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Liste
1
p. 3-27
« En annonçant dans le Mercure dernier un Livre nouveau, j' [...] »
Début :
En annonçant dans le Mercure dernier un Livre nouveau, j' [...]
Mots clefs :
Auteur, Livre, Ouvrage, Poète, Art poétique, Horace, Quintilien, Vin, Anciens, Rire, Notes, Réputation, Ovide, Homère, Traduction
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texteReconnaissance textuelle : « En annonçant dans le Mercure dernier un Livre nouveau, j' [...] »
LITTERATVRE. EN annonçant dans
le Mercure dernier
un Livre nouveau, j'ay
promisd'en parler ce
mois cy ,
c'est un Livre
tres-varié,rempli d'érudition,
& capable de vous
remetrre dans l'idée les
réglés de la composition
&dubon goust.
D'abord on y voit une
Traduction en vers de ïArt
portique d'Horace: c'est ce
qui sert de titre au Livre,
il y a ensuite quantité de
Notes curieuses, les unes
de l'Autheur
,
& les autres
citées de plusieurs Grecs
& Latins, dont voicy quelques-
unes.
-
L'Art poëtique d'H O*
RACE est une Lettre
qu'il écrit aux PISONS.
Ces PIS O N S estoientle
frere & les neveux de Calpurnie
Epouse deJules Cesar,
& fille de Lucius Pison.
La premiere réglé de
l'éloquence, c'est d'estre
clair; & la seconde
,
de
n'estre pas diffus.
MARITAL dit que
les ouvrages-où il n'y a
rien: à retrancher, ne sont
jamais trop longs.
Lalime,ditQUINTILIEN,
doit polir & non
pas affoiblir, & user, pour
ainsi dire,un ouvrage.
J'ay veu dans un Autheur
François, travaillez
vostre ouvrage jusqu'à ce
qu'il foit au point qu'on
ne s'appercoive pas qu'il
vous a cousté beaucoup
de travail.
PROPERCE compare
l'Autheur dont le stile
n'est ny trop enflé ny
trop simple
,
là un Marinier
qui rase le rivage avec
un de ses avirons, & qui
fend les flots avec l'autre.
LONGINdonne pour
exemple de l'enfleure. ces
pensées
- cy Faire du vent
Boréeson joueur de jiute.-
Et cetautre: Jupitercrache
des neiges contre les Alpes^.
Exemples du vray sublime
:HOMEREpeint
la
-
Discorde la teste dans les
-
Cieux, & les pieds sur la
terre. Et quand il parle de
Neptune il dit:
Que Neptune marchant dans
les vastescampagnes Fait , tremblersousses pieds&
forests & montagnes. Ilfaitdireà AJAXqui
voit l'Armée des Grecs
couverte tout à coup d'épaisses
tenebres.
Grand Dieu chasses la nuit
qui nous couvre lesyeux,
Et combats contre nous à la
clarté des Cieux.
Caraéteres différents de
poësie traduirs d'Ovide
par l'Autheur,
Vous qui que vous soyez à
Censeur trop severe,
Jugez, de nos travauxselon leur
caraïlere,
C'est au Vers Heroïque à chanter
les combats:
Quelleplaceytiendroient Venus
& les appas;
La grandeur, le couroux sont du
stile tragique,
Maisles sujets communs regardent
le comique,
L'Iambe libre cft propre à lancer
son venin,
Soit qu'il coure tousjours, ou qu'il
boite à la fin.
Les Amours, leurs carquois,
l'inconstante Silvie,
Sont les dignessujets de la tendre
Elegie.
Pour celebrer Cidippe,Homere
ny ses Vers,
N'y doivent point paroistre aux
yeux de l'univers.
Achile convient mal au ton de
Callimaque
, - Et Thais ne doit pas imiter
Andromaque.
L'autheur dit à propos
de la force du pathétique,
que nous pleurons en voyant
pleurer, que nous
rions en voyant rire,&cela
par une raison phisique à
peu pres semblableàcelle
qui
fait
remuer les cordes
de plusieurs instruments
qui sont dans une mesme
chambre, avec un autre
dont on touchera fortement
les cordes montées
au mesme ton que cellesde
ces autres instruments
quirefonneront sans qu'on
les touche, &c. Ilyaainsi
à peu prés dans tous les
hommes des nerfs montez
, pour ainsi dire, au
mesme ton, & c'est ce
qu'on appelle fimpathie,
&c.
Comme nous nous sentons
capables des mesmes
maux, & des mesmes biens
que nous voyons ressentir
aux autres, nous sommes
remuez par les mesmes
sentiments £ la veuë du
bien ou du mal qui leur
arrive.
L'autheur fait plusieurs
remarques sensées sur diferents
Poëmes, anciens
& modernes.
Puisque les Poèmes sont
des imications
,
dit-il,ils
doivent sans doute imiter:
mais ils ne doivent pas
imiter une aaion
violer les réglés de la poësie.
Corneille a tellement
imité le combat de son
Horace, que sa pieces'est
trouvéefinie au troisiéme
Acte. Le voila fort à l'estroit,
comment se tirerat'il
de ce paslà? Il ne l'a
peu sans violer l'unité de
l'action,ilest obligé d'adjouster
le meurtre de Camille
pour donnerune juste
estenduëà sa Tragédie;
dans le Cid&ailleurs
il ne sort de pareils embarras
qu'en violant l'unité
du temps,ou celle du
lieu, &c.
A propos, de lamaniere
doncon doit commencer unpoëme,JULES SCALIGER
donne pour exemple
d'un Exorde régulier
celuy de Lucain,qui
dans son poëme sur la
guerre civile, place tout
d'un coup Cesar au partage
du Rubicon,d'où estant
s
declaré ennemy de lapatrie
par le Senat, il est forcé
d'entreprendre cette
guerre.
Un Poëte François a dit
que le vin estoit legrand cheval
des Poètes. Une peau de
bouc pleine de vin estoit
autrefois un prix que remportoit
le Poëte qui avoit
le mieux reüssi dans la Tragedie
; en voicy la raison :
cette forte de poëme neftoit
au commencement
que des chansons en l'honneur
de Bacchus, auquel
on sacrifioit un bouc comme
animal contraire à la
vigne, on rempliffoit de
vin la peau du bouc, &on
la donnoic au Poëce.
Aprés les Notes sur
l'Art Poétique
,
il y a plusieurs
petites traductions
de différentes pieces d'Horace,
d'Ovide, de Petrone,
& avec des Notes donc
voicy quelques-unes.
Lucille estoit un Poète
latin que Juvenal appelle
l'illustre nourrissond'Auronce.
Ce Poëte avoit
composé trente Satyres.
Horace dit dans sa premiere
Satyre du second Livre;
que Lucille confioit ses
secrets à ses Livres, qu'il
n'alloit point ailleurs décharger
son coeur,ce qui
a fait qu'on a trouvé la vie
de ce vieillard peinte dans
ses ouvrages comme dans
un tableau.
,
4 On croiroit que les expressions
de avoir bon neK ,
avoirle ne7, fin, feroient
basses & impropres pour
exprimer avoirl'espritbon,
l'espritsubstil maisHorace,
Perse, & Martial l'ont anpobli
en remployant dans
ce sens. La
- La Comedie a pour but
de réjoüir & d'instruire;
les mimes estoient des
poemes qui n'avoient pour
but que de faire rire, c'estoit
les farces de ce temps-
}'1à.0. Quintilien emploie un
long Chapitre à traiter du
Ris, il est estonnéque paroissant
chose si peu importante
, il ait quelquefois
des effets si estonnants.
Un Ris excité à propos
peut changer l'estat des
affaires les plus importanles,
il empesche quelque-,
fois les fuites fafcheufesde
la haine, de la colere,&c.
& fait succeder la douceur
la bénignité, laclemence.
Par exemple, deux jeunes
Tarentis furent amenez
devant le Roy Pyrrus,
parce que dans un repas
ils avoient eu l'insolence
de parler mal de ce Prince
; voyant qu'ils ne pouvoient
nier le fait ny se
deffendre raisonnablement,
ils respondirent,
Sire
y
sila bouteille ne nous
avoitpas manque, vous eflick
mort,c'estoitfait de vous. Ce
bon mot calma la colere
de leur Juge en le faisant
rire.
Les vins de Falerne se
gardoient si long-temps,
que Petrone par le de bouteilles
de ce vin bouchées
avec foin, dont les étiquetes
marquoient que ce vin
avoic esté fumé fous le
Consul Opimus, cent ans
avant.
Diogenes
,
à propos des
superstitions sur les songes,
estoit indigné que les hom.
mes se tourmentassent au
lujetdessonges,& donnaient
si peu d'attention
aux avions qu'ils faisoient
estanteveillez.
Auguste avoir, dédié
dans son palais un Temple
, & une magnifique
Bibliothèque à Apollon,
où cinq Juges, du nombre
desquels estoit Tarpa, décidoient
du mérité des ouvrages
, que les Autheurs
y venoient lire.
Ennius, dit Quintilien
est semblable à , ces bois
que leur antiquité a consacrez
)
& dont les vieux
arbres font plus vénérables
qu'ils ne font beaux.
Les Anciens écrivoient
sur des tablettes couvertes
de cire,&ils se servoient
d'éguilles pointuës par un
bout, & plates par l'autre;
avec la pointe ils formoient
les caracteres, &
avec l'autre bout ils effaçoient
ce qu'ils avoient
écrit.
Traduction d'un Frag-
O ment d'Ovide.
Je le dis malgré moy ,
trahiffant
mes talents,
Retenez avec foin ces avis excellents
3
P()ulez-vous fuir l'amour ? que
vostre ame discrette
Evite les accents de tout tendre
Poëte:
Qallimaque aisement peut vous
rendre amoureux , Filetasestpour vous un Autheur
dangereux:
Safo plus fortement m'attache à
ma maistresse
Le vieux Anacreon augmente
ma tendresse
Est-on froid, ô Cinthie, en lisant
ton Amant?
Ou quelqu'un a-t-illeu Tibule
impunément ?
Des doux fons de Gallus quel
coeur peut se deffendre ?
Et les miens n'ont-ils fa* je ne
sfay quoy de tendre?
Martial ;Poëte Latin
estoit né à Bilbilis, ville,
de la Celtiberie en Espagne.
Il fut intime ami de
Stella) de Silius Italicus,
& de Pline le Jeune, qui
luy donna quelques secours
pour regagner sa patrie,
après avoir demeure
trente ans a Rome, peu
estimé apparemment pendant
sa vie, il addresse
cette Epigramme à Regule.
LA REPUTATION
des Poëtes.
Le Lecteur rarement aime un
Autheur en vie*,
A son gré des vivantspresquaucun
ne dit bien :
Qui cause cet abus ? Regule, cefi
l'envie,
De
De Pompée on rechercheainsi
le vieux portique,
son vil Temple, Catule
, efl
loué des vieillards,
A Virgile vivant, Quintus mort
fit la nique,
Et pour Homere en vie oit eut
trop peu d'égards.
Rarement le theatre applaudit
à Menandre
Pour fd seule , Corine, Ovide
est des appas, Cacher,-vous donc mon Livre, il
faut encore attendre,
Si la gloire ne vient quaprès
nostre trépas.
Wâ
Septemb. iju. C
A pres toutes ces traductions
l'Autheur fait une
dissertation sur les Autheurs
anciens & modernes
,
dont je donneray
quelques traits, & quelques
petits fragments de
Vers qui font tousjours
plaisir à voir rassemblez,
quoy qu'on les ait veus
ailleurs separément.
Comme ces morceaux
détachez ne demandent
nulle liaison
,
je les garderay
pour le mois prochain
; car je n'ay plus de
place dans cette partie
que pour la fuite de l'abrégé
de l'Iliade qui a
esté receu avec tant de
plaisir,que j'ay prié mon
amy de donner quelques
heures à la continuation
de cet ouvrage.
le Mercure dernier
un Livre nouveau, j'ay
promisd'en parler ce
mois cy ,
c'est un Livre
tres-varié,rempli d'érudition,
& capable de vous
remetrre dans l'idée les
réglés de la composition
&dubon goust.
D'abord on y voit une
Traduction en vers de ïArt
portique d'Horace: c'est ce
qui sert de titre au Livre,
il y a ensuite quantité de
Notes curieuses, les unes
de l'Autheur
,
& les autres
citées de plusieurs Grecs
& Latins, dont voicy quelques-
unes.
-
L'Art poëtique d'H O*
RACE est une Lettre
qu'il écrit aux PISONS.
Ces PIS O N S estoientle
frere & les neveux de Calpurnie
Epouse deJules Cesar,
& fille de Lucius Pison.
La premiere réglé de
l'éloquence, c'est d'estre
clair; & la seconde
,
de
n'estre pas diffus.
MARITAL dit que
les ouvrages-où il n'y a
rien: à retrancher, ne sont
jamais trop longs.
Lalime,ditQUINTILIEN,
doit polir & non
pas affoiblir, & user, pour
ainsi dire,un ouvrage.
J'ay veu dans un Autheur
François, travaillez
vostre ouvrage jusqu'à ce
qu'il foit au point qu'on
ne s'appercoive pas qu'il
vous a cousté beaucoup
de travail.
PROPERCE compare
l'Autheur dont le stile
n'est ny trop enflé ny
trop simple
,
là un Marinier
qui rase le rivage avec
un de ses avirons, & qui
fend les flots avec l'autre.
LONGINdonne pour
exemple de l'enfleure. ces
pensées
- cy Faire du vent
Boréeson joueur de jiute.-
Et cetautre: Jupitercrache
des neiges contre les Alpes^.
Exemples du vray sublime
:HOMEREpeint
la
-
Discorde la teste dans les
-
Cieux, & les pieds sur la
terre. Et quand il parle de
Neptune il dit:
Que Neptune marchant dans
les vastescampagnes Fait , tremblersousses pieds&
forests & montagnes. Ilfaitdireà AJAXqui
voit l'Armée des Grecs
couverte tout à coup d'épaisses
tenebres.
Grand Dieu chasses la nuit
qui nous couvre lesyeux,
Et combats contre nous à la
clarté des Cieux.
Caraéteres différents de
poësie traduirs d'Ovide
par l'Autheur,
Vous qui que vous soyez à
Censeur trop severe,
Jugez, de nos travauxselon leur
caraïlere,
C'est au Vers Heroïque à chanter
les combats:
Quelleplaceytiendroient Venus
& les appas;
La grandeur, le couroux sont du
stile tragique,
Maisles sujets communs regardent
le comique,
L'Iambe libre cft propre à lancer
son venin,
Soit qu'il coure tousjours, ou qu'il
boite à la fin.
Les Amours, leurs carquois,
l'inconstante Silvie,
Sont les dignessujets de la tendre
Elegie.
Pour celebrer Cidippe,Homere
ny ses Vers,
N'y doivent point paroistre aux
yeux de l'univers.
Achile convient mal au ton de
Callimaque
, - Et Thais ne doit pas imiter
Andromaque.
L'autheur dit à propos
de la force du pathétique,
que nous pleurons en voyant
pleurer, que nous
rions en voyant rire,&cela
par une raison phisique à
peu pres semblableàcelle
qui
fait
remuer les cordes
de plusieurs instruments
qui sont dans une mesme
chambre, avec un autre
dont on touchera fortement
les cordes montées
au mesme ton que cellesde
ces autres instruments
quirefonneront sans qu'on
les touche, &c. Ilyaainsi
à peu prés dans tous les
hommes des nerfs montez
, pour ainsi dire, au
mesme ton, & c'est ce
qu'on appelle fimpathie,
&c.
Comme nous nous sentons
capables des mesmes
maux, & des mesmes biens
que nous voyons ressentir
aux autres, nous sommes
remuez par les mesmes
sentiments £ la veuë du
bien ou du mal qui leur
arrive.
L'autheur fait plusieurs
remarques sensées sur diferents
Poëmes, anciens
& modernes.
Puisque les Poèmes sont
des imications
,
dit-il,ils
doivent sans doute imiter:
mais ils ne doivent pas
imiter une aaion
violer les réglés de la poësie.
Corneille a tellement
imité le combat de son
Horace, que sa pieces'est
trouvéefinie au troisiéme
Acte. Le voila fort à l'estroit,
comment se tirerat'il
de ce paslà? Il ne l'a
peu sans violer l'unité de
l'action,ilest obligé d'adjouster
le meurtre de Camille
pour donnerune juste
estenduëà sa Tragédie;
dans le Cid&ailleurs
il ne sort de pareils embarras
qu'en violant l'unité
du temps,ou celle du
lieu, &c.
A propos, de lamaniere
doncon doit commencer unpoëme,JULES SCALIGER
donne pour exemple
d'un Exorde régulier
celuy de Lucain,qui
dans son poëme sur la
guerre civile, place tout
d'un coup Cesar au partage
du Rubicon,d'où estant
s
declaré ennemy de lapatrie
par le Senat, il est forcé
d'entreprendre cette
guerre.
Un Poëte François a dit
que le vin estoit legrand cheval
des Poètes. Une peau de
bouc pleine de vin estoit
autrefois un prix que remportoit
le Poëte qui avoit
le mieux reüssi dans la Tragedie
; en voicy la raison :
cette forte de poëme neftoit
au commencement
que des chansons en l'honneur
de Bacchus, auquel
on sacrifioit un bouc comme
animal contraire à la
vigne, on rempliffoit de
vin la peau du bouc, &on
la donnoic au Poëce.
Aprés les Notes sur
l'Art Poétique
,
il y a plusieurs
petites traductions
de différentes pieces d'Horace,
d'Ovide, de Petrone,
& avec des Notes donc
voicy quelques-unes.
Lucille estoit un Poète
latin que Juvenal appelle
l'illustre nourrissond'Auronce.
Ce Poëte avoit
composé trente Satyres.
Horace dit dans sa premiere
Satyre du second Livre;
que Lucille confioit ses
secrets à ses Livres, qu'il
n'alloit point ailleurs décharger
son coeur,ce qui
a fait qu'on a trouvé la vie
de ce vieillard peinte dans
ses ouvrages comme dans
un tableau.
,
4 On croiroit que les expressions
de avoir bon neK ,
avoirle ne7, fin, feroient
basses & impropres pour
exprimer avoirl'espritbon,
l'espritsubstil maisHorace,
Perse, & Martial l'ont anpobli
en remployant dans
ce sens. La
- La Comedie a pour but
de réjoüir & d'instruire;
les mimes estoient des
poemes qui n'avoient pour
but que de faire rire, c'estoit
les farces de ce temps-
}'1à.0. Quintilien emploie un
long Chapitre à traiter du
Ris, il est estonnéque paroissant
chose si peu importante
, il ait quelquefois
des effets si estonnants.
Un Ris excité à propos
peut changer l'estat des
affaires les plus importanles,
il empesche quelque-,
fois les fuites fafcheufesde
la haine, de la colere,&c.
& fait succeder la douceur
la bénignité, laclemence.
Par exemple, deux jeunes
Tarentis furent amenez
devant le Roy Pyrrus,
parce que dans un repas
ils avoient eu l'insolence
de parler mal de ce Prince
; voyant qu'ils ne pouvoient
nier le fait ny se
deffendre raisonnablement,
ils respondirent,
Sire
y
sila bouteille ne nous
avoitpas manque, vous eflick
mort,c'estoitfait de vous. Ce
bon mot calma la colere
de leur Juge en le faisant
rire.
Les vins de Falerne se
gardoient si long-temps,
que Petrone par le de bouteilles
de ce vin bouchées
avec foin, dont les étiquetes
marquoient que ce vin
avoic esté fumé fous le
Consul Opimus, cent ans
avant.
Diogenes
,
à propos des
superstitions sur les songes,
estoit indigné que les hom.
mes se tourmentassent au
lujetdessonges,& donnaient
si peu d'attention
aux avions qu'ils faisoient
estanteveillez.
Auguste avoir, dédié
dans son palais un Temple
, & une magnifique
Bibliothèque à Apollon,
où cinq Juges, du nombre
desquels estoit Tarpa, décidoient
du mérité des ouvrages
, que les Autheurs
y venoient lire.
Ennius, dit Quintilien
est semblable à , ces bois
que leur antiquité a consacrez
)
& dont les vieux
arbres font plus vénérables
qu'ils ne font beaux.
Les Anciens écrivoient
sur des tablettes couvertes
de cire,&ils se servoient
d'éguilles pointuës par un
bout, & plates par l'autre;
avec la pointe ils formoient
les caracteres, &
avec l'autre bout ils effaçoient
ce qu'ils avoient
écrit.
Traduction d'un Frag-
O ment d'Ovide.
Je le dis malgré moy ,
trahiffant
mes talents,
Retenez avec foin ces avis excellents
3
P()ulez-vous fuir l'amour ? que
vostre ame discrette
Evite les accents de tout tendre
Poëte:
Qallimaque aisement peut vous
rendre amoureux , Filetasestpour vous un Autheur
dangereux:
Safo plus fortement m'attache à
ma maistresse
Le vieux Anacreon augmente
ma tendresse
Est-on froid, ô Cinthie, en lisant
ton Amant?
Ou quelqu'un a-t-illeu Tibule
impunément ?
Des doux fons de Gallus quel
coeur peut se deffendre ?
Et les miens n'ont-ils fa* je ne
sfay quoy de tendre?
Martial ;Poëte Latin
estoit né à Bilbilis, ville,
de la Celtiberie en Espagne.
Il fut intime ami de
Stella) de Silius Italicus,
& de Pline le Jeune, qui
luy donna quelques secours
pour regagner sa patrie,
après avoir demeure
trente ans a Rome, peu
estimé apparemment pendant
sa vie, il addresse
cette Epigramme à Regule.
LA REPUTATION
des Poëtes.
Le Lecteur rarement aime un
Autheur en vie*,
A son gré des vivantspresquaucun
ne dit bien :
Qui cause cet abus ? Regule, cefi
l'envie,
De
De Pompée on rechercheainsi
le vieux portique,
son vil Temple, Catule
, efl
loué des vieillards,
A Virgile vivant, Quintus mort
fit la nique,
Et pour Homere en vie oit eut
trop peu d'égards.
Rarement le theatre applaudit
à Menandre
Pour fd seule , Corine, Ovide
est des appas, Cacher,-vous donc mon Livre, il
faut encore attendre,
Si la gloire ne vient quaprès
nostre trépas.
Wâ
Septemb. iju. C
A pres toutes ces traductions
l'Autheur fait une
dissertation sur les Autheurs
anciens & modernes
,
dont je donneray
quelques traits, & quelques
petits fragments de
Vers qui font tousjours
plaisir à voir rassemblez,
quoy qu'on les ait veus
ailleurs separément.
Comme ces morceaux
détachez ne demandent
nulle liaison
,
je les garderay
pour le mois prochain
; car je n'ay plus de
place dans cette partie
que pour la fuite de l'abrégé
de l'Iliade qui a
esté receu avec tant de
plaisir,que j'ay prié mon
amy de donner quelques
heures à la continuation
de cet ouvrage.
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Résumé : « En annonçant dans le Mercure dernier un Livre nouveau, j' [...] »
Le texte annonce la publication d'un livre intitulé 'L'Art poétique d'Horace', qui présente une traduction en vers de l'œuvre d'Horace accompagnée de notes de l'auteur et de divers écrivains grecs et latins. Ce livre explore les règles de la composition poétique et du bon goût. Il aborde des réflexions sur l'éloquence, la clarté, et l'importance d'éviter la diffusion. Des exemples de styles poétiques sont fournis, comme celui de Properce comparant un auteur à un marinier. Le texte mentionne également des exemples de sublime et de pathétique, tels que les descriptions d'Homère. Il traite des différents caractères de la poésie et des règles de l'imitation dans les poèmes. Le livre discute des unités de l'action, du temps et du lieu dans les tragédies, en citant Corneille. Il inclut des anecdotes sur les poètes et leurs œuvres, comme celles de Lucille et Martial. Le livre contient aussi des traductions de pièces d'Horace, d'Ovide, et de Pétrone, accompagnées de notes. Enfin, le texte se termine par une promesse de continuer l'abrégé de l'Iliade dans un prochain numéro.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 129-135
Reflexions Politiques & Morales par M. l'Abbé Pegere. [titre d'après la table]
Début :
Il paroît depuis peu un Livre de Réflexions Politiques & Morales, [...]
Mots clefs :
Réflexions politiques, Réflexions morales, Valeur, Belles actions, Guerre, Vérité, Grand Prince, Notes, Souverain, Gouvernement, Sagesse, Auguste, Cicéron, Discours, Peuple, Indépendance, Romains, François I
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reflexions Politiques & Morales par M. l'Abbé Pegere. [titre d'après la table]
Il paroît depuis peu un Livre de
Réflexions Politiques & Morales,
130 LE MERCURE
dédié à M. le Duc de Noailles.
