Résultats : 24 texte(s)
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1
p. 199-202
IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence Qualem ministrum, &c.
Début :
Tel que le noble Oyseau, Ministre du Tonnere, [...]
Mots clefs :
Néron, Dieux, Horace
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence Qualem ministrum, &c.
IMITATION
De l'Ode d'Horace , qui commence
T
Qualem ministrum , &c .
El que le noble Oyseau , Ministre
du Tonnere ,
Que pour avoir ravi Ganimede
à la terre ,
Le Roy des Dieux fit Roy des habitans de l'air;
Quitte son nid , jaloux des forces paternelles ,
A ij
Et
200 MERCURE DE FRANCE
Et surpasse déja par l'effort de ses aîles,
Les paisiblés Zéphirs , successeurs de l'Hyver .
Bien-tôt l'expérience, augment ant son audace
Il va , fier ennemi d'une timide race ,
Jusqu'en leur Bergerie , attaquer les Agneaux ;
it bravant des Dragons la résistance vaine ,
Ose , pressé de faim , et transporté de haine
Leur livrer constamment les plus rudes assauts.
> Tel encor, que , sur soi , dans un Vallon
champêtre ,
Le Chevreuil occupé du soin de se repaître ,
A vû fondre un Lion , nouvellement sevré ,
Tel , au combat , donné près des Alpes altieres ,
Drusus , qu'accompagnoient mille vertus guer
rieres ,
Aux Vindéliciens , aux Rhetes s'est montré.
Leurs cruels Escadrons , jaloux de notre gloire,
Ayant long-temps volé de victoire en victoire
Vaincus par un jeune homme ont senti le pouvoir
3
D'un instinct vertueux qu'enrichit la culture ,
Et connu ce qu'ajoûte aux dons de la nature ,
Le soin que des Nerons , Auguste daigne avoir
Des forts naissent les forts ; la vigueur , le
Courage ,
Aux
FEVRIER. 1734. 201
Aux Coursiers, aux Taureaux passent en héritage,
L'Aigle n'engendre point un Ramier délicat ;
Mais un heureux exemple est ce qui vivifie ;
Toujours un coeur bien né par lui se fortifie ,
par lui la vertu conserve son éclat. Et
Rome, grace aux Nérons, tu subsistes encore;
Au vainqueur d'Asdrubal , défait près du Métaure
;
Tu dûs le premier jour de tes félicitez ,
Depuis qu'à la fureur joignant la perfidie ,
Tel qu'un vent orageux , ou tel qu'un incendie
Le superbe Affricain ravagent nos Citez .
Après ce jour heureux que nous fit luire Claude
,
La jeunesse Romaine , à la force , à la fraude ;
Sçut opposer des bras toujours victorieux ;
Et ceuillant de Lauriers les moissons les plus
amples ,
Sa vertu rétablit et le culte et les Temples ,
Que la rage Punique avoit ravis aux Dieux.
Le perfide Annibal , à cet aspect s'écrie ,
» C'est trop d'avides Loups ' provoquer la furie ,
Foibles Cerfs tant de fois vaincus et dispersez ;
» C'en est trop , c'en est trop , par une fuite
prompte ,
» D'une défaite entiere épargnons- nous la honte,
A iij Les ""
102 MERCURE DE FRANCE
» Les tromper en fuyant , c'est triompher assez-
Le Peuple , qui porta dans les Champs Italiques
Ses Enfans , ses Vieillards et ses Dieux domestiques
,
Sauvez des feux de Troye, et des flots de la Mer,
( Semblable au Chêne altier , qui , sur l'Algide
sombre ,
Jadis tondu , pullule en rejettons sans nombre )
Doit son accroissement aux outrages du fer.
L'Hydre fort de sa playe , étoit moins redoutable
:
Jamais Thebe ou Colchos n'eut un Monstre semblable
.
Qu'on le plonge dans l'Onde, il n'en sort que plus
beau ,
Proposer-lui la Lutte , il vous jette par terre ,
Et les femmes de ceux qui lui livrent la guerre ,
Chaque jour de pleurer ont un sujet nouveau.
C'est fait de notre honneur : Qu'esperer davans .
tage ?
Puisque Asdrubal est mort , que desormais Carthage
N'attende plus de moi de superbes Courriers ,
Aux forces des Nérons,tous succès sont possibles ,
Et Jupiter a mis , pour les rendre invincibles ,
Leur prudence au dessus de tout l'art des Gues
aiers.
F. M. F.
De l'Ode d'Horace , qui commence
T
Qualem ministrum , &c .
El que le noble Oyseau , Ministre
du Tonnere ,
Que pour avoir ravi Ganimede
à la terre ,
Le Roy des Dieux fit Roy des habitans de l'air;
Quitte son nid , jaloux des forces paternelles ,
A ij
Et
200 MERCURE DE FRANCE
Et surpasse déja par l'effort de ses aîles,
Les paisiblés Zéphirs , successeurs de l'Hyver .
Bien-tôt l'expérience, augment ant son audace
Il va , fier ennemi d'une timide race ,
Jusqu'en leur Bergerie , attaquer les Agneaux ;
it bravant des Dragons la résistance vaine ,
Ose , pressé de faim , et transporté de haine
Leur livrer constamment les plus rudes assauts.
> Tel encor, que , sur soi , dans un Vallon
champêtre ,
Le Chevreuil occupé du soin de se repaître ,
A vû fondre un Lion , nouvellement sevré ,
Tel , au combat , donné près des Alpes altieres ,
Drusus , qu'accompagnoient mille vertus guer
rieres ,
Aux Vindéliciens , aux Rhetes s'est montré.
Leurs cruels Escadrons , jaloux de notre gloire,
Ayant long-temps volé de victoire en victoire
Vaincus par un jeune homme ont senti le pouvoir
3
D'un instinct vertueux qu'enrichit la culture ,
Et connu ce qu'ajoûte aux dons de la nature ,
Le soin que des Nerons , Auguste daigne avoir
Des forts naissent les forts ; la vigueur , le
Courage ,
Aux
FEVRIER. 1734. 201
Aux Coursiers, aux Taureaux passent en héritage,
L'Aigle n'engendre point un Ramier délicat ;
Mais un heureux exemple est ce qui vivifie ;
Toujours un coeur bien né par lui se fortifie ,
par lui la vertu conserve son éclat. Et
Rome, grace aux Nérons, tu subsistes encore;
Au vainqueur d'Asdrubal , défait près du Métaure
;
Tu dûs le premier jour de tes félicitez ,
Depuis qu'à la fureur joignant la perfidie ,
Tel qu'un vent orageux , ou tel qu'un incendie
Le superbe Affricain ravagent nos Citez .
Après ce jour heureux que nous fit luire Claude
,
La jeunesse Romaine , à la force , à la fraude ;
Sçut opposer des bras toujours victorieux ;
Et ceuillant de Lauriers les moissons les plus
amples ,
Sa vertu rétablit et le culte et les Temples ,
Que la rage Punique avoit ravis aux Dieux.
Le perfide Annibal , à cet aspect s'écrie ,
» C'est trop d'avides Loups ' provoquer la furie ,
Foibles Cerfs tant de fois vaincus et dispersez ;
» C'en est trop , c'en est trop , par une fuite
prompte ,
» D'une défaite entiere épargnons- nous la honte,
A iij Les ""
102 MERCURE DE FRANCE
» Les tromper en fuyant , c'est triompher assez-
Le Peuple , qui porta dans les Champs Italiques
Ses Enfans , ses Vieillards et ses Dieux domestiques
,
Sauvez des feux de Troye, et des flots de la Mer,
( Semblable au Chêne altier , qui , sur l'Algide
sombre ,
Jadis tondu , pullule en rejettons sans nombre )
Doit son accroissement aux outrages du fer.
L'Hydre fort de sa playe , étoit moins redoutable
:
Jamais Thebe ou Colchos n'eut un Monstre semblable
.
Qu'on le plonge dans l'Onde, il n'en sort que plus
beau ,
Proposer-lui la Lutte , il vous jette par terre ,
Et les femmes de ceux qui lui livrent la guerre ,
Chaque jour de pleurer ont un sujet nouveau.
C'est fait de notre honneur : Qu'esperer davans .
tage ?
Puisque Asdrubal est mort , que desormais Carthage
N'attende plus de moi de superbes Courriers ,
Aux forces des Nérons,tous succès sont possibles ,
Et Jupiter a mis , pour les rendre invincibles ,
Leur prudence au dessus de tout l'art des Gues
aiers.
F. M. F.
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence Qualem ministrum, &c.
Le texte imite une ode d'Horace et décrit la métamorphose d'un jeune aigle, comparé à Ganimède, qui quitte son nid et surpasse les Zéphyrs. L'aigle attaque les agneaux et brave les dragons, illustrant son audace croissante. Ce comportement est comparé à celui de Drusus, un jeune guerrier romain ayant vaincu les Vindéliciens et les Rhètes, démontrant que les forts naissent des forts. Le texte souligne que la vertu et le courage sont héréditaires et renforcés par l'exemple. Rome, sous des leaders comme Auguste et Claude, a résisté aux attaques d'Hannibal. Après la défaite d'Asdrubal près du Métaure, la jeunesse romaine a restauré la vertu et les temples. Hannibal, impressionné par la résilience romaine, reconnaît la futilité de continuer le combat. Le peuple romain, comparé à un chêne qui repousse après avoir été tondu, a su croître grâce aux épreuves. L'Hydre, symbole de Carthage, est décrit comme redoutable mais vaincue par la prudence et la force des Romains. Le texte se conclut par la certitude que, grâce à la prudence et à la force des Nérons, Rome est invincible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 203-208
ELOGE de Madame de Bethune d'Orval, Abbesse de l'Abbaye Royale de N. D. du Val de Giff, Diocèse de Paris.
Début :
Depuis que nous avons publié la mort de cette illustre Dame dans [...]
Mots clefs :
Abbesse, Béthune d'Orval, Abbaye du Val-de-Gif, Mort, Piété, Religieuse, Gouvernement, Montglat, Amour, Mérite, Vertus
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texteReconnaissance textuelle : ELOGE de Madame de Bethune d'Orval, Abbesse de l'Abbaye Royale de N. D. du Val de Giff, Diocèse de Paris.
ELOGE de Madame de Bethune d'Or
val , Abbesse de l'Abbaye Royale de N.
D. du Val de Giff , Diocèse de Paris.
D nous
Epuis que nous avons publié la
mort de cette illustre Dame dans
le premier volume du Mercure de Décembre
dernier , nous avons eu communication
d'une Lettre , qui a été écrite
sur ce sujet par la Dame Prieure et Communauté
de la même Abbaye . Cette
Lettre nous a paru si édifiante et si digne
de considération en toute maniere ,
que nous avons crû devoir en raporter
du moins les traits les plus marquez , pour
rendre à la mémoire d'une Personne si
respectable une partie des devoirs que le
Public est en droit d'exiger de nous en
certaines occasions.
D. Anne Eleonor - Marie de Bethune
d'Orval, étoit fille de François de Bethu-
* Duc d'Orval , Pair de France
Chevalier des Ordres du Roy , Lieutenant
General de ses Armées , et du Pays Charne
,
"
* Le Duc d'Orval êtoit fils de Maximilien de
Bethune , Duc du Sully Pair et Maréchal de
France &c. Ministre d'Etat &c. et de Rachel de
Cachefilet , sa seconde femme.
A iiij train ,
204 MERCURE DE FRANCE
train , Premier Ecuyer de la Reine Anne
d'Autriche , et de Dame Anne de Harville
de Palaiseau .
Ce fut une de ces Ames privilegiées
sur lesquelles une Providence attentive
veille dès le berceau , et dont elle dirige
tous les pas vers le terme heureux qu'elle
leur a destiné dès l'Eternité . Elle fut
dérobée au monde avant qu'elle pût en
éprouver la corruption : dès l'âge de trois
ans,le Seigneur prit soin de la cacher dans
l'Abbaye de Royal- Lieu , comme dans
un azile assuré pour son innocence. Elle
y fut élevée sous les yeux de Madame
deVaucelas sa Tante qui en étoit Abbesse ;
et la premiere attention qu'on cut sur
cette jeune Plante , fût de lui interdire
avec une severité qui pouvoit paroître
excessive , toute délicatesse , toute marque
extérieure de distinction , tout ce
qui peut flater ce fond d'orgueil et d'amour
de nous-mêmes avec lequel nous
naissons tous et que nous portons jusqu'au
tombeau. Mais on ne négligea pas
de cultiver les heureuses dispositions
qu'on trouva dans son esprit , et on eût
soin de l'orner de toutes les connoissances
qui convenoient à son sexe , en même
tems qu'on s'appliquoit à répandre dans
son coeur les semences d'une pieté d'autant
FEVRIER 1734. 205
cant plus solide qu'elle seroit plus éclairée.
Elle n'hésita point sur le parti qu'elle
devoit prendre dès qu'elle en fût
en fût capable.
Tout ce que l'éclat de sa naissance
et plus encore ses qualitez personnelles ,
pouvoient lui promettre dans le monde ,
devint pour elle la matiere d'un sacrifice
très volontaire , et coûta peu à son coeur
déja détaché de tout.
Dès l'âge de quatorze ans elle entra au
Noviciat , et elle prit l'habit de Novice,
à quinze. Son année d'épreuve n'étoit pas
achevée lorsque Madame de Vaucelas fût
transferée à une autre Abbaye. Elle se
sépara de sa chere Tante sans s'ébranler,
et pouvant la suivre par toute sorte de
raisons , elle se fixa à Royal - Lieu , Maison
où Dieu l'avoit prévenuë de ses Bénédictions
, par la Profession Religieuse qu'elle
fit à seize ans entre les mains de la nouvelle
Abbesse.
Elle ne pensoit qu'à se sanctifier dans
l'état de simple Religieuse , ne prévoyant
rien qui peut l'obliger d'en sortir, Mais
Dieu avoit d'autres desseins sur elle . Son
mérite lui fit tort , quelque soin qu'elle
prit de le cacher: elle fut mise à de grandes
épreuves ; il fallut l'arracher enfin
d'une Maison qu'elle avoit choisie par
préférence à tout et de laquelle elle étoit
tendrement aimée. AT
1
206 MERCURE DE FRANCE
Elle se retira dans l'Abbaye de S. Pierre
de Reims auprès de Madame sa Soeur
qui en étoit Abbesse . Elle Y porta l'édiy
fication et l'exemple de toutes les vertus
Chrétiennes et Religieuses. Sa retraite
dans cette Abbaye fût de cinq années.
Cependant Madame de Clermont
Monglat , Abbesse de * Giff , voulant se
décharger d'un fardeau sous lequel ses
infirmitez et encore plus son humilité
la faisoient gémir , chercha avec soin un
sujet propre à la remplacer , et à affermir
l'ouvrage de l'étroite Observance de la
Regle de S. Bencft ,'elle le trouva dans
Madame de Bethune d'Orval ,
Teile fut la vocation de cette digne
Religieuse , âgée alors de vingt- neuf ans .
Nulle considération humaine n'y eût part;
et il parut bien - tôt que Dieu avoit béni
des veues aussi pures que celles de Madame
de Monglat , et que la nouvelle
Abbesse étoit pour le Monastere de Giff
un don de sa Miséricorde .
La mort de Madame de Monglat , qui
survecût près de quinze ans à sa demis-
Cette Abaye est nommée dans les anciens
Titres. Beata Maria Valis de Giffo . Maurice de
Sully Evêque de Paris , la fonda vers l'an 1140 .
sur la petite Riviere d'Yvette , à cinq lieues de
Paris. sion ,
FEVRIER 1734. 207
sion , ne fit que mettre dans un plus
grand jour le merite deMadame d'Orval,
er justifier de plus en plus le choix qu'elle
en avoit fait pour la remplacer. Il faudroit
entreprendre d'écrire un volume
entier pour donner l'Histoire de sa vie
et de son gouvernement avec le détail
qu'elle merite ce gouvernement a été
de quarante sept ans , pendant lesquels
la résidence de la pieuse Abbesse dans
son Monastere , n'a été interrompuë
qu'une seule fois pour peu de tems , et par
ordre exprès de M. l'Archevêque de
Paris.
4
Qu'il nous soit permis du moins pour
ne point excéder nos bornes , de tracer
ici en deux mots son caractere . Une pieté
tendre , mais éclairée et sans petitesse ;
une humilité profonde mais sans pussillanimité
, un amour universel de la penitence,
mais sans ostentation ; une charité
inépuisable , mais sins acception de
personnes ; un amour de l'Ordre et de
la Regle ferme , mais sans dureté une
regularité toujours égale et toujours
sourenue , un don d'exhorter et d'instruire
peu communj appuyé d'un exemple
encore plus éloquent er plus efficace :
ajoûtons qu'une politesse simple et
noble accompagnoit toutes ces grandes
vertus.
,
A vj
Arri
208 MERCURE DE FRANCE
Arrive à la fin de sa carriere , et étant
au lit de la mort , elle dit à ses filles
qu'elle pouvoit s'appliquer ce que S. Jean
dit de J. C. que les ayant aimées pendant
sa vie , elle les aimoit jusqu'à la fin , surquoi
elle leur fit un Discours digne de sa
grande pieté et de sa parfaite charité.
Elle a conservé jusqu'au dernier soupir
tout son jugement et sa présence d'esprit,
et elle en a fait un excellent usage, pour
mettre à profit ces momens d'autant plus
précieux qu'ils touchent à l'Eternité . Son
extréme patience dans une oppression longue
et très penible, la pieté avec laquelle
elle reçut encore une fois le S. Viatique ,
quelques heures avant sa mort, et un dernier
effort qu'elle fit après cette action
ne pouvant presque plus parler , pour
demander que la Communauté récitât
Hymne d'Actions de graces , pour celle
qu'elle venoit de recevor ,
terminerent
enfin une vie sainte et riche en vertus et
enbonnes oeuvres. Elle expira doucement
au milieu de ses Filles le soir du 28 de
Novembre dernier dans la soixanteseizième
année de son âge, la soixantiéme
de sa Profession Religieuse , et la qua
rante-septiéme de son gouvernement.
val , Abbesse de l'Abbaye Royale de N.
D. du Val de Giff , Diocèse de Paris.
D nous
Epuis que nous avons publié la
mort de cette illustre Dame dans
le premier volume du Mercure de Décembre
dernier , nous avons eu communication
d'une Lettre , qui a été écrite
sur ce sujet par la Dame Prieure et Communauté
de la même Abbaye . Cette
Lettre nous a paru si édifiante et si digne
de considération en toute maniere ,
que nous avons crû devoir en raporter
du moins les traits les plus marquez , pour
rendre à la mémoire d'une Personne si
respectable une partie des devoirs que le
Public est en droit d'exiger de nous en
certaines occasions.
D. Anne Eleonor - Marie de Bethune
d'Orval, étoit fille de François de Bethu-
* Duc d'Orval , Pair de France
Chevalier des Ordres du Roy , Lieutenant
General de ses Armées , et du Pays Charne
,
"
* Le Duc d'Orval êtoit fils de Maximilien de
Bethune , Duc du Sully Pair et Maréchal de
France &c. Ministre d'Etat &c. et de Rachel de
Cachefilet , sa seconde femme.
A iiij train ,
204 MERCURE DE FRANCE
train , Premier Ecuyer de la Reine Anne
d'Autriche , et de Dame Anne de Harville
de Palaiseau .
Ce fut une de ces Ames privilegiées
sur lesquelles une Providence attentive
veille dès le berceau , et dont elle dirige
tous les pas vers le terme heureux qu'elle
leur a destiné dès l'Eternité . Elle fut
dérobée au monde avant qu'elle pût en
éprouver la corruption : dès l'âge de trois
ans,le Seigneur prit soin de la cacher dans
l'Abbaye de Royal- Lieu , comme dans
un azile assuré pour son innocence. Elle
y fut élevée sous les yeux de Madame
deVaucelas sa Tante qui en étoit Abbesse ;
et la premiere attention qu'on cut sur
cette jeune Plante , fût de lui interdire
avec une severité qui pouvoit paroître
excessive , toute délicatesse , toute marque
extérieure de distinction , tout ce
qui peut flater ce fond d'orgueil et d'amour
de nous-mêmes avec lequel nous
naissons tous et que nous portons jusqu'au
tombeau. Mais on ne négligea pas
de cultiver les heureuses dispositions
qu'on trouva dans son esprit , et on eût
soin de l'orner de toutes les connoissances
qui convenoient à son sexe , en même
tems qu'on s'appliquoit à répandre dans
son coeur les semences d'une pieté d'autant
FEVRIER 1734. 205
cant plus solide qu'elle seroit plus éclairée.
Elle n'hésita point sur le parti qu'elle
devoit prendre dès qu'elle en fût
en fût capable.
Tout ce que l'éclat de sa naissance
et plus encore ses qualitez personnelles ,
pouvoient lui promettre dans le monde ,
devint pour elle la matiere d'un sacrifice
très volontaire , et coûta peu à son coeur
déja détaché de tout.
Dès l'âge de quatorze ans elle entra au
Noviciat , et elle prit l'habit de Novice,
à quinze. Son année d'épreuve n'étoit pas
achevée lorsque Madame de Vaucelas fût
transferée à une autre Abbaye. Elle se
sépara de sa chere Tante sans s'ébranler,
et pouvant la suivre par toute sorte de
raisons , elle se fixa à Royal - Lieu , Maison
où Dieu l'avoit prévenuë de ses Bénédictions
, par la Profession Religieuse qu'elle
fit à seize ans entre les mains de la nouvelle
Abbesse.
Elle ne pensoit qu'à se sanctifier dans
l'état de simple Religieuse , ne prévoyant
rien qui peut l'obliger d'en sortir, Mais
Dieu avoit d'autres desseins sur elle . Son
mérite lui fit tort , quelque soin qu'elle
prit de le cacher: elle fut mise à de grandes
épreuves ; il fallut l'arracher enfin
d'une Maison qu'elle avoit choisie par
préférence à tout et de laquelle elle étoit
tendrement aimée. AT
1
206 MERCURE DE FRANCE
Elle se retira dans l'Abbaye de S. Pierre
de Reims auprès de Madame sa Soeur
qui en étoit Abbesse . Elle Y porta l'édiy
fication et l'exemple de toutes les vertus
Chrétiennes et Religieuses. Sa retraite
dans cette Abbaye fût de cinq années.
Cependant Madame de Clermont
Monglat , Abbesse de * Giff , voulant se
décharger d'un fardeau sous lequel ses
infirmitez et encore plus son humilité
la faisoient gémir , chercha avec soin un
sujet propre à la remplacer , et à affermir
l'ouvrage de l'étroite Observance de la
Regle de S. Bencft ,'elle le trouva dans
Madame de Bethune d'Orval ,
Teile fut la vocation de cette digne
Religieuse , âgée alors de vingt- neuf ans .
Nulle considération humaine n'y eût part;
et il parut bien - tôt que Dieu avoit béni
des veues aussi pures que celles de Madame
de Monglat , et que la nouvelle
Abbesse étoit pour le Monastere de Giff
un don de sa Miséricorde .
La mort de Madame de Monglat , qui
survecût près de quinze ans à sa demis-
Cette Abaye est nommée dans les anciens
Titres. Beata Maria Valis de Giffo . Maurice de
Sully Evêque de Paris , la fonda vers l'an 1140 .
sur la petite Riviere d'Yvette , à cinq lieues de
Paris. sion ,
FEVRIER 1734. 207
sion , ne fit que mettre dans un plus
grand jour le merite deMadame d'Orval,
er justifier de plus en plus le choix qu'elle
en avoit fait pour la remplacer. Il faudroit
entreprendre d'écrire un volume
entier pour donner l'Histoire de sa vie
et de son gouvernement avec le détail
qu'elle merite ce gouvernement a été
de quarante sept ans , pendant lesquels
la résidence de la pieuse Abbesse dans
son Monastere , n'a été interrompuë
qu'une seule fois pour peu de tems , et par
ordre exprès de M. l'Archevêque de
Paris.
4
Qu'il nous soit permis du moins pour
ne point excéder nos bornes , de tracer
ici en deux mots son caractere . Une pieté
tendre , mais éclairée et sans petitesse ;
une humilité profonde mais sans pussillanimité
, un amour universel de la penitence,
mais sans ostentation ; une charité
inépuisable , mais sins acception de
personnes ; un amour de l'Ordre et de
la Regle ferme , mais sans dureté une
regularité toujours égale et toujours
sourenue , un don d'exhorter et d'instruire
peu communj appuyé d'un exemple
encore plus éloquent er plus efficace :
ajoûtons qu'une politesse simple et
noble accompagnoit toutes ces grandes
vertus.
,
A vj
Arri
208 MERCURE DE FRANCE
Arrive à la fin de sa carriere , et étant
au lit de la mort , elle dit à ses filles
qu'elle pouvoit s'appliquer ce que S. Jean
dit de J. C. que les ayant aimées pendant
sa vie , elle les aimoit jusqu'à la fin , surquoi
elle leur fit un Discours digne de sa
grande pieté et de sa parfaite charité.
Elle a conservé jusqu'au dernier soupir
tout son jugement et sa présence d'esprit,
et elle en a fait un excellent usage, pour
mettre à profit ces momens d'autant plus
précieux qu'ils touchent à l'Eternité . Son
extréme patience dans une oppression longue
et très penible, la pieté avec laquelle
elle reçut encore une fois le S. Viatique ,
quelques heures avant sa mort, et un dernier
effort qu'elle fit après cette action
ne pouvant presque plus parler , pour
demander que la Communauté récitât
Hymne d'Actions de graces , pour celle
qu'elle venoit de recevor ,
terminerent
enfin une vie sainte et riche en vertus et
enbonnes oeuvres. Elle expira doucement
au milieu de ses Filles le soir du 28 de
Novembre dernier dans la soixanteseizième
année de son âge, la soixantiéme
de sa Profession Religieuse , et la qua
rante-septiéme de son gouvernement.
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Résumé : ELOGE de Madame de Bethune d'Orval, Abbesse de l'Abbaye Royale de N. D. du Val de Giff, Diocèse de Paris.
Le texte rend hommage à Madame de Bethune d'Orval, Abbesse de l'Abbaye Royale de Val-de-Giff, dans le Diocèse de Paris. Après l'annonce de sa mort dans le Mercure de Décembre précédent, les auteurs reçoivent une lettre de la Dame Prieure et de la Communauté de l'Abbaye, qu'ils résument pour honorer sa mémoire. Madame Anne Éléonore-Marie de Bethune d'Orval était la fille de François de Bethune, Duc d'Orval, Pair de France, et de Dame Anne de Harville de Palaiseau. Son grand-père paternel était Maximilien de Bethune, Duc de Sully, Maréchal de France et Ministre d'État. Dès son jeune âge, elle fut placée à l'Abbaye de Royal-Lieu, où elle fut élevée par sa tante, Madame de Vaucelas, Abbesse de l'Abbaye. Elle y reçut une éducation basée sur la simplicité et la piété, tout en cultivant ses dispositions naturelles. À l'âge de quatorze ans, elle entra au Noviciat et prit l'habit de Novice à quinze ans. Elle fit sa Profession Religieuse à seize ans. Bien qu'elle souhaitât rester simple Religieuse, elle fut nommée Abbesse de l'Abbaye de Saint-Pierre de Reims, puis de l'Abbaye de Val-de-Giff à l'âge de vingt-neuf ans. Son gouvernement dura quarante-sept ans, caractérisé par une piété tendre et éclairée, une humilité profonde, une charité inépuisable, et un amour de l'Ordre et de la Règle. À sa mort, le 28 novembre, elle conserva jusqu'au dernier moment son jugement et sa présence d'esprit. Elle reçut le Saint Viatique avec piété et demanda à la Communauté de réciter un Hymne d'Actions de grâces. Elle s'éteignit à l'âge de soixante-six ans, après soixante ans de Profession Religieuse et quarante-sept ans de gouvernement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 209-210
L'HEUREUX ASTROLOGUE. CONTE.
Début :
Jadis en France un certain Astrologue [...]
Mots clefs :
Astrologue, Roi, Mage, Dame, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HEUREUX ASTROLOGUE. CONTE.
L'HEUREUX ASTROLOGUE.
JA
CONT E.
Adis en France un certain Aftrologue
Si bien se mit en réputation ,
Que jamais onc plus ne furent en vogue
Fausse croyance et superstition ;
Mais à la Cour plus que dans les Province
Fallaciant Comtes , Marquis et Princes
Sçût par son art le Negromancien
En imposer à plusieurs gens de bien:
Quoique ne dit que pares rêveries ,
Les faisoit croire ainsi que propheties ;
Vint même à bout de répandre l'éffroy.:
Comme vais dire , en l'ame de son Roy.
A Dame jeune et de haut étalage
Qu'aimoit le Roy pour son joly corsage
Avoit prédit ce méchant que dix jours
De ses beaux ans termineroient le cours
De quoi si fort fut la Dame frappée ,
Qu'one du depuis ne songea qu'à la mort
De deuil amer nuit et jour occupée
Au temps prescrit elle accomplit son sort.
Le Roy chagrin de si triste avanture
A son Palais fait le Mage venir >
Et
210 MERCURE DE FRANCE
J
Et contant bien dévoiler l'imposture
Jà se prépare à le faire punir :
Toi , lui dit- il d'une voix formidable ,
Mage fameux , dont le regard certain
Dans l'avenir le plus impenetrable
Sçait d'un chacun débrouiller le destin ,
Du tien toi même annonce moi l'histoire ,
Quand mourras- tu ? ... point ne dirai , grand
Roy ,
...
Répondit- il , quand verrai l'onde noire ;
Mais la verrez quatre jours après inoy
Epouvanté, plus n'eut le Prince envie
De le livrer à mort ; mais au rebours
Bien ordonna qu'on veillât sur sa vie
Et comme siens , qu'on respectât ses jours.
JA
CONT E.
Adis en France un certain Aftrologue
Si bien se mit en réputation ,
Que jamais onc plus ne furent en vogue
Fausse croyance et superstition ;
Mais à la Cour plus que dans les Province
Fallaciant Comtes , Marquis et Princes
Sçût par son art le Negromancien
En imposer à plusieurs gens de bien:
Quoique ne dit que pares rêveries ,
Les faisoit croire ainsi que propheties ;
Vint même à bout de répandre l'éffroy.:
Comme vais dire , en l'ame de son Roy.
A Dame jeune et de haut étalage
Qu'aimoit le Roy pour son joly corsage
Avoit prédit ce méchant que dix jours
De ses beaux ans termineroient le cours
De quoi si fort fut la Dame frappée ,
Qu'one du depuis ne songea qu'à la mort
De deuil amer nuit et jour occupée
Au temps prescrit elle accomplit son sort.
Le Roy chagrin de si triste avanture
A son Palais fait le Mage venir >
Et
210 MERCURE DE FRANCE
J
Et contant bien dévoiler l'imposture
Jà se prépare à le faire punir :
Toi , lui dit- il d'une voix formidable ,
Mage fameux , dont le regard certain
Dans l'avenir le plus impenetrable
Sçait d'un chacun débrouiller le destin ,
Du tien toi même annonce moi l'histoire ,
Quand mourras- tu ? ... point ne dirai , grand
Roy ,
...
Répondit- il , quand verrai l'onde noire ;
Mais la verrez quatre jours après inoy
Epouvanté, plus n'eut le Prince envie
De le livrer à mort ; mais au rebours
Bien ordonna qu'on veillât sur sa vie
Et comme siens , qu'on respectât ses jours.
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Résumé : L'HEUREUX ASTROLOGUE. CONTE.
En France, un astrologue acquit une grande réputation en répandant fausses croyances et superstitions, notamment à la cour. Il trompa plusieurs personnes influentes, y compris des comtes, marquis et princes, en présentant ses rêveries comme des prophéties. Il prédit à une jeune dame aimée du roi qu'elle mourrait dans dix jours. Terrifiée, elle succomba effectivement à la date prévue. Le roi, attristé, convoqua l'astrologue pour le punir. Cependant, lorsque le roi demanda à l'astrologue de prédire sa propre mort, celui-ci répondit qu'il mourrait lorsqu'il verrait l'onde noire. Quatre jours plus tard, l'astrologue se noya, empêchant ainsi le roi de le punir. Cet événement poussa le roi à protéger la vie de l'astrologue.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 210-218
LETTRE de M. L. B. Ch. & Souchantre de l'Eglise d'Auxerre, écrite à M. l'Abbé Fenel, Chanoine de l'Eglise Metropolitaine de Sens, touchant l'origine du Proverbe, Li Chanteor de Sens.
Début :
Vous avez peut-être crû, Monsieur, que je ne parlois pas sérieusement, [...]
Mots clefs :
Proverbe, Sens, Chant, Église, Primes, Office, Auteur, Musique, Églises, Charlemagne
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. L. B. Ch. & Souchantre de l'Eglise d'Auxerre, écrite à M. l'Abbé Fenel, Chanoine de l'Eglise Metropolitaine de Sens, touchant l'origine du Proverbe, Li Chanteor de Sens.
LETTRE de M. L. B.Ch. & Souchantre
de l'Eglise d' Auxerre , écrite à M. l'Abbé
Fenel , Chanoine de l'Eglise Metropo
litaine de Sens , touchant l'origine du
Proverbe , Li Chanteor de Sens .
V
Ous avez peut-être crû , Monsieur,
que je ne parlois pas sérieusement
lorsque je vous ai demandé par ma dernie
ce qu'on pensoit à Sens tou re Lettre
>
chang
FEVRIER.. 1734. 218
chant la dénomination qu'un manuscrit
de Saint Germain des Prez , dont il y a
un Extrait dans le Mercure de Septembre
dernier , donne à votre Ville . Je n'ai eu
nulle envie de vous surprendre , lorsque
je me suis informé de vous , si cette épithete
Li chanteor de Sens n'avoit reveillé
l'attention de personne.Supposé que l'Auteur
,publié dans le Mercure,dise la verité,
et que la Liste des Proverbes courans anciennement
en France , soit du tems de
Philippe le Bel , ou environ , il s'ensuivra
seulement par rapport à la Ville de Sens ,
qu'elle étoit alors distinguée par un endroit
honorable ; et pendant que d'autres
Villes étoient renommées , je ne sçai de
quelle maniere la vôtre,qui avoit le chant
en affection , où qui étoit peuplée de
Chantres , se faisoit considerer de ce côté-
là. Vous êtes convenu en me faisant
réponse , que le chant a été cultivé autrefois
chez vous plus que mediocrement :
les preuves que vous en apportez sont ;
1º . la mesure que battoit le Préchantre
en certaines occasions ; 2 °. l'usage ancien
où le même Préchantre étoit de baller ,
ensorte qu'on disoit , à teljour le Préchantre
balle. 3 ° . La coûtume de vos dignitez
de venir à la Neume du grand répons visà-
vis le bas Cheur. Vous avez très grande
212 MERCURE DE FRANCE
de raison ces preuves sont des indices
assez forts ; mais je puis vous dire de plus
qu'il falloit que le chant dans votre Ville
fût en très singuliere recommandation´,
puisque l'Archevêque se faisoit un devoir
de chanter lui - même le celebre répons Afpiciens
, qui est le premier des Nocturnes
de l'Avent. C'est ce que j'ai lu dans l'un
des monumens de votre Eglise. Et j'en
conclus qu'il falloit qu'alors la science du
chant fut très-florissante parmi vous.
