Résultats : 21765 texte(s)
Détail
Liste
2401
p. 95-96
Promotion de Cardinaux.
Début :
On a appris par un Courrier extraordinaire que le 30. Janvier [...]
Mots clefs :
Courrier extraordinaire, Pape, Archevêque, Parlement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Promotion de Cardinaux.
Promotion de Cardinaux•
On a appris par un Cou-.a-'
rier extraordinaire que le
30. Janvier le Pape avoit
tenu Consistoire ; où il
avoit déclaré Cardinaux
l'AbbédePolignac Auditeur
de Roce : le Sieur
Arias Archevesque de Seville
: le Sieur ErbaOdescalchi
Archevesquede Milan,
& le Sieur Sala Evesque
de Barcelone. SaSaintetéen
a reservé un autre
inpetto, & n'a pas rempli
les deux autres places vacances.
-
Le Duc de Sully connu
cy-devant fous le nom de
Chevalier de Sully, pritf
séance au Parlement en
qualité de Duc & Pair de
France.
On a appris par un Cou-.a-'
rier extraordinaire que le
30. Janvier le Pape avoit
tenu Consistoire ; où il
avoit déclaré Cardinaux
l'AbbédePolignac Auditeur
de Roce : le Sieur
Arias Archevesque de Seville
: le Sieur ErbaOdescalchi
Archevesquede Milan,
& le Sieur Sala Evesque
de Barcelone. SaSaintetéen
a reservé un autre
inpetto, & n'a pas rempli
les deux autres places vacances.
-
Le Duc de Sully connu
cy-devant fous le nom de
Chevalier de Sully, pritf
séance au Parlement en
qualité de Duc & Pair de
France.
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Résumé : Promotion de Cardinaux.
Le 30 janvier, le Pape a promu plusieurs ecclésiastiques au rang de cardinal, dont l'Abbé de Polignac, l'Archevêque de Séville, l'Archevêque de Milan et l'Évêque de Barcelone. Il a réservé une promotion et laissé deux places vacantes. Le Duc de Sully a pris séance au Parlement en tant que Duc et Pair de France.
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2402
p. 95-96
Livre nouveau.
Début :
Traduction en vers François, de l'Art Poëtique d' [...]
Mots clefs :
Horace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Livre nouveau.
Livre nouveau»
Traduction en vers
François, de l'Arc Poëtique
d'Horace, &c. Une
Dissertation sur les Auteurs
anciens & modernes,
& un Traité de la
Versification Françoise.
Gros volumein 12.
Ce Livre vaut bien là
peine qu'on en parle plus
au long dans le mois prochain
, se vend à Paris
Chez Guillaume 9 - Nicolas
Aubert, Quay des Augujlins9
du costé du Pont S. Michel,
àsaint Nicolas.LesLibraires
pourront s'addresser 4
l'Auteur mesme
,
vis à vis
le College de la Marche, rul
- de la Montagne sainte Gent.
vifve.
Traduction en vers
François, de l'Arc Poëtique
d'Horace, &c. Une
Dissertation sur les Auteurs
anciens & modernes,
& un Traité de la
Versification Françoise.
Gros volumein 12.
Ce Livre vaut bien là
peine qu'on en parle plus
au long dans le mois prochain
, se vend à Paris
Chez Guillaume 9 - Nicolas
Aubert, Quay des Augujlins9
du costé du Pont S. Michel,
àsaint Nicolas.LesLibraires
pourront s'addresser 4
l'Auteur mesme
,
vis à vis
le College de la Marche, rul
- de la Montagne sainte Gent.
vifve.
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Résumé : Livre nouveau.
Le livre « Livre nouveau » inclut des traductions en vers d'Horace et d'autres auteurs, une dissertation sur les auteurs anciens et modernes, et un traité sur la versification française. Disponible à Paris chez Guillaume et Nicolas Aubert, il peut être commandé par les libraires auprès de l'auteur, résidant près du Collège de la Marche.
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2403
p. 920-921
AUTRE.
Début :
Femme, Singe, Ecolier, l'être le plus malin, [...]
Mots clefs :
Démon
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
FEmme ,Singe , Ecolier , l'être le plus malin ,
Tout ce qu'on voit de méchant et de traître
N'est rien auprès de moi; c'est peu pour me connoftre
,
MAY.
927
1735
De sçavoir que je suis de sexe masculin .
Quoiqu'il en soit , je brille au doigt de la Lingere
,
Mais c'est avec ma tête , étant coupé par deux ;
De cinq ôtés le trois , Neptune furieux
Me fait servir à sa colere.
Renversés-moi , ne me changés en rien ,
Vous trouvés doublement l'ennemi du Chré
tien.
Rachas de Combetes.
FEmme ,Singe , Ecolier , l'être le plus malin ,
Tout ce qu'on voit de méchant et de traître
N'est rien auprès de moi; c'est peu pour me connoftre
,
MAY.
927
1735
De sçavoir que je suis de sexe masculin .
Quoiqu'il en soit , je brille au doigt de la Lingere
,
Mais c'est avec ma tête , étant coupé par deux ;
De cinq ôtés le trois , Neptune furieux
Me fait servir à sa colere.
Renversés-moi , ne me changés en rien ,
Vous trouvés doublement l'ennemi du Chré
tien.
Rachas de Combetes.
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2404
p. 738-739
ENIGME.
Début :
J'ay des meres, dit-on, sans nombre : [...]
Mots clefs :
Cire
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
J'Ay des meres , dit -on , fans nombre :
Je prens l'Etre dans un lieu fombre ,
Où fe fait pourtant bien du bruit ,
Sur tout près ou pendant la nuit.
Je ne fçai pourquoi je me niche
Avec tant d'ardeur chez le Riches
Las ! en ſpectacle à tout venant ,
Je m'y vois réduire au néant.
Rend-il tribut à la Nature ?
Plus grande eſt ma déconfiture.
A plus d'un ufage le Roy
Me deftine & fe fert de moi ,
Chez lui mon plus bel appanage
Eft la torture & l'esclavage ,
Prenons en gré ce traitement ,
Puifqu'il me prolonge une vie ,
Qu'un
AVRIL. 739 1728.
Qu'un dur anéantiffement
M'auroit en moins de rien ravie.
Une Etrangere de renom ,
Afçû fe parer de mon nom :
4
De tout cacher eft coutumiere ;
Pour moi je mets tout en lumiere.
Cette coureufe , il s'en faut peu ,
Que je ne dife encor pis d'elle ,
Sert les Amans avec grand zele ,
Et moi je découvre leur jeu .
A tort pourtant je l'invective ,
Puifqu'elle s'eft fait une loy
De ne les point fervir fans moi.
Plus loin ne faut que je pourfuive ,
De me fçavoir , le Curieux
Me tient peut- être fous les yeux.
A. B. C.
J'Ay des meres , dit -on , fans nombre :
Je prens l'Etre dans un lieu fombre ,
Où fe fait pourtant bien du bruit ,
Sur tout près ou pendant la nuit.
Je ne fçai pourquoi je me niche
Avec tant d'ardeur chez le Riches
Las ! en ſpectacle à tout venant ,
Je m'y vois réduire au néant.
Rend-il tribut à la Nature ?
Plus grande eſt ma déconfiture.
A plus d'un ufage le Roy
Me deftine & fe fert de moi ,
Chez lui mon plus bel appanage
Eft la torture & l'esclavage ,
Prenons en gré ce traitement ,
Puifqu'il me prolonge une vie ,
Qu'un
AVRIL. 739 1728.
Qu'un dur anéantiffement
M'auroit en moins de rien ravie.
Une Etrangere de renom ,
Afçû fe parer de mon nom :
4
De tout cacher eft coutumiere ;
Pour moi je mets tout en lumiere.
Cette coureufe , il s'en faut peu ,
Que je ne dife encor pis d'elle ,
Sert les Amans avec grand zele ,
Et moi je découvre leur jeu .
A tort pourtant je l'invective ,
Puifqu'elle s'eft fait une loy
De ne les point fervir fans moi.
Plus loin ne faut que je pourfuive ,
De me fçavoir , le Curieux
Me tient peut- être fous les yeux.
A. B. C.
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2405
p. 95-96
RESPONSE Sur les mesmes rimes du Bouquet.
Début :
Ton magique Bouquet ma fait prendre la lire, [...]
Mots clefs :
Bouquet, Réponse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RESPONSE Sur les mesmes rimes du Bouquet.
RESPONSE
Sur les mesmes rimes du
Bouquet.
Ton magiqueBouquet ma
* fait prendre la lire
,
Je deviens Poete.. *
aujourd'huy ;
Jefais des vers, Irisfane
que Phœbus m'inspire,
Tu n'en es pas
y
je crois
,
- moinssurprise que luy.
Sur un rustiquejonc cess
voir naistre une rcLê,
Hier jerevois à toy ce
prodige se fit,
Du prodigeje sens la
cause,
Pour faire l'impossible
,
ouj,monamoursuffit.
Jidais il ne suffitpas au- prés d'une cruelle,
Pourmefaire aimer.
<sTclIe
Sur les mesmes rimes du
Bouquet.
Ton magiqueBouquet ma
* fait prendre la lire
,
Je deviens Poete.. *
aujourd'huy ;
Jefais des vers, Irisfane
que Phœbus m'inspire,
Tu n'en es pas
y
je crois
,
- moinssurprise que luy.
Sur un rustiquejonc cess
voir naistre une rcLê,
Hier jerevois à toy ce
prodige se fit,
Du prodigeje sens la
cause,
Pour faire l'impossible
,
ouj,monamoursuffit.
Jidais il ne suffitpas au- prés d'une cruelle,
Pourmefaire aimer.
<sTclIe
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2406
p. 94-96
Questions, [titre d'après la table]
Début :
Comme on m'a envoyé beaucoup de réponses aux questions [...]
Mots clefs :
Questions, Taille, Repas, Amour et haine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Questions, [titre d'après la table]
Comme on m'a envoyébeaucoup de réponfes aux queftions de ce
mois-ci , dont j'ai mis
les meilleures en un autre endroit de ce Mercure,j'ai crû qu'on m'en
envoyeroit encor pour
le mois prochain fur les
mêmes , que je redonne pour ce mois- ci ; non
par pareffe d'en trou
GALANT. 95· ༡༨
ver d'autres , ce n'eft
pas un grand travail :
mais parce qu'il faut au
moins deux mois pour
donner le loifir aux anonymes des Provinces de
les compoſer , & de les
·
envoyer.
Premiere Question.
Si l'on doit preferer
dans un repas les grands
verres aux petits.
96 MERCURE
Seconde question.
Si l'on peut haïr ce
qu'on a une fois bien aimé.
Troifiéme Question.
S'il eft plus avantageux à un homme dêtre d'une grande taille
que d'une petite
mois-ci , dont j'ai mis
les meilleures en un autre endroit de ce Mercure,j'ai crû qu'on m'en
envoyeroit encor pour
le mois prochain fur les
mêmes , que je redonne pour ce mois- ci ; non
par pareffe d'en trou
GALANT. 95· ༡༨
ver d'autres , ce n'eft
pas un grand travail :
mais parce qu'il faut au
moins deux mois pour
donner le loifir aux anonymes des Provinces de
les compoſer , & de les
·
envoyer.
Premiere Question.
Si l'on doit preferer
dans un repas les grands
verres aux petits.
96 MERCURE
Seconde question.
Si l'on peut haïr ce
qu'on a une fois bien aimé.
Troifiéme Question.
S'il eft plus avantageux à un homme dêtre d'une grande taille
que d'une petite
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Résumé : Questions, [titre d'après la table]
Le texte discute des réponses reçues pour des questions publiées dans 'Mercure'. Les meilleures réponses sont compilées dans la même publication. L'auteur réitère les questions pour le mois suivant, notant que le processus prend au moins deux mois pour permettre aux provinciaux anonymes de répondre. Les questions concernent les verres lors des repas, la haine après l'amour et les avantages de la taille d'un homme.
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2407
p. 90-92
Sur la mort de Mr le Chancelier.
Début :
Voicy un Sonnet de Mr de Benserade, sur cette mort. / L'Ame de ce grand Homme est au dessus des airs, [...]
Mots clefs :
Grand homme, Injustice, Armes, Sang, Malheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur la mort de Mr le Chancelier.
oi
cy un Sonnet de M ' de Benferade
, fur cette mort.
GALANT. 91
Sur la mort de M' le Chan-
L
celier..
'Ame de ce grand Homme eff
an deffus des airs ,
D'une eternelle paix elle goûte les
charmes...
Ofte un peu ton bandeau pour effuyer
tes larmes ,
Inftice , & pour bien voir quel Mi
niftre tu perds.
Q
Employe à fon Tombeau la main dess
plus experts,
Il y defcendaimé, tranquile, &fans:
alarmes ;
Dans unfangquiprendſoin des Au---
tels & des Armes,
Il est encore utile au Maiftre que tw :
Lers
Hij
92 MERCURE
Comblé d'ans & d'honneurs , la Parque
le respecte
Attend qu'il ait fcellé l' Arreft contre
une Secte ,
Par qui de fon repos l'Etat fe vid
privé.
Il en a veu la fin qu'il a tant foubaitée
,
Et cette mefme mort fatale & regrettée
,
Est le premier malheur qui luy foit
arrivé.
cy un Sonnet de M ' de Benferade
, fur cette mort.
GALANT. 91
Sur la mort de M' le Chan-
L
celier..
'Ame de ce grand Homme eff
an deffus des airs ,
D'une eternelle paix elle goûte les
charmes...
Ofte un peu ton bandeau pour effuyer
tes larmes ,
Inftice , & pour bien voir quel Mi
niftre tu perds.
Q
Employe à fon Tombeau la main dess
plus experts,
Il y defcendaimé, tranquile, &fans:
alarmes ;
Dans unfangquiprendſoin des Au---
tels & des Armes,
Il est encore utile au Maiftre que tw :
Lers
Hij
92 MERCURE
Comblé d'ans & d'honneurs , la Parque
le respecte
Attend qu'il ait fcellé l' Arreft contre
une Secte ,
Par qui de fon repos l'Etat fe vid
privé.
Il en a veu la fin qu'il a tant foubaitée
,
Et cette mefme mort fatale & regrettée
,
Est le premier malheur qui luy foit
arrivé.
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Résumé : Sur la mort de Mr le Chancelier.
Le sonnet de M. de Benferade rend hommage au chancelier défunt, dont l'âme trouve la paix éternelle. Il déplore l'injustice de sa mort, soulignant son utilité posthume dans la protection des autels et des armes. Le chancelier, respecté par la Parque, meurt après avoir signé un arrêt contre une secte menaçante. Sa disparition est considérée comme son premier malheur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2408
p. 78-80
PARALLELE de Théophraste et de la Bruyere.
Début :
Ils ont eu tous deux l'avantage d'écrire parfaitement, chacun dans sa langue, [...]
Mots clefs :
Théophraste, La Bruyère, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARALLELE de Théophraste et de la Bruyere.
PÂ RA L L E L E de 77254717721516
\ et de lu Bruyore.
Ls ont tous deux Pavantage dïécri
re parfaÏement , chacun dans sa lan
ue , et tous deux dans le même genré
âe composition. Tyrtame fut surnommé
Théophraste, dest-â-dire , un homme
"dont le langage est divin 5 si les surnoms
avoient lieu chez nous comme chez les
Grecs , on appelleroit la ‘Bruyete , B0;
i c c
JA NVI 12R’; ‘:732’: ' 7g
ï
che d'or. L’un a lus de douceur dans son
stile et däiménite dans Pélocution ; il y a
des traits plus hardis , plus vlifs et plus pi.
uants dans Faurre. On it vo entiers
%héophraste pour être instruit, mais il
faut vouloir l’étre;c’est une leçon qu’il
faut apprendre. La Bruyere se lit par re
création , il instruit en recréant et sans
qu’on le veüillew, c'est une critique amu
sante qu’on veut lire. Il y a une MonoJ
tomie dans le Grec, beaucoup plus de
variété et de brillant dans le François.‘
C'est un grand Tableau des passions;
chez l’un le portrait d'un grand nombre
d’hommes y est ébauché; chez Pautre ils
sont tous tirez d’après nature‘, les carac
teres y seroient épuisez s’ils le pouvoient
pêtrc. Théophraste a fait des Peintures gé
nérales des vices et ‘des vertus. Il y a quel
que chose dans Pusage du monde qui n’est
ni vice ni vertu a la Bruyere l’a connu et‘
l’a attrappé. Le premier est fécond en
définitions Métaphysiques, toutes bel
les et heureuses , c’étoit peut — être le
goût de son tcms.‘ Le second a aussi tra
vaillé selon le goût du sien _, et les a né,
gljgécs. ' Ï
Théophraste enfin , selon la manierc
de vivre quïlavoit contractée à l’Ecole de
Platon et d’Aristote, étoit VraimentlPlty
, 0S0:
3o MERCURE DE FRANCE
losophe dans ses moeurs, et comme tel il
en vouloir peut-être plus à la destruction.’
du vice même ,qu’il peint avec des cou,
leurs si noires et si belles. C’est un Prédi
cateur zélé cle la i/ertu. La Bruyere plus
_ Versé parmi les hommes _, en vouloir peut.
être plus aux hommes mêmes , desquels
il avoiuleplus à souffrir; c’est un Misang
xrope rejouissant,
P. C. PASSERAT.‘
\ et de lu Bruyore.
Ls ont tous deux Pavantage dïécri
re parfaÏement , chacun dans sa lan
ue , et tous deux dans le même genré
âe composition. Tyrtame fut surnommé
Théophraste, dest-â-dire , un homme
"dont le langage est divin 5 si les surnoms
avoient lieu chez nous comme chez les
Grecs , on appelleroit la ‘Bruyete , B0;
i c c
JA NVI 12R’; ‘:732’: ' 7g
ï
che d'or. L’un a lus de douceur dans son
stile et däiménite dans Pélocution ; il y a
des traits plus hardis , plus vlifs et plus pi.
uants dans Faurre. On it vo entiers
%héophraste pour être instruit, mais il
faut vouloir l’étre;c’est une leçon qu’il
faut apprendre. La Bruyere se lit par re
création , il instruit en recréant et sans
qu’on le veüillew, c'est une critique amu
sante qu’on veut lire. Il y a une MonoJ
tomie dans le Grec, beaucoup plus de
variété et de brillant dans le François.‘
C'est un grand Tableau des passions;
chez l’un le portrait d'un grand nombre
d’hommes y est ébauché; chez Pautre ils
sont tous tirez d’après nature‘, les carac
teres y seroient épuisez s’ils le pouvoient
pêtrc. Théophraste a fait des Peintures gé
nérales des vices et ‘des vertus. Il y a quel
que chose dans Pusage du monde qui n’est
ni vice ni vertu a la Bruyere l’a connu et‘
l’a attrappé. Le premier est fécond en
définitions Métaphysiques, toutes bel
les et heureuses , c’étoit peut — être le
goût de son tcms.‘ Le second a aussi tra
vaillé selon le goût du sien _, et les a né,
gljgécs. ' Ï
Théophraste enfin , selon la manierc
de vivre quïlavoit contractée à l’Ecole de
Platon et d’Aristote, étoit VraimentlPlty
, 0S0:
3o MERCURE DE FRANCE
losophe dans ses moeurs, et comme tel il
en vouloir peut-être plus à la destruction.’
du vice même ,qu’il peint avec des cou,
leurs si noires et si belles. C’est un Prédi
cateur zélé cle la i/ertu. La Bruyere plus
_ Versé parmi les hommes _, en vouloir peut.
être plus aux hommes mêmes , desquels
il avoiuleplus à souffrir; c’est un Misang
xrope rejouissant,
P. C. PASSERAT.‘
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Résumé : PARALLELE de Théophraste et de la Bruyere.
Le texte compare les œuvres de Théophraste et de La Bruyère, deux auteurs ayant excellé dans leur langue respective et dans le même genre de composition. Théophraste, surnommé 'l'homme au langage divin', se distingue par un style doux et une éloquence aimable. Son œuvre nécessite un effort pour être comprise et instruit ceux qui souhaitent apprendre. En revanche, La Bruyère se lit par récréation et instruit de manière amusante et involontaire. Son style est plus varié et brillant. Théophraste a peint des portraits généraux des vices et des vertus, tandis que La Bruyère a capturé des aspects de la vie mondaine qui ne sont ni vices ni vertus. Théophraste est riche en définitions métaphysiques, reflétant le goût de son époque. La Bruyère, quant à lui, a travaillé selon le goût de son temps et a négligé certains aspects. Théophraste, influencé par Platon et Aristote, était un philosophe dans ses mœurs et visait la destruction du vice. La Bruyère, plus immergé dans la société, semblait en vouloir aux hommes eux-mêmes, dont il avait plus à souffrir. Il est décrit comme un misanthrope réjouissant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2409
p. 926-928
Causes celebres et interessantes, [titre d'après la table]
Début :
CAUSES CELEBRES et interessantes, avec les jugemens qui les ont décidées, recüeillies [...]
Mots clefs :
Causes, Innocent condamné, Mariage, Juges, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Causes celebres et interessantes, [titre d'après la table]
CAUSES CELEBRES et interessantes , avec
les jugemens qui les ont décidées , recueillies
par M .... Avocat au Parlement
tom.
MA Y. 1734
927
tomes III . et IV. in 12. de 480. pages
chacun . A Paris , ruë S. Jacques , chez
la Veuve de Laune et Guill. Cavelier , et
au Palais chez Théodore le Gras et Jean de
Neuilly. M. DCC. XXXIV .
L'Auteur de ce Livre encouragé par le
succès qu'ont eu les deux premiers volumes
, vient d'en donner au Public un
troisième et un quatrième . Il n'a rien oublié
pour exciter la curiosité , soit par le
choix des causes , soit en sacrifiant le fatras
de la Procedure pour préserver de
l'ennui , soit en rappellant d'autres matieres
curieuses à propos des sujets qu'il
traite. On peut dire que c'est par- là qu'il
a réüssi à faire lire par les Dames même
un Livre de Jurisprudence ; car il y a telle
cause dans ce Livre , laquelle , quoique
conforme à la verité, est plus belle qu'e
belle Fable. Ainsi cet Ouvrage instruit et
divertit tout ensemble , l'Auteur ayant
toujours eu soin de joindre l'agréable à
Putile.
L'affaire toute extraordinaire de la Piwardiere
, celle de Beau - Sergent et de
Madelaine Jollivet , de la Belle Epiciere ,
de le Brun ou de l'Innocent Condamné ,
et plusieurs Testamens singuliers, font là
matiere du troiséme tome.
Le quatriéme contient l'Histoire Tragique
$
928 MERCURE DE FRANCE
gique de Madame Tiquet et les Causes "
suivantes ; la Legataire présumée indigne,
les Juges de Mante , ou les Juges Prévaricataires
punis, la Cause de Dieu , ou Societé
contractée avec Dieu , par un Marchand
, executée ; Injures et Voyes de
fait , ou Insulte faite par la Marquise de
T. à la Dame de L. punie ; le Mariage
mal assorti , le Mariage avorté , les Faux
Hermaphrodites , Different entre un Bailly
et le Procureur du Roi du même Siege ,'
et l'Innocent Condamné , autre que le
Brun.
les jugemens qui les ont décidées , recueillies
par M .... Avocat au Parlement
tom.
MA Y. 1734
927
tomes III . et IV. in 12. de 480. pages
chacun . A Paris , ruë S. Jacques , chez
la Veuve de Laune et Guill. Cavelier , et
au Palais chez Théodore le Gras et Jean de
Neuilly. M. DCC. XXXIV .
L'Auteur de ce Livre encouragé par le
succès qu'ont eu les deux premiers volumes
, vient d'en donner au Public un
troisième et un quatrième . Il n'a rien oublié
pour exciter la curiosité , soit par le
choix des causes , soit en sacrifiant le fatras
de la Procedure pour préserver de
l'ennui , soit en rappellant d'autres matieres
curieuses à propos des sujets qu'il
traite. On peut dire que c'est par- là qu'il
a réüssi à faire lire par les Dames même
un Livre de Jurisprudence ; car il y a telle
cause dans ce Livre , laquelle , quoique
conforme à la verité, est plus belle qu'e
belle Fable. Ainsi cet Ouvrage instruit et
divertit tout ensemble , l'Auteur ayant
toujours eu soin de joindre l'agréable à
Putile.
L'affaire toute extraordinaire de la Piwardiere
, celle de Beau - Sergent et de
Madelaine Jollivet , de la Belle Epiciere ,
de le Brun ou de l'Innocent Condamné ,
et plusieurs Testamens singuliers, font là
matiere du troiséme tome.
Le quatriéme contient l'Histoire Tragique
$
928 MERCURE DE FRANCE
gique de Madame Tiquet et les Causes "
suivantes ; la Legataire présumée indigne,
les Juges de Mante , ou les Juges Prévaricataires
punis, la Cause de Dieu , ou Societé
contractée avec Dieu , par un Marchand
, executée ; Injures et Voyes de
fait , ou Insulte faite par la Marquise de
T. à la Dame de L. punie ; le Mariage
mal assorti , le Mariage avorté , les Faux
Hermaphrodites , Different entre un Bailly
et le Procureur du Roi du même Siege ,'
et l'Innocent Condamné , autre que le
Brun.
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Résumé : Causes celebres et interessantes, [titre d'après la table]
Le texte décrit une œuvre intitulée 'CAUSES CELEBRES et intéressantes, avec les jugements qui les ont décidées', rédigée par un avocat au Parlement. Les tomes III et IV, publiés en 1734, comptent chacun 480 pages et sont disponibles à Paris. L'auteur, stimulé par le succès des deux premiers volumes, a choisi des causes remarquables et évité les détails procéduraux pour rendre l'ouvrage accessible et captivant, même pour les dames. Le troisième tome aborde l'affaire de la Piwardiere, de Beau-Sergent et Madeleine Jollivet, de la Belle Épicerie, de Le Brun ou de l'Innocent Condamné, ainsi que plusieurs testaments singuliers. Le quatrième tome inclut l'Histoire Tragique de Madame Tiquet, la Légataire présumée indigne, les Juges de Mante ou les Juges Prévaricateurs punis, la Cause de Dieu, les Injures et Voies de fait, le Mariage mal assorti, le Mariage avorté, les Faux Hermaphrodites, un différend entre un Bailli et le Procureur du Roi, et une autre affaire d'Innocent Condamné. L'ouvrage vise à allier instruction et divertissement, rendant les sujets juridiques agréables et utiles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2410
p. 98-100
SUR L'AMOUR.
Début :
Il est passé cet âge heureux [...]
Mots clefs :
Amour, Tendresse, Sagesse, Maîtresse, Amant, Galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR L'AMOUR.
SUR L'AMOUR.
ILeft paffé cet âge heureux
De la primitive tendreffe ,
Où le refpect , la fageffe
Gouvernoient les cœurs
amoureux .
La Maiſtreffe tousjours fevere ,
Tenoit l'Amant tousjours
foumis :
GALANT. 99
Que le pauvre efclave euſt
commis
Une offenſe la plus legere ,
Auffi-toft penitence auftere ,
Exil en deſert tenebreux ,
Jeûne exact , long & rigoureux.
Brefc'eftoit ferveur de Novices ,
Pour le fexe quelles delices ?
Il eft paffé cet âge heureux ,
Un air plus froid qu'à l'ordinaire ,
Un rien defefpereroit l'AI ij
100 MERCURE
mant ,
Aujourd'huy c'est tout autrement ,
Sur un rien le galand efpere.
ILeft paffé cet âge heureux
De la primitive tendreffe ,
Où le refpect , la fageffe
Gouvernoient les cœurs
amoureux .
La Maiſtreffe tousjours fevere ,
Tenoit l'Amant tousjours
foumis :
GALANT. 99
Que le pauvre efclave euſt
commis
Une offenſe la plus legere ,
Auffi-toft penitence auftere ,
Exil en deſert tenebreux ,
Jeûne exact , long & rigoureux.
Brefc'eftoit ferveur de Novices ,
Pour le fexe quelles delices ?
Il eft paffé cet âge heureux ,
Un air plus froid qu'à l'ordinaire ,
Un rien defefpereroit l'AI ij
100 MERCURE
mant ,
Aujourd'huy c'est tout autrement ,
Sur un rien le galand efpere.
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Résumé : SUR L'AMOUR.
Le texte relate l'évolution des relations amoureuses. Autrefois, les amants respectaient et vénéraient leurs maîtresses, acceptant des pénitences sévères pour des offenses mineures. Aujourd'hui, les amants s'irritent facilement, marquant une ère plus froide.
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2411
p. 95-97
LOGOGRIPHE.
Début :
Dans la societé, j'établis mon commerce. [...]
Mots clefs :
Plaisanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOG0GR1PHE..
)
Ans la societé
,
j'établis mon commerce,
lund quelqu'un tres-diferet,sçaitmemettreà
profit,
'a bon mot, cher Lecteur ,
souvent n'y réuflïc;
Mais si quelque esprit lourd par hasard me ua..
verse
:'d\ , un des vains frondeurs dont la societé
De honte & de mépris
,
sçait couvrir la écrté.
Ces traits font suffisans, mais pour mieux me connoître,
Je t'offrirai d'abord celui qui me fait naître
,
Certain petit vaisseau qu'à table
on voit servir,
Deux endroits qu'en Hyver on garde avec plaisir,
Un gibier fort commun , une ville de France,
Ce qui le plus souvent nous porte à la clémence ,
:
Un Juge qui livra par pur respect humain j
A des peuples cruels leur maître Souverain;
Une rare beauté dans Corinthe connue ,
I
Un aliment très-bon & qui plaît à la vûe,
Ce qu'un chacun recherche avec empressement
Un Saint Pere prêcheur,un fruit, un élément,
L'oiseau le plus voleur & quelqu'autre de proye,
Ce Prince qui causa la destruction de Troye,
Le tribut qu'un Seigneur exige d'un VassalJ
Un Historien fameux, un arbre, un animal,
Ce qui n'est pas commun & dont chacun se pif
que,
Deux sortes de métaux, trois notes de Musique
La femme de Jacob, un Empereur Romain,
Un Pays très-fertile ,:un Royaume voisin
,
Deux fleuves très-connus quisortant de leurs cou*
ches,
Vomissent nuit & jour par tantdiverses bouches
L'orgueil de leurs grands flots dansle sein écumeux
Où mille vont se perdre & s'abimer comme
eux,
Ce
Ce feu dont quelquefois à peine on est le maître,
Ce qui n'éxistepas & qui ne sçauroit être,
Cequ'un sexe charmant veut toujours déguiser.
Finissons
,
cher Lecteur
,
je pourrois t'ennuyer,
Car il estbien douteux qu'un essairéussisse.
Je ne dis plus qu'un mot, une belle faison.
Reconnois-moi, Lecteur, à ce nouvel indice,
Cherche les douze pieds qui composent mon nam.
AVTRGuaErlan.eg
)
Ans la societé
,
j'établis mon commerce,
lund quelqu'un tres-diferet,sçaitmemettreà
profit,
'a bon mot, cher Lecteur ,
souvent n'y réuflïc;
Mais si quelque esprit lourd par hasard me ua..
verse
:'d\ , un des vains frondeurs dont la societé
De honte & de mépris
,
sçait couvrir la écrté.
Ces traits font suffisans, mais pour mieux me connoître,
Je t'offrirai d'abord celui qui me fait naître
,
Certain petit vaisseau qu'à table
on voit servir,
Deux endroits qu'en Hyver on garde avec plaisir,
Un gibier fort commun , une ville de France,
Ce qui le plus souvent nous porte à la clémence ,
:
Un Juge qui livra par pur respect humain j
A des peuples cruels leur maître Souverain;
Une rare beauté dans Corinthe connue ,
I
Un aliment très-bon & qui plaît à la vûe,
Ce qu'un chacun recherche avec empressement
Un Saint Pere prêcheur,un fruit, un élément,
L'oiseau le plus voleur & quelqu'autre de proye,
Ce Prince qui causa la destruction de Troye,
Le tribut qu'un Seigneur exige d'un VassalJ
Un Historien fameux, un arbre, un animal,
Ce qui n'est pas commun & dont chacun se pif
que,
Deux sortes de métaux, trois notes de Musique
La femme de Jacob, un Empereur Romain,
Un Pays très-fertile ,:un Royaume voisin
,
Deux fleuves très-connus quisortant de leurs cou*
ches,
Vomissent nuit & jour par tantdiverses bouches
L'orgueil de leurs grands flots dansle sein écumeux
Où mille vont se perdre & s'abimer comme
eux,
Ce
Ce feu dont quelquefois à peine on est le maître,
Ce qui n'éxistepas & qui ne sçauroit être,
Cequ'un sexe charmant veut toujours déguiser.
Finissons
,
cher Lecteur
,
je pourrois t'ennuyer,
Car il estbien douteux qu'un essairéussisse.
Je ne dis plus qu'un mot, une belle faison.
Reconnois-moi, Lecteur, à ce nouvel indice,
Cherche les douze pieds qui composent mon nam.
AVTRGuaErlan.eg
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2412
p. 94-96
A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
J'AI lu avec plaisir, Monsieur, dans votre dernier Mercure la Lettre de M. [...]
Mots clefs :
Poèmes, Concours, Confrérie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L'AUTEUR DU MERCURE.
A L'AUTEUR DU MERCURE .
J'AI lu avec plaifir , Monfieur ? dans ΑΙ
votre dernier Mercure la Lettre de M.
DAIREAUX DE PRÉBOIS fur l'origine
des Palinods ; mais l'intérêt qu'ordinairement
on prend à la gloire des
lieux qu'on habite , m'engage à avertir
l'Auteur , d'une erreur dans laquelle il
FEVRIER. 1763 95
·
eft tombé au fujet de cette ville . Elle
méritoit d'être comptée parmi celles de
Rouen & de Caen, qui ont des Puys de
Palinod, puifqu'elle en a un très-ancien,
fous le nom de très -célebre , illuftre ,
grande & honorable Confrairie des Clercs
Parifiens , fous le titre de la glorieufe
& facrée Vierge Marie. Cette Confrairie
eft même encore aujourd'hui , à bien
• des égards au moins , non tels que font
actuellement les Palinods dégénérés de
Rouen & de Caen , mais tels qu'ils
étoient primitivement.
Les feuls Poëmes admis au concours
font encore , un Chant Royal & une
Ballade à refrains à chaque ftrophe,
& uniquement confacrés à célébrer le
triomphe de la fainte Vierge . Il n'y a
de changés que les prix. C'étoit autrefois
une couronne , un chapeau & un
afficquet ou image , le tout d'argent.
Aujourd'hui il y a bien encore trois
prix , mais qui ne confiftent qu'en trois
couronnes d'argent affez légères , qui fe
donnent le 15 d'Août par le Prince de
la Confrairie , à l'Auteur , ou aux Auteurs
des vers jugés les meilleurs .
4
.
Cette Confrairie n'eft aujourd'hui
compofée que d'Eccléfiaftiques , quoiqu'il
paroiffe qu'anciennement d'autres
96 MERCURE DE FRANCE.
que des Clercs y entroient. On trouve
dans le Recueil des OEuvres de Jean
Loys , Avocat & Poëte , mort ici en
1610 , un éloge funébre d'un Jean de
Bellegambe , Peintre , qui en 1609 étoit
Prince de la Confrairie des Clercs Parifiens
à Douai. On peut encore remarquer
que Jacques Loys , fils de ce
Poëte Wallon , remporta trois années
de fuite le prix Palinodique
; & qu'à ·
raifon de ce triple triomphe , il eut ou
s'arrogea le droit de prendre le titre de
Poëte Laureat.