Mr l'Abbé Pegere qui en eft l'Auteur
, dit dans fon Epître Dédicatoire
, qu'il les lui préfente avec d'autant
plus de confiance , que la
valeur foûtenuë de la prúdence lui
eft comme héréditaire : Qu'après
s'être diftingué à la Guerre par fes
belles Actions , il effaye à préfent
de nous faire goûter les fruits de la
Paix , à la vérité toujours amers
dans leur primeur , mais qui ne
peuvent manquer de devenir très
agréables , en fecondant , comme
il fait , le GRAND PRINCE qui
veut bien par fes foins infinis ,
être le Reftaurateur de la France ,
comme il en eft les délices.
Donnons à préfent quelque idée
de l'Ouvrage.
L'Auteur prouve qu'après avoir
confideré les Hommes par raport
à eux-mêmes , il a cru pouvoir les
confiderer par raport à la fociété
Civile : Que c'est ce qui a donné
lieu aux Réflexions Politiques qu'il
a ajoutées dans cette e Edition de
D'AVRIL. r31
ce Livre , avec des Notes la plupart
Hiftoriques .
Le Lecteur fera peut- être plus
à portée de juger de l'Ouvrage ,
fi on donne ici quelques Exemples
de ces Réflexions Politiques.
ARTICLE PREMIER
DU PRINCE OU DU SOUVERAIN.
Quelquefois une feule tête dans
11ºReft, un Etat y change toute la face des
affaires & y maintient la dignité
du Gouvernement
.
MARTIAL dit que Ciceron étoit Note.
la Tête de la Republique Romaine.
" Hoc tibi Roma Caput cum loquereris
erat .
Peut-on fçavoir trop bon gré à Refl.xie
un Prince , qui déclare à fon Con.
feil , qu'il veut avoir les mains liées
pour faire le mal , mais qu'il fouhaire
être libre pour faire le bien.
Un Grand Prince * a autrefois * Trajan
ébauché ce trait de Sageffe : Un autre
Grand Prince de nos jours l'a
accompli.
132 LE MERCURE
Refl. 4° Un Prince , qui non content de
gouverner avec beaucoup d'attention
, veut bien entrer , comme
en focieté de plaifirs , avec le Public
, ne peut manquer d'en être
les délices , & il eft bien fûr par
cette conduite gracieufe & populaire
, de ne point compromettre fa
Grandeur.
Notto. Auguite gagnoit ainfi l'affection
des Peuples , quia Auguftus comiter
interfuiffet & civile
rebatur mifceri voluptatibus vulgi
Réfl.56€
Notte.
"
"
››
"
Tac. ann. I.
Unbon Politique faifant peu d'attention
aux Difcours des Peuples ;
s'attache feulement à les conduire ,
de maniere qu'ils ne s'apperçoivent
pas de la route qu'il leurs fait
tenir; & à ne donner que des atteintes
delicates , & comme imperceptibles
à leur chere liberté.
Galba repréfentoit à Pifon ( qu'-
il avoit deffein d'adopter ) toutes
les difficultez qu'on trouve à gouverner
des Peuples jaloux d'une
liberté mal entendue.
ImD'AVRIL.
133
"9 Imperaturus es hominibus qui nec
totam libertatem , nee totamfervitutem
pati poffunt. 7 ac. His .
""
"
Lib. I.
Un Prince peut s'affûrer qu'il Refl.58 .
fera toûjours Maître de la Langue
des Peuples dont il aura gagné les
coeurs.
Parceque Domitien avoit le fé- Notte,
cret de fe faire quelque fois aimer,
il étoit appellé le pere des Peuples,
que n'en n'eut - t'on point dit , s'il
cût toujours été aimable .
* Populorum vox tamen una
Cum verus Patria diceris effe Pater.
La bonne foy & la confiance étant
le principal lien du Commerce , &
de la Société Civile ; les hommes,
pour
leur
propre
interêt
, devroient
s'attacher , à entretenir l'une &
l'autre ; le défordre des Finances
d'un Etat contribue bien à rompre
ce lien précieux .
Du Tems de TI BERE, les prêts,
Refl.Si .
ou les Traitez Ufuraires avoient Notte.
* Mart . ad Domiti. L. 1. Ep . 3 .
Avril 1717.
M
134
LE MERCURE
mis la confufion dans tous les biens;
il y apporta du remede , & par ce
moyen rétablit la confiance Publique;
c'est l'image naturelle de ce
qu'on voit aujourd'hui , & il ne faut
pas moins auffi qu'un grand homme,
pour apporter un pareil remede
à de femblables maux » Реси-
nias fanore anlitabant , & inopia
rei nummaria commoto are
alieno everfio rei familiaris
""
""
و د
ر د
"
famam præceps dabat; Donec opem
tulit Cafar, &fic fides refecta eft.
Tac. an. 6.
Refl.103 Les Peuples les plus amateurs
de l'indépendence ne font jainais
fi libres , que quand ils obéïffent
à un Prince aimable ; c'eft pour
les plus féroces un attrait pareil
à celui de l'Ayman.
Notte Ces mêmes Romains qui venoient
de donner un exemple éclatant de
leur Amour pour la liberté , en ſe
défaifant de CESAR , s'accoûtumerent
infenfiblement à la perdre
feus l'agréable domination de fon
Succeffeur.
D'AVRIL. 135
C'eftune confolation pour le Peu- Reflex.
ple de voir , qu'en s'épuifant pour
les befoins de l'Etat , il n'enrichit
au moins , & ne foutient que l'Etat .
Lorfque fous François I. les Note:
Peuples fe plaignirent des Impôts
exceflifs qui ne fervoient qu'à enrichir
quelques Particuliers , &fur
tout , le Chancelier du Prat. Ce-
Prince leur répondit par ces Vers
de Virgile , qu'il envoya même à
du Prat..
"" * Claudite jam rivos ,pueri ,fat
›› prata biberunt.
Réflexions Politiques & Morales,
130 LE MERCURE
dédié à M. le Duc de Noailles.
Mr l'Abbé Pegere qui en eft l'Auteur
, dit dans fon Epître Dédicatoire
, qu'il les lui préfente avec d'autant
plus de confiance , que la
valeur foûtenuë de la prúdence lui
eft comme héréditaire : Qu'après
s'être diftingué à la Guerre par fes
belles Actions , il effaye à préfent
de nous faire goûter les fruits de la
Paix , à la vérité toujours amers
dans leur primeur , mais qui ne
peuvent manquer de devenir très
agréables , en fecondant , comme
il fait , le GRAND PRINCE qui
veut bien par fes foins infinis ,
être le Reftaurateur de la France ,
comme il en eft les délices.
Donnons à préfent quelque idée
de l'Ouvrage.
L'Auteur prouve qu'après avoir
confideré les Hommes par raport
à eux-mêmes , il a cru pouvoir les
confiderer par raport à la fociété
Civile : Que c'est ce qui a donné
lieu aux Réflexions Politiques qu'il
a ajoutées dans cette e Edition de
D'AVRIL. r31
ce Livre , avec des Notes la plupart
Hiftoriques .
Le Lecteur fera peut- être plus
à portée de juger de l'Ouvrage ,
fi on donne ici quelques Exemples
de ces Réflexions Politiques.
ARTICLE PREMIER
DU PRINCE OU DU SOUVERAIN.
Quelquefois une feule tête dans
11ºReft, un Etat y change toute la face des
affaires & y maintient la dignité
du Gouvernement
.
MARTIAL dit que Ciceron étoit Note.
la Tête de la Republique Romaine.
" Hoc tibi Roma Caput cum loquereris
erat .
Peut-on fçavoir trop bon gré à Refl.xie
un Prince , qui déclare à fon Con.
feil , qu'il veut avoir les mains liées
pour faire le mal , mais qu'il fouhaire
être libre pour faire le bien.
Un Grand Prince * a autrefois * Trajan
ébauché ce trait de Sageffe : Un autre
Grand Prince de nos jours l'a
accompli.
132 LE MERCURE
Refl. 4° Un Prince , qui non content de
gouverner avec beaucoup d'attention
, veut bien entrer , comme
en focieté de plaifirs , avec le Public
, ne peut manquer d'en être
les délices , & il eft bien fûr par
cette conduite gracieufe & populaire
, de ne point compromettre fa
Grandeur.
Notto. Auguite gagnoit ainfi l'affection
des Peuples , quia Auguftus comiter
interfuiffet & civile
rebatur mifceri voluptatibus vulgi
Réfl.56€
Notte.
"
"
››
"
Tac. ann. I.
Unbon Politique faifant peu d'attention
aux Difcours des Peuples ;
s'attache feulement à les conduire ,
de maniere qu'ils ne s'apperçoivent
pas de la route qu'il leurs fait
tenir; & à ne donner que des atteintes
delicates , & comme imperceptibles
à leur chere liberté.
Galba repréfentoit à Pifon ( qu'-
il avoit deffein d'adopter ) toutes
les difficultez qu'on trouve à gouverner
des Peuples jaloux d'une
liberté mal entendue.
ImD'AVRIL.
133
"9 Imperaturus es hominibus qui nec
totam libertatem , nee totamfervitutem
pati poffunt. 7 ac. His .
""
"
Lib. I.
Un Prince peut s'affûrer qu'il Refl.58 .
fera toûjours Maître de la Langue
des Peuples dont il aura gagné les
coeurs.
Parceque Domitien avoit le fé- Notte,
cret de fe faire quelque fois aimer,
il étoit appellé le pere des Peuples,
que n'en n'eut - t'on point dit , s'il
cût toujours été aimable .
* Populorum vox tamen una
Cum verus Patria diceris effe Pater.
La bonne foy & la confiance étant
le principal lien du Commerce , &
de la Société Civile ; les hommes,
pour
leur
propre
interêt
, devroient
s'attacher , à entretenir l'une &
l'autre ; le défordre des Finances
d'un Etat contribue bien à rompre
ce lien précieux .
Du Tems de TI BERE, les prêts,
Refl.Si .
ou les Traitez Ufuraires avoient Notte.
* Mart . ad Domiti. L. 1. Ep . 3 .
Avril 1717.
M
134
LE MERCURE
mis la confufion dans tous les biens;
il y apporta du remede , & par ce
moyen rétablit la confiance Publique;
c'est l'image naturelle de ce
qu'on voit aujourd'hui , & il ne faut
pas moins auffi qu'un grand homme,
pour apporter un pareil remede
à de femblables maux » Реси-
nias fanore anlitabant , & inopia
rei nummaria commoto are
alieno everfio rei familiaris
""
""
و د
ر د
"
famam præceps dabat; Donec opem
tulit Cafar, &fic fides refecta eft.
Tac. an. 6.
Refl.103 Les Peuples les plus amateurs
de l'indépendence ne font jainais
fi libres , que quand ils obéïffent
à un Prince aimable ; c'eft pour
les plus féroces un attrait pareil
à celui de l'Ayman.
Notte Ces mêmes Romains qui venoient
de donner un exemple éclatant de
leur Amour pour la liberté , en ſe
défaifant de CESAR , s'accoûtumerent
infenfiblement à la perdre
feus l'agréable domination de fon
Succeffeur.
D'AVRIL. 135
C'eftune confolation pour le Peu- Reflex.
ple de voir , qu'en s'épuifant pour
les befoins de l'Etat , il n'enrichit
au moins , & ne foutient que l'Etat .
Lorfque fous François I. les Note:
Peuples fe plaignirent des Impôts
exceflifs qui ne fervoient qu'à enrichir
quelques Particuliers , &fur
tout , le Chancelier du Prat. Ce-
Prince leur répondit par ces Vers
de Virgile , qu'il envoya même à
du Prat..
"" * Claudite jam rivos ,pueri ,fat
›› prata biberunt.
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3
p. 489-501
PLAN abregé d'une Méthode nouvelle d'accompagnement pour le Clavecin.
Début :
Une Méthode en musique est un morceau tout neuf. Celles qu'on a données [...]
Mots clefs :
Harmonie, Musique, Méthode, Accords, Notes, Succession des accords, Note tonique, Dissonance, Progrès, Oreille, Clavecin
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texteReconnaissance textuelle : PLAN abregé d'une Méthode nouvelle d'accompagnement pour le Clavecin.
PLAN abregé d'une Méthode nouvelle
d'accompagnement pour le Clavecin.
U
Ne Méthode en mufique eft un mor
ceau tout neuf. Celles qu'on a don
nées jufqu'à prefent n'en ont que le titres
on n'y voit qu'une pratique à demi détaillée
, des regles arbitraires , remplies
d'exceptions , & deftituées de tout fondement.
La Méthode nouvelle eft appuyée ſur
la Baffe fondamentale , feul & premier
principe , où tout fe rapporte en Muſique
, & d'où émanent des regles auffi
certaines que fimples.
C'eft par les définitions de l'Art & de
fes
490 MERCURE DE FRANCE .
fes parties qu'on commence à developer
cette Méthode.
L'accompagnement du Clavecin eſt
l'Art d'executer fucceffivement une harmonie
complete & parfaite fur un Chant
donné qu'on appelle Baffe continuë.
La connoiffance de l'harmonie eft le
premier mobile de cette execution ; l'habitude
des doigts & de l'oreille en fait la
promptitude .
Le premier objet de la Méthode eft
donc d'examiner en quoi confiftent l'harmonie
, fa plenitude , fa perfection , fa
fucceffion , & la marche de la Baffe.
Le deuxième objet eft de faciliter aux
doigts les habitudes neceffaires , & de rendre
l'oreille fenfible à l'harmonie & à fes
fucceffions les plus régulieres.
L'harmonie fe conçoit dans la pratique
fous le nom d'Accord ; elle est complete
& parfaite quand l'Accord eft tel .
Un Accord eft primitivement l'affemblage
de plufieurs fons difpofés par 3 .
Il n'y a que deux Accords ; le Conſonant
& le Diffonant.
Le Confonant eft compofé de trois Notes
, à la 3e l'une 3º de l'autre , & eft renfermé
dans l'intervale de 5º , comine par
exemple , fol , fi , re.
Le Diffonant eft de deux efpeces ; l'un
eft fondamental , l'autre eft de gout , &
par fuppofition. L'Accord
1
MARS. 1730. 491
L'Accord diffonant fondamental eſt compofé
de quatre Notes diftantes pareillement
d'une 3 , & eft renfermé dans l'intervale
de 7. Cet Accord contient le
Confonant & une Note de plus , comme
par exemple , fol , fi , re , fa ; tous deux
font compris dans l'étendue de l'8 , &
la premiere Note des 3e confecutives qui
les compofent , en est toujours la Baffe
fondamentale.
es
L'Acord diffonant par ſuppoſition eft
compofé de cinq Notes differentes , &
excede par conféquent l'étendue de l'ge ;
c'est - à- dire , qu'il contient l'Accord diffonant
fondamental , & une Note de plus ;
mais cette Note n'eft jamais que la 3 ,
ou la 5 au deffous de la premiere des
3 , qui compofent cet Accord , & c'eft
alors la Baffe qui eft par fuppofition ,
comme, par exemple , mi , fol, fi , re , fa,
& ut , fol , fi , re , fa,
с
Un Accord n'eft complet qu'autant
qu'il renferme le nombre de Notes qu'on
vient de rapporter , & il ne l'eft plus dès
qu'on en retranche quelques-unes , comme
il arrive dans l'Accord diffonant
appellé Accord de 4º ; ce qui n'empêche
pas qu'il ne demeure foûmis à toutes les
loix des autres Accords diffonans .
Un Accord eft parfait dans fa conftrution
, lorfque toutes les 3es qui le com
pofent
492 MERCURE DE FRANCE.
pofent font formées des Notes du Mode
qui exifte.
L'Accord confonant & le diffonant fondamental
peuvent recevoir autant de formes
differentes qu'ils contiennent de Notes
; & ce renverlement n'en change point
le fond.
Ainfi l'Accord confonant reçoit trois
formes differentes , & l'Accord diffonant
fondamental en reçoit quatre.
Mais fi l'on donne à ce dernier Accordune
Baffe par fuppofition , à la 3º ou à
la sau deffous , comme il a été dit ,
l'addition de cette cinquiéme Note change
la gradation refpective des quatre Notes
par 3 dont il eft compofé , & préfente
l'Accord fous deux formes de plus;
ainfi l'Accord diffonant en general reçoit
fix formes differentes.
Le renversement de l'Accord diffonant
fondamental n'eft point reciproque avec
la Note de la Baffe par fuppofition , &
n'a lieu qu'entre les quatre Notes fol , fi,
re , fa , où l'on reconnoît la jonction
de deux Notes , c'est - à - dire , un intervale
de 2 , comme entre fa & fol .
Cette jonction de deux Nores , qui feule
fait la diftinction de l'Accord confonant
d'avec le diffonant , ſemble auffi deſtinée
feule à faire reconnoître ce dernier par
deux chiffres de valeur immédiate , où
l'interMARS.
1730. 493
Pintervale de 2 fe découvre ; & l'ufage
où l'on eft de chiffrer l'Accord de 4º par
, celui de grande 6 par , & même
celui de petite 6 ° par , y eft entierement
conforme.
Mais fi l'intervale de 2 eût guidé en
cela la maniere de chiffrer , il femble
qu'on auroit dû proceder également à l'égard
des trois autres formes de l'Accord
diffonant , puifque par rapport à la Baffe
actuelle de l'Accord , on ne peut confiderer
celui de 2e que comme , celui de
9 comme , & celui de 7 comme ; il
y a donc même railon pour défigner les
uns & les autres par les chiffres où l'intervale
de 2 a lieu ; ce qui prefente toutes
les formes de l'Accord diffonant en
cette maniere fimple & uniforme 234568
& donne déja une ouverture importante
fur l'harmonie; puifque des deux chiffres
immédiats , le plus grand marque toû
jours la Baffe fondamentale , & le plus
petit la diffonance , obfervation qui fair
feule tout le principe de cette Méthode
fur la fucceffion des Accords .
2
123457
L'avantage qu'on tire de cette maniere
de concevoir toutes les formes de
l'Accord diffonant , n'eft pas moins fenfible
dans la pratique ; mais avant que de
faire agir les doigts , il faut obferver que
pour des raifons capitales que la Métho
de
494 MERCURE DE FRANCE.
de expofe , on doit fufpendre l'ufage du
pouce ; ce qui ne doit point rebuter les
petites mains , auxquelles elle fournit des
expediens.
S'il s'agit maintenant de trouver l'Accord
fur le Clavier par le moyen des
deux chiffres immédiats il fuffit de
connoître une feule des deux touches qui
répondent aux intervales défignés par ces
chiffres , pour connoître l'autre fur le
champ , puifque plaçant un doigt fur
cette touche , un des deux doigts voisins
ne peut que tomber naturellement fur
Pautre, & quant aux deux doigts reftans ,
il ne s'agit plus que de les difpofer par
3es
S'il arrive que le doigt voifin de celui
qu'on a placé d'abord ne fe trouve pas
tout portéfur la touche défignée par l'autre
chiffre , il ne faut que l'écarter par
3e , & les deux autres pareillement , on
aura toûjours le même Accord diffonant
complet ; car alors la touche occupée par
le doigt d'en haut n'eft que la réplique du
fon qui réuniroit deux doigts pour former
l'intervale de 2 , ce qui revient au
même pour l'efprit & pour les doigts ,
puifqu'il ne s'agit jamais que de les difpofer
tous par 3es , ou d'en joindre deux
feulement ; habitude qui ne les affujettit
qu'à deux fituations , & qui rend tous les
endroits
MAR S. 1730. 495
endroits du Clavier également familiers.
Chacun peut éprouver la facilité qu'il
y a de trouver ainfi tous les Accords diffonans
poffibles , & l'on verra qu'ils ne font
tous qu'un même arrangement par 3 ,
foit majeures , foit mineures , & que par
tout la Baffe fondamentale & la diffonance
font les mêmes , quoique les Accords
puiffent ne pas être complets.
Pour ce qui eft de la fucceffion des
Accords , il eft clair qu'étant tous confonans
ou diffonans , elle ne peut confifter
dans celle des confonans entre
que
eux , des diffonans entre eux , & des confonans
mêlés avec les diffonans.
Le principe de ces fucceffions réfide dans
deux cadences fondamentales , dont l'une
qui defcend de se , comme de fol à ut
s'appelle parfaite , & dont l'autre qui
monte des , comme de fa à ut , s'appelle
imparfaite ou irréguliere ; les Notes
qui forment ces cadences , portent chacune
l'Accord confonant , & la derniere
de chaque cadence eft toûjours la Tonique,
c'est- à- dire , la principale Note du ton .
Ces deux cadences ordonnent d'abord
de la fucceffion des Accords conforans
entr'eux ; mais comme le principal but
de la fucceffion des Accords eft d'entretenir
à l'oreille la modulation ou le ton qui
exifte , & que pour cet effet , l'art & l'ex-
D perience
496 MERCURE
DE FRANCE .
perience ont revêtu l'harmonie
de la diffonance
; on l'ajoûte en confequence
à la
premiere Note de chacune de ces deux cadences ; & delà naît la fucceffion
des
Accords confonans
mêlés de diffonans .
Si au lieu de terminer la cadence parfaite
par l'Accord confonant , on ajoûte
encore à celui - ci la même diffonance ;
il en refulte un progrès obligé d'Accords
diffonans , dont la conclufion ne fe peut
faire que par le feul Accord confonant ,
& ce n'eſt qu'alors que la cadence parfaite
apparoît ; car celles qui fe font d'un
Accord diffonant à un autre diffonant ,
n'en font que l'imitation.
Ainfi l'imitation de la cadence parfaite
eft l'origine de la fucceffion des Accords
diffonans entr'eux , & c'eft en ces deux
mouvemens de la même cadence que gir
tout l'artifice de la compofition & de
l'Accompagnement
; car la cadence irré
guliere eft toujours concluante , & ne
s'imite point.
Après le progrès obligé des Accords ,
ce qui refte à examiner , eft l'interruption
fréquente de ce progrès , par les differens
points de conclufion
que l'Accord confonant
y apporte ; & c'eft à quoi l'oreille
doit principalement
fe rendre fenfible ;
mais ce ne peut être qu'avec beaucoup
de tems & de peine , fans les lumieres
de
MARS 1730. 497
de l'efprit ; c'est pourquoi l'on s'attache
à faire raporter tous les Accords à la Note
tonique , & l'on fait obferver que confequemment
à la diffonance appliquée à
la premiere Note de chacune des deux
cadences , il n'y a dans un Mode que
trois Accords , celui de la tonique , celui
de fa 2º & le fenfible.
Le ton au-deffus de la tonique indique
fon Accord de 2º , & le femiton au - deffous,
indique fon Accord fenfible.
L'Accord confonant de la tonique commence
& termine toutes les fucceffions ;
& comme tout Mode ne contient que trois
Accords , il est évident que celui de la
tonique ne peut être précedé que de l'un
des deux autres , & qu'il doit en être
fuivi pareillement , fi ce n'eſt d'un autre
Accord , qu'un progrès obligé peut occafionner
après celui de la tonique.
Mais la marche de la Baffe détermine
alors l'Accord diffonant qui doit fuivre
le confonant ; & comme celui- ci ne peut
jamais être precedé que de fon Accord
de ze , & bien plus fréquemment de fon
Accord fenfible , on continue le progrès
obligé , jufqu'à ce que l'un des deux derniers
paroiffe ; & quand on eft arrivé à
celui de la 2º ,la Baffe montre clairement,
file fenfible ou le confonant doit le fuivre ;
Car fi ce n'eft le confonant, c'est le fenfible.
Dij
Si
498 MERCURE DE FRANCE .
Si le ton vient à changer après l'Accord
confonant de la tonique , ou après fon
Accord de 2 , cela eft infailliblement
marqué par la marche de la Baffe , par
un diéze , par un bémol , ou par un béquarre
; & le ton connû , tout le refte
l'eft.
Si enfin l'Accord diffonant pris aprés le
confonant , n'eſt pas le fenfible du ton où
l'on paffe , on fait fucceder pour lors les
Accords diffonans par le progrès obligé,
comme on l'a déja dit.
Ces regles établies fur toutes les marches
poffibles de la Baffe fondamentale
inftruifent parfaitement de la fucceffion
de l'harmonie ; mais tout ainfi que la
pratique la plus confommée ne fçauroit
procurer une entiere poffeffion de l'art ,
fi l'efprit n'est pourvû de ces connoiſſances
, de même auffi la pratique eft- elle
neceffaire pour les y graver mieux , &
plus promtement ; cependant on ne peut
trop obferver de fimplifier extrêmement
les objets , & de ne les lier qu'à meſure
qu'ils fe prefentent d'eux- mêmes.