Cependant , pour que cet attachement
au chant ait fait naître le Proverbe en
question , je pense qu'il faut encore quelque
chose de plus fort. Je me flatte de l'ayoir
trouvé. C'est , que votre Eglise a été
apparemment l'une des premieres qui ait
adinis le Déchant qui étoit la Musique du
douzième siècle et des suivans . Le Credo
que je vous ai fait voir , noté à deux parties
, dans un des Missels du treiziéme sié
cle conservez chez vous , en est une preuve
manifeste. Car , si la profession de foy
étoit récitée musicalement , comment ne
l'étoient- elles point les autres parties de
l'Office : Le Déchant Discantus fit donc
grande fortune dans l'Eglise de Sens
delà , probablement il s'étendit dans les
Eglises suffragantes . Galvanée Dominicain
Italien , qui mourut en 1297. dit de
Charlemagne
et
FEVRIER: 1734: 213
,
Charlemagne dans son Manipulus Florum.
T. XI.fcriptorum Italicorum pag. 601. Tres
fcolas pro Gregoriano Officio addiscendo ultra
montes instituit . Primam posuit Metis ,
secundam Senonis tertiam Aurelianis:
Je pense que cet Auteur n'a écrit ceci
que parce qu'au treizième siècle on le
croyoit ainsi , et qu'on n'attribuoit point
alors à d'autre qu'à Charlemagne , l'émulation
qui regnoit dans le chant à Sens et
à Orleans. Je ne sçai pas en quel temps
votre Chapitre à congedié les Musiciens ,
mais je sçai bien qu'on y chantoit encore
ce Déchant ou musique ancienne sur les
Ode Noël en 1553. Ce fut cette année là
que notre Chapitre tenant à honneur de
se regler sur le vôtre , conclut en ces termes
le seizième Décembre : Insuper Domini
volentes insequi vestigia Ecclesia Metropolitane
Senonensis & plerarunque aliaruin
Cathedralium hujus regni , concluserunt
☛ ordinaverunt quòd dum decantabuntur illa
novem folemnes Antiphona ad Magnificat
que incipiunt per O ante novem dies pracedentes
Festum Nativitatis Salvatoris D. N.
J. C. qualibet earum Antiphonarum canta
bitur bis , videlicet in principio & in fine dica
ti Cantici Magnificat in musicalibus sive
discantu et cum organis ; et tunc ad aquilam
deferentur due cruces argentea cum duabus
tadis
214 MERCURE DE FRANCE
tadis accensis , ad majorem jubilationem &
divini cultus augmentationem. Si votre Chapitre
fut des premiers à admettre l'organisation
du chant Gregorien , c'est- à - dire,
à permettre qu'on fit des accords sur ce
chant , il fut aussi des premiers à rejetter
cet usage ; non pas que ces accords blessassent
l'oreille , mais parce qu'on sentit
peut être quelques inconveniens de la part
de ceux qui l'executoient. Je crois que
votre Eglise a très prudemment fait , de
prévenir le temps des rafinemens où nous
sommes à present , temps auquel la musique
voudroit supplanter le plainchant.
Les Musiciens en general , et ceux qui
leur sont, pour ainsi dire, affiliez , ou qui leur
touchent par quelque endroir , comme ,
par exemple , seroit un Chanoine , qui
sçait un peu toucher du Clavecin ou
chanter sa partie de musique , font des
raisonnemens si pitoyables en fait de
plainchant , et traitent si malceite science ,
que tout est à craindre pour les Eglises où
ils sont écoutez .
Je présume ( quoique votre nouveau
Breviaire n'en dise rien ) que vous avez
conservé l'ancien usage de chanter dans
votre Choeur le jour de Saint - Etienne le
Pseaume All luiatique Landate 148. dans
un des modes qui sont diffens du systême
FEVRIER. 1733 . 215
me Gregorien , un mode Psalmodique
dont la dominante est corde finale même
de l'ancienne . A l'égard de la semaine de
Pâques , je suis assuré que vous chantez
comme nous aux petites Heures sur une
corde élevée d'un ton seulement au- dessus
de la corde finale de l'ancienne , conformement
aux anciens Livres de l'une et de
l'autre Eglise. Ces modes sont l'écueil de
tous les Musiciens : ils n'y entendent rien
tous tant qu'ils sont ; et en effet , si la
science de quelques-uns ne va pas jusqu'à
connoître seulement le détail du systême
Gregorien , comment pourroient- ils penetrer
dans les systêmes de chant qui sont
plus anciens , et reconnoître dans nos
Offices ce qui en est émané ? Continuez ,
Monsieur , à conserver des vestiges de ces
anciens modes . Il ne dépendra pas de moi
qu'on n'en fasse de même ici , non plus
qu'à Tours et à Langres , dont les Livres
contiennent des restes de cet ancien systême,
usité dans les Gaules avant le siecle
de Charlemagne.
Qui conservera donc toutes les varietez
de chant , si ce n'est les Eglises Cathedrales
dont le Clergé est nombreux ? Il n'y
a de contradiction à attendre là- dessus ,
de la part de ceux qui n'y comprennent
rien , et qui ne sont pas en état d'y
que
rien
216 MERCURE DE FRANCE
rien comprendre. Il y a aussi certaines autres
varietez dans le chant de l'Office Divin
, que l'on supprime quelquefois sans
assez d'attention , pour abreger seulement ,
sous prétexte que les paroles ne sont pas
tirées de l'Ecriture Sainte . Mais ce que j'ai
à leur opposer passeroit les bornes d'une
simple Lettre je n'ai garde de m'étendre
là - dessus . Lorsque se sont des Chanoines
qui raisonnent ainsi , je les fais ressouvenir
de cette belle parole de l'Auteur de
Livre de la coutume d'adorer Dieu de bout
qu'une Eglise Cathedrale doit être la dépositaire
, et la conservatrice de tout ce
qui est négligé dans les petites Eglises , et
que c'est dans son sein qu'en doit retrou
ver l'antiquité qui périt presque par tout
ailleurs , par manque de Clergé , ou faute
de zele pour sa conservation.
J'ai lûavec beaucoup de satisfaction l'éloge
que fait de votre Eglise M. de Molcon
dans son voyage Liturgique , pages
162 et 163. tant sur la séparation de toutes
les Heures de l'Office , que sur le reste.
Ce livre imprimé en 1718. mérite d'avoir
sa place dans la Bibliotheque du Chapitre.
l'Auteur en rapportant sur quel pied
il a vû celebrer l'Office de Primes lorsqu'il
passa par Sens vers l'an 1697. Primes , ditil
, est de toutes les petites Heures l'Office qui
est
FEVRIER. 1734. 217
est toûjours le mieux chanté à Sens . Ils ont
retenu l'ancien Office de Primes. Le Dimanche
, ils disent le Magna Prima ou les grandes
Primes , qui outre les nôtres , contiennent
les fix Pfeaumes qu'on diftribuë à Primes
chaque jour de la semaine . Si vos nouveaux
Breviaires ont un peu abregé le nombre
des Pseaumes , ils n'ont rien diminué de
la noblesse avec laquelle vous chantez
Primes les Dimanches . Tous les Etrangers
qui assistent en sont édifiez , comme
aussi de la majesté et de la gravité avec laquelle
on en chante l'Antienne. Pour le
coup on peut bien dire Li chanteor de
Sens. Cet exemple au reste est à proposer
aux Eglises de la Province , qui toutes ont
eu comme vous le Magna Prima les Dimanches
et dans quelques-unes desquelles
on est près de se relâcher sur ce
qui en tient lieu. Il merite encore mieux
d'être imité que celui de la Musique sur
les O de Noël que nous avons prise de
vous : et ce que vous pratiquez est
plus canonique , que ne l'est la demarche
de ceux qui sollicitent et pressent
pour qu'on chante ces Primes Dominicales
à la maniere des jours . Joly , Chantre
de Notre-Dame de Paris , a fort bien remarqué
dans son Traité de Horis Canonicis
, pag. 40, que l'Office de Primes a été
>
1
établi
218 MERCURE DE FRANCE
établi pour honorer specialement
la Sainte
Trinité ; et c'est sans doute le fondement
sur lequel est appuyée la sage pratique
de votre Eglise.
Je finirai , Monsieur , en vous marquant
que vous vous êtes trompé , lorsque
vous m'avez crû Auteur de la Réponse
, qui est dans le Mercure de Novembre
dernier à la question proposée dans
celui de Juin , touchant l'autorité des Musiciens
en fait de Plainchant . Elle contient
certaines choses qui auroient dû vous empêcher
d'avoir cette pensée. J'approuve
les raisonnemens de l'Ecrivain ; ils sont
très judicieux , mais je n'en suis point
l'Auteur. Au reste il viendra peut- être un
temps où vous verrez un petit ouvrage à
l'occasion de la Décretale de Jean XXII .
Docta Sanctorum . Extr. Comm. de vita
hon . Cleric. lequel traitera en partie la
même matiere . Alors votre jugement sera
mieux fondé. Je suis , &c.
A Auxerre le 19. Décembre 1733 .
de l'Eglise d' Auxerre , écrite à M. l'Abbé
Fenel , Chanoine de l'Eglise Metropo
litaine de Sens , touchant l'origine du
Proverbe , Li Chanteor de Sens .
V
Ous avez peut-être crû , Monsieur,
que je ne parlois pas sérieusement
lorsque je vous ai demandé par ma dernie
ce qu'on pensoit à Sens tou re Lettre
>
chang
FEVRIER.. 1734. 218
chant la dénomination qu'un manuscrit
de Saint Germain des Prez , dont il y a
un Extrait dans le Mercure de Septembre
dernier , donne à votre Ville . Je n'ai eu
nulle envie de vous surprendre , lorsque
je me suis informé de vous , si cette épithete
Li chanteor de Sens n'avoit reveillé
l'attention de personne.Supposé que l'Auteur
,publié dans le Mercure,dise la verité,
et que la Liste des Proverbes courans anciennement
en France , soit du tems de
Philippe le Bel , ou environ , il s'ensuivra
seulement par rapport à la Ville de Sens ,
qu'elle étoit alors distinguée par un endroit
honorable ; et pendant que d'autres
Villes étoient renommées , je ne sçai de
quelle maniere la vôtre,qui avoit le chant
en affection , où qui étoit peuplée de
Chantres , se faisoit considerer de ce côté-
là. Vous êtes convenu en me faisant
réponse , que le chant a été cultivé autrefois
chez vous plus que mediocrement :
les preuves que vous en apportez sont ;
1º . la mesure que battoit le Préchantre
en certaines occasions ; 2 °. l'usage ancien
où le même Préchantre étoit de baller ,
ensorte qu'on disoit , à teljour le Préchantre
balle. 3 ° . La coûtume de vos dignitez
de venir à la Neume du grand répons visà-
vis le bas Cheur. Vous avez très grande
212 MERCURE DE FRANCE
de raison ces preuves sont des indices
assez forts ; mais je puis vous dire de plus
qu'il falloit que le chant dans votre Ville
fût en très singuliere recommandation´,
puisque l'Archevêque se faisoit un devoir
de chanter lui - même le celebre répons Afpiciens
, qui est le premier des Nocturnes
de l'Avent. C'est ce que j'ai lu dans l'un
des monumens de votre Eglise. Et j'en
conclus qu'il falloit qu'alors la science du
chant fut très-florissante parmi vous.
Cependant , pour que cet attachement
au chant ait fait naître le Proverbe en
question , je pense qu'il faut encore quelque
chose de plus fort. Je me flatte de l'ayoir
trouvé. C'est , que votre Eglise a été
apparemment l'une des premieres qui ait
adinis le Déchant qui étoit la Musique du
douzième siècle et des suivans . Le Credo
que je vous ai fait voir , noté à deux parties
, dans un des Missels du treiziéme sié
cle conservez chez vous , en est une preuve
manifeste. Car , si la profession de foy
étoit récitée musicalement , comment ne
l'étoient- elles point les autres parties de
l'Office : Le Déchant Discantus fit donc
grande fortune dans l'Eglise de Sens
delà , probablement il s'étendit dans les
Eglises suffragantes . Galvanée Dominicain
Italien , qui mourut en 1297. dit de
Charlemagne
et
FEVRIER: 1734: 213
,
Charlemagne dans son Manipulus Florum.
T. XI.fcriptorum Italicorum pag. 601. Tres
fcolas pro Gregoriano Officio addiscendo ultra
montes instituit . Primam posuit Metis ,
secundam Senonis tertiam Aurelianis:
Je pense que cet Auteur n'a écrit ceci
que parce qu'au treizième siècle on le
croyoit ainsi , et qu'on n'attribuoit point
alors à d'autre qu'à Charlemagne , l'émulation
qui regnoit dans le chant à Sens et
à Orleans. Je ne sçai pas en quel temps
votre Chapitre à congedié les Musiciens ,
mais je sçai bien qu'on y chantoit encore
ce Déchant ou musique ancienne sur les
Ode Noël en 1553. Ce fut cette année là
que notre Chapitre tenant à honneur de
se regler sur le vôtre , conclut en ces termes
le seizième Décembre : Insuper Domini
volentes insequi vestigia Ecclesia Metropolitane
Senonensis & plerarunque aliaruin
Cathedralium hujus regni , concluserunt
☛ ordinaverunt quòd dum decantabuntur illa
novem folemnes Antiphona ad Magnificat
que incipiunt per O ante novem dies pracedentes
Festum Nativitatis Salvatoris D. N.
J. C. qualibet earum Antiphonarum canta
bitur bis , videlicet in principio & in fine dica
ti Cantici Magnificat in musicalibus sive
discantu et cum organis ; et tunc ad aquilam
deferentur due cruces argentea cum duabus
tadis
214 MERCURE DE FRANCE
tadis accensis , ad majorem jubilationem &
divini cultus augmentationem. Si votre Chapitre
fut des premiers à admettre l'organisation
du chant Gregorien , c'est- à - dire,
à permettre qu'on fit des accords sur ce
chant , il fut aussi des premiers à rejetter
cet usage ; non pas que ces accords blessassent
l'oreille , mais parce qu'on sentit
peut être quelques inconveniens de la part
de ceux qui l'executoient. Je crois que
votre Eglise a très prudemment fait , de
prévenir le temps des rafinemens où nous
sommes à present , temps auquel la musique
voudroit supplanter le plainchant.
Les Musiciens en general , et ceux qui
leur sont, pour ainsi dire, affiliez , ou qui leur
touchent par quelque endroir , comme ,
par exemple , seroit un Chanoine , qui
sçait un peu toucher du Clavecin ou
chanter sa partie de musique , font des
raisonnemens si pitoyables en fait de
plainchant , et traitent si malceite science ,
que tout est à craindre pour les Eglises où
ils sont écoutez .
Je présume ( quoique votre nouveau
Breviaire n'en dise rien ) que vous avez
conservé l'ancien usage de chanter dans
votre Choeur le jour de Saint - Etienne le
Pseaume All luiatique Landate 148. dans
un des modes qui sont diffens du systême
FEVRIER. 1733 . 215
me Gregorien , un mode Psalmodique
dont la dominante est corde finale même
de l'ancienne . A l'égard de la semaine de
Pâques , je suis assuré que vous chantez
comme nous aux petites Heures sur une
corde élevée d'un ton seulement au- dessus
de la corde finale de l'ancienne , conformement
aux anciens Livres de l'une et de
l'autre Eglise. Ces modes sont l'écueil de
tous les Musiciens : ils n'y entendent rien
tous tant qu'ils sont ; et en effet , si la
science de quelques-uns ne va pas jusqu'à
connoître seulement le détail du systême
Gregorien , comment pourroient- ils penetrer
dans les systêmes de chant qui sont
plus anciens , et reconnoître dans nos
Offices ce qui en est émané ? Continuez ,
Monsieur , à conserver des vestiges de ces
anciens modes . Il ne dépendra pas de moi
qu'on n'en fasse de même ici , non plus
qu'à Tours et à Langres , dont les Livres
contiennent des restes de cet ancien systême,
usité dans les Gaules avant le siecle
de Charlemagne.
Qui conservera donc toutes les varietez
de chant , si ce n'est les Eglises Cathedrales
dont le Clergé est nombreux ? Il n'y
a de contradiction à attendre là- dessus ,
de la part de ceux qui n'y comprennent
rien , et qui ne sont pas en état d'y
que
rien
216 MERCURE DE FRANCE
rien comprendre. Il y a aussi certaines autres
varietez dans le chant de l'Office Divin
, que l'on supprime quelquefois sans
assez d'attention , pour abreger seulement ,
sous prétexte que les paroles ne sont pas
tirées de l'Ecriture Sainte . Mais ce que j'ai
à leur opposer passeroit les bornes d'une
simple Lettre je n'ai garde de m'étendre
là - dessus . Lorsque se sont des Chanoines
qui raisonnent ainsi , je les fais ressouvenir
de cette belle parole de l'Auteur de
Livre de la coutume d'adorer Dieu de bout
qu'une Eglise Cathedrale doit être la dépositaire
, et la conservatrice de tout ce
qui est négligé dans les petites Eglises , et
que c'est dans son sein qu'en doit retrou
ver l'antiquité qui périt presque par tout
ailleurs , par manque de Clergé , ou faute
de zele pour sa conservation.
J'ai lûavec beaucoup de satisfaction l'éloge
que fait de votre Eglise M. de Molcon
dans son voyage Liturgique , pages
162 et 163. tant sur la séparation de toutes
les Heures de l'Office , que sur le reste.
Ce livre imprimé en 1718. mérite d'avoir
sa place dans la Bibliotheque du Chapitre.
l'Auteur en rapportant sur quel pied
il a vû celebrer l'Office de Primes lorsqu'il
passa par Sens vers l'an 1697. Primes , ditil
, est de toutes les petites Heures l'Office qui
est
FEVRIER. 1734. 217
est toûjours le mieux chanté à Sens . Ils ont
retenu l'ancien Office de Primes. Le Dimanche
, ils disent le Magna Prima ou les grandes
Primes , qui outre les nôtres , contiennent
les fix Pfeaumes qu'on diftribuë à Primes
chaque jour de la semaine . Si vos nouveaux
Breviaires ont un peu abregé le nombre
des Pseaumes , ils n'ont rien diminué de
la noblesse avec laquelle vous chantez
Primes les Dimanches . Tous les Etrangers
qui assistent en sont édifiez , comme
aussi de la majesté et de la gravité avec laquelle
on en chante l'Antienne. Pour le
coup on peut bien dire Li chanteor de
Sens. Cet exemple au reste est à proposer
aux Eglises de la Province , qui toutes ont
eu comme vous le Magna Prima les Dimanches
et dans quelques-unes desquelles
on est près de se relâcher sur ce
qui en tient lieu. Il merite encore mieux
d'être imité que celui de la Musique sur
les O de Noël que nous avons prise de
vous : et ce que vous pratiquez est
plus canonique , que ne l'est la demarche
de ceux qui sollicitent et pressent
pour qu'on chante ces Primes Dominicales
à la maniere des jours . Joly , Chantre
de Notre-Dame de Paris , a fort bien remarqué
dans son Traité de Horis Canonicis
, pag. 40, que l'Office de Primes a été
>
1
établi
218 MERCURE DE FRANCE
établi pour honorer specialement
la Sainte
Trinité ; et c'est sans doute le fondement
sur lequel est appuyée la sage pratique
de votre Eglise.
Je finirai , Monsieur , en vous marquant
que vous vous êtes trompé , lorsque
vous m'avez crû Auteur de la Réponse
, qui est dans le Mercure de Novembre
dernier à la question proposée dans
celui de Juin , touchant l'autorité des Musiciens
en fait de Plainchant . Elle contient
certaines choses qui auroient dû vous empêcher
d'avoir cette pensée. J'approuve
les raisonnemens de l'Ecrivain ; ils sont
très judicieux , mais je n'en suis point
l'Auteur. Au reste il viendra peut- être un
temps où vous verrez un petit ouvrage à
l'occasion de la Décretale de Jean XXII .
Docta Sanctorum . Extr. Comm. de vita
hon . Cleric. lequel traitera en partie la
même matiere . Alors votre jugement sera
mieux fondé. Je suis , &c.
A Auxerre le 19. Décembre 1733 .
Fermer
Résumé : LETTRE de M. L. B. Ch. & Souchantre de l'Eglise d'Auxerre, écrite à M. l'Abbé Fenel, Chanoine de l'Eglise Metropolitaine de Sens, touchant l'origine du Proverbe, Li Chanteor de Sens.
En février 1734, M. L. B. Ch. & Souchantre écrit à l'Abbé Fenel pour discuter de l'origine du proverbe 'Li Chanteor de Sens'. L'auteur, intrigué par ce proverbe mentionné dans un manuscrit de Saint-Germain-des-Prés, suppose qu'il pourrait indiquer une renommée particulière de la ville de Sens pour le chant. L'Abbé Fenel confirme que le chant était effectivement très cultivé à Sens, citant plusieurs preuves telles que la mesure battue par le préchantre, l'usage du préchantre de danser, et la coutume des dignitaires de venir à la neume du grand répons. L'archevêque de Sens chantait lui-même le répons 'Aspiciens' lors des Nocturnes de l'Avent, témoignant de l'importance du chant dans cette ville. L'auteur suggère que l'Église de Sens a été l'une des premières à adopter le déchant, une forme de musique du douzième siècle. Il mentionne un manuscrit du treizième siècle conservant un Credo noté à deux parties et cite Galvanée Dominicain, qui attribue à Charlemagne l'institution de l'enseignement du chant à Sens. La lettre aborde également la suppression des musiciens par le chapitre de Sens et la persistance du déchant jusqu'en 1553. L'auteur admire la prudence de l'Église de Sens en rejetant les accords sur le chant grégorien, anticipant les excès de la musique moderne. L'auteur loue l'Église de Sens pour avoir conservé des modes de chant anciens et encourage à maintenir ces traditions, soulignant l'importance des Églises cathédrales dans la préservation de l'antiquité liturgique. Il mentionne également l'éloge de l'Église de Sens par M. de Molcon dans son 'Voyage Liturgique' et approuve les pratiques liturgiques de Sens, notamment le chant des grandes Primes le dimanche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 219-222
A MLLE DE MALCRAIS. EPITRE.
Début :
Une plume plus délicate [...]
Mots clefs :
Coeur, Plume, Malcrais, Écrits, Gloire, Esprit
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A MLLE DE MALCRAIS.
EPITRE.
Une plume plus délicate
Que n'est celle qui vous écrit ,
Et dont l'encens chatouille et flate
Le coeur , et satisfait l'esprit .
Cette plume à jamais celebre
Depuis la Seine jusqu'à l'Ebre ,
Depuis l'Ebre jusques aux bords
Qu'arrose la Tamise altiere ;
Enfin dont les nobles essors ,
Jusqu'aux lieux où naît la lumiere
Bientôt se feront admirer ;
Cette plume ajoute à sa gloire
La gloire de vous célébrer ;
Par-là croyant mieux s'assurer
Un nom d'éternelle mémoire
Voltaire en tous lieux si vanté
Unit son nom avec le vôtre ,
Et vous charmerez l'un et l'autre
La derniere posterité,
Touché de cet exemple illustre ,
Malcrais , que ne puis -je à mon nom
Assurer un aussi beau lustre
En
220 MERCURE DE FRANCE
C
En celebrant votre renom ?
Jusques-ici dans le silence ,
Content d'admirer vos Ecrits ,
Et charmé que toute la France
Vous en donnât le juste prix ,
J'ai sçû résister à l'envie ,
A l'ardeur de vous exalter ,
Mais enfin mon ame ravie
Ne sçauroit plus y résister.
Je veux d'une Muze nouvelle
Chanter les admirables traits ;
Et la Déesse la plus belle
Pour mon coeur auroit moins d'attrain ,
Que n'en à l'illustre Immortelle
Qui porte le nom de Malcrais.
Son esprit me la represente
Vive , gracieuse , amusante ;
De ses beaux yeux le feu charmant
Fenetre jusqu'au fond de l'ame s
Qui la voit , l'entend un moment ,
Ressent la plus ardente flame ,
Et fait en soi-même serment
De l'aimer éternellement.
Il fait ce serment en soi- même,
Non à l'objet de son ardeur ;
C'est en secret qu'il faut qu'on l'aime ,
Renonçant au bonheur extrême
De
FEVRIER 1734 . 228
De triompher de sa rigueur ;
Sa raison est saloy suprême ,
Et son esprit défend son coeur.
Oui , telle est l'adorable idée
Que je me fais de vous, Malcrais ,
Et ma plume s'est hazardée
A vous en tracer tous les traits.
Je jurerois qu'ils vous ressemblent ;
Vos charmants Ecrits les rassemblent,
Par-là , justement admirez ;
C'est d'eux que je les ai tirez.
Un Auteur a beau se contraindre :
Digne d'estime ou de mépris ,
La nature dans ses Ecrits
Le force toûjours à se peindre.
Quelque sujet que vous traitiez ,
Par tout on vous trouve admirable ,
Et quelque ton que vous preniez ,
Vous paroissez toûjours aimable.
Que l'on celebre vos talens
Du Couchant jusques à l'Aurore ;
Qu'on vous admire , j'y consens ;
Moi , je faisplus , je vous adore.
De mon coeur acceptez le don.
Pour que votre gloire y consente ,
De celui qui vous le présente ,
Je prétends vous cacher le nom .
L'ignorant , vous croirez peut-être
2
B Que
ނ
222 MERCURE DE FRANCE
Que ce don pourroit vous flater ,
Au lieu que me faisant connoître ,
Il pourroit bien vous irriter.
Ne pressez donc point ma disgrace ,
Et contentez-vous de sçavoir
Que se prêtant à mon audace ,
Vos neuf Soeurs sur le Mont Parnassé
Daignent par fois me recevoir.
Calliope ni Melpomene
N'ont jamais élevé mes sons ,
Quoique parmi ses nourriçons
Phoebus m'ait placé sur la Scene.
Voltaire plein d'un feu divin
Chausse le Cothurne tragique :
Ma Muse naïve et comique ,
Ne chausse que le Brodequin.
N. D.
EPITRE.
Une plume plus délicate
Que n'est celle qui vous écrit ,
Et dont l'encens chatouille et flate
Le coeur , et satisfait l'esprit .
Cette plume à jamais celebre
Depuis la Seine jusqu'à l'Ebre ,
Depuis l'Ebre jusques aux bords
Qu'arrose la Tamise altiere ;
Enfin dont les nobles essors ,
Jusqu'aux lieux où naît la lumiere
Bientôt se feront admirer ;
Cette plume ajoute à sa gloire
La gloire de vous célébrer ;
Par-là croyant mieux s'assurer
Un nom d'éternelle mémoire
Voltaire en tous lieux si vanté
Unit son nom avec le vôtre ,
Et vous charmerez l'un et l'autre
La derniere posterité,
Touché de cet exemple illustre ,
Malcrais , que ne puis -je à mon nom
Assurer un aussi beau lustre
En
220 MERCURE DE FRANCE
C
En celebrant votre renom ?
Jusques-ici dans le silence ,
Content d'admirer vos Ecrits ,
Et charmé que toute la France
Vous en donnât le juste prix ,
J'ai sçû résister à l'envie ,
A l'ardeur de vous exalter ,
Mais enfin mon ame ravie
Ne sçauroit plus y résister.
Je veux d'une Muze nouvelle
Chanter les admirables traits ;
Et la Déesse la plus belle
Pour mon coeur auroit moins d'attrain ,
Que n'en à l'illustre Immortelle
Qui porte le nom de Malcrais.
Son esprit me la represente
Vive , gracieuse , amusante ;
De ses beaux yeux le feu charmant
Fenetre jusqu'au fond de l'ame s
Qui la voit , l'entend un moment ,
Ressent la plus ardente flame ,
Et fait en soi-même serment
De l'aimer éternellement.
Il fait ce serment en soi- même,
Non à l'objet de son ardeur ;
C'est en secret qu'il faut qu'on l'aime ,
Renonçant au bonheur extrême
De
FEVRIER 1734 . 228
De triompher de sa rigueur ;
Sa raison est saloy suprême ,
Et son esprit défend son coeur.
Oui , telle est l'adorable idée
Que je me fais de vous, Malcrais ,
Et ma plume s'est hazardée
A vous en tracer tous les traits.
Je jurerois qu'ils vous ressemblent ;
Vos charmants Ecrits les rassemblent,
Par-là , justement admirez ;
C'est d'eux que je les ai tirez.
Un Auteur a beau se contraindre :
Digne d'estime ou de mépris ,
La nature dans ses Ecrits
Le force toûjours à se peindre.
Quelque sujet que vous traitiez ,
Par tout on vous trouve admirable ,
Et quelque ton que vous preniez ,
Vous paroissez toûjours aimable.
Que l'on celebre vos talens
Du Couchant jusques à l'Aurore ;
Qu'on vous admire , j'y consens ;
Moi , je faisplus , je vous adore.
De mon coeur acceptez le don.
Pour que votre gloire y consente ,
De celui qui vous le présente ,
Je prétends vous cacher le nom .
L'ignorant , vous croirez peut-être
2
B Que
ނ
222 MERCURE DE FRANCE
Que ce don pourroit vous flater ,
Au lieu que me faisant connoître ,
Il pourroit bien vous irriter.
Ne pressez donc point ma disgrace ,
Et contentez-vous de sçavoir
Que se prêtant à mon audace ,
Vos neuf Soeurs sur le Mont Parnassé
Daignent par fois me recevoir.
Calliope ni Melpomene
N'ont jamais élevé mes sons ,
Quoique parmi ses nourriçons
Phoebus m'ait placé sur la Scene.
Voltaire plein d'un feu divin
Chausse le Cothurne tragique :
Ma Muse naïve et comique ,
Ne chausse que le Brodequin.
N. D.
Fermer
Résumé : A MLLE DE MALCRAIS. EPITRE.
L'épître est dédiée à Mlle de Malcrais, célébrant ses talents littéraires et sa personnalité. L'auteur admire sa renommée, qui s'étend de la Seine à l'Ebre et jusqu'à la Tamise. Voltaire est mentionné comme un allié littéraire, prédisant que leurs noms charmeront la postérité. L'auteur exprime son désir de célébrer le renom de Mlle de Malcrais, qu'il décrit comme vive, gracieuse et amusante. Il admire ses écrits, qui révèlent son esprit et son cœur. Quel que soit le sujet traité, Mlle de Malcrais apparaît toujours admirable et aimable. L'auteur conclut en déclarant son adoration pour elle, tout en restant anonyme pour éviter de l'irriter. Il se décrit comme un poète modeste, préférant le brodequin comique au cothurne tragique, contrairement à Voltaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 222-232
SUITE de la Lettre de M. D. B.*** contenant l'Analyse de la Dissertation sur la Circulation de la Séve dans les Plantes, &c.
Début :
ART. 4. / pag. 24 / Mr de la Baïsse avoit résolu de suivre, s'il étoit possible, [...]
Mots clefs :
Circulation de la sève dans les plantes, Suc, Écorce, Plantes, Sève, Fibres ligneuses, Feuilles, Canaux, Parties, Utricules
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre de M. D. B.*** contenant l'Analyse de la Dissertation sur la Circulation de la Séve dans les Plantes, &c.
SUITE de la Lettre de M. D. B. ***
contenant l'Analyse de la Dissertation
sur la Circulation de la Séve dans les
Plantes , &c.
ART. 4.
pag. 24
R de la Baïsse avoit résolu
Mde suivre, s'il étoit
possible,
dans les Plantes le cours de la Séve d'une
maniere
FEVRIER 1734. 223
>
maniere aussi précise qu'on fait le cours
du Chyle dans les animaux , il vouloit en
déterminer les visieres , les veines , les ar--
teres , les glandes , et les vaisseaux , parce
qu'il avoit cru les voir distinctement
dans quelques Plantes ; il entreprit pour
executer ce projet plusieurs dissections ;
mais comme il ne retiroit de ce travail
aucun fruit , il jugea l'entreprise impossible
, du moins de la maniere dont il avoit
arrangé son plan , c'est pourquoi il l'abandonna
entierement , et il se contenta
d'examiner en general comment et ent
quelles parties de la Plante se dégorgent
les premiers tuyaux par lesquels monte
d'abord le suc nourricier ; notre Auteur
a toûjours mis tremper dans une liqueur.
colorée les parties des Plantes qu'il a voulu
examiner , et cette voye lui a paru suffisante
pour découvrir la route de la
séve.
La premiere partie de la Plante dans laquelle
il a observé le cours de la liqueur, a
été les fleurs ; il a jugé par ses observations
que le suc monte fort vîte et fort aisément
jusqu'au sommet des tiges , mais qu'il se
trouve ensuite arrêté aux plis et extrê
mitez des fleurs ; il pense que c'est peutêtre
en ces Endroits que le suc dépose ce
qu'il a de plus grossier ; il a aussi remar-
Bij qué
224 MERCURE DE FRANCE.
qué que le suc passe de ces premiers canaux
dans les parties charnues de la fleur
comme au travers d'un filtre , ce qui fait
qu'il n'y a que la portion du suc la plus
subtile qui y puisse être ; il prétend que les
sacs , ( il entend par sacs les utricules de
Malpighi ) tirent le suc immédiatement
de ces vaisseaux le long desquels ils sont
apparemment attachez ; peut- être bien ,
ajoûte-t'il , le suc nourricier se filtre par
côté , et passe dans de petits canaux collateraux
qui servent de communication
pour le porter dans les Kistes charnus , les
mêmes que ce qui vient d'être appellez
sacs. M. de la Baïsse seroit fort embarrassé
de trouver ces vaisseaux de communication
, même avec le secours du microscope.
.ART. 5. p. 30. Art . 6. ibid. Notre Auteur
n'ayant pû observer la route du suc
dans les fruits , passa la distribution de la
liqueur dans les feuilles , il a découvert
que les canaux destinez à porter la premiere
nourriture dans les feuilles sont situez
dans les nervures , que ces canaux ne
sont qu'une continuation des fibres de la
portion Higneuse , que le suc passe de
ces tuyaux dans les parties charnuës des
feuilles de la même maniere que dans celles
des fleurs , enfin qu'à mesure que le
Suc
FEVRIER. 1734. 225
suc monte dans les nervures , il s'y débarasse
de sa portion la plus grossiere. Pour
ne rien avancer gratis , voici la preuve de
cette derniere proposition , mettant une
feuille tremper par le pidicale dans une liqueur
colorée , la teinture devenoit moins
chargée à proportion qu'elle montoit plus
haut dans les tuyaux de la feiiille ; il falloit
donc qu'elle se dépoüillât de ses parties
heterogenes , par consequent la même
députation doit arriver à la seve qui
se meut dans ces canaux . Il faut avouer
qu'il est impossible de se refuser à de telles
preuves
.
