Résultats : 21757 texte(s)
Détail
Liste
2301
p. 92-93
MADRIGAL NOUVEAU à une femme jalouse.
Début :
Surmontez les transports de cette jalousie, [...]
Mots clefs :
Jalousie, Femme jalouse, Amabilité, Amour, Madrigal, Surmonter la jalousie
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL NOUVEAU à une femme jalouse.
MADRIGAL NOUVEAU
à une femme jalouse.
SUrmontez les transports
de cettejalouseie,
Les chagrins & l'emportement
Ne ramenent point un
amantL'implacable Junon, la
terrib le Mede'e,
En proye aux mouvemens
,;,; i
jaloux,
Dont vous êtes si possedée,
Ont fait trembler, frémir
leurs amans, leurs
époux,
Lisez de leurs fureurs l'histoire déplorable;
Lisez-la pour en profiter.
L'une s'est fait haïr, &,
-
l'autre redouter,
Mais pour se faire aimer
il faut se rendre aimable.
à une femme jalouse.
SUrmontez les transports
de cettejalouseie,
Les chagrins & l'emportement
Ne ramenent point un
amantL'implacable Junon, la
terrib le Mede'e,
En proye aux mouvemens
,;,; i
jaloux,
Dont vous êtes si possedée,
Ont fait trembler, frémir
leurs amans, leurs
époux,
Lisez de leurs fureurs l'histoire déplorable;
Lisez-la pour en profiter.
L'une s'est fait haïr, &,
-
l'autre redouter,
Mais pour se faire aimer
il faut se rendre aimable.
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2302
p. 92-93
Extrait d'une Lettre du Cardinal de la Tremoüille, en date du 30. Janvier.
Début :
Nous ne sçavons encore rien de positif des desseins de l'Empereur [...]
Mots clefs :
Empereur
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre du Cardinal de la Tremoüille, en date du 30. Janvier.
Extraitd'une Lettre du Cardinalde
la Trempüillc, en
date du 30. Janvier.
Nousni fçdTjom tgeorerien
de positifdescfjjeiriide l'Empereusparrapport
aux Turcs. Le
Comte de Gdllds son Imbaffadeur
en cette Courfit demander
Mercredy dernierune Àudknce
extraordinaire 4 Sa SaintetéIl
l'eût lelendemain„ &sortitfort
tard. Le bruit s'est répandu -depuis
ce jour-là que ce Àdinijlre a
donné des nouvelles 'assurances à
$4•Sainteté de l'intention ou
lEmpereurIon Malin:si trotive
de decUrer bien-tofl UguerreA
ces infidelles Je nay point eu
lehonneur depuis quelques jours
de parler au Pape, j'ignore,en.
core U vérité de ce quis'est pajje
dans cette Audience sur ce;fu0,
&jedoutefort encore que tout
ce qu'on a dit, foit bien certain.
M. le Car.di.
la Trempüillc, en
date du 30. Janvier.
Nousni fçdTjom tgeorerien
de positifdescfjjeiriide l'Empereusparrapport
aux Turcs. Le
Comte de Gdllds son Imbaffadeur
en cette Courfit demander
Mercredy dernierune Àudknce
extraordinaire 4 Sa SaintetéIl
l'eût lelendemain„ &sortitfort
tard. Le bruit s'est répandu -depuis
ce jour-là que ce Àdinijlre a
donné des nouvelles 'assurances à
$4•Sainteté de l'intention ou
lEmpereurIon Malin:si trotive
de decUrer bien-tofl UguerreA
ces infidelles Je nay point eu
lehonneur depuis quelques jours
de parler au Pape, j'ignore,en.
core U vérité de ce quis'est pajje
dans cette Audience sur ce;fu0,
&jedoutefort encore que tout
ce qu'on a dit, foit bien certain.
M. le Car.di.
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2303
p. 298-299
DEUXIÈME ENIGME.
Début :
Produit par la Justice & la magnificence, [...]
Mots clefs :
Prix
2304
p. 2423-2424
LOGOGRYPHE.
Début :
D'une Ville je suis le nom. [...]
Mots clefs :
Melun
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPHE.
D 'Une Ville je suis le nom.
Partagez- moi de plus d'une maniere ,
Vous trouverés un Article , un Pronom ,
Un Astre et ce qui peut obscurcir sa lumiere.
Un Adverbe marquant la prohibition ;
Plus une Préposition ,
Un mot qui pris d'un sens, désigne une monture,
Et pris de l'autre , une chaussure.
Un de ceux qui seront au jour du Jugement
A la droite du Tout- Puissant ;
Plus , ce qui des Oiseaux fait tomber le plumage;
Et cesser le ramage ;
Enfin un Saint , Evêque de Bayeux.
Dc
2424 MERCURE DE FRANCE
De peur de me rendre ennuyeux
Je n'en dirai pas davantage.
P. M. Avocat au Parlement.
D 'Une Ville je suis le nom.
Partagez- moi de plus d'une maniere ,
Vous trouverés un Article , un Pronom ,
Un Astre et ce qui peut obscurcir sa lumiere.
Un Adverbe marquant la prohibition ;
Plus une Préposition ,
Un mot qui pris d'un sens, désigne une monture,
Et pris de l'autre , une chaussure.
Un de ceux qui seront au jour du Jugement
A la droite du Tout- Puissant ;
Plus , ce qui des Oiseaux fait tomber le plumage;
Et cesser le ramage ;
Enfin un Saint , Evêque de Bayeux.
Dc
2424 MERCURE DE FRANCE
De peur de me rendre ennuyeux
Je n'en dirai pas davantage.
P. M. Avocat au Parlement.
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2305
p. 1991-1992
« MEMOIRES D'ARTILLERIE, recüeillis par M. Surirey de S. Remy, Lieutenant [...] »
Début :
MEMOIRES D'ARTILLERIE, recüeillis par M. Surirey de S. Remy, Lieutenant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MEMOIRES D'ARTILLERIE, recüeillis par M. Surirey de S. Remy, Lieutenant [...] »
MEMOIRES D'ARTILLERIE ,
recüeillis
1992 MERCURE DE FRANCE
cüeillis par M. Surirey de S. Remy , Lieutenant
du Grand - Maître de l'Artillerie
de France : Ouvrage enrichi de plus de
200. Planches en Taille- douce . Deuxième
Edition augmentée. A Paris , ruë S. Jacchez
Gab. Martin. 2. vol . in-4. prix
ques
40% livres
.
SUITE des Memoires & Avantures
'd'un homme de qualité qui s'eft retiré
du monde. Chez le même . 2. vol . in- 1 z.
3. livres.
OEUVRES de M. Jean de la Chapelle,
de l'Académie Françoife , contenant les
Amours de Catulle , fes Pieces de Théatre
& Difcours Académiques . Chez le
même. 2. vol . in - 12 . 5. livres .
NOUVEAU RECUEIL d'Ouvrages
'de M. de S. Evremont. Idem in- 12 .
35. fols.
recüeillis
1992 MERCURE DE FRANCE
cüeillis par M. Surirey de S. Remy , Lieutenant
du Grand - Maître de l'Artillerie
de France : Ouvrage enrichi de plus de
200. Planches en Taille- douce . Deuxième
Edition augmentée. A Paris , ruë S. Jacchez
Gab. Martin. 2. vol . in-4. prix
ques
40% livres
.
SUITE des Memoires & Avantures
'd'un homme de qualité qui s'eft retiré
du monde. Chez le même . 2. vol . in- 1 z.
3. livres.
OEUVRES de M. Jean de la Chapelle,
de l'Académie Françoife , contenant les
Amours de Catulle , fes Pieces de Théatre
& Difcours Académiques . Chez le
même. 2. vol . in - 12 . 5. livres .
NOUVEAU RECUEIL d'Ouvrages
'de M. de S. Evremont. Idem in- 12 .
35. fols.
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Résumé : « MEMOIRES D'ARTILLERIE, recüeillis par M. Surirey de S. Remy, Lieutenant [...] »
Le document liste plusieurs publications. Les 'Mémoires d'Artillerie' de M. Surirey de Saint-Remy sont disponibles en deux volumes in-4 au prix de 40 livres. La 'Suite des Mémoires & Aventures d'un homme de qualité' est publiée en deux volumes in-12 à 3 livres. Les 'Œuvres de M. Jean de la Chapelle' incluent des poèmes et des pièces de théâtre, en deux volumes in-12 à 5 livres. Le 'Nouveau Recueil d'Ouvrages de M. de Saint-Évremont' contient 35 feuilles en in-12. Toutes ces publications sont vendues chez Gab. Martin, rue Saint-Jacques.
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2306
p. 93-94
Mr l'Archevêque d'Alby, nommé pour remplir la place qu'occupoit à l'Academie Françoise, feu Mr l'Evêque de Nismes. [titre d'après la table]
Début :
Je dosi ajoûter icy, en vous parlant du dernier Ouvrage du [...]
Mots clefs :
Evêque d'Alby, Académie française, Nomination
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texteReconnaissance textuelle : Mr l'Archevêque d'Alby, nommé pour remplir la place qu'occupoit à l'Academie Françoise, feu Mr l'Evêque de Nismes. [titre d'après la table]
Je dois ajoûter icy , envous
parlant du dernier Ouvrage du
Prelat qui en eft l'Auteur ,
Mrl'Evefque d'Alby vient d'êstre nommé pour remplir la
place qu'il occupoit à l'Academie Françoife. J'aurois beaucoup de chofes à vous en dire;
mais je remets à vous en parler
94 MERCURE
lorfqu'il fera reçû dans cet ilJuftre & fçavant Corps , puif
que felon l'ufage , fon Elogey
fera prononcé publiquement,
ce qui me fournira des moyens
plus feurs de vous apprendre
avec plus de certitude toutes
les grandes qualitez , & tous
les grands talens qui le font
admirer & eftimer.
parlant du dernier Ouvrage du
Prelat qui en eft l'Auteur ,
Mrl'Evefque d'Alby vient d'êstre nommé pour remplir la
place qu'il occupoit à l'Academie Françoife. J'aurois beaucoup de chofes à vous en dire;
mais je remets à vous en parler
94 MERCURE
lorfqu'il fera reçû dans cet ilJuftre & fçavant Corps , puif
que felon l'ufage , fon Elogey
fera prononcé publiquement,
ce qui me fournira des moyens
plus feurs de vous apprendre
avec plus de certitude toutes
les grandes qualitez , & tous
les grands talens qui le font
admirer & eftimer.
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Résumé : Mr l'Archevêque d'Alby, nommé pour remplir la place qu'occupoit à l'Academie Françoise, feu Mr l'Evêque de Nismes. [titre d'après la table]
L'Évêque d'Alby est nommé pour succéder à un prélat décédé à l'Académie Française. L'auteur préfère attendre la réception officielle de l'Évêque pour détailler ses qualités et talents lors de l'éloge public.
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2307
p. 85-86
AUTRE explication de la premiere Enigme. Par un Gascon.
Début :
Le premier jour de l'An, est l'aîné de ses freres, [...]
Mots clefs :
Avare
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE explication de la premiere Enigme. Par un Gascon.
AVTRE exp'ication de la premiere
Enigme. Pasr un Gascqn.
LE premier jour de l'An, est l'aîné de ses
freres,
Il est plus desiré des enfans que des peres •
Et l'avare le haït avec juste raison ,
Pour lui , le mot d'étrenne est un fâcheux
lanfeage, Ainfi
té MERCURE DE FRANCE.
Ainsi mon oncle riche, avare & vieux garçon,
.Quand je .vais en ce jour le voir selon fusage.
Me dit pour m'jétrenner , mon neveu soyez
sage:
.Cadedis , est.ce là contenter un Gascon f
Par M. A. *.**
Enigme. Pasr un Gascqn.
LE premier jour de l'An, est l'aîné de ses
freres,
Il est plus desiré des enfans que des peres •
Et l'avare le haït avec juste raison ,
Pour lui , le mot d'étrenne est un fâcheux
lanfeage, Ainfi
té MERCURE DE FRANCE.
Ainsi mon oncle riche, avare & vieux garçon,
.Quand je .vais en ce jour le voir selon fusage.
Me dit pour m'jétrenner , mon neveu soyez
sage:
.Cadedis , est.ce là contenter un Gascon f
Par M. A. *.**
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2308
p. 507-508
PREMIERE ENIGME.
Début :
Je suis d'une, de deux, même de trois couleurs, [...]
Mots clefs :
Rose
2309
p. 91-93
CHANSON.
Début :
Tircis enchanté des beaux yeux [...]
Mots clefs :
Ardeur , Amour, Mourir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON,
Tircis enchanté des beauxyeux
De fa Climene qu'il adore ,
J'aime luy dit- il, beaucoup mieux
Mourir pour vous que foupirer
encore.
259) 27003) THOTID VRGNU
La belle qui fentoir pour luy
L'ardeur qu'il ressentoit pour elle,
Si tu meurs, dit elle , aujourd'huy - dit- elle,
Que je fois donc ta compagne
fidele
Attens mon Berger,attens moy,
Et connois mon amour extrême ;
Hij
92 MERCURE
Je ne sçaurois vivre fans toy ,
On meurt heureux avec ce que
l'on aime.
Leurs yeux de venus languif-
•fants
NOOKND
Augmentent l'ardeur de leur flå.
me ,
L'amour anime tous leurs fens
Et de plaifir l'un & l'autre fe
pâme.
Heureufe mort ! plaifirs charmants
)
Dit en refufcitant la belle ,
Vous deviez durer plus longtemps
CALANT. 93
Voftre douceur devout eftre éter-
ZEWITSE¶nelle
. A
Helas reprit , en foupirant,
Tircis à celle qu'il adore
Vivons pluftoft à chaque inſtant ,
Et ne vivons que pour mourir
Tircis enchanté des beauxyeux
De fa Climene qu'il adore ,
J'aime luy dit- il, beaucoup mieux
Mourir pour vous que foupirer
encore.
259) 27003) THOTID VRGNU
La belle qui fentoir pour luy
L'ardeur qu'il ressentoit pour elle,
Si tu meurs, dit elle , aujourd'huy - dit- elle,
Que je fois donc ta compagne
fidele
Attens mon Berger,attens moy,
Et connois mon amour extrême ;
Hij
92 MERCURE
Je ne sçaurois vivre fans toy ,
On meurt heureux avec ce que
l'on aime.
Leurs yeux de venus languif-
•fants
NOOKND
Augmentent l'ardeur de leur flå.
me ,
L'amour anime tous leurs fens
Et de plaifir l'un & l'autre fe
pâme.
Heureufe mort ! plaifirs charmants
)
Dit en refufcitant la belle ,
Vous deviez durer plus longtemps
CALANT. 93
Voftre douceur devout eftre éter-
ZEWITSE¶nelle
. A
Helas reprit , en foupirant,
Tircis à celle qu'il adore
Vivons pluftoft à chaque inſtant ,
Et ne vivons que pour mourir
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2310
p. 93-95
Lettre de l'Isle du 11. Juin 1712.
Début :
Il est trés-certain que l'Evêque de Bristol a signifié [...]
Mots clefs :
Lisle, Siège, Bataillons, Canoniers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de l'Isle du 11. Juin 1712.
Listure de l'Ile du 11. fuim
Ileft trés- certain que
l'Evêque de Briſtol a ſigni,
fiéaux Ambaffadeurs alliez,
quela Reine fouhaitoit fai,
re la paix avec le Roy , &
que Meffieurs les Hautes
Puiffances pouvoiententre
tenir à leurs propres frais les
94 MERCURE
troupes qui étoient à leurs
communes foldes. L'on at
tend aujourd'hui Meffieurs
Hop & Vveleres pour ac
commoder cette affaire.
Les Etats Generaux ont
convoqué une affemblée ,
où fe trouveront deux deputez de chaque de leurs
Provinces , pour voir le parti qu'ils avoient à prendre
dans cette occurrence de
temps.
*
omp
Le fiege du Quefnoy fe
fera par provifion : ce fera
Mule Baron de Fagel qui
lecommençera, c'eft le me
GALANT 95
e
me qui a pris Bouchain. Si
cette petite place ne fe défend point bien , ce ne fera
point faute de troupes ; il
y a dix bataillons , un regi-
: mentde dragons , une compagnie de canoniers , une
demineurs, & unefranche.
On ne fçait point comment
cette place peut contenir
tant de monde. M. le Prince Eugene doit aller faire
un tour à la Haye.
Ileft trés- certain que
l'Evêque de Briſtol a ſigni,
fiéaux Ambaffadeurs alliez,
quela Reine fouhaitoit fai,
re la paix avec le Roy , &
que Meffieurs les Hautes
Puiffances pouvoiententre
tenir à leurs propres frais les
94 MERCURE
troupes qui étoient à leurs
communes foldes. L'on at
tend aujourd'hui Meffieurs
Hop & Vveleres pour ac
commoder cette affaire.
Les Etats Generaux ont
convoqué une affemblée ,
où fe trouveront deux deputez de chaque de leurs
Provinces , pour voir le parti qu'ils avoient à prendre
dans cette occurrence de
temps.
*
omp
Le fiege du Quefnoy fe
fera par provifion : ce fera
Mule Baron de Fagel qui
lecommençera, c'eft le me
GALANT 95
e
me qui a pris Bouchain. Si
cette petite place ne fe défend point bien , ce ne fera
point faute de troupes ; il
y a dix bataillons , un regi-
: mentde dragons , une compagnie de canoniers , une
demineurs, & unefranche.
On ne fçait point comment
cette place peut contenir
tant de monde. M. le Prince Eugene doit aller faire
un tour à la Haye.
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Résumé : Lettre de l'Isle du 11. Juin 1712.
Le texte décrit plusieurs événements politiques et militaires. L'évêque de Bristol a informé les ambassadeurs alliés que la reine souhaite négocier la paix avec le roi et que les Hautes Puissances peuvent financer les troupes sur leurs territoires communs. Les États Généraux ont convoqué une assemblée avec deux députés par province pour discuter de la situation actuelle. Le baron de Fagel dirigera le siège du Quesnoy, une place forte bien défendue avec dix bataillons, un régiment de dragons, une compagnie de canonniers, des démineurs et une franche. Le prince Eugène doit se rendre à La Haye.
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2311
p. 2417-2419
ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU.
Début :
Approchez, Enfans de la Lyre ; [...]
Mots clefs :
Naissance, Duc d'Anjou, Roi, Monarque, France, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU.
ODE
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU
APprochez , Enfans de la Lyre ;
Uniffez vos fons à mon chant :
Un Dieu redoutable m'infpire
D'annoncer un Héros naiffant.
Lucine à qui la France eſt chere ,
Au préfent qu'elle vient de faire
Ajoute de nouveaux bienfaits.
Оные
2418 MERCURE DE FRANCE
Que l'Anjou treffaille de joye ;
Un Prince que le Ciel envoye
Comble en ce jour tous les fouhairs
Agde qu'on vit fi plein de zele
Pour le premier né de LOUIS ,
Que ton ardeur ſe renouvelle
A l'afpect de fon fecond fils.
L'un précieux fruit de nos larmes
Vint au plus fort de nos allarmes
Calmer notre jufte frayeur.
Digne objet de notre tendreffe ,
Celui- ci naît dans l'allegreffe
Pour confirmer notre bonheur.
Pour le Monarque , pour le Trône ,
Qu'avons-nous à craindre aujourd'hui a
De fon Sceptre , de ſa Couronne
Les Dieux font eux - mêmes l'appui.
C'est par leur faveur falutaire
Que LOUIS eft devenu pere
Du Dauphin , l'objet de nos voeux
Si fon augufte Race augmente ,
Peuple , c'eft à leur main paillante
Que tu dois ce fæccès heureur.
Grand Dieu , ce que ta main commence ;
Elle feule peut l'achever ;
Tu
NOVEMBRE. 1730. 2419
Tu donnes des Rois à la France ;
C'eft à toi de les conferver.
Fais croître ces Enfans aimables
Qui fur des Peuples redoutables
Feront un jour regner tes Loix :
Et dès leur plus tendre jeuneffe
Infpire -leur cette fageffe
Qui feule forme les grands Rois.
L'Abbé L.. d'Agde:
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU
APprochez , Enfans de la Lyre ;
Uniffez vos fons à mon chant :
Un Dieu redoutable m'infpire
D'annoncer un Héros naiffant.
Lucine à qui la France eſt chere ,
Au préfent qu'elle vient de faire
Ajoute de nouveaux bienfaits.
Оные
2418 MERCURE DE FRANCE
Que l'Anjou treffaille de joye ;
Un Prince que le Ciel envoye
Comble en ce jour tous les fouhairs
Agde qu'on vit fi plein de zele
Pour le premier né de LOUIS ,
Que ton ardeur ſe renouvelle
A l'afpect de fon fecond fils.
L'un précieux fruit de nos larmes
Vint au plus fort de nos allarmes
Calmer notre jufte frayeur.
Digne objet de notre tendreffe ,
Celui- ci naît dans l'allegreffe
Pour confirmer notre bonheur.
Pour le Monarque , pour le Trône ,
Qu'avons-nous à craindre aujourd'hui a
De fon Sceptre , de ſa Couronne
Les Dieux font eux - mêmes l'appui.
C'est par leur faveur falutaire
Que LOUIS eft devenu pere
Du Dauphin , l'objet de nos voeux
Si fon augufte Race augmente ,
Peuple , c'eft à leur main paillante
Que tu dois ce fæccès heureur.
Grand Dieu , ce que ta main commence ;
Elle feule peut l'achever ;
Tu
NOVEMBRE. 1730. 2419
Tu donnes des Rois à la France ;
C'eft à toi de les conferver.
Fais croître ces Enfans aimables
Qui fur des Peuples redoutables
Feront un jour regner tes Loix :
Et dès leur plus tendre jeuneffe
Infpire -leur cette fageffe
Qui feule forme les grands Rois.
L'Abbé L.. d'Agde:
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Résumé : ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU.
L'ode célèbre la naissance du Duc d'Anjou, fils du roi Louis, en novembre 1730. L'auteur, l'abbé d'Agde, invite les poètes à proclamer cet événement joyeux. La France est bénie par cette naissance, qui apporte joie et sécurité. Le Duc d'Anjou est décrit comme un prince céleste destiné à combler les désirs et apaiser les craintes. Sa venue est perçue comme un signe de bonheur et de continuité pour le trône. Les dieux sont appelés à protéger et guider le jeune prince, afin qu'il devienne un roi sage et redoutable, capable de régner sur la France et de faire respecter les lois divines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2312
p. 99-101
LETTRE ECRITE PAR le Barcalon, ou Ministre du Roy de Siam, à Messieurs les Directeurs Genéraux de la Compagnie du Commerce des Indes Orientales.
Début :
Lettre de Chao Peja Ferry Terrama Bacha Chady Amatraja, Mehittra, [...]
Mots clefs :
Barcalon, Compagnie du commerce des Indes orientales, Directeurs généraux, France, Maître, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE ECRITE PAR le Barcalon, ou Ministre du Roy de Siam, à Messieurs les Directeurs Genéraux de la Compagnie du Commerce des Indes Orientales.
LETTRE ECRITE PAR
le Barcalon , ou Miniſtre du
Roy de Siam , à Meſſieurs les
Directeurs Genéraux de la
Compagnie du Commerce des
Indes Orientales .
Ettre de Chao Peja Ferry
LTeTrerrarammaa Bacha Chady
Amatraja, Mehittra , Pipittra,
I ij
100 MERCURE
Rathana, Rat, Couffa , Tidody,
Apaja , Pery, Bora , Cromma,
Pahoué , qu'il envoye en figne
d'amitié fincere à Ms les Directeurs
Genéraux de la Royale
Compagnie de France. D'autant
que le Roy mon Maiſtre envoye
Jes Ambassadeurs , afin de porter
fes Royales Lettres , & Préfens,
à la Haute &Royale Majesté
du Grand Roy de France , afin
que leurs Alliances fi excellentes
avantageuses puiffent estre
éternelles. Or comme les Ambaf-
Sadeurs Serviteurs du Roy
mon Maiſtre font un cheminfort
long, fi lesdits Ambaſſadeurs ont
GALANT. IOI
beſoin de quelque chose , ou- bien
fi le Pere Gayme & Emmanuel
Ficards vont le demander à la
Compagnie , je prie ladite Compagnie
d'enfaire un Compte clair
net ,&de l'envoyer icy, afin
que jefatisfaſſe à tout ce qu'ils
ont reçûde la CompagnieRoyale,
de plus , si la Compagnie Royale
defire quelque chose de ceRoyau
me, je la prie de nous lefaire
fçavoir avec toute la clartépof
fible.....
le Barcalon , ou Miniſtre du
Roy de Siam , à Meſſieurs les
Directeurs Genéraux de la
Compagnie du Commerce des
Indes Orientales .
Ettre de Chao Peja Ferry
LTeTrerrarammaa Bacha Chady
Amatraja, Mehittra , Pipittra,
I ij
100 MERCURE
Rathana, Rat, Couffa , Tidody,
Apaja , Pery, Bora , Cromma,
Pahoué , qu'il envoye en figne
d'amitié fincere à Ms les Directeurs
Genéraux de la Royale
Compagnie de France. D'autant
que le Roy mon Maiſtre envoye
Jes Ambassadeurs , afin de porter
fes Royales Lettres , & Préfens,
à la Haute &Royale Majesté
du Grand Roy de France , afin
que leurs Alliances fi excellentes
avantageuses puiffent estre
éternelles. Or comme les Ambaf-
Sadeurs Serviteurs du Roy
mon Maiſtre font un cheminfort
long, fi lesdits Ambaſſadeurs ont
GALANT. IOI
beſoin de quelque chose , ou- bien
fi le Pere Gayme & Emmanuel
Ficards vont le demander à la
Compagnie , je prie ladite Compagnie
d'enfaire un Compte clair
net ,&de l'envoyer icy, afin
que jefatisfaſſe à tout ce qu'ils
ont reçûde la CompagnieRoyale,
de plus , si la Compagnie Royale
defire quelque chose de ceRoyau
me, je la prie de nous lefaire
fçavoir avec toute la clartépof
fible.....
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Résumé : LETTRE ECRITE PAR le Barcalon, ou Ministre du Roy de Siam, à Messieurs les Directeurs Genéraux de la Compagnie du Commerce des Indes Orientales.
Le Barcalon, Chao Peja Ferry, ministre du roi de Siam, écrit aux Directeurs Généraux de la Compagnie du Commerce des Indes Orientales pour exprimer son amitié. Il annonce l'envoi d'ambassadeurs en France, porteurs de lettres royales et de présents pour le roi de France, afin de créer des alliances durables et bénéfiques entre les deux nations. La lettre souligne les besoins des ambassadeurs durant leur voyage et demande à la Compagnie de fournir un compte détaillé des dépenses. Le Barcalon invite également la Compagnie à formuler toute demande auprès du roi de Siam, insistant sur la nécessité de clarté dans les communications.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2313
p. 92-94
Réponse à la Critique d'un Distique de Santeüil qui a paru dans le Mercure de Septembre. [titre d'après la table]
Début :
Dans le Mercure de Septembre M. D. L. S. a fort [...]
Mots clefs :
Poète, Portrait du roi
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texteReconnaissance textuelle : Réponse à la Critique d'un Distique de Santeüil qui a paru dans le Mercure de Septembre. [titre d'après la table]
Dans le Mercure de Septembre
M. D. L. 5. a fort
bien critiqué le vicit & le
consisas de l'hexametre du
Distique qui est nlis[ous
le Portrait du Roy,à cause
de l'impropriété& du barbarisme
de ces mots mais
je m'étonnequ'iln'aie rien
repris dans le pentametre,
qui est encore plusvicieux,
parce qu'il est sans cesure,
& qu'il y manque une longue,
à cause de l'ecthlipsis
quis'y rencontre. D'ailleurs
qu'il n'ait pas jugé que ces
vers ne pouvoient pasêtre
deSanteüil, mais de quelque
Poëte dupays du Nord,
qui sçait malles réglés de liPoësie Latine, & scande
les pentametres par des anapestes.
Pour rendre sa pensée
toute entiere, il faloit
donc dire;
Stravit inaccessisstructas in
ntPibusarCsS ;
Quiàni ? hic per Rhenum fie
fibifecit iter.
Sic, àcause du fort de
Tholhuys, duqm uel le canon
faisoit grand feu, comme
de la forteresse qui est dans
l'estampe en eloignement.
M. D. L. 5. a fort
bien critiqué le vicit & le
consisas de l'hexametre du
Distique qui est nlis[ous
le Portrait du Roy,à cause
de l'impropriété& du barbarisme
de ces mots mais
je m'étonnequ'iln'aie rien
repris dans le pentametre,
qui est encore plusvicieux,
parce qu'il est sans cesure,
& qu'il y manque une longue,
à cause de l'ecthlipsis
quis'y rencontre. D'ailleurs
qu'il n'ait pas jugé que ces
vers ne pouvoient pasêtre
deSanteüil, mais de quelque
Poëte dupays du Nord,
qui sçait malles réglés de liPoësie Latine, & scande
les pentametres par des anapestes.
Pour rendre sa pensée
toute entiere, il faloit
donc dire;
Stravit inaccessisstructas in
ntPibusarCsS ;
Quiàni ? hic per Rhenum fie
fibifecit iter.
Sic, àcause du fort de
Tholhuys, duqm uel le canon
faisoit grand feu, comme
de la forteresse qui est dans
l'estampe en eloignement.
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Résumé : Réponse à la Critique d'un Distique de Santeüil qui a paru dans le Mercure de Septembre. [titre d'après la table]
Le texte critique le poème 'Portrait du Roy' pour ses fautes métriques et stylistiques. L'auteur reproche à M. D. L. de ne pas avoir signalé les défauts du pentamètre, comme l'absence de césure et de syllabe longue due à une ecthlipsis. Il suggère que l'auteur pourrait être un poète du Nord ignorant les règles latines. Une version corrigée des vers est proposée, en référence au fort de Tholhuys et à une estampe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2314
p. 92-95
ENIGME.
Début :
Quand de substance humaine on m'a formé le corps, [...]
Mots clefs :
Chandelle
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENI G M E.
Quand de fitbjtance
humaine on m'a forméle
corps,
On dit que les sorciers
avec moy sont bien
forts.
Le
Lougarotu
fait m'a
presence:
Le Filourdy fait mon essence:
Car sansluy mon corps
abatH
-
N'auroit pas la haute
vertu,
Quifait qu'avec refpeét
par fois on me contemple.
sefuisfimelle au Bal, (7 jefuismâleauTemple.
Véconome m'enferme un
temps danssa maifort,
Et me donne la vie en motant de prison.
Tant que je suis on me
mutile,
Excepté quandjesers lit,
Ville.
Lateste chaude& lepied
froid,
Jesuis chausséfort à Tetroit
Et lors qu'on me p-romène
avec mes camarades
, Le timide Bourgeois a de
tristesaubades
Mais il ritbienaussi
9 dans l'endroitoù nous pent.
Celuy qrù nousmonte, &
descend
Là nous mouronsfouvent
de ce derniersuplice ,
Pouravoir aupublicrendu
trop deservice.
Quand de fitbjtance
humaine on m'a forméle
corps,
On dit que les sorciers
avec moy sont bien
forts.
Le
Lougarotu
fait m'a
presence:
Le Filourdy fait mon essence:
Car sansluy mon corps
abatH
-
N'auroit pas la haute
vertu,
Quifait qu'avec refpeét
par fois on me contemple.
sefuisfimelle au Bal, (7 jefuismâleauTemple.
Véconome m'enferme un
temps danssa maifort,
Et me donne la vie en motant de prison.
Tant que je suis on me
mutile,
Excepté quandjesers lit,
Ville.
Lateste chaude& lepied
froid,
Jesuis chausséfort à Tetroit
Et lors qu'on me p-romène
avec mes camarades
, Le timide Bourgeois a de
tristesaubades
Mais il ritbienaussi
9 dans l'endroitoù nous pent.
Celuy qrù nousmonte, &
descend
Là nous mouronsfouvent
de ce derniersuplice ,
Pouravoir aupublicrendu
trop deservice.
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2315
p. 91-94
ENIGME nouvelle.
Début :
Si mâle ou femelle je suis, [...]
Mots clefs :
Anneau ou bague
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME nouvelle.
ENIGME
nouvelle.
1
S1 måle ou femelle je
fuis,
Ceft ce qu'affirmer je ne
puis.
Simple , fans ornement
Hij
92 MERCURE
d'un nom male onm'appelle:
Mais orné richement je
porte un nom femelle.
Commej'aiplus d'un nom,
j'ai bien plus d'un
employ ;
Male on me voit porter
fous moy
Une espece de longue mante i
Femelle legere glißante
Je m'égarefouvent , quel
quefois je me perds
GALANT 93
Ermåle fervant une Retne,,
Uneadorable Souveraine,
Je porte&fais porter fes
fers.
Femelle étant l'objet de
2 maint Seigneur &
Prince;
Chacun d'eux me difpute
ainfi qu'une Province vincentova :
Enpublic le victorieux
De m'avoir et tout glocontio- rieux on t
Enfecret fille vertuenfe
94 MERCURE
De m'avoir eft toute hon
teuſe.
nouvelle.
1
S1 måle ou femelle je
fuis,
Ceft ce qu'affirmer je ne
puis.
Simple , fans ornement
Hij
92 MERCURE
d'un nom male onm'appelle:
Mais orné richement je
porte un nom femelle.
Commej'aiplus d'un nom,
j'ai bien plus d'un
employ ;
Male on me voit porter
fous moy
Une espece de longue mante i
Femelle legere glißante
Je m'égarefouvent , quel
quefois je me perds
GALANT 93
Ermåle fervant une Retne,,
Uneadorable Souveraine,
Je porte&fais porter fes
fers.
Femelle étant l'objet de
2 maint Seigneur &
Prince;
Chacun d'eux me difpute
ainfi qu'une Province vincentova :
Enpublic le victorieux
De m'avoir et tout glocontio- rieux on t
Enfecret fille vertuenfe
94 MERCURE
De m'avoir eft toute hon
teuſe.
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2316
p. 93-9[6]
LA VICTOIRE A Mademoiselle de Scudery.
Début :
Vous puis-je ouvrir, Sapho, tout le fond de mon ame ? [...]
Mots clefs :
Sapho, Victoire, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA VICTOIRE A Mademoiselle de Scudery.
LA VICTOIRE
A Mademoiſelle de Scudery .
Vo
Ous puis-je ouvrir, Sapho , tout
le fond mon ame ?
Il eft vray , LOVIS feul m'enflâme
,
Ie ne guide plus que fon Char.
En quelque lieu qu'il marche , en
quelque lien qu'il tonne,
Ie luy porte auffi - toft la Palme &
la Couronne ,
Que j'offrois jadis à Cefar.
$
De fes bords renommez Déeffe tu
telaire,
Pour le fervir , & pour luy
plaire ,
Sans regret je quitte les Cieux ,
94 MERCURE
Eft- il quelque rocher où pour luy
je ne grimpe ?
Tous fes Camps ont pour moy
attraits de l'Olympe ,
les
I'y croy voir le Maistre des
Dieux.
2
Cependant quandfon coeurfigrand,
fi magnanime ,
3
Iufqu'au bout du monde m'anime,
Et m'embrafe toute pour luy ,
Se peut -il qu'à fon tour , parmy
Le bruit des armes ,
Ce Heros trop modefte aux douceurs
de mes charmes
Soit fi peu fenfible aujourd'huy ?
Quoy! depuis fon berceau qu'il voit
mes (oins fidelles ,
Et que pour luy feul jay des
Sailes
,
GALANT.
95
Pour voler d'abord fur fes pas ,
Le verray je toujours fi prompt à
fe défendre
De ce encens fi pur qu' Alcide &
qu'Alexandre
Autrefois ne refufoient pas ?
Je viens m'en plaindre à vous dans
mon refpect extrême ;
N'ofant pas m'en plaindre à
gr luy-mesme ,
Ne pourriez vous point le changer
?
Est-ce que vofire efprit , que veſtre
noble adreffe ,
Sapho , d'une exceffive & trop haute
fageffe ,
Nefçauroient pas le corriger ?
Que les ordres d'un Roy fi fameux
fur la terregin ] DASS
92 MERCURE
Si femblable au Dieu de la
guerre ,
Soient par moy du moins tous
remplis ,
Et que du moins fa main fi brillante
de gloire
Se ferve auffi fouvent du Sceau de
la Victoire
Que de celuy des Fleurs de Lis.
A Mademoiſelle de Scudery .
Vo
Ous puis-je ouvrir, Sapho , tout
le fond mon ame ?
Il eft vray , LOVIS feul m'enflâme
,
Ie ne guide plus que fon Char.
En quelque lieu qu'il marche , en
quelque lien qu'il tonne,
Ie luy porte auffi - toft la Palme &
la Couronne ,
Que j'offrois jadis à Cefar.
$
De fes bords renommez Déeffe tu
telaire,
Pour le fervir , & pour luy
plaire ,
Sans regret je quitte les Cieux ,
94 MERCURE
Eft- il quelque rocher où pour luy
je ne grimpe ?
Tous fes Camps ont pour moy
attraits de l'Olympe ,
les
I'y croy voir le Maistre des
Dieux.
2
Cependant quandfon coeurfigrand,
fi magnanime ,
3
Iufqu'au bout du monde m'anime,
Et m'embrafe toute pour luy ,
Se peut -il qu'à fon tour , parmy
Le bruit des armes ,
Ce Heros trop modefte aux douceurs
de mes charmes
Soit fi peu fenfible aujourd'huy ?
Quoy! depuis fon berceau qu'il voit
mes (oins fidelles ,
Et que pour luy feul jay des
Sailes
,
GALANT.
95
Pour voler d'abord fur fes pas ,
Le verray je toujours fi prompt à
fe défendre
De ce encens fi pur qu' Alcide &
qu'Alexandre
Autrefois ne refufoient pas ?
Je viens m'en plaindre à vous dans
mon refpect extrême ;
N'ofant pas m'en plaindre à
gr luy-mesme ,
Ne pourriez vous point le changer
?
