Résultats : 21757 texte(s)
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2351
p. 498-500
IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Otium Divos, &c.
Début :
Si tôt que sur l'Egée un tenebreux nuage, [...]
Mots clefs :
Horace, Heureux, Inutiles
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Otium Divos, &c.
1MITATION de l'Ode d'Horace
qui commence par ces mots Ocium
Divos , & c .
Si tôt que sur l'Egée un tenebreux nuage ,
Ravit aux Matelots la lumiere des Cieux ,
Le plus hardi Pilote effrayé de l'orage ,
Demande le repos aux Dieux .
M
Grosphe , le Mede même et la Thrace indomptée,
Desirent ardemment ce précieux trésor ,
Dont la possession ne peut être achetée
në Ni par la Pourpre , ne par l'or.
Un magnifique Train , le Crédit , la Richesse ,
Inutiles secours , ne banniront jamais ,
Les Chagrins , les ennuis qui voltigent sans cesse
Autour des superbes Palais.
Celui- là vit heureux , qui frugal et modeste ,
Est content d'un repas simple et sans appareil
Qu'un sordide desir , qu'une crainte funeste ,
N'éloignent jamais du sommeil.
Pourquoi
MARS. 1733- 499
Pourquoi tant de projets avec si peu de vie ?
Dans un autre Climat pourquoi nous transporter?
Quél homme assez heureux , en fuyant sa Patric
A pû soi- même s'éviter ?
Dans les riches Vaisseaux le noir souci demeure
Pour y gêner sans fin l'avare Nautonnier.
Plus leger que le Cerf, plus rapide que l'Eure
Il suit par tout le Cavalier ,
Occupez du présent , sur l'avenir tranquilles à
Sçachons par le plaisir temperer la douleur :
Au surplus , renonçons à des soins inutiles :
Il n'est point de parfait bonheur.
M
Achille , jeune encor termine sa carriere :
Tithon accablé d'ans , languit foible et miné¿
Et ce que le Destin refuse à ta priere ,
Me sera peut-être donné.
M
Tandis qu'à cent Troupeaux tu fournis la pâture
Que pour traîner ton Char ces Coursiers sont
nourris ,
Et que de ton habit la superbe teinture ,
Attire les regards surpris.
La
388778
500 MERCURE DE FRANCE
La Parque favorable , avec un bien modiqué ,
*
Du Chantre de Lesbos m'accordant le talent ,
Entretient en mon ame un mépris héroïque ,
Four le vulgaire petulant.
* Alcée , Poëte Lyrique , qu'Horace a imité.
F. M. F.
qui commence par ces mots Ocium
Divos , & c .
Si tôt que sur l'Egée un tenebreux nuage ,
Ravit aux Matelots la lumiere des Cieux ,
Le plus hardi Pilote effrayé de l'orage ,
Demande le repos aux Dieux .
M
Grosphe , le Mede même et la Thrace indomptée,
Desirent ardemment ce précieux trésor ,
Dont la possession ne peut être achetée
në Ni par la Pourpre , ne par l'or.
Un magnifique Train , le Crédit , la Richesse ,
Inutiles secours , ne banniront jamais ,
Les Chagrins , les ennuis qui voltigent sans cesse
Autour des superbes Palais.
Celui- là vit heureux , qui frugal et modeste ,
Est content d'un repas simple et sans appareil
Qu'un sordide desir , qu'une crainte funeste ,
N'éloignent jamais du sommeil.
Pourquoi
MARS. 1733- 499
Pourquoi tant de projets avec si peu de vie ?
Dans un autre Climat pourquoi nous transporter?
Quél homme assez heureux , en fuyant sa Patric
A pû soi- même s'éviter ?
Dans les riches Vaisseaux le noir souci demeure
Pour y gêner sans fin l'avare Nautonnier.
Plus leger que le Cerf, plus rapide que l'Eure
Il suit par tout le Cavalier ,
Occupez du présent , sur l'avenir tranquilles à
Sçachons par le plaisir temperer la douleur :
Au surplus , renonçons à des soins inutiles :
Il n'est point de parfait bonheur.
M
Achille , jeune encor termine sa carriere :
Tithon accablé d'ans , languit foible et miné¿
Et ce que le Destin refuse à ta priere ,
Me sera peut-être donné.
M
Tandis qu'à cent Troupeaux tu fournis la pâture
Que pour traîner ton Char ces Coursiers sont
nourris ,
Et que de ton habit la superbe teinture ,
Attire les regards surpris.
La
388778
500 MERCURE DE FRANCE
La Parque favorable , avec un bien modiqué ,
*
Du Chantre de Lesbos m'accordant le talent ,
Entretient en mon ame un mépris héroïque ,
Four le vulgaire petulant.
* Alcée , Poëte Lyrique , qu'Horace a imité.
F. M. F.
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Otium Divos, &c.
Le texte est une imitation de l'Ode d'Horace, débutant par 'Ocium Divos, & c.' Il explore la quête du repos et du bonheur, inatteignable par la richesse ou le pouvoir. Les vers soulignent que les chagrins et les ennuis persistent malgré les luxes. Le bonheur est trouvé dans la frugalité et la modestie, loin des désirs avides et des craintes. Le poète s'interroge sur la fuite des hommes vers d'autres climats et sur l'impossibilité d'éviter ses propres malheurs. Il observe que les soucis accompagnent même les plus riches. Il prône de vivre l'instant présent et de tempérer la douleur par le plaisir, tout en renonçant à la quête d'un bonheur parfait. Le texte mentionne Achille et Tithon pour illustrer la brièveté de la vie et l'inévitabilité du destin. Le poète exprime son désir d'un talent poétique, comme celui accordé à Alcée, pour nourrir un mépris héroïque envers le vulgaire.
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2352
p. 94-98
Voyage des Indes Orientales, mêlé de plusieurs Histoires curieuses. [titre d'après la table]
Début :
Je crois devoir, en vous parlant de Sçavans, vous entretenir [...]
Mots clefs :
Livres, Savants, Indes orientales, Voyage
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texteReconnaissance textuelle : Voyage des Indes Orientales, mêlé de plusieurs Histoires curieuses. [titre d'après la table]
Je crois devoir , en vous
parlant de Sçavans , vous entretenir de deux Livres qui
font dignes de la curiofité publique.
Il paroit depuis quelque
temps un Livre intitulé Voyage
GALANT 95
des Indes Orientales , mêlé deplufieursHiftoires curieufes , endeux
volumes in 12. fait par Mr
Carré. Il a efté deux fois aux
grandes Indes par ordre de feu
Mr Colbert , & aprés beaucoup d'années il a bien voulu
faire part au Public de ce qu'il
a svû dans ces deux grands
voyages. Ce qu'il dit fur la
revolution de Baffura Ville
de l'Arabie , & qui a efté
de tout temps fous la puiffance des Arabes , mais que les
Turcs & les Arabes fe difputent à prefent , eft tres- curieux,
ce qui donne occaſion à Mr
96 MERCURE
Carré de faire l'hoire du fameux Seva Gy, qui prés avoir
efté Officier du Roy de Vilas
pour s'eft élevé par fa valeur
jufqu'à fe faire un puiffant
Royaume & faire trembler
tout Orient. En parlant de
la fameufe Ville d Alep il dit
que la Chapelle du Conſul y
tient lieu de Paroiffe , qu'elle
eft deffervie par les Religieux
de Saint François , & qu'il y a
une Maiſon de Jefuites , ce qui
Juy donne lieu de faire l'éloge
de ces Peres. H paroift qu'il
avoit le caractere d'Envoyé ,
puifqu'en parlant de D. Pedro
de
GALANT 97
•
de Caftro riche Portugais , &
qui eftoit fur le point de pren-
-dre des engagemens avec les
Mahometans , lorqu'il le rencontra à Rhebac , Ville du
Royaume de Vilapour , il ſe
fert de ces termes : puis meferant de toute l'autorité que me
donnoit moncaractere , pour parler
à des perfonnes fcandaleuſes , je
4luyparlay le plus chretiennement
qu'il me fut poffible fur le pas
qu'il alloit faire. On trouve à
la fin de ce Voyage l'hiſtoire de
deux Dames Portugaiſes venduës par le même Dom Pedro
de Caftro à un Prince Maho1
Avril 1710.
I
98 MERCURE
metan. Cette Hiftoire eft fort
touchante & merite d'eftre luë.
Mr Carré eftoit un Ecclefiaftique d'une fainte vie & d'un
merite qui luy a attiré ungrand
nombre d'amis dans l'Orient ,
& dans les Pays oùil a voyagé.
parlant de Sçavans , vous entretenir de deux Livres qui
font dignes de la curiofité publique.
Il paroit depuis quelque
temps un Livre intitulé Voyage
GALANT 95
des Indes Orientales , mêlé deplufieursHiftoires curieufes , endeux
volumes in 12. fait par Mr
Carré. Il a efté deux fois aux
grandes Indes par ordre de feu
Mr Colbert , & aprés beaucoup d'années il a bien voulu
faire part au Public de ce qu'il
a svû dans ces deux grands
voyages. Ce qu'il dit fur la
revolution de Baffura Ville
de l'Arabie , & qui a efté
de tout temps fous la puiffance des Arabes , mais que les
Turcs & les Arabes fe difputent à prefent , eft tres- curieux,
ce qui donne occaſion à Mr
96 MERCURE
Carré de faire l'hoire du fameux Seva Gy, qui prés avoir
efté Officier du Roy de Vilas
pour s'eft élevé par fa valeur
jufqu'à fe faire un puiffant
Royaume & faire trembler
tout Orient. En parlant de
la fameufe Ville d Alep il dit
que la Chapelle du Conſul y
tient lieu de Paroiffe , qu'elle
eft deffervie par les Religieux
de Saint François , & qu'il y a
une Maiſon de Jefuites , ce qui
Juy donne lieu de faire l'éloge
de ces Peres. H paroift qu'il
avoit le caractere d'Envoyé ,
puifqu'en parlant de D. Pedro
de
GALANT 97
•
de Caftro riche Portugais , &
qui eftoit fur le point de pren-
-dre des engagemens avec les
Mahometans , lorqu'il le rencontra à Rhebac , Ville du
Royaume de Vilapour , il ſe
fert de ces termes : puis meferant de toute l'autorité que me
donnoit moncaractere , pour parler
à des perfonnes fcandaleuſes , je
4luyparlay le plus chretiennement
qu'il me fut poffible fur le pas
qu'il alloit faire. On trouve à
la fin de ce Voyage l'hiſtoire de
deux Dames Portugaiſes venduës par le même Dom Pedro
de Caftro à un Prince Maho1
Avril 1710.
I
98 MERCURE
metan. Cette Hiftoire eft fort
touchante & merite d'eftre luë.
Mr Carré eftoit un Ecclefiaftique d'une fainte vie & d'un
merite qui luy a attiré ungrand
nombre d'amis dans l'Orient ,
& dans les Pays oùil a voyagé.
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Résumé : Voyage des Indes Orientales, mêlé de plusieurs Histoires curieuses. [titre d'après la table]
Le texte présente deux ouvrages d'intérêt public. Le premier, 'Voyage Galant des Indes Orientales', est écrit par Monsieur Carré et relate ses deux voyages aux Indes Orientales, effectués sur ordre de feu Monsieur Colbert. Carré décrit divers événements, tels que la révolution de Bassora, une ville arabe disputée entre Turcs et Arabes, et l'histoire de Seva Gy, un officier devenu roi puissant en Orient. Il mentionne également la ville d'Alep, où la chapelle du consul, desservie par les Religieux de Saint François, sert de paroisse, et où se trouve une maison de Jésuites. Carré, en tant qu'envoyé, a tenté de dissuader Don Pedro de Castro, un riche Portugais, de s'allier avec les mahométans. L'ouvrage se termine par l'histoire de deux dames portugaises vendues à un prince mahométan par Don Pedro de Castro. Carré est décrit comme un ecclésiastique de sainte vie et de grand mérite, ayant gagné de nombreux amis lors de ses voyages.
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2353
p. 93-97
Copie de ce qui fut exposé par M. le Duc de Popoly dans le conseil de guerre tenu au camp devant Barcelonne le 3. Juin 1715.
Début :
Par un courrier extraordinaire arrivé de la Cour en ce [...]
Mots clefs :
Siège, Troupes, Duc de Popoli
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texteReconnaissance textuelle : Copie de ce qui fut exposé par M. le Duc de Popoly dans le conseil de guerre tenu au camp devant Barcelonne le 3. Juin 1715.
Copie de ce quifut expoJepar
: M. le-Ducde Popoly dans le conjetl de guerretentf au
camp devant BarcelonneAs
3.
Juin1714.
;
Par un courier extraordinaire
arrivé de la Cour en
ce camp le premier de ce
mois,les dépêches du Roy
fontconnoîtrequeSaMajessé
compte non seulement
que ce bombardement
aété poussede toute
la force ordonnée en premier
l cU'i maisencore que
la tranchée que Sa Majest
avoit precedemment or
donné que l'on ouvrît se
roit actuellement avancée
de maniere que Sa Majeste
esperoit que la place seroit
incessamment reduite.
On n'a pas jusqu'a present
pris la resolution d'ouvrir
la tranchée, ni d'attaquer
la place en forme,
parce qu'onajugé qu'on
n'a pas ici assez de troupes,
sur-toutassezd'infanterie.
Comme on sçait que
quelques-uns de Messieurs
les Officiersgénéraux sont
d'opinion qu'on peut tirer
:aÍfez de troupes des detachemens,
&de celles de
M. desValdecanas& de
Thoy , pour faire ce siege,
j'ai jugé à propos de faire
remettre & communiquer
Jetât destroupes qui font
acrueHemcncaucamp, &
celles qui sont en detachement,
afin que chacun de
Messieursles Officiers ge.
neraux donne secretement
par éçrit son avis, sur une
affaire; de si grande importance,
expliquantla maniéré
&l'endroit par où il
saur attaquerlaplace,ga
der les postesnecessaires d
ce c~mp~ÔD veiller emirêïfi
Jfcmpszàla" tctehfeiVatiè<
desplaresdeilaG^akygnd
évltcr le©Jnûilt?cs^qu
dansletemps* du siege
rebeles pa:ys
de faire à cettearmée.
MessieurslesOfficier
Generaux diront aussileur
sentimens s'il>conjyiémîr4
commencer le siege auparavant
que les troupes de
nosdétachemensarrivent
au•camp,& ondemande
leurs opinions par écrit
pour
pour en être mieux éclaircis,
& qu'on puisse sur cette
affaire garder un inviolable
secret : rien n'est plus important.
Aucamp devant ;
Barcelone ce 3. Juin 1714.
Signé, Le Duc de Popoly.
: M. le-Ducde Popoly dans le conjetl de guerretentf au
camp devant BarcelonneAs
3.
Juin1714.
;
Par un courier extraordinaire
arrivé de la Cour en
ce camp le premier de ce
mois,les dépêches du Roy
fontconnoîtrequeSaMajessé
compte non seulement
que ce bombardement
aété poussede toute
la force ordonnée en premier
l cU'i maisencore que
la tranchée que Sa Majest
avoit precedemment or
donné que l'on ouvrît se
roit actuellement avancée
de maniere que Sa Majeste
esperoit que la place seroit
incessamment reduite.
On n'a pas jusqu'a present
pris la resolution d'ouvrir
la tranchée, ni d'attaquer
la place en forme,
parce qu'onajugé qu'on
n'a pas ici assez de troupes,
sur-toutassezd'infanterie.
Comme on sçait que
quelques-uns de Messieurs
les Officiersgénéraux sont
d'opinion qu'on peut tirer
:aÍfez de troupes des detachemens,
&de celles de
M. desValdecanas& de
Thoy , pour faire ce siege,
j'ai jugé à propos de faire
remettre & communiquer
Jetât destroupes qui font
acrueHemcncaucamp, &
celles qui sont en detachement,
afin que chacun de
Messieursles Officiers ge.
neraux donne secretement
par éçrit son avis, sur une
affaire; de si grande importance,
expliquantla maniéré
&l'endroit par où il
saur attaquerlaplace,ga
der les postesnecessaires d
ce c~mp~ÔD veiller emirêïfi
Jfcmpszàla" tctehfeiVatiè<
desplaresdeilaG^akygnd
évltcr le©Jnûilt?cs^qu
dansletemps* du siege
rebeles pa:ys
de faire à cettearmée.
MessieurslesOfficier
Generaux diront aussileur
sentimens s'il>conjyiémîr4
commencer le siege auparavant
que les troupes de
nosdétachemensarrivent
au•camp,& ondemande
leurs opinions par écrit
pour
pour en être mieux éclaircis,
& qu'on puisse sur cette
affaire garder un inviolable
secret : rien n'est plus important.
Aucamp devant ;
Barcelone ce 3. Juin 1714.
Signé, Le Duc de Popoly.
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Résumé : Copie de ce qui fut exposé par M. le Duc de Popoly dans le conseil de guerre tenu au camp devant Barcelonne le 3. Juin 1715.
Le 3 juin 1714, le Duc de Popoly, stationné devant Barcelone, reçoit des dépêches royales annonçant une réduction imminente de la place forte par bombardement et avancée de la tranchée. Cependant, aucune décision n'est prise pour attaquer en raison d'un manque de troupes, notamment d'infanterie. Certains officiers suggèrent de rassembler des troupes des détachements et des forces de M. des Valdecanas et de Thoy pour le siège. Le Duc demande aux officiers de soumettre secrètement leurs avis écrits sur la stratégie d'attaque, le positionnement des postes, et la sécurité des provisions et munitions. Ils doivent également indiquer si le siège peut commencer avant l'arrivée des troupes des détachements. Cette démarche vise à éclairer la décision tout en gardant le secret sur cette affaire cruciale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2354
p. 1714-1718
REPONSE à la Lettre sur la Pierre : Remede pour la dissoudre &c.
Début :
J'ay lû, Monsieur, dans le premier volume de vôtre Mercure du mois de [...]
Mots clefs :
Pierre, Remède, Dissolution, Prévention, Couteau, Vessie, Urines, Estomac, Arboriste, Opération de la taille
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE à la Lettre sur la Pierre : Remede pour la dissoudre &c.
REPONSE à la Lettre sur la Pierre :
Remede pour la dissoudre &c.
là ,
,
dans le premier volume de vôtre Mercure du mois de
Juin dernier une Lettre , sur la Pierre qui
s'engendre dans le Corps humain , l'Auteur
s'y récrie sur la prévention qu'on a en
faveur des Anciens qui ont prétendu que
le seul rémede de la Pierre , est le Couteau's
de
JUILLET. 1731. 1715
de sorte que jusqu'à present on s'est tellement
laissé persuader de l'impossibil.té
de guerir ce mal sans le secours de l'Art ,
qu'on a négligé de chercher dans la natur
quelquesfondans qui puissent dissoudre
la Pierre sans s'exposer à des Operations
cruelles et très perilleuses ; ce même
Auteur a prevû et suppo é les objections
qui pouvoient se faire contre ces
fondants ; il a refuté et détruit les
objections par des raisons solides , et par
des comparaisons d'autant plus simples ,
qu'elles sont naturelles. Il finit en vous
priant , Monsieur , d'inviter ceux qui
ont été delivrés de la Pierre par ce dernier
moyen , d'en faire part au Public
pour convaincre les incrédules.
Pour appuyer le sentiment de l'Auteur
de cette Lettre , je me suis déterminé à
vous assurer par celle-cy , que je suis convaincu
par moi - même et par les experiences
fréquentes que j'en ai vûës , qu'il
y a des remedes si puissants et si infaillibles
pour amollir et dissoudre la Pierre
dans la vessie , qu'ils la font entierement
couler par l'uretre avec les urines , de
maniere qu'il n'en reste pas le moindre
vestige , et bien loin que ce fondant
agisse sur les autres parties , par où il se
porte sur le corps dur et solide de la pier71
MERCURE DE FRANCE
re, et qu'il y fasse la moindre impression ,
( ce qui se feroit sentir par quelques douleurs
de reins et par des chaleurs internes
) , tout au contraire , le Malade sent
un rafraîchissement intérieur qui le soulage
d'abord et calme les douleurs , tant
il est certain que ce fondant n'a de vertu
ni de force que sur la Pierre de cette especc.
Ce n'est pas là la seule vertu de ce
remede , qui est en trés - petit volume
sans dégoût , et trés facile à prendre ;
il purifie en même tems la masse du sang
dégage l'estomach , le fortifie , empêche
la fièvre , et pendant toute l'Operation
le Malade se porte bien , dort d'un sommeil
tranquille , se trouve de l'appetit ,
et peut le satisfaire , puisqu'il n'est obligé
à aucun régime ni genre de vie particuliere
; ce n'est pas ici le cas de dire que
qui prouve trop ne prouve rien , parce
que l'experience fait cesser tous les raisonnements
; on pourroit citer une infinité
de ces expériences , mais on se contentera
des deux plus récentes , parcequ'elles
sont actuellement sous les yeux
du Public .
La premiere de ces deux dernieres est
celle de Me . Hebert , Arboriste , ruë des
Arcis , chez Madame Picard , Lingere.
Elle souffroit depuis dix ans , elle avoit
été
JUILLET. 1731 1717
été sondée deux fois même par les Chirurgiens
de l'Hôtel - Dieu , et l'on jugea la
Pierre extrêmement grosse ; la situation
de cette femme étoit si cruelle , qu'elle ne
pouvoit rester de bout , assise , ni couchée
, elle étoit obligé de se tenir continuellement
sur les genoux et sur les coudes
, elle ne rendoit que quelques gouttes
d'urine de temps à autre avec des douleurs
insupportables qu'elle étoit enfin
résoluë de risquer l'Operation de laTaille ,
lorsqu'elle fit la découverte du remede
dont il s'agit ; la personne qui en a le se
cret ne pût le refuser aux instances et aux
empressements de ceux qu'elle envoya
pour en demander. Dès le moment que
Îa Malade en eût pris , elle sentit du soulagement
, elle dormit , ce qu'elle n'avoit
pas fait depuis très long-temps , elle mangea
, et enfin pour éviter un long détail
qu'on peut apprendre d'elle et de ses
voisins , elle a rendu toute sa Pierre avec
ses urines , elle est àpresent dans une santé
parfaite.
La derniere expérience est celle de
M. Tardieu , Graveur , rue S. Jacques ,
à S. Bernard , proche S. Yves.
Il étoit dans un état à peu prés aussi
miserable que la Dame Hebert. Il a également
rendu la Pierre dont il étoit incom1718
MERCURE DE FRANCE
commodé , il en a gardé de même les sables
, et les graviers : ce ne sont pas des personnes
supposées , elles sont connues de
tout Paris , et ne pourront se réfuser à la
verité.
Voilà des exemples assés authentiques
pour authoriser l'opinion , et prouver la
justesse du raisonnement de l'Auteur de
la précedente Lettre ; j'ay crû ne pouvoir
me dispenser d'en faire part au Public
de par la voye vôtre Mercure , où j'espere
que vous aurés la bonté d'inserer ce
que j'ay l'honneur de vous écrire. Je
suis & c .
Remede pour la dissoudre &c.
là ,
,
dans le premier volume de vôtre Mercure du mois de
Juin dernier une Lettre , sur la Pierre qui
s'engendre dans le Corps humain , l'Auteur
s'y récrie sur la prévention qu'on a en
faveur des Anciens qui ont prétendu que
le seul rémede de la Pierre , est le Couteau's
de
JUILLET. 1731. 1715
de sorte que jusqu'à present on s'est tellement
laissé persuader de l'impossibil.té
de guerir ce mal sans le secours de l'Art ,
qu'on a négligé de chercher dans la natur
quelquesfondans qui puissent dissoudre
la Pierre sans s'exposer à des Operations
cruelles et très perilleuses ; ce même
Auteur a prevû et suppo é les objections
qui pouvoient se faire contre ces
fondants ; il a refuté et détruit les
objections par des raisons solides , et par
des comparaisons d'autant plus simples ,
qu'elles sont naturelles. Il finit en vous
priant , Monsieur , d'inviter ceux qui
ont été delivrés de la Pierre par ce dernier
moyen , d'en faire part au Public
pour convaincre les incrédules.
Pour appuyer le sentiment de l'Auteur
de cette Lettre , je me suis déterminé à
vous assurer par celle-cy , que je suis convaincu
par moi - même et par les experiences
fréquentes que j'en ai vûës , qu'il
y a des remedes si puissants et si infaillibles
pour amollir et dissoudre la Pierre
dans la vessie , qu'ils la font entierement
couler par l'uretre avec les urines , de
maniere qu'il n'en reste pas le moindre
vestige , et bien loin que ce fondant
agisse sur les autres parties , par où il se
porte sur le corps dur et solide de la pier71
MERCURE DE FRANCE
re, et qu'il y fasse la moindre impression ,
( ce qui se feroit sentir par quelques douleurs
de reins et par des chaleurs internes
) , tout au contraire , le Malade sent
un rafraîchissement intérieur qui le soulage
d'abord et calme les douleurs , tant
il est certain que ce fondant n'a de vertu
ni de force que sur la Pierre de cette especc.
Ce n'est pas là la seule vertu de ce
remede , qui est en trés - petit volume
sans dégoût , et trés facile à prendre ;
il purifie en même tems la masse du sang
dégage l'estomach , le fortifie , empêche
la fièvre , et pendant toute l'Operation
le Malade se porte bien , dort d'un sommeil
tranquille , se trouve de l'appetit ,
et peut le satisfaire , puisqu'il n'est obligé
à aucun régime ni genre de vie particuliere
; ce n'est pas ici le cas de dire que
qui prouve trop ne prouve rien , parce
que l'experience fait cesser tous les raisonnements
; on pourroit citer une infinité
de ces expériences , mais on se contentera
des deux plus récentes , parcequ'elles
sont actuellement sous les yeux
du Public .
La premiere de ces deux dernieres est
celle de Me . Hebert , Arboriste , ruë des
Arcis , chez Madame Picard , Lingere.
Elle souffroit depuis dix ans , elle avoit
été
JUILLET. 1731 1717
été sondée deux fois même par les Chirurgiens
de l'Hôtel - Dieu , et l'on jugea la
Pierre extrêmement grosse ; la situation
de cette femme étoit si cruelle , qu'elle ne
pouvoit rester de bout , assise , ni couchée
, elle étoit obligé de se tenir continuellement
sur les genoux et sur les coudes
, elle ne rendoit que quelques gouttes
d'urine de temps à autre avec des douleurs
insupportables qu'elle étoit enfin
résoluë de risquer l'Operation de laTaille ,
lorsqu'elle fit la découverte du remede
dont il s'agit ; la personne qui en a le se
cret ne pût le refuser aux instances et aux
empressements de ceux qu'elle envoya
pour en demander. Dès le moment que
Îa Malade en eût pris , elle sentit du soulagement
, elle dormit , ce qu'elle n'avoit
pas fait depuis très long-temps , elle mangea
, et enfin pour éviter un long détail
qu'on peut apprendre d'elle et de ses
voisins , elle a rendu toute sa Pierre avec
ses urines , elle est àpresent dans une santé
parfaite.
La derniere expérience est celle de
M. Tardieu , Graveur , rue S. Jacques ,
à S. Bernard , proche S. Yves.
Il étoit dans un état à peu prés aussi
miserable que la Dame Hebert. Il a également
rendu la Pierre dont il étoit incom1718
MERCURE DE FRANCE
commodé , il en a gardé de même les sables
, et les graviers : ce ne sont pas des personnes
supposées , elles sont connues de
tout Paris , et ne pourront se réfuser à la
verité.
Voilà des exemples assés authentiques
pour authoriser l'opinion , et prouver la
justesse du raisonnement de l'Auteur de
la précedente Lettre ; j'ay crû ne pouvoir
me dispenser d'en faire part au Public
de par la voye vôtre Mercure , où j'espere
que vous aurés la bonté d'inserer ce
que j'ay l'honneur de vous écrire. Je
suis & c .
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Résumé : REPONSE à la Lettre sur la Pierre : Remede pour la dissoudre &c.
Le texte est une réponse à une lettre précédente publiée dans le Mercure de France, traitant du traitement de la pierre (calcul) dans le corps humain. L'auteur conteste l'idée que la chirurgie est la seule solution pour dissoudre la pierre, comme le prétendaient les Anciens. Il affirme qu'il existe des remèdes capables de dissoudre la pierre sans recourir à des opérations cruelles. Ces remèdes agissent spécifiquement sur la pierre sans affecter les autres parties du corps, apportant un soulagement immédiat et calmant les douleurs. L'auteur mentionne deux expériences récentes et authentiques pour appuyer ses propos. La première concerne Madame Hebert, une arboriste souffrant depuis dix ans, qui a trouvé un soulagement après avoir pris le remède. La seconde expérience concerne Monsieur Tardieu, un graveur, qui a également été guéri. Ces deux cas sont bien connus à Paris et peuvent être vérifiés par le public. L'auteur conclut en espérant que le Mercure de France publiera cette lettre pour informer le public de l'efficacité de ce remède.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2355
p. 93-98
De Rome le premier Février 1716.
Début :
Dernierement le Pape fit faire en sa presence l'examen [...]
Mots clefs :
Cardinal, Pape, Guerre, Sainteté, Écus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rome le premier Février 1716.
D/Rome lepremierFévrier 17I6
Dernierement le Pape fit
faire en sa presence l'examen
des Evesques & nomma l'Abbé
Grity à l'Evêché dc\Fal.-
laro. t,
Sa Sainteté attend quele
Cardinal Orfiny foie arrive
,
pour tenir Consistoire, & y
declarer Son Eminence, Legat à vers l'Empereur. Cette
expédition tend à porter S. M.
Imperiale à declarer la guerre
auxTurcs. <
Dans la conjoncture presente
le Pape s'est flattéd'un
lecôars de huit Vaisseaux de
guerre de la part du Roy de
Portugal, & dans cette vue Sa
Sainteté a crée EvêquePrimat,
le Grand
-
Maistre dela Chapelle
de Sa MaJcltéJavec droit
de preséance sur tous les autres
Evêqucs de son Royaume.
Les Cardinaux continuent
d'envoyer de l'argent à la
Cbambre Apostolique, pour
l'aider à subvenir aux dépenses
dela guerre contre les Turcs
la moindre Comme est de
500. écus,outrecelle de1000.
écus que le Cardinal Camerlingue
a déjadonnée. Il a affigné
un revenu annuel de pareille
somme pendant tout le
temps de la guerre.
Mr le Chevalier Morosini
reçoit bien des hontiefferezdc
cette Cour;il a esté admis à
l'Audiance du S. Pere avec le
enapeau & l'épée, beaucoup
de per sonnes qualifiées l'ont
esté voir, &luy ont fait des
presents.
,
Le grand Prieur Ferretyest
party pour LIvourne, d'ou il
.pass'i}ra ensuite à Genes; il a
ordre du Pape de noliser dans
ces Phares , quelques Bâtimens
pour renforcerl'Escadre des
Galères du Pape.
Le Cardinal Patrissy a fait
un nouveau present à Sa Sainteté.
Il,consiste en quatre
grands
grands Tableaux du Guido.
qui represeten les quatre
Evangelistes.
D. Alexandre Albanya envoyé
au Cardinal Faraccioly
Prouvaire, un très- beau Rock
estmé deux cens écus, mais ce
Cardinal pour répondre à la
generosité deDon Alexandre,
luy a fait present d'un poëlcd'argent
& d'un réchaud de
même métal de la valeur de
huit censécus.
Le Pape a sign un ordre de
deux cens enquante mille écus
pour l'érection d'un Mont appellé
le Mont Fabrique,& un
autre ordre qui s'adresse au
Cardinal Alani, comme Preset
de la Congregati de la
Fabrique de S. Pierre
, pour
faireconsignerauTresorie ter de
la Chambce cent mille écusdes
deniers appartenans à ladite
Fabrique ,pour s'en prévaloir
dans les necessitezpressa
f; Le Chipicre de la Cathedralci
de Capouë a envoyé c
deux-Chanoines pourcomplimenter
le Cardinal Caraccioly
leur Archevêque,sur sa promotion
au Cardinatar; Son
Eminence leur a fai bien de
l'accueil&lesreçusenhabit
rougé.
Dernierement le Pape fit
faire en sa presence l'examen
des Evesques & nomma l'Abbé
Grity à l'Evêché dc\Fal.-
laro. t,
Sa Sainteté attend quele
Cardinal Orfiny foie arrive
,
pour tenir Consistoire, & y
declarer Son Eminence, Legat à vers l'Empereur. Cette
expédition tend à porter S. M.
Imperiale à declarer la guerre
auxTurcs. <
Dans la conjoncture presente
le Pape s'est flattéd'un
lecôars de huit Vaisseaux de
guerre de la part du Roy de
Portugal, & dans cette vue Sa
Sainteté a crée EvêquePrimat,
le Grand
-
Maistre dela Chapelle
de Sa MaJcltéJavec droit
de preséance sur tous les autres
Evêqucs de son Royaume.
Les Cardinaux continuent
d'envoyer de l'argent à la
Cbambre Apostolique, pour
l'aider à subvenir aux dépenses
dela guerre contre les Turcs
la moindre Comme est de
500. écus,outrecelle de1000.
écus que le Cardinal Camerlingue
a déjadonnée. Il a affigné
un revenu annuel de pareille
somme pendant tout le
temps de la guerre.
Mr le Chevalier Morosini
reçoit bien des hontiefferezdc
cette Cour;il a esté admis à
l'Audiance du S. Pere avec le
enapeau & l'épée, beaucoup
de per sonnes qualifiées l'ont
esté voir, &luy ont fait des
presents.
,
Le grand Prieur Ferretyest
party pour LIvourne, d'ou il
.pass'i}ra ensuite à Genes; il a
ordre du Pape de noliser dans
ces Phares , quelques Bâtimens
pour renforcerl'Escadre des
Galères du Pape.
Le Cardinal Patrissy a fait
un nouveau present à Sa Sainteté.
Il,consiste en quatre
grands
grands Tableaux du Guido.
qui represeten les quatre
Evangelistes.
D. Alexandre Albanya envoyé
au Cardinal Faraccioly
Prouvaire, un très- beau Rock
estmé deux cens écus, mais ce
Cardinal pour répondre à la
generosité deDon Alexandre,
luy a fait present d'un poëlcd'argent
& d'un réchaud de
même métal de la valeur de
huit censécus.
Le Pape a sign un ordre de
deux cens enquante mille écus
pour l'érection d'un Mont appellé
le Mont Fabrique,& un
autre ordre qui s'adresse au
Cardinal Alani, comme Preset
de la Congregati de la
Fabrique de S. Pierre
, pour
faireconsignerauTresorie ter de
la Chambce cent mille écusdes
deniers appartenans à ladite
Fabrique ,pour s'en prévaloir
dans les necessitezpressa
f; Le Chipicre de la Cathedralci
de Capouë a envoyé c
deux-Chanoines pourcomplimenter
le Cardinal Caraccioly
leur Archevêque,sur sa promotion
au Cardinatar; Son
Eminence leur a fai bien de
l'accueil&lesreçusenhabit
rougé.
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2356
p. 1992-1998
Essais hebdomadaires sur plusieurs sujets, [titre d'après la table]
Début :
ESSAIS HEBDOMADAIRES sur plusieurs Sujets interessans. A Paris, ruë [...]
Mots clefs :
Femmes, Hommes, Coeur, Sentiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essais hebdomadaires sur plusieurs sujets, [titre d'après la table]
ESSAIS HEBDOMADAIRES fur plu
fieurs Sujets intereffans. A Paris , ruë
Jacques , chez Et . Ganeau , 1730. Par
M. Dupuy, cy- devant Secretaire au Traité
de Paix de Rifwick. Brochure de 67. pages
, compris la Préface qui en contient
30. On diftribue ces Effais tous les Lundis
de chaque Semaine .
Cet
SEPTEMBRE. 1730. 1993
Cet Ouvrage ne paroît point du tout
fait à la hâte ; on le trouye écrit , au contraire
, avec grand fọin , & il y a lieu de
croire qu'il fera gouté du Public . L'Auteur
rapporte à la 59. page une Lettre de
M. Abbadic à M. Bayle , où l'on trouve
ce jugement fur les Ouvrages de ce dernier
: F'ai lu votre Journal , fans compliment
il m'a extraordinairement plû ; il y
a par tout de la politeffe , du tour , de l'efprit
, de l'érudition , du raifonnement & un
certain difcernement de Philofophe , une feverité
de raison que tous les grands hommes
&c. n'ont pas
On trouve dans la feconde femaine une
Lettre de M. Le Clerc à M. Bayle , qui
lui parle avec cette franchiſe au fujet de
fon Journal qui commençoit alors à paroître.
On dit en general que l'Auteur des
Nouvelles s'étend trop fur des chofes qui ne
ne font pas fi neceffaires , & qu'on pourroit
aifement réduire ... Quelques autres difent
que ce qu'on fouhaite n'est pas d'avoir tous
les mois des Reflexions de l'Auteur fur les
Livres qu'on imprime , mais des Extraits
fideles par où l'on puiffe voir s'ils meritent
qu'on les achete ou qu'on les life . On enſçaura
bienjuger enfuite fans les lumieres de l'Auteur
qui débite mal à propos ( ce font les termes
d'un homme d'efprit ) fes lieux communs
à l'occafion du titre des Livres .
Le
1994 MERCURE DE FRANCE
Le foin que l'Auteur prend de juftifier
par tout la Religion Proteftante , eft loudble,
dit- on , mais il n'eft pas de faifon , & il
doit referver les remarques qu'il fait fur ce
Sujet pour quelque Livre de Controverſe &c.
On dit que fur l'Article du P. Thomaffin
page 213. il valoit mieux faire un Extrait
des matieres qu'il traite & de la Méthode
qu'il obferve que de le railler & de railler.
les Peres.
Toutes ces Lettres écrites par des Sçavans
ou par des perfonnes de confideration
à M. Bayle , fe font lire avec plaifir.
La penultiéme qui remplit cette feconde
femaine , écrite par M. du Rondel en Septembre
1684. ( toutes les autres font de
cette année ) contient un fait affez ſingulier
; le voici :
A neuf heures du matin , après un quart
d'heure de pluye , le vent venant tout à
coup à écarter les nuages , les pouffa dans
une Vallée , & nous préfenta à quelques
500. pas de Rochefort en Ardenne un des
plus beaux fpectacles du monde ; c'étoit
un Iris tout nouveau ; la matiere qui le
formoit n'étoit point courbée vers la terre
, pour en faire un Arc en Ciel , comme
il arrive d'ordinaire , ni renversée vers le
Ciel , comme il arrive quelquefois . C'étoient
des nuages droits & perpendiculaires
, à peu près comme de longues colonnes
,
SEPTEMBRE. 1730. 1995
Ionnes dont la premiere étoit verte , la
feconde rouge , la troifiéme orangée & la
quatrième bleue , contre le mélange ordinaire
des couleurs de ce méteore . Ces
colonnes étoient toutes claires & tranfparentes
, & laiffoient voir diftinctement les
objets qui étoient derriere , comme des
Bois , des Collines , des Châteaux &c, &
quand elles vinrent à s'évanouir , elles
commencerent par l'orangée & par la
rouge. Ce fpectacle dura environ un demi
quart d'heure. Je ne doute point que
ce Phénomene , que j'appelle nouveau ,
n'ait été vû autrefois ; mais comme perfonne
n'a encore parlé d'un Iris perpendiculaire
, c'eft pour cette raifon que je
l'aiappellé nouveau .
On voit par la troifiéme Semaine que
cet Ouvrage fe foutient ; on y voit le
même ordre , même politeffe de ftile &
même efprit. Il eft queftion ici de Reflexions
fur les femmes ; en voici quel
ques unes.
Les hommes eftiment trop les femmes,
ou ne les eftiment pas affez .
Une femme coquette s'attache plus à
furprendre l'eftime des hommes qu'à la
mériter. Un homme galant eft de même
à l'égard des femmes &c .
La naïveté bien imitée flatte les hom
mes & fait honneur aux femmes ; de tous
les
1996 MERCURE DE FRANCE
"
"
les filets qu'elles nous tendent , il n'y en
a point où nous foyons pris plus agréablement
& plus promtement .
Si le goût que les hommes ont pour les
femmes n'avoit pas fes variations , fes ralentiffemens
, que deviendroient les Arts,
les Sciences & les affaires ?
Les femmes pour ſe garantir de l'amour
ont leur temperamment à furmonter , les
follicitations continuelles des hommes à
foûtenir , les détours artificieux de certaines
Emiffaires à demêler , la force de
l'exemple & de la coûtume à vaincre ;
tout confpire à amollir leur coeur. Dès
l'enfance , pour ainfi parler , de tendres
Chanfons les préparent à être fenfibles au
langage amoureux ; livres , fpectacles ,
entretiens , repas où regne la licence ; il
n'y a rien qui ne concoure à leur faire
fouhaiter de brûler d'un feu qui leur paroit
doux , dont elles fentent en ellesmêmes
la fource , & fans lequel la vie leur
paroît languiffante. Devons- nous être furpris
fi la chafteté eft une vertu fi rare ? &
ne devons-nous pas , au contraire , regarder
avec admiration les femmes qui au
milieu de tant d'écueils évitent le naufrage
?
Il eſt plus aifé à une femme qui n'eft
que belle de faire plufieurs conquêtes
que d'en conferver une : les triomphes
d'une
SEPTEMBRE . 1730. 1997
d'une femme qui a beaucoup d'efprit &
peu de beauté font moins faciles & plus
durables.
Fierté dans le maintien & dans le dif
cours , preuve très équivoque qu'il y en
ait dans la conduite & dans les fentimens.
Il y auroit de l'injuftice à ne pas convenir
que les hommes ont beaucoup d'obligation
aux Dames : ne leur doivent - ils
pas ce qu'ils ont d'agrément dans les manieres
, de délicatefle dans les fentimens ,
de complaifance dans l'humeur , de fineffe
dans l'eſprit ? le defir de leur plaire
eft pour eux un puiffant aiguillon pour
les animer à acquerir du mérite.
Quelque douceur , quelque fincerité
que nous annoncent les yeux , les traits
du vifage , le fon de la voix d'une femme
, nous n'en devons pas être plus affurés
des fentimens de fon coeur : le veritable
caractere des femmes eft communément
incompréhenfible ; elles ont le pri
vilege de tromper les hommes, quand elles
veulent leur foibleffe pour
elles augmente
la difficulté qu'il y a de les connoître
; non feulement ils ne fentent pas
quand elles les trompent avec adreffe ,
mais lors même qu'elles veulent s'épargner
le foin d'y employer l'artifice : foit
par leur art , foit par la vanité des hommes
, elles leur cachent prefque toûjours
E ce
1998 MERCURE DE FRANCE
ce qu'elles ont interêt qu'ils ignorent ,
fur tout quand ils les aiment de bonne
foi , & qu'elles ont fçû les perfuader qu'elles
les aiment.
pas
Nous finirons par cette Reflexion qu'on
trouve à la page 210. J'eftime , Monfieur,
qu'il n'y a que deux fortes de femmes qui
ne foient diffimulées : celles en qui
tous principes d'honneur font éteints , &
qui ont renoncé à tout ménagement pour
leur réputation , & celles qui ayant reçû
de leurs parens une bonne éducation
font comme naturellement vertueufes
n'ont jamais laiffé gliffer dans leur
coeur aucun fentiment qu'elles ne puiffent
avoüer.
fieurs Sujets intereffans. A Paris , ruë
Jacques , chez Et . Ganeau , 1730. Par
M. Dupuy, cy- devant Secretaire au Traité
de Paix de Rifwick. Brochure de 67. pages
, compris la Préface qui en contient
30. On diftribue ces Effais tous les Lundis
de chaque Semaine .
Cet
SEPTEMBRE. 1730. 1993
Cet Ouvrage ne paroît point du tout
fait à la hâte ; on le trouye écrit , au contraire
, avec grand fọin , & il y a lieu de
croire qu'il fera gouté du Public . L'Auteur
rapporte à la 59. page une Lettre de
M. Abbadic à M. Bayle , où l'on trouve
ce jugement fur les Ouvrages de ce dernier
: F'ai lu votre Journal , fans compliment
il m'a extraordinairement plû ; il y
a par tout de la politeffe , du tour , de l'efprit
, de l'érudition , du raifonnement & un
certain difcernement de Philofophe , une feverité
de raison que tous les grands hommes
&c. n'ont pas
On trouve dans la feconde femaine une
Lettre de M. Le Clerc à M. Bayle , qui
lui parle avec cette franchiſe au fujet de
fon Journal qui commençoit alors à paroître.
On dit en general que l'Auteur des
Nouvelles s'étend trop fur des chofes qui ne
ne font pas fi neceffaires , & qu'on pourroit
aifement réduire ... Quelques autres difent
que ce qu'on fouhaite n'est pas d'avoir tous
les mois des Reflexions de l'Auteur fur les
Livres qu'on imprime , mais des Extraits
fideles par où l'on puiffe voir s'ils meritent
qu'on les achete ou qu'on les life . On enſçaura
bienjuger enfuite fans les lumieres de l'Auteur
qui débite mal à propos ( ce font les termes
d'un homme d'efprit ) fes lieux communs
à l'occafion du titre des Livres .
Le
1994 MERCURE DE FRANCE
Le foin que l'Auteur prend de juftifier
par tout la Religion Proteftante , eft loudble,
dit- on , mais il n'eft pas de faifon , & il
doit referver les remarques qu'il fait fur ce
Sujet pour quelque Livre de Controverſe &c.
On dit que fur l'Article du P. Thomaffin
page 213. il valoit mieux faire un Extrait
des matieres qu'il traite & de la Méthode
qu'il obferve que de le railler & de railler.
les Peres.
Toutes ces Lettres écrites par des Sçavans
ou par des perfonnes de confideration
à M. Bayle , fe font lire avec plaifir.
La penultiéme qui remplit cette feconde
femaine , écrite par M. du Rondel en Septembre
1684. ( toutes les autres font de
cette année ) contient un fait affez ſingulier
; le voici :
A neuf heures du matin , après un quart
d'heure de pluye , le vent venant tout à
coup à écarter les nuages , les pouffa dans
une Vallée , & nous préfenta à quelques
500. pas de Rochefort en Ardenne un des
plus beaux fpectacles du monde ; c'étoit
un Iris tout nouveau ; la matiere qui le
formoit n'étoit point courbée vers la terre
, pour en faire un Arc en Ciel , comme
il arrive d'ordinaire , ni renversée vers le
Ciel , comme il arrive quelquefois . C'étoient
des nuages droits & perpendiculaires
, à peu près comme de longues colonnes
,
SEPTEMBRE. 1730. 1995
Ionnes dont la premiere étoit verte , la
feconde rouge , la troifiéme orangée & la
quatrième bleue , contre le mélange ordinaire
des couleurs de ce méteore . Ces
colonnes étoient toutes claires & tranfparentes
, & laiffoient voir diftinctement les
objets qui étoient derriere , comme des
Bois , des Collines , des Châteaux &c, &
quand elles vinrent à s'évanouir , elles
commencerent par l'orangée & par la
rouge. Ce fpectacle dura environ un demi
quart d'heure. Je ne doute point que
ce Phénomene , que j'appelle nouveau ,
n'ait été vû autrefois ; mais comme perfonne
n'a encore parlé d'un Iris perpendiculaire
, c'eft pour cette raifon que je
l'aiappellé nouveau .
On voit par la troifiéme Semaine que
cet Ouvrage fe foutient ; on y voit le
même ordre , même politeffe de ftile &
même efprit. Il eft queftion ici de Reflexions
fur les femmes ; en voici quel
ques unes.
Les hommes eftiment trop les femmes,
ou ne les eftiment pas affez .
Une femme coquette s'attache plus à
furprendre l'eftime des hommes qu'à la
mériter. Un homme galant eft de même
à l'égard des femmes &c .
La naïveté bien imitée flatte les hom
mes & fait honneur aux femmes ; de tous
les
1996 MERCURE DE FRANCE
"
"
les filets qu'elles nous tendent , il n'y en
a point où nous foyons pris plus agréablement
& plus promtement .
Si le goût que les hommes ont pour les
femmes n'avoit pas fes variations , fes ralentiffemens
, que deviendroient les Arts,
les Sciences & les affaires ?
Les femmes pour ſe garantir de l'amour
ont leur temperamment à furmonter , les
follicitations continuelles des hommes à
foûtenir , les détours artificieux de certaines
Emiffaires à demêler , la force de
l'exemple & de la coûtume à vaincre ;
tout confpire à amollir leur coeur. Dès
l'enfance , pour ainfi parler , de tendres
Chanfons les préparent à être fenfibles au
langage amoureux ; livres , fpectacles ,
entretiens , repas où regne la licence ; il
n'y a rien qui ne concoure à leur faire
fouhaiter de brûler d'un feu qui leur paroit
doux , dont elles fentent en ellesmêmes
la fource , & fans lequel la vie leur
paroît languiffante. Devons- nous être furpris
fi la chafteté eft une vertu fi rare ? &
ne devons-nous pas , au contraire , regarder
avec admiration les femmes qui au
milieu de tant d'écueils évitent le naufrage
?
Il eſt plus aifé à une femme qui n'eft
que belle de faire plufieurs conquêtes
que d'en conferver une : les triomphes
d'une
SEPTEMBRE . 1730. 1997
d'une femme qui a beaucoup d'efprit &
peu de beauté font moins faciles & plus
durables.
Fierté dans le maintien & dans le dif
cours , preuve très équivoque qu'il y en
ait dans la conduite & dans les fentimens.
Il y auroit de l'injuftice à ne pas convenir
que les hommes ont beaucoup d'obligation
aux Dames : ne leur doivent - ils
pas ce qu'ils ont d'agrément dans les manieres
, de délicatefle dans les fentimens ,
de complaifance dans l'humeur , de fineffe
dans l'eſprit ? le defir de leur plaire
eft pour eux un puiffant aiguillon pour
les animer à acquerir du mérite.
Quelque douceur , quelque fincerité
que nous annoncent les yeux , les traits
du vifage , le fon de la voix d'une femme
, nous n'en devons pas être plus affurés
des fentimens de fon coeur : le veritable
caractere des femmes eft communément
incompréhenfible ; elles ont le pri
vilege de tromper les hommes, quand elles
veulent leur foibleffe pour
elles augmente
la difficulté qu'il y a de les connoître
; non feulement ils ne fentent pas
quand elles les trompent avec adreffe ,
mais lors même qu'elles veulent s'épargner
le foin d'y employer l'artifice : foit
par leur art , foit par la vanité des hommes
, elles leur cachent prefque toûjours
E ce
1998 MERCURE DE FRANCE
ce qu'elles ont interêt qu'ils ignorent ,
fur tout quand ils les aiment de bonne
foi , & qu'elles ont fçû les perfuader qu'elles
les aiment.
pas
Nous finirons par cette Reflexion qu'on
trouve à la page 210. J'eftime , Monfieur,
qu'il n'y a que deux fortes de femmes qui
ne foient diffimulées : celles en qui
tous principes d'honneur font éteints , &
qui ont renoncé à tout ménagement pour
leur réputation , & celles qui ayant reçû
de leurs parens une bonne éducation
font comme naturellement vertueufes
n'ont jamais laiffé gliffer dans leur
coeur aucun fentiment qu'elles ne puiffent
avoüer.
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Résumé : Essais hebdomadaires sur plusieurs sujets, [titre d'après la table]
Le texte présente les 'Essais Hebdomadaires', une brochure publiée à Paris en 1730 par M. Dupuy, ancien secrétaire au Traité de Paix de Ryswick. Cette brochure, distribuée chaque lundi, contient des sujets variés et est rédigée avec soin. La première semaine inclut une lettre de M. Abbadie à M. Bayle, louant le journal de ce dernier pour sa politesse, son esprit et son érudition. La seconde semaine contient une lettre de M. Le Clerc à M. Bayle, discutant des critiques sur les 'Nouvelles', notamment sur l'étendue des réflexions de l'auteur et la préférence pour des extraits fidèles des livres. Le 'Mercure de France' mentionne que l'auteur des 'Essais Hebdomadaires' justifie fréquemment la religion protestante, mais de manière maladroite. Il est également critiqué pour avoir raillé le Père Thomassin plutôt que de faire un extrait de ses matières. Le texte inclut une lettre de M. du Rondel décrivant un phénomène météorologique rare observé en 1684 : un arc-en-ciel perpendiculaire avec des colonnes de couleurs distinctes. La troisième semaine de la brochure traite des réflexions sur les femmes, soulignant des aspects tels que l'estimation des hommes envers elles, la coquetterie, et la difficulté de conserver une conquête. Le texte explore également la naïveté, les variations du goût des hommes, et les défis auxquels les femmes font face pour préserver leur chasteté. Il conclut en affirmant que seules deux sortes de femmes ne sont pas dissimulées : celles sans principes d'honneur et celles éduquées pour être vertueuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2357
p. 93-100
Nouvelles de Varsovie.
Début :
On mande de Varsovie, que dans la conference que les [...]
Mots clefs :
Varsovie, Roi Auguste, Polonais, Médiation, Amnistie, Tartares, Cosaques, Fortifications, Traité de paix, Ambassadeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Varsovie.
Nouvelles de Varsovie.
•»"•J• Onmande deVarsovie,
que dans la conference que
les deux Envoyez ont euë
avec plusieurs Senateurs lk.
lesMinistres du Roy Auguste
, on avoit fait cinq
propositions ; sçavoir.
, Qu'une amnistiegeneraleseroit
accordée au Roy
Stanislas&àtous les Polonois
les adherans.
Quele Grand Seigneur
employeroit sa mediation
pour faire la paix entre les
Polonois & le Roy de Suede.
Que les Cosaques d'Orlik
, qui sont au nombre de
quatre-vingtmille, ob->
tinssent la permission de demeurerdans
l'UkrainePolonoise
;commeSujets de la
République.
Que l'on conferve aux
Tartaresétablis en Pologne
& en Lituanieles privileges
dont ilsjouissoient cidevant,
& que le Palatinat
de Posnanie soit restitué aUt
Roy Stanislas. 1 Le rapport de cette conserence
ayant été fait au
Roy Auguste,ilrépondit
que cherchant à rétablir la
tranquilitéenPologne
,
il
consentoit au premier &
au dernier article: mais
queles trois autres devoient
être examinezplus particulierement.
Neanmoins les
deux Envoyez étoient regalez&
traitezavecbeaucoup
dedistinction.Ils a(->
furent qu'aussitôtqu'ils seroient
retournez à Andrinople
,&qu'ils auroient
rendu compte de leur commission
, le traité de paix
feroit renouvcllé, & que
les ambassadeurs du Roy.
ôc dela
:
République se- j
roient renvoyezavec toute
forte de satisfaction. Malgre
toutes ces assurances,
on crainttoûjours que le
dessein desTurcs ne foit
d'amuser par toutes ces dé-
J marches le RoyAuguste, afinde gagnerdutemps& j
de penetrer les sentimens j
des Polonois, & même de
former des intrigues.Ils j
continuent
,
leurs preparatifs
pour la guerre, & tra- ]
vaillent avec empressement
aux
aux fortifications de Choc- -
zin : on a même appris que
leur armée grossissoit par
des nouvelles troupes, qui
prenoient leurs quartiers
d'hyver le long du Niester
& de la frontiere de Podolie,
& que le nombre des
Tartares s'augmentoit. On
mande d'Andrinople que
les ambassadeurs du Czar
avoient eu le13.Septembre
audiance du Grand-Vizir;
6c qu'on lui avoit presenté
la ratificationdu traité de
paix
rqu'illesavoit
exhor- ~.1 d téescekaui*de-
1- ,~~, 1.
pendroit deux pour parvenir
à la conclusion dela
paix, en terminantl'article
qui étoit demeuré indecis
touchant les sommes pretenduës
par le Kan des Tartares.
Les lettres de Hambourg
portent que la mortalicé
y diminuoit fort;que
les troupesduDuc de Hanover
étoient entrées dans
les 4.Bailliages qui dépendent
de cetteville, fous prétextede
garder les passages
& d'empêcher toute communicationavec
les Etatsde
leur;Maître;queleRoy de
Prusse avoit offert la permission
de porter de cette
ville dans ses Etats toute
forte de métaux & d'épiceries
,du bois de teinture,
& mêmede la soye ; que la
ville de Tonningen étoit
toujours étroitement bloquée
par les troupes Danoi,
ses; mais qu'on n'y manquoit
pas encore de pain,
de bière ni de sel; mais de
bois,dechandelle & d'huile
à brûler;que la garnison
étoit encore de quatre cent
soixante hommes en y
comprenant les malades,
dont le Commandant prenoit
grand soin. On mande
de Coppenhague que le
Colonel Viereg avoit levé
& presenté au Roy de Danemark
une compagniede
cent Cadets, tous fils de
Colonels, de Lieutenans-
Colonels, de Majors, de
Capitaines ou de Conseillers
, qui feront la garde
dans les apparcemens du
Palais, & feront instruits
dans l'artmilitaire, pour
être ensuite avancez selon
leur merite.
•»"•J• Onmande deVarsovie,
que dans la conference que
les deux Envoyez ont euë
avec plusieurs Senateurs lk.
lesMinistres du Roy Auguste
, on avoit fait cinq
propositions ; sçavoir.
, Qu'une amnistiegeneraleseroit
accordée au Roy
Stanislas&àtous les Polonois
les adherans.
Quele Grand Seigneur
employeroit sa mediation
pour faire la paix entre les
Polonois & le Roy de Suede.
Que les Cosaques d'Orlik
, qui sont au nombre de
quatre-vingtmille, ob->
tinssent la permission de demeurerdans
l'UkrainePolonoise
;commeSujets de la
République.
Que l'on conferve aux
Tartaresétablis en Pologne
& en Lituanieles privileges
dont ilsjouissoient cidevant,
& que le Palatinat
de Posnanie soit restitué aUt
Roy Stanislas. 1 Le rapport de cette conserence
ayant été fait au
Roy Auguste,ilrépondit
que cherchant à rétablir la
tranquilitéenPologne
,
il
consentoit au premier &
au dernier article: mais
queles trois autres devoient
être examinezplus particulierement.
Neanmoins les
deux Envoyez étoient regalez&
traitezavecbeaucoup
dedistinction.Ils a(->
furent qu'aussitôtqu'ils seroient
retournez à Andrinople
,&qu'ils auroient
rendu compte de leur commission
, le traité de paix
feroit renouvcllé, & que
les ambassadeurs du Roy.
ôc dela
:
République se- j
roient renvoyezavec toute
forte de satisfaction. Malgre
toutes ces assurances,
on crainttoûjours que le
dessein desTurcs ne foit
d'amuser par toutes ces dé-
J marches le RoyAuguste, afinde gagnerdutemps& j
de penetrer les sentimens j
des Polonois, & même de
former des intrigues.Ils j
continuent
,
leurs preparatifs
pour la guerre, & tra- ]
vaillent avec empressement
aux
aux fortifications de Choc- -
zin : on a même appris que
leur armée grossissoit par
des nouvelles troupes, qui
prenoient leurs quartiers
d'hyver le long du Niester
& de la frontiere de Podolie,
& que le nombre des
Tartares s'augmentoit. On
mande d'Andrinople que
les ambassadeurs du Czar
avoient eu le13.Septembre
audiance du Grand-Vizir;
6c qu'on lui avoit presenté
la ratificationdu traité de
paix
rqu'illesavoit
exhor- ~.1 d téescekaui*de-
1- ,~~, 1.
pendroit deux pour parvenir
à la conclusion dela
paix, en terminantl'article
qui étoit demeuré indecis
touchant les sommes pretenduës
par le Kan des Tartares.
Les lettres de Hambourg
portent que la mortalicé
y diminuoit fort;que
les troupesduDuc de Hanover
étoient entrées dans
les 4.Bailliages qui dépendent
de cetteville, fous prétextede
garder les passages
& d'empêcher toute communicationavec
les Etatsde
leur;Maître;queleRoy de
Prusse avoit offert la permission
de porter de cette
ville dans ses Etats toute
forte de métaux & d'épiceries
,du bois de teinture,
& mêmede la soye ; que la
ville de Tonningen étoit
toujours étroitement bloquée
par les troupes Danoi,
ses; mais qu'on n'y manquoit
pas encore de pain,
de bière ni de sel; mais de
bois,dechandelle & d'huile
à brûler;que la garnison
étoit encore de quatre cent
soixante hommes en y
comprenant les malades,
dont le Commandant prenoit
grand soin. On mande
de Coppenhague que le
Colonel Viereg avoit levé
& presenté au Roy de Danemark
une compagniede
cent Cadets, tous fils de
Colonels, de Lieutenans-
Colonels, de Majors, de
Capitaines ou de Conseillers
, qui feront la garde
dans les apparcemens du
Palais, & feront instruits
dans l'artmilitaire, pour
être ensuite avancez selon
leur merite.
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Résumé : Nouvelles de Varsovie.
À Varsovie, une conférence a réuni les envoyés du Grand Seigneur et des sénateurs polonais pour discuter de propositions visant à résoudre des conflits en Pologne. Cinq propositions ont été présentées : une amnistie générale pour le roi Stanislas et les Polonais, la médiation turque pour la paix entre les Polonais et le roi de Suède, la permission pour les Cosaques d'Orlik de rester en Ukraine polonaise, la conservation des privilèges des Tartares en Pologne et en Lituanie, et la restitution du Palatinat de Posnanie à Stanislas. Le roi Auguste a accepté les deux premières propositions mais a demandé un examen plus approfondi des trois autres. Les envoyés ont été bien reçus et assurés que le traité de paix serait renouvelé après leur rapport à Andrinople. Cependant, des inquiétudes subsistent quant aux intentions des Turcs, qui continuent leurs préparatifs de guerre. Par ailleurs, des nouvelles de Hambourg signalent une diminution de la mortalité et l'entrée des troupes du duc de Hanovre dans les bailliages dépendant de la ville. Le roi de Prusse a proposé de permettre l'importation de divers produits. La ville de Tonningen est toujours bloquée par les troupes danoises mais ne manque pas de nourriture. À Copenhague, le colonel Viereg a levé une compagnie de cadets pour la garde du palais et leur instruction militaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2358
p. 86-93
Mort de Madame la Marquise de Robias, [titre d'après la table]
Début :
La pieté qui accompagne ordinairement les personnes de vostre sexe, [...]
Mots clefs :
Piété, Ordres de Dieu, Christianisme, Madame Dauphine de Sartre, Marquis de Robias, Décès, Fille, Connaissances, Morale, Estime, Éducation, Santé, Maux, Mariage, Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Madame la Marquise de Robias, [titre d'après la table]
La pieté qui accompagne
ordinairement les perſonnes
de voſtre ſexe , nous en fair
voir un grand nombre , qui
dans leurs derniers momens
ont une parfaite ſoumiffion
aux ordres de Dieu , & les
reçoivent avec une réſignation
veritablement Chreſtienne.
Telle a eſté Madame
Dauphine de Sartre , femme
GALANT. 87
de M' le Marquis de Robias
d'Eſtoublon , morte dans la
ville d'Arles le 17. du mois
paſſé. Elle eſtoit fille unique
de M' de Sartre Conſeiller en
la Cour des Aydes & Finances
de Montpellier , & de
Dame Brigide de Maſſauve ,
&n'avoit pas moins herité de
leurs vertus , 'que de leurs
grands biens. Elle estoit
doüée d'un eſprit ſi relevé
& fi propre aux connoiſſan.
ces ſublimes , qu'elle n'igno.
roit rien de tout ce qui peut
établir l'eſtime d'une perſonne
ſçavante. Elle ſçavoit juſ
1
88 MERCURE
qu'aux parties les plus diffi.
ciles des Mathematiques,
telles que l'Algebre , la Philofophie
ancienne & moderne
, & tout ce qu'il faut croire
de plus raiſonnable de l'une
& de l'autre. Elle s'eſtoit
même acquis les principes
de la Medecine ; mais quelque
avantage qu'elle receuſt
de ces differentes connoiſſances,
fon plus fort attachement
eſtoit la Morale , & fur tout ,
la Chreftienne qu'elle prenoit
pour regle de toutes ſes
actions. On a peu vû de femmes
avoir une intelligence &
GALANT. 89
une penetration plus rafinée,
une netteté d'eſprit & d'expreſſion
plus forte , foit à
écrire , ſoit à parler , ny un
talent plus fingulier à s'atti
rer également l'eſtime , l'admiration
& le reſpect de tous
ceux qui l'approchoient. EL
le avoit le jugement exquis ,
&l'on pouvoit s'en tenir à
ce qu'elle décidoit ſur toutes
fortes d'Ouvrages. On peut
juger de la force de ſon ge
nie & de ſa memoire , par
l'extrême facilité qu'elle avoir
à mettre fidellement ſur le
papier les Sermons les plus
Avril 1685. H
१० MERCURE
relevez qu'elle entendoit,
fans alterer ny le ſens ny les
paroles , ny obmettre quel
que texte que ce fuſt dans
ſa juſte citation . Elle ſçavoit
parfaitement la Muſique , &
compoſoit tres - facilement .
Sa methode à chanter eſtoit
admirable , auſſi - bien que
fon talent pour les Inſtru
mens , tels que le Claveſſin,
le Lut , & le Theorbe. Dans
le temps où la plus heureuſe
conſtitution ſembloit la flater
d'une longue vie , ſa ſanté fue
attaquée , & elle tomba in
ſenſiblement dans une mala
GALANT. 91
die , qui ayant duré fept ou
huit mois , luy a donné lieu
de faire admirer dans una
grandaccablement de maux,.
tous les ſentimens d'une Ame
heroïque & prédeſtinée.
L'extrême moderation avec
laquelle elle a fupporté se
coup, a fait d'autant plus pa--
roiſtre la fermeté de fon ame,,
qu'il ſembloit alors qu'elle ne
duſt ſonger qu'à la joye , à
cauſe du Mariage de M' le
Marquis d'Eſtoublon ſon fils,,
Gentilhomme aufli bien fait :
que ſpirituel , avec Mademoifelle:
Eugenie de Mire-
Hij
92 MERCURE
beau de Marſeille , dont le
merite répond à l'eſprit & à
la naiſſance. Lors qu'elle vit
qu'il n'y avoit plus aucune
eſperance de guériſon , elle
fit quantité de Legs pieux ,
&répandit ſes bienfaits juſque
fur le moindre de ſes Dometiques.
