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1
p. 20-57
LA MALADIE DE L'AMOUR.
Début :
L'Amour ne faisant pas moins parler de luy que la Mort / Les Graces venoient de laisser l'Amour entre les bras du [...]
Mots clefs :
Amour, Grâces, Destin, Beautés, Jeunesse, Maladie, Remèdes, Bonheur, Vénus, Hyménée , Plaisirs, Mercure, Éloignement, Temps, Raison
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texteReconnaissance textuelle : LA MALADIE DE L'AMOUR.
L'Amour ne faifant pas moins parler de luy que la Mort, adonnélieu depuis quelque temps à la Piece
ſuivante. Elle faitdu bruit,ellea ſes Partiſans,vousjugerez s'ils ont raiſon d'en dire du
bien.. LA MALADIE
DE L'AMOVR.
L
Es Graces venoient de
laiſſer l'Amour entre les
bras du Sommeil , &fe mocquoientde la ſtupiditéde ce Dieu, qui ayant l'avantage de poſſeder tousles joursles plus belles perſonnes du monde ,
ne leurdit iamais une parole ,
tant il a peurdedes-obligerle filence qui le loge dans ſon Palais , quandelles virent ar- river inopinément l'Amour.
lavoitfonBandeau àla main,
&laiſſoit voir autant de colere dansſesyeux, que d'aba- tementſur ſon viſage.
16 LE MERCURE
Non, dit- il,en entrant ie n'enreviendray pas,
lel'ay iuré,iabandone lemode,
Fuyons des lieux où l'iniuftice abonde,
C'est trop avoir comerce avecdes
Ingrats.
Pourprix de mes lõguesfatigues Alesſervirdas leurs intrigues,
Ozer tenir de moy mille infolens
propos?
Chercherfans ceſſe àmefaire in.
cartade,
Ien'enpuisplus,i'enſuis malade,
Promptement , un Lit de repos.
Les Graces qui n'ont iamais
plus de joye que quand elles font avec l'Amour , ne furent
point pareſſeuſes à le fatisfai- re. Elles luy dreſſerent un lit
de roſes , & le dépouillerent
GALANT.17 - de fon Carquois, dont il brifa les flêches devant elles. Il ſe
coucha en ſuite , & en ayant receu mille careſſes par lef- quelles elles tâcherent à le conſoler de ſon chagrin ;
Recouvrons le repos que trop
d'embarras m'oſte,
Cherchons,dit- il, cherchonsde la
tranquillité:
Si iesouffre c'est voſtre faute ,
Et mon malheur ne vient que de
voſtrefierté.
Partout ou vous mevoulezfuivre ,
Comme vous y menez &les Ris
&les leux,
Ie ne voy que des Gens affez con- tensdevivre
Lecœur embraséde mesfeux ;
Mais l'ordre du Destin qui vous
18 LE MERCURE fitimmortelles,
Vous faisant demeurer toûjours icunes &belles ,
CePrivilegegaste tout ,
Ilfait que vous n'aimez àvoir
quevosſemblables ;
Etquand iepense ailleurs vous rendreunpeu traitables,
Ien'ensçauroisveniràbout.
MilleAmantes ont beau chercher
defeurs remedes Aux maux que vous pourriez m'aideràdétourner,
Vousdédaignez les Vieilles &les
Laides
Chezqui ietâcheàvous mener;
Et cependantfans vous quepuis- iefeulpour elles ?
Ilm'enfaut tont les jours effuyer
:
cent querelles :
L'ay tortquandpardégoût on leur
manque defoy ,
GALANT. 19
!
lefuis traité d'injuste &d'aveugle&de traiſtre ,
Et tout cela , parce qu'avecque
moy 1 Auprésd'ellesiamaisvousnevou.
lezparoiſtre.
N
Lesgraces dirent mille choſes obligeantes à l'amour pourſe juſtifier auprés deluy,&rejer- terent leur manque de complaiſance ſur l'impoſſibilité qu'il y a de preſter quelque agrément à des Beautez déja furannées ; car pour les laides,
dirent- elles , vous ſçavez que nous ne les fuyons pas toutes.
Il yen a quelques-unes ſur le chapitre deſquelles vous avez aſſez àvousloüerde nos foins.
Nous demeurős d'accord que quand vous les allez engager
20 LE MERCURE
:
4
à reconnoître voſtre pouvoir,
nous ne vous accompagnons pas ſeules , & que vous faites en forte que la Jeuneſſe ſe trouve avec nous ; mais de
grace , ceſſez de nous rendre
reſponſables de vos chagrins;
les plus grands que vous ayez viennentdu coſté des Hommes , & ce ſont pourvous de
terribles eſprits à gouverner.
Il est vray,dit l' Amourqu'ils me cauſent despeines,
Qui m'accablent àtous momës,
Ienepuis nyferrer , ny relâcher
leurs chaînes,
Queie n'aye àsouffrir de leurs déréglemens.
:
Si trop de reſiſtance àleur flame
opposée Leur fait perdre l'espoir d'une Conqueste aisée,
GALANT. 2[
Ieneſuis qu'unTyran dont- ilfaut s'affranchir ;
Etfi laBelle àqui ie les engage Se laiſſe unpeu trop toſt fléchir,
Iamais elle n'a dû meriter leur
hommage.
Ainsi d'unfaux déguisement
Couvranttoutes leurs injaſtices,
Lorsque iem'accommode à leur
temperament,
Ilsseplaignent infolemment Qu'ils sont contraints defuture
mescaprices.
Qu'ils soient fourbes , ſan foy ,
trompeurs , audacieux,
Bizares,inconstans, emportez,fu- -
rieux,
De leurs defauts c'est moyseul -qu'ils accuſent,
Moy qui cherchepartout la con- corde&la paix,
22 LE MERCURE
Etquicentfois ay cõblédebiensfarts Ces lâches, ces ingratsqui de mon nomabusent.
C'en est fait, ma reſolution eſt
priſe , ie romps pour toûjours avec eux; & puis que les pei- nes qu'ils ſe font eux- mêmes leur font oublier lesavantages qu'ils reçoivent de moy , ie m'en vengeray hautement, en ne retournant iamais ſur la
terre. Aces mots il demanda
qu'on le laiſſat repoſer pour ſe remettre des fatigues qu'il avoit euës avec les hommes; &
comme les maux des Dieux
s'en vont auſſi promptement
qu'ils viennent , & que leur gueriſon dépend toûjours de leur volonté, lesGraces ne ſe
GALANT. 23
1
mirent pas en peinedu reme- de qu'il falloir apparter à la maladie dontil s'eſtoit plaint,
&elles le laiſſerent dormir
juſqu'au lendemain , qu'elles nemanquerent pasdeſe trou- verà ſon réveil. Ce repos qu'il avoit pris extraordinairement
(car il luy eſt fort nouveau
d'en prendre) luyavoit mis ſur leteint une fraîcheur qui les
ébloüit. Il leur parut plus po- relé qu'il n'avoit accoûtumé
- del'eſtre,&elles le trouverent
ſi beau, qu'elles ne pouvoient ſe laſſer de luy en faire paroître leur admiration .
Ahquelbonheur, dit- il, de pouvoiràfon aiſe
Dormir ainſi tranquillement !
Ie puis d'un doux loisir profuer
pleinement ,
24 LE MERCURE
Sansqu'ilfoitsurprenant que le
:: repos me plause,
?
:
Vnlong trava Idemande un long
delaffement Que n'ay jepointfouffert , pen.
dant quesur laterre L'offrois en vain la Paix qui doit
Suivre l'Amour !
Toûjours dispute,toûjours guerre:
L'étois àtout calmeremployénuit
&iour ;
Maisqu'avons- nous , immortels
que noussommes,
Anous inquieter, comme le monde ira ?
Quant àmoydeformais , prenne Soinqui voudra
Des affaires du cœur des homes,
;
İyrenonce,fansmoyſoit aiméqui
pourra.
Cefont des importuns qu'on ne
peutSatisfaire,
Et
GALANT. 25 7
Et qui d'un sentiment toûjours contraire au mien,
Trouvant ce qu'ils n'ont pas dignefeul de leurplaire ,
Veulent tout &ne veulent rien.
Trois jours s'écoulerent de
cette forte , pendant leſquels lesGraces tinrent fidelle compagnie à l'Amour. Comme ce n'est qu'un enfant, elles avoiét
le plaifir de le pouvoir baifer
ſans ſcrupule , & c'eſt entre- elles à qui l'auroit plus ſou- vent entre lesbras. Cependant Vénus qui avoit fait un voyage en terre , en eſtoit revenuë toute indignée , de ce qu'au lieudeshonneurs qu'elle avoit
accouſtumé d'y recevoir , elle avoit trouvé ſes Temples de
ferts.
Tome 2. B
26 LE MERCURE
Parcetteoyfivetéquepretendezvousfaire,
Dit-elleàsonfils triſtement ?
Magloire vous est-elle aujour.
d'huy lipeuchere,
Quevous puissiezvoirvôtre mere
Qu'àl'envytoutle mondeoutrageimpunément ?
Ladifcorde en ma placeen terre reverée,
Par voſtre éloignement joüit de meshonneurs :
Temevoyfans encens quand elle estadorée;
Etparses discoursfuborneurs,
Ellea tant fait partout quema
honteestjurée.
C'est trop , nesouffrez pasqu'elle mepousse àbout ,
Remettez les mortels dans leurs
premieres chatnes ;
S'il vous en coûtequelquespeines,
と
GALANT. 27
Par elles il est beau d'estre maistre
detout.
Venus eut beau faire des remontrances, l'Amour s'obſtina
àvouloireſtre malade, &pre- tendit que les hommes ne va- loient pas qu'il ſe privat pour euxdu repos quiluyeſtoit ne- ceffaire. Il s'en accommodoit
lemieux dumonde, &il n'avoit jamais rien trouvé de fi
doux que de paſſer les iours entiers, comme il fa foit , à fo lâtrer avec les Graces qui ne le
quitoient point. Mercure qui le cherchoit pour luy rendre comptede ce qui s'eſtoit paſſé fur la terre depuis ſon départ ,
le trouva qui ſe divertiſſoit avec elles &le voyant aſſis fur
les genoux del'une,tandis que l'autre luy tenoit les mains;
Bij
28 LE MERCURE
Ah vrayement,lay dit ilie vous
Lçayfort bongré Detout cejoly badınage ,
Detels amusemens conviennentà
voſtre âge ,
Maispourvous eſtre icy du mon- deretiré,
Vous avezfait un beau ménage.
Depuis qu'il vous a plû de vous
en éloigner,
Sçavez vous qu'iln'est rien qui n'ait changé de face ?
L'intereſtſeul en vôtre place
S'est acquis le droit de regner.
Il corrompt l'ame la plusſaine :
Ce n'est qu'emportement trouble, quefureur ,
, que
3
Chacun ne respire que haine ,
Les moins méchansfontfurpris de L'erreur
Quivers la difcorde les mene,
Tout s'y laiſſe entrainer , on s'at
GALANT. 29
taque, onsenuit.
Vouloir eftre obligeant, c'estfui- vre unechimere
Quedans les cerveaux creuxle
mauvais goût produit.
Comme on n'a nal defir de plaire,
On est pour lebeausexe , infolent,
temerare,
Et la civilité que tout le monde
:
fuit,
Cherchant employ par tout ne trouve rien àfaire.
L'Avarice eſt le mal leplus commundetous ,
L'épargne est en credit , plus de Modes nouvelles ,
Plus d'ornemens, plus de bijoux.
On nevoit qu'envieux , dont les
efprit jaloux
Semblentſe nourrir de querelles.
Personne ne fait plus ny Vers , uy Billets doux,
Biij
30 LE MERCVRE Plus d'agreables bagatelles ;
Onne donne ny Bals , nygalants Rendez-vous,
Et tous les homes pourles belles Sont devenus devrais hiboux.
Que ie ſuis ravy de cedeſor- dre , dit l'Amour tout réjouy !
Voilaun renverſementquime charme. Les hommes vont
connoiſtre ce que ie vaux, par les malheurs où les plongera mon éloignement. Mais,dites- moy ie vous prie que fait l'A- mitié ? At'on conſervé quel que reſpect pourelle?Et l'Hy menée avec qui i'eſtois ſi ſou- vent broüillé , fait-il mieux ſes
affaires ſeul qu'il ne les faiſoit
avec moy ?
L'Amitié, dit Mercure, avoulu
S'ingerer
GALANT.31
DEL
Defaire en terre vêtre office ;
Elleentretient les nœuds qu'on luy donneàferrer,
Mais le moindre debat la fait
presque expirer,
Et contrel'intereſt, pourpeu qu'il l'affoibliffe,
YON
Satiedeurnesçauroitdurer.
Quantàl'Hymen,parvôtre ab- fence
C'eſtpis centfois quecen'estoit
Acause du dégoût de l'indif ference [alliance,
Avecquidetout temps elleafait
vouséclatoit;
Toûjours quelque divorce entre
Maispourveu qu'on s'armâtd'un peudepatience,
Apresavoirgrondé, rompul'in- telligence ,
Vous vous raccommodiez, & tout
: feremettoit.
Biiij
32 LE MERCURE Apreſent que la Politique Portefans vous les gens às'unir pourtoûjours,
Dés qu'ons'estengagél'onn'aplus de beaux jours ;
Chacun en mots dolens
malheurs'explique ,
de fon
Etles regretsfont laseule Musiique,
Quichez les marieza cours.
Vous en riez ? Voila bien dequoy
rive.
Prenez-le ſur un autre ton ;
Sivous neretournez exercervôtre
empire,
Lemondesevaperdre, chacun
ensoupire,
Comme on faisoit du temps de Phaëton.
N'importe , repartit l'Amour ,
c'eſt ce que ie demande , ie ne
GALANT. 33
ſçaurois trop punir des fantaſ- ques, qui me faiſant trop inju- ſtement autheur de tous les
maux qu'ils fouffrent par leurs folies, n'ont aucune reconnoifſance des plaiſirs que ie leur procure. Le reposm'a'a fait goû- ter icy desdouceurs que ie n'a- voisiamais éprouvées , & iene meſens pas en humeur d'y re- noncer. Mercure le laiſſa dans
ceſentiment, &quelque temps s'eſtant encor paffé ſans que Venus pût obtenir de luy qu'il changeât de reſolution , un iour qu'il étoit fort en trainde rire , il entendit du bruit qui P'obligea à tourner la tête pour ſçavoir qui le venoit troubler dans ſa Retraite. Lecroiriezvous , luy dirent les Graces ,
c'eſt la Raiſon, vôtre plus irre
Bv
34. LE MERCURE
conciliable ennemie , quide- mande à vous parler.
Voilade mes ingrats oùvalamé- diſance,
S'écria-t'il touten courroux ;
Parce qu'illeurplaîtd'êtrefous,
D'aimerlahonteuse licence ,
Quin'est propre qu'aux loupsgaroux,
Ils nesçauroientsouffrir, fanss'en:
faire une offence ,
Qu'avecque la Raiſon iefois d'intelligence Pour mieuxfairegoûtermescharmes les plus doux ;
C'est elle cependant qu'à mefui- vrei'invite,
Partout ou iaydeffein de merendrevainqueur,
L'empruntefes couleurspourpein..
dre lemerite
GALANT.
35 Quidoit toucher unnoble cœur.
C'est alors qu'à mes traits se li- vrant avecjoye Ce cœurs'en laiſſepenetrer ,
Ie lay dois trop pour neme pas
montrer,
LaRaiſon me demande , ilfaut
queie la voye,
Dépêchez, qu'on lafaſſe entrer.
Acesmotsil courut au devant
d'elle , & témoigna parl'ac- cüeil le plus obligeant l'eſtime particuliere qu'il en faiſoit. La Raiſon receut ſes careſſes avec
plaifir , & le regardant d'un œil plus ſatisfait qu'elle n'avoit paru l'avoir en entrant :
Parcerestede bienveillance,
Luydit-elle , accordezàmes empreſſemens
36 LE MERCURE
Lebonheur de vostre presence,
Vous devez cette complaisance Al'appuy que ie donne àtous vos Sentimens.
Vousfçavezqueiamais ienevous fus contraire,
Que 'iay toûjours cherché l'union
avec vous,
Etqu'où nous terminons enſemble quelque affaire.
On se trouve affez bien denous.
Etouffez un chagrin qui nepeut
quemenuire.
Nos communs interêts nous y doi-
: vent porter :
L'un & l'autre, partout où vous
m'ofez conduire ,
Nous avons quelque appuy toûjoursànousprester ,
Vous meservez àm'introduire,
Etievousſirs àvousfaire écouter.
Depuis que les mortels ne vouS.
GALANT. 37
ontpluspourguide,
Vous desgroffieretez l'ennemy déclaré,
Il n'est rienſi défiguré,
I'ay beau chercherà leur tenir
labride,
Iene trouve par tout qu'orgueil
démesuré,
Quefaste insupportable, ou bêtise
timide;
Si ie quite un brutal ie rencontre
unstupide,
Pointde cœurgenereux point d'efprit éclairé.
Vousſeul à tant de maux pouvez donnerremede ,
Parvous lafiertés'adoucit,.
Parvous àſepolir ,ſans emprun- terd'autreaide ,
Leplus farouche reüſſit .
Revenez- donc au monde , oùpar vostre presence
38 LE MERCURE
Vous remettrez foudain la concorde&lapaix ,
l'ySoûtiendraypartout laforcede
vos traits,
Et nous en bannirons l'audace &
l'inſolence,
Si nous ne nousquittons iamais.
La propoſition ne déplût pas à l'Amour ; mais comme il fut
quelquetemps fans répondre,
la perfuafion qui eſtoit de -
meurée à la porte, crût qu'il eſtoit temps qu'elle parlat ; &
l'Amour ne la vit pas plûtoſt s'avancer , que prevenant ce qu'elle pouvoit avoir à luydi- re ; Arreſtez , luy cria-t'il de loin , ce ſeroit faire tort à l'union qui a eſtédetout temps entre la Raifon&moy,quede
croire qu'elle ait beſoin de vo
GALANT. 39
ſtre ſecours pour me faire en- trer dans ſes ſentimens. Il eſt
de certains Amours évaporez qui ne s'en accommoderoient
pas ; mais pour moy qui ſuis ennemydudéreglemét ( quoy que s'en ſoient voulu imagi- ner les hommes ) ie n'ay point
demeilleure amie que la Raifon. Il eut à peine achevé ces mots , qu'il apperçeutlaGloi- re , qui eſtant accouſtumée à
eſtre receuë par tout àbras ouverts , crut qu'il feroit inutile
de faire demander ſi l'entrée
buy ſeroit permiſe. L'Amour prit plaifir à la voir marcher d'un pas auſſi majestueux que fa mine eſtoit altiere. Il la receutfort civilement ; & apres
qu'elle eut répondu à ſes pre- mieres honneſtetez.
40 LE MERCURE Paroùpeut on avoir merité, luy
ditelle,
Que vous vous obſtiniez dans ce honteux repos ?
Il n'a iamais esté d'absence fi
cruelle:
Finiſſez là, chacun àl'envy voas
rappelle,
Eti'ay beſoindevous pourfaire
desHeros.
Pour les Exploits d'éclat quelque prixque l'étale,
Lavaleurſans Amourest aveugle,
brutale,
Etſemblemoins cueillir qu'arra- cherdes lauriers.
Dansle métier de Mars l'Amour
eft neceffaire,
Etc'est lefeul defir deplaire,
Qui fait lesplusfameux Guerriers.
4
GALANT. 41 L'Amour ſe trouva agreable- ment flaté de ce que la Gloire
luy dit,& il révoit à la réponſe qu'il luy devoit faire, quand il vitentrer tout à la fois,la Beauté , la Conſtance , la Galante
rie,& les Plaiſirs qui luy firent mille plaintes de ce que fon éloignement leur faiſoit ſouf- frir. La Beauté exagera com- bien il luy eſtoit honteux de
n'avoir aucun avantage ſur la laideur,&de n'être plus confiderée de perſonne , parce que
perſonne ne ſongeoit plus à
aimer. Mais ce qui commença d'ébranler l'Amour , ce fur ce
queluydirent les Plaiſirs , qui ſe voyoient malheureuſement exilez par le retranchement
des Feſtes galantes , & de tout
ce qui pouvoit contribuer au
42 LE MERCURE
divertiſſement des belles, tous
les jeunes gens eſtans tombez depuis ſon départdans une fa- le débauche , qui ne leur laif- ſoit trouverde lajoye quedans la ſeule brutalité. Ils parlerent fi fortement , & ils furent fi
bien ſecondez par les autres qui avoient le même intereſt qu'eux de faire revenir l'A- mour en terre , que ſe laiſſant
toucheràleurs prieres ;
C'estfait , vous l'emportez,leur dit-il,iemerends,
Quoyqu'endouceurpourmoy cet- teretraite abonde,
Ilfaut aller revoir mes injustes.
tyrans,
Er tâcher de mettre ordre à tous
les differens Que mon éloignement a caufé
GALANT. 43 dans lemonde ;
Puisqu'on le veut ainsi,igretourneavecvouS ,
Mais à condition qu'un traitementplus doux Effacerade moy ce que l'on afait croire,
Etquepour empêcher mille brutalitez
QuijettentsurmonNomunetâ- chetrop noire,
Partout ouieſeray, la Raison &
laGloire
Iront toûjours à mes costez.
Le party fut accepté, &il plut tellement aux Graces,qu'elles
jugerent de ne plus abandon- ner l'Amour.
ſuivante. Elle faitdu bruit,ellea ſes Partiſans,vousjugerez s'ils ont raiſon d'en dire du
bien.. LA MALADIE
DE L'AMOVR.
L
Es Graces venoient de
laiſſer l'Amour entre les
bras du Sommeil , &fe mocquoientde la ſtupiditéde ce Dieu, qui ayant l'avantage de poſſeder tousles joursles plus belles perſonnes du monde ,
ne leurdit iamais une parole ,
tant il a peurdedes-obligerle filence qui le loge dans ſon Palais , quandelles virent ar- river inopinément l'Amour.
lavoitfonBandeau àla main,
&laiſſoit voir autant de colere dansſesyeux, que d'aba- tementſur ſon viſage.
16 LE MERCURE
Non, dit- il,en entrant ie n'enreviendray pas,
lel'ay iuré,iabandone lemode,
Fuyons des lieux où l'iniuftice abonde,
C'est trop avoir comerce avecdes
Ingrats.
Pourprix de mes lõguesfatigues Alesſervirdas leurs intrigues,
Ozer tenir de moy mille infolens
propos?
Chercherfans ceſſe àmefaire in.
cartade,
Ien'enpuisplus,i'enſuis malade,
Promptement , un Lit de repos.
Les Graces qui n'ont iamais
plus de joye que quand elles font avec l'Amour , ne furent
point pareſſeuſes à le fatisfai- re. Elles luy dreſſerent un lit
de roſes , & le dépouillerent
GALANT.17 - de fon Carquois, dont il brifa les flêches devant elles. Il ſe
coucha en ſuite , & en ayant receu mille careſſes par lef- quelles elles tâcherent à le conſoler de ſon chagrin ;
Recouvrons le repos que trop
d'embarras m'oſte,
Cherchons,dit- il, cherchonsde la
tranquillité:
Si iesouffre c'est voſtre faute ,
Et mon malheur ne vient que de
voſtrefierté.
Partout ou vous mevoulezfuivre ,
Comme vous y menez &les Ris
&les leux,
Ie ne voy que des Gens affez con- tensdevivre
Lecœur embraséde mesfeux ;
Mais l'ordre du Destin qui vous
18 LE MERCURE fitimmortelles,
Vous faisant demeurer toûjours icunes &belles ,
CePrivilegegaste tout ,
Ilfait que vous n'aimez àvoir
quevosſemblables ;
Etquand iepense ailleurs vous rendreunpeu traitables,
Ien'ensçauroisveniràbout.
MilleAmantes ont beau chercher
defeurs remedes Aux maux que vous pourriez m'aideràdétourner,
Vousdédaignez les Vieilles &les
Laides
Chezqui ietâcheàvous mener;
Et cependantfans vous quepuis- iefeulpour elles ?
Ilm'enfaut tont les jours effuyer
:
cent querelles :
L'ay tortquandpardégoût on leur
manque defoy ,
GALANT. 19
!
lefuis traité d'injuste &d'aveugle&de traiſtre ,
Et tout cela , parce qu'avecque
moy 1 Auprésd'ellesiamaisvousnevou.
lezparoiſtre.
N
Lesgraces dirent mille choſes obligeantes à l'amour pourſe juſtifier auprés deluy,&rejer- terent leur manque de complaiſance ſur l'impoſſibilité qu'il y a de preſter quelque agrément à des Beautez déja furannées ; car pour les laides,
dirent- elles , vous ſçavez que nous ne les fuyons pas toutes.
Il yen a quelques-unes ſur le chapitre deſquelles vous avez aſſez àvousloüerde nos foins.
Nous demeurős d'accord que quand vous les allez engager
20 LE MERCURE
:
4
à reconnoître voſtre pouvoir,
nous ne vous accompagnons pas ſeules , & que vous faites en forte que la Jeuneſſe ſe trouve avec nous ; mais de
grace , ceſſez de nous rendre
reſponſables de vos chagrins;
les plus grands que vous ayez viennentdu coſté des Hommes , & ce ſont pourvous de
terribles eſprits à gouverner.
Il est vray,dit l' Amourqu'ils me cauſent despeines,
Qui m'accablent àtous momës,
Ienepuis nyferrer , ny relâcher
leurs chaînes,
Queie n'aye àsouffrir de leurs déréglemens.
:
Si trop de reſiſtance àleur flame
opposée Leur fait perdre l'espoir d'une Conqueste aisée,
GALANT. 2[
Ieneſuis qu'unTyran dont- ilfaut s'affranchir ;
Etfi laBelle àqui ie les engage Se laiſſe unpeu trop toſt fléchir,
Iamais elle n'a dû meriter leur
hommage.
Ainsi d'unfaux déguisement
Couvranttoutes leurs injaſtices,
Lorsque iem'accommode à leur
temperament,
Ilsseplaignent infolemment Qu'ils sont contraints defuture
mescaprices.
Qu'ils soient fourbes , ſan foy ,
trompeurs , audacieux,
Bizares,inconstans, emportez,fu- -
rieux,
De leurs defauts c'est moyseul -qu'ils accuſent,
Moy qui cherchepartout la con- corde&la paix,
22 LE MERCURE
Etquicentfois ay cõblédebiensfarts Ces lâches, ces ingratsqui de mon nomabusent.
C'en est fait, ma reſolution eſt
priſe , ie romps pour toûjours avec eux; & puis que les pei- nes qu'ils ſe font eux- mêmes leur font oublier lesavantages qu'ils reçoivent de moy , ie m'en vengeray hautement, en ne retournant iamais ſur la
terre. Aces mots il demanda
qu'on le laiſſat repoſer pour ſe remettre des fatigues qu'il avoit euës avec les hommes; &
comme les maux des Dieux
s'en vont auſſi promptement
qu'ils viennent , & que leur gueriſon dépend toûjours de leur volonté, lesGraces ne ſe
GALANT. 23
1
mirent pas en peinedu reme- de qu'il falloir apparter à la maladie dontil s'eſtoit plaint,
&elles le laiſſerent dormir
juſqu'au lendemain , qu'elles nemanquerent pasdeſe trou- verà ſon réveil. Ce repos qu'il avoit pris extraordinairement
(car il luy eſt fort nouveau
d'en prendre) luyavoit mis ſur leteint une fraîcheur qui les
ébloüit. Il leur parut plus po- relé qu'il n'avoit accoûtumé
- del'eſtre,&elles le trouverent
ſi beau, qu'elles ne pouvoient ſe laſſer de luy en faire paroître leur admiration .
Ahquelbonheur, dit- il, de pouvoiràfon aiſe
Dormir ainſi tranquillement !
Ie puis d'un doux loisir profuer
pleinement ,
24 LE MERCURE
Sansqu'ilfoitsurprenant que le
:: repos me plause,
?
:
Vnlong trava Idemande un long
delaffement Que n'ay jepointfouffert , pen.
dant quesur laterre L'offrois en vain la Paix qui doit
Suivre l'Amour !
Toûjours dispute,toûjours guerre:
L'étois àtout calmeremployénuit
&iour ;
Maisqu'avons- nous , immortels
que noussommes,
Anous inquieter, comme le monde ira ?
Quant àmoydeformais , prenne Soinqui voudra
Des affaires du cœur des homes,
;
İyrenonce,fansmoyſoit aiméqui
pourra.
Cefont des importuns qu'on ne
peutSatisfaire,
Et
GALANT. 25 7
Et qui d'un sentiment toûjours contraire au mien,
Trouvant ce qu'ils n'ont pas dignefeul de leurplaire ,
Veulent tout &ne veulent rien.
Trois jours s'écoulerent de
cette forte , pendant leſquels lesGraces tinrent fidelle compagnie à l'Amour. Comme ce n'est qu'un enfant, elles avoiét
le plaifir de le pouvoir baifer
ſans ſcrupule , & c'eſt entre- elles à qui l'auroit plus ſou- vent entre lesbras. Cependant Vénus qui avoit fait un voyage en terre , en eſtoit revenuë toute indignée , de ce qu'au lieudeshonneurs qu'elle avoit
accouſtumé d'y recevoir , elle avoit trouvé ſes Temples de
ferts.
Tome 2. B
26 LE MERCURE
Parcetteoyfivetéquepretendezvousfaire,
Dit-elleàsonfils triſtement ?
Magloire vous est-elle aujour.
d'huy lipeuchere,
Quevous puissiezvoirvôtre mere
Qu'àl'envytoutle mondeoutrageimpunément ?
Ladifcorde en ma placeen terre reverée,
Par voſtre éloignement joüit de meshonneurs :
Temevoyfans encens quand elle estadorée;
Etparses discoursfuborneurs,
Ellea tant fait partout quema
honteestjurée.
C'est trop , nesouffrez pasqu'elle mepousse àbout ,
Remettez les mortels dans leurs
premieres chatnes ;
S'il vous en coûtequelquespeines,
と
GALANT. 27
Par elles il est beau d'estre maistre
detout.
Venus eut beau faire des remontrances, l'Amour s'obſtina
àvouloireſtre malade, &pre- tendit que les hommes ne va- loient pas qu'il ſe privat pour euxdu repos quiluyeſtoit ne- ceffaire. Il s'en accommodoit
lemieux dumonde, &il n'avoit jamais rien trouvé de fi
doux que de paſſer les iours entiers, comme il fa foit , à fo lâtrer avec les Graces qui ne le
quitoient point. Mercure qui le cherchoit pour luy rendre comptede ce qui s'eſtoit paſſé fur la terre depuis ſon départ ,
le trouva qui ſe divertiſſoit avec elles &le voyant aſſis fur
les genoux del'une,tandis que l'autre luy tenoit les mains;
Bij
28 LE MERCURE
Ah vrayement,lay dit ilie vous
Lçayfort bongré Detout cejoly badınage ,
Detels amusemens conviennentà
voſtre âge ,
Maispourvous eſtre icy du mon- deretiré,
Vous avezfait un beau ménage.
Depuis qu'il vous a plû de vous
en éloigner,
Sçavez vous qu'iln'est rien qui n'ait changé de face ?
L'intereſtſeul en vôtre place
S'est acquis le droit de regner.
Il corrompt l'ame la plusſaine :
Ce n'est qu'emportement trouble, quefureur ,
, que
3
Chacun ne respire que haine ,
Les moins méchansfontfurpris de L'erreur
Quivers la difcorde les mene,
Tout s'y laiſſe entrainer , on s'at
GALANT. 29
taque, onsenuit.
Vouloir eftre obligeant, c'estfui- vre unechimere
Quedans les cerveaux creuxle
mauvais goût produit.
Comme on n'a nal defir de plaire,
On est pour lebeausexe , infolent,
temerare,
Et la civilité que tout le monde
:
fuit,
Cherchant employ par tout ne trouve rien àfaire.
L'Avarice eſt le mal leplus commundetous ,
L'épargne est en credit , plus de Modes nouvelles ,
Plus d'ornemens, plus de bijoux.
On nevoit qu'envieux , dont les
efprit jaloux
Semblentſe nourrir de querelles.
Personne ne fait plus ny Vers , uy Billets doux,
Biij
30 LE MERCVRE Plus d'agreables bagatelles ;
Onne donne ny Bals , nygalants Rendez-vous,
Et tous les homes pourles belles Sont devenus devrais hiboux.
Que ie ſuis ravy de cedeſor- dre , dit l'Amour tout réjouy !
Voilaun renverſementquime charme. Les hommes vont
connoiſtre ce que ie vaux, par les malheurs où les plongera mon éloignement. Mais,dites- moy ie vous prie que fait l'A- mitié ? At'on conſervé quel que reſpect pourelle?Et l'Hy menée avec qui i'eſtois ſi ſou- vent broüillé , fait-il mieux ſes
affaires ſeul qu'il ne les faiſoit
avec moy ?
L'Amitié, dit Mercure, avoulu
S'ingerer
GALANT.31
DEL
Defaire en terre vêtre office ;
Elleentretient les nœuds qu'on luy donneàferrer,
Mais le moindre debat la fait
presque expirer,
Et contrel'intereſt, pourpeu qu'il l'affoibliffe,
YON
Satiedeurnesçauroitdurer.
Quantàl'Hymen,parvôtre ab- fence
C'eſtpis centfois quecen'estoit
Acause du dégoût de l'indif ference [alliance,
Avecquidetout temps elleafait
vouséclatoit;
Toûjours quelque divorce entre
Maispourveu qu'on s'armâtd'un peudepatience,
Apresavoirgrondé, rompul'in- telligence ,
Vous vous raccommodiez, & tout
: feremettoit.
Biiij
32 LE MERCURE Apreſent que la Politique Portefans vous les gens às'unir pourtoûjours,
Dés qu'ons'estengagél'onn'aplus de beaux jours ;
Chacun en mots dolens
malheurs'explique ,
de fon
Etles regretsfont laseule Musiique,
Quichez les marieza cours.
Vous en riez ? Voila bien dequoy
rive.
Prenez-le ſur un autre ton ;
Sivous neretournez exercervôtre
empire,
Lemondesevaperdre, chacun
ensoupire,
Comme on faisoit du temps de Phaëton.
N'importe , repartit l'Amour ,
c'eſt ce que ie demande , ie ne
GALANT. 33
ſçaurois trop punir des fantaſ- ques, qui me faiſant trop inju- ſtement autheur de tous les
maux qu'ils fouffrent par leurs folies, n'ont aucune reconnoifſance des plaiſirs que ie leur procure. Le reposm'a'a fait goû- ter icy desdouceurs que ie n'a- voisiamais éprouvées , & iene meſens pas en humeur d'y re- noncer. Mercure le laiſſa dans
ceſentiment, &quelque temps s'eſtant encor paffé ſans que Venus pût obtenir de luy qu'il changeât de reſolution , un iour qu'il étoit fort en trainde rire , il entendit du bruit qui P'obligea à tourner la tête pour ſçavoir qui le venoit troubler dans ſa Retraite. Lecroiriezvous , luy dirent les Graces ,
c'eſt la Raiſon, vôtre plus irre
Bv
34. LE MERCURE
conciliable ennemie , quide- mande à vous parler.
Voilade mes ingrats oùvalamé- diſance,
S'écria-t'il touten courroux ;
Parce qu'illeurplaîtd'êtrefous,
D'aimerlahonteuse licence ,
Quin'est propre qu'aux loupsgaroux,
Ils nesçauroientsouffrir, fanss'en:
faire une offence ,
Qu'avecque la Raiſon iefois d'intelligence Pour mieuxfairegoûtermescharmes les plus doux ;
C'est elle cependant qu'à mefui- vrei'invite,
Partout ou iaydeffein de merendrevainqueur,
L'empruntefes couleurspourpein..
dre lemerite
GALANT.
35 Quidoit toucher unnoble cœur.
C'est alors qu'à mes traits se li- vrant avecjoye Ce cœurs'en laiſſepenetrer ,
Ie lay dois trop pour neme pas
montrer,
LaRaiſon me demande , ilfaut
queie la voye,
Dépêchez, qu'on lafaſſe entrer.
Acesmotsil courut au devant
d'elle , & témoigna parl'ac- cüeil le plus obligeant l'eſtime particuliere qu'il en faiſoit. La Raiſon receut ſes careſſes avec
plaifir , & le regardant d'un œil plus ſatisfait qu'elle n'avoit paru l'avoir en entrant :
Parcerestede bienveillance,
Luydit-elle , accordezàmes empreſſemens
36 LE MERCURE
Lebonheur de vostre presence,
Vous devez cette complaisance Al'appuy que ie donne àtous vos Sentimens.
Vousfçavezqueiamais ienevous fus contraire,
Que 'iay toûjours cherché l'union
avec vous,
Etqu'où nous terminons enſemble quelque affaire.
On se trouve affez bien denous.
Etouffez un chagrin qui nepeut
quemenuire.
Nos communs interêts nous y doi-
: vent porter :
L'un & l'autre, partout où vous
m'ofez conduire ,
Nous avons quelque appuy toûjoursànousprester ,
Vous meservez àm'introduire,
Etievousſirs àvousfaire écouter.
Depuis que les mortels ne vouS.
GALANT. 37
ontpluspourguide,
Vous desgroffieretez l'ennemy déclaré,
Il n'est rienſi défiguré,
I'ay beau chercherà leur tenir
labride,
Iene trouve par tout qu'orgueil
démesuré,
Quefaste insupportable, ou bêtise
timide;
Si ie quite un brutal ie rencontre
unstupide,
Pointde cœurgenereux point d'efprit éclairé.
Vousſeul à tant de maux pouvez donnerremede ,
Parvous lafiertés'adoucit,.
Parvous àſepolir ,ſans emprun- terd'autreaide ,
Leplus farouche reüſſit .
Revenez- donc au monde , oùpar vostre presence
38 LE MERCURE
Vous remettrez foudain la concorde&lapaix ,
l'ySoûtiendraypartout laforcede
vos traits,
Et nous en bannirons l'audace &
l'inſolence,
Si nous ne nousquittons iamais.
La propoſition ne déplût pas à l'Amour ; mais comme il fut
quelquetemps fans répondre,
la perfuafion qui eſtoit de -
meurée à la porte, crût qu'il eſtoit temps qu'elle parlat ; &
l'Amour ne la vit pas plûtoſt s'avancer , que prevenant ce qu'elle pouvoit avoir à luydi- re ; Arreſtez , luy cria-t'il de loin , ce ſeroit faire tort à l'union qui a eſtédetout temps entre la Raifon&moy,quede
croire qu'elle ait beſoin de vo
GALANT. 39
ſtre ſecours pour me faire en- trer dans ſes ſentimens. Il eſt
de certains Amours évaporez qui ne s'en accommoderoient
pas ; mais pour moy qui ſuis ennemydudéreglemét ( quoy que s'en ſoient voulu imagi- ner les hommes ) ie n'ay point
demeilleure amie que la Raifon. Il eut à peine achevé ces mots , qu'il apperçeutlaGloi- re , qui eſtant accouſtumée à
eſtre receuë par tout àbras ouverts , crut qu'il feroit inutile
de faire demander ſi l'entrée
buy ſeroit permiſe. L'Amour prit plaifir à la voir marcher d'un pas auſſi majestueux que fa mine eſtoit altiere. Il la receutfort civilement ; & apres
qu'elle eut répondu à ſes pre- mieres honneſtetez.
40 LE MERCURE Paroùpeut on avoir merité, luy
ditelle,
Que vous vous obſtiniez dans ce honteux repos ?
Il n'a iamais esté d'absence fi
cruelle:
Finiſſez là, chacun àl'envy voas
rappelle,
Eti'ay beſoindevous pourfaire
desHeros.
Pour les Exploits d'éclat quelque prixque l'étale,
Lavaleurſans Amourest aveugle,
brutale,
Etſemblemoins cueillir qu'arra- cherdes lauriers.
Dansle métier de Mars l'Amour
eft neceffaire,
Etc'est lefeul defir deplaire,
Qui fait lesplusfameux Guerriers.
4
GALANT. 41 L'Amour ſe trouva agreable- ment flaté de ce que la Gloire
luy dit,& il révoit à la réponſe qu'il luy devoit faire, quand il vitentrer tout à la fois,la Beauté , la Conſtance , la Galante
rie,& les Plaiſirs qui luy firent mille plaintes de ce que fon éloignement leur faiſoit ſouf- frir. La Beauté exagera com- bien il luy eſtoit honteux de
n'avoir aucun avantage ſur la laideur,&de n'être plus confiderée de perſonne , parce que
perſonne ne ſongeoit plus à
aimer. Mais ce qui commença d'ébranler l'Amour , ce fur ce
queluydirent les Plaiſirs , qui ſe voyoient malheureuſement exilez par le retranchement
des Feſtes galantes , & de tout
ce qui pouvoit contribuer au
42 LE MERCURE
divertiſſement des belles, tous
les jeunes gens eſtans tombez depuis ſon départdans une fa- le débauche , qui ne leur laif- ſoit trouverde lajoye quedans la ſeule brutalité. Ils parlerent fi fortement , & ils furent fi
bien ſecondez par les autres qui avoient le même intereſt qu'eux de faire revenir l'A- mour en terre , que ſe laiſſant
toucheràleurs prieres ;
C'estfait , vous l'emportez,leur dit-il,iemerends,
Quoyqu'endouceurpourmoy cet- teretraite abonde,
Ilfaut aller revoir mes injustes.
tyrans,
Er tâcher de mettre ordre à tous
les differens Que mon éloignement a caufé
GALANT. 43 dans lemonde ;
Puisqu'on le veut ainsi,igretourneavecvouS ,
Mais à condition qu'un traitementplus doux Effacerade moy ce que l'on afait croire,
Etquepour empêcher mille brutalitez
QuijettentsurmonNomunetâ- chetrop noire,
Partout ouieſeray, la Raison &
laGloire
Iront toûjours à mes costez.
Le party fut accepté, &il plut tellement aux Graces,qu'elles
jugerent de ne plus abandon- ner l'Amour.
