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1
p. 134-141
LETTRE EN CHANSONS.
Début :
Flore dans nos Champs [...]
Mots clefs :
Air, Chant, Rire, Couplet, Louis, Louer
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE EN CHANSONS.
LETTRE
EN CHANSONS,
Sur le Chant deLancelotTurpin.
Lore dans nos Champs FEstenfin defcendun
Les Oyseauxparleurs chants Annoncentsa venuë ;
MaisquefertlePrintemps s
Quand onvousaperduë ;
Surle Chant de Réveillez-vous
Belle endormie.
DuZephirl'adouceinfluence Changeen vainnos bois &nos Prez ,
Nousneſentironssapresence,
Quedujourque vousreviendrez.
Sur l'Air duTraquenart.
Madame,quefaites-vous ,
Devous éloigner denous ?
88 LE MERCVRE
Demapropremain ,
Siiecroyoismon courage,
Demapropremain Ieme perçerois leſein.
Surl'Air delaBordeaux.
Aqui connoîtvostre beauté charmantes Comme nousfaiſons tous,
Touteſaiſon estaimable &riante.
Quiſepaſſe avecvous ,
Nultemps n'est doux Quandvous estes abfente ,
Etc'estparlemesme efprit Que l'heureux Coulange rit ,
Et Galand lamente.
Sur le Chant de l'Echelle du Temple
Ienehaypointles Espagnols ,
Tant que Coulange&que Bagnols.
Ils ont eux-feuls tout l'avantage ,
Tous les plaifirs , & tout l'honneur
Etne nouslaiſſent enpartage,
Qued'enragerde leur bon-beur.
Surle Chantde Landerirette.
Mais à quoybon tant de douleurs
2
GALANT. 89
ر
Nos cris,nosfoùpirs &nos pleurs ,
Landerirette ,
Nevous ramenentpas icy ,
Landeriry.
Surl'Air de Fichuë efttoutepreste.
Atous les gensde bon gouft ,
L'ay toûjours oùy dire Que quand l'adreffe est àbout ,
Ilfaut benir Dieude tout ,
Et rire,&rire ,&rire.
Sur le Chant de l' Année est bonne
Mais venons ànoftre Grand Roy,
Aluy voirtout remplird'effroy ,
Iln'estbon François qui n'entonne L'Annéeest bonne.
Sur leChantde Puiſſant Roy.
Iln'estpas permis de s'affliger ,
Sons ſes Loix Loüis va tout ranger.
Celebrons les Miracles étranges,
Qu'ontfaitpour nous ſon esprit &son
1 cœur:
Al'envy prodiguonsnos loüanges,
C'est le ſenl bien qui flate leVainqueur
90 LE MERCVRE
Sur l'Air Beuvons ànous quatre.
Maisquoyqu'on l'adore ,
Onadudépit Devoirqu'auboutdu Recit
Il en reste encore
Plus qu'on n'en adit.
ليه
Sur l'Air de Frere Frapart.
Nousceſſferons enfin d'entendre Comparer au plus granddes Rois,
Achille,Cefar,Alexandre ... Et tous les Hérosd'autrefois :
Quel que soit l'éclat qu'on leur donne,
Cequ'est Loüis nul n'a jamais esté.
Iln'imitajamaispersonne ,
Etnefera point imité.
Sur le Chant du Poulallierde
Pontoise.
Quelque éloge ,qu'ilnous coûte Ayons-en toûjours pour luy Acent ans , comme aujourd'huy Puiſſe-t-il estrefansgoute;
Qu'àsespieds il ait cent Rois ,
Qu'àlaChineonle redoute;
GALANT. 91
h
Etpour tout dire àlafois ,
Qu'ilait encorfon Louvois.
Sur l'Air des Sauts de Bordeaux.
Dans le meſime Sacrifice On Loürs est adoré ,
Son Ministre avecjustice Se voit aufsi reveré:
Toutemédiſance créve ,
L'envieuxtombe en defaut Lorsque la Vertu s'éleve
Iusqu'an degré leplus haut.
Sur le Chantde Vous avez trois
Filles.
Cettegrande Brune ,
Dontil est Mary ,
N'estpas lamoindrefortune DeceſageFavory.
Sur le Chant des Feüillantines..
Finiſſons , cardu Mestier Delower ,
Ilnefautpasse joüer ;
Detoutce que l'on révere
Ilfait bon ,
Ilfaitbonneparler guere
!
92 LE MERCVRE
Surl'Air de *****
Croyezdoncque l'Autheur
Tres-fatigué d'écrire;
Croyez donc que l'Autheur
Eft voſtre Serviteur.
Iefuisfans ceremonie Letres-fidele Valet
Delanoble Compagnie,
Quin'aura que ce Couplet.
EN CHANSONS,
Sur le Chant deLancelotTurpin.
Lore dans nos Champs FEstenfin defcendun
Les Oyseauxparleurs chants Annoncentsa venuë ;
MaisquefertlePrintemps s
Quand onvousaperduë ;
Surle Chant de Réveillez-vous
Belle endormie.
DuZephirl'adouceinfluence Changeen vainnos bois &nos Prez ,
Nousneſentironssapresence,
Quedujourque vousreviendrez.
Sur l'Air duTraquenart.
Madame,quefaites-vous ,
Devous éloigner denous ?
88 LE MERCVRE
Demapropremain ,
Siiecroyoismon courage,
Demapropremain Ieme perçerois leſein.
Surl'Air delaBordeaux.
Aqui connoîtvostre beauté charmantes Comme nousfaiſons tous,
Touteſaiſon estaimable &riante.
Quiſepaſſe avecvous ,
Nultemps n'est doux Quandvous estes abfente ,
Etc'estparlemesme efprit Que l'heureux Coulange rit ,
Et Galand lamente.
Sur le Chant de l'Echelle du Temple
Ienehaypointles Espagnols ,
Tant que Coulange&que Bagnols.
Ils ont eux-feuls tout l'avantage ,
Tous les plaifirs , & tout l'honneur
Etne nouslaiſſent enpartage,
Qued'enragerde leur bon-beur.
Surle Chantde Landerirette.
Mais à quoybon tant de douleurs
2
GALANT. 89
ر
Nos cris,nosfoùpirs &nos pleurs ,
Landerirette ,
Nevous ramenentpas icy ,
Landeriry.
Surl'Air de Fichuë efttoutepreste.
Atous les gensde bon gouft ,
L'ay toûjours oùy dire Que quand l'adreffe est àbout ,
Ilfaut benir Dieude tout ,
Et rire,&rire ,&rire.
Sur le Chant de l' Année est bonne
Mais venons ànoftre Grand Roy,
Aluy voirtout remplird'effroy ,
Iln'estbon François qui n'entonne L'Annéeest bonne.
Sur leChantde Puiſſant Roy.
Iln'estpas permis de s'affliger ,
Sons ſes Loix Loüis va tout ranger.
Celebrons les Miracles étranges,
Qu'ontfaitpour nous ſon esprit &son
1 cœur:
Al'envy prodiguonsnos loüanges,
C'est le ſenl bien qui flate leVainqueur
90 LE MERCVRE
Sur l'Air Beuvons ànous quatre.
Maisquoyqu'on l'adore ,
Onadudépit Devoirqu'auboutdu Recit
Il en reste encore
Plus qu'on n'en adit.
ليه
Sur l'Air de Frere Frapart.
Nousceſſferons enfin d'entendre Comparer au plus granddes Rois,
Achille,Cefar,Alexandre ... Et tous les Hérosd'autrefois :
Quel que soit l'éclat qu'on leur donne,
Cequ'est Loüis nul n'a jamais esté.
Iln'imitajamaispersonne ,
Etnefera point imité.
Sur le Chant du Poulallierde
Pontoise.
Quelque éloge ,qu'ilnous coûte Ayons-en toûjours pour luy Acent ans , comme aujourd'huy Puiſſe-t-il estrefansgoute;
Qu'àsespieds il ait cent Rois ,
Qu'àlaChineonle redoute;
GALANT. 91
h
Etpour tout dire àlafois ,
Qu'ilait encorfon Louvois.
Sur l'Air des Sauts de Bordeaux.
Dans le meſime Sacrifice On Loürs est adoré ,
Son Ministre avecjustice Se voit aufsi reveré:
Toutemédiſance créve ,
L'envieuxtombe en defaut Lorsque la Vertu s'éleve
Iusqu'an degré leplus haut.
Sur le Chantde Vous avez trois
Filles.
Cettegrande Brune ,
Dontil est Mary ,
N'estpas lamoindrefortune DeceſageFavory.
Sur le Chant des Feüillantines..
Finiſſons , cardu Mestier Delower ,
Ilnefautpasse joüer ;
Detoutce que l'on révere
Ilfait bon ,
Ilfaitbonneparler guere
!
92 LE MERCVRE
Surl'Air de *****
Croyezdoncque l'Autheur
Tres-fatigué d'écrire;
Croyez donc que l'Autheur
Eft voſtre Serviteur.
Iefuisfans ceremonie Letres-fidele Valet
Delanoble Compagnie,
Quin'aura que ce Couplet.
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Résumé : LETTRE EN CHANSONS.
La lettre est une série de poèmes en chansons adressés à une dame absente. Les auteurs expriment leur tristesse et leur désir de son retour, soulignant que la nature et les saisons perdent leur charme en son absence. Ils utilisent divers airs connus pour exprimer leur douleur et leur espoir de la revoir. La lettre célèbre également le roi Louis, louant ses qualités et ses actions, et le compare favorablement aux grands héros de l'histoire. Elle mentionne le ministre Louvois et critique subtilement certains aspects de la cour. Enfin, l'auteur conclut en se déclarant fatigué d'écrire et se présente comme le serviteur de la noble compagnie à qui la lettre est destinée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 6-14
L'AMOUR COMMODE.
Début :
Hé bien, mon coeur facile & qui par tout se rend, [...]
Mots clefs :
Amour, Chagrin, Règles, Commode, Heureux, Badiner, Rire
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texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR COMMODE.
L'AMOUR COMMODE.
H
T
E' bien , mon cœur facile &qui partout se rend,
Pourquaire ou cing Beautez en mefime temps, foupire Entre nous , pelle be Iris, est-ce un crimefi
grand
Mon Qu'ilfailley trouver tant à dire ?
ધોની
:
GALANT.
Si j'ay dequoy vous engager ,
Parceque j'aymeailleurs en dois-jemoins
vousplaire,
Etpourquelques douceurs qu'on me voit
partager,
Nesçaurois- je estre vôtre affaire ?
Rendez plus dejustice à mafincerité.
Sij'en conte en tous lieux, c'eſtſans estre
volage,
P'aime tant que l'on m'aime , & cette fermeté Vant bien qu'auecmoy l'on s'engage.
Ilest vray qu'absent desbeauxyeux Dontmon amecharmée adore la lumiere,
Pourfinirdes jours ennuyeux.
Ien'aypaslamain meurtriere.
Ie cours oùje prétens qu'on seplaiſe à
me voir ,
Ie ris ,je chante,jefolâtre ,
Etregarde leDesespoir Commeune vertudeTheatre.
A iij
6 LE MERCVRE
C'est estre , je l'avoue , Amant peu regulier ,
Maisjefuis tous les mauxque le chagrin fait naiftre ,
Etsi c'eſt làn'aimer qu'en Ecolier ,
Dien me garde d'aimer en Maistre.
Apres tout , le repos estant un bien fi doux,
Aime-t-on afin qu'on enrage
Etpour sécher d'ennuy d'estre éloignéde
vous,
Vousen verray-je davantage? 1
Lesplaintes, les langueurs , les foûpirs,
lesfanglots,
Merendront- ils ceque m'ofte l'absence,
Etn'est - ilpas plus àpropos Qu'apres l'avoir perdu je prenne pa- tience ?
L'amourde tous les maux est leplus dangereux ,
Quand trop d'attachement nous livre à
Soncaprice,
GALAN Τ. 7
Et je ne ſcache point d'employ si malhenreux ,
Quede sefaire Amant d'office.
Achaque occafion il faut avectransport S'arracherles cheveux, se battre la poitrine د
Eftre tout prest decourir àla mort ,
Oudumoins en avoirla mine.
i
Franchement, ce mestier est des plusfatigans,
Ilamillechagrins qui rarement s'appai- Sent,
Et cen'est n' pasà
vagans
tart qu'on nommeextraLespauvres Dupesqui s'y plassent.
BIBLE
Aimeparregles qui voudr
lamais cenefut ma methode ,
Ie m'offre , &fansſonger comme le tour
ira ,
Ie prens d'abord du plus commode.
Mesvœuxn'ayantpour tout objet A iiij
ILE MERCVRE
Quede rendre heureux ce que j'aime,
Pourreüffir dans ceprojet Je croy devoir toûjours commencerpar moy-mefme.
Ainfi, charmante Iris, fi mon humeur
vousplaiſt ,
N'examinezrien autrechose,
Aimez- moyfansprendre interest Si de mon cœur quelqu'autre ainſi que vous dispose.
Tantque je vous verray ,je ſeray tout à
vous,
Point deſouvenirdesAbſentes ,
Vous allumerez ſeule en des momensfi doux
Mespaßions lesplus ardentes.
Dansquelquepaffe temps que vous väeil- *liez donner ,
I'ydonn erayfans le combattre ;
Etfi vous voulez badiner ,
Ieferaybadin comme quatre.
Iene dispas ,quandvous m'aurez quité,
و .GALANT
Qu'attendant que je vous revoye ,
Jen'aille d'un autre costé
Faire un nouvel amas de joye.
L
Mais ces égaremens facheux aux cœurs jaloux,
Nepeuvent estre àvoſtre honte;
Cequejeferay loin de vous ,
Neferapointfur vostre compte.
Dans le temps oùtousdeux nous nenous
verronspas ,
Comme d'aucunplaisir je ne veux medefendre ,
Nevousfaitespoint d'embarras Detous ceuxque vouspourrezprendre.
Recevezdes Amans, écoutez leurs douceurs ,
Et quand de nous revoir l'heure ſera venue دو Prenonsce que chacun nous aurons fait
ailleurs,
Comme chosenon avenuë.
*
Sans nous inquieter de rich 0
A V
LE MERCVRE
1
Faiſons -nous le mesme visage Quesi vostre cœur &le mien Estoient demeurezfanspartage.
Commed'amour tout tranſporté,
Ievousferay mille careſſes ,
Vous pourrez y répondre en toute sou- reté
Parvosplusflateuſes tendreſſes.
Mefaire des faveurs , c'eſt ne rien ha- zarder,
Ieſuis diferet , &recevant des vostres,
Vous aurez beau m'en accorder,
Ien'en parleraypoint aux autres.
Aces conditionsſi jeſuis voſtrefait,
Belle Iris, vous n'avez qu'àdire,
Cherchons en nous aimant l'amour leplus
parfait,
Mais n'aimonsjamaisque pour rire.
H
T
E' bien , mon cœur facile &qui partout se rend,
Pourquaire ou cing Beautez en mefime temps, foupire Entre nous , pelle be Iris, est-ce un crimefi
grand
Mon Qu'ilfailley trouver tant à dire ?
ધોની
:
GALANT.
Si j'ay dequoy vous engager ,
Parceque j'aymeailleurs en dois-jemoins
vousplaire,
Etpourquelques douceurs qu'on me voit
partager,
Nesçaurois- je estre vôtre affaire ?
Rendez plus dejustice à mafincerité.
Sij'en conte en tous lieux, c'eſtſans estre
volage,
P'aime tant que l'on m'aime , & cette fermeté Vant bien qu'auecmoy l'on s'engage.
Ilest vray qu'absent desbeauxyeux Dontmon amecharmée adore la lumiere,
Pourfinirdes jours ennuyeux.
Ien'aypaslamain meurtriere.
Ie cours oùje prétens qu'on seplaiſe à
me voir ,
Ie ris ,je chante,jefolâtre ,
Etregarde leDesespoir Commeune vertudeTheatre.
A iij
6 LE MERCVRE
C'est estre , je l'avoue , Amant peu regulier ,
Maisjefuis tous les mauxque le chagrin fait naiftre ,
Etsi c'eſt làn'aimer qu'en Ecolier ,
Dien me garde d'aimer en Maistre.
Apres tout , le repos estant un bien fi doux,
Aime-t-on afin qu'on enrage
Etpour sécher d'ennuy d'estre éloignéde
vous,
Vousen verray-je davantage? 1
Lesplaintes, les langueurs , les foûpirs,
lesfanglots,
Merendront- ils ceque m'ofte l'absence,
Etn'est - ilpas plus àpropos Qu'apres l'avoir perdu je prenne pa- tience ?
L'amourde tous les maux est leplus dangereux ,
Quand trop d'attachement nous livre à
Soncaprice,
GALAN Τ. 7
Et je ne ſcache point d'employ si malhenreux ,
Quede sefaire Amant d'office.
Achaque occafion il faut avectransport S'arracherles cheveux, se battre la poitrine د
Eftre tout prest decourir àla mort ,
Oudumoins en avoirla mine.
i
Franchement, ce mestier est des plusfatigans,
Ilamillechagrins qui rarement s'appai- Sent,
Et cen'est n' pasà
vagans
tart qu'on nommeextraLespauvres Dupesqui s'y plassent.
BIBLE
Aimeparregles qui voudr
lamais cenefut ma methode ,
Ie m'offre , &fansſonger comme le tour
ira ,
Ie prens d'abord du plus commode.
Mesvœuxn'ayantpour tout objet A iiij
ILE MERCVRE
Quede rendre heureux ce que j'aime,
Pourreüffir dans ceprojet Je croy devoir toûjours commencerpar moy-mefme.
Ainfi, charmante Iris, fi mon humeur
vousplaiſt ,
N'examinezrien autrechose,
Aimez- moyfansprendre interest Si de mon cœur quelqu'autre ainſi que vous dispose.
Tantque je vous verray ,je ſeray tout à
vous,
Point deſouvenirdesAbſentes ,
Vous allumerez ſeule en des momensfi doux
Mespaßions lesplus ardentes.
Dansquelquepaffe temps que vous väeil- *liez donner ,
I'ydonn erayfans le combattre ;
Etfi vous voulez badiner ,
Ieferaybadin comme quatre.