C'eft dans cette vûë que la Méthode
prefcrit d'exercer d'abord les Accords fans
la Baffe ; & comme la diffonance eft le
guide le plus affuré des fucceffions , on
commence par celle des Accords diffomans
entr'eux , où il ne s'agit que de faire
defcen
MARS. 1730. 499
defcendre alternativement deux doigts
contigus fur les touches voifines de celles.
qu'ils occupent , & cela d'un Accord à
un autre ; de forte que les diffonances y
font toujours préparées & fauvées dans la
derniere rigueur . Voyez fur ce fujet l'exemple
du Traité de l'harmonie , page
396.
Le feul arrangement des doigts fait
fentir ceux qu'il faut mouvoir ; fi tous
les doigts font par 3 , le petit doigt demande
à deſcendre le premier , & de deux
doigts qui le joignent , celui d'au - deffous
peut feul partir , & ainfi du fuivant.
On apprend dans ce progrès obligé à
reconnoître l'Accord fenfible fi decifif
dans la modulation ; on y remarque que
l'Accord de la 2 tonique le précede toûjours
, ce qui facilite à l'oreille la diftinction
qu'elle en doit faire ; d'où l'on
fçait & l'on fent que l'Accord confonant
de la tonique doit le fuivre .
De cet exercice on paffe à celui des ca
dences , où l'on s'accoutume à entrelaffer
l'Accord confonant avec celui de la 2º
tonique , & le fenfible ; on fait fucceder
ces cadences d'un ton à l'autre , & lorf
qu'elles font familieres en differens tons ,
on y fait joindre une Baffe qu'on varie
autant qu'il eft neceffaire .
En exerçant ces cadences , on apprend
D iij
à
500 MERCURE DE FRANCE ;
à diftinguer les tons majeurs des mineurs,
& leurs rapports , combien chacun d'eux
contient de diézes ou de bémols , & par
quel moyen le nombre peut toûjours en
étre préfent .
Ces dernieres remarques jointes à la
marche de la Baffe font connoître le ton
qui exifte , & decident abfolument de
PAccord diffonant qui doit fucceder au
confonant ; mais la plus belle regle qu'on
y joint , & qui eft peu connue , eft celle
qui enfeigne le moment précis où chaque
ton commence & finit .
A mesure que l'efprit , les doigts &
P'oreille concourent à faifir les changemens
de ton , & que les conclufions fe
multiplient , on acquiert l'habitude de
faire fucceder les Accords confonans entr'eux
; car de cette fucceffion à celle des.
diffonans , il n'y a de difference que la
diffonance ajoûtée pour entretenir la mo- -
dulation , & pour fixer la fucceffion des
uns & des autres , puiſque s'il n'y a que
deux Accords , il n'y a pareillement que
deux fucceffions & deux marches fondamentales
de laBaffe , auxquelles les Accords
confonans ne font pas moins affujettis que
les diffonans .
On fait enfuite un corps féparé des licences
comme de la cadence rompuë , où
la Baffe fondamentale monte diatoniquement,
MARS.
1730: Sor
ment , de la cadence interrompuë , où elle
defcend de 3º , & de la fufpenfion , dont
tout l'artifice dans la pratique confifte à
faire defcendre un doigt de plus ou de
moins , après l'Accord diffonant.
Entre les fix manieres de chiffrer l'Accord
diffonant , adoptées par cette Méthode
, il y en a trois qui ne répondent pas
à l'ufage établi ; mais au prix de l'utilité
qu'en retirent les commençans , la peine
de s'accoûtumer aux autres chiffres n'eft
rien , & il leur fuffit qu'ils foient pairs ou
impairs , pour fe déterminer fur le champ;
d'ailleurs l'intelligence du principe , la
fenfibilité de l'oreille & la mécanique des
doigts les met bientôt en état de s'en
paffer.
L'Extrait qu'on donne ici ne permet pas
de prévenir les difficultés que peut faire
l'ancienne Ecole ; mais on imprime actuellement
le Plan entier chez M. Ballard ,
au Mont-Parnaffe , où l'on en trouvera
la folution , & même un parallele en forme
de toutes les Méthodes de compofition
& d'Accompagnement.
d'accompagnement pour le Clavecin.
U
Ne Méthode en mufique eft un mor
ceau tout neuf. Celles qu'on a don
nées jufqu'à prefent n'en ont que le titres
on n'y voit qu'une pratique à demi détaillée
, des regles arbitraires , remplies
d'exceptions , & deftituées de tout fondement.
La Méthode nouvelle eft appuyée ſur
la Baffe fondamentale , feul & premier
principe , où tout fe rapporte en Muſique
, & d'où émanent des regles auffi
certaines que fimples.
C'eft par les définitions de l'Art & de
fes
490 MERCURE DE FRANCE .
fes parties qu'on commence à developer
cette Méthode.
L'accompagnement du Clavecin eſt
l'Art d'executer fucceffivement une harmonie
complete & parfaite fur un Chant
donné qu'on appelle Baffe continuë.
La connoiffance de l'harmonie eft le
premier mobile de cette execution ; l'habitude
des doigts & de l'oreille en fait la
promptitude .
Le premier objet de la Méthode eft
donc d'examiner en quoi confiftent l'harmonie
, fa plenitude , fa perfection , fa
fucceffion , & la marche de la Baffe.
Le deuxième objet eft de faciliter aux
doigts les habitudes neceffaires , & de rendre
l'oreille fenfible à l'harmonie & à fes
fucceffions les plus régulieres.
L'harmonie fe conçoit dans la pratique
fous le nom d'Accord ; elle est complete
& parfaite quand l'Accord eft tel .
Un Accord eft primitivement l'affemblage
de plufieurs fons difpofés par 3 .
Il n'y a que deux Accords ; le Conſonant
& le Diffonant.
Le Confonant eft compofé de trois Notes
, à la 3e l'une 3º de l'autre , & eft renfermé
dans l'intervale de 5º , comine par
exemple , fol , fi , re.
Le Diffonant eft de deux efpeces ; l'un
eft fondamental , l'autre eft de gout , &
par fuppofition. L'Accord
1
MARS. 1730. 491
L'Accord diffonant fondamental eſt compofé
de quatre Notes diftantes pareillement
d'une 3 , & eft renfermé dans l'intervale
de 7. Cet Accord contient le
Confonant & une Note de plus , comme
par exemple , fol , fi , re , fa ; tous deux
font compris dans l'étendue de l'8 , &
la premiere Note des 3e confecutives qui
les compofent , en est toujours la Baffe
fondamentale.
es
L'Acord diffonant par ſuppoſition eft
compofé de cinq Notes differentes , &
excede par conféquent l'étendue de l'ge ;
c'est - à- dire , qu'il contient l'Accord diffonant
fondamental , & une Note de plus ;
mais cette Note n'eft jamais que la 3 ,
ou la 5 au deffous de la premiere des
3 , qui compofent cet Accord , & c'eft
alors la Baffe qui eft par fuppofition ,
comme, par exemple , mi , fol, fi , re , fa,
& ut , fol , fi , re , fa,
с
Un Accord n'eft complet qu'autant
qu'il renferme le nombre de Notes qu'on
vient de rapporter , & il ne l'eft plus dès
qu'on en retranche quelques-unes , comme
il arrive dans l'Accord diffonant
appellé Accord de 4º ; ce qui n'empêche
pas qu'il ne demeure foûmis à toutes les
loix des autres Accords diffonans .
Un Accord eft parfait dans fa conftrution
, lorfque toutes les 3es qui le com
pofent
492 MERCURE DE FRANCE.
pofent font formées des Notes du Mode
qui exifte.
L'Accord confonant & le diffonant fondamental
peuvent recevoir autant de formes
differentes qu'ils contiennent de Notes
; & ce renverlement n'en change point
le fond.
Ainfi l'Accord confonant reçoit trois
formes differentes , & l'Accord diffonant
fondamental en reçoit quatre.
Mais fi l'on donne à ce dernier Accordune
Baffe par fuppofition , à la 3º ou à
la sau deffous , comme il a été dit ,
l'addition de cette cinquiéme Note change
la gradation refpective des quatre Notes
par 3 dont il eft compofé , & préfente
l'Accord fous deux formes de plus;
ainfi l'Accord diffonant en general reçoit
fix formes differentes.
Le renversement de l'Accord diffonant
fondamental n'eft point reciproque avec
la Note de la Baffe par fuppofition , &
n'a lieu qu'entre les quatre Notes fol , fi,
re , fa , où l'on reconnoît la jonction
de deux Notes , c'est - à - dire , un intervale
de 2 , comme entre fa & fol .
Cette jonction de deux Nores , qui feule
fait la diftinction de l'Accord confonant
d'avec le diffonant , ſemble auffi deſtinée
feule à faire reconnoître ce dernier par
deux chiffres de valeur immédiate , où
l'interMARS.
1730. 493
Pintervale de 2 fe découvre ; & l'ufage
où l'on eft de chiffrer l'Accord de 4º par
, celui de grande 6 par , & même
celui de petite 6 ° par , y eft entierement
conforme.
Mais fi l'intervale de 2 eût guidé en
cela la maniere de chiffrer , il femble
qu'on auroit dû proceder également à l'égard
des trois autres formes de l'Accord
diffonant , puifque par rapport à la Baffe
actuelle de l'Accord , on ne peut confiderer
celui de 2e que comme , celui de
9 comme , & celui de 7 comme ; il
y a donc même railon pour défigner les
uns & les autres par les chiffres où l'intervale
de 2 a lieu ; ce qui prefente toutes
les formes de l'Accord diffonant en
cette maniere fimple & uniforme 234568
& donne déja une ouverture importante
fur l'harmonie; puifque des deux chiffres
immédiats , le plus grand marque toû
jours la Baffe fondamentale , & le plus
petit la diffonance , obfervation qui fair
feule tout le principe de cette Méthode
fur la fucceffion des Accords .
2
123457
L'avantage qu'on tire de cette maniere
de concevoir toutes les formes de
l'Accord diffonant , n'eft pas moins fenfible
dans la pratique ; mais avant que de
faire agir les doigts , il faut obferver que
pour des raifons capitales que la Métho
de
494 MERCURE DE FRANCE.
de expofe , on doit fufpendre l'ufage du
pouce ; ce qui ne doit point rebuter les
petites mains , auxquelles elle fournit des
expediens.
S'il s'agit maintenant de trouver l'Accord
fur le Clavier par le moyen des
deux chiffres immédiats il fuffit de
connoître une feule des deux touches qui
répondent aux intervales défignés par ces
chiffres , pour connoître l'autre fur le
champ , puifque plaçant un doigt fur
cette touche , un des deux doigts voisins
ne peut que tomber naturellement fur
Pautre, & quant aux deux doigts reftans ,
il ne s'agit plus que de les difpofer par
3es
S'il arrive que le doigt voifin de celui
qu'on a placé d'abord ne fe trouve pas
tout portéfur la touche défignée par l'autre
chiffre , il ne faut que l'écarter par
3e , & les deux autres pareillement , on
aura toûjours le même Accord diffonant
complet ; car alors la touche occupée par
le doigt d'en haut n'eft que la réplique du
fon qui réuniroit deux doigts pour former
l'intervale de 2 , ce qui revient au
même pour l'efprit & pour les doigts ,
puifqu'il ne s'agit jamais que de les difpofer
tous par 3es , ou d'en joindre deux
feulement ; habitude qui ne les affujettit
qu'à deux fituations , & qui rend tous les
endroits
MAR S. 1730. 495
endroits du Clavier également familiers.
Chacun peut éprouver la facilité qu'il
y a de trouver ainfi tous les Accords diffonans
poffibles , & l'on verra qu'ils ne font
tous qu'un même arrangement par 3 ,
foit majeures , foit mineures , & que par
tout la Baffe fondamentale & la diffonance
font les mêmes , quoique les Accords
puiffent ne pas être complets.
Pour ce qui eft de la fucceffion des
Accords , il eft clair qu'étant tous confonans
ou diffonans , elle ne peut confifter
dans celle des confonans entre
que
eux , des diffonans entre eux , & des confonans
mêlés avec les diffonans.
Le principe de ces fucceffions réfide dans
deux cadences fondamentales , dont l'une
qui defcend de se , comme de fol à ut
s'appelle parfaite , & dont l'autre qui
monte des , comme de fa à ut , s'appelle
imparfaite ou irréguliere ; les Notes
qui forment ces cadences , portent chacune
l'Accord confonant , & la derniere
de chaque cadence eft toûjours la Tonique,
c'est- à- dire , la principale Note du ton .
Ces deux cadences ordonnent d'abord
de la fucceffion des Accords conforans
entr'eux ; mais comme le principal but
de la fucceffion des Accords eft d'entretenir
à l'oreille la modulation ou le ton qui
exifte , & que pour cet effet , l'art & l'ex-
D perience
496 MERCURE
DE FRANCE .
perience ont revêtu l'harmonie
de la diffonance
; on l'ajoûte en confequence
à la
premiere Note de chacune de ces deux cadences ; & delà naît la fucceffion
des
Accords confonans
mêlés de diffonans .
Si au lieu de terminer la cadence parfaite
par l'Accord confonant , on ajoûte
encore à celui - ci la même diffonance ;
il en refulte un progrès obligé d'Accords
diffonans , dont la conclufion ne fe peut
faire que par le feul Accord confonant ,
& ce n'eſt qu'alors que la cadence parfaite
apparoît ; car celles qui fe font d'un
Accord diffonant à un autre diffonant ,
n'en font que l'imitation.
Ainfi l'imitation de la cadence parfaite
eft l'origine de la fucceffion des Accords
diffonans entr'eux , & c'eft en ces deux
mouvemens de la même cadence que gir
tout l'artifice de la compofition & de
l'Accompagnement
; car la cadence irré
guliere eft toujours concluante , & ne
s'imite point.
Après le progrès obligé des Accords ,
ce qui refte à examiner , eft l'interruption
fréquente de ce progrès , par les differens
points de conclufion
que l'Accord confonant
y apporte ; & c'eft à quoi l'oreille
doit principalement
fe rendre fenfible ;
mais ce ne peut être qu'avec beaucoup
de tems & de peine , fans les lumieres
de
MARS 1730. 497
de l'efprit ; c'est pourquoi l'on s'attache
à faire raporter tous les Accords à la Note
tonique , & l'on fait obferver que confequemment
à la diffonance appliquée à
la premiere Note de chacune des deux
cadences , il n'y a dans un Mode que
trois Accords , celui de la tonique , celui
de fa 2º & le fenfible.
Le ton au-deffus de la tonique indique
fon Accord de 2º , & le femiton au - deffous,
indique fon Accord fenfible.
L'Accord confonant de la tonique commence
& termine toutes les fucceffions ;
& comme tout Mode ne contient que trois
Accords , il est évident que celui de la
tonique ne peut être précedé que de l'un
des deux autres , & qu'il doit en être
fuivi pareillement , fi ce n'eſt d'un autre
Accord , qu'un progrès obligé peut occafionner
après celui de la tonique.
Mais la marche de la Baffe détermine
alors l'Accord diffonant qui doit fuivre
le confonant ; & comme celui- ci ne peut
jamais être precedé que de fon Accord
de ze , & bien plus fréquemment de fon
Accord fenfible , on continue le progrès
obligé , jufqu'à ce que l'un des deux derniers
paroiffe ; & quand on eft arrivé à
celui de la 2º ,la Baffe montre clairement,
file fenfible ou le confonant doit le fuivre ;
Car fi ce n'eft le confonant, c'est le fenfible.
Dij
Si
498 MERCURE DE FRANCE .
Si le ton vient à changer après l'Accord
confonant de la tonique , ou après fon
Accord de 2 , cela eft infailliblement
marqué par la marche de la Baffe , par
un diéze , par un bémol , ou par un béquarre
; & le ton connû , tout le refte
l'eft.
Si enfin l'Accord diffonant pris aprés le
confonant , n'eſt pas le fenfible du ton où
l'on paffe , on fait fucceder pour lors les
Accords diffonans par le progrès obligé,
comme on l'a déja dit.
Ces regles établies fur toutes les marches
poffibles de la Baffe fondamentale
inftruifent parfaitement de la fucceffion
de l'harmonie ; mais tout ainfi que la
pratique la plus confommée ne fçauroit
procurer une entiere poffeffion de l'art ,
fi l'efprit n'est pourvû de ces connoiſſances
, de même auffi la pratique eft- elle
neceffaire pour les y graver mieux , &
plus promtement ; cependant on ne peut
trop obferver de fimplifier extrêmement
les objets , & de ne les lier qu'à meſure
qu'ils fe prefentent d'eux- mêmes.
C'eft dans cette vûë que la Méthode
prefcrit d'exercer d'abord les Accords fans
la Baffe ; & comme la diffonance eft le
guide le plus affuré des fucceffions , on
commence par celle des Accords diffomans
entr'eux , où il ne s'agit que de faire
defcen
MARS. 1730. 499
defcendre alternativement deux doigts
contigus fur les touches voifines de celles.
qu'ils occupent , & cela d'un Accord à
un autre ; de forte que les diffonances y
font toujours préparées & fauvées dans la
derniere rigueur . Voyez fur ce fujet l'exemple
du Traité de l'harmonie , page
396.
Le feul arrangement des doigts fait
fentir ceux qu'il faut mouvoir ; fi tous
les doigts font par 3 , le petit doigt demande
à deſcendre le premier , & de deux
doigts qui le joignent , celui d'au - deffous
peut feul partir , & ainfi du fuivant.
On apprend dans ce progrès obligé à
reconnoître l'Accord fenfible fi decifif
dans la modulation ; on y remarque que
l'Accord de la 2 tonique le précede toûjours
, ce qui facilite à l'oreille la diftinction
qu'elle en doit faire ; d'où l'on
fçait & l'on fent que l'Accord confonant
de la tonique doit le fuivre .
De cet exercice on paffe à celui des ca
dences , où l'on s'accoutume à entrelaffer
l'Accord confonant avec celui de la 2º
tonique , & le fenfible ; on fait fucceder
ces cadences d'un ton à l'autre , & lorf
qu'elles font familieres en differens tons ,
on y fait joindre une Baffe qu'on varie
autant qu'il eft neceffaire .
En exerçant ces cadences , on apprend
D iij
à
500 MERCURE DE FRANCE ;
à diftinguer les tons majeurs des mineurs,
& leurs rapports , combien chacun d'eux
contient de diézes ou de bémols , & par
quel moyen le nombre peut toûjours en
étre préfent .
Ces dernieres remarques jointes à la
marche de la Baffe font connoître le ton
qui exifte , & decident abfolument de
PAccord diffonant qui doit fucceder au
confonant ; mais la plus belle regle qu'on
y joint , & qui eft peu connue , eft celle
qui enfeigne le moment précis où chaque
ton commence & finit .
A mesure que l'efprit , les doigts &
P'oreille concourent à faifir les changemens
de ton , & que les conclufions fe
multiplient , on acquiert l'habitude de
faire fucceder les Accords confonans entr'eux
; car de cette fucceffion à celle des.
diffonans , il n'y a de difference que la
diffonance ajoûtée pour entretenir la mo- -
dulation , & pour fixer la fucceffion des
uns & des autres , puiſque s'il n'y a que
deux Accords , il n'y a pareillement que
deux fucceffions & deux marches fondamentales
de laBaffe , auxquelles les Accords
confonans ne font pas moins affujettis que
les diffonans .
On fait enfuite un corps féparé des licences
comme de la cadence rompuë , où
la Baffe fondamentale monte diatoniquement,
MARS.
1730: Sor
ment , de la cadence interrompuë , où elle
defcend de 3º , & de la fufpenfion , dont
tout l'artifice dans la pratique confifte à
faire defcendre un doigt de plus ou de
moins , après l'Accord diffonant.
Entre les fix manieres de chiffrer l'Accord
diffonant , adoptées par cette Méthode
, il y en a trois qui ne répondent pas
à l'ufage établi ; mais au prix de l'utilité
qu'en retirent les commençans , la peine
de s'accoûtumer aux autres chiffres n'eft
rien , & il leur fuffit qu'ils foient pairs ou
impairs , pour fe déterminer fur le champ;
d'ailleurs l'intelligence du principe , la
fenfibilité de l'oreille & la mécanique des
doigts les met bientôt en état de s'en
paffer.
L'Extrait qu'on donne ici ne permet pas
de prévenir les difficultés que peut faire
l'ancienne Ecole ; mais on imprime actuellement
le Plan entier chez M. Ballard ,
au Mont-Parnaffe , où l'on en trouvera
la folution , & même un parallele en forme
de toutes les Méthodes de compofition
& d'Accompagnement.
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Résumé : PLAN abregé d'une Méthode nouvelle d'accompagnement pour le Clavecin.
Le texte présente une 'Méthode nouvelle' pour l'accompagnement au clavecin, critiquant les méthodes existantes comme incomplètes et arbitraires. Cette nouvelle méthode repose sur la 'Basse fondamentale', principe essentiel de la musique. Elle commence par définir l'art et ses parties, et explique que l'accompagnement au clavecin consiste à exécuter une harmonie complète et parfaite sur une mélodie donnée, appelée 'Basse continue'. La connaissance de l'harmonie et l'habitude des doigts et de l'oreille sont cruciales pour cette exécution. La méthode distingue deux types d'accords : le 'Consonant' et le 'Dissonant'. L'accord consonant est composé de trois notes à la tierce, tandis que l'accord dissonant peut être fondamental ou par supposition, contenant respectivement quatre ou cinq notes. Un accord est complet s'il contient le nombre de notes requis et parfait s'il est formé des notes du mode existant. La méthode explore les différentes formes des accords et leur succession, basée sur deux cadences fondamentales : parfaite (descendante) et imparfaite (ascendante). Ces cadences déterminent la succession des accords et l'entretien de la modulation. La pratique des accords sans la Basse est recommandée pour simplifier l'apprentissage, en commençant par les accords dissonants et en progressant vers les cadences. Cet exercice permet de reconnaître les accords sensibles et de distinguer les tons majeurs des mineurs. Le texte traite également des principes de la musique, en particulier des accords et des changements de ton. Il souligne que la marche de la basse (ou basse continue) et les accords dissonants déterminent le ton existant et l'accord suivant. Une règle importante, peu connue, enseigne le moment précis où chaque ton commence et finit. À mesure que l'esprit, les doigts et l'oreille collaborent pour effectuer les changements de ton, on acquiert l'habitude de faire succéder les accords consonants. La différence entre les accords consonants et dissonants réside dans la dissonance ajoutée pour moduler et fixer la succession des accords. Le texte mentionne différentes manières de chiffrer l'accord dissonant, dont trois ne correspondent pas à l'usage établi. Cependant, l'utilité pour les débutants justifie l'effort d'apprentissage. L'intelligence du principe, la sensibilité de l'oreille et la mécanique des doigts permettent rapidement de maîtriser ces chiffres. Enfin, le texte indique que l'extrait ne permet pas de prévenir les difficultés posées par l'ancienne école, mais que le plan entier est disponible chez M. Ballard au Mont-Parnasse, où l'on peut trouver la solution et un parallèle des méthodes de composition et d'accompagnement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 2255-2256
Saluste avec des Notes, &c. [titre d'après la table]
Début :
C. CRISPI SALLUSTII OPERA : qua extant ad usum Scholarum Universitatis Parisiensis. 1 vol. [...]
Mots clefs :
Salluste, Notes, Commentaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Saluste avec des Notes, &c. [titre d'après la table]
C. CRISPI SALLUSTII OPERA : qua extant ad
ufum Scholarum Univerfitatis Parifienfis . Ivol.
in 12.Parifiis apud Joannem Defaint , Bibliopol.
Jurat. &c. viâ S. J. Bellovacenfis 1729.
Nous ne manquions pas d'Editions de Sallufte,
accompagnées ou de Commentaires ou de Notes,
mais nous en manquions du merite de celle- cy ,
dans laquelle l'Editeur n'ayant en vue que l'uti
lité particuliere de la jeuneffe , n'a rien épargné
pour arriver à un but fi loüable , & fi fouvent
négligé par ceux qui n'ont penfé qu'à briller
dans cette carriere & à faire parade d'une vaine
érudition. Ce n'eft pas cependant que les perfonnes
avancées dans les Humanitez , les Maîtres
mêmes ne puiffent lire utilement & agréablement
les Notes courtes & choifies , dont le nouvel
Editeur a accompagné le Texte de Sallufte.