ART. 7. p. 34. M. de la Baïsse mit pendant
deux ou trois jours en experience
dans la liqueur colorée l'écorce de quelques
Plantes , il observa que dans la partie
superieure et inferieure de l'écorce , la
teinture s'étoit répandue , et que la couleur
étoit très- visible vers le bas environ
jusqu'à la hauteur où s'élevoient en dedans
de la Plante des veines sensiblement rouges
, et vers le haut dans l'endroit où le suc
continuellement poussé avoit eu le loisir
de se ramasser jusqu'à répandre une couleur
rougeâtre dans presque tout l'interieur
de la plante ; il n'apperçût aucune
alteration de couleur au milieu de la tige,
et il conclut que ce n'est que quand la
B iij partie
226 MERCURE DE FRANCE
partie ligneuse de la plante a été imbuë de
la couleur du suc dont elle s'est nourrie ,
que l'écorce s'en est aussi trouvée colorée
quelque temps après , et par consequent
que c'est immédiatement du bois que l'écorce
tire sa premiere nourriture ; enfin
comme notre Auteur n'a pû distinguer
de rameaux rouges dans la substance de
l'écorce comme dans celle du bois , quoique
la teinture se répandit dans l'écorce toujours
assez uniformement , il lui a paru démontré
que la seve qui nourrit l'écorce passe immédiatement
des fibres de la portion ligneuse
dans les utricules de l'écorce.
Ordinairement le signe caracteriastique
d'un systême vrai est la facilité qu'il donne
pour expliquer tous les faits qui se présentent
, c'est pourquoi M. de la Baïsse
tâchá de rendre raison selon ses principes
de plusieurs phénomenes qui appartiennent
à la Physique des Plantes. Comme
je crois , Monsieur , que vous ne serez pas
fâché de voir un essai des applications de
son systême à differens cas particuliers , je
vais vous en rendre compte en peu de
mots.
P. 35. M. de la Baïsse se propose d'abord
d'examiner d'où vient cette abondance
de suc qu'on trouve au Printems
entre l'écorce et le bois des Arbres , et
l'explication
FEVRIER 1734 227
l'explication de ce fait lui paroît plutôt
une consequence qu'une nouvelle preuve
de son sentiment , tant elle est ( selon
lui ) naturelle ; au renouvellement de la saison
les premiers canaux situez dans la portion
ligneuse de l'arbre abondent en sucs,
dont ils se déchargent par tous leurs dégorgemens
; bientôt les vessicules de l'écorce
en sont remplies ; et ne pouvant plus
contenir celui qui survient , il faut de necessité
qu'il sorte hors de ses vaisseaux , et
qu'il se jette entre l'écorce et le bois dans
les endroits où l'écorce est trop adhérente
au bois , les fibres ligneuses se replient sur
elles -mêmes, et poussées au dehors par l'effort
continuel des sucs nouveaux , elles
fendent l'écorce et forment de nouveaux
jes. Notre auteur ajoûte que s'il est permis
de se livrer aux conjectures , il dira
encore que cet excès de séve venant à
rompre , les petites attaches qui lioient
les utricules de l'écorce aux fibres les plus
voisines de l'écorce , presse par dehors
ces letricules et les force à s'étendre suivant
la direction la plus facile , c'est- à dire
, selon la longueur de l'Arbre , bientôt
ces utricules ainsi pressez et étendus
en longueur s'ouvrent les uns dans les autres
et deviennent par - là des canaux
longs et contigus ; en un mot , de vrayes
و
B iiij
fibres
228 MERCURE DE FRANCE
fibres ligneuses , c'est aux approches de
l'hyver que le froid doit le presser ,
assez pour les faire coller au corps de
l'Arbre.
et
M. de la Baïsse après cette explication
qui est certainement toute neuve , employe
encore une preuve de fait qui lui
paroît décisive pour démontrer que le
nouveau bois se forme de l'écorce , et il
termine cet article par une question qu'il
se propose , et qu'il résout ensuite ; on lui
demandera peut être , dit-il , comment
l'écorce répare la perte qu'elle fait chaque
année de la portion de substance qui devient
partie ligneuse , il répond qu'il se
travaille dans l'interieur même de l'écorce
une substance propre à reparer ses pertes
et il appuye cette réponse par une obser
vation à peu près aussi juste et aussi concluante
que la réponse elle -même est instructive.
ART. 8. p. 41. La moëlle , selon notre
Auteur , tire sa nourriture de la partie
superieure de la portion ligneuse , et un
de ses usages lui paroît être de filtrer et de
préparer les sucs qui doivent nourrir l'embryon
, parce que dans la dissection des
fruits de plusieurs Arbres on voit une
communication sensible du coeur du jeune
fruit avec la moëlle du nouveau jet.
ART.
FEVRIER. 1734. 229
ART. 9. p. 43. ART. 10. p. 44. Il ne
suffit pas de connoître que la séve monte
jusqu'aux extrêmitez des Plantes , il faut
sçavoir encore si cette séve redescend , les
Plantes poussent des racines de la même
maniere qu'elles poussent des feuilles et
des branches ; ainsi comme il y a un suc
•qui en montant fait rejetter les plantes par
le haut , il doit y en avoir un autre qui en
descendant les fasse croître par le bas . M.
de la Baïsse n'a regardé ce Phénomene que
.comme une simple indication , et afin de
découvrir la verité il s'est engagé dans
plusieurs experiences que je vais rappor
ter dans le même ordre qu'il les a exposées.
1 °. Dans les fleurs et branches opposées
qui ont trempé dans la liqueur de
Phytolaus par une de leurs extrêmitez superieures
et dans une situation renversée
le premier suc ne s'est élevé que très- peu ,
quoique les parties inferieures , les bran
ches et les fleurs collaterales se soient bien
conservées , ce qui fait penser à M. de la
Baisse( et qui peut le penser que lui ? )qu'il
faut qu'il se fasse dans les feuilles et
sommitez où s'arrête ce premier suc une
digestion qui donne naissance à un suc - secondaire
, propre à porter en descendant
la fraîcheur dans les parties inferieures et
collaterales de la fleur ou de la branche
By
230 MERCURE DE FRANCE
-2 ° . Il monte du suc des racines des jeunes
Plantes aux feuilles seminales , et il en
descend des feuilles seminales aux racines,
comme il est facile de le prouver par les
experiences de Malpighi qui démontrent
la nécessité de ses feuilles seminales pour
la vegetation de la tige et des racines naissantes.
3 ° . Si on fait une ligature à une
tige de titrimale , il se forme un bourelet
au dessus de la ligature. Preuve sensible .
d'un suc descendant , et de la verité de
cette experience faite par M. Perrault. 4° .
Dans un gros tronc de noyer vers le couronnement
, sous une des plus considerables
branches , M. de la Baïsse a vû une
grande carité du milieu de laquelle sortoit
une racine de quatre lignes de diametre
à sa naissance , et longue de huit
ces , cette racine n'a pû être formée que
par un suc descendant . 5 ° . Dans les Greffes
la direction des fibres ligneuses est irréguliere
, du moins suivant notre Auteur ,
et à la pluspart il se forme des bourelets ,
les fibres du sujet au contraire ne sont
que peu ou point dérangées , ce qui lut
paroît prouver qu'il descend de la greffe
au sujet un suc qui ne pouvant passer alsement
dans le sujet est repoussé dans la
greffe , où il se replie sur lui même . M. Du
amel a avancé dans les Memoires de l'A
poucadémi
FEVRIER. 1734. 231
cadémie Royale des Sciences 1728. que la
qualité des fruits se perfectionne par la
greffe , parce que le suc se travaille dans
les plis et replis qui se forment au-dessus
de la jonction , M. de la Baïsse pensant
que les observations de cet Academicien
pourroient faire contre son sentiment une
obection assez forte , du moins en apparence
, a jugé à propos pour y répondre
de faire observer que le premier suc montant
se façonne très peu dans les tuyaux
par lesquels il passe et qu'il faut de necessité
que ce suc ait fait plusieurs circulations
dans la Plante , ce qui est alors supposer
un suc descendant. M. de la Bisse
pour prouver que ce n'est pas sans fondement
qu'il prétend qu'il y a des fibres voisines
, dont les unes portent le suc montant
, et les autres le descendant , se sert
de l'experience suivante qu'il croit bien
écisive dans le cas present ; il mit au
Printemps dans la teinture de Phytolacca
une branche de Tilleul longue d'environ
trois pieds la cinture s' leva jusqu'au
haut de la branche , il coupa cette bran
che obliquement en differens endroits , il
en regard less ctions avec une loupe , et
il distingua dans toutes des cercles concentriques
alternativement rouges et
blancs. 6. Si on coupe l'éclaire,le suc jau-
B vj
ne
232 MERCURE DE FRANCE
ne , suivant notre Auteur , sort en plus
grande abondance de la partie superieure
que
de l'inferieure , souvent même il n'en
découle pas une seule goutte de la section
inferieure , ce qui lui semble prouver que
ce suc vient des parties superieures de la
Plante , et par consequent que c'est au suc
descendant . M. de la Baïsse avoue que cette
experience ne lui a pas toujours également
réussi. 7. Enfin notre Auteur a fait
les mêmes observations sur le suc des tithimales
que sur celui de l'éclaire .
ART. II . p. 55. Il s'agit présentement
de déterminer d'où vient ce suc descendant
, et de découvrir si c'est la séve de
la Plante , ou un suc fourni par l'air , M.
de la Baïsse adopte le premier sentiment
et dit que le dernier ne mérite pas qu'on
s'arrête à le refuter par de longs raisonnemens
, et en consequence il conclut qu'il
ya dans les Plantes une vraye circulatio
de la séve ; au reste , s'il entre à rebours
par les extrêmitez des fibres ligneuses des
feuilles ou des tiges , quelques sucs étrangers
, notre Auteur pense qu'ils y reçoivent
bientôt une digestion, qui en les faisant
passer dans d'autres canaux , les réduit
au cours naturel des liquides ordinaires.
contenant l'Analyse de la Dissertation
sur la Circulation de la Séve dans les
Plantes , &c.
ART. 4.
pag. 24
R de la Baïsse avoit résolu
Mde suivre, s'il étoit
possible,
dans les Plantes le cours de la Séve d'une
maniere
FEVRIER 1734. 223
>
maniere aussi précise qu'on fait le cours
du Chyle dans les animaux , il vouloit en
déterminer les visieres , les veines , les ar--
teres , les glandes , et les vaisseaux , parce
qu'il avoit cru les voir distinctement
dans quelques Plantes ; il entreprit pour
executer ce projet plusieurs dissections ;
mais comme il ne retiroit de ce travail
aucun fruit , il jugea l'entreprise impossible
, du moins de la maniere dont il avoit
arrangé son plan , c'est pourquoi il l'abandonna
entierement , et il se contenta
d'examiner en general comment et ent
quelles parties de la Plante se dégorgent
les premiers tuyaux par lesquels monte
d'abord le suc nourricier ; notre Auteur
a toûjours mis tremper dans une liqueur.
colorée les parties des Plantes qu'il a voulu
examiner , et cette voye lui a paru suffisante
pour découvrir la route de la
séve.
La premiere partie de la Plante dans laquelle
il a observé le cours de la liqueur, a
été les fleurs ; il a jugé par ses observations
que le suc monte fort vîte et fort aisément
jusqu'au sommet des tiges , mais qu'il se
trouve ensuite arrêté aux plis et extrê
mitez des fleurs ; il pense que c'est peutêtre
en ces Endroits que le suc dépose ce
qu'il a de plus grossier ; il a aussi remar-
Bij qué
224 MERCURE DE FRANCE.
qué que le suc passe de ces premiers canaux
dans les parties charnues de la fleur
comme au travers d'un filtre , ce qui fait
qu'il n'y a que la portion du suc la plus
subtile qui y puisse être ; il prétend que les
sacs , ( il entend par sacs les utricules de
Malpighi ) tirent le suc immédiatement
de ces vaisseaux le long desquels ils sont
apparemment attachez ; peut- être bien ,
ajoûte-t'il , le suc nourricier se filtre par
côté , et passe dans de petits canaux collateraux
qui servent de communication
pour le porter dans les Kistes charnus , les
mêmes que ce qui vient d'être appellez
sacs. M. de la Baïsse seroit fort embarrassé
de trouver ces vaisseaux de communication
, même avec le secours du microscope.
.ART. 5. p. 30. Art . 6. ibid. Notre Auteur
n'ayant pû observer la route du suc
dans les fruits , passa la distribution de la
liqueur dans les feuilles , il a découvert
que les canaux destinez à porter la premiere
nourriture dans les feuilles sont situez
dans les nervures , que ces canaux ne
sont qu'une continuation des fibres de la
portion Higneuse , que le suc passe de
ces tuyaux dans les parties charnuës des
feuilles de la même maniere que dans celles
des fleurs , enfin qu'à mesure que le
Suc
FEVRIER. 1734. 225
suc monte dans les nervures , il s'y débarasse
de sa portion la plus grossiere. Pour
ne rien avancer gratis , voici la preuve de
cette derniere proposition , mettant une
feuille tremper par le pidicale dans une liqueur
colorée , la teinture devenoit moins
chargée à proportion qu'elle montoit plus
haut dans les tuyaux de la feiiille ; il falloit
donc qu'elle se dépoüillât de ses parties
heterogenes , par consequent la même
députation doit arriver à la seve qui
se meut dans ces canaux . Il faut avouer
qu'il est impossible de se refuser à de telles
preuves
.
ART. 7. p. 34. M. de la Baïsse mit pendant
deux ou trois jours en experience
dans la liqueur colorée l'écorce de quelques
Plantes , il observa que dans la partie
superieure et inferieure de l'écorce , la
teinture s'étoit répandue , et que la couleur
étoit très- visible vers le bas environ
jusqu'à la hauteur où s'élevoient en dedans
de la Plante des veines sensiblement rouges
, et vers le haut dans l'endroit où le suc
continuellement poussé avoit eu le loisir
de se ramasser jusqu'à répandre une couleur
rougeâtre dans presque tout l'interieur
de la plante ; il n'apperçût aucune
alteration de couleur au milieu de la tige,
et il conclut que ce n'est que quand la
B iij partie
226 MERCURE DE FRANCE
partie ligneuse de la plante a été imbuë de
la couleur du suc dont elle s'est nourrie ,
que l'écorce s'en est aussi trouvée colorée
quelque temps après , et par consequent
que c'est immédiatement du bois que l'écorce
tire sa premiere nourriture ; enfin
comme notre Auteur n'a pû distinguer
de rameaux rouges dans la substance de
l'écorce comme dans celle du bois , quoique
la teinture se répandit dans l'écorce toujours
assez uniformement , il lui a paru démontré
que la seve qui nourrit l'écorce passe immédiatement
des fibres de la portion ligneuse
dans les utricules de l'écorce.
Ordinairement le signe caracteriastique
d'un systême vrai est la facilité qu'il donne
pour expliquer tous les faits qui se présentent
, c'est pourquoi M. de la Baïsse
tâchá de rendre raison selon ses principes
de plusieurs phénomenes qui appartiennent
à la Physique des Plantes. Comme
je crois , Monsieur , que vous ne serez pas
fâché de voir un essai des applications de
son systême à differens cas particuliers , je
vais vous en rendre compte en peu de
mots.
P. 35. M. de la Baïsse se propose d'abord
d'examiner d'où vient cette abondance
de suc qu'on trouve au Printems
entre l'écorce et le bois des Arbres , et
l'explication
FEVRIER 1734 227
l'explication de ce fait lui paroît plutôt
une consequence qu'une nouvelle preuve
de son sentiment , tant elle est ( selon
lui ) naturelle ; au renouvellement de la saison
les premiers canaux situez dans la portion
ligneuse de l'arbre abondent en sucs,
dont ils se déchargent par tous leurs dégorgemens
; bientôt les vessicules de l'écorce
en sont remplies ; et ne pouvant plus
contenir celui qui survient , il faut de necessité
qu'il sorte hors de ses vaisseaux , et
qu'il se jette entre l'écorce et le bois dans
les endroits où l'écorce est trop adhérente
au bois , les fibres ligneuses se replient sur
elles -mêmes, et poussées au dehors par l'effort
continuel des sucs nouveaux , elles
fendent l'écorce et forment de nouveaux
jes. Notre auteur ajoûte que s'il est permis
de se livrer aux conjectures , il dira
encore que cet excès de séve venant à
rompre , les petites attaches qui lioient
les utricules de l'écorce aux fibres les plus
voisines de l'écorce , presse par dehors
ces letricules et les force à s'étendre suivant
la direction la plus facile , c'est- à dire
, selon la longueur de l'Arbre , bientôt
ces utricules ainsi pressez et étendus
en longueur s'ouvrent les uns dans les autres
et deviennent par - là des canaux
longs et contigus ; en un mot , de vrayes
و
B iiij
fibres
228 MERCURE DE FRANCE
fibres ligneuses , c'est aux approches de
l'hyver que le froid doit le presser ,
assez pour les faire coller au corps de
l'Arbre.
et
M. de la Baïsse après cette explication
qui est certainement toute neuve , employe
encore une preuve de fait qui lui
paroît décisive pour démontrer que le
nouveau bois se forme de l'écorce , et il
termine cet article par une question qu'il
se propose , et qu'il résout ensuite ; on lui
demandera peut être , dit-il , comment
l'écorce répare la perte qu'elle fait chaque
année de la portion de substance qui devient
partie ligneuse , il répond qu'il se
travaille dans l'interieur même de l'écorce
une substance propre à reparer ses pertes
et il appuye cette réponse par une obser
vation à peu près aussi juste et aussi concluante
que la réponse elle -même est instructive.
ART. 8. p. 41. La moëlle , selon notre
Auteur , tire sa nourriture de la partie
superieure de la portion ligneuse , et un
de ses usages lui paroît être de filtrer et de
préparer les sucs qui doivent nourrir l'embryon
, parce que dans la dissection des
fruits de plusieurs Arbres on voit une
communication sensible du coeur du jeune
fruit avec la moëlle du nouveau jet.
ART.
FEVRIER. 1734. 229
ART. 9. p. 43. ART. 10. p. 44. Il ne
suffit pas de connoître que la séve monte
jusqu'aux extrêmitez des Plantes , il faut
sçavoir encore si cette séve redescend , les
Plantes poussent des racines de la même
maniere qu'elles poussent des feuilles et
des branches ; ainsi comme il y a un suc
•qui en montant fait rejetter les plantes par
le haut , il doit y en avoir un autre qui en
descendant les fasse croître par le bas . M.
de la Baïsse n'a regardé ce Phénomene que
.comme une simple indication , et afin de
découvrir la verité il s'est engagé dans
plusieurs experiences que je vais rappor
ter dans le même ordre qu'il les a exposées.
1 °. Dans les fleurs et branches opposées
qui ont trempé dans la liqueur de
Phytolaus par une de leurs extrêmitez superieures
et dans une situation renversée
le premier suc ne s'est élevé que très- peu ,
quoique les parties inferieures , les bran
ches et les fleurs collaterales se soient bien
conservées , ce qui fait penser à M. de la
Baisse( et qui peut le penser que lui ? )qu'il
faut qu'il se fasse dans les feuilles et
sommitez où s'arrête ce premier suc une
digestion qui donne naissance à un suc - secondaire
, propre à porter en descendant
la fraîcheur dans les parties inferieures et
collaterales de la fleur ou de la branche
By
230 MERCURE DE FRANCE
-2 ° . Il monte du suc des racines des jeunes
Plantes aux feuilles seminales , et il en
descend des feuilles seminales aux racines,
comme il est facile de le prouver par les
experiences de Malpighi qui démontrent
la nécessité de ses feuilles seminales pour
la vegetation de la tige et des racines naissantes.
3 ° . Si on fait une ligature à une
tige de titrimale , il se forme un bourelet
au dessus de la ligature. Preuve sensible .
d'un suc descendant , et de la verité de
cette experience faite par M. Perrault. 4° .
Dans un gros tronc de noyer vers le couronnement
, sous une des plus considerables
branches , M. de la Baïsse a vû une
grande carité du milieu de laquelle sortoit
une racine de quatre lignes de diametre
à sa naissance , et longue de huit
ces , cette racine n'a pû être formée que
par un suc descendant . 5 ° . Dans les Greffes
la direction des fibres ligneuses est irréguliere
, du moins suivant notre Auteur ,
et à la pluspart il se forme des bourelets ,
les fibres du sujet au contraire ne sont
que peu ou point dérangées , ce qui lut
paroît prouver qu'il descend de la greffe
au sujet un suc qui ne pouvant passer alsement
dans le sujet est repoussé dans la
greffe , où il se replie sur lui même . M. Du
amel a avancé dans les Memoires de l'A
poucadémi
FEVRIER. 1734. 231
cadémie Royale des Sciences 1728. que la
qualité des fruits se perfectionne par la
greffe , parce que le suc se travaille dans
les plis et replis qui se forment au-dessus
de la jonction , M. de la Baïsse pensant
que les observations de cet Academicien
pourroient faire contre son sentiment une
obection assez forte , du moins en apparence
, a jugé à propos pour y répondre
de faire observer que le premier suc montant
se façonne très peu dans les tuyaux
par lesquels il passe et qu'il faut de necessité
que ce suc ait fait plusieurs circulations
dans la Plante , ce qui est alors supposer
un suc descendant. M. de la Bisse
pour prouver que ce n'est pas sans fondement
qu'il prétend qu'il y a des fibres voisines
, dont les unes portent le suc montant
, et les autres le descendant , se sert
de l'experience suivante qu'il croit bien
écisive dans le cas present ; il mit au
Printemps dans la teinture de Phytolacca
une branche de Tilleul longue d'environ
trois pieds la cinture s' leva jusqu'au
haut de la branche , il coupa cette bran
che obliquement en differens endroits , il
en regard less ctions avec une loupe , et
il distingua dans toutes des cercles concentriques
alternativement rouges et
blancs. 6. Si on coupe l'éclaire,le suc jau-
B vj
ne
232 MERCURE DE FRANCE
ne , suivant notre Auteur , sort en plus
grande abondance de la partie superieure
que
de l'inferieure , souvent même il n'en
découle pas une seule goutte de la section
inferieure , ce qui lui semble prouver que
ce suc vient des parties superieures de la
Plante , et par consequent que c'est au suc
descendant . M. de la Baïsse avoue que cette
experience ne lui a pas toujours également
réussi. 7. Enfin notre Auteur a fait
les mêmes observations sur le suc des tithimales
que sur celui de l'éclaire .
ART. II . p. 55. Il s'agit présentement
de déterminer d'où vient ce suc descendant
, et de découvrir si c'est la séve de
la Plante , ou un suc fourni par l'air , M.
de la Baïsse adopte le premier sentiment
et dit que le dernier ne mérite pas qu'on
s'arrête à le refuter par de longs raisonnemens
, et en consequence il conclut qu'il
ya dans les Plantes une vraye circulatio
de la séve ; au reste , s'il entre à rebours
par les extrêmitez des fibres ligneuses des
feuilles ou des tiges , quelques sucs étrangers
, notre Auteur pense qu'ils y reçoivent
bientôt une digestion, qui en les faisant
passer dans d'autres canaux , les réduit
au cours naturel des liquides ordinaires.
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Résumé : SUITE de la Lettre de M. D. B.*** contenant l'Analyse de la Dissertation sur la Circulation de la Séve dans les Plantes, &c.
Le texte relate les travaux de M. de la Baïsse sur la circulation de la sève dans les plantes, initiés en février 1734. Initialement, il visait à tracer le parcours de la sève avec la même précision que celle du chyle chez les animaux, mais il abandonna cette approche après plusieurs dissections infructueuses. Il se concentra alors sur l'observation générale du parcours de la sève nourricière. M. de la Baïsse utilisa des liquides colorés pour suivre la sève dans différentes parties des plantes. Il observa que la sève monte rapidement dans les tiges et se dépose dans les fleurs, où elle se filtre dans les parties charnues. Il nota également que les utricules de Malpighi tirent directement le suc des vaisseaux. Dans les feuilles, la sève circule dans les nervures et se débarrasse de ses parties grossières au fur et à mesure de son ascension. Lorsqu'il trempa l'écorce de certaines plantes dans des liquides colorés, il constata que la teinture se répandait dans les parties supérieure et inférieure de l'écorce, confirmant que l'écorce tire sa nourriture directement du bois. Il expliqua l'abondance de sève au printemps par le débordement des sucs dans les canaux ligneux, qui finissent par se répandre entre l'écorce et le bois. M. de la Baïsse examina également la moelle, qui tire sa nourriture de la partie supérieure ligneuse et filtre les sucs pour nourrir l'embryon. Il s'intéressa aussi à la descente de la sève, notant que les plantes poussent des racines de manière similaire aux feuilles et branches. Il réalisa plusieurs expériences pour prouver l'existence d'un suc descendant, notamment en observant la formation de bourrelets après des ligatures ou des greffes. Enfin, il conclut qu'il existe une véritable circulation de la sève dans les plantes, bien que des sucs étrangers puissent entrer par les extrémités des fibres et être digérés pour suivre le cours naturel des liquides.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 233
L'HYVER. SONNET. Par Mlle de Malcrais de la Vigne.
Début :
Les champs étoient glacez : le jour n'osoit encore [...]
Mots clefs :
Hiver, Glace
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texteReconnaissance textuelle : L'HYVER. SONNET. Par Mlle de Malcrais de la Vigne.
L'HY VER.
SONNET.
Par Mlle de Malcrais de la Vigne
Es champs étoient glacez : le jour n'osoit
encore
Sortir d'entre les bras du tranquille sommeil.
Le matin n'avoit plus cet éclat sans pareil ,
Qui redonne la vie aux Eleves de Flore.
Les Ruisseaux enchaînez faisoient frémir
l'Aurore ,
L'air negeux s'opposoit au retour du Soleil .
Malgré ce temps affreux , Tircis leste et vermeil
Près d'un Mirthe attendoit Aminte qu'il adore .
Elle arrive ; et Vénus la menant par la main ,
L'Amour avec un Trait lui montre le chemin.
Quel abord pour l'Amant ! que de feux l'embraserent
!
Aux Rayons de ses yeux l'Orient s'alluma ;
La glace se fondit ; les eaux se ranimerent ;
Et la nege en tombanr aussi- tôt s'enflamma.
SONNET.
Par Mlle de Malcrais de la Vigne
Es champs étoient glacez : le jour n'osoit
encore
Sortir d'entre les bras du tranquille sommeil.
Le matin n'avoit plus cet éclat sans pareil ,
Qui redonne la vie aux Eleves de Flore.
Les Ruisseaux enchaînez faisoient frémir
l'Aurore ,
L'air negeux s'opposoit au retour du Soleil .
Malgré ce temps affreux , Tircis leste et vermeil
Près d'un Mirthe attendoit Aminte qu'il adore .
Elle arrive ; et Vénus la menant par la main ,
L'Amour avec un Trait lui montre le chemin.
Quel abord pour l'Amant ! que de feux l'embraserent
!
Aux Rayons de ses yeux l'Orient s'alluma ;
La glace se fondit ; les eaux se ranimerent ;
Et la nege en tombanr aussi- tôt s'enflamma.
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Résumé : L'HYVER. SONNET. Par Mlle de Malcrais de la Vigne.
Le poème 'L'HY VER' de Mlle de Malcrais de la Vigne dépeint un paysage hivernal où les champs sont gelés et les ruisseaux figés. Tircis attend Aminte près d'un myrte. Aminte arrive, accompagnée par Vénus et guidée par l'Amour. La présence d'Aminte enflamme Tircis, faisant fondre la glace et ranimer les eaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 234-238
LETTRE du P. Castel, en Réponse à M. le Gendre de S. Aubin, sur l'Existence des Points inégaux.
Début :
J'ay lû, M. ce que vous m'avez fait l'honneur d'écrire pour et contre quelques-unes de mes [...]
Mots clefs :
Points inégaux, Point, Points, Géométrie, Surface, Ligne, Étendue, Corps, Entendement, Profondeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du P. Castel, en Réponse à M. le Gendre de S. Aubin, sur l'Existence des Points inégaux.
LETTRE du P. Castel , en Réponse
à M. le Gendre de S. Aubin , sur l'Existence
des Points inégaux .
J'Ay lit ,M. ce que vous m'avez faitl'honneur d'écrire pour et contre quelques- unes de mes
Pensées. Là - dessus et sur vos autres Ouvrages
j'ai conçu une grande idée de votre Erudition
philosophique et de la maniere nette et débarassée
dont vous maniez la plupart des questions
que votre sujet vous présente. Mais , avec la même
candeur , je vous avoue que je voudrois que
yous n'eussiez point touché , au moins si fortement
, à la Géométrie moderne , qui est tout aussi
certaine que la Géométrie ancienne , lorsqu'elle
est en bonne main .
Pour ce qui me regarde , je ne me formalise
point que vous soyez un peu révolté contre mes
Points inégaux, et même, si vous voulez . incommensurables
. Il est bon d'éclaircir les nouveautéz.
Et croyez vous que la premiere fois que ces
Points se présenterent à moi , je fus fort docile
à m'y ren ire , et que je m'y fusse jamais rendu,
si la suite invariable des conclusions géométriques
qui m'y avoient conduit , ne m'avoient
enfin entraîné malgré moi ?
Car vous insinuez dans votre Réponse qu'on
aime la nouveauté et qu'on court après , comme
s'il n'y avoit qu'à courir . Croyez - moy , M. ceux
qui y donnent , le font tout bonnement sans y
penser , sans le sçavoir , et parce qu'apparamment
ils sont faits pour y donner ; au lieu que
je.
FEVRIER. 7134. 235
je meferois bien fort de montrer que ce sont ceux
qui n'y donnent pas , qui souvent y courent le
plus . Peu importe , chacun fait comme il veut,
Comme il sçait et comme il peut.
Pour mes Points ils sont démontrez , puisqu'ils
le sont géométriquement et par la Géometrie
même d'Euclide, sans aucun excès de raisonnement
ou de discours , dont on puisse se défier.
Car c'est Euclide même qui dit qu'un cercle ne
touche une ligne qu'en un point , et que l'intersection
de deux lignes droites n'est jamais qu'un
point. Or le contact d'un plus grand cercle est
un plus grand point , aussi bien que l'intersection
plus oblique de deux lignes ; cela se voit
dans le Physique, et se conçoit très-bien dans le
Géometrique ; et voilà tout.
La chose est si vraye au reste , qu'après avoir
rapporté une de mes Démonstrations , vous n'avez
pas jugé à propos de l'entamer . Vous avez
pris un autre tour , selon l'ancienne maniere philosophique
, dont vous deviez pourtant vous défier
, après avoir si bien montré dans votre Traité
qu'elle n'est bonne qu'à former des opinions
frivoles.
Vous concevez une partie de matiere et vous
la concevez , dites - vous , aussi petite qu'elle peut
être. C'est beaucoup ,je n'en veux pas davantage.
Mais c'est en Géométre qu'il faut prendre desormais
cette supposition avec précision , avec
force , sans la rétracter par aucune contre supposition
secrette.
Une partie de matiere aussi petite qu'elle peut
être , n'est ni d'un pied de diametre , ni d'un demi
pied , ni d'un pouce , ni d'une ligne , ni a'une
demi ligne , ni d'un centiéme , ni d'un miliémo ,
&c. de ligne , ni d'une mesure, en un mot, qu'on
puisse
236 MERCURE DE FRANCE
puisse partager ni en deux , ni en trois , ni en
aucun nombre imaginable. Cette partie ainsi di
minuée est une partie en effet et non un tout.
Elle est une , elle est indivisible c . q. f. d. même
par votre supposition.
Comment donc, M. y distinguez - vous tout de
suite deux parties , dont l'une touche à un plan ,
l'autre ne le touche pas , l'une étant en dessus et
l'autre en dessous ? C'est que vous n'avez pas
suivi le fil géometrique de votre propre hypothese.
Mais ce que vous n'avez pas fait , c'est
à moi de le faire pour éluder votre objection . Je
le ferai donc , ma coûtume , lorque j'ai un principe
, étant de le laisser aller tout droit , me réservant
à juger de sa valeur par le but où il va
aboutir.
Comme celui- cy n'aboutit qu'à dire avec Euclide
, que le Point est ce qui n'a point de parties
, punctum est cujus pars nulla mais je ne
sçaurois m'en défier.
›
Les Points que j'admets sont de vrais Points
physiques autant que géométriques . Leur donnez-
vous un dessous ? Je leur ôte donc le dessus.
J'étois jeune lorsqu'un Maître m'amusoit de ce
raisonnement. S'il y avoit un Point quelque part
au milieu de l'air , il regarderoit l'Orient et l'Occident
, le Septentrion et le Midi , le Zénith et le
Nadir. Je trouvois cela évident ; je ne connoissois
encore que des corps , et le Point que je concevois
étoit un corps.
Mais un Point , ai - je dit enfin , est un Point
et n'a par conséquent qu'un aspect. Six Points
cardinaux qui ont six aspects , sont six points.
Celui de l'Orient n'est pas celui de l'Occident.
Est -ce qu'un angle qui tourne la pointe au Midy,
la tourne aussi au Nord Est-ce que dans une
Place
FEVRIER . 1734. 237
Place de guerre , le même angle est saillant et
rentrant Est- ce qu'une pointe pique en dedans
comme en dehors.
Le Point , dites- vous , est une abstraction de
l'entendement. J'avois prévenu cette objection
dans l'endroit de ma Mathématique que vous at
taquez . Le Point , la ligne , la surface . appartiennent
à l'étendue , sont dans l'étenduë , indépendamment
de notre entendement ; et s'ils sont
dans notre entendement , ils sont donc aussi dans
l'étenduë qui en est l'objet . Il seroit ridicule que
la Géomerie , tant pratique que speculative , ne
fut fondée que sur une abstraction de l'entendement.
Ce seroit une Géometrie toute fantastique
à laquelle il n'y a nul doute que l'etenduë ne se
refusât ; au lieu que dans la pratique , l'étenduë
se prête à la Géométrie avec un concert qu'on
ne peut trop admirer .
Il est réel et très- réel que les corps sont terminez
par des surfaces , par des lignes , par des
points. Y a- t'il rien de plus réel que les bornes
qui terminent toutes choses ? Or ces bornes sont
indivisibles et n'ont chacune qu'un côté . La surface
n'est surface que du côté qu'elle présente ,
en dehors et non en dedans . On voit ce côté ,
mais on ne voit que ce côté ; on fait plus , on le
touche et on ne touche que lui . Bien surement
ce qu'on voit et ce qu'on touche est réel hors
de notre entendement.
Quoi ! je puis par une operation aussi grossiere
que l'est le toucher , faire le discernement
de la surface et du corps ; toucher la surface ,
longueur et largeur , sans toucher la profondeur?
Et vous me direz que ces choses là ne sont pas
réellement distinctes , et qu'elles ne le sont que
par une operation de l'esprit , tandis qu'elles le
sont
228 MERCURE DE FRANCE
sont par une operation de l'oeil , et même de la
main.
Car absolument ce que je vois , ce que je tou
che, n'a point de profondeur. Au - dessous , je sçai
bien qu'il y a une profondeur ; mais elle appartient
au corps et non à la surface.
Je vois ce qui vous embarasse et ce qui a de
tout temps embarassé ceux qui ont agité cette
question pour et contre. Si le Point n'est pas la
ligne , si la longueur n'est pas la largeur ou la
profondeur , vous voudriez qu'on séparât tout
cela et qu'on laissât - là la matiere sans largeur ,
sans longueur , &c .
Quand je dirois que cela est impossible , je ne
dirois autre chose , si ce n'est que les modification
ne se séparent pas des choses modifiées , ni
les accidens des substances . Mais qui suis - je pour
dire que cela est impossible ? Il est impossible
aux hommes de faire des Points indivisibles.
Mais je n'oserois dire que cela fût impossible à
Dieu , et c'est , j'ose le dire , la Géometrie même
qui de concert avec la Religion , m'inspire ce respect
, depuis sur tout qu'elle m'a fourni cette expression
simple d'une chose bien sublime 1 :
I dont j'ai donné ailleurs l'explication.