Iene dispas ,quandvous m'aurez quité,
و .GALANT
Qu'attendant que je vous revoye ,
Jen'aille d'un autre costé
Faire un nouvel amas de joye.
L
Mais ces égaremens facheux aux cœurs jaloux,
Nepeuvent estre àvoſtre honte;
Cequejeferay loin de vous ,
Neferapointfur vostre compte.
Dans le temps oùtousdeux nous nenous
verronspas ,
Comme d'aucunplaisir je ne veux medefendre ,
Nevousfaitespoint d'embarras Detous ceuxque vouspourrezprendre.
Recevezdes Amans, écoutez leurs douceurs ,
Et quand de nous revoir l'heure ſera venue دو Prenonsce que chacun nous aurons fait
ailleurs,
Comme chosenon avenuë.
*
Sans nous inquieter de rich 0
A V
LE MERCVRE
1
Faiſons -nous le mesme visage Quesi vostre cœur &le mien Estoient demeurezfanspartage.
Commed'amour tout tranſporté,
Ievousferay mille careſſes ,
Vous pourrez y répondre en toute sou- reté
Parvosplusflateuſes tendreſſes.
Mefaire des faveurs , c'eſt ne rien ha- zarder,
Ieſuis diferet , &recevant des vostres,
Vous aurez beau m'en accorder,
Ien'en parleraypoint aux autres.
Aces conditionsſi jeſuis voſtrefait,
Belle Iris, vous n'avez qu'àdire,
Cherchons en nous aimant l'amour leplus
parfait,
Mais n'aimonsjamaisque pour rire.
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Résumé : L'AMOUR COMMODE.
Le texte relate un dialogue entre un Galant et Iris sur la nature de l'amour. Le Galant décrit l'amour comme facile et ouvert à plusieurs beautés simultanément. Il cherche à éviter les souffrances causées par le chagrin et l'attachement excessif, préférant un amour sans contraintes et sans souffrances inutiles. Il privilégie le repos et le plaisir. Le Galant propose à Iris une relation basée sur le plaisir mutuel et la liberté. Il promet de lui être entièrement dévoué tant qu'ils seront ensemble, sans se soucier des absences ou des autres amours. Il suggère qu'ils puissent tous deux profiter de plaisirs ailleurs sans que cela affecte leur relation. Il insiste sur la discrétion et la fidélité dans leurs échanges, proposant de ne pas parler des faveurs reçues d'autres personnes. En résumé, le Galant prône un amour léger, sans attachement excessif, et basé sur le plaisir partagé et la liberté individuelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 3-27
« En annonçant dans le Mercure dernier un Livre nouveau, j' [...] »
Début :
En annonçant dans le Mercure dernier un Livre nouveau, j' [...]
Mots clefs :
Auteur, Livre, Ouvrage, Poète, Art poétique, Horace, Quintilien, Vin, Anciens, Rire, Notes, Réputation, Ovide, Homère, Traduction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « En annonçant dans le Mercure dernier un Livre nouveau, j' [...] »
LITTERATVRE. EN annonçant dans
le Mercure dernier
un Livre nouveau, j'ay
promisd'en parler ce
mois cy ,
c'est un Livre
tres-varié,rempli d'érudition,
& capable de vous
remetrre dans l'idée les
réglés de la composition
&dubon goust.
D'abord on y voit une
Traduction en vers de ïArt
portique d'Horace: c'est ce
qui sert de titre au Livre,
il y a ensuite quantité de
Notes curieuses, les unes
de l'Autheur
,
& les autres
citées de plusieurs Grecs
& Latins, dont voicy quelques-
unes.
-
L'Art poëtique d'H O*
RACE est une Lettre
qu'il écrit aux PISONS.
Ces PIS O N S estoientle
frere & les neveux de Calpurnie
Epouse deJules Cesar,
& fille de Lucius Pison.
La premiere réglé de
l'éloquence, c'est d'estre
clair; & la seconde
,
de
n'estre pas diffus.
MARITAL dit que
les ouvrages-où il n'y a
rien: à retrancher, ne sont
jamais trop longs.
Lalime,ditQUINTILIEN,
doit polir & non
pas affoiblir, & user, pour
ainsi dire,un ouvrage.
J'ay veu dans un Autheur
François, travaillez
vostre ouvrage jusqu'à ce
qu'il foit au point qu'on
ne s'appercoive pas qu'il
vous a cousté beaucoup
de travail.
PROPERCE compare
l'Autheur dont le stile
n'est ny trop enflé ny
trop simple
,
là un Marinier
qui rase le rivage avec
un de ses avirons, & qui
fend les flots avec l'autre.
LONGINdonne pour
exemple de l'enfleure. ces
pensées
- cy Faire du vent
Boréeson joueur de jiute.-
Et cetautre: Jupitercrache
des neiges contre les Alpes^.
Exemples du vray sublime
:HOMEREpeint
la
-
Discorde la teste dans les
-
Cieux, & les pieds sur la
terre. Et quand il parle de
Neptune il dit:
Que Neptune marchant dans
les vastescampagnes Fait , tremblersousses pieds&
forests & montagnes. Ilfaitdireà AJAXqui
voit l'Armée des Grecs
couverte tout à coup d'épaisses
tenebres.
Grand Dieu chasses la nuit
qui nous couvre lesyeux,
Et combats contre nous à la
clarté des Cieux.
Caraéteres différents de
poësie traduirs d'Ovide
par l'Autheur,
Vous qui que vous soyez à
Censeur trop severe,
Jugez, de nos travauxselon leur
caraïlere,
C'est au Vers Heroïque à chanter
les combats:
Quelleplaceytiendroient Venus
& les appas;
La grandeur, le couroux sont du
stile tragique,
Maisles sujets communs regardent
le comique,
L'Iambe libre cft propre à lancer
son venin,
Soit qu'il coure tousjours, ou qu'il
boite à la fin.
Les Amours, leurs carquois,
l'inconstante Silvie,
Sont les dignessujets de la tendre
Elegie.
Pour celebrer Cidippe,Homere
ny ses Vers,
N'y doivent point paroistre aux
yeux de l'univers.
Achile convient mal au ton de
Callimaque
, - Et Thais ne doit pas imiter
Andromaque.
L'autheur dit à propos
de la force du pathétique,
que nous pleurons en voyant
pleurer, que nous
rions en voyant rire,&cela
par une raison phisique à
peu pres semblableàcelle
qui
fait
remuer les cordes
de plusieurs instruments
qui sont dans une mesme
chambre, avec un autre
dont on touchera fortement
les cordes montées
au mesme ton que cellesde
ces autres instruments
quirefonneront sans qu'on
les touche, &c. Ilyaainsi
à peu prés dans tous les
hommes des nerfs montez
, pour ainsi dire, au
mesme ton, & c'est ce
qu'on appelle fimpathie,
&c.
Comme nous nous sentons
capables des mesmes
maux, & des mesmes biens
que nous voyons ressentir
aux autres, nous sommes
remuez par les mesmes
sentiments £ la veuë du
bien ou du mal qui leur
arrive.
L'autheur fait plusieurs
remarques sensées sur diferents
Poëmes, anciens
& modernes.
Puisque les Poèmes sont
des imications
,
dit-il,ils
doivent sans doute imiter:
mais ils ne doivent pas
imiter une aaion
violer les réglés de la poësie.
Corneille a tellement
imité le combat de son
Horace, que sa pieces'est
trouvéefinie au troisiéme
Acte. Le voila fort à l'estroit,
comment se tirerat'il
de ce paslà? Il ne l'a
peu sans violer l'unité de
l'action,ilest obligé d'adjouster
le meurtre de Camille
pour donnerune juste
estenduëà sa Tragédie;
dans le Cid&ailleurs
il ne sort de pareils embarras
qu'en violant l'unité
du temps,ou celle du
lieu, &c.
A propos, de lamaniere
doncon doit commencer unpoëme,JULES SCALIGER
donne pour exemple
d'un Exorde régulier
celuy de Lucain,qui
dans son poëme sur la
guerre civile, place tout
d'un coup Cesar au partage
du Rubicon,d'où estant
s
declaré ennemy de lapatrie
par le Senat, il est forcé
d'entreprendre cette
guerre.
Un Poëte François a dit
que le vin estoit legrand cheval
des Poètes. Une peau de
bouc pleine de vin estoit
autrefois un prix que remportoit
le Poëte qui avoit
le mieux reüssi dans la Tragedie
; en voicy la raison :
cette forte de poëme neftoit
au commencement
que des chansons en l'honneur
de Bacchus, auquel
on sacrifioit un bouc comme
animal contraire à la
vigne, on rempliffoit de
vin la peau du bouc, &on
la donnoic au Poëce.
Aprés les Notes sur
l'Art Poétique
,
il y a plusieurs
petites traductions
de différentes pieces d'Horace,
d'Ovide, de Petrone,
& avec des Notes donc
voicy quelques-unes.
Lucille estoit un Poète
latin que Juvenal appelle
l'illustre nourrissond'Auronce.
Ce Poëte avoit
composé trente Satyres.
Horace dit dans sa premiere
Satyre du second Livre;
que Lucille confioit ses
secrets à ses Livres, qu'il
n'alloit point ailleurs décharger
son coeur,ce qui
a fait qu'on a trouvé la vie
de ce vieillard peinte dans
ses ouvrages comme dans
un tableau.
,
4 On croiroit que les expressions
de avoir bon neK ,
avoirle ne7, fin, feroient
basses & impropres pour
exprimer avoirl'espritbon,
l'espritsubstil maisHorace,
Perse, & Martial l'ont anpobli
en remployant dans
ce sens. La
- La Comedie a pour but
de réjoüir & d'instruire;
les mimes estoient des
poemes qui n'avoient pour
but que de faire rire, c'estoit
les farces de ce temps-
}'1à.0. Quintilien emploie un
long Chapitre à traiter du
Ris, il est estonnéque paroissant
chose si peu importante
, il ait quelquefois
des effets si estonnants.
Un Ris excité à propos
peut changer l'estat des
affaires les plus importanles,
il empesche quelque-,
fois les fuites fafcheufesde
la haine, de la colere,&c.
& fait succeder la douceur
la bénignité, laclemence.
Par exemple, deux jeunes
Tarentis furent amenez
devant le Roy Pyrrus,
parce que dans un repas
ils avoient eu l'insolence
de parler mal de ce Prince
; voyant qu'ils ne pouvoient
nier le fait ny se
deffendre raisonnablement,
ils respondirent,
Sire
y
sila bouteille ne nous
avoitpas manque, vous eflick
mort,c'estoitfait de vous. Ce
bon mot calma la colere
de leur Juge en le faisant
rire.
Les vins de Falerne se
gardoient si long-temps,
que Petrone par le de bouteilles
de ce vin bouchées
avec foin, dont les étiquetes
marquoient que ce vin
avoic esté fumé fous le
Consul Opimus, cent ans
avant.
Diogenes
,
à propos des
superstitions sur les songes,
estoit indigné que les hom.
mes se tourmentassent au
lujetdessonges,& donnaient
si peu d'attention
aux avions qu'ils faisoient
estanteveillez.
Auguste avoir, dédié
dans son palais un Temple
, & une magnifique
Bibliothèque à Apollon,
où cinq Juges, du nombre
desquels estoit Tarpa, décidoient
du mérité des ouvrages
, que les Autheurs
y venoient lire.
Ennius, dit Quintilien
est semblable à , ces bois
que leur antiquité a consacrez
)
& dont les vieux
arbres font plus vénérables
qu'ils ne font beaux.
Les Anciens écrivoient
sur des tablettes couvertes
de cire,&ils se servoient
d'éguilles pointuës par un
bout, & plates par l'autre;
avec la pointe ils formoient
les caracteres, &
avec l'autre bout ils effaçoient
ce qu'ils avoient
écrit.
Traduction d'un Frag-
O ment d'Ovide.
Je le dis malgré moy ,
trahiffant
mes talents,
Retenez avec foin ces avis excellents
3
P()ulez-vous fuir l'amour ? que
vostre ame discrette
Evite les accents de tout tendre
Poëte:
Qallimaque aisement peut vous
rendre amoureux , Filetasestpour vous un Autheur
dangereux:
Safo plus fortement m'attache à
ma maistresse
Le vieux Anacreon augmente
ma tendresse
Est-on froid, ô Cinthie, en lisant
ton Amant?
Ou quelqu'un a-t-illeu Tibule
impunément ?
Des doux fons de Gallus quel
coeur peut se deffendre ?
Et les miens n'ont-ils fa* je ne
sfay quoy de tendre?
Martial ;Poëte Latin
estoit né à Bilbilis, ville,
de la Celtiberie en Espagne.
Il fut intime ami de
Stella) de Silius Italicus,
& de Pline le Jeune, qui
luy donna quelques secours
pour regagner sa patrie,
après avoir demeure
trente ans a Rome, peu
estimé apparemment pendant
sa vie, il addresse
cette Epigramme à Regule.
LA REPUTATION
des Poëtes.
Le Lecteur rarement aime un
Autheur en vie*,
A son gré des vivantspresquaucun
ne dit bien :
Qui cause cet abus ? Regule, cefi
l'envie,
De
De Pompée on rechercheainsi
le vieux portique,
son vil Temple, Catule
, efl
loué des vieillards,
A Virgile vivant, Quintus mort
fit la nique,
Et pour Homere en vie oit eut
trop peu d'égards.
Rarement le theatre applaudit
à Menandre
Pour fd seule , Corine, Ovide
est des appas, Cacher,-vous donc mon Livre, il
faut encore attendre,
Si la gloire ne vient quaprès
nostre trépas.
Wâ
Septemb. iju. C
A pres toutes ces traductions
l'Autheur fait une
dissertation sur les Autheurs
anciens & modernes
,
dont je donneray
quelques traits, & quelques
petits fragments de
Vers qui font tousjours
plaisir à voir rassemblez,
quoy qu'on les ait veus
ailleurs separément.
Comme ces morceaux
détachez ne demandent
nulle liaison
,
je les garderay
pour le mois prochain
; car je n'ay plus de
place dans cette partie
que pour la fuite de l'abrégé
de l'Iliade qui a
esté receu avec tant de
plaisir,que j'ay prié mon
amy de donner quelques
heures à la continuation
de cet ouvrage.
le Mercure dernier
un Livre nouveau, j'ay
promisd'en parler ce
mois cy ,
c'est un Livre
tres-varié,rempli d'érudition,
& capable de vous
remetrre dans l'idée les
réglés de la composition
&dubon goust.
D'abord on y voit une
Traduction en vers de ïArt
portique d'Horace: c'est ce
qui sert de titre au Livre,
il y a ensuite quantité de
Notes curieuses, les unes
de l'Autheur
,
& les autres
citées de plusieurs Grecs
& Latins, dont voicy quelques-
unes.
-
L'Art poëtique d'H O*
RACE est une Lettre
qu'il écrit aux PISONS.
Ces PIS O N S estoientle
frere & les neveux de Calpurnie
Epouse deJules Cesar,
& fille de Lucius Pison.
La premiere réglé de
l'éloquence, c'est d'estre
clair; & la seconde
,
de
n'estre pas diffus.
MARITAL dit que
les ouvrages-où il n'y a
rien: à retrancher, ne sont
jamais trop longs.
Lalime,ditQUINTILIEN,
doit polir & non
pas affoiblir, & user, pour
ainsi dire,un ouvrage.
J'ay veu dans un Autheur
François, travaillez
vostre ouvrage jusqu'à ce
qu'il foit au point qu'on
ne s'appercoive pas qu'il
vous a cousté beaucoup
de travail.
PROPERCE compare
l'Autheur dont le stile
n'est ny trop enflé ny
trop simple
,
là un Marinier
qui rase le rivage avec
un de ses avirons, & qui
fend les flots avec l'autre.
LONGINdonne pour
exemple de l'enfleure. ces
pensées
- cy Faire du vent
Boréeson joueur de jiute.-
Et cetautre: Jupitercrache
des neiges contre les Alpes^.
Exemples du vray sublime
:HOMEREpeint
la
-
Discorde la teste dans les
-
Cieux, & les pieds sur la
terre. Et quand il parle de
Neptune il dit:
Que Neptune marchant dans
les vastescampagnes Fait , tremblersousses pieds&
forests & montagnes. Ilfaitdireà AJAXqui
voit l'Armée des Grecs
couverte tout à coup d'épaisses
tenebres.
Grand Dieu chasses la nuit
qui nous couvre lesyeux,
Et combats contre nous à la
clarté des Cieux.
Caraéteres différents de
poësie traduirs d'Ovide
par l'Autheur,
Vous qui que vous soyez à
Censeur trop severe,
Jugez, de nos travauxselon leur
caraïlere,
C'est au Vers Heroïque à chanter
les combats:
Quelleplaceytiendroient Venus
& les appas;
La grandeur, le couroux sont du
stile tragique,
Maisles sujets communs regardent
le comique,
L'Iambe libre cft propre à lancer
son venin,
Soit qu'il coure tousjours, ou qu'il
boite à la fin.
Les Amours, leurs carquois,
l'inconstante Silvie,
Sont les dignessujets de la tendre
Elegie.
Pour celebrer Cidippe,Homere
ny ses Vers,
N'y doivent point paroistre aux
yeux de l'univers.
Achile convient mal au ton de
Callimaque
, - Et Thais ne doit pas imiter
Andromaque.
L'autheur dit à propos
de la force du pathétique,
que nous pleurons en voyant
pleurer, que nous
rions en voyant rire,&cela
par une raison phisique à
peu pres semblableàcelle
qui
fait
remuer les cordes
de plusieurs instruments
qui sont dans une mesme
chambre, avec un autre
dont on touchera fortement
les cordes montées
au mesme ton que cellesde
ces autres instruments
quirefonneront sans qu'on
les touche, &c. Ilyaainsi
à peu prés dans tous les
hommes des nerfs montez
, pour ainsi dire, au
mesme ton, & c'est ce
qu'on appelle fimpathie,
&c.
Comme nous nous sentons
capables des mesmes
maux, & des mesmes biens
que nous voyons ressentir
aux autres, nous sommes
remuez par les mesmes
sentiments £ la veuë du
bien ou du mal qui leur
arrive.