Est-ce que vofire efprit , que veſtre
noble adreffe ,
Sapho , d'une exceffive & trop haute
fageffe ,
Nefçauroient pas le corriger ?
Que les ordres d'un Roy fi fameux
fur la terregin ] DASS
92 MERCURE
Si femblable au Dieu de la
guerre ,
Soient par moy du moins tous
remplis ,
Et que du moins fa main fi brillante
de gloire
Se ferve auffi fouvent du Sceau de
la Victoire
Que de celuy des Fleurs de Lis.
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2317
p. 89-92
Conversions. [titre d'après la table]
Début :
Il n'est point de lieu où la Grace ne triomphe. Elle [...]
Mots clefs :
Grâce, Triomphe, Coeurs, Hérésie, Seigneur, Familles, Anjou, Religion prétendue réformée, Prince d'Orange, Erreurs, Hérésie de Calvin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions. [titre d'après la table]
Il n'eft point de lieu où la
Grace ne triomphe. Elle .
fçait toucher les coeurs dans
le centre mefme de l'Herefie.
C'eft ce qui vient de
paroiftre en la perfonne de
Meffire Theophile de Fefques
d'Arbouville, Seigneur
de Beauchefne , d'une des
plus nobles & anciennes
Familles d'Anjou . Il fut élevé
par fes Parens habituez
en Touraine , dans la Reli .
gion Pretendue Reformée ,
& envoyé dés l'âge de
Juillet 1685.
H
90 MERCURE
douze ans en Allemagne,
auprés du Prince de Naffau
Tillimbourg. Son merite le
fit confiderer de ce Prince,
& d'autres Perfonnes de
qualité , & comme il cherchoit
les occafions de fe fignaler
, il eut des Lettres de
recommandation auprés de
M. le Prince d'Orange , qui
luy donna d'abord une Enfeigne
, en fuite une Lieutenance
, & puis une Compagnie
dans le Regiment de
Torçay. Aprés quinze années
de fervices en Hollande
, il n'en feroit pas demeuGALANT.
91
ré là , fi quelques Doutes
qu'il eut touchant la Reli
gion qu'il profeffoit , ne luy
euffent infpiré une forte refolution
d'abandonner tout
pour s'en éclaircir. Il fe
rendit à Paris , où il eut plu
fieurs Conferences fur ce qui
caufoit ces Doutes . M. Vi
gnier de Richelieu le voyant,
convaincu de fes erreurs , le
preſenta au Pere de la Chaize
, qui chargea le Pere du
Champ du foin de l'inftruire
, & enfin le dixième de ce
mois , il fit Abjuration de
L'Herefie de Calvin dans
Hij
92 MERCURE
l'Egliſe de Saint Louis , entre
les mains du Pere Bobinet
, par l'ordre de M. l'Archevefque
de Paris . La Ceremonie
fut faite en prefence
de plufieurs Perfonnes de
qualité Parens & Amis , entre
lefquels eftoit Madame
de Marmande fa Soeur , qui
creut ne pouvoir mieux témoigner
fa tendreſſe à ce
cher Frere , qu'en faiſant
prés de cent lieuës pour affifter
à cette action .
Grace ne triomphe. Elle .
fçait toucher les coeurs dans
le centre mefme de l'Herefie.
C'eft ce qui vient de
paroiftre en la perfonne de
Meffire Theophile de Fefques
d'Arbouville, Seigneur
de Beauchefne , d'une des
plus nobles & anciennes
Familles d'Anjou . Il fut élevé
par fes Parens habituez
en Touraine , dans la Reli .
gion Pretendue Reformée ,
& envoyé dés l'âge de
Juillet 1685.
H
90 MERCURE
douze ans en Allemagne,
auprés du Prince de Naffau
Tillimbourg. Son merite le
fit confiderer de ce Prince,
& d'autres Perfonnes de
qualité , & comme il cherchoit
les occafions de fe fignaler
, il eut des Lettres de
recommandation auprés de
M. le Prince d'Orange , qui
luy donna d'abord une Enfeigne
, en fuite une Lieutenance
, & puis une Compagnie
dans le Regiment de
Torçay. Aprés quinze années
de fervices en Hollande
, il n'en feroit pas demeuGALANT.
91
ré là , fi quelques Doutes
qu'il eut touchant la Reli
gion qu'il profeffoit , ne luy
euffent infpiré une forte refolution
d'abandonner tout
pour s'en éclaircir. Il fe
rendit à Paris , où il eut plu
fieurs Conferences fur ce qui
caufoit ces Doutes . M. Vi
gnier de Richelieu le voyant,
convaincu de fes erreurs , le
preſenta au Pere de la Chaize
, qui chargea le Pere du
Champ du foin de l'inftruire
, & enfin le dixième de ce
mois , il fit Abjuration de
L'Herefie de Calvin dans
Hij
92 MERCURE
l'Egliſe de Saint Louis , entre
les mains du Pere Bobinet
, par l'ordre de M. l'Archevefque
de Paris . La Ceremonie
fut faite en prefence
de plufieurs Perfonnes de
qualité Parens & Amis , entre
lefquels eftoit Madame
de Marmande fa Soeur , qui
creut ne pouvoir mieux témoigner
fa tendreſſe à ce
cher Frere , qu'en faiſant
prés de cent lieuës pour affifter
à cette action .
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Résumé : Conversions. [titre d'après la table]
Théophile de Fèsques d'Arbouville, seigneur de Beauchefne, issu d'une noble famille d'Anjou, fut élevé dans la religion réformée en Touraine. À douze ans, il fut envoyé en Allemagne servir le prince de Nassau Tillimbourg. Grâce à son mérite, il obtint des recommandations auprès du prince d'Orange, qui lui confia diverses responsabilités militaires en Hollande. Après quinze années de service, des doutes religieux le ramenèrent à Paris. Il participa à plusieurs conférences avec M. Vignier de Richelieu, qui le présenta au père de La Chaize. Le père du Foing l'instruisit, et le 10 du mois, il abjura l'hérésie calviniste dans l'église Saint-Louis, sous la direction du père Bobinet et l'ordre de l'archevêque de Paris. La cérémonie se déroula en présence de plusieurs personnes de qualité, dont sa sœur, Madame de Marmande.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2318
p. 75-78
NOELS, Sur l'air : Laissez paître vos Bêtes.
Début :
Abandonnez les Astres, [...]
Mots clefs :
Nature, Fruit, Yeux, Noël
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOELS, Sur l'air : Laissez paître vos Bêtes.
N o. E L s,
Sur l'air : Laissez. paître vos Bêtes.‘
ABandonnczäcs Astres , V
' Pour contcmplyér leur Souverain;
Modernes Zoroasærcs ,
De la Seine et du Rhin.
Seul il" connoît par quels ressorts ,'
Il a de ses immenses corps .
Réglé les mcrvcillcux accords ,
Vos yeux des meilleurs Verres ,
Ont beau ménager le secours ,
Mille secrets mystcrcs ,
Lcur échapcnr toujours.
‘Après Rohault et Gasscndi ,
Envain tout est apprnfoxrdi ‘
Par les illustres du Mardi;
Leur science profonde ,
Ne tourne pas à grand profit;
Nul ne connoît le monde ,
mu: celui qui 1c fit.
gland dans ‘le Grain et le Pcpin ,‘\
-’.‘
Nature
7a‘ MERCURE DE FRANCE;
Nature tire de son sein,
‘Ifiessence du fruit et du pain ,
Il faut pour ttconnoître ,
Si c’est attrait ou pulsion .
Avoir recours â l’Etre
D’où part toute action.
Qie Fontenelle ait mis au clair,‘
Tout ce qu'on ‘dit du poids de Pair,
De Saturne et de Jupiter; l
Qfî son Aréqpage ,
I-l fournisse ordre et néteté .
Toujours quelque nuage ,
Couvre la vérite’.
Que Bragelonne avec Moyrau ,
Supputent combien cl’eau par an ,
Le Soleil puise en l’Océan ;
La boteale Aurore ,
Les Courbes qu’ils sçavent tracer,‘
Ne leur laissent encore ,
»Q1e trop d’ombre à percer.
Envain le sçavoir ‘réiüni’, '
De Leuville et de Gasstndi ,
Parcourt un espace infini 3
Malgré la longueeétudc ,
De
ÏIANVIER} 1732‘: De iTournefort et de Geoffray .
11' n'est de certitude ,
‘Q1! celle de la Foy.
Qie dans un Ouvrage imparfait j
Nature prise sur 1c fait.
Laisse pénétrer son secret 5
Qÿon étale en spectacle,
Sou inépuisable trésor
La Creche est un miracle,‘
Plus étonnant encor.
ID: Réaumur , adroit Pinceau,
(liand tu nous traces le Tableau ,
De la Mouche et du Vermisseau‘.
Avec toute sa Secte ,
Epicure est anéanti ,
Et par lemoindre Insecte,
se trouve démenti.
Ayde nos yeux , docte Petit , g
‘A voir la structure d'un fruit ,
Tel qu’un Sçavant nous le décrit,
‘Au gré de notre envie ,
Qxe ne peut aussi du Hamel ,
Peindre le fruit de vie ,_
Qii nous vient a‘ Noël.
7sMERCURBDEFRANCE;
De son pouvoir , Péchautillon.
Paroi: mieux dans un Papillon ,
Q1: dans les feux d’un Tourbillon} .
Dans leur magnificence,
Les corps lumineux qu’il forma ,
Montrcntimoins sa Puissance ,
me ceux qu’il anima.
(grand la Citeé de ce Château;
Borgne du celeste flambeau
Les Satellites ou P/lnneau,
Les témoins de sesveilles ,
Peuvent observer dans ses yeux ,‘
Encor plus de merveilles,
Quelle n’cn voit aux Cieux.
Sur l'air : Laissez. paître vos Bêtes.‘
ABandonnczäcs Astres , V
' Pour contcmplyér leur Souverain;
Modernes Zoroasærcs ,
De la Seine et du Rhin.
Seul il" connoît par quels ressorts ,'
Il a de ses immenses corps .
Réglé les mcrvcillcux accords ,
Vos yeux des meilleurs Verres ,
Ont beau ménager le secours ,
Mille secrets mystcrcs ,
Lcur échapcnr toujours.
‘Après Rohault et Gasscndi ,
Envain tout est apprnfoxrdi ‘
Par les illustres du Mardi;
Leur science profonde ,
Ne tourne pas à grand profit;
Nul ne connoît le monde ,
mu: celui qui 1c fit.
gland dans ‘le Grain et le Pcpin ,‘\
-’.‘
Nature
7a‘ MERCURE DE FRANCE;
Nature tire de son sein,
‘Ifiessence du fruit et du pain ,
Il faut pour ttconnoître ,
Si c’est attrait ou pulsion .
Avoir recours â l’Etre
D’où part toute action.
Qie Fontenelle ait mis au clair,‘
Tout ce qu'on ‘dit du poids de Pair,
De Saturne et de Jupiter; l
Qfî son Aréqpage ,
I-l fournisse ordre et néteté .
Toujours quelque nuage ,
Couvre la vérite’.
Que Bragelonne avec Moyrau ,
Supputent combien cl’eau par an ,
Le Soleil puise en l’Océan ;
La boteale Aurore ,
Les Courbes qu’ils sçavent tracer,‘
Ne leur laissent encore ,
»Q1e trop d’ombre à percer.
Envain le sçavoir ‘réiüni’, '
De Leuville et de Gasstndi ,
Parcourt un espace infini 3
Malgré la longueeétudc ,
De
ÏIANVIER} 1732‘: De iTournefort et de Geoffray .
11' n'est de certitude ,
‘Q1! celle de la Foy.
Qie dans un Ouvrage imparfait j
Nature prise sur 1c fait.
Laisse pénétrer son secret 5
Qÿon étale en spectacle,
Sou inépuisable trésor
La Creche est un miracle,‘
Plus étonnant encor.
ID: Réaumur , adroit Pinceau,
(liand tu nous traces le Tableau ,
De la Mouche et du Vermisseau‘.
Avec toute sa Secte ,
Epicure est anéanti ,
Et par lemoindre Insecte,
se trouve démenti.
Ayde nos yeux , docte Petit , g
‘A voir la structure d'un fruit ,
Tel qu’un Sçavant nous le décrit,
‘Au gré de notre envie ,
Qxe ne peut aussi du Hamel ,
Peindre le fruit de vie ,_
Qii nous vient a‘ Noël.
7sMERCURBDEFRANCE;
De son pouvoir , Péchautillon.
Paroi: mieux dans un Papillon ,
Q1: dans les feux d’un Tourbillon} .
Dans leur magnificence,
Les corps lumineux qu’il forma ,
Montrcntimoins sa Puissance ,
me ceux qu’il anima.
(grand la Citeé de ce Château;
Borgne du celeste flambeau
Les Satellites ou P/lnneau,
Les témoins de sesveilles ,
Peuvent observer dans ses yeux ,‘
Encor plus de merveilles,
Quelle n’cn voit aux Cieux.
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Résumé : NOELS, Sur l'air : Laissez paître vos Bêtes.
Le texte explore les limites de la connaissance humaine face à la nature et à l'univers. Il commence par une invocation aux astres et aux modernes Zoroastres, soulignant que les mystères de l'univers échappent toujours à la compréhension humaine, même avec les meilleurs outils et les connaissances les plus profondes. Des figures scientifiques comme Rohault, Gassendi, Fontenelle, Bragelonne, Moyrau, Leuville, Tournefort, Geoffray et Réaumur sont mentionnées, mais leurs contributions ne suffisent pas à dévoiler entièrement la vérité. La nature est décrite comme un trésor inépuisable, dont les secrets sont difficilement pénétrables. Les observations précises, comme celles de Réaumur sur les insectes, ne suffisent pas à épuiser les merveilles de la création. Le texte conclut en affirmant que la seule certitude réside dans la foi, et que les œuvres humaines, bien que précieuses, restent imparfaites face à la grandeur de la nature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2319
p. 92-96
Nouvelles de Flandres.
Début :
Les lettres de Flandres du 8. Novembre portent que le [...]
Mots clefs :
Flandres, Troupes du roi de Prusse, Meurs, Douai, Le Quesnoy, Bouchain, Dunkerque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Flandres.
ouvelles de Flandres,
Les lettres de Flandres du
8. Novembre portent que
le Prince d'Hanalle, Commandant en chef les Troupes du Roy de Prusse, s'est
emparé de vive force de la
Ville de Meurs sur la Meuse,
qui est de la succession du
Prince d'Orange; les Hollandois y avoient fait mettre
des Troupes & avoir dit
qu'il regleroit certe succession à la paix; mais le
Roy de Prusses'enestrendu
maistre. Cet événement auquel on ne s'attendoit pas
à cause que son Altesse
Electorale avoit promis
d'attendre la decision de -la
Chambre Imperiale de
Wetzlar, causa icy beaucoup de surprise;mais comme on n'a pas jugé à propos de s'attirer de nouvelles
affaires, on est convenu par
provision que les Troupes
Hollandoises & celles de
Brandebourg seroient la
garde conjointement. Les
lettres du 10. assuurent que
les habitans de la Ville ont
presté fermentdefidelicé à
son Altesse Electorale.
On mande d'Ypres que
les Hollandois font travailleraux fortifications du
Fort de la Kenoque; on
travaille aussi à celles de
Doüay,duQuesnoy & de
Bouchain, & on y a
joute
de nouveaux ouvrages; on
travaille à remplir tous les
magazins des places frontières Se à
y
faire de grands
amas de foin & d'avoine.
On écrit de Dunkerque que
les Armateurs de la Ville
Qnt fait desprises sur les
Hollandois pour la valeur
de plus de cent mil écus,
& ils les ont amenées dans
le Port;si les vents avoient
été bons, ils en auroienc
fait du moins encore autant.
Les lettres de DunKerque
du quatorziéme Novembre
portent que le Duc dOrmond y
estoit arrivé le
onziéme; il visira les Fortifications de la Ville & de
la Citadelle, les Galères &
les Vaisseaux. Il est parti
avec un vent favorable sur
un Yacht magnifique pour
repasser en Angleterre,
Messire N. Marquis de
Chevry, mourut Te 16.
Novembre. Il estoit petit
fils de Monsieur de Chevry,
Controlleur general des
Finances, homme de beaucoup d'esprit, & qui avoit
rendu de grandsservices à
l'Etat;le deffuntestoit un
homme d'une probité &
d'une pieté parfaite, pere de
Madame la Duchesse de
Noirmoutier. Il s'estoit distingué dans le service de la
guerre dans ses premières
années à la cette d'un beau
Regiment
Les lettres de Flandres du
8. Novembre portent que
le Prince d'Hanalle, Commandant en chef les Troupes du Roy de Prusse, s'est
emparé de vive force de la
Ville de Meurs sur la Meuse,
qui est de la succession du
Prince d'Orange; les Hollandois y avoient fait mettre
des Troupes & avoir dit
qu'il regleroit certe succession à la paix; mais le
Roy de Prusses'enestrendu
maistre. Cet événement auquel on ne s'attendoit pas
à cause que son Altesse
Electorale avoit promis
d'attendre la decision de -la
Chambre Imperiale de
Wetzlar, causa icy beaucoup de surprise;mais comme on n'a pas jugé à propos de s'attirer de nouvelles
affaires, on est convenu par
provision que les Troupes
Hollandoises & celles de
Brandebourg seroient la
garde conjointement. Les
lettres du 10. assuurent que
les habitans de la Ville ont
presté fermentdefidelicé à
son Altesse Electorale.
On mande d'Ypres que
les Hollandois font travailleraux fortifications du
Fort de la Kenoque; on
travaille aussi à celles de
Doüay,duQuesnoy & de
Bouchain, & on y a
joute
de nouveaux ouvrages; on
travaille à remplir tous les
magazins des places frontières Se à
y
faire de grands
amas de foin & d'avoine.
On écrit de Dunkerque que
les Armateurs de la Ville
Qnt fait desprises sur les
Hollandois pour la valeur
de plus de cent mil écus,
& ils les ont amenées dans
le Port;si les vents avoient
été bons, ils en auroienc
fait du moins encore autant.
Les lettres de DunKerque
du quatorziéme Novembre
portent que le Duc dOrmond y
estoit arrivé le
onziéme; il visira les Fortifications de la Ville & de
la Citadelle, les Galères &
les Vaisseaux. Il est parti
avec un vent favorable sur
un Yacht magnifique pour
repasser en Angleterre,
Messire N. Marquis de
Chevry, mourut Te 16.
Novembre. Il estoit petit
fils de Monsieur de Chevry,
Controlleur general des
Finances, homme de beaucoup d'esprit, & qui avoit
rendu de grandsservices à
l'Etat;le deffuntestoit un
homme d'une probité &
d'une pieté parfaite, pere de
Madame la Duchesse de
Noirmoutier. Il s'estoit distingué dans le service de la
guerre dans ses premières
années à la cette d'un beau
Regiment
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Résumé : Nouvelles de Flandres.
Le 8 novembre, le Prince d'Hanalle, commandant des troupes prussiennes, a pris la ville de Meurs sur la Meuse, appartenant à la succession du Prince d'Orange. Les Hollandais, qui avaient placé des troupes dans la ville et affirmé régler la succession à la paix, ont été surpris par cette action, l'Électeur ayant promis d'attendre la décision de la Chambre Impériale de Wetzlar. Pour éviter de nouveaux conflits, il a été convenu que les troupes hollandaises et celles de Brandebourg garderaient conjointement la ville. Les habitants de Meurs ont prêté serment de fidélité à l'Électeur. À Ypres, les Hollandais renforcent les fortifications du Fort de la Kenoque, ainsi que celles de Douai, du Quesnoy et de Bouchain, et constituent des réserves de foin et d'avoine dans les places frontalières. À Dunkerque, les armateurs ont capturé des navires hollandais pour une valeur de plus de cent mille écus. Le Duc d'Ormond est arrivé à Dunkerque le 11 novembre, a inspecté les fortifications et les vaisseaux, puis est reparti pour l'Angleterre. Le 16 novembre, Messire N. Marquis de Chevry est décédé. Petit-fils du Contrôleur général des Finances, il était connu pour son esprit et ses services à l'État, s'étant distingué dans le service de la guerre dans sa jeunesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2320
p. 75-80
LETTRE Apologétique adressée à Mlle. de Malcrais de la Vigne, par M. Carrelet d'Hautefeuille, au sujet d'une Ode faite sur M. Bouhier, Evêque de Dijon, inserée dans le Mercure de Novembre 1731. et souscrite par ces lettres c. r. c. v. s. e.
Début :
Mademoiselle, Croiriez-vous qu'on a volé un homme qui n'a [...]
Mots clefs :
Lettre apologétique, Estime, Antoine Houdard de la Motte, Éloge, Enfant, Bouhier
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE Apologétique adressée à Mlle. de Malcrais de la Vigne, par M. Carrelet d'Hautefeuille, au sujet d'une Ode faite sur M. Bouhier, Evêque de Dijon, inserée dans le Mercure de Novembre 1731. et souscrite par ces lettres c. r. c. v. s. e.
LETTRE Apologétique adressée à Mlle..
deMalerais dela Vigne, par M. Carrelet
d'Hautefeuille , au sujet d'une Ode faite
sur M. Bouhier , Evêque de Dijon , inserés dans le Mercure de Novembre 1731..
et souscrite par ces lettres c. r. c. v. s. c.
MADEMOISELLE ,
Croiriez-vous qu'on a volé un homme
qui n'a pour tout bien , que du respect
pour les Dieux , et de l'estime pour vous ¡
vous allez d'abord demander ce qu'on lui
76 MERCURE DE FRANCE
a pris , il est juste de vous le dire ; un
' malheureux ne cherche qu'à se plaindre ,
et c'est un grand soulagement de dire son
mal , quand une personne comme vous
veut bien l'écouter.
Vous sçaurez donc qu'il y a cinq ou six
ans , lorsque Monsieur Bouhier fut nommé Evéque de Dijon , Ville dont je suis
Citoyen , je fis en secret une petite Ode
sur ce Prélat , uniquement pour satisfaire
mon cœur , qui sentoit trop pour ne rien
exprimer ; une jeune timidité avoit enseveli ce petit ouvrage , et je le mettois an
nombre de ces Enfans mornés qui n'ont
pas merité de voir le jour. Quelque humain charitable a trouvé sa sépulture ,
on l'a déterré , on l'a réchauffé enfin
on lui a rendu la vie , ensuite on lui a
fait faire un tour de France , si bien que ,
depuis quelques jours , le hazard l'a presenté à mes yeux dans une autre Province
que la mienne ; il étoit un peu changé
mais il n'étoit point enlaidy ; je l'ay reconnu je l'ay embrassé ; c'est le premier mouvement d'un Pere , et si vous
en doutiez , je pourrois vous dire comme
cette belle Veuve , presque, unique dans
sa fidelité.
»Si vous ne le sçavez , attendez ; quelque jour ,
Vous sçaurez pour un fils jusqu'où va notre amour...
Mais
JANVIER. 17320
Mais , Mademoiselle , le croirez- vous?
Get Enfant m'a méconnu ; le sang n'a
point parlé en lui ; c'est maintenant le
goût du siecle ; les Peres aiment par amour et les Enfans les mieux nez n'aiment que par devoir ou par réconneissance.
→ Je puis vous aimer , je le doi :
»Je le dois ; ô supplice extrême !
Aimer parce qu'il faut qu'on aime,
Qui le peut quand c'est une loy !
>
E
Voilà ce que me dit ce fils ingrat , après
que je lui eûs appris son âge , son Pays
et sa naissance ; il avoit peine à me croire les préjugés de l'éducation le retenoient toujours , et lui persuadoient que
son Pere putatif étoit son veritable Pere ;
la tendresse paternelle est curieuse , je lui
demandai le nom de celui qu'il croyoit
son Pere , il ne put jamais m'en dire que
quelques caracteres misterieusement tracez comme les voilà. c. r. c. v. s. e. J'au
rois cependant desiré de connoître celui
qui faisoit voyager cet Enfant ; il avoit
sans doute , fait les frais du Voyage ,
mais au moins il devoit,avec moi, en partager le mérite.
» Hos ego versiculos feci , tulit alter honores ;
» Sic vos non vobis &c.
Ce
78 MERCURE DE FRANCE
Ce n'est point par un retour d'amour
propre que je m'en plains , c'est uniquement afin que mon illustre et digne Prélat approuve le respect et la sincerité de
mes sentimens dont on m'a derobé les
-expressions.
les autres , et me metVous , Mademoiselle , qui joignez à
d'heureux talens ce bon goût , qui vient
de la justesse de l'esprit , et de la délicatesse du cœur , peut être me plaindrezvous moins que
trez- vous au rang de ces Peres prévenus
qui admirent leurs Enfans , parce qu'ils
les aiment , tandis que le Public les haït ,
parce qu'il les méprise , vous me rendriez
peu de justice , puisque vous venez de
fire le motif qui m'anime icy's d'autant
plus , comme vous pouvez le sçavoir ,
que j'ai dit aux Muses un éternel adieu.
Unjour dans un lointain j'apperçus la raison.
Arrête , me dit-elle , écoute ma leçon.
D'un famelique honneur méprise la fumée ,
Et sçache que la Rénommée ,
Par cent bouches qu'elle a , ne produit que du son.
L'air n'est pas nourrissant , il te faut du solide ,
Travaille dans tes jeunes ans
A détruire l'horreur du vuide ,
Ou te fais arracher les dents.
Je
JANVIER. 79 1732.
Je compris qu'il falloit qu'un cadet de famille ,
Pour faire une fortune égale à son état ,
En fit l'ouvriere cheville.
Comme de tous les Dieux l'amour est le plu
fat >
Celui qui tient chez lui la plus mince cuisine ,
Est Phébus , Dieu des Vers et de la Medecine.
» Il va l'Eté sans linge , et l'Hyver sans manteau ,
Et jamais à sa table on ne
On
boit que de l'ean.
peut de temps en temps s'amuser à la rime ,
Mais d'en faire un métier s'il m'arrivoit encore,
Il faudra qu'un travail fructueux , légitime ,
Me mette dans le cas de bien rimer en or.
Il est tems , Mademoiselle , de passer
du badinage au serieux , le fameux M. de
la Motthe est mort , la Republique des
Lettres a fait en lui une de ces pertes,qu'il
faut un siecle pourréparers ceux qui n'ont
connu que ses ouvrages le regretteront
long-tems , mais ceux qui l'ont connu , lui
même , le regretteront toujours ; comme
j'étois assés heureux pour être du nombre,
je lui dis un jour que je venois de lire une
Piéce infiniment délicate et spirituelle, et
qu'il falloit qu'il en fût l'Auteur ou M. de
Fontenelle ; un moment après il me répondit par l'impromptu suivant , avec ces
graces
to MERCURE DE FRANCE
graces modestes qui accompagnent tous
jours le vrai mérite.
199
»Vous louez délicatement
Une Piéce délicate peu
»Vous méritez que je la datte
»Dujour de votre compliment.
J'avoue qu'en le repetant ici , mon amour
propre y a autant de párt que ma reconnoissance. Mais quoique je sois par là obligé de rendre mes regrets publics , ma sensibilité me force de les renfermer dans
mon cœur.
Cura leves loquuntur ; ingentes stupem.
Son éloge est d'ailleurs audessus de mes
expressions , c'est à vous de répandre sur
son tombeau des fleurs immortelles, quant
à moi je n'y répandrai jamais que des l'armes J'ai l'honneur d'être , Mademoiselle , &c.
ANevers ce 10. Janvier 1730.
deMalerais dela Vigne, par M. Carrelet
d'Hautefeuille , au sujet d'une Ode faite
sur M. Bouhier , Evêque de Dijon , inserés dans le Mercure de Novembre 1731..
et souscrite par ces lettres c. r. c. v. s. c.
MADEMOISELLE ,
Croiriez-vous qu'on a volé un homme
qui n'a pour tout bien , que du respect
pour les Dieux , et de l'estime pour vous ¡
vous allez d'abord demander ce qu'on lui
76 MERCURE DE FRANCE
a pris , il est juste de vous le dire ; un
' malheureux ne cherche qu'à se plaindre ,
et c'est un grand soulagement de dire son
mal , quand une personne comme vous
veut bien l'écouter.
Vous sçaurez donc qu'il y a cinq ou six
ans , lorsque Monsieur Bouhier fut nommé Evéque de Dijon , Ville dont je suis
Citoyen , je fis en secret une petite Ode
sur ce Prélat , uniquement pour satisfaire
mon cœur , qui sentoit trop pour ne rien
exprimer ; une jeune timidité avoit enseveli ce petit ouvrage , et je le mettois an
nombre de ces Enfans mornés qui n'ont
pas merité de voir le jour. Quelque humain charitable a trouvé sa sépulture ,
on l'a déterré , on l'a réchauffé enfin
on lui a rendu la vie , ensuite on lui a
fait faire un tour de France , si bien que ,
depuis quelques jours , le hazard l'a presenté à mes yeux dans une autre Province
que la mienne ; il étoit un peu changé
mais il n'étoit point enlaidy ; je l'ay reconnu je l'ay embrassé ; c'est le premier mouvement d'un Pere , et si vous
en doutiez , je pourrois vous dire comme
cette belle Veuve , presque, unique dans
sa fidelité.
»Si vous ne le sçavez , attendez ; quelque jour ,
Vous sçaurez pour un fils jusqu'où va notre amour...
Mais
JANVIER. 17320
Mais , Mademoiselle , le croirez- vous?
Get Enfant m'a méconnu ; le sang n'a
point parlé en lui ; c'est maintenant le
goût du siecle ; les Peres aiment par amour et les Enfans les mieux nez n'aiment que par devoir ou par réconneissance.
→ Je puis vous aimer , je le doi :
»Je le dois ; ô supplice extrême !
Aimer parce qu'il faut qu'on aime,
Qui le peut quand c'est une loy !
>
E
Voilà ce que me dit ce fils ingrat , après
que je lui eûs appris son âge , son Pays
et sa naissance ; il avoit peine à me croire les préjugés de l'éducation le retenoient toujours , et lui persuadoient que
son Pere putatif étoit son veritable Pere ;
la tendresse paternelle est curieuse , je lui
demandai le nom de celui qu'il croyoit
son Pere , il ne put jamais m'en dire que
quelques caracteres misterieusement tracez comme les voilà. c. r. c. v. s. e. J'au
rois cependant desiré de connoître celui
qui faisoit voyager cet Enfant ; il avoit
sans doute , fait les frais du Voyage ,
mais au moins il devoit,avec moi, en partager le mérite.
» Hos ego versiculos feci , tulit alter honores ;
» Sic vos non vobis &c.
Ce
78 MERCURE DE FRANCE
Ce n'est point par un retour d'amour
propre que je m'en plains , c'est uniquement afin que mon illustre et digne Prélat approuve le respect et la sincerité de
mes sentimens dont on m'a derobé les
-expressions.
les autres , et me metVous , Mademoiselle , qui joignez à
d'heureux talens ce bon goût , qui vient
de la justesse de l'esprit , et de la délicatesse du cœur , peut être me plaindrezvous moins que
trez- vous au rang de ces Peres prévenus
qui admirent leurs Enfans , parce qu'ils
les aiment , tandis que le Public les haït ,
parce qu'il les méprise , vous me rendriez
peu de justice , puisque vous venez de
fire le motif qui m'anime icy's d'autant
plus , comme vous pouvez le sçavoir ,
que j'ai dit aux Muses un éternel adieu.
Unjour dans un lointain j'apperçus la raison.
Arrête , me dit-elle , écoute ma leçon.
D'un famelique honneur méprise la fumée ,
Et sçache que la Rénommée ,
Par cent bouches qu'elle a , ne produit que du son.
L'air n'est pas nourrissant , il te faut du solide ,
Travaille dans tes jeunes ans
A détruire l'horreur du vuide ,
Ou te fais arracher les dents.
Je
JANVIER. 79 1732.
Je compris qu'il falloit qu'un cadet de famille ,
Pour faire une fortune égale à son état ,
En fit l'ouvriere cheville.
Comme de tous les Dieux l'amour est le plu
fat >
Celui qui tient chez lui la plus mince cuisine ,
Est Phébus , Dieu des Vers et de la Medecine.
» Il va l'Eté sans linge , et l'Hyver sans manteau ,
Et jamais à sa table on ne
On
boit que de l'ean.
peut de temps en temps s'amuser à la rime ,
Mais d'en faire un métier s'il m'arrivoit encore,
Il faudra qu'un travail fructueux , légitime ,
Me mette dans le cas de bien rimer en or.
Il est tems , Mademoiselle , de passer
du badinage au serieux , le fameux M. de
la Motthe est mort , la Republique des
Lettres a fait en lui une de ces pertes,qu'il
faut un siecle pourréparers ceux qui n'ont
connu que ses ouvrages le regretteront
long-tems , mais ceux qui l'ont connu , lui
même , le regretteront toujours ; comme
j'étois assés heureux pour être du nombre,
je lui dis un jour que je venois de lire une
Piéce infiniment délicate et spirituelle, et
qu'il falloit qu'il en fût l'Auteur ou M. de
Fontenelle ; un moment après il me répondit par l'impromptu suivant , avec ces
graces
to MERCURE DE FRANCE
graces modestes qui accompagnent tous
jours le vrai mérite.
199
»Vous louez délicatement
Une Piéce délicate peu
»Vous méritez que je la datte
»Dujour de votre compliment.
J'avoue qu'en le repetant ici , mon amour
propre y a autant de párt que ma reconnoissance. Mais quoique je sois par là obligé de rendre mes regrets publics , ma sensibilité me force de les renfermer dans
mon cœur.
Cura leves loquuntur ; ingentes stupem.
Son éloge est d'ailleurs audessus de mes
expressions , c'est à vous de répandre sur
son tombeau des fleurs immortelles, quant
à moi je n'y répandrai jamais que des l'armes J'ai l'honneur d'être , Mademoiselle , &c.
ANevers ce 10. Janvier 1730.
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Résumé : LETTRE Apologétique adressée à Mlle. de Malcrais de la Vigne, par M. Carrelet d'Hautefeuille, au sujet d'une Ode faite sur M. Bouhier, Evêque de Dijon, inserée dans le Mercure de Novembre 1731. et souscrite par ces lettres c. r. c. v. s. e.
Dans sa lettre apologétique adressée à Mlle de Malerais de la Vigne, M. Carrelet d'Hautefeuille relate la découverte fortuite d'une ode qu'il avait écrite en l'honneur de M. Bouhier, évêque de Dijon, cinq ou six ans auparavant. Cette ode, conservée secrètement par timidité, a été publiée dans le Mercure de Novembre 1731 sans son consentement. L'auteur exprime son étonnement et sa douleur de voir son œuvre publiée sans son accord, comparant cette situation à celle d'un père méconnu par son enfant. Il déplore que son œuvre ait été reconnue et honorée par d'autres sans qu'il en tire lui-même bénéfice ou reconnaissance. L'auteur aborde également la vanité de la renommée et la nécessité de travailler pour assurer son avenir. Il évoque la mort de M. de la Mothe, une perte significative pour la République des Lettres. Il partage un souvenir personnel de cet homme, soulignant sa modestie et son mérite. La lettre se conclut par des regrets sincères pour la perte de M. de la Mothe, tout en reconnaissant que son éloge dépasse ses capacités d'expression.
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2321
p. 73-81
A Sedan, [titre d'après la table]
Début :
Les Réjouissances à Sedan furent annoncées par deux décharges de l'Artillerie de la Ville [...]
Mots clefs :
Dames, Réjouissances, Sedan, Dauphin, Fête
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texteReconnaissance textuelle : A Sedan, [titre d'après la table]
Les Réjouissances à Sedan furent annoncées*
par deux. décharges de ls Artillerie de la Ville •
& du Château, l'une le Samedy au soir pre
mier Octobre, la seconde le Dimanche à lapoirte
du jour. L'Arrès midi on chanta un<
Te Deum, & on fit ensuite une Procession Sokmnellé
au bruit d'une triple décharge de tou
te T Artillerie & de la Mousqueterie ; on avoir
bordé les Rainparts de toute la. Garnison , tant
Infanterieque Dragons, & la Bourgeoisie avoir,
été commandée , & y faisoit les mimes fgafetmiH
yue les Troupes réglées. .
f€ MERCURE DE FRANCE.
- La Compagnie de la Jeunesse Bourgeoise,,
«omposée de trois cens hommes , s'est fur touc
distinguée; le nom seul annonce quelque chose
de galant & de brillant, austi ayoienc-ils tous
lès livrées de leurs Maîttefles qui étaient fur
les Remparts.
Après le Te Deum , on alluma un Peu trèsélevé
avec les cérémonies ordinaires , la Gar
nison étant sous les armes , & àTentrée de la
nuit , on mit le feu à un Artifice, dont la dis
position étoíc ingénieusement imaginée ; l'Edifice
étoit construit au milieu de la grande Place
sur un Rocher extrêmement élevé , Sc jettaiw
i'eau en arc par quatre muflíS ; cette eau tomboit
dans un Réservoir , d'où elle sortoit en
abondance tout à.Penrour & faisoit une Nape
d'eau de toute la circonférence ; là Charpente
de l'Eiifite étoit cachée par des arbres entiers
qu'on y avoit plantez, ce qui en faisoit un
Baquet frais & enchanté, tel que les Poëces
dépeignent celui du Bain dé Diane.
L' Artifice n'avoit rien de particulier que la
quantité & lî promptitude de l'execution*,
mais ce qu'il y avoit de plus agréable est qu'à
mesure que 1* Air étoit éclairé, on voyoit
les quatre A^cs. d'eau briller des couleurs les
plus vives , tel que celui dé l' Arc- en-Ciel ; ce
mêl.inge des Elemens concourok à faire un
très-bcau spectacle.