Une affez courte Préface dans laquelle il rend
compte de fes intentions, & de l'execution de fon
travail , mérite d'être lûë . On y trouve auffi un
précis de la vie de Sallufte , & un jugement de
cet Hiftorien. Nous ne rapporterons rien de fa
Critique , parce que la latinité de l'Editeur eft fi
purs
2256 MERCURE
DE FRANCE
pure , fon expreffion fi énergique , qu'il y auroit
de la témerité à nous , & de la perte pour le public , fi nous préfumions de bien rendre en
françois tous les traits avec lefquels ce parfait
imitateur de Sallufte a peint fon Auteur.
Contentons -nous de faire connoître Sallufte
des traits équivalens , que nous emprunterons par
d'un celebre Ecrivain François.
םיכ
30
82
Parmi les Hiftoriens Latins , Sallufte a l'air
grand, l'efprit jufte,le fens admirable. Perfonne
n'a mieux exprimé le ftyle fenfé , exact , auftere
de Thucydide. Il eft dur quelquefois dans fes
expreffions , mais il n'eft point fade ; ſa brieveté
lui ôte un peu de fa clarté . Il n'a rien de faux
» dans fes manieres , & il donne du poids à tout
» ce qu'il dit . Ses fentimens font toujours beaux ,
fes moeurs ne fuffent pas bonnes ; car quoique
il déclame fans ceffe contre le vice , & il parle
toujours bien de la vertu . Je le trouve un peu
trop chagrin contre fa Patrie , & mal penfant
contre fon prochain : du refte c'eft un fort
grand Homme. C'eft ainfi que s'exprime le
P. Rapin , dans fes Reflexions fur l'Hiſtoire , art .
28. en rendant admirablement bien ce qu'Avîude
mots de Sal- gelle & Lactance ont dit en peu
lufte , & en ajoutant fon propre jugement ſur cet
Hiftorien .
B3
02
Il nous refte à dire que le Libraire de fon côté
a employé dans cette nouvelle Edition toute la
fagacité de fon Art pour la rendre correcte , &
pour ainfi dire , fort gracieufe , par la beauté &
la netteté des caracteres. N'oublions pas que les
Notes font de M. Heuzet , qui a profeflé avec
réputation au Collège de Beauvais , & qui a donné
les Selecta Hiftoria tum è veteri Teftamento,
cum è prophanis Scriptoribus , qui eft entre les
mains de tout le monde.
ufum Scholarum Univerfitatis Parifienfis . Ivol.
in 12.Parifiis apud Joannem Defaint , Bibliopol.
Jurat. &c. viâ S. J. Bellovacenfis 1729.
Nous ne manquions pas d'Editions de Sallufte,
accompagnées ou de Commentaires ou de Notes,
mais nous en manquions du merite de celle- cy ,
dans laquelle l'Editeur n'ayant en vue que l'uti
lité particuliere de la jeuneffe , n'a rien épargné
pour arriver à un but fi loüable , & fi fouvent
négligé par ceux qui n'ont penfé qu'à briller
dans cette carriere & à faire parade d'une vaine
érudition. Ce n'eft pas cependant que les perfonnes
avancées dans les Humanitez , les Maîtres
mêmes ne puiffent lire utilement & agréablement
les Notes courtes & choifies , dont le nouvel
Editeur a accompagné le Texte de Sallufte.
Une affez courte Préface dans laquelle il rend
compte de fes intentions, & de l'execution de fon
travail , mérite d'être lûë . On y trouve auffi un
précis de la vie de Sallufte , & un jugement de
cet Hiftorien. Nous ne rapporterons rien de fa
Critique , parce que la latinité de l'Editeur eft fi
purs
2256 MERCURE
DE FRANCE
pure , fon expreffion fi énergique , qu'il y auroit
de la témerité à nous , & de la perte pour le public , fi nous préfumions de bien rendre en
françois tous les traits avec lefquels ce parfait
imitateur de Sallufte a peint fon Auteur.
Contentons -nous de faire connoître Sallufte
des traits équivalens , que nous emprunterons par
d'un celebre Ecrivain François.
םיכ
30
82
Parmi les Hiftoriens Latins , Sallufte a l'air
grand, l'efprit jufte,le fens admirable. Perfonne
n'a mieux exprimé le ftyle fenfé , exact , auftere
de Thucydide. Il eft dur quelquefois dans fes
expreffions , mais il n'eft point fade ; ſa brieveté
lui ôte un peu de fa clarté . Il n'a rien de faux
» dans fes manieres , & il donne du poids à tout
» ce qu'il dit . Ses fentimens font toujours beaux ,
fes moeurs ne fuffent pas bonnes ; car quoique
il déclame fans ceffe contre le vice , & il parle
toujours bien de la vertu . Je le trouve un peu
trop chagrin contre fa Patrie , & mal penfant
contre fon prochain : du refte c'eft un fort
grand Homme. C'eft ainfi que s'exprime le
P. Rapin , dans fes Reflexions fur l'Hiſtoire , art .
28. en rendant admirablement bien ce qu'Avîude
mots de Sal- gelle & Lactance ont dit en peu
lufte , & en ajoutant fon propre jugement ſur cet
Hiftorien .
B3
02
Il nous refte à dire que le Libraire de fon côté
a employé dans cette nouvelle Edition toute la
fagacité de fon Art pour la rendre correcte , &
pour ainfi dire , fort gracieufe , par la beauté &
la netteté des caracteres. N'oublions pas que les
Notes font de M. Heuzet , qui a profeflé avec
réputation au Collège de Beauvais , & qui a donné
les Selecta Hiftoria tum è veteri Teftamento,
cum è prophanis Scriptoribus , qui eft entre les
mains de tout le monde.
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Résumé : Saluste avec des Notes, &c. [titre d'après la table]
Le texte décrit une édition des œuvres de Salluste, publiée en 1729 à Paris par Joannem Desaint. Cette édition est particulièrement utile pour les jeunes étudiants grâce à sa clarté et son utilité. Les notes courtes et choisies accompagnant le texte sont également bénéfiques pour les personnes avancées dans les humanités. La préface de l'éditeur, qui explique ses intentions et l'exécution de son travail, mérite d'être lue. Elle contient un précis de la vie de Salluste et un jugement sur cet historien. Salluste est présenté comme un historien latin majeur, doté d'un esprit juste et d'un sens admirable. Son style est comparé à celui de Thucydide, bien qu'il puisse parfois être dur et peu clair en raison de sa brièveté. Ses sentiments sont toujours nobles, mais ses mœurs ne sont pas toujours bonnes. Il est critique envers sa patrie et son prochain, mais reste un grand homme selon le Père Rapin. L'édition est également louée pour la correction et l'élégance de ses caractères. Les notes sont de M. Heuzet, professeur réputé au Collège de Beauvais, connu pour ses 'Selecta Historia'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 318-322
Supplement à la Collation des Conciles du P. Labbe, &c. [titre d'après la table]
Début :
PROJET d'un Supplément à la Collection des Conciles du PERE LABBE, qui doit [...]
Mots clefs :
Conciles, Père Labbe, Notes, Savants, Hardouin, Recueil, Compilateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Supplement à la Collation des Conciles du P. Labbe, &c. [titre d'après la table]
PROJET d'un Supplément à la Collection
des Conciles du PERE LABBE , qui doit
s'imprimer incessamment , à Paris , chez Briasson
, Libraire , rue S, Jacques , à la Science ; et
à Geneve , chez Fabri et Barrillot.
Plusieurs Sçavans se sont appliquez à donner
des Collections de Conciles ; mais malgré leurs
soins , ils n'ont pû tout découvrir. C'est en profitant
du travail de chaque Compilateur , que le
dernier a donné la plus ample Collection . Merlin
se chargea le premier d'une entreprise si impor
-tante ; Crabbe vint après et augmenta le Recueil
de son Prédecesseur , et Crabbe fut suivi par Surius
, qui fit de nouvelles découvertes. Celui- cy
fut ensuite surpassé par Binius ; mais le P. Labbe
effaça tous ces Compilateurs , en donnant en
1671. la plus ample de toutes les collections.
Outre ses recherches particulieres , il se servit
utilement de quelques Ecrivains , tels qu’Uchelli ,
Marca , &c. qui avoient inseré des Conciles dans
leurs Ouvrages.
Depuis 1671. quelques Auteurs , comme Cotelier
, Bollandus , &c . ont publié des Monumens
Ecclesiastiques , et parmi ceux- là , les Actes de
divers Conciles. D'autres ont mis au jour des
collections de Conciles ; Baluze , outre le recueil
des Conciles de la Gaule Narbonnoise , publié
en 1668. a imprimé en 1683. un premier Tome
d'une nouvelle Collection des Conciles avec des
notes , et en a inseré quelques - uns dans ses Miscellanées.
Le Cardinal d'Aguirre a publié la Collection
la plus ample et la plus curieuse des Conciles
d'Espagne. Le P. Bessin a recueilli ceux de
la Province de Normandie. Avec tant de secours
il a été facile au P. Hardoüin de donner une plus
ample Edition des Conciles ; il l'auroit renduë
plus
FEVRIER 1734. 319
plus parfaite, si , aux Conciles qui lui ont été envoyez
de differents endroits de l'Europe , et à
ceux qu'il a extraits de ces sçavans Compilateurs,
il avoit pris la peine de joindre les Conciles inserez
dans divers Auteurs Ecclesiastiques ; en
quoi il eût imité le docte P. Labbe.
Enfin , M. Coleti vient de publier à Venise la
plus ample de toutes les Collections de Conciles.
Il a adopté avec raison celle du P. Labbe ,
ajoûté les Conciles publiez par le P. Hardouin
et profité des recherches particulieres de ce fameux
Ecrivain. Il a aussi recueilli les Conciles
et les Statuts Synodaux que le P. Martene et
quelques autres Sçavans ont insérez dans leurs
vastes Collections de Pieces.
Malgré toutes ces recherches , je puis assurer
qu'on peut faire de nouvelles Additions. J'ai ramassé
un nombre considerable de Conciles et
de Synodes , ou inconnus jusqu'à présent , ou
non encore imprimez , ou qui jusqu'ici n'ont
point été inserez dans les Collections de Conciles
. A l'égard des Synodes , je ne donnerai aucun
de ceux qui ont paru depuis l'an 130. conformément
au Projet du P. Labbe.
Ces Additions considerables m'ont déterminé
à publier un Supplement ; et comme l'Edition
des Conciles du P. Labbe est la plus répanduë ,
je me suis proposé de recueillir tous les Conciles
publiez par le P. Hardouin et par M. Coleti , et
de les joindre à ceux que j'ai moi- même décou
verts. Tous ces Actes seront accompagnez de
Notes pour l'intelligence du Texte , et même de
Variantes, tirées des Manuscrits et des Imprimez.
Ces divers morceaux composeront la premiere
Partie de ce Supplément. Il y aura une Table
exacte des Matieres qui y seront contenuës.
Fij Mais
320 MERCURE DE FRANCE
Mais j'aurois crû ne donner qu'un Supplement
impartait à la Collection des Conciles du P.Labbe
, si je m'étois borné à ce Recueil. J'ai done
cherché à le rendre plus utile , en rectifiant et en
réformant la Collection entiere. Pour cela , sans
prétendre m'ériger en Censcur de tous les Compilateurs
de Conciles , je me suis attaché à épurer
le Texte , à revoir et corriger plusieurs endroits
des Versions , à suppléer à ceux qui étoient
omis et qui se trouvent dans les Manuscrits ou
dans les premieres Editions ; enfin à rétablir cer-,
tains termes ausquels on en a substitué d'étran
gers. J'ai collationné à ce sujet les Imprimez avec
ce que j'ai pu voir de Manuscrits. J'ai même
étendu mes soins jusqu'à corriger les fautes d'impression
, qui , comme on sçait , rendent souvent
le sens inintelligible. C'est par ces seuls moyens.
qu'on peut trouver la véritable leçon des Textes
et rendre utiles les Pieces qu'on donne au Public.
Outre ce pénible travail , j'ai composé des Notes
sur les endroits difficiles. La plupart des Col
lecteurs en ont promis ; celles du P. Labbe n'ont
point vu le jour , quoiqu'il y renvoye le Lecteur.
Le P. Sirmond , qui étoit plus en état que
personne de faire des Notes , en a mis d'excelÎentes
dans son Recueil des Conciles de France.
Le P. Labbe et le P. Hardouin les ont transportées
dans leurs Collections.On trouve très- peu de
Notes dans les autres Compilateurs de Conciles
et de Synodes. Le P. Hardouin , convaincu de la
nécessité de faire des remarques , a crú y pouvoir
suppléer par une Table fort ample et fort détaillée
des Matieres contenuës dans sa Collection ; mais
cette Table n'a servi qu'à faire regretter les Notes ..
Ce que je me propose principalement d'éclaircir.
regarde le temps et le Lieu où les Conciles ont
été
FEVRIER . 1734. 321
été assemblez ; ce qui y a donné occasion et les
difficu tez qu'on rencontre dans les Canons et
qui ont exercé la critique des gens habiles . J'ai
profité de leur travail , et j'y ai joint mes remarques
pariculieres.
Pour applanir, autant qu'il est possible , toutes
sortes de difficultez , j'ai fait une Liste alphabe
tique de certains mots inconnus , barbares ét
obscurs , qui sont dans les Actes et dans les Pieces
originales des Conciles , j'indique les pages
des differentes Collections où ils se trouvent ; etje
fixe le sens de la plupart dans l'explication que
je donne ou que je tire des Dissertations des Sçavans.
Les premiers Editeurs ont eu soin de marquer
dans des Préfaces ou à la marge , les Archives et
les Bibliotheques d'où ils avoient tiré les Actes
qu'ils donnoient au Public . Ils en assuroient parlà
l'autenticité , et mettoient le Lecteur en état
de consulter les sources où ils avoient puisé ,
mais cette attention si nécessaire a été négligée
par leurs Successeurs ; ainsi pour réparer cette
omission , j'ai composé une Liste de tous les
Conciles inserez dans les diverses Collections , à
laquelle j'ai joint le nom des Bibliotheques d'ou
ils ont été tirez.
Cet amas de Corrections , de Variantes , de
Notes et de Catalogues , formera la seconde Partie
de ce Supplément . Quoiqu'en la composant
j'aye eu principalement en vue la collection.du
P. Labbe , et que pour cela j'aye rangé toutes
ces differentes Remarques suivant l'ordre des
Tomes et des pages de la Collection de ce sçavant
Jesuite ; cependant pour rendre mon Supplément
atile à ceux qui ont toute autre Collection , comme
celle de Crabbe , de Surius , de Nicolini , de
Fiij Binhos
322 MERCURE DE FRANCE
Binius , du P. Hardouin , &c . j'ai également eu
soin d'indiquer les pages de ces divers Recueils ,
où se trouve chaque Concile , auquel par conséquent
doivent se rapporter les Notes , corrections
et les Variantes. Je me ferai un plaisir de
profiter des lumieres que les Sçavans voudront
bien me communiquer , et qu'ils auront la bonté
d'envoyer aux Libraires qui se chargent d'imprimer
ce Supplement.
Je dois avertir que pour ne pas faire acheter
de nouveau les Collections particulieres imprimées
en France , les Libraires s'abtiendront d'idserer
dans ce Supplément le Volume publié par
M. Baluze , sous le titre de : Nova Collectio Coneiliorum.
Si cependant les Sçavans sont d'un autre
avis , ces Libraires s'y conformeront.
On imprimera ce Supplément de même forme ,
grandeur et caractere que les Conciles du F. Labbe,
et on n'en tirera qu'un petit nombre d'Exemplaires,
sur le prix desquels on accordera un benefice à ceux
qui en retiendront par avance.
On n'en imprimera aucun en grand Papier , qua
pour ceux qui les demanderont.
des Conciles du PERE LABBE , qui doit
s'imprimer incessamment , à Paris , chez Briasson
, Libraire , rue S, Jacques , à la Science ; et
à Geneve , chez Fabri et Barrillot.
Plusieurs Sçavans se sont appliquez à donner
des Collections de Conciles ; mais malgré leurs
soins , ils n'ont pû tout découvrir. C'est en profitant
du travail de chaque Compilateur , que le
dernier a donné la plus ample Collection . Merlin
se chargea le premier d'une entreprise si impor
-tante ; Crabbe vint après et augmenta le Recueil
de son Prédecesseur , et Crabbe fut suivi par Surius
, qui fit de nouvelles découvertes. Celui- cy
fut ensuite surpassé par Binius ; mais le P. Labbe
effaça tous ces Compilateurs , en donnant en
1671. la plus ample de toutes les collections.
Outre ses recherches particulieres , il se servit
utilement de quelques Ecrivains , tels qu’Uchelli ,
Marca , &c. qui avoient inseré des Conciles dans
leurs Ouvrages.
Depuis 1671. quelques Auteurs , comme Cotelier
, Bollandus , &c . ont publié des Monumens
Ecclesiastiques , et parmi ceux- là , les Actes de
divers Conciles. D'autres ont mis au jour des
collections de Conciles ; Baluze , outre le recueil
des Conciles de la Gaule Narbonnoise , publié
en 1668. a imprimé en 1683. un premier Tome
d'une nouvelle Collection des Conciles avec des
notes , et en a inseré quelques - uns dans ses Miscellanées.
Le Cardinal d'Aguirre a publié la Collection
la plus ample et la plus curieuse des Conciles
d'Espagne. Le P. Bessin a recueilli ceux de
la Province de Normandie. Avec tant de secours
il a été facile au P. Hardoüin de donner une plus
ample Edition des Conciles ; il l'auroit renduë
plus
FEVRIER 1734. 319
plus parfaite, si , aux Conciles qui lui ont été envoyez
de differents endroits de l'Europe , et à
ceux qu'il a extraits de ces sçavans Compilateurs,
il avoit pris la peine de joindre les Conciles inserez
dans divers Auteurs Ecclesiastiques ; en
quoi il eût imité le docte P. Labbe.
Enfin , M. Coleti vient de publier à Venise la
plus ample de toutes les Collections de Conciles.
Il a adopté avec raison celle du P. Labbe ,
ajoûté les Conciles publiez par le P. Hardouin
et profité des recherches particulieres de ce fameux
Ecrivain. Il a aussi recueilli les Conciles
et les Statuts Synodaux que le P. Martene et
quelques autres Sçavans ont insérez dans leurs
vastes Collections de Pieces.
Malgré toutes ces recherches , je puis assurer
qu'on peut faire de nouvelles Additions. J'ai ramassé
un nombre considerable de Conciles et
de Synodes , ou inconnus jusqu'à présent , ou
non encore imprimez , ou qui jusqu'ici n'ont
point été inserez dans les Collections de Conciles
. A l'égard des Synodes , je ne donnerai aucun
de ceux qui ont paru depuis l'an 130. conformément
au Projet du P. Labbe.
Ces Additions considerables m'ont déterminé
à publier un Supplement ; et comme l'Edition
des Conciles du P. Labbe est la plus répanduë ,
je me suis proposé de recueillir tous les Conciles
publiez par le P. Hardouin et par M. Coleti , et
de les joindre à ceux que j'ai moi- même décou
verts. Tous ces Actes seront accompagnez de
Notes pour l'intelligence du Texte , et même de
Variantes, tirées des Manuscrits et des Imprimez.
Ces divers morceaux composeront la premiere
Partie de ce Supplément. Il y aura une Table
exacte des Matieres qui y seront contenuës.
Fij Mais
320 MERCURE DE FRANCE
Mais j'aurois crû ne donner qu'un Supplement
impartait à la Collection des Conciles du P.Labbe
, si je m'étois borné à ce Recueil. J'ai done
cherché à le rendre plus utile , en rectifiant et en
réformant la Collection entiere. Pour cela , sans
prétendre m'ériger en Censcur de tous les Compilateurs
de Conciles , je me suis attaché à épurer
le Texte , à revoir et corriger plusieurs endroits
des Versions , à suppléer à ceux qui étoient
omis et qui se trouvent dans les Manuscrits ou
dans les premieres Editions ; enfin à rétablir cer-,
tains termes ausquels on en a substitué d'étran
gers. J'ai collationné à ce sujet les Imprimez avec
ce que j'ai pu voir de Manuscrits. J'ai même
étendu mes soins jusqu'à corriger les fautes d'impression
, qui , comme on sçait , rendent souvent
le sens inintelligible. C'est par ces seuls moyens.
qu'on peut trouver la véritable leçon des Textes
et rendre utiles les Pieces qu'on donne au Public.
Outre ce pénible travail , j'ai composé des Notes
sur les endroits difficiles. La plupart des Col
lecteurs en ont promis ; celles du P. Labbe n'ont
point vu le jour , quoiqu'il y renvoye le Lecteur.
Le P. Sirmond , qui étoit plus en état que
personne de faire des Notes , en a mis d'excelÎentes
dans son Recueil des Conciles de France.
Le P. Labbe et le P. Hardouin les ont transportées
dans leurs Collections.On trouve très- peu de
Notes dans les autres Compilateurs de Conciles
et de Synodes. Le P. Hardouin , convaincu de la
nécessité de faire des remarques , a crú y pouvoir
suppléer par une Table fort ample et fort détaillée
des Matieres contenuës dans sa Collection ; mais
cette Table n'a servi qu'à faire regretter les Notes ..
Ce que je me propose principalement d'éclaircir.
regarde le temps et le Lieu où les Conciles ont
été
FEVRIER . 1734. 321
été assemblez ; ce qui y a donné occasion et les
difficu tez qu'on rencontre dans les Canons et
qui ont exercé la critique des gens habiles . J'ai
profité de leur travail , et j'y ai joint mes remarques
pariculieres.
Pour applanir, autant qu'il est possible , toutes
sortes de difficultez , j'ai fait une Liste alphabe
tique de certains mots inconnus , barbares ét
obscurs , qui sont dans les Actes et dans les Pieces
originales des Conciles , j'indique les pages
des differentes Collections où ils se trouvent ; etje
fixe le sens de la plupart dans l'explication que
je donne ou que je tire des Dissertations des Sçavans.
Les premiers Editeurs ont eu soin de marquer
dans des Préfaces ou à la marge , les Archives et
les Bibliotheques d'où ils avoient tiré les Actes
qu'ils donnoient au Public . Ils en assuroient parlà
l'autenticité , et mettoient le Lecteur en état
de consulter les sources où ils avoient puisé ,
mais cette attention si nécessaire a été négligée
par leurs Successeurs ; ainsi pour réparer cette
omission , j'ai composé une Liste de tous les
Conciles inserez dans les diverses Collections , à
laquelle j'ai joint le nom des Bibliotheques d'ou
ils ont été tirez.
Cet amas de Corrections , de Variantes , de
Notes et de Catalogues , formera la seconde Partie
de ce Supplément . Quoiqu'en la composant
j'aye eu principalement en vue la collection.du
P. Labbe , et que pour cela j'aye rangé toutes
ces differentes Remarques suivant l'ordre des
Tomes et des pages de la Collection de ce sçavant
Jesuite ; cependant pour rendre mon Supplément
atile à ceux qui ont toute autre Collection , comme
celle de Crabbe , de Surius , de Nicolini , de
Fiij Binhos
322 MERCURE DE FRANCE
Binius , du P. Hardouin , &c . j'ai également eu
soin d'indiquer les pages de ces divers Recueils ,
où se trouve chaque Concile , auquel par conséquent
doivent se rapporter les Notes , corrections
et les Variantes. Je me ferai un plaisir de
profiter des lumieres que les Sçavans voudront
bien me communiquer , et qu'ils auront la bonté
d'envoyer aux Libraires qui se chargent d'imprimer
ce Supplement.
Je dois avertir que pour ne pas faire acheter
de nouveau les Collections particulieres imprimées
en France , les Libraires s'abtiendront d'idserer
dans ce Supplément le Volume publié par
M. Baluze , sous le titre de : Nova Collectio Coneiliorum.
Si cependant les Sçavans sont d'un autre
avis , ces Libraires s'y conformeront.
On imprimera ce Supplément de même forme ,
grandeur et caractere que les Conciles du F. Labbe,
et on n'en tirera qu'un petit nombre d'Exemplaires,
sur le prix desquels on accordera un benefice à ceux
qui en retiendront par avance.
On n'en imprimera aucun en grand Papier , qua
pour ceux qui les demanderont.