J'aurois pu faire une plus longue
Lettre , fi j'avois fouillé dans les Archives
de notre Palinod ; mais ce que
je viens d'en dire fuffit pour le faire
connoître , & eft peut - être tout ce qui
mérite d'en être connu .
J'ai l'honneur d'être , & c.
DUMONCHAU , Médecin des hôpitaux
du Roi.
A Douai , ce 30 Décembre 1762 .
J'AI lu avec plaifir , Monfieur ? dans ΑΙ
votre dernier Mercure la Lettre de M.
DAIREAUX DE PRÉBOIS fur l'origine
des Palinods ; mais l'intérêt qu'ordinairement
on prend à la gloire des
lieux qu'on habite , m'engage à avertir
l'Auteur , d'une erreur dans laquelle il
FEVRIER. 1763 95
·
eft tombé au fujet de cette ville . Elle
méritoit d'être comptée parmi celles de
Rouen & de Caen, qui ont des Puys de
Palinod, puifqu'elle en a un très-ancien,
fous le nom de très -célebre , illuftre ,
grande & honorable Confrairie des Clercs
Parifiens , fous le titre de la glorieufe
& facrée Vierge Marie. Cette Confrairie
eft même encore aujourd'hui , à bien
• des égards au moins , non tels que font
actuellement les Palinods dégénérés de
Rouen & de Caen , mais tels qu'ils
étoient primitivement.
Les feuls Poëmes admis au concours
font encore , un Chant Royal & une
Ballade à refrains à chaque ftrophe,
& uniquement confacrés à célébrer le
triomphe de la fainte Vierge . Il n'y a
de changés que les prix. C'étoit autrefois
une couronne , un chapeau & un
afficquet ou image , le tout d'argent.
Aujourd'hui il y a bien encore trois
prix , mais qui ne confiftent qu'en trois
couronnes d'argent affez légères , qui fe
donnent le 15 d'Août par le Prince de
la Confrairie , à l'Auteur , ou aux Auteurs
des vers jugés les meilleurs .
4
.
Cette Confrairie n'eft aujourd'hui
compofée que d'Eccléfiaftiques , quoiqu'il
paroiffe qu'anciennement d'autres
96 MERCURE DE FRANCE.
que des Clercs y entroient. On trouve
dans le Recueil des OEuvres de Jean
Loys , Avocat & Poëte , mort ici en
1610 , un éloge funébre d'un Jean de
Bellegambe , Peintre , qui en 1609 étoit
Prince de la Confrairie des Clercs Parifiens
à Douai. On peut encore remarquer
que Jacques Loys , fils de ce
Poëte Wallon , remporta trois années
de fuite le prix Palinodique
; & qu'à ·
raifon de ce triple triomphe , il eut ou
s'arrogea le droit de prendre le titre de
Poëte Laureat.
J'aurois pu faire une plus longue
Lettre , fi j'avois fouillé dans les Archives
de notre Palinod ; mais ce que
je viens d'en dire fuffit pour le faire
connoître , & eft peut - être tout ce qui
mérite d'en être connu .
J'ai l'honneur d'être , & c.
DUMONCHAU , Médecin des hôpitaux
du Roi.
A Douai , ce 30 Décembre 1762 .
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Résumé : A L'AUTEUR DU MERCURE.
Le 30 décembre 1762, Dumonchau, médecin des hôpitaux du Roi à Douai, écrit au rédacteur du Mercure de France pour corriger une erreur concernant l'origine des Palinods. Il précise que Douai possède un Puy de Palinods très ancien, lié à la Confrérie des Clercs Parisiens sous le patronage de la Vierge Marie. Cette confrérie, toujours active, conserve des traditions plus authentiques que celles de Rouen et de Caen. Les concours de poésie de la confrérie acceptent uniquement des Chants Royaux et des Ballades à refrains dédiés au triomphe de la sainte Vierge. Les prix, autrefois une couronne, un chapeau et une image en argent, sont aujourd'hui trois couronnes d'argent légères, remises le 15 août par le Prince de la Confrérie. Actuellement, la confrérie est composée uniquement d'ecclésiastiques, bien que des laïcs y aient participé par le passé. Des exemples historiques, comme Jean Loys et son fils Jacques Loys, ont remporté des prix palinodiques. L'auteur conclut que ces informations suffisent à connaître l'essentiel de la Confrérie des Palinods de Douai.
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2413
p. 500-5[0]3
LETTRE de M. C. Avocat au Parlement de Normandie, écrite à M... au sujet de quelques Epithetes et Qualifications singulieres, &c.
Début :
L'Etude des Loix et le tumulte du Barreau, ne m'empêchent pas, Monsieur, [...]
Mots clefs :
Noms, Avocat, Qualifications, Histoire, Paris, Origine, Italie, Sociétés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. C. Avocat au Parlement de Normandie, écrite à M... au sujet de quelques Epithetes et Qualifications singulieres, &c.
LETTRE de M. C. Avocat au Parlement
de Normandie , écrite à M...
au sujet de quelques Epithetes et Qualifications
singulieres , & c.
'Etude des Loix et le tumulte du
Barreau , ne m'empêchent pas ,
Monsieur
, de donner toujours quelque tems
à une certaine Litterature agréable , qui
en instruisant , délasse des études sérieuses
qu'éxige notre Profession . Vous m'avze
envoyé un peu tard le Mercure * dans lequel,
à l'occasion d'un Extrait de la Bibliotheque
Italique , les Auteurs de ce Journal
ont donné un dénombrement des Académics
d'Italie , surtout de celles qui ont
pris des noms tout-à- fait bizares . Je vous
avoue que cette lecture m'a beaucoup
• Mercure de Janvier 17 32. page 123.
réjoui ,
MARS. 1733
Sor
réjoui , et que n'en déplaise à ces Messicurs
du Mercure , qui veulent qu'on
garde là- dessus le sérieux. Risum teneatis
Amici , j'aurai bien de la peine de ne
pas rire un peu des noms de Mrs les En- `
dormis , les Immobiles , les Fantasques , les
Etourdis , les Opiniâtres , les Insensez , les
Enchainez , les Absurdes , & c.
Il est vrai que la Lettre d'un habile
Italien , rapportée sur ce sujet dans le
même Livre , engage à suspendre son jugement
, et à présumer que les noms en
question n'auront pas été donnez au hazard
par des Iraliens , naturellement spirituels
et par des Italiens Gens de Lettres.
En attendant qu'il vienne là- dessus quelbonne
instruction de l'Italie même ,
que
comme il semble qu'on le fait esperer
dans le Mercure , j'ai pensé qu'il ne seroit
peut-être pas impossible de trouver
des exemples de pareilles ou d'approchantes
Qualifications hors de l'Italie ,
en France même , où je sçai qu'en certains
Cantons les Epithetes burlesques ct les
sobriquets ont été et sont peut- être encore
en vogue ; mais où chercher ces
preuves et ces autoritez je vous en laisse
le soin , Monsieur , yous qui êtes le maître
de tout votre temps et qui ne manquez
ni de curiosité ni de lumieres.
Je
502 MERCURE DE FRANCE
Je vous dirai cependant ce que j'ai
trouvé depuis peu là- dessus , sans le cherchet
et en feuilletant un Livre des plus
sérieux qui puissent tomber entre les
mains d'un Avocat ; cela justifiera d'ail
leurs ce que je viens de vous dire des
Sobriquets plaisants et des Qualifications
burlesques , usitées dans plusieurs endroits
du Royaume . Ce Livre est celui
dont voici le Titre : OBSERVATIONS et
Maximes sur les Matieres Criminelles ,
Avec des Remarques , & c . Par M. Antoine
Bruneau , Avocat au Farlement. 1 .
vol. in 4. Paris , chez Guill. Cavelier
fils , 1715.
Une Procedure Criminelle dont je
suis chargé , m'engagea de lire cet Auteur
, et je trouvai dans la I. Partie
T. XXIII . De la maniere de faire le Procès
aux Communautez des Villes , Bourgs
et Villages , Corps et Compagnies , ce qui
suit , page 215 .
» Je n'ai point prétendu parler de ces
Societez burlesques des Pertantineux à
» Paris , de ceux d'Orleans de la Poule
» à quatre oeufs , des Enfans de quatre
» heures à Amiens , des Goulifats à Mon-
» targis , des Mirandolins de Joigny , de
» la Gueuse à Boulogne - sur - Mer , et à
>> Montreuil des Enfans de la Lune , et
>> de
MARS. 1733 .
de la Messe de Minuit à Clermont en
593
» Auvergne ; à la fin de cette Liste réjouissante
, l'Auteur cite Jover , en sa
Bibliotheque , in verbo , Jeux de hazard ;
il cite aussi , mais je n'en vois pas bien
l'application , le III. L. des Instituts
Tit, 26. de Societate , quale de illicitis factionibus
timeri solet.
Si vous vous embarquez dans cette Recherche
, observez , s'il vous plaît , que
M. Bruneau s'appuye aussi un peu auparavant
, de l'autorité de Cujas , qu'il cite
de cette maniere , Sunt quarum usus , & c.
Recherches de la France et de celle de
Mezeray , dans l'Histoire de Clotaire I.
lesquels ont , dit il , parlé de l'origine de
notre Langue , et dans l'Histoire de Phi
lippe Auguste , de l'origine des Noms,
Vous verrez quel rapport tout cela peut
avoir au sujet en question ; car encore
une fois , je n'ai pas le temps
d'entrer
moi- même dans cette discussion , qui ne
consiste pas tant à rapporter
des cxemples
de pareilles dénominations , qu'à en
découvrir l'origine ou la cause , ce qui
peut fournir des Faits anecdotes et servir
même à l'Histoire generale et partiliere.
Je suis , Mousieur , & c.
A Paris le premier Février 1733 .
de Normandie , écrite à M...
au sujet de quelques Epithetes et Qualifications
singulieres , & c.
'Etude des Loix et le tumulte du
Barreau , ne m'empêchent pas ,
Monsieur
, de donner toujours quelque tems
à une certaine Litterature agréable , qui
en instruisant , délasse des études sérieuses
qu'éxige notre Profession . Vous m'avze
envoyé un peu tard le Mercure * dans lequel,
à l'occasion d'un Extrait de la Bibliotheque
Italique , les Auteurs de ce Journal
ont donné un dénombrement des Académics
d'Italie , surtout de celles qui ont
pris des noms tout-à- fait bizares . Je vous
avoue que cette lecture m'a beaucoup
• Mercure de Janvier 17 32. page 123.
réjoui ,
MARS. 1733
Sor
réjoui , et que n'en déplaise à ces Messicurs
du Mercure , qui veulent qu'on
garde là- dessus le sérieux. Risum teneatis
Amici , j'aurai bien de la peine de ne
pas rire un peu des noms de Mrs les En- `
dormis , les Immobiles , les Fantasques , les
Etourdis , les Opiniâtres , les Insensez , les
Enchainez , les Absurdes , & c.
Il est vrai que la Lettre d'un habile
Italien , rapportée sur ce sujet dans le
même Livre , engage à suspendre son jugement
, et à présumer que les noms en
question n'auront pas été donnez au hazard
par des Iraliens , naturellement spirituels
et par des Italiens Gens de Lettres.
En attendant qu'il vienne là- dessus quelbonne
instruction de l'Italie même ,
que
comme il semble qu'on le fait esperer
dans le Mercure , j'ai pensé qu'il ne seroit
peut-être pas impossible de trouver
des exemples de pareilles ou d'approchantes
Qualifications hors de l'Italie ,
en France même , où je sçai qu'en certains
Cantons les Epithetes burlesques ct les
sobriquets ont été et sont peut- être encore
en vogue ; mais où chercher ces
preuves et ces autoritez je vous en laisse
le soin , Monsieur , yous qui êtes le maître
de tout votre temps et qui ne manquez
ni de curiosité ni de lumieres.
Je
502 MERCURE DE FRANCE
Je vous dirai cependant ce que j'ai
trouvé depuis peu là- dessus , sans le cherchet
et en feuilletant un Livre des plus
sérieux qui puissent tomber entre les
mains d'un Avocat ; cela justifiera d'ail
leurs ce que je viens de vous dire des
Sobriquets plaisants et des Qualifications
burlesques , usitées dans plusieurs endroits
du Royaume . Ce Livre est celui
dont voici le Titre : OBSERVATIONS et
Maximes sur les Matieres Criminelles ,
Avec des Remarques , & c . Par M. Antoine
Bruneau , Avocat au Farlement. 1 .
vol. in 4. Paris , chez Guill. Cavelier
fils , 1715.
Une Procedure Criminelle dont je
suis chargé , m'engagea de lire cet Auteur
, et je trouvai dans la I. Partie
T. XXIII . De la maniere de faire le Procès
aux Communautez des Villes , Bourgs
et Villages , Corps et Compagnies , ce qui
suit , page 215 .
» Je n'ai point prétendu parler de ces
Societez burlesques des Pertantineux à
» Paris , de ceux d'Orleans de la Poule
» à quatre oeufs , des Enfans de quatre
» heures à Amiens , des Goulifats à Mon-
» targis , des Mirandolins de Joigny , de
» la Gueuse à Boulogne - sur - Mer , et à
>> Montreuil des Enfans de la Lune , et
>> de
MARS. 1733 .
de la Messe de Minuit à Clermont en
593
» Auvergne ; à la fin de cette Liste réjouissante
, l'Auteur cite Jover , en sa
Bibliotheque , in verbo , Jeux de hazard ;
il cite aussi , mais je n'en vois pas bien
l'application , le III. L. des Instituts
Tit, 26. de Societate , quale de illicitis factionibus
timeri solet.
Si vous vous embarquez dans cette Recherche
, observez , s'il vous plaît , que
M. Bruneau s'appuye aussi un peu auparavant
, de l'autorité de Cujas , qu'il cite
de cette maniere , Sunt quarum usus , & c.
Recherches de la France et de celle de
Mezeray , dans l'Histoire de Clotaire I.
lesquels ont , dit il , parlé de l'origine de
notre Langue , et dans l'Histoire de Phi
lippe Auguste , de l'origine des Noms,
Vous verrez quel rapport tout cela peut
avoir au sujet en question ; car encore
une fois , je n'ai pas le temps
d'entrer
moi- même dans cette discussion , qui ne
consiste pas tant à rapporter
des cxemples
de pareilles dénominations , qu'à en
découvrir l'origine ou la cause , ce qui
peut fournir des Faits anecdotes et servir
même à l'Histoire generale et partiliere.
Je suis , Mousieur , & c.
A Paris le premier Février 1733 .
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Résumé : LETTRE de M. C. Avocat au Parlement de Normandie, écrite à M... au sujet de quelques Epithetes et Qualifications singulieres, &c.
Dans une lettre datée du 1er février 1733, M. C., avocat au Parlement de Normandie, s'adresse à un destinataire pour discuter des épithètes et qualifications singulières mentionnées dans le Mercure de Janvier 1732. L'auteur exprime sa joie en découvrant les noms d'académies italiennes tels que 'les Endormis', 'les Immobiles' et 'les Fantasques', trouvant ces dénominations amusantes malgré le sérieux des auteurs du Mercure. Il mentionne une lettre d'un Italien qui suggère que ces noms n'ont pas été choisis au hasard. M. C. propose de chercher des exemples similaires en France, où les sobriquets burlesques sont également en vogue. Il cite un livre sérieux, 'Observations et Maximes sur les Matieres Criminelles' de M. Antoine Bruneau, qui mentionne des sociétés burlesques comme 'les Pertantineux' à Paris et 'les Enfans de la Lune' à Montreuil. L'auteur invite son destinataire à explorer l'origine de ces dénominations, ce qui pourrait enrichir l'histoire générale et particulière.
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2414
p. 95-98
Parodie de l'Enigme, dont le Rasoir est le mot, par Madame de Laun, etc.
Début :
Le Rasé ne dit mot et fait le Jacquemard. [...]
Mots clefs :
Rasoir, Barbier, Peau, Patient, Vieillard, Chirurgien, Écorcheur, Suplice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Parodie de l'Enigme, dont le Rasoir est le mot, par Madame de Laun, etc.
Parodie de l'Enigme.,
dont le Rasoirest le
mot, par Madame de
Laun,&-c.
LeRasé ne dit mot
&faitleJacquemard.
Psouurrlpeau que leRasoir chairfajïec*
LepatientestauJuplicc, cart,
le bassin luysertde carcan,
Le Barbier met ion cuir
au tan,
Par moy le vieux avare
enfinse martirise;
Luy-même de luy-même
il devientl'écorcheur , Etsursa peau me donne
prise.
Pourfrustrerdeses droits
son adroitgouverneur,
Rajeunissant les vieux,
Rasoirleurfaithonneur:
Le vieillardfrais rasé
croit
- -
croit tjfre enson jeune
âge
Rasoir Àunafiajpn9
Jadisservitlarage
Et quelque Chirurgien,
sen servit par pitié
Rasoir coupant les corps
prendl'hommepar le
pied
Leurfaitfaire laide grimace
Tant mieux pour qui
Rasoir coule légerement
Dans la route qu'un
Rasoir trace
Nulnel'arresteimpunément.
dont le Rasoirest le
mot, par Madame de
Laun,&-c.
LeRasé ne dit mot
&faitleJacquemard.
Psouurrlpeau que leRasoir chairfajïec*
LepatientestauJuplicc, cart,
le bassin luysertde carcan,
Le Barbier met ion cuir
au tan,
Par moy le vieux avare
enfinse martirise;
Luy-même de luy-même
il devientl'écorcheur , Etsursa peau me donne
prise.
Pourfrustrerdeses droits
son adroitgouverneur,
Rajeunissant les vieux,
Rasoirleurfaithonneur:
Le vieillardfrais rasé
croit
- -
croit tjfre enson jeune
âge
Rasoir Àunafiajpn9
Jadisservitlarage
Et quelque Chirurgien,
sen servit par pitié
Rasoir coupant les corps
prendl'hommepar le
pied
Leurfaitfaire laide grimace
Tant mieux pour qui
Rasoir coule légerement
Dans la route qu'un
Rasoir trace
Nulnel'arresteimpunément.
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Résumé : Parodie de l'Enigme, dont le Rasoir est le mot, par Madame de Laun, etc.
Le texte 'Parodie de l'Enigme' de Madame de Launay décrit métaphoriquement les actions d'un rasoir. Le rasé reste silencieux, comparé à un supplice. Le barbier tanne la peau, le vieillard se croit rajeuni. Le rasoir, utilisé à la guerre et par les chirurgiens, coupe les corps des hommes. Suivre sa route est sans retour.
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2415
p. 95-99
Décision de la dispute entre les Chanoines de la Cathedrale d'Amiens & les Religieux de l'Abbaye de S. Acheul. [titre d'après la table]
Début :
La dispute entre les Chanoines de la Cathedrale d'Amiens [...]
Mots clefs :
Chanoines, Chanoines de la Cathédrale d'Amiens, Religieux, Religieux de l'abbaye de Saint-Acheul, Église, Cathédrale d'Amiens, Abbaye de Saint-Acheul, Dispute
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texteReconnaissance textuelle : Décision de la dispute entre les Chanoines de la Cathedrale d'Amiens & les Religieux de l'Abbaye de S. Acheul. [titre d'après la table]
La dispute entre les Chanoines
de la Cathédrale
d'Amiens & les Religieux
de l'Abbaye de S. Acheal;
touchant le corps de Saint
Firmin leConfesseur,vient
enfin d'être terminée dune
manière bien glorieuse
pour M.l'Abbé de l'Estocq,
Chanoine, Théologal, &
grand Vicaire de Monseigneur
l'Evêque d'Amiens,
qui a fait voir avec beaucoup
de solidité & de précision,
dans deux ouvrages
qu'il a donnez là-dessus au
public, le bon droit de son
Eglise. Le ic. du present
mois.,la châsse de saint Firmin
le Consesseur,troisiéme
me Evêqued'Amiens, &;
dont estquestion depuis
1697. entre le Chapitre 'ci'A:
miens & les Chanoines Réguliers
de S. Acheul, a été,
ouverte. Non feulement on
ya trouvélesreliques de
ce Saint, mais encore raae
le plus autentique que l'on
puisse desirer. Il ne faloit
plus que cette derniere
preuvepour mettre le comble
à la conviaion. Le
Choeur de l'Eglise Cathédrale
s'esttrouvéàcette ouverture
importante rempli
de ce qu'il y a de plus distingué
dans la ville. On a
trouve dans cette châtre des
ossemens entiers de saint
Firmin, & une quantité de
cendres considerable. L'acte
quimarque la translation
de ce Saint dans l'Eglise
d'Amiens, s'y est trouvé
entier avec les sceaux, renfermé
dans une boëte de
bois de hêtre. La justification
de la translation de saint
Firmin
) que M. l'Abbé de
l'Estocq a donnée au Public
l'année derniere 1714.
ne laisse rien à desirer touchant
la certitude de la
translation de ce Saint
dans la Cathédrale d'Amiens.
Les raisons qu'il apporte
dans cet ouvrage font
deduites avec beaucoup de
netteté & de jugement.
C'est une piece excellente
en son genre.
de la Cathédrale
d'Amiens & les Religieux
de l'Abbaye de S. Acheal;
touchant le corps de Saint
Firmin leConfesseur,vient
enfin d'être terminée dune
manière bien glorieuse
pour M.l'Abbé de l'Estocq,
Chanoine, Théologal, &
grand Vicaire de Monseigneur
l'Evêque d'Amiens,
qui a fait voir avec beaucoup
de solidité & de précision,
dans deux ouvrages
qu'il a donnez là-dessus au
public, le bon droit de son
Eglise. Le ic. du present
mois.,la châsse de saint Firmin
le Consesseur,troisiéme
me Evêqued'Amiens, &;
dont estquestion depuis
1697. entre le Chapitre 'ci'A:
miens & les Chanoines Réguliers
de S. Acheul, a été,
ouverte. Non feulement on
ya trouvélesreliques de
ce Saint, mais encore raae
le plus autentique que l'on
puisse desirer. Il ne faloit
plus que cette derniere
preuvepour mettre le comble
à la conviaion. Le
Choeur de l'Eglise Cathédrale
s'esttrouvéàcette ouverture
importante rempli
de ce qu'il y a de plus distingué
dans la ville. On a
trouve dans cette châtre des
ossemens entiers de saint
Firmin, & une quantité de
cendres considerable. L'acte
quimarque la translation
de ce Saint dans l'Eglise
d'Amiens, s'y est trouvé
entier avec les sceaux, renfermé
dans une boëte de
bois de hêtre. La justification
de la translation de saint
Firmin
) que M. l'Abbé de
l'Estocq a donnée au Public
l'année derniere 1714.
ne laisse rien à desirer touchant
la certitude de la
translation de ce Saint
dans la Cathédrale d'Amiens.
Les raisons qu'il apporte
dans cet ouvrage font
deduites avec beaucoup de
netteté & de jugement.
C'est une piece excellente
en son genre.
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Résumé : Décision de la dispute entre les Chanoines de la Cathedrale d'Amiens & les Religieux de l'Abbaye de S. Acheul. [titre d'après la table]
Le texte décrit la résolution d'une dispute entre les Chanoines de la Cathédrale d'Amiens et les Religieux de l'Abbaye de Saint-Acheul au sujet du corps de Saint Firmin le Confesseur. Cette querelle, débutée en 1697, a été tranchée en faveur de l'Église d'Amiens grâce à l'intervention de M. l'Abbé de l'Estocq, Chanoine, Théologal et grand Vicaire de l'Évêque d'Amiens. En mars, la châsse de Saint Firmin, troisième évêque d'Amiens, a été ouverte en présence de notables de la ville. Les reliques du saint y ont été trouvées intactes, accompagnées d'un acte authentique de sa translation vers Amiens, conservé dans une boîte de bois de hêtre. Cet événement a validé les arguments présentés par M. l'Abbé de l'Estocq dans ses écrits, notamment un ouvrage publié en 1714, qui prouvait la légitimité de la présence des reliques à Amiens.
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2416
p. 88-92
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure.
Début :
J'eus le plaisir il y a quelques jours, Messieurs, de souper avec des personnes [...]
Mots clefs :
Bons mots, Italien, Auditeurs
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure.
LETTRE écrite aux Auteurs du
Mercure.
J 'Eus le plaisir il y a quelques jours ,
Meilleurs , de íòuper avec des per
sonnes d'esprit & de merite , qui s'eatretinrent
long .temps fur le Mercure.
On en dit du bien & du mal , comme
vous fçayez que l'on en dit des meilleurs
ouvrages quand on en parie en pleine
liberté.
L'un des convives dit qu'il manquait
un. article essentiel au Mercure, c'est
l'Article dei bons motu Nôtre nation ,
jdit.il , est naturellement yive, & se
conde en reparties plaiíantes , & íëníëes,
qui
JANVIER 1714»
^ui mericeroient d'être exactement re
cueillies. Mais par malheur ce font des
fleurs qui meurent d'abord qu'elles font
écloses. Le Mercure devroit les faire vi
vre éternellement. Il arriveroït même ,
continua.t'il , que s'il y avoit tous les
mois un ReciieH judicieux de cinq ou
íìx bons mots , on pourroit au bout ' de
quelques années extraire des Mercures
un juste volume , qui en ce genre auroit
son prix.
Cet avis fut generalement applaudi ,
Se je fus chargé , Meilleurs , de vous le
communiquer , &c de vous prier d'invi
ter le Public, & -surtout les habitans des
pays qui font au.delà de la Loire de vous
envoyer les bons mots qui échapent en
tout genre dans les converlâtions , dans
les plaidoyers , dans les lettres , Sec.
Je vais , Meilleurs , en attendant vous
en communiquer quelques-uns qui ne
lônt pas dans les Recueils publiez.
Un Seigneur d'Angleterre haï d'un
Ministre , fut injustement accusé d'avoir
tíempé dans une conípiration contre le
Roy. En coníéquence de cette accuíation
H fut injustement puni de mort. Pendant
le procès fa femme ne fit aucune démar
che pour travailler à fa justification.
Quelque temps après ses enfans trama.
rcnt^une veritable conípiration contre le
E Mi
5>o MERCURE DE FRANCE.
Ministre , & résolurent de l'assaslinër..
Ils furent découverts , & pendant qu'on
leur faisoit leur procès la mere sollicitpit
vivement pour eux. Le Ministre
lui dit un jour: D'où vient, Mada
me, que vous sollicitez. fi vivement pour
vos enfans , & qu'on ne vous a p oint
vue ici pendant l'affaire de vôtre mari,
C'est que mon mari n étoit point coupable ,
répondit elle.
Une Dame de Provence disoit qu'elle
n'aimoit pas les hommes de belle taille,
qu'elle auroit plus de goût pour un hom
me d'une taille un peu au.dessous de la
mediocre. Un homme fort grand qui étok
present à ce Diícours en fut piqué , &
s'en vengea en rendant des lôins à cette
Dame. Les mêmes Diícours continue
rent long.temps de la part de la Dame ,
& les soins furent redoublez de la parc
du Cavalier. Un jour qu'il la trouva sou
le, apfès quelques discours generaux , la
conversation tomba , & la Dame parut
rêveuse , le Cavalier lui demanda poli
ment à quoi elso réyoit , songi , lui ditelle
en Provençal , qué vous fi tous
les jours plus picbon ; c'est-à.dire , je
songe que vous devenez. tous les jours plus
petit.
Un Bourgeois de Paris voyoit rire un
Savetier qui demeuroit auprès de chez:
JANVIER 1714. íi
lui presque toutes les fois qu'il pasioic
jUn jour que cela l'impatienta plus qu'à
l'ordinaire : d'où vient , lui dit.il , que
tu ris toutes les fois que je passe ? Se
d'où vient, lui répondit brusquement le
Savetier., que vous passez toutes les fois
que je ris.
Un Prédicateur qui prêchoit avec
beaucoup de feu , faisoit des grimaces à
ses Auditeurs. Ce défaut lui fut reproché
confidemment par un autre Prédicateur
xoncurrent. Le premier lui repartit d'un
.ton doux: Mon pere , vous voyez les
grimaces que je fais à mes Auditeurs
jnais vous ne voyez pas celles que vos
Auditeurs vous font.
Un Gentilhomme de Caen avoit un
-procès considerable au Parlement. Son
^Rapporteur aimoit paílìonnéilfent la Muiìque.
11 avoit beau le solliciter , il le
.trouvoit toujours à son Clavecin , un
livre de Muíique devant lui , & son pro
cès ne se raportoit point. Enfin las de
dtòlliciter , & las des promesses fans effet
xlu Rapporteur, il le pria de lui rendre
ion íâc, íôus quelque prétexte ; le Rap
porteur n'en voulut rien faire, & pro
mit de nouveau de raporter l'affaire. Le
client revient à la charge, & trouvant
encore M. le Conseiller avec un livre
Ae Musique, le pressa plus vivement ds
Eij ' 1««
92 MERCURE DE FRANCE.
lui remettre le sac du procès , mais qu'en
voulez.vous faire , dit le Rapporteur ?
je veux le faire .noter , repartit le Nor
mand , 8c le faire mettre en partition par
un habile Musicien que je connois. '
M. de S. H. Capitaine de Galere per
dit cent Louis à Gènes contre un Italien
avec qui il avpit joiié au Trente &.Qua
rante. Un de ses amis l'avertit qu'il avoir.
été friponné , & que ion joueur ne manr
quoit pas d'arranger quatre Cartes qui
faiíòieht justement quarante , & quand il
donnoit à couper , il mettoit fort habile
ment la coupe'delfus. M. de S. H. bien
instruit, se munit d'une quantité d'as dans
une de ses poches, &c va demander fa
revanche à son fripon , qui croyant avoir
trouvé sa dupe ne íè fait pas prier. On
joue, l'Italien fait fa manoeuvre , & nô
tre Marin fait la sienne, qui étoit en
coupant de glisser finement un as audessus
des Caftes. Il regagna ces cent
Louis, plus de cent pistolles au.delà , 8c
quitta. L'Italien outré de colere & de
dépit , en voulut sçavoir la raison , c'est
que je n'ai plus d'as , lui répondit froi
dement M. de S. H.
Mercure.
J 'Eus le plaisir il y a quelques jours ,
Meilleurs , de íòuper avec des per
sonnes d'esprit & de merite , qui s'eatretinrent
long .temps fur le Mercure.
On en dit du bien & du mal , comme
vous fçayez que l'on en dit des meilleurs
ouvrages quand on en parie en pleine
liberté.
L'un des convives dit qu'il manquait
un. article essentiel au Mercure, c'est
l'Article dei bons motu Nôtre nation ,
jdit.il , est naturellement yive, & se
conde en reparties plaiíantes , & íëníëes,
qui
JANVIER 1714»
^ui mericeroient d'être exactement re
cueillies. Mais par malheur ce font des
fleurs qui meurent d'abord qu'elles font
écloses. Le Mercure devroit les faire vi
vre éternellement. Il arriveroït même ,
continua.t'il , que s'il y avoit tous les
mois un ReciieH judicieux de cinq ou
íìx bons mots , on pourroit au bout ' de
quelques années extraire des Mercures
un juste volume , qui en ce genre auroit
son prix.
Cet avis fut generalement applaudi ,
Se je fus chargé , Meilleurs , de vous le
communiquer , &c de vous prier d'invi
ter le Public, & -surtout les habitans des
pays qui font au.delà de la Loire de vous
envoyer les bons mots qui échapent en
tout genre dans les converlâtions , dans
les plaidoyers , dans les lettres , Sec.
Je vais , Meilleurs , en attendant vous
en communiquer quelques-uns qui ne
lônt pas dans les Recueils publiez.
Un Seigneur d'Angleterre haï d'un
Ministre , fut injustement accusé d'avoir
tíempé dans une conípiration contre le
Roy. En coníéquence de cette accuíation
H fut injustement puni de mort. Pendant
le procès fa femme ne fit aucune démar
che pour travailler à fa justification.
Quelque temps après ses enfans trama.
rcnt^une veritable conípiration contre le
E Mi
5>o MERCURE DE FRANCE.
Ministre , & résolurent de l'assaslinër..
Ils furent découverts , & pendant qu'on
leur faisoit leur procès la mere sollicitpit
vivement pour eux. Le Ministre
lui dit un jour: D'où vient, Mada
me, que vous sollicitez. fi vivement pour
vos enfans , & qu'on ne vous a p oint
vue ici pendant l'affaire de vôtre mari,
C'est que mon mari n étoit point coupable ,
répondit elle.
Une Dame de Provence disoit qu'elle
n'aimoit pas les hommes de belle taille,
qu'elle auroit plus de goût pour un hom
me d'une taille un peu au.dessous de la
mediocre. Un homme fort grand qui étok
present à ce Diícours en fut piqué , &
s'en vengea en rendant des lôins à cette
Dame. Les mêmes Diícours continue
rent long.temps de la part de la Dame ,
& les soins furent redoublez de la parc
du Cavalier. Un jour qu'il la trouva sou
le, apfès quelques discours generaux , la
conversation tomba , & la Dame parut
rêveuse , le Cavalier lui demanda poli
ment à quoi elso réyoit , songi , lui ditelle
en Provençal , qué vous fi tous
les jours plus picbon ; c'est-à.dire , je
songe que vous devenez. tous les jours plus
petit.
Un Bourgeois de Paris voyoit rire un
Savetier qui demeuroit auprès de chez:
JANVIER 1714. íi
lui presque toutes les fois qu'il pasioic
jUn jour que cela l'impatienta plus qu'à
l'ordinaire : d'où vient , lui dit.il , que
tu ris toutes les fois que je passe ? Se
d'où vient, lui répondit brusquement le
Savetier., que vous passez toutes les fois
que je ris.
Un Prédicateur qui prêchoit avec
beaucoup de feu , faisoit des grimaces à
ses Auditeurs. Ce défaut lui fut reproché
confidemment par un autre Prédicateur
xoncurrent. Le premier lui repartit d'un
.ton doux: Mon pere , vous voyez les
grimaces que je fais à mes Auditeurs
jnais vous ne voyez pas celles que vos
Auditeurs vous font.
Un Gentilhomme de Caen avoit un
-procès considerable au Parlement. Son
^Rapporteur aimoit paílìonnéilfent la Muiìque.
11 avoit beau le solliciter , il le
.trouvoit toujours à son Clavecin , un
livre de Muíique devant lui , & son pro
cès ne se raportoit point. Enfin las de
dtòlliciter , & las des promesses fans effet
xlu Rapporteur, il le pria de lui rendre
ion íâc, íôus quelque prétexte ; le Rap
porteur n'en voulut rien faire, & pro
mit de nouveau de raporter l'affaire. Le
client revient à la charge, & trouvant
encore M. le Conseiller avec un livre
Ae Musique, le pressa plus vivement ds
Eij ' 1««
92 MERCURE DE FRANCE.
lui remettre le sac du procès , mais qu'en
voulez.vous faire , dit le Rapporteur ?
je veux le faire .noter , repartit le Nor
mand , 8c le faire mettre en partition par
un habile Musicien que je connois. '
M. de S. H. Capitaine de Galere per
dit cent Louis à Gènes contre un Italien
avec qui il avpit joiié au Trente &.Qua
rante. Un de ses amis l'avertit qu'il avoir.