L'inclination particuliere
qu'elle avoit toûjours
euë pour les Carmelites , l'engagea
à leur laiſſer ſon Coeur
avec une ſomme tres confiderable,
pour eſtre employée
à la conſtruction de leur
Egliſe. Enfin eſtant preſte de
mourir , elle fit des remon
GALANT. 93
trances ſi Chreſtiennes , fi
fortes & fi touchantes au genéral
& au particulier de ſa
Famille , qu'on peut dire que
jamais perſonne n'a quitté le
Monde avec plus de fermeté
& de courage , ny donné de
plus apparens témoignages
du bonheur que Dieu préparoit
à ſa vertu. Toute la Ville
a pris part à l'affliction de M
le Marquis de Robias ſon
Mary. Il eſtd'un merite genéralement
reconnu , & Secretaire
pepetuel de l'Academie
Royale d'Arles .
ordinairement les perſonnes
de voſtre ſexe , nous en fair
voir un grand nombre , qui
dans leurs derniers momens
ont une parfaite ſoumiffion
aux ordres de Dieu , & les
reçoivent avec une réſignation
veritablement Chreſtienne.
Telle a eſté Madame
Dauphine de Sartre , femme
GALANT. 87
de M' le Marquis de Robias
d'Eſtoublon , morte dans la
ville d'Arles le 17. du mois
paſſé. Elle eſtoit fille unique
de M' de Sartre Conſeiller en
la Cour des Aydes & Finances
de Montpellier , & de
Dame Brigide de Maſſauve ,
&n'avoit pas moins herité de
leurs vertus , 'que de leurs
grands biens. Elle estoit
doüée d'un eſprit ſi relevé
& fi propre aux connoiſſan.
ces ſublimes , qu'elle n'igno.
roit rien de tout ce qui peut
établir l'eſtime d'une perſonne
ſçavante. Elle ſçavoit juſ
1
88 MERCURE
qu'aux parties les plus diffi.
ciles des Mathematiques,
telles que l'Algebre , la Philofophie
ancienne & moderne
, & tout ce qu'il faut croire
de plus raiſonnable de l'une
& de l'autre. Elle s'eſtoit
même acquis les principes
de la Medecine ; mais quelque
avantage qu'elle receuſt
de ces differentes connoiſſances,
fon plus fort attachement
eſtoit la Morale , & fur tout ,
la Chreftienne qu'elle prenoit
pour regle de toutes ſes
actions. On a peu vû de femmes
avoir une intelligence &
GALANT. 89
une penetration plus rafinée,
une netteté d'eſprit & d'expreſſion
plus forte , foit à
écrire , ſoit à parler , ny un
talent plus fingulier à s'atti
rer également l'eſtime , l'admiration
& le reſpect de tous
ceux qui l'approchoient. EL
le avoit le jugement exquis ,
&l'on pouvoit s'en tenir à
ce qu'elle décidoit ſur toutes
fortes d'Ouvrages. On peut
juger de la force de ſon ge
nie & de ſa memoire , par
l'extrême facilité qu'elle avoir
à mettre fidellement ſur le
papier les Sermons les plus
Avril 1685. H
१० MERCURE
relevez qu'elle entendoit,
fans alterer ny le ſens ny les
paroles , ny obmettre quel
que texte que ce fuſt dans
ſa juſte citation . Elle ſçavoit
parfaitement la Muſique , &
compoſoit tres - facilement .
Sa methode à chanter eſtoit
admirable , auſſi - bien que
fon talent pour les Inſtru
mens , tels que le Claveſſin,
le Lut , & le Theorbe. Dans
le temps où la plus heureuſe
conſtitution ſembloit la flater
d'une longue vie , ſa ſanté fue
attaquée , & elle tomba in
ſenſiblement dans une mala
GALANT. 91
die , qui ayant duré fept ou
huit mois , luy a donné lieu
de faire admirer dans una
grandaccablement de maux,.
tous les ſentimens d'une Ame
heroïque & prédeſtinée.
L'extrême moderation avec
laquelle elle a fupporté se
coup, a fait d'autant plus pa--
roiſtre la fermeté de fon ame,,
qu'il ſembloit alors qu'elle ne
duſt ſonger qu'à la joye , à
cauſe du Mariage de M' le
Marquis d'Eſtoublon ſon fils,,
Gentilhomme aufli bien fait :
que ſpirituel , avec Mademoifelle:
Eugenie de Mire-
Hij
92 MERCURE
beau de Marſeille , dont le
merite répond à l'eſprit & à
la naiſſance. Lors qu'elle vit
qu'il n'y avoit plus aucune
eſperance de guériſon , elle
fit quantité de Legs pieux ,
&répandit ſes bienfaits juſque
fur le moindre de ſes Dometiques.
L'inclination particuliere
qu'elle avoit toûjours
euë pour les Carmelites , l'engagea
à leur laiſſer ſon Coeur
avec une ſomme tres confiderable,
pour eſtre employée
à la conſtruction de leur
Egliſe. Enfin eſtant preſte de
mourir , elle fit des remon
GALANT. 93
trances ſi Chreſtiennes , fi
fortes & fi touchantes au genéral
& au particulier de ſa
Famille , qu'on peut dire que
jamais perſonne n'a quitté le
Monde avec plus de fermeté
& de courage , ny donné de
plus apparens témoignages
du bonheur que Dieu préparoit
à ſa vertu. Toute la Ville
a pris part à l'affliction de M
le Marquis de Robias ſon
Mary. Il eſtd'un merite genéralement
reconnu , & Secretaire
pepetuel de l'Academie
Royale d'Arles .
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Résumé : Mort de Madame la Marquise de Robias, [titre d'après la table]
Madame Dauphine de Sartre, épouse du Marquis de Robias d'Estoublon, est décédée à Arles le 17 du mois précédent. Fille unique de Monsieur de Sartre, conseiller à la Cour des Aydes et Finances de Montpellier, et de Dame Brigide de Massauve, elle avait hérité de leurs vertus et biens. Dotée d'un esprit élevé et d'une grande érudition, elle maîtrisait les mathématiques, l'algèbre, la philosophie et la médecine. Son attachement principal était la morale chrétienne, qu'elle suivait dans toutes ses actions. Connue pour son intelligence et son talent pour attirer l'estime et le respect, elle possédait une mémoire et un jugement exceptionnels, lui permettant de transcrire des sermons et de composer de la musique. Malgré une santé florissante, elle tomba gravement malade et supporta ses souffrances avec fermeté. Avant sa mort, elle fit plusieurs legs pieux et des bienfaits à ses domestiques, laissant son cœur aux Carmélites pour la construction de leur église. Elle quitta le monde avec courage, laissant une profonde affliction à sa famille et à la ville d'Arles. Son mari, le Marquis de Robias, est décrit comme un homme de mérite et secrétaire perpétuel de l'Académie Royale d'Arles.
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2359
p. 80-92
MARIAGE.
Début :
Le 21. Janvier 1712. Loüis Duplessis Chastillon, Colonel de Provence, & Brigadier [...]
Mots clefs :
Duplessis-Chastillon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE.
Le 21. Janvier 1712.
Loüis Dupleffis ChaftilJon, Colonel de Provence , & Brigadier des Armées du Roy, a épousé
GALANT. 8r
Anne Neyret de la Ra
voye , fille de feu M. de
la Ravoye , Grand Audiancier de France, &
Treforier general de la
marine , & de Varice de
Vallieres.
LeMarquis Dupleffis
Chaftillon eft fils de feu
Jacques Dupleffis Chaftillon , Marquis dudit
lieu, & de Nonant, & de
Jeanne Marie de Fradet
de S. Aouft , fille de feu
Jean de Fradet de Saint
82 MERCURE
Aouft , Maréchal des
Camps & Armées dus
Roy, & Lieutenant géneral de l'artillerie de
France, & de Jeanne Marie de S. Gelais de Luftgnan, & fœur d'Armand
Antoine de Fradet de S.
Août,Brigadier & Lieutenant general pour le
Roydans la Provincede
Berry.
La maison Dupleffis
Chatillon eft une des
plus anciennes maiſons
GALANT 83
1
de la province duMaine,
comme il paroît premierement par un vieux titre de mil trente- quatre,
quifait métion d'un GrimoultDupleffis Chaftillon , Siégneur dudit lieu.
Et par un autre titre
de l'année 127 4. il paroît
une tranfaction faite entre les Seigneurs de
Mayenne, & le Seigneur
Dupleffis Chaſtillon; &
depuis cetemps, la filiation s'eft continuée avec
84 MERCURE
de grandes alliances ,
comme de Beaumont le
Vicomte , d'Avaugour,
de Villevignes , du Bellay, d'O, de la Flotte, &
plufieurs autres.
J'ai vuentre plufieurs
manufcrits anciens des
lettres écrites par le Roy
Charles IX. & Henry
III.àun Dupleffis Chaftillon , en voici une de
Charles IX. en lui envoyant l'Ordre de Saint
Michel , qui en ce tems
GALANT. 85
la tenoit lieu de l'Ordre
du S. Efprit , inſtitué
depuis par Henry III.
Monfieur Dupleffis Chaf
tillon , pour vos vaillances &
merites , vous avez éte choiſi
élúpar l'affemblée des Che
valiers , Freres & Compa
gnons de l'Ordre Monfieur
S. Michel, pour être aßocié
à ladite Compagnie, pour la
quelle élection vous notifier ,
vous prefenter de ma part
Le Collier dudit Ordre,fivous
L'avezagréable, j'envoyeprefentement memoire &pan.
86 MERCURE
voir à mon Coufin le Duc de
Montpencier , vous priant
vous rendre devers lui pour
cet effet , & êtrecontent d'accepter l'honneur aque la Com
pagnie vous defire faire, qui
fera pour augmenter de plus
en plus l'affection & bonne
volontéqueje vous porte , &
vons donner occafion de perfeverer en la dévotion que
vous avezdemefairefervice,
K
ainfiquevousferaplus àplain
entendre de ma part mondit
Confin , anquel je vous prie
d'ajouterfur ce autant defoy
que vous feriezà moy.mimeme
GALANT. 87
priant Dieu , Monfieur Du
pleffis Chaftillon, vous avoir
enfa garde. Ecrit à S. Germain
en Laye le 21 Février 1 5.74.
Signé , Charles, & plus bas,
Pinart.
En voici une autre
écrite de la main d'HenL ry III. que j'ai mife ici
parce qu'elle contientun
fait hiftorique.
Monfieur Dupleffs Cha
fillon , il n'eft pas commej'ef
time que vous n'ayez bien
feu à cette heure, comme mon
38 MERCURE
frere le Duc d'Alençon , que
j'ai toujours aimé d'une affe-
&ion plus que fraternelle
s'eftfeparé d'auprés de moypar
la follicitation , & mauvais
confeil de ceux quifont éleveZ
enarmes contre nôtre autorité.
s'étant retiré à Dreux, où il
fait contenance d'affembler
quelques troupes , de quoy vous
pouvezpenfer combienje por
te de regret , tantpour l'amour
fingulier dontje lui fuis conjoint , quepour connoître bien
ne pouvoir advenir d'un fi
nouvel accident que tout accroiffement de maulxfur mon
peuple,
GALANTƒ 89
peuple, qui avoit plus de be
fouinde veoir arrêter le cours
de ceux defquels il n'étoit ja
que trop affligé,felon quejuf
ques à hui ,jepenſe avoirau
tant mis de peine qué detravailque pouvoitfaire un bon
Prince amateur du repos &
A
union de tous fes fujets , &
pourceque en un tel nouveau
mal, &pour m'aider àypourvoir remedier, ainfi que
j'en ai une bonne volonté,j'ai
befouin de l'affiftance de ma
nobleſſe , & de ceux dontjeme
fuis promis toute loyauté
fidelité , du nombre defquels ,
Fév.
1712.
H
90 MERCURE
je vous tiens & eſtime, Fax
pensé vous écrire ce mot de
lettre , pour vous dire que
vous fufles jamais touché du
defir de vous voir en occaque fr
fion, à laquelle vous mepuiffiez faire paroître vôtre
droitte affection au bien de
mon fervice , vous devez
penfer qu'elle fe prefente aujourd'hui, au moyen
je vous écris, Monfieur Dus
pleffis Chatillon , que incontinent la prefente recenë, vous
de quos
regardiez à vous mettre en
ordre , pour me venir trouver
avec bonnecompagnie de vos
PH
GALANTY OF
que vous poure pourez
amis 6 au meilleur équipage d'armes & chevaux &
auplûtôt que
afin de mefaire à ce befoin
fervice queje mefuis toûjours
promis de vôtre loyauté &
le
fidelité, à quoy fatisfaisant ,
outre que ce fera acte digne
&
d'un gentil- homme d'honneur
tel que vous vous eftes tous
jours fait connoître , vous
vous pouvez aſſurer que je
vous en fauray perpetuellement bon gré, & que je le
reconnoîteray envers vousfe
Ton que les occafions s'en pouront offrir, prians Dieu, M.
#
Hij
92 MERCURE
&
Dupleffis Chatillon , qu'il
vous ait enfa fainte garde
fcellé à Paris le 22 jour de
Septembre 1575 Signé, Henry,
&plus bas , Signé, Brullart.
On donnera le mois
prochain des détails fur
les morts de M. de Catinat , M. de Magnac ,
M. de Signelay, & au
tres.
Le 21. Janvier 1712.
Loüis Dupleffis ChaftilJon, Colonel de Provence , & Brigadier des Armées du Roy, a épousé
GALANT. 8r
Anne Neyret de la Ra
voye , fille de feu M. de
la Ravoye , Grand Audiancier de France, &
Treforier general de la
marine , & de Varice de
Vallieres.
LeMarquis Dupleffis
Chaftillon eft fils de feu
Jacques Dupleffis Chaftillon , Marquis dudit
lieu, & de Nonant, & de
Jeanne Marie de Fradet
de S. Aouft , fille de feu
Jean de Fradet de Saint
82 MERCURE
Aouft , Maréchal des
Camps & Armées dus
Roy, & Lieutenant géneral de l'artillerie de
France, & de Jeanne Marie de S. Gelais de Luftgnan, & fœur d'Armand
Antoine de Fradet de S.
Août,Brigadier & Lieutenant general pour le
Roydans la Provincede
Berry.
La maison Dupleffis
Chatillon eft une des
plus anciennes maiſons
GALANT 83
1
de la province duMaine,
comme il paroît premierement par un vieux titre de mil trente- quatre,
quifait métion d'un GrimoultDupleffis Chaftillon , Siégneur dudit lieu.
Et par un autre titre
de l'année 127 4. il paroît
une tranfaction faite entre les Seigneurs de
Mayenne, & le Seigneur
Dupleffis Chaſtillon; &
depuis cetemps, la filiation s'eft continuée avec
84 MERCURE
de grandes alliances ,
comme de Beaumont le
Vicomte , d'Avaugour,
de Villevignes , du Bellay, d'O, de la Flotte, &
plufieurs autres.
J'ai vuentre plufieurs
manufcrits anciens des
lettres écrites par le Roy
Charles IX. & Henry
III.àun Dupleffis Chaftillon , en voici une de
Charles IX. en lui envoyant l'Ordre de Saint
Michel , qui en ce tems
GALANT. 85
la tenoit lieu de l'Ordre
du S. Efprit , inſtitué
depuis par Henry III.
Monfieur Dupleffis Chaf
tillon , pour vos vaillances &
merites , vous avez éte choiſi
élúpar l'affemblée des Che
valiers , Freres & Compa
gnons de l'Ordre Monfieur
S. Michel, pour être aßocié
à ladite Compagnie, pour la
quelle élection vous notifier ,
vous prefenter de ma part
Le Collier dudit Ordre,fivous
L'avezagréable, j'envoyeprefentement memoire &pan.
86 MERCURE
voir à mon Coufin le Duc de
Montpencier , vous priant
vous rendre devers lui pour
cet effet , & êtrecontent d'accepter l'honneur aque la Com
pagnie vous defire faire, qui
fera pour augmenter de plus
en plus l'affection & bonne
volontéqueje vous porte , &
vons donner occafion de perfeverer en la dévotion que
vous avezdemefairefervice,
K
ainfiquevousferaplus àplain
entendre de ma part mondit
Confin , anquel je vous prie
d'ajouterfur ce autant defoy
que vous feriezà moy.mimeme
GALANT. 87
priant Dieu , Monfieur Du
pleffis Chaftillon, vous avoir
enfa garde. Ecrit à S. Germain
en Laye le 21 Février 1 5.74.
Signé , Charles, & plus bas,
Pinart.
En voici une autre
écrite de la main d'HenL ry III. que j'ai mife ici
parce qu'elle contientun
fait hiftorique.
Monfieur Dupleffs Cha
fillon , il n'eft pas commej'ef
time que vous n'ayez bien
feu à cette heure, comme mon
38 MERCURE
frere le Duc d'Alençon , que
j'ai toujours aimé d'une affe-
&ion plus que fraternelle
s'eftfeparé d'auprés de moypar
la follicitation , & mauvais
confeil de ceux quifont éleveZ
enarmes contre nôtre autorité.
s'étant retiré à Dreux, où il
fait contenance d'affembler
quelques troupes , de quoy vous
pouvezpenfer combienje por
te de regret , tantpour l'amour
fingulier dontje lui fuis conjoint , quepour connoître bien
ne pouvoir advenir d'un fi
nouvel accident que tout accroiffement de maulxfur mon
peuple,
GALANTƒ 89
peuple, qui avoit plus de be
fouinde veoir arrêter le cours
de ceux defquels il n'étoit ja
que trop affligé,felon quejuf
ques à hui ,jepenſe avoirau
tant mis de peine qué detravailque pouvoitfaire un bon
Prince amateur du repos &
A
union de tous fes fujets , &
pourceque en un tel nouveau
mal, &pour m'aider àypourvoir remedier, ainfi que
j'en ai une bonne volonté,j'ai
befouin de l'affiftance de ma
nobleſſe , & de ceux dontjeme
fuis promis toute loyauté
fidelité , du nombre defquels ,
Fév.
1712.
H
90 MERCURE
je vous tiens & eſtime, Fax
pensé vous écrire ce mot de
lettre , pour vous dire que
vous fufles jamais touché du
defir de vous voir en occaque fr
fion, à laquelle vous mepuiffiez faire paroître vôtre
droitte affection au bien de
mon fervice , vous devez
penfer qu'elle fe prefente aujourd'hui, au moyen
je vous écris, Monfieur Dus
pleffis Chatillon , que incontinent la prefente recenë, vous
de quos
regardiez à vous mettre en
ordre , pour me venir trouver
avec bonnecompagnie de vos
PH
GALANTY OF
que vous poure pourez
amis 6 au meilleur équipage d'armes & chevaux &
auplûtôt que
afin de mefaire à ce befoin
fervice queje mefuis toûjours
promis de vôtre loyauté &
le
fidelité, à quoy fatisfaisant ,
outre que ce fera acte digne
&
d'un gentil- homme d'honneur
tel que vous vous eftes tous
jours fait connoître , vous
vous pouvez aſſurer que je
vous en fauray perpetuellement bon gré, & que je le
reconnoîteray envers vousfe
Ton que les occafions s'en pouront offrir, prians Dieu, M.
#
Hij
92 MERCURE
&
Dupleffis Chatillon , qu'il
vous ait enfa fainte garde
fcellé à Paris le 22 jour de
Septembre 1575 Signé, Henry,
&plus bas , Signé, Brullart.
On donnera le mois
prochain des détails fur
les morts de M. de Catinat , M. de Magnac ,
M. de Signelay, & au
tres.
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Résumé : MARIAGE.
Le 21 janvier 1712, Louis Dupleffis Chaftil-Jon, Colonel de Provence et Brigadier des Armées du Roi, a épousé Anne Neyret de la Ravoye. Anne Neyret de la Ravoye est la fille de feu M. de la Ravoye, Grand Audiancier de France et Trésorier général de la marine, et de Varice de Vallières. Le Marquis Dupleffis Chaftillon est le fils de feu Jacques Dupleffis Chaftillon, Marquis de ce lieu et de Nonant, et de Jeanne Marie de Fradet de Saint-Aoust. Jeanne Marie est la fille de Jean de Fradet de Saint-Aoust, Maréchal des Camps et Armées du Roi, Lieutenant général de l'artillerie de France, et de Jeanne Marie de Saint-Gelais de Lufignan. Elle est également la sœur d'Armand Antoine de Fradet de Saint-Aoust, Brigadier et Lieutenant général pour le Roi dans la province de Berry. La maison Dupleffis Chaftillon est l'une des plus anciennes de la province du Maine, comme le montrent des titres datant de 1334 et 1274. La famille a établi de grandes alliances avec des maisons nobles telles que Beaumont le Vicomte, d'Avaugour, de Villevignes, du Bellay, d'O, de la Flotte, et plusieurs autres. Des manuscrits anciens contiennent des lettres du Roi Charles IX et d'Henri III adressées à un Dupleffis Chaftillon. Une lettre de Charles IX, datée du 21 février 1574, informe Dupleffis Chaftillon de son élection à l'Ordre de Saint-Michel. Une autre lettre d'Henri III, datée du 22 septembre 1575, sollicite l'aide de Dupleffis Chaftillon pour faire face à une rébellion.
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2360
p. 92-106
Morts de plusieurs personnes considerables. [titre d'après la table]
Début :
J'ay à vous apprendre la mort de plusieurs Personnes considerables. [...]
Mots clefs :
Décès, Personnes illustres, Marquis, Gouverneur, Sacrements, Catalogne, Généraux, Maison de Marguerit, Actions éclatantes, Dame, Veuve, Seigneur, Petite vérole, Maison de la Palu, Colonel des dragons, Messire, Chevalier, Duc, Clergé, Louis XI, Comte, Fille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts de plusieurs personnes considerables. [titre d'après la table]
J'ay à vous apprendre
la mort de plufieurs Perfonnes
confiderables. Celle de
Dom Jofeph de Marguerit
& de Biévre , Marquis d'Aguilar
, Seigneur de Caſtel
Lampurdam , grand Senéchal
de Catalogne , & cydevant
Gouverneur de la
mefiné Province , Lieute-.
nant Genéral des Armées.
du Roy , arriva le des
Juillet. Il eftoit âgé de quatre-
vingt quatre ans,& mourut
au Chafteau de S. Martin
de Tocques prés Narbonne
, aprés avoir receu
17.
GALANT. 93
tous fes Sacremens avec une
grande refignation . L'Hiftoire
de Catalogne remarque
que fes Anceſtres s'y
établirent dans le temps que
Charlemagne Empereur &
Roy de France , en chaffa.
les Maures . Cette Maiſon a
donné des Cardinaux à l'Eglife
, des Archeveſques à
Tarragonne , des Evefques
à Gironne & à Elne. Elle
compte auffi des Generaux
d'Armée , & des Amiraux
qui ont commandé les Armées
des anciens Roys
d'Aragon & de Sicile . Ce94
MERCURE
luy dont je vous parle avoit
efté Ambaffadeur vers le :
feu Roy. On pourroit faire
une Hiftoire entiere de toutes
les actions d'éclat qui
ont fignalé fa vie. Il avoit
époufe Dona Maria de Biévre
& de Cardona , de laquelle
il a trois Garçons &
deux Filles.
>
2 Le du dernier mois,
3 .
mourut Dame Catherine
Bertrand. Elle eftoit vefve
de Meffire Nicolas de Bailleul
, Seigneur du Pléffis-
Briart , Capitaine aux Gardes
, cy -devant grand Louvetier
de France .
GALANT.
95
X
Quelques jours aprés ,la petite
Verolle emporta Meffire
Bernard de la Palu , Marquis
de Bouligneux,il n'eftoit âgé
que de vingt trois ans. Depuis
l'an mille
que Pierre de
la Palu Seigneur de Varenton
vint au fecours des
Roys de Provence , avec
trois mille Hommes de pied ,
& quinze cens Lanfquenets
levez à fes dépens , cette
Maifon n'a point manqué
de Mafles , comme il paroift
par les Subſtitutions . M. le
Marquis de Bouligneux
eftoit du dernier Carroufel,
96 MERCURE
& il eft parlé de luy dans la
feconde Relation de ce divertiffement
, où l'on voit
tout ce qui regarde les Maifons
, Dignitez & Emplois
de chaque Chevalier.
,
Le 28. du mefme mois ,M.le
Marquis de Liftenois , qui
avoit efté de ce mefine Car
roufel mourut environ
dans le mefme âge. Il eftoit
premier Chevalier d'honneur
au Parlement de Befançon
, grand Bailly , d'A-,
val au Comté de Bourgogne
, & Colonel de Dragons
pour le fervice de Sa Ma--
jeſté..
GALANT. 97
jeſté . La Relation dont je
viens de vous parler,vous en
apprendra davantage . Il a
laiffé deux Enfans de Dame
Marie des Barres , Fille de
Meffire Bernard des Barres ,
Prefident au Mortier au Parlement
de Bourgogne, & de
Dame Antoinette de Beauclerc
.
La nuit du
29. au 30. mourut
Meffire Henry de Daillon
Duc du Lude , Marquis
d'Illiers & de Bouillé , Baron
de Briançon , Chevalier des
Ordres du Roy , Grand - Maitre
de l'Artillerie de France ,
Septembre 1685.
I
98 MERCURE
& Capitaine du Chaſteau de
Saint Germain en Laye . Il
avoit efté premier Gentilhomme
de la Chambre ; &
comme il avoit rendu des
fervices tres - agreables au
Roy , il fut fait Chevalier de
fes Ordres en 1661. pourveu
en 1669. de la Charge de
Grand Maistre de l'Artillerie
à la place de M. le Duc Mazarin
, & eut un Brevet de
Duc & Pair en 1675. Il avoit
époufé en premieres Noces
Dame Eleonor de Bouillé ,
Fille unique de René Marquis
de Bouillé , dont il n'a
GALANT. 99
point eu d'Enfans , non plus
que de Dame Marguerite
Loüife de Bethune , Veuve
de M. le Comte de Guiche,
fa feconde Femme. Elle eſt
Fille, comme vous fçavez , de
Meffire Maximilien de Bethune
III. du nom , Duc de
Sully , & de Dame Charlote
Seguier. Le
Coeur de M. le Duc du Lude
fut porté en ceremonie au
Monaftere des Carmelites
de Pontoiſe , & preſenté par
le Pere Louis le Marchand,
Vicaire general de l'Ordre ,
& Prieur des Celeftins de Pa-
9. de ce mois , le
I ij
100 MERCURE
ris , fon Confeffeur . Il fit un
tres beau Difcours Latin
au Clergé qui le receut dans
l'Eglife , & un autre en François
à la Superieure, Soeur de
Madame la Ducheffe du Lude.
Il expofa dans l'un & dans
l'autre , avec beaucoup de
fuccés , la pieté envers Dieu ,
la fidelité au fervice du Roy,
& les autres grandes qualitez
de cet Illuftre Defunt. La
Maifon de Daillon a efté féconde
en grands Hommes.
Jean de Daillon I.de ce nom,
vivoit en 1420. & fut Pere de
Gilles de Daillon Si du Lude
GALANT . 101
au Maine , qui eftoit en confideration
fous le Regne de
Charles VII . Jean de Dail
lon II . du nom , Fils de Gilles,
eut grande part aux bonnes
graces de Louis XI . II
fut Chambellan de ce Monarque
, qui le fit Capitaine
de fa Porte , & de cent Hommes
d'armes , Gouverneur
d'Alençon , du Perche , de
Dauphiné en 1473. de la Ville
d'Arras & Comté d'Artois en
1477. & Lieutenant General
de fes Armées en Picardie. Il
laiffa Jacques de Daillon de
Marie de Laval . Ce dernier,
I iij
102 MERCURE
qui fut Confeiller & Chambellan
des Rois Louis XII . &
François I. fe diftingua en
toutes fortes d'occaſions par
fa conduite & par fa bravou
re . Il eut de Magdeleine Dame
d'Illiers , Fille de Jean &
de Marguerite de Chourfes,
Jean de Daillon III . du nom,
premier Comte du Lude , Baron
d'Illiers, Senéchal d'Anjou
, Confeiller & Chambellan
du Roy , Chevalier de
fon Ordre , Gouverneur de
Poitou , la Rochelle , & Pays
d'Aunis , Lieutenant General
en Guyenne , & Pere de
GALANT. 103
Guy deDaillonComte du Lu
de , Chevalier des Ordres du
Roy , Gouverneur de Poitou ,
Senéchal d'Anjou , qui acquit
beaucoup de gloire
à
la défenſe de Mets , à la Bataille
de Renty , à la prife
* a
de Calais , de Guines , de
Marans, de Broüage ; & qui
laiffa de Jacqueline de la
Fayette Dame de Pontgibaud
, François de Daillon
Comte du Lude , Marquis
d'Illiers , S de Pontgibaud &
de Briançon , Senéchal d'Anjou
. François de Daillon fervit
tres - utilement les Rois
I iiij
104 MERCURE
Henry III.Henry IV . & Loüis
XIII. & fut fait
Gouverneur
de Gafton de France Duc
d'Orleans.Il eut de
Françoiſe
de Scomberg , Fille de Gafpard
Comte de Nanteüil , &
de Jeanne Chaſteigner - la
Rochepozay , Timoleon de
Daillon Comte du Lude, qui
époufa Marie Faydeau , dont
il eut Henry de Daillon Duc
du Lude , qui vient de mourir
; & Charlote Marie, alliée
le 17. Septembre 1653. à Gaſton
de Roquelaure Chevalier
des Ordres du Roy , Pere
de M. le Duc de
Roquelaure
d'aujourd'huy .
GALANT. 105
La mort de M. le Duc du
Lude , a efté ſuivie de celle
de Catherine d'Afpremont
Vandy , Fille d'honneur de
la feuë Reine Mere du Roy,
& Dame d'honneur de fon
Alteffe Royale Mademoiſelle
d'Orleans . Elle eftoit âgée
de foixante- fix ans , & Fille
deMeffire Jean d'Afpremont
Marquis de Vandy , Meſtre
de Camp & Maréchal des
Camps & Armées de Sa Majefté
, & de Dame Innocente
de Marillac , Soeur du Maréchal
de Marillac , Garde des
Seaux de France . Godefroy
106 MERCURE
de
Baron d'Afpremont en Lorraine
, vivoit du temps
Philippe Augufte Roy de
France , & c'eft de luy que
les Comtes d'Afpremont
font defcendus . Il y a eu des
Evefques de Mets & de Verdun
de cette Maiſon.
la mort de plufieurs Perfonnes
confiderables. Celle de
Dom Jofeph de Marguerit
& de Biévre , Marquis d'Aguilar
, Seigneur de Caſtel
Lampurdam , grand Senéchal
de Catalogne , & cydevant
Gouverneur de la
mefiné Province , Lieute-.
nant Genéral des Armées.
du Roy , arriva le des
Juillet. Il eftoit âgé de quatre-
vingt quatre ans,& mourut
au Chafteau de S. Martin
de Tocques prés Narbonne
, aprés avoir receu
17.
GALANT. 93
tous fes Sacremens avec une
grande refignation . L'Hiftoire
de Catalogne remarque
que fes Anceſtres s'y
établirent dans le temps que
Charlemagne Empereur &
Roy de France , en chaffa.
les Maures . Cette Maiſon a
donné des Cardinaux à l'Eglife
, des Archeveſques à
Tarragonne , des Evefques
à Gironne & à Elne. Elle
compte auffi des Generaux
d'Armée , & des Amiraux
qui ont commandé les Armées
des anciens Roys
d'Aragon & de Sicile . Ce94
MERCURE
luy dont je vous parle avoit
efté Ambaffadeur vers le :
feu Roy. On pourroit faire
une Hiftoire entiere de toutes
les actions d'éclat qui
ont fignalé fa vie. Il avoit
époufe Dona Maria de Biévre
& de Cardona , de laquelle
il a trois Garçons &
deux Filles.
>
2 Le du dernier mois,
3 .
mourut Dame Catherine
Bertrand. Elle eftoit vefve
de Meffire Nicolas de Bailleul
, Seigneur du Pléffis-
Briart , Capitaine aux Gardes
, cy -devant grand Louvetier
de France .
GALANT.
95
X
Quelques jours aprés ,la petite
Verolle emporta Meffire
Bernard de la Palu , Marquis
de Bouligneux,il n'eftoit âgé
que de vingt trois ans. Depuis
l'an mille
que Pierre de
la Palu Seigneur de Varenton
vint au fecours des
Roys de Provence , avec
trois mille Hommes de pied ,
& quinze cens Lanfquenets
levez à fes dépens , cette
Maifon n'a point manqué
de Mafles , comme il paroift
par les Subſtitutions . M. le
Marquis de Bouligneux
eftoit du dernier Carroufel,
96 MERCURE
& il eft parlé de luy dans la
feconde Relation de ce divertiffement
, où l'on voit
tout ce qui regarde les Maifons
, Dignitez & Emplois
de chaque Chevalier.
,
Le 28. du mefme mois ,M.le
Marquis de Liftenois , qui
avoit efté de ce mefine Car
roufel mourut environ
dans le mefme âge. Il eftoit
premier Chevalier d'honneur
au Parlement de Befançon
, grand Bailly , d'A-,
val au Comté de Bourgogne
, & Colonel de Dragons
pour le fervice de Sa Ma--
jeſté..
GALANT. 97
jeſté . La Relation dont je
viens de vous parler,vous en
apprendra davantage . Il a
laiffé deux Enfans de Dame
Marie des Barres , Fille de
Meffire Bernard des Barres ,
Prefident au Mortier au Parlement
de Bourgogne, & de
Dame Antoinette de Beauclerc
.
La nuit du
29. au 30. mourut
Meffire Henry de Daillon
Duc du Lude , Marquis
d'Illiers & de Bouillé , Baron
de Briançon , Chevalier des
Ordres du Roy , Grand - Maitre
de l'Artillerie de France ,
Septembre 1685.
I
98 MERCURE
& Capitaine du Chaſteau de
Saint Germain en Laye . Il
avoit efté premier Gentilhomme
de la Chambre ; &
comme il avoit rendu des
fervices tres - agreables au
Roy , il fut fait Chevalier de
fes Ordres en 1661. pourveu
en 1669. de la Charge de
Grand Maistre de l'Artillerie
à la place de M. le Duc Mazarin
, & eut un Brevet de
Duc & Pair en 1675. Il avoit
époufé en premieres Noces
Dame Eleonor de Bouillé ,
Fille unique de René Marquis
de Bouillé , dont il n'a
GALANT. 99
point eu d'Enfans , non plus
que de Dame Marguerite
Loüife de Bethune , Veuve
de M. le Comte de Guiche,
fa feconde Femme. Elle eſt
Fille, comme vous fçavez , de
Meffire Maximilien de Bethune
III. du nom , Duc de
Sully , & de Dame Charlote
Seguier. Le
Coeur de M. le Duc du Lude
fut porté en ceremonie au
Monaftere des Carmelites
de Pontoiſe , & preſenté par
le Pere Louis le Marchand,
Vicaire general de l'Ordre ,
& Prieur des Celeftins de Pa-
9. de ce mois , le
I ij
100 MERCURE
ris , fon Confeffeur . Il fit un
tres beau Difcours Latin
au Clergé qui le receut dans
l'Eglife , & un autre en François
à la Superieure, Soeur de
Madame la Ducheffe du Lude.
Il expofa dans l'un & dans
l'autre , avec beaucoup de
fuccés , la pieté envers Dieu ,
la fidelité au fervice du Roy,
& les autres grandes qualitez
de cet Illuftre Defunt. La
Maifon de Daillon a efté féconde
en grands Hommes.
Jean de Daillon I.de ce nom,
vivoit en 1420. & fut Pere de
Gilles de Daillon Si du Lude
GALANT . 101
au Maine , qui eftoit en confideration
fous le Regne de
Charles VII . Jean de Dail
lon II . du nom , Fils de Gilles,
eut grande part aux bonnes
graces de Louis XI . II
fut Chambellan de ce Monarque
, qui le fit Capitaine
de fa Porte , & de cent Hommes
d'armes , Gouverneur
d'Alençon , du Perche , de
Dauphiné en 1473. de la Ville
d'Arras & Comté d'Artois en
1477. & Lieutenant General
de fes Armées en Picardie. Il
laiffa Jacques de Daillon de
Marie de Laval . Ce dernier,
I iij
102 MERCURE
qui fut Confeiller & Chambellan
des Rois Louis XII . &
François I. fe diftingua en
toutes fortes d'occaſions par
fa conduite & par fa bravou
re . Il eut de Magdeleine Dame
d'Illiers , Fille de Jean &
de Marguerite de Chourfes,
Jean de Daillon III . du nom,
premier Comte du Lude , Baron
d'Illiers, Senéchal d'Anjou
, Confeiller & Chambellan
du Roy , Chevalier de
fon Ordre , Gouverneur de
Poitou , la Rochelle , & Pays
d'Aunis , Lieutenant General
en Guyenne , & Pere de
GALANT. 103
Guy deDaillonComte du Lu
de , Chevalier des Ordres du
Roy , Gouverneur de Poitou ,
Senéchal d'Anjou , qui acquit
beaucoup de gloire
à
la défenſe de Mets , à la Bataille
de Renty , à la prife
* a
de Calais , de Guines , de
Marans, de Broüage ; & qui
laiffa de Jacqueline de la
Fayette Dame de Pontgibaud
, François de Daillon
Comte du Lude , Marquis
d'Illiers , S de Pontgibaud &
de Briançon , Senéchal d'Anjou
. François de Daillon fervit
tres - utilement les Rois
I iiij
104 MERCURE
Henry III.Henry IV . & Loüis
XIII. & fut fait
Gouverneur
de Gafton de France Duc
d'Orleans.Il eut de
Françoiſe
de Scomberg , Fille de Gafpard
Comte de Nanteüil , &
de Jeanne Chaſteigner - la
Rochepozay , Timoleon de
Daillon Comte du Lude, qui
époufa Marie Faydeau , dont
il eut Henry de Daillon Duc
du Lude , qui vient de mourir
; & Charlote Marie, alliée
le 17. Septembre 1653. à Gaſton
de Roquelaure Chevalier
des Ordres du Roy , Pere
de M. le Duc de
Roquelaure
d'aujourd'huy .
GALANT. 105
La mort de M. le Duc du
Lude , a efté ſuivie de celle
de Catherine d'Afpremont
Vandy , Fille d'honneur de
la feuë Reine Mere du Roy,
& Dame d'honneur de fon
Alteffe Royale Mademoiſelle
d'Orleans . Elle eftoit âgée
de foixante- fix ans , & Fille
deMeffire Jean d'Afpremont
Marquis de Vandy , Meſtre
de Camp & Maréchal des
Camps & Armées de Sa Majefté
, & de Dame Innocente
de Marillac , Soeur du Maréchal
de Marillac , Garde des
Seaux de France . Godefroy
106 MERCURE
de
Baron d'Afpremont en Lorraine
, vivoit du temps
Philippe Augufte Roy de
France , & c'eft de luy que
les Comtes d'Afpremont
font defcendus . Il y a eu des
Evefques de Mets & de Verdun
de cette Maiſon.
Fermer
Résumé : Morts de plusieurs personnes considerables. [titre d'après la table]
Le texte rapporte la mort de plusieurs personnalités notables. Dom Joseph de Marguerit et de Bièvre, Marquis d'Aguilar, Seigneur de Castel Lampurdam, grand Sénéchal de Catalogne et ancien Gouverneur de cette province, ainsi que Lieutenant Général des Armées du Roi, est décédé le 17 juillet à l'âge de quatre-vingt-quatre ans au Château de Saint-Martin-de-Tocques près de Narbonne. Il a reçu tous les sacrements avec résignation. Sa famille s'est établie en Catalogne sous Charlemagne et a produit des cardinaux, archevêques, évêques, généraux et amiraux. Il avait été ambassadeur auprès du roi et a épousé Dona Maria de Bièvre et de Cardona, avec qui il a eu trois garçons et deux filles. En août, Dame Catherine Bertrand, veuve de Messire Nicolas de Bailleul, Seigneur du Plessis-Briart et ancien grand Louvetier de France, est également décédée. Quelques jours plus tard, Messire Bernard de la Palu, Marquis de Bouligneux, est mort à l'âge de vingt-trois ans. Sa famille a soutenu les rois de Provence depuis l'an mil. Le Marquis de Bouligneux était du dernier carrousel et mentionné dans la seconde relation de cet événement. Le 28 août, le Marquis de Listenois, premier Chevalier d'honneur au Parlement de Besançon, grand Bailli d'Aval au Comté de Bourgogne et Colonel de Dragons, est mort à un âge similaire. Il a laissé deux enfants de Dame Marie des Barres. La nuit du 29 au 30 août, Messire Henry de Daillon, Duc du Lude, Marquis d'Illiers et de Bouillé, Baron de Briançon, Chevalier des Ordres du Roi, Grand Maître de l'Artillerie de France et Capitaine du Château de Saint-Germain-en-Laye, est décédé. Timoléon de Daillon, Comte du Lude, épousa Marie Faydeau, et ils eurent deux enfants : Henry de Daillon, Duc du Lude, décédé récemment, et Charlotte Marie, mariée le 17 septembre 1653 à Gaston de Roquelaure, Chevalier des Ordres du Roi et père du Duc de Roquelaure actuel. Le décès du Duc du Lude a été suivi de celui de Catherine d'Aspremont Vandy, fille d'honneur de la reine mère et dame d'honneur de Mademoiselle d'Orléans. Catherine était âgée de soixante-six ans et fille de Jean d'Aspremont, Marquis de Vandy, Maître de Camp et Maréchal des Camps et Armées du Roi, et d'Innocente de Marillac, sœur du Maréchal de Marillac, Garde des Sceaux de France.
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2361
p. 93-111
L'ISLE DES PESCHEURS. Historiette traduite de l'Italien par M. de Pré***.
Début :
Une femme trés-sensible à l'ambitionm & encore plus à [...]
Mots clefs :
Veuve, Pêcheur, Mélancolie, Amour, Magicienne, Oracle, Sacrifice, Résolution, Consolation, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ISLE DES PESCHEURS. Historiette traduite de l'Italien par M. de Pré***.
L'ISLE
DES PESCHEURS.
Hitoriette traduite de l'Italien
parM.dePrè***.
UNe femme trés-sensible
à l'ambition, & encore
plus à l'amour, venoit
de perdre son mari
qu'elle , aimoit, & qui
étoit Gouverneur de
l'Isle des Pescheurs.
Elle se retira dans le
creuxd'un rocher, dont
elle ne sortoit que pour
aller pleurer sur le bord
de la mer.
Unpescheur mélancolique,
& qui pour
pescher seul s'écartoit
toûjours des autres, alla
un jour pescher de bon
matin, & se plaça sur
le bout d'un rocher, proche
decelui qu'habitoit
Zauraa. (c'étoit le nom
de la veuve ) Quoique
depuis son veuvage elle
1
n'eût éie capable de
prendre aucun plaisir,
elle trouva que celui de
la pesche étoit si mélancolique,
qu'il convenoit
à une personneaffligée:
elle regarda la pesche un
peu detemps, & ensuite
elle regarda le pescheur.
Il avoit aussi l'air
fort mélancolique; cest
ce qui luyplut d'abord:
elle s'approcha de luy,
8G se mit à pleurer. Le
gescheur, qui nesçavoit
que lui dire, se mit à
pleurer aussi, & ce fut
toute la conversation de
cette premiere entrevuë.
Zauraa rentra dans son
rocher,& le pêcheurss'en
retourna dans sa cabane.
Toute la nuit Zauraa
pensa à son défunt mari
,
& par malheur pour
elle elle n'y peut penser
sans pleurer, ni pleurer
sans se souvenir de celui
qui avoit pleuré de compagnie
-
avec elle: elle
jugea
jugea que deux pleureursvalentmieux
qu'-
un, & font plus d'honneur
au défunt. Elle retourna
àl'endroit de la
peschepouryrencontrer
son second. Dés la
pointe du jour il ne manqua
pas de s'y trouver;
carilavoitresoludeconsoler
la veuve. D'abord
ils reprirent les pleurs
où ils lesavoientlaissez
de bonesprit, & qui
sçavoit que 1g meilleur
moyen de retirer quelqu'un
de sadouleur,c'est
d'yentrer d'abord avec
lui, se mità parlerainsi.
En vérité, Madame,
vous avez bien raifonde
pleurer Monsieur vôtre
mari; car c'étoit le
meilleur & le plus honjiete
homme du monde.
Comment donc, dit
la veuve, est-ceque vous
le connoissez?Non pas,
Madame, répondit le
pescheur:mais j'en juge
par la maniere dont vous
le pleurez. Après plusieurs
autres discours de
la même espece, enfin le
pescheur la consola de si
bonne grace, qu'elle benissoit
presque le sujet
d'affliction qui luyavoit
attiré un tel consolateur.
Elle l'aima pendant quelque
temps sans s'en ap-
- percevoir;car siere comme
elle Tétoit, elle ailroit
rompu d'abord tout
commerce. Le pescheur
qui s'en étoit apperçû
d'abord, avoit fait confidence
de sa bonne fortune
à la suivante de la
veuve, à qui il promit
tout si elle conduisoit la
chose jusqu'à un bon
mariage.
Cette suivante étoit
une espece de magicienne,
c'est à dire une espece
de fourbe qui avoit
lû des livres de magic,
d'Astrologie, de Chiromancie
,& autres de pareille
trempe. Un foir,
que sa maîtresse rêvoit
profondément au pescheur,
elle lui prit la
main en badinant, &
par certaines lignes redoublées
qu'elle vit dans
sa main, elle devina qu'-
elle étoit destinée à se
remarier. Ce mot deremarier
l'irrita si fort,
que la suivante eût voulu
le retenir, 6L n'en
pnarlaépelus.de la jour-
Le lendemain cette
fiere veuve voyant à son
ordinaire pêscher le pescheur,
se surprit dans un
mouvement detendresse
si fort, qu'elle ne pouvoit
plus le meconnoître.
Elle en eut tant
d'horreur, qu'elle fut
prête à se précipiter dans
la mer:on dit même qu'-
elle s'y précipita,& que
le pescheur la repescha
aussitôt. Quoy qu'il en
foit
,
ello resolut de ne
le plus voir, & elle n'eût
jamais crû pouvoir tenir
sa resolution ;elle la tint
pourtant: mais quels
combatsnéprouvat-elle
point?Tantôt elle regardoit
avec horreur
l'objet de sa foiblesse;
tantôt elle prenoit plaisir
à penser à lui malgré
elle:encertains momens
elle vouloit mourir, en
d'autres momens elle se
feiitoit delà^iipeiîtîoïi
à vi vre. Enfin^a. Magicienne,
qui devinoit tout
de - qu'elle ne ---vouloi-t
point luidire,siten forte
, avec le temps & l'amour,
que la veuve conftritit'à
êtrepresenteà
Uhê^efthêmerveiHeufc
que la Magicienne * lui
Èro?o«sa, &C qui se passa
enjtféfrte'fortc.-; Entre les herbes qu'-
elleconnoissoit, il y en
avoit une pour la-qu-cllc-
,
les poissons avoient tant
d'antipatie, quelle les
faifoic fuir du plus loin
qu'ils la sentoient. Du
jus de cette herbe le pescheur
alloit toutes les
nuits froter les filetsde
ses camarades, en sorte
que pendant huit jours
on ne pur prendre aucun
poisson dans toute fine.
Les voila desolez ; car
ils ne vivoient que de
leur pesche, c'étoit tout
leur commerce.
On eut recours a l'oracle
feur & .trés-seur
car l'oracle dépendoitdu
Sacrificateur, & le Sacrificateur
dépendoitde
la Magicienne. En un
mot elle fit dire à l'oracle
que le poisson ne
viendroit point se prendre
si la veuve de leur
Gouverneur ne leur donnoit
pour chef le pescheuren
question.Apres
cela l'oracle fitunebelle
genealogie au pescheur,
pour le rendre plus digne
de commander: ensuite
sur la foy de l'oracle
on depura vers la
veuve,quirefusa, autant
qu'il en fut besoin
pour persuader qu'elle
ne se fûtjamais mariée
sans la necessité absoluë
qu'il y a d'obéir aux oracles.
Enfin l(histoireditqu'-
elle se maria pour le bien
public; que l'amourdu
bien public lui fit prendre
son mariage en patience
aussi bien qu'à son
mari, qui pour ne jamais
oublier sa baffe extraction
,fit élever un monument
magnifique, avec
un trophée superbe, ou
il appendit son habit ruftique
, sa ligne, ses filets;&
toute sadépoüille
de pescheur, & fitgraver
ces vers au-dessous.
Rustiques omemens de
mapauvrefamille,
Filets
, guetres,sabots
es barette &man- 9
dille,
Je n'ai pas de regret de
*7 * vous avoir quittez
Mais je veux vousgarder
dans mes antiquitez.,
Pour me servir un jour
contre la vaine
gloire.
C'ejl par vous que je
veux commencermon
histoire
A ceux qui curieux de
mesillustresfaits, Mecroiroientvolontiers
descendu desJafets.
Lorsque vous me verrez
un jour par avanture
Succombantsous lepoids
d'une injuste dorure,
'B,Ouff dans mon jabot
comme un pigeon
patu y, Faites-moyJouvenirque
vous m avez, vêtu.
Si quelquefatpajépour
illustrer ma race,
Retranche à mes ayeux
lefiltteS lanasse Pour , me passer sur le
rapé
D'une antique Principauté
,
Pour lors,mes chers hA"
bits,contrecetteimposture
Vous vous érigerez, en
preuves de roture.
DES PESCHEURS.
Hitoriette traduite de l'Italien
parM.dePrè***.
UNe femme trés-sensible
à l'ambition, & encore
plus à l'amour, venoit
de perdre son mari
qu'elle , aimoit, & qui
étoit Gouverneur de
l'Isle des Pescheurs.
Elle se retira dans le
creuxd'un rocher, dont
elle ne sortoit que pour
aller pleurer sur le bord
de la mer.
Unpescheur mélancolique,
& qui pour
pescher seul s'écartoit
toûjours des autres, alla
un jour pescher de bon
matin, & se plaça sur
le bout d'un rocher, proche
decelui qu'habitoit
Zauraa. (c'étoit le nom
de la veuve ) Quoique
depuis son veuvage elle
1
n'eût éie capable de
prendre aucun plaisir,
elle trouva que celui de
la pesche étoit si mélancolique,
qu'il convenoit
à une personneaffligée:
elle regarda la pesche un
peu detemps, & ensuite
elle regarda le pescheur.
Il avoit aussi l'air
fort mélancolique; cest
ce qui luyplut d'abord:
elle s'approcha de luy,
8G se mit à pleurer. Le
gescheur, qui nesçavoit
que lui dire, se mit à
pleurer aussi, & ce fut
toute la conversation de
cette premiere entrevuë.
Zauraa rentra dans son
rocher,& le pêcheurss'en
retourna dans sa cabane.
Toute la nuit Zauraa
pensa à son défunt mari
,
& par malheur pour
elle elle n'y peut penser
sans pleurer, ni pleurer
sans se souvenir de celui
qui avoit pleuré de compagnie
-
avec elle: elle
jugea
jugea que deux pleureursvalentmieux
qu'-
un, & font plus d'honneur
au défunt. Elle retourna
àl'endroit de la
peschepouryrencontrer
son second. Dés la
pointe du jour il ne manqua
pas de s'y trouver;
carilavoitresoludeconsoler
la veuve. D'abord
ils reprirent les pleurs
où ils lesavoientlaissez
de bonesprit, & qui
sçavoit que 1g meilleur
moyen de retirer quelqu'un
de sadouleur,c'est
d'yentrer d'abord avec
lui, se mità parlerainsi.
En vérité, Madame,
vous avez bien raifonde
pleurer Monsieur vôtre
mari; car c'étoit le
meilleur & le plus honjiete
homme du monde.
Comment donc, dit
la veuve, est-ceque vous
le connoissez?Non pas,
Madame, répondit le
pescheur:mais j'en juge
par la maniere dont vous
le pleurez. Après plusieurs
autres discours de
la même espece, enfin le
pescheur la consola de si
bonne grace, qu'elle benissoit
presque le sujet
d'affliction qui luyavoit
attiré un tel consolateur.
Elle l'aima pendant quelque
temps sans s'en ap-
- percevoir;car siere comme
elle Tétoit, elle ailroit
rompu d'abord tout
commerce. Le pescheur
qui s'en étoit apperçû
d'abord, avoit fait confidence
de sa bonne fortune
à la suivante de la
veuve, à qui il promit
tout si elle conduisoit la
chose jusqu'à un bon
mariage.
Cette suivante étoit
une espece de magicienne,
c'est à dire une espece
de fourbe qui avoit
lû des livres de magic,
d'Astrologie, de Chiromancie
,& autres de pareille
trempe. Un foir,
que sa maîtresse rêvoit
profondément au pescheur,
elle lui prit la
main en badinant, &
par certaines lignes redoublées
qu'elle vit dans
sa main, elle devina qu'-
elle étoit destinée à se
remarier. Ce mot deremarier
l'irrita si fort,
que la suivante eût voulu
le retenir, 6L n'en
pnarlaépelus.de la jour-
Le lendemain cette
fiere veuve voyant à son
ordinaire pêscher le pescheur,
se surprit dans un
mouvement detendresse
si fort, qu'elle ne pouvoit
plus le meconnoître.
Elle en eut tant
d'horreur, qu'elle fut
prête à se précipiter dans
la mer:on dit même qu'-
elle s'y précipita,& que
le pescheur la repescha
aussitôt. Quoy qu'il en
foit
,
ello resolut de ne
le plus voir, & elle n'eût
jamais crû pouvoir tenir
sa resolution ;elle la tint
pourtant: mais quels
combatsnéprouvat-elle
point?Tantôt elle regardoit
avec horreur
l'objet de sa foiblesse;
tantôt elle prenoit plaisir
à penser à lui malgré
elle:encertains momens
elle vouloit mourir, en
d'autres momens elle se
feiitoit delà^iipeiîtîoïi
à vi vre. Enfin^a. Magicienne,
qui devinoit tout
de - qu'elle ne ---vouloi-t
point luidire,siten forte
, avec le temps & l'amour,
que la veuve conftritit'à
êtrepresenteà
Uhê^efthêmerveiHeufc
que la Magicienne * lui
Èro?o«sa, &C qui se passa
enjtféfrte'fortc.-; Entre les herbes qu'-
elleconnoissoit, il y en
avoit une pour la-qu-cllc-
,
les poissons avoient tant
d'antipatie, quelle les
faifoic fuir du plus loin
qu'ils la sentoient. Du
jus de cette herbe le pescheur
alloit toutes les
nuits froter les filetsde
ses camarades, en sorte
que pendant huit jours
on ne pur prendre aucun
poisson dans toute fine.
Les voila desolez ; car
ils ne vivoient que de
leur pesche, c'étoit tout
leur commerce.
On eut recours a l'oracle
feur & .trés-seur
car l'oracle dépendoitdu
Sacrificateur, & le Sacrificateur
dépendoitde
la Magicienne. En un
mot elle fit dire à l'oracle
que le poisson ne
viendroit point se prendre
si la veuve de leur
Gouverneur ne leur donnoit
pour chef le pescheuren
question.Apres
cela l'oracle fitunebelle
genealogie au pescheur,
pour le rendre plus digne
de commander: ensuite
sur la foy de l'oracle
on depura vers la
veuve,quirefusa, autant
qu'il en fut besoin
pour persuader qu'elle
ne se fûtjamais mariée
sans la necessité absoluë
qu'il y a d'obéir aux oracles.
Enfin l(histoireditqu'-
elle se maria pour le bien
public; que l'amourdu
bien public lui fit prendre
son mariage en patience
aussi bien qu'à son
mari, qui pour ne jamais
oublier sa baffe extraction
,fit élever un monument
magnifique, avec
un trophée superbe, ou
il appendit son habit ruftique
, sa ligne, ses filets;&
toute sadépoüille
de pescheur, & fitgraver
ces vers au-dessous.
Rustiques omemens de
mapauvrefamille,
Filets
, guetres,sabots
es barette &man- 9
dille,
Je n'ai pas de regret de
*7 * vous avoir quittez
Mais je veux vousgarder
dans mes antiquitez.,
Pour me servir un jour
contre la vaine
gloire.
C'ejl par vous que je
veux commencermon
histoire
A ceux qui curieux de
mesillustresfaits, Mecroiroientvolontiers
descendu desJafets.
Lorsque vous me verrez
un jour par avanture
Succombantsous lepoids
d'une injuste dorure,
'B,Ouff dans mon jabot
comme un pigeon
patu y, Faites-moyJouvenirque
vous m avez, vêtu.
Si quelquefatpajépour
illustrer ma race,
Retranche à mes ayeux
lefiltteS lanasse Pour , me passer sur le
rapé
D'une antique Principauté
,
Pour lors,mes chers hA"
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Vous vous érigerez, en
preuves de roture.
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Résumé : L'ISLE DES PESCHEURS. Historiette traduite de l'Italien par M. de Pré***.
Le texte relate l'histoire de Zauraa, une veuve sensible et amoureuse, qui se retire dans un rocher après la perte de son mari, gouverneur de l'Isle des Pêcheurs. Elle y pleure sa douleur sur le bord de la mer. Un pêcheur mélancolique, qui s'isole pour pêcher, la rencontre et partage sa tristesse. Ils pleurent ensemble sans échanger un mot. Zauraa, incapable de trouver du réconfort, retourne voir le pêcheur le lendemain. Ils discutent de son défunt mari, et le pêcheur la console avec tant de grâce qu'elle finit par l'aimer sans s'en rendre compte. Le pêcheur, aidé par la suivante de Zauraa, une magicienne, cherche à l'épouser. La magicienne prédit à Zauraa qu'elle se remariera, ce qui la perturbe. Malgré ses efforts pour éviter le pêcheur, Zauraa finit par céder à ses sentiments. La magicienne utilise ses pouvoirs pour manipuler la situation. Elle fait en sorte que les pêcheurs de l'île ne puissent plus attraper de poissons, ce qui les pousse à consulter l'oracle. L'oracle, contrôlé par la magicienne, déclare que le pêcheur doit devenir le chef de l'île pour que la pêche reprenne. Zauraa accepte finalement de l'épouser pour le bien public. Le pêcheur, devenu gouverneur, fait ériger un monument avec ses anciens vêtements de pêcheur et des vers gravés, rappelant ses origines modestes et mettant en garde contre la vanité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2362
p. 94-114
REPONSE. De M. le Chevalier d'Arcy aux observations de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie, &c.
Début :
AYANT déclaré que si je faisois part au Public de mes expériences sur [...]
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE. De M. le Chevalier d'Arcy aux observations de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie, &c.
REPONSE.
De M. le Chevalier d'Arcy aux observations
de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général
d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie,
&c.
AYANT déclaré que si je faisois part
au Public de mes expériences sur
l'Artillerie, ce n'étoit que dans l'espéran-
ce de recevoir des conseils de personnes
plus expérimentées què moi sur tout, de
MM. du Corps de l'Artillerie; je n'ai pu
qu'être flatté des observations que M. de
Saint-Auban a faites sur mon Mémoire; il
n'auroit sûrement trouvé personne de plus
docile que moi, & de plus porté à en faire
usage, si je n'avois vu avec regret que je
ne le pouvois, la plûpart de ses observa-
tions ne me paroissans pas concluantes, &
les autres prouvant seulement que je n'ai
pas eu le bonheur d'être entendu de M. de
Saint-Auban.
Je suis peut-être dans l'erreur, mais soit
AVRIL. 1752.
en faveur de mes intentions, soit par le
zéle qu'il a pour la perfection de l'Artille-
rie, je me serois flatté d'un peu plus d'at-
tention de sa part pour saisit mes idées,
j'avois d'autant plus sujet de l'espérer que
la déclaration dont je viens de parler, assû-
roit M. de Saint-Auban de l'empressement
que j'aurois eu de lui donner des éclaircis-
semens sur l'extrait de mon mémoire qui
se trouve dans le Mercure, & de lui com-
muni quer le mémoire même pour peu
qu'il l'eût désiré
Un autre raison qui m empêche de pro-
fiter des observations de M. de Saint-Au-
ban, c'est qu'il se contente de parler de ces
expériences sans nombre qui oni servi à déter-
miner les regles que l'on suit aujourd'hui dant
PArtillerie, soit pour la longueur des pièces
soit pour leurs charges, &c. sans les rappor-
ter, j'aurois eu lieu d'attendre le contraire,
ou au moins qu on faveur de quelqu'un,
qui ne sçait peut-être pas tout ce que MM-
les Officiers d'Artillerie ont fait, il indique-
roit où on pourroit les trouver. L'autorité
de M. de Saint-Auban est sans doute d'un
grand poids, mais il ne peut disconvenit
qu en matiere de faits, on ne prouve qu'au-
tant qu on oppose expériences à experien-
ces.
En attendant qu'il nous fasse part de tou-
96 MERCUREDE FRANCE.
tes ces expériences, j'ai cru que je ne pou-
vois me dispenser de lui communiquer les
remarques que j'ai faites sur ses observa-
tions, & de lui donner en peu de mots
quelques éclaircissemens sur mon mémoi-
re, en rapportant les faits qui servent de
base à ce que j'ai avancé. Je me contente-
rai pour cela de disposer mes remarques se-
lon l'ordre des observations de M. de
Saint-Auban, cette méthode étant ici la
plus courte, par la facilité que l'on a de
recourir à son Mémoire, & me paroissant
après y avoir murement réfléchi, celle qui
convient le mieux à la forme qu'il lui a
donné. Au reste, si je l'imite dans cette dis-
position, je seus qu'il est au dessus de mes
forces de le faire dans le tour délicat qu'il
a sçu donner à ses observations: je tâche-
tai d'y suppléer par la bonté de mes rai-
sons.
Paragraphe premier. » On voit par les
expérienées qu'a faites M. le Chevalier
d'Arcy, &c. M. de Saint-Auban, com-
me je l'ai avancé, prouve qu'il ne m'a
pas entendu dès les premieres lignes de
son Mémoire. Je le prie de me dire dans
quel endroit j'ai proposé des changemens
dans les bouches à feu: je ne les crois
point assez parfaites, pour penser que la
chose soit impossible, mais je nai point
prétendu
AVRIL. 1752.
97
prétendu en indiquer. Loin de cela, dans le
Mémoire que je lus, soit prévoyance ou
pressentiment, je pris toutes les mesures
imaginables pour m'expliquer nettement
sur ce sujet, & pour que personne ne prit
ombrage de mon travail j'établis, com-
me on peut le voir par l'Extrait de M. l'Ab-
bé Raynal » que l'Artillerie pouvoit se di-
»viser en deux parties; l'une qui a pour
n objet la théorie, ou les recherches qui
»peuvent établir les principes physiques,
»d'où résulteroient théoriquement les
„meilleures bouches à feu. L'autre dont
»l'objet est plus vaste & plus important,
nqui embrasse non-seulement ce qui con-
„cerne la maniere d'employer ces armes à
„la guerre, d'établir des batteries, &c
» mais encore toutes ces connoissances que
„ l'expérience donne sur les dimensions
„ des piéces, par rapport à leur service,
„ la facilité de leur transport, &c. Plus
loin M. l'Abbé Raynal s'exprime ainsi sur
le même sujet. » Après cette introduction
„on conçoît facilement quel est le but
„que M. d'Arcy se propose, & que son
„objet est de recherchet au moyen des ex-
„ périences ces principes qui doivent ser-
» vir de base à la théorie de l'Artillerie.
J'ai rapporté tout au long ce qui se trou-
ve dans l'Extrait à ce sujet, parce que je
98 MERCURE DE FRANCE.
serai obligé d'y renvoyer plus d'une fois,
& pour qu'on juge en même tems des pré-
cautions que j'ai prises pour expliquer
clairement le but que je me suis proposé.
Cependant je vois que j'ay eu le malheur
de n'y pas réussir. M. de Saint-Auban a
cru voir dans mon Mémoire des choses
singulieres, étonnantes, dont il rapporte
une partie dans ce premier paragraphe;
ainsi par exemple, on trouve dans l'Ex-
trait, que j'ose me flatter de faire voir bien-
tôt » que lorsque l'on prend les précautions
„ requises, & que l'on employe des métho-
« des moins imparfaites que celles des
„ portées, on peut parvenir à des résultats
„assez constans, pour en déduire des prin-
ncipes surs; & M. de Saint-Auban a cru
que cela vouloit dire » qu'en suivant ce
„ que je prescrirai, les effets de la poudre
»que l'on avoit cru jusqu'ici variables, ne
„pourront être que constans, Penseroit-il
qu'à moins que les effers de la poudre ne
spient constans, on ne peut parvenir à des
résultats assex réguliers, pour en déduire
des principes. Au reste je le prie de
nous faire part de ceux que les anciens
Officiers d'Artillerie ont établis : quant.
à ce qu'il dit des modernes, je suis
comme lui entierement persuadé que leur
zele pour le service de l'Etat leur fait bien
AVRIL.
1752.
99
recevoir tout ce qui peut tendre à la per-
fection de l'Artillerie, de quelque part
qu'il vienne, & loin d'imaginer que M.
de Saint-Auban ne soit pas du même senti-
ment, je suis très-assuré au contraire,
même par ses observations, qu'il verroit
avec plaisit, toutes les tentatives que pour-
roient faire des Militaires ou d'autres per-
sonnes qui ne seroient pas du Corps de
l'Artillerie.
Paragraphe second. M. le Chevalier
d'Arcy juge qu' il y abeaucoup d'erreurs, &c.
Sans entrer dans le détail de ce que j'ai dit
à ce sujet dans mon Mémoire: je rappor-
terai seulement quelques-unes des épreu-
ves qui ont été faites par M. de Valiere
& M. Belidor, pour déterminer la charge
la plus avantageuse d'une piéce devingt-
quatre, elles suffiront je crois, pour faire
voir la vérité de ce que j'ai avancé sur la
méthode des portées.
