Résultats : 38 texte(s)
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1
p. 8-10
ALLÉGORIE à Mlle ***.
Début :
Je rencontrai l'Amour dans le bois de Cythère, [...]
Mots clefs :
Amour, Vénus, Iris
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texteReconnaissance textuelle : ALLÉGORIE à Mlle ***.
ALLÉGORIE à Mlle ***
E rencontrai l'Amour dans le bois de Cythère ,
Sans bandeau , fans carquois , éloigné de ſa mère :
Accompagné des Ris , environné des Jeux ,
Il folâtroit fur l'herbe , & danſoit avec eux.
Il apperçoit Iris , il vole fur fes traces ,
11 la prend aifément pour une des trois Grâces..
Sa taille , fon maintien , tout nourrit fon erreur.
Il approche , il la voit , hélas ! pour fon malheur.
Il tombe à fes genoux , elle fuit , il s'enflamme .
Il veut la retenir pour lui peindre fa flamme .
Iris fe débattoit , rien ne put m'arrêter :
L'Amour étoit un Dieu , j'ofai la diſputer .
JUIN 1768. 9
Je favois qu'un amant qui défend ce qu'il aime ,
L'emporteroit encor fur Jupiter lui- mê nie.
Je terraffai l'Amour : il appella les Ris ,
Ils m'enchaînoient déja quand ils virent Iris.
Ils tombent à fes pieds. Enflammé de colère ”
L'Amour à cet afpect vole auprès de fa mère :
Accourez , lui dit - il , & venez me venger ;
J'aime , je fuis l'Amour , on ofe m'outrager.
Il embraffe Cypris , & demande vengeance.
Il veut qu'un prompt trépas répare mon offenfe.
Il demandoit Iris... Mon fils , lui dit Vénus
Iris eft pour celui qui l'aimera le plus.
L'Amour peint auffi- tôt fa flamme & fon tourment.
Iris me regarda , je demeurai tremblant 5
Un foupir , de mes feux , fut le feul témoignage ,
Et Vénus décida que j'aimois davantage.
Iris m'appartient donc , au jugement des dieux :
Qu'elle fe donne à moi , je ferai plus heureux..
Suite de l'allégorie.
L'Amour , plein de fureur , défefpéré , confus
Vous regrettoit , Iris , & maudiffoit Vénus :
J'ai fouffert , difoit- il , qu'un amant téméraire :
Arrachât de mes bras une aimable bergère ;
Ne fuis-je plus l'Amour ? Méconnoît - on mes loix ?..
A ces mots il faifit fes flèches , fon carquois ;;
Av
10 MERCURE DE FRANCE .
Son arc étoit bandé quand je vins à paroître.
Le trait part , il me frappe : apprends à me connoître
:
Tu m'as bravé , dit- il , reffens tout mon pouvoir.
Il fe tait ; auffi tôt je fens fur moi pleuvoir
Une grêle de traits. Charmant Dieu de Cythère ,
Arrête m'écriai - je , on brave ta colère .
Tous tes traits raffemblés font bien moins dangéreux
,
Quand on connoît Iris , qu'un regard de les yeux.
E rencontrai l'Amour dans le bois de Cythère ,
Sans bandeau , fans carquois , éloigné de ſa mère :
Accompagné des Ris , environné des Jeux ,
Il folâtroit fur l'herbe , & danſoit avec eux.
Il apperçoit Iris , il vole fur fes traces ,
11 la prend aifément pour une des trois Grâces..
Sa taille , fon maintien , tout nourrit fon erreur.
Il approche , il la voit , hélas ! pour fon malheur.
Il tombe à fes genoux , elle fuit , il s'enflamme .
Il veut la retenir pour lui peindre fa flamme .
Iris fe débattoit , rien ne put m'arrêter :
L'Amour étoit un Dieu , j'ofai la diſputer .
JUIN 1768. 9
Je favois qu'un amant qui défend ce qu'il aime ,
L'emporteroit encor fur Jupiter lui- mê nie.
Je terraffai l'Amour : il appella les Ris ,
Ils m'enchaînoient déja quand ils virent Iris.
Ils tombent à fes pieds. Enflammé de colère ”
L'Amour à cet afpect vole auprès de fa mère :
Accourez , lui dit - il , & venez me venger ;
J'aime , je fuis l'Amour , on ofe m'outrager.
Il embraffe Cypris , & demande vengeance.
Il veut qu'un prompt trépas répare mon offenfe.
Il demandoit Iris... Mon fils , lui dit Vénus
Iris eft pour celui qui l'aimera le plus.
L'Amour peint auffi- tôt fa flamme & fon tourment.
Iris me regarda , je demeurai tremblant 5
Un foupir , de mes feux , fut le feul témoignage ,
Et Vénus décida que j'aimois davantage.
Iris m'appartient donc , au jugement des dieux :
Qu'elle fe donne à moi , je ferai plus heureux..
Suite de l'allégorie.
L'Amour , plein de fureur , défefpéré , confus
Vous regrettoit , Iris , & maudiffoit Vénus :
J'ai fouffert , difoit- il , qu'un amant téméraire :
Arrachât de mes bras une aimable bergère ;
Ne fuis-je plus l'Amour ? Méconnoît - on mes loix ?..
A ces mots il faifit fes flèches , fon carquois ;;
Av
10 MERCURE DE FRANCE .
Son arc étoit bandé quand je vins à paroître.
Le trait part , il me frappe : apprends à me connoître
:
Tu m'as bravé , dit- il , reffens tout mon pouvoir.
Il fe tait ; auffi tôt je fens fur moi pleuvoir
Une grêle de traits. Charmant Dieu de Cythère ,
Arrête m'écriai - je , on brave ta colère .
Tous tes traits raffemblés font bien moins dangéreux
,
Quand on connoît Iris , qu'un regard de les yeux.
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Résumé : ALLÉGORIE à Mlle ***.
Dans le poème 'ALLÉGORIE à Mlle ***', une rencontre avec l'Amour se déroule dans le bois de Cythère. L'Amour, dépourvu de ses attributs traditionnels, est accompagné des Ris et des Jeux. Il confond Iris avec une Grâce et tente de l'aborder, mais elle s'enfuit. Le narrateur intervient et défie l'Amour, qui appelle les Ris pour l'enchaîner. Cependant, ceux-ci se prosternent devant Iris, provoquant la colère de l'Amour. Ce dernier se rend chez Vénus pour réclamer vengeance. Vénus décide qu'Iris appartiendra à celui qui l'aime le plus. L'Amour, furieux, prépare ses flèches, mais le narrateur affirme que connaître Iris rend les traits de l'Amour moins dangereux que son regard.
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2
p. 10-11
AUTRE pièce sur le même sujet.
Début :
CROIRIEZ-vous que l'Amour, devenu plus traitable, [...]
Mots clefs :
Coeur, Amour, Iris
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE pièce sur le même sujet.
AUTRE pièce fur le même fujet .
СKROOIIRRIIEEZZ--VOUS que l'Amour , devenu plus
traitable ,
Me preffe de vous rendre à fes voeux favorable ?
Honteux de fa défaite , il vous fait demander ,
De daigner une fois au moins le regarder.
Pourquoi lui refufer cette faveur légère ?
On peut le contenter fans courir à Cythère.
Vous régnez dans fon coeur , il vous fuit en tous
lieux.
Iris , pour voir l'Amour , regardez dans vos yeux.
JUIN 1768 .
ENVO I.
Ne vous étonnez point fi , fous le nom d'Iris ,
J'ai chanté les attraits dont mon coeur est épris.
C'eſt le nom fortuné que porte la déeffe
Qui brille dans les airs quand la tempête ceffe.
Ce nom fut de tout temps fymbole de l'eſpoir ;
C'eft le feul fentiment qui foit en mon pouvoir.
Mon coeur ne s'eft encore ouvert qu'à l'efpérance :
Ah , quand s'ouvrira - t- il à la reconnoiffance !
Par M. T. D. M **
СKROOIIRRIIEEZZ--VOUS que l'Amour , devenu plus
traitable ,
Me preffe de vous rendre à fes voeux favorable ?
Honteux de fa défaite , il vous fait demander ,
De daigner une fois au moins le regarder.
Pourquoi lui refufer cette faveur légère ?
On peut le contenter fans courir à Cythère.
Vous régnez dans fon coeur , il vous fuit en tous
lieux.
Iris , pour voir l'Amour , regardez dans vos yeux.
JUIN 1768 .
ENVO I.
Ne vous étonnez point fi , fous le nom d'Iris ,
J'ai chanté les attraits dont mon coeur est épris.
C'eſt le nom fortuné que porte la déeffe
Qui brille dans les airs quand la tempête ceffe.
Ce nom fut de tout temps fymbole de l'eſpoir ;
C'eft le feul fentiment qui foit en mon pouvoir.
Mon coeur ne s'eft encore ouvert qu'à l'efpérance :
Ah , quand s'ouvrira - t- il à la reconnoiffance !
Par M. T. D. M **
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Résumé : AUTRE pièce sur le même sujet.
En juin 1768, M. T. D. M. écrit à Iris pour lui déclarer son amour. Il souhaite qu'elle voie cet amour dans ses yeux, sans visiter Cythère. L'amour le poursuit partout. Iris, symbole d'espoir, doit reconnaître ses sentiments.
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3
p. 11-14
LE PRINTEMPS. STANCES.
Début :
Le bruit des aquilons ne se fait plus entendre. [...]
Mots clefs :
Amour, Amant, Coeur, Printemps, Berger
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texteReconnaissance textuelle : LE PRINTEMPS. STANCES.
LE PRINTEMPS.
STANCES.
Le bruit des aquilons ne fe fait plus entendre.
L'air eft doux & ferein : tout renaît en ces lieux ;
Et & Flore en devient plus tendre ,
Zéphire en eft plus amoureux .
De l'aimable printemps nous goûtons tous les
charmes :
Nos coeurs & nos efprits reffentent fa douceur ;
Et l'Aurore verfe des larmes
Dont Céphale n'eft plus l'auteur.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Cette Nymphe déja , de larmes précieuſes ,
Enrichit nos vergers , nos parterres de fleurs :
Là , mille odeurs délicieuses ,
Donnent le prix à ſes faveurs.
Le papillon léger , comme l'amant volage ,
De belle en belle va raconter fon tourment.
La conftance eft un esclavage
"
Qui déplaît à plus d'un amant.
La nature aux mortels rend un fenfible hommage:
Phébus répand fes feux fur ce vaſte univers :
Tout nous retrace le bel âge ,
Et fur la terre & dans les airs.
Les arbres ont repris leur verdoyant feuillage 3.
Sous leur voûte l'on fent voler mille zépkirs :
Les amans vont fous leur ombrage
Former les plus tendres defirs ..
Les oifeaux amoureux , par le plus doux ramage,
De la belle faifon nous chantent les douceurs :
Et Philomèle , en fon langage ,
Fait le récit de fes malheurs.
Mais par des chants fi beaux nous fait - elle l'hiſtoire,
Du plus cruel amant , du plus barbare amour ?
Non elle chante la victoire
Que fa vengeance eut à fon tour.
JUIN 1768. 1.3.
La bergère déja vers la tendre prairie ,
Conduifant fon troupeau , précipite fes pas
Et la campagne refleurie ,
Ne fait qu'augmenter fes appas..
Sonberger qui la fuit , dans ſon tranſport extrême,
Lui prouve fon amour par fon trouble charmant
Et fans lui dire : je vous aime.
Elle le devine ailément.
Son coeur paroît fenfible au berger qu'elle enchante
;
Et fans amour encor il feint de s'enflammer'
C'eft toujours par-là qu'une amante
Voit fi fon berger fait aimer..
C'est dans le calme heureux de fon indifférence,
Qu'elle difpofe alors fon coeur pour fon berger..
L'amour éprouvé , la conftance ,
Font fuir la crainte & le danger..
Un coeur ne peut tenir contre un coeur qui l'adore.:
Après l'épreuve , il vient un précieux moment :
On l'aime , il aime plus encore
Pour payer fon retardement.
Heureux donc un berger tendre , prudent & fage. ,
Qui fait peindre le feu d'un véritable amour. !:
Sa bergère en reçoit l'hommage ,
Et lui peint le fien à fon tour,.
14
MERCURE
DE
FRANCE
.
Quand un amant eft fûr d'une pleine victoire ,
Són âme oublie alors fes foucis , fa langueur :
Il ne rappelle à la mémoire
Que le charme d'être vainqueur.
Par Mlle POULAIN , de Nogent -fur-Seine ,
auteur de l'Anecdote intéreffante de la fir
du règne de Louis XIV.
STANCES.
Le bruit des aquilons ne fe fait plus entendre.
L'air eft doux & ferein : tout renaît en ces lieux ;
Et & Flore en devient plus tendre ,
Zéphire en eft plus amoureux .
De l'aimable printemps nous goûtons tous les
charmes :
Nos coeurs & nos efprits reffentent fa douceur ;
Et l'Aurore verfe des larmes
Dont Céphale n'eft plus l'auteur.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Cette Nymphe déja , de larmes précieuſes ,
Enrichit nos vergers , nos parterres de fleurs :
Là , mille odeurs délicieuses ,
Donnent le prix à ſes faveurs.
Le papillon léger , comme l'amant volage ,
De belle en belle va raconter fon tourment.
La conftance eft un esclavage
"
Qui déplaît à plus d'un amant.
La nature aux mortels rend un fenfible hommage:
Phébus répand fes feux fur ce vaſte univers :
Tout nous retrace le bel âge ,
Et fur la terre & dans les airs.
Les arbres ont repris leur verdoyant feuillage 3.
Sous leur voûte l'on fent voler mille zépkirs :
Les amans vont fous leur ombrage
Former les plus tendres defirs ..
Les oifeaux amoureux , par le plus doux ramage,
De la belle faifon nous chantent les douceurs :
Et Philomèle , en fon langage ,
Fait le récit de fes malheurs.
Mais par des chants fi beaux nous fait - elle l'hiſtoire,
Du plus cruel amant , du plus barbare amour ?
Non elle chante la victoire
Que fa vengeance eut à fon tour.
JUIN 1768. 1.3.
La bergère déja vers la tendre prairie ,
Conduifant fon troupeau , précipite fes pas
Et la campagne refleurie ,
Ne fait qu'augmenter fes appas..
Sonberger qui la fuit , dans ſon tranſport extrême,
Lui prouve fon amour par fon trouble charmant
Et fans lui dire : je vous aime.
Elle le devine ailément.
Son coeur paroît fenfible au berger qu'elle enchante
;
Et fans amour encor il feint de s'enflammer'
C'eft toujours par-là qu'une amante
Voit fi fon berger fait aimer..
C'est dans le calme heureux de fon indifférence,
Qu'elle difpofe alors fon coeur pour fon berger..
L'amour éprouvé , la conftance ,
Font fuir la crainte & le danger..
Un coeur ne peut tenir contre un coeur qui l'adore.:
Après l'épreuve , il vient un précieux moment :
On l'aime , il aime plus encore
Pour payer fon retardement.
Heureux donc un berger tendre , prudent & fage. ,
Qui fait peindre le feu d'un véritable amour. !:
Sa bergère en reçoit l'hommage ,
Et lui peint le fien à fon tour,.
14
MERCURE
DE
FRANCE
.
Quand un amant eft fûr d'une pleine victoire ,
Són âme oublie alors fes foucis , fa langueur :
Il ne rappelle à la mémoire
Que le charme d'être vainqueur.
Par Mlle POULAIN , de Nogent -fur-Seine ,
auteur de l'Anecdote intéreffante de la fir
du règne de Louis XIV.
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Résumé : LE PRINTEMPS. STANCES.
Le texte célèbre la beauté et les charmes du printemps, une saison où la nature renaît et où l'air est doux et serein. Zéphire et Flore contribuent à cette atmosphère agréable, inspirant des sentiments tendres et amoureux. L'Aurore semble pleurer de joie, et la nature offre des parfums délicieux. Les papillons, symboles des amants volages, vont de fleur en fleur. La nature honore les mortels avec le retour du soleil et la verdure des arbres. Les amoureux se retrouvent sous les arbres pour exprimer leurs désirs, tandis que les oiseaux, dont Philomèle, chantent les douceurs de la saison et les malheurs passés. La bergère mène son troupeau dans les prairies fleuries, augmentant ainsi sa beauté. Le berger, amoureux, montre son affection sans déclarations explicites, et la bergère devine ses sentiments. Leur relation évolue vers une confiance mutuelle, où l'amour chasse la crainte et le danger. Le texte se conclut par la description d'un amour réciproque et victorieux, exprimé de manière subtile et harmonieuse.
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4
p. 14-16
LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
Début :
Il m'est impossible, Monsieur, de répondre à toutes vos questions touchant [...]
Mots clefs :
Irminsul, Divinité des Germains, Statue, Montagne, Saxons, Germains, Caveau
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
LETTRE fur la ftatue de l'Irmen - Sul
ancienne divinité des Germains.
Iz m'eft impoffible , Monſieur , de répondre
à toutes vos queftions touchant
la montagne fur laquelle l'Irmen- Sul à
reçu , pendant fi long-temps , les hommages
des Saxons . Voici les éclairciffemens
que j'ai pris par mes propres yeux ,
& ceux qu'un Bénédictin de Marsberg
même à bien voulu me communiquer...
Dans le Duché de Weftphalie , & près de
la petite ville de Statberg , eft une montagne
ifolée fur laquelle on trouve un bourg
qui n'a rien de remarquable , non plus
que le couvent des Bénédictins mitigés
qui en occupe la partie feptentrionale . Au
nord de l'églife conventuelle eſt une
pierre brute , ou peu s'en faut , qui , dit- on ,
JUIN 1768.
fervoit jadis de piédeftal à l'idole des
Saxons. Sa forme eft des plus triviales ,
& reffemble à une meule de moulin . Charlemagne
, qui fit dans ce pays de fréquentes
miffions , plaça fur cette bâfe informe la
ftatue de la Vierge tenant entre fes bras
l'Enfant Jéfus , auquel elle femble indiquer,
avec le doigt , le caveau où les Germains
facrifioient des victimes humaines.
Ce caveau qui me paroît , ainfi que la
ftatue de la Vierge , un ouvrage trèsmoderne
, quoi qu'en difent MM. les Religieux
) ne préfente ni hyérogliphe , ni
infcription , & n'eft par conféquent d'aucune
reffource pour un differtateur. Au
moyen de quoi tout fe réduit à dire que
la fameufe ftatue d'Herman , d'Irmen , ott
d'Irmen- Sul , n'eft plus dans l'endroit où
elle a reçu les adorations des Saxons ; que
Charlemagne , après de fanglantes guerres ,
eft venu à bout de la renverfer , mais non
pas de la détruire , puifqu'on la voit encore
à Hildesheim , & qu'elle repréfente , fuivant
la tradition , un guerrier qu'on fuppofe
être Arminius , vainqueur des Romains,
ou le dieu Mars adoré des Germains !
Cette dernière opinion tire fa vraisemblance
du nom de la montagne où étoit le temple
de cette divinité , qu'on appelle encore
Marsberg; c'est-à- dire , la montagne de
16 MERCURE DE FRANCE.
Mars. Quant au caveau , on doit convenir ,
quelque envie qu'on ait de differter , qu'il
n'y a aucun veftige de paganifme , & qu'au
contraire , tout nous y retrace la loi nouvelle
, puifque l'oeil y remarque avec plaifir
plufieurs tonneaux de vin , &c .
و
On trouve encore , fur le cimetière des
Moines , la ftatue de Roland que les
Bénédictins confervent avec foin , parce
qu'ils affurent qu'elle fuffit pour prouver
que leur couvent eft un fief immédiat de
l'Empire ; auffi prétendent - ils être fouverains
dans leur clôture , & ne reconnoître
d'autre jurifdiction que celle du Prince de
Corwei , leur Abbé.
Une infcription latine que l'on voit fur
une petite porte , dans la baffe- cour du
monastère , m'a frappé par fa fingularité.
La voici mot pour mot. In honorem beati
Donati , Epifcopi & Martiris , hoc equile
conftruxit R. R. D. de Wens , Prapofitus
Marsbergenfis , anno , & c. Bâtir une écurie
à l'honneur d'un faint me paroît une dévo
tion des plus fingulières.
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai lu ,
vu & entendu à Marsberg. Je fuis fâché
de n'avoir pas le talent de l'amplification
pour vous en faire accroire un peu , &
pour m'entretenir plus long- temps avec
vous. J'ai l'honneur d'être , & c.
ancienne divinité des Germains.
Iz m'eft impoffible , Monſieur , de répondre
à toutes vos queftions touchant
la montagne fur laquelle l'Irmen- Sul à
reçu , pendant fi long-temps , les hommages
des Saxons . Voici les éclairciffemens
que j'ai pris par mes propres yeux ,
& ceux qu'un Bénédictin de Marsberg
même à bien voulu me communiquer...
Dans le Duché de Weftphalie , & près de
la petite ville de Statberg , eft une montagne
ifolée fur laquelle on trouve un bourg
qui n'a rien de remarquable , non plus
que le couvent des Bénédictins mitigés
qui en occupe la partie feptentrionale . Au
nord de l'églife conventuelle eſt une
pierre brute , ou peu s'en faut , qui , dit- on ,
JUIN 1768.
fervoit jadis de piédeftal à l'idole des
Saxons. Sa forme eft des plus triviales ,
& reffemble à une meule de moulin . Charlemagne
, qui fit dans ce pays de fréquentes
miffions , plaça fur cette bâfe informe la
ftatue de la Vierge tenant entre fes bras
l'Enfant Jéfus , auquel elle femble indiquer,
avec le doigt , le caveau où les Germains
facrifioient des victimes humaines.
Ce caveau qui me paroît , ainfi que la
ftatue de la Vierge , un ouvrage trèsmoderne
, quoi qu'en difent MM. les Religieux
) ne préfente ni hyérogliphe , ni
infcription , & n'eft par conféquent d'aucune
reffource pour un differtateur. Au
moyen de quoi tout fe réduit à dire que
la fameufe ftatue d'Herman , d'Irmen , ott
d'Irmen- Sul , n'eft plus dans l'endroit où
elle a reçu les adorations des Saxons ; que
Charlemagne , après de fanglantes guerres ,
eft venu à bout de la renverfer , mais non
pas de la détruire , puifqu'on la voit encore
à Hildesheim , & qu'elle repréfente , fuivant
la tradition , un guerrier qu'on fuppofe
être Arminius , vainqueur des Romains,
ou le dieu Mars adoré des Germains !
Cette dernière opinion tire fa vraisemblance
du nom de la montagne où étoit le temple
de cette divinité , qu'on appelle encore
Marsberg; c'est-à- dire , la montagne de
16 MERCURE DE FRANCE.
Mars. Quant au caveau , on doit convenir ,
quelque envie qu'on ait de differter , qu'il
n'y a aucun veftige de paganifme , & qu'au
contraire , tout nous y retrace la loi nouvelle
, puifque l'oeil y remarque avec plaifir
plufieurs tonneaux de vin , &c .
و
On trouve encore , fur le cimetière des
Moines , la ftatue de Roland que les
Bénédictins confervent avec foin , parce
qu'ils affurent qu'elle fuffit pour prouver
que leur couvent eft un fief immédiat de
l'Empire ; auffi prétendent - ils être fouverains
dans leur clôture , & ne reconnoître
d'autre jurifdiction que celle du Prince de
Corwei , leur Abbé.
Une infcription latine que l'on voit fur
une petite porte , dans la baffe- cour du
monastère , m'a frappé par fa fingularité.
La voici mot pour mot. In honorem beati
Donati , Epifcopi & Martiris , hoc equile
conftruxit R. R. D. de Wens , Prapofitus
Marsbergenfis , anno , & c. Bâtir une écurie
à l'honneur d'un faint me paroît une dévo
tion des plus fingulières.
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai lu ,
vu & entendu à Marsberg. Je fuis fâché
de n'avoir pas le talent de l'amplification
pour vous en faire accroire un peu , &
pour m'entretenir plus long- temps avec
vous. J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
La lettre évoque la statue de l'Irmin-Sul, ancienne divinité germaine, située dans le Duché de Westphalie près de Stadtberg. Sur une montagne isolée abritant un bourg et un couvent bénédictin, une pierre brute servait autrefois de socle à une idole saxonne. Charlemagne y a placé une statue de la Vierge avec l'Enfant Jésus, marquant un caveau où les Germains pratiquaient des sacrifices humains. Ce caveau et la statue actuelle ne portent ni hiéroglyphe ni inscription. La statue originale d'Herman, ou Irmin-Sul, se trouve désormais à Hildesheim et représente probablement Arminius ou le dieu Mars. La montagne, nommée Marsberg, renforce cette association avec Mars. Le caveau ne montre aucun vestige païen, mais contient des tonneaux de vin. Le cimetière des moines abrite une statue de Roland, utilisée par les Bénédictins pour affirmer leur souveraineté sous la juridiction du Prince de Corwei. Une inscription latine mentionne la construction d'une écurie en l'honneur de saint Donat, détail que l'auteur juge singulier.
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5
p. 17
STANCES à Mlle A***, qui demandoit à l'Auteur la liste de ses desirs.
Début :
DANS les amis sincérité, [...]
Mots clefs :
Désirs
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texteReconnaissance textuelle : STANCES à Mlle A***, qui demandoit à l'Auteur la liste de ses desirs.
STANCES à Mlle A *** , qui demandoit
à l'Auteur la lifte de fes defirs.
DAANS les amis fincérité ,
Quelques grains de philofophie ,
Quelquefois de l'étourderie
Pour mieux varier la gaîté.
Agréable fociété ,
Dont l'indulgence fans baffeffe
Me pardonne quelque foibleffe ,
Vu celles de l'humanité.
Compagne en qui l'efprit s'allie
'Aux charmes de la volupté :
Un peu de bien , force fanté ,
Par fois une tendre folie.
Tu pardonneras , ma Sophie
A l'excès de certains defirs ,
En faveur de tous les plaifirs
Dont je veux amufer la vie.
COSTARDA
à l'Auteur la lifte de fes defirs.
DAANS les amis fincérité ,
Quelques grains de philofophie ,
Quelquefois de l'étourderie
Pour mieux varier la gaîté.
Agréable fociété ,
Dont l'indulgence fans baffeffe
Me pardonne quelque foibleffe ,
Vu celles de l'humanité.
Compagne en qui l'efprit s'allie
'Aux charmes de la volupté :
Un peu de bien , force fanté ,
Par fois une tendre folie.
Tu pardonneras , ma Sophie
A l'excès de certains defirs ,
En faveur de tous les plaifirs
Dont je veux amufer la vie.
COSTARDA
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Résumé : STANCES à Mlle A***, qui demandoit à l'Auteur la liste de ses desirs.
L'auteur adresse une dédicace poétique à Mlle ***, exprimant son désir de lui offrir des moments de divertissement et de plaisir, mêlés de philosophie et d'étourderie. Il sollicite son indulgence face à ses faiblesses et la décrit comme une compagne idéale alliant esprit et charme. Il promet du bien-être, de la santé et parfois des folies tendres, demandant de pardonner l'excès de certains désirs motivés par le souhait de remplir la vie de plaisirs.
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6
p. 18-19
PIRRHA, A BABET. Fable, de feu M. DE SENANT*.
Début :
LORSQUE le déluge écoulé [...]
Mots clefs :
Coeur, Pyrrha
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PIRRHA, A BABET. Fable, de feu M. DE SENANT*.
PIRRHA, A BABE T.
Fable , de feu M. DE SENANT * .
LORSQUE le déluge écoulé
Laiffa de l'un à l'autre pôle
Ce trifte univers déſolé ;
Pirrha , par- deffus fon épaule ,
Pour réparer le genre humain ,
Jettoit , d'une treinblante main ,
Tous les cailloux qui d'aventure
Se réncontroient dans fon chemin
Et femmes de naître foudain.
Mais , en conſervant la nature
De ces pierres dont s'engendra
Leur coeur , leur tête , & catera ,
L'une étoit blanche , l'autre obfcure ,
L'une tendre , l'autre plus dure ,
A chaque femme il eft refté
Quelque chofe de la figure , /
De la couleur & qualité
De ce qu'elle a jadis été.
L'une a la blancheur de l'albâtre ,
L'autre eft brune , noire , ou mulâtre.
* Mort il y a environ vingt ans , auteur de l'Ode anacréontique
à Mlle Gauffin , & d'autres jolies pièces de vers
inférées dans le Mercure de décembre 1757 , ainsi que du
portrait de Mlle Clairon dans notre précédent volume.
JUIN 1768 . 19
Si l'une eft facile à toucher ,
Une autre a le coeur de rocher.
Dis-moi donc quel caillou fit naître
Les ayeux dont tu reçus l'être ,
Objet farouche , mais charmant ?
Ah ! fans doute ce ne put être
Que le plus parfait diamant.
Il étoit de l'eau la plus belle :
Babet , ton extrême beauté ,
En a l'éclat pourquoi , cruelle ,
Faut-il que ton âme rebelle
En ait auffi la dureté ?
Fable , de feu M. DE SENANT * .
LORSQUE le déluge écoulé
Laiffa de l'un à l'autre pôle
Ce trifte univers déſolé ;
Pirrha , par- deffus fon épaule ,
Pour réparer le genre humain ,
Jettoit , d'une treinblante main ,
Tous les cailloux qui d'aventure
Se réncontroient dans fon chemin
Et femmes de naître foudain.