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Résumé : LA MALADIE DE L'AMOUR.
Le texte relate une conversation entre l'Amour et les Grâces, suivie par l'intervention de Vénus et Mercure. L'Amour, épuisé par les ingratitudes et les comportements injustes des hommes, décide de se retirer et de se reposer. Les Grâces, inquiètes, lui préparent un lit de roses et tentent de le consoler. L'Amour exprime son désir de tranquillité et critique les hommes pour leur inconstance et leur ingratitude, refusant de revenir sur terre et préférant rester avec les Grâces. Vénus, furieuse de voir ses temples profanés, tente de convaincre son fils de revenir, mais sans succès. Mercure informe l'Amour des changements sur terre, où l'intérêt et la discorde règnent. L'Amour se réjouit de ces malheurs, trouvant son repos doux et agréable. La Raison intervient alors et demande à l'Amour de revenir pour rétablir l'ordre et la justice. Parallèlement, une conversation critique l'absence de l'Amour, qui a laissé le monde dans le chaos. La Raison et la Gloire rappellent l'importance de l'Amour, soulignant que sans lui, les exploits héroïques sont vains et que la valeur sans amour est aveugle et brutale. La Beauté, la Constance, la Galanterie et les Plaisirs se plaignent également de leur souffrance due à l'absence de l'Amour, qui a conduit à une débauche brutale parmi les jeunes gens. Touché par ces plaintes, l'Amour accepte de revenir à condition que la Raison et la Gloire l'accompagnent pour éviter les brutalités et les mauvaises interprétations. Les Grâces approuvent cette décision, promettant de ne plus abandonner l'Amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 149-162
LE TRIOMPHE DE VÉNUS.
Début :
Vous vous souvenez de la Dispute qui s'est élevée / Sur le bord de l'Arar, ma Muse solitaire, [...]
Mots clefs :
Statue, Vénus, Muse, Amour, Sommeil, Triomphe, Courtisans, Glorieux, Grâces, Jeux, Coeur, Grandeur, Lumière, Charme, Héros, Heureux, Louis le Grand
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TRIOMPHE DE VÉNUS.
Vous vous ſouvenez de la
Diſpute qui s'eſt élevée entre
les Sçavans touchant la Statuë
de la Viile d'Arles , pour
fçavoir fi elle repreſentoit
Venus , ou Diane. La décifion
de Sa Majesté qui s'eft
déclarée pour la premiere,
ayant terminé ce differend,
M' Magnin de l'Academie
Royale d'Arles , a fait làdeſſus
le galantOuvrage que
je vous envoye.bon
Nij
150 MERCURE
?
:
52555255-52552 555
LE TRIOMPHE
DE VENUS .
Urte bord de l'Arar ,ma Mase
Jolitaire
Cher espoirde mes derniers jours
M'offroitde quelques vers leSterite
Lecours,
Et révoit à ſon ordinaire,
Quandles Feux,les Ris,lesAmours
Vinvent troubler en foule, avecque I
leursTambours رد مرا
Leurs chants, leur Haut-bois , lour
Musette,
Lefilence dema Retraite.
52
ол
LeDieu qui fait aimer , l'air gay , le
teintvermeil,
GALANT. 151
M'aborde, s'avanceà leurteste,
Etme dit,fors de cesommeil,
Qui,filoin des plaisirs , &t'endort,
&i'arreste.
Venus triomphe enfin,je t'invite à la
feſte;
Ala Cour de LOVIS, on enfait l'appareil,
Ettout en estjusqu'au Soleil.
Se
Dianeabeaufaire lafiere,
Ellen'a plusde Courtisans,
Etfesplus zelez Partiſans
Ontabandonnéla carriere.
S2
SurunSujetfi glorieux
Nous avons raisonné , mais foibles
quenoussommes,
Dis-je alors , n'est- cepas au plusparfaitdes
Hommes
Adireſon avissur l'interèt desDieux?
N iiij
152 MERCURE
LOVIS aprononcé, c'est à tuy de ré-
Soudre,
Il estdans un degréfihaut chez les
Humains,
Que quandmesme ces Dieux luy préteraient
lafoudre,
Apeine croiroit on qu'elle custchangé
demains.
Se
Aprésque ce Heros a vuidé la querolle
Ilnefautplus disputer,
Venus le doitemporter,
Les Muſes deformais vivront bien
avec elle..
Prés de LOVIS le Grand, eltesfont
enfaveur,
P
Les Graces pour Venus ont un zele
fidelte
Enſemble de ce vainqueur
Chantantlagloire immortelle
GALANT 153
Ellesfe feront honneur
Den'avoirqu'un mesme coeur.
Se :
Les Gracesme répondirent,
Ilnetiendrapoint ànous
Les Feux,les Ris repartirent,
Quepeut- on fairefansvous,
Fillesde Venus difcrettes ?
Tout ce que gouſtent de doux
Lesamours les plusparfaites ,
N'est-cepasvousquile faites?
Que peut onfairefans vous,
Filles de Venus difcrettes?
52
Entrez dans'le Palais du plusgrand
Roy du monde,
Admirezſaſageſſe , & tranquile&
profonde,
Entrez , Mere des Amours ,
Vous triomphez , & Diane
Qui vous traitoit de Propbanes
:
154 MERCURE
N'eutjamais de fibeauxjours.
८८
Aces cris d'allegreffe
LesMuſes à leurtour
Vinrent fendre la preſſe,
Etpourfaire leur cour
Meſlons nosvoix , dirent- elles,
Ala gloire du Heros,
Dont les grandeurs immortelles,
Nous donnent en cejour unsi noble
repos.
Se
Leparty plut d'abord , lesGraces l'ac
cepterent,
Etfan's perdre de temps en recitsfuflus,
Voicy comme elles chanterent
LeTriomphe de Venus.
LES GRACES.
Venus a l'airtouchant,&d'elleonpeut
apprendre
1
GALANT. 155
Amefler aux Lauriers les Myrthes
amoureux .
Venus ne gaste rien audeſtin des
heureux,
En eft.on moins Heros , pouravoir le
coeur tendre?
LES MUSES .
Quand on donnedes loix aux plus
grands des Humains,
Toûjours vainqueur, &toûjours
équitable,
Etque demille Souverains
On tient lefort entre ses mains,
Pour avoir l'amefiere, en est- on moins
aimable?
LES GRACES.
Dans un degréde gloire , ou rien ne
peutatteindre,
Ilfautsçavoirdécendre , il fautſca-
いいvoir charmer
Il est beau dese faire craindre
156 MERCURE
Ilestdoux dese faire aimer.
LES MUSES ...
Si Venus maintenant d'une Pomme
eftornée,
Del'air dont elle la tient
Onvoitqu'ellesefouvient
DuHeros qui l'a donnéc.
LES GRACES.
Celle qu'elle recent de ce Bergervolage
Qui causa d'Ilion lefuneste ravage
Eftoit- elle de ceprix?
LOUIS a le rare avantage
De ne pouvoir estresurpris;
Iljointpar unheureux , &charmant
affemblage
Alafiertéd' Hector les charmes de
Paris. 6
LES MUSES .
Son régnefiplein de merveilles
Est la gloire de l'Univers .
i
GALANT. 157
LES GRACES .
Il est l'entretien de vosveilles
Il estle charme de vos Vers.
LES MUSES .
:
Certesfafaveurfouveraine
Nous tient lieu detout aujourd'huy.
LES GRACES.
Il estAuguste , il est Macene,
Vous n'avez affaire qu'à luy.
LES MUSES .
Qui peut nous troubler ? de la
guerre
On a fermé les Esendars
LES GRACES .
Flore peut reduire en parterre
Tout le terrain du Champ de Mars.
LES MUSES .
Plusde Canons , plus de Carcaffes,
Ne troublent l'accord de nos voix.
MULES GRACES.
Ilfautlaiſſer rive les Graces,
158 MERCURE
LOVIS les remet dans leurs
droits.
LES MUSES .
Dianen'estpoint abaiffée ;
Que cede- t'elle icy dufien?
LES GRACES .
Elle estla premiereplacée,
Venusne luy dérobe rien.
LES MUSES .
Sous le Heros quiles aſſemble
Qu'elles aurontdejours heureux!
LES GRACES.
Puißent-elles toûjours enſemble
L'accompagner dans tous fes
vaux.
... LES MUSES.
Puiffent elles d'intelligence
De charmerdans ses petits Fils.
LES GRACES!
Puiffent- elles toûjours en France
Faire la culture des •
GALANT 159
LES MUSES .
Venez ,heureuſes Destinées
Venez ſeconderſes defirs.
LES GRACES .
Neveillez queſurſes années,
Neménagezqueses plaisirs.
LES MUSES .
Fieres Beautez , Venus vous preffe
Devous enflamer en ce jour.
LES GRACES.
Que toutse rendeà latendreſſe;
Quefaire d'un coeurfans amour?
LES MUSES .
-Sans amourseroit- il poſſible
D'avoir des plaiſirs accomplis?
LES GRACES.
QuAmarilisfoitinſenſible,
C'est tant pis pour Amarilis.
LES MUSES.
Venus triomphe, tout le monde
Doit estresoumis àses loix.
160 MERCURE
LES GRACES .
Elle enflame laterre & l'onde,
Peut - on avoir de plus grands
droits?
Se
Merucilledufiecle ou nnoouussfommes
Dit l'Amour , fi Venus voit rétablir
Ses droits,
N'est- ce pas par la voix
Du plus parfait des Hommes,
plus grand des Rois? Etdu
は
Son triomphe estfiny , Sa gloire estaccomplie
Sa place estoit marquée , &le fera
toujours,
Pouvoit elle eftre mieux remplie
rlaMeredes Que parla
Se
Amours?
Allez à vostre tour, allez prendre vos
GALANT. 161
!
Dans ce Palais auguſte , il ne vous
manque rien
Etpourfinirvoſtre entretien
Apprenez à tous ceux qui plaignoients
vos disgraces,
Que les Muses, &les Graces
Nefurentjamaissibien.
SS
Rag છે
Allez par toute laterre
Aſſemblervos Favoris,
Lebruit affreux de la guerre
Netroublera plus vos cris..
Signalons noftre allegreffe
Regnons dansce Siecle heureux,
C'estl'amourqui nous en preſſe,
Direntles Ris,&les feux.
Allonsfaire éclaterfur laTerre&fur
l'onde,
Allons , & ne tardóns plus,
Au nom du Maistre du monde
162 MERCURE
Le triomphe de venus.
S&
Acesmots ils difparurem wiel
Sur leurs pas les Zephirs de la Plaine
coarurent
A
Etreftantfeulje dis en soupirant,
Tropheureux qui vous peutfuivre
Dans cet airfi triomphant;
Mais plus beureux qui peutvivre
Auprés de LOUIS le Grand!
Diſpute qui s'eſt élevée entre
les Sçavans touchant la Statuë
de la Viile d'Arles , pour
fçavoir fi elle repreſentoit
Venus , ou Diane. La décifion
de Sa Majesté qui s'eft
déclarée pour la premiere,
ayant terminé ce differend,
M' Magnin de l'Academie
Royale d'Arles , a fait làdeſſus
le galantOuvrage que
je vous envoye.bon
Nij
150 MERCURE
?
:
52555255-52552 555
LE TRIOMPHE
DE VENUS .
Urte bord de l'Arar ,ma Mase
Jolitaire
Cher espoirde mes derniers jours
M'offroitde quelques vers leSterite
Lecours,
Et révoit à ſon ordinaire,
Quandles Feux,les Ris,lesAmours
Vinvent troubler en foule, avecque I
leursTambours رد مرا
Leurs chants, leur Haut-bois , lour
Musette,
Lefilence dema Retraite.
52
ол
LeDieu qui fait aimer , l'air gay , le
teintvermeil,
GALANT. 151
M'aborde, s'avanceà leurteste,
Etme dit,fors de cesommeil,
Qui,filoin des plaisirs , &t'endort,
&i'arreste.
Venus triomphe enfin,je t'invite à la
feſte;
Ala Cour de LOVIS, on enfait l'appareil,
Ettout en estjusqu'au Soleil.
Se
Dianeabeaufaire lafiere,
Ellen'a plusde Courtisans,
Etfesplus zelez Partiſans
Ontabandonnéla carriere.
S2
SurunSujetfi glorieux
Nous avons raisonné , mais foibles
quenoussommes,
Dis-je alors , n'est- cepas au plusparfaitdes
Hommes
Adireſon avissur l'interèt desDieux?
N iiij
152 MERCURE
LOVIS aprononcé, c'est à tuy de ré-
Soudre,
Il estdans un degréfihaut chez les
Humains,
Que quandmesme ces Dieux luy préteraient
lafoudre,
Apeine croiroit on qu'elle custchangé
demains.
Se
Aprésque ce Heros a vuidé la querolle
Ilnefautplus disputer,
Venus le doitemporter,
Les Muſes deformais vivront bien
avec elle..
Prés de LOVIS le Grand, eltesfont
enfaveur,
P
Les Graces pour Venus ont un zele
fidelte
Enſemble de ce vainqueur
Chantantlagloire immortelle
GALANT 153
Ellesfe feront honneur
Den'avoirqu'un mesme coeur.
Se :
Les Gracesme répondirent,
Ilnetiendrapoint ànous
Les Feux,les Ris repartirent,
Quepeut- on fairefansvous,
Fillesde Venus difcrettes ?
Tout ce que gouſtent de doux
Lesamours les plusparfaites ,
N'est-cepasvousquile faites?
Que peut onfairefans vous,
Filles de Venus difcrettes?
52
Entrez dans'le Palais du plusgrand
Roy du monde,
Admirezſaſageſſe , & tranquile&
profonde,
Entrez , Mere des Amours ,
Vous triomphez , & Diane
Qui vous traitoit de Propbanes
:
154 MERCURE
N'eutjamais de fibeauxjours.
८८
Aces cris d'allegreffe
LesMuſes à leurtour
Vinrent fendre la preſſe,
Etpourfaire leur cour
Meſlons nosvoix , dirent- elles,
Ala gloire du Heros,
Dont les grandeurs immortelles,
Nous donnent en cejour unsi noble
repos.
Se
Leparty plut d'abord , lesGraces l'ac
cepterent,
Etfan's perdre de temps en recitsfuflus,
Voicy comme elles chanterent
LeTriomphe de Venus.
LES GRACES.
Venus a l'airtouchant,&d'elleonpeut
apprendre
1
GALANT. 155
Amefler aux Lauriers les Myrthes
amoureux .
Venus ne gaste rien audeſtin des
heureux,
En eft.on moins Heros , pouravoir le
coeur tendre?
LES MUSES .
Quand on donnedes loix aux plus
grands des Humains,
Toûjours vainqueur, &toûjours
équitable,
Etque demille Souverains
On tient lefort entre ses mains,
Pour avoir l'amefiere, en est- on moins
aimable?
LES GRACES.
Dans un degréde gloire , ou rien ne
peutatteindre,
Ilfautsçavoirdécendre , il fautſca-
いいvoir charmer
Il est beau dese faire craindre
156 MERCURE
Ilestdoux dese faire aimer.
LES MUSES ...
Si Venus maintenant d'une Pomme
eftornée,
Del'air dont elle la tient
Onvoitqu'ellesefouvient
DuHeros qui l'a donnéc.
LES GRACES.
Celle qu'elle recent de ce Bergervolage
Qui causa d'Ilion lefuneste ravage
Eftoit- elle de ceprix?
LOUIS a le rare avantage
De ne pouvoir estresurpris;
Iljointpar unheureux , &charmant
affemblage
Alafiertéd' Hector les charmes de
Paris. 6
LES MUSES .
Son régnefiplein de merveilles
Est la gloire de l'Univers .
i
GALANT. 157
LES GRACES .
Il est l'entretien de vosveilles
Il estle charme de vos Vers.
LES MUSES .
:
Certesfafaveurfouveraine
Nous tient lieu detout aujourd'huy.
LES GRACES.
Il estAuguste , il est Macene,
Vous n'avez affaire qu'à luy.
LES MUSES .
Qui peut nous troubler ? de la
guerre
On a fermé les Esendars
LES GRACES .
Flore peut reduire en parterre
Tout le terrain du Champ de Mars.
LES MUSES .
Plusde Canons , plus de Carcaffes,
Ne troublent l'accord de nos voix.
MULES GRACES.
Ilfautlaiſſer rive les Graces,
158 MERCURE
LOVIS les remet dans leurs
droits.
LES MUSES .
Dianen'estpoint abaiffée ;
Que cede- t'elle icy dufien?
LES GRACES .
Elle estla premiereplacée,
Venusne luy dérobe rien.
LES MUSES .
Sous le Heros quiles aſſemble
Qu'elles aurontdejours heureux!
LES GRACES.
Puißent-elles toûjours enſemble
L'accompagner dans tous fes
vaux.
... LES MUSES.
Puiffent elles d'intelligence
De charmerdans ses petits Fils.
LES GRACES!
Puiffent- elles toûjours en France
Faire la culture des •
GALANT 159
LES MUSES .
Venez ,heureuſes Destinées
Venez ſeconderſes defirs.
LES GRACES .
Neveillez queſurſes années,
Neménagezqueses plaisirs.
LES MUSES .
Fieres Beautez , Venus vous preffe
Devous enflamer en ce jour.
LES GRACES.
Que toutse rendeà latendreſſe;
Quefaire d'un coeurfans amour?
LES MUSES .
-Sans amourseroit- il poſſible
D'avoir des plaiſirs accomplis?
LES GRACES.
QuAmarilisfoitinſenſible,
C'est tant pis pour Amarilis.
LES MUSES.
Venus triomphe, tout le monde
Doit estresoumis àses loix.
160 MERCURE
LES GRACES .
Elle enflame laterre & l'onde,
Peut - on avoir de plus grands
droits?
Se
Merucilledufiecle ou nnoouussfommes
Dit l'Amour , fi Venus voit rétablir
Ses droits,
N'est- ce pas par la voix
Du plus parfait des Hommes,
plus grand des Rois? Etdu
は
Son triomphe estfiny , Sa gloire estaccomplie
Sa place estoit marquée , &le fera
toujours,
Pouvoit elle eftre mieux remplie
rlaMeredes Que parla
Se
Amours?
Allez à vostre tour, allez prendre vos
GALANT. 161
!
Dans ce Palais auguſte , il ne vous
manque rien
Etpourfinirvoſtre entretien
Apprenez à tous ceux qui plaignoients
vos disgraces,
Que les Muses, &les Graces
Nefurentjamaissibien.
SS
Rag છે
Allez par toute laterre
Aſſemblervos Favoris,
Lebruit affreux de la guerre
Netroublera plus vos cris..
Signalons noftre allegreffe
Regnons dansce Siecle heureux,
C'estl'amourqui nous en preſſe,
Direntles Ris,&les feux.
Allonsfaire éclaterfur laTerre&fur
l'onde,
Allons , & ne tardóns plus,
Au nom du Maistre du monde
162 MERCURE
Le triomphe de venus.
S&
Acesmots ils difparurem wiel
Sur leurs pas les Zephirs de la Plaine
coarurent
A
Etreftantfeulje dis en soupirant,
Tropheureux qui vous peutfuivre
Dans cet airfi triomphant;
Mais plus beureux qui peutvivre
Auprés de LOUIS le Grand!
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3
p. 209-211
Figures Antique[s] autour du fer à Cheval, [titre d'après la table]
Début :
Ils regarderent fort toutes les Statuës antiques qui sont autour [...]
Mots clefs :
Figures antiques, Fer à cheval, Tête, Vénus, Bassins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Figures Antique[s] autour du fer à Cheval, [titre d'après la table]
Ils regarderent fort toutes
les Statues antiques qui ſont
autour du Fer à cheval , &
furent furpris d'en trouver un
fi grand nombre. Ils avoient
> pris beaucoup de plaifir auparavant
à voir la Venus à la
Coquille , & la Venus accroupie ,
qui bien que modernes ont
e cité faites ſur des Antiques.
Riij
201 Suite du Voyage
1.
Ils avoient auſſi admiré une
Teſte de Mars , faites parPhidias
,& reſtaurée par M Girardon
, lequel y a ajoûté un
Buſte. Cette Teſte eſt ſur une
colomne d'un Albâtre orienxal.
Une Teſte de Jupiter
trouvée à Besançon , & mife
fur un Terme , avoit auſſi
attiré leur admiration. Enfin
ils ſortoient remplis d'avoir
vû tant d'or , de bronze &
de marbre , tous les rebords
des Baffins , les bans & les
degrez , n'eſtant faits que de
cette derniere matiere , lors
qu'ils ſe virent auprés des
deux Baffins qui regardent
desAmb. de Siam.
203
1
■ la Face du Château ; ce qui
1 leur donna une nouvelle oc-
( caſion d'admirer.
les Statues antiques qui ſont
autour du Fer à cheval , &
furent furpris d'en trouver un
fi grand nombre. Ils avoient
> pris beaucoup de plaifir auparavant
à voir la Venus à la
Coquille , & la Venus accroupie ,
qui bien que modernes ont
e cité faites ſur des Antiques.
Riij
201 Suite du Voyage
1.
Ils avoient auſſi admiré une
Teſte de Mars , faites parPhidias
,& reſtaurée par M Girardon
, lequel y a ajoûté un
Buſte. Cette Teſte eſt ſur une
colomne d'un Albâtre orienxal.
Une Teſte de Jupiter
trouvée à Besançon , & mife
fur un Terme , avoit auſſi
attiré leur admiration. Enfin
ils ſortoient remplis d'avoir
vû tant d'or , de bronze &
de marbre , tous les rebords
des Baffins , les bans & les
degrez , n'eſtant faits que de
cette derniere matiere , lors
qu'ils ſe virent auprés des
deux Baffins qui regardent
desAmb. de Siam.
203
1
■ la Face du Château ; ce qui
1 leur donna une nouvelle oc-
( caſion d'admirer.
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Résumé : Figures Antique[s] autour du fer à Cheval, [titre d'après la table]
Des visiteurs ont admiré diverses statues autour du Fer à cheval, dont la Vénus à la Coquille et la Vénus accroupie. Ils ont vu une tête de Mars par Phidias et une tête de Jupiter de Besançon. Ils ont été impressionnés par l'abondance d'or, de bronze et de marbre. Ils ont également admiré la face du château près des bassins.
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4
p. 211-215
Grands Canaux avec tout ce qui les doit orner quand ils seront achevez, [titre d'après la table]
Début :
Ces Canaux ont 20 toises de large dans oeuvre, 40 [...]
Mots clefs :
Grands canaux, Canaux, Figures de bronze, Marbre, Groupes, Canal, Vénus, Thétis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Grands Canaux avec tout ce qui les doit orner quand ils seront achevez, [titre d'après la table]
Ces Canaux
ont 20 toiſes de large
dans oeuvre , 40. de long , &
1600. pieds de tour. Ils font
accoudez par les coins , &
■ leurs rebords qui font tout
# de marbre , ont trois pieds
d'épaiffeur , ſans la marche
d'en-bas ; ce qui marque une
at magnificence finguliere. On
* dit aux Ambaſſadeurs qu'on
travailloit à des Groupes de
Figures de bronze pour les
orner ; que ces Groupes devoient
eſtre d'environ 7 pieds
& de long , & pofez ſur les re-
Riiij
204 Suite du Voyage
avec
bords de ces Canaux ; qu'on
en devoir mettre 12 fur cha
cun , ſçavoir deux Fleuves
avec leurs attributs , deux Rivieres
, & quatre Nymphes
accompagnées des attributs
qui leur conviennent ,
quatre Groupes d'Enfans ;
qu'au milieu de chaque Canal
, il y auroit diverſes Figures
pour repreſenter la
naiſſance de Venus & de Thetis
; qu'ainſi l'un de ces Canaux
feroit appelé le Canal
de Thetis , & l'autre le Canal
de Venus ; & que ces Figures
devoient eſtre accompagnées
de Dieux marins , & de di-
1
des Amb. de Siam.
205
or
-verſes fortes de Poiffons jettans
de l'eau , le tout de
U bronze. Il feroit difficile de
rien imaginer qui faſſe mieux
connoiſtre la grandeur & la
magnificence du Roy , auffi
at bien que le bon goût de ceanh
luy qui aprés Sa Majesté , eft
le premier mobile de toutes
est ces choſes. Cependant ce
n'eſt pas tout ce qu'on re-
To marquera en cet endroit ,
puiſque dans deux petits Baf-
(as fins tout de marbre , qui font
Can quarrez , & élevez , qu'on a
gut placez- un peu par
de-la ces
at deux Canaux , & fur la même
eſplanade on doit voir
2
R. v.
206 Suite du Voyage
encore des combats d'animaux
, qui feront de bronze ,
& qu'on doit mettre le long
de la façade du Château ,
pluſieurs grandes Cuvettes de
meſme matiere , & remplies
d'ornemens ; de forte qu'on
verra en meſme temps les Figures
des Canaux , les Animaux
des Baſſins , & les Cuvettes
du Château. Tous ces
ouvrages ſe font à l'Arcenal ,
& doivent eſtre bien - toſt
achevez , ce que le Roy reſout
eſtant toujours preſque
auſſi-tôt executé que conclu.
On voit dans le meſme
licu pluſieurs grands Vaſes de
des Amb. de Siam. 207
marbre , avec des Bas- reliefs .
Ilyen aſur les degrez de la
Terraffe qui donne vis- à-vis
les Canaux dont je viens de
parler , qui repreſentent plufieurs
Places priſes par leRoy,
& par de- là l'autre bout de
s ces Canaux , on voit les Va-
, appelez de Medicis , fi
est bien copiez qu'on les pours
roit prendre pour les origifes
cob naux.
ont 20 toiſes de large
dans oeuvre , 40. de long , &
1600. pieds de tour. Ils font
accoudez par les coins , &
■ leurs rebords qui font tout
# de marbre , ont trois pieds
d'épaiffeur , ſans la marche
d'en-bas ; ce qui marque une
at magnificence finguliere. On
* dit aux Ambaſſadeurs qu'on
travailloit à des Groupes de
Figures de bronze pour les
orner ; que ces Groupes devoient
eſtre d'environ 7 pieds
& de long , & pofez ſur les re-
Riiij
204 Suite du Voyage
avec
bords de ces Canaux ; qu'on
en devoir mettre 12 fur cha
cun , ſçavoir deux Fleuves
avec leurs attributs , deux Rivieres
, & quatre Nymphes
accompagnées des attributs
qui leur conviennent ,
quatre Groupes d'Enfans ;
qu'au milieu de chaque Canal
, il y auroit diverſes Figures
pour repreſenter la
naiſſance de Venus & de Thetis
; qu'ainſi l'un de ces Canaux
feroit appelé le Canal
de Thetis , & l'autre le Canal
de Venus ; & que ces Figures
devoient eſtre accompagnées
de Dieux marins , & de di-
1
des Amb. de Siam.
205
or
-verſes fortes de Poiffons jettans
de l'eau , le tout de
U bronze. Il feroit difficile de
rien imaginer qui faſſe mieux
connoiſtre la grandeur & la
magnificence du Roy , auffi
at bien que le bon goût de ceanh
luy qui aprés Sa Majesté , eft
le premier mobile de toutes
est ces choſes. Cependant ce
n'eſt pas tout ce qu'on re-
To marquera en cet endroit ,
puiſque dans deux petits Baf-
(as fins tout de marbre , qui font
Can quarrez , & élevez , qu'on a
gut placez- un peu par
de-la ces
at deux Canaux , & fur la même
eſplanade on doit voir
2
R. v.
206 Suite du Voyage
encore des combats d'animaux
, qui feront de bronze ,
& qu'on doit mettre le long
de la façade du Château ,
pluſieurs grandes Cuvettes de
meſme matiere , & remplies
d'ornemens ; de forte qu'on
verra en meſme temps les Figures
des Canaux , les Animaux
des Baſſins , & les Cuvettes
du Château. Tous ces
ouvrages ſe font à l'Arcenal ,
& doivent eſtre bien - toſt
achevez , ce que le Roy reſout
eſtant toujours preſque
auſſi-tôt executé que conclu.
On voit dans le meſme
licu pluſieurs grands Vaſes de
des Amb. de Siam. 207
marbre , avec des Bas- reliefs .
Ilyen aſur les degrez de la
Terraffe qui donne vis- à-vis
les Canaux dont je viens de
parler , qui repreſentent plufieurs
Places priſes par leRoy,
& par de- là l'autre bout de
s ces Canaux , on voit les Va-
, appelez de Medicis , fi
est bien copiez qu'on les pours
roit prendre pour les origifes
cob naux.
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Résumé : Grands Canaux avec tout ce qui les doit orner quand ils seront achevez, [titre d'après la table]
Le texte décrit des canaux ornés de sculptures en bronze, mesurant 20 toises de large, 40 de long et 1600 pieds de tour. Leurs rebords en marbre ont trois pieds d'épaisseur, soulignant une magnificence singulière. Des groupes de figures en bronze, d'environ 7 pieds de long, sont en cours de réalisation pour orner les canaux. Chaque canal doit comporter 12 groupes : deux fleuves, deux rivières, quatre nymphes et quatre groupes d'enfants. Au milieu de chaque canal, des figures représentent la naissance de Vénus et de Thétis, désignant ainsi un canal comme le Canal de Thétis et l'autre comme le Canal de Vénus. Ces figures sont accompagnées de dieux marins et de divinités fortes de poissons jetant de l'eau. Le texte met en avant la grandeur et le bon goût du roi. De plus, deux petits bassins carrés et élevés en marbre, près des canaux, doivent présenter des combats d'animaux en bronze. Des cuvettes ornées doivent être installées le long de la façade du château. Tous ces ouvrages sont en cours de réalisation à l'Arsenal et doivent être achevés rapidement. Le texte mentionne également plusieurs grands vases en marbre avec des bas-reliefs représentant des places prises par le roi, ainsi que des vases appelés de Médicis.
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5
p. 8-20
AUTRE PIECE nouvelle, à l'imitation d'Ausomne. L'AMOUR PUNI.
Début :
Loin de ces prisons redoutables, [...]
Mots clefs :
Amour, Pleurs, Vénus, Dieux, Myrthe, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE PIECE nouvelle, à l'imitation d'Ausomne. L'AMOUR PUNI.
Balzac dit qu'il y a
une figure de la piece
suivante dans une TabledeJaspeà
Naples,
où les femmes lapident
l'Amour avec desRoses.
AUTREPIECE
nouvelle,
L'AMOUR PUNI.
Loin de ces prisons
redoutables,
OùPluton aux ombres
coupables
Fait sentir son juste
courroux; Ilestdans les Enfers des
azyles plus doux.
Là des Myrrhes tousus
forment de verds
om brages,
Qjii n'ont riendes horreurs
de l'éternelle
nuitj
Des ruisseaux y coulent
f"::ns bruit,
Des Pavotslanguissans
couronnent leurs rivages
, On voit parmi les fleurs
qui parent ce séjour,
Hyacinthe & Narcisse,
&C tant d'autres
encore,
Quimortels autrefois
de l'Empire d'amour
Ont paffé fous les Loix
de flore. -
Dans les sombres dé",
tours de ces paisibles
lieux
Plusieurs Amans, dont
la memoire
Doit vivre à jamaisdans
l'Histoire,
S'occupent encor de
leurs feux;
L'ambitieuse imprudente,
Qui voulut voirJupiter
Armé de la foudre tonnallte)
Rappelle ce plaisir qui -
luicoûta si cher,
Et la Maîtresse de Ce-,
phale,
Soupirant pour ce vainqueur,
Cherit la flechefatale
Dont il lui perça le
coeur,
Hero d'une main tremblante,
Tient la lampe étincelante,
Qui lui servit seulement
A voir périr son amant.
Ariane rou le en colere
Ce fil triste instrument
d'un perfideattentat,
Tropmalheureuse, her.
las! d'avoir trahi
r son Pere -
Pour n'obliger qu'un
îngrat.
-,.. Phedre,chancelante §C
confuse,
Baigne, mais trop tard
de ses pleurs,
L'écritoù sa main ac- cuse
Ses criminelles ardeurs.
Moins coupables cent
1 fois,& plus à plaindre
qu'elle,
Et Didon & ThiLbé
vont sefrapper le rein;
D'un perfide ennemi,
l'une a le fer en main,
L'autre celui d'un amat
trop fidelle.
L'Amour, de leurs douleurs,
voulut être
témoin,
Decouvrir son carquois
il avoit pris le soin,
Les Arbres d'unboccage,
L'épaisseur d'unnuage
Adoucirent en vain 1eclat
de son flalubeau,
On reconnut bientôt
cet ennemi nouveau,
Déjà la troupe rebelle
Lui préparoit des Tourmens
inhumains;
L'Amour tout fatigué,
ne bat plus que
d'une aîle,
[1 se soutient à peine, il
tombe entre leurs
mains.
Amour, pour desarmer
les Juges implacables,
C'est vai nement que tu
verses des pleurs1
Onenchaînetes ma-ins,
qui portoient dans
les coeurs
Des coups inévitables;
Attachésurun Myrthe,
en proye à leurs
fureurs,
Tu vas de mille morts
éprouver les horreurs,
Leurs clameurs menaçantes
Ont étouffé tes plaintes
languissantes,
L'une vient t'effrayer
avec le fer sanglant,
Qui
Qui finit de ses jours le
déplorable reste,
L'autre avec le débris
encor étincelant
Du bucher de sa mort,
théâtre trop funeste,
De ses pleurs endurcis,
par le pouvoir des
Dieux,
Myrrha fait contre toy
de redoutables armes,
Leur poids va t'accabler,
ses remords,
lès allarmes
Ne puniront que toy de
son crime odieux.
L'Amour attire sa Mere
Par ses pleurs & par ses
cris,
Vient-elle à son secours?
non Venus en colere
Vient augmenter les
tourmens de son fils.
Je n'ai que trop souffert
de cet audacieux,
Dit-elle, qu'à son tour
il éprouve ma rage,
Des filets de Vulcain,
des ris malins des
Dieux
Jenai pas oubliel'outrage,
C'est Venus en courroux,
qui menace, tremblez
Sa main s'arme aussitôt
d'un long bouquet
de Roses,
De leurs boutons à peine
éclofes,
Le fang couloit dé-ja
fous ses coups redoublez,
Arrêtez Deesse irritée,
S'écrie avec transport
laTroupeépouventée,
Lorsque nous respirions
le jour
Le fort fit nos malheurs
ce ne fut pas l'Amour.
une figure de la piece
suivante dans une TabledeJaspeà
Naples,
où les femmes lapident
l'Amour avec desRoses.
AUTREPIECE
nouvelle,
L'AMOUR PUNI.
Loin de ces prisons
redoutables,
OùPluton aux ombres
coupables
Fait sentir son juste
courroux; Ilestdans les Enfers des
azyles plus doux.
Là des Myrrhes tousus
forment de verds
om brages,
Qjii n'ont riendes horreurs
de l'éternelle
nuitj
Des ruisseaux y coulent
f"::ns bruit,
Des Pavotslanguissans
couronnent leurs rivages
, On voit parmi les fleurs
qui parent ce séjour,
Hyacinthe & Narcisse,
&C tant d'autres
encore,
Quimortels autrefois
de l'Empire d'amour
Ont paffé fous les Loix
de flore. -
Dans les sombres dé",
tours de ces paisibles
lieux
Plusieurs Amans, dont
la memoire
Doit vivre à jamaisdans
l'Histoire,
S'occupent encor de
leurs feux;
L'ambitieuse imprudente,
Qui voulut voirJupiter
Armé de la foudre tonnallte)
Rappelle ce plaisir qui -
luicoûta si cher,
Et la Maîtresse de Ce-,
phale,
Soupirant pour ce vainqueur,
Cherit la flechefatale
Dont il lui perça le
coeur,
Hero d'une main tremblante,
Tient la lampe étincelante,
Qui lui servit seulement
A voir périr son amant.
Ariane rou le en colere
Ce fil triste instrument
d'un perfideattentat,
Tropmalheureuse, her.
las! d'avoir trahi
r son Pere -
Pour n'obliger qu'un
îngrat.
-,.. Phedre,chancelante §C
confuse,
Baigne, mais trop tard
de ses pleurs,
L'écritoù sa main ac- cuse
Ses criminelles ardeurs.
Moins coupables cent
1 fois,& plus à plaindre
qu'elle,
Et Didon & ThiLbé
vont sefrapper le rein;
D'un perfide ennemi,
l'une a le fer en main,
L'autre celui d'un amat
trop fidelle.
L'Amour, de leurs douleurs,
voulut être
témoin,
Decouvrir son carquois
il avoit pris le soin,
Les Arbres d'unboccage,
L'épaisseur d'unnuage
Adoucirent en vain 1eclat
de son flalubeau,
On reconnut bientôt
cet ennemi nouveau,
Déjà la troupe rebelle
Lui préparoit des Tourmens
inhumains;
L'Amour tout fatigué,
ne bat plus que
d'une aîle,
[1 se soutient à peine, il
tombe entre leurs
mains.
Amour, pour desarmer
les Juges implacables,
C'est vai nement que tu
verses des pleurs1
Onenchaînetes ma-ins,
qui portoient dans
les coeurs
Des coups inévitables;
Attachésurun Myrthe,
en proye à leurs
fureurs,
Tu vas de mille morts
éprouver les horreurs,
Leurs clameurs menaçantes
Ont étouffé tes plaintes
languissantes,
L'une vient t'effrayer
avec le fer sanglant,
Qui
Qui finit de ses jours le
déplorable reste,
L'autre avec le débris
encor étincelant
Du bucher de sa mort,
théâtre trop funeste,
De ses pleurs endurcis,
par le pouvoir des
Dieux,
Myrrha fait contre toy
de redoutables armes,
Leur poids va t'accabler,
ses remords,
lès allarmes
Ne puniront que toy de
son crime odieux.
L'Amour attire sa Mere
Par ses pleurs & par ses
cris,
Vient-elle à son secours?
non Venus en colere
Vient augmenter les
tourmens de son fils.
Je n'ai que trop souffert
de cet audacieux,
Dit-elle, qu'à son tour
il éprouve ma rage,
Des filets de Vulcain,
des ris malins des
Dieux
Jenai pas oubliel'outrage,
C'est Venus en courroux,
qui menace, tremblez
Sa main s'arme aussitôt
d'un long bouquet
de Roses,
De leurs boutons à peine
éclofes,
Le fang couloit dé-ja
fous ses coups redoublez,
Arrêtez Deesse irritée,
S'écrie avec transport
laTroupeépouventée,
Lorsque nous respirions
le jour
Le fort fit nos malheurs
ce ne fut pas l'Amour.
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Résumé : AUTRE PIECE nouvelle, à l'imitation d'Ausomne. L'AMOUR PUNI.
Le texte décrit diverses scènes et personnages liés à l'amour et à ses conséquences. À Naples, une figure de pièce montre des femmes lapidant l'Amour avec des roses. Une autre pièce, 'L'Amour Puni', est également mentionnée. Les Enfers sont explorés, avec des lieux paisibles où coulent des ruisseaux et poussent des fleurs comme l'hyacinthe et le narcisse, symbolisant les amants morts par amour. Des amants célèbres sont évoqués, tels que celle qui voulut voir Jupiter armé de la foudre, la maîtresse de Céphale, Héro, Ariane, Phèdre, Didon et Thybé. Ces personnages sont décrits dans des situations de douleur et de regret liées à leurs amours tragiques. L'Amour, fatigué et blessé, est capturé et enchaîné par ces amants vengeurs. Venus, la mère de l'Amour, refuse de le secourir et décide de le punir à son tour avec un bouquet de roses. La troupe épouvantée implore Venus d'arrêter, affirmant que leurs malheurs étaient dus à la force et non à l'Amour.
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6
p. 120-133
Lettre de Madame D. T. aprés sa petite verole, en luy envoyant le jour de sa feste un Collier de Perles en las d'amour.
Début :
Me promenant hier au soir plus tard qu'à mon ordinaire [...]
Mots clefs :
Amour, Vérole, Mère, Collier, Fils, Vénus, Coeurs, Amours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de Madame D. T. aprés sa petite verole, en luy envoyant le jour de sa feste un Collier de Perles en las d'amour.
Lettre de Madame D. T.après
sa petite verole
y
en luyenvoyant lejourdesafesteun
Collierde Perles en
lasd'amour.
ME
promenant hier au
foir plus tard qu'à mon ordinaire ilmarriva, Madame, une avanture assez furprenante pour meriter de
vous estre racontée.
J'admiroisenresyant,les
beautés de la nuit,
Quand
Quand tout à
coup un
agréable bruit,
En estvenu troublerlepaisiblesilence.
Oncntendoit partoutmiliè nouveaux concerts,
Plusieurs essains d'amours
se voyoient dansles airs.
Qui sembloient vers Paphos, voler en diligence
Je fis pour leur parler des
-
effortssuperflus,
Tous ces frippons ne me
-
connoissent plus.
Je leur demandois des nouve lles
Du dessein qui les con-
duisoit;
Mais c'estoit vainement,
pas un ne répondait, ;
Ilss'en suyoient à tire d'ailes,
Enfin un vieux amour,
qui marchoit lentement,
Daigna s'arrester pour
m'entendre
1
Je le conjuray de m'apprendre
Où ses freres alloient avec
., empressement
Je veux, dit-il, vous en instruire
1* Vousm'entendrez Vous m'enten avec d plaisir,
rez aveç
Alors pour contenter mon
curieux désir,
En deux mots il m'apprit
ce que vous allez lire.
Avant que d'aller plus
loin, vous ferez peut estre surprise de l'epithéte
que j'ay donnée à l'amour
qui me parla. Sa vieillesse
ne paroiss pascompatible
avec la Divinité qu'on accorde au fils de Venus:
Mais Madame.
Ces Dieux, tout Dieux
qu'ils sont reconnoissent le temps,
A ses Loix ils s'assujettissent.
Tous les Poëtes ont beau
nous les dépeindre enfans,
il n'estque trop certain
que les amours vieillissent,
Mais helas!c'estbien pis,
ils meurent les amours
Plus malheureuxque nous
ne femmes,
Nous ne voyons pas que
-
leurs jours
Durent autant que ceux
-
des hommes.