Fermer
Résumé : Supplement à la Collation des Conciles du P. Labbe, &c. [titre d'après la table]
Le texte annonce la publication d'un supplément à la collection des conciles du Père Labbe, qui sera imprimé à Paris et à Genève. Plusieurs savants ont travaillé sur des collections de conciles, mais celle du Père Labbe, publiée en 1671, est la plus complète. Depuis, d'autres auteurs comme Cotelier, Bollandus, Baluze, le Cardinal d'Aguirre, le Père Bessin, le Père Hardouin et M. Coleti ont également publié des collections ou des actes de conciles. L'auteur du texte affirme avoir découvert un nombre considérable de conciles et de synodes inconnus ou non encore imprimés. Il prévoit de publier un supplément à la collection du Père Labbe, incluant les conciles publiés par le Père Hardouin et M. Coleti, ainsi que ceux qu'il a lui-même découverts. Ce supplément comprendra des notes et des variantes tirées de manuscrits et d'imprimés. L'auteur a également rectifié et réformé la collection entière, épuré le texte, corrigé des versions, et ajouté des notes sur les endroits difficiles. Il a composé une liste alphabétique de mots inconnus et obscurs, ainsi qu'une liste des conciles avec les bibliothèques d'où ils ont été tirés. Le supplément sera organisé pour être utile à ceux possédant différentes collections de conciles. Les libraires imprimeront le supplément dans le même format que les conciles du Père Labbe, avec un nombre limité d'exemplaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 321-333
LETTRE de M. Rousseau à M. D.
Début :
M. quand j'inventai de nouveaux caractéres pour entretenir plus commodément [...]
Mots clefs :
Musique, Temps, Notes, Note, Sons, Point, Méthode, Durée, Ouvrage, Chiffres, Naturel, Tonique, Système, Savoir, Rapports, Majeur, Chiffre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Rousseau à M. D.
LETTRE de M. Rouffeau à M. D.
M. quand j'inventai de nouveaux caracté
res pour entretenir plus commodément
notre commerce de Mufique , je n'imaginois
guére que la connoiffance de ce ſyſtême
pafferoit plus loin que chés vous & chés
moi : cependant je me vis bien - tôt dans le
cas d'en multiplier l'ufage , lorfqu'étant
venu à Paris , je fus follicité par mes amis
de Province de leur envoyer divers morceaux
de Mufique ; comme ces commiffious
revenoient fouvent , je pris le parti de leur
expliquer ma Méthode , ce qui me mit à
portée de fatisfaire leur curiofité plus facilement
, & fans augmenter le volume de mes
Lettres. Nous nous en fommes fi bien trouvés
, que nous continuons à nous envoyer
réci-
Fiij
322 MERCURE DE FRANCE
réciproquement en Italie & à Paris , ce qu'il
ya de plus curieux & de plus nouveau en
fait de Mufique , noté fuivant ma Méthode ,
Son extrême facilité comparée aux embarras
de la Mufique ordina re , m'engagea bien - tôt
d'en faire un parallèle , dans lequel la mienne
me fembloit gagner & mériter un examen
plus fericux . L'Académie Royale des Sciences
voulut bien m'accorder l'honneur de faire
čet examen. Elle en porta même un jugement
affés favorable , pour m'autorifer à
publier ma Méthode ; c'eft ce que je fais aujourd'hui
dans un petit Ouvrage intitulé
Differtation fur la Mufique Moderne , lequel
indépendamment de mon fyftême que j'y
explique , contient des réflexions fur l'Echelle
& les Notes ordinaires de la Mufique
, affés neuves , je crois , & affés intereffantes
pour mériter quelque attention . Je
vais , M. vous donner une idée de ce petit
Traité , en attendant que la lecture vous
mette en état de ne vous en rapporter qu'à
vous- même. Au refte , je ne vous cacherai
point que j'ai la foibleffe d'être du nombre
de ces Auteurs , qui s'imaginent que leurs
Ouvrages ne font point fufceptibles d'extrait
, & qu'il faut tout lire , pour en bien
juger.
›
Comme ma vûë n'eſt point d'anéantir les
Signes de la Mufique ordinaire , pour leur
fubftituer
FEVRIER 1743 325
fubftituer les miens , je devois être difpenfé
de répondre aux obiections qu'on fait ordinairement
, & même avec affés de raifon ;
contre toutes les entreprifes de ce genre :
cependant , je me fuis apperçû qu'on fe
plaifoit fi fort à répeter ces fortes d'objec
tions & avec tant de confiance , que j'ai
crû devoir montrer en détail combien peu
elles font appliquables à mon fyftême : mon
but n'eft que d'établir une Méthode plus
fimple & plus commode qui puiffe fervir
pour ainfi dire , d'aide & de fupplément à
l'ancienne . Il ne faut donc pas fe fatiguer à
prévoir ce que deviendra la Mufique déja
notée , fi la mienne a lieu , & il faut encore
moins m'oppofer la longueur du tems qu'il
faudroit perdre à apprendre la Mufique deux
fois , puifque , fondé fur l'extrême fimplicité
de ma Méthode , j'établis qu'on parviendroit
à les fçavoir toutes deux , en commençant
par la mienne , en moins de tems encore
qu'on n'en met à apprendre feule celle qui
eft en ufage. C'est ce que j'explique en
détail dans ma Préface : j'ai tâché d'y épuifer
ce qu'il y avoit de général à oppofer à
mon fyftême , & j'ofe croire qu'il faut aimer
à chicanner , pour renouveller les mêmes
objections , après l'avoir lûë.
L'Ouvrage commence par un examen des
Signes actuels de la Mufique , tels qu'ils ont
F iiij éré
324 MERCURE DE FRANCE
été fubftitués par Jean de Meurs ou par
Guy d'Arezzo aux chiffres de l'Arithmétique,
c'est -à - dire , aux lettres de l'Alphabet des
Grecs. Les motifs de cette fubftitution
m'ayant parû frivoles , j'explique le fondement
de mon opinion , & après avoir montré
que les chiffres peuvent conferver tous les
avantages des Notes , j'ajoûte que ces chiffres
étant l'expreffion qu'on a donnée aux
nombres , & les nombres eux- mêmes étant
les expofans de la géneration des fons , rien
n'eft fi naturel que l'expreffion des fons par
les chifres de l'Arithmétique,
La maniére d'employer ces chiffres ne
peut être relative qu'aux rapports des fons
ou à leurs intervalles , & il eft aifé de voir
que le fecond fens eft préferable pour la
pratique. Mais il s'agit de trouver un fon
fixe & fondamental auquel on puiffe rapporter
tous les autres & qui leur ferve de
terme commun de comparaifon. Il n'en eſt
poind de tel , proprement dit ; mais il en eſt
une infinité d'arbitraires , qui peuvent devenir
fondamentaux , chacun à fon tour : car
alors nuls des autres fons ne peuvent être
employés dans le Chant qu'en vertu de
certains rapports déterminés qu'ils ont avec
ce fon Tonique , & tous ceux qui n'ont pas
ces rapports - là , font pour lors exclus de la
modulation
Pr
FEVRIER. 1743. 325
Or , comme il n'y a que le mode majeur
qui nous foit indiqué par la Nature , je le
prends pour modéle dans ma nouvelle inftitution
, & j'établis le chiffre 1. pour la Bafe
& la Tonique de tous les Tons majeurs.
Nous avons dans le Clavier douze fons
principaux,fur chacun defquels on peut faire
rouler un Chant ; chacun de ces fons pourra
donc être exprimé par le chiffre 1 , & ce
fon particulier fera déterminé par fon nom
naturel qu'on écrira à la marge ; c'cft- àdire
, que fi l'on écrit ut nous ferons en ut
majeur , & l'ut fe marquera 1 ; fi l'on écrit
fol , nous ferons en fol majeur , & le fol
s'écrira 1 &c. Or , dès que le Ton ferą ainſi
déterminé , le chiffre ou la Tonique 1. s'appellera
toujours ut , fans égard pour fon nom
naturel ; la feconde Notte du Ton s'appellera
re & fe marquera 2 ; la troifiéme , mi
& fe marquera 3 &c. jufqu'à la feptiéme
qui s'appellera fi & fe marquera 7. Toutes
ces Nottes devront fe trouver entre elles &
avec la Tonique en mêmes rapports que
les Nottes de même nom dans la Gamme
naturelle entre elles & avec le C fol ut ; de
maniére qu'il y aura toujours un Ton entre
1 & 2 , un Ton entre 2 & 3 , un demi Ton
entre 3 & 4, &c. Ce qui retranche tout
d'un coup les Diézes & les Bémols des Clés,
& exprime toujours les mêmes intervalles ,
F Y tant
326 MERCURE DE FRANCE
tant majeurs que mineurs avec les mêmes
caractéres .
Ceci revient à peu près à cette Méthode
qu'on appelle tranfpofition dans la Mufique
vocale , & que les maîtres regardent ordinairement
comme une pratique d'ignorans ,
s'imaginant qu'il y a beaucoup plus de
fcience à chanter toujours au naturel; à plus
forte raifon ne l'adopteroient- ils pas dans la
pratique inftrumentale , puifque d'ailleurs
elle détruit ce rapport direct qu'ils fuppofent
toujours entre une telle pofition de Notte &
une telle touche de leur inftrument.
Mais ce rapport eft à chaque inſtant en
défaut , & doit plus fervir à induire en erreur
qu'à faciliter l'exécution , ce que j'explique
en détail , auffi bien que tout ce qui
concerne l'idée que l'on doit fe faire des
Nottes & des fons relatifs dans l'exécution
tant vocale qu'inftrumentale. S'il y a quel
que chofe de mal imaginé dans la Mufique ,
c'eft , fans contredit , la Méthode de chanter
& d'exécuter au naturel ; je crois l'avoir
démontré ; & s'il y a quelque chofe d'ingenieux
dans le Systême que je propoſe , c'eſt
l'expreffion des fons,toujours relative au Ton
dans lequel ils font employés. Vous jugerez,
M. de la folidité de mes preuves, en les examinant
dans l'ouvrage même.
Les paffages d'une Octave à l'autre ſe font
par
FEVRIER : 1743. 327
par des points placés au- deffus ou au- deffous
des Nottes , ou par des pofitions fur lignes ,
femblables
à celles de la Mufique ordinaire ,
avec cette difference,que l'éloignement
d'un
degré ne fait qu'un intervalle de feconde par cette Mufique , & qu'il n'en faut pas d'avantage
pour faire une Octave par la mienne ,
de forte qu'une feule ligne & fes deux eſpaces
contigus y fuffisent pour faire roûler une
partie dans l'étendue
de trois Octaves , pour
lefquelles il ne faudroit pas moins d'onze
lignes par la Méthode ordinaire.
,
A l'égard du mode mineur , comme le
rapport des fons , qui le conftituent , fe
trouve exactement dans l'Octave , compriſe .
entre deux la fur le Clavier naturel , cette
Octave en devient le modéle , & en appliquant
le chiffre 1 , & le nom d'ut à la
Médiante d'un ton mineur la Tonique .
s'appellera la & fe marquera par le chiffre 63
ainfi le nom écrit à la marge & qui indique
toujours la Note qui doit s'appeller ut
alors celui de la Médiante & non pas de la
Tonique c'eft ce qu'on connoît toujours
par un Signe ajoûté à ce mot , quand le Ton
eft mincur & cet arrangement a de plus.
l'avantage d'exprimer très- exactement l'analogie
qui fe trouve d'un côté, entre tout Ton
majeur & le mode mineur de fa fixiéme.
F vj Note
>
eft.
4
328 MERCURE DE FRANCE
Note , & de l'autre, entre tout Ton mineur
& le mode majeur de fa Médiante.
Le Dièfe accidentel s'indique par une
ligne oblique qui traverfe la Note , en montant
de gauche à droite, & le Bémol par une
autre femblable ligne qui la traverfe en defcendant
dans le même fens.
Voilà, M. une idée abrégée de la Méthode
dont je me fers pour l'expreffion de tous les
fons qui compofent le Clavier. Les avantages
que cette Méthode a pardeffus la Note
ordinaire , me paroiffent confidérables ; je
ne vous parlerai ici que des deux plus importans,
qui font , 1 °. L'identité d'idées toujours
confervée dans le même arrangement
de caractéres, ce qu'on ne trouve point dans
l'autre Mufique, où les mêmes pofitions de
Notes expriment à tout moment des fons &
des intervalles differens. 2°. La connoiffance
exacte des intervalles fimples & redoublés ,
tant par la difference des chiffres qui les expriment
, que par des renverfemens dont la
parfaite connoiffance dépend d'un quart
d'heure d'application.
L'examen de la manière dont on a déter
miné la durée des fons & la valeur des Notes
, occupe la feconde partie de l'Ouvrage.
Toutes ces differentes figures de Notes ;
relatives à la durée d'une ronde ou à celle
d'une mefure à quatre tems , n'ont rien de
dés
FEVRIER. 1743 329
déterminé quant à la durée , puifque rien
n'eft fi variable que le terme même auquel
on les compare . De -là naiffent mille défauts
nuifibles à la précifion des mouvemens.
D'ailleurs , pourquoi ce grand nombre de
mefures differentes , indiquées par tant de
chiffres bizarres , tandis que d'un autre côté
on n'a établi les rapports des Notes que par
une progreffion fous double , qui ne fait que
la moitié des combinaiſons ?
·
Je ne reconnois que deux mefures differentes
, fçavoir à deux & à trois tems , & je
reconnois de même deux divifions de tems
fçavoir , divifion fous double & divifion
fous-triple , auxquelles il faut néceffairement
avoir égard dans la diftribution des valeurs ,
faute dequoi , on tombe dans les exceptions
vicieufes dont je parle dans cet Ouvrage.
Comme nous n'avons point de fon fixe abfolu
, qui mérite par quelque proprieté par
ticuliére de fervir de fondement aux autres.
de même & par la même raiſon , nous n'avons
point de durée abfoluë qui doive ſervir
de mefure commune aux differentes valeurs
des Notes. Mais comme dans chaque Ton
j'établis pour fon fixe le fon fondamental de
ce Ton- là , dans chaque mefure differente
je prends auffi pour terme de comparaiſon
la durée même de la meſure dont il eft ques
tion ; j'en divife les tems par des virgules ;
chaque
330 MERCURE DE FRANCE
chaque tems comprend une Note , ou plu
fieurs ; s'il n'en comprend qu'une , cette
Note remplit tout ce tems & doit durer autant
que lui ; rien n'eft fi fimple : fi le tems
contient plufieurs Notes , divifez fa durée en
autant de parties égales qu'il y a de Notes ;
appliquez chacune de ces parties à chacune
de ces Notes , & paffez- les de forte que tous
les tems foient égaux.
Un tems eft- il divifé en parties inégales ?
Toutes les inégalités poffibles font déterminées
avec la plus exacte précifion , non par
une complication de figures bizarres , mais
par de fimples lignes horifontales ajoûtées
au- deffus ou au - deffous des Notes, pour lier
toutes celles qui ne font que des fubdivi
fions des parties égales , auxquelles par ce
moyen il eft aife de les comparer. Ces liaifons
font à peu près l'effet des croches , doubles-
croches & c . dans la Muſique ordinai
re , excepté qu'elles reviennent beaucoup
plus rarement & ne peuvent jamais être plus
de deux en nombre fur la même Note.
Je me fers du point , à peu près pour le
même ufage que dans la Mufique ordinaire
mais je lui donne un fens bien plus étendu ,
puifqu'il peut foutenir le fon de la Note qui
l'a précedé , non feulement pendant la moitié
de la durée de cette Note , ce qui ne fait
qu'un cas particulier , mais pendant toutes
Jes
FEVRIER 1743 331
les differentes durées dont la mesure où on
l'employe eft fufceptible ; le point, de même
que les Notes , n'ayant de valeur déterminée
que par la place qu'il occupe dans la meſure:
ou dans le tems où il eft.
Comme je n'ai pas befoin de diverfifier la
figure des Notes pour repréfenter leurs diffe
rentes valeurs , & que les mêmes régles font
appliquables à tous leurs filences relatifs , il
s'enfuit que le feul zéro fuffit avec les points
qui le peuvent fuivre , pour remplacer tous
ces foupirs,demi foupirs & autresSignes bizarres
qu'on eft contraint d'arranger à tout mo
ment à la file les uns des autres , faute d'avoir
voulu donner au point un ufage plus étendu .
Il n'eft pas néceffaire , M. de vous en
dire davantage , pour vous rappeller l'idée
d'une Méthode que vous avez cultivée avec
tant de plaifir. Vous m'avez fait l'honneur
de me dire autrefois que vous ne croyiez pas
qu'il fût poffible d'imaginer des Signes plus
fimples & plus expreffifs que les miens.
J'efpere, M. que fi le Public n'adopte pas en
tout un jugement auffi favorable , il les
trouvera , du moins , commodes & faciles ;
en quoi j'ofe me flatter d'avoir travaillé avec
un fuccès bien different de tous ceux qui ont
propofé jufqu'ici des projets en ce genre.
Au refte , il me paroît qu'on trouvera
dans ce fyftême bien des avantages de détail
qu'on
32 MERCURE DE FRANCE
qu'on fouhaite depuis long-tems. Il n'y a
peut-être pas un Amateur de la Mufique qui
n'ait cherché une fois en fa vie quelque
moyen plus commode de noter fous un plus
petit volume , & fans tout cet embarras de
lignes & de portées , foit pour porter fur foi
des Recueils , foit pour envoyer de la Mufique
en Province , foit enfin parce qu'on ne
trouve pas de papier reglé fous fa main , toutes
les fois qu'on a quelque air à noter.
Ce qu'il y a d'avantageux dans mon
fyftême , c'eft qu'il fuffit pour ceux qui fçavent
la Mufique de lire une fois mon Ouvrage
, pour pouvoir exécuter fur la mienne
avec lamême facilité que fur l'autre : à l'égard
de ceux qui ne la fçavent point, s'ils fe veulent
contenter de la mienne , ils doivent fçavoir
chanter à Livre ouvert tout au moins en huit
mois , & s'ils veulent outre cela fçavoir la Mufique
ordinaire , ils ne doivent pas employer
plus du double de ce tems-là pour toutes
deux, en commençant par la mienne , ce qui
n'arriveroit pas s'ils commençoient par l'autre;
car tout cet embarras de tranfpofitions, de
clefs , de valeurs , de pofitions , fait une confufion
qu'on ne doit développer à l'efprit
des Ecoliers , que quand leurs organes ont
acquis l'habitude de la mefure & de l'intonation,&
qu'ils commencent à entendre quelque
chofe à la théorie des tons & des modes.
Vous
FEVRIER 1743 935
Vous trouverez dans le Mercure prochain
un Air noté par mes caractéres ; je
n'ai point voulu le mettre dans celui - ci, parce
que cet Extrait ne fuffifant pas pour expliquer
mon Systéme , il falloit donner à mon
Livre le tems de fe répandre dans les Provinces
, afin que tout le monde fût en état de
déchiffrer. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris ce 6. Janvier 1743 .
M. quand j'inventai de nouveaux caracté
res pour entretenir plus commodément
notre commerce de Mufique , je n'imaginois
guére que la connoiffance de ce ſyſtême
pafferoit plus loin que chés vous & chés
moi : cependant je me vis bien - tôt dans le
cas d'en multiplier l'ufage , lorfqu'étant
venu à Paris , je fus follicité par mes amis
de Province de leur envoyer divers morceaux
de Mufique ; comme ces commiffious
revenoient fouvent , je pris le parti de leur
expliquer ma Méthode , ce qui me mit à
portée de fatisfaire leur curiofité plus facilement
, & fans augmenter le volume de mes
Lettres. Nous nous en fommes fi bien trouvés
, que nous continuons à nous envoyer
réci-
Fiij
322 MERCURE DE FRANCE
réciproquement en Italie & à Paris , ce qu'il
ya de plus curieux & de plus nouveau en
fait de Mufique , noté fuivant ma Méthode ,
Son extrême facilité comparée aux embarras
de la Mufique ordina re , m'engagea bien - tôt
d'en faire un parallèle , dans lequel la mienne
me fembloit gagner & mériter un examen
plus fericux . L'Académie Royale des Sciences
voulut bien m'accorder l'honneur de faire
čet examen. Elle en porta même un jugement
affés favorable , pour m'autorifer à
publier ma Méthode ; c'eft ce que je fais aujourd'hui
dans un petit Ouvrage intitulé
Differtation fur la Mufique Moderne , lequel
indépendamment de mon fyftême que j'y
explique , contient des réflexions fur l'Echelle
& les Notes ordinaires de la Mufique
, affés neuves , je crois , & affés intereffantes
pour mériter quelque attention . Je
vais , M. vous donner une idée de ce petit
Traité , en attendant que la lecture vous
mette en état de ne vous en rapporter qu'à
vous- même. Au refte , je ne vous cacherai
point que j'ai la foibleffe d'être du nombre
de ces Auteurs , qui s'imaginent que leurs
Ouvrages ne font point fufceptibles d'extrait
, & qu'il faut tout lire , pour en bien
juger.
›
Comme ma vûë n'eſt point d'anéantir les
Signes de la Mufique ordinaire , pour leur
fubftituer
FEVRIER 1743 325
fubftituer les miens , je devois être difpenfé
de répondre aux obiections qu'on fait ordinairement
, & même avec affés de raifon ;
contre toutes les entreprifes de ce genre :
cependant , je me fuis apperçû qu'on fe
plaifoit fi fort à répeter ces fortes d'objec
tions & avec tant de confiance , que j'ai
crû devoir montrer en détail combien peu
elles font appliquables à mon fyftême : mon
but n'eft que d'établir une Méthode plus
fimple & plus commode qui puiffe fervir
pour ainfi dire , d'aide & de fupplément à
l'ancienne . Il ne faut donc pas fe fatiguer à
prévoir ce que deviendra la Mufique déja
notée , fi la mienne a lieu , & il faut encore
moins m'oppofer la longueur du tems qu'il
faudroit perdre à apprendre la Mufique deux
fois , puifque , fondé fur l'extrême fimplicité
de ma Méthode , j'établis qu'on parviendroit
à les fçavoir toutes deux , en commençant
par la mienne , en moins de tems encore
qu'on n'en met à apprendre feule celle qui
eft en ufage. C'est ce que j'explique en
détail dans ma Préface : j'ai tâché d'y épuifer
ce qu'il y avoit de général à oppofer à
mon fyftême , & j'ofe croire qu'il faut aimer
à chicanner , pour renouveller les mêmes
objections , après l'avoir lûë.
L'Ouvrage commence par un examen des
Signes actuels de la Mufique , tels qu'ils ont
F iiij éré
324 MERCURE DE FRANCE
été fubftitués par Jean de Meurs ou par
Guy d'Arezzo aux chiffres de l'Arithmétique,
c'est -à - dire , aux lettres de l'Alphabet des
Grecs. Les motifs de cette fubftitution
m'ayant parû frivoles , j'explique le fondement
de mon opinion , & après avoir montré
que les chiffres peuvent conferver tous les
avantages des Notes , j'ajoûte que ces chiffres
étant l'expreffion qu'on a donnée aux
nombres , & les nombres eux- mêmes étant
les expofans de la géneration des fons , rien
n'eft fi naturel que l'expreffion des fons par
les chifres de l'Arithmétique,
La maniére d'employer ces chiffres ne
peut être relative qu'aux rapports des fons
ou à leurs intervalles , & il eft aifé de voir
que le fecond fens eft préferable pour la
pratique. Mais il s'agit de trouver un fon
fixe & fondamental auquel on puiffe rapporter
tous les autres & qui leur ferve de
terme commun de comparaifon. Il n'en eſt
poind de tel , proprement dit ; mais il en eſt
une infinité d'arbitraires , qui peuvent devenir
fondamentaux , chacun à fon tour : car
alors nuls des autres fons ne peuvent être
employés dans le Chant qu'en vertu de
certains rapports déterminés qu'ils ont avec
ce fon Tonique , & tous ceux qui n'ont pas
ces rapports - là , font pour lors exclus de la
modulation
Pr
FEVRIER. 1743. 325
Or , comme il n'y a que le mode majeur
qui nous foit indiqué par la Nature , je le
prends pour modéle dans ma nouvelle inftitution
, & j'établis le chiffre 1. pour la Bafe
& la Tonique de tous les Tons majeurs.
Nous avons dans le Clavier douze fons
principaux,fur chacun defquels on peut faire
rouler un Chant ; chacun de ces fons pourra
donc être exprimé par le chiffre 1 , & ce
fon particulier fera déterminé par fon nom
naturel qu'on écrira à la marge ; c'cft- àdire
, que fi l'on écrit ut nous ferons en ut
majeur , & l'ut fe marquera 1 ; fi l'on écrit
fol , nous ferons en fol majeur , & le fol
s'écrira 1 &c. Or , dès que le Ton ferą ainſi
déterminé , le chiffre ou la Tonique 1. s'appellera
toujours ut , fans égard pour fon nom
naturel ; la feconde Notte du Ton s'appellera
re & fe marquera 2 ; la troifiéme , mi
& fe marquera 3 &c. jufqu'à la feptiéme
qui s'appellera fi & fe marquera 7. Toutes
ces Nottes devront fe trouver entre elles &
avec la Tonique en mêmes rapports que
les Nottes de même nom dans la Gamme
naturelle entre elles & avec le C fol ut ; de
maniére qu'il y aura toujours un Ton entre
1 & 2 , un Ton entre 2 & 3 , un demi Ton
entre 3 & 4, &c. Ce qui retranche tout
d'un coup les Diézes & les Bémols des Clés,
& exprime toujours les mêmes intervalles ,
F Y tant
326 MERCURE DE FRANCE
tant majeurs que mineurs avec les mêmes
caractéres .