A peine' I Artifice fut-il fini, que toute Iá
Ville fut illuminée de Lampions,les Feux furent
en même temps allumez devant chaque parte
& les tables dressées dans les rues-; les Officiers
«le Ville ont bien marqué en cette octasioh
qu'ils étoientles Pères du Peuplrj indépendam
ment des Fontaines de vin qui couloient de
TO"tes p»t« t ik mfàvMi&m du pain > du
jANvrER. tri<r. tr
vin & de la viande à toute la populace , St au*
Heu de donner un Festin à l'Hotel de Ville aux!
dépens du Public, chacun de ces Magistratsdonna
chez foi un Repas splendide , où tout?
eequ'il y avoir dans la Ville.au- dessus du Com
mun , fut invité.-
Le Commandant rassembla' cependant tour
tes les Dames chez lui après le soupé. Elles»
trouvèrent le Frontispice & la façade de l'Hôtel
illuminez de flambeaux de poing 8c de Lam*
I>ions & ornez de Cartouches des Armes de
eurs Majeslez &du Dauphin. Trois grandes
Salles extrêmement éclairées , servirent de Scè
ne. Les deux premières étoient destinées- à I*
danse i & dans la troisième on avoit servi un/
magnifique Ambigu , où toute l'Assemblée allai
se délaslcr & reprendre des forces pour daníèr
de nouveau.
Plusieurs bandes de Masques se succédèrent
les unes aux autres avec des habits somptueux1
& galants. On ne connoît point ici les Do--
mino , ce déguisement répand une uniformité'
ennuyeuse dans une Assemblée, tout s'y res
semble & s'y confond. Nos Mascarades , au
contraire, croient variées & caractérisées.
Ce qu'il y a de remarquable est que les Mas
ques ne dansèrent aucune des danses ordinai
res : on avoit pris foin de donner â l'Orquestr©
des Airs inventez exprès pour la-Fête, & chaque
Mascarade figuroit une danse nouvelle , de
sorte que l'oreille & les yeux furent égalemenp
satisfaits parl'agréable variété. Les Dames des»
Villes voisines qui avoient été invitées â cette
brillante Fête, y concoururent par les déguifemens
qu'elles imaginèrent & par les dansesqu'elles
exécutèrent.
Les jours suiyans furent distinguez par de
ROU>
1% MERCURE m FRANCE.
Nouveaux Spectacles qui méritent d'être rap
portez par leur singularité* Les Ouvriers des
Manufactures qui font en grand nombre à Se
dan , habillèrent un Enfant en Dauphin. Et
firent chanter une grande Meffe & unZV Deumt
Voici l'ordre de ía Cérémonie.. _ ,
Deux Compagnies de Milice Bourgeoise
commençoient la marche. Ils avoient ï leur
- tête des Violons , des Hautbois , & des Tam
bours au centre qui se répondoitnt alternatif
vement. Ensuite marchoit une Compagnie de;
Houssarts vêtus magnifiquement de bien mon
tez. Ils étoient précédez de Trompettes, & Tim
bales-. Gette Compagnie écoit suivie de vingt
Gardes da Corps à cheval en habits bleus uni
formes; le Carrosse où étoit l'Enfant repré
sentant le Dauphin > marchoit immédìatementf
apres; il étok accompagné de Pages, de Valets
de Pied & de huit Coureurs-, & entouré de
douze Heraults,dont six étoient à cheval, an«ez:
de pied en cap à l'antique , & Its chevaux bar
dez.. Ils aboient la visière baiíîée Si les Masses
d'Armes ou les Lances à la main.-
Dans le même Carrosse étoient trois jeunes
Demoiselles richement vêtues , représentant
Mes Dames de France, & une quatrième repré
sentant Madame de Vantadour. Le' Carrosse
étoit surmonté d'une Couronne fermée de quaire
Dauphins.
Les Dames du Palais suivoient dans une
Calèche galamment ornée,- enfin le Cortège
étoit terminé par deux "autres Compagnies a vec
des Violons 8c Tambours, dan»ia même dis
position que les premières.
Ceifut en cet ordre qu'ils marchèrent pour
fè rendre à l'Eelise; on avoit placé au milie»
du Choeur un Carreau pour le Dauphin. Les.
Gardes.
-
AN"VIER. tjjo\ 7
©ardes fáisoiem un demi cercle à l'èntour de
les Cuirassiers à pied , armez de toutes pieces y
étcient aux quatre coins du Coeur & aux
deux cotez de r Autel comme desHeraults d' Ar*
mes. L" Aumônier étoit derrière le Fauteuil qui
prescntoit au Prince le Livre & lui marquoit
toutes les parties de l'Office.
Au sortir de l'Eglise le Cortège passa par Iei
Çrincipales rues , à l'entrée desquelles toute
Infanterie faisoít une décharge de Mousque*
terie & un Officier des Gardes du Corps jettoit
de l'árgent au Peuple.
Cette Cérémonie a été repetée jusqu'à quatre?
fois par differens Corps d'Ouvriers-, qui à;
l'envi l'un de l'autre . encheristoient fur la ma
gnificence &r fur le nombre.
Le Corps de la Manufacture Royale de DrapSa
aussi signalé fbn zele par un "Te Vcum , Se
un Feu de joye. Deux Fontaines de vin in«
dustrieusement pratiquées , ont coulé' pendant'
leur Festin autour de l'Hôtel de Ville , où ils-
**étoient rassemblez, &r oà étoient invitez l'Ëtat
Major & les Chefs des Compagnies. Le*
gout de l'illumination répondoit â la magni
ficence de la Fête-
Les Officiers de la Garnison (Régiment di
Vilon Mandais ) ont couronné toutes ces FêteJ
par un Spectacle de leur métiers & ils l'oiit
exécuté d'une manière qutmarque leur eirpe»-
ailleurs.. : '
Ils ont formé deux partis peur se battre à
coups de Fusées. Les Dames fé divisèrent aussi'
en deux Partis, & chaque Reine choisit les
Champions qui dévoient entrer en lice.
Le ^.Octobre à fix heures du soir les Chcses
de
ítì MÊRCURE I>Ê; FRANCÊ;
de chaque Parti allèrent marquer les deiHif
Camps.Ils partagèrent l'avantage du vent, afin?
que l'un1 des Partis ne pue se plaindre d'être
offusqué de la fumée."
11$ firent rendre deux cordes à douze pas
l'une de l'autre > ils convinrent que l'approche
en seroit deffenduë , & qu'ils s'en tiendroient
â se lancer leur Artifice d'un Camp à l'autre.-
A huit h'euïes les Gombattans parurent au
liombre de quarante ; Ils étoient menez au
Combat chacun par leur Dame , dont ils port'oient
les Livrées s ils conduisirent les Damesaux
Balcons d'où elles dévoient voir le Com
bat & décider de la victoire. Ensuite ils se ren»
dirent sur le Champ de bataille. Cinquante
Soldats de chaque coté étoient fous les armes
pour empêcher le Peuple de s'exposer au feirc
tes Tambou-rs & Fifres étoient des deux côte*
pour animer les Gombattans.
A huit heuTes 8c demie les Dames donneïent
le signai s les Tambours battirent la char
ge, & le feu commença par quelques escar
mouches; ensuite il fut si violent de part 8e
d'autre, qu'il étoit difficile dé juger lequel desdeux
Partis dsvoit l'emporter j enfin après
trois quarts d'hevtre d'un feu vif , égal & con
tinuel , il arriva comme à la Bataille de Phatsale
, que le hazard décida ce que les Dieux
n'osoient juger.. Le feu prit au Parc de l'Areillerie
de l'un des Partis & brûla en un instant
quatre mille Fusées, Pétards ou Serpenteaux ,
qui étoit environ le quart de leur~Artifice.
Après cet accident il fallut céder,, mais auparavant.
çeux de ce Parti voulurent marquer
par leur courage qu'ils étoient dignes d'un fore
plus heureux. Us se présentèrent à la barrier&ì
•Ofps découvert & essuyerenc le feu enneráÛ
pendant
JANVIER. 1730; 81
j ant près d'un quart d'heure, fans autrf
deffenfe que leur intrépidité} enfin le Parti op»
polé ayant épuisé ses Munitions , ils furent ac
cueillis par leurs Dames,qui attachèrent à leurs
chapeaux des Cocardes Simboliques avec une
branche de Laurier.
Les malheureux furent prévenus par les Da
mes qui avoient pris leur parti , elles leur don»
nerent des Dragones vertes en signe d'espérance:
& .une branche de Mirthe . qui est l'arbre con
sacré à l'amour.
On étoit convenu avant le Combat que le*
Vainqueurs donneroient le Bal aux Dames , c«
qui rendoit ceCartel plus noble & plus galant»
c'est le seul desavantage qu'ont eu â essuyer
ceux du Parti malheureux ; mais ils en ont été
amplement dédommagez par le témoignage
que les Dames ont rendu à leur valeur & par
Je Mirthe dont elles les ont couronnez.
par deux. décharges de ls Artillerie de la Ville •
& du Château, l'une le Samedy au soir pre
mier Octobre, la seconde le Dimanche à lapoirte
du jour. L'Arrès midi on chanta un<
Te Deum, & on fit ensuite une Procession Sokmnellé
au bruit d'une triple décharge de tou
te T Artillerie & de la Mousqueterie ; on avoir
bordé les Rainparts de toute la. Garnison , tant
Infanterieque Dragons, & la Bourgeoisie avoir,
été commandée , & y faisoit les mimes fgafetmiH
yue les Troupes réglées. .
f€ MERCURE DE FRANCE.
- La Compagnie de la Jeunesse Bourgeoise,,
«omposée de trois cens hommes , s'est fur touc
distinguée; le nom seul annonce quelque chose
de galant & de brillant, austi ayoienc-ils tous
lès livrées de leurs Maîttefles qui étaient fur
les Remparts.
Après le Te Deum , on alluma un Peu trèsélevé
avec les cérémonies ordinaires , la Gar
nison étant sous les armes , & àTentrée de la
nuit , on mit le feu à un Artifice, dont la dis
position étoíc ingénieusement imaginée ; l'Edifice
étoit construit au milieu de la grande Place
sur un Rocher extrêmement élevé , Sc jettaiw
i'eau en arc par quatre muflíS ; cette eau tomboit
dans un Réservoir , d'où elle sortoit en
abondance tout à.Penrour & faisoit une Nape
d'eau de toute la circonférence ; là Charpente
de l'Eiifite étoit cachée par des arbres entiers
qu'on y avoit plantez, ce qui en faisoit un
Baquet frais & enchanté, tel que les Poëces
dépeignent celui du Bain dé Diane.
L' Artifice n'avoit rien de particulier que la
quantité & lî promptitude de l'execution*,
mais ce qu'il y avoit de plus agréable est qu'à
mesure que 1* Air étoit éclairé, on voyoit
les quatre A^cs. d'eau briller des couleurs les
plus vives , tel que celui dé l' Arc- en-Ciel ; ce
mêl.inge des Elemens concourok à faire un
très-bcau spectacle.
A peine' I Artifice fut-il fini, que toute Iá
Ville fut illuminée de Lampions,les Feux furent
en même temps allumez devant chaque parte
& les tables dressées dans les rues-; les Officiers
«le Ville ont bien marqué en cette octasioh
qu'ils étoientles Pères du Peuplrj indépendam
ment des Fontaines de vin qui couloient de
TO"tes p»t« t ik mfàvMi&m du pain > du
jANvrER. tri<r. tr
vin & de la viande à toute la populace , St au*
Heu de donner un Festin à l'Hotel de Ville aux!
dépens du Public, chacun de ces Magistratsdonna
chez foi un Repas splendide , où tout?
eequ'il y avoir dans la Ville.au- dessus du Com
mun , fut invité.-
Le Commandant rassembla' cependant tour
tes les Dames chez lui après le soupé. Elles»
trouvèrent le Frontispice & la façade de l'Hôtel
illuminez de flambeaux de poing 8c de Lam*
I>ions & ornez de Cartouches des Armes de
eurs Majeslez &du Dauphin. Trois grandes
Salles extrêmement éclairées , servirent de Scè
ne. Les deux premières étoient destinées- à I*
danse i & dans la troisième on avoit servi un/
magnifique Ambigu , où toute l'Assemblée allai
se délaslcr & reprendre des forces pour daníèr
de nouveau.
Plusieurs bandes de Masques se succédèrent
les unes aux autres avec des habits somptueux1
& galants. On ne connoît point ici les Do--
mino , ce déguisement répand une uniformité'
ennuyeuse dans une Assemblée, tout s'y res
semble & s'y confond. Nos Mascarades , au
contraire, croient variées & caractérisées.
Ce qu'il y a de remarquable est que les Mas
ques ne dansèrent aucune des danses ordinai
res : on avoit pris foin de donner â l'Orquestr©
des Airs inventez exprès pour la-Fête, & chaque
Mascarade figuroit une danse nouvelle , de
sorte que l'oreille & les yeux furent égalemenp
satisfaits parl'agréable variété. Les Dames des»
Villes voisines qui avoient été invitées â cette
brillante Fête, y concoururent par les déguifemens
qu'elles imaginèrent & par les dansesqu'elles
exécutèrent.
Les jours suiyans furent distinguez par de
ROU>
1% MERCURE m FRANCE.
Nouveaux Spectacles qui méritent d'être rap
portez par leur singularité* Les Ouvriers des
Manufactures qui font en grand nombre à Se
dan , habillèrent un Enfant en Dauphin. Et
firent chanter une grande Meffe & unZV Deumt
Voici l'ordre de ía Cérémonie.. _ ,
Deux Compagnies de Milice Bourgeoise
commençoient la marche. Ils avoient ï leur
- tête des Violons , des Hautbois , & des Tam
bours au centre qui se répondoitnt alternatif
vement. Ensuite marchoit une Compagnie de;
Houssarts vêtus magnifiquement de bien mon
tez. Ils étoient précédez de Trompettes, & Tim
bales-. Gette Compagnie écoit suivie de vingt
Gardes da Corps à cheval en habits bleus uni
formes; le Carrosse où étoit l'Enfant repré
sentant le Dauphin > marchoit immédìatementf
apres; il étok accompagné de Pages, de Valets
de Pied & de huit Coureurs-, & entouré de
douze Heraults,dont six étoient à cheval, an«ez:
de pied en cap à l'antique , & Its chevaux bar
dez.. Ils aboient la visière baiíîée Si les Masses
d'Armes ou les Lances à la main.-
Dans le même Carrosse étoient trois jeunes
Demoiselles richement vêtues , représentant
Mes Dames de France, & une quatrième repré
sentant Madame de Vantadour. Le' Carrosse
étoit surmonté d'une Couronne fermée de quaire
Dauphins.
Les Dames du Palais suivoient dans une
Calèche galamment ornée,- enfin le Cortège
étoit terminé par deux "autres Compagnies a vec
des Violons 8c Tambours, dan»ia même dis
position que les premières.
Ceifut en cet ordre qu'ils marchèrent pour
fè rendre à l'Eelise; on avoit placé au milie»
du Choeur un Carreau pour le Dauphin. Les.
Gardes.
-
AN"VIER. tjjo\ 7
©ardes fáisoiem un demi cercle à l'èntour de
les Cuirassiers à pied , armez de toutes pieces y
étcient aux quatre coins du Coeur & aux
deux cotez de r Autel comme desHeraults d' Ar*
mes. L" Aumônier étoit derrière le Fauteuil qui
prescntoit au Prince le Livre & lui marquoit
toutes les parties de l'Office.
Au sortir de l'Eglise le Cortège passa par Iei
Çrincipales rues , à l'entrée desquelles toute
Infanterie faisoít une décharge de Mousque*
terie & un Officier des Gardes du Corps jettoit
de l'árgent au Peuple.
Cette Cérémonie a été repetée jusqu'à quatre?
fois par differens Corps d'Ouvriers-, qui à;
l'envi l'un de l'autre . encheristoient fur la ma
gnificence &r fur le nombre.
Le Corps de la Manufacture Royale de DrapSa
aussi signalé fbn zele par un "Te Vcum , Se
un Feu de joye. Deux Fontaines de vin in«
dustrieusement pratiquées , ont coulé' pendant'
leur Festin autour de l'Hôtel de Ville , où ils-
**étoient rassemblez, &r oà étoient invitez l'Ëtat
Major & les Chefs des Compagnies. Le*
gout de l'illumination répondoit â la magni
ficence de la Fête-
Les Officiers de la Garnison (Régiment di
Vilon Mandais ) ont couronné toutes ces FêteJ
par un Spectacle de leur métiers & ils l'oiit
exécuté d'une manière qutmarque leur eirpe»-
ailleurs.. : '
Ils ont formé deux partis peur se battre à
coups de Fusées. Les Dames fé divisèrent aussi'
en deux Partis, & chaque Reine choisit les
Champions qui dévoient entrer en lice.
Le ^.Octobre à fix heures du soir les Chcses
de
ítì MÊRCURE I>Ê; FRANCÊ;
de chaque Parti allèrent marquer les deiHif
Camps.Ils partagèrent l'avantage du vent, afin?
que l'un1 des Partis ne pue se plaindre d'être
offusqué de la fumée."
11$ firent rendre deux cordes à douze pas
l'une de l'autre > ils convinrent que l'approche
en seroit deffenduë , & qu'ils s'en tiendroient
â se lancer leur Artifice d'un Camp à l'autre.-
A huit h'euïes les Gombattans parurent au
liombre de quarante ; Ils étoient menez au
Combat chacun par leur Dame , dont ils port'oient
les Livrées s ils conduisirent les Damesaux
Balcons d'où elles dévoient voir le Com
bat & décider de la victoire. Ensuite ils se ren»
dirent sur le Champ de bataille. Cinquante
Soldats de chaque coté étoient fous les armes
pour empêcher le Peuple de s'exposer au feirc
tes Tambou-rs & Fifres étoient des deux côte*
pour animer les Gombattans.
A huit heuTes 8c demie les Dames donneïent
le signai s les Tambours battirent la char
ge, & le feu commença par quelques escar
mouches; ensuite il fut si violent de part 8e
d'autre, qu'il étoit difficile dé juger lequel desdeux
Partis dsvoit l'emporter j enfin après
trois quarts d'hevtre d'un feu vif , égal & con
tinuel , il arriva comme à la Bataille de Phatsale
, que le hazard décida ce que les Dieux
n'osoient juger.. Le feu prit au Parc de l'Areillerie
de l'un des Partis & brûla en un instant
quatre mille Fusées, Pétards ou Serpenteaux ,
qui étoit environ le quart de leur~Artifice.
Après cet accident il fallut céder,, mais auparavant.
çeux de ce Parti voulurent marquer
par leur courage qu'ils étoient dignes d'un fore
plus heureux. Us se présentèrent à la barrier&ì
•Ofps découvert & essuyerenc le feu enneráÛ
pendant
JANVIER. 1730; 81
j ant près d'un quart d'heure, fans autrf
deffenfe que leur intrépidité} enfin le Parti op»
polé ayant épuisé ses Munitions , ils furent ac
cueillis par leurs Dames,qui attachèrent à leurs
chapeaux des Cocardes Simboliques avec une
branche de Laurier.
Les malheureux furent prévenus par les Da
mes qui avoient pris leur parti , elles leur don»
nerent des Dragones vertes en signe d'espérance:
& .une branche de Mirthe . qui est l'arbre con
sacré à l'amour.
On étoit convenu avant le Combat que le*
Vainqueurs donneroient le Bal aux Dames , c«
qui rendoit ceCartel plus noble & plus galant»
c'est le seul desavantage qu'ont eu â essuyer
ceux du Parti malheureux ; mais ils en ont été
amplement dédommagez par le témoignage
que les Dames ont rendu à leur valeur & par
Je Mirthe dont elles les ont couronnez.
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Résumé : A Sedan, [titre d'après la table]
En octobre 1729, Sedan organisa des festivités mémorables. Les réjouissances commencèrent par deux décharges d'artillerie, suivies d'un Te Deum et d'une procession accompagnée de salves d'artillerie et de mousqueterie. La garnison, l'infanterie, les dragons et la bourgeoisie participèrent activement. La Compagnie de la Jeunesse Bourgeoise, forte de trois cents hommes, se distingua particulièrement. Après le Te Deum, un grand feu d'artifice fut allumé sur la place principale, orné de jets d'eau et de décors évoquant le bain de Diane. La ville fut ensuite illuminée, et des tables furent dressées dans les rues avec des fontaines de vin et des provisions. Les officiers de la ville montrèrent leur sollicitude envers le peuple. Des mascarades somptueuses se succédèrent, avec des danses nouvelles et des costumes variés. Les dames des villes voisines contribuèrent à la fête par leurs déguisements et leurs danses. Les jours suivants, de nouveaux spectacles furent organisés. Les ouvriers des manufactures habillèrent un enfant en dauphin et organisèrent une messe et un Te Deum. Une procession solennelle, incluant des compagnies de milice bourgeoise, des hussards, des gardes du corps et des dames du palais, se rendit à l'église où une cérémonie fut célébrée. Différents corps d'ouvriers répétèrent cette cérémonie, rivalisant de magnificence. La Manufacture Royale de Draps organisa également un Te Deum et un feu de joie, avec des fontaines de vin. Les officiers de la garnison conclurent les festivités par un spectacle où deux partis s'affrontèrent à coups de fusées. Les dames choisirent les champions et assistèrent au combat depuis des balcons. Un incendie accidentel décida de l'issue du combat, et les vainqueurs offrirent un bal aux dames. Les perdants furent récompensés par des cocardes symboliques et des branches de laurier ou de myrte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2322
p. 79-86
LETTRE de M. de Launay, Auteur d'un Livre qui trace une route nouvelle très-facile, pour apprendre à lire promptement, à M. l'Abbé Berthault, Auteur du Quadrille des Enfans, qui paroît depuis quelques mois.
Début :
Votre Lettre à Mlle. de Brissac, est très-bien écrite, Monsieur, & je l'ai lûë [...]
Mots clefs :
Méthode, Lettre, Abbé, Pierre Pipoulain-Delaunay, Livre, Langue, Figures, Syllabe, Abbé Danguy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de Launay, Auteur d'un Livre qui trace une route nouvelle très-facile, pour apprendre à lire promptement, à M. l'Abbé Berthault, Auteur du Quadrille des Enfans, qui paroît depuis quelques mois.
LETTRE de M, de Launay, Auteur d'un
Livre qui trace une route nouvelle très-facile
, pour apprendre à lire promptement
à M. l'Abbé Berthault , Auteur du Quadrille
des Enfans , qui paroît depuis quelques
mois, ·
Otre Lettre à Mlle. de Briffac, eft très-
V bien écrite , Monfieur , & je l'ai lûë
avec d'autant plus de plaifir , que vous y
* Ce Livre a pour titre : Méthode pour apprendre à
lire le François le Latin , par un Systême si aifé &
fi naturel, qu'on y fait plus de progrès en trois mois
qu'en trois ans par la Méthode ancienne & ordinaire.
Contenant auffi un Abbregé des fons exacts de la Langue
Françoife , les differentes dénominations & variations
des Lettres & leurs ufages. Un Traité des Accens
adoptés
80 MERCURE DE FRANCE.
adoptés ouvertement la Méthode de feu
mon Pere; Méthode que j'ai étendue & perfectionnée
: je dis , Monfieur , que vous y
adoptés la Méthode de mon Pere , & en
voici la preuve :
Je remarque cinq circonftances , qui diftinguent
la Méthode que vous propofés ,
d'avec celle dont on fe fert communément,
Premiére circonftance : Vous faites prononcer
, be , ce , de , non , bé , cé , dé : Seconde
circonftance , vous faites prononcer la
filabe en un feui fon & d'une feule voix , au
lieu defaire épeller en particulier chaque lettre
qui compofe la filabe , felon la méthode vul
gaire. Troifiéme circonftance , vous réduifes
à 160 tous les fons de notre Langue. Quatriéme
circonftance , vous combinés & arrangés
vos filabes , d'une maniére differente de toutes
les Méthodes , qui ont paru jufqu'à préfent.
Cinquiéme circonftance , vous faites graver
des figuresfur desfiches , au dos , ou au bas defde
la Ponctuation. La définition des neuf parties
d Oraifon qui compofent le Difcours , avec un exemple des
Déclinaisons des Conjugaisons , &c. Ouvrage utile
à tous ceux qui veulent parler & écrire cette Langue
correctement , fans être obligés defaire une longue étude
, avec des refléxions fur la théorie & fur la pratique
de la Méthode du Bureau Typographique ; & un
Plan nouveau d'une Ortographe facile , abbregée &
réguliere.A Paris, chés Robinot l'aîné, Libraire, Quai
des grands Auguftins , attenant l'Eglife.
quelles
JANVIER. 81 1744.
quelles fe trouve la filabe , qui entre dans le
mot qui exprime la figure gravée , pour fixer ,
dites vous , l'imagination des enfans.
J'ofe vous affurer , Monfieur , que cette
Méthode eft précisément celle de feu mon
Pere : lifés fon ouvrage imprimé en 1719.
1º. Vous y verrés à la premiére page de
fon troifiéme Livre : Qu'il fait prononcer ,
be , ce , de , au lieu de bé , cé , dé. 2°. Vous
y verrés même Livre , pages 3. 4. 5.6.7.8.
9. & 10. Qu'il fait prononcer d'un feul ſon &
d'une feule voix , chaque filabe . 3° . Vous y
verrés dans les mêmes pages : Que les fons de
notre Langue , font réduits à peu près au même
nombre qué chés vous. 4º . Vous y verrés dans
les mêmes pages , Que l'arrangement & les
combinaifons des lettres & des filabes font les
mêmes que chés vous. 5. Vous verrés enfin
dans le Mémoire contre vous de feu M.
l'Abbé Danguy , pag. 5. Qu'il y a plus de 25
ans, que le Sr. de Launay, mon Pere , fe fervoit
de figures , pour apprendre à lire aux Enfans.
J'avoue que je n'ai pas foufcrit au ſyſtême
de mon Pere , dans cette derniére partie ,
parce que l'expérience m'a appris qu'avec
les enfans, il faut fimplifier les chofes autant
qu'il eft poffible , & que c'eft les fatiguer
mal-à-propos , que de les obliger à mettre
dans leur tête deux idées en même tems ;
fçavoir celle de la figure & celle de la fi
labe ,
82 MERCURE DE FRANCE.
be , tandis que celle de la fillabe feule
fuffit.
Par ce que je viens d'avoir l'honneur de
vous dire, Monfieur , vous voyés que fi vous
ne vous rencontrés pas tout à fait avec moi
vous vous rencontrés de point en point
avec mon Pére. Je conviens que mon Pére
mettoit fes figures fur des cartes , au lieu que
vous mettés les vôtres fur des fiches d'os.
Je conviens encore que fon ortographe étoit
differente de la vôtre, & qu'il n'écrivoit pas
fang , comme vous faites , cen. Il n'écrivoit
pas , Daugue , pour , Dogue , &c. comme le
remarque feu M. l'Abbé Danguy , dans la
quatrième page de fon Mémoire . Je conviens
encore , que fes figures ne reffembloient
en rien à celles que vous employés ,
ainfipour peindre le fon de la filabe qui entre
dans le mot , goëtre , il n'auroit jamais
imaginé , une bouteille attachée à la joue d'une
femme, & pour peindre le fon de la filabe ,
ex, qui eft à la tête du mot , extraordinaire ,
il ne lui feroit jamais venu dans la penſée,
de faire tracer fur fa carte , un boeufavec des
ailes ; mais à cela près , & vous ne fçauriés
en difconvenir , le fyftême de feu mon Pére
& le vôtre , c'eft la même chofe , & toute
la difference qui fe trouve entre l'un &
l'autre , confifte uniquement dans la difference
des figures que vous avés imaginées ,
&
JANVIER. 1744. 83
& dans la matiére fur laquelle ces figures
font tracées.
Puifque vos principes font les mêmes que
ceux de mon Pere & les miens , on doit
être étonné de ce que dans votre lettre , vous
n'avés pas daigné faire mention ni de mon
Pere , ni de moi. Et l'on en doit être d'autant
plus étonné , que vous avés avoué à feu
M. l'Abbé Danguy , que ma Méthode , qui
dans le fond n'eft que celle de mon Pere
étoit la vôtre , & que fi vous l'aviés embelli
de vos figures & de vos fiches , ç'avoit été
uniquement pour lui donner un air de nouveauté
, ce que M. l'Abbé Danguy a répété
d'après vous , à Monfieur Maboul , Intendant
de la Libraire , & qu'il a répété en ma
préfence à Monfieur Joly de Fleury , Avocat
Général , à Meffieurs les Abbés de Fleury
.& de Côte , Chanoines de Nôtre-Dame..
Le même Abbé Danguy a fait voir à ces
Meffieurs , votre Quadrille à la main , que
vous ne colliés fur vos fiches , que les mêmes
lettres ou filabes qui font contenues dans les
8 leçons qui font partie de la Méthode que
j'ai donnée au Public , & ce , lettre par lettre
& filabe par filabe : tous ceux qui ont
acheté vos fiches , font en état de vérifier ce
fait , en parcourant les pages , 3,4,5,6 ,
7,8,9 , 10 , 11 , 12 , 13 , 14 & 15 , de la
feconde partie de mon Livre.
1. Vol. E On
84 MERCURE DE FRANCÉ.
On doit être étonné encore qu'une pareille
découverte vous ait tant coûté , comme
vous le dites dans votre lettre , & comme
vous l'annoncés dans plufieurs Mercures. Je
n'ai garde de vous taxer ici de Plagiat : la
manière dont vous en avés ufé avec feu M.
l'Abbé Danguy , prouve d'une manière inconteftable
, que vous abhorés tout ce qui
fent le Plagiaire ; d'ailleurs , ceux qui font
ce métier , prennent des précautions que
vous avez méprifées : ils ont attention de
déguifer leurs larcins , foit en donnant
dans la Langue du Pays , des Ouvrages écrits
en des Langues étrangères , foit en mettant
fous leur nom , ou des Ouvrages , dont les
exemplaires font uniques , ou des Ouvrages
dont le laps de tems a fait perdre le fouvenir.
Vous n'êtes point dans le cas , Mr ; ce
que vous donnés aujourd'hui en François ,
mon Pere l'avoit donné en la même Langue
en 1719 , & moi en 1741. Les exemplaires
de ces Ouvrages font communs , font récens
, ainfi vous voilà à couvert du foupçon
même de Plagiat.
Je n'ai garde non plus de croire , que
mettant fous votre nom le fyftême dont il
s'agit , vous ayés prétendu en affurer la réputation
, du caractére dont vous êtes , ce
n'a pû être votre deffein. Chacun fçait
comment vous penfés fur votre compte ,
comme
JANVIER . 1744.
comme vous vous rendés affés de juftice ,
pour être perfuadé que votre nom ne fçauroit
donner un nouveau luftre à un Ouvrage
connu & accrédité , encore moins lui fervir
d'Egide contre la Cenfure, s'il la méritoit.
Je croirai encore moins , que par les Eloges
que vous donnés au fyftême en queſtion ,
vous ayés voulu enchérit fur ceux qu'il a.
déja reçûs de nos Sçavans . Car , qu'auriésvous
pû ajoûter , à ce que dit M. l'Abbé de la
Serre , Chanoine de l'Eglife de Langres , dans
fa lettre inférée dans le Mercure de France du
mois de Janvier 1742 ? Qu'auriés- vous pû.
ajoûter à ce que dit le Journal des Sçavans ? à
ce que dit le fournal de Trévoux ? à ce que dit
Le Journal de Verdun ? à ce que dit le Mercure
de France ? Qu'auriés - vous pû ajoûter
, à ce que dit M. l'Abbé Goujet , Auteur
de la Bibliotéque Françoife , dans les additions
& corrections qui font à la tête de fon
troifiéme Volume ? à ce qu'en a dit M. l'Abbé
Bignon ? à ce qu'en a dit le célébre M. Rolin ?
Qu'auriés- vous pû ajoûter fur-tout aux
Eloges que M. l'Abbé des Fontaines lui a donnés
, & directement & indirectement. Directement
, lorfque dans fes Obfervations fur mon
Livre , il s'écrie comme dans un espéce d'enthoufiafme
: FAUT-IL QUE CE TRESOR AIT
E'TE' CACHE' SI LONG- TEMS ? Indirectement
Lorfque dans fes remarques fnr votre lettre , il
Eij ram
> >
86 MERCURE DE FRANCE.
raconte les merveilles qu'a opérées la Méthode
que vous adoptés.
>
Après avoir bien réfléchi fur le filence
exact que vous gardez dans votre lettre
fur le compte de mon Pere & fur le mien ,
je n'en vois point d'autre motif , que
la
crainte que vous avez eue , d'ouvrir une
carriére trop vafte à ma vanité ; mais
permettés - moi de vous le dire , Mr
vous n'avés réuffi dans votre projet. Je pas
me fens infiniment flaté, qu'un homme qui a
eû une Ecoliére du rang de Mademoiſelle de
Briffac:qu'un homme qui s'eft annoncé dans
le Public par une lettre très -bien écrite
lettre dont il y a une grande quantité d'exemplaires
de diftribués : Je fuis , je le ré .
péte , jefuis infiniment flaté , qu'un homme
tel que vous , ait adopté ma Méthode , l'ait
exaltée , l'ait préconisée . oui , Mr , le Panégirifte
d'un Ouvrage que j'ai mis dans un
nouveau jour me donne une idée trèsavantageufe
de ce que je puis valoir .
Je fuis , & c.
,
Ce 15 Décembre 1743 .
Livre qui trace une route nouvelle très-facile
, pour apprendre à lire promptement
à M. l'Abbé Berthault , Auteur du Quadrille
des Enfans , qui paroît depuis quelques
mois, ·
Otre Lettre à Mlle. de Briffac, eft très-
V bien écrite , Monfieur , & je l'ai lûë
avec d'autant plus de plaifir , que vous y
* Ce Livre a pour titre : Méthode pour apprendre à
lire le François le Latin , par un Systême si aifé &
fi naturel, qu'on y fait plus de progrès en trois mois
qu'en trois ans par la Méthode ancienne & ordinaire.
Contenant auffi un Abbregé des fons exacts de la Langue
Françoife , les differentes dénominations & variations
des Lettres & leurs ufages. Un Traité des Accens
adoptés
80 MERCURE DE FRANCE.
adoptés ouvertement la Méthode de feu
mon Pere; Méthode que j'ai étendue & perfectionnée
: je dis , Monfieur , que vous y
adoptés la Méthode de mon Pere , & en
voici la preuve :
Je remarque cinq circonftances , qui diftinguent
la Méthode que vous propofés ,
d'avec celle dont on fe fert communément,
Premiére circonftance : Vous faites prononcer
, be , ce , de , non , bé , cé , dé : Seconde
circonftance , vous faites prononcer la
filabe en un feui fon & d'une feule voix , au
lieu defaire épeller en particulier chaque lettre
qui compofe la filabe , felon la méthode vul
gaire. Troifiéme circonftance , vous réduifes
à 160 tous les fons de notre Langue. Quatriéme
circonftance , vous combinés & arrangés
vos filabes , d'une maniére differente de toutes
les Méthodes , qui ont paru jufqu'à préfent.
Cinquiéme circonftance , vous faites graver
des figuresfur desfiches , au dos , ou au bas defde
la Ponctuation. La définition des neuf parties
d Oraifon qui compofent le Difcours , avec un exemple des
Déclinaisons des Conjugaisons , &c. Ouvrage utile
à tous ceux qui veulent parler & écrire cette Langue
correctement , fans être obligés defaire une longue étude
, avec des refléxions fur la théorie & fur la pratique
de la Méthode du Bureau Typographique ; & un
Plan nouveau d'une Ortographe facile , abbregée &
réguliere.A Paris, chés Robinot l'aîné, Libraire, Quai
des grands Auguftins , attenant l'Eglife.
quelles
JANVIER. 81 1744.
quelles fe trouve la filabe , qui entre dans le
mot qui exprime la figure gravée , pour fixer ,
dites vous , l'imagination des enfans.
J'ofe vous affurer , Monfieur , que cette
Méthode eft précisément celle de feu mon
Pere : lifés fon ouvrage imprimé en 1719.
1º. Vous y verrés à la premiére page de
fon troifiéme Livre : Qu'il fait prononcer ,
be , ce , de , au lieu de bé , cé , dé. 2°. Vous
y verrés même Livre , pages 3. 4. 5.6.7.8.
9. & 10. Qu'il fait prononcer d'un feul ſon &
d'une feule voix , chaque filabe . 3° . Vous y
verrés dans les mêmes pages : Que les fons de
notre Langue , font réduits à peu près au même
nombre qué chés vous. 4º . Vous y verrés dans
les mêmes pages , Que l'arrangement & les
combinaifons des lettres & des filabes font les
mêmes que chés vous. 5. Vous verrés enfin
dans le Mémoire contre vous de feu M.
l'Abbé Danguy , pag. 5. Qu'il y a plus de 25
ans, que le Sr. de Launay, mon Pere , fe fervoit
de figures , pour apprendre à lire aux Enfans.
J'avoue que je n'ai pas foufcrit au ſyſtême
de mon Pere , dans cette derniére partie ,
parce que l'expérience m'a appris qu'avec
les enfans, il faut fimplifier les chofes autant
qu'il eft poffible , & que c'eft les fatiguer
mal-à-propos , que de les obliger à mettre
dans leur tête deux idées en même tems ;
fçavoir celle de la figure & celle de la fi
labe ,
82 MERCURE DE FRANCE.
be , tandis que celle de la fillabe feule
fuffit.
Par ce que je viens d'avoir l'honneur de
vous dire, Monfieur , vous voyés que fi vous
ne vous rencontrés pas tout à fait avec moi
vous vous rencontrés de point en point
avec mon Pére. Je conviens que mon Pére
mettoit fes figures fur des cartes , au lieu que
vous mettés les vôtres fur des fiches d'os.