L'autheur fait plusieurs
remarques sensées sur diferents
Poëmes, anciens
& modernes.
Puisque les Poèmes sont
des imications
,
dit-il,ils
doivent sans doute imiter:
mais ils ne doivent pas
imiter une aaion
violer les réglés de la poësie.
Corneille a tellement
imité le combat de son
Horace, que sa pieces'est
trouvéefinie au troisiéme
Acte. Le voila fort à l'estroit,
comment se tirerat'il
de ce paslà? Il ne l'a
peu sans violer l'unité de
l'action,ilest obligé d'adjouster
le meurtre de Camille
pour donnerune juste
estenduëà sa Tragédie;
dans le Cid&ailleurs
il ne sort de pareils embarras
qu'en violant l'unité
du temps,ou celle du
lieu, &c.
A propos, de lamaniere
doncon doit commencer unpoëme,JULES SCALIGER
donne pour exemple
d'un Exorde régulier
celuy de Lucain,qui
dans son poëme sur la
guerre civile, place tout
d'un coup Cesar au partage
du Rubicon,d'où estant
s
declaré ennemy de lapatrie
par le Senat, il est forcé
d'entreprendre cette
guerre.
Un Poëte François a dit
que le vin estoit legrand cheval
des Poètes. Une peau de
bouc pleine de vin estoit
autrefois un prix que remportoit
le Poëte qui avoit
le mieux reüssi dans la Tragedie
; en voicy la raison :
cette forte de poëme neftoit
au commencement
que des chansons en l'honneur
de Bacchus, auquel
on sacrifioit un bouc comme
animal contraire à la
vigne, on rempliffoit de
vin la peau du bouc, &on
la donnoic au Poëce.
Aprés les Notes sur
l'Art Poétique
,
il y a plusieurs
petites traductions
de différentes pieces d'Horace,
d'Ovide, de Petrone,
& avec des Notes donc
voicy quelques-unes.
Lucille estoit un Poète
latin que Juvenal appelle
l'illustre nourrissond'Auronce.
Ce Poëte avoit
composé trente Satyres.
Horace dit dans sa premiere
Satyre du second Livre;
que Lucille confioit ses
secrets à ses Livres, qu'il
n'alloit point ailleurs décharger
son coeur,ce qui
a fait qu'on a trouvé la vie
de ce vieillard peinte dans
ses ouvrages comme dans
un tableau.
,
4 On croiroit que les expressions
de avoir bon neK ,
avoirle ne7, fin, feroient
basses & impropres pour
exprimer avoirl'espritbon,
l'espritsubstil maisHorace,
Perse, & Martial l'ont anpobli
en remployant dans
ce sens. La
- La Comedie a pour but
de réjoüir & d'instruire;
les mimes estoient des
poemes qui n'avoient pour
but que de faire rire, c'estoit
les farces de ce temps-
}'1à.0. Quintilien emploie un
long Chapitre à traiter du
Ris, il est estonnéque paroissant
chose si peu importante
, il ait quelquefois
des effets si estonnants.
Un Ris excité à propos
peut changer l'estat des
affaires les plus importanles,
il empesche quelque-,
fois les fuites fafcheufesde
la haine, de la colere,&c.
& fait succeder la douceur
la bénignité, laclemence.
Par exemple, deux jeunes
Tarentis furent amenez
devant le Roy Pyrrus,
parce que dans un repas
ils avoient eu l'insolence
de parler mal de ce Prince
; voyant qu'ils ne pouvoient
nier le fait ny se
deffendre raisonnablement,
ils respondirent,
Sire
y
sila bouteille ne nous
avoitpas manque, vous eflick
mort,c'estoitfait de vous. Ce
bon mot calma la colere
de leur Juge en le faisant
rire.
Les vins de Falerne se
gardoient si long-temps,
que Petrone par le de bouteilles
de ce vin bouchées
avec foin, dont les étiquetes
marquoient que ce vin
avoic esté fumé fous le
Consul Opimus, cent ans
avant.
Diogenes
,
à propos des
superstitions sur les songes,
estoit indigné que les hom.
mes se tourmentassent au
lujetdessonges,& donnaient
si peu d'attention
aux avions qu'ils faisoient
estanteveillez.
Auguste avoir, dédié
dans son palais un Temple
, & une magnifique
Bibliothèque à Apollon,
où cinq Juges, du nombre
desquels estoit Tarpa, décidoient
du mérité des ouvrages
, que les Autheurs
y venoient lire.
Ennius, dit Quintilien
est semblable à , ces bois
que leur antiquité a consacrez
)
& dont les vieux
arbres font plus vénérables
qu'ils ne font beaux.
Les Anciens écrivoient
sur des tablettes couvertes
de cire,&ils se servoient
d'éguilles pointuës par un
bout, & plates par l'autre;
avec la pointe ils formoient
les caracteres, &
avec l'autre bout ils effaçoient
ce qu'ils avoient
écrit.
Traduction d'un Frag-
O ment d'Ovide.
Je le dis malgré moy ,
trahiffant
mes talents,
Retenez avec foin ces avis excellents
3
P()ulez-vous fuir l'amour ? que
vostre ame discrette
Evite les accents de tout tendre
Poëte:
Qallimaque aisement peut vous
rendre amoureux , Filetasestpour vous un Autheur
dangereux:
Safo plus fortement m'attache à
ma maistresse
Le vieux Anacreon augmente
ma tendresse
Est-on froid, ô Cinthie, en lisant
ton Amant?
Ou quelqu'un a-t-illeu Tibule
impunément ?
Des doux fons de Gallus quel
coeur peut se deffendre ?
Et les miens n'ont-ils fa* je ne
sfay quoy de tendre?
Martial ;Poëte Latin
estoit né à Bilbilis, ville,
de la Celtiberie en Espagne.
Il fut intime ami de
Stella) de Silius Italicus,
& de Pline le Jeune, qui
luy donna quelques secours
pour regagner sa patrie,
après avoir demeure
trente ans a Rome, peu
estimé apparemment pendant
sa vie, il addresse
cette Epigramme à Regule.
LA REPUTATION
des Poëtes.
Le Lecteur rarement aime un
Autheur en vie*,
A son gré des vivantspresquaucun
ne dit bien :
Qui cause cet abus ? Regule, cefi
l'envie,
De
De Pompée on rechercheainsi
le vieux portique,
son vil Temple, Catule
, efl
loué des vieillards,
A Virgile vivant, Quintus mort
fit la nique,
Et pour Homere en vie oit eut
trop peu d'égards.
Rarement le theatre applaudit
à Menandre
Pour fd seule , Corine, Ovide
est des appas, Cacher,-vous donc mon Livre, il
faut encore attendre,
Si la gloire ne vient quaprès
nostre trépas.
Wâ
Septemb. iju. C
A pres toutes ces traductions
l'Autheur fait une
dissertation sur les Autheurs
anciens & modernes
,
dont je donneray
quelques traits, & quelques
petits fragments de
Vers qui font tousjours
plaisir à voir rassemblez,
quoy qu'on les ait veus
ailleurs separément.
Comme ces morceaux
détachez ne demandent
nulle liaison
,
je les garderay
pour le mois prochain
; car je n'ay plus de
place dans cette partie
que pour la fuite de l'abrégé
de l'Iliade qui a
esté receu avec tant de
plaisir,que j'ay prié mon
amy de donner quelques
heures à la continuation
de cet ouvrage.
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Résumé : « En annonçant dans le Mercure dernier un Livre nouveau, j' [...] »
Le texte annonce la publication d'un livre intitulé 'L'Art poétique d'Horace', qui présente une traduction en vers de l'œuvre d'Horace accompagnée de notes de l'auteur et de divers écrivains grecs et latins. Ce livre explore les règles de la composition poétique et du bon goût. Il aborde des réflexions sur l'éloquence, la clarté, et l'importance d'éviter la diffusion. Des exemples de styles poétiques sont fournis, comme celui de Properce comparant un auteur à un marinier. Le texte mentionne également des exemples de sublime et de pathétique, tels que les descriptions d'Homère. Il traite des différents caractères de la poésie et des règles de l'imitation dans les poèmes. Le livre discute des unités de l'action, du temps et du lieu dans les tragédies, en citant Corneille. Il inclut des anecdotes sur les poètes et leurs œuvres, comme celles de Lucille et Martial. Le livre contient aussi des traductions de pièces d'Horace, d'Ovide, et de Pétrone, accompagnées de notes. Enfin, le texte se termine par une promesse de continuer l'abrégé de l'Iliade dans un prochain numéro.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 55-58
Article burlesque.
Début :
Le mot est lasché, il faut remplir mon titre, & [...]
Mots clefs :
Plaisanterie, Rire, Conte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article burlesque.
Article burlesque.
L E mot est lasché, il
faut remplir mon titre,
& si je ne dis rien de
plaisant
,
il faut icy du
moins faire une perite reflexion
sur ce qu'on appelle
plaisanterie.
Un Philolophe qui a
establi son Sisteme par
des arguments incontestables,
ou par des demonstrations
geometriques,
peut à bon droit accuser
de fausseté d'esprit
, ou
d'opiniastreté celuy qui
ne lerendra point à ses
raisons:mais un autheur,
dont le Sisteme est de
faire rire
y
aura-t'il droit
de blasmer ceux qui n'en
riront point, non sans
doute.
Un bon esprit [e feroit
tort s'il disoit, après une
demonstration claire, cela
n'est point prouvé;
mais un bon esprit, après
avoir écouté de iangfroid,
les meilleuresplaisanteries,
en fera quitte
pour dire en redoublant
son flegme, cela ne me
paroist point plaisant;
cetteresponse seroit pourtant
bien piquante pour
ces faiseurs de contes qui
vous disent d'abord je
vais bien vous faire rire.
A mon égard je vous
dis par avance vous ne
rirez point d'un conte
que je vais vous faire,
car en effet je ne vous
le donne point pour pIai:
sant, Cçje prévois mcfme
qu'ilennuiera ceux
qui ne font point dans le
-
goust du stile figuré,&
des similitudesorientales.
L E mot est lasché, il
faut remplir mon titre,
& si je ne dis rien de
plaisant
,
il faut icy du
moins faire une perite reflexion
sur ce qu'on appelle
plaisanterie.
Un Philolophe qui a
establi son Sisteme par
des arguments incontestables,
ou par des demonstrations
geometriques,
peut à bon droit accuser
de fausseté d'esprit
, ou
d'opiniastreté celuy qui
ne lerendra point à ses
raisons:mais un autheur,
dont le Sisteme est de
faire rire
y
aura-t'il droit
de blasmer ceux qui n'en
riront point, non sans
doute.
Un bon esprit [e feroit
tort s'il disoit, après une
demonstration claire, cela
n'est point prouvé;
mais un bon esprit, après
avoir écouté de iangfroid,
les meilleuresplaisanteries,
en fera quitte
pour dire en redoublant
son flegme, cela ne me
paroist point plaisant;
cetteresponse seroit pourtant
bien piquante pour
ces faiseurs de contes qui
vous disent d'abord je
vais bien vous faire rire.
A mon égard je vous
dis par avance vous ne
rirez point d'un conte
que je vais vous faire,
car en effet je ne vous
le donne point pour pIai:
sant, Cçje prévois mcfme
qu'ilennuiera ceux
qui ne font point dans le
-
goust du stile figuré,&
des similitudesorientales.
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Résumé : Article burlesque.
L'article burlesque explore la nature de la plaisanterie et la réaction des lecteurs. L'auteur commence par souligner la nécessité de remplir un titre, soit par une réflexion pertinente sur la plaisanterie, soit par une remarque amusante. Il compare un philosophe, dont les arguments sont incontestables, à un auteur comique, dont le but est de faire rire. Un philosophe peut critiquer ceux qui ne suivent pas ses raisons, tandis qu'un auteur comique ne peut pas blâmer ceux qui ne rient pas de ses plaisanteries. L'auteur explique qu'un bon esprit accepterait une démonstration claire mais pourrait légitimement trouver une plaisanterie non plaisante, ce qui serait provocant pour les conteurs. Il précise qu'il ne vise pas à faire rire avec son conte, anticipant même qu'il ennuira ceux qui n'apprécient pas le style figuré et les similitudes orientales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 58-73
Conte Arabe.
Début :
Le Calife Arbroun fut comparé par les Poëtes de son [...]
Mots clefs :
Calife, Arbre, Bague, Colère, Rire, Esprit, Mélancolie, Corneilles, Philosophes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conte Arabe.
Conte Arab- e.
LECalise Arbroun fut
comparé par les Poëtes
seTon temps àun arbre
prodigieusement grand
qui estoit près de son
chasteau ; ses profondes
& vastes racines,c'estoit,
disoient-ils, la puissance
du Calife solidement cftablie;
la tigeeslevée de-,
cet arbre portoitjusquaux
nuës une teste superbe
,le Calife avoit
l'esprit sublime; la teste
de cet arbre étoit ornée
de fleurs & de fruits, ce
Calife estoit gracieux &
bienfaisant, en un mot il
n'avoitdedeffaut qu'une
noire melancolie
,
qui
obscurcissoit le brillant
de son esprit, mais pour
dissiper ces nuages melancoliques
il avoit fait
son amy dun Filosofe,
qui sçayoit égayer la Filosofie
par des morales
réjouissantes, &par de,.
foliescensées.
Le Calife Arbroun difoitque
l'esprit de Thomme
estant encore plus
maladif que son corps,
un bon Filosofe estoit
aussi necessaire auprès
d'un Princequ'un bon
Madecin.Unjour estant
ieui avec le Medecin de
-& melancolie câpres une
réverie profonde, & regardant
l'arbrequ'onluy
comparoit, il s'écria tout a-coup : Arbroun, Arbroun
, tu attristetes
amis parta melancolie,
comme cet arbre toufu
attriste cm. les ombrageant
les arbresqui l'environnent,
puis se tournant
vers le Filosofe:
Ecoute, amy,luy dit-il,
je te promets une bague
chaquefois que tu pourras
me faire rire. Bon,
reprit le Filosofe en secoüant
la teste, je ne gagneroispas
avec vousen
dix ans dequoy orner un
de mes doigts, j'auray
beau plaisanter vous ne
rirez jamais; ce fera quelquefois
ma faute,& quelquefois
la vostre
,
mais
vous jugerez de mes bons
mots selon vostre mauvaise
humeur, & je n'auray
poli-Lt de bague.
Hé bien,reprit le Calife,
toutes les fois que
tu pourras me prouver
quec'est ma faute de n'avoir
pas ry - de tes plaisanteries
,
je te les paieray
-cimme bonnes, maisil
faudra me prouver par
raison que j'aurois deu
rire.Vous me reduisez
à l impossible, dit le Filosose,
je puis bien prouver
par raisonqu'un bon
motestraisonnable,mais
quand on pourroit prouver
qu'il estrisible
, on ne
prouvera pointàunhomme
qu'il a tort de n'en
pas rire. Voyons pourtant,
continualeFilosose,
sivous rirez de ceque
ma conté ce matin la fille
de chambrede cette
veuve, dont le mary
mourut hier, c'est la veuvede
vostre maistre
d'Hostel. Vous sçavez
qu'elle se picquoit d'estre
la plus tendre épouse du
pays,
pays, & par consequent
elle va te picquer d'estre
la plus affligée veuve qui
fut jamais. Hier après
avoir, en presence de sa
fille de chambre, épuisé
Ces larmes & sa douleur,
elle s'enferma seule pour
pouvoir en liberté laisser
reposer [on affliction &
estudierlerole d'affligée
qu'elle a resolu de soustenir.
Elle cherchedans
fan miroir tous les airs
& Les changements de
visage qui peuvent con^
venir aux larmes qu'elle
répandra; car elle compte
que les larmes ne luy
manqueront pas. De toutes
ces grimacesd'affliction
qu elle estudioit au
miroir, une entreautres
luy parut si plaisante à
elie-mesme,qu'ellene
put s'empescherd'enrire:
après avoir un peu
ri elle recommença son
estude,autregrimace qui
luy parut encore plus
plaifainte,illuyprit alors
des éclats de rire si violents
6c si continus que
je croy qu'elle rira tant
qu'elle fera veuve.
Ce recit accompagné
desgrimaces de la veuve
que contrefit le Filo-
(ose
,- ne fit pas seulement
sourciller le Calife.
- Le Filosofe bilieux
v&ifc.oillerreedeosut bpleicdqeubéoanus rmots ,onn'en rit point
il plaisante , de rage, Se
par de vives secoussesil
veut ébranler leCalife,
comme un voyageur alteré
qui voudroit atraper
une poire,s'efforce
d'ébranler à secousses reiterées
le poirier dont il
desire ardemment le
fruit; mais le Calife est
inebranlable, le Filosose
elt outré, & cette colere
outrée dans un Filosose
qui veut faire riredevoit
avoir son effet
, mais le
Califeenburità peine..,
Se faire sourire ne suffisoit
pas pour gagner la
bague.Dans le moment
une voléeouplustostune
épaissenuée de corneilles
vint se reposer sur ce
grand arbre à qui nous
avons comparé le Calife.
Je vishier ces mesmes,
corneilles,dit impromt tu
le Filosose
,
elles pense,
rent desesperer un brutal
distrait, qui voyant cette
nuéedetristes oiseaux
noircir les fruits & les
fleurs d'un si bel arbre,
s'irrita d'abord, & oubliant
que cette tige est
groilè comme une tour,
voulut dans son premier
mouvement secouer ce
gros arbre comme un
jeune poirier.
Imaginez-vous cet extravagantoccupé
du desir
defaire envoler ces
corneilles, transporté de
colere contre elles , il
redoubloit ses secousses
en se meurtrissant le dos
contrc le tronc de l'arbre,
comme nous voyons les
petitsenfans en colere,
frapper du poing la muraille
qui leur a fait une
bosse au front; le recit
que je vous fais n'est pas
riGble, mais je ne pûsjamais
m'empescher de rire
en voyant la chose en
original. Je croy que j'en
eusse ri comme toy, dit
le Calife, si je l'eusse veu.