à M. le Gendre de S. Aubin , sur l'Existence
des Points inégaux .
J'Ay lit ,M. ce que vous m'avez faitl'honneur d'écrire pour et contre quelques- unes de mes
Pensées. Là - dessus et sur vos autres Ouvrages
j'ai conçu une grande idée de votre Erudition
philosophique et de la maniere nette et débarassée
dont vous maniez la plupart des questions
que votre sujet vous présente. Mais , avec la même
candeur , je vous avoue que je voudrois que
yous n'eussiez point touché , au moins si fortement
, à la Géométrie moderne , qui est tout aussi
certaine que la Géométrie ancienne , lorsqu'elle
est en bonne main .
Pour ce qui me regarde , je ne me formalise
point que vous soyez un peu révolté contre mes
Points inégaux, et même, si vous voulez . incommensurables
. Il est bon d'éclaircir les nouveautéz.
Et croyez vous que la premiere fois que ces
Points se présenterent à moi , je fus fort docile
à m'y ren ire , et que je m'y fusse jamais rendu,
si la suite invariable des conclusions géométriques
qui m'y avoient conduit , ne m'avoient
enfin entraîné malgré moi ?
Car vous insinuez dans votre Réponse qu'on
aime la nouveauté et qu'on court après , comme
s'il n'y avoit qu'à courir . Croyez - moy , M. ceux
qui y donnent , le font tout bonnement sans y
penser , sans le sçavoir , et parce qu'apparamment
ils sont faits pour y donner ; au lieu que
je.
FEVRIER. 7134. 235
je meferois bien fort de montrer que ce sont ceux
qui n'y donnent pas , qui souvent y courent le
plus . Peu importe , chacun fait comme il veut,
Comme il sçait et comme il peut.
Pour mes Points ils sont démontrez , puisqu'ils
le sont géométriquement et par la Géometrie
même d'Euclide, sans aucun excès de raisonnement
ou de discours , dont on puisse se défier.
Car c'est Euclide même qui dit qu'un cercle ne
touche une ligne qu'en un point , et que l'intersection
de deux lignes droites n'est jamais qu'un
point. Or le contact d'un plus grand cercle est
un plus grand point , aussi bien que l'intersection
plus oblique de deux lignes ; cela se voit
dans le Physique, et se conçoit très-bien dans le
Géometrique ; et voilà tout.
La chose est si vraye au reste , qu'après avoir
rapporté une de mes Démonstrations , vous n'avez
pas jugé à propos de l'entamer . Vous avez
pris un autre tour , selon l'ancienne maniere philosophique
, dont vous deviez pourtant vous défier
, après avoir si bien montré dans votre Traité
qu'elle n'est bonne qu'à former des opinions
frivoles.
Vous concevez une partie de matiere et vous
la concevez , dites - vous , aussi petite qu'elle peut
être. C'est beaucoup ,je n'en veux pas davantage.
Mais c'est en Géométre qu'il faut prendre desormais
cette supposition avec précision , avec
force , sans la rétracter par aucune contre supposition
secrette.
Une partie de matiere aussi petite qu'elle peut
être , n'est ni d'un pied de diametre , ni d'un demi
pied , ni d'un pouce , ni d'une ligne , ni a'une
demi ligne , ni d'un centiéme , ni d'un miliémo ,
&c. de ligne , ni d'une mesure, en un mot, qu'on
puisse
236 MERCURE DE FRANCE
puisse partager ni en deux , ni en trois , ni en
aucun nombre imaginable. Cette partie ainsi di
minuée est une partie en effet et non un tout.
Elle est une , elle est indivisible c . q. f. d. même
par votre supposition.
Comment donc, M. y distinguez - vous tout de
suite deux parties , dont l'une touche à un plan ,
l'autre ne le touche pas , l'une étant en dessus et
l'autre en dessous ? C'est que vous n'avez pas
suivi le fil géometrique de votre propre hypothese.
Mais ce que vous n'avez pas fait , c'est
à moi de le faire pour éluder votre objection . Je
le ferai donc , ma coûtume , lorque j'ai un principe
, étant de le laisser aller tout droit , me réservant
à juger de sa valeur par le but où il va
aboutir.
Comme celui- cy n'aboutit qu'à dire avec Euclide
, que le Point est ce qui n'a point de parties
, punctum est cujus pars nulla mais je ne
sçaurois m'en défier.
›
Les Points que j'admets sont de vrais Points
physiques autant que géométriques . Leur donnez-
vous un dessous ? Je leur ôte donc le dessus.
J'étois jeune lorsqu'un Maître m'amusoit de ce
raisonnement. S'il y avoit un Point quelque part
au milieu de l'air , il regarderoit l'Orient et l'Occident
, le Septentrion et le Midi , le Zénith et le
Nadir. Je trouvois cela évident ; je ne connoissois
encore que des corps , et le Point que je concevois
étoit un corps.
Mais un Point , ai - je dit enfin , est un Point
et n'a par conséquent qu'un aspect. Six Points
cardinaux qui ont six aspects , sont six points.
Celui de l'Orient n'est pas celui de l'Occident.
Est -ce qu'un angle qui tourne la pointe au Midy,
la tourne aussi au Nord Est-ce que dans une
Place
FEVRIER . 1734. 237
Place de guerre , le même angle est saillant et
rentrant Est- ce qu'une pointe pique en dedans
comme en dehors.
Le Point , dites- vous , est une abstraction de
l'entendement. J'avois prévenu cette objection
dans l'endroit de ma Mathématique que vous at
taquez . Le Point , la ligne , la surface . appartiennent
à l'étendue , sont dans l'étenduë , indépendamment
de notre entendement ; et s'ils sont
dans notre entendement , ils sont donc aussi dans
l'étenduë qui en est l'objet . Il seroit ridicule que
la Géomerie , tant pratique que speculative , ne
fut fondée que sur une abstraction de l'entendement.
Ce seroit une Géometrie toute fantastique
à laquelle il n'y a nul doute que l'etenduë ne se
refusât ; au lieu que dans la pratique , l'étenduë
se prête à la Géométrie avec un concert qu'on
ne peut trop admirer .
Il est réel et très- réel que les corps sont terminez
par des surfaces , par des lignes , par des
points. Y a- t'il rien de plus réel que les bornes
qui terminent toutes choses ? Or ces bornes sont
indivisibles et n'ont chacune qu'un côté . La surface
n'est surface que du côté qu'elle présente ,
en dehors et non en dedans . On voit ce côté ,
mais on ne voit que ce côté ; on fait plus , on le
touche et on ne touche que lui . Bien surement
ce qu'on voit et ce qu'on touche est réel hors
de notre entendement.
Quoi ! je puis par une operation aussi grossiere
que l'est le toucher , faire le discernement
de la surface et du corps ; toucher la surface ,
longueur et largeur , sans toucher la profondeur?
Et vous me direz que ces choses là ne sont pas
réellement distinctes , et qu'elles ne le sont que
par une operation de l'esprit , tandis qu'elles le
sont
228 MERCURE DE FRANCE
sont par une operation de l'oeil , et même de la
main.
Car absolument ce que je vois , ce que je tou
che, n'a point de profondeur. Au - dessous , je sçai
bien qu'il y a une profondeur ; mais elle appartient
au corps et non à la surface.
Je vois ce qui vous embarasse et ce qui a de
tout temps embarassé ceux qui ont agité cette
question pour et contre. Si le Point n'est pas la
ligne , si la longueur n'est pas la largeur ou la
profondeur , vous voudriez qu'on séparât tout
cela et qu'on laissât - là la matiere sans largeur ,
sans longueur , &c .
Quand je dirois que cela est impossible , je ne
dirois autre chose , si ce n'est que les modification
ne se séparent pas des choses modifiées , ni
les accidens des substances . Mais qui suis - je pour
dire que cela est impossible ? Il est impossible
aux hommes de faire des Points indivisibles.
Mais je n'oserois dire que cela fût impossible à
Dieu , et c'est , j'ose le dire , la Géometrie même
qui de concert avec la Religion , m'inspire ce respect
, depuis sur tout qu'elle m'a fourni cette expression
simple d'une chose bien sublime 1 :
I dont j'ai donné ailleurs l'explication.
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Résumé : LETTRE du P. Castel, en Réponse à M. le Gendre de S. Aubin, sur l'Existence des Points inégaux.
Le Père Castel répond à M. le Gendre de Saint-Aubin au sujet de l'existence des points inégaux. Castel commence par louer l'érudition et la clarté de Saint-Aubin, tout en regrettant que ce dernier ait critiqué la géométrie moderne, qu'il considère aussi certaine que la géométrie ancienne. Castel défend ses points inégaux en affirmant qu'ils sont démontrés géométriquement et conformément aux principes d'Euclide. Il explique que les points inégaux sont des points physiques et géométriques réels, et non des abstractions de l'entendement. Selon Castel, les surfaces, lignes et points sont des bornes réelles et indivisibles, terminant les corps. Il soutient que, bien que les hommes ne puissent créer des points indivisibles, cela n'est pas impossible pour Dieu. Castel conclut en affirmant que la géométrie et la religion confirment cette idée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 239-244
LES QUATRE SAISONS.
Début :
LE PRINTEMPS. / Tircis. Iris. / Tircis. / Tout s'anime dans la Nature. [...]
Mots clefs :
Saisons, Printemps, Été, Automne, Hiver, Iris, Coridon, Bacchus, Bonheur, Nature
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texteReconnaissance textuelle : LES QUATRE SAISONS.
LES QUATRE SAISONS.
LE PRINTEMPS.
Tircis. Iris.
Tircis.
Tout s'anime dans la Nature.
Iris , allons revoir nos champs ;
Allons voir naître la verdure ,
Que nous redonne le Printemps.
Ensemble.
Que le Printemps est agréable !
Qu'il a pour nous de douceurs !
Plus l'Hyver a de rigueurs ,
Plus le Printemps paroît aimable.
Iris.
L'Aquilon avec ses frimats
Ne désole plus nos Montagnes.
Zéphir , vole dans nos campagnes ,
Et Flore marche sur ses pas.
Tircis.
Nos Genisses impatientes ,
Brulent de retourner aux champs:
Bien-tôt dans les Prez renaissants ,
Nous les allons voir bondissantes,
3
Iris.
240 MERCURE DE FRANCE
Iris.
Du Ruisseau que je chéris ,
La glace arrêtoit l'Onde pure.
Déja sur un gason de ses charmes épris ,
Elle coule , elle murmure.
Tircis.
Le Rossignol et la Fauvette
Reprennent leurs tendres Concerts,
Du Dieu qui chasse les hyvers ,
Ils chantent la gloire parfaite.
Tous deux.
Pour reconnoître ses faveurs ,
Offrons lui le tribut de nos premieres fleurs ,
Des dons des Immortels peut- on mieux faire
usage ,
Qu'en leur en présentant l'hommage ?
L'ETE.
Licidas. Aglé.
Hâtons- nous , recueillons les présens de Cerés
Chantons , celebrons ses bienfaits.
Ægié.
Jamais moissons plus abondantes
N'ont comblé nos ardens desirs ,
Des Epis les têtes flottantes
Cedent aux amoureux Zéphirs .
Lycidas.
De l'Art, qui rend un champ fertile ,
Тц
FEVRIER. 247 1734.
Tu nous a donné des leçons ,
Cerès ; à tes soins la Sicile
A dû ses premieres moissons.
La Terre pour toi soupire ,
Tu soutiens tout l'Univers.
On t'adore au sombre Empire ,
Ta fille regne aux Enfers.
Æglé.
Que Phébus perde sa vitesse ,
Quand Proserpine est avec toi ;
Mais que ce Dieu vole et s'empresse ,
Quand Pluton la tient sous sa Loy.
Lycidas.
Nous avons appris de nos Peres
Ces illustres évenemens ;
A notre tour à nos enfans
Nous raconterons ces Mysteres.
Ensemble,
Accourez jeunes Moissonneurs ,
C'est peu de profiter d'une utile abondance.
Il faut marquer par la reconnoissance
A qui vous devez ces faveurs.
L'AUTOMNE.
Philis. Coridon.
Sujvons
Fuyons
Bacchus et sa Liqueur ;
Aimons
242 MERCURE DE FRANCE
S Aimons
Craignons
les présens qu'il nous donne.
C'est dans le doux jus de l'Automne
Ce n'est point le jus de l'Automne ,
Que l'on trouve un parfait bonheur ,
Qui peut faire notre bonheur,
Coridon,
Est-il une Fête agréable ,
Si Bacchus n'en fait l'ornement ?
La gayeté , l'enjoüment aimable ,
Coulent de son Nectar charmant.
Philis.
Trop souvent la raison s'égare ;
En voulant suivre ses pas ,
Souvent la discorde barbare
Trouble ses plus doux appas.
Coridon.
Toujours la fortune inconstante
Nous fait sentir quelque malheur,
Bacchus par sa Liqueur puissante
Sçait endormir notre douleur.
Philis.
Pour calmer une peine extrême ,
Bacchus offre un trompeur secours.
Fuyons ce Dieu ; son secours même ,
Empoisonne et finit nos jours.
Coridon.
FEVRIER.
1734. 243
Coridon.
Mais, aimable Philis , de son charmant breuvage
Ne peut- on faire un juste usage ?
C'est l'excès qui rend dangereux ,
Les doux présens des Dieux.
A
2'
Tous deux.
Buvons sans boire à tasse pleine ;
N'écoutons qu'un sage desir ,
Buvons assez pour le plaisir ,
Buvons sobrement pour la peine.
L'HY V E R.
Ismene. Corylas.
Corylas.
Ismene , quel temps rigoureux
Consterne toute la Nature !
Quels frimats ! quelle froidure ,
Trouble la paix de ces Lieux !
Tous deux.
O toi dont les soins secourables ,
Veillent sur le sort des Bergers ,
Pan , jette sur nous tes regards favorables ;
Deffends-nous , deffends tes Vergers.
Corylas.
Déja le tendre Sylvanire
A suspendu ses Chalumeaux ;
Déja
244 MERCURE DE FRANCE
Déja la charmante Thémire ,
Prend moins de soin de ses Troupeaux.
Ismene.
Mille Oiseaux chaque jour chantoient dans ces
Boccages ; .
J'y venois écouter le murmure des eaux ;
Oiseaux , vous avez donc oublié vos ramages ,
Vous ne murmurez plus , agréables Ruisseaux,
Corylas.
Mais , Ciel ! quel bonheur extrême !
L'Hyver croit en vain nous troubler.
Auprès de nos foyers je vois Bacchus lui-même
Les jeux et les plaisirs viennent s'y rassembler.
Tous deux.
Triompheż, triomphez , Divinitez charmantes
Regnez toujours avec nous.
Rendez nos Fêtes brillantes ;
Rendez de notre sort les Rois mêmes jaloux.
L. D.
LE PRINTEMPS.
Tircis. Iris.
Tircis.
Tout s'anime dans la Nature.
Iris , allons revoir nos champs ;
Allons voir naître la verdure ,
Que nous redonne le Printemps.
Ensemble.
Que le Printemps est agréable !
Qu'il a pour nous de douceurs !
Plus l'Hyver a de rigueurs ,
Plus le Printemps paroît aimable.
Iris.
L'Aquilon avec ses frimats
Ne désole plus nos Montagnes.
Zéphir , vole dans nos campagnes ,
Et Flore marche sur ses pas.
Tircis.
Nos Genisses impatientes ,
Brulent de retourner aux champs:
Bien-tôt dans les Prez renaissants ,
Nous les allons voir bondissantes,
3
Iris.
240 MERCURE DE FRANCE
Iris.
Du Ruisseau que je chéris ,
La glace arrêtoit l'Onde pure.
Déja sur un gason de ses charmes épris ,
Elle coule , elle murmure.
Tircis.
Le Rossignol et la Fauvette
Reprennent leurs tendres Concerts,
Du Dieu qui chasse les hyvers ,
Ils chantent la gloire parfaite.
Tous deux.
Pour reconnoître ses faveurs ,
Offrons lui le tribut de nos premieres fleurs ,
Des dons des Immortels peut- on mieux faire
usage ,
Qu'en leur en présentant l'hommage ?
L'ETE.
Licidas. Aglé.
Hâtons- nous , recueillons les présens de Cerés
Chantons , celebrons ses bienfaits.
Ægié.
Jamais moissons plus abondantes
N'ont comblé nos ardens desirs ,
Des Epis les têtes flottantes
Cedent aux amoureux Zéphirs .
Lycidas.
De l'Art, qui rend un champ fertile ,
Тц
FEVRIER. 247 1734.
Tu nous a donné des leçons ,
Cerès ; à tes soins la Sicile
A dû ses premieres moissons.
La Terre pour toi soupire ,
Tu soutiens tout l'Univers.
On t'adore au sombre Empire ,
Ta fille regne aux Enfers.
Æglé.
Que Phébus perde sa vitesse ,
Quand Proserpine est avec toi ;
Mais que ce Dieu vole et s'empresse ,
Quand Pluton la tient sous sa Loy.
Lycidas.
Nous avons appris de nos Peres
Ces illustres évenemens ;
A notre tour à nos enfans
Nous raconterons ces Mysteres.
Ensemble,
Accourez jeunes Moissonneurs ,
C'est peu de profiter d'une utile abondance.
Il faut marquer par la reconnoissance
A qui vous devez ces faveurs.
L'AUTOMNE.
Philis. Coridon.
Sujvons
Fuyons
Bacchus et sa Liqueur ;
Aimons
242 MERCURE DE FRANCE
S Aimons
Craignons
les présens qu'il nous donne.
C'est dans le doux jus de l'Automne
Ce n'est point le jus de l'Automne ,
Que l'on trouve un parfait bonheur ,
Qui peut faire notre bonheur,
Coridon,
Est-il une Fête agréable ,
Si Bacchus n'en fait l'ornement ?
La gayeté , l'enjoüment aimable ,
Coulent de son Nectar charmant.
Philis.
Trop souvent la raison s'égare ;
En voulant suivre ses pas ,
Souvent la discorde barbare
Trouble ses plus doux appas.
Coridon.
Toujours la fortune inconstante
Nous fait sentir quelque malheur,
Bacchus par sa Liqueur puissante
Sçait endormir notre douleur.
Philis.
Pour calmer une peine extrême ,
Bacchus offre un trompeur secours.
Fuyons ce Dieu ; son secours même ,
Empoisonne et finit nos jours.
Coridon.
FEVRIER.
1734. 243
Coridon.
Mais, aimable Philis , de son charmant breuvage
Ne peut- on faire un juste usage ?
C'est l'excès qui rend dangereux ,
Les doux présens des Dieux.
A
2'
Tous deux.
Buvons sans boire à tasse pleine ;
N'écoutons qu'un sage desir ,
Buvons assez pour le plaisir ,
Buvons sobrement pour la peine.
L'HY V E R.
Ismene. Corylas.
Corylas.
Ismene , quel temps rigoureux
Consterne toute la Nature !
Quels frimats ! quelle froidure ,
Trouble la paix de ces Lieux !
Tous deux.
O toi dont les soins secourables ,
Veillent sur le sort des Bergers ,
Pan , jette sur nous tes regards favorables ;
Deffends-nous , deffends tes Vergers.
Corylas.
Déja le tendre Sylvanire
A suspendu ses Chalumeaux ;
Déja
244 MERCURE DE FRANCE
Déja la charmante Thémire ,
Prend moins de soin de ses Troupeaux.
Ismene.
Mille Oiseaux chaque jour chantoient dans ces
Boccages ; .
J'y venois écouter le murmure des eaux ;
Oiseaux , vous avez donc oublié vos ramages ,
Vous ne murmurez plus , agréables Ruisseaux,
Corylas.
Mais , Ciel ! quel bonheur extrême !
L'Hyver croit en vain nous troubler.
Auprès de nos foyers je vois Bacchus lui-même
Les jeux et les plaisirs viennent s'y rassembler.
Tous deux.
Triompheż, triomphez , Divinitez charmantes
Regnez toujours avec nous.
Rendez nos Fêtes brillantes ;
Rendez de notre sort les Rois mêmes jaloux.
L. D.
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Résumé : LES QUATRE SAISONS.
Le texte présente les quatre saisons à travers des dialogues entre divers personnages. Au printemps, Tircis et Iris célèbrent la renaissance de la nature, la fonte des glaces et le retour des oiseaux chanteurs. Ils décident d'offrir des fleurs en hommage au printemps. En été, Licidas et Aglé chantent les moissons abondantes et rendent hommage à Cérès, déesse de l'agriculture, et à sa fille Proserpine. Ils invitent les moissonneurs à reconnaître les bienfaits de Cérès. En automne, Philis et Coridon discutent des dangers de l'abus de l'alcool, tout en reconnaissant ses vertus pour apaiser les douleurs. Ils prônent la modération. En hiver, Ismène et Corylas déplorent le froid et la désolation, mais trouvent du réconfort auprès du feu et des plaisirs offerts par Bacchus. Ils célèbrent les divinités qui apportent la joie et les fêtes brillantes.
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10
p. 244-250
ELOGE Historique de M. l'Abbé le Grand ; par le R. Pere Bougerel, Prêtre de l'Oratoire. Abregé de cet Eloge.
Début :
Joachim le Grand, nâquit à Saint Lo, Diocèse de Coutances, en Basse Normandie, [...]
Mots clefs :
Histoire, Joachim Legrand, Oratoire, Éloge, Abbé, Roi, Paris, Docteur, Succession, Espagne, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE Historique de M. l'Abbé le Grand ; par le R. Pere Bougerel, Prêtre de l'Oratoire. Abregé de cet Eloge.
ELOGE Historique de M. l'Abbé le
Grand ; par le R. Per: Bougerel , Prêtre
de l'Oratoire. Abregé de cet Eloge .
Ji
Oachim le Grand, nâquit à Saint Lo ,
Diocèse de Coutances , en Basse Normandie
, le 6 Février 1653. Il étudia la
Philo- [
FEVRIER. 1734. 245
Philosophie à Caen , sous le celebre Pierre
Cailly, et eut pour condisciple Pierre-
François de la Tour , mort depuis peu
General de l'Oratoire ; leur union a duré
autant que leur vie.
Il entra dans cette Congrégation en
1671. Il y étudia les Belles-Lettres et la
Théologie. Il en sortit en 1676. et s'attacha
à l'étude de l'Histoire par le conseil
du Pere le Cointe , et par la facilité
qu'il eut de consulter les Manuscrits
de la Bibliotheque du Roy, dont M.Thevenot
avoit alors la garde .
Le P. le Cointe étant décédé en 1681 .
il fit son Eloge , et ensuite celui de l'Abbé
de Maroles. Ces Eloges parurent dans
le Journal des Sçavans , Février et Avril
de la même année. L'Abbé le Grand fut
ensuite chargé successivement de l'éducation
du Marquis de Vins , et de celle
du Duc d'Etrées , sans aucun dérangement
dans le Plan de ses études d'Histoire
et de Critique.
Il eut en 1685. une conférence avec le
Docteur Burnet , depuis Evêque de Salisburi
, qui étoit venu à Paris , au sujet
de son Histoire de la Reformation d'Angletere
; dans laquelle l'Abbé le Grand
fit paroître beaucoup de capacité et beaucoup
d'amour pour la verité . Cette ma-
C tie246
MERCURE DE FRANCE
tiere l'engagea depuis à composer un
Ouvrage considérable sous ce titre : Histoire
du Divorce d'Henry VIII. Roy d'Angleterre
, et de Catherine d'Aragon ; la Def
fense de Sanderus , et la Réfutation des deux
premiers Livres de l'Histoire de la Réforma
tion de M. Burnet , et les Preuves. 3. vol
in 12.Paris , chez Martin et Boudot, 1688 .
Le Docteur Burnet ayant fait une courte
Critique en forme de Lettre de cette
Histoire, mais peu mesurée , par rapport
à son Auteur , l'Abbé le Grand se contenta
de publier de nouveau cette Lettre
avec un Avertissement à la tête , et quelques
Remarques au bas des pages .
L'année suivante 1689. le même Docteur
B... publia une Critique de l'Histoire
des Variations,ce qui donna lieu à l'Abbé
le Grand de lui adresser trois Lettres ,
sur les Variations , sur la Réformation et sur
l'Histoire du Divorce , lesquelles furent
imprimées à Paris en 1691. précédées
d'une Préface remplie d'Observations.
sur l'Histoire des Eglises Réformées , de
M. Basnage .
L'année suivante l'Abbé d'Estrées ayant
été nommé Ambassadeur en Portugal , il
choisit l'Abbé le Grand pour Secretairede
l'Ambassade . Celui- cy profita de l'occasion
pour acquerir de grandes connoissanFEVRIER.
1734. 247
sances sur les vastes Païs que les Portugais
appellent leurs Conquêtes.
De retour en France en 1697. il fit un
voyage en Bourgogne et en Dauphiné ,
pour recueillir les Memoires necessaires à
la composition de l'Histoire de ces Provinces.
Il fit imprimer en 1701. sa Traduction
de l'Histoire de l'Isle de Ceylan , du Capitaine
Jean de Ribeyro , à laquelle il ajouta
beaucoup de choses de son propre fonds:
Ouvrage qu'il dédia à la Comtesse d'Ericeyra.
En 1702 , 1703 et 1794 , notre Sçavant
fut encore employé en qualité de Secre
taire d'Ambassade , sous celles du Cardinal
et de l'Abbé d'Estrées en Espagne.Sur
la fin de la même année 1704. il fut choisi
pour être Secretaire general des Ducs et
Pairs de France , Emploi qui n'avoit point
été rempli depuis la mort de M. le Laboureur
, arrivée en 1675.
Sa profonde capacité dans l'Histoire et
dans le Droit Public , la justesse et la solidité
de ses vûës , dont il avoit donné .
des preuves en différentes occasions , déterminerent
M. le Marquis de Torcy , Ministre
d'Etat , de l'attacher au travail des
Affaires Etrangeres , dès l'année 1705. en
quoi il réussit si - bien que pendant les 10
Cij ang
248 MERCURE DE FRANCE .
années qui s'écoulerent jusqu'à la mort
du feu Roy , il n'y eut point d'Affaires
de conséquence , ausquelles l'Abbé le
Grand n'ait eu part , et sur lesquelles il
n'ait écrit. Voici les titres de quelquesuns
de ces Ecrits qui ont paru dans le
public.
Memoire , touchant la succession à la
Couronne d'Espagne . 1711. Reflexions sur
la Lettre à un Milord , sur la necessité et la
justice de l'entiere restitution de la Monarchie
d'Espagne , &c. 1711. Discours sur ce
qui s'est passé dans l'Empire , au sujet de
la succession d'Espagne . L'Allemagne menacée
d'être bientôt réduite en Monarchie
absoluë. Lettre de M. D. à M. le Docteur
M. touchant le Royaume de Bohéme.
Les autres Ouvrages sur ces matieres ;
qui n'ont pas été imprimez , concernent
Les Assemblées des Etats Generaux. Les
Régences. L'habileté à succeder à la Couronne;
et toutes les grandes Questions que
les Evenemens du dedans et du dehors du
Royaume lui ont donné lieu d'examiner
pendant plus de trente ans.
Il fut choisi en 172c . pour travailler à
l'Inventaire du Trésor des Chartres , travail
lié naturellement avec ses Etudes , et
auquel il se livra avec tout le zele possible
, ce qui ne l'empêcha pas de mettre
la
FEVRIER. 1734. 249
la derniere main à l'Histoire de Louis
XI. son Ouvrage favori ; il est intitulé :
Histoire et Vie de Louis XI.Roy de France,
avec les Preuves , et est resté Manuscrit
tout approuvé.
Il publia en 1728. la Relation Historique
d' Abissinie , du R. P. Jérôme Lobo , de
la Compagnie de Jesus , traduite du Portugais
en François , &c. 1. vol . 4. Paris ,chez
la veuve Coutelier . Il y en a un fort bel
Extrait dans le Journal des Sçavans , des
mois de Septembre et d'Octobre de la
même année 1728. ce qui dispense d'entrer
là - dessus dans aucun détail .
Il publia presque en même temps un
autre Ouvrage , qui a pour titre : De la
Succession à la Couronne de France , pour
les Agnats , ( c'est- à dire , pour la succession
Masculine directe. ) vol . 12. Paris ,
chez Martin et Guérin.
Le Marquis de Vins étant mort au mois
de Février 1732. l'Abbé le Grand , qui
lui étoit particulierement attaché , et qui
connoissoit son mérite , fit imprimer son
éloge dans le Mercure du mois de Mars
suivant.Il ne lui survécut pas long- tems ;
une seconde attaque d'Apoplexie l'enleva
le 1 de May 1733. chez Mrs Clairambault
, Généalogistes des Ordres du
Roy , ses anciens Amis et ses Exécuteurs
C iij tes250
MERCURE DE FRANCE
testamentaires. Il étoit âgé de 80 ans et 3
mois. Il fut inhumé simplement et sans
cérémonie , dans le Cimetiere de S. Joseph
, Paroisse de S. Eustache , ainsi qu'il
l'avoit ordonné .
Tous ceux qui l'ont particulierement
connu , conviennent que c'étoit un Homme
plein d'honneur , de probité , et de
religion , et des plus habiles du Royaume
sur le Droit Public, d'une vaste érudition
et d'une sagacité admirable.
Grand ; par le R. Per: Bougerel , Prêtre
de l'Oratoire. Abregé de cet Eloge .
Ji
Oachim le Grand, nâquit à Saint Lo ,
Diocèse de Coutances , en Basse Normandie
, le 6 Février 1653. Il étudia la
Philo- [
FEVRIER. 1734. 245
Philosophie à Caen , sous le celebre Pierre
Cailly, et eut pour condisciple Pierre-
François de la Tour , mort depuis peu
General de l'Oratoire ; leur union a duré
autant que leur vie.
Il entra dans cette Congrégation en
1671. Il y étudia les Belles-Lettres et la
Théologie. Il en sortit en 1676. et s'attacha
à l'étude de l'Histoire par le conseil
du Pere le Cointe , et par la facilité
qu'il eut de consulter les Manuscrits
de la Bibliotheque du Roy, dont M.Thevenot
avoit alors la garde .
Le P. le Cointe étant décédé en 1681 .
il fit son Eloge , et ensuite celui de l'Abbé
de Maroles. Ces Eloges parurent dans
le Journal des Sçavans , Février et Avril
de la même année. L'Abbé le Grand fut
ensuite chargé successivement de l'éducation
du Marquis de Vins , et de celle
du Duc d'Etrées , sans aucun dérangement
dans le Plan de ses études d'Histoire
et de Critique.
Il eut en 1685. une conférence avec le
Docteur Burnet , depuis Evêque de Salisburi
, qui étoit venu à Paris , au sujet
de son Histoire de la Reformation d'Angletere
; dans laquelle l'Abbé le Grand
fit paroître beaucoup de capacité et beaucoup
d'amour pour la verité . Cette ma-
C tie246
MERCURE DE FRANCE
tiere l'engagea depuis à composer un
Ouvrage considérable sous ce titre : Histoire
du Divorce d'Henry VIII. Roy d'Angleterre
, et de Catherine d'Aragon ; la Def
fense de Sanderus , et la Réfutation des deux
premiers Livres de l'Histoire de la Réforma
tion de M. Burnet , et les Preuves. 3. vol
in 12.Paris , chez Martin et Boudot, 1688 .
Le Docteur Burnet ayant fait une courte
Critique en forme de Lettre de cette
Histoire, mais peu mesurée , par rapport
à son Auteur , l'Abbé le Grand se contenta
de publier de nouveau cette Lettre
avec un Avertissement à la tête , et quelques
Remarques au bas des pages .
L'année suivante 1689. le même Docteur
B... publia une Critique de l'Histoire
des Variations,ce qui donna lieu à l'Abbé
le Grand de lui adresser trois Lettres ,
sur les Variations , sur la Réformation et sur
l'Histoire du Divorce , lesquelles furent
imprimées à Paris en 1691. précédées
d'une Préface remplie d'Observations.
sur l'Histoire des Eglises Réformées , de
M. Basnage .
L'année suivante l'Abbé d'Estrées ayant
été nommé Ambassadeur en Portugal , il
choisit l'Abbé le Grand pour Secretairede
l'Ambassade . Celui- cy profita de l'occasion
pour acquerir de grandes connoissanFEVRIER.
1734. 247
sances sur les vastes Païs que les Portugais
appellent leurs Conquêtes.
De retour en France en 1697. il fit un
voyage en Bourgogne et en Dauphiné ,
pour recueillir les Memoires necessaires à
la composition de l'Histoire de ces Provinces.
Il fit imprimer en 1701. sa Traduction
de l'Histoire de l'Isle de Ceylan , du Capitaine
Jean de Ribeyro , à laquelle il ajouta
beaucoup de choses de son propre fonds:
Ouvrage qu'il dédia à la Comtesse d'Ericeyra.
En 1702 , 1703 et 1794 , notre Sçavant
fut encore employé en qualité de Secre
taire d'Ambassade , sous celles du Cardinal
et de l'Abbé d'Estrées en Espagne.Sur
la fin de la même année 1704. il fut choisi
pour être Secretaire general des Ducs et
Pairs de France , Emploi qui n'avoit point
été rempli depuis la mort de M. le Laboureur
, arrivée en 1675.
Sa profonde capacité dans l'Histoire et
dans le Droit Public , la justesse et la solidité
de ses vûës , dont il avoit donné .
des preuves en différentes occasions , déterminerent
M. le Marquis de Torcy , Ministre
d'Etat , de l'attacher au travail des
Affaires Etrangeres , dès l'année 1705. en
quoi il réussit si - bien que pendant les 10
Cij ang
248 MERCURE DE FRANCE .
années qui s'écoulerent jusqu'à la mort
du feu Roy , il n'y eut point d'Affaires
de conséquence , ausquelles l'Abbé le
Grand n'ait eu part , et sur lesquelles il
n'ait écrit. Voici les titres de quelquesuns
de ces Ecrits qui ont paru dans le
public.
Memoire , touchant la succession à la
Couronne d'Espagne . 1711. Reflexions sur
la Lettre à un Milord , sur la necessité et la
justice de l'entiere restitution de la Monarchie
d'Espagne , &c. 1711. Discours sur ce
qui s'est passé dans l'Empire , au sujet de
la succession d'Espagne . L'Allemagne menacée
d'être bientôt réduite en Monarchie
absoluë. Lettre de M. D. à M. le Docteur
M. touchant le Royaume de Bohéme.
Les autres Ouvrages sur ces matieres ;
qui n'ont pas été imprimez , concernent
Les Assemblées des Etats Generaux. Les
Régences. L'habileté à succeder à la Couronne;
et toutes les grandes Questions que
les Evenemens du dedans et du dehors du
Royaume lui ont donné lieu d'examiner
pendant plus de trente ans.
Il fut choisi en 172c . pour travailler à
l'Inventaire du Trésor des Chartres , travail
lié naturellement avec ses Etudes , et
auquel il se livra avec tout le zele possible
, ce qui ne l'empêcha pas de mettre
la
FEVRIER. 1734. 249
la derniere main à l'Histoire de Louis
XI. son Ouvrage favori ; il est intitulé :
Histoire et Vie de Louis XI.Roy de France,
avec les Preuves , et est resté Manuscrit
tout approuvé.
