'.;'ti t:::Ce:tem,
.DCJ (.:?,-/ ::,' :'J! fort, ,'tttrom'e
C- > Il £.!•>:::d
c ;,:' p!i'.:splus ï.v.x Le
mesir.eo^.yans,
Une autre me succéde ~ô, se met à ",
maplace.
Le mot de la premiere
DE Mr LAUVIN.
JQuclnHc (A-fcure que je puiss
et'e,
A ces m.uq':Cf, LlJewr, tu dois n,
Quoique toujours si!!(
Roturier
A , peine )c parois que chàct
me desire
, Le Roj-mêmeest sujet à mon sat.:
y.ut Empire.
S1.Msl' sa.re r. rien ,
jefais
t ',:,"1t vtéeter,
le dcaJe en !1 Cour en AfuUrt^
/-';" :'-;".:-'-r.' ejm le fois ;
E.ftôt qw:, /u,J reçue
, L'u:\\ e irity:n-. an nombre
(es L--;.'x:
jl/.iii que ¡¡-:;': r-yrc e) (()!!r:.'.;'ti t:::Ce:tem,
.DCJ (.:?,-/ ::,' :'J! fort, ,'tttrom'e
C- > Il £.!•>:::d
c ;,:' p!i'.:splus ï.v.x Le
mesir.eo^.yans,
Une autre me succéde ~ô, se met à ",
maplace.
Le mot de la premiere
Fermer
8
p. 97
PREMIERE ENIGME.
Début :
Rien n'est plus inconstant que moy, [...]
Mots clefs :
Mode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
PREMIERE ENIGME.
R
Ien n'eſt plus inconſtant que moy ,
Cependant chacun ſuit ma loy ,
Et je coëffe à mon gré les hommes & les femmes;
Le Miſantrope altier me turlupine envain,
Quand il me trouve chez les Dames
Je triomphe de ſon chagrin.
J'ajuſte à ma fantaiſie
La voiſine & le voifin ;
L'Europe me connoît cent fois mieux que l'Afie.
Jeune je charme , & vieille on rit de mes atours,
(A d'autres , cas pareil arrive tous les jours. )
Je meurs bien vite aux rives de la ſeine ,
Mais auſſi l'on ne peut m'ôter
Le plaifir d'y reffuſciter:
Sur les rives du Tage on me tue avec peine
Et plus d'un fiecle j'y tiens bon ,
Je nais rarement d'un barbon ,
Plus rarement encor d'un ſage.
Cependant à Paris il n'eſt point de Caton -
Qui m'oſe obſtinément refuſer ſon hommage
Sans s'expoſer à ſouffrir le lardon .
R
Ien n'eſt plus inconſtant que moy ,
Cependant chacun ſuit ma loy ,
Et je coëffe à mon gré les hommes & les femmes;
Le Miſantrope altier me turlupine envain,
Quand il me trouve chez les Dames
Je triomphe de ſon chagrin.
J'ajuſte à ma fantaiſie
La voiſine & le voifin ;
L'Europe me connoît cent fois mieux que l'Afie.
Jeune je charme , & vieille on rit de mes atours,
(A d'autres , cas pareil arrive tous les jours. )
Je meurs bien vite aux rives de la ſeine ,
Mais auſſi l'on ne peut m'ôter
Le plaifir d'y reffuſciter:
Sur les rives du Tage on me tue avec peine
Et plus d'un fiecle j'y tiens bon ,
Je nais rarement d'un barbon ,
Plus rarement encor d'un ſage.
Cependant à Paris il n'eſt point de Caton -
Qui m'oſe obſtinément refuſer ſon hommage
Sans s'expoſer à ſouffrir le lardon .
Fermer
10
p. 2311-2321
MODES.
Début :
Ce qui frappe le plus la vûë & ce qui marque davantage le pouvoir [...]
Mots clefs :
Modes, Mode, Dames, Couleurs, Argent, Perruque, Ruban, Cheveux, Fleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MODES.
MODE S.
E qui frappe le plus la vûë & ce
C qui marque davantage le pouvoir
abtolu de la Mode , ce font,fans doute , les
Panniers d'aujourd'hui , plus grands &
plus amples que jamais , que les Dames
de la Ville & de la Province , & les femmes
de tous les Etats & jufques aux plus
petites artifanes & aux fervantes , portent
, avec autant de complaifance que
d'entêtement , depuis près de 20 ans ;
de
quoi on ne fçauroit affez s'étonner , car
n'y eut-il pour le beau fexe que le penchant
au changement & l'amour de la variété
, il femble que ces ufages n'auroient
pas dû fubfifter fi long-temps. Il femble
enfin qu'il y a bien plus à glofer fur la
bizarerie des Panniers , que fur le Vertugadin
de nos ayeules , qui a regné longtemps.
On prétend que cette mode , outrée &
hors de toute raiſon , a commencé en Allemagne
, d'où elle paffa en Angleterre ;
& que les Dames Angloifes ont porté
l'amplure des Panniers au point où nous
la voyons aujourd'hui . Ils ont plus de 3
aûnes de tour ; on les fait tenir en état
par le moyen de petites bandes de Nates ,
faites de Jonc , ou de petites Lames d'Al
cier ,
I iiij
2312 MERCURE DE FRANCE
cier ; mais plus ordinairement avec de la
Baleine ,, qui eft fort flexible , qui fe caffe
moins , & qui rend les Paniers moins pefans.
Ceux qu'on appelle à Coudes , font
plus à la mode que ceux à Guéridons ; on
les appelle à Coudes ,parce qu'ils font plus
larges par le haut & que les Coudes pofent
prefque deffus. Ils forment mieux
l'ovale que les autres.
Avant l'ufage établi des Paniers , fur
tout à l'Opera , toutes les femmes de
Théatre , qui ont ordinairement des habits
fort riches , principalement dans le
férieux , portoient une espece de Jupon ,
qui ne venoit guére qu'à mi-jambe , fait
d'une groffe toile gommée , affez large
pour donner de la grace , tenir les Jupes
en état, & faire paroître la taille. Le bruit
que faifoient ces efpeces de Paniers, pour
peu qu'on les preffa , lui firent donner le
nom de Criardes ; les plus larges n'avoient
pas deux aûnes , & hors le Théatre , il n'y
avoit que les Dames du plus grand air qui
en portaffent.
Les Paniers parurent enfuite , & ils furent
ainfi appellez , parce qu'ils étoient
faits comme une efpece de Cage ou de
Panier à mettre de la Volaille , percez à
jour , n'y ayant que des Rubans attachez
aux Cercles , fait de nates , de cordes , de
jonc, ou de baleines. Aujourd'hui le corps
du
OCTOBRE . 1730. 23 13
:
du Panier eft fait en Juppe , d'une toile
écruë en gros taffetas , fur lequel on applique
les cercles de Baleine. Quelques
Dames d'une grande modeftie , mais en
tres-petit nombre, fe font tenus aux Juppons
piquez de crin , qui ne font pas un
grand volume , & qui font un effet raifonnable.
Les Paniers ont ordinairement cinq
rangs de cercles ; ceux qu'on appelle à
l'Angloife , en ont jufqu'à 8 , & font
beaucoup plus chers . Les prix de ceux en
toile glacée ou en taffetas , font depuis
10 liv. jufqu'à 50 liv. ceux qui font ornez
de galons d'or ou d'argent , & de Broderies
fe payent autrement.
Les taffetas dont toutes les Dames s'habil
lent en Eté font de couleurs extrêmement
& extraordinairement variées , & les plus
barroques font les plus à la mode , fur
tout les grandes rayes , avec des couleurs.
tranchantes & oppolées l'une près de l'autre
; ces taffetas font la plupart glacez.Les
taffetas Aambans font auffi fort à la mode.
Ceux qu'on porte unis font toujours de
couleur de Rofe ou blanc , fur lefquels on
met des Prétintailles aux paremens des
Robes , fur les manches & aux poches ;
quelquefois on les garnis de blondes de
foye ou d'argent.
Les Robes de Toile de Coton brodées
I v de
2314 MERCURE DE FRANCE
de foye , de couleurs vives , qu'on double
de couleur de Rofe , font fort à la
mode. On met avec ces Robes des Jupons
blancs avec des franges en graine
d'épinard , dont quelques - unes ont un
pied de haut. Les femmes de qualité ,
au lieu des Robes dont on vient de parler
, en portent de Mouffeline claire &
brodée en blanc , & doublées de couleur
de Rofe , ce qui fait un effet charmant.
En hyver on porte beaucoup de velours
plein , cizelé ou gauffré , du Damas , du
Satin unis , avec des paremens en prétintaille
, de la même étoffe & découpez ; &
fur tout des Raz de Sicile , qui eſt une
fort belle étoffe. Les couleurs brunes &
aurore ont la préférence fur les autres.
La manche des Robes fe fait toujours
en pagode. Pour les habits à habiller
qu'on ne voit guére qu'aux jeunes perfonnes
& aux nouvelles mariées , il en a
paru cet Eté en étoffes de couleurs unies,
avec beaucoup de prétintailles , de la même
étoffe , découpez ; avec deux rangs de
falbala à la Jupe.
Les Mantilles font toujours fort en regne.
Il y en a de tres- riches en Ecarlates,
en Velours , en Satin, en Blonde, de toute
couleur , en or ou argent , & c . Si c'étoit
la modeftie qui eut introduit cette mode,
les Dames qui en feroient les Auteurs
feroient
OCTOBRE . 1730. 2315
feroient tres-loüables : car cet ajuſtement
ne donne nulle prife à l'efprit de convoitife
. Des gens malins ont cependant remarqué
que les perfonnes qui n'ont pas
affez d'embonpoint , n'ont pas été des
dernieres à prendre la Mantille .
Les Dames portoient l'Hyver dernier
des Manchons auffi grands que ceux des
hommes , & des Palatines de Marte ; les
Palatines d'Eté font de Blondes de foye &
argent , ornées de fleurs artificielles &
broderie. Les plus à la mode font peintes
avec quantité de papillons.
en
Les gros & amples Bouquets de fleurs
artificielles font toujours fort à la mode.
On fait de ces fleurs d'un gout nouveau
qui imitent les Tulipes de toutes couleurs,
mais plus en gris de lin , avec de l'argent
fin & faux .
Il y a des Eventails d'un prix tres-confiderable
, qu'on porte encore exceffivement
grands ; enforte qu'il y a de petites
perfonnes dont la taille n'a pas deux
fois la hauteur de l'Eventail ; ce qui doit
tenir en refpect les jeunes Cavaliers badins
& trop enjoüez .
Les Dames portent beaucoup de Bas de
fil de Coton , dont les coins font brodez
en laine de couleur. Les bas de foye font
brodez en or ou en argent . Les Bas blancs
ont mis les Souliers blancs à la mode ; on
I vj · les
2316 MERCURE DE FRANCE
les porte à demi arondis à l'Angloife , &
le talon fort gros & couvert de la même
étoffe. On porte également des Mules
arondies. Les Souliers longs & pointus ,
avec la piece renverfée fur la boucle , ne
font prefque plus à la mode.
Il n'y a prefque pas eu de chagement
'dans la coëffure des Dames depuis ce que
nous en avons dit l'année derniere. Elles
portent toujours de petites Garnitures
de blonde , ornées de fleurs qui imitent
le naturel , & d'autres fleurs en broderie
qu'on applique fur la coëffure. Il y a auffi
des Garnitures de blonde d'argent fur lefquelles
on applique également des fleurs
brodées. Ces coëffures fe portent un peu
plus hautes , avec une groffe frifure qu'on
appelle Boucles à la Medicis ; la pointe
des cheveux fur le front , relevée en croiffant.
La Dorlote eft une nouvelle coëffure à
deux pieces qu'on porte en negligé ; elle
eft arrondie par le bas , & la dantelle
pliffe autour.
On porte depuis peu des aigrettes de
pierres fauffes , de diverfes couleurs , qui
parent beaucoup , & qui ont un air fort
galant , fans être d'un grand prix . Les
rubans qu'on porte dans les coëffures font
un peu plus larges , toujours auffi legers
& qui coûtent peu , le plus fouvent rayés.
OCTOBRE . 1730. 2317
11 y en a un nouveau de deux couleurs
qu'on appelle le Boiteux , qui eft fort à
la mode.
En parlant des modes , nous n'avons
encore rien dit du blanc & du rouge que
les Dames employent aujourd'hui pour
relever l'éclat de leur beauté. Cet article
eft délicat ; & puifque c'eft aparemment
dans l'intention de plaire , on ne doit pas
les blâmer , & nous fommes bien éloignés
de vouloir defaprouver ce que le beau
fexe met en ufage pour augmenter ce
qu'il a d'agrémens naturels. Mais nous ne
diffimulerons point que le beau naturel ,
non-feulement n'y gagne rien , mais
qu'il y perd infiniment , quand on veut
trop faire valoir des charmes empruntés
par un art outre qui en éloigne toujours
les graces , & ce je ne fçai quoi de fimple
& de naïf qui fait aimer & refpecter les.
Dames.
Oferoit- on hazarder encore une reflexion
fur leur parure & fur les ajuſtemers
recherchés d'une maniere outrée & fouvent
bizarre , avec lefquels les femmes
prétendent plaire & fignaler leur gout ?
on ofe dire qu'elles entendent mal leurs
interêts ; les coeurs bien faits ne feront
jamais bien fenfibles pour des attraits ,
fi on peut le dire , de fi mauvais aloi , où
le fimple , le noble & le gracieux de la
nature
2318 MERCURE DE FRANCE
pounature
font negligés , & quelquefois directement
choqués. Par exemple , bien
des gens qui ont fçû fe garantir du
voir tirannique de la mode , trouvent que
les femmes ne font point fi aimables
aujourd'hui avec leurs petits diminutifs
de cornettes & leurs frifures en
bichon , qu'elles l'étoient lors qu'elles
avoient toute leur chevelure , & qu'on
voyoit ces belles treffes de cheveux ingénieufement
retrouffées & ces belles
boucles tombant négligemment à côté
des joues ou fur les épaules , accommodées
à l'air du vifage , & voltiger fur
une belle carnation .
L'Eftampe en taille douce ci-jointe ,
compofée , deffinée & gravée avec foin ,
pourra donner une idée agréable des divers
ajuſtemens aujourd'hui à la mode.
›
}
La D¹´e Peromet , Coëffeufe , qui demeuroit
rue de la Harpe , continue avec fuccés à faire
des tours des chignons , des tempes pour les
Dames. Elle les fait d'une façon nouvelle & trésaifée
pour fe coeffer , imitant très bien le naturel
. Elle demeure toujours dans la Cour Abbatialle
de S. Germain des Prez , ruë de Furftemberg
, à Paris.
La mode n'a rien changé aux habits
des hommes depuis nos dernieres remarques,
On continue à porter les chapeaux
affez
OCTOBRE. 1730. 2319
affez petits , fort retrouffés , & prefque
jamais fur la tête. Les jeunes gens les ont
bordés d'un Point d'Espagne ou d'un
galon moyennement large , en or ou en
argent. Quelques- uns les portent unis
avec un plumet de la couleur de l'habit ,
fans broderie ni galon .
9
Les Perruques quarrées longues ne font
prefque plus à la mode , même chez les
Magiftrats qui les portent beaucoup pluscourtes
. Les Perruques crêpées ne le ſont
plus du tout. Les Peruquiers ont beaucoup
rafiné depuis quelque tems dans
l'art d'imiter les cheveux naturels , & en
effet , on les imite fi bien aujourd'hui
qu'il eft impoffible de n'y être pas trom
pé , même en y regardant de très prés
à moins d'y mettre la main , fur-tout
quand on veut s'affujetir à porter un toupet
de fes propres cheveux fur le haut du
front , qu'on retrouffe avec un peigne ,
& qu'on mêle avec ceux de la Perruque.
La poudre dont on ufe à l'excès , qu'on
appelle poudre à graine d'épinard , fert
encore à cacher l'artifice.
9'
Les Perruques naturelles en bourſe ou
en queue font les plus generalement à lạ
mode , principalement chez les jeunes
gens ; elles imitent fort bien le naturel ,
& coutent fort peu ; mais pour celles de
cette eſpece qui laiffent voir les oreilles
à
2320 MERCURE DE FRANCE
à découvert , & qu'on appelle à oreilles
de chien barbet , on peut dire qu'elles
font affez ridicules .
Les Perruques à l'Espagnole ne font
plus guere à la mode ; on les porte moins
longues , & on les appelle des Bonnets ;
en été tout le monde en porte , les uns
plus longs , les autres plus courts.
Les Perruques noüées à la Cavaliere
fe foutiennent encore chez les perſonnes
graves , & qui ne fe piquent pas de jeuneffe.
Il y a des Perruques de chaffe qu'on
appelle Bichons ; elles font un peu plus
longues que les Pérruques d'Abbé , nouées
par derriere avec un ruban , & termi- -
nées par une boucle .
Il y a des Perruques brizées , qu'on appelle
de trois pieces , que quelques per-
Tonnes qui ont leurs cheveux portent
par- deffus dans la grande gelée , pour fe
garantir du froid à la tête . On s'en fert
plus ordinairement dans le Cabinet pour
cacher les papillotes.
Les Bourfes qu'on met aux Perruques
fe portent fort larges & fort hautes , &
paroiffent attachées prefque à la racine
des cheveux , enforte qu'une partie du
col eſt à découvert. On place au haut de
la bourſe fur le froncis un gros noeud de
ruban gommés un large ruban entoure
le col, & vient fe terminer fous le menton,
OCTOBRE . 1730. 2321
ton
qu'on noue ou qu'on agrafe , ce
qui fait à
peu de chofe près le même
effet que les noeuds de ruban qu'on portoit
à la cravate il y a 35 ou 40. ans ; &
il y a tout lieu de préfumer que la mode
en reviendra , fi on reprend l'ufage des
cravates , car on n'en porte prefque plus.
On porte des cols de mouffeline qu'on
attache ou qu'on agrafe par derriere ; &
comme les hommes ne boutonnent prefque
plus leur vefte ni leur jufte-au - corps,
le jabot de la chemife fert comme de
cravate .
E qui frappe le plus la vûë & ce
C qui marque davantage le pouvoir
abtolu de la Mode , ce font,fans doute , les
Panniers d'aujourd'hui , plus grands &
plus amples que jamais , que les Dames
de la Ville & de la Province , & les femmes
de tous les Etats & jufques aux plus
petites artifanes & aux fervantes , portent
, avec autant de complaifance que
d'entêtement , depuis près de 20 ans ;
de
quoi on ne fçauroit affez s'étonner , car
n'y eut-il pour le beau fexe que le penchant
au changement & l'amour de la variété
, il femble que ces ufages n'auroient
pas dû fubfifter fi long-temps. Il femble
enfin qu'il y a bien plus à glofer fur la
bizarerie des Panniers , que fur le Vertugadin
de nos ayeules , qui a regné longtemps.
On prétend que cette mode , outrée &
hors de toute raiſon , a commencé en Allemagne
, d'où elle paffa en Angleterre ;
& que les Dames Angloifes ont porté
l'amplure des Panniers au point où nous
la voyons aujourd'hui . Ils ont plus de 3
aûnes de tour ; on les fait tenir en état
par le moyen de petites bandes de Nates ,
faites de Jonc , ou de petites Lames d'Al
cier ,
I iiij
2312 MERCURE DE FRANCE
cier ; mais plus ordinairement avec de la
Baleine ,, qui eft fort flexible , qui fe caffe
moins , & qui rend les Paniers moins pefans.
Ceux qu'on appelle à Coudes , font
plus à la mode que ceux à Guéridons ; on
les appelle à Coudes ,parce qu'ils font plus
larges par le haut & que les Coudes pofent
prefque deffus. Ils forment mieux
l'ovale que les autres.
Avant l'ufage établi des Paniers , fur
tout à l'Opera , toutes les femmes de
Théatre , qui ont ordinairement des habits
fort riches , principalement dans le
férieux , portoient une espece de Jupon ,
qui ne venoit guére qu'à mi-jambe , fait
d'une groffe toile gommée , affez large
pour donner de la grace , tenir les Jupes
en état, & faire paroître la taille. Le bruit
que faifoient ces efpeces de Paniers, pour
peu qu'on les preffa , lui firent donner le
nom de Criardes ; les plus larges n'avoient
pas deux aûnes , & hors le Théatre , il n'y
avoit que les Dames du plus grand air qui
en portaffent.
Les Paniers parurent enfuite , & ils furent
ainfi appellez , parce qu'ils étoient
faits comme une efpece de Cage ou de
Panier à mettre de la Volaille , percez à
jour , n'y ayant que des Rubans attachez
aux Cercles , fait de nates , de cordes , de
jonc, ou de baleines. Aujourd'hui le corps
du
OCTOBRE . 1730. 23 13
:
du Panier eft fait en Juppe , d'une toile
écruë en gros taffetas , fur lequel on applique
les cercles de Baleine. Quelques
Dames d'une grande modeftie , mais en
tres-petit nombre, fe font tenus aux Juppons
piquez de crin , qui ne font pas un
grand volume , & qui font un effet raifonnable.
Les Paniers ont ordinairement cinq
rangs de cercles ; ceux qu'on appelle à
l'Angloife , en ont jufqu'à 8 , & font
beaucoup plus chers . Les prix de ceux en
toile glacée ou en taffetas , font depuis
10 liv. jufqu'à 50 liv. ceux qui font ornez
de galons d'or ou d'argent , & de Broderies
fe payent autrement.
Les taffetas dont toutes les Dames s'habil
lent en Eté font de couleurs extrêmement
& extraordinairement variées , & les plus
barroques font les plus à la mode , fur
tout les grandes rayes , avec des couleurs.
tranchantes & oppolées l'une près de l'autre
; ces taffetas font la plupart glacez.Les
taffetas Aambans font auffi fort à la mode.
Ceux qu'on porte unis font toujours de
couleur de Rofe ou blanc , fur lefquels on
met des Prétintailles aux paremens des
Robes , fur les manches & aux poches ;
quelquefois on les garnis de blondes de
foye ou d'argent.
Les Robes de Toile de Coton brodées
I v de
2314 MERCURE DE FRANCE
de foye , de couleurs vives , qu'on double
de couleur de Rofe , font fort à la
mode. On met avec ces Robes des Jupons
blancs avec des franges en graine
d'épinard , dont quelques - unes ont un
pied de haut. Les femmes de qualité ,
au lieu des Robes dont on vient de parler
, en portent de Mouffeline claire &
brodée en blanc , & doublées de couleur
de Rofe , ce qui fait un effet charmant.
En hyver on porte beaucoup de velours
plein , cizelé ou gauffré , du Damas , du
Satin unis , avec des paremens en prétintaille
, de la même étoffe & découpez ; &
fur tout des Raz de Sicile , qui eſt une
fort belle étoffe. Les couleurs brunes &
aurore ont la préférence fur les autres.
La manche des Robes fe fait toujours
en pagode. Pour les habits à habiller
qu'on ne voit guére qu'aux jeunes perfonnes
& aux nouvelles mariées , il en a
paru cet Eté en étoffes de couleurs unies,
avec beaucoup de prétintailles , de la même
étoffe , découpez ; avec deux rangs de
falbala à la Jupe.
Les Mantilles font toujours fort en regne.
Il y en a de tres- riches en Ecarlates,
en Velours , en Satin, en Blonde, de toute
couleur , en or ou argent , & c . Si c'étoit
la modeftie qui eut introduit cette mode,
les Dames qui en feroient les Auteurs
feroient
OCTOBRE . 1730. 2315
feroient tres-loüables : car cet ajuſtement
ne donne nulle prife à l'efprit de convoitife
. Des gens malins ont cependant remarqué
que les perfonnes qui n'ont pas
affez d'embonpoint , n'ont pas été des
dernieres à prendre la Mantille .
Les Dames portoient l'Hyver dernier
des Manchons auffi grands que ceux des
hommes , & des Palatines de Marte ; les
Palatines d'Eté font de Blondes de foye &
argent , ornées de fleurs artificielles &
broderie. Les plus à la mode font peintes
avec quantité de papillons.
en
Les gros & amples Bouquets de fleurs
artificielles font toujours fort à la mode.
On fait de ces fleurs d'un gout nouveau
qui imitent les Tulipes de toutes couleurs,
mais plus en gris de lin , avec de l'argent
fin & faux .
Il y a des Eventails d'un prix tres-confiderable
, qu'on porte encore exceffivement
grands ; enforte qu'il y a de petites
perfonnes dont la taille n'a pas deux
fois la hauteur de l'Eventail ; ce qui doit
tenir en refpect les jeunes Cavaliers badins
& trop enjoüez .
Les Dames portent beaucoup de Bas de
fil de Coton , dont les coins font brodez
en laine de couleur. Les bas de foye font
brodez en or ou en argent . Les Bas blancs
ont mis les Souliers blancs à la mode ; on
I vj · les
2316 MERCURE DE FRANCE
les porte à demi arondis à l'Angloife , &
le talon fort gros & couvert de la même
étoffe. On porte également des Mules
arondies. Les Souliers longs & pointus ,
avec la piece renverfée fur la boucle , ne
font prefque plus à la mode.
Il n'y a prefque pas eu de chagement
'dans la coëffure des Dames depuis ce que
nous en avons dit l'année derniere. Elles
portent toujours de petites Garnitures
de blonde , ornées de fleurs qui imitent
le naturel , & d'autres fleurs en broderie
qu'on applique fur la coëffure. Il y a auffi
des Garnitures de blonde d'argent fur lefquelles
on applique également des fleurs
brodées. Ces coëffures fe portent un peu
plus hautes , avec une groffe frifure qu'on
appelle Boucles à la Medicis ; la pointe
des cheveux fur le front , relevée en croiffant.
La Dorlote eft une nouvelle coëffure à
deux pieces qu'on porte en negligé ; elle
eft arrondie par le bas , & la dantelle
pliffe autour.
On porte depuis peu des aigrettes de
pierres fauffes , de diverfes couleurs , qui
parent beaucoup , & qui ont un air fort
galant , fans être d'un grand prix . Les
rubans qu'on porte dans les coëffures font
un peu plus larges , toujours auffi legers
& qui coûtent peu , le plus fouvent rayés.
OCTOBRE . 1730. 2317
11 y en a un nouveau de deux couleurs
qu'on appelle le Boiteux , qui eft fort à
la mode.
En parlant des modes , nous n'avons
encore rien dit du blanc & du rouge que
les Dames employent aujourd'hui pour
relever l'éclat de leur beauté. Cet article
eft délicat ; & puifque c'eft aparemment
dans l'intention de plaire , on ne doit pas
les blâmer , & nous fommes bien éloignés
de vouloir defaprouver ce que le beau
fexe met en ufage pour augmenter ce
qu'il a d'agrémens naturels. Mais nous ne
diffimulerons point que le beau naturel ,
non-feulement n'y gagne rien , mais
qu'il y perd infiniment , quand on veut
trop faire valoir des charmes empruntés
par un art outre qui en éloigne toujours
les graces , & ce je ne fçai quoi de fimple
& de naïf qui fait aimer & refpecter les.
Dames.
Oferoit- on hazarder encore une reflexion
fur leur parure & fur les ajuſtemers
recherchés d'une maniere outrée & fouvent
bizarre , avec lefquels les femmes
prétendent plaire & fignaler leur gout ?
on ofe dire qu'elles entendent mal leurs
interêts ; les coeurs bien faits ne feront
jamais bien fenfibles pour des attraits ,
fi on peut le dire , de fi mauvais aloi , où
le fimple , le noble & le gracieux de la
nature
2318 MERCURE DE FRANCE
pounature
font negligés , & quelquefois directement
choqués. Par exemple , bien
des gens qui ont fçû fe garantir du
voir tirannique de la mode , trouvent que
les femmes ne font point fi aimables
aujourd'hui avec leurs petits diminutifs
de cornettes & leurs frifures en
bichon , qu'elles l'étoient lors qu'elles
avoient toute leur chevelure , & qu'on
voyoit ces belles treffes de cheveux ingénieufement
retrouffées & ces belles
boucles tombant négligemment à côté
des joues ou fur les épaules , accommodées
à l'air du vifage , & voltiger fur
une belle carnation .
L'Eftampe en taille douce ci-jointe ,
compofée , deffinée & gravée avec foin ,
pourra donner une idée agréable des divers
ajuſtemens aujourd'hui à la mode.
›
}
La D¹´e Peromet , Coëffeufe , qui demeuroit
rue de la Harpe , continue avec fuccés à faire
des tours des chignons , des tempes pour les
Dames. Elle les fait d'une façon nouvelle & trésaifée
pour fe coeffer , imitant très bien le naturel
. Elle demeure toujours dans la Cour Abbatialle
de S. Germain des Prez , ruë de Furftemberg
, à Paris.