été friponné , & que ion joueur ne manr
quoit pas d'arranger quatre Cartes qui
faiíòieht justement quarante , & quand il
donnoit à couper , il mettoit fort habile
ment la coupe'delfus. M. de S. H. bien
instruit, se munit d'une quantité d'as dans
une de ses poches, &c va demander fa
revanche à son fripon , qui croyant avoir
trouvé sa dupe ne íè fait pas prier. On
joue, l'Italien fait fa manoeuvre , & nô
tre Marin fait la sienne, qui étoit en
coupant de glisser finement un as audessus
des Caftes. Il regagna ces cent
Louis, plus de cent pistolles au.delà , 8c
quitta. L'Italien outré de colere & de
dépit , en voulut sçavoir la raison , c'est
que je n'ai plus d'as , lui répondit froi
dement M. de S. H.
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Résumé : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure.
La lettre adressée aux auteurs du Mercure rapporte une conversation récente entre des personnes de mérite concernant cette publication. Un convive a souligné l'absence d'un article sur les bons mots, notant la richesse de la nation française en reparties plaisantes et fines. Il a proposé que le Mercure recueille ces bons mots pour les préserver éternellement, suggérant un recueil annuel. Cette idée a été bien accueillie, et l'auteur de la lettre a été chargé de la communiquer aux auteurs du Mercure, les invitant à recueillir des bons mots auprès du public, notamment ceux des régions au-delà de la Loire. L'auteur partage ensuite plusieurs exemples de bons mots. Un premier exemple concerne une femme dont le mari a été injustement condamné. Plus tard, lorsqu'elle plaide pour ses enfants impliqués dans une conspiration, elle explique qu'elle n'avait pas défendu son mari car il était innocent. Un autre exemple provient d'une dame de Provence qui préférait les hommes de petite taille, ce qui a conduit à une réplique humoristique d'un homme grand. Un bourgeois parisien a également échangé des répliques amusantes avec un savetier. Un prédicateur a riposté à une critique sur ses grimaces en soulignant celles de ses auditeurs. Un gentilhomme de Caen a utilisé une métaphore musicale pour presser un rapporteur de traiter son dossier. Enfin, un capitaine de galère a regagné de l'argent perdu au jeu en utilisant une ruse similaire à celle de son adversaire.
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2417
p. 102-106
LETTRE DU MESME Ministre à Mr le Directeur Baron.
Début :
Comme le Genéral de Surate a eu la bonté d'envoyer par [...]
Mots clefs :
Présents, Roi, Général, Envoyer, André Boureau-Deslandes, Temps, Ambre, Lettres, Ambassade
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DU MESME Ministre à Mr le Directeur Baron.
LETTRE DU MESME
Miniſtre à M. le Directeur
Baron .
Omme te
Comme
Genéralde Surate
a' eu la bonté d'envoyer par
Mª des Landes , des Lettres
des Préfens, pour eftre présentez
au grand er puiſfant Roy mon
Maistre , me recommandantde
donner mon afſiſtance pour les luy
estre présentez , & qu'il ma
auffi envoyé une Lettre , & des
Préfens quejay reçû; on a ex
pliqué lesdites Lettres ſuivant la
coûtume .Or j'ay conuu par leur
GALANT. 103
teneur , er par les difcours de
M des Landes , que M² le
General ayant fçû que l'on devoit
envoyer des Ambassadeurs
au Roy de France , OJ au S.
Pape , en avoit conçu beaucoup
de joye , & qu'il avoit préparé
unVaiffeau afin de recevoir l' Ambaffade,
auquel il avoit ordonné
defaire conformément à ce qui
leurferoit commandé ; &que si
l'on differoit encore d'envoyer
l'Ambaffade , il nous prioitque
le Vaiſſeau fuft dépêché à temps,
pour ne pas perdre la Mouffon.
Comme il y a tres-long-temps
qu'il defiroit avec paſſion qu'ily
I mj
104 MERCURE
cust Alliance er unionferme en
tre les deux Couronnes à l'avenir
; & quand M² le General a
envoyé un Vaisseau pour porter
les Ambassadeurs , c'est ce que
fon coeurRoyalſouhaitoit ardemment
, à mesme temps il m'a
donnéfes ordres , que j'ay reçus
fur le sommet de ma teste,sça
voir, de préparer des Ambassa
deurs pour porterfes Lettres
Préfens à la Royale &Haute
Majefté du Roy de France , afin
que cette Royale & excellente
Alliance fust éternelle à l'avenir.
Je croy que M des Landes.ne
manquera pas de donner avis
<
GALANT. IoF
M le General,desſervices que
je luy ay rendus.
Le Roy mon Maistre vous
envoye ſes Préfens . 3
Et moy de ma part, un Coffre
de Japon, à couverture voutée,
le fond noir avec des Feinlles
d'or ; un Coffre de Chine , le
fond noir , travaillé avec ambre
&& or ; deux Arbriſſeaux d'ambre
; un Pot d'ambre ; deux Boulis
à Chaa ; huit Chavanes ; deux
Bandéges noirs & peints ; une
paire de Paranavants du Japon;
ce que je vous prie de recevoir,
pour l'amitiéque vous me portez.
Fe laiſſe à M le General àpour
L
t
106 MERCURE
/
voir aux moyens quiſont necef
faires pour qu'entre lay of moy
ilpuiffey avoir un parfait amour,
& inviolable amitié pour l'avenir.
Miniſtre à M. le Directeur
Baron .
Omme te
Comme
Genéralde Surate
a' eu la bonté d'envoyer par
Mª des Landes , des Lettres
des Préfens, pour eftre présentez
au grand er puiſfant Roy mon
Maistre , me recommandantde
donner mon afſiſtance pour les luy
estre présentez , & qu'il ma
auffi envoyé une Lettre , & des
Préfens quejay reçû; on a ex
pliqué lesdites Lettres ſuivant la
coûtume .Or j'ay conuu par leur
GALANT. 103
teneur , er par les difcours de
M des Landes , que M² le
General ayant fçû que l'on devoit
envoyer des Ambassadeurs
au Roy de France , OJ au S.
Pape , en avoit conçu beaucoup
de joye , & qu'il avoit préparé
unVaiffeau afin de recevoir l' Ambaffade,
auquel il avoit ordonné
defaire conformément à ce qui
leurferoit commandé ; &que si
l'on differoit encore d'envoyer
l'Ambaffade , il nous prioitque
le Vaiſſeau fuft dépêché à temps,
pour ne pas perdre la Mouffon.
Comme il y a tres-long-temps
qu'il defiroit avec paſſion qu'ily
I mj
104 MERCURE
cust Alliance er unionferme en
tre les deux Couronnes à l'avenir
; & quand M² le General a
envoyé un Vaisseau pour porter
les Ambassadeurs , c'est ce que
fon coeurRoyalſouhaitoit ardemment
, à mesme temps il m'a
donnéfes ordres , que j'ay reçus
fur le sommet de ma teste,sça
voir, de préparer des Ambassa
deurs pour porterfes Lettres
Préfens à la Royale &Haute
Majefté du Roy de France , afin
que cette Royale & excellente
Alliance fust éternelle à l'avenir.
Je croy que M des Landes.ne
manquera pas de donner avis
<
GALANT. IoF
M le General,desſervices que
je luy ay rendus.
Le Roy mon Maistre vous
envoye ſes Préfens . 3
Et moy de ma part, un Coffre
de Japon, à couverture voutée,
le fond noir avec des Feinlles
d'or ; un Coffre de Chine , le
fond noir , travaillé avec ambre
&& or ; deux Arbriſſeaux d'ambre
; un Pot d'ambre ; deux Boulis
à Chaa ; huit Chavanes ; deux
Bandéges noirs & peints ; une
paire de Paranavants du Japon;
ce que je vous prie de recevoir,
pour l'amitiéque vous me portez.
Fe laiſſe à M le General àpour
L
t
106 MERCURE
/
voir aux moyens quiſont necef
faires pour qu'entre lay of moy
ilpuiffey avoir un parfait amour,
& inviolable amitié pour l'avenir.
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Résumé : LETTRE DU MESME Ministre à Mr le Directeur Baron.
La lettre du ministre à M. le Directeur, Baron, mentionne l'envoi de lettres et de présents par M. des Landes au roi de France, avec une recommandation pour leur présentation. Le ministre a également reçu des lettres et des présents du Général, qui exprime sa joie à l'idée d'envoyer des ambassadeurs en France et au Saint-Père. Le Général a préparé un vaisseau pour l'ambassade et prie que ce vaisseau soit dépêché à temps pour ne pas manquer la mousson. Le ministre souligne le désir du Général d'établir une alliance ferme entre les deux couronnes et a reçu l'ordre de préparer des ambassadeurs pour porter des lettres et des présents au roi de France afin de renforcer cette alliance. Le ministre espère que M. des Landes informera le Général des services rendus. Enfin, divers présents, dont des coffres de Japon et de Chine, des arbrisseaux d'ambre, et d'autres objets, sont envoyés en signe d'amitié. Le ministre laisse au Général le soin de trouver les moyens nécessaires pour maintenir une amitié parfaite et inviolable à l'avenir.
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2418
p. 94-99
LE CURIEUX IMPERTINENT, CONTE.
Début :
Certain mary, mary tout des plus sots, [...]
Mots clefs :
Curieux, Époux, Mari
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE CURIEUX IMPERTINENT, CONTE.
LE CURIEUX IMPERTINENT ,
CONTEH
Certain maky , mary tout des
plusfors
Voulant fçavoir fo Meffer cocuage
Le regardoit comme un de fes
fupots
A fa Lucreffe , aprés quelques
I propose, muulub ( 53
Pour s'éclaircir tint un jour ce
langage.
Quelques Demons qu'on
nomme Maltotiers ,
Que Belzebuth créa dansfa colere
GALANT. 91
Sont inventeurs d'une maudite
affaire
Qui les va tous enrichir à milliers.
Voicy le fait. Quand de la
grande bande
Eft un mary , par un Edit nou-
Dean
Si fur l'oreille il ne met fon chapeau
,
De mille écus il doit payer l'a.
mende.
Partant , dit- il , pourfuivantfon
difcours ,
Declarez moy fans feinte ny détours
S'il m'eft permis d'aller en afſúrance
96 MERCURE
Car cette chofe eft certaine fans
pluss
Et ce feroitfâcheufe circonstance,
Outre l'affront , depayer mille écus.
A tant mitfin àfa fotte Harangue
L'époux preffé de curieux defir.
Le malheureux
! ne pouvoit- il
choifir
D'autre fujet pour exercer fa
langue?
Ignoroit- il que ces fortes de faits,
Quoyque communs ne fe difent jamais
?
En ce pourtant fe fit voir idiote
Dufor marylafemme encore plus
fore
Tout
GALANT 27
Tout à l'abort elle dit fierement ,
Noftre féal , vous pouvez hardiment
ཀ
Aller partout fans craindre d'incartade
,
One noftre honneur ne battit la
chamade
;
En un befoin j'en prêterois ferment
:
Renonçant feule à la grande methode
Je n'ay point mis mon époux à la
mode.
Parbleu , dit - il , mes fens font
enchantez.
De cet aveu , vous me ravissez
Fame:
Novembre is. I
98 MERCURE
Je m'en wais donc fans craindre
aucun diffame
User du droit que vous me permettez
Allerpar tout ,fans redouter l'enqueſte
:
Etfaire nargue à tous ceux dont
Vulcain
Eft lePatron qui chommentfa
ན་ གང
feste.
Lors enfonçant de l'une &
l'autre main
3
Egalement fon chapeau dans fa
tefte ,
Ilfort croyant aller enfûreté
De cocuage & de fa parenté.
Quand tout à coup , pour faire dif
paraître
*
YON
533 #
THROUK
DE
LA
GALANT.
Son air content & fafortefiets
Il entendit fa femme à la fenestre
VILLE
Qui luy crioit: un peu fur le
cofté
CONTEH
Certain maky , mary tout des
plusfors
Voulant fçavoir fo Meffer cocuage
Le regardoit comme un de fes
fupots
A fa Lucreffe , aprés quelques
I propose, muulub ( 53
Pour s'éclaircir tint un jour ce
langage.
Quelques Demons qu'on
nomme Maltotiers ,
Que Belzebuth créa dansfa colere
GALANT. 91
Sont inventeurs d'une maudite
affaire
Qui les va tous enrichir à milliers.
Voicy le fait. Quand de la
grande bande
Eft un mary , par un Edit nou-
Dean
Si fur l'oreille il ne met fon chapeau
,
De mille écus il doit payer l'a.
mende.
Partant , dit- il , pourfuivantfon
difcours ,
Declarez moy fans feinte ny détours
S'il m'eft permis d'aller en afſúrance
96 MERCURE
Car cette chofe eft certaine fans
pluss
Et ce feroitfâcheufe circonstance,
Outre l'affront , depayer mille écus.
A tant mitfin àfa fotte Harangue
L'époux preffé de curieux defir.
Le malheureux
! ne pouvoit- il
choifir
D'autre fujet pour exercer fa
langue?
Ignoroit- il que ces fortes de faits,
Quoyque communs ne fe difent jamais
?
En ce pourtant fe fit voir idiote
Dufor marylafemme encore plus
fore
Tout
GALANT 27
Tout à l'abort elle dit fierement ,
Noftre féal , vous pouvez hardiment
ཀ
Aller partout fans craindre d'incartade
,
One noftre honneur ne battit la
chamade
;
En un befoin j'en prêterois ferment
:
Renonçant feule à la grande methode
Je n'ay point mis mon époux à la
mode.
Parbleu , dit - il , mes fens font
enchantez.
De cet aveu , vous me ravissez
Fame:
Novembre is. I
98 MERCURE
Je m'en wais donc fans craindre
aucun diffame
User du droit que vous me permettez
Allerpar tout ,fans redouter l'enqueſte
:
Etfaire nargue à tous ceux dont
Vulcain
Eft lePatron qui chommentfa
ན་ གང
feste.
Lors enfonçant de l'une &
l'autre main
3
Egalement fon chapeau dans fa
tefte ,
Ilfort croyant aller enfûreté
De cocuage & de fa parenté.
Quand tout à coup , pour faire dif
paraître
*
YON
533 #
THROUK
DE
LA
GALANT.
Son air content & fafortefiets
Il entendit fa femme à la fenestre
VILLE
Qui luy crioit: un peu fur le
cofté
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2419
p. 95-100
Nouvelles d'Angleterre.
Début :
La Reine a donné au Duc d'Ormond le gouvernement [...]
Mots clefs :
Reine, Gouverneur, Chambre, Gardes, Garnison, Officiers, Projet, Milices, Impôts, Émeute
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Angleterre.
Nouvelles d'Angleterre.
,
La Reine a donné au Duc
Ormond lc gouverneent
des 5. Ports, qui est
n des plus considerables
u Royaume, que possedoit
i devant le Comte de Dor-
°t,La Lieutenace a été donée
à Milord Ashburnam
endre du Duc d'Ormond,.
Le Chevalier Henry Bel-
LfIìs a ete fait Gouverneur
e la ville de Bervvick sur
es frontieres d'Ecosse. La
:harnbre en grand comité
; resolu d'accorder 832.81.liv.
sterlin pour l'entrerien des
gardes & des garnisons de
la grande Bretagne ;
29095
liv. pour la garnison de Minorque;
18771. liv. pour la
garnison deGibraltar; 38964.
pour ceUe deDunkerque;&
9300.liv. pour ce qui est du
auxtroupes de Saxe-Gotha.
On a présence une adresse
à la Reine, pour la prier de
faire communiquer à la
Chambre une estimation
des sommes necessaires
pour donner la demi-paye
aux Officiers de terre qui
ont été reformez.
La
La Chambre a ordonné
le dresser un projet d'acte
pour donner pouvoir aux
Commissaires chargez de
áíre construire cinquante
nouvelles Eglises, d'acheer
du terrain pour les Eglies,
pour les cemetieres,&
pour les maisons des Mi-*
nistres.
Le 28. May les Communes
lûrent un projec da£te
pour lever cette année les
milices, & elles resolurent
le presenter une adresse à
a Reine, pour la prier de
eur faire communiquer
une estimation de la demi
paye qui doit etre donnei
aux Officiers & aux
Chapelains
de l'artillerie qui
ont servi en Flandres, e
Espagne & ailleurs ; a
prés quoy la Chambre e
grand comité travailla au
moyens de lever le subside
& il fut resolu de mettre
une imposition de deux
schelins par aune sur lc
roiles a faire des voiles, cm
[crone aportees durant sep
ans des paysetrangers;&
qu'au contraire on diminueraun
schelin par autM
sur les mêmes toiles fabriquées
dans le Royaume, &
qui [crone transportées aux
pays étrangers ;qu'on fera
la même grace aux tabacs
gâtez dans les magasins.
Les lettres d'Edimbourg
du 30. Juin portent qu'il y
a eu un grand tumulte,á
cause que les Officiers de
la Doüane avoient consisque
des marchandises qu'-
on faisoit entrer en fraude.
La populace se soûleva, enfonça
les portes de la Doüane
, jetta deux des Officiers
dans la riviere, qui ne furent
pas noyez, & enleva
les marchandises. Le Commandant
du château fut
obligé d'envoyer un detachement
de la garnison
pour appaiser ce desordre.
,
La Reine a donné au Duc
Ormond lc gouverneent
des 5. Ports, qui est
n des plus considerables
u Royaume, que possedoit
i devant le Comte de Dor-
°t,La Lieutenace a été donée
à Milord Ashburnam
endre du Duc d'Ormond,.
Le Chevalier Henry Bel-
LfIìs a ete fait Gouverneur
e la ville de Bervvick sur
es frontieres d'Ecosse. La
:harnbre en grand comité
; resolu d'accorder 832.81.liv.
sterlin pour l'entrerien des
gardes & des garnisons de
la grande Bretagne ;
29095
liv. pour la garnison de Minorque;
18771. liv. pour la
garnison deGibraltar; 38964.
pour ceUe deDunkerque;&
9300.liv. pour ce qui est du
auxtroupes de Saxe-Gotha.
On a présence une adresse
à la Reine, pour la prier de
faire communiquer à la
Chambre une estimation
des sommes necessaires
pour donner la demi-paye
aux Officiers de terre qui
ont été reformez.
La
La Chambre a ordonné
le dresser un projet d'acte
pour donner pouvoir aux
Commissaires chargez de
áíre construire cinquante
nouvelles Eglises, d'acheer
du terrain pour les Eglies,
pour les cemetieres,&
pour les maisons des Mi-*
nistres.
Le 28. May les Communes
lûrent un projec da£te
pour lever cette année les
milices, & elles resolurent
le presenter une adresse à
a Reine, pour la prier de
eur faire communiquer
une estimation de la demi
paye qui doit etre donnei
aux Officiers & aux
Chapelains
de l'artillerie qui
ont servi en Flandres, e
Espagne & ailleurs ; a
prés quoy la Chambre e
grand comité travailla au
moyens de lever le subside
& il fut resolu de mettre
une imposition de deux
schelins par aune sur lc
roiles a faire des voiles, cm
[crone aportees durant sep
ans des paysetrangers;&
qu'au contraire on diminueraun
schelin par autM
sur les mêmes toiles fabriquées
dans le Royaume, &
qui [crone transportées aux
pays étrangers ;qu'on fera
la même grace aux tabacs
gâtez dans les magasins.
Les lettres d'Edimbourg
du 30. Juin portent qu'il y
a eu un grand tumulte,á
cause que les Officiers de
la Doüane avoient consisque
des marchandises qu'-
on faisoit entrer en fraude.
La populace se soûleva, enfonça
les portes de la Doüane
, jetta deux des Officiers
dans la riviere, qui ne furent
pas noyez, & enleva
les marchandises. Le Commandant
du château fut
obligé d'envoyer un detachement
de la garnison
pour appaiser ce desordre.
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Résumé : Nouvelles d'Angleterre.
Le document décrit plusieurs décisions politiques en Angleterre. La Reine a confié au Duc d'Ormond le gouvernement des Cinq Ports, précédemment sous l'autorité du Comte de Dorset. Milord Ashburnam a été nommé lieutenant sous les ordres du Duc d'Ormond. Le Chevalier Henry Bellasis a été nommé Gouverneur de Berwick. Le Parlement a alloué des fonds pour l'entretien des gardes et garnisons en Grande-Bretagne, à Minorque, Gibraltar, Dunkerque, et pour les troupes de Saxe-Gotha. Une adresse à la Reine a été présentée pour estimer les sommes nécessaires à la demi-paye des officiers réformés. La Chambre des Communes a ordonné la rédaction d'un projet de loi pour construire cinquante nouvelles églises et acquérir des terrains. Le 28 mai, les Communes ont lu un projet de loi pour lever les milices et ont résolu de présenter une adresse à la Reine pour la demi-paye des officiers et aumôniers de l'artillerie. Le Parlement a décidé d'imposer deux schelins par aune sur les toiles importées et de réduire d'un schelin par aune l'impôt sur les toiles exportées. Des troubles ont éclaté à Édimbourg le 30 juin contre les officiers des douanes, obligeant le commandant du château à envoyer des troupes pour rétablir l'ordre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2420
p. 96-102
LES DELICES de la vie champêtre. Ode anacreontique. Par Monsieur de B....
Début :
Le faste & le luxe pompeux [...]
Mots clefs :
Amour, Bergers, Délices, Amant, Vie champêtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES DELICES de la vie champêtre. Ode anacreontique. Par Monsieur de B....
LES DELICES
de la vie champêtre.
Ode anacreontique.
Par Monfieur le B....
LE fafte & le luxe pompeux
Ne brillent point dans les
afyles ;
Nous y vivons toûjours
heureux ,
Toûjours contens, toûjours
tranquiles.
De la fortune nos defirs
Nc
GALANT.
97
Ne briguent jamais les careffes
;
Nos bergers font nos plaifirs
,
Et nos troupeaux font nos
richeffes .
N'est- ce pas nous qui tous
les ans
,
Cheris de Flore & de Pomone
,
Goûtons les premiers des
prefens
Et du printemps & de l'automne
?
Exempts de tous les foins
Avril
1714
I
98
MERCURE
TARQUE
fâcheux ,
Sans ambition , fans envie ,
Parmi les ris , les chants ,
les jeux
Nous paffons une douce
vie.
Tantôt au bord d'un clair
ruiffeau ,
Tantôt à l'ombre d'une
treille ,
Où nous joüons du chalumeau
,
Où nous careffons la bouteille.
Conftans fous l'amoureuſe
loy ,
LYON
DE
ندینش
BIBLIOTHE
THÈQUE
GALANT.
Diſcrets , reconnoiffam ;
finceres ,
Rien ne nous fait trahir la
foy
Que nous jurons à nos ber
geres.
Rien tandis que nous fommeillons
,
Ne nous réveille en ces bocages
,
Que l'aurore par les rayons,
Ou les oifeaux par leurs ramages.
TELA VILLE
De mets fomptueux , delig
cats
I ij
100 MERCURE
Nos tables ne font point
couvertest:
Mais du tombeau par nos
repas
Les portes ne font point ou
vertes,
On boit , on aime en liberté
Dans ces agreables
retraites
;
Môtre vin n'eſt pas frelaté ,
Nos belles ne font point
coquettes
. ano
Jamais d'un trait envenimé
Le Dieu de l'amour ne nous
frape ;
GALANT. 10г
Ici jamais amant aimé
N'a befoin de l'art d'Efcu
lape.
Parmi nous l'amant & l'é
poux
Brûlent des ardeurs les plus
belles
;
L'amour n'y voit point de
jaloux ,
L'hymen n'y fait pas d'infi
delles.
Nos bergers ne font point
de choix
Que l'inconftance defayouë
,
I iij
102 MERCURE
Et les delices de nos bois
Valent bien celles de Capouë
.
de la vie champêtre.
Ode anacreontique.
Par Monfieur le B....
LE fafte & le luxe pompeux
Ne brillent point dans les
afyles ;
Nous y vivons toûjours
heureux ,
Toûjours contens, toûjours
tranquiles.
De la fortune nos defirs
Nc
GALANT.
97
Ne briguent jamais les careffes
;
Nos bergers font nos plaifirs
,
Et nos troupeaux font nos
richeffes .
N'est- ce pas nous qui tous
les ans
,
Cheris de Flore & de Pomone
,
Goûtons les premiers des
prefens
Et du printemps & de l'automne
?
Exempts de tous les foins
Avril
1714
I
98
MERCURE
TARQUE
fâcheux ,
Sans ambition , fans envie ,
Parmi les ris , les chants ,
les jeux
Nous paffons une douce
vie.
Tantôt au bord d'un clair
ruiffeau ,
Tantôt à l'ombre d'une
treille ,
Où nous joüons du chalumeau
,
Où nous careffons la bouteille.
Conftans fous l'amoureuſe
loy ,
LYON
DE
ندینش
BIBLIOTHE
THÈQUE
GALANT.
Diſcrets , reconnoiffam ;
finceres ,
Rien ne nous fait trahir la
foy
Que nous jurons à nos ber
geres.
Rien tandis que nous fommeillons
,
Ne nous réveille en ces bocages
,
Que l'aurore par les rayons,
Ou les oifeaux par leurs ramages.
TELA VILLE
De mets fomptueux , delig
cats
I ij
100 MERCURE
Nos tables ne font point
couvertest:
Mais du tombeau par nos
repas
Les portes ne font point ou
vertes,
On boit , on aime en liberté
Dans ces agreables
retraites
;
Môtre vin n'eſt pas frelaté ,
Nos belles ne font point
coquettes
. ano
Jamais d'un trait envenimé
Le Dieu de l'amour ne nous
frape ;
GALANT. 10г
Ici jamais amant aimé
N'a befoin de l'art d'Efcu
lape.
Parmi nous l'amant & l'é
poux
Brûlent des ardeurs les plus
belles
;
L'amour n'y voit point de
jaloux ,
L'hymen n'y fait pas d'infi
delles.
Nos bergers ne font point
de choix
Que l'inconftance defayouë
,
I iij
102 MERCURE
Et les delices de nos bois
Valent bien celles de Capouë
.
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Résumé : LES DELICES de la vie champêtre. Ode anacreontique. Par Monsieur de B....
Le texte 'Les Délices de la vie champêtre' est une ode qui exalte la vie simple et heureuse à la campagne. Les habitants des campagnes vivent heureux, contents et tranquilles, sans ambition ni envie. Ils trouvent leurs plaisirs dans leurs bergers et leurs troupeaux, et profitent des fruits des saisons. Exempts de soucis, ils passent leur temps entre rires, chants et jeux, souvent au bord d'un ruisseau ou à l'ombre d'une treille. Ils sont fidèles à leurs bergères et rien ne les réveille dans les bocages, sauf l'aurore ou les oiseaux. Leur table n'est pas chargée de mets somptueux, mais ils mangent et boivent en liberté. L'amour y est sincère et sans jalousie, et les bergers ne changent pas facilement d'affection. Les délices de leurs bois valent bien celles de Capoue.
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2421
p. 39-46
Nouvelles d'Allemagne.
Début :
Le Prince Eugene estant party pour les Pays-Bas le 6. [...]
Mots clefs :
Prince, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Allemagne.
Nouvelles d'Allemagne..
t Le Prince Eugene esstanspartypour
les Pays-
Bas le 6.Avril dans le tems
qu'on croyoit l'Empereur
hors de danger, reçut en
deçà de Nuremberg un
Courrier que le Comte
d'Herberstein Vice-Président
du Conseil deGuerre
luy dépeschoit, pour luy
donner avis dela mort de
l'Empereur; l'invitant en
mesme temps de retourneràVienneoù
sapresenceestoie
fortnecessaire,
Ce Prince prit dans le moment
le party de renvoyer
le Courrier,& écrivir à la
Cour qu'il avoit jugé plus
à propos pour l' interest
de la Famille Imperiale,
& pour rassurer lesMembres
de l'Empirevoisins
du pays Ennemy., de continuer
sa route vers le +
haut Rhin & non pas en
Hollande. Il s'est abouché -
avec. les Electeurs de
MayencePa,ldaeTrteviesn6cPalatin,
ausquels il avoit
depcfché des Courriers
pour se rendre incessamment
àMayence.Ce qu'on
a pu apprendre du resultat
de leur conférence se reduit
à trois points, I. D'envoyer
un Courrier à Barcelone
pour inviter l'Archiduc
de revenir incef-
(àmmeneen Allemagne.
2. De depescher des Courriers
à Berlin & à Dresde,
pour communiquer aux
Eleveurs de Saxe & de
Brandebourg les sentiments
des trois autres El<:.-.
steurs,sçavoir de differer
FeiecHon jusques après la
paix ou dumoins jusqu'à la
la fin dela campagne pour
éviter les inconvénients
qui pourroient naistre
dans une conjoncture:
aussi fâcheuse que celle où
l'on setrouvoit. 3. Que le : Prince Eugene seroic au.
torisé de disposerde l'Ar-
- méedel'Empire pour af- -
furcr la tranquillité de
l'Allemagne,&empêcher
que les Armées de France
ne profitent de cette occasson.
En exccution. de
cette resolution
,
le Prince
Eugene s'est renduàRastad
pour passeren revuë
les Troupes qui sont aux
environs., donner les ordres
qu'il jugera necessaires
pour la garde des Lignes
d'Eslingen, & faire
marcher le reste de. l'Armée
dans les endroits convenables.
Cette Armée
doitestre renforcée par les
deuxRegimens Impériaux
& par les huit Bataillons
Palatins qui avoient marché
vers l'Oder&quiestoient
destinez pour l'Ar--
înee de Neutralité. Le'
Prince Eugene après avoir
donne ses ordres sur le
Rhinestallé en Hollande
où lesEtats Généraux ont
pris la resolution de mettre
tout en usage pour
procurer laCouronne Impériale
à l'Archiduc;ayant
envuë leur propre interest.
plustost que celuy de la
Maison d'Autriche ni de
l'Empire.
L'Imperatrice Merc
qui a la Regence des Pays
hereditaires, a ordonné
quetous les hautsOfficiers -..!.
resteraient dans leurs
Charges, en attendant les,
ordres de l'Archiduc.
Le Roy Auguste ayant
appris la mort de l'Empereur,
tint Conseil dans le
moment, où il fut résolu
d'ajouster à sa qualitéd'Electeur
,
celle de Vicaire
de l'Empire,& qu'il resteroit
en Allemagne jusques
aprésl'Election d'un nouvel
Empereur. Le Chancelier
de Pologne protesta
contre cerre résolution.
L'Electeur de Brandebourg
devoit partir le 26.
May pour serendre à Cle~:
ves..
t Le Prince Eugene esstanspartypour
les Pays-
Bas le 6.Avril dans le tems
qu'on croyoit l'Empereur
hors de danger, reçut en
deçà de Nuremberg un
Courrier que le Comte
d'Herberstein Vice-Président
du Conseil deGuerre
luy dépeschoit, pour luy
donner avis dela mort de
l'Empereur; l'invitant en
mesme temps de retourneràVienneoù
sapresenceestoie
fortnecessaire,
Ce Prince prit dans le moment
le party de renvoyer
le Courrier,& écrivir à la
Cour qu'il avoit jugé plus
à propos pour l' interest
de la Famille Imperiale,
& pour rassurer lesMembres
de l'Empirevoisins
du pays Ennemy., de continuer
sa route vers le +
haut Rhin & non pas en
Hollande. Il s'est abouché -
avec. les Electeurs de
MayencePa,ldaeTrteviesn6cPalatin,
ausquels il avoit
depcfché des Courriers
pour se rendre incessamment
àMayence.Ce qu'on
a pu apprendre du resultat
de leur conférence se reduit
à trois points, I. D'envoyer
un Courrier à Barcelone
pour inviter l'Archiduc
de revenir incef-
(àmmeneen Allemagne.
2. De depescher des Courriers
à Berlin & à Dresde,
pour communiquer aux
Eleveurs de Saxe & de
Brandebourg les sentiments
des trois autres El<:.-.
steurs,sçavoir de differer
FeiecHon jusques après la
paix ou dumoins jusqu'à la
la fin dela campagne pour
éviter les inconvénients
qui pourroient naistre
dans une conjoncture:
aussi fâcheuse que celle où
l'on setrouvoit. 3. Que le : Prince Eugene seroic au.
torisé de disposerde l'Ar-
- méedel'Empire pour af- -
furcr la tranquillité de
l'Allemagne,&empêcher
que les Armées de France
ne profitent de cette occasson.
En exccution. de
cette resolution
,
le Prince
Eugene s'est renduàRastad
pour passeren revuë
les Troupes qui sont aux
environs., donner les ordres
qu'il jugera necessaires
pour la garde des Lignes
d'Eslingen, & faire
marcher le reste de. l'Armée
dans les endroits convenables.
Cette Armée
doitestre renforcée par les
deuxRegimens Impériaux
& par les huit Bataillons
Palatins qui avoient marché
vers l'Oder&quiestoient
destinez pour l'Ar--
înee de Neutralité. Le'
Prince Eugene après avoir
donne ses ordres sur le
Rhinestallé en Hollande
où lesEtats Généraux ont
pris la resolution de mettre
tout en usage pour
procurer laCouronne Impériale
à l'Archiduc;ayant
envuë leur propre interest.
plustost que celuy de la
Maison d'Autriche ni de
l'Empire.
L'Imperatrice Merc
qui a la Regence des Pays
hereditaires, a ordonné
quetous les hautsOfficiers -..!.
resteraient dans leurs
Charges, en attendant les,
ordres de l'Archiduc.
Le Roy Auguste ayant
appris la mort de l'Empereur,
tint Conseil dans le
moment, où il fut résolu
d'ajouster à sa qualitéd'Electeur
,
celle de Vicaire
de l'Empire,& qu'il resteroit
en Allemagne jusques
aprésl'Election d'un nouvel
Empereur. Le Chancelier
de Pologne protesta
contre cerre résolution.
L'Electeur de Brandebourg
devoit partir le 26.
May pour serendre à Cle~:
ves..
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Résumé : Nouvelles d'Allemagne.
Le Prince Eugène, en route pour les Pays-Bas, apprit la mort de l'Empereur près de Nuremberg. Il choisit de se diriger vers le Haut Rhin pour rassurer les voisins de l'Empire et protéger les intérêts de la famille impériale. À Mayence, il se réunit avec les Électeurs de Mayence, de Trèves et du Palatinat pour discuter de trois points : inviter l'Archiduc Charles à revenir en Allemagne, différer l'élection impériale jusqu'après la paix ou la fin de la campagne, et autoriser le Prince Eugène à utiliser l'armée impériale pour maintenir la tranquillité en Allemagne. Le Prince Eugène se rendit ensuite à Rastatt pour passer en revue les troupes et donner des ordres stratégiques. L'armée fut renforcée par des régiments impériaux et des bataillons palatins. Il se rendit ensuite en Hollande, où les États Généraux soutinrent la candidature de l'Archiduc à la couronne impériale. L'Impératrice Élisabeth ordonna que les hauts officiers restent en fonction en attendant les ordres de l'Archiduc. Le roi Auguste de Pologne décida de rester en Allemagne jusqu'à l'élection d'un nouvel Empereur, une décision contestée par le Chancelier de Pologne. L'Électeur de Brandebourg devait partir pour Clèves le 26 mai.