Revevons à la conversation
quej'eusavec nostre amour
Barbon. Il commença par
me faire des excutes de
l'impolitesse de ceux qui ne
m'avoient pas écoutée. Il
fautleur pardonner,me ditil,carquoyque jevousconnoisse depuis longtemps,
& qu'un temps plusgalant.
que le leur m'ait vu naistre
}
je vous avouë que je
ne m'arreste icy qu'avec
peine.
De nostre empressement
: nevousestonez pas,
Nousfommes attendus par
l'amour & sa mere
,
Pour celebrer le retour des.
appas
D'une beauté qui vous ca
chere
Sans elle en ces climats
nous ferions inconnus;
Qu'elle nous acauséd'allarmes !
Si le fort n'eust rendu ses at-
,
traitsànos larmes ,-'
N'en déplaise au fils de
Venus,
Il pouvoit renoncer au pouvoir de ses armes;
-
Ce Dieu perdoit,malgré
'ses charmes,
Le plus clair de sesrevenus.
A peine eut-il fini ces
mots, qu'il me laissa remplie d'estonnement & d'un
desir extresme de me trouver à une feste que je compris bien qui me regardoir.
La tendre amitié ma compagne ordinaire
,
s'offrit à
m
y
conduire
,
elle me mit
sur ses ailles ( car elle ena
aussi-bien que l'amour) ôc
me ne arriver heureusement à Paphos, où le plus
beauspectacledumonde
estoit encore embelly par
la joye qu'on voyoit briller
dans les yeux de ceux qui
le composoient. Ma fidelle conductrices'alla placer
auprès de son frere, & je
me rangeay auprés des ris
qui m'amuserent par cent
agréables badineries, lorsqu'ils furent interrompus
pour aller achever la ceremonie.
Une aimable troupe de
jeux
En partant se mit à
leur telle
Onvoyoit marcher;aprés
eux 1
Les graces en habit defeste;
Les amours, couronnes
de fleurs,
Portoient en triompheles
- .', Cœurs :
Dont par tes yeux ils firent
la conqueste,
Avec des airs mélodieux
Ton nom montoit jusques
,
aux Cieux
Le Dieu charmant qu'on
adoreàCythere
Au pied du Throne de sa
! mere
Chantoit avec un cœur
d'amours,
Bannissons les tristes allarmes,
Iris a
repris tous ses charmes
Nous régnerons toûjours.
Ensuiteau lieu de feu de
joye, les Amours donne- u
rent aux cœurs qu'ils portoient la liberté de faire
briller leurs flâmmes, &
cela fit pendant quelque
temps un très-agréableeffet, après que ces pauvres
cœurs furent consumez,
Cupidon assembla ses plus
tendres amis, & leur dit
qu'il manqueroit toû jours
quelque chose à sa gloire,
tant que vous ne seriezpas
sous son Empire; que pour
vous y
soumettre il avoit,
souvent eu recours à ses
plus puissantes armes; mais
que puisqu'il vous trouvoic
toujours en garde contre
ses traits, il vouloit se servir d'un autre moyen pour
vous attirer. Il commanda
sur l'heure que l'ontravail
last à un certainnombre de
lacs d'amour ,sur lesquels
il prétendoit répandre un
charme,auquel vous ne
pourriez resister;mais l'A..
mIne attentive à vos interefis & aux siens, s'en saisit
avant qu'il eust eule temps
d'executer son dessein
)
&
me les donna tels que je
vous les envoye.
Iris, reçois ces nœuds, que
rien ne t'épouvante.
Ils furent volez à l'amour,
Et c'est par mes mains en
ce jour
Que l'amitié te les pre
sente;
Elle prétend te fixer dans
sa Cour,
Daigne rcfpondre àson attente
Pour réüssir dans ses projets
C'est en toy feule qu'elle
espere,
Jillç veut avoir des su jets
Aussi vifs que ceux de foa
-
frere.
sa petite verole
y
en luyenvoyant lejourdesafesteun
Collierde Perles en
lasd'amour.
ME
promenant hier au
foir plus tard qu'à mon ordinaire ilmarriva, Madame, une avanture assez furprenante pour meriter de
vous estre racontée.
J'admiroisenresyant,les
beautés de la nuit,
Quand
Quand tout à
coup un
agréable bruit,
En estvenu troublerlepaisiblesilence.
Oncntendoit partoutmiliè nouveaux concerts,
Plusieurs essains d'amours
se voyoient dansles airs.
Qui sembloient vers Paphos, voler en diligence
Je fis pour leur parler des
-
effortssuperflus,
Tous ces frippons ne me
-
connoissent plus.
Je leur demandois des nouve lles
Du dessein qui les con-
duisoit;
Mais c'estoit vainement,
pas un ne répondait, ;
Ilss'en suyoient à tire d'ailes,
Enfin un vieux amour,
qui marchoit lentement,
Daigna s'arrester pour
m'entendre
1
Je le conjuray de m'apprendre
Où ses freres alloient avec
., empressement
Je veux, dit-il, vous en instruire
1* Vousm'entendrez Vous m'enten avec d plaisir,
rez aveç
Alors pour contenter mon
curieux désir,
En deux mots il m'apprit
ce que vous allez lire.
Avant que d'aller plus
loin, vous ferez peut estre surprise de l'epithéte
que j'ay donnée à l'amour
qui me parla. Sa vieillesse
ne paroiss pascompatible
avec la Divinité qu'on accorde au fils de Venus:
Mais Madame.
Ces Dieux, tout Dieux
qu'ils sont reconnoissent le temps,
A ses Loix ils s'assujettissent.
Tous les Poëtes ont beau
nous les dépeindre enfans,
il n'estque trop certain
que les amours vieillissent,
Mais helas!c'estbien pis,
ils meurent les amours
Plus malheureuxque nous
ne femmes,
Nous ne voyons pas que
-
leurs jours
Durent autant que ceux
-
des hommes.
Revevons à la conversation
quej'eusavec nostre amour
Barbon. Il commença par
me faire des excutes de
l'impolitesse de ceux qui ne
m'avoient pas écoutée. Il
fautleur pardonner,me ditil,carquoyque jevousconnoisse depuis longtemps,
& qu'un temps plusgalant.
que le leur m'ait vu naistre
}
je vous avouë que je
ne m'arreste icy qu'avec
peine.
De nostre empressement
: nevousestonez pas,
Nousfommes attendus par
l'amour & sa mere
,
Pour celebrer le retour des.
appas
D'une beauté qui vous ca
chere
Sans elle en ces climats
nous ferions inconnus;
Qu'elle nous acauséd'allarmes !
Si le fort n'eust rendu ses at-
,
traitsànos larmes ,-'
N'en déplaise au fils de
Venus,
Il pouvoit renoncer au pouvoir de ses armes;
-
Ce Dieu perdoit,malgré
'ses charmes,
Le plus clair de sesrevenus.
A peine eut-il fini ces
mots, qu'il me laissa remplie d'estonnement & d'un
desir extresme de me trouver à une feste que je compris bien qui me regardoir.
La tendre amitié ma compagne ordinaire
,
s'offrit à
m
y
conduire
,
elle me mit
sur ses ailles ( car elle ena
aussi-bien que l'amour) ôc
me ne arriver heureusement à Paphos, où le plus
beauspectacledumonde
estoit encore embelly par
la joye qu'on voyoit briller
dans les yeux de ceux qui
le composoient. Ma fidelle conductrices'alla placer
auprès de son frere, & je
me rangeay auprés des ris
qui m'amuserent par cent
agréables badineries, lorsqu'ils furent interrompus
pour aller achever la ceremonie.
Une aimable troupe de
jeux
En partant se mit à
leur telle
Onvoyoit marcher;aprés
eux 1
Les graces en habit defeste;
Les amours, couronnes
de fleurs,
Portoient en triompheles
- .', Cœurs :
Dont par tes yeux ils firent
la conqueste,
Avec des airs mélodieux
Ton nom montoit jusques
,
aux Cieux
Le Dieu charmant qu'on
adoreàCythere
Au pied du Throne de sa
! mere
Chantoit avec un cœur
d'amours,
Bannissons les tristes allarmes,
Iris a
repris tous ses charmes
Nous régnerons toûjours.
Ensuiteau lieu de feu de
joye, les Amours donne- u
rent aux cœurs qu'ils portoient la liberté de faire
briller leurs flâmmes, &
cela fit pendant quelque
temps un très-agréableeffet, après que ces pauvres
cœurs furent consumez,
Cupidon assembla ses plus
tendres amis, & leur dit
qu'il manqueroit toû jours
quelque chose à sa gloire,
tant que vous ne seriezpas
sous son Empire; que pour
vous y
soumettre il avoit,
souvent eu recours à ses
plus puissantes armes; mais
que puisqu'il vous trouvoic
toujours en garde contre
ses traits, il vouloit se servir d'un autre moyen pour
vous attirer. Il commanda
sur l'heure que l'ontravail
last à un certainnombre de
lacs d'amour ,sur lesquels
il prétendoit répandre un
charme,auquel vous ne
pourriez resister;mais l'A..
mIne attentive à vos interefis & aux siens, s'en saisit
avant qu'il eust eule temps
d'executer son dessein
)
&
me les donna tels que je
vous les envoye.
Iris, reçois ces nœuds, que
rien ne t'épouvante.
Ils furent volez à l'amour,
Et c'est par mes mains en
ce jour
Que l'amitié te les pre
sente;
Elle prétend te fixer dans
sa Cour,
Daigne rcfpondre àson attente
Pour réüssir dans ses projets
C'est en toy feule qu'elle
espere,
Jillç veut avoir des su jets
Aussi vifs que ceux de foa
-
frere.
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Résumé : Lettre de Madame D. T. aprés sa petite verole, en luy envoyant le jour de sa feste un Collier de Perles en las d'amour.
Madame D. T. relate une aventure nocturne au cours de laquelle elle observe des amours volants. Elle tente de leur parler, mais seul un vieillard s'arrête. Ce dernier lui explique que les amours se dirigent vers Paphos pour célébrer le retour des charmes d'une beauté chère à Madame D. T. Le vieillard, un amour vieillissant, révèle que les amours meurent plus tôt que les femmes et les hommes. Il s'excuse pour l'impolitesse des autres amours et explique leur présence par le retour des attraits de cette beauté. Madame D. T. est ensuite conduite à Paphos par l'amitié, où elle assiste à une fête en son honneur. Les amours et les grâces célèbrent son retour. Cupidon exprime son désir de soumettre Madame D. T. à son empire. L'amitié intervient pour la protéger en lui offrant des lacs d'amour volés à Cupidon, espérant qu'elle les accepte pour la fixer dans sa cour.
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7
p. 128-130
PEUR DE CUPIDON. Fable Anacréontique par Mr F****.
Début :
La jeune Iris qui par son enjoüment [...]
Mots clefs :
Iris, Cupidon, Vénus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEUR DE CUPIDON. Fable Anacréontique par Mr F****.
PEUR DE CUPIDON.
Fable Anacreontique
par Mr F**
L
A jeune Iris qui par
fon enjoüment
Et fes attraits brouille
mainte cervelle
Par fois s'amufe à parler
Allemand :
Un jour je vis Amour en
fentinelle 266
Tâchant d'oüir ce que difoir
la belle ,
GALANT. 019
Tous ces mots durs l'ef
fraioient grandement
Si que peureux n'ofant
approcher d'elle
Le petit Dieu fe cachoit
doucement
Comme un moineau fe
couvrant de fon aile.
Lors je luy crie, Amour, je
le voy bien ,
Tel Idiome eft pour toy
trop fauvages:
Jamais Venus n'en fit fon
entretien ,
Iris auffi n'en fait pas grand
ufage
Sinon quand veut fâcher
fon petit chien.
130 MERCURE
A ce difcours , Cupidon
moins timide
Se raffurant vole de mon
cofté ;
Ecoute encore dis - je à
l'enfant perfide , >>
Ceffe de craindre une jeune
- beauté ,. :
J'écoute en vain & c'eft
langue étrangere ,
Me répond- il , quel eft donc
ce miftere ?
Sans mon bandeau j'éclaircirois cecy ,
Jen'entens rien à ce langage
cy ,
Le fon de voix eft pourtant
de Cithere
Fable Anacreontique
par Mr F**
L
A jeune Iris qui par
fon enjoüment
Et fes attraits brouille
mainte cervelle
Par fois s'amufe à parler
Allemand :
Un jour je vis Amour en
fentinelle 266
Tâchant d'oüir ce que difoir
la belle ,
GALANT. 019
Tous ces mots durs l'ef
fraioient grandement
Si que peureux n'ofant
approcher d'elle
Le petit Dieu fe cachoit
doucement
Comme un moineau fe
couvrant de fon aile.
Lors je luy crie, Amour, je
le voy bien ,
Tel Idiome eft pour toy
trop fauvages:
Jamais Venus n'en fit fon
entretien ,
Iris auffi n'en fait pas grand
ufage
Sinon quand veut fâcher
fon petit chien.
130 MERCURE
A ce difcours , Cupidon
moins timide
Se raffurant vole de mon
cofté ;
Ecoute encore dis - je à
l'enfant perfide , >>
Ceffe de craindre une jeune
- beauté ,. :
J'écoute en vain & c'eft
langue étrangere ,
Me répond- il , quel eft donc
ce miftere ?
Sans mon bandeau j'éclaircirois cecy ,
Jen'entens rien à ce langage
cy ,
Le fon de voix eft pourtant
de Cithere
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Résumé : PEUR DE CUPIDON. Fable Anacréontique par Mr F****.
La fable 'Peur de Cupidon' relate l'observation d'un narrateur qui voit Cupidon, effrayé par la jeune Iris parlant allemand. Cupidon, caché comme un moineau, est intimidé par les mots durs de cette langue. Le narrateur explique à Cupidon que cette langue est trop rude pour lui et que ni Vénus ni Iris ne l'utilisent, sauf pour fâcher leur chien. Rassuré, Cupidon s'approche et écoute le narrateur. Cependant, il avoue ne pas comprendre cette langue étrangère et demande des éclaircissements. Le narrateur souligne que, sans son bandeau, Cupidon comprendrait mieux, mais il ne saisit rien de ce langage, bien que la voix soit celle de Cythère, l'île de Vénus.
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8
p. 86-87
Remerciment d'une bourse, faite & donnée par une même main à l'auteur, pour s'être acquitté d'une commission. A FLORISE. Madrigal.
Début :
Je suis par ce present trop payé de ma course ; [...]
Mots clefs :
Bourse, Financier, Caisse, Minerve, Vénus, Plutus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remerciment d'une bourse, faite & donnée par une même main à l'auteur, pour s'être acquitté d'une commission. A FLORISE. Madrigal.
Remerciment d'une bourse,
faite & donnée par une
même main àl'auteur, pour
s'être acquittéd'une cornmission.
A FLORISE.
Madrigal.
J E fuis parce present trop
payé de ma course;
L'ouvrage est de Minerve,
6c le don de Venus.
Est-il un Financier du midi
jusqu'à l'ourse,
Dont la caisse, les gains,
les rentes vaillent
plus?
Ah!sans puiser comme eux
dans la brillante
source
D'où coulent les tresors du
tout-puissant Plutus,
Je crois être, avec cette
bourse,
Cent fois plus riche que
Cresus.
faite & donnée par une
même main àl'auteur, pour
s'être acquittéd'une cornmission.
A FLORISE.
Madrigal.
J E fuis parce present trop
payé de ma course;
L'ouvrage est de Minerve,
6c le don de Venus.
Est-il un Financier du midi
jusqu'à l'ourse,
Dont la caisse, les gains,
les rentes vaillent
plus?
Ah!sans puiser comme eux
dans la brillante
source
D'où coulent les tresors du
tout-puissant Plutus,
Je crois être, avec cette
bourse,
Cent fois plus riche que
Cresus.
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Résumé : Remerciment d'une bourse, faite & donnée par une même main à l'auteur, pour s'être acquitté d'une commission. A FLORISE. Madrigal.
L'auteur remercie Florise pour une bourse reçue, fruit de l'effort intellectuel et de la générosité. Il compare sa richesse actuelle à celle de Crésus, affirmant être cent fois plus riche grâce à cette bourse, valorisée non par des trésors matériels mais par sa valeur intrinsèque.
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9
p. 156-166
EXTRAIT de la Gazette de Cithere, le 4. Decembre 1713.
Début :
Un Envoyé du brillant Hymenée [...]
Mots clefs :
Hyménée , Vénus, Plaisirs, Beauté, Jeunesse, Flore, Amour, Mariée , Contrat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la Gazette de Cithere, le 4. Decembre 1713.
EXTRAIT
dela Gazette de Cithere,
le4. Decembre 1713.
Un Envoyédu brillant
Hymenèe
Paré defleurs, ût audiance
icy,
Venus étantdes Ris environnée
Ilfuat adlmnisàjileu.r.parler
Depuisl'Hymen de cel-
,
le dontla coupe
Fait l'enjouëment de la
table des Dieux;
PourcaJ pareil,sijamais
<vojlretroupe
SçûsanimerlesPlaisirs&
lesJeux,
Quelle y travaille avec tinfoinextreme3
Un jeune objet dans nos
rets efl tombé'
Aux yeux d'Hercule il
paroistroit Hebé,
Et je l'ay pris pour la
Jeunesse même;
Il a l'éclat de Flore au renouveau
Et de l' Aurore en ouvrant
sa Cariere,
Beauténaissante& reçue
au berceau
Ensurvivance auxappas
delaMere:
Sa Merefçutl'artdefer*
petuer
Ses traits charmans dans
sa bellefamille,
Lorsqu'ellefit bonne part à
safille
De les attraits sans les
diminuer:
Ainsi des mois l'inégale
Courriere
Et de ses feux, les autres
feux témoins
Du blond Phoebus em«.
prunte la lumiere
Tant que jamais Phoebus
en brille moins.
Le jeune objet que l'Hy.
1 "llnCe engage
Sous nul empire encore n'a
flechi,
Et cent beautez., fesoient
un douxpartage
De centtresorsdontilest
enrichi;
Il estluiseul plus maistre
en l'art de plaire
Que vostroisSoeurs, les
JHufes toutes neuf,
Pour dire plus, cejl trait
pour traitfa Mere.
A ce portrait ceji la jeune
Pleneuf
1 Dîtsurlechamp la Reine
D'*dmathonte9
C'estse moquer,c'est If-.
vant lasaison
Allerunir les jeuxà la
raison,
Et l'Hymenêe en devroit
avoir honte;
Dans mon couroux qu'estce
qui me retient
L'Ingrat qu'ilest, que je
ne le querelle;
Ravirsi-tost a. mais
il me souvient
Qu'encor sa Mereétoit
plus jeune qu'elle
Quand par l'amour son
contratfut signe,
Contrat si bon au bien de
nos affaires
Qj£à cet Hymen, ma samilleagagné
Une recrue deSoeurs
de freres,
Lajeune Iris ne m'en promet
pas moins;
Cherche l' Amour, q'iit
s'aime qu'ilj'apprëte,
Arelever l'Hymen de
tous ses soins,
Qu'il aide seulse mêler de
laseste,
Sur-tout au cas que la première
nuit
Le même toit mere &
fillerassemble;
jiti grand raport qu'ont
leurs attraits ensemble
L'Hymenpourroitse méprendrede
lit; -
Il passeroit pour d'autant
moinscoupable,
En commetant cette erreur
auflambeau
Qu'en pleinmidy duSoleil
le plus beau
Qui laseroit,seroitfort
pardonable;
On ne devroit qu'après
mûr examen
Marierfille ayantsijeune
mere
Etsans le soin que je
prend du mistere
Quel qui pro quo pouroit
faire l'Hymen.
jîllezj, mon fils, réglée
bien toutes choses,
Die- Citheréeàl'enfantamtiiïreux,
Venezcueillir sur mes le~
rvres de roses
Un doux basser pour ces
époux heureux;
Que ce baiser les remplisse
deflame,
Qui'l soit suivi du plus
fort de vos traits,
Et que portant jufyuau
fondde leurame
Ily demeure &m'enforte
jamais;
Et vous Seigneur,ditesà
l'Hymenee
Que s'il formoit toujours
depareils noeuds
Saplace ici luiseroit dcfi*
gné,e/
Avecles Ris, les Graces(7
lesFeux..
dela Gazette de Cithere,
le4. Decembre 1713.
Un Envoyédu brillant
Hymenèe
Paré defleurs, ût audiance
icy,
Venus étantdes Ris environnée
Ilfuat adlmnisàjileu.r.parler
Depuisl'Hymen de cel-
,
le dontla coupe
Fait l'enjouëment de la
table des Dieux;
PourcaJ pareil,sijamais
<vojlretroupe
SçûsanimerlesPlaisirs&
lesJeux,
Quelle y travaille avec tinfoinextreme3
Un jeune objet dans nos
rets efl tombé'
Aux yeux d'Hercule il
paroistroit Hebé,
Et je l'ay pris pour la
Jeunesse même;
Il a l'éclat de Flore au renouveau
Et de l' Aurore en ouvrant
sa Cariere,
Beauténaissante& reçue
au berceau
Ensurvivance auxappas
delaMere:
Sa Merefçutl'artdefer*
petuer
Ses traits charmans dans
sa bellefamille,
Lorsqu'ellefit bonne part à
safille
De les attraits sans les
diminuer:
Ainsi des mois l'inégale
Courriere
Et de ses feux, les autres
feux témoins
Du blond Phoebus em«.
prunte la lumiere
Tant que jamais Phoebus
en brille moins.
Le jeune objet que l'Hy.
1 "llnCe engage
Sous nul empire encore n'a
flechi,
Et cent beautez., fesoient
un douxpartage
De centtresorsdontilest
enrichi;
Il estluiseul plus maistre
en l'art de plaire
Que vostroisSoeurs, les
JHufes toutes neuf,
Pour dire plus, cejl trait
pour traitfa Mere.
A ce portrait ceji la jeune
Pleneuf
1 Dîtsurlechamp la Reine
D'*dmathonte9
C'estse moquer,c'est If-.
vant lasaison
Allerunir les jeuxà la
raison,
Et l'Hymenêe en devroit
avoir honte;
Dans mon couroux qu'estce
qui me retient
L'Ingrat qu'ilest, que je
ne le querelle;
Ravirsi-tost a. mais
il me souvient
Qu'encor sa Mereétoit
plus jeune qu'elle
Quand par l'amour son
contratfut signe,
Contrat si bon au bien de
nos affaires
Qj£à cet Hymen, ma samilleagagné
Une recrue deSoeurs
de freres,
Lajeune Iris ne m'en promet
pas moins;
Cherche l' Amour, q'iit
s'aime qu'ilj'apprëte,
Arelever l'Hymen de
tous ses soins,
Qu'il aide seulse mêler de
laseste,
Sur-tout au cas que la première
nuit
Le même toit mere &
fillerassemble;
jiti grand raport qu'ont
leurs attraits ensemble
L'Hymenpourroitse méprendrede
lit; -
Il passeroit pour d'autant
moinscoupable,
En commetant cette erreur
auflambeau
Qu'en pleinmidy duSoleil
le plus beau
Qui laseroit,seroitfort
pardonable;
On ne devroit qu'après
mûr examen
Marierfille ayantsijeune
mere
Etsans le soin que je
prend du mistere
Quel qui pro quo pouroit
faire l'Hymen.
jîllezj, mon fils, réglée
bien toutes choses,
Die- Citheréeàl'enfantamtiiïreux,
Venezcueillir sur mes le~
rvres de roses
Un doux basser pour ces
époux heureux;
Que ce baiser les remplisse
deflame,
Qui'l soit suivi du plus
fort de vos traits,
Et que portant jufyuau
fondde leurame
Ily demeure &m'enforte
jamais;
Et vous Seigneur,ditesà
l'Hymenee
Que s'il formoit toujours
depareils noeuds
Saplace ici luiseroit dcfi*
gné,e/
Avecles Ris, les Graces(7
lesFeux..
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Résumé : EXTRAIT de la Gazette de Cithere, le 4. Decembre 1713.
La Gazette de Cithère du 4 décembre 1713 relate une scène où l'Hyménée, dieu du mariage, est accueilli par Vénus et les Rires. L'Hyménée évoque une coupe qui réjouit la table des Dieux et exprime le désir de retrouver les plaisirs et les jeux. Il mentionne un jeune individu comparé à Hébé et à la jeunesse, avec la beauté de Flore et de l'Aurore, et des attraits hérités de sa mère. Ce jeune individu, non encore soumis à un quelconque empire, possède cent beautés et est comparé à la jeune Pleneuf, reconnue par la Reine d'Amathonte. L'Hyménée exprime son courroux mais se souvient que la mère du jeune individu était plus jeune lorsqu'elle s'est mariée par amour, ce qui a bénéficié à sa famille. Il appelle l'Amour à l'aider, surtout dans les cas où la première nuit assemble mère et fille sous le même toit, pour éviter toute erreur. Il conseille de bien examiner avant de marier une fille ayant une mère jeune. Enfin, il invite l'enfant amoureux à cueillir un baiser sur les lèvres de Cithérée pour les époux heureux, afin que ce baiser les remplisse de flamme et demeure à jamais dans leur âme.
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10
p. 461-462
ALLEGORIE, TRIOMPHE DE PALLAS.
Début :
Venus, pour excuser sa conduite volage, [...]
Mots clefs :
Beauté, Vénus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEGORIE, TRIOMPHE DE PALLAS.
ALLEGORIE
,
TRIOMPHE
DE PALLAS.
r
Venus , pour excufer fa conduite volage ,
Difoit un jour en prefence des Dieux ,
Qu'une extreme Beauté ne peut fuir le nauf
frage :
Pallas foutenoit qu'en tous lieux ,
Quelque belle qu'on foit , quand on veut on
eft fage.
Jupiter fur ce débat-là ,
Sourit & Momus plaifanta 3
Mes Dames , leur dit- il, fi vous voulez m'ent
croire ,
Concourrez toutes deux à faire une Beauté ;
A mille attraits joignez un peu d'honnêteté ,
Nous verrons qui des deux gagnera la victoirey
Pallas accepta le parti ;
+
Mais doutant de la réülfite
Venus voulut en avoir la conduite ,
Ce qui fut à l'inftant par Pallas confenti
Venus forme une Beauté rare ,
Sur elle feule épand tous les tréfors,
Dont la Nature eft fi fouvent avare ;
Pallas, d'un foufie anime ce beau corps
Lafé (car c'eft lenom qu'on donnoit à la Belle)
Souffric
462 MERCURE DE FRANCE.
Souffrit d'abord fortune affez cruelle,
Fort peu de biens , beaucoup d'Admirateurs..
Peines , courfes , travaux & cent Adorateurs ,
Offrant'à fes befoins reffource criminelle ;-
Mais en vain cette Belle avoit une fierté
Par qui fon coeur en fureté ,
Rioit de leur pourſuite vaine ;
Venus même s'en allarma ,
Tant que pour dompter l'Inhumaine ,
Elle la fit entrer à l'Opera.
Ce ne font plus des Amans de Province ; »
Des Ducs, des Financiers , des Marquis , & des
Princes ,
Forment la Cour , chacun de fon côté ,
Fait de fon mieux à vaincre notre Belle ,
Chaque jour Billets doux , fans ceffe offre nou
velle ,
Mais tout eft rebuté.
Et près d'un pere on voit cette fage perfonne,
Jouir en dépit de Venus ,
Des applaudiffemens que le Parterre donne ,.
A fes Graces , à fes Vertus,
,
TRIOMPHE
DE PALLAS.
r
Venus , pour excufer fa conduite volage ,
Difoit un jour en prefence des Dieux ,
Qu'une extreme Beauté ne peut fuir le nauf
frage :
Pallas foutenoit qu'en tous lieux ,
Quelque belle qu'on foit , quand on veut on
eft fage.
Jupiter fur ce débat-là ,
Sourit & Momus plaifanta 3
Mes Dames , leur dit- il, fi vous voulez m'ent
croire ,
Concourrez toutes deux à faire une Beauté ;
A mille attraits joignez un peu d'honnêteté ,
Nous verrons qui des deux gagnera la victoirey
Pallas accepta le parti ;
+
Mais doutant de la réülfite
Venus voulut en avoir la conduite ,
Ce qui fut à l'inftant par Pallas confenti
Venus forme une Beauté rare ,
Sur elle feule épand tous les tréfors,
Dont la Nature eft fi fouvent avare ;
Pallas, d'un foufie anime ce beau corps
Lafé (car c'eft lenom qu'on donnoit à la Belle)
Souffric
462 MERCURE DE FRANCE.
Souffrit d'abord fortune affez cruelle,
Fort peu de biens , beaucoup d'Admirateurs..
Peines , courfes , travaux & cent Adorateurs ,
Offrant'à fes befoins reffource criminelle ;-
Mais en vain cette Belle avoit une fierté
Par qui fon coeur en fureté ,
Rioit de leur pourſuite vaine ;
Venus même s'en allarma ,
Tant que pour dompter l'Inhumaine ,
Elle la fit entrer à l'Opera.
Ce ne font plus des Amans de Province ; »
Des Ducs, des Financiers , des Marquis , & des
Princes ,
Forment la Cour , chacun de fon côté ,
Fait de fon mieux à vaincre notre Belle ,
Chaque jour Billets doux , fans ceffe offre nou
velle ,
Mais tout eft rebuté.
Et près d'un pere on voit cette fage perfonne,
Jouir en dépit de Venus ,
Des applaudiffemens que le Parterre donne ,.
A fes Graces , à fes Vertus,
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Résumé : ALLEGORIE, TRIOMPHE DE PALLAS.
Le texte relate un débat allégorique entre Vénus et Pallas (Athéna) sur la beauté et la vertu. Vénus soutient que l'extrême beauté ne garantit pas la moralité, tandis que Pallas affirme que la beauté peut être sage. Jupiter propose un concours pour créer une beauté parfaite dotée d'honnêteté. Vénus accepte de façonner cette beauté, nommée Laïs, et Pallas s'engage à l'animer. Laïs, bien que belle, connaît des débuts difficiles mais reste insensible aux offres et aux poursuites. Vénus l'introduit à l'Opéra pour la dompter, mais Laïs attire l'attention des nobles et des princes sans céder à leurs avances. Elle gagne finalement la reconnaissance du public pour ses grâces et ses vertus, malgré les tentatives de Vénus de la corrompre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 357-365
L'Esclavage de Psyché, Opera Comique, [titre d'après la table]
Début :
Le 3 Février, l'Ouverture de la Foire S. Germain [...]
Mots clefs :
Foire, Théâtre, Psyché, Amour, Vénus, Zéphyr, Tragédie, Comédie, Curiosité, Tendresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Esclavage de Psyché, Opera Comique, [titre d'après la table]
Le 3 Février , l'Ouverture de la Foire S. Ger
main fut faite par le Lieutenant General de Police
, en la maniere accoûtumée.
Le même jour , l'Opera Comique fit aussi
P'ouverture de son Théatre , rue de Bussy , par
une Piece nouvelle en trois Actes , composée de
Chants et de Danses , qui a pour titre l'Escla
vage de Psiché , dont voici un petit Extrait.
Au premier Acte , l'Amour seul ouvre la Scene
et se plaint des maux causez par la curiosité de
Psyché
358 MERCURE DE FRANCE
Psiché, et de ce qu'elle est tombée entre les mains
de Venus ; qu'il ne sçait quel traitement elle reçoit
de la Déesse , mais qu'il en sera bien-tôt
me- éclairci par l'ordre qu'il a donné à Pierrot ,
tamorphosé en Zéphire , pour s'informer de ce
qui se passe.
Egle , Confidente de Venus , vient apprendre à
l'Amour que Venus est fort irritée de son Mariage
clandestin , et que la Déesse traite Psiché
avec la derniere rigueur ; P'Amour est penetré de
douleur à cette nouvelle , il dit qu'il est prêt d'oublier
tout ce qu'il doit à sa mère, et qu'elle verra
bien - tôt que son fils est son Maître. Eglé engage
l'Amour à secourir Psyché , et lui conseille de
prendre le parti de la douceur.
Zéphire promet à son Maître de' mettre tout
en usage pour le servir et pour délivrer Psyché
des mauvais traitemens qu'elle reçoit. Eglé demande
à Zéphire si Flore est contente de le voir
dans cet équipage , à quoi Zéphire répond qu'elle
en a été charmée .
Eglé apprend encore à l'Amour que Venus doit
envoyerPsyché à la Fontaine de Jouvence pour lui
en apporter
de l'eau ; mais que comme cette Fontaine
est gardée par un Monstre horrible , elle ne
lui a donné cette commission que pour la faire
périr .
L'Amour voyant le danger où sa chere Psyché
va être exposée , prend le parti de se métamorphoser
lui-même pour la garentir , Zéphire lui
dit qu'il peut prendre relle figure qu'il lui plaira
à l'exemple de son Grand Papa Jupiter , et charte
sur l'Air des Fraises
Pour Europe et pour Leda ,
Soe Amourfut sans bornes ,
Carpour l'une il s'empluma ,
Et
FEVRIER. 1731. 359
Et pour l'autre il emprunta ,
Des cornes , des cornes , des cornes .
Le Théatre change et représente la Fontaine
de Jouvence.
Psyché paroît seule plus touchée de se voir séparée
de son cher Epoux , que du danger où elle
va s'exposer ; elle se met en devoir de s'acquiter
de sa commission ; un Choeur se fait entendre ,
qui lui annoncé qu'elle va périr si elle avance .
Elle approche cependant de la Fontaine ; aspect
du Monstre la fait tomber évanouie sur un gason.
L'Amour et Zéphire paroissent travestis en Musiciens
, Zéphire joue un Menuet Italien qui endort
le Monstre , après quoi l'Amour fait remplir
le vase que Psyché a apporté , et le laisse à
ses pieds. Psyché revenuë de sa frayeur , est fort
étonnée de voir les ordres de Venus executez sans
sçavoir à qui elle est redevable de ce secours.
Elle se retire .
Venus paroît au milieu de sa Cour,dans une profonde
rêverie ; les Graces tâchent de la dissiper et
vantent ses charmes . On annonce le retour de Psyché
qui présente ce Vase rempli d'eau à Venus qui
en est très-étonnée . Elle charge encore Psyché d'une
commiffion qui n'est pas moins difficile. Elle
lui ordonne de concilier une Troupe de Comédiens,
et de chasser la discorde qui regne ordinairement
dans leurs Assemblées: Les Comédiens
paroissent , disputent avec animosité , se querelÎent
sur une distribution de Rôles ; Psychẻ tâche
en vain de les racommoder, et se retire ;
en même
tems un petit Amour paroît en l'air , secouë son
flambeau , aussi – tôt la dispute des Comediens
cesse , et ils sont d'accord
-
Zéphire apprend à Eglé, au second Acte, comment
Psyché a été secourue par l'Amour sous la
figure
360 MERCURE DE FRANCE
figure d'un Berger , contre la fureur des Beliers
du Soleil , ausquels elle vient d'être exposée par
un nouvel ordre de Venus , sous prétexte d'avoir
de leur Toison pour faire une Robbe ; Eglé confeille
à Psyché d'aller porter ce present à la Reine
de Cythere pour la calmer.
Venus irritée de plus en plus contre Psyché
l'expose encore à une nouvelle épreuve . Elle lui
ordonne d'engager à restitution un fameux Usurier
, qui par un Acte falsifié a ruiné une famille
orpheline , et la menace d'une mort certaine si
elle n'en vient pas à bout.L'Amour et Zéphire, en
Robbes , arrivent , et proposent d'accommoder
cette affaire , Zéphire dit à l'Usurier que tôt ou
tard il faut se rendre à l'Arbitre que voilà ( montrant
l'Amour , ) l'Usurier rend le bien qu'il a injustement
acquis , et épouse une fille de la famille
orpheline.
Psyché dit à l'Amour qu'elle lui a trop
d'obli
gation pour ne pas le prier de ne la pas quitter
si - tôt , &c. Venus paroît , qui entend qu'on ne
parle pas d'elle avantageusement . Elle ordonne à
Psyché de se retirer . Zéphire dit à l'Amour que
Venus ne les reconnoît point , et qu'il faut tenir
bon; Vénus continuë de plaisanter avec eux , et leur
sçait bon gré , dit-elle , de s'interesser pour Psyché
, que cependant,afin qu'elle ne soit plus à portée
d'être secouruë , elle va la faire partir pour les
Enfers.
L'Amour accablé de douleur dit qu'il n'est pas
permis aux Dieux de descendre au Royaume som
Bre, et qu'il n'est plus à portée de secourir sa chere
Psyché , il ordonna à Zéphire de rassembler
tous les Zéphirs , afin qu'ils puissent transporter
dans un instant et sans danger Psyché fur les Rives
infernales , Zéphire obéit à cet ordre ; l'Aour
fait une invocation aux Dieux et se retire..
Le
FEVRIER. 1731. 361
Le Théatre représente le Palais de Pluton , on
vient annoncer à ce Dieu l'arrivée d'une Mortelle
dans son Empire. Psyché lui remet une Lettre de
la part de Venus , par laquelle elle le prie de lui
envoyer une Boëte remplie du fard de Porserpine.
Pluton ordonne à ses Sujets de rompre le si
lence, et de celebrer la presence de Psyché par un
Divertissement , après lequel il remet la Boëte à
Psyché , et la renvoye ; il chante sur l'Air la
Curiosité.
Les Dieux vous ont donné plus que toute autre
femme.
La beauté.
Au doux tyran des coeurs , vous causez de la
flâme ,
La rareté !
Pourjouir de ces biens , banissez de votre ame ,
La curiosité.
Le Théatre représente au troisiéme Acte une
Forêt , et dans le fond l'Antre d'Averne.
Apeine Psyché est -elle sortie des Enfers , qu'el
Te est tentée d'ouvrir la Boëte ; les deffenses que
Pluton lui a faites d'y regarder , lui font croire
qu'elle renferme un fard précieux ; elle espere par
ce moyen rétablir ses charmes alterez par le
voyage, elle se met à l'écart crainte d'être apperçue.
L'Amour et Zéphire arrivent en habits de
Chasseurs , ils cherchent Psyché de tous côtez , er
pendant qu'ils s'entretiennent d'elle , ils entendent
une voix plaintive; ils prêtent l'oreille tandis que
Psyché , pâle et défigurée , dit qu'en ouvrant la
Boëte une vapeur lui a offusqué les yeux , que
tout a disparu, et qu'elle n'y a trouvé qu'un Bilfet
qu'elle lit.
Psyche
362 MERCURE DE FRANCE
Psiché , tu n'as plus de beauté ;
Ta vaine curiosité ,
Vient de la faire disparoître 5
Ton visage est affreux , et telle est ta laideur
Que ceuxdont le secours soulageoit ta douleur,
Ne pourront plus te reconnoître.
-
Psyché déplore son malheur , s'accuse elle
même, et dit que les Dieux ne la traitent pas encore
comme elle mérite. L'Amour surpris d'entendre
parler de Psyché â une personne qu'il croit
étrangere , l'aborde dans le dessein d'apprendre
de ses nouvelles ; Psyché 1appelle en peu de mots
tous ses ma.heurs , dont le plus grand est celui
d'avoir ouvert une Boëte qui lui a fait perdre
tous ses charmes. A ce portrait , dit-elle , et aux
pleurs qui coulent de mes yeux , ne reconnoissez-
vous pas cette malheureuse Psyché. L'Amour
saisi d'éteonnement et de tendresse , se fait
connoître et dit à sa chere Psyché , que c'est lui
qui a causé tous ses maux ; mais qu'elle ne doit
point s'allarmer , que sa beauté lui sera renduë
puisqu'il va remonter aux Cieux ; Psyché veut
P'en empêcher , et dit qu'il vaudroit mieux faire
un dernier effort pour toucher Venus. Zéphire
est d'avis d'implorer l'assistance de Cybelle pour
fléchir Vénus . L'Amour prend ce parti et ordonne
à Zéphire de conduire Psyché à Cythere . En
cet endroit le Théatre change et représente les
Jardins de Vénus.
Eglé et une autre Nimphe se plaignent de la
tristesse qui regne dans la Cour de Venus depuis
la division de la Mere et du Fils . Vénus , arrive
qui une foule de mécontens fait les mêmes reproches
, Cybelle , qui survient , se joint à eux et
chante sur l'Air : Ce beau jour ne permet que
l'Aurore , de l'Opera de Phaeton.
FEVRIER . 1731 . 363
Recevez en ces lieux de Cybelle ,
La visite et quelques avis ,
Au sujet de l'Amour votre Fils.
Quelle triste nouvelle ! .
Quels maux ! quels ennuis !
Quelle haine mortelle ,
Dans tous les esprits ;
L'Amour plaît , il est la douceur même ,
Ce Dieu charmant nous enchante tous ;
Lorsque chacun l'aime ,
Le haïrez-vous ?
Venus.
Se peut- il, sage immortelle ,
En verité ,
Que mon Fils rebelle ,
Ait mérité ,
Tant de bonté.
Cybelle.
Du destin des Mortels il dispose ,
Quand je le sers >
Je soutiens la cause ,
De tout l'univers.
L'Amour vient se jetter aux pieds de Vénus
et tâche de la fléchir par des sentimens de soumission
et de tendresse . Venus lui répond et
chante sur l'Air : Quand on a prononcé ce malheureux
ani.
Hous
364 MERCURE DE FRANCE
Vous avez pris plaisir à braver votre Meře ,
Et vous avez détruit tout ce que j'ai sçu fairez
Voyons à cette fois si vous l'emporterez i
Si contre mes desseins vous vous déclarerez.
Voilà , continue Venus , le supplice que j'ai
réservé à votre Amante. Psyché paroît en même-
temps au fond du Théatre dans un lieu enchanté
, environnée des Graces , des Ris et des
Jeux, qui forment le Divertissement , pour celebrer
l'Hymen de l'Amour et de Psyché , après
lequel , Zéphire , qui a suivi Cybelle aux Cieux,
arrive et apporte pour present de Nôces un Brevet
de Déesse et une promesse de la part des
Dieux que la volupté naîtra de Psyché .
L
VAUDEVILLE.