Il publia en 1728. la Relation Historique
d' Abissinie , du R. P. Jérôme Lobo , de
la Compagnie de Jesus , traduite du Portugais
en François , &c. 1. vol . 4. Paris ,chez
la veuve Coutelier . Il y en a un fort bel
Extrait dans le Journal des Sçavans , des
mois de Septembre et d'Octobre de la
même année 1728. ce qui dispense d'entrer
là - dessus dans aucun détail .
Il publia presque en même temps un
autre Ouvrage , qui a pour titre : De la
Succession à la Couronne de France , pour
les Agnats , ( c'est- à dire , pour la succession
Masculine directe. ) vol . 12. Paris ,
chez Martin et Guérin.
Le Marquis de Vins étant mort au mois
de Février 1732. l'Abbé le Grand , qui
lui étoit particulierement attaché , et qui
connoissoit son mérite , fit imprimer son
éloge dans le Mercure du mois de Mars
suivant.Il ne lui survécut pas long- tems ;
une seconde attaque d'Apoplexie l'enleva
le 1 de May 1733. chez Mrs Clairambault
, Généalogistes des Ordres du
Roy , ses anciens Amis et ses Exécuteurs
C iij tes250
MERCURE DE FRANCE
testamentaires. Il étoit âgé de 80 ans et 3
mois. Il fut inhumé simplement et sans
cérémonie , dans le Cimetiere de S. Joseph
, Paroisse de S. Eustache , ainsi qu'il
l'avoit ordonné .
Tous ceux qui l'ont particulierement
connu , conviennent que c'étoit un Homme
plein d'honneur , de probité , et de
religion , et des plus habiles du Royaume
sur le Droit Public, d'une vaste érudition
et d'une sagacité admirable.
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Résumé : ELOGE Historique de M. l'Abbé le Grand ; par le R. Pere Bougerel, Prêtre de l'Oratoire. Abregé de cet Eloge.
L'abbé Joachim le Grand naquit à Saint-Lô, en Basse-Normandie, le 6 février 1653. Il étudia la philosophie à Caen sous la direction de Pierre Cailly et entra dans la Congrégation de l'Oratoire en 1671. Après des études en Belles-Lettres et en Théologie, il se consacra à l'histoire grâce au conseil du Père le Cointe et à l'accès aux manuscrits de la Bibliothèque du Roi. En 1681, il écrivit des éloges pour le Père le Cointe et l'abbé de Maroles, publiés dans le *Journal des Sçavans*. Il fut ensuite chargé de l'éducation du Marquis de Vins et du Duc d'Etrées, tout en poursuivant ses recherches historiques. En 1685, il eut une conférence avec le Docteur Burnet sur l'*Histoire de la Réformation d'Angleterre*, ce qui le conduisit à écrire *Histoire du Divorce d'Henry VIII*. En 1689, il publia trois lettres en réponse aux critiques de Burnet sur son ouvrage. En 1690, il devint secrétaire de l'ambassade en Portugal, puis en Espagne de 1702 à 1704. De retour en France, il fut nommé secrétaire général des Ducs et Pairs de France et travailla aux Affaires Étrangères à partir de 1705. Ses écrits incluent des mémoires sur la succession à la Couronne d'Espagne et des réflexions sur la monarchie. En 1726, il travailla à l'inventaire du Trésor des Chartes et acheva l'*Histoire de Louis XI*. Il publia également des traductions et des ouvrages sur la succession à la Couronne de France. L'abbé le Grand mourut le 1er mai 1733 à l'âge de 80 ans et fut inhumé simplement au cimetière de Saint-Joseph. Il était reconnu pour son honneur, sa probité, sa religion et son érudition en droit public.
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11
p. 250-253
A MADEMOISELLE D*** Sur la mort d'un Serin de Canarie.
Début :
Il n'est plus ce Serin, si joli, si charmant, [...]
Mots clefs :
Serin, Canaries, Amour, Sylvie, Chat, Charmes, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE D*** Sur la mort d'un Serin de Canarie.
A MADEMOISELLE D ***
I
Sur la mort d'un Serin de Canarie.
L n'est plus ce Serin , si joli , si charmant ,
Ce Serin , dont le sort étoit digne d'envie .
Il fut l'objet des soins de l'aimable Silvie ,
Il en fut aimé tendrement .
Il étoit jeune encor , mais un Enfant perfide
A suscité contre ses jours ,
Un Chat cruel , un Chat avide ,
Qui vient d'en terminer le cours.
Quel est donc,direz- vous, cet Enfant téméraires
Connoissez-le , Silvie , et craignez sa colere ;
Il peut vous porter d'autres coups ,
C'est un Dieu terrible et jaloux ,
On
1
FEVRIER 1734 251
On l'adore à Paphos , et Venus est sa mere ;
A ces traits , le connoissez - vous ?
Quoi , l'Amour ? ..... Oüi , l'Amour luimême
.
Calmez cette surprise extrême ,
Silvie , écoutez -moi , vous ne douterëz pas ,
Que lui seul , du Serin , n'ait causé le trépas ,
Je vais en peu de mots ,
éclairer ce mistère ;
Ce Serin étoit né dans les Bois de Cithere ,
Dans son nid l'Amour l'avoit pris ,
Il le destinoit à Cipris ;
Il vous vit par hazard , et touché de vos charmes,
Il change d'abord de dessein ,
Il veut vous offrir le Serin.
Sa présence auroit pû vous causer des allarmes ,
Peut-être auriez - vous craint ses traits .
Il se présente à vous , sans aîles , et sans armes ;
Dépouillé de tous ses attraits ,
D'une Prude il emprunte et la taille et les traits ›
Le Serin est offert , on l'accepte , une cage
Le retient près de vous dans la captivité.
On dit qu'il témoigna d'abord par son rámage,
Que son premier état n'étoit pas regretté ,
Il préferoit cet esclavage ,
A la plus grande liberté .
Que son sort étoit doux ! de la belle Silvie
Le voilà devenu l'unique amusement ;
Ses soins le rendirent charmant .
C iiij
Hélas !
252 MERCURE DE FRANCE
Hélas ! il méritoit une plus longue vie.
Par mille tours vifs , gracieux ,
Par son ramage harmonieux ,
Il invitoit souvent son aimable Maîtresse ,
A le reposer sur sa main ;
Mais il s'en échappoit bien-tôt avec adresse
Et d'une aîle légere , il voloit sur son sein.
L'Amour voyoit ce badinage ,
Il en devint bien- tôt jaloux ,
?
Voilà donc , dit- il , mon ouvrage ;
Si ce Serin jouit des plaisirs les plus doux ,
C'est à moi seul qu'il doit un si rare avantage ;
Mais cependant Silvie , au Printems de son âge ,
Perd avec lui trop de momens
Il est temps qu'elle fasse usage ,
De ces traits , de ces agrémens
Qu'elle reçut
de la nature ;
>
Soumettons- lui les coeurs d'une foule d'Amans.
Il dit , il tente l'avanture ,
Autant de traits qu'il lance , autant de coeurs
blessez ,
Parmi ces triomphes passez ,
Il n'en voyoit aucun qui fut si mémorable ;
Il conduit à vos pieds cette foule innombrable
Et croit que docile à ses loix ,
Vous allez faire enfin un choix.
Cupidon se trompa : Quelle fut sa colere ,
Quand il vit ces mortels de vos charmes
épris ,
S'etFEVRIER.
1734. 253
S'efforcer envain de vous plaire ;
L'indifférence , ou le mépris ,
De leur vive tendresse étoit l'indigne prix ,
Ainsi donc, dit l'Amour, le plaisir d'être aimée ,
Ne fatte point son jeune coeur !
Elle est de son Serin uniquement charmée !
Eh bien ! sur ce Serin exerçons ma fureur .
Pour l'amour outragé, la vangeance a des charmes
Que sa mort va couter de larmès !
Qu'il périsse... Il alloit le percer de ses Dards,
Quand un Chat frappe ses regards ;
Sois le Ministre de ma rage ;
Viens , dit-il , il le guide à l'instant vers la cage,
Il en ouvre l'entrée , et le Chat furieux ,
Şaisit le beau Serin , le devore à ses yeux.
Tel fut de ce Serin aimable ,
Le sort tragique et déplorable.
C'est un Char qui commit ce forfait odieux ,
Mais Cupidon fut son complice ;
Vous voyez de ce Dieu , jusqu'où va la malice ,
Quand il veut se vanger d'un coeur audacieux ,
Qui brave de ses traits les terribles atteintes.
Pardonnez-lui , Silvie , et retenez vos plaintes ,
Elles aigriroient son couroux ;
Qu'à ses loix votre coeur daigne enfin se soumettre
;
De sa part j'ose vous promettre ,
Le sort le plus heureux , les plaisirs les plus doux.
Par M. de la T... d'Aix.
I
Sur la mort d'un Serin de Canarie.
L n'est plus ce Serin , si joli , si charmant ,
Ce Serin , dont le sort étoit digne d'envie .
Il fut l'objet des soins de l'aimable Silvie ,
Il en fut aimé tendrement .
Il étoit jeune encor , mais un Enfant perfide
A suscité contre ses jours ,
Un Chat cruel , un Chat avide ,
Qui vient d'en terminer le cours.
Quel est donc,direz- vous, cet Enfant téméraires
Connoissez-le , Silvie , et craignez sa colere ;
Il peut vous porter d'autres coups ,
C'est un Dieu terrible et jaloux ,
On
1
FEVRIER 1734 251
On l'adore à Paphos , et Venus est sa mere ;
A ces traits , le connoissez - vous ?
Quoi , l'Amour ? ..... Oüi , l'Amour luimême
.
Calmez cette surprise extrême ,
Silvie , écoutez -moi , vous ne douterëz pas ,
Que lui seul , du Serin , n'ait causé le trépas ,
Je vais en peu de mots ,
éclairer ce mistère ;
Ce Serin étoit né dans les Bois de Cithere ,
Dans son nid l'Amour l'avoit pris ,
Il le destinoit à Cipris ;
Il vous vit par hazard , et touché de vos charmes,
Il change d'abord de dessein ,
Il veut vous offrir le Serin.
Sa présence auroit pû vous causer des allarmes ,
Peut-être auriez - vous craint ses traits .
Il se présente à vous , sans aîles , et sans armes ;
Dépouillé de tous ses attraits ,
D'une Prude il emprunte et la taille et les traits ›
Le Serin est offert , on l'accepte , une cage
Le retient près de vous dans la captivité.
On dit qu'il témoigna d'abord par son rámage,
Que son premier état n'étoit pas regretté ,
Il préferoit cet esclavage ,
A la plus grande liberté .
Que son sort étoit doux ! de la belle Silvie
Le voilà devenu l'unique amusement ;
Ses soins le rendirent charmant .
C iiij
Hélas !
252 MERCURE DE FRANCE
Hélas ! il méritoit une plus longue vie.
Par mille tours vifs , gracieux ,
Par son ramage harmonieux ,
Il invitoit souvent son aimable Maîtresse ,
A le reposer sur sa main ;
Mais il s'en échappoit bien-tôt avec adresse
Et d'une aîle légere , il voloit sur son sein.
L'Amour voyoit ce badinage ,
Il en devint bien- tôt jaloux ,
?
Voilà donc , dit- il , mon ouvrage ;
Si ce Serin jouit des plaisirs les plus doux ,
C'est à moi seul qu'il doit un si rare avantage ;
Mais cependant Silvie , au Printems de son âge ,
Perd avec lui trop de momens
Il est temps qu'elle fasse usage ,
De ces traits , de ces agrémens
Qu'elle reçut
de la nature ;
>
Soumettons- lui les coeurs d'une foule d'Amans.
Il dit , il tente l'avanture ,
Autant de traits qu'il lance , autant de coeurs
blessez ,
Parmi ces triomphes passez ,
Il n'en voyoit aucun qui fut si mémorable ;
Il conduit à vos pieds cette foule innombrable
Et croit que docile à ses loix ,
Vous allez faire enfin un choix.
Cupidon se trompa : Quelle fut sa colere ,
Quand il vit ces mortels de vos charmes
épris ,
S'etFEVRIER.
1734. 253
S'efforcer envain de vous plaire ;
L'indifférence , ou le mépris ,
De leur vive tendresse étoit l'indigne prix ,
Ainsi donc, dit l'Amour, le plaisir d'être aimée ,
Ne fatte point son jeune coeur !
Elle est de son Serin uniquement charmée !
Eh bien ! sur ce Serin exerçons ma fureur .
Pour l'amour outragé, la vangeance a des charmes
Que sa mort va couter de larmès !
Qu'il périsse... Il alloit le percer de ses Dards,
Quand un Chat frappe ses regards ;
Sois le Ministre de ma rage ;
Viens , dit-il , il le guide à l'instant vers la cage,
Il en ouvre l'entrée , et le Chat furieux ,
Şaisit le beau Serin , le devore à ses yeux.
Tel fut de ce Serin aimable ,
Le sort tragique et déplorable.
C'est un Char qui commit ce forfait odieux ,
Mais Cupidon fut son complice ;
Vous voyez de ce Dieu , jusqu'où va la malice ,
Quand il veut se vanger d'un coeur audacieux ,
Qui brave de ses traits les terribles atteintes.
Pardonnez-lui , Silvie , et retenez vos plaintes ,
Elles aigriroient son couroux ;
Qu'à ses loix votre coeur daigne enfin se soumettre
;
De sa part j'ose vous promettre ,
Le sort le plus heureux , les plaisirs les plus doux.
Par M. de la T... d'Aix.
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Résumé : A MADEMOISELLE D*** Sur la mort d'un Serin de Canarie.
Le poème 'A Mademoiselle D ***' raconte la mort d'un serin de Canarie, chéri par Silvie. Ce serin, né dans les bois de Cythère, est offert à Silvie par l'Amour, qui le prive d'ailes et d'armes pour éviter qu'il ne l'alerte. Silvie accepte l'oiseau et en prend soin. Cependant, l'Amour, jaloux de leur complicité, décide de se venger. Il utilise un chat pour tuer le serin, frustré que Silvie ne réponde pas à ses avances et reste attachée à l'oiseau. Le poème se conclut par une exhortation à Silvie de se soumettre aux lois de l'Amour pour éviter sa colère et obtenir un sort heureux.
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12
p. 254-269
REFLEXIONS de M. Simonnet Prieur d'Heurgeville, sur la Question proposée dans le Mercure d'Août 1733. Quel est l'état le plus propre à acquerir la Sagesse, de la Richesse ou de la Pauvreté.
Début :
Il est une vraye et une fausse Sagesse, et les hommes sont si aveugles ou si [...]
Mots clefs :
Sagesse, Richesses, Pauvreté, Passions, Riches, Vertu, Hommes, Vérité, Monde, Préjugés
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS de M. Simonnet Prieur d'Heurgeville, sur la Question proposée dans le Mercure d'Août 1733. Quel est l'état le plus propre à acquerir la Sagesse, de la Richesse ou de la Pauvreté.
REFLEXIONS de M. Simonnet
Prieur d'Heurgeville , sur la Question
proposée dans le Mercure d'Août 1733 .
Quel est l'état le plus propre à acquerir la
Sagesse , de la Richesse ou de la Pauvreté.
I
و
L est une vraye et une fausse Sagesse ,
et les hommes sont si aveugles ou si
pervers , qu'il est très - rare qu'ils ne recherchent
et n'estiment plutôt ce vain
fantôme de Sagesse que la Sagesse
même , qu'ils traitent de foiblesse et de
simplicité ; tant le déreglement du coeur
a répandu de profondes ténébres dans
l'esprit. Ce seroit donc " bâtir en l'air et
établir des principes sans fondement, que
de vouloir assigner l'état le plus favora
ble à la Sagesse , sans avoir auparavant
défini ce que l'on entend ordinairement,
et ce que l'on doit entendre par ce terme
si commun , mais dont on a des idées și
peu justes et si confuses.
En quoi le monde fait-il consister la
Sagesse ? Dans un extérieur de probité
que le coeur dément ; dans l'art de dissimuler
ses sentimens ; à parler d'une
façon et penser d'une autre ; à donner à
la fausseté, des couleurs de la verité; et à
couvrir
FEVRIER. 1734. 255
couvrir celle - ci des apparences odieuses
du mensonge ; à faire jouer mille ressorts
et mille machines pour venir à ses fins ;
et à engager les hommes droits dans les
piéges qu'on leur tend : c'est ce qu'on
nomme fine politique , Sagesse consommée.
Paroître avec un visage riant et un
visage ouvert , lorsque l'on est rongé intérieurement
d'envie , de jalousie , d'animosité
faire obligeamment mille offres
de services à ceux même que l'on verroit
avec joye perir et abîmer, parce que l'interêt
et l'ambition le demandent; sçavoir
prendre des souterrains qui cachent le
crime et l'injustice , pour se pousser et
faire son chemin à quelque prix que ce
soit ; se deffendre des vices grossiers ,
énormes et infamans , sans se mettre en
peine de toutes les horreurs qui se cachent
sous le voile des ténébres et du silence
; c'est ce qui s'appelle être Sage :
en un mot, certe Sagesse du monde n'est
que le déguisement des passions criminelles
dont on est l'esclave ; au lieu que
la vraie Sagesse en est la victoire et le
triomphe, ou du moins elle apprend à les
regler , à les moderer , à les maîtriser.
Il y en a qui mettent la Sagesse dans
une humeur sombre, mélancolique , austere
; dans un air triste et morne ; dans
C vj
une
256 MERCURE DE FRANCE
une certaine pesanteur ennuyeuse et à
charge à tout le monde ; mais ils se
trompent: la vraye sagesse n'a rien de farouche
ni de rebutant , c'est une vertu
de societé qui lie les hommes par la bonté
, la douceur , l'amitié sincere , qui les
instruit et les corrige , sans les choquer
ni les aigrir , elle s'insinue dans les coeurs
par des charmes dont ils ne peuvent se
deffendre. Quoiqu'elle soit ennemie du
déguisement et de la duplicité , elle
sçait dissimuler à propos, et semble ne pas
appereevoit ce qu'elle ne peut rectifier.
Elle fait valoir agréablement les interêts
de la justice et de la verité , et elle a le
secret de les rendre aimables ; si elle est
obligée de combattre vigoureusement
ou de souffrir pour les deffendre , elle le
fait avec joye , sans fiel , sans animosité.
Sa constance la soutient dans tous les
maux et dans les disgraces : quoiqu'elle
n'y soit pas insensible , elle aime mieux en
étre la victime que de les susciter, quand
elle le pourroit , à ceux qui se déclarent
ses ennemis .
Les Stoïciens se sont rendus ridicules,
par l'idée extravagante qu'ils donnoient
de leur Sage. A les entendre il étoit aussi
insensible qu'un rocher contte lequel
viennent se briser les flots de la Mer. Les
inforFEVRIER
. 1734. 257
infortunes , les pertes , les afflictions les
plus accablantes ne lui causoient pas la
moindre émotion. Il étoit à l'épreuve des
douleurs les plus cuisantes , des playes les
plus profondes , des plus terribles coups,
dont un homme puisse être frappé . Il n'y
avoit ni peines ni tourmens si affreux qui
pussent troubler la severité de son ame,
et l'empêcher d'être heureux. Voilà à
quelle outrance le feu de l'imagination
a porté des hommes , d'ailleurs éclairez
, qui faisoient l'admiration de leur
tems , et qui s'appliquoient uniquement
à la recherche de la Sagesse ; telle étoit
l'idée fausse et chimerique qu'ils en
avoient conçue , et qu'ils vouloient en faire
concevoir aux autres . Il falloit qu'ils connussent
bien peu l'Homme naturellement
si sensible et si délicat , pour le croire
capable d'une telle insensibilité , d'une
telle dureté , qui seroit contre sa nature
et qui dégenereroit en vice. Ils ne sçavoient
gueres ce que c'étoit que la vertu
pour en forger une de cette trempe. La
vertu ne consiste pas à être insensible
mais à vaincre la sensibilité par une fermeté
et une constance inébranlable qui
tienne inviolablement attaché au devoir.
C'est ainsi que de tout tems chacun
s'est figuré une Sagesse à son gré , et selon
258 MERCURE DE FRANCE;
,
lon son caprice; on est tombé tantôt dans
un excès, tantôt dans un autre . On a consulté
ses vûës , ses desseins , ses intérêts
pour paroître Sage sans l'être effectivement
, les passions se sont travesties et
ont voulu se montrer sous l'habillement
de la Sagesse ; mais si elles ont trompé
quelque tems les yeux des hommes peu
éclairez , on les a enfin reconnues pour
ce qu'elles étoient , et elles ont été honteu
sement dépouillées de ce vain ornement
dont elles avoient eu l'audace de se parer.
La parole du sage : rien de trop , est
peut-être la notion la plus juste , la plus
précise , la plus exacte que l'on puisse
donner de la vraie Sagesse. La difficulté
est de trouver et de garder ce juste milieu
en quoi elle consiste. Le sentier est extrémement
étroit et glissant ; il n'est pas
aisé de l'appercevoir , et il est presque
impossible de n'y pas broncher : delà
vient qu'il y a si peu de personnes qui
y entrent et qui s'y soutiennent. Les uns
sont trop promps , trop vifs , trop ardens ;
les autres trop flegmatiques , trop indolens
: vous en verrez qui affectent un
sérieux et une gravité qui glace : its
veulent paroître Sages et ce sont de vrais
Pedants; d'autres, pour éviter ce travers,
sont sottement folâtres et badins sans
>
rien
FEVRIER. 1734. 259
›
rien rabattre de la bonne opinion qu'ils
ont d'eux - mêmes ; beaucoup ont des manieres
trop libres et peu décentes , d'autres
sont trop resserrez , trop pointilleux .
Franchement à regarder les hommes tels
qu'ils sont , il n'y en a point dont on
puisse prononcer absolument qu'ils sont
Sages. Ils ont tous leurs défauts
et la
vraye Sagesse n'en souffre point , parce
que les défauts sont autant de dérangemens
de la raison , d'accès de folie , moins
durables , à la verité , et moins sensibles
mais aussi réels qu'une folie déclarée et
perseverante. La parfaite Sagesse est plutôt
dans le Ciel que sur la terre ; notre
partage est d'y tendre et d'en approcher
autant que la foiblesse humaine le permet
, en réprimant et retranchant lesdéfauts
que nous remarquons en nous : ( et
heureux qui les connoît ! c'est un commencement
de Sagesse , ) mais il ne faut
pas être assez vain pour s'imaginer jamais
de l'avoir acquise dans toute sa perfection.
·
Cette sublime vertu consiste donc dans
une certaine force , une certaine vigueur,
qui tient l'ame comme sur un point fixe
dans un exact équilibre entre l'excès.de
joye et de tristesse , de fermeté et de sensibilité,
d'amour et d'indifférence, de lentear
260 MERCURE DE FRANCE
>
teur et de vivacité , de bravoure et de
retenuë , de crainte et d'intrépidité ; qui
la rend maîtresse de tous ses mouvemens ,
qu'elle regle et qu'elle modere selon les
loix d'une raison éclairée qui la met audessus
de toute révolte des sens , de tout
déreglement des passions qu'elle gouverne
et qu'elle réduit avec un empire absolu.
Telle est la vraye Sagesse , qui convient
à l'homme,à laquelle il peut et doit
aspirer , mais dont, foible comme il est ,
il s'écartera toujours de quelque degré
à proportion de sa foiblesse ; s'il ne lus
est pas donné de parvenir au comble de
la perfection , où réside la Sagesse dans
son plein , il n'est pas moins obligé de
travailler à en approcher et à mesure qu'il
fera du progrès , on pourra dire qu'il
augmente en Sagesse .
у
Or en ce sens y a- t- il un état plus
propre que l'autre à l'acquerir ? la fausse
Sagesse est fort asservie à la situation des
personnes, et dépendante des circonstances
, des erreurs , des passions qui la favorisent
et qui la soutiennent. Il n'en est
pas ainsi de la vraie Sagesse ; elle est libre
et indépendante ; comme une puissante
Reine elle domine souverainement sur
tous les Etats , sur toutes les conditions;
Elle brille dans la prosperité , elle triomphe
FEVRIER 1734. 261
phe dans l'adversité les Richesses ne
peuvent la corrompre ; les miseres de la
Pauvreté ne peuvent l'avilir ; Elle habite
noblement dans la chaumière et s'assie
modestement sur le trône ; son éclat et
sa force se font sentir sous de vils haillons
, comme sous la pourpre
des Rois.
Elle appelle , elle invite tous les peuples ,
toutes les nations , tous les hommes jeunes
et vieux , grands et petits , riches et
pauvres ; mais qu'il y en a peu qui l'écoutent
! presque tous aiment mieux se laisser
entraîner par la passion , que conduire
par la Sagesse. C'est une lumiere bienfaisante
et universelle qui luit dans les ténébres
, mais les ténébres ne la com
prennent pas ; l'erreur , les préjugez ,
les passions dominantes du coeur humain
forment dans l'ame des nuages épais qui
empêchent ordinairement ses rayons d'y
pénétrer. Ainsi, quoique la Sagesse d'ellemême
soit indépendante , et que par sa
force elle puisse absolument surmonter
tous les obstacles et triompher de tous ses
ennemis ; il faut cependant avouer que
comme elle n'agit point avec violence ,
les oppositions qu'elle rencontre dans
certains états l'en éloignent ; il est
vrai que celui là est plus propre à l'acquerir
où elle trouve moins de résistance
et
262 MERCURE DE FRANCE
et où elle s'insinue avec plus de facilité.
Il s'agit donc ici d'exantiner lequel des
deux Etats de Richesse ou de Pauvreté
présente à la Sagesse plus ou moins de
difficultés et d'obstacles à surmonter: Ces
obstacles se réduisent , comme je l'ai déja
insinué, aux erreurs, aux préjugez , aux
passions .
Il est constant que dans l'état de Pauvreté
les erreurs et les préjugez sont en
plus petit nombre et moins difficiles à
vaincre. La verité s'y fait jour beaucoup
plus aisément chez les grands et les riches
dont elle ne peut presque aborder. Une
troupe de flatteurs les assiegent : on a
interêt de les menager ; on n'ose choquer
leurs préjugez et leur parler avec franchise
dans la crainte de s'attirer quelque
facheuse affaire . Si on leur annonce la verité
, ce n'est qu'avec des ménagemens
et des adoucissemens qui l'énervent et la
défigurent : rarement ils la reconnoissent
sous les déguisemens dont on la couvre
et encore plus rarement ils se l'appliquent.
Un homme qui se mêle d'instruire
ou de reprendre, quelque précaution qu'il
prenne pour le faire honnêtement , devient
importun et passe pour incivil
chez les personnes d'un certain rang : on
craint de le voir et il est trop heureux si
on
FEVRIER. 1734 263
on ne le chasse pas honteusement , si
même on ne lance pas contre lui quelques
traits d'indignation et de vengeance .
Les Petits et les pauvres sont plus dociles
et moins délicats , on en approche sans
peine ; on leur fait voir la verité dans
tout son jour ; on ne craint point de les
fatiguer de remontrances ; si quelquefois
ils ne les reçoivent pas bien , on en est
quitte pour avoir perdu sa peine ; du
moins ils ne sont pas redoutables. On
voit par expérience qu'ils ne tiennent pas
beaucoup aux erreurs et aux préjugez ,
quand on veut se donner le soin de les
instruire. D'ailleurs ils en ont moins que
les riches les faux principes du monde
ne leur ont pas si fort gâté l'esprit et cor.
rompu le jugement .
:
Il y a parmi les personnes du commun
plus de droiture , de simplicité , de candeur
; excellentes dispositions pour donner
entrée à la Sagesse . Ils n'ont pas de
si grands interêts qui les dominent et qui
les aveuglent ; ils ne sont pas étourdis
par tout ce tumulte , ces intrigues , ces
grands mouvemens qui agitent les riches
et qui étouffent la voix de la Sagesse . Les
passions les plus vives, les plus flatteuses,
ou les plus turbulentes qui dévorent
coux-ci , et qui ferment toutes les ave-
: nues
264 MERCURE DE FRANCE
و
nuës à la Sagesse , sont bien amorties
dans la Pauvreté , parce qu'elles n'y trouvent
presque point d'amorce . Ces dangereuses
maîtresses du coeur humain ne
font que languis dans un état où elles
manquent d'aliment , où rien ne les favorise
, où tout semble conjuré pour
leur perte. L'amour propre , ce tyran des
grandes fortunes est presque anéanti
dans les humiliations de la Pauvreté ;
l'ambition toujours inquiéte inquiéte et jamais
contente, n'y voit point de jour à se produire
et demeure sans action , sans mouvement
, dans une espece de l'éthargie,
l'attachement aux Richesses qui suit la
possession , cette honteuse ct insatiable
avarice n'a gueres lieu où elle ne sent rien
qui l'attire et qui puisse la contenter.
S'il y a quelques exemples du contraire,
ce sont des prodiges qui ne tirent pas
conséquence. Pour peu qu'on connoisse
de Pauvre , on le voit plus satisfait dans
les bornes étroites de sa condition , et
moins avide des biens périssables , que la
plupart des riches du siécle ; la volupté ,
des délices qui corrompent le coeur , qui
empoisonnent l'ame , et qui étouffent la
Sagesse , ces funestes syrenes qui attirent,
qui chatment, qui enchantent, pour donner
la mort , trouvent peu d'ouverture
dans
FEVRIER 1734. 265
dans un état dont la peine et le travail
sont inséparables , où l'on gagne difficilement
son pain à la sueur de son front,
où le corps est masté par de rudes et de
continuelles fatigues , où l'on ne voit aucune
des douceurs et des commoditez
qui engendrent et qui fomentent la mollesse.
La vie dure et laborieuse n'est pas
compatible avec les délicatesses de la sensualité
, dont les Richesses et l'abondance
sont le pernicieux aliment. Le Pauvre est
donc plus libre , plus dégagé , moins
esclave des passions.
Il faut avouer que ces veritez sont désolantes
pour les Riches , qui n'ont pas
perdu tout sentiment d'honneur et de
probité, et qui conservent encore du gout
pour la vertu. Tel est le danger de leur
état , qu'à moins qu'ils ne soient continuellement
en garde , et qu'ils n'ayent
le courage de rompre toutes ces barrieres,
de dissiper tous ces nuages , d'écarter
tous ces obstacles , la vraie Sagesse ne
peut avoir accès auprès d'eux . Rien n'est
plus propre à rabattre la présomption
trop ordinaire aux personnes distinguées
dans le monde par les faveurs de la fortune
, et à leur faire sentir combien est
injuste le mépris qu'ils font de la Pauvreté
, qui , à ne consulter même que les
lumieres
266 MERCURE DE FRANCE
lumieres naturelles , est préferable à l'affluence
des richesses , parce qu'elle est
plus favorable à la sagesse et à la vertu .
Les hommes les plus éclairez du Paganisme
, ces anciens Philosophes si cebres
dans l'Antiquité , s'accordent en
ce point avec les Chrétiens. Ils regardent
la pauvreté jointe à la frugalité et
à la vie dure , qui en sont les suites naturelles
, comme l'Ecole de la vertu . Au
contraire tout le soin , l'attirail , les agitations
qui accompagnent les richesses ,
leur paroissent un veritable esclavage, qui
entraîne celui de toutes les passions qu'elles
font naître et qu'elles nourrissent . Lycurgue
, ce fameux Législateur de Sparte ,
netrouva pas de moïen plus sûr et plus
puissant pour former les Laccdémoniensà
la sagesse et à la vertu , que de leur deffendre
l'usage de l'or et de l'argent.Jamais les
anciens Romains ne parurent si sages et si:
vertueux que lorsqu'ils témoignerent un
souverain mépris pour les richesses , et.
dès que l'abondance et le luxe s'y furent
introduits , ils tomberent dans les folies,
er les extravagances des passions les plus
effienées. Socrate , déclaré par l'Oracle ,,
l'homme le plus sage de la Grece , n'étoit
que le fils d'un simple Artisan , et
quoique l'éclat de son mérite eût pû le
mettre
FEVRIER 1734. 267
mettre au large et lui procurer les graces
de la fortune , il méprisa constammant
les richesses , et témoigna en toute
Occasion l'estime qu'il faisoit de la Pauvreté.
A la vûë de tout ce que la pompe
et le luxe pouvoient étaler de plus brillant
, il se félicitoit lui- même de pouvoir
s'en passer ; que de choses , disoit- il,
dont je n'ai pas besoin .
Que les Riches ne fassent donc point
si fort les hommes importans ; qu'ils ne
se flattent point tant des avantages d'une
florissante prosperité ; qu'ils ne regar
dent pas d'un air si méprisant ; qu'ils
ne traitent pas avec tant de hauteur et
de dureté le Pauvre qui les fait vivre de
son travail , de son industrie et qui les
aide de ses services , plus necessaires.
que ceux qu'ils peuvent eux mêmes lui
rendre . En vain possederoient- ils tous les
trésors du monde , sans le Laboureur ,
le Vigneron , le Jardinier qui cultivens
la terre ; avec tout leur or et leur
argent
ils n'auroient pas de quoi fournir aux
besoins les plus pressants de la vie ; sans
P'Artisan qui travaille utilement pour
cux , sans les Serviteurs qui sont à leurs .
gages ; malgré l'abondance de leurs richesses
, ils manqueroient d'habits pour
se couvrir , et seroient privez de toutes
les
268 MERCURE DE FRANCE
1
les commoditez et les délices qu'ils recherchent
avec tant d'empressement.
Quoique les Riches disent et pensent ,
ils ne peuvent se passer du Pauvre , et
le Pauvre pourroit absolument se passer
d'eux. Accoutumé à se contenter de peu
et à vivre frugalement du travail de ses
mais , il subsisteroit sans l'usage de l'or
et de l'argent ; il tireroit toujours de la
fécondité de la terre , les vrayes richesses
qu'elle renferme dans son sein et qu'elle
reproduit chaque année ; il vivroit tranquille,
sans les injustes vexations des Riches
qui s'engraissent de sa substance
qui lui ravissent trop souvent , par fraude
ou à force ouverte , le juste fruit de
ses travaux et le modique heritage de
ses peres . La sagesse et la vertu , quand
il a le bonheur de les posseder , sont les
seuls biens solides qu'on ne peut lui ôter;
ils lui appartiennent préferablement au
Riche,qui s'en rend indigne par le choix
qu'il fait des biens périssables ; les heureuses
dispositions qu'il y apporte par
son état même le dédommagent bien de
ce qui lui manque du côté de la fortune.
Nonobstant les préjugez contraires, on
ne peut disconvenir que naturellement
la prosperité n'aveugle et l'adversité ne
donne d'excellentes leçons de sagesse . Il
est
FEVRIER 1734. 269
est donc prouvé que la Richesse qui est
un état de prosperité , est moins propre
à l'acquerir que la Pauvreté , dont l'Adversité
est la fidelle Compagne .
La suite pour le Mercure prochain.
Prieur d'Heurgeville , sur la Question
proposée dans le Mercure d'Août 1733 .
Quel est l'état le plus propre à acquerir la
Sagesse , de la Richesse ou de la Pauvreté.