Mais , en conſervant la nature
De ces pierres dont s'engendra
Leur coeur , leur tête , & catera ,
L'une étoit blanche , l'autre obfcure ,
L'une tendre , l'autre plus dure ,
A chaque femme il eft refté
Quelque chofe de la figure , /
De la couleur & qualité
De ce qu'elle a jadis été.
L'une a la blancheur de l'albâtre ,
L'autre eft brune , noire , ou mulâtre.
* Mort il y a environ vingt ans , auteur de l'Ode anacréontique
à Mlle Gauffin , & d'autres jolies pièces de vers
inférées dans le Mercure de décembre 1757 , ainsi que du
portrait de Mlle Clairon dans notre précédent volume.
JUIN 1768 . 19
Si l'une eft facile à toucher ,
Une autre a le coeur de rocher.
Dis-moi donc quel caillou fit naître
Les ayeux dont tu reçus l'être ,
Objet farouche , mais charmant ?
Ah ! fans doute ce ne put être
Que le plus parfait diamant.
Il étoit de l'eau la plus belle :
Babet , ton extrême beauté ,
En a l'éclat pourquoi , cruelle ,
Faut-il que ton âme rebelle
En ait auffi la dureté ?
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Résumé : PIRRHA, A BABET. Fable, de feu M. DE SENANT*.
La fable 'Pirrhâ' relate la tentative de repeuplement de la Terre après un déluge par Pirrhâ, qui transforme des cailloux en femmes. Chaque pierre, selon ses caractéristiques, donne naissance à une femme spécifique : blancheur, couleur, dureté ou tendresse. Les femmes conservent des traits reflétant la pierre originelle. La fable se conclut par une réflexion sur la dureté et la beauté, illustrée par une comparaison avec Babet, dont la beauté est comparable à un diamant, mais dont l'âme est aussi dure que cette pierre. L'auteur, M. De Senant, est décédé environ vingt ans avant la publication de la fable. Il a écrit plusieurs œuvres, incluant une ode et un portrait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 19-22
LE LION RECONNOISSANT. A la même.
Début :
QUOI ! vous aimez les vers, & je n'en saurois faire ? [...]
Mots clefs :
Lion, Amour, Vers, Leçons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE LION RECONNOISSANT. A la même.
LE LION RECONNOISSANT.
QUOI
A la même.
UOI ! vous aimez les vers , & je n'en faurois
faire ?
Que ne ferois- je pas dans l'eſpoir de vous plaire ?
L'amour eft un enfant , mais , charmante Babet ,
Croyez qu'il n'en est pas encore à l'alphabet
Et que vous ne fauriez connoître ,
En profe comme en vers , un plus habile maître,
Prenez de fes leçons . Ciel ! avec quelle ardeur
Cet admirable précepteur
Enfeigneroit telle écolière !
Yous lui feriez allûrément
De fes élèves la plus chère.
MERCURE DE FRANCE.
Pour moi qui ne puis , en aimant ,
Trouver le moyen de vous plaire ,
Plaife au Ciel que je fois plus heureux en rimant!
Mais , ce que n'a pas fait l'amant
Le poëte le peut - il faire ?
Je n'en crois rien ; je fais aimer
Beaucoup mieux , hélas ! que rimer.
Sur un tendre gaſon , au bord d'une onde claire ,
Sous l'ombrage épais d'un ormeau ,
J'avois deffein d'abord , enfant le chalumeau ,
D'introduire en mes vers , aux pieds de ſa bergère,
Un berger qui , d'un air timide & languillant ,
Eût hafardé l'aveu de fa flamme fincère :
La belle eût écouté d'un air compatiſſant ,
Puis de quelque faveur légère ,
De quelque mot flatteur , foulagé le tourment
De fon tendre & fidèle amant .
J'euffe été ce berger timide & téméraire.
Que mon perſonnage eût été ,
De ma part , bien exécuté !
'Auriez - vous avoué le rôle de bergère ?
La pitié dans votre âme eût-elle enfin paſſe
Oui, de cette pitié dédaigneufe & févère ,
Plus cruelle que la colère ,
J'aurois de mon travail été récompenfé.
Cherchons donc quelqu'autre matière
Plus conforme à votre humeur fière.
Ecoutez un barbare , un lion , dépouillant
Le féroce tempérament
JUIN 1768. 21
Qu'ils ont reçu de leur naiffance ,
Vous donner de tendres leçons
De pitié , de reconnoiffance ,
Leçons dont vous avez grand befoin. Commençons.
Dans les déferts de la Lybie ,
Un arc entre les mains , fur l'épaule un carquois
Un Maure , en s'expofant à la mort mille fois
Tâchoit d'entretenir ſa miſérable vie .
Aux plus féroces animaux
Il faifoit fans ceffe la guerre .
En ce pays brûlant , dont jamais les ruiffeau
N'ont abreuvé la foif, ni décoré la terre
De gafons verdoyans , où les arbres jamais
Ne donnèrent ombre ni frais ;
En ce pays on ne voit guère
Ni le timide cerf , ni la biche légère ;
Les tigres , les lions , la rage & la fureur
Habitent feuls ces lieux où domine l'horreur.
Un jour qu'il exerçoit fon métier déplorable ;
Il apperçoit , en frémiſſant ,
Un lion , mais le plus puiſſant
Qu'eût vu naître Barca dans les plaines de fable
Sa peur ne dura qu'un moment.
Aucun regard affreux , aucun rugiſſement
Du fuperbe animal n'annonçoit la colère ;
Il ne le voyoit point hériffer fa crinière
22 MERCURE DE FRANCE.
Ni des coups de fa queue animer ſa fureur :
Un feu fombre brilloit fous fa trifte paupière ;
Ses longs gémiffemens , garans de fa douleur ,
Excitoient la pitié plutôt que la terreur ;
L'air morne , fuppliant , & la tête baiffée ,
Il traînoit avec peine une patte bleſſée .
Le Maure en eut pitié ; non fans quelque frayeur
Il approche , & du pied lui tire avec adreſſe
L'épine qui caufoit cette vive douleur.
Le lion cependant lèche fon bienfaiteur :
Avec fa queue il le careſſe ,
Il le fuit , & par- tour accompagnant fes pas ,
Il le fuivit jufqu'au trépas.
Des animaux le plus farouche ,
C'eſt fans doute celui qu'aucun bienfait ne touche.
Tout le monde en convient ; mais cependant ,
hélas !
Voit -on pour cela moins d'ingrats ?
Babet , dont on connoît l'ingratitude extrême ;
Qui n'a jamais payé , que par un ris mocqueur ,
L'amour , l'ardent amour qui dévore mon coeur ,
Babet en conyient elle-même,
QUOI
A la même.
UOI ! vous aimez les vers , & je n'en faurois
faire ?
Que ne ferois- je pas dans l'eſpoir de vous plaire ?
L'amour eft un enfant , mais , charmante Babet ,
Croyez qu'il n'en est pas encore à l'alphabet
Et que vous ne fauriez connoître ,
En profe comme en vers , un plus habile maître,
Prenez de fes leçons . Ciel ! avec quelle ardeur
Cet admirable précepteur
Enfeigneroit telle écolière !
Yous lui feriez allûrément
De fes élèves la plus chère.
MERCURE DE FRANCE.
Pour moi qui ne puis , en aimant ,
Trouver le moyen de vous plaire ,
Plaife au Ciel que je fois plus heureux en rimant!
Mais , ce que n'a pas fait l'amant
Le poëte le peut - il faire ?
Je n'en crois rien ; je fais aimer
Beaucoup mieux , hélas ! que rimer.
Sur un tendre gaſon , au bord d'une onde claire ,
Sous l'ombrage épais d'un ormeau ,
J'avois deffein d'abord , enfant le chalumeau ,
D'introduire en mes vers , aux pieds de ſa bergère,
Un berger qui , d'un air timide & languillant ,
Eût hafardé l'aveu de fa flamme fincère :
La belle eût écouté d'un air compatiſſant ,
Puis de quelque faveur légère ,
De quelque mot flatteur , foulagé le tourment
De fon tendre & fidèle amant .
J'euffe été ce berger timide & téméraire.
Que mon perſonnage eût été ,
De ma part , bien exécuté !
'Auriez - vous avoué le rôle de bergère ?
La pitié dans votre âme eût-elle enfin paſſe
Oui, de cette pitié dédaigneufe & févère ,
Plus cruelle que la colère ,
J'aurois de mon travail été récompenfé.
Cherchons donc quelqu'autre matière
Plus conforme à votre humeur fière.
Ecoutez un barbare , un lion , dépouillant
Le féroce tempérament
JUIN 1768. 21
Qu'ils ont reçu de leur naiffance ,
Vous donner de tendres leçons
De pitié , de reconnoiffance ,
Leçons dont vous avez grand befoin. Commençons.
Dans les déferts de la Lybie ,
Un arc entre les mains , fur l'épaule un carquois
Un Maure , en s'expofant à la mort mille fois
Tâchoit d'entretenir ſa miſérable vie .
Aux plus féroces animaux
Il faifoit fans ceffe la guerre .
En ce pays brûlant , dont jamais les ruiffeau
N'ont abreuvé la foif, ni décoré la terre
De gafons verdoyans , où les arbres jamais
Ne donnèrent ombre ni frais ;
En ce pays on ne voit guère
Ni le timide cerf , ni la biche légère ;
Les tigres , les lions , la rage & la fureur
Habitent feuls ces lieux où domine l'horreur.
Un jour qu'il exerçoit fon métier déplorable ;
Il apperçoit , en frémiſſant ,
Un lion , mais le plus puiſſant
Qu'eût vu naître Barca dans les plaines de fable
Sa peur ne dura qu'un moment.
Aucun regard affreux , aucun rugiſſement
Du fuperbe animal n'annonçoit la colère ;
Il ne le voyoit point hériffer fa crinière
22 MERCURE DE FRANCE.
Ni des coups de fa queue animer ſa fureur :
Un feu fombre brilloit fous fa trifte paupière ;
Ses longs gémiffemens , garans de fa douleur ,
Excitoient la pitié plutôt que la terreur ;
L'air morne , fuppliant , & la tête baiffée ,
Il traînoit avec peine une patte bleſſée .
Le Maure en eut pitié ; non fans quelque frayeur
Il approche , & du pied lui tire avec adreſſe
L'épine qui caufoit cette vive douleur.
Le lion cependant lèche fon bienfaiteur :
Avec fa queue il le careſſe ,
Il le fuit , & par- tour accompagnant fes pas ,
Il le fuivit jufqu'au trépas.
Des animaux le plus farouche ,
C'eſt fans doute celui qu'aucun bienfait ne touche.
Tout le monde en convient ; mais cependant ,
hélas !
Voit -on pour cela moins d'ingrats ?
Babet , dont on connoît l'ingratitude extrême ;
Qui n'a jamais payé , que par un ris mocqueur ,
L'amour , l'ardent amour qui dévore mon coeur ,
Babet en conyient elle-même,
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Résumé : LE LION RECONNOISSANT. A la même.
Le texte 'Le Lion reconnaissant' est une lettre poétique adressée à Babet. L'auteur y exprime son amour et son désir de plaire à Babet, tout en reconnaissant ses limites en poésie. Il imagine un scénario pastoral où il aurait aimé déclarer son amour timidement et être réconforté par elle. Cependant, il choisit de narrer une autre histoire pour mieux correspondre à l'humeur de Babet. L'histoire se déroule dans les déserts de Libye. Un Maure, chassant pour survivre, rencontre un lion blessé. Ému par la douleur et les supplications de l'animal, il retire une épine de sa patte. En signe de gratitude, le lion lèche et caresse le Maure, le suivant jusqu'à sa mort. Cette anecdote illustre la reconnaissance et la pitié, des qualités que l'auteur souhaite voir chez Babet, qu'il accuse d'ingratitude.
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8
p. 23-24
LE LYS ET LA VIOLETTE. FABLE sur une grande Blonde, qui méprisoit une petite Brune.
Début :
DANS un parterre où mille fleurs [...]
Mots clefs :
Lys, Violette, Blonde, Brune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE LYS ET LA VIOLETTE. FABLE sur une grande Blonde, qui méprisoit une petite Brune.
LE LYS ET LA VIOLETTE,
FABLE fur une grande Blonde , qui mépri
foit une petite Brune.
#
D ANS un parterre où mille fleurs
Brilloient des plus vives couleurs ,
Elevant ſa tête arrogante ,
Fier de fa blancheur éclatante ,
Et de fon port majestueux ,
Un lys , d'un air présomptueux ,
Infultoit à la violette ,
Couchée humblement fur l'herbette ,
A l'ombre d'un mirthe amoureux,
Tu fais bien , petite Brunette ,
De te cacher dans ce féjour
Où Flore même tient fa cour :
Pour être digne de paroître
Devant elle dans ce jardin ,
Apprends comment il faudroit être ,
En voyant ma taille & mon tein,
Je fais bien que je fuis brunette
Répond la fimple violette ,
24 MERCURE DE FRANCE.
Cependant on ne laiffe pas
De me trouver quelques appas.
La preuve que je fuis jolie ,
C'eft que je fuis fouvent cueillie :
Tandis que vous , fuperbe fleur ,
Malgré cette extrême blancheur ,
Dont vous me paroiffez fi vaine ,
On vous laiffe monter en graine.
Ne méprifez point ma couleur ,
Vous êtes blonde , je fuis brune ;
Sans faire de comparaifons ,
Je me conferve trois faifons ,
A peine vous en durez une.
On prife fort peu votre odeur ;
J'exhale un parfum agréable.
En quoi m'êtes -vous préférable ?
Vous me furpaſſez en grandeur ,
Mais je vous porte peu d'envie :
Eft - ce à la taille , je vous prie ,
Qu'on doit eftimer une fleur ?
FABLE fur une grande Blonde , qui mépri
foit une petite Brune.
#
D ANS un parterre où mille fleurs
Brilloient des plus vives couleurs ,
Elevant ſa tête arrogante ,
Fier de fa blancheur éclatante ,
Et de fon port majestueux ,
Un lys , d'un air présomptueux ,
Infultoit à la violette ,
Couchée humblement fur l'herbette ,
A l'ombre d'un mirthe amoureux,
Tu fais bien , petite Brunette ,
De te cacher dans ce féjour
Où Flore même tient fa cour :
Pour être digne de paroître
Devant elle dans ce jardin ,
Apprends comment il faudroit être ,
En voyant ma taille & mon tein,
Je fais bien que je fuis brunette
Répond la fimple violette ,
24 MERCURE DE FRANCE.
Cependant on ne laiffe pas
De me trouver quelques appas.
La preuve que je fuis jolie ,
C'eft que je fuis fouvent cueillie :
Tandis que vous , fuperbe fleur ,
Malgré cette extrême blancheur ,
Dont vous me paroiffez fi vaine ,
On vous laiffe monter en graine.
Ne méprifez point ma couleur ,
Vous êtes blonde , je fuis brune ;
Sans faire de comparaifons ,
Je me conferve trois faifons ,
A peine vous en durez une.
On prife fort peu votre odeur ;
J'exhale un parfum agréable.
En quoi m'êtes -vous préférable ?
Vous me furpaſſez en grandeur ,
Mais je vous porte peu d'envie :
Eft - ce à la taille , je vous prie ,
Qu'on doit eftimer une fleur ?
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Résumé : LE LYS ET LA VIOLETTE. FABLE sur une grande Blonde, qui méprisoit une petite Brune.
Dans une fable, un lys blanc, fier de sa beauté et de sa majesté, méprise une petite violette brune cachée à l'ombre d'un myrte. La violette rétorque qu'elle est souvent cueillie, contrairement au lys laissé à se faner. Elle ajoute que son parfum est apprécié, tandis que celui du lys ne l'est pas. La violette conclut que la valeur d'une fleur ne dépend pas seulement de sa taille ou de sa couleur, mais aussi de ses autres qualités.
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9
p. 25-27
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur l'abus du mot coeur.
Début :
Je suis choqué tous les jours, Monsieur, de l'abus que j'entends faire du mot coeur. [...]
Mots clefs :
Coeur, Poumons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur l'abus du mot coeur.
LETTRE à M. DE LA PLACE , fur l'abus
du not coeur.
JE fuis choqué tous les jours , Monfieur ,
de l'abus que j'entends faire du mot coeur.
Je ne lis aucune pièce galante fans l'y
trouver répété fouvent jufqu'au dégoût.
Outre que cette expreffion eft devenue
d'une fadeur infupportable , je fuis perfuadé
que fi les femmes favoient que le
coeur eft une partie mufculeufe de l'animal
fituée au milieu du thorax , qui a deux
grandes vilaines cavités qui fe nomment
ventricules , par où le fang paffe & repaſſe
continuellement , il n'en eft aucune qui
daignât accepter un pareil préfent. Je
préfume que les gens amoureux qui les
premiers ont fenti leur coeur palpiter.
plus vivement à la préfence de l'objet
aimé , n'auront pas manqué d'imaginer.
qu'il étoit le fiége de l'amour , qu'ils
auront cru ne pouvoir rien offrir de plus.
précieux ni de plus agréable que leur coeur ,
fans fonger qu'il y a de la folie à faire une
offre qui les mettroit dans un bel embarras
fi , comme cette belle Hollandoife dont
on fait l'hiftoire , leurs maîtreffes les pre-
B
26
MERCURE
DE FRANCE
.
noient au mot fur le champ. Mais je fuis
furpris qu'ils n'aient pas également fongé
à mettre les poumons en jeu . En effet , le
poumon n'a pas dû préfenter une image
plus défagréable que le coeur , & lorfque
nous éprouvons quelque grande fenfation
de peine ou de plaifir , le poumon fe refferre
ou fe dilate , la refpiration eſt plus
ou moins fufpendue , plus ou moins précipitée
tous ces fymptômes , dis - je , l'amour
nous les fait éprouver avec plus de
violence que toutes les autres paflions ; &
cependant, ingrats que nous fommes , nous
avons fignalé notre reconnoiffance
pour le
coeur, en leplaçant dans nos emblèmes, dans
nos écrits , dans nos difcours , & nous n'avons
rien fait pour ces pauvres poumons ! II
me femble pourtant que fi nous avions depuis
quelque temps fubftitué le
au coeur dans nos déclarations , nos petits
vers , nos jolis romans , &c . cette idée ne
paroîtroit
aufli folle aujourd'hui que
bien des perfonnes pourront la trouver :
deux coeurs ou deux poumons percés d'une
flêche , ou unis par des liens de fleurs ,
ne me paroillent ni plus extraordinaires
ni moins fignificatifs l'un que l'autre on
peut enchaîner deux poumons ; on peut
oucher , attendrir un poumon comme un
coeur , avoir les poumons tendres & fenfi
pas
poumon
JUIN 1768 .
27
bles , ou durs & barbares , ainſi que le
coeur des poumons nobles , vils , délicats ,
qui cédent fans effort , qui refufent de fe
rendre , & c. n'ont rien de
particulier que
leur nouveauté , & c'eft cette même nouveauté
qui doit faire leur fortune. S'ils
font accueillis
favorablement , j'aurai enrichi
notre langue d'une infinité d'expreffions
neuves qui tiennent à celle- là , &
j'en aurai fupprimé une qui eft devenue
faftidienfe à force d'être répétée .
J'ai l'honneur , &c.
BAR.
Avocat au
Parlemène.
du not coeur.
JE fuis choqué tous les jours , Monfieur ,
de l'abus que j'entends faire du mot coeur.
Je ne lis aucune pièce galante fans l'y
trouver répété fouvent jufqu'au dégoût.
Outre que cette expreffion eft devenue
d'une fadeur infupportable , je fuis perfuadé
que fi les femmes favoient que le
coeur eft une partie mufculeufe de l'animal
fituée au milieu du thorax , qui a deux
grandes vilaines cavités qui fe nomment
ventricules , par où le fang paffe & repaſſe
continuellement , il n'en eft aucune qui
daignât accepter un pareil préfent. Je
préfume que les gens amoureux qui les
premiers ont fenti leur coeur palpiter.
plus vivement à la préfence de l'objet
aimé , n'auront pas manqué d'imaginer.
qu'il étoit le fiége de l'amour , qu'ils
auront cru ne pouvoir rien offrir de plus.
précieux ni de plus agréable que leur coeur ,
fans fonger qu'il y a de la folie à faire une
offre qui les mettroit dans un bel embarras
fi , comme cette belle Hollandoife dont
on fait l'hiftoire , leurs maîtreffes les pre-
B
26
MERCURE
DE FRANCE
.
noient au mot fur le champ. Mais je fuis
furpris qu'ils n'aient pas également fongé
à mettre les poumons en jeu . En effet , le
poumon n'a pas dû préfenter une image
plus défagréable que le coeur , & lorfque
nous éprouvons quelque grande fenfation
de peine ou de plaifir , le poumon fe refferre
ou fe dilate , la refpiration eſt plus
ou moins fufpendue , plus ou moins précipitée
tous ces fymptômes , dis - je , l'amour
nous les fait éprouver avec plus de
violence que toutes les autres paflions ; &
cependant, ingrats que nous fommes , nous
avons fignalé notre reconnoiffance
pour le
coeur, en leplaçant dans nos emblèmes, dans
nos écrits , dans nos difcours , & nous n'avons
rien fait pour ces pauvres poumons ! II
me femble pourtant que fi nous avions depuis
quelque temps fubftitué le
au coeur dans nos déclarations , nos petits
vers , nos jolis romans , &c . cette idée ne
paroîtroit
aufli folle aujourd'hui que
bien des perfonnes pourront la trouver :
deux coeurs ou deux poumons percés d'une
flêche , ou unis par des liens de fleurs ,
ne me paroillent ni plus extraordinaires
ni moins fignificatifs l'un que l'autre on
peut enchaîner deux poumons ; on peut
oucher , attendrir un poumon comme un
coeur , avoir les poumons tendres & fenfi
pas
poumon
JUIN 1768 .
27
bles , ou durs & barbares , ainſi que le
coeur des poumons nobles , vils , délicats ,
qui cédent fans effort , qui refufent de fe
rendre , & c. n'ont rien de
particulier que
leur nouveauté , & c'eft cette même nouveauté
qui doit faire leur fortune. S'ils
font accueillis
favorablement , j'aurai enrichi
notre langue d'une infinité d'expreffions
neuves qui tiennent à celle- là , &
j'en aurai fupprimé une qui eft devenue
faftidienfe à force d'être répétée .
J'ai l'honneur , &c.
BAR.
Avocat au
Parlemène.
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur l'abus du mot coeur.
Dans une lettre à M. de La Place, l'auteur critique l'usage excessif du mot 'cœur' dans les œuvres galantes, le jugeant fade et insupportable. Il estime que les femmes rejetteraient ce symbole si elles connaissaient mieux l'anatomie du cœur. Les amoureux ont associé cet organe à l'amour en ressentant ses palpitations en présence de l'être aimé, sans considérer les aspects pratiques de cette métaphore. L'auteur s'étonne que les poumons, également sensibles aux émotions, n'aient pas été choisis comme symbole. Il propose de remplacer le cœur par les poumons dans les déclarations amoureuses, les poèmes et les romans, espérant ainsi renouveler la langue et éliminer une expression usée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 27-28
RÉPONSE à la lettre insérée dans le Mercure du mois d'avril 1768, page 16. « Savoir si les malheurs d'autrui sont » un motif de consolation pour les » malheureux » ?
Début :
Il y a long-temps que l'on a fait la réponse ci-jointe à la présente question [...]
Mots clefs :
Malheureux, Malheur, Consolation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la lettre insérée dans le Mercure du mois d'avril 1768, page 16. « Savoir si les malheurs d'autrui sont » un motif de consolation pour les » malheureux » ?
RÉPONSE à la lettre inférée dans le Mercure
du mois d'avril 1768 , page 16,
« Savoir fi les
malheurs d'autrui font
» un motif de
confolation pour les
»
malheureux » ?
Il y a long - temps que l'on a fait la
réponſe ci-jointe à la préfente queſtion
que l'on demande , & qui a paffé en proverbe
: « la
confolation des
malheureux eft
Bij
MERCURE DE FRANCE.
» d'avoir des femblables ». Il femble que
les malheurs d'autrui adouciffent les nôtres
lorfqu'on les enviſage avec les fentimens
de la religion chrétienne , & que l'on peut
apporter quelque fecours aux malheureux ,
foit par fes confeils , ou par fes largeffes.
La fituation des malheureux nous touche ,
& nous fommes heureux dans nos malheurs
en penfant que nous pouvons les
adoucir , ce qui eft pour nous une grande
confolation. Les malheureux peuvent fe
confoler enſemble par les rapports que
leurs âmes ont entre elles. L'on croit qu'il
eft inutile d'en dire davantage à ce fujet ,
parce que l'on ne feroit que répéter ce
qui a déja été dit.
D. D. N. abonné au Mercure.
du mois d'avril 1768 , page 16,
« Savoir fi les
malheurs d'autrui font
» un motif de
confolation pour les
»
malheureux » ?
Il y a long - temps que l'on a fait la
réponſe ci-jointe à la préfente queſtion
que l'on demande , & qui a paffé en proverbe
: « la
confolation des
malheureux eft
Bij
MERCURE DE FRANCE.
» d'avoir des femblables ». Il femble que
les malheurs d'autrui adouciffent les nôtres
lorfqu'on les enviſage avec les fentimens
de la religion chrétienne , & que l'on peut
apporter quelque fecours aux malheureux ,
foit par fes confeils , ou par fes largeffes.
La fituation des malheureux nous touche ,
& nous fommes heureux dans nos malheurs
en penfant que nous pouvons les
adoucir , ce qui eft pour nous une grande
confolation. Les malheureux peuvent fe
confoler enſemble par les rapports que
leurs âmes ont entre elles. L'on croit qu'il
eft inutile d'en dire davantage à ce fujet ,
parce que l'on ne feroit que répéter ce
qui a déja été dit.
D. D. N. abonné au Mercure.
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Résumé : RÉPONSE à la lettre insérée dans le Mercure du mois d'avril 1768, page 16. « Savoir si les malheurs d'autrui sont » un motif de consolation pour les » malheureux » ?
Dans une réponse publiée dans le *Mercure* d'avril 1768, on aborde la question de savoir si les malheurs d'autrui peuvent apporter une consolation aux malheureux. La réponse, désormais proverbiale, est que 'la consolation des malheureux est d'avoir des semblables'. Les malheurs des autres peuvent effectivement adoucir les nôtres lorsqu'ils sont considérés avec des sentiments chrétiens et que l'on apporte une aide, que ce soit par des conseils ou des largesses. La vue des souffrances des malheureux nous émeut et nous console à l'idée que nous pouvons atténuer leurs maux. De plus, les malheureux trouvent une consolation mutuelle grâce aux affinités entre leurs âmes. Le texte conclut en estimant qu'il est superflu d'ajouter quoi que ce soit, car tout a déjà été dit sur le sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 29-32
AUTRE réponse à la même lettre.
Début :
J'IGNORE, Monsieur, ce que l'esprit décidera sur la question proposée, page [...]
Mots clefs :
Malheur, Malheureux, Tendresse, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE réponse à la même lettre.
AUTRE réponse à la même lettre.
J'IGNORE , Monfieur , ce que l'efprit
décidera fur la question propofée , page
17 du Mercure de ce mois : files malheurs
d'autrui font un motif de confolation pour
les malheureux ? mais je puis vous affurer
que cette queſtion n'en eft pas une pour
mon coeur.
Quelques faits vrais & fimples , & ma
façon de penfer rapprochée de ces faite
déterminent mon jugement fur la thèfe
dont il s'agit.
J'ai été , Monfieur , pendant fix ans
un des plus heureux de tous les hommes.
Je vivois au milieu d'une famille qui
m'étoit bien chère , & dont j'étois tendrement
aimé.
Mon père , vieillard aimable , & qui
fembloit ne defirer la vie que pour faire
notre bonheur , eft mort entre mes bras
au moment où j'efpérois fa convalefcence.
Ses dernières paroles furent des expreffions
de fa tendreffe pour moi.
Il y avoit alors cinq ans que j'avois
époufé une jeune perfonne que j'aimois
depuis long - temps ; elle étoit ma pre-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
mière & mon unique inclination : mon
amour pour elle , loin de s'affoiblir par
la jouiffance , fembloit s'accroître de jour
en jour. Mon père étoit pour cette jeune
& aimable femme , l'objet du plus vif
attachement ; fa douleur fut extrême , &
je n'étois pas en fituation de la calmer.
Elle prit fur elle ; & m'abandonnant
pour ainfi dire à la force de mon fexe
de mon âge & de mon tempérament , elle
ellaya de me conferver ma mère , qui étoie
inconfolable , & qui exigeoit les foins les
plus tendres & les plus affidus.
J'ai été affez malheureux pour perdre
ma femme avant que le deuil de mon
père fût fini . Mes regrets ne font point
l'objet de cette lettre , je l'aimois , Monfieur
, ce mot dit tout. Il y a fix ans que
je la regrette , & que l'idée de tout autre
engagement m'eft odieufe & fa réalité
impoffible.
Ma mère me reftoit ; elle n'a pu
furvivre à cette feconde perte : les foins
de fes enfans , leur tendreffe , rien n'a
pu foulager fa douleur ; & nous avons
eu celle de ne pouvoir nous diffimuler à
nous - mêmes , quoiqu'elle nous le cachât
foigneufement , que le chagrin étoit le
poifon qui terminoit les jours de la meil
leure & de la plus aimée des mères .