Par les épreuves de M. de Valiere faites
à Strasbourg le 31 Août, & le 1er Septem-
bre 1740: les portées de deux coups ti-
rés à 24 livres de poudre, furent l'une
de 2200 toises, & l'autre de 2500 toises;
& celles de deux autres coups à 8 livres de
poudre de 2325 & de 2050.
Par les épreuves faites à Metz dans l'été
de 1740 par M. Belidor, on voit que dans
E1j
100 MERCURE DEFRANCE.
18 coups tirés à 9 livres, la plus grande
portée a été de 1010, & la plus petite de
715: dans ces épreuves les différences en-
tre les extrêmes sont de plus d'un quart;
dans celles de M. de Valière, elles sont à
peu près d'un 7me. & vraisemblablement,
s'il avoit répeté les épreuves plus souvent
avec une même charge, elles auroient été
plus considérables.
Ces épreuves, qui surement ont été faites
avec un très-grand soin, font assez voir que
les différences dans les portées sont trop
considérables pour quon en puisse rien
conclure de bien certain, & qu'ainsi M. de
S. Auban n'en dit point assez lorsqu'il se
contente de convenir que la meme Piéee
&c. donue à chaque coup quelque difference.
Quant aux accidens que la pratique, selon
lui, ne peut prévoir, il y en a sans doute,
mais ne doit-on pas chercher à substituer
aux moyens ordinaires des moyens plus
exacts, par lesquels en les diminuant, on
parvienne enfin à des expériences assez
régulieres, pour en tirer des conclusions
certaines. M. de Saint-Auban ajoûte que
l'air entre pour beaucoup dans la differen-
ce des portées; comme je n'ai pu deviner
de quelle façon il l'entend, sçavoir, si
c est, en ce que dans ses différentes tem-
pératures il resiste plus ou moins au mou-
Digtires bOO
AVRIL. 1752.
101
vement du boulet, ou qu'il agit avec plus
ou shoins de force dans les interstices des
grains de poudre, ou enfin qu'il rend l'in-
flammation de la poudre plus ou moins vi-
ve. Je me contenterai de lui dire qu'on
voit par les expériences de M. Robbins.
que dès que la poudre est bien séche, les
effets sont toujours à peu près les mêmes à
quelque heure du jour, & dans quelque
tems que l'on tire. Je sçais à la vérité que
felon plusieurs Auteurs lesportées sont plus
grandes le matin & le soir que dans la
journée, & dans un tems humide, que
dans un tems sec; mais je sçais aussi que
d'autres avancent précisément le contrai-
re : & qu'ainsi c'est une de ces choses, dont
faute de moyens assez exacts, on n'a enco-
re aucune connoissance certaine dans l'Ar-
tillerie.
Paragraphe troisiéme.
Elles ne sont pas
assez, &c. J'ai répondu à ce paragraphe en
répondant au précedent.
Paragraphe quatrième. C'est d'après ces
expériences, &c.
On auroit souhaité que M. de Saint-Au-
ban eut voulu rapporter ces épreuves. On
avoue qu on ne les connoît pas, car dans
tous les Auteurs que l'on a consultés sur
certe matiere, on ne voit rien de positif:
pour s'en assurer, on na qu'à voir les
EIII
102 MERCURE DE FRANCE.
Auteurs cités dans la note.
Nota. Diego Vfano, Traité de l'Artille-
rie pag, 7 & 9. La seconde partie du grand
Art de l'Artillerie de Cazimir, ch. 12 art.
17. D'Avelour, Instruction sur l'Artillerie
de France ch. 9. pag. 34. Du Praissac
Questions militaires, page 124. Maltus
Traité d'Artillerie, ch. S. pag. 89. Aure-
let, Traité des Machines & Feux d'artifice
pour la guerre. Flaurence Rivault, Elemens
d'Artillerie, pag. 125. Mémoires de
Montecuculli, liv. 1. ch. 2. pag. 65. M. le
Chevalier de Saint-fullien, la Forge de
Vulcain, pag. 32 & 33. edit. 1710. Mé-
moires d'Artillerie de Saint-Remi, seconde
édit. 1707, tome 1. pag. 83. idem tome 2.
pag. 246. Coinmentaires de Polybe, de Fo-
lard, tome 2. pag. 629. Lobreau de Four-
ville, Mémoires sur l'Artillerie. Le Mar-
quis de Santa-cruz, Réflexions militaires,
tome 9. pag. 12 & 13. idem pag. 24. Du-
lac, Theorie nouvelle sur le méchanisme
de l'Artillerie, & c.
Paragraphe cinquieme. Les expériences,
Cc.
Mon objet étant de ne rien établir que
sur les faits, il étoit dans l'ordre d'exami-
ner si les conjectures de ces habiles Physi-
ciens étoient conformes à la vérité.
Paragraphe sixième. Celles qu'a fait, &c,
103
AVRIL.
1752.
Il paroîtra singulier que M. de Saint-Au-
ban regarde comme inutiles les expérien-
ces faites pour reconnoître si l'inslamma-
tion de la poudre dans les armes à feu se
fait d'une maniere successive, ou si on peut
la regarder comme instantanée; tandis que
cette question a été agitée depuis long.
tems, & qu'en dernier lieu une des plus
illustres Académies de l'Europe, la fociété
Royale de Londres ne l'a point jugée indi-
gne de son attention, & qu'elle a nommé
un committé ex près pour reconnoître ce
qui en étoit: il est certain de plus que des
différentes vîtesses de l'inflammation, il
résulteroit des conséquences très différen-
tes.
Paragraphe septième. Les objets qui pa-
roissent, &c.
Ce paragraphe & les suivans jusqu'au
ueuvième inclusivement, n'étant qu'une
exposition de ce que j'ai rapporte dans
mon Mémoire, & des conclusions que j'en
aitiré; & M. de Saint-Auban paroissant ne
m'avoir pas bien entendu, je rapposterai ce
que dit à ce sujet M. l'Abbé Raynal, voici
comme il s'exprime en parlant de moi. „ Il
„ajoute que les questions suivantes lui pa-
„ roissent mériter d'être examinées les pre-
nmieres: scavoit, 19. qu'elle est la char-
E iiij
104 MERCURE DEFRANCE.
„ge la plus avantageuse pour un canon
»d'une longueur donnée. 2°. Quel est le
„canon le plus avantageux pour une char-
»ge donnée, & enfin quelle est le point
„où l'on doit porter le feu pour que l'in-
„flammation soit la plus prompte.
Comme il paroît de plus que M. de Saint-
Auban na pas bien conçu la différence qui
se trouve entre les deux premieres ques-
tions; je crois devoir les expliquer ici plus
au long, & ajoûter en même temps deux
mots sut les principes physiques, d'après
lesquels je suis parti: afin de répandre plus
de lumieres sur cette matiere
Il est aujourd'hui prouvé incontestable-
ment par les expériences de MM. Hauks-
bée, Hales, Robbins, &c. que la poudre
contient un fluide élastique & permanent,
qui a toutes les propriétés de l'air; que e'est
ce fluide qui se développant dans l'explo-
sion de la poudre, en fait toute la force;
que son volume dans cet état de dévelop-
pement, est à celui de la poudre qui l'a pro-
duit àpeu près comme 244 à 1. de plus
on sçait que ce fluide échauffé au dégre du
fer prêt à fondre augmente encore de vo-
lume dans le rapport de 5 à 1 l'air dont il a
les propriétés se dilatant par cette chaleur
dans le même rapport. De tout ceci il est
facile de conclure que ce fluide étant aussi
zed by Goog
AVRIL.
105
1752.
violemment échauffé qu'il l'est dans l'ex-
plosion, l'espace qu'il occuperoit dans cet
instant (si rien ne s'opposoit à la dilatation
que l'air) seroit à celui de la poudre qui
l'a produit à peu près comme 1000 à 1.
Ces faits bien connus, la maniere dont
la poudre agit sur le boulet devient facile à
l'effort du fluide qui s'est développé dans
l'explosion; car étant d'autant plus grand
que l'espace qu'il occupe est plus petit,
il s'ensuit que lorsqu'il sera étendu dans
un espace 1000 fois plus grand que le volu-
me de la poudre, il n agira plus sur le bou-
let, étant alors en équilibre avec l'air exté-
rieur. Ainsi, par exemple, une charge de8
livres dans une pièce de 24. produisant un
fluide qui occuperoit 1000 fois l'espace
que cette charge occupoit auparavant, ce
qui feroit plus de 800 pieds, en donnant
à la charge 10 pouces de long, il s'ensuit
que la longueur rhéorique d'une piéce de
24 seroit de 800 pieds, puisque le boulet
recevroit toujours une augmentation de
vitesse jusqu'à ce point.
Mais, si l'on fait attention que dans la
pratique une partie du fluide se perd par la
lumiere, par le vent du boulet, & que la
chaleur de ce fluide va toujours en dimi-
nuant, dès qu'une fois toute la poudre est
enflammée; enfin au frottement que le
Eiiij
106 MERCURE DEFRANCE.
boulet éprouve dans l'ame. On verra qu'il
n est pas étonnant que nous ayons trouvé
qu'une pièce de 24 ne devoit avoir avec
une charge de S livres que 340 pieds de
long, ayant reconnu par nos ex périences
que le fluide produit par 18 grains de pou-
dre dans un canon de six pieds, dont la ca-
pacité étoit de 25 pouces cubiques, don-
noit encore à l'extremité du canon une au-
gmentation de vîtesse au boulet.
Cette théorie des effets de la poudre
dans les armes à feu étant bien entendue,
il est facile de concevoir la différence qui
se trouve entre les deux questions que j'ai
rapportées; car quand je demande quelle est
la charge la plus avantageuse pour un ca-
non d'une longueur donnée, il est clair
que je demande la solution expérimentale
d'un problême qu'on peut regarder com-
me géométrique. Car supposons que le
fluide soit produit dans un instant, ou
que la poudre s'enflamme instantanèment,
la longueur de la charge la plus avanta-
geuse, sera à la longueur du canon comme
1. est à 2. 718. mais les causes dont on
vient de parler plus haut, comme frotte-
mens, & c. devant y apporter des change-
mens, il faut donc avoir recours à l'expé-
rience pour les reconnoître. Cependant
elle nous a montré qu'ils ne sont pas consi-
AVRIL.
1752.
107
derables dans ce cas ci, puisque nous avons
trouvé que la longueur de la charge doit
être entre le tiers & la moitié de la lon-
gueur de la piéce.
Et lorsque je demande le canon le plus
avantageux pour une charge donnée, il
est clair que cela s'entend d'un canon d'une
longueur telle que le fluide produit par
l'explosion dilate dans cette longueur, ne
puisse plus agir sur le boulet.
Paragrapne dixième. M. le Chevalier
d'Arcy ne prononce pas, &c.
Cette question est de la nature de cel-
les que les Géomêtres appellent de maxi-
mis & minimis, ou lorsqu on approche du
terme, les différences deviennent si pe-
tites, qu'elles sont insensibles; c'est pour-
quor l'on na pu déterminer par l'ex-
périence, que les deux termes entre les-
quels ce point est renfermé.
Paragraphe onzième. Longueur de ces
pieces chargées, &c.
Ces deux questions sont faciles à résou-
dre, par ce que l'on a vu dans la réponse
au paragraphe 9. ainsi l'on dira que la lon-
gueur qu il faudroit à une pièce de 24.
pour une charge de 32 ou 46 livres, seroit
à cette charge comme 340 pieds est à 8
livres, & de même que la charge qui com-
muniqueroit tout son effort au boulet dane
E vj
108 MERCURE DEFRANCE.
une piéce de 24 de 9 pieds 6 pouces de
long, se trouveroit en disant comme
340 pieds est à 8 livres; ainsi 9 pieds 6
pouces est à la charge cherchée qui seroit
de 3 onces & demi à peu près.
Paragraphe douzième, M. le Chevalier
d'Arcy, &c.
Si j'avois eu le bonheur d'être entendu
par M. de Saint-Auban, il ne me deman-
deroit pas les moyens de faire résister, &c.
Car la division que j'ai fait de l'Artillerie
& que j'ai rapporté plus haut montre assez
que le but de mon travail n est que de re-
chercher à l'aide de l'expérience, les faits
généraux qui doivent servir de base à la
théorie de l'Artillerie, & non de me char-
ger d'une partie que je sens fort au dessus
de mes forces, & qui ne convient qu'à des
perfonnes aussi experimentées que M. de
Saint-Auban.
Paragraphe treizième. On ne peut &c.
Une longueur tellement proportionnée
par rapport à la charge, que cette charge
seroit toute enflammée, lorsque le boulet
seroit parvenu à la bouche, ne seroit pas
la longueur nécessaire pour employer
toute l'action de la charge, voyez la ré-
ponse au paragraphe 7.
Paragraphe quatorzieme. Des expérience
sans nombre, & c.
AVRIL.
1752.
109
On a déjà répondu à ce paragraphe en
répondant au quatrième.
Paragraphe quinziéme & seiziéme. Les
Officiers d'Artillerie, &c.
Quoique j'aye tâché d'acquérir le plus de
connoissanee que j'ay pu sur l'Artillerie,
M. de Saint-Auban a raison de supposer
que je n'ai pas, lu tout ce que MM. les
Officiers d'Artillerie en ont écrit: cepen-
dant j'en ai assez appris pour lui dire que
ces avantages théoriques qui doivent ré-
sulter de la figure des chambres, ne peu-
vent avoir lieu, ce qui seroit facile à prou-
ver ici. Si pour être court, je ne me con-
tentois de rapporter les expériences faites
par la Société Royale.
Le committé de cette Société, chargé de
vérifier ce fait, fit faire trois chambres de
la même capacité, ajustées dans le mortier
de Hauxsbee. Leur profondeur respective
étoit de trois pouces, d'un pouce & demi,
& de trois quarts de pouces; chacune de
ces chambres remplie de poudre en conte-
noit une once, poids de troy. Le boulet pe-
soit 24. livres 6 onces - averdupoids, ou
336 onces troy: & il touchoit toujours la-
poudre, Le mortier pointé à 45 dégrés,
tiré avec la premiere chambre de 3 pouces
de profondeur, donnna dans les différentes
épreuves les portées suivantes: scavoir,
Digstnas uLO
110 MERCUREDEFRANCE
coups
pieds Anglois.
1
752.
2
685.
737.
4
733.
Dans la seconde de ces épreuves, la
chambre n'ayant pas été poussée jusqu'au
fond avant de tirer le mortier, elle s'en-
gagea par la violence du coup tellement,
qu on eut beaucoup de peine à l'en retiter.
ce qui fut vraisemblablement cause de
l'irrégularité de cette épreuve: la moyen-
ne distance des 3 autres coups est de 741
pieds. On tira ensuite trois coups avec la
chambre de de pouces, tout otant com-
me ci-devant.
coups.
466.
2
463.
463.
La moyenne distance de ces trois épreu-
ves fut de 464 pieds: on ajusta ensuite la
chambre d'un demi pouce, mais comme
elle ne remplissoit pas le mortier aussi bien
que les deux autres: on trouva les portées
sort irrégulieres.
AVRIL. 1792.
111
coups.
686.
2
998.
467.
Ce fut probablement l'humidité qui ren-
dit la troisième portée si petite, le coup
ayant été tité fort avant dans la soirée.
Paragraphe dix-septième. Malgré le
jugement & c. Ce Paragraphe, quoique sous
d'autres termes, signifiant la même chose
que le treizième, y renvoye le Lecteur.
Paragraphe dixhuitième. En général &c.
Comme je n'ai prétendu en aucune fa-
çon fixer la longueur ni l'usage des Piéces
dans la pratique, ainsi qu'on le voit par
la déclaration rapportée au commence-
ment; elle sussit pour répondre à ce para-
graphe.
Paragraphe dix- neuvième. Selon M. le
Chevalier d'Arcy. &c.
Quoique j'aye eu quelque peine à me
former une idée nette des objections con-
tenues depuis ce paragraphe jusqu'au 24eme
inclusivement, je crois cependant etre par-
venu à démêler sur quoi elles roulent, &
qu'elles se reduisent à ceci, que j'ai tort
de dire que l'ait entre pour peu de chose
dans les effets de la poudre, parce que,
suivant l'opinion de M. de Saint-Auban,
VIAMERCURE DE FRANCE.
celui qui est contenu dans les interstices
de ses grains, contribue beaucoup à la
force de son explosion; l'inflammation de
la poudre n'étant qu'un moyen de mettre
en jeu sa force élastique, 2. que l'air a
beaucoup plus de part que je ne le pré-
tends dans la cause du recul des armes à
feu tirées sans boulet, sans relever tout-
ce que dit M. de Saint-Auban sur l'obsta-
ole que la résistance de l'air oppose an recul
du canon. Je me contenterai d'examiner
son opinion, & de rapporter ce qui est
dit au sujet du recul des armes à feu dans
l'extrait du Mercure.
On a déja vu dans la réponse au para-
graphe septième que la plus grande dila-
tation de l'air par une très-grande chaleur
va à lui faire occuper un espace cinque fois
plus grand que celui qu'il occupoit aupa-
ravant. Ainsi supposant que la charge de
huit livres occupa dans une piéce de 24
un espace de dix pouces de long, que
le vuide de ses interstices équivalût à
cinque pouces, c'est à-dire, à la moitié
du volume de la charge, & que la cha-
leur de la poudre enflammée, supposée
égale à celle du fer prêt à fondre, dilate
l'air cinque fois, l'espace qu'il occuperoit
alors pour être en équilibre avec l'air ex-
téricur soroit de vingt- cinque poucos de
AVRIL. 1752. 113
long: par conséquent au-delà de cette
longueur, la poudre n'agitoit plus sur le
boulet, & la piece de vingt-quatre ne
devroit avoir théoriquement, selon l'hypo-
these de M. de Saint-Auban, que vingt-
cinque pouces de long, & dans la pratique
un peu moins: donc & c.
Quant à la seconde objection, je prie
que l'on lise l'extrait du Mercure, dont
je me contenterai de rapporter les pa-
roles suivantes. Au reste M. d'Arcy dé-
elare qu'il est bien éloigné de décider une
question qui comporte tam de difficultès, &
qu'il n'en a parlé que parce qu'il a cru qu'il
étoit à propos de faire faire attention aux Phy-
siciens à cette cause du recul qu'ils paroissent
avoir negligè jusqu'ici.
Paragraphe vingt-cinquième. On croit
sens peine &c. Si les accidens qui me sont
arrivés pendant le cours de mes expérien-
ces, ne m'avoient empêché de décider
d'une manière précise le point d'une char-
ge, où on doit l'enflammer, je croiroi
otre fort en état de déterminer ce point
pour toutes les piéces d'artillerie, quel-
ques figures qu'eussent leurs chambres.
Quant à ce que dit M. de Saint-Auban
des armes de l'Infanterie, il est étonnant
qu'il nait pas comptis mes vues; car la
facilité du service exigeant de racour-
Digsieres bi0O
114 MERCURE DEFRANCE.
cir les armes de l'Infanterie, ne falloit-
il pas scavoir le changement que cela
feroit dans les portées. J'ai montré qu'el-
les diminuoient avec les longueurs: pat
conséquent, que si les Prussiens ont l'a-
vantage de tirer vîte avec leurs fusils
courts, ils ont le desavantage de ne pas
atteindre aussi loin. Au reste une question
qui a mérité l'attention de Messieurs les
Inspecteurs Généraux de l'infanterie, mé-
ritoit bien d'être éclaircie, en tâchant de
reconnoître les principes de fait qui doi-
vent servir de base à sa solution.
De M. le Chevalier d'Arcy aux observations
de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général
d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie,
&c.
AYANT déclaré que si je faisois part
au Public de mes expériences sur
l'Artillerie, ce n'étoit que dans l'espéran-
ce de recevoir des conseils de personnes
plus expérimentées què moi sur tout, de
MM. du Corps de l'Artillerie; je n'ai pu
qu'être flatté des observations que M. de
Saint-Auban a faites sur mon Mémoire; il
n'auroit sûrement trouvé personne de plus
docile que moi, & de plus porté à en faire
usage, si je n'avois vu avec regret que je
ne le pouvois, la plûpart de ses observa-
tions ne me paroissans pas concluantes, &
les autres prouvant seulement que je n'ai
pas eu le bonheur d'être entendu de M. de
Saint-Auban.
Je suis peut-être dans l'erreur, mais soit
AVRIL. 1752.
en faveur de mes intentions, soit par le
zéle qu'il a pour la perfection de l'Artille-
rie, je me serois flatté d'un peu plus d'at-
tention de sa part pour saisit mes idées,
j'avois d'autant plus sujet de l'espérer que
la déclaration dont je viens de parler, assû-
roit M. de Saint-Auban de l'empressement
que j'aurois eu de lui donner des éclaircis-
semens sur l'extrait de mon mémoire qui
se trouve dans le Mercure, & de lui com-
muni quer le mémoire même pour peu
qu'il l'eût désiré
Un autre raison qui m empêche de pro-
fiter des observations de M. de Saint-Au-
ban, c'est qu'il se contente de parler de ces
expériences sans nombre qui oni servi à déter-
miner les regles que l'on suit aujourd'hui dant
PArtillerie, soit pour la longueur des pièces
soit pour leurs charges, &c. sans les rappor-
ter, j'aurois eu lieu d'attendre le contraire,
ou au moins qu on faveur de quelqu'un,
qui ne sçait peut-être pas tout ce que MM-
les Officiers d'Artillerie ont fait, il indique-
roit où on pourroit les trouver. L'autorité
de M. de Saint-Auban est sans doute d'un
grand poids, mais il ne peut disconvenit
qu en matiere de faits, on ne prouve qu'au-
tant qu on oppose expériences à experien-
ces.
En attendant qu'il nous fasse part de tou-
96 MERCUREDE FRANCE.
tes ces expériences, j'ai cru que je ne pou-
vois me dispenser de lui communiquer les
remarques que j'ai faites sur ses observa-
tions, & de lui donner en peu de mots
quelques éclaircissemens sur mon mémoi-
re, en rapportant les faits qui servent de
base à ce que j'ai avancé. Je me contente-
rai pour cela de disposer mes remarques se-
lon l'ordre des observations de M. de
Saint-Auban, cette méthode étant ici la
plus courte, par la facilité que l'on a de
recourir à son Mémoire, & me paroissant
après y avoir murement réfléchi, celle qui
convient le mieux à la forme qu'il lui a
donné. Au reste, si je l'imite dans cette dis-
position, je seus qu'il est au dessus de mes
forces de le faire dans le tour délicat qu'il
a sçu donner à ses observations: je tâche-
tai d'y suppléer par la bonté de mes rai-
sons.
Paragraphe premier. » On voit par les
expérienées qu'a faites M. le Chevalier
d'Arcy, &c. M. de Saint-Auban, com-
me je l'ai avancé, prouve qu'il ne m'a
pas entendu dès les premieres lignes de
son Mémoire. Je le prie de me dire dans
quel endroit j'ai proposé des changemens
dans les bouches à feu: je ne les crois
point assez parfaites, pour penser que la
chose soit impossible, mais je nai point
prétendu
AVRIL. 1752.
97
prétendu en indiquer. Loin de cela, dans le
Mémoire que je lus, soit prévoyance ou
pressentiment, je pris toutes les mesures
imaginables pour m'expliquer nettement
sur ce sujet, & pour que personne ne prit
ombrage de mon travail j'établis, com-
me on peut le voir par l'Extrait de M. l'Ab-
bé Raynal » que l'Artillerie pouvoit se di-
»viser en deux parties; l'une qui a pour
n objet la théorie, ou les recherches qui
»peuvent établir les principes physiques,
»d'où résulteroient théoriquement les
„meilleures bouches à feu. L'autre dont
»l'objet est plus vaste & plus important,
nqui embrasse non-seulement ce qui con-
„cerne la maniere d'employer ces armes à
„la guerre, d'établir des batteries, &c
» mais encore toutes ces connoissances que
„ l'expérience donne sur les dimensions
„ des piéces, par rapport à leur service,
„ la facilité de leur transport, &c. Plus
loin M. l'Abbé Raynal s'exprime ainsi sur
le même sujet. » Après cette introduction
„on conçoît facilement quel est le but
„que M. d'Arcy se propose, & que son
„objet est de recherchet au moyen des ex-
„ périences ces principes qui doivent ser-
» vir de base à la théorie de l'Artillerie.
J'ai rapporté tout au long ce qui se trou-
ve dans l'Extrait à ce sujet, parce que je
98 MERCURE DE FRANCE.
serai obligé d'y renvoyer plus d'une fois,
& pour qu'on juge en même tems des pré-
cautions que j'ai prises pour expliquer
clairement le but que je me suis proposé.
Cependant je vois que j'ay eu le malheur
de n'y pas réussir. M. de Saint-Auban a
cru voir dans mon Mémoire des choses
singulieres, étonnantes, dont il rapporte
une partie dans ce premier paragraphe;
ainsi par exemple, on trouve dans l'Ex-
trait, que j'ose me flatter de faire voir bien-
tôt » que lorsque l'on prend les précautions
„ requises, & que l'on employe des métho-
« des moins imparfaites que celles des
„ portées, on peut parvenir à des résultats
„assez constans, pour en déduire des prin-
ncipes surs; & M. de Saint-Auban a cru
que cela vouloit dire » qu'en suivant ce
„ que je prescrirai, les effets de la poudre
»que l'on avoit cru jusqu'ici variables, ne
„pourront être que constans, Penseroit-il
qu'à moins que les effers de la poudre ne
spient constans, on ne peut parvenir à des
résultats assex réguliers, pour en déduire
des principes. Au reste je le prie de
nous faire part de ceux que les anciens
Officiers d'Artillerie ont établis : quant.
à ce qu'il dit des modernes, je suis
comme lui entierement persuadé que leur
zele pour le service de l'Etat leur fait bien
AVRIL.
1752.
99
recevoir tout ce qui peut tendre à la per-
fection de l'Artillerie, de quelque part
qu'il vienne, & loin d'imaginer que M.
de Saint-Auban ne soit pas du même senti-
ment, je suis très-assuré au contraire,
même par ses observations, qu'il verroit
avec plaisit, toutes les tentatives que pour-
roient faire des Militaires ou d'autres per-
sonnes qui ne seroient pas du Corps de
l'Artillerie.
Paragraphe second. M. le Chevalier
d'Arcy juge qu' il y abeaucoup d'erreurs, &c.
Sans entrer dans le détail de ce que j'ai dit
à ce sujet dans mon Mémoire: je rappor-
terai seulement quelques-unes des épreu-
ves qui ont été faites par M. de Valiere
& M. Belidor, pour déterminer la charge
la plus avantageuse d'une piéce devingt-
quatre, elles suffiront je crois, pour faire
voir la vérité de ce que j'ai avancé sur la
méthode des portées.
Par les épreuves de M. de Valiere faites
à Strasbourg le 31 Août, & le 1er Septem-
bre 1740: les portées de deux coups ti-
rés à 24 livres de poudre, furent l'une
de 2200 toises, & l'autre de 2500 toises;
& celles de deux autres coups à 8 livres de
poudre de 2325 & de 2050.
Par les épreuves faites à Metz dans l'été
de 1740 par M. Belidor, on voit que dans
E1j
100 MERCURE DEFRANCE.
18 coups tirés à 9 livres, la plus grande
portée a été de 1010, & la plus petite de
715: dans ces épreuves les différences en-
tre les extrêmes sont de plus d'un quart;
dans celles de M. de Valière, elles sont à
peu près d'un 7me. & vraisemblablement,
s'il avoit répeté les épreuves plus souvent
avec une même charge, elles auroient été
plus considérables.
Ces épreuves, qui surement ont été faites
avec un très-grand soin, font assez voir que
les différences dans les portées sont trop
considérables pour quon en puisse rien
conclure de bien certain, & qu'ainsi M. de
S. Auban n'en dit point assez lorsqu'il se
contente de convenir que la meme Piéee
&c. donue à chaque coup quelque difference.
Quant aux accidens que la pratique, selon
lui, ne peut prévoir, il y en a sans doute,
mais ne doit-on pas chercher à substituer
aux moyens ordinaires des moyens plus
exacts, par lesquels en les diminuant, on
parvienne enfin à des expériences assez
régulieres, pour en tirer des conclusions
certaines. M. de Saint-Auban ajoûte que
l'air entre pour beaucoup dans la differen-
ce des portées; comme je n'ai pu deviner
de quelle façon il l'entend, sçavoir, si
c est, en ce que dans ses différentes tem-
pératures il resiste plus ou moins au mou-
Digtires bOO
AVRIL. 1752.
101
vement du boulet, ou qu'il agit avec plus
ou shoins de force dans les interstices des
grains de poudre, ou enfin qu'il rend l'in-
flammation de la poudre plus ou moins vi-
ve. Je me contenterai de lui dire qu'on
voit par les expériences de M. Robbins.
que dès que la poudre est bien séche, les
effets sont toujours à peu près les mêmes à
quelque heure du jour, & dans quelque
tems que l'on tire. Je sçais à la vérité que
felon plusieurs Auteurs lesportées sont plus
grandes le matin & le soir que dans la
journée, & dans un tems humide, que
dans un tems sec; mais je sçais aussi que
d'autres avancent précisément le contrai-
re : & qu'ainsi c'est une de ces choses, dont
faute de moyens assez exacts, on n'a enco-
re aucune connoissance certaine dans l'Ar-
tillerie.
Paragraphe troisiéme.
Elles ne sont pas
assez, &c. J'ai répondu à ce paragraphe en
répondant au précedent.
Paragraphe quatrième. C'est d'après ces
expériences, &c.
On auroit souhaité que M. de Saint-Au-
ban eut voulu rapporter ces épreuves. On
avoue qu on ne les connoît pas, car dans
tous les Auteurs que l'on a consultés sur
certe matiere, on ne voit rien de positif:
pour s'en assurer, on na qu'à voir les
EIII
102 MERCURE DE FRANCE.
Auteurs cités dans la note.
Nota. Diego Vfano, Traité de l'Artille-
rie pag, 7 & 9. La seconde partie du grand
Art de l'Artillerie de Cazimir, ch. 12 art.
17. D'Avelour, Instruction sur l'Artillerie
de France ch. 9. pag. 34. Du Praissac
Questions militaires, page 124. Maltus
Traité d'Artillerie, ch. S. pag. 89. Aure-
let, Traité des Machines & Feux d'artifice
pour la guerre. Flaurence Rivault, Elemens
d'Artillerie, pag. 125. Mémoires de
Montecuculli, liv. 1. ch. 2. pag. 65. M. le
Chevalier de Saint-fullien, la Forge de
Vulcain, pag. 32 & 33. edit. 1710. Mé-
moires d'Artillerie de Saint-Remi, seconde
édit. 1707, tome 1. pag. 83. idem tome 2.
pag. 246. Coinmentaires de Polybe, de Fo-
lard, tome 2. pag. 629. Lobreau de Four-
ville, Mémoires sur l'Artillerie. Le Mar-
quis de Santa-cruz, Réflexions militaires,
tome 9. pag. 12 & 13. idem pag. 24. Du-
lac, Theorie nouvelle sur le méchanisme
de l'Artillerie, & c.
Paragraphe cinquieme. Les expériences,
Cc.
Mon objet étant de ne rien établir que
sur les faits, il étoit dans l'ordre d'exami-
ner si les conjectures de ces habiles Physi-
ciens étoient conformes à la vérité.
Paragraphe sixième. Celles qu'a fait, &c,
103
AVRIL.
1752.
Il paroîtra singulier que M. de Saint-Au-
ban regarde comme inutiles les expérien-
ces faites pour reconnoître si l'inslamma-
tion de la poudre dans les armes à feu se
fait d'une maniere successive, ou si on peut
la regarder comme instantanée; tandis que
cette question a été agitée depuis long.
tems, & qu'en dernier lieu une des plus
illustres Académies de l'Europe, la fociété
Royale de Londres ne l'a point jugée indi-
gne de son attention, & qu'elle a nommé
un committé ex près pour reconnoître ce
qui en étoit: il est certain de plus que des
différentes vîtesses de l'inflammation, il
résulteroit des conséquences très différen-
tes.
Paragraphe septième. Les objets qui pa-
roissent, &c.
Ce paragraphe & les suivans jusqu'au
ueuvième inclusivement, n'étant qu'une
exposition de ce que j'ai rapporte dans
mon Mémoire, & des conclusions que j'en
aitiré; & M. de Saint-Auban paroissant ne
m'avoir pas bien entendu, je rapposterai ce
que dit à ce sujet M. l'Abbé Raynal, voici
comme il s'exprime en parlant de moi. „ Il
„ajoute que les questions suivantes lui pa-
„ roissent mériter d'être examinées les pre-
nmieres: scavoit, 19. qu'elle est la char-
E iiij
104 MERCURE DEFRANCE.
„ge la plus avantageuse pour un canon
»d'une longueur donnée. 2°. Quel est le
„canon le plus avantageux pour une char-
»ge donnée, & enfin quelle est le point
„où l'on doit porter le feu pour que l'in-
„flammation soit la plus prompte.
Comme il paroît de plus que M. de Saint-
Auban na pas bien conçu la différence qui
se trouve entre les deux premieres ques-
tions; je crois devoir les expliquer ici plus
au long, & ajoûter en même temps deux
mots sut les principes physiques, d'après
lesquels je suis parti: afin de répandre plus
de lumieres sur cette matiere
Il est aujourd'hui prouvé incontestable-
ment par les expériences de MM. Hauks-
bée, Hales, Robbins, &c. que la poudre
contient un fluide élastique & permanent,
qui a toutes les propriétés de l'air; que e'est
ce fluide qui se développant dans l'explo-
sion de la poudre, en fait toute la force;
que son volume dans cet état de dévelop-
pement, est à celui de la poudre qui l'a pro-
duit àpeu près comme 244 à 1. de plus
on sçait que ce fluide échauffé au dégre du
fer prêt à fondre augmente encore de vo-
lume dans le rapport de 5 à 1 l'air dont il a
les propriétés se dilatant par cette chaleur
dans le même rapport. De tout ceci il est
facile de conclure que ce fluide étant aussi
zed by Goog
AVRIL.
105
1752.
violemment échauffé qu'il l'est dans l'ex-
plosion, l'espace qu'il occuperoit dans cet
instant (si rien ne s'opposoit à la dilatation
que l'air) seroit à celui de la poudre qui
l'a produit à peu près comme 1000 à 1.
Ces faits bien connus, la maniere dont
la poudre agit sur le boulet devient facile à
l'effort du fluide qui s'est développé dans
l'explosion; car étant d'autant plus grand
que l'espace qu'il occupe est plus petit,
il s'ensuit que lorsqu'il sera étendu dans
un espace 1000 fois plus grand que le volu-
me de la poudre, il n agira plus sur le bou-
let, étant alors en équilibre avec l'air exté-
rieur. Ainsi, par exemple, une charge de8
livres dans une pièce de 24. produisant un
fluide qui occuperoit 1000 fois l'espace
que cette charge occupoit auparavant, ce
qui feroit plus de 800 pieds, en donnant
à la charge 10 pouces de long, il s'ensuit
que la longueur rhéorique d'une piéce de
24 seroit de 800 pieds, puisque le boulet
recevroit toujours une augmentation de
vitesse jusqu'à ce point.
Mais, si l'on fait attention que dans la
pratique une partie du fluide se perd par la
lumiere, par le vent du boulet, & que la
chaleur de ce fluide va toujours en dimi-
nuant, dès qu'une fois toute la poudre est
enflammée; enfin au frottement que le
Eiiij
106 MERCURE DEFRANCE.
boulet éprouve dans l'ame. On verra qu'il
n est pas étonnant que nous ayons trouvé
qu'une pièce de 24 ne devoit avoir avec
une charge de S livres que 340 pieds de
long, ayant reconnu par nos ex périences
que le fluide produit par 18 grains de pou-
dre dans un canon de six pieds, dont la ca-
pacité étoit de 25 pouces cubiques, don-
noit encore à l'extremité du canon une au-
gmentation de vîtesse au boulet.
Cette théorie des effets de la poudre
dans les armes à feu étant bien entendue,
il est facile de concevoir la différence qui
se trouve entre les deux questions que j'ai
rapportées; car quand je demande quelle est
la charge la plus avantageuse pour un ca-
non d'une longueur donnée, il est clair
que je demande la solution expérimentale
d'un problême qu'on peut regarder com-
me géométrique. Car supposons que le
fluide soit produit dans un instant, ou
que la poudre s'enflamme instantanèment,
la longueur de la charge la plus avanta-
geuse, sera à la longueur du canon comme
1. est à 2. 718. mais les causes dont on
vient de parler plus haut, comme frotte-
mens, & c. devant y apporter des change-
mens, il faut donc avoir recours à l'expé-
rience pour les reconnoître. Cependant
elle nous a montré qu'ils ne sont pas consi-
AVRIL.
1752.
107
derables dans ce cas ci, puisque nous avons
trouvé que la longueur de la charge doit
être entre le tiers & la moitié de la lon-
gueur de la piéce.
Et lorsque je demande le canon le plus
avantageux pour une charge donnée, il
est clair que cela s'entend d'un canon d'une
longueur telle que le fluide produit par
l'explosion dilate dans cette longueur, ne
puisse plus agir sur le boulet.
Paragrapne dixième. M. le Chevalier
d'Arcy ne prononce pas, &c.
Cette question est de la nature de cel-
les que les Géomêtres appellent de maxi-
mis & minimis, ou lorsqu on approche du
terme, les différences deviennent si pe-
tites, qu'elles sont insensibles; c'est pour-
quor l'on na pu déterminer par l'ex-
périence, que les deux termes entre les-
quels ce point est renfermé.
Paragraphe onzième. Longueur de ces
pieces chargées, &c.
Ces deux questions sont faciles à résou-
dre, par ce que l'on a vu dans la réponse
au paragraphe 9. ainsi l'on dira que la lon-
gueur qu il faudroit à une pièce de 24.
pour une charge de 32 ou 46 livres, seroit
à cette charge comme 340 pieds est à 8
livres, & de même que la charge qui com-
muniqueroit tout son effort au boulet dane
E vj
108 MERCURE DEFRANCE.
une piéce de 24 de 9 pieds 6 pouces de
long, se trouveroit en disant comme
340 pieds est à 8 livres; ainsi 9 pieds 6
pouces est à la charge cherchée qui seroit
de 3 onces & demi à peu près.
Paragraphe douzième, M. le Chevalier
d'Arcy, &c.
Si j'avois eu le bonheur d'être entendu
par M. de Saint-Auban, il ne me deman-
deroit pas les moyens de faire résister, &c.
Car la division que j'ai fait de l'Artillerie
& que j'ai rapporté plus haut montre assez
que le but de mon travail n est que de re-
chercher à l'aide de l'expérience, les faits
généraux qui doivent servir de base à la
théorie de l'Artillerie, & non de me char-
ger d'une partie que je sens fort au dessus
de mes forces, & qui ne convient qu'à des
perfonnes aussi experimentées que M. de
Saint-Auban.
Paragraphe treizième. On ne peut &c.
Une longueur tellement proportionnée
par rapport à la charge, que cette charge
seroit toute enflammée, lorsque le boulet
seroit parvenu à la bouche, ne seroit pas
la longueur nécessaire pour employer
toute l'action de la charge, voyez la ré-
ponse au paragraphe 7.
Paragraphe quatorzieme. Des expérience
sans nombre, & c.
AVRIL.
1752.
109
On a déjà répondu à ce paragraphe en
répondant au quatrième.
Paragraphe quinziéme & seiziéme. Les
Officiers d'Artillerie, &c.
Quoique j'aye tâché d'acquérir le plus de
connoissanee que j'ay pu sur l'Artillerie,
M. de Saint-Auban a raison de supposer
que je n'ai pas, lu tout ce que MM. les
Officiers d'Artillerie en ont écrit: cepen-
dant j'en ai assez appris pour lui dire que
ces avantages théoriques qui doivent ré-
sulter de la figure des chambres, ne peu-
vent avoir lieu, ce qui seroit facile à prou-
ver ici. Si pour être court, je ne me con-
tentois de rapporter les expériences faites
par la Société Royale.
Le committé de cette Société, chargé de
vérifier ce fait, fit faire trois chambres de
la même capacité, ajustées dans le mortier
de Hauxsbee. Leur profondeur respective
étoit de trois pouces, d'un pouce & demi,
& de trois quarts de pouces; chacune de
ces chambres remplie de poudre en conte-
noit une once, poids de troy. Le boulet pe-
soit 24. livres 6 onces - averdupoids, ou
336 onces troy: & il touchoit toujours la-
poudre, Le mortier pointé à 45 dégrés,
tiré avec la premiere chambre de 3 pouces
de profondeur, donnna dans les différentes
épreuves les portées suivantes: scavoir,
Digstnas uLO
110 MERCUREDEFRANCE
coups
pieds Anglois.
1
752.
2
685.
737.
4
733.
Dans la seconde de ces épreuves, la
chambre n'ayant pas été poussée jusqu'au
fond avant de tirer le mortier, elle s'en-
gagea par la violence du coup tellement,
qu on eut beaucoup de peine à l'en retiter.
ce qui fut vraisemblablement cause de
l'irrégularité de cette épreuve: la moyen-
ne distance des 3 autres coups est de 741
pieds. On tira ensuite trois coups avec la
chambre de de pouces, tout otant com-
me ci-devant.
coups.
466.
2
463.
463.
La moyenne distance de ces trois épreu-
ves fut de 464 pieds: on ajusta ensuite la
chambre d'un demi pouce, mais comme
elle ne remplissoit pas le mortier aussi bien
que les deux autres: on trouva les portées
sort irrégulieres.
AVRIL. 1792.
111
coups.
686.
2
998.
467.
Ce fut probablement l'humidité qui ren-
dit la troisième portée si petite, le coup
ayant été tité fort avant dans la soirée.
Paragraphe dix-septième. Malgré le
jugement & c. Ce Paragraphe, quoique sous
d'autres termes, signifiant la même chose
que le treizième, y renvoye le Lecteur.
Paragraphe dixhuitième. En général &c.
Comme je n'ai prétendu en aucune fa-
çon fixer la longueur ni l'usage des Piéces
dans la pratique, ainsi qu'on le voit par
la déclaration rapportée au commence-
ment; elle sussit pour répondre à ce para-
graphe.
Paragraphe dix- neuvième. Selon M. le
Chevalier d'Arcy. &c.
Quoique j'aye eu quelque peine à me
former une idée nette des objections con-
tenues depuis ce paragraphe jusqu'au 24eme
inclusivement, je crois cependant etre par-
venu à démêler sur quoi elles roulent, &
qu'elles se reduisent à ceci, que j'ai tort
de dire que l'ait entre pour peu de chose
dans les effets de la poudre, parce que,
suivant l'opinion de M. de Saint-Auban,
VIAMERCURE DE FRANCE.
celui qui est contenu dans les interstices
de ses grains, contribue beaucoup à la
force de son explosion; l'inflammation de
la poudre n'étant qu'un moyen de mettre
en jeu sa force élastique, 2. que l'air a
beaucoup plus de part que je ne le pré-
tends dans la cause du recul des armes à
feu tirées sans boulet, sans relever tout-
ce que dit M. de Saint-Auban sur l'obsta-
ole que la résistance de l'air oppose an recul
du canon. Je me contenterai d'examiner
son opinion, & de rapporter ce qui est
dit au sujet du recul des armes à feu dans
l'extrait du Mercure.
On a déja vu dans la réponse au para-
graphe septième que la plus grande dila-
tation de l'air par une très-grande chaleur
va à lui faire occuper un espace cinque fois
plus grand que celui qu'il occupoit aupa-
ravant. Ainsi supposant que la charge de
huit livres occupa dans une piéce de 24
un espace de dix pouces de long, que
le vuide de ses interstices équivalût à
cinque pouces, c'est à-dire, à la moitié
du volume de la charge, & que la cha-
leur de la poudre enflammée, supposée
égale à celle du fer prêt à fondre, dilate
l'air cinque fois, l'espace qu'il occuperoit
alors pour être en équilibre avec l'air ex-
téricur soroit de vingt- cinque poucos de
AVRIL. 1752. 113
long: par conséquent au-delà de cette
longueur, la poudre n'agitoit plus sur le
boulet, & la piece de vingt-quatre ne
devroit avoir théoriquement, selon l'hypo-
these de M. de Saint-Auban, que vingt-
cinque pouces de long, & dans la pratique
un peu moins: donc & c.
Quant à la seconde objection, je prie
que l'on lise l'extrait du Mercure, dont
je me contenterai de rapporter les pa-
roles suivantes. Au reste M. d'Arcy dé-
elare qu'il est bien éloigné de décider une
question qui comporte tam de difficultès, &
qu'il n'en a parlé que parce qu'il a cru qu'il
étoit à propos de faire faire attention aux Phy-
siciens à cette cause du recul qu'ils paroissent
avoir negligè jusqu'ici.
Paragraphe vingt-cinquième. On croit
sens peine &c. Si les accidens qui me sont
arrivés pendant le cours de mes expérien-
ces, ne m'avoient empêché de décider
d'une manière précise le point d'une char-
ge, où on doit l'enflammer, je croiroi
otre fort en état de déterminer ce point
pour toutes les piéces d'artillerie, quel-
ques figures qu'eussent leurs chambres.
Quant à ce que dit M. de Saint-Auban
des armes de l'Infanterie, il est étonnant
qu'il nait pas comptis mes vues; car la
facilité du service exigeant de racour-
Digsieres bi0O
114 MERCURE DEFRANCE.
cir les armes de l'Infanterie, ne falloit-
il pas scavoir le changement que cela
feroit dans les portées. J'ai montré qu'el-
les diminuoient avec les longueurs: pat
conséquent, que si les Prussiens ont l'a-
vantage de tirer vîte avec leurs fusils
courts, ils ont le desavantage de ne pas
atteindre aussi loin. Au reste une question
qui a mérité l'attention de Messieurs les
Inspecteurs Généraux de l'infanterie, mé-
ritoit bien d'être éclaircie, en tâchant de
reconnoître les principes de fait qui doi-
vent servir de base à sa solution.
Fermer
2363
p. 92-129
SUITE de l'extrait de la Lettre de M. Rousseau de Geneve à M. d'Alembert, sur les Spectacles.
Début :
On a vu comment M. Rousseau s'y est pris pour nous prouver que la Tragédie [...]
Mots clefs :
Molière, Comédie, Jean-Jacques Rousseau, Homme, Misanthrope, Vertu, Théâtre, Gens, Vice, Vices, Ridicule, Caractère, Moeurs, Monde, Honnête, Comique, Fripons, Pièce, Nature, Hommes, Mépris, Vicieux, Personnage, École, Société, Vérité, Avare, Enfants, Traits, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'extrait de la Lettre de M. Rousseau de Geneve à M. d'Alembert, sur les Spectacles.
SUITE de l'extrait de la Lettre de M.
Rouffean de Geneve à M. d'Alembert ,
fur les Spectacles.
ONNa vu comment M. Rouffeau s'y eſt
pris pour nous prouver que la Tragédie
allume en nous les mêmes paffions dont
elle prétend infpirer la crainte , & qu'elle
nous conduit aux crimes dont elle veut
nous éloigner.
DECEMBRE . 1758 .
93
Les moeurs de la Comédie lui femblent
encore plus dangereufes , en ce qu'elles
ont avec les nôtres un rapport plus immédiat.
« Tout en eft mauvais & pernicieux ,
» tout tire à conféquence pour les fpecta-
» teurs ; & le plaifir même du comique
étant fondé fur un vice du coeur hu-
» main , c'eſt une fuite de ce principe , que
plus la Comédie eft agréable & parfaite ,
plus fon effet eft funefte aux moeurs . »
199
و د
"
Pour fe concilier avec M. Rouſſeau , il
ne fuffit donc pas d'avouer que le théâtre ,
quoique purgé de fon ancienne indécence,
n'eft pas encore affez châtié ; que Dancourt
, Montfleuri & leurs femblables ,
devroient en être à jamais bannis ; qu'en
un mot le feul comique honnête & moral
doit être donné en fpectacle. Si M. Rouffeau
n'eût dit que cela , il eût penſé comme
tous les honnêtes gens ; mais ce n'étoit
pas affez pour lui tout comique fans
diftinction eft , s'il faut l'en croire , une
école du vice : il n'en connoît point d'innocent.
Il n'eft donc pas queftion d'examiner
s'il y a des Comédies repréhensibles
du côté des moeurs ; mais s'il y a des Comédies
dont les moeurs foient bonnes , &
les leçons utiles .
M. R.
commence par vouloir prouver
l'inutilité de la Comédie. " Imaginez la
94 MERCURE
DE FRANCE .
" Comédie auffi parfaite qu'il vous plaira
( & ceci eft commun aux deux théâtres ) ,
» où eft celui qui , s'y rendant pour la premiere
fois , n'y va pas déja convaincu de
» ce qu'on y prouve ? »
Celui qui n'en eft pas convaincu , eft ,
lui dirai-je , un orgon aveuglément prévenu
pour un tartufe , un jaloux qui ne
voit de fûreté pour fon honneur que dans
une tyrannie odieufe , un avare qui croit
trouver l'équivalent de tous les biens dans
un tréfor qui fera fon fupplice , un mari
livré à une feconde femme qui lui fait
haïr fes premiers enfans , & qui le flatte
pour le dépouiller. Voilà les gens qui vont
au fpectacle le bandeau fur les yeux , &
qui en reviennent capables de réflexions
falutaires , à moins de les fuppofer imbécilles
. De ce que la Comédie fe rapproche
du ton du monde , M. R. conclut qu'elle
ne corrige point les moeurs. « Un laid vifage
ne paroît point laid à celui qui le
» porte. Que fi l'on veut corriger les
» moeurs par leur charge , on quitte la vraifemblance
& la nature , & le tableau ne
» fait plus d'effet . C'eft attaquer la Comédie
dans fon effence ; & fi cette propofition
, légérement jettée , étoit vraie dans
fes deux points , l'inutilité de la Comédie
àl'égard des moeurs , feroit démontrée.
"
DECEMBRE. 1758. 95
Un laid vifage ne paroît point laid à celui
qui le porte. Quand cela feroit comme cela
n'eft pas , de bonne foi cette comparaiſon
peut-elle être pofée en principe ? La laideur
& la beauté font arbitraires jufqu'à un cer
tain point ; il y a du préjugé , de la fantaifie
, du caprice même dans l'opinion
qu'on en peut avoir. Mais en eft- il ainfi
des vices & furtout des vices auxquels le
Public attache le ridicule & le mépris ? Si
le vicieux fe méconnoît au théâtre , il fe
méconnoît encore plus dans un difcours
de morale , & dès-lors toute instruction
générale devient inutile , ce que M. R. n'a
certainement pas prétendu. A l'égard du
théâtre , rappellons- nous ce qui s'eft paffé
dans la nouveauté du tartufe . Croira- t'on
que les faux dévots avoient du plaifir à s'y
voir peints ? croira- t'on que l'ufurier fe
complaife dans le miroir de l'avare ? Voilà
les vicieux bien à leur aife , s'ils aiment
à fe voir tels qu'ils font ! Mais du moins
n'aiment- ils pas à être vus dans cette nudité
humiliante . Leur raifon a beau être
corrompue au point de les juftifier à euxmêmes
, ils fçavent , comme l'avare d'Horace,
qu'ils font la fable & la rifée du peuple
, & ils fe cachent pour s'applaudir,
D'où il réfulte deux fortes de bien , l'un
qu'au défaut de la vertu , le defir de
96 MERCURE DE FRANCE.
f'eftime publique , la crainte du blâme &
du mépris tiennent le vice comme à la
gêne ; l'autre , que l'exemple en eft moins
contagieux ; car l'attrait du vice a pour
contrepoids la peine de l'humiliation , à laquelle
l'orgueil répugne , Eft -ce là , me direz
- vous , faire à la vertu des amis défintéreffés
Hé non , Monfieur , nous n'en
fommes pas là. Peu de gens aiment la vertu
pour elle- même. Il faudroit , s'il eft permis
de le dire , prendre la fleur de l'efpece humaine
pour en former une république, qui
feroit peu nombreuſe encore .
La Comédie prend les hommes tels
qu'ils font partout , & à Geneve comme
ici , c'est- à- dire fenfibles à l'eftime & au
mépris de la fociété , n'aimant point du
tout à fe donner en dérifion , & allez malins
pour fe plaire à voir répandre fur autrui
le ridicule qu'ils évitent. Si les moeurs
font fidélement peintes fur le théâtre comique
; fi les vices & les trayers en font
les méprifables jouets , la Comédie peut
donc avoir fon utilité morale , comme la
cenfure des femmes de Geneve . Que l'on
médife fur le théâtre on dans un cercle ,
c'est toujours la malignité humaine qui
fert d'épouventail au vice , avec cette différence
qu'au théâtre, on peint les vicieux,
& que dans un cercle , on les nomme.
J'avoue
DECEMBRE. 1758.
97
J'avoue que fans ce fonds de maligne
complaifance
, qui fait qu'on s'amufe
des ridi
cules d'autrui , la Comédie
feroit
infipide
& par conféquent
infructucafe
: auffi ne
feroit-elle pas foufferte
dans une fociété
toute
compofée
de vrais amis. Mais tant
que les femmes
fe plairont
à médire
de
leurs maris & de leurs égales , tant que
les hommes
fe plairont
à voir dans leurs
femblables
des travers
qu'ils n'ont pas euxmêmes
, tant qu'il y aura dans le monde
un amour-propre
envieux
& malin
, la
Comédie
aura
l'avantage
de démafquer
,
d'humilier
les vices , & de les livrer ent
plein
théâtre à l'infulte des
fpectateurs
.
·
Mais « fi on veut les corriger par leurs
charges , on quitte la vraifemblance &
la nature , & le tableau ne fait plus
» d'effet. »
30
La peinture du théâtre eft une imitation
exagérée ; mais voici comment. Moliere
veut peindre l'Avare , chacun des traits
doit reffembler , c'eft- à- dire que l'avare ne
doit agir & penſer fur la fcene que comme
il penfe & agit dans la fociété. Mais l'action
théâtrale ne dure que deux heures , &
l'art de l'intrigue confifte à réunir , fans
affectation , dans ce court efpace de temps ,
un affez grand nombre de fituations pour
engager naturellement le caractere de
ES
C.
98 MERCURE DE FRANCE.
· 56 ,
l'avare à fe développer en deux heures ,
comme dans la fociété il fe développeroit
en fix mois. Ce n'eft la que rapprocher les
traits qui doivent former fon image . De
plus , comme la Comédie n'eft pas une
fatyre perfonnelle , & que non feulement
un vicieux , mais tous les vicieux de la
même effece, doivent le reconnoître dans
le tableau , le Peintre y réunit les traits
les plus forts du même vice , répandus dans
la fociété , mais tous copiés d'après nature,
Qu'importe la vérité de l'imitation
» dit M. Rouffeau ,
› pourvu que l'illufion
» y foit » L'illufion n'y feroit pas fil'imitation
n'étoit pas vraie. Quand eſt- ce en
effet que ceffe l'illufion ? Dès qu'il échappe
au Poëte ou à l'Acteur quelque trait qui
n'eft pas dans la nature , c'eft-à- dire , quelque
trait qui contredit ou qui force le caractere,
Et comment nous appercevonsnous
que le caractere eft forcé. Lorsqu'il va
au delà de l'idée collective que chacun de
nous s'en eft fait d'après ce qu'il en a vu
lui même ou entendu dire . Auffi écoutez
le Parterre , quand le perfonnage qu'on
lui préfente s'éloigne de la vérité . Cela eſt
trop fort , dit- il , cela ne reffemble à rien .
L'exagération du Théâtre fe borne donc
à multiplier les traits qui caractériſent ou
le vice ou le ridicule ; & c'eft la vérité , l'enfemble
de ces traits rapprochés & réunis ,
DECEMBRE. 1758. 99
qui nous perfuadent, à la repréſentation des
pieces de Moliere que nous avons vues, tout
ce qu'il nous peint ; l'homme vicieux feroit
donc le feul à y méconnoître fon image.
Or s'il y a quelque Cynique affez impudent
pour s'applaudir au milieu des huées ,
s'il y a quelque original affez hébêté
pour rire lui-même à fes dépens , ni l'un
ni l'autre exemple n'eft affez commun pour
paffer en regle, & l'utilité de la bonne Comédie
n'en eft pas moins fondée fur le mépris
qu'elle attache au vice , & fur la répugnance
qu'a le vicieux à fe voir en butte
au mépris. Si le bien eft nul , comme le conclut
M. Rouffeau , ce n'est donc point
pour les raifons qu'il en a données . Voyons
à préfent fi le comique remplit fon objet ,
& d'abord , avec M. Rouffeau , prenons
pour exemple Moliere. « Qui peut difcon-
» venir que ce Moliere même , des talens.
duquel je fuis plus l'admirateur que perfonne
, ne foit une école de vices & de
» mauvaiſes moeurs , plus dangereufe que
» les livres même où l'on fait profeffion de
≫les enfeigner."
99
"2
Il faut avouer que M. Rouſſeau ne nous
ménage guere , & je ne crois pas qu'on
puiffe , en termes plus énergiques , faire le
procès à notre police & à notre gouvernement.
Ce n'eft donc pas contre un babilphi
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
lofophique , mais contre une imputation
très- grave que je m'éleve. Il s'agit de faire
voir que depuis cent ans les peres & les
meres ne font pas affez imbécilles ou affez
pervers , & dans la capitale & dans toutes
les villes du Royaume , & dans toutes cel
les de l'Europe , où cet excellent comique
eft joué , pour mener leurs enfans à
la plus pernicieufe école du vice.
Expofons d'abord l'imputation dans
toute fa force ; je ferai diffus , je le prévois
; mais le fujet en lui-même eft affez
amufant ; la maniere dont M. Rouffeau
le traite eft affez curieufe pour rendre intéreffans
les détails inévitables où j'entrerai
pour lui répondre.
" Son plus grand foin, dit M. Rouffeau ,
» en parlant de Moliere , eft de tourner la
» bonté & la fimplicité en ridicule , & de
» mettre la rufe & le menfonge du parti
» pour lequel on prend intérêt . Ses honnê-
» tes gens ne font que des gens qui parlent;
» fes vicieux font des gens qui agiffent
99 & que les plus brillans fuccès favorifent
» le plus fouvent . Enfin l'honneur des apé
plaudiffemens , rarement pour le plus
eftimable , eft prefque toujours pour l
plus adroit.
59
و د
le
Examinez le conrique de cet Auteur ,
» yous trouverez que les vices de caractere
» en font l'inſtrument & les défauts natu
DECEMBRE . 1758. 104
» rels , le fujet ; que , la malice de l'un pu-
» nit la fimplicité de l'autre , & que les
» fots font les victimes des méchans : ce
و ر
و
qui , pour n'être que trop vrai dans le
» monde , n'en vaut pas mieux à mettre au
Théâtre , avec un air d'approbation com-
» me pour exciter les ames perfides à punir,
» fous le nom de fottife , la candeur des
» honnêtes
gens :
Dat veniam corvis , vexat cenfura columbas.
" voilà l'efprit général de Moliere , & de
» fes imitateurs. »
page
Cette
d'accufation exigeroit pour
réponſe un volume : attachons, nous aux
principaux griefs .
Il y a deux fortes de vices dans les hommes
; les uns , vices des fripons , & les autres
, vices des dupes. Quand les premiers
attentent gravement à la fociété , ils font
edieux & terribles ; le ridicule fait place à
l'infamie , & la Tragédie s'en empare :
quand ils ne portent au bien public & particulier
que de légeres atteintes , la Comédie
, qui ne doit pas être plus févete
que les Loix , fe contente de les châtier. A
l'égard des vices des dupes , ils font humiliés
au Théâtre , mais ils n'y font jamais
Alétris cette diftinction appliquée aux
exemples , va , je crois , devenir fenfible ;
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
elle contient toute la Philofophie de Moliere
, & ma réponſe à M. Rouffeau .
que
Le but de Moliere a donc été de démafquer
les fripons , & de corriger les dupes ;
& c'est l'objet le plus utile qu'il pût jamais
fe propofer. En effet , fuppofons qu'il n'eût
mis au Théâtre que des gens de bien , voilà
tous les fripons en paix ; au moins n'ontils
plus à craindre le fléau de la cenfure
publique qu'il n'eût mis au Théâtre
des fripons ; dès - lors la fcene comique
n'eft plus qu'une académie de fourberies :
qu'il eût mis au Theâtre des gens de bien
& des fripons , mais ceux- ci moins actifs ,
moins habiles , moins induftrieux que les
gens de bien ; la fcene comique n'auroit
eu ni vérité , ni, utilité morale , ou l'on
n'auroit pas ajouré foi à ces exemples , ou
l'honnêteté fimple & crédule eût pris pour
elle - même une confiance trompeufe :
Moliere enfin eût fait tromper que par des
fripons d'honnêtes gens éclairés , vigilans
& fages ; c'étoit donner au vice , fur la
vertu , un avantage qu'il n'a pas. Quel feroit
le fruit de ces leçons ? Que la probité
en vain fur fes gardes contre la malice &
la fauffeté , n'en peut être, quoi qu'elle falſe,
que le jouet ou la victime . C'eft alors que
le Théâtre comique feroit une école pernicieufe
par le découragement & le dégoût
DECEMBRE. 1758. 103
qu'il infpireroit pour la vertu . De toutes les
combinaiſons poffibles dans le mêlange &
le conftrate des moeurs , Moliere s'eft donc
attaché à la feule qui foit utile ; il a pris des
gens de bien, foibles , crédules , entêtés , confians
ou foupçonneux à l'excès , imprudens
même dans leurs précautions , & toujours
punis, non pas de leur bonté, mais de leurs
travers ou de leurs foibleffes : tels font le
Bourgeois- Gentilhomme , George - Dandin ,
le Malade imaginaire , les Tuteurs jaloux
de l'Ecole des Femmes & de l'Ecole des
Maris. Que l'on me cite un feul exemple où
l'honnêteté pure & fimple foit tournée en
ridicule , & je condamne la piece au feu .
Mais voyez fi l'on rit aux dépens deCléante,
dans leTartufe; aux dépens deChrifale,dans
les Femmes favantes ; aux dépens d'Angélique
dans leMalade imaginaire; aux dépens
d'Arifte dans l'Ecole des Maris ; aux dépens
même de Madame Jourdain dans le Bourgeois
- Gentilhomme Qu'eft ce donc que
Moliere a joué dans les honnêtes gens , ou
plutôt dans les bonnes gens dont on fe moque
à ces fpectacles ? L'aveugle prévention
d'Orgon & de fa mere pour un fcélérat hypocrite
; la manie de l'érudition & du bel
efprit dans une fociété d'honnêtes femmes
à qui des pédans ont tourné la tête ; le foible
d'un homme pufillanifme pour une ma-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
râtre qu'il a donnée à fes enfans , & qui
n'attend que fon dernier foupir pour s'enrichir
de leur dépouille ; l'imbécille prétention
de deux jaloux à fe faire aimer de leurs
pupiles en les tenant dans la captivité ; la
fotte ambition d'un Bourgeois de paffer
pour Gentilhomme en imitant les gens de
Cour ; voilà fur quoi tombe le ridicule de
ces Comédies. Eft - ce là jouer la vertu , la
fimplicité , la bonté ? Je le demande au
Public qui fait bien de quoi il s'amuſe , je
le demande à M. R. lui- même qui peut
avoir ces tableaux auffi préfens que moi .
Tous les vices que je viens de parcourir
font , comme l'on voit , ceux des dupes ; il
n'eft donc pas étonnant que Moliere oppoſe.
à ces perfonnages des fripons adroits , &
fouvent heureux; c'eft ce qui rend ces leçons
utiles . Mais ces fripons eux-mêmes ont- ils
jamais l'eftime des Spectateurs ? Je m'en
tiens à l'exemple que M. Rouffeau a choiſi ::
c'eft le Gentilhomme qui dupe M. Jourdain
: ce perfonnage , dit M. Rouffeau , eft
l'honnête homme de la piece .
Si tout ceci n'étoit qu'une plaifanterie ,
je pafferois à M.Rouffeau la légèreté de ces
affertions ; mais lorfqu'il s'agit de prouver
à une nation entiere qu'elle eft , depuis
cent ans , fans s'en appercevoir , à la plus
dangeureufe école du vice , un Philofophe
DECEMBRE. 1758. 105
8
doit y réfléhir . Un homme donné fans ménagement
par Moliere pour un fourbe
pour un efcroc , pour un flatteur , pour un
vil complaifant , & pour quelque chofe de
pis encore , c'eft l'honnête homme de la
piece ! Eft- ce dans l'opinion de Moliere ? Il
eft évident que non . Eft- ce dans l'opinion
des Spectateurs ? En eft- il un feul qui ne
conçoive le plus profond mépris pour cet
infâme caractere ? Eft ce dans l'opinion de
M. Rouffeau lui-même ? Je ne révoque pas
en doute fa fincérité ; je ne me plains que
de fa mémoire ; mais il eût été bon , je
crois , d'avoir Moliere fous les yeux en
faifant le procès à ces pieces , afin de ne
pas altérer la vérité dans un objet de toute
autre conféquence que le Sonnet du Mifanthrope
.Quel eft donc le perfonnage honnête
de la Comédie du Bourgeois- Gentilhomme
? Madame Jourdain , une mere
de famille qui , avec le bon efprit & les
bonnes moeurs de fon état , gémit des tra-,
vers que fon mari fe donne , & lui reproche
fes extravagances. Or que M. Rouffeau
fe rappelle s'il a jamais vu rire aux dé--
pens de Madame Jourdain .