Je conviens encore que fon ortographe étoit
differente de la vôtre, & qu'il n'écrivoit pas
fang , comme vous faites , cen. Il n'écrivoit
pas , Daugue , pour , Dogue , &c. comme le
remarque feu M. l'Abbé Danguy , dans la
quatrième page de fon Mémoire . Je conviens
encore , que fes figures ne reffembloient
en rien à celles que vous employés ,
ainfipour peindre le fon de la filabe qui entre
dans le mot , goëtre , il n'auroit jamais
imaginé , une bouteille attachée à la joue d'une
femme, & pour peindre le fon de la filabe ,
ex, qui eft à la tête du mot , extraordinaire ,
il ne lui feroit jamais venu dans la penſée,
de faire tracer fur fa carte , un boeufavec des
ailes ; mais à cela près , & vous ne fçauriés
en difconvenir , le fyftême de feu mon Pére
& le vôtre , c'eft la même chofe , & toute
la difference qui fe trouve entre l'un &
l'autre , confifte uniquement dans la difference
des figures que vous avés imaginées ,
&
JANVIER. 1744. 83
& dans la matiére fur laquelle ces figures
font tracées.
Puifque vos principes font les mêmes que
ceux de mon Pere & les miens , on doit
être étonné de ce que dans votre lettre , vous
n'avés pas daigné faire mention ni de mon
Pere , ni de moi. Et l'on en doit être d'autant
plus étonné , que vous avés avoué à feu
M. l'Abbé Danguy , que ma Méthode , qui
dans le fond n'eft que celle de mon Pere
étoit la vôtre , & que fi vous l'aviés embelli
de vos figures & de vos fiches , ç'avoit été
uniquement pour lui donner un air de nouveauté
, ce que M. l'Abbé Danguy a répété
d'après vous , à Monfieur Maboul , Intendant
de la Libraire , & qu'il a répété en ma
préfence à Monfieur Joly de Fleury , Avocat
Général , à Meffieurs les Abbés de Fleury
.& de Côte , Chanoines de Nôtre-Dame..
Le même Abbé Danguy a fait voir à ces
Meffieurs , votre Quadrille à la main , que
vous ne colliés fur vos fiches , que les mêmes
lettres ou filabes qui font contenues dans les
8 leçons qui font partie de la Méthode que
j'ai donnée au Public , & ce , lettre par lettre
& filabe par filabe : tous ceux qui ont
acheté vos fiches , font en état de vérifier ce
fait , en parcourant les pages , 3,4,5,6 ,
7,8,9 , 10 , 11 , 12 , 13 , 14 & 15 , de la
feconde partie de mon Livre.
1. Vol. E On
84 MERCURE DE FRANCÉ.
On doit être étonné encore qu'une pareille
découverte vous ait tant coûté , comme
vous le dites dans votre lettre , & comme
vous l'annoncés dans plufieurs Mercures. Je
n'ai garde de vous taxer ici de Plagiat : la
manière dont vous en avés ufé avec feu M.
l'Abbé Danguy , prouve d'une manière inconteftable
, que vous abhorés tout ce qui
fent le Plagiaire ; d'ailleurs , ceux qui font
ce métier , prennent des précautions que
vous avez méprifées : ils ont attention de
déguifer leurs larcins , foit en donnant
dans la Langue du Pays , des Ouvrages écrits
en des Langues étrangères , foit en mettant
fous leur nom , ou des Ouvrages , dont les
exemplaires font uniques , ou des Ouvrages
dont le laps de tems a fait perdre le fouvenir.
Vous n'êtes point dans le cas , Mr ; ce
que vous donnés aujourd'hui en François ,
mon Pere l'avoit donné en la même Langue
en 1719 , & moi en 1741. Les exemplaires
de ces Ouvrages font communs , font récens
, ainfi vous voilà à couvert du foupçon
même de Plagiat.
Je n'ai garde non plus de croire , que
mettant fous votre nom le fyftême dont il
s'agit , vous ayés prétendu en affurer la réputation
, du caractére dont vous êtes , ce
n'a pû être votre deffein. Chacun fçait
comment vous penfés fur votre compte ,
comme
JANVIER . 1744.
comme vous vous rendés affés de juftice ,
pour être perfuadé que votre nom ne fçauroit
donner un nouveau luftre à un Ouvrage
connu & accrédité , encore moins lui fervir
d'Egide contre la Cenfure, s'il la méritoit.
Je croirai encore moins , que par les Eloges
que vous donnés au fyftême en queſtion ,
vous ayés voulu enchérit fur ceux qu'il a.
déja reçûs de nos Sçavans . Car , qu'auriésvous
pû ajoûter , à ce que dit M. l'Abbé de la
Serre , Chanoine de l'Eglife de Langres , dans
fa lettre inférée dans le Mercure de France du
mois de Janvier 1742 ? Qu'auriés- vous pû.
ajoûter à ce que dit le Journal des Sçavans ? à
ce que dit le fournal de Trévoux ? à ce que dit
Le Journal de Verdun ? à ce que dit le Mercure
de France ? Qu'auriés - vous pû ajoûter
, à ce que dit M. l'Abbé Goujet , Auteur
de la Bibliotéque Françoife , dans les additions
& corrections qui font à la tête de fon
troifiéme Volume ? à ce qu'en a dit M. l'Abbé
Bignon ? à ce qu'en a dit le célébre M. Rolin ?
Qu'auriés- vous pû ajoûter fur-tout aux
Eloges que M. l'Abbé des Fontaines lui a donnés
, & directement & indirectement. Directement
, lorfque dans fes Obfervations fur mon
Livre , il s'écrie comme dans un espéce d'enthoufiafme
: FAUT-IL QUE CE TRESOR AIT
E'TE' CACHE' SI LONG- TEMS ? Indirectement
Lorfque dans fes remarques fnr votre lettre , il
Eij ram
> >
86 MERCURE DE FRANCE.
raconte les merveilles qu'a opérées la Méthode
que vous adoptés.
>
Après avoir bien réfléchi fur le filence
exact que vous gardez dans votre lettre
fur le compte de mon Pere & fur le mien ,
je n'en vois point d'autre motif , que
la
crainte que vous avez eue , d'ouvrir une
carriére trop vafte à ma vanité ; mais
permettés - moi de vous le dire , Mr
vous n'avés réuffi dans votre projet. Je pas
me fens infiniment flaté, qu'un homme qui a
eû une Ecoliére du rang de Mademoiſelle de
Briffac:qu'un homme qui s'eft annoncé dans
le Public par une lettre très -bien écrite
lettre dont il y a une grande quantité d'exemplaires
de diftribués : Je fuis , je le ré .
péte , jefuis infiniment flaté , qu'un homme
tel que vous , ait adopté ma Méthode , l'ait
exaltée , l'ait préconisée . oui , Mr , le Panégirifte
d'un Ouvrage que j'ai mis dans un
nouveau jour me donne une idée trèsavantageufe
de ce que je puis valoir .
Je fuis , & c.
,
Ce 15 Décembre 1743 .
Fermer
2323
p. 91-98
Jeux Floreaux, & leur origine, avec plusieurs Piéces faites sur ce sujet, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay parlé il y a déja quelques années de divers Jeux [...]
Mots clefs :
Jeux, Villes, Jeux floraux, Jeunesse, Poésie, Mémoire, Fleur, Prix, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Jeux Floreaux, & leur origine, avec plusieurs Piéces faites sur ce sujet, [titre d'après la table]
Je vous ay parlé il y a déja
quelques années de divers
Jeux qui fe font en plufieus
Villes le premier jour de ce
.mois. Ceux qu'on nomme
Hij
92 MERCURE
Floreaux ou Floraux , font de
'ce nombre. Ils fe font dans.
la Ville de Thouloufe Capi
tale de Languedoc , & tirent
leur origine de ce qu'autre
fois au commencement de
ce mefme mois de May , toute
la Jeuneſſe du Pays & des
Provinces voifines s'y affembloit
, dans un certain lieu
choily , où l'on recitoit toute
forte de Poëfies , Odes , Madrigaux
, Stances , Elegies,
Sonnets , & fur tour des
Chants Royaux. Cela fe faifoit
pendant trois jours , lef
quels eftant expirez , les An
GALANT 93
ciens recueilloient les voix
pour donner le prix . Celuy
qu'on enjugeoit digne , re
cevoit une Couronne de
Laurier , & on l'appelloit
l'Amant Fidelle de la Courd'A
mourally avoit mefme des
Dames qui compofoient ain
fique les Hommes , mais
afin qu'on ne creuft pas que
la complaifande engageaft les.
Juges à leur eftre favorables,
elles renonçoient au prix.
Enfin aprés un fort grand
ɛnombre d'années , une Fer
me de qualité appellée Clemencé
, entraînée par de
1
94 MERCURE
panchant qu'elle avoit pour
la Poefie , forma le deffein
d'éternifer fa memoire en inftituant
une Fefte remarquable
, qu'on nomma les Jeux
Fleureaux , & qu'elle voulut
zeftre celebrée le premiers &
troifiéme jour de May. Elle
laiffa pour cela la plus grande
partie de fon bien à M's de
Ville à condition que tous
elesans ils feroient faire quatre
Fleurs de Vermeil qui feroient
l'Eglantine , le Soucy;
la Violettes & FOcilled. Les
-Trois premieres qui valent au
moins quinze Piſtoles chaGALANT
95
Gens
cune , font pour les jeunes
que l'on trouve dignes
de les remporter par le me
mitè de leurs Ouvrages. Elles
-font d'une coudée de hauteur
, & reprefentent la Fleur
dont elles portent de nom,
avec un pied de Vermeil , ouì
les Armesde la Ville font gravées
La quatrieme qui eſt
plus petite que les autres , eſt
pour les petits Enfans , & fe
donne par faveur. L'Hoftel
de Ville qui eft tres beau,
très grand & tres - fpacieux,
eftoit la maison de cette Dame.
Elle la donna pour y ce706
MERCURE
Febrer eek Jeux] , ainſi que la
Place du Marché que l'on appelle
La Pierre. C'eſt un lieu
couvert , où quantitéidoMar
chands étalent leurs marchandifes.
On commence
ceftè cérémonie tous les as
le premier jour du mois où
nous femmes , par une Moffe
folemnelle qu'on chante
en Müfique
à laquelle
Tout le Corps de Villelathe .
Pendant tout ce jour chacun
recre les Vers qu'il a compo
fez &le troified du mefme
mois, on convie quantitéfèe
Perlonnes des plus confiderables
GALANT. 97
bles de Thouloufe à un dilné
magnifique , aprés lequel on
examine tous les Ouvrages
qui ont efté recitez , & chacun
donne la voix pour les
Prix . Il s'y trouve toûjours
un Préfident au Mortier , &
quatre Confeillers au Parlement.
Cependant on enferme
dans une grande Sale
tous ceux qui afpirent aux
Prix , & chacun y travaille en
particulier à ce qu'on appelle
I'Effay. C'eſt un Sonnet qu'ils
font fur un Vers qui leur eft
donné , & par lequel ils font
obligez de le finir. La der-
May 1685.
1
98 MERCURE
niere fois qu'on diítribua les
Prix , voicy le Vers que l'on
donna pour l'Effay.
Quiconque efpere enDieu n'estjamais
confondu.
quelques années de divers
Jeux qui fe font en plufieus
Villes le premier jour de ce
.mois. Ceux qu'on nomme
Hij
92 MERCURE
Floreaux ou Floraux , font de
'ce nombre. Ils fe font dans.
la Ville de Thouloufe Capi
tale de Languedoc , & tirent
leur origine de ce qu'autre
fois au commencement de
ce mefme mois de May , toute
la Jeuneſſe du Pays & des
Provinces voifines s'y affembloit
, dans un certain lieu
choily , où l'on recitoit toute
forte de Poëfies , Odes , Madrigaux
, Stances , Elegies,
Sonnets , & fur tour des
Chants Royaux. Cela fe faifoit
pendant trois jours , lef
quels eftant expirez , les An
GALANT 93
ciens recueilloient les voix
pour donner le prix . Celuy
qu'on enjugeoit digne , re
cevoit une Couronne de
Laurier , & on l'appelloit
l'Amant Fidelle de la Courd'A
mourally avoit mefme des
Dames qui compofoient ain
fique les Hommes , mais
afin qu'on ne creuft pas que
la complaifande engageaft les.
Juges à leur eftre favorables,
elles renonçoient au prix.
Enfin aprés un fort grand
ɛnombre d'années , une Fer
me de qualité appellée Clemencé
, entraînée par de
1
94 MERCURE
panchant qu'elle avoit pour
la Poefie , forma le deffein
d'éternifer fa memoire en inftituant
une Fefte remarquable
, qu'on nomma les Jeux
Fleureaux , & qu'elle voulut
zeftre celebrée le premiers &
troifiéme jour de May. Elle
laiffa pour cela la plus grande
partie de fon bien à M's de
Ville à condition que tous
elesans ils feroient faire quatre
Fleurs de Vermeil qui feroient
l'Eglantine , le Soucy;
la Violettes & FOcilled. Les
-Trois premieres qui valent au
moins quinze Piſtoles chaGALANT
95
Gens
cune , font pour les jeunes
que l'on trouve dignes
de les remporter par le me
mitè de leurs Ouvrages. Elles
-font d'une coudée de hauteur
, & reprefentent la Fleur
dont elles portent de nom,
avec un pied de Vermeil , ouì
les Armesde la Ville font gravées
La quatrieme qui eſt
plus petite que les autres , eſt
pour les petits Enfans , & fe
donne par faveur. L'Hoftel
de Ville qui eft tres beau,
très grand & tres - fpacieux,
eftoit la maison de cette Dame.
Elle la donna pour y ce706
MERCURE
Febrer eek Jeux] , ainſi que la
Place du Marché que l'on appelle
La Pierre. C'eſt un lieu
couvert , où quantitéidoMar
chands étalent leurs marchandifes.
On commence
ceftè cérémonie tous les as
le premier jour du mois où
nous femmes , par une Moffe
folemnelle qu'on chante
en Müfique
à laquelle
Tout le Corps de Villelathe .
Pendant tout ce jour chacun
recre les Vers qu'il a compo
fez &le troified du mefme
mois, on convie quantitéfèe
Perlonnes des plus confiderables
GALANT. 97
bles de Thouloufe à un dilné
magnifique , aprés lequel on
examine tous les Ouvrages
qui ont efté recitez , & chacun
donne la voix pour les
Prix . Il s'y trouve toûjours
un Préfident au Mortier , &
quatre Confeillers au Parlement.
Cependant on enferme
dans une grande Sale
tous ceux qui afpirent aux
Prix , & chacun y travaille en
particulier à ce qu'on appelle
I'Effay. C'eſt un Sonnet qu'ils
font fur un Vers qui leur eft
donné , & par lequel ils font
obligez de le finir. La der-
May 1685.
1
98 MERCURE
niere fois qu'on diítribua les
Prix , voicy le Vers que l'on
donna pour l'Effay.
Quiconque efpere enDieu n'estjamais
confondu.
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Résumé : Jeux Floreaux, & leur origine, avec plusieurs Piéces faites sur ce sujet, [titre d'après la table]
Les Jeux Floraux sont une tradition toulousaine célébrée au début du mois de mai. Ils consistent en des récitations de poèmes variés sur trois jours, suivies d'un vote pour couronner le meilleur poète avec une couronne de laurier. Les femmes peuvent participer mais ne reçoivent pas de prix pour éviter le favoritisme. Clémence, une dame de qualité, institua les Jeux Fleureaux les 1er et 3 mai, léguant des biens à Toulouse pour créer quatre fleurs de vermeil : l'églantine, le souci, la violette et l'œillet. Ces prix, valant quinze pistoles chacun, récompensent les jeunes poètes et les enfants. La cérémonie inclut une messe solennelle et un dîner pour les notables. Les œuvres sont jugées par un président et quatre conseillers du parlement. Les participants doivent écrire un essai et un sonnet se terminant par un vers imposé, comme 'Quiconque espère en Dieu n'est jamais confondu'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2324
p. 2399-2407
LETTRE de M. Morand à M. D. L. R. en réponse à celle de M. F. J. Chirurgien de Soissons, sur la Taille.
Début :
J'ai vû sans étonnement, Monsieur, dans le Mercure du mois dernier, la [...]
Mots clefs :
M. Cheselden, Taille latérale, Méthode, Chirurgien, Opérations, Académie royale des sciences, Guérir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Morand à M. D. L. R. en réponse à celle de M. F. J. Chirurgien de Soissons, sur la Taille.
LETTRE de M. Morand à M. D. L. R.
en réponse à celle de M. F. J. Chirur
gien de Soissons , sur la Taille.
J'a
'Ai vû , sans étonnement , Monsieur
dans le Mercure du mois dernier. , la
Lettre de M. F. J. et je réponds sans
peine à ses refléxions : comme ellés paroissent fondées sur ce que dans ma Lettre imprimée dans le Mercure du mois.
d'Août , je ne me suis pas expliqué assez
clairement sur la Méthode de M. Foubert pour la Taille laterale, je commencerai par exposer ici ce que j'ai voulu
dire.
Après avoir appris au Public que dans
le Printems de la présente année 1732. il
y avoit eu quatre tailles à la Méthode de
M. Cheselden faites avec succès , je
croyois devoir l'informer de la suite des
Tailles latérales depuis le détail que vous
en
2040 MERCURE DE FRANCE
ㅋ
en avez donnéen Juillet 1731. et j'en annonçois quatre autres dont deux ont été faites par M. Foubert , avec des changemens dont il a fait part à l'Académie de
Chirurgie. Je n'ai donc pas assez distingué la Taille de M. Foubert , de celle de
M. Cheselden ; si c'est là ma faute , je
déclare que je n'ai englobée celle de
M. Foubert avec les autres , que comme
deux tailles de l'espéce qu'on nomme en
général latérale , relativement au grand
appareil , que je n'ai pas prétendu les confondre pour la Méthode , et que si M.
Foubert trouve mauvais que j'aye fait
usage de ses opérations en faveur de la
Taille latérale , prise relativement au
grand appareil , je serai exact à l'avenir
a ne citer que celles qui seront faites par
la Méthode de M. Cheselden. Pour rectifier dès-à- présent cet endroit , je dirai
que depuis le détail qu'on a lû dans le Mercure de Juillet 1731. où je parle de dixhuit opérations faites par cette Méthode dont quatorze ont réussi , il y en a eu six
de faites , dont cinq ont réussi.
à
Aux risques de déplaire à M. F. J. que
ces listes de guérisons importunent , il
faut cependant en ajoûter une nouvelle.
J'ai taillé le 14 Octobre dernier un homme qui avoit eu plusieurs fluxions et abs
cès
NOVEMBRE. 1732. 2041
ressoit par bonté
cès dans les parties voisines de celles de
la taille. M. Sylva Medecin , et plusieurs
Chirurgiens y étoient présents ; j'ai tiré
une pierre de la grosseur d'un abricot , et
le malade aété guéri sans avoir eu le moindre accident. C'est un homme pour qui
Madame la Princesse de Bouillon s'inte
et par charité.
Je dois encore apprendre au Public que
dans le voyage de M. Cheselden à Paris ,
il dit à un Ministre respectable qu'il étoit
en état de publier la premiere centaine
de ses opérations , que la seconde seroit
bientôt complette , et qu'il n'en avoit encore perdu que neuf. Voilà bien des listes , et bien des sujets d'impatience pour
M. F. J. mais il vaut autant les réunir
toutes sous un même point de vuë , puisqu'il s'agit d'éxaminer à présent si le jugement qu'il en a porté est équitable.
Voici les motifs qui me les ont fait publier.
Toutes les fois qu'il est question d'une
nouvelle Méthode à établir ou à justifier ,
on est necessairement obligé d'entrer dans
des détails qui deviennent inutiles lorsque la méthode est établie ou justifiée , et
il faut nécessairement faire l'énumeration
des faits sur lesquels on veut l'appuyer. Il
n'est donc pas étonnant que j'aye publié les
2042 MERCURE DE FRANCE
les opérations faites en France par la méthode de M. Cheselden , puisqu'elle y est
nouvelle , et que c'est sur un grand nom
bre de faits qu'elle peut être établie. Ainsi
le compliment que M. F. J. fait aux illustres Lithotomistes de Paris est déplacé , parce que le Public , moins attentif sur une Méthode ancienne , a toujours les yeux plus ouverts sur une Méthode nouvelle. L'énumeration de mes
tailles n'est donc pas hors de propos ; je
vais l'autoriser des exemples. par
>
On n'a point fait de procès au célebre
M. Rau , quand il a dit dans un Discours
publié à Leyde , qu'il avoit fait son opération sur 1547. Malades. On n'a point
regardé comme un séducteur du Public
M. Douglas , quand il a donné les nom,
surnom , et âge de ceux sur qui il avoit
pratiqué le haut appareil. On n'a point
dit à M. Cheselden qu'il présentoit les
choses sous une face dangereuse quand à
la suite de sa Méthode , publiée en 1730.
il a donné le catalogue de ceux qu'il
avoit taillés depuis 1727. Cette énumeration de faits ne m'est donc point particuliere , et si c'est une faute , je suis bien
excusable de l'avoir faite après de si grands
hommes.
D'ailleurs , il est évident que ce que
j'ai
NOVEMBRE. 1732. 2403
j'ai produit à cet égard étoit plus en faveur de l'opération que de l'Opérateur
puisqu'à mes opérations j'ai ajoûté celles
de Mrs Perchet , Garengeot , le Cat. C'a
été enfin sans partialité , puisque j'ai
publié les mauvais succès comme les
bons.
,
›
Il faut présentement prouver que j'ay
dû publier ces faits , et que j'ai eu des
motifs très - pressans de le faire. En effet
il sied mal à M. F. J. de dire qu'il valoit
mieux laisser dans l'oubli les faits que je
rapporte que de les divulguer. De bonne foi,
si sur le nombre de 24 Sujets taillés en
France par la méthode de M. Cheselden
dont 19. ont été guéris et 5. sont morts ;
il y en eut eu 19. de morts et 5. guéris
auroit on laissé ces faits dans l'oubli ? Répondre affirmativement , ce seroit ne pas
connoître ce qu'on appelle communément
jalousie de métier. Je n'en veux d'autre
preuve que ce qui s'est passé après la
mort de M. de Janson on a d'abord répandu dans la Gazette d'Hollande du mois de Mai 1731. que l'Opération latérale étoit deffendue en France ;
ensuite le Mercure de France a publié que
sur les inconveniens connus de cette opération , on ne l'avoit point fait cette année dans l'Hôpital de la Charité , afin
que
2404 MERCURE DE FRANCE
que les Pauvres servent d'instruction aux
Eleves sans être leurs victimes. Après de
telles atteintes données à cette Méthode
il est clair que je devois nécessairement
apprendre au Public , que cette opération bien loin d'être deffendue , comme le
disoit la Gazette d'Hollande , venoit d'être faite sur six Sujets. Il falloit nécessairement lui apprendre que cette opération,
bien loin de faire de nos Malades nos victimes , comme le disoit le Mercure , venoit de rendre à la vie cinq des six malades qui l'avoient essuyée ; le Public pru
dent et éclairé trouvera sans doute qu'il
y auroit bien de l'injustice , à ne vouloir
permettre aux Nouvelles publiques de se
charger que des époques qui peuvent être
fatales à une opération , et ne leur pas
permettre d'annoncer ce qui peut en re- hausser le prix.
Je conclurai donc que le jugement de
M. F. J. n'est pas équitable , mes listes
n'auroient été dangereuses que dans le cas
d'une conséquence tirée en faveur de la
Méthode , de l'argument seul des guérisons nombreuses , et c'est ce que je n'ai
point fait ; car à bien approfondir le
sens de la Lettre de M. F. J. il semble insinuer que je ne puis alléguer
que les faits en faveur de la Méthode de
M.
NOVEMBRE. 1732. 240
M. Cheselden. Il faut convenir que bien
d'honnêtes gens s'accommoderoient de
cette preuve ; mais je ne m'en suis point
tenu là , et j'ai pris la chose par plus d'un endroit.
·
M. F. J. ignore , ou peut-être veut
ignorer, qu'après avoir montré à l'Acadé
mie Royale des Sciences les Sujets taillés
par la Méthode de M. Cheselden , j'en ai .
expliqué le manuel conformément aux
notions anatomiques , j'y ai démontré les
parties interessées dans cette opération
fraîches , dessechées , injectées ; j'ai fait le
parallele de cette taille avec les autres ;
j'ai fait voir plus de vingt Planches dessinées pour expliquer la Taille latérale depuis Frere Jacques jusqu'à M. Cheselden ;
j'ai donné un Mémoire fort circonstancié ,
et j'ai promis un Ouvrage en forme sur
cette matiere ; je ne puis donc être accusé d'avoir entamé la chose superficiellement ; et quoiqu'on dise , je ne puis établir les avantages de cette Taille que sur
les raisonnemens et sur les faits ; j'ai produit mes raisonnemens à l'Académie
Royale des Sciences , et j'instruis, le Public des faits à mesure qu'ils arri
vent.
Mais je vois à la fin de la Lettre de
M. F. J. Chirurgien de Soissons , ce qui.
E blesse
24.06 MERCURE DE FRANCE
3
blesse sa délicatesse , et j'y trouve de vio
lens soupçons de croire que nous habitons
la même Ville. L'Académie de S. Côme,
dit-on , ne devoit-elle pas être la dépositaire
de ces faits ? Je réponds uniment qu'avant
que l'Académie de S. Côme fut établie ,
celle des Sciences avoit reçû mes Observations , et j'avoue qu'elle a sur l'autre
un droit d'aînesse bien établi. D'ailleurs
je ne puis marquer trop de reconnoissance à cette Illustre Académie , et je ne
cesserai de publier les bontez qu'elle a eues
pour moi depuis dix ans que j'ai l'honneur d'en être ; c'est elle qui m'a engagé
à comparer les différentes Méthodes de
la Taille , c'est elle qui vraiement libre
depréjugé et d'interêt a fait un examenéquitable de mes Opérations , elle a répandu mes succès , elle m'a consolé dans
mes adversités : quelle eut été mon ingratitude , si je n'eusse pas rapporté à une
Compagnie si digne de respect et d'amour
tout ce qui étoit relatif à une chose entreprise sous ses auspices ? L'Académie des
Sciences devoit donc être dépositaire de
ces faits. Je ne crois pas pour cela avoir
manqué en rien à celle de S. Côme , je défie qu'on puisse me rien reprocher à cet
égard , et mon zele pour seconder les intentions des premiers Chirurgiens du
Roi
NOVEMBRE. 1732 2407
Roi dans ce nouvel et utile établissement,
est trop éclatant pour cela.
Voilà , M. ce que j'ai à répondre à la
Lettre de M. F. J. je ne crains point que
ses phrases sur le biengeneral , &c. en imposent au Public qui est présentement au
faitde tout le mistere. Je suis , Mon
sieur , &c.
AParis ,ce 1o. Novembre 1732.
en réponse à celle de M. F. J. Chirur
gien de Soissons , sur la Taille.
J'a
'Ai vû , sans étonnement , Monsieur
dans le Mercure du mois dernier. , la
Lettre de M. F. J. et je réponds sans
peine à ses refléxions : comme ellés paroissent fondées sur ce que dans ma Lettre imprimée dans le Mercure du mois.
d'Août , je ne me suis pas expliqué assez
clairement sur la Méthode de M. Foubert pour la Taille laterale, je commencerai par exposer ici ce que j'ai voulu
dire.
Après avoir appris au Public que dans
le Printems de la présente année 1732. il
y avoit eu quatre tailles à la Méthode de
M. Cheselden faites avec succès , je
croyois devoir l'informer de la suite des
Tailles latérales depuis le détail que vous
en
2040 MERCURE DE FRANCE
ㅋ
en avez donnéen Juillet 1731. et j'en annonçois quatre autres dont deux ont été faites par M. Foubert , avec des changemens dont il a fait part à l'Académie de
Chirurgie. Je n'ai donc pas assez distingué la Taille de M. Foubert , de celle de
M. Cheselden ; si c'est là ma faute , je
déclare que je n'ai englobée celle de
M. Foubert avec les autres , que comme
deux tailles de l'espéce qu'on nomme en
général latérale , relativement au grand
appareil , que je n'ai pas prétendu les confondre pour la Méthode , et que si M.
Foubert trouve mauvais que j'aye fait
usage de ses opérations en faveur de la
Taille latérale , prise relativement au
grand appareil , je serai exact à l'avenir
a ne citer que celles qui seront faites par
la Méthode de M. Cheselden. Pour rectifier dès-à- présent cet endroit , je dirai
que depuis le détail qu'on a lû dans le Mercure de Juillet 1731. où je parle de dixhuit opérations faites par cette Méthode dont quatorze ont réussi , il y en a eu six
de faites , dont cinq ont réussi.
à
Aux risques de déplaire à M. F. J. que
ces listes de guérisons importunent , il
faut cependant en ajoûter une nouvelle.
J'ai taillé le 14 Octobre dernier un homme qui avoit eu plusieurs fluxions et abs
cès
NOVEMBRE. 1732. 2041
ressoit par bonté
cès dans les parties voisines de celles de
la taille. M. Sylva Medecin , et plusieurs
Chirurgiens y étoient présents ; j'ai tiré
une pierre de la grosseur d'un abricot , et
le malade aété guéri sans avoir eu le moindre accident. C'est un homme pour qui
Madame la Princesse de Bouillon s'inte
et par charité.
Je dois encore apprendre au Public que
dans le voyage de M. Cheselden à Paris ,
il dit à un Ministre respectable qu'il étoit
en état de publier la premiere centaine
de ses opérations , que la seconde seroit
bientôt complette , et qu'il n'en avoit encore perdu que neuf. Voilà bien des listes , et bien des sujets d'impatience pour
M. F. J. mais il vaut autant les réunir
toutes sous un même point de vuë , puisqu'il s'agit d'éxaminer à présent si le jugement qu'il en a porté est équitable.
Voici les motifs qui me les ont fait publier.
Toutes les fois qu'il est question d'une
nouvelle Méthode à établir ou à justifier ,
on est necessairement obligé d'entrer dans
des détails qui deviennent inutiles lorsque la méthode est établie ou justifiée , et
il faut nécessairement faire l'énumeration
des faits sur lesquels on veut l'appuyer. Il
n'est donc pas étonnant que j'aye publié les
2042 MERCURE DE FRANCE
les opérations faites en France par la méthode de M. Cheselden , puisqu'elle y est
nouvelle , et que c'est sur un grand nom
bre de faits qu'elle peut être établie. Ainsi
le compliment que M. F. J. fait aux illustres Lithotomistes de Paris est déplacé , parce que le Public , moins attentif sur une Méthode ancienne , a toujours les yeux plus ouverts sur une Méthode nouvelle. L'énumeration de mes
tailles n'est donc pas hors de propos ; je
vais l'autoriser des exemples. par
>
On n'a point fait de procès au célebre
M. Rau , quand il a dit dans un Discours
publié à Leyde , qu'il avoit fait son opération sur 1547. Malades. On n'a point
regardé comme un séducteur du Public
M. Douglas , quand il a donné les nom,
surnom , et âge de ceux sur qui il avoit
pratiqué le haut appareil. On n'a point
dit à M. Cheselden qu'il présentoit les
choses sous une face dangereuse quand à
la suite de sa Méthode , publiée en 1730.
il a donné le catalogue de ceux qu'il
avoit taillés depuis 1727. Cette énumeration de faits ne m'est donc point particuliere , et si c'est une faute , je suis bien
excusable de l'avoir faite après de si grands
hommes.
D'ailleurs , il est évident que ce que
j'ai
NOVEMBRE. 1732. 2403
j'ai produit à cet égard étoit plus en faveur de l'opération que de l'Opérateur
puisqu'à mes opérations j'ai ajoûté celles
de Mrs Perchet , Garengeot , le Cat. C'a
été enfin sans partialité , puisque j'ai
publié les mauvais succès comme les
bons.
,
›
Il faut présentement prouver que j'ay
dû publier ces faits , et que j'ai eu des
motifs très - pressans de le faire. En effet
il sied mal à M. F. J. de dire qu'il valoit
mieux laisser dans l'oubli les faits que je
rapporte que de les divulguer. De bonne foi,
si sur le nombre de 24 Sujets taillés en
France par la méthode de M. Cheselden
dont 19. ont été guéris et 5. sont morts ;
il y en eut eu 19. de morts et 5. guéris
auroit on laissé ces faits dans l'oubli ? Répondre affirmativement , ce seroit ne pas
connoître ce qu'on appelle communément
jalousie de métier. Je n'en veux d'autre
preuve que ce qui s'est passé après la
mort de M. de Janson on a d'abord répandu dans la Gazette d'Hollande du mois de Mai 1731. que l'Opération latérale étoit deffendue en France ;
ensuite le Mercure de France a publié que
sur les inconveniens connus de cette opération , on ne l'avoit point fait cette année dans l'Hôpital de la Charité , afin
que
2404 MERCURE DE FRANCE
que les Pauvres servent d'instruction aux
Eleves sans être leurs victimes. Après de
telles atteintes données à cette Méthode
il est clair que je devois nécessairement
apprendre au Public , que cette opération bien loin d'être deffendue , comme le
disoit la Gazette d'Hollande , venoit d'être faite sur six Sujets. Il falloit nécessairement lui apprendre que cette opération,
bien loin de faire de nos Malades nos victimes , comme le disoit le Mercure , venoit de rendre à la vie cinq des six malades qui l'avoient essuyée ; le Public pru
dent et éclairé trouvera sans doute qu'il
y auroit bien de l'injustice , à ne vouloir
permettre aux Nouvelles publiques de se
charger que des époques qui peuvent être
fatales à une opération , et ne leur pas
permettre d'annoncer ce qui peut en re- hausser le prix.
Je conclurai donc que le jugement de
M. F. J. n'est pas équitable , mes listes
n'auroient été dangereuses que dans le cas
d'une conséquence tirée en faveur de la
Méthode , de l'argument seul des guérisons nombreuses , et c'est ce que je n'ai
point fait ; car à bien approfondir le
sens de la Lettre de M. F. J. il semble insinuer que je ne puis alléguer
que les faits en faveur de la Méthode de
M.
NOVEMBRE. 1732. 240
M. Cheselden. Il faut convenir que bien
d'honnêtes gens s'accommoderoient de
cette preuve ; mais je ne m'en suis point
tenu là , et j'ai pris la chose par plus d'un endroit.
·
M. F. J. ignore , ou peut-être veut
ignorer, qu'après avoir montré à l'Acadé
mie Royale des Sciences les Sujets taillés
par la Méthode de M. Cheselden , j'en ai .
expliqué le manuel conformément aux
notions anatomiques , j'y ai démontré les
parties interessées dans cette opération
fraîches , dessechées , injectées ; j'ai fait le
parallele de cette taille avec les autres ;
j'ai fait voir plus de vingt Planches dessinées pour expliquer la Taille latérale depuis Frere Jacques jusqu'à M. Cheselden ;
j'ai donné un Mémoire fort circonstancié ,
et j'ai promis un Ouvrage en forme sur
cette matiere ; je ne puis donc être accusé d'avoir entamé la chose superficiellement ; et quoiqu'on dise , je ne puis établir les avantages de cette Taille que sur
les raisonnemens et sur les faits ; j'ai produit mes raisonnemens à l'Académie
Royale des Sciences , et j'instruis, le Public des faits à mesure qu'ils arri
vent.
Mais je vois à la fin de la Lettre de
M. F. J. Chirurgien de Soissons , ce qui.
E blesse
24.06 MERCURE DE FRANCE
3
blesse sa délicatesse , et j'y trouve de vio
lens soupçons de croire que nous habitons
la même Ville. L'Académie de S. Côme,
dit-on , ne devoit-elle pas être la dépositaire
de ces faits ? Je réponds uniment qu'avant
que l'Académie de S. Côme fut établie ,
celle des Sciences avoit reçû mes Observations , et j'avoue qu'elle a sur l'autre
un droit d'aînesse bien établi. D'ailleurs
je ne puis marquer trop de reconnoissance à cette Illustre Académie , et je ne
cesserai de publier les bontez qu'elle a eues
pour moi depuis dix ans que j'ai l'honneur d'en être ; c'est elle qui m'a engagé
à comparer les différentes Méthodes de
la Taille , c'est elle qui vraiement libre
depréjugé et d'interêt a fait un examenéquitable de mes Opérations , elle a répandu mes succès , elle m'a consolé dans
mes adversités : quelle eut été mon ingratitude , si je n'eusse pas rapporté à une
Compagnie si digne de respect et d'amour
tout ce qui étoit relatif à une chose entreprise sous ses auspices ? L'Académie des
Sciences devoit donc être dépositaire de
ces faits. Je ne crois pas pour cela avoir
manqué en rien à celle de S. Côme , je défie qu'on puisse me rien reprocher à cet
égard , et mon zele pour seconder les intentions des premiers Chirurgiens du
Roi
NOVEMBRE. 1732 2407
Roi dans ce nouvel et utile établissement,
est trop éclatant pour cela.
Voilà , M. ce que j'ai à répondre à la
Lettre de M. F. J. je ne crains point que
ses phrases sur le biengeneral , &c. en imposent au Public qui est présentement au
faitde tout le mistere. Je suis , Mon
sieur , &c.
AParis ,ce 1o. Novembre 1732.
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Résumé : LETTRE de M. Morand à M. D. L. R. en réponse à celle de M. F. J. Chirurgien de Soissons, sur la Taille.
M. Morand répond à la lettre de M. F. J., chirurgien de Soissons, publiée dans le Mercure, concernant la méthode de la taille latérale. Il reconnaît n'avoir pas suffisamment distingué la méthode de M. Foubert de celle de M. Cheselden dans sa précédente lettre. Depuis juillet 1731, six opérations supplémentaires ont été réalisées selon la méthode de Cheselden, dont cinq ont été couronnées de succès. Morand mentionne également une opération récente où il a retiré une pierre de la taille d'un abricot avec succès. Morand justifie la publication des détails des opérations en soulignant que toute nouvelle méthode nécessite des preuves concrètes. Il cite des exemples de chirurgiens célèbres qui ont également publié leurs résultats. Ses publications visent à établir la méthode de Cheselden en France et à répondre aux critiques cherchant à discréditer cette technique. Il affirme que ses publications sont nécessaires pour contrer les attaques contre la méthode de Cheselden et pour informer le public des succès obtenus. Morand exprime sa reconnaissance envers l'Académie Royale des Sciences pour son soutien et son examen équitable de ses opérations.