Vous deviez donc rire
en me voyant en colere
vouloir pardes secousses
de plaisanteries reiterées
chasser de vostre teste les
noires corneilles,c'est-àdire,
les soucis &C les chagrinsqui
vous offuC.
quent. Je t'entens, dit le
Calife, en tirant de son.
doigt une bague, tu me
prouve que je devois rire
en voyant ta colere
,
ainsi
tu as gagné la bague..
C'est de ce conte qu'est
venu le ProverbeArabe
qui dit à propos des
grands,
grands Seigneurs, que
leur grandeur & leurs
soucis accablentde mélancolie,
Ils ontune volée
de corneillesdans la
iefle*
On
LECalise Arbroun fut
comparé par les Poëtes
seTon temps àun arbre
prodigieusement grand
qui estoit près de son
chasteau ; ses profondes
& vastes racines,c'estoit,
disoient-ils, la puissance
du Calife solidement cftablie;
la tigeeslevée de-,
cet arbre portoitjusquaux
nuës une teste superbe
,le Calife avoit
l'esprit sublime; la teste
de cet arbre étoit ornée
de fleurs & de fruits, ce
Calife estoit gracieux &
bienfaisant, en un mot il
n'avoitdedeffaut qu'une
noire melancolie
,
qui
obscurcissoit le brillant
de son esprit, mais pour
dissiper ces nuages melancoliques
il avoit fait
son amy dun Filosofe,
qui sçayoit égayer la Filosofie
par des morales
réjouissantes, &par de,.
foliescensées.
Le Calife Arbroun difoitque
l'esprit de Thomme
estant encore plus
maladif que son corps,
un bon Filosofe estoit
aussi necessaire auprès
d'un Princequ'un bon
Madecin.Unjour estant
ieui avec le Medecin de
-& melancolie câpres une
réverie profonde, & regardant
l'arbrequ'onluy
comparoit, il s'écria tout a-coup : Arbroun, Arbroun
, tu attristetes
amis parta melancolie,
comme cet arbre toufu
attriste cm. les ombrageant
les arbresqui l'environnent,
puis se tournant
vers le Filosofe:
Ecoute, amy,luy dit-il,
je te promets une bague
chaquefois que tu pourras
me faire rire. Bon,
reprit le Filosofe en secoüant
la teste, je ne gagneroispas
avec vousen
dix ans dequoy orner un
de mes doigts, j'auray
beau plaisanter vous ne
rirez jamais; ce fera quelquefois
ma faute,& quelquefois
la vostre
,
mais
vous jugerez de mes bons
mots selon vostre mauvaise
humeur, & je n'auray
poli-Lt de bague.
Hé bien,reprit le Calife,
toutes les fois que
tu pourras me prouver
quec'est ma faute de n'avoir
pas ry - de tes plaisanteries
,
je te les paieray
-cimme bonnes, maisil
faudra me prouver par
raison que j'aurois deu
rire.Vous me reduisez
à l impossible, dit le Filosose,
je puis bien prouver
par raisonqu'un bon
motestraisonnable,mais
quand on pourroit prouver
qu'il estrisible
, on ne
prouvera pointàunhomme
qu'il a tort de n'en
pas rire. Voyons pourtant,
continualeFilosose,
sivous rirez de ceque
ma conté ce matin la fille
de chambrede cette
veuve, dont le mary
mourut hier, c'est la veuvede
vostre maistre
d'Hostel. Vous sçavez
qu'elle se picquoit d'estre
la plus tendre épouse du
pays,
pays, & par consequent
elle va te picquer d'estre
la plus affligée veuve qui
fut jamais. Hier après
avoir, en presence de sa
fille de chambre, épuisé
Ces larmes & sa douleur,
elle s'enferma seule pour
pouvoir en liberté laisser
reposer [on affliction &
estudierlerole d'affligée
qu'elle a resolu de soustenir.
Elle cherchedans
fan miroir tous les airs
& Les changements de
visage qui peuvent con^
venir aux larmes qu'elle
répandra; car elle compte
que les larmes ne luy
manqueront pas. De toutes
ces grimacesd'affliction
qu elle estudioit au
miroir, une entreautres
luy parut si plaisante à
elie-mesme,qu'ellene
put s'empescherd'enrire:
après avoir un peu
ri elle recommença son
estude,autregrimace qui
luy parut encore plus
plaifainte,illuyprit alors
des éclats de rire si violents
6c si continus que
je croy qu'elle rira tant
qu'elle fera veuve.
Ce recit accompagné
desgrimaces de la veuve
que contrefit le Filo-
(ose
,- ne fit pas seulement
sourciller le Calife.
- Le Filosofe bilieux
v&ifc.oillerreedeosut bpleicdqeubéoanus rmots ,onn'en rit point
il plaisante , de rage, Se
par de vives secoussesil
veut ébranler leCalife,
comme un voyageur alteré
qui voudroit atraper
une poire,s'efforce
d'ébranler à secousses reiterées
le poirier dont il
desire ardemment le
fruit; mais le Calife est
inebranlable, le Filosose
elt outré, & cette colere
outrée dans un Filosose
qui veut faire riredevoit
avoir son effet
, mais le
Califeenburità peine..,
Se faire sourire ne suffisoit
pas pour gagner la
bague.Dans le moment
une voléeouplustostune
épaissenuée de corneilles
vint se reposer sur ce
grand arbre à qui nous
avons comparé le Calife.
Je vishier ces mesmes,
corneilles,dit impromt tu
le Filosose
,
elles pense,
rent desesperer un brutal
distrait, qui voyant cette
nuéedetristes oiseaux
noircir les fruits & les
fleurs d'un si bel arbre,
s'irrita d'abord, & oubliant
que cette tige est
groilè comme une tour,
voulut dans son premier
mouvement secouer ce
gros arbre comme un
jeune poirier.
Imaginez-vous cet extravagantoccupé
du desir
defaire envoler ces
corneilles, transporté de
colere contre elles , il
redoubloit ses secousses
en se meurtrissant le dos
contrc le tronc de l'arbre,
comme nous voyons les
petitsenfans en colere,
frapper du poing la muraille
qui leur a fait une
bosse au front; le recit
que je vous fais n'est pas
riGble, mais je ne pûsjamais
m'empescher de rire
en voyant la chose en
original. Je croy que j'en
eusse ri comme toy, dit
le Calife, si je l'eusse veu.
Vous deviez donc rire
en me voyant en colere
vouloir pardes secousses
de plaisanteries reiterées
chasser de vostre teste les
noires corneilles,c'est-àdire,
les soucis &C les chagrinsqui
vous offuC.
quent. Je t'entens, dit le
Calife, en tirant de son.
doigt une bague, tu me
prouve que je devois rire
en voyant ta colere
,
ainsi
tu as gagné la bague..
C'est de ce conte qu'est
venu le ProverbeArabe
qui dit à propos des
grands,
grands Seigneurs, que
leur grandeur & leurs
soucis accablentde mélancolie,
Ils ontune volée
de corneillesdans la
iefle*
On
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Résumé : Conte Arabe.
Le texte relate l'histoire du Calife Arbroun, comparé à un arbre majestueux dont les racines incarnent sa puissance, la tige élevée symbolise son esprit sublime, et les fleurs et fruits représentent sa grâce et sa bienfaisance. Cependant, Arbroun est tourmenté par une mélancolie profonde qui obscurcit son esprit. Pour y remédier, il s'entoure d'un philosophe chargé de le divertir et de dissiper ses sombres pensées. Un jour, en contemplant l'arbre qui le symbolise, Arbroun exprime sa tristesse et compare son ombre à celle de l'arbre. Il promet une bague au philosophe chaque fois qu'il parviendra à le faire rire. Le philosophe, sceptique, affirme que cela est impossible, car la mélancolie du Calife est profonde. Il raconte alors l'histoire d'une veuve hypocrite qui, malgré ses efforts pour paraître affligée, finit par rire en se regardant dans un miroir. Cependant, cette histoire ne parvient pas à faire rire Arbroun. Le philosophe, frustré, utilise une métaphore des corneilles qui noircissent les fruits de l'arbre, symbolisant les soucis du Calife. Il décrit un homme en colère tentant vainement de secouer un arbre pour chasser les corneilles, se blessant lui-même dans l'effort. Cette image finit par faire sourire Arbroun, qui reconnaît alors la justesse de la comparaison et offre une bague au philosophe. Cette anecdote a donné naissance au proverbe arabe selon lequel la grandeur et les soucis des grands seigneurs les accablent de mélancolie, symbolisés par une volée de corneilles dans la tête.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 20-24
CHANSON. ESTRENNES à Climene. Sur l'air : Réveillez-vous, belle endormie.
Début :
JE vous envoye vos étrennes, [...]
Mots clefs :
Étrennes, Climène, Mariage, Rire, Bail
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON. ESTRENNES à Climene. Sur l'air : Réveillez-vous, belle endormie.
CHANSON.
ETRENNES
à Climene.
Sur l'air: Réveillez-vous,
belle endormie.
Je
vous envoye vos etren-;
nts)
Climene, -
vous levoyezbien:
Mais je vous demande les
miennes
,
Peut
-
être n'ensçavez-vous
rien.
Quelles êtrennes je desire,
Peut- être n'en [ça'VeZ-'Vous
rien:
Que voudroit-on quand au
soûpire?
Peut-être le sçavez-vous
bien.
De votre cœur je veux l'é-
»Peut-être
trenne
le ffa'VeZ y-'Vous
bien:
Est-il encore à vous, Climene?
Peut- être n'ensçavez-vous
rien.
Je ne veux qu'un ) mot four
étrenne,
Quel il est vous le J[ave%
bien
;
Souvent très-loin ce mot nous
mene,
Peut-être n'en Jçave^-vous
rien.
Ase marier il engage;
Sans doute vous le ffd/ve'{,
bien:
Maisqu'est-ce que le maria- Le?
Peut-êtren'ensçavez-vous
rien.
Cejl un bail à longues années,
Sans doute vous le .f?'VP'(
bien:
Mais au mariseul dessinées
y
Peut-être n'ensçavez-vous
rien.
Par ce bail de vous il disPo.
si,
Peut-être le sçauvez-vous
bien:
Mais il estpeu de baux sans
clause,
Peut-êtren'en ffaurez-vous
rien.
Là-deffia
on peut trop (crû
re,
Climene, Yous lesçavezbien •
Ce trop le voudriezvous lire?
Peut-être n'en f^ave^-vous
rien.
J'aurois cent choses à vous
dire,
Climene^ousleJçave^hi^j
Demandez- moy si c'eji pour
rIre)
Peut-être que je rien sçaî
rien.
ETRENNES
à Climene.
Sur l'air: Réveillez-vous,
belle endormie.
Je
vous envoye vos etren-;
nts)
Climene, -
vous levoyezbien:
Mais je vous demande les
miennes
,
Peut
-
être n'ensçavez-vous
rien.
Quelles êtrennes je desire,
Peut- être n'en [ça'VeZ-'Vous
rien:
Que voudroit-on quand au
soûpire?
Peut-être le sçavez-vous
bien.
De votre cœur je veux l'é-
»Peut-être
trenne
le ffa'VeZ y-'Vous
bien:
Est-il encore à vous, Climene?
Peut- être n'ensçavez-vous
rien.
Je ne veux qu'un ) mot four
étrenne,
Quel il est vous le J[ave%
bien
;
Souvent très-loin ce mot nous
mene,
Peut-être n'en Jçave^-vous
rien.
Ase marier il engage;
Sans doute vous le ffd/ve'{,
bien:
Maisqu'est-ce que le maria- Le?
Peut-êtren'ensçavez-vous
rien.
Cejl un bail à longues années,
Sans doute vous le .f?'VP'(
bien:
Mais au mariseul dessinées
y
Peut-être n'ensçavez-vous
rien.
Par ce bail de vous il disPo.
si,
Peut-être le sçauvez-vous
bien:
Mais il estpeu de baux sans
clause,
Peut-êtren'en ffaurez-vous
rien.
Là-deffia
on peut trop (crû
re,
Climene, Yous lesçavezbien •
Ce trop le voudriezvous lire?
Peut-être n'en f^ave^-vous
rien.
J'aurois cent choses à vous
dire,
Climene^ousleJçave^hi^j
Demandez- moy si c'eji pour
rIre)
Peut-être que je rien sçaî
rien.
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Résumé : CHANSON. ESTRENNES à Climene. Sur l'air : Réveillez-vous, belle endormie.
La chanson 'Étrennes' est dédiée à Climène et suit l'air de 'Réveillez-vous, belle endormie'. Le narrateur envoie des étrennes à Climène et attend les siennes en retour. Il exprime son désir d'obtenir l'étrenne de son cœur, se demandant si elle lui appartient encore. Le narrateur souhaite un mot particulier comme étrenne, un mot qu'elle connaît bien et qui les mène souvent loin. Ce mot engage à se marier, un acte qu'elle connaît bien, mais elle ignore peut-être ce qu'est réellement le mariage. Il compare le mariage à un bail à longues années, dont elle connaît les termes, mais elle ignore peut-être les détails spécifiques. Le narrateur souligne que ce bail dispose d'elle, mais elle ignore peut-être les clauses. Il mentionne que dans ce contrat, on peut trop croire, et se demande si elle voudrait lire ce trop. Enfin, il déclare avoir cent choses à lui dire, mais elle ignore peut-être de quoi il s'agit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 991-1003
Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 24. Avril, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation d'une Comédie [...]
Mots clefs :
Amour, Époux, Scène, Démocrite, Hippocrate, Plaisir, Rire, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24. Avril , les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Repréfentation d'une Comédie
en Vers & en trois Actes , intitulée Démocrite
Prétendu Fou. Cette Piéce dont M. Autreau eft
l'Auteur , eft eftimée une des meilleures qui ayent
encore paru à l'Hôtel de Bourgogne. Elle fut reçue
avec beaucoup d'applaudiffemens qui n'ont
fait qu'augmenter dans la fuite. Nous abrégeons
les éloges pour donner l'Extrait que voici.
L'expofition du Sujet eft faite au premier Acte
par deux Païfans d'auprès d'Abdere , dans une
Maifon deCampagne queDémocrite a choifie pour
fon féjour. Damafippe , l'un de ces deux Païfans,
apprend à Criton , fon camarade , que Démocrite
paffe pour fol dáns Abdere , & qu'à la follicitation
de Damaftus , fon frere , le Sénat paroît
très-difpofé à l'exiler ; il fait connoître à Criton
qu'il a été placé auprès de Démocrite par Damaftus
pour épier tous fes divers genres de folie,
& pour l'en inftruire . Voici les fignes de folie fur
Gij lequels
992 MERCURE DE FRANCE
lefquels il appuye le plus confulter la Lune ,
rire de chacun , lâcher continuellement des traits
critiques , rire feul , fe promener au milieu des
tombeaux , pour fe mocquer même des morts ,
&c. il s'exprime ainfi :
Il va fe gobarger des morts mal à propos
Comme s'ils avoient tort de n'être plus en vie.
Ce qui oblige Criton à lui répondre :
Oh ! pour le coup , c'eft lui- même qui a tort ,
C'eft malgré foi qu'on devient mort ;
Aucun d'eux n'en avoit enyie .
་
Damafippe ajoûte que fa folie le porte à méprifer
les richeffes, à paffer la nuit , à regarder les
Etoiles , à faire des ronds & des quarrés , des iz
& des as , de prédire des Eclipfes , d'avoir la
vertu fecrette de lire fur le vifage des filles quand
elles ne le font plus enfin de vouloir épou
fer une de fes affranchies.
>
La feconde Scene eft entre Myfis , la cadette des
deux affranchies de Démocrite, & Philolaus, fon
Amant , homme de condition d'Abdere , & ami
du Philofophe Prétendu Fou ; elle lui foûtient que
Démocrite eft amoureux de fa four aînée appel,
lée Sophie. Voici ce qu'elle lui dit :
Dès qu'il quitte l'étude ,
Il demande Sophie , & ne peut s'en paſſer ;
De ſon front elle feule a le droit de chaſſer
Ce qu'un trop long travail y peut laiffer de rude
Vient- elle à paroître foudain
De fon air enjoué le retour eft certain ;
Plus,
ނ
MA Y. : 993 1730.
- Plus de marque de laffitude , &c.
Un des goûts de ma foeur eft de parler morale ,
Et volontiers il l'en régale ,
Mais d'un ton doux , d'un air humain ;
Point de grimace Magiſtrale ;
;
Tout au contraire ; il aime à lui prendre la main;
Le moindre petit foin près d'elle l'intereffe ;
Il rajufte un frifon , il détourne une treffe
Qui lui couvre un peu trop le fein ,
Sur lequel fein , quand elle fe redreffe
(Ce que fouvent elle fait à deffein )
Vous voyez de mon Sage une oeillade traitreffe
Se rabattre & tomber foudain ,
Tout en lui prêchant la fageffe ,
Et la leçon marche toujours fon train ;
Et puis fous le mentón doucement la careffe ,
Quand elle a' bien compris quelque trait un peu
iin .
Myfis ordonne à Philolaus d'aller voir Démocrite
, & de ne rien oublier pour penétrer fon
amour , par l'interêt qu'ils y ont tous deux , la
cadette ne pouvant raifonnablement être mariée
qu'après l'aînée .
Danaftus parlant à Philolaus parcourt la vie
de fon frere ; il expofe que Démocrite acheta a
fon retour d'Egypte trois Efclaves , fçavoir Egine
qui eft la mere , & Sophie & Myfis , fes deux
filles .
Dans un entretien que les deux freres ont en
ſemble , Damaſtus a du deffous ; Démocrite exer
ee à fes dépens fon talent de rire ; il le raille vi-
G iij
yement
994 MERCURE DE FRANCE
(
´vement fur la coquet erie de fa femme ; il fait ce
portrait de lui-même ' , & ce tableau de fa maniere
de vie dans fa campagne , pour faire contraſte
à celle de fon frere dans la Ville.