I
و
L est une vraye et une fausse Sagesse ,
et les hommes sont si aveugles ou si
pervers , qu'il est très - rare qu'ils ne recherchent
et n'estiment plutôt ce vain
fantôme de Sagesse que la Sagesse
même , qu'ils traitent de foiblesse et de
simplicité ; tant le déreglement du coeur
a répandu de profondes ténébres dans
l'esprit. Ce seroit donc " bâtir en l'air et
établir des principes sans fondement, que
de vouloir assigner l'état le plus favora
ble à la Sagesse , sans avoir auparavant
défini ce que l'on entend ordinairement,
et ce que l'on doit entendre par ce terme
si commun , mais dont on a des idées și
peu justes et si confuses.
En quoi le monde fait-il consister la
Sagesse ? Dans un extérieur de probité
que le coeur dément ; dans l'art de dissimuler
ses sentimens ; à parler d'une
façon et penser d'une autre ; à donner à
la fausseté, des couleurs de la verité; et à
couvrir
FEVRIER. 1734. 255
couvrir celle - ci des apparences odieuses
du mensonge ; à faire jouer mille ressorts
et mille machines pour venir à ses fins ;
et à engager les hommes droits dans les
piéges qu'on leur tend : c'est ce qu'on
nomme fine politique , Sagesse consommée.
Paroître avec un visage riant et un
visage ouvert , lorsque l'on est rongé intérieurement
d'envie , de jalousie , d'animosité
faire obligeamment mille offres
de services à ceux même que l'on verroit
avec joye perir et abîmer, parce que l'interêt
et l'ambition le demandent; sçavoir
prendre des souterrains qui cachent le
crime et l'injustice , pour se pousser et
faire son chemin à quelque prix que ce
soit ; se deffendre des vices grossiers ,
énormes et infamans , sans se mettre en
peine de toutes les horreurs qui se cachent
sous le voile des ténébres et du silence
; c'est ce qui s'appelle être Sage :
en un mot, certe Sagesse du monde n'est
que le déguisement des passions criminelles
dont on est l'esclave ; au lieu que
la vraie Sagesse en est la victoire et le
triomphe, ou du moins elle apprend à les
regler , à les moderer , à les maîtriser.
Il y en a qui mettent la Sagesse dans
une humeur sombre, mélancolique , austere
; dans un air triste et morne ; dans
C vj
une
256 MERCURE DE FRANCE
une certaine pesanteur ennuyeuse et à
charge à tout le monde ; mais ils se
trompent: la vraye sagesse n'a rien de farouche
ni de rebutant , c'est une vertu
de societé qui lie les hommes par la bonté
, la douceur , l'amitié sincere , qui les
instruit et les corrige , sans les choquer
ni les aigrir , elle s'insinue dans les coeurs
par des charmes dont ils ne peuvent se
deffendre. Quoiqu'elle soit ennemie du
déguisement et de la duplicité , elle
sçait dissimuler à propos, et semble ne pas
appereevoit ce qu'elle ne peut rectifier.
Elle fait valoir agréablement les interêts
de la justice et de la verité , et elle a le
secret de les rendre aimables ; si elle est
obligée de combattre vigoureusement
ou de souffrir pour les deffendre , elle le
fait avec joye , sans fiel , sans animosité.
Sa constance la soutient dans tous les
maux et dans les disgraces : quoiqu'elle
n'y soit pas insensible , elle aime mieux en
étre la victime que de les susciter, quand
elle le pourroit , à ceux qui se déclarent
ses ennemis .
Les Stoïciens se sont rendus ridicules,
par l'idée extravagante qu'ils donnoient
de leur Sage. A les entendre il étoit aussi
insensible qu'un rocher contte lequel
viennent se briser les flots de la Mer. Les
inforFEVRIER
. 1734. 257
infortunes , les pertes , les afflictions les
plus accablantes ne lui causoient pas la
moindre émotion. Il étoit à l'épreuve des
douleurs les plus cuisantes , des playes les
plus profondes , des plus terribles coups,
dont un homme puisse être frappé . Il n'y
avoit ni peines ni tourmens si affreux qui
pussent troubler la severité de son ame,
et l'empêcher d'être heureux. Voilà à
quelle outrance le feu de l'imagination
a porté des hommes , d'ailleurs éclairez
, qui faisoient l'admiration de leur
tems , et qui s'appliquoient uniquement
à la recherche de la Sagesse ; telle étoit
l'idée fausse et chimerique qu'ils en
avoient conçue , et qu'ils vouloient en faire
concevoir aux autres . Il falloit qu'ils connussent
bien peu l'Homme naturellement
si sensible et si délicat , pour le croire
capable d'une telle insensibilité , d'une
telle dureté , qui seroit contre sa nature
et qui dégenereroit en vice. Ils ne sçavoient
gueres ce que c'étoit que la vertu
pour en forger une de cette trempe. La
vertu ne consiste pas à être insensible
mais à vaincre la sensibilité par une fermeté
et une constance inébranlable qui
tienne inviolablement attaché au devoir.
C'est ainsi que de tout tems chacun
s'est figuré une Sagesse à son gré , et selon
258 MERCURE DE FRANCE;
,
lon son caprice; on est tombé tantôt dans
un excès, tantôt dans un autre . On a consulté
ses vûës , ses desseins , ses intérêts
pour paroître Sage sans l'être effectivement
, les passions se sont travesties et
ont voulu se montrer sous l'habillement
de la Sagesse ; mais si elles ont trompé
quelque tems les yeux des hommes peu
éclairez , on les a enfin reconnues pour
ce qu'elles étoient , et elles ont été honteu
sement dépouillées de ce vain ornement
dont elles avoient eu l'audace de se parer.
La parole du sage : rien de trop , est
peut-être la notion la plus juste , la plus
précise , la plus exacte que l'on puisse
donner de la vraie Sagesse. La difficulté
est de trouver et de garder ce juste milieu
en quoi elle consiste. Le sentier est extrémement
étroit et glissant ; il n'est pas
aisé de l'appercevoir , et il est presque
impossible de n'y pas broncher : delà
vient qu'il y a si peu de personnes qui
y entrent et qui s'y soutiennent. Les uns
sont trop promps , trop vifs , trop ardens ;
les autres trop flegmatiques , trop indolens
: vous en verrez qui affectent un
sérieux et une gravité qui glace : its
veulent paroître Sages et ce sont de vrais
Pedants; d'autres, pour éviter ce travers,
sont sottement folâtres et badins sans
>
rien
FEVRIER. 1734. 259
›
rien rabattre de la bonne opinion qu'ils
ont d'eux - mêmes ; beaucoup ont des manieres
trop libres et peu décentes , d'autres
sont trop resserrez , trop pointilleux .
Franchement à regarder les hommes tels
qu'ils sont , il n'y en a point dont on
puisse prononcer absolument qu'ils sont
Sages. Ils ont tous leurs défauts
et la
vraye Sagesse n'en souffre point , parce
que les défauts sont autant de dérangemens
de la raison , d'accès de folie , moins
durables , à la verité , et moins sensibles
mais aussi réels qu'une folie déclarée et
perseverante. La parfaite Sagesse est plutôt
dans le Ciel que sur la terre ; notre
partage est d'y tendre et d'en approcher
autant que la foiblesse humaine le permet
, en réprimant et retranchant lesdéfauts
que nous remarquons en nous : ( et
heureux qui les connoît ! c'est un commencement
de Sagesse , ) mais il ne faut
pas être assez vain pour s'imaginer jamais
de l'avoir acquise dans toute sa perfection.
·
Cette sublime vertu consiste donc dans
une certaine force , une certaine vigueur,
qui tient l'ame comme sur un point fixe
dans un exact équilibre entre l'excès.de
joye et de tristesse , de fermeté et de sensibilité,
d'amour et d'indifférence, de lentear
260 MERCURE DE FRANCE
>
teur et de vivacité , de bravoure et de
retenuë , de crainte et d'intrépidité ; qui
la rend maîtresse de tous ses mouvemens ,
qu'elle regle et qu'elle modere selon les
loix d'une raison éclairée qui la met audessus
de toute révolte des sens , de tout
déreglement des passions qu'elle gouverne
et qu'elle réduit avec un empire absolu.
Telle est la vraye Sagesse , qui convient
à l'homme,à laquelle il peut et doit
aspirer , mais dont, foible comme il est ,
il s'écartera toujours de quelque degré
à proportion de sa foiblesse ; s'il ne lus
est pas donné de parvenir au comble de
la perfection , où réside la Sagesse dans
son plein , il n'est pas moins obligé de
travailler à en approcher et à mesure qu'il
fera du progrès , on pourra dire qu'il
augmente en Sagesse .
у
Or en ce sens y a- t- il un état plus
propre que l'autre à l'acquerir ? la fausse
Sagesse est fort asservie à la situation des
personnes, et dépendante des circonstances
, des erreurs , des passions qui la favorisent
et qui la soutiennent. Il n'en est
pas ainsi de la vraie Sagesse ; elle est libre
et indépendante ; comme une puissante
Reine elle domine souverainement sur
tous les Etats , sur toutes les conditions;
Elle brille dans la prosperité , elle triomphe
FEVRIER 1734. 261
phe dans l'adversité les Richesses ne
peuvent la corrompre ; les miseres de la
Pauvreté ne peuvent l'avilir ; Elle habite
noblement dans la chaumière et s'assie
modestement sur le trône ; son éclat et
sa force se font sentir sous de vils haillons
, comme sous la pourpre
des Rois.
Elle appelle , elle invite tous les peuples ,
toutes les nations , tous les hommes jeunes
et vieux , grands et petits , riches et
pauvres ; mais qu'il y en a peu qui l'écoutent
! presque tous aiment mieux se laisser
entraîner par la passion , que conduire
par la Sagesse. C'est une lumiere bienfaisante
et universelle qui luit dans les ténébres
, mais les ténébres ne la com
prennent pas ; l'erreur , les préjugez ,
les passions dominantes du coeur humain
forment dans l'ame des nuages épais qui
empêchent ordinairement ses rayons d'y
pénétrer. Ainsi, quoique la Sagesse d'ellemême
soit indépendante , et que par sa
force elle puisse absolument surmonter
tous les obstacles et triompher de tous ses
ennemis ; il faut cependant avouer que
comme elle n'agit point avec violence ,
les oppositions qu'elle rencontre dans
certains états l'en éloignent ; il est
vrai que celui là est plus propre à l'acquerir
où elle trouve moins de résistance
et
262 MERCURE DE FRANCE
et où elle s'insinue avec plus de facilité.
Il s'agit donc ici d'exantiner lequel des
deux Etats de Richesse ou de Pauvreté
présente à la Sagesse plus ou moins de
difficultés et d'obstacles à surmonter: Ces
obstacles se réduisent , comme je l'ai déja
insinué, aux erreurs, aux préjugez , aux
passions .
Il est constant que dans l'état de Pauvreté
les erreurs et les préjugez sont en
plus petit nombre et moins difficiles à
vaincre. La verité s'y fait jour beaucoup
plus aisément chez les grands et les riches
dont elle ne peut presque aborder. Une
troupe de flatteurs les assiegent : on a
interêt de les menager ; on n'ose choquer
leurs préjugez et leur parler avec franchise
dans la crainte de s'attirer quelque
facheuse affaire . Si on leur annonce la verité
, ce n'est qu'avec des ménagemens
et des adoucissemens qui l'énervent et la
défigurent : rarement ils la reconnoissent
sous les déguisemens dont on la couvre
et encore plus rarement ils se l'appliquent.
Un homme qui se mêle d'instruire
ou de reprendre, quelque précaution qu'il
prenne pour le faire honnêtement , devient
importun et passe pour incivil
chez les personnes d'un certain rang : on
craint de le voir et il est trop heureux si
on
FEVRIER. 1734 263
on ne le chasse pas honteusement , si
même on ne lance pas contre lui quelques
traits d'indignation et de vengeance .
Les Petits et les pauvres sont plus dociles
et moins délicats , on en approche sans
peine ; on leur fait voir la verité dans
tout son jour ; on ne craint point de les
fatiguer de remontrances ; si quelquefois
ils ne les reçoivent pas bien , on en est
quitte pour avoir perdu sa peine ; du
moins ils ne sont pas redoutables. On
voit par expérience qu'ils ne tiennent pas
beaucoup aux erreurs et aux préjugez ,
quand on veut se donner le soin de les
instruire. D'ailleurs ils en ont moins que
les riches les faux principes du monde
ne leur ont pas si fort gâté l'esprit et cor.
rompu le jugement .
:
Il y a parmi les personnes du commun
plus de droiture , de simplicité , de candeur
; excellentes dispositions pour donner
entrée à la Sagesse . Ils n'ont pas de
si grands interêts qui les dominent et qui
les aveuglent ; ils ne sont pas étourdis
par tout ce tumulte , ces intrigues , ces
grands mouvemens qui agitent les riches
et qui étouffent la voix de la Sagesse . Les
passions les plus vives, les plus flatteuses,
ou les plus turbulentes qui dévorent
coux-ci , et qui ferment toutes les ave-
: nues
264 MERCURE DE FRANCE
و
nuës à la Sagesse , sont bien amorties
dans la Pauvreté , parce qu'elles n'y trouvent
presque point d'amorce . Ces dangereuses
maîtresses du coeur humain ne
font que languis dans un état où elles
manquent d'aliment , où rien ne les favorise
, où tout semble conjuré pour
leur perte. L'amour propre , ce tyran des
grandes fortunes est presque anéanti
dans les humiliations de la Pauvreté ;
l'ambition toujours inquiéte inquiéte et jamais
contente, n'y voit point de jour à se produire
et demeure sans action , sans mouvement
, dans une espece de l'éthargie,
l'attachement aux Richesses qui suit la
possession , cette honteuse ct insatiable
avarice n'a gueres lieu où elle ne sent rien
qui l'attire et qui puisse la contenter.
S'il y a quelques exemples du contraire,
ce sont des prodiges qui ne tirent pas
conséquence. Pour peu qu'on connoisse
de Pauvre , on le voit plus satisfait dans
les bornes étroites de sa condition , et
moins avide des biens périssables , que la
plupart des riches du siécle ; la volupté ,
des délices qui corrompent le coeur , qui
empoisonnent l'ame , et qui étouffent la
Sagesse , ces funestes syrenes qui attirent,
qui chatment, qui enchantent, pour donner
la mort , trouvent peu d'ouverture
dans
FEVRIER 1734. 265
dans un état dont la peine et le travail
sont inséparables , où l'on gagne difficilement
son pain à la sueur de son front,
où le corps est masté par de rudes et de
continuelles fatigues , où l'on ne voit aucune
des douceurs et des commoditez
qui engendrent et qui fomentent la mollesse.
La vie dure et laborieuse n'est pas
compatible avec les délicatesses de la sensualité
, dont les Richesses et l'abondance
sont le pernicieux aliment. Le Pauvre est
donc plus libre , plus dégagé , moins
esclave des passions.
Il faut avouer que ces veritez sont désolantes
pour les Riches , qui n'ont pas
perdu tout sentiment d'honneur et de
probité, et qui conservent encore du gout
pour la vertu. Tel est le danger de leur
état , qu'à moins qu'ils ne soient continuellement
en garde , et qu'ils n'ayent
le courage de rompre toutes ces barrieres,
de dissiper tous ces nuages , d'écarter
tous ces obstacles , la vraie Sagesse ne
peut avoir accès auprès d'eux . Rien n'est
plus propre à rabattre la présomption
trop ordinaire aux personnes distinguées
dans le monde par les faveurs de la fortune
, et à leur faire sentir combien est
injuste le mépris qu'ils font de la Pauvreté
, qui , à ne consulter même que les
lumieres
266 MERCURE DE FRANCE
lumieres naturelles , est préferable à l'affluence
des richesses , parce qu'elle est
plus favorable à la sagesse et à la vertu .
Les hommes les plus éclairez du Paganisme
, ces anciens Philosophes si cebres
dans l'Antiquité , s'accordent en
ce point avec les Chrétiens. Ils regardent
la pauvreté jointe à la frugalité et
à la vie dure , qui en sont les suites naturelles
, comme l'Ecole de la vertu . Au
contraire tout le soin , l'attirail , les agitations
qui accompagnent les richesses ,
leur paroissent un veritable esclavage, qui
entraîne celui de toutes les passions qu'elles
font naître et qu'elles nourrissent . Lycurgue
, ce fameux Législateur de Sparte ,
netrouva pas de moïen plus sûr et plus
puissant pour former les Laccdémoniensà
la sagesse et à la vertu , que de leur deffendre
l'usage de l'or et de l'argent.Jamais les
anciens Romains ne parurent si sages et si:
vertueux que lorsqu'ils témoignerent un
souverain mépris pour les richesses , et.
dès que l'abondance et le luxe s'y furent
introduits , ils tomberent dans les folies,
er les extravagances des passions les plus
effienées. Socrate , déclaré par l'Oracle ,,
l'homme le plus sage de la Grece , n'étoit
que le fils d'un simple Artisan , et
quoique l'éclat de son mérite eût pû le
mettre
FEVRIER 1734. 267
mettre au large et lui procurer les graces
de la fortune , il méprisa constammant
les richesses , et témoigna en toute
Occasion l'estime qu'il faisoit de la Pauvreté.
A la vûë de tout ce que la pompe
et le luxe pouvoient étaler de plus brillant
, il se félicitoit lui- même de pouvoir
s'en passer ; que de choses , disoit- il,
dont je n'ai pas besoin .
Que les Riches ne fassent donc point
si fort les hommes importans ; qu'ils ne
se flattent point tant des avantages d'une
florissante prosperité ; qu'ils ne regar
dent pas d'un air si méprisant ; qu'ils
ne traitent pas avec tant de hauteur et
de dureté le Pauvre qui les fait vivre de
son travail , de son industrie et qui les
aide de ses services , plus necessaires.
que ceux qu'ils peuvent eux mêmes lui
rendre . En vain possederoient- ils tous les
trésors du monde , sans le Laboureur ,
le Vigneron , le Jardinier qui cultivens
la terre ; avec tout leur or et leur
argent
ils n'auroient pas de quoi fournir aux
besoins les plus pressants de la vie ; sans
P'Artisan qui travaille utilement pour
cux , sans les Serviteurs qui sont à leurs .
gages ; malgré l'abondance de leurs richesses
, ils manqueroient d'habits pour
se couvrir , et seroient privez de toutes
les
268 MERCURE DE FRANCE
1
les commoditez et les délices qu'ils recherchent
avec tant d'empressement.
Quoique les Riches disent et pensent ,
ils ne peuvent se passer du Pauvre , et
le Pauvre pourroit absolument se passer
d'eux. Accoutumé à se contenter de peu
et à vivre frugalement du travail de ses
mais , il subsisteroit sans l'usage de l'or
et de l'argent ; il tireroit toujours de la
fécondité de la terre , les vrayes richesses
qu'elle renferme dans son sein et qu'elle
reproduit chaque année ; il vivroit tranquille,
sans les injustes vexations des Riches
qui s'engraissent de sa substance
qui lui ravissent trop souvent , par fraude
ou à force ouverte , le juste fruit de
ses travaux et le modique heritage de
ses peres . La sagesse et la vertu , quand
il a le bonheur de les posseder , sont les
seuls biens solides qu'on ne peut lui ôter;
ils lui appartiennent préferablement au
Riche,qui s'en rend indigne par le choix
qu'il fait des biens périssables ; les heureuses
dispositions qu'il y apporte par
son état même le dédommagent bien de
ce qui lui manque du côté de la fortune.
Nonobstant les préjugez contraires, on
ne peut disconvenir que naturellement
la prosperité n'aveugle et l'adversité ne
donne d'excellentes leçons de sagesse . Il
est
FEVRIER 1734. 269
est donc prouvé que la Richesse qui est
un état de prosperité , est moins propre
à l'acquerir que la Pauvreté , dont l'Adversité
est la fidelle Compagne .
La suite pour le Mercure prochain.
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Résumé : REFLEXIONS de M. Simonnet Prieur d'Heurgeville, sur la Question proposée dans le Mercure d'Août 1733. Quel est l'état le plus propre à acquerir la Sagesse, de la Richesse ou de la Pauvreté.
Le texte 'Réflexions de M. Simonnet, Prieur d'Heurgeville, sur la Question proposée dans le Mercure d'Août 1733' distingue la vraie sagesse de la fausse sagesse. La fausse sagesse est vue comme un masque des passions criminelles, marquée par la dissimulation et la manipulation. La vraie sagesse, en revanche, est une vertu sociale qui unit les hommes par la bonté, la douceur et l'amitié sincère. Elle sait également dissimuler à bon escient et rendre la justice et la vérité aimables. Le texte critique les Stoïciens pour leur vision extrême de la sagesse, qui prône une insensibilité totale aux malheurs. Il affirme que la véritable vertu consiste à dominer la sensibilité par une fermeté et une constance inébranlable. La sagesse est définie par la modération et l'équilibre entre les extrêmes, incarnée par la parole du sage : 'rien de trop'. La sagesse est indépendante des circonstances et peut être acquise dans tous les états, qu'il s'agisse de richesse ou de pauvreté. Cependant, la pauvreté présente moins d'obstacles à la sagesse, car elle est moins soumise aux erreurs, aux préjugés et aux passions. Les pauvres sont plus dociles et moins délicats, ce qui facilite l'accès à la vérité et à la sagesse. Les riches, en revanche, sont souvent entourés de flatteurs et craignent de choquer les préjugés, rendant l'accès à la vérité plus difficile. Le texte explore également la relation entre la richesse et la pauvreté, soulignant que l'avarice est omniprésente et difficile à satisfaire. Les pauvres, malgré leur condition modeste, sont souvent plus satisfaits et moins avides des biens matériels que les riches. La vie dure et laborieuse des pauvres les rend moins esclaves des passions et des délices qui corrompent l'âme. Les riches, en revanche, doivent constamment se garder des tentations pour accéder à la sagesse. La pauvreté, associée à la frugalité et à une vie dure, est présentée comme une école de vertu. Les philosophes anciens et les chrétiens s'accordent sur ce point. Lycurgue, par exemple, interdit l'usage de l'or et de l'argent à Sparte pour former les citoyens à la sagesse. Les Romains furent sages et vertueux tant qu'ils méprisèrent les richesses. Socrate, malgré son mérite, méprisa toujours les richesses et estima la pauvreté. Le texte invite les riches à ne pas se considérer comme supérieurs et à reconnaître leur dépendance envers les pauvres, sans qui ils ne pourraient subsister. Les pauvres, accoutumés à se contenter de peu, pourraient se passer des riches, contrairement à ces derniers. La sagesse et la vertu sont les seuls biens solides que les riches ne peuvent ôter aux pauvres. Enfin, le texte conclut que la prospérité aveugle tandis que l'adversité enseigne la sagesse, prouvant que la pauvreté est plus propice à l'acquisition de la sagesse que la richesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 269-273
LES FOURMIS. IDYLLE,
Début :
Fourmis, que j'aime en vous cette rare prudence, [...]
Mots clefs :
Raison, Temps, Instinct, Jouir, Travaux, Heureux, Sage, Coeurs, Fourmis
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texteReconnaissance textuelle : LES FOURMIS. IDYLLE,
LES FOUR MIS.
IDYLLE ,
Ourmis , que j'aime en vous cette rare prus
dence ,
Qui vous fait en tout tems jouir de l'abondance,
Et qui servant de guide au moindre de vos pas ,
Fait regner la Concorde au sein de vos Etats !
A peine le néant pour vous se change en Etre ,
Que vous songez d'abord à joüir, à connoître,
Votre instinct n'attend pas la fougueuse saison
Où vient s'offrir à nous l'inutile raison .
Hélas ! vos premiers jours sont des jours de sagesse
,.
Exemts des passions de l'humaine foiblesse.
Vous ne connoissez pas ce gouffre de malheurs,
Que nos yeux en s'ouvrant inondent de leurs
pleurs.
Contentes du bonheur de vivre sans contrainte ,
Vous n'aimez point par art , vous haïssez sans
feinte .
Et quoique dans vos coeurs l'amour soit encensé,
D 1
270 MERCURE DE FRANCE
Il n'y reçoit jamais un culte interessé .
Vous ne consacrez point le feu de la jeunesse
A de fréles plaisirs enfans de la molesse ;
Et l'on ne vous voit pas après le tems des fleurs
Regreter dans l'Hyver vos coupables erreurs .
Tous les âges pour vous sont prudents , sont
semblables.
Toujours dans vos travaux sages, infatigables,
Vous montrez que l'on peut , sans prévoir l'ave
nir ,
Par un heureux instinct du moins le prévenir
Vous n'immolez jamais à l'espérance vaine ,
Pour un bien qui vous fuit , l'abondance certaine
.
Et le Dieu de la Mer ne voit point sur son sein
Floter vos Pavillons déployez par le gain.
Tous ces divers détours , où la raison s'égare ,
Ces Sciences , ces Arts , dont notre orgueil se
pare ,
•
Et veut sonder envain l'obscure immensité ,
N'ont point encor troublé votre tranquillité.
La fiére ambition qu'anime la Fortune ,
Que plus nous encensons, plus elle est inportune,
A votre sage instinct ne donne point de loix ,
Et lui seul dans vos coeurs fait entendre sa voix,
Aimables Animaux , que votre destinée
Me paroît à la fois et douce et fortunée !
Vous coulez d'heureux jours que rien ne peuz
troubler.
FEVRIER.. 1734. 271
Et nous n'en passons point sans craind re , sans
trembler :
Mais ce que plus en vous je contemple et j'ad
mire ,
C'est votre petit corps qui se meat, qui respire
Entasse , marche , creuse et traîne sans effort ,
De quoi se préserver des dures loix du sort ;
Qui toujours ennemi de la molle paresse
Dans un travail constant trouve-son allegresse ;
Et ne perd pas le jour qui se passe et qui luit ,
Pour donner des regrets à celui qui le suit.
Lorsque Flore en nos champs étale ses parures,
Pour embellir l'éclat de leurs tendres verdures
Vous quittez à pas lents vos paisibles Maisons
Pour nous venir montrer l'Art divin des moist
sons ,
Que ne faites-vous pas dans cette conjoncture
Que d'efforts ! de travaux ! dont la raison murmure
!
Que de sages projets , que de faits merveilleux
Surprennent tour à tour , et ravissent nos yeux !
Envain l'affreux Hyver vient couronné de Glace
A l'Univers entier faire changer de face ;
Il n'a jamais pour vous ni rigueurs, ni frimats.
Vos Antres sont plus chauds , quand tout tremble
ici bas
Et méprisant les Tours qu'habitent les Monarques
Tristes jouets du Tems , et des cruelles Parques,
Loin d'une Pompe vaïne , et du Luxe odieux ,
Dij Vous
272 MERCURE DE FRANCE
the
・
Vous y vivez en paix sans offenser les Dieux ;
C'est là qu'ayant prévû cette saison sévere ,
Votre instinct a conduit un heureux nécessaire ,
Vous jouissez ainsi par vos travaux divers ,
Du fruit de nos Printems au milieu des Hyvers,
Que nous imitons mal votre sage conduite !
Dès nos plus tendres jours notre raison nous
quitte ,
Et quand elle revient pour joüir de ses droits ,
Nous sommes hors d'état d'obéïr à sa voix .
De ce présent des Dieux n'ayez jamais d'envie ,
C'est l'esclave des maux , tyrans de notre vie ,
Et, quoiqu'on nous la peigne un Sceptre dans la
main ,
Son pouvoir sur nos coeurs n'est jamais souverain.
En tout tems nous n'avons pour guide , et pour
Pilote ,
Qu'un torrent de desirs qui dans notre ame flote;
Et qui sans prévenir l'Orage ni l'Ecueil
Conduit ainsi nos jours dans l'horreur du cercueil.
Je ne crois pas,Fourmis, que ce sort déplorable
A vorre sage intinct paroisse désirable :
Allez ; contentez vous de montrer aux humains
L'Art de passer des jours tranquilles et sereins .
Ne nous enviez pas une raison funeste ,
Que l'on aime trop tard , que trop- tôt l'on déteste.
Adies
FEVRIER. 273
1734.
Adieu , jusqu'au Printems trop prudentes Fourmis
,
Vous reviendrez alors augmenter mes soucis.
Par M. de S. R.
IDYLLE ,
Ourmis , que j'aime en vous cette rare prus
dence ,
Qui vous fait en tout tems jouir de l'abondance,
Et qui servant de guide au moindre de vos pas ,
Fait regner la Concorde au sein de vos Etats !
A peine le néant pour vous se change en Etre ,
Que vous songez d'abord à joüir, à connoître,
Votre instinct n'attend pas la fougueuse saison
Où vient s'offrir à nous l'inutile raison .
Hélas ! vos premiers jours sont des jours de sagesse
,.
Exemts des passions de l'humaine foiblesse.
Vous ne connoissez pas ce gouffre de malheurs,
Que nos yeux en s'ouvrant inondent de leurs
pleurs.
Contentes du bonheur de vivre sans contrainte ,
Vous n'aimez point par art , vous haïssez sans
feinte .
Et quoique dans vos coeurs l'amour soit encensé,
D 1
270 MERCURE DE FRANCE
Il n'y reçoit jamais un culte interessé .
Vous ne consacrez point le feu de la jeunesse
A de fréles plaisirs enfans de la molesse ;
Et l'on ne vous voit pas après le tems des fleurs
Regreter dans l'Hyver vos coupables erreurs .
Tous les âges pour vous sont prudents , sont
semblables.
Toujours dans vos travaux sages, infatigables,
Vous montrez que l'on peut , sans prévoir l'ave
nir ,
Par un heureux instinct du moins le prévenir
Vous n'immolez jamais à l'espérance vaine ,
Pour un bien qui vous fuit , l'abondance certaine
.
Et le Dieu de la Mer ne voit point sur son sein
Floter vos Pavillons déployez par le gain.
Tous ces divers détours , où la raison s'égare ,
Ces Sciences , ces Arts , dont notre orgueil se
pare ,
•
Et veut sonder envain l'obscure immensité ,
N'ont point encor troublé votre tranquillité.
La fiére ambition qu'anime la Fortune ,
Que plus nous encensons, plus elle est inportune,
A votre sage instinct ne donne point de loix ,
Et lui seul dans vos coeurs fait entendre sa voix,
Aimables Animaux , que votre destinée
Me paroît à la fois et douce et fortunée !
Vous coulez d'heureux jours que rien ne peuz
troubler.
FEVRIER.. 1734. 271
Et nous n'en passons point sans craind re , sans
trembler :
Mais ce que plus en vous je contemple et j'ad
mire ,
C'est votre petit corps qui se meat, qui respire
Entasse , marche , creuse et traîne sans effort ,
De quoi se préserver des dures loix du sort ;
Qui toujours ennemi de la molle paresse
Dans un travail constant trouve-son allegresse ;
Et ne perd pas le jour qui se passe et qui luit ,
Pour donner des regrets à celui qui le suit.
Lorsque Flore en nos champs étale ses parures,
Pour embellir l'éclat de leurs tendres verdures
Vous quittez à pas lents vos paisibles Maisons
Pour nous venir montrer l'Art divin des moist
sons ,
Que ne faites-vous pas dans cette conjoncture
Que d'efforts ! de travaux ! dont la raison murmure
!
Que de sages projets , que de faits merveilleux
Surprennent tour à tour , et ravissent nos yeux !
Envain l'affreux Hyver vient couronné de Glace
A l'Univers entier faire changer de face ;
Il n'a jamais pour vous ni rigueurs, ni frimats.
Vos Antres sont plus chauds , quand tout tremble
ici bas
Et méprisant les Tours qu'habitent les Monarques
Tristes jouets du Tems , et des cruelles Parques,
Loin d'une Pompe vaïne , et du Luxe odieux ,
Dij Vous
272 MERCURE DE FRANCE
the
・
Vous y vivez en paix sans offenser les Dieux ;
C'est là qu'ayant prévû cette saison sévere ,
Votre instinct a conduit un heureux nécessaire ,
Vous jouissez ainsi par vos travaux divers ,
Du fruit de nos Printems au milieu des Hyvers,
Que nous imitons mal votre sage conduite !
Dès nos plus tendres jours notre raison nous
quitte ,
Et quand elle revient pour joüir de ses droits ,
Nous sommes hors d'état d'obéïr à sa voix .
De ce présent des Dieux n'ayez jamais d'envie ,
C'est l'esclave des maux , tyrans de notre vie ,
Et, quoiqu'on nous la peigne un Sceptre dans la
main ,
Son pouvoir sur nos coeurs n'est jamais souverain.
En tout tems nous n'avons pour guide , et pour
Pilote ,
Qu'un torrent de desirs qui dans notre ame flote;
Et qui sans prévenir l'Orage ni l'Ecueil
Conduit ainsi nos jours dans l'horreur du cercueil.
Je ne crois pas,Fourmis, que ce sort déplorable
A vorre sage intinct paroisse désirable :
Allez ; contentez vous de montrer aux humains
L'Art de passer des jours tranquilles et sereins .
Ne nous enviez pas une raison funeste ,
Que l'on aime trop tard , que trop- tôt l'on déteste.
Adies
FEVRIER. 273
1734.
Adieu , jusqu'au Printems trop prudentes Fourmis
,
Vous reviendrez alors augmenter mes soucis.
Par M. de S. R.
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Résumé : LES FOURMIS. IDYLLE,
Le poème 'Les Fourmis' a été publié dans le Mercure de France en février 1734. L'auteur y exalte les fourmis pour leur prudence et leur sagesse. Dès leur naissance, les fourmis jouissent d'abondance et de concorde, exemptes des passions humaines. Elles vivent sans contrainte, aiment sincèrement et ignorent les malheurs que les humains s'infligent. Leur instinct les guide dans leurs travaux constants et infatigables, leur permettant de prévoir et de prévenir les besoins futurs sans sacrifier l'abondance présente pour une espérance vaine. Les fourmis ne se laissent pas égarer par les sciences et les arts qui troublent la raison humaine. Elles ne sont pas motivées par l'ambition ou la fortune. Leur petite taille ne les empêche pas de réaliser des exploits remarquables, comme la construction d'abris chauds pour l'hiver. Contrairement aux humains, les fourmis ne perdent pas leur temps et ne regrettent pas le passé. L'auteur admire leur capacité à vivre en paix, sans offenser les dieux, et à jouir des fruits de leurs travaux. Le poème oppose la sagesse des fourmis à la condition humaine, où la raison abandonne les individus dès leur jeunesse et où les désirs incontrôlés mènent à une vie de souffrances. L'auteur conclut en exhortant les fourmis à continuer de montrer aux humains l'art de vivre des jours tranquilles et sereins, sans envier une raison humaine souvent funeste.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 273-276
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Orleans, le 14 Novembre 1733. Par M. Beauvais l'Ainé ; contenant quelques Réfléxions sur des Médailles Romaines, nouvellement découvertes.
Début :
Vers le commencement du mois d'Octobre dernier, des Massons [...]
Mots clefs :
Médailles, Haut-Empire, Médailles romaines, Orléans, Sévère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Orleans, le 14 Novembre 1733. Par M. Beauvais l'Ainé ; contenant quelques Réfléxions sur des Médailles Romaines, nouvellement découvertes.
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Orleans ,
le 14 Novembre 1733. Par M. Beauvais
l'Ainé ; contenant quelques Réfléxions sur
des Médailles Romaines , nouvellement
découvertes.
V
Ers le commencement du mois
-d'Octobre dernier , des Massons
travaillant dans une Maison de Campagne
, auprès du Bourg de Paté , en Beauce
, à cinq lieues d'Orleans , trouverent
dans la démolition d'un Mur , un Pot de
terre qu'ils briserent , et qui se trouva
rempli de Médailles Impériales de Grand
Bronze , lequel y avoit été mis vers l'an-
244. de Jesus- Christ , suivant les conjectures
que j'exposerai plus bas.