41
JUIN 1768 . jt
En moins de trois ans j'ai effuyé tous
ces malheurs. Je les regarde comme les
plus réels , & parce qu'ils touchent directement
le coeur , & parce qu'ils font fans
remèdes.
Voilà , Monfieur , ce que j'ai éprouvé.
Voici ce que j'ai ſenti.
Lorfque depuis ces événemens j'ai vu
de mes amis perdre des parens dont ils
étoient chéris , des époufes dignes de leur
tendreffe , loin d'éprouver de la confolation
, j'ai frémi , mes plaies ont faigné ,
mon coeur a été déchiré .
Lorfqu'au contraire je vois un père
inftruire avec tendreſſe fon enfant ; lorfque
fa mère vient le preffer contre fon
fein ; lorfque je vois des époux heureux
fe regarder avec une tendreffe naïve ;
quand je vois dans leurs yeux humides
cette douce langueur qui annonce l'amourhonnête
& fatisfait , je me rappelle les
momens de mon bonheur... Ah , Mon
fieur ! ce fouvenir et une jouiffance précieufe
aux malheureux .
Voilà ce que mon coeur me dicte. Jé
finis pour aller féliciter un jeune parent
qui eft fur le point de fe marier avec uné
Demoiſelle aimable . Je ne lui fouhaiterai
autre chofe que d'être auffi heureux que
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
je l'ai été moi - même , & de l'être plus
long- temps.
Če fouhait , Monfieur , vous annonce
ma façon de penfer fur la queftion propofée
Je ne fuis point auteur , je n'ai
pas les talens néceffaires pour tenter avec
fuccès de le devenir.
Les faits dont je viens d'avoir l'honneur
de vous rendre compte font fi exactement
vrais que , quoique je garde l'anonyme
, fi vous trouvez ma lettre digne
d'être inférée dans le Mercure , je ferai
vraisemblablement reconnu par toutes les
perfonnes de ma connoiffance qui le liront.
Au refte , Monfieur , je vous prie de
ne la rendre publique qu'autant que vous
la croirez capable de faire revenir du préjugé
peu honorable pour l'humanité , que
c'est une confolation pour les malheureux
d'avoir des femblables. Je crois ce proverbe
aufli peu fondé en françois qu'en
latin ; & je ne pense pas que fon ancienneté
foit un titre affez refpectable pour
le mettre à l'abri de la cenfure des âmes
honnêtes & des coeurs fenfibles.
J'ai l'honneur d'être avec les fentimens
les plus diftingués , Monfieur , votre , &c.
Paris , 27 avril 1768.
D.
J'IGNORE , Monfieur , ce que l'efprit
décidera fur la question propofée , page
17 du Mercure de ce mois : files malheurs
d'autrui font un motif de confolation pour
les malheureux ? mais je puis vous affurer
que cette queſtion n'en eft pas une pour
mon coeur.
Quelques faits vrais & fimples , & ma
façon de penfer rapprochée de ces faite
déterminent mon jugement fur la thèfe
dont il s'agit.
J'ai été , Monfieur , pendant fix ans
un des plus heureux de tous les hommes.
Je vivois au milieu d'une famille qui
m'étoit bien chère , & dont j'étois tendrement
aimé.
Mon père , vieillard aimable , & qui
fembloit ne defirer la vie que pour faire
notre bonheur , eft mort entre mes bras
au moment où j'efpérois fa convalefcence.
Ses dernières paroles furent des expreffions
de fa tendreffe pour moi.
Il y avoit alors cinq ans que j'avois
époufé une jeune perfonne que j'aimois
depuis long - temps ; elle étoit ma pre-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
mière & mon unique inclination : mon
amour pour elle , loin de s'affoiblir par
la jouiffance , fembloit s'accroître de jour
en jour. Mon père étoit pour cette jeune
& aimable femme , l'objet du plus vif
attachement ; fa douleur fut extrême , &
je n'étois pas en fituation de la calmer.
Elle prit fur elle ; & m'abandonnant
pour ainfi dire à la force de mon fexe
de mon âge & de mon tempérament , elle
ellaya de me conferver ma mère , qui étoie
inconfolable , & qui exigeoit les foins les
plus tendres & les plus affidus.
J'ai été affez malheureux pour perdre
ma femme avant que le deuil de mon
père fût fini . Mes regrets ne font point
l'objet de cette lettre , je l'aimois , Monfieur
, ce mot dit tout. Il y a fix ans que
je la regrette , & que l'idée de tout autre
engagement m'eft odieufe & fa réalité
impoffible.
Ma mère me reftoit ; elle n'a pu
furvivre à cette feconde perte : les foins
de fes enfans , leur tendreffe , rien n'a
pu foulager fa douleur ; & nous avons
eu celle de ne pouvoir nous diffimuler à
nous - mêmes , quoiqu'elle nous le cachât
foigneufement , que le chagrin étoit le
poifon qui terminoit les jours de la meil
leure & de la plus aimée des mères .
41
JUIN 1768 . jt
En moins de trois ans j'ai effuyé tous
ces malheurs. Je les regarde comme les
plus réels , & parce qu'ils touchent directement
le coeur , & parce qu'ils font fans
remèdes.
Voilà , Monfieur , ce que j'ai éprouvé.
Voici ce que j'ai ſenti.
Lorfque depuis ces événemens j'ai vu
de mes amis perdre des parens dont ils
étoient chéris , des époufes dignes de leur
tendreffe , loin d'éprouver de la confolation
, j'ai frémi , mes plaies ont faigné ,
mon coeur a été déchiré .
Lorfqu'au contraire je vois un père
inftruire avec tendreſſe fon enfant ; lorfque
fa mère vient le preffer contre fon
fein ; lorfque je vois des époux heureux
fe regarder avec une tendreffe naïve ;
quand je vois dans leurs yeux humides
cette douce langueur qui annonce l'amourhonnête
& fatisfait , je me rappelle les
momens de mon bonheur... Ah , Mon
fieur ! ce fouvenir et une jouiffance précieufe
aux malheureux .
Voilà ce que mon coeur me dicte. Jé
finis pour aller féliciter un jeune parent
qui eft fur le point de fe marier avec uné
Demoiſelle aimable . Je ne lui fouhaiterai
autre chofe que d'être auffi heureux que
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
je l'ai été moi - même , & de l'être plus
long- temps.
Če fouhait , Monfieur , vous annonce
ma façon de penfer fur la queftion propofée
Je ne fuis point auteur , je n'ai
pas les talens néceffaires pour tenter avec
fuccès de le devenir.
Les faits dont je viens d'avoir l'honneur
de vous rendre compte font fi exactement
vrais que , quoique je garde l'anonyme
, fi vous trouvez ma lettre digne
d'être inférée dans le Mercure , je ferai
vraisemblablement reconnu par toutes les
perfonnes de ma connoiffance qui le liront.
Au refte , Monfieur , je vous prie de
ne la rendre publique qu'autant que vous
la croirez capable de faire revenir du préjugé
peu honorable pour l'humanité , que
c'est une confolation pour les malheureux
d'avoir des femblables. Je crois ce proverbe
aufli peu fondé en françois qu'en
latin ; & je ne pense pas que fon ancienneté
foit un titre affez refpectable pour
le mettre à l'abri de la cenfure des âmes
honnêtes & des coeurs fenfibles.
J'ai l'honneur d'être avec les fentimens
les plus diftingués , Monfieur , votre , &c.
Paris , 27 avril 1768.
D.
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Résumé : AUTRE réponse à la même lettre.
Dans une lettre publiée dans le Mercure de France, l'auteur répond à une question sur la possibilité que les malheurs d'autrui consolent les malheureux. Il commence par déclarer que cette question ne le concerne pas personnellement. Il partage ensuite ses expériences tragiques : la mort de son père après six années de bonheur familial, suivie du décès de sa femme et de sa mère en l'espace de trois ans. Ces pertes l'ont profondément marqué et il n'a trouvé aucune consolation dans les malheurs des autres. Au contraire, voir des amis ou des proches souffrir ravive sa douleur. Cependant, assister à des scènes de bonheur familial lui rappelle ses moments heureux passés. L'auteur exprime ensuite son souhait pour un jeune parent sur le point de se marier, espérant qu'il connaisse un bonheur durable. Il conclut en exprimant son désir de voir le préjugé selon lequel les malheurs d'autrui consolent les malheureux être réfuté. La lettre est datée du 27 avril 1768 et signée 'D.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 33-43
AUTRE réponse à la question proposée dans le premier Mercure d'avril : les malheurs d'autrui sont-ils un motif de consolation pour les malheureux ?
Début :
Il ne falloit pas moins d'esprit que vous en montrez, Monsieur, pour avancer, & [...]
Mots clefs :
Malheur, Malheureux, Consolation, Humanité, Maux, Douleurs, Peine, Faiblesses
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE réponse à la question proposée dans le premier Mercure d'avril : les malheurs d'autrui sont-ils un motif de consolation pour les malheureux ?
AUTRE réponse à la queftion propofée dans
lepremier Mercure d'avril : Les malheurs
d'autrui font-ils un motif de confolation
pour les malheureux ?
I.L ne falloit pas moins d'efprit que vous
en montrez , Monfieur , pour avancer , &
paroître prouver la négative , que vous
avez embraffée fur la queftion préfente.
Ce qui ne m'étonne pas moins que votre
paradoxe , c'eft qu'avec tant d'humanité
de fenfibilité , de tendreffe , de bonté
d'âme , de charité , vous enleviez cruellement
à ceux qui en ont le plus befoin ,
l'unique confolation , l'unique foutien qui
leur refte dans leur état déplorable , &
que vous les taxiez encore de dureté , de
cruauté , de barbarie d'en faire ufage.
Si quelque chofe peut mitiger & rendre
aux malheureux leurs maux plus fupportables
, ce n'eft affurément pas la contemplation
du bonheur des autres. Ce n'eft
pas à la vue d'un homme riche & opulent
que le pauvre fupportera plus facilement.
fa mifère. Ce n'eft pas à la vue d'un homme
fain , robufte , & en pleine fanté qu'un
Bw
14 MERCURE DE FRANCE.
infirme ou un malade fouffrira plus tranquillement
fes douleurs. Ce n'eft pas à fa
vue de la jouiffance des voluptés & des
plaifirs qu'un miférable endurera plus patiemment
le befoin & l'indigence. Ce
n'eft pas à la vue d'une fortune rapide, &
brillante qu'un malheureux montrera plus
de réfignation dans la perte de fes biens ,
de fes charges , de fon honneur ; ce n'eft
pas enfin la vue de ceux qui font dans un
port affuré , qui adoucit l'image affreufe du
naufrage. Au contraire , cette vue difcordante
avec notre fituation , ne feroit
qu'aigrir l'amertume de notre calamité.
Pourquor dirions - nous avecmurmure dans
ces funeftes états , pourquoi tout nous
vient-il à mal tandis que tout réuffit aux
autres ? Pourquoi pleurons neus tandis
qu'ils rient ? Pourquoi gémiffons - nous
tandis qu'ils fe réjouiffent ? Ne fommesnous
pas tous enfans du même père ?
Notre Auteur peut- il leur prodiguer fes
careffes , fes faveurs , fes bienfaits , & ne
réferver pour nous que les peines , les
afflictions , les tourmens ?
Ce contraſte eft en effet accablant ; &
ce n'eft qu'en en détournant la vue qu'on
peut adoucir l'idée de fes malheurs. If ne
refte donc aux malheureux que la vue de
reux des autres, qui puiffe alléger les leurs ;
JUIN 1768. 35
ce n'eft qu'en portant fes regards fur les
maux attachés à l'humanité , qu'on peut
trouver quelque adouciffement.
Je n'en regarderois pas moins indigne
du nom , je ne dis pas d'être penfant s
mais même d'être fentant , celui qui tire
roit quelque confolation , à la vue des
maux des autres , par la fatisfaction ou lè
plaifir qu'il prendroit à les voir foufftir.
Je ravalerois ce cruel mifantrope au- deffous
de la brute, la plus féroce , ou plu
tôt je le regarderois comme un monftre ;
mais ne nous allarmons point , la chofe
eft impoffible. Vous l'avez très bien prouvé.
Les malheureux doivent être les plus fenfibles
, parce qu'étant montés , fi j'ofe
m'exprimer ainfi , à l'uniffon de ceux qui
fouffrent , les impreffions font chez eux
plus faciles , plus promptes , plus vives ,
plus profondes. La vue du même mal
du même accident , du même malheur
que nous fouffrons , loin de nous foulager
par elle -même , ne peut que nous être
défagréable & fâcheufe. Ce n'est donc pas
la fimple confidération des malheurs des
autres qui peut nous confoler , mais les
réflexions naturelles auxquelles ellé nous
porte. La néceffité des maux , leur éren
due , l'exemple de ceux qui les fouffrent z
voilà les motifs légitimes qu'il eft au pou
B vi
36 MERCURE DE FRANCE.
voir des infortunés de fe procurer à la vue
des maux d'autrui.
Il n'eft pas néceffaire d'être réduit à la
mifère de Job pour connoître que cette
vie ne peut commencer , s'écouler , finic
fans fouffrance. Les cris de la douleur , de
la foibleffe , du beſoin , de la néceffité fe
font entendre dans les berceaux des Rois
à leur naiffance comme dans ceux des
bergers. La nature , fans égard pour leurs
´majeftés , les laiffe , comme lesautres , dans
un état d'impuiffance & de dépendance.
En vain voudroit - on prévenir leurs defirs ,
on ne peut que les deviner ; & peut- être
une attention exceffive leur eft- elle plus
importune qu'un peu de négligence ne
leur feroit nuifible. Il faut chez eux,
comme chez les enfans du commun , que
les fignes de la douleur annoncent leurs
befoins réels . Les plaintes , les gémiffemens ,
les larmes , font le langage commun de l'enfance.
Ils n'ont pas plus de force pour fe
foutenir que n'en ont les autres , fouvent
moins & toujours plus tard , parce qu'élevés
plus délicatement & plus mollement ,
leurs membres ont plus de peine à fe fortifier.
Il faut donc qu'ils fouffrent la gêne
d'être couchés , affis , ou portés , jufqu'à
ce que leurs pieds puiffent les étayer. Il
faut qu'ils fallent le pénible apprentillage.
JUIN 1768. 37
de marcher. Leurs dents ne leur viennent
point fans maux. La colique , la rougeole ,
le millet , la petite- vérole , ne leur font
point de grace. Plus grands on les voit ,
paffer par les épreuves communes ; les
infirmités , les maladies les plus cruelles
femblent être leur apanage. La goutte ,
la gravelle ont jetté depuis long- temps un
dévolu fur eux. Enfin la mort , environnée
de toutes les horreurs , termine leur
carrière. Rien ne peut en retarder l'inſtant
fatal. Trop fouvent ( fort déplorable des
Rois , & des meilleurs Rois ! ) la perfidie ,
le poifon , le fanatifme le préviennent.
Quand donc un malheureux voit ces
dieux de la terre paffer par les mêmes
infirmités , les mêmes peines , les mêmes
maux que lui ; quand , dans la félicité la
plus complette en apparence , il les voit
expofés aux accidens , aux dangers , aux
malheurs communs de l'humanité , peut- il
regarder comme propres ceux qu'il fouffre
? Peut- il murmurer d'un tribut payé
par ceux qui en impofent aux autres ?
Peut- il trouver dur un joug fi univerſel ?
Ne doit-il pas alors fe dire à lui - même :
fi je fouffrois feul en ce monde , peutêtre
aurois-je à me reprocher d'avoir , par
ma faure , encouru mes peines comme:
des châtimens , mais quand je vois que
38 MERCURE DE FRANCE.
tout fouffre & pâtit dans la nature ; que
le mal eft inévitable , même aux plus puiffans
; n'est-ce pas pour moi une espèce de
confolation de les voir à mon rang ou
de me voir au leur ? Je déplore la fatalité
qui nous affujettit tous au mat; mais je
le dis , quoique mon coeur voulût foulager
tous les morrels du poids accablant
de leurs douleurs ; dans la pofition préfente
la néceflité des fouffrances , où les a
foumis la nature , confole mon amourpropre.
En effet , fi je fouffrois feul , je me re→
garderois comme la honte , l'opprobre , lė
rebut , le néant des êtres de mon efpèce :
je m'inculperois mes maux , qui pourroient
n'en être pas moins néceffaires ; je ne
pourrois me croire innocent ; & cette feule
penfée me confondroit , m'anéantiroit . Au
contraire , je fens mon poids allégé quand
il tient à celui des autres , & qu'il en eft
comme foutenu .
Que fera - ce fr je fais attention que
Fun eft fouvent plus pefant que l'autre ?
Qui pourroit , je vous le demande , connoître
l'étendue des maux de l'humanité
& penfer encore aux fiens ? Quel plaufible
fajer de fe plaindre lorfque d'une fi grande
coupe de fiel on n'en prend que quelques
gouttes ! Regardons au-deffous de nous,
JUIN 1768. 39
dit un antique adage , & nous nous tronverons
toujours heureux , on du moins
beaucoup moins malheureux. La même
penfée qui nous rend fupportable , la baffeffe
de l'état où nous pouvons être , nous
fait aufli fupporter plus patiemment nos
maux , parce que nous en voyons de plus
grands.
Entrons dans ces fombres prifons , dans
ces cachots infects où gémit quelquefois
l'innocence auffi bien que le crime. Entrons
dans ces maifons de douleur , où les
maladies , les peftes les plus incurables ,
ne nous offrent que des fpèctres , des
fquelettes hideux , dont la vde feule nous
fait fouvent plus de peine que nos plus
grandes douleurs , & nous nous confolerons
aifément ; nous ne ferons
pas tentés
de faire échange .
Solon conduifit un jour un de fes amis ,
qui étoit dans l'affliction , fur la citadelle
d'Athènes , & lui fit porter la vue fur toutes
les maifons qui étoient au- deffous . Imaginez
, lui dit alors ce philofophe , les latmes
qu'on y a répandues , qu'on y répand ,
& qu'on y répandra , & ceffez de pleurer
comme propre ce qui eft commun à tous
les hommes. Etendons à l'univers ce que
ce fage difoit d'Athènes élevons - nous
affez haut pour voir le tableau entier des
40 MERCURE DE FRANCE.
maux de l'humanité , & nous verrons les
nôtres n'y former qu'une ombre légère.
Je crois , comme le dit le même philofophe
, que fi l'on ramaffoit dans un même
lieu les maux de tout le monde , il n'eft
perfonne qui n'aimât mieux s'en tenir aux
fiens que de prendre fa part de cette maffe
commune. Če fpectacle feroit donc pour
nous une espece de confolation , puifqu'il
nous feroit voir que nous ne fommes pas
les plus malheureux .
N'éprouvons - nous pas encore tous les
jours que des maux plus grands nous en
rendent fupportables de moindres , qui ,
avant que d'éprouver ceux-là , nous paroiffoient
prefque intolérables , & que nous
regarderions comme un bien - être & un
bonheur de n'avoir plus que ceux- ci à
fouffrir ? Or , ce foulagement eft précifément
celui que nous recevons quand nous
voyons les autres en proie à des maux
plus cuifans. Nous les pefons pour ainfi
dire avec les nôtres , & trouvant leur poids
plus lourd , nous en retirons une certaine
fatisfaction , non pas de voir qu'ils
font plus intolérables que les nôtres , ( rien
ne feroit plus horrible ) mais de voir les
nôtres plus légers & plus fupportables.
Mais , direz- vous , ne peut-il pas arriver
qu'un homme foit dans une fituation fi
JUIN 1768. 41
malheureufe qu'il ne puiffe fe cacher à luimême
qu'il eft le plus miférable des mortels
, & par conféquent qu'il ne lui refte
aucun motif fi léger qu'il foit de confolation
? Phyfiquement la chofe peut être ,
mais je la crois moralement impoffible.
Quelque réels que foient nos maux en euxmêmes
, ainfi que ceux des autres , l'imagination
les diminue on les exagère felon
que nous penfons diverfement , & par- là
ils font relatifs aux perfonnes. Il y a tel
mal fi fenfible , qu'on peut croire qu'il
n'y en a point de plus grand ; il y en a
tel autre fi rebutant , fi odieux , fi infamant
, quoique moins douloureux , que
felon les différens caractères que ces maux
affecteront , les uns & les autres fe trouveront
moins affligés des leurs. Ainfi , il
n'y a perfonne qui ne puiffe trouver un
plus malheureux que foi , & par conféquent
fe féliciter de l'être moins.
Enfin l'exemple de ceux que nous voyons
fouffrir des malheurs femblables aux nôtres
nous foutient , nous confole , nous anime
& nous encourage à les fupporter plus fermement
; cette vue nous raffure contre
notre propre foibleffe en nous la reprochant.
Nous nous accufons alors de délicateffe
, de pufillanimité , de lâcheté , &
cette réflexion allége , adoucit nos maux
42 MERCURE DE FRANCE.
en nous les repréfentant fupportables ,
puifque nous les voyons en effet fupporter.
A combien plus forte raifon fommesnous
difpofés à en affoiblir & en diminuer
l'idée lorfque nous fommes témoins de la
fermeté , de la conftance , de l'héroïſme
de ceux qui en fouffrent avec férénité de
beaucoup plus grands auxquels ils pourroient
fe fouftraire . Qui eft - ce que ne
raffermiroit pas l'exemple d'un Régulus ,
d'un Scévola , d'un Poffidonius , d'un Arcéfilas
& d'une infinité d'autres perfonnages
auffi inébranlables dans les revers , dans
les afflictions & dans les fouffrances ?
Nous avons tous les jours fous nos yeux
des exemples de cette force , de cette virilité
d'âme qui ne le céde pas aux anciens,
Or, fi la bravoure & l'intrépidité des
guerriers courageux donne de la hardieſſe ,
du coeur & de l'audace même aux plus
lâches , comment la force & la vertu fublime
de ceux qui fouffrent volontairement
, pour une bonne fin , des maux
plus intolérables que les nôtres , ne ſoutiendroit-
elle pas notre foibleffe , & ne
nous apprendroit- elle pas à les fupporter
plus patiemment , plus courageufement ?
moyen infaillible , fi nous en voulions
profiter , de rendre leur poids beaucoup
plus léger.
JUIN 1768. 43
Tel eft , Monfieur , mon fentiment fur
la queftion que vous avez propofée. 11
na rien de neuf , je le fais ; il eft même
fondé fur une opinion commune & populaire
; mais je ne crois pas ( quoique je
fois bien éloigné de penfer en tout avec
le peuple ) qu'il faille toujours , en fait
d'opinion , lui tourner le dos : c'eft-à dire ,
comme l'a avancé , avec plus de fel que
de vérité , l'ingénieux Fontenelle dans un
de fes dialogues , penfer tout à rebours
pour voir en face la vérité. Il y a de vrais
comme de faux préjugés : c'eſt à la raifon
& à la philofophie d'en faire le difcernement.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c."
L'Abbé GUCHET , P. du Collège
d'Epernay. Ce 6 mai 1768.
lepremier Mercure d'avril : Les malheurs
d'autrui font-ils un motif de confolation
pour les malheureux ?
I.L ne falloit pas moins d'efprit que vous
en montrez , Monfieur , pour avancer , &
paroître prouver la négative , que vous
avez embraffée fur la queftion préfente.
Ce qui ne m'étonne pas moins que votre
paradoxe , c'eft qu'avec tant d'humanité
de fenfibilité , de tendreffe , de bonté
d'âme , de charité , vous enleviez cruellement
à ceux qui en ont le plus befoin ,
l'unique confolation , l'unique foutien qui
leur refte dans leur état déplorable , &
que vous les taxiez encore de dureté , de
cruauté , de barbarie d'en faire ufage.
Si quelque chofe peut mitiger & rendre
aux malheureux leurs maux plus fupportables
, ce n'eft affurément pas la contemplation
du bonheur des autres. Ce n'eft
pas à la vue d'un homme riche & opulent
que le pauvre fupportera plus facilement.
fa mifère. Ce n'eft pas à la vue d'un homme
fain , robufte , & en pleine fanté qu'un
Bw
14 MERCURE DE FRANCE.
infirme ou un malade fouffrira plus tranquillement
fes douleurs. Ce n'eft pas à fa
vue de la jouiffance des voluptés & des
plaifirs qu'un miférable endurera plus patiemment
le befoin & l'indigence. Ce
n'eft pas à la vue d'une fortune rapide, &
brillante qu'un malheureux montrera plus
de réfignation dans la perte de fes biens ,
de fes charges , de fon honneur ; ce n'eft
pas enfin la vue de ceux qui font dans un
port affuré , qui adoucit l'image affreufe du
naufrage. Au contraire , cette vue difcordante
avec notre fituation , ne feroit
qu'aigrir l'amertume de notre calamité.
Pourquor dirions - nous avecmurmure dans
ces funeftes états , pourquoi tout nous
vient-il à mal tandis que tout réuffit aux
autres ? Pourquoi pleurons neus tandis
qu'ils rient ? Pourquoi gémiffons - nous
tandis qu'ils fe réjouiffent ? Ne fommesnous
pas tous enfans du même père ?
Notre Auteur peut- il leur prodiguer fes
careffes , fes faveurs , fes bienfaits , & ne
réferver pour nous que les peines , les
afflictions , les tourmens ?
Ce contraſte eft en effet accablant ; &
ce n'eft qu'en en détournant la vue qu'on
peut adoucir l'idée de fes malheurs. If ne
refte donc aux malheureux que la vue de
reux des autres, qui puiffe alléger les leurs ;
JUIN 1768. 35
ce n'eft qu'en portant fes regards fur les
maux attachés à l'humanité , qu'on peut
trouver quelque adouciffement.
Je n'en regarderois pas moins indigne
du nom , je ne dis pas d'être penfant s
mais même d'être fentant , celui qui tire
roit quelque confolation , à la vue des
maux des autres , par la fatisfaction ou lè
plaifir qu'il prendroit à les voir foufftir.
Je ravalerois ce cruel mifantrope au- deffous
de la brute, la plus féroce , ou plu
tôt je le regarderois comme un monftre ;
mais ne nous allarmons point , la chofe
eft impoffible. Vous l'avez très bien prouvé.
Les malheureux doivent être les plus fenfibles
, parce qu'étant montés , fi j'ofe
m'exprimer ainfi , à l'uniffon de ceux qui
fouffrent , les impreffions font chez eux
plus faciles , plus promptes , plus vives ,
plus profondes. La vue du même mal
du même accident , du même malheur
que nous fouffrons , loin de nous foulager
par elle -même , ne peut que nous être
défagréable & fâcheufe. Ce n'est donc pas
la fimple confidération des malheurs des
autres qui peut nous confoler , mais les
réflexions naturelles auxquelles ellé nous
porte. La néceffité des maux , leur éren
due , l'exemple de ceux qui les fouffrent z
voilà les motifs légitimes qu'il eft au pou
B vi
36 MERCURE DE FRANCE.
voir des infortunés de fe procurer à la vue
des maux d'autrui.
Il n'eft pas néceffaire d'être réduit à la
mifère de Job pour connoître que cette
vie ne peut commencer , s'écouler , finic
fans fouffrance. Les cris de la douleur , de
la foibleffe , du beſoin , de la néceffité fe
font entendre dans les berceaux des Rois
à leur naiffance comme dans ceux des
bergers. La nature , fans égard pour leurs
´majeftés , les laiffe , comme lesautres , dans
un état d'impuiffance & de dépendance.
En vain voudroit - on prévenir leurs defirs ,
on ne peut que les deviner ; & peut- être
une attention exceffive leur eft- elle plus
importune qu'un peu de négligence ne
leur feroit nuifible. Il faut chez eux,
comme chez les enfans du commun , que
les fignes de la douleur annoncent leurs
befoins réels . Les plaintes , les gémiffemens ,
les larmes , font le langage commun de l'enfance.
Ils n'ont pas plus de force pour fe
foutenir que n'en ont les autres , fouvent
moins & toujours plus tard , parce qu'élevés
plus délicatement & plus mollement ,
leurs membres ont plus de peine à fe fortifier.
Il faut donc qu'ils fouffrent la gêne
d'être couchés , affis , ou portés , jufqu'à
ce que leurs pieds puiffent les étayer. Il
faut qu'ils fallent le pénible apprentillage.
JUIN 1768. 37
de marcher. Leurs dents ne leur viennent
point fans maux. La colique , la rougeole ,
le millet , la petite- vérole , ne leur font
point de grace. Plus grands on les voit ,
paffer par les épreuves communes ; les
infirmités , les maladies les plus cruelles
femblent être leur apanage. La goutte ,
la gravelle ont jetté depuis long- temps un
dévolu fur eux. Enfin la mort , environnée
de toutes les horreurs , termine leur
carrière. Rien ne peut en retarder l'inſtant
fatal. Trop fouvent ( fort déplorable des
Rois , & des meilleurs Rois ! ) la perfidie ,
le poifon , le fanatifme le préviennent.
Quand donc un malheureux voit ces
dieux de la terre paffer par les mêmes
infirmités , les mêmes peines , les mêmes
maux que lui ; quand , dans la félicité la
plus complette en apparence , il les voit
expofés aux accidens , aux dangers , aux
malheurs communs de l'humanité , peut- il
regarder comme propres ceux qu'il fouffre
? Peut- il murmurer d'un tribut payé
par ceux qui en impofent aux autres ?
Peut- il trouver dur un joug fi univerſel ?