:
D'abord , pour Intendant , j'ai l'aimable Sophie ,
Qui paroiffant , le mémoire à la main ,
ཨཉྙཾ
Me trouve tous les jours l'oeil gay , le front ferein;
Comme en elle je me confie ,
Nos comptes font aifés , d'autant plus qu'ils font
courts ;
" Après , felon mon habitude ,
Le reste du matin je le donne à l'étude ,
Delice de l'efprit , & pendant les beaux jours
Dans mes Jardins je fais deux ou trois tours ;
Tout y croît ,y fleurit , tout y fent l'oeil du Maître
;
Et lorsque le Soleil eft au haut de fon cours
Un repas de mets domestiques ,
Apprêté par de belles mains ,
Vins de mon crû , fruits nés dans mes Jardins
Yflattent mieux mon goût que les plus magnifiques.
Damaftus fe retire peu fatisfait de fon frere
Sophie paroît pour la premiere fois ; Démocrite
pour l'éprouver lui propofe un Epoux ; il lui dit
pour lui mieux faire prendre le change , que cet
Epoux dont il lui parle eft jeune. Sophie lui répond
qu'elle aimeroit mieux qu'il fut âgé , &
voici la raifon qu'elle en donne.
C'est que je veux qu'il m'aime ;
Or
MAY. 1730. 995
Ör , afin qu'il m'aimât long- tems
Je le voudrois au moins de quarante ans , &c.
J'ai remarqué que la jeuneffe
Paffe chez une femme avec plus de vîteffe
Qu'elle ne fait chez un Mari ;
Que dans le cours des ans
un Epoux à quarante "
Paroît encor jeune & Aeuri ,
Et que notre éclat paffe à trente.
Quand un trop jeune Epoux en paroît dégoûté,
Je lui pardonne , ce me ſemble ;
Pour conferver l'amour il faut
que la beauté
Marche d'un pas égal d'un & d'autre côté ,
Et qu'on ne les perde qu'ensemble.
il lui
Démocrite prie Sophie de préparer un repas pour
des amis qu'il attend. Philolaus vient , l'inftruit
de ce qui fe trame contre lui dans Abdere ;
annonce un effein de Sçavans qui doivent venir
exprès pour l'examiner.
Les premieres Scenes du fecond Acte ne font
pas de celles qui intereffent vivement les fpectateurs.
Démocrite dans un à parte fait entrevoir
qu'il fçait le fort de fes affranchies , & que c'eft
là ce qui l'empêche de s'oppofer à l'Hymen que
Philolaus fon ami fouhaite avec tant d'empreffement.
Dans la feconde , Criton vient lui rendre
une lettre qu'il a oublié de lui remettre . Par cette
lettre , Démocrite eft inftruit de tout ce qui fe
trame contre lui dans le Senat d'Abdere ; c'eſt un
Sénateur de fes amis qui lui donne cet avis fecret,
il n'en eft pas plus inquiet.
:
Philolaus , dans une feconde Scene qu'il a avec
Myfis,lui apprend que Démocrite eft impenétra-
G iiij ble
996 MERCURE DE FRANCE
ble fur l'amour qu'elle prétend qu'il a pour Sophie.
Cette Scene eft fuivie d'une autre entre Myfis
& Sophie qui fait beaucoup plus de plaifir ; en
voici quelques fragmens . La Scene roule fur l'amour
reciproque de Sophie & de Démocrite ,
que Sophie ne veut pas avouer.
Myfis.
Pour vous y rendre plus fçavante ,
Répondez-moi fincerement ,
Quand dans Abdere il fait trop longue réfidence
N'eft- il pas vrai que fon abſence
Vous cauſe en fecret de l'ennui ?
Sophie.
Il eft vrai que je fens beaucoup d'impatience
De le voir de retour chez lui.
Myfis.
Et quand il vous rend fa préfence
Ne Vous fentez-vous pas le coeur tout réjoui
Sophie.
Oh! pour cela , je l'avouë , oiii.
Myfis
Et quand il vous fourit , cela vous fait bien aife ?
Sophie.
Je n'ai point de chagrin que fon rire n'appaife.
Myfts.
MAY. 997 1730.
Myfis
Ma foeur la Philofophe apprenez en ce jour ,
Mais apprenez fans aucun doute
Que vous fentez du bon du veritable amour ,
Ou votre grand efprit pourtant ne voyoit goute
La Scene qui fuit eft auffi intereffante que
celle -là eft divertiffante. Elle eft entre Démocrite
& Sophie. Démocrite a fait entendre dans un Mo
nologue qu'il veut éprouver fi Sophie l'aime , ou
fi ce n'eft que par reconnoiffance qu'elle s'attache
à lui. Voici ce que Sophie lui répond :
Eh ! pourquoi voudrois -je rien taire ?
Je vous regarde comme un pere ;
Mon coeur à votre feul afpect
Sent un mouvement qui le preffe
Mêlé de joye & de reſpect ,
Qui des liens du fang égale la tendreffe.
Non , je ne puis affez vous faire concevoir
Ce qu'il a fur moi de pouvoir ;
Mais c'eft encor bien peu pour pouvoir reconnof
tre
Tant de bienfaits d'un fi bon Maître.
Démocrite apprend avec beaucoup de plaifir le
progrès qu'il a fait fur le coeur de fa chere affranchie
; il lui fait entrevoir un fort heureux , & la
quitte après lui avoir récommandé le fecret fur
ee qu'il vient de lui dire en termes ambigus
Sophie commente agréablement ce que Démocrite
ne lui a dit que d'une maniere un petz
Gy cblouse
898 MERCURE DE FRANCE
obfcure ; elle finit fon tendre monologue par ces
Vers :
Suivons pourtant , fuivons les loix de mon cher
Maître ;
Renfermons notre feu naiffant
Peut-être qu'en obéïffant
Mon amour à lui ſeul ſe fera mieux connoître ;
Peut-être qu'à fon tour lui - même il en reſſent.
Myfis vient troubler la joye fecrette de Sophie;
elle lui apprend que le Sénat va bannir Démocrite
d'Abdere pour le punir de l'amour qu'il fent
- pour elle : Sophie à cette affligeante nouvelle ne
peut plus garder fon feerct.
Les Philofophes qui ont été annoncés dès le
premier Acte arrivent leur converſation avec
Démocrite et toute des plus riantes , & fait un
plaifir infini aux fpectateurs. Ces Philofophes font
Diogene , Ariftippe & Straton. Démocrite pour
rendre la converfation plus jolie & plus legere , la
tourne fur cette question : L'amour est - il un bien
ou un mal ? voici quelles font les differentes
opinions de nos fçavans Acteurs :
Democrite.
Accordez , Meffieurs , à ma priere
De refoudre entre vous ce point :
Doit-on aimer , ou n'aimer point
Diogene.
La choſe à décider me paroît difficile ,
Quand Laïs avec moi le prend d'un mauvais tom
L'amour m'échaufe trop la bile
Mais
MAY. 1730.
999
Mais quand elle change de ftile ,
Et prend l'air un peu plus mouton ,
L'amour eft bon : mais je vous dis fort bon.
Straton.
En aimant la raifon s'oublie :
Sans la raifon l'homme eft un fot :
L'amour eft donc une folie ,
Par force il faut trancher le mot :
Mais du moins c'eft la plus jolie.
Ariftippe.
Moi j'accorde fort bien l'amour & la fageffe :
J'en prends un peu felon l'occafion ,
Et ma raiſon n'y voit rien qui la bleſſe :
Il eft chez moi plaifir & jamais paffion :
La paffion feule eft foibleffe :
Et voila ma conclufion.
Démocrite.
Il eft peine & plaifir au fens de Diogene
Il eft folie à celui de Straton :
Chez Ariftipe il eſt plaifir fans peine :
Lequel des trois en croira- t'on ?
Ou foyez fur l'amour d'accord tous trois enfemble
:
Ou laiffez-moi, Meffieurs , aimer , fi bon meſem❤
ble ..
Pouvoit -on ne pas applaudir à une Theſe fe
galante , & no pas fçavoir gré à M. Autreau d'a
Voic
1000 MERCURE DE FRANCE
voir fi bien égayé la Philofophie ? la converſation
roule enfin fur les Sciences : mais c'eſt pour donner
à Démocrite matiere à exercer fon talent de
rire. Ce fecond Acte finit par l'annonce
fis vient faire de l'arrivée d'Hyppocrate.
que My-
Démocrite commence le troifiéme Acte par un
court Monologue ; il fait entendre qu'après un
long examen fur fa prétendue folie , Hippocrate
à conclu qu'il lui reftoit quelque bon fens.
Philolaus vient avertirDémocrites des réfolutions
que le Sénat d'Abdere vient de prendre contre lui ,
& lui dit que fon ami Philoxene viendra bientôt
lui prononcer fon Arrêt. Démocrite n'en fait
que rire. Hippocratę vient reprocher à Démocrite
fon amour pour une Efclave : Démocrite , pour
juftifier les fentimens de fon coeur , ordonne
qu'on fafie venir Sophie ;à peine Hippocrate l'apperçoit
, qu'il en devient amoureux ; Sophie fe
retire. Démocrite demande à Hippocrate ce qu'il
penfe de fon amour depuis qu'il en a vu l'objet.
Hippocrate convient que Sophie eft adorable ,
mais il lui dit , comme Rival , qu'elle ne convient
pas à fon âge. Démocrite lui répond qu'elle conviendroit
encore moins au fien , attendu qu'il eft
beaucoup plus avancé dans la carriere ; Hippocrate
fe retranche fur l'excellence de fon Art ,
ce qui oblige Démocrite à lui lâcher ce trait.
Votre Art fouvent par trop de foin ,
De la fanté hâte bien la ruine ;
Et quand l'Amour prend medecine ,
C'eft figne qu'il n'ira pas loin .
L'Auteur prépare le dénouement par la fin de
cette Scene. Démocrite demande à Hippocrate ce
qu'il a fait d'Egine , fa premiere femme , &c.
Hippocrate lui répond que fon pere. ayant appris
fon
MAY. 1730. ΙΟΟΥ
fon Hymen clandeftin , le força de quitter fa trif
te famille , qui confiftoit en la mere & deux filles ;
il ajoute qu'il apprit au retour de fes longs voyages
que tout étoit mort , il conclut de - là que for
veuvage le met en liberté d'époufer Sophie ; Démocrite
feint d'y conſentir .
#
Nous paffons les autres Scenes moins importantes
, pour venir plutôt à la plus touchante de
la Piece ; elle eft entre Démocrite & Sophie. En
voici quelques morceaux .
Sophie.
On ne pardonne point un amour témeraire' ;
Mais , hélas ! eft-il volontaire ,
Lorfque d'un mérite parfait ,
Il eft un effet neceffaire ?
Démocrite.
Si là-deffus votre aveu ne m'éclaire ,
Je ne puis décider de fa témerité ;
Mais je ne prétens point penetrer un miftere ,
Que vous voulez couvrir de tant d'obſcurité.
Sophie.
Vous qui lifez fi bien dans le fond de mon ame ,
Ignorez- vous l'objet d'une fi jufte flamme ?
Démocrite
Quand je pourrois ne le pas ignorer ,
Oferois-je le déclarer?
Non , je crains trop de m'y méprendre ;
Soyez libre dans votre choix ;
Non
1002 MERCURE DE FRANCE
Non , fi jamais je veux l'apprendre ,
Ce doit être par votre voix , &c.
Sophie voyant que Démocrite lui reproche
fon filence , lui répond ainfi :
Je reçois l'exemple de vous ,
Qui du Sénat me cachez la colere y
Quand je fuis le fujet de ce jufte courroux.
Démocrite.
Devois-je vous parler d'une vaine chimere
Sophie.
Vos fecrets font connus , Seigneur , je les fçais
tous ;
Je n'ai que trop appris votre péril extrême ;
Mais je puis , grace au Ciel , vous en tirer moimême
;
C'est pour me confoler , un plaifir affez doux..
Par vos leçons , mon coeur eft devenu capable
De faire un genereux effort ;
J'appris à refpecter les volontez du fort ;
Pour vous le rendre favorable ,
Daignez dans ce deffein me prêter du fecours
Chaque inftant près de vous me rendroit plus
coupable ;
Il faut , Seigneur , il faut vous quitter pour toujours.
Démocrit : le jettant à fes pieds.
Ah ! c'en eft trop , adorable Sophie,
-
Je
MAY . 1730 . 1003
Je fuis au comble de mes voeux ;
Quittez cette fatale envie ;
Nous fommes réſervez pour un fort plus heu
reux ;
Vous m'aimez & je vous adore ;
Bien-tôt pour nous vous allez voir éclore ,
Le bonheur le moins attendu ;
Dans ce jour fortuné vous allez vous connoître
, & c.
Hippocrate furpris de trouver Démocrite aux
pieds de Sophie , lui reproche la trahison qu'il
lui fait. Philoxene , Sénateur , ami de Démocrite ,
vient lui apprendre que le Sénat , loin de le bannir
, lui envoye cinq cens Talens , pour prix d'um
excellent Livre forti de fa plume. Ce même Sénateur
annonce à Hippocrate que fon Epouſe Egine
vient de lui déclarer fon fort ; Hippocrate
par cette nouvelle , apprend que Sophie & Mifis
font fes filles. Il confent à rendre heureux Démocrite
& Philolaus.La Piece eft terminée par une
Fête des Habitans d'Abdere , dont la Mufique eft
de M. Mouret.
la premiere Repréfentation d'une Comédie
en Vers & en trois Actes , intitulée Démocrite
Prétendu Fou. Cette Piéce dont M. Autreau eft
l'Auteur , eft eftimée une des meilleures qui ayent
encore paru à l'Hôtel de Bourgogne. Elle fut reçue
avec beaucoup d'applaudiffemens qui n'ont
fait qu'augmenter dans la fuite. Nous abrégeons
les éloges pour donner l'Extrait que voici.
L'expofition du Sujet eft faite au premier Acte
par deux Païfans d'auprès d'Abdere , dans une
Maifon deCampagne queDémocrite a choifie pour
fon féjour. Damafippe , l'un de ces deux Païfans,
apprend à Criton , fon camarade , que Démocrite
paffe pour fol dáns Abdere , & qu'à la follicitation
de Damaftus , fon frere , le Sénat paroît
très-difpofé à l'exiler ; il fait connoître à Criton
qu'il a été placé auprès de Démocrite par Damaftus
pour épier tous fes divers genres de folie,
& pour l'en inftruire . Voici les fignes de folie fur
Gij lequels
992 MERCURE DE FRANCE
lefquels il appuye le plus confulter la Lune ,
rire de chacun , lâcher continuellement des traits
critiques , rire feul , fe promener au milieu des
tombeaux , pour fe mocquer même des morts ,
&c. il s'exprime ainfi :
Il va fe gobarger des morts mal à propos
Comme s'ils avoient tort de n'être plus en vie.
Ce qui oblige Criton à lui répondre :
Oh ! pour le coup , c'eft lui- même qui a tort ,
C'eft malgré foi qu'on devient mort ;
Aucun d'eux n'en avoit enyie .
་
Damafippe ajoûte que fa folie le porte à méprifer
les richeffes, à paffer la nuit , à regarder les
Etoiles , à faire des ronds & des quarrés , des iz
& des as , de prédire des Eclipfes , d'avoir la
vertu fecrette de lire fur le vifage des filles quand
elles ne le font plus enfin de vouloir épou
fer une de fes affranchies.
>
La feconde Scene eft entre Myfis , la cadette des
deux affranchies de Démocrite, & Philolaus, fon
Amant , homme de condition d'Abdere , & ami
du Philofophe Prétendu Fou ; elle lui foûtient que
Démocrite eft amoureux de fa four aînée appel,
lée Sophie. Voici ce qu'elle lui dit :
Dès qu'il quitte l'étude ,
Il demande Sophie , & ne peut s'en paſſer ;
De ſon front elle feule a le droit de chaſſer
Ce qu'un trop long travail y peut laiffer de rude
Vient- elle à paroître foudain
De fon air enjoué le retour eft certain ;
Plus,
ނ
MA Y. : 993 1730.
- Plus de marque de laffitude , &c.
Un des goûts de ma foeur eft de parler morale ,
Et volontiers il l'en régale ,
Mais d'un ton doux , d'un air humain ;
Point de grimace Magiſtrale ;
;
Tout au contraire ; il aime à lui prendre la main;
Le moindre petit foin près d'elle l'intereffe ;
Il rajufte un frifon , il détourne une treffe
Qui lui couvre un peu trop le fein ,
Sur lequel fein , quand elle fe redreffe
(Ce que fouvent elle fait à deffein )
Vous voyez de mon Sage une oeillade traitreffe
Se rabattre & tomber foudain ,
Tout en lui prêchant la fageffe ,
Et la leçon marche toujours fon train ;
Et puis fous le mentón doucement la careffe ,
Quand elle a' bien compris quelque trait un peu
iin .
Myfis ordonne à Philolaus d'aller voir Démocrite
, & de ne rien oublier pour penétrer fon
amour , par l'interêt qu'ils y ont tous deux , la
cadette ne pouvant raifonnablement être mariée
qu'après l'aînée .
Danaftus parlant à Philolaus parcourt la vie
de fon frere ; il expofe que Démocrite acheta a
fon retour d'Egypte trois Efclaves , fçavoir Egine
qui eft la mere , & Sophie & Myfis , fes deux
filles .
Dans un entretien que les deux freres ont en
ſemble , Damaſtus a du deffous ; Démocrite exer
ee à fes dépens fon talent de rire ; il le raille vi-
G iij
yement
994 MERCURE DE FRANCE
(
´vement fur la coquet erie de fa femme ; il fait ce
portrait de lui-même ' , & ce tableau de fa maniere
de vie dans fa campagne , pour faire contraſte
à celle de fon frere dans la Ville.
:
D'abord , pour Intendant , j'ai l'aimable Sophie ,
Qui paroiffant , le mémoire à la main ,
ཨཉྙཾ
Me trouve tous les jours l'oeil gay , le front ferein;
Comme en elle je me confie ,
Nos comptes font aifés , d'autant plus qu'ils font
courts ;
" Après , felon mon habitude ,
Le reste du matin je le donne à l'étude ,
Delice de l'efprit , & pendant les beaux jours
Dans mes Jardins je fais deux ou trois tours ;
Tout y croît ,y fleurit , tout y fent l'oeil du Maître
;
Et lorsque le Soleil eft au haut de fon cours
Un repas de mets domestiques ,
Apprêté par de belles mains ,
Vins de mon crû , fruits nés dans mes Jardins
Yflattent mieux mon goût que les plus magnifiques.