Ceci revient à peu près à cette Méthode
qu'on appelle tranfpofition dans la Mufique
vocale , & que les maîtres regardent ordinairement
comme une pratique d'ignorans ,
s'imaginant qu'il y a beaucoup plus de
fcience à chanter toujours au naturel; à plus
forte raifon ne l'adopteroient- ils pas dans la
pratique inftrumentale , puifque d'ailleurs
elle détruit ce rapport direct qu'ils fuppofent
toujours entre une telle pofition de Notte &
une telle touche de leur inftrument.
Mais ce rapport eft à chaque inſtant en
défaut , & doit plus fervir à induire en erreur
qu'à faciliter l'exécution , ce que j'explique
en détail , auffi bien que tout ce qui
concerne l'idée que l'on doit fe faire des
Nottes & des fons relatifs dans l'exécution
tant vocale qu'inftrumentale. S'il y a quel
que chofe de mal imaginé dans la Mufique ,
c'eft , fans contredit , la Méthode de chanter
& d'exécuter au naturel ; je crois l'avoir
démontré ; & s'il y a quelque chofe d'ingenieux
dans le Systême que je propoſe , c'eſt
l'expreffion des fons,toujours relative au Ton
dans lequel ils font employés. Vous jugerez,
M. de la folidité de mes preuves, en les examinant
dans l'ouvrage même.
Les paffages d'une Octave à l'autre ſe font
par
FEVRIER : 1743. 327
par des points placés au- deffus ou au- deffous
des Nottes , ou par des pofitions fur lignes ,
femblables
à celles de la Mufique ordinaire ,
avec cette difference,que l'éloignement
d'un
degré ne fait qu'un intervalle de feconde par cette Mufique , & qu'il n'en faut pas d'avantage
pour faire une Octave par la mienne ,
de forte qu'une feule ligne & fes deux eſpaces
contigus y fuffisent pour faire roûler une
partie dans l'étendue
de trois Octaves , pour
lefquelles il ne faudroit pas moins d'onze
lignes par la Méthode ordinaire.
,
A l'égard du mode mineur , comme le
rapport des fons , qui le conftituent , fe
trouve exactement dans l'Octave , compriſe .
entre deux la fur le Clavier naturel , cette
Octave en devient le modéle , & en appliquant
le chiffre 1 , & le nom d'ut à la
Médiante d'un ton mineur la Tonique .
s'appellera la & fe marquera par le chiffre 63
ainfi le nom écrit à la marge & qui indique
toujours la Note qui doit s'appeller ut
alors celui de la Médiante & non pas de la
Tonique c'eft ce qu'on connoît toujours
par un Signe ajoûté à ce mot , quand le Ton
eft mincur & cet arrangement a de plus.
l'avantage d'exprimer très- exactement l'analogie
qui fe trouve d'un côté, entre tout Ton
majeur & le mode mineur de fa fixiéme.
F vj Note
>
eft.
4
328 MERCURE DE FRANCE
Note , & de l'autre, entre tout Ton mineur
& le mode majeur de fa Médiante.
Le Dièfe accidentel s'indique par une
ligne oblique qui traverfe la Note , en montant
de gauche à droite, & le Bémol par une
autre femblable ligne qui la traverfe en defcendant
dans le même fens.
Voilà, M. une idée abrégée de la Méthode
dont je me fers pour l'expreffion de tous les
fons qui compofent le Clavier. Les avantages
que cette Méthode a pardeffus la Note
ordinaire , me paroiffent confidérables ; je
ne vous parlerai ici que des deux plus importans,
qui font , 1 °. L'identité d'idées toujours
confervée dans le même arrangement
de caractéres, ce qu'on ne trouve point dans
l'autre Mufique, où les mêmes pofitions de
Notes expriment à tout moment des fons &
des intervalles differens. 2°. La connoiffance
exacte des intervalles fimples & redoublés ,
tant par la difference des chiffres qui les expriment
, que par des renverfemens dont la
parfaite connoiffance dépend d'un quart
d'heure d'application.
L'examen de la manière dont on a déter
miné la durée des fons & la valeur des Notes
, occupe la feconde partie de l'Ouvrage.
Toutes ces differentes figures de Notes ;
relatives à la durée d'une ronde ou à celle
d'une mefure à quatre tems , n'ont rien de
dés
FEVRIER. 1743 329
déterminé quant à la durée , puifque rien
n'eft fi variable que le terme même auquel
on les compare . De -là naiffent mille défauts
nuifibles à la précifion des mouvemens.
D'ailleurs , pourquoi ce grand nombre de
mefures differentes , indiquées par tant de
chiffres bizarres , tandis que d'un autre côté
on n'a établi les rapports des Notes que par
une progreffion fous double , qui ne fait que
la moitié des combinaiſons ?
·
Je ne reconnois que deux mefures differentes
, fçavoir à deux & à trois tems , & je
reconnois de même deux divifions de tems
fçavoir , divifion fous double & divifion
fous-triple , auxquelles il faut néceffairement
avoir égard dans la diftribution des valeurs ,
faute dequoi , on tombe dans les exceptions
vicieufes dont je parle dans cet Ouvrage.
Comme nous n'avons point de fon fixe abfolu
, qui mérite par quelque proprieté par
ticuliére de fervir de fondement aux autres.
de même & par la même raiſon , nous n'avons
point de durée abfoluë qui doive ſervir
de mefure commune aux differentes valeurs
des Notes. Mais comme dans chaque Ton
j'établis pour fon fixe le fon fondamental de
ce Ton- là , dans chaque mefure differente
je prends auffi pour terme de comparaiſon
la durée même de la meſure dont il eft ques
tion ; j'en divife les tems par des virgules ;
chaque
330 MERCURE DE FRANCE
chaque tems comprend une Note , ou plu
fieurs ; s'il n'en comprend qu'une , cette
Note remplit tout ce tems & doit durer autant
que lui ; rien n'eft fi fimple : fi le tems
contient plufieurs Notes , divifez fa durée en
autant de parties égales qu'il y a de Notes ;
appliquez chacune de ces parties à chacune
de ces Notes , & paffez- les de forte que tous
les tems foient égaux.
Un tems eft- il divifé en parties inégales ?
Toutes les inégalités poffibles font déterminées
avec la plus exacte précifion , non par
une complication de figures bizarres , mais
par de fimples lignes horifontales ajoûtées
au- deffus ou au - deffous des Notes, pour lier
toutes celles qui ne font que des fubdivi
fions des parties égales , auxquelles par ce
moyen il eft aife de les comparer. Ces liaifons
font à peu près l'effet des croches , doubles-
croches & c . dans la Muſique ordinai
re , excepté qu'elles reviennent beaucoup
plus rarement & ne peuvent jamais être plus
de deux en nombre fur la même Note.
Je me fers du point , à peu près pour le
même ufage que dans la Mufique ordinaire
mais je lui donne un fens bien plus étendu ,
puifqu'il peut foutenir le fon de la Note qui
l'a précedé , non feulement pendant la moitié
de la durée de cette Note , ce qui ne fait
qu'un cas particulier , mais pendant toutes
Jes
FEVRIER 1743 331
les differentes durées dont la mesure où on
l'employe eft fufceptible ; le point, de même
que les Notes , n'ayant de valeur déterminée
que par la place qu'il occupe dans la meſure:
ou dans le tems où il eft.
Comme je n'ai pas befoin de diverfifier la
figure des Notes pour repréfenter leurs diffe
rentes valeurs , & que les mêmes régles font
appliquables à tous leurs filences relatifs , il
s'enfuit que le feul zéro fuffit avec les points
qui le peuvent fuivre , pour remplacer tous
ces foupirs,demi foupirs & autresSignes bizarres
qu'on eft contraint d'arranger à tout mo
ment à la file les uns des autres , faute d'avoir
voulu donner au point un ufage plus étendu .
Il n'eft pas néceffaire , M. de vous en
dire davantage , pour vous rappeller l'idée
d'une Méthode que vous avez cultivée avec
tant de plaifir. Vous m'avez fait l'honneur
de me dire autrefois que vous ne croyiez pas
qu'il fût poffible d'imaginer des Signes plus
fimples & plus expreffifs que les miens.
J'efpere, M. que fi le Public n'adopte pas en
tout un jugement auffi favorable , il les
trouvera , du moins , commodes & faciles ;
en quoi j'ofe me flatter d'avoir travaillé avec
un fuccès bien different de tous ceux qui ont
propofé jufqu'ici des projets en ce genre.
Au refte , il me paroît qu'on trouvera
dans ce fyftême bien des avantages de détail
qu'on
32 MERCURE DE FRANCE
qu'on fouhaite depuis long-tems. Il n'y a
peut-être pas un Amateur de la Mufique qui
n'ait cherché une fois en fa vie quelque
moyen plus commode de noter fous un plus
petit volume , & fans tout cet embarras de
lignes & de portées , foit pour porter fur foi
des Recueils , foit pour envoyer de la Mufique
en Province , foit enfin parce qu'on ne
trouve pas de papier reglé fous fa main , toutes
les fois qu'on a quelque air à noter.
Ce qu'il y a d'avantageux dans mon
fyftême , c'eft qu'il fuffit pour ceux qui fçavent
la Mufique de lire une fois mon Ouvrage
, pour pouvoir exécuter fur la mienne
avec lamême facilité que fur l'autre : à l'égard
de ceux qui ne la fçavent point, s'ils fe veulent
contenter de la mienne , ils doivent fçavoir
chanter à Livre ouvert tout au moins en huit
mois , & s'ils veulent outre cela fçavoir la Mufique
ordinaire , ils ne doivent pas employer
plus du double de ce tems-là pour toutes
deux, en commençant par la mienne , ce qui
n'arriveroit pas s'ils commençoient par l'autre;
car tout cet embarras de tranfpofitions, de
clefs , de valeurs , de pofitions , fait une confufion
qu'on ne doit développer à l'efprit
des Ecoliers , que quand leurs organes ont
acquis l'habitude de la mefure & de l'intonation,&
qu'ils commencent à entendre quelque
chofe à la théorie des tons & des modes.
Vous
FEVRIER 1743 935
Vous trouverez dans le Mercure prochain
un Air noté par mes caractéres ; je
n'ai point voulu le mettre dans celui - ci, parce
que cet Extrait ne fuffifant pas pour expliquer
mon Systéme , il falloit donner à mon
Livre le tems de fe répandre dans les Provinces
, afin que tout le monde fût en état de
déchiffrer. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris ce 6. Janvier 1743 .
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Rousseau à M. D.
M. Rouffeau adresse une lettre à M. D. pour présenter son invention de nouveaux caractères visant à simplifier la notation musicale. Initialement destiné à un usage personnel, ce système a été adopté par ses amis de province, ce qui l'a poussé à publier sa méthode dans un ouvrage intitulé 'Dissertation sur la Musique Moderne'. Rouffeau critique les signes musicaux actuels, qu'il trouve moins pratiques que l'utilisation des chiffres pour représenter les sons. Sa méthode repose sur le mode majeur, où le chiffre 1 représente la basse et la tonique de tous les tons majeurs. Les notes sont numérotées de 1 à 7, suivant les rapports de la gamme naturelle, ce qui élimine les dièses et les bémols. Rouffeau propose également de simplifier les mesures musicales en les réduisant à deux types (à deux et à trois temps) et deux divisions de temps (double et triple). Les durées des sons sont divisées en parties égales pour assurer l'égalité des temps, et les inégalités sont déterminées avec précision. La méthode utilise des lignes horizontales pour lier les subdivisions des parties égales, remplaçant ainsi divers signes complexes par un système plus simple basé sur le zéro et les points. L'auteur espère que cette méthode sera jugée commode et facile, offrant des avantages pratiques pour noter la musique de manière plus compacte et accessible. Le système est conçu pour être rapidement assimilable par ceux qui connaissent déjà la musique et accessible aux débutants en quelques mois. Un exemple d'air noté avec ce nouveau système sera publié dans le prochain Mercure pour illustrer la méthode.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 1551-1566
LETTRE de M. l'Abbé L. au R. P. D. Timothée Veyrel, Prieur de S. Evroul en Normandie, au sujet des Ouvrages de Gui Aretin, avec quelques Remarques en faveur de la mémoire de ce célebre Musicien.
Début :
Vous possedez, M. R. P. dans votre Abbaye un Manuscrit complet des [...]
Mots clefs :
Guido d'Arezzo, Gui Arétin, Chant, Sons, Noms, Temps, Notes, Lettres, Lettre, Corde, Nom, Gamme, Maître, Monocorde, Ouvrages, Mémoire, Commencement, Religieux, Peine, Chanter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. l'Abbé L. au R. P. D. Timothée Veyrel, Prieur de S. Evroul en Normandie, au sujet des Ouvrages de Gui Aretin, avec quelques Remarques en faveur de la mémoire de ce célebre Musicien.
L Е TTR Е de M. l'Abbé L. au R. P. D.
Timothée Veyrel , Trieur de S. Evroul en
Normandie , au fujet des Ouvrages de Gui
Aretin, avec quelques Remarques en faveur
de la mémoire de ce celebre Aíuficien.
VOus políedez, M. R. P. dans votre
Abbaye un Manufcrit complet dee
OEuvres de Gui Aretin , fçavant Mufickn du
commencement de l'onzième fiéefc ; Se en
cela vous ères plus riche que les bibliothè
ques qui n'en ont que des fragmens , par le
moven defquels on ne peut connoître qu'im
parfaitement cet Auteur. Le terns eft venu,'
ce me ièmble , de rendre les Ouvrages de ce
grand Muficien plus communs qn-'ils ne le
font , & je fuis perfuadé que dès-lors que je
vous aurai expoie ce qui a été écrit depuis
peu contre la mémoire de ce Religieux, vous
voudrez bien prendre la peine de vous faire
inftruire de ce qui eft confervé à la Bihliothé- -
que du Roi, des OEuvres Muficales de Gui; •
pour y fournir ce qui y manque, afín que lea
Curieux de Paris puiflenc y avoir recour»
dans le befoin.
Vous n'aurez peut-être connu le nouveau
Livre de M. Roufleau, intitulé 1 Dijfertatua
fur.
MERCURE DE FRANCE
fnr la Mttpque moderne, que par l'Extraie
qu'en donnent les Journaux. Le grand nom
bre fc fera repofé , qHant au Syftême de la
maniere de chiffrer le Chant , fur ce que l'é
vénement & la fuite du tems pourront en
apprendrc.Mais je ne croi pas qu'aucun Journalifte
ait rapporté les propres termes de M.
Rouifeau.» Il n'eft pas aifé , dit-il , page i.
»» de fçavoir préciièment en quel état étoit la
» Mufiquc , quand Gui d'Arczze s'avifa de
»fupprimer tous les caradéres que l'on y
»remployoit, pour leur fubftituer les Notes
» qui font en .ufage aujourd'hui. Ce qu'il y a
» de vraifcmblable , eft que les premiers ca-
» ractéres étoient 1« mêmes avec lefquels
»»les anciens Grecs exprimoient cette Mufi-
» que mervolitufe , de laquelle , quoiqu'on
» endife ,1a nôtre n'approchera jamais, quant
» à fes effet": , Sc ce qu'il y a de fur, c'eft que
>» Gui rendu un fort mauvais fervicc à la Mu-
» fique i &c qu'il eft fâcheux pour nous qu'il
»» n'ait pas trouvé en foH chemin des Mufi-
» ciens lu(TÎ indociles que ceux d'aujourd'hui.
Plus bas, il s'étonne qu'on ne falTe pasau-_
jourd'hui pour la perfection de la Mufique ,
ее ¡ue Gui d'Arezxe a fait pour la gâter.
Il ine piroíó que M. Rouifeau n'a pas connu
fufhTamment Gui Aretin avant que d'entre
prendre d'en parler. Il auroit pû fe mettre au>
lait de 1д fituation où étoit l'arc d'écrire le
Chant
JUI LLE T. i74y; ijjj
Chant avant le terns de ce Religieux , en
confultant le Livre de votre Confrere Dorrt
Jacques le Clercq , imprimé à Paris , in 4.
en 1675. mais s'il a négligé de cirer même
le petit Livre du Pere SouhairryjCordeliefj je
fuis plus étonné qu'il air ignoré que Dom le
Clercq a fait graver des morceaux de Chant
notés , fuivantl'ufige obfervé avant le fiécle
de Gui Arerin , par le moyendc'quels on voit
qu'à la vérité les fept premieres lettres de
l'Alphabet Larin ont fervi à defigner les fons
dans le Chant Romain , mais qu'il y avoir en
même-tems des Notes de différentes foimes
qu'on plaçoit fur les paroles , à des diftances
arbitraires.Les lettres a, b, c, d. e, f g, éroient
les fept noms des fons ; les Notes quarrées
ou en équerre ou à queue, ou un fïmple trait
de plume tiré perpendiculairement , ou bien,
finiffant en crofle , avec des points entremê
lés étoient les Notes de ces fiécles , fans li
gnes ni fans clefs. Ainfi un même fon , quirevenoit
de tems en tems, étoit placé à la
fantaifie du Noteur ou Notatcur , de ma
niere que des Ecoliers à qui on avoir fait
chanter les fons de la Gamme a,b,c,d,e,f,g ,.
par intervalles disjoints , ne lçavoient plus à
quoi s'en tenir,& il étoit néceflaire à tout mo
ment que le Maître les remît en chemin , &
retraçât à leur mémoire, que tel figne devoir
produire le fon- b , celui-ci le fon d , cet
autre
tj54 MERCURE DE FRANCE
autre le fon f. Par exemple , fur l'Introït S№
luit , leur ayant dit que le premier fon étoic
le fon d,ils voyoient confufément que le fou
fuivant dévoie être plus aigu , mais ils né fçavoyent
pas de combien il devoit l'être ni
s'il falloit du d. proceder au g. ou à l'a» Il
falloit que le Maître prît la peine de
prononcer toujours la lettre de la Note qui
enindiquok le fon, de la faire fonner ou de
la voix ou fur fon Monocorde, Infiniment
alors fort ûfité , où la touche des Ion*
étoient marquée par le moyen des bandes de
différentes couleurs , alternativement. Si le
Maître s'en difpenfoit , tout à coup les Eco
liers fortoîent de leur chemin. Si pour s'éxemptercette
peine, il écrivoit les lettres fous
les .Notes » ou s'il fe contentoit d'employer
les ièpt lettres fur le Texte . les Ecoliers
avoient,àla vérité, des guides devant eux ,
mais c'étoient encore des guides muets, pout
ainfi-dire, &c qui ne repréfentoient qu'obfcu-'
rémentle fon, dont la lignification leur ctoie
attachée.
Que fit Gui Aretin ? Ce grand Maître , £
forée de travailler à infinuer & inculquer lç
Chant à la mémeirc des jeunes Moines de
Pompofc , s'apperçût qu'ils le rctenoiênt plus
aifément en voyant où il plaçoit fon doigt
fur le Monocorde,, pour former chaque fou
de la Gamme , qu'il vouloit qu'ils rendirent
confor
JUILLET.. 1743. 155 j
coRÍormcment aux Notes de la Pièce de
Chant qui étoit à exécuter. Il conclut de-là,
que l'imagination des Ecoliers feroit beau
coup foulagée & même invariablement fixée,
fi fur chaque fyllabe. du Texte à chanter , il
repréfentoit le (Monocorde , au moins par
extrait. Ainfi ^ par exemple , pour Pin-'
rroît Statuit , il imagina de figurer d'abord
fc'—гЩ-Ц- m И
puis _ puis —
Sta- tu • it , Sc ainfi da rede;
C'eft ainfi que fe forma ce qu'on' appella de
puis, une portée ou une pattée de la longueur
d'une ligne de paroles , par le moyen des
différentes repréfentations de la touche du
Monocorde, jointes & réunies enfemble. Ott
lui donna depuis le nom d'échelle , à caulè
de la reflemblancff.
Dès- lors, on put hardiment fe fer vir des
termes clairs de monter & de defeendre , de
chant haut 5 de chant bas, au lieu qu'aupara
vant on n'emplovoit que les termes obfcurs de
chant aigu, de chzut grave t aller dams
aller dans Je grave.
A mefure que cette clarté devint fenfiblc
clic fit plaifir aux gens portés pour le pro
grès des Sciences , & elle défbht ceux qui
apparemment auroient été bien aifes que le
Chant fût refté difficile à apprendre , foit afin
«l'être regardés comme des Maîtres néceflai
m^é MERCURE ÜE FRANCE
íes , (bit afin de mériter plus long tems PIich
noraire dû à leurs peines. Je ne vous appren
drai rien de nouveau , M. R. P. vous ères à
la lource. Mais qu'il me foit permis de faire
afage de ce que Dom le Clereq , & depuis
lui , Dom Mabillon ont ptiblié d'après votre
Manufcrit,
Ce ne fut pas en ce que Gui Aretin enfcigna
à commencer l'oAave par le fon С , faiîànt
fuivrc ainii les fignes en montant, с cl
*> f,g, a, b,c, qu'il rendit la Science du Chant
Grégorien ( alors qualifié Mufique ) plus aifee
à apprendre ; il contrevint en cela à l'étymologie
du mot de Gamme , qui étoit venue
de ce que le G,fc trenivoit au haut des fept let
tres , quand la plus balTe ou la plus graveé roic
la lettr с a ; ce qui faifoit alors a, b, с , d . e ¿
f, g. Ce ne fut pas non plus de ce qu'il ima-<
gina de donner de nouveaux noms aux tons li
gnifiés précédemment parjCjdjCjCgja/çavoir,
ut , ré, mi, fa, fol, la , lefqucls noms il prit au
commencement de chaque hemiftiche de la
premiere Strophe àUt tpteant taxis. Mais la
facilité vint de ce que fur chaque fyllabc de
la parole , ceux qni chantoient , voyoient à
3uel dégre ou à quel étage , pour ainfi-dire , ils
evoient porter leur voix: car il retint l'ufagc
des trois lettres anciennes , fçavoir , la lettre
C, qu'il plaça au commencement de la corde
•ù il vouloit qu'oH fit former ce qu'ilappel*.
loic
JUILLET. Î743. 1557
bit ttt ; la lettre F , qu'il plaça au commence
ment de la corde où il vouloit qu'on fit fonnetfa,
c'eftce qu'on a depuis appelle les Clefs
du Chinr , & enfin la lettre b, qui éroit deftinée
dans certains cas à être placée dans le
degré immédiatement inférieur à la corde c ,
pour fignifier que de cette corde с à la corde
l , l'intervalle étoit d'un ton. J'avouerai ce
pendant qu'il reftoit uncchofe à dçfirer dans
les nouveaux noms que Gui Aretin donnoit^
aux fons de la Gamme. On fait naturellement
fept fons confécutifs , jufqu'à ce qu'on attei
gne le huitième , appelle communément
Octave. Gui ne jugea à propos d'employer
que fix noms* il en reftoit un à fuppléer3& ce
fut en quoi peut-être les ennemis de ce Reli
gieux auraient été mieux fondés à combattre
fa Méthode , comme infuififante. Mais je me
doute que fi on examinoit exactement fes-
Ouvrages , on verrait qu'il ne fe conrentoit
pas de ces fix fyllabes ut re mi fa fol la , &
qu'il y en avoit une feptiéme qu'il faifoit pro
noncer be, dont le figne étoit % ou ï. Ainfi
voici quelle étoit l'Odave de Gui Aretin :
Ш re mifa fol la beut.
Quelques-uns de ceux, qui remarquèrent
que les quatre fons d'enhaut, ne font proporrionellement
pris } que la repetition des
quatre fons d'en bas,ne voulant retenir aucun
nom tiré d'une des fept premieres lettres feules
155» MERCURE Dt FRANCE
de l'alphabet , s'aviferent de propofer , com
me plus convenable , lorfqu'il y auroir , par
exemple , felon notre ufage »Auel, cette
progrcflîon à faire ,
ut re mi fa fol la fi ut ré mi ,
s'aviferent , dis- je , de propofer de chanter^
Ut re mi fa Jet la mifa Jol la.