La mode n'a rien changé aux habits
des hommes depuis nos dernieres remarques,
On continue à porter les chapeaux
affez
OCTOBRE. 1730. 2319
affez petits , fort retrouffés , & prefque
jamais fur la tête. Les jeunes gens les ont
bordés d'un Point d'Espagne ou d'un
galon moyennement large , en or ou en
argent. Quelques- uns les portent unis
avec un plumet de la couleur de l'habit ,
fans broderie ni galon .
9
Les Perruques quarrées longues ne font
prefque plus à la mode , même chez les
Magiftrats qui les portent beaucoup pluscourtes
. Les Perruques crêpées ne le ſont
plus du tout. Les Peruquiers ont beaucoup
rafiné depuis quelque tems dans
l'art d'imiter les cheveux naturels , & en
effet , on les imite fi bien aujourd'hui
qu'il eft impoffible de n'y être pas trom
pé , même en y regardant de très prés
à moins d'y mettre la main , fur-tout
quand on veut s'affujetir à porter un toupet
de fes propres cheveux fur le haut du
front , qu'on retrouffe avec un peigne ,
& qu'on mêle avec ceux de la Perruque.
La poudre dont on ufe à l'excès , qu'on
appelle poudre à graine d'épinard , fert
encore à cacher l'artifice.
9'
Les Perruques naturelles en bourſe ou
en queue font les plus generalement à lạ
mode , principalement chez les jeunes
gens ; elles imitent fort bien le naturel ,
& coutent fort peu ; mais pour celles de
cette eſpece qui laiffent voir les oreilles
à
2320 MERCURE DE FRANCE
à découvert , & qu'on appelle à oreilles
de chien barbet , on peut dire qu'elles
font affez ridicules .
Les Perruques à l'Espagnole ne font
plus guere à la mode ; on les porte moins
longues , & on les appelle des Bonnets ;
en été tout le monde en porte , les uns
plus longs , les autres plus courts.
Les Perruques noüées à la Cavaliere
fe foutiennent encore chez les perſonnes
graves , & qui ne fe piquent pas de jeuneffe.
Il y a des Perruques de chaffe qu'on
appelle Bichons ; elles font un peu plus
longues que les Pérruques d'Abbé , nouées
par derriere avec un ruban , & termi- -
nées par une boucle .
Il y a des Perruques brizées , qu'on appelle
de trois pieces , que quelques per-
Tonnes qui ont leurs cheveux portent
par- deffus dans la grande gelée , pour fe
garantir du froid à la tête . On s'en fert
plus ordinairement dans le Cabinet pour
cacher les papillotes.
Les Bourfes qu'on met aux Perruques
fe portent fort larges & fort hautes , &
paroiffent attachées prefque à la racine
des cheveux , enforte qu'une partie du
col eſt à découvert. On place au haut de
la bourſe fur le froncis un gros noeud de
ruban gommés un large ruban entoure
le col, & vient fe terminer fous le menton,
OCTOBRE . 1730. 2321
ton
qu'on noue ou qu'on agrafe , ce
qui fait à
peu de chofe près le même
effet que les noeuds de ruban qu'on portoit
à la cravate il y a 35 ou 40. ans ; &
il y a tout lieu de préfumer que la mode
en reviendra , fi on reprend l'ufage des
cravates , car on n'en porte prefque plus.
On porte des cols de mouffeline qu'on
attache ou qu'on agrafe par derriere ; &
comme les hommes ne boutonnent prefque
plus leur vefte ni leur jufte-au - corps,
le jabot de la chemife fert comme de
cravate .
Fermer
11
p. 1992-1998
Tragedie de Regulus et Balet de l'empire de la Mode, au College des Jesuites, [titre d'après la table]
Début :
Le Mercredi premier de ce mois, on représenta pour la distribution des Prix, dans la Cour du [...]
Mots clefs :
Tragédie, Ballet, Mode, Roi légitime, Barbier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragedie de Regulus et Balet de l'empire de la Mode, au College des Jesuites, [titre d'après la table]
Le Mercredi premier de ce mois , on représenta
pour la distribution des Prix , dans la Cour du
College de Louis le Grand , la Tragedie de Regulus
, du Pere de la Sante , en Latin. Elle fut
ter minée par un Eloge du Roy. Nous n'entrerons.
po'nt dans le détail de cette Piece , dont le sujet
est connu de tout le monde , pour pouvoir nous
arrêter plus long- temps sur le Balet qui a servi
d'in ermede à la Tragedie , sous le titre de l'Empire
de la Mode. Ce Balet est divisé en quatre-
Da rties ; sçavoir , l'établissement de l'Empire de
a Mode , son étenduë , sa tyrannie , sa décadence.
Avant que d'entrer dans les subdivisions de
ces quatre Parties , il est à propos de parler de
l'ouverture du Balet , en voici le Sujet.
L'Au
A O UST. 1731. 1993
•
L'Auteur suppose très- ingenieusement que l'Uage
est fils du Temps et de la Coûtume , que la
Mode , Princesse naturellement ambitieuse , fille
du Caprice et de la Phantaisie , entreprit de détrôner
l'Usage , et de faite tomber son Royaume
en quenouille. Elle a des Soldats lestes et vétus
à la moderne , qui surprennent les vieilles bandes
du Roy legitime ; ils les enchaînent et les forcent
même à venir rendre hommage à l'usurpatrice
assise sur le Trône , d'où elle donne des Loix at
Monde qu'elle tient sous ses pieds.
La premiere Partie du Balet comprend l'établissement
de l'Empire de la Mode , et la subdivision.
1 °.L'exemple des Grands . 2 °. L'envie de
eacher ce que
l'on est. 3 ° . L'ambition de paroître
plus qu'on n'est.
1. Le fameux Barbier de Midas , invente l'usage
de la Perruque en faveur de son Prince, pour
couvrir la disgrace de ses oreilles . Plusieurs Maîtres
Perruquiers font sur ce modele de pareilles
coëffures , dont les Courtisans se parent à l'exemple
du Souverain , et transmettent cette mode aux
siecles suivans , qui s'en sont plus d'une fois servis
pour des besoins à peu près semblables.
2. Plusieurs Sauvages se peignent le visage ,
pour ne point laisser paroître les mouvemens de
leur ame. I's sortent des Bois de Samos et viennent
livrer aux Marchands Romais le Fard , la
Pommade , la Céruse et le Vern , que ceuxcy
mettent à la mode parmi les Dames Romaines,
qui s'en servent pour cacher les rides de leurs
visages et le desagrément de leur teint.
.
3. Niobé, fiere du nombre et de la beauté de ses
enfans , leur fait prendre des simboles des Dieux
et se produisant elle- même en public sous un habit
conforme à celui de Latone , elle voudroit à
La
1994 MERCURE DE FRANCE
la faveur de cet appareil passer pour Déesse aux
yeux de son peuple , et faire adorer ses enfanscomme
autant de demi-Dieux , dans un temps où
la Mode commençoit à diviniser les Passions mêmes
. Apollon et Diane font tomber sur cette
mere ambitieuse une grêle de fleches avec une
pluye de feu. Transformée en Rocher, elle éprouve
à ses dépens que c'est une vanité punissable
que d'aspirer à paroître plus que l'on n'est..
SECONDE PARTIE.
29
L'Empire de la Mode s'étend , 1 ° . Sur la
plupart des conditions . 2 ° . Sur presque.
toutes les Nations. 3 ° . Sur tous les âges.
I. ENTRE'E . Lycurgue , gouvernant le Royaume
au nom de son Neveu encore jeune , ne peut
voir sans indignation , que l'entêtement pour la
mode confonde toutes les conditions dans Sparte;
que le Villageois s'érige en Artisan , l'Artisan
en Bourgeois , le Bourgeois en Gentilhomme , le
Gentilhomme en Seigneur , le Seigneur en petit :
Souverain , le Marchand en Magistrat , &c. 11 .
entreprend de réformer de tels abus, et publie avec
appareil, au son des tambours et des trompettes,
une loi sévere par laquelle il regle l'ordre des
conditions.
II. ENTREE. Auguste , après avoir pacifié
l'Univers , fait dresser des Arcs de Triomphe à
l'entrée d'un . Bocage voisin de son Palais. Là il
donne une Fête aux Ambassadeurs des Nations
nouvellement subjugués, qu'il prétend engager à
prendre les manieres Romaines , tant pour le langage
que pour l'habillement ; mais la plupart de
ces Etrangers,, sur tout les Gaulois , jaloux de leure
liberté.
A OUST 1731 . 1995
liberté , se maintiennent dans le droit de changer
de mode à leur gré par le refus qu'ils font de subir
la loi qu'on veut leur imposer , ils se montrent
plus soumis au joug de la Mode qu'à celui
de leur vainqueur.
III. ENTRE'E. La Déesse Manie , soeur de
la Nouveauté , panoît sur un Char traîné par des
Singes. Ce Char n'est d'abord suivi que par des
enfans et de jeunes avanturiers. Bien - tôt après ,
des hommes d'un âge mûr se joignent à ce Cortege.
Enfin de graves Vieillards se mettent euxmêmes
de la partie . Tous ensemble affectent les
airs , la démarche , la contenance , les . grimaces
de cette Cour bizare , et deviennent plus Singes.
que les Singes mêmes.
TROISIE'ME PARTIE.
L'Empire de la Mode est une vraye tyrannie,
qui force àfaire , 1º . plus qu'on ne doit.
2º. Plus qu'on ne veut. 3 ° . Plus qu'on
ne peut.
I. ENTRE'E. En Asie , la mode du grand
deüil regna pour un tems, et fit même un devoir.
aux riches veuves d'élever des Tombeaux à leurs
maris. Artemise et la Matrone d'Ephése , voulant
signaler leur douleur , érigent à leurs Epoux desuperbes
Mausolées. Mercure les voyant l'une et
l'autre inconsolables en apparence , ranime ceux:
qu'elles pleurent , en touchant leurs corps de sa
baguette fatale ; la douleur des deuxaffligées paroit
s'accroître par le prodige même qu'il opera
pour la soulager.
II . ENTRE' E. Deux partis de Gentilshommes
Bourguignons entrent en champ clos et se
battent
1997 MERCURE DE FRANCE
battent en duel malgré leurs répugnances ,sous les
yeux même de leur Roi , arbitre du combat , pour
obéir à la mode barbare établie parmi eux de
prouver, l'épée à la main, son innocence et la justice
de sa cause.
III. ENTRE'B Les quatre Divinitez , du
Jeu, des Festins , du Luxe et de la Volupté, confedérées
avec la Mode , engagent de jeunes Seigneurs
dans de folles dépenses qu'ils ne peuvent
Soutenir. Pendant qu'ils sont occupez à leurs plaisirs
, des Huissiers envoyez par les Créanciers
saisissent ce qu'ils trouvent sous leurs mains
poursuivent les débiteurs , et vont mettre leurs
terres en decret.
>
QUATRIE ME PARTIE.
L'Empire de la Mode tombe en décadence ;
1º . Par une nouvelle Mode qui bannie
la précedente. 2° . Par la rigueur des Loix
qui proscrivent les Modes dangereuses.
3º. Par le temps qui les détruit l'une après
l'autre.
I. ENTRE' E. Pendant que les plus grands
Maîtres raisonnent suivant Pancienne Méthode
dans le Lycée d'Athénes , et traitent gravement
des points de doctrine les plus sublimes , on voit
paroitre une troupe de petits Grecs nouveaux venus
, qui font grand bruit pour interrompre ceux
qu'ils devroient écouter avec respect , contrefont
leurs gestes , copient leur gravité , introduisent.
une mode nouvelle qui fait fortune pour un instant;
mais la saine antiquité prévaut et dissipe les
yaines chimeres.
LL ENTRE' . Henry IV. voulant multiplies
A O UST. 1731. 1997
plier les especes de monnoye qui devenoient rares
en France , avoit porté un Edit par lequel il permettoit
aux seuls Filoux de porter des étoffes
d'or et d'argent. Une troupe de Filoux ayant saisi
les premiers exemplaires imprimez de l'Edit
viennent déguisez en Colporteurs , et distribuent
des copies de cette loi à de jeunes Seigneurs rassemblez
dans un Bal. Ceux - cy aiment mieux
changer d'habits avec les prétendus Colpolteurs
que de passer pour Filoux. Après ce changement
les fourbes font une danse grotesque , où ils se
divertissent aux dépens de leurs dupés.
*
III ENTRE E. Saturne , Dieu du Tems ,
invoqué par de jeune Eleves de Mars , qui lui demandent
les meilleures armes qu'il ait vû mettre
en oeuvre pour la guerre , leur fait apporter
par les Siecles differentes sortes d'armes à la
vieille mode ; on les essaye en sa presence pour
Pattaque d'une Place ; mais ce Dicu les proscrit
d'un coup
de faulx, et ne laisse aux jeunes Guerriers
que l'armure nouvelle qui leur est fournie
par le dernier Siecle ; il menace même d'en abolir
bientôt l'usage.
BALET GENERAL.
Pendant que la Mode fait une Marche triomphale,
et s'applaudit de la victoire qu'elle a rem
portée sur l'Usage , elle est surprise de voir un
grand nombre de Nations l'abandonner aussi aisément
qu'elles l'avoient suivie , et s'attacher à
Constance , Princesse alliée du Roi détrôné et
ennemie de l'Usurpatrice. L'Usage est rétabli sur
le Trône , que la Constance rend fixe et immuable.
Minerve , Déesse de la Sagesse , de concert
avec les Dieux intéressez au bon ordre de l'Uni-
YCA
1998 MERCURE DE FRANCE
vers publie des Loix invariables qui assurent la
gloire , le bonheur et la stabilité de l'Empire.
Les Danses sont de la composition de Mrs Blon
di et Ma taire l'ainé.
Le Lundi 13. de ce mois , on représenta sur le
Théatre du College d'Harcourt , pour la distri
bution des Prix, la Tragedie d' Absa on , de M. Duché.
Les changemens qu'on a été obligé d'y faire
pour l'accommoder à l'usage de ce College , ne
lui ont rien ôté de son vrai mérite Elle fut trèsbien
représentée par les Ecoliers de Réthorique ,
et l'Assemblée fut très - belle et très- nombreuse .
pour la distribution des Prix , dans la Cour du
College de Louis le Grand , la Tragedie de Regulus
, du Pere de la Sante , en Latin. Elle fut
ter minée par un Eloge du Roy. Nous n'entrerons.
po'nt dans le détail de cette Piece , dont le sujet
est connu de tout le monde , pour pouvoir nous
arrêter plus long- temps sur le Balet qui a servi
d'in ermede à la Tragedie , sous le titre de l'Empire
de la Mode. Ce Balet est divisé en quatre-
Da rties ; sçavoir , l'établissement de l'Empire de
a Mode , son étenduë , sa tyrannie , sa décadence.
Avant que d'entrer dans les subdivisions de
ces quatre Parties , il est à propos de parler de
l'ouverture du Balet , en voici le Sujet.
L'Au
A O UST. 1731. 1993
•
L'Auteur suppose très- ingenieusement que l'Uage
est fils du Temps et de la Coûtume , que la
Mode , Princesse naturellement ambitieuse , fille
du Caprice et de la Phantaisie , entreprit de détrôner
l'Usage , et de faite tomber son Royaume
en quenouille. Elle a des Soldats lestes et vétus
à la moderne , qui surprennent les vieilles bandes
du Roy legitime ; ils les enchaînent et les forcent
même à venir rendre hommage à l'usurpatrice
assise sur le Trône , d'où elle donne des Loix at
Monde qu'elle tient sous ses pieds.
La premiere Partie du Balet comprend l'établissement
de l'Empire de la Mode , et la subdivision.
1 °.L'exemple des Grands . 2 °. L'envie de
eacher ce que
l'on est. 3 ° . L'ambition de paroître
plus qu'on n'est.
1. Le fameux Barbier de Midas , invente l'usage
de la Perruque en faveur de son Prince, pour
couvrir la disgrace de ses oreilles . Plusieurs Maîtres
Perruquiers font sur ce modele de pareilles
coëffures , dont les Courtisans se parent à l'exemple
du Souverain , et transmettent cette mode aux
siecles suivans , qui s'en sont plus d'une fois servis
pour des besoins à peu près semblables.
2. Plusieurs Sauvages se peignent le visage ,
pour ne point laisser paroître les mouvemens de
leur ame. I's sortent des Bois de Samos et viennent
livrer aux Marchands Romais le Fard , la
Pommade , la Céruse et le Vern , que ceuxcy
mettent à la mode parmi les Dames Romaines,
qui s'en servent pour cacher les rides de leurs
visages et le desagrément de leur teint.
.
3. Niobé, fiere du nombre et de la beauté de ses
enfans , leur fait prendre des simboles des Dieux
et se produisant elle- même en public sous un habit
conforme à celui de Latone , elle voudroit à
La
1994 MERCURE DE FRANCE
la faveur de cet appareil passer pour Déesse aux
yeux de son peuple , et faire adorer ses enfanscomme
autant de demi-Dieux , dans un temps où
la Mode commençoit à diviniser les Passions mêmes
. Apollon et Diane font tomber sur cette
mere ambitieuse une grêle de fleches avec une
pluye de feu. Transformée en Rocher, elle éprouve
à ses dépens que c'est une vanité punissable
que d'aspirer à paroître plus que l'on n'est..
SECONDE PARTIE.
29
L'Empire de la Mode s'étend , 1 ° . Sur la
plupart des conditions . 2 ° . Sur presque.
toutes les Nations. 3 ° . Sur tous les âges.
I. ENTRE'E . Lycurgue , gouvernant le Royaume
au nom de son Neveu encore jeune , ne peut
voir sans indignation , que l'entêtement pour la
mode confonde toutes les conditions dans Sparte;
que le Villageois s'érige en Artisan , l'Artisan
en Bourgeois , le Bourgeois en Gentilhomme , le
Gentilhomme en Seigneur , le Seigneur en petit :
Souverain , le Marchand en Magistrat , &c. 11 .
entreprend de réformer de tels abus, et publie avec
appareil, au son des tambours et des trompettes,
une loi sévere par laquelle il regle l'ordre des
conditions.
II. ENTREE. Auguste , après avoir pacifié
l'Univers , fait dresser des Arcs de Triomphe à
l'entrée d'un . Bocage voisin de son Palais. Là il
donne une Fête aux Ambassadeurs des Nations
nouvellement subjugués, qu'il prétend engager à
prendre les manieres Romaines , tant pour le langage
que pour l'habillement ; mais la plupart de
ces Etrangers,, sur tout les Gaulois , jaloux de leure
liberté.
A OUST 1731 . 1995
liberté , se maintiennent dans le droit de changer
de mode à leur gré par le refus qu'ils font de subir
la loi qu'on veut leur imposer , ils se montrent
plus soumis au joug de la Mode qu'à celui
de leur vainqueur.
III. ENTRE'E. La Déesse Manie , soeur de
la Nouveauté , panoît sur un Char traîné par des
Singes. Ce Char n'est d'abord suivi que par des
enfans et de jeunes avanturiers. Bien - tôt après ,
des hommes d'un âge mûr se joignent à ce Cortege.
Enfin de graves Vieillards se mettent euxmêmes
de la partie . Tous ensemble affectent les
airs , la démarche , la contenance , les . grimaces
de cette Cour bizare , et deviennent plus Singes.
que les Singes mêmes.
TROISIE'ME PARTIE.
L'Empire de la Mode est une vraye tyrannie,
qui force àfaire , 1º . plus qu'on ne doit.
2º. Plus qu'on ne veut. 3 ° . Plus qu'on
ne peut.
I. ENTRE'E. En Asie , la mode du grand
deüil regna pour un tems, et fit même un devoir.
aux riches veuves d'élever des Tombeaux à leurs
maris. Artemise et la Matrone d'Ephése , voulant
signaler leur douleur , érigent à leurs Epoux desuperbes
Mausolées. Mercure les voyant l'une et
l'autre inconsolables en apparence , ranime ceux:
qu'elles pleurent , en touchant leurs corps de sa
baguette fatale ; la douleur des deuxaffligées paroit
s'accroître par le prodige même qu'il opera
pour la soulager.
II . ENTRE' E. Deux partis de Gentilshommes
Bourguignons entrent en champ clos et se
battent
1997 MERCURE DE FRANCE
battent en duel malgré leurs répugnances ,sous les
yeux même de leur Roi , arbitre du combat , pour
obéir à la mode barbare établie parmi eux de
prouver, l'épée à la main, son innocence et la justice
de sa cause.
III. ENTRE'B Les quatre Divinitez , du
Jeu, des Festins , du Luxe et de la Volupté, confedérées
avec la Mode , engagent de jeunes Seigneurs
dans de folles dépenses qu'ils ne peuvent
Soutenir. Pendant qu'ils sont occupez à leurs plaisirs
, des Huissiers envoyez par les Créanciers
saisissent ce qu'ils trouvent sous leurs mains
poursuivent les débiteurs , et vont mettre leurs
terres en decret.
>
QUATRIE ME PARTIE.
L'Empire de la Mode tombe en décadence ;
1º . Par une nouvelle Mode qui bannie
la précedente. 2° . Par la rigueur des Loix
qui proscrivent les Modes dangereuses.
3º. Par le temps qui les détruit l'une après
l'autre.
I. ENTRE' E. Pendant que les plus grands
Maîtres raisonnent suivant Pancienne Méthode
dans le Lycée d'Athénes , et traitent gravement
des points de doctrine les plus sublimes , on voit
paroitre une troupe de petits Grecs nouveaux venus
, qui font grand bruit pour interrompre ceux
qu'ils devroient écouter avec respect , contrefont
leurs gestes , copient leur gravité , introduisent.
une mode nouvelle qui fait fortune pour un instant;
mais la saine antiquité prévaut et dissipe les
yaines chimeres.
LL ENTRE' . Henry IV. voulant multiplies
A O UST. 1731. 1997
plier les especes de monnoye qui devenoient rares
en France , avoit porté un Edit par lequel il permettoit
aux seuls Filoux de porter des étoffes
d'or et d'argent. Une troupe de Filoux ayant saisi
les premiers exemplaires imprimez de l'Edit
viennent déguisez en Colporteurs , et distribuent
des copies de cette loi à de jeunes Seigneurs rassemblez
dans un Bal. Ceux - cy aiment mieux
changer d'habits avec les prétendus Colpolteurs
que de passer pour Filoux. Après ce changement
les fourbes font une danse grotesque , où ils se
divertissent aux dépens de leurs dupés.
*
III ENTRE E. Saturne , Dieu du Tems ,
invoqué par de jeune Eleves de Mars , qui lui demandent
les meilleures armes qu'il ait vû mettre
en oeuvre pour la guerre , leur fait apporter
par les Siecles differentes sortes d'armes à la
vieille mode ; on les essaye en sa presence pour
Pattaque d'une Place ; mais ce Dicu les proscrit
d'un coup
de faulx, et ne laisse aux jeunes Guerriers
que l'armure nouvelle qui leur est fournie
par le dernier Siecle ; il menace même d'en abolir
bientôt l'usage.
BALET GENERAL.
Pendant que la Mode fait une Marche triomphale,
et s'applaudit de la victoire qu'elle a rem
portée sur l'Usage , elle est surprise de voir un
grand nombre de Nations l'abandonner aussi aisément
qu'elles l'avoient suivie , et s'attacher à
Constance , Princesse alliée du Roi détrôné et
ennemie de l'Usurpatrice. L'Usage est rétabli sur
le Trône , que la Constance rend fixe et immuable.
Minerve , Déesse de la Sagesse , de concert
avec les Dieux intéressez au bon ordre de l'Uni-
YCA
1998 MERCURE DE FRANCE
vers publie des Loix invariables qui assurent la
gloire , le bonheur et la stabilité de l'Empire.
Les Danses sont de la composition de Mrs Blon
di et Ma taire l'ainé.
Le Lundi 13. de ce mois , on représenta sur le
Théatre du College d'Harcourt , pour la distri
bution des Prix, la Tragedie d' Absa on , de M. Duché.
Les changemens qu'on a été obligé d'y faire
pour l'accommoder à l'usage de ce College , ne
lui ont rien ôté de son vrai mérite Elle fut trèsbien
représentée par les Ecoliers de Réthorique ,
et l'Assemblée fut très - belle et très- nombreuse .
Fermer
Résumé : Tragedie de Regulus et Balet de l'empire de la Mode, au College des Jesuites, [titre d'après la table]
Le 1er août, une tragédie latine intitulée 'Regulus' du Père de la Sainte fut représentée au Collège de Louis le Grand pour la distribution des prix, suivie d'un éloge du roi. Le ballet 'L'Empire de la Mode' accompagna cette tragédie et fut divisé en quatre parties : l'établissement, l'extension, la tyrannie et la décadence de la mode. L'ouverture du ballet présente la Mode comme une princesse ambitieuse qui détrône l'Usage, aidée par des soldats modernes. La première partie, 'Établissement de l'Empire de la Mode', illustre l'exemple des grands, comme le barbier de Midas inventant la perruque, l'envie de cacher ses défauts, et l'ambition de paraître plus que l'on est, montrée par Niobé voulant passer pour une déesse. La deuxième partie, 'Extension de l'Empire de la Mode', montre comment la mode confond les conditions sociales à Sparte sous Lycurgue et comment Auguste tente d'imposer les manières romaines aux nations conquises. La déesse Manie, sœur de la Nouveauté, influence tous les âges. La troisième partie, 'Tyrannie de l'Empire de la Mode', décrit comment la mode force à faire plus qu'on ne doit, comme les veuves élevant des tombeaux, pousse à des actions contre nature, comme des duels forcés, et entraîne des dépenses excessives, illustrées par des jeunes seigneurs endettés. La quatrième partie, 'Décadence de l'Empire de la Mode', montre comment une nouvelle mode remplace l'ancienne, les lois proscrivent les modes dangereuses, et le temps détruit les modes successives. Le ballet se conclut par le retour de l'Usage, aidé par la Constance, et l'établissement de lois invariables par Minerve pour assurer la stabilité. Les danses du ballet furent composées par Messieurs Blondy et Mataire l'aîné. Le 13 août, la tragédie 'Absalon' de M. Duché fut représentée au Collège d'Harcourt pour la distribution des prix, adaptée pour les écoliers de rhétorique et bien accueillie par une assemblée nombreuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 2231-2237
L'Allure. Compliment. [titre d'après la table]
Début :
Le 27. on donna sur le même Théatre la premiere Représentation de l'Allure. [...]
Mots clefs :
L'Allure, Représentation, Mode, Goût, Théâtre, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Allure. Compliment. [titre d'après la table]
Le 27. on donna sur le même Theatre.
la premiete Représentation de l'Allure.
La fortune de ce mot l'a presque suivie
sur le Théatre , et l'Allure personifiée
a fort réussi.
La Scene ouvre par la Mode et le Goût,
qui paroît triste ; la Mode lui demande
le sujet de son chagrin... Il lui cite le
dernier affront qu'il a reçû à Paris sous le
nom d'Ergone dans le Ballet des Sens , et
chante :
Helas
2232 MERCURE DE FRANCE
Helas en plein Parterre ,
Le Goût s'est vû , ma chere ,
Siffler à l'Opera.
Ecoutez , lui dit la Mode , vous ne serés
plus guére suivi. Le Caprice fait mieux ses
affaires que vous ; il a une fille bâtarde nouvellement établie ici qui vous coupe l'herbe
sous le pied , elle s'appelle l' Allure.
Le Goût se récrie sur ce nom pitoyable
et sur l'imbecilité enfantine du Public ,
qui s'amuse souvent , sans sçavoir pourquoi,d'un rien , qui n'est pas même ingé- nieux. La mode insiste sur les miracles de
l'Allure.
Par tout l'Allure est nécessaire :
Une Vieille veut- elle plaire ?
L'Allure vient à son secours ;
Tel que pour sincere on renomme ,
Sans l'Allure seroit toujours
Connu pour un malhonnête homme.
Le goût piqué , prend congé de Paris ;
dont il n'est pas content , et n'a pas tort.
L'Allure paroît , qui est extrêmement
complimentée par la Mode. Elle reste
seule sur le Théatre ; un Campagnard
l'aborde , et la prie de façonner ses deux
filles qu'il lui présente : l'Allure les interroge , et les trouvent dignes de son atten
OCTOBRE. 1732: 2235
tention et de figurer dans la bonne Ville
de Paris ; voici , dit- elle
manque. Air de Joconde.
Un peu moins d'ingénuité
Et des façons plus fieres ,
Une fine naïveté
Sur les tendres matieres ;
C'est le manége qu'à Paris ,
Un chacun nomme Allure ,
Et qui procure à tant d'Iris
Le bien et la parure.
tout ce qui leur
Au Campagnard succede un Auteur
qui vient demander à l'Allure le don de
plaire à l'Opera Comique.
L'Auteur est suivi d'une Plaideuse Normande , qui implore à son tour la protection de l'Allure , pour engager ses Juges
dans ses interêts. Après la Plaideuse paroît une jeune et jolie Procureuse , mariée à un vieux jaloux ; elle expose son
sort dans le Couplet suivant sur l'air
De la Syrene du Ballet des Sens.