Amour m'a rendu la maîtresse
D'un Plumet rempli d'ardeur ,
Avant de payer sa tendresse ,
Consulte-toi bien , mon coeur ,
Il est galant, attentif à complaire ;
Plaire ,
Est son unique objet ;
Mais rarement on voit un Mousquetaire ,
Taire ,
Les faveurs qu'on lui fait.
Le 12. on donna une autre petite Piece d'un
Acte à la suite de la premiere , intitulée la Fausse
Ridicule , qui fut reçue très favorablement du Public
, et dont nous parlerons plus au long.
Le
FEVRIER. 1731. 365
Le 20. on donna à la place de l'Esclavage de
Pfyché une Piece nouvelle qui a pour titre Cydippe
, précedée d'un Prologue , avec un Divertissement.
On doit construire incessamment une Salle et
un Theatre dans l'Enceinte et sous le couvert de
la Foire S. Germain , pour les Spectacles qui en
dépendent : voici ce qui donne lieu à cet établissement
, autorisé par un Arrêt du Conseil.
main fut faite par le Lieutenant General de Police
, en la maniere accoûtumée.
Le même jour , l'Opera Comique fit aussi
P'ouverture de son Théatre , rue de Bussy , par
une Piece nouvelle en trois Actes , composée de
Chants et de Danses , qui a pour titre l'Escla
vage de Psiché , dont voici un petit Extrait.
Au premier Acte , l'Amour seul ouvre la Scene
et se plaint des maux causez par la curiosité de
Psyché
358 MERCURE DE FRANCE
Psiché, et de ce qu'elle est tombée entre les mains
de Venus ; qu'il ne sçait quel traitement elle reçoit
de la Déesse , mais qu'il en sera bien-tôt
me- éclairci par l'ordre qu'il a donné à Pierrot ,
tamorphosé en Zéphire , pour s'informer de ce
qui se passe.
Egle , Confidente de Venus , vient apprendre à
l'Amour que Venus est fort irritée de son Mariage
clandestin , et que la Déesse traite Psiché
avec la derniere rigueur ; P'Amour est penetré de
douleur à cette nouvelle , il dit qu'il est prêt d'oublier
tout ce qu'il doit à sa mère, et qu'elle verra
bien - tôt que son fils est son Maître. Eglé engage
l'Amour à secourir Psyché , et lui conseille de
prendre le parti de la douceur.
Zéphire promet à son Maître de' mettre tout
en usage pour le servir et pour délivrer Psyché
des mauvais traitemens qu'elle reçoit. Eglé demande
à Zéphire si Flore est contente de le voir
dans cet équipage , à quoi Zéphire répond qu'elle
en a été charmée .
Eglé apprend encore à l'Amour que Venus doit
envoyerPsyché à la Fontaine de Jouvence pour lui
en apporter
de l'eau ; mais que comme cette Fontaine
est gardée par un Monstre horrible , elle ne
lui a donné cette commission que pour la faire
périr .
L'Amour voyant le danger où sa chere Psyché
va être exposée , prend le parti de se métamorphoser
lui-même pour la garentir , Zéphire lui
dit qu'il peut prendre relle figure qu'il lui plaira
à l'exemple de son Grand Papa Jupiter , et charte
sur l'Air des Fraises
Pour Europe et pour Leda ,
Soe Amourfut sans bornes ,
Carpour l'une il s'empluma ,
Et
FEVRIER. 1731. 359
Et pour l'autre il emprunta ,
Des cornes , des cornes , des cornes .
Le Théatre change et représente la Fontaine
de Jouvence.
Psyché paroît seule plus touchée de se voir séparée
de son cher Epoux , que du danger où elle
va s'exposer ; elle se met en devoir de s'acquiter
de sa commission ; un Choeur se fait entendre ,
qui lui annoncé qu'elle va périr si elle avance .
Elle approche cependant de la Fontaine ; aspect
du Monstre la fait tomber évanouie sur un gason.
L'Amour et Zéphire paroissent travestis en Musiciens
, Zéphire joue un Menuet Italien qui endort
le Monstre , après quoi l'Amour fait remplir
le vase que Psyché a apporté , et le laisse à
ses pieds. Psyché revenuë de sa frayeur , est fort
étonnée de voir les ordres de Venus executez sans
sçavoir à qui elle est redevable de ce secours.
Elle se retire .
Venus paroît au milieu de sa Cour,dans une profonde
rêverie ; les Graces tâchent de la dissiper et
vantent ses charmes . On annonce le retour de Psyché
qui présente ce Vase rempli d'eau à Venus qui
en est très-étonnée . Elle charge encore Psyché d'une
commiffion qui n'est pas moins difficile. Elle
lui ordonne de concilier une Troupe de Comédiens,
et de chasser la discorde qui regne ordinairement
dans leurs Assemblées: Les Comédiens
paroissent , disputent avec animosité , se querelÎent
sur une distribution de Rôles ; Psychẻ tâche
en vain de les racommoder, et se retire ;
en même
tems un petit Amour paroît en l'air , secouë son
flambeau , aussi – tôt la dispute des Comediens
cesse , et ils sont d'accord
-
Zéphire apprend à Eglé, au second Acte, comment
Psyché a été secourue par l'Amour sous la
figure
360 MERCURE DE FRANCE
figure d'un Berger , contre la fureur des Beliers
du Soleil , ausquels elle vient d'être exposée par
un nouvel ordre de Venus , sous prétexte d'avoir
de leur Toison pour faire une Robbe ; Eglé confeille
à Psyché d'aller porter ce present à la Reine
de Cythere pour la calmer.
Venus irritée de plus en plus contre Psyché
l'expose encore à une nouvelle épreuve . Elle lui
ordonne d'engager à restitution un fameux Usurier
, qui par un Acte falsifié a ruiné une famille
orpheline , et la menace d'une mort certaine si
elle n'en vient pas à bout.L'Amour et Zéphire, en
Robbes , arrivent , et proposent d'accommoder
cette affaire , Zéphire dit à l'Usurier que tôt ou
tard il faut se rendre à l'Arbitre que voilà ( montrant
l'Amour , ) l'Usurier rend le bien qu'il a injustement
acquis , et épouse une fille de la famille
orpheline.
Psyché dit à l'Amour qu'elle lui a trop
d'obli
gation pour ne pas le prier de ne la pas quitter
si - tôt , &c. Venus paroît , qui entend qu'on ne
parle pas d'elle avantageusement . Elle ordonne à
Psyché de se retirer . Zéphire dit à l'Amour que
Venus ne les reconnoît point , et qu'il faut tenir
bon; Vénus continuë de plaisanter avec eux , et leur
sçait bon gré , dit-elle , de s'interesser pour Psyché
, que cependant,afin qu'elle ne soit plus à portée
d'être secouruë , elle va la faire partir pour les
Enfers.
L'Amour accablé de douleur dit qu'il n'est pas
permis aux Dieux de descendre au Royaume som
Bre, et qu'il n'est plus à portée de secourir sa chere
Psyché , il ordonna à Zéphire de rassembler
tous les Zéphirs , afin qu'ils puissent transporter
dans un instant et sans danger Psyché fur les Rives
infernales , Zéphire obéit à cet ordre ; l'Aour
fait une invocation aux Dieux et se retire..
Le
FEVRIER. 1731. 361
Le Théatre représente le Palais de Pluton , on
vient annoncer à ce Dieu l'arrivée d'une Mortelle
dans son Empire. Psyché lui remet une Lettre de
la part de Venus , par laquelle elle le prie de lui
envoyer une Boëte remplie du fard de Porserpine.
Pluton ordonne à ses Sujets de rompre le si
lence, et de celebrer la presence de Psyché par un
Divertissement , après lequel il remet la Boëte à
Psyché , et la renvoye ; il chante sur l'Air la
Curiosité.
Les Dieux vous ont donné plus que toute autre
femme.
La beauté.
Au doux tyran des coeurs , vous causez de la
flâme ,
La rareté !
Pourjouir de ces biens , banissez de votre ame ,
La curiosité.
Le Théatre représente au troisiéme Acte une
Forêt , et dans le fond l'Antre d'Averne.
Apeine Psyché est -elle sortie des Enfers , qu'el
Te est tentée d'ouvrir la Boëte ; les deffenses que
Pluton lui a faites d'y regarder , lui font croire
qu'elle renferme un fard précieux ; elle espere par
ce moyen rétablir ses charmes alterez par le
voyage, elle se met à l'écart crainte d'être apperçue.
L'Amour et Zéphire arrivent en habits de
Chasseurs , ils cherchent Psyché de tous côtez , er
pendant qu'ils s'entretiennent d'elle , ils entendent
une voix plaintive; ils prêtent l'oreille tandis que
Psyché , pâle et défigurée , dit qu'en ouvrant la
Boëte une vapeur lui a offusqué les yeux , que
tout a disparu, et qu'elle n'y a trouvé qu'un Bilfet
qu'elle lit.
Psyche
362 MERCURE DE FRANCE
Psiché , tu n'as plus de beauté ;
Ta vaine curiosité ,
Vient de la faire disparoître 5
Ton visage est affreux , et telle est ta laideur
Que ceuxdont le secours soulageoit ta douleur,
Ne pourront plus te reconnoître.
-
Psyché déplore son malheur , s'accuse elle
même, et dit que les Dieux ne la traitent pas encore
comme elle mérite. L'Amour surpris d'entendre
parler de Psyché â une personne qu'il croit
étrangere , l'aborde dans le dessein d'apprendre
de ses nouvelles ; Psyché 1appelle en peu de mots
tous ses ma.heurs , dont le plus grand est celui
d'avoir ouvert une Boëte qui lui a fait perdre
tous ses charmes. A ce portrait , dit-elle , et aux
pleurs qui coulent de mes yeux , ne reconnoissez-
vous pas cette malheureuse Psyché. L'Amour
saisi d'éteonnement et de tendresse , se fait
connoître et dit à sa chere Psyché , que c'est lui
qui a causé tous ses maux ; mais qu'elle ne doit
point s'allarmer , que sa beauté lui sera renduë
puisqu'il va remonter aux Cieux ; Psyché veut
P'en empêcher , et dit qu'il vaudroit mieux faire
un dernier effort pour toucher Venus. Zéphire
est d'avis d'implorer l'assistance de Cybelle pour
fléchir Vénus . L'Amour prend ce parti et ordonne
à Zéphire de conduire Psyché à Cythere . En
cet endroit le Théatre change et représente les
Jardins de Vénus.
Eglé et une autre Nimphe se plaignent de la
tristesse qui regne dans la Cour de Venus depuis
la division de la Mere et du Fils . Vénus , arrive
qui une foule de mécontens fait les mêmes reproches
, Cybelle , qui survient , se joint à eux et
chante sur l'Air : Ce beau jour ne permet que
l'Aurore , de l'Opera de Phaeton.
FEVRIER . 1731 . 363
Recevez en ces lieux de Cybelle ,
La visite et quelques avis ,
Au sujet de l'Amour votre Fils.
Quelle triste nouvelle ! .
Quels maux ! quels ennuis !
Quelle haine mortelle ,
Dans tous les esprits ;
L'Amour plaît , il est la douceur même ,
Ce Dieu charmant nous enchante tous ;
Lorsque chacun l'aime ,
Le haïrez-vous ?
Venus.
Se peut- il, sage immortelle ,
En verité ,
Que mon Fils rebelle ,
Ait mérité ,
Tant de bonté.
Cybelle.
Du destin des Mortels il dispose ,
Quand je le sers >
Je soutiens la cause ,
De tout l'univers.
L'Amour vient se jetter aux pieds de Vénus
et tâche de la fléchir par des sentimens de soumission
et de tendresse . Venus lui répond et
chante sur l'Air : Quand on a prononcé ce malheureux
ani.
Hous
364 MERCURE DE FRANCE
Vous avez pris plaisir à braver votre Meře ,
Et vous avez détruit tout ce que j'ai sçu fairez
Voyons à cette fois si vous l'emporterez i
Si contre mes desseins vous vous déclarerez.
Voilà , continue Venus , le supplice que j'ai
réservé à votre Amante. Psyché paroît en même-
temps au fond du Théatre dans un lieu enchanté
, environnée des Graces , des Ris et des
Jeux, qui forment le Divertissement , pour celebrer
l'Hymen de l'Amour et de Psyché , après
lequel , Zéphire , qui a suivi Cybelle aux Cieux,
arrive et apporte pour present de Nôces un Brevet
de Déesse et une promesse de la part des
Dieux que la volupté naîtra de Psyché .
L
VAUDEVILLE.
Amour m'a rendu la maîtresse
D'un Plumet rempli d'ardeur ,
Avant de payer sa tendresse ,
Consulte-toi bien , mon coeur ,
Il est galant, attentif à complaire ;
Plaire ,
Est son unique objet ;
Mais rarement on voit un Mousquetaire ,
Taire ,
Les faveurs qu'on lui fait.
Le 12. on donna une autre petite Piece d'un
Acte à la suite de la premiere , intitulée la Fausse
Ridicule , qui fut reçue très favorablement du Public
, et dont nous parlerons plus au long.
Le
FEVRIER. 1731. 365
Le 20. on donna à la place de l'Esclavage de
Pfyché une Piece nouvelle qui a pour titre Cydippe
, précedée d'un Prologue , avec un Divertissement.
On doit construire incessamment une Salle et
un Theatre dans l'Enceinte et sous le couvert de
la Foire S. Germain , pour les Spectacles qui en
dépendent : voici ce qui donne lieu à cet établissement
, autorisé par un Arrêt du Conseil.
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Résumé : L'Esclavage de Psyché, Opera Comique, [titre d'après la table]
Le 3 février, la Foire Saint-Germain débuta avec l'intervention du Lieutenant Général de Police et l'ouverture de la saison de l'Opéra Comique, qui présenta la pièce 'L'Esclavage de Psyché' en trois actes. Dans le premier acte, l'Amour se plaint des souffrances causées par la curiosité de Psyché et son emprisonnement par Vénus. Egle, confidente de Vénus, révèle que Vénus est en colère à cause du mariage clandestin de l'Amour et traite Psyché avec sévérité. L'Amour décide de secourir Psyché avec l'aide de Zéphire, transformé en Zéphyr. Vénus envoie Psyché à la Fontaine de Jouvence, gardée par un monstre, pour la faire périr. L'Amour se métamorphose pour protéger Psyché, qui échappe au monstre grâce à l'intervention de l'Amour et de Zéphire. Dans le deuxième acte, Psyché est soumise à de nouvelles épreuves par Vénus, mais elle est secourue par l'Amour. Vénus, de plus en plus irritée, envoie Psyché aux Enfers pour récupérer une boîte remplie du fard de Proserpine. Par curiosité, Psyché ouvre la boîte, ce qui lui fait perdre sa beauté. L'Amour, après l'avoir cherchée, la retrouve défigurée et lui promet de restaurer sa beauté. Le troisième acte se déroule dans les jardins de Vénus, où Cybèle intervient pour réconcilier Vénus et l'Amour. Psyché est finalement transformée en déesse et célèbre son hymen avec l'Amour. Le 12 février, une autre pièce, 'La Fausse Ridicule', fut bien accueillie par le public. Le 20 février, une nouvelle pièce intitulée 'Cydippe' fut présentée. Par ailleurs, un arrêt du Conseil autorisa la construction d'une salle et d'un théâtre dans l'enceinte de la foire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 256-657
SUITE des Nouvelles de Paphos, l'An de l'Amour 1731.
Début :
On a reçû des Lettres de Paris, [...]
Mots clefs :
Iris, Amour, Vénus, Fête, Édit, Statue, Grâces, Plaisirs, Autels, Iris
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Nouvelles de Paphos, l'An de l'Amour 1731.
SUITE des Nouvelles de Paphos ,
l'An de l'Amour 1731 .
ONN a reçû des Lettres de Paris ,
Qui portent en substance ,
Qu'Iris est en convalescence.
Et ces jours passez , quelques Ris ,'
Sont arrivez à tire d'aîle ,
Pour en confirmer la nouvelle.
On pense ici differemment ,
Sur cet heureux évenement.
L'Amour en montre une allegresse entiere ,
Mais on remarque que sa mere ,
Reçoit la chose froidement ;
Que sans trop en faire mistere ,
Au rapport des Courriers elle entra brusquement
Dans son Appartement.
Cependant le Dieu de Cythere ,
Vient d'ordonner par un Edit ,
Dans les Païs de son obéissance ,
Trois jours pleins de réjouissance .
Et lui même , à ce que l'on dit ,
Dans sa Cour prépare une Fête ,
Dont Vénus à martel en tête.
Concert , Comedie , Opera ,
Bals , Jeux , Festin , et catera ,
Y
AVRIL.
1731 657
Y feront chacun leur office.
On y joint un Feu d'artifice ,
Et Vulcain le composera.
Ce Dieu ne fut jamais dans l'ame ,
Tout- à-fait content de sa femme ,
Et n'est pas fâché par ce feu ,
De la mortifier un peu.
On doit d'Iris y placer la Statuë :
De l'Echarpe divine elle sera vétuë ,
Les Graces la couronneront ,
Et les Plaisirs l'entoureront.
Ces quatre Vers se feront lire ,
Sur un Piedestal de Porphire.
Des Dieux, ainsi que des Mortels ,
Se réunit ici l'hommage ,
La Beauté dont on voit l'image ,
Mérite un culte et des Autels.
l'An de l'Amour 1731 .
ONN a reçû des Lettres de Paris ,
Qui portent en substance ,
Qu'Iris est en convalescence.
Et ces jours passez , quelques Ris ,'
Sont arrivez à tire d'aîle ,
Pour en confirmer la nouvelle.
On pense ici differemment ,
Sur cet heureux évenement.
L'Amour en montre une allegresse entiere ,
Mais on remarque que sa mere ,
Reçoit la chose froidement ;
Que sans trop en faire mistere ,
Au rapport des Courriers elle entra brusquement
Dans son Appartement.
Cependant le Dieu de Cythere ,
Vient d'ordonner par un Edit ,
Dans les Païs de son obéissance ,
Trois jours pleins de réjouissance .
Et lui même , à ce que l'on dit ,
Dans sa Cour prépare une Fête ,
Dont Vénus à martel en tête.
Concert , Comedie , Opera ,
Bals , Jeux , Festin , et catera ,
Y
AVRIL.
1731 657
Y feront chacun leur office.
On y joint un Feu d'artifice ,
Et Vulcain le composera.
Ce Dieu ne fut jamais dans l'ame ,
Tout- à-fait content de sa femme ,
Et n'est pas fâché par ce feu ,
De la mortifier un peu.
On doit d'Iris y placer la Statuë :
De l'Echarpe divine elle sera vétuë ,
Les Graces la couronneront ,
Et les Plaisirs l'entoureront.
Ces quatre Vers se feront lire ,
Sur un Piedestal de Porphire.
Des Dieux, ainsi que des Mortels ,
Se réunit ici l'hommage ,
La Beauté dont on voit l'image ,
Mérite un culte et des Autels.
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Résumé : SUITE des Nouvelles de Paphos, l'An de l'Amour 1731.
En 1731, des nouvelles de Paris confirment la convalescence d'Iris. Les réactions divergent : L'Amour exprime une grande joie, tandis que sa mère reste froide. L'Amour organise trois jours de festivités dans ses domaines, incluant concerts, comédies, opéras, bals, jeux, festins et un feu d'artifice conçu par Vulcain. Ce dernier, mécontent de son épouse, voit là une opportunité de la mortifier. Lors de la fête, une statue d'Iris, vêtue de l'écharpe divine, sera placée et couronnée par les Grâces, entourée des Plaisirs. Des vers seront lus sur un piédestal de porphyre, soulignant que la beauté d'Iris mérite un culte et des autels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 679-682
L'AMOUR MUSICIEN, CANTATE.
Début :
Prés d'un Temple fameux par son antiquité, [...]
Mots clefs :
Vénus, Amour, Cythère, Temple, Chants, Zéphyrs, Beautés, Maître, Cantate
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texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR MUSICIEN, CANTATE.
L'AMOUR MUSICIEN ,
CANTAT E.
PRés d'un Temple fameux par son antiquité ,
Où les Mortels qui veulent plaire
A la Déesse de Cythere
Vont offrir leur encens à sa Divinité ,
Est une Forêt solitaire ,
Qu'environne une sombre et sainte obscurité :
C'est là qu'aux bords d'une Fontaine
Dans les bras du sommeil j'oubliois mes soucis
Lorsque Venus avec son fils
Vint par sa présence soudaine
Troubler l'heureux repos que goutoient mes esprits.
C iiij Les
680 MERCURE DE FRANCE
Les Ris , les Jeux suivoient ses traces ;
Les Amours voloient sur ses pas ;
Sa présence dans ces climats.
Leur donnoit de nouvelles graces.
Dans ces Bois sombres et charmans
A Venus tout rendoit hommage' ;
Les Oiseaux mêmes du Bocage
A l'envi redoubloient leurs Chants.
Les Jeux , les Ris suivoient ses traces ;
Les Amours voloient sur ses pas ;
Sa présence dans ces Climats
Leur donnoit de nouvelles graces.
Je veux me dit alors la Mere des Amours ; >
Que par tes soins mon fils apprene
Cet Art qui d'Arion a conservé les jours ,
Et du Chantre de Thrace a soulagé la peine."
Flatté du choix de Venus ,
Je chantai le combat de Pan et de Phoebus ,
Et Pallas d'Arachné punissant l'arrogance ;
Mais l'Amour dégouté de ces chants ennuyeux
! Chanta d'un ton harmonieux
Les Dieux et les Mortels soumis à fa puiffance.
Fixês
AVRIL:
1731 . 681
Fixés par ces accens ,
Les Zéphirs moins volages
Laifferent
pour un tems
Reposer les feuillages ,
Les hôtes de ces Bois
Devenus moins sauvages
Aux charmes de sa voix
Joignirent leurs ramages ;
Cachés sous les ombrages ,
Les échos d'alentour
Repetent aux Boccages
Les accens de l'amour.
Touché comme eux des chants de l'enfant de
Cypris ,
Je demeurai frappé de toutes ces merveilles ,
Confus , immobile , furpris ,
A peine en crus - je alors mes yeux et mes oreilles,
Et sans me rappeller les airs que je chantois ,
Je devins Ecolier de Maître que j'étois.
Jeunes Beautés , l'Amour est un grand Maître ,
Ce Dieu sçait tout sans avoir rien appris ;
Courez à lui , vous pourrez tout connoître ;
Rien n'eft caché pour un coeur bien épris.
Les autres Dieux ont chacun leur partage ,
Mars eft Guerrier , Phoebus eft Dieu des Vers;
Cv Le
882 MERCURE DE FRANCE.
Le feul Amour par un rare aſſemblage
Unit en lui tous leurs talens divers.
Jeunes Beautez &c.
CANTAT E.
PRés d'un Temple fameux par son antiquité ,
Où les Mortels qui veulent plaire
A la Déesse de Cythere
Vont offrir leur encens à sa Divinité ,
Est une Forêt solitaire ,
Qu'environne une sombre et sainte obscurité :
C'est là qu'aux bords d'une Fontaine
Dans les bras du sommeil j'oubliois mes soucis
Lorsque Venus avec son fils
Vint par sa présence soudaine
Troubler l'heureux repos que goutoient mes esprits.
C iiij Les
680 MERCURE DE FRANCE
Les Ris , les Jeux suivoient ses traces ;
Les Amours voloient sur ses pas ;
Sa présence dans ces climats.
Leur donnoit de nouvelles graces.
Dans ces Bois sombres et charmans
A Venus tout rendoit hommage' ;
Les Oiseaux mêmes du Bocage
A l'envi redoubloient leurs Chants.
Les Jeux , les Ris suivoient ses traces ;
Les Amours voloient sur ses pas ;
Sa présence dans ces Climats
Leur donnoit de nouvelles graces.
Je veux me dit alors la Mere des Amours ; >
Que par tes soins mon fils apprene
Cet Art qui d'Arion a conservé les jours ,
Et du Chantre de Thrace a soulagé la peine."
Flatté du choix de Venus ,
Je chantai le combat de Pan et de Phoebus ,
Et Pallas d'Arachné punissant l'arrogance ;
Mais l'Amour dégouté de ces chants ennuyeux
! Chanta d'un ton harmonieux
Les Dieux et les Mortels soumis à fa puiffance.
Fixês
AVRIL:
1731 . 681
Fixés par ces accens ,
Les Zéphirs moins volages
Laifferent
pour un tems
Reposer les feuillages ,
Les hôtes de ces Bois
Devenus moins sauvages
Aux charmes de sa voix
Joignirent leurs ramages ;
Cachés sous les ombrages ,
Les échos d'alentour
Repetent aux Boccages
Les accens de l'amour.
Touché comme eux des chants de l'enfant de
Cypris ,
Je demeurai frappé de toutes ces merveilles ,
Confus , immobile , furpris ,
A peine en crus - je alors mes yeux et mes oreilles,
Et sans me rappeller les airs que je chantois ,
Je devins Ecolier de Maître que j'étois.
Jeunes Beautés , l'Amour est un grand Maître ,
Ce Dieu sçait tout sans avoir rien appris ;
Courez à lui , vous pourrez tout connoître ;
Rien n'eft caché pour un coeur bien épris.
Les autres Dieux ont chacun leur partage ,
Mars eft Guerrier , Phoebus eft Dieu des Vers;
Cv Le
882 MERCURE DE FRANCE.
Le feul Amour par un rare aſſemblage
Unit en lui tous leurs talens divers.
Jeunes Beautez &c.
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Résumé : L'AMOUR MUSICIEN, CANTATE.
Le texte 'L'AMOUR MUSICIEN' relate une scène près d'un temple antique dédié à Vénus. Le narrateur, endormi au bord d'une fontaine, est réveillé par la déesse et son fils, l'Amour. La forêt sombre et mystérieuse se transforme en un lieu de célébration à leur arrivée. Les jeux, les rires et les amours suivent leurs pas, et les oiseaux redoublent leurs chants en hommage à Vénus. Vénus demande au narrateur d'enseigner à l'Amour l'art de la musique. Le narrateur chante des récits mythologiques, mais l'Amour préfère chanter les dieux et les mortels soumis à sa puissance. Les zéphyrs, les oiseaux et les échos répètent les chants de l'Amour, touchant profondément le narrateur. Émerveillé, le narrateur devient l'élève de l'Amour, reconnaissant la supériorité de ce dieu qui unit en lui les talents de tous les autres dieux. Le texte se conclut par une invitation aux jeunes beautés à se tourner vers l'Amour pour connaître toutes les merveilles du monde.
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14
p. 771-779
Idomenée, Opera remis , Extrait. [titre d'après la table]
Début :
Le 5. Avril on donne la Tragédie d'Idomenée, qui [...]
Mots clefs :
Tragédie, Prologue, Symphonie, Vénus, Dieux, Outrages, Jalousie
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texteReconnaissance textuelle : Idomenée, Opera remis , Extrait. [titre d'après la table]
Le s . Avril on donna la Tragedie
d'Idomenée , qui avoit été donnée dans sa
-nouveauté le 1 2. Janvier 1712. Le Poëme
est de M. Danchet , et la Musique de
M. Campra.
Au Prologue le Théatre représente les
Antres d'Eole ; ce Dieu y paroît au milieu
des vents , qui sont enchaînés à des
rochers. Ils veulent sortir de leurs prisons
; Eole les y retient malgré eux. Venus
annoncée par une douce symphonie ,
se présente à Eole , et lui parle ainsi :
Un vainqueur des Troyens fend la liquide plaine
;
Des rives de la Créte écarte ses vaisseaux ;
Ordonne aux Aquillons de soulever les eaux
Et de servir ma juste haine.
Eole.
Brisez vos fers ; pártez , vents orageux ;
De la Mere d'Amour allez remplir les voeux.
Les Aquilions sortent des Antres où ils
étoient renfermez , et s'élancent dans les
airs pour aller servir la haine de Venus.
Gij La
772 MERCURE
DE FRANCE
La fête de ce prologue est ordonnée
par Venus : en voici le motif.
Je vai remplir ta Cour
Des Nymphes et des Dieux soumis à ma puissance
;
Tandis que tes sujets exercent ma vengeance ,
Les miens viendront t'offrir les charmes de l'Amour.
?
les Plaisirs Venus appelle l'Amour
et les Jeux. Ce prologue a paru d'autant
plus heureusement imaginé, qu'ilannonce
la Tragedie,
Au premier Acte , le Théatre représente
le magnifique Palais des Rois de Crete,
Ilione , fille d'Agamemnon
, Roy d'Argos
et de Mycene , ouvre la Scene. Elle
fait connoître qu'elle est arrivée en Crete
dans un seul vaisseau que la tempête avoit
séparé de la flotte d'Idomenée ; elle ajoûte
qu'elle a méprisé l'amour de ce Roi , mais
qu'elle n'a pas été aussi insensible à celui
d'Idamante son fils qui ignore encore sa
victoire ; elle appelle la gloire et la fierté
à son secours,
Idamante ordonne à sa suite d'assembler
les Troyens ; il dit à Ilione qu'il est
rassuré sur le sort de son Pere que Minerve
a protegé contre la fureur de Neptune
; il lui annonce qu'il va délivrer les
Troyens
1
AVRIL: 1731. 773
Troyens en attendant le retour du Roi ,
persuadé qu'il les auroit lui-même remis.
en liberté , si les vents lui avoient permis
d'aborder en Créte ; il fui déclare son
amour ; elle en 'paroît offensée ; il lui réproche
l'injustice quelle a de vouloir pu
nir en lui ce qui n'est que le crime des
Dieux , ennemis des Troyens. Les Crétois
et les Troyens font le divertissement
de ce premier Acte ; on brise les chaînes
de ces derniers.
Arbas vient troubler la fête par une
fausse nouvelle de la mort d'Idomenée
qu'il annonce comme certaine . Electre qui
survient trouve fort étrange qu'on ait remis
les Troyens en liberté. Cette Princesse
Grecque , ne doutant point que cette
liberté ne soit l'ouvrage de l'amour d'Idamante
pour Ilione , s'abandonne à sa
jalouse rage, et ne respire que vengeance.
Au second Acte , le Théatre représente
les bords de la mer agitée par une tempê
te affreuse ; tout le fond est rempli de
vaisseaux qui ont fait ou qui vont faire
naufrage. Un choeur de Peuples prêts à
périr , ouvre la scene par ces deux vers :
O Dieux , ô justes Dieux , donnez -nous du se
cours' ;
Les vents , les mers , le ciel , tout menace nes
jours
Ciij Neptun
774 MERGURE DE FRANCE
Neptune sort de la mer , et dit à Idomenée
Ne crains plus les outrages
Des flots et des vents ennemis ;
Mais offre moi sur ces rivages
L'hommage que tu m'as promis.
Idomenée fait entendre à Arcas , qui
s'est sauvé du naufrage comme lui , le
funeste voeu qu'il a fait à Neptune ; voici
comme il s'explique :
Dans l'horreur du naufrage ,
Pour ravir à la mort mes sujets allarmés ,
Apprens les voeux que j'ai formés.
Voeux indiscrets , trop tard vous troublez mon
courage ;
Si Neptune en courroux faisoit cesser l'orage ,
J'ai promis d'immoler le premier des humains
Que je verrai sur le rivage.
Dans le sang innocent dois-je tremper res
mains.
Il voit paroître sa victime ; c'est son
propre fils qu'il ne connoît pas › attendu
la longueur du siege de Troye. Idamante
qui ne peut pas non plus le connoître , et
qui le prend pour un de ces malheureux
qui viennent de faire naufrave , lui offre
genereusement son secours ; la Scene est
trésAVRIL.
1731. 773
très -touchante de part et d'autre, et menagée
avec beaucoup d'art jusqu'au moment
de la reconnoissance. Idomenée saisi
d'horreur et accablé de tristesse , dit à
son fils qui le veut suivre,pour sçavoir ce
qui l'oblige à se refuser à ses embrassemens
:
Gårdez Vous de me suivre.
Pourquoi m'avez vous vû ? craignez de me revoir.
Idamante ne laisse pas de marcher sur
ses pas. Electre qui arrive croi qu'il la fuit;
elle implore Venus . La Déesse fait entendre
à Electre qu'elle va la vanger. Venus
évoque la jalousie qui vient avec sa suite ,
et fait la fête de ce second Acte , qui finit
par ces vers que Venus adresse à la jalousie.
Au coeur d'Idomenée inspirez la terreur
Contre son propre Fils allumez sa fureur,
La décoration du troisiéme Acte représente
le Port de Sydonie,
Idomenée ne se peut résoudre à donner
à Neptune la victime qu'il lui a promise
; de la tendresse de Pere , il passe
à la fureur d'un rival ; la liberté que son
fils a rendue aux Troyens lui persuade
qu'il aime Ilione , Arcas lui conseille d'éloigner
ce Prince ; Idomenće prend ce
G iiij parti ;
776 MERCURE DE FRANCE
parti ; Arcas par ses ordres va tout prépa
rer pour le départ d'Idamante qui selon
ce nouveau projet doit conduire Electre
à Argos et la vanger d'Egyste qui a usurpé
sur elle le thrône de ses yeux.
Ilione vient ; Idomenée la veut fuir
mais il demeure malgré lui ; il n'apprend
que trop ce qu'il avoit voulu ignorer , il
fait entendre à Ilione qu'elle a tout à craindre
pour son Amant , qui n'a pas besoin
pour périt du nom odieux de Rival .
>
Electre vient remercier Idomenée du
secours qu'il lui offre contre ses tyrans
Idomenée la quitte en lui disant que son
fils s'est chargé de la conduire et de la
vanger. Electre s'abandonne à sa joye ; les
Matelots grecs et tous ceux qui doivent
suivre cette Princesse viennent celebrer
leur retour dans leur Patrie après la fête ,
Prothée sort du fond des flots et annonce
à Idamenée la vengeance de Neptune
prête à tomber sur lui pour le punir de
son parjure ; l'orage empêche Electre de
partir ; Idomenée proteste qu'il n'immo .
lera jamais la victime que Neptune lui
demande . Un Monstre sorti de la mer ,
commence la vengeance de ce Dieu irrité.
Au quatriéme Acte , le Theatre représente
une campagne agréable , et dans l'éloignement
le Temple de Neptune.
Ilione
AVRIL. 1731. 777
Ilione fait des imprécations contre les
Crétois, et prie les Dieux de les faire tous
périr par le monstre ; son amour lui fait
excepter Idamante qui veut le combattre.
Idamanre vient faire ses derniers adieut
à Ilione , ne doutant point qu'il ne périsse
dans le projet que son désespoir lui fait
entreprendre ; le péril où ce Prince va
s'exposer , par la seule raison qu'il est
odieux à sa chere Ilione , détermine cette
Princesse à rompre un trop long silence
, et à déclarer son amour ; elle apprend
à son Amant qu'il a un rival re- .
doutable ; Idamante reconnoît par-là que
c'est le Roi.
Idomenée vient offrir un sacrifice à
Neptune ; il éloigne son fils du Temple
de ce Dieu , sans lui déclarer le funeste
voeu qu'il a fait.
Après cette premiere fête , qui consiste
en des hymnes chantez à la gloire de
Neptune , on entend des chants de victoire
derriere le Théatre ; Arcas vient apprendre
à Idomenée que le monstre a suc- ,
combé sous les coups d'Idamante ; Idomenée
se flatte d'avoir fléchi le Dieu des ,
flots,puisqu'il a permis que son fils triom
phât de ce monstre. Des Bergers et des
Bergeres , mêlés avec les habitans de Sydonie
, viennent celebrer la victoire d'I
damante. Après cette derniere fête , Ido-
G vj
menée
1
778 MERCURE DE ERANCE
menée se surmonte lui- même , et forme
la résolution de ceder Ilione à son fils ; il
n'en demeure pas là , il lui cede encore le
Trône , il en explique le motif
vers ;
par
ces
Le Roi seul fit un voeu fatal à tout mon sang ,
Cessons de l'etre ; il faut que mon fils dans mon
rang
:
Ait pour sa sureté la grandeur souveraine.
L'action du dernier Acte se passe dans
un lieu préparé pour le couronnement d'I
damante ; Electre au désespoir de l'hymen
dont on fait les apprêts , déclare sont
amour au Prince de Créte et voyant
qu'il ne l'écoute pas , elle sort pour aller
irriter la colere de Neptune contre tous
les Auteurs des outrages qu'elle a reçus en
ce jour .
Ilione et Idamante s'applaudissent de
leur prochain bonheur. Idomenée déclare
à ses Peuples que c'est son fils qui doit
désormais leur dispenser des loix ' ; il dit
galamment à Ilione qu'il se fait un plus
grand effort en la cedant à son fils , qu'en
lui remettant le pouvoir suprême. Les
Crétois font leur cour à leur nouveau
Maître , par des chants convenables à la
fête. Idomenée dépose sur un carreau son
Sceptre et sa Couronne. Nemesis sort des
Enfers
AVRIL. 1731. 779
1
par ces vers Enfers et trouble la fête
qu'elle adresse à Idomenée :
Du souverain des mers Ennemi temeraire ,
'Penses - tu donc ainsi désarmer sa colere ?
Voi Nemesis , les Dieux m'ont imposé la loi
D'exercer leur vengeance :
Que l'Univers avec effroi
Apprenne à respecter leur suprême puissance .
Nemesis rentre dans les Enfers ; le thrône
se brise , et les furies emportent le
pavillon qui le couvroit. Idomenée devenu
furieux , se croit transporté dans un
lieu où l'on offre un sacrifice à Neptune ;
il veut avoir l'honneur de porter le coup
mortel à la victime ; cette prétendue victime
est son propre fils , qu'il immole
de sa propre main ; après cet affreux
sacrifice , les Dieux lui rendent la
raison , pour lui découvrir son parricide ,
il veut s'en punir ; on lui arrache l'épée.
Ilione finit la Tragedie par ces vers .
Pour le punir , laissez le vivre ;
C'est à moi seul de mourir.
V
lc
Les Comédiens François ont représenté
à Versailles pendant ce mois
Légataire, et la Sérénade. Saul Tragédie
et Attendez - moi sous Porne. L'Ecole des
Amans , et Chrispin Medecin. Andronic ,
et l'Esprit de contradiction . L'Esprit folet ,
et la Comtesse d'Escarbagnas .
d'Idomenée , qui avoit été donnée dans sa
-nouveauté le 1 2. Janvier 1712. Le Poëme
est de M. Danchet , et la Musique de
M. Campra.
Au Prologue le Théatre représente les
Antres d'Eole ; ce Dieu y paroît au milieu
des vents , qui sont enchaînés à des
rochers. Ils veulent sortir de leurs prisons
; Eole les y retient malgré eux. Venus
annoncée par une douce symphonie ,
se présente à Eole , et lui parle ainsi :
Un vainqueur des Troyens fend la liquide plaine
;
Des rives de la Créte écarte ses vaisseaux ;
Ordonne aux Aquillons de soulever les eaux
Et de servir ma juste haine.
Eole.
Brisez vos fers ; pártez , vents orageux ;
De la Mere d'Amour allez remplir les voeux.
Les Aquilions sortent des Antres où ils
étoient renfermez , et s'élancent dans les
airs pour aller servir la haine de Venus.
Gij La
772 MERCURE
DE FRANCE
La fête de ce prologue est ordonnée
par Venus : en voici le motif.
Je vai remplir ta Cour
Des Nymphes et des Dieux soumis à ma puissance
;
Tandis que tes sujets exercent ma vengeance ,
Les miens viendront t'offrir les charmes de l'Amour.
?
les Plaisirs Venus appelle l'Amour
et les Jeux. Ce prologue a paru d'autant
plus heureusement imaginé, qu'ilannonce
la Tragedie,
Au premier Acte , le Théatre représente
le magnifique Palais des Rois de Crete,
Ilione , fille d'Agamemnon
, Roy d'Argos
et de Mycene , ouvre la Scene. Elle
fait connoître qu'elle est arrivée en Crete
dans un seul vaisseau que la tempête avoit
séparé de la flotte d'Idomenée ; elle ajoûte
qu'elle a méprisé l'amour de ce Roi , mais
qu'elle n'a pas été aussi insensible à celui
d'Idamante son fils qui ignore encore sa
victoire ; elle appelle la gloire et la fierté
à son secours,
Idamante ordonne à sa suite d'assembler
les Troyens ; il dit à Ilione qu'il est
rassuré sur le sort de son Pere que Minerve
a protegé contre la fureur de Neptune
; il lui annonce qu'il va délivrer les
Troyens
1
AVRIL: 1731. 773
Troyens en attendant le retour du Roi ,
persuadé qu'il les auroit lui-même remis.
en liberté , si les vents lui avoient permis
d'aborder en Créte ; il fui déclare son
amour ; elle en 'paroît offensée ; il lui réproche
l'injustice quelle a de vouloir pu
nir en lui ce qui n'est que le crime des
Dieux , ennemis des Troyens. Les Crétois
et les Troyens font le divertissement
de ce premier Acte ; on brise les chaînes
de ces derniers.
Arbas vient troubler la fête par une
fausse nouvelle de la mort d'Idomenée
qu'il annonce comme certaine . Electre qui
survient trouve fort étrange qu'on ait remis
les Troyens en liberté. Cette Princesse
Grecque , ne doutant point que cette
liberté ne soit l'ouvrage de l'amour d'Idamante
pour Ilione , s'abandonne à sa
jalouse rage, et ne respire que vengeance.
Au second Acte , le Théatre représente
les bords de la mer agitée par une tempê
te affreuse ; tout le fond est rempli de
vaisseaux qui ont fait ou qui vont faire
naufrage. Un choeur de Peuples prêts à
périr , ouvre la scene par ces deux vers :
O Dieux , ô justes Dieux , donnez -nous du se
cours' ;
Les vents , les mers , le ciel , tout menace nes
jours
Ciij Neptun
774 MERGURE DE FRANCE
Neptune sort de la mer , et dit à Idomenée
Ne crains plus les outrages
Des flots et des vents ennemis ;
Mais offre moi sur ces rivages
L'hommage que tu m'as promis.