'Ce fut ce qu'on appella chanter par les
muances , parce qu'avant que, de retrou
ver le fon huitième ou octave , on reprènoit
, pouf fignifier des fons qui larendiüenC
complette , des noms déjà employés une
fois s ces repetitions de noms avec muance
ott changement de fon, ctoient très-in
commodes , & cependant elles fubfifterent
jufqu'à ce qu'un particulier vainquit
Î'entêterrrent qu'on avoit de ne pa's don
ner le nom de ié гп feptiéme fon , &
vint à bout d'éliminer la répétition de la
fylhbe mi , en lui fubftiruant la fyllabc ß.
Mais pen reviens à dire , que tout cela
n'a pas dû être imputé à Gui Aretin , qui
fburnifiant fix. noms nouveaux , & confervant
le feptiéme , donnoit de quoi fatisfaire
les commençans. Il ne reftoit rien
que de clair dans fon Syftême , parce que
le feptiémede íes foni ctoit figuré ou J| ou
t , felon le different ion qu'il convenoit de
former dans l'intervalle du U à l'ut. L'é
chelle quiregnoit fur h parole d'un côté
JUILLET. 1743. » 15
fe la page à l'autre , fot un Ibulagemenc
admirable. Le Chant Grégorien fut appris
en peu de tems par les enfans de Choeur de
l'Eglife d"Arre«zo , & un petit enfant en fçût
pkis en un mois que les vieillards les pius
âgés de tous les autres Pays, (a) En effet
quand même un С hantjp eût vécu cent
ans , il n'auroit pû encore au bout du
íiécle fe tirer lui tout feul d'une An
tienne ( b ) Le Pape Jean XX. ayant
oui parler de ce prodige, fit venir à Ro
me le Moine Gui , avec l'Antiphonier no^
té à fa manière , pour s'affûrer lui même
de h vérité. Ce Souverain Pontife s'étanc
fait expliquer les nouvelles régies par l'Au
teur même, & ayant un peu refléchi deiTus 3
prit l'Antiphonier, fit l'ciTai fur un Verfct
qui éroit nouveau pour lui : il le chan
ta faus faute f & l'apprit à l'heure même .
( a ) Ectlefi» { Aretint ) etiatn pueri in modula»-
di /htdio perfeiles ahotum quarunque lócorum fitpi-
T»nt (enes, puide Ер. ad fheostald. Ер. Arft.
Quiitm eorum imitation» cloordt noflrarum no.
tarum uju exercitati ante unius tnenfis fpatiun invifes
inauditos cantus ita primo intuitu indubit agi
ter can:abant , ut maximum fpeäaculum plurimi*
plièrent. Ibid.
{ b ) Maximi dolui de noßris canforibus qui etß
centum annis in canendi ßudio perfeverent , numquam
temen -utl minimam Antipbenam per fe valent tfferre.
Ibid. -
ts¿o MERCURE DE FRANCE
en préfence du Réligieux. ( с ) Si c'eft-là
rendre un fort mauvais fervice к la Mtißque
, Ci c'eft-là gâter l'Art d'enfeigner le
Chant , je ne fçais pas cömmen^ il falloic
-qu'il s'y prit , pour réuflîr au goût de
M. Roufleau.
Il cft vrai que ces témoignages nous font
tranfmis par l'Auteur même ; mais ne convenoit-
il pas qu'd fe défendit contre fes
«mules que la jaloufic animoit plutôt qu'un
zélé véritable , felon qu'il fut facile de s'en
appercevoir i Auflî arriva-t'il que ces adverfaires
voyant le progrès immenfe que
fit le nouveau iecrct de peindre le Chant
& de l'apprendre , n'oferent rien écrire
contre Gui , à qui ils (è virent obligés de
laifler le champ libre.
J'allois finir ici cette Lettre , M. R. P.
lorfqu'un de vos Confreres , qui vifire affi-,
dûment tous les Manufcrits du Berry ,
pour donner l'Hiftoire de cette Province,
a eu la bonté de me faire part de quel
ques Extraits plus amples des Ouvra-
( с ) Tontifex noflrum velut tjuoddam frodigium
revolvcns Antifhonardum , prtfixasque ruminans re
gulas , non frius deßitit , яш de loco in que fedebat
aècejjtt , donec unum verficulum inaudnum volt
eempos edifeeret , ut quod vix créditai in aliis , tam
fubito in fe recognofeeret. Guido Ер. ad Michael
* Annal. Benei T. IV. P. 314.
JUILLET. 1743. i56i
gcs du même A retin , fur un Manuicrit
conicrvc dans l'Abbaye de Chezalbenoîr,
Je fuis perfuadé que vous avez déjà ceci
dans la collection qui eft parmi les Ma*
nuferits de S. Evroul. Je ne vous prie d'y
faire attention , qu'afin de nous confirmer
de plus en plus dans le fentiment que
Gui Aretin rendit un très- grand fervice à
J'Eglife & à tous les Chantres , en in
ventant une nouvelle manière claire & aifée
, de noter le Chant. La connoiiTance de
cette Science étoit fi obfcure & fi em
brouillée , que Gui fe vit obligé de dire
que de fon tems les Chantres » étoient
- les plus infenfés ou les plus à plaindre
»de tous les hommes, (л) Dans tousles
» Arts communément, dit il, on en apprend
» plus de foi-même que les Maîtres n'en ont
» enfeigné. Les enfans ayant appris à lire lg
{a) Temporibus noßris jupir omnes homines fatui
funt cantores. In omni enim arte plura funt valdi
qui. fenfu neßro eognofeimus qutm que. à magiflro
iidicimus. Ferfecio enim folo Pfaiterio , «mnium i:~
brorum Uniones cognofeunt puertdi ¡ (¡p Agricultu
re feientiam fubito intelligunt ruflici. <3jui enim
unam vineam future , unam arbufculam inferere
unum aßnum enerare cognovit , ßcut in in uno fá
cil , in omnibus ßmiliter , auf etiam melius facit fr
mon dubitat. Miferabiles autem cantores eorumque
olijcipuli , etiamfi per centum annos quotidie décan
tent , nunquam per fi fine mag'tßro vel parvulam
cant abunt Antiphonarn , &c.
. » Pfautier j
%fíi MERCURE DE FRANCE
*> Pfcaurier , lifcnt après cela feuls tou-
» tes fortes de Livres. Les Payfans ap-
» prennent en peu de lems Jes travaux de
" la Campagne. Quand ils fçavent railler
» une Vigne , planter ou enter un Arbre -,
» charger une Bête , Us fe règlent fur ce
» qu'ils ont fait une fois , pour Je faire tou-
» jours de même , & quelquefois encore
» mieux ; & ils font fùrs de réuilîr. Mais
» pour ce qui eft des miferables Chantres
n & de leurs Difciples , quand même ils
» chanteraient tous les jours pendant cent
h ans , jamais ils ne feront en état de
» chanter d'eux-mêmes, & fans le fecours
» du Maître , la moindre petite Antienne. . .
»> Et ce qui cft plus fatal , c'eft que plu-
» lleurs Clerps & Moines , voyant qu'ils
» perdent leur tems, en elïayant d'appren-
» dre à chanter , négligent l'aififtançe à
» l'Office Divin. En effet, ajoute- с il , lorf-
» qu'on l'entend célébrer, il femble qu'on
» voyc des gens difputer les uns con-
» tre les autres j à peine deux voix font-
9 elles à l'unifon f Le Difcipje ne s'açcpr-
» de ni avec fon Maître , ni avec fon Condifciple.
La maniere de noter , inventée
oar Arerin , remédia à rout cela ; le Chant
Grégorien , qui étoit la principale Mufique
de ces tems là , fut appris facile
ment , & fut chanté à l'unifon fans difcordance
¿
JUILLET. 174 3: 1 5 if j
cordance & même avec goût : & ce fût
cette facilité qui fit naître tous les rafinemens
qu'on trouva depuis. Que M. Rouffeau
ait donc la bonté d'effacer de fon
Livre , que Gui Aretin rendu un fon mau
vais fervice à 1л M fique , & qu'il eft à
propos de faire pour fa Perfection y ce
que Gui d'Arezze л fait four la gâter.
Enfin , que ce même Gui apprit aux hom
mes à chanter difficilement. Toutes ces Propofirions
étant taulîcs , ne peuvent que
défigurer un Livre, où l'Auteur tait profeifion
de vouloir dire la vérité : l'expérience fit
voir évidemment que le Chant étoit de
venu infiniment plus aifé à apprendre рас
fa méthode , que par les précédentes: c'eil
le feul Fait que j'ai entrepris de prouver ,
Si qui me proîr très bien établi par les
témoignages tirés des Ouvrages du tems
même de l'invention. Cette méthode con
tinuera , & acquerrera de nouvelles per
fections avec le tems. Loin qu'elle perde
de fon mérite , je fuis témoin qu'un fçavant
Magiibat de Pans a enchéri, deilus en don
nant des noms aux onze femitons qui fonC
entre l'ut inférieur à l'ut fupérieur } c'eftà-
dire , qu'outre les noms de re mi fajol
laß, il a admis les trois fyllabes ma fi fa t
de l'Annphonicr de Paris , auxquelles il
en a joint deux de fa fa$on , l'un pour l'ut
E dieze ,
i5¿4 MERCURE DE FRANCE
dièze , & l'autre pour Je fol dièze. Ces
multiplications de noms , qui font fi légiti
mes , que j'ai fi fort fouhaittés , & qui ferviroient
fi utilement à s'entendre claire
ment les uns les autres , lorfqu'on parle
de tranfpofitions de Chant , font bien op-
•pofées à la prétendue Amplification que
}A. RouiTeau propofe. L'idée qui m'eft ve
nue de peindre aux yeux des enfans qui corn»
mencent à apprendre le chantóles diftances
icelles des cordes de l'ancienne échelle d'Aretin
, & que j'ai communiquée au Pu
blie il y a deux ans , n'y eft pas moins
oppoféc. Ainfi , M. K, P. vous voyez que
je fuis jntereilé à foutenir ce que j'ai ima
giné pour la plus grande facilité de ceux qui
feront ufage de l'échelle d'Aretin, J'accor
derai Ыеп que les chiffres 1.2. 3 4.. 5. ¡S . 7.
rciTemblenr à ces fept premières lettres de
l'Alphabet Latin a b с de fg , & c'eft parce
qu'elles ne leur reiTemblent que trop, que
je prétends que l'une des méthodes n'elt
pas plus commode que l'autre , pour enfeigner
le Chant d'une manjéic claire
palpable , & intelligible aux enfans qui
commi ncent , & qui font , pour ainfi dire,
a la Croij: de par Dieu de la Mu fique.
Comme donc l'ufage d'employer feulement
les fept premières lettres de l'AlphabeC
Latin t a été reprouvé pour fpn infiiffifan•
.,y,î\U I;L i E T-, : Д743.\ ... ij;<5.
ce , iL y a tout lieu de craindre que lern"
ploi desfept premiers chiffres n'ait le même
ïorrj il en fera de ce leptiéme. comme des No
tes de Tiron , qu'on employe pour écrire
en abrégé , & écrire aulîj vite que l'O
rateur qui prononçoic un Difcours : on s'en
iervjra pour épargner le papier , pour évi
ter de former un Volume de ce qui peut
être cont.nu- eu quelques, pages -, pour en
voyer aulii beaucoup d'airs notés dans une
iimplc Lettre. On en agira ainfi de Maî
tre à Maître , mais non de Maître à éco
lier , & je ne croirai jamais qu'il le trouve4
(fes écoliers , qui n'ayant aucune teinrurc
de Chant, & qui étant absolument neufs
dans cet Art , apprennent facilement ' à
chanter (implement par i. 2 .}. 4 5 .6. 7.
fans échelle ; ou s'il s'en trouve , je ioutiens
que ces enrans auroit nr appris encore beau
coup plus facilement par la méthode
de l'Echelle- de 1 Gui * Arétin , *ték¿> qu'elle
a été perfectionné* ju(ques!ici & qu'elle
pourra l'être encore par la fuite.
Il ne me rede plus, M. R. P, qu'à vous
demander , fi vone Manufcnjde Gui Arctin
, eil aulli riche en Figu.es, que Ce
lui que je viens -de découvrir à Chezalbenoît
j c'eft-à-dire , fi on y trouve des
Figures de Jou urs de toute forte d'inftrumens
, à commencer par de petites do-
• » E ij ches,
tff& MERCURE DE>RANCE
ches, & qui font qualifiés Percujfíonales ¿
Tetjßbiles , Inflatiles f &c. Cela cft afféf
digne d'atrenuon dans le Manufcrit de
Çhezalbenoîr f que l'on dit être du XI,
ou XII. fiéclc. ,Ел même rems , fquffrez
que je vous prie de faire examiner, fi en
Quelque endroit de votre Exemplaire i Gui
eft appelle Guide Augens Aretinus , com
me le Pere de Monttaucon l'appelle dans
les Tables de fon Ouvrage , intitulé Bibliothec*
Bibliotbpcarum. И peut fe faire qu'il y
ait eû un Guido Augcnfis qui ait écrit fur ia,
Mufique , & que la reiTemblancc du nom foie
caufe que des deux on n'en aura fait qu'un;
J'ai l'honneur d'être , &c.
A I tris , ce 3« Juin t 1743.
Timothée Veyrel , Trieur de S. Evroul en
Normandie , au fujet des Ouvrages de Gui
Aretin, avec quelques Remarques en faveur
de la mémoire de ce celebre Aíuficien.
VOus políedez, M. R. P. dans votre
Abbaye un Manufcrit complet dee
OEuvres de Gui Aretin , fçavant Mufickn du
commencement de l'onzième fiéefc ; Se en
cela vous ères plus riche que les bibliothè
ques qui n'en ont que des fragmens , par le
moven defquels on ne peut connoître qu'im
parfaitement cet Auteur. Le terns eft venu,'
ce me ièmble , de rendre les Ouvrages de ce
grand Muficien plus communs qn-'ils ne le
font , & je fuis perfuadé que dès-lors que je
vous aurai expoie ce qui a été écrit depuis
peu contre la mémoire de ce Religieux, vous
voudrez bien prendre la peine de vous faire
inftruire de ce qui eft confervé à la Bihliothé- -
que du Roi, des OEuvres Muficales de Gui; •
pour y fournir ce qui y manque, afín que lea
Curieux de Paris puiflenc y avoir recour»
dans le befoin.
Vous n'aurez peut-être connu le nouveau
Livre de M. Roufleau, intitulé 1 Dijfertatua
fur.
MERCURE DE FRANCE
fnr la Mttpque moderne, que par l'Extraie
qu'en donnent les Journaux. Le grand nom
bre fc fera repofé , qHant au Syftême de la
maniere de chiffrer le Chant , fur ce que l'é
vénement & la fuite du tems pourront en
apprendrc.Mais je ne croi pas qu'aucun Journalifte
ait rapporté les propres termes de M.
Rouifeau.» Il n'eft pas aifé , dit-il , page i.
»» de fçavoir préciièment en quel état étoit la
» Mufiquc , quand Gui d'Arczze s'avifa de
»fupprimer tous les caradéres que l'on y
»remployoit, pour leur fubftituer les Notes
» qui font en .ufage aujourd'hui. Ce qu'il y a
» de vraifcmblable , eft que les premiers ca-
» ractéres étoient 1« mêmes avec lefquels
»»les anciens Grecs exprimoient cette Mufi-
» que mervolitufe , de laquelle , quoiqu'on
» endife ,1a nôtre n'approchera jamais, quant
» à fes effet": , Sc ce qu'il y a de fur, c'eft que
>» Gui rendu un fort mauvais fervicc à la Mu-
» fique i &c qu'il eft fâcheux pour nous qu'il
»» n'ait pas trouvé en foH chemin des Mufi-
» ciens lu(TÎ indociles que ceux d'aujourd'hui.
Plus bas, il s'étonne qu'on ne falTe pasau-_
jourd'hui pour la perfection de la Mufique ,
ее ¡ue Gui d'Arezxe a fait pour la gâter.
Il ine piroíó que M. Rouifeau n'a pas connu
fufhTamment Gui Aretin avant que d'entre
prendre d'en parler. Il auroit pû fe mettre au>
lait de 1д fituation où étoit l'arc d'écrire le
Chant
JUI LLE T. i74y; ijjj
Chant avant le terns de ce Religieux , en
confultant le Livre de votre Confrere Dorrt
Jacques le Clercq , imprimé à Paris , in 4.
en 1675. mais s'il a négligé de cirer même
le petit Livre du Pere SouhairryjCordeliefj je
fuis plus étonné qu'il air ignoré que Dom le
Clercq a fait graver des morceaux de Chant
notés , fuivantl'ufige obfervé avant le fiécle
de Gui Arerin , par le moyendc'quels on voit
qu'à la vérité les fept premieres lettres de
l'Alphabet Larin ont fervi à defigner les fons
dans le Chant Romain , mais qu'il y avoir en
même-tems des Notes de différentes foimes
qu'on plaçoit fur les paroles , à des diftances
arbitraires.Les lettres a, b, c, d. e, f g, éroient
les fept noms des fons ; les Notes quarrées
ou en équerre ou à queue, ou un fïmple trait
de plume tiré perpendiculairement , ou bien,
finiffant en crofle , avec des points entremê
lés étoient les Notes de ces fiécles , fans li
gnes ni fans clefs. Ainfi un même fon , quirevenoit
de tems en tems, étoit placé à la
fantaifie du Noteur ou Notatcur , de ma
niere que des Ecoliers à qui on avoir fait
chanter les fons de la Gamme a,b,c,d,e,f,g ,.
par intervalles disjoints , ne lçavoient plus à
quoi s'en tenir,& il étoit néceflaire à tout mo
ment que le Maître les remît en chemin , &
retraçât à leur mémoire, que tel figne devoir
produire le fon- b , celui-ci le fon d , cet
autre
tj54 MERCURE DE FRANCE
autre le fon f. Par exemple , fur l'Introït S№
luit , leur ayant dit que le premier fon étoic
le fon d,ils voyoient confufément que le fou
fuivant dévoie être plus aigu , mais ils né fçavoyent
pas de combien il devoit l'être ni
s'il falloit du d. proceder au g. ou à l'a» Il
falloit que le Maître prît la peine de
prononcer toujours la lettre de la Note qui
enindiquok le fon, de la faire fonner ou de
la voix ou fur fon Monocorde, Infiniment
alors fort ûfité , où la touche des Ion*
étoient marquée par le moyen des bandes de
différentes couleurs , alternativement. Si le
Maître s'en difpenfoit , tout à coup les Eco
liers fortoîent de leur chemin. Si pour s'éxemptercette
peine, il écrivoit les lettres fous
les .Notes » ou s'il fe contentoit d'employer
les ièpt lettres fur le Texte . les Ecoliers
avoient,àla vérité, des guides devant eux ,
mais c'étoient encore des guides muets, pout
ainfi-dire, &c qui ne repréfentoient qu'obfcu-'
rémentle fon, dont la lignification leur ctoie
attachée.
Que fit Gui Aretin ? Ce grand Maître , £
forée de travailler à infinuer & inculquer lç
Chant à la mémeirc des jeunes Moines de
Pompofc , s'apperçût qu'ils le rctenoiênt plus
aifément en voyant où il plaçoit fon doigt
fur le Monocorde,, pour former chaque fou
de la Gamme , qu'il vouloit qu'ils rendirent
confor
JUILLET.. 1743. 155 j
coRÍormcment aux Notes de la Pièce de
Chant qui étoit à exécuter. Il conclut de-là,
que l'imagination des Ecoliers feroit beau
coup foulagée & même invariablement fixée,
fi fur chaque fyllabe. du Texte à chanter , il
repréfentoit le (Monocorde , au moins par
extrait. Ainfi ^ par exemple , pour Pin-'
rroît Statuit , il imagina de figurer d'abord
fc'—гЩ-Ц- m И
puis _ puis —
Sta- tu • it , Sc ainfi da rede;
C'eft ainfi que fe forma ce qu'on' appella de
puis, une portée ou une pattée de la longueur
d'une ligne de paroles , par le moyen des
différentes repréfentations de la touche du
Monocorde, jointes & réunies enfemble. Ott
lui donna depuis le nom d'échelle , à caulè
de la reflemblancff.
Dès- lors, on put hardiment fe fer vir des
termes clairs de monter & de defeendre , de
chant haut 5 de chant bas, au lieu qu'aupara
vant on n'emplovoit que les termes obfcurs de
chant aigu, de chzut grave t aller dams
aller dans Je grave.
A mefure que cette clarté devint fenfiblc
clic fit plaifir aux gens portés pour le pro
grès des Sciences , & elle défbht ceux qui
apparemment auroient été bien aifes que le
Chant fût refté difficile à apprendre , foit afin
«l'être regardés comme des Maîtres néceflai
m^é MERCURE ÜE FRANCE
íes , (bit afin de mériter plus long tems PIich
noraire dû à leurs peines. Je ne vous appren
drai rien de nouveau , M. R. P. vous ères à
la lource. Mais qu'il me foit permis de faire
afage de ce que Dom le Clereq , & depuis
lui , Dom Mabillon ont ptiblié d'après votre
Manufcrit,
Ce ne fut pas en ce que Gui Aretin enfcigna
à commencer l'oAave par le fon С , faiîànt
fuivrc ainii les fignes en montant, с cl
*> f,g, a, b,c, qu'il rendit la Science du Chant
Grégorien ( alors qualifié Mufique ) plus aifee
à apprendre ; il contrevint en cela à l'étymologie
du mot de Gamme , qui étoit venue
de ce que le G,fc trenivoit au haut des fept let
tres , quand la plus balTe ou la plus graveé roic
la lettr с a ; ce qui faifoit alors a, b, с , d . e ¿
f, g. Ce ne fut pas non plus de ce qu'il ima-<
gina de donner de nouveaux noms aux tons li
gnifiés précédemment parjCjdjCjCgja/çavoir,
ut , ré, mi, fa, fol, la , lefqucls noms il prit au
commencement de chaque hemiftiche de la
premiere Strophe àUt tpteant taxis. Mais la
facilité vint de ce que fur chaque fyllabc de
la parole , ceux qni chantoient , voyoient à
3uel dégre ou à quel étage , pour ainfi-dire , ils
evoient porter leur voix: car il retint l'ufagc
des trois lettres anciennes , fçavoir , la lettre
C, qu'il plaça au commencement de la corde
•ù il vouloit qu'oH fit former ce qu'ilappel*.
loic
JUILLET. Î743. 1557
bit ttt ; la lettre F , qu'il plaça au commence
ment de la corde où il vouloit qu'on fit fonnetfa,
c'eftce qu'on a depuis appelle les Clefs
du Chinr , & enfin la lettre b, qui éroit deftinée
dans certains cas à être placée dans le
degré immédiatement inférieur à la corde c ,
pour fignifier que de cette corde с à la corde
l , l'intervalle étoit d'un ton. J'avouerai ce
pendant qu'il reftoit uncchofe à dçfirer dans
les nouveaux noms que Gui Aretin donnoit^
aux fons de la Gamme. On fait naturellement
fept fons confécutifs , jufqu'à ce qu'on attei
gne le huitième , appelle communément
Octave. Gui ne jugea à propos d'employer
que fix noms* il en reftoit un à fuppléer3& ce
fut en quoi peut-être les ennemis de ce Reli
gieux auraient été mieux fondés à combattre
fa Méthode , comme infuififante. Mais je me
doute que fi on examinoit exactement fes-
Ouvrages , on verrait qu'il ne fe conrentoit
pas de ces fix fyllabes ut re mi fa fol la , &
qu'il y en avoit une feptiéme qu'il faifoit pro
noncer be, dont le figne étoit % ou ï. Ainfi
voici quelle étoit l'Odave de Gui Aretin :
Ш re mifa fol la beut.
Quelques-uns de ceux, qui remarquèrent
que les quatre fons d'enhaut, ne font proporrionellement
pris } que la repetition des
quatre fons d'en bas,ne voulant retenir aucun
nom tiré d'une des fept premieres lettres feules
155» MERCURE Dt FRANCE
de l'alphabet , s'aviferent de propofer , com
me plus convenable , lorfqu'il y auroir , par
exemple , felon notre ufage »Auel, cette
progrcflîon à faire ,
ut re mi fa fol la fi ut ré mi ,
s'aviferent , dis- je , de propofer de chanter^
Ut re mi fa Jet la mifa Jol la.
'Ce fut ce qu'on appella chanter par les
muances , parce qu'avant que, de retrou
ver le fon huitième ou octave , on reprènoit
, pouf fignifier des fons qui larendiüenC
complette , des noms déjà employés une
fois s ces repetitions de noms avec muance
ott changement de fon, ctoient très-in
commodes , & cependant elles fubfifterent
jufqu'à ce qu'un particulier vainquit
Î'entêterrrent qu'on avoit de ne pa's don
ner le nom de ié гп feptiéme fon , &
vint à bout d'éliminer la répétition de la
fylhbe mi , en lui fubftiruant la fyllabc ß.