Damaftus fe retire peu fatisfait de fon frere
Sophie paroît pour la premiere fois ; Démocrite
pour l'éprouver lui propofe un Epoux ; il lui dit
pour lui mieux faire prendre le change , que cet
Epoux dont il lui parle eft jeune. Sophie lui répond
qu'elle aimeroit mieux qu'il fut âgé , &
voici la raifon qu'elle en donne.
C'est que je veux qu'il m'aime ;
Or
MAY. 1730. 995
Ör , afin qu'il m'aimât long- tems
Je le voudrois au moins de quarante ans , &c.
J'ai remarqué que la jeuneffe
Paffe chez une femme avec plus de vîteffe
Qu'elle ne fait chez un Mari ;
Que dans le cours des ans
un Epoux à quarante "
Paroît encor jeune & Aeuri ,
Et que notre éclat paffe à trente.
Quand un trop jeune Epoux en paroît dégoûté,
Je lui pardonne , ce me ſemble ;
Pour conferver l'amour il faut
que la beauté
Marche d'un pas égal d'un & d'autre côté ,
Et qu'on ne les perde qu'ensemble.
il lui
Démocrite prie Sophie de préparer un repas pour
des amis qu'il attend. Philolaus vient , l'inftruit
de ce qui fe trame contre lui dans Abdere ;
annonce un effein de Sçavans qui doivent venir
exprès pour l'examiner.
Les premieres Scenes du fecond Acte ne font
pas de celles qui intereffent vivement les fpectateurs.
Démocrite dans un à parte fait entrevoir
qu'il fçait le fort de fes affranchies , & que c'eft
là ce qui l'empêche de s'oppofer à l'Hymen que
Philolaus fon ami fouhaite avec tant d'empreffement.
Dans la feconde , Criton vient lui rendre
une lettre qu'il a oublié de lui remettre . Par cette
lettre , Démocrite eft inftruit de tout ce qui fe
trame contre lui dans le Senat d'Abdere ; c'eſt un
Sénateur de fes amis qui lui donne cet avis fecret,
il n'en eft pas plus inquiet.
:
Philolaus , dans une feconde Scene qu'il a avec
Myfis,lui apprend que Démocrite eft impenétra-
G iiij ble
996 MERCURE DE FRANCE
ble fur l'amour qu'elle prétend qu'il a pour Sophie.
Cette Scene eft fuivie d'une autre entre Myfis
& Sophie qui fait beaucoup plus de plaifir ; en
voici quelques fragmens . La Scene roule fur l'amour
reciproque de Sophie & de Démocrite ,
que Sophie ne veut pas avouer.
Myfis.
Pour vous y rendre plus fçavante ,
Répondez-moi fincerement ,
Quand dans Abdere il fait trop longue réfidence
N'eft- il pas vrai que fon abſence
Vous cauſe en fecret de l'ennui ?
Sophie.
Il eft vrai que je fens beaucoup d'impatience
De le voir de retour chez lui.
Myfis.
Et quand il vous rend fa préfence
Ne Vous fentez-vous pas le coeur tout réjoui
Sophie.
Oh! pour cela , je l'avouë , oiii.
Myfis
Et quand il vous fourit , cela vous fait bien aife ?
Sophie.
Je n'ai point de chagrin que fon rire n'appaife.
Myfts.
MAY. 997 1730.
Myfis
Ma foeur la Philofophe apprenez en ce jour ,
Mais apprenez fans aucun doute
Que vous fentez du bon du veritable amour ,
Ou votre grand efprit pourtant ne voyoit goute
La Scene qui fuit eft auffi intereffante que
celle -là eft divertiffante. Elle eft entre Démocrite
& Sophie. Démocrite a fait entendre dans un Mo
nologue qu'il veut éprouver fi Sophie l'aime , ou
fi ce n'eft que par reconnoiffance qu'elle s'attache
à lui. Voici ce que Sophie lui répond :
Eh ! pourquoi voudrois -je rien taire ?
Je vous regarde comme un pere ;
Mon coeur à votre feul afpect
Sent un mouvement qui le preffe
Mêlé de joye & de reſpect ,
Qui des liens du fang égale la tendreffe.
Non , je ne puis affez vous faire concevoir
Ce qu'il a fur moi de pouvoir ;
Mais c'eft encor bien peu pour pouvoir reconnof
tre
Tant de bienfaits d'un fi bon Maître.
Démocrite apprend avec beaucoup de plaifir le
progrès qu'il a fait fur le coeur de fa chere affranchie
; il lui fait entrevoir un fort heureux , & la
quitte après lui avoir récommandé le fecret fur
ee qu'il vient de lui dire en termes ambigus
Sophie commente agréablement ce que Démocrite
ne lui a dit que d'une maniere un petz
Gy cblouse
898 MERCURE DE FRANCE
obfcure ; elle finit fon tendre monologue par ces
Vers :
Suivons pourtant , fuivons les loix de mon cher
Maître ;
Renfermons notre feu naiffant
Peut-être qu'en obéïffant
Mon amour à lui ſeul ſe fera mieux connoître ;
Peut-être qu'à fon tour lui - même il en reſſent.
Myfis vient troubler la joye fecrette de Sophie;
elle lui apprend que le Sénat va bannir Démocrite
d'Abdere pour le punir de l'amour qu'il fent
- pour elle : Sophie à cette affligeante nouvelle ne
peut plus garder fon feerct.
Les Philofophes qui ont été annoncés dès le
premier Acte arrivent leur converſation avec
Démocrite et toute des plus riantes , & fait un
plaifir infini aux fpectateurs. Ces Philofophes font
Diogene , Ariftippe & Straton. Démocrite pour
rendre la converfation plus jolie & plus legere , la
tourne fur cette question : L'amour est - il un bien
ou un mal ? voici quelles font les differentes
opinions de nos fçavans Acteurs :
Democrite.
Accordez , Meffieurs , à ma priere
De refoudre entre vous ce point :
Doit-on aimer , ou n'aimer point
Diogene.
La choſe à décider me paroît difficile ,
Quand Laïs avec moi le prend d'un mauvais tom
L'amour m'échaufe trop la bile
Mais
MAY. 1730.
999
Mais quand elle change de ftile ,
Et prend l'air un peu plus mouton ,
L'amour eft bon : mais je vous dis fort bon.
Straton.
En aimant la raifon s'oublie :
Sans la raifon l'homme eft un fot :
L'amour eft donc une folie ,
Par force il faut trancher le mot :
Mais du moins c'eft la plus jolie.
Ariftippe.
Moi j'accorde fort bien l'amour & la fageffe :
J'en prends un peu felon l'occafion ,
Et ma raiſon n'y voit rien qui la bleſſe :
Il eft chez moi plaifir & jamais paffion :
La paffion feule eft foibleffe :
Et voila ma conclufion.
Démocrite.
Il eft peine & plaifir au fens de Diogene
Il eft folie à celui de Straton :
Chez Ariftipe il eſt plaifir fans peine :
Lequel des trois en croira- t'on ?
Ou foyez fur l'amour d'accord tous trois enfemble
:
Ou laiffez-moi, Meffieurs , aimer , fi bon meſem❤
ble ..
Pouvoit -on ne pas applaudir à une Theſe fe
galante , & no pas fçavoir gré à M. Autreau d'a
Voic
1000 MERCURE DE FRANCE
voir fi bien égayé la Philofophie ? la converſation
roule enfin fur les Sciences : mais c'eſt pour donner
à Démocrite matiere à exercer fon talent de
rire. Ce fecond Acte finit par l'annonce
fis vient faire de l'arrivée d'Hyppocrate.
que My-
Démocrite commence le troifiéme Acte par un
court Monologue ; il fait entendre qu'après un
long examen fur fa prétendue folie , Hippocrate
à conclu qu'il lui reftoit quelque bon fens.
Philolaus vient avertirDémocrites des réfolutions
que le Sénat d'Abdere vient de prendre contre lui ,
& lui dit que fon ami Philoxene viendra bientôt
lui prononcer fon Arrêt. Démocrite n'en fait
que rire. Hippocratę vient reprocher à Démocrite
fon amour pour une Efclave : Démocrite , pour
juftifier les fentimens de fon coeur , ordonne
qu'on fafie venir Sophie ;à peine Hippocrate l'apperçoit
, qu'il en devient amoureux ; Sophie fe
retire. Démocrite demande à Hippocrate ce qu'il
penfe de fon amour depuis qu'il en a vu l'objet.
Hippocrate convient que Sophie eft adorable ,
mais il lui dit , comme Rival , qu'elle ne convient
pas à fon âge. Démocrite lui répond qu'elle conviendroit
encore moins au fien , attendu qu'il eft
beaucoup plus avancé dans la carriere ; Hippocrate
fe retranche fur l'excellence de fon Art ,
ce qui oblige Démocrite à lui lâcher ce trait.
Votre Art fouvent par trop de foin ,
De la fanté hâte bien la ruine ;
Et quand l'Amour prend medecine ,
C'eft figne qu'il n'ira pas loin .
L'Auteur prépare le dénouement par la fin de
cette Scene. Démocrite demande à Hippocrate ce
qu'il a fait d'Egine , fa premiere femme , &c.
Hippocrate lui répond que fon pere. ayant appris
fon
MAY. 1730. ΙΟΟΥ
fon Hymen clandeftin , le força de quitter fa trif
te famille , qui confiftoit en la mere & deux filles ;
il ajoute qu'il apprit au retour de fes longs voyages
que tout étoit mort , il conclut de - là que for
veuvage le met en liberté d'époufer Sophie ; Démocrite
feint d'y conſentir .
#
Nous paffons les autres Scenes moins importantes
, pour venir plutôt à la plus touchante de
la Piece ; elle eft entre Démocrite & Sophie. En
voici quelques morceaux .
Sophie.
On ne pardonne point un amour témeraire' ;
Mais , hélas ! eft-il volontaire ,
Lorfque d'un mérite parfait ,
Il eft un effet neceffaire ?
Démocrite.
Si là-deffus votre aveu ne m'éclaire ,
Je ne puis décider de fa témerité ;
Mais je ne prétens point penetrer un miftere ,
Que vous voulez couvrir de tant d'obſcurité.
Sophie.
Vous qui lifez fi bien dans le fond de mon ame ,
Ignorez- vous l'objet d'une fi jufte flamme ?
Démocrite
Quand je pourrois ne le pas ignorer ,
Oferois-je le déclarer?
Non , je crains trop de m'y méprendre ;
Soyez libre dans votre choix ;
Non
1002 MERCURE DE FRANCE
Non , fi jamais je veux l'apprendre ,
Ce doit être par votre voix , &c.
Sophie voyant que Démocrite lui reproche
fon filence , lui répond ainfi :
Je reçois l'exemple de vous ,
Qui du Sénat me cachez la colere y
Quand je fuis le fujet de ce jufte courroux.
Démocrite.
Devois-je vous parler d'une vaine chimere
Sophie.
Vos fecrets font connus , Seigneur , je les fçais
tous ;
Je n'ai que trop appris votre péril extrême ;
Mais je puis , grace au Ciel , vous en tirer moimême
;
C'est pour me confoler , un plaifir affez doux..
Par vos leçons , mon coeur eft devenu capable
De faire un genereux effort ;
J'appris à refpecter les volontez du fort ;
Pour vous le rendre favorable ,
Daignez dans ce deffein me prêter du fecours
Chaque inftant près de vous me rendroit plus
coupable ;
Il faut , Seigneur , il faut vous quitter pour toujours.
Démocrit : le jettant à fes pieds.
Ah ! c'en eft trop , adorable Sophie,
-
Je
MAY . 1730 . 1003
Je fuis au comble de mes voeux ;
Quittez cette fatale envie ;
Nous fommes réſervez pour un fort plus heu
reux ;
Vous m'aimez & je vous adore ;
Bien-tôt pour nous vous allez voir éclore ,
Le bonheur le moins attendu ;
Dans ce jour fortuné vous allez vous connoître
, & c.
Hippocrate furpris de trouver Démocrite aux
pieds de Sophie , lui reproche la trahison qu'il
lui fait. Philoxene , Sénateur , ami de Démocrite ,
vient lui apprendre que le Sénat , loin de le bannir
, lui envoye cinq cens Talens , pour prix d'um
excellent Livre forti de fa plume. Ce même Sénateur
annonce à Hippocrate que fon Epouſe Egine
vient de lui déclarer fon fort ; Hippocrate
par cette nouvelle , apprend que Sophie & Mifis
font fes filles. Il confent à rendre heureux Démocrite
& Philolaus.La Piece eft terminée par une
Fête des Habitans d'Abdere , dont la Mufique eft
de M. Mouret.
Fermer
Résumé : Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24 avril, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie en vers et en trois actes intitulée 'Démocrite Prétendu Fou' à l'Hôtel de Bourgogne. Cette pièce, écrite par M. Autreau, a été acclamée comme l'une des meilleures de la saison et a reçu des applaudissements croissants. L'intrigue se déroule à Abdère et commence par une exposition où Damafippe informe Criton que Démocrite est considéré comme fou dans la ville. Le Sénat envisage de l'exiler à la demande de Damafippe, qui surveille Démocrite pour observer ses comportements étranges, tels que consulter la Lune, rire de tout, critiquer les autres et se promener parmi les tombeaux. La pièce explore également les relations amoureuses de Démocrite. Myfis, une affranchie de Démocrite, révèle à Philolaus, son amant, que Démocrite est amoureux de Sophie, une autre affranchie. Sophie exprime son amour pour Démocrite de manière subtile et réservée. Le Sénat d'Abdère, soupçonnant Démocrite de folie, envoie des philosophes pour l'examiner. Démocrite engage une conversation philosophique avec eux sur la nature de l'amour, démontrant ainsi sa sagesse et sa lucidité malgré les apparences. Dans le dénouement, Hippocrate, un médecin, reproche à Démocrite son amour pour Sophie, une esclave. Démocrite utilise cette situation pour révéler que Sophie est en réalité sa femme légitime, ayant été forcé de la quitter par son père. La pièce se conclut par la reconnaissance de l'amour véritable entre Démocrite et Sophie. Dans un dialogue entre Démocrite et Sophie, Sophie exprime son désir de quitter Démocrite pour éviter de le mettre en danger. Démocrite, épris de Sophie, lui demande de rester et lui assure un avenir heureux. Hippocrate, surpris de trouver Démocrite aux pieds de Sophie, reproche à Démocrite sa trahison. Philoxène, un sénateur et ami de Démocrite, annonce que le Sénat n'a pas banni Démocrite mais lui a attribué une somme de cinq cents talents pour un livre remarquable. Philoxène révèle également à Hippocrate que son épouse Egine lui a déclaré son amour, et qu'Hippocrate est le père de Sophie et Misis. Hippocrate accepte alors de rendre heureux Démocrite et Philolaus. La pièce se termine par une fête des habitants d'Abdère, accompagnée de musique composée par M. Mouret.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 2297-2309
LETTRE de Madame la Comtesse de.... à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie d'Astrate.
Début :
Je vous avouë, Monsieur, que j'ai été terriblement en colere contre le Public [...]
Mots clefs :
Rire, Satire, Despréaux, Famille royale, Conspiration , Reine, Autorité, Reconnaissance, Défiance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Madame la Comtesse de.... à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie d'Astrate.
LETTRE de Madame la Comtesse de....
à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie
d'Astrate
J
E vous avoue , Monsieur , que j'ai été
terriblement en colere contre le Public
et même contre vous , à la lecture
de votre derniere Lettre ; vous m'annoncez
qu'on a ri à la représentation d'Astrate
, et loin de me l'annoncer comme
une injustice des plus criantes , vous ne
rougissez pas d'ajoûter que vous n'avez
pas pû vous empêcher d'y rire , comme
les autres , sur tout au second Acte , où il
s'agit de l'Anneau Royal , qu'il a plû à
l'Aristarque François de tourner en ridicule
par ce Vers : Sur tout l'Anneau Royal
me semble bien trouvé. Vous auriez été
B iij
LIFT
2298 MERCURE DE FRANCE
un peu plus en garde contre votre envie
de rire , si vous eussiez consideré que
Despreaux met ces Vers ironiques dans
la bouche d'un Campagnard , par un reste
de pudeur qui l'empêche d'adopter un
sentiment si peu sensé. Ce n'est pas que
je prétende ici justifier cet implacable
Auteur ; il a bien pû penser lui - même
ce qu'il fait dire à un autre , puisqu'il a
osé avancer dans une autre Satyre.
Et quand je veux citer un Auteur sans deffaut
La raison dit Virgile , et la rime Quinault.
En vain Despreaux a chanté la Palinodie
, quand il s'y est vû forcé par la gloire
que Quinault s'étoit acquise par tant d'au
tres Ouvrages ; le Public , je veux dire
un certain Public malin ; la Tourbe
pour mieux m'expliquer , a persisté à croire
qu'Astrate étoit une Tragédie très -risible,
et n'a pas voulu renoncer au droit de
rire à fes Représentations. Pour moi ;
Monsieur , qui ai un peu plus de vanitě
que vous , j'ai trop de soin de ma gloirė
pour me confondre dans la foule ; et j'ai
toûjours regardé Astrate comme une Piece
que nos plus grands Dramatiques ne
desavoüeroient pas. Despreaux à beaut
faire dire aux Interlocuteurs de son re
pas ridicule , que chaque Acte de cette
Tragédie
OCTOBRE. 1731. 2299
Tragedie est une Piece entiere , l'action y
est si peu chargée que j'entreprends de
vous la retracer en aussi peu de mots
qu'' on puisse réduire la plus simple : voici
de quoi il s'agit.