D'un époux je subis les loix ,
Si l'Amour en eût fait le choix ,
Cet époux auroit l'art de plaire. . .
Je maudis monsort mille fois ;
Si l'Himen a tant de rigueurs ,
.
Pour-
2234 MERCURE DE FRANCE
Pourquoi donc force- t'on nos cœurs
A donner à ce Dieu sévere
La plus belle des fleurs ?
Les beaux jours sont pour les Amans,
Les Epoux n'ont que des tourmens ,
Des malheurs toujours renaissans ,
Et des maux plus ou moins rebutans.
D'un époux je subis , &c...
Les maris sont toujours jaloux ;
Avec eux il n'est point de charmes ;
Ils font sentir leur couroux ;
Dieu d'Himen , te rend- on les armes ♪
On est tourmenté ,
Plus d'amour , adieu la liberté .
D'un époux , je subis , &c.
Une Comédienne de Campagne qui
veut débuter à Paris , se présente ensuite
et dit:
'Ah ! j'ai brillé dans plus d'un Rôle ,
Mais Paris veut de grands talens.
L'Allure.
Oui , c'est une excellente Ecole
Pour se former en peu de tems.
Vous réussirés , je vous jure ;
Du Théatre voici l'Allure :
་
Suivés
OCTOBRE. 1732. 2235
Suivés bien ce principe-là ,
Résistés... jusqu'à ce point-là.
Ces derniers mots se chantent en faisant le lazzi de compter de l'argent. La
Comédienne céde la place à un Paysan
qui
demande
à
l'Allure
d'ôter
à sa
petite
femme
ce
que
les
autres
vont
chercher
à
son
Audience
. Un
Fiacre
yvre
le chasse
et
conte
ses
proüesses
de
Cocher
à la
Déesse
nouvelle
.
Un Maître de Ballet des bords de la
Garone couronne l'œuvre par ses gasconades , voici comme il commence , air :
Quand Iris pron plaisir à boire.
A mes talens , aimable Allure ,
Répondés , je vous en conjure ,
Je suis le Heros de mon Art ;
Mes pas divins me font assés connoître
Ceux que je fais même au hazard ,
Sont des pas où l'Amour a part ,
De tous les cœurs je suis le maître.
Il donne à l'Allure un Ballet de sa composition , qui est terminé
ville suivant.
par le VaudeAujourd'hui pour faire figure,
On se passe fort bien d'esprit ;
Qu'un faquin porte la dorure
2236 MERCURE DE FRANCE
On trouve bon tout ce qu'il dit ,
En lui qu'est-ce qu'on applaudit
C'estl'Allure.
>
Plus d'un Fat , rempli de roture ,
Que la fortune a mis fur pié ,
Cache de sa naissance obscure ,
Anos yeux plus de la moitié ,
A chacun il feroit pitié ,
Sans l'Allure.
Un Amant qui craint la coëffure ,
Que portent nombre de Maris ,
Epouse fille qui lui jure ,
Que sa vertu n'a point de prix
Qui fait que ce Benès est pris è
C'est l'Allure.
Une Iris , qui cent fois vous jure ,
Que ses feux sont toujours constans
Saisit la premiere avanture ,
Que l'amour offre à ses talens ,
Qu'est-ce qui trompe tant d'Amans ?
C'est l'Allure.
Un Cocher de Fiacre.
Qu'un Galant presne ma voiture ,
Et
OCTOBRE. 1732 2237.
Et me faffe sortir Paris ,
Je me mocque de l'avanture ;
S'il vient à bout de son Iris ,
Il ne dispute point du prix ;
C'est l'Allure.
1
Au Public.
Lorsque le Public nous censure ,
il prononce équitablement ;
La Piece qu'on croît la plus sûre ,
Reçoit un fâcheux compliment ,
Consultons son discernement
C'est l'Allure.
Couplet du Gascon , sur l'air de l' Allure.
C'est dans notre Païs ,
Cadedis ;
Qu'on voit vriller l'Allure ;
Sans un teston ,
Par tout un Gascon
Vit à son aise , et fait le fanfaron ,
Voilà du Païs
L'Allure ,
Mes Cousis ,
Du Païs ,
Cousis ,
C'est l'Allure.
la premiete Représentation de l'Allure.
La fortune de ce mot l'a presque suivie
sur le Théatre , et l'Allure personifiée
a fort réussi.
La Scene ouvre par la Mode et le Goût,
qui paroît triste ; la Mode lui demande
le sujet de son chagrin... Il lui cite le
dernier affront qu'il a reçû à Paris sous le
nom d'Ergone dans le Ballet des Sens , et
chante :
Helas
2232 MERCURE DE FRANCE
Helas en plein Parterre ,
Le Goût s'est vû , ma chere ,
Siffler à l'Opera.
Ecoutez , lui dit la Mode , vous ne serés
plus guére suivi. Le Caprice fait mieux ses
affaires que vous ; il a une fille bâtarde nouvellement établie ici qui vous coupe l'herbe
sous le pied , elle s'appelle l' Allure.
Le Goût se récrie sur ce nom pitoyable
et sur l'imbecilité enfantine du Public ,
qui s'amuse souvent , sans sçavoir pourquoi,d'un rien , qui n'est pas même ingé- nieux. La mode insiste sur les miracles de
l'Allure.
Par tout l'Allure est nécessaire :
Une Vieille veut- elle plaire ?
L'Allure vient à son secours ;
Tel que pour sincere on renomme ,
Sans l'Allure seroit toujours
Connu pour un malhonnête homme.
Le goût piqué , prend congé de Paris ;
dont il n'est pas content , et n'a pas tort.
L'Allure paroît , qui est extrêmement
complimentée par la Mode. Elle reste
seule sur le Théatre ; un Campagnard
l'aborde , et la prie de façonner ses deux
filles qu'il lui présente : l'Allure les interroge , et les trouvent dignes de son atten
OCTOBRE. 1732: 2235
tention et de figurer dans la bonne Ville
de Paris ; voici , dit- elle
manque. Air de Joconde.
Un peu moins d'ingénuité
Et des façons plus fieres ,
Une fine naïveté
Sur les tendres matieres ;
C'est le manége qu'à Paris ,
Un chacun nomme Allure ,
Et qui procure à tant d'Iris
Le bien et la parure.
tout ce qui leur
Au Campagnard succede un Auteur
qui vient demander à l'Allure le don de
plaire à l'Opera Comique.
L'Auteur est suivi d'une Plaideuse Normande , qui implore à son tour la protection de l'Allure , pour engager ses Juges
dans ses interêts. Après la Plaideuse paroît une jeune et jolie Procureuse , mariée à un vieux jaloux ; elle expose son
sort dans le Couplet suivant sur l'air
De la Syrene du Ballet des Sens.
D'un époux je subis les loix ,
Si l'Amour en eût fait le choix ,
Cet époux auroit l'art de plaire. . .
Je maudis monsort mille fois ;
Si l'Himen a tant de rigueurs ,
.
Pour-
2234 MERCURE DE FRANCE
Pourquoi donc force- t'on nos cœurs
A donner à ce Dieu sévere
La plus belle des fleurs ?
Les beaux jours sont pour les Amans,
Les Epoux n'ont que des tourmens ,
Des malheurs toujours renaissans ,
Et des maux plus ou moins rebutans.
D'un époux je subis , &c...
Les maris sont toujours jaloux ;
Avec eux il n'est point de charmes ;
Ils font sentir leur couroux ;
Dieu d'Himen , te rend- on les armes ♪
On est tourmenté ,
Plus d'amour , adieu la liberté .
D'un époux , je subis , &c.
Une Comédienne de Campagne qui
veut débuter à Paris , se présente ensuite
et dit:
'Ah ! j'ai brillé dans plus d'un Rôle ,
Mais Paris veut de grands talens.
L'Allure.
Oui , c'est une excellente Ecole
Pour se former en peu de tems.
Vous réussirés , je vous jure ;
Du Théatre voici l'Allure :
་
Suivés
OCTOBRE. 1732. 2235
Suivés bien ce principe-là ,
Résistés... jusqu'à ce point-là.
Ces derniers mots se chantent en faisant le lazzi de compter de l'argent. La
Comédienne céde la place à un Paysan
qui
demande
à
l'Allure
d'ôter
à sa
petite
femme
ce
que
les
autres
vont
chercher
à
son
Audience
. Un
Fiacre
yvre
le chasse
et
conte
ses
proüesses
de
Cocher
à la
Déesse
nouvelle
.
Un Maître de Ballet des bords de la
Garone couronne l'œuvre par ses gasconades , voici comme il commence , air :
Quand Iris pron plaisir à boire.
A mes talens , aimable Allure ,
Répondés , je vous en conjure ,
Je suis le Heros de mon Art ;
Mes pas divins me font assés connoître
Ceux que je fais même au hazard ,
Sont des pas où l'Amour a part ,
De tous les cœurs je suis le maître.
Il donne à l'Allure un Ballet de sa composition , qui est terminé
ville suivant.
par le VaudeAujourd'hui pour faire figure,
On se passe fort bien d'esprit ;
Qu'un faquin porte la dorure
2236 MERCURE DE FRANCE
On trouve bon tout ce qu'il dit ,
En lui qu'est-ce qu'on applaudit
C'estl'Allure.
>
Plus d'un Fat , rempli de roture ,
Que la fortune a mis fur pié ,
Cache de sa naissance obscure ,
Anos yeux plus de la moitié ,
A chacun il feroit pitié ,
Sans l'Allure.
Un Amant qui craint la coëffure ,
Que portent nombre de Maris ,
Epouse fille qui lui jure ,
Que sa vertu n'a point de prix
Qui fait que ce Benès est pris è
C'est l'Allure.
Une Iris , qui cent fois vous jure ,
Que ses feux sont toujours constans
Saisit la premiere avanture ,
Que l'amour offre à ses talens ,
Qu'est-ce qui trompe tant d'Amans ?
C'est l'Allure.
Un Cocher de Fiacre.
Qu'un Galant presne ma voiture ,
Et
OCTOBRE. 1732 2237.
Et me faffe sortir Paris ,
Je me mocque de l'avanture ;
S'il vient à bout de son Iris ,
Il ne dispute point du prix ;
C'est l'Allure.
1
Au Public.
Lorsque le Public nous censure ,
il prononce équitablement ;
La Piece qu'on croît la plus sûre ,
Reçoit un fâcheux compliment ,
Consultons son discernement
C'est l'Allure.
Couplet du Gascon , sur l'air de l' Allure.
C'est dans notre Païs ,
Cadedis ;
Qu'on voit vriller l'Allure ;
Sans un teston ,
Par tout un Gascon
Vit à son aise , et fait le fanfaron ,
Voilà du Païs
L'Allure ,
Mes Cousis ,
Du Païs ,
Cousis ,
C'est l'Allure.
Fermer
Résumé : L'Allure. Compliment. [titre d'après la table]
Le 27 octobre 1732, la première représentation de la pièce 'L'Allure' a eu lieu sur une scène théâtrale et a rencontré un succès notable. L'œuvre met en scène 'L'Allure' personnifiée, qui obtient un bon accueil. La scène initiale présente la Mode et le Goût. Ce dernier est triste car il a été sifflé à l'Opéra lors du ballet des Sens, où il était connu sous le nom d'Ergone. La Mode informe le Goût que le Caprice et sa fille bâtarde, 'L'Allure', sont désormais plus populaires. Mécontent, le Goût décide de quitter Paris. 'L'Allure' apparaît alors et est complimentée par la Mode. Elle rencontre ensuite divers personnages, chacun sollicitant son aide pour réussir dans leurs domaines respectifs. Parmi eux, un campagnard souhaite façonner ses filles pour qu'elles puissent briller à Paris, un auteur désire plaire à l'Opéra Comique, une plaideuse normande, une jeune procureuse mariée à un époux jaloux, une comédienne de campagne, un paysan, un cocher de fiacre ivre, et un maître de ballet gascon. La pièce se conclut par une réflexion sur l'importance de 'L'Allure' dans la société parisienne, soulignant comment elle permet aux individus de masquer leurs défauts et de se faire valoir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 117
ENIGME.
Début :
Je suis enfant du génie, [...]
Mots clefs :
Mode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E fuis enfant du génie ,
Et fouvent de la fantaisie.
Lorfque je parois chez le Roi,
Auffi- tôt de me fuivre on ſe fait une loi ,
Et fans avoir pi forme , ni figure ,
Je fuis toujours le chefde la parure.
De moi ne peuvent fe paffer
La coquette & le petit maître.
Enfin , Lecteur , pour mieux me dévoiler ,
Et de toi me faire connoître ,
Apprends que le François me confidére tant
Qu'il me donne le prix fur l'or & fur Pargent.
Par J. F. Fival,
E fuis enfant du génie ,
Et fouvent de la fantaisie.
Lorfque je parois chez le Roi,
Auffi- tôt de me fuivre on ſe fait une loi ,
Et fans avoir pi forme , ni figure ,
Je fuis toujours le chefde la parure.
De moi ne peuvent fe paffer
La coquette & le petit maître.
Enfin , Lecteur , pour mieux me dévoiler ,
Et de toi me faire connoître ,
Apprends que le François me confidére tant
Qu'il me donne le prix fur l'or & fur Pargent.
Par J. F. Fival,
Fermer
14
p. 85-86
ENIGME.
Début :
Fille de la folie, & mere des talens, [...]
Mots clefs :
Mode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Fille de la folie , & mere des talens ',
Je fuis utile au peuple , & des Grands adoptée ;:
Mon regne eft paffager , quoi qu'il dure long tems:
Je renais de ma chûte , & ſemblable à Prothée ,
De forme , de couleur , je change à tous momens.
Par ma diverfité je rejouis , j'amuſe ,
Ala Ville , à la Cour , le Noble , le Bourgeois ;.
Et cependant d'inconftance on m'accuſe :.
86 MERCURE DE FRANCE
Le fage tôt ou tard fe foumet à mes loix,
Si l'on en rit , mon nom lui ſert d'excuſe;
N. G.... de Rouen,
Fille de la folie , & mere des talens ',
Je fuis utile au peuple , & des Grands adoptée ;:
Mon regne eft paffager , quoi qu'il dure long tems:
Je renais de ma chûte , & ſemblable à Prothée ,
De forme , de couleur , je change à tous momens.
Par ma diverfité je rejouis , j'amuſe ,
Ala Ville , à la Cour , le Noble , le Bourgeois ;.
Et cependant d'inconftance on m'accuſe :.
86 MERCURE DE FRANCE
Le fage tôt ou tard fe foumet à mes loix,
Si l'on en rit , mon nom lui ſert d'excuſe;
N. G.... de Rouen,
Fermer
15
p. 174-178
LETTRE De M. Rousseau de Genève, à M. l'Abbé Raynal, au sujet du nouveau Mode de Musique, inventé par M. Blainville. A Paris, ce 30 Mai, au sortir du Concert.
Début :
Vous êtes bien aise, Monsieur, vous le Panégyriste & l'ami des Arts, de la tentative de [...]
Mots clefs :
Mode, Dominante, Charles-Henri de Blainville, Tonique, Gamme, Octave, Harmonie, Modes, Quarte, Raisons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M. Rousseau de Genève, à M. l'Abbé Raynal, au sujet du nouveau Mode de Musique, inventé par M. Blainville. A Paris, ce 30 Mai, au sortir du Concert.
LETTRE
De M. Rouffeau de Genève , à M. l'Abbé
Raynal , au fujet du nouveau Mode de
Mufique , inventé par M. Blainville, A
Paris , ce 30 Mai , au fortir du Concert.
V
Ous êtes bien aife , Monfieur , vous le Pané
gyrifte & l'ami des Arts , de la tentative de
M. Blainville pour l'introduction d'un nouveau
JUI N. 17517 175
Mode dans notre Mufique. Pour moi , comme mon
fentiment là-deffus ne fait rien à l'affaire , je pafle
immédiatement au jugement que vous me demandez
fur la découverte même.
Autant que j'ai pû faifir les idées de M. Blainville
durant la rapidité de l'exécution du morceau
que nous venons d'entendre , je trouve que le Mode
qu'il nous propofe n'a que deux cordes principales,
au lieu de trois qu'ont chacun des deux Modes
ufités ; l'une de ces deux cordes eft la tonique ,
l'autre eft la quarte au -deffus de cette tonique , &
cette quarte s'appellera , fi l'on veut , Dominante.
L'Auteur me paroît avoir eu de fort bonnes raifons
pour préférer ici la quarte à la quinte , & cel .
le de toues ces raifons qui fe préfente la premiere ,
en parcourant fa Gamme , eft le danger de tomber
dans les fauffes relations.
Cette Gamme eft ordonnée de la maniere fuivante
; il monte d'abord d'un femi- ton majeur de
la tonique fur la feconde note , puis d'un ton fur
la troifiéme , & montant encore d'un ton , il arrive à
fa Dominante , fur laquelle il établit le repos , ou ,
s'il m'eft permis de parler ainfi , l'hémiftiche du
Mode. Puis recommençant la marche un ton audeffus
de la Dominante , il monte enfuite d'un femi-
ton majeur , d'un ton , & encore d'un ton ,
l'octave eft parcourue felon cet ordre de notes ;
mi , fa, fol , la : fi , ut , re , mi. Il redefcend de
même fans aucune altération ,
&
Si vous procedez diatoniquement , foit en montant
, foit en defcendant de la Dominante d'un
mode mineur à l'octave de cette Dominante , fans
diefes ni bémols accidentels , vous aurez préciſément
la Gamme de M. Blainville . Par où l'on voit,
1°. que fa marche diatonique eft directement oppofée
à la nôtre , où partant de la tonique , on doit
Hij
176 MERCURE DEFRANCE.
monter d'un ton ou defcendre d'un femi ton. 2°.
Qu'il a fallu fubftituer une autre harmonie à l'ac
cord fenfible ufité dans nos Modes , & qui fe trouve
exclus du fien 3 , Trouver pour cette nouvelle
Gamme des accompagnemens differens de ceux
qu'on employe dans la régle de l'octave . 4° . Et
par conféquent d'autres progreffions de baffe fondamentale
que celles qui font admiſes.
La Gamme de fon Mode eft précisément ſemblable
au diagramme des Grecs , car fi l'on commence
par la corde Hypate , en montant , ou par la
note en defcendant , à parcourir diatoniquement
deux tetracordes disjoints , on aura préciſement la
nouvelle Gamme ; c'est notre ancien Mode Plagal
qui fubfifte encore dans le plein chant ;
c'eft proprement
un Mode mineur , dont le diapazon fe
prendroit , non d'une tonique à ſon octave en
paffant par la Dominante , mais d'une Dominante
à fon octave en paffant par la tonique ; & en effet
la tierce majeure que l'Auteur eft obligé de donner
à fa finale , jointe à la maniere d'y defcendre
par un femi ton , donne à cette tonique tout àfait
l'air d'une Dominante . Ainfi fi l'on pouvoit
de ce côté là difputer à M. Blainville le mérite de
l'invention , on ne pourroit du moins lui difputer
celui d'avoir ofé braver en quelque chofe la bonne
opinion que notre fiecle a de foi même ,& ſon mépris
pour tous les autres âges en matiére de fcience
& de goûr.
Mais ce qui paroît appartenir incontestablement
à M Blainville , c'eſt l'harmonie qu'il affecte à un
Mode inftitué , dans des tems où nous avons tout
lieu de croire qu'on ne connoiffoit point l'harmo
nie , dans le fens que nous donnons aujourd'hui à
ce mot Perfonne ne lui difputera ni la ſcience qui
lui a fuggeré de nouvelles progreffions fondamenJUI
N.
177
1751 .
tales,ni l'art avec lequel il les a fçû mettre en oeuvre
pour ménager nos oreilles bien plus délicates fur
les chofes nouvelles , que fur les mauvaiſes chofes,
Dès qu'on ne pourra plus lui reprocher de n'avoir
pas trouvé ce qu'il nous propofe , on lui reprochera
de l'avoir trouvé . On conviendra que fa
découverte eft bonne , s'il veut avouer qu'elle n'eft
pas de lui : s'il prouve qu'elle eft de lui , on lui
foutiendra qu'elle eft mauvaiſe , & il ne fera pas le
premier contre lequel les Artiftes auront argumen
té de la forte. On lui demandera fur quel fondement
il prétend déroger aux loix établies & en- introduire
d'autres de fon autorité. On lui reprochera
de vouloir ramener à l'arbitraire les régles
d'une fcience qu'on a tant fait d'efforts pour réduire
en principes ; d'enfreindre dans fes progref
fions la liaifon harmonique qui eft la loi la
plus générale & l'épreuve la plus fûre de toute
bonne harmonie On lui demandera ce qu'il prétend
fubftituer à l'accord fenfible dont fon Mode
n'eft nullement fufceptible , pour annoncer les
changemens de ton. Enfin on voudra fçavoir encore
pourquoi dans l'effai qu'il a donné au Public,
il a tellement entremêlé fon Mode avec les deux
autres , qu'il n'y a qu'un très- petit nombre de connoiffeurs
, dont l'oreille exercée & attentive ait
démêlé ce qui appartenoit en propre à fon nouveau
lyftême .
Ses réponſes , je crois les prévoir à une près.
Il trouvera aisément en fa faveur des analogies , du
moins auffi bonnes que celles dont nous avons la
bonté de nous contenter. Selon lui , le Mode mineur
n'aura pas de meilleurs fondemens que le
fien. Il nous foutiendra que l'oreille eft notre premier
Maître d'harmonie , & que pourvû que celuilà
foit content , la raifon doit fe borner à chercher
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
pourquoi il l'eft, & non à lui prouver qu'il a tort de
l'être.Qu'il ne cherche , ni à introduire dans les cho
fes l'arbitraire qui n'y eft point, ni à diffimuler celui
qu'il y trouve . Or cet arbitraire eft fi conftant ,
que même dans la régle de l'octave , il y a une
faute contre les régies ; remarque qui ne fera pas ,.
fi l'on veut , de M. Blainville , mais que je prends
fur mon compte . Il dira encore que cette liaiſon '
harmonique qu'on lui objecte , n'eft rien moins
qu'indifpenfable dans l'harmonie , & ne fera pas
embarraffé de le prouver. Il s'excufera d'avoir entremêlé
les trois Modes , fur ce que nous fommes
fans ceffe dans le même cas avec les deux nôtres ,'
fans compter que par ce mêlange adroit , il aura
eu le plaifir , diroit Montagne , de faire donner à
nos Modes des nazardes fur le nez du fien . Mais
quoiqu'il faffe , il faudra toujours qu'il ait tort , par
deux raifons fans réplique , l'une , qu'il eft inventeur
, l'autre, qu'il a affaire à des Muficiens .
Je fuis , & c.
De M. Rouffeau de Genève , à M. l'Abbé
Raynal , au fujet du nouveau Mode de
Mufique , inventé par M. Blainville, A
Paris , ce 30 Mai , au fortir du Concert.
V
Ous êtes bien aife , Monfieur , vous le Pané
gyrifte & l'ami des Arts , de la tentative de
M. Blainville pour l'introduction d'un nouveau
JUI N. 17517 175
Mode dans notre Mufique. Pour moi , comme mon
fentiment là-deffus ne fait rien à l'affaire , je pafle
immédiatement au jugement que vous me demandez
fur la découverte même.
Autant que j'ai pû faifir les idées de M. Blainville
durant la rapidité de l'exécution du morceau
que nous venons d'entendre , je trouve que le Mode
qu'il nous propofe n'a que deux cordes principales,
au lieu de trois qu'ont chacun des deux Modes
ufités ; l'une de ces deux cordes eft la tonique ,
l'autre eft la quarte au -deffus de cette tonique , &
cette quarte s'appellera , fi l'on veut , Dominante.
L'Auteur me paroît avoir eu de fort bonnes raifons
pour préférer ici la quarte à la quinte , & cel .
le de toues ces raifons qui fe préfente la premiere ,
en parcourant fa Gamme , eft le danger de tomber
dans les fauffes relations.
Cette Gamme eft ordonnée de la maniere fuivante
; il monte d'abord d'un femi- ton majeur de
la tonique fur la feconde note , puis d'un ton fur
la troifiéme , & montant encore d'un ton , il arrive à
fa Dominante , fur laquelle il établit le repos , ou ,
s'il m'eft permis de parler ainfi , l'hémiftiche du
Mode. Puis recommençant la marche un ton audeffus
de la Dominante , il monte enfuite d'un femi-
ton majeur , d'un ton , & encore d'un ton ,
l'octave eft parcourue felon cet ordre de notes ;
mi , fa, fol , la : fi , ut , re , mi. Il redefcend de
même fans aucune altération ,
&
Si vous procedez diatoniquement , foit en montant
, foit en defcendant de la Dominante d'un
mode mineur à l'octave de cette Dominante , fans
diefes ni bémols accidentels , vous aurez préciſément
la Gamme de M. Blainville . Par où l'on voit,
1°. que fa marche diatonique eft directement oppofée
à la nôtre , où partant de la tonique , on doit
Hij
176 MERCURE DEFRANCE.
monter d'un ton ou defcendre d'un femi ton. 2°.
Qu'il a fallu fubftituer une autre harmonie à l'ac
cord fenfible ufité dans nos Modes , & qui fe trouve
exclus du fien 3 , Trouver pour cette nouvelle
Gamme des accompagnemens differens de ceux
qu'on employe dans la régle de l'octave . 4° . Et
par conféquent d'autres progreffions de baffe fondamentale
que celles qui font admiſes.
La Gamme de fon Mode eft précisément ſemblable
au diagramme des Grecs , car fi l'on commence
par la corde Hypate , en montant , ou par la
note en defcendant , à parcourir diatoniquement
deux tetracordes disjoints , on aura préciſement la
nouvelle Gamme ; c'est notre ancien Mode Plagal
qui fubfifte encore dans le plein chant ;
c'eft proprement
un Mode mineur , dont le diapazon fe
prendroit , non d'une tonique à ſon octave en
paffant par la Dominante , mais d'une Dominante
à fon octave en paffant par la tonique ; & en effet
la tierce majeure que l'Auteur eft obligé de donner
à fa finale , jointe à la maniere d'y defcendre
par un femi ton , donne à cette tonique tout àfait
l'air d'une Dominante . Ainfi fi l'on pouvoit
de ce côté là difputer à M. Blainville le mérite de
l'invention , on ne pourroit du moins lui difputer
celui d'avoir ofé braver en quelque chofe la bonne
opinion que notre fiecle a de foi même ,& ſon mépris
pour tous les autres âges en matiére de fcience
& de goûr.
Mais ce qui paroît appartenir incontestablement
à M Blainville , c'eſt l'harmonie qu'il affecte à un
Mode inftitué , dans des tems où nous avons tout
lieu de croire qu'on ne connoiffoit point l'harmo
nie , dans le fens que nous donnons aujourd'hui à
ce mot Perfonne ne lui difputera ni la ſcience qui
lui a fuggeré de nouvelles progreffions fondamenJUI
N.
177
1751 .
tales,ni l'art avec lequel il les a fçû mettre en oeuvre
pour ménager nos oreilles bien plus délicates fur
les chofes nouvelles , que fur les mauvaiſes chofes,
Dès qu'on ne pourra plus lui reprocher de n'avoir
pas trouvé ce qu'il nous propofe , on lui reprochera
de l'avoir trouvé . On conviendra que fa
découverte eft bonne , s'il veut avouer qu'elle n'eft
pas de lui : s'il prouve qu'elle eft de lui , on lui
foutiendra qu'elle eft mauvaiſe , & il ne fera pas le
premier contre lequel les Artiftes auront argumen
té de la forte. On lui demandera fur quel fondement
il prétend déroger aux loix établies & en- introduire
d'autres de fon autorité. On lui reprochera
de vouloir ramener à l'arbitraire les régles
d'une fcience qu'on a tant fait d'efforts pour réduire
en principes ; d'enfreindre dans fes progref
fions la liaifon harmonique qui eft la loi la
plus générale & l'épreuve la plus fûre de toute
bonne harmonie On lui demandera ce qu'il prétend
fubftituer à l'accord fenfible dont fon Mode
n'eft nullement fufceptible , pour annoncer les
changemens de ton. Enfin on voudra fçavoir encore
pourquoi dans l'effai qu'il a donné au Public,
il a tellement entremêlé fon Mode avec les deux
autres , qu'il n'y a qu'un très- petit nombre de connoiffeurs
, dont l'oreille exercée & attentive ait
démêlé ce qui appartenoit en propre à fon nouveau
lyftême .
Ses réponſes , je crois les prévoir à une près.