Le Maître de la Maison s'en étant emparé
les apporta
à Orleans
, et les vendit au poids à un Artisan
, qui les auroit
fon- duës , comme
il est arrivé
à tant d'autres
pareilles
découvertes
; mais en ayant
été
averti
, j'ai sauvé
tout ce qui pouvoit
y avoir
de bon , pour le faire entrer
en par-
D iij tie
174 MERCURE DE FRANCE
tie dans une suite de Médailles de Grand
Bronze.
Il y avoit dans cette quantité de Médailles
, des Têtes , depuis Galba jusqu'à
Philippe inclusivement , ce qui fait à peu
près le milieu du haut Empire. Le nombre
en étoit de vingt- cinq ; sçavoir : Galba
, Vespasien, Titus , Domitien , Nerva,
Trajan , Adrien , Sabine, Elius , Antonin
, M. Aurele, les deux Faustines Verus,
Lucille , Commode , Crispine , Albin , Sept.
Severe, Julie , Alexandre , Mammée , Max.
Casar , Gordien le jeune et Philippe le pere.
Je remarquai que ces Médailles du
haut Empire jusqu'à Severe , étoient bien
plus usées que les dernieres , non par le
verni , ou les autres altérations que la rerre
peut causer ; mais par l'usage qu'on en
avoit,sans doute , fait dans le commerce
ce qui pourroit prouver , ce me semble,
assez bien que sous un Empereur toutes
les monnoyes de ses Prédecesseurs avoient
également cours , comme celles qui étoient
frappées à son coin , et fabriquées sous son
Regne ; en effet, quels interêts les Peuples
auroient ils eus dans des temps de Guerre
ou d'autres calamite z publiques , de
cacher dans la terre ou ailleurs , de, Pićces
qui ne leur auroient été d'aucun usage
, et dont la perte qu'ils craignoient
sans
FEV VIER 1734 275
sans doute ) leur devoit être indifférente ?
On pourra m'objecter que si dans tous
les temps du Haut Empire , les Piéces fabriquées
sous le Regne d'Auguste , ont
eu le même cours ; ( cela s'entend , avec
les augmentations et les diminutions que
les contre marques nous font sentir )
pourquoi trouve -t on aujourd'hui dans
les Cabinets tant de Médailles d'une
beauté et d'un relief si parfait, qu'il semble
qu'elles ne viennent que d'être frapples
? C'est donc une preuve , du moins
un fort indice qu'elles n'ont pas toujours
été dans le commerce , sur tout pendant
plusieurs siecles.
Cette objection ne peut , à mon avis ,
rien faire contre le sentiment que la nouvelle
découverte favorise ; on peut fortbien
y répondre , en disant que chez les
Romains et chez les autres Peuples de
leur Domination , il s'est trouvé dans
tous les temps des Curieux , qui ont pris
soin de conserver les Piéces,quoique souvent
fabriquées de leurs temps , qui étoient
d'un travail parfait ; ainsi que bien des
Gens conservent aujourd'hui des Monnoyes
parfaites de Varin et d'autres habiles
Maîtres . En effet , ce n'étoit pas seulement
à Rome où se fabriquoient des Médailles
achevées ; il y avoit dans les Gau-
D iiij
lcs
276 MERCURE DE FRANCE
les , sous Gallien , les plus grands Maitres
qui ayent jamais été , et on peut voir dans
la belle suite d'or de M. du Vau , à Paris ,
des Postumes , des Victorius et des Tetricus
d'un travail si exquis , que les plus belles
Médailles du Haut Empire n'en approchent
pas. C'est , je crois , cette perfection
de l'Art , qui a engagé les Curieux
de tous les temps à nous transmettre ce
qu'ils ont jugé de plus beau , et à nous le
faire passer, pour ainsi dire , de main en
main.
Je reviens à notre découverte , sur laquelle
j'ai déja remarqué que plus les Médailles
approchent du Regne de Philippe
et plus elles ont de conservation. Les
Sept. Severe , les Alexandre , et les Têtes
suivantes sont d'une grande beauté ; et
comme il ne s'est trouvé qu'une Médaille
de Philippe le Pere , qui a encore co
que nous appellons le Rude du Coin , on
peut conjecturer que ce petit trésor avoit
été caché au commencement de son Empire
; et cela avec d'autant plus de vraisemblance
, que le revers , qui est ANNONA
AUG. est une des premieres Médailles
que le Sénat lui ait fait frapper , après
qu'il eût reconnu ce Ménotrier du jeune
Gordien pour Empereur.
le 14 Novembre 1733. Par M. Beauvais
l'Ainé ; contenant quelques Réfléxions sur
des Médailles Romaines , nouvellement
découvertes.
V
Ers le commencement du mois
-d'Octobre dernier , des Massons
travaillant dans une Maison de Campagne
, auprès du Bourg de Paté , en Beauce
, à cinq lieues d'Orleans , trouverent
dans la démolition d'un Mur , un Pot de
terre qu'ils briserent , et qui se trouva
rempli de Médailles Impériales de Grand
Bronze , lequel y avoit été mis vers l'an-
244. de Jesus- Christ , suivant les conjectures
que j'exposerai plus bas.
Le Maître de la Maison s'en étant emparé
les apporta
à Orleans
, et les vendit au poids à un Artisan
, qui les auroit
fon- duës , comme
il est arrivé
à tant d'autres
pareilles
découvertes
; mais en ayant
été
averti
, j'ai sauvé
tout ce qui pouvoit
y avoir
de bon , pour le faire entrer
en par-
D iij tie
174 MERCURE DE FRANCE
tie dans une suite de Médailles de Grand
Bronze.
Il y avoit dans cette quantité de Médailles
, des Têtes , depuis Galba jusqu'à
Philippe inclusivement , ce qui fait à peu
près le milieu du haut Empire. Le nombre
en étoit de vingt- cinq ; sçavoir : Galba
, Vespasien, Titus , Domitien , Nerva,
Trajan , Adrien , Sabine, Elius , Antonin
, M. Aurele, les deux Faustines Verus,
Lucille , Commode , Crispine , Albin , Sept.
Severe, Julie , Alexandre , Mammée , Max.
Casar , Gordien le jeune et Philippe le pere.
Je remarquai que ces Médailles du
haut Empire jusqu'à Severe , étoient bien
plus usées que les dernieres , non par le
verni , ou les autres altérations que la rerre
peut causer ; mais par l'usage qu'on en
avoit,sans doute , fait dans le commerce
ce qui pourroit prouver , ce me semble,
assez bien que sous un Empereur toutes
les monnoyes de ses Prédecesseurs avoient
également cours , comme celles qui étoient
frappées à son coin , et fabriquées sous son
Regne ; en effet, quels interêts les Peuples
auroient ils eus dans des temps de Guerre
ou d'autres calamite z publiques , de
cacher dans la terre ou ailleurs , de, Pićces
qui ne leur auroient été d'aucun usage
, et dont la perte qu'ils craignoient
sans
FEV VIER 1734 275
sans doute ) leur devoit être indifférente ?
On pourra m'objecter que si dans tous
les temps du Haut Empire , les Piéces fabriquées
sous le Regne d'Auguste , ont
eu le même cours ; ( cela s'entend , avec
les augmentations et les diminutions que
les contre marques nous font sentir )
pourquoi trouve -t on aujourd'hui dans
les Cabinets tant de Médailles d'une
beauté et d'un relief si parfait, qu'il semble
qu'elles ne viennent que d'être frapples
? C'est donc une preuve , du moins
un fort indice qu'elles n'ont pas toujours
été dans le commerce , sur tout pendant
plusieurs siecles.
Cette objection ne peut , à mon avis ,
rien faire contre le sentiment que la nouvelle
découverte favorise ; on peut fortbien
y répondre , en disant que chez les
Romains et chez les autres Peuples de
leur Domination , il s'est trouvé dans
tous les temps des Curieux , qui ont pris
soin de conserver les Piéces,quoique souvent
fabriquées de leurs temps , qui étoient
d'un travail parfait ; ainsi que bien des
Gens conservent aujourd'hui des Monnoyes
parfaites de Varin et d'autres habiles
Maîtres . En effet , ce n'étoit pas seulement
à Rome où se fabriquoient des Médailles
achevées ; il y avoit dans les Gau-
D iiij
lcs
276 MERCURE DE FRANCE
les , sous Gallien , les plus grands Maitres
qui ayent jamais été , et on peut voir dans
la belle suite d'or de M. du Vau , à Paris ,
des Postumes , des Victorius et des Tetricus
d'un travail si exquis , que les plus belles
Médailles du Haut Empire n'en approchent
pas. C'est , je crois , cette perfection
de l'Art , qui a engagé les Curieux
de tous les temps à nous transmettre ce
qu'ils ont jugé de plus beau , et à nous le
faire passer, pour ainsi dire , de main en
main.
Je reviens à notre découverte , sur laquelle
j'ai déja remarqué que plus les Médailles
approchent du Regne de Philippe
et plus elles ont de conservation. Les
Sept. Severe , les Alexandre , et les Têtes
suivantes sont d'une grande beauté ; et
comme il ne s'est trouvé qu'une Médaille
de Philippe le Pere , qui a encore co
que nous appellons le Rude du Coin , on
peut conjecturer que ce petit trésor avoit
été caché au commencement de son Empire
; et cela avec d'autant plus de vraisemblance
, que le revers , qui est ANNONA
AUG. est une des premieres Médailles
que le Sénat lui ait fait frapper , après
qu'il eût reconnu ce Ménotrier du jeune
Gordien pour Empereur.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Orleans, le 14 Novembre 1733. Par M. Beauvais l'Ainé ; contenant quelques Réfléxions sur des Médailles Romaines, nouvellement découvertes.
En octobre 1733, des maçons travaillant près du bourg de Paté, en Beauce, découvrirent un pot de terre contenant des médailles impériales en bronze datées de l'an 244. Ces médailles couvraient la période de Galba à Philippe, incluant des empereurs tels que Vespasien, Titus, Trajan et Adrien. Le propriétaire de la maison vendit les médailles à un artisan, mais M. Beauvais en sauva certaines pour les ajouter à sa collection de médailles en bronze. M. Beauvais observa que les médailles du Haut Empire jusqu'à Septime Sévère étaient plus usées, ce qui suggérait qu'elles circulaient encore à cette époque. En revanche, les médailles plus récentes étaient mieux conservées, probablement parce qu'elles avaient été cachées par des collectionneurs. La découverte comprenait des médailles de grande beauté, notamment celles de Septime Sévère et d'Alexandre. Une seule médaille de Philippe le Père fut trouvée, indiquant que le trésor avait été caché au début de son règne.
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15
p. 277-279
LE CHESNE ET L'ORMEAU. FABLE.
Début :
Certain Chêne orgueilleux, qui se disoit cousin [...]
Mots clefs :
Chêne, Ormeau, Tempête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE CHESNE ET L'ORMEAU. FABLE.
LE CHESNE ET L'ORMEAU .
C
FABL E.
Ertain Chêne orgueilleux , qui se disoit
cousin
Des nobles Chênes de Dodône ,
Prit le ton imposant d'un Sultan sur son Trône,
Pour tancer en ces mots un Ormeau son voisin
Misérable avorton , Arbre ignoble et débile ,
Voi combien je te suis utile ;
Je te mets à couvert des vents et des frimats ,
De l'orage et de la tempête ;
Tu fais pourtant si peu de cas ,
De mon attention à conserver ta tête ,
Qu'à regret tu me rends l'hommage qui m'est
dû ;
Toi , qui par ton exemple et ton zélê assidu ,
Devrois me procurer Phommage
م
De tous les Arbres du Village ;
Mais parle , vil Ormean ; sans moi , que seroistu
?
Quelque chose moins qu'un fêtu.
L'Ormeau reprit en son langage ;
Votre protection me fait beaucoup d'honneur
Mais il est pourtant vrai , Seigneur ,
Que j'aurois loin de vous profité davantaged
Dv Vous
278 MERCURE DE FRANCE
Vous m'offusquez par votre ombrage ;
Presque de tous côtez j'en suis envelopé ,
Vos rameaux quelquefois jusqu'au vif m'ong
frappé ,
Et m'ont causé plus de dommage ,
Que n'auroient fait les vents , la tempête et l'e
rage ;
Mais que veut dire ce courroux ,
Contre mon peu de complaisance ? "
Vous voulez des honneurs ? Quoi ! vous les avez
tous ;
Le Soleil ne luit que pour vous ;
Ay-je jamais frondé votre prééminence ?
Je vous entends , Seigneur. Un Esclave , entre
nous ,
Conviendroit à votre Excellence ,
Mais moi , j'aime ma liberté.
S'il plaisoit à la Providence ,
.
Bien- tôt quelque autre part je serais transplanté
Et je vous le dis net , tandis qu'aucun n'écoute
Cet Entretien ,
Votre voisinage , sans doute,
M'a fait plus de mal que de bien.
Je sçais, hélas ! ce qu'il m'en coute !
Ainsi par-là l'Ormeau . S'il eut été flateur
Il eut beni sa servitude ,
Vous devinez , ami Lecteur ,
Qu'il fut taxé d'ingratitude ;
>
L'orL'orgueil
n'est pas content d'un pareil Orateur.
Quiconque se parant du nom de Protecteur ;
N'est en effet qu'un fâcheux Maître ,
Sera facile à reconnoître
Aux traits du Chêne altier marquez dans ce
tableau ;
Quiconque est un ingrat , n'auroit jamais da
naître ;
Mais être ingrat comme l'Ormeau ,
Lecteur , tout de bon , est - ce l'être ?
F. M. F.
C
FABL E.
Ertain Chêne orgueilleux , qui se disoit
cousin
Des nobles Chênes de Dodône ,
Prit le ton imposant d'un Sultan sur son Trône,
Pour tancer en ces mots un Ormeau son voisin
Misérable avorton , Arbre ignoble et débile ,
Voi combien je te suis utile ;
Je te mets à couvert des vents et des frimats ,
De l'orage et de la tempête ;
Tu fais pourtant si peu de cas ,
De mon attention à conserver ta tête ,
Qu'à regret tu me rends l'hommage qui m'est
dû ;
Toi , qui par ton exemple et ton zélê assidu ,
Devrois me procurer Phommage
م
De tous les Arbres du Village ;
Mais parle , vil Ormean ; sans moi , que seroistu
?
Quelque chose moins qu'un fêtu.
L'Ormeau reprit en son langage ;
Votre protection me fait beaucoup d'honneur
Mais il est pourtant vrai , Seigneur ,
Que j'aurois loin de vous profité davantaged
Dv Vous
278 MERCURE DE FRANCE
Vous m'offusquez par votre ombrage ;
Presque de tous côtez j'en suis envelopé ,
Vos rameaux quelquefois jusqu'au vif m'ong
frappé ,
Et m'ont causé plus de dommage ,
Que n'auroient fait les vents , la tempête et l'e
rage ;
Mais que veut dire ce courroux ,
Contre mon peu de complaisance ? "
Vous voulez des honneurs ? Quoi ! vous les avez
tous ;
Le Soleil ne luit que pour vous ;
Ay-je jamais frondé votre prééminence ?
Je vous entends , Seigneur. Un Esclave , entre
nous ,
Conviendroit à votre Excellence ,
Mais moi , j'aime ma liberté.
S'il plaisoit à la Providence ,
.
Bien- tôt quelque autre part je serais transplanté
Et je vous le dis net , tandis qu'aucun n'écoute
Cet Entretien ,
Votre voisinage , sans doute,
M'a fait plus de mal que de bien.
Je sçais, hélas ! ce qu'il m'en coute !
Ainsi par-là l'Ormeau . S'il eut été flateur
Il eut beni sa servitude ,
Vous devinez , ami Lecteur ,
Qu'il fut taxé d'ingratitude ;
>
L'orL'orgueil
n'est pas content d'un pareil Orateur.
Quiconque se parant du nom de Protecteur ;
N'est en effet qu'un fâcheux Maître ,
Sera facile à reconnoître
Aux traits du Chêne altier marquez dans ce
tableau ;
Quiconque est un ingrat , n'auroit jamais da
naître ;
Mais être ingrat comme l'Ormeau ,
Lecteur , tout de bon , est - ce l'être ?
F. M. F.
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Résumé : LE CHESNE ET L'ORMEAU. FABLE.
La fable 'Le Chêne et l'Ormeau' oppose un Chêne orgueilleux à un Ormeau voisin. Le Chêne se vante de protéger l'Ormeau des vents, du froid, de l'orage et des tempêtes, mais reproche à l'Ormeau de ne pas lui rendre hommage. L'Ormeau rétorque qu'il souffre de l'ombre et des branches du Chêne, qui lui causent plus de dommages que les intempéries. Il affirme préférer être transplanté ailleurs plutôt que de subir le voisinage du Chêne. Le Chêne, offensé, accuse l'Ormeau d'ingratitude. La fable conclut en soulignant que l'orgueil du Chêne le rend insupportable et que l'ingratitude de l'Ormeau est relative, car il subit des préjudices réels.
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16
p. 279-283
ELOGE de M. l'Abbé de Longueruë.
Début :
Louis du Four de Longueruë nâquit à Charleville en 1652. de Pierre du [...]
Mots clefs :
Louis Dufour de Longuerue, Ouvrage, Abbé, Réputation, Paris, Charleville, Annales, Histoire, Instruction, Normandie
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texteReconnaissance textuelle : ELOGE de M. l'Abbé de Longueruë.
ELOGE de M. l'Abbé de Longuernë.
Ouis du Four de Longueruë nâquit
La Charleville en 1692. de Pierre du
n'a-
Four , Se gneur de Longuerue et de Goisel
, Gentilhomme de Normandie , Lieutenant
pour le Roy au Gouvernement de
Charleville et de Montolimpe , et de Dame
Barbe le Blanc de Clois. Son
pere
voit rien épargné pour son éducation , il
lui donna Richelet pour Précepteur ; et
Perrot d'Ablancourt , si connu dans le
monde litteraire , lequel étoit son parent ;
voulut aussi contribuer à l'instruction
d'un Enfant qui étoit un prodige à l'âge de
quatre ans. La réputation de cet Enfant
Dvj étoit
204
étoit si grande , que le feu Roy passant à
Charleville demanda à le voir , et le jeune
Longuerue présenté à S. M. augmenta
encore par ses réponses aux diverses questions
qui lui furent faites , la grande idée
qu'on avoit déja de lui.
Son ardeur pour l'étude dès l'âge de
quinze ans , étoit si grande qu'à peine se
donnoit- il le temps de manger et de dormir.
Il ne connois oit d'autre recréation
que le changement de travail ; aussi fit - il
des progrès si surprenans , qu'il se trouva
bien- tôt en état d'être consulté par
tous les Sçavans , et en tout genre de Littérature
.
•
Il étudia à fond les Langues , tant
les mortes que les vivantes , et il n'y
en a eu aucune qu'il n'ait sçu parfaitement.
Avec ce secours il avoit penetré
dans l'Histoire de tous les Peuples , et de
tous les siecles . Il étoit si heureusement
servi par sa Memoire , que rarement il se
méprenoit d'une date , il ne confondoit
presque jamais un fait avec un autre.
L'Histoire étoit la partie de la Litterature
à laquelle il s'étoit le plus particulierement
appliqué , mais il n'avoit pas négligé
pour cela la Theologie , la Philosophie
ancienne et moderne , la Geographie,
la Chronologie , les Antiquitez et les Bel-
Lettres. Cette
FEVRIER. 1734. 281
Cette vaste étenduë de connoissance ne
l'énorgueillissoit point. Il étoit extrêmement
communicatif , et son sçavoir étoit
sans ostentation . Il est vrai qu'il n'aimoit
point à être contredit , et que son amour
pour la verité ne le rendoit pas toûjours
maître de ses expressions dans la chaleur
de la dispute ; mais quand on étoit accoutumé
à lui , sa franchise n'avoit plus rien
de rebutant , et on ne lui sçavoit aucun
mauvais gré de ses vivacitez.
Il a composé une infinité d'ouvrages qui
n'ont point été imprimez . Il avoit extrêmement
aidé le R. P. Pagi dans sa Critique
des Annales de Baronius Il a com-
Folé un grand nombre de Dissertations
tant sur l'Histoire Ecclesiastique que suz
celles de France , d'Espagne , des Arabes
& c.
Le seul Ouvrage qu'il a donné sous son
nom est la Description Historique et
Geographique de la France ancienne et
moderne , en deux Parties , imprimée à
Paris chez Jacques- Henry Praflard en
1719. Ce Livre , qui dans sa premiere
destination n'avoit été fait que pour l'instruction
d'un de ses amis , n'avoit pas acquis,
quand il fut rendu public , le dégré
de perfection que la réputation de son
Auteur sembloit exiger, L'Abbé de Longuerue
282 MERCURE DE FRANCE
gueruë n'avoit pû résister aux pressantes
sollicitations de gens plus occupez de leur
propre interêt , que de ce qui pouvoit
contribuer ou nuire à la réputation de ce
sçavant Homme. La complaisance qu'il
cût de livrer trop tôt son Ouvrage , lui a
causé des chagrins qu'il a ressentis jusqu'à
la fin de sa vie .
Le Journal des Sçavans du mois de Jan-
» vier 1733 m'apprend page 61. » Que M.
» Schoepflin a publié à Strasbourg chez
» Doulssecker , pere ; une édition in - 4°..
» ds Annales des Arsacides dont M.
» l'Abbé de Longueruë est , ( dit le Jour-
» nal ) l'Auteur , Annales Arsacidarum
» Auctore Ludovico du Four de Longueruë ,
"
Abbate S. Joann . de Jardo , & c. 1732 .
» On ajoute que cette Edition est préfera-
» ble à celle du même Ouvrage qui a été
imprimé à Paris il y a long -temps , en
» ce que M. Schoepflin l'a donné sur
» un Exemplaire corrigé et augmenté par
l'Illustre Aureur , qui a bien voulu le
» lui communiquer et en permettre l'im-
» pression. C'est tout ce que je puis dire
ici de cet Ouvrage , que je ne connoîs
point d'ailleurs.
>
Mais l'amour de la verité , et la reconnoissance
m'engagent à profiter de cette
occasion , pour déclarer qu'un autre Ou.
vrage
FEVREK 1734. 203
vrage rempli de Recherches historiques , et
d'une solide érudition , dont j'ai enrichi
ma dixiéme et onzième Lettre du Voyage
de Normandie , inserées dans le Mercure
de France des mois d'Avril et May
derniers , que cet Ouvrage , dis je , est
tout entier du sçavant Abbé de Longueruë.
Il joüissoit pour tout bien de deux Abbayes
, sçavoir Sept Fontaines , Diocèse
de Kheims depuis 1674. et le Jard ,-Diocèse
de Sens , depuis 1684. cependant
avec un revenu mediocre , il avoit sçû
former une Bibliotheque très - bien choisie,
qui seroit fâcheux de voir disperser,
L'Abbé de Longuerue mourut à Paris
le 22. Novembre 1733. laissant un Frere
qui est Mestre de Camp de Cavalerie , et
Chevalier de Saint Louis . Il avoit eu un
autre Frere qui fut tué à la Bataille de
Ramilliez le 23. May 1796. et qui étoit
Lieutenant des Gardes du Corps , Maréchal
de Camp , et Chevalier de Saint
Loüis.
Ouis du Four de Longueruë nâquit
La Charleville en 1692. de Pierre du
n'a-
Four , Se gneur de Longuerue et de Goisel
, Gentilhomme de Normandie , Lieutenant
pour le Roy au Gouvernement de
Charleville et de Montolimpe , et de Dame
Barbe le Blanc de Clois. Son
pere
voit rien épargné pour son éducation , il
lui donna Richelet pour Précepteur ; et
Perrot d'Ablancourt , si connu dans le
monde litteraire , lequel étoit son parent ;
voulut aussi contribuer à l'instruction
d'un Enfant qui étoit un prodige à l'âge de
quatre ans. La réputation de cet Enfant
Dvj étoit
204
étoit si grande , que le feu Roy passant à
Charleville demanda à le voir , et le jeune
Longuerue présenté à S. M. augmenta
encore par ses réponses aux diverses questions
qui lui furent faites , la grande idée
qu'on avoit déja de lui.
Son ardeur pour l'étude dès l'âge de
quinze ans , étoit si grande qu'à peine se
donnoit- il le temps de manger et de dormir.
Il ne connois oit d'autre recréation
que le changement de travail ; aussi fit - il
des progrès si surprenans , qu'il se trouva
bien- tôt en état d'être consulté par
tous les Sçavans , et en tout genre de Littérature
.
•
Il étudia à fond les Langues , tant
les mortes que les vivantes , et il n'y
en a eu aucune qu'il n'ait sçu parfaitement.
Avec ce secours il avoit penetré
dans l'Histoire de tous les Peuples , et de
tous les siecles . Il étoit si heureusement
servi par sa Memoire , que rarement il se
méprenoit d'une date , il ne confondoit
presque jamais un fait avec un autre.
L'Histoire étoit la partie de la Litterature
à laquelle il s'étoit le plus particulierement
appliqué , mais il n'avoit pas négligé
pour cela la Theologie , la Philosophie
ancienne et moderne , la Geographie,
la Chronologie , les Antiquitez et les Bel-
Lettres. Cette
FEVRIER. 1734. 281
Cette vaste étenduë de connoissance ne
l'énorgueillissoit point. Il étoit extrêmement
communicatif , et son sçavoir étoit
sans ostentation . Il est vrai qu'il n'aimoit
point à être contredit , et que son amour
pour la verité ne le rendoit pas toûjours
maître de ses expressions dans la chaleur
de la dispute ; mais quand on étoit accoutumé
à lui , sa franchise n'avoit plus rien
de rebutant , et on ne lui sçavoit aucun
mauvais gré de ses vivacitez.
Il a composé une infinité d'ouvrages qui
n'ont point été imprimez . Il avoit extrêmement
aidé le R. P. Pagi dans sa Critique
des Annales de Baronius Il a com-
Folé un grand nombre de Dissertations
tant sur l'Histoire Ecclesiastique que suz
celles de France , d'Espagne , des Arabes
& c.
Le seul Ouvrage qu'il a donné sous son
nom est la Description Historique et
Geographique de la France ancienne et
moderne , en deux Parties , imprimée à
Paris chez Jacques- Henry Praflard en
1719. Ce Livre , qui dans sa premiere
destination n'avoit été fait que pour l'instruction
d'un de ses amis , n'avoit pas acquis,
quand il fut rendu public , le dégré
de perfection que la réputation de son
Auteur sembloit exiger, L'Abbé de Longuerue
282 MERCURE DE FRANCE
gueruë n'avoit pû résister aux pressantes
sollicitations de gens plus occupez de leur
propre interêt , que de ce qui pouvoit
contribuer ou nuire à la réputation de ce
sçavant Homme. La complaisance qu'il
cût de livrer trop tôt son Ouvrage , lui a
causé des chagrins qu'il a ressentis jusqu'à
la fin de sa vie .
Le Journal des Sçavans du mois de Jan-
» vier 1733 m'apprend page 61. » Que M.
» Schoepflin a publié à Strasbourg chez
» Doulssecker , pere ; une édition in - 4°..
» ds Annales des Arsacides dont M.
» l'Abbé de Longueruë est , ( dit le Jour-
» nal ) l'Auteur , Annales Arsacidarum
» Auctore Ludovico du Four de Longueruë ,
"
Abbate S. Joann . de Jardo , & c. 1732 .
» On ajoute que cette Edition est préfera-
» ble à celle du même Ouvrage qui a été
imprimé à Paris il y a long -temps , en
» ce que M. Schoepflin l'a donné sur
» un Exemplaire corrigé et augmenté par
l'Illustre Aureur , qui a bien voulu le
» lui communiquer et en permettre l'im-
» pression. C'est tout ce que je puis dire
ici de cet Ouvrage , que je ne connoîs
point d'ailleurs.
>
Mais l'amour de la verité , et la reconnoissance
m'engagent à profiter de cette
occasion , pour déclarer qu'un autre Ou.
vrage
FEVREK 1734. 203
vrage rempli de Recherches historiques , et
d'une solide érudition , dont j'ai enrichi
ma dixiéme et onzième Lettre du Voyage
de Normandie , inserées dans le Mercure
de France des mois d'Avril et May
derniers , que cet Ouvrage , dis je , est
tout entier du sçavant Abbé de Longueruë.
Il joüissoit pour tout bien de deux Abbayes
, sçavoir Sept Fontaines , Diocèse
de Kheims depuis 1674. et le Jard ,-Diocèse
de Sens , depuis 1684. cependant
avec un revenu mediocre , il avoit sçû
former une Bibliotheque très - bien choisie,
qui seroit fâcheux de voir disperser,
L'Abbé de Longuerue mourut à Paris
le 22. Novembre 1733. laissant un Frere
qui est Mestre de Camp de Cavalerie , et
Chevalier de Saint Louis . Il avoit eu un
autre Frere qui fut tué à la Bataille de
Ramilliez le 23. May 1796. et qui étoit
Lieutenant des Gardes du Corps , Maréchal
de Camp , et Chevalier de Saint
Loüis.
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Résumé : ELOGE de M. l'Abbé de Longueruë.
L'abbé de Longuerue, né en 1692 à Charleville, était le fils de Pierre du Four, seigneur de Longuerue et de Goisel, et de Dame Barbe le Blanc de Clois. Son éducation fut soutenue par son père et son parent Perrot d'Ablancourt, et le roi remarqua son prodige à l'âge de quatre ans. À quinze ans, Longuerue démontra une passion exceptionnelle pour l'étude, maîtrisant rapidement diverses disciplines littéraires telles que les langues mortes et vivantes, l'histoire, la théologie, la philosophie, la géographie, la chronologie, les antiquités et les belles-lettres. Sa mémoire était remarquable, lui permettant de ne presque jamais se tromper sur les dates ou les faits historiques. Longuerue était connu pour partager ses connaissances sans ostentation, bien qu'il puisse être franc et vif dans les disputes. Il composa de nombreux ouvrages non imprimés et aida le père Pagi dans sa critique des Annales de Baronius. Son unique ouvrage publié est la 'Description Historique et Géographique de la France ancienne et moderne' (1719), publié malgré ses réticences. Il possédait deux abbayes et avait constitué une bibliothèque bien choisie. Longuerue mourut à Paris le 22 novembre 1733. Il laissait un frère, maître de camp de cavalerie et chevalier de Saint-Louis, et un autre frère mort à la bataille de Ramillies en 1706.
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17
p. 284
RONDEAU Aux Plaideurs.
Début :
On n'a pas tort de repousser les coups, [...]
Mots clefs :
Plaideurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU Aux Plaideurs.
RONDE AU
Aux Plaideurs.
N n'a pas tort de repousser les coups ,
D'un ennemi cauteleux et jaloux ,
Qui dans le champ d'autrui met sa faucille ,
Mais de plaider pour la moindre vetille ,
C'est un abus : Il vaut mieux filer doux.
Nos Bas- Normands n'en conviendront pas tous.
Pour de vrais riens on chicane chez nous ;
Et toutefois de l'air qu'on en babille ,
On n'a pas toit.
Hé! pauvres gens ! vous êtes de grands fous ,
De vous livrer à la gueule des Loups !
Le Juge prend , le Procureur étrille ,
L'Avocat piace , et le petit Clerc pille :
Au bout du compte , on se mocque de vous.
On n'a pas tort,
F. M. F.
Aux Plaideurs.
N n'a pas tort de repousser les coups ,
D'un ennemi cauteleux et jaloux ,
Qui dans le champ d'autrui met sa faucille ,
Mais de plaider pour la moindre vetille ,
C'est un abus : Il vaut mieux filer doux.
Nos Bas- Normands n'en conviendront pas tous.
Pour de vrais riens on chicane chez nous ;
Et toutefois de l'air qu'on en babille ,
On n'a pas toit.
Hé! pauvres gens ! vous êtes de grands fous ,
De vous livrer à la gueule des Loups !
Le Juge prend , le Procureur étrille ,
L'Avocat piace , et le petit Clerc pille :
Au bout du compte , on se mocque de vous.
On n'a pas tort,
F. M. F.
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Résumé : RONDEAU Aux Plaideurs.
Le texte 'Ronde Au' de F. M. F. dénonce les abus judiciaires et les litiges futiles. Il critique les juges, procureurs, avocats et clercs pour exploiter les plaignants. Les Bas-Normands sont particulièrement enclins à ces querelles. Les personnes impliquées finissent moquées et exploitées.
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18
p. 285-292
LETTRE écrite à M. D. L. R. sur les Pendules à quadran mobile, par le sieur Julien le Roy, A. D. de la Societé des Arts.
Début :
J'ai remarqué, Monsieur, deux choses qui m'interessent dans la Lettre de M. [...]
Mots clefs :
Cercle, Pendules, Usage, Société des arts, Public, Cadran, Échappement, M. Dufay, Équation, Pendule
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. D. L. R. sur les Pendules à quadran mobile, par le sieur Julien le Roy, A. D. de la Societé des Arts.
LETTRE écrite à M. D. L. R. sur les
Pendules à quadran mobile , par le sieur
Julien le Roy , A. D. de la Societé des
Arts.
J'ai remarqué , Monsieur , deux choses
J'ai remarqué , la 2 deue deM.
Thiou , inserée dans le Mercure de Décembre
1733. pag. 2668. l'une qu'il donne
des idées désavantageuses des Pendules
à cercle d'Equation , et l'autre , qu'il y
avance que c'est M. Dufay qui les a perfectionnées.
Comme j'ai vendu plusieurs de ces
Pendules , dont j'ai loué la justesse et l'utilité
; et que je me suis déclaré le seul
Auteur de la disposition avantageuse de
leurs Cadrans , pour marquer le tems vrai ,
et le tems moyen : ces deux motifs m'obligent
, Monsieur , à vous adresser cette
Lettre , pour me justifier dans le Public
du reproche qu'il auroit droit de me faire ,
si M. Th . accusoit juste dans toute la critique
qu'il fait de la Pendule de M. Pierre
le Roy , mon frere : c'est ce que je vais
faire le plus succinctement qu'il me sera
possible.
Dans i
186 MERCURE DE FRANCE
Dans le même Mercure pag. 2669. M.
Th . dit : « Cette me hode , quoique très
bonne , a des difficultez qui empêchent
» que le public n'en tire tout l'avantage
» qu'il désireroit , parce qu'il est difficile
d'en faire prendre connoissance aux
» personnes même intelligentes , et en ce
» qu'il faut s'approcher du Cadran toutes
>> les fois qu'on veut voir l'heure , et avoir
» toûjours égard aux nouvelles positions
»du Cercle après l'avoir misau quantiéme,
» ce qui nest guerre utile pourun usage ordinaire
, mais très - bon pour un sçavant ,
» comme étoit l'Inventeur , feu M. Dela-
» hire ,, et comme est M. Dufay , qui l'a
» si bien perfectionné.
29
Qui ne croiroit après avoir lû cet article
, que M. Th. n'a jamais voulu faire
de ces Pendules à cercle , parce qu'il les
a trouvées défectueuses ? Cependant il n'y
a peut -être pas d'Horlogeur à Paris qui en
ait fait un aussi grand nombre que lui ;
j'en appelle à témoins tous ceux qui en
ont de sa façon ; auroit- t'il vendu des ouvrages
qu'il n'estimoit pas?Ou voudroit- il
inspirer du mépris pour ceux qu'il n'a
point fait ? On en jugera par ce qui suit .