L'action theatrale se passe dans le Pa
Jais d'Elise , Reine de Tyr. Le Trône où
elle est assise a été usurpé par son Pere
sur Adraste , qui en étoit le veritable
possesseur. Ce funeste heritage l'a réduire
faire périr ce Roy détrôné et deux de
ses enfans ; un troisième est échappé au
fer meurtrier ; voilà ce qui s'est passé
avant l'Action théatrale , et qui , comme
vous le voyez , ne doit pas faire une protase
trop chargée. Passons au noeud de
la Piece. Elise aime Astrate , crû fils de
Sichée , ses Sujets souffrent impatiemment
qu'une femme regne sur eux ; elle
yeut leur donner un Roy , & croit ne
pouvoir mieux faire que de choisir un
Prince qui par sa valeur a soutenu le
Trône où l'usurpation l'a placée ; elle fait
part de son dessein à Sichée , qui tâche
de l'en détourner par des raisons de politique
; il ne peut lui découvrir la veritable
, la voici : Astrate qui passe pour
son fils , est celui des trois fils du veri-
→ table Roy échappé
au fer meurtrier
.
Elise ayant
annoncé
à Astrate
que. le
B iiij
choix
2300 MERCURE DE FRANCE
contre
choix qu'elle va faire d'un Epoux tombe
sur lui ; et leur amour étant réciproque ,
Sichée , qui est à la tête d'une conspira
tion prête à vanger la mort du veritable
Roy , et à rétablir sur le Trône usurpé
le reste précieux de la Famille Royale
fait entendre à son prétendu fils , qu'il
ne doit pas accepter une place qu'il ne
pourroit long- temps conserver
une révolte qui est sur le point d'éclatter .
Astrate croit le rassurer contre ce peri
en lui annonçant que la conspiration est
découverte , et en lui nommant trois des
conjurez ; Sichée plus allarmé qu'au pa
ravant , et voyant qu'Astrate veut aller
tout découvrir à la Keine , ne peut mieux
l'arrêter qu'en se faisant connoître à lui
pour Chef de la conspiration . Quelcom
bat entre l'Amour et la Nature ! Astrate
croit enfin les accorder tous deux , en
obrenant de la Reine une Amnistie ge
nerale ; il l'obtient en effet , Sichée n'a
rien à craindre pour ses jours , non - plus
que pour ceux de ses amis ; Elise demande
seulement qu'on lui livre ce
dernier fils du vrai Roy , en faveur du
quel on conspire ; c'est alors que Sichéa
ne pouvant plus differer de le faire con
noître , montre des Tablettes à Adraste
dans lesquelles ces Vers sont traceź
c'est
OCTOBR E. 1731. 2301
c'est le vrai Roy qui parle dans ces Tablettes.
Le plus jeune de mes trois fils
Echappe aux cruels Ennemis ,
Dont sur moi l'injustice éclatte ;
Et quand il sera temps de découvrir son sort ,
Ou pour rompre mes fers ou pour vanger ma
mort ;
Sichée en est crû pere , et son nom est Astrate.
Voilà , Monsieur , le noeud de la Piece ;
en voici le dénouement. La cospiration
éclatte malgré le nouveau Roy, à qui
Sichée n'a point laissé les Tablettes qui
peuvent seules le faire reconnoître ; il
combat lui - même contre ceux qui n'ont
pris les armes que pour lui ; on le desarme
, on lui donne des Gardes ; il a beau
dire à ses Sujets qu'il est leur Roy ; on
croit que l'Amour lui dicte ce langage ;
Elise craignant que cet amour ne coûte
enfin la vie à ce cher Prince , attente sur
ses propres jours ; elle vient mourir à ses
yeux , empoisonnée .
D
Vous ne manquerez pas , Monsieur
de m'accuser de supercherie , parce que
je retranche l'épisode d'Agenor , pour
vous faire paroître l'action plus simple
mais cet Episode n'a lieu dans la Piece
B. V
que
2302 MERCURE DE FRANCE
que pendant les deux premiers Actes , et
l'Auteur auroit bien pû s'en passer ; j'avoüe
même qu'il n'en auroit que mieux
fait ; nous n'aurions pas vû cet Anneau
Royal qui a excité des ris dans un sujet
uniquement destiné à faire verser des larmes
; je conviens avec vous que
deffaut , mais trouvez bon aussi que je
cherche à le justifier autant qu'il me sera
possible.
c'est un
Quand j'avoue que l'Anneau Royal est
un deffaut , je ne conviens pas qu'il le
foit jusqu'à être risible ; en effet si l'on y
rit , ce n'est que par le coup sur coup
qu'il produit. Ainsi Despreaux n'a pas
rencontré juste quand il a fait dire à son
Campagnard : Sur tout l'Anneau Royal ,
& c. Cet Auteur atrabilaire auroit dû se
souvenir qu'Alexandre le Grand , fit Perdiccas
dépositaire de son autorité par un
Anneau qu'il lui remit entre les mains ;
Quinault n'est donc ni risible ni blâmable
, d'employer le même signe d'autorité
dans sa Piece ; je dis bien plus , Elise ne
remet cette marque de toute - puissance à
A genor , que par des motifs très - senseż,
soit de reconnoissance , soit de défiance.
Agenor lui a parû très- soû mis quand elle
lui a fait entendre qu'elle vouloit faire
un Roy , indépendamment de la loi que
son
OCTOBRE 1731. 2303
son pere lui avoit imposée : voici com
me il s'explique dans le second Acte.
J'ai de subir vos loix un double engagement ;
C'est peu d'être Sujet, je suis encore Amant, &c
Je ne vous dis plus rien , Madame , et vais attendre
,
L'Arrêt que sur mon sort il vous plaira de ren- `
dre , &c.
Elise est si touchée d'une si parfaite
résignation, qu'elle dit à sa Confidente :
Par quelle injuste loy ,
Ne lui dois-je plus rien quand il fait tout pour
moi ?
Corisbe me croit- elle une ame si farouche ,
Et que
Qu'une belle action n'ait plus rien qui me touche?
l'excès d'amour d'un Prince si soumis ,
N'ait pas des droits plus forts que ceux qu'il m'a
remis ?
Voilà , Monsieur , le motif de reconnoissance
; passons au motif de défiance ;
c'est toûjours Elise qui parle :
J'ai peine toutefois , quoique je me figure ,
De croire dans le Prince une vertu si pure ,
Et de ne soupçonner d'aucun déguisement ,
L'excès étudié d'un si beau sentiment.
Que peut-elle faire de plus sensé , en
B vj parlant
2304 MERCURE DE FRANCE
parlant de ces deux principes , que da
récompenser Agenor , s'il est sincere , ou
de le punir , s'il ne l'est pas ? voici comment
elle en agit avec lui ; elle commence
par lui déclarer qu'elle aime Adraste
comme Agenor le dit lui- même , parlant
à son Rival dans le commencement
du troisiéme Acte; voici ses propres mots
Après m'avoir loüé d'avoir cedé mes droits ,
En mettant dans mes mains cet Anneau de nos
Rois ,
La Reine avec adresse a sçû me faire entendre ,
Que son coeur à vos feux s'étoit laissé surpren
dre , & c. ...
Mais qu'elle avoit voulu du moins pour reconnoître
,
La generosité que j'avois fait paroître ,
Et pour
rendre pour moi son refus moins hon
teux ,
Que ce fût de ma main que vous fussiez heureux;
Qu'elle ne doutoit point qu'après cette priere ,
Ma génerosité ne se montrât entiere.
Voilà donc le premier motif rempli ;
l'abus qu'Adraste fait du pouvoir remis
entre ses mains , justifie la punition que
la Reine en va faires à peine a- t'elle appris
qu'il veut faire arrêter Adraste , qu'el
le l'envoye arrêter lui-même . Qu'y a - t'il
de
OCTOBRE . 1731. 230,
de plus juste et de plus consequent ? La
soumission est récompensée , la dissimulation
est punie ; Agenor est précipité du
faîte de la grandeur , Astrate est élevé
aur comble du bonheur ; et c'est ce coup
sur- coup de peripetie qui fait rire les
Spectateurs , sans qu'ils s'apperçoivent
eux-mêmes de quoi ils rient.
Ne riez -vous pas vous-même , Monsieur
, de ce que je viens d'avancer ?
Non; ce n'est pas l'Anneau Royal qui
fait rite , n'en déplaise à Despreaux , c'est
ce passage subit du. Trône à. la prison ,
et du dernier malheur au bonheur suprême
; on est ravi de voir Agenor mortifié
; on ne l'est pas moins de voir Astrate
heureux ; les ris ne sont pas toûjours
des. marques de mocquerie , ou du moins
dans cette occafion les rieurs ne sont pas
pour Agenor.
En effet , Monsieur , vous n'avez qu'à
vous rappeller le personnage qu'il vient
de jouer dans la Scene précedente , pour
convenir qu'il a justement merité les mocqueries
du Parterre ; après avoir avoüé
à Astrate qu'il est aimé et que la Reine
ne lui a mis l'Anneau Royal entre les
mains que pour en user genereusement ;
il lui dit d'un ton de voix insultant :
Mon
2306 MERCURE DE FRANCE
Mon coeur ne peut former une plas noble envie
A cet illustre effort la gloire me convie ;
La generosité m'y fait voir mille appas ;
Mais l'Amour plus puissant ne me le permer .
pas , &c.
Que voulez- vous? chacun a sa façon d'aimer,& c.
Vous aimez en Heros ; pour moi , je le confeffe ,
Le Ciel m'a fait un coeur capable de foiblesse ;
Mais je n'en rougis point et jusqu'à ce jour ,
La foiblesse jamais n'a fait honte à l'Amour , &C.
Laissez -moi les douceurs qui me sont accordées ,
Et jouissez en paix de vos belles idées .
Tandis qu'un noeud sacré , propice à mes souhaits
,
Va mettre entre mes bras la Reine et ses attraits,
Que sans m'embarrasser d'un scrupule inutile ,
J'en vais être à vos yeux le possesseur franquille ,
Et vais enfin au gré de mes transports pressants ,
M'assurer d'être heureux sur la foi de mes sens.
Pour vous en consoler , songez qu'au fond de
l'ame
guere
La Reine, avec regret, s'arrache à votre flâme, &c,
J'y veux bien consentir ; un reste d'amitié
M'oblige à voir encor vos maux avec pitié ,
Et sûr d'un bien solide , il ne me coûte
De vous abandonner un bien imaginaire ;
Ainsi chacun de nous se tiendra satisfait ;
Vous , de vous croire heureux , moi , de l'être an
effet.
OCTOBRE. 1731. 2307
'Ajoûtez à cela , Monsieur , la lâcheté
avec laquelle Agenor refuse le défi que
lui fait Astrate; en faut- il davantage pour
exciter le Spectateur à rire de le voir
puni , comme il l'a merité ?
Ce n'est pas que j'approuve le caractere
que Quinault lui donne ; il pouvoit
le rendre odieux , sans le rendre mauvais-
plaisant , et sans l'ériger en Marquis
ridicule de Comédie ; mais il a mis assez
de noblesse dans tout le reste de sa Tra◄
gédie , pour faire voir de quoi il est capable
quand il veut s'en donner la peine.
Il cst temps de passer à des choses plus
dignes de noire attention ; et qu'une Apologie
dont il n'a pas besoin , fasse place
à des éloges si bien méritez. En effet
Monsieur , quoi de plus délicat que la
Scene où la Reine enhardit Astrate à lui
parler de son amour , fondée sur cette
maxime :
Je sçais qu'à notre Sexe il sied bien d'ordinaire ,
De laisser aux Amans les premiers pas à faire ,
De tenir avec soin tout notre amour caché ,
D'attendre que l'aveu nous en soit arraché ,
De ne parler qu'après d'extrémes violences ;
Mais je regne, et le Trône a d'autres bienséances ;
Et quand jusqu'à ce rang notre Sexe est monté,
Ild oit tre au-dessus de la timidité :
Astrate
2308 MERCURE DE FRANCE
Astrate est mon Sujet , et la toute -puissance ,
L'engage aux mêmes loix dont elle me dispense ;
Quelqu'ardeur qui l'emporte , il doit se retenir
C'est à moi de descendre et de le prévenir ,
De l'aider à s'ouvrir ,de l'y servir de guide ;.
Jusques - là , c'est à lui d'aimer d'un feu timide
D'encocher tout l'éclat, et pour le mettre au jour
D'attendre qu'il m'ait plû d'enhardir son amour.
N'est-ce pas là aimer en Reine ? voici
comment Elise s'y prend pour enhardir
son sujet à lui parler de son amour.
Cessons de feindre , Astrate ; on veut me faire
croire ,
Qu'oubliant tout devoir , séduit par trop de gloire,
Vous avez jusqu'à moi secretement osé ;
Astrate voulant se justifier , elle lui
ferme la bouche par ces mots :
Il n'est besoin ici que de me bien entenåre ;
Avant que de répondre examinez - vous bien ,
Voyez si votre coeur ne s'accuse de rien ,
S'il ne se sent pour moi rien d'un peu témer aire
Rien qui passe l'ardeur d'un sujet ordinaire , & c.
La douceur avec laquelle la Reine invite
Astrate à faire cet examen , l'enhardit
à être sincere ; voici comme il
s'explique et s'excuse en même temps
D'un
OCTOBRE. 1731 2309
D'un crime si charmant mon coeur insatiable ,
En voudroit s'il pouvoit être encor plus coupable,
Et , si je l'ose dire , aime mieux consentir ,
A tout votre courroux qu'au moindre repentir ,
Lorsque par un transport dont on n'est plus le
maître,
On devient témeraire , on ne sçauroit trop l'êtres
Et dès qu'on a pû mettre un feu coupable au jour,
C'est l'excès qui peut seul justifier l'amour.
Le reste pour le prochain Mercurè.
à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie
d'Astrate
J
E vous avoue , Monsieur , que j'ai été
terriblement en colere contre le Public
et même contre vous , à la lecture
de votre derniere Lettre ; vous m'annoncez
qu'on a ri à la représentation d'Astrate
, et loin de me l'annoncer comme
une injustice des plus criantes , vous ne
rougissez pas d'ajoûter que vous n'avez
pas pû vous empêcher d'y rire , comme
les autres , sur tout au second Acte , où il
s'agit de l'Anneau Royal , qu'il a plû à
l'Aristarque François de tourner en ridicule
par ce Vers : Sur tout l'Anneau Royal
me semble bien trouvé. Vous auriez été
B iij
LIFT
2298 MERCURE DE FRANCE
un peu plus en garde contre votre envie
de rire , si vous eussiez consideré que
Despreaux met ces Vers ironiques dans
la bouche d'un Campagnard , par un reste
de pudeur qui l'empêche d'adopter un
sentiment si peu sensé. Ce n'est pas que
je prétende ici justifier cet implacable
Auteur ; il a bien pû penser lui - même
ce qu'il fait dire à un autre , puisqu'il a
osé avancer dans une autre Satyre.
Et quand je veux citer un Auteur sans deffaut
La raison dit Virgile , et la rime Quinault.
En vain Despreaux a chanté la Palinodie
, quand il s'y est vû forcé par la gloire
que Quinault s'étoit acquise par tant d'au
tres Ouvrages ; le Public , je veux dire
un certain Public malin ; la Tourbe
pour mieux m'expliquer , a persisté à croire
qu'Astrate étoit une Tragédie très -risible,
et n'a pas voulu renoncer au droit de
rire à fes Représentations. Pour moi ;
Monsieur , qui ai un peu plus de vanitě
que vous , j'ai trop de soin de ma gloirė
pour me confondre dans la foule ; et j'ai
toûjours regardé Astrate comme une Piece
que nos plus grands Dramatiques ne
desavoüeroient pas. Despreaux à beaut
faire dire aux Interlocuteurs de son re
pas ridicule , que chaque Acte de cette
Tragédie
OCTOBRE. 1731. 2299
Tragedie est une Piece entiere , l'action y
est si peu chargée que j'entreprends de
vous la retracer en aussi peu de mots
qu'' on puisse réduire la plus simple : voici
de quoi il s'agit.
L'action theatrale se passe dans le Pa
Jais d'Elise , Reine de Tyr. Le Trône où
elle est assise a été usurpé par son Pere
sur Adraste , qui en étoit le veritable
possesseur. Ce funeste heritage l'a réduire
faire périr ce Roy détrôné et deux de
ses enfans ; un troisième est échappé au
fer meurtrier ; voilà ce qui s'est passé
avant l'Action théatrale , et qui , comme
vous le voyez , ne doit pas faire une protase
trop chargée. Passons au noeud de
la Piece. Elise aime Astrate , crû fils de
Sichée , ses Sujets souffrent impatiemment
qu'une femme regne sur eux ; elle
yeut leur donner un Roy , & croit ne
pouvoir mieux faire que de choisir un
Prince qui par sa valeur a soutenu le
Trône où l'usurpation l'a placée ; elle fait
part de son dessein à Sichée , qui tâche
de l'en détourner par des raisons de politique
; il ne peut lui découvrir la veritable
, la voici : Astrate qui passe pour
son fils , est celui des trois fils du veri-
→ table Roy échappé
au fer meurtrier
.
Elise ayant
annoncé
à Astrate
que. le
B iiij
choix
2300 MERCURE DE FRANCE
contre
choix qu'elle va faire d'un Epoux tombe
sur lui ; et leur amour étant réciproque ,
Sichée , qui est à la tête d'une conspira
tion prête à vanger la mort du veritable
Roy , et à rétablir sur le Trône usurpé
le reste précieux de la Famille Royale
fait entendre à son prétendu fils , qu'il
ne doit pas accepter une place qu'il ne
pourroit long- temps conserver
une révolte qui est sur le point d'éclatter .
Astrate croit le rassurer contre ce peri
en lui annonçant que la conspiration est
découverte , et en lui nommant trois des
conjurez ; Sichée plus allarmé qu'au pa
ravant , et voyant qu'Astrate veut aller
tout découvrir à la Keine , ne peut mieux
l'arrêter qu'en se faisant connoître à lui
pour Chef de la conspiration . Quelcom
bat entre l'Amour et la Nature ! Astrate
croit enfin les accorder tous deux , en
obrenant de la Reine une Amnistie ge
nerale ; il l'obtient en effet , Sichée n'a
rien à craindre pour ses jours , non - plus
que pour ceux de ses amis ; Elise demande
seulement qu'on lui livre ce
dernier fils du vrai Roy , en faveur du
quel on conspire ; c'est alors que Sichéa
ne pouvant plus differer de le faire con
noître , montre des Tablettes à Adraste
dans lesquelles ces Vers sont traceź
c'est
OCTOBR E. 1731. 2301
c'est le vrai Roy qui parle dans ces Tablettes.