Il trouvera aisément en fa faveur des analogies , du
moins auffi bonnes que celles dont nous avons la
bonté de nous contenter. Selon lui , le Mode mineur
n'aura pas de meilleurs fondemens que le
fien. Il nous foutiendra que l'oreille eft notre premier
Maître d'harmonie , & que pourvû que celuilà
foit content , la raifon doit fe borner à chercher
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
pourquoi il l'eft, & non à lui prouver qu'il a tort de
l'être.Qu'il ne cherche , ni à introduire dans les cho
fes l'arbitraire qui n'y eft point, ni à diffimuler celui
qu'il y trouve . Or cet arbitraire eft fi conftant ,
que même dans la régle de l'octave , il y a une
faute contre les régies ; remarque qui ne fera pas ,.
fi l'on veut , de M. Blainville , mais que je prends
fur mon compte . Il dira encore que cette liaiſon '
harmonique qu'on lui objecte , n'eft rien moins
qu'indifpenfable dans l'harmonie , & ne fera pas
embarraffé de le prouver. Il s'excufera d'avoir entremêlé
les trois Modes , fur ce que nous fommes
fans ceffe dans le même cas avec les deux nôtres ,'
fans compter que par ce mêlange adroit , il aura
eu le plaifir , diroit Montagne , de faire donner à
nos Modes des nazardes fur le nez du fien . Mais
quoiqu'il faffe , il faudra toujours qu'il ait tort , par
deux raifons fans réplique , l'une , qu'il eft inventeur
, l'autre, qu'il a affaire à des Muficiens .
Je fuis , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE De M. Rousseau de Genève, à M. l'Abbé Raynal, au sujet du nouveau Mode de Musique, inventé par M. Blainville. A Paris, ce 30 Mai, au sortir du Concert.
Dans une lettre à l'Abbé Raynal, M. Rouffeau de Genève discute de la tentative de M. Blainville d'introduire un nouveau mode musical. Ce mode repose sur deux cordes principales : la tonique et la quarte, appelée dominante, visant à éviter les fausses relations. La gamme monte d'un demi-ton majeur sur la seconde note, d'un ton sur la troisième, et d'un autre ton pour atteindre la dominante, où elle établit un repos. En descendant, elle suit le même ordre sans altérations. Ce mode est comparé au diagramme des Grecs et au mode plagal ancien du plain-chant, décrit comme un mode mineur où le diapason passe de la dominante à son octave via la tonique. Blainville est reconnu pour cette innovation, bien que son originalité soit discutable. Son harmonie s'adapte à un mode ancien où l'harmonie moderne n'était pas connue. Les critiques soulignent l'absence de progrès fondamentaux, de liaison harmonique, et d'accord sensible pour annoncer les changements de ton. Blainville pourrait répondre en invoquant l'oreille comme maître d'harmonie et en soulignant l'arbitraire des règles musicales. Un débat musical oppose un individu non nommé à M. Blainville. L'auteur critique l'arbitraire et l'inconstance des choix musicaux de son interlocuteur, notamment concernant la règle de l'octave. Il reconnaît que cette critique pourrait ne pas être acceptée par M. Blainville, mais assume la responsabilité de cette remarque. L'auteur affirme que la liaison harmonique n'est pas indispensable en harmonie et se dit prêt à le démontrer. Blainville justifie l'entremêlement des trois modes en comparant cela à la pratique courante avec les deux modes utilisés par l'auteur. Ce dernier rétorque que, malgré les arguments de Blainville, il aura toujours tort car il est l'inventeur de ces idées et doit faire face à des musiciens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16
p. 160-173
Réflexions sur la supposition d'un troisiéme mode en Musique, pour servir de réponse à l'observation de M. de Blainville, insérée dans le Mercure du mois de Novembre dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature & en émail de LL. MM. Imp.
Début :
Je renonce au nom de Philaetius, qui pour être Grec ne m'en a pas moins [...]
Mots clefs :
Mode, Harmonie, Mélodie, Troisième mode, Sons, Accord, Sens, Idées, Supposition, Charles-Henri de Blainville, Musique, Rapport, Gamme, Mode, Peintre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réflexions sur la supposition d'un troisiéme mode en Musique, pour servir de réponse à l'observation de M. de Blainville, insérée dans le Mercure du mois de Novembre dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature & en émail de LL. MM. Imp.
Réflexions sur la supposition d'un troisiéme
mode en Musique, pour servir de réponse
à l'observation de M. de Blainville, insérée
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature
& en émail de LL. MM. Imp.
Je renonce au nom de Philaetius, qui
pour être Grec ne m'en a pas moins
rendu un mauvais office dans l'esprit de
M. B. Je voulois m'annoncer pour un
homme qui aime à connoître les causes
des choses, & en particulier celles du plai-
sir musical: malheureusement ce mot si-
gnifie aussi un ami de la chicane: M. B.
la entendu en ce dernier sens, l'a pris
pour un nom de guerre, & m'a suppose
JANVIER. 1752. . 161
en conséquence l'odieux dessein de nuire
: la fortune du troisième mode. Il est vrai
que la découverte d'un nouveau mode,
distinct du majeur & du mineur ma paru
sujette à quelques difficultés, que j'ai crû
pouvoir proposer sans desobliger M. de
Blainville. Quand on cherche la vérité,
on aime les objections raisonnables bien
plus qu'on ne les craint; j'ai crû que les
miennes étoient de ce genre. M. B. pen-
soit-il qu'on ne devoit parler du nouveau
mode que pour le felicitet de sa décou-
verte? Mais je dois avertir pour éviret
toute équivoque, que par M. B. je n'en-
tends pas tout-à- fait M. de Blainville; on
m assure que le style de l'observation ne res-
semble pas assez à celui dont elle porte le
nom, & quon n'y reconnoît pas toute sa
douceur, ni toute sa politesse; M. B. ne
doit donc passer ici pour M. de Blainvil-
le, qu'autant que celui ci ressemble à
l'Auteur de cet Ecrit.
Ce qui me fâche, c'est que M. B. me
met dans la nécessité d'attaquer quelques
idées, qui sont certainement de M. de
Blainville, dont j'estime le mérite & les
talens; je puis même l'assurer que j'ai en-
tendu sa symphonie avec des dispositions
aussi favorables, & peut-être avec autant
de plaisir qu aucun de ses amis.
gitized by Goo
262 MERCUREDE FRANCE.
A l'égard du mode d'é-si mi naturel,
ou pour mieux dire d'é-la-mi, puisque la
quarte y domine plus que la quinte, je
lui voulois tout le bien possible, comme
ayant beaucoup de rapport à mes idées;
& j'eusse été charmé que M. B. eût réussi
à lever les difficultés que je concevois
dans la supposition d'un troisième mode:
mais par malheur ces difficultés subsistent
encore, malgré la publication de l'Essai
sur un troisième mode, & malgrè l'observa-
tion à laquelle, je réponds, moins pour la
refuter que pour développer ce qu'il y a
de vrai dans les idées de M. B. & le dé-
gager du nebuleux, dont l'inexactitude de
sa dialectique me paroît l'obscurcir.
Il est aisé de s'assurer quę des divers
sons qui sont contenus dans les deux mo-
des naturels d'ut & de la, ut & mi sont
ceux qui ont le plus de rapport harmoni-
que avec les autres, ut dans le mode ma-
jeur, & mi dans le miueur: on peut donc
dire avec vérité, que dans ce mode-ci ce
n'est pas la tonique la, mais la quinte mi
qui en est comme l'ame ou le centre har-
monique, surtout si les fa & sol diezes
sont compris dans le nombre des sons de
ce mode auquel ils sont nécessaires, s'ils ne
lui sont pas essentiels. Le son mi est donc
dans un sens vrai le principal son du mode
yG
JANVIER. 1751. 163
mineut, comme ut l'est dans le majeur:
or la disposition la plus naturelle d'une
gamme, c'est d'en atranger les sons dia-
toniquement, en commençant par le princi-
pal son, pat celui qui est le plus relatif aux
autres, dont il doit faciliter l'intonation:
il suit de-là que les deux gammes les plus
naturelles, sont d'un côté ut, re, mi, fa,
sol, la, si, ut; & de l'autre mi, fa, sol,
la, si, ut, re, mi.
Ces deux échelles diatoniques sont
exactement inverses l'une de l'autre dans
le sens indiqué pat Philærius. Selon M. B.
il seroit plus naturel de penser que ces
deux gammes ne different, que parce que
l'une commence par la troisième note de
l'autre: mais il seroit aisé de prouver le
peu d'exactitude de cette pensée, & de
démontrer que le re de la seconde gamme
n'est point à l'unisson du re de la premie-
re, qu'il est essentiellement plus bas d'un
comma. Si dans la théorie de M. B. les
commas sont des minuties, ils ne passent
pas pour tels dans la mienne: je fuis trop
convaincu qu'en fait de succession har-
monique, le sentiment de l'oreille ne céde
en finesse à aucun calcul, quelque puisse
être l'indulgence de ce merveilleux or-
gane à l'égard de la précision de l'exécu-
tion. On pardonne au Sculpteur & au
264 MERCUREDE FRANCE:
Peintre de prendre une artére. pour une
veine, mais non pas à l'Anatomiste. Quoi-
qu'il en soit de l'importanee de certe dis-
tinction, M. B. peut s'appercevoir que je
sens aussi-bien que lui tout le mérite de
mi & de sa gamme; je pense même que les
Grecs, qui faute de connoître l'harmonie
proprement dite, rapportoient tout à la
mélodie, ont pû, & même dû regarder
cette gamme, comme la plus naturelle &
la plus susceptible du chromatique qui
dérive des differens emplois que l'harmo-
nic assigne à la nota mi, plus qu'à toute
autre: se conçois donc, que si nous étions
encore aussi novices en fait d'harmonie
que l'étoient les Grecs, l'idée des modes
seroit uniquement relarive à la mélodie
& nous serions en droit de regatder le
mode d'é-la mi, comme un mode aussi
légirime que celui d'ut & de la; mais avec
cette difference qu'il y auroit entre le mo-
de de mi, & celui de la un rapport inti-
mne, &. qu'ils seroient dans le cas de ne
differer que par le choix de son initial,
qui dans un cas setoit mi, & dans l'autre
la.
Ces considérations peuvent sussire pour
engager M. B. à présumer que j'ai fait
quelques reflexions sur la mélodie en gé-
néral, & sur celle des Grecs en particu-
JANVIER. 1751.
165
lier; quoique je sois bien éloigné d'être
parvenu à cette theorie suivie & exacte du
chant Gtec qu il annonce comme digne
de notre attention.
Mais si mes idées s'accordent en gros
assez bien avec ce que nous connoissons
de la pratique des Anciens; si ma théorie
découvre ce qu'il y a de vrai dans celle de
M. B. & qui lui est suggéré par une oteille
qui sent toute l'énergie des chænts; elle ne
s'accorde malheureusement pas si bien avec
les flatteuses conséquences qu'en tire sa
Logique.
Quelque considérable que soit le rôle
de mi dans l'harmonie aussi-bien que dans
la mélodie, je ne puis en conclure que
cette note doive passer pour la tonique
d'un nouveau mode, d'un mode distinct
du majeut & du mineur. On reconnoît un
mode à ses cordes essentielles. C'est à M.
B. à nous indiquer celles du troisième mo-
de, s'il veut nous aider à en faire la dis-
tinction: qest aussi sans doute ce qu'il fait
lorsqu'il nous dit, que ce mode passe de læ
ionique à sa quatrieme, dela à la sixiemme &
à son octave: d'où il est aisé de conclure
que les cordes essentielles du nouveau mo-
de doivent être ces quatre, ou plutôt ces
trois notes mi, la, ut, mi; c'est-à-dire,
ginasbO
166 MER CURE DEFRANCE.
precisément les mêmes que celles du mode
mineur d'a-mi-la.
Il étoit naturel d'ouvrir la Symphonie
dans le nouveau mode par l'accord propre
& caracteristique du mode mi, la, ut, mi
mais cette méthode trop naturelle ne fai-
soit pas le compte de l'inventeur d'un
troisiéme mode; l'idenuité fâcheuse de cer
accord avec celui du mode mineur, des
deux modes n'en eût fait qu'un. M. B. en
homme prudent fait taire un accord aussi
indiscret, il a recours à un des deux expé-
diens conjecturez par Philetius, & prend
le parti de débuter par un accord mutilé
& ambigu qu'il emprunte de l'harmonie
voisine; c est à l'aide de cette substitution,
de cette économie harmonique que M. B.
nous introduit dans le prétendu nouveau
mode en nous faisant passer par la porte
entr'ouverte d'un vieux mode attenant.
Quelque mérite qu'il y ait eu à-imagi-
ner un expédient dont la musique de nos
ancêtres, fournit assez d'exemples, il ny
a rien dans ce tour d'harmonie & encore
moins dans le reste de la simphonie qui
indique un nouveau mode. Si M. B. qui
entend si bien les termes de l'art, eût
exactement défini les mots de mode & de
modulation, il auroit pu comprendre que
yGoo
JANVIER. 1752.
167.
tout ce qu'il allégue pour établir la réalite
d'un troisième mode ne prouve que celle
d'une modulation équivoque plus ancien-
ne que nouvelle, & la possibilité de com-
poser une agréable simpnonie en s'écartant
à quelques égards de la regularité de la
pratique inoderne. Il en est de la compo-
sition musicale comme de la composition
dramatique ou pittoresque; on peut y
réussit sans en observer scrpuleusement
toutes les regles: les unes sont des loix,
les autres ne sont que des conseils.
Le génie excuse l'irrégularité, mais ne
la consacre pas. La même theorie qui de-
montre les privileges de mi, surtout dans
le mode mineut, prouve aussi qu en fait
d'harmonie cette note porte toujours sur
ut ou sur la, qui en sont la base naturelle
& sondamentale, & qu'elle n'a jamais elle-
même cette qualité que dans les modes
transposez. Que la mélodie dicte un chant,
un sujet qui cominence & finisse par mi;
c'est ce qu'elle est bien en droit de faire
mais c'est à l'harmonie, & nullement à la
melodie d'en prescrire la vraie base. M.
B. est fort raisonnable là dessus, il recon-
noit ingénument que l'harmonie n est
point favorable à la supposition d'un troi-
iême mode; aussi ce mode a-t. il la pru-
dence de la récuser pour Juge, il ne vent
O
168 MERCURE DEFRANCE.
etre decide que par la melodie, dit M. B.
c'est à lui à prouver que le nouvęau mode
a droit d'en appeller du tribunal de l'har-
monie à celui de la mélodie, d'un tribu-
nal supérieur à un tribunal inférieur; M.
B. fait bien mieux, il nie cette superiorité,
la melodie, dit-il, a bien plus de force sur
l'oreille que l'harmonie. Foible ressource
s'il est vrai que la force de la mélodie soit
dérivée de celle de l'harmonie; les sons
musicaux sont en quelque sorte les fruiis
de l'harmonie; la mélodie ne fait que
cueillir ceux qui se trouvent à sa bienséan-
ce, & comme sous sa main, mais elle no
les produit pas.
A suivre la méthode de M. B. toute no-
te qui peut commencer & terminer un
chant, aura droit de s'ériger en note to-
nique d'un mode mélodique; le mode
majeur d'ut nous en procurera trois de ce
genre, ut, mi, sol, & le mineut de la,
tout autant la, ut, mi; puisque ces six
sons suivent chacun une route mélodique
particuliere plus ou moins differente de
celle des autres; il ne s'agira que de se-
couer le joug de l'harmonie, qui prétend
les enchaîner & les renfermer dans les
deux seuls modes qu'elle reconnoît.
M. B. me reproche, avec quelque rai-
son, d'avoir donné au nouveau mode
ane
ues OO
JANVIER. 1752.
169
une dénomination qui lui paroît louche,
celle de semi-mineur, semi, en terme de l'Art,
c'est M. B. qui parle, veut dire moindre de
moitié, on dit semiton, &c. Il fait tout de
suite les conjectures les plus agréables sur
ce que j'ai pu prétendre par cette épithé-
te, comme si je n'en eusse pas dit le mot.
Pour profiter des leçons de M. B. sur les
termes de l'Art, je dois lui dire qu'il n'a
fait qu'une semi-lecture de l'endroit qu'il
critique, je l'y renvoye. Je le prie aussi
de corriger Brossard, qui dans son Dic-
tionnaire explique les anciens mots tech-
niques semidiapason, semidiapente, de façon
à faire croire qu'il n entend pas mieux que
moi le vrai sens du mot semi.
A propos de louche, si le troisième mo-
de l'etoit lui- même, ce setoit bien pis:
l'épithéte de mixte, que j'approuve fort,
pourroit avec raison paroitre contradic-
toire à celle du troisiéine, & les antago-
nistes du nouveau mode pourroient bien
s'en prévaloir au préjudice de sa nou-
veaute.
J'ai dit que le mode semi-mineur d'e-
la-mi, n'étoit que le mode majeur exacte-
ment renversé. Quelle idée ! s'écrie M. B.
Je vois bien qu'il ne donne pas dans le
Conte des Antipodes. Il n'a point com-
ptis le renversement exact du mode ma-
H
1. Vol.
gines
170 MERCURE DEFRANCE.
jeur, & moins encore l'idée de le pren-
dre pour principe; c'est donc une chimére
indigne de sa Critique. Il nappartient
qu'à un Don Quichotte de s'armer contre
des phantômes; mais ce Héros burlesque
étoit aussi un intrépide défenseur de la
gloire de sa chére Dulcinée, Princesse
équivoque pour laquelle beaucoup d'hon-
nêtes gens n'avoient pas tous les égards
dûs à sa Principauté. Dans ce monde cha-
cun a sa marotte; je serai redevable à M.
B. & à tout autre honnête homme qui
m'éclairera sur la mienne. Je suis fâché de
ne pouvoir entrer présentement dans l'ex-
plication des idées que Philætius a proposé
un peu laconiquement dans sa Lettre; je
tâcherai de le faire dans une occasion plus
favorable. Il est vrai que je ne pensois
pas que ce qu'il en dit, dut être une énigme
aussi obscure pour un Musicien Théoriste;
je n'imaginois pas qu'on pût être bien
scavant en Musique, si l'on ignoroit la
place des tons majeurs & mineurs, & si
Ton supposoit par exemple, que la se-
conde note du mode mineur est d'un ten
mineur; cette supposition de M. B. se
trouve à la vérité très conforme à ce que
nous enscigne l'Essai sur un troisième mode
de l'origine des gammes; mais elle nen
est pas plus juste. M. B. aura remarqué
JANVIER. 1752.
171
sans doute, pour revenir à une comparai-
son dont il m'a occasionné l'idée, que
le Sculpteur & le Peintre doivent être un
peu Anatomistes, & scavoir beaucoup
d'Osteologie & de Myologie, mais qu'on
les dispense du reste, c'est-à-dire, de tout
ce que l'Anatomie & la Physiologie ne
découvrent dans le corps humain qu'à
l'aide du scalpel, du miscroscope & du
raisonnement: mais je ne sçai s'il a assez
senti la difference qu'il y a entre la prati-
que de la composition musicale & la théo-
rie de cet Art: je doute qu'il ait compris
quelle dose de Geométrie, de Physique
& de Métaphysique doit accompagner la
connoissance de la pratique pour en par-
ler en Théoriste; je doute qu'il ait une
juste idée de cet esprit de recherche, d'ana-
lyse & de combinaison que la Philoso-
phie donne à peine à ses partisans, si la
Nature n en a fait les premiers frais, &
sans lequel cependant les connoissances
que je viens de nommer ne menent pas
bien loin dans le merveilleux labyrinte de
l'oreille. Il ne s'agit cependant pour s'a-
rienter dans tous les tours & detours de
ce labyrinte acoustique, que de faisir le
vrai fil de l'harmonie, que de découvrit
la véritable route de la succession fonda-
mentale. Cette route doit être à mon sens
Hij
EOO
172 MERCURE DE FRANCE.
si naturelle & si analogue à ce que nous
connoissons de la nature & du rapport
des sons, qu'il sera également impossible
aux Théoristes & aux Praticiens de la mé-
connoître, dès qu'on la leur indiquera
clairement: en attendant je les invite à
réflechir sur la proposition suivante.
L'accord parfait porte seul sur un seul
son fondamental, mais tout accord dis-
sonnant s'appuye sur un double fonde-
ment, sur deux sons fondamentaux.
Ce principe bien enteudu conduit à un
systême fort simple de base ou de succes-
sion fondamentale, & par ce moyen
fraye le chemin à une théorie de l'harmo-
nie qui céponde toujours également au
sentiment de l'oreille & à la précision du
calcul. C'est ce que je tâcherai de démon-
trer lorsqu'il en sera question.
Une théorie astronomique, qui sous
prétexte d'une plus grande simplicité ne
reconnoîtroit dans la terre qu'un mouve-
ment, le mouvement diurne par exem-
ple, seroit très défectueuse & très-infé-
rieure à la théorie qui en admet deux, le
mouvement diurne, & le mouvement an-
nuel.
On tâcheroit vainement d'expliquer le
flux & reflux de la mer par la seule action
de la Luve, à l'exclusion de celle du Soleil.
JANVIER. 1752. 173
Il me paroît également difficile de
donner une théorie exacte de l'harmonie,
en ne reconnoissant qu'un seul son fonda-
mental pour chaque accord dissonant.
Envain prétendroit-on renchérir sur la
simplicité de la nature. Ce n' est pas l'unité
ou le très petit nombre de principes, c'est
la certitude & la juste application de ceux
qui existent réellement, qui forment les
bonnes théories. C'est à l'inobservation
de cette maxime qu'on doit, ce me sem-
ble, attribuer l'imperfection & l'obscurité
des systêmes théoriques de musique qui
ont patu jusqu' à présent, malgré les efforts
louables des grands hommes qui ont tra-
vaillé en ce genre.
mode en Musique, pour servir de réponse
à l'observation de M. de Blainville, insérée
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature
& en émail de LL. MM. Imp.
Je renonce au nom de Philaetius, qui
pour être Grec ne m'en a pas moins
rendu un mauvais office dans l'esprit de
M. B. Je voulois m'annoncer pour un
homme qui aime à connoître les causes
des choses, & en particulier celles du plai-
sir musical: malheureusement ce mot si-
gnifie aussi un ami de la chicane: M. B.
la entendu en ce dernier sens, l'a pris
pour un nom de guerre, & m'a suppose
JANVIER. 1752. . 161
en conséquence l'odieux dessein de nuire
: la fortune du troisième mode. Il est vrai
que la découverte d'un nouveau mode,
distinct du majeur & du mineur ma paru
sujette à quelques difficultés, que j'ai crû
pouvoir proposer sans desobliger M. de
Blainville. Quand on cherche la vérité,
on aime les objections raisonnables bien
plus qu'on ne les craint; j'ai crû que les
miennes étoient de ce genre. M. B. pen-
soit-il qu'on ne devoit parler du nouveau
mode que pour le felicitet de sa décou-
verte? Mais je dois avertir pour éviret
toute équivoque, que par M. B. je n'en-
tends pas tout-à- fait M. de Blainville; on
m assure que le style de l'observation ne res-
semble pas assez à celui dont elle porte le
nom, & quon n'y reconnoît pas toute sa
douceur, ni toute sa politesse; M. B. ne
doit donc passer ici pour M. de Blainvil-
le, qu'autant que celui ci ressemble à
l'Auteur de cet Ecrit.
Ce qui me fâche, c'est que M. B. me
met dans la nécessité d'attaquer quelques
idées, qui sont certainement de M. de
Blainville, dont j'estime le mérite & les
talens; je puis même l'assurer que j'ai en-
tendu sa symphonie avec des dispositions
aussi favorables, & peut-être avec autant
de plaisir qu aucun de ses amis.
gitized by Goo
262 MERCUREDE FRANCE.
A l'égard du mode d'é-si mi naturel,
ou pour mieux dire d'é-la-mi, puisque la
quarte y domine plus que la quinte, je
lui voulois tout le bien possible, comme
ayant beaucoup de rapport à mes idées;
& j'eusse été charmé que M. B. eût réussi
à lever les difficultés que je concevois
dans la supposition d'un troisième mode:
mais par malheur ces difficultés subsistent
encore, malgré la publication de l'Essai
sur un troisième mode, & malgrè l'observa-
tion à laquelle, je réponds, moins pour la
refuter que pour développer ce qu'il y a
de vrai dans les idées de M. B. & le dé-
gager du nebuleux, dont l'inexactitude de
sa dialectique me paroît l'obscurcir.
Il est aisé de s'assurer quę des divers
sons qui sont contenus dans les deux mo-
des naturels d'ut & de la, ut & mi sont
ceux qui ont le plus de rapport harmoni-
que avec les autres, ut dans le mode ma-
jeur, & mi dans le miueur: on peut donc
dire avec vérité, que dans ce mode-ci ce
n'est pas la tonique la, mais la quinte mi
qui en est comme l'ame ou le centre har-
monique, surtout si les fa & sol diezes
sont compris dans le nombre des sons de
ce mode auquel ils sont nécessaires, s'ils ne
lui sont pas essentiels. Le son mi est donc
dans un sens vrai le principal son du mode
yG
JANVIER. 1751. 163
mineut, comme ut l'est dans le majeur:
or la disposition la plus naturelle d'une
gamme, c'est d'en atranger les sons dia-
toniquement, en commençant par le princi-
pal son, pat celui qui est le plus relatif aux
autres, dont il doit faciliter l'intonation:
il suit de-là que les deux gammes les plus
naturelles, sont d'un côté ut, re, mi, fa,
sol, la, si, ut; & de l'autre mi, fa, sol,
la, si, ut, re, mi.
Ces deux échelles diatoniques sont
exactement inverses l'une de l'autre dans
le sens indiqué pat Philærius. Selon M. B.
il seroit plus naturel de penser que ces
deux gammes ne different, que parce que
l'une commence par la troisième note de
l'autre: mais il seroit aisé de prouver le
peu d'exactitude de cette pensée, & de
démontrer que le re de la seconde gamme
n'est point à l'unisson du re de la premie-
re, qu'il est essentiellement plus bas d'un
comma. Si dans la théorie de M. B. les
commas sont des minuties, ils ne passent
pas pour tels dans la mienne: je fuis trop
convaincu qu'en fait de succession har-
monique, le sentiment de l'oreille ne céde
en finesse à aucun calcul, quelque puisse
être l'indulgence de ce merveilleux or-
gane à l'égard de la précision de l'exécu-
tion. On pardonne au Sculpteur & au
264 MERCUREDE FRANCE:
Peintre de prendre une artére. pour une
veine, mais non pas à l'Anatomiste. Quoi-
qu'il en soit de l'importanee de certe dis-
tinction, M. B. peut s'appercevoir que je
sens aussi-bien que lui tout le mérite de
mi & de sa gamme; je pense même que les
Grecs, qui faute de connoître l'harmonie
proprement dite, rapportoient tout à la
mélodie, ont pû, & même dû regarder
cette gamme, comme la plus naturelle &
la plus susceptible du chromatique qui
dérive des differens emplois que l'harmo-
nic assigne à la nota mi, plus qu'à toute
autre: se conçois donc, que si nous étions
encore aussi novices en fait d'harmonie
que l'étoient les Grecs, l'idée des modes
seroit uniquement relarive à la mélodie
& nous serions en droit de regatder le
mode d'é-la mi, comme un mode aussi
légirime que celui d'ut & de la; mais avec
cette difference qu'il y auroit entre le mo-
de de mi, & celui de la un rapport inti-
mne, &. qu'ils seroient dans le cas de ne
differer que par le choix de son initial,
qui dans un cas setoit mi, & dans l'autre
la.
Ces considérations peuvent sussire pour
engager M. B. à présumer que j'ai fait
quelques reflexions sur la mélodie en gé-
néral, & sur celle des Grecs en particu-
JANVIER. 1751.
165
lier; quoique je sois bien éloigné d'être
parvenu à cette theorie suivie & exacte du
chant Gtec qu il annonce comme digne
de notre attention.
Mais si mes idées s'accordent en gros
assez bien avec ce que nous connoissons
de la pratique des Anciens; si ma théorie
découvre ce qu'il y a de vrai dans celle de
M. B. & qui lui est suggéré par une oteille
qui sent toute l'énergie des chænts; elle ne
s'accorde malheureusement pas si bien avec
les flatteuses conséquences qu'en tire sa
Logique.
Quelque considérable que soit le rôle
de mi dans l'harmonie aussi-bien que dans
la mélodie, je ne puis en conclure que
cette note doive passer pour la tonique
d'un nouveau mode, d'un mode distinct
du majeut & du mineur. On reconnoît un
mode à ses cordes essentielles. C'est à M.
B. à nous indiquer celles du troisième mo-
de, s'il veut nous aider à en faire la dis-
tinction: qest aussi sans doute ce qu'il fait
lorsqu'il nous dit, que ce mode passe de læ
ionique à sa quatrieme, dela à la sixiemme &
à son octave: d'où il est aisé de conclure
que les cordes essentielles du nouveau mo-
de doivent être ces quatre, ou plutôt ces
trois notes mi, la, ut, mi; c'est-à-dire,
ginasbO
166 MER CURE DEFRANCE.
precisément les mêmes que celles du mode
mineur d'a-mi-la.