Mais pen reviens à dire , que tout cela
n'a pas dû être imputé à Gui Aretin , qui
fburnifiant fix. noms nouveaux , & confervant
le feptiéme , donnoit de quoi fatisfaire
les commençans. Il ne reftoit rien
que de clair dans fon Syftême , parce que
le feptiémede íes foni ctoit figuré ou J| ou
t , felon le different ion qu'il convenoit de
former dans l'intervalle du U à l'ut. L'é
chelle quiregnoit fur h parole d'un côté
JUILLET. 1743. » 15
fe la page à l'autre , fot un Ibulagemenc
admirable. Le Chant Grégorien fut appris
en peu de tems par les enfans de Choeur de
l'Eglife d"Arre«zo , & un petit enfant en fçût
pkis en un mois que les vieillards les pius
âgés de tous les autres Pays, (a) En effet
quand même un С hantjp eût vécu cent
ans , il n'auroit pû encore au bout du
íiécle fe tirer lui tout feul d'une An
tienne ( b ) Le Pape Jean XX. ayant
oui parler de ce prodige, fit venir à Ro
me le Moine Gui , avec l'Antiphonier no^
té à fa manière , pour s'affûrer lui même
de h vérité. Ce Souverain Pontife s'étanc
fait expliquer les nouvelles régies par l'Au
teur même, & ayant un peu refléchi deiTus 3
prit l'Antiphonier, fit l'ciTai fur un Verfct
qui éroit nouveau pour lui : il le chan
ta faus faute f & l'apprit à l'heure même .
( a ) Ectlefi» { Aretint ) etiatn pueri in modula»-
di /htdio perfeiles ahotum quarunque lócorum fitpi-
T»nt (enes, puide Ер. ad fheostald. Ер. Arft.
Quiitm eorum imitation» cloordt noflrarum no.
tarum uju exercitati ante unius tnenfis fpatiun invifes
inauditos cantus ita primo intuitu indubit agi
ter can:abant , ut maximum fpeäaculum plurimi*
plièrent. Ibid.
{ b ) Maximi dolui de noßris canforibus qui etß
centum annis in canendi ßudio perfeverent , numquam
temen -utl minimam Antipbenam per fe valent tfferre.
Ibid. -
ts¿o MERCURE DE FRANCE
en préfence du Réligieux. ( с ) Si c'eft-là
rendre un fort mauvais fervice к la Mtißque
, Ci c'eft-là gâter l'Art d'enfeigner le
Chant , je ne fçais pas cömmen^ il falloic
-qu'il s'y prit , pour réuflîr au goût de
M. Roufleau.
Il cft vrai que ces témoignages nous font
tranfmis par l'Auteur même ; mais ne convenoit-
il pas qu'd fe défendit contre fes
«mules que la jaloufic animoit plutôt qu'un
zélé véritable , felon qu'il fut facile de s'en
appercevoir i Auflî arriva-t'il que ces adverfaires
voyant le progrès immenfe que
fit le nouveau iecrct de peindre le Chant
& de l'apprendre , n'oferent rien écrire
contre Gui , à qui ils (è virent obligés de
laifler le champ libre.
J'allois finir ici cette Lettre , M. R. P.
lorfqu'un de vos Confreres , qui vifire affi-,
dûment tous les Manufcrits du Berry ,
pour donner l'Hiftoire de cette Province,
a eu la bonté de me faire part de quel
ques Extraits plus amples des Ouvra-
( с ) Tontifex noflrum velut tjuoddam frodigium
revolvcns Antifhonardum , prtfixasque ruminans re
gulas , non frius deßitit , яш de loco in que fedebat
aècejjtt , donec unum verficulum inaudnum volt
eempos edifeeret , ut quod vix créditai in aliis , tam
fubito in fe recognofeeret. Guido Ер. ad Michael
* Annal. Benei T. IV. P. 314.
JUILLET. 1743. i56i
gcs du même A retin , fur un Manuicrit
conicrvc dans l'Abbaye de Chezalbenoîr,
Je fuis perfuadé que vous avez déjà ceci
dans la collection qui eft parmi les Ma*
nuferits de S. Evroul. Je ne vous prie d'y
faire attention , qu'afin de nous confirmer
de plus en plus dans le fentiment que
Gui Aretin rendit un très- grand fervice à
J'Eglife & à tous les Chantres , en in
ventant une nouvelle manière claire & aifée
, de noter le Chant. La connoiiTance de
cette Science étoit fi obfcure & fi em
brouillée , que Gui fe vit obligé de dire
que de fon tems les Chantres » étoient
- les plus infenfés ou les plus à plaindre
»de tous les hommes, (л) Dans tousles
» Arts communément, dit il, on en apprend
» plus de foi-même que les Maîtres n'en ont
» enfeigné. Les enfans ayant appris à lire lg
{a) Temporibus noßris jupir omnes homines fatui
funt cantores. In omni enim arte plura funt valdi
qui. fenfu neßro eognofeimus qutm que. à magiflro
iidicimus. Ferfecio enim folo Pfaiterio , «mnium i:~
brorum Uniones cognofeunt puertdi ¡ (¡p Agricultu
re feientiam fubito intelligunt ruflici. <3jui enim
unam vineam future , unam arbufculam inferere
unum aßnum enerare cognovit , ßcut in in uno fá
cil , in omnibus ßmiliter , auf etiam melius facit fr
mon dubitat. Miferabiles autem cantores eorumque
olijcipuli , etiamfi per centum annos quotidie décan
tent , nunquam per fi fine mag'tßro vel parvulam
cant abunt Antiphonarn , &c.
. » Pfautier j
%fíi MERCURE DE FRANCE
*> Pfcaurier , lifcnt après cela feuls tou-
» tes fortes de Livres. Les Payfans ap-
» prennent en peu de lems Jes travaux de
" la Campagne. Quand ils fçavent railler
» une Vigne , planter ou enter un Arbre -,
» charger une Bête , Us fe règlent fur ce
» qu'ils ont fait une fois , pour Je faire tou-
» jours de même , & quelquefois encore
» mieux ; & ils font fùrs de réuilîr. Mais
» pour ce qui eft des miferables Chantres
n & de leurs Difciples , quand même ils
» chanteraient tous les jours pendant cent
h ans , jamais ils ne feront en état de
» chanter d'eux-mêmes, & fans le fecours
» du Maître , la moindre petite Antienne. . .
»> Et ce qui cft plus fatal , c'eft que plu-
» lleurs Clerps & Moines , voyant qu'ils
» perdent leur tems, en elïayant d'appren-
» dre à chanter , négligent l'aififtançe à
» l'Office Divin. En effet, ajoute- с il , lorf-
» qu'on l'entend célébrer, il femble qu'on
» voyc des gens difputer les uns con-
» tre les autres j à peine deux voix font-
9 elles à l'unifon f Le Difcipje ne s'açcpr-
» de ni avec fon Maître , ni avec fon Condifciple.
La maniere de noter , inventée
oar Arerin , remédia à rout cela ; le Chant
Grégorien , qui étoit la principale Mufique
de ces tems là , fut appris facile
ment , & fut chanté à l'unifon fans difcordance
¿
JUILLET. 174 3: 1 5 if j
cordance & même avec goût : & ce fût
cette facilité qui fit naître tous les rafinemens
qu'on trouva depuis. Que M. Rouffeau
ait donc la bonté d'effacer de fon
Livre , que Gui Aretin rendu un fon mau
vais fervice à 1л M fique , & qu'il eft à
propos de faire pour fa Perfection y ce
que Gui d'Arezze л fait four la gâter.
Enfin , que ce même Gui apprit aux hom
mes à chanter difficilement. Toutes ces Propofirions
étant taulîcs , ne peuvent que
défigurer un Livre, où l'Auteur tait profeifion
de vouloir dire la vérité : l'expérience fit
voir évidemment que le Chant étoit de
venu infiniment plus aifé à apprendre рас
fa méthode , que par les précédentes: c'eil
le feul Fait que j'ai entrepris de prouver ,
Si qui me proîr très bien établi par les
témoignages tirés des Ouvrages du tems
même de l'invention. Cette méthode con
tinuera , & acquerrera de nouvelles per
fections avec le tems. Loin qu'elle perde
de fon mérite , je fuis témoin qu'un fçavant
Magiibat de Pans a enchéri, deilus en don
nant des noms aux onze femitons qui fonC
entre l'ut inférieur à l'ut fupérieur } c'eftà-
dire , qu'outre les noms de re mi fajol
laß, il a admis les trois fyllabes ma fi fa t
de l'Annphonicr de Paris , auxquelles il
en a joint deux de fa fa$on , l'un pour l'ut
E dieze ,
i5¿4 MERCURE DE FRANCE
dièze , & l'autre pour Je fol dièze. Ces
multiplications de noms , qui font fi légiti
mes , que j'ai fi fort fouhaittés , & qui ferviroient
fi utilement à s'entendre claire
ment les uns les autres , lorfqu'on parle
de tranfpofitions de Chant , font bien op-
•pofées à la prétendue Amplification que
}A. RouiTeau propofe. L'idée qui m'eft ve
nue de peindre aux yeux des enfans qui corn»
mencent à apprendre le chantóles diftances
icelles des cordes de l'ancienne échelle d'Aretin
, & que j'ai communiquée au Pu
blie il y a deux ans , n'y eft pas moins
oppoféc. Ainfi , M. K, P. vous voyez que
je fuis jntereilé à foutenir ce que j'ai ima
giné pour la plus grande facilité de ceux qui
feront ufage de l'échelle d'Aretin, J'accor
derai Ыеп que les chiffres 1.2. 3 4.. 5. ¡S . 7.
rciTemblenr à ces fept premières lettres de
l'Alphabet Latin a b с de fg , & c'eft parce
qu'elles ne leur reiTemblent que trop, que
je prétends que l'une des méthodes n'elt
pas plus commode que l'autre , pour enfeigner
le Chant d'une manjéic claire
palpable , & intelligible aux enfans qui
commi ncent , & qui font , pour ainfi dire,
a la Croij: de par Dieu de la Mu fique.
Comme donc l'ufage d'employer feulement
les fept premières lettres de l'AlphabeC
Latin t a été reprouvé pour fpn infiiffifan•
.,y,î\U I;L i E T-, : Д743.\ ... ij;<5.
ce , iL y a tout lieu de craindre que lern"
ploi desfept premiers chiffres n'ait le même
ïorrj il en fera de ce leptiéme. comme des No
tes de Tiron , qu'on employe pour écrire
en abrégé , & écrire aulîj vite que l'O
rateur qui prononçoic un Difcours : on s'en
iervjra pour épargner le papier , pour évi
ter de former un Volume de ce qui peut
être cont.nu- eu quelques, pages -, pour en
voyer aulii beaucoup d'airs notés dans une
iimplc Lettre. On en agira ainfi de Maî
tre à Maître , mais non de Maître à éco
lier , & je ne croirai jamais qu'il le trouve4
(fes écoliers , qui n'ayant aucune teinrurc
de Chant, & qui étant absolument neufs
dans cet Art , apprennent facilement ' à
chanter (implement par i. 2 .}. 4 5 .6. 7.
fans échelle ; ou s'il s'en trouve , je ioutiens
que ces enrans auroit nr appris encore beau
coup plus facilement par la méthode
de l'Echelle- de 1 Gui * Arétin , *ték¿> qu'elle
a été perfectionné* ju(ques!ici & qu'elle
pourra l'être encore par la fuite.
Il ne me rede plus, M. R. P, qu'à vous
demander , fi vone Manufcnjde Gui Arctin
, eil aulli riche en Figu.es, que Ce
lui que je viens -de découvrir à Chezalbenoît
j c'eft-à-dire , fi on y trouve des
Figures de Jou urs de toute forte d'inftrumens
, à commencer par de petites do-
• » E ij ches,
tff& MERCURE DE>RANCE
ches, & qui font qualifiés Percujfíonales ¿
Tetjßbiles , Inflatiles f &c. Cela cft afféf
digne d'atrenuon dans le Manufcrit de
Çhezalbenoîr f que l'on dit être du XI,
ou XII. fiéclc. ,Ел même rems , fquffrez
que je vous prie de faire examiner, fi en
Quelque endroit de votre Exemplaire i Gui
eft appelle Guide Augens Aretinus , com
me le Pere de Monttaucon l'appelle dans
les Tables de fon Ouvrage , intitulé Bibliothec*
Bibliotbpcarum. И peut fe faire qu'il y
ait eû un Guido Augcnfis qui ait écrit fur ia,
Mufique , & que la reiTemblancc du nom foie
caufe que des deux on n'en aura fait qu'un;
J'ai l'honneur d'être , &c.
A I tris , ce 3« Juin t 1743.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. l'Abbé L. au R. P. D. Timothée Veyrel, Prieur de S. Evroul en Normandie, au sujet des Ouvrages de Gui Aretin, avec quelques Remarques en faveur de la mémoire de ce célebre Musicien.
Timothée Veyrel écrit au R. P. pour discuter des œuvres de Gui Aretin, musicien du début du XIe siècle. L'abbaye du destinataire possède un manuscrit complet des œuvres de Gui Aretin, contrairement aux autres bibliothèques qui ne détiennent que des fragments. Veyrel souhaite rendre ces œuvres plus accessibles et demande au destinataire de consulter les œuvres musicales de Gui conservées à la bibliothèque du Roi pour compléter celles de l'abbaye. Veyrel critique un livre récent de M. Roufleau, 'Dissertation sur la musique moderne', qui conteste les contributions de Gui Aretin à la musique. Roufleau affirme que Gui Aretin a remplacé les caractères anciens de la musique par les notes modernes sans connaître précisément l'état de la musique à cette époque. Veyrel souligne que Roufleau n'a pas suffisamment étudié Gui Aretin et aurait dû consulter des ouvrages comme celui de Jacques le Clercq ou les travaux du Père Souhairy. Le texte décrit les méthodes anciennes de notation musicale, utilisant les sept premières lettres de l'alphabet latin pour désigner les sons et diverses formes de notes sans lignes ni clés. Gui Aretin a innové en représentant les positions des doigts sur le monocorde directement sur les syllabes du texte à chanter, facilitant ainsi l'apprentissage des jeunes moines. Cette méthode a conduit à la création des portées musicales, appelées 'échelles'. Gui Aretin est crédité d'avoir rendu le chant grégorien plus accessible en utilisant les lettres C, F, et b pour indiquer les positions des notes sur une corde. Il utilisait six syllabes (ut, ré, mi, fa, sol, la) et une septième syllabe optionnelle (be ou si). Sa méthode permit aux enfants du chœur de l'église d'Arrezzo d'apprendre rapidement le chant grégorien, impressionnant ainsi le pape Jean XXII qui adopta cette méthode. Le texte mentionne des critiques adressées à Gui, notamment par M. Roufleau, mais souligne que sa méthode a été bénéfique pour l'Église et les chantres. Un manuscrit trouvé dans l'abbaye de Chezal-Benoît confirme l'importance de la contribution de Gui. Le texte se termine par une demande à M. R. P. d'examiner un manuscrit de Chezalbenoît, riche en figures et illustrations d'instruments de musique, et de vérifier s'il contient des références à Guido Augens Aretinus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 2242
Explanatio in Septem Psalmos, [titre d'après la table]
Début :
EXPLANATIO in septem Psalmos Poenitentiales, cum Versione Gallica. Parisiis, [...]
Mots clefs :
Essai, Notes, Psaumes de David
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explanatio in Septem Psalmos, [titre d'après la table]
PLANATIO in ſeptem Pfalmos Poenitentiales
, cum Verſione Gallica. Parifiis
Typis P. Æ. le Mercier. M. DCC. XLIV.
•L'Auteur de cette Traduction & de cette
Explication des ſept Pſeaumes Pénitentiaux,
ne les donne que comme un Eſſai , avant
que de faire un pareil travail ſur tous les
Pleaumes de David. Le goût du Public le
décidera ; on peut cependant préſumer que
cet Eſſai ſera favorablement reçû. D'habiles
gens ont obſervé que quoique les Notes ,
miſes au bas des pages de cet Eſſai , ſoient
affés claires pour ceux qui entendent tant
ſoit peu le Latin , il ſeroit peut-être d'une
plus grande utilité de mettre ces Notes en
François. C'eſt à quoi l'Auteur fera refléxion.
, cum Verſione Gallica. Parifiis
Typis P. Æ. le Mercier. M. DCC. XLIV.
•L'Auteur de cette Traduction & de cette
Explication des ſept Pſeaumes Pénitentiaux,
ne les donne que comme un Eſſai , avant
que de faire un pareil travail ſur tous les
Pleaumes de David. Le goût du Public le
décidera ; on peut cependant préſumer que
cet Eſſai ſera favorablement reçû. D'habiles
gens ont obſervé que quoique les Notes ,
miſes au bas des pages de cet Eſſai , ſoient
affés claires pour ceux qui entendent tant
ſoit peu le Latin , il ſeroit peut-être d'une
plus grande utilité de mettre ces Notes en
François. C'eſt à quoi l'Auteur fera refléxion.
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9
p. 205-208
I.
Début :
Méthode de musique sur un nouveau plan, par M. Jacob, de l'académie royale de [...]
Mots clefs :
Auteur, Musique, Modes, Notes, Portée, Clef, Clefs, Article, Lignes, Mode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I.
I.
Méthode de mufique fur un nouveau plan ;
par M. Jacob , de l'académie royale de
Mufique ; le prix eft de 36 fols. A Paris
chez l'auteur rue des Moineaux-
Butte-Saint- Roch , chez un tapiffier ;
Madame la veuve Leclerc rue St Honoré
à Sainte Cécile ; la Chevardiere , rue
du Roule ; & aux adreffes ordinaires
de mufique..
L'USAGE de faire connoître fuccceffivement
toutes les clefs , n'ayant d'autre ré206
MERCURE DE FRANCE.
fultat
que de faire
rencontrer
chacune
des fept
notes
fur toutes
les lignes
&
tous les espaces
de la portée
; l'auteur
, en
partant
de ce résultat
, propofe
de folfier
par toutes
les notes
prifes
alternativement
pour
premiers
degrés
de l'un
& l'autre
mode
, fans
le fecours
d'aucune
clef.
L'ordre
entre
les notes
étant
connu
, &
les lignes
ou les efpaces
de la portée
fe
trouvant
toujours
à la même
diſtance
les
uns des autres
, il eſt viſible
que la nomination
des notes
eft très- indépendante
des
clefs
, puifqu'en
fuppofant
telle
notte
donnée
fur une
des lignes
ou fur
l'un
des efpaces
, toutes
les autres
nottes
font
connues
.
L'ufage que l'auteur fait des clefs eft
relatif au diapafon des voix , en forte
que chacun doit choifir la clef qui convient
au genre de fa voix ; car felon la
définition donnée par M. Rouffeau dans
fon- dictionnaire de mufique & rapportée
par l'auteur , la clef fe met au commencement
de la Portée pour déterminer le degré
d'élévation de cette Portée dans le clavier
général. L'auteur traite enfuite des tons ,
pour les différentes gammes pour les modes
majeurs & mineurs ; de la manierede
connoître le mode & le ton à l'infpec
FEVRIER . 1769. 207
tion de la clef & des premieres meſures
d'un chant. On verra avec plaifir l'origi
ne des diézes ou des bémols qui doivent
entrer dans certains modes , & celle de
ces modes mêmes.
Dans l'article IX , l'auteur traite des
mefures ; cet article eft fuivi d'une obfervation
fur la maniere de battre la mefure
, & fur l'ufage où eft le célèbre Tartini
de faire marquer les portions de
temps à fes élèves , d'où l'auteur tire une
méthode propre à donner la précifion de
la mefure à ceux qui en feront ufage en
obfervant ce qu'il prefcrit à cet égard &
c'eft ce qui fait la matiere de l'article X.
L'onzième roule fur la diftinction des
temps & des portions de temps en fort
& en foible. Enfin , dans le douzième
article , qui eft le dernier de l'ouvrage
l'auteur traite de la modulation , de fes
regles , de la relation des modes & de la
maniere dont ces modes font entrelacés
dans une pièce de mufique ; objets dont
la connoiffance , dit l'auteur , eſt trèsimportant
dans la mufique vocale
puifque c'eft par cette connoiffance que
le chanteur peut fe prévenir & , pour
ainfi dire , fe préparer à l'intonation des
diézes , bémols ou béquarres , que les
P
108 MERCURE DE FRANCE.
divers relatifs d'un mode donné doivent
amener néceffairement dans un chant.
Méthode de mufique fur un nouveau plan ;
par M. Jacob , de l'académie royale de
Mufique ; le prix eft de 36 fols. A Paris
chez l'auteur rue des Moineaux-
Butte-Saint- Roch , chez un tapiffier ;
Madame la veuve Leclerc rue St Honoré
à Sainte Cécile ; la Chevardiere , rue
du Roule ; & aux adreffes ordinaires
de mufique..
L'USAGE de faire connoître fuccceffivement
toutes les clefs , n'ayant d'autre ré206
MERCURE DE FRANCE.
fultat
que de faire
rencontrer
chacune
des fept
notes
fur toutes
les lignes
&
tous les espaces
de la portée
; l'auteur
, en
partant
de ce résultat
, propofe
de folfier
par toutes
les notes
prifes
alternativement
pour
premiers
degrés
de l'un
& l'autre
mode
, fans
le fecours
d'aucune
clef.
L'ordre
entre
les notes
étant
connu
, &
les lignes
ou les efpaces
de la portée
fe
trouvant
toujours
à la même
diſtance
les
uns des autres
, il eſt viſible
que la nomination
des notes
eft très- indépendante
des
clefs
, puifqu'en
fuppofant
telle
notte
donnée
fur une
des lignes
ou fur
l'un
des efpaces
, toutes
les autres
nottes
font
connues
.
L'ufage que l'auteur fait des clefs eft
relatif au diapafon des voix , en forte
que chacun doit choifir la clef qui convient
au genre de fa voix ; car felon la
définition donnée par M. Rouffeau dans
fon- dictionnaire de mufique & rapportée
par l'auteur , la clef fe met au commencement
de la Portée pour déterminer le degré
d'élévation de cette Portée dans le clavier
général. L'auteur traite enfuite des tons ,
pour les différentes gammes pour les modes
majeurs & mineurs ; de la manierede
connoître le mode & le ton à l'infpec
FEVRIER . 1769. 207
tion de la clef & des premieres meſures
d'un chant. On verra avec plaifir l'origi
ne des diézes ou des bémols qui doivent
entrer dans certains modes , & celle de
ces modes mêmes.
Dans l'article IX , l'auteur traite des
mefures ; cet article eft fuivi d'une obfervation
fur la maniere de battre la mefure
, & fur l'ufage où eft le célèbre Tartini
de faire marquer les portions de
temps à fes élèves , d'où l'auteur tire une
méthode propre à donner la précifion de
la mefure à ceux qui en feront ufage en
obfervant ce qu'il prefcrit à cet égard &
c'eft ce qui fait la matiere de l'article X.
L'onzième roule fur la diftinction des
temps & des portions de temps en fort
& en foible. Enfin , dans le douzième
article , qui eft le dernier de l'ouvrage
l'auteur traite de la modulation , de fes
regles , de la relation des modes & de la
maniere dont ces modes font entrelacés
dans une pièce de mufique ; objets dont
la connoiffance , dit l'auteur , eſt trèsimportant
dans la mufique vocale
puifque c'eft par cette connoiffance que
le chanteur peut fe prévenir & , pour
ainfi dire , fe préparer à l'intonation des
diézes , bémols ou béquarres , que les
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108 MERCURE DE FRANCE.
divers relatifs d'un mode donné doivent
amener néceffairement dans un chant.
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Résumé : I.
Le texte expose une méthode musicale proposée par M. Jacob, membre de l'Académie royale de Musique, visant à enseigner les notes sans utiliser de clefs traditionnelles. Cette méthode utilise les notes comme premiers degrés des modes majeur et mineur. L'ouvrage aborde l'utilisation des clefs en fonction du diapason des voix, permettant à chaque chanteur de choisir la clef appropriée. Il traite également des tons et des gammes pour les modes majeurs et mineurs, ainsi que de la détermination du mode et du ton à partir de la clef et des premières mesures d'un chant. Le texte mentionne l'origine des dièses et des bémols dans certains modes. L'article IX discute des mesures et des pratiques de battement, incluant celles de Tartini. L'article X précise la méthode pour déterminer la mesure, tandis que l'article XI distingue les temps forts et faibles. Enfin, l'article XII traite de la modulation, des règles des modes et de leur enchaînement dans une pièce musicale, soulignant l'importance de cette connaissance pour les chanteurs afin de se préparer aux intonations nécessaires.
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