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2422
p. 2572-2580
RÉFLEXIONS sur l'explication Physique, donnée par M. Capperon, ancien Doyen de S. Maixent, de l'Akousmate d'Ansacq, inserée dans le Mercure de France, du mois d'Aoust 1731.
Début :
Je n'aurois eu garde de hazarder une explication Physique de l'Akousmate [...]
Mots clefs :
Explication physique, Ansacq, Témérité, tintamarre, Colonnes d'air, Fermentation froide, Liquide, Substance
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texteReconnaissance textuelle : RÉFLEXIONS sur l'explication Physique, donnée par M. Capperon, ancien Doyen de S. Maixent, de l'Akousmate d'Ansacq, inserée dans le Mercure de France, du mois d'Aoust 1731.
RÉFLEXIONS sur l'explication Physique
,
donnée
par M. Capperon , ancien
Doyen de S. Maixent , de lAkousmate
d'Ansacq , inserée dans le Mercure de
France , du mois d'Aoust 1731.
E n'aurois eu garde de hazarder une
explication Physique de l'Akousmate
d'Ansacq , si j'eusse sçu que dans le même
temps que j'écrivois , M. Capperon
avoit la plume à la main pour traiter la
la même matiere.Concourir avec une personne
qui a produit à la République des
Lettres , tant de coups de maître ; c'auroit
été assurément une témérité à un apprentif
Physicien. Mais puisque la chose est
faite
NOVEMBRE. 1731 .
2573
faite , j'ai tout lieu de m'en consoler par
l'union et la conformité de nos sentimens.
Nous confinons , en effet l'un et l'autre
le tintamare d'Ansacq dans une nuée 3
nous disons l'un et l'autre que la rarefaction
ou fermentation d'une matiere concentrée
dans quelque concavité de la nuée,
et qui forçant sa prison , frape les colomnes
d'air voisines , est la cause des sons ';
enfin nous faisons l'un et l'autre dépendre
la variété de ces sons des differentes
manieres dont cette matiere s'échapera de
l'endroit d'où elle sort.
Nos explications ne different donc que
dans le plus ou le moins d'étenduë; peutêtre
que ce sçavant Physicien a crû les
principes Physiques si intelligibles qu'il
étoit inutile de les éclaircir davantage
du moins en cela a- t- il jugé des autres par
lui- même ; peut-être aussi , plutôt par
une prolixité trop ordinaire aux jeunes
gens , que par necessité , ai - je conduit
trop loin mes réfléxions : C'est au Lecteur
à en juger.
Il me reste neanmoins quelques scrupules
sur l'explication de M. Capperon.
1º. Je confesse avec sincerité que je ne
comprens pas bien ce que c'est que fermentation
froide. J'ai toujours crû que la
chaleur étoit le principe de la fermentation
2574 MERCURE DE FRANCE
tion , et que la violence ou le peu de
sensibilité qu'on y éprouve , n'avoit d'autre
cause que la difference du dégré de
chaleur,
2º. La cause que donne M. Capperon
de la fermentation m'embarrasse.» La ma-
» tiere subtile ( dit- il ) agitant continuel-
» lement leurs parties grossieres , poreu-
» ses et tartareuses ( des liquides ) par ses
>> tourbillonemens , elles les pousse si vi-
» vement les uns contre les autres , que
les petites s'introduisent par ce moyen
» dans les pores des plus grossieres . Je
me suis persuadé jusqu'ici que
les parties
des fluides n'avoient point de pores , que
la fluidité ne consistoit que dans un ar.
rangement de parties tres - délicates , tresfléxibles
et un peu longues , toutes contigues
ou couchées les unes sur les autres ,
sans y être adherantes ; en sorte que la
matiere subtile ait passage entre chaque
partie.
3°. Ces termes de M. Capperon , qui
se trouvent à la page 1850. » Dans les va-
» peurs qui s'élevent en l'air , il y en a
» qui emportent avec elles quantité de
parties simplement terrestres , qui con-
» tiennent aussi de l'air , et quantité d'au
» tres parties purement salines . Ces termes
, dis-je , jettent dans mon esprit une
cer-
14
NOVEMBRE. 1731. 2575
certaine confusion sur la nature des vapeurs
et de l'air. Pour dissiper tous ces
scrupules et pour me desabuser de mes
erreurs Phylosophiques , je proposerai
trois réfléxions ; j'attens de la politesse.de
M. Capperon qu'il voudra bien se donner
la peine d'y répondre s'il les trouve rai
sonnables.
PREMIERE REFLEXION.
De l'idée que nous donne M. Cappeton
de la fermentation , naissent dans l'esprit
trois conséquences , que l'expérience
contredit également.
A
9
S'il s'y peut trouver des fermentations
froides , et qu'on puisse les attribuer aux
liqueurs et à presque tous les Corps que
nous voyons capables de fermentation ;
il s'ensuivra qu'en quelque situation que
soient ces corps et en toute saison , ils seront
capables de la même fermentation
et qu'ils devront conserver ce même dégré
de froid qu'ils ont hors de ces momens
de fermentation , parce qu'ils contiendront
en eux - mêmes , et toujours ,
leur ferment , qui sera indépendant de
toute autre cause , et que la matiere subtile
roulera sans interruption ou dans leurs
pores ou entre leurs parties. Premiere
consequence,
>
Si
2576 MERCURE DE FRANCE
Si la fermentation n'avoit pour cause
que l'agitation des parties , occasionnée
par la matiere subtile, cette agitation étant
continuelle , suivant le principe même de
M. Capperon , il s'ensuivroit que cette
fermentation arriveroit aussi-bien dans un
vin fait , &c. dans un vin nouveau ;
que
et qu'elle devroit être continuelle. Seconde
conséquence.
Enfin si tout l'effet de la matiere subtile
n'est qu'une injection , pour ainsi dire ,
des parties les plus fines dans les pores des
plus grossieres , il s'ensuivra une condensation
, une diminution de volume , sans
perte de substance ( cè qui est le contraire
de la fermentation ) , parce qu'un corps
remplit d'autant moins d'espace que ses
pores sont plus serrez , ses intervalles
plus remplis par ses propres parties ; c'est
ainsi qu'une livre de laine à un volume
plus considerable qu'une livre d'or. Troisiéme
conséquence.
SECONDE REFLEXION.
Pour éviter ces trois inconvéniens , il
> me semble qu'on peut assigner trois causes
de la fermentation .
1º. Un mouvement circulaire trop violent
de la matiere subtile , occasionné par
un corps étranger ; précipitation qui ne
1
lui
NOVEMBRE. 1731. 2577
lui permet plus de glisser par ses corps
ordinaires , mais qui la chasse avec confusion
sur la surface même des parties ;
d'où il arrive que secondée par les globules
du second élement qu'elle a frappées ,
elle souleve , émousse , rompt ces parties,
entraîne avec elles toutes celles dont elle
peut se charger , qu'elle écarte ou pousse
au dehors toutes les parties qui lui résistent.
De-là les boüllons , de là le bruit , la
fumée , le tarissement. De-là l'admirable
fermentation du lait et de toutes les autres
liquides , dont les parties grasses et branchues
résistent à l'effort de ces matieres.
De -là la difference de saveur des liqueurs
qui ont boüilli , d'avec les crues , & c.
2. Un entrelassement de parties grasses
et branchuës avec les globules du second
élement, qui en enferme ou en retrécit
les interstices , et précipite par là le
mouvement de la matiere subtile ; précipitation
qui ébranle ces Globules, Ces Globules
frappez unissent leur action avec
celle de la matiere subtile , ils soulevent
ensemble ces parties grasses , les brisent,
chassent au dehors ou précipitent en bas
par leur mouvement orbiculaire les plus
grossieres , qui s'opposoient à leurs passages
,et leur action sera d'autant plus prompre
et plus sensible que l'espace sera plus
E rem- .
2578 MERCURE DE FRANCE
rempli , que les passages seront plus serrez
par ces parties grasses , et qu'elles mêmes
seront plus facilement ébranlées et
moins poreuses . De- là cette fermentation
ne doit durer qu'autant que cet obstacle
subsistera, De-là la douceur de toutes les
liqueurs nouvelles ; de- là leur dégré de
chaleur dans le tems de la fermentation
de -là plus elles ont bouilli , plus elles sont
claires , plus elles sont belles , meilleures
elles sont , et moins ily a de lie , &c,
3º. L'activité de la matiere subtile , qui
poussée par un corps étranger , détache
peu à peu les parties les plus Aéxibles d'un
corps solide , les brise , les émousse , entraine
avec elles les plus déliées , pousse ,
souleve,écarte les autres ; et son action reçoit
son dégré de vélocité , de la maniere
dont le corps étranger agit surelle.En sor,
te même que si ce corps étranger agit trop
violemment , elle enleve les parties les plus
legeres;et chassant les autres les unes dans
les autres , elle condense le corps et le fait
durcir. Tellé est la fermentation qui arrive
dans la pâte de certains fromages. Delà
il est aisé de concevoir pourquoi ces
fermentations sont plus promptes et plus
violentes l'été que l'hyver ; de-la dans
cette derniere saison cès fermentations
n'arriveroient pas , si l'on n'échauffoit la
pâte
NOVEMBRE. 1731 . 2579
pâte , si l'on ne mettoit les fromages dans
une cave chaude , & c.
Je crois,en un mot , qu'on peut par ces
trois causes donner une raison probable
de tous les phénoménes que nous voyons
dans la fermentation , sans qu'il en puisse
résulter aucune absurdité.
que
TROISIEME REFLEXION.
Les Philosophes entendent par ces termes
: Vapeur , Exhalaison , une grande
quantité de Molecules , de petites parties ,
le plus souvent insensibles , qui s'élevent
jusqu'à une hauteur indéterminée. Il est
facile de se convaincre qu'il s'en détache
de toutes sortes de corps , quoiqu'il y ait ,
des corps qui en fournissent de plus faci-)
les à se lier et à s'acrocher. Il n'est question
de
sçavoir comment ces particules s'élevent
, ce qui n'est pas fort difficile à
comprendre , quand on est persuadé
les matieres du premier et du second élement
( et sur tout la premiere ) passent
avec rapidité et continuellement dans les
pores ou intervalles de quelque corps que
ce soit ; or il est impossible qu'en passant
ainsi , ces matieres n'ébranlent,, ne détachent
et n'enlevent avec elles quelques petites
parties , qui ne pourront être plus
grosses ou plutôt même que d'un moin-
Eij dre
que
2580 MERCURE DE FRANCE
dre volume que celles qui les détachent,
Il ne faut réfléchir sur le tarissement
que
de tous les fluides , sur l'alteration de tous
les corps, pour n'en pouvoir douter. Delà
les nuées , de- là le tonnerre et tout son
tintamare , en y joignant mes principes sur
la fermentation .
De cette derniere réfléxion on doit nécessairement
conclure que les parties qui
composent ce qu'on appelle Vapeurs, sont
trop fines pour être poreuses, et pour pou :
voir par conséquent contenir de l'air ,
qu'elles sont elles -mêmes enlevées et contenuës
; d'où il suit qu'elles ne peuvent
enlever une quantité de parties qui contiennent
de l'air , comme le prétend M.
Capperon.
Telles sont les réfléxions dans lesquel
les l'ouvrage de M. Capperon m'a engagé.
Ces réfléxions n'ayant d'autre but
que de m'instruire , d'éclaircir la verité
et de profiter des grandes lumieres de ce
Sçavant, Je l'en fais volontiers le juge,
Lalonat de Soulàines,
,
donnée
par M. Capperon , ancien
Doyen de S. Maixent , de lAkousmate
d'Ansacq , inserée dans le Mercure de
France , du mois d'Aoust 1731.
E n'aurois eu garde de hazarder une
explication Physique de l'Akousmate
d'Ansacq , si j'eusse sçu que dans le même
temps que j'écrivois , M. Capperon
avoit la plume à la main pour traiter la
la même matiere.Concourir avec une personne
qui a produit à la République des
Lettres , tant de coups de maître ; c'auroit
été assurément une témérité à un apprentif
Physicien. Mais puisque la chose est
faite
NOVEMBRE. 1731 .
2573
faite , j'ai tout lieu de m'en consoler par
l'union et la conformité de nos sentimens.
Nous confinons , en effet l'un et l'autre
le tintamare d'Ansacq dans une nuée 3
nous disons l'un et l'autre que la rarefaction
ou fermentation d'une matiere concentrée
dans quelque concavité de la nuée,
et qui forçant sa prison , frape les colomnes
d'air voisines , est la cause des sons ';
enfin nous faisons l'un et l'autre dépendre
la variété de ces sons des differentes
manieres dont cette matiere s'échapera de
l'endroit d'où elle sort.
Nos explications ne different donc que
dans le plus ou le moins d'étenduë; peutêtre
que ce sçavant Physicien a crû les
principes Physiques si intelligibles qu'il
étoit inutile de les éclaircir davantage
du moins en cela a- t- il jugé des autres par
lui- même ; peut-être aussi , plutôt par
une prolixité trop ordinaire aux jeunes
gens , que par necessité , ai - je conduit
trop loin mes réfléxions : C'est au Lecteur
à en juger.
Il me reste neanmoins quelques scrupules
sur l'explication de M. Capperon.
1º. Je confesse avec sincerité que je ne
comprens pas bien ce que c'est que fermentation
froide. J'ai toujours crû que la
chaleur étoit le principe de la fermentation
2574 MERCURE DE FRANCE
tion , et que la violence ou le peu de
sensibilité qu'on y éprouve , n'avoit d'autre
cause que la difference du dégré de
chaleur,
2º. La cause que donne M. Capperon
de la fermentation m'embarrasse.» La ma-
» tiere subtile ( dit- il ) agitant continuel-
» lement leurs parties grossieres , poreu-
» ses et tartareuses ( des liquides ) par ses
>> tourbillonemens , elles les pousse si vi-
» vement les uns contre les autres , que
les petites s'introduisent par ce moyen
» dans les pores des plus grossieres . Je
me suis persuadé jusqu'ici que
les parties
des fluides n'avoient point de pores , que
la fluidité ne consistoit que dans un ar.
rangement de parties tres - délicates , tresfléxibles
et un peu longues , toutes contigues
ou couchées les unes sur les autres ,
sans y être adherantes ; en sorte que la
matiere subtile ait passage entre chaque
partie.
3°. Ces termes de M. Capperon , qui
se trouvent à la page 1850. » Dans les va-
» peurs qui s'élevent en l'air , il y en a
» qui emportent avec elles quantité de
parties simplement terrestres , qui con-
» tiennent aussi de l'air , et quantité d'au
» tres parties purement salines . Ces termes
, dis-je , jettent dans mon esprit une
cer-
14
NOVEMBRE. 1731. 2575
certaine confusion sur la nature des vapeurs
et de l'air. Pour dissiper tous ces
scrupules et pour me desabuser de mes
erreurs Phylosophiques , je proposerai
trois réfléxions ; j'attens de la politesse.de
M. Capperon qu'il voudra bien se donner
la peine d'y répondre s'il les trouve rai
sonnables.
PREMIERE REFLEXION.
De l'idée que nous donne M. Cappeton
de la fermentation , naissent dans l'esprit
trois conséquences , que l'expérience
contredit également.
A
9
S'il s'y peut trouver des fermentations
froides , et qu'on puisse les attribuer aux
liqueurs et à presque tous les Corps que
nous voyons capables de fermentation ;
il s'ensuivra qu'en quelque situation que
soient ces corps et en toute saison , ils seront
capables de la même fermentation
et qu'ils devront conserver ce même dégré
de froid qu'ils ont hors de ces momens
de fermentation , parce qu'ils contiendront
en eux - mêmes , et toujours ,
leur ferment , qui sera indépendant de
toute autre cause , et que la matiere subtile
roulera sans interruption ou dans leurs
pores ou entre leurs parties. Premiere
consequence,
>
Si
2576 MERCURE DE FRANCE
Si la fermentation n'avoit pour cause
que l'agitation des parties , occasionnée
par la matiere subtile, cette agitation étant
continuelle , suivant le principe même de
M. Capperon , il s'ensuivroit que cette
fermentation arriveroit aussi-bien dans un
vin fait , &c. dans un vin nouveau ;
que
et qu'elle devroit être continuelle. Seconde
conséquence.
Enfin si tout l'effet de la matiere subtile
n'est qu'une injection , pour ainsi dire ,
des parties les plus fines dans les pores des
plus grossieres , il s'ensuivra une condensation
, une diminution de volume , sans
perte de substance ( cè qui est le contraire
de la fermentation ) , parce qu'un corps
remplit d'autant moins d'espace que ses
pores sont plus serrez , ses intervalles
plus remplis par ses propres parties ; c'est
ainsi qu'une livre de laine à un volume
plus considerable qu'une livre d'or. Troisiéme
conséquence.
SECONDE REFLEXION.
Pour éviter ces trois inconvéniens , il
> me semble qu'on peut assigner trois causes
de la fermentation .
1º. Un mouvement circulaire trop violent
de la matiere subtile , occasionné par
un corps étranger ; précipitation qui ne
1
lui
NOVEMBRE. 1731. 2577
lui permet plus de glisser par ses corps
ordinaires , mais qui la chasse avec confusion
sur la surface même des parties ;
d'où il arrive que secondée par les globules
du second élement qu'elle a frappées ,
elle souleve , émousse , rompt ces parties,
entraîne avec elles toutes celles dont elle
peut se charger , qu'elle écarte ou pousse
au dehors toutes les parties qui lui résistent.
De-là les boüllons , de là le bruit , la
fumée , le tarissement. De-là l'admirable
fermentation du lait et de toutes les autres
liquides , dont les parties grasses et branchues
résistent à l'effort de ces matieres.
De -là la difference de saveur des liqueurs
qui ont boüilli , d'avec les crues , & c.
2. Un entrelassement de parties grasses
et branchuës avec les globules du second
élement, qui en enferme ou en retrécit
les interstices , et précipite par là le
mouvement de la matiere subtile ; précipitation
qui ébranle ces Globules, Ces Globules
frappez unissent leur action avec
celle de la matiere subtile , ils soulevent
ensemble ces parties grasses , les brisent,
chassent au dehors ou précipitent en bas
par leur mouvement orbiculaire les plus
grossieres , qui s'opposoient à leurs passages
,et leur action sera d'autant plus prompre
et plus sensible que l'espace sera plus
E rem- .
2578 MERCURE DE FRANCE
rempli , que les passages seront plus serrez
par ces parties grasses , et qu'elles mêmes
seront plus facilement ébranlées et
moins poreuses . De- là cette fermentation
ne doit durer qu'autant que cet obstacle
subsistera, De-là la douceur de toutes les
liqueurs nouvelles ; de- là leur dégré de
chaleur dans le tems de la fermentation
de -là plus elles ont bouilli , plus elles sont
claires , plus elles sont belles , meilleures
elles sont , et moins ily a de lie , &c,
3º. L'activité de la matiere subtile , qui
poussée par un corps étranger , détache
peu à peu les parties les plus Aéxibles d'un
corps solide , les brise , les émousse , entraine
avec elles les plus déliées , pousse ,
souleve,écarte les autres ; et son action reçoit
son dégré de vélocité , de la maniere
dont le corps étranger agit surelle.En sor,
te même que si ce corps étranger agit trop
violemment , elle enleve les parties les plus
legeres;et chassant les autres les unes dans
les autres , elle condense le corps et le fait
durcir. Tellé est la fermentation qui arrive
dans la pâte de certains fromages. Delà
il est aisé de concevoir pourquoi ces
fermentations sont plus promptes et plus
violentes l'été que l'hyver ; de-la dans
cette derniere saison cès fermentations
n'arriveroient pas , si l'on n'échauffoit la
pâte
NOVEMBRE. 1731 . 2579
pâte , si l'on ne mettoit les fromages dans
une cave chaude , & c.
Je crois,en un mot , qu'on peut par ces
trois causes donner une raison probable
de tous les phénoménes que nous voyons
dans la fermentation , sans qu'il en puisse
résulter aucune absurdité.
que
TROISIEME REFLEXION.
Les Philosophes entendent par ces termes
: Vapeur , Exhalaison , une grande
quantité de Molecules , de petites parties ,
le plus souvent insensibles , qui s'élevent
jusqu'à une hauteur indéterminée. Il est
facile de se convaincre qu'il s'en détache
de toutes sortes de corps , quoiqu'il y ait ,
des corps qui en fournissent de plus faci-)
les à se lier et à s'acrocher. Il n'est question
de
sçavoir comment ces particules s'élevent
, ce qui n'est pas fort difficile à
comprendre , quand on est persuadé
les matieres du premier et du second élement
( et sur tout la premiere ) passent
avec rapidité et continuellement dans les
pores ou intervalles de quelque corps que
ce soit ; or il est impossible qu'en passant
ainsi , ces matieres n'ébranlent,, ne détachent
et n'enlevent avec elles quelques petites
parties , qui ne pourront être plus
grosses ou plutôt même que d'un moin-
Eij dre
que
2580 MERCURE DE FRANCE
dre volume que celles qui les détachent,
Il ne faut réfléchir sur le tarissement
que
de tous les fluides , sur l'alteration de tous
les corps, pour n'en pouvoir douter. Delà
les nuées , de- là le tonnerre et tout son
tintamare , en y joignant mes principes sur
la fermentation .
De cette derniere réfléxion on doit nécessairement
conclure que les parties qui
composent ce qu'on appelle Vapeurs, sont
trop fines pour être poreuses, et pour pou :
voir par conséquent contenir de l'air ,
qu'elles sont elles -mêmes enlevées et contenuës
; d'où il suit qu'elles ne peuvent
enlever une quantité de parties qui contiennent
de l'air , comme le prétend M.
Capperon.
Telles sont les réfléxions dans lesquel
les l'ouvrage de M. Capperon m'a engagé.
Ces réfléxions n'ayant d'autre but
que de m'instruire , d'éclaircir la verité
et de profiter des grandes lumieres de ce
Sçavant, Je l'en fais volontiers le juge,
Lalonat de Soulàines,
Fermer
Résumé : RÉFLEXIONS sur l'explication Physique, donnée par M. Capperon, ancien Doyen de S. Maixent, de l'Akousmate d'Ansacq, inserée dans le Mercure de France, du mois d'Aoust 1731.
Le texte traite de l'explication physique de l'Akousmate d'Ansacq, un phénomène naturel, proposée par M. Capperon et publiée dans le Mercure de France en août 1731. L'auteur, bien que réticent à proposer une explication concurrente, se réjouit de la conformité de leurs points de vue. Les deux auteurs attribuent les sons de l'Akousmate à la rarefaction ou fermentation d'une matière concentrée dans une nuée, qui en se libérant, frappe les colonnes d'air voisines. Les différences entre leurs explications résident dans le niveau de détail. L'auteur exprime des scrupules sur l'explication de M. Capperon, notamment concernant la notion de 'fermentation froide', qu'il trouve contradictoire avec l'idée que la chaleur est le principe de la fermentation. Il questionne également la description de la matière subtile agitant les parties grossières des liquides et la nature des vapeurs et de l'air. Pour clarifier ces points, l'auteur propose trois réflexions. La première critique les conséquences logiques de la théorie de M. Capperon sur la fermentation. La seconde propose trois causes alternatives à la fermentation : un mouvement violent de la matière subtile, un entrelacement de parties grasses avec les globules du second élément, et l'activité de la matière subtile détachant les parties d'un corps solide. La troisième réflexion aborde la nature des vapeurs et des exhalaisons, concluant que les particules composant les vapeurs sont trop fines pour être poreuses et contenir de l'air. L'auteur conclut en exprimant son désir d'instruction et d'éclaircissement de la vérité, laissant à M. Capperon le rôle de juge de ses réflexions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2423
p. 96-108
ISMENE. EGLOGUE.
Début :
De ton égarement, ami, que dois-je croire ? [...]
Mots clefs :
Iphis, Philémon, Amour, Liberté, Injustice, Bergers, Ismène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ISMENE. EGLOGUE.
IS ME N. E..
EGLOGUE..
IPHIS..
DEtonégarement, ami,
que dois- je croire ?
La Seine à tes regards paroît toûjours la Loire,
Tu parles de bergers in
connus fur ces bords ,
Tu parcours nos forêts témoins de tes tranſports
Et l'Echo loin de toy redit
le nom d'Ifmene....
PHL
GALANT
PHILEMON.
Ciel devois - je quitter les
rives de la Seine ?
J'y voyois fans peril les plus
brillans attraits ;
L'Amour pour medompter
n'y trouvoit point
de traits :
Tranquile, je goûtois dans
nos fombres bocages
Leparfum de leurs feurs ,
le frais de leurs ombrages ,BomĀ …. I
Et fur le verd gazon , qu'ils
ont foin d'abreuver ,
Le feul bruit des ruiffeaux
m'apprenoit à rêver. T
Juin 1712.
Bayern the Steeth brotnak
98 MERCURE
Iphis,moncher Iphis, plains
mon fort déplorable ,
Lerepos de mon cœur n'a
za pas été durable
Et le fils de Venus de mon
calme irrité 7
M'a fait payer bien cher
ma courte liberté, vel
IPHIS.
Crois-moy,nos cœurs font
faits pour cet aimable
maître ,
Et l'Amourn'eft vaincu que
quand il veutbien l'être. ⠀
Echapé defes noeuds , &rebele à fes loix , ed
Tuméprilois des fersbaifez
GALANT
escent & cent fois ,
Et cu penfois devoir par de
4
conftans outrages
Reparer ta foibleffe & res
premiers hommages.
Je tremblois , & je crois te
l'avoir dir un jour ,
Unbergerdoit moins craindre encor Pan que
l'Amour,
300 ༡ ༩
PHILEMON.
Helas ! mon cherIphis , par
Sp des coups legitimes
Il a juftifié fes droits & res
maximes!
Lecruel m'attendoit fur un
bord étranger...
I ij
100 MERCURE
IPHIS.
N'es - tu pas trop heureux
qu'il daigne fe vanger?
PHILEMON.
Je le vois bien : toûjours
content de fon empire ,
Tu juges de mon feu par
celui qu'il t'inſpire ,
Et ton cœur prévenu pour
le Dieu que tu fers ,
Comblé de fes plaifirs n'apperçoit pas les fers.
Non, non, je ne fuis pas de
ces heureux coupables ,
Que l'Amour ne punit que
pa: des coups aimables,
Qui dans fes châtimens é-
GALANT. 101
1
prouvent fes douceurs A
Etfemblent par leur crime
attirer les faveurs.
IPHIS.
J Ah ! berger , quel que foit
l'excés deton fupplice,
Jefuis fûr que l'Amour n'a
point fait d'injuftice
Et quels que foient les
mauxque ton cœur peut
fouffrir;
Je fuis bien fûr encor qu'il
n'en veut pas guerir.
Mais du fils de Venus apprens-moy la victoire.
PHILEMON.
Iphis , j'errois un jour fur les
I iij
102 MERCURE
art bords de la Loire,
Sans fonger à ce Dieu que
javois outrage I
Je vis l'aimable Ifmene, &
TAmour furvangé.
N'attens pas qu'aujourd'hui
jete peigne les charmes,
Cher Iphis , je reffens de
trop vives alarmes ,
Et fi j'entreprenois de tracer fon portrait,
J'y mêlerois , helas ! mon
defordre fecret.
Mais que mon trouble ferve a t'exprimerIfmene ,
Et connois fes appas par
l'excés de ma peine.
}
GALANT. 103
Cet objet qui m'a ſçû pour
jamais engager , n62
Eft foûmis au pouvoir d'un
injufte berger,
Qui negligeant des feux
que 1 hymen autorife ,
Ignore tout le prix d'un
bonheur qu'il méprife.
Te le dirai-je , Iphis ? dans
ces lieux fi charmans
L'Amour n'a pas encor formé de vrais amans :
Ifmene y brille en vain , &
le Dieu de Cithere
Perd mille exploits galans
1. que par elle il peut faire ;
ne s'y trouve point de ces H
I iiij
104 MERCURE
cœurs delicats
Qui feuls fçauroient d'If.
meneadorer lesappas,
IPHIS.
Que je plains ces bergers!
Philemon , quel domimage
Que de leurs, doux climats
ils ignorent l'ufage,
Et que toujours contens
d'un ennuyeux repost, I
Ils ne faffent jamais foûpirer
les Echos.
PHILEMON.
Ilmene quelquefois dans
ces belles retraites.
Va cacher ſes appas & fes
GALANT. 195
peines fecretes :
J'ai vu tous les reduits témoins de fes douleurs ,
Et farbre qui fouvent eft
baigné de fes pleurs.
Cet arbre fi cheri redou
bloit mes alarmes ,
Helas ! je l'ai moy- mêmearrofé de mes larmes ,
Et mon amour tremblant
fe trouvoit trop heẹureux ,
Lorfque fous fes rameaux il
révoit à fes feux.
IPHIS.
N'as - tu donc confie qu'à
get arbre fidelle
106 MERCURE
Lefincere recit d'uneflâme
fibelle ?
PHILEMON.
J'ignore , cher Iphis , fi ma
bouche a parlé :
En abordant Ifmene inquiet & troublé,
Maraifon s'égaroit , & ma
timide flame
Jettoit dans mes difcours le
trouble de mon
ame.
Quels momens a perdus
mon amour interdit !
Je pouvois m'expliquer...
IPHIS.
Tondefordreatout dit.
GALANT. 107
1
PHILEMON, SA
Voila mon trifte fort : ma
tendreffe eft extrême,
Et peut-être inconnue au
cher objet que j'aime.
Accable , loin d'Ifimene ,
Iphis , je fouffre , helas !
Mille tourmens affreux qu'-
elle ne fçaura pas ,
Et je ne jouis point même
des doux menfonges
Dont l'efpoir quelquefois
fçait embelirfes fonges.
Non , ce n'eft point pour
moy qu'épuiſant ſes ri
gueurs
L'Amour a reüni de fi
108 MERCURE
cruels malheurs.
IPHIS.
Je te plains : mais je crois
que ta flame fincere
Du Dieu qui te pourſuis flé,
chira la colere.
PHILEMON.
Iphis ,ne prens pas foin d'a
doucir mes tourmens,
Et porte ce fecours à de
foibles amans :
Pour moy je ne crains plus
& l'Amour &fa haine ,
Mon ardeur me fuffit en
adorant Ilmene.
EGLOGUE..
IPHIS..
DEtonégarement, ami,
que dois- je croire ?
La Seine à tes regards paroît toûjours la Loire,
Tu parles de bergers in
connus fur ces bords ,
Tu parcours nos forêts témoins de tes tranſports
Et l'Echo loin de toy redit
le nom d'Ifmene....
PHL
GALANT
PHILEMON.
Ciel devois - je quitter les
rives de la Seine ?
J'y voyois fans peril les plus
brillans attraits ;
L'Amour pour medompter
n'y trouvoit point
de traits :
Tranquile, je goûtois dans
nos fombres bocages
Leparfum de leurs feurs ,
le frais de leurs ombrages ,BomĀ …. I
Et fur le verd gazon , qu'ils
ont foin d'abreuver ,
Le feul bruit des ruiffeaux
m'apprenoit à rêver. T
Juin 1712.
Bayern the Steeth brotnak
98 MERCURE
Iphis,moncher Iphis, plains
mon fort déplorable ,
Lerepos de mon cœur n'a
za pas été durable
Et le fils de Venus de mon
calme irrité 7
M'a fait payer bien cher
ma courte liberté, vel
IPHIS.
Crois-moy,nos cœurs font
faits pour cet aimable
maître ,
Et l'Amourn'eft vaincu que
quand il veutbien l'être. ⠀
Echapé defes noeuds , &rebele à fes loix , ed
Tuméprilois des fersbaifez
GALANT
escent & cent fois ,
Et cu penfois devoir par de
4
conftans outrages
Reparer ta foibleffe & res
premiers hommages.
Je tremblois , & je crois te
l'avoir dir un jour ,
Unbergerdoit moins craindre encor Pan que
l'Amour,
300 ༡ ༩
PHILEMON.
Helas ! mon cherIphis , par
Sp des coups legitimes
Il a juftifié fes droits & res
maximes!
Lecruel m'attendoit fur un
bord étranger...
I ij
100 MERCURE
IPHIS.
N'es - tu pas trop heureux
qu'il daigne fe vanger?
PHILEMON.
Je le vois bien : toûjours
content de fon empire ,
Tu juges de mon feu par
celui qu'il t'inſpire ,
Et ton cœur prévenu pour
le Dieu que tu fers ,
Comblé de fes plaifirs n'apperçoit pas les fers.
Non, non, je ne fuis pas de
ces heureux coupables ,
Que l'Amour ne punit que
pa: des coups aimables,
Qui dans fes châtimens é-
GALANT. 101
1
prouvent fes douceurs A
Etfemblent par leur crime
attirer les faveurs.
IPHIS.
J Ah ! berger , quel que foit
l'excés deton fupplice,
Jefuis fûr que l'Amour n'a
point fait d'injuftice
Et quels que foient les
mauxque ton cœur peut
fouffrir;
Je fuis bien fûr encor qu'il
n'en veut pas guerir.
Mais du fils de Venus apprens-moy la victoire.
PHILEMON.
Iphis , j'errois un jour fur les
I iij
102 MERCURE
art bords de la Loire,
Sans fonger à ce Dieu que
javois outrage I
Je vis l'aimable Ifmene, &
TAmour furvangé.
N'attens pas qu'aujourd'hui
jete peigne les charmes,
Cher Iphis , je reffens de
trop vives alarmes ,
Et fi j'entreprenois de tracer fon portrait,
J'y mêlerois , helas ! mon
defordre fecret.
Mais que mon trouble ferve a t'exprimerIfmene ,
Et connois fes appas par
l'excés de ma peine.
}
GALANT. 103
Cet objet qui m'a ſçû pour
jamais engager , n62
Eft foûmis au pouvoir d'un
injufte berger,
Qui negligeant des feux
que 1 hymen autorife ,
Ignore tout le prix d'un
bonheur qu'il méprife.
Te le dirai-je , Iphis ? dans
ces lieux fi charmans
L'Amour n'a pas encor formé de vrais amans :
Ifmene y brille en vain , &
le Dieu de Cithere
Perd mille exploits galans
1. que par elle il peut faire ;
ne s'y trouve point de ces H
I iiij
104 MERCURE
cœurs delicats
Qui feuls fçauroient d'If.
meneadorer lesappas,
IPHIS.
Que je plains ces bergers!
Philemon , quel domimage
Que de leurs, doux climats
ils ignorent l'ufage,
Et que toujours contens
d'un ennuyeux repost, I
Ils ne faffent jamais foûpirer
les Echos.
PHILEMON.
Ilmene quelquefois dans
ces belles retraites.
Va cacher ſes appas & fes
GALANT. 195
peines fecretes :
J'ai vu tous les reduits témoins de fes douleurs ,
Et farbre qui fouvent eft
baigné de fes pleurs.
Cet arbre fi cheri redou
bloit mes alarmes ,
Helas ! je l'ai moy- mêmearrofé de mes larmes ,
Et mon amour tremblant
fe trouvoit trop heẹureux ,
Lorfque fous fes rameaux il
révoit à fes feux.
IPHIS.