Idomenée fait entendre à Arcas , qui
s'est sauvé du naufrage comme lui , le
funeste voeu qu'il a fait à Neptune ; voici
comme il s'explique :
Dans l'horreur du naufrage ,
Pour ravir à la mort mes sujets allarmés ,
Apprens les voeux que j'ai formés.
Voeux indiscrets , trop tard vous troublez mon
courage ;
Si Neptune en courroux faisoit cesser l'orage ,
J'ai promis d'immoler le premier des humains
Que je verrai sur le rivage.
Dans le sang innocent dois-je tremper res
mains.
Il voit paroître sa victime ; c'est son
propre fils qu'il ne connoît pas › attendu
la longueur du siege de Troye. Idamante
qui ne peut pas non plus le connoître , et
qui le prend pour un de ces malheureux
qui viennent de faire naufrave , lui offre
genereusement son secours ; la Scene est
trésAVRIL.
1731. 773
très -touchante de part et d'autre, et menagée
avec beaucoup d'art jusqu'au moment
de la reconnoissance. Idomenée saisi
d'horreur et accablé de tristesse , dit à
son fils qui le veut suivre,pour sçavoir ce
qui l'oblige à se refuser à ses embrassemens
:
Gårdez Vous de me suivre.
Pourquoi m'avez vous vû ? craignez de me revoir.
Idamante ne laisse pas de marcher sur
ses pas. Electre qui arrive croi qu'il la fuit;
elle implore Venus . La Déesse fait entendre
à Electre qu'elle va la vanger. Venus
évoque la jalousie qui vient avec sa suite ,
et fait la fête de ce second Acte , qui finit
par ces vers que Venus adresse à la jalousie.
Au coeur d'Idomenée inspirez la terreur
Contre son propre Fils allumez sa fureur,
La décoration du troisiéme Acte représente
le Port de Sydonie,
Idomenée ne se peut résoudre à donner
à Neptune la victime qu'il lui a promise
; de la tendresse de Pere , il passe
à la fureur d'un rival ; la liberté que son
fils a rendue aux Troyens lui persuade
qu'il aime Ilione , Arcas lui conseille d'éloigner
ce Prince ; Idomenće prend ce
G iiij parti ;
776 MERCURE DE FRANCE
parti ; Arcas par ses ordres va tout prépa
rer pour le départ d'Idamante qui selon
ce nouveau projet doit conduire Electre
à Argos et la vanger d'Egyste qui a usurpé
sur elle le thrône de ses yeux.
Ilione vient ; Idomenée la veut fuir
mais il demeure malgré lui ; il n'apprend
que trop ce qu'il avoit voulu ignorer , il
fait entendre à Ilione qu'elle a tout à craindre
pour son Amant , qui n'a pas besoin
pour périt du nom odieux de Rival .
>
Electre vient remercier Idomenée du
secours qu'il lui offre contre ses tyrans
Idomenée la quitte en lui disant que son
fils s'est chargé de la conduire et de la
vanger. Electre s'abandonne à sa joye ; les
Matelots grecs et tous ceux qui doivent
suivre cette Princesse viennent celebrer
leur retour dans leur Patrie après la fête ,
Prothée sort du fond des flots et annonce
à Idamenée la vengeance de Neptune
prête à tomber sur lui pour le punir de
son parjure ; l'orage empêche Electre de
partir ; Idomenée proteste qu'il n'immo .
lera jamais la victime que Neptune lui
demande . Un Monstre sorti de la mer ,
commence la vengeance de ce Dieu irrité.
Au quatriéme Acte , le Theatre représente
une campagne agréable , et dans l'éloignement
le Temple de Neptune.
Ilione
AVRIL. 1731. 777
Ilione fait des imprécations contre les
Crétois, et prie les Dieux de les faire tous
périr par le monstre ; son amour lui fait
excepter Idamante qui veut le combattre.
Idamanre vient faire ses derniers adieut
à Ilione , ne doutant point qu'il ne périsse
dans le projet que son désespoir lui fait
entreprendre ; le péril où ce Prince va
s'exposer , par la seule raison qu'il est
odieux à sa chere Ilione , détermine cette
Princesse à rompre un trop long silence
, et à déclarer son amour ; elle apprend
à son Amant qu'il a un rival re- .
doutable ; Idamante reconnoît par-là que
c'est le Roi.
Idomenée vient offrir un sacrifice à
Neptune ; il éloigne son fils du Temple
de ce Dieu , sans lui déclarer le funeste
voeu qu'il a fait.
Après cette premiere fête , qui consiste
en des hymnes chantez à la gloire de
Neptune , on entend des chants de victoire
derriere le Théatre ; Arcas vient apprendre
à Idomenée que le monstre a suc- ,
combé sous les coups d'Idamante ; Idomenée
se flatte d'avoir fléchi le Dieu des ,
flots,puisqu'il a permis que son fils triom
phât de ce monstre. Des Bergers et des
Bergeres , mêlés avec les habitans de Sydonie
, viennent celebrer la victoire d'I
damante. Après cette derniere fête , Ido-
G vj
menée
1
778 MERCURE DE ERANCE
menée se surmonte lui- même , et forme
la résolution de ceder Ilione à son fils ; il
n'en demeure pas là , il lui cede encore le
Trône , il en explique le motif
vers ;
par
ces
Le Roi seul fit un voeu fatal à tout mon sang ,
Cessons de l'etre ; il faut que mon fils dans mon
rang
:
Ait pour sa sureté la grandeur souveraine.
L'action du dernier Acte se passe dans
un lieu préparé pour le couronnement d'I
damante ; Electre au désespoir de l'hymen
dont on fait les apprêts , déclare sont
amour au Prince de Créte et voyant
qu'il ne l'écoute pas , elle sort pour aller
irriter la colere de Neptune contre tous
les Auteurs des outrages qu'elle a reçus en
ce jour .
Ilione et Idamante s'applaudissent de
leur prochain bonheur. Idomenée déclare
à ses Peuples que c'est son fils qui doit
désormais leur dispenser des loix ' ; il dit
galamment à Ilione qu'il se fait un plus
grand effort en la cedant à son fils , qu'en
lui remettant le pouvoir suprême. Les
Crétois font leur cour à leur nouveau
Maître , par des chants convenables à la
fête. Idomenée dépose sur un carreau son
Sceptre et sa Couronne. Nemesis sort des
Enfers
AVRIL. 1731. 779
1
par ces vers Enfers et trouble la fête
qu'elle adresse à Idomenée :
Du souverain des mers Ennemi temeraire ,
'Penses - tu donc ainsi désarmer sa colere ?
Voi Nemesis , les Dieux m'ont imposé la loi
D'exercer leur vengeance :
Que l'Univers avec effroi
Apprenne à respecter leur suprême puissance .
Nemesis rentre dans les Enfers ; le thrône
se brise , et les furies emportent le
pavillon qui le couvroit. Idomenée devenu
furieux , se croit transporté dans un
lieu où l'on offre un sacrifice à Neptune ;
il veut avoir l'honneur de porter le coup
mortel à la victime ; cette prétendue victime
est son propre fils , qu'il immole
de sa propre main ; après cet affreux
sacrifice , les Dieux lui rendent la
raison , pour lui découvrir son parricide ,
il veut s'en punir ; on lui arrache l'épée.
Ilione finit la Tragedie par ces vers .
Pour le punir , laissez le vivre ;
C'est à moi seul de mourir.
V
lc
Les Comédiens François ont représenté
à Versailles pendant ce mois
Légataire, et la Sérénade. Saul Tragédie
et Attendez - moi sous Porne. L'Ecole des
Amans , et Chrispin Medecin. Andronic ,
et l'Esprit de contradiction . L'Esprit folet ,
et la Comtesse d'Escarbagnas .
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Résumé : Idomenée, Opera remis , Extrait. [titre d'après la table]
En avril 1731, la tragédie 'Idoménée' a été représentée pour la première fois le 12 janvier 1712. Le poème est de M. Danchet et la musique de M. Campra. L'histoire commence dans les antres d'Éole, où Vénus demande à Éole de libérer les vents pour aider un vainqueur des Troyens. Le premier acte se déroule dans le palais des rois de Crète. Ilione, fille d'Agamemnon, révèle son arrivée en Crète et son mépris pour l'amour du roi Idoménée, mais pas pour celui de son fils Idamante. Idamante déclare son amour à Ilione, qui semble offensée. Arbas annonce faussement la mort d'Idoménée, provoquant la colère d'Électre, jalouse de l'amour entre Idamante et Ilione. Dans le second acte, sur les bords de la mer agitée, Neptune apparaît à Idoménée et lui rappelle un vœu funeste qu'il a fait. Idoménée voit son fils Idamante, qu'il ne reconnaît pas, et qui lui offre son aide. La scène est poignante jusqu'à la reconnaissance. Électre, croyant qu'Idamante la fuit, implore Vénus. Le troisième acte se déroule au port de Sydonie. Idoménée, déchiré entre sa tendresse paternelle et sa jalousie, décide d'éloigner Idamante. Ilione et Électre apparaissent, et Prothée annonce la vengeance de Neptune. Un monstre commence à attaquer. Le quatrième acte se passe dans une campagne agréable. Ilione prie les dieux contre les Crétois. Idamante combat le monstre et survit. Idoménée, croyant avoir apaisé Neptune, décide de céder le trône à Idamante. Le dernier acte se déroule lors du couronnement d'Idamante. Électre, désespérée, sort pour irriter Neptune. Idoménée déclare son abdication en faveur de son fils. Nemesis apparaît et trouble la fête, révélant qu'Idoménée doit payer pour son parricide. Idoménée, rendu furieux, tue son fils par erreur. Les dieux lui rendent la raison pour lui révéler son crime. Ilione conclut la tragédie en demandant que son père vive pour souffrir.
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15
p. 1714-174
MADRIGAL.
Début :
Un jour Venus sur l'heure du midi [...]
Mots clefs :
Vénus, Amour, Étourdi, Iris, Cœur
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
UN jour Venus sur l'heure du midi
Se promenoit dans les bois de Cythere ;
L'Amour survient , ce petit étourdi
Bande son Arc et tire sur sa Mere.
Elle remplit l'air de ces tristes cris ,
On m'a blessée , helas ! et c'est mon fils !
A cette voix l'Amour s'allarme, il tremble ;
Et par ces mots lui fait voir son erreur ;
Pardon , dit- il , mais Iris vous ressemble ;
J'ay crû la voir et tirer sur son coeur.
UN jour Venus sur l'heure du midi
Se promenoit dans les bois de Cythere ;
L'Amour survient , ce petit étourdi
Bande son Arc et tire sur sa Mere.
Elle remplit l'air de ces tristes cris ,
On m'a blessée , helas ! et c'est mon fils !
A cette voix l'Amour s'allarme, il tremble ;
Et par ces mots lui fait voir son erreur ;
Pardon , dit- il , mais Iris vous ressemble ;
J'ay crû la voir et tirer sur son coeur.
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16
p. 2104-2106
A MLLE SALLÉ, Danseuse de l'Opera, pour celebrer son retour. EPITRE.
Début :
Les Amours pendant votre absence [...]
Mots clefs :
Amours, Vénus, Grâces
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texteReconnaissance textuelle : A MLLE SALLÉ, Danseuse de l'Opera, pour celebrer son retour. EPITRE.
A MLLE SALLE' ,
Danseuse de l'Opera , pour celebrer
son retour.
EPITRE.
LEs Amours pendant votre absence
'Avec vous s'étoient envolez ;
Enfin les voila rappellez
Dan
SEPTEMBRE. 1731. 2105
Dans le séjour de leur naissance.
Je les vis , ces Enfans aîlez ,
Voler en foule sur la Scene ,
Ou , pour voir triompher leur Reine
Leurs Etats furent assemblez ;
Dieux ! quel fut leur plaisir extréme ,
Ce jour , le plus beau de vos jours ,
Où, recevant de Venus même ,
Et sa Ceinture et ses atours
Vous vîtes l'avide concours ,
D'un Peuple entraîné sur vos traces ,
Qui se rappellera toûjours ,
Ces Ras mésurez par les graces >
Et composez par les Amours.
Des Ris l'essain vif et folâtre ,
Pour contempler ces Jeux charmans
Avoient occupé le Théatre ,
Sous la forme de mille Amans ;
Pour vous voir , les Graces parées ,
De modernes habillemens ,
Des Loges s'étoient emparées ;
Pour empoisonner ces douceurs ,
Une Troupe d'Amours censeurs
Osa se glisser au Parterre ,
Amours étrangers , inconnus ,
Qui sans doute n'étoient venus
21
99
Que pour vous déclarer la guerre ;
CY To
2106 MERCURE DE FRANCE
Je vis leur party frémissant ,.
Forcé de changer de langage ,
Vous rendre , en pestant , son homage ,
Et jurer en applaudissant.
Restez , Fille de Terpsicore ,.
L'Amour est las de voyager ;
Laissez soupirer l'Etranger ,
Brulant de vous revoir encore.' ,
Je sçai que pour nous attirer ,
L'Anglois solide récompense
Le mérite errant que la France
Ne fait tout au plus qu'admirer..
Par sa genereuse industrie ,
Laissons l'Anglois se signaler ,
Est-il rien qui puisse égaler
Le suffrage de la Patrie ?.
Danseuse de l'Opera , pour celebrer
son retour.
EPITRE.
LEs Amours pendant votre absence
'Avec vous s'étoient envolez ;
Enfin les voila rappellez
Dan
SEPTEMBRE. 1731. 2105
Dans le séjour de leur naissance.
Je les vis , ces Enfans aîlez ,
Voler en foule sur la Scene ,
Ou , pour voir triompher leur Reine
Leurs Etats furent assemblez ;
Dieux ! quel fut leur plaisir extréme ,
Ce jour , le plus beau de vos jours ,
Où, recevant de Venus même ,
Et sa Ceinture et ses atours
Vous vîtes l'avide concours ,
D'un Peuple entraîné sur vos traces ,
Qui se rappellera toûjours ,
Ces Ras mésurez par les graces >
Et composez par les Amours.
Des Ris l'essain vif et folâtre ,
Pour contempler ces Jeux charmans
Avoient occupé le Théatre ,
Sous la forme de mille Amans ;
Pour vous voir , les Graces parées ,
De modernes habillemens ,
Des Loges s'étoient emparées ;
Pour empoisonner ces douceurs ,
Une Troupe d'Amours censeurs
Osa se glisser au Parterre ,
Amours étrangers , inconnus ,
Qui sans doute n'étoient venus
21
99
Que pour vous déclarer la guerre ;
CY To
2106 MERCURE DE FRANCE
Je vis leur party frémissant ,.
Forcé de changer de langage ,
Vous rendre , en pestant , son homage ,
Et jurer en applaudissant.
Restez , Fille de Terpsicore ,.
L'Amour est las de voyager ;
Laissez soupirer l'Etranger ,
Brulant de vous revoir encore.' ,
Je sçai que pour nous attirer ,
L'Anglois solide récompense
Le mérite errant que la France
Ne fait tout au plus qu'admirer..
Par sa genereuse industrie ,
Laissons l'Anglois se signaler ,
Est-il rien qui puisse égaler
Le suffrage de la Patrie ?.
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Résumé : A MLLE SALLÉ, Danseuse de l'Opera, pour celebrer son retour. EPITRE.
En septembre 1731, une épître célèbre le retour de Mlle Salle, une danseuse de l'Opéra. Les Amours, symbolisant les passions et les admirateurs, l'ont suivie et se sont rassemblés pour la voir triompher sur scène. Le jour de son retour a été marqué par un enthousiasme extrême, avec un public avide et des Grâces vêtues de modernes habits occupant les loges. Cependant, une troupe d'Amours censeurs, étrangers et inconnus, a tenté de perturber cet enthousiasme en déclarant la guerre à Mlle Salle. Malgré cela, ces Amours ont dû changer de langage et rendre hommage à la danseuse en applaudissant. L'auteur exprime le souhait que Mlle Salle reste, car l'Amour est las de voyager. Il mentionne également la générosité des Anglais à récompenser le mérite, mais souligne l'importance du suffrage de la Patrie.
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17
p. 228-230
ODE. Imitée de la XIX. du premier Livre d'Horace, par M. Des-Forges Maillard. A. A. P. D. B.
Début :
Que vois-je ? des Amours c'est la Mere cruelle, [...]
Mots clefs :
Dieux, Vénus, Coeur, Horace, Amour, Glicère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE. Imitée de la XIX. du premier Livre d'Horace, par M. Des-Forges Maillard. A. A. P. D. B.
OD E.
Imitée de la XIX. du premier Livre
d'Horace, par M. Des-Forges Maillard .
A. A. P. D. B.
Ue vois je des Amours c'est la Mere
cruelle ,
Q
Qui d'un tranquile coeur vient troubler le re
pos ;
Ses perfiles Enfans attachez auprès d'elle ,
Pour voler à ma perte , abandonnent Paphos.
Faut-il encore aimer ? quoi donc Bacchus luis
même ,
Qui m'offroit autrefois un azile en´ses bras,
Conspire avec l'Amour ces Dieux veulent que
j'aime !
A ces Dieux réunis peut- on ne ceder pas?
JA
FEVRIER. 1733. 229
Je l'avois dit cent fois , l'infidele Glicere
M'a trop long - tems joüé , je ne l'aimerai
plus.
Je l'avois dit cent fois , et malgré ma colere
Mes sermens, à sa vûë , ont été superflus.
Peut-on lui disputer P'honneur de la vic
toire ?
Peut-on quand on la voit lui refuser son'
coeur !
,
Plus vermeil que la Rose , et plus blanc que
l'ivoire ,
Son teint porte en tous lieux une vive splen
deur.
Son petit air badin qui m'irrite , et m'enflamme
,
L'étincelant éclat de ses regards perçans ,
L'un et l'autre ébranlant le siége de mon ame ;
Une douce fureur coule dans tous mes sens.
Venus m'a tout entier soumis à son em
pire ;
C'est en vain qu'animé d'un dessein géne
reux ,
Sur d'héroïques tons je croi monter ma Lyre ;
Je n'en sçaurois tirer que des sons amoureux .
B v A
230 MERCURE DE FRANCE
A mes voeux , ô Venus , rends Glicere prod
pice ;
Si de mes soins ardens tu m'accordes ce prix ,
Ton Autel fumera du tendre Sacrifice
D'un Agneau premier fruit d'une jeune brebis.
Imitée de la XIX. du premier Livre
d'Horace, par M. Des-Forges Maillard .
A. A. P. D. B.
Ue vois je des Amours c'est la Mere
cruelle ,
Q
Qui d'un tranquile coeur vient troubler le re
pos ;
Ses perfiles Enfans attachez auprès d'elle ,
Pour voler à ma perte , abandonnent Paphos.
Faut-il encore aimer ? quoi donc Bacchus luis
même ,
Qui m'offroit autrefois un azile en´ses bras,
Conspire avec l'Amour ces Dieux veulent que
j'aime !
A ces Dieux réunis peut- on ne ceder pas?
JA
FEVRIER. 1733. 229
Je l'avois dit cent fois , l'infidele Glicere
M'a trop long - tems joüé , je ne l'aimerai
plus.
Je l'avois dit cent fois , et malgré ma colere
Mes sermens, à sa vûë , ont été superflus.
Peut-on lui disputer P'honneur de la vic
toire ?
Peut-on quand on la voit lui refuser son'
coeur !
,
Plus vermeil que la Rose , et plus blanc que
l'ivoire ,
Son teint porte en tous lieux une vive splen
deur.
Son petit air badin qui m'irrite , et m'enflamme
,
L'étincelant éclat de ses regards perçans ,
L'un et l'autre ébranlant le siége de mon ame ;
Une douce fureur coule dans tous mes sens.
Venus m'a tout entier soumis à son em
pire ;
C'est en vain qu'animé d'un dessein géne
reux ,
Sur d'héroïques tons je croi monter ma Lyre ;
Je n'en sçaurois tirer que des sons amoureux .
B v A
230 MERCURE DE FRANCE
A mes voeux , ô Venus , rends Glicere prod
pice ;
Si de mes soins ardens tu m'accordes ce prix ,
Ton Autel fumera du tendre Sacrifice
D'un Agneau premier fruit d'une jeune brebis.
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Résumé : ODE. Imitée de la XIX. du premier Livre d'Horace, par M. Des-Forges Maillard. A. A. P. D. B.
Le poème 'OD E.' de M. Des-Forges Maillard s'inspire de la XIXème ode du premier livre d'Horace. Le narrateur y exprime son conflit intérieur face à l'amour, qu'il décrit comme une force cruelle perturbant sa tranquillité. Il mentionne que même Bacchus, autrefois son refuge, semble s'allier à l'amour pour le faire succomber. Le narrateur reconnaît l'inutilité de lutter contre ces dieux réunis. Il évoque ensuite son amour pour Glicère, une femme infidèle qui l'a trompé. Malgré ses serments de ne plus l'aimer, il se rend compte que sa beauté et son charme le subjuguent à nouveau. Glicère est décrite avec un teint plus vermeil que la rose et plus blanc que l'ivoire, et un air badin qui l'irrite et l'enflamme. Ses regards perçants et sa douce fureur ébranlent son âme, le rendant incapable de résister. Le narrateur conclut en suppliant Vénus de lui rendre Glicère favorable, promettant un sacrifice sous la forme d'un agneau, premier fruit d'une jeune brebis, s'il obtient son amour.
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18
p. 300-310
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. D... au sujet d'une Lampe Antique, trouvée en Provence, au mois de Juillet dernier.
Début :
Vous m'avez fait, Monsieur, beaucoup de plaisir en m'envoïant, avec une [...]
Mots clefs :
Lampe antique, Amour, Pied, Enfant, Provence, Antiques, Vénus, Monument, Planche, Ornements, Antiquaires, Cupidon, Figure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. D... au sujet d'une Lampe Antique, trouvée en Provence, au mois de Juillet dernier.
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M.
·D... au sujet d'une Lampe Antique ,
trouvée en Provence , au mois de fuillet
dernier.
V
Ous m'avez fait , Monsieur , beaucoup
de plaisir en m'envoïant, avec
une de vos Lettres , dattée de Marseille
le 4 Août, le dessein de votre façon d'une
Lampe Antique , trouvée depuis peu par
un Païsan , dans le Territoire de la Ville
d'Apt , auprès du Village de Caseneuve.
Ce Monument que vous me marquez être
de la grandeur du Dessein , et qui représente
un pied , couvert d'une simple Sandale,
FEVRIER . 1733. 301
dale , avec quelques ornemens aux Courroyes,&
c. a cinq à six pouces de longueur,
depuis le Talon jusqu'à l'autre extrêmité
du pied , d'où sort une espece de Bec ,
que vous appellez Corne d'abondance, par
lequel on versoit de l'Huile dans la Lampe
, et où l'on mettoit la Méche . Au dessus
du cou du pied , terminé par un Orle
en maniere de petites perles , s'éleve une
espece de petit Rocher ,sur lequel est assis
un Enfant nud et aîlé , qui semble pleu
rer et tenir quelque chose dans ses mains.
Le tout fait une hauteur d'environ trois
pouces.Je n'oublie pas l'Anse qui déborde
au delà de la longueur du pied , du côté
du Talon, ayant à son extrémité un Anneau.
Il y a un autre Anneau au commencement
du gros doigt du pied , et voilà,
je crois , une Description exacte de ce
Monument.
Vous me marquez , Monsieur , que
l'Enfanr aîlé a les aîles et un brasselet
d'argent , et que le Pied qui forme la
Lampe a les ongles , et les petits Ornemens
des Courroyes aussi d'argent. Vous
ajoûtez que la Lampe est de Métail de
Corinthe , parfaitement bien conservée.
Ces circonstances sont curieuses et remarquables.
Pour ce qui est de l'explication conte-
E v nue
302 MERCURE DE FRANCE
nue dans votre Lettre , qui fait de cette
Lampe le Pied de Venus , qu'on pendoit ,
ajoutez - vous, par les deux Anneaux dans
le Temple de cette Déesse , en prenant
l'Enfant aîlé pour l'Amour , et par les au
tres convenances que vous trouvez . Cette
Explication , dis- je , me paroît ingénieu
se , fortifiée mêine par la figure du Rocher,
sur lequel l'Amour prétendu est assis,
Venus , érant , comme vous le sçavez, née
dans le sein de la Mer , &c. Mais à vous
parler sincerement , je ne trouve rien de
bien plausible dans cette Explication , qui
est , selon moi , toute conjecturale .
Ce que vous me marquez dans une se
conde Lettre plus réfléchie , du premier
de ce mois , prouve ce que je viens de dire.
Cela prouve aussi , Monsieur , que vous
n'êtes pas de ces Curieux entêtez qui ne
démordent jamais de leur premier sentiment.
Vous me dires qu'il vous est venu
une autre pensée sur ce Monument antique
et que des amis connoisseurs
l'ont
trouvée plus plausible que la premiere.
C'est icy , continuez- vous , le pied de
Psyché plutôt que celui de Venus. Une
Lampe fut fatale à Psyché aussi bien qu'à
l'Amour , représenté sur la nôtre , faisant
une triste figure ; ce qui explique assez ,
dires- vous , la pensée qui vous est venuë,
& c.
PerFEVRIER.
1733. 303
Permettez-moi d'être encore un peu
incrédule sur cette nouvelle explication
en donnant à votre sincérité toute la loüange
qu'elle mérite , lorsque dans le même
temps vous convenez que dénué de preuves
et d'autoritez vous laissez aux Antiquaires
la gloire de deviner cette Enigme ,
si c'en est une.
Je dis , si c'en est une , car il y a longtemps
que je suis persuadé que les Ouvriers
de l'Antiquité, en fabriquant la plus
part des Morceaux qui nous restent de
leur façon , n'ont le plus souvent suivi
que leur caprice ou leur goût particulier ,
celui quelquefois des personnes qui les
leur commandoient , sans s'embarrasser
de la Mythologie , sans y entendre , disje
, d'autre finesse . Si ma proposition est
vraie en general , ou a beaucoup d'égards ,
je crois qu'on peut l'appliquer particuliement
à la fabrique des Lampes ; c'est en
effet de tous les Monumens Antiques celui
dont on a découvert un plus grand
nombre , et dont on a le plus varié la
forme et les ornemens.Vous pouvez, Monsieur
, vous en convaincre , en parcourant
le Livre entier de F. Liceti , sur les
Lampes des Anciens et les différens Ouvrages
des Antiquaires qui ont écrit depuis
Liceti , à la tête desquels il faut mettre le
beau
E vj
3.4 MERCURE DE FRANCE.
beau et vaste Recueil du R. P. de Mont
faucon .
>
Les Lampes tiennent un rang considé
rable dans le Recueil , et occupent en Iz
Chapitres tout le second Livre de la seconde
Partie du se tome. On y en voit de
tres singulieres et de tres bizares , comme
le sont celles des 3 premiers Chapitres
totes la plupart de pur caprice. Les plus
belles , les plus chargées d'ornemens , et
qui paroissent manifestement symboliques
, et appartenir à la Mythologie , ou
aux Coutumes du Pagnanisme , se trouvent
dans les Chapitres suivans. Tout ce
que le Sçavant Auteur dit des unes et
des autres est fort sensé et fort instructif.
Il s'en faut bien qu'il n'adopte toutes les
idées et toutes les conjectures de Liceti ,
et de quelques autres Antiquaires sur ce
sujet.
Une Planche entiere , c'est la 148. contient
quatre Lampes en forme de Pied et
de Sandale, comme la vôtre, avec quelque
petite difference entr'elles pour les ornemens.
La 3 est la plus remarquable , à
cause de la Semele de la Sandale , gravée
séparément , qui est toute couverte de têtes
de clous. La 4º, a pour Anse un Serpent
entortillé , et differe un peu des autres
et de la vôtre dans la forme. Une autre
FEVRIER. 1733 305
tre Lampe représentée dans la Planche
d'après , dont l'Original est dans le Cabinet
du Duc de Médina - Celi , est toute
semblable à la vôtre ; pareil Pied , pareille
Sandale , mêmes dimensions . De plus
il y a,comme sur la vôtre , un Enfant aîlé
élevé au dessus du Talon.Cet Enfant tient
d'une main un Oyseau , et de l'autre , quelque
chose qu'on ne sçauroit discerner.
L'Enfant de votre Lampe paroît aussi
tenir quelque chose . Si vous avicz pris
garde à la Semele de la vôtre , vous y
auriez peut-être vû au dessous les mêmes
curieux ornemens qui sont sur celle de
Medina- Celi , que le Graveur a représentée
séparément. Je dis le dessous de la
Semele , dans la même Planche.
Je puis ajoûter une sixième Lampe de
meme forme , de même fabrique , de
même métal , en un mot, toute semblable
à la vôtre , que le R. P. de Montfaucon
m'a montrée dans son Cabinet , et qui
lui est venue depuis l'impression de son
Ouvrage , comme il lui arrive tous les
jours des Monumens d'Antiquité de toute
espece.
Mais , me direz-vous , dans ce grand
nombre de Lampes rapportées et représentées
dans cet Ouvrage, n'en trouve- t'on
point quelqu'une qui paroisse manifestement
305 MERCURE DE FRANCE.
ment avoir été consacrée à Venus , ou à
l'Amour ! Oui , Monsieur , il s'en trouve ;
mais ce n'est aucune de celles qui ressem
blent à la vôtre. Les Planches 170. et 172.
du même Livre , en présentent deux consacrées
à Venus par des Symboles qu'on
ne sçauroit méconnoître. La premiere a
la forme d'une Colombe , Oyseaur favori
de cette Déesse , qu'elle portoit à la main,
qu'elle attachoit à son Char , &c. La scconde
dont la forme est assez singuliere ,
porte au lieu de Symboles , l'Image mêm
de Venus en relief avec fort peu de Draperie
, &c. Deux autres Lampes gravées
dans les mêmes Planches appartiennent
visiblement à Cupidon . Sur l'une , outre
ses ailes , il est désigné par son flambeau
allumé qu'il tient à la main , et sur l'autre
il tient d'une main un Bouclier , et
porte l'autre main sur une cotte d'armes
, ayant désarmé Mars , &c. comme
le dit Lucrece , &c. sans parler de deux
autres Lampes aussi curieuses ; l'une de
Cupidon Marin , et l'autre de Cupidon et
Psyché ensemble qui s'embrassent , Planche
161. du même Vol . ausquelles on
peut joindre par Analogie une trèsbelle
Lampe des trois Graces , Planche
171.
Au reste , Monsieur , un Enfant nud
repréFEVRIER.
1733. 307
A
représenté avec des aîles , accompagné
même de quelques Symboles , sur des
Monumens Antiques,ne signifie pas toujours
Cupidon ou l'Amour , comme je
l'ai déja insinué. La preuve de cette verité
me meneroit trop loin , et ma Lettre
est déja assez longue : souffrés que je vous
renvoye pour cela à une pareille figure
d'Enfant aîlé , qui est sur un Monument
Antique de Bronze découvert dans la
Basse Normandie , du tems que j'y séjournois
, et que j'ai donné gravée avec le
Monument entier dans le Journal de
Trevoux , du mois de Sept. 1713.p.1536.
Cet Enfant , qui tient d'une main une
Bourse , et de l'autre un Oyseau par le
col , n'est pas Cupidon , malgré l'ingénieuse
explication qu'en a prétendu faire
P'Auteur du Journal , qui assûre que l'Enigme
de cet Enfant n'est pas difficile à
deviner. Voyez pour en juger ce qui est
dit dans le même Journal ( Octobre 1714.
pag. 1778. ) et surtout la Citation d'une
Médaille de Lucille , fille de Marc- Aurele
, rapportée dans le Selectiora Numismata
de Vaillant , où l'on voit deux Enfans
nuds et aîlez , semblables à celui dont
il est question dans le Monument de Normandie
, et qui ne sont assûrément pas
l'Amour. Voyez aussi la Figure aîlée ,
gravée
308 MERCURE DE FRANCE
gravée dans le même Journal ( Juillet
1715. p.1969. ) du Cabinet de M. Rigord,
qui accompagne une Lettre de ce Sçavant.
Vous y verrez que si c'est l'Amour,
ce qui est assez équivoque , ce n'est pas
l'Amour tout seul , puisque , selon M. R.
c'est en même- tems Harpocrate , Minerve
, la Déesse de la Santé , celle de l'Abondance
, la Fermeté , la Pudeur , et le
Dieu Orus , c'est-à- dire , dans le langage
des Antiquaires , une Figure Panthée.
Je vous cire , au reste, un Livre ( le Jour
nal de Trévoux ) que je crois familier dans
votre Ville , car vous me surprenez beaucoup
en disant que le seul Livre que vous
y avez trouvé pour chercher quelque lumiere
au sujet de votre Lampe , est le
Trésor de Brandebourg , ou la Description
des Antiquitez du Cabinet du Roi de
Prusse , par Beger , dans lequel encore
vous n'avez rien appris à cet égard .
C'est aussi par cette raison que je me suis
un peu étendu pour vous procurer les
éclaircissemens qu'il me paroît que vous
cherchez de bonne foi , et sans attachement
à votre opinion particuliere .
J'ai oublié de vous dire au sujet des
Enfans aîlez , pris communément pour
l'Amour quand on les trouve sur des Monu
FEVRIER . 1733. 309
numens Antiques , que dans le Recüell
des Lampes de Liceti il s'en trouve une
assez singuliere , faite en forme de Calice
, et soutenue par trois Garçons allez
qui ne sont pas plus l'Amour que les autres
figures ailées dont je viens de parler.
Liceti leur donne en effet une autre signification
, les expliquant par les trois
temps , le présent , le passé , le futar
explication gratuite et toute idéale , refutée
par le Pere de Montfaucon , qui
croit avec raison que ce n'est là qu'un
pur caprice d'ouvrier : mais on pourroit
demander pourquoi dans cette supposi
tion , il a néanmoins placé cette Lampe
parmi celles qui dans son Livre appartiennent
à la Mithologie et aux divers
usages du Paganisme. Ön la trouve en effet
en ce rang dans la même Planche 170.
ci-devant citée , &c. -
Je reviens à la Lettre de M. Rigord
dont j'ai parlé plus haut , pour finir la
mienne par une refléxion qui y est contenuë,
et qui vient ici naturellement . » Le
Métier d'un Antiquaire seroit , dit- il ,
» bien pénible , si parce qu'il est Anti-
» quaire , on vouloit l'obliger de donner
» raison de certains desseins que l'Ou-
» vrier a faits sans raison , et par caprice.
Il avoit dit un peu auparavant qu'en
cer
310 MERCURE DE FRANCE
certain cas l'Ouvrier pouvoit , comme
» on fait aujourd'hui , suivre son capri-
» ce , et par là préparer des tortures aux
» Antiquaires à venir. Je m'en tiens à
cette pensée d'un homme éclairé qui avoit
vieilli dans l'étude des Antiques , et conforme
en cela au sentiment des plus habiles.
Continuez -moi cependant , Monsieur ;
votre obligeante attention , en me faisant
part de tout ce que vous pourrez découvrir
de remarquable en ce genre , en prenant
la peine de les dessiner vous -même
avec cette précision et ce goût qui vous
sontnaturels . Les belles Figures Antiques
de Marbre trouvées dans le même Terris
toire que votre Lampe , transportées à Paris
, et dont il est parlé dans le Mercure
d'Août dernier , p. 1809. ont enfin trouvé
maître. J'ai toujours passionnément
souhaitté qu'un pareil Trésor pût rester
ici , mais j'apprens avec chagrin que ces
rares Monumens de la plus belle Antiquité
vont passer la Mer sans retour. Je
suis , & c.
A Paris , le 15 Septembre 1732 .
·D... au sujet d'une Lampe Antique ,
trouvée en Provence , au mois de fuillet
dernier.
V
Ous m'avez fait , Monsieur , beaucoup
de plaisir en m'envoïant, avec
une de vos Lettres , dattée de Marseille
le 4 Août, le dessein de votre façon d'une
Lampe Antique , trouvée depuis peu par
un Païsan , dans le Territoire de la Ville
d'Apt , auprès du Village de Caseneuve.
Ce Monument que vous me marquez être
de la grandeur du Dessein , et qui représente
un pied , couvert d'une simple Sandale,
FEVRIER . 1733. 301
dale , avec quelques ornemens aux Courroyes,&
c. a cinq à six pouces de longueur,
depuis le Talon jusqu'à l'autre extrêmité
du pied , d'où sort une espece de Bec ,
que vous appellez Corne d'abondance, par
lequel on versoit de l'Huile dans la Lampe
, et où l'on mettoit la Méche . Au dessus
du cou du pied , terminé par un Orle
en maniere de petites perles , s'éleve une
espece de petit Rocher ,sur lequel est assis
un Enfant nud et aîlé , qui semble pleu
rer et tenir quelque chose dans ses mains.
Le tout fait une hauteur d'environ trois
pouces.Je n'oublie pas l'Anse qui déborde
au delà de la longueur du pied , du côté
du Talon, ayant à son extrémité un Anneau.
Il y a un autre Anneau au commencement
du gros doigt du pied , et voilà,
je crois , une Description exacte de ce
Monument.
Vous me marquez , Monsieur , que
l'Enfanr aîlé a les aîles et un brasselet
d'argent , et que le Pied qui forme la
Lampe a les ongles , et les petits Ornemens
des Courroyes aussi d'argent. Vous
ajoûtez que la Lampe est de Métail de
Corinthe , parfaitement bien conservée.
Ces circonstances sont curieuses et remarquables.
Pour ce qui est de l'explication conte-
E v nue
302 MERCURE DE FRANCE
nue dans votre Lettre , qui fait de cette
Lampe le Pied de Venus , qu'on pendoit ,
ajoutez - vous, par les deux Anneaux dans
le Temple de cette Déesse , en prenant
l'Enfant aîlé pour l'Amour , et par les au
tres convenances que vous trouvez . Cette
Explication , dis- je , me paroît ingénieu
se , fortifiée mêine par la figure du Rocher,
sur lequel l'Amour prétendu est assis,
Venus , érant , comme vous le sçavez, née
dans le sein de la Mer , &c. Mais à vous
parler sincerement , je ne trouve rien de
bien plausible dans cette Explication , qui
est , selon moi , toute conjecturale .
Ce que vous me marquez dans une se
conde Lettre plus réfléchie , du premier
de ce mois , prouve ce que je viens de dire.
Cela prouve aussi , Monsieur , que vous
n'êtes pas de ces Curieux entêtez qui ne
démordent jamais de leur premier sentiment.
Vous me dires qu'il vous est venu
une autre pensée sur ce Monument antique
et que des amis connoisseurs
l'ont
trouvée plus plausible que la premiere.
C'est icy , continuez- vous , le pied de
Psyché plutôt que celui de Venus. Une
Lampe fut fatale à Psyché aussi bien qu'à
l'Amour , représenté sur la nôtre , faisant
une triste figure ; ce qui explique assez ,
dires- vous , la pensée qui vous est venuë,
& c.
PerFEVRIER.
1733. 303
Permettez-moi d'être encore un peu
incrédule sur cette nouvelle explication
en donnant à votre sincérité toute la loüange
qu'elle mérite , lorsque dans le même
temps vous convenez que dénué de preuves
et d'autoritez vous laissez aux Antiquaires
la gloire de deviner cette Enigme ,
si c'en est une.
Je dis , si c'en est une , car il y a longtemps
que je suis persuadé que les Ouvriers
de l'Antiquité, en fabriquant la plus
part des Morceaux qui nous restent de
leur façon , n'ont le plus souvent suivi
que leur caprice ou leur goût particulier ,
celui quelquefois des personnes qui les
leur commandoient , sans s'embarrasser
de la Mythologie , sans y entendre , disje
, d'autre finesse . Si ma proposition est
vraie en general , ou a beaucoup d'égards ,
je crois qu'on peut l'appliquer particuliement
à la fabrique des Lampes ; c'est en
effet de tous les Monumens Antiques celui
dont on a découvert un plus grand
nombre , et dont on a le plus varié la
forme et les ornemens.Vous pouvez, Monsieur
, vous en convaincre , en parcourant
le Livre entier de F. Liceti , sur les
Lampes des Anciens et les différens Ouvrages
des Antiquaires qui ont écrit depuis
Liceti , à la tête desquels il faut mettre le
beau
E vj
3.4 MERCURE DE FRANCE.
beau et vaste Recueil du R. P. de Mont
faucon .
>
Les Lampes tiennent un rang considé
rable dans le Recueil , et occupent en Iz
Chapitres tout le second Livre de la seconde
Partie du se tome. On y en voit de
tres singulieres et de tres bizares , comme
le sont celles des 3 premiers Chapitres
totes la plupart de pur caprice. Les plus
belles , les plus chargées d'ornemens , et
qui paroissent manifestement symboliques
, et appartenir à la Mythologie , ou
aux Coutumes du Pagnanisme , se trouvent
dans les Chapitres suivans. Tout ce
que le Sçavant Auteur dit des unes et
des autres est fort sensé et fort instructif.
Il s'en faut bien qu'il n'adopte toutes les
idées et toutes les conjectures de Liceti ,
et de quelques autres Antiquaires sur ce
sujet.
Une Planche entiere , c'est la 148. contient
quatre Lampes en forme de Pied et
de Sandale, comme la vôtre, avec quelque
petite difference entr'elles pour les ornemens.
La 3 est la plus remarquable , à
cause de la Semele de la Sandale , gravée
séparément , qui est toute couverte de têtes
de clous. La 4º, a pour Anse un Serpent
entortillé , et differe un peu des autres
et de la vôtre dans la forme. Une autre
FEVRIER. 1733 305
tre Lampe représentée dans la Planche
d'après , dont l'Original est dans le Cabinet
du Duc de Médina - Celi , est toute
semblable à la vôtre ; pareil Pied , pareille
Sandale , mêmes dimensions . De plus
il y a,comme sur la vôtre , un Enfant aîlé
élevé au dessus du Talon.Cet Enfant tient
d'une main un Oyseau , et de l'autre , quelque
chose qu'on ne sçauroit discerner.
L'Enfant de votre Lampe paroît aussi
tenir quelque chose . Si vous avicz pris
garde à la Semele de la vôtre , vous y
auriez peut-être vû au dessous les mêmes
curieux ornemens qui sont sur celle de
Medina- Celi , que le Graveur a représentée
séparément. Je dis le dessous de la
Semele , dans la même Planche.