Il étoit naturel d'ouvrir la Symphonie
dans le nouveau mode par l'accord propre
& caracteristique du mode mi, la, ut, mi
mais cette méthode trop naturelle ne fai-
soit pas le compte de l'inventeur d'un
troisiéme mode; l'idenuité fâcheuse de cer
accord avec celui du mode mineur, des
deux modes n'en eût fait qu'un. M. B. en
homme prudent fait taire un accord aussi
indiscret, il a recours à un des deux expé-
diens conjecturez par Philetius, & prend
le parti de débuter par un accord mutilé
& ambigu qu'il emprunte de l'harmonie
voisine; c est à l'aide de cette substitution,
de cette économie harmonique que M. B.
nous introduit dans le prétendu nouveau
mode en nous faisant passer par la porte
entr'ouverte d'un vieux mode attenant.
Quelque mérite qu'il y ait eu à-imagi-
ner un expédient dont la musique de nos
ancêtres, fournit assez d'exemples, il ny
a rien dans ce tour d'harmonie & encore
moins dans le reste de la simphonie qui
indique un nouveau mode. Si M. B. qui
entend si bien les termes de l'art, eût
exactement défini les mots de mode & de
modulation, il auroit pu comprendre que
yGoo
JANVIER. 1752.
167.
tout ce qu'il allégue pour établir la réalite
d'un troisième mode ne prouve que celle
d'une modulation équivoque plus ancien-
ne que nouvelle, & la possibilité de com-
poser une agréable simpnonie en s'écartant
à quelques égards de la regularité de la
pratique inoderne. Il en est de la compo-
sition musicale comme de la composition
dramatique ou pittoresque; on peut y
réussit sans en observer scrpuleusement
toutes les regles: les unes sont des loix,
les autres ne sont que des conseils.
Le génie excuse l'irrégularité, mais ne
la consacre pas. La même theorie qui de-
montre les privileges de mi, surtout dans
le mode mineut, prouve aussi qu en fait
d'harmonie cette note porte toujours sur
ut ou sur la, qui en sont la base naturelle
& sondamentale, & qu'elle n'a jamais elle-
même cette qualité que dans les modes
transposez. Que la mélodie dicte un chant,
un sujet qui cominence & finisse par mi;
c'est ce qu'elle est bien en droit de faire
mais c'est à l'harmonie, & nullement à la
melodie d'en prescrire la vraie base. M.
B. est fort raisonnable là dessus, il recon-
noit ingénument que l'harmonie n est
point favorable à la supposition d'un troi-
iême mode; aussi ce mode a-t. il la pru-
dence de la récuser pour Juge, il ne vent
O
168 MERCURE DEFRANCE.
etre decide que par la melodie, dit M. B.
c'est à lui à prouver que le nouvęau mode
a droit d'en appeller du tribunal de l'har-
monie à celui de la mélodie, d'un tribu-
nal supérieur à un tribunal inférieur; M.
B. fait bien mieux, il nie cette superiorité,
la melodie, dit-il, a bien plus de force sur
l'oreille que l'harmonie. Foible ressource
s'il est vrai que la force de la mélodie soit
dérivée de celle de l'harmonie; les sons
musicaux sont en quelque sorte les fruiis
de l'harmonie; la mélodie ne fait que
cueillir ceux qui se trouvent à sa bienséan-
ce, & comme sous sa main, mais elle no
les produit pas.
A suivre la méthode de M. B. toute no-
te qui peut commencer & terminer un
chant, aura droit de s'ériger en note to-
nique d'un mode mélodique; le mode
majeur d'ut nous en procurera trois de ce
genre, ut, mi, sol, & le mineut de la,
tout autant la, ut, mi; puisque ces six
sons suivent chacun une route mélodique
particuliere plus ou moins differente de
celle des autres; il ne s'agira que de se-
couer le joug de l'harmonie, qui prétend
les enchaîner & les renfermer dans les
deux seuls modes qu'elle reconnoît.
M. B. me reproche, avec quelque rai-
son, d'avoir donné au nouveau mode
ane
ues OO
JANVIER. 1752.
169
une dénomination qui lui paroît louche,
celle de semi-mineur, semi, en terme de l'Art,
c'est M. B. qui parle, veut dire moindre de
moitié, on dit semiton, &c. Il fait tout de
suite les conjectures les plus agréables sur
ce que j'ai pu prétendre par cette épithé-
te, comme si je n'en eusse pas dit le mot.
Pour profiter des leçons de M. B. sur les
termes de l'Art, je dois lui dire qu'il n'a
fait qu'une semi-lecture de l'endroit qu'il
critique, je l'y renvoye. Je le prie aussi
de corriger Brossard, qui dans son Dic-
tionnaire explique les anciens mots tech-
niques semidiapason, semidiapente, de façon
à faire croire qu'il n entend pas mieux que
moi le vrai sens du mot semi.
A propos de louche, si le troisième mo-
de l'etoit lui- même, ce setoit bien pis:
l'épithéte de mixte, que j'approuve fort,
pourroit avec raison paroitre contradic-
toire à celle du troisiéine, & les antago-
nistes du nouveau mode pourroient bien
s'en prévaloir au préjudice de sa nou-
veaute.
J'ai dit que le mode semi-mineur d'e-
la-mi, n'étoit que le mode majeur exacte-
ment renversé. Quelle idée ! s'écrie M. B.
Je vois bien qu'il ne donne pas dans le
Conte des Antipodes. Il n'a point com-
ptis le renversement exact du mode ma-
H
1. Vol.
gines
170 MERCURE DEFRANCE.
jeur, & moins encore l'idée de le pren-
dre pour principe; c'est donc une chimére
indigne de sa Critique. Il nappartient
qu'à un Don Quichotte de s'armer contre
des phantômes; mais ce Héros burlesque
étoit aussi un intrépide défenseur de la
gloire de sa chére Dulcinée, Princesse
équivoque pour laquelle beaucoup d'hon-
nêtes gens n'avoient pas tous les égards
dûs à sa Principauté. Dans ce monde cha-
cun a sa marotte; je serai redevable à M.
B. & à tout autre honnête homme qui
m'éclairera sur la mienne. Je suis fâché de
ne pouvoir entrer présentement dans l'ex-
plication des idées que Philætius a proposé
un peu laconiquement dans sa Lettre; je
tâcherai de le faire dans une occasion plus
favorable. Il est vrai que je ne pensois
pas que ce qu'il en dit, dut être une énigme
aussi obscure pour un Musicien Théoriste;
je n'imaginois pas qu'on pût être bien
scavant en Musique, si l'on ignoroit la
place des tons majeurs & mineurs, & si
Ton supposoit par exemple, que la se-
conde note du mode mineur est d'un ten
mineur; cette supposition de M. B. se
trouve à la vérité très conforme à ce que
nous enscigne l'Essai sur un troisième mode
de l'origine des gammes; mais elle nen
est pas plus juste. M. B. aura remarqué
JANVIER. 1752.
171
sans doute, pour revenir à une comparai-
son dont il m'a occasionné l'idée, que
le Sculpteur & le Peintre doivent être un
peu Anatomistes, & scavoir beaucoup
d'Osteologie & de Myologie, mais qu'on
les dispense du reste, c'est-à-dire, de tout
ce que l'Anatomie & la Physiologie ne
découvrent dans le corps humain qu'à
l'aide du scalpel, du miscroscope & du
raisonnement: mais je ne sçai s'il a assez
senti la difference qu'il y a entre la prati-
que de la composition musicale & la théo-
rie de cet Art: je doute qu'il ait compris
quelle dose de Geométrie, de Physique
& de Métaphysique doit accompagner la
connoissance de la pratique pour en par-
ler en Théoriste; je doute qu'il ait une
juste idée de cet esprit de recherche, d'ana-
lyse & de combinaison que la Philoso-
phie donne à peine à ses partisans, si la
Nature n en a fait les premiers frais, &
sans lequel cependant les connoissances
que je viens de nommer ne menent pas
bien loin dans le merveilleux labyrinte de
l'oreille. Il ne s'agit cependant pour s'a-
rienter dans tous les tours & detours de
ce labyrinte acoustique, que de faisir le
vrai fil de l'harmonie, que de découvrit
la véritable route de la succession fonda-
mentale. Cette route doit être à mon sens
Hij
EOO
172 MERCURE DE FRANCE.
si naturelle & si analogue à ce que nous
connoissons de la nature & du rapport
des sons, qu'il sera également impossible
aux Théoristes & aux Praticiens de la mé-
connoître, dès qu'on la leur indiquera
clairement: en attendant je les invite à
réflechir sur la proposition suivante.
L'accord parfait porte seul sur un seul
son fondamental, mais tout accord dis-
sonnant s'appuye sur un double fonde-
ment, sur deux sons fondamentaux.
Ce principe bien enteudu conduit à un
systême fort simple de base ou de succes-
sion fondamentale, & par ce moyen
fraye le chemin à une théorie de l'harmo-
nie qui céponde toujours également au
sentiment de l'oreille & à la précision du
calcul. C'est ce que je tâcherai de démon-
trer lorsqu'il en sera question.
Une théorie astronomique, qui sous
prétexte d'une plus grande simplicité ne
reconnoîtroit dans la terre qu'un mouve-
ment, le mouvement diurne par exem-
ple, seroit très défectueuse & très-infé-
rieure à la théorie qui en admet deux, le
mouvement diurne, & le mouvement an-
nuel.
On tâcheroit vainement d'expliquer le
flux & reflux de la mer par la seule action
de la Luve, à l'exclusion de celle du Soleil.
JANVIER. 1752. 173
Il me paroît également difficile de
donner une théorie exacte de l'harmonie,
en ne reconnoissant qu'un seul son fonda-
mental pour chaque accord dissonant.
Envain prétendroit-on renchérir sur la
simplicité de la nature. Ce n' est pas l'unité
ou le très petit nombre de principes, c'est
la certitude & la juste application de ceux
qui existent réellement, qui forment les
bonnes théories. C'est à l'inobservation
de cette maxime qu'on doit, ce me sem-
ble, attribuer l'imperfection & l'obscurité
des systêmes théoriques de musique qui
ont patu jusqu' à présent, malgré les efforts
louables des grands hommes qui ont tra-
vaillé en ce genre.
Fermer
17
p. 137-147
D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
Début :
Le but de M. Serre dans ses deux réponses étoit apparemment ou de [...]
Mots clefs :
Harmonie, M. de Serre, Mélodie, Mode, Musique, Chant, Chants, Basse, Tierce, Quinte, Nature, Compositeur, Octave, Art
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
BEAUX - ARTS.
Deffertation où l'on examine les droits de ba
mélodie de l'harmonie , pour fervir de
réponse aux réflexions de M. de Serre , inferées
dans le Mercure de Janvier. Par
M. Blainville.
LE but de M.de Serre dans les deux
réponses étoit apparemment ou de
m'éclaircir , ou d'amufer le public . La prenie
re , fous le nom de Philetius , très- laconique
, ne m'a rien appris ; la feconde,
fous le nom propre de l'Auteur , plus éten
duë , ne m'a pas inftruit davantage ; mais
peut-être ont- elles toutes deux amuſé d'autres
Lecteurs ; Ainfi foit il.
J'ai avancé que la mélodie avoit beaucoup
plus de pouvoir fur l'oreille que
T'harmonie , & M. de Serre en eft fort
furpris. Il n'a vraisemblablement
fait là
deffus qu'une femi- réflexion, & c'est ce qu'il
eft bon de lui montrer.
La mélodie naît de l'enchainement de
plufieurs fons qui forment les chants &
que l'harmonie fortifie par d'autres fons
ajoutés , mais ces derniers. ne s'ajoûrent
qu'après le chant imaginé , & celui qui
138 MERCURE DE FRANCE.
chercheroit un clrant fur une baffe donnée,
reffembleroit à peu près à celui qui rempliroit
des bouts rimés. C'eft au chant à
fuggérer l'harmonie , & non pas à l'harmonie
à fuggerer les chants.
Faire une baffe , y ajuster un - deffus ,
mettre des paroles fur ce deffus , voilà ce
qu'on pourroit appeller commencer le deffein
d'une figure par le pied d'eftal , & l'achever
par la tête. On peut quelquefois
fe propofer , tant en peinture qu'en Mufique
, ces efpeces de défis , & même s'en
tirer heureufement ; mais ce n'eft pas la
marche ordinaire du génie. La nature entraine
d'abord & prefqu'invinciblement
le Compofiteur dans les routes de la mélodie
, furtout quand il eft plein du ſujet
qu'il veut rendre , mais M. de Serre n'eft
pas obligé d'avoir fenti cet attrait mufical
, ni par conféquent d'en tirer toutes
les vérités qui en découlent. L'harmonie
eft fille de l'expérience & de l'art ; la mélodie
eft fille de la nature & du génie Les
charmes de celle - ci fe font fentir aux perfonnes
les moins expérimentées ; l'habi
tude feule apprend à fentir & à goûter
F'harmonie. La plus belle harmonie trouble
les oreilles qui n'y font pas faites. Un
payfan ne pourra fupporter l'enfemble d'un
duo de flûtesdont les parties l'auront émerMA
I. 1.752. 139
t
veillé tour-à- tour ; & puiſque j'en fuis fue
eet article , on me permettra de rapporter
l'idée d'un homme de lettres qui m'a
toujours paru fort jufte ; c'eft qu'il y auroit
un moyen de rendre un enfant excellent
juge en Mulique , fans lui faire lire ou
chanter une note . Pour cet effet , il faudroit
qu'il y eût dans fon éducation une
partie muficale ; cette partie confifteroit à
lui faire entendre avec atttention un beau
folo , de lui répéter ce folo , jufqu'à ce quele
chant lui en fût extrêmement familier ;
d'y joindre alors un accompagnement de
quelques notes difperfées , & mifes en des .
endroits firares & fi choifis, que le chant de
deffus n'en fût prefque point alteré ; de rendre
enfuite Faccompagnement un peu plus :
fuivi, puis tout- à fait continu ; enfin con-
: tinu , & chantant,pour accoutumer ainfi fes.
jeunes oreilles à faifir diftinctement deux.
parties à la fois , puis trois , quatre ; &
à la longue à juger très-folidement d'un
choeur entier , facilité qu'elles n'acquereront
jamais , tant qu'elles feront abandondonnées
à elles - mêmes , & qu'on ne les
conduira infenfiblement de la notion .
du fimple , à celle du compofé .
pas
Je prie M. de Serre de confidérer que
cet exercice eft prefque fuperflu pour la
mélodie , furtout lorfque les chants font140
MERCUREDE FRANCE:
faciles & naturels , & qu'un Compofiteur
ne s'eft pas propofé de faire preuve d'habileté
en traverfant avec rapiditéune fuite
demodulations bizares moins afforties par
le goût , qu'amenées & contraintes par la
connnoiffance de l'art. J'ai entendu raconter
du célébre M. Geminiani , que quand
il avoit un adagio touchant & pathetique
à compofer, il commençoit par fe recueillir
en lui- même , à fe repréfenter les plus
grands malheurs , la mort de fes enfans
le défefpoir de fa femme , l'incendie de fa
maifon , l'abandon de tous les amis , &
que quand il étoit bien affecté de toutes
ces cruelles peintures , alors il prenoit føn
violon & fe livroit aux lugubres images
errantes dans fon imagination. M. de Serre
croit - il , en bonne foi , que ce fût l'harmonie
qui occupoit alors principalement
le célébreMuficien dont je viens de parler.
M. de Serre ne manquera pas de me dire
que le fon confidéré phyfiquement n'exifte
point feul & que fes vibrations l'offrent
toujours avec fa tierce , fa quinte & fon
octave. Il me dira encore que ce fon
donné , paffe de préférence à fa quinte ,
à fa tierce , &c. . . . . mmaaiiss que réfulteroit-
il de ce phénomene ? Que nous tenons
de la naure la mélodie , qu'elle nous
Luggére l'harmonie , & qu'elle nous pré-
...
MAL. 1752. 141
f
Tente la route de plufieurs fons à la fois ;
c'est là tout; mais un Compofiteur fait-il
un morceau de mélodie ? Forme-t -il des
chants ? Il ne fuit alors que fon génie ;
fes tours de chant font reguliers , ils
produiront une belle modulation , une
belle harmonie ; fi le morceau manque
par la mélodie tout l'édifice s'écroulera
; le Compofiteur aura beau fe tourmenter,
mettre confonances fur diffonances
, diflonances fur confonances , multiplier
les traits , parcourir des modulations
, le tout fera fort fçavant & fort
mauvais.
Veut-on qu'une Mufique foit belle ?
Que le chant en foit bien conçû , qu'il
ait un caractere de force & de vérité ; que
cette expreflion donne lieu à des cordes
d'harmonie & à des modulations piquantes
, à des détails d'harmonie naturelle, & c.
tous ces acceffoires acheveront la peinture.
Voilà les fleurs que l'art doit apprendre à
cueillir: c'eftce qu'onpourroit appellerdars
un tableau,fonds de payfage , architecture ,
draperies , & autres parties fubordonnées ,
qui avec le coloris, complexent l'harmonie
du tableau . Mais c'eft aux traits du deffein ,
aux caracteres des figures , à la nature du
Lujet , aux contours agréables à donner
de l'expreffion aux têtes , du gefte aux fi142
, MERCURE DE FRANCE.
gures , de la vie au tout. Voilà la mélodie
, le refte n'eft que d'accompagnement
& d'harmonie. M. de Serre peut voir par
l'attention que j'ai à tirer mes comparai
fons de fon talent , combien je ferois flatté
qu'il m'entendît . ·
参
En un mot , eft ce la rime en poëfie ,
la cadence des fillabes , l'harmonie du vers
qui forment la poësie , ou plutôt le ftile ,
les penfées , les images , les expreffions ,
les peintures ? Combien de morceaux de
mufique où le chant nous ravit , & où les
parties d'accompagnement méritent à pei
ne notre attention ? Les accompagnemens
dans tous les arts d'imitation ne font beauté
, qu'autant qu'ils ajoûtent à l'expreffion
des parties principales. Je conviens qu'en
mufique ce n'eft pas du concours de ces deux
fources qu'il peut fortir un tout également
fatisfaisant pour l'efprit & pour l'organe ;
mais je n'ai garde de prendre l'acceffoire
pour le principal.
Ceft dans le deffein de perfectionner la
mélodie & l'harmonie que j'ai propofé un
troifiéme mode : j'ai cru que ce mode donnoit
plus de liberté , plus de variété & dans
les parties principales & dans les fubordonnées
; que le paffage d'un accord à un autre
, la différence du majeur au mineur
dans la tierce , le progrès d'un femi- ton à
1
MAI. 7752. 143
T'octave déterminoient notre oreille en faveur
de tel ou tel mode ; les intervalles de
tierce , quarte ou quinte donnés par la
nature , le progrès d'un ton à l'octave ,
auroient le même privilege , qu'on me
fçauroit quelque gré d'avoir indiqué un
moyen de paffer fans embarras à travers
une fuite de modulations indécifes où l'on
avoit été juſqu'à préſent très expofé à s'égarer
, &c. ... . Telle a été la baſe fur
laquelle j'ai établi le mode mixte ; quelques
Connoiffeurs , entre lefquels je me
fais un honneur de citer M. Rouffeau de
Geneve , ont approuvé ma tentative ; les
autres pourront peut-être dans la fuite en -
juger mieux , fur des morceaux propres
à ce genre , que fur les raifons de mes cenfeurs
qui ne m'ont jufqu'à préfent para ni
affez fortes ni affez claires , pour me faire
changer d'avis .
د
Je fupplie M. de Serre une autre fois de
bannir de fes écrits fur la Mufique , Donquichotte
, la Myologie , la Phyfiologie.
l'Aftronomie , le flux & reflux de la Mer ,
qui n'y ont que faire , & de fonger que
tout cet étalage ne tend gueres à prouver
qu'un mode eft bon ou mauvais. Lorfque
je l'entends débuter en ces termes , le fon
mi eft le pricipal du mode lami ; & c'eft le
centre harmonique dans amila ; elami &
7
144 MERCURE DE FRANCE.
amila ne différe que par le choix du fon
initial qui dans un des cas eft mi, & la dans
l'autre j'efpérai que ce début fimple &
rélatif à l'art , nous meneroit à quelque
chofe ; mais point du tout , il s'écarte
bientôt de fa route pour m'entraîner tout
à traver champs au tribunal de l'harmonie.
Je conviens que ce tribunal eft bon , mais
ne me paroît pas competent ici , & je
rois pouvoir m'en tenir à celui de la méodie
, jufquà ce qu'il plaife à M. de Serre
le me détromper.
J'ajoûterai feulement que le fyftème des
atins avoit douze modes ; que ces modes
A réduifoient à deux , auffi-tôt que l'harnie
fe fut arrogé l'empire fur la
lodie ; alors il ne refta prefque plus de
iges de la Mufique ancienne , elle perbeaucoup
de fa richeffe , mais elle ne
t aucun de fes admirateurs. Quelle
... bizarrerie de ces admirateurs! Ils continuent
d'attribuer à cette Mufique ancien
ne les effets les plus inouis ; ils ne ceffent
de rabaiffer la nôtre par les éloges qu'ils
lui donnent ; ce font des plaintes , des regrets
, des comparaifons odieufes que nos
plus beaux morceaux n'interrompent point;
& lorfqu'un moderne s'élance du chemin
batu & cherche à rouvrir les fources abandonnées
des prodiges de la Mufique ancienne
,
MAI. 17526 145
cienne, il ne rencontre que des ironies, des
injures , des critiques , des contradictions ,
& c.. qu'on nous dife une bonne fois que la
Mufique des anciens étoit déteftable , afin
que nous ceffions de courir en vain après des
chants perdus qui ne méritent pas la peine
d'être retrouvés , ou fi l'on perfifte à foûtenir
que la Mufique moderne a beaucoup
3 gagner dans cette recherche , qu'on applaudiffe
donc à nos efforts & qu'on nous
encourage .
En attendant que le Public fente cette
contradiction de fes jugemens , M. de
Serre me permettra de lui repréfenter , à
lui qui n'eft pas un homme de la foule , à
lui qui a des oreilles ; que l'adoption du
mode mixte augmente notre fond , n’altere
point nos principes , & ne nous induit
en aucune erreur ; que je m'en fuis
fervi avec fuccés ; qu'un autre pourra s'en
fervir avec le même avantage au moins ;
qu'étant de plus grandes reflources que
l'Enfarmonique qui ne nous fournit que
des paffages , il feroit ridicule de le prof
crire , lui qui nous fournit des chants fuivis
; que mon exemple n'autorifera perfonne
à prendte pour initiales d'autres
notes de l'octave , & abigarer notre Mufique
d'une foule de modes inconnus ;
qu'il eft démontré que le mode mixte eft
G
146 MERCURE DE FRANCE.
J
1
foit
le feul qu'on puiffe ajoûter aux deux
autres ; que toute autre initiale qu'on prît,
il en résulteroit une gamme trop vicieuſe
pour la mélodie , foit pour l'harmo
nie ; & qu'il eft même furprenant qu'on
n'ait pas employé contre le mode d'Elami ,
les raifons par lefquelles j'ai rejette les autres
gammes .
On a abandonné le mode plagal , dit
M. Broffard , & on s'en eft tenu à l'autentique
, parce que le premier étoit comme
le collateral de celui- ci , & naiffoit , pour
ainfi dire , de fon extenfion . Quand M.
de Serre fe feroit appuié de cette autorité ,
je ne m'en tiendrois pas pour mieux combattu
. Il ne s'agit ici ni de l'opinion de M.
Broffard , ni de celle de M. de Serre , ni
de la mienne , mais du fentiment de l'organe
& de la raifon ; & la fuppreffion du
mode plagal ne la juftifie nullement .
Je paffe enfin aux propofitions qui terminent
le dernier écrit de M. de Serre. Il
dit qu'un accord diffonant porte toujours
fur un doubleffon fondamental. Qu'il me
foit permis de lui demander :
1. Quels font les deux fondamentaux
de l'accord de feptumi de la dominante
tonique fol , dans le ton de ut , fol , fi ,
re , fa.
2. Pourquoi dans la progreffion fonMA
I. 1752:
147
damentale , il fe trouve de fa à fi , un
intervalle de fauffe quinte en defcendant ,
ou de triton en montant , deux intervalles
contraires à la mélodie.
3°. Quelle forte d'accord peut joindre
en montant , la dominante à la fixiéme note
, & cette fixiéme à la fenfible.
4°. Pourquoi dans les progreffions de
tierce , quarte ou quinte , le deffus eft
dans un mode & la baffe dans un autre.
5°. Pourquoi un deffus pris féparément
& fuppofé comme baffe , comporte une
harmonie qui n'eft plus la même , quand on
vient à y faire une baffe continue.
Je ne connois perfonne à qui je puiſſe
m'adreffer à plus jufte titre qu'à M. de
Serre qui paroît étudier l'harmonie en Philofophe
; mais qu'il me permette de l'avertir
que s'il fe propofe de m'éclairer moi &
beaucoup d'autres chetifs Muficiens , gens
ignares & non lettres comme moi , il faut
qu'il ait la bonté de changer de ton ; de
defcendre en notre faveur des hautes regions
où il fe plaît à planer au- delà de notre
vûë, & de marcher terre à terre ,
terre , fans
quoi les oracles continuant de nous être
inintelligibles , je me croirai difpenfé de
l'interroger & de lui répondre..
Deffertation où l'on examine les droits de ba
mélodie de l'harmonie , pour fervir de
réponse aux réflexions de M. de Serre , inferées
dans le Mercure de Janvier. Par
M. Blainville.
LE but de M.de Serre dans les deux
réponses étoit apparemment ou de
m'éclaircir , ou d'amufer le public . La prenie
re , fous le nom de Philetius , très- laconique
, ne m'a rien appris ; la feconde,
fous le nom propre de l'Auteur , plus éten
duë , ne m'a pas inftruit davantage ; mais
peut-être ont- elles toutes deux amuſé d'autres
Lecteurs ; Ainfi foit il.
J'ai avancé que la mélodie avoit beaucoup
plus de pouvoir fur l'oreille que
T'harmonie , & M. de Serre en eft fort
furpris. Il n'a vraisemblablement
fait là
deffus qu'une femi- réflexion, & c'est ce qu'il
eft bon de lui montrer.
La mélodie naît de l'enchainement de
plufieurs fons qui forment les chants &
que l'harmonie fortifie par d'autres fons
ajoutés , mais ces derniers. ne s'ajoûrent
qu'après le chant imaginé , & celui qui
138 MERCURE DE FRANCE.
chercheroit un clrant fur une baffe donnée,
reffembleroit à peu près à celui qui rempliroit
des bouts rimés. C'eft au chant à
fuggérer l'harmonie , & non pas à l'harmonie
à fuggerer les chants.
Faire une baffe , y ajuster un - deffus ,
mettre des paroles fur ce deffus , voilà ce
qu'on pourroit appeller commencer le deffein
d'une figure par le pied d'eftal , & l'achever
par la tête. On peut quelquefois
fe propofer , tant en peinture qu'en Mufique
, ces efpeces de défis , & même s'en
tirer heureufement ; mais ce n'eft pas la
marche ordinaire du génie. La nature entraine
d'abord & prefqu'invinciblement
le Compofiteur dans les routes de la mélodie
, furtout quand il eft plein du ſujet
qu'il veut rendre , mais M. de Serre n'eft
pas obligé d'avoir fenti cet attrait mufical
, ni par conféquent d'en tirer toutes
les vérités qui en découlent. L'harmonie
eft fille de l'expérience & de l'art ; la mélodie
eft fille de la nature & du génie Les
charmes de celle - ci fe font fentir aux perfonnes
les moins expérimentées ; l'habi
tude feule apprend à fentir & à goûter
F'harmonie. La plus belle harmonie trouble
les oreilles qui n'y font pas faites. Un
payfan ne pourra fupporter l'enfemble d'un
duo de flûtesdont les parties l'auront émerMA
I. 1.752. 139
t
veillé tour-à- tour ; & puiſque j'en fuis fue
eet article , on me permettra de rapporter
l'idée d'un homme de lettres qui m'a
toujours paru fort jufte ; c'eft qu'il y auroit
un moyen de rendre un enfant excellent
juge en Mulique , fans lui faire lire ou
chanter une note . Pour cet effet , il faudroit
qu'il y eût dans fon éducation une
partie muficale ; cette partie confifteroit à
lui faire entendre avec atttention un beau
folo , de lui répéter ce folo , jufqu'à ce quele
chant lui en fût extrêmement familier ;
d'y joindre alors un accompagnement de
quelques notes difperfées , & mifes en des .
endroits firares & fi choifis, que le chant de
deffus n'en fût prefque point alteré ; de rendre
enfuite Faccompagnement un peu plus :
fuivi, puis tout- à fait continu ; enfin con-
: tinu , & chantant,pour accoutumer ainfi fes.
jeunes oreilles à faifir diftinctement deux.
parties à la fois , puis trois , quatre ; &
à la longue à juger très-folidement d'un
choeur entier , facilité qu'elles n'acquereront
jamais , tant qu'elles feront abandondonnées
à elles - mêmes , & qu'on ne les
conduira infenfiblement de la notion .
du fimple , à celle du compofé .
pas
Je prie M. de Serre de confidérer que
cet exercice eft prefque fuperflu pour la
mélodie , furtout lorfque les chants font140
MERCUREDE FRANCE:
faciles & naturels , & qu'un Compofiteur
ne s'eft pas propofé de faire preuve d'habileté
en traverfant avec rapiditéune fuite
demodulations bizares moins afforties par
le goût , qu'amenées & contraintes par la
connnoiffance de l'art. J'ai entendu raconter
du célébre M. Geminiani , que quand
il avoit un adagio touchant & pathetique
à compofer, il commençoit par fe recueillir
en lui- même , à fe repréfenter les plus
grands malheurs , la mort de fes enfans
le défefpoir de fa femme , l'incendie de fa
maifon , l'abandon de tous les amis , &
que quand il étoit bien affecté de toutes
ces cruelles peintures , alors il prenoit føn
violon & fe livroit aux lugubres images
errantes dans fon imagination. M. de Serre
croit - il , en bonne foi , que ce fût l'harmonie
qui occupoit alors principalement
le célébreMuficien dont je viens de parler.