"
<<
"
Quel eft, ajoute M. Rouffeau , quel eft le
plus criminel d'un payfan affez fou pour
époufer une Demoiselle , ou d'une femme
» qui cherche àdeshonnoret fon époux ? Que
23
Ev
106 MERCURE
DE FRANCE
.
t
و د
ه د
penfer d'une Piece où le Parterre applaudir
à l'infidélité, au menfonge,à l'impudence
» de celle- ci , & rit de la bêtife du manant
99
29
puni ? Que penfer de cette Piece ? Que c'eft
»le plus terrible coup de fouet qu'on ait ja- mais donné à la vanité des méfalliances
. "
Ce n'est point à l'intention
de Moliere que
je m'attache , car l'intention
pourroit être
bonne, & la Piece mauvaife ; je m'en rappor
te à l'impreffion
qu'elle fait. De quoi s'agitil
dans George- Dandin ? De faire fentir les
conféquences
de la fottife de ce villageois ;
Moliere a donc peint fes perfonages
d'après
nature. Mais en expofant à nos yeux le vice
l'a-t-il rendu intéreffant
? a- t'il donné un
coup de pinceau pour l'adoucir & le colorer,
lui , qui fçavoit fi bien nuancer les caracteres?
a- t'il feulement pris foin de rendre cette
coquette féduifante
& fon complice intéreffant
Rien n'étoit plus facile fans doute ;
mais s'il eût affoibli le mépris qu'il devoit
répandre fur le vice , il fe fût contredit luimême
; il eût oublié fon deffein : c'est donc
pour rendre fa piece morale qu'il a peint de
mauvaiſes
moeurs ; & ceux qui lui en ont
fait un reproche , ont confondu la décence
avec le fonds des moeurs théâtrales . La
bienséance
eft violée dans la Comédie de
George Dandin , comme dans la Tragédie
de Théodore ; mais ni l'une , ni l'autre
DECEMBRE. 1758 . 107
piece n'eft une leçon de mauvaiſes moeurs.
Si quelqu'un nous attache dans cette
piece , c'eft George - Dandin lui-même , &
on le plaint comme un bon homme , quoiqu'on
en rie comme d'un fot. J'avoue que
la pitié n'eft pas bien vive , quand elle permet
de rire ; mais auffi fa fituation n'eft-·
elle pas affez cruelle dans notre opinion ,
pour nous affliger fenfiblement ; & nous
fçavons qu'il eft des fituations humiliantes
dont les bonnes gens fe confolent.
Ce qui a fait , je crois , que M. R. s'eft
mépris fur l'impreffion de ces Comédies ,
ce font les applaudiffemens. Mais il nous
ſuppoſe bien vicieux nous-mêmes, s'il nous
accufe d'approuver tout ce que nous applaudiffons.
Il a entendu applaudir à ces
mots d'Atrée : « Reconnois- tu ce fang ? »
Et à ce vers de Cléopâtre :
Puiffe naître de vous un fils qui me reffemble.
Les fpectateurs , à fon avis , adherent ils
dans ce moment aux moeurs de Cléopâtre
ou d'Atrée : C'eſt le génie , c'eft l'art du
Poëte qu'on admire & qu'on applaudir
dans la peinture du crime comme dans
celle de la vertu . Que l'artifice d'un fourbe
, que l'habileté d'un méchant , que toute
fituation qui met la fottife & la friponnerie
en évidence , foit applaudie au théâtre ;
E vj
10S MERCURE DE FRANCE.
ce n'eft pas qu'on aime les fripons , mais
c'eft qu'on aime à les connoître : ce n'eft
pas qu'on mépriſe la bonté , l'honnêteté
dans les dupes , mais feulement les travers
ou les foibleffes qui les font donner dans
le piege , & dont on eftfoi- même exempt.
La preuve en eft que, fi le perfonnage dont
on fe joue eſt eſtimable , & que le tort
qu'on lui fait devienne férieux , la plaiſan--
terie ceffe & l'indignation lui fuccede . On
en voit l'exemple dans le cinquieme acte
du Tartufe , ce chef- d'oeuvre du théâtre
comique dont M. R. ne dit pas un mot.
Il eft vrai que les fripons , c'eft- à - dire
furtout les valets , font communément du
côté des perfonnages auxquels on s'intéreffe
, & qu'alors on fçait bon gré au fripon
de ce qu'il fait pour les fervir. Mais
obfervons que c'est toujours par intérêt.
pour d'honnêtes gens , & dans le cas unique
où la friponnerie ne va point au grave.
Il y a cependant nombre de Comédies
dont les moeurs font repréhenfibles à cet.
égard , & quelques-unes des pieces de Mo
liere peuvent être mifes dans cette claffe ;
mais ce n'eft ni le Tartufe , ni le Mifanthrope
, ni les Femmes fçavantes , ni aucune
de fes bonnes Comédies , & l'on ne doit
pas juger Moliere fur les fourberies de
Scapin. Il feroit d'autant moins jufte ,
DECEMBRE. 1758. 100
33
» c'eft M. R. qui parle , d'imputer à Mo
" liere les erreurs de fes modeles & de fon
fiecle , qu'il s'en eft corrigé lui -même. »›
Mais venons au plus férieux , & voyons
comment les vices de caractere font l'inftru
ment de fon comique , & les défauts naturels ,
le fujet. Dans le Tartufe , le fujet du comi→
que eft la confiance obftinée d'un honnête
homme pour un fcélérat. Cette confiance
eft- elle un défaut naturel ? Dans l'Ecole des
femmes & dans l'Ecole des maris , le fujet
da comique eft la prétention d'un Tuteur
jaloux à s'affurer du coeur de fa pupile , pare
la gêne & la vigilance. Cet abus de l'autorité
confiée eft-il un défaut naturel ? En
eft- ce un dans l'Avare que la manie de fe
priver foi- même & fes enfans , des befoins
d'une vie honnête , pour accumuler & en--
fouir des tréfors ? En eft-ce un dans les
Précieufes & dans les Femmes fçavantes
que la folie du bel- efprit & la négligence >
des chofes utiles ? en eft- ce un que l'aveugle
prévention du Malade imaginaire pour
fa femme & fon médecin , que la fotte
vanité de George- Dandin & du Bourgeois
Gentilhomme , que le foible du Mifanthrope
pour une coquette qui le trompe ?
& fi la bonté , la fimplicité naturelle de
quelques - uns de ces perfonnages eft las
caufe du ridicule qu'ils fe donnent , eft.co
10 MERCURE DE FRANCE.
{
à la caufe que Moliere l'attache ? la-t'i
confondue avec l'effet ?, M. Rouffeau peut
me répondre que le Public ne fait pas ces
diftinctions philofophiques , & que le mépris
attaché à l'effet rejaillit infailliblement
fur la caufe. C'eft de quoi je ne conviens
point. Que l'on mette au théâtre un homme
vertueux & fimple fans aucun de ces
vices de dupe dont j'ai parlé , & que l'Auteur
s'avife de le rendre le jouet de la fcene,
on verra fi le parterre n'en fera pas indigné
. Qu'un valet fe joue du vieil Euphémon
ou du pere du Glorieux , je paffe
condamnation , s'il fait rire. Le comique
de Moliere n'attaque donc pas des défauts
naturels ; mais des vices de caractere , la
vanité , la crédulité , la foibleffe , les prétentions
déplacées , & rien de tout cela
n'eft incorrigible.
L'examen de l'Avare & du Mifanthrope
vont rendre plus fenfible encore mon opinion
fur les moeurs du théâtre de Moliere.
« C'eft un grand vice , dit M. Rouffeau,
» d'être avare & de prêter à ufure ; mais
» n'en est - ce pas un plus grand encore à
» un fils de voler fon pere , de lui man-
» quer de refpect , de lui faire mille infultans
reproches , & quand ce pere irrité
» lui donne fa malédiction , de répondre
? d'un air goguenard qu'il n'a que faire de
DECEMBRE . 1758. 111
-
» fes dons ? Si la plaifanterie eft excellente ,
" en eft elle moins puniffable , & la
piece où l'on fait aimer le fils infolent
qui l'a faite , en eft- elle moins une école
» de mauvaiſes moeurs ? »
»
">
Suppofons que dans un fermon l'Orateur
dît à l'avare : Vos enfans font vertueux
, fenfibles , reconnoiffans , nés pour
être votre confolation ; en leur refufant
tout , en vous défiant d'eux , en les faifant
rougir du vice honteux qui vous domine ,
fçavez- vous ce que vous faites votre inflexible
dureté laffe & rebute leur tendreffe.
Ils ont beau fe fouvenir que vous
êtes leur pere , fi vous oubliez qu'ils font
vos enfans , le vice l'emportera fur la vertu
, & le mépris dont vous vous chargez
étouffera le refpect qu'ils vous doivent.
Réduits à l'alternative , ou de manquer de
tout , ou d'anticiper fur votre héritage
par des reffources ruineufes , ils diffiperont
en ufure ce qu'en ufure vous accumulez
; leurs valets fe ligueront pour dérober
à votre avarice les fecours que vos
enfans n'ont pu obtenir de votre amour.
La diffipation & le larcin feront les fruits
de vos épargnes , & vos enfans devenus vicieux
par votre faute & pour votre fupplice
, feront encore intéreffans pour le
Public que vous révoltez.
FIT MERCURE DE FRANCE.
Je demande à M. Rouffeau fi cette leçon
feroit fcandaleufe : hé bien , ce qu'annonceroit
l'Orateur , le Poëte n'a fait que le
peindre , & la Comédie de Moliere n'eft
autre chofe que cette morale en action .
Ni l'Orateur, ni le Poëte ne veulent encourager
par - là les enfans à manquer à ce
qu'ils doivent à leur pere ; mais tous les
deux veulent apprendre aux peres à ne pas
mettre à cette cruelle épreuve la vertu de
leurs enfans . Paffons aux moeurs du Mifanthrope
, que M. Rouffeau a choifies par
préférence comme le chef- d'oeuvre de
Moliere.
و و ن
"
95
« Je trouve , dit - il , que cette piece
» nous découvre mieux qu'aucune autre la
véritable vue dans laquelle Moliere a
compofé fon théâtre, & nous peut mieux
faire juger de fes vrais effets . Ayant à
plaire au Public , il a confulté le goût le
plus général de ceux qui le compofent .
» Sur ce goût il s'eft formé un modèle , &
fur ce modele un tableau des défauts
» contraires dans lequel il a pris fes carac-
» teres comiques , & dont il a diftribué les
divers traits dans fes pieces.
Arrêtons-nous un moment à cette théo
rie générale. Moliere , en confultant fon
fiecle , a donc vu qu'un ufage honnête de
fes biens étoit du goût général , & il a
DECEMBRE. 1758. 113
・
t
A
Il:
attaqué l'avarice ; qu'on aimoit à voir
chacun fe tenir dans fon état , & il a joué
le Bourgeois Gentilhomme ; qu'une femme
occupée modeftement de fes devoirs
étoit une femme eftimée , & il a jetté du
mépris fur les Précieufes & les Sçavantes ;
qu'une piété fimple & fincere infpiroit le
refpect , & il a démafqué le Tartufe ; que
la gêne & la violence dans le choix d'un
époux étoit une tyrannie odieufe , & ila
fait de deux tuteurs les jouets de deux
amants. Que M. Rouffeau me dife où est
le mal , & en quoi le goût du fiecle a nui
aux moeurs du théâtre de Moliere ? "
» n'a donc point prétendu , pourfuit- il ,
»former un honnête homme , mais un
» homme du monde ; par conféquent ik
»n'a point voulu corriger les vices , mais
» les ridicules ; & comme je l'ai déja dit ,
» il a trouvé dans le vice même un inftru-
» ment très-propre à y réuffir. " Si dans.
ces exemples que je viens de citer , & dans:
tous ceux qu'on peut tirer des bonnes
pieces de Moliere , excepté l'Amphitrion
qui n'eft point une Comédie , l'objet du
ridicule eſt une chofe honnête & louable ,
j'avoue que la prévention m'aveugle. Je
fens bien que tous les ridicules dont Moliere
s'eft joué , ne font pas ce que j'ai entendu
par les vices des fripons. Mais il eſt
4
114 MERCURE DE FRANCE.
des vices qui ne nuifent qu'à nous , & que
j'appelle les vices des dupes. C'eft de cette
derniere efpece de vices queMoliere a voulu
nous corriger, en faisant voir qu'ils nous
rendoient les jouets des fourbes. Il fçavoit
bien , ce Philofophe , qu'on ne corrigeoit
pas un fripon , & que ce n'étoit qu'en le
dénonçant qu'on pouvoit le déconcerter.
Allez perfuader à un Charlatan de ne pas
tromper le peuple , vous y perdrez votre
éloquence. C'eft au peuple qu'il faut apprendre
à fe défier du Charlatan . Voilà ,
felon moi , tout l'art de Moliere , & je ne
conçois rien de plus utile aux moeurs.
« Mais , reprend M. R , voulant expofer à
» la rifée publique tous les défauts oppofés
» aux qualités de l'homme aimable , de
l'homme de fociété ; après avoir joué tant
» d'autres ridicules , il lui reftoit à jouer
celui que le monde pardonine le moins , le
» ridicule de la vertu . C'est ce qu'il a fait
»dans le Mifanthrope .Vous ne fçauriez me
» nier deux chofes , ajoute le Cenfeur du
»
théâtre : l'ane, qu'Alcefte dans cette piece
>> eſt un homme droit , fincere , eſtimable ,
» un véritable homme de bien ; l'autre, que
» l'Auteur lui donne un perfonnage ridicu-
»le.»Vous ne fçauriez menier deux chofes ,
dirai-je à mon tour à M. Rouffeau ; l'une ,
qu'Alcefte eft un homme paffionné , vio
DECEMBRE . 1758. 115
lent , infociable ; l'autre, que dans la vertu
Moliere n'a repris que l'excès . Vous donnez
à Moliere le projet d'un fcélérat , &
je trouve dans fon Ouvrage le deffein du
plus honnête homme. Il feroit malheureux
pour vous que la raifon fût de mon
côté.
Imaginons pour un momentqu'an Auteur
dans un feul Ouvrage ait voulu attaquer
tous les vices de fon fiecle , & mettre le
fléau de la fatyre dans la main de l'un de fes
Acteurs. Quel perſonnage a t'il dû choisir ?
Un fage accompli ? Non : le fage eſt indulgent
& modéré. L'étude qu'il a faite de
lui- même l'a rendu modefte & compâtiffant.
I hait le crime , déplore l'erreur ,
aime la bonté , refpecte la vertu , & regarde
les vices répandus dans la fociété ,
comme un poifon qui circule dans le fein
de la nature humaine . S'il y applique
quelque remede , ce n'eft ni le fer , ni le
feu. Il fçait que le malade eft foible , inquiet
, difficile , & qu'il faut gagner fa
confiance pour obtenir fa docilité. Il parle
aux hommes comme un pere , & non com .
me un juge fon éloquence eft dans fes
entrailles , la douceur fe peint dans fes
yeux , la perfuafion coule de fes levres ;
mais le plaifir délicat de l'entendre n'étoit
pas un attrait pour la multitude. Le fage
116 MERCURE DE FRANCE .
au théâtre eût paru froid & n'eût point
attiré la foule. Un homme vertueux , plus
févere & plus véhément , fans aucun travers
, fans aucune foibleffe , eût indifpofé
tous les efprits. On n'amufe point ceux
qu'on humilie . Le Mifanthrope exempt de
ridicule , feroit tombé : M. Rouffeau l'avouera
lui-même. Il a donc fallu avoir
égard au vice le plus commun , je ne dis
pas de fon fiecle & de fon pays ; mais de
tous les lieux & de tous les temps , c'eſt àdire
à la malignité qui prend fa fource
dans l'amour-propre , & rendre le Cenfeur
ridicule par quelque endroit, pour confoler
à fes dépens ceux qu'humilieroit la cenfure.
Mais ce ridicule , en amufant le peuple
, ne devoit pas affoiblir l'autorité de
la vertu ; & le comble de l'art étoit de
compofer un caractere à la fois refpectable
& rifible , qualités qui femblent s'exclure
& que Moliere a fçu concilier. Tel a été
fon deffein en compofant ce bel Ouvrage ;
je ne crains pas de l'affurer. Ceci n'eft pas
une fubtilité vaine , c'eft l'effet que tout le
monde éprouve . On adore le fonds du
caractere du Mifanthrope : fa droiture , fa
candeur , fa fenfibilité infpirent la vénération
. Ah , Moliere que n'ai- je le bonheur
de reffembler à cet honnête homme ,
s'écrioit M. le Duc de Montaufier. Moliere
DECEMBRE. 1758 . 117 1
1
auroit donc bien manqué fon coup , s'il
eût voulu rendre la vertu ridicule ? Mais
cette même probité s'irrite , paffe les bornes
& tombe dans l'excès. Le Mifanthrope
déraifonne & devient ridicule , non pas
dans fa vertu , mais dans l'excès où elle
donne . Quoi ! lui dit- on ,
Vous voulez un grand mal à la nature humaine ?
Oui , j'ai conçu pour elle une effroyable haine...
Tous les pauvres mortels, fans nulle exception ,
Seront enveloppés dans cette averfion ?
Encoren eft-il bien dans le fiecle où nous ſommes...
Non , elle eft générale , & je hais tous les hommes.
C'eft de cet emportement que l'on rit ;
le Mifanthrope a beau le motiver , ce ne
peut être qu'un accès d'humeur : car au
fonds la haine qu'il a conçue pour les méchans
n'eft fondée que fur fon amour pour
les gens de bien , & fur la fuppofition qu'il
en refte encore. « S'il n'y avoit ni fripons ,
» ni flatteurs , dit M. Rouffeau , le Mifanthrope
aimeroit tout le monde ; mais
s'il n'y avoit pas de gens de bien, de gens
défintéreffés, il n'auroit plus aucun fajet
» de hair ni les flatteurs , ni les fripons.
»
33
On vient de lui lire des vers qu'il atrouvé
mauvais ; il le fait entendre avec ménagement
; il le dit enfin avec pleine franchife
; ſes amis lui reprochent ſa fincérité ;
118 MERCURE DE FRANCE.
c'eft alors qu'il devient extrême :
Je lui foutiendrai moi , que ſes vers font mauvais,
Et qu'un homme eft pendable après les avoir faits.
Comme on ne s'attend pas à ces traits, &
qu'ils confolent la vanité humiliée , on en
rit d'un plaifir malin caufé par la furpriſe ,
mais fans que le mépris s'en mêle ; & l'on
fembledire au Mifanthrope : Hé bien , Cenfeur
impitoyable , vous vous paſſionnez donc
auffi , vous déraisonn: z comme un autre ? M.
Routeau fe trompe fur les circonftances
qui , dans la premiere fcene , peuvent rendre
naturel l'emportement du Miſanthrope
; mais il me fuffit qu'il avance que cer
emportement fait dire auMifanthrope plus
qu'il ne penfe de fang froid ; c'eſt de cette
colere exaltée , de cette humeur qui déborde
, de cette impatience pouffée à bout
par le calme de Philinte, que Moliere a plaifanté
. Ce n'eft donc pas le ridicule de la
vertu qu'il a voulu jouer' ; mais un ridicule
qui accompagne quelquefois la vertu , &
qui naît de la même fource , une fougue
qui l'emporte au - delà de fes limites , une
âpreté qui la rend infociable, une extrême
févérité qui nous fait des crimes de tout ,
un zele inflammable que la contradiction &
les obitacles font dégénérer en fureur; voi-
Là ce que Moliere attaque dans le MifanDECEMBRE.
1758. 119
thrope; & pour le ramener aux fentimens de
T'humanité compâtilfante , il lui fait voir
qu'il eft homme lui - même , & qu'il peut
être , comme nous, le jouet de fes paffions,
Mais pour juftifier le deffein de Moliere ,
j'ai un témoignage auquel M. Rouſſeau ne
peut fe refufer : voici ce que je viens de lire.
Dans toutes les autres pieces de Moliere le
perfonnage ridicule eft toujours haïffable
ou méprifable ; dans celle- ci , quoique Alcefte
ait des défauts réels,dont on n'a pas tort
de rire , on fent pourtant au fond du coeur
un refpect pour lui , dont on ne peut fe dé- ·
fendre ... Moliere étoit perfonnellement
honnête homme , & jamais le pinceau d'un
honnête homme ne fçut couvrir de couleurs
odieufes les traits de la droiture & de
la probité. Il y a plus , Moliere a mis dans
la bouche d'Alceſte un fi grand nombre de
fes propres maximes , que plufieurs ont
cru qu'il s'étoit voulu peindre lui- même.»
Confrontons ce témoignage avec le fen-'
timent de M. Rouffeau . « Ayant à plaire
au Public , Moliere a confulté le goûr
» le plus général .... après avoir joué tant
» d'autres ridicules , il lui reftoit à jouer
>> celui que le monde pardonne le moins ,
» le ridicule de la Vertu : c'est ce qu'il a
» fait dans le Mifanthrope. » Il est évident
que l'une de ces deux opinions eft fauffe ; .
120 MERCURE DE FRANCE.
*
car fi Moliere , pour plaire à ſon ſiècle , a
voulu tourner la vertu en ridicule , un fi
lâche adulateur du vice n'étoit rien moins
qu'un honnête homme ; s'il a voulu fe
peindre lui-même dans Alcefte , il n'a pas
prétendu s'expofer à la rifée du public ;
s'il fait aimer & refpecter ce caractere fans
le vouloir , & en dépit de fon art , le
ridicule de la vertu n'eft donc pas celui
que le monde pardonne le moins. Que
M. Rouffeau accorde , s'il le peut , fon
opinion , avec l'autorité que je lui ai oppofée
; fon contradicteur , c'eft lui -même.
Le deffein de Moliere a donc été , en
compofant le caractere du Mifanthrope , de
fe fervir de fa vertu comme d'un exemple ,
& de fon humeur comme d'un fléau. Voilà
le vrai , tout le monde le fent .
Il lui a donné pour ami , non pas un de
ces honnêtes gens du grand monde , dont
les maximes reffemblent beaucoup à celles
des fripons , non pas un de ces gens fi
doux , fi modérés , qui trouvent toujours
que tout va bien , parce qu'ils ont intérêt
que rien n'aille mieux ; mais un de ces gens
qui , aimant le bien , & condamnant le
mal , fe contentent de pratiquer l'un , &
d'éviter l'autre , qui ne fe croyent ni affez
de vertus , ni affez d'autorité pour s'ériger
en cenfeurs publics , & faire le procès à la
nature
DECEMBRE . 1758. 121
8
nature humaine ; qui , fans être complices
ni partifans des vices deftructeurs de l'ordre
, tolerent les défauts , ménagent les
foibleffes , flattent les vaines prétentions ,
paffent légérement fur les épines de la fociété,
& s'épargnent les chagrins & les dégoûts
d'un déchaînement inutile . Un honnête
homme eft celui qui remplit fidele
ment les devoirs de fon état , & ce n'eft le
devoir d'aucun particulier d'exercer la police
du monde. Il eft vrai que Philinte , foit
manque de goût, foit excès de politeffe loue
des vers qui ne valent rien ; mais tout
menfonge n'eft pas un crime ; c'eft l'impor
tance du mal qui en fait la gravité. Je ne fais
même fi , dans la morale la plus auftere , il
ne vaut pas mieux flatter un homme fur
une bagatelle , que de s'expofer , par une
fincérité qui l'offenſe , à fe couper la gorge
avec lui. Du refte fi Moliere eût fait un vicieux
du Miſanthrope , il lui eût donné
pour contrafte un modele de vertu ; mais
comme il n'en fait qu'un homme infociable
, c'eft un modele de complaifance &
d'égards qu'il a dû lui oppofer. Philinte
n'eft donc pas le fage de la piece , mais ſeulement
l'homme du monde : fon fang froid
donne du relief à la fougue du Mifanthrope
; & quoique l'un de ces contraftes falle
rire aux dépens de l'autre , l'avantage &
F
1
122 MERCURE DE FRANCE.
l'afcendant que Moliere donne à Alcefte fur
Philinte , prouve bien qu'il lui deftinoit la
premiere place dans l'eftime des Spectateurs .
« Le tort de Moliere n'eft pas , felon M.
» Rouſſeau , d'avoir fait du Miſanthrope
» un homme colere & bilieux , mais de lui
» avoir donné des fureurs puériles fur des
fujets qui ne doivent pas l'émouvoir . Le
» caractere du Miſanthrope n'eft pas en la
difpofition du Poëte ; il eft déterminé
" par la nature de fa paffion dominante :
» cette paffion eft une violente haine du
» vice , née d'un amour ardent pour la vertu
, & aigrie par le fpectacle continuel
3, de la méchanceté des hommes ; il n'y
» a donc qu'une ame grande & noble qui
en foit fufceptible ... Cette contemplation
continuelle des défordres de la Société
le détache de lui - même pour fixer
» fon attention fur le genre humain
» Ce n'eft pas que l'homme ne foit toujours
» homme , que la paffion ne le rende fou-
» vent foible , injufte , déraisonnable , qu'il
» n'épie peut être les motifs cachés des ac-
» tions des autres avec un fecret plaifir d'y
voir la corruption de leurs coeurs , qu'un
petit mal ne lui donne fouvent une grande
» colere ... Voilà de quel côté le caractere
» du Mifanthrope doit porter fes défauts ; &
voilà de quoi Moliere fait un ufage admi-
و د
DECEMBRE . 1758 . 123
rable dans toutes les fcenes d'Alcefte avec
»fon ami... Qu'il s'emporte fur tous les
» défordres dont il n'eft que le témoin ...
"
"
mais qu'il foit froid fur celui qui ne s'a-
» dreffe qu'à lui ; qu'une femme fauffe le
» trahiffe , que d'indignes amis le deshon-
» norent , que de foibles amis l'abandon--
» nent , il doit le fouffrir fans en mur-
>> murer ; il connoît les hommes. Si ces
» diftinctions font juftes , Moliere a mal
» fait le Mifanthrope . Penfe- t'on que ce
»foit par erreur? non fans doute : mais voilà
» par où le defir de faire rire aux dépens
» du perfonnage l'a forcé de le dégrader
» contre la vérité du caractere. »
Si M. Rouffeau parle d'une vérité métaphyfique
, je ne lui difpute rien ; chacun
fe fait des idées comme il lui plaît. Le
Mifanthrope métaphyfique eft donc , fi
l'on veut , un être furnaturel qui aime
tous les hommes , excepté lui feul , qui
prend feu fur les injuftices qu'ils éprouvent
, & qui eft de glace pour celles qu'il
effuye lui-même, qui combat tous les vices,
hormis ceux qui lui nuifent ; auquel un
petit mal qui lui eft étranger, peut donner
une très-grande colere , & qui n'eft point
ému d'un très- grand mal qui lui eft perfonnel.
Mais Moliere n'a pas voulu peindre un
perfonnage idéal. Le Mifanthrope, tel qu'il
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
l'a vu dans la nature,fe comprend au moins
dans le nombre des hommes qu'il aime ; il
ne donne pas dans l'abfurde inconféquence
de regarder comme des inclinations baffes le
foin de fon honneur , de fa renommée, de fon
repos , de fa fortune , en un mot de ces mêmes
biens auxquels il ne peut fouffrir que
l'on porte atteinte dans fes femblables ; il
n'a point une ame fenfible pour eux , &
une ame impaffible pour lui ; & cette
trempe de caractere , qui reçoit de fi vives
impreffions des plaies faites à l'humanité ,
n'eft pas impénétrable aux traits qui font
lancés contre lui - même. Je crois bien que
le courage & la force étouffent fes plaintes
quelquefois ; mais enfin l'homme est toujours
homme. Moliere a donc trés- bien pris , je
ne dis pas le caractere idéal , mais le caractere
réel du Mifanthrope , tel qu'il le
voyoit dans le monde , & qu'il vouloit le
corriger.
Du refte j'avoue que je ne conçois pas le
Mifanthrope de M. Rouffeau . Si la connoiffance
qu'il a des hommes , doit l'avoir
préparé aux trahifons de fa maîtreffe , aux
outrages & à l'abandon de fes amis , à l'iniquité
de fes Juges , il doit donc être férieufement
convaincu que tous les hommes
font perfides & méchans , & cela pofé , il
doit n'aimer perfonne. Comment eft- il
DECEMBRE. 1758 . 125:
donc fi touché des défordres d'un monde
où il n'aime rien ? Il hait le vice , il aime
la vertu ; mais le vice & la vertu ne font
rien de réel que relativement aux hommes.
Que lui importe la guerre des vautours ,
fi la fociété n'a plus de colombes ?
:
Dira-t'on que le Mifanthrope aime les
hommes quels qu'ils foient , & ne hait en
eux que le vice ? C'eſt le caractere du fage
tel que je l'ai peint ; mais ce n'eft pas le
caractere du Mifanthrope. Celui- ci enveloppe
dans fa haine , & le vice, & le vicieux ;
il détefte dans les méchans les ennemis des
gens de bien mais s'il eft perfuadé qu'il
y a des gens de bien dans le monde , il eft
naturel qu'il ait cette opinion de fes juges ,
de fes amis , de fa maîtreffe , & lorf
que l'iniquité , la perfidie , la trahifon
qu'il en éprouve , le tire de cette douce erreur
, il doit en être d'autant plus affecté
que ces coups rompent les derniers liens qui
l'attachoient à fes femblables.
Le Mifanthrope, que rien de perfonnel
ne touche , & qui fe paffionne fur tout ce
qui lui eft étranger , eft donc , felon moi ,
in être fantastique , & Moliere , pour rendre
le fien d'après nature , a dû le peindre
comme il a fait.
M. Rouffeau ne doute pas que , fuivant
fon deffein , le caractere d'Alcefte n'eût fair
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
incomparablement plus d'impreffion ; mais
le Parterre alors n'auroit pû rire , dit- il ,
qu'aux dépens de l'homme du monde , &
l'intention de l'Auteur étoit qu'on rît aux
dépens du Mifanthrope. Mais que l'on fe
rappelle la pofition de ce perfonnage ; il
accable fon ami de reproches , humilie
Oronte , apoftrophe les Marquis , & leur
impofe filence , confond & refufe Célimene,
domine d'un bout de la piece à l'autre ,
efface tout , n'eft jamais effacé , & fort du
Théâtre , ennemi de la nature entiere , autant
admiré qu'applaudi . Voilà donc le.
perfonnage que Moliere a voulu humilier
pour flatter le goût de fon fiecle . Si Moliere
a prétendu faire briller Philinte aux.
dépens d'Alcefte , jamais Auteur , j'oſe le
dire , n'a été plus mal adroit.
Philinte a loué la chûte du Sonnet d'Oronte
, le Mifanthrope indigné , lui dit :
La pefte de ta chûte , empoiſonneur au diable ,
En euffe-tu fait une à te caffer le nez.
jeu
M. Rouffeau défapprouve avec raiſon ce
de mots, & il s'écrie : Et voilà comme on
avilit la vertu ! Je n'ai qu'à citer du même
rôle cinq cens des plus beaux vers & des plus
applaudis qu'on ait jamais faits , & à m'écrier
à mon tour , Et voilà comme on honore la verm
! Eft- il poſſible que d'un frivole jeu de
DECEMBRE. 1758. 127
mots qui , dans la vivacité , peut échapper
à tout le monde , on tire une conféquence
deshonorante pour la mémoire d'un homme
qu'on fait profeffion d'admirer ? M.
Rouffeau d'après fon idée trouve que Moliere
a affoibli les traits qui caractérisent
le Mifanthrope , & voici la preuve qu'il en
donne.
« On voit Alcefte tergiverfer & ufer dè
détour pour dire fon avis à Oronte . Ce
n'eft point là le Mifanthrope , c'eft un honnête
homme du monde qui fe fait peine de
tromper celui qui le confulte. La force du
caractere vouloit qu'il lui dît brufquement :
Votre Sonnet ne vaut rien , jettez - le au
feu ; mais cela auroit ôté le comique qui
naît de l'embarras du Mifanthrope , & de
fes je ne dis pas cela répétés , qui pourtant
ne font au fonds que des menfonges. » Les
je ne dis pas cela font très- plaifans ; mais
ce n'eft point aux dépens du Mifanthrope
qu'ils font rire : du refte il ne faut que favoir
diftinguer la groffiéreté de la franchife
pour juftifier cette réticence. Le Mifanthrope
de Moliere a vécu trente ans
dans le monde ; il ne feroit. pas vraifemblable
qu'on l'y eût fouffert , s'il ne favoit
pas marquer , en héfitant de dire une vérité
fâcheufe , qu'il lui en coûte de déplaire à
celui qui l'a confulté, Je ne dis pas cela ,
Fiv.
128 MERCURE DE FRANCE:
n'eft rien moins qu'un menfonge , c'eft la
vérité même préfentée avec ménagement ,
& j'en appelle à tous ceux qui l'entendent ;
Oronte ne s'y méprend point . Or , M.
Rouffeau fçait bien que le menfonge n'eft
pas dans les mots ; & il me feroit aifé de lui
prouver , par fon propre exemple , que ,
fans déguifer la vérité , on peut la couvrir
d'un voile modefte. Le Mifanthrope répéte
à Oronte , je ne dis pas cela ; fi Philinte
lui demandoit: Hé que dis tu donc , traître ?
la réponſe feroit facile : Je ne fuis point
traître , je me fais entendre , je dis ce qu'exige
l'honnételé , & ce que permet la bienféance.
M. Rouffeau demande jufqu'où peuvent
aller les ménagemens d'un homme
vrai ; je lui réponds , exclufivementjufqu'à
l'équivoque. Suivant fes principes
le Mifanthrope doit n'ufer d'aucun détours
, & dire crument tout ce qu'il penſe.
Si Moliere eût voulu mettre un tel perfonnage
fur la fcene , il l'eût pris au fond
des forêts.
Mais il eft inutile de donner au Théâtre
des leçons d'une morale outrée , qu'il ne
feroit ni poffible ni honnête de pratiquer
dans le monde , où l'on peut très bien ,
quoi qu'en dife M. Rouffeau , n'être ni
fourbe ni brutal. Moliere n'a donc pas
-
DECEMBRE. 1758. 129
prétendu , ni pu prétendre dégrader la vérité
& la vertu, en les faifant un peu moins
farouches que M. Rouffeau ne l'exige ; &
franchement il n'y a qu'un Philofophe qui
regrette le temps où l'homme marchoit à
quatre pattes , qui puiffe trouver le Mifanthrope
de Moliere trop doux & trop civilife.
M. R. dit lui- même de ce perfonnage :
* l'intérêt de l'Auteur eft bien de le rendre
ridicule, mais non pas fou ; & c'eft ce qu'il
paroîtroit aux yeux du Public , s'il étoit
tout- à-fait fage. » Après l'efquiffe que
j'ai tracée du caractere du fage , tel que je
le conçois , il eft inutile d'ajouter que le
Mifanthrope de M. Rouffeau n'eft pas digne
à mes yeux de ce titre : il eft plus inutile
encore de réfuter fa conclufion contre
la morale du Mifanthrope & de tout le
Théâtre de Moliere . Si les principes font
détruits , la conféquence tombe d'elle- même.
Lafuite au Mercure prochain.
Rouffean de Geneve à M. d'Alembert ,
fur les Spectacles.
ONNa vu comment M. Rouffeau s'y eſt
pris pour nous prouver que la Tragédie
allume en nous les mêmes paffions dont
elle prétend infpirer la crainte , & qu'elle
nous conduit aux crimes dont elle veut
nous éloigner.
DECEMBRE . 1758 .
93
Les moeurs de la Comédie lui femblent
encore plus dangereufes , en ce qu'elles
ont avec les nôtres un rapport plus immédiat.
« Tout en eft mauvais & pernicieux ,
» tout tire à conféquence pour les fpecta-
» teurs ; & le plaifir même du comique
étant fondé fur un vice du coeur hu-
» main , c'eſt une fuite de ce principe , que
plus la Comédie eft agréable & parfaite ,
plus fon effet eft funefte aux moeurs . »
199
و د
"
Pour fe concilier avec M. Rouſſeau , il
ne fuffit donc pas d'avouer que le théâtre ,
quoique purgé de fon ancienne indécence,
n'eft pas encore affez châtié ; que Dancourt
, Montfleuri & leurs femblables ,
devroient en être à jamais bannis ; qu'en
un mot le feul comique honnête & moral
doit être donné en fpectacle. Si M. Rouffeau
n'eût dit que cela , il eût penſé comme
tous les honnêtes gens ; mais ce n'étoit
pas affez pour lui tout comique fans
diftinction eft , s'il faut l'en croire , une
école du vice : il n'en connoît point d'innocent.
Il n'eft donc pas queftion d'examiner
s'il y a des Comédies repréhensibles
du côté des moeurs ; mais s'il y a des Comédies
dont les moeurs foient bonnes , &
les leçons utiles .
M. R.
commence par vouloir prouver
l'inutilité de la Comédie. " Imaginez la
94 MERCURE
DE FRANCE .
" Comédie auffi parfaite qu'il vous plaira
( & ceci eft commun aux deux théâtres ) ,
» où eft celui qui , s'y rendant pour la premiere
fois , n'y va pas déja convaincu de
» ce qu'on y prouve ? »
Celui qui n'en eft pas convaincu , eft ,
lui dirai-je , un orgon aveuglément prévenu
pour un tartufe , un jaloux qui ne
voit de fûreté pour fon honneur que dans
une tyrannie odieufe , un avare qui croit
trouver l'équivalent de tous les biens dans
un tréfor qui fera fon fupplice , un mari
livré à une feconde femme qui lui fait
haïr fes premiers enfans , & qui le flatte
pour le dépouiller. Voilà les gens qui vont
au fpectacle le bandeau fur les yeux , &
qui en reviennent capables de réflexions
falutaires , à moins de les fuppofer imbécilles
. De ce que la Comédie fe rapproche
du ton du monde , M. R. conclut qu'elle
ne corrige point les moeurs. « Un laid vifage
ne paroît point laid à celui qui le
» porte. Que fi l'on veut corriger les
» moeurs par leur charge , on quitte la vraifemblance
& la nature , & le tableau ne
» fait plus d'effet . C'eft attaquer la Comédie
dans fon effence ; & fi cette propofition
, légérement jettée , étoit vraie dans
fes deux points , l'inutilité de la Comédie
àl'égard des moeurs , feroit démontrée.
"
DECEMBRE. 1758. 95
Un laid vifage ne paroît point laid à celui
qui le porte. Quand cela feroit comme cela
n'eft pas , de bonne foi cette comparaiſon
peut-elle être pofée en principe ? La laideur
& la beauté font arbitraires jufqu'à un cer
tain point ; il y a du préjugé , de la fantaifie
, du caprice même dans l'opinion
qu'on en peut avoir. Mais en eft- il ainfi
des vices & furtout des vices auxquels le
Public attache le ridicule & le mépris ? Si
le vicieux fe méconnoît au théâtre , il fe
méconnoît encore plus dans un difcours
de morale , & dès-lors toute instruction
générale devient inutile , ce que M. R. n'a
certainement pas prétendu. A l'égard du
théâtre , rappellons- nous ce qui s'eft paffé
dans la nouveauté du tartufe . Croira- t'on
que les faux dévots avoient du plaifir à s'y
voir peints ? croira- t'on que l'ufurier fe
complaife dans le miroir de l'avare ? Voilà
les vicieux bien à leur aife , s'ils aiment
à fe voir tels qu'ils font ! Mais du moins
n'aiment- ils pas à être vus dans cette nudité
humiliante . Leur raifon a beau être
corrompue au point de les juftifier à euxmêmes
, ils fçavent , comme l'avare d'Horace,
qu'ils font la fable & la rifée du peuple
, & ils fe cachent pour s'applaudir,
D'où il réfulte deux fortes de bien , l'un
qu'au défaut de la vertu , le defir de
96 MERCURE DE FRANCE.
f'eftime publique , la crainte du blâme &
du mépris tiennent le vice comme à la
gêne ; l'autre , que l'exemple en eft moins
contagieux ; car l'attrait du vice a pour
contrepoids la peine de l'humiliation , à laquelle
l'orgueil répugne , Eft -ce là , me direz
- vous , faire à la vertu des amis défintéreffés
Hé non , Monfieur , nous n'en
fommes pas là. Peu de gens aiment la vertu
pour elle- même. Il faudroit , s'il eft permis
de le dire , prendre la fleur de l'efpece humaine
pour en former une république, qui
feroit peu nombreuſe encore .
La Comédie prend les hommes tels
qu'ils font partout , & à Geneve comme
ici , c'est- à- dire fenfibles à l'eftime & au
mépris de la fociété , n'aimant point du
tout à fe donner en dérifion , & allez malins
pour fe plaire à voir répandre fur autrui
le ridicule qu'ils évitent. Si les moeurs
font fidélement peintes fur le théâtre comique
; fi les vices & les trayers en font
les méprifables jouets , la Comédie peut
donc avoir fon utilité morale , comme la
cenfure des femmes de Geneve . Que l'on
médife fur le théâtre on dans un cercle ,
c'est toujours la malignité humaine qui
fert d'épouventail au vice , avec cette différence
qu'au théâtre, on peint les vicieux,
& que dans un cercle , on les nomme.
J'avoue
DECEMBRE. 1758.
97
J'avoue que fans ce fonds de maligne
complaifance
, qui fait qu'on s'amufe
des ridi
cules d'autrui , la Comédie
feroit
infipide
& par conféquent
infructucafe
: auffi ne
feroit-elle pas foufferte
dans une fociété
toute
compofée
de vrais amis. Mais tant
que les femmes
fe plairont
à médire
de
leurs maris & de leurs égales , tant que
les hommes
fe plairont
à voir dans leurs
femblables
des travers
qu'ils n'ont pas euxmêmes
, tant qu'il y aura dans le monde
un amour-propre
envieux
& malin
, la
Comédie
aura
l'avantage
de démafquer
,
d'humilier
les vices , & de les livrer ent
plein
théâtre à l'infulte des
fpectateurs
.
·
Mais « fi on veut les corriger par leurs
charges , on quitte la vraifemblance &
la nature , & le tableau ne fait plus
» d'effet. »
30
La peinture du théâtre eft une imitation
exagérée ; mais voici comment. Moliere
veut peindre l'Avare , chacun des traits
doit reffembler , c'eft- à- dire que l'avare ne
doit agir & penſer fur la fcene que comme
il penfe & agit dans la fociété. Mais l'action
théâtrale ne dure que deux heures , &
l'art de l'intrigue confifte à réunir , fans
affectation , dans ce court efpace de temps ,
un affez grand nombre de fituations pour
engager naturellement le caractere de
ES
C.
98 MERCURE DE FRANCE.
· 56 ,
l'avare à fe développer en deux heures ,
comme dans la fociété il fe développeroit
en fix mois. Ce n'eft la que rapprocher les
traits qui doivent former fon image . De
plus , comme la Comédie n'eft pas une
fatyre perfonnelle , & que non feulement
un vicieux , mais tous les vicieux de la
même effece, doivent le reconnoître dans
le tableau , le Peintre y réunit les traits
les plus forts du même vice , répandus dans
la fociété , mais tous copiés d'après nature,
Qu'importe la vérité de l'imitation
» dit M. Rouffeau ,
› pourvu que l'illufion
» y foit » L'illufion n'y feroit pas fil'imitation
n'étoit pas vraie. Quand eſt- ce en
effet que ceffe l'illufion ? Dès qu'il échappe
au Poëte ou à l'Acteur quelque trait qui
n'eft pas dans la nature , c'eft-à- dire , quelque
trait qui contredit ou qui force le caractere,
Et comment nous appercevonsnous
que le caractere eft forcé. Lorsqu'il va
au delà de l'idée collective que chacun de
nous s'en eft fait d'après ce qu'il en a vu
lui même ou entendu dire . Auffi écoutez
le Parterre , quand le perfonnage qu'on
lui préfente s'éloigne de la vérité . Cela eſt
trop fort , dit- il , cela ne reffemble à rien .
L'exagération du Théâtre fe borne donc
à multiplier les traits qui caractériſent ou
le vice ou le ridicule ; & c'eft la vérité , l'enfemble
de ces traits rapprochés & réunis ,
DECEMBRE. 1758. 99
qui nous perfuadent, à la repréſentation des
pieces de Moliere que nous avons vues, tout
ce qu'il nous peint ; l'homme vicieux feroit
donc le feul à y méconnoître fon image.
Or s'il y a quelque Cynique affez impudent
pour s'applaudir au milieu des huées ,
s'il y a quelque original affez hébêté
pour rire lui-même à fes dépens , ni l'un
ni l'autre exemple n'eft affez commun pour
paffer en regle, & l'utilité de la bonne Comédie
n'en eft pas moins fondée fur le mépris
qu'elle attache au vice , & fur la répugnance
qu'a le vicieux à fe voir en butte
au mépris. Si le bien eft nul , comme le conclut
M. Rouffeau , ce n'est donc point
pour les raifons qu'il en a données . Voyons
à préfent fi le comique remplit fon objet ,
& d'abord , avec M. Rouffeau , prenons
pour exemple Moliere. « Qui peut difcon-
» venir que ce Moliere même , des talens.
duquel je fuis plus l'admirateur que perfonne
, ne foit une école de vices & de
» mauvaiſes moeurs , plus dangereufe que
» les livres même où l'on fait profeffion de
≫les enfeigner."
99
"2
Il faut avouer que M. Rouſſeau ne nous
ménage guere , & je ne crois pas qu'on
puiffe , en termes plus énergiques , faire le
procès à notre police & à notre gouvernement.
Ce n'eft donc pas contre un babilphi
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
lofophique , mais contre une imputation
très- grave que je m'éleve. Il s'agit de faire
voir que depuis cent ans les peres & les
meres ne font pas affez imbécilles ou affez
pervers , & dans la capitale & dans toutes
les villes du Royaume , & dans toutes cel
les de l'Europe , où cet excellent comique
eft joué , pour mener leurs enfans à
la plus pernicieufe école du vice.
Expofons d'abord l'imputation dans
toute fa force ; je ferai diffus , je le prévois
; mais le fujet en lui-même eft affez
amufant ; la maniere dont M. Rouffeau
le traite eft affez curieufe pour rendre intéreffans
les détails inévitables où j'entrerai
pour lui répondre.
" Son plus grand foin, dit M. Rouffeau ,
» en parlant de Moliere , eft de tourner la
» bonté & la fimplicité en ridicule , & de
» mettre la rufe & le menfonge du parti
» pour lequel on prend intérêt . Ses honnê-
» tes gens ne font que des gens qui parlent;
» fes vicieux font des gens qui agiffent
99 & que les plus brillans fuccès favorifent
» le plus fouvent . Enfin l'honneur des apé
plaudiffemens , rarement pour le plus
eftimable , eft prefque toujours pour l
plus adroit.
59
و د
le
Examinez le conrique de cet Auteur ,
» yous trouverez que les vices de caractere
» en font l'inſtrument & les défauts natu
DECEMBRE . 1758. 104
» rels , le fujet ; que , la malice de l'un pu-
» nit la fimplicité de l'autre , & que les
» fots font les victimes des méchans : ce
و ر
و
qui , pour n'être que trop vrai dans le
» monde , n'en vaut pas mieux à mettre au
Théâtre , avec un air d'approbation com-
» me pour exciter les ames perfides à punir,
» fous le nom de fottife , la candeur des
» honnêtes
gens :
Dat veniam corvis , vexat cenfura columbas.
" voilà l'efprit général de Moliere , & de
» fes imitateurs. »
page
Cette
d'accufation exigeroit pour
réponſe un volume : attachons, nous aux
principaux griefs .
Il y a deux fortes de vices dans les hommes
; les uns , vices des fripons , & les autres
, vices des dupes. Quand les premiers
attentent gravement à la fociété , ils font
edieux & terribles ; le ridicule fait place à
l'infamie , & la Tragédie s'en empare :
quand ils ne portent au bien public & particulier
que de légeres atteintes , la Comédie
, qui ne doit pas être plus févete
que les Loix , fe contente de les châtier. A
l'égard des vices des dupes , ils font humiliés
au Théâtre , mais ils n'y font jamais
Alétris cette diftinction appliquée aux
exemples , va , je crois , devenir fenfible ;
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
elle contient toute la Philofophie de Moliere
, & ma réponſe à M. Rouffeau .
que
Le but de Moliere a donc été de démafquer
les fripons , & de corriger les dupes ;
& c'est l'objet le plus utile qu'il pût jamais
fe propofer. En effet , fuppofons qu'il n'eût
mis au Théâtre que des gens de bien , voilà
tous les fripons en paix ; au moins n'ontils
plus à craindre le fléau de la cenfure
publique qu'il n'eût mis au Théâtre
des fripons ; dès - lors la fcene comique
n'eft plus qu'une académie de fourberies :
qu'il eût mis au Theâtre des gens de bien
& des fripons , mais ceux- ci moins actifs ,
moins habiles , moins induftrieux que les
gens de bien ; la fcene comique n'auroit
eu ni vérité , ni, utilité morale , ou l'on
n'auroit pas ajouré foi à ces exemples , ou
l'honnêteté fimple & crédule eût pris pour
elle - même une confiance trompeufe :
Moliere enfin eût fait tromper que par des
fripons d'honnêtes gens éclairés , vigilans
& fages ; c'étoit donner au vice , fur la
vertu , un avantage qu'il n'a pas. Quel feroit
le fruit de ces leçons ? Que la probité
en vain fur fes gardes contre la malice &
la fauffeté , n'en peut être, quoi qu'elle falſe,
que le jouet ou la victime . C'eft alors que
le Théâtre comique feroit une école pernicieufe
par le découragement & le dégoût
DECEMBRE. 1758. 103
qu'il infpireroit pour la vertu . De toutes les
combinaiſons poffibles dans le mêlange &
le conftrate des moeurs , Moliere s'eft donc
attaché à la feule qui foit utile ; il a pris des
gens de bien, foibles , crédules , entêtés , confians
ou foupçonneux à l'excès , imprudens
même dans leurs précautions , & toujours
punis, non pas de leur bonté, mais de leurs
travers ou de leurs foibleffes : tels font le
Bourgeois- Gentilhomme , George - Dandin ,
le Malade imaginaire , les Tuteurs jaloux
de l'Ecole des Femmes & de l'Ecole des
Maris. Que l'on me cite un feul exemple où
l'honnêteté pure & fimple foit tournée en
ridicule , & je condamne la piece au feu .
Mais voyez fi l'on rit aux dépens deCléante,
dans leTartufe; aux dépens deChrifale,dans
les Femmes favantes ; aux dépens d'Angélique
dans leMalade imaginaire; aux dépens
d'Arifte dans l'Ecole des Maris ; aux dépens
même de Madame Jourdain dans le Bourgeois
- Gentilhomme Qu'eft ce donc que
Moliere a joué dans les honnêtes gens , ou
plutôt dans les bonnes gens dont on fe moque
à ces fpectacles ? L'aveugle prévention
d'Orgon & de fa mere pour un fcélérat hypocrite
; la manie de l'érudition & du bel
efprit dans une fociété d'honnêtes femmes
à qui des pédans ont tourné la tête ; le foible
d'un homme pufillanifme pour une ma-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
râtre qu'il a donnée à fes enfans , & qui
n'attend que fon dernier foupir pour s'enrichir
de leur dépouille ; l'imbécille prétention
de deux jaloux à fe faire aimer de leurs
pupiles en les tenant dans la captivité ; la
fotte ambition d'un Bourgeois de paffer
pour Gentilhomme en imitant les gens de
Cour ; voilà fur quoi tombe le ridicule de
ces Comédies. Eft - ce là jouer la vertu , la
fimplicité , la bonté ? Je le demande au
Public qui fait bien de quoi il s'amuſe , je
le demande à M. R. lui- même qui peut
avoir ces tableaux auffi préfens que moi .
Tous les vices que je viens de parcourir
font , comme l'on voit , ceux des dupes ; il
n'eft donc pas étonnant que Moliere oppoſe.
à ces perfonnages des fripons adroits , &
fouvent heureux; c'eft ce qui rend ces leçons
utiles . Mais ces fripons eux-mêmes ont- ils
jamais l'eftime des Spectateurs ? Je m'en
tiens à l'exemple que M. Rouffeau a choiſi ::
c'eft le Gentilhomme qui dupe M. Jourdain
: ce perfonnage , dit M. Rouffeau , eft
l'honnête homme de la piece .
Si tout ceci n'étoit qu'une plaifanterie ,
je pafferois à M.Rouffeau la légèreté de ces
affertions ; mais lorfqu'il s'agit de prouver
à une nation entiere qu'elle eft , depuis
cent ans , fans s'en appercevoir , à la plus
dangeureufe école du vice , un Philofophe
DECEMBRE. 1758. 105
8
doit y réfléhir . Un homme donné fans ménagement
par Moliere pour un fourbe
pour un efcroc , pour un flatteur , pour un
vil complaifant , & pour quelque chofe de
pis encore , c'eft l'honnête homme de la
piece ! Eft- ce dans l'opinion de Moliere ? Il
eft évident que non . Eft- ce dans l'opinion
des Spectateurs ? En eft- il un feul qui ne
conçoive le plus profond mépris pour cet
infâme caractere ? Eft ce dans l'opinion de
M. Rouffeau lui-même ? Je ne révoque pas
en doute fa fincérité ; je ne me plains que
de fa mémoire ; mais il eût été bon , je
crois , d'avoir Moliere fous les yeux en
faifant le procès à ces pieces , afin de ne
pas altérer la vérité dans un objet de toute
autre conféquence que le Sonnet du Mifanthrope
.Quel eft donc le perfonnage honnête
de la Comédie du Bourgeois- Gentilhomme
? Madame Jourdain , une mere
de famille qui , avec le bon efprit & les
bonnes moeurs de fon état , gémit des tra-,
vers que fon mari fe donne , & lui reproche
fes extravagances. Or que M. Rouffeau
fe rappelle s'il a jamais vu rire aux dé--
pens de Madame Jourdain .
"
<<
"
Quel eft, ajoute M. Rouffeau , quel eft le
plus criminel d'un payfan affez fou pour
époufer une Demoiselle , ou d'une femme
» qui cherche àdeshonnoret fon époux ? Que
23
Ev
106 MERCURE
DE FRANCE
.
t
و د
ه د
penfer d'une Piece où le Parterre applaudir
à l'infidélité, au menfonge,à l'impudence
» de celle- ci , & rit de la bêtife du manant
99
29
puni ? Que penfer de cette Piece ? Que c'eft
»le plus terrible coup de fouet qu'on ait ja- mais donné à la vanité des méfalliances
. "
Ce n'est point à l'intention
de Moliere que
je m'attache , car l'intention
pourroit être
bonne, & la Piece mauvaife ; je m'en rappor
te à l'impreffion
qu'elle fait. De quoi s'agitil
dans George- Dandin ? De faire fentir les
conféquences
de la fottife de ce villageois ;
Moliere a donc peint fes perfonages
d'après
nature. Mais en expofant à nos yeux le vice
l'a-t-il rendu intéreffant
? a- t'il donné un
coup de pinceau pour l'adoucir & le colorer,
lui , qui fçavoit fi bien nuancer les caracteres?
a- t'il feulement pris foin de rendre cette
coquette féduifante
& fon complice intéreffant
Rien n'étoit plus facile fans doute ;
mais s'il eût affoibli le mépris qu'il devoit
répandre fur le vice , il fe fût contredit luimême
; il eût oublié fon deffein : c'est donc
pour rendre fa piece morale qu'il a peint de
mauvaiſes
moeurs ; & ceux qui lui en ont
fait un reproche , ont confondu la décence
avec le fonds des moeurs théâtrales . La
bienséance
eft violée dans la Comédie de
George Dandin , comme dans la Tragédie
de Théodore ; mais ni l'une , ni l'autre
DECEMBRE. 1758 . 107
piece n'eft une leçon de mauvaiſes moeurs.
Si quelqu'un nous attache dans cette
piece , c'eft George - Dandin lui-même , &
on le plaint comme un bon homme , quoiqu'on
en rie comme d'un fot. J'avoue que
la pitié n'eft pas bien vive , quand elle permet
de rire ; mais auffi fa fituation n'eft-·
elle pas affez cruelle dans notre opinion ,
pour nous affliger fenfiblement ; & nous
fçavons qu'il eft des fituations humiliantes
dont les bonnes gens fe confolent.
Ce qui a fait , je crois , que M. R. s'eft
mépris fur l'impreffion de ces Comédies ,
ce font les applaudiffemens. Mais il nous
ſuppoſe bien vicieux nous-mêmes, s'il nous
accufe d'approuver tout ce que nous applaudiffons.
Il a entendu applaudir à ces
mots d'Atrée : « Reconnois- tu ce fang ? »
Et à ce vers de Cléopâtre :
Puiffe naître de vous un fils qui me reffemble.
Les fpectateurs , à fon avis , adherent ils
dans ce moment aux moeurs de Cléopâtre
ou d'Atrée : C'eſt le génie , c'eft l'art du
Poëte qu'on admire & qu'on applaudir
dans la peinture du crime comme dans
celle de la vertu . Que l'artifice d'un fourbe
, que l'habileté d'un méchant , que toute
fituation qui met la fottife & la friponnerie
en évidence , foit applaudie au théâtre ;
E vj
10S MERCURE DE FRANCE.
ce n'eft pas qu'on aime les fripons , mais
c'eft qu'on aime à les connoître : ce n'eft
pas qu'on mépriſe la bonté , l'honnêteté
dans les dupes , mais feulement les travers
ou les foibleffes qui les font donner dans
le piege , & dont on eftfoi- même exempt.
La preuve en eft que, fi le perfonnage dont
on fe joue eſt eſtimable , & que le tort
qu'on lui fait devienne férieux , la plaiſan--
terie ceffe & l'indignation lui fuccede . On
en voit l'exemple dans le cinquieme acte
du Tartufe , ce chef- d'oeuvre du théâtre
comique dont M. R. ne dit pas un mot.
Il eft vrai que les fripons , c'eft- à - dire
furtout les valets , font communément du
côté des perfonnages auxquels on s'intéreffe
, & qu'alors on fçait bon gré au fripon
de ce qu'il fait pour les fervir. Mais
obfervons que c'est toujours par intérêt.
pour d'honnêtes gens , & dans le cas unique
où la friponnerie ne va point au grave.
Il y a cependant nombre de Comédies
dont les moeurs font repréhenfibles à cet.
égard , & quelques-unes des pieces de Mo
liere peuvent être mifes dans cette claffe ;
mais ce n'eft ni le Tartufe , ni le Mifanthrope
, ni les Femmes fçavantes , ni aucune
de fes bonnes Comédies , & l'on ne doit
pas juger Moliere fur les fourberies de
Scapin. Il feroit d'autant moins jufte ,
DECEMBRE. 1758. 100
33
» c'eft M. R. qui parle , d'imputer à Mo
" liere les erreurs de fes modeles & de fon
fiecle , qu'il s'en eft corrigé lui -même. »›
Mais venons au plus férieux , & voyons
comment les vices de caractere font l'inftru
ment de fon comique , & les défauts naturels ,
le fujet. Dans le Tartufe , le fujet du comi→
que eft la confiance obftinée d'un honnête
homme pour un fcélérat. Cette confiance
eft- elle un défaut naturel ? Dans l'Ecole des
femmes & dans l'Ecole des maris , le fujet
da comique eft la prétention d'un Tuteur
jaloux à s'affurer du coeur de fa pupile , pare
la gêne & la vigilance. Cet abus de l'autorité
confiée eft-il un défaut naturel ? En
eft- ce un dans l'Avare que la manie de fe
priver foi- même & fes enfans , des befoins
d'une vie honnête , pour accumuler & en--
fouir des tréfors ? En eft-ce un dans les
Précieufes & dans les Femmes fçavantes
que la folie du bel- efprit & la négligence >
des chofes utiles ? en eft- ce un que l'aveugle
prévention du Malade imaginaire pour
fa femme & fon médecin , que la fotte
vanité de George- Dandin & du Bourgeois
Gentilhomme , que le foible du Mifanthrope
pour une coquette qui le trompe ?
& fi la bonté , la fimplicité naturelle de
quelques - uns de ces perfonnages eft las
caufe du ridicule qu'ils fe donnent , eft.co
10 MERCURE DE FRANCE.
{
à la caufe que Moliere l'attache ? la-t'i
confondue avec l'effet ?, M. Rouffeau peut
me répondre que le Public ne fait pas ces
diftinctions philofophiques , & que le mépris
attaché à l'effet rejaillit infailliblement
fur la caufe. C'eft de quoi je ne conviens
point. Que l'on mette au théâtre un homme
vertueux & fimple fans aucun de ces
vices de dupe dont j'ai parlé , & que l'Auteur
s'avife de le rendre le jouet de la fcene,
on verra fi le parterre n'en fera pas indigné
. Qu'un valet fe joue du vieil Euphémon
ou du pere du Glorieux , je paffe
condamnation , s'il fait rire. Le comique
de Moliere n'attaque donc pas des défauts
naturels ; mais des vices de caractere , la
vanité , la crédulité , la foibleffe , les prétentions
déplacées , & rien de tout cela
n'eft incorrigible.
L'examen de l'Avare & du Mifanthrope
vont rendre plus fenfible encore mon opinion
fur les moeurs du théâtre de Moliere.
« C'eft un grand vice , dit M. Rouffeau,
» d'être avare & de prêter à ufure ; mais
» n'en est - ce pas un plus grand encore à
» un fils de voler fon pere , de lui man-
» quer de refpect , de lui faire mille infultans
reproches , & quand ce pere irrité
» lui donne fa malédiction , de répondre
? d'un air goguenard qu'il n'a que faire de
DECEMBRE . 1758. 111
-
» fes dons ? Si la plaifanterie eft excellente ,
" en eft elle moins puniffable , & la
piece où l'on fait aimer le fils infolent
qui l'a faite , en eft- elle moins une école
» de mauvaiſes moeurs ? »
»
">
Suppofons que dans un fermon l'Orateur
dît à l'avare : Vos enfans font vertueux
, fenfibles , reconnoiffans , nés pour
être votre confolation ; en leur refufant
tout , en vous défiant d'eux , en les faifant
rougir du vice honteux qui vous domine ,
fçavez- vous ce que vous faites votre inflexible
dureté laffe & rebute leur tendreffe.
Ils ont beau fe fouvenir que vous
êtes leur pere , fi vous oubliez qu'ils font
vos enfans , le vice l'emportera fur la vertu
, & le mépris dont vous vous chargez
étouffera le refpect qu'ils vous doivent.
Réduits à l'alternative , ou de manquer de
tout , ou d'anticiper fur votre héritage
par des reffources ruineufes , ils diffiperont
en ufure ce qu'en ufure vous accumulez
; leurs valets fe ligueront pour dérober
à votre avarice les fecours que vos
enfans n'ont pu obtenir de votre amour.
La diffipation & le larcin feront les fruits
de vos épargnes , & vos enfans devenus vicieux
par votre faute & pour votre fupplice
, feront encore intéreffans pour le
Public que vous révoltez.
FIT MERCURE DE FRANCE.
Je demande à M. Rouffeau fi cette leçon
feroit fcandaleufe : hé bien , ce qu'annonceroit
l'Orateur , le Poëte n'a fait que le
peindre , & la Comédie de Moliere n'eft
autre chofe que cette morale en action .
Ni l'Orateur, ni le Poëte ne veulent encourager
par - là les enfans à manquer à ce
qu'ils doivent à leur pere ; mais tous les
deux veulent apprendre aux peres à ne pas
mettre à cette cruelle épreuve la vertu de
leurs enfans . Paffons aux moeurs du Mifanthrope
, que M. Rouffeau a choifies par
préférence comme le chef- d'oeuvre de
Moliere.
و و ن
"
95
« Je trouve , dit - il , que cette piece
» nous découvre mieux qu'aucune autre la
véritable vue dans laquelle Moliere a
compofé fon théâtre, & nous peut mieux
faire juger de fes vrais effets . Ayant à
plaire au Public , il a confulté le goût le
plus général de ceux qui le compofent .
» Sur ce goût il s'eft formé un modèle , &
fur ce modele un tableau des défauts
» contraires dans lequel il a pris fes carac-
» teres comiques , & dont il a diftribué les
divers traits dans fes pieces.
Arrêtons-nous un moment à cette théo
rie générale. Moliere , en confultant fon
fiecle , a donc vu qu'un ufage honnête de
fes biens étoit du goût général , & il a
DECEMBRE. 1758. 113
・
t
A
Il:
attaqué l'avarice ; qu'on aimoit à voir
chacun fe tenir dans fon état , & il a joué
le Bourgeois Gentilhomme ; qu'une femme
occupée modeftement de fes devoirs
étoit une femme eftimée , & il a jetté du
mépris fur les Précieufes & les Sçavantes ;
qu'une piété fimple & fincere infpiroit le
refpect , & il a démafqué le Tartufe ; que
la gêne & la violence dans le choix d'un
époux étoit une tyrannie odieufe , & ila
fait de deux tuteurs les jouets de deux
amants. Que M. Rouffeau me dife où est
le mal , & en quoi le goût du fiecle a nui
aux moeurs du théâtre de Moliere ? "
» n'a donc point prétendu , pourfuit- il ,
»former un honnête homme , mais un
» homme du monde ; par conféquent ik
»n'a point voulu corriger les vices , mais
» les ridicules ; & comme je l'ai déja dit ,
» il a trouvé dans le vice même un inftru-
» ment très-propre à y réuffir. " Si dans.
ces exemples que je viens de citer , & dans:
tous ceux qu'on peut tirer des bonnes
pieces de Moliere , excepté l'Amphitrion
qui n'eft point une Comédie , l'objet du
ridicule eſt une chofe honnête & louable ,
j'avoue que la prévention m'aveugle. Je
fens bien que tous les ridicules dont Moliere
s'eft joué , ne font pas ce que j'ai entendu
par les vices des fripons. Mais il eſt
4
114 MERCURE DE FRANCE.
des vices qui ne nuifent qu'à nous , & que
j'appelle les vices des dupes. C'eft de cette
derniere efpece de vices queMoliere a voulu
nous corriger, en faisant voir qu'ils nous
rendoient les jouets des fourbes. Il fçavoit
bien , ce Philofophe , qu'on ne corrigeoit
pas un fripon , & que ce n'étoit qu'en le
dénonçant qu'on pouvoit le déconcerter.