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2325
p. 92-101
Nouvelles d'Angleterre.
Début :
Les lettres de Londres portent que la Reine s'étoit rendue [...]
Mots clefs :
Reine, Hyde Park, Ordre de la Jarretière, Installation, Chevaliers, Marlborough, Secrétaire d'État
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Angleterre.
Nouvelles d'Angleterre.
Les lettres de Londres
portent que la Reine s'étoit
rendue le11.d'Aoûtà Hidepark
pour la revûe des
troupes de sa Maison , à laquelle
elle n'avoit point encore
assisté. Elle étoit assise
àla portiere de son carosse,
pour mieux voir défiler
les troupes. Le Duc
d'Aumont, qui y avoit été
invité, étoit à pied à la droite
de la Reine, & le Duc
d'Ormond, Capitaine general
,
à la gauche. Le Duc
d'Ormond a choisi plusieurs
Officiers,qu'il a droit
de nommer par (a Charge
de Gouverneur des cinq
Ports. Que le 14. la Reine
avoit tenu à Kensington
Chapitre de l'Ordre de la
Jarretiere
,
dans lequel le
Comte de Peterboroug avoir
été élû Chevalier de
cet Ordre. Que le 15. les
Ducs d'Ormond, de Northumberland
& de Buckingham,
Commissaires de la
Reine, avoient fait à Vvindsor,
avec les ceremonies
accoûtumées, l'installation
de six nouveaux Chevaliers
de la Jarretiere; sçavoir les
Ducs de Beaufort & de
Kent, le Comte d'Oxford
grand Tresorier,Milord
Pavvlet grand Maître de la
Maison de la Reine
,
le
Comte de Peterborough,
& leComte de Strafford,
qui étant à Utrecht,fut representé
par le Chevalier
Jacob Banks, à qui ilavoit
envoyésa procuration. La
Reine est partie de Hamptoncourt,
pour aller passer
à Vvindfor le reste de la
belle saison. Sa Majesté a
revoqué par une patente le
droit qu'elle avoit accordé
à Milord Marlborough de
nommer à certains Benefices.
Elle a donné le gouvernement
de Gibraltar au
Comte de Portmore
,
qui
commandoit ci-devant les
troupes Angloises en Portugal.
On mande de Londres
, que le Comte de
Darmouth avoir remis entre
les mains de la Reine
les Sceaux de la Charge de
Secretaire d'Etat, & que Sa
Majesté avoit donné cette
Charge au Sieur Bromley,
ci-devant Orateur de la
Chambre des Communes,
qui prêta les sermens &
prit seance au Conseil. La
Reine
Reine a declaré le Comte
de Darmouth Garde du
Sceau privé, à la place de
l'Evêque de Bristol, qui a été fait Evêque de Londres.
Elle a aussi déclaré
Conseillers de son Conseil
privé le Duc de Northumberland,
le Comte de Denbigh
,
l'un des Receveurs
de l'Echiquier, le Chevalier
Guillaume Vindham
Chancelier de l'Echiquier,
à la place de Milord Bingley
;
le Sieur François
Gvvin Secretaire des guerres
,
le Chevalier Jean Stokhouse
Controlleur de la
Maison;Milord Lansdown
Tresorier, à la place de
Milord Cholmondley; &
le Sieur Edoüard Nicolas,
Tresorier des Appartemens,
à la place du Sieur
Spencer Compton.Les dernieres
lettres de Londres
portent que le Duc d'Aumontavoit
donné un magnifique
regal à un grand
nombre de Seigneurs & de
Dames, & d'autres personnes
de distinction;qu'il avoit
fait publier qu'étant
sur le point de retourner en
France, tous ceux qui ont
fourni quelque chose à la
maison, ou aux Gentilshommes
de sa fuite, ou à
ses domestiques, apportasfent
leurs proclamations ou
comptes, pour être payez; qu'on avoit publié le 30.
Août une proclamation
pour convoquer un nouveau
Parlement; une pour
élire les deputez de la
Chambre des Communes;
& une autre pour faire l'élection
des seize Pairs d'Ecoue.
Le Chancelier a envoyé
partout les commissions
pourfaire les eledtios :
ily a pour Londres quatre
pretendansTorris & quatre
Vighs : mais on croit
que les premiers l'emporrCfont.
Pour la ville de
Vvestminster, il n'y a que
les Sieurs Cross & Medlicot,
tous deux du parti de
la Cour, & qui n'ont point
de concurrens du parti opposé.
Le regiment de dradons
de Rosse,& ceux d'infanterie
de Preston ôc de
Primerose, qui ontété embarquez
à Dunkerque, ont
fait voile vers l'Irlande,où
l'on doit encore envoyer
six regimens. Le regiment
de dragons qui est en Ecosse,
dont le ChevalierTemple
étoit Colonel, a reçu
ordre de passer incessamment
en Irlande.
Les lettres de Londres
portent que la Reine s'étoit
rendue le11.d'Aoûtà Hidepark
pour la revûe des
troupes de sa Maison , à laquelle
elle n'avoit point encore
assisté. Elle étoit assise
àla portiere de son carosse,
pour mieux voir défiler
les troupes. Le Duc
d'Aumont, qui y avoit été
invité, étoit à pied à la droite
de la Reine, & le Duc
d'Ormond, Capitaine general
,
à la gauche. Le Duc
d'Ormond a choisi plusieurs
Officiers,qu'il a droit
de nommer par (a Charge
de Gouverneur des cinq
Ports. Que le 14. la Reine
avoit tenu à Kensington
Chapitre de l'Ordre de la
Jarretiere
,
dans lequel le
Comte de Peterboroug avoir
été élû Chevalier de
cet Ordre. Que le 15. les
Ducs d'Ormond, de Northumberland
& de Buckingham,
Commissaires de la
Reine, avoient fait à Vvindsor,
avec les ceremonies
accoûtumées, l'installation
de six nouveaux Chevaliers
de la Jarretiere; sçavoir les
Ducs de Beaufort & de
Kent, le Comte d'Oxford
grand Tresorier,Milord
Pavvlet grand Maître de la
Maison de la Reine
,
le
Comte de Peterborough,
& leComte de Strafford,
qui étant à Utrecht,fut representé
par le Chevalier
Jacob Banks, à qui ilavoit
envoyésa procuration. La
Reine est partie de Hamptoncourt,
pour aller passer
à Vvindfor le reste de la
belle saison. Sa Majesté a
revoqué par une patente le
droit qu'elle avoit accordé
à Milord Marlborough de
nommer à certains Benefices.
Elle a donné le gouvernement
de Gibraltar au
Comte de Portmore
,
qui
commandoit ci-devant les
troupes Angloises en Portugal.
On mande de Londres
, que le Comte de
Darmouth avoir remis entre
les mains de la Reine
les Sceaux de la Charge de
Secretaire d'Etat, & que Sa
Majesté avoit donné cette
Charge au Sieur Bromley,
ci-devant Orateur de la
Chambre des Communes,
qui prêta les sermens &
prit seance au Conseil. La
Reine
Reine a declaré le Comte
de Darmouth Garde du
Sceau privé, à la place de
l'Evêque de Bristol, qui a été fait Evêque de Londres.
Elle a aussi déclaré
Conseillers de son Conseil
privé le Duc de Northumberland,
le Comte de Denbigh
,
l'un des Receveurs
de l'Echiquier, le Chevalier
Guillaume Vindham
Chancelier de l'Echiquier,
à la place de Milord Bingley
;
le Sieur François
Gvvin Secretaire des guerres
,
le Chevalier Jean Stokhouse
Controlleur de la
Maison;Milord Lansdown
Tresorier, à la place de
Milord Cholmondley; &
le Sieur Edoüard Nicolas,
Tresorier des Appartemens,
à la place du Sieur
Spencer Compton.Les dernieres
lettres de Londres
portent que le Duc d'Aumontavoit
donné un magnifique
regal à un grand
nombre de Seigneurs & de
Dames, & d'autres personnes
de distinction;qu'il avoit
fait publier qu'étant
sur le point de retourner en
France, tous ceux qui ont
fourni quelque chose à la
maison, ou aux Gentilshommes
de sa fuite, ou à
ses domestiques, apportasfent
leurs proclamations ou
comptes, pour être payez; qu'on avoit publié le 30.
Août une proclamation
pour convoquer un nouveau
Parlement; une pour
élire les deputez de la
Chambre des Communes;
& une autre pour faire l'élection
des seize Pairs d'Ecoue.
Le Chancelier a envoyé
partout les commissions
pourfaire les eledtios :
ily a pour Londres quatre
pretendansTorris & quatre
Vighs : mais on croit
que les premiers l'emporrCfont.
Pour la ville de
Vvestminster, il n'y a que
les Sieurs Cross & Medlicot,
tous deux du parti de
la Cour, & qui n'ont point
de concurrens du parti opposé.
Le regiment de dradons
de Rosse,& ceux d'infanterie
de Preston ôc de
Primerose, qui ontété embarquez
à Dunkerque, ont
fait voile vers l'Irlande,où
l'on doit encore envoyer
six regimens. Le regiment
de dragons qui est en Ecosse,
dont le ChevalierTemple
étoit Colonel, a reçu
ordre de passer incessamment
en Irlande.
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Résumé : Nouvelles d'Angleterre.
Le texte décrit plusieurs événements à la cour d'Angleterre. Le 11 août, la Reine a assisté à une revue des troupes à Hyde Park avec les Ducs d'Aumont et d'Ormond. Le Duc d'Ormond a nommé des officiers pour le poste de Gouverneur des cinq Ports. Le 14 août, la Reine a présidé un chapitre de l'Ordre de la Jarretière à Kensington, où le Comte de Peterborough a été élu Chevalier. Le 15 août, six nouveaux Chevaliers de la Jarretière ont été installés à Windsor, dont le Comte de Peterborough, représenté par le Chevalier Jacob Banks. La Reine a ensuite quitté Hampton Court pour Windsor. Elle a révoqué un droit de Lord Marlborough et nommé le Comte de Portmore gouverneur de Gibraltar. À Londres, le Comte de Dartmouth a remis les Sceaux de Secrétaire d'État à la Reine, qui a nommé Sir Bromley à ce poste. Plusieurs nominations ont été faites au Conseil privé, incluant le Duc de Northumberland et le Chevalier Guillaume Windham. Le Duc d'Aumont a offert un grand banquet avant son retour en France. Des proclamations ont été publiées pour convoquer un nouveau Parlement et élire les députés. Des régiments de dragons et d'infanterie ont été envoyés en Irlande.
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2326
p. 905-915
LETTRE de M. D. à M. l'Abbé Ph... au sujet du Tasse.
Début :
J'ai lû, Monsieur , comme nous en étions convenus ensemble, la Jerusalem [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D. à M. l'Abbé Ph... au sujet du Tasse.
LETTRE de M. D. à M. l'Abbé Ph... au sujet du Tasse.
J'ai lû, Monsieur , comme nous en
étions convenus ensemble, la Jerusalem
délivrée , et je vous avoie que
j'y ai remarqué des beautés que la foi-
blesse de l'âge , ou le préjugé François
m'avoient empêché d'admirer. Le Tasse,
malgré la Critique du Rossi et des Aca-
démiciens della Crusca , sera tou ours re-
gardé comme le premier des Poëtes Ita-
Liens , l'Arioste ,
il est vrai , lui dispute
le Sceptre Poëtique , son Orlando furioso
est rempli de ces images vivantes , et de
ces Portaits brillans que nous ne voyons
point dans l'autre ; mais celui ci est plus.
sage et moins emporté , ses Peintures ne
sont pas si hardies , mais dans leur gen-
re ce sont autant de miniatures finies
et dont la délicatesse saisir davantage
Dij
les
906 MERCURE DE FRANCE
les yeux le clair obscur et l'harmonie
des couleurs y sont mêlés avec plus
d'art , les nuances moins grossieres ; les
idées de l'Arioste sont bizarres , sublimes ,
gigantesques ; celle du Tasse sont à la
portée de tout le monde , l'un n'a pour
regle que son imagination , l'autre sçait
temperer cette imagination à propos , et
joint à la nature les perfections de l'art;
outre ces avantages , le Tasse a le vers
plus correct et moins enflé que celui de
l'Arioste.
•
M. Despreaux , cet Homme de notre
Siécle le moins ignorant Critique , a
quelquefois porté ses censures un peu
trop loin , beaucoup de petits esprits onc
adopté ses décisions comme sans apel.
C'est ainsi qu'on voit des Frêlons
Imiter souvent les Abeilles ,
Ils bourdonnent à nos oreilles ,
Vôlent de même, et rendent mêmes sons ;
Mais examine- t- on l'ouvrage ,
Le Frêlon est tout different ;
L'Abeille seule a l'avantage
Que lui dispute un Rival ignorant.
M. Mirabeaud dans sa Préface a vengé
le Poëte Italien de ces préjugés ridicules
Le caractere de Renaud est incompa-
rable '
MAY.
1737.
907
rable , je le préfererois à celui d'Achillle.
J'y vois un Heros que l'amour
Aveugle sur sa propre gloire ,
Et qui des deux esclave tour à tour ,
A tous les deux dispute la victoire ,
Tantôt l'amour prend le dessus ,
Le Héros céde , et de la fiere Armide
La beauté dans son cœur décide ,
Et l'emporte sur ses vertus ;
Tantôt rougissant de sa honte ,
Il goûte à regret les plaisirs ;
Le devoir , l'honneur le surmonte ,
Et la raison condamne ses desirs ;
Ainsi peu maître de lui - même ,
Il est jaloux, il n'aime pas , il aime ,
Qui des deux mérite un retour
Ou de la gloire , ou de l'amour ?
Celui de Tancrede est plus moderé ;
c'est un Prince courageux , dont l'âge a
reprimé la fougue ; plus prudent que
Renaud , il connoît davantage le dan-
ger , et par là sa bravoure est moins ac-
tive ; il a toutes les vertus d'Ulysse ,
sans en avoir les défauts.
1
En vain l'amour pour le surprendre
De l'aimable Herminie augmente les apas ,
Un cœur sçait toujours se défendre
D iij
Quand
908 MERCURE DE FRANCE
Quand la raison ne l'abandonne pas.
Clorinde a sçu toucher son ame ;
Mais ce n'est point une brûlante flamme ,
Telle que le plaifir allume dans nos cœurs ,
Qui s'éteint à l'instant qu'elle commence
naître ,
Et qui souvent craint de paroître ,
Pour nous cacher ses honteuses ardeurs
C'est un feu qui naît de l'estime
Que nourrit l'innocence et la fidelité ;
Ennemi de la volupté ,
La raison le soûtient , la constance l'anime ,
Et l'indolente oisiveté
Ne peut éteindre un feu si légitime.
Tancrede n'est point combattu
Par les transports d'une lâche tendresse ;
Ah ! si l'amour étoit une foiblesse ,
Quels cœurs auroient de la vertu ?
Godefroy fait le même Personnage que
Nestor dans l'Iliade, il ne se distingue des
autres Chefs que par une sagesse con
sommée.
C'est un Héros que la prudence guide ,
Dont la vieillesse est l'unique défaut ;
Peut être eût-il , comme Renaud ,
Suivi les pas de la trompeuse Armide.
Mais
M Ả Ý.
1737.
Mais quand l'âge avec la raison
909
Vient reprimer ces fougues indomptables
C'est recueillir en arriere saison,
Que vouloir enflammer des cœurs si respectables
L'Episode de Sophronie et d'Olinde
est bien touchée , quoiqu'on la trouve
déplacée et étrangere au sujet; quelques-
uns veulent que ce soit une copie défi-
gurée de Nisus er d'Euryale ; Argant ,
Aladin , Soliman y sont dépeints avec
les couleurs les plus vives , et les plus
naturelles,
leur caractere ne se dément
point dans la suite du Poëme ; le Tasse
a mis à profit cette maxime d'Horace ,
le seul Auteur de l'antiquité que les Mo
dernes daignent encore respecter. .' ..
Sit Mediaferox invictaque , flebilis Ino ,
Perfidus Ixion , Io vaga , tristis Orestes ;
Si quid inexpertum scene committis , et audes
Personamformare novam , servetur ad imum
Qualis abincapto processerit , et sibi constet.
Le Sarrazin ne connoissoit qu'une và➡
leur brutale et déterminée, semblable à ces
bêres qui ne suivent qu'un instinct gros-
sier ; il seroit à souhaiter pour nos Fran-
çois qu'ils pûssent dépeindre le caracte-
Diiij
re
910 MERCURE DE FRANCE
re des autres Peuples , aussi - bien que le
Poëte Italien ; le seul Auteur de Gil- Blas
a sçi , avec gloire , éviter ce défaut , il
a peint les Espagnols tels qu'ils sont , et
non pas sur des idées vagues ou univer-
selles; si nos Tragiques eussent suivi ce-
te regle , nous n'aurions point tant de
mauvaises Pieces , qui ne sont tout au
plus que de froids Dialogues montés sur
le même ton ; Pharamond ne parleroit
qu'en vrai Conquerant , &c. Mais ce
n'est point ici le lieu d'exercer la Criti-
que.
Ismeno , dans la Jerusalem délivrée
fait le personnage deCalchas dans l'Iliade,
l'un est un Devin qui ne sert qu'à entre-
tenir la superstition de l'Armée Grecque,
aussi Agamenon lui dit fort bien , E'onor
δ᾽ οὐδέτι πω εἶπας ἔπος , ουδ᾽ ἐτέλεββας.
Bonum nullum adbuc verbum dixisti , nes
fecisti.
L'autre est un Magicien qui effraye
les Sarrazins par les secrets de son art.
Le sublime Auteur de la Henriade
dans son Essai sur le Poëme Epique (Ou-
vrage merveilleux ) a rendu justice au
Tasse ; la conformité de talens ne lui a
point inspiré cette jalousie qu'il apelle
ui-même dans sa Préface d'Alzire , Ma-
adie incurable.
L'Episode
MAY.
1737.
911
L'Episode de Tancrede et de Clorin-
de est préférable , selon beaucoup de
Gens d'esprit , à celle de Didon dans
Virgile : je vois déja plusieurs Pédans qui
m'anathematisent , et me menacent des
foudres scholastiques ;
Mais leurs cris impuissans se perdent dans les
airs.
En effet , qu'est- ce que Didon ? une
femme furieuse dans sa passion , qui veut
à toute force aimer Enée , et en être ai-
mée ; comblée de refus outrageans elle se
tuë. ( Dénoüement rate parmi les fem-
mes de notre siècle. )
Ce fut sa faute en un mot :
A quoi songeoit cette Belle,
De prendre un Amant dévot ? *
Il est vrai que ces petits défauts de
caractere sont rachetés par une infinité
de morceaux frapans , et qui trouvent
facilement le chemin du cœur ; mais se
peut- il une situation plus touchante que
celle de nos deux Amans dans le Tasse ?
Tancrede est le propre assasin de sa Maî-
tresse , sans le sçavoir ; il reconnoît son
erreur, quand son aveuglement lui étoit
le plus nécessaire , et les derniers sou-
pirs de son Amante sont consacrés à un
* Rousseau.
D v amour
912 MERCURE DE FRANCE.
amour vertueux. Je m'en raporte aux
Dames dont le goût est plus délicat , et
le cœur plus susceptible de ces impres
sions de tendresse .
Temperes à lacrymis.
• Quis taliafando
La Forêt enchantée , l'Isle où se renfer-
me Armide avec Renaud , sont des coups
de pinceaux hardis que le Tasse a mêlés-
dans l'ombredu tableau ;iln'apartient qu'à
des Hommes choisis d'enfanter de pareil-
les productions , et qui leur sont même
particulieres. L'Albane differe du Titien,.
Michel - Ange se distingue par ses atti-
tudes , le fameux Tableau du Jugement
dernier , que les Curieux regardent com-
me un chef- d'oeuvre , est une preuve de
ce goût sublime qui n'est affecté qu'aux
génies véritablement grands ; les Cruci-
fix du Guide se font admirer de tous les
Connoisseurs.
Le Tombeau que le Tasse fait élever
à Didon , aproche beaucoup de celui de-
Patrocle ; s'il nous represente un com-
bat, c'est avec des expressions mâles er
hardies ; le desespoir où se trouvent les
Sarrazins , après la perte de leurs Chefs,
est d'un coloris admirable : la conclusion
de ce Poëme est bien ménagée, il n'y a
Dien:
MAY 1737.
Dvj
913
rien de trop ni de trop peu ; ce qu'on
pouroit blâmer avec justice , me semble
ce combat singulier qui se donne entre
Godefroy et Argant : notre Heros a le
même bonheur qu'Enée , un Ange lui
remet entre les mains des Armes d'une
trempe fine , et à l'épreuve des coups ;
Argant est un autre Turnus aussi mal-
heureux que le premier ; le Tasse cepen-
dant plus éclairé sur cet article que Vir-
gile , a trouvé moyen de rendre le Sar-
razin odieux à son Lecteur , le Rutulois
au contraire nous interesse ; il dispute à'
un Etranger la Princesse que Latinus lul
avoit promise , Enée n'agit pas en galant
Homme de vouloir enlever sa fiancée, et
sur quel droit prétend-il l'emporter con-
tre Turnus ? a t il quelques prérogatives
qui l'autorisent dans ce rapt ?
Virgile a imité Homere dans la plû-
part de ses fautes ; le Tasse , à son tour,
s'est arrogé celles de Virgile ; un certaint
préjugé que nous avons , dès notre en-
fance , pour les Anciens, nous empêche
de voir leurs défauts : je ne critiquerai
point le Tasse, il me suffit de l'admirer.
Que dirai-je de ses Héroïnes ?
Clorinde est fière , Herminie est sensible ,
Armide est d'autant plus terrible
Qu'elle
914 MERCURE DEFRANCE
Qu'elle sçait l'art de captiver les cours ;
Ses dédains affectés , sa beauté naturelle ,
Toutjusqu'à son silence est un charme pour elle
Mais que j'aime à la voir les yeux baignés de
pleurs ,
Se jetter aux genoux d'un Amant infidele ,
Lui demander la mort , soupirer , l'attendrir ,
Ebranler sa fierté , le vaincre et le féchir!
Mais non , l'ingrat bientôt reprend sa perfidie,
Armide en vain croit avoir triomphé,
Il détourne les yeux, il part , court dans l'Asie
Ensevelir un feu mal étouffé .
Dans cet instant cruel et redoutable ,
Cher Ami , j'ignore , à mon tour
Qui doit être le plus coupable
Ou de l'Amant , ou de l'Amour.
L'Amour , malgré l'Amant , fait sentir sa puis-
sance ;
L'Amant , malgré l'Amour , resiste à la cons-
tance :
Mon cœur veut condamner l'Amant ,
La prudente raison décide le contraire ,
Si j'écoute le cœur , Renaud est trop severe ,
Si j'en crois la raison , Renaud est innocent.
Voilà , Monsieur , ce que je pense en
peu de mots de ce grand Poëte ; il fau-
droit
MAY.
1737.
915
droit entendre l'Italien parfaitement pour
en concevoir toutes les beautés ; à moins
que de se transporter dans le Pays , on
ignore toûjours cette finesse de la lan-
gue annexée à ses seuls Citoyens . J'es-
pere que l'occasion poura me procurer
ce plaisir litteraire : en attendant cette
petite satisfaction , je m'en raporte à vo-
tre jugement , persuadé que vous étes
plus capable qu'aucun autre d'en décider.
J'ai l'honneur d'être , &c.
J'ai lû, Monsieur , comme nous en
étions convenus ensemble, la Jerusalem
délivrée , et je vous avoie que
j'y ai remarqué des beautés que la foi-
blesse de l'âge , ou le préjugé François
m'avoient empêché d'admirer. Le Tasse,
malgré la Critique du Rossi et des Aca-
démiciens della Crusca , sera tou ours re-
gardé comme le premier des Poëtes Ita-
Liens , l'Arioste ,
il est vrai , lui dispute
le Sceptre Poëtique , son Orlando furioso
est rempli de ces images vivantes , et de
ces Portaits brillans que nous ne voyons
point dans l'autre ; mais celui ci est plus.
sage et moins emporté , ses Peintures ne
sont pas si hardies , mais dans leur gen-
re ce sont autant de miniatures finies
et dont la délicatesse saisir davantage
Dij
les
906 MERCURE DE FRANCE
les yeux le clair obscur et l'harmonie
des couleurs y sont mêlés avec plus
d'art , les nuances moins grossieres ; les
idées de l'Arioste sont bizarres , sublimes ,
gigantesques ; celle du Tasse sont à la
portée de tout le monde , l'un n'a pour
regle que son imagination , l'autre sçait
temperer cette imagination à propos , et
joint à la nature les perfections de l'art;
outre ces avantages , le Tasse a le vers
plus correct et moins enflé que celui de
l'Arioste.
•
M. Despreaux , cet Homme de notre
Siécle le moins ignorant Critique , a
quelquefois porté ses censures un peu
trop loin , beaucoup de petits esprits onc
adopté ses décisions comme sans apel.
C'est ainsi qu'on voit des Frêlons
Imiter souvent les Abeilles ,
Ils bourdonnent à nos oreilles ,
Vôlent de même, et rendent mêmes sons ;
Mais examine- t- on l'ouvrage ,
Le Frêlon est tout different ;
L'Abeille seule a l'avantage
Que lui dispute un Rival ignorant.
M. Mirabeaud dans sa Préface a vengé
le Poëte Italien de ces préjugés ridicules
Le caractere de Renaud est incompa-
rable '
MAY.
1737.
907
rable , je le préfererois à celui d'Achillle.
J'y vois un Heros que l'amour
Aveugle sur sa propre gloire ,
Et qui des deux esclave tour à tour ,
A tous les deux dispute la victoire ,
Tantôt l'amour prend le dessus ,
Le Héros céde , et de la fiere Armide
La beauté dans son cœur décide ,
Et l'emporte sur ses vertus ;
Tantôt rougissant de sa honte ,
Il goûte à regret les plaisirs ;
Le devoir , l'honneur le surmonte ,
Et la raison condamne ses desirs ;
Ainsi peu maître de lui - même ,
Il est jaloux, il n'aime pas , il aime ,
Qui des deux mérite un retour
Ou de la gloire , ou de l'amour ?
Celui de Tancrede est plus moderé ;
c'est un Prince courageux , dont l'âge a
reprimé la fougue ; plus prudent que
Renaud , il connoît davantage le dan-
ger , et par là sa bravoure est moins ac-
tive ; il a toutes les vertus d'Ulysse ,
sans en avoir les défauts.
1
En vain l'amour pour le surprendre
De l'aimable Herminie augmente les apas ,
Un cœur sçait toujours se défendre
D iij
Quand
908 MERCURE DE FRANCE
Quand la raison ne l'abandonne pas.
Clorinde a sçu toucher son ame ;
Mais ce n'est point une brûlante flamme ,
Telle que le plaifir allume dans nos cœurs ,
Qui s'éteint à l'instant qu'elle commence
naître ,
Et qui souvent craint de paroître ,
Pour nous cacher ses honteuses ardeurs
C'est un feu qui naît de l'estime
Que nourrit l'innocence et la fidelité ;
Ennemi de la volupté ,
La raison le soûtient , la constance l'anime ,
Et l'indolente oisiveté
Ne peut éteindre un feu si légitime.
Tancrede n'est point combattu
Par les transports d'une lâche tendresse ;
Ah ! si l'amour étoit une foiblesse ,
Quels cœurs auroient de la vertu ?
Godefroy fait le même Personnage que
Nestor dans l'Iliade, il ne se distingue des
autres Chefs que par une sagesse con
sommée.
C'est un Héros que la prudence guide ,
Dont la vieillesse est l'unique défaut ;
Peut être eût-il , comme Renaud ,
Suivi les pas de la trompeuse Armide.
Mais
M Ả Ý.
1737.
Mais quand l'âge avec la raison
909
Vient reprimer ces fougues indomptables
C'est recueillir en arriere saison,
Que vouloir enflammer des cœurs si respectables
L'Episode de Sophronie et d'Olinde
est bien touchée , quoiqu'on la trouve
déplacée et étrangere au sujet; quelques-
uns veulent que ce soit une copie défi-
gurée de Nisus er d'Euryale ; Argant ,
Aladin , Soliman y sont dépeints avec
les couleurs les plus vives , et les plus
naturelles,
leur caractere ne se dément
point dans la suite du Poëme ; le Tasse
a mis à profit cette maxime d'Horace ,
le seul Auteur de l'antiquité que les Mo
dernes daignent encore respecter. .' ..
Sit Mediaferox invictaque , flebilis Ino ,
Perfidus Ixion , Io vaga , tristis Orestes ;
Si quid inexpertum scene committis , et audes
Personamformare novam , servetur ad imum
Qualis abincapto processerit , et sibi constet.
Le Sarrazin ne connoissoit qu'une và➡
leur brutale et déterminée, semblable à ces
bêres qui ne suivent qu'un instinct gros-
sier ; il seroit à souhaiter pour nos Fran-
çois qu'ils pûssent dépeindre le caracte-
Diiij
re
910 MERCURE DE FRANCE
re des autres Peuples , aussi - bien que le
Poëte Italien ; le seul Auteur de Gil- Blas
a sçi , avec gloire , éviter ce défaut , il
a peint les Espagnols tels qu'ils sont , et
non pas sur des idées vagues ou univer-
selles; si nos Tragiques eussent suivi ce-
te regle , nous n'aurions point tant de
mauvaises Pieces , qui ne sont tout au
plus que de froids Dialogues montés sur
le même ton ; Pharamond ne parleroit
qu'en vrai Conquerant , &c. Mais ce
n'est point ici le lieu d'exercer la Criti-
que.
Ismeno , dans la Jerusalem délivrée
fait le personnage deCalchas dans l'Iliade,
l'un est un Devin qui ne sert qu'à entre-
tenir la superstition de l'Armée Grecque,
aussi Agamenon lui dit fort bien , E'onor
δ᾽ οὐδέτι πω εἶπας ἔπος , ουδ᾽ ἐτέλεββας.
Bonum nullum adbuc verbum dixisti , nes
fecisti.
L'autre est un Magicien qui effraye
les Sarrazins par les secrets de son art.
Le sublime Auteur de la Henriade
dans son Essai sur le Poëme Epique (Ou-
vrage merveilleux ) a rendu justice au
Tasse ; la conformité de talens ne lui a
point inspiré cette jalousie qu'il apelle
ui-même dans sa Préface d'Alzire , Ma-
adie incurable.
L'Episode
MAY.
1737.
911
L'Episode de Tancrede et de Clorin-
de est préférable , selon beaucoup de
Gens d'esprit , à celle de Didon dans
Virgile : je vois déja plusieurs Pédans qui
m'anathematisent , et me menacent des
foudres scholastiques ;
Mais leurs cris impuissans se perdent dans les
airs.
En effet , qu'est- ce que Didon ? une
femme furieuse dans sa passion , qui veut
à toute force aimer Enée , et en être ai-
mée ; comblée de refus outrageans elle se
tuë. ( Dénoüement rate parmi les fem-
mes de notre siècle. )
Ce fut sa faute en un mot :
A quoi songeoit cette Belle,
De prendre un Amant dévot ? *
Il est vrai que ces petits défauts de
caractere sont rachetés par une infinité
de morceaux frapans , et qui trouvent
facilement le chemin du cœur ; mais se
peut- il une situation plus touchante que
celle de nos deux Amans dans le Tasse ?
Tancrede est le propre assasin de sa Maî-
tresse , sans le sçavoir ; il reconnoît son
erreur, quand son aveuglement lui étoit
le plus nécessaire , et les derniers sou-
pirs de son Amante sont consacrés à un
* Rousseau.
D v amour
912 MERCURE DE FRANCE.
amour vertueux. Je m'en raporte aux
Dames dont le goût est plus délicat , et
le cœur plus susceptible de ces impres
sions de tendresse .
Temperes à lacrymis.
• Quis taliafando
La Forêt enchantée , l'Isle où se renfer-
me Armide avec Renaud , sont des coups
de pinceaux hardis que le Tasse a mêlés-
dans l'ombredu tableau ;iln'apartient qu'à
des Hommes choisis d'enfanter de pareil-
les productions , et qui leur sont même
particulieres. L'Albane differe du Titien,.
Michel - Ange se distingue par ses atti-
tudes , le fameux Tableau du Jugement
dernier , que les Curieux regardent com-
me un chef- d'oeuvre , est une preuve de
ce goût sublime qui n'est affecté qu'aux
génies véritablement grands ; les Cruci-
fix du Guide se font admirer de tous les
Connoisseurs.
Le Tombeau que le Tasse fait élever
à Didon , aproche beaucoup de celui de-
Patrocle ; s'il nous represente un com-
bat, c'est avec des expressions mâles er
hardies ; le desespoir où se trouvent les
Sarrazins , après la perte de leurs Chefs,
est d'un coloris admirable : la conclusion
de ce Poëme est bien ménagée, il n'y a
Dien:
MAY 1737.
Dvj
913
rien de trop ni de trop peu ; ce qu'on
pouroit blâmer avec justice , me semble
ce combat singulier qui se donne entre
Godefroy et Argant : notre Heros a le
même bonheur qu'Enée , un Ange lui
remet entre les mains des Armes d'une
trempe fine , et à l'épreuve des coups ;
Argant est un autre Turnus aussi mal-
heureux que le premier ; le Tasse cepen-
dant plus éclairé sur cet article que Vir-
gile , a trouvé moyen de rendre le Sar-
razin odieux à son Lecteur , le Rutulois
au contraire nous interesse ; il dispute à'
un Etranger la Princesse que Latinus lul
avoit promise , Enée n'agit pas en galant
Homme de vouloir enlever sa fiancée, et
sur quel droit prétend-il l'emporter con-
tre Turnus ? a t il quelques prérogatives
qui l'autorisent dans ce rapt ?
Virgile a imité Homere dans la plû-
part de ses fautes ; le Tasse , à son tour,
s'est arrogé celles de Virgile ; un certaint
préjugé que nous avons , dès notre en-
fance , pour les Anciens, nous empêche
de voir leurs défauts : je ne critiquerai
point le Tasse, il me suffit de l'admirer.
Que dirai-je de ses Héroïnes ?
Clorinde est fière , Herminie est sensible ,
Armide est d'autant plus terrible
Qu'elle
914 MERCURE DEFRANCE
Qu'elle sçait l'art de captiver les cours ;
Ses dédains affectés , sa beauté naturelle ,
Toutjusqu'à son silence est un charme pour elle
Mais que j'aime à la voir les yeux baignés de
pleurs ,
Se jetter aux genoux d'un Amant infidele ,
Lui demander la mort , soupirer , l'attendrir ,
Ebranler sa fierté , le vaincre et le féchir!
Mais non , l'ingrat bientôt reprend sa perfidie,
Armide en vain croit avoir triomphé,
Il détourne les yeux, il part , court dans l'Asie
Ensevelir un feu mal étouffé .
Dans cet instant cruel et redoutable ,
Cher Ami , j'ignore , à mon tour
Qui doit être le plus coupable
Ou de l'Amant , ou de l'Amour.
L'Amour , malgré l'Amant , fait sentir sa puis-
sance ;
L'Amant , malgré l'Amour , resiste à la cons-
tance :
Mon cœur veut condamner l'Amant ,
La prudente raison décide le contraire ,
Si j'écoute le cœur , Renaud est trop severe ,
Si j'en crois la raison , Renaud est innocent.
Voilà , Monsieur , ce que je pense en
peu de mots de ce grand Poëte ; il fau-
droit
MAY.
1737.
915
droit entendre l'Italien parfaitement pour
en concevoir toutes les beautés ; à moins
que de se transporter dans le Pays , on
ignore toûjours cette finesse de la lan-
gue annexée à ses seuls Citoyens . J'es-
pere que l'occasion poura me procurer
ce plaisir litteraire : en attendant cette
petite satisfaction , je m'en raporte à vo-
tre jugement , persuadé que vous étes
plus capable qu'aucun autre d'en décider.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
2327
p. 87-106
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE.
Début :
Depuis qu'on a veu les Dialogues des Morts, tous / LAMBRET. Ouy, je me souviens que nous nous sommes [...]
Mots clefs :
Mariage, Peuple, Coutumes, Épouse, Raison, Témoignage, Moeurs, Sentiments, Pays, Étrangers
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texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE.
Depuis qu'on a veu les
88 MERCURE
Dialogues des Morts , tous les
Dialogues font devenus du
gouft du Public. On les aime
avec raifon , puis qu'en peu
de mots , & d'une maniere
agréable , on y apprend l'Hiftoire
, les Moeurs , & les Coû
tumes de divers Païs ,& quantité
d'autres chofes qui font
d'érudition . En voicy un de
M ' B .... On m'en promet
d'autres du mefme Autheur,
& fi l'on me tient parole,
vous me verrez ponctuel à
vous en donner une Copie.
GALANT. 89
$252525252525252
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGUE I.
LAMBRET,BELOROND.
LAMBRET.
QUY
Uy , je me fouviens que
nous nous fommes donnez
rendez- vous icy , & que:
tous les mois nous devos nous
y rendre compte de nos Le-
Aures, & particulierement
des
chofes qui à caufe qu'elles
Mars 1685.
H
90 MERCURE
font ou prodigieufes , ou extraordinaires
, ou oppofées à
nos Coûtumes , ou mesme
fauffes & impoffibles , nous
paroiffent tres difficiles à croire
, ou entierement incroyables
BELORO N´D..
Je ne doute point que vous ,
n'ayez fait diverfes recherches
fur cette matiere .
LAMBRE T.
Je vay vous en dire quelques-
unes touchant les Coûtumes
qui fe font établies
dans quelques Païs pour
conclure
le Mariage , & qui
GALANT.
pour
eftre fort differentes des
noftres , femblent fi extravagantes
, que nous pouvons
fans fcrupule les mettre au
nombre des chofes difficiles
à croire. Chez les Cimbres,
Peuples de Scythie , & qui
font aujourd'huy les Danois,
pour conclure le Mariage , il
falloit que le Fiancé fe rognaft
les ongles , & envoyaft les
rogneures à fa Fiancée, &que
celle- cy en fift autant à fona
Fiancé. Puis, s'ils acceptoient =
mutuellement leurs prefens,,
ils étoient cenfez entiere--
ment mariez ...