Ne doit-il pas alors fe dire à lui - même :
fi je fouffrois feul en ce monde , peutêtre
aurois-je à me reprocher d'avoir , par
ma faure , encouru mes peines comme:
des châtimens , mais quand je vois que
38 MERCURE DE FRANCE.
tout fouffre & pâtit dans la nature ; que
le mal eft inévitable , même aux plus puiffans
; n'est-ce pas pour moi une espèce de
confolation de les voir à mon rang ou
de me voir au leur ? Je déplore la fatalité
qui nous affujettit tous au mat; mais je
le dis , quoique mon coeur voulût foulager
tous les morrels du poids accablant
de leurs douleurs ; dans la pofition préfente
la néceflité des fouffrances , où les a
foumis la nature , confole mon amourpropre.
En effet , fi je fouffrois feul , je me re→
garderois comme la honte , l'opprobre , lė
rebut , le néant des êtres de mon efpèce :
je m'inculperois mes maux , qui pourroient
n'en être pas moins néceffaires ; je ne
pourrois me croire innocent ; & cette feule
penfée me confondroit , m'anéantiroit . Au
contraire , je fens mon poids allégé quand
il tient à celui des autres , & qu'il en eft
comme foutenu .
Que fera - ce fr je fais attention que
Fun eft fouvent plus pefant que l'autre ?
Qui pourroit , je vous le demande , connoître
l'étendue des maux de l'humanité
& penfer encore aux fiens ? Quel plaufible
fajer de fe plaindre lorfque d'une fi grande
coupe de fiel on n'en prend que quelques
gouttes ! Regardons au-deffous de nous,
JUIN 1768. 39
dit un antique adage , & nous nous tronverons
toujours heureux , on du moins
beaucoup moins malheureux. La même
penfée qui nous rend fupportable , la baffeffe
de l'état où nous pouvons être , nous
fait aufli fupporter plus patiemment nos
maux , parce que nous en voyons de plus
grands.
Entrons dans ces fombres prifons , dans
ces cachots infects où gémit quelquefois
l'innocence auffi bien que le crime. Entrons
dans ces maifons de douleur , où les
maladies , les peftes les plus incurables ,
ne nous offrent que des fpèctres , des
fquelettes hideux , dont la vde feule nous
fait fouvent plus de peine que nos plus
grandes douleurs , & nous nous confolerons
aifément ; nous ne ferons
pas tentés
de faire échange .
Solon conduifit un jour un de fes amis ,
qui étoit dans l'affliction , fur la citadelle
d'Athènes , & lui fit porter la vue fur toutes
les maifons qui étoient au- deffous . Imaginez
, lui dit alors ce philofophe , les latmes
qu'on y a répandues , qu'on y répand ,
& qu'on y répandra , & ceffez de pleurer
comme propre ce qui eft commun à tous
les hommes. Etendons à l'univers ce que
ce fage difoit d'Athènes élevons - nous
affez haut pour voir le tableau entier des
40 MERCURE DE FRANCE.
maux de l'humanité , & nous verrons les
nôtres n'y former qu'une ombre légère.
Je crois , comme le dit le même philofophe
, que fi l'on ramaffoit dans un même
lieu les maux de tout le monde , il n'eft
perfonne qui n'aimât mieux s'en tenir aux
fiens que de prendre fa part de cette maffe
commune. Če fpectacle feroit donc pour
nous une espece de confolation , puifqu'il
nous feroit voir que nous ne fommes pas
les plus malheureux .
N'éprouvons - nous pas encore tous les
jours que des maux plus grands nous en
rendent fupportables de moindres , qui ,
avant que d'éprouver ceux-là , nous paroiffoient
prefque intolérables , & que nous
regarderions comme un bien - être & un
bonheur de n'avoir plus que ceux- ci à
fouffrir ? Or , ce foulagement eft précifément
celui que nous recevons quand nous
voyons les autres en proie à des maux
plus cuifans. Nous les pefons pour ainfi
dire avec les nôtres , & trouvant leur poids
plus lourd , nous en retirons une certaine
fatisfaction , non pas de voir qu'ils
font plus intolérables que les nôtres , ( rien
ne feroit plus horrible ) mais de voir les
nôtres plus légers & plus fupportables.
Mais , direz- vous , ne peut-il pas arriver
qu'un homme foit dans une fituation fi
JUIN 1768. 41
malheureufe qu'il ne puiffe fe cacher à luimême
qu'il eft le plus miférable des mortels
, & par conféquent qu'il ne lui refte
aucun motif fi léger qu'il foit de confolation
? Phyfiquement la chofe peut être ,
mais je la crois moralement impoffible.
Quelque réels que foient nos maux en euxmêmes
, ainfi que ceux des autres , l'imagination
les diminue on les exagère felon
que nous penfons diverfement , & par- là
ils font relatifs aux perfonnes. Il y a tel
mal fi fenfible , qu'on peut croire qu'il
n'y en a point de plus grand ; il y en a
tel autre fi rebutant , fi odieux , fi infamant
, quoique moins douloureux , que
felon les différens caractères que ces maux
affecteront , les uns & les autres fe trouveront
moins affligés des leurs. Ainfi , il
n'y a perfonne qui ne puiffe trouver un
plus malheureux que foi , & par conféquent
fe féliciter de l'être moins.
Enfin l'exemple de ceux que nous voyons
fouffrir des malheurs femblables aux nôtres
nous foutient , nous confole , nous anime
& nous encourage à les fupporter plus fermement
; cette vue nous raffure contre
notre propre foibleffe en nous la reprochant.
Nous nous accufons alors de délicateffe
, de pufillanimité , de lâcheté , &
cette réflexion allége , adoucit nos maux
42 MERCURE DE FRANCE.
en nous les repréfentant fupportables ,
puifque nous les voyons en effet fupporter.
A combien plus forte raifon fommesnous
difpofés à en affoiblir & en diminuer
l'idée lorfque nous fommes témoins de la
fermeté , de la conftance , de l'héroïſme
de ceux qui en fouffrent avec férénité de
beaucoup plus grands auxquels ils pourroient
fe fouftraire . Qui eft - ce que ne
raffermiroit pas l'exemple d'un Régulus ,
d'un Scévola , d'un Poffidonius , d'un Arcéfilas
& d'une infinité d'autres perfonnages
auffi inébranlables dans les revers , dans
les afflictions & dans les fouffrances ?
Nous avons tous les jours fous nos yeux
des exemples de cette force , de cette virilité
d'âme qui ne le céde pas aux anciens,
Or, fi la bravoure & l'intrépidité des
guerriers courageux donne de la hardieſſe ,
du coeur & de l'audace même aux plus
lâches , comment la force & la vertu fublime
de ceux qui fouffrent volontairement
, pour une bonne fin , des maux
plus intolérables que les nôtres , ne ſoutiendroit-
elle pas notre foibleffe , & ne
nous apprendroit- elle pas à les fupporter
plus patiemment , plus courageufement ?
moyen infaillible , fi nous en voulions
profiter , de rendre leur poids beaucoup
plus léger.
JUIN 1768. 43
Tel eft , Monfieur , mon fentiment fur
la queftion que vous avez propofée. 11
na rien de neuf , je le fais ; il eft même
fondé fur une opinion commune & populaire
; mais je ne crois pas ( quoique je
fois bien éloigné de penfer en tout avec
le peuple ) qu'il faille toujours , en fait
d'opinion , lui tourner le dos : c'eft-à dire ,
comme l'a avancé , avec plus de fel que
de vérité , l'ingénieux Fontenelle dans un
de fes dialogues , penfer tout à rebours
pour voir en face la vérité. Il y a de vrais
comme de faux préjugés : c'eſt à la raifon
& à la philofophie d'en faire le difcernement.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c."
L'Abbé GUCHET , P. du Collège
d'Epernay. Ce 6 mai 1768.
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Résumé : AUTRE réponse à la question proposée dans le premier Mercure d'avril : les malheurs d'autrui sont-ils un motif de consolation pour les malheureux ?
Le texte explore la question de savoir si les malheurs des autres peuvent consoler les malheureux. L'auteur réfute une réponse précédente qui affirme que les malheurs des autres ne devraient pas servir de consolation. Il explique que les malheureux trouvent une certaine consolation en observant les maux des autres, ce qui leur permet de relativiser leurs propres souffrances. La vue du bonheur des autres aggrave leur douleur, tandis que la contemplation des malheurs communs peut adoucir leur situation. Les malheureux sont plus sensibles et la vue des mêmes malheurs chez les autres les pousse à réfléchir sur la nécessité et l'universalité des souffrances humaines. Même les rois et les personnes privilégiées ne sont pas exempts des maux de l'existence, comme les maladies, les infirmités et la mort. Voir les puissants subir les mêmes épreuves aide les malheureux à accepter leurs propres souffrances comme faisant partie de la condition humaine. L'auteur utilise l'exemple de Solon, qui montra à un ami affligé les nombreuses maisons d'Athènes où des larmes étaient versées, pour illustrer que les maux individuels semblent moins lourds lorsqu'on les compare à ceux des autres. Il suggère que voir les souffrances des autres peut rendre les siennes plus supportables. Le texte met également en avant le rôle de l'imagination dans la perception des maux, qui peuvent être perçus différemment selon les individus. Chacun peut toujours trouver quelqu'un de plus malheureux que soi, ce qui offre une forme de réconfort. Observer la fermeté et le courage des autres face à des souffrances plus grandes peut renforcer la propre résilience d'une personne. Des exemples historiques, comme Régulus ou Scévola, illustrent cette force d'âme. L'auteur traite de la force morale et de la vertu des individus capables de supporter des souffrances volontaires pour une cause juste. Il reconnaît l'existence de vrais et de faux préjugés et estime que la raison et la philosophie doivent permettre de les distinguer. Le texte est écrit par l'Abbé Guchet, professeur au Collège d'Epernay, daté du 6 mai 1768.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 44
VERS à Mlle SI...
Début :
p [...]
Mots clefs :
Églé
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle SI...
VERS à Mlle St...
EUNE & charmante Eglé , vous à qui la
nature
Prodigua fes faveurs ,
Accorda fans meſure ,
Ses dons les plus flatteurs ;
Daignez écouter , fans colère ,
Les peines d'un amant qu'un deſtin trop févère
Accabla toujours de rigueurs.
J'adorois la belle Glycère ,
Elle étoit digne de mon choix :
Attraits , fageffe , efprit , elle avoit tout pour
plaire ;
Cent fois je lui jurai de mourir fous fes loix.
Cent fois .... ô comble d'impoſture !
Je vous vis une feule fois ;
Hélas ! c'en fut affez pour me rendre´parjure.
***.
EUNE & charmante Eglé , vous à qui la
nature
Prodigua fes faveurs ,
Accorda fans meſure ,
Ses dons les plus flatteurs ;
Daignez écouter , fans colère ,
Les peines d'un amant qu'un deſtin trop févère
Accabla toujours de rigueurs.
J'adorois la belle Glycère ,
Elle étoit digne de mon choix :
Attraits , fageffe , efprit , elle avoit tout pour
plaire ;
Cent fois je lui jurai de mourir fous fes loix.
Cent fois .... ô comble d'impoſture !
Je vous vis une feule fois ;
Hélas ! c'en fut affez pour me rendre´parjure.
***.
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Résumé : VERS à Mlle SI...
Le poème s'adresse à Mlle St..., décrite comme une 'charmante Églé' favorisée par la nature. Le narrateur, amant malheureux, avoue avoir aimé Glycère et lui avoir juré fidélité. Après avoir rencontré Mlle St..., il se déclare infidèle, reconnaissant que cette rencontre a changé ses sentiments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 45
MADRIGAL à deux nouveaux Mariés.
Début :
N***, que tu vas être heureux ! [...]
Mots clefs :
Mariés
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL à deux nouveaux Mariés.
MADRIGAL à deux nouveaux Mariés.
N ** , que tu vas être heureux !
Le Dieu d'Hymen comble tes voeux.
N'abuſe pas de ta fortune ,
Ménage ta charmante brune.
Si tu veux garder les defirs ,
Economiſe les plaifirs.
Vous , Life , écoutez ma leçon :
D'amours laiffez faire moiffon.
Mais , fans être jamais hautaine ,
Soyez quelquefois inhumaine :
En réſerve , pour le bonheur ,
Gardez toujours une faveur.
N ** , que tu vas être heureux !
Le Dieu d'Hymen comble tes voeux.
N'abuſe pas de ta fortune ,
Ménage ta charmante brune.
Si tu veux garder les defirs ,
Economiſe les plaifirs.
Vous , Life , écoutez ma leçon :
D'amours laiffez faire moiffon.
Mais , fans être jamais hautaine ,
Soyez quelquefois inhumaine :
En réſerve , pour le bonheur ,
Gardez toujours une faveur.
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15
p. 46-52
SECONDE lettre (I) de M. V***, à Milady ***, concernant les funérailles de CROMWEL.
Début :
J'ai l'honneur d'envoyer à Mylady les réflexions de notre bon ami R***, sur [...]
Mots clefs :
Cromwell, Corps, Restauration, Sergent, Tyran, John Barkstead, Angleterre, Funérailles, Londres
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE lettre (I) de M. V***, à Milady ***, concernant les funérailles de CROMWEL.
SECONDE lettre ( 1 ) de M. V *** , à
Milady concernant les funérailles
de CROMWEL.
J
,
L'A'r l'honneur d'envoyer à Mylady les
". réflexions de notre bon ami R *** fur
les pièces énoncées dans ma lettre du 6
mars dernier , concernant les funérailles
de Cromvvel , en attendant celles qu'it me
promet encore fur un point de notre hiftoire
auffi extraordinaire qu'intéreffant.
Sur la pièce étiquetée nº 1 .
Peu de temps après la reſtauration ( 2 ) ,
le Sergent de la Chambre des Communes
reçut en effet l'ordre de fe tranſporter
avec fes Officiers à Weftminſter pour
demander que le corps du tyran , qui y
étoit enterré , lui fût remis , afin que la
Chambre pût en difpofer aina qu'elle trouveroit
convenable.
Sur quoi ledit Sergent , après avoir fait
( 1 ) La première eft dans le fecond volume du
Mercure d'avril dernier .
( 2 ) Le rétablillement de la Mailon de Stuart
fur le trône d'Angleterre,
JUIN 1768. 47
lever les carreaux de la chapelle de Henry
VII , à l'endroit défigné , trouva la
voûte où repofoit le corps , fur le cercueil
duquel étoit une plaque de cuivre trèsbien
dorée & renfermée dans une boîte de
plomb où , d'un côté , étoient gravées les
armes d'Angleterre avec celles du tyran ,
& fur le revers la légende fuivante :
OLIVERUS , Protector Reipublica Anglia ,
Scotia , & Hiberniæ , natus 2 5 april. 1 599,
inauguratus 16 dec. 1653 , mortuus 3
Sept. anno 1658 , hic fitus eft.
N. B. Ledit Sergent , croyant que la
plaque étoit d'or , s'en empara pour lui
tenir leu d'honoraires ; & M. Giffard, de
Colchefter, qui a époufé la fille du Sergent
, eft maintenant poffeffeur de cette
plaque , que fon beau- père lui a dit avoir
acquife, ainfi que nous l'avons rapporté,
No 2,
Ici et une déclaration reconnue & attef
tée au point ( fi l'occaſion l'exige ) d'être
juridiquement dépofée de la part de M, . ,
Barkfiead , lequel fréquente journellemeng
le caffé de Richard à Temple- bar , fils du
fameux Barktead , le Régicide, qui , après
48 MERCURE DE FRANCE.
Ja reftauration , fut exécuté comme tel ;
lequel fils , à la mort de l'archi- traître ,
étoit âgé d'environ quinze ans.
Cette déclaration porte en fubftance ,
que ledit régicide Barkstead , étant alors
Lieutenant de la Tour de Londres , & l'un
des plus intimes confidens de l'ufurpateur ,
defira , ainfi que quelques autres complices
de Cromvvel , connoître les intentions de
fon maître , malade, fur le choix de ſa ſépulture.
A quoi le tyran répondit que l'endroit
où il avoit remporté la victoire la
plus complette , par conféquent acquis le
plus de gloire , c'eft- à- dire , la plaine de
Nafeby , dans le Comté de Northampton ,
étoit le lieu qui lui plaifoit le plus. En
conféquence , vers minuit ( l'inftant après
fa mort ) le corps de Cromvvel , embaumé
& dans un cercueil de plomb , fut conduit
par Barkſtead & par fon fils dans la plaine
fufdite , au milieu de laquelle ils trouvèrent
une foffe déja faite d'environ neuf
pieds de profondeur , avec le gâfon fraîchement
coupé d'un côté & la terre de
l'autre ; dans laquelle , après avoir deſcendu
le cercueil , on rejetta la terre , & fur
laquelle on eut foin de rajufter afſez foigneufement
le gâfon pour dérober aux
paffans jufqu'aux foupçons que cette terre
eût été nouvellement remuée. On poufla
même ,
JUIN 1768.
même , peu de jours après , la précaution
au point de faire labourer entièrement la
plaine & de la faire enfemencer de froment
pendant trois ou quatre ans de fuite.
M.Barkstead rapporte encore beaucoup
d'autres circonstances trop longues à déduire
, & fur-tout la converfation intéreffante
qu'il eut depuis la reftauration
fur ce fujet avec le célèbre Duc de Buckingham
, &c,
N° 3.
En converfant fur cette déclaration de
Barkstead , avec le révérend M. Sen ... de
Q... & dont le père a réfidé long- temps
à Florence , en qualité de négociant , &
depuis en celle de Miniftre du Roi Char-
Les II; il m'a dit lui avoir ouï dire
que
ceux du parti de Cromvvel , qui s'étoient
fauvés dans ce pays - là après la reftauration
, lui avoient fouvent tenu des propos
relatifs à cette étonnante aventure.
Ces forcénés ( difoit - il ) s'étoient fouvent
vantés , en fa préfence , d'avoir concerté
& affuré leur vengeance contre
Charles premier auffi loin que la prévoyance
humaine pouvoit atteindre , en
le faifant décapiter , tandis qu'il vivoit
encore , & en rendant fes meilleurs amis
•
MERCURE DE FRANCE.
les exécuteurs du comble de l'ignominie
fur ce malheureux Prince après fa mort.
Après leur avoir demandé ( ajoutoit- il )
ce que fignifioit un tel propos , l'un d'eux
lui dit que Cromvvel & fes affidés , appréhendant
qu'au rétabliffement des Stuarts
fur le trône d'Angleterre , on n'infultât nonfeulement
à fa mémoire , mais même à fon
cadâvre , lui - même , ( Cromwel ) ainfi que
l'a déclaré Barkstead , avoit imaginé de fe
faire enterrer fecrettement dans la plaine
de Nafeby , tandis qu'un cercueil vuide
recevroit à Londres tous les honneurs funèbres
dus au Protecteur de la nation angloiſe,
& de placer quelque temps après dans ce
même cercueil , le corps du Roi décapité
( 3 ) , afin que fi quelque fentence infamante
étoit dans la fuite portée contre le
corps du Protecteur , toute l'ignominie ent
pût tomber fur celui du Roi même,
Qu'au rétabliffement de Charles II, par
ordre de la Chambre des Communes , la
tombe de Cromvvel fut brifée , le corps
(3 ) Mylord Clarendon même avoue qu'il n'egifte
aucune preuve que le corps de l'infortuné
Monarque ait été enterré , & qu'après la reftauration
, lorfque , par ordre du Roi Charles II , les
Lords Southampton & Lindſey furent chargés d'en
faire la recherche pour l'inhumer avec folemnité ,
on ne put jamais le trouver dans l'égliſe où l'an
difoit qu'il avoit été mis en terre.
JUIN 1768 .
tiré du cercueil , avec l'infcription mentionnée
dans le procès - verbal du Sergent ,
de-là porté à Tyburne , & ( à la grande
fatisfaction des conjurés ) pendu publiquement
à la vue d'une multitude immenſe
de fpectateurs , prefque infectés de la mauvaife
odeur qu'il exhaloit. Que le fecret
du changement des corps n'étant connu
que d'un petit nombre d'ennemis du feu
Roi , & les autres ne doutant pas que ce
ne fût en effet celui de Cromi vel que l'on
voyoit pendu , tout réuffiffoit au gré des
premiers ; lorfque la curiofité ayant conduit
quelques - uns des fpectateurs un peu
plus près du gibet , ils entrevirent , avec
horreur , des traits de reffemblance avec
quelqu'un qu'ils n'avoient pas crus devoir
rencontrer là ; & , qu'en ferrant la corde ,
on diftinguoit une forte couture autour
du col , au moyen de laquelle on fuppofoit
qu'immédiatement après le fupplice du
Roi , on avoit rejoint la tête au corps.
Qu'au moment où ce bruit fe répandit
tout bas , la foule des curieux vint à s'augmenter
, & qua'yant fait part à l'Officier
qui préfidoit à l'exécution des foupçons
qu'on avoit conçus , il fe hâta de dépêcher
un meffager pour informer la Cour de
la néceffité de prévenir un pius mût exa
Cij
52 MERCURE DE FRANCE,
men d'un fait dont les conféquences l'épouvantoient
lui - même. Sur quoi l'ordre
arriva bientôt après de dépendre le corps ,
& , fous prétexte de prévenir les fuires de
l'infection , de l'enterrer de nouveau,
Qu'il eft fur-tout à remarquer que ce
même corps , qui devoit être brûlé , ne lẹ
fur point, & qu'il eft peu probable que
cette dernière partie de la fentence n'eût
pas été exécutée fi l'on eût été tant foit
- peu peu convaincu que ce corps fût en effet
celui de Cromvvel.
Tel eft le rapport du révérend M. Sen ...
Refte à favoir fi l'on peut y compter. Ce
qu'il y a de fûr , c'eft que tous les enthoufiaftes
qui ont furvécu à Cromvvel fe font
fait gloire d'en atteſter la vérité jufqu'au
dernier inftant de leur vie.
J'ai l'honneur , & c ,
Londres , le 29 mars 1768 ,
Milady concernant les funérailles
de CROMWEL.
J
,
L'A'r l'honneur d'envoyer à Mylady les
". réflexions de notre bon ami R *** fur
les pièces énoncées dans ma lettre du 6
mars dernier , concernant les funérailles
de Cromvvel , en attendant celles qu'it me
promet encore fur un point de notre hiftoire
auffi extraordinaire qu'intéreffant.
Sur la pièce étiquetée nº 1 .
Peu de temps après la reſtauration ( 2 ) ,
le Sergent de la Chambre des Communes
reçut en effet l'ordre de fe tranſporter
avec fes Officiers à Weftminſter pour
demander que le corps du tyran , qui y
étoit enterré , lui fût remis , afin que la
Chambre pût en difpofer aina qu'elle trouveroit
convenable.
Sur quoi ledit Sergent , après avoir fait
( 1 ) La première eft dans le fecond volume du
Mercure d'avril dernier .
( 2 ) Le rétablillement de la Mailon de Stuart
fur le trône d'Angleterre,
JUIN 1768. 47
lever les carreaux de la chapelle de Henry
VII , à l'endroit défigné , trouva la
voûte où repofoit le corps , fur le cercueil
duquel étoit une plaque de cuivre trèsbien
dorée & renfermée dans une boîte de
plomb où , d'un côté , étoient gravées les
armes d'Angleterre avec celles du tyran ,
& fur le revers la légende fuivante :
OLIVERUS , Protector Reipublica Anglia ,
Scotia , & Hiberniæ , natus 2 5 april. 1 599,
inauguratus 16 dec. 1653 , mortuus 3
Sept. anno 1658 , hic fitus eft.
N. B. Ledit Sergent , croyant que la
plaque étoit d'or , s'en empara pour lui
tenir leu d'honoraires ; & M. Giffard, de
Colchefter, qui a époufé la fille du Sergent
, eft maintenant poffeffeur de cette
plaque , que fon beau- père lui a dit avoir
acquife, ainfi que nous l'avons rapporté,
No 2,
Ici et une déclaration reconnue & attef
tée au point ( fi l'occaſion l'exige ) d'être
juridiquement dépofée de la part de M, . ,
Barkfiead , lequel fréquente journellemeng
le caffé de Richard à Temple- bar , fils du
fameux Barktead , le Régicide, qui , après
48 MERCURE DE FRANCE.
Ja reftauration , fut exécuté comme tel ;
lequel fils , à la mort de l'archi- traître ,
étoit âgé d'environ quinze ans.
Cette déclaration porte en fubftance ,
que ledit régicide Barkstead , étant alors
Lieutenant de la Tour de Londres , & l'un
des plus intimes confidens de l'ufurpateur ,
defira , ainfi que quelques autres complices
de Cromvvel , connoître les intentions de
fon maître , malade, fur le choix de ſa ſépulture.
A quoi le tyran répondit que l'endroit
où il avoit remporté la victoire la
plus complette , par conféquent acquis le
plus de gloire , c'eft- à- dire , la plaine de
Nafeby , dans le Comté de Northampton ,
étoit le lieu qui lui plaifoit le plus. En
conféquence , vers minuit ( l'inftant après
fa mort ) le corps de Cromvvel , embaumé
& dans un cercueil de plomb , fut conduit
par Barkſtead & par fon fils dans la plaine
fufdite , au milieu de laquelle ils trouvèrent
une foffe déja faite d'environ neuf
pieds de profondeur , avec le gâfon fraîchement
coupé d'un côté & la terre de
l'autre ; dans laquelle , après avoir deſcendu
le cercueil , on rejetta la terre , & fur
laquelle on eut foin de rajufter afſez foigneufement
le gâfon pour dérober aux
paffans jufqu'aux foupçons que cette terre
eût été nouvellement remuée. On poufla
même ,
JUIN 1768.
même , peu de jours après , la précaution
au point de faire labourer entièrement la
plaine & de la faire enfemencer de froment
pendant trois ou quatre ans de fuite.
M.Barkstead rapporte encore beaucoup
d'autres circonstances trop longues à déduire
, & fur-tout la converfation intéreffante
qu'il eut depuis la reftauration
fur ce fujet avec le célèbre Duc de Buckingham
, &c,
N° 3.
En converfant fur cette déclaration de
Barkstead , avec le révérend M. Sen ... de
Q... & dont le père a réfidé long- temps
à Florence , en qualité de négociant , &
depuis en celle de Miniftre du Roi Char-
Les II; il m'a dit lui avoir ouï dire
que
ceux du parti de Cromvvel , qui s'étoient
fauvés dans ce pays - là après la reftauration
, lui avoient fouvent tenu des propos
relatifs à cette étonnante aventure.
Ces forcénés ( difoit - il ) s'étoient fouvent
vantés , en fa préfence , d'avoir concerté
& affuré leur vengeance contre
Charles premier auffi loin que la prévoyance
humaine pouvoit atteindre , en
le faifant décapiter , tandis qu'il vivoit
encore , & en rendant fes meilleurs amis
•
MERCURE DE FRANCE.
les exécuteurs du comble de l'ignominie
fur ce malheureux Prince après fa mort.
Après leur avoir demandé ( ajoutoit- il )
ce que fignifioit un tel propos , l'un d'eux
lui dit que Cromvvel & fes affidés , appréhendant
qu'au rétabliffement des Stuarts
fur le trône d'Angleterre , on n'infultât nonfeulement
à fa mémoire , mais même à fon
cadâvre , lui - même , ( Cromwel ) ainfi que
l'a déclaré Barkstead , avoit imaginé de fe
faire enterrer fecrettement dans la plaine
de Nafeby , tandis qu'un cercueil vuide
recevroit à Londres tous les honneurs funèbres
dus au Protecteur de la nation angloiſe,
& de placer quelque temps après dans ce
même cercueil , le corps du Roi décapité
( 3 ) , afin que fi quelque fentence infamante
étoit dans la fuite portée contre le
corps du Protecteur , toute l'ignominie ent
pût tomber fur celui du Roi même,
Qu'au rétabliffement de Charles II, par
ordre de la Chambre des Communes , la
tombe de Cromvvel fut brifée , le corps
(3 ) Mylord Clarendon même avoue qu'il n'egifte
aucune preuve que le corps de l'infortuné
Monarque ait été enterré , & qu'après la reftauration
, lorfque , par ordre du Roi Charles II , les
Lords Southampton & Lindſey furent chargés d'en
faire la recherche pour l'inhumer avec folemnité ,
on ne put jamais le trouver dans l'égliſe où l'an
difoit qu'il avoit été mis en terre.
JUIN 1768 .
tiré du cercueil , avec l'infcription mentionnée
dans le procès - verbal du Sergent ,
de-là porté à Tyburne , & ( à la grande
fatisfaction des conjurés ) pendu publiquement
à la vue d'une multitude immenſe
de fpectateurs , prefque infectés de la mauvaife
odeur qu'il exhaloit. Que le fecret
du changement des corps n'étant connu
que d'un petit nombre d'ennemis du feu
Roi , & les autres ne doutant pas que ce
ne fût en effet celui de Cromi vel que l'on
voyoit pendu , tout réuffiffoit au gré des
premiers ; lorfque la curiofité ayant conduit
quelques - uns des fpectateurs un peu
plus près du gibet , ils entrevirent , avec
horreur , des traits de reffemblance avec
quelqu'un qu'ils n'avoient pas crus devoir
rencontrer là ; & , qu'en ferrant la corde ,
on diftinguoit une forte couture autour
du col , au moyen de laquelle on fuppofoit
qu'immédiatement après le fupplice du
Roi , on avoit rejoint la tête au corps.