Le plus jeune de mes trois fils
Echappe aux cruels Ennemis ,
Dont sur moi l'injustice éclatte ;
Et quand il sera temps de découvrir son sort ,
Ou pour rompre mes fers ou pour vanger ma
mort ;
Sichée en est crû pere , et son nom est Astrate.
Voilà , Monsieur , le noeud de la Piece ;
en voici le dénouement. La cospiration
éclatte malgré le nouveau Roy, à qui
Sichée n'a point laissé les Tablettes qui
peuvent seules le faire reconnoître ; il
combat lui - même contre ceux qui n'ont
pris les armes que pour lui ; on le desarme
, on lui donne des Gardes ; il a beau
dire à ses Sujets qu'il est leur Roy ; on
croit que l'Amour lui dicte ce langage ;
Elise craignant que cet amour ne coûte
enfin la vie à ce cher Prince , attente sur
ses propres jours ; elle vient mourir à ses
yeux , empoisonnée .
D
Vous ne manquerez pas , Monsieur
de m'accuser de supercherie , parce que
je retranche l'épisode d'Agenor , pour
vous faire paroître l'action plus simple
mais cet Episode n'a lieu dans la Piece
B. V
que
2302 MERCURE DE FRANCE
que pendant les deux premiers Actes , et
l'Auteur auroit bien pû s'en passer ; j'avoüe
même qu'il n'en auroit que mieux
fait ; nous n'aurions pas vû cet Anneau
Royal qui a excité des ris dans un sujet
uniquement destiné à faire verser des larmes
; je conviens avec vous que
deffaut , mais trouvez bon aussi que je
cherche à le justifier autant qu'il me sera
possible.
c'est un
Quand j'avoue que l'Anneau Royal est
un deffaut , je ne conviens pas qu'il le
foit jusqu'à être risible ; en effet si l'on y
rit , ce n'est que par le coup sur coup
qu'il produit. Ainsi Despreaux n'a pas
rencontré juste quand il a fait dire à son
Campagnard : Sur tout l'Anneau Royal ,
& c. Cet Auteur atrabilaire auroit dû se
souvenir qu'Alexandre le Grand , fit Perdiccas
dépositaire de son autorité par un
Anneau qu'il lui remit entre les mains ;
Quinault n'est donc ni risible ni blâmable
, d'employer le même signe d'autorité
dans sa Piece ; je dis bien plus , Elise ne
remet cette marque de toute - puissance à
A genor , que par des motifs très - senseż,
soit de reconnoissance , soit de défiance.
Agenor lui a parû très- soû mis quand elle
lui a fait entendre qu'elle vouloit faire
un Roy , indépendamment de la loi que
son
OCTOBRE 1731. 2303
son pere lui avoit imposée : voici com
me il s'explique dans le second Acte.
J'ai de subir vos loix un double engagement ;
C'est peu d'être Sujet, je suis encore Amant, &c
Je ne vous dis plus rien , Madame , et vais attendre
,
L'Arrêt que sur mon sort il vous plaira de ren- `
dre , &c.
Elise est si touchée d'une si parfaite
résignation, qu'elle dit à sa Confidente :
Par quelle injuste loy ,
Ne lui dois-je plus rien quand il fait tout pour
moi ?
Corisbe me croit- elle une ame si farouche ,
Et que
Qu'une belle action n'ait plus rien qui me touche?
l'excès d'amour d'un Prince si soumis ,
N'ait pas des droits plus forts que ceux qu'il m'a
remis ?
Voilà , Monsieur , le motif de reconnoissance
; passons au motif de défiance ;
c'est toûjours Elise qui parle :
J'ai peine toutefois , quoique je me figure ,
De croire dans le Prince une vertu si pure ,
Et de ne soupçonner d'aucun déguisement ,
L'excès étudié d'un si beau sentiment.
Que peut-elle faire de plus sensé , en
B vj parlant
2304 MERCURE DE FRANCE
parlant de ces deux principes , que da
récompenser Agenor , s'il est sincere , ou
de le punir , s'il ne l'est pas ? voici comment
elle en agit avec lui ; elle commence
par lui déclarer qu'elle aime Adraste
comme Agenor le dit lui- même , parlant
à son Rival dans le commencement
du troisiéme Acte; voici ses propres mots
Après m'avoir loüé d'avoir cedé mes droits ,
En mettant dans mes mains cet Anneau de nos
Rois ,
La Reine avec adresse a sçû me faire entendre ,
Que son coeur à vos feux s'étoit laissé surpren
dre , & c. ...
Mais qu'elle avoit voulu du moins pour reconnoître
,
La generosité que j'avois fait paroître ,
Et pour
rendre pour moi son refus moins hon
teux ,
Que ce fût de ma main que vous fussiez heureux;
Qu'elle ne doutoit point qu'après cette priere ,
Ma génerosité ne se montrât entiere.
Voilà donc le premier motif rempli ;
l'abus qu'Adraste fait du pouvoir remis
entre ses mains , justifie la punition que
la Reine en va faires à peine a- t'elle appris
qu'il veut faire arrêter Adraste , qu'el
le l'envoye arrêter lui-même . Qu'y a - t'il
de
OCTOBRE . 1731. 230,
de plus juste et de plus consequent ? La
soumission est récompensée , la dissimulation
est punie ; Agenor est précipité du
faîte de la grandeur , Astrate est élevé
aur comble du bonheur ; et c'est ce coup
sur- coup de peripetie qui fait rire les
Spectateurs , sans qu'ils s'apperçoivent
eux-mêmes de quoi ils rient.
Ne riez -vous pas vous-même , Monsieur
, de ce que je viens d'avancer ?
Non; ce n'est pas l'Anneau Royal qui
fait rite , n'en déplaise à Despreaux , c'est
ce passage subit du. Trône à. la prison ,
et du dernier malheur au bonheur suprême
; on est ravi de voir Agenor mortifié
; on ne l'est pas moins de voir Astrate
heureux ; les ris ne sont pas toûjours
des. marques de mocquerie , ou du moins
dans cette occafion les rieurs ne sont pas
pour Agenor.
En effet , Monsieur , vous n'avez qu'à
vous rappeller le personnage qu'il vient
de jouer dans la Scene précedente , pour
convenir qu'il a justement merité les mocqueries
du Parterre ; après avoir avoüé
à Astrate qu'il est aimé et que la Reine
ne lui a mis l'Anneau Royal entre les
mains que pour en user genereusement ;
il lui dit d'un ton de voix insultant :
Mon
2306 MERCURE DE FRANCE
Mon coeur ne peut former une plas noble envie
A cet illustre effort la gloire me convie ;
La generosité m'y fait voir mille appas ;
Mais l'Amour plus puissant ne me le permer .
pas , &c.
Que voulez- vous? chacun a sa façon d'aimer,& c.
Vous aimez en Heros ; pour moi , je le confeffe ,
Le Ciel m'a fait un coeur capable de foiblesse ;
Mais je n'en rougis point et jusqu'à ce jour ,
La foiblesse jamais n'a fait honte à l'Amour , &C.
Laissez -moi les douceurs qui me sont accordées ,
Et jouissez en paix de vos belles idées .
Tandis qu'un noeud sacré , propice à mes souhaits
,
Va mettre entre mes bras la Reine et ses attraits,
Que sans m'embarrasser d'un scrupule inutile ,
J'en vais être à vos yeux le possesseur franquille ,
Et vais enfin au gré de mes transports pressants ,
M'assurer d'être heureux sur la foi de mes sens.
Pour vous en consoler , songez qu'au fond de
l'ame
guere
La Reine, avec regret, s'arrache à votre flâme, &c,
J'y veux bien consentir ; un reste d'amitié
M'oblige à voir encor vos maux avec pitié ,
Et sûr d'un bien solide , il ne me coûte
De vous abandonner un bien imaginaire ;
Ainsi chacun de nous se tiendra satisfait ;
Vous , de vous croire heureux , moi , de l'être an
effet.
OCTOBRE. 1731. 2307
'Ajoûtez à cela , Monsieur , la lâcheté
avec laquelle Agenor refuse le défi que
lui fait Astrate; en faut- il davantage pour
exciter le Spectateur à rire de le voir
puni , comme il l'a merité ?
Ce n'est pas que j'approuve le caractere
que Quinault lui donne ; il pouvoit
le rendre odieux , sans le rendre mauvais-
plaisant , et sans l'ériger en Marquis
ridicule de Comédie ; mais il a mis assez
de noblesse dans tout le reste de sa Tra◄
gédie , pour faire voir de quoi il est capable
quand il veut s'en donner la peine.
Il cst temps de passer à des choses plus
dignes de noire attention ; et qu'une Apologie
dont il n'a pas besoin , fasse place
à des éloges si bien méritez. En effet
Monsieur , quoi de plus délicat que la
Scene où la Reine enhardit Astrate à lui
parler de son amour , fondée sur cette
maxime :
Je sçais qu'à notre Sexe il sied bien d'ordinaire ,
De laisser aux Amans les premiers pas à faire ,
De tenir avec soin tout notre amour caché ,
D'attendre que l'aveu nous en soit arraché ,
De ne parler qu'après d'extrémes violences ;
Mais je regne, et le Trône a d'autres bienséances ;
Et quand jusqu'à ce rang notre Sexe est monté,
Ild oit tre au-dessus de la timidité :
Astrate
2308 MERCURE DE FRANCE
Astrate est mon Sujet , et la toute -puissance ,
L'engage aux mêmes loix dont elle me dispense ;
Quelqu'ardeur qui l'emporte , il doit se retenir
C'est à moi de descendre et de le prévenir ,
De l'aider à s'ouvrir ,de l'y servir de guide ;.
Jusques - là , c'est à lui d'aimer d'un feu timide
D'encocher tout l'éclat, et pour le mettre au jour
D'attendre qu'il m'ait plû d'enhardir son amour.
N'est-ce pas là aimer en Reine ? voici
comment Elise s'y prend pour enhardir
son sujet à lui parler de son amour.
Cessons de feindre , Astrate ; on veut me faire
croire ,
Qu'oubliant tout devoir , séduit par trop de gloire,
Vous avez jusqu'à moi secretement osé ;
Astrate voulant se justifier , elle lui
ferme la bouche par ces mots :
Il n'est besoin ici que de me bien entenåre ;
Avant que de répondre examinez - vous bien ,
Voyez si votre coeur ne s'accuse de rien ,
S'il ne se sent pour moi rien d'un peu témer aire
Rien qui passe l'ardeur d'un sujet ordinaire , & c.
La douceur avec laquelle la Reine invite
Astrate à faire cet examen , l'enhardit
à être sincere ; voici comme il
s'explique et s'excuse en même temps
D'un
OCTOBRE. 1731 2309
D'un crime si charmant mon coeur insatiable ,
En voudroit s'il pouvoit être encor plus coupable,
Et , si je l'ose dire , aime mieux consentir ,
A tout votre courroux qu'au moindre repentir ,
Lorsque par un transport dont on n'est plus le
maître,
On devient témeraire , on ne sçauroit trop l'êtres
Et dès qu'on a pû mettre un feu coupable au jour,
C'est l'excès qui peut seul justifier l'amour.
Le reste pour le prochain Mercurè.
Fermer
Résumé : LETTRE de Madame la Comtesse de.... à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie d'Astrate.
La Comtesse de... exprime sa colère envers le Chevalier de... après avoir appris que le public avait ri lors de la représentation de la tragédie 'Astrate' de Jean Racine. Elle critique particulièrement la réaction du Chevalier, qui a également ri, notamment lors du second acte où l'Anneau Royal est mentionné. La Comtesse défend Racine en expliquant que les vers ironiques sur l'Anneau Royal sont prononcés par un personnage campagnard par pudeur. Elle reconnaît cependant que Racine a pu avoir des sentiments similaires dans d'autres œuvres. La Comtesse résume ensuite l'intrigue d''Astrate'. L'action se déroule à Tyr, où la reine Elise a usurpé le trône d'Adraste. Elise aime Astrate, qu'elle croit être le fils de Sichée. Les sujets d'Elise souffrent de voir une femme régner et souhaitent un roi. Elise envisage de choisir Astrate comme époux, mais Sichée, qui est en réalité le père d'Astrate et le véritable roi, tente de l'en dissuader. Il révèle finalement à Astrate qu'il est le fils du roi détrôné et qu'une conspiration est prête à rétablir la famille royale. Astrate obtient une amnistie générale, mais la conspiration éclate malgré tout. Elise, craignant pour la vie d'Astrate, se suicide. La Comtesse critique l'épisode de l'Anneau Royal, qui a suscité des rires, et défend Quinault en expliquant que l'Anneau est un symbole d'autorité légitime. Elle conclut en soulignant que les rires du public sont dus au passage subit du trône à la prison et au bonheur suprême, et non à l'Anneau Royal. Elle critique également le personnage d'Agenor, qui est puni à juste titre pour sa lâcheté et son comportement odieux. Enfin, elle loue la délicatesse de la scène où Elise encourage Astrate à lui parler de son amour. Par ailleurs, le texte relate une conversation entre deux personnages, Astrea et une reine. Astrea est accusé de sentiments excessifs envers la reine. Pour se défendre, Astrea est invité à examiner son cœur et à vérifier s'il ne ressent pas pour la reine une ardeur dépassant celle d'un sujet ordinaire. Encouragé par la douceur de la reine, Astrea avoue son amour coupable et insatiable. Il exprime son désir de rester coupable plutôt que de regretter ses sentiments. Il justifie son audace par l'intensité de son amour, affirmant que seul l'excès peut expliquer un tel sentiment. La suite de la conversation est reportée au prochain Mercure.
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p. 12-13
LE MOT POUR RIRE. AIR : Je ne sçais pas écrire.
Début :
LA bonne chère & le bon vin, [...]
Mots clefs :
Gaîté, Amis, Allégresse, Censeur, Rire, Plaisir, Mot
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texteReconnaissance textuelle : LE MOT POUR RIRE. AIR : Je ne sçais pas écrire.
LE MOT POUR RIRE.
LA
AIR : Je ne fçais pas écrire.
A bonne chère & le bon vin ,
Premier éloge d'un feftin ,
Sont bien faits pour féduire.
Mais , ce n'eſt rien qu'un grand repas ,
Quand la gaîté n'y régne pas .
Je veux le mot pour rire.
Donnons à nos amis abfens
Moins de défauts que de talens
Pas un trait de fatyre.
Ayons le fel de la gaîté ,
Sans l'art de la méchanceté.
Je veux le mot pour rire.
Un Bel- Efprit affez ſouvent
Nous prive de l'heureux moment
Que l'allegreffe inſpire.
A table il n'eft que l'enjoûment.
Point de Cenfeur , de froid fçavant :
Je veux le mot pour rire.
Bacchus anime les propos ,
Il eft le père des bons mots ,
Sans chercher à les dire.
M A 1. 1763. 13
Buvons , peut-être en dirons-nous :
Voifin , ils font fréquents chez vous
Je veux le mot pour rire.
On doit aimer fincérement ,
S'en faire un doux amuſement ,
Un
Et non pas un martyre.
peu d'amour nous rend joyeux :
Extrême , il nous rend ennuyeux.
Je veux le mot pour rire.
Dans ce féjour délicieux ,
L'image de celui des Dieux ,
Le plaifir nous attire :
Enchaînons-le de tout côté ;
Non, laiffons-lui la liberté :
Je veux le mot pour rire.
Par M. FUZILLIER , à Amiens.
LA
AIR : Je ne fçais pas écrire.
A bonne chère & le bon vin ,
Premier éloge d'un feftin ,
Sont bien faits pour féduire.
Mais , ce n'eſt rien qu'un grand repas ,
Quand la gaîté n'y régne pas .
Je veux le mot pour rire.
Donnons à nos amis abfens
Moins de défauts que de talens
Pas un trait de fatyre.
Ayons le fel de la gaîté ,
Sans l'art de la méchanceté.
Je veux le mot pour rire.
Un Bel- Efprit affez ſouvent
Nous prive de l'heureux moment
Que l'allegreffe inſpire.
A table il n'eft que l'enjoûment.
Point de Cenfeur , de froid fçavant :
Je veux le mot pour rire.
Bacchus anime les propos ,
Il eft le père des bons mots ,
Sans chercher à les dire.
M A 1. 1763. 13
Buvons , peut-être en dirons-nous :
Voifin , ils font fréquents chez vous
Je veux le mot pour rire.
On doit aimer fincérement ,
S'en faire un doux amuſement ,
Un
Et non pas un martyre.
peu d'amour nous rend joyeux :
Extrême , il nous rend ennuyeux.
Je veux le mot pour rire.
Dans ce féjour délicieux ,
L'image de celui des Dieux ,
Le plaifir nous attire :
Enchaînons-le de tout côté ;
Non, laiffons-lui la liberté :
Je veux le mot pour rire.
Par M. FUZILLIER , à Amiens.
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Résumé : LE MOT POUR RIRE. AIR : Je ne sçais pas écrire.
La chanson 'Le mot pour rire' met en avant la gaieté et la bonne humeur lors des repas. L'auteur souligne que la bonne chère et le bon vin sont agréables, mais que la véritable joie vient de l'ambiance festive. Il prône la convivialité et l'absence de méchanceté, souhaitant que les amis soient appréciés pour leurs talents plutôt que pour leurs défauts. La chanson critique les esprits trop sérieux qui gâchent les moments de plaisir à table. Elle encourage la légèreté et l'humour, incarnés par Bacchus, le dieu du vin, qui inspire les bons mots sans effort. L'auteur exprime également l'idée que l'amour doit être source de joie et non de souffrance. Enfin, il invite à profiter pleinement des plaisirs sans les entraver, en laissant la liberté au plaisir de s'exprimer. Le texte se conclut par une référence à un séjour délicieux, comparé à celui des Dieux, où le plaisir doit être libre et non contraint.
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