M. de Serre ne manquera pas de me dire
que le fon confidéré phyfiquement n'exifte
point feul & que fes vibrations l'offrent
toujours avec fa tierce , fa quinte & fon
octave. Il me dira encore que ce fon
donné , paffe de préférence à fa quinte ,
à fa tierce , &c. . . . . mmaaiiss que réfulteroit-
il de ce phénomene ? Que nous tenons
de la naure la mélodie , qu'elle nous
Luggére l'harmonie , & qu'elle nous pré-
...
MAL. 1752. 141
f
Tente la route de plufieurs fons à la fois ;
c'est là tout; mais un Compofiteur fait-il
un morceau de mélodie ? Forme-t -il des
chants ? Il ne fuit alors que fon génie ;
fes tours de chant font reguliers , ils
produiront une belle modulation , une
belle harmonie ; fi le morceau manque
par la mélodie tout l'édifice s'écroulera
; le Compofiteur aura beau fe tourmenter,
mettre confonances fur diffonances
, diflonances fur confonances , multiplier
les traits , parcourir des modulations
, le tout fera fort fçavant & fort
mauvais.
Veut-on qu'une Mufique foit belle ?
Que le chant en foit bien conçû , qu'il
ait un caractere de force & de vérité ; que
cette expreflion donne lieu à des cordes
d'harmonie & à des modulations piquantes
, à des détails d'harmonie naturelle, & c.
tous ces acceffoires acheveront la peinture.
Voilà les fleurs que l'art doit apprendre à
cueillir: c'eftce qu'onpourroit appellerdars
un tableau,fonds de payfage , architecture ,
draperies , & autres parties fubordonnées ,
qui avec le coloris, complexent l'harmonie
du tableau . Mais c'eft aux traits du deffein ,
aux caracteres des figures , à la nature du
Lujet , aux contours agréables à donner
de l'expreffion aux têtes , du gefte aux fi142
, MERCURE DE FRANCE.
gures , de la vie au tout. Voilà la mélodie
, le refte n'eft que d'accompagnement
& d'harmonie. M. de Serre peut voir par
l'attention que j'ai à tirer mes comparai
fons de fon talent , combien je ferois flatté
qu'il m'entendît . ·
参
En un mot , eft ce la rime en poëfie ,
la cadence des fillabes , l'harmonie du vers
qui forment la poësie , ou plutôt le ftile ,
les penfées , les images , les expreffions ,
les peintures ? Combien de morceaux de
mufique où le chant nous ravit , & où les
parties d'accompagnement méritent à pei
ne notre attention ? Les accompagnemens
dans tous les arts d'imitation ne font beauté
, qu'autant qu'ils ajoûtent à l'expreffion
des parties principales. Je conviens qu'en
mufique ce n'eft pas du concours de ces deux
fources qu'il peut fortir un tout également
fatisfaisant pour l'efprit & pour l'organe ;
mais je n'ai garde de prendre l'acceffoire
pour le principal.
Ceft dans le deffein de perfectionner la
mélodie & l'harmonie que j'ai propofé un
troifiéme mode : j'ai cru que ce mode donnoit
plus de liberté , plus de variété & dans
les parties principales & dans les fubordonnées
; que le paffage d'un accord à un autre
, la différence du majeur au mineur
dans la tierce , le progrès d'un femi- ton à
1
MAI. 7752. 143
T'octave déterminoient notre oreille en faveur
de tel ou tel mode ; les intervalles de
tierce , quarte ou quinte donnés par la
nature , le progrès d'un ton à l'octave ,
auroient le même privilege , qu'on me
fçauroit quelque gré d'avoir indiqué un
moyen de paffer fans embarras à travers
une fuite de modulations indécifes où l'on
avoit été juſqu'à préſent très expofé à s'égarer
, &c. ... . Telle a été la baſe fur
laquelle j'ai établi le mode mixte ; quelques
Connoiffeurs , entre lefquels je me
fais un honneur de citer M. Rouffeau de
Geneve , ont approuvé ma tentative ; les
autres pourront peut-être dans la fuite en -
juger mieux , fur des morceaux propres
à ce genre , que fur les raifons de mes cenfeurs
qui ne m'ont jufqu'à préfent para ni
affez fortes ni affez claires , pour me faire
changer d'avis .
د
Je fupplie M. de Serre une autre fois de
bannir de fes écrits fur la Mufique , Donquichotte
, la Myologie , la Phyfiologie.
l'Aftronomie , le flux & reflux de la Mer ,
qui n'y ont que faire , & de fonger que
tout cet étalage ne tend gueres à prouver
qu'un mode eft bon ou mauvais. Lorfque
je l'entends débuter en ces termes , le fon
mi eft le pricipal du mode lami ; & c'eft le
centre harmonique dans amila ; elami &
7
144 MERCURE DE FRANCE.
amila ne différe que par le choix du fon
initial qui dans un des cas eft mi, & la dans
l'autre j'efpérai que ce début fimple &
rélatif à l'art , nous meneroit à quelque
chofe ; mais point du tout , il s'écarte
bientôt de fa route pour m'entraîner tout
à traver champs au tribunal de l'harmonie.
Je conviens que ce tribunal eft bon , mais
ne me paroît pas competent ici , & je
rois pouvoir m'en tenir à celui de la méodie
, jufquà ce qu'il plaife à M. de Serre
le me détromper.
J'ajoûterai feulement que le fyftème des
atins avoit douze modes ; que ces modes
A réduifoient à deux , auffi-tôt que l'harnie
fe fut arrogé l'empire fur la
lodie ; alors il ne refta prefque plus de
iges de la Mufique ancienne , elle perbeaucoup
de fa richeffe , mais elle ne
t aucun de fes admirateurs. Quelle
... bizarrerie de ces admirateurs! Ils continuent
d'attribuer à cette Mufique ancien
ne les effets les plus inouis ; ils ne ceffent
de rabaiffer la nôtre par les éloges qu'ils
lui donnent ; ce font des plaintes , des regrets
, des comparaifons odieufes que nos
plus beaux morceaux n'interrompent point;
& lorfqu'un moderne s'élance du chemin
batu & cherche à rouvrir les fources abandonnées
des prodiges de la Mufique ancienne
,
MAI. 17526 145
cienne, il ne rencontre que des ironies, des
injures , des critiques , des contradictions ,
& c.. qu'on nous dife une bonne fois que la
Mufique des anciens étoit déteftable , afin
que nous ceffions de courir en vain après des
chants perdus qui ne méritent pas la peine
d'être retrouvés , ou fi l'on perfifte à foûtenir
que la Mufique moderne a beaucoup
3 gagner dans cette recherche , qu'on applaudiffe
donc à nos efforts & qu'on nous
encourage .
En attendant que le Public fente cette
contradiction de fes jugemens , M. de
Serre me permettra de lui repréfenter , à
lui qui n'eft pas un homme de la foule , à
lui qui a des oreilles ; que l'adoption du
mode mixte augmente notre fond , n’altere
point nos principes , & ne nous induit
en aucune erreur ; que je m'en fuis
fervi avec fuccés ; qu'un autre pourra s'en
fervir avec le même avantage au moins ;
qu'étant de plus grandes reflources que
l'Enfarmonique qui ne nous fournit que
des paffages , il feroit ridicule de le prof
crire , lui qui nous fournit des chants fuivis
; que mon exemple n'autorifera perfonne
à prendte pour initiales d'autres
notes de l'octave , & abigarer notre Mufique
d'une foule de modes inconnus ;
qu'il eft démontré que le mode mixte eft
G
146 MERCURE DE FRANCE.
J
1
foit
le feul qu'on puiffe ajoûter aux deux
autres ; que toute autre initiale qu'on prît,
il en résulteroit une gamme trop vicieuſe
pour la mélodie , foit pour l'harmo
nie ; & qu'il eft même furprenant qu'on
n'ait pas employé contre le mode d'Elami ,
les raifons par lefquelles j'ai rejette les autres
gammes .
On a abandonné le mode plagal , dit
M. Broffard , & on s'en eft tenu à l'autentique
, parce que le premier étoit comme
le collateral de celui- ci , & naiffoit , pour
ainfi dire , de fon extenfion . Quand M.
de Serre fe feroit appuié de cette autorité ,
je ne m'en tiendrois pas pour mieux combattu
. Il ne s'agit ici ni de l'opinion de M.
Broffard , ni de celle de M. de Serre , ni
de la mienne , mais du fentiment de l'organe
& de la raifon ; & la fuppreffion du
mode plagal ne la juftifie nullement .
Je paffe enfin aux propofitions qui terminent
le dernier écrit de M. de Serre. Il
dit qu'un accord diffonant porte toujours
fur un doubleffon fondamental. Qu'il me
foit permis de lui demander :
1. Quels font les deux fondamentaux
de l'accord de feptumi de la dominante
tonique fol , dans le ton de ut , fol , fi ,
re , fa.
2. Pourquoi dans la progreffion fonMA
I. 1752:
147
damentale , il fe trouve de fa à fi , un
intervalle de fauffe quinte en defcendant ,
ou de triton en montant , deux intervalles
contraires à la mélodie.
3°. Quelle forte d'accord peut joindre
en montant , la dominante à la fixiéme note
, & cette fixiéme à la fenfible.
4°. Pourquoi dans les progreffions de
tierce , quarte ou quinte , le deffus eft
dans un mode & la baffe dans un autre.
5°. Pourquoi un deffus pris féparément
& fuppofé comme baffe , comporte une
harmonie qui n'eft plus la même , quand on
vient à y faire une baffe continue.
Je ne connois perfonne à qui je puiſſe
m'adreffer à plus jufte titre qu'à M. de
Serre qui paroît étudier l'harmonie en Philofophe
; mais qu'il me permette de l'avertir
que s'il fe propofe de m'éclairer moi &
beaucoup d'autres chetifs Muficiens , gens
ignares & non lettres comme moi , il faut
qu'il ait la bonté de changer de ton ; de
defcendre en notre faveur des hautes regions
où il fe plaît à planer au- delà de notre
vûë, & de marcher terre à terre ,
terre , fans
quoi les oracles continuant de nous être
inintelligibles , je me croirai difpenfé de
l'interroger & de lui répondre..
Fermer
Résumé : D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
M. Blainville réagit aux propos de M. de Serre sur les droits de la mélodie et de l'harmonie en musique. Il affirme que la mélodie, issue de l'enchaînement naturel des sons formant les chants, exerce une influence plus puissante sur l'oreille que l'harmonie, qui renforce ces sons par des ajouts. La mélodie, considérée comme naturelle et géniale, précède l'harmonie, fruit de l'expérience et de l'art. Pour illustrer ce point, Blainville cite l'exemple d'un paysan incapable de tolérer un duo de flûtes harmonieux. Il propose une méthode pour former un jeune critique musical en l'entraînant à distinguer plusieurs parties musicales simultanément. Blainville critique ceux qui favorisent les modulations complexes au détriment des mélodies naturelles, mentionnant Geminiani qui composait des adagios en s'inspirant de ses malheurs personnels. Il soutient que la beauté musicale repose sur un chant bien conçu, exprimant force et vérité, et que l'harmonie et les modulations doivent enrichir cette expression. Le texte aborde également les éléments principaux et secondaires dans les arts, soulignant l'importance des éléments fondamentaux pour exprimer l'essence d'une œuvre. Blainville introduit le 'mode mixte', qu'il juge offrant plus de liberté et de variété, approuvé par des experts comme Rousseau de Genève. Il critique l'idéalisation excessive de la musique ancienne et défend son mode mixte comme enrichissant la musique sans altérer ses principes fondamentaux. Il rejette les autres gammes comme trop nuisibles pour la mélodie et l'harmonie. Enfin, Blainville conteste la suppression du mode plagal et pose des questions critiques sur les propositions de M. de Serre concernant les fondamentaux des accords, les intervalles mélodiques et les progressions harmoniques. Il demande des explications plus claires et accessibles pour les musiciens moins érudits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
19
p. 132-152
RÉPONSE de M. d'ALEMBERT à une Lettre imprimée de M. RAMEAU.
Début :
CEUX qui auront lu, Monsieur, mes Elemens de Musique, sur lesquels vous [...]
Mots clefs :
Accord, Musique, Proportions, Harmonie, Mélodie, Théorie, Proportion géométrique, Rapports géométriques, Mode, Mode mineur, Accords fondamentaux, Basse fondamentale, Encyclopédie, Principes mathématiques, Académie des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. d'ALEMBERT à une Lettre imprimée de M. RAMEAU.
REPONSE de M. d'ALEM BERT
à une Lettre imprimée de M.
PAMEAU ( a ).
CFUX EUX qui auront lu , Monfieur , mes
Elemens de Mufique , fur lefquels vous
m'avez autrefois témoigné publiquément
votre reconnoiffance dans les termes
(a ) Cetre Lettre , qui a pour objet la critique
des articles FONDAMENTAL & GAMME de l'Encyclopédie
, par M d'Alembert , a paru en mème
temps que le Code de Mufique de M. Rameau.
MAR S. 1762. 133
les plus flateurs (b) , feront un peu furpris
que je fois forcé de me défendre aujourd'hui
contre vous- même. Cela me fera fi
facile, que j'ailong- tems balancé fije prendrois
ce parti , & que je ne m'y ferois jamais
déterminé fans l'attachement que
j'ai pour vous , & fans le defir que vous
marquez d'une réponse de ma part . Je lat
diviferai en plufieurs articles , relatifs aux
différens points fur lefquels vous m'attaquez
.
I. Non , Monfieur , l'Académie des
Sciences n'a point été compromife , com-.
me vous le prétendez , en approuvant ,
d'après mon rapport , les recherches vrai-
(b) Voyez le Mercure de Mai 1752 ; M. Rameau
s'y exprime ainfi , avec beaucoup d'éloges
que je fupprime : M. d'Alembert ... a cherché
dans mes Ouvrages ... des vérités a fimplifier ,
rendre plus familieres , plus luminenfes , & par
conféquent plus utiles au grand nombre ... Il n'a
pas dédaigné de fe mettre à la portée même des Enfans
... Enfin il m'a donné la confolation de voir
ajouter à la folidité de mes principes une fimplicité .
dont je lesfentois fufceptibles , mais que je ne leur
aurois donnée qu'avec beaucoup plus de peine , &
peut-être moins heureufement quelui ... Les fciences
& les arts ... hateroient réciproquement leurs
progrès , fi les Auteurs préférant l'intérêt de la vérité
à celui de l'amour-propre , les uns avoient la modeftie
d'accepter des fecours , les autres la générofité
d'en offrir. མ
134 MERCURE DE FRANCE.
ment neuves & utiles dont la théorie de
votre Art vous eft redevable ; mais elle
n'a point approuvé , & n'approuvera jamais
les efforts que vous avez faits depuis
, pour trouver le principe de la géométrie
dans le corps fonore.
Ce n'eft pas ma faute , fi vous n'êtes
pas encore défabufé des idées plus que
fingulières que vous avez fur ce fujet ,
& auxquelles vous convenez que je me
fuis conftamment oppofé. Le corps fonore
ne nous donne & ne peut nous donner
par lui-même aucune idée des proportions.
1 °. Parce que de votre propre aveu
(c ) on n'y entend point les Octaves ,
du fon fondamental 1 ; 2 °. parce qu'on
entend encore moins les fons des multiples
3 & 5 , qui ne font , felon vousmême
, que frémir fans réfonner ; 3 ° .
( & c'eft ici la raifon principale ) parce
que , quand on entendroit ces octaves
& ces fons des multiples ,le fens de l'ouie
ne peut en aucune manière nous donner
la notion de rapport & de proportion ,
que nous ne pouvons acquérir que par
la vue & par le toucher. Pour avoir une
idée nette des proportions & des rapy
(c) Voyez la Lettre de M. Rameau à M. Euler
fur l'identité des octaves.
MARS. 1762 . 135
,
ports , il eft néceffaire de comparer les
corps par ces deux derniers fens ; la perception
des fons n'y contribue abfolument
en rien , n'y ajoute rien , y eft totalement
étrangère . Pour tout dire en
un mot quand les hommes feroient
fourds , il n'y en auroit pas moins pour
eux , des rapports , des proportions, une
géométrie. En voila , Monfieur , plus
qu'il n'en faut fur ce fujet ; & les Mathématiciens
trouveront à coup
j'en ai encore trop dit.
sûr que
II . En comparant les fons à leur baffe
fondamentale , dont la découverte vous
eft due , Monfieur , vous avez donné
les moyens de fixer d'une manière plus
sûre & plus lumineufe les rapports de's
fons dans les différens genres de Mufi
que ; & c'est en ce fens que la Mufique
eft devenue par votre travail une fcience
plus géométrique , & à laquelle les principes
mathématiques peuvent être appli
qués avec une utilité plus réelle & plus
fenfible qu'ils ne l'ont étéjufqu'ici. Voilà
, Monfieur , ce que l'Académie a
prononcé d'après mon rapport ; mais
ne donnez pas à ces paroles une exten
fion qu'elles n'ont pas , & que cette
Compagnie défavoueroit , ou plutôt
qu'elle n'auroit pas befoin de délavouer.
136 MERCURE DE FRANCE :
La confidération des rapports eft
fans doute néceffaire à quelques égards
dans la Mufique pour la comparaifon
des fons entr'eux ; j'ai fait ufage moimême
des rapports , dans lathéorie du
tempérament & de l'altération des intervalles
; & je n'ai jamais rien avancé
de contraire à cet ufage ; j'ai même dit
expreffément dans l'endroit de l'Encyclopédie
que vous attaquez , que le calcul
( qui n'eft ( d ) autre chofe que l'art
de combiner & de trouver les rapports)
eft utile pour l'intelligence de certains
points de la théorie comme des rapports
entre les tons de la gamme & du tempérament
; mais j'ai dit au même endroit , &
s'il en eft befoin , je le répéte , que la
confidération des rapports eft illufoire
pour rendre raifon du plaifir que la Mufique
nous caufe. On peut en voir les
preuves , ( quoique fommairement expofées
) dans le Difcours préliminairę
qui eft à la tête de la nouvelle Edition
de mes Elémens de Mufique.
3
暑A l'égard des proportions, il eft certain
1 ° . que les proportions arithmétiques &
harmoniques , fi feuvent & fi gratuitement
employées par vous , font entiére-
( d ) Pag. 62. tom. VII.
MARS. 1762. 137
ment étrangeres , & par conféquent inutiles
à l'art mufical ; auffi n'en ai - je fait
abfolument aucun ufage dans mes Elémens
, quoique j'y rende raifon des mémes
faits pour l'explication defquels vous
avez eu recours à ces proportions .
2º. On peut même fe paffer de la théorie
des proportions géométriques dans les
cas où la confidération des rapports géométriques
eft utile , c'eft-à-dire dans la
comparaifon des fons entr'eux ; la notion
de rapport qui eft moins compofée que
celle de proportion (e) , eft alors fuffifante
pour l'objet qu'on fe propofe , & vous
pouvez voir en effet , Monfieur , que
dans mes Elémens je n'ai eu befoin que
de la théorie des rapports fans avoir recours
à celle des proportions ; par la raifon
que j'ai cherché à fimplifier la théorie
le plus qu'il m'a été poffible , & à
n'emprunter du calcul que les notions les
plus indifpenfables.
Néanmoins dans les points de la théo
rie où la confidération des rapports géo-
(e ) Proportion géométrique eft une égalité entre
deux rapports géométriques ; rapport géométrique
eft la maniere dont une quantité en contient une
autre ; ainfi l'idee de proportion renferme au moins
trois quantités , au lieu que l'idée de rapport n'en
renferme que deux.
138 MERCURE DE FRANCE.
métriques doit être employée , je n'empêcherai
pas qu'on ne faffe auffi ufage
( quoique fans néceffité abfolue ) de la
théorie des proportions géométriques ;
mais à condition qu'on n'étendra pas ,
comme vous l'avez fait , la confidération
des proportions à d'autres objets , où elle
eft abfolument déplacée. C'eft cet abus
des proportions que j'avois principalement
en vue , comme il eft aifé de voir ,
pag. 62 du VII . vol. de l'Encyclopédie ,
quand j'ai dit que la confidération des
proportions géométriques , arithmétiques
& harmoniques , eft illufoire dans la
théorie de l'art mufical.
III . Votre Lettre me raffureroit , s'il
étoit néceffaire , fur la vérité de cette
affertion ; déjà vous convenez aujourd'hui
que vous avez employé les proportions
affez mal-à-propos , ( ce font
vos propres termes ) pour expliquer la
diffonance ; avec un peu de réflexion
vous conviendrez de même que vous
auriez pu vous en paffer dans l'explication
d'un grand nombre d'autres faits ;
comme je m'en fuis paffé dans mes Eléquoique
rédigés d'après vos principes
, mais à la vérité d'après vos principes
fimplifiés , dégagés de tout alliage,
& réduits à ce qu'ils contiennent felon
MARS. 1762. 139
moi , d'éffentiel & de vraiment folide.
J'ai donné dans cette nouvelle édition
, une manière très-fimple d'expliquer
le Mode mineur , fans avoir befoin
dufrémiffement des multiples , que
vous aviez employé jufqu'ici pour trou
ver l'origine de ce Mode ; vous dites
aujourd'hui que vous n'avez propofé
cette origine que comme indice ; & vous
prétendez dans votre Lettre en donner
une autre où j'avoue que je ne comprends
rien ; je ne fçais ce que c'eſt
qu'un principe qui s'en repofe fur fes
premiers produits , qui donne à les
premiers droits en harmonie, de forte que.
ce fe rend l'arbitre de la différence des
deux genres. Le langage des fciences ,
Monfieur , doit être plus fimple , plus
clair & plus précis. Celui que vous y
fubftituez ne peut je crois être goûté,
ou du moins célébré que par un feul
Ecrivain ; je veux parler d'un Journalifte
qui n'a pas la plus légère teinture ni
de mufique , ni de calcul , ni de beaucoup
d'autres chofes dont il décide , &
qui en attendant a déja prononcé ( à la
vérité tout feul ) que vous aviez raifon
contre moi.
IV. Vous faites dans votre Lettre de
140 MERCURE DE FRANCE .
nouveaux éfforts pour expliquer com
ment l'échelle diatonique du mode mineur
de la en defcendant , n'a ni diezes
ni bémols , quoiqu'elle ait deux diezes
en montant ; vous aviez dit dans votre
Mémoire préſenté à l'Académie , page
77, qu'il n'y avoit qu'unfeul moyen de
conferver en defcendant l'impreffion du
Mode mineur, fçavoir d'exclure fol de
l'harmonie , & de l'employerfimplement
pour le goût du chant. J'avois fuivi cette
idée , comme vous le pouvez voir à la
fin du chap. IX de la première Partie de
mes Elémens ; ce n'eft pas qu'elle ne
me paroiffe laiffer quelque chofe à defirer
, comme vous le pouvez voir encoré
par la note que j'ai ajoutée au même
endroit. Aujourd'hui vous femblez
abandonner cette explication , pour y
en fubftituer une autre qui fatisfera encore
moins les Philofophes ; vous faites
porter au fi de la baffe fondamentale
un fauffe quinte fa , parce que la fauſſe
quinte , dites-vous , eft prefcrite par l'ordre
même du même Mode. Mais on vous
demandera en premier lieu , pourquoi
l'ordre du Mode feroit- il troublé , fi on
mettoit en defcendant unfa dieze ? Ce
fa dieze ne fait que l'intervalle d'un fémiMARS.
1762. 141
ton avec le fol précédent , & celui d'un
ton avec le mi fuivant ; ainfi il n'y a
point de faut dans l'échelle , puifqu'il ne
s'y trouve point d'intervalle plus grand
que le ton. 2° . Pourquoi l'ordre du Mode
demande-t- il felon vous un fa naturel ,
puifque l'ordre du Mode , dans vos prin
cipes , n'eft déterminé que par la baffe
fondamentale , & que jamais la baffe
fondamentale primitive , ( tirée de la
réfonnance du corps fonore ) ne peut,
donner dans fon accord une fauffe
quinte ?
י י ז
ces
Permettez- moi d'ajouter une réfléxion
que prouvent , Monfieur
variations de votre part , dans la mar
nière d'expliquer le fait dont il s'agit &
quelques autres , finon que le principe.
de la baffe fondamentale ne vous a pas
toujours paru également lumineux à
vous-même , dans les différentes applications
que vous en avez faires ? Soyez
de bonne - foi là- deffus ou permettez
que d'autres le foient ; il vous, reftera
toujours affez de gloire dans l'ufage
que vous avez fait le premier de cette
bafe fondamentale pour éclaircir &
pour fimplifier la théorie & la pratique
de votre Art. 15 (1 )
V. Vous m'accufez fans fondement
142 MERCURE DE FRANCE .
*
d'avoir attribué l'accord de fixtefuperflue
, aux feuls Italiens. Je ne leur en ai
pas même attribué l'invention , ( comme
vous le prétendez ) parce que je n'en
ai point de preuves fuffifantes. J'ai dit
expreffément que vous aviez employé
cet accord dans vos Ouvrages ; mais j'ai
dit auffi , & cela eft vrai ) qu'il eft
pratiqué furtout par les Italiens ; c'eft
pour cela qu'on l'a nommé accord de
fixte Italienne. J'ai ajouté que cet accord
, pratiqué par vous-même
point que je fache , de baffe fondamentale
dans vos principes (f) ; vous
me répondez là-deffus des chofes où je
ne puis rien entendre , fi ce n'eft que
vous convenez que cet accord n'a point
en effet de pareille, baffe ; il eft vrai que
pour lever la difficulté , vous dites que
cet accord n'en eft pas un ; quel eft- il
n'a
(f)Un favant Italien , homme de beaucong
d'efprit , auffi verfé dans la Mufique & dans les
fciences exactes , que dans celles du Gouverne
ment , & qui occupe aujourd'hui avec la plus
grande diftinction la première place dans la Répu
biique , eft le premier qui m'ait fait cette objection
fur l'accord de fixte fuperflue , dès l'année
1752 où parut la première édition de mesElémens
de Mufique. Je ne pus alors trouver de réponſe à
l'objection , & depuis j'en ai cherché une inutile
ment.
MARS. 1762.
143
7
,
donc ? & pouvez-vous croire que perfonne
fe paye de cette défaite , lorfque
vous donnez une baffe fondamentale à
tous les autres accords ? Choififfez donc
ou de ranger , comme je l'ai fait cet
accord parmi les accords fondamentaux
, ( ce qui paroît d'autant plus indifpenfable
que vous-même vous n'attribuez
point à cet accord de renversement
poffible ) ; ou de convenir que la
baffe
fondamentale ne fatisfait point à
tout, puifqu'il y a un accord qui , felon
vous-même , n'a point de baffe fondamentale
. Ce petit inconvénient &
3 quelques autres moins confidérables
n'empêcheront
pas cette baffe d'être le
principe de l'harmonie & de la mélodie ,
comme le fyftême de la gravitation eſt
le principe de l'Aftronomie phyfique
quoique ce fyftême ne rende pas raifon
de tous les phénomènes qu'on obferve
dans le mouvement des corps céleftes.
A cette occafion vous accufez M ,
Rouffeau d'avoir affigné à l'accord de
quinte fuperflue des renverfemens , y
compris la note furnuméraire, Je ne
fais quel fondement peut avoir cette
imputation , car M. Rouffeau a dit expreffément
au mot ACCORD de l'En144
MERCURE DE FRANCE .
cyclopédie , en parlant de l'accord de
quinte fuperflue , que cet accord nefe
renverfe point , & il en donne les raifons
.