N'as - tu donc confie qu'à
get arbre fidelle
106 MERCURE
Lefincere recit d'uneflâme
fibelle ?
PHILEMON.
J'ignore , cher Iphis , fi ma
bouche a parlé :
En abordant Ifmene inquiet & troublé,
Maraifon s'égaroit , & ma
timide flame
Jettoit dans mes difcours le
trouble de mon
ame.
Quels momens a perdus
mon amour interdit !
Je pouvois m'expliquer...
IPHIS.
Tondefordreatout dit.
GALANT. 107
1
PHILEMON, SA
Voila mon trifte fort : ma
tendreffe eft extrême,
Et peut-être inconnue au
cher objet que j'aime.
Accable , loin d'Ifimene ,
Iphis , je fouffre , helas !
Mille tourmens affreux qu'-
elle ne fçaura pas ,
Et je ne jouis point même
des doux menfonges
Dont l'efpoir quelquefois
fçait embelirfes fonges.
Non , ce n'eft point pour
moy qu'épuiſant ſes ri
gueurs
L'Amour a reüni de fi
108 MERCURE
cruels malheurs.
IPHIS.
Je te plains : mais je crois
que ta flame fincere
Du Dieu qui te pourſuis flé,
chira la colere.
PHILEMON.
Iphis ,ne prens pas foin d'a
doucir mes tourmens,
Et porte ce fecours à de
foibles amans :
Pour moy je ne crains plus
& l'Amour &fa haine ,
Mon ardeur me fuffit en
adorant Ilmene.
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Résumé : ISMENE. EGLOGUE.
Le texte est une églogue, un dialogue poétique entre deux bergers, Philemon et Iphis. Philemon exprime son désarroi amoureux, oscillant entre la Seine et la Loire, et évoque ses souvenirs tranquilles près de la Seine. Il révèle ensuite sa rencontre avec Imène, une bergère qu'il aime, mais qui est indifférente à ses avances. Philemon décrit son amour non réciproque et les tourments qu'il endure, comparant son sort à celui des bergers heureux punis par des coups aimables de l'Amour. Iphis, quant à lui, croit en la puissance de l'Amour et pense que Philemon finira par être récompensé. Philemon raconte ses tentatives maladroites pour déclarer son amour à Imène, marquées par la timidité et le trouble. Il conclut en affirmant que son ardeur pour Imène est suffisante pour lui, malgré les tourments qu'il endure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2424
p. 1554-1567
LETTRE sur l'Astrologie Judiciaire, et les Horoscopes, écrite par M. Cipiere, à M. l'Abbé B......
Début :
Puisque vous le voulez, Monsieur, je vous écrirai mes sentimens [...]
Mots clefs :
Astrologie judiciaire, Horoscope, Astres, Astrologues, Humains, Savants, Signes célestes, Providence
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur l'Astrologie Judiciaire, et les Horoscopes, écrite par M. Cipiere, à M. l'Abbé B......
LETTRE sur l'Astrologie Judiciare,
et les Horoscopes , écrite par M. Cipiere ,
à M. l'Abbé B....
sur
Uisque vous le voulez , Monsieur ,
Pije vous écrirai mes sentimens
l'Astrologie Judiciaire , cette science des
Prédictions et des Horoscopes. Je commencerai par un Auteur Chrétien , qui
a été Licentié en Droit , et qui a professé
les
JUILLET. 1732. 1555
les Mathématiques à Bordeaux , sa Patrie
et la mienne. C'est Guillaume Desbordes,
Gentilhomme , qui a traduit en François
la Sphere de Jean de Sacrobosco. Sa Traduction fut imprimée à Paris , chez Denis Cavelles , en l'année 1607. Le Traducteur a mis au-devant de l'Ouvrage
une longue Préface pour établir l'utilité
de l'Astrologie Judiciaire , qu'il fonde
sur un sistême moins opposé aux principes de la Religion , que tant d'autres
qui ont parû sur la même matiere,
1°. Il cite Platon, qui dit que les yeux
n'ont été donnez aux hommes que pour
l'Astronomie , c'est-à-dire , pour élever
l'esprit à la connoissance de l'Auteur de
tous les Astres. Il y loüe Purboche , et
Jean de Montroyal , pour avoir rétabli
l'Astrologie. Il croit avec Aristote , que
le monde inferieur est regi par le Superieur.
2º. Nous voyons , dit-il , contre Pic
de la Mirandole, que les conjonctions des
Etoiles ardentes brulent les corps terrestres , et les rendent secs et arides ; que les
Etoiles et les Signes humides augmentent les humeurs ; que les diverses mixtions des Rayons des Corps Celestes , sont
la cause de la diverse temperature de
toutes les qualitez des Corps Terrestres.
3º.
1556 MERCURE DE FRANCE
3. L'auteur attribue aux Corps Celestes la varieté de la temperature de nos
corps , et à cette varieté de temperature ,
celle de nos passions et la diversité des
esprits , si l'éducation ne change le naturel. Dieu est au- dessus de ces forces naturelles , et il nous laisse notre libre arbitre qui change quelquefois l'ordre de
la Nature. Un exemple de cela. Moyse
fut conservé , non par la puissance des
Astres , mais par une volonté particuliere de Dieu. Un autre exemple. S. Pierre
fut délivré de la prison par un Ange ,
non par les Astres. N'est- il pas vrai ,
M. que Desbordes auroit pû mettre dans
la conjonction des Astres , la fille du Roy
qui sauva Moyse des eaux , et l'Ange qui
tira l'Apôtre de la prison ? mais il croyoit
aux Miracles.
- 4°. Il prouve par l'Ecriture Sainte que
les effets de ces causes superieures , sont
subordonnez à Dieu , qui veut que les
hommes ayent en lui une sincere confiance. Dieu a dit par la bouche de Jeremie , de ne craindre point les Signes
du Ciel , mais d'avoir de la confiance en
sa proteccion.
5o. L'Auteur reconnoît encore une
autre cause contraire à la disposition des
Astres, qui influë dans la vie des hom
mes.
JUILLET. 1732 1557
mes. C'est le Démon , ennemi du genre
humain , c'est à lui qu'il faut attribuer
les crimes de Neron et de Caligula.
6. Il croit avec Ptolomée , que les
ordonnances des Astres sont moins efficaces que les Arrêts du Sénat et des Préteurs.
7. Il conclut enfin que les conjonctions des Astres qui disposent de la destinée des Humains , ne nécessitent personne , et qu'il faut mépriser totalement
les prédictions des Astrologues , qui sont
semblables aux pronostics des Medecins ;
mais il seroit déraisonnable , ajoûte l'Auteur, de croire que les Planettes et les
Etoiles fussent dans les cieux sans aucune signification ni effet. Les saintes
Lettres n'ont pas dit en vain , qu'elles seroient des Signes pour les temps , les
ans et les jours. Il faut avoüer , Monsieur,
que si cela est comme Desbordes l'éta
blit , cette science se réduit presqu'à rien
pour les prédictions qui interessent la liberté de l'homme.
D'autres Auteurs ont pressé davantage
l'effet des Prédictions. Thiogenes prédit
l'EmpireàAuguste, selon Suetone . Les Mathématiciens chassez de Rome par Vitellius,lui prédirent le genre de sa mort dans
lesCalendes d'Octobre, ce qui arriva, selon
Xiphilin. Ascletarion , interrogé par DoE mitien
558 MERCURE
DE FRANCE
mitien , de quelle mort , lui Aseletarion
mourroit
, il répondit qu'il seroit devoré
des chiens. L'Empereur
, pour tromper
les Astres , le fit mourir , et ordonna que
son corps fût mis dans une fosse fort profonde. Les Fossoyeurs épouventez
par
une pluye fort abondante
, s'enfuirent et
laisserent le corps en proye aux chiens.
Ainsi le rapporte le même Xiphilin, après
Dion. Mais l'Empire ne fut-il pas prédit de
à Rodolphe
de Harpourg
, au rapport Cuspinian , et le Souverain Pontificat à
Leon X. et à Adrien IV. selon Paul Jove?
Ce sont des Astrologues qui l'ont prédit et non des Prophetes inspirez de Dieu.
10.
Tout le monde n'a pas eû cette foi pour
les Astrologues ; plusieurs Sçavans ont
été contraires à leurs prétentions. Ciceron , auLivre 2. de la Devination ; Sextus
Emperius , contre les Grammairiens , Ch.
ro. Phavorin dans Gellius , L. 14. C. I.
ont renversé tous leurs principes. L'Empereur Tibere les condamna à mort, quoiqu'il eût Thrasyde à son service. Nous
avons dit que Vitellius les avoit chassés ·
de l'Italie , et Valere Maxime , L. 1. C. 3 .
rapporte les raisons qu'il y eut pour les
chasser de Rome sous le Consulat de
M. Popilius Lanos , et Cn. Calpurnius ,
long temps avant Vitellius.
Le
JUILLET. 1732.32. 1559
Le Prophete Isaïe les connoissoit bien ,
quand il dit : Stant et salvent te augures
Cæli , qui contemplabantur sidera , et supputabant menses , ut ex eis annuntiarent
ventura tibi , Cap. 47. V. 18. Les Peres de
l'Eglise n'en ont pas eu meilleure opinion ;
on en pourroit citer un nombre qui ont
ensé la même chose avec Eusebe de Cesarée , Prapar. Evang, et avec les Saints
Basile , dans son Hexameron , Ambroise ,
Irenée , et Augustin , nous y joindrons
les Conciles qui ont condamné les opinions des Priscillanistes sur ce sujet.
P
Je dois vous rapporter ici , M. les sentimens de S. Augustin , Civit. Dei , L.V.
Cap. 2. Il combat les Horoscopes , et en
fait voir la fausseté. Pour cela il examine
la ressemblance de deux Jumeaux , qui
dans un même temps tomberent malades
avec des symptômes et des accidens pareils , et moururent à la même heure.
Hipocrate , qui les avoit vûs , jugea de
cette ressemblance qu'ils étoient Jumeaux.
Le Stoicien Posidonius , qui s'étoit appliqué à l'Astrologie , soutenoit que cette`
ressemblance venoit de ce que ces Jumeaux avoient été conçûs sous le même
Ascendant. Si cette raison étoit bonne ,
dit S. Augustin , on ne devroit voir aucune diversité dans la vie des Jumeaux ,
E ij ce
15 MERCURE DE FRANCE
ce qui est contre l'experience. Nigidius ,
fameux Mathématicien , et le plus sçavant Romain après Varron , soutenoit
dans cette question , que les Jumeaux ne
pouvoient avoir un même ascendant , à
cause de la difference qui se trouve entre
la naissance de l'un et la naissance de
l'autre. La remarque qu'il avoit faite sur
la roue du Potier , qui tournoit de toute
sa force , est très- propre pour faire voir
cette difference ; car les deux marques
qu'il fit sur la roue dans le même temps
et fort près l'une de l'autre , se trouverent assez éloignées entre elles. D'où il
jugea que les Cieux tournant encore plus
rapidement que la roue du Potier , la difference des naissances des deux Jumeaux
devoit être encore plus grande , à cause
du grand cercle que décrivent les Astres
dans les Cieux. C'est de- là que ce Nigidius acquit le surnom de Figulus , ou
Potier. Et de-là on peut conclure que les
Astronomes ne peuvent même considerer la position dos Astres , qui passent si
vîte.
Prenons le systême et le plan d'un sçavant Allemand nommé Mathieu Sluter ,
Jurisconsulte et Syndic de la Ville de
Hambourg. Il croyoit pouvoir prédire les
divers changemens de l'Air , l'humidité
la
JUILLET. 1732. 1561
la secheresse , la serenité , les pluyes , les
orages. La conjonction on l'aspect des
Planettes fait qu'elles se chargent l'une
l'autre de leurs influences particulieres.
Ces influences ou ces corpuscules mêlez
ensemble dans notre Atmosphere , y exeitent les vents et les pluyes , ou rétablissent la serenité. Mais pour prédire
tout cela , il faut avoir une suite d'Observations uniformes et constantes de
tous les chingemens qui sont arrivez
dans l'air aux temps de ces conjonctions.
De là on tírera des axiomes et des regles
sur lesquelles on fondera une Théorie.
Cet Auteur a déja donné une suite de ses
Observations , qui commence au 3. Février 1701. et finit au 3. Avril suivant.
M. Cok , Anglois , avoit donné avant lui
cette idée dans ses Axiomes Metecrolo
giques.
Je doute , M. qu'on puisse jamais faire
de ces Observations constantes et uniformes. Les Signes Celestes qui se levent en
certaines saisons , ne sont appellez Signes
que parce qu'ils se levent en certaines saisons où ordinairement l'air change de
temperature. Ils ne sont donc pas cause,
mais simplement Signes.
Dailleurs quelles difficultez à faire descendre les corpuscules des Planettes dans
E iij notre
1562 MERCURE DE FRANCE
notre Atmosphere ? Pour le moins autant
qu'à faire monter les exhalaisons de la
Terre jusques dans l'Atmosphere de Jupiter et de Saturne , dont la Terre est
prodigieusement éloignée. Comment faire sortir de l'Atmosphere de Saturne les
Corpuscules qui s'en exhalent? S'ils en sor
tent , ne seront-ils pas emportez par la
rapidité du tourbillon de cette grande
Planete ? Ne seront- ils pas dispersez dans
la vaste étendue des Cieux , où ils rencontreront encore d'autres Planettes et
d'autres tourbillons ? et quelle petite
quantité en arrivera sur la Terre ? Mais
encore ce systême, quelque fondé qu'il fût,
n'entrevoit pour rien dans la destinée des
hommes, ou s'il y entroit, ce ne seroit que
comme la nature des divers climats qui
font les hommes d'un temperament ,
plutôt que d'un autre ; et encore ce temperament seroit- il changé par l'éducation
et par la Religion, par la nourriture et la
qualité de l'air. Le Pays de la Beotie , gras
et fertile , ne produisoit point des hommes du genie des Athéniens qui habitoient
un Pays aride. Les Egyptiens dans un Pays
que les eaux seules du Nil rendoient fertile , ont été les premiers inventeurs des
Arts.
J'ai cité plus haut ce celebre Phavorin ,
JUILLET. 1732 1563
rin, un des Favoris de l'Empereur Adrien.
Il avoit fait une Dissertation contre ceux
qu'on appelle Caldéens, qui promettent de
prédire le sort et la destinée des hommes,
par l'inspection des Astres par les conjonctions et le mouvement des Planetes
et des Etoiles , nous avons un abregé de
cette Dissertation dans les Nuits Attiques
d'Aulugelle. L. XIV. Cap. I. L'Auteur dit ces Devins exercent que
leur Art pour de l'argent et pour vivre ;
que leur erreur vient de ce qu'ils ont vû
plusieurs corps terrestres dépendre du
mouvement des Astres , comme la Mer
qui est gouvernée par la Lune. De- la ils
ont conclu que les autres corps étoient
gouvernez par les Planetes et les Etoiles.
Si les hommes , ajoûte-t'il , pouvoient
prédire l'avenir , ils auroient la science
des Dieux ; mais pour en venir aux raisons qui rendent incertaine la science de
l'Astrologie.
1°. Il dit que les Observations de ces
Caldéens ne pouvoient avoir un effet general , parce qu'elles ne pouvoient être
appliquées qu'aux lieux où elles avoient
été faites , et où les Astres confluoient ;
car les Astres ne paroissent pas par tout
dans la même position. S'ils font pleuvoir dans un endroit , ils font le temps
E iiij serein
1564 MERCURE DE FRANCE
serein dans l'autre ; ainsi leurs effets seront differens pour les Caldéens , pour
les Getules , pour les Habitans du Danube et pour ceux du Nil. Il est impossible , ajoûte l'Auteur , que dans une si
grande courbure du Ciel et dans cette
immense profondeur des Cieux étendus
P'un sur l'autre , les Astres soient ou paroissent dans la même conjonction ou situation à l'égard de tous les Peuples de la
Terre , et que leurs influences soient toujours uniformes et toûjours les mêmes.
2º. Si les Caldéens ont observé les effets des Etoiles visibles , combien y en
a- t'il qu'ils n'ont pas vûës, et qui peuvent
être en conjonction avec les visibles ? Si
Phavorin avoit connu les Satellites de
Jupiter et de Saturne , que n'auroit- il
pas dit?
3. Ils ont observé les évenemens arrivez sous certaines conjonctions , et delà ils ont assuré que les mêmes arriveroient sous les mêmes conjonctions. Mais
peut- on faire beaucoup d'observations
sous des conjonctions qui n'arrivent que
dans cent ans , que dans mille ans ? At'on vû des Livres qui nous ayent con..
servé ces Observations anciennes?
4°. Comment peuvent- ils dire qu'il y
a des conjonctions qui président à la
conception
JUILLET. 1732. 1565
conception , à la naissance dix mois après,
à la fortune, aux nôces, à la fécondité
des Epoux ? Les Astres passent trop vîte
et les mêmes ne peuvent faire tout cela.
5. Les Astres pourroient-ils produire
les évenemens qui viennent des causes
exterieures ? Comment causeroient- ils les
nouveaux projets , les jugemens, les désirs , les amours , les inimitiez , les railleries , les doutes ? Ce seroit faire agir les
hommes comme les bêtes , qui ne font rien par leur propre arbitre , et les hommes ont leur propre arbitre , qui ne seroit rien s'il dépendoit de la force des
Astres.
6°. S'ils peuvent prédire, ces Caldéens,
la victoire à Pyrrhus ou à Marius- Curius,
pourquoi ne peuvent-ils pas promettre à
un tel qu'il gagnera au jeu ? Les Astres
ne marquent- ils que de grandes choses ,
et celles-cy sont- elles si petites qu'elles
en soient imperceptibles dans les Astres ?
Mais est-il rien de si petit que le mo
ment auquel l'homme en naissant reçoit
sa destinée ? Cependant cecte petite chose
est marquée dans les Asetes ; et après tout,
les deux Jumeaux conçus en un insant ,
ne sont-ils differens sur leur fortune
dans leurs accions et dans leur mort?
pas
79. Comment accorder ces differens
E v
Astres
1566 MERCURE DE FRANCE
Astres , qui ayant fait naître tant de personnes differentes par leur âge , leur nation , leur condition , les font périr dans
un tremblement de terre , dans la chute
d'une maison , dans une Bataille , dans
un nauffrage ?
8°. Mais les animaux sont- ils aussi sujers aux Astres , comme les hommes ? Je
finirai par où j'ai commencé , et je dirai
avec le Poëte Pacovius :
Nam si qui qua ventura sunt pravideant ,
Equiparant Jovi.
Et je dirai encore avec Accius :
Nihil vides Auguribus qui aures verbi divitant ,
Alienas , suas ut locupletent domos,
Phavorin exhorte les jeunes gens de
ne se fier point aux Astrologues. Si vous
craignez , dit-il , les maux qu'ils vous
prédisent , vous devenez miserables par
cette crainte. Si vous attendez long- tems
les biens qu'ils vous promettent , vous
devenez encore miserables , lorsque vous
appercevez que vous êtes trompez. Ajoûtons à toutes ces raisons , que Dieu n'a
point tracé la conduite du genre humain
dans les Astres , et qu'il ne se repose pas
sur eux du soin qu'il a pour les hommes.
Sa sagesse ,sa bonté et sa justice , condui
sent
JUILLET 1732. 1567
sent tout, et c'est là sa Providence.Qu'estil besoin après cela d'aller dresser des
machines dans les Cieux pour faire naître et mourir des hommes d'une maniere
differente ? et encore de placer ces machines dans des lieux si élevez , pour
n'être vûës que des Astrologues , et avec
des Telescopes ?
Je vous laisse , Monsieur , avec les refléxions que vous pouvez faire en Théologien , ou avec celles que nous a données M. Bayle , dans son Ouvrage sur
les Cometes ; je vous ai assez fait voir
mes sentimens sur cette matiere. Je sou- haite que vous connoissiez ceux que j'ai
pour vous. Je suis , &c.
A Paris le 4. Janvier 1732.
et les Horoscopes , écrite par M. Cipiere ,
à M. l'Abbé B....
sur
Uisque vous le voulez , Monsieur ,
Pije vous écrirai mes sentimens
l'Astrologie Judiciaire , cette science des
Prédictions et des Horoscopes. Je commencerai par un Auteur Chrétien , qui
a été Licentié en Droit , et qui a professé
les
JUILLET. 1732. 1555
les Mathématiques à Bordeaux , sa Patrie
et la mienne. C'est Guillaume Desbordes,
Gentilhomme , qui a traduit en François
la Sphere de Jean de Sacrobosco. Sa Traduction fut imprimée à Paris , chez Denis Cavelles , en l'année 1607. Le Traducteur a mis au-devant de l'Ouvrage
une longue Préface pour établir l'utilité
de l'Astrologie Judiciaire , qu'il fonde
sur un sistême moins opposé aux principes de la Religion , que tant d'autres
qui ont parû sur la même matiere,
1°. Il cite Platon, qui dit que les yeux
n'ont été donnez aux hommes que pour
l'Astronomie , c'est-à-dire , pour élever
l'esprit à la connoissance de l'Auteur de
tous les Astres. Il y loüe Purboche , et
Jean de Montroyal , pour avoir rétabli
l'Astrologie. Il croit avec Aristote , que
le monde inferieur est regi par le Superieur.
2º. Nous voyons , dit-il , contre Pic
de la Mirandole, que les conjonctions des
Etoiles ardentes brulent les corps terrestres , et les rendent secs et arides ; que les
Etoiles et les Signes humides augmentent les humeurs ; que les diverses mixtions des Rayons des Corps Celestes , sont
la cause de la diverse temperature de
toutes les qualitez des Corps Terrestres.
3º.
1556 MERCURE DE FRANCE
3. L'auteur attribue aux Corps Celestes la varieté de la temperature de nos
corps , et à cette varieté de temperature ,
celle de nos passions et la diversité des
esprits , si l'éducation ne change le naturel. Dieu est au- dessus de ces forces naturelles , et il nous laisse notre libre arbitre qui change quelquefois l'ordre de
la Nature. Un exemple de cela. Moyse
fut conservé , non par la puissance des
Astres , mais par une volonté particuliere de Dieu. Un autre exemple. S. Pierre
fut délivré de la prison par un Ange ,
non par les Astres. N'est- il pas vrai ,
M. que Desbordes auroit pû mettre dans
la conjonction des Astres , la fille du Roy
qui sauva Moyse des eaux , et l'Ange qui
tira l'Apôtre de la prison ? mais il croyoit
aux Miracles.
- 4°. Il prouve par l'Ecriture Sainte que
les effets de ces causes superieures , sont
subordonnez à Dieu , qui veut que les
hommes ayent en lui une sincere confiance. Dieu a dit par la bouche de Jeremie , de ne craindre point les Signes
du Ciel , mais d'avoir de la confiance en
sa proteccion.
5o. L'Auteur reconnoît encore une
autre cause contraire à la disposition des
Astres, qui influë dans la vie des hom
mes.
JUILLET. 1732 1557
mes. C'est le Démon , ennemi du genre
humain , c'est à lui qu'il faut attribuer
les crimes de Neron et de Caligula.
6. Il croit avec Ptolomée , que les
ordonnances des Astres sont moins efficaces que les Arrêts du Sénat et des Préteurs.
7. Il conclut enfin que les conjonctions des Astres qui disposent de la destinée des Humains , ne nécessitent personne , et qu'il faut mépriser totalement
les prédictions des Astrologues , qui sont
semblables aux pronostics des Medecins ;
mais il seroit déraisonnable , ajoûte l'Auteur, de croire que les Planettes et les
Etoiles fussent dans les cieux sans aucune signification ni effet. Les saintes
Lettres n'ont pas dit en vain , qu'elles seroient des Signes pour les temps , les
ans et les jours. Il faut avoüer , Monsieur,
que si cela est comme Desbordes l'éta
blit , cette science se réduit presqu'à rien
pour les prédictions qui interessent la liberté de l'homme.
D'autres Auteurs ont pressé davantage
l'effet des Prédictions. Thiogenes prédit
l'EmpireàAuguste, selon Suetone . Les Mathématiciens chassez de Rome par Vitellius,lui prédirent le genre de sa mort dans
lesCalendes d'Octobre, ce qui arriva, selon
Xiphilin. Ascletarion , interrogé par DoE mitien
558 MERCURE
DE FRANCE
mitien , de quelle mort , lui Aseletarion
mourroit
, il répondit qu'il seroit devoré
des chiens. L'Empereur
, pour tromper
les Astres , le fit mourir , et ordonna que
son corps fût mis dans une fosse fort profonde. Les Fossoyeurs épouventez
par
une pluye fort abondante
, s'enfuirent et
laisserent le corps en proye aux chiens.
Ainsi le rapporte le même Xiphilin, après
Dion. Mais l'Empire ne fut-il pas prédit de
à Rodolphe
de Harpourg
, au rapport Cuspinian , et le Souverain Pontificat à
Leon X. et à Adrien IV. selon Paul Jove?
Ce sont des Astrologues qui l'ont prédit et non des Prophetes inspirez de Dieu.
10.
Tout le monde n'a pas eû cette foi pour
les Astrologues ; plusieurs Sçavans ont
été contraires à leurs prétentions. Ciceron , auLivre 2. de la Devination ; Sextus
Emperius , contre les Grammairiens , Ch.
ro. Phavorin dans Gellius , L. 14. C. I.
ont renversé tous leurs principes. L'Empereur Tibere les condamna à mort, quoiqu'il eût Thrasyde à son service. Nous
avons dit que Vitellius les avoit chassés ·
de l'Italie , et Valere Maxime , L. 1. C. 3 .
rapporte les raisons qu'il y eut pour les
chasser de Rome sous le Consulat de
M. Popilius Lanos , et Cn. Calpurnius ,
long temps avant Vitellius.
Le
JUILLET. 1732.32. 1559
Le Prophete Isaïe les connoissoit bien ,
quand il dit : Stant et salvent te augures
Cæli , qui contemplabantur sidera , et supputabant menses , ut ex eis annuntiarent
ventura tibi , Cap. 47. V. 18. Les Peres de
l'Eglise n'en ont pas eu meilleure opinion ;
on en pourroit citer un nombre qui ont
ensé la même chose avec Eusebe de Cesarée , Prapar. Evang, et avec les Saints
Basile , dans son Hexameron , Ambroise ,
Irenée , et Augustin , nous y joindrons
les Conciles qui ont condamné les opinions des Priscillanistes sur ce sujet.
P
Je dois vous rapporter ici , M. les sentimens de S. Augustin , Civit. Dei , L.V.
Cap. 2. Il combat les Horoscopes , et en
fait voir la fausseté. Pour cela il examine
la ressemblance de deux Jumeaux , qui
dans un même temps tomberent malades
avec des symptômes et des accidens pareils , et moururent à la même heure.
Hipocrate , qui les avoit vûs , jugea de
cette ressemblance qu'ils étoient Jumeaux.
Le Stoicien Posidonius , qui s'étoit appliqué à l'Astrologie , soutenoit que cette`
ressemblance venoit de ce que ces Jumeaux avoient été conçûs sous le même
Ascendant. Si cette raison étoit bonne ,
dit S. Augustin , on ne devroit voir aucune diversité dans la vie des Jumeaux ,
E ij ce
15 MERCURE DE FRANCE
ce qui est contre l'experience. Nigidius ,
fameux Mathématicien , et le plus sçavant Romain après Varron , soutenoit
dans cette question , que les Jumeaux ne
pouvoient avoir un même ascendant , à
cause de la difference qui se trouve entre
la naissance de l'un et la naissance de
l'autre. La remarque qu'il avoit faite sur
la roue du Potier , qui tournoit de toute
sa force , est très- propre pour faire voir
cette difference ; car les deux marques
qu'il fit sur la roue dans le même temps
et fort près l'une de l'autre , se trouverent assez éloignées entre elles. D'où il
jugea que les Cieux tournant encore plus
rapidement que la roue du Potier , la difference des naissances des deux Jumeaux
devoit être encore plus grande , à cause
du grand cercle que décrivent les Astres
dans les Cieux. C'est de- là que ce Nigidius acquit le surnom de Figulus , ou
Potier. Et de-là on peut conclure que les
Astronomes ne peuvent même considerer la position dos Astres , qui passent si
vîte.
Prenons le systême et le plan d'un sçavant Allemand nommé Mathieu Sluter ,
Jurisconsulte et Syndic de la Ville de
Hambourg. Il croyoit pouvoir prédire les
divers changemens de l'Air , l'humidité
la
JUILLET. 1732. 1561
la secheresse , la serenité , les pluyes , les
orages. La conjonction on l'aspect des
Planettes fait qu'elles se chargent l'une
l'autre de leurs influences particulieres.
Ces influences ou ces corpuscules mêlez
ensemble dans notre Atmosphere , y exeitent les vents et les pluyes , ou rétablissent la serenité. Mais pour prédire
tout cela , il faut avoir une suite d'Observations uniformes et constantes de
tous les chingemens qui sont arrivez
dans l'air aux temps de ces conjonctions.
De là on tírera des axiomes et des regles
sur lesquelles on fondera une Théorie.
Cet Auteur a déja donné une suite de ses
Observations , qui commence au 3. Février 1701. et finit au 3. Avril suivant.
M. Cok , Anglois , avoit donné avant lui
cette idée dans ses Axiomes Metecrolo
giques.
Je doute , M. qu'on puisse jamais faire
de ces Observations constantes et uniformes. Les Signes Celestes qui se levent en
certaines saisons , ne sont appellez Signes
que parce qu'ils se levent en certaines saisons où ordinairement l'air change de
temperature. Ils ne sont donc pas cause,
mais simplement Signes.
Dailleurs quelles difficultez à faire descendre les corpuscules des Planettes dans
E iij notre
1562 MERCURE DE FRANCE
notre Atmosphere ? Pour le moins autant
qu'à faire monter les exhalaisons de la
Terre jusques dans l'Atmosphere de Jupiter et de Saturne , dont la Terre est
prodigieusement éloignée. Comment faire sortir de l'Atmosphere de Saturne les
Corpuscules qui s'en exhalent? S'ils en sor
tent , ne seront-ils pas emportez par la
rapidité du tourbillon de cette grande
Planete ? Ne seront- ils pas dispersez dans
la vaste étendue des Cieux , où ils rencontreront encore d'autres Planettes et
d'autres tourbillons ? et quelle petite
quantité en arrivera sur la Terre ? Mais
encore ce systême, quelque fondé qu'il fût,
n'entrevoit pour rien dans la destinée des
hommes, ou s'il y entroit, ce ne seroit que
comme la nature des divers climats qui
font les hommes d'un temperament ,
plutôt que d'un autre ; et encore ce temperament seroit- il changé par l'éducation
et par la Religion, par la nourriture et la
qualité de l'air. Le Pays de la Beotie , gras
et fertile , ne produisoit point des hommes du genie des Athéniens qui habitoient
un Pays aride. Les Egyptiens dans un Pays
que les eaux seules du Nil rendoient fertile , ont été les premiers inventeurs des
Arts.
J'ai cité plus haut ce celebre Phavorin ,
JUILLET. 1732 1563
rin, un des Favoris de l'Empereur Adrien.
Il avoit fait une Dissertation contre ceux
qu'on appelle Caldéens, qui promettent de
prédire le sort et la destinée des hommes,
par l'inspection des Astres par les conjonctions et le mouvement des Planetes
et des Etoiles , nous avons un abregé de
cette Dissertation dans les Nuits Attiques
d'Aulugelle. L. XIV. Cap. I. L'Auteur dit ces Devins exercent que
leur Art pour de l'argent et pour vivre ;
que leur erreur vient de ce qu'ils ont vû
plusieurs corps terrestres dépendre du
mouvement des Astres , comme la Mer
qui est gouvernée par la Lune. De- la ils
ont conclu que les autres corps étoient
gouvernez par les Planetes et les Etoiles.
Si les hommes , ajoûte-t'il , pouvoient
prédire l'avenir , ils auroient la science
des Dieux ; mais pour en venir aux raisons qui rendent incertaine la science de
l'Astrologie.
1°. Il dit que les Observations de ces
Caldéens ne pouvoient avoir un effet general , parce qu'elles ne pouvoient être
appliquées qu'aux lieux où elles avoient
été faites , et où les Astres confluoient ;
car les Astres ne paroissent pas par tout
dans la même position. S'ils font pleuvoir dans un endroit , ils font le temps
E iiij serein
1564 MERCURE DE FRANCE
serein dans l'autre ; ainsi leurs effets seront differens pour les Caldéens , pour
les Getules , pour les Habitans du Danube et pour ceux du Nil. Il est impossible , ajoûte l'Auteur , que dans une si
grande courbure du Ciel et dans cette
immense profondeur des Cieux étendus
P'un sur l'autre , les Astres soient ou paroissent dans la même conjonction ou situation à l'égard de tous les Peuples de la
Terre , et que leurs influences soient toujours uniformes et toûjours les mêmes.
2º. Si les Caldéens ont observé les effets des Etoiles visibles , combien y en
a- t'il qu'ils n'ont pas vûës, et qui peuvent
être en conjonction avec les visibles ? Si
Phavorin avoit connu les Satellites de
Jupiter et de Saturne , que n'auroit- il
pas dit?
3. Ils ont observé les évenemens arrivez sous certaines conjonctions , et delà ils ont assuré que les mêmes arriveroient sous les mêmes conjonctions. Mais
peut- on faire beaucoup d'observations
sous des conjonctions qui n'arrivent que
dans cent ans , que dans mille ans ? At'on vû des Livres qui nous ayent con..
servé ces Observations anciennes?
4°. Comment peuvent- ils dire qu'il y
a des conjonctions qui président à la
conception
JUILLET. 1732. 1565
conception , à la naissance dix mois après,
à la fortune, aux nôces, à la fécondité
des Epoux ? Les Astres passent trop vîte
et les mêmes ne peuvent faire tout cela.
5. Les Astres pourroient-ils produire
les évenemens qui viennent des causes
exterieures ? Comment causeroient- ils les
nouveaux projets , les jugemens, les désirs , les amours , les inimitiez , les railleries , les doutes ? Ce seroit faire agir les
hommes comme les bêtes , qui ne font rien par leur propre arbitre , et les hommes ont leur propre arbitre , qui ne seroit rien s'il dépendoit de la force des
Astres.
6°. S'ils peuvent prédire, ces Caldéens,
la victoire à Pyrrhus ou à Marius- Curius,
pourquoi ne peuvent-ils pas promettre à
un tel qu'il gagnera au jeu ? Les Astres
ne marquent- ils que de grandes choses ,
et celles-cy sont- elles si petites qu'elles
en soient imperceptibles dans les Astres ?
Mais est-il rien de si petit que le mo
ment auquel l'homme en naissant reçoit
sa destinée ? Cependant cecte petite chose
est marquée dans les Asetes ; et après tout,
les deux Jumeaux conçus en un insant ,
ne sont-ils differens sur leur fortune
dans leurs accions et dans leur mort?
pas
79. Comment accorder ces differens
E v
Astres
1566 MERCURE DE FRANCE
Astres , qui ayant fait naître tant de personnes differentes par leur âge , leur nation , leur condition , les font périr dans
un tremblement de terre , dans la chute
d'une maison , dans une Bataille , dans
un nauffrage ?