Qu'au moment où ce bruit fe répandit
tout bas , la foule des curieux vint à s'augmenter
, & qua'yant fait part à l'Officier
qui préfidoit à l'exécution des foupçons
qu'on avoit conçus , il fe hâta de dépêcher
un meffager pour informer la Cour de
la néceffité de prévenir un pius mût exa
Cij
52 MERCURE DE FRANCE,
men d'un fait dont les conféquences l'épouvantoient
lui - même. Sur quoi l'ordre
arriva bientôt après de dépendre le corps ,
& , fous prétexte de prévenir les fuires de
l'infection , de l'enterrer de nouveau,
Qu'il eft fur-tout à remarquer que ce
même corps , qui devoit être brûlé , ne lẹ
fur point, & qu'il eft peu probable que
cette dernière partie de la fentence n'eût
pas été exécutée fi l'on eût été tant foit
- peu peu convaincu que ce corps fût en effet
celui de Cromvvel.
Tel eft le rapport du révérend M. Sen ...
Refte à favoir fi l'on peut y compter. Ce
qu'il y a de fûr , c'eft que tous les enthoufiaftes
qui ont furvécu à Cromvvel fe font
fait gloire d'en atteſter la vérité jufqu'au
dernier inftant de leur vie.
J'ai l'honneur , & c ,
Londres , le 29 mars 1768 ,
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Résumé : SECONDE lettre (I) de M. V***, à Milady ***, concernant les funérailles de CROMWEL.
La lettre de M. V*** à Milady traite des funérailles d'Oliver Cromwell et des événements postérieurs à la restauration de la monarchie Stuart en Angleterre. Après la restauration, le sergent de la Chambre des Communes reçut l'ordre de récupérer le corps de Cromwell enterré à Westminster. Il découvrit une plaque de cuivre dorée sur le cercueil, conservée par M. Giffard, gendre du sergent. M. Barkstead, fils d'un régicide, révéla que Cromwell souhaitait être inhumé à Naseby, lieu de sa victoire la plus célèbre. Son corps y fut secrètement enterré, et des mesures furent prises pour dissimuler la tombe. Barkstead mentionna aussi des discussions avec le duc de Buckingham sur ce sujet. Le révérend M. Sen... rapporta que des partisans de Cromwell, réfugiés en Italie, avaient envisagé de venger Charles Ier en utilisant son corps pour protéger la mémoire de Cromwell. À la restauration de Charles II, le corps de Cromwell fut exhumé, transféré à Tyburn et pendu publiquement. La foule remarqua des traits de ressemblance avec une autre personne et une couture autour du cou, suggérant que la tête avait été réattachée. Des soupçons se propagèrent, incitant un officier à informer la cour. Un ordre fut donné de décrocher et de réenterrer le corps pour éviter toute infection. Le corps, destiné à être brûlé, ne le fut pas, renforçant les doutes sur son identité. Le révérend M. Sen... rapporta ces événements, bien que leur véracité complète reste incertaine. Les partisans de Cromwell affirmèrent la vérité de ces événements jusqu'à leur mort. Le document est daté du 29 mars 1768.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 53-54
SUR le tombeau du Cardinal DE FLEURY, fait par M. LEMOINE.
Début :
QUAND Praxitèle aux yeux d'Athène, [...]
Mots clefs :
Amour, Cardinal de Fleury, Jean-Baptiste Lemoyne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR le tombeau du Cardinal DE FLEURY, fait par M. LEMOINE.
SUR le tombeau du Cardinal DE FLEURY,
fait par M. LEMOÍNE .
Q
U AND Praxitèle aux yeux d'Athène ,
Offroit un chef d'oeuvre nouveau ,
La voix des arts , l'amour du beau
Rempliffoient l'air d'une chaleur foudaine ;
Et vous dormez , poëtes indolents !
Et votre oeil , dans un temple augufte ,
Par le génie & les talens ,
Voit redonner la vie à l'homme fage & jufte
Qui nous protégea fi long- temps ,
*
A ce miniftre humain , doux & fidèle ,
Que la patrie & Louis ont perdu !
Vous vous taifez quand Lemoine a paru ,
Quand , aux efforts de fa main immortelle,
L'effort de votre verve eft dû !
Eh quoi toujours la danfeufe ou l'actrice ,
Occuperont vos pinceaux libertins?
Toujours des foupirs de couliffe ,
Des Sultanes de publicains ,
Toujours l'amour gâté par l'artifice ,
Ou préfenté par l'avarice ,
Aux foupers de nos Arétins ?
1
Toujours chanter , toujours peindre le vice ?
C iij
54
MERCURE DE FRANCE.
Je ne reconnois plus les enfans des neuf Soeurs 3
Du plus fameux des lâches raviffeurs
Ils ont choifi la lyre foible & molle ,
Et leurs petits vers corrupteurs ,
Bleffant la décence & les moeurs ,
Ont quelque Hélene pour idôle.
La gloire pour eux fans appas.
Eft fans doute un être frivole ;
La gloire n'eft jamais où la vertu n'eft pas.
Par M. BRet.
fait par M. LEMOÍNE .
Q
U AND Praxitèle aux yeux d'Athène ,
Offroit un chef d'oeuvre nouveau ,
La voix des arts , l'amour du beau
Rempliffoient l'air d'une chaleur foudaine ;
Et vous dormez , poëtes indolents !
Et votre oeil , dans un temple augufte ,
Par le génie & les talens ,
Voit redonner la vie à l'homme fage & jufte
Qui nous protégea fi long- temps ,
*
A ce miniftre humain , doux & fidèle ,
Que la patrie & Louis ont perdu !
Vous vous taifez quand Lemoine a paru ,
Quand , aux efforts de fa main immortelle,
L'effort de votre verve eft dû !
Eh quoi toujours la danfeufe ou l'actrice ,
Occuperont vos pinceaux libertins?
Toujours des foupirs de couliffe ,
Des Sultanes de publicains ,
Toujours l'amour gâté par l'artifice ,
Ou préfenté par l'avarice ,
Aux foupers de nos Arétins ?
1
Toujours chanter , toujours peindre le vice ?
C iij
54
MERCURE DE FRANCE.
Je ne reconnois plus les enfans des neuf Soeurs 3
Du plus fameux des lâches raviffeurs
Ils ont choifi la lyre foible & molle ,
Et leurs petits vers corrupteurs ,
Bleffant la décence & les moeurs ,
Ont quelque Hélene pour idôle.
La gloire pour eux fans appas.
Eft fans doute un être frivole ;
La gloire n'eft jamais où la vertu n'eft pas.
Par M. BRet.
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Résumé : SUR le tombeau du Cardinal DE FLEURY, fait par M. LEMOINE.
L'épitaphe dédiée au Cardinal de Fleury, écrite par M. Lemoîne, critique les poètes contemporains pour leur manque d'inspiration et leur indifférence face à la mort du cardinal. Le poète reproche aux artistes de privilégier des sujets frivoles tels que des danseuses ou des actrices plutôt que des figures respectables. Il déplore l'abandon de la véritable inspiration et de la vertu par les poètes modernes, qui produisent des œuvres indécentes et immorales. Le texte souligne que la vraie gloire est intrinsèquement liée à la vertu, affirmant que la gloire authentique ne peut exister sans elle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 54
EPIGRAMME contre une Dame assez jolie, mais sans esprit, qui appuyoit sa main sur la tête de M. l'Abbé DE LAT.... connu par ses poésies charmantes.
Début :
PAR son esprit, comme par sa figure, [...]
Mots clefs :
Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME contre une Dame assez jolie, mais sans esprit, qui appuyoit sa main sur la tête de M. l'Abbé DE LAT.... connu par ses poésies charmantes.
EPIGRAMME contre une Dame affezjolie ,
mais fans efprit , qui appuyoit ſa main
fur la tête de M. l'Abbé DE LAT.....
connu par fes poéfies charmantes.
PAR
AR fon efprit , comme par la figure ;
La jeune Eglé brille à la fois ;
Car à préfent , je vous le jare ,
Elle en a jufqu'au bout des doigts :
JOREL DE SAINT-BRICE , Garde di
Roi , Compagnie de Beauvau.
mais fans efprit , qui appuyoit ſa main
fur la tête de M. l'Abbé DE LAT.....
connu par fes poéfies charmantes.
PAR
AR fon efprit , comme par la figure ;
La jeune Eglé brille à la fois ;
Car à préfent , je vous le jare ,
Elle en a jufqu'au bout des doigts :
JOREL DE SAINT-BRICE , Garde di
Roi , Compagnie de Beauvau.
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18
p. 55-56
LE RETOUR DU PRINTEMPS. IDYLLE.
Début :
Un jour plus beau, plus pur, luit sur notre hémisphère. [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Charmes, Printemps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE RETOUR DU PRINTEMPS. IDYLLE.
LE RETOUR DU PRINTEMPS *.
IDYLLE.
Un jour plus beau , plus pur , lạit fur notre
hémisphère.
Le foleil a paru , les aquilons fougueux
Sont rentrés dans le fond de leurs cachots affreux ;
Et les neiges ont fui dans le fein de la terre
Pour le dérober à fes feux.
Déja commence à naître une faiſon plus douce ;
Le triſte hiver n'eſt plus : voyez croître la mouſſe
Où tant d'amans feront heureux .
Tout le tair ; zéphir ſeul murmure ;
La craintive Dryade a mis fin à fes pleurs :
Les champs , fe couvrent de verdure ,
Et les arbres déja font couronnés de fleurs .
C'est le réveil de la nature.
Sur le bord d'un ruiffeau , dont l'onde claire &
pure
Réfléchit à la fois mille objets enchanteurs ,
Flore , avec un fouris , détache fa ceinture ,
Et fon volage époux vient ravir les faveurs.
Sur le gâfon naiffant les Grâces demi- nues ,
L'Amour , les Plaifirs féducteurs ,
Vénus , les Jeux , les Ris, des Nymphes ingénues ;
Imité de l'ode d'Horace diffugere nives , &c
C iv
16 MERCURE DE FRANCE.
D'un pied léger danfent en choeurs .
Quel ſpectacle riant ! qu'il a pour moi de charmes !
Quels momens ! qu'ils ont de douceurs !
pleurs du fentiment ! .. délicieufes larmes !
Vous effacez tous mes malheurs.
Coulez , coulez , la fource en eſt chérie.
Charmes heureux , charmes puiflans ,
Fortifiez mon âme abattue & Alétrie ;
Régnez à jamais fur mes fens.
S'il eft peu de plaifirs folides ,
Pour une âme fenfible , il eft d'heureux inftans s
Il eft des plaifirs purs , délicats , mais rapides :
C'eſt le zéphir , c'eft Flore & les charmes nailfans.
Tout n'eft ici qu'illufion , menſonge ;
Tour n'eft qu'erreur , & la vie eft un fonge.
Heureux encor le mortel qu'il féduit ! ..
Voyez les faifons les plus belles....
Devant l'été le printemps fuit ,
L'automne vient , l'hiver le fuit.
Jouiffons ; le temps a des ailes .
Mais l'aftre de la nuit , par fon rapide cours
Ramène des faifons nouvelles :
Et nous , foibles humains , nous mourons pour
toujours !
Ufons des derniers traits d'une foible lumière ;
Pourfuivons le bonheur fur l'aile des plaifirs
Si nous tombons dans la carrière ,
Si nos efforts font vains ; que les rendres defirs ,
Que l'espérance encor ferme notre paupière.
Par M. DROBECQ.
IDYLLE.
Un jour plus beau , plus pur , lạit fur notre
hémisphère.
Le foleil a paru , les aquilons fougueux
Sont rentrés dans le fond de leurs cachots affreux ;
Et les neiges ont fui dans le fein de la terre
Pour le dérober à fes feux.
Déja commence à naître une faiſon plus douce ;
Le triſte hiver n'eſt plus : voyez croître la mouſſe
Où tant d'amans feront heureux .
Tout le tair ; zéphir ſeul murmure ;
La craintive Dryade a mis fin à fes pleurs :
Les champs , fe couvrent de verdure ,
Et les arbres déja font couronnés de fleurs .
C'est le réveil de la nature.
Sur le bord d'un ruiffeau , dont l'onde claire &
pure
Réfléchit à la fois mille objets enchanteurs ,
Flore , avec un fouris , détache fa ceinture ,
Et fon volage époux vient ravir les faveurs.
Sur le gâfon naiffant les Grâces demi- nues ,
L'Amour , les Plaifirs féducteurs ,
Vénus , les Jeux , les Ris, des Nymphes ingénues ;
Imité de l'ode d'Horace diffugere nives , &c
C iv
16 MERCURE DE FRANCE.
D'un pied léger danfent en choeurs .
Quel ſpectacle riant ! qu'il a pour moi de charmes !
Quels momens ! qu'ils ont de douceurs !
pleurs du fentiment ! .. délicieufes larmes !
Vous effacez tous mes malheurs.
Coulez , coulez , la fource en eſt chérie.
Charmes heureux , charmes puiflans ,
Fortifiez mon âme abattue & Alétrie ;
Régnez à jamais fur mes fens.
S'il eft peu de plaifirs folides ,
Pour une âme fenfible , il eft d'heureux inftans s
Il eft des plaifirs purs , délicats , mais rapides :
C'eſt le zéphir , c'eft Flore & les charmes nailfans.
Tout n'eft ici qu'illufion , menſonge ;
Tour n'eft qu'erreur , & la vie eft un fonge.
Heureux encor le mortel qu'il féduit ! ..
Voyez les faifons les plus belles....
Devant l'été le printemps fuit ,
L'automne vient , l'hiver le fuit.
Jouiffons ; le temps a des ailes .
Mais l'aftre de la nuit , par fon rapide cours
Ramène des faifons nouvelles :
Et nous , foibles humains , nous mourons pour
toujours !
Ufons des derniers traits d'une foible lumière ;
Pourfuivons le bonheur fur l'aile des plaifirs
Si nous tombons dans la carrière ,
Si nos efforts font vains ; que les rendres defirs ,
Que l'espérance encor ferme notre paupière.
Par M. DROBECQ.
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Résumé : LE RETOUR DU PRINTEMPS. IDYLLE.
Le poème 'Le Retour du Printemps' célèbre l'arrivée du printemps après un hiver sévère. Le soleil revient, les vents froids s'apaisent, et les neiges fondent. La nature se métamorphose : la mousse repousse, les champs reverdissent, et les arbres fleurissent. Les divinités Flore, Zéphyr et Vénus symbolisent cette renaissance. Le poète exprime sa joie et son admiration pour ce spectacle, y trouvant réconfort et plaisir. Toutefois, il souligne l'éphémérité de ces moments heureux, comparant la vie à un songe illusoire. Il encourage à savourer les plaisirs éphémères avant le retour de la nuit et de la mort. Le poème se termine par une acceptation stoïque de la brièveté de la vie et de l'importance de jouir des instants de bonheur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 57
QUATRAIN.
Début :
AVOIR à ses côtés une épouse fidèle, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRAIN.
QUATRAIN.
VOIR à les côtés une époufe fidèle ,
De toutes les vertus le plus parfait modèle ;
C'eſt un bien précieux , & plus rare que l'or.
Tout le trouve à Paris ; cherchiez - y ce tréfor .
Par M. DESV AUX DUMOUSTIERS , Garde
du Corps , Compagnie de Noailles .
VOIR à les côtés une époufe fidèle ,
De toutes les vertus le plus parfait modèle ;
C'eſt un bien précieux , & plus rare que l'or.
Tout le trouve à Paris ; cherchiez - y ce tréfor .
Par M. DESV AUX DUMOUSTIERS , Garde
du Corps , Compagnie de Noailles .
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20
p. 57-84
ELGARROTE masbiendado, y Alcalde de Zalamea. Le Tourniquet bien appliqué, & le Juge de Zalamea, comédie de CALDERON.
Début :
CETTE singulière comédie a un fondement historique, & le fait qui y a donné [...]
Mots clefs :
Comédie, Dieu, Capitaine, Honneur, Père, Fille, Sergent, Soldat, Procès, Prisonnier, Juge, Roi, Justice, Épée, Village
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELGARROTE masbiendado, y Alcalde de Zalamea. Le Tourniquet bien appliqué, & le Juge de Zalamea, comédie de CALDERON.
ELGARROTE * masbiendado , y Alcalde
de Zalamea. Le Tourniquet bien appli
qué , & le Juge de Zalamea , comédie
de CALDERON.
CETTE ETTE fingulière comédie a un fondement
hiftorique , & le fait qui y a donné
lieu eft très - réel . Elle peint , avec une
vérité frappante , les moeurs & les préjugés
des perfonnages qui y font introduits. On
y voit au naturel le caractère d'un brave
* Garrote fignifie carcan. C'eſt un genre de fupplice
particulier qui n'eft pas très- cruel , parce
qu'il est très- court. On fait affeoir le patient far
une chaife , on lui met au cou'un carcan , au devant
duquel il y a intérieurement un bouton qui avance
fur le noeud de la gorge. Avec un tourniquet on
ferre le carcan , & le patient eft étranglé fans
douleur & fur le champ.
€ v
18 MERCURE DE FRANCE.
1
& franc guerrier qui commande un corps
de troupe , la licence que fe promet fouvent
un Officier fubalterne avec les gens
du peuple , les mifères du Soldat , les abus
qui les augmentent , la gaieté qui le confole
, l'efprit de libertinage & les tours de
fubtilité qui lui font trouver des charmes
dans ce pénible efclavage. Mais , ce qui
intéreffe le plus dans ce tableau , ce font
les fentimens élevés & la conduite ferme
& hardie d'un fimple laboureur qui venge
avec une intrépidité héroïque fon honneur
offenfé , fans être retenu par aucun égard
ni aucune crainte .
La fcène s'ouvre par une marche de
foldats. Il y en a un qui fe diftingue particulièrement
par fes murmures , auxquels
toute la troupe applaudit. Patience , lui
dit un camarade , toutes nos fatigues vont
s'oublier dès que nous ferons au gîte. De
quoi cela me foulagera - t il , reprend le
raiſonneur , fi je créve avant d'y arriver ?
& quand j'y arriverois en vie , Dieu fair
encore fi on nous y logera. N'avons nous
pas nos conducteurs auxquels les Mayeurs
& Syndics vont propofer de nous faire
paffer outre en offrant quelque rafraîchif
fement ? On leur répondra d'abord que
cela eft impoffible , & que la troupe eft
rendue ; mais files manans ont de l'argent,
d'un feul mot, marche , on nous fera obéir
JUIN 1768. ༨༡
à l'inftant. Pour moi , fi cela arrive , je
jure qu'on partira fans moi . Je fais déja
comme on déferte. Mais je fais auffi
reprend le camarade , que cette petite fantaifie
coûte la vie à un malheureux foldat
, fur- tout fous les ordres du général
qui nous commande ; car fi Don Lope de
Figueroa paffe pour vaillant & grand capitaine
, il a auffi la réputation d'être le plus
emporté , le plus impitoyable , & le plus
étrange blafphémateur de toute l'armée ;
& , pour la difcipline , il fera périr fon
meilleur ami fans nulle forme de procès.
C'est moins moi que je plains , répart le
mutin , que cette pauvre femme qui me
fuit. La bonne créature prend la parole ,
& dit qu'elle fouffre volontiers ; elle conte
tous les facrifices qu'elle a faits pour vivre
avec fon cher foldat. Cela lui attire beaucoup
d'éloges ; on crie viva La Chifpa , &
infenfiblement on oublie le mal dont on
fe plaignoit , on chante , on fait chorus
& on arrive
ད
Le Capitaine de la compagnie vint annoncer
à fes foldats qu'il y a apparence
qu'on paffera plufieurs jours à Zalamea
& tout le monde s'en réjouir. Il demande
à fon Sergent , qui vient du logement ,
où eft fon billet. Vous êtes , dit le Sergent
, chez l'habitant le plus riche du lieu
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& qui , outre cela , a la plus belle fille du
pays. Bon , dit le Capitaine , ne fera - ce
pas toujours une payfanne glorieufe avec
des mains & des pieds effroyables . Pour
moi , à moins que je ne voie de la parure
& de l'élégance , je ne crois pas être avec
une femme. On lui dit auffi que le père
eft le plus vain & le plus préfomptueux
des hommes. La vanité , dit le Capitaine ,
eft toujours l'apanage d'un manant riche .
Leur converfation eft interrompue par
l'arrivée d'une figure de Don - Quichote.
C'est un perfonnage très - peu intéreffant ;
un gentilhomme ridicule , amoureux de
la fille du laboureur , ouplutôt de les écus ,
car il meurt de faim à la lettre . Il ne
parle que de la belle généalogie en or &
azur que lui a laiffée fon père. Il auroit
dû , dit fon valet , vous laiffer plus d'or
& moins de parchemin,
Au refte , reprend le perfonnage , je
n'ai pas grande obligation à ce père de
m'avoir fait gentilhomme , car s'il n'eût
pas été noble il n'eût pas
été mon père,
& je me ferois bien gardé de me laiffer
engendrer par un roturier. La converfation
continue fur ce ton jufqu'à ce que
fon Ifabelle paroiffe à fa fenêtre. Elle le
traite fort mal & fe moque de lui. Il fe
retire en voyant arriver Pedro Crespo ,
père de fa Dame. Ce vieillard murmure ,
"
JUIN 1768 .
en entrant , de trouver toujours cette figure
de tapillerie à fa porte . Juan , fon fils ,
arrive d'un autre côté & fe fâche de même
contre ce revenant perpétuel . Ce jeune
homme eft un petit mutin qui promet fort
de reffembler un jour à fon père. L'un &
l'autre fe diffimulent ce qui vient de les
choquer , & ils ne fe parlent que de leurs
Occupations. Crespo conte qu'il vient des
champs , & qu'il eft très-content de fes
troupeaux & de fes moiffons. Et toi ,
Juan , dit-il à fon fils , d'où viens-tu ?
Juan. Je vous facherai peut être en vous
le difant. J'ai joué à la paume , & perdu
deux parties.
Crefpo. Il n'y a pas grand mal fi tu as payć.
Juan. Je n'ai pas payé , faute d'argent ,
& je venois même vous en demander.
Crefpo. Avant tout , écoute ce que j'ai
à te dire. Ne t'engage de ta vie qu'à ce
que tu es fûr de pouvoir faire , & ne joue
jamais plus d'argent que tu n'en as , de
peur de rifquer ta renommée fi tu ne pouvois
pas remplir tes obligations .
Juan. Le confeil eft comme venant de
vous ; & , pour vous marquer combien
j'en fais cas , je le paierai par un autre.
Ne donnez jamais d'avis à un homme qui
vous demande de l'argent .
Crefpo. Tu m'as rendu le change.
Ils font interrompus par le Sergent qui
61 MERCURE DE FRANCE.
leur annonce que Don Alvaro de Atayde,
fon Capitaine , doit loger chez eux. Crefpo
offre tout ce qui eft dans fa maiſon . Juan
lui fait reproche de ce qu'étant riche , ik
n'achete pas un privilége pour s'exempter
de ces charges.
Crefpo. Dis-moi de bonne foi , Juan ,
quelqu'un ignore- t- il que je ne fuis qu'un
payfan ? Quand j'acheterai de la nobleſſe
ferai-je noble pour cela ? Il m'en coûtera
cinq ou fix mille, réaux , c'eſt de bon argent,
& je n'aurai pas acquis de l'honneur ,
car il ne fe vend point. Qu'un homme
qu'on a vu chauve route fa vie , mette une
perruque , on dira qu'il eft bien coeffé.
Mais qu'y gagnera - t - il ? Quoiqu'on ne
voie pas fa tête pelée , chacun ne fait- il
pas qu'il n'a pas un cheveu à lui ?
Juan. Il y gagnera de mettre fa tête à
couvert du foleil , du vent & de la pluie.
Crefpo. Je ne veux point d'un honneur
précaire. Je veux demeurer ce que je fuis
& ce qu'ont été avant moi mes pères.
Il fait defcendre fa fille & lui annonce
que des troupes vont loger dans le village,
& qu'il aura chez lui un Capitaine. Il lui
ordonne de fe retirer dans un grenier pen
dant leur féjour . Je venois , dit - elle , mon
père , vous demander la permiffion de m'y
renfermer avec Inès , ma couline.
Apeine eft- elle rentrée que le Capitaine
JUIN 1768.
furvient ; le père & le fils lui font de grands
complimens qu'il reçoit avec civilité , mais
avec hauteur . Ils le laiffent avec fon Sergent.
Hé bien , dit l'Officier , as-tu vu la
payſanne ?
Le Sergent. J'ai parcouru toutes les
chambres & la cuifine , fans la trouver.
Une fervante m'a dit qu'elle eft cachée
dans les greniers , d'où elle ne deſcendra
pas , parce que le vieillard eft fort jaloux.
Don Alvar. Si je l'avois rencontrée tout
fimplement , je n'y aurois fait nulle attention
; mais précisément parce qu'on me la
cache , vive Dieu ! je veux pénétrer où elle
eft. Il faudroit , dit le Sergent , trouver un
prétexte pour y entrer fans donner de
foupçon.
Sur ces entrefaites le Soldat harangueur,
avec fa Chifpa , fe préfentent. Ils viennent
demander à Don Alvar le privilége
du jeu . Le Capitaine trouve cette occafion
merveilleufe. Il dit à Rebolledo ( c'eſt le
Soldat ) qu'il veut entrer , fur quelque mo
tif plausible , dans une chambre haute de
la maifon ; qu'il faut qu'il feigne de lui
manquer de reſpect , qu'il le menacera de
fon côté , qu'il fuira au grenier où il le
fuivra. La fcène fe joue fur le champ , le
Soldat fait l'infolent , le Capitaine tire
l'épée & le pourſuit.
64 MERCURE DE FRANCE .
On voit entrer le Soldat hors d'haleine
dans la retraite où font les femmes. Le
Capitaine & le Sergent furviennent , elles
prient pour le prétendu coupable , & obtiennent
fa grace. Pedro Crefpe & Juan
patoiffent l'épée à la main. Ils ont entendu
le bruit de la querelle & fu que le Capitaine
court après un Soldat.
Crefpo . Qu'eft ceci , Seigneur Cavalier ?
quand je vous crois occupé à tuer un
homme , je vous trouve à courtifer une
femme ! Alvar répond qu'il fait ce qu'il
doit au fexe , & qu'il a facrifié fon reffentiment
à cette Dame.
Crefpo. Ce n'est point une Dame : c'eſt
ma fille.
Juan. Tout ceci n'eft , vive Dieu ! qu'une
rufe pour vous introduire ici. Je fuis piqué
de ce que vous croyez me tromper . Il n'en
eft pardieu rien , & vous pourriez , Seigneur
Capitaine , payer autrement les
offres de fervice de mon père , & lui épargner
cette offenfe.
Crefpo. De quoi vous mêlez - vous , petit
garçon Si ce Soldat l'a mis en colère
pourquoi ne l'auroit- il pas pourfuivi ? Sei
gneur , ma fille vous eft obligée de votre
attention pour elle.
Don Alvar à Juan. Je n'ai fans de te
eu aucune autre raifon. Songez mieux à
ce que vous dites.
JULN 1768. 69
Juan. J'y fonge très - bien .
Alvar. Si votre père n'étoit
pas là , petit
garçon , je vous traiterois comme vous
méritez.
Crefpo . Doucement, Seigneur Capitaine.
Je puis parler à mon fils comme il me
plaît , mais non pas vous.
Juan. Je puis tout fouffrir de mon père ,
mais rien d'un autre.
Alvar. Et que feriez - vous ?
Juan. Je perdrois la vie plutôt que de
fouffrir un affront.
Alvar. Un payfan fe piquer d'honneur !
Juan. Autant que vous ; il n'y auroit
pas de Capitaines s'il n'y avoit
laboureurs.
da
pas de
Il met
Alvar. Ah , c'en eft trop.
l'épée à la main , Juan en fait de même ,
& Crespo tire la fienne pour les féparer ;
on crie à la garde , & le Général furvient.
Qu'est ceci ? dit - il. La première chofe
que je rencontre ici c'est une bataille ?
Parlez , qu'eft- il arrivé ? Répondez donc ,
vive Dieu hommes , femines , je vais
tour jenter par les fenêtres . N'ai - je pas
affez de la douleur que me fait fouffrir,
ma diable de jambe , fans que vous m'impatientiez
encore par votre filence.
On eft obligé de lui dire le fujet de la
querelle. Où eft le Soldat ? dit - il . Qu'on
66 MERCURE DE FRANCE.
lui donne fur le champ l'eftrapade. Alvar
prie tout bas le Soldat de fe taire , & lui
promet de le fauver. Je n'en ferai tien
s'écrie le malheureux . Je ne veux pas être
eftropié pour vous. Il conte alors la choſe
comme elle eft. Vous voyez , dit Crefpo
fi nous avions raifon. Il n'y en a point de
bonne , répond Don Lope , pour expofer
tout un village à fa ruine.
Il fait fur l'heure battre un ban , &
publier ordre à tous les Soldats de fe rendre
au corps de- garde , & défenfe d'en
fortir de tout le jour , fous peine de la vie ,
puis il ordonne au Capitaine d'aller à
l'inftant fe pourvoir d'un autre logement ,
& prend lui-même le fien chez Crefpo.
Chacun obéit , & Crespo , après avoir fait
rentrer les femmes , refte avec le Général.
Crefpo. Je vous rends graces , Seigneur ,
de m'avoir fauvé l'occafion de me perdre.
Lope. A quel propos dites - vous que
vous vous feriez perdu ?