Hij
92 MERCURE
BELORO N D.
C'étoit peut- étre pour fe
témoigner
reciproquement
,
qu'ils ne fe feroient l'un à
l'autre aucun tort , fi nous en
croyons noftre Proverbe ,
quand pour témoigner que
nous ofterons à quelqu'un le
pouvoir de nous nuire , nous
difons , le luy rogneray les on
gles , ce que Pline appelle fort
bien , Exarmare.
LAMBRET.
Chez les Teutons anciens
'Allemands , pour conclure le
Mariage , la Femme rafoit les
cheveux à fon Amant , &
GALANT.
93
THomme les raſoit aufli à ſon
BELORON D.
Amante.
Vous n'ignorez pas que nos
Amans fe font icy un fort
grand plaifir, d'avoir des cheveux
de leurs . Maiftreffes,
parce qu'ils les regardent
comme autant de chaînes,
fur lefquelles ils trouvent matiere
de dire mille jolies chofes
, pour témoigner la douceur
de leur efclavage . Ne fe
peut-il pas
faire que les Peuples
dont vous me parlez
étoient dans les mefmes fentimens.
94 MERCURE
LAMBRET
Si vous voulez moralifer fur
toutes les Coûtumes, vous en
aurez bien à dire.
BELORO N D.
Il eft conftant que les Coû
rumes font fondées , ou fur
quelque évenement confiderable
, ou fur quelque raifon
de bien- féance , de moralité,
ou de précepte.
LAMBRE T
Ainfr .... Permettez- moy
de vous interrompre , ce qui
me vient maintenant
dans
la mémoire pourroit m'échaper.
Apprenez- moy , je vous
GALANT. 95
prie , pourquoy chez les Ar
meniens , pour contracter le
Mariage , l'Epoux tailloit le
bout de l'oreille droite à fon
Epoufe , & l'Epoufe celuy de
l'oreille gauche à fon Epouxa
BELORON D..
Vous fçavez ce que c'eft
lors que les oreilles cornent,
ce que Plaute appelle Tinni
mentum , ou lors que , comme
dic Celfus , Aures fonant intra
fe ipfas. Vous fçavez encore
qu'on
on dit , que lors que l'oreille
droite nous corne , c'eft
figne que l'on parle bien de
nous , & qu'au contraire , lors
96 MERCURE
que c'eft la gauche , nons
fommes les objets de la médifance
de quelqu'un . C'eft
là une fuperftition , je l'avouë,
mais ne fe peut-il pas faire
que cette fuperftition regnaft
chez les Armeniens , ainfi que
chez nous , & que l'Epoux
coupoit l'oreille droite à fon
Epouſe , pour la faire fouvenir
de ne pas écouter les cajoleries
& les fleurettes , qui
font ordinairement
fi agréables
aux Femmes , & que l'Epouſe
coupoit le bout de l'o
reille gauche à fon Epoux,
pour l'avertir de ne pas écou
ter
GALANT.
97
ter ce qu'on luy pourroit ra
porter de defagréable contre
la conduite , afin de le jetter.
dans la jalouſic , paffion ſi narurelle
à ceux de ce Pais - là ,
Mais , continuez je vous prie,
ce que vous avez fi bien commencé
, fans exiger de moy
que je vous rende raifon de
ce que vous m'aprendrez ,
puis que nous fommes convenus
de nous inftruire l'un
l'autre , de ce que nous aurions
lû
d'extraordinaire & de
difficile à croire , & non pas
de faire une differtation fur
ces
matieres , parce que ce
Mars 1685.. I
98 MERCURE
ne feroit plus un entretien
agréable ; mais une espece
d'étude , peut estre auffi ennuyeufe
qu'inutile . Avoüons
feulement pour faire en quelque
façon une Préface à ce
que nous dirons dans la fuite
touchant les
extravagantes
opinions , les coûtumes dif
ferentes , & les ſentimens paradoxes
; avoüons , dis - je ,
qu'il n'y a rien de fi conftant
& de fi certain en un lieu ,
dont le contraire ne foit encore
plus opiniaſtrément
tenu
en un autre , & dans la
contemplation
de cette obGALANT.
99
ftinée varieté , nous ne nous
étonnerons pas fi un Philofophe
interrogé de quelle matiere
l'Homme luy fembloit
eftre compofé , répondit,
d'un amas de difputes & de
conteftations . Il devoit adjoufter
de varietez & d'inconftances
. En effet , l'Homme
penſe bien autrement des
chofes en un temps qu'en un
autre , jeune que vieux , affamé
que raffafié, de nuit que
de jour, grand que petit, trifte
que joyeux,pauvre que riche.
Joignez à cela la difference
des temperamens , des cli
I ij
100 MERCURE
mats , des faifons , des employs
, & mille autres circon.
ftances qui le tiennent dans
une perpetuelle inftabilité, ce
qui a fait dire à Seneque,
Epift. 109. Pauci illam quam
conceperant mentem domum
pers
ferre potuerunt. C'eft cet efprit
de conteftation & d'inſtabilité
qu'on peut apporter, pour
principale caufe de toutes les
differentes coûtumes & opinions
, dont nous pourrons
parler dans la fuite de nos entretiens.
LAMBRET .
Vous ferez fans doute conGALANT.
Iof
firmé plus que jamais dans
les fentimens que vous venez
de me témoigner , quand
vous fçaurez encore quelquesautres
coûtumes fur le me
me fujet , comme ce qui fe
faifoit chez les Elamites,
Peuples qui habitoient entre
les Provinces de Perfe & de
Babylone , où le Mary pi
quoit le doigt du coeur de fa
Femme jufques au fang , & la
Femme en faifoit autant à fon
Mary ; chez les Numidiens
Peuples d'Afrique , ´óu l'Epoux
& l'Epoufe crachoient
en terre , & de la bouë qui fe
I iij
102 MERCURE
faifoit de leurs crachats , ils
s'oignoient le front l'un à
l'autre , chez les Sicyoniens,
Peuples du Peloponese , où le
Mary envoyoit un Soulier du
pied droit à fa Femme , & la
Femme un du pied gauche à
fon Mary; chez les Tarentins,
où le futur Epoux & la future
Epoufe ne concluoient leur
Mariage , qu'en prenant à
manger tous deux d'une mef
me main , en prefence de
leurs Parens affemblez ; chez
les Scythes , où le Mary & la
Femme fe touchoient réciproquement
les genoux , les
GALANT. 103
pieds , les coudes , le front,
les yeux , les oreilles , & la
bouche , chez les Moscovites ,
où les Parens de la Fille font
la demande du Mariage ; enfin
, chez les Talchéens , où
le Pere de celle qui étoit à
marier , appelloit à fouper
tous ceux qui la recherchoient
en mariage ; & apres
les avoir priez de faire chacun
un Conte plaiſant , celuy
à qui elle témoignoit par
un foûris que fon Conte
luy agréoit , étoit en mefme
temps reconnû pour fon
Epoux.
I
iij
104 MERCURE
BELOROND .
Si cela eft , Arlequin auroit
affurément épouſé la fille
du Souverain de ces derniers
Peuples , mais je me perfuade
qu'on ne trouvoit le Conte
agréable, qu'aprés avoir agreé
le Conteur ,
LAMBRE T.
Voilà ce que je fçay , & ce
que j'avois à vous dire d'extraordinaire
, fur les differentes
manieres de contracter le
Mariage. Je ne doute pas que
vous n'adjouftiez bien d'autres
chofes plus agréables fur
ce fujet , ou fur quelqu'autre.
GALANT. 105
BELORON D.
Je n'ay qu'une choſe à adjoûter
, & qui , fi vous me
croyez , fervira de fin à ce
premier Entretien. C'eſt que
tout ce que vous venez de
m'aprendre touchant les dif
ferentes manieres de s'époufer
, n'a rien de fi extravagant
que la ridicule opinion des
Effeniens , chez les Juifs . Solin
les appelle , Gentem aternam
fine connubiis . Ils faifoient
profeffion du Celibat , fur ce
feul fondement
, que jamais.
Femme n'avoit gardé la Foy
conjugale à fon Mary . Nous .
106 MERCURE
ne pouvons mieux finir , ce
me femble , qu'en mettant au
nombre des chofes difficiles à
croire , l'injuftice que ces
Peuples faifoient à cet aimable
Sexe.
LAMBRE T.
Si noftre entretien tombe
entre les mains du Public,
nous devons efperer qu'il en
fera bien reçeu , puis qu'en le .
finiffant , nous nous rendons
les Dames favorables par la
qualité de chofe difficile à
croire , que nous donnons à
l'infidelité dont on les accufe
.
88 MERCURE
Dialogues des Morts , tous les
Dialogues font devenus du
gouft du Public. On les aime
avec raifon , puis qu'en peu
de mots , & d'une maniere
agréable , on y apprend l'Hiftoire
, les Moeurs , & les Coû
tumes de divers Païs ,& quantité
d'autres chofes qui font
d'érudition . En voicy un de
M ' B .... On m'en promet
d'autres du mefme Autheur,
& fi l'on me tient parole,
vous me verrez ponctuel à
vous en donner une Copie.
GALANT. 89
$252525252525252
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGUE I.
LAMBRET,BELOROND.
LAMBRET.
QUY
Uy , je me fouviens que
nous nous fommes donnez
rendez- vous icy , & que:
tous les mois nous devos nous
y rendre compte de nos Le-
Aures, & particulierement
des
chofes qui à caufe qu'elles
Mars 1685.
H
90 MERCURE
font ou prodigieufes , ou extraordinaires
, ou oppofées à
nos Coûtumes , ou mesme
fauffes & impoffibles , nous
paroiffent tres difficiles à croire
, ou entierement incroyables
BELORO N´D..
Je ne doute point que vous ,
n'ayez fait diverfes recherches
fur cette matiere .
LAMBRE T.
Je vay vous en dire quelques-
unes touchant les Coûtumes
qui fe font établies
dans quelques Païs pour
conclure
le Mariage , & qui
GALANT.
pour
eftre fort differentes des
noftres , femblent fi extravagantes
, que nous pouvons
fans fcrupule les mettre au
nombre des chofes difficiles
à croire. Chez les Cimbres,
Peuples de Scythie , & qui
font aujourd'huy les Danois,
pour conclure le Mariage , il
falloit que le Fiancé fe rognaft
les ongles , & envoyaft les
rogneures à fa Fiancée, &que
celle- cy en fift autant à fona
Fiancé. Puis, s'ils acceptoient =
mutuellement leurs prefens,,
ils étoient cenfez entiere--
ment mariez ...
Hij
92 MERCURE
BELORO N D.
C'étoit peut- étre pour fe
témoigner
reciproquement
,
qu'ils ne fe feroient l'un à
l'autre aucun tort , fi nous en
croyons noftre Proverbe ,
quand pour témoigner que
nous ofterons à quelqu'un le
pouvoir de nous nuire , nous
difons , le luy rogneray les on
gles , ce que Pline appelle fort
bien , Exarmare.
LAMBRET.
Chez les Teutons anciens
'Allemands , pour conclure le
Mariage , la Femme rafoit les
cheveux à fon Amant , &
GALANT.
93
THomme les raſoit aufli à ſon
BELORON D.
Amante.
Vous n'ignorez pas que nos
Amans fe font icy un fort
grand plaifir, d'avoir des cheveux
de leurs . Maiftreffes,
parce qu'ils les regardent
comme autant de chaînes,
fur lefquelles ils trouvent matiere
de dire mille jolies chofes
, pour témoigner la douceur
de leur efclavage . Ne fe
peut-il pas
faire que les Peuples
dont vous me parlez
étoient dans les mefmes fentimens.
94 MERCURE
LAMBRET
Si vous voulez moralifer fur
toutes les Coûtumes, vous en
aurez bien à dire.
BELORO N D.
Il eft conftant que les Coû
rumes font fondées , ou fur
quelque évenement confiderable
, ou fur quelque raifon
de bien- féance , de moralité,
ou de précepte.
LAMBRE T
Ainfr .... Permettez- moy
de vous interrompre , ce qui
me vient maintenant
dans
la mémoire pourroit m'échaper.
Apprenez- moy , je vous
GALANT. 95
prie , pourquoy chez les Ar
meniens , pour contracter le
Mariage , l'Epoux tailloit le
bout de l'oreille droite à fon
Epoufe , & l'Epoufe celuy de
l'oreille gauche à fon Epouxa
BELORON D..
Vous fçavez ce que c'eft
lors que les oreilles cornent,
ce que Plaute appelle Tinni
mentum , ou lors que , comme
dic Celfus , Aures fonant intra
fe ipfas. Vous fçavez encore
qu'on
on dit , que lors que l'oreille
droite nous corne , c'eft
figne que l'on parle bien de
nous , & qu'au contraire , lors
96 MERCURE
que c'eft la gauche , nons
fommes les objets de la médifance
de quelqu'un . C'eft
là une fuperftition , je l'avouë,
mais ne fe peut-il pas faire
que cette fuperftition regnaft
chez les Armeniens , ainfi que
chez nous , & que l'Epoux
coupoit l'oreille droite à fon
Epouſe , pour la faire fouvenir
de ne pas écouter les cajoleries
& les fleurettes , qui
font ordinairement
fi agréables
aux Femmes , & que l'Epouſe
coupoit le bout de l'o
reille gauche à fon Epoux,
pour l'avertir de ne pas écou
ter
GALANT.
97
ter ce qu'on luy pourroit ra
porter de defagréable contre
la conduite , afin de le jetter.
dans la jalouſic , paffion ſi narurelle
à ceux de ce Pais - là ,
Mais , continuez je vous prie,
ce que vous avez fi bien commencé
, fans exiger de moy
que je vous rende raifon de
ce que vous m'aprendrez ,
puis que nous fommes convenus
de nous inftruire l'un
l'autre , de ce que nous aurions
lû
d'extraordinaire & de
difficile à croire , & non pas
de faire une differtation fur
ces
matieres , parce que ce
Mars 1685.. I
98 MERCURE
ne feroit plus un entretien
agréable ; mais une espece
d'étude , peut estre auffi ennuyeufe
qu'inutile . Avoüons
feulement pour faire en quelque
façon une Préface à ce
que nous dirons dans la fuite
touchant les
extravagantes
opinions , les coûtumes dif
ferentes , & les ſentimens paradoxes
; avoüons , dis - je ,
qu'il n'y a rien de fi conftant
& de fi certain en un lieu ,
dont le contraire ne foit encore
plus opiniaſtrément
tenu
en un autre , & dans la
contemplation
de cette obGALANT.
99
ftinée varieté , nous ne nous
étonnerons pas fi un Philofophe
interrogé de quelle matiere
l'Homme luy fembloit
eftre compofé , répondit,
d'un amas de difputes & de
conteftations . Il devoit adjoufter
de varietez & d'inconftances
. En effet , l'Homme
penſe bien autrement des
chofes en un temps qu'en un
autre , jeune que vieux , affamé
que raffafié, de nuit que
de jour, grand que petit, trifte
que joyeux,pauvre que riche.
Joignez à cela la difference
des temperamens , des cli
I ij
100 MERCURE
mats , des faifons , des employs
, & mille autres circon.
ftances qui le tiennent dans
une perpetuelle inftabilité, ce
qui a fait dire à Seneque,
Epift. 109. Pauci illam quam
conceperant mentem domum
pers
ferre potuerunt. C'eft cet efprit
de conteftation & d'inſtabilité
qu'on peut apporter, pour
principale caufe de toutes les
differentes coûtumes & opinions
, dont nous pourrons
parler dans la fuite de nos entretiens.
LAMBRET .
Vous ferez fans doute conGALANT.
Iof
firmé plus que jamais dans
les fentimens que vous venez
de me témoigner , quand
vous fçaurez encore quelquesautres
coûtumes fur le me
me fujet , comme ce qui fe
faifoit chez les Elamites,
Peuples qui habitoient entre
les Provinces de Perfe & de
Babylone , où le Mary pi
quoit le doigt du coeur de fa
Femme jufques au fang , & la
Femme en faifoit autant à fon
Mary ; chez les Numidiens
Peuples d'Afrique , ´óu l'Epoux
& l'Epoufe crachoient
en terre , & de la bouë qui fe
I iij
102 MERCURE
faifoit de leurs crachats , ils
s'oignoient le front l'un à
l'autre , chez les Sicyoniens,
Peuples du Peloponese , où le
Mary envoyoit un Soulier du
pied droit à fa Femme , & la
Femme un du pied gauche à
fon Mary; chez les Tarentins,
où le futur Epoux & la future
Epoufe ne concluoient leur
Mariage , qu'en prenant à
manger tous deux d'une mef
me main , en prefence de
leurs Parens affemblez ; chez
les Scythes , où le Mary & la
Femme fe touchoient réciproquement
les genoux , les
GALANT. 103
pieds , les coudes , le front,
les yeux , les oreilles , & la
bouche , chez les Moscovites ,
où les Parens de la Fille font
la demande du Mariage ; enfin
, chez les Talchéens , où
le Pere de celle qui étoit à
marier , appelloit à fouper
tous ceux qui la recherchoient
en mariage ; & apres
les avoir priez de faire chacun
un Conte plaiſant , celuy
à qui elle témoignoit par
un foûris que fon Conte
luy agréoit , étoit en mefme
temps reconnû pour fon
Epoux.
I
iij
104 MERCURE
BELOROND .
Si cela eft , Arlequin auroit
affurément épouſé la fille
du Souverain de ces derniers
Peuples , mais je me perfuade
qu'on ne trouvoit le Conte
agréable, qu'aprés avoir agreé
le Conteur ,
LAMBRE T.
Voilà ce que je fçay , & ce
que j'avois à vous dire d'extraordinaire
, fur les differentes
manieres de contracter le
Mariage. Je ne doute pas que
vous n'adjouftiez bien d'autres
chofes plus agréables fur
ce fujet , ou fur quelqu'autre.
GALANT. 105
BELORON D.
Je n'ay qu'une choſe à adjoûter
, & qui , fi vous me
croyez , fervira de fin à ce
premier Entretien. C'eſt que
tout ce que vous venez de
m'aprendre touchant les dif
ferentes manieres de s'époufer
, n'a rien de fi extravagant
que la ridicule opinion des
Effeniens , chez les Juifs . Solin
les appelle , Gentem aternam
fine connubiis . Ils faifoient
profeffion du Celibat , fur ce
feul fondement
, que jamais.
Femme n'avoit gardé la Foy
conjugale à fon Mary . Nous .
106 MERCURE
ne pouvons mieux finir , ce
me femble , qu'en mettant au
nombre des chofes difficiles à
croire , l'injuftice que ces
Peuples faifoient à cet aimable
Sexe.
LAMBRE T.
Si noftre entretien tombe
entre les mains du Public,
nous devons efperer qu'il en
fera bien reçeu , puis qu'en le .
finiffant , nous nous rendons
les Dames favorables par la
qualité de chofe difficile à
croire , que nous donnons à
l'infidelité dont on les accufe
.
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Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE.
Le texte décrit deux discussions entre Lambret et Belorond, puis entre Lambret et Galant, portant sur diverses coutumes matrimoniales à travers différentes cultures. Ces dialogues des morts sont appréciés pour leur capacité à transmettre l'histoire et les mœurs de manière agréable et concise. Lors de la première discussion, Lambret évoque plusieurs pratiques matrimoniales. Chez les Cimbres, les fiancés échangeaient des rognures d'ongles pour symboliser leur engagement mutuel. Chez les anciens Teutons, les futurs époux se rasaient mutuellement les cheveux. Chez les Arméniens, ils se coupaient mutuellement le bout de l'oreille droite, peut-être pour éviter les médisances. Belorond suggère que ces coutumes pourraient avoir des bases significatives ou morales. Dans la seconde correspondance, Lambret mentionne d'autres pratiques nuptiales. Chez les Élamites, les mariés se perçaient mutuellement le cœur. Chez les Numidiens, ils s'oignaient le front avec de la boue faite de leurs crachats. Chez les Sicyoniens, ils échangeaient des chaussures. Chez les Tarentins, ils mangeaient ensemble de la même main. Chez les Scythes, ils se touchaient divers parties du corps. Chez les Moscovites, les parents de la fille faisaient la demande en mariage. Chez les Talchéens, la fille choisissait son époux en fonction d'un conte plaisant. Belorond ajoute que les Esséniens, un groupe juif, pratiquaient le célibat, croyant que aucune femme n'avait gardé fidélité à son mari, une opinion jugée injuste envers les femmes. La discussion se conclut par l'espoir que cet entretien soit bien reçu, notamment par les dames, en défense de leur fidélité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2328
p. 73-96
LETTRE de M. D. L. C. à M. D. L. R. sur quelques particulartiez de la vie de Topal Osman Pacha, cy-devant Grand Visir de l'Empire Ottoman, et aujourd'hui Séraskier de l'Armée Turque en Perse. A Paris, ce 18 Janvier 1734.
Début :
Vous avez jugé, Monsieur, que dans les circonstances présentes où [...]
Mots clefs :
Topal Osman Pacha, Grand vizir, Arniaud, Pacha , Constantinople, Turcs, Malte, Capitaine, Empire, Fortune, Armée, Patron, Présents, Ordre, Esclavage, Sequins, Rançon, Esclave, Maître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D. L. C. à M. D. L. R. sur quelques particulartiez de la vie de Topal Osman Pacha, cy-devant Grand Visir de l'Empire Ottoman, et aujourd'hui Séraskier de l'Armée Turque en Perse. A Paris, ce 18 Janvier 1734.
LETTRE de M. D.L.C. à M. D.L.R.
sur quelques particularitez de la vie de
Topal Osman Pacha , cy-devant Grand
Visir de l'Empire Ottoman , et aujour
d'hui Séraskier de l'Armée Turque en
Perse . A Paris , ce 18 Janvier 1734.
V
Ous avez jugé , Monsieur , que
dans les circonstances présentes où
les affaires d'Asie ont plus de liaison que
jamais avec celles d'Europe , ce seroit
un objet interessant pour le Public , que
la
74 MERCURE DE FRANCE
la vie et les avantures de Topal Osman
qui jouë aujourd'hui un si grand rôle .
Je crois que l'Auteur de la Rela .
tion de la Révolution arrivée en 1730. à
Constantinople n'a pas abandonné le
dessein où je l'ai vu, d'écrire cette vie, véritablement
digne de la curiosité du Public
. Personne n'est plus capable que lui
de bien exécuter ce projet; et s'il est aussi
bien servi par ceux qui sont à portée de
lui procurer des Mémoires , que je le
connois exact et ami de la verité ; nous
verrons dans un même Ouvrage la singularité
du Roman , unie à la plus scru
puleuse fidelité dans les faits historiques.
En attendant , je me fais un vrai plaisir
, Monsieur , de vous faire part de
quelques traits de la vie du Général
Turc dont je suis exactement informé . Le
Sr Arniaud , celui-la même qui racheta
Topal Osman d'esclavage à Malte , il y
a environ trente- cinq ans , vint en 1732 .
à Constantinople avec son fils ,saluer son
ancien Esclave , devenu Grand Visir.J'ai
entendu plus d'une fois raconter au pete
et au Fils ce qu'ils sçavoient de son histoire.
Le Fils a même bien voulu , à ma
priere , mettre par écrit ce qu'il a pû s'en
rappeller, et m'en laisser le Mémoire que
je
JANVIER. 1734. 75
je conserve , écrit de sa main. Ce qui suit
est tiré de ce Mémoire. J'y ai joint
quelques circonstances que je lui ai entendu
conter , ou à son Pere, et j'ai ajouté
les faits dont j'ai eu connoissance
pendant mon séjour à Constantinople ,
concernant l'arrivée du Sr Arniaud , son
Audiance du Visir , la déposition de ce
Ministre , &c. tous faits qui se sont passez
presque sous mes yeux ; mais dont
je ne garantis cependant pas la verité
quelque attention que j'aye eu à consulter
les témoins oculaires autant que je
l'ai pû , et à ne rapporter icy que ce que
je trouve sur un Journal , écrit dans le
temps.
Osman avoit reçu dans le Sérail du
Grand Seigneur l'éducation qui n'étoit
autrefois destinée qu'aux Enfans de Tribut
, ( a ) Chrétiens de naissance . Les
Turcs ont depuis brigué ces Places pour
leurs propres Enfans , ensorte qu'aujour
d'hui presque tous les Eleves du Sérail
sont de race Turque .
En 1698 ou 99. à l'âge de 25 ans ou
environ, Osman Aga sortit du Sérail, où il
exerçoit l'emploi de (b) Martolos Bachi.
( a ) Voyez Ricaut, Etat présent de l'Empire Ot
toman.
(b ) Intendant des Voitures.
7
N
6 MERCURE DE FRANCE
Il étoit porteur d'un Ordre du Grand Sergneur
, et chargé d'une commission pour
aller remettre quelques Beys du Čaire
dans la possession de leurs biens , dont
ils avoient été destituez pendant ces troubles
qui sont si fréquents en Egypte. I
prit sa route par terre jusqu'à Seyde , où
pour éviter la rencontre des Arabes qui
infestoient le Païs , il fut obligé de s'embarquer
sur une ( a ) Saïque , qui passoit
à Damiette . Dans ce, court trajet la Saïque
fut malheureusement rencontrée par
une Barque Espagnole , armée en course
à Maïorque. Quoique la partie ne fut pas
égale , le désir de conserver leurs biens
et leur liberté , fit faire les derniers ef
fort aux Passagers et à l'équipage ; ils se
deffendirent en désesperez ; l'abordage
fut sanglant. Osman s'y signala par cette
intrépidité dont il a depuis donné des
preuves en tant de rencontres ; si la valeur
de tous eut été égale à la sienne
peut-être eussent ils évité l'esclavage . Enfin
il fallut céder au nombre . Osman
Aga , percé de coups , blessé dangereusement
au bras et à la cuisse , fut pris les
armes à la main . Le Corsaire , dont le Bâtiment
avoit souffert dans le combat
( a ) Sorte de Bâtiment de Levant , propre an
ransport des Marchandises,
soit
JANVIER . 1734.
77
soit qu'il eut besoin de se raccommoder ,
ou pour quelque autre raison , relâcha à
Malte .
-
Les marques de valeur qu'Osman avoit
données dans l'action, ou plutôt la déposition
que firent sans doute les autres Passagers
,qu'il étoit chargé d'une commission
secrete du Grand Seigneur , et l'espérance
d'en tirer une grosse rançon , le firent distinguer
parmi ses compagnons d'infortune;
cependant il n'étoit pas hors de danger
de ses blessures quand il arriva à Malte ;
celle de la Cuisse étoit la plus considérable
; il en est resté estropié ; et c'est delà
que lui est demeuré le nom ou le Sobriquet
de ( a ) Topal , suivant l'usage commun
des Turcs .
*
>
Aussi- tôt que le Corsaire fut entré dans
le Port , le Sr Vincent Arniaud dit
' Hardy , natif de Marseille , qui étoit
alors Capitaine de Port à Malte , se transporta
à bord du Bâtiment , suivant le devoir
de sa Charge. Il y vit le malheureux
Aga enchaîné , qui lui fit une proposision
bien singuliere,
Fais une belle action , lui dit Topal ,
rachette - moi , tu n'y perdras rien. Arniaud
surpris de la proposition , deman .
da au Capitaine Corsaire ce qu'il pré-
( a ) Boiteux,
ten8
MERCURE DE FRANCE
tendoit pour la rançon de cet Esclave. Il:
me faut mille Sequins ( a ) , répondit le
Corsaire . Arniaud se retournant vers
Osman , lui dit : Je te vois pour la premiere
fois de ma vie , je ne te connois
point , et tu me proposes de donner sur ,
ta parole mille Sequins pour ta rançon .
Nous faisons l'un et l'autre ce qu'il nous
convient de faire, reprit Osman . Quant à
moi je suis dans les fers , il est naturel
que je mette tout en usage pour obtenir
ma liberté ; pour toi , tu es en droit de te
défier de ma bonne foy ; je n'ai aucune
sureté à te donner que ma parole , et tu.
n'as aucune raison d'y conter ; cependant
si tu veux en courir les risques , je te le
répete encore , tu ne t'en repentiras pas.
Soit que l'air d'assurance , ou que la
Phisionomie du jeune Turc prévint Arniaud
en sa faveur, soit que la singularité
de l'avanture éloignât les soupçons qu'il.
auroit pû concevoir , le Capitaine de
Port sortit avec des dispositions favora
bles pour Topal Osman , et , ce qui est
peut être encore plus extraordinaire , la
réfléxion ne les détruisit pas.
Arniaud alla rendre compte au grand
( a ) Ily a plusieurs sortes de Sequins en Levant,
qui valent depuis six jusqu'à onze francs de notre
Monnoye.
MaîJANVIER.
1734. 79
Maître Perellos de ce qui concernoit son
ministere , revint à bord et convint de
600(a )Sequins Vénitiens avec le Corsaire,
pour le prix de la rançon de son Esclave ;
son nouveau Maître le fit aussi - tôt transporter
sur une Barque Françoise, à lui ар-
partenante,où il lui envoya un Médecin ,
un Chirurgien et tous les secours neces
saires.Osman se vit bien tôt hors de danger.
Il proposa alors à son bienfaicteur
d'écrire en Levant pour se faire rembourser
de ce qu'il lui devoit. Mais comblé
des bienfaits de son nouveau Patron , il
ne crut pas abuser de sa générosité en lui
demandant une nouvelle grace . C'étoit de
le renvoyer sur sa parole et de s'en remettre
pour le tout entierement à sa
bonne foy.
Arniaud ne fut pas genereux à demi
et rencherit encore sur la demande de son
Esclave ; après lui avoir fait toutes sortes
de bons traitemens , il lui donna cette
même Barque , sur laquelle il l'avoit fait
transporter, pour en disposer à sa volonté,
et se faire conduire où bon lui sembleroit.
Osman arrivé à Malte Esclave , et racheté
le jour même , en partit huit jours
après sur un Bâtiment à ses ordres . Le
(a ) Le Sequin Vénitien vaut aujourd'hui environ
11 liv. quelques sols, Monnoye de France.
Pa80
MERCURE DE FRANCE
Pavillon François le mettoit à l'abri
des Corsaires . Il arriva heureusement
à Damiette d'où il remonta le Nil jusqu'au
Caire . Le lendemain de son arrivée
il fit compter mille Sequins au Capitaine
au
de la Barque pour être remis à son libérateur,
il y joignit deux Pelisses ( a) dè la valeur
de soo piastres , ( b ) dont il fit présent
au Capitaine . Il exécuta la commission
du Grand Seigneur , repartit pour
en aller rendre compte, arriva à Constantinople
et fut lui - même le porteur de la
nouvelle de son Esclavage.
pas
à
La reconnoissance d'Osman ne se borna
ses premiers mouvements : pendant
plusieurs années de séjour qu'il fit du
côré de Larta en Albanie où ses emplois
l'appellerent, il continua d'en donner des
preuves à son bienfaicteur , et entretint
avec lui un commerce non interrompu
de lettres et de présents.
On peut même dire que sa reconnoissance
s'étendit sur toute la Nation Françoise
; puisque depuis son avanture il n'a
laissé échaper aucune rencontre où il n'ait
donné à tous les François , qui ont eu affaire
à lui, des marques d'une bienveillance
particuliere .
( a ) Robes Fourrées .
( b ) La Piastre courante du Levant , vaut aujourd'hui
3 livres quelques sols Monnoye de France.
Les
JANVIER 1734 81
Les occasions avoient manqué jusqu'a
lors à Osman de se faire connoître et de
pousser sa fortune . La Guerre s'étant depuis
declarée entre les Venitiens et les
Turcs , le Grand Visir Aly Pacha , qui
méditoit l'invasion de la Morée , assembla
son Armée dans le voisinage de
l'Isthme de Corinthe , qui joint la Morée
au continent et le seul passage qui
puisse donner entrée par terre dans cette
presqu'Isle.
>
Tous les differents corps de Troupes
qui devoient composer l'Armée Ottomane
, se rendirent de toutes les Provinces
de l'Empire au lieu et au jour marqués
le seul Cara Mustapha Pacha ,. qui commandoit
un Corps de trois mille hommes
, arriva trois jours trop tard au rendez-
vous de l'Armée : il lui en couta la
vie , le Visir lui ayant fait trancher la
tête.
Sur ces entrefaites , Topal-Osman brulant
du désir de se signaler , vint se présenter
au Visir à la tête de mille hommes
qu'il avoit levez et pris à sa solde sans
avoir reçu aucun ordre; et le jour destiné
à l'attaque du défilé du Pas de Corinthe ,
il s'offrit de marcher le premier, et se
chargea de forcer le passage avec sa troupe
; son offre fut acceptée. Peut être la
E terreur
82 MERCURE DE FRANCE
terreur et la consternation generale qui
s'étoient répandues à l'approche d'une
Armée formidable , ne laisserent- t'elle pas à
Topal-Osman tout le merite d'une victoi
re achetée cherement ; quoiqu'il en soit,il
força le défilé , et emporta d'emblée la
Ville de Corinthe. Il reçut du Grand
Visir pour récompense les deux queues
de Pacha , et tous les Equipages de l'infortuné
Cara Mustapha.
Osman ne resta pas en si beau chemin,
et les occasions ne manquant plus à son
courage , il se distingua par
de nouveaux
exploits dont le détail nous meneroit
trop loin. L'année suivante , au Siége de
Corfou il servit en second, et fit les fonctions
de Licutenant General.
Ce fut alors qu'il fit voir que sa prudence
égaloit sa valeur ; le Siége ayant
été abandonné , Osman demeura trois
jours devant la Place depuis le départ du
General , pour favoriser la retraite des
Troupes Ottomanes ; il donna les ordres
necessaires avec toute la présence d'esprit
possible , et ne se retira qu'après avoir mis
l'Armée en sûreté.
Il étoit tems qu'un homme de cette
trempe commandât à son tour ; adoré
des troupes , la voix publique l'appelloit
au Generalat ; mais plus il se distinguoit
entre
JANVIER 89 173 4.
entre ses pareils , plus il faisoit de jaloux ,
qui bientôt étoient autant d'ennemis.
Tel est , à la honte de l'humanité et en
tout Pays , l'effet ordinaire d'un merite
superieur , mais dont les conséquences ne
sont nulle part si dangereuses qu'en Turquic.
C'est à ce tems vrai-semblablement que
doit se raporter un évenement de la vie
d'Osman qui pensa le perdre , et dont
je ne retrouve qu'une note ; je l'ai entendu
raconter au Sr Arniaud fils , avec plusieurs
circonstances qui me sont échapées
; mais il est obmis dans le Mémoire
qu'il m'a laissé qui fut fait avec précipitation
et presque au moment de son départ.
,
se
Topal - Osman par des raisons qui ne
pouvoient que lui faire honneur
broüilla avec un Pacha plus puissant que
lui , peut-être avec ce même General
qu'il avoit si utilement remplacé au Siége
de Corfou . Sa tête fut proscrite et ses
biens confisquez : il fallut céder à l'orage,
il se déroba par la fuite à la fureur de son
ennemi ; déguisé et inconnu , abandonné
des siens , il se rendit à Salonique , où il
demeura caché quelque tems . Delà sous
l'habit et l'apparence d'un simple ( a ).
( a ) Soldat de Marine Turc.
E ij
Léventi
84 MERCURE DE FRANCE
Léventi , Il s'embarqua sur une Galere et
passa à Constantinople. Pendant qu'il
agissoit sous main , sans oser paroître , es
qu'il employoit ses amis pour obtenir sa
grace , son ennemi fut déposé. C'étoit le
plus grand obstacle à la justification
d'Osman : elle fut éclatante et solemnelle.
Il fut renvoyé dans la possession de tous
ses biens , et ce fut à peu près dans ce
tems qu'il fut nommé Seraskier ου
Generalissime en Morée.
›
Tous les Consuls étant venus le saluer
en cette qualité , il donna à la Nation
Françoise les témoignages les plus marquez
de bienvaillance et de protection .
chargea les Consuls François d'écrire à
Malte au Capitaine Arniaud , pour lui
faire part de sa nouvelle dignité , et le
prier de lui envoyer un de ses fils , dont
il se voyoit en état de faire la fortune.
Un des fils d'Arniaud , celui - la même
qui a fourni ces Mémoires , se rendit
effectivement en Morée ; et pendant deux
ou trois ans qu'il demeura auprès du
Seraskier, celui - ci, tant par les dons qu'il
lui fit , que par les facilitez et les avanta
ges qu'il lui procura pour son commerce,
le mit effectivement à portée de faire des
gains considérables dont les occasions furent
négligées par le jeune homme , alors
plus
JANVIER.
1734 83
plus occupé de ses plaisirs que du soin de
sa fortune.
Topal-Osman croissant en dignitez à
mesure que son mérite devenoit plus
connu , fut fait Pacha à trois queües , et
nommé Beglier-Bey de Romelie , un des
deux plus grands Gouvernements de
l'Empire , lequel par sa proximité de la
Frontiere de Hongrie est un poste encore
plus important.
་
En 1727. le Capitaine Arniaud , âgé
de soixante et sept ans , passa avec son
fils à Salonique , et alla voir le Beglier
Bey à Nysse où il faisoit sa résidence . Ils
en reçurent l'accueil le plus favorable et
le plus tendre ; il déposa en leur présen ,
ce le faste de sa dignité , les embrassa
leur fit servir le Sorbet et le Parfum , et
les fit asseoir sur le Sopha , faveur singuliere
de la part d'un Pacha du premier
ordre , sur tout quand elle est accordée à
un Chrétien. Il les combla d'honneurs et
de présents , et leur voyage leur valut
plus de 15000 livres. En prenant congé
du Pacha , son ancien Patron lui dit qu'il
esperoit bien avant que de mourir l'aller
saluer à Constantinople en qualité de
Grand Visir ; c'étoit plutôt alors un
souhait qu'une espérance , l'évenement
en a fait une prédiction.