Je puis ajoûter une sixième Lampe de
meme forme , de même fabrique , de
même métal , en un mot, toute semblable
à la vôtre , que le R. P. de Montfaucon
m'a montrée dans son Cabinet , et qui
lui est venue depuis l'impression de son
Ouvrage , comme il lui arrive tous les
jours des Monumens d'Antiquité de toute
espece.
Mais , me direz-vous , dans ce grand
nombre de Lampes rapportées et représentées
dans cet Ouvrage, n'en trouve- t'on
point quelqu'une qui paroisse manifestement
305 MERCURE DE FRANCE.
ment avoir été consacrée à Venus , ou à
l'Amour ! Oui , Monsieur , il s'en trouve ;
mais ce n'est aucune de celles qui ressem
blent à la vôtre. Les Planches 170. et 172.
du même Livre , en présentent deux consacrées
à Venus par des Symboles qu'on
ne sçauroit méconnoître. La premiere a
la forme d'une Colombe , Oyseaur favori
de cette Déesse , qu'elle portoit à la main,
qu'elle attachoit à son Char , &c. La scconde
dont la forme est assez singuliere ,
porte au lieu de Symboles , l'Image mêm
de Venus en relief avec fort peu de Draperie
, &c. Deux autres Lampes gravées
dans les mêmes Planches appartiennent
visiblement à Cupidon . Sur l'une , outre
ses ailes , il est désigné par son flambeau
allumé qu'il tient à la main , et sur l'autre
il tient d'une main un Bouclier , et
porte l'autre main sur une cotte d'armes
, ayant désarmé Mars , &c. comme
le dit Lucrece , &c. sans parler de deux
autres Lampes aussi curieuses ; l'une de
Cupidon Marin , et l'autre de Cupidon et
Psyché ensemble qui s'embrassent , Planche
161. du même Vol . ausquelles on
peut joindre par Analogie une trèsbelle
Lampe des trois Graces , Planche
171.
Au reste , Monsieur , un Enfant nud
repréFEVRIER.
1733. 307
A
représenté avec des aîles , accompagné
même de quelques Symboles , sur des
Monumens Antiques,ne signifie pas toujours
Cupidon ou l'Amour , comme je
l'ai déja insinué. La preuve de cette verité
me meneroit trop loin , et ma Lettre
est déja assez longue : souffrés que je vous
renvoye pour cela à une pareille figure
d'Enfant aîlé , qui est sur un Monument
Antique de Bronze découvert dans la
Basse Normandie , du tems que j'y séjournois
, et que j'ai donné gravée avec le
Monument entier dans le Journal de
Trevoux , du mois de Sept. 1713.p.1536.
Cet Enfant , qui tient d'une main une
Bourse , et de l'autre un Oyseau par le
col , n'est pas Cupidon , malgré l'ingénieuse
explication qu'en a prétendu faire
P'Auteur du Journal , qui assûre que l'Enigme
de cet Enfant n'est pas difficile à
deviner. Voyez pour en juger ce qui est
dit dans le même Journal ( Octobre 1714.
pag. 1778. ) et surtout la Citation d'une
Médaille de Lucille , fille de Marc- Aurele
, rapportée dans le Selectiora Numismata
de Vaillant , où l'on voit deux Enfans
nuds et aîlez , semblables à celui dont
il est question dans le Monument de Normandie
, et qui ne sont assûrément pas
l'Amour. Voyez aussi la Figure aîlée ,
gravée
308 MERCURE DE FRANCE
gravée dans le même Journal ( Juillet
1715. p.1969. ) du Cabinet de M. Rigord,
qui accompagne une Lettre de ce Sçavant.
Vous y verrez que si c'est l'Amour,
ce qui est assez équivoque , ce n'est pas
l'Amour tout seul , puisque , selon M. R.
c'est en même- tems Harpocrate , Minerve
, la Déesse de la Santé , celle de l'Abondance
, la Fermeté , la Pudeur , et le
Dieu Orus , c'est-à- dire , dans le langage
des Antiquaires , une Figure Panthée.
Je vous cire , au reste, un Livre ( le Jour
nal de Trévoux ) que je crois familier dans
votre Ville , car vous me surprenez beaucoup
en disant que le seul Livre que vous
y avez trouvé pour chercher quelque lumiere
au sujet de votre Lampe , est le
Trésor de Brandebourg , ou la Description
des Antiquitez du Cabinet du Roi de
Prusse , par Beger , dans lequel encore
vous n'avez rien appris à cet égard .
C'est aussi par cette raison que je me suis
un peu étendu pour vous procurer les
éclaircissemens qu'il me paroît que vous
cherchez de bonne foi , et sans attachement
à votre opinion particuliere .
J'ai oublié de vous dire au sujet des
Enfans aîlez , pris communément pour
l'Amour quand on les trouve sur des Monu
FEVRIER . 1733. 309
numens Antiques , que dans le Recüell
des Lampes de Liceti il s'en trouve une
assez singuliere , faite en forme de Calice
, et soutenue par trois Garçons allez
qui ne sont pas plus l'Amour que les autres
figures ailées dont je viens de parler.
Liceti leur donne en effet une autre signification
, les expliquant par les trois
temps , le présent , le passé , le futar
explication gratuite et toute idéale , refutée
par le Pere de Montfaucon , qui
croit avec raison que ce n'est là qu'un
pur caprice d'ouvrier : mais on pourroit
demander pourquoi dans cette supposi
tion , il a néanmoins placé cette Lampe
parmi celles qui dans son Livre appartiennent
à la Mithologie et aux divers
usages du Paganisme. Ön la trouve en effet
en ce rang dans la même Planche 170.
ci-devant citée , &c. -
Je reviens à la Lettre de M. Rigord
dont j'ai parlé plus haut , pour finir la
mienne par une refléxion qui y est contenuë,
et qui vient ici naturellement . » Le
Métier d'un Antiquaire seroit , dit- il ,
» bien pénible , si parce qu'il est Anti-
» quaire , on vouloit l'obliger de donner
» raison de certains desseins que l'Ou-
» vrier a faits sans raison , et par caprice.
Il avoit dit un peu auparavant qu'en
cer
310 MERCURE DE FRANCE
certain cas l'Ouvrier pouvoit , comme
» on fait aujourd'hui , suivre son capri-
» ce , et par là préparer des tortures aux
» Antiquaires à venir. Je m'en tiens à
cette pensée d'un homme éclairé qui avoit
vieilli dans l'étude des Antiques , et conforme
en cela au sentiment des plus habiles.
Continuez -moi cependant , Monsieur ;
votre obligeante attention , en me faisant
part de tout ce que vous pourrez découvrir
de remarquable en ce genre , en prenant
la peine de les dessiner vous -même
avec cette précision et ce goût qui vous
sontnaturels . Les belles Figures Antiques
de Marbre trouvées dans le même Terris
toire que votre Lampe , transportées à Paris
, et dont il est parlé dans le Mercure
d'Août dernier , p. 1809. ont enfin trouvé
maître. J'ai toujours passionnément
souhaitté qu'un pareil Trésor pût rester
ici , mais j'apprens avec chagrin que ces
rares Monumens de la plus belle Antiquité
vont passer la Mer sans retour. Je
suis , & c.
A Paris , le 15 Septembre 1732 .
Fermer
Résumé : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. D... au sujet d'une Lampe Antique, trouvée en Provence, au mois de Juillet dernier.
La lettre de M. D. L. R. à M. D... traite de la découverte d'une lampe antique en Provence, près du village de Caseneuve, dans le territoire de la ville d'Apt. Cette lampe, illustrée par un dessin envoyé par M. D..., mesure environ cinq à six pouces de longueur et trois pouces de hauteur. Fabriquée en métal de Corinthe, elle est ornée d'un pied avec une sandale, d'une corne d'abondance et d'un enfant ailé pleurant. La lampe possède deux anneaux, l'un à l'extrémité de l'anse et l'autre au début du gros orteil. M. D... suggère que cette lampe pourrait représenter le pied de Vénus, avec l'enfant ailé symbolisant l'Amour. Cependant, M. D. L. R. trouve cette interprétation conjecturale et propose une autre hypothèse : la lampe pourrait être liée à Psyché, en raison de la présence de l'enfant ailé et de la lampe fatale à Psyché. M. D. L. R. souligne que les lampes antiques étaient souvent fabriquées selon les caprices des ouvriers ou les goûts particuliers des commanditaires, sans nécessairement suivre la mythologie. Il cite divers ouvrages sur les lampes antiques, notamment ceux de Liceti et du Père de Montfaucon, qui décrivent une grande variété de formes et d'ornements. La lettre se conclut par une réflexion sur la difficulté du métier d'antiquaire, qui doit souvent interpréter des objets créés sans raison particulière par les artisans antiques. M. D. L. R. exprime également son regret que des figures antiques en marbre découvertes dans la même région que la lampe soient envoyées à l'étranger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
19
p. 793-811
LETTRE à l'Auteur du Mercure, au sujet du Ballet Héroïque, intitulé : l'Empire de l'Amour, représenté pour la premiere fois au Théatre de l'Opéra, le 14 Avril 1733.
Début :
Cette Lettre, Monsieur, contient l'Extrait que vous avez bien voulu [...]
Mots clefs :
Amour, Vénus, Thésée, Phèdre, Ariane , Génie, Ismène, Psyché, Ballet héroïque, Théâtre de l'Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure, au sujet du Ballet Héroïque, intitulé : l'Empire de l'Amour, représenté pour la premiere fois au Théatre de l'Opéra, le 14 Avril 1733.
-LETTRE à l'Auteur du Mercure
sujet du Ballet Héroïque , intitulé : l'Empire
de l'Amour , représenté pour la
premiere fois au Théatre de l'Opéra , le
14 Avril 1733.
Ette Lettre , Monsieur contient
Extrait que vous avez bien voulu
me demander du Poëne Lirique que je
viens de donner au Public. Jy joins les
changemens qui y ont été faits depuis la
premiere Représentation ; j'en expose
motifs , c'est- à -dire , les mécontentemens
que le Public avoit témoignés , et par
conséquent mes torts .
les
Le Prologue se passe dans l'Isle de Naxos
; on voit dans le fond du Théatre un
Temple de Jupiter. Bacchus , environné
des Nimphes, à qui son enfance a été confiée
, les voit avec regret accablées d'une
extrême vieillesse qu'elles déplorent par
ces Vers :
Ne peux- t - on enchaîner le tems ?
Le cruel nous poursuit sans cesse :
Il fait de nos plus doux instans
Autant de pas vers la vieillesse
Bacchus invoque Jupiter ; il en est éxaucé;
il l'annonce aux Nimphes , qui mar-
Hiiij chent
794 MERCURE DE FRANCE
chent alors vers le Temple avec cette
langueur ordinaire à la vieillesse ; à peine
ont- elles embrassé la Statuë de Jupiter
, qu'elles sortent du Temple ayant
repris tous les attraits de la Jeunesse , dansant
et chantant autour de Bacchus , et
le mot de Plaisir est le premier qu'elles
prononcent.
La Fête des Nimphes rajeunies, est interrompue
par l'arrivée des Menades
des Baccantes et des Corybantes ; qui en
formant des Jeux , invitent Bacchus à
faire la conquête du monde. A la fin des
Jeux Bacchus déclare aux Nimphes qu'il
part pour aller répandre les Arts dont
il est l'Inventeur , et le reste de la Scene
qui se passe entre Autonoé , la principale
Nimphe , et lui , expose le sujet des trois
Entrées dont ce Ballet est composé.
Je veux ( dit Bacchus ) pour le bonheur du
monde >
Devenir le plus grand des Dieux.
Autonoé.
Helas ! il en est un qui des Dieux est le maî
tre ,
Enfant impérieux , l'Univers est sa Cour .
Votre repos et vos vertus peut- être ,
Dépendront de lui quelque jour !
Bac
AVRIL 1733 795 .
Bacchus.
Eh i quel est donc enfin ce Tyran !
Autonoé.
C'est l'Amour.
Bacchus.
Ne peut- on, en fuyant , échapper à ses armes ?
Autonoé.
Pour mieux braver l'Amour n'en prenés point
d'allarmes ;
Voyés tous ses bienfaits surpassés par ses
maux ,
L'éloignement ne sert qu'à nous montrer ses
charmes
Et nous tromper sur ses deffauts.
Avant que vous quittés Naxos ,
Nous allons dans nos Jeux peindre sa tyranie
,
Vous le verrés ternir la gloire d'un Heros ;
Tromper l'art enchanteur du plus puissang
génie ,
Et lui- même troublé de craintes , de soupirs ,
Ne pouvoir séparer ses maux de ses plaisirs.
Les Nimphes sortent pour aller préparer
les Jeux ; Bacchus reste avec les
Menades et leurs Troupes , qui terminent
ce Prologue par un Choeur , dont
Voici les Vers : Hv..
796 MERCURE DE FRANCE
Dieu charmant , cedez la victoire ,
Si le fils de Venus vous appelle à sa Cour
On
i.
peut être amoureux et voler à la gloire L
Le loisir des Héros appartient à l'Amour..
·PREMIERE ENTREE.
Phedre et Ariane
Phedre se reproche son amour pour
Thésée qu'elle vient de lui découvrir ;
après l'avoir long- temps combattu et
caché ,elle rappelle à Thésée tout ce qu'Ariane
, dont il est aimé , a fait pour lui..
Elle déclare qu'elle va avouer à sa soeur
la trahison qu'elle lui a faite. Thésée
cherche à l'en détourner , il lui dit ::
D'un malheur qu'elle ignore ,
Fuyez le vain éclat ;
Vous ne lui rendrez qu'un ingrat,,
Et vous perdrez qui vous adore..
Ariane survient; elle annonce à Thésée
que Minos va rompre ses fers et accorder
la paix aux Athéniens. Elle ne voit plus
qu'un avenir heureux ; elle ne doute pas
que Minos apprenant leur amour ne con
sente à leur union . Thésée dans le trouble
que cette nouvelle lui cause , va joindre
le Roy qui l'attend ; et craignantque
Phedre ne parle à sa soeur comme elle
Pa
AVRIL 1733. 797
l'a projetté , il lui dit en sortant , sans
être entendu d'Ariane :
Si vous l'aimez ? laissez- lui - son erreur .
Les deux soeurs restent ensemble: Ariane
marque une confiance extrême dans
l'amitié de sa soeur pour elle ; elle craint
seulement que Phedre n'ayant jamais aimé
, ne regarde comme une foiblesse l'amour
qu'elle a pour Thiste. Elle ne conçoit
pas qu'on puisse n'avoir point d'amour.
Phedre qui marque l'intention
qu'elle a d'ouvrir les yeux à Ariane , luidit
, en parlant de l'Amour :
On porte au pied de ses Autels ,
Plus de regrets que de reconnoissance .
Mais Ariane aime de trop bonne foy
pour soupçonner son Amant. Phédre s'explique
plus clairement; elle nomme Thé
sée. Ariane toujours aveuglée par sa tendresse
, répond :
Il est sûr de mon coeur , il m'aimera toujours .
Le tendre penchant qu'il m'inspire ,
A sçu lui conserver le jour !
Ah ! quel plaisir , désormais je puis dire
Tous les momens où mon Amant respire ,
Sent l'ouvrage de mon amour.
Je dois vous dire , Monsieur , qu'il y
H vj avoit
798 MERCURE DE FRANCE
avoit dans ces Vers deux fautes de dica
tion tres- grossieres , et contre lesquelles
on s'est récrié avec beaucoup de justice.
Je reviens à mon Extrait :
Phedre enfin prend le parti de faire un
aveu ingénu à sa soeur ; mais le Roy arrive
avec Thésée , et Ariane ' n'entend et
ne voit plus que son Amant .
Après une fête en l'honneur de Thésée
, vainqueur du Minotaure , Minos
dit à Ariane qu'il sçait son amour pour
Thésée , il l'approuve par ces Vers :
L'amour n'est plus une foiblesse ,
Quand un Héros en est l'objet.
Et il les emmene pour préparer leur
Hyménée . Phédre qui reste seule , sent
alors des mouvemens qu'elle n'avoit
point éprouvez . Elle trouve que céder
son Amant pour ne point trahir sa soeur ,
eut été une consolation pour elle ; au lieu
que de le perdre par la volonté du Roy
uniquement , ne lui laisse que la douleur,
de voir sa rivale heureuse.
>
Thesée qui a laissé Ariane au Temple
de Venus , où elle prépare un Sacrifice
revient joindre Phedre; il cherche à augmenter
le trouble où il la trouve ; il lui
propose enfin de se rendre à la Cour du
Roy d'Athénes, son pere, qui verra avec
plaisir
AVRIL. 1733. 799
plaisir leur Hymenée. Phedre alors ne
connoît plus que ce qu'elle doit à la vertuj
elle dit à Thesée de fuir er de l'abandonner
: Thesée feint de se rendre
comme elle , aux droits du devoir . Il lui
dit qu'il va épouser Ariane ; que l'ayant
aimée , le noeud qui va les unir et le
temps rameneront cette premiere tendresse
; cette résolution apparente produit
par dégrés l'effet qu'il en attendoit .
Phedre le découvre par ces Vers :
Vous l'armeriez ? ah ! tout me désespere ,
Ma soeur , de quels transports mon coeur se sent
saisir ?
Quoi , n'ai-je plus de choix à faire ,
Que vous tromper , ou vous hair ?
On voit paroître alors des Prêtresses de
Venus : Thesée conjure Phédre de profiter
du seul moment qui leur reste,pour
s'éloigner , et la Scene finit par ces Vers :
Thesée .
Je meurs , si je vous perds : Prononcez ,
Phedre.
Je vous aime.
Ariane entre sur la Scene , précédée
des Prêtresses de Venus , qui commencent
des Jeux , et dans le moment où elle
se
800 MERCURE DE FRANCE
se livre davantage à l'espoir d'épouser 'ce'
qu'elle aime , elle apprend la trahison de
son Amant et de sa soeur ; elle apperçoit
de Navire qui les conduit et qui s'éloigne
et les Vers que voicy , qui sont à la fin
de son Monologue , terminent l'Acte .
Hélas ! de l'infidele ,
Avec tant de plaisir , j'avois sauvé les
jours.
Dieux ! quel en est le prix ? Il va vivre pour
elle ;
Mais tout sert leur fuite cruelle ,
Le Vaisseau disparoît : O com ble de malheurs !
Barbare , sois content , tu me trahis ? je meurs.
Il me reste , Monsieur , une remarque
à faire sur cet Acte. C'est le dégoût avec
fequel il fut reçu à la premiere Représentation
, depuis le départ de Phédre et .
de Thésée. Il n'avoit pas besoin , pour
produire cet effet - là , de l'ennui qu'y apporte
la Scene, qui parut tres-longue, où
Minos venoit apprendre à Ariane ses
malheurs.
L'action étoit finie au départ de Phédre
et de Thésée , mais le mal venoit de
plus loin encore. Comment intéresser
par un sujet aussi rebattu que celui d'A--
riane , quoique peut- être j'aye mis de las
nouveauté dans la maniere de le traiter ?
jai
AVRIL. 1733. 801
J'ai fort mal fait de la choisir. Pour réparer
une partie de mes torts , j'ai supprimé
cette malheureuse Scene de Minos ,
et cet Acte à
blement.
present est reçu
SECONDE ENTRE'E.
L'Amour et Psiché..
favora
Cet Acte , suivant l'ordre , annoncé
dans le Prologue , auroit dû être le dernier
, mais il a fallu le placer le second
pour éviter des difficultez dans l'exé
cution..
La Scene est dans l'Isle de Paphos .
Psiché , esclave de Venus , se croit oubliée
de l'Amour et cette crainte l'afflige
bien plus que les tourmens les tourmens que Venus lui
fait souffrir. L'Amour survient et la rassure.
Ils sont interrompus par Venus quiprécipite
Psiché aux Enfers.
Le jour de la premiere Représentation
de çet Acte, l'Amour en perdant Psiché ,
après un Monologue de déchaînement
contre sa mere , voïoit arriver du Ciel
un Jupiter , aussi peu secourable pour
lui , qu'il devenoit ennuyeux pour
Spectateur.
le
On m'a assuré que c'est le sort des
Jupiters, dans la plupart des Pieces où ils
sont
802 MERCURE DE FRANCE
sont employez , de déplaire souverainement
, et je puis dire que le mien a bien
confirmé cette destinée . J'ai donc étouffé
le Monstre dès son Berceau , il n'a
point paru à la seconde Représentation .
L'Amour dans un Monologue veut
d'abord détruire l'Empire de sa mere ;
mais bien-tôt il songe que de lui ôter
ses charmes n'est pas le moyen de l'appaiser.
Il a blessé Adonis pour elle , et
projette de la fléchir , à force de la rendre
heureuse.
N'employons que des soins flateurs ;
Cachons bien à Venus tout ce qui lui rappelle ,
Qu'elle est une Mortelle ,
Que lui préferent tous les coeurs ;
Le charmant Adonis que j'ai blessé pour elle ,
Peut seul adoucir ses fureurs ,
N'employons que des soins flateurs , &c
Ces soins ont successivement leur effet,
Venus et Adonis s'expliquent ; la Déesse
appelle les Bergers de Paphos pour celebrer
le choix qu'elle vient de faire.
Après la fête, Adonis transporté de son
bonheur , s'attendrit sur les persécutions
que Venus fait souffrir à un Dieu à qui il
a tant de graces à rendre. Il dit à la
Déesse :
Quel
7
AVRIL 803 1733.
Quel bonhenr l'Amour sçait répandre ,
Sur un coeur qu'il tient engagé !
Hélas ! ce Dieu charmant , par vous même ontragé
,
Cede à l'ennui qui le dévore ;
Eh ! comment s'en est - il vangé !
que vous aimez vous adore ; Ce
Rien n'ose vous troubler dans un bonheur si
doux .
Pourriez-vous bien le dérober encorè ,
A ces mêmes plaisirs qu'il a versez sur vous.
Alors Venus est trop heureuse pour
que la colere puisse avoir encore place
dans son coeur ; elle rappelle Psiché des
Enfers , et la rend à son Amant.
Psiché exprime à Venus par ces Vers,la
reconnoissance dont elle est pénétrée.
Ay-je pû vous faire une offense ?
Eh ! comment de Venus partager les honneurs ?
Consultez vos beaux yeux , lisez dans tous les
coeurs
Vous y verrez mon innocence .
La suite de Venus et de l'Amour vient
celebrer l'Hymenée de Psiché et de l'Amour.
Venus annonce enfin l'immortalité
de Psiché , par ce Choeur qui finit l'Acte.
Qu'une Divinité nouvelle
Jouisse parmi nous d'un éternel bonheur
Psiche
804 MERCURE DE FRANCE
Psiché , du Dieu d'Amour , sçait enchanter le
coeur ,
Elle est digne d'être immortelle.
Depuis les changemens , cet Acte a toujours
été reçu avec indulgence. L'idée
d'appaiser Venus pour la rendre extrêmement
heureuse , n'est dans aucun des
Auteurs qui ont écrit l'histoire de Psiché.
J'ai esperé qu'elle me feroit pardonner
d'avoir pris un sujet tant de fois traité.
F
TROISIEME ET DERNIERE
ENTRE'E .
Zelindor , Roy des Génies du feu.
Le Théatre représente le Palais du Génie.
Ismene , mortelle aimée du Génie ,
expose de sujet par ce Monologue.
Cher Alcidon , tu m'aimeras toujours ,
Si ta fidelité dépend de ma constance ;-
Notre Hymen s'apprêtoit , quels étoient not
beaux jours ,
Lorsqu'un cruel Génie en termina le cours ?
Souveraine en ces lieux , où brille sa puissance ,
Ay-je un instant cessé de pleurer ton absence ?
Cher Alcidon , tu m'aimeras toujours ,
Si ta fidelité dépend de ma constance.
Le reste du Monologue acheve d'expo
ser
AVRIL. 1733. 805
ser la fidelité qu'Ismene garde pour le
mortel dont elle est séparée.
Avant les changemens qui ont été
faits , le Génie, dans la Scene qui suivoit
ce Monologue , n'y étoit qu'un Amant
tres-tendre , mais rien ne marquoit en
lui le caractere de Génie .
J'ai cru devoir changer cette Scene ;
quoique le public cut paru recevoir cet
Acte avec le plus d'indulgence , et voicy
comme elle est depuis la cinquième Représentation
.
Zelindor arrive , Ismene veut l'éviter.
Il lui parle ainsi :
Arrêtes un moment : concevez l'esperance
Des destins glorieux que je viens vous offrir
Il est temps de vous découvrir ,
Quel est mon sort et ma puissance
L'instant où je suis aimé ,
De la beauté qui m'a charme,
Rend la jeunesse éternelle !
Aimez ; vous serez toujours belle.
Pour obtenir ce bien quel secret est plus doux !!
Aimez ; le don d'être immortelle
Est le seul que l'Amour n'ait point versé sur
vous.
Ismene paroît toujours aussi peu touchée
806 MERCURE DE FRANCE
chée des soins du Génie ; elle lui dit enfin
que la superiorité que lui donne sur
elle son pouvoir merveilleux , l'éloigne
de lui , et que s'il l'aimoit bien , il lui auroit
enseigné son art. Zélindor paroît
soupçonner ce reproche ; il montre à Ismene
une Urne qui est dans le fond du
Théatre .
Regardez cette Urne fidele ,
Par elle , je remplis tous les voeux que je fais ;
Elle peut tout sur moi , je ne puis rien sans elle ;
Ce secret que je vous revéle ,
M'assujettit moi- même à remplir vos souhaits
Zélindor la laisse seule avec PUrne. Is
méne s'empresse d'en éprouver le pouvoir
; elle demande que le Palais du Génie
s'évanouisse , et que celui où elle a reçu
la naissance paroisse. Elle est obéïe ; on
voit un Jardin , orné de Statues , et terminé
dans l'enfoncement par une Façade
'd'Architecture. Isméne n'est pas encore
assez assurée de son pouvoir sur l'Urne ;
elle ordonne que les Statues s'animent ;
à l'instant la Statue de l'Amour s'anime
la premiere , et va par ses pas et par ses
attitudes animer les autres Statues , qui
toutes forment une fête à l'honneur d'Isméne.
Voici un Canevas qu'on a trouvé extréAVRIL
: 1733. 807
rémement ingénieux ; je lui rends cette
justice , parce qu'il n'est pas de moi .C'est
ane Statue qui chante ces Vers , sur un
air qui vient d'être dansé .
Quel bonheur digne d'envie !
Tes voeux nous donnent la vie.
A ta voix ,
L'Univers change ;
Tout se range ,
Sous tes Loix.
7
Tout reconnoît ton Empire ,
Tu le veux , le marbre respire ;
Tes beaux yeux ,
Nous donnent l'être
Nous font naître
Sont nos Dieux .
Quel bonheur , &c.
Pour nos jours quel doux présage !
C'est l'ouvrage
De tes traits ;
De nos coeurs reçoi l'hommage ;
C'est le
gage
Des bienfaits .
Quel bonheur , &c.
Après la fête , Isméne s'addresse à
PUrne.
Remplis mes derniers voeux , c'est mon coeur
qui t'implore ;
Qui
808 MERCURE DE FRANCE
Sers - moi contre un Tyran , de mon bonheu
jaloux ,
Un mortel amoureux , devenoit mon Epoux ,
Accorde à mes regards , cet Amant que j'adore.
A peine a - t- elle achevé , qu'il paroît
un Char brillant de lumiere : Isméne
en voit sortir le Génie , sous l'habit qu'il
avoit lorsqu'il s'étoit présenté à elle , avec
les traits et le nom d'Alcidon . Ce qu'il lui
explique par ces Vers :
Aprenez mon destin; le Roy de la lumiere,
A qui je dois cet Empire et le jour,..
M'imposa la Loy sévére ,
D'éprouver , malgré- moi , la beauté qui m'est
chere ;
Sous les traits d'Alcidon j'eas le bonheur de
plaire ;
༄ རྞྞ་ །
Je vous transportai dans ma Cour,
C
A vos premiers sermens vous demeurez soumise;
Tant de constance immortalise ,
Votre beauté, vos feux et mon
งา
1 201
amour
Il appelle les Génies ' qui viennent
reconnoître leur Reine , er eelebrent son
immortalité par une fête qui termine
l'Actè.
Les changemens , Monsieur , que je
viens de vous exposer , n'existoient que
depuis
1733. 009
}
depuis la cinquiéme Représentation. Dans
mon premier Plan , Zélindor n'étoit point
à la fois le Génie et Alcidon ; Isméne demandoit
à l'Urne , ce mortel qu'elle aimoit.
Il paroissoit , et tandis qu'elle désiroit
d'être soustraite à la dépendance
du Génie,il venoit tout-à coup, et voyant
qu'il ne pouvoit être aimé d'Isméne , il
prenoit le parti de la rendre heureuse.
Voici les Vers qui terminoient l'Acte.
Par quelle erreur , hélas ! me laissois je ébloüir?
Messoins -vous outrageoient en cherchant à vous
#plaire ;
Du moins cessez de me hair.
En faveur de l'effort que mon coeur va se faire
Revoyez le séjour où tendent vos souhaits ;
Possedez de mon Art les plus heureux secrets ;
Conservez long - temps la jeunesse ;
Mon malheur vous a fait mépriser ma tendresse
,
Recevez du moins mes bienfaits.
Ce trait de générosité ne touchoit point
du tout ; on ne s'interroissoit point pour
Alcidon ; le Génie paroissoit plus aimable
; enfin , j'avois trouvé le moyen de
traiter assez mal un Sujet ingénieux , et
dont un autre eut , sans doute , fait un
meilleur usage. Un fort grand nombre
de personnes ont eu l'idée de faire qu'Alcidon
810 MERCURE DE FRANCE
cidon et le Génie ne fussent qu'une même
personne ; elles me l'ont communiquée
, et le conseil que m'a donné M.de
Voltaire de la suivre , m'a déterminé.
Ne croïez-pas, je vous prie, Monsieur,
que je présume , par les changemens que
j'ai faits , avoir remédié à toutes mes fautes.
Je ne m'attribuë point l'empressement
que le public a marqué pour toutes
les Représentations de ce Ballet; je sçai
que j'en dois rendre graces au mérite de
la Musique , et je dois le dire encore , à
l'Art et au zéle des Acteurs. J'ai l'hon
neur d'être , &c.
Nous croyons devoir remercier publiquement
M. de Moncrif , de l'honneur
et du plaisir qu'il nous fait de nous adresser
l'Extrait de son Poëme , avec l'aveu
modeste des défauts qui peuvent lui être
échappés ; le Public lui en sçaura sans doute
bon gré : Son exemple puisse- t- il être
suivi par ses Confreres . Il y a long - tems
que nous désirons ardemment qu'ils veuillent
faire ce petit sacrifice , qui ne leur
féroit point de tort. Nous les en avons
encore priez dans l'Avertissement , mis à
la tête du Mercure de Janvier de cette
année.
Au reste , la modestie de l'Auteur de
ce
T
"
AVRIL. 17337 811
J
ee Poëme nous engage à ne pas laisser
ignorer au Public
que fon
Ouvrage
est plein d'esprit , et fort orné de traits
fins et délicats .
Nous
parlerons plus au long des Représentations
de ce Ballet , et de la magnifique
et éclatante
Décoration du troisiéme
Acte.
sujet du Ballet Héroïque , intitulé : l'Empire
de l'Amour , représenté pour la
premiere fois au Théatre de l'Opéra , le
14 Avril 1733.
Ette Lettre , Monsieur contient
Extrait que vous avez bien voulu
me demander du Poëne Lirique que je
viens de donner au Public. Jy joins les
changemens qui y ont été faits depuis la
premiere Représentation ; j'en expose
motifs , c'est- à -dire , les mécontentemens
que le Public avoit témoignés , et par
conséquent mes torts .
les
Le Prologue se passe dans l'Isle de Naxos
; on voit dans le fond du Théatre un
Temple de Jupiter. Bacchus , environné
des Nimphes, à qui son enfance a été confiée
, les voit avec regret accablées d'une
extrême vieillesse qu'elles déplorent par
ces Vers :
Ne peux- t - on enchaîner le tems ?
Le cruel nous poursuit sans cesse :
Il fait de nos plus doux instans
Autant de pas vers la vieillesse
Bacchus invoque Jupiter ; il en est éxaucé;
il l'annonce aux Nimphes , qui mar-
Hiiij chent
794 MERCURE DE FRANCE
chent alors vers le Temple avec cette
langueur ordinaire à la vieillesse ; à peine
ont- elles embrassé la Statuë de Jupiter
, qu'elles sortent du Temple ayant
repris tous les attraits de la Jeunesse , dansant
et chantant autour de Bacchus , et
le mot de Plaisir est le premier qu'elles
prononcent.
La Fête des Nimphes rajeunies, est interrompue
par l'arrivée des Menades
des Baccantes et des Corybantes ; qui en
formant des Jeux , invitent Bacchus à
faire la conquête du monde. A la fin des
Jeux Bacchus déclare aux Nimphes qu'il
part pour aller répandre les Arts dont
il est l'Inventeur , et le reste de la Scene
qui se passe entre Autonoé , la principale
Nimphe , et lui , expose le sujet des trois
Entrées dont ce Ballet est composé.
Je veux ( dit Bacchus ) pour le bonheur du
monde >
Devenir le plus grand des Dieux.
Autonoé.
Helas ! il en est un qui des Dieux est le maî
tre ,
Enfant impérieux , l'Univers est sa Cour .
Votre repos et vos vertus peut- être ,
Dépendront de lui quelque jour !
Bac
AVRIL 1733 795 .
Bacchus.
Eh i quel est donc enfin ce Tyran !
Autonoé.
C'est l'Amour.
Bacchus.
Ne peut- on, en fuyant , échapper à ses armes ?
Autonoé.
Pour mieux braver l'Amour n'en prenés point
d'allarmes ;
Voyés tous ses bienfaits surpassés par ses
maux ,
L'éloignement ne sert qu'à nous montrer ses
charmes
Et nous tromper sur ses deffauts.
Avant que vous quittés Naxos ,
Nous allons dans nos Jeux peindre sa tyranie
,
Vous le verrés ternir la gloire d'un Heros ;
Tromper l'art enchanteur du plus puissang
génie ,
Et lui- même troublé de craintes , de soupirs ,
Ne pouvoir séparer ses maux de ses plaisirs.
Les Nimphes sortent pour aller préparer
les Jeux ; Bacchus reste avec les
Menades et leurs Troupes , qui terminent
ce Prologue par un Choeur , dont
Voici les Vers : Hv..
796 MERCURE DE FRANCE
Dieu charmant , cedez la victoire ,
Si le fils de Venus vous appelle à sa Cour
On
i.
peut être amoureux et voler à la gloire L
Le loisir des Héros appartient à l'Amour..
·PREMIERE ENTREE.
Phedre et Ariane
Phedre se reproche son amour pour
Thésée qu'elle vient de lui découvrir ;
après l'avoir long- temps combattu et
caché ,elle rappelle à Thésée tout ce qu'Ariane
, dont il est aimé , a fait pour lui..
Elle déclare qu'elle va avouer à sa soeur
la trahison qu'elle lui a faite. Thésée
cherche à l'en détourner , il lui dit ::
D'un malheur qu'elle ignore ,
Fuyez le vain éclat ;
Vous ne lui rendrez qu'un ingrat,,
Et vous perdrez qui vous adore..
Ariane survient; elle annonce à Thésée
que Minos va rompre ses fers et accorder
la paix aux Athéniens. Elle ne voit plus
qu'un avenir heureux ; elle ne doute pas
que Minos apprenant leur amour ne con
sente à leur union . Thésée dans le trouble
que cette nouvelle lui cause , va joindre
le Roy qui l'attend ; et craignantque
Phedre ne parle à sa soeur comme elle
Pa
AVRIL 1733. 797
l'a projetté , il lui dit en sortant , sans
être entendu d'Ariane :
Si vous l'aimez ? laissez- lui - son erreur .
Les deux soeurs restent ensemble: Ariane
marque une confiance extrême dans
l'amitié de sa soeur pour elle ; elle craint
seulement que Phedre n'ayant jamais aimé
, ne regarde comme une foiblesse l'amour
qu'elle a pour Thiste. Elle ne conçoit
pas qu'on puisse n'avoir point d'amour.
Phedre qui marque l'intention
qu'elle a d'ouvrir les yeux à Ariane , luidit
, en parlant de l'Amour :
On porte au pied de ses Autels ,
Plus de regrets que de reconnoissance .
Mais Ariane aime de trop bonne foy
pour soupçonner son Amant. Phédre s'explique
plus clairement; elle nomme Thé
sée. Ariane toujours aveuglée par sa tendresse
, répond :
Il est sûr de mon coeur , il m'aimera toujours .
Le tendre penchant qu'il m'inspire ,
A sçu lui conserver le jour !
Ah ! quel plaisir , désormais je puis dire
Tous les momens où mon Amant respire ,
Sent l'ouvrage de mon amour.
Je dois vous dire , Monsieur , qu'il y
H vj avoit
798 MERCURE DE FRANCE
avoit dans ces Vers deux fautes de dica
tion tres- grossieres , et contre lesquelles
on s'est récrié avec beaucoup de justice.
Je reviens à mon Extrait :
Phedre enfin prend le parti de faire un
aveu ingénu à sa soeur ; mais le Roy arrive
avec Thésée , et Ariane ' n'entend et
ne voit plus que son Amant .
Après une fête en l'honneur de Thésée
, vainqueur du Minotaure , Minos
dit à Ariane qu'il sçait son amour pour
Thésée , il l'approuve par ces Vers :
L'amour n'est plus une foiblesse ,
Quand un Héros en est l'objet.
Et il les emmene pour préparer leur
Hyménée . Phédre qui reste seule , sent
alors des mouvemens qu'elle n'avoit
point éprouvez . Elle trouve que céder
son Amant pour ne point trahir sa soeur ,
eut été une consolation pour elle ; au lieu
que de le perdre par la volonté du Roy
uniquement , ne lui laisse que la douleur,
de voir sa rivale heureuse.
>
Thesée qui a laissé Ariane au Temple
de Venus , où elle prépare un Sacrifice
revient joindre Phedre; il cherche à augmenter
le trouble où il la trouve ; il lui
propose enfin de se rendre à la Cour du
Roy d'Athénes, son pere, qui verra avec
plaisir
AVRIL. 1733. 799
plaisir leur Hymenée. Phedre alors ne
connoît plus que ce qu'elle doit à la vertuj
elle dit à Thesée de fuir er de l'abandonner
: Thesée feint de se rendre
comme elle , aux droits du devoir . Il lui
dit qu'il va épouser Ariane ; que l'ayant
aimée , le noeud qui va les unir et le
temps rameneront cette premiere tendresse
; cette résolution apparente produit
par dégrés l'effet qu'il en attendoit .
Phedre le découvre par ces Vers :
Vous l'armeriez ? ah ! tout me désespere ,
Ma soeur , de quels transports mon coeur se sent
saisir ?
Quoi , n'ai-je plus de choix à faire ,
Que vous tromper , ou vous hair ?
On voit paroître alors des Prêtresses de
Venus : Thesée conjure Phédre de profiter
du seul moment qui leur reste,pour
s'éloigner , et la Scene finit par ces Vers :
Thesée .
Je meurs , si je vous perds : Prononcez ,
Phedre.
Je vous aime.
Ariane entre sur la Scene , précédée
des Prêtresses de Venus , qui commencent
des Jeux , et dans le moment où elle
se
800 MERCURE DE FRANCE
se livre davantage à l'espoir d'épouser 'ce'
qu'elle aime , elle apprend la trahison de
son Amant et de sa soeur ; elle apperçoit
de Navire qui les conduit et qui s'éloigne
et les Vers que voicy , qui sont à la fin
de son Monologue , terminent l'Acte .
Hélas ! de l'infidele ,
Avec tant de plaisir , j'avois sauvé les
jours.
Dieux ! quel en est le prix ? Il va vivre pour
elle ;
Mais tout sert leur fuite cruelle ,
Le Vaisseau disparoît : O com ble de malheurs !
Barbare , sois content , tu me trahis ? je meurs.
Il me reste , Monsieur , une remarque
à faire sur cet Acte. C'est le dégoût avec
fequel il fut reçu à la premiere Représentation
, depuis le départ de Phédre et .
de Thésée. Il n'avoit pas besoin , pour
produire cet effet - là , de l'ennui qu'y apporte
la Scene, qui parut tres-longue, où
Minos venoit apprendre à Ariane ses
malheurs.
L'action étoit finie au départ de Phédre
et de Thésée , mais le mal venoit de
plus loin encore. Comment intéresser
par un sujet aussi rebattu que celui d'A--
riane , quoique peut- être j'aye mis de las
nouveauté dans la maniere de le traiter ?
jai
AVRIL. 1733. 801
J'ai fort mal fait de la choisir. Pour réparer
une partie de mes torts , j'ai supprimé
cette malheureuse Scene de Minos ,
et cet Acte à
blement.
present est reçu
SECONDE ENTRE'E.
L'Amour et Psiché..
favora
Cet Acte , suivant l'ordre , annoncé
dans le Prologue , auroit dû être le dernier
, mais il a fallu le placer le second
pour éviter des difficultez dans l'exé
cution..
La Scene est dans l'Isle de Paphos .
Psiché , esclave de Venus , se croit oubliée
de l'Amour et cette crainte l'afflige
bien plus que les tourmens les tourmens que Venus lui
fait souffrir. L'Amour survient et la rassure.
Ils sont interrompus par Venus quiprécipite
Psiché aux Enfers.
Le jour de la premiere Représentation
de çet Acte, l'Amour en perdant Psiché ,
après un Monologue de déchaînement
contre sa mere , voïoit arriver du Ciel
un Jupiter , aussi peu secourable pour
lui , qu'il devenoit ennuyeux pour
Spectateur.
le
On m'a assuré que c'est le sort des
Jupiters, dans la plupart des Pieces où ils
sont
802 MERCURE DE FRANCE
sont employez , de déplaire souverainement
, et je puis dire que le mien a bien
confirmé cette destinée . J'ai donc étouffé
le Monstre dès son Berceau , il n'a
point paru à la seconde Représentation .