8°. Mais les animaux sont- ils aussi sujers aux Astres , comme les hommes ? Je
finirai par où j'ai commencé , et je dirai
avec le Poëte Pacovius :
Nam si qui qua ventura sunt pravideant ,
Equiparant Jovi.
Et je dirai encore avec Accius :
Nihil vides Auguribus qui aures verbi divitant ,
Alienas , suas ut locupletent domos,
Phavorin exhorte les jeunes gens de
ne se fier point aux Astrologues. Si vous
craignez , dit-il , les maux qu'ils vous
prédisent , vous devenez miserables par
cette crainte. Si vous attendez long- tems
les biens qu'ils vous promettent , vous
devenez encore miserables , lorsque vous
appercevez que vous êtes trompez. Ajoûtons à toutes ces raisons , que Dieu n'a
point tracé la conduite du genre humain
dans les Astres , et qu'il ne se repose pas
sur eux du soin qu'il a pour les hommes.
Sa sagesse ,sa bonté et sa justice , condui
sent
JUILLET 1732. 1567
sent tout, et c'est là sa Providence.Qu'estil besoin après cela d'aller dresser des
machines dans les Cieux pour faire naître et mourir des hommes d'une maniere
differente ? et encore de placer ces machines dans des lieux si élevez , pour
n'être vûës que des Astrologues , et avec
des Telescopes ?
Je vous laisse , Monsieur , avec les refléxions que vous pouvez faire en Théologien , ou avec celles que nous a données M. Bayle , dans son Ouvrage sur
les Cometes ; je vous ai assez fait voir
mes sentimens sur cette matiere. Je sou- haite que vous connoissiez ceux que j'ai
pour vous. Je suis , &c.
A Paris le 4. Janvier 1732.
Fermer
Résumé : LETTRE sur l'Astrologie Judiciaire, et les Horoscopes, écrite par M. Cipiere, à M. l'Abbé B......
La lettre de M. Cipiere à l'Abbé B... aborde la question de l'astrologie judiciaire et des horoscopes. L'auteur commence par mentionner Guillaume Desbordes, un gentilhomme et mathématicien de Bordeaux, qui a traduit la 'Sphère' de Jean de Sacrobosco et a écrit une préface en défense de l'astrologie judiciaire. Desbordes soutient que l'astrologie peut être compatible avec la religion, citant des auteurs anciens comme Platon et Aristote. Il reconnaît que Dieu et les miracles peuvent intervenir dans les destinées humaines, comme dans les cas de Moïse et de saint Pierre. Desbordes attribue aux corps célestes des influences sur les tempéraments et les passions humaines, tout en soulignant que l'éducation et le libre arbitre peuvent modifier ces influences. Il cite des exemples de prédictions astrologiques, comme celles faites pour Auguste et pour des empereurs romains. La lettre mentionne également des critiques de l'astrologie par des savants comme Cicéron et des Pères de l'Église, qui ont condamné les pratiques astrologiques. Saint Augustin, par exemple, a contesté la validité des horoscopes en se basant sur des observations de jumeaux. L'auteur évoque ensuite le système de Mathieu Sluter, un juriste allemand, qui croyait pouvoir prédire les changements climatiques en observant les conjonctions planétaires. Cependant, il exprime des doutes sur la possibilité de faire des observations constantes et uniformes. Enfin, la lettre cite Phavorin, un favori de l'empereur Adrien, qui a critiqué les 'Caldéens' pour leur erreur de croire que les corps terrestres dépendent du mouvement des astres. Phavorin souligne les difficultés pratiques et théoriques de l'astrologie, comme la variabilité des positions des astres selon les lieux et les époques. Le texte discute également de la validité de l'astrologie et de la prédestination, posant des questions critiques sur la capacité des astrologues à prédire des événements. Il mentionne la variabilité des destins des jumeaux et la diversité des morts humaines, qu'elles soient dues à des catastrophes naturelles ou à des conflits. Il aborde aussi la question de savoir si les animaux sont soumis aux astres de la même manière que les hommes. Le texte cite des poètes pour renforcer son argumentation contre l'astrologie. Il conclut en affirmant que Dieu ne délègue pas la conduite des hommes aux astres, mais la dirige par sa sagesse, sa bonté et sa justice. L'auteur exprime son souhait que le destinataire réfléchisse à ces questions et mentionne les réflexions de M. Bayle sur les comètes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2425
p. 92-112
DISCOURS DE Mr MAGNIN A MESSIEURS DE L'ACADEMIE ROYALE D'ARLES.
Début :
Messieurs de l'Académie Royale d'Arles ont fait depuis / Messieurs, Comme c'est le prix & le merite [...]
Mots clefs :
Mérite, Académie royale d'Arles, Sciences, Ouvrages, Honneur, Savants, Vertu, Moeurs, Religion, Hérésie, Ignorance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS DE Mr MAGNIN A MESSIEURS DE L'ACADEMIE ROYALE D'ARLES.
Meffieurs de l'Académie
Royale d'Arles ont fait depuis
peu une une acquifition tresconfidérable
, en recevant
M ' Magnin dans leur Corps .
Son mérite vous eft connu
par tant d'Ouvrages que je .
vous ay envoyez de luy, qu'il
me feroit inutile de vous en
parler. Voicy le Remerci
ment qu'il leur a fait.
GALANT. 93
SSSS SSS2 Ssess 522
DISCOURS
DE M MAGNINI
A MESSIEURS
Ꭰ Ꭼ .
L'ACADEMIE ROYALE
M
D'ARLE S...
ESSIEURS,
Comme c'est le prix & le merite
des graces , qui regle la mefure&
le degré de la reconnoiffance
, celle
que je dois avoir de
l'honneur que vous m'avez fait,
م ت
94 MERCURE
en m'accordant une place parmy.
Vous , ne sçauroit avoir , ny plus
defenfibilité, ny plus d'étendue;
mais fi c'est auffi par ce mefme
prix qu'on doit juger de la diffi
culté qu'il y a d'en faire un jufte
Remerciment , vous vous perfuaderezfans
peine , que je n'ayrien
entrepris de ma vie de fi difficile à
bien executer, que celuy que j'ofe
& que je dois vous faire aujourd'huy
. Le Titre glorieux d'Academicien
Royal , étonne mes idées
au lieu d'élever mon efprit , &
me met dans un jour dont la furprife
m'éblouit , au lieu de m'éclairer.
GALANT.
9 ནྡ
di-
Vous le fçavez par vous - mefmes
, Meffieurs , vous le fçavez;
ilfuppofe un meriteſolide &
fingué , un génie heureux , une
fçavante fine politeſſe ,
mille autres talens que je reconnois
, que je revere , & que tout
le monde admire en chacun de
vous .
Comment pourrois- je donc ,
quand je ne fens & ne puis fairs
remarquer aucun de ces avanta
ges en moy , me perfuader que
jauray celuy de foutenir dignement
un Titre dont on doit avoir
une idée fi noble & fi élevée ?
Que je ferois heureux , Mef
96 MERCURE
fieurs , que je ferois heureux , fi
dans une occafion fi effencielle à
mon devoir, à ma reputation,
je pouvois de bonne foy & fans
Supercherie , me dispenfer de vous
faire un aveu fi propre
propre à vous
donner un jufte repentir du choix
que vous venez de faire ! Que
je ferois heureux encore unefois
fije pouvois me flater un moment
que cette déclaration ſi honteuse
& fi fincere toutefois , paſſera
pour une de ces figures ingenieufes
qui fervent à faire valoir le
merite à force de le defavoüer ,
& quirehauffent la réputation de
l'esprit par celle de la modeftie!
Mais
GALANT.
97
Mais quand je confidere à
quoy je suis engagé par le Titre
d'Académicien Royal dans cette
premiere action ; quand je meſu
re mes pensées & mes expreſſions
à la hauteur des merveilles que
j'entrevois , & qui devroient entrer
dans monfujet, fi j'avois l'adreffe
de les ranger , je ſens bien
que je n'auray dit que trop vray,
que le prétexte de l'Art , &
de la Figure ne fera rien à mon
avantage.
Diſpenſez-moy donc , Meffieurs
, difpenfez-moy de la néceffité
que le Titre que vous m'avezfait
l'honneurde me donner,
Fevrier
1685. I
98 MERCURE
femble m'impofer , de repafferfur
tant de beaux traits , qui rehauf
fent le merite & la gloire de
l'Academie Royale , dans mille
circonftances toutes plus avanta
geuſes l'une que l'autre , & qui
la ménent à l'immortalité , par la
mefme route & par le mefme
l'Academie Françoiſe
voeu que
qui la reconnoît
pour fa Fille
atnée
, eft depuis
fi long- temps
en
droit d'y afpirer
. Qu'ajouterois
-je
à tout ce que ceux qui m'ont
de
vancé
, vous
ont dit de riche
, de
fçavant
& de poly ,fur la dignité
du Titre
Royal
que vous
portez
?
Nefçait- on pas que fi les Noms
GALANT. 99
que le Créateur voulut impofer à
fes Ouvrages , exprimoient les
qualitez la nature des chofes
nommées , Louis LE GRAND
dont la conduite eft une Image fi
wifible de la Sageffe du Tout-
Puiffant , n'a donné le furnom de
Royale à l'Academie d'Arles,
que pour exprimer par ce beau
Titre l'excellence des foins , aufquels
il l'a deftinée , &parce
la Gloire & les Merveilles
de for Regne le plus floriffant
le plus augufte qui fut jamais
, devoient eftre l'objet de fes
veilles , de fes études , & de fes
ouvrages?
que
$21
I ij
Too MERCURE
Certes , ce grand Roy qui con
noift fi diftinctement , & ce qui a
manqué aux Regnesprécedens,
ce qui peut fervir à la gloire du
fien , apres avoir par des Con
questes qui ont étonné l'Univers
par la force invincible de leur rapidité,
étendu & affure fes Fron
tieres , a bien jugé que le repose
le bon-heur de fes Etats & de
fes Sujets , dépendoit de l'établiſfement
des Sciences , & de la
Culture des beaux Arts , & remontant
par l'esprit de cette Sa
geffe , qui voit & penetre tout
dans unfi bel ordre , juſques à la
fource de l'Herefie , dont l'extir
GALANT. IOI
n'a
pation fait le plus cher, le plus
conftant, & le plus affidu de tous
fesfoins , il s'eft bien aperceu que
cette Cangréne fi maligne dans
fon origine , & fifunefte dansfon
progrez, ne s'eft introduite
pris racine dans fes Etats , qu'à la
faveur de l'ignorance , & pour
combatre un malfidangereux &*
fi opiniâtre par un reméde conve
nable , il ménage , il foûtient , it
protége les Sciences par des établiffemens
commodes ,
beralitez genereuſes & néceſſaires
, & les a mifes , enfin en état
de triompher par tout des piéges
des fuites de l'erreur & du
des li-
I iij
102 MERCURE
"
menfonge & de faire comprendre
à tout ce qui n'a pas abandonné
le party de la raison & du
bon fens , que celuy de l'Herefie
n'a plus que l'obstination pour
toute défenſe.
Apres que les Sciences auront
fecondé les pieufes intentions de
Louis LE GRAND , en
foutenant les Droits Sacrez de la
Religion & de l'Eglife ,qui n'aja
mais eu , n'aura jamais de plus.
ferme appuy que fon Fils aîné,
ellesferviront encore avantageufement
au deffein qu'il a d'infpirer
à tous fes Sujets , l'amour &
la pratique des vertus morales,
GALANT. 103
& des moeurs honneftes . Elles
forment le coeur en éclairant l'efprit.
La lumiere du Soleil dans
l'ordre naturel précede la cha
leur, & les connoiffances doivent
difpofer l'ame à l'amour , & à la
poursuite du bien; c'eft pourquoy
Dieu qui en est la fource immenfe
, ne sçauroit eftre fouveraine
ment aimé , comme parle faint
Denis , qu'il ne foit parfaitement
aimé.
Que vous concevez bien ,
Meffeurs , le merite , la grandeur
& l'excellence de vos foins,
& de vos applications , & dans
leur principe , dans leur objet !
د ن ن ز
I
104 MERCURE
"
Vous n'étes pas à la Cour & fous
la vue augufte & Royale de
LOUIS LE GRAND , mais Louis
vous ne laiffez pas de reffentir les
effets glorieux de fes foins & de
fafageffe. Le Soleil produit les
plus riches Metaux, au delà de la
portée de fes rayons , fes vertus
s'infinüent où fa lumiere ne penetre
pas ; ce Monarque Augufte
, le Soleil non feulement de
fes Etats , mais de plufieurs Mondes
s'il y en avoit , fait fentir les
influences de fa fageffe par tout.
Elle eft immenfe dans fes foins ,
dansfes operations , comme fa
puiffance eft invincible dans fes
entrepriſes.
GALANT. 105
ques
Il fçait que les Sciences font
dans Arles comme dans leur centre,
qu'elles yfont naturalifées depuis
plufieurs Siécles . Les Obelifles
Arénes , les Amphitéatres
, & tant d'autres Antiquitez
dont elle mõtre encore aujourd'huy
les magnifiques monumens , font
affez connoistre de quelle confideration
elle a efté dans tous les
tems . Qui voudroit remonterjufques
aux plus anciens & moins
connus , découvriroit fans doute
que la politeffe y régnoit , avant
mefme que les Romains y euffent
élevé tant de marques , de la
magnificence de leur Empire ,
106 MERCURE
de l'eftime qu'ils faifoient de fon
Sejour; qu'aparemment la Co
lonie des Grecs qui vint aborder à
Marſeille , & qui vint àpropos
pour polir les moeurs des premiers
Gaulois , eut fes premiers établiffemens
dans la Ville d' Arles ; &
LOUIS LE GRAND qui recherche
jufques à la fource les femences
des beaux Arts, n'y afans
doute étably l' Academie Royale ,
que parce qu'il a jugé que
dans un
air , où les Sciences font en commerce
depuis fi long- temps , elles
ne manqueroient pas de faire un
progrés éclatant , & digne de la
glaire de fon Regne.
GALANT. 107
Jouiffez, Meffieurs , jouiſſez
des beaux jours qu'enfantent aux
deffeins de vos veilles , des aufpices
fi heureux , fi conftans & fi
magnifiques. Vous vivez , graces
auxfoins & à la faveur du
plusparfait des Roys ; vous vivez
d'une vie glorieufe & fpirituelle,
dont unfeuljour vaut mieux que
les plus longues années de l'ignorance.
Vous aprenez au Monde
tout ce qu'il y a de plus curieux à
fçavoir , des moeurs , de la Police
de la Religion des Anciens.
Vous tirez des ruines qui vous
environnent , mille monumens
d'antiquité, propres àfaire admi108
MERCURE
que
rer la penetration fçavante de
vos recherches. Que n'avez- vous
pas dit de curieux , fur la verité
de cette belle & fameufe Statue
Diane & Venus ont difpu.
tée fi long- temps , & d'une mamiere
fi fine & fi fpirituelle , &
qui enfin fous le nom de Venus,
doit eftre placée avec tant d'autres
, qui font venuës de tous les
endroits du Monde , pour rendre
hommage à Louis Le Grand,
dans la Galerie de Verfailles ?
Vivez , Meffieurs , vivez heureux
dans le noble foin qui vous
occupe. Vousfervez aux deffeins
d'un Monarque qui vient renouGALANT.
10g
veler la face du Monde , &
finir tous ces grands deffeins, que
ceux qui l'ont précedé n'ont fait
qu'ébaucher. Afpirez à la gloire
immortelle qu'il vous propoſe ; rien
ne vous manque pour y arriver.
Vous avez de fa main , & par
fon choix , un Protecteur, illuftre
par fa naiffance , diftingué parfa
faveur , recommandable parfon
merite , qui fçait allier avec tant
d'art & tant d'agrément, la plus
douce , la plus fine , & la plus
fçavante delicateffe des Mufes,
avec la fiere intrepidité de Mars,
en qui l'on voit la belle ame , le
bel efprit , & la grandeur de
110 MERCURE
courage , dans un fi noble & fe
doux accord, que les Sçavans &
les Guerriers peuvent également
y trouver un modéle pour fefor
mer l'esprit & le coeur.
Que je trouverois , tout foible
que je fuis , Meffieurs , que je
trouverois de chofes à repreſenter,
s'il m'étoit permis de m'abandonner
à tout ce qui vient s'offrir à
mes idées , & fi je pouvois ou
blier , que ne pouvant vous donner
des marques d'érudition &
d'efprit , je dois au moins vous
en donner de ma retenuë ! Ge
fera , Meffieurs , en étudiant
me formerfur voftre merite , &
GALANT. III
Jur tant de nobles & avantageufes
qualitez , qui vous diftin.
guent parmy les Sçavans , que je
puis efperer d'aprendre àfurmonter
une partie des defaurs qui me
rendent indigne de l'honneur que
vous m'avezfait , & cette rudeffe
que je fens mieux dans mes
expreffions , que je ne lafçay corriger.
le méditerayfur la beauté
de vos Ouvrages , pour m'inftruire
àpolir les miens ; & comme
ceux qui marchent au Soleil
font colorezfans qu'ils y penfent,
je fortifieray mes connoiffances à
force de ftre éclairépar vos lumie-
Dans la paffion que j'ay
res.
112. MERCURE
toûjours euë, & que j'auray tant
que je vivray , de faire diftinguer
ma voix parmy tant d'autres , qui
chantent & fans ceffe, & fi bien
la gloire , les vertus , les tra
vaux de Louis LE GRAND ,
j'eſſayeray de regler mes tons fur
vos doux accens , d'adoucir mes
Chalumeaux , en étudiant les ac
cordsfçavans de vos Luts ; &ne
pouvant meriter l'honneur de
voftre aprobation par aucune production
d'efprit, jeferayfoigneux
de meriter celuy de vos bonnes graces
, & de vostre eftime , par le
respect & la fincere foumifsion
que j'auray toûjourspour vous.
Royale d'Arles ont fait depuis
peu une une acquifition tresconfidérable
, en recevant
M ' Magnin dans leur Corps .
Son mérite vous eft connu
par tant d'Ouvrages que je .
vous ay envoyez de luy, qu'il
me feroit inutile de vous en
parler. Voicy le Remerci
ment qu'il leur a fait.
GALANT. 93
SSSS SSS2 Ssess 522
DISCOURS
DE M MAGNINI
A MESSIEURS
Ꭰ Ꭼ .
L'ACADEMIE ROYALE
M
D'ARLE S...
ESSIEURS,
Comme c'est le prix & le merite
des graces , qui regle la mefure&
le degré de la reconnoiffance
, celle
que je dois avoir de
l'honneur que vous m'avez fait,
م ت
94 MERCURE
en m'accordant une place parmy.
Vous , ne sçauroit avoir , ny plus
defenfibilité, ny plus d'étendue;
mais fi c'est auffi par ce mefme
prix qu'on doit juger de la diffi
culté qu'il y a d'en faire un jufte
Remerciment , vous vous perfuaderezfans
peine , que je n'ayrien
entrepris de ma vie de fi difficile à
bien executer, que celuy que j'ofe
& que je dois vous faire aujourd'huy
. Le Titre glorieux d'Academicien
Royal , étonne mes idées
au lieu d'élever mon efprit , &
me met dans un jour dont la furprife
m'éblouit , au lieu de m'éclairer.
GALANT.
9 ནྡ
di-
Vous le fçavez par vous - mefmes
, Meffieurs , vous le fçavez;
ilfuppofe un meriteſolide &
fingué , un génie heureux , une
fçavante fine politeſſe ,
mille autres talens que je reconnois
, que je revere , & que tout
le monde admire en chacun de
vous .
Comment pourrois- je donc ,
quand je ne fens & ne puis fairs
remarquer aucun de ces avanta
ges en moy , me perfuader que
jauray celuy de foutenir dignement
un Titre dont on doit avoir
une idée fi noble & fi élevée ?
Que je ferois heureux , Mef
96 MERCURE
fieurs , que je ferois heureux , fi
dans une occafion fi effencielle à
mon devoir, à ma reputation,
je pouvois de bonne foy & fans
Supercherie , me dispenfer de vous
faire un aveu fi propre
propre à vous
donner un jufte repentir du choix
que vous venez de faire ! Que
je ferois heureux encore unefois
fije pouvois me flater un moment
que cette déclaration ſi honteuse
& fi fincere toutefois , paſſera
pour une de ces figures ingenieufes
qui fervent à faire valoir le
merite à force de le defavoüer ,
& quirehauffent la réputation de
l'esprit par celle de la modeftie!
Mais
GALANT.
97
Mais quand je confidere à
quoy je suis engagé par le Titre
d'Académicien Royal dans cette
premiere action ; quand je meſu
re mes pensées & mes expreſſions
à la hauteur des merveilles que
j'entrevois , & qui devroient entrer
dans monfujet, fi j'avois l'adreffe
de les ranger , je ſens bien
que je n'auray dit que trop vray,
que le prétexte de l'Art , &
de la Figure ne fera rien à mon
avantage.
Diſpenſez-moy donc , Meffieurs
, difpenfez-moy de la néceffité
que le Titre que vous m'avezfait
l'honneurde me donner,
Fevrier
1685. I
98 MERCURE
femble m'impofer , de repafferfur
tant de beaux traits , qui rehauf
fent le merite & la gloire de
l'Academie Royale , dans mille
circonftances toutes plus avanta
geuſes l'une que l'autre , & qui
la ménent à l'immortalité , par la
mefme route & par le mefme
l'Academie Françoiſe
voeu que
qui la reconnoît
pour fa Fille
atnée
, eft depuis
fi long- temps
en
droit d'y afpirer
. Qu'ajouterois
-je
à tout ce que ceux qui m'ont
de
vancé
, vous
ont dit de riche
, de
fçavant
& de poly ,fur la dignité
du Titre
Royal
que vous
portez
?
Nefçait- on pas que fi les Noms
GALANT. 99
que le Créateur voulut impofer à
fes Ouvrages , exprimoient les
qualitez la nature des chofes
nommées , Louis LE GRAND
dont la conduite eft une Image fi
wifible de la Sageffe du Tout-
Puiffant , n'a donné le furnom de
Royale à l'Academie d'Arles,
que pour exprimer par ce beau
Titre l'excellence des foins , aufquels
il l'a deftinée , &parce
la Gloire & les Merveilles
de for Regne le plus floriffant
le plus augufte qui fut jamais
, devoient eftre l'objet de fes
veilles , de fes études , & de fes
ouvrages?
que
$21
I ij
Too MERCURE
Certes , ce grand Roy qui con
noift fi diftinctement , & ce qui a
manqué aux Regnesprécedens,
ce qui peut fervir à la gloire du
fien , apres avoir par des Con
questes qui ont étonné l'Univers
par la force invincible de leur rapidité,
étendu & affure fes Fron
tieres , a bien jugé que le repose
le bon-heur de fes Etats & de
fes Sujets , dépendoit de l'établiſfement
des Sciences , & de la
Culture des beaux Arts , & remontant
par l'esprit de cette Sa
geffe , qui voit & penetre tout
dans unfi bel ordre , juſques à la
fource de l'Herefie , dont l'extir
GALANT. IOI
n'a
pation fait le plus cher, le plus
conftant, & le plus affidu de tous
fesfoins , il s'eft bien aperceu que
cette Cangréne fi maligne dans
fon origine , & fifunefte dansfon
progrez, ne s'eft introduite
pris racine dans fes Etats , qu'à la
faveur de l'ignorance , & pour
combatre un malfidangereux &*
fi opiniâtre par un reméde conve
nable , il ménage , il foûtient , it
protége les Sciences par des établiffemens
commodes ,
beralitez genereuſes & néceſſaires
, & les a mifes , enfin en état
de triompher par tout des piéges
des fuites de l'erreur & du
des li-
I iij
102 MERCURE
"
menfonge & de faire comprendre
à tout ce qui n'a pas abandonné
le party de la raison & du
bon fens , que celuy de l'Herefie
n'a plus que l'obstination pour
toute défenſe.
Apres que les Sciences auront
fecondé les pieufes intentions de
Louis LE GRAND , en
foutenant les Droits Sacrez de la
Religion & de l'Eglife ,qui n'aja
mais eu , n'aura jamais de plus.
ferme appuy que fon Fils aîné,
ellesferviront encore avantageufement
au deffein qu'il a d'infpirer
à tous fes Sujets , l'amour &
la pratique des vertus morales,
GALANT. 103
& des moeurs honneftes . Elles
forment le coeur en éclairant l'efprit.
La lumiere du Soleil dans
l'ordre naturel précede la cha
leur, & les connoiffances doivent
difpofer l'ame à l'amour , & à la
poursuite du bien; c'eft pourquoy
Dieu qui en est la fource immenfe
, ne sçauroit eftre fouveraine
ment aimé , comme parle faint
Denis , qu'il ne foit parfaitement
aimé.
Que vous concevez bien ,
Meffeurs , le merite , la grandeur
& l'excellence de vos foins,
& de vos applications , & dans
leur principe , dans leur objet !
د ن ن ز
I
104 MERCURE
"
Vous n'étes pas à la Cour & fous
la vue augufte & Royale de
LOUIS LE GRAND , mais Louis
vous ne laiffez pas de reffentir les
effets glorieux de fes foins & de
fafageffe. Le Soleil produit les
plus riches Metaux, au delà de la
portée de fes rayons , fes vertus
s'infinüent où fa lumiere ne penetre
pas ; ce Monarque Augufte
, le Soleil non feulement de
fes Etats , mais de plufieurs Mondes
s'il y en avoit , fait fentir les
influences de fa fageffe par tout.
Elle eft immenfe dans fes foins ,
dansfes operations , comme fa
puiffance eft invincible dans fes
entrepriſes.
GALANT. 105
ques
Il fçait que les Sciences font
dans Arles comme dans leur centre,
qu'elles yfont naturalifées depuis
plufieurs Siécles . Les Obelifles
Arénes , les Amphitéatres
, & tant d'autres Antiquitez
dont elle mõtre encore aujourd'huy
les magnifiques monumens , font
affez connoistre de quelle confideration
elle a efté dans tous les
tems . Qui voudroit remonterjufques
aux plus anciens & moins
connus , découvriroit fans doute
que la politeffe y régnoit , avant
mefme que les Romains y euffent
élevé tant de marques , de la
magnificence de leur Empire ,
106 MERCURE
de l'eftime qu'ils faifoient de fon
Sejour; qu'aparemment la Co
lonie des Grecs qui vint aborder à
Marſeille , & qui vint àpropos
pour polir les moeurs des premiers
Gaulois , eut fes premiers établiffemens
dans la Ville d' Arles ; &
LOUIS LE GRAND qui recherche
jufques à la fource les femences
des beaux Arts, n'y afans
doute étably l' Academie Royale ,
que parce qu'il a jugé que
dans un
air , où les Sciences font en commerce
depuis fi long- temps , elles
ne manqueroient pas de faire un
progrés éclatant , & digne de la
glaire de fon Regne.
GALANT. 107
Jouiffez, Meffieurs , jouiſſez
des beaux jours qu'enfantent aux
deffeins de vos veilles , des aufpices
fi heureux , fi conftans & fi
magnifiques. Vous vivez , graces
auxfoins & à la faveur du
plusparfait des Roys ; vous vivez
d'une vie glorieufe & fpirituelle,
dont unfeuljour vaut mieux que
les plus longues années de l'ignorance.
Vous aprenez au Monde
tout ce qu'il y a de plus curieux à
fçavoir , des moeurs , de la Police
de la Religion des Anciens.
Vous tirez des ruines qui vous
environnent , mille monumens
d'antiquité, propres àfaire admi108
MERCURE
que
rer la penetration fçavante de
vos recherches. Que n'avez- vous
pas dit de curieux , fur la verité
de cette belle & fameufe Statue
Diane & Venus ont difpu.
tée fi long- temps , & d'une mamiere
fi fine & fi fpirituelle , &
qui enfin fous le nom de Venus,
doit eftre placée avec tant d'autres
, qui font venuës de tous les
endroits du Monde , pour rendre
hommage à Louis Le Grand,
dans la Galerie de Verfailles ?
Vivez , Meffieurs , vivez heureux
dans le noble foin qui vous
occupe. Vousfervez aux deffeins
d'un Monarque qui vient renouGALANT.
10g
veler la face du Monde , &
finir tous ces grands deffeins, que
ceux qui l'ont précedé n'ont fait
qu'ébaucher. Afpirez à la gloire
immortelle qu'il vous propoſe ; rien
ne vous manque pour y arriver.
Vous avez de fa main , & par
fon choix , un Protecteur, illuftre
par fa naiffance , diftingué parfa
faveur , recommandable parfon
merite , qui fçait allier avec tant
d'art & tant d'agrément, la plus
douce , la plus fine , & la plus
fçavante delicateffe des Mufes,
avec la fiere intrepidité de Mars,
en qui l'on voit la belle ame , le
bel efprit , & la grandeur de
110 MERCURE
courage , dans un fi noble & fe
doux accord, que les Sçavans &
les Guerriers peuvent également
y trouver un modéle pour fefor
mer l'esprit & le coeur.
Que je trouverois , tout foible
que je fuis , Meffieurs , que je
trouverois de chofes à repreſenter,
s'il m'étoit permis de m'abandonner
à tout ce qui vient s'offrir à
mes idées , & fi je pouvois ou
blier , que ne pouvant vous donner
des marques d'érudition &
d'efprit , je dois au moins vous
en donner de ma retenuë ! Ge
fera , Meffieurs , en étudiant
me formerfur voftre merite , &
GALANT. III
Jur tant de nobles & avantageufes
qualitez , qui vous diftin.
guent parmy les Sçavans , que je
puis efperer d'aprendre àfurmonter
une partie des defaurs qui me
rendent indigne de l'honneur que
vous m'avezfait , & cette rudeffe
que je fens mieux dans mes
expreffions , que je ne lafçay corriger.
le méditerayfur la beauté
de vos Ouvrages , pour m'inftruire
àpolir les miens ; & comme
ceux qui marchent au Soleil
font colorezfans qu'ils y penfent,
je fortifieray mes connoiffances à
force de ftre éclairépar vos lumie-
Dans la paffion que j'ay
res.
112. MERCURE
toûjours euë, & que j'auray tant
que je vivray , de faire diftinguer
ma voix parmy tant d'autres , qui
chantent & fans ceffe, & fi bien
la gloire , les vertus , les tra
vaux de Louis LE GRAND ,
j'eſſayeray de regler mes tons fur
vos doux accens , d'adoucir mes
Chalumeaux , en étudiant les ac
cordsfçavans de vos Luts ; &ne
pouvant meriter l'honneur de
voftre aprobation par aucune production
d'efprit, jeferayfoigneux
de meriter celuy de vos bonnes graces
, & de vostre eftime , par le
respect & la fincere foumifsion
que j'auray toûjourspour vous.
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Résumé : DISCOURS DE Mr MAGNIN A MESSIEURS DE L'ACADEMIE ROYALE D'ARLES.
M. Magnin adresse un discours de remerciement à l'Académie Royale d'Arles pour son admission. Il exprime son honneur et son humilité face à cette distinction, reconnaissant la difficulté de rendre justice à un tel honneur. Magnin souligne que le titre d'Académicien Royal implique des qualités telles que le mérite solide, le génie et la politesse savante, qu'il admire chez les membres de l'Académie. Il mentionne également la grandeur de Louis le Grand, qui a fondé l'Académie pour promouvoir les sciences et les arts, et pour combattre l'hérésie par l'éducation et la culture. Magnin loue Arles pour son riche passé et ses contributions aux arts et aux sciences. Il conclut en exprimant son désir de s'améliorer et de mériter l'honneur qui lui a été accordé, en étudiant et en admirant les œuvres des membres de l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2426
p. 100-122
Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, [titre d'après la table]
Début :
Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, expliqués en [...]
Mots clefs :
Miracles, Religion, Religion naturelle, Religion chrétienne, Dieu, Christianisme, Nature, Jésus-Christ, Hommes, Lois, Esprits, Foi, Preuve, Faits, Effet, Chrétiens, Caractère, Prodiges, Doctrine, Croire, Témoins, Authenticité, Vérité, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, [titre d'après la table]
Les Principes de la Religion Naturelle &
de la Religion Chrétienne , expliqués en
forme de Catéchifme. A Paris , chez
Berton , rue Saint-Victor ; Crapart ,
rue d'Enfer ; Onfroy , quai des Auguſtins.
Si l'incrédulité prend aujourd'hui toute
forte de formes pour éblouir les efprits
fuperficiels & avides de nouveautés , le
zèle qu'infpire la vraie Religion , n'en
eft aufli que plus actif & plus occupé à
inftruire les fidèles , & à les prémunir
contre la féduction. On voit ce zèle fi
louable , fe fervir tantôt des armes de la
dialectique & de l'érudition , tantôt de
la méthode fimple & claire du catéchifme.
L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons a préféré celle des interlocutions
, qui n'eft pas tout-à-fait fi
MARS. 1778 . 101
uniforme , & qui eft d'un autre côté moins
variée que le ton ordinaire du dialogue.
Il a cru devoir prendre ce jufte milieu ,
afin d'éviter l'ennui de la monotonie , &
de mettre par ce moyen dans la marche
du difcours , le plus de fimplicité qu'il
eft poffible. Il a voulu fe proportionner
aux perfonnes les moins inftruites , en
employant le ftyle familier , & fouvent
même populaire.
Comme on rencontre dans les états
même les plus obfcurs , des hommes
préparés à la féduction par leur ignorance
groffière , c'eft pour les Apologiftes
de la Religion Chrétienne un devoir
important de fe faire tout à tous ,
& de choisir de préférence le de
genre
preuves qui convient le mieux aux efprits
les moins pénétrans. Tel eft le but que
s'eft propofé l'Auteur des principes de la
Religion Naturelle , & de la foi chrétienne.