Allez perfuader à un Charlatan de ne pas
tromper le peuple , vous y perdrez votre
éloquence. C'eft au peuple qu'il faut apprendre
à fe défier du Charlatan . Voilà ,
felon moi , tout l'art de Moliere , & je ne
conçois rien de plus utile aux moeurs.
« Mais , reprend M. R , voulant expofer à
» la rifée publique tous les défauts oppofés
» aux qualités de l'homme aimable , de
l'homme de fociété ; après avoir joué tant
» d'autres ridicules , il lui reftoit à jouer
celui que le monde pardonine le moins , le
» ridicule de la vertu . C'est ce qu'il a fait
»dans le Mifanthrope .Vous ne fçauriez me
» nier deux chofes , ajoute le Cenfeur du
»
théâtre : l'ane, qu'Alcefte dans cette piece
>> eſt un homme droit , fincere , eſtimable ,
» un véritable homme de bien ; l'autre, que
» l'Auteur lui donne un perfonnage ridicu-
»le.»Vous ne fçauriez menier deux chofes ,
dirai-je à mon tour à M. Rouffeau ; l'une ,
qu'Alcefte eft un homme paffionné , vio
DECEMBRE . 1758. 115
lent , infociable ; l'autre, que dans la vertu
Moliere n'a repris que l'excès . Vous donnez
à Moliere le projet d'un fcélérat , &
je trouve dans fon Ouvrage le deffein du
plus honnête homme. Il feroit malheureux
pour vous que la raifon fût de mon
côté.
Imaginons pour un momentqu'an Auteur
dans un feul Ouvrage ait voulu attaquer
tous les vices de fon fiecle , & mettre le
fléau de la fatyre dans la main de l'un de fes
Acteurs. Quel perſonnage a t'il dû choisir ?
Un fage accompli ? Non : le fage eſt indulgent
& modéré. L'étude qu'il a faite de
lui- même l'a rendu modefte & compâtiffant.
I hait le crime , déplore l'erreur ,
aime la bonté , refpecte la vertu , & regarde
les vices répandus dans la fociété ,
comme un poifon qui circule dans le fein
de la nature humaine . S'il y applique
quelque remede , ce n'eft ni le fer , ni le
feu. Il fçait que le malade eft foible , inquiet
, difficile , & qu'il faut gagner fa
confiance pour obtenir fa docilité. Il parle
aux hommes comme un pere , & non com .
me un juge fon éloquence eft dans fes
entrailles , la douceur fe peint dans fes
yeux , la perfuafion coule de fes levres ;
mais le plaifir délicat de l'entendre n'étoit
pas un attrait pour la multitude. Le fage
116 MERCURE DE FRANCE .
au théâtre eût paru froid & n'eût point
attiré la foule. Un homme vertueux , plus
févere & plus véhément , fans aucun travers
, fans aucune foibleffe , eût indifpofé
tous les efprits. On n'amufe point ceux
qu'on humilie . Le Mifanthrope exempt de
ridicule , feroit tombé : M. Rouffeau l'avouera
lui-même. Il a donc fallu avoir
égard au vice le plus commun , je ne dis
pas de fon fiecle & de fon pays ; mais de
tous les lieux & de tous les temps , c'eſt àdire
à la malignité qui prend fa fource
dans l'amour-propre , & rendre le Cenfeur
ridicule par quelque endroit, pour confoler
à fes dépens ceux qu'humilieroit la cenfure.
Mais ce ridicule , en amufant le peuple
, ne devoit pas affoiblir l'autorité de
la vertu ; & le comble de l'art étoit de
compofer un caractere à la fois refpectable
& rifible , qualités qui femblent s'exclure
& que Moliere a fçu concilier. Tel a été
fon deffein en compofant ce bel Ouvrage ;
je ne crains pas de l'affurer. Ceci n'eft pas
une fubtilité vaine , c'eft l'effet que tout le
monde éprouve . On adore le fonds du
caractere du Mifanthrope : fa droiture , fa
candeur , fa fenfibilité infpirent la vénération
. Ah , Moliere que n'ai- je le bonheur
de reffembler à cet honnête homme ,
s'écrioit M. le Duc de Montaufier. Moliere
DECEMBRE. 1758 . 117 1
1
auroit donc bien manqué fon coup , s'il
eût voulu rendre la vertu ridicule ? Mais
cette même probité s'irrite , paffe les bornes
& tombe dans l'excès. Le Mifanthrope
déraifonne & devient ridicule , non pas
dans fa vertu , mais dans l'excès où elle
donne . Quoi ! lui dit- on ,
Vous voulez un grand mal à la nature humaine ?
Oui , j'ai conçu pour elle une effroyable haine...
Tous les pauvres mortels, fans nulle exception ,
Seront enveloppés dans cette averfion ?
Encoren eft-il bien dans le fiecle où nous ſommes...
Non , elle eft générale , & je hais tous les hommes.
C'eft de cet emportement que l'on rit ;
le Mifanthrope a beau le motiver , ce ne
peut être qu'un accès d'humeur : car au
fonds la haine qu'il a conçue pour les méchans
n'eft fondée que fur fon amour pour
les gens de bien , & fur la fuppofition qu'il
en refte encore. « S'il n'y avoit ni fripons ,
» ni flatteurs , dit M. Rouffeau , le Mifanthrope
aimeroit tout le monde ; mais
s'il n'y avoit pas de gens de bien, de gens
défintéreffés, il n'auroit plus aucun fajet
» de hair ni les flatteurs , ni les fripons.
»
33
On vient de lui lire des vers qu'il atrouvé
mauvais ; il le fait entendre avec ménagement
; il le dit enfin avec pleine franchife
; ſes amis lui reprochent ſa fincérité ;
118 MERCURE DE FRANCE.
c'eft alors qu'il devient extrême :
Je lui foutiendrai moi , que ſes vers font mauvais,
Et qu'un homme eft pendable après les avoir faits.
Comme on ne s'attend pas à ces traits, &
qu'ils confolent la vanité humiliée , on en
rit d'un plaifir malin caufé par la furpriſe ,
mais fans que le mépris s'en mêle ; & l'on
fembledire au Mifanthrope : Hé bien , Cenfeur
impitoyable , vous vous paſſionnez donc
auffi , vous déraisonn: z comme un autre ? M.
Routeau fe trompe fur les circonftances
qui , dans la premiere fcene , peuvent rendre
naturel l'emportement du Miſanthrope
; mais il me fuffit qu'il avance que cer
emportement fait dire auMifanthrope plus
qu'il ne penfe de fang froid ; c'eſt de cette
colere exaltée , de cette humeur qui déborde
, de cette impatience pouffée à bout
par le calme de Philinte, que Moliere a plaifanté
. Ce n'eft donc pas le ridicule de la
vertu qu'il a voulu jouer' ; mais un ridicule
qui accompagne quelquefois la vertu , &
qui naît de la même fource , une fougue
qui l'emporte au - delà de fes limites , une
âpreté qui la rend infociable, une extrême
févérité qui nous fait des crimes de tout ,
un zele inflammable que la contradiction &
les obitacles font dégénérer en fureur; voi-
Là ce que Moliere attaque dans le MifanDECEMBRE.
1758. 119
thrope; & pour le ramener aux fentimens de
T'humanité compâtilfante , il lui fait voir
qu'il eft homme lui - même , & qu'il peut
être , comme nous, le jouet de fes paffions,
Mais pour juftifier le deffein de Moliere ,
j'ai un témoignage auquel M. Rouſſeau ne
peut fe refufer : voici ce que je viens de lire.
Dans toutes les autres pieces de Moliere le
perfonnage ridicule eft toujours haïffable
ou méprifable ; dans celle- ci , quoique Alcefte
ait des défauts réels,dont on n'a pas tort
de rire , on fent pourtant au fond du coeur
un refpect pour lui , dont on ne peut fe dé- ·
fendre ... Moliere étoit perfonnellement
honnête homme , & jamais le pinceau d'un
honnête homme ne fçut couvrir de couleurs
odieufes les traits de la droiture & de
la probité. Il y a plus , Moliere a mis dans
la bouche d'Alceſte un fi grand nombre de
fes propres maximes , que plufieurs ont
cru qu'il s'étoit voulu peindre lui- même.»
Confrontons ce témoignage avec le fen-'
timent de M. Rouffeau . « Ayant à plaire
au Public , Moliere a confulté le goûr
» le plus général .... après avoir joué tant
» d'autres ridicules , il lui reftoit à jouer
>> celui que le monde pardonne le moins ,
» le ridicule de la Vertu : c'est ce qu'il a
» fait dans le Mifanthrope. » Il est évident
que l'une de ces deux opinions eft fauffe ; .
120 MERCURE DE FRANCE.
*
car fi Moliere , pour plaire à ſon ſiècle , a
voulu tourner la vertu en ridicule , un fi
lâche adulateur du vice n'étoit rien moins
qu'un honnête homme ; s'il a voulu fe
peindre lui-même dans Alcefte , il n'a pas
prétendu s'expofer à la rifée du public ;
s'il fait aimer & refpecter ce caractere fans
le vouloir , & en dépit de fon art , le
ridicule de la vertu n'eft donc pas celui
que le monde pardonne le moins. Que
M. Rouffeau accorde , s'il le peut , fon
opinion , avec l'autorité que je lui ai oppofée
; fon contradicteur , c'eft lui -même.
Le deffein de Moliere a donc été , en
compofant le caractere du Mifanthrope , de
fe fervir de fa vertu comme d'un exemple ,
& de fon humeur comme d'un fléau. Voilà
le vrai , tout le monde le fent .
Il lui a donné pour ami , non pas un de
ces honnêtes gens du grand monde , dont
les maximes reffemblent beaucoup à celles
des fripons , non pas un de ces gens fi
doux , fi modérés , qui trouvent toujours
que tout va bien , parce qu'ils ont intérêt
que rien n'aille mieux ; mais un de ces gens
qui , aimant le bien , & condamnant le
mal , fe contentent de pratiquer l'un , &
d'éviter l'autre , qui ne fe croyent ni affez
de vertus , ni affez d'autorité pour s'ériger
en cenfeurs publics , & faire le procès à la
nature
DECEMBRE . 1758. 121
8
nature humaine ; qui , fans être complices
ni partifans des vices deftructeurs de l'ordre
, tolerent les défauts , ménagent les
foibleffes , flattent les vaines prétentions ,
paffent légérement fur les épines de la fociété,
& s'épargnent les chagrins & les dégoûts
d'un déchaînement inutile . Un honnête
homme eft celui qui remplit fidele
ment les devoirs de fon état , & ce n'eft le
devoir d'aucun particulier d'exercer la police
du monde. Il eft vrai que Philinte , foit
manque de goût, foit excès de politeffe loue
des vers qui ne valent rien ; mais tout
menfonge n'eft pas un crime ; c'eft l'impor
tance du mal qui en fait la gravité. Je ne fais
même fi , dans la morale la plus auftere , il
ne vaut pas mieux flatter un homme fur
une bagatelle , que de s'expofer , par une
fincérité qui l'offenſe , à fe couper la gorge
avec lui. Du refte fi Moliere eût fait un vicieux
du Miſanthrope , il lui eût donné
pour contrafte un modele de vertu ; mais
comme il n'en fait qu'un homme infociable
, c'eft un modele de complaifance &
d'égards qu'il a dû lui oppofer. Philinte
n'eft donc pas le fage de la piece , mais ſeulement
l'homme du monde : fon fang froid
donne du relief à la fougue du Mifanthrope
; & quoique l'un de ces contraftes falle
rire aux dépens de l'autre , l'avantage &
F
1
122 MERCURE DE FRANCE.
l'afcendant que Moliere donne à Alcefte fur
Philinte , prouve bien qu'il lui deftinoit la
premiere place dans l'eftime des Spectateurs .
« Le tort de Moliere n'eft pas , felon M.
» Rouſſeau , d'avoir fait du Miſanthrope
» un homme colere & bilieux , mais de lui
» avoir donné des fureurs puériles fur des
fujets qui ne doivent pas l'émouvoir . Le
» caractere du Miſanthrope n'eft pas en la
difpofition du Poëte ; il eft déterminé
" par la nature de fa paffion dominante :
» cette paffion eft une violente haine du
» vice , née d'un amour ardent pour la vertu
, & aigrie par le fpectacle continuel
3, de la méchanceté des hommes ; il n'y
» a donc qu'une ame grande & noble qui
en foit fufceptible ... Cette contemplation
continuelle des défordres de la Société
le détache de lui - même pour fixer
» fon attention fur le genre humain
» Ce n'eft pas que l'homme ne foit toujours
» homme , que la paffion ne le rende fou-
» vent foible , injufte , déraisonnable , qu'il
» n'épie peut être les motifs cachés des ac-
» tions des autres avec un fecret plaifir d'y
voir la corruption de leurs coeurs , qu'un
petit mal ne lui donne fouvent une grande
» colere ... Voilà de quel côté le caractere
» du Mifanthrope doit porter fes défauts ; &
voilà de quoi Moliere fait un ufage admi-
و د
DECEMBRE . 1758 . 123
rable dans toutes les fcenes d'Alcefte avec
»fon ami... Qu'il s'emporte fur tous les
» défordres dont il n'eft que le témoin ...
"
"
mais qu'il foit froid fur celui qui ne s'a-
» dreffe qu'à lui ; qu'une femme fauffe le
» trahiffe , que d'indignes amis le deshon-
» norent , que de foibles amis l'abandon--
» nent , il doit le fouffrir fans en mur-
>> murer ; il connoît les hommes. Si ces
» diftinctions font juftes , Moliere a mal
» fait le Mifanthrope . Penfe- t'on que ce
»foit par erreur? non fans doute : mais voilà
» par où le defir de faire rire aux dépens
» du perfonnage l'a forcé de le dégrader
» contre la vérité du caractere. »
Si M. Rouffeau parle d'une vérité métaphyfique
, je ne lui difpute rien ; chacun
fe fait des idées comme il lui plaît. Le
Mifanthrope métaphyfique eft donc , fi
l'on veut , un être furnaturel qui aime
tous les hommes , excepté lui feul , qui
prend feu fur les injuftices qu'ils éprouvent
, & qui eft de glace pour celles qu'il
effuye lui-même, qui combat tous les vices,
hormis ceux qui lui nuifent ; auquel un
petit mal qui lui eft étranger, peut donner
une très-grande colere , & qui n'eft point
ému d'un très- grand mal qui lui eft perfonnel.
Mais Moliere n'a pas voulu peindre un
perfonnage idéal. Le Mifanthrope, tel qu'il
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
l'a vu dans la nature,fe comprend au moins
dans le nombre des hommes qu'il aime ; il
ne donne pas dans l'abfurde inconféquence
de regarder comme des inclinations baffes le
foin de fon honneur , de fa renommée, de fon
repos , de fa fortune , en un mot de ces mêmes
biens auxquels il ne peut fouffrir que
l'on porte atteinte dans fes femblables ; il
n'a point une ame fenfible pour eux , &
une ame impaffible pour lui ; & cette
trempe de caractere , qui reçoit de fi vives
impreffions des plaies faites à l'humanité ,
n'eft pas impénétrable aux traits qui font
lancés contre lui - même. Je crois bien que
le courage & la force étouffent fes plaintes
quelquefois ; mais enfin l'homme est toujours
homme. Moliere a donc trés- bien pris , je
ne dis pas le caractere idéal , mais le caractere
réel du Mifanthrope , tel qu'il le
voyoit dans le monde , & qu'il vouloit le
corriger.
Du refte j'avoue que je ne conçois pas le
Mifanthrope de M. Rouffeau . Si la connoiffance
qu'il a des hommes , doit l'avoir
préparé aux trahifons de fa maîtreffe , aux
outrages & à l'abandon de fes amis , à l'iniquité
de fes Juges , il doit donc être férieufement
convaincu que tous les hommes
font perfides & méchans , & cela pofé , il
doit n'aimer perfonne. Comment eft- il
DECEMBRE. 1758 . 125:
donc fi touché des défordres d'un monde
où il n'aime rien ? Il hait le vice , il aime
la vertu ; mais le vice & la vertu ne font
rien de réel que relativement aux hommes.
Que lui importe la guerre des vautours ,
fi la fociété n'a plus de colombes ?
:
Dira-t'on que le Mifanthrope aime les
hommes quels qu'ils foient , & ne hait en
eux que le vice ? C'eſt le caractere du fage
tel que je l'ai peint ; mais ce n'eft pas le
caractere du Mifanthrope. Celui- ci enveloppe
dans fa haine , & le vice, & le vicieux ;
il détefte dans les méchans les ennemis des
gens de bien mais s'il eft perfuadé qu'il
y a des gens de bien dans le monde , il eft
naturel qu'il ait cette opinion de fes juges ,
de fes amis , de fa maîtreffe , & lorf
que l'iniquité , la perfidie , la trahifon
qu'il en éprouve , le tire de cette douce erreur
, il doit en être d'autant plus affecté
que ces coups rompent les derniers liens qui
l'attachoient à fes femblables.
Le Mifanthrope, que rien de perfonnel
ne touche , & qui fe paffionne fur tout ce
qui lui eft étranger , eft donc , felon moi ,
in être fantastique , & Moliere , pour rendre
le fien d'après nature , a dû le peindre
comme il a fait.
M. Rouffeau ne doute pas que , fuivant
fon deffein , le caractere d'Alcefte n'eût fair
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
incomparablement plus d'impreffion ; mais
le Parterre alors n'auroit pû rire , dit- il ,
qu'aux dépens de l'homme du monde , &
l'intention de l'Auteur étoit qu'on rît aux
dépens du Mifanthrope. Mais que l'on fe
rappelle la pofition de ce perfonnage ; il
accable fon ami de reproches , humilie
Oronte , apoftrophe les Marquis , & leur
impofe filence , confond & refufe Célimene,
domine d'un bout de la piece à l'autre ,
efface tout , n'eft jamais effacé , & fort du
Théâtre , ennemi de la nature entiere , autant
admiré qu'applaudi . Voilà donc le.
perfonnage que Moliere a voulu humilier
pour flatter le goût de fon fiecle . Si Moliere
a prétendu faire briller Philinte aux.
dépens d'Alcefte , jamais Auteur , j'oſe le
dire , n'a été plus mal adroit.
Philinte a loué la chûte du Sonnet d'Oronte
, le Mifanthrope indigné , lui dit :
La pefte de ta chûte , empoiſonneur au diable ,
En euffe-tu fait une à te caffer le nez.
jeu
M. Rouffeau défapprouve avec raiſon ce
de mots, & il s'écrie : Et voilà comme on
avilit la vertu ! Je n'ai qu'à citer du même
rôle cinq cens des plus beaux vers & des plus
applaudis qu'on ait jamais faits , & à m'écrier
à mon tour , Et voilà comme on honore la verm
! Eft- il poſſible que d'un frivole jeu de
DECEMBRE. 1758. 127
mots qui , dans la vivacité , peut échapper
à tout le monde , on tire une conféquence
deshonorante pour la mémoire d'un homme
qu'on fait profeffion d'admirer ? M.
Rouffeau d'après fon idée trouve que Moliere
a affoibli les traits qui caractérisent
le Mifanthrope , & voici la preuve qu'il en
donne.
« On voit Alcefte tergiverfer & ufer dè
détour pour dire fon avis à Oronte . Ce
n'eft point là le Mifanthrope , c'eft un honnête
homme du monde qui fe fait peine de
tromper celui qui le confulte. La force du
caractere vouloit qu'il lui dît brufquement :
Votre Sonnet ne vaut rien , jettez - le au
feu ; mais cela auroit ôté le comique qui
naît de l'embarras du Mifanthrope , & de
fes je ne dis pas cela répétés , qui pourtant
ne font au fonds que des menfonges. » Les
je ne dis pas cela font très- plaifans ; mais
ce n'eft point aux dépens du Mifanthrope
qu'ils font rire : du refte il ne faut que favoir
diftinguer la groffiéreté de la franchife
pour juftifier cette réticence. Le Mifanthrope
de Moliere a vécu trente ans
dans le monde ; il ne feroit. pas vraifemblable
qu'on l'y eût fouffert , s'il ne favoit
pas marquer , en héfitant de dire une vérité
fâcheufe , qu'il lui en coûte de déplaire à
celui qui l'a confulté, Je ne dis pas cela ,
Fiv.
128 MERCURE DE FRANCE:
n'eft rien moins qu'un menfonge , c'eft la
vérité même préfentée avec ménagement ,
& j'en appelle à tous ceux qui l'entendent ;
Oronte ne s'y méprend point . Or , M.
Rouffeau fçait bien que le menfonge n'eft
pas dans les mots ; & il me feroit aifé de lui
prouver , par fon propre exemple , que ,
fans déguifer la vérité , on peut la couvrir
d'un voile modefte. Le Mifanthrope répéte
à Oronte , je ne dis pas cela ; fi Philinte
lui demandoit: Hé que dis tu donc , traître ?
la réponſe feroit facile : Je ne fuis point
traître , je me fais entendre , je dis ce qu'exige
l'honnételé , & ce que permet la bienféance.
M. Rouffeau demande jufqu'où peuvent
aller les ménagemens d'un homme
vrai ; je lui réponds , exclufivementjufqu'à
l'équivoque. Suivant fes principes
le Mifanthrope doit n'ufer d'aucun détours
, & dire crument tout ce qu'il penſe.
Si Moliere eût voulu mettre un tel perfonnage
fur la fcene , il l'eût pris au fond
des forêts.
Mais il eft inutile de donner au Théâtre
des leçons d'une morale outrée , qu'il ne
feroit ni poffible ni honnête de pratiquer
dans le monde , où l'on peut très bien ,
quoi qu'en dife M. Rouffeau , n'être ni
fourbe ni brutal. Moliere n'a donc pas
-
DECEMBRE. 1758. 129
prétendu , ni pu prétendre dégrader la vérité
& la vertu, en les faifant un peu moins
farouches que M. Rouffeau ne l'exige ; &
franchement il n'y a qu'un Philofophe qui
regrette le temps où l'homme marchoit à
quatre pattes , qui puiffe trouver le Mifanthrope
de Moliere trop doux & trop civilife.
M. R. dit lui- même de ce perfonnage :
* l'intérêt de l'Auteur eft bien de le rendre
ridicule, mais non pas fou ; & c'eft ce qu'il
paroîtroit aux yeux du Public , s'il étoit
tout- à-fait fage. » Après l'efquiffe que
j'ai tracée du caractere du fage , tel que je
le conçois , il eft inutile d'ajouter que le
Mifanthrope de M. Rouffeau n'eft pas digne
à mes yeux de ce titre : il eft plus inutile
encore de réfuter fa conclufion contre
la morale du Mifanthrope & de tout le
Théâtre de Moliere . Si les principes font
détruits , la conféquence tombe d'elle- même.
Lafuite au Mercure prochain.
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Résumé : SUITE de l'extrait de la Lettre de M. Rousseau de Geneve à M. d'Alembert, sur les Spectacles.
Dans une lettre à M. d'Alembert, M. Rouffeau critique les spectacles, notamment la tragédie et la comédie. Il estime que la tragédie suscite les passions qu'elle prétend condamner et que la comédie, en reflétant les mœurs contemporaines, est encore plus dangereuse. Rouffeau considère la comédie comme pernicieuse, même lorsque le plaisir comique repose sur un vice humain. Il admet que le théâtre, bien que purgé de son ancienne indécence, n'est pas encore suffisamment moralisé et propose de bannir certains auteurs, ne permettant que des comédies honnêtes et morales. L'auteur de la lettre conteste cette vision en soulignant que les individus vicieux se reconnaissent encore moins dans un discours de morale. Il rappelle que les faux dévots et les usuriers n'appréciaient pas se voir représentés dans des œuvres comme 'Le Tartuffe' de Molière. Il conclut que la comédie peut avoir une utilité morale en peignant fidèlement les mœurs et en rendant les vices ridicules. Le texte discute de la fonction et de l'impact de la comédie, en particulier celle de Molière. La comédie permet de dénoncer et d'humilier les vices en les exposant sur scène, mais elle doit rester vraisemblable et naturelle pour être efficace. Molière exagère les traits des personnages pour les rendre reconnaissables sans les déformer. La comédie vise une satire collective, réunissant les traits les plus marquants d'un vice donné. L'illusion théâtrale repose sur la vérité de l'imitation, et toute divergence avec la nature rompt cette illusion. Le texte critique l'idée que Molière serait une 'école de vices', affirmant que ses pièces montrent plutôt les conséquences négatives des vices et des mauvaises actions. Molière choisit de représenter des personnes honnêtes mais faibles ou crédules, punies non pour leur bonté, mais pour leurs travers ou faiblesses. Les exemples incluent 'Le Bourgeois Gentilhomme', 'George Dandin', 'Le Malade imaginaire', et 'Les Tuteurs jaloux'. Molière ne ridiculise pas l'honnêteté pure et simple, mais plutôt les défauts des personnages honnêtes. Le texte critique l'interprétation de M. Rousseau, affirmant que Molière n'a jamais eu l'intention de glorifier les fripons. Les pièces de Molière visent à corriger les vices et à encourager la vertu, en montrant les conséquences des erreurs des personnages honnêtes mais imprudents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2364
p. 1973
LOGOGRYPHE.
Début :
Je cause aux mortels bien des maux ; [...]
Mots clefs :
Orgueil
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E cause aux mortels bien des maux ;
A ma tête est un des métaux.
Avec mes cinq lettres premieres ,
Je rend des sons mélodieux ;
Et qui n'a pas les trois dernieres ,
peut se servir des deux yeux. Ne
LAMOTTE TILLO Y
E cause aux mortels bien des maux ;
A ma tête est un des métaux.
Avec mes cinq lettres premieres ,
Je rend des sons mélodieux ;
Et qui n'a pas les trois dernieres ,
peut se servir des deux yeux. Ne
LAMOTTE TILLO Y
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2366
p. 87
SECONDE ENIGME.
Début :
Dans un double & sombre parterre, [...]
Mots clefs :
Trictrac
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE ENIGME.
S ECONDE ENIGME.
tt^v Ans un double & sombre parterre t
Eclairé de rayons divers ,
J'allume une soudaine guerre ;
Entre deux amis que je fers.
J'interesse dans leurs querelles
.Un grand nombre de Demoiselle^ ^
..Qui font mille cris éclatans.
Cependant toute la dispute
.rin:t entre les combattans ,
Par la bizarre culebutte ,
.Des restes d'un squelette affreux ?
^Brusquement sortis de leurs creux.
tt^v Ans un double & sombre parterre t
Eclairé de rayons divers ,
J'allume une soudaine guerre ;
Entre deux amis que je fers.
J'interesse dans leurs querelles
.Un grand nombre de Demoiselle^ ^
..Qui font mille cris éclatans.
Cependant toute la dispute
.rin:t entre les combattans ,
Par la bizarre culebutte ,
.Des restes d'un squelette affreux ?
^Brusquement sortis de leurs creux.
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2367
p. 93
« La lecture d'un Conte me paroît du moins aussi amusante [...] »
Début :
La lecture d'un Conte me paroît du moins aussi amusante [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La lecture d'un Conte me paroît du moins aussi amusante [...] »
La lecture d'un Conte me
paroît du moins auffi amuſante
qu'une Chanfon . Je m'en
rapporte au Ledtour.
paroît du moins auffi amuſante
qu'une Chanfon . Je m'en
rapporte au Ledtour.
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2368
p. 91
ENIGME.
Début :
Je commence hardiment, Lecteur, réfléchis bien ; [...]
Mots clefs :
Lettre H
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E commence hardiment , Lecteur , réfléchis
-bien ;
L'homme a befoin de moi , mais la femme s'en'
paffe :
En cherchant , fous tes yeux , j'occupe double
place ;
Donc tu dois m'avouer utile au chat , au chien.
Tu me vois chez l'heureux , & parmi la richeffe ,
Paroître avec chagrin & fans être en triſteſſe .
Avec horreur lis-moi , je vais au malheureux ,
Je m'offre en inhumain ; ah : je le coupe en deux g
Après cet affreux trait , pour chaffer les allarmes ,
Je me joins à Philis , j'accompagne fes charmes ;
Je brille dans fa bouche & dans un air touchant ,
Sans m'unir à la voix j'accompagne fon chant.
Par M. M ***** de Paris.
E commence hardiment , Lecteur , réfléchis
-bien ;
L'homme a befoin de moi , mais la femme s'en'
paffe :
En cherchant , fous tes yeux , j'occupe double
place ;
Donc tu dois m'avouer utile au chat , au chien.
Tu me vois chez l'heureux , & parmi la richeffe ,
Paroître avec chagrin & fans être en triſteſſe .
Avec horreur lis-moi , je vais au malheureux ,
Je m'offre en inhumain ; ah : je le coupe en deux g
Après cet affreux trait , pour chaffer les allarmes ,
Je me joins à Philis , j'accompagne fes charmes ;
Je brille dans fa bouche & dans un air touchant ,
Sans m'unir à la voix j'accompagne fon chant.
Par M. M ***** de Paris.
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2369
p. 2419
« L'Enigme du mois dernier a dû être expliquée par l'Enigme même, le premier [...] »
Début :
L'Enigme du mois dernier a dû être expliquée par l'Enigme même, le premier [...]
Mots clefs :
Énigme, Dauphin, Ambroise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Enigme du mois dernier a dû être expliquée par l'Enigme même, le premier [...] »
L'Enigme du mois dernier a dû être
expliquée par l'Enigme même , le premier
Logogryphe par Dauphin , & le
focond par Ambroise.
expliquée par l'Enigme même , le premier
Logogryphe par Dauphin , & le
focond par Ambroise.
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2371
p. 919-920
ENIGME.
Début :
C'est un Ciclope à qui je dois le jour. [...]
Mots clefs :
Fer à cheval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME.
' Est un Ciclope à qui je dois le jour.
Que de coups sur mon corps pour me donner
le tour !
C'est peu ; veut- on me mettre en place ?
A travers de ce corps plus d'un crampon tenace
M'attache
920 MERCURE DE FRANCE
M'attache sans quartier , et celui que je sers
Me foule aux pieds , me traîne en mille endroits
divers.
Trois freres malheureux servent le même
Maitre ,
C'est un brutal , un animal , ua traitre ,
Qui bien souvent quand il entre en fureur,
Qubliant que c'est nous qui soutenons sa force
Et qui lui sauvons mainte entorse ,
Nous brise et loin de lui nous lance avec roid
deur ,
Voila mon sort , devine - moi , Lecteur.
J. de Paris.
' Est un Ciclope à qui je dois le jour.
Que de coups sur mon corps pour me donner
le tour !
C'est peu ; veut- on me mettre en place ?
A travers de ce corps plus d'un crampon tenace
M'attache
920 MERCURE DE FRANCE
M'attache sans quartier , et celui que je sers
Me foule aux pieds , me traîne en mille endroits
divers.
Trois freres malheureux servent le même
Maitre ,
C'est un brutal , un animal , ua traitre ,
Qui bien souvent quand il entre en fureur,
Qubliant que c'est nous qui soutenons sa force
Et qui lui sauvons mainte entorse ,
Nous brise et loin de lui nous lance avec roid
deur ,
Voila mon sort , devine - moi , Lecteur.
J. de Paris.
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2372
p. 87-88
TROISIÈME ENIGME.
Début :
Tirée du sein de ma mere, [...]
Mots clefs :
Broche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TROISIÈME ENIGME.
TROIS IE'ME ENIGME.
#T* Irée du sein de ma mere ,
' Je dois ce que je fuis aux enfans de Vul
cain ,
Mille coups redoublez d'une grossiere main ,
Me font souvent plus grande que mon pere ,
Peu précieuse , aujourd hui necessaire ,
Quoiqu'inutik au premier des humains ,
Je cheris tant la bonne chere ,
Que je fers à tous les festins ,
m MERCURE I>E FRANCE.
A tous Escamoteurs, à tous maîtres -Gonins*
Je donne le défi des tours qu'on me voit faire*
Il est vrai.qu'un Agent me prête ses eíforts,
Et je fuis , qui pourra penetrer ce mistere ?
inutile aux vmns fans le secours des morts;
#T* Irée du sein de ma mere ,
' Je dois ce que je fuis aux enfans de Vul
cain ,
Mille coups redoublez d'une grossiere main ,
Me font souvent plus grande que mon pere ,
Peu précieuse , aujourd hui necessaire ,
Quoiqu'inutik au premier des humains ,
Je cheris tant la bonne chere ,
Que je fers à tous les festins ,
m MERCURE I>E FRANCE.
A tous Escamoteurs, à tous maîtres -Gonins*
Je donne le défi des tours qu'on me voit faire*
Il est vrai.qu'un Agent me prête ses eíforts,
Et je fuis , qui pourra penetrer ce mistere ?
inutile aux vmns fans le secours des morts;
Fermer
2373
p. 731-732
EXPLICATION du Logogryphe du Mercure de Fevrier, sur les mêmes Rimes.
Début :
Le Royaume des Lys est un puissant Empire, [...]
Mots clefs :
France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION du Logogryphe du Mercure de Fevrier, sur les mêmes Rimes.
EXPLICATION du Logogryphe du
Mercure de Fevrier, fur les mêmes Rimes.
LE Royaume des Lys eft un puiſſant Empire , ”
Ou bienheureux qui trouve un coeur franc & lans
fard ,
Au fond duquel il puiffe lire.
Pour rance , il convient au vieux lard
Chacun fçait que l'ance eft utile ,
Aux fceaux , aux paniers , aux chaudrons ;
Chiffrons ce Logogriphe en changemens fertile
Voyons pour deviner comment nous nous prendrons
;
Je vais donc le ſuivre à la trace ,
Malgré les divers changemens ,
Et rendre plus clairs qu'une glace ,
Tous les obfcurs arrangemens.
L'Afne eft Roffignol d'Arcadie ;
L'Ancre fçait expofer aux yeux
Des Sçavans & des Curieux
Profe , Poëme & Melodie ;
>
Quand elle eft de la Chine on en fait des Tableaux.
Une Ancre arrête les Vaiffeaux ;
Caën , eft Ville de Normandie ,
Un Fare éclaire au bord des Eaux ;
E ij Fecan
A
732 MERCURE DE FRANCE
Fecan , eft très-bonne Abbaye ,
Et Nerac eft près de Bourdeaux.
Le Crâne couvre la cervelle ;
L'Arc fert aux Indiens, auffi - bien qu'à l'Amour;`
Très-acre , eft le goût de Prunelle ;
Peu s'enfallut que Car ne fût profcript un jour.
Une Face eft un gros viſage ;
C Rane eft un Peintre recherché ;
i Les Charlatans font dans l'uſage ,
D'executer leur Farce au milieu d'un Marché.
Ancer , Oye en François jadis par fa parole ,
Ou plutôt par fes cris fauva le Capitole.
Le Fer eft un très -dur métal ;
Et le Cerf à la chaffe exerce la Nobleſſe,
C
Nacre eft Coquille d'une espece
Auffi brillante que criftal.
Cane ou Canne eft l'appui de la foible vieilleffe ;
Le Nerf fait remuer les doigts ,
Ainfi que tout le corps en avant , en arriere
Je crois qu'Arne eft une Riviere ;
Angle ou Carne fe dit de la pierre , du bois ,
D'un volet , d'une Table, ou d'une cheminée,
Nafre, beaucoup mieux Naffe,eft drogue raffinée,
Utile aux femmes quelquefois,
Le Cafre ne connoît que de barbares loix.
Le Canfre eft en tous lieux drogue d'Apoticaire
Dont on fe fert affez fouvent ;
On dit Cran de la Crémaillere ;
En France l'on peut voir tous ces mots à prefent.
Mercure de Fevrier, fur les mêmes Rimes.
LE Royaume des Lys eft un puiſſant Empire , ”
Ou bienheureux qui trouve un coeur franc & lans
fard ,
Au fond duquel il puiffe lire.
Pour rance , il convient au vieux lard
Chacun fçait que l'ance eft utile ,
Aux fceaux , aux paniers , aux chaudrons ;
Chiffrons ce Logogriphe en changemens fertile
Voyons pour deviner comment nous nous prendrons
;
Je vais donc le ſuivre à la trace ,
Malgré les divers changemens ,
Et rendre plus clairs qu'une glace ,
Tous les obfcurs arrangemens.
L'Afne eft Roffignol d'Arcadie ;
L'Ancre fçait expofer aux yeux
Des Sçavans & des Curieux
Profe , Poëme & Melodie ;
>
Quand elle eft de la Chine on en fait des Tableaux.
Une Ancre arrête les Vaiffeaux ;
Caën , eft Ville de Normandie ,
Un Fare éclaire au bord des Eaux ;
E ij Fecan
A
732 MERCURE DE FRANCE
Fecan , eft très-bonne Abbaye ,
Et Nerac eft près de Bourdeaux.
Le Crâne couvre la cervelle ;
L'Arc fert aux Indiens, auffi - bien qu'à l'Amour;`
Très-acre , eft le goût de Prunelle ;
Peu s'enfallut que Car ne fût profcript un jour.
Une Face eft un gros viſage ;
C Rane eft un Peintre recherché ;
i Les Charlatans font dans l'uſage ,
D'executer leur Farce au milieu d'un Marché.
Ancer , Oye en François jadis par fa parole ,
Ou plutôt par fes cris fauva le Capitole.
Le Fer eft un très -dur métal ;
Et le Cerf à la chaffe exerce la Nobleſſe,
C
Nacre eft Coquille d'une espece
Auffi brillante que criftal.
Cane ou Canne eft l'appui de la foible vieilleffe ;
Le Nerf fait remuer les doigts ,
Ainfi que tout le corps en avant , en arriere
Je crois qu'Arne eft une Riviere ;
Angle ou Carne fe dit de la pierre , du bois ,
D'un volet , d'une Table, ou d'une cheminée,
Nafre, beaucoup mieux Naffe,eft drogue raffinée,
Utile aux femmes quelquefois,
Le Cafre ne connoît que de barbares loix.
Le Canfre eft en tous lieux drogue d'Apoticaire
Dont on fe fert affez fouvent ;
On dit Cran de la Crémaillere ;
En France l'on peut voir tous ces mots à prefent.
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Résumé : EXPLICATION du Logogryphe du Mercure de Fevrier, sur les mêmes Rimes.
Le texte explique un logogryphe, un puzzle littéraire publié dans le Mercure de février. Il décrit le Royaume des Lys comme un puissant empire valorisant la franchise. Divers mots et leurs significations sont énumérés, souvent en lien avec des lieux ou des objets. Par exemple, l'anse est utile pour divers récipients, l'afne est un rossignol d'Arcadie, et l'ancre arrête les vaisseaux. Le texte mentionne également Caen, une ville de Normandie, et Sécan, une abbaye. Il explore les significations multiples des mots, comme le crâne qui couvre la cervelle, ou l'arc utilisé par les Indiens et dans l'amour. Le texte se termine par une liste de mots et leurs définitions, allant de la nacre, une coquille brillante, au nerf qui fait bouger les doigts, en passant par le canfre, une drogue d'apothicaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2374
p. 1973-1974
AUTRE LOGOGRYPHE.
Début :
Mon nom indique un assemblage, [...]
Mots clefs :
Chiourme
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE LOGOGRYPHE.
UTRE LOGOGRYP HE
Monnom indique un assemblage ;
De gens , nez en differens lieux ,
Qui s'accordent en dépit d'eux ,
Il a de l'Alphabet huit lettres en partage.
Quatre , ( si tour à tour on les tire des huit }
Désignent un Arbre , une Ville ,
Vn Saint , un Etranger , aux Confiseurs utile ,
Vac Amante afligée, une Riviere , un Fruit ,
Et
1974 MERCURE DE FRANCE
Et ce qu'on ne voit pas au milieu de la nuit ,
Mais qu'avec le Soleil , on peut voir à toute heure.
Cinq , une maladie , une Etoffe , un Poisson ,
į Une assez petite maison ,
Six , un des habitans , dont elle est la demeure ,
Lecteur , je vous attens à la combinaison.
Par M. de M..
Monnom indique un assemblage ;
De gens , nez en differens lieux ,
Qui s'accordent en dépit d'eux ,
Il a de l'Alphabet huit lettres en partage.
Quatre , ( si tour à tour on les tire des huit }
Désignent un Arbre , une Ville ,
Vn Saint , un Etranger , aux Confiseurs utile ,
Vac Amante afligée, une Riviere , un Fruit ,
Et
1974 MERCURE DE FRANCE
Et ce qu'on ne voit pas au milieu de la nuit ,
Mais qu'avec le Soleil , on peut voir à toute heure.
Cinq , une maladie , une Etoffe , un Poisson ,
į Une assez petite maison ,
Six , un des habitans , dont elle est la demeure ,
Lecteur , je vous attens à la combinaison.
Par M. de M..
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2375
p. 2419-2420
ENIGME.
Début :
Je m'étens en longueur, de même qu'en largeur ; [...]
Mots clefs :
Ombre
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E m'étens en longueur , de même qu'en lar
geur ;
1
Mais fans avoir de profondeur ;
J'ai des jambes , des bras ; je cours & me repofe
Suivant la loi que l'on m'impoſe.
Je ne fuis pas pourtant un corps :
Et la nuit & le jour on peut me voir paroître
Je ne quitte jamais celui qui me fait naître ;
2420 MERCURE DE FRANCÉ
En vain pour me chaffer il feroit des efforts.
L'air , la pluye ou les vents ne fçauroient me détruire
,
Et l'éclair,quoique promt ,peut fort bien me produire.
J'ai donné la naiſſance à l'art le plus fameux ,
Dont je releve encor l'éclat ingénieux.
Mais , Lecteur , à ce trait tu vas me reconnoîtrej
Fais bien attention à ce que je te dis :
Toutes les fois que tu me vois paroître ,
Ce n'eft qu'en te cachant ma mere que je ſuis;
E m'étens en longueur , de même qu'en lar
geur ;
1
Mais fans avoir de profondeur ;
J'ai des jambes , des bras ; je cours & me repofe
Suivant la loi que l'on m'impoſe.
Je ne fuis pas pourtant un corps :
Et la nuit & le jour on peut me voir paroître
Je ne quitte jamais celui qui me fait naître ;
2420 MERCURE DE FRANCÉ
En vain pour me chaffer il feroit des efforts.
L'air , la pluye ou les vents ne fçauroient me détruire
,
Et l'éclair,quoique promt ,peut fort bien me produire.
J'ai donné la naiſſance à l'art le plus fameux ,
Dont je releve encor l'éclat ingénieux.
Mais , Lecteur , à ce trait tu vas me reconnoîtrej
Fais bien attention à ce que je te dis :
Toutes les fois que tu me vois paroître ,
Ce n'eft qu'en te cachant ma mere que je ſuis;
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2376
p. 91-93
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis femme d'un Roi fort connu dans la Fable, [...]
Mots clefs :
Proserpine
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E fuis femme d'un Roi fort connu dans la Fa
ble ,
92 MERCURE DE FRANCE.
Mon époux fous fes loix n'a que des immortels ,
La Tauride autrefois m'éleva des autels ,
Et fouvent de Japin j'ai décoré la table.
Lecteur , veux-tu me deviner ?
Apprêtes-toi d'abord à me bien combiner.
Dix pieds compofent ma ftructure ,
Je t'offre un Saint connu dans l'Ecriture ,
Un péché capital , une forte de bois ,
Un outil néceffaire à tous les Villageois ,
Un arbre commun en Afie ,
Une ville de l'Italie ,
Le nom Latin d'un Empereur Romain ,
Ce qu'un foldat a fouvent à la main.
Une fleur de peu de durée ,
Une Nymphe en Vache changée ,
Deux notes de Mufique , un oiſeau babillard ,
L'héroïne chantée autrefois par Houdart ,
Un Auteur fatyrique ,
Et le pays où regnent les Sophis ,
Certain oifeau qui vient d'Afrique
Et qui pourtant eft commun à Paris.
Un métal adoré dans le fiécle où nous fommes,
Un mets chéri des peuples d'Orient ,
Qui , pris dans un fens différent ,
Dénote le plaifir des hommes.
Pour finir la defcription
D'un nom qui n'eft plus un myftère ,
Tu dois trouver une négation ;
Deux Auteurs , l'un de France , & l'autre d'Angle
terre :
AVRIL.
1754: 95
Enfin un de ces doux préfens
Que ma mere fait tous les ans .
S ..... Au.
E fuis femme d'un Roi fort connu dans la Fa
ble ,
92 MERCURE DE FRANCE.
Mon époux fous fes loix n'a que des immortels ,
La Tauride autrefois m'éleva des autels ,
Et fouvent de Japin j'ai décoré la table.
Lecteur , veux-tu me deviner ?
Apprêtes-toi d'abord à me bien combiner.
Dix pieds compofent ma ftructure ,
Je t'offre un Saint connu dans l'Ecriture ,
Un péché capital , une forte de bois ,
Un outil néceffaire à tous les Villageois ,
Un arbre commun en Afie ,
Une ville de l'Italie ,
Le nom Latin d'un Empereur Romain ,
Ce qu'un foldat a fouvent à la main.
Une fleur de peu de durée ,
Une Nymphe en Vache changée ,
Deux notes de Mufique , un oiſeau babillard ,
L'héroïne chantée autrefois par Houdart ,
Un Auteur fatyrique ,
Et le pays où regnent les Sophis ,
Certain oifeau qui vient d'Afrique
Et qui pourtant eft commun à Paris.
Un métal adoré dans le fiécle où nous fommes,
Un mets chéri des peuples d'Orient ,
Qui , pris dans un fens différent ,
Dénote le plaifir des hommes.
Pour finir la defcription
D'un nom qui n'eft plus un myftère ,
Tu dois trouver une négation ;
Deux Auteurs , l'un de France , & l'autre d'Angle
terre :
AVRIL.
1754: 95
Enfin un de ces doux préfens
Que ma mere fait tous les ans .
S ..... Au.
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2377
p. 2215-2217
LA PUISSANCE DE L'AMOUR, CANTATE.
Début :
Errant dans les Bois & la Plaine, [...]
Mots clefs :
Amour, Trait, Vertu, Raison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA PUISSANCE DE L'AMOUR, CANTATE.
LA PUISSANCE DE L'AMOUR ,
CANTATE.
Errant dans les Bois & laPlaine ,
L'infortuné Lycas , agité , furieux ,
Fuyoit la perfide Climene ,
Las de ſouffrir ſes mépris odieux .
De l'Enfant de Cythere , auteur de ſon ſupplice ,
Il déteftoit ainſi le funefte caprice.
>>>En vain , cruel Amour , la plus rare Beauté
>>Mettroit ſa gloire à me ſéduire ,
•Elle ne pourra plus ravir ma liberté .
>>C'en est fait , pour jamais je quitte ton Empire
>> Lance-moi trait ſur trait; je les braverai tous ;
»Mes yeux s'ouvrent enfin,je ne crains plus te
coups.
»De ta félicité la douceur paſſagere
>>N'eſt qu'une trompeuſe chimére.
Craignons que l'Amour,
Dans ſajuſte colere ,
Ne puniſſe un jour
Un orgueil téméraire.
Modérez , Amans ,
Vos murmures coupables ;
Vos foibles ſermene
?
1216 MERCURE DE FRANCE.
८
Sont- ils inviolables ?
Craignons que l'Amour , &c.
Le Dieu qui regne ſur les coeurs ,
Mépriſa de Lycas les frivoles clameurs ;
Il prend l'effor , & dans ſon vol rapide,
Armé d'une fleche homicide ,
Audacieux , dit-il , toi qui ſur nos Autels
Viens inſulter les Immortels ,
Ce trait lancé dans ma vengeance ,
Va te faire éprouver ma ſuprême puiſſance ;
Auſſi tôt dans ces Lieux
Un ſéduiſant objet ſe préſente à ſes yeux,
La brillante jeuneſſe
: Anime ſes appas ;
Les Amours , la tendreſſe
Accompagnent ſes pas ;
Les Jeux , les Ris , les Graces;
Folâtrent ſur ſes traces ;
Des volages Plaiſirs
La joyeuſe cohorte ,
Soumiſe à ſes déſirs ,
Compoſe ſon eſcorte.
Il s'arréte ... il admire ... & d'une foible main
Ses forces languiſſantes
Laiſſent tomber ſes arines impuiſſantes ;
D'un Dieu vainqueur il cede au pouvoir ſouverain;
Bien-tôt il ſent remaître une flame nouvelle ;
Déja
OCTOBRE.
1744 2217
Dja ſa bleſſure eſt mortelle
Pour triompher des attraits ſi puiſſans ,
Eſt il chés les Humains des efforts ſuffiſans
Peuvent-ils ſetirer du piége qui les bleſſe ?
Ils ne fout que foibleſſe.
Eſt- il dans leur Vertu , leur timide Raiſon ,
Un remede aſſuré pour ce fubtil poifon ?
Près des appas qui les raviſſent ,
Leurs vainsprojets , hélas ! bien-tôt s'évanoüiffent.
C'eſt en vain que nos coeurs
Veulent réſiſter aux douceurs
De tant de charmes ;
Rendons les armes
nos Vainqueurs.
De la Raiſon flambeau qui nous éclaire,
Ton obfcure lumiere
Ne fait qu'égarer ;
Vertu chancelante ,
Peux tu réparer
Sa lueur mourante ?
Invincibles Amours ,
Sous vos coups notre force expire ;
Triomphez , triomphez toujours ;
Soumettez-nous à votre Empire ;
Déja l'encens brûle ſur vos Autels;
Venez ; regnez fur les Mortels.
E. G. **
,
de Senlis.
CANTATE.
Errant dans les Bois & laPlaine ,
L'infortuné Lycas , agité , furieux ,
Fuyoit la perfide Climene ,
Las de ſouffrir ſes mépris odieux .
De l'Enfant de Cythere , auteur de ſon ſupplice ,
Il déteftoit ainſi le funefte caprice.
>>>En vain , cruel Amour , la plus rare Beauté
>>Mettroit ſa gloire à me ſéduire ,
•Elle ne pourra plus ravir ma liberté .
>>C'en est fait , pour jamais je quitte ton Empire
>> Lance-moi trait ſur trait; je les braverai tous ;
»Mes yeux s'ouvrent enfin,je ne crains plus te
coups.
»De ta félicité la douceur paſſagere
>>N'eſt qu'une trompeuſe chimére.
Craignons que l'Amour,
Dans ſajuſte colere ,
Ne puniſſe un jour
Un orgueil téméraire.
Modérez , Amans ,
Vos murmures coupables ;
Vos foibles ſermene
?
1216 MERCURE DE FRANCE.
८
Sont- ils inviolables ?
Craignons que l'Amour , &c.
Le Dieu qui regne ſur les coeurs ,
Mépriſa de Lycas les frivoles clameurs ;
Il prend l'effor , & dans ſon vol rapide,
Armé d'une fleche homicide ,
Audacieux , dit-il , toi qui ſur nos Autels
Viens inſulter les Immortels ,
Ce trait lancé dans ma vengeance ,
Va te faire éprouver ma ſuprême puiſſance ;
Auſſi tôt dans ces Lieux
Un ſéduiſant objet ſe préſente à ſes yeux,
La brillante jeuneſſe
: Anime ſes appas ;
Les Amours , la tendreſſe
Accompagnent ſes pas ;
Les Jeux , les Ris , les Graces;
Folâtrent ſur ſes traces ;
Des volages Plaiſirs
La joyeuſe cohorte ,
Soumiſe à ſes déſirs ,
Compoſe ſon eſcorte.
Il s'arréte ... il admire ... & d'une foible main
Ses forces languiſſantes
Laiſſent tomber ſes arines impuiſſantes ;
D'un Dieu vainqueur il cede au pouvoir ſouverain;
Bien-tôt il ſent remaître une flame nouvelle ;
Déja
OCTOBRE.
1744 2217
Dja ſa bleſſure eſt mortelle
Pour triompher des attraits ſi puiſſans ,
Eſt il chés les Humains des efforts ſuffiſans
Peuvent-ils ſetirer du piége qui les bleſſe ?
Ils ne fout que foibleſſe.
Eſt- il dans leur Vertu , leur timide Raiſon ,
Un remede aſſuré pour ce fubtil poifon ?
Près des appas qui les raviſſent ,
Leurs vainsprojets , hélas ! bien-tôt s'évanoüiffent.
C'eſt en vain que nos coeurs
Veulent réſiſter aux douceurs
De tant de charmes ;
Rendons les armes
nos Vainqueurs.
De la Raiſon flambeau qui nous éclaire,
Ton obfcure lumiere
Ne fait qu'égarer ;
Vertu chancelante ,
Peux tu réparer
Sa lueur mourante ?
Invincibles Amours ,
Sous vos coups notre force expire ;
Triomphez , triomphez toujours ;
Soumettez-nous à votre Empire ;
Déja l'encens brûle ſur vos Autels;
Venez ; regnez fur les Mortels.
E. G. **
,
de Senlis.
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2378
p. 82-85
« Je ne vous dis rien, Mademoiselle, de la Dame qui ne [...] »
Début :
Je ne vous dis rien, Mademoiselle, de la Dame qui ne [...]
Mots clefs :
Sonnets, Pétrarque, Proverbe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne vous dis rien, Mademoiselle, de la Dame qui ne [...] »
Je ne vous dis rien
,
Mademoiselle,
de la Dame qui ne
perdit pas sa montre ; parce
que mon Nouvelliste ne m'en
a rien dit, ce que je pourrois
seulement ajoûteràcette Histoire
assez galante
, ce seroit
qudques traits de morale qui
nous ennuyeroient tous deux.
Je fçny par coeur toutes les
réflexionsqu'on peut faire làdessus
; mais j'aime mieux que
d'autre les fassent que moy,
quin'ay pas encore la réputation
, ny l'honneur d'estre
homme à reflexionsaltri tempi,
altre cure, d'autres terrps d'autres soirs. , Ce Prover be
Italien me fait souvenir que
vous entendez parfaitement
cette langue,& me détermine
prcfque à vous presenter
deux Sonnets galants quej'ay
receus la semaine passée de
Florence, ils font si beaux que
Petrarque ne les desavouëroit
pas, mais je songe que je feray
mieux de vous les envoyer
dans une Lettre que dans un
Livre, uniquement pour m'épargner
la peine de les traduire
, dont je ne pourrois me
dispenser
,
si je les rendois
publics. Je vous laissece soin
,
& quand vous l'aurez rempli,
j'en seray part à tout le monde.
Lisez en attendant quelques
Sonnets sur les Boutsrimez
proposez les deux mois
derniers.
,
Mademoiselle,
de la Dame qui ne
perdit pas sa montre ; parce
que mon Nouvelliste ne m'en
a rien dit, ce que je pourrois
seulement ajoûteràcette Histoire
assez galante
, ce seroit
qudques traits de morale qui
nous ennuyeroient tous deux.
Je fçny par coeur toutes les
réflexionsqu'on peut faire làdessus
; mais j'aime mieux que
d'autre les fassent que moy,
quin'ay pas encore la réputation
, ny l'honneur d'estre
homme à reflexionsaltri tempi,
altre cure, d'autres terrps d'autres soirs. , Ce Prover be
Italien me fait souvenir que
vous entendez parfaitement
cette langue,& me détermine
prcfque à vous presenter
deux Sonnets galants quej'ay
receus la semaine passée de
Florence, ils font si beaux que
Petrarque ne les desavouëroit
pas, mais je songe que je feray
mieux de vous les envoyer
dans une Lettre que dans un
Livre, uniquement pour m'épargner
la peine de les traduire
, dont je ne pourrois me
dispenser
,
si je les rendois
publics. Je vous laissece soin
,
& quand vous l'aurez rempli,
j'en seray part à tout le monde.
Lisez en attendant quelques
Sonnets sur les Boutsrimez
proposez les deux mois
derniers.
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2379
p. 94-97
Incendie. [titre d'après la table]
Début :
Il faudrait avoir une source inépuisable de liaisons [...]
Mots clefs :
Liaisons, Incendie, Maison, Paris, Varsovie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Incendie. [titre d'après la table]
Il faudroic avoir un
sourceinépuisable de liai
fons pour en forger toi]
les mois de differentes su
un mêmesujet.Jen'aifai
encore que quatre Mercu
res,&j'aieu trois incen
dies à raconter, & toute
trois arrivées à Paris. Je re
ferverois pour le chapitre
des nouvelles celles qu
exercent leurs ravages plus
loin, faute de sçavoir au
~uste s'il m'est permis de
parler ici desvingtmaisons
qui ont été brûlées à Varovie
le 18. du mois passé:
mais cette ville est si éloignée
de nous, & l'éloignement
diminue tellement les
objets, que quand jeserois
le meilleur Peintre du monde,
si je circonstanciois davantage
cet accident dans
un autre article, je courrois
grand risque de perdre mes
couleurs. Les habitans de
Varsovie pourront se vanger
de leur côté de mon
indifference par une froi;
deur égale à la mienne, ou
apprendre en riant qu'il y a
, eu le3. de ce mois une maison
brûlée au bout du Fauxbourg
S. Germain à Paris;
que cette maison appartenoitàunnomméMoisy,
Artificier
duRoy;que le feua
pris aux poudres qui étoient
chezlui, & que l'artifice a
detaché & enlevé le fécond
étage & le grenier de cette
maison, dont le bas
,
où
étoient le pere & le fils
Moisy,n'a été nullement
endommagé; & que ce
Bourgeois en a été quitte
pour
pour le bruit, la peur,&le
déplaisir de voir toute sa
poudre transplanter en un
instantla moitié de samaispon
àlpalus
sourceinépuisable de liai
fons pour en forger toi]
les mois de differentes su
un mêmesujet.Jen'aifai
encore que quatre Mercu
res,&j'aieu trois incen
dies à raconter, & toute
trois arrivées à Paris. Je re
ferverois pour le chapitre
des nouvelles celles qu
exercent leurs ravages plus
loin, faute de sçavoir au
~uste s'il m'est permis de
parler ici desvingtmaisons
qui ont été brûlées à Varovie
le 18. du mois passé:
mais cette ville est si éloignée
de nous, & l'éloignement
diminue tellement les
objets, que quand jeserois
le meilleur Peintre du monde,
si je circonstanciois davantage
cet accident dans
un autre article, je courrois
grand risque de perdre mes
couleurs. Les habitans de
Varsovie pourront se vanger
de leur côté de mon
indifference par une froi;
deur égale à la mienne, ou
apprendre en riant qu'il y a
, eu le3. de ce mois une maison
brûlée au bout du Fauxbourg
S. Germain à Paris;
que cette maison appartenoitàunnomméMoisy,
Artificier
duRoy;que le feua
pris aux poudres qui étoient
chezlui, & que l'artifice a
detaché & enlevé le fécond
étage & le grenier de cette
maison, dont le bas
,
où
étoient le pere & le fils
Moisy,n'a été nullement
endommagé; & que ce
Bourgeois en a été quitte
pour
pour le bruit, la peur,&le
déplaisir de voir toute sa
poudre transplanter en un
instantla moitié de samaispon
àlpalus
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Résumé : Incendie. [titre d'après la table]
Le texte évoque divers événements récents et nouvelles variées. L'auteur a rédigé quatre lettres et rapporté trois incidents survenus à Paris. Il souhaite se concentrer sur les nouvelles ayant des répercussions plus larges, bien qu'il hésite à mentionner les vingt maisons brûlées à Varsovie le 18 du mois précédent. Il estime que la distance atténue l'importance des événements et que leur description pourrait manquer de vivacité. L'auteur mentionne également un incendie à Paris, au bout du Faubourg Saint-Germain, le 3 du mois en cours. La maison appartenait à Moisy, artificier du roi. Le feu a pris dans les poudres stockées chez lui, détruisant le deuxième étage et le grenier, mais laissant le rez-de-chaussée intact. Moisy et son fils ont seulement été effrayés et contrariés de voir leur poudre dispersée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2380
p. 1565-1568
A MONSIEUR L'ABBÉ DE ... EPITRE.
Début :
Abbé, dont la Lyre résonne [...]
Mots clefs :
Ami, Dieu, Dieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR L'ABBÉ DE ... EPITRE.
A MONSIEUR L'ABBE DE ..
EPITRE ..
A Bbé , dont la Lyre réfonne
Sur un ton fi doux & fi beau ,
Que le Dieu du double Côteau
Penfa plus d'une fois te donner la Couronne
Ami , ton talent merveilleux
Chaque jour fait pâlir l'envie ,
Et moi - même je fens que mon coeur orgueilleux
En eft bleffé de jalouſie.
Bien fouvent j'en perds le repos ;
Mais pour furcroît de maladie ,
Quand Morphée à fur moi répandu fes pavots ,
Songes
1 566 MERCURE DE FRANCE
Songes pires que l'infomnie
M'agitent fort mal à propos:
Au fameux Temple de memoire ,
En bufte d'un marbre très blanc ,
Je te vis l'autre nuit tout rayonant de gloire
Avec Pindare , occuper même rang ;
C'eft alors qu'accablé fous le poids de ma peine
De l'ingrat Apollon je deteftai la haine.
A mon réveil , l'efprit plein de ſouci ,›
Fatigué de fouffrir ainfi ,
Je refolus de faire un nouveau Rôle ,
Et d'effayer fi fous un autre Pôle ,
Je pourrois d'autres Dieux être confideré.
Je quitte donc ( Ami ) le Mont facré ;
Je démenage du Parnaffe
Et dès demain ( cher Abbé ) fans retour ,
En attendant qu'ailleurs je puiffe trouver place ,
Par interim , il me faut un féjour.
Il eft un endroit de plaifance
Dont le Maître avec goût fçait placer la dépenſe;
On y voit Boulingrins , Terraffes & Berceaux , →
La Marne au pied vient promener les eaux :
En facé , à diverſe diſtance ,
Ormes , Chênes , Tilleuls forment plufieurs ri
deaux ,
Que Vertumne embellit avec magnificence.
Entre la Riviere & ces Bois ,
Nature a mis une Prairie ;
La
JUILLET. 1730. 1567
Là , couché fur l'herbe feurie ,.
Fantôt de la Mufette , & tantôt du Hautbois ,
Damon forme une aimable & douce mélodie ; ›
Là, fur un vert tapis des plus vives couleurs ,
Jeune Berger , jeune Bergere
Danfent parés de guirlandes de fleurs ;
Plus loin bondit l'Agneau fur la verte fougere
Au chant de mille & mille Oiſeaux ,
Pan affis à l'ombre d'un Hêtre
Mêle les tendres fons de fa Flute champêtre ;
Pour l'entendre on accourt des plus lointains Ha
meaux ;
Le Faune quitte le Bocage ;
La Nymphe eft attentive au travers des rofeaux.
Cet admirable Payſage
Forme l'afpect de Bauregard ;
C'eft ce charmant réduit où je veux fans retard³
Pour un jour feulement faire mon domicile
Peut-on fi pour tems court refufer un azile ?
Tu fus Auteur du mal dont je me fens bleffé
Tu m'en dois fournir le remede ;
Un jour fera bientôt paffé.
Ton Belveder auquel tout autre cede ,
Me convient mieux que l'Helicon.
Je veux pour braver Apollon
A qui je déclare la guerre ,
Dans ton champêtre apartement
Sacrifier au Dieu du Verre ;.
IE
1568 MERCURE DE FRANCE
Il me rendra bientôt le calme & l'enjoument.
C'eft à toi , cher ami , pour la cerémonie ,
De mettre le comble à mes voeux ;
De peu d'amis choifis affembler compagnie
Et j'attens cette courtoifie
De ton coeur noble & genéreux .
Sommevefle.
EPITRE ..
A Bbé , dont la Lyre réfonne
Sur un ton fi doux & fi beau ,
Que le Dieu du double Côteau
Penfa plus d'une fois te donner la Couronne
Ami , ton talent merveilleux
Chaque jour fait pâlir l'envie ,
Et moi - même je fens que mon coeur orgueilleux
En eft bleffé de jalouſie.
Bien fouvent j'en perds le repos ;
Mais pour furcroît de maladie ,
Quand Morphée à fur moi répandu fes pavots ,
Songes
1 566 MERCURE DE FRANCE
Songes pires que l'infomnie
M'agitent fort mal à propos:
Au fameux Temple de memoire ,
En bufte d'un marbre très blanc ,
Je te vis l'autre nuit tout rayonant de gloire
Avec Pindare , occuper même rang ;
C'eft alors qu'accablé fous le poids de ma peine
De l'ingrat Apollon je deteftai la haine.
A mon réveil , l'efprit plein de ſouci ,›
Fatigué de fouffrir ainfi ,
Je refolus de faire un nouveau Rôle ,
Et d'effayer fi fous un autre Pôle ,
Je pourrois d'autres Dieux être confideré.
Je quitte donc ( Ami ) le Mont facré ;
Je démenage du Parnaffe
Et dès demain ( cher Abbé ) fans retour ,
En attendant qu'ailleurs je puiffe trouver place ,
Par interim , il me faut un féjour.
Il eft un endroit de plaifance
Dont le Maître avec goût fçait placer la dépenſe;
On y voit Boulingrins , Terraffes & Berceaux , →
La Marne au pied vient promener les eaux :
En facé , à diverſe diſtance ,
Ormes , Chênes , Tilleuls forment plufieurs ri
deaux ,
Que Vertumne embellit avec magnificence.
Entre la Riviere & ces Bois ,
Nature a mis une Prairie ;
La
JUILLET. 1730. 1567
Là , couché fur l'herbe feurie ,.
Fantôt de la Mufette , & tantôt du Hautbois ,
Damon forme une aimable & douce mélodie ; ›
Là, fur un vert tapis des plus vives couleurs ,
Jeune Berger , jeune Bergere
Danfent parés de guirlandes de fleurs ;
Plus loin bondit l'Agneau fur la verte fougere
Au chant de mille & mille Oiſeaux ,
Pan affis à l'ombre d'un Hêtre
Mêle les tendres fons de fa Flute champêtre ;
Pour l'entendre on accourt des plus lointains Ha
meaux ;
Le Faune quitte le Bocage ;
La Nymphe eft attentive au travers des rofeaux.