E iij
Le
36 MERCURE DE FRANCE
Le Grand Visir Ibrahim Pacha après
avoir joüi douze ou treize ans tranquillement
d'une dignité jusques - là si orageuse,
périt cruellement comme tout le monde
sçait dans la Révolution de 1730. ( a )
En moins d'un an il eut trois successeurs.
Au mois de Septembre 1731 , Topal-
Osman fut appellé pour remplir à son
tour un poste dangereux par lui- même ,
et devenu plus délicat dans les circonstances
présentes . Il ignoroit encore quelle
place lui étoit destinée ; lorsqu'étant
en chemin pour se rendre à Constantinople
, il fit écrire à Malte par le Consul
Francois de Salonique et mander au Capitaine
Arniaud qu'il pouvoit lui et ses
enfans venir trouver Topal-Osman en
quelque lieu du monde que la fortune
l'appellât. Après son arrivée à Constantinople
il fit prier l'Ambassadeur de
France d'écrire de nouveau et d'inviter
son ancien Patron à le venir voir ; lui
recommandant de ne point perdre de
tems, parce qu'un Grand Visir pour l'ordinaire
ne demeuroit pas long- tems en
place.
Arniaud profita de l'avis ; il vint à
Constantinople avec son fils au mois de
( a ) Voyez le Supplement du Mercure d'Avri
1731
JanJANVIER.
1734 87
Janvier 1732. Aussi - tôt que le Visir fut
informé de leur arrivée , il leur envoya
un Officier de confiance , leur dire qu'il
leur donneroit Audiance le lendemain.
après midi. On pensoit qu'il les recevroit
en particulier , pour ne point commettre
sa dignité en faisant à des Chrétiens
un accueil qui pourroit indisposer les
Grands de la Porte , sur tout dans un
tems où la fermentation des esprits se
ressentoit encore des troubles de la derniere
Révolution. Les deux François se
rendirent le lendemain au Palais du Grand
Visir, à l'heure marquée, avec les présents
qu'ils lui avoient aportés de Malte, consistant
en plusieurs Caisses d'Oranges ,
Citrons , Bergamotes , &c. diverses sor
tes de Confitures , des Orangers chargez
de feuilles et de fleurs , des Serins dé
Canarie dont les Turcs sont fort curieux ,
et ce qui l'emportoit sur tout le reste ,
en douze Turcs rachetez de l'esclavage à
Malte.
Tous ces présents , par ordre du Visir ,
furent rangez et exposez à la vûë. Le
vieux Arniaud âgé de soixante et douze
ans , accompagné de son fils , fut introduit
devant le Grand Visir. Il les reçût
en présence des plus grands Officiers de
l'Empire , avec les témoignages de la plus
E iiij
tendre
38 MERCURE DE FRANCE
tendre affection . Vous voyez , dit - il , en
adressant la parole aux Turcs qui l'environnoient
, et leur montrant les Esclaves
rachetez, vous voyez vos freres qui jouissent
de la liberté après avoir langui dans
l'esclavage : ce François est leur libérareur
. J'ai été esclave comme eux
ajouta-t'il , j'étois chargé de chaînes
percé de coups , couvert de blessures ,
voilà celui qui m'a racheté , qui m'a sauvé
; voilà mon Patron : liberté , vie
fortune , je lui dois tout. Il a payé sans
e connoître mille Sequins pour ma rançon.
Il m'a renvoyé sur ma parole ; il m'a
donné un Vaisseau pour me conduire ou
je voudrois :où est,même le Musulman ,capable
d'une pareille action de génerosité?
Tous les assistants avoient les yeux tournez
sur le vieillard qui tenoit les mains
du Grand Visir embrassées .Tous les Officiers
de ce Ministre , tous les gens de sa
maison se disoient les uns aux autres
voilà l'Aga ( a ) le Patron du Visir; voilà
celui qui a racheté notre Maître.
Cinq ans auparavant Osman étant Pacha
de Nysse , n'avoit pas voulu permettre
que son ancien Patron lui baisât
la main. Devenu Grand- Visir , il souf-
( a ) Les Esclavos Tures appellens leur Maître
tum Aga.
frit
JANVIER 1734 89
frit cette marque de respect et de soumission
, et crut devoir en agir ainsi
sur tout en présence des Grands de l'Empire
, pour qui c'eût été une faveur ,
eux qui se trouvent honorez de baiser
le bas de la veste d'un Grand Visir , et
dont plusieurs même murmuroient en
secret de l'honneur que celui- cy faisoit
à de vils Ghiaours . (a)
,
Le Visir fit ensuite au Pere et au Fils
diverses questions sur l'état présent de leur
fortune et sur les pertes qu'ils avoien
essuyées dans leur commerce. Après avoir
écouté leurs réponses avec bonté , il répliqua
par une Sentence Arabe Allah-
Kerim , qui signifie à la lettre , Dleu est
liberal , et dans un sens plus étendu , la
Providence de Dieu est grande ; elle m'a
mis en état , ajoûta - t'il , d'adoucir votre
situation. Il fit ensuite devant eux la
destination de leurs présents , dont il
envoya sur le champ la plus grande partie
au Grand- Seigneur , à la Validé ¯ ( b)
et au Kislar- Agă, ( c)
Les deux François , comblez des cares-
(a) Ghiaours est un terme de mépris dont les
Tures se servent pour désigner ceux qui ne sont pas
Musulmans.
(b) Sultane Mere.
(c) Chef des Eunuques noirs.
E v se
90 MERCURE DE FRANCE
•
ses du Grand-Visir , prirent congé de lui.
Il avoit donné ordre de leur préparer
un Appartement dans son Palais ; il leur
fit quelques reproches en apprenant qu'ils
retournoient au Palais de France ; il chargea
l'Interprete de les recommander de
sa part à M. l'Ambassadeur , en le faisant
assurer qu'il lui auroit obligation
de tout ce qu'il feroit pour eux.
Il y a assurément de la grandeur d'ame
dans la peinture que Topal- Osman fit
de son Esclavage et dans l'aveu public
de son humiliation et des obligations
qu'il avoit à son Libérateur ; mais il faudroit
connoître le profond mépris et le
fond d'éloignement que les préjugez de
la Religion et de l'éducation inspirent
aux Turcs pour tout ce qui n'est point
Musulman , et en particulier pour les
Chrétiens , pour sentir toute la beauté
et la noblesse de cette action , qui se passa
aux yeux de toute sa Cour.
Le Fils du Visir reçut ensuite le Pere et le
Fils en particulier dans son Appartement,
où il ne garda aucunes mesures. Il les
embrassa l'un et l'autre, les traita avec la
même familiarité qu'avoit fait son Pere
étant Pacha de Nysse , et leur fit promettre
de le venir voir souvent.
Ils eurent peu de temps avant leur départ
JANVIER. 1734- 91
part une autre Audiance particuliere du
Visir , où ce Ministre n'ayant plus de
bienséance à observer , oublia son rang
pour ne plus se souvenir que de ce qu'il
devoit à son Bienfaicteur. Il lui avoit
déja fait rembourser liberalement la rançon
des douze Esclaves , et procuré le
payement d'une ancienne dette regardée
comme perdue. Il y ajoûta de nouveaux
présents en argent , et un Commandement
ou permission expresse pour faire
gratis à Salonique , un chargement de
bled , sur lequel il y avoit un profit à
faire d'autant plus considerable que ce
commerce étoit interdit aux Etrangers
depuis plusieurs années. Cette gratifica
tion montoit à plus de dix mille écus .
Le Visir , qui eût voulu mesurer sa libé
ralité sur sa reconnoissance , qui étoit'sans
bornes, leur fit entendre qu'il ne pouvoit
pas faire tout ce qu'il vouloit, et peut - être
n'en faisoit- il déja que trop aux yeux de
ceux qui ne jugent des actions d'un Ministre
que par leur interêt particulier.
Il fit ressouvenir Arniaud le fils de son
voyage en Morée , et du temps où il n'avoit
tenu qu'à lui de faire une grande
fortune par les occasions qu'il lui avoit
procurées. Il finit par leur dire qu'un
Pacha étoit le Maître dans son Gouverne
E vi
ment
92 MERCURE DE FRANCE
ment , mais qu'un Visir à Constantinople
avoit un plus grand Maître que lui .
Topal- Osman , par sa vigilance et sæ
fermeté, avoit remis l'abondance , le bon
ordre et la Police dans Constantinople ,
où depuis la Révolution jusqu'à son Ministere
, la licence et le desordre n'avoient
pû être réprimez , et où la disette
et la cherté des vivres étoient excessives.
Quoiqu'on lui ait reproché une trop
grande séverité, il est de fait qu'il n'a condamné
à mort même les plus vils et les plus
séditieux des mutins , que sur le Fetfa (a)
du Mufti. Peut-être dans les conjonctures
présentes un homme de ce caractére étoitil
nécessaire pour prévenir une nouvelle
révolte et rétablir la tranquillité publique;
ce qu'il y a de certain , et qui est bien à
son honneur , c'est qu'il fut regretté de
tous les gens de bien et des bons Citoyens,
lorsqu'il fut ôté de place au mois de
Mars 1732.
On ne sçut pas bien , du moins alors ,
les véritables motifs de sa déposition .
Un mois auparavant les bruits publics
l'avoient annoncée pour le temps précis
où elle arriva : elle avoit été précedée de
quelques jours par celle du Mufti , qui
(a) Sorte de consultation du Mufti , qui décide
suivant la Loy , de la peine duë au coupable.
avoit
JANVIER. 1734. 93
avoit opiné pour la Paix , ainsi que le
Visir dans le Conseil extraordinaire, tenu
depuis peu au sujet des affaires de Perse ;
l'un et l'autre avoient insisté fortement sur
la nécessité de ratifier le Traité conclu par
Achmet-Pacha , Gouverneur de Bagdad,
en vertu de son plein pouvoir. La déposition
de ces deux Ministres fut regardée
, avec raison , comme un mistere de
politique ; car il faut avouer que tout
ce qu'on en dit dans le temps ne passoit
pas la conjecture.
Topal - Osman , qui avoit dès longtemps
prévû ce revers , le soutint avec
la plus parfaite tranquillité. En sortant
du Serrail , après avoir remis le Sceau de
l'Empire , il trouva toutes ses Créatures
et tous les Gens de sa Maison abatus et
consternez : de quoi vous affligez - vous ,
leur dit - il , ne vous ai-je pas dit qu'un
Visir ne restoit pas long- temps en place ?
Toute mon inquiétude étoit de sçavoir
comment j'en sortirois ; grace à Dieu on
n'a rien à me reprocher ; le Sultan est satisfait
de mes services ; je pars tranquille.
et content.
Il donna ensuite ses ordres pour un
Sacrifice (a) d'actions de graces , distri-
(a) Cette coûtume est pratiquée parmi les Turcs
en certaines occasions , comme pour obtenir un heureux
succès , &c.
94 MERCURE DE FRANCE
bua de l'argent à ses Domestiques et leur
ordonna de se réjouir . Il se ressouvint
aussi dans ce moment de son Bienfaicteur
, en prévoyant le chagrin que cet
évenement lui causeroit. Qu'on lui dise
qu'il se console , ajoûta- t'il , je ne désespere
pas de le revoir encore , dites lui
qu'il me retrouvera toujours; qu'on écrive
à Salonique, que l'on soit exact à lui donner
la quantité de bled que j'ai ordonné ;
si j'apprends qu'il en manque une mesure
, je ferai voir que je ne suis pas mort. Il
donna quelques autres ordres concernant
ses affaires domestiques et partit pour Trébisonde
, dont il avoit été nommé Pacha.
Si la reconnoissance , toute naturelle
qu'elle est aux coeurs genereux, passe pour
une vertu rare sur tout chez les Grands , il
faut convenir qu'elle reçoit ici un nouvel
éclat par la circonstance et le moment
où Topal - Osman rappella le souvenir de
son Bienfaicteur.
Jamais déposition de Visir n'eut moins
Fair d'une disgrace ; il n'y a point d'exemple
qu'un Ministre disgracié ait été
traité avec autant d'égards et de distinction.
Le Grand- Seigneur lui fit dire de
laisser son fils à Constantinople et qu'il
en prendroit soin ; et quatre jours après
ce même fils eut l'honneur de présenter
JANVIER 1734 99
à Sa Hautesse le présent qui lui avoit été
destiné par son Pere , pour le jour de Bayram.
(a) Il consistoit en un Harnois de
Cheval, enrichi de Pierreries , estimé 50000
Piastres ; c'est ce que Topal Osman avoit
en partant expressément recommandé à
son fils ; quoique , n'étant plus en place ,
il eût pû se dispenser de faire le présent
qu'il avoit fait préparer en qualité
de Grand- Visir.
•
Peu de jours après il reçut sur sa route
de nouveaux ordres pour aller commander
en Perse , à la Place d'Ali Pacha´, qui
venoit d'être nommé Grand- Visir à la
sienne. Osman alla tranquillement relever
son Successeur au Visiriat , dans
le poste de Séraskier , où il a rendu depuis
deux ans à sa Patrie des services
peut- être plus importants qu'il n'auroit
pû faire , s'il fût demeuré Grand - Visir ,
puisque non-seulement il a trouvé le secret
de soutenir une guerre difficile dans
un Pays désert et ruiné , à quatre cent
lieues de la Capitale , le plus souvent dénué
des secours d'argent , d'hommes , de
vivres et de munitions ; mais encore qu'il
a remporté une victoire complette (b)
(a ) Fête solemnelle des Turcs , pendant laquelle
ils se font des présens .
(b) Le 19. Juillet 1733 •
en
96 MERCURE DE FRANCE
en bataille rangée sur un Ennemi ( a) digne
de lui , battu les Persans en trois rencontres
, (b) et humilié l'orgueil de leur
fier General .
sur quelques particularitez de la vie de
Topal Osman Pacha , cy-devant Grand
Visir de l'Empire Ottoman , et aujour
d'hui Séraskier de l'Armée Turque en
Perse . A Paris , ce 18 Janvier 1734.
V
Ous avez jugé , Monsieur , que
dans les circonstances présentes où
les affaires d'Asie ont plus de liaison que
jamais avec celles d'Europe , ce seroit
un objet interessant pour le Public , que
la
74 MERCURE DE FRANCE
la vie et les avantures de Topal Osman
qui jouë aujourd'hui un si grand rôle .
Je crois que l'Auteur de la Rela .
tion de la Révolution arrivée en 1730. à
Constantinople n'a pas abandonné le
dessein où je l'ai vu, d'écrire cette vie, véritablement
digne de la curiosité du Public
. Personne n'est plus capable que lui
de bien exécuter ce projet; et s'il est aussi
bien servi par ceux qui sont à portée de
lui procurer des Mémoires , que je le
connois exact et ami de la verité ; nous
verrons dans un même Ouvrage la singularité
du Roman , unie à la plus scru
puleuse fidelité dans les faits historiques.
En attendant , je me fais un vrai plaisir
, Monsieur , de vous faire part de
quelques traits de la vie du Général
Turc dont je suis exactement informé . Le
Sr Arniaud , celui-la même qui racheta
Topal Osman d'esclavage à Malte , il y
a environ trente- cinq ans , vint en 1732 .
à Constantinople avec son fils ,saluer son
ancien Esclave , devenu Grand Visir.J'ai
entendu plus d'une fois raconter au pete
et au Fils ce qu'ils sçavoient de son histoire.
Le Fils a même bien voulu , à ma
priere , mettre par écrit ce qu'il a pû s'en
rappeller, et m'en laisser le Mémoire que
je
JANVIER. 1734. 75
je conserve , écrit de sa main. Ce qui suit
est tiré de ce Mémoire. J'y ai joint
quelques circonstances que je lui ai entendu
conter , ou à son Pere, et j'ai ajouté
les faits dont j'ai eu connoissance
pendant mon séjour à Constantinople ,
concernant l'arrivée du Sr Arniaud , son
Audiance du Visir , la déposition de ce
Ministre , &c. tous faits qui se sont passez
presque sous mes yeux ; mais dont
je ne garantis cependant pas la verité
quelque attention que j'aye eu à consulter
les témoins oculaires autant que je
l'ai pû , et à ne rapporter icy que ce que
je trouve sur un Journal , écrit dans le
temps.
Osman avoit reçu dans le Sérail du
Grand Seigneur l'éducation qui n'étoit
autrefois destinée qu'aux Enfans de Tribut
, ( a ) Chrétiens de naissance . Les
Turcs ont depuis brigué ces Places pour
leurs propres Enfans , ensorte qu'aujour
d'hui presque tous les Eleves du Sérail
sont de race Turque .
En 1698 ou 99. à l'âge de 25 ans ou
environ, Osman Aga sortit du Sérail, où il
exerçoit l'emploi de (b) Martolos Bachi.
( a ) Voyez Ricaut, Etat présent de l'Empire Ot
toman.
(b ) Intendant des Voitures.
7
N
6 MERCURE DE FRANCE
Il étoit porteur d'un Ordre du Grand Sergneur
, et chargé d'une commission pour
aller remettre quelques Beys du Čaire
dans la possession de leurs biens , dont
ils avoient été destituez pendant ces troubles
qui sont si fréquents en Egypte. I
prit sa route par terre jusqu'à Seyde , où
pour éviter la rencontre des Arabes qui
infestoient le Païs , il fut obligé de s'embarquer
sur une ( a ) Saïque , qui passoit
à Damiette . Dans ce, court trajet la Saïque
fut malheureusement rencontrée par
une Barque Espagnole , armée en course
à Maïorque. Quoique la partie ne fut pas
égale , le désir de conserver leurs biens
et leur liberté , fit faire les derniers ef
fort aux Passagers et à l'équipage ; ils se
deffendirent en désesperez ; l'abordage
fut sanglant. Osman s'y signala par cette
intrépidité dont il a depuis donné des
preuves en tant de rencontres ; si la valeur
de tous eut été égale à la sienne
peut-être eussent ils évité l'esclavage . Enfin
il fallut céder au nombre . Osman
Aga , percé de coups , blessé dangereusement
au bras et à la cuisse , fut pris les
armes à la main . Le Corsaire , dont le Bâtiment
avoit souffert dans le combat
( a ) Sorte de Bâtiment de Levant , propre an
ransport des Marchandises,
soit
JANVIER . 1734.
77
soit qu'il eut besoin de se raccommoder ,
ou pour quelque autre raison , relâcha à
Malte .
-
Les marques de valeur qu'Osman avoit
données dans l'action, ou plutôt la déposition
que firent sans doute les autres Passagers
,qu'il étoit chargé d'une commission
secrete du Grand Seigneur , et l'espérance
d'en tirer une grosse rançon , le firent distinguer
parmi ses compagnons d'infortune;
cependant il n'étoit pas hors de danger
de ses blessures quand il arriva à Malte ;
celle de la Cuisse étoit la plus considérable
; il en est resté estropié ; et c'est delà
que lui est demeuré le nom ou le Sobriquet
de ( a ) Topal , suivant l'usage commun
des Turcs .
*
>
Aussi- tôt que le Corsaire fut entré dans
le Port , le Sr Vincent Arniaud dit
' Hardy , natif de Marseille , qui étoit
alors Capitaine de Port à Malte , se transporta
à bord du Bâtiment , suivant le devoir
de sa Charge. Il y vit le malheureux
Aga enchaîné , qui lui fit une proposision
bien singuliere,
Fais une belle action , lui dit Topal ,
rachette - moi , tu n'y perdras rien. Arniaud
surpris de la proposition , deman .
da au Capitaine Corsaire ce qu'il pré-
( a ) Boiteux,
ten8
MERCURE DE FRANCE
tendoit pour la rançon de cet Esclave. Il:
me faut mille Sequins ( a ) , répondit le
Corsaire . Arniaud se retournant vers
Osman , lui dit : Je te vois pour la premiere
fois de ma vie , je ne te connois
point , et tu me proposes de donner sur ,
ta parole mille Sequins pour ta rançon .
Nous faisons l'un et l'autre ce qu'il nous
convient de faire, reprit Osman . Quant à
moi je suis dans les fers , il est naturel
que je mette tout en usage pour obtenir
ma liberté ; pour toi , tu es en droit de te
défier de ma bonne foy ; je n'ai aucune
sureté à te donner que ma parole , et tu.
n'as aucune raison d'y conter ; cependant
si tu veux en courir les risques , je te le
répete encore , tu ne t'en repentiras pas.
Soit que l'air d'assurance , ou que la
Phisionomie du jeune Turc prévint Arniaud
en sa faveur, soit que la singularité
de l'avanture éloignât les soupçons qu'il.
auroit pû concevoir , le Capitaine de
Port sortit avec des dispositions favora
bles pour Topal Osman , et , ce qui est
peut être encore plus extraordinaire , la
réfléxion ne les détruisit pas.
Arniaud alla rendre compte au grand
( a ) Ily a plusieurs sortes de Sequins en Levant,
qui valent depuis six jusqu'à onze francs de notre
Monnoye.
MaîJANVIER.
1734. 79
Maître Perellos de ce qui concernoit son
ministere , revint à bord et convint de
600(a )Sequins Vénitiens avec le Corsaire,
pour le prix de la rançon de son Esclave ;
son nouveau Maître le fit aussi - tôt transporter
sur une Barque Françoise, à lui ар-
partenante,où il lui envoya un Médecin ,
un Chirurgien et tous les secours neces
saires.Osman se vit bien tôt hors de danger.
Il proposa alors à son bienfaicteur
d'écrire en Levant pour se faire rembourser
de ce qu'il lui devoit. Mais comblé
des bienfaits de son nouveau Patron , il
ne crut pas abuser de sa générosité en lui
demandant une nouvelle grace . C'étoit de
le renvoyer sur sa parole et de s'en remettre
pour le tout entierement à sa
bonne foy.
Arniaud ne fut pas genereux à demi
et rencherit encore sur la demande de son
Esclave ; après lui avoir fait toutes sortes
de bons traitemens , il lui donna cette
même Barque , sur laquelle il l'avoit fait
transporter, pour en disposer à sa volonté,
et se faire conduire où bon lui sembleroit.
Osman arrivé à Malte Esclave , et racheté
le jour même , en partit huit jours
après sur un Bâtiment à ses ordres . Le
(a ) Le Sequin Vénitien vaut aujourd'hui environ
11 liv. quelques sols, Monnoye de France.
Pa80
MERCURE DE FRANCE
Pavillon François le mettoit à l'abri
des Corsaires . Il arriva heureusement
à Damiette d'où il remonta le Nil jusqu'au
Caire . Le lendemain de son arrivée
il fit compter mille Sequins au Capitaine
au
de la Barque pour être remis à son libérateur,
il y joignit deux Pelisses ( a) dè la valeur
de soo piastres , ( b ) dont il fit présent
au Capitaine . Il exécuta la commission
du Grand Seigneur , repartit pour
en aller rendre compte, arriva à Constantinople
et fut lui - même le porteur de la
nouvelle de son Esclavage.
pas
à
La reconnoissance d'Osman ne se borna
ses premiers mouvements : pendant
plusieurs années de séjour qu'il fit du
côré de Larta en Albanie où ses emplois
l'appellerent, il continua d'en donner des
preuves à son bienfaicteur , et entretint
avec lui un commerce non interrompu
de lettres et de présents.
On peut même dire que sa reconnoissance
s'étendit sur toute la Nation Françoise
; puisque depuis son avanture il n'a
laissé échaper aucune rencontre où il n'ait
donné à tous les François , qui ont eu affaire
à lui, des marques d'une bienveillance
particuliere .
( a ) Robes Fourrées .
( b ) La Piastre courante du Levant , vaut aujourd'hui
3 livres quelques sols Monnoye de France.
Les
JANVIER 1734 81
Les occasions avoient manqué jusqu'a
lors à Osman de se faire connoître et de
pousser sa fortune . La Guerre s'étant depuis
declarée entre les Venitiens et les
Turcs , le Grand Visir Aly Pacha , qui
méditoit l'invasion de la Morée , assembla
son Armée dans le voisinage de
l'Isthme de Corinthe , qui joint la Morée
au continent et le seul passage qui
puisse donner entrée par terre dans cette
presqu'Isle.
>
Tous les differents corps de Troupes
qui devoient composer l'Armée Ottomane
, se rendirent de toutes les Provinces
de l'Empire au lieu et au jour marqués
le seul Cara Mustapha Pacha ,. qui commandoit
un Corps de trois mille hommes
, arriva trois jours trop tard au rendez-
vous de l'Armée : il lui en couta la
vie , le Visir lui ayant fait trancher la
tête.
Sur ces entrefaites , Topal-Osman brulant
du désir de se signaler , vint se présenter
au Visir à la tête de mille hommes
qu'il avoit levez et pris à sa solde sans
avoir reçu aucun ordre; et le jour destiné
à l'attaque du défilé du Pas de Corinthe ,
il s'offrit de marcher le premier, et se
chargea de forcer le passage avec sa troupe
; son offre fut acceptée. Peut être la
E terreur
82 MERCURE DE FRANCE
terreur et la consternation generale qui
s'étoient répandues à l'approche d'une
Armée formidable , ne laisserent- t'elle pas à
Topal-Osman tout le merite d'une victoi
re achetée cherement ; quoiqu'il en soit,il
força le défilé , et emporta d'emblée la
Ville de Corinthe. Il reçut du Grand
Visir pour récompense les deux queues
de Pacha , et tous les Equipages de l'infortuné
Cara Mustapha.
Osman ne resta pas en si beau chemin,
et les occasions ne manquant plus à son
courage , il se distingua par
de nouveaux
exploits dont le détail nous meneroit
trop loin. L'année suivante , au Siége de
Corfou il servit en second, et fit les fonctions
de Licutenant General.
Ce fut alors qu'il fit voir que sa prudence
égaloit sa valeur ; le Siége ayant
été abandonné , Osman demeura trois
jours devant la Place depuis le départ du
General , pour favoriser la retraite des
Troupes Ottomanes ; il donna les ordres
necessaires avec toute la présence d'esprit
possible , et ne se retira qu'après avoir mis
l'Armée en sûreté.
Il étoit tems qu'un homme de cette
trempe commandât à son tour ; adoré
des troupes , la voix publique l'appelloit
au Generalat ; mais plus il se distinguoit
entre
JANVIER 89 173 4.
entre ses pareils , plus il faisoit de jaloux ,
qui bientôt étoient autant d'ennemis.
Tel est , à la honte de l'humanité et en
tout Pays , l'effet ordinaire d'un merite
superieur , mais dont les conséquences ne
sont nulle part si dangereuses qu'en Turquic.
C'est à ce tems vrai-semblablement que
doit se raporter un évenement de la vie
d'Osman qui pensa le perdre , et dont
je ne retrouve qu'une note ; je l'ai entendu
raconter au Sr Arniaud fils , avec plusieurs
circonstances qui me sont échapées
; mais il est obmis dans le Mémoire
qu'il m'a laissé qui fut fait avec précipitation
et presque au moment de son départ.
,
se
Topal - Osman par des raisons qui ne
pouvoient que lui faire honneur
broüilla avec un Pacha plus puissant que
lui , peut-être avec ce même General
qu'il avoit si utilement remplacé au Siége
de Corfou . Sa tête fut proscrite et ses
biens confisquez : il fallut céder à l'orage,
il se déroba par la fuite à la fureur de son
ennemi ; déguisé et inconnu , abandonné
des siens , il se rendit à Salonique , où il
demeura caché quelque tems . Delà sous
l'habit et l'apparence d'un simple ( a ).
( a ) Soldat de Marine Turc.
E ij
Léventi
84 MERCURE DE FRANCE
Léventi , Il s'embarqua sur une Galere et
passa à Constantinople. Pendant qu'il
agissoit sous main , sans oser paroître , es
qu'il employoit ses amis pour obtenir sa
grace , son ennemi fut déposé. C'étoit le
plus grand obstacle à la justification
d'Osman : elle fut éclatante et solemnelle.
Il fut renvoyé dans la possession de tous
ses biens , et ce fut à peu près dans ce
tems qu'il fut nommé Seraskier ου
Generalissime en Morée.
›
Tous les Consuls étant venus le saluer
en cette qualité , il donna à la Nation
Françoise les témoignages les plus marquez
de bienvaillance et de protection .
chargea les Consuls François d'écrire à
Malte au Capitaine Arniaud , pour lui
faire part de sa nouvelle dignité , et le
prier de lui envoyer un de ses fils , dont
il se voyoit en état de faire la fortune.
Un des fils d'Arniaud , celui - la même
qui a fourni ces Mémoires , se rendit
effectivement en Morée ; et pendant deux
ou trois ans qu'il demeura auprès du
Seraskier, celui - ci, tant par les dons qu'il
lui fit , que par les facilitez et les avanta
ges qu'il lui procura pour son commerce,
le mit effectivement à portée de faire des
gains considérables dont les occasions furent
négligées par le jeune homme , alors
plus
JANVIER.
1734 83
plus occupé de ses plaisirs que du soin de
sa fortune.
Topal-Osman croissant en dignitez à
mesure que son mérite devenoit plus
connu , fut fait Pacha à trois queües , et
nommé Beglier-Bey de Romelie , un des
deux plus grands Gouvernements de
l'Empire , lequel par sa proximité de la
Frontiere de Hongrie est un poste encore
plus important.
་
En 1727. le Capitaine Arniaud , âgé
de soixante et sept ans , passa avec son
fils à Salonique , et alla voir le Beglier
Bey à Nysse où il faisoit sa résidence . Ils
en reçurent l'accueil le plus favorable et
le plus tendre ; il déposa en leur présen ,
ce le faste de sa dignité , les embrassa
leur fit servir le Sorbet et le Parfum , et
les fit asseoir sur le Sopha , faveur singuliere
de la part d'un Pacha du premier
ordre , sur tout quand elle est accordée à
un Chrétien. Il les combla d'honneurs et
de présents , et leur voyage leur valut
plus de 15000 livres. En prenant congé
du Pacha , son ancien Patron lui dit qu'il
esperoit bien avant que de mourir l'aller
saluer à Constantinople en qualité de
Grand Visir ; c'étoit plutôt alors un
souhait qu'une espérance , l'évenement
en a fait une prédiction.
E iij
Le
36 MERCURE DE FRANCE
Le Grand Visir Ibrahim Pacha après
avoir joüi douze ou treize ans tranquillement
d'une dignité jusques - là si orageuse,
périt cruellement comme tout le monde
sçait dans la Révolution de 1730. ( a )
En moins d'un an il eut trois successeurs.
Au mois de Septembre 1731 , Topal-
Osman fut appellé pour remplir à son
tour un poste dangereux par lui- même ,
et devenu plus délicat dans les circonstances
présentes . Il ignoroit encore quelle
place lui étoit destinée ; lorsqu'étant
en chemin pour se rendre à Constantinople
, il fit écrire à Malte par le Consul
Francois de Salonique et mander au Capitaine
Arniaud qu'il pouvoit lui et ses
enfans venir trouver Topal-Osman en
quelque lieu du monde que la fortune
l'appellât. Après son arrivée à Constantinople
il fit prier l'Ambassadeur de
France d'écrire de nouveau et d'inviter
son ancien Patron à le venir voir ; lui
recommandant de ne point perdre de
tems, parce qu'un Grand Visir pour l'ordinaire
ne demeuroit pas long- tems en
place.
Arniaud profita de l'avis ; il vint à
Constantinople avec son fils au mois de
( a ) Voyez le Supplement du Mercure d'Avri
1731
JanJANVIER.
1734 87
Janvier 1732. Aussi - tôt que le Visir fut
informé de leur arrivée , il leur envoya
un Officier de confiance , leur dire qu'il
leur donneroit Audiance le lendemain.
après midi. On pensoit qu'il les recevroit
en particulier , pour ne point commettre
sa dignité en faisant à des Chrétiens
un accueil qui pourroit indisposer les
Grands de la Porte , sur tout dans un
tems où la fermentation des esprits se
ressentoit encore des troubles de la derniere
Révolution. Les deux François se
rendirent le lendemain au Palais du Grand
Visir, à l'heure marquée, avec les présents
qu'ils lui avoient aportés de Malte, consistant
en plusieurs Caisses d'Oranges ,
Citrons , Bergamotes , &c. diverses sor
tes de Confitures , des Orangers chargez
de feuilles et de fleurs , des Serins dé
Canarie dont les Turcs sont fort curieux ,
et ce qui l'emportoit sur tout le reste ,
en douze Turcs rachetez de l'esclavage à
Malte.
Tous ces présents , par ordre du Visir ,
furent rangez et exposez à la vûë. Le
vieux Arniaud âgé de soixante et douze
ans , accompagné de son fils , fut introduit
devant le Grand Visir. Il les reçût
en présence des plus grands Officiers de
l'Empire , avec les témoignages de la plus
E iiij
tendre
38 MERCURE DE FRANCE
tendre affection . Vous voyez , dit - il , en
adressant la parole aux Turcs qui l'environnoient
, et leur montrant les Esclaves
rachetez, vous voyez vos freres qui jouissent
de la liberté après avoir langui dans
l'esclavage : ce François est leur libérareur
. J'ai été esclave comme eux
ajouta-t'il , j'étois chargé de chaînes
percé de coups , couvert de blessures ,
voilà celui qui m'a racheté , qui m'a sauvé
; voilà mon Patron : liberté , vie
fortune , je lui dois tout. Il a payé sans
e connoître mille Sequins pour ma rançon.
Il m'a renvoyé sur ma parole ; il m'a
donné un Vaisseau pour me conduire ou
je voudrois :où est,même le Musulman ,capable
d'une pareille action de génerosité?
Tous les assistants avoient les yeux tournez
sur le vieillard qui tenoit les mains
du Grand Visir embrassées .Tous les Officiers
de ce Ministre , tous les gens de sa
maison se disoient les uns aux autres
voilà l'Aga ( a ) le Patron du Visir; voilà
celui qui a racheté notre Maître.
Cinq ans auparavant Osman étant Pacha
de Nysse , n'avoit pas voulu permettre
que son ancien Patron lui baisât
la main. Devenu Grand- Visir , il souf-
( a ) Les Esclavos Tures appellens leur Maître
tum Aga.
frit
JANVIER 1734 89
frit cette marque de respect et de soumission
, et crut devoir en agir ainsi
sur tout en présence des Grands de l'Empire
, pour qui c'eût été une faveur ,
eux qui se trouvent honorez de baiser
le bas de la veste d'un Grand Visir , et
dont plusieurs même murmuroient en
secret de l'honneur que celui- cy faisoit
à de vils Ghiaours . (a)
,
Le Visir fit ensuite au Pere et au Fils
diverses questions sur l'état présent de leur
fortune et sur les pertes qu'ils avoien
essuyées dans leur commerce. Après avoir
écouté leurs réponses avec bonté , il répliqua
par une Sentence Arabe Allah-
Kerim , qui signifie à la lettre , Dleu est
liberal , et dans un sens plus étendu , la
Providence de Dieu est grande ; elle m'a
mis en état , ajoûta - t'il , d'adoucir votre
situation. Il fit ensuite devant eux la
destination de leurs présents , dont il
envoya sur le champ la plus grande partie
au Grand- Seigneur , à la Validé ¯ ( b)
et au Kislar- Agă, ( c)
Les deux François , comblez des cares-
(a) Ghiaours est un terme de mépris dont les
Tures se servent pour désigner ceux qui ne sont pas
Musulmans.
(b) Sultane Mere.
(c) Chef des Eunuques noirs.
E v se
90 MERCURE DE FRANCE
•
ses du Grand-Visir , prirent congé de lui.
Il avoit donné ordre de leur préparer
un Appartement dans son Palais ; il leur
fit quelques reproches en apprenant qu'ils
retournoient au Palais de France ; il chargea
l'Interprete de les recommander de
sa part à M. l'Ambassadeur , en le faisant
assurer qu'il lui auroit obligation
de tout ce qu'il feroit pour eux.
Il y a assurément de la grandeur d'ame
dans la peinture que Topal- Osman fit
de son Esclavage et dans l'aveu public
de son humiliation et des obligations
qu'il avoit à son Libérateur ; mais il faudroit
connoître le profond mépris et le
fond d'éloignement que les préjugez de
la Religion et de l'éducation inspirent
aux Turcs pour tout ce qui n'est point
Musulman , et en particulier pour les
Chrétiens , pour sentir toute la beauté
et la noblesse de cette action , qui se passa
aux yeux de toute sa Cour.
Le Fils du Visir reçut ensuite le Pere et le
Fils en particulier dans son Appartement,
où il ne garda aucunes mesures. Il les
embrassa l'un et l'autre, les traita avec la
même familiarité qu'avoit fait son Pere
étant Pacha de Nysse , et leur fit promettre
de le venir voir souvent.
Ils eurent peu de temps avant leur départ
JANVIER. 1734- 91
part une autre Audiance particuliere du
Visir , où ce Ministre n'ayant plus de
bienséance à observer , oublia son rang
pour ne plus se souvenir que de ce qu'il
devoit à son Bienfaicteur. Il lui avoit
déja fait rembourser liberalement la rançon
des douze Esclaves , et procuré le
payement d'une ancienne dette regardée
comme perdue. Il y ajoûta de nouveaux
présents en argent , et un Commandement
ou permission expresse pour faire
gratis à Salonique , un chargement de
bled , sur lequel il y avoit un profit à
faire d'autant plus considerable que ce
commerce étoit interdit aux Etrangers
depuis plusieurs années. Cette gratifica
tion montoit à plus de dix mille écus .
Le Visir , qui eût voulu mesurer sa libé
ralité sur sa reconnoissance , qui étoit'sans
bornes, leur fit entendre qu'il ne pouvoit
pas faire tout ce qu'il vouloit, et peut - être
n'en faisoit- il déja que trop aux yeux de
ceux qui ne jugent des actions d'un Ministre
que par leur interêt particulier.
Il fit ressouvenir Arniaud le fils de son
voyage en Morée , et du temps où il n'avoit
tenu qu'à lui de faire une grande
fortune par les occasions qu'il lui avoit
procurées. Il finit par leur dire qu'un
Pacha étoit le Maître dans son Gouverne
E vi
ment
92 MERCURE DE FRANCE
ment , mais qu'un Visir à Constantinople
avoit un plus grand Maître que lui .