Il a fu rendre fenfibles & familières
, les preuves les plus fortes de
l'existence de Dieu , de la diftinction du
bien & du mal moral , & de la certitude
des vérités renfermées dans les livres de
l'ancien & du nouveau Teftament, Rien
n'eft plus convaincant que ce que cet
Auteur dit , par exemple , fur l'excellence
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
des vertus que le Chriftianiſme a produit
dans les fociétés politiques , & fur la
preuve fondamentale des miracles , &
F'obligation de croire à ceux que l'Inftituteur
adorable de la Religion Chrétienne
, & fes difciples , ont opéré , &
qui ont été atteftés par une multitude de
témoins , fans lefquels on n'auroit jamais
admis , comme authentique , l'Hiftoire.
qui repréfente ces miracles comme des
faits publics. Un Néophite , qui aura
faifi les raifonnemens fimples , claits &
même populaires du nouveau Catéchifte
fur ces deux objets principaux , excellence
de la morale chrétienne force
victorieufe de la preuve des miracles
, un tel Néophite ne fauroit être
ébranlé par les fophifmes de plufieurs
Écrivains modernes. Les lumières qu'il
aura puifées dans l'Ouvrage que nous
annonçons , doivent fuffire pour le prémunir
encore contre les raifonnemens
fpécieux de l'Auteur anonyme qui traite
du fort des Empires dans les différentes
époques . Cet Écrivain, également verfé
dans l'étude de l'Hiftoire , de la Philofophie
, de la Politique , examine , dans
fon Traité rempli d'excellentes vues patriotiques,
fi les hommes font plus heureux
de nos jours , qu'ils ne l'ont été
MARS. 1778. 103
S
dans les fiècles paffés , & indique en
même- tems les moyens d'améliorer le
fort des Empires . Il a cru que la difcuffion
de cette matière fi intéreffante
l'obligeoit à examiner auffi tout ce qui
a rapport à l'établiffement du Chriftianifme
, à fes effets , à fon influence fur
le bonheur des Peuples . Nous ne croyons
pas , comme cet Auteur le fait entendre
, que cette Religion fi admirable
par fa morale & par les vertus fociales.
qu'elle infpire , confidérée même du côté
politique , ait fouvent été contraire, par
plufieurs de fes inftitutions, à la profpérité
des Empires . Nous croyons au contraire
que rien n'eft plus propre à cimenter
, dans un Etat , la félicité publique
, que le Chriftianifme confidéré
dans fa pureté. Que faut-il en effet pour
améliorer les Gouvernemens , & rendre
également heureux les Souverains & les
Sujets ? Il faut que l'autorité foit refpectée
, que l'on obéiffe aux Loix , &
que cette heureufe harmonie foit partout
obfervée , non par la crainte des
homines , qui n'eft qu'une toile d'arraignée
, fuivant l'expreffion d'un Sage
de l'Antiquité ; mais par amour pour le
Législateur fuprême , &- par obéiffance
à fa Loi. Le Chriftianifme élève au
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
)
rang des premiers devoirs de la confcience
, la néceffité de maintenir l'ordre
public par de fages Loix ; la foumiffion
parfaite à ces mêmes Loix ; donne à l'autorité
fouveraine , un caractère facré &
inviolable , réprime les horreurs du defpotifme
, érige en Loix un grand nombre
de vertus fociales , infpire un attachement
tendre & zélé pour les intérêts du
Corps dont nous faifons partie , unit.
les efprits & les coeurs , rapproche
toutes les Nations par la feule Loi de
la charité , & nous délivre des erreurs
fuperftitieufes , & de toutes celles qui
font contraires à la profpérité des Empires
; en un mot , elle nous fait refpecter
les droits de l'humanité , & nous
apprend qu'on ne peut attenter à la liberté
que les hommes tiennent de la
Nature & des Loix , qu'en outrageant
le divin Législateur , qui eft leur bienfaiteur
& leur père. C'est ainsi que cette
Religion, dont le joug eft doux , & le
fardeau léger , formant le caractère national
, fait fentir fon aimable influence
dans toutes les parties de l'adminiſtra
tion d'un Etat pour en tempérer la rigeur
, & pour en affermir la conſtitution.
« Chofe admirable , s'écrie MonMAR
S. 1778. 105
tefquieu : la Religion Chrétienne qui
» ne femble avoir d'objet que la félicité
» de l'autre vie , fait encore notre bon-
» heur dans celle - ci.... Nous devons au
» Chriftianifme , ajoute-t il , un certain
droit politique , & dans la guerre un
» certain droit des gens , que la nature
» humaine ne fauroit affez reconnoître ...
» C'est la Religion Chrétienne qui ,
ود
malgré la grandeur de l'Empire & le
» vice du climat , a empêché le defpo-
» tifme de s'établir en Ethiopie , & a
ود
porté au milieu de l'Afrique , les
» Moeurs de l'Europe & fes Loix.... Nos
» Gouvernemens modernes , dit M.
Rouffeau dans fon Emile , doivent
incontestablement au Chriftianifme
» leur plus folide autorité , & leurs ré-
» volutions moins fréquentes ; il les a
» rendus eux- mêmes moins fanguinaires :
» cela fe prouve par le fait , en les comparant
aux Gouvernemens anciens » .
Il feroit très-aifé de prouver , fans
employer la profonde érudition & les
charmes du ftyle de l'Auteur anonyme ,
que le Chriftianifme , quand on en fépare
les abus que les hommes mêlent
aux chofes les plus excellentes , ne peut
produire dans les Sociétés que d'heureux
E
106 MERCURE DE FRANCE .
J
effets , puifque fa première loi à laquelle
toutes les autres font fubordonnées , eft la
loi de charité. Et qu'eft-ce , en effet
qu'une Société gouvernée par ce fentiment
? C'est une famille de frères &
d'amis , fous l'autorité d'un père commun
, qui aime & qui veut être aimé..
C'est ce même fentiment qui doit unir
auffi les Nations entre elles ; car, ce qu'eft
un homme à l'égard d'un autre homme ,
un Peuple l'eft à l'égard d'un autre Peuple.
» Il en doit être de la Religion , dit le
» célèbre Bacon , comme de la Nature :
» tous les refforts doivent tendre par
"
ود
ود
ود
préférence au bien commun : or il ne
» s'eft trouvé dans aucun fiècle , ni
fyftême de Philofophie , ni fecte de
Religion , ni corps de Jurifprudence ,
ni corps Politique qui ait , autant que
» la Religion Chrétienne , exalté le bien
» de tous , & réduit à fes juftes bornes
» le bien particulier, d'où réfulte évidem-
» ment que c'eft un feul & même Dieu
qui eft P'Auteur des loix de la Nature
» & du Chriftianifme »,
99
Combien d'autres témoignages auffi
favorables pourrions- nous citer les Bolinbroke
, les Maupertuis , les d'Alembert
, qui ont fait les mêmes aveus
MARS. 1778. 107
1
que Montefquieu , Rouffeau & Bacon ,
àl'égard de l'heureufe influence de la ReligionChrétienne
fur les Sociétés politiques.
Ces autorités doivent être impofantes
pour l'Auteur anonyme . Voyons comme
il s'explique fur la preuve victorieufe des
miracles , qui ont fervi à l'établiſſement
du Chriftianifme . « Si la Providence
» avoit voulu, dit- il, (tom I. p . 248) établir
» fon culte fur les miracles , il lui auroit
fuffi d'opérer à Rome une petite partie-
» de ceux dont les Juifs furent les feuls
» témoins ; ou même de donner à ceux-
» là une telle authenticité , qu'il eût été
impoffible de les révoquer en doute ,
» ou de les paffer fous filence , comme
» l'ont fait les deux plus favans Hommes,
Jofeph & Philon » . A cette affertion ,
où l'on cherche à détruire , ou du moins
à affoiblir la preuve fondamentale des
miracles , eft jointe une note fur les
prétendus aveus d'Origène fur les prodiges
, les vertus & la doctrine des Thaumaturges
pour apprécier leurs miracles .
93
"
On établit dans le Catéchifme dont nous
parlons , & on l'a démontré dans une
infinité d'autres , que les miracles qui
ont opéré la converfion du monde en
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
4
tier , avoient eu toute l'authenticité qu'un
efprit jufte , & un coeur droit pouvoient
defirer . Les Apologiftes de la Religion
Chrétienne , ont remarqué que la crédulité
des Peuples & l'illufion ne pouvoient
avoir eu aucune part à la foi qu'on
a ajoutée à ces miracles : les Auteurs qui
les rapportent étoient contemporains , &
plufieurs en parlent comme témoins oculaires
; ils ont été publics , multipliés &
très- bien circonftanciés : de la Judée , où
on les a crus malgré les préventions , le
bruit s'en eft répandu par toute la terre ,
où après avoir paffé par la plus févère
critique , on les a reçus comme indubitables
; la foi qu'on y a donnée s'eft
toujours foutenue fans altération , &
l'on ne peut affigner aucun tems où on
ne les a pas crus véritables .
Seroit-il poffible que la fauffeté eût
été univerfellement adoptée par les Savans
comme par les ignorans ? Auroientils
voulu , les uns & les autres , foumettre
leurs efprits à tant de mystères
impénétrables , & embraffer une Religion
qui prefcrit l'abnégation de foi-
-même , & la mortification des fens , fi
elle n'offroit pas par- tour des preuves
fenfibles de fa divinité ? Si les miracles
MARS. 1778. 109
de Jésus- Chrift euffent été faux , pourquoi
les Juifs ont- ils cherché des explications
pour en éluder la force , les uns
en difant que c'étoit l'opération du Démon
, les autres en recourant à d'autres
Commentaires auffi abfurdes ? Pourquoi
tant de détours , & ne pas tout d'un
coup en montrer la fauffeté ? Si on avoit
pu conteſter les miracles de Jéfus-Chrift,
Celfe & Julien auroient - ils fait tant
pour
-
d'efforts énerver la preuve que les
Chrétiens en tirèrent? Il falloit donc
que les prodiges de Jéfus Chrift fuffent
bien avérés , pour forcer un homme
comme Julien , à faire un aveu dont on
peut tirer des conféquences fi avantageufes
pour la Religion. N'étoit-il pas
plus fimple de les nier , & de défabufer
l'Univers en démafquant l'impoſture ?
Ils ne l'ont pas fait , au contraire , ils en
ont avoué plufieurs ; ainfi l'aveu & la
conduite des ennemis de la Religion
Chrétienne , démontrent évidemment
que l'hiftoire des miracles de Jéfus- Chrift
rapportée par les Évangéliftes , eft conforme
à la vérité.
Le Philofophe Hiftorien qui voudroit
que les miracles , en faveur du Chrif
tianifme , euffent eu plus d'authenticité ,
MERCURE DE FRANCE.
n'a befoin que de lire quelques - uns des
Ouvrages où cette matière eft difcutée ,
pour être perfuadé que les miracles ont
eu toute l'authenticité que l'on pouvoit
exiger ; il verra en lifant l'Histoire ,
que le dernier des fidèles impofoit filence
aux Oracles des Démons , & les forçoit
de déclarer qu'ils étoient des Démons .
Tous les jours les Payens imploroient le
fecours des Chrétiens pour guérir les
poffédés. Il n'étoit point extraordinaire ,
comme le remarque Saint Irenée , de
voir des Églifes fe mettre en prières , &
obtenir la réfurrection d'un Mott. Plufieurs
fe convertiffoient ; mais on doit
l'avouer , le grand nombre n'y faifoit
aucune attention . On auroit cru fe donner
un travers , de prendre la peine d'approfondir
& de faire des informations.
juridiques de tout ce que l'on difoit
en ce genre. Il y avoit dans la Judée ,
comme par - tout ailleurs , des hommes
qui avoient trop d'intérêt d'être
incrédules , pour croire à la preuve des
miracles. En effet , comment s'y prendre
pour convaincre du furnaturel , des gens
bien déterminés , tantôt à donner à la
Nature des forces arbitraires qu'ils étendent
felon le befoin , & à adopter les
J
MARS. 1778. I rr
fyftêmes les plus bizarres pourvu qu'ils
fe débarraffent du miracle , tantôt à
chicanet fans fin fur la certitude des
, &
faits , & le caractère
des
témoins
? Comment
trouver
les
moyens
de
perfuader
ces
efprits
fubtils
, féconds
en
difficultés
contre
les
chofes
les
mieux
établies
, &
ces
Savans
préfomptueux
, qui
, à force
d'examiner
les
chofes
, font
fi bien
que
les
plus
évidentes
leur
deviennent
incroyables
? Eft
-il fi aiſé
de
convaincre
ces
Efprits
foibles
ou
trop
préoccupés
pour
contempler
en
même
-tems
faifir
, tout
à la
fois
par
la
penfée
, les
différentes
circonftances
, les
différens
motifs
qui
, par
leur
concours
, donnent
à un
fait
ou
à une
queftion
, toute
la
certitude
dont
la
matière
eft
fufceptible
?
Comment
, en
effet
, ces
fortes
d'Efprits
trouveront
-ils
une
preuve
complette
qu'ils
femblent
chercher
, lorfqu'ils
ne
la cherchent
pas
où
elle
fe
trouve
, c'eftà-
dire
, dans
le
fecours
mutuel
que
fe
donnent
les
motifs
de
crédibilité
réunis
enfemble
? Peut
- on
aifément
ramener
au
vrai
des
hommes
qui
mefurent
la
certi
tude
des
faits
, non
fur
le
nombre
, la
gravité
, la
fidélité
des
témoins
, mais
fur
la
poffibilité
ou
l'impoffibilité
appa
112 MERCURE DE FRANCE.
+
rente de la chofe , & qui au lieu de dire ,
le fait eft poffible puifque il eft conftaté ,
décident qu'il n'eft point arrivé , parce
qu'ils le jugent impoffible ? C'eft donc
en vain que Jésus- Chrift & les Apôtres
auroient opéré les miracles à Rome?
Cette authenticité de plus , n'auroit pas
fait une plus forte fenfation : l'efprit
humain n'en autoit pas moins été fertile
en prétextes pour les déprifer , &
n'en tirer aucune induction. Les miracles
font certainement la voix de Dieu même,
qui parle aux fens , qui les jette dans la
furprife , & qui leur dit avec une éloquence
inimitable , que celui qui a le
pouvoir de fufpendre , d'interrompre &
de changer à fou gré les loix de la Nature
, mérite d'être écouté . Ils donnent
à celui qui les fait , une fupériorité en
genre de témoignage , qui devroit les
faire triompher de tout. Ils font les fondemens
de la révélation , & ne peuvent
pas par conféquent être joints à l'erreur ,
parce que le propre caractère d'un fondement
de la vérité , eft d'être auffi
immobile , auffi ferme & aufli inva
riable qu'elle. Quant à ceux qu'on trouve
joints à la fauffeté , on les a toujours
regardés comme des prèftiges qui ne peuMARS.
1778. 113
à
vent jamais entret en parallèle avec la
grandeur & la majefté des miracles divins.
Cependant , malgré toutes ces raifons
victorieufes , l'incrédulité fi naturelle
à l'homme corrompu , & fon oppofition
à tout ce qui peut le conduire
à une Religion qui déclare la guerre
fes paffions favorites , ne lui fuggère
que trop de fophifmes pour l'anéantir
s'il pouvoit , ou du moins éluder ce
genre de preuves. L'Evangile nous explique
la caufe de cette contradiction que
les miracles éprouvèrent dans tous les
tems. Voici les paroles terribles qui
furent adreffées aux Juifs incrédules , &
qui doivent être également appliquées à
tous ceux qui , dans tous les fiècles &
dans tous les pays , ont imité & imiteront
leurs funeftes difpofitions : Après tant de
» miracles que Jéfus-Chrift avoit fait à
» leurs yeux ( Saint-Jean , ch . 12 ) ils ne
» croyoient point eenn lluuii ,, afin que ce
» qu'a dit le Prophète Ifaïe s'accomplit.
Qui eft-ce , Seigneur , qui a ajouté foi
» à notre parole ? Et à qui le bras du
Seigneur s'eft il fait connoître ? Auffi
ne pouvoient-ils pas croire , fuivant ce
qu'a dit encore Ifaïe : Il a aveuglé
leurs yeux , & il a endurci leur coeur
>
"9
~
114 MERCURE DE FRANCE.
و د
» de forte qu'ils ne voient point des yeux ,
qu'ils ne comprennent point du coeur ,
» qu'ils ne fe convertiffent point , & que
» je ne les guéris point » . Cette prédiction
, qui ne fe vérifie que trop fouvent
, n'empêche pas que les miracles
ne foient la voix éloquente du Tout-
Puiffant , qui doit éclairer notre foi ,
affermir notre espérance enflammer
notre charité; & que , d'un autre côté ,
l'incrédulité ne foit l'effet propre de
la cupidité de l'homme , & d'un aveuglement
volontaire , fuivant cette parole
du Sage , fap 2. « Leur malice les a aveu
glés ».
و د
›
L'expérience de tous les fiècles , & la
connoiffance du coeur humain fuffifent
pour prouver que , ni les miracles les
plus frappans , ni les plus éclatantes merveilles
de la nature ne peuvent , feules 2
nous fixer invariablement dans le bien.
On trouve dans tous les tems où Dieu
s'eft manifefté d'une manière éclatante ,
une foule d'hommes de tout caractère
& de toute condition , qui , « aimant
» mieux leurs ténèbres que la lumière ,
» parce que leurs oeuvres font mauvaiſes ,
qui , n'ayant point en eux l'amour de
» Dieu ne peuvent croire , parce qu'ils
วง
› `
MARS . 1778. 115
» recherchent la gloire qu'ils fe donnent
» les uns aux autres , & ne recherchent
و د
point la gloire qui vient de Dieu
» feul. ». On peut donc avoir vu les prodiges
les plus étonnans , & n'en être pas
moins difpofé à les oublier & à les nier
même , lorfque l'intérêt des paflions
l'exige : tout dépend des difpofitions de
'ceux qui en font fpectateurs.
Quant au filence de Philon & de
Jofeph , on doit obferver d'abord , par rapport
au premier , qu'il a toujours vécu
hors de la Judée , & qu'il n'a pu compofer
fes Ouvrages que du tems d'Augufte
& de Tibère , étant déjà avancé
en âge quand il fut député par les Juifs
d'Alexandrie vers l'Empereur Caïus - Caligula
. Son filence fur Jéfus- Chrift &
fur les Chrétiens , n'a rien d'étonnant ,
puifque la plupart de fes Ouvrages font
d'une date antérieure . D'ailleurs on a
reproché à Philon d'avoir donné des
preuves de mauvaiſe foi , en cherchant
a affoiblir la certitude des prodiges opérés
par Moïfe. A l'égard de Jofeph , s'il
n'avoit pas ajouté foi aux miracles de
Jésus- Chrift & de fes Apôtres , il n'auroit
eu garde de fetaire dans cette fup116
MERCURE DE FRANCE.
>
pofition, parce que tout le portoit à parler:
l'intérêt de la vérité , le zèle pour
fa Religion , l'amour de fa Nation , le
defir fi naturel de plaire aux Juifs & aux
payens , ennemis déclarés de Jéfus-
Chrift & de fes Difciples . En dévoilant
les impoftures des Apôtres , Jofeph couvroit
les Chrétiens de confufion ; il s'attiroit
les applaudiffemens des Céfars
mêmes qui déteftoient cette Religion
& auroit eu la gloire de détromper les
Chrétiens que les premiers Difciples de
Jéfus avoient féduits . Au refte , perfonne
n'ignore que Jofeph pouffa la flatterie
jufqu'à vouloir faire regarder Vefpafien
comme le Roi que les Prophètes avoient
prédit , & qu'il fe mit par- là dans la néceffité
de rejeter tous les faits qui pou
voient être favorables à la divinité de
Jésus- Chriſt , & à la vérité de fes miracles.
La raifon de fon filence eft connue
, & cette raifon fuppofe la vérité de
tous les faits qu'il fupprime.
Quand l'incrédulité viendroit à ébranler
la force victorieufe de la preuve des miracles
, fuppofition qui certainement ne
fe réalifera jamais , la vérité de l'Évangile
n'en fouffriroit pas la plus légère atteinte .
Car , comme l'obferve Saint-Auguftin ,
M AR S. 1778. 117
fi le monde a cru à l'Evangile fans miracles
, le fait , ' s'il étoit vrai , feroit luimême
un grand miracle . Car il n'eſt pas
dans la nature , ni dans l'ordre de nos
moeurs , qu'une Religion qui humilie
notre efprit par l'incompréhenfibilité de
fes mystères , qui mortifie la cupidité par
l'austérité de la morale , attaquée d'ailleurs
par les préjugés des Nations fur le culte
religieux annoncée enfin
gens groffiers & ignorans , ait été reçue
avec tant de facilité , à moins que Dien
n'eut opéré extraordinairement fur les
efprits & les volontés des hommes. Cer
événement , difent les Apologiftes du
Chriftianifme , s'il avoit eu lieu , auroit
donc été lui-même le plus grand des
prodiges.
>
*
par
des
Quant à la note que l'Auteur joint
,
* cc Origène , dans fa défenfe contre Celle ,
tom. I , p. 248 accorde à la Philofophie
Payenne , que plufieurs miracles ont pu être
opérés par magie ; & la feule règle qu'il donne
pour diftinguer ceux qui viennent du Ciel ,
c'eſt la morale , la doctrine & les moeurs de
ceux qui les opèrent. Perfonne n'ignore les
prodiges enfantés par les Magiciens de Pharaon;
" & l'on fait auffi que , lorfque les Payens vous
118 MERCURE DE FRANCE.
•
à cet endroit de fon Livre où il affoiblit
l'authenticité des miracles de Jéfus Chrift ,
les fuppofitions qu'elle renferme ne nous
paroiffent pas exactes . Nous ne voyons
dans aucun Ouvrage ancien & moderne ,
qu'Origène , ou aucun autre Apologiſte
de la Religion , ait jamais accordé aux
Philofophes Payens , que des miracles
proprement dits , peuvent être opérés
par la magie . Tous ceux qui ont défendu
le Chriftianifme contre les accufations
ou les infultes des Payens , ont conftamment
enfeigné , ce qui eft d'ailleurs évident,
que Dieu feul étant le Souverain
Maître de la nature , lui feul auffi peut
en renverfer ou en fufpendre les Loix ;
& qu'ainfi un vrai miracle ne peut être
que l'effet de fa toute- puiffance , fans que
ni le Démon , ni aucun Être créé puiffe
opérer de femblabes merveilles . Les
ɔɔ
» lurent oppofer les miracles d'Apollonius de
Tyane à ceux de Jefus - Chrift , les Chrétiens,
»pour répondre à cette objection , fe contentè-
» rent de faire la critique de la vie & du caractère
de ce Philofophe ; parce qu'il importoit peu ,
felon eux , quels miracles il pouvoit opérer , s'il
» étoit certain que fa doctrine & fa conduite ac
méritoient ni reſpect ni confiance » .
20
MARS. 1778. 119
fauffes Divinités des Nations , ou les
Démons invoqués dans les opérations de
la magie , peuvent étonner des hommes
ignorans ou peu attentifs, par des preſtiges
& des oeuvres extraordinaires ; mais ils
ne fauroient changer les loix de la nature.
Ce pouvoir a été regardé par Origène
& par les autres Défenfeurs de la Religion
, comme un caractère incommunicable
du vrai Dieu , & le fondement principal de
la révélation . C'eft un principe que l'on
puife également dans la faine Philofophie
& dans la tradition , que les
Efprits créés ne peuvent opérer un miracle
proprement dit , c'eſt- à dire
و
un
effet fupérieur à l'ordre de toute nature.
créée ; que la matière ne leur est pas
tellement foumife, qu'ils puiffent à leur
gré la changer d'une forme en une autre ,
que les Démons ne peuvent agir qu'en
mettant en oeuvre les femences les
germes , les principes cachés que Dieu
a mis dans le monde en le créeant pour
produire certains effets. C'eft fans aucun
fondement que l'Anonyme foutient que
les Chrétiens n'ont eu à oppoſer aux
prétendus miracles d'Appollonius , que
les vices de fa conduite ou la fauffeté
de fa doctrine, Ce qu'on a fur- tout ré120
MERCURE DE FRANCE.
+
pondu à ceux qui oppofoient au Chriftianifme
les faits de cet étrange Thaumaturge
, c'eft que le premier qui en
ait parlé , eft Philoftrate , ce méprifable
Écrivain qui n'a compofé fon Roman
que plus de cent ans après la mort d'Appollonius
; & qu'au contraire les Auteurs
contemporains , tels qu'Euphrate , ce Philofophe
fi célébré par Pline le jeune , ne
difent mot de ces prétendues merveilles
& nous reprefentent Appollonius comme
un Aventurier & un Impofteur . Il eſt
bien fingulier que ceux qui font fi féconds
en difficultés quand il s'agit de croire les
faits fi bien atteftés , qui fervent d'appui
à la Religion , reçoivent avec une fi
aveugle crédulité , le témoignage d'un
Auteur tel que Philoftrate & faffent
femblant de croire à une hiftoire remplie
de menfonges groffiers & de fables ridicules.
Le favant Huet compare l'Hiſtoire
d'Appollonius aux Contes des Fées . On
ne prouvera jamais que les Chrétiens
n'ayent fait aucun cas des miracles , &
qu'ils ne fe foient attachés qu'à l'examen
de la doctrine . Ils n'ont cru dans aucun
tems que la doctrine véritable , & des
miracles proprement dits , puffent être
en contradiction ; qu'il y eût jamais des
>
cas
MAR S. 1778. 121
cas où l'on fut obligé d'opter , & de
rejeter de vrais miracles , pour conferver
la pureté de la doctrine. L'indifférence
que l'Auteur de la note leur attribue
pour les miracles , eft une pure fuppofition
, & un outrage fait aux Apologiftes
de la Religion.
Perfonne affurément n'ignore les prodiges
enfantés par les Magiciens de Pharaon.
Mais qu'ont de commun ces preftiges de
l'Efprit impur avec les miracles opérés
en faveur de la Religion ? Ces Magiciens
eux-mêmes s'avouent vaincus. Ils confeffent
malgré eux , & leur impuiffance
& le fouverain pouvoir du vrai Dieu ,
dont Moyfe eft dépofitaire. Eft-ce que la
fcience & l'érudition ne produiroient aujourd'hui
d'autre effet que de nous rendre
féconds en difficultés , & plus ingénieux
que les Impofteurs de l'Égypte , à trouver
des prétextes pour méconnoître le doigt
de Dieu dans les merveilles qui ont opéré
la converfion du monde ?
Nos pères ont fouvent péché par une crédulité
fuperftitieufe , & par un amour déréglé
du merveilleux . Pour éviter cet excès ,
nous fommes tombés dans l'excès contraire.
A une critique judicieuſe qui n'admet
dans ce genre extraordinaire , que ce
F
122 MERCURE
DE FRANCE.
qui eft bien prouvé , a fuccédé une critique
hardie & fère de fes lumières , qui
rejette tout ce qu'elle n'entend pas , par
cela feul qu'elle ne peut le comprendre.
Sous prétexte de faire valoir les droits de
la raifon , on en a oublié le légitime
ufage & l'on s'eft livré à un pyrronifme
hiſtorique , qui mefure la certitude
des faits , non fur le nombre , la
gravité , la fidélité des Témoins , mais
fur la poffibilité ou l'impoffibilité apparente
de la chofe.
de la Religion Chrétienne , expliqués en
forme de Catéchifme. A Paris , chez
Berton , rue Saint-Victor ; Crapart ,
rue d'Enfer ; Onfroy , quai des Auguſtins.
Si l'incrédulité prend aujourd'hui toute
forte de formes pour éblouir les efprits
fuperficiels & avides de nouveautés , le
zèle qu'infpire la vraie Religion , n'en
eft aufli que plus actif & plus occupé à
inftruire les fidèles , & à les prémunir
contre la féduction. On voit ce zèle fi
louable , fe fervir tantôt des armes de la
dialectique & de l'érudition , tantôt de
la méthode fimple & claire du catéchifme.
L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons a préféré celle des interlocutions
, qui n'eft pas tout-à-fait fi
MARS. 1778 . 101
uniforme , & qui eft d'un autre côté moins
variée que le ton ordinaire du dialogue.
Il a cru devoir prendre ce jufte milieu ,
afin d'éviter l'ennui de la monotonie , &
de mettre par ce moyen dans la marche
du difcours , le plus de fimplicité qu'il
eft poffible. Il a voulu fe proportionner
aux perfonnes les moins inftruites , en
employant le ftyle familier , & fouvent
même populaire.
Comme on rencontre dans les états
même les plus obfcurs , des hommes
préparés à la féduction par leur ignorance
groffière , c'eft pour les Apologiftes
de la Religion Chrétienne un devoir
important de fe faire tout à tous ,
& de choisir de préférence le de
genre
preuves qui convient le mieux aux efprits
les moins pénétrans. Tel eft le but que
s'eft propofé l'Auteur des principes de la
Religion Naturelle , & de la foi chrétienne.
Il a fu rendre fenfibles & familières
, les preuves les plus fortes de
l'existence de Dieu , de la diftinction du
bien & du mal moral , & de la certitude
des vérités renfermées dans les livres de
l'ancien & du nouveau Teftament, Rien
n'eft plus convaincant que ce que cet
Auteur dit , par exemple , fur l'excellence
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
des vertus que le Chriftianiſme a produit
dans les fociétés politiques , & fur la
preuve fondamentale des miracles , &
F'obligation de croire à ceux que l'Inftituteur
adorable de la Religion Chrétienne
, & fes difciples , ont opéré , &
qui ont été atteftés par une multitude de
témoins , fans lefquels on n'auroit jamais
admis , comme authentique , l'Hiftoire.
qui repréfente ces miracles comme des
faits publics. Un Néophite , qui aura
faifi les raifonnemens fimples , claits &
même populaires du nouveau Catéchifte
fur ces deux objets principaux , excellence
de la morale chrétienne force
victorieufe de la preuve des miracles
, un tel Néophite ne fauroit être
ébranlé par les fophifmes de plufieurs
Écrivains modernes. Les lumières qu'il
aura puifées dans l'Ouvrage que nous
annonçons , doivent fuffire pour le prémunir
encore contre les raifonnemens
fpécieux de l'Auteur anonyme qui traite
du fort des Empires dans les différentes
époques . Cet Écrivain, également verfé
dans l'étude de l'Hiftoire , de la Philofophie
, de la Politique , examine , dans
fon Traité rempli d'excellentes vues patriotiques,
fi les hommes font plus heureux
de nos jours , qu'ils ne l'ont été
MARS. 1778. 103
S
dans les fiècles paffés , & indique en
même- tems les moyens d'améliorer le
fort des Empires . Il a cru que la difcuffion
de cette matière fi intéreffante
l'obligeoit à examiner auffi tout ce qui
a rapport à l'établiffement du Chriftianifme
, à fes effets , à fon influence fur
le bonheur des Peuples . Nous ne croyons
pas , comme cet Auteur le fait entendre
, que cette Religion fi admirable
par fa morale & par les vertus fociales.
qu'elle infpire , confidérée même du côté
politique , ait fouvent été contraire, par
plufieurs de fes inftitutions, à la profpérité
des Empires . Nous croyons au contraire
que rien n'eft plus propre à cimenter
, dans un Etat , la félicité publique
, que le Chriftianifme confidéré
dans fa pureté. Que faut-il en effet pour
améliorer les Gouvernemens , & rendre
également heureux les Souverains & les
Sujets ? Il faut que l'autorité foit refpectée
, que l'on obéiffe aux Loix , &
que cette heureufe harmonie foit partout
obfervée , non par la crainte des
homines , qui n'eft qu'une toile d'arraignée
, fuivant l'expreffion d'un Sage
de l'Antiquité ; mais par amour pour le
Législateur fuprême , &- par obéiffance
à fa Loi. Le Chriftianifme élève au
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
)
rang des premiers devoirs de la confcience
, la néceffité de maintenir l'ordre
public par de fages Loix ; la foumiffion
parfaite à ces mêmes Loix ; donne à l'autorité
fouveraine , un caractère facré &
inviolable , réprime les horreurs du defpotifme
, érige en Loix un grand nombre
de vertus fociales , infpire un attachement
tendre & zélé pour les intérêts du
Corps dont nous faifons partie , unit.
les efprits & les coeurs , rapproche
toutes les Nations par la feule Loi de
la charité , & nous délivre des erreurs
fuperftitieufes , & de toutes celles qui
font contraires à la profpérité des Empires
; en un mot , elle nous fait refpecter
les droits de l'humanité , & nous
apprend qu'on ne peut attenter à la liberté
que les hommes tiennent de la
Nature & des Loix , qu'en outrageant
le divin Législateur , qui eft leur bienfaiteur
& leur père. C'est ainsi que cette
Religion, dont le joug eft doux , & le
fardeau léger , formant le caractère national
, fait fentir fon aimable influence
dans toutes les parties de l'adminiſtra
tion d'un Etat pour en tempérer la rigeur
, & pour en affermir la conſtitution.
« Chofe admirable , s'écrie MonMAR
S. 1778. 105
tefquieu : la Religion Chrétienne qui
» ne femble avoir d'objet que la félicité
» de l'autre vie , fait encore notre bon-
» heur dans celle - ci.... Nous devons au
» Chriftianifme , ajoute-t il , un certain
droit politique , & dans la guerre un
» certain droit des gens , que la nature
» humaine ne fauroit affez reconnoître ...
» C'est la Religion Chrétienne qui ,
ود
malgré la grandeur de l'Empire & le
» vice du climat , a empêché le defpo-
» tifme de s'établir en Ethiopie , & a
ود
porté au milieu de l'Afrique , les
» Moeurs de l'Europe & fes Loix.... Nos
» Gouvernemens modernes , dit M.
Rouffeau dans fon Emile , doivent
incontestablement au Chriftianifme
» leur plus folide autorité , & leurs ré-
» volutions moins fréquentes ; il les a
» rendus eux- mêmes moins fanguinaires :
» cela fe prouve par le fait , en les comparant
aux Gouvernemens anciens » .
Il feroit très-aifé de prouver , fans
employer la profonde érudition & les
charmes du ftyle de l'Auteur anonyme ,
que le Chriftianifme , quand on en fépare
les abus que les hommes mêlent
aux chofes les plus excellentes , ne peut
produire dans les Sociétés que d'heureux
E
106 MERCURE DE FRANCE .
J
effets , puifque fa première loi à laquelle
toutes les autres font fubordonnées , eft la
loi de charité. Et qu'eft-ce , en effet
qu'une Société gouvernée par ce fentiment
? C'est une famille de frères &
d'amis , fous l'autorité d'un père commun
, qui aime & qui veut être aimé..
C'est ce même fentiment qui doit unir
auffi les Nations entre elles ; car, ce qu'eft
un homme à l'égard d'un autre homme ,
un Peuple l'eft à l'égard d'un autre Peuple.
» Il en doit être de la Religion , dit le
» célèbre Bacon , comme de la Nature :
» tous les refforts doivent tendre par
"
ود
ود
ود
préférence au bien commun : or il ne
» s'eft trouvé dans aucun fiècle , ni
fyftême de Philofophie , ni fecte de
Religion , ni corps de Jurifprudence ,
ni corps Politique qui ait , autant que
» la Religion Chrétienne , exalté le bien
» de tous , & réduit à fes juftes bornes
» le bien particulier, d'où réfulte évidem-
» ment que c'eft un feul & même Dieu
qui eft P'Auteur des loix de la Nature
» & du Chriftianifme »,
99
Combien d'autres témoignages auffi
favorables pourrions- nous citer les Bolinbroke
, les Maupertuis , les d'Alembert
, qui ont fait les mêmes aveus
MARS. 1778. 107
1
que Montefquieu , Rouffeau & Bacon ,
àl'égard de l'heureufe influence de la ReligionChrétienne
fur les Sociétés politiques.
Ces autorités doivent être impofantes
pour l'Auteur anonyme . Voyons comme
il s'explique fur la preuve victorieufe des
miracles , qui ont fervi à l'établiſſement
du Chriftianifme . « Si la Providence
» avoit voulu, dit- il, (tom I. p . 248) établir
» fon culte fur les miracles , il lui auroit
fuffi d'opérer à Rome une petite partie-
» de ceux dont les Juifs furent les feuls
» témoins ; ou même de donner à ceux-
» là une telle authenticité , qu'il eût été
impoffible de les révoquer en doute ,
» ou de les paffer fous filence , comme
» l'ont fait les deux plus favans Hommes,
Jofeph & Philon » . A cette affertion ,
où l'on cherche à détruire , ou du moins
à affoiblir la preuve fondamentale des
miracles , eft jointe une note fur les
prétendus aveus d'Origène fur les prodiges
, les vertus & la doctrine des Thaumaturges
pour apprécier leurs miracles .