Cet admirable Payſage
Forme l'afpect de Bauregard ;
C'eft ce charmant réduit où je veux fans retard³
Pour un jour feulement faire mon domicile
Peut-on fi pour tems court refufer un azile ?
Tu fus Auteur du mal dont je me fens bleffé
Tu m'en dois fournir le remede ;
Un jour fera bientôt paffé.
Ton Belveder auquel tout autre cede ,
Me convient mieux que l'Helicon.
Je veux pour braver Apollon
A qui je déclare la guerre ,
Dans ton champêtre apartement
Sacrifier au Dieu du Verre ;.
IE
1568 MERCURE DE FRANCE
Il me rendra bientôt le calme & l'enjoument.
C'eft à toi , cher ami , pour la cerémonie ,
De mettre le comble à mes voeux ;
De peu d'amis choifis affembler compagnie
Et j'attens cette courtoifie
De ton coeur noble & genéreux .
Sommevefle.
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Résumé : A MONSIEUR L'ABBÉ DE ... EPITRE.
L'auteur adresse une épître à un abbé pour louer son talent poétique et exprimer son admiration. Il avoue ressentir de la jalousie face au succès de l'abbé, au point de troubler son sommeil. Dans un rêve, il voit l'abbé glorifié aux côtés de Pindare, ce qui accentue son sentiment d'infériorité. À son réveil, il décide de quitter le Mont Parnasse, symbole de la poésie. Il envisage de se retirer temporairement à Bauregard, un lieu de plaisance avec des boulingrins, terrasses, berceaux et une rivière. Ce lieu est habité par des bergers, des agneaux et des divinités pastorales comme Pan et les Nymphes. L'auteur demande à l'abbé de l'accueillir à Bauregard, où il espère retrouver la paix et l'enjouement en sacrifiant au Dieu du Verre. Il sollicite également la compagnie de quelques amis choisis pour une cérémonie en son honneur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2381
p. 100-10[6]
NOUVELLES DE ROME. Du 1. Juin 1717.
Début :
Le Roy d'Angleterre n'arriva icy que le Mercredy, sur les six heures du soir [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre, Cardinal, Prince, Présents, Procession, Ambassadeurs, Pape, Vatican, Chambre, Visites officielles
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES DE ROME. Du 1. Juin 1717.
NOUVELLES DE ROME:
Du1.Juin1717.
LE ROY D'ANGLETlJlRI
arriva icy que le Mercredy, lut
les six heures du soir ,
veillede
la FêtedeDieu.Le Cardinal Gualtierio
alla au devant à quelques
milles de Rome; le Prince monta
dans le carosse du Cardinal, &
malgrél'incognito, prit la Droite
sur lui;DonCarloAlbani vis-à-vis
du Roy sur le devant, & en face
du Cardinal
,
étoit son frere.
Le premier present que reçût le
Roy, fut celui de Monsignoré
Cibo. Il consistoit enrafraischissemens.
Il y avoit entre autres choses,
un Esturgeon monstrueux, deux
f Veaux Monganes, cent livres d'un
Beure exquis; les Armes du Roy
étoient empreintes dessus.
Le lendemain, le Roy assista à la
Procession dans un Balcon magnifiquement
préparé à l'Hospice des
Prêtres, qu'on dit être anciennement
le Palais des Ambassadeurs
d'Angleterre. Jamais la Procession
n'aété si nombreuse, ni en si bel
ordre.Le Pape avoit tenu uneCongregation
exprès,pour en ordonner
la marche avec plus de pompe.
Les Religieux de tous les Ordres
commençoient la marche, enfuitc
les Basiliques avec les Chanoines.
Tous les Colleges de Chancellerie
portans des Torches à la
main, y étoient au nombre de plus
desixcent. Les ProcureursGene;
raux d'Ordres, les Avocats Consistoriaux
,
les Cameriers d'Honneur
en Robe rouge, la Chapelle
du Pape, lesPrélats de la Signature
,
lesAuditeurs de Rote,les
Huissiers de Chambre, les Votans
de Signature
,
les Penitentiers &
Evêques assistans
,
les Cardinaux
Diacres,Prêtres &Evêques; les
MagistratsRomains,autrementdits
les Conservateurs;l'Ambassadeur
de Boulogne,leConétable Colone,
deux Cardinaux Diacres& deux
Auditeurs de Rotesous lesaîles du
Pape,l'EcuyerduPape&sonFourier
le précedoientdans l'ordre que je
les décris. Le S.Pere étoitporté par
ii. Estafiers.La Chambre Secrete,
lesProtonotaires Apostoliques&
les Généraux d'Ordre suivoient
immédiatement ; la Procession
étoit fermée par la Compagnie des
Chevaux Lege s ( elleest de 80.
hommes)ayant à leur tête leurCapitaine&
les deux Cornettes; ÔC
par les Cuirassiers,précédez des
Trompettes& Timbales. D'autres
Soldats étoient distribuezparbande
&formoientune hayedes deux
côtez du chemin,par où passoit la
Procession,pour empêcher les Curieux
d'en troubler l'ordre. Les
Cardinaux n'avoientpoint, comme
à l'ordinaire, leur Correge; ils
déetoient feulement accompagnez deux Gentilshommes, dont l'un
portoit la Torche& l'autre la Barette,
& suivis d'un Caudatair
&du Porte-chapeau. Le Pape
l'avoit ainsiordonné, pour éviter
laconfusion,&il avoitsurtout
recommandé aux Moines & au
Clergé,la modestie.
Le Lendemain matin,le Pape
envoya des rafraichissemens au
Roy. Cent vingt Faquins portoient
les presens;sçavoir.
Six Cages de Poulets & Dindons
, six Cagesde Faisans&de
Paons, six Cagesde Perdrix&
Tourterelles,six Caisses de vin,
un Esturgeon,deux Veaux Monganes
bien enfontangés,force
Beutes & Fromages,quantité cTl
fruits & de confitures, de Jamr
bons, de Saussisons,deMortadelle
& autres. Au milieu ecoic u
Caisse magnifiquement parée,
contenoit douze bouteilles 9
Ratafias.
Après le dîné, sur les six heure
du soir;Don Carlo &DonA
sandro Albani, allèrent prends
le Roy, pour le conduire che:
le Pape. Il entra par lejardin&
à la descente du carosse se trou
verent quarante Prélats, à
late
te desquels étoit le Majord'homme
mes, Mgre del Gidice
, qui comn
plimenta le Roy, & lui donna
la main,pour monter l'escalier
secret, par où il surintroduit che
le Pape.Toutes les portes de l'A
partemen étoient ouvertes à deux
batans.
En entrant,le Prince fitlai
genuflexions ordinaires. Le Pap.'
étoit sur son Trône; le Roy lui
baisa le genoüil ,ensuite lamain
& après, le Pape l'embrassa trom
ou quatre fois.- Le Roy gaM
dans un Fauteuil à côté du S.
Pere. Ce fauteuiln'étoic plus bas
de celui du Pape, que d'un seul
dl 1 AI CIl. 1 dégrc. Après ce Cérémonial tout
se retira, & le Prince resta seul
avec le SouverainPontise, durant plus de deux heures.
Le Pape ne pût retenir ses
larmes pendant cette entrevue
& il , parut extrêmement attendri
de la situation de ce Prince,après
quoi ils se separerent très contents
l'un de l'autre.
Le Samedy,le Roy -reçût la visite
des Cardinaux Ottoboni & Imperiali
: Neuf Cardinaux y avoient
déjà été en habit court.Le Fauteuil
duRoyécoitdistinguéde ceux des
Cardinaux,8cseul à la place marquée
pourl'Audience.Ils ne furent
conduits que jusqu'à la portière du
Cabinet du Prince.
Hier, le Conêtable Colone
fit visite au Roy, & resta à dîner
avec lui. Aprèstedîné, il
monta en Carosse avec le Cardinal
Gualtierio, & Don Carlo
Albani,&alla recevoir la le£
diction du S. Sacrement Chél',
Minimes François, a la Tri
du Mont: Il alla, ensuite se
mener à la Villa Medicis. l'
blioisde dire que le matin
avoir été à S. Pierre pour voirce
merveille du monde: Tous
Chanoines en Rochet, & le Ca
dinal Albani, comme Archi-P~
tre, à la tête, vinrent recevoir
Roy à l'entrée de l'Eglise. 1
Pape donna un Bref pour fais
voir les Reliques au Roy, da
l'endroit mêmeoù elles sont ren
fermées; Grace qui ne s'accord
qu'aux Têtes Couronnées. Le
seuls Chanoines de S. Pierre ayai
le Privilège d'entrer dans ce lict
le Grand Duc même était
venu à Rome la Semaine Sainte
ne put en jouir quala saves
d'un Brevet de Chanoine.
Aujourd'hui, sur les quatre heu
res après midy le Roy ira au-Va
tican.
Du1.Juin1717.
LE ROY D'ANGLETlJlRI
arriva icy que le Mercredy, lut
les six heures du soir ,
veillede
la FêtedeDieu.Le Cardinal Gualtierio
alla au devant à quelques
milles de Rome; le Prince monta
dans le carosse du Cardinal, &
malgrél'incognito, prit la Droite
sur lui;DonCarloAlbani vis-à-vis
du Roy sur le devant, & en face
du Cardinal
,
étoit son frere.
Le premier present que reçût le
Roy, fut celui de Monsignoré
Cibo. Il consistoit enrafraischissemens.
Il y avoit entre autres choses,
un Esturgeon monstrueux, deux
f Veaux Monganes, cent livres d'un
Beure exquis; les Armes du Roy
étoient empreintes dessus.
Le lendemain, le Roy assista à la
Procession dans un Balcon magnifiquement
préparé à l'Hospice des
Prêtres, qu'on dit être anciennement
le Palais des Ambassadeurs
d'Angleterre. Jamais la Procession
n'aété si nombreuse, ni en si bel
ordre.Le Pape avoit tenu uneCongregation
exprès,pour en ordonner
la marche avec plus de pompe.
Les Religieux de tous les Ordres
commençoient la marche, enfuitc
les Basiliques avec les Chanoines.
Tous les Colleges de Chancellerie
portans des Torches à la
main, y étoient au nombre de plus
desixcent. Les ProcureursGene;
raux d'Ordres, les Avocats Consistoriaux
,
les Cameriers d'Honneur
en Robe rouge, la Chapelle
du Pape, lesPrélats de la Signature
,
lesAuditeurs de Rote,les
Huissiers de Chambre, les Votans
de Signature
,
les Penitentiers &
Evêques assistans
,
les Cardinaux
Diacres,Prêtres &Evêques; les
MagistratsRomains,autrementdits
les Conservateurs;l'Ambassadeur
de Boulogne,leConétable Colone,
deux Cardinaux Diacres& deux
Auditeurs de Rotesous lesaîles du
Pape,l'EcuyerduPape&sonFourier
le précedoientdans l'ordre que je
les décris. Le S.Pere étoitporté par
ii. Estafiers.La Chambre Secrete,
lesProtonotaires Apostoliques&
les Généraux d'Ordre suivoient
immédiatement ; la Procession
étoit fermée par la Compagnie des
Chevaux Lege s ( elleest de 80.
hommes)ayant à leur tête leurCapitaine&
les deux Cornettes; ÔC
par les Cuirassiers,précédez des
Trompettes& Timbales. D'autres
Soldats étoient distribuezparbande
&formoientune hayedes deux
côtez du chemin,par où passoit la
Procession,pour empêcher les Curieux
d'en troubler l'ordre. Les
Cardinaux n'avoientpoint, comme
à l'ordinaire, leur Correge; ils
déetoient feulement accompagnez deux Gentilshommes, dont l'un
portoit la Torche& l'autre la Barette,
& suivis d'un Caudatair
&du Porte-chapeau. Le Pape
l'avoit ainsiordonné, pour éviter
laconfusion,&il avoitsurtout
recommandé aux Moines & au
Clergé,la modestie.
Le Lendemain matin,le Pape
envoya des rafraichissemens au
Roy. Cent vingt Faquins portoient
les presens;sçavoir.
Six Cages de Poulets & Dindons
, six Cagesde Faisans&de
Paons, six Cagesde Perdrix&
Tourterelles,six Caisses de vin,
un Esturgeon,deux Veaux Monganes
bien enfontangés,force
Beutes & Fromages,quantité cTl
fruits & de confitures, de Jamr
bons, de Saussisons,deMortadelle
& autres. Au milieu ecoic u
Caisse magnifiquement parée,
contenoit douze bouteilles 9
Ratafias.
Après le dîné, sur les six heure
du soir;Don Carlo &DonA
sandro Albani, allèrent prends
le Roy, pour le conduire che:
le Pape. Il entra par lejardin&
à la descente du carosse se trou
verent quarante Prélats, à
late
te desquels étoit le Majord'homme
mes, Mgre del Gidice
, qui comn
plimenta le Roy, & lui donna
la main,pour monter l'escalier
secret, par où il surintroduit che
le Pape.Toutes les portes de l'A
partemen étoient ouvertes à deux
batans.
En entrant,le Prince fitlai
genuflexions ordinaires. Le Pap.'
étoit sur son Trône; le Roy lui
baisa le genoüil ,ensuite lamain
& après, le Pape l'embrassa trom
ou quatre fois.- Le Roy gaM
dans un Fauteuil à côté du S.
Pere. Ce fauteuiln'étoic plus bas
de celui du Pape, que d'un seul
dl 1 AI CIl. 1 dégrc. Après ce Cérémonial tout
se retira, & le Prince resta seul
avec le SouverainPontise, durant plus de deux heures.
Le Pape ne pût retenir ses
larmes pendant cette entrevue
& il , parut extrêmement attendri
de la situation de ce Prince,après
quoi ils se separerent très contents
l'un de l'autre.
Le Samedy,le Roy -reçût la visite
des Cardinaux Ottoboni & Imperiali
: Neuf Cardinaux y avoient
déjà été en habit court.Le Fauteuil
duRoyécoitdistinguéde ceux des
Cardinaux,8cseul à la place marquée
pourl'Audience.Ils ne furent
conduits que jusqu'à la portière du
Cabinet du Prince.
Hier, le Conêtable Colone
fit visite au Roy, & resta à dîner
avec lui. Aprèstedîné, il
monta en Carosse avec le Cardinal
Gualtierio, & Don Carlo
Albani,&alla recevoir la le£
diction du S. Sacrement Chél',
Minimes François, a la Tri
du Mont: Il alla, ensuite se
mener à la Villa Medicis. l'
blioisde dire que le matin
avoir été à S. Pierre pour voirce
merveille du monde: Tous
Chanoines en Rochet, & le Ca
dinal Albani, comme Archi-P~
tre, à la tête, vinrent recevoir
Roy à l'entrée de l'Eglise. 1
Pape donna un Bref pour fais
voir les Reliques au Roy, da
l'endroit mêmeoù elles sont ren
fermées; Grace qui ne s'accord
qu'aux Têtes Couronnées. Le
seuls Chanoines de S. Pierre ayai
le Privilège d'entrer dans ce lict
le Grand Duc même était
venu à Rome la Semaine Sainte
ne put en jouir quala saves
d'un Brevet de Chanoine.
Aujourd'hui, sur les quatre heu
res après midy le Roy ira au-Va
tican.
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2382
p. 2419-24[2]6
Histoire Litteraire de la France, &c. [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE Litteraire de la France, où l'on traite de l'origine et du [...]
Mots clefs :
Histoire littéraire de la France, Villes, Savants, Marseille, Lettres, Auteurs, Langue, Historien, Ouvrage, Sujet, Connaissance , Éloquence, Philosophie, Poète, Gaules
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire Litteraire de la France, &c. [titre d'après la table]
ISTOIRE Litteraire de la France.
Hoù l'on traite de l'origine et du
progrès , de la décadence et du rétabiissea
2420 MERCURE DE FRANCE
sement des Sciences , parmi les Gaulo's et
parmi les François , &c. Par des Reli
gieux Benedictins , de la Congrégation
de S. Maur. A Paris , chez Chaubert
Gissey , Osmont , Huart Paîné , Clousier
Hourdel et David le jeune , Libraires . I.
vol . in 4. divisé en deux parties , & c.
Le seul titre de cette Histoire que nous
avons donné dans toute son étendue.
dans le dernier Mercure , pourroit suffire
pour en donner une grande idée . If
contient le précis de l'Entreprise la plus
vaste et la plus utile qu'on ait encore formée
pour la gloire de notre Nation . Diverses
Histoires particulieres des Sçavans
d'une Province , d'une Ville , d'une Université
, d'un Corps Académique de ce
Royaume , publiées en différens temps ,
et par differens Autheurs , n'ont fait que
mieux comprendre la nécessité d'une
Histoire Générale de la France sçavante
composée tout de suite , et par des Ecri
vains , chargez de ce seul travail . Ce no
ble dessein a enfin été conçu , et en partié
déja heureusement exécuté par de sçavans
Hommes, nez , pour ainsi dire , pour
l'avancement des Lettres , et pour les
plus grandes et les plus laborieuses Entreprises.
Le premier volume dont il s'agit icy ;
pourra
NOVEMBRE. 1733. 242
pourra faire juger du mérite et de l'importance
de tout l'ouvrage , et de l'ordre
de son exécution ; il comprend tous les
temps antérieurs à la naissance de J.C.et
encore l'Histoire des Lettres en France
durant les IV. premiers siècles de l'Eglise
. Entreprendre de donner un juste Extrait
de ce volume , qui contient en tout
près de neuf cent pages , ce seroit à nous
une espece de témerité. Extrait qui nous
jetteroit infailliblement au delà des bornes
de notre Journal , nous nous contenterons
donc de quelques traits qui paroissent
exiger de nous une attention
particuliere.
Nos sçavans Auteurs , après avoir décrit
l'Etat de laRépublique des Lettres dans les
Gaules, avant et durant le tems des Druïdes
, sous le nom desquels on comprenoit
tous les Gens de Lettres des Gaules , exposent
comment les Sciences des Grecs s'y
introduisirent par le canal des Marseillois,
Grecs , Photéens d'origine . Ils n'oublient
rien de tout ce qui se trouve épars dans
divers Auteurs anciens sur cette celebre
Colonie , dont il est aussi parlé amplement
dans deux de nos ( 1 ) Journaux ,
par rapport aux Sciences , aux exercices
( 1 ) Mercure de Decembre 1728. et de Janvier
Aca
1730p
2422 MERCURE DE FRANCE
Académiques , à la Politesse , et aux
Grands Hommes qui ont brillé dans
Marseille Sçavante , ce qui nous engage
d'abreger icy sur ce sujet.
, Son Gouvernement Politique non
moins admirable que son Académie, n'est
pas omis dans cette Histoire . On suivoit
à Marseille , disent nos Auteurs , les Loix
Ioniques exposées dans un lieu public ,
où chacun pouvoit les voir pour s'y conformer.
Le droit d'hospitalité y étoit
en une singuliere veneration ; on y maintenoit
la seureté publique , en ne permettant
à personne d'y entrer armé ; les
représentations licentieuses du Théatre
en étoient sévérement bannies , ainsi que
la molesse , la volupté, la fraude et le mensonge
, et on voyoit regner en la place
dans cette Ville , la bonne foy , la frugalité
et la modestie . Ciceron estimoit si
fort un tel Gouvernement , qu'il doutoit
si Marseille n'étoit pas préférable non
seulement à toute la Grece , mais encore
à toutes les Nations de l'Univers . Aussi
les Marseillois mériterent bientôt le
Titre et les Privileges d'Amis et d'Alliez
du Peuple Romain . Marseille fut appellée
la soeur de Rome.
Diverses Colonies de Marseillois bâtirent
dans les Gaules , selon nos Auteurs ,
les
NOVEMBRE . 1733. 2423
les Villes d'Agde , de Nice , d'Antibes ,
d'Olbic , de Taurence, et peut être celles
d'Arles et de Fréjus . Cette énumeration
pourroit être plus étendue , sans y comprendre
même plusieurs Villes fondéesou
policées par des Colonies Marscilloises,
hors des Gaules , en Espagne , en Italie ,
en-Affrique , et c'est ainsi que se répandit
dans les principales Villes Gauloises
et ailleurs le goût des Lettres ; ces Villes
firent succeder aux Ecoles des Druïdes
des Académies, où elles entretenoient
des Professeurs pour y enseigner , à l'exemple
de Marseille , toutes sortes de sciences.
Telles étoient les Villes de Narbonne
, d'Arles , de Vienne , de Toulouse ,
d'Autun , de Lyon , de Nismes , de Bourdeaux
, et en particulier les Villes qui
devoient leur origine , ou leur ampliation
et leurs moeurs à celle de Marseille.
Le détail de la Litterature et des divers
Sçavans qui ont illustré ces Villes , doit
être lû dans le Livre même , et il le mérite
par l'abondance et par la richesse de
la matiere.
En examinant les Révolutions qu'ont
eues dans les Gaules les diverses Langues
qu'on y a parlé successivement , nos Hisforiens
reviennent à Marseille , ne doutant
point que la Langue Grecque n'ait
été
2424 MERCURE DE FRANCE
été durant long- temps la Langue vulgaire
des Marseillois , tres connue . disentils
, dans toute la Narbonnoise , et à
Lyon même. C'est ce que quelques Sçavans
modernes paroissent avoir ignoré
et ce qui les a jettez dans de grandes méprises
; telle est , par exemple , celle de
M. de Valbonnais , qui n'avoit pas accoutumé
d'errer , et qui a été observée dans
le Mercure d'Août 1721. au sujet d'un
Marbre Antique , chargé d'une Inscription
Grecque, du Cabinet de M.Rigord .
Ce qu'ils disent ensuite de la Langue
Gauloise ou Celtique, est d'une érudition
peu commune , et demande une attention
particuliere . Ils finissent ce sujet-la par
ces mots. De cette Langue Gauloise, jointe
à la Grecque , à la Latine et à celle des
Francs , s'est formé notre Langue Françoise
, qui à l'aide de quelques accroissement
qu'elle a reçus des Langues de nos
voisins , a pris la consistance , où elle est
présentement.
Enfin nos Auteurs remarquent que les
Gaulois Lettrez , sçachant que le Barreau
étoit la Porte la plus ordinaire qui conduisoit
aux charges distinguées, et que l'Eloquence
étoit le moïen le plus certain d'y
briller, ils s'attacherent à cultiver en même-
tems l'Eloquence et la Jurisprudence,
NOVEMBRE . 1733. 2425
ce qui les fit exceller dans la connoissance
du Droit et dans l'art de bien parler.
Ainsi les Sçavans aimerent mieux servir
leur Patrie et le Public de vive voix , que
par écrit. Que si quelques- uns d'entr'eux
ont laissé des Ouvrages de leur façon , la
longueur et le malheur des temps en ont
privé la posterité. Ils nous ont même envié
non seulement la connoissance de
presque tous ces grands Hommes , mais
aussi jusqu'à leurs noms et au moindre.
trait de leur Histoire.
Cette Remarque étoit nécessaire à l'égard
de quelques Lecteurs qui pourroient
s'étonner du petit nombre de Gaulois sçavans
, dont il est fait mention dans cet
Ouvrage , pour les temps qui ont précédé
la naissance de J. C. On y trouve cependant
les Eloges de Pitheas , Philosophe
Astronome et Géographe; d'Euthymenes
Historien et Géographe ; d'Eratoshénes
Philosophe et Historien ; de Lucius Plotius
, Rhéteur ; de Marcus- Antonius Gnipho
, Professeur d'Eloquence et des Belles
Lettres ; de Valerius Cato , Poëte et
Grammairien ; de Roscius excellent
Comédien ; de Divitiac , Philosophe :
de C. Valerius - Procillus , Ambassadeur.
et Favori de Jules César ; de Telon et
Gyardes , Astronomes ; de Cornelius Gal-
E lus,
2446 MERCURE DE FRANCE
lus , Poëte ; de Publ. Terentius- Varo , Historien
et Poëte , de Trogue Pompée , Historien.
N'oublions pas de dire que nos Histo
riens sur la fin d'une Préface , qu'on ne
peut se dispenser
de lire , supplient
les
Sçavans de leur faire connoître
les fautes
qui ont pû leur échaper dans le cours
d'un si long Ouvrage , et de les aider en
leur communiquant
de nouvelles
lumieres
, et en leur faisant part des richesses
litteraires
qui leur manquent. Ils addressent
sur tout cette priere aux divers
Ordres Religieux
du Royaume
, fournis
déja presque tous des Bibliotheques
de
leurs Auteurs , et par là plus à portée
d'indiquer
les autres Ecrivains
qu'ils ont
eu depuis la publication
de ces mêmes
Bibliotheques
. Pour garans de leur re
connoissance
ils donnent les témoignages
publics qu'ils rendent icy des obligations
qu'ils ont à ceux dont le commerce
litteraire
leur a été de quelque secours
,
Nous rendrons compte sommairement
dans l'un de nos premiers Journaux de
la seconde Partie de cette Histoire , qui
comprend les quatre premiers siecles du
Christianisme.
Hoù l'on traite de l'origine et du
progrès , de la décadence et du rétabiissea
2420 MERCURE DE FRANCE
sement des Sciences , parmi les Gaulo's et
parmi les François , &c. Par des Reli
gieux Benedictins , de la Congrégation
de S. Maur. A Paris , chez Chaubert
Gissey , Osmont , Huart Paîné , Clousier
Hourdel et David le jeune , Libraires . I.
vol . in 4. divisé en deux parties , & c.
Le seul titre de cette Histoire que nous
avons donné dans toute son étendue.
dans le dernier Mercure , pourroit suffire
pour en donner une grande idée . If
contient le précis de l'Entreprise la plus
vaste et la plus utile qu'on ait encore formée
pour la gloire de notre Nation . Diverses
Histoires particulieres des Sçavans
d'une Province , d'une Ville , d'une Université
, d'un Corps Académique de ce
Royaume , publiées en différens temps ,
et par differens Autheurs , n'ont fait que
mieux comprendre la nécessité d'une
Histoire Générale de la France sçavante
composée tout de suite , et par des Ecri
vains , chargez de ce seul travail . Ce no
ble dessein a enfin été conçu , et en partié
déja heureusement exécuté par de sçavans
Hommes, nez , pour ainsi dire , pour
l'avancement des Lettres , et pour les
plus grandes et les plus laborieuses Entreprises.
Le premier volume dont il s'agit icy ;
pourra
NOVEMBRE. 1733. 242
pourra faire juger du mérite et de l'importance
de tout l'ouvrage , et de l'ordre
de son exécution ; il comprend tous les
temps antérieurs à la naissance de J.C.et
encore l'Histoire des Lettres en France
durant les IV. premiers siècles de l'Eglise
. Entreprendre de donner un juste Extrait
de ce volume , qui contient en tout
près de neuf cent pages , ce seroit à nous
une espece de témerité. Extrait qui nous
jetteroit infailliblement au delà des bornes
de notre Journal , nous nous contenterons
donc de quelques traits qui paroissent
exiger de nous une attention
particuliere.
Nos sçavans Auteurs , après avoir décrit
l'Etat de laRépublique des Lettres dans les
Gaules, avant et durant le tems des Druïdes
, sous le nom desquels on comprenoit
tous les Gens de Lettres des Gaules , exposent
comment les Sciences des Grecs s'y
introduisirent par le canal des Marseillois,
Grecs , Photéens d'origine . Ils n'oublient
rien de tout ce qui se trouve épars dans
divers Auteurs anciens sur cette celebre
Colonie , dont il est aussi parlé amplement
dans deux de nos ( 1 ) Journaux ,
par rapport aux Sciences , aux exercices
( 1 ) Mercure de Decembre 1728. et de Janvier
Aca
1730p
2422 MERCURE DE FRANCE
Académiques , à la Politesse , et aux
Grands Hommes qui ont brillé dans
Marseille Sçavante , ce qui nous engage
d'abreger icy sur ce sujet.
, Son Gouvernement Politique non
moins admirable que son Académie, n'est
pas omis dans cette Histoire . On suivoit
à Marseille , disent nos Auteurs , les Loix
Ioniques exposées dans un lieu public ,
où chacun pouvoit les voir pour s'y conformer.
Le droit d'hospitalité y étoit
en une singuliere veneration ; on y maintenoit
la seureté publique , en ne permettant
à personne d'y entrer armé ; les
représentations licentieuses du Théatre
en étoient sévérement bannies , ainsi que
la molesse , la volupté, la fraude et le mensonge
, et on voyoit regner en la place
dans cette Ville , la bonne foy , la frugalité
et la modestie . Ciceron estimoit si
fort un tel Gouvernement , qu'il doutoit
si Marseille n'étoit pas préférable non
seulement à toute la Grece , mais encore
à toutes les Nations de l'Univers . Aussi
les Marseillois mériterent bientôt le
Titre et les Privileges d'Amis et d'Alliez
du Peuple Romain . Marseille fut appellée
la soeur de Rome.
Diverses Colonies de Marseillois bâtirent
dans les Gaules , selon nos Auteurs ,
les
NOVEMBRE . 1733. 2423
les Villes d'Agde , de Nice , d'Antibes ,
d'Olbic , de Taurence, et peut être celles
d'Arles et de Fréjus . Cette énumeration
pourroit être plus étendue , sans y comprendre
même plusieurs Villes fondéesou
policées par des Colonies Marscilloises,
hors des Gaules , en Espagne , en Italie ,
en-Affrique , et c'est ainsi que se répandit
dans les principales Villes Gauloises
et ailleurs le goût des Lettres ; ces Villes
firent succeder aux Ecoles des Druïdes
des Académies, où elles entretenoient
des Professeurs pour y enseigner , à l'exemple
de Marseille , toutes sortes de sciences.
Telles étoient les Villes de Narbonne
, d'Arles , de Vienne , de Toulouse ,
d'Autun , de Lyon , de Nismes , de Bourdeaux
, et en particulier les Villes qui
devoient leur origine , ou leur ampliation
et leurs moeurs à celle de Marseille.
Le détail de la Litterature et des divers
Sçavans qui ont illustré ces Villes , doit
être lû dans le Livre même , et il le mérite
par l'abondance et par la richesse de
la matiere.
En examinant les Révolutions qu'ont
eues dans les Gaules les diverses Langues
qu'on y a parlé successivement , nos Hisforiens
reviennent à Marseille , ne doutant
point que la Langue Grecque n'ait
été
2424 MERCURE DE FRANCE
été durant long- temps la Langue vulgaire
des Marseillois , tres connue . disentils
, dans toute la Narbonnoise , et à
Lyon même. C'est ce que quelques Sçavans
modernes paroissent avoir ignoré
et ce qui les a jettez dans de grandes méprises
; telle est , par exemple , celle de
M. de Valbonnais , qui n'avoit pas accoutumé
d'errer , et qui a été observée dans
le Mercure d'Août 1721. au sujet d'un
Marbre Antique , chargé d'une Inscription
Grecque, du Cabinet de M.Rigord .
Ce qu'ils disent ensuite de la Langue
Gauloise ou Celtique, est d'une érudition
peu commune , et demande une attention
particuliere . Ils finissent ce sujet-la par
ces mots. De cette Langue Gauloise, jointe
à la Grecque , à la Latine et à celle des
Francs , s'est formé notre Langue Françoise
, qui à l'aide de quelques accroissement
qu'elle a reçus des Langues de nos
voisins , a pris la consistance , où elle est
présentement.
Enfin nos Auteurs remarquent que les
Gaulois Lettrez , sçachant que le Barreau
étoit la Porte la plus ordinaire qui conduisoit
aux charges distinguées, et que l'Eloquence
étoit le moïen le plus certain d'y
briller, ils s'attacherent à cultiver en même-
tems l'Eloquence et la Jurisprudence,
NOVEMBRE . 1733. 2425
ce qui les fit exceller dans la connoissance
du Droit et dans l'art de bien parler.
Ainsi les Sçavans aimerent mieux servir
leur Patrie et le Public de vive voix , que
par écrit. Que si quelques- uns d'entr'eux
ont laissé des Ouvrages de leur façon , la
longueur et le malheur des temps en ont
privé la posterité. Ils nous ont même envié
non seulement la connoissance de
presque tous ces grands Hommes , mais
aussi jusqu'à leurs noms et au moindre.
trait de leur Histoire.
Cette Remarque étoit nécessaire à l'égard
de quelques Lecteurs qui pourroient
s'étonner du petit nombre de Gaulois sçavans
, dont il est fait mention dans cet
Ouvrage , pour les temps qui ont précédé
la naissance de J. C. On y trouve cependant
les Eloges de Pitheas , Philosophe
Astronome et Géographe; d'Euthymenes
Historien et Géographe ; d'Eratoshénes
Philosophe et Historien ; de Lucius Plotius
, Rhéteur ; de Marcus- Antonius Gnipho
, Professeur d'Eloquence et des Belles
Lettres ; de Valerius Cato , Poëte et
Grammairien ; de Roscius excellent
Comédien ; de Divitiac , Philosophe :
de C. Valerius - Procillus , Ambassadeur.
et Favori de Jules César ; de Telon et
Gyardes , Astronomes ; de Cornelius Gal-
E lus,
2446 MERCURE DE FRANCE
lus , Poëte ; de Publ. Terentius- Varo , Historien
et Poëte , de Trogue Pompée , Historien.
N'oublions pas de dire que nos Histo
riens sur la fin d'une Préface , qu'on ne
peut se dispenser
de lire , supplient
les
Sçavans de leur faire connoître
les fautes
qui ont pû leur échaper dans le cours
d'un si long Ouvrage , et de les aider en
leur communiquant
de nouvelles
lumieres
, et en leur faisant part des richesses
litteraires
qui leur manquent. Ils addressent
sur tout cette priere aux divers
Ordres Religieux
du Royaume
, fournis
déja presque tous des Bibliotheques
de
leurs Auteurs , et par là plus à portée
d'indiquer
les autres Ecrivains
qu'ils ont
eu depuis la publication
de ces mêmes
Bibliotheques
. Pour garans de leur re
connoissance
ils donnent les témoignages
publics qu'ils rendent icy des obligations
qu'ils ont à ceux dont le commerce
litteraire
leur a été de quelque secours
,
Nous rendrons compte sommairement
dans l'un de nos premiers Journaux de
la seconde Partie de cette Histoire , qui
comprend les quatre premiers siecles du
Christianisme.
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Résumé : Histoire Litteraire de la France, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire Littéraire de la France' est rédigé par des religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur et publié à Paris. Il explore l'origine, le progrès, la décadence et le rétablissement des sciences parmi les Gaulois et les Français. Le premier volume se concentre sur les périodes antérieures à la naissance de Jésus-Christ et les quatre premiers siècles de l'Église. Cet ouvrage est le fruit d'une entreprise ambitieuse visant à compiler une histoire générale des savants de France. Les auteurs décrivent l'état des lettres dans les Gaules avant et durant l'époque des druides, qui étaient les hommes de lettres gaulois. Ils expliquent comment les sciences grecques se sont introduites en Gaule grâce aux Marseillois, une colonie grecque. Marseille est particulièrement soulignée pour son gouvernement politique et son académie, qui servaient de modèle aux autres villes gauloises. Les Marseillois ont fondé plusieurs villes en Gaule et ailleurs, répandant ainsi le goût des lettres et établissant des académies. L'ouvrage examine également les révolutions linguistiques en Gaule, mettant en avant l'importance de la langue grecque à Marseille et dans d'autres régions. Les Gaulois lettrés cultivaient l'éloquence et la jurisprudence, préférant servir leur patrie de vive voix plutôt que par écrit. Plusieurs savants gaulois sont mentionnés, tels que Pitheas, Eratosthène, et Trogue Pompée. Les auteurs encouragent les savants à signaler les erreurs et à partager leurs connaissances pour enrichir l'ouvrage. Ils expriment leur gratitude envers ceux qui les ont aidés dans cette entreprise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2383
p. 89-99
A CALISTE.
Début :
Voicy une Lettre meslée de Prose & de Vers, / Vous avez eu raison de ne me point écrire, [...]
Mots clefs :
Mourir, Éloignement, Âme, Destinée , Adorateur, Muse, Chagrin, Gloire, Satyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A CALISTE.
Voicy une Lettre mellée
de Profé & de Vers, que vous
trouverez fort agreable . Elle
a paru telle à des Connoiffeurs
tres délicats.
Novembre 1685.
H
90 MERCURE
A CALISTE .
V
de
Ous avez cu raifon de
ne me point écrire ,
puifque vous m'avez crû
mort. Je l'eftois en effet , &
je fçay trop bien mon monpour
ne pas mourir aprés
vous l'avoir promis . D'ail
leurs , il n'y a aucune difference
entre mourir & eftre
éloigné de vous. Cependant
je vous affeure de ma refurrection
, que je croy devoir
aux devotes prieres que vous
avez faites pour mon ame.
GALANT. 91
de
Je vous en fuis infiniment
obligé , & je vous diray franchement
qu'il n'eſt que
vivre. La vie eft bonne à cent
chofes , & la mort n'eft bonne
à rien. Ainfi j'ay efté dans
une gefne infupportable du
rant trois ou quatre jours.
qu'elle m'a tenu captif. Enfin
une ame fans corps eft.
une chofe du moins aufli trifte
qu'un corps fans ame ; &
fans mentir , la mienne fe
trouva furieufement décon
certée , de n'eftre plus dans
mon corps. Ainfi,je vous declare
que je ne veux plus
Hij
92 MERCURE
mourir par complaifance.
Me voilà donc bien & deuëment
refufcité , pour autant
de temps qu'il plaira au Maî
tre des Deftinées , & je feray,
tant qu'il me ſera poſſible ,
voftre tres-humble & trestendre
adorateur. J'allois finir-
là cette Lettre , mais j'ay
crû que vous feriez bien aife
d'apprendre mes avantures
de l'autre Monde . Ma Muſe
vous en va faire un recit fi
delle .
Si toft que je vous eus quittée,
Aprés vous avoir dit adieu ,
Adieu dont la douleurperça par le mi
lienGALANT.
93
Mon ame de vous enchantée,
Je fis venir la Mort qui me prit awe
collet
D'une maniere violente ,
Et fa Bayonncte tranchante
M'eut bien- toft coupé le fiflet.
Son abord me fembla fi laid
Que je me repentis de l'avoir appellée
;
Mais quand d'un noir chagrin on a
l'ame troublée ,
On ne fçait guere ce qu'on fait.
03
Cependant , aimable Califte ,
Te la crus l'unique recours
Que pouvoit esperer un Soupirant
tout trifte
D'eftre loin de l'objet de fes chere's
amours .
Ie mourus donc , & dans la Biere
Tout de mon long on m'étendit,
94 MERCURE
Et ma pauvre ame defcendit
En ces lieux que jamais ne perça
lumiere.
83
la
Dame , quifut bien étonné,
Califte , cefut moy , comme s'il euft
tonné.
(l'emprunte de Marot ce burlesque
Diftique. )
Et là fans nul retardement.
Ie receus , fort melancolique ,
En affez rude Iugement..
Cefut d'allerdans une chambre noire
Pour y demeurerfeulement
Deux mille ans fans dormir,fans mangir,
&fans boire.
Ie demanday pourquoy dans ce licu
tencbreux
M'ordonner defubir un fort firigou.
reux ?
GALANT. 95
Et l'on me répondit , Lifandre,
C'est pour expier le plaifir
Qu'à brûler pour CCaalliifftfee a trop pris
ton coeur tendre .
Quoy que fans criminel defir.
Ca
Incontinent la vive flame
De ce lieu remply de douleur , -
Un peu tropfort me lécha l'ame ;
Mais un Ange confclateur
A peu prés de vostre figure ,
Fit que fans plainte &fans murmure
L'enduray ce tourment qui devoit
prendre fin ,
Et l'espoiraffeuré de magloire future
Adoucit beaucoup mon chagrin.
83
Il n'eftoit pas petit fans doute.
Souffrirfans ceffe , & ne voir
goute, こ
96 MERCURE
Et plus que tout cela ne plus voir
vos appas !
Ab Ciel , l'infupportable gefne !
Auffi dans l'excés de ma peine,
Ie dis cent fois , j'eus tort de courir
au trépas.
Enfuite je difois dans la cruelle
abfence
De Califfe , quelle apparence
De fe trouver encore au nombre des
Vivans!
Oüy , je devois mourir , j'en donnay
ma parole ,
Iamais elle ne fut frivole ,
Etj'ay tortfi je m'en repens.
៩
Califfe , vous pouvez donc croire
Ma mort comme une verité .
Cependantpar bonheur malgré la Parque
noire ,
It me trouve refufcité,
Graces
GALANT. 97
Graces à vous, belle Bergere,
Quifaisant pour mon ame une bonne
Oraifon,
M'avez delivré de mifere,
La relogeant dansfa priſon.
Cette Lettre eft de M'Petit
de Roüen , & fait connoiſtre
combien l'enjoüement_galant
luy eft naturel. C'eſt un
homme dont le merite eft
connu non feulement de
toute la Ville , mais de quantité
de perfonnes qui tiennent
le premier rang à la
Cour. Comme il a beaucoup
d'ufage du monde par la longue
experience que luy a fait
Novembre 1685.
I
98 MERCURE
faire un âge fort avancé , &
que la vivacité de fon efprit
le rend capable de tout , il
s'eft appliqué depuis quelque
temps à étudier les defauts
des hommes , & cette
étude luy a fait faire des Satyres
generales pleines de moralité
, où fans qu'il nomme
perfonne , chacun pourra
trouver fon Portrait . Ces Satyres
, dans lesquelles il s'eft
attaché à un ſtiſe ſimple, qui
fait mieux fentir la verité que
ne feroient tous les ornemens
de la Poëfie , ſe debi
tent chez la Veuve Blageart ,
GALANT. 99
E
Court- Neuve du Palais , au
Dauphin. La lecture n'en
peut eftre que tres-profitable
, puis qu'elle détrompe
des erreurs , où l'emportement
des Paffions plonge
fouvent les plus éclairez .
de Profé & de Vers, que vous
trouverez fort agreable . Elle
a paru telle à des Connoiffeurs
tres délicats.
Novembre 1685.
H
90 MERCURE
A CALISTE .
V
de
Ous avez cu raifon de
ne me point écrire ,
puifque vous m'avez crû
mort. Je l'eftois en effet , &
je fçay trop bien mon monpour
ne pas mourir aprés
vous l'avoir promis . D'ail
leurs , il n'y a aucune difference
entre mourir & eftre
éloigné de vous. Cependant
je vous affeure de ma refurrection
, que je croy devoir
aux devotes prieres que vous
avez faites pour mon ame.
GALANT. 91
de
Je vous en fuis infiniment
obligé , & je vous diray franchement
qu'il n'eſt que
vivre. La vie eft bonne à cent
chofes , & la mort n'eft bonne
à rien. Ainfi j'ay efté dans
une gefne infupportable du
rant trois ou quatre jours.
qu'elle m'a tenu captif. Enfin
une ame fans corps eft.
une chofe du moins aufli trifte
qu'un corps fans ame ; &
fans mentir , la mienne fe
trouva furieufement décon
certée , de n'eftre plus dans
mon corps. Ainfi,je vous declare
que je ne veux plus
Hij
92 MERCURE
mourir par complaifance.
Me voilà donc bien & deuëment
refufcité , pour autant
de temps qu'il plaira au Maî
tre des Deftinées , & je feray,
tant qu'il me ſera poſſible ,
voftre tres-humble & trestendre
adorateur. J'allois finir-
là cette Lettre , mais j'ay
crû que vous feriez bien aife
d'apprendre mes avantures
de l'autre Monde . Ma Muſe
vous en va faire un recit fi
delle .
Si toft que je vous eus quittée,
Aprés vous avoir dit adieu ,
Adieu dont la douleurperça par le mi
lienGALANT.
93
Mon ame de vous enchantée,
Je fis venir la Mort qui me prit awe
collet
D'une maniere violente ,
Et fa Bayonncte tranchante
M'eut bien- toft coupé le fiflet.
Son abord me fembla fi laid
Que je me repentis de l'avoir appellée
;
Mais quand d'un noir chagrin on a
l'ame troublée ,
On ne fçait guere ce qu'on fait.
03
Cependant , aimable Califte ,
Te la crus l'unique recours
Que pouvoit esperer un Soupirant
tout trifte
D'eftre loin de l'objet de fes chere's
amours .
Ie mourus donc , & dans la Biere
Tout de mon long on m'étendit,
94 MERCURE
Et ma pauvre ame defcendit
En ces lieux que jamais ne perça
lumiere.
83
la
Dame , quifut bien étonné,
Califte , cefut moy , comme s'il euft
tonné.
(l'emprunte de Marot ce burlesque
Diftique. )
Et là fans nul retardement.
Ie receus , fort melancolique ,
En affez rude Iugement..
Cefut d'allerdans une chambre noire
Pour y demeurerfeulement
Deux mille ans fans dormir,fans mangir,
&fans boire.
Ie demanday pourquoy dans ce licu
tencbreux
M'ordonner defubir un fort firigou.
reux ?
GALANT. 95
Et l'on me répondit , Lifandre,
C'est pour expier le plaifir
Qu'à brûler pour CCaalliifftfee a trop pris
ton coeur tendre .
Quoy que fans criminel defir.
Ca
Incontinent la vive flame
De ce lieu remply de douleur , -
Un peu tropfort me lécha l'ame ;
Mais un Ange confclateur
A peu prés de vostre figure ,
Fit que fans plainte &fans murmure
L'enduray ce tourment qui devoit
prendre fin ,
Et l'espoiraffeuré de magloire future
Adoucit beaucoup mon chagrin.
83
Il n'eftoit pas petit fans doute.
Souffrirfans ceffe , & ne voir
goute, こ
96 MERCURE
Et plus que tout cela ne plus voir
vos appas !
Ab Ciel , l'infupportable gefne !
Auffi dans l'excés de ma peine,
Ie dis cent fois , j'eus tort de courir
au trépas.
Enfuite je difois dans la cruelle
abfence
De Califfe , quelle apparence
De fe trouver encore au nombre des
Vivans!
Oüy , je devois mourir , j'en donnay
ma parole ,
Iamais elle ne fut frivole ,
Etj'ay tortfi je m'en repens.
៩
Califfe , vous pouvez donc croire
Ma mort comme une verité .
Cependantpar bonheur malgré la Parque
noire ,
It me trouve refufcité,
Graces
GALANT. 97
Graces à vous, belle Bergere,
Quifaisant pour mon ame une bonne
Oraifon,
M'avez delivré de mifere,
La relogeant dansfa priſon.
Cette Lettre eft de M'Petit
de Roüen , & fait connoiſtre
combien l'enjoüement_galant
luy eft naturel. C'eſt un
homme dont le merite eft
connu non feulement de
toute la Ville , mais de quantité
de perfonnes qui tiennent
le premier rang à la
Cour. Comme il a beaucoup
d'ufage du monde par la longue
experience que luy a fait
Novembre 1685.
I
98 MERCURE
faire un âge fort avancé , &
que la vivacité de fon efprit
le rend capable de tout , il
s'eft appliqué depuis quelque
temps à étudier les defauts
des hommes , & cette
étude luy a fait faire des Satyres
generales pleines de moralité
, où fans qu'il nomme
perfonne , chacun pourra
trouver fon Portrait . Ces Satyres
, dans lesquelles il s'eft
attaché à un ſtiſe ſimple, qui
fait mieux fentir la verité que
ne feroient tous les ornemens
de la Poëfie , ſe debi
tent chez la Veuve Blageart ,
GALANT. 99
E
Court- Neuve du Palais , au
Dauphin. La lecture n'en
peut eftre que tres-profitable
, puis qu'elle détrompe
des erreurs , où l'emportement
des Paffions plonge
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Résumé : A CALISTE.
La lettre datée de novembre 1685 est une correspondance poétique entre Mercure et Caliste. Mercure y révèle à Caliste qu'il avait cru être mort et avait souffert d'une existence sans elle. Il décrit son expérience post-mortem, durant laquelle il a été condamné à séjourner dans une chambre obscure pendant deux mille ans pour expier son amour excessif. Cependant, un ange lui a apporté du réconfort, et il a été ressuscité grâce aux prières de Caliste. Mercure exprime sa gratitude envers elle et son désir de vivre pour elle. La lettre est signée par M. Petit de Rouen, auteur reconnu pour ses écrits galants et ses satires morales. Ses œuvres, disponibles chez la Veuve Blageart, ont pour but de révéler les défauts humains et de détromper ceux qui sont égarés par leurs passions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2384
p. 94-114
Nouvelles.
Début :
Les lettres de Hambourg du 28. Janvier portent qu'il [...]
Mots clefs :
Roi, Commissaires, Ambassadeurs, Grand vizir, Tsar, Constantinople, Audience, Camp, Sultan, Andrinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles.
Nouvelles.
Les lettres de Hambourg
du2. 8. Janvier portent quil
étoit entréle 23. dans Tonningen
un convoy pour
quinze jours, en presence
des Commissaires du Roy
de Danemark, pour empêcher
qu'on n'y fist entrer
que la quantité de provisions
qui a été accordée.
Celles de Berlin du 2 5.
Janvier portent que le Roy
de Prusse faisoit toûjours
travailler à de nouvelles
levées,& qu'il pretendoit
avoir sur pied cette année
une arméede cinquante
mille hommes; qu'un regiment
de dragons de Holstein-
Gottorp étoit entré
dans Stetin.
On mande de Stokholm
que les Etats du Royaume
s'y étoient assemblez le 28.
Décembre en presence de
la Princesse Ulrique Eleonor;
que le Comte de Horn,
President de la Chancellerie,
en avoit fait l'ouverture
par un long discours
,
dans
lequel il representa les raisons
qui avoit obligé là
Princesse & leSenat à les
convoquer. Illes exhorta à
conserver l'union, & à
concourir de tout leur
pouvoir à la conservation
du Royaume;que les conferences
des deputez avec laPrincesse&leSénatcommencerent
le 30. Décembre,
& que le General Lieven
étoit parti le 3. Janvier
pour aller trouver le Roy
de Suede avec des dépêches
importantes.
On écrit d'Andrinople,
que les ambassadeurs du
Czar
- Czar ayant fait instance
1 pour être admisà l'audience
du Grand Seigneur, ôc
recevoir la ratification du
ï traité qu'ils avoient conclu, ile Grand Vizir avoit promis
de la leur faire obtenir
: mais qu'il souhaitoit
qu'ils restassent à Andrinople
jusqu'à ce que les
limites de la frontière eussent
été reglées par les
Commissaires qui avoient
été nommez pour y travailler
avec ceux du Czar;
a l'audience du Grand Seigneur
, étant conduits par leChaous Bachi que le
Grand Vizir les ayant reçûs
& regalez à l'ordinaire de
caffé, de parfums & de caftans,
les avoit conduits à
l'audience du Sultan, à qui
le Vice Chancelier fit un
discours au sujet du trairé,
dont la ratification lui fut
remise; que le Grand Vizir
leur avoir dit par ordre du
Grand Seigneur, qu'ils
auroient bientôt la permission
de retourner vers le
Czar; que néanmoins ils
pouvoient renvoyer une
partie de leurs gens; que
le Sultan étoit parti le 13.
d'Andrinople, pour s'en
retourner à Constantinople;&
que le Grand Vizir
avant son départavoit ordonné
de fournir les chevaux
necessaires pour aller
à Constantinople aux ambassadeurs
de Moscovie &
de Pologne, ausquels il
permit aussi de renvoyer
une partie de leur suite.
Celles de Constantinople
du 29.Janvier portent
que le Sultan étoit arrivé
le 4. Janvier à un village
prés de Constantinople, &
que le7.il avoit fait son
entrée avec la pompe ordinaire.
Le 10. les ambasfadeurs
Moscovites & Polonois
y arriverent d'Andrinople
, avec le Sieur
Fleischman Resident de la
Cour de Vienne. Ifïuf Bacha,
ci-devant Grand Vizir
relegué à Rhodes, y a été
étranglé, & ses biens ont
été confisquez. On a depuis
disposé de plusieurs Gouvernemens
en faveur de
divers Bachas. Les Commissaires
nommez pour
regler les limites devoient
entrer en conférence avec
les ambassadeurs du Czar
& de Pologne, aussitôt que
les deputez du Sultan Ôc du
Kan des Tarcares,envoyez
en Pologne, feroient à
Constantinople. Le Roy
de Suede étoit toûjours à
Demir Toca, où le Sieur
Funckfon Envoyé est mort.
On écrit de Vienne que
les Etats de l'Autriche inferieure,
qui durant la maComte
de Kerenviller leur
President, reprirent le 12.
Janvier leurs seances dans
le PalaisImperial: que le
Conseil Aulique, qui avoit
été cassé pour la forme,
afin d'êtrerétabli au nom
de l'Archiduc,serassembla
le 15. au nombre de trente
Conseillers avec deux Secretaires,
outre unPresident
& un Vice- Chancelier de
l'Empire;que le même jour
le President prêta ferment
dans le Conseil d'Etat en
presence de l'Archiduc
pour sa Charge de President.
Le z2. leregiment de
cuirassiers du Prince Charles
de Neubourg passa prés
de Vienne, pour aller en
Hongrie, suivi de quelques
autres regimens de l'armée
du haut Rhin, & de deux
regimens Espagnols venus
d'Italie, qui étoient déja
arrivez en Croatie.
Les lettres de Madrid
portent que le Roy a donné
la Charge de Major de
Sarragosse à Don Guillen
de Gusman, Lieutenant
Colonel
,
qui a perdu le
bras droit à l'attaque de
Campo Mayor ; que le
Marquis de Thoüy, Lieutenantgeneral,
étoit parti
de Madrid le 27. Janvier,
avec le Marquis de Flavacourt
Maréchal de Camp,
pour aller commander un
corps d'armée qui se forme
au voisinage de Lerida des
troupesquisont en Arragon
& à Tortose;que Don
Joseph de Armendariz &
Don Diego de Alarion,
Lieutenans generaux, &
le Marquis de San Vicenre,
Marechal de Camp
,
doivent
pareillement s'y rendre
du camp devant Barcelonnc.
-. Celles de Catalogne coru
firment que Nebot avoit
été tiré de prison, & envoyé
à Mayorque avec le regiment
d'Allemans deferreurs.
Le Marquis de Lede,
Lieutenant general,& Gouverneur
de Tarragonne,
ayant étéinformé qu'il y
avoit une émotion de la
populace de Villafranca de
Panades, fomentée par le
Viguier, le Bailly & le
grand Juré de Villafranca,
il y envoya quatre cent
fantassins
, avec quelque
cavalerie, commandez par
le Chevalier de Lede Maréchal
de Camp, par le
Colonel Don Gabriel Lasso
de la Vega,& par le Lieutenant
Colonel Don Geronimo
Ordonnez. Ce derachement
se saisit de trois
Officiers auteurs de la sedinon,
qui furent envoyez
prisonniers au château de
Tortose, & on établit en
leur place des personnes
d'unefidelité reconnuë. Un
autre village aux environs
de Cardonne ayant pris les
armes pour s'exempter de
payer les contributions a
été brûlé entierement, à la
reserve de l'Eglise. D'autres
lettres de Catalogne portent
que la flote qui étoit à
Alicante étoit arrivée le 19.
Janvier auprès de Tarragonne,
ayant été grossie
par les bâtimens qui se tenoient
prêts en divers endroits
de la côte, jusqu'au
nombre de vingt vaisseaux
& de cinquante barques.
Elleest chargée d'une grande
quantité d'artillerie, de
munitions de guerre & de
provisions
,
dont elle avoir
debarqué une partie à Tarragonne
; ôc le iz. elle fit
voile vers Barcelone, dont
on devoit incessamment
faire le siege. Que quelques
lieux s'étoient de nouveau
soûlevez : mais que
divers detachemens
--
ayant
été envoyez contr' eux, en
avoient brûlé six, & paslé
au fil de l'épée les rebeles
qui 31 t, s y étoient trouvez ; ce
qui avoir mis le calme en
ce pays-là.
On écrit de Londres,
qu'il y avoit eu plusieurs
changemens dans les charges
ôc les emplois; que le
Comte de Bartimore a été
fait Conseiller du Conseil
privé en Irlande, & le Sieur
Molesvvort a été demis
d'un pareilemploy par ordre
de la Reine;que Sa Majesté
a ordonné de dresser
- une nouvelle Commission
pour lesCommissaires de
la Marine
1
qui font le
Comte de Strafford, le Chevalier
Lake, le Chevalier
Drake,le Sieur Aislabie,
le Chevalier Vvishart,& le
Sieur Clarke; que le Cfrevalier
Bing a été exclus du
nombre de ces Commissaires,&
ilaété mis à la demi-
paye comme Amiral de
l'escadre blanche. Le Sieur
Menley a été demis de la
charge de Maître des Postes
de Dublin, qui vaut huit
cent livres sterlin de rente,
& le Sieur Stvvard a été mis
-
en sa place. Le Sieur Lovvther,
Gouverneur des Barbades,
a été privédeceGouvernement.
Le Sr Thomas
Harley,cousin du grand
Tresorier, a été nommé
pour retourner à la Cour
de Hanover en qualité
d'Envoyé extraordinaire.
Le Comte de Lexington,
ambassadeur extraordinaire
vers le Roy d'Espagne,
arriva à Londres par la voye
de Portu gal le 23. Janvier.
Le lendemain il alla à Vvindsor
saluer la Reine, & lui
rendre compte de ses negociations.
Sa Majesté a tait
expedier une commission,
par laquelle elle établit le
Chevalier Guillaume Honivvood
&les SieursVvalter
HungerfordDuncadée,
Guillaume Govvert & EdoüardHungerford
,
Juges
des appellations des
ju gemens rendus par les
Commissaires de l'Excise.
La charge de Surintendant
des Forêts & des
Parcs,vacante par le decés
du Sieur Jean Manley,
a été donnée au Sieur
Alexandre Pendarves, &
le Gouvernement de la Province
de Maryland, dont
Milord Baltimore est sondateur
& proprietaire, a
é,té'1donné1 au Sieur JJean
Hart.
On mande de Bruxelles,
que
J que le differend entre le
Roy de Prusse & les Estats
de Brabantavoit été terminé
pour la somme de
quatre-vingt milleécus,
payables en quatre ans, ôc
que ce qui regarde le Hainaut
fera terminéde la même
maniere. Les Sieurs Buis
& de Goslinga, ambassadeurs
extraordinaires des
Estats Generaux des Provinces
Uniesauprés du Roy
en France, arriverent le 30.
Janvier à Paris. Ils se rendirent
à Versailles le 6. Février,
où ils eurent audience
particuliere du Roy.Ensuite
ils eurent audience de Monseigneur
le Dauphin, de
Madame la Duchesse de
Berry, de Madame, & de
Monsieur le Ducd'Orleans,
étant conduits par le Baron
de Breceur) Introducteur
des Ambassadeurs.
Les lettres de Hambourg
du2. 8. Janvier portent quil
étoit entréle 23. dans Tonningen
un convoy pour
quinze jours, en presence
des Commissaires du Roy
de Danemark, pour empêcher
qu'on n'y fist entrer
que la quantité de provisions
qui a été accordée.
Celles de Berlin du 2 5.
Janvier portent que le Roy
de Prusse faisoit toûjours
travailler à de nouvelles
levées,& qu'il pretendoit
avoir sur pied cette année
une arméede cinquante
mille hommes; qu'un regiment
de dragons de Holstein-
Gottorp étoit entré
dans Stetin.
On mande de Stokholm
que les Etats du Royaume
s'y étoient assemblez le 28.
Décembre en presence de
la Princesse Ulrique Eleonor;
que le Comte de Horn,
President de la Chancellerie,
en avoit fait l'ouverture
par un long discours
,
dans
lequel il representa les raisons
qui avoit obligé là
Princesse & leSenat à les
convoquer. Illes exhorta à
conserver l'union, & à
concourir de tout leur
pouvoir à la conservation
du Royaume;que les conferences
des deputez avec laPrincesse&leSénatcommencerent
le 30. Décembre,
& que le General Lieven
étoit parti le 3. Janvier
pour aller trouver le Roy
de Suede avec des dépêches
importantes.
On écrit d'Andrinople,
que les ambassadeurs du
Czar
- Czar ayant fait instance
1 pour être admisà l'audience
du Grand Seigneur, ôc
recevoir la ratification du
ï traité qu'ils avoient conclu, ile Grand Vizir avoit promis
de la leur faire obtenir
: mais qu'il souhaitoit
qu'ils restassent à Andrinople
jusqu'à ce que les
limites de la frontière eussent
été reglées par les
Commissaires qui avoient
été nommez pour y travailler
avec ceux du Czar;
a l'audience du Grand Seigneur
, étant conduits par leChaous Bachi que le
Grand Vizir les ayant reçûs
& regalez à l'ordinaire de
caffé, de parfums & de caftans,
les avoit conduits à
l'audience du Sultan, à qui
le Vice Chancelier fit un
discours au sujet du trairé,
dont la ratification lui fut
remise; que le Grand Vizir
leur avoir dit par ordre du
Grand Seigneur, qu'ils
auroient bientôt la permission
de retourner vers le
Czar; que néanmoins ils
pouvoient renvoyer une
partie de leurs gens; que
le Sultan étoit parti le 13.
d'Andrinople, pour s'en
retourner à Constantinople;&
que le Grand Vizir
avant son départavoit ordonné
de fournir les chevaux
necessaires pour aller
à Constantinople aux ambassadeurs
de Moscovie &
de Pologne, ausquels il
permit aussi de renvoyer
une partie de leur suite.
Celles de Constantinople
du 29.Janvier portent
que le Sultan étoit arrivé
le 4. Janvier à un village
prés de Constantinople, &
que le7.il avoit fait son
entrée avec la pompe ordinaire.
Le 10. les ambasfadeurs
Moscovites & Polonois
y arriverent d'Andrinople
, avec le Sieur
Fleischman Resident de la
Cour de Vienne. Ifïuf Bacha,
ci-devant Grand Vizir
relegué à Rhodes, y a été
étranglé, & ses biens ont
été confisquez. On a depuis
disposé de plusieurs Gouvernemens
en faveur de
divers Bachas. Les Commissaires
nommez pour
regler les limites devoient
entrer en conférence avec
les ambassadeurs du Czar
& de Pologne, aussitôt que
les deputez du Sultan Ôc du
Kan des Tarcares,envoyez
en Pologne, feroient à
Constantinople. Le Roy
de Suede étoit toûjours à
Demir Toca, où le Sieur
Funckfon Envoyé est mort.
On écrit de Vienne que
les Etats de l'Autriche inferieure,
qui durant la maComte
de Kerenviller leur
President, reprirent le 12.
Janvier leurs seances dans
le PalaisImperial: que le
Conseil Aulique, qui avoit
été cassé pour la forme,
afin d'êtrerétabli au nom
de l'Archiduc,serassembla
le 15. au nombre de trente
Conseillers avec deux Secretaires,
outre unPresident
& un Vice- Chancelier de
l'Empire;que le même jour
le President prêta ferment
dans le Conseil d'Etat en
presence de l'Archiduc
pour sa Charge de President.
Le z2. leregiment de
cuirassiers du Prince Charles
de Neubourg passa prés
de Vienne, pour aller en
Hongrie, suivi de quelques
autres regimens de l'armée
du haut Rhin, & de deux
regimens Espagnols venus
d'Italie, qui étoient déja
arrivez en Croatie.
Les lettres de Madrid
portent que le Roy a donné
la Charge de Major de
Sarragosse à Don Guillen
de Gusman, Lieutenant
Colonel
,
qui a perdu le
bras droit à l'attaque de
Campo Mayor ; que le
Marquis de Thoüy, Lieutenantgeneral,
étoit parti
de Madrid le 27. Janvier,
avec le Marquis de Flavacourt
Maréchal de Camp,
pour aller commander un
corps d'armée qui se forme
au voisinage de Lerida des
troupesquisont en Arragon
& à Tortose;que Don
Joseph de Armendariz &
Don Diego de Alarion,
Lieutenans generaux, &
le Marquis de San Vicenre,
Marechal de Camp
,
doivent
pareillement s'y rendre
du camp devant Barcelonnc.
-. Celles de Catalogne coru
firment que Nebot avoit
été tiré de prison, & envoyé
à Mayorque avec le regiment
d'Allemans deferreurs.
Le Marquis de Lede,
Lieutenant general,& Gouverneur
de Tarragonne,
ayant étéinformé qu'il y
avoit une émotion de la
populace de Villafranca de
Panades, fomentée par le
Viguier, le Bailly & le
grand Juré de Villafranca,
il y envoya quatre cent
fantassins
, avec quelque
cavalerie, commandez par
le Chevalier de Lede Maréchal
de Camp, par le
Colonel Don Gabriel Lasso
de la Vega,& par le Lieutenant
Colonel Don Geronimo
Ordonnez. Ce derachement
se saisit de trois
Officiers auteurs de la sedinon,
qui furent envoyez
prisonniers au château de
Tortose, & on établit en
leur place des personnes
d'unefidelité reconnuë. Un
autre village aux environs
de Cardonne ayant pris les
armes pour s'exempter de
payer les contributions a
été brûlé entierement, à la
reserve de l'Eglise. D'autres
lettres de Catalogne portent
que la flote qui étoit à
Alicante étoit arrivée le 19.
Janvier auprès de Tarragonne,
ayant été grossie
par les bâtimens qui se tenoient
prêts en divers endroits
de la côte, jusqu'au
nombre de vingt vaisseaux
& de cinquante barques.
Elleest chargée d'une grande
quantité d'artillerie, de
munitions de guerre & de
provisions
,
dont elle avoir
debarqué une partie à Tarragonne
; ôc le iz. elle fit
voile vers Barcelone, dont
on devoit incessamment
faire le siege. Que quelques
lieux s'étoient de nouveau
soûlevez : mais que
divers detachemens
--
ayant
été envoyez contr' eux, en
avoient brûlé six, & paslé
au fil de l'épée les rebeles
qui 31 t, s y étoient trouvez ; ce
qui avoir mis le calme en
ce pays-là.