Crefpo. En ôtant la vie à quiconque
m'eût outragé.
Don Lope. Comment , vive Dieu ! favez-
vous que vous aviez affaire à un Capitaine
?
Crefpo. Fût- ce un Général même , vive
Dieu je le tuerois s'il attaquoit mon
honneur.
JUIN 1768. 67
Lope. Je jure le ciel que je ferai pendre
le premier qui ofera toucher un Soldat.
Crefpo. Je jure le ciel d'étrangler moimême
qui ofera me faire le moindre outrage.
Lope. Mais favez- vous
que n'étant que
ce que vous êtes , vous êtes obligé de -fouffrir
des gens de guerre ?
Crefpo. Oui , dans mes facultés , mais
non dans mon honneur. On doit au Roi
fa vie & fes biens ; mais l'honneur eft le
patrimoine de l'âme , & l'âme n'eft fujette
qu'à Dieu.
Lope. Je crois , vive Dieu ! que vous
avez raiſon !
Crefpo. Oui , vive Dieu ! & je l'ai toujours
eu .
Lope. J'arrive ici bien fatigué , & le
diable m'a donné une maudite jambe qui
a befoin de repos.
Crefpo. Qui vous dit le contraire ? le
diable m'a donné un lit , vous n'avez qu'à
Vous y mettre .
Lope. Et vous l'a-t- il donné tout fait , ce lit?
Crefpo. Oui , par Dieu !
Lope. Hé bien je vais , par Dieu ! le dé
faire , car je fuis , vive Dieu , bien las.
Crefpo. Hé , vive Dieu ! délaffez - vous.
68 MERCURE DE FRANCE.
Lope s'en allant. Le manant eft têtu !
il jure par Dieu ! comme moi .
Crefpo. Le Don Lope eft revêche ! nous
aurons maille à partir enfemble.
Le fantôme extravagant & amoureux
ouvre le fecond acte avec fon valet ;
mais nous laifferons ce perfonnage affez
inutile. Le Capitaine & fon Sergent repa
roiffent, & s'entretiennent de la difficulté
de voir Ifabelle. Alvar veut lui donner.
une férénade , & ils vont tout difpofer.
Rebolledo & la Chifpa doivent en être les
principaux acteurs.
Crespo fait fervir à fouper dans un cabinet
qui donne fur un jardin , qui fait
dit- il , l'amuſement de fa fille. Lope l'invite
à s'affeoir près de lui , il obéit après
s'en être défendu.
Lope. Savez - vous que la colère vous
met quelquefois hors de vous - même ?
Crefpo. Elle ne me fait jamais perdre le
jugement.
Lope. Comment donc hier , vous êtesvous
affis fans que je vous le dife ? & encore
à la premiere place !
Crefpo. C'est parce que vous ne me le
difiez pas , & aujourd'hui que vous me le
dites , je m'en abftiendrois volontiers. Je
fais rendre l'honneur qu'on me fait.
JUIN 1768, 69
Lope. Mais hier , vous ne faifiez que
jurer & vous emporter , & aujourd'hui
je vous trouve doux & pailible.
Crefpo. Seigneur , je prends toujours le
ton des gens avec qui je traite. Hier vous
ne parliez que par imprécations , & je vous
répondois de même. J'ai pour principe de
jurer avec celui qui jure , & de prier avec
celui qui prie. Je pouffe cela fi loin , que
parce qu'hier vous vous plaigniez d'une
jambe , j'en ai fenti une douleur qui m'a
empêché de dormir toute la nuit ; & parce
que je n'ai pas fu laquelle vous faifoir
mal , j'en avois à toutes les deux . Ditesmoi
, par charité , quelle eft la mauvaiſe ,
afin que je ne fouffre que d'un côté.
Lope . Ai-je tort de me plaindre ? Il y
a plus de trente ans que ce mal me prit
en Flandre , caufé par l'outrage des faifons
, les veilles & les fatigues , fans que
j'aie eu depuis ce tems une heure de repos.
Crefpo. Dieu vous donne patience!
Lope. Eft-ce que je la demande ?
Crefpo, Hé bien , qu'il ne vous la donne
pas.
Lope. Que cent mille diables emportent
la patience , & moi avec !
Crefpo, Amen. S'ils ne le font pas , c'eſt
de peur de bien faire,
70
MERCURE DE FRANCE.
Lope. Hai , hai ! Jéfus , mille fois !
Crefpo. Qu'il foit avec vous & moi.
Lope. Vive Dieu ! la douleur m'extermine.
Crefpo. Vive Dieu ! J'en fuis faché.
Il fait defcendre fa fille pour fouper
avec le Général . Si tous les Officiers étoient
comme vous, lui dit- il , je voudrois qu'elle
fût la premiere à les fervir.
Le Général admire fa rufe & fa prudence.
Tandis qu'ils font à table , on entend
la férénade . Lope diffimule fon mécontentement
de ce manque de refpect. il
faut , dit- il tout haut , paffer ces gaîtés au
foldat , elles lui font fupporter les dégoûts
de fon état. Juan trouve que c'eft un métier
fort agréable. En êtes - vous tenté ?
dit Løpe. De grand coeur , répondit Juan ,
fi vous m'accordiez votre protection .
Cependant on jette une pierre contre
la fenêtre , & le nom d'Ifabelle eft prononcé
par la mufique . Lope eft indigné ,
& le cache à caufe de Crespo , qui , de
fon côté , cache fon dépit à caufe de Don
Lope. Juan fe lève & va fourdement fe
faifir d'une rondache qu'il a vu fufpendue
dans la chambre du Général.
Les chants recommencent , & répétent
le nom d'Isabelle . Elle déplore fon fort
d'être expoſée à ces entreprifes, Lope ne
JUIN 1768. 71
peut y tenir , il fe lève en fureur & renverfe
la table. Crespo fe lève de même &
renverſe fa chaife.
Lope. La douleur que me fait cette
jambe diabolique m'a caufé cette impatience.
Crefpo. La même raifon m'a fait lever
fi brufquement,
Lope. J'ai cru que vous en aviez quelqu'autre
, quand je vous ai vu jetter cette
chaife .
je Crefpo . Vous aviez jetté la table ,
n'ai pas trouvé autre chofe fous ma main,
Lope. Je ne puis fouper , je vais me
retirer, mon hôte.
Crefpo. A la bonne heure.
Lope , bas. N'ai - je pas une rondache
dans ma chambre ?
Crefpo , bas. N'ai - je pas une fortie par
la baffe- cour ?
Lope. Bon foir,
Crefpo . Bonne nuit. ( J'enfermerai mes
enfans par dehors. )
Il envoie coucher fon fils , & tandis
que les donneurs de férénade font dans
la rue à galantifer , Lope fort d'un côté ,
& Crefpo d'un autre. Ils mettent la mufique
en déroute & reftent feuls , & fe croyant
réciproquement les auteurs de la fête , ils
s'attaquent & fe battent avec une adreſſe
72 MERCURE DE FRANCE.
& une vigueur égale , & s'étonnent l'un
de l'autre, Juan fort auffi l'épée à la main ,
ils parlent & fe reconnoiffent. Le Capitaine
, piqué de l'affront , revient avec un
renfort de foldats , & eft fort étonné de
trouver là le Général. Il s'excufe , & feint
d'être venu au bruit pour appaifer le
tumulte . Lope lui cache fes foupçons , mais
lui ordonne de fe mettre en marche fur le
champ avec fa compagnie , & de fortir de
Zalamea. Il rentre avec fes hôtes .
Le Capitaine , piqué au jeu , veut abſolument
revoir Ifabelle. Rebolledo lui apprend
qu'il a un efpion de moins , & que
Juan a obtenu de fon père la permiflion
de fuivre Don Lope à l'armée.
Le Général fe difpofe à partir. Il prend
congé de fon hôte , & lui promet d'avoir
foin de fon fils. Il fait préfent d'un diamant
à Ifabelle. Juan vient l'avertir que
fa litière eft prête,
Lope. Adieu , mon cher hôte ,
Crefpo. Qu'il vous conduife.
Lope. Ha ! bon Pedro Crefpo !
Crefpo. Ha vaillant Don Lope !
Lope. Qui eût dit , à notre première
entrevue , que nous deviendrions amis
pour la vie !
Crefpo. Moi , Seigneur , je l'euffe prédit
fi je vous eulle connu pour un....
Lope ,
JUIN 1768. 73.
Lope , s'en allant. Achevez , allez , ne
Yous gênez pas.
Crefpo. Pour un fou d'une auffi bonne
pâte.
Il donne à fon fils des confeils fort
fages & fort prolixes , & enfuite fa bénédiction
, & le laiffe fuivre le Général.
Il reste avec fa fille à prendre le frais
hors de fa maifon fur une banquette. Don
Alvar , le Sergent , Rebolledo, La Chifpa,
& d'autres Soldats s'approchent à la faveur
de l'obfcurité , faififfent Ifabelle , & l'emmènent
malgré fes cris. Crefpo demande
une épée , & Inès lui en apporte une. Le
Sergent lui dit que la réfiftance eft vaine
contre tant de monde. Rien ne l'arrête ,
il veut les attaquer , & tombe. Tuez- le ,
s'écrie Rebolledo. Non , dir le Sergent , il
y
auroit de la barbarie à lui ôter l'honneur
& la vie. Emmenons-le & attachons-le
quelque part dans la montagne. On l'y
entraîne malgré les cris .
Ifabelle , en pleurs , commence le troifième
acte. On peut imaginer le fujet de
fes longues plaintes. Elle entend les gémiffemens
d'un homme ; c'eft fon père
lié qui demande du fecours. Elle n'oſe le
mettre en liberté avant d'avoir conté fes
malheurs elle veut bien mourir de fa
main, mais après qu'il aura entendu fa
Ꭰ
4744 MERCURE DE FRANCE.
juftification. Ils s'attendriffent , & pleurent
enfemble. Elle brife fes liens , & lui
conte que l'indigne Alvara triomphé d'elle
par la force , & qu'au point du jour ſes
eris ont attiré un paffant qu'elle a reconnu
pour fon frère ; qu'ayant appris fon malheur
, il a attaque & bleffé dans l'inftant
le Capitaine , & s'eft fauvé en voyant des
Soldats qui venoient à fon fecours ; qu'on
a relevé le raviffeur & qu'on l'a ramené
à Zalamea pour le faire panfer. Crefpo la
confole ; ils retournent enfemble à leur
maifon. Le plus court pour Alvar , dit
Crespo , eft de mourir de ſa bleſſure , car
s'il en réchappe , je n'aurai jamais de
repos que je ne lui aie donnné la mort.
L
En approchant du village il eft rencon
tré par le Greffier de la communauté , qui
le cherche pour lui annoncer qu'il vient
d'être élu Alcade , & dans une occafion
bien glorieufe & bien heureufet
pour deux
objets bien intéreffans. L'un eft l'arrivée du
Roi qui doit venir le jour même à Zalamea
, & l'autre eft , qu'on vient d'amener
dans le bourg un Capitaine bleffé fans
qu'on fache par qui , & que c'eſt la
matière d'une information , & d'une caufe
de grande importance. Crespo remercie le
Ciel de l'occafion qu'il lui offre de venger
fon honneur. Sa fille rentre dans fa
JUIN 1768. 75
maifon , & il va avec le Greffier à la falle
du confeil , où il doit recevoir la baguette
& l'autorité de Juge.
On voit le Capitaine bleffé ; il fe plaint
de ce qu'on l'a ramené à Zalamea. Son
Sergent s'excufe fur le befoin qu'il avoit
d'être fecouru. Cependant Alvar , qui fe
trouve mieux , fonge à partir , lorfque la
Juftice arrive. Il s'en met peu en peine
mais fa furpriſe eft grande de voir Crespo ,
avec les marques de fon autorité , qui fait
occuper toutes les avenues. Soit que vous
foyez Juge depuis hier , lui dit- il , ou plus
anciennement , fachez que je n'ai rien à
démêler avec vous. Ne vous échauffez
pas , Seigneur , lui dit Crefpo. Je viens ,
avec votre permiffion , faire quelques diligences
fur une matière importante ; & je
vous prie de m'écouter fans témoins. Le
Capitaine fait fortir fon monde , & Crefpo
en ufe de même .
Crefpo. Je me fuis fervi de mon autorité
pour vous obliger à m'entendre , à
préfent je la mets à part pour vous parler
en fimple particulier ( Ilquittefa baguette ) .
A préfent , dit-il , parlons à coeur ouvert.
14 lui étale au long fes fentimens , fes richeffes
, l'honnêteté de fa fille , & emploie
toute fon éloquence pour lui perfuader de
réparer fon honneur. Vos enfans , ajoute-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
t-il , profiteront de mes biens , & ce qu'ils
perdront de nobleffe de mon côté fera
bien réparé par celle qu'ils tiendront de
vous. Une action fi équitable ne peut faire
tort à votre gloire. Enfin , dit- il en fe prof
ternant à fes genoux , ayez pitié de mes
cheveux blancs. Qu'est- ce que je vous
demande ? Mon honneur que vous m'avez
ravi. De la manière humble dont je vous
fupplie , n'imagineroit-on pas que je defire
de vous une chofe qui vous appartienne ?
Songez que je pourrois ici le réparer de
ma propre main & de ma feule volonté ,
& que je préfère de le tenir de vous.
Alvar lui répond durement , & avec
l'orgueil le plus méprifant. Il le traite de
vieux fou & de téméraire , & ajoute que
s'il ne le tue pas , c'eſt en confidération de
La fille.
Crefpo. Enfin , ma plainte ne peut vous
toucher ?
Alvar. On ne doit faire nul cas des
larmes des enfans , des femmes & des
vieillards imbécilles,
Crefpo. Vous ne donnerez nulle confolation
à mon âme affligée ?
Alvar, Contente- toi que je te laiffe la
vie.
Crefpo. Songez que c'eft mon honneur
que je vous demandé à genoux,
JUIN 1768. 77
Alvar. Ceffe de m'importuner.
Crefpo. Réfléchiffez que je fuis ici
Alcade .
Alvar. Que m'importe ? vous n'avez
fur moi nulle jurifdiction . Vous me remettrez
au confeil de guerre qui me fera
réclamer.
Crefpo. C'eft- là votre réfolution ?
Alvar. Oui , vieux infenfé.
Crefpo. C'en eft donc fait ?
Alvar. Oui , pour la dernière fois.
Crefpo. Hé bien , je jure Dieu que vous
me le paierez ( Il fe lève & reprend fa
baguette ) . Hola !
Un Garde. Que vous plaît -il , Seigneur ?
Alvar. Qu'oferont entreprendre ces ruftres
?
Greſpo. Saififfez le Seigneur Capitaine .
Alvar. Vous êtes bien ofé de mettre
la main fur un Cavalier qui fert le Roi.
Vous n'avez pas ce pouvoir.
Crefpo. Nous verrons fi vous fortirez
d'ici autrement que mort ou prifonnier.
Alvar. Je vous fignifie que je fuis
Capitaine .
Crefpo. Vous n'en irez pas moins en
prifon.
Alvar. Je fuis forcé de céder à la violence
, mais je me plaindrai au Roi de
cette injuftice.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE .
Crefpo. Et moi d'une autre. Rendez
votre épée .
•
Alvar. Il n'eft pas d'ufage.
Crefpo. C'eſt la loi quand on eft prifonnier.
Alvar. Traitez - moi avec respect.
Crefpo. Oh , cela eft très- raifonnable.
Menez ce Cavalier à la tour avec reſpect ,
mettez-lui civilement les fers aux pieds ,
& attachez-le poliment d'une bonne chaîne .
Qu'on traite auffi bien honnêtement ces
Seigneurs Soldats , qu'on les mette au cachot
, & qu'on prenne leurs dépofitions.
Ha , certes , pour peu que j'aie de preuves
légales , Seigneur Cavalier , je jure Dieu
que je vous ferai étrangler avec tout le
refpect qui vous eft dû.
Alvar. Ah canaille ! que la force à la
main vous rend infolens!
Cependant Juan ayant bleffé le Capitaine
, eft revenu à Zalamea , & trouvant
fa foeur à la maifon , veut la tuer malgré
fes cris & fes juſtifications. Crespo furvient ,
& s'emporte contre lui . Ne fuffit- il pas
dit- il , que tu aies ofé bleffer un Officier ?
Comment es-tu affez téméraire pour te
montter ici ? Il l'envoie en prifon , malgré
fes proteftations de ne s'être armé
contre Alvar que pour fatisfaire fon hon
neur offenfé. Il ne fuffit pas que votre père
JUIN 1768. 79
le fache , répond Crefpo : il faut que j'en
fois convaincu comme Juge , & je vous
rendrai juftice.
Au bruit de ces événemens Don Lope
revient furieux. Il defcend chez fon ami
Crefpo , & s'emporte fort contre la témérité
d'un petit Juge de village qui a eu
l'audace d'emprisonner un Capitaine. Il
veut le faire mourir fous le bâton.
II
Crefpo, Si vous venez pour cela , vous
avez fait un voyage inutile , car je penfe
que l'Alcade ne confentira pas à ce traitement.
Lope. Je le lui ferai bien fans fon confentement.
Crefpo. J'en doute , & ne crois pas que
perfonne vous le confeille. Savez - vous
pourquoi il a fait arrêter cet Officier ?
Lope. Non. Mais pour quelque caufe
que ce foit , ce n'eft pas à lui , c'eft à moi
à en faire juftice , & je ferai couper le
tou au coupable s'il l'a mérité .
Crespo. Il faut que vous ne connoiffiez
pas , Seigneur , quelle eft l'autorité d'un
Alcade.
Lope . Un Alcade eft-il autre chofe qu'un
payfan ? 5
Crefpo: Hé bien , fi ce payfan s'eft mis
dans la tête de faire étrangler le prifonnier ,
il en paffera , par Dieu , la fantaisie.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
?
Lope. Il n'en fera , par Dieu , rien ; &
vous allez le voir. Dites- moi fa demeure.
Crefpo. Elle n'eft pas loin d'ici.
Lope. Nommez - moi donc cer Alcade.
Crefpo. C'est moi.
Lope. Vive Dieu ! je l'ai ſoupçonné.
Crefpo. Vive Dieu ! rien n'eſt plus vrai.
Lope. Hé bien , Crespo , ce qui eft dit
eft dit.
Crefpo. Hé bien , Seigneur , ce qui eft
fait eft fait.
Lope. Je fuis venu réclamer ce prifonnier
pour en faire juſtice.
Crefpo. Moi , je te garde ici pour le
crime qu'il a commis .
Lope. Vous favez qu'il eft Officier , &
que je fuis fon Juge ?
Crefpo. Vous favez qu'il a fait violence
à ma fille ?
Lope. Vous favez de combien mon
autorité prévaut für la vôtre ?
Crefpo. Vous favez que je l'ai prié à
genoux de me rendre l'honneur ?
Lope. Vous n'avez qu'à le pourfuivre à
mon tribunal.
Crefpo. Mon avis eft qu'il ne forte pas
du mien.
Lope . Je m'oblige à vous rendre juſtice.
Crefpo. Je ne demande à perfonne ce
que je puis me procurer moi - même.
JUIN 1768 .
81.
Lope. Il y va de mon honneur de reprendre
ce prifonnier.
Crefpo. Son procès eft déja ici tout fait,
& terminé.
Lope. Qu'est- ce qu'un procès ?
Crefpo. Une fuite de papiers qui contiennent
la vérification du fait & du jugement.
Lope. Je vais de ce pas à la prifon.
Crefpo. Je ne vous en empêche pas ,
mais je vous avertis feulement que les
Gardes ont ordre de faire feu fur le premier
qui fe préfentera.
Lope . Vos balles ne me font pas peur ,
je fuis familier avec elles ; mais il ne me
convient pas de m'aventurer ici. Soldat ,
courez au camp : que toutes les compagnies
marchent ici à l'inftant avec leurs
armes prêtes.
Le Soldat. Il n'eſt pas besoin de les
aller chercher , Seigneur , elles font déja
accourues dans ce village fur le bruit de
cette entreprife.
Lope. Nous allons donc voir fi on me
rendra le prifonnier ou non.
Crefpo. Avant que cela arrive , vive
Dieu ! je vais y mettre bon ordre.
On entend les tambours ; les Soldats
attaquent les Villageois qui fe défendent ,
& lorfque la mêlée eft la plus chaude , le
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Roi arrive. Sa préfence arrête les combattans
, & il demande la raifon de ce défordre.
Lope. Il provient , Sire , de la témérité
la plus inouïe dont, air jamais été capable
un vil payfan ; & , fans votre arrivée , ce
village feroit déja en flammes .
Le Roi. Qu'eft- il arrivé ?
Lope. L'Alcade de ce lieu a fait emprifonner
un Capitaine , & m'a refufé de le
remettre entre mes mains .
Le Roi. Qui eft cet Alcade ?
Crefpo. C'est moi , Sire.
!
Le Roi. Quelle excufe avez- vous à m'alléguer
?
Crefpo . Ce procès , Sire , qui contient
les preuves contre le coupable , & fa fentence
de mort , pour avoir enlevé & defhonoré
une fille , & avoir refufé à fon
père de réparer fon honneur en l'époufant.
Lope . Lui-même , Sire , eft le Juge &
le père.
Crefpo. Hé qu'importe ! fi un étranger
me portoit une plainte , ne lui devrois- je
pas juftice ? Ne la dois- je donc pas à ma
fille autant qu'à un étranger ? Je viens de
faire einprifonner mon propre fils , & je
dois être équitable pour tout le monde
fans aucun égard . Il n'eft question que de
voir fi le procès eft fait en régle , & s'il
JUIN 1768. 83
s'y trouve la moindre prévarication , je me
foumets à la mort.
Le Roi. Le procès me femble en régle ;
mais il ne vous appartient pas de faire exécuter
un coupable jufticiable d'un autres
tribunal . Rendez le prifonnier.
Crefpo. La chofe , Sire , n'eft pas facile.
Comme cette jurifdiction eft fans appel ,
quelle que foit une fentence , elle s'exécute
toujours fur le champ .
Le Roi. Que dites - vous ?
Crefpo. Si vous ne me croyez pas , Sire ,
tournez les yeux de ce côté * : voici le criminel
.
Le Roi. Mais , comment avez- vous eu
la hardieffe ? {
Crefpo. Vous voyez , Sire , qué le procès
eft fait dans toutes les formes...
Le Roi. Le confeil de guerre n'auroit- il
pas également fait juftice ?
Crefpo. Toute la juftice de vos Etats ,
Sire , n'eft qu'un feul corps dont vous êtes
le chef quoique vous ayez plufieurs mains ;
qu'importe que ce foit votre droite ou
votre gauche qui ait puni le crime ? L'effentiel
étoir de punir , & le refte eft de
peu de conféquence.
* On ouvre une porte au fond de la scène
& on voit Don Alvar affis fur une cha ife le carcan
encore au col , & étranglé.
D vi
84 MERCURE DE FRANCE .
Le Roi. Mais puifqu'il étoit Capitaine
& Cavalier , il falloit lui faire du moins
couper la tête , & non l'étrangler ignominieufement.
Crefpo. Sire , il y a ici très - peu de nobleffe
, ce qui fait qu'on n'y eft pas dans
l'exercice de couper des têtes ; mais c'eſt
au mort à fe plaindre de cette rigueur ,
& elle ne regarde que lui feul.
Le Roi. Don Lope , ce qui eft fait eſt
fans remède. La punition étoit méritée ,
c'eft le principal. Faites partir fur le champ
d'ici toutes les troupes , & qu'elles me
fuivent en Portugal . ( à Crefpo ) Vous , je
vous fais Juge perpétuel de Zalamea.
Crefpo remercie le Roi , Lope lui dit
de fe féliciter de l'arrivée de Sa Majefté ,
& demande qu'on lui remette les autres
Soldats prifonniers. Ils lui font rendus fur
le champ. Il fe réconcilie avec Crespo ,
& emmène avec lui fon fils qu'il fait fortir
de prifon. Ifabelle entre dans un couvent
, où elle fe renferme pour toute fa
vie , & ainfi finit cette comédie.
de Zalamea. Le Tourniquet bien appli
qué , & le Juge de Zalamea , comédie
de CALDERON.
CETTE ETTE fingulière comédie a un fondement
hiftorique , & le fait qui y a donné
lieu eft très - réel . Elle peint , avec une
vérité frappante , les moeurs & les préjugés
des perfonnages qui y font introduits. On
y voit au naturel le caractère d'un brave
* Garrote fignifie carcan. C'eſt un genre de fupplice
particulier qui n'eft pas très- cruel , parce
qu'il est très- court. On fait affeoir le patient far
une chaife , on lui met au cou'un carcan , au devant
duquel il y a intérieurement un bouton qui avance
fur le noeud de la gorge. Avec un tourniquet on
ferre le carcan , & le patient eft étranglé fans
douleur & fur le champ.
€ v
18 MERCURE DE FRANCE.
1
& franc guerrier qui commande un corps
de troupe , la licence que fe promet fouvent
un Officier fubalterne avec les gens
du peuple , les mifères du Soldat , les abus
qui les augmentent , la gaieté qui le confole
, l'efprit de libertinage & les tours de
fubtilité qui lui font trouver des charmes
dans ce pénible efclavage. Mais , ce qui
intéreffe le plus dans ce tableau , ce font
les fentimens élevés & la conduite ferme
& hardie d'un fimple laboureur qui venge
avec une intrépidité héroïque fon honneur
offenfé , fans être retenu par aucun égard
ni aucune crainte .
La fcène s'ouvre par une marche de
foldats. Il y en a un qui fe diftingue particulièrement
par fes murmures , auxquels
toute la troupe applaudit. Patience , lui
dit un camarade , toutes nos fatigues vont
s'oublier dès que nous ferons au gîte. De
quoi cela me foulagera - t il , reprend le
raiſonneur , fi je créve avant d'y arriver ?
& quand j'y arriverois en vie , Dieu fair
encore fi on nous y logera. N'avons nous
pas nos conducteurs auxquels les Mayeurs
& Syndics vont propofer de nous faire
paffer outre en offrant quelque rafraîchif
fement ? On leur répondra d'abord que
cela eft impoffible , & que la troupe eft
rendue ; mais files manans ont de l'argent,
d'un feul mot, marche , on nous fera obéir
JUIN 1768. ༨༡
à l'inftant. Pour moi , fi cela arrive , je
jure qu'on partira fans moi . Je fais déja
comme on déferte. Mais je fais auffi
reprend le camarade , que cette petite fantaifie
coûte la vie à un malheureux foldat
, fur- tout fous les ordres du général
qui nous commande ; car fi Don Lope de
Figueroa paffe pour vaillant & grand capitaine
, il a auffi la réputation d'être le plus
emporté , le plus impitoyable , & le plus
étrange blafphémateur de toute l'armée ;
& , pour la difcipline , il fera périr fon
meilleur ami fans nulle forme de procès.
C'est moins moi que je plains , répart le
mutin , que cette pauvre femme qui me
fuit. La bonne créature prend la parole ,
& dit qu'elle fouffre volontiers ; elle conte
tous les facrifices qu'elle a faits pour vivre
avec fon cher foldat. Cela lui attire beaucoup
d'éloges ; on crie viva La Chifpa , &
infenfiblement on oublie le mal dont on
fe plaignoit , on chante , on fait chorus
& on arrive
ད
Le Capitaine de la compagnie vint annoncer
à fes foldats qu'il y a apparence
qu'on paffera plufieurs jours à Zalamea
& tout le monde s'en réjouir. Il demande
à fon Sergent , qui vient du logement ,
où eft fon billet. Vous êtes , dit le Sergent
, chez l'habitant le plus riche du lieu
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& qui , outre cela , a la plus belle fille du
pays. Bon , dit le Capitaine , ne fera - ce
pas toujours une payfanne glorieufe avec
des mains & des pieds effroyables . Pour
moi , à moins que je ne voie de la parure
& de l'élégance , je ne crois pas être avec
une femme. On lui dit auffi que le père
eft le plus vain & le plus préfomptueux
des hommes. La vanité , dit le Capitaine ,
eft toujours l'apanage d'un manant riche .
Leur converfation eft interrompue par
l'arrivée d'une figure de Don - Quichote.
C'est un perfonnage très - peu intéreffant ;
un gentilhomme ridicule , amoureux de
la fille du laboureur , ouplutôt de les écus ,
car il meurt de faim à la lettre . Il ne
parle que de la belle généalogie en or &
azur que lui a laiffée fon père. Il auroit
dû , dit fon valet , vous laiffer plus d'or
& moins de parchemin,
Au refte , reprend le perfonnage , je
n'ai pas grande obligation à ce père de
m'avoir fait gentilhomme , car s'il n'eût
pas été noble il n'eût pas
été mon père,
& je me ferois bien gardé de me laiffer
engendrer par un roturier. La converfation
continue fur ce ton jufqu'à ce que
fon Ifabelle paroiffe à fa fenêtre. Elle le
traite fort mal & fe moque de lui. Il fe
retire en voyant arriver Pedro Crespo ,
père de fa Dame. Ce vieillard murmure ,
"
JUIN 1768 .
en entrant , de trouver toujours cette figure
de tapillerie à fa porte . Juan , fon fils ,
arrive d'un autre côté & fe fâche de même
contre ce revenant perpétuel . Ce jeune
homme eft un petit mutin qui promet fort
de reffembler un jour à fon père. L'un &
l'autre fe diffimulent ce qui vient de les
choquer , & ils ne fe parlent que de leurs
Occupations. Crespo conte qu'il vient des
champs , & qu'il eft très-content de fes
troupeaux & de fes moiffons. Et toi ,
Juan , dit-il à fon fils , d'où viens-tu ?