L'Amour dans un Monologue veut
d'abord détruire l'Empire de sa mere ;
mais bien-tôt il songe que de lui ôter
ses charmes n'est pas le moyen de l'appaiser.
Il a blessé Adonis pour elle , et
projette de la fléchir , à force de la rendre
heureuse.
N'employons que des soins flateurs ;
Cachons bien à Venus tout ce qui lui rappelle ,
Qu'elle est une Mortelle ,
Que lui préferent tous les coeurs ;
Le charmant Adonis que j'ai blessé pour elle ,
Peut seul adoucir ses fureurs ,
N'employons que des soins flateurs , &c
Ces soins ont successivement leur effet,
Venus et Adonis s'expliquent ; la Déesse
appelle les Bergers de Paphos pour celebrer
le choix qu'elle vient de faire.
Après la fête, Adonis transporté de son
bonheur , s'attendrit sur les persécutions
que Venus fait souffrir à un Dieu à qui il
a tant de graces à rendre. Il dit à la
Déesse :
Quel
7
AVRIL 803 1733.
Quel bonhenr l'Amour sçait répandre ,
Sur un coeur qu'il tient engagé !
Hélas ! ce Dieu charmant , par vous même ontragé
,
Cede à l'ennui qui le dévore ;
Eh ! comment s'en est - il vangé !
que vous aimez vous adore ; Ce
Rien n'ose vous troubler dans un bonheur si
doux .
Pourriez-vous bien le dérober encorè ,
A ces mêmes plaisirs qu'il a versez sur vous.
Alors Venus est trop heureuse pour
que la colere puisse avoir encore place
dans son coeur ; elle rappelle Psiché des
Enfers , et la rend à son Amant.
Psiché exprime à Venus par ces Vers,la
reconnoissance dont elle est pénétrée.
Ay-je pû vous faire une offense ?
Eh ! comment de Venus partager les honneurs ?
Consultez vos beaux yeux , lisez dans tous les
coeurs
Vous y verrez mon innocence .
La suite de Venus et de l'Amour vient
celebrer l'Hymenée de Psiché et de l'Amour.
Venus annonce enfin l'immortalité
de Psiché , par ce Choeur qui finit l'Acte.
Qu'une Divinité nouvelle
Jouisse parmi nous d'un éternel bonheur
Psiche
804 MERCURE DE FRANCE
Psiché , du Dieu d'Amour , sçait enchanter le
coeur ,
Elle est digne d'être immortelle.
Depuis les changemens , cet Acte a toujours
été reçu avec indulgence. L'idée
d'appaiser Venus pour la rendre extrêmement
heureuse , n'est dans aucun des
Auteurs qui ont écrit l'histoire de Psiché.
J'ai esperé qu'elle me feroit pardonner
d'avoir pris un sujet tant de fois traité.
F
TROISIEME ET DERNIERE
ENTRE'E .
Zelindor , Roy des Génies du feu.
Le Théatre représente le Palais du Génie.
Ismene , mortelle aimée du Génie ,
expose de sujet par ce Monologue.
Cher Alcidon , tu m'aimeras toujours ,
Si ta fidelité dépend de ma constance ;-
Notre Hymen s'apprêtoit , quels étoient not
beaux jours ,
Lorsqu'un cruel Génie en termina le cours ?
Souveraine en ces lieux , où brille sa puissance ,
Ay-je un instant cessé de pleurer ton absence ?
Cher Alcidon , tu m'aimeras toujours ,
Si ta fidelité dépend de ma constance.
Le reste du Monologue acheve d'expo
ser
AVRIL. 1733. 805
ser la fidelité qu'Ismene garde pour le
mortel dont elle est séparée.
Avant les changemens qui ont été
faits , le Génie, dans la Scene qui suivoit
ce Monologue , n'y étoit qu'un Amant
tres-tendre , mais rien ne marquoit en
lui le caractere de Génie .
J'ai cru devoir changer cette Scene ;
quoique le public cut paru recevoir cet
Acte avec le plus d'indulgence , et voicy
comme elle est depuis la cinquième Représentation
.
Zelindor arrive , Ismene veut l'éviter.
Il lui parle ainsi :
Arrêtes un moment : concevez l'esperance
Des destins glorieux que je viens vous offrir
Il est temps de vous découvrir ,
Quel est mon sort et ma puissance
L'instant où je suis aimé ,
De la beauté qui m'a charme,
Rend la jeunesse éternelle !
Aimez ; vous serez toujours belle.
Pour obtenir ce bien quel secret est plus doux !!
Aimez ; le don d'être immortelle
Est le seul que l'Amour n'ait point versé sur
vous.
Ismene paroît toujours aussi peu touchée
806 MERCURE DE FRANCE
chée des soins du Génie ; elle lui dit enfin
que la superiorité que lui donne sur
elle son pouvoir merveilleux , l'éloigne
de lui , et que s'il l'aimoit bien , il lui auroit
enseigné son art. Zélindor paroît
soupçonner ce reproche ; il montre à Ismene
une Urne qui est dans le fond du
Théatre .
Regardez cette Urne fidele ,
Par elle , je remplis tous les voeux que je fais ;
Elle peut tout sur moi , je ne puis rien sans elle ;
Ce secret que je vous revéle ,
M'assujettit moi- même à remplir vos souhaits
Zélindor la laisse seule avec PUrne. Is
méne s'empresse d'en éprouver le pouvoir
; elle demande que le Palais du Génie
s'évanouisse , et que celui où elle a reçu
la naissance paroisse. Elle est obéïe ; on
voit un Jardin , orné de Statues , et terminé
dans l'enfoncement par une Façade
'd'Architecture. Isméne n'est pas encore
assez assurée de son pouvoir sur l'Urne ;
elle ordonne que les Statues s'animent ;
à l'instant la Statue de l'Amour s'anime
la premiere , et va par ses pas et par ses
attitudes animer les autres Statues , qui
toutes forment une fête à l'honneur d'Isméne.
Voici un Canevas qu'on a trouvé extréAVRIL
: 1733. 807
rémement ingénieux ; je lui rends cette
justice , parce qu'il n'est pas de moi .C'est
ane Statue qui chante ces Vers , sur un
air qui vient d'être dansé .
Quel bonheur digne d'envie !
Tes voeux nous donnent la vie.
A ta voix ,
L'Univers change ;
Tout se range ,
Sous tes Loix.
7
Tout reconnoît ton Empire ,
Tu le veux , le marbre respire ;
Tes beaux yeux ,
Nous donnent l'être
Nous font naître
Sont nos Dieux .
Quel bonheur , &c.
Pour nos jours quel doux présage !
C'est l'ouvrage
De tes traits ;
De nos coeurs reçoi l'hommage ;
C'est le
gage
Des bienfaits .
Quel bonheur , &c.
Après la fête , Isméne s'addresse à
PUrne.
Remplis mes derniers voeux , c'est mon coeur
qui t'implore ;
Qui
808 MERCURE DE FRANCE
Sers - moi contre un Tyran , de mon bonheu
jaloux ,
Un mortel amoureux , devenoit mon Epoux ,
Accorde à mes regards , cet Amant que j'adore.
A peine a - t- elle achevé , qu'il paroît
un Char brillant de lumiere : Isméne
en voit sortir le Génie , sous l'habit qu'il
avoit lorsqu'il s'étoit présenté à elle , avec
les traits et le nom d'Alcidon . Ce qu'il lui
explique par ces Vers :
Aprenez mon destin; le Roy de la lumiere,
A qui je dois cet Empire et le jour,..
M'imposa la Loy sévére ,
D'éprouver , malgré- moi , la beauté qui m'est
chere ;
Sous les traits d'Alcidon j'eas le bonheur de
plaire ;
༄ རྞྞ་ །
Je vous transportai dans ma Cour,
C
A vos premiers sermens vous demeurez soumise;
Tant de constance immortalise ,
Votre beauté, vos feux et mon
งา
1 201
amour
Il appelle les Génies ' qui viennent
reconnoître leur Reine , er eelebrent son
immortalité par une fête qui termine
l'Actè.
Les changemens , Monsieur , que je
viens de vous exposer , n'existoient que
depuis
1733. 009
}
depuis la cinquiéme Représentation. Dans
mon premier Plan , Zélindor n'étoit point
à la fois le Génie et Alcidon ; Isméne demandoit
à l'Urne , ce mortel qu'elle aimoit.
Il paroissoit , et tandis qu'elle désiroit
d'être soustraite à la dépendance
du Génie,il venoit tout-à coup, et voyant
qu'il ne pouvoit être aimé d'Isméne , il
prenoit le parti de la rendre heureuse.
Voici les Vers qui terminoient l'Acte.
Par quelle erreur , hélas ! me laissois je ébloüir?
Messoins -vous outrageoient en cherchant à vous
#plaire ;
Du moins cessez de me hair.
En faveur de l'effort que mon coeur va se faire
Revoyez le séjour où tendent vos souhaits ;
Possedez de mon Art les plus heureux secrets ;
Conservez long - temps la jeunesse ;
Mon malheur vous a fait mépriser ma tendresse
,
Recevez du moins mes bienfaits.
Ce trait de générosité ne touchoit point
du tout ; on ne s'interroissoit point pour
Alcidon ; le Génie paroissoit plus aimable
; enfin , j'avois trouvé le moyen de
traiter assez mal un Sujet ingénieux , et
dont un autre eut , sans doute , fait un
meilleur usage. Un fort grand nombre
de personnes ont eu l'idée de faire qu'Alcidon
810 MERCURE DE FRANCE
cidon et le Génie ne fussent qu'une même
personne ; elles me l'ont communiquée
, et le conseil que m'a donné M.de
Voltaire de la suivre , m'a déterminé.
Ne croïez-pas, je vous prie, Monsieur,
que je présume , par les changemens que
j'ai faits , avoir remédié à toutes mes fautes.
Je ne m'attribuë point l'empressement
que le public a marqué pour toutes
les Représentations de ce Ballet; je sçai
que j'en dois rendre graces au mérite de
la Musique , et je dois le dire encore , à
l'Art et au zéle des Acteurs. J'ai l'hon
neur d'être , &c.
Nous croyons devoir remercier publiquement
M. de Moncrif , de l'honneur
et du plaisir qu'il nous fait de nous adresser
l'Extrait de son Poëme , avec l'aveu
modeste des défauts qui peuvent lui être
échappés ; le Public lui en sçaura sans doute
bon gré : Son exemple puisse- t- il être
suivi par ses Confreres . Il y a long - tems
que nous désirons ardemment qu'ils veuillent
faire ce petit sacrifice , qui ne leur
féroit point de tort. Nous les en avons
encore priez dans l'Avertissement , mis à
la tête du Mercure de Janvier de cette
année.
Au reste , la modestie de l'Auteur de
ce
T
"
AVRIL. 17337 811
J
ee Poëme nous engage à ne pas laisser
ignorer au Public
que fon
Ouvrage
est plein d'esprit , et fort orné de traits
fins et délicats .
Nous
parlerons plus au long des Représentations
de ce Ballet , et de la magnifique
et éclatante
Décoration du troisiéme
Acte.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure, au sujet du Ballet Héroïque, intitulé : l'Empire de l'Amour, représenté pour la premiere fois au Théatre de l'Opéra, le 14 Avril 1733.
La lettre traite du ballet héroïque 'L'Empire de l'Amour', représenté pour la première fois à l'Opéra le 14 avril 1733. L'auteur inclut des extraits du poème lyrique et les modifications apportées après la première représentation en réponse aux mécontentements du public. Le prologue se déroule sur l'île de Naxos, où Bacchus, entouré de nymphes vieillissantes, invoque Jupiter pour leur redonner jeunesse. Les nymphes rajeunies célèbrent leur transformation, mais leur fête est interrompue par l'arrivée des ménades, des bacchantes et des corybantes, qui invitent Bacchus à conquérir le monde. Bacchus annonce son départ pour répandre les arts et expose le sujet des trois entrées du ballet. Autonoé, la principale nymphe, met en garde Bacchus contre l'Amour, qu'elle décrit comme un tyran. La première entrée met en scène Phèdre et Ariane. Phèdre avoue son amour pour Thésée à ce dernier, puis décide de révéler sa trahison à Ariane. Thésée tente de l'en dissuader. Ariane, ignorante de la trahison, exprime sa confiance en l'amitié de Phèdre. Phèdre finit par avouer son amour à Ariane, mais l'arrivée de Thésée et du roi Minos interrompt leur conversation. Minos approuve l'amour d'Ariane et de Thésée et les emmène préparer leur hyménée. Phèdre, restée seule, ressent une douleur intense. Thésée propose à Phèdre de fuir avec lui, mais elle refuse, préférant sacrifier son amour pour éviter la trahison. La scène se termine par l'arrivée d'Ariane, qui découvre la trahison de Thésée et de Phèdre. La deuxième entrée raconte l'histoire de l'Amour et Psyché. Psyché, esclave de Vénus, est rassurée par l'Amour, mais Vénus la précipite aux Enfers. L'Amour décide de fléchir Vénus en la rendant heureuse. Il utilise Adonis pour adoucir les fureurs de Vénus. Après une fête, Vénus rappelle Psyché des Enfers et la rend à son amant. Psyché exprime sa reconnaissance à Vénus, et l'hyménée de Psyché et de l'Amour est célébré. Vénus annonce l'immortalité de Psyché. La troisième et dernière entrée présente Zelindor, roi des génies du feu. Ismène, une mortelle aimée du génie Alcidon, exprime sa fidélité malgré leur séparation. Zelindor arrive et offre à Ismène l'éternelle jeunesse en échange de son amour. Ismène, déçue par l'absence de soins du Génie, reproche à Zélindor de ne pas lui avoir enseigné son art. Zélindor lui montre une Urne magique capable d'exaucer tous les vœux. Ismène utilise l'Urne pour faire disparaître le palais du Génie et faire apparaître son propre palais natal, animant ensuite des statues pour célébrer sa puissance. Après une fête en son honneur, Ismène demande à l'Urne de lui apporter l'amant qu'elle adore. Le Génie apparaît alors sous les traits d'Alcidon, expliquant qu'il a dû tester la fidélité d'Ismène. La pièce se termine par une célébration de l'immortalité d'Ismène. Le texte mentionne également des modifications apportées à la pièce après la cinquième représentation en 1733. Initialement, Zélindor n'était pas à la fois le Génie et Alcidon, et la fin de l'acte était différente. L'auteur, M. de Moncrif, reconnaît les défauts de sa pièce et attribue le succès des représentations à la musique et aux acteurs. Il exprime sa gratitude pour les conseils reçus, notamment de M. de Voltaire. Le Mercure de France loue l'esprit et les traits fins du poème de Moncrif.
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20
p. 2492-2495
EPITRE, A Mad. de ***.
Début :
Je voudrois, gentille Femelle, [...]
Mots clefs :
Vénus
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A Mad. de ***.
E PITR E
A Mad. de ***
Je voudrois , gentille Femelle ,
A qui d'étroite parentelle ,
Le Ciel favorable m'unit,
Chantea
NOVEMBRE. 1733. 2498
Chanter la longue kirielle ,
Des trésors que Nature mit
En ton coeur , ton corps , ta cervelle ,
Alors que de Dame Immortelle ,
Tu reçûs la clarté du jour.
C'est , dit- on , la Mere d'Amour ,
Qui seroit-ce, si ce n'est-elle ?
Ainsi que Venus elle est belle ,
Mille Amours volent à l'entour ;
On dit pourtant qu'elle est cruelle ;
Sans doute c'est pour se cacher ;
Mais peut-on long-temps la chercher !
Le feu dont son oeil étincelle ,
Et sa grace sur - naturelle
Son immortalité décele.
De ta naissance l'autre soir ,
Ma Muse , qui le doit sçavoir ;
Me fit le récit très-fidele ,"
Je te le rends en peu de mots.
N'aurai-je jamais de repos ?
Dit Vénus , rongeant sa dentélle ;
Faut il toujours qu'on me harcelle ,
Par mille impertinens propos ?
Une multitude de sots •
A tous momens me fait querelle ;
Des Dieux la nombreuse sequelle
Jupin , Mars , Diane , Cybelle ,
Sont sans honneurs et sans Chapelles ;
B
1494 MERCURE DE FRANCE
Et la Déesse des Amans ,
Eternue à force d'encens !
Je veux , ce n'est point bagatelle ,
Me relever de sentinelle ,
Et produire une fille telle ,
Qu'elle me puisse soulager ,
Des soins dont je veux m'alleger :
Je veux que cette Jouvencelle ,
Que je ferai sur mon modelle ,
Puisse me servir de Miroir ,
Ma grace en elle je veux voir.
Aussi-tôt la Déesse appelle ,
Et fait entrer dans sa ruelle
Charite , des trois Graces , celle
Que Paphos honore le plus ;
Tu vins au monde , et puis Venuš
Te donne à la Grace fidelle ,
Disant , je remets à ton zele
Ces appas tout nouveaux venus :
Soigne ces petits Membres nus ,
Nourris cette gente pucelle ,
Du plus pur lait de ta mamelle ;
D'agrémens puisse- tu l'orner ,
Et sçaches si bien façonner
En tout sa beauté naturelle ,
Qu'on voye en tous lieux all umer
Encensoir , Autel et Chandelle ;
Mais chaste comme Tourterelle ,
Qu'elle
NOVEMBRE. 1733. 2495
Qu'elle ait sur son front respecté,
De la Vertu la majesté ;
Qu'au desir le plus effronté
Son air modeste coupe l'aîle..
Mais enfin je suis arrêté ,
J'ai beau foüiller dans l'escarcelle
Je n'ai plus de Rimes en elle ,
Si mon hommage est accepté ,
Après ce trait de ta bonté ,
Je dois ma foi tirer l'échelle .
A Mad. de ***
Je voudrois , gentille Femelle ,
A qui d'étroite parentelle ,
Le Ciel favorable m'unit,
Chantea
NOVEMBRE. 1733. 2498
Chanter la longue kirielle ,
Des trésors que Nature mit
En ton coeur , ton corps , ta cervelle ,
Alors que de Dame Immortelle ,
Tu reçûs la clarté du jour.
C'est , dit- on , la Mere d'Amour ,
Qui seroit-ce, si ce n'est-elle ?
Ainsi que Venus elle est belle ,
Mille Amours volent à l'entour ;
On dit pourtant qu'elle est cruelle ;
Sans doute c'est pour se cacher ;
Mais peut-on long-temps la chercher !
Le feu dont son oeil étincelle ,
Et sa grace sur - naturelle
Son immortalité décele.
De ta naissance l'autre soir ,
Ma Muse , qui le doit sçavoir ;
Me fit le récit très-fidele ,"
Je te le rends en peu de mots.
N'aurai-je jamais de repos ?
Dit Vénus , rongeant sa dentélle ;
Faut il toujours qu'on me harcelle ,
Par mille impertinens propos ?
Une multitude de sots •
A tous momens me fait querelle ;
Des Dieux la nombreuse sequelle
Jupin , Mars , Diane , Cybelle ,
Sont sans honneurs et sans Chapelles ;
B
1494 MERCURE DE FRANCE
Et la Déesse des Amans ,
Eternue à force d'encens !
Je veux , ce n'est point bagatelle ,
Me relever de sentinelle ,
Et produire une fille telle ,
Qu'elle me puisse soulager ,
Des soins dont je veux m'alleger :
Je veux que cette Jouvencelle ,
Que je ferai sur mon modelle ,
Puisse me servir de Miroir ,
Ma grace en elle je veux voir.
Aussi-tôt la Déesse appelle ,
Et fait entrer dans sa ruelle
Charite , des trois Graces , celle
Que Paphos honore le plus ;
Tu vins au monde , et puis Venuš
Te donne à la Grace fidelle ,
Disant , je remets à ton zele
Ces appas tout nouveaux venus :
Soigne ces petits Membres nus ,
Nourris cette gente pucelle ,
Du plus pur lait de ta mamelle ;
D'agrémens puisse- tu l'orner ,
Et sçaches si bien façonner
En tout sa beauté naturelle ,
Qu'on voye en tous lieux all umer
Encensoir , Autel et Chandelle ;
Mais chaste comme Tourterelle ,
Qu'elle
NOVEMBRE. 1733. 2495
Qu'elle ait sur son front respecté,
De la Vertu la majesté ;
Qu'au desir le plus effronté
Son air modeste coupe l'aîle..
Mais enfin je suis arrêté ,
J'ai beau foüiller dans l'escarcelle
Je n'ai plus de Rimes en elle ,
Si mon hommage est accepté ,
Après ce trait de ta bonté ,
Je dois ma foi tirer l'échelle .
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Résumé : EPITRE, A Mad. de ***.
En novembre 1733, une lettre poétique est adressée à une dame, dont les qualités exceptionnelles sont comparées à celles d'une déesse immortelle et de Vénus. L'auteur décrit la beauté et la grâce de la dame, ainsi que la cruauté perçue de Vénus, qui cherche à se cacher malgré son éclat. La lettre relate une conversation entre Vénus et la Muse de l'auteur, où Vénus se plaint des querelles et du manque de respect des dieux à son égard. Pour remédier à cette situation, Vénus décide de créer une jeune fille modèle de grâce et de beauté. Elle appelle Charité, l'une des Grâces, pour s'occuper de cette nouvelle venue, lui confiant la tâche de la nourrir et de l'éduquer. Vénus souhaite que cette jeune fille soit belle, chaste et respectée, capable d'inspirer dévotion et admiration. L'auteur conclut en exprimant son admiration et sa gratitude envers la dame, tout en reconnaissant son incapacité à trouver des rimes adéquates pour exprimer pleinement son hommage.
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21
p. 2507-2508
Sur un Portrait sous la figure de DIANE.
Début :
En voyant le Portrait de celle qui m'est chere, [...]
Mots clefs :
Portrait, Diane, Vénus
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texteReconnaissance textuelle : Sur un Portrait sous la figure de DIANE.
Sur un Portrait sous la figure de DIANE.
En voyant le Portrait de celle qui m'est chere,
6
H vj Venus
2508 MERCURE DE FRANCE
Venus dit : C'est le mien , le Peintre a réussi ;-
Mais Diane , croyant s'y reconnoître aussi ,
Leur débat , sur ce point , devint querelle amere
Amour les écoutoit , riant d'un . ris malin ;
Déesses , leur dit- il , vous disputés envain ;
Ce Tableau represente une simple mortelle ;
Ainsi donc sur ce point , cessez de quereller ;
Ce qui fait votre erreur , c'est qu'elle est sage et
belle.
Eh ! quelle autre par-là , peut mieux vous res
sembler ?
En voyant le Portrait de celle qui m'est chere,
6
H vj Venus
2508 MERCURE DE FRANCE
Venus dit : C'est le mien , le Peintre a réussi ;-
Mais Diane , croyant s'y reconnoître aussi ,
Leur débat , sur ce point , devint querelle amere
Amour les écoutoit , riant d'un . ris malin ;
Déesses , leur dit- il , vous disputés envain ;
Ce Tableau represente une simple mortelle ;
Ainsi donc sur ce point , cessez de quereller ;
Ce qui fait votre erreur , c'est qu'elle est sage et
belle.
Eh ! quelle autre par-là , peut mieux vous res
sembler ?
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Résumé : Sur un Portrait sous la figure de DIANE.
Le poème 'Sur un Portrait sous la figure de Diane' relate une dispute entre Vénus et Diane au sujet d'un portrait. Chacune pense y être représentée. Amour intervient pour expliquer que le tableau montre une mortelle sage et belle, rendant les déesses semblables à cette femme. Il les incite à cesser leur querelle.
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22
p. 861-870
LETTRE de M. *** à Mlle *** sur l'Origine de la Musique.
Début :
Vous m'avez souvent demandé ce que je pensois sur les différentes [...]
Mots clefs :
Origine de la musique, Musique, Amour, Psyché, Ballet, Coeur, Yeux, Sons, Vénus, Chant
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. *** à Mlle *** sur l'Origine de la Musique.
LETTRE de M. *** à Mlle ***
sur l'Origine de la Musique.
V
Ous m'avez souvent demandé ce
que je pensois sur les différentes
sortes de Musique , en personne qui n'a
pas decidé quel est son gout , qui n'ose
s'y fier, et qui reste dans l'incertitude ; les
différentes opinions n'ont pas la force
de vous entraîner mais bien celle de
suspendre l'impression du sentiment auquel
vous n'osez vous livrer : voici votre
excuse.
"
د
Votre coeur n'a jamais été touché,vous
ne connoissez point l'amour, vos Amants
ont voulu vainement vous le faire connoître
vous n'avez connu que vos
Amants , les uns emportez et grossiers ne
vouloient que vous corrompre , ils vous
ont inspiré de l'horreur , d'autres ayant
Bilj le
852 MERCURE DE FRANCE
le même projet l'ont dissimulé , les uns
se sont donnez pour Philosophes uniquement
charmez de vos vertus , la plûpart
se disoient séduits par les graces de
votre esprit , ce même esprit qu'ils vantoient
vous a servi à connoître la fausseté
de leur caractere , les voilà démasquez er
méprisez ; d'autres encore ont essayé de
vous plaire par les discours flatteurs , les
coquetteries et les gentillesses frivoles
qui séduisent presque toutes les femmes ;
cet art , ce manége vous a paru plat¸
et tous les Amans vous ont paru dangereux
et incapables de satisfaire vôtre esprit
et de toucher votre coeur.
Il m'a paru nécessaire de débroüiller
en vous les idées fausses que vous avez de
l'amour avant que de vous parler de lui .
Ne croyez pas que j'entreprenne de vous
le faire connoître autrement que par la
simple théorie,peut-être un jour l'Amant
qu'il vous a destiné vous fera sentir quel
il est.
amours
On a distingué il y a longtems deux
l'un sous le nom d'Eros et
l'autre d'Anteros , c'est du premier dont
je veux vous parler , c'est lui qui aima
Psiché , cet amour tendre , pur , vrai ,
vif , constant , fidele , ne pouvoit aimer
que Psiché, il vouloit être aimé de même;
1
pour
MAY . 1734 863
"
>
pour cela il lui falloit une ame toute entiere
, il trouvoit dans toutes les femmes
les deffauts et les dégouts que Psiché
trouvoit dans tous les hommes , rien ne
pouvoit plaire à Psiché et n'étoit digne
d'elle que l'Amour lui - même , la Fable
vous a apris tous ses malheurs, la curiosité
et la vanité les causerent , elle y joignit
la défiance , crime pour l'amitié
mais affreux et irrémissible aux yeux du
véritable Amour , vous êtes étonnée de
m'entendre dire aux yeux du véritable
Amour:Oui à ces yeux: celui là n'est point
aveugle, ilest clairvoyant,mais silentieux ;
il parle peu , simplement, évite les frases
et les tours affectez , son langage est vif ;
plein de naiveté et d'expressions , tout
parle en lui rien n'étoit perdu pour
Psiché, une ame n'a pas besoin de grands
discours pour entendre toute la force et
toute la grace d'une pensée, encore moins
lorsque ces pensées viennent du sentiment.
Après toutes les peines que les défauts
de Psiché lui avoient causées , après
qu'elle eut expié ses crimes , en se livrant
entierement a l'Amour , il l'épousa ; les
Dieux approuvérent ce mariage, ils étoient
seuls dans l'univers faits l'un pour l'autte;
de ce couple charmant naquit la volup
té , cette Deésse étoit digne de son ori-
و
Bilij gine ,
864 MERCURE DE FRANCE
•
gine , elle ne se sépara jamais de son pere
et de sa mere , elle enfaisoit les délices
sans parler les différens idiomes , elle se faisoit
entendre à toutesles nations , il suffisoit
pour cela d'avoir une ame ou de l'amour
, tout ce qui étoit privé de l'un ou
de l'autre ne l'entendoit point , tout ce
qui suivoit les étendarts d'Anteros étois
sourd pour sa voix délicate et gracieuse ;
vous sçavez qu'Anteros , le faux amour
vint s'établir sur la terre , qu'il subjugua
presque tous les mortels , il les blessoit
avec des fléches empoisonnées, il trainoit
après lui la jalousie , la fraude , la trahil'inconstance
, l'indiscretion ; delà
vinrent des guerres et des meurtres sans
nombre ; pour les séduire , il menoit avec
lui une fausse volupté qui ne ressembloit
en rien à la fille de Psiché ; elle ne don- .
noit que
des plaisirs grossiers qui ne flattant
les sens que pour des instants, les détruisoient
en peu de temps ; la fille de
Psiché un jour en badinant essaya
d'imiter
les soupirs d'amour sur un instrument
qu'elle fit avec un roseau ; sur ce même
instrument elle trouva le moyen de peindre
par des sons les differentes agitations
d'un coeur amoureux : langueurs, larmes,
délices , joye douce et naïve ; son pere et
sa mere sentoient augmenter leurs plaisirs
son ,
pac
MAY. 1734. `865
par les sons touchans qui les représentoient
; la volupté ne s'en tint pas à ce
coup d'essay , elle inventa plusieurs instrumens
, ayant tous des beautez particulieres
et propres à caractériser et à peindre
tous les differents mouvements de
l'ame au point de les faire ressentir à ceux
qui en étoient susceptibles : les Oyseaux
habitans des bocages du pays fortuné ou
ces Dieux charmans avoient choisi leur
retraite , apprirent bien- tôt à former des
sons mélodieux et agréables ; les Bergers
soupiroient sur la flutte & animoient
leurs danses , par le son de la Musette et
du Tambourin . Un jour un Rosignol
s'étant éloigné de sa demeure ordinaire ,
fut surpris par un amour folâtre qui voltigeoit
près de l'isle fortunée , son chant
lui parut nouveau ; il porta l'Oyseau à
Venus comme un présent rare et digne
d'elle , elle en connut tout le prix , et sur
le champ ayant fait atteler son Char, elle
ordonna au Rossignol de voler devant
ses Pigeons et de la conduire dans les
climats , inconnus jusqu'alors , où les
Oyseaux avoient un ramage si tendre ,
il obeït , elle part et arrive , son Char
resta suspendu dans les airs enveloppé
d'un nuage ; elle vouloit vor sans être
apperçue , ses yeux furent frappez du
>
B v plus
866 MERCURE DE FRANCE
plus agréable spectacle qui fut jamais
son fils et Psiché sur un Trône de gazon
et de fleurs dans le lieu le plus délicieux
de l'univers. Je n'en ferai point la description
, l'Amour l'avoit choisi pour
sa demeure , et sa fille l'avoit orné , à la
tête des Nimphes et de leur cour elle
leur donnoit une Fête champêtre , elles
dansoient sur le gazon , les Zephirs legers
dansoient avec elles , les Bergers et les
Bergeres danserent quelques Entrées de
ce Ballet ; les Graces de la suite de Psiché
en danserent aussi; ces Graces ne ressemblent
point à celles qui accompagnent
Venus , elles sont aussi modestes, naïves et
touchantes , que les dernieres sont effrontées
et minaudieres , toute la Musique du
Ballet étoit caractérisée, les yeux fermez,
on pouvoit deviner quels étoient lesDanseurs
et se représenter à peu près les différentes
figures du Ballet , tant la même
expression regnoit et dans le Chant et
dans la Danse ; il sembloit que la nature
seule eut produit l'une et l'autre ; et sans
que l'on s'en apperçut , on ressentoit les
plus délicates nuances des douces passions
exprimées par les Sons. Lorsque les jeux
furent terminez , Venus regagna Cichére
plus jalouse que jamais de la beauté et
du bonheur de Psiché , il n'étoit plus en
1
son
MA Y. 867
1734
son pouvoir de le troubler , elle voulut
du moins essayer de joüir du même plaisir
, et si les spectacles qu'elle donneroit
à Cithére n'avoient pas les mêmes charmes
, les surpasser du moins en magnificence
; elle fit construire un Theatre dont
les ornemens étoient chargez d'or et de
Pierres précieuses , les Décorations et les
Prespectives tâcherent d'imiter ce beau
Paysage qu'elle venoit de voir , un nombre
prodigieux d'Instrumens furent fabriquez
, Venus promit des dons et des
faveurs à tous ceux qui travailleroient
avec succès pour son Théatre ; tous les
hommes croyant avoir besoin de la protection
de Venus ont recours à elle
comme à une Divinité bienfaisante ; ils
ignorent que
d'elle et de ses enfans viennent
les peines dont ils gémissent , tous
travaillent à l'envi à composer de la
Musique , chacun vantoit son travail et.
la peine qu'il s'étoit donnée , les Grométres
même s'en mêlerent , ils loüoient les
calculs immenses qu'ils avoient fait pour
trouver moyen de parcourir dans les Airs
de violons toutes les differentes combinaisons
d'un ré ou d'un mi , avec les au
tres Notes; il est vrai que cet Air n'avoit
point de chant , et dans cette Musique
contrainte et si pénible à composer , rien
B vj
>
ne
868 MERCURE DE FRANCE
•
2
que
ne couloit de source , nul génie ne les
animoit , ils fuioient la nature et le sentiment
, l'art n'auroit dû servir qu'à chercher
l'un et l'autre pour les orner et les
mettre dans leur plus beau jour : quand
celui où l'on devoit exécuter sur leThéatre
deCithére ce Ballet tant vanté,fut arrivé,
la plus part des Spectateurs s'écriérent
les Instrumens étoient faux , leurs
Sons faisoient peine aux oreilles les moins
délicates on leur déclara dogmatiquement
que c'étoit des dissonnances faites
exprès et le chef- d'oeuvre de l'Art , les
Chats originaires de Cithére ont transmis
jusqu'à nous quelques tons de cette harmonie,
comme lesRosignols nous en font
entendre quelqu'uns de celle qu'ils ont
entendue dans l'isle de l'Amour.
Le Ballet fut dansé par les Nimphes de
la suite deVenus , Danses indécentes où
se mêloient des Athlettes de la suite de
Mars , les Graces faisoient des sauts et des
tours de force la confusion regnoit ,
la Musique n'avoit de raport à la Danse
que par le mouvement plus ou moins
vif , point de pensée par conséquent ,
point d'expression; on parcouroit tous les
tours avec rapidité , les dissonances prodiguées
sans cesses quelquefois on s'obsti
noit à rebattre deux Notes pendant un
quart
M/ACY. 1734. 369
quart d'heure , beaucoup de bruit , force
fredons ; et lorsque par hazard il se rencontroit
deux mesures qui pouvoient
faire un Chant agréable , l'on changeoit
bien vîte de ton , de mode et de mesure,
toujours de la tristesse au lieu de tendresse,
le singulier étoit du barocque , la fureur
du tintamare; au licu de gayeté, du turbulant,
et jamais de gentillesse, ni rien qui
put aller au coeur ; vous en sçavez à présent
autant que moi , faite votre choix
l'une des deux Musiques vient de Cithére,
l'autre de la fille de l'Amour et de Psiché ,
ne croyez pas qu'une nation s'en soit
proprié, l'une à l'exclusion de l'autre ; les
deux Musiques se sont répandues dans
toutes les nations , vôtre coeur et vôtre
gout vous feront démêler quelle est leur
origine. K
ap-
Vous trouverez peut- être que j'avance
sans preuve que les Chats sont originaires
de Cithere , ils en conservent encore
les inclinations et les manieres , remplis
de gentillesses dans leurs badinages , un
cruels
trompeurs, féroces, sans amitié ; lorsque
l'Amour les rend heureux, leur indiscrétion
l'aprend au voisinage par leurs clameurs
ils sont légers et volages comme
les Cupidons , le Rosignol amoureux
air doux
plein de dissinmitié
,
I
Venu
870 MERCURE DE FRANCE
venu de l'Ifle fortunée ne chante que
pour toucher sa Maîtresse ; est - il heureux
? il se tait et ne chante plus. Content
de sa bonne fortune , il la goute
en silence.
sur l'Origine de la Musique.
V
Ous m'avez souvent demandé ce
que je pensois sur les différentes
sortes de Musique , en personne qui n'a
pas decidé quel est son gout , qui n'ose
s'y fier, et qui reste dans l'incertitude ; les
différentes opinions n'ont pas la force
de vous entraîner mais bien celle de
suspendre l'impression du sentiment auquel
vous n'osez vous livrer : voici votre
excuse.
"
د
Votre coeur n'a jamais été touché,vous
ne connoissez point l'amour, vos Amants
ont voulu vainement vous le faire connoître
vous n'avez connu que vos
Amants , les uns emportez et grossiers ne
vouloient que vous corrompre , ils vous
ont inspiré de l'horreur , d'autres ayant
Bilj le
852 MERCURE DE FRANCE
le même projet l'ont dissimulé , les uns
se sont donnez pour Philosophes uniquement
charmez de vos vertus , la plûpart
se disoient séduits par les graces de
votre esprit , ce même esprit qu'ils vantoient
vous a servi à connoître la fausseté
de leur caractere , les voilà démasquez er
méprisez ; d'autres encore ont essayé de
vous plaire par les discours flatteurs , les
coquetteries et les gentillesses frivoles
qui séduisent presque toutes les femmes ;
cet art , ce manége vous a paru plat¸
et tous les Amans vous ont paru dangereux
et incapables de satisfaire vôtre esprit
et de toucher votre coeur.
Il m'a paru nécessaire de débroüiller
en vous les idées fausses que vous avez de
l'amour avant que de vous parler de lui .
Ne croyez pas que j'entreprenne de vous
le faire connoître autrement que par la
simple théorie,peut-être un jour l'Amant
qu'il vous a destiné vous fera sentir quel
il est.
amours
On a distingué il y a longtems deux
l'un sous le nom d'Eros et
l'autre d'Anteros , c'est du premier dont
je veux vous parler , c'est lui qui aima
Psiché , cet amour tendre , pur , vrai ,
vif , constant , fidele , ne pouvoit aimer
que Psiché, il vouloit être aimé de même;
1
pour
MAY . 1734 863
"
>
pour cela il lui falloit une ame toute entiere
, il trouvoit dans toutes les femmes
les deffauts et les dégouts que Psiché
trouvoit dans tous les hommes , rien ne
pouvoit plaire à Psiché et n'étoit digne
d'elle que l'Amour lui - même , la Fable
vous a apris tous ses malheurs, la curiosité
et la vanité les causerent , elle y joignit
la défiance , crime pour l'amitié
mais affreux et irrémissible aux yeux du
véritable Amour , vous êtes étonnée de
m'entendre dire aux yeux du véritable
Amour:Oui à ces yeux: celui là n'est point
aveugle, ilest clairvoyant,mais silentieux ;
il parle peu , simplement, évite les frases
et les tours affectez , son langage est vif ;
plein de naiveté et d'expressions , tout
parle en lui rien n'étoit perdu pour
Psiché, une ame n'a pas besoin de grands
discours pour entendre toute la force et
toute la grace d'une pensée, encore moins
lorsque ces pensées viennent du sentiment.