On écrit de Londres,
qu'il y avoit eu plusieurs
changemens dans les charges
ôc les emplois; que le
Comte de Bartimore a été
fait Conseiller du Conseil
privé en Irlande, & le Sieur
Molesvvort a été demis
d'un pareilemploy par ordre
de la Reine;que Sa Majesté
a ordonné de dresser
- une nouvelle Commission
pour lesCommissaires de
la Marine
1
qui font le
Comte de Strafford, le Chevalier
Lake, le Chevalier
Drake,le Sieur Aislabie,
le Chevalier Vvishart,& le
Sieur Clarke; que le Cfrevalier
Bing a été exclus du
nombre de ces Commissaires,&
ilaété mis à la demi-
paye comme Amiral de
l'escadre blanche. Le Sieur
Menley a été demis de la
charge de Maître des Postes
de Dublin, qui vaut huit
cent livres sterlin de rente,
& le Sieur Stvvard a été mis
-
en sa place. Le Sieur Lovvther,
Gouverneur des Barbades,
a été privédeceGouvernement.
Le Sr Thomas
Harley,cousin du grand
Tresorier, a été nommé
pour retourner à la Cour
de Hanover en qualité
d'Envoyé extraordinaire.
Le Comte de Lexington,
ambassadeur extraordinaire
vers le Roy d'Espagne,
arriva à Londres par la voye
de Portu gal le 23. Janvier.
Le lendemain il alla à Vvindsor
saluer la Reine, & lui
rendre compte de ses negociations.
Sa Majesté a tait
expedier une commission,
par laquelle elle établit le
Chevalier Guillaume Honivvood
&les SieursVvalter
HungerfordDuncadée,
Guillaume Govvert & EdoüardHungerford
,
Juges
des appellations des
ju gemens rendus par les
Commissaires de l'Excise.
La charge de Surintendant
des Forêts & des
Parcs,vacante par le decés
du Sieur Jean Manley,
a été donnée au Sieur
Alexandre Pendarves, &
le Gouvernement de la Province
de Maryland, dont
Milord Baltimore est sondateur
& proprietaire, a
é,té'1donné1 au Sieur JJean
Hart.
On mande de Bruxelles,
que
J que le differend entre le
Roy de Prusse & les Estats
de Brabantavoit été terminé
pour la somme de
quatre-vingt milleécus,
payables en quatre ans, ôc
que ce qui regarde le Hainaut
fera terminéde la même
maniere. Les Sieurs Buis
& de Goslinga, ambassadeurs
extraordinaires des
Estats Generaux des Provinces
Uniesauprés du Roy
en France, arriverent le 30.
Janvier à Paris. Ils se rendirent
à Versailles le 6. Février,
où ils eurent audience
particuliere du Roy.Ensuite
ils eurent audience de Monseigneur
le Dauphin, de
Madame la Duchesse de
Berry, de Madame, & de
Monsieur le Ducd'Orleans,
étant conduits par le Baron
de Breceur) Introducteur
des Ambassadeurs.
Fermer
Résumé : Nouvelles.
Au début de l'année 1717, plusieurs événements politiques et militaires ont marqué l'Europe. À Tonningen, un convoy a été établi pour quinze jours sous la surveillance des commissaires du roi de Danemark. À Berlin, le roi de Prusse préparait une armée de cinquante mille hommes, tandis qu'un régiment de dragons de Holstein-Gottorp entrait à Stetin. À Stockholm, les États du Royaume se sont réunis le 28 décembre en présence de la princesse Ulrique Éléonore. Le comte de Horn a ouvert la session en appelant à l'union et à la conservation du Royaume. Les conférences avec la princesse et le Sénat ont commencé le 30 décembre, et le général Lieven est parti rencontrer le roi de Suède. À Andrinople, les ambassadeurs du Czar ont été reçus par le Grand Vizir, qui a promis de leur obtenir une audience avec le Sultan pour la ratification d'un traité. Le Sultan est ensuite parti pour Constantinople, où il est arrivé le 4 janvier. Les ambassadeurs moscovites et polonais, accompagnés du résident de la Cour de Vienne, ont suivi le 10 janvier. Le Grand Vizir a été étranglé et ses biens confisqués. À Vienne, les États de l'Autriche inférieure ont repris leurs séances le 12 janvier. Le Conseil Aulique a été rétabli le 15 janvier avec trente conseillers. Plusieurs régiments, dont un de cuirassiers du prince Charles de Neubourg, se sont dirigés vers la Hongrie. À Madrid, le roi a nommé Don Guillen de Gusman Major de Sarragosse. Le marquis de Thoüy et d'autres officiers se sont rendus en Aragon pour commander un corps d'armée. En Catalogne, Nebot a été envoyé à Majorque et des troubles ont été réprimés à Villafranca de Panades et dans un village près de Cardonne. Une flotte chargée d'artillerie et de provisions est arrivée à Tarragonne avant de naviguer vers Barcelone. À Londres, plusieurs changements de personnel ont eu lieu dans les charges et les emplois. Le comte de Lexington est revenu de sa mission en Espagne et a été reçu par la reine. Des nominations ont été faites pour les juges des appellations des jugements de l'Excise et pour le Gouvernement de la Province de Maryland. À Bruxelles, le différend entre le roi de Prusse et les États de Brabant a été résolu pour une somme de quatre-vingt mille écus. Les ambassadeurs des Provinces Unies ont été reçus à Paris et à Versailles par le roi, le dauphin, et d'autres membres de la famille royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2385
p. 91-116
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le 26 Juin, Madame de Vantadour accompagnée de Madame la [...]
Mots clefs :
Duc de Noailles, Commissaires, Procès, Conseillers, Régent, Assemblées, Parlement, Délibération, Roi, Audience, Édits, Révocation, Déclaration, Ordre de succession, Cérémonies, Requêtes, Comtes, Duc, Grands officiers de la couronne, Nominations, Charges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
E26 Juin, Madame de Vanta-
L
dour accompagnée de Madame
la Maréchale deBezons,préſenta
le matin au Roy Mde la MarquiſedeTreſnel
, cy-devant Mlle le
Blanc.
Le 27. M. le Duc de Noailles
ayant dirigé un nouveau Syſtème
des Finances , deinanda àMgt le
DucRegent des Commiſſaires pour
examiner ſon Projet dont on efpere
de trés grands avantages . Ce
Prince a nommé M. le Chancelier,
M. le Maréchal de Villeroy , М.
le Duc de S. Simon , M. le Duc de
la Force , M. le Maréchal de Bezons
, M. l'Archevêque de Bordeaux
. M. le Marquis d'Effiat , &
M. Pelletier de Souzy. L'Aſſemblée
ſe tiendra chez M. le Chancelier.
92
LE MERCURE
Le Procés entre la Grande Chapelle
du Roy & les Feüillants pour
chanter Veſpres , les Dimanches &
Fêtesdans la Chapelle de S. M.
fut terminé la veille. Mgt le Regent
ayant trouvé à proposde ſuivre
l'uſage obſervé pendant lesMinorités
de Louis XIII. &de Louis
XIV. en a exclu les Religieux
&a chargé la Grande Chapelle de
ce Service.
22
Le 28. S. A. R. choiſit un Conſeiller
de chaque Conſeil de Regence,
excepté de celui de Marine
pour former le Conſeil qui doit juger
le Different des Princes ſur le
raport de M. de S. Conteſt .
Le même jour ,ſur l'avis que Mgr
le Régent reçût de la mort de M.
le Comte de Peyre , premier Lieutenant
Général de Languedoc; S.
A. R. confera ce poſte important
de 25000 liv. de rentes à M. le
Marquis de Canillac Conſeiller de
la Regence dans les affaires du Deda
sdurosaume;maisle lendemain
30, on fut informé que M. le Come
DE JUILLET. 93
tede Peyre n'étoit pas mort &
qu'il y avoit même, eſperance qu'il
pouroit revenir de fa maladie.
Le 30. Les Aſſemblées de Sorbonne
qui ſe tiennent tous les premiers
jours du mois,ce qu'on apelle
Primamensis , & qui avoient éré
interrompuës depuis le jour que les
4. Evêques apporterent leur Appel
en Sorbonne , ont récommencé
le premier de ce mois. M. Quinot
Ancien Syndic y préſida ;
on confirma à la pluralité de 117
voix contre ſept, tout ce qui a été
fait pendant le Syndicat de feu M.
Ravecher. La Lettre que ce dernier
avoit écrite à la Faculté , & la profeffion
deFoiqu'ily avoit ajoutée en
mourant , ont été enregiſtrées dans
lesregiſtres de laFaculté.Que ques
uns des 7. Oppoſans ayant voulu
proteſter contreladéliberationdela
Sorbonne, les proteſtations ont été
déclarées nulles. Les vingt-deux
Docteurs qui avoient éré exclus des
Aſſemblées de laFaculté&qui eſperoient
d'y rentrerdans cette conjon
94 LE MERCURE
ture,n'ont pû cependant l'obtenis
malgré les preſſantes ſollicitations
des Prélats Acceptans .
Le même jour , le Parlement ſe
rendit à dix heures & demie du
matin au Louvre , pour recevoir
les Ordres de S. M. touchant la
proteſtationdes Princes Legitimez :
LaDéputation étoit compoſée de
M. le Premier Preſident , de tous
les Preſidens à Mortier,exceptéM.
de Bailleul , de ſept Conſeillersde
la Grand- Chambie , d'un Con<
feiller de chaque Chambre des Enquêtes
& Requêtes , & des Gens
du Roy. Le Parlement fut conduit
chez le Roy par M. le Marquis de
la Vrilliere Secretaire d'Etat , par
M. de Dreux Grand Maître des
Cérémonies & par M. Desgranges
Maître des Ceremonies. Le
Roy étoit aſſisdans un Fauteüil auprés
de la cheminée de ſonCabinet,
ayant à ſa droite Mgt le Duc d'Orleans
, avec les Princes du Sang ; &
à ſa gauche M. le Chancelier . Le
Cabinet étoit rempli de toute la
DE JUILLET.
Cour.M.lePremier Préſident rendit
compre au Royde ce qui s'étoit paf.
fé au Parlement , le jour que les
Princes Legitimez apporterent leur
Proteſtation , de ce qui y avoit
été déliberé&de la réſolution qui
fut priſe de demander uneAudiance
auroipour recevoirſes ordres:Aprés
qu'il ût fini ſon diſcours qui fut fort
approuvé , il preſenta la proteſtationà
S. M. qui affüra le Parlementde
ſon affection , & répondit
enſuite par la bouche de M. le
Chancelier , qu'il recevoit avec
plaiſir les marques de foumiſſion du
Parlement , qu'il étoit fort content
de la ſageſſe avec laquelle il s'étoit
conduit dans cette affaire &
qu'il feroit ſçavoir ſa volonté à
cetteCompagnie au premier jour;
les Députez fortirent du Louvre
dans le même ordre qu'ils y étoient
entrés.
Atrois heures&demie après mi.
di ,le Conſeil de Regence s'affembla
extraordinairement , les PrinsesduSang,
les Princes Legitimez
96 LE MERCURE
&lesDucs n'y ayant point été admis
: Il étoit composé de Mst le
Duc Regent, de Male Chancelier,
de Mr le Marêchal d'Huxelles , de
Mr le Maréchal de Bezons , de
l'Ancien Evêque de Troye , de M
de Beringhen , de l'Archevêque
de Bordeaux Préſident du Conſeil
de Conſcience , de Mr Pelletierde
Souzy , de Mele Marquis de Torcy,
de M¹ le Marquis de Biron , de
Mr le Marquis d'Effiat , de Mr le
Marquis de laVrilliere,deM. Amelot
, de Mr de Nointel , de Mr
d'Argenſon , de M² de la Bourdonnaye
, & de Mt de Saint Conteft
Raporteur , qui ouvrit le premier
fon Opinion. Ce Conſeil dura jufqu'à
fix heures & demie , on en indiqua
enfuire un pour le lendemain
à neufheures.
Le 1. de ce mois , à neufheures
du matin , il s'eſt tenu un Confeil
de Regence , formé des dix - ſept
Perſonnes , dont on vient de faire
mention : Après deux heures de
Confeil, on y a déterminé la Queſ
ס
DE JUILLET.
97
tion , & l'Affaire y a été décidée.
Mgr le Duc d'Orleans , ſur la Requiſtion
de M. le Chancelier ,
promit à la Tête du Conſeil , de
garder le Secret,& prit le Serment
des ſeizeOpinans , qu'ils ne s'en
ouvriroient à qui que ce ſoit , juſqu'à
ce que le Roy s'en fût expliqué.
Le3. le Conſeil de Regence, s'eſt
rendu au Palais Royal; on y a regléplus
particulièrement la forme
du Jugement de l'affaire des Princes
, qui fera un Secret , juſqu'à ce
que l'Edit ſoit porté au Parlement ,
pour y être enregiſtré. Mr le Chanlier,
après avoir formé cet Edit, en
a fait lecture à Meſſieurs du Confeil
, qui y ont tous reconnus leur
Opinion , il a été ſigné à dix heures.
Les leParlement s'affembla , pour
recevoir par les Gens du Roi ,l'Ordre
d'envoïer auLouvre desDeputez;
ils y allerent à midi , & furent
reçûs& conduits à l'Audiance du
Roi avec les mêmes Cérémonies
Juillet 1717. I
93 LE MERCURE
que le 30. du mois dernier: Après le
Compliment de Mr le 1 Preſident
qui fut trés-court ; Male Chancelier
répondit pour S. M. qu'elle
avoit examiné avec beaucoup de
ſoin les Requêtes des Princes du
Sang & des Princes Legitimez ;
qu'elle s'étoitfaite inſtruire de toutes
les raiſons qui avoient été expliquées
dans les Mémoires préſentez
de part & d'autre;qu'elle avoit
cru devoir décider cette affaire ; &
que fon Jugement étoit expliqué
dans l'Edit qu'elle remettroit entre
les mains du Procureur General ,
dans lequel elle faiſoit connoître ſa
- volonté , par raport aux protestations
que les Princes Legitimez ,
avoient préſentées au Parlement.
Mr le Chancelier loiia beaucoup la
Sageſſe , avec laquelle Mt le premier
Préſidents'étoiticonduit dans
cette affaire , &l'afflura , comme la
premiere fois , que le Roi s'en fouviendroitdans
toutes les occafions.
Le lendemain 6. jour de la Députion
, le Parlement étant aſſemblé,
DE JUILLET. 99
Mr le premier Préſident rendit
compte à la Compagnie de la réponſe
du Roi , & de la maniere
avec laquelle les Deputez avoient
été reçûs;enſuite M'de Lamoignon
premierAvocatGeneral apportal'Edit
, & après avoir parlé ſur l'Enregifttement
de cer Edit , avec autant
de Sagelle que d'Eloquence, il donna
ſes Concluſions qui ont été ſuivies.
Dés qu'il fut retiré , Mr le
premier Préſident demanda l'avis
à chacun de.Meſſieurs du Parlement:
M² le Nain qui en eſt Doyen
opina le premier , & fut, d'avis
d'enregistrer l'Edit; il fut ſuivi par
tous les Confeillers de la Grand-
Chambre , à l'exception de M
Brayer , qui , après avoir long-tems
opiné, conclut à nommer des Commiffaires
pour examiner l'Edit ,
avant de l'enregiſtrer; cet avis fut
appuyé par plufieurs Préſidens &
Conſeillers des Enquêtes,au nombre
de foixante & quinzeVoix; mais
celui deMr le Nain l'ayant emporré
de prés de quarante Voix , l'ELij
100 LE MERCURE
f
dit paffa & fut enregiſtré : On remit
au Jeudi à le publier à la Grande
Audiance ; parceque l'heure
àlaquelle elle ſe tient, étoit paſſée.
Il fut donc publié Jeudi 8. l'Audiance
tenant. EDIT DU ROY
Qui revoque & annulle l'Edit du
mois deJuillet 1714 , & la Dé
claration, du 23 May 1715.
L
OUIS par la grace de Dieu
&deNavarre :
A tous preſens & à venir, SALUT. Le
feuRoynôtre trés-honoré Seigneur
&Bifaïeul a ordonné parſonEdit de
Juillet 1714. que ſi dans la ſuite des
tems,tous les Princes Legitimes de
l'Auguſte Maiſon de Bourbon venoient
à manquer , enforte qu'il
n'en reſtât pas un ſeul pour eſtre
heritier de nôtre Couronne , elle
feroit en ce cas dévoluë & déférée
de plein droit à Louis- Auguſte
de Bourbon Duc du Maine, & à
Loüis-Alexandre de BourbonCom-.
1
DE JUILLET. 101
te de Toulouſe ſes enfans legitimez
, & à leurs enfans & deſcendans
mâles à perpetuité, nez & à
naître en legitime mariage , gardant
entre eux l'ordre de ſucceffion ,
& préferant - toûjours la branche
aînée àla cadette,les déclarant, audit
cas ſeulement de manquement
de tous les Princes Legitimes de
nôtre Sang, capables de ſucceder à
àla Couronne de France, excluſivement
à tous autres : Voulant auſſi
que ſeſdits Fils Legitimez le Duc
du Maine,& ſes Enfans& Deſcendans
mâles , & pareillement le
Comte de Toulouſe , & Enfans &
Deſcendans mâles à perpetuité,nez
en legitime Mariage, ûllent entrée
&féance en nôtre Cour de Parlement
, au même âge que les Princes
de nôtre Sang , encore qu'ils
n'effent point de Pairie , fans être
obligez d'y prêter Serment , &
qu'ils y joüiffent des mêmes honneurs
qui font rendus aux Princes
de nôtre Sang ; qu'ils fuflent en
tous licux & en toutes occafions
I iij
102 LE MERCURE
regardez & traitez, comme les
Princes de nôtre Sang,après néantmoins
tous leſdits Princes,& avant.
tous les autres Princes des Maiſons ..
Souveraines , & tous autres Scigneurs
de quelque Dignité qu'ils ,
puiſſent être. Voulant enfin que
cette prérogative d'entrée & ſeance
au Parlement , & de joüir par
eux & par leurs deſcendans , tant :
dans les Cérémonies qui ſe faifoient&
fe feroient enſa préſence:
&des Rois ſes ſucceſſeurs , qu'en
rous autres lieux , des mêmes :
rangs, honneurs& préféances dûës.
à tous les Princes de fon Sang Royal
, après néanmoins tous leſdits.
Princes fût attachée àleurs Perſon-.
nes&à celles de leurs deſcendans
à perpetuité , à cauſe de l'honneur
&avantage qu'ils ont d'être iſffus,
de lui , dérogeant à ſes Edits des
mois de Mai 1694. & Mai 1711. en
ce qu'ils pouvoient être contraires .
audit Editdu mois de Juillet 1714 ,
Depuis cet Edit regiſtré en nôtre.:
CourdeParlement àParis lez.Août
LE JUILLET.. 103
de l'année 1714. quelques unes des
Chambres de nôtredite Cour ayant
faitdifficulté de recevoir lesRequêtesde
nofditsOncles avec la qualité
dePrincesdu Sang , & de la leur
donner dans les Jugemens où ils.
étoient Parties; le feu Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul ,
ordonna par ſa Déclarationdu 23 .
Mai 1715. quedans nôtre Cour de
Parlement & partout ailleurs , il ne
feroit fait aucune difference entre
lès Princes du Sang Royal , & fefdits
Fils Legitimez & leurs defcendans
en Legitime Mariage ; & en
confequence qu'ils prendroient la
qualitédePrincesdu Sang,&qu'elle
leur ſeroit donnée en tous Actes ju--
diciaires&tous autres quelconques,
& que , foit pour le Rang , la ſeance
, & generalement pour toutes
fortes de prérogatives , les Princes
de nôtre Sang , & ſeſdits Fils &
leurs deſcendans ſeroient traitez
également , après néanmoins la
dernierdes Princes denôtre Sang ,
conformément à l'Edit du moisde
1
104 LE MERCURE
Juillet 1714. qui ſeroit exécuté ſelon
ſa forme& teneur. Mais laMort
Nous ayant enlevé le feu Roinôtre
trés-honnoré Seigneur & Bifayeul
trois mois après cette Declaration ,
nos trés - chers & trés amez Couſins
le Duc de Bourbon , le Comte de
Charollois, & le Prince de Conty
, Princes de nôtre Sang , Nous :
ont trés humblement ſuppliéde revoquer
l'Edit du mois de Juillet :
1714. & la Declaration du 23. Mai:
1715. à l'effet dequoi , ils Nous ont
preſenté une Requête & differens
Mémoires , & nos trés chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
& le Comte de Toulouſe ayant
autli expoſé leurs raifons par plu--
freurs Memoires, ils Nous ont préſenté
une Requête , par laquelle:
ils Nous ont fupplié , on de renvoyer
la Requêtedes Princes de nôtre
Sang , à nôtre Majorité , ou fi
Neus jugions à propos de la décider
perdantôtre Minorité , de ne rien
prorencer far la queſtion de la fueceffion
à la Couronne , avant que
DE JUILLET. ros
lesEtats du Royaume , juridiquement
aſſemblez , ayent déliberé ſur
l'interêt que la Nation peut avoir
aux diſpoſitions de l'Edit du mois
de Juillet 1714. & s'il lui eſt utile
ou avantageux d'en demander la
revocation. Cette Requête a été
ſuivied'uneProteſtation paffée pardevant
Notaire , qui tend aux mêmes
fins , & dont nos trés-chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
&le Comte de Toulouſe ont demandé
que le Dépôt fût fait au
Greffedenôtre Cour de Parlement
àParis , auquel ils ont préſentéune
Requête à cet effet. Mais nôtredite
Cour toûjours attentive à conferver
les regles & l'ordre public ,
&à Nousdonner des marques de
ſon reſpect &de ſon zéle pour nôtre
Authorité , a jugé avec ſa Prudence
ordinaire , qu'elle ne pouvoit
prendre d'autre parti ſur cetre
Requête , que deNous en rendre
compte , pour recevoir les ordres
qu'il Nous plairoit de lui donner:
Ainsi,Nous voyons avec déplaiſir,
106 LE MERCURE
que la diſpoſition que le Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul
avoit faite , comme il le declare
lui-même par ſon Edit du mois de
Juillet 1714. pour prévenir les malheurs
& les troubles qui pourroient
arriver un jour dans ce Royaume ,
fitous les Princes de ſon Sang ROyal
venoient à manquer , eſt devenuë
, contre ſes intentions , le ſujet
d'une diviſion préſente entre les
Princes de nôtre Sang ,&les Princes
Legitimez , dont les ſuites
commencent à ſe faire ſentir , &
que le bien de l'Etat exige qu'on
arrête dans la naiſſance. Nous ef
perons. que Dieu , qui.conſerve la
Maiſon de France depuis tant de
fiécles,& qui lui a donné dans tous
les tems des marques ſi éclatantes
de fa protection , ne lui fera pas
moins favorable à l'avenir, & que
la faiſart durer autant que la Monarchie
, il détournera par ſa bonté
le malheur qui avoit été l'objet de
laprévoyance du feu Roi : Mais ,fi
La Nation Françoiſe éprouvoit jaDEJUILLET.
107
mais ce malheur , ce ſeroit à la
Nation même qu'il appartiendroit
de le réparer par laſageſſe de ſon
choix; & puiſque les Loix fondamentales
de nôtre Royaume Nous
mettent dans une heureuſe impuiffance
d'aliener le Domaine de nôtre
Couronne , Nous faiſons gloire
de réconnoître qu'ilNous eſtencore
moins libre de diſpoſer de nôtre
Couronne même : Nous ſçavons
qu'elle n'eſt à Nous , que pour le
bien& pour le ſalut de l'Etat , &
que par confequent l'Etat feul auroitdroit
d'en diſpoſer dans un trifte
évenement , que nos Peuples ne
prévoyent qu'avec peine , & dont
Nous ſentons que la ſeule idée les
afflige. Nous croyons donc devoir
àune Nation ſi fidélement & fi inviolablément
attachée à la Maiſon
de ſes Rois, la justice de ne pas prévenir
le choix qu'elle auroit à faire,
fice malheur arrivoit , & c'eſt
par cette raiſon qu'il Nous à paru
inutilede la conſulter en cette occaſion
, où Nous n'agillons que
108 LEMERCURE
pour elle , en révocant une diſpoſition
ſur laquelle elle n'a pas été
-conſultée, nôtre intention étant de
la conferver dans tous ſes droits ,
en prévénant même ſes voeux ,
comme Nous nous ferions toûjours
crus obligez de le faire pour
lemaintien de l'ordre public , indépendamment
des repréfentations
que Nous avons reçûës de la part
des Princes de nôtre Sang. Mais ,
aprés avoir mis ainſi l'interêt& la
Loi de l'Etat en ſûreté ; & aprés
avoirdéclaré que Nous ne reconnoiſſons
point d'autres Princes de
notre ſang , que ceux qui étant
iſſus des Rois par une filiation légitime
, peuvent eux-mêmes devenir
Rois , Nous croyons auſſi
pouvoir donner une attention favorable
à la poſleſſion dans laquelle
nos três-chers & très-amez
Oncles le Duc du Maine & le
Comte de Toulouſe ſont de recevoir
, dans nôtre Cour de Parlement,
les nouveaux honneurs dont
ils y ont joüy depuis l'Edit du mois
de
DE JUILLET . 109
de Juillet 1 7 1 4. & dont il Nous a
paru qu'on devoit leur envier d'autant
moins lacontinuation pendant
leur vie , que la grace que nous
leur accordons , eſt fondée ſur un
motif qui leur eſt ſi propre & fi
fingulier , que dans la fuite des
tems il ne pourra pas être tiré à
conféquence : C'eſt par cette confidération
, que nous ſuivons avec
plaifir les mouvemens de nôtre affectionpour
desPrinces qui en font
ſi dignes par leurs Qualités perſonnelles,&
par leur attachement
pour Nous. A CES CAUSES &
autres bonnes & grandes confidérations
, à ce Nous mouvants ,
de l'avis de nôtre trés cher & trés
amé Oncle le Duc d'Orleans Regent
, & de pluſieurs Grands &
Notables Perſonnages de nôtre
Royaume , & de nôtre certaine
ſcience , pleine Puiſſance & autorité
Royale , Nous avons révο-
qué & annullé , & par le préſent
Edit perpétuel & irrévocable , révocons
& annullons ledit Edit du
Juillet 1717. K
1
110 LE MERCURE
mois de Juillet 1714. & ladite De
claration du 23 Mai 1715. Ordonnons
neantmoins que nos très chers
&très amez Oncles le Duc du
Maine & le Comte de Toulouze
continuent de recevoir les honneurs
dont ils ont joüy en nôtre
Cour du Parlement depuis l'Edit
du mois de Juillet,1714. & ce en
conſidération de leur poffeffion ,
& fans tirer à conféquence , comme
auſſi ſans qu'ils puiffent ſe dire
& qualifier Princes de nôtre Sang,
ni que ladite qualité puifle leur
être donnée en quelques Jugemens
&Actes que ce puiſſe être , Nous
reſervans d'expliquer nos intentions
ſur l'entrée & ſéance ennôtre
Cour de Parlement , de nos trés
chers & tres amez. Couſins le
Prince de Dombes & le Comte
d'Eu , & fur les honneurs dont ils
y pourront joüir : Voulons au ſurplus
que toutes proteſtations contraires
aux préſentes , foient &
demeurent nulles & comme non
avenues , ainſi que Nous les an
DE JUIL IET 111
nullons par le préſent Edit. S
DONNONS EN MANDEMENT
à nos amez & feaux Conſeillers ,
les Gens tenans nôtre Cour de Parlement
, Chambre des Compres
& Cour des Aydes à Paris , que
nôtre préſent Edit , ils aïent à
faire lire , publier & enregiſtrer ,
&le contenu en icelui , garder &
obſerver felon ſa forme& teneur ,
CAR tel eſt nôtre plaifir. Et
afin que ce ſoit choſe ferme & ſtable
à toûjours , Nous y avons fait
mettre nôtre Scel. DONNE' à Paris
au mois de Juillet , l'an de
grace mil ſept cens dix - fept , &
de nôtre Regne le deuxième.
Signé , LOUIS ; & plus bas
par le Roi , LE DUC D'ORLEANS
Regent préſent. PHELYPEAUX.
Visa DAGUESSEAU. Et ſcellé
du grand Sceau de cire verte , en
lacs de foïe rouge & verte .
Le même jour 6 , MADAMI
revint de Saint Cloud à Paris, pour
aſſiſter à la Répreſentation de
Geta ; elle ût la conſolation de
1
Kij
112 LE MERCURE
trouver Mgr le Duc de Chartres.
en meilleur ſanté ; ce Prince aïant
în la fiévre , cauſée par une indigeſtion.
Le 10. le Commiſſaire Cailly ,
& les fieurs Champy, le Couvreur
& le Roux accufés de malverfations
, furent arrêtés par ordre du
Parlement .
Les Grands Officiers de la
Couronne , M.le Grand Chambellan
, & Meffieurs les premiers
Gentils-hommes de la Chambre ,
ayant voulus empêcher Mgt le
Comted'Eu de donner la Chemiſe
& la Serviette au Roi ; Mgt le
Duc du Maine répréſenta à S. A. R.
un Brevet du feu Roi de 1711. par
lequel ces honneurs lui étoient
accordés , comme aux Princes ſes
enfans , & à fa poſtérité. Sur cet
expofé , Mgr le Duc Regent n'a
rien voulu innover, & a corſervé
à M le Duc du Maine & aux fiens
les mêmes honneurs dont ils jouiffoient
auparavant .
Le Roi qui eſt en parfaite
DEJUILLET 113
fanté , paffe une partie des
après midi ſur la Terraſſe qui
regne le long de ſon Appartement,
où on a mis une eſpèce de petite
Ménagerie , à laquelle il s'amuſe
avec quelques jeunes Seigneurs de
la Cour,que M.le Maréchal deVilleroy
envoye chercher. Le Princede
Boüillon& les deux fils de
Ma le Duc de Luxembourg voyent
leRoi trés affidûment. S. M. aprés
avoir ſoupé chez Madame la
Ducheffle deVantadour,s'eſt divertiejuſqu'à
9 heures à faire tirer un
grand nombre de fufées , de petards
, & d'autres petits artifices .
,
M. le Duc de Duras va commander
en Guiene en qualité
de Maréchal de Camp , avec M.
de Bonaz Brigadier ſous lui. M. de
Quelus part auffi pour le Languedoc
& les Cevenes .
Le Courier qui alloit à Rome,
a été dévalizé & fort maltraité
par quatre Cavaliers maſqués ,
prés du Pont Beauvoifin. Ils ont
enlevez tous les Papiers qui
Kiij
114 LE MERCURE
étoient dans fa Male .
1e 14. M. le Cardinal de Rohan
partit pour Strasbourg, avec la permiſſion
de Mst le Regent.
Le 15. M. de Gontault Doïen de
Notre - Dame , nouvellement élû.
à la place de feu M. de Preſcigni ,
aïant remis ſa Place de Chantre à
M. le Cardinal de Noailles , ce
Prélat l'a conférée à M.d'Orſanne,
Official , & Secretaire du Conſeil
de Confcience ; & comme la Fontion
d'Archidiacre eſt incompatible
avec la Chantrerie , cet Archidiaconné
a été donné à M.
Goulard , Grand-Vicaire & Pénitencier
: M. Ourfel
pourvû de la Pénitencerie,&M. de
Lufancy Chanoine de Meaux a été
nommé au Canonicat vacant.
a έτε
M- de Menars Preſident à
Mortier , en mariant Mile ſa fille
avec M. Dugué Bagnols , confentit
dans le Contrat de Mariage ,
queM. fonGendre prendroit dans.
la ſucceſſion la Charge de Préfident
à Mortier , pour la fomme de
DE JUILLET. 115
sooooo livres , à laquelle elle étoit
pour lors fixée ,renonçant au pouvoir
d'en diſpoſer en faveur d'aucunautre
que de M. Dugué Bagnols:
Depuis ce'tems-là , la fixation
aïant été levée , M.le Préſident
de Menars perfuadé que la
clauſe du Contrat ne pouvoit plus
avoir lieu , a diſpoſé de ſaCharge
en faveur de M. de Maupeou
fur le pied de 771000 livres of
frant néanmoins la préference pour
lemême prix à M. du Gué Bagnols.
Ce dernier aïant formé oppoſition
au Sceau , Mst le regent a
nommé des Commiffaires pour
l'examen de cette Conteſtation :
Ce Prince adécidé ſur leur raport,
que M. Dugué ſeroit obligé de
donner main-levée de ſon oppofition
, moïennant 80000 livres
que M. de Menars lui remertra ,
&qui appartienderont aux Enfans
qu'il a de ſon mariage avec Mlle
deMenars. Il ſera permis à Mr le
Preſident de Menars de diſpoſer
du reſte du prix de la Charge ;
Σιζ LE MERCURE
&de s'en défaire en faveur de
M. de Maupeou.
E26 Juin, Madame de Vanta-
L
dour accompagnée de Madame
la Maréchale deBezons,préſenta
le matin au Roy Mde la MarquiſedeTreſnel
, cy-devant Mlle le
Blanc.
Le 27. M. le Duc de Noailles
ayant dirigé un nouveau Syſtème
des Finances , deinanda àMgt le
DucRegent des Commiſſaires pour
examiner ſon Projet dont on efpere
de trés grands avantages . Ce
Prince a nommé M. le Chancelier,
M. le Maréchal de Villeroy , М.
le Duc de S. Simon , M. le Duc de
la Force , M. le Maréchal de Bezons
, M. l'Archevêque de Bordeaux
. M. le Marquis d'Effiat , &
M. Pelletier de Souzy. L'Aſſemblée
ſe tiendra chez M. le Chancelier.
92
LE MERCURE
Le Procés entre la Grande Chapelle
du Roy & les Feüillants pour
chanter Veſpres , les Dimanches &
Fêtesdans la Chapelle de S. M.
fut terminé la veille. Mgt le Regent
ayant trouvé à proposde ſuivre
l'uſage obſervé pendant lesMinorités
de Louis XIII. &de Louis
XIV. en a exclu les Religieux
&a chargé la Grande Chapelle de
ce Service.
22
Le 28. S. A. R. choiſit un Conſeiller
de chaque Conſeil de Regence,
excepté de celui de Marine
pour former le Conſeil qui doit juger
le Different des Princes ſur le
raport de M. de S. Conteſt .
Le même jour ,ſur l'avis que Mgr
le Régent reçût de la mort de M.
le Comte de Peyre , premier Lieutenant
Général de Languedoc; S.
A. R. confera ce poſte important
de 25000 liv. de rentes à M. le
Marquis de Canillac Conſeiller de
la Regence dans les affaires du Deda
sdurosaume;maisle lendemain
30, on fut informé que M. le Come
DE JUILLET. 93
tede Peyre n'étoit pas mort &
qu'il y avoit même, eſperance qu'il
pouroit revenir de fa maladie.
Le 30. Les Aſſemblées de Sorbonne
qui ſe tiennent tous les premiers
jours du mois,ce qu'on apelle
Primamensis , & qui avoient éré
interrompuës depuis le jour que les
4. Evêques apporterent leur Appel
en Sorbonne , ont récommencé
le premier de ce mois. M. Quinot
Ancien Syndic y préſida ;
on confirma à la pluralité de 117
voix contre ſept, tout ce qui a été
fait pendant le Syndicat de feu M.
Ravecher. La Lettre que ce dernier
avoit écrite à la Faculté , & la profeffion
deFoiqu'ily avoit ajoutée en
mourant , ont été enregiſtrées dans
lesregiſtres de laFaculté.Que ques
uns des 7. Oppoſans ayant voulu
proteſter contreladéliberationdela
Sorbonne, les proteſtations ont été
déclarées nulles. Les vingt-deux
Docteurs qui avoient éré exclus des
Aſſemblées de laFaculté&qui eſperoient
d'y rentrerdans cette conjon
94 LE MERCURE
ture,n'ont pû cependant l'obtenis
malgré les preſſantes ſollicitations
des Prélats Acceptans .
Le même jour , le Parlement ſe
rendit à dix heures & demie du
matin au Louvre , pour recevoir
les Ordres de S. M. touchant la
proteſtationdes Princes Legitimez :
LaDéputation étoit compoſée de
M. le Premier Preſident , de tous
les Preſidens à Mortier,exceptéM.
de Bailleul , de ſept Conſeillersde
la Grand- Chambie , d'un Con<
feiller de chaque Chambre des Enquêtes
& Requêtes , & des Gens
du Roy. Le Parlement fut conduit
chez le Roy par M. le Marquis de
la Vrilliere Secretaire d'Etat , par
M. de Dreux Grand Maître des
Cérémonies & par M. Desgranges
Maître des Ceremonies. Le
Roy étoit aſſisdans un Fauteüil auprés
de la cheminée de ſonCabinet,
ayant à ſa droite Mgt le Duc d'Orleans
, avec les Princes du Sang ; &
à ſa gauche M. le Chancelier . Le
Cabinet étoit rempli de toute la
DE JUILLET.
Cour.M.lePremier Préſident rendit
compre au Royde ce qui s'étoit paf.
fé au Parlement , le jour que les
Princes Legitimez apporterent leur
Proteſtation , de ce qui y avoit
été déliberé&de la réſolution qui
fut priſe de demander uneAudiance
auroipour recevoirſes ordres:Aprés
qu'il ût fini ſon diſcours qui fut fort
approuvé , il preſenta la proteſtationà
S. M. qui affüra le Parlementde
ſon affection , & répondit
enſuite par la bouche de M. le
Chancelier , qu'il recevoit avec
plaiſir les marques de foumiſſion du
Parlement , qu'il étoit fort content
de la ſageſſe avec laquelle il s'étoit
conduit dans cette affaire &
qu'il feroit ſçavoir ſa volonté à
cetteCompagnie au premier jour;
les Députez fortirent du Louvre
dans le même ordre qu'ils y étoient
entrés.
Atrois heures&demie après mi.
di ,le Conſeil de Regence s'affembla
extraordinairement , les PrinsesduSang,
les Princes Legitimez
96 LE MERCURE
&lesDucs n'y ayant point été admis
: Il étoit composé de Mst le
Duc Regent, de Male Chancelier,
de Mr le Marêchal d'Huxelles , de
Mr le Maréchal de Bezons , de
l'Ancien Evêque de Troye , de M
de Beringhen , de l'Archevêque
de Bordeaux Préſident du Conſeil
de Conſcience , de Mr Pelletierde
Souzy , de Mele Marquis de Torcy,
de M¹ le Marquis de Biron , de
Mr le Marquis d'Effiat , de Mr le
Marquis de laVrilliere,deM. Amelot
, de Mr de Nointel , de Mr
d'Argenſon , de M² de la Bourdonnaye
, & de Mt de Saint Conteft
Raporteur , qui ouvrit le premier
fon Opinion. Ce Conſeil dura jufqu'à
fix heures & demie , on en indiqua
enfuire un pour le lendemain
à neufheures.
Le 1. de ce mois , à neufheures
du matin , il s'eſt tenu un Confeil
de Regence , formé des dix - ſept
Perſonnes , dont on vient de faire
mention : Après deux heures de
Confeil, on y a déterminé la Queſ
ס
DE JUILLET.
97
tion , & l'Affaire y a été décidée.
Mgr le Duc d'Orleans , ſur la Requiſtion
de M. le Chancelier ,
promit à la Tête du Conſeil , de
garder le Secret,& prit le Serment
des ſeizeOpinans , qu'ils ne s'en
ouvriroient à qui que ce ſoit , juſqu'à
ce que le Roy s'en fût expliqué.
Le3. le Conſeil de Regence, s'eſt
rendu au Palais Royal; on y a regléplus
particulièrement la forme
du Jugement de l'affaire des Princes
, qui fera un Secret , juſqu'à ce
que l'Edit ſoit porté au Parlement ,
pour y être enregiſtré. Mr le Chanlier,
après avoir formé cet Edit, en
a fait lecture à Meſſieurs du Confeil
, qui y ont tous reconnus leur
Opinion , il a été ſigné à dix heures.
Les leParlement s'affembla , pour
recevoir par les Gens du Roi ,l'Ordre
d'envoïer auLouvre desDeputez;
ils y allerent à midi , & furent
reçûs& conduits à l'Audiance du
Roi avec les mêmes Cérémonies
Juillet 1717. I
93 LE MERCURE
que le 30. du mois dernier: Après le
Compliment de Mr le 1 Preſident
qui fut trés-court ; Male Chancelier
répondit pour S. M. qu'elle
avoit examiné avec beaucoup de
ſoin les Requêtes des Princes du
Sang & des Princes Legitimez ;
qu'elle s'étoitfaite inſtruire de toutes
les raiſons qui avoient été expliquées
dans les Mémoires préſentez
de part & d'autre;qu'elle avoit
cru devoir décider cette affaire ; &
que fon Jugement étoit expliqué
dans l'Edit qu'elle remettroit entre
les mains du Procureur General ,
dans lequel elle faiſoit connoître ſa
- volonté , par raport aux protestations
que les Princes Legitimez ,
avoient préſentées au Parlement.
Mr le Chancelier loiia beaucoup la
Sageſſe , avec laquelle Mt le premier
Préſidents'étoiticonduit dans
cette affaire , &l'afflura , comme la
premiere fois , que le Roi s'en fouviendroitdans
toutes les occafions.
Le lendemain 6. jour de la Députion
, le Parlement étant aſſemblé,
DE JUILLET. 99
Mr le premier Préſident rendit
compte à la Compagnie de la réponſe
du Roi , & de la maniere
avec laquelle les Deputez avoient
été reçûs;enſuite M'de Lamoignon
premierAvocatGeneral apportal'Edit
, & après avoir parlé ſur l'Enregifttement
de cer Edit , avec autant
de Sagelle que d'Eloquence, il donna
ſes Concluſions qui ont été ſuivies.
Dés qu'il fut retiré , Mr le
premier Préſident demanda l'avis
à chacun de.Meſſieurs du Parlement:
M² le Nain qui en eſt Doyen
opina le premier , & fut, d'avis
d'enregistrer l'Edit; il fut ſuivi par
tous les Confeillers de la Grand-
Chambre , à l'exception de M
Brayer , qui , après avoir long-tems
opiné, conclut à nommer des Commiffaires
pour examiner l'Edit ,
avant de l'enregiſtrer; cet avis fut
appuyé par plufieurs Préſidens &
Conſeillers des Enquêtes,au nombre
de foixante & quinzeVoix; mais
celui deMr le Nain l'ayant emporré
de prés de quarante Voix , l'ELij
100 LE MERCURE
f
dit paffa & fut enregiſtré : On remit
au Jeudi à le publier à la Grande
Audiance ; parceque l'heure
àlaquelle elle ſe tient, étoit paſſée.
Il fut donc publié Jeudi 8. l'Audiance
tenant. EDIT DU ROY
Qui revoque & annulle l'Edit du
mois deJuillet 1714 , & la Dé
claration, du 23 May 1715.
L
OUIS par la grace de Dieu
&deNavarre :
A tous preſens & à venir, SALUT. Le
feuRoynôtre trés-honoré Seigneur
&Bifaïeul a ordonné parſonEdit de
Juillet 1714. que ſi dans la ſuite des
tems,tous les Princes Legitimes de
l'Auguſte Maiſon de Bourbon venoient
à manquer , enforte qu'il
n'en reſtât pas un ſeul pour eſtre
heritier de nôtre Couronne , elle
feroit en ce cas dévoluë & déférée
de plein droit à Louis- Auguſte
de Bourbon Duc du Maine, & à
Loüis-Alexandre de BourbonCom-.
1
DE JUILLET. 101
te de Toulouſe ſes enfans legitimez
, & à leurs enfans & deſcendans
mâles à perpetuité, nez & à
naître en legitime mariage , gardant
entre eux l'ordre de ſucceffion ,
& préferant - toûjours la branche
aînée àla cadette,les déclarant, audit
cas ſeulement de manquement
de tous les Princes Legitimes de
nôtre Sang, capables de ſucceder à
àla Couronne de France, excluſivement
à tous autres : Voulant auſſi
que ſeſdits Fils Legitimez le Duc
du Maine,& ſes Enfans& Deſcendans
mâles , & pareillement le
Comte de Toulouſe , & Enfans &
Deſcendans mâles à perpetuité,nez
en legitime Mariage, ûllent entrée
&féance en nôtre Cour de Parlement
, au même âge que les Princes
de nôtre Sang , encore qu'ils
n'effent point de Pairie , fans être
obligez d'y prêter Serment , &
qu'ils y joüiffent des mêmes honneurs
qui font rendus aux Princes
de nôtre Sang ; qu'ils fuflent en
tous licux & en toutes occafions
I iij
102 LE MERCURE
regardez & traitez, comme les
Princes de nôtre Sang,après néantmoins
tous leſdits Princes,& avant.
tous les autres Princes des Maiſons ..
Souveraines , & tous autres Scigneurs
de quelque Dignité qu'ils ,
puiſſent être. Voulant enfin que
cette prérogative d'entrée & ſeance
au Parlement , & de joüir par
eux & par leurs deſcendans , tant :
dans les Cérémonies qui ſe faifoient&
fe feroient enſa préſence:
&des Rois ſes ſucceſſeurs , qu'en
rous autres lieux , des mêmes :
rangs, honneurs& préféances dûës.
à tous les Princes de fon Sang Royal
, après néanmoins tous leſdits.
Princes fût attachée àleurs Perſon-.
nes&à celles de leurs deſcendans
à perpetuité , à cauſe de l'honneur
&avantage qu'ils ont d'être iſffus,
de lui , dérogeant à ſes Edits des
mois de Mai 1694. & Mai 1711. en
ce qu'ils pouvoient être contraires .
audit Editdu mois de Juillet 1714 ,
Depuis cet Edit regiſtré en nôtre.:
CourdeParlement àParis lez.Août
LE JUILLET.. 103
de l'année 1714. quelques unes des
Chambres de nôtredite Cour ayant
faitdifficulté de recevoir lesRequêtesde
nofditsOncles avec la qualité
dePrincesdu Sang , & de la leur
donner dans les Jugemens où ils.
étoient Parties; le feu Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul ,
ordonna par ſa Déclarationdu 23 .
Mai 1715. quedans nôtre Cour de
Parlement & partout ailleurs , il ne
feroit fait aucune difference entre
lès Princes du Sang Royal , & fefdits
Fils Legitimez & leurs defcendans
en Legitime Mariage ; & en
confequence qu'ils prendroient la
qualitédePrincesdu Sang,&qu'elle
leur ſeroit donnée en tous Actes ju--
diciaires&tous autres quelconques,
& que , foit pour le Rang , la ſeance
, & generalement pour toutes
fortes de prérogatives , les Princes
de nôtre Sang , & ſeſdits Fils &
leurs deſcendans ſeroient traitez
également , après néanmoins la
dernierdes Princes denôtre Sang ,
conformément à l'Edit du moisde
1
104 LE MERCURE
Juillet 1714. qui ſeroit exécuté ſelon
ſa forme& teneur. Mais laMort
Nous ayant enlevé le feu Roinôtre
trés-honnoré Seigneur & Bifayeul
trois mois après cette Declaration ,
nos trés - chers & trés amez Couſins
le Duc de Bourbon , le Comte de
Charollois, & le Prince de Conty
, Princes de nôtre Sang , Nous :
ont trés humblement ſuppliéde revoquer
l'Edit du mois de Juillet :
1714. & la Declaration du 23. Mai:
1715. à l'effet dequoi , ils Nous ont
preſenté une Requête & differens
Mémoires , & nos trés chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
& le Comte de Toulouſe ayant
autli expoſé leurs raifons par plu--
freurs Memoires, ils Nous ont préſenté
une Requête , par laquelle:
ils Nous ont fupplié , on de renvoyer
la Requêtedes Princes de nôtre
Sang , à nôtre Majorité , ou fi
Neus jugions à propos de la décider
perdantôtre Minorité , de ne rien
prorencer far la queſtion de la fueceffion
à la Couronne , avant que
DE JUILLET. ros
lesEtats du Royaume , juridiquement
aſſemblez , ayent déliberé ſur
l'interêt que la Nation peut avoir
aux diſpoſitions de l'Edit du mois
de Juillet 1714. & s'il lui eſt utile
ou avantageux d'en demander la
revocation. Cette Requête a été
ſuivied'uneProteſtation paffée pardevant
Notaire , qui tend aux mêmes
fins , & dont nos trés-chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
&le Comte de Toulouſe ont demandé
que le Dépôt fût fait au
Greffedenôtre Cour de Parlement
àParis , auquel ils ont préſentéune
Requête à cet effet. Mais nôtredite
Cour toûjours attentive à conferver
les regles & l'ordre public ,
&à Nousdonner des marques de
ſon reſpect &de ſon zéle pour nôtre
Authorité , a jugé avec ſa Prudence
ordinaire , qu'elle ne pouvoit
prendre d'autre parti ſur cetre
Requête , que deNous en rendre
compte , pour recevoir les ordres
qu'il Nous plairoit de lui donner:
Ainsi,Nous voyons avec déplaiſir,
106 LE MERCURE
que la diſpoſition que le Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul
avoit faite , comme il le declare
lui-même par ſon Edit du mois de
Juillet 1714. pour prévenir les malheurs
& les troubles qui pourroient
arriver un jour dans ce Royaume ,
fitous les Princes de ſon Sang ROyal
venoient à manquer , eſt devenuë
, contre ſes intentions , le ſujet
d'une diviſion préſente entre les
Princes de nôtre Sang ,&les Princes
Legitimez , dont les ſuites
commencent à ſe faire ſentir , &
que le bien de l'Etat exige qu'on
arrête dans la naiſſance. Nous ef
perons. que Dieu , qui.conſerve la
Maiſon de France depuis tant de
fiécles,& qui lui a donné dans tous
les tems des marques ſi éclatantes
de fa protection , ne lui fera pas
moins favorable à l'avenir, & que
la faiſart durer autant que la Monarchie
, il détournera par ſa bonté
le malheur qui avoit été l'objet de
laprévoyance du feu Roi : Mais ,fi
La Nation Françoiſe éprouvoit jaDEJUILLET.
107
mais ce malheur , ce ſeroit à la
Nation même qu'il appartiendroit
de le réparer par laſageſſe de ſon
choix; & puiſque les Loix fondamentales
de nôtre Royaume Nous
mettent dans une heureuſe impuiffance
d'aliener le Domaine de nôtre
Couronne , Nous faiſons gloire
de réconnoître qu'ilNous eſtencore
moins libre de diſpoſer de nôtre
Couronne même : Nous ſçavons
qu'elle n'eſt à Nous , que pour le
bien& pour le ſalut de l'Etat , &
que par confequent l'Etat feul auroitdroit
d'en diſpoſer dans un trifte
évenement , que nos Peuples ne
prévoyent qu'avec peine , & dont
Nous ſentons que la ſeule idée les
afflige. Nous croyons donc devoir
àune Nation ſi fidélement & fi inviolablément
attachée à la Maiſon
de ſes Rois, la justice de ne pas prévenir
le choix qu'elle auroit à faire,
fice malheur arrivoit , & c'eſt
par cette raiſon qu'il Nous à paru
inutilede la conſulter en cette occaſion
, où Nous n'agillons que
108 LEMERCURE
pour elle , en révocant une diſpoſition
ſur laquelle elle n'a pas été
-conſultée, nôtre intention étant de
la conferver dans tous ſes droits ,
en prévénant même ſes voeux ,
comme Nous nous ferions toûjours
crus obligez de le faire pour
lemaintien de l'ordre public , indépendamment
des repréfentations
que Nous avons reçûës de la part
des Princes de nôtre Sang. Mais ,
aprés avoir mis ainſi l'interêt& la
Loi de l'Etat en ſûreté ; & aprés
avoirdéclaré que Nous ne reconnoiſſons
point d'autres Princes de
notre ſang , que ceux qui étant
iſſus des Rois par une filiation légitime
, peuvent eux-mêmes devenir
Rois , Nous croyons auſſi
pouvoir donner une attention favorable
à la poſleſſion dans laquelle
nos três-chers & très-amez
Oncles le Duc du Maine & le
Comte de Toulouſe ſont de recevoir
, dans nôtre Cour de Parlement,
les nouveaux honneurs dont
ils y ont joüy depuis l'Edit du mois
de
DE JUILLET . 109
de Juillet 1 7 1 4. & dont il Nous a
paru qu'on devoit leur envier d'autant
moins lacontinuation pendant
leur vie , que la grace que nous
leur accordons , eſt fondée ſur un
motif qui leur eſt ſi propre & fi
fingulier , que dans la fuite des
tems il ne pourra pas être tiré à
conféquence : C'eſt par cette confidération
, que nous ſuivons avec
plaifir les mouvemens de nôtre affectionpour
desPrinces qui en font
ſi dignes par leurs Qualités perſonnelles,&
par leur attachement
pour Nous. A CES CAUSES &
autres bonnes & grandes confidérations
, à ce Nous mouvants ,
de l'avis de nôtre trés cher & trés
amé Oncle le Duc d'Orleans Regent
, & de pluſieurs Grands &
Notables Perſonnages de nôtre
Royaume , & de nôtre certaine
ſcience , pleine Puiſſance & autorité
Royale , Nous avons révο-
qué & annullé , & par le préſent
Edit perpétuel & irrévocable , révocons
& annullons ledit Edit du
Juillet 1717. K
1
110 LE MERCURE
mois de Juillet 1714. & ladite De
claration du 23 Mai 1715. Ordonnons
neantmoins que nos très chers
&très amez Oncles le Duc du
Maine & le Comte de Toulouze
continuent de recevoir les honneurs
dont ils ont joüy en nôtre
Cour du Parlement depuis l'Edit
du mois de Juillet,1714. & ce en
conſidération de leur poffeffion ,
& fans tirer à conféquence , comme
auſſi ſans qu'ils puiffent ſe dire
& qualifier Princes de nôtre Sang,
ni que ladite qualité puifle leur
être donnée en quelques Jugemens
&Actes que ce puiſſe être , Nous
reſervans d'expliquer nos intentions
ſur l'entrée & ſéance ennôtre
Cour de Parlement , de nos trés
chers & tres amez. Couſins le
Prince de Dombes & le Comte
d'Eu , & fur les honneurs dont ils
y pourront joüir : Voulons au ſurplus
que toutes proteſtations contraires
aux préſentes , foient &
demeurent nulles & comme non
avenues , ainſi que Nous les an
DE JUIL IET 111
nullons par le préſent Edit. S
DONNONS EN MANDEMENT
à nos amez & feaux Conſeillers ,
les Gens tenans nôtre Cour de Parlement
, Chambre des Compres
& Cour des Aydes à Paris , que
nôtre préſent Edit , ils aïent à
faire lire , publier & enregiſtrer ,
&le contenu en icelui , garder &
obſerver felon ſa forme& teneur ,
CAR tel eſt nôtre plaifir. Et
afin que ce ſoit choſe ferme & ſtable
à toûjours , Nous y avons fait
mettre nôtre Scel. DONNE' à Paris
au mois de Juillet , l'an de
grace mil ſept cens dix - fept , &
de nôtre Regne le deuxième.
Signé , LOUIS ; & plus bas
par le Roi , LE DUC D'ORLEANS
Regent préſent. PHELYPEAUX.
Visa DAGUESSEAU. Et ſcellé
du grand Sceau de cire verte , en
lacs de foïe rouge & verte .
Le même jour 6 , MADAMI
revint de Saint Cloud à Paris, pour
aſſiſter à la Répreſentation de
Geta ; elle ût la conſolation de
1
Kij
112 LE MERCURE
trouver Mgr le Duc de Chartres.
en meilleur ſanté ; ce Prince aïant
în la fiévre , cauſée par une indigeſtion.
Le 10. le Commiſſaire Cailly ,
& les fieurs Champy, le Couvreur
& le Roux accufés de malverfations
, furent arrêtés par ordre du
Parlement .
Les Grands Officiers de la
Couronne , M.le Grand Chambellan
, & Meffieurs les premiers
Gentils-hommes de la Chambre ,
ayant voulus empêcher Mgt le
Comted'Eu de donner la Chemiſe
& la Serviette au Roi ; Mgt le
Duc du Maine répréſenta à S. A. R.
un Brevet du feu Roi de 1711. par
lequel ces honneurs lui étoient
accordés , comme aux Princes ſes
enfans , & à fa poſtérité. Sur cet
expofé , Mgr le Duc Regent n'a
rien voulu innover, & a corſervé
à M le Duc du Maine & aux fiens
les mêmes honneurs dont ils jouiffoient
auparavant .
Le Roi qui eſt en parfaite
DEJUILLET 113
fanté , paffe une partie des
après midi ſur la Terraſſe qui
regne le long de ſon Appartement,
où on a mis une eſpèce de petite
Ménagerie , à laquelle il s'amuſe
avec quelques jeunes Seigneurs de
la Cour,que M.le Maréchal deVilleroy
envoye chercher. Le Princede
Boüillon& les deux fils de
Ma le Duc de Luxembourg voyent
leRoi trés affidûment. S. M. aprés
avoir ſoupé chez Madame la
Ducheffle deVantadour,s'eſt divertiejuſqu'à
9 heures à faire tirer un
grand nombre de fufées , de petards
, & d'autres petits artifices .
,
M. le Duc de Duras va commander
en Guiene en qualité
de Maréchal de Camp , avec M.
de Bonaz Brigadier ſous lui. M. de
Quelus part auffi pour le Languedoc
& les Cevenes .
Le Courier qui alloit à Rome,
a été dévalizé & fort maltraité
par quatre Cavaliers maſqués ,
prés du Pont Beauvoifin. Ils ont
enlevez tous les Papiers qui
Kiij
114 LE MERCURE
étoient dans fa Male .
1e 14. M. le Cardinal de Rohan
partit pour Strasbourg, avec la permiſſion
de Mst le Regent.
Le 15. M. de Gontault Doïen de
Notre - Dame , nouvellement élû.
à la place de feu M. de Preſcigni ,
aïant remis ſa Place de Chantre à
M. le Cardinal de Noailles , ce
Prélat l'a conférée à M.d'Orſanne,
Official , & Secretaire du Conſeil
de Confcience ; & comme la Fontion
d'Archidiacre eſt incompatible
avec la Chantrerie , cet Archidiaconné
a été donné à M.
Goulard , Grand-Vicaire & Pénitencier
: M. Ourfel
pourvû de la Pénitencerie,&M. de
Lufancy Chanoine de Meaux a été
nommé au Canonicat vacant.
a έτε
M- de Menars Preſident à
Mortier , en mariant Mile ſa fille
avec M. Dugué Bagnols , confentit
dans le Contrat de Mariage ,
queM. fonGendre prendroit dans.
la ſucceſſion la Charge de Préfident
à Mortier , pour la fomme de
DE JUILLET. 115
sooooo livres , à laquelle elle étoit
pour lors fixée ,renonçant au pouvoir
d'en diſpoſer en faveur d'aucunautre
que de M. Dugué Bagnols:
Depuis ce'tems-là , la fixation
aïant été levée , M.le Préſident
de Menars perfuadé que la
clauſe du Contrat ne pouvoit plus
avoir lieu , a diſpoſé de ſaCharge
en faveur de M. de Maupeou
fur le pied de 771000 livres of
frant néanmoins la préference pour
lemême prix à M. du Gué Bagnols.
Ce dernier aïant formé oppoſition
au Sceau , Mst le regent a
nommé des Commiffaires pour
l'examen de cette Conteſtation :
Ce Prince adécidé ſur leur raport,
que M. Dugué ſeroit obligé de
donner main-levée de ſon oppofition
, moïennant 80000 livres
que M. de Menars lui remertra ,
&qui appartienderont aux Enfans
qu'il a de ſon mariage avec Mlle
deMenars. Il ſera permis à Mr le
Preſident de Menars de diſpoſer
du reſte du prix de la Charge ;
Σιζ LE MERCURE
&de s'en défaire en faveur de
M. de Maupeou.
Fermer
2386
p. 83-128
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE SIXIEME.
Début :
Voicy le Dialogue nouveau de Mr Bordelon, que je / Je sors d'un Festin, où la joye a esté troublée par [...]
Mots clefs :
Songes, Mort, Interprétation, Histoire, Dieu, Superstitions, Philosophes, Auteurs, Connaissances, Imagination, Sentiments, Cicéron, Épicure, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE SIXIEME.
Voicy le Dialogue nouveau
de Mr Bordelon, que
devois vous donner dés.
vautre mois.
des choses
DIFFICILES A CROIRE.
1»Dl'AL°GFH ifpcrrvil**- SIX[£ MA"
BELOROND,PHILONTE..
PHILONTE. J"E sors d'un Festin, où la
joye a ellé troublée par
une cause si vaine, qu'elle
me seroit tres-difficile à croire,
si je n'enavoisesté le
témoin. Pendant que tout le monde ne respiroit qu'un
onneste plaisir
,
& que les
sprits des Conviez,échauf-
:::z pour ainsi dire,parla bonde
chere
,
commençoient à
proposer les uns - aux aubesquelques
petites difficultés
lûr des matieres fçr.s eu»-,
rieuses, un Maistred'Hostel
aisant une de ses fonctions,
mal-heureusement pour
)ious )
renversé la Saliere sur
table. Son Maistre a regardéce
petit accident comme
une chose d'un si mauvais
presage , que non seulementilsest
emportécontre
uy ;& l'a mal-traité de parôles
en nostre presence,
mais encore il luy a esté impossible
,
quelques efforts
qu'il ait faits pour dompter
son chagrin, de nous faire
aussi bonne mine pendant
le reste du Repas qu'il nous
l'avoit fait au commencement.
BELOROND.
Ce n'est pas d'aujourd'huy
que cette Superstition
re~ne dans !e -4 regne le monde. Les
anciens Payens en ont esté
les premiers autheurs. Ils
croyoient que le Sel estoit
sacré & divin. Sacras facitis.
~ensas salinorum dppojuu , dit
Arnobe. C'est pourquoy si
on oublioit de mettre la Saliiere
ÍiIr la. table, si on
£a renversoit,ou si on s'endormoit
avant que de l'awoir
serrée, c'estoit selon
eux un tres-mauvais augure.
Des Hebreux mesme
lisent chez Lyranus, que la
Femme de Loth fut changée
en une Statuë de Sel,
craree qu'elle n'avoit pas mis
de Sel
sur
la table,lorsque son
/Mary traita les Anges, à
cause de la haine qu'elle
portoit aux Etrangers.
PHILONTE.
Je ne vois aucune raison
qui ait pû les engager dans
cette Superstition,sinon
que le Sel estant le symbole
de rimmorraUcé ,c,e
qu'il empêche la corrup-j
tion, ils se perfuadoientj
peut-estre, que l'Immortalité
estant renversée
,
s'il m'est
permis de parler de la forte,
la Mort, ou quelque autre
funeste accident s'approchoit.
BELOROND.
Il faudroit avoir étudié.
long-temps les-folies, ou j plûtost
j
plûtost les foiblesses de l'esprit
humain
, pour sçavoir
tOes causes qui ont produit
toutes les Su perstitions ausquelles
il se laisse emporter.
Entre plusieurs que vous
avez pu remarquer aussibien
que moy ,
je me fouviens
particulièrement d'ume
qui est aussi extravagante
) que ridicule. Bien des Gens
s'imaginent que les petites
tâches qui se forment sur les
) ongles font des marques de
quelque Peché qu'on a
> commis
,
qui est grand ou
} petit selon la grandeurou la
petitesse de ces tâches. C'est
une Superstition que nous
tenons encore des Payens
qui croyoient que le Mensonge
estoit toujours suivy
de quelque peine, comme
d'une dent gâtée, d'un ongle
marqué, de cheveux
perdus, & autres choses pareilles.
Ovide n'ignoroit pas
cet abus quand il disoit,
Eleg.. 3. 3. amor.
Esse Bcos credamne? Fidemjurâta
ffcllit,
Et fdciesilli quefuitante, manet.
.!f!!!(lm Iwgos habuit nondum perjur4
capMos,
:"Tam longos,p0P.qid.1m numina Îatjït,
n haba.
f Theocrite dit encoresur
izc sujetdansl'Idylle 9.
rens bien garde de ne pas fairenaistre
une esleveure sur le
tout de ta langue. C'est à dire,
~orens bien garde dene pas ,
mentir ; & dans l'Idylle10.
':-Vous esses si beau,qu'en vous
~oüant
, je ne feray point naistre
bYe mensongessur le bout de mon
Voilà.
y
ce me semble,
une {uperiHtion qui vaut
oien celle dont vous avez
testé aujour-d'huy si surpris;
mais puis qu'insensiblement.
nous sommes tombez sur le
sujet des Su perstitions
dites-moy
,
je vous
prie,
en trouvez-vous de plusgenerale
que celle qui con-[
fille dans l'Interpretation
des Songes? J'ay veu des]
femmes consulter à leurle- ;
ver Artemidore sur l'expli-:¡l'
cation des Songes, & ce que ]
vous aurez de la peine ai
croire, le consulter plûtost
que leur Miroir sur la dis- r
position de leurvifiige.f
PHILONTE.
L'Interprétation des Son- '11(
ges n'est pas toûjourssuperstitieuse
, puis qu'il y en a
qui viennent de Dieu, comrmerEcrimrenous
l'apprend
dans - les Nombres 12, quand
lelfc dit, S'il se trouve quelque
Prophete chez vous,
3je luy parleray dans son
sommeil par quelque Songe
queje luy envoyeray. Si quis
Kftierit inter njos Propheta Domini,
apparebo& persomnium
isad illum loquar. Dieu meme.
nous instruit quelquefois par
des Songes, de ce qui doit
arriver.Quando homines dorwniunt
in lectulo
, tunc aperit au_
»Tf5 vivorum,& erudiens instruit
lOS disciplina. Job.
3,3. Les
Songes interpretez par Jofeph
& par Daniel, prouvent
encore que cette Interpretation
ne/l pas toûjours
criminelle. Ajoûtez que celle
dont on se sert pour connoistre
le temperament est
si naturelle, qu'on s'en peut
servir quelquefoissanscraintdreilaequualitéxdeS.
upIersti- neux.
BELOROND.