Juan. Je vous facherai peut être en vous
le difant. J'ai joué à la paume , & perdu
deux parties.
Crefpo. Il n'y a pas grand mal fi tu as payć.
Juan. Je n'ai pas payé , faute d'argent ,
& je venois même vous en demander.
Crefpo. Avant tout , écoute ce que j'ai
à te dire. Ne t'engage de ta vie qu'à ce
que tu es fûr de pouvoir faire , & ne joue
jamais plus d'argent que tu n'en as , de
peur de rifquer ta renommée fi tu ne pouvois
pas remplir tes obligations .
Juan. Le confeil eft comme venant de
vous ; & , pour vous marquer combien
j'en fais cas , je le paierai par un autre.
Ne donnez jamais d'avis à un homme qui
vous demande de l'argent .
Crefpo. Tu m'as rendu le change.
Ils font interrompus par le Sergent qui
61 MERCURE DE FRANCE.
leur annonce que Don Alvaro de Atayde,
fon Capitaine , doit loger chez eux. Crefpo
offre tout ce qui eft dans fa maiſon . Juan
lui fait reproche de ce qu'étant riche , ik
n'achete pas un privilége pour s'exempter
de ces charges.
Crefpo. Dis-moi de bonne foi , Juan ,
quelqu'un ignore- t- il que je ne fuis qu'un
payfan ? Quand j'acheterai de la nobleſſe
ferai-je noble pour cela ? Il m'en coûtera
cinq ou fix mille, réaux , c'eſt de bon argent,
& je n'aurai pas acquis de l'honneur ,
car il ne fe vend point. Qu'un homme
qu'on a vu chauve route fa vie , mette une
perruque , on dira qu'il eft bien coeffé.
Mais qu'y gagnera - t - il ? Quoiqu'on ne
voie pas fa tête pelée , chacun ne fait- il
pas qu'il n'a pas un cheveu à lui ?
Juan. Il y gagnera de mettre fa tête à
couvert du foleil , du vent & de la pluie.
Crefpo. Je ne veux point d'un honneur
précaire. Je veux demeurer ce que je fuis
& ce qu'ont été avant moi mes pères.
Il fait defcendre fa fille & lui annonce
que des troupes vont loger dans le village,
& qu'il aura chez lui un Capitaine. Il lui
ordonne de fe retirer dans un grenier pen
dant leur féjour . Je venois , dit - elle , mon
père , vous demander la permiffion de m'y
renfermer avec Inès , ma couline.
Apeine eft- elle rentrée que le Capitaine
JUIN 1768.
furvient ; le père & le fils lui font de grands
complimens qu'il reçoit avec civilité , mais
avec hauteur . Ils le laiffent avec fon Sergent.
Hé bien , dit l'Officier , as-tu vu la
payſanne ?
Le Sergent. J'ai parcouru toutes les
chambres & la cuifine , fans la trouver.
Une fervante m'a dit qu'elle eft cachée
dans les greniers , d'où elle ne deſcendra
pas , parce que le vieillard eft fort jaloux.
Don Alvar. Si je l'avois rencontrée tout
fimplement , je n'y aurois fait nulle attention
; mais précisément parce qu'on me la
cache , vive Dieu ! je veux pénétrer où elle
eft. Il faudroit , dit le Sergent , trouver un
prétexte pour y entrer fans donner de
foupçon.
Sur ces entrefaites le Soldat harangueur,
avec fa Chifpa , fe préfentent. Ils viennent
demander à Don Alvar le privilége
du jeu . Le Capitaine trouve cette occafion
merveilleufe. Il dit à Rebolledo ( c'eſt le
Soldat ) qu'il veut entrer , fur quelque mo
tif plausible , dans une chambre haute de
la maifon ; qu'il faut qu'il feigne de lui
manquer de reſpect , qu'il le menacera de
fon côté , qu'il fuira au grenier où il le
fuivra. La fcène fe joue fur le champ , le
Soldat fait l'infolent , le Capitaine tire
l'épée & le pourſuit.
64 MERCURE DE FRANCE .
On voit entrer le Soldat hors d'haleine
dans la retraite où font les femmes. Le
Capitaine & le Sergent furviennent , elles
prient pour le prétendu coupable , & obtiennent
fa grace. Pedro Crefpe & Juan
patoiffent l'épée à la main. Ils ont entendu
le bruit de la querelle & fu que le Capitaine
court après un Soldat.
Crefpo . Qu'eft ceci , Seigneur Cavalier ?
quand je vous crois occupé à tuer un
homme , je vous trouve à courtifer une
femme ! Alvar répond qu'il fait ce qu'il
doit au fexe , & qu'il a facrifié fon reffentiment
à cette Dame.
Crefpo. Ce n'est point une Dame : c'eſt
ma fille.
Juan. Tout ceci n'eft , vive Dieu ! qu'une
rufe pour vous introduire ici. Je fuis piqué
de ce que vous croyez me tromper . Il n'en
eft pardieu rien , & vous pourriez , Seigneur
Capitaine , payer autrement les
offres de fervice de mon père , & lui épargner
cette offenfe.
Crefpo. De quoi vous mêlez - vous , petit
garçon Si ce Soldat l'a mis en colère
pourquoi ne l'auroit- il pas pourfuivi ? Sei
gneur , ma fille vous eft obligée de votre
attention pour elle.
Don Alvar à Juan. Je n'ai fans de te
eu aucune autre raifon. Songez mieux à
ce que vous dites.
JULN 1768. 69
Juan. J'y fonge très - bien .
Alvar. Si votre père n'étoit
pas là , petit
garçon , je vous traiterois comme vous
méritez.
Crefpo . Doucement, Seigneur Capitaine.
Je puis parler à mon fils comme il me
plaît , mais non pas vous.
Juan. Je puis tout fouffrir de mon père ,
mais rien d'un autre.
Alvar. Et que feriez - vous ?
Juan. Je perdrois la vie plutôt que de
fouffrir un affront.
Alvar. Un payfan fe piquer d'honneur !
Juan. Autant que vous ; il n'y auroit
pas de Capitaines s'il n'y avoit
laboureurs.
da
pas de
Il met
Alvar. Ah , c'en eft trop.
l'épée à la main , Juan en fait de même ,
& Crespo tire la fienne pour les féparer ;
on crie à la garde , & le Général furvient.
Qu'est ceci ? dit - il. La première chofe
que je rencontre ici c'est une bataille ?
Parlez , qu'eft- il arrivé ? Répondez donc ,
vive Dieu hommes , femines , je vais
tour jenter par les fenêtres . N'ai - je pas
affez de la douleur que me fait fouffrir,
ma diable de jambe , fans que vous m'impatientiez
encore par votre filence.
On eft obligé de lui dire le fujet de la
querelle. Où eft le Soldat ? dit - il . Qu'on
66 MERCURE DE FRANCE.
lui donne fur le champ l'eftrapade. Alvar
prie tout bas le Soldat de fe taire , & lui
promet de le fauver. Je n'en ferai tien
s'écrie le malheureux . Je ne veux pas être
eftropié pour vous. Il conte alors la choſe
comme elle eft. Vous voyez , dit Crefpo
fi nous avions raifon. Il n'y en a point de
bonne , répond Don Lope , pour expofer
tout un village à fa ruine.
Il fait fur l'heure battre un ban , &
publier ordre à tous les Soldats de fe rendre
au corps de- garde , & défenfe d'en
fortir de tout le jour , fous peine de la vie ,
puis il ordonne au Capitaine d'aller à
l'inftant fe pourvoir d'un autre logement ,
& prend lui-même le fien chez Crefpo.
Chacun obéit , & Crespo , après avoir fait
rentrer les femmes , refte avec le Général.
Crefpo. Je vous rends graces , Seigneur ,
de m'avoir fauvé l'occafion de me perdre.
Lope. A quel propos dites - vous que
vous vous feriez perdu ?
Crefpo. En ôtant la vie à quiconque
m'eût outragé.
Don Lope. Comment , vive Dieu ! favez-
vous que vous aviez affaire à un Capitaine
?
Crefpo. Fût- ce un Général même , vive
Dieu je le tuerois s'il attaquoit mon
honneur.
JUIN 1768. 67
Lope. Je jure le ciel que je ferai pendre
le premier qui ofera toucher un Soldat.
Crefpo. Je jure le ciel d'étrangler moimême
qui ofera me faire le moindre outrage.
Lope. Mais favez- vous
que n'étant que
ce que vous êtes , vous êtes obligé de -fouffrir
des gens de guerre ?
Crefpo. Oui , dans mes facultés , mais
non dans mon honneur. On doit au Roi
fa vie & fes biens ; mais l'honneur eft le
patrimoine de l'âme , & l'âme n'eft fujette
qu'à Dieu.
Lope. Je crois , vive Dieu ! que vous
avez raiſon !
Crefpo. Oui , vive Dieu ! & je l'ai toujours
eu .
Lope. J'arrive ici bien fatigué , & le
diable m'a donné une maudite jambe qui
a befoin de repos.
Crefpo. Qui vous dit le contraire ? le
diable m'a donné un lit , vous n'avez qu'à
Vous y mettre .
Lope. Et vous l'a-t- il donné tout fait , ce lit?
Crefpo. Oui , par Dieu !
Lope. Hé bien je vais , par Dieu ! le dé
faire , car je fuis , vive Dieu , bien las.
Crefpo. Hé , vive Dieu ! délaffez - vous.
68 MERCURE DE FRANCE.
Lope s'en allant. Le manant eft têtu !
il jure par Dieu ! comme moi .
Crefpo. Le Don Lope eft revêche ! nous
aurons maille à partir enfemble.
Le fantôme extravagant & amoureux
ouvre le fecond acte avec fon valet ;
mais nous laifferons ce perfonnage affez
inutile. Le Capitaine & fon Sergent repa
roiffent, & s'entretiennent de la difficulté
de voir Ifabelle. Alvar veut lui donner.
une férénade , & ils vont tout difpofer.
Rebolledo & la Chifpa doivent en être les
principaux acteurs.
Crespo fait fervir à fouper dans un cabinet
qui donne fur un jardin , qui fait
dit- il , l'amuſement de fa fille. Lope l'invite
à s'affeoir près de lui , il obéit après
s'en être défendu.
Lope. Savez - vous que la colère vous
met quelquefois hors de vous - même ?
Crefpo. Elle ne me fait jamais perdre le
jugement.
Lope. Comment donc hier , vous êtesvous
affis fans que je vous le dife ? & encore
à la premiere place !
Crefpo. C'est parce que vous ne me le
difiez pas , & aujourd'hui que vous me le
dites , je m'en abftiendrois volontiers. Je
fais rendre l'honneur qu'on me fait.
JUIN 1768, 69
Lope. Mais hier , vous ne faifiez que
jurer & vous emporter , & aujourd'hui
je vous trouve doux & pailible.
Crefpo. Seigneur , je prends toujours le
ton des gens avec qui je traite. Hier vous
ne parliez que par imprécations , & je vous
répondois de même. J'ai pour principe de
jurer avec celui qui jure , & de prier avec
celui qui prie. Je pouffe cela fi loin , que
parce qu'hier vous vous plaigniez d'une
jambe , j'en ai fenti une douleur qui m'a
empêché de dormir toute la nuit ; & parce
que je n'ai pas fu laquelle vous faifoir
mal , j'en avois à toutes les deux . Ditesmoi
, par charité , quelle eft la mauvaiſe ,
afin que je ne fouffre que d'un côté.
Lope . Ai-je tort de me plaindre ? Il y
a plus de trente ans que ce mal me prit
en Flandre , caufé par l'outrage des faifons
, les veilles & les fatigues , fans que
j'aie eu depuis ce tems une heure de repos.
Crefpo. Dieu vous donne patience!
Lope. Eft-ce que je la demande ?
Crefpo, Hé bien , qu'il ne vous la donne
pas.
Lope. Que cent mille diables emportent
la patience , & moi avec !
Crefpo, Amen. S'ils ne le font pas , c'eſt
de peur de bien faire,
70
MERCURE DE FRANCE.
Lope. Hai , hai ! Jéfus , mille fois !
Crefpo. Qu'il foit avec vous & moi.
Lope. Vive Dieu ! la douleur m'extermine.
Crefpo. Vive Dieu ! J'en fuis faché.
Il fait defcendre fa fille pour fouper
avec le Général . Si tous les Officiers étoient
comme vous, lui dit- il , je voudrois qu'elle
fût la premiere à les fervir.
Le Général admire fa rufe & fa prudence.
Tandis qu'ils font à table , on entend
la férénade . Lope diffimule fon mécontentement
de ce manque de refpect. il
faut , dit- il tout haut , paffer ces gaîtés au
foldat , elles lui font fupporter les dégoûts
de fon état. Juan trouve que c'eft un métier
fort agréable. En êtes - vous tenté ?
dit Løpe. De grand coeur , répondit Juan ,
fi vous m'accordiez votre protection .
Cependant on jette une pierre contre
la fenêtre , & le nom d'Ifabelle eft prononcé
par la mufique . Lope eft indigné ,
& le cache à caufe de Crespo , qui , de
fon côté , cache fon dépit à caufe de Don
Lope. Juan fe lève & va fourdement fe
faifir d'une rondache qu'il a vu fufpendue
dans la chambre du Général.
Les chants recommencent , & répétent
le nom d'Isabelle . Elle déplore fon fort
d'être expoſée à ces entreprifes, Lope ne
JUIN 1768. 71
peut y tenir , il fe lève en fureur & renverfe
la table. Crespo fe lève de même &
renverſe fa chaife.
Lope. La douleur que me fait cette
jambe diabolique m'a caufé cette impatience.
Crefpo. La même raifon m'a fait lever
fi brufquement,
Lope. J'ai cru que vous en aviez quelqu'autre
, quand je vous ai vu jetter cette
chaife .
je Crefpo . Vous aviez jetté la table ,
n'ai pas trouvé autre chofe fous ma main,
Lope. Je ne puis fouper , je vais me
retirer, mon hôte.
Crefpo. A la bonne heure.
Lope , bas. N'ai - je pas une rondache
dans ma chambre ?
Crefpo , bas. N'ai - je pas une fortie par
la baffe- cour ?
Lope. Bon foir,
Crefpo . Bonne nuit. ( J'enfermerai mes
enfans par dehors. )
Il envoie coucher fon fils , & tandis
que les donneurs de férénade font dans
la rue à galantifer , Lope fort d'un côté ,
& Crefpo d'un autre. Ils mettent la mufique
en déroute & reftent feuls , & fe croyant
réciproquement les auteurs de la fête , ils
s'attaquent & fe battent avec une adreſſe
72 MERCURE DE FRANCE.
& une vigueur égale , & s'étonnent l'un
de l'autre, Juan fort auffi l'épée à la main ,
ils parlent & fe reconnoiffent. Le Capitaine
, piqué de l'affront , revient avec un
renfort de foldats , & eft fort étonné de
trouver là le Général. Il s'excufe , & feint
d'être venu au bruit pour appaifer le
tumulte . Lope lui cache fes foupçons , mais
lui ordonne de fe mettre en marche fur le
champ avec fa compagnie , & de fortir de
Zalamea. Il rentre avec fes hôtes .
Le Capitaine , piqué au jeu , veut abſolument
revoir Ifabelle. Rebolledo lui apprend
qu'il a un efpion de moins , & que
Juan a obtenu de fon père la permiflion
de fuivre Don Lope à l'armée.
Le Général fe difpofe à partir. Il prend
congé de fon hôte , & lui promet d'avoir
foin de fon fils. Il fait préfent d'un diamant
à Ifabelle. Juan vient l'avertir que
fa litière eft prête,
Lope. Adieu , mon cher hôte ,
Crefpo. Qu'il vous conduife.
Lope. Ha ! bon Pedro Crefpo !
Crefpo. Ha vaillant Don Lope !
Lope. Qui eût dit , à notre première
entrevue , que nous deviendrions amis
pour la vie !
Crefpo. Moi , Seigneur , je l'euffe prédit
fi je vous eulle connu pour un....
Lope ,
JUIN 1768. 73.
Lope , s'en allant. Achevez , allez , ne
Yous gênez pas.
Crefpo. Pour un fou d'une auffi bonne
pâte.
Il donne à fon fils des confeils fort
fages & fort prolixes , & enfuite fa bénédiction
, & le laiffe fuivre le Général.
Il reste avec fa fille à prendre le frais
hors de fa maifon fur une banquette. Don
Alvar , le Sergent , Rebolledo, La Chifpa,
& d'autres Soldats s'approchent à la faveur
de l'obfcurité , faififfent Ifabelle , & l'emmènent
malgré fes cris. Crefpo demande
une épée , & Inès lui en apporte une. Le
Sergent lui dit que la réfiftance eft vaine
contre tant de monde. Rien ne l'arrête ,
il veut les attaquer , & tombe. Tuez- le ,
s'écrie Rebolledo. Non , dir le Sergent , il
y
auroit de la barbarie à lui ôter l'honneur
& la vie. Emmenons-le & attachons-le
quelque part dans la montagne. On l'y
entraîne malgré les cris .
Ifabelle , en pleurs , commence le troifième
acte. On peut imaginer le fujet de
fes longues plaintes. Elle entend les gémiffemens
d'un homme ; c'eft fon père
lié qui demande du fecours. Elle n'oſe le
mettre en liberté avant d'avoir conté fes
malheurs elle veut bien mourir de fa
main, mais après qu'il aura entendu fa
Ꭰ
4744 MERCURE DE FRANCE.
juftification. Ils s'attendriffent , & pleurent
enfemble. Elle brife fes liens , & lui
conte que l'indigne Alvara triomphé d'elle
par la force , & qu'au point du jour ſes
eris ont attiré un paffant qu'elle a reconnu
pour fon frère ; qu'ayant appris fon malheur
, il a attaque & bleffé dans l'inftant
le Capitaine , & s'eft fauvé en voyant des
Soldats qui venoient à fon fecours ; qu'on
a relevé le raviffeur & qu'on l'a ramené
à Zalamea pour le faire panfer. Crefpo la
confole ; ils retournent enfemble à leur
maifon. Le plus court pour Alvar , dit
Crespo , eft de mourir de ſa bleſſure , car
s'il en réchappe , je n'aurai jamais de
repos que je ne lui aie donnné la mort.
L
En approchant du village il eft rencon
tré par le Greffier de la communauté , qui
le cherche pour lui annoncer qu'il vient
d'être élu Alcade , & dans une occafion
bien glorieufe & bien heureufet
pour deux
objets bien intéreffans. L'un eft l'arrivée du
Roi qui doit venir le jour même à Zalamea
, & l'autre eft , qu'on vient d'amener
dans le bourg un Capitaine bleffé fans
qu'on fache par qui , & que c'eſt la
matière d'une information , & d'une caufe
de grande importance. Crespo remercie le
Ciel de l'occafion qu'il lui offre de venger
fon honneur. Sa fille rentre dans fa
JUIN 1768. 75
maifon , & il va avec le Greffier à la falle
du confeil , où il doit recevoir la baguette
& l'autorité de Juge.
On voit le Capitaine bleffé ; il fe plaint
de ce qu'on l'a ramené à Zalamea. Son
Sergent s'excufe fur le befoin qu'il avoit
d'être fecouru. Cependant Alvar , qui fe
trouve mieux , fonge à partir , lorfque la
Juftice arrive. Il s'en met peu en peine
mais fa furpriſe eft grande de voir Crespo ,
avec les marques de fon autorité , qui fait
occuper toutes les avenues. Soit que vous
foyez Juge depuis hier , lui dit- il , ou plus
anciennement , fachez que je n'ai rien à
démêler avec vous. Ne vous échauffez
pas , Seigneur , lui dit Crefpo. Je viens ,
avec votre permiffion , faire quelques diligences
fur une matière importante ; & je
vous prie de m'écouter fans témoins. Le
Capitaine fait fortir fon monde , & Crefpo
en ufe de même .
Crefpo. Je me fuis fervi de mon autorité
pour vous obliger à m'entendre , à
préfent je la mets à part pour vous parler
en fimple particulier ( Ilquittefa baguette ) .
A préfent , dit-il , parlons à coeur ouvert.
14 lui étale au long fes fentimens , fes richeffes
, l'honnêteté de fa fille , & emploie
toute fon éloquence pour lui perfuader de
réparer fon honneur. Vos enfans , ajoute-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
t-il , profiteront de mes biens , & ce qu'ils
perdront de nobleffe de mon côté fera
bien réparé par celle qu'ils tiendront de
vous. Une action fi équitable ne peut faire
tort à votre gloire. Enfin , dit- il en fe prof
ternant à fes genoux , ayez pitié de mes
cheveux blancs. Qu'est- ce que je vous
demande ? Mon honneur que vous m'avez
ravi. De la manière humble dont je vous
fupplie , n'imagineroit-on pas que je defire
de vous une chofe qui vous appartienne ?
Songez que je pourrois ici le réparer de
ma propre main & de ma feule volonté ,
& que je préfère de le tenir de vous.
Alvar lui répond durement , & avec
l'orgueil le plus méprifant. Il le traite de
vieux fou & de téméraire , & ajoute que
s'il ne le tue pas , c'eſt en confidération de
La fille.
Crefpo. Enfin , ma plainte ne peut vous
toucher ?
Alvar. On ne doit faire nul cas des
larmes des enfans , des femmes & des
vieillards imbécilles,
Crefpo. Vous ne donnerez nulle confolation
à mon âme affligée ?
Alvar, Contente- toi que je te laiffe la
vie.
Crefpo. Songez que c'eft mon honneur
que je vous demandé à genoux,
JUIN 1768. 77
Alvar. Ceffe de m'importuner.
Crefpo. Réfléchiffez que je fuis ici
Alcade .
Alvar. Que m'importe ? vous n'avez
fur moi nulle jurifdiction . Vous me remettrez
au confeil de guerre qui me fera
réclamer.
Crefpo. C'eft- là votre réfolution ?
Alvar. Oui , vieux infenfé.
Crefpo. C'en eft donc fait ?
Alvar. Oui , pour la dernière fois.
Crefpo. Hé bien , je jure Dieu que vous
me le paierez ( Il fe lève & reprend fa
baguette ) . Hola !
Un Garde. Que vous plaît -il , Seigneur ?
Alvar. Qu'oferont entreprendre ces ruftres
?
Greſpo. Saififfez le Seigneur Capitaine .
Alvar. Vous êtes bien ofé de mettre
la main fur un Cavalier qui fert le Roi.
Vous n'avez pas ce pouvoir.
Crefpo. Nous verrons fi vous fortirez
d'ici autrement que mort ou prifonnier.
Alvar. Je vous fignifie que je fuis
Capitaine .
Crefpo. Vous n'en irez pas moins en
prifon.
Alvar. Je fuis forcé de céder à la violence
, mais je me plaindrai au Roi de
cette injuftice.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE .
Crefpo. Et moi d'une autre. Rendez
votre épée .
•
Alvar. Il n'eft pas d'ufage.
Crefpo. C'eſt la loi quand on eft prifonnier.
Alvar. Traitez - moi avec respect.
Crefpo. Oh , cela eft très- raifonnable.
Menez ce Cavalier à la tour avec reſpect ,
mettez-lui civilement les fers aux pieds ,
& attachez-le poliment d'une bonne chaîne .
Qu'on traite auffi bien honnêtement ces
Seigneurs Soldats , qu'on les mette au cachot
, & qu'on prenne leurs dépofitions.
Ha , certes , pour peu que j'aie de preuves
légales , Seigneur Cavalier , je jure Dieu
que je vous ferai étrangler avec tout le
refpect qui vous eft dû.
Alvar. Ah canaille ! que la force à la
main vous rend infolens!
Cependant Juan ayant bleffé le Capitaine
, eft revenu à Zalamea , & trouvant
fa foeur à la maifon , veut la tuer malgré
fes cris & fes juſtifications. Crespo furvient ,
& s'emporte contre lui . Ne fuffit- il pas
dit- il , que tu aies ofé bleffer un Officier ?
Comment es-tu affez téméraire pour te
montter ici ? Il l'envoie en prifon , malgré
fes proteftations de ne s'être armé
contre Alvar que pour fatisfaire fon hon
neur offenfé. Il ne fuffit pas que votre père
JUIN 1768. 79
le fache , répond Crefpo : il faut que j'en
fois convaincu comme Juge , & je vous
rendrai juftice.
Au bruit de ces événemens Don Lope
revient furieux. Il defcend chez fon ami
Crefpo , & s'emporte fort contre la témérité
d'un petit Juge de village qui a eu
l'audace d'emprisonner un Capitaine. Il
veut le faire mourir fous le bâton.
II
Crefpo, Si vous venez pour cela , vous
avez fait un voyage inutile , car je penfe
que l'Alcade ne confentira pas à ce traitement.
Lope. Je le lui ferai bien fans fon confentement.
Crefpo. J'en doute , & ne crois pas que
perfonne vous le confeille. Savez - vous
pourquoi il a fait arrêter cet Officier ?
Lope. Non. Mais pour quelque caufe
que ce foit , ce n'eft pas à lui , c'eft à moi
à en faire juftice , & je ferai couper le
tou au coupable s'il l'a mérité .
Crespo. Il faut que vous ne connoiffiez
pas , Seigneur , quelle eft l'autorité d'un
Alcade.
Lope . Un Alcade eft-il autre chofe qu'un
payfan ? 5
Crefpo: Hé bien , fi ce payfan s'eft mis
dans la tête de faire étrangler le prifonnier ,
il en paffera , par Dieu , la fantaisie.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
?
Lope. Il n'en fera , par Dieu , rien ; &
vous allez le voir. Dites- moi fa demeure.
Crefpo. Elle n'eft pas loin d'ici.
Lope. Nommez - moi donc cer Alcade.
Crefpo. C'est moi.
Lope. Vive Dieu ! je l'ai ſoupçonné.
Crefpo. Vive Dieu ! rien n'eſt plus vrai.
Lope. Hé bien , Crespo , ce qui eft dit
eft dit.
Crefpo. Hé bien , Seigneur , ce qui eft
fait eft fait.
Lope. Je fuis venu réclamer ce prifonnier
pour en faire juſtice.
Crefpo. Moi , je te garde ici pour le
crime qu'il a commis .
Lope. Vous favez qu'il eft Officier , &
que je fuis fon Juge ?
Crefpo. Vous favez qu'il a fait violence
à ma fille ?
Lope. Vous favez de combien mon
autorité prévaut für la vôtre ?
Crefpo. Vous favez que je l'ai prié à
genoux de me rendre l'honneur ?
Lope. Vous n'avez qu'à le pourfuivre à
mon tribunal.
Crefpo. Mon avis eft qu'il ne forte pas
du mien.
Lope . Je m'oblige à vous rendre juſtice.
Crefpo. Je ne demande à perfonne ce
que je puis me procurer moi - même.
JUIN 1768 .
81.
Lope. Il y va de mon honneur de reprendre
ce prifonnier.
Crefpo. Son procès eft déja ici tout fait,
& terminé.
Lope. Qu'est- ce qu'un procès ?
Crefpo. Une fuite de papiers qui contiennent
la vérification du fait & du jugement.
Lope. Je vais de ce pas à la prifon.
Crefpo. Je ne vous en empêche pas ,
mais je vous avertis feulement que les
Gardes ont ordre de faire feu fur le premier
qui fe préfentera.
Lope . Vos balles ne me font pas peur ,
je fuis familier avec elles ; mais il ne me
convient pas de m'aventurer ici. Soldat ,
courez au camp : que toutes les compagnies
marchent ici à l'inftant avec leurs
armes prêtes.
Le Soldat. Il n'eſt pas besoin de les
aller chercher , Seigneur , elles font déja
accourues dans ce village fur le bruit de
cette entreprife.
Lope. Nous allons donc voir fi on me
rendra le prifonnier ou non.
Crefpo. Avant que cela arrive , vive
Dieu ! je vais y mettre bon ordre.
On entend les tambours ; les Soldats
attaquent les Villageois qui fe défendent ,
& lorfque la mêlée eft la plus chaude , le
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Roi arrive. Sa préfence arrête les combattans
, & il demande la raifon de ce défordre.
Lope. Il provient , Sire , de la témérité
la plus inouïe dont, air jamais été capable
un vil payfan ; & , fans votre arrivée , ce
village feroit déja en flammes .
Le Roi. Qu'eft- il arrivé ?
Lope. L'Alcade de ce lieu a fait emprifonner
un Capitaine , & m'a refufé de le
remettre entre mes mains .
Le Roi. Qui eft cet Alcade ?
Crefpo. C'est moi , Sire.
!
Le Roi. Quelle excufe avez- vous à m'alléguer
?
Crefpo . Ce procès , Sire , qui contient
les preuves contre le coupable , & fa fentence
de mort , pour avoir enlevé & defhonoré
une fille , & avoir refufé à fon
père de réparer fon honneur en l'époufant.
Lope . Lui-même , Sire , eft le Juge &
le père.
Crefpo. Hé qu'importe ! fi un étranger
me portoit une plainte , ne lui devrois- je
pas juftice ? Ne la dois- je donc pas à ma
fille autant qu'à un étranger ? Je viens de
faire einprifonner mon propre fils , & je
dois être équitable pour tout le monde
fans aucun égard . Il n'eft question que de
voir fi le procès eft fait en régle , & s'il
JUIN 1768. 83
s'y trouve la moindre prévarication , je me
foumets à la mort.