Topal- Osman , par sa vigilance et sæ
fermeté, avoit remis l'abondance , le bon
ordre et la Police dans Constantinople ,
où depuis la Révolution jusqu'à son Ministere
, la licence et le desordre n'avoient
pû être réprimez , et où la disette
et la cherté des vivres étoient excessives.
Quoiqu'on lui ait reproché une trop
grande séverité, il est de fait qu'il n'a condamné
à mort même les plus vils et les plus
séditieux des mutins , que sur le Fetfa (a)
du Mufti. Peut-être dans les conjonctures
présentes un homme de ce caractére étoitil
nécessaire pour prévenir une nouvelle
révolte et rétablir la tranquillité publique;
ce qu'il y a de certain , et qui est bien à
son honneur , c'est qu'il fut regretté de
tous les gens de bien et des bons Citoyens,
lorsqu'il fut ôté de place au mois de
Mars 1732.
On ne sçut pas bien , du moins alors ,
les véritables motifs de sa déposition .
Un mois auparavant les bruits publics
l'avoient annoncée pour le temps précis
où elle arriva : elle avoit été précedée de
quelques jours par celle du Mufti , qui
(a) Sorte de consultation du Mufti , qui décide
suivant la Loy , de la peine duë au coupable.
avoit
JANVIER. 1734. 93
avoit opiné pour la Paix , ainsi que le
Visir dans le Conseil extraordinaire, tenu
depuis peu au sujet des affaires de Perse ;
l'un et l'autre avoient insisté fortement sur
la nécessité de ratifier le Traité conclu par
Achmet-Pacha , Gouverneur de Bagdad,
en vertu de son plein pouvoir. La déposition
de ces deux Ministres fut regardée
, avec raison , comme un mistere de
politique ; car il faut avouer que tout
ce qu'on en dit dans le temps ne passoit
pas la conjecture.
Topal - Osman , qui avoit dès longtemps
prévû ce revers , le soutint avec
la plus parfaite tranquillité. En sortant
du Serrail , après avoir remis le Sceau de
l'Empire , il trouva toutes ses Créatures
et tous les Gens de sa Maison abatus et
consternez : de quoi vous affligez - vous ,
leur dit - il , ne vous ai-je pas dit qu'un
Visir ne restoit pas long- temps en place ?
Toute mon inquiétude étoit de sçavoir
comment j'en sortirois ; grace à Dieu on
n'a rien à me reprocher ; le Sultan est satisfait
de mes services ; je pars tranquille.
et content.
Il donna ensuite ses ordres pour un
Sacrifice (a) d'actions de graces , distri-
(a) Cette coûtume est pratiquée parmi les Turcs
en certaines occasions , comme pour obtenir un heureux
succès , &c.
94 MERCURE DE FRANCE
bua de l'argent à ses Domestiques et leur
ordonna de se réjouir . Il se ressouvint
aussi dans ce moment de son Bienfaicteur
, en prévoyant le chagrin que cet
évenement lui causeroit. Qu'on lui dise
qu'il se console , ajoûta- t'il , je ne désespere
pas de le revoir encore , dites lui
qu'il me retrouvera toujours; qu'on écrive
à Salonique, que l'on soit exact à lui donner
la quantité de bled que j'ai ordonné ;
si j'apprends qu'il en manque une mesure
, je ferai voir que je ne suis pas mort. Il
donna quelques autres ordres concernant
ses affaires domestiques et partit pour Trébisonde
, dont il avoit été nommé Pacha.
Si la reconnoissance , toute naturelle
qu'elle est aux coeurs genereux, passe pour
une vertu rare sur tout chez les Grands , il
faut convenir qu'elle reçoit ici un nouvel
éclat par la circonstance et le moment
où Topal - Osman rappella le souvenir de
son Bienfaicteur.
Jamais déposition de Visir n'eut moins
Fair d'une disgrace ; il n'y a point d'exemple
qu'un Ministre disgracié ait été
traité avec autant d'égards et de distinction.
Le Grand- Seigneur lui fit dire de
laisser son fils à Constantinople et qu'il
en prendroit soin ; et quatre jours après
ce même fils eut l'honneur de présenter
JANVIER 1734 99
à Sa Hautesse le présent qui lui avoit été
destiné par son Pere , pour le jour de Bayram.
(a) Il consistoit en un Harnois de
Cheval, enrichi de Pierreries , estimé 50000
Piastres ; c'est ce que Topal Osman avoit
en partant expressément recommandé à
son fils ; quoique , n'étant plus en place ,
il eût pû se dispenser de faire le présent
qu'il avoit fait préparer en qualité
de Grand- Visir.
•
Peu de jours après il reçut sur sa route
de nouveaux ordres pour aller commander
en Perse , à la Place d'Ali Pacha´, qui
venoit d'être nommé Grand- Visir à la
sienne. Osman alla tranquillement relever
son Successeur au Visiriat , dans
le poste de Séraskier , où il a rendu depuis
deux ans à sa Patrie des services
peut- être plus importants qu'il n'auroit
pû faire , s'il fût demeuré Grand - Visir ,
puisque non-seulement il a trouvé le secret
de soutenir une guerre difficile dans
un Pays désert et ruiné , à quatre cent
lieues de la Capitale , le plus souvent dénué
des secours d'argent , d'hommes , de
vivres et de munitions ; mais encore qu'il
a remporté une victoire complette (b)
(a ) Fête solemnelle des Turcs , pendant laquelle
ils se font des présens .
(b) Le 19. Juillet 1733 •
en
96 MERCURE DE FRANCE
en bataille rangée sur un Ennemi ( a) digne
de lui , battu les Persans en trois rencontres
, (b) et humilié l'orgueil de leur
fier General .
Fermer
Résumé : LETTRE de M. D. L. C. à M. D. L. R. sur quelques particulartiez de la vie de Topal Osman Pacha, cy-devant Grand Visir de l'Empire Ottoman, et aujourd'hui Séraskier de l'Armée Turque en Perse. A Paris, ce 18 Janvier 1734.
La lettre de M. D.L.C. à M. D.L.R., datée du 18 janvier 1734, décrit la vie de Topal Osman Pacha, ancien Grand Visir de l'Empire Ottoman et alors Séraskier de l'Armée Turque en Perse. L'auteur souligne l'importance de partager les aventures de Topal Osman en raison des liens croissants entre les affaires d'Asie et d'Europe. Il mentionne un projet de biographie qui allierait la singularité du roman à la fidélité historique. Topal Osman avait été racheté de l'esclavage à Malte par M. Arniaud environ trente-cinq ans auparavant. En 1732, Arniaud et son fils rencontrèrent Topal Osman à Constantinople. Le fils d'Arniaud avait rédigé un mémoire sur l'histoire de Topal Osman, que l'auteur conserve. Topal Osman avait reçu une éducation au Sérail du Grand Seigneur, destinée aux enfants chrétiens. En 1698 ou 1699, à l'âge de 25 ans, il exerçait la fonction de Martolos Bachi et fut chargé d'une mission en Égypte. Lors de son retour, il fut capturé par des corsaires espagnols et blessé. Racheté par Arniaud, il fut soigné et renvoyé en Égypte, où il remboursa sa rançon et offrit des présents à son bienfaiteur. Topal Osman se distingua lors de la guerre contre les Vénitiens, notamment en forçant le passage du défilé de Corinthe et en participant au siège de Corfou. Ses succès lui valurent des récompenses et le respect des troupes, mais aussi des jaloux et des ennemis, menant à une proscription temporaire. Il dut se cacher et fut finalement réhabilité, devenant Séraskier en Morée. En 1727, Arniaud et son fils se rendirent à Salonique et furent reçus favorablement par Topal Osman, alors Pacha de Nysse. En 1731, Topal Osman devint Grand Visir et invita Arniaud et son fils à Constantinople. Ils furent accueillis avec honneur et générosité, Topal Osman exprimant publiquement sa gratitude envers Arniaud. Malgré sa déposition en mars 1732, Topal Osman continua de montrer sa reconnaissance envers Arniaud. Avant de quitter son poste de Grand Visir, Topal Osman avait préparé un cheval orné de pierreries, estimé à 50 000 piastres, qu'il recommanda à son fils. Il reçut ensuite de nouveaux ordres pour commander en Perse, succédant à Ali Pacha. Durant ses deux années à ce poste, il rendit des services significatifs à sa patrie, notamment en soutenant une guerre difficile dans une région désertique et ruinée. Il remporta une victoire complète le 19 juillet 1733, battant les Persans en trois rencontres et humiliant leur général.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2330
p. 1552
« On verra la suite de cette Histoire dans le prochain [...] »
Début :
On verra la suite de cette Histoire dans le prochain [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On verra la suite de cette Histoire dans le prochain [...] »
On verra la suite de cette Histoire dans
le prochain Mercure.
le prochain Mercure.
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2332
p. 93
« S. A. S. Mgr le Duc, marié le . Juillet 1713. [...] »
Début :
S. A. S. Mgr le Duc, marié le . Juillet 1713. [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Duc, Marié, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « S. A. S. Mgr le Duc, marié le . Juillet 1713. [...] »
S. A. S. Mgr le Duc, maríé le
juillet 1713. partit le 14. du
même mois pour l'armée.
juillet 1713. partit le 14. du
même mois pour l'armée.
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2334
p. 86
PREMIERE ENIGME.
Début :
Je sers & la nuit, & le jour, [...]
Mots clefs :
Fontaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
.PREMIERE ENIGME.
T E sers & la nuit , & le jour j
•J A chacun je fàis mes largesses ,
£t fans considerer pauvreté ni richesses ,
Je prodigue ï tous tour à tour.
SB
iDe moi l'on ne peut se passer ,
Et quoique le bien que je donne ,
Soit utile à toute personne ,
Peu de gens le viennent chercher.
Je cesse quelquefois de ne plus rien donner t
Voulez.vous en sçayoir h cause ?
Je ne puis vous dire autre chose >
Sinon qu'il faut loin de inoi la trouver.
T E sers & la nuit , & le jour j
•J A chacun je fàis mes largesses ,
£t fans considerer pauvreté ni richesses ,
Je prodigue ï tous tour à tour.
SB
iDe moi l'on ne peut se passer ,
Et quoique le bien que je donne ,
Soit utile à toute personne ,
Peu de gens le viennent chercher.
Je cesse quelquefois de ne plus rien donner t
Voulez.vous en sçayoir h cause ?
Je ne puis vous dire autre chose >
Sinon qu'il faut loin de inoi la trouver.
Fermer
2335
p. 492
PREMIERE ENIGME.
Début :
Je me vois, en partie, un certain jour de l'an, [...]
Mots clefs :
Bouis
2336
p. 1714-174
MADRIGAL.
Début :
Un jour Venus sur l'heure du midi [...]
Mots clefs :
Vénus, Amour, Étourdi, Iris, Cœur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
UN jour Venus sur l'heure du midi
Se promenoit dans les bois de Cythere ;
L'Amour survient , ce petit étourdi
Bande son Arc et tire sur sa Mere.
Elle remplit l'air de ces tristes cris ,
On m'a blessée , helas ! et c'est mon fils !
A cette voix l'Amour s'allarme, il tremble ;
Et par ces mots lui fait voir son erreur ;
Pardon , dit- il , mais Iris vous ressemble ;
J'ay crû la voir et tirer sur son coeur.
UN jour Venus sur l'heure du midi
Se promenoit dans les bois de Cythere ;
L'Amour survient , ce petit étourdi
Bande son Arc et tire sur sa Mere.
Elle remplit l'air de ces tristes cris ,
On m'a blessée , helas ! et c'est mon fils !
A cette voix l'Amour s'allarme, il tremble ;
Et par ces mots lui fait voir son erreur ;
Pardon , dit- il , mais Iris vous ressemble ;
J'ay crû la voir et tirer sur son coeur.
Fermer
2337
p. 492
SECONDE ENIGME.
Début :
On fait de nous souvent des Chapelets, [...]
Mots clefs :
Gratte-cul
2338
p. 93-94
BOUQUET En envoyant un porte crayon à une Dame. Par Mr de B.
Début :
Le Dieu des Arts & de la lyre, [...]
Mots clefs :
Bouquet, Amour, Crayon, Porte-crayons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET En envoyant un porte crayon à une Dame. Par Mr de B.
BOU QJJ É T
En envoyant un porte crayon à une Dame,
ParMrdeB.
Le Dieu des Arts & de
la lyre,
Te fait avec l'amour ce
presentaujourd'huy
,
Soit que ta main dejfjï*
ne, ou que ton cœur
soupire,
Tu pourras te servir de
-- luy.
Lébauché dun portrait
,
d'un Palais, d'une
Roje
, Sans crayon jamais nese
fist,
Si pour peindre les maux
vqu'aux autres l'amour
cause,
Le plus h^er crayonJuf-
$t*
Tous les pinceaux qu'on
fit depuis Apelle,
A peineJujfiroient charmanteL**Ue,
Tourpeindre lemien en
---.
peti
En envoyant un porte crayon à une Dame,
ParMrdeB.
Le Dieu des Arts & de
la lyre,
Te fait avec l'amour ce
presentaujourd'huy
,
Soit que ta main dejfjï*
ne, ou que ton cœur
soupire,
Tu pourras te servir de
-- luy.
Lébauché dun portrait
,
d'un Palais, d'une
Roje
, Sans crayon jamais nese
fist,
Si pour peindre les maux
vqu'aux autres l'amour
cause,
Le plus h^er crayonJuf-
$t*
Tous les pinceaux qu'on
fit depuis Apelle,
A peineJujfiroient charmanteL**Ue,
Tourpeindre lemien en
---.
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Fermer
Résumé : BOUQUET En envoyant un porte crayon à une Dame. Par Mr de B.
Le poème 'BOU QJJ É T' envoyé par un porte-crayon à une dame invoque le Dieu des Arts. Il loue le crayon, indispensable pour dessiner ou exprimer des sentiments. Sans crayon, il est impossible de réaliser un portrait, un palais ou une rose. L'amour, comparé à ses maux, nécessite un crayon pour être exprimé. Aucun pinceau, même ceux d'Apelle, ne suffirait à peindre le visage de la dame aimée.
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2339
p. 2002-2003
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis Térin, je suis Mâtin, [...]
Mots clefs :
Tressaillement
2340
p. 518-519
TROISIÈME ENIGME.
Début :
Mon Art est un Art admirable, [...]
Mots clefs :
Maître de danse
2342
p. 93-94
« Cette piece fut presentée à Leurs Altesses Serenissimes Mgr le [...] »
Début :
Cette piece fut presentée à Leurs Altesses Serenissimes Mgr le [...]
Mots clefs :
Altesses, Mariage, Pièce, Présentation , Gracieusement, Épître, Auteur
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texteReconnaissance textuelle : « Cette piece fut presentée à Leurs Altesses Serenissimes Mgr le [...] »
Cette pièce sur presentéeà
Leurs Altesses Serenissimes
vtgr le Duc & ~r la Duchesè)
Ie lendemain de la celeration
de leur mariage,qui
la reçûrent tre's- gracieusement
des mains de celui qui l'acomposée. Elle est dela
façon de la même personne
qui presenta à feu Mgr le
Duc deBourgogne,lorsqu'
il revenoit de sa conquête,
de Brisac,l'Epitre qui plut
si fort aux connoisseurs. Cet
Epitalame a eu trop de resist
site, pour caire le nom de
l'auteur, qui est M. Martineau,
Seigneur de Solleyne
en Bourgogne, fils de M.
Marrineau, President à Auxerre.
Leurs Altesses Serenissimes
vtgr le Duc & ~r la Duchesè)
Ie lendemain de la celeration
de leur mariage,qui
la reçûrent tre's- gracieusement
des mains de celui qui l'acomposée. Elle est dela
façon de la même personne
qui presenta à feu Mgr le
Duc deBourgogne,lorsqu'
il revenoit de sa conquête,
de Brisac,l'Epitre qui plut
si fort aux connoisseurs. Cet
Epitalame a eu trop de resist
site, pour caire le nom de
l'auteur, qui est M. Martineau,
Seigneur de Solleyne
en Bourgogne, fils de M.
Marrineau, President à Auxerre.
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Résumé : « Cette piece fut presentée à Leurs Altesses Serenissimes Mgr le [...] »
Le lendemain de leur mariage, le Duc et la Duchesse ont reçu avec grâce une pièce composée par M. Martineau, Seigneur de Solleyne. Ce dernier avait déjà présenté une épître au Duc de Bourgogne. L'épithalame, genre poétique célébrant les noces, a longtemps gardé son auteur anonyme en raison de résistances.
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2343
p. 730-731
« On a dû expliquer le Logogryphe du mois dernier par Marianne, & les Enigmes [...] »
Début :
On a dû expliquer le Logogryphe du mois dernier par Marianne, & les Enigmes [...]
Mots clefs :
Marianne, Flûte allemande, Soupir
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texteReconnaissance textuelle : « On a dû expliquer le Logogryphe du mois dernier par Marianne, & les Enigmes [...] »
On a dû expliquer le Logogryphe du
mois
AVRIL. 1730. 731
mois dernier par Marianne , Marianne , & les Enigmes
, par la Flute Allemande , & le Soupir.
mois
AVRIL. 1730. 731
mois dernier par Marianne , Marianne , & les Enigmes
, par la Flute Allemande , & le Soupir.
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2345
p. 93-94
« L'Abbregé de la Sphere du monde, selon l'hipothese [...] »
Début :
L'Abbregé de la Sphere du monde, selon l'hipothese [...]
Mots clefs :
Copernic, Ptolémée
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texteReconnaissance textuelle : « L'Abbregé de la Sphere du monde, selon l'hipothese [...] »
L'Abbregé de la Sphere
du monde,selon l'hipothese
de Copernic, dédié
à Mr L. B. jevend oe
Paris,chez la Veuve Aîohn,
-0^17 de l'Horloge. Et che7,,
le sieur Langlois Graveur,
sur le Petit Pont. Mr Lanthomate
qui en est l'Autheur
fera bientostimprimer un petit
Traitésur leSisteme de Co-j
pernic.
;' "ç LeSisteme de Ptolomee
n'cft à present pas
plus en credit que la
Filosofied'Aristote. Ces
deuxAnciens ont esté
contraints de cederaux
Modernes; mais ce n'a
pas este sans peine. Ilne
faut pas moins que des
demonstrations fisiques
ou geometriques pour
detruire les préventions
inveterées : matiere de
dissertation qui pourra
bien entrer dans quelques-
unesdesmiennes.
du monde,selon l'hipothese
de Copernic, dédié
à Mr L. B. jevend oe
Paris,chez la Veuve Aîohn,
-0^17 de l'Horloge. Et che7,,
le sieur Langlois Graveur,
sur le Petit Pont. Mr Lanthomate
qui en est l'Autheur
fera bientostimprimer un petit
Traitésur leSisteme de Co-j
pernic.
;' "ç LeSisteme de Ptolomee
n'cft à present pas
plus en credit que la
Filosofied'Aristote. Ces
deuxAnciens ont esté
contraints de cederaux
Modernes; mais ce n'a
pas este sans peine. Ilne
faut pas moins que des
demonstrations fisiques
ou geometriques pour
detruire les préventions
inveterées : matiere de
dissertation qui pourra
bien entrer dans quelques-
unesdesmiennes.
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Résumé : « L'Abbregé de la Sphere du monde, selon l'hipothese [...] »
L'ouvrage 'L'Abbregé de la Sphere du monde, selon l'hypothèse de Copernic' est dédié à Monsieur L. B. et publié à Paris. L'auteur, Monsieur Lanthomate, annonce un traité sur le système de Copernic. Les systèmes de Ptolémée et d'Aristote sont dépassés. Des démonstrations physiques ou géométriques sont nécessaires pour convaincre.
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2346
p. 93-94
MADRIGAL, Par la jeune Muse, ainsi surnommée par tous ceux qui ont du goût pour la Poësie, parce qu'elle a, entre les autres qualitez qui la distinguent, le naturel le plus heureux pour la Poësie.
Début :
Quand le sage Damon dit que d'un trait mortel [...]
Mots clefs :
Madrigal, Amour
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL, Par la jeune Muse, ainsi surnommée par tous ceux qui ont du goût pour la Poësie, parce qu'elle a, entre les autres qualitez qui la distinguent, le naturel le plus heureux pour la Poësie.
MADRIGAL, <
ParlajeuneAiuferainsisurnommee par tous ceux qui ont du goût
-
pourla PÚfte, parcegoellee,
entre les autres qualitt;{.,qui la Ji.
-
flinguent) le naturel le plus hetiç
'feux pour laPoè'fieQUand le sage Damon
dit qued'un trait mortel
L'Amour blesseles coeurs
sans qu'ilsoientle plaindre,
Quecest un Dieu traître
& cruel;
L'Amour pour moy n'est
point a
craindre:
Mais quand le jeune Atis
me vient dire à son tour,
Ce Dieu n'est qu'un en- fant, doux, caressant,
aimable,
Plus beau mille fois que
le jour,
Queje le trouve redoutable
ParlajeuneAiuferainsisurnommee par tous ceux qui ont du goût
-
pourla PÚfte, parcegoellee,
entre les autres qualitt;{.,qui la Ji.
-
flinguent) le naturel le plus hetiç
'feux pour laPoè'fieQUand le sage Damon
dit qued'un trait mortel
L'Amour blesseles coeurs
sans qu'ilsoientle plaindre,
Quecest un Dieu traître
& cruel;
L'Amour pour moy n'est
point a
craindre:
Mais quand le jeune Atis
me vient dire à son tour,
Ce Dieu n'est qu'un en- fant, doux, caressant,
aimable,
Plus beau mille fois que
le jour,
Queje le trouve redoutable
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Résumé : MADRIGAL, Par la jeune Muse, ainsi surnommée par tous ceux qui ont du goût pour la Poësie, parce qu'elle a, entre les autres qualitez qui la distinguent, le naturel le plus heureux pour la Poësie.
Le madrigal explore la poésie et l'amour. La poésie doit être naturelle et sincère. Damon voit l'amour comme un dieu traître et cruel, tandis qu'Atis le décrit comme un enfant doux. Le locuteur craint l'amour malgré sa beauté. Le texte met en avant la complexité des perceptions de l'amour, entre peur et admiration.
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2347
p. 1972-1973
ENIGME.
Début :
Enfant d'une vive chaleur, [...]
Mots clefs :
Fièvre
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
[ XX: XXXXXXXXXXXXX
ENIGM E.
ENfant Nfant d'une vive chaleur ,
Dans le froid je prens ma naissance
Du plus beau Vetmillon l'éclatante rougeur ,
Est l'ordinaire effet que produit ma presence ,
A ceux que le Destin range sous ma puissance
Je les traite si mal , ces malheureux sujets ,
Qu'ils tremblent de mes noirs projets.
Dès
SEPTEMBRE. 1732. 1973
Dès que j'entre chez eux , j'y porte le ravage ;
Mais de mon implacable rage ,
On s'empresse à les garantir ;
On m'y poursuit à coups d'épée ;
Et le sang dont j'y suis trempée ,
Me force bien-tôt d'en sortir.
ENIGM E.
ENfant Nfant d'une vive chaleur ,
Dans le froid je prens ma naissance
Du plus beau Vetmillon l'éclatante rougeur ,
Est l'ordinaire effet que produit ma presence ,
A ceux que le Destin range sous ma puissance
Je les traite si mal , ces malheureux sujets ,
Qu'ils tremblent de mes noirs projets.
Dès
SEPTEMBRE. 1732. 1973
Dès que j'entre chez eux , j'y porte le ravage ;
Mais de mon implacable rage ,
On s'empresse à les garantir ;
On m'y poursuit à coups d'épée ;
Et le sang dont j'y suis trempée ,
Me force bien-tôt d'en sortir.
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2348
p. 2424-2425
AUTRE.
Début :
Nous naissons toujours deux Jumelles, [...]
Mots clefs :
Pantoufle
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Nous naissons toujours deux Jumelles ,
Pour le service des Humains.
Que nous soyons laides ou belles
On nous voit très -peu dans leurs mains.
Lecteur , qui voudrois nous connoître ,
Dix membres forment notre tout ;
Un , deux et trois , tu vois paroître
Un Dieu connu par tout.
Un de plus , vient changer mon Etre ,
Et m'arrachant du rang des Dieux ,
Me fait l'Oiseau chéri de la Reine des Cieux.
Huit , cinq , six , un , me font bête féroce ;
Quatre , deux , six , un , neuf , je suis pis qu'une
rosse ;
Alors je cherche à me cacher ,
Et l'on va doucement pour pouvoir m'átraper.
Uu , cinq , six , dix, Insectes méprisables ,
De la misere inséparables ,
Qu'on a vû quelquefois
Abattre de grands Rois.
Mais quel cahos étrange ,
Dix , cinq , six , un et neuf, je suis inanimé ,
Et presque par tout l'on me mange
A#
NOVEMBRE . 1735. 2425
Au commencement du dîné.
Dix , cinq et trois , autre métamorphose :
Je ne suis rien ,
Et je suis quelque chose ;
On ne sçauroit me voir , mais on m'entend
fort bien ,
Trois , cinq , quatre , neuf, je prends figure ,
Sans changer de nature ,
Variée en mille façons ,
Que fais -je ? des Chansons.
Lecteur que l'on tient en cervelle
Par tant de changement ,
Pour te venger , une Etoile cruelle
Va nous mettre à tes pieds peut - être en ce
moment.
Par le sieur Bellin.
Nous naissons toujours deux Jumelles ,
Pour le service des Humains.
Que nous soyons laides ou belles
On nous voit très -peu dans leurs mains.
Lecteur , qui voudrois nous connoître ,
Dix membres forment notre tout ;
Un , deux et trois , tu vois paroître
Un Dieu connu par tout.
Un de plus , vient changer mon Etre ,
Et m'arrachant du rang des Dieux ,
Me fait l'Oiseau chéri de la Reine des Cieux.
Huit , cinq , six , un , me font bête féroce ;
Quatre , deux , six , un , neuf , je suis pis qu'une
rosse ;
Alors je cherche à me cacher ,
Et l'on va doucement pour pouvoir m'átraper.
Uu , cinq , six , dix, Insectes méprisables ,
De la misere inséparables ,
Qu'on a vû quelquefois
Abattre de grands Rois.
Mais quel cahos étrange ,
Dix , cinq , six , un et neuf, je suis inanimé ,
Et presque par tout l'on me mange
A#
NOVEMBRE . 1735. 2425
Au commencement du dîné.
Dix , cinq et trois , autre métamorphose :
Je ne suis rien ,
Et je suis quelque chose ;
On ne sçauroit me voir , mais on m'entend
fort bien ,
Trois , cinq , quatre , neuf, je prends figure ,
Sans changer de nature ,
Variée en mille façons ,
Que fais -je ? des Chansons.
Lecteur que l'on tient en cervelle
Par tant de changement ,
Pour te venger , une Etoile cruelle
Va nous mettre à tes pieds peut - être en ce
moment.
Par le sieur Bellin.
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2349
p. 1552-1554
ODE SACRÉE, Tirée du Premier Pseaume, Beatus vir qui non abiit, &c.
Début :
Heureux celui, qui dans sa vie, [...]
Mots clefs :
Psaume, Impie, Sagesse éternelle, Jugement de l'Univers
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texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Tirée du Premier Pseaume, Beatus vir qui non abiit, &c.
O DE SACRE' E,
Tirée du Premier Pseaume , Beatus vir
qui non abiit , &c.
Heureux celui , qui dans sa vie ;
Ne risqua jamais d'écouter
Les traitres conseils dont l'Impie ,
'A voulu cent fois le flater !
Qui toûjours ennemi du vice ,
Sçut découvrir le précipice ,
Caché sous ses trompeurs appas !
Et qui refusa sa présence ,
A la Chaire de Pestilence ,
Od le Pecheur guidoit ses pase
C'est
JUILLET. 17320 1553
Cest ta Loy , Sagesse éternelle ,
Qui regla ses chastes plaisirs ;
Il ne connut et ne vit qu'elle
Digne de remplir ses désirs :
En renouvellant sa carriere ,
Le jour lui préta sa lumiere ,
Pour la méditer avec fruit ;
Il se fit même une habitude ,
De continuer cette étude ,
Jusques dans l'ombre de la nuit.
〃
Tel est dans un Verger champêtre,
L'arbre planté près d'un Ruisseau ,
Il est les délices du Maître ,
Dont il embellit le Hameau ;
Malgré l'ordre de la Nature >,
L'éclat naissant de sa verdure ,
Ne l'abandonnera jamais ;
Et les beaux fruits qu'il fait éclore,
Un jour surpasseront encore ,
Son esperance et ses souhaits.
Ce n'est point ainsi que l'Impie ,
Réüssira dans ses projets ;
Non, non, qu'il n'ait point la folic ,
De se flatter de tels succès ;
Battu , frappé de la tempête,
Il ne peut soustraire sa tête ,
1554 MERCURE DE FRANCE
Au coup qui doit le renverser
Mais que dis-je ? foible matiere,
Un souffle le met en poussiere,
Et suffit pour le disperser.
Confus il n'osera paroître ,
Au jugement de l'Univers ;
Nous ne le verrons point renaître
Pour entrer dans nos saints Concerts.
Dieu qui connoît la difference ,
Et du crime de l'innocence ,
De tous temps a fixé leur sort ;
Pendant que l'un fera nauffrage ,
L'autre n'aura senti l'orage >
Que pour mieux arriver au Por
Tirée du Premier Pseaume , Beatus vir
qui non abiit , &c.
Heureux celui , qui dans sa vie ;
Ne risqua jamais d'écouter
Les traitres conseils dont l'Impie ,
'A voulu cent fois le flater !
Qui toûjours ennemi du vice ,
Sçut découvrir le précipice ,
Caché sous ses trompeurs appas !
Et qui refusa sa présence ,
A la Chaire de Pestilence ,
Od le Pecheur guidoit ses pase
C'est
JUILLET. 17320 1553
Cest ta Loy , Sagesse éternelle ,
Qui regla ses chastes plaisirs ;
Il ne connut et ne vit qu'elle
Digne de remplir ses désirs :
En renouvellant sa carriere ,
Le jour lui préta sa lumiere ,
Pour la méditer avec fruit ;
Il se fit même une habitude ,
De continuer cette étude ,
Jusques dans l'ombre de la nuit.
〃
Tel est dans un Verger champêtre,
L'arbre planté près d'un Ruisseau ,
Il est les délices du Maître ,
Dont il embellit le Hameau ;
Malgré l'ordre de la Nature >,
L'éclat naissant de sa verdure ,
Ne l'abandonnera jamais ;
Et les beaux fruits qu'il fait éclore,
Un jour surpasseront encore ,
Son esperance et ses souhaits.
Ce n'est point ainsi que l'Impie ,
Réüssira dans ses projets ;
Non, non, qu'il n'ait point la folic ,
De se flatter de tels succès ;
Battu , frappé de la tempête,
Il ne peut soustraire sa tête ,
1554 MERCURE DE FRANCE
Au coup qui doit le renverser
Mais que dis-je ? foible matiere,
Un souffle le met en poussiere,
Et suffit pour le disperser.
Confus il n'osera paroître ,
Au jugement de l'Univers ;
Nous ne le verrons point renaître
Pour entrer dans nos saints Concerts.
Dieu qui connoît la difference ,
Et du crime de l'innocence ,
De tous temps a fixé leur sort ;
Pendant que l'un fera nauffrage ,
L'autre n'aura senti l'orage >
Que pour mieux arriver au Por
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Résumé : ODE SACRÉE, Tirée du Premier Pseaume, Beatus vir qui non abiit, &c.
Le poème 'O DE SACRE' E,' extrait du Premier Psaume 'Beatus vir,' oppose le juste et l'impie. Le juste est heureux car il évite les conseils trompeurs de l'impie et reste fidèle à la sagesse éternelle. Il médite la loi divine jour et nuit, comparé à un arbre planté près d'un ruisseau, qui embellit le hameau de son maître et produit des fruits abondants. L'impie, en revanche, échoue dans ses projets et est comparé à une matière faible, dispersée par un souffle. Il ne peut échapper à la tempête qui le renversera et ne pourra pas renaître pour entrer dans les saints concerts. Dieu connaît la différence entre le crime et l'innocence et a fixé leur sort depuis toujours. Ainsi, tandis que l'impie fait naufrage, le juste surmonte l'orage pour atteindre le port.
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2350
p. 498-500
IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Otium Divos, &c.
Début :
Si tôt que sur l'Egée un tenebreux nuage, [...]
Mots clefs :
Horace, Heureux, Inutiles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Otium Divos, &c.
1MITATION de l'Ode d'Horace
qui commence par ces mots Ocium
Divos , & c .
Si tôt que sur l'Egée un tenebreux nuage ,
Ravit aux Matelots la lumiere des Cieux ,
Le plus hardi Pilote effrayé de l'orage ,
Demande le repos aux Dieux .
M
Grosphe , le Mede même et la Thrace indomptée,
Desirent ardemment ce précieux trésor ,
Dont la possession ne peut être achetée
në Ni par la Pourpre , ne par l'or.
Un magnifique Train , le Crédit , la Richesse ,
Inutiles secours , ne banniront jamais ,
Les Chagrins , les ennuis qui voltigent sans cesse
Autour des superbes Palais.
Celui- là vit heureux , qui frugal et modeste ,
Est content d'un repas simple et sans appareil
Qu'un sordide desir , qu'une crainte funeste ,
N'éloignent jamais du sommeil.
Pourquoi
MARS. 1733- 499
Pourquoi tant de projets avec si peu de vie ?
Dans un autre Climat pourquoi nous transporter?
Quél homme assez heureux , en fuyant sa Patric
A pû soi- même s'éviter ?
Dans les riches Vaisseaux le noir souci demeure
Pour y gêner sans fin l'avare Nautonnier.
Plus leger que le Cerf, plus rapide que l'Eure
Il suit par tout le Cavalier ,
Occupez du présent , sur l'avenir tranquilles à
Sçachons par le plaisir temperer la douleur :
Au surplus , renonçons à des soins inutiles :
Il n'est point de parfait bonheur.
M
Achille , jeune encor termine sa carriere :
Tithon accablé d'ans , languit foible et miné¿
Et ce que le Destin refuse à ta priere ,
Me sera peut-être donné.
M
Tandis qu'à cent Troupeaux tu fournis la pâture
Que pour traîner ton Char ces Coursiers sont
nourris ,
Et que de ton habit la superbe teinture ,
Attire les regards surpris.
La
388778
500 MERCURE DE FRANCE
La Parque favorable , avec un bien modiqué ,
*
Du Chantre de Lesbos m'accordant le talent ,
Entretient en mon ame un mépris héroïque ,
Four le vulgaire petulant.
* Alcée , Poëte Lyrique , qu'Horace a imité.
F. M. F.
qui commence par ces mots Ocium
Divos , & c .
Si tôt que sur l'Egée un tenebreux nuage ,
Ravit aux Matelots la lumiere des Cieux ,
Le plus hardi Pilote effrayé de l'orage ,
Demande le repos aux Dieux .
M
Grosphe , le Mede même et la Thrace indomptée,
Desirent ardemment ce précieux trésor ,
Dont la possession ne peut être achetée
në Ni par la Pourpre , ne par l'or.
Un magnifique Train , le Crédit , la Richesse ,
Inutiles secours , ne banniront jamais ,
Les Chagrins , les ennuis qui voltigent sans cesse
Autour des superbes Palais.
Celui- là vit heureux , qui frugal et modeste ,
Est content d'un repas simple et sans appareil
Qu'un sordide desir , qu'une crainte funeste ,
N'éloignent jamais du sommeil.
Pourquoi
MARS. 1733- 499
Pourquoi tant de projets avec si peu de vie ?
Dans un autre Climat pourquoi nous transporter?
Quél homme assez heureux , en fuyant sa Patric
A pû soi- même s'éviter ?
Dans les riches Vaisseaux le noir souci demeure
Pour y gêner sans fin l'avare Nautonnier.
Plus leger que le Cerf, plus rapide que l'Eure
Il suit par tout le Cavalier ,
Occupez du présent , sur l'avenir tranquilles à
Sçachons par le plaisir temperer la douleur :
Au surplus , renonçons à des soins inutiles :
Il n'est point de parfait bonheur.
M
Achille , jeune encor termine sa carriere :
Tithon accablé d'ans , languit foible et miné¿
Et ce que le Destin refuse à ta priere ,
Me sera peut-être donné.
M
Tandis qu'à cent Troupeaux tu fournis la pâture
Que pour traîner ton Char ces Coursiers sont
nourris ,
Et que de ton habit la superbe teinture ,
Attire les regards surpris.
La
388778
500 MERCURE DE FRANCE
La Parque favorable , avec un bien modiqué ,
*
Du Chantre de Lesbos m'accordant le talent ,
Entretient en mon ame un mépris héroïque ,
Four le vulgaire petulant.
* Alcée , Poëte Lyrique , qu'Horace a imité.
F. M. F.
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Otium Divos, &c.
Le texte est une imitation de l'Ode d'Horace, débutant par 'Ocium Divos, & c.' Il explore la quête du repos et du bonheur, inatteignable par la richesse ou le pouvoir. Les vers soulignent que les chagrins et les ennuis persistent malgré les luxes. Le bonheur est trouvé dans la frugalité et la modestie, loin des désirs avides et des craintes. Le poète s'interroge sur la fuite des hommes vers d'autres climats et sur l'impossibilité d'éviter ses propres malheurs. Il observe que les soucis accompagnent même les plus riches. Il prône de vivre l'instant présent et de tempérer la douleur par le plaisir, tout en renonçant à la quête d'un bonheur parfait. Le texte mentionne Achille et Tithon pour illustrer la brièveté de la vie et l'inévitabilité du destin. Le poète exprime son désir d'un talent poétique, comme celui accordé à Alcée, pour nourrir un mépris héroïque envers le vulgaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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