Lui- même a répandu dans le public en
1735. un Ecrit , imprimé chez la veuve
Knapen , qui a pour titre Instruction sur
l'usage
FEVRIER. 1734 287
Pusage du cercle d'Equation , que le sieur
Th. ajoûte à ses Pendules. Cet imprimé de
trois
pages commence par ces termes.
»Ce Cercle , nouvellement inventé , est
placé à la circonference du Cadran de la
» Pendule , où il est mobile , et divisé
» suivant la table du tems moyen au midy
» vrai , &c. & plus bas , par le cercle
dit il , on a non seulement l'heure du
» Soleil pour tous les jours de l'année
>> mais aussi la facilité d'y vérifier sa Pen-
> dule , &c. -
Comment M. Th. accordera- t'il ses
propres contradictions ? en 1730. il fait
imprimer , et donne au public un usage
pour regler les Pendules qu'il fait à Cercle
d'équation , et en 1733. il avance dans le
Mercu e qu'elles ne sontgueres utiles pour un
usage ordinaire.
En 1730. ce même Cercle lui a paru
nouvellement inventé. Si une invention
qu'il dattoit de huit années et plus , pou
voit alors passer pour nouvelle , il a eu
raison ; car c'est en 1722. que je fis pour
M. de Marian , de l'Académie des Sciences
, la premiere de ces Pendules à Cercle
d'Equation , et peu après une autre , que
M. Dufay me demanda pour M. Landais.
M. Th. veut faire entendre au public
que
288 MERCURE DE FRANCE
que ces Pendules ne sont gueres utiles pour un
usage ordinaire , mais très - bonnes pour un
Sçavant.
.
En effet ne faut -il pas l'être beaucoup
pour sçavoir le quantiéme du mois ? Et
pour tourner avec la main unCadran où il
est gravé , et le mettre vis-à-vis un Index
qui est fixe ? Cela est à peu près aussi difficile
d'ouvrir une montre pour
que
mettre à l'heure .
la
Pour montrer que M. Th. se trompe
totalement , quand il avance que M. Dufay
a perfectionné les Pendules .en questión
, je vais rapporter mot à mot l'Extrait
du Memoire de cet Académicien
qui est inseré dans ceux de l'Académie
Royale des Sciences , année 1725. page 72 .
«Nous avons vû les changemens qu'y
a fait le sieurJulien le Roy : il ne s'en est
» pas tenu - là ; il a imaginé de couper en
»deux la Courbe de M. Delahyre, qui re-
»venoit quatre fois sur elle- même en ser
»pentant, et par ce moyen il l'a tracée sur
» un cercle de laiton mobile , qui entoure
» le Cadran de la Pendule ; ayant placé ex-
» terieurement sur la fausse plaque deux
alidades fixes, l'une à l'heure de midy , et
l'autre à six heures , il ne reste plus qu'à
» tourner avec la main ce Cercle qui porte
» aussi un Cadran de minutes , et placer le
» jour
FEVRIER. 1734 . 289
» jour dont on veut sçavoir l'équation
»sous celle des alidades à laquelle le mois
répond par ce moyer l'aiguille des
» minutes qui marque sur le Cadran fixe
» de la Pendule l'heure moyenne et regu-
» liere , marquera sur le Cadran mobile
>> l'heure du Soleil ; je crois qu'il est difficile
de rien imaginer de plus simple , de
» plus exact , de plus commode , &c.
Peut- on rien dire de plus précis , de
plus clair , et de plus juste que ce que dit
M. Dufay dans cet article ? Il y rend avec
la derniere équité ce qui est dû à M. Delahire
, Inventeur de cette Courbe , et à
moi qui ai imaginé les changemens avantageux
qui l'ont rendue utile ; cette façon
dont je l'ai appliquée aux Pendules, a même
fourni à M. Dufay l'idée d'une machine
de carton , qui est analogue au Cadran
mobile , et qu'il a imaginé pour l'utilité
de ceux qui n'ont point de Cercle d'équation
à leur Pendule .
Si M. Th. avoit lû le Memoire de
M. du Fay , on doit penser qu'il auroit
équitablement suivi son exemple , et ne se
seroit nullement exposé à laisser entrevoir
qu'il ne lui a attribué le mérite de cette
production , qu'à dessein d'en dépoüiller
celui qui en est le veritable Auteur.
Voilà , M. ce que j'avois à vous écrire
sur
"
20 MERCURE DE FRANCE
sur un article de la Lettre de M. Th.
à l'égard de ce qu'elle contient d'ailleurs,
mon frere est très - capable d'y répondre.
Mais pendant que j'ai la plume à la main,
je suis bien aise , M. d'avoir l'honneur
de vous dire un mot sur un autre petit
démêlé d'Horlogerie que j'ai à finir avec
M. Th. au sujet d'un Echappement de
Montre qu'il a voulu mettre en usage
à Paris , deux ans après que ce même
Echappement avoit été abandonné et reconnu
pour mauvais à Londres. Voici
de quoi il s'agit.
Dans le Mercure d'Avril 1729. page
746. j'écrivis à M. Th . une Lettre dont
voici le premier article .
>> Lorsque vous vous êtes déterminé ;
» M. à donner au Public , par la voye du
» Mercure du mois dernier , page 544.
» une idée avantageuse de l'Echappement
de M. de Flamanville , vous ignoriez
» apparemment que la pluspart des Hor-
» logers de Londres l'ont mis en usage
» dès le commencement de l'année 17.7 .
» et l'ont totalement abandonné vers la
» fin de la même année .
Le Mercure de May suivant contient
une Réponse de M. Th. je n'en donnerai
point ici l'Extrait , parce qu'elle mérite
d'être lûë en entier , afin d'y voir
avec
FEVRIER. 1734 291
avec quelle confiance il y annonce le
succès du nouvel Echappement qu'il appliquoit
pour lors à ses Montres. Comme
cette Lettre fit impression sur l'esprit
de quelques personnes , et que je
fis refléxion alors combien il est difficile
au Public de juger sainement de la bonté
des Montres par leur construction ; je me
déterminai à differer ma réplique , prévoyant
que l'usage du nouvel Echappement
seroit aussi défectueux à Paris qu'il
avoit été trouvé deux ans auparavant à
Londres . A présent que mes conjectures
sont confirmées , je vous fais part , M. de
de ce que j'ay appris sur ce sujet.
Les Ouvriers de M. Th. ont publié il
y a environ deux ans , que j'avois prévû
dans ma Lettre tout ce qui lui étoit
arrivé , et qu'il avoit été obligé de remettre
à l'ordinaire toutes les Montres où
il avoit appliqué le nouvel Echappement
qu'il avoit adopté ; mais si on suppose
que ces discours ont été tenus sans fondement
, je demanderai pourquoi il n'a
pas appliqué ce merveilleux Echappement
à la Montre d'or à quantiéme
à secondes et à répetition , qu'il a eu
l'honneur de faire depuis environ un
an pour M. le Comte de Clermont ?
et pourquoi il n'en a pas fait usage en
travail-
1
292 MERCURE DE FRANCE
travaillant pour un Prince aussi respectable
par ses lumieres , que par la protection
éclatante qu'il accorde aux Arts,
et à ceux qui les professent ?
qui
En attendant que M. Th. nous rende
raison de ses variations , concluons , M.
qu'il seroit avantageux aux Horlogers
nous succederont , et aux progrès
de l'Horlogerie , qu'il nous instruisit- des
raisons qui l'ont déterminé , tant à ne
plus faire de ces Montres- là , qu'à ne
plus dorer les roues de rencontres , comme
il le marque dans sa Lettre du même
Mercure , page 980. Se seroit - il enfin
apperçu que le feu , le Mercure ,
l'eau forte , et les gratteboises , sont des
agents qui détruisent la dureté , la forme
et l'égalité que doivent avoir les dents
d'une roue de rencontre ? Faites- moi la
grace , M. d'être persuadé que je n'ai ici
principalement en vûe que de soutenir
l'usage d'une sorte de Pendule qui est
géneralement approuvée des Sçavans et
des Horlogers , parce que sa construction
est aussi simple qu'elle est commode
et utile au Public. Je suis , &c.
Le Memoire de M. de la Hire , dont
il est question dans ma Lettre , est inseré
dans ceux de l'Académie Royale des
Sciences , année 1717. page 242 .
Pendules à quadran mobile , par le sieur
Julien le Roy , A. D. de la Societé des
Arts.
J'ai remarqué , Monsieur , deux choses
J'ai remarqué , la 2 deue deM.
Thiou , inserée dans le Mercure de Décembre
1733. pag. 2668. l'une qu'il donne
des idées désavantageuses des Pendules
à cercle d'Equation , et l'autre , qu'il y
avance que c'est M. Dufay qui les a perfectionnées.
Comme j'ai vendu plusieurs de ces
Pendules , dont j'ai loué la justesse et l'utilité
; et que je me suis déclaré le seul
Auteur de la disposition avantageuse de
leurs Cadrans , pour marquer le tems vrai ,
et le tems moyen : ces deux motifs m'obligent
, Monsieur , à vous adresser cette
Lettre , pour me justifier dans le Public
du reproche qu'il auroit droit de me faire ,
si M. Th . accusoit juste dans toute la critique
qu'il fait de la Pendule de M. Pierre
le Roy , mon frere : c'est ce que je vais
faire le plus succinctement qu'il me sera
possible.
Dans i
186 MERCURE DE FRANCE
Dans le même Mercure pag. 2669. M.
Th . dit : « Cette me hode , quoique très
bonne , a des difficultez qui empêchent
» que le public n'en tire tout l'avantage
» qu'il désireroit , parce qu'il est difficile
d'en faire prendre connoissance aux
» personnes même intelligentes , et en ce
» qu'il faut s'approcher du Cadran toutes
>> les fois qu'on veut voir l'heure , et avoir
» toûjours égard aux nouvelles positions
»du Cercle après l'avoir misau quantiéme,
» ce qui nest guerre utile pourun usage ordinaire
, mais très - bon pour un sçavant ,
» comme étoit l'Inventeur , feu M. Dela-
» hire ,, et comme est M. Dufay , qui l'a
» si bien perfectionné.
29
Qui ne croiroit après avoir lû cet article
, que M. Th. n'a jamais voulu faire
de ces Pendules à cercle , parce qu'il les
a trouvées défectueuses ? Cependant il n'y
a peut -être pas d'Horlogeur à Paris qui en
ait fait un aussi grand nombre que lui ;
j'en appelle à témoins tous ceux qui en
ont de sa façon ; auroit- t'il vendu des ouvrages
qu'il n'estimoit pas?Ou voudroit- il
inspirer du mépris pour ceux qu'il n'a
point fait ? On en jugera par ce qui suit .
Lui- même a répandu dans le public en
1735. un Ecrit , imprimé chez la veuve
Knapen , qui a pour titre Instruction sur
l'usage
FEVRIER. 1734 287
Pusage du cercle d'Equation , que le sieur
Th. ajoûte à ses Pendules. Cet imprimé de
trois
pages commence par ces termes.
»Ce Cercle , nouvellement inventé , est
placé à la circonference du Cadran de la
» Pendule , où il est mobile , et divisé
» suivant la table du tems moyen au midy
» vrai , &c. & plus bas , par le cercle
dit il , on a non seulement l'heure du
» Soleil pour tous les jours de l'année
>> mais aussi la facilité d'y vérifier sa Pen-
> dule , &c. -
Comment M. Th. accordera- t'il ses
propres contradictions ? en 1730. il fait
imprimer , et donne au public un usage
pour regler les Pendules qu'il fait à Cercle
d'équation , et en 1733. il avance dans le
Mercu e qu'elles ne sontgueres utiles pour un
usage ordinaire.
En 1730. ce même Cercle lui a paru
nouvellement inventé. Si une invention
qu'il dattoit de huit années et plus , pou
voit alors passer pour nouvelle , il a eu
raison ; car c'est en 1722. que je fis pour
M. de Marian , de l'Académie des Sciences
, la premiere de ces Pendules à Cercle
d'Equation , et peu après une autre , que
M. Dufay me demanda pour M. Landais.
M. Th. veut faire entendre au public
que
288 MERCURE DE FRANCE
que ces Pendules ne sont gueres utiles pour un
usage ordinaire , mais très - bonnes pour un
Sçavant.
.
En effet ne faut -il pas l'être beaucoup
pour sçavoir le quantiéme du mois ? Et
pour tourner avec la main unCadran où il
est gravé , et le mettre vis-à-vis un Index
qui est fixe ? Cela est à peu près aussi difficile
d'ouvrir une montre pour
que
mettre à l'heure .
la
Pour montrer que M. Th. se trompe
totalement , quand il avance que M. Dufay
a perfectionné les Pendules .en questión
, je vais rapporter mot à mot l'Extrait
du Memoire de cet Académicien
qui est inseré dans ceux de l'Académie
Royale des Sciences , année 1725. page 72 .
«Nous avons vû les changemens qu'y
a fait le sieurJulien le Roy : il ne s'en est
» pas tenu - là ; il a imaginé de couper en
»deux la Courbe de M. Delahyre, qui re-
»venoit quatre fois sur elle- même en ser
»pentant, et par ce moyen il l'a tracée sur
» un cercle de laiton mobile , qui entoure
» le Cadran de la Pendule ; ayant placé ex-
» terieurement sur la fausse plaque deux
alidades fixes, l'une à l'heure de midy , et
l'autre à six heures , il ne reste plus qu'à
» tourner avec la main ce Cercle qui porte
» aussi un Cadran de minutes , et placer le
» jour
FEVRIER. 1734 . 289
» jour dont on veut sçavoir l'équation
»sous celle des alidades à laquelle le mois
répond par ce moyer l'aiguille des
» minutes qui marque sur le Cadran fixe
» de la Pendule l'heure moyenne et regu-
» liere , marquera sur le Cadran mobile
>> l'heure du Soleil ; je crois qu'il est difficile
de rien imaginer de plus simple , de
» plus exact , de plus commode , &c.
Peut- on rien dire de plus précis , de
plus clair , et de plus juste que ce que dit
M. Dufay dans cet article ? Il y rend avec
la derniere équité ce qui est dû à M. Delahire
, Inventeur de cette Courbe , et à
moi qui ai imaginé les changemens avantageux
qui l'ont rendue utile ; cette façon
dont je l'ai appliquée aux Pendules, a même
fourni à M. Dufay l'idée d'une machine
de carton , qui est analogue au Cadran
mobile , et qu'il a imaginé pour l'utilité
de ceux qui n'ont point de Cercle d'équation
à leur Pendule .
Si M. Th. avoit lû le Memoire de
M. du Fay , on doit penser qu'il auroit
équitablement suivi son exemple , et ne se
seroit nullement exposé à laisser entrevoir
qu'il ne lui a attribué le mérite de cette
production , qu'à dessein d'en dépoüiller
celui qui en est le veritable Auteur.
Voilà , M. ce que j'avois à vous écrire
sur
"
20 MERCURE DE FRANCE
sur un article de la Lettre de M. Th.
à l'égard de ce qu'elle contient d'ailleurs,
mon frere est très - capable d'y répondre.
Mais pendant que j'ai la plume à la main,
je suis bien aise , M. d'avoir l'honneur
de vous dire un mot sur un autre petit
démêlé d'Horlogerie que j'ai à finir avec
M. Th. au sujet d'un Echappement de
Montre qu'il a voulu mettre en usage
à Paris , deux ans après que ce même
Echappement avoit été abandonné et reconnu
pour mauvais à Londres. Voici
de quoi il s'agit.
Dans le Mercure d'Avril 1729. page
746. j'écrivis à M. Th . une Lettre dont
voici le premier article .
>> Lorsque vous vous êtes déterminé ;
» M. à donner au Public , par la voye du
» Mercure du mois dernier , page 544.
» une idée avantageuse de l'Echappement
de M. de Flamanville , vous ignoriez
» apparemment que la pluspart des Hor-
» logers de Londres l'ont mis en usage
» dès le commencement de l'année 17.7 .
» et l'ont totalement abandonné vers la
» fin de la même année .
Le Mercure de May suivant contient
une Réponse de M. Th. je n'en donnerai
point ici l'Extrait , parce qu'elle mérite
d'être lûë en entier , afin d'y voir
avec
FEVRIER. 1734 291
avec quelle confiance il y annonce le
succès du nouvel Echappement qu'il appliquoit
pour lors à ses Montres. Comme
cette Lettre fit impression sur l'esprit
de quelques personnes , et que je
fis refléxion alors combien il est difficile
au Public de juger sainement de la bonté
des Montres par leur construction ; je me
déterminai à differer ma réplique , prévoyant
que l'usage du nouvel Echappement
seroit aussi défectueux à Paris qu'il
avoit été trouvé deux ans auparavant à
Londres . A présent que mes conjectures
sont confirmées , je vous fais part , M. de
de ce que j'ay appris sur ce sujet.
Les Ouvriers de M. Th. ont publié il
y a environ deux ans , que j'avois prévû
dans ma Lettre tout ce qui lui étoit
arrivé , et qu'il avoit été obligé de remettre
à l'ordinaire toutes les Montres où
il avoit appliqué le nouvel Echappement
qu'il avoit adopté ; mais si on suppose
que ces discours ont été tenus sans fondement
, je demanderai pourquoi il n'a
pas appliqué ce merveilleux Echappement
à la Montre d'or à quantiéme
à secondes et à répetition , qu'il a eu
l'honneur de faire depuis environ un
an pour M. le Comte de Clermont ?
et pourquoi il n'en a pas fait usage en
travail-
1
292 MERCURE DE FRANCE
travaillant pour un Prince aussi respectable
par ses lumieres , que par la protection
éclatante qu'il accorde aux Arts,
et à ceux qui les professent ?
qui
En attendant que M. Th. nous rende
raison de ses variations , concluons , M.
qu'il seroit avantageux aux Horlogers
nous succederont , et aux progrès
de l'Horlogerie , qu'il nous instruisit- des
raisons qui l'ont déterminé , tant à ne
plus faire de ces Montres- là , qu'à ne
plus dorer les roues de rencontres , comme
il le marque dans sa Lettre du même
Mercure , page 980. Se seroit - il enfin
apperçu que le feu , le Mercure ,
l'eau forte , et les gratteboises , sont des
agents qui détruisent la dureté , la forme
et l'égalité que doivent avoir les dents
d'une roue de rencontre ? Faites- moi la
grace , M. d'être persuadé que je n'ai ici
principalement en vûe que de soutenir
l'usage d'une sorte de Pendule qui est
géneralement approuvée des Sçavans et
des Horlogers , parce que sa construction
est aussi simple qu'elle est commode
et utile au Public. Je suis , &c.
Le Memoire de M. de la Hire , dont
il est question dans ma Lettre , est inseré
dans ceux de l'Académie Royale des
Sciences , année 1717. page 242 .
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Résumé : LETTRE écrite à M. D. L. R. sur les Pendules à quadran mobile, par le sieur Julien le Roy, A. D. de la Societé des Arts.
Julien Le Roy répond à des critiques formulées par M. Thiou dans le Mercure de Décembre 1733. Il conteste deux points principaux : les idées désavantageuses sur les pendules à cercle d'équation et l'attribution des perfectionnements à M. Dufay. Julien Le Roy affirme être l'auteur de la disposition avantageuse des cadrans de ces pendules, permettant de marquer le temps vrai et le temps moyen. Il souligne que M. Thiou, malgré ses critiques, a fabriqué et vendu un grand nombre de ces pendules et a même publié un écrit en 1735 expliquant leur usage. Julien Le Roy rappelle qu'il a inventé ces pendules en 1722 et les a améliorées par la suite. Il cite un mémoire de M. Dufay de 1725, qui reconnaît ses contributions. Julien Le Roy mentionne également un différend concernant un échappement de montre, critiqué à Londres avant de l'être à Paris. Il exprime son souhait de promouvoir l'usage des pendules à cercle d'équation, appréciées pour leur simplicité et leur utilité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 293
« Le mot de l'Enigme du mois de Janvier est l'Echiquier. Ceux des Logogryphes, [...] »
Début :
Le mot de l'Enigme du mois de Janvier est l'Echiquier. Ceux des Logogryphes, [...]
Mots clefs :
Échiquier, Corde, Orange, Port
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le mot de l'Enigme du mois de Janvier est l'Echiquier. Ceux des Logogryphes, [...] »
Le mot de l'Enigme du mois de Janvier
est l'Echiquier. Ceux des Logogryghes
, sont Corde , Orange , Port. On trouve
dans celui- cy , Rot , Po , Or , Pot ,
et dans le précedent , Guillaume de Nassau
, Ange , Nage , Or , Ane , Oran ,
Organe d'une Flute , &c. Ergo.
est l'Echiquier. Ceux des Logogryghes
, sont Corde , Orange , Port. On trouve
dans celui- cy , Rot , Po , Or , Pot ,
et dans le précedent , Guillaume de Nassau
, Ange , Nage , Or , Ane , Oran ,
Organe d'une Flute , &c. Ergo.
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20
p. 293
ENIGME.
Début :
Je suis une Androgine, aimant peu le grand jour ; [...]
Mots clefs :
Énigme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E suis une Androgine , aimant peu le grand
jour ;
D'un Monstre ancienne fille ,
Plus mes traits sont obscurs , plus je plaîs , plus
je brille ,
N'inspirant jamais plus d'Amour ,
Que lorsque je suis moins commune.
J'enchante tellement et l'esprit et les yeux
De mes Amants curieux ,
Que lorsque je suis même exposée à leur vûë ,
Ils me cherchent à qui mieux mieux.
Je leur parle avec fard et grande retenuë ;
D'agir ainsi , jugez si j'ai raison ?
Sur un lit blanc à l'écart étenduë ,
Si j'allois à leurs yeux me montrer toute nuë ,
lis perdroient leur amour et je perdrois mon
mom.
E suis une Androgine , aimant peu le grand
jour ;
D'un Monstre ancienne fille ,
Plus mes traits sont obscurs , plus je plaîs , plus
je brille ,
N'inspirant jamais plus d'Amour ,
Que lorsque je suis moins commune.
J'enchante tellement et l'esprit et les yeux
De mes Amants curieux ,
Que lorsque je suis même exposée à leur vûë ,
Ils me cherchent à qui mieux mieux.
Je leur parle avec fard et grande retenuë ;
D'agir ainsi , jugez si j'ai raison ?
Sur un lit blanc à l'écart étenduë ,
Si j'allois à leurs yeux me montrer toute nuë ,
lis perdroient leur amour et je perdrois mon
mom.
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21
p. 294-296
LOGOGRYPHE.
Début :
L'on a vû s'écouler deux fois mille ans et plus, [...]
Mots clefs :
Étrennes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
vû s'écouler deux fois mille ans et plus,
Depuis qu'à Rome on m'a vû naître ,
Et cependant en moi l'on voit encor paroître ,
Malgré vingt siecles révolus ,
Cet air , qui du nouveau pore le caractere .
Pour quelques gens si je suis plein d'appas ,
D'autres en moi ne trouvent. pas
Le même attrait , et beaucoup au contraire ,
Pensent qu'à mon usage on devroit se soustraire.
•
Huit Lettres composent mon nom ;
Voisi comment on les combine.
1. 2. et 4. offrent une saison ,
Joignez 5. 3. autre combinaison ,
Vous donne le produit que promet la Tontine
6. 7. telle est la rigueur de mon sort ,
Que je ne puis échapper à la mort.
3. 1. 2. 8. je suis ce que mit en usage
Jadis un Dieu ( pour son honneur peu sage )
Mais peu sage à faire pitié ,
Qui de sa galante moitié ,
Revelant l'amoureux mystere ,
Auroit bien mieux fait de se taire .
De tout mon corps , deux Membres abbatez ;
Ville de l'Armorique aussi- tôt se présente;
En
FEVRIER
1734. 295
Ec
En cet état , si vous m'ôtez
que l'on trouve au milieu d'une Tente ,
Je dompre un fougueux animal ;
Alors , ma tête à bas , prenez-moi par la queue ,
L'on me dit fort utile à l'Art médecinal ;
Mais sans moi l'on ne peut achever une lieuë ,
Si l'on m'arrache encor le nez;
Tant pis pour vous si vous l'entreprenez.
Je puis, par un autre assemblage ,
A qui veut calculer offrir plus d'un objet .
6.7. et 2. me voilà net.
x. 5. 2. 4. ct 3. terme de jardinage ;
Au travail des Vergers je borne mon usage.
Tournez- moi d'une autre façon ,
D'un coup de dez je vous donne le nom .
4. 5. 7. et 1. si j'eusse eu moins de charmes ,
Pour la malheureuse Didon ,
Elle n'eut pas pour moi répandu tant de larmes.
3. 4. par la Mer , borné de tous côtez ,
L'on n'aborde chez moi qu'à l'aide du Pilote.
Pris dans un autre sens , je ne suis qu'une note ,
Joignez 5. 7. un Saint en moi vous réverez ,
Que le Calendrier vous indique en Novembre.
Posez avant mon deux mon quatriéme membre,
En deux lettres je suis une conjonction ,
Renversez- moi , je suis pronom.
1. 2. 3. 4. à l'esprit je présente
Nombre infini d'objets d'espece differente ,
E ij
Rica
256 MERCURE DE FRANCE
Rien n'existe ici bas ni même dans les Cieux ,
Soit qu'il respire ou non , que je ne signifie .
Retranchez 2. mon nom dans la Chronologic ,
Indique quelque trait fameux .
2. 4.3.1.7. fils d'un Dieu , Roy de Thrace ,
En malheureux oiseau , dans la Fable j'ai place ;
Le 5. au lieu du 2. Divinité des Eaux ,
Aux Nymphes de la Mer j'ai donné la naissance.
7.8. et 2. je suis un des Vents Cardinaux.
En voilà bien assez , je pense ,
Devine , si tu peux , mais tu n'es pas bien sûr
De m'avoir cette année , à moins d'heureuse
chance ;
Le temps est devenu bien dur
Par Mile Oladele du Londel.
vû s'écouler deux fois mille ans et plus,
Depuis qu'à Rome on m'a vû naître ,
Et cependant en moi l'on voit encor paroître ,
Malgré vingt siecles révolus ,
Cet air , qui du nouveau pore le caractere .
Pour quelques gens si je suis plein d'appas ,
D'autres en moi ne trouvent. pas
Le même attrait , et beaucoup au contraire ,
Pensent qu'à mon usage on devroit se soustraire.
•
Huit Lettres composent mon nom ;
Voisi comment on les combine.
1. 2. et 4. offrent une saison ,
Joignez 5. 3. autre combinaison ,
Vous donne le produit que promet la Tontine
6. 7. telle est la rigueur de mon sort ,
Que je ne puis échapper à la mort.
3. 1. 2. 8. je suis ce que mit en usage
Jadis un Dieu ( pour son honneur peu sage )
Mais peu sage à faire pitié ,
Qui de sa galante moitié ,
Revelant l'amoureux mystere ,
Auroit bien mieux fait de se taire .
De tout mon corps , deux Membres abbatez ;
Ville de l'Armorique aussi- tôt se présente;
En
FEVRIER
1734. 295
Ec
En cet état , si vous m'ôtez
que l'on trouve au milieu d'une Tente ,
Je dompre un fougueux animal ;
Alors , ma tête à bas , prenez-moi par la queue ,
L'on me dit fort utile à l'Art médecinal ;
Mais sans moi l'on ne peut achever une lieuë ,
Si l'on m'arrache encor le nez;
Tant pis pour vous si vous l'entreprenez.
Je puis, par un autre assemblage ,
A qui veut calculer offrir plus d'un objet .
6.7. et 2. me voilà net.
x. 5. 2. 4. ct 3. terme de jardinage ;
Au travail des Vergers je borne mon usage.
Tournez- moi d'une autre façon ,
D'un coup de dez je vous donne le nom .
4. 5. 7. et 1. si j'eusse eu moins de charmes ,
Pour la malheureuse Didon ,
Elle n'eut pas pour moi répandu tant de larmes.
3. 4. par la Mer , borné de tous côtez ,
L'on n'aborde chez moi qu'à l'aide du Pilote.
Pris dans un autre sens , je ne suis qu'une note ,
Joignez 5. 7. un Saint en moi vous réverez ,
Que le Calendrier vous indique en Novembre.
Posez avant mon deux mon quatriéme membre,
En deux lettres je suis une conjonction ,
Renversez- moi , je suis pronom.
1. 2. 3. 4. à l'esprit je présente
Nombre infini d'objets d'espece differente ,
E ij
Rica
256 MERCURE DE FRANCE
Rien n'existe ici bas ni même dans les Cieux ,
Soit qu'il respire ou non , que je ne signifie .
Retranchez 2. mon nom dans la Chronologic ,
Indique quelque trait fameux .
2. 4.3.1.7. fils d'un Dieu , Roy de Thrace ,
En malheureux oiseau , dans la Fable j'ai place ;
Le 5. au lieu du 2. Divinité des Eaux ,
Aux Nymphes de la Mer j'ai donné la naissance.
7.8. et 2. je suis un des Vents Cardinaux.
En voilà bien assez , je pense ,
Devine , si tu peux , mais tu n'es pas bien sûr
De m'avoir cette année , à moins d'heureuse
chance ;
Le temps est devenu bien dur
Par Mile Oladele du Londel.
Fermer
22
p. 296-297
AUTRE.
Début :
Quoique de basse extraction, [...]
Mots clefs :
Crocheteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Quoique de basse extraction ,
De nul métier , et de nom méprisable ,
Mercure par compassion ,
Me va rendre recommandable ;
On verra là maint Curieux ,
Exercer à l'envi son esprit et ses yeux ,
M'examinant des pieds jusqu'à la tête
Pour deviner si je suis homme ou bête ,
Chacun y fera de son mieux.
Je donne avis entre autres choses ,
De ne mettre d'abord la patience au free ,
Je
FEVRIER. 1734 297
Parmi bien des métamorphoses ,
Que renferme mon nom , vous trouverez un Ros,
Cherchez autour et prenez garde au choc,
Un instrument que l'on porte en écharpe ,
Qui n'est ni Luth , ni Tambourin ni Harpe ,
Viendra se présenter , n'en doutez , c'est un hoc,
Ce hoc diminutif augmentant sa figure ,
Pourra devenir Reche , ou si l'on veut Rocher
Continuez , et si par avanture ,
Ce chemin raboteux vous rebute à chercher ,
Je vous présente une douce voiture ,
C'est un Coche avec le Cocher ,
Je puis vous faire voir encor d'autres merveilles,
Fournir de Cruche un Porteur d'eau ;
Assortir un Prélat de son petit Manteau,
Donner la retraite aux Abeilles ;
Ce n'est pas être Ture que d'en agir ainsi ;
Je suis pourtant encor un Turc en racourci .
Quoique de basse extraction ,
De nul métier , et de nom méprisable ,
Mercure par compassion ,
Me va rendre recommandable ;
On verra là maint Curieux ,
Exercer à l'envi son esprit et ses yeux ,
M'examinant des pieds jusqu'à la tête
Pour deviner si je suis homme ou bête ,
Chacun y fera de son mieux.
Je donne avis entre autres choses ,
De ne mettre d'abord la patience au free ,
Je
FEVRIER. 1734 297
Parmi bien des métamorphoses ,
Que renferme mon nom , vous trouverez un Ros,
Cherchez autour et prenez garde au choc,
Un instrument que l'on porte en écharpe ,
Qui n'est ni Luth , ni Tambourin ni Harpe ,
Viendra se présenter , n'en doutez , c'est un hoc,
Ce hoc diminutif augmentant sa figure ,
Pourra devenir Reche , ou si l'on veut Rocher
Continuez , et si par avanture ,
Ce chemin raboteux vous rebute à chercher ,
Je vous présente une douce voiture ,
C'est un Coche avec le Cocher ,
Je puis vous faire voir encor d'autres merveilles,
Fournir de Cruche un Porteur d'eau ;
Assortir un Prélat de son petit Manteau,
Donner la retraite aux Abeilles ;
Ce n'est pas être Ture que d'en agir ainsi ;
Je suis pourtant encor un Turc en racourci .
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23
p. 297-298
AUTRE.
Début :
Mon nom est tout Arithmétique, [...]
Mots clefs :
Cloche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A ÚTRE.
Mon nom est tout Arithmétique ,
Facile à deviner pour tous gens de Pratique ,
On le construit en accouplant deux fois ,
Et comptant à chaque fois trois ;
Deux de ces premiers trois en valent cent cin
quante ;
La troisiéme est un vain zero
Qui ne sert que de numero ,
E iij Quoi298
MERCURE DE FRANCE
Quoique ce soit par lui que tout nombre s'augmente,
Si vous n'êtes encor au fait ,
Examinez les trois lettres dernieres ,
Qui commencent par cent comme les trois premieres
;
Reste deux à chercher , parcourez l'alphabeth
Tirez - en huit et cinq , voilà mon nom complet.
Mon nom est tout Arithmétique ,
Facile à deviner pour tous gens de Pratique ,
On le construit en accouplant deux fois ,
Et comptant à chaque fois trois ;
Deux de ces premiers trois en valent cent cin
quante ;
La troisiéme est un vain zero
Qui ne sert que de numero ,
E iij Quoi298
MERCURE DE FRANCE
Quoique ce soit par lui que tout nombre s'augmente,
Si vous n'êtes encor au fait ,
Examinez les trois lettres dernieres ,
Qui commencent par cent comme les trois premieres
;
Reste deux à chercher , parcourez l'alphabeth
Tirez - en huit et cinq , voilà mon nom complet.
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24
p. 298
AUTRE.
Début :
J'ai sous un même nom deux differens emplois ; [...]
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AUTR E.
'Ai sous un même nom deux differens emplois,
Tantôt en exerçant les doigts ,
Je sers ou nuis à bien du monde ;
Tantôt, ô force sans seconde ;
Lecteur , tu le peux croire , et souvent tu le vois ,
Je porte sur mon dos le Ciel , la Terre et l'Onde.
Voila ce que je fais , voici ce que je suis.
En pcu de mots je le déduis ,
Tant de longueur est superfluë :
Ma tête est un adverbe , et par inversion
Je forme de ma queue une conjonction,
Si vous ne devinez , vous avez la berluë ;
A votre gré , si j'en ai dit trop peu ;
Voici de quoi finir mon jeu ,
Lecteur , foüille-moi jusqu'au centre,
a trouveras un rat enfermé dans mon ventre .
'Ai sous un même nom deux differens emplois,
Tantôt en exerçant les doigts ,
Je sers ou nuis à bien du monde ;
Tantôt, ô force sans seconde ;
Lecteur , tu le peux croire , et souvent tu le vois ,
Je porte sur mon dos le Ciel , la Terre et l'Onde.
Voila ce que je fais , voici ce que je suis.
En pcu de mots je le déduis ,
Tant de longueur est superfluë :
Ma tête est un adverbe , et par inversion
Je forme de ma queue une conjonction,
Si vous ne devinez , vous avez la berluë ;
A votre gré , si j'en ai dit trop peu ;
Voici de quoi finir mon jeu ,
Lecteur , foüille-moi jusqu'au centre,
a trouveras un rat enfermé dans mon ventre .
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