Il est vray qu'on peut tirer
quelque connoissance du ¡:.¡
temperament par les cl-lofes.,
ce nest pas là ce que ap-
Il
elle Superstition : mais il t- vray aussi qu'il ne faut
:ms faire grand fond sur
cette connoissance
, parce
rJu'il arrive quelquefois tant
de choses differentes pen-
~sant la journée & si oppo*
»:es au temperament de cer.
y qui en a l'esprit remply,
iluon n'en peut tirer aucune
connoissance assurée,
Un pituiteux par exemple
jjui ne devroit songer que
>toifl*ons., eaux,déluges, ne
songera cependant que des
- combats & des carnages,
parce que le jour qui precedelanuit
dans laquelle il
resve
,
il aura esté present à
quelque querelle, ou meurtre,
ou combat. Il est vray
encore qu'il y a des Songes
que Dieunous envoye mais ; comme ils- font tresrares
; je ne laisseray pas de soûtenir en les exceptant
que l'Interpretation or- dinaire des Songes doit estre
regardée comme une chose
très-difficile à croire, par
ceux qui ne sçauroient pas les amusemens ridicules,
dont l'esprit humain est ca- pable • car de croire que
tous
tous les Songes font envoyez
de Dieu, c'est une
erreur condamnée par l'Ecriture
en plusieurs endroits
: Non inveniatur in te
qui observet somnid.Deuter.
::hap.. 18. Faites en forte
qu'il ne se trouve personne
chez vous qui observe les
songes. Elle condamne à la
mort dans le
13. chapitre du
même Deuteronome ces
Prophetes qui se servoient
de la Devination des Songes
pour tromper le Peuple,
elle met dans le 2. Livre
des Paralipomenes c. 33. entre
les Impietez de Manassez,
celle de s'estre arresté
aux Songes;enfinellenous
assure dans l'Ecclesiastique
c. 34. que c'est comme s'amuser
a vouloir embrasser
son ombre ou à suivre le
vent,que de perdre letemps
à considerer un Songe. Ajoûtez
que si tous les Songes
venoient du Ciel,l'homme
seul en auroit; nous
voyons cependant que beaucoupd'animaux
songent
comme nous. Il est donc
M
pendant qu'il y a des Songes
qui ne font pas envoyez
de Dieu,& par conséquent
dont l'interprétamon
est vaine & supersti-
~rieuse. En effet-ne doit-on
;oas se mocquer d'un art qui
'l.fa- point de regles certaines
? Ne voyons-nous pas
JRue les plus grands Maî-
~res en celuyd'interpreter les
>onges, au lieu d'avoir des
~regles certaines, se servent
~le moyens tout-à fait diffe-
3ens & qui se détruisent les
~ins les autres > car les uns
~retendent les expliquer
par analogie, c'est à aire;
par le rapport qui se remarque
entre la chose songée
& ce qui doit arriver; les
autres comme Aristandre ôç
Artemidore veulent les interprcter
en prenant un sens
opposé à ce qu'ils semblent
, nous dire d'abord: comme
si l'onsonge la mort, ils di- *
sent que c'est une marquej*
de vie,si l'on songe des richesses
que c'est signe "de*;
pauvreté. De plus il me
femJ
ble que si Dieu vouloith
nous instruire de l'avenir par
nos Songes, il ne nous les
envoyeroit pas si obscurs &
iTi peu intelligibles. Nous
mous mocquerions
,
disoit
autrefois Ciceron en par-
~ant sur cette matiere
,
si
Hes Carthaginois ou des Es-
(pagnols parloient dans nô-
~tre Senat sans Interprete.
tNe rendons-nous pas les
Dieux, poursuit-il
,
aussi ri-
Hicules quand nous voulons
qu'ils parlent à nous avec
xes obscuritez, dont no*
Songes font ordinairement
xnvelopez?
PHILONTE.
Nous lisons dans des Autheurs
dignes de foy tant-I
d'Histoires deSonges
,
dont
les interprétations se font
vérifiées
,
qu'il semble que
ceux qui s'y addonnent le
font avec quelque raison.
Sylla,que les Romainsappelloient
le plus heureux des
hommes,songea que son destin
l'appelloir. Vocarise jam
àfato. Ille dit le lendemain
à ses Amis
,
fit son Testament,
eut le soir la fiévre,
& mourut la nuit suivante i
âgé de 60. ans. C'est comme
le rapporreAppian, L. de
Bello Chili. Un
Conseiller
iliu Parlement de Dijon
momme Carré, oüit en dornnaut
qu'ont luy disoit des
rmots Grecs qu'il n'entendoit
point , ôc qui luy furent
interpretez ainsi
,
R..e..
i"'tire toy, tu ne sens pas ton malheur
,
& comme la Maison
pqu'il habitoit menaçoit de
ruine, il la quitta fort à propos
,
puis qu'elle tomba
fîauiff-totf après. Un nommé
AndréPujon estant à Rion
songeaqu'il faisoit l'anagramme
de son nom, ou il
trouvoit pendu à Rion; ce qui
misson effet quelques jours
après. Cardan dit dans l'Histoire
de sa propre vie,
qu'il avoit esté averty en
fonge de mettre dans sa
bouche une Emeraude qu'il
portoit pendue au col, s'il
vouloir perdre la mémoire
de la mort de son Fils qui , ce reüssit selon cet avis.
Nous lisons dans Grégoire
de Tours que le RoyGontran
estant allé à la Chasse
s'endormit sur le bord d'une
fontaine qui faisoit un petit
ruisseau. Son Escuyer vid
sortir de sa bouche une petite
Belle blanche., qui courant
~à&la, témoignoit vouloir
:oaflèr le ruisseau. Pour luy
~aciliter le passage qu'elle
embloit chercher, il mit son
j^pée en travers sur ce ruis-
Jlèau
,
ellepassa aulE-roll: par-
Hessus, & entra dans le creux
H'une Montagne prochaine;
puis revint
,
repassa le ruis-
~eau, & entra dans la bouche
du Roy. Cependant arrive
la Meute de Chiensquiréveilla
Gontran, lequel fit
aussi-tost le récit d'un Songe
qu'il venoit de faire. Il
me sembloit, dit-il, que je
passois une riviere sur un
Pontde fer, & quej'entrois
dans une Caverne, où estoit
un grand Tresor. L'Escuyer
voyant que ce Songe convenoit
bien à ce qu'il
avoit veu , en fit au/ïîlej
récit. Le Roy l'ayant enrendu,
fit foüir dans le lieu,
oùestoitentré ce petitanimal.
On y trouva un grand
Tresor que le Roy employa
en oeuvres pieuses, & principalement
à l'achapr d'une
Chasse pour Saint Marcel *
lez-Châlons. Ce creuxs'appelle
encore ajourd'huyla
Motte du Tresor. Jugez
prés ces Histoires& plusieurs
autres que je pourrois
rous rapporter, si ceux qui
joûtent foy aux Songes ne
toretendent pas avoir su jet
le s'appliquer à cét amusement.
BELOROND.
• Trois raisonsdétruisent
de pretexte que donnent
ces Histoires aux Interprelations
ordinaires des Songes.
La premiere
,
c'est que
les Autheurs qui lesrapportent
ne le font que comtine
des bruits communs qui
couroient du temps quils
saisoient leurs Histoires, Se
qu'ils ne prétendent pas
pour cela garantir des comme choses véritables. Lafeconde,
c'est que la plut
part de ces Songeurs,ou plûtost
de ces,rêveurs
fait leurs Songes e,stoanntt
éveillez, comme peutestre
vostre Conseiller, & Cardan.
En effet quelle apparence
y a-tïl que ce Conseiller
ne sçachant point de
Grec se feroit si facilement
souvenu des mots que son
imagination luy avoit dictez
en cette langue pendant
qu'il dormoit ; ôc com.
ment Cardan a-tilla hardiesse
de dire que cette
Emeraude luy fit oublier
la mort de son fils, puis
qu'il s'en ressouvenoit encore
assez pour nous donner
l'Histoiredesarêverie
etudiée? Il estoit habilehomme
)
je l'avoue
)
mais
il pretend dans ses Oeuvres
nous faire ajoûter foy à
tant de choies difficiles à
croire pour leur peu de
vray-semblance
, que jene
puis encore m'empescher
de douter de celle-cy. La
1
troisiéme raison qui détruit
l'authorité de cesHistoires,
c'estque quand mesme l'Interpretation
-d'e quelque
Songe se feroit trouvéeveritable,
il ne faut pas pource-,
la tirer une consèquence en
faveur de celles qui se font
tous les jours; car enfin il
est difficile que de tant de
Songes differens qu'un homme
fait dans sa vie, il n'y
en ait quelqu'un qui seraporte
à ce qui arrive dans
lasuite. De même, par
exemple, que d'une infinité
de Fléchestiréesmême:
- V
par un homme qui auroit
les yeux bandez, il seroît
impossible que quelqu'une
ne touchast le but,aussi il
ya des complexions, comme
celles des mélancholiques
,
des hommes adonnez
au vin,& des furieux,
qui troublent l'imagination
de tant de vapeurs & de fumées
siconfuses, qu'il n'est
pas possible que par rencontre
elles ne forment
quelquefois une idée de ce
qui doit arriver. Cependant
comme on n'observe ordinairement
de tous les Songes
que ceux qui ont eu quelque
chose de merveilleux
dans l'évenement, on attribuë
facilement à Dieu, ce
qui n'est véritablement que 1
'-
l'effet du hazard. Enfin, siles
Songes ne venoient que de
Dieu, que luyavoientfait
les Peuples de Libye, que
Solin nomme Atlantes, qui
n'ont jamais eu de Songes
pendant leur sommeil, non
plus qu'un Cleonde Daulie,
& un Trafymede; au rapport
de Plutarque? 1 PHILONTE.
Ces gens-la estoient bien
differens des Sabins, qui,
comme nous apprend le Proverbe
Latin, Congeoient tout
* o
ce qu'ils vouloient Sabini
quod volunt fomniant.
BEL OROND.
Ceux
- cy font aussi bien
differens des Canadois
)
qui
veulent tout ce qu'ils ont
.fongé
; car quelques Relations
que nous avons d'eux,
asseurent que s'ils ont songé
en dormant qu'on leur fait
un Present,ils font tous leurs
efforts le lendemain pour l'avoir.
S'ils ont songé le meurtre
d'un Homme, ils tâchent
de l'executer le plus promptement
qu'ils peuvent,voulant
absolument rendre réettj
pendant le jour, ce que leur
imagination leur arepresenté
pendant la nuit. Mais siî]
ceux-cy ont tant d'elllpreiTe--'
ment pour rendre leurs Son- -j
ges véritables, d'autres n'enn
ont pas eu moins,pour éviter,
mesme avec cruauté, les dan."ol
gers qu'ils pretendoient leur que 3 fantaisieleur avoit raie33
voir dans leurs Songes. Lese
Histoires font pleines d'exé-£
ples surce filjet. UnCambile
fait mourir son Frere pouru
avoir eu un Songe, dont 1interprétation
sembloit [mettrel'Empire pro- à ce Frere.
•UnAftiaçe veut faire tuer
sonpetitFils Cyrus, pour le
j mesme sujet.UnAvare ayant
j| resvé qu'ilavoit fait une dépense
excessive,se pédit à son
réveil,tant il estoit desesperé; iUn Portugais ayant songé
que sa Femme commettoit
un Adultere, la poignarda
cruellement lematin, toute :
innocente qu'elleétoit. Hen- ..,
ry III. un de nos Rois,fit tuer
des Lions qu'il nourissoit,
l parce qu'ilavoit songé qu'ils
le dechiroient. Mais le temps
se passe, ôcil nous en reste
peu pour nostre Conversation
; c'est pourquoy employez,
je vous prie, ce qui j
nous en reste
, pour m'ap- j
prendre un Abregé de la vie j
de quelques-uns de ces Philosophes
anciens, comme
vous me l'avez promis.
PHILONTE.J Jecommenceray parEpi- ;
cure l'execution de ma pro- f
messe. Epicurenâquit à "Athenes
en la trosiéme année -
de la 109. Olympiade, & la
412. de Rome. Il s'adonna à
> 1
la Philosophie des l'âge de
; douze ans, & ce fut la lecture
des Oeuvres de Démocrite,
qui l'engagea à quitter
l'étude de laGrammaire pour
s'y appliquer. Le principal
1 point de sa Morale, & ce-
HLj qui luy attire des Ennemis,
c'est qu'ilfaisoitconfister
le souverain bien dans la
volupté.Ce seul nom de volupté,
qui est odieux aux gens
de bien, donna occasion à
ses Envieux de le traiter d'Infame
& de Pourceau; mais
ceux qui se font appliquez
sans préoccupation à connoistre
le véritable sentimet
de ce Philosophe sur ce grad
point de Morale, avouent
que la volupté dont il par- loit, n'estoit autre chose qu'
une volupté tranquille&inseparable
de la vertu. Saint
Jerôme ne l'auroit pas proposé
aux Chrestiens de son
temps, commeila fait, pour
leur faire honte de leurs débauches,
s'il l'eust regardé
comme un Philosophe voluptueux,
dans le sens que le
prenoient Ses Ennemis. Sa
maniere de vivre & ses sentimens
détruisent Vilement
les accusations de ses Envieux.
En effet, on voit par
ses Lettres, que ses meilleurs
repas se faisoient avec un
peu de fromagejoint au pain
& à l'eau. Permettez-moy,
je vous prie, dje vous r*apporter
quelques-unes de ses Sentences,
& vous verrez si l'on.
avoit sujet de l'accuser de
sensualité.
Le Sage ne doit jamais rechercher
d'amour une Femme dont
les Lttix luy défendent la joüissance.
n
•
il faut expojer sa 'Vie hardiment
,farce que la mort rieftpas
une choje mauvaise.
Lafante doit eflre tenue indiffiren-
te. Et c'est cette raison.
quil'engageoit
*'
au souhait de
bien faire,qu'il mettoitau
commencement de ses Lettrès,
au lieu de celu y de se
bien porter, sélon la coûtume.
Les douleurs font preferables
a la volupté, &' celle
- cy
ne doit pas toujours eflre em- trafée.
Ilvaut mieux eflre malheureux
& raisonnable3 qu'heureux
&' sans raison.
La bonne fortune se trouve
rarement
rarement avec la fageffi.
Si vous voulez vivre heureux
@r avec pUifir, faites
que voflre félicité foit accompagnée
de prudence
j
d'honnes.
teté & de juflice ; ces trois
'vertus font inseparables de la
vraye & fillde volupté.
Prenez plûtojl garde avec
qui vous mangea & beuvez,
qbu'a ece quue vvous emanzgez-&
Les tourmens nempefcbent
pas la félicité du Sage, quoy
que la douleur luy puiffi tirer
quelques soûpirs.
1 Les plus félidésplaisirs conjijrent
en la memoire du bien
pasé, parce que tout ce qu'on
si promet de l'avenir efl incertH-
ln; dr ce qui est prejent ne
Je poffide jamais sans craÍnte.,
pouvant efire facilement dlteré.
De bonne roy,font. cela les
sentimens d'un voluptueux
sensuel & infâme? Ne fontce
pas plûtost les opinions
d'un Homme quinesonge
a rienmoinsqua satisfaire
ses sens? Voilàlaveritable
dottrine d'Epicure; & illa
soûcenue en vivant& en
mourant. Il estvray que Ciceron
luy reproche.) que sa -) '!
vie ne répondoit pas à ses sentimens
ôc que s'il tenoit des
discours judicieux & honnêtes,
c'estoit pour faire avaler
plus agréablement le poison
de la volupré; mais c'est un
reproche qu'on a fait aussià
Platon & à Zenon
, comme
remarque fort bien Seneque,
L. de Vita beata c.-18.& qu'on
fait tous les jours aux plus
honnestes gens, lors qu'on
n'a rien de plus pressànt à dire
contre eux. Ilmourutâgé
de 72 ans, d'une rétention
d'urine causée par la pierre,
avecdesdouleurs incroyables
,
qui durèrent pendant
quatorze jours, sans qu'il
donast aucune marque d'impatience.
Seneque admire
les discours qu'il tenoit pendant
ses mauxpour avoir esté
prononcez, sélon luy,dans le
propre sejour de la volu pté.
Hæc vox in ipsa cofficina voluptatis
est audita. Deux raisons
font cause de la mauvaise réputation
d'Epicure; la premiere,
parce qu'il parloit
tres-mal de Platon, d'Aristote,&:
des plus Sçavans; la
sécondé, c'est la vie scandaleuse
de ses faux Disciples,
qui s'adonnoient à toutes
fortes devoluptez, fous le
pretexte du Souverain Bien
d'Epicure. Ciceron, Quintilien
-
,
Athenée
,
& Sextus
l'ont accusé d'ignorance
;mais ses oeuvres &le
témoignage de Diogene-
Laëree,qui assûre qu'il a écrit
plus qu'aucun Philosophe,
détruisent cette accusation.
Quelque sçavant qu'il ait
esté, il est pourtant tombé
dans de tres-grandes erreurs
touchantlaPhysique & la
Morale.Entre plusieurs je vay
vous en rapporter quelquesunes.
Le Soleil & les Astres,
selon luy
,
n'étoient pas plus
grands,ou peu s'en faut, qu'-
ils le paroissoientaux yeux. Il
s'imaginoit une infinité de
Mondes subsistants tout à la
fois dans un espaceinfiny,
&avec de certains intervales
appeliez Intermondes.Iladmettoit
lesAmes corporelles
& perissables. Il a non seulement
déclalné contre les
Dieux de son temps, mais
il n'en a crû aucun, comme
remarquent Ciceron, L.
1. de Nat. Deor. & Sextus Empiricus.
Ce qui a persuade
qu)il ne croyoit point de
Dieu (quoy qu'il en ait parlé
quelquefois en le nommant
Animal immortel & bienheureux
) c'estqu'il le represente
sourd & aveugle sur
tout ce qui nous regarde, &
veut détruire sa Providence,
lessoins ne s'accordant pas,,
dit-il
,- avec un estat parfaitement
heureux, non plus
que la Colere & la Misericorderquisont
des Passions
d'une nature infirme
5
&c
qu'on ne peut- atribuer à
Dieu sans luyfaire tort; &,
avec cette Maxime & plusieurs
autres aussi impies;
il se mocquoit de toutes
fortes de Religions. Voilà
tout ce que j'avois à vous
dire de ce Philosophe.
de Mr Bordelon, que
devois vous donner dés.
vautre mois.
des choses
DIFFICILES A CROIRE.
1»Dl'AL°GFH ifpcrrvil**- SIX[£ MA"
BELOROND,PHILONTE..
PHILONTE. J"E sors d'un Festin, où la
joye a ellé troublée par
une cause si vaine, qu'elle
me seroit tres-difficile à croire,
si je n'enavoisesté le
témoin. Pendant que tout le monde ne respiroit qu'un
onneste plaisir
,
& que les
sprits des Conviez,échauf-
:::z pour ainsi dire,parla bonde
chere
,
commençoient à
proposer les uns - aux aubesquelques
petites difficultés
lûr des matieres fçr.s eu»-,
rieuses, un Maistred'Hostel
aisant une de ses fonctions,
mal-heureusement pour
)ious )
renversé la Saliere sur
table. Son Maistre a regardéce
petit accident comme
une chose d'un si mauvais
presage , que non seulementilsest
emportécontre
uy ;& l'a mal-traité de parôles
en nostre presence,
mais encore il luy a esté impossible
,
quelques efforts
qu'il ait faits pour dompter
son chagrin, de nous faire
aussi bonne mine pendant
le reste du Repas qu'il nous
l'avoit fait au commencement.
BELOROND.
Ce n'est pas d'aujourd'huy
que cette Superstition
re~ne dans !e -4 regne le monde. Les
anciens Payens en ont esté
les premiers autheurs. Ils
croyoient que le Sel estoit
sacré & divin. Sacras facitis.
~ensas salinorum dppojuu , dit
Arnobe. C'est pourquoy si
on oublioit de mettre la Saliiere
ÍiIr la. table, si on
£a renversoit,ou si on s'endormoit
avant que de l'awoir
serrée, c'estoit selon
eux un tres-mauvais augure.
Des Hebreux mesme
lisent chez Lyranus, que la
Femme de Loth fut changée
en une Statuë de Sel,
craree qu'elle n'avoit pas mis
de Sel
sur
la table,lorsque son
/Mary traita les Anges, à
cause de la haine qu'elle
portoit aux Etrangers.
PHILONTE.
Je ne vois aucune raison
qui ait pû les engager dans
cette Superstition,sinon
que le Sel estant le symbole
de rimmorraUcé ,c,e
qu'il empêche la corrup-j
tion, ils se perfuadoientj
peut-estre, que l'Immortalité
estant renversée
,
s'il m'est
permis de parler de la forte,
la Mort, ou quelque autre
funeste accident s'approchoit.
BELOROND.
Il faudroit avoir étudié.
long-temps les-folies, ou j plûtost
j
plûtost les foiblesses de l'esprit
humain
, pour sçavoir
tOes causes qui ont produit
toutes les Su perstitions ausquelles
il se laisse emporter.
Entre plusieurs que vous
avez pu remarquer aussibien
que moy ,
je me fouviens
particulièrement d'ume
qui est aussi extravagante
) que ridicule. Bien des Gens
s'imaginent que les petites
tâches qui se forment sur les
) ongles font des marques de
quelque Peché qu'on a
> commis
,
qui est grand ou
} petit selon la grandeurou la
petitesse de ces tâches. C'est
une Superstition que nous
tenons encore des Payens
qui croyoient que le Mensonge
estoit toujours suivy
de quelque peine, comme
d'une dent gâtée, d'un ongle
marqué, de cheveux
perdus, & autres choses pareilles.
Ovide n'ignoroit pas
cet abus quand il disoit,
Eleg.. 3. 3. amor.
Esse Bcos credamne? Fidemjurâta
ffcllit,
Et fdciesilli quefuitante, manet.
.!f!!!(lm Iwgos habuit nondum perjur4
capMos,
:"Tam longos,p0P.qid.1m numina Îatjït,
n haba.
f Theocrite dit encoresur
izc sujetdansl'Idylle 9.
rens bien garde de ne pas fairenaistre
une esleveure sur le
tout de ta langue. C'est à dire,
~orens bien garde dene pas ,
mentir ; & dans l'Idylle10.
':-Vous esses si beau,qu'en vous
~oüant
, je ne feray point naistre
bYe mensongessur le bout de mon
Voilà.
y
ce me semble,
une {uperiHtion qui vaut
oien celle dont vous avez
testé aujour-d'huy si surpris;
mais puis qu'insensiblement.
nous sommes tombez sur le
sujet des Su perstitions
dites-moy
,
je vous
prie,
en trouvez-vous de plusgenerale
que celle qui con-[
fille dans l'Interpretation
des Songes? J'ay veu des]
femmes consulter à leurle- ;
ver Artemidore sur l'expli-:¡l'
cation des Songes, & ce que ]
vous aurez de la peine ai
croire, le consulter plûtost
que leur Miroir sur la dis- r
position de leurvifiige.f
PHILONTE.
L'Interprétation des Son- '11(
ges n'est pas toûjourssuperstitieuse
, puis qu'il y en a
qui viennent de Dieu, comrmerEcrimrenous
l'apprend
dans - les Nombres 12, quand
lelfc dit, S'il se trouve quelque
Prophete chez vous,
3je luy parleray dans son
sommeil par quelque Songe
queje luy envoyeray. Si quis
Kftierit inter njos Propheta Domini,
apparebo& persomnium
isad illum loquar. Dieu meme.
nous instruit quelquefois par
des Songes, de ce qui doit
arriver.Quando homines dorwniunt
in lectulo
, tunc aperit au_
»Tf5 vivorum,& erudiens instruit
lOS disciplina. Job.
3,3. Les
Songes interpretez par Jofeph
& par Daniel, prouvent
encore que cette Interpretation
ne/l pas toûjours
criminelle. Ajoûtez que celle
dont on se sert pour connoistre
le temperament est
si naturelle, qu'on s'en peut
servir quelquefoissanscraintdreilaequualitéxdeS.
upIersti- neux.
BELOROND.
Il est vray qu'on peut tirer
quelque connoissance du ¡:.¡
temperament par les cl-lofes.,
ce nest pas là ce que ap-
Il
elle Superstition : mais il t- vray aussi qu'il ne faut
:ms faire grand fond sur
cette connoissance
, parce
rJu'il arrive quelquefois tant
de choses differentes pen-
~sant la journée & si oppo*
»:es au temperament de cer.
y qui en a l'esprit remply,
iluon n'en peut tirer aucune
connoissance assurée,
Un pituiteux par exemple
jjui ne devroit songer que
>toifl*ons., eaux,déluges, ne
songera cependant que des
- combats & des carnages,
parce que le jour qui precedelanuit
dans laquelle il
resve
,
il aura esté present à
quelque querelle, ou meurtre,
ou combat. Il est vray
encore qu'il y a des Songes
que Dieunous envoye mais ; comme ils- font tresrares
; je ne laisseray pas de soûtenir en les exceptant
que l'Interpretation or- dinaire des Songes doit estre
regardée comme une chose
très-difficile à croire, par
ceux qui ne sçauroient pas les amusemens ridicules,
dont l'esprit humain est ca- pable • car de croire que
tous
tous les Songes font envoyez
de Dieu, c'est une
erreur condamnée par l'Ecriture
en plusieurs endroits
: Non inveniatur in te
qui observet somnid.Deuter.
::hap.. 18. Faites en forte
qu'il ne se trouve personne
chez vous qui observe les
songes. Elle condamne à la
mort dans le
13. chapitre du
même Deuteronome ces
Prophetes qui se servoient
de la Devination des Songes
pour tromper le Peuple,
elle met dans le 2. Livre
des Paralipomenes c. 33. entre
les Impietez de Manassez,
celle de s'estre arresté
aux Songes;enfinellenous
assure dans l'Ecclesiastique
c. 34. que c'est comme s'amuser
a vouloir embrasser
son ombre ou à suivre le
vent,que de perdre letemps
à considerer un Songe. Ajoûtez
que si tous les Songes
venoient du Ciel,l'homme
seul en auroit; nous
voyons cependant que beaucoupd'animaux
songent
comme nous. Il est donc
M
pendant qu'il y a des Songes
qui ne font pas envoyez
de Dieu,& par conséquent
dont l'interprétamon
est vaine & supersti-
~rieuse. En effet-ne doit-on
;oas se mocquer d'un art qui
'l.fa- point de regles certaines
? Ne voyons-nous pas
JRue les plus grands Maî-
~res en celuyd'interpreter les
>onges, au lieu d'avoir des
~regles certaines, se servent
~le moyens tout-à fait diffe-
3ens & qui se détruisent les
~ins les autres > car les uns
~retendent les expliquer
par analogie, c'est à aire;
par le rapport qui se remarque
entre la chose songée
& ce qui doit arriver; les
autres comme Aristandre ôç
Artemidore veulent les interprcter
en prenant un sens
opposé à ce qu'ils semblent
, nous dire d'abord: comme
si l'onsonge la mort, ils di- *
sent que c'est une marquej*
de vie,si l'on songe des richesses
que c'est signe "de*;
pauvreté. De plus il me
femJ
ble que si Dieu vouloith
nous instruire de l'avenir par
nos Songes, il ne nous les
envoyeroit pas si obscurs &
iTi peu intelligibles. Nous
mous mocquerions
,
disoit
autrefois Ciceron en par-
~ant sur cette matiere
,
si
Hes Carthaginois ou des Es-
(pagnols parloient dans nô-
~tre Senat sans Interprete.
tNe rendons-nous pas les
Dieux, poursuit-il
,
aussi ri-
Hicules quand nous voulons
qu'ils parlent à nous avec
xes obscuritez, dont no*
Songes font ordinairement
xnvelopez?
PHILONTE.
Nous lisons dans des Autheurs
dignes de foy tant-I
d'Histoires deSonges
,
dont
les interprétations se font
vérifiées
,
qu'il semble que
ceux qui s'y addonnent le
font avec quelque raison.
Sylla,que les Romainsappelloient
le plus heureux des
hommes,songea que son destin
l'appelloir. Vocarise jam
àfato. Ille dit le lendemain
à ses Amis
,
fit son Testament,
eut le soir la fiévre,
& mourut la nuit suivante i
âgé de 60. ans. C'est comme
le rapporreAppian, L. de
Bello Chili. Un
Conseiller
iliu Parlement de Dijon
momme Carré, oüit en dornnaut
qu'ont luy disoit des
rmots Grecs qu'il n'entendoit
point , ôc qui luy furent
interpretez ainsi
,
R..e..
i"'tire toy, tu ne sens pas ton malheur
,
& comme la Maison
pqu'il habitoit menaçoit de
ruine, il la quitta fort à propos
,
puis qu'elle tomba
fîauiff-totf après. Un nommé
AndréPujon estant à Rion
songeaqu'il faisoit l'anagramme
de son nom, ou il
trouvoit pendu à Rion; ce qui
misson effet quelques jours
après. Cardan dit dans l'Histoire
de sa propre vie,
qu'il avoit esté averty en
fonge de mettre dans sa
bouche une Emeraude qu'il
portoit pendue au col, s'il
vouloir perdre la mémoire
de la mort de son Fils qui , ce reüssit selon cet avis.
Nous lisons dans Grégoire
de Tours que le RoyGontran
estant allé à la Chasse
s'endormit sur le bord d'une
fontaine qui faisoit un petit
ruisseau. Son Escuyer vid
sortir de sa bouche une petite
Belle blanche., qui courant
~à&la, témoignoit vouloir
:oaflèr le ruisseau. Pour luy
~aciliter le passage qu'elle
embloit chercher, il mit son
j^pée en travers sur ce ruis-
Jlèau
,
ellepassa aulE-roll: par-
Hessus, & entra dans le creux
H'une Montagne prochaine;
puis revint
,
repassa le ruis-
~eau, & entra dans la bouche
du Roy. Cependant arrive
la Meute de Chiensquiréveilla
Gontran, lequel fit
aussi-tost le récit d'un Songe
qu'il venoit de faire. Il
me sembloit, dit-il, que je
passois une riviere sur un
Pontde fer, & quej'entrois
dans une Caverne, où estoit
un grand Tresor. L'Escuyer
voyant que ce Songe convenoit
bien à ce qu'il
avoit veu , en fit au/ïîlej
récit. Le Roy l'ayant enrendu,
fit foüir dans le lieu,
oùestoitentré ce petitanimal.
On y trouva un grand
Tresor que le Roy employa
en oeuvres pieuses, & principalement
à l'achapr d'une
Chasse pour Saint Marcel *
lez-Châlons. Ce creuxs'appelle
encore ajourd'huyla
Motte du Tresor. Jugez
prés ces Histoires& plusieurs
autres que je pourrois
rous rapporter, si ceux qui
joûtent foy aux Songes ne
toretendent pas avoir su jet
le s'appliquer à cét amusement.
BELOROND.
• Trois raisonsdétruisent
de pretexte que donnent
ces Histoires aux Interprelations
ordinaires des Songes.
La premiere
,
c'est que
les Autheurs qui lesrapportent
ne le font que comtine
des bruits communs qui
couroient du temps quils
saisoient leurs Histoires, Se
qu'ils ne prétendent pas
pour cela garantir des comme choses véritables. Lafeconde,
c'est que la plut
part de ces Songeurs,ou plûtost
de ces,rêveurs
fait leurs Songes e,stoanntt
éveillez, comme peutestre
vostre Conseiller, & Cardan.
En effet quelle apparence
y a-tïl que ce Conseiller
ne sçachant point de
Grec se feroit si facilement
souvenu des mots que son
imagination luy avoit dictez
en cette langue pendant
qu'il dormoit ; ôc com.
ment Cardan a-tilla hardiesse
de dire que cette
Emeraude luy fit oublier
la mort de son fils, puis
qu'il s'en ressouvenoit encore
assez pour nous donner
l'Histoiredesarêverie
etudiée? Il estoit habilehomme
)
je l'avoue
)
mais
il pretend dans ses Oeuvres
nous faire ajoûter foy à
tant de choies difficiles à
croire pour leur peu de
vray-semblance
, que jene
puis encore m'empescher
de douter de celle-cy. La
1
troisiéme raison qui détruit
l'authorité de cesHistoires,
c'estque quand mesme l'Interpretation
-d'e quelque
Songe se feroit trouvéeveritable,
il ne faut pas pource-,
la tirer une consèquence en
faveur de celles qui se font
tous les jours; car enfin il
est difficile que de tant de
Songes differens qu'un homme
fait dans sa vie, il n'y
en ait quelqu'un qui seraporte
à ce qui arrive dans
lasuite. De même, par
exemple, que d'une infinité
de Fléchestiréesmême:
- V
par un homme qui auroit
les yeux bandez, il seroît
impossible que quelqu'une
ne touchast le but,aussi il
ya des complexions, comme
celles des mélancholiques
,
des hommes adonnez
au vin,& des furieux,
qui troublent l'imagination
de tant de vapeurs & de fumées
siconfuses, qu'il n'est
pas possible que par rencontre
elles ne forment
quelquefois une idée de ce
qui doit arriver. Cependant
comme on n'observe ordinairement
de tous les Songes
que ceux qui ont eu quelque
chose de merveilleux
dans l'évenement, on attribuë
facilement à Dieu, ce
qui n'est véritablement que 1
'-
l'effet du hazard. Enfin, siles
Songes ne venoient que de
Dieu, que luyavoientfait
les Peuples de Libye, que
Solin nomme Atlantes, qui
n'ont jamais eu de Songes
pendant leur sommeil, non
plus qu'un Cleonde Daulie,
& un Trafymede; au rapport
de Plutarque? 1 PHILONTE.
Ces gens-la estoient bien
differens des Sabins, qui,
comme nous apprend le Proverbe
Latin, Congeoient tout
* o
ce qu'ils vouloient Sabini
quod volunt fomniant.
BEL OROND.
Ceux
- cy font aussi bien
differens des Canadois
)
qui
veulent tout ce qu'ils ont
.fongé
; car quelques Relations
que nous avons d'eux,
asseurent que s'ils ont songé
en dormant qu'on leur fait
un Present,ils font tous leurs
efforts le lendemain pour l'avoir.
S'ils ont songé le meurtre
d'un Homme, ils tâchent
de l'executer le plus promptement
qu'ils peuvent,voulant
absolument rendre réettj
pendant le jour, ce que leur
imagination leur arepresenté
pendant la nuit. Mais siî]
ceux-cy ont tant d'elllpreiTe--'
ment pour rendre leurs Son- -j
ges véritables, d'autres n'enn
ont pas eu moins,pour éviter,
mesme avec cruauté, les dan."ol
gers qu'ils pretendoient leur que 3 fantaisieleur avoit raie33
voir dans leurs Songes. Lese
Histoires font pleines d'exé-£
ples surce filjet. UnCambile
fait mourir son Frere pouru
avoir eu un Songe, dont 1interprétation
sembloit [mettrel'Empire pro- à ce Frere.
•UnAftiaçe veut faire tuer
sonpetitFils Cyrus, pour le
j mesme sujet.UnAvare ayant
j| resvé qu'ilavoit fait une dépense
excessive,se pédit à son
réveil,tant il estoit desesperé; iUn Portugais ayant songé
que sa Femme commettoit
un Adultere, la poignarda
cruellement lematin, toute :
innocente qu'elleétoit. Hen- ..,
ry III. un de nos Rois,fit tuer
des Lions qu'il nourissoit,
l parce qu'ilavoit songé qu'ils
le dechiroient. Mais le temps
se passe, ôcil nous en reste
peu pour nostre Conversation
; c'est pourquoy employez,
je vous prie, ce qui j
nous en reste
, pour m'ap- j
prendre un Abregé de la vie j
de quelques-uns de ces Philosophes
anciens, comme
vous me l'avez promis.
PHILONTE.J Jecommenceray parEpi- ;
cure l'execution de ma pro- f
messe. Epicurenâquit à "Athenes
en la trosiéme année -
de la 109. Olympiade, & la
412. de Rome. Il s'adonna à
> 1
la Philosophie des l'âge de
; douze ans, & ce fut la lecture
des Oeuvres de Démocrite,
qui l'engagea à quitter
l'étude de laGrammaire pour
s'y appliquer. Le principal
1 point de sa Morale, & ce-
HLj qui luy attire des Ennemis,
c'est qu'ilfaisoitconfister
le souverain bien dans la
volupté.Ce seul nom de volupté,
qui est odieux aux gens
de bien, donna occasion à
ses Envieux de le traiter d'Infame
& de Pourceau; mais
ceux qui se font appliquez
sans préoccupation à connoistre
le véritable sentimet
de ce Philosophe sur ce grad
point de Morale, avouent
que la volupté dont il par- loit, n'estoit autre chose qu'
une volupté tranquille&inseparable
de la vertu. Saint
Jerôme ne l'auroit pas proposé
aux Chrestiens de son
temps, commeila fait, pour
leur faire honte de leurs débauches,
s'il l'eust regardé
comme un Philosophe voluptueux,
dans le sens que le
prenoient Ses Ennemis. Sa
maniere de vivre & ses sentimens
détruisent Vilement
les accusations de ses Envieux.
En effet, on voit par
ses Lettres, que ses meilleurs
repas se faisoient avec un
peu de fromagejoint au pain
& à l'eau. Permettez-moy,
je vous prie, dje vous r*apporter
quelques-unes de ses Sentences,
& vous verrez si l'on.
avoit sujet de l'accuser de
sensualité.
Le Sage ne doit jamais rechercher
d'amour une Femme dont
les Lttix luy défendent la joüissance.
n
•
il faut expojer sa 'Vie hardiment
,farce que la mort rieftpas
une choje mauvaise.
Lafante doit eflre tenue indiffiren-
te. Et c'est cette raison.
quil'engageoit
*'
au souhait de
bien faire,qu'il mettoitau
commencement de ses Lettrès,
au lieu de celu y de se
bien porter, sélon la coûtume.
Les douleurs font preferables
a la volupté, &' celle
- cy
ne doit pas toujours eflre em- trafée.
Ilvaut mieux eflre malheureux
& raisonnable3 qu'heureux
&' sans raison.
La bonne fortune se trouve
rarement
rarement avec la fageffi.
Si vous voulez vivre heureux
@r avec pUifir, faites
que voflre félicité foit accompagnée
de prudence
j
d'honnes.
teté & de juflice ; ces trois
'vertus font inseparables de la
vraye & fillde volupté.
Prenez plûtojl garde avec
qui vous mangea & beuvez,
qbu'a ece quue vvous emanzgez-&
Les tourmens nempefcbent
pas la félicité du Sage, quoy
que la douleur luy puiffi tirer
quelques soûpirs.
1 Les plus félidésplaisirs conjijrent
en la memoire du bien
pasé, parce que tout ce qu'on
si promet de l'avenir efl incertH-
ln; dr ce qui est prejent ne
Je poffide jamais sans craÍnte.,
pouvant efire facilement dlteré.
De bonne roy,font. cela les
sentimens d'un voluptueux
sensuel & infâme? Ne fontce
pas plûtost les opinions
d'un Homme quinesonge
a rienmoinsqua satisfaire
ses sens? Voilàlaveritable
dottrine d'Epicure; & illa
soûcenue en vivant& en
mourant. Il estvray que Ciceron
luy reproche.) que sa -) '!
vie ne répondoit pas à ses sentimens
ôc que s'il tenoit des
discours judicieux & honnêtes,
c'estoit pour faire avaler
plus agréablement le poison
de la volupré; mais c'est un
reproche qu'on a fait aussià
Platon & à Zenon
, comme
remarque fort bien Seneque,
L. de Vita beata c.-18.& qu'on
fait tous les jours aux plus
honnestes gens, lors qu'on
n'a rien de plus pressànt à dire
contre eux. Ilmourutâgé
de 72 ans, d'une rétention
d'urine causée par la pierre,
avecdesdouleurs incroyables
,
qui durèrent pendant
quatorze jours, sans qu'il
donast aucune marque d'impatience.
Seneque admire
les discours qu'il tenoit pendant
ses mauxpour avoir esté
prononcez, sélon luy,dans le
propre sejour de la volu pté.
Hæc vox in ipsa cofficina voluptatis
est audita. Deux raisons
font cause de la mauvaise réputation
d'Epicure; la premiere,
parce qu'il parloit
tres-mal de Platon, d'Aristote,&:
des plus Sçavans; la
sécondé, c'est la vie scandaleuse
de ses faux Disciples,
qui s'adonnoient à toutes
fortes devoluptez, fous le
pretexte du Souverain Bien
d'Epicure. Ciceron, Quintilien
-
,
Athenée
,
& Sextus
l'ont accusé d'ignorance
;mais ses oeuvres &le
témoignage de Diogene-
Laëree,qui assûre qu'il a écrit
plus qu'aucun Philosophe,
détruisent cette accusation.
Quelque sçavant qu'il ait
esté, il est pourtant tombé
dans de tres-grandes erreurs
touchantlaPhysique & la
Morale.Entre plusieurs je vay
vous en rapporter quelquesunes.
Le Soleil & les Astres,
selon luy
,
n'étoient pas plus
grands,ou peu s'en faut, qu'-
ils le paroissoientaux yeux. Il
s'imaginoit une infinité de
Mondes subsistants tout à la
fois dans un espaceinfiny,
&avec de certains intervales
appeliez Intermondes.Iladmettoit
lesAmes corporelles
& perissables. Il a non seulement
déclalné contre les
Dieux de son temps, mais
il n'en a crû aucun, comme
remarquent Ciceron, L.
1. de Nat. Deor. & Sextus Empiricus.
Ce qui a persuade
qu)il ne croyoit point de
Dieu (quoy qu'il en ait parlé
quelquefois en le nommant
Animal immortel & bienheureux
) c'estqu'il le represente
sourd & aveugle sur
tout ce qui nous regarde, &
veut détruire sa Providence,
lessoins ne s'accordant pas,,
dit-il
,- avec un estat parfaitement
heureux, non plus
que la Colere & la Misericorderquisont
des Passions
d'une nature infirme
5
&c
qu'on ne peut- atribuer à
Dieu sans luyfaire tort; &,
avec cette Maxime & plusieurs
autres aussi impies;
il se mocquoit de toutes
fortes de Religions. Voilà
tout ce que j'avois à vous
dire de ce Philosophe.
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Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE SIXIEME.
Le texte présente un dialogue entre Philonte et Belorond sur les superstitions et la crédibilité des songes. Lors d'un festin, un maître d'hôtel a renversé la salière, provoquant une perturbation due à la superstition associée au sel, considéré comme sacré par les anciens païens. La discussion se poursuit sur les interprétations des songes, Philonte estimant que certains peuvent être divins et utiles, tandis que Belorond met en garde contre une interprétation trop littérale. Le texte critique l'art de l'interprétation des songes, soulignant l'absence de règles précises et la diversité des méthodes. Des exemples de songes vérifiés, comme ceux de Sylla et du roi Gontran, sont mentionnés, mais Belorond conteste leur validité, les qualifiant souvent de rumeurs. Le dialogue aborde ensuite la vie et les enseignements d'Épicure, un philosophe grec. Épicure prônait une volupté tranquille et liée à la vertu, valorisant la prudence, l'honnêteté et la justice. Sa doctrine, souvent mal comprise, est critiquée par Cicéron mais défendue par Sénèque. Épicure est décédé à l'âge de 72 ans après une longue maladie, démontrant une grande sérénité. Sa mauvaise réputation provient de ses critiques envers Platon et Aristote, ainsi que des comportements de ses disciples. Ses erreurs en physique et en morale, ainsi que ses vues sur les dieux, ont également contribué à sa controverse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2387
p. 100
PREMIERE ENIGME.
Début :
On me fait moins sentir à parler qu'à se taire, [...]
Mots clefs :
Vide
2388
p. 88
« On doit expliquer les cinq Enigmes des deux volumes du mois dernier, par [...] »
Début :
On doit expliquer les cinq Enigmes des deux volumes du mois dernier, par [...]
Mots clefs :
Premier jour de l'an, Terre, Chaise à porteurs, Bière, Panier des dames
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texteReconnaissance textuelle : « On doit expliquer les cinq Enigmes des deux volumes du mois dernier, par [...] »
On doit expliquer les cinq énigmes
des deux volumes du mois dernier , pat
le premier jour de l'An , la Terre la
Chaise a Porteurs , la Bierre , & le Panier
des Dames.
des deux volumes du mois dernier , pat
le premier jour de l'An , la Terre la
Chaise a Porteurs , la Bierre , & le Panier
des Dames.
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2389
p. 94
ENIGME.
Début :
Laisse mes pieds, Lecteur, dans leur ordre ordinaire, [...]
Mots clefs :
Pierre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
LAiffe mes pieds , Lecteur , dans leur ordre
or linaire ,
Tu trouveras maints objets differens.
Parcourre les Palais des Grands ,
Tu m'y verras commune & néceffaire .
Foulée impunément par gens de tout état ;
Avec plus ou moins grand éclat ,
Telle eft la loi dure & bizarre
Que l'homme n'impole en tout tems .
Reprends- moi fous un autre lens ,
Précieuſe à tes yeux , je deviendrai plus rare :
Mes faveurs autrefois , malgré tous leurs appas ,
N'eurent que de trop foibles charmes
Pour un jeune Héros , dont l'invincible bras
Fut depuis intrépide au milieu des allarmes.
Il m'abandonna
, pour des armes
Qn'il ne quitta qu'après un glorieux trépas..
Tu peux encore me voir fous une autre figure ,
Sans déranger de mon corps la ſtructure ,
C'est alors que mon feul afpe &t
Devroit à tout Chrétien infpirer le respect.
Par M. D. L. M.
LAiffe mes pieds , Lecteur , dans leur ordre
or linaire ,
Tu trouveras maints objets differens.
Parcourre les Palais des Grands ,
Tu m'y verras commune & néceffaire .
Foulée impunément par gens de tout état ;
Avec plus ou moins grand éclat ,
Telle eft la loi dure & bizarre
Que l'homme n'impole en tout tems .
Reprends- moi fous un autre lens ,
Précieuſe à tes yeux , je deviendrai plus rare :
Mes faveurs autrefois , malgré tous leurs appas ,
N'eurent que de trop foibles charmes
Pour un jeune Héros , dont l'invincible bras
Fut depuis intrépide au milieu des allarmes.
Il m'abandonna
, pour des armes
Qn'il ne quitta qu'après un glorieux trépas..
Tu peux encore me voir fous une autre figure ,
Sans déranger de mon corps la ſtructure ,
C'est alors que mon feul afpe &t
Devroit à tout Chrétien infpirer le respect.
Par M. D. L. M.
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2390
p. 95
ENIGME.
Début :
Aujourd'hui, Lecteur, je te sers, [...]
Mots clefs :
Almanach
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
AUjourd'hui,
Lecteur, je te sers,
quelque tems après je deviens inutile:
outme counoître il est une route facile ; r mon corps est décrit l'ordre de l'Univers ;
e Soleil est mon pere,&jen marque la course ;
paroisen tous lieux du Midijusqu'à 1 Ourse,
annonce le travail
,
j'annonce le repos,
rappelle souvent les hauts faits des Heros:
ans ma forme changeant comme un autre Pro
thée :
Mon regne cependant est de peu de durée,
P. L. M.
AUjourd'hui,
Lecteur, je te sers,
quelque tems après je deviens inutile:
outme counoître il est une route facile ; r mon corps est décrit l'ordre de l'Univers ;
e Soleil est mon pere,&jen marque la course ;
paroisen tous lieux du Midijusqu'à 1 Ourse,
annonce le travail
,
j'annonce le repos,
rappelle souvent les hauts faits des Heros:
ans ma forme changeant comme un autre Pro
thée :
Mon regne cependant est de peu de durée,
P. L. M.
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2391
p. 95
« Ceci n'a rien de commun avec ce que vous venez de [...] »
Début :
Ceci n'a rien de commun avec ce que vous venez de [...]
Mots clefs :
Transition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ceci n'a rien de commun avec ce que vous venez de [...] »
Ceci n'a rien de commun
avec ce que vous venez de
lire; la matiere d'ailleurs
en est si respectable, qu'elle
n'entre en parallele avec
rien. Ce qui m'embarasse
feulement, c'est qu'elleme
paroît si difficile à annoncer
,que je me trouve obligé
de vous laisser le foin de
ma transition; C'est la faute
de ceux qui me l'ont envoyé1
e que n y mettoientils
un titre.
avec ce que vous venez de
lire; la matiere d'ailleurs
en est si respectable, qu'elle
n'entre en parallele avec
rien. Ce qui m'embarasse
feulement, c'est qu'elleme
paroît si difficile à annoncer
,que je me trouve obligé
de vous laisser le foin de
ma transition; C'est la faute
de ceux qui me l'ont envoyé1
e que n y mettoientils
un titre.
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2392
p. 920
LOGOGRYPHE.
Début :
A quatre pieds je suis un Animal, [...]
Mots clefs :
Veau
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
A Quatre pieds je suis un Animal ;
Qu'on m'ôte le dernier,qu'on me métamorphose,
C'estun bonjour Latin ou peut - être autre chose;
Qu'on m'ôte le second sans me faire autre mal ,
Je suis de tout mon long une Lettre Hébraïque.
Cà , Lecteur , mets tout en pratique.
A Quatre pieds je suis un Animal ;
Qu'on m'ôte le dernier,qu'on me métamorphose,
C'estun bonjour Latin ou peut - être autre chose;
Qu'on m'ôte le second sans me faire autre mal ,
Je suis de tout mon long une Lettre Hébraïque.
Cà , Lecteur , mets tout en pratique.
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2393
p. 1790
NOUVEAU LOGOGRYPHE.
Début :
J'ay de tous côtez grand renom, [...]
Mots clefs :
Croix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVEAU LOGOGRYPHE.
NOUVEAU LOGOGRYP HE.
J'Ay de tous côtez grand renom ,
Une fyllabe fait mon nom ;
Mais a-t -on rien vû de femblable ,
Depuis qu'on mit fur moi le jufte & le coupable
,
En m'ôtant les deux bouts j'ai le pouvoir en
main ,
De differens Climats je fuis le Souverain ,
Et me rends fouvent formidable.
Le Tellier d'Orvilliers , de Vernon,
J'Ay de tous côtez grand renom ,
Une fyllabe fait mon nom ;
Mais a-t -on rien vû de femblable ,
Depuis qu'on mit fur moi le jufte & le coupable
,
En m'ôtant les deux bouts j'ai le pouvoir en
main ,
De differens Climats je fuis le Souverain ,
Et me rends fouvent formidable.
Le Tellier d'Orvilliers , de Vernon,
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2394
p. 738-739
ENIGME.
Début :
J'ay des meres, dit-on, sans nombre : [...]
Mots clefs :
Cire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
J'Ay des meres , dit -on , fans nombre :
Je prens l'Etre dans un lieu fombre ,
Où fe fait pourtant bien du bruit ,
Sur tout près ou pendant la nuit.
Je ne fçai pourquoi je me niche
Avec tant d'ardeur chez le Riches
Las ! en ſpectacle à tout venant ,
Je m'y vois réduire au néant.
Rend-il tribut à la Nature ?
Plus grande eſt ma déconfiture.
A plus d'un ufage le Roy
Me deftine & fe fert de moi ,
Chez lui mon plus bel appanage
Eft la torture & l'esclavage ,
Prenons en gré ce traitement ,
Puifqu'il me prolonge une vie ,
Qu'un
AVRIL. 739 1728.
Qu'un dur anéantiffement
M'auroit en moins de rien ravie.
Une Etrangere de renom ,
Afçû fe parer de mon nom :
4
De tout cacher eft coutumiere ;
Pour moi je mets tout en lumiere.
Cette coureufe , il s'en faut peu ,
Que je ne dife encor pis d'elle ,
Sert les Amans avec grand zele ,
Et moi je découvre leur jeu .
A tort pourtant je l'invective ,
Puifqu'elle s'eft fait une loy
De ne les point fervir fans moi.
Plus loin ne faut que je pourfuive ,
De me fçavoir , le Curieux
Me tient peut- être fous les yeux.
A. B. C.
J'Ay des meres , dit -on , fans nombre :
Je prens l'Etre dans un lieu fombre ,
Où fe fait pourtant bien du bruit ,
Sur tout près ou pendant la nuit.
Je ne fçai pourquoi je me niche
Avec tant d'ardeur chez le Riches
Las ! en ſpectacle à tout venant ,
Je m'y vois réduire au néant.
Rend-il tribut à la Nature ?
Plus grande eſt ma déconfiture.
A plus d'un ufage le Roy
Me deftine & fe fert de moi ,
Chez lui mon plus bel appanage
Eft la torture & l'esclavage ,
Prenons en gré ce traitement ,
Puifqu'il me prolonge une vie ,
Qu'un
AVRIL. 739 1728.
Qu'un dur anéantiffement
M'auroit en moins de rien ravie.
Une Etrangere de renom ,
Afçû fe parer de mon nom :
4
De tout cacher eft coutumiere ;
Pour moi je mets tout en lumiere.
Cette coureufe , il s'en faut peu ,
Que je ne dife encor pis d'elle ,
Sert les Amans avec grand zele ,
Et moi je découvre leur jeu .
A tort pourtant je l'invective ,
Puifqu'elle s'eft fait une loy
De ne les point fervir fans moi.
Plus loin ne faut que je pourfuive ,
De me fçavoir , le Curieux
Me tient peut- être fous les yeux.
A. B. C.
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2395
p. 73-74
SPECIFIQUE infaillible qui allonge la vie de l'homme en abregeant les Maladies.
Début :
De tous les Manuscrits qu'on m'a envoyez, voicy [...]
Mots clefs :
Spécifique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECIFIQUE infaillible qui allonge la vie de l'homme en abregeant les Maladies.
SPECIFIQUE
infaillible qui allonge
la ruie de l'homme en
abrégéantlesMaladies.
De tous les Manuscrits
qu'onm'aenvoyez,
voicyceluy donc le Titre
est le plus interessant.
Faire vivre long-temps
&en bonne santé! Oliy,,
la promesse de cet homme-
là est tres-interessante.
Voyons ses preuves.
C'est une Listede Cure
étonnantes, miraculeu
ses Il a gueri non-seu
lement des hydropisie
formées; mais des ago
nies formées,
Je le crois sur sa pa
role; car je vois que c'est
un Empirique bas-Normand.
Plaçons vîte dan
mon Livre un Spécifique
si salutaire au genre humain,
mais non, j'aime
mieux vous donner une
Chanson,
infaillible qui allonge
la ruie de l'homme en
abrégéantlesMaladies.
De tous les Manuscrits
qu'onm'aenvoyez,
voicyceluy donc le Titre
est le plus interessant.
Faire vivre long-temps
&en bonne santé! Oliy,,
la promesse de cet homme-
là est tres-interessante.
Voyons ses preuves.
C'est une Listede Cure
étonnantes, miraculeu
ses Il a gueri non-seu
lement des hydropisie
formées; mais des ago
nies formées,
Je le crois sur sa pa
role; car je vois que c'est
un Empirique bas-Normand.
Plaçons vîte dan
mon Livre un Spécifique
si salutaire au genre humain,
mais non, j'aime
mieux vous donner une
Chanson,
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Résumé : SPECIFIQUE infaillible qui allonge la vie de l'homme en abregeant les Maladies.
Le manuscrit 'infaillible qui allonge la ruie de l'homme en abrégeant les Maladies' propose des guérisons miraculeuses, comme l'hydropisie. Son auteur, un Empirique bas-Normand, assure l'efficacité du remède. Cependant, l'auteur du texte hésite à l'inclure dans son livre, préférant offrir une chanson.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2396
p. 95-96
Livre nouveau.
Début :
Traduction en vers François, de l'Art Poëtique d' [...]
Mots clefs :
Horace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Livre nouveau.
Livre nouveau»
Traduction en vers
François, de l'Arc Poëtique
d'Horace, &c. Une
Dissertation sur les Auteurs
anciens & modernes,
& un Traité de la
Versification Françoise.
Gros volumein 12.
Ce Livre vaut bien là
peine qu'on en parle plus
au long dans le mois prochain
, se vend à Paris
Chez Guillaume 9 - Nicolas
Aubert, Quay des Augujlins9
du costé du Pont S. Michel,
àsaint Nicolas.LesLibraires
pourront s'addresser 4
l'Auteur mesme
,
vis à vis
le College de la Marche, rul
- de la Montagne sainte Gent.
vifve.
Traduction en vers
François, de l'Arc Poëtique
d'Horace, &c. Une
Dissertation sur les Auteurs
anciens & modernes,
& un Traité de la
Versification Françoise.
Gros volumein 12.
Ce Livre vaut bien là
peine qu'on en parle plus
au long dans le mois prochain
, se vend à Paris
Chez Guillaume 9 - Nicolas
Aubert, Quay des Augujlins9
du costé du Pont S. Michel,
àsaint Nicolas.LesLibraires
pourront s'addresser 4
l'Auteur mesme
,
vis à vis
le College de la Marche, rul
- de la Montagne sainte Gent.
vifve.
Fermer
Résumé : Livre nouveau.
Le livre « Livre nouveau » inclut des traductions en vers d'Horace et d'autres auteurs, une dissertation sur les auteurs anciens et modernes, et un traité sur la versification française. Disponible à Paris chez Guillaume et Nicolas Aubert, il peut être commandé par les libraires auprès de l'auteur, résidant près du Collège de la Marche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2397
p. 95-96
« Nous reprendrons cet article un autre endroit de ce Volume [...] »
Début :
Nous reprendrons cet article un autre endroit de ce Volume [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous reprendrons cet article un autre endroit de ce Volume [...] »
Nous reprendrons cet article
dans un autre endroit de
ce Volume ; en aitendanr
,
je
vous invice à lire la Relation
suivante que j'ay receuë d'Angers
,
ellein1a parudigne de
la cariofité & de l'attentionde
tout le monde.
dans un autre endroit de
ce Volume ; en aitendanr
,
je
vous invice à lire la Relation
suivante que j'ay receuë d'Angers
,
ellein1a parudigne de
la cariofité & de l'attentionde
tout le monde.
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2398
p. 94-96
Questions, [titre d'après la table]
Début :
Comme on m'a envoyé beaucoup de réponses aux questions [...]
Mots clefs :
Questions, Taille, Repas, Amour et haine
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texteReconnaissance textuelle : Questions, [titre d'après la table]
Comme on m'a envoyébeaucoup de réponfes aux queftions de ce
mois-ci , dont j'ai mis
les meilleures en un autre endroit de ce Mercure,j'ai crû qu'on m'en
envoyeroit encor pour
le mois prochain fur les
mêmes , que je redonne pour ce mois- ci ; non
par pareffe d'en trou
GALANT. 95· ༡༨
ver d'autres , ce n'eft
pas un grand travail :
mais parce qu'il faut au
moins deux mois pour
donner le loifir aux anonymes des Provinces de
les compoſer , & de les
·
envoyer.
Premiere Question.
Si l'on doit preferer
dans un repas les grands
verres aux petits.
96 MERCURE
Seconde question.
Si l'on peut haïr ce
qu'on a une fois bien aimé.
Troifiéme Question.
S'il eft plus avantageux à un homme dêtre d'une grande taille
que d'une petite
mois-ci , dont j'ai mis
les meilleures en un autre endroit de ce Mercure,j'ai crû qu'on m'en
envoyeroit encor pour
le mois prochain fur les
mêmes , que je redonne pour ce mois- ci ; non
par pareffe d'en trou
GALANT. 95· ༡༨
ver d'autres , ce n'eft
pas un grand travail :
mais parce qu'il faut au
moins deux mois pour
donner le loifir aux anonymes des Provinces de
les compoſer , & de les
·
envoyer.
Premiere Question.
Si l'on doit preferer
dans un repas les grands
verres aux petits.
96 MERCURE
Seconde question.
Si l'on peut haïr ce
qu'on a une fois bien aimé.
Troifiéme Question.
S'il eft plus avantageux à un homme dêtre d'une grande taille
que d'une petite
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Résumé : Questions, [titre d'après la table]
Le texte discute des réponses reçues pour des questions publiées dans 'Mercure'. Les meilleures réponses sont compilées dans la même publication. L'auteur réitère les questions pour le mois suivant, notant que le processus prend au moins deux mois pour permettre aux provinciaux anonymes de répondre. Les questions concernent les verres lors des repas, la haine après l'amour et les avantages de la taille d'un homme.
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2399
p. 2420-2421
LOGOGRIPHE.
Début :
Je ne suis composé que de cinq pieds divers ; [...]
Mots clefs :
Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIPHE.
E ne fuis compofé que de cinq pieds divers ;
Rarement on m'employe à terminer des Vers.
Sans me rien retrancher , faites mon Anagrame
Dans un Livre facré vous trouverez mon nom ;
Vous verrez que d'un Roi j'aurois été la femine,
Si mon Pere jaloux d'une belle action .
N'eut pas retracté fa parole ,
Et d'un heureux Vainqueur rendu l'eſpoir frivole.
Coupez mon col , mettez à la fin mon milieu ,
Là , Moïfe jadis converfoit avec Dieu.
Alors en renverfant mes deux lettres dernieres ,
C'eft le nom d'une Ville & de quatre Rivieres ,
Qu'on trouve en des Climats divers.
Sans
NOVEMBRE. 1730. 2421
Sans mon milieu , pour chef ma penultiéme ,
J'ai fous mes loix rangé tout l'Univers.
Retranchant toujours la troifiéme ,
Pour chef mon col , laiffant les dernieres de même,
Je ne fuis pas fort agréable à voir ;
Pour Laquais cependant on ſe plaît à m'avoir.
Encore fans milieu , pour col l'avant -derniere ,
Souvent de plus d'une Bergere
Je fers le tendre amour , j'écoute les ferments ,
Et me trouve chargé du nom de fes Amans .
Rien que ma pénultiéme unie avec ma tête
O ! combien de Mortels chériffent ma conquête
Et pour me poffeder fe donnent des tourmens.
Mon col , ma pénultiéme étant après ma queuë ,
L'on fait fur moi tous les jours mainte lieuë ,
Quoique je fois fertile en triftes accidens,
Enfin en me donnant une tête nouvelle ,
Qu'on n'exprime pas en parlant ,
Je deviens un amuſement
Qu'a fait prefqu'oublier un autre moins fçavant
Dont s'occupe plus d'une Belle ,
Ou peut -être , Lecteur , tu perds bien de l'argent,
E ne fuis compofé que de cinq pieds divers ;
Rarement on m'employe à terminer des Vers.
Sans me rien retrancher , faites mon Anagrame
Dans un Livre facré vous trouverez mon nom ;
Vous verrez que d'un Roi j'aurois été la femine,
Si mon Pere jaloux d'une belle action .
N'eut pas retracté fa parole ,
Et d'un heureux Vainqueur rendu l'eſpoir frivole.
Coupez mon col , mettez à la fin mon milieu ,
Là , Moïfe jadis converfoit avec Dieu.
Alors en renverfant mes deux lettres dernieres ,
C'eft le nom d'une Ville & de quatre Rivieres ,
Qu'on trouve en des Climats divers.
Sans
NOVEMBRE. 1730. 2421
Sans mon milieu , pour chef ma penultiéme ,
J'ai fous mes loix rangé tout l'Univers.
Retranchant toujours la troifiéme ,
Pour chef mon col , laiffant les dernieres de même,
Je ne fuis pas fort agréable à voir ;
Pour Laquais cependant on ſe plaît à m'avoir.
Encore fans milieu , pour col l'avant -derniere ,
Souvent de plus d'une Bergere
Je fers le tendre amour , j'écoute les ferments ,
Et me trouve chargé du nom de fes Amans .
Rien que ma pénultiéme unie avec ma tête
O ! combien de Mortels chériffent ma conquête
Et pour me poffeder fe donnent des tourmens.
Mon col , ma pénultiéme étant après ma queuë ,
L'on fait fur moi tous les jours mainte lieuë ,
Quoique je fois fertile en triftes accidens,
Enfin en me donnant une tête nouvelle ,
Qu'on n'exprime pas en parlant ,
Je deviens un amuſement
Qu'a fait prefqu'oublier un autre moins fçavant
Dont s'occupe plus d'une Belle ,
Ou peut -être , Lecteur , tu perds bien de l'argent,
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2400
p. 95-96
Promotion de Cardinaux.
Début :
On a appris par un Courrier extraordinaire que le 30. Janvier [...]
Mots clefs :
Courrier extraordinaire, Pape, Archevêque, Parlement
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texteReconnaissance textuelle : Promotion de Cardinaux.
Promotion de Cardinaux•
On a appris par un Cou-.a-'
rier extraordinaire que le
30. Janvier le Pape avoit
tenu Consistoire ; où il
avoit déclaré Cardinaux
l'AbbédePolignac Auditeur
de Roce : le Sieur
Arias Archevesque de Seville
: le Sieur ErbaOdescalchi
Archevesquede Milan,
& le Sieur Sala Evesque
de Barcelone. SaSaintetéen
a reservé un autre
inpetto, & n'a pas rempli
les deux autres places vacances.
-
Le Duc de Sully connu
cy-devant fous le nom de
Chevalier de Sully, pritf
séance au Parlement en
qualité de Duc & Pair de
France.
On a appris par un Cou-.a-'
rier extraordinaire que le
30. Janvier le Pape avoit
tenu Consistoire ; où il
avoit déclaré Cardinaux
l'AbbédePolignac Auditeur
de Roce : le Sieur
Arias Archevesque de Seville
: le Sieur ErbaOdescalchi
Archevesquede Milan,
& le Sieur Sala Evesque
de Barcelone. SaSaintetéen
a reservé un autre
inpetto, & n'a pas rempli
les deux autres places vacances.
-
Le Duc de Sully connu
cy-devant fous le nom de
Chevalier de Sully, pritf
séance au Parlement en
qualité de Duc & Pair de
France.
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Résumé : Promotion de Cardinaux.
Le 30 janvier, le Pape a promu plusieurs ecclésiastiques au rang de cardinal, dont l'Abbé de Polignac, l'Archevêque de Séville, l'Archevêque de Milan et l'Évêque de Barcelone. Il a réservé une promotion et laissé deux places vacantes. Le Duc de Sully a pris séance au Parlement en tant que Duc et Pair de France.
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