VI. C'eft une erreur , fi on vous en
croit , d'avoir dit , comme je l'ai fait
qu'il y a dix accords fondamentaux
lorfqu'il n'y en a , felon vous , que deux,
Ce langage me furprend , & je ne puis
croire que vous me faffiez férieufement
une pareille objection. J'appelle avec
vous accordsfondamentaux , ceux qui
peuvent fe trouver dans la baffe fondamentale
, & que vous y admettez vousmême
, Or ces accords Monfieur
vous le fçavez mieux que moi , font :
1°. L'accord parfait , majeur ou mineur
, ce qui fait deux.
2º. L'accord de dominante tonique
comme folfi réfa compofé d'une tierce
majeure fuivie de deux tierces mineures .
3. Les accords de dominante fimple
qui font au nombre de trois , celui qui
eft formé d'une tierce majeure entre
deux mineures , comme ré fa la ut ;
celui qui eft formé d'une tierce mineure
entre deux majeures , comme ut mifol
fi ; celui qui eft formé de deux tierces
mineures fuivies d'une tierce majeure ,
comme firéfa la.
4°.
MARS. 1762. 145
4°. L'accord de feptiéme diminuée
qui quoique dérivé de l'accord de dominante
& de fous -dominante du mode
mineur eft employé par vous - même
dans la baffe fondamentale.
5º. L'accord de grande fixte ou de
fous dominante , dont la fixte est toujours
majeure & la tierce majeure ou
mineure fuivant le Mode , ce qui fait
deux .
Comptez maintenant , Monfieur , &
vous trouverez neuf accords , qui de
votre propre aveu , peuvent être employés
dans la baffe fondamentale ; ajoutez
ici l'accord de fixte fuperflue qui ne
peut avoir de baffe fondamentale que
lui-même , ou qui du moins doit en
avoir une différente des neuf accords
nommés ci-deffus , & vous aurez dix
accords fondamentaux .
·
Il n'y a , dites-vous , que deux accords
fondamentaux. 1 °. Selon vous même
il y en auroit au moins trois ; l'accord
parfait , celui de feptiéme , & celui
de grande fixte ; & ne dites pas que ce
dernier eft dérivé de l'accord de feptiéme
; car dans vos propres principes ,
cette baffe fondamentale ut fa ut , dans
laquelle ut eft tonique & fa fous- dominante
, ne peut être changée en celle-ci
G
146 MERCURE DE FRANCE .
que
,
ut ré it , dans laquelle ut feroit tonique
, & ré dominante fimple. Il est vrai
dans quelques-uns de vos ouvrages,
vous avez paru dériver l'accord de fousdominante
, ou de grandefixte fa la ut
ré , de l'accord de feptiéme ré fa la ut
tandis que dans d'autres endroits vous
paroiffez dériver ce dernier accord du
premier , & ce me femble avec beaucoup
plus de raifon . Peut-être vos idées
n'ont- elles été jamais bien arrêtées fur
ce fujet ; je crois les avoir développées
& fixées .
2º. En admettant comme il eft néceffaire
ces trois accords fondamentaux
, il faut ajouter qu'ils forment trois
genres , dont le premier & le troifiéme
ont chacun deux efpécès , & dont le
fecond en a cinq , & que toutes ces
efpéces par conféquent fort ellesmêmes
autant d'accords fondamentaux,
puifque la dénomination du genre
convient toujours à l'espéce. Il faut de
plus remarquer que l'accord de fixte
fuperflue forme une claffe ou un genre
à part , foit qu'on doive le regarder
comme un accord fondamental , foit
qu'on doive le regarder comme ne l'étant
point , & comme ayant une baffe
fondamentale encore ignorée ou incertaine,
MARS. 1762. 147
VII. Dans l'article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie,j'ai propofé un grand
nombre d'accords , jufqu'ici non pra-
-tiqués , & fur lefquels j'ai exhorté les
Muficiens à faire des expériences , perfuadé
que je fuis des progrès confidérafi
ceux
bles
que l'art
peut
faire
encore
,
1
qui le cultivent veulent bien ne s'entêter
d'aucun fyftême & ne fe laiffer captiver
par aucune routine ; le plus fimple
de ces accords , & celui qui renferme
le moins de diffonances , ou plutôt
qui n'en renferme proprement aucune ,
favoir ut mi folut , vous déplaît par
cette feule raiſon , que ut faiſant réfonner
fol naturel , ce fol naturel feroit
diffonance avec fol ; mais 19. ne
-devroit - on pas même rejetter d'après
un pareil principe l'accord de quinte
fuperflue ut mi fol fi ré qui eft pour-
- tant en ufage ? 20. Ne devroit-on pas
même rejetter l'accord parfait ut mi fol
ut ; car mi fait auffi réſonner fol * qui
forme une diffonance avec fol ? 3° . La
réponse à votre objection est bien facile
! c'eft que la note qui ne fait que
réſonner étant comme étouffée par celle
qui eft frappée réellement , n'a point
d'effet fenfible. Vous êtes convenu ,
Monfieur , dans plufieurs endroits de
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
18
vos ouvrages , qu'il eft inutile de vous
rappeller,de ce pouvoir des harmoniques
pour étouffer les diffonances & pour
en diftraire l'oreille. Sur cela je renvoie
le Lecteur à la premiere partie de mes
Elémens , Chap VII , vers la fin , où je
ne parle que d'après vous.
En un mot , Monfieur , expliqueznous
1 °. pourquoi l'accord ut mifol
ut qui n'eft proprement que l'accord ut
mi fol & qui ne contient réellement
aucune diffonance , ne pourroit pas
être employé en certaines occafions ,
lorfqu'on emploie tous les jours l'accord
ut mi folfi ré, qui ajoute à l'accord
ut mi fol ou ut mi fol ut quatre diffonances
ut fi , ut ré , mi ré , fol ★ ré ?
2º, Pourquoi les accords que j'ai propofés
ou du moins quelques-uns de ces
accords ne pourroient pas être employés
malgré les diffonances qu'ils renferment
, lorfqu'on emploie tous les
jours en Mufique tant d'autres accords ,
comme les accords par fuppofition , où
les diffonances font fi multipliées ?
Pour moi , Monfieur , j'ofe croire que
l'Art ira peut-être un jour plus loin que
vous ne penfez. L'expérience m'a rendu
circonfpect fur les affertions en matière
de Mufique ; avant que d'avoir entendu
MARS. 1762: ·149
vos Opéras , je ne croyois pas qu'on pût
aller au- delà de Lully & de Campra ;
avant que d'avoir entendu la Mufique
des Italiens , je n'imaginois rien au -deffus
de la nôtre.
VIII. L'expérience de M. Tartini eft
atteſtée par d'autres perfonnes , qui même
lui en conteſtent la découverte ,comme
vous le verrez dans le Difcours préliminaire
de mes Elémens . Je l'ai d'ailleurs
faite moi-même à Lyon en 1756
avec plufieurs Muficiens habiles ; tous
ont reconnu le troifiéme fon dont il
s'agit ; on l'entend très- diftinctement
mais il faut pour en apprécier la valeur
des Artiſtes exercés ; & je crois qu'on
peut s'en rapporter fur cela à l'oreille
de M. Tartini , qui vaut bien celle d'un
autre.
Au refte quoique j'aie détaillé dans
l'Encyclopédie cette expérience comme
très-curieufe , & comme pouvant fervir
à la perfection de l'Art mufical , je n'en
ai tiré aucune conféquence contre vos
principes , auxquels en effet elle ne me.
paroît point contraire .
IX. C'eſt à la page 133 des Fêtes de
'Hymen , qu'il fe trouve plufieurs tierces
majeures de fuite ; 233 eft une faute
d'impreffion qu'il vous étoit aifé de cor-
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
riger. On trouve en effet en cet endroit
deux parties à la tierce majeure l'une de
l'autre durant un grand nombre de mefures
. Niez-vous le fait ? En convenezvous
? C'est ce que je n'ai pu démêler
dans votre réponfe . Quelque parti que
vous preniez , il reftera toujours certain
que vous avez fait chanter deux parties
pendant plufieurs mefures à la tierce majeure
l'une de l'autre , quoique ces deux
tierces majeures de fuite foient interdites
par tous les Muficiens & par vous- même.
Je n'ai point prétendu blâmer cette licence
; j'en ai feulement fait mention ,
pour montrer combien les licences font
fréquentes en Mufique , & par conféquent
combien on doit être circonfpect
foit à les blâmer fans reftriction , foit à
préfcrire des nouveautés qui peuvent
paroître contraires aux régles reçues .
X. Il ne faut pas , Monfieur, confondre
ces deux propofitions : la baffe fondamentale
eft le principe de la mélodie ;
& l'harmonie Suggére la mélodie. Je
conviens avec vous de la premiere de
ces propofitions , prife dans ce fens ,
qu'il n'y a point de bonne mélodie qui
ne foit fufceptible d'une harmonie régulière
, & qui n'ait fon fondement dans
cette harmonie. A l'égard de la feconde
MARS. 1762.; 151
propofition , je n'ai rien décidé , & j'air
propofé des doutes que vous ne levez
pás en m'objectant les bornes de mon
expérience , & en convenant que la
mélodie eft ce qui frappe principalement
l'homme borné ; car fi la mélodie étoit
toujours fuggérée par l'harmonie , il
vous refteroit à expliquer , Monfieur ,
comment tant d'oreilles bornées , peu
fenfibles à l'harmonie faute d'ufage &
d'exercice , le font pourtant beaucoup à
la mélodie ; & comment des perfonnes
nées avec un goût naturel compofent
même des chants agréables , fans avoir
la moindre teinture d'harmonie . *****
Auffi convenez-vous enfin dans votre
lettre , & même comme d'une chofe
dont il ne faut pas douter , que la
mélodie fuggére la baffe fondamentale ,
( & par conféquent l'harmonie ) mais
vous ajoutez que c'eft avec des reftrictions
; fi c'eft là votte dernier avis , je
n'aurai pas de peine à m'y rendre ; car
j'ai moi-même reconnu & annoncé ces
reftrictions dans l'Article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie , pag. 60 & 61 ,
où je crois avoir expofé d'une maniere
affez exacte , d'après vos principes mê
mes , les droits mutuels & l'influence
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
réciproque que la mélodie & l'harmonie
ont l'une fur l'autre .
[
›
Je me flatte , Monfieur , d'avoir fuffifamment
fatisfait à vos critiques au
moins à celles que j'ai compriſes ; mais
je me flatte auffi de vous avoir donné
des preuves fuffifantes de complaifance
& d'attachement , en vous répondant
une fois , & je crois par-là m'être acquis
le droit de garder déformais le filence.
J'ai l'honneur d'être , & c.
D'ALEMBERT.
N. B. Cette nouvelle édition , dont
on trouvera des exemplaires à Paris ,
chez Defaint & Saillant , & chez Duchefne
, eft augmentée , 1 °. d'un Difcours
préliminaire affez étendu fur la
Théorie de la Mufique. 2°. D'un grand
nombre de Notes nouvelles , miſes au
bas du Texte. 3 °. De plufieurs Additions
& améliorations dans le corps du Texte
même . 4°. De la Réponse d'une Lettre
de M. Rameau .
à une Lettre imprimée de M.
PAMEAU ( a ).
CFUX EUX qui auront lu , Monfieur , mes
Elemens de Mufique , fur lefquels vous
m'avez autrefois témoigné publiquément
votre reconnoiffance dans les termes
(a ) Cetre Lettre , qui a pour objet la critique
des articles FONDAMENTAL & GAMME de l'Encyclopédie
, par M d'Alembert , a paru en mème
temps que le Code de Mufique de M. Rameau.
MAR S. 1762. 133
les plus flateurs (b) , feront un peu furpris
que je fois forcé de me défendre aujourd'hui
contre vous- même. Cela me fera fi
facile, que j'ailong- tems balancé fije prendrois
ce parti , & que je ne m'y ferois jamais
déterminé fans l'attachement que
j'ai pour vous , & fans le defir que vous
marquez d'une réponse de ma part . Je lat
diviferai en plufieurs articles , relatifs aux
différens points fur lefquels vous m'attaquez
.
I. Non , Monfieur , l'Académie des
Sciences n'a point été compromife , com-.
me vous le prétendez , en approuvant ,
d'après mon rapport , les recherches vrai-
(b) Voyez le Mercure de Mai 1752 ; M. Rameau
s'y exprime ainfi , avec beaucoup d'éloges
que je fupprime : M. d'Alembert ... a cherché
dans mes Ouvrages ... des vérités a fimplifier ,
rendre plus familieres , plus luminenfes , & par
conféquent plus utiles au grand nombre ... Il n'a
pas dédaigné de fe mettre à la portée même des Enfans
... Enfin il m'a donné la confolation de voir
ajouter à la folidité de mes principes une fimplicité .
dont je lesfentois fufceptibles , mais que je ne leur
aurois donnée qu'avec beaucoup plus de peine , &
peut-être moins heureufement quelui ... Les fciences
& les arts ... hateroient réciproquement leurs
progrès , fi les Auteurs préférant l'intérêt de la vérité
à celui de l'amour-propre , les uns avoient la modeftie
d'accepter des fecours , les autres la générofité
d'en offrir. མ
134 MERCURE DE FRANCE.
ment neuves & utiles dont la théorie de
votre Art vous eft redevable ; mais elle
n'a point approuvé , & n'approuvera jamais
les efforts que vous avez faits depuis
, pour trouver le principe de la géométrie
dans le corps fonore.
Ce n'eft pas ma faute , fi vous n'êtes
pas encore défabufé des idées plus que
fingulières que vous avez fur ce fujet ,
& auxquelles vous convenez que je me
fuis conftamment oppofé. Le corps fonore
ne nous donne & ne peut nous donner
par lui-même aucune idée des proportions.
1 °. Parce que de votre propre aveu
(c ) on n'y entend point les Octaves ,
du fon fondamental 1 ; 2 °. parce qu'on
entend encore moins les fons des multiples
3 & 5 , qui ne font , felon vousmême
, que frémir fans réfonner ; 3 ° .
( & c'eft ici la raifon principale ) parce
que , quand on entendroit ces octaves
& ces fons des multiples ,le fens de l'ouie
ne peut en aucune manière nous donner
la notion de rapport & de proportion ,
que nous ne pouvons acquérir que par
la vue & par le toucher. Pour avoir une
idée nette des proportions & des rapy
(c) Voyez la Lettre de M. Rameau à M. Euler
fur l'identité des octaves.
MARS. 1762 . 135
,
ports , il eft néceffaire de comparer les
corps par ces deux derniers fens ; la perception
des fons n'y contribue abfolument
en rien , n'y ajoute rien , y eft totalement
étrangère . Pour tout dire en
un mot quand les hommes feroient
fourds , il n'y en auroit pas moins pour
eux , des rapports , des proportions, une
géométrie. En voila , Monfieur , plus
qu'il n'en faut fur ce fujet ; & les Mathématiciens
trouveront à coup
j'en ai encore trop dit.
sûr que
II . En comparant les fons à leur baffe
fondamentale , dont la découverte vous
eft due , Monfieur , vous avez donné
les moyens de fixer d'une manière plus
sûre & plus lumineufe les rapports de's
fons dans les différens genres de Mufi
que ; & c'est en ce fens que la Mufique
eft devenue par votre travail une fcience
plus géométrique , & à laquelle les principes
mathématiques peuvent être appli
qués avec une utilité plus réelle & plus
fenfible qu'ils ne l'ont étéjufqu'ici. Voilà
, Monfieur , ce que l'Académie a
prononcé d'après mon rapport ; mais
ne donnez pas à ces paroles une exten
fion qu'elles n'ont pas , & que cette
Compagnie défavoueroit , ou plutôt
qu'elle n'auroit pas befoin de délavouer.
136 MERCURE DE FRANCE :
La confidération des rapports eft
fans doute néceffaire à quelques égards
dans la Mufique pour la comparaifon
des fons entr'eux ; j'ai fait ufage moimême
des rapports , dans lathéorie du
tempérament & de l'altération des intervalles
; & je n'ai jamais rien avancé
de contraire à cet ufage ; j'ai même dit
expreffément dans l'endroit de l'Encyclopédie
que vous attaquez , que le calcul
( qui n'eft ( d ) autre chofe que l'art
de combiner & de trouver les rapports)
eft utile pour l'intelligence de certains
points de la théorie comme des rapports
entre les tons de la gamme & du tempérament
; mais j'ai dit au même endroit , &
s'il en eft befoin , je le répéte , que la
confidération des rapports eft illufoire
pour rendre raifon du plaifir que la Mufique
nous caufe. On peut en voir les
preuves , ( quoique fommairement expofées
) dans le Difcours préliminairę
qui eft à la tête de la nouvelle Edition
de mes Elémens de Mufique.
3
暑A l'égard des proportions, il eft certain
1 ° . que les proportions arithmétiques &
harmoniques , fi feuvent & fi gratuitement
employées par vous , font entiére-
( d ) Pag. 62. tom. VII.
MARS. 1762. 137
ment étrangeres , & par conféquent inutiles
à l'art mufical ; auffi n'en ai - je fait
abfolument aucun ufage dans mes Elémens
, quoique j'y rende raifon des mémes
faits pour l'explication defquels vous
avez eu recours à ces proportions .
2º. On peut même fe paffer de la théorie
des proportions géométriques dans les
cas où la confidération des rapports géométriques
eft utile , c'eft-à-dire dans la
comparaifon des fons entr'eux ; la notion
de rapport qui eft moins compofée que
celle de proportion (e) , eft alors fuffifante
pour l'objet qu'on fe propofe , & vous
pouvez voir en effet , Monfieur , que
dans mes Elémens je n'ai eu befoin que
de la théorie des rapports fans avoir recours
à celle des proportions ; par la raifon
que j'ai cherché à fimplifier la théorie
le plus qu'il m'a été poffible , & à
n'emprunter du calcul que les notions les
plus indifpenfables.
Néanmoins dans les points de la théo
rie où la confidération des rapports géo-
(e ) Proportion géométrique eft une égalité entre
deux rapports géométriques ; rapport géométrique
eft la maniere dont une quantité en contient une
autre ; ainfi l'idee de proportion renferme au moins
trois quantités , au lieu que l'idée de rapport n'en
renferme que deux.
138 MERCURE DE FRANCE.
métriques doit être employée , je n'empêcherai
pas qu'on ne faffe auffi ufage
( quoique fans néceffité abfolue ) de la
théorie des proportions géométriques ;
mais à condition qu'on n'étendra pas ,
comme vous l'avez fait , la confidération
des proportions à d'autres objets , où elle
eft abfolument déplacée. C'eft cet abus
des proportions que j'avois principalement
en vue , comme il eft aifé de voir ,
pag. 62 du VII . vol. de l'Encyclopédie ,
quand j'ai dit que la confidération des
proportions géométriques , arithmétiques
& harmoniques , eft illufoire dans la
théorie de l'art mufical.
III . Votre Lettre me raffureroit , s'il
étoit néceffaire , fur la vérité de cette
affertion ; déjà vous convenez aujourd'hui
que vous avez employé les proportions
affez mal-à-propos , ( ce font
vos propres termes ) pour expliquer la
diffonance ; avec un peu de réflexion
vous conviendrez de même que vous
auriez pu vous en paffer dans l'explication
d'un grand nombre d'autres faits ;
comme je m'en fuis paffé dans mes Eléquoique
rédigés d'après vos principes
, mais à la vérité d'après vos principes
fimplifiés , dégagés de tout alliage,
& réduits à ce qu'ils contiennent felon
MARS. 1762. 139
moi , d'éffentiel & de vraiment folide.
J'ai donné dans cette nouvelle édition
, une manière très-fimple d'expliquer
le Mode mineur , fans avoir befoin
dufrémiffement des multiples , que
vous aviez employé jufqu'ici pour trou
ver l'origine de ce Mode ; vous dites
aujourd'hui que vous n'avez propofé
cette origine que comme indice ; & vous
prétendez dans votre Lettre en donner
une autre où j'avoue que je ne comprends
rien ; je ne fçais ce que c'eſt
qu'un principe qui s'en repofe fur fes
premiers produits , qui donne à les
premiers droits en harmonie, de forte que.
ce fe rend l'arbitre de la différence des
deux genres. Le langage des fciences ,
Monfieur , doit être plus fimple , plus
clair & plus précis. Celui que vous y
fubftituez ne peut je crois être goûté,
ou du moins célébré que par un feul
Ecrivain ; je veux parler d'un Journalifte
qui n'a pas la plus légère teinture ni
de mufique , ni de calcul , ni de beaucoup
d'autres chofes dont il décide , &
qui en attendant a déja prononcé ( à la
vérité tout feul ) que vous aviez raifon
contre moi.
IV. Vous faites dans votre Lettre de
140 MERCURE DE FRANCE .
nouveaux éfforts pour expliquer com
ment l'échelle diatonique du mode mineur
de la en defcendant , n'a ni diezes
ni bémols , quoiqu'elle ait deux diezes
en montant ; vous aviez dit dans votre
Mémoire préſenté à l'Académie , page
77, qu'il n'y avoit qu'unfeul moyen de
conferver en defcendant l'impreffion du
Mode mineur, fçavoir d'exclure fol de
l'harmonie , & de l'employerfimplement
pour le goût du chant. J'avois fuivi cette
idée , comme vous le pouvez voir à la
fin du chap. IX de la première Partie de
mes Elémens ; ce n'eft pas qu'elle ne
me paroiffe laiffer quelque chofe à defirer
, comme vous le pouvez voir encoré
par la note que j'ai ajoutée au même
endroit. Aujourd'hui vous femblez
abandonner cette explication , pour y
en fubftituer une autre qui fatisfera encore
moins les Philofophes ; vous faites
porter au fi de la baffe fondamentale
un fauffe quinte fa , parce que la fauſſe
quinte , dites-vous , eft prefcrite par l'ordre
même du même Mode. Mais on vous
demandera en premier lieu , pourquoi
l'ordre du Mode feroit- il troublé , fi on
mettoit en defcendant unfa dieze ? Ce
fa dieze ne fait que l'intervalle d'un fémiMARS.
1762. 141
ton avec le fol précédent , & celui d'un
ton avec le mi fuivant ; ainfi il n'y a
point de faut dans l'échelle , puifqu'il ne
s'y trouve point d'intervalle plus grand
que le ton. 2° . Pourquoi l'ordre du Mode
demande-t- il felon vous un fa naturel ,
puifque l'ordre du Mode , dans vos prin
cipes , n'eft déterminé que par la baffe
fondamentale , & que jamais la baffe
fondamentale primitive , ( tirée de la
réfonnance du corps fonore ) ne peut,
donner dans fon accord une fauffe
quinte ?
י י ז
ces
Permettez- moi d'ajouter une réfléxion
que prouvent , Monfieur
variations de votre part , dans la mar
nière d'expliquer le fait dont il s'agit &
quelques autres , finon que le principe.
de la baffe fondamentale ne vous a pas
toujours paru également lumineux à
vous-même , dans les différentes applications
que vous en avez faires ? Soyez
de bonne - foi là- deffus ou permettez
que d'autres le foient ; il vous, reftera
toujours affez de gloire dans l'ufage
que vous avez fait le premier de cette
bafe fondamentale pour éclaircir &
pour fimplifier la théorie & la pratique
de votre Art. 15 (1 )
V. Vous m'accufez fans fondement
142 MERCURE DE FRANCE .
*
d'avoir attribué l'accord de fixtefuperflue
, aux feuls Italiens. Je ne leur en ai
pas même attribué l'invention , ( comme
vous le prétendez ) parce que je n'en
ai point de preuves fuffifantes. J'ai dit
expreffément que vous aviez employé
cet accord dans vos Ouvrages ; mais j'ai
dit auffi , & cela eft vrai ) qu'il eft
pratiqué furtout par les Italiens ; c'eft
pour cela qu'on l'a nommé accord de
fixte Italienne. J'ai ajouté que cet accord
, pratiqué par vous-même
point que je fache , de baffe fondamentale
dans vos principes (f) ; vous
me répondez là-deffus des chofes où je
ne puis rien entendre , fi ce n'eft que
vous convenez que cet accord n'a point
en effet de pareille, baffe ; il eft vrai que
pour lever la difficulté , vous dites que
cet accord n'en eft pas un ; quel eft- il
n'a
(f)Un favant Italien , homme de beaucong
d'efprit , auffi verfé dans la Mufique & dans les
fciences exactes , que dans celles du Gouverne
ment , & qui occupe aujourd'hui avec la plus
grande diftinction la première place dans la Répu
biique , eft le premier qui m'ait fait cette objection
fur l'accord de fixte fuperflue , dès l'année
1752 où parut la première édition de mesElémens
de Mufique. Je ne pus alors trouver de réponſe à
l'objection , & depuis j'en ai cherché une inutile
ment.
MARS. 1762.
143
7
,
donc ? & pouvez-vous croire que perfonne
fe paye de cette défaite , lorfque
vous donnez une baffe fondamentale à
tous les autres accords ? Choififfez donc
ou de ranger , comme je l'ai fait cet
accord parmi les accords fondamentaux
, ( ce qui paroît d'autant plus indifpenfable
que vous-même vous n'attribuez
point à cet accord de renversement
poffible ) ; ou de convenir que la
baffe
fondamentale ne fatisfait point à
tout, puifqu'il y a un accord qui , felon
vous-même , n'a point de baffe fondamentale
. Ce petit inconvénient &
3 quelques autres moins confidérables
n'empêcheront
pas cette baffe d'être le
principe de l'harmonie & de la mélodie ,
comme le fyftême de la gravitation eſt
le principe de l'Aftronomie phyfique
quoique ce fyftême ne rende pas raifon
de tous les phénomènes qu'on obferve
dans le mouvement des corps céleftes.
A cette occafion vous accufez M ,
Rouffeau d'avoir affigné à l'accord de
quinte fuperflue des renverfemens , y
compris la note furnuméraire, Je ne
fais quel fondement peut avoir cette
imputation , car M. Rouffeau a dit expreffément
au mot ACCORD de l'En144
MERCURE DE FRANCE .
cyclopédie , en parlant de l'accord de
quinte fuperflue , que cet accord nefe
renverfe point , & il en donne les raifons
.
VI. C'eft une erreur , fi on vous en
croit , d'avoir dit , comme je l'ai fait
qu'il y a dix accords fondamentaux
lorfqu'il n'y en a , felon vous , que deux,
Ce langage me furprend , & je ne puis
croire que vous me faffiez férieufement
une pareille objection. J'appelle avec
vous accordsfondamentaux , ceux qui
peuvent fe trouver dans la baffe fondamentale
, & que vous y admettez vousmême
, Or ces accords Monfieur
vous le fçavez mieux que moi , font :
1°. L'accord parfait , majeur ou mineur
, ce qui fait deux.
2º. L'accord de dominante tonique
comme folfi réfa compofé d'une tierce
majeure fuivie de deux tierces mineures .
3. Les accords de dominante fimple
qui font au nombre de trois , celui qui
eft formé d'une tierce majeure entre
deux mineures , comme ré fa la ut ;
celui qui eft formé d'une tierce mineure
entre deux majeures , comme ut mifol
fi ; celui qui eft formé de deux tierces
mineures fuivies d'une tierce majeure ,
comme firéfa la.
4°.
MARS. 1762. 145
4°. L'accord de feptiéme diminuée
qui quoique dérivé de l'accord de dominante
& de fous -dominante du mode
mineur eft employé par vous - même
dans la baffe fondamentale.
5º. L'accord de grande fixte ou de
fous dominante , dont la fixte est toujours
majeure & la tierce majeure ou
mineure fuivant le Mode , ce qui fait
deux .
Comptez maintenant , Monfieur , &
vous trouverez neuf accords , qui de
votre propre aveu , peuvent être employés
dans la baffe fondamentale ; ajoutez
ici l'accord de fixte fuperflue qui ne
peut avoir de baffe fondamentale que
lui-même , ou qui du moins doit en
avoir une différente des neuf accords
nommés ci-deffus , & vous aurez dix
accords fondamentaux .
·
Il n'y a , dites-vous , que deux accords
fondamentaux. 1 °. Selon vous même
il y en auroit au moins trois ; l'accord
parfait , celui de feptiéme , & celui
de grande fixte ; & ne dites pas que ce
dernier eft dérivé de l'accord de feptiéme
; car dans vos propres principes ,
cette baffe fondamentale ut fa ut , dans
laquelle ut eft tonique & fa fous- dominante
, ne peut être changée en celle-ci
G
146 MERCURE DE FRANCE .
que
,
ut ré it , dans laquelle ut feroit tonique
, & ré dominante fimple. Il est vrai
dans quelques-uns de vos ouvrages,
vous avez paru dériver l'accord de fousdominante
, ou de grandefixte fa la ut
ré , de l'accord de feptiéme ré fa la ut
tandis que dans d'autres endroits vous
paroiffez dériver ce dernier accord du
premier , & ce me femble avec beaucoup
plus de raifon . Peut-être vos idées
n'ont- elles été jamais bien arrêtées fur
ce fujet ; je crois les avoir développées
& fixées .