Le Roi. Le procès me femble en régle ;
mais il ne vous appartient pas de faire exécuter
un coupable jufticiable d'un autres
tribunal . Rendez le prifonnier.
Crefpo. La chofe , Sire , n'eft pas facile.
Comme cette jurifdiction eft fans appel ,
quelle que foit une fentence , elle s'exécute
toujours fur le champ .
Le Roi. Que dites - vous ?
Crefpo. Si vous ne me croyez pas , Sire ,
tournez les yeux de ce côté * : voici le criminel
.
Le Roi. Mais , comment avez- vous eu
la hardieffe ? {
Crefpo. Vous voyez , Sire , qué le procès
eft fait dans toutes les formes...
Le Roi. Le confeil de guerre n'auroit- il
pas également fait juftice ?
Crefpo. Toute la juftice de vos Etats ,
Sire , n'eft qu'un feul corps dont vous êtes
le chef quoique vous ayez plufieurs mains ;
qu'importe que ce foit votre droite ou
votre gauche qui ait puni le crime ? L'effentiel
étoir de punir , & le refte eft de
peu de conféquence.
* On ouvre une porte au fond de la scène
& on voit Don Alvar affis fur une cha ife le carcan
encore au col , & étranglé.
D vi
84 MERCURE DE FRANCE .
Le Roi. Mais puifqu'il étoit Capitaine
& Cavalier , il falloit lui faire du moins
couper la tête , & non l'étrangler ignominieufement.
Crefpo. Sire , il y a ici très - peu de nobleffe
, ce qui fait qu'on n'y eft pas dans
l'exercice de couper des têtes ; mais c'eſt
au mort à fe plaindre de cette rigueur ,
& elle ne regarde que lui feul.
Le Roi. Don Lope , ce qui eft fait eſt
fans remède. La punition étoit méritée ,
c'eft le principal. Faites partir fur le champ
d'ici toutes les troupes , & qu'elles me
fuivent en Portugal . ( à Crefpo ) Vous , je
vous fais Juge perpétuel de Zalamea.
Crefpo remercie le Roi , Lope lui dit
de fe féliciter de l'arrivée de Sa Majefté ,
& demande qu'on lui remette les autres
Soldats prifonniers. Ils lui font rendus fur
le champ. Il fe réconcilie avec Crespo ,
& emmène avec lui fon fils qu'il fait fortir
de prifon. Ifabelle entre dans un couvent
, où elle fe renferme pour toute fa
vie , & ainfi finit cette comédie.
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Résumé : ELGARROTE masbiendado, y Alcalde de Zalamea. Le Tourniquet bien appliqué, & le Juge de Zalamea, comédie de CALDERON.
La pièce 'El Alcalde de Zalamea' de Calderón de la Barca met en scène Pedro Crespo, un laboureur respecté, et les tensions entre les soldats dirigés par Don Lope de Figueroa. L'intrigue commence avec des conflits internes parmi les soldats et l'intérêt de Don Alonso pour Isabela, la fille de Crespo. Crespo conseille son fils Juan sur la gestion prudente des finances familiales. L'arrivée du Capitaine Don Alvaro de Atayde chez Crespo déclenche des incidents, notamment une dispute entre Alvar et Juan après une tentative d'Alvar de voir Inès, la fille de Crespo. Lope impose une interdiction aux soldats de sortir, aggravant les tensions avec Crespo. Lors d'un repas perturbé par une sérénade, une bagarre éclate entre Crespo et Lope. Juan intervient, et un capitaine trouve Lope sur les lieux. Alvar enlève Isabelle malgré les efforts de Crespo pour l'en empêcher. Élu Alcade, Crespo confronte Alvar pour restaurer l'honneur familial, mais Alvar refuse de coopérer. En juin 1768, une confrontation entre Crespo et Alvar conduit à l'arrestation de ce dernier. Juan blesse Alvar et tente de tuer sa sœur, mais Crespo intervient. Lope exige la libération de son fils, provoquant une altercation entre les soldats et les villageois. Le Roi arrive et écoute les preuves présentées par Crespo. Crespo explique au Roi qu'il a fait exécuter son fils pour avoir déshonoré une jeune fille. Le Roi reconnaît la légalité du procès mais ordonne le transfert du prisonnier. Crespo révèle alors que son fils a déjà été exécuté. Le Roi accepte la punition et nomme Crespo juge perpétuel de Zalamea. Les troupes doivent quitter la ville, et Isabelle choisit d'entrer dans un couvent.
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21
p. 85
I. EPIGRAMMES de Mde G***.
Début :
En parlant d'arracher les yeux, [...]
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texteReconnaissance textuelle : I. EPIGRAMMES de Mde G***.
I.
EPIGRAMMES de Mde G ***.
ENN parlant d'arracher les yeux ,
Quelquefois je penfe aux cruelles ;
Mais je ne crois plus à ces belles ,
Car tous mes amis en ont deux.
EPIGRAMMES de Mde G ***.
ENN parlant d'arracher les yeux ,
Quelquefois je penfe aux cruelles ;
Mais je ne crois plus à ces belles ,
Car tous mes amis en ont deux.
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23
p. 85
III. A un joli Poëte.
Début :
HIER je grimpois au Parnasse [...]
Mots clefs :
Poète
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texteReconnaissance textuelle : III. A un joli Poëte.
I I I.
A un joli Poëte .
HIER je grimpois au Parnaſſe
Pour entendre les doctes Soeurs ;
Mais je vis ces belles en pleurs ,
Qui mettoient Ger, ... à ta place .
A un joli Poëte .
HIER je grimpois au Parnaſſe
Pour entendre les doctes Soeurs ;
Mais je vis ces belles en pleurs ,
Qui mettoient Ger, ... à ta place .
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24
p. 86
IV. A un Praticien.
Début :
TES vers & tes bons mots ne sont pas chauds ; je pense. [...]
Mots clefs :
Praticien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IV. A un Praticien.
I V.
A un Praticien.
Tzs vers & tes bons mots ne font pas chauds ;
je penfe .
Tes plaidoyers font chauds & pleins d'efprit.
Je fais bien la raison de cette différence :
C'eft que tes vers font faits à l'audience
Et les plaidoyers dans ton lit.
A un Praticien.
Tzs vers & tes bons mots ne font pas chauds ;
je penfe .
Tes plaidoyers font chauds & pleins d'efprit.
Je fais bien la raison de cette différence :
C'eft que tes vers font faits à l'audience
Et les plaidoyers dans ton lit.
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25
p. 86
V. A un Musicien.
Début :
POUR mettre sur ces vers la note convenable, [...]
Mots clefs :
Musicien
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texteReconnaissance textuelle : V. A un Musicien.
V.
A un Muficien.
mettre fur ces vers la note convenable ,
Vous avez bien raiſon , il faut chanter en diable ,
Et ce n'eft pas votre métier.
O mon ami ! vous n'êtes pas forcier.
A un Muficien.
mettre fur ces vers la note convenable ,
Vous avez bien raiſon , il faut chanter en diable ,
Et ce n'eft pas votre métier.
O mon ami ! vous n'êtes pas forcier.
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27
p. 87
VII.
Début :
Il faut répondre aux épigrammes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VII.
VII.
1 faut répondre aux épigrammes
Que nous fait le Seigneur Sotet.
Eh ! qu'en est- il befoin ? Jamais ce qu'il a fait
Ne fera condamné qu'aux flammes ;
Il n'aura pas les honneurs du fiflet .
1 faut répondre aux épigrammes
Que nous fait le Seigneur Sotet.
Eh ! qu'en est- il befoin ? Jamais ce qu'il a fait
Ne fera condamné qu'aux flammes ;
Il n'aura pas les honneurs du fiflet .
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28
p. 87
Air : L'amour m'a fait la peinture.
Début :
Deux amis sont chose rare ; [...]
Mots clefs :
Amour, Amitié
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texteReconnaissance textuelle : Air : L'amour m'a fait la peinture.
Air : L'amour m'a fait la peinture.
EUX amis font chofe rare ;
On les vit dans le vieux temps..
La ṇature en eſt avare ;
Bientôt l'intérêt ſépare
Les amis & les parens .
Chez le fexe , hélas ! que dire ??
L'amitié vient promptement ;
Mais un rien fait la détruire.
Il -fuffit , pour qu'elle expire ,
D'un poupon ou d'un galant.
L'amitié feroit parfaite ,
Pour deux fexes différens ;
Mais , d'un coup de fa baguette ,
Le fripon d'Amour qui guette ,
Confond le coeur & les feas.
Par Mde GUIBERT
EUX amis font chofe rare ;
On les vit dans le vieux temps..
La ṇature en eſt avare ;
Bientôt l'intérêt ſépare
Les amis & les parens .
Chez le fexe , hélas ! que dire ??
L'amitié vient promptement ;
Mais un rien fait la détruire.
Il -fuffit , pour qu'elle expire ,
D'un poupon ou d'un galant.
L'amitié feroit parfaite ,
Pour deux fexes différens ;
Mais , d'un coup de fa baguette ,
Le fripon d'Amour qui guette ,
Confond le coeur & les feas.
Par Mde GUIBERT
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29
p. 88
A M. FLIPART, sur une marine gravée d'après M. VERNET.
Début :
Au magique effet de ton art, [...]
Mots clefs :
Marine, Art
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. FLIPART, sur une marine gravée d'après M. VERNET.
A M. FLIPART , fur une marine gravée
d'après M. VERNET.
AⓇ
u magique effet de ton art ,
Je lens toute l'horreur que chaque perfonnage
Eprouve au moment du naufrage .
Balechou revit dans Flipart.
Par la même.
d'après M. VERNET.
AⓇ
u magique effet de ton art ,
Je lens toute l'horreur que chaque perfonnage
Eprouve au moment du naufrage .
Balechou revit dans Flipart.
Par la même.
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30
p. 88-89
RÉCEPTION d'une nouvelle Muse.
Début :
Jusqu'à quand verrons-nous, par neuf filles ridées, [...]
Mots clefs :
Amour, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉCEPTION d'une nouvelle Muse.
RÉCEPTION d'une nouvelle Mufe.
Jusqu'a quand verrons-nous , par neuf filles
ridées ,
Le double fommet habité ?
Avec de tels objets , où prendre des idées
D'agrément & de nouveauté ?
Mufes , qui dans mes vers faites couler la glace ,
Malgré mon étude & mes foins ;
Lorfque d'un feu fi beau vous échauffiez Horace , 2
Vous aviez deux mille ans de moins.
A votre âge il fied bien de parler de l'hiftoire
De l'Affyrie & de les Rois ;
Mais laiffez - là l'amour : pour célébrer ſa gloire ,
11 cherche de plus jeunes voix.
JUIN 1768 .
Nous répéteriez-vous des fleurettes vantées
Du temps d'Hélene & de Pâris ?
Croyez-moi , ces douceurs , des favans refpectées ,
Le feroient peu de nos Iris.
Si tu veux , dans nos vers , reffufciter les Grâces ,
Confulte l'enfant de Paphos ;
De tes antiques Soeurs , Phébus , remplis les places
Par autant de jeunes Saphos :
Le choix eft important ; qu'amour t'aide à le faire,
Prenez tous deux des tendres coeurs ;
Des attraits qu'on pourroit adorer à Cythère ,
Charmans , mais généreux vainqueurs .
Qui choiſis - tu d'abord ? Ifmène . Ah ! tu m'enchantes
,
Par l'hommage que tu lui rends ;
Je ne fuis inquiet que des huit prétendantes ,
Qui doivent entrer fur les rangs.
Par M. DE *** , Capitaine , à Valenciennes.
Jusqu'a quand verrons-nous , par neuf filles
ridées ,
Le double fommet habité ?
Avec de tels objets , où prendre des idées
D'agrément & de nouveauté ?
Mufes , qui dans mes vers faites couler la glace ,
Malgré mon étude & mes foins ;
Lorfque d'un feu fi beau vous échauffiez Horace , 2
Vous aviez deux mille ans de moins.
A votre âge il fied bien de parler de l'hiftoire
De l'Affyrie & de les Rois ;
Mais laiffez - là l'amour : pour célébrer ſa gloire ,
11 cherche de plus jeunes voix.
JUIN 1768 .
Nous répéteriez-vous des fleurettes vantées
Du temps d'Hélene & de Pâris ?
Croyez-moi , ces douceurs , des favans refpectées ,
Le feroient peu de nos Iris.
Si tu veux , dans nos vers , reffufciter les Grâces ,
Confulte l'enfant de Paphos ;
De tes antiques Soeurs , Phébus , remplis les places
Par autant de jeunes Saphos :
Le choix eft important ; qu'amour t'aide à le faire,
Prenez tous deux des tendres coeurs ;
Des attraits qu'on pourroit adorer à Cythère ,
Charmans , mais généreux vainqueurs .
Qui choiſis - tu d'abord ? Ifmène . Ah ! tu m'enchantes
,
Par l'hommage que tu lui rends ;
Je ne fuis inquiet que des huit prétendantes ,
Qui doivent entrer fur les rangs.
Par M. DE *** , Capitaine , à Valenciennes.
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Résumé : RÉCEPTION d'une nouvelle Muse.
En juin 1768, un poème s'adresse à des Muses vieillissantes, exprimant le souhait de les voir remplacées par des Muses plus jeunes et inspirantes. Le poète regrette que les Muses actuelles aient perdu leur capacité à renouveler l'agrément et la nouveauté dans ses vers, contrairement à leur inspiration passée pour Horace il y a deux mille ans. Il les encourage à laisser l'amour aux voix plus jeunes et à se concentrer sur l'histoire et les rois. Le poète propose de remplacer les anciennes Muses par de jeunes femmes inspirées par l'amour, comparables aux Saphos de l'Antiquité. Ces nouvelles Muses doivent avoir des cœurs tendres et généreux, dignes d'être adorées à Cythère. Le poème se conclut par la sélection d'Ismène comme première Muse, laissant en suspens la question des huit autres prétendantes. L'œuvre est signée par un capitaine à Valenciennes.
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31
p. 89
A M. SAURIN, de l'Académie Françoise, sur la tragédie bourgeoise.
Début :
RENARD fit le Joueur, & ne corrigea guère : [...]
Mots clefs :
Tragédie bourgeoise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. SAURIN, de l'Académie Françoise, sur la tragédie bourgeoise.
A M. SAURIN, de l'Académie Françoiſe ,
fur fa tragédie bourgeoife.
RENARD fit le Joueur , & ne corrigea guère :
Ce n'eft pas en riant qu'on trace un tel portrait.
Mais du crayon anglois tu peins ce caractère ,
Si dangereux , & qui fouvent a fait
La ruine & les maux d'une famille entière :
Renard a fait un drame , & toi feul le fujer.
Par la Mufe Limonadière.
fur fa tragédie bourgeoife.
RENARD fit le Joueur , & ne corrigea guère :
Ce n'eft pas en riant qu'on trace un tel portrait.
Mais du crayon anglois tu peins ce caractère ,
Si dangereux , & qui fouvent a fait
La ruine & les maux d'une famille entière :
Renard a fait un drame , & toi feul le fujer.
Par la Mufe Limonadière.
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32
p. 90-91
FABLES. LE LION ET LE SERPENT.
Début :
Un jour le Roi des animaux, [...]
Mots clefs :
Lion, Serpent, Roi, Vivre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLES. LE LION ET LE SERPENT.
FABLE S.
LE LION ET LE SERPENT.
Un jour le Roi des animaux , N
Le terrible Lion , preffé par l'indigence ,
Alloit , dit-on , chez fes vaffaux
Pour y trouver fa fubfiftance .
Mais ces Meffieurs , avec mépris ,
Reçurent tous leur ancien maître ,
Feignirent tous de ne le point connoître...
Vils ingrats ! voilà donc le prix .
De mes bienfaits ? redoutez ma colère.
Vous êtes Roi , montrez-vous père.
Se venger c'eft foibleffe , & pardonner eft grand :
Seigneur , mépriſez cette injure ,
Dit un effroyable Serpent ,
Qui paffoit par-là d'aventure.
Venez chez - moi : la même nourriture ,
Tous deux ici près nous attend ;
Même lit , même appartement ,
Et ce qu'enverra la fortune ,
Sire , pour nous fera chofe commune.
Venez , c'eſt de bon coeur : j'en attefte les dieux ;
Vous ferez mon ami ; moi , je ferai le vôtre ;;
Et chacun de nous de fon mieux ,
Tour à tour , obligerá l'autre.
JUIN 1768. ་
Vivre avec un Serpent ne le flattoit pas
Mais , d'un autre côté , que faire ?
Jeûner , c'eût été rude effort ,
fort :
Car les Lions ne jeûnent guère .
Mourir de faim ; affreux & trifte fort !
Il aima mieux vivre . Il eut tort-;
Car l'infame reptile , ajoute encor l'hiftoire ,
Pour repaître fa vanité ,
Fit perdre au Lion la mémoire
De fa première liberté ,
Rompit fon mâle caractère ,
Et profita de fon adverfité.
Voilà les fruits de la mifère !
Par M. DROBECQ:
LE LION ET LE SERPENT.
Un jour le Roi des animaux , N
Le terrible Lion , preffé par l'indigence ,
Alloit , dit-on , chez fes vaffaux
Pour y trouver fa fubfiftance .
Mais ces Meffieurs , avec mépris ,
Reçurent tous leur ancien maître ,
Feignirent tous de ne le point connoître...
Vils ingrats ! voilà donc le prix .
De mes bienfaits ? redoutez ma colère.
Vous êtes Roi , montrez-vous père.
Se venger c'eft foibleffe , & pardonner eft grand :
Seigneur , mépriſez cette injure ,
Dit un effroyable Serpent ,
Qui paffoit par-là d'aventure.
Venez chez - moi : la même nourriture ,
Tous deux ici près nous attend ;
Même lit , même appartement ,
Et ce qu'enverra la fortune ,
Sire , pour nous fera chofe commune.
Venez , c'eſt de bon coeur : j'en attefte les dieux ;
Vous ferez mon ami ; moi , je ferai le vôtre ;;
Et chacun de nous de fon mieux ,
Tour à tour , obligerá l'autre.
JUIN 1768. ་
Vivre avec un Serpent ne le flattoit pas
Mais , d'un autre côté , que faire ?
Jeûner , c'eût été rude effort ,
fort :
Car les Lions ne jeûnent guère .
Mourir de faim ; affreux & trifte fort !
Il aima mieux vivre . Il eut tort-;
Car l'infame reptile , ajoute encor l'hiftoire ,
Pour repaître fa vanité ,
Fit perdre au Lion la mémoire
De fa première liberté ,
Rompit fon mâle caractère ,
Et profita de fon adverfité.
Voilà les fruits de la mifère !
Par M. DROBECQ:
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Résumé : FABLES. LE LION ET LE SERPENT.
La fable 'Le Lion et le Serpent' relate l'histoire d'un lion affamé qui demande de la nourriture à ses vassaux, lesquels le repoussent. Furieux, il est prêt à se venger mais un serpent lui offre de partager sa nourriture et son logement. Malgré son aversion, le lion accepte par nécessité. Le serpent exploite alors la situation en altérant la mémoire et le caractère du lion. Cette fable met en garde contre les dangers de la misère et les risques de dépendre de personnes malintentionnées.
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33
p. 91
« Le mot de la première énigme du Mercure de mai est le ver devenu papillon. [...] »
Début :
Le mot de la première énigme du Mercure de mai est le ver devenu papillon. [...]
Mots clefs :
Papillon, Ver, Latro poenitens, Bon larron, Corde, Carme
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texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la première énigme du Mercure de mai est le ver devenu papillon. [...] »
LEE mot de la première énigme du Mer
cure de mai eft le ver devenu papillon .
Ceux de l'épitaphe - énigmatique font :
Latro pænitens , ou le bon Larron. Celui
du premier logogryphe eft corde ; dans
lequel on trouve , en fupprimant la lettre
r, code : l'on y trouve de plus cor , or,
roc , ode. Et celui du fecond eft Carme :
on y trouve la particule car , le pronom
me , arme , âme.
cure de mai eft le ver devenu papillon .
Ceux de l'épitaphe - énigmatique font :
Latro pænitens , ou le bon Larron. Celui
du premier logogryphe eft corde ; dans
lequel on trouve , en fupprimant la lettre
r, code : l'on y trouve de plus cor , or,
roc , ode. Et celui du fecond eft Carme :
on y trouve la particule car , le pronom
me , arme , âme.
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34
p. 92
ÉNIGME.
Début :
Nous sommes trois ; un trait mince & ténu, [...]
Mots clefs :
Accents aigu, grave et circonflexe
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texteReconnaissance textuelle : ÉNIGME.
ÉNIGM E.
ous fommes trois ; un trait mince & ténu,
A bientôt deffiné notre figure érique.
L'un de nous marche avec le dos rompú ;
Tandis que , s'appuyant ſur un pied fort pointu ,
Deux fe plaifent à prendre une figure oblique.
Certain muet , fi - tôt que nous le couronnons ,
Parle ; & fa voix eft tantôt étendue ,
Tantôt baffe , tantôt aigue ,
Enfin à vos propos fouvent nous nous mêlons.
De nos honneurs , jadis , deux lettres revêtues
Venoient de deux de nous exercer les emplois ;
Mais par-tout , dans ce fiècle , elles font mal
venues ,
Si ce n'eft chez les vieux bourgeois.
Par M. DE PRACIT , de Dijon.
ous fommes trois ; un trait mince & ténu,
A bientôt deffiné notre figure érique.
L'un de nous marche avec le dos rompú ;
Tandis que , s'appuyant ſur un pied fort pointu ,
Deux fe plaifent à prendre une figure oblique.
Certain muet , fi - tôt que nous le couronnons ,
Parle ; & fa voix eft tantôt étendue ,
Tantôt baffe , tantôt aigue ,
Enfin à vos propos fouvent nous nous mêlons.
De nos honneurs , jadis , deux lettres revêtues
Venoient de deux de nous exercer les emplois ;
Mais par-tout , dans ce fiècle , elles font mal
venues ,
Si ce n'eft chez les vieux bourgeois.
Par M. DE PRACIT , de Dijon.
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35
p. 92-93
AUTRE.
Début :
Je ne suis qu'un & je fais trois, [...]
Mots clefs :
Monosyllabe
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
ne fuis qu'un & je fais trois ,
Et tout , & rien. Je fuis , par fois ,
Par oui , par non , d'un très-grand poids.
En un mot chez toi , chez le Roi ,
1
JUIN 1768. 93
Je fais le chaud , je fais le froid.
Me tiens-tu ? Non. Lis donc , prends- moi ,
Dans ton oeil , au bout de tes doigts .
Mais quoi dans ces vers tu me vois ,
Vingt-fix, vingt- neuf & dix-ſept fois,
Par le même.
ne fuis qu'un & je fais trois ,
Et tout , & rien. Je fuis , par fois ,
Par oui , par non , d'un très-grand poids.
En un mot chez toi , chez le Roi ,
1
JUIN 1768. 93
Je fais le chaud , je fais le froid.
Me tiens-tu ? Non. Lis donc , prends- moi ,
Dans ton oeil , au bout de tes doigts .
Mais quoi dans ces vers tu me vois ,
Vingt-fix, vingt- neuf & dix-ſept fois,
Par le même.
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36
p. 93
AUTRE.
Début :
Lecteur, mères d'enfans jumeaux, [...]
Mots clefs :
Mains
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
LICTE ECTEUR , mères d'enfans jumeaux ,
Nous fommes nous- mêmes jumellės,
Rarement on nous trouve belles ;
Mais l'on doit tout à nos travaux.
Sans nous des Zeuxis , des Apelles ,
Connoîtroit- on l'art enchanteur :
Et le talent , non moins flatteur ,
Des Phidias , des Praxiteles ?
Nous avons même utilité ,
Lorfqu'une fotte préférence
N'a pas détruit dans notre enfance
Notre parfaite égalité.
Tes yeux nous devinent peut-être ,
Après ce fidèle portrait ;
Mais tu ne pourrois nous connoître ,
Si l'une de nous ne l'eût fait .
Par une Société de Gens de Lettres,
LICTE ECTEUR , mères d'enfans jumeaux ,
Nous fommes nous- mêmes jumellės,
Rarement on nous trouve belles ;
Mais l'on doit tout à nos travaux.
Sans nous des Zeuxis , des Apelles ,
Connoîtroit- on l'art enchanteur :
Et le talent , non moins flatteur ,
Des Phidias , des Praxiteles ?
Nous avons même utilité ,
Lorfqu'une fotte préférence
N'a pas détruit dans notre enfance
Notre parfaite égalité.
Tes yeux nous devinent peut-être ,
Après ce fidèle portrait ;
Mais tu ne pourrois nous connoître ,
Si l'une de nous ne l'eût fait .
Par une Société de Gens de Lettres,
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37
p. 94-95
LOGOGRYPHE.
Début :
Cher lecteur, soumis à la loi [...]
Mots clefs :
Hermaphrodite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRY PH E.
CHER HER lecteur , foumis à la loi
De la trop févère fortune ,
J'ai deux exiftences en moi ,
Et je n'en faurois donner une.
Dans mes douze pieds tu verras ;
Ce que tu crains ; un coquillage ;
Ce qu'en jouant fon met à bas ;
L'inftrument qui défend la vie ;
Ce qui naît à chaque minuit ;
Ce dont bien des corps font l'étai ;
Ce dont le foir on meurt d'envie ;
Ce qui couronne les palais ;
Un lien ; l'élément perfide ;
Ce qu'on regrette ; ce qui guide ;
Ce qu'on ne doit faire jamais ;
Ce que l'on va voir au théâtre }
Ce qui fait fouetter l'écolier ;
Ce qui fait monter l'escalier ;
Ce dont Paris eft idolâtre ;
Un facrement ; le mois d'amour ;
Un des fept jours de la femaine ;
Des villes autrefois la reine ;
Ce qui m'oblige à mettre jour
JUIN 1768. 95
Un titre cher & refpectable ;
Un mot commun aux teftamens ;
Ce qu'on ne peut faire fans dents ;
Ce qu'une femme coëffe en diable ;
Tout ce qui fert à nous vêtir ;
Ce qui feul mérite l'eftime ;
Un des mots qui n'ont point de rime ;
Ce qu'on n'aime point à fentir ;
Ce qui fait avancer la barque ;
Ce qu'on eft quand on eft tout droits
Ce qu'on ferme quand il fait froid ;
Des Galiléens un Tétrarque ;
Le bain favori d'un canard ;
Le métal le plus magnifique ;`
Encor deux notes de mufique
Et puis adieu , car il eft tard .
Par la même Société.
CHER HER lecteur , foumis à la loi
De la trop févère fortune ,
J'ai deux exiftences en moi ,
Et je n'en faurois donner une.
Dans mes douze pieds tu verras ;
Ce que tu crains ; un coquillage ;
Ce qu'en jouant fon met à bas ;
L'inftrument qui défend la vie ;
Ce qui naît à chaque minuit ;
Ce dont bien des corps font l'étai ;
Ce dont le foir on meurt d'envie ;
Ce qui couronne les palais ;
Un lien ; l'élément perfide ;
Ce qu'on regrette ; ce qui guide ;
Ce qu'on ne doit faire jamais ;
Ce que l'on va voir au théâtre }
Ce qui fait fouetter l'écolier ;
Ce qui fait monter l'escalier ;
Ce dont Paris eft idolâtre ;
Un facrement ; le mois d'amour ;
Un des fept jours de la femaine ;
Des villes autrefois la reine ;
Ce qui m'oblige à mettre jour
JUIN 1768. 95
Un titre cher & refpectable ;
Un mot commun aux teftamens ;
Ce qu'on ne peut faire fans dents ;
Ce qu'une femme coëffe en diable ;
Tout ce qui fert à nous vêtir ;
Ce qui feul mérite l'eftime ;
Un des mots qui n'ont point de rime ;
Ce qu'on n'aime point à fentir ;
Ce qui fait avancer la barque ;
Ce qu'on eft quand on eft tout droits
Ce qu'on ferme quand il fait froid ;
Des Galiléens un Tétrarque ;
Le bain favori d'un canard ;
Le métal le plus magnifique ;`
Encor deux notes de mufique
Et puis adieu , car il eft tard .
Par la même Société.
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38
p. 96
CHANSON GALANTE.
Début :
Je reprochois à ma tendre bergère, [...]
Mots clefs :
Yeux, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON GALANTE.
CHANSON GALANTE.
E reprochois à ma tendre bergère.
Qu'elle fembloit ne plus m'aimer.
Je vis les yeux , les beaux yeux fans colère ,
Et de nouveau l'amour fçut m'enflammer.
Philis , pardonne à ma tendrelle ,
Un mouvement que méconnoît mon coeur !
Près de toi je fuis dans l'ivreſſe :
Peut-on alors être loin de l'erreur ?
Paroles de M. MESLIN , mufique de M. RICHER,
ci-devant Page de la Mufique du Roi.
E reprochois à ma tendre bergère.
Qu'elle fembloit ne plus m'aimer.
Je vis les yeux , les beaux yeux fans colère ,
Et de nouveau l'amour fçut m'enflammer.
Philis , pardonne à ma tendrelle ,
Un mouvement que méconnoît mon coeur !
Près de toi je fuis dans l'ivreſſe :
Peut-on alors être loin de l'erreur ?
Paroles de M. MESLIN , mufique de M. RICHER,
ci-devant Page de la Mufique du Roi.
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