Après toutes les peines que les défauts
de Psiché lui avoient causées , après
qu'elle eut expié ses crimes , en se livrant
entierement a l'Amour , il l'épousa ; les
Dieux approuvérent ce mariage, ils étoient
seuls dans l'univers faits l'un pour l'autte;
de ce couple charmant naquit la volup
té , cette Deésse étoit digne de son ori-
و
Bilij gine ,
864 MERCURE DE FRANCE
•
gine , elle ne se sépara jamais de son pere
et de sa mere , elle enfaisoit les délices
sans parler les différens idiomes , elle se faisoit
entendre à toutesles nations , il suffisoit
pour cela d'avoir une ame ou de l'amour
, tout ce qui étoit privé de l'un ou
de l'autre ne l'entendoit point , tout ce
qui suivoit les étendarts d'Anteros étois
sourd pour sa voix délicate et gracieuse ;
vous sçavez qu'Anteros , le faux amour
vint s'établir sur la terre , qu'il subjugua
presque tous les mortels , il les blessoit
avec des fléches empoisonnées, il trainoit
après lui la jalousie , la fraude , la trahil'inconstance
, l'indiscretion ; delà
vinrent des guerres et des meurtres sans
nombre ; pour les séduire , il menoit avec
lui une fausse volupté qui ne ressembloit
en rien à la fille de Psiché ; elle ne don- .
noit que
des plaisirs grossiers qui ne flattant
les sens que pour des instants, les détruisoient
en peu de temps ; la fille de
Psiché un jour en badinant essaya
d'imiter
les soupirs d'amour sur un instrument
qu'elle fit avec un roseau ; sur ce même
instrument elle trouva le moyen de peindre
par des sons les differentes agitations
d'un coeur amoureux : langueurs, larmes,
délices , joye douce et naïve ; son pere et
sa mere sentoient augmenter leurs plaisirs
son ,
pac
MAY. 1734. `865
par les sons touchans qui les représentoient
; la volupté ne s'en tint pas à ce
coup d'essay , elle inventa plusieurs instrumens
, ayant tous des beautez particulieres
et propres à caractériser et à peindre
tous les differents mouvements de
l'ame au point de les faire ressentir à ceux
qui en étoient susceptibles : les Oyseaux
habitans des bocages du pays fortuné ou
ces Dieux charmans avoient choisi leur
retraite , apprirent bien- tôt à former des
sons mélodieux et agréables ; les Bergers
soupiroient sur la flutte & animoient
leurs danses , par le son de la Musette et
du Tambourin . Un jour un Rosignol
s'étant éloigné de sa demeure ordinaire ,
fut surpris par un amour folâtre qui voltigeoit
près de l'isle fortunée , son chant
lui parut nouveau ; il porta l'Oyseau à
Venus comme un présent rare et digne
d'elle , elle en connut tout le prix , et sur
le champ ayant fait atteler son Char, elle
ordonna au Rossignol de voler devant
ses Pigeons et de la conduire dans les
climats , inconnus jusqu'alors , où les
Oyseaux avoient un ramage si tendre ,
il obeït , elle part et arrive , son Char
resta suspendu dans les airs enveloppé
d'un nuage ; elle vouloit vor sans être
apperçue , ses yeux furent frappez du
>
B v plus
866 MERCURE DE FRANCE
plus agréable spectacle qui fut jamais
son fils et Psiché sur un Trône de gazon
et de fleurs dans le lieu le plus délicieux
de l'univers. Je n'en ferai point la description
, l'Amour l'avoit choisi pour
sa demeure , et sa fille l'avoit orné , à la
tête des Nimphes et de leur cour elle
leur donnoit une Fête champêtre , elles
dansoient sur le gazon , les Zephirs legers
dansoient avec elles , les Bergers et les
Bergeres danserent quelques Entrées de
ce Ballet ; les Graces de la suite de Psiché
en danserent aussi; ces Graces ne ressemblent
point à celles qui accompagnent
Venus , elles sont aussi modestes, naïves et
touchantes , que les dernieres sont effrontées
et minaudieres , toute la Musique du
Ballet étoit caractérisée, les yeux fermez,
on pouvoit deviner quels étoient lesDanseurs
et se représenter à peu près les différentes
figures du Ballet , tant la même
expression regnoit et dans le Chant et
dans la Danse ; il sembloit que la nature
seule eut produit l'une et l'autre ; et sans
que l'on s'en apperçut , on ressentoit les
plus délicates nuances des douces passions
exprimées par les Sons. Lorsque les jeux
furent terminez , Venus regagna Cichére
plus jalouse que jamais de la beauté et
du bonheur de Psiché , il n'étoit plus en
1
son
MA Y. 867
1734
son pouvoir de le troubler , elle voulut
du moins essayer de joüir du même plaisir
, et si les spectacles qu'elle donneroit
à Cithére n'avoient pas les mêmes charmes
, les surpasser du moins en magnificence
; elle fit construire un Theatre dont
les ornemens étoient chargez d'or et de
Pierres précieuses , les Décorations et les
Prespectives tâcherent d'imiter ce beau
Paysage qu'elle venoit de voir , un nombre
prodigieux d'Instrumens furent fabriquez
, Venus promit des dons et des
faveurs à tous ceux qui travailleroient
avec succès pour son Théatre ; tous les
hommes croyant avoir besoin de la protection
de Venus ont recours à elle
comme à une Divinité bienfaisante ; ils
ignorent que
d'elle et de ses enfans viennent
les peines dont ils gémissent , tous
travaillent à l'envi à composer de la
Musique , chacun vantoit son travail et.
la peine qu'il s'étoit donnée , les Grométres
même s'en mêlerent , ils loüoient les
calculs immenses qu'ils avoient fait pour
trouver moyen de parcourir dans les Airs
de violons toutes les differentes combinaisons
d'un ré ou d'un mi , avec les au
tres Notes; il est vrai que cet Air n'avoit
point de chant , et dans cette Musique
contrainte et si pénible à composer , rien
B vj
>
ne
868 MERCURE DE FRANCE
•
2
que
ne couloit de source , nul génie ne les
animoit , ils fuioient la nature et le sentiment
, l'art n'auroit dû servir qu'à chercher
l'un et l'autre pour les orner et les
mettre dans leur plus beau jour : quand
celui où l'on devoit exécuter sur leThéatre
deCithére ce Ballet tant vanté,fut arrivé,
la plus part des Spectateurs s'écriérent
les Instrumens étoient faux , leurs
Sons faisoient peine aux oreilles les moins
délicates on leur déclara dogmatiquement
que c'étoit des dissonnances faites
exprès et le chef- d'oeuvre de l'Art , les
Chats originaires de Cithére ont transmis
jusqu'à nous quelques tons de cette harmonie,
comme lesRosignols nous en font
entendre quelqu'uns de celle qu'ils ont
entendue dans l'isle de l'Amour.
Le Ballet fut dansé par les Nimphes de
la suite deVenus , Danses indécentes où
se mêloient des Athlettes de la suite de
Mars , les Graces faisoient des sauts et des
tours de force la confusion regnoit ,
la Musique n'avoit de raport à la Danse
que par le mouvement plus ou moins
vif , point de pensée par conséquent ,
point d'expression; on parcouroit tous les
tours avec rapidité , les dissonances prodiguées
sans cesses quelquefois on s'obsti
noit à rebattre deux Notes pendant un
quart
M/ACY. 1734. 369
quart d'heure , beaucoup de bruit , force
fredons ; et lorsque par hazard il se rencontroit
deux mesures qui pouvoient
faire un Chant agréable , l'on changeoit
bien vîte de ton , de mode et de mesure,
toujours de la tristesse au lieu de tendresse,
le singulier étoit du barocque , la fureur
du tintamare; au licu de gayeté, du turbulant,
et jamais de gentillesse, ni rien qui
put aller au coeur ; vous en sçavez à présent
autant que moi , faite votre choix
l'une des deux Musiques vient de Cithére,
l'autre de la fille de l'Amour et de Psiché ,
ne croyez pas qu'une nation s'en soit
proprié, l'une à l'exclusion de l'autre ; les
deux Musiques se sont répandues dans
toutes les nations , vôtre coeur et vôtre
gout vous feront démêler quelle est leur
origine. K
ap-
Vous trouverez peut- être que j'avance
sans preuve que les Chats sont originaires
de Cithere , ils en conservent encore
les inclinations et les manieres , remplis
de gentillesses dans leurs badinages , un
cruels
trompeurs, féroces, sans amitié ; lorsque
l'Amour les rend heureux, leur indiscrétion
l'aprend au voisinage par leurs clameurs
ils sont légers et volages comme
les Cupidons , le Rosignol amoureux
air doux
plein de dissinmitié
,
I
Venu
870 MERCURE DE FRANCE
venu de l'Ifle fortunée ne chante que
pour toucher sa Maîtresse ; est - il heureux
? il se tait et ne chante plus. Content
de sa bonne fortune , il la goute
en silence.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. *** à Mlle *** sur l'Origine de la Musique.
La lettre de M. *** à Mlle *** aborde l'origine de la musique et les différentes formes d'amour. L'auteur observe que Mlle *** n'a jamais été véritablement touchée par l'amour, ayant rencontré des amants grossiers, hypocrites, flatteurs ou superficiels. Il estime nécessaire de clarifier ses idées sur l'amour avant d'en discuter. L'auteur distingue deux types d'amour : Éros et Anteros. Il se concentre sur Éros, l'amour tendre, pur et fidèle, illustré par l'histoire de Psyché et Amour. Psyché, après avoir surmonté ses erreurs, est récompensée par un mariage avec Amour, et de leur union naît la Volupté, une déesse qui exprime les délices de l'amour à travers la musique. La lettre décrit ensuite l'invention de la musique par la fille de Psyché et Amour, qui utilise un roseau pour imiter les soupirs d'amour. La Volupté invente divers instruments pour exprimer les mouvements de l'âme. Les oiseaux et les bergers adoptent ces sons mélodieux. Venus, jalouse du bonheur de Psyché, tente de recréer cette musique sur Cythère, mais échoue, produisant une musique artificielle et dissonante. L'auteur conclut en opposant la musique authentique, née de l'amour véritable, à celle, artificielle et barbare, venue de Cythère. Il invite Mlle *** à reconnaître les origines de ces deux types de musique pour faire son propre choix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
23
p. 153-158
GRAVURE.
Début :
TEMPLE EN L'HONNEUR DE LA DEESSE VENUS, décoration en relief, qui a [...]
Mots clefs :
Gravure, Estampes, Vénus, Rembrandt, Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
EMPLE EN L'HONNEUR DE LA DEESSE
VENUS , décoration en relief , qui a
été exécutéé à Rome , dans la place Farnefe
, en 1747 , à l'occafion de la cérémo-
* On n'a pas cru pouvoir mieux commencer cet
article que par des vers confacrés à la gloire d'unfi
grand Peintre.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE:
nie de l'hommage que le royaume de Naples
rend au Saint Siége ; dédié à M. le
Baron de Hutten , Miniftre de S. A. Mgr.
le Prince Evêque de Spire , à la Cour de
France ; gravé par P. Patte , & ſe vend
chez lui , rue des Noyers , la fixiéme porte
cochere à droite en entrant par la rue Saint
Jacques. Prix livre 10 fols , grandeur
de la feuille du Nom de Jefus.
On fçait que depuis long tems le royaume
de Naples paye un tribut au Saint Siége.
Cette cérémonie fe célébre tous les ans à
Rome la veille de la fête de S. Pierre , avecla
plus grande magnificence. Le Prince
Colonne , Grand Connétable de ce royaume
, accompagné de la plupart des Princes
Romains , va en grand frofque préfenter
au Pape , au nom du Roi fon maître , dans
l'Eglife de S. Pierre , une haquenée blanchequi
eft chargée d'une petite caffette , contenant
en cédules * la redevance que le
royaume de Naples paye chaque année au
Saint Siége . A l'occafion de cette cérémonie
on éleve en relief , au milieu de la place
Farneſe , une magnifique décoration d'architecture
, faifant allufion à quelqu'une
des antiquités qui fe voyent à Naples , ou
* Les cédules font des efpéces de billets d'Etat
ou de lettres de change qui ont cours dans l'Etat
Eccléfiaftique.
AVRIL. 1755 I'S'S
dans fes environs , à Pouzzol , à Bayes ,
& autres lieux . Meffieurs les Penfionnaires
du Roi de France à Rome , font fucceffivement
chargés de compofer cette décoration
, & à l'envi cherchent à fe fignaler
tous les ans par quelques penfées d'architecture
grande & fublime. C'eſt une
de ces compofitions qui a fait l'admiration
unanime des connoiffeurs , que l'on vient
de graver fur les deffeins qu'en fit , en
1747 , M. le Lorrain , aujourd'hui Peintre
du Roi , & pour lors Penfionnaire de S. M.
à fon Accadémie de Rome. On ne craint
point d'affurer que cette eftampe eft de
toute beauté pour l'architecture & les effets
piquans de fa perfpective : elle eft
gravée à l'aide d'une feule ligne,, fuivant
la nouvelle maniere de l'auteur , dont nous
avons parlé dans le Mercure du mois de
Février dernier , & elle mérite d'occuper
un rang diſtingué dans les cabinets des
curieux.; be but
LA PLACE DE LOUIS XV , que l'on
éxécute fur l'efplanade du Pont tournant ,
en face des Tuileries , d'après les deffeins
de M. Gabriel ; premier Architecte du Roi ,
dont la premiere pierre a été pofée par la
Ville le 22 Avril 1754 , fe vend gravée
chez le même P. Patte.
i
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
PORTRAIT DE M. GRANDVAL , peint
par Lancret , Peintre du Roi , en 1742 , &
gravé par J. Le Bas , Graveur du cabinet
du Roi ; de même grandeur que celui de
Mlle Camargo. Prix 3 livres. On lit ces
quatre vers au bas du portrait.
D'attendrir , d'égayer , également capable ;
Tantôt héros , tantôt petit- maître galant :
Il repréſente l'un en copifte excellent ,
L'autre en original aimable.
COLLECTION DE SCULPTURES ANTIQUES
Grecques & Romaines , trouvées à Rome
dans les ruines du palais de Neron & de
Marius .
Cette collection eft rare & finguliere ,
tant par la beauté que par la variété des
morceaux qui la compofent. Les originaux
en marbre de Paros & de Salin , font chez
le fieur Adam l'aîné , Sculpteur ordinaire
du Roi , rue Baffe du chemin du Rempart 3
No. 13. derriere la place de Vendôme ,
entre la rue Saint Louis & la rue Neuve
des Capucines . La collection fe vend à Paris
, chez Joullain , Marchand d'eftampes ,
quai de la Megifferie , à l'enſeigne de la
ville de Rome. 1755.
La façon de graver du fameux Rem
AVRIL 17556
137
1
brandt , qui , fous un heureux defordre ,
peint fi fpirituellement les objets avec att
tant de force que de vérité , paroît avoir
été enfévelie avec fon inventeur ; les difficultés
dont elle eft remplie , ont fans doute
été un obftacle pour ceux qui ont
tenté de marcher fur les traces de cet habile
Peintre & Graveur ; heureufement
elles n'ont point effrayé M. de Marcenay ;
il vient de mettre au jour le portrait de
Rembrandt , peint par lui -même , dont
l'original haut de trois pieds & demi fur
trois de large , fe voit dans le cabinet de
M. le Comte de Vence. Ce Peintre y eft
repréſenté dans fa vieilleffe ; le tableau
ne fe reffent en aucune maniere du froid ,
trop ordinaire à cet âge , bien au contraire
touché à plein pinceau , il eft d'un relief
à étonner ; la lumiere qui vient d'en haut
eft habilement dégradée , ce qui répand.
beaucoup de repos & d'harmonie. Ce Peintre
ayant tout facrifié à la tête , s'eft fervi
d'un fond leger , mais éteint , fur lequel
elle fe détache merveilleufement ; & a af
fecté de négliger les mains , la palette , &
tous les acceffoires qui ne femblent qu'indiqués.
L'accueil favorable que les connoiffeurs
ont fait à ce portrait d'une exécution
très-difficile , & qu'on ofe dire qui
118 MERCURE DE FRANCE.
imite le Rembrandt à s'y tromper , a en
gagé cet artifte à graver le pendant , qui
eft le portrait du Teintoret , également
peint par lui-même ; mais celui- ci eft auffi
correct que l'autre eft négligé. L'un &
l'autre fe vendent chez l'auteur , rue des
Vieux Auguftins , près l'égout . Il donnera
dans peu une fuite de divers morceaux
du Rembrandt , & il grave actuellement
une piece capitale tirée du cabinet de M.
le Marquis de Voyer.
EMPLE EN L'HONNEUR DE LA DEESSE
VENUS , décoration en relief , qui a
été exécutéé à Rome , dans la place Farnefe
, en 1747 , à l'occafion de la cérémo-
* On n'a pas cru pouvoir mieux commencer cet
article que par des vers confacrés à la gloire d'unfi
grand Peintre.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE:
nie de l'hommage que le royaume de Naples
rend au Saint Siége ; dédié à M. le
Baron de Hutten , Miniftre de S. A. Mgr.
le Prince Evêque de Spire , à la Cour de
France ; gravé par P. Patte , & ſe vend
chez lui , rue des Noyers , la fixiéme porte
cochere à droite en entrant par la rue Saint
Jacques. Prix livre 10 fols , grandeur
de la feuille du Nom de Jefus.
On fçait que depuis long tems le royaume
de Naples paye un tribut au Saint Siége.
Cette cérémonie fe célébre tous les ans à
Rome la veille de la fête de S. Pierre , avecla
plus grande magnificence. Le Prince
Colonne , Grand Connétable de ce royaume
, accompagné de la plupart des Princes
Romains , va en grand frofque préfenter
au Pape , au nom du Roi fon maître , dans
l'Eglife de S. Pierre , une haquenée blanchequi
eft chargée d'une petite caffette , contenant
en cédules * la redevance que le
royaume de Naples paye chaque année au
Saint Siége . A l'occafion de cette cérémonie
on éleve en relief , au milieu de la place
Farneſe , une magnifique décoration d'architecture
, faifant allufion à quelqu'une
des antiquités qui fe voyent à Naples , ou
* Les cédules font des efpéces de billets d'Etat
ou de lettres de change qui ont cours dans l'Etat
Eccléfiaftique.
AVRIL. 1755 I'S'S
dans fes environs , à Pouzzol , à Bayes ,
& autres lieux . Meffieurs les Penfionnaires
du Roi de France à Rome , font fucceffivement
chargés de compofer cette décoration
, & à l'envi cherchent à fe fignaler
tous les ans par quelques penfées d'architecture
grande & fublime. C'eſt une
de ces compofitions qui a fait l'admiration
unanime des connoiffeurs , que l'on vient
de graver fur les deffeins qu'en fit , en
1747 , M. le Lorrain , aujourd'hui Peintre
du Roi , & pour lors Penfionnaire de S. M.
à fon Accadémie de Rome. On ne craint
point d'affurer que cette eftampe eft de
toute beauté pour l'architecture & les effets
piquans de fa perfpective : elle eft
gravée à l'aide d'une feule ligne,, fuivant
la nouvelle maniere de l'auteur , dont nous
avons parlé dans le Mercure du mois de
Février dernier , & elle mérite d'occuper
un rang diſtingué dans les cabinets des
curieux.; be but
LA PLACE DE LOUIS XV , que l'on
éxécute fur l'efplanade du Pont tournant ,
en face des Tuileries , d'après les deffeins
de M. Gabriel ; premier Architecte du Roi ,
dont la premiere pierre a été pofée par la
Ville le 22 Avril 1754 , fe vend gravée
chez le même P. Patte.
i
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
PORTRAIT DE M. GRANDVAL , peint
par Lancret , Peintre du Roi , en 1742 , &
gravé par J. Le Bas , Graveur du cabinet
du Roi ; de même grandeur que celui de
Mlle Camargo. Prix 3 livres. On lit ces
quatre vers au bas du portrait.
D'attendrir , d'égayer , également capable ;
Tantôt héros , tantôt petit- maître galant :
Il repréſente l'un en copifte excellent ,
L'autre en original aimable.
COLLECTION DE SCULPTURES ANTIQUES
Grecques & Romaines , trouvées à Rome
dans les ruines du palais de Neron & de
Marius .
Cette collection eft rare & finguliere ,
tant par la beauté que par la variété des
morceaux qui la compofent. Les originaux
en marbre de Paros & de Salin , font chez
le fieur Adam l'aîné , Sculpteur ordinaire
du Roi , rue Baffe du chemin du Rempart 3
No. 13. derriere la place de Vendôme ,
entre la rue Saint Louis & la rue Neuve
des Capucines . La collection fe vend à Paris
, chez Joullain , Marchand d'eftampes ,
quai de la Megifferie , à l'enſeigne de la
ville de Rome. 1755.
La façon de graver du fameux Rem
AVRIL 17556
137
1
brandt , qui , fous un heureux defordre ,
peint fi fpirituellement les objets avec att
tant de force que de vérité , paroît avoir
été enfévelie avec fon inventeur ; les difficultés
dont elle eft remplie , ont fans doute
été un obftacle pour ceux qui ont
tenté de marcher fur les traces de cet habile
Peintre & Graveur ; heureufement
elles n'ont point effrayé M. de Marcenay ;
il vient de mettre au jour le portrait de
Rembrandt , peint par lui -même , dont
l'original haut de trois pieds & demi fur
trois de large , fe voit dans le cabinet de
M. le Comte de Vence. Ce Peintre y eft
repréſenté dans fa vieilleffe ; le tableau
ne fe reffent en aucune maniere du froid ,
trop ordinaire à cet âge , bien au contraire
touché à plein pinceau , il eft d'un relief
à étonner ; la lumiere qui vient d'en haut
eft habilement dégradée , ce qui répand.
beaucoup de repos & d'harmonie. Ce Peintre
ayant tout facrifié à la tête , s'eft fervi
d'un fond leger , mais éteint , fur lequel
elle fe détache merveilleufement ; & a af
fecté de négliger les mains , la palette , &
tous les acceffoires qui ne femblent qu'indiqués.
L'accueil favorable que les connoiffeurs
ont fait à ce portrait d'une exécution
très-difficile , & qu'on ofe dire qui
118 MERCURE DE FRANCE.
imite le Rembrandt à s'y tromper , a en
gagé cet artifte à graver le pendant , qui
eft le portrait du Teintoret , également
peint par lui-même ; mais celui- ci eft auffi
correct que l'autre eft négligé. L'un &
l'autre fe vendent chez l'auteur , rue des
Vieux Auguftins , près l'égout . Il donnera
dans peu une fuite de divers morceaux
du Rembrandt , & il grave actuellement
une piece capitale tirée du cabinet de M.
le Marquis de Voyer.
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Résumé : GRAVURE.
Le texte présente plusieurs œuvres artistiques et événements historiques. En 1747, une décoration en relief honorant la déesse Vénus a été réalisée à Rome, sur la place Farnèse, à l'occasion d'une cérémonie annuelle où le royaume de Naples rend hommage au Saint-Siège. Cette cérémonie, dirigée par le Prince Colonne, se déroule la veille de la fête de Saint-Pierre et inclut la présentation d'une haquenée blanche portant une cassette contenant des cédules représentant la redevance annuelle. La décoration a été composée par un pensionnaire du Roi de France à Rome et gravée par P. Patte. Elle est disponible à la vente. Le texte mentionne également la place Louis XV, en construction à Paris. Il évoque aussi un portrait de M. Grandval peint par Lancret et gravé par J. Le Bas. Une collection de sculptures antiques grecques et romaines, découvertes dans les ruines du palais de Néron et de Marius, est présentée. Cette collection, composée de morceaux en marbre de Paros et de Salin, est disponible chez le sculpteur Adam l'aîné et chez Joullain, marchand d'estampes. Enfin, le texte évoque le travail de gravure de M. de Marcenay, qui a reproduit des portraits de Rembrandt et du Tintoret, peints par eux-mêmes. Ces gravures sont disponibles chez l'auteur, rue des Vieux Augustins.
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24
p. 22-23
A une autre Salamandre, sur tous les Élémens. AIR: Partout où régne le chagrin.
Début :
L'Amour, ce Roi de l'Univers, [...]
Mots clefs :
Amour, Vénus, Élément
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A une autre Salamandre, sur tous les Élémens. AIR: Partout où régne le chagrin.
A une autre Salamandre , fur tous
les Élémens.
A1R: Partout où régne le chagrin.
L'Amour , ce Roi de l'Univers ,
Ce Dieu dont vous êtes l'image ,
De tous les Elémeus divers
Reçoit le tribut & l'hommage.
De Vénus l'élément natal ,
Les eaux à l'Amour font bien chères ;
Auffi de leur brillant criftal
Il fit le miroir des Bergères.
Quand il vole comme un éclair
14
MARS.
23 :
Sur les pas fugitifs des Belles ,
La main des habitans de l'air
Soutient & parfume fes aîles .
La Tèrre fleurit fous fes pas ,
Et lui prépare au fein des fêtes
Des lits de fleurs pour les combats
De jennes coeurs pour les conquêtes.
Mais immortel comme les Dieux ,
Il doit cette gloire à ſa flamme.
L'Elément qui brille à vos yeux ,
Eft de l'Amour la vie & l'âme.
les Élémens.
A1R: Partout où régne le chagrin.
L'Amour , ce Roi de l'Univers ,
Ce Dieu dont vous êtes l'image ,
De tous les Elémeus divers
Reçoit le tribut & l'hommage.
De Vénus l'élément natal ,
Les eaux à l'Amour font bien chères ;
Auffi de leur brillant criftal
Il fit le miroir des Bergères.
Quand il vole comme un éclair
14
MARS.
23 :
Sur les pas fugitifs des Belles ,
La main des habitans de l'air
Soutient & parfume fes aîles .
La Tèrre fleurit fous fes pas ,
Et lui prépare au fein des fêtes
Des lits de fleurs pour les combats
De jennes coeurs pour les conquêtes.
Mais immortel comme les Dieux ,
Il doit cette gloire à ſa flamme.
L'Elément qui brille à vos yeux ,
Eft de l'Amour la vie & l'âme.
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Résumé : A une autre Salamandre, sur tous les Élémens. AIR: Partout où régne le chagrin.
L'Amour est décrit comme un roi universel et un dieu, adoré par tous les éléments naturels. Les eaux, liées à Vénus, reflètent les bergères. L'Amour se déplace vite, soutenu par les habitants de l'air. La terre fleurit sous ses pas, préparant des lits de fleurs pour les jeunes cœurs. Immortel, il doit sa gloire à sa flamme. La vie et l'âme de l'Amour brillent dans les yeux.
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25
p. 44-45
A Son Excellence MARIE PAWLOVNA NARISKIN VERS à l'occasion des Fêtes pour le Couronnement de CATHERINE II, Impératrice de toutes les Russies.
Début :
EST- CE Vénus, ou Terpsicore, [...]
Mots clefs :
Vénus, Amours, Terpsichore, Volupté, Beauté
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texteReconnaissance textuelle : A Son Excellence MARIE PAWLOVNA NARISKIN VERS à l'occasion des Fêtes pour le Couronnement de CATHERINE II, Impératrice de toutes les Russies.
A Son Excellence MARIE PAWLOVNA
NARISKIN
VERS à l'occafion des Fêtes pour le
Couronnement de CATHERINE II ,
Impératrice de toutes les Ruffies.
EST- CE ST - Cв Vénus , ou Terpficore ,
Qui frappe nos regards dans ce cercle enchanté ?
Sous les pas elle fait éclore
Les Amours & la Volupté.
C'eft la taille d'Hébé , la fraîcheur de l'Aurore ,
La vivacité de Flore ,
D'Eglé la légéreté.
C'eft Nariskin , c'eft plus encore :
Elle unit tout , les grâces , la beauté.
Sous quelque forme différente ,
Qu'elle cherche à le déguifer ,
Toujours noble , toujours charmante ,
Rien ne fauroit la métamorphofer.
Chacun s'écrie , en la voyant paroître ,
Le mafque en vain veut nous cacher les traits
AVRIL. 1763. 45
" C'eſt Nariskin ! qui peut la méconnoître ?
Nulle autre n'a fon air & fes attraits .
Par M. RAOULT.
NARISKIN
VERS à l'occafion des Fêtes pour le
Couronnement de CATHERINE II ,
Impératrice de toutes les Ruffies.
EST- CE ST - Cв Vénus , ou Terpficore ,
Qui frappe nos regards dans ce cercle enchanté ?
Sous les pas elle fait éclore
Les Amours & la Volupté.
C'eft la taille d'Hébé , la fraîcheur de l'Aurore ,
La vivacité de Flore ,
D'Eglé la légéreté.
C'eft Nariskin , c'eft plus encore :
Elle unit tout , les grâces , la beauté.
Sous quelque forme différente ,
Qu'elle cherche à le déguifer ,
Toujours noble , toujours charmante ,
Rien ne fauroit la métamorphofer.
Chacun s'écrie , en la voyant paroître ,
Le mafque en vain veut nous cacher les traits
AVRIL. 1763. 45
" C'eſt Nariskin ! qui peut la méconnoître ?
Nulle autre n'a fon air & fes attraits .
Par M. RAOULT.
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Résumé : A Son Excellence MARIE PAWLOVNA NARISKIN VERS à l'occasion des Fêtes pour le Couronnement de CATHERINE II, Impératrice de toutes les Russies.
Le poème de M. Raoult, daté d'avril 1763, est dédié à Marie Pawlovna Nariskin lors du couronnement de Catherine II. Il la compare à des figures divines, soulignant sa grâce, beauté, fraîcheur, vivacité et légèreté. Nariskin est décrite comme noble et charmante, unique en son genre.
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26
p. 211-214
FESTES PUBLIQUES. Description de la Fête donnée à Venise au Duc d'YORCK.
Début :
Le Duc d'Yorck arriva ici le 26 du mois dernier, & fut complimenté le lendemain [...]
Mots clefs :
Fête, République de Venise, Prince, Bâtiment, Cérémonie, Épousailles de la mer, Magnificence, Dorures, Baldaquin, Couleurs, Argent, Illustrations, Ornements, Vénus, Bateaux, Inscriptions, Fleurs
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texteReconnaissance textuelle : FESTES PUBLIQUES. Description de la Fête donnée à Venise au Duc d'YORCK.
FESTES PUBLIQUES .
Defcription de la Fête donnée à Venife au Duc
' Хокск .
Le Duc d'Yorck arriva ici le 26 du mois dernier
, & fut complimenté le lendemain par quatre
Députés qu'avoit nommés la République pour lai
faire tous les honneurs des à fon rang. Le 29 , ces
Prince alla vifiter l'Arfénal : les ouvriers de toutes
les différentes parties de ce grand Bâtiment exécuterent
en la préfence quelque ouvrage particu
lier de leur métier. Le 31 , jour de l'Afcenfion ,
la violence du vent obligea de renvoyer au Dimanche
fuivant , la cérémonie des époufailles de
la mer. Le même jour , les Députés donnerent
un grand repas au Duc d'Yorck dans l'Ile de
Muran. Le 3 de ce mois , la cérémonie des épou
failles de la mer fe fit avec la magnificence ordinaire
devant un concours prodigieux d'étrangers.
Le lendemain 4 , jour de la naiffance du Roi
d'Angleterre , les Députés donnerent à Son Alteffe
Royale le fpectacle de la courſe des Bateaux
nommée Régate ; c'eſt une fête qu'on réſerve ordinairement
pour de grandes occaſions : on n'en
avoit point donné depuis 1740 , où il y en eut une
en l'honneur du Prince Electoral de Saxe.
212 MERCURE DE FRANCE.
Vers les deux heures après - midi , la fête com →
mença par l'arrivée de neuf Peotes ou grands Bateaux
, qui s'avancerent au bruit des tymbales &
des trompettes. Ces Peotes étoient ornées d'emblêmes
& de figures allégoriques. La première
étoit toute argentée , & repréfentoit l'Elément de
l'Eau & le triomphe de Neptune. Ce Dieu étoit
fur la poupe fous un baldaquin de panaches noirs
& azurs mêlés d'algue ; il avoit fon Trident à la
main , & étoit environné de Tritons & autres Divinités
de la Mer.
La feconde , dorée & argentée , repréſentoit la
Terre , fous le fymbole de Cybèle vêtue magnifiquement
, couronnée de tours , & placée fous un
baldaquin de panaches rouges , noirs & azurs. La
proue formoit une colline d'or ornée d'arbriffeaux
chargés de fruits & garnie d'animaux. Les Rameurs
portoient des habits relatifs au ſujet , & voguoient
au fon des inftrumens.
La troifiéme , dont le fond étoit bleu célefte
avec des ornemens d'argent , repréſentoit l'Air.
La principale figure étoit l'enlèvement d'Orithie
par Borée : on y voyoit des zéphirs & des amours
qui fe réjouiffoient de cette aventure.
La quatriéme repréfentoit le Feu & étoit peinte
de la couleur de cet élément. On remarquoit d'un
côté Vulcain & les Cyclopes occupés à leurs travaux
, & de l'autre , Vénus qui venoit demander
des armes pour Enée. Ces quatre Peotes étoient
celles des Députés chargés de faire les honneurs
de la réception du Duc d'Yorck .
La cinquième , fond argent , repréſentoit la
pêche de la baleine . Le bas de la proue avoit la
forme d'une baleine ayant la gueule ouverte.
Tous les pêcheurs étoient habillés à l'Angloife.
Le reste de la Peote étoit garni de filets remplis de
poillons & de corbeilles pleines de perles & de
coral.
OCTOBRE . 1764. 213
La fixiéme repréfentoit le Char d'Apollon ou
du Soleil , tiré par quatre chevaux de différentes
couleurs. On y voyoit l'Aurore affife dans une
coquille & tirée par Pégafe : elle avoit à la main
un flambeau , avec lequel elle fembloit chaſſer la
nuit.
La feptiéme repréſentoit la Grande - Bretagne
menée en triomphe par l'Europe : on y voyoit de
tous côtés plufieurs figures d'hommes & d'ani
maux , & des richeffes de toute espéce des quatre
parties du Monde , des ornemens d'or & d'ar
gent , & c.
La huitiéme repréfentoit le triomphe de Miner
ve , Déefle de la Sageffe : elle avoit les ornemens
de la Royauté ; à fes deux côtés étoient cinq trophées
enrichis d'or , d'argent & de plumes , faifant
alluſion aux Beaux - Arts.
La neuviéme repréſentoit Vénus affile ſur un
Char tiré par quatre colombes , accompagnée de
Cupidon & environnée des amours.
Ces Péotes furent fuivies d'onze Biffones * , de
fix Malgarotes & de deux Ballotines ornées d'étoffes
& de dentelles d'argent. Les Rameurs , qui
étoient très-élégamment habillés , changerent
trois ou quatre fois d'habits , tous plus riches les
uns que les autres.
Enfin l'on commença la courfe des différens
Bâtimens : il y avoit dix Bateaux & dix Gondoles
à une rame ; dix Bateaux & dix Gondoles à deux
rames , & dix autres Bateaux à deux rames
* Les Biſſones font des Bateaux affez longs , à huit rames
& huit Rameurs ; les Malgarotes en ont fix , & les Bellotines
, quatre . Il y a fur chacun de ces Bateaux des Nobles
préposés pour veiller à la police & écarter les Gondoles
qui viendroient à la traverfe & fermeroient le pallage
aux Régatans : ils ont même des arcs avec lefquels ils décochent
des balles de terre cuite , d'un pouce de diamètre
ou environ , contre ceux qui ne fe rangent pas allez promp
tement,
214 MERCURE DE FRANCE .
*
manoeuvrés par des femmes. Tous ces Bateaux ,
excepté les dix derniers , partirent , ſelon l'uſage ,
de la pointe de Saint- Antoine & parcoururent
route la longueur du grand Canal jufques vers
l'Eglife de la Croix , où étoit planté un poteau
qui fervoit de bornes & autour duquel les Régatans
tournerent une fois & revinrent fur leurs pas
jufqu'à l'endroit de la Machine, où les Vaiffeaux
prirent en y arrivant les drapeaux qui font les
marques de leur victoire . Cette courſe eft d'environ
quatre mille quatre cens pas de cinq pieds
Vénitiens chacun. Les femmes ne partent que de
la Douane , ce qui fait environ un tiers du chemin
de moins. La Machine eft un édifice d'une belle
Architecture , avec des colonnes , des balustrades ,
&c. Elle repréfentoit le Palais de la Joie & étoit ornée
de figures de grandeur naturelle: au milieu de
cet Edifice on diftinguoit deux figures principales
repréfentant Venife & l'Angleterre : la première
fembloit embraffer celle- ci & avoit pour infcription
, Fadus æternum . On voyoit à leur côté la
Juftice & la Prudence , & au deffous Apollon ;
Venus & Diane. Le haut de la Machine , où il y
avoit un grand nombre de Muficiens , étoit terminé
par des guirlandes & des vafes de fleurs . Toutes
les fenêtres du grand Canal étoient ornées
de tapis & garnies d'une prodigieufe quantité de
fpectateurs.
* LepiedVénitien eft un peu plus grand que le
nôtre.
Defcription de la Fête donnée à Venife au Duc
' Хокск .
Le Duc d'Yorck arriva ici le 26 du mois dernier
, & fut complimenté le lendemain par quatre
Députés qu'avoit nommés la République pour lai
faire tous les honneurs des à fon rang. Le 29 , ces
Prince alla vifiter l'Arfénal : les ouvriers de toutes
les différentes parties de ce grand Bâtiment exécuterent
en la préfence quelque ouvrage particu
lier de leur métier. Le 31 , jour de l'Afcenfion ,
la violence du vent obligea de renvoyer au Dimanche
fuivant , la cérémonie des époufailles de
la mer. Le même jour , les Députés donnerent
un grand repas au Duc d'Yorck dans l'Ile de
Muran. Le 3 de ce mois , la cérémonie des épou
failles de la mer fe fit avec la magnificence ordinaire
devant un concours prodigieux d'étrangers.
Le lendemain 4 , jour de la naiffance du Roi
d'Angleterre , les Députés donnerent à Son Alteffe
Royale le fpectacle de la courſe des Bateaux
nommée Régate ; c'eſt une fête qu'on réſerve ordinairement
pour de grandes occaſions : on n'en
avoit point donné depuis 1740 , où il y en eut une
en l'honneur du Prince Electoral de Saxe.
212 MERCURE DE FRANCE.
Vers les deux heures après - midi , la fête com →
mença par l'arrivée de neuf Peotes ou grands Bateaux
, qui s'avancerent au bruit des tymbales &
des trompettes. Ces Peotes étoient ornées d'emblêmes
& de figures allégoriques. La première
étoit toute argentée , & repréfentoit l'Elément de
l'Eau & le triomphe de Neptune. Ce Dieu étoit
fur la poupe fous un baldaquin de panaches noirs
& azurs mêlés d'algue ; il avoit fon Trident à la
main , & étoit environné de Tritons & autres Divinités
de la Mer.
La feconde , dorée & argentée , repréſentoit la
Terre , fous le fymbole de Cybèle vêtue magnifiquement
, couronnée de tours , & placée fous un
baldaquin de panaches rouges , noirs & azurs. La
proue formoit une colline d'or ornée d'arbriffeaux
chargés de fruits & garnie d'animaux. Les Rameurs
portoient des habits relatifs au ſujet , & voguoient
au fon des inftrumens.
La troifiéme , dont le fond étoit bleu célefte
avec des ornemens d'argent , repréſentoit l'Air.
La principale figure étoit l'enlèvement d'Orithie
par Borée : on y voyoit des zéphirs & des amours
qui fe réjouiffoient de cette aventure.
La quatriéme repréfentoit le Feu & étoit peinte
de la couleur de cet élément. On remarquoit d'un
côté Vulcain & les Cyclopes occupés à leurs travaux
, & de l'autre , Vénus qui venoit demander
des armes pour Enée. Ces quatre Peotes étoient
celles des Députés chargés de faire les honneurs
de la réception du Duc d'Yorck .
La cinquième , fond argent , repréſentoit la
pêche de la baleine . Le bas de la proue avoit la
forme d'une baleine ayant la gueule ouverte.
Tous les pêcheurs étoient habillés à l'Angloife.
Le reste de la Peote étoit garni de filets remplis de
poillons & de corbeilles pleines de perles & de
coral.
OCTOBRE . 1764. 213
La fixiéme repréfentoit le Char d'Apollon ou
du Soleil , tiré par quatre chevaux de différentes
couleurs. On y voyoit l'Aurore affife dans une
coquille & tirée par Pégafe : elle avoit à la main
un flambeau , avec lequel elle fembloit chaſſer la
nuit.
La feptiéme repréſentoit la Grande - Bretagne
menée en triomphe par l'Europe : on y voyoit de
tous côtés plufieurs figures d'hommes & d'ani
maux , & des richeffes de toute espéce des quatre
parties du Monde , des ornemens d'or & d'ar
gent , & c.
La huitiéme repréfentoit le triomphe de Miner
ve , Déefle de la Sageffe : elle avoit les ornemens
de la Royauté ; à fes deux côtés étoient cinq trophées
enrichis d'or , d'argent & de plumes , faifant
alluſion aux Beaux - Arts.
La neuviéme repréſentoit Vénus affile ſur un
Char tiré par quatre colombes , accompagnée de
Cupidon & environnée des amours.
Ces Péotes furent fuivies d'onze Biffones * , de
fix Malgarotes & de deux Ballotines ornées d'étoffes
& de dentelles d'argent. Les Rameurs , qui
étoient très-élégamment habillés , changerent
trois ou quatre fois d'habits , tous plus riches les
uns que les autres.
Enfin l'on commença la courfe des différens
Bâtimens : il y avoit dix Bateaux & dix Gondoles
à une rame ; dix Bateaux & dix Gondoles à deux
rames , & dix autres Bateaux à deux rames
* Les Biſſones font des Bateaux affez longs , à huit rames
& huit Rameurs ; les Malgarotes en ont fix , & les Bellotines
, quatre . Il y a fur chacun de ces Bateaux des Nobles
préposés pour veiller à la police & écarter les Gondoles
qui viendroient à la traverfe & fermeroient le pallage
aux Régatans : ils ont même des arcs avec lefquels ils décochent
des balles de terre cuite , d'un pouce de diamètre
ou environ , contre ceux qui ne fe rangent pas allez promp
tement,
214 MERCURE DE FRANCE .
*
manoeuvrés par des femmes. Tous ces Bateaux ,
excepté les dix derniers , partirent , ſelon l'uſage ,
de la pointe de Saint- Antoine & parcoururent
route la longueur du grand Canal jufques vers
l'Eglife de la Croix , où étoit planté un poteau
qui fervoit de bornes & autour duquel les Régatans
tournerent une fois & revinrent fur leurs pas
jufqu'à l'endroit de la Machine, où les Vaiffeaux
prirent en y arrivant les drapeaux qui font les
marques de leur victoire . Cette courſe eft d'environ
quatre mille quatre cens pas de cinq pieds
Vénitiens chacun. Les femmes ne partent que de
la Douane , ce qui fait environ un tiers du chemin
de moins. La Machine eft un édifice d'une belle
Architecture , avec des colonnes , des balustrades ,
&c. Elle repréfentoit le Palais de la Joie & étoit ornée
de figures de grandeur naturelle: au milieu de
cet Edifice on diftinguoit deux figures principales
repréfentant Venife & l'Angleterre : la première
fembloit embraffer celle- ci & avoit pour infcription
, Fadus æternum . On voyoit à leur côté la
Juftice & la Prudence , & au deffous Apollon ;
Venus & Diane. Le haut de la Machine , où il y
avoit un grand nombre de Muficiens , étoit terminé
par des guirlandes & des vafes de fleurs . Toutes
les fenêtres du grand Canal étoient ornées
de tapis & garnies d'une prodigieufe quantité de
fpectateurs.
* LepiedVénitien eft un peu plus grand que le
nôtre.
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Résumé : FESTES PUBLIQUES. Description de la Fête donnée à Venise au Duc d'YORCK.
Le texte relate les festivités organisées à Venise en l'honneur du Duc d'Yorck. Le Duc est arrivé le 26 du mois précédent et a été accueilli par des députés de la République. Le 29, il a visité l'Arsenal où les ouvriers ont présenté des démonstrations de leur métier. Le 31, en raison du mauvais temps, la cérémonie des épouvantails de la mer a été reportée au dimanche suivant. Ce même jour, les députés ont offert un grand repas au Duc sur l'île de Muran. Le 3, la cérémonie des épouvantails de la mer a eu lieu avec une grande magnificence et une affluence considérable d'étrangers. Le 4, à l'occasion de l'anniversaire du Roi d'Angleterre, les députés ont organisé une régate, une fête réservée aux grandes occasions et qui n'avait pas été donnée depuis 1740. Neuf grandes barques décorées d'emblèmes et de figures allégoriques ont participé à la course. Chaque barque représentait un élément naturel ou une divinité. La course a impliqué divers types de bateaux et de gondoles, manœuvrés par des hommes et des femmes. La course s'est déroulée sur une distance d'environ quatre mille quatre cents pas vénitiens, avec un point de retournement près de l'église de la Croix. La 'Machine', un édifice orné, représentait le Palais de la Joie et était décoré de figures allégoriques. Les fenêtres du grand Canal étaient ornées de tapis et remplies de spectateurs.
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