2º. En admettant comme il eft néceffaire
ces trois accords fondamentaux
, il faut ajouter qu'ils forment trois
genres , dont le premier & le troifiéme
ont chacun deux efpécès , & dont le
fecond en a cinq , & que toutes ces
efpéces par conféquent fort ellesmêmes
autant d'accords fondamentaux,
puifque la dénomination du genre
convient toujours à l'espéce. Il faut de
plus remarquer que l'accord de fixte
fuperflue forme une claffe ou un genre
à part , foit qu'on doive le regarder
comme un accord fondamental , foit
qu'on doive le regarder comme ne l'étant
point , & comme ayant une baffe
fondamentale encore ignorée ou incertaine,
MARS. 1762. 147
VII. Dans l'article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie,j'ai propofé un grand
nombre d'accords , jufqu'ici non pra-
-tiqués , & fur lefquels j'ai exhorté les
Muficiens à faire des expériences , perfuadé
que je fuis des progrès confidérafi
ceux
bles
que l'art
peut
faire
encore
,
1
qui le cultivent veulent bien ne s'entêter
d'aucun fyftême & ne fe laiffer captiver
par aucune routine ; le plus fimple
de ces accords , & celui qui renferme
le moins de diffonances , ou plutôt
qui n'en renferme proprement aucune ,
favoir ut mi folut , vous déplaît par
cette feule raiſon , que ut faiſant réfonner
fol naturel , ce fol naturel feroit
diffonance avec fol ; mais 19. ne
-devroit - on pas même rejetter d'après
un pareil principe l'accord de quinte
fuperflue ut mi fol fi ré qui eft pour-
- tant en ufage ? 20. Ne devroit-on pas
même rejetter l'accord parfait ut mi fol
ut ; car mi fait auffi réſonner fol * qui
forme une diffonance avec fol ? 3° . La
réponse à votre objection est bien facile
! c'eft que la note qui ne fait que
réſonner étant comme étouffée par celle
qui eft frappée réellement , n'a point
d'effet fenfible. Vous êtes convenu ,
Monfieur , dans plufieurs endroits de
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
18
vos ouvrages , qu'il eft inutile de vous
rappeller,de ce pouvoir des harmoniques
pour étouffer les diffonances & pour
en diftraire l'oreille. Sur cela je renvoie
le Lecteur à la premiere partie de mes
Elémens , Chap VII , vers la fin , où je
ne parle que d'après vous.
En un mot , Monfieur , expliqueznous
1 °. pourquoi l'accord ut mifol
ut qui n'eft proprement que l'accord ut
mi fol & qui ne contient réellement
aucune diffonance , ne pourroit pas
être employé en certaines occafions ,
lorfqu'on emploie tous les jours l'accord
ut mi folfi ré, qui ajoute à l'accord
ut mi fol ou ut mi fol ut quatre diffonances
ut fi , ut ré , mi ré , fol ★ ré ?
2º, Pourquoi les accords que j'ai propofés
ou du moins quelques-uns de ces
accords ne pourroient pas être employés
malgré les diffonances qu'ils renferment
, lorfqu'on emploie tous les
jours en Mufique tant d'autres accords ,
comme les accords par fuppofition , où
les diffonances font fi multipliées ?
Pour moi , Monfieur , j'ofe croire que
l'Art ira peut-être un jour plus loin que
vous ne penfez. L'expérience m'a rendu
circonfpect fur les affertions en matière
de Mufique ; avant que d'avoir entendu
MARS. 1762: ·149
vos Opéras , je ne croyois pas qu'on pût
aller au- delà de Lully & de Campra ;
avant que d'avoir entendu la Mufique
des Italiens , je n'imaginois rien au -deffus
de la nôtre.
VIII. L'expérience de M. Tartini eft
atteſtée par d'autres perfonnes , qui même
lui en conteſtent la découverte ,comme
vous le verrez dans le Difcours préliminaire
de mes Elémens . Je l'ai d'ailleurs
faite moi-même à Lyon en 1756
avec plufieurs Muficiens habiles ; tous
ont reconnu le troifiéme fon dont il
s'agit ; on l'entend très- diftinctement
mais il faut pour en apprécier la valeur
des Artiſtes exercés ; & je crois qu'on
peut s'en rapporter fur cela à l'oreille
de M. Tartini , qui vaut bien celle d'un
autre.
Au refte quoique j'aie détaillé dans
l'Encyclopédie cette expérience comme
très-curieufe , & comme pouvant fervir
à la perfection de l'Art mufical , je n'en
ai tiré aucune conféquence contre vos
principes , auxquels en effet elle ne me.
paroît point contraire .
IX. C'eſt à la page 133 des Fêtes de
'Hymen , qu'il fe trouve plufieurs tierces
majeures de fuite ; 233 eft une faute
d'impreffion qu'il vous étoit aifé de cor-
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
riger. On trouve en effet en cet endroit
deux parties à la tierce majeure l'une de
l'autre durant un grand nombre de mefures
. Niez-vous le fait ? En convenezvous
? C'est ce que je n'ai pu démêler
dans votre réponfe . Quelque parti que
vous preniez , il reftera toujours certain
que vous avez fait chanter deux parties
pendant plufieurs mefures à la tierce majeure
l'une de l'autre , quoique ces deux
tierces majeures de fuite foient interdites
par tous les Muficiens & par vous- même.
Je n'ai point prétendu blâmer cette licence
; j'en ai feulement fait mention ,
pour montrer combien les licences font
fréquentes en Mufique , & par conféquent
combien on doit être circonfpect
foit à les blâmer fans reftriction , foit à
préfcrire des nouveautés qui peuvent
paroître contraires aux régles reçues .
X. Il ne faut pas , Monfieur, confondre
ces deux propofitions : la baffe fondamentale
eft le principe de la mélodie ;
& l'harmonie Suggére la mélodie. Je
conviens avec vous de la premiere de
ces propofitions , prife dans ce fens ,
qu'il n'y a point de bonne mélodie qui
ne foit fufceptible d'une harmonie régulière
, & qui n'ait fon fondement dans
cette harmonie. A l'égard de la feconde
MARS. 1762.; 151
propofition , je n'ai rien décidé , & j'air
propofé des doutes que vous ne levez
pás en m'objectant les bornes de mon
expérience , & en convenant que la
mélodie eft ce qui frappe principalement
l'homme borné ; car fi la mélodie étoit
toujours fuggérée par l'harmonie , il
vous refteroit à expliquer , Monfieur ,
comment tant d'oreilles bornées , peu
fenfibles à l'harmonie faute d'ufage &
d'exercice , le font pourtant beaucoup à
la mélodie ; & comment des perfonnes
nées avec un goût naturel compofent
même des chants agréables , fans avoir
la moindre teinture d'harmonie . *****
Auffi convenez-vous enfin dans votre
lettre , & même comme d'une chofe
dont il ne faut pas douter , que la
mélodie fuggére la baffe fondamentale ,
( & par conféquent l'harmonie ) mais
vous ajoutez que c'eft avec des reftrictions
; fi c'eft là votte dernier avis , je
n'aurai pas de peine à m'y rendre ; car
j'ai moi-même reconnu & annoncé ces
reftrictions dans l'Article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie , pag. 60 & 61 ,
où je crois avoir expofé d'une maniere
affez exacte , d'après vos principes mê
mes , les droits mutuels & l'influence
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
réciproque que la mélodie & l'harmonie
ont l'une fur l'autre .
[
›
Je me flatte , Monfieur , d'avoir fuffifamment
fatisfait à vos critiques au
moins à celles que j'ai compriſes ; mais
je me flatte auffi de vous avoir donné
des preuves fuffifantes de complaifance
& d'attachement , en vous répondant
une fois , & je crois par-là m'être acquis
le droit de garder déformais le filence.
J'ai l'honneur d'être , & c.
D'ALEMBERT.
N. B. Cette nouvelle édition , dont
on trouvera des exemplaires à Paris ,
chez Defaint & Saillant , & chez Duchefne
, eft augmentée , 1 °. d'un Difcours
préliminaire affez étendu fur la
Théorie de la Mufique. 2°. D'un grand
nombre de Notes nouvelles , miſes au
bas du Texte. 3 °. De plufieurs Additions
& améliorations dans le corps du Texte
même . 4°. De la Réponse d'une Lettre
de M. Rameau .
Fermer
Résumé : RÉPONSE de M. d'ALEMBERT à une Lettre imprimée de M. RAMEAU.
Dans une lettre, M. d'Alembert répond à M. Pameau au sujet des articles 'FONDAMENTAL' et 'GAMME' de l'Encyclopédie. Il conteste l'approbation par l'Académie des Sciences des recherches de Pameau sur le principe géométrique dans le corps sonore, affirmant que les proportions doivent être perçues par la vue et le toucher. D'Alembert reconnaît les apports de Pameau à la géométrisation de la musique mais critique l'utilisation des proportions arithmétiques et harmoniques pour expliquer le plaisir musical. Il précise n'avoir pas utilisé ces proportions dans ses Éléments de Musique. Le débat entre les deux hommes porte sur les théories musicales et les proportions géométriques. D'Alembert préfère les rapports aux proportions pour leur simplicité et critique l'application excessive des proportions géométriques en musique. Il reproche à Pameau d'avoir mal utilisé les proportions pour expliquer la dissonance et d'avoir changé d'avis sur l'échelle diatonique du mode mineur. Concernant les accords musicaux, notamment l'accord de quarte superflue, d'Alembert propose deux solutions : reconnaître cet accord comme fondamental ou admettre que la basse fondamentale n'est pas universelle. Il réfute l'accusation d'avoir attribué l'accord de sixte ajoutée uniquement aux Italiens et énumère dix accords fondamentaux, contredisant l'affirmation qu'il n'en existe que deux. D'Alembert critique également l'aversion pour certains accords dissonants et mentionne des expériences musicales, comme celle de M. Tartini, pour illustrer la perception des harmoniques. Il distingue la base fondamentale de la mélodie de l'harmonie qui la suggère, tout en respectant les principes de son interlocuteur. Dans une lettre signée par D'Alembert, l'auteur exprime son désir de ne plus répondre aux questions posées, malgré ses précédentes démonstrations de complaisance et d'attachement. Il conclut en se disant honoré de cette correspondance. La lettre mentionne également la publication d'une nouvelle édition d'un ouvrage, disponible à Paris chez Defaint & Saillant et chez Duchefne, comprenant plusieurs ajouts et améliorations, notamment un discours préliminaire sur la théorie de la musique et une réponse à une lettre de M. Rameau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
20
p. 70-71
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis du genre féminin, [...]
Mots clefs :
Mode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
Js fuis du genre féminin , E
Inconftante , jeune , volage ;
Je ne déplais pas moins au Sage ,
Que je charme un jeune Blondin .
Mère du bon efprit & du parfait génie ,
On trouve dans mon nom deux prépofitions ,
Un terme de Muſique , un de Philoſophie ,
L'inftrument qui nourrit une des paffions
Qui chaque jour ne manque guères
D'apporter le défordre aux meilleures affaires.
Deux de mes membres feulement
Font voir plus de quatorze cent .
On trouve auffi certain Ouvrage
JANVIER. 1763 . 71
Que Malherbe & Ronfard ont mis en leur langage,
Un Monument facré d'où le Chrétien pieux
Vient offrir au Seigneur fon encens & ſes voeux.
Je n'en dirai pas davantage.
Par M. D... d'H.....
Js fuis du genre féminin , E
Inconftante , jeune , volage ;
Je ne déplais pas moins au Sage ,
Que je charme un jeune Blondin .
Mère du bon efprit & du parfait génie ,
On trouve dans mon nom deux prépofitions ,
Un terme de Muſique , un de Philoſophie ,
L'inftrument qui nourrit une des paffions
Qui chaque jour ne manque guères
D'apporter le défordre aux meilleures affaires.
Deux de mes membres feulement
Font voir plus de quatorze cent .
On trouve auffi certain Ouvrage
JANVIER. 1763 . 71
Que Malherbe & Ronfard ont mis en leur langage,
Un Monument facré d'où le Chrétien pieux
Vient offrir au Seigneur fon encens & ſes voeux.
Je n'en dirai pas davantage.
Par M. D... d'H.....
Fermer
21
p. 59
« LE mot de la premiere Enigme du premier volume de Janvier est Fiacre, [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du premier volume de Janvier est Fiacre, [...]
Mots clefs :
Fiacre, Tableau, Mode, Soif, Génie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du premier volume de Janvier est Fiacre, [...] »
LE mot
E mot de la premiere Enigme du
premier volume de Janvier eft Fiacre,
Celui de la feconde eft le Tableau, Celui
du premier Logogryphe eft Mode
dans lequel on trouve de , me , mode
dé , M. D. 500 , Ode , Dome. Celui du
fecond eft Soif, dont les quatre lettres
ont rendu les fix mots fuivans , io ,fi ,
if, foi , os , fi. Celui du troifiéme Lo
gogryphe eft le génie.
E mot de la premiere Enigme du
premier volume de Janvier eft Fiacre,
Celui de la feconde eft le Tableau, Celui
du premier Logogryphe eft Mode
dans lequel on trouve de , me , mode
dé , M. D. 500 , Ode , Dome. Celui du
fecond eft Soif, dont les quatre lettres
ont rendu les fix mots fuivans , io ,fi ,
if, foi , os , fi. Celui du troifiéme Lo
gogryphe eft le génie.
Fermer
22
p. 208
« Chaumont, Perruquier, fait non-seulement toute sortes de Perruques dans les [...] »
Début :
Chaumont, Perruquier, fait non-seulement toute sortes de Perruques dans les [...]
Mots clefs :
Perruques, Mode, Visage, Coiffe, Nouveautés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Chaumont, Perruquier, fait non-seulement toute sortes de Perruques dans les [...] »
CHAUMONT , Perruquier , fait non -feulement
toutes fortes de Perruques dans les goûts les plus
nouveaux , fpécialement celles qui font nouées
& celles en bourfes ; mais le deſſein dont il fait
ufage lui donne une grande facilité pour bien
prendre l'air du vifage , & coëffer le plus avantageufement
qu'on puiffe le defirer. Il fait voir
fes Defleins en plufieurs genres d'Accommodages
, & variés fuivant les différens goûts. Il les
éxécute enfuite au choix & à la fatisfaction des
perfonnes qui les lui demandent. De plus , il vient
de trouver l'invention d'un nouveau Reffort pour
fes Perruques bien fupérieur à tous ceux qui ont
paru jufques à ce jour , lequel eft d'autant plus
avantageux qu'il maintient l'ouvrage dans fa première
forme , l'empêche de fe retirer , & que fon
élafticité qui eft très- douce , ne fe relâche jamais
par l'ufage : en forte que durant tout celui de la
Perruque , elle joint également bien le contour du
vifage , & aufli parfaitement , pour ainfi dire , que
le pourroit faire le naturel des cheveux .
Il demeure rae S. Nicaife , au Mont Véluve.
toutes fortes de Perruques dans les goûts les plus
nouveaux , fpécialement celles qui font nouées
& celles en bourfes ; mais le deſſein dont il fait
ufage lui donne une grande facilité pour bien
prendre l'air du vifage , & coëffer le plus avantageufement
qu'on puiffe le defirer. Il fait voir
fes Defleins en plufieurs genres d'Accommodages
, & variés fuivant les différens goûts. Il les
éxécute enfuite au choix & à la fatisfaction des
perfonnes qui les lui demandent. De plus , il vient
de trouver l'invention d'un nouveau Reffort pour
fes Perruques bien fupérieur à tous ceux qui ont
paru jufques à ce jour , lequel eft d'autant plus
avantageux qu'il maintient l'ouvrage dans fa première
forme , l'empêche de fe retirer , & que fon
élafticité qui eft très- douce , ne fe relâche jamais
par l'ufage : en forte que durant tout celui de la
Perruque , elle joint également bien le contour du
vifage , & aufli parfaitement , pour ainfi dire , que
le pourroit faire le naturel des cheveux .
Il demeure rae S. Nicaife , au Mont Véluve.
Fermer
Résumé : « Chaumont, Perruquier, fait non-seulement toute sortes de Perruques dans les [...] »
Le texte décrit les services et innovations de Chaumont, un perruquier. Chaumont crée diverses perruques selon les dernières modes, notamment celles nouées et en boucles. Il maîtrise l'art de modeler les perruques pour qu'elles s'adaptent parfaitement au visage et coiffent avantageusement. Il propose plusieurs genres d'accommodements pour les cheveux, adaptés aux différents goûts des clients, et les exécute à leur satisfaction. Chaumont a récemment inventé un nouveau ressort pour les perruques, supérieur à ceux existants. Ce ressort maintient la perruque dans sa forme initiale, empêche son retrait et conserve son élasticité douce, même avec l'usage. Ainsi, la perruque épouse constamment le contour du visage et imite parfaitement les cheveux naturels. Chaumont exerce son métier au Mont Valais, rue Saint-Nicaise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
25
p. 205-208
I.
Début :
Méthode de musique sur un nouveau plan, par M. Jacob, de l'académie royale de [...]
Mots clefs :
Auteur, Musique, Modes, Notes, Portée, Clef, Clefs, Article, Lignes, Mode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I.
I.
Méthode de mufique fur un nouveau plan ;
par M. Jacob , de l'académie royale de
Mufique ; le prix eft de 36 fols. A Paris
chez l'auteur rue des Moineaux-
Butte-Saint- Roch , chez un tapiffier ;
Madame la veuve Leclerc rue St Honoré
à Sainte Cécile ; la Chevardiere , rue
du Roule ; & aux adreffes ordinaires
de mufique..
L'USAGE de faire connoître fuccceffivement
toutes les clefs , n'ayant d'autre ré206
MERCURE DE FRANCE.
fultat
que de faire
rencontrer
chacune
des fept
notes
fur toutes
les lignes
&
tous les espaces
de la portée
; l'auteur
, en
partant
de ce résultat
, propofe
de folfier
par toutes
les notes
prifes
alternativement
pour
premiers
degrés
de l'un
& l'autre
mode
, fans
le fecours
d'aucune
clef.
L'ordre
entre
les notes
étant
connu
, &
les lignes
ou les efpaces
de la portée
fe
trouvant
toujours
à la même
diſtance
les
uns des autres
, il eſt viſible
que la nomination
des notes
eft très- indépendante
des
clefs
, puifqu'en
fuppofant
telle
notte
donnée
fur une
des lignes
ou fur
l'un
des efpaces
, toutes
les autres
nottes
font
connues
.
L'ufage que l'auteur fait des clefs eft
relatif au diapafon des voix , en forte
que chacun doit choifir la clef qui convient
au genre de fa voix ; car felon la
définition donnée par M. Rouffeau dans
fon- dictionnaire de mufique & rapportée
par l'auteur , la clef fe met au commencement
de la Portée pour déterminer le degré
d'élévation de cette Portée dans le clavier
général. L'auteur traite enfuite des tons ,
pour les différentes gammes pour les modes
majeurs & mineurs ; de la manierede
connoître le mode & le ton à l'infpec
FEVRIER . 1769. 207
tion de la clef & des premieres meſures
d'un chant. On verra avec plaifir l'origi
ne des diézes ou des bémols qui doivent
entrer dans certains modes , & celle de
ces modes mêmes.
Dans l'article IX , l'auteur traite des
mefures ; cet article eft fuivi d'une obfervation
fur la maniere de battre la mefure
, & fur l'ufage où eft le célèbre Tartini
de faire marquer les portions de
temps à fes élèves , d'où l'auteur tire une
méthode propre à donner la précifion de
la mefure à ceux qui en feront ufage en
obfervant ce qu'il prefcrit à cet égard &
c'eft ce qui fait la matiere de l'article X.
L'onzième roule fur la diftinction des
temps & des portions de temps en fort
& en foible. Enfin , dans le douzième
article , qui eft le dernier de l'ouvrage
l'auteur traite de la modulation , de fes
regles , de la relation des modes & de la
maniere dont ces modes font entrelacés
dans une pièce de mufique ; objets dont
la connoiffance , dit l'auteur , eſt trèsimportant
dans la mufique vocale
puifque c'eft par cette connoiffance que
le chanteur peut fe prévenir & , pour
ainfi dire , fe préparer à l'intonation des
diézes , bémols ou béquarres , que les
P
108 MERCURE DE FRANCE.
divers relatifs d'un mode donné doivent
amener néceffairement dans un chant.
Méthode de mufique fur un nouveau plan ;
par M. Jacob , de l'académie royale de
Mufique ; le prix eft de 36 fols. A Paris
chez l'auteur rue des Moineaux-
Butte-Saint- Roch , chez un tapiffier ;
Madame la veuve Leclerc rue St Honoré
à Sainte Cécile ; la Chevardiere , rue
du Roule ; & aux adreffes ordinaires
de mufique..
L'USAGE de faire connoître fuccceffivement
toutes les clefs , n'ayant d'autre ré206
MERCURE DE FRANCE.
fultat
que de faire
rencontrer
chacune
des fept
notes
fur toutes
les lignes
&
tous les espaces
de la portée
; l'auteur
, en
partant
de ce résultat
, propofe
de folfier
par toutes
les notes
prifes
alternativement
pour
premiers
degrés
de l'un
& l'autre
mode
, fans
le fecours
d'aucune
clef.
L'ordre
entre
les notes
étant
connu
, &
les lignes
ou les efpaces
de la portée
fe
trouvant
toujours
à la même
diſtance
les
uns des autres
, il eſt viſible
que la nomination
des notes
eft très- indépendante
des
clefs
, puifqu'en
fuppofant
telle
notte
donnée
fur une
des lignes
ou fur
l'un
des efpaces
, toutes
les autres
nottes
font
connues
.
L'ufage que l'auteur fait des clefs eft
relatif au diapafon des voix , en forte
que chacun doit choifir la clef qui convient
au genre de fa voix ; car felon la
définition donnée par M. Rouffeau dans
fon- dictionnaire de mufique & rapportée
par l'auteur , la clef fe met au commencement
de la Portée pour déterminer le degré
d'élévation de cette Portée dans le clavier
général. L'auteur traite enfuite des tons ,
pour les différentes gammes pour les modes
majeurs & mineurs ; de la manierede
connoître le mode & le ton à l'infpec
FEVRIER . 1769. 207
tion de la clef & des premieres meſures
d'un chant. On verra avec plaifir l'origi
ne des diézes ou des bémols qui doivent
entrer dans certains modes , & celle de
ces modes mêmes.
Dans l'article IX , l'auteur traite des
mefures ; cet article eft fuivi d'une obfervation
fur la maniere de battre la mefure
, & fur l'ufage où eft le célèbre Tartini
de faire marquer les portions de
temps à fes élèves , d'où l'auteur tire une
méthode propre à donner la précifion de
la mefure à ceux qui en feront ufage en
obfervant ce qu'il prefcrit à cet égard &
c'eft ce qui fait la matiere de l'article X.
L'onzième roule fur la diftinction des
temps & des portions de temps en fort
& en foible. Enfin , dans le douzième
article , qui eft le dernier de l'ouvrage
l'auteur traite de la modulation , de fes
regles , de la relation des modes & de la
maniere dont ces modes font entrelacés
dans une pièce de mufique ; objets dont
la connoiffance , dit l'auteur , eſt trèsimportant
dans la mufique vocale
puifque c'eft par cette connoiffance que
le chanteur peut fe prévenir & , pour
ainfi dire , fe préparer à l'intonation des
diézes , bémols ou béquarres , que les
P
108 MERCURE DE FRANCE.
divers relatifs d'un mode donné doivent
amener néceffairement dans un chant.
Fermer
Résumé : I.
Le texte expose une méthode musicale proposée par M. Jacob, membre de l'Académie royale de Musique, visant à enseigner les notes sans utiliser de clefs traditionnelles. Cette méthode utilise les notes comme premiers degrés des modes majeur et mineur. L'ouvrage aborde l'utilisation des clefs en fonction du diapason des voix, permettant à chaque chanteur de choisir la clef appropriée. Il traite également des tons et des gammes pour les modes majeurs et mineurs, ainsi que de la détermination du mode et du ton à partir de la clef et des premières mesures d'un chant. Le texte mentionne l'origine des dièses et des bémols dans certains modes. L'article IX discute des mesures et des pratiques de battement, incluant celles de Tartini. L'article X précise la méthode pour déterminer la mesure, tandis que l'article XI distingue les temps forts et faibles. Enfin, l'article XII traite de la modulation, des règles des modes et de leur enchaînement dans une pièce musicale, soulignant l'importance de cette connaissance pour les chanteurs afin de se préparer aux intonations nécessaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
26
p. 84
AUTRE.
Début :
Je suis frivole, inconstante, bisarre ; [...]
Mots clefs :
Mode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Jz fuis frivole, inconftante, bifarre ;
Je plais toujours , même quand je dépare ;
Je n'ai de prix que par ma nouveauté ,
Par monpeu de valeur ou ma fragilité :
A ces traits , cher lecteur , peux - tu me recons
noître ?
Non ; ch bien , décompofès mon être ;
Mon front de moins : je préfente àtes yeux
Un poëme harmonicux ,
Fils énergique du génie ,
Chantre des héros ou des dieux ,
Et qui , moins élevé , mais non moins gracieux,
A la douceur uniflant l'harmonie ,
Peint les plaifirs & retrace les jeux.
Mon anagrame eft le nom d'un chef- d'oeuvre
Qui décore l'hôtel où nos braves guerriers
Viennent à Dieu confacrer leurs lauriers ,
Et du falut faire leur unique ceuvre.
Par M. l'Abbé Maillart Dupont
de Metz
Jz fuis frivole, inconftante, bifarre ;
Je plais toujours , même quand je dépare ;
Je n'ai de prix que par ma nouveauté ,
Par monpeu de valeur ou ma fragilité :
A ces traits , cher lecteur , peux - tu me recons
noître ?
Non ; ch bien , décompofès mon être ;
Mon front de moins : je préfente àtes yeux
Un poëme harmonicux ,
Fils énergique du génie ,
Chantre des héros ou des dieux ,
Et qui , moins élevé , mais non moins gracieux,
A la douceur uniflant l'harmonie ,
Peint les plaifirs & retrace les jeux.
Mon anagrame eft le nom d'un chef- d'oeuvre
Qui décore l'hôtel où nos braves guerriers
Viennent à Dieu confacrer leurs lauriers ,
Et du falut faire leur unique ceuvre.
Par M. l'Abbé Maillart Dupont
de Metz
Fermer
27
p. 61-62
AUTRE.
Début :
Je suis un vrai tyran des mortels respecté, [...]
Mots clefs :
Mode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Je fuis un vrai tyran des mortels refpecté ,
Enfant chéri du goût & de la nouveauté ,
Qui , de l'Etat Français dont je tiens les fuffrages
,
Au-delà des deux mersdifperfe les ouvrages.
J'augmente avec fuccès leur immenfe cherté ,
Selon leur peu d'ufage ou leur fragilité.
Mon trône eſt un miroir , dont la glace infidelle
Donne aux mêmes objets une forme nouvelle.
Les Français inconftans admirent dans mes
mains
Des tréfors méprifés du refte des humains.
Affife à mes côtés , la brillante parure
Eflaye , à force d'art , de changer la nature.
La beauté me confulte , & par cet art qui plaît
J'ajoute un nouveau luftre à fes brillans attraits.
J'affujettis encor le fage à ma formule ,
Me fuivre eft un devoir , me fuir , un ridicule.
Du docte & du pédant guidant tous les écrits ,
Je les comble à mon gré d'eftime & de mépris.
Par de bizares loix , même fouvent difformes,
62 MERCURE DE FRANCE.
Je place enfin les fots & nomme les grands hommes.
Par M. FI**.
Je fuis un vrai tyran des mortels refpecté ,
Enfant chéri du goût & de la nouveauté ,
Qui , de l'Etat Français dont je tiens les fuffrages
,
Au-delà des deux mersdifperfe les ouvrages.
J'augmente avec fuccès leur immenfe cherté ,
Selon leur peu d'ufage ou leur fragilité.
Mon trône eſt un miroir , dont la glace infidelle
Donne aux mêmes objets une forme nouvelle.
Les Français inconftans admirent dans mes
mains
Des tréfors méprifés du refte des humains.
Affife à mes côtés , la brillante parure
Eflaye , à force d'art , de changer la nature.
La beauté me confulte , & par cet art qui plaît
J'ajoute un nouveau luftre à fes brillans attraits.
J'affujettis encor le fage à ma formule ,
Me fuivre eft un devoir , me fuir , un ridicule.
Du docte & du pédant guidant tous les écrits ,
Je les comble à mon gré d'eftime & de mépris.
Par de bizares loix , même fouvent difformes,
62 MERCURE DE FRANCE.
Je place enfin les fots & nomme les grands hommes.
Par M. FI**.
Fermer
28
p. 58-59
LOGOGRYPHE.
Début :
Des mortels inconstans frivole & vaine idole, [...]
Mots clefs :
Mode