93
"
On établit dans le Catéchifme dont nous
parlons , & on l'a démontré dans une
infinité d'autres , que les miracles qui
ont opéré la converfion du monde en
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
4
tier , avoient eu toute l'authenticité qu'un
efprit jufte , & un coeur droit pouvoient
defirer . Les Apologiftes de la Religion
Chrétienne , ont remarqué que la crédulité
des Peuples & l'illufion ne pouvoient
avoir eu aucune part à la foi qu'on
a ajoutée à ces miracles : les Auteurs qui
les rapportent étoient contemporains , &
plufieurs en parlent comme témoins oculaires
; ils ont été publics , multipliés &
très- bien circonftanciés : de la Judée , où
on les a crus malgré les préventions , le
bruit s'en eft répandu par toute la terre ,
où après avoir paffé par la plus févère
critique , on les a reçus comme indubitables
; la foi qu'on y a donnée s'eft
toujours foutenue fans altération , &
l'on ne peut affigner aucun tems où on
ne les a pas crus véritables .
Seroit-il poffible que la fauffeté eût
été univerfellement adoptée par les Savans
comme par les ignorans ? Auroientils
voulu , les uns & les autres , foumettre
leurs efprits à tant de mystères
impénétrables , & embraffer une Religion
qui prefcrit l'abnégation de foi-
-même , & la mortification des fens , fi
elle n'offroit pas par- tour des preuves
fenfibles de fa divinité ? Si les miracles
MARS. 1778. 109
de Jésus- Chrift euffent été faux , pourquoi
les Juifs ont- ils cherché des explications
pour en éluder la force , les uns
en difant que c'étoit l'opération du Démon
, les autres en recourant à d'autres
Commentaires auffi abfurdes ? Pourquoi
tant de détours , & ne pas tout d'un
coup en montrer la fauffeté ? Si on avoit
pu conteſter les miracles de Jéfus-Chrift,
Celfe & Julien auroient - ils fait tant
pour
-
d'efforts énerver la preuve que les
Chrétiens en tirèrent? Il falloit donc
que les prodiges de Jéfus Chrift fuffent
bien avérés , pour forcer un homme
comme Julien , à faire un aveu dont on
peut tirer des conféquences fi avantageufes
pour la Religion. N'étoit-il pas
plus fimple de les nier , & de défabufer
l'Univers en démafquant l'impoſture ?
Ils ne l'ont pas fait , au contraire , ils en
ont avoué plufieurs ; ainfi l'aveu & la
conduite des ennemis de la Religion
Chrétienne , démontrent évidemment
que l'hiftoire des miracles de Jéfus- Chrift
rapportée par les Évangéliftes , eft conforme
à la vérité.
Le Philofophe Hiftorien qui voudroit
que les miracles , en faveur du Chrif
tianifme , euffent eu plus d'authenticité ,
MERCURE DE FRANCE.
n'a befoin que de lire quelques - uns des
Ouvrages où cette matière eft difcutée ,
pour être perfuadé que les miracles ont
eu toute l'authenticité que l'on pouvoit
exiger ; il verra en lifant l'Histoire ,
que le dernier des fidèles impofoit filence
aux Oracles des Démons , & les forçoit
de déclarer qu'ils étoient des Démons .
Tous les jours les Payens imploroient le
fecours des Chrétiens pour guérir les
poffédés. Il n'étoit point extraordinaire ,
comme le remarque Saint Irenée , de
voir des Églifes fe mettre en prières , &
obtenir la réfurrection d'un Mott. Plufieurs
fe convertiffoient ; mais on doit
l'avouer , le grand nombre n'y faifoit
aucune attention . On auroit cru fe donner
un travers , de prendre la peine d'approfondir
& de faire des informations.
juridiques de tout ce que l'on difoit
en ce genre. Il y avoit dans la Judée ,
comme par - tout ailleurs , des hommes
qui avoient trop d'intérêt d'être
incrédules , pour croire à la preuve des
miracles. En effet , comment s'y prendre
pour convaincre du furnaturel , des gens
bien déterminés , tantôt à donner à la
Nature des forces arbitraires qu'ils étendent
felon le befoin , & à adopter les
J
MARS. 1778. I rr
fyftêmes les plus bizarres pourvu qu'ils
fe débarraffent du miracle , tantôt à
chicanet fans fin fur la certitude des
, &
faits , & le caractère
des
témoins
? Comment
trouver
les
moyens
de
perfuader
ces
efprits
fubtils
, féconds
en
difficultés
contre
les
chofes
les
mieux
établies
, &
ces
Savans
préfomptueux
, qui
, à force
d'examiner
les
chofes
, font
fi bien
que
les
plus
évidentes
leur
deviennent
incroyables
? Eft
-il fi aiſé
de
convaincre
ces
Efprits
foibles
ou
trop
préoccupés
pour
contempler
en
même
-tems
faifir
, tout
à la
fois
par
la
penfée
, les
différentes
circonftances
, les
différens
motifs
qui
, par
leur
concours
, donnent
à un
fait
ou
à une
queftion
, toute
la
certitude
dont
la
matière
eft
fufceptible
?
Comment
, en
effet
, ces
fortes
d'Efprits
trouveront
-ils
une
preuve
complette
qu'ils
femblent
chercher
, lorfqu'ils
ne
la cherchent
pas
où
elle
fe
trouve
, c'eftà-
dire
, dans
le
fecours
mutuel
que
fe
donnent
les
motifs
de
crédibilité
réunis
enfemble
? Peut
- on
aifément
ramener
au
vrai
des
hommes
qui
mefurent
la
certi
tude
des
faits
, non
fur
le
nombre
, la
gravité
, la
fidélité
des
témoins
, mais
fur
la
poffibilité
ou
l'impoffibilité
appa
112 MERCURE DE FRANCE.
+
rente de la chofe , & qui au lieu de dire ,
le fait eft poffible puifque il eft conftaté ,
décident qu'il n'eft point arrivé , parce
qu'ils le jugent impoffible ? C'eft donc
en vain que Jésus- Chrift & les Apôtres
auroient opéré les miracles à Rome?
Cette authenticité de plus , n'auroit pas
fait une plus forte fenfation : l'efprit
humain n'en autoit pas moins été fertile
en prétextes pour les déprifer , &
n'en tirer aucune induction. Les miracles
font certainement la voix de Dieu même,
qui parle aux fens , qui les jette dans la
furprife , & qui leur dit avec une éloquence
inimitable , que celui qui a le
pouvoir de fufpendre , d'interrompre &
de changer à fou gré les loix de la Nature
, mérite d'être écouté . Ils donnent
à celui qui les fait , une fupériorité en
genre de témoignage , qui devroit les
faire triompher de tout. Ils font les fondemens
de la révélation , & ne peuvent
pas par conféquent être joints à l'erreur ,
parce que le propre caractère d'un fondement
de la vérité , eft d'être auffi
immobile , auffi ferme & aufli inva
riable qu'elle. Quant à ceux qu'on trouve
joints à la fauffeté , on les a toujours
regardés comme des prèftiges qui ne peuMARS.
1778. 113
à
vent jamais entret en parallèle avec la
grandeur & la majefté des miracles divins.
Cependant , malgré toutes ces raifons
victorieufes , l'incrédulité fi naturelle
à l'homme corrompu , & fon oppofition
à tout ce qui peut le conduire
à une Religion qui déclare la guerre
fes paffions favorites , ne lui fuggère
que trop de fophifmes pour l'anéantir
s'il pouvoit , ou du moins éluder ce
genre de preuves. L'Evangile nous explique
la caufe de cette contradiction que
les miracles éprouvèrent dans tous les
tems. Voici les paroles terribles qui
furent adreffées aux Juifs incrédules , &
qui doivent être également appliquées à
tous ceux qui , dans tous les fiècles &
dans tous les pays , ont imité & imiteront
leurs funeftes difpofitions : Après tant de
» miracles que Jéfus-Chrift avoit fait à
» leurs yeux ( Saint-Jean , ch . 12 ) ils ne
» croyoient point eenn lluuii ,, afin que ce
» qu'a dit le Prophète Ifaïe s'accomplit.
Qui eft-ce , Seigneur , qui a ajouté foi
» à notre parole ? Et à qui le bras du
Seigneur s'eft il fait connoître ? Auffi
ne pouvoient-ils pas croire , fuivant ce
qu'a dit encore Ifaïe : Il a aveuglé
leurs yeux , & il a endurci leur coeur
>
"9
~
114 MERCURE DE FRANCE.
و د
» de forte qu'ils ne voient point des yeux ,
qu'ils ne comprennent point du coeur ,
» qu'ils ne fe convertiffent point , & que
» je ne les guéris point » . Cette prédiction
, qui ne fe vérifie que trop fouvent
, n'empêche pas que les miracles
ne foient la voix éloquente du Tout-
Puiffant , qui doit éclairer notre foi ,
affermir notre espérance enflammer
notre charité; & que , d'un autre côté ,
l'incrédulité ne foit l'effet propre de
la cupidité de l'homme , & d'un aveuglement
volontaire , fuivant cette parole
du Sage , fap 2. « Leur malice les a aveu
glés ».
و د
›
L'expérience de tous les fiècles , & la
connoiffance du coeur humain fuffifent
pour prouver que , ni les miracles les
plus frappans , ni les plus éclatantes merveilles
de la nature ne peuvent , feules 2
nous fixer invariablement dans le bien.
On trouve dans tous les tems où Dieu
s'eft manifefté d'une manière éclatante ,
une foule d'hommes de tout caractère
& de toute condition , qui , « aimant
» mieux leurs ténèbres que la lumière ,
» parce que leurs oeuvres font mauvaiſes ,
qui , n'ayant point en eux l'amour de
» Dieu ne peuvent croire , parce qu'ils
วง
› `
MARS . 1778. 115
» recherchent la gloire qu'ils fe donnent
» les uns aux autres , & ne recherchent
و د
point la gloire qui vient de Dieu
» feul. ». On peut donc avoir vu les prodiges
les plus étonnans , & n'en être pas
moins difpofé à les oublier & à les nier
même , lorfque l'intérêt des paflions
l'exige : tout dépend des difpofitions de
'ceux qui en font fpectateurs.
Quant au filence de Philon & de
Jofeph , on doit obferver d'abord , par rapport
au premier , qu'il a toujours vécu
hors de la Judée , & qu'il n'a pu compofer
fes Ouvrages que du tems d'Augufte
& de Tibère , étant déjà avancé
en âge quand il fut député par les Juifs
d'Alexandrie vers l'Empereur Caïus - Caligula
. Son filence fur Jéfus- Chrift &
fur les Chrétiens , n'a rien d'étonnant ,
puifque la plupart de fes Ouvrages font
d'une date antérieure . D'ailleurs on a
reproché à Philon d'avoir donné des
preuves de mauvaiſe foi , en cherchant
a affoiblir la certitude des prodiges opérés
par Moïfe. A l'égard de Jofeph , s'il
n'avoit pas ajouté foi aux miracles de
Jésus- Chrift & de fes Apôtres , il n'auroit
eu garde de fetaire dans cette fup116
MERCURE DE FRANCE.
>
pofition, parce que tout le portoit à parler:
l'intérêt de la vérité , le zèle pour
fa Religion , l'amour de fa Nation , le
defir fi naturel de plaire aux Juifs & aux
payens , ennemis déclarés de Jéfus-
Chrift & de fes Difciples . En dévoilant
les impoftures des Apôtres , Jofeph couvroit
les Chrétiens de confufion ; il s'attiroit
les applaudiffemens des Céfars
mêmes qui déteftoient cette Religion
& auroit eu la gloire de détromper les
Chrétiens que les premiers Difciples de
Jéfus avoient féduits . Au refte , perfonne
n'ignore que Jofeph pouffa la flatterie
jufqu'à vouloir faire regarder Vefpafien
comme le Roi que les Prophètes avoient
prédit , & qu'il fe mit par- là dans la néceffité
de rejeter tous les faits qui pou
voient être favorables à la divinité de
Jésus- Chriſt , & à la vérité de fes miracles.
La raifon de fon filence eft connue
, & cette raifon fuppofe la vérité de
tous les faits qu'il fupprime.
Quand l'incrédulité viendroit à ébranler
la force victorieufe de la preuve des miracles
, fuppofition qui certainement ne
fe réalifera jamais , la vérité de l'Évangile
n'en fouffriroit pas la plus légère atteinte .
Car , comme l'obferve Saint-Auguftin ,
M AR S. 1778. 117
fi le monde a cru à l'Evangile fans miracles
, le fait , ' s'il étoit vrai , feroit luimême
un grand miracle . Car il n'eſt pas
dans la nature , ni dans l'ordre de nos
moeurs , qu'une Religion qui humilie
notre efprit par l'incompréhenfibilité de
fes mystères , qui mortifie la cupidité par
l'austérité de la morale , attaquée d'ailleurs
par les préjugés des Nations fur le culte
religieux annoncée enfin
gens groffiers & ignorans , ait été reçue
avec tant de facilité , à moins que Dien
n'eut opéré extraordinairement fur les
efprits & les volontés des hommes. Cer
événement , difent les Apologiftes du
Chriftianifme , s'il avoit eu lieu , auroit
donc été lui-même le plus grand des
prodiges.
>
*
par
des
Quant à la note que l'Auteur joint
,
* cc Origène , dans fa défenfe contre Celle ,
tom. I , p. 248 accorde à la Philofophie
Payenne , que plufieurs miracles ont pu être
opérés par magie ; & la feule règle qu'il donne
pour diftinguer ceux qui viennent du Ciel ,
c'eſt la morale , la doctrine & les moeurs de
ceux qui les opèrent. Perfonne n'ignore les
prodiges enfantés par les Magiciens de Pharaon;
" & l'on fait auffi que , lorfque les Payens vous
118 MERCURE DE FRANCE.
•
à cet endroit de fon Livre où il affoiblit
l'authenticité des miracles de Jéfus Chrift ,
les fuppofitions qu'elle renferme ne nous
paroiffent pas exactes . Nous ne voyons
dans aucun Ouvrage ancien & moderne ,
qu'Origène , ou aucun autre Apologiſte
de la Religion , ait jamais accordé aux
Philofophes Payens , que des miracles
proprement dits , peuvent être opérés
par la magie . Tous ceux qui ont défendu
le Chriftianifme contre les accufations
ou les infultes des Payens , ont conftamment
enfeigné , ce qui eft d'ailleurs évident,
que Dieu feul étant le Souverain
Maître de la nature , lui feul auffi peut
en renverfer ou en fufpendre les Loix ;
& qu'ainfi un vrai miracle ne peut être
que l'effet de fa toute- puiffance , fans que
ni le Démon , ni aucun Être créé puiffe
opérer de femblabes merveilles . Les
ɔɔ
» lurent oppofer les miracles d'Apollonius de
Tyane à ceux de Jefus - Chrift , les Chrétiens,
»pour répondre à cette objection , fe contentè-
» rent de faire la critique de la vie & du caractère
de ce Philofophe ; parce qu'il importoit peu ,
felon eux , quels miracles il pouvoit opérer , s'il
» étoit certain que fa doctrine & fa conduite ac
méritoient ni reſpect ni confiance » .
20
MARS. 1778. 119
fauffes Divinités des Nations , ou les
Démons invoqués dans les opérations de
la magie , peuvent étonner des hommes
ignorans ou peu attentifs, par des preſtiges
& des oeuvres extraordinaires ; mais ils
ne fauroient changer les loix de la nature.
Ce pouvoir a été regardé par Origène
& par les autres Défenfeurs de la Religion
, comme un caractère incommunicable
du vrai Dieu , & le fondement principal de
la révélation . C'eft un principe que l'on
puife également dans la faine Philofophie
& dans la tradition , que les
Efprits créés ne peuvent opérer un miracle
proprement dit , c'eſt- à dire
و
un
effet fupérieur à l'ordre de toute nature.
créée ; que la matière ne leur est pas
tellement foumife, qu'ils puiffent à leur
gré la changer d'une forme en une autre ,
que les Démons ne peuvent agir qu'en
mettant en oeuvre les femences les
germes , les principes cachés que Dieu
a mis dans le monde en le créeant pour
produire certains effets. C'eft fans aucun
fondement que l'Anonyme foutient que
les Chrétiens n'ont eu à oppoſer aux
prétendus miracles d'Appollonius , que
les vices de fa conduite ou la fauffeté
de fa doctrine, Ce qu'on a fur- tout ré120
MERCURE DE FRANCE.
+
pondu à ceux qui oppofoient au Chriftianifme
les faits de cet étrange Thaumaturge
, c'eft que le premier qui en
ait parlé , eft Philoftrate , ce méprifable
Écrivain qui n'a compofé fon Roman
que plus de cent ans après la mort d'Appollonius
; & qu'au contraire les Auteurs
contemporains , tels qu'Euphrate , ce Philofophe
fi célébré par Pline le jeune , ne
difent mot de ces prétendues merveilles
& nous reprefentent Appollonius comme
un Aventurier & un Impofteur . Il eſt
bien fingulier que ceux qui font fi féconds
en difficultés quand il s'agit de croire les
faits fi bien atteftés , qui fervent d'appui
à la Religion , reçoivent avec une fi
aveugle crédulité , le témoignage d'un
Auteur tel que Philoftrate & faffent
femblant de croire à une hiftoire remplie
de menfonges groffiers & de fables ridicules.
Le favant Huet compare l'Hiſtoire
d'Appollonius aux Contes des Fées . On
ne prouvera jamais que les Chrétiens
n'ayent fait aucun cas des miracles , &
qu'ils ne fe foient attachés qu'à l'examen
de la doctrine . Ils n'ont cru dans aucun
tems que la doctrine véritable , & des
miracles proprement dits , puffent être
en contradiction ; qu'il y eût jamais des
>
cas
MAR S. 1778. 121
cas où l'on fut obligé d'opter , & de
rejeter de vrais miracles , pour conferver
la pureté de la doctrine. L'indifférence
que l'Auteur de la note leur attribue
pour les miracles , eft une pure fuppofition
, & un outrage fait aux Apologiftes
de la Religion.
Perfonne affurément n'ignore les prodiges
enfantés par les Magiciens de Pharaon.
Mais qu'ont de commun ces preftiges de
l'Efprit impur avec les miracles opérés
en faveur de la Religion ? Ces Magiciens
eux-mêmes s'avouent vaincus. Ils confeffent
malgré eux , & leur impuiffance
& le fouverain pouvoir du vrai Dieu ,
dont Moyfe eft dépofitaire. Eft-ce que la
fcience & l'érudition ne produiroient aujourd'hui
d'autre effet que de nous rendre
féconds en difficultés , & plus ingénieux
que les Impofteurs de l'Égypte , à trouver
des prétextes pour méconnoître le doigt
de Dieu dans les merveilles qui ont opéré
la converfion du monde ?
Nos pères ont fouvent péché par une crédulité
fuperftitieufe , & par un amour déréglé
du merveilleux . Pour éviter cet excès ,
nous fommes tombés dans l'excès contraire.
A une critique judicieuſe qui n'admet
dans ce genre extraordinaire , que ce
F
122 MERCURE
DE FRANCE.
qui eft bien prouvé , a fuccédé une critique
hardie & fère de fes lumières , qui
rejette tout ce qu'elle n'entend pas , par
cela feul qu'elle ne peut le comprendre.
Sous prétexte de faire valoir les droits de
la raifon , on en a oublié le légitime
ufage & l'on s'eft livré à un pyrronifme
hiſtorique , qui mefure la certitude
des faits , non fur le nombre , la
gravité , la fidélité des Témoins , mais
fur la poffibilité ou l'impoffibilité apparente
de la chofe.
Fermer
Résumé : Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, expliqués en forme de Catéchisme' prouve l'existence de Dieu, distingue le bien du mal et valide les Écritures bibliques. L'auteur adopte une méthode pédagogique pour rendre le discours accessible aux personnes peu instruites et renforcer la foi chrétienne face aux incrédules. Le texte souligne l'impact positif du christianisme sur les sociétés politiques, en promouvant les vertus morales, le respect des lois et l'unité entre les citoyens. Il réfute l'idée que le christianisme soit nuisible à la prospérité des empires, affirmant qu'il contribue à la stabilité et au bonheur public. Le christianisme est décrit comme une force stabilisatrice pour les gouvernements modernes grâce à sa loi fondamentale de charité, favorisant la fraternité et l'amour entre les individus et les nations. Plusieurs penseurs, tels que Francis Bacon, Bolingbroke, Maupertuis et d'Alembert, reconnaissent l'impact positif du christianisme. Le texte discute des miracles, affirmant leur authenticité et leur rôle dans la conversion du monde. Les apologistes chrétiens soulignent que les auteurs des Évangiles étaient contemporains et témoins oculaires des miracles, qui furent acceptés malgré les critiques. L'incrédulité humaine, souvent motivée par des passions et des intérêts personnels, persiste malgré les preuves miraculeuses. Le texte cite des passages bibliques pour expliquer que cette incrédulité était prévue et résultait d'un aveuglement volontaire. La crédibilité des miracles est liée à la foi et à l'amour de Dieu, et les miracles doivent être jugés en fonction de la moralité et de la doctrine de ceux qui les accomplissent. Le texte examine également la crédibilité des miracles attribués à Apollonius et les critiques adressées aux chrétiens pour leur scepticisme envers ces phénomènes. Les chrétiens ont contesté les miracles d'Apollonius en soulignant ses vices et la faiblesse de sa doctrine. Philostrate, qui a écrit sur Apollonius plus d'un siècle après sa mort, est jugé peu fiable. En revanche, les contemporains d'Apollonius, comme Euphrate, le décrivent comme un aventurier et un imposteur sans mentionner ses miracles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2427
p. 82-120
ARTICLE des Morts & des Mariages, où l'on trouvera plusieurs remarques historiques.
Début :
Ferdinand Obizzi, Marquis du Saint Empire, Chambellan & Conseiller d'Etat [...]
Mots clefs :
Saintes, Mirandole, Roi, Ville de Grasse, Ville de Pas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE des Morts & des Mariages, où l'on trouvera plusieurs remarques historiques.
ARTICLE
desMorts & desMa
riages , où l'on trou
vera plufieurs remar
ques biftoriques.
Ferdinand
Obizzi
Marquis
du Saint Empire
Chambellan
& Confeiller
d'Etat , Maréchal General
de Camp , Sur-Intendant
General des Ordonnances
de fa M. I. & cy- devant
Colonel & Commandant
à
Vienne
, eft mort en cette
Ville le 12. Decembre
GALANT. 83
1710. âgé de 70. ans , dont
il en avoit paffé so . au fervice
de la Maiſon d'Autriche
; ſon corps a eſté tranſporté
dans le tombeau de
ces Anceftres.Il avoit épousé
en premieres nôces Marie-
Thereſe Palfi , veuve
d'Augufte
Comte de Sin,
zendolfe
; & en fecondes
;
Anne Marie Elizabeth
Comteffe de Rathmansdorf.
II prit enfuite une
troifiéme alliance avecMarie
Claire - Apolline Comteſſe
de Staremberg
, veuve
de François LeopoldComte
84 MERCURE
臭
de Sclavata , defquelles if
n'a point eu d'Enfants . Ce
fut luy qui enleva en 1674.
le Cardinal Furftemberg.
La Marquife d'Obizzi
fa mere nous a donné
un ſecond exemple de
ces chaftetez à l'épreuve
du poignard dont Lucrece
nous fournit jadis
le premier exemple ; cela
nous fait voir qu'il nous
en viendra peut-eftre un
troifiéme dans quelques
fiécles d'icy , & que la
GALANT : 85
chafteté n'eſt pas ſi rare
qu'on
croit.
Un Gentilhomme de
Padoue fort amoureux
de cette Marquife , qui
eftoit jeune & belle
trouva le moyen d'entrer
dans fa chambrependant
qu'elle dormoit encore
au lit ; fon fils unique
âgé de cinq ans y eftoit
avec elle , mais le Gentilhomme
le transporta
dans une chambre voifine,
afin qu'il nevift pas
86 MERCURE
ce qui fe pafferoit , &
revint enfuite dans la
chambre de laMarquiſe
.
Il fe fervit d'abord des
voyes de douceur & de
perfuafion , avant que
d'en venir auxactions de
violence , & n'ayant pû
rien obtenir ni d'une façon
, ni d'autre fon
amour degenera en fureur
, & fa rage le porta
à un tel point , qu'il poignarda
cette vertueufe
Dame.
GALANT. 87.
La chofe ayant éclatté
, on arreſta le Gentilhomme
fur les foupçons
qu'on cuft contre luy.
On fçavoit qu'il avoiteu
de l'attachement pour la
Marquiſe ; l'Enfant dit
quelque chofe , des voi
fins rapporterent qu'on
avoit vû ce Gentilhomme
dans le quartier ; &
l'on trouva fur le Lit un
bouton de manchette
tout femblable à un autre
bouton , qu'il avoit
88 MERCURE
encore : Tout cela donna
de grands indices
contre lui , on l'appliqua
diverfes fois à la
queftion ordinaire &
extraordinaire , mais il
nia toûjours le fait ; enfin
aprés 15. ans de Prifon
fes amis firent fi
bien qu'ils le fauverent ,
mais quelque tems aprés
le jeune Marquis.
d'Obizzi qui eft ce mef
me Enfant dont j'ay
parlé , luy donna un
coup
GALANT. 89
coup de Pistolet dans
la tefte & vangea ainſi
la mort de fa mere.
VOICI L'EPITAPHE
Latine qu'on a miſe .
1 fur fon Tombeau.
victi
Venerare pudicitia
fimulacrum
mam,lucretiam de Dondis
ab horrologio Pranca
de ObizZonibus , Or
ciani Marchionis uxorem.
Hac inter noctis t
Fevrier
1711..
P
90 MERCURE
nebras , maritales afferent
tades , furiales recentis
Tarquini faces ,
cafto cruore extinxit . Sicque
Romanam Lucretiam
intemerati - tori
gloria vincit. Tanta fua
heroine generofis Manibus
hanc dicavit aram
civitas Patavina.
François Marie Pico ,
Prince de la Mirandole &
de Concordia , accablé de
douleur de fe voir dépouillé
de fon Patrimoine par
GALANT DI
l'Empereur , eft mort à Bologne
en Italie le mois de
Decembre 1710. Il eftoit né
le 50. Septembre 1688. fils
unique de François Pico ,
Prince de la Mirandole ,
mort le 19. Avril 1689. &
d'Anne Camille Borgheze
fille du Prince de Sulmone
Mirandola , ou Mirandole
, eft une petite
Ville d'Italie , à cinq
lieu de Mantoue avec
titre de Duché dont
la Maifon des Pies eft
en poffeffion depuis
*
Hij
92 MERGURE
l'an 1300. Cette Souveraineté
qui ne contient
pas plus de 6000 , hommes
, rapporte environ
quatre vingt-mille ducats.
La Ville de Mi-
1
randole , a une Collegiale
tres - confiderable
& foumife à l'Evefque
de Modene ; Le Palais
du Dúc , eft bien meu
blé & rempli de Peintures
exquifes de l'Ecole
de Fologne. Cette
Ville qui eft fituée en
GALANT . 93
tre le Ferrarois , le Modenois
& le Mantouan,
eft reveſtuë de ſept Baftions
Royaux , avec
un fort Chateau outre
-le fort de la Rocca ,
& enceinte d'un large
& profond Foffe remply
d'eau , & qu'on ne
peut mettre à fec.
X
La nuit du 19. au 20 .
du Mois d'Avril 1795 .
Mr de Lapara fit ouvrir
la tranchée devant
Mirandole , où Mr del
94 MERCURE
Coningfexcommanaoit
elle fe rendit le Mois
fuivant , & le Baron
d Irtrik en apporta
au
Roy la Capitulation
qui fut fignée le 1.
May. La Garniſon fut
faite prifonniere deGuer
re , & l'on trouva dans
la Place so . picces de
Canon avec quelques
Mortiers. Plus de 350.
Officiers ou Soldats fe
deguiferent en Paifans
pour éviter d'eftre fait
GALANT .
25
Prifonniers. On Y mit
Garniſon Françoiſe , &
Eſpagnole , & le Duc
Jean de la Mirandole
qui eftoit au fervice
des deux Couronnes
fut remis en poffeffion
de fon Duché dont les
Imperiaux l'avoient depouillé
. Jean , & Jean
Francois Pics Princes
de la Mirandole, fe font
rendus plus illuftres
dans la Republique des
lettres que par leur rang
96 MERCURE
& leurs exploits 5 & le
plus grand adverfaire
qu'ait jamais eu l'Af
trologue Siennois a efté
le fçavant Jean Pic de
de la Mirandole
; cependant
il ne paffa pas
la 33. année de ſon âge,
comme le luy avoit predit
Lucius Bollentius
La conjecture de cet
Aftrologue eftoit fondée
fur la complexion
bilieufe de ce Prince.
Meffire François Verjus
Evêque ar
GALANT 97
Evefque de Graffe & Abbé
de Barbery eft mort le
mois de Janvier 1711 .
REMARQUES.
Graffe eft une Ville
Epifcopale de la Hautte
Provence , fituée fur une
colline : Son Eveſché.
eft fuffragant de l'Archevefché
d'Ambrun :
Sa Cathedrale,eft dediće
àla Vierge, & fon Chapitre
compoſé d'un Archidiacre
, d'un Sacrif-
Février 1711. I
28. MERCURE
tin d'un Capifcol
,
d'un Archipreftre
, d'un,
Theologal & de fix
Chanoines
: Il y a outre
cette Cathedrale , plu
fieurs Paroiffes avec di
verfes Maifons Reli-.
gicufes. La Prevofté qui
eftoit la premiere dignité
du Chapitre , a cſté
reumie à l'Evefché depuis
environ 30. années
.
Cette ville eft fituée .
dans un Terroir le plus
IBLIOT
LYON
DE
เกาะ
ALLE
GALANT.
agreable du monde tant
par fa fertilité que par
la beauté du payfage .
Son Evefché fut d'abord
eftabli à Antibe ,
mais le mauvais air &
les courfes continuelles
des Pirates ,
obligerent
Bertrand II. fon Evef
que , de transferer fon
Siege à Graffe vers l'an
cette tranflation
1250 .
fut
confirmée par les
Papes Innocent
IV. &
Gregoire X. Il n'y a
I ij
100 MERCURE
qu'une Abbaye dans ce
Diccefe , où l'on compte
feulement 22. Paroiffes.
Quelques Hiftoriens
veulent que Graflus
Conful Romain ait
donné , on nom à Graffe
, mais ce fentiment
n'eft pas general; Quoyqu'il
en foit les Latins
la nomment Gr.nnių r.
Meffire Alexandre de
Chevriere de faint Mau .
ris , Docteur de Sorbonne
& Evefque de Saintes
GALANT . 101
eft morr le mois de Jan
vier 71. Il avoit eſté
Chanoine
Macon . Il
& Doyen de
toit frere de
Claude Jofeph de Chevriere
Comte de S. Mauris
en Maçonnois , & Seigneur
du Til & de Salagny,
du Commandeur de
faint Mauris Treforier de
l'Ordre deMalthe, àLyon ,
& de l'Abbé de S. Mauris
Chanoine , & Treforier
de l'Eglife Noble de
S. Pierre de Macon aprés
fon frere. Honoré de Chevriere
leur Pere , Comte
I iij
101 MERCURE
de S. Mauris , qui avoit
époufé en 1604. Claudine
Damas du Breuil, Branche
de l'illuftre Maifon de
Damas - Thiange , eftoit
neveu de Francois de Chevriere
defaint Mauris Seigneur
de S. Salagni , qui
fut le premier pourveu de
la charge de Juge Géné
ral des Armes & des Blafons
de France , lorfqu'elle
fut créé en 1614. & ce
fut aprés fa mort arrivée
l'an 1641. que le celebre
Pierre d'Hofier y fucceda
la mefme année .
GALANT. 103
Venons prefentement
aux particularitez
de la
Ville de Saintes .
REMARQUES
.
Saintes ou Xaintes
,
eft la ville Capitale de
Saintonge
; les Latins la
nomment
Mediolanum
Santonum ou Vrbs
a
Santoria. Elle eft à 4 .
lieux de Coignac , à 7.
de Brouages , à 11. de
la Rochelle , & à vingt
de Bordeaux , & fitué
fur la Riviere de Charente
, dans un Terroir
104 MERCURE
fi charmant que les
Romains l'avoient choi- >
fie pour y faire leur fe
jour. C'eſt ce qui fait
qu'on y voit plufieurs
antiquitez , fur- tout un
Amphitheatre long de
80.pas communs & large
de 45. Le Parterre qui
fervoit à reprefenter les
jeux & les combats :
eft prefentement
un
champs qu'on laboure ;
& toutes les autres qui
fouftenoient les bancs
GALANT. 105
L
& les fieges font encore
en bon eſtat quoy qu'el
lesne foient faites que de
petites pierres ainſi que
l'Amphitheatre.
Ce qu'on y remarque
de plus curieux eft
une Fontaine qui fortant
d'un rocher audeffous
d'une de ces voutes
, va fe perdre dans
une prairie qu'on reconnoift
avoir efté fermée
de murailles. Il y
a grande apparence que
106 MERCURE
ce lieu eſtant rempli des
eaux de cette Fontaine
on y
faifoit des Naumachies
; il y paroift
naturellement difpofé ,
à caufe qu'il fait une
petite vallée bordée de
rochers , dont l'entrée
eft occupée par l'Amphitheatre.
On voit prés
de ce lieu dans un grand
Fauxbourg , l'Abbaye
de fainte Eutrope ; dont
le clocher eft bafti de '
petites pierres , & la nef
GALANT. 107
faite d'une facon particuliere
; les Reliques de
faint Eutrope font renfermées
fous le maiftre
Autel. Ce Fauxbourg
qui eft au pied du Chafteau
de Saintes, eft elévé
fur un rocher qui le
rend imprenable de ce
cofte- la . Le pont de cette
Ville a efté baſtie
par les Romains ; on
voit à fon entrée une
haute tour & plus avant
un Arc de triomphe fait
108 MERCURE
de deux portiques ; on
y lit ces paroles écrites
en groffes Lettres CASARI
NEP. D. JULII
PONTIFICI AUGURIS.
On voit fur le revers
quelques lettres à demi
effacés. Les pierres dont
eft fait l'Arc de triomphe
font fort groffes
& pofez feulement les
unes fur les autres , fans
mortier, qui eftoit la maniere
de baftir chez les
Romains . Le pont fert
GALANT. 109
à paffer de la ville au
Fauxbourg des Dames ,
ainfi appellé d'une Abbaye
de ce nom , où les
Religieufes font d'un
rang diftingué. On remarque
valléans
une
petite
vallée à main gauche
de cette Abbaye , les
reftes d'un ancien Aqueduc
des Romains , L'Eglife
Epifcopale de cette
ville , eft ded ée à S.
Pierre ; c'eft un Chapitre
compofé d'un
110 MERCURE
.
1
Doyen , d'un Archidiacre
& de 24. Chanoines
. Cette Eglife que
Charlemagne
avoit fait
baftir a esté fort endommagée
en fon toit
& en fes voutes par les
Religionnaires
. Sa tour,
l'une des plus groffes
du Royaume
eft demeurée
dans fon entier ;
on y remarque
deux
degrez : L'ancien qui
eft à main droite en entrant
eft merveilleux
1
GALANT. III
dans fon Architecture ,
mais il ne va que jufqu'à
la voute de l'Eglife
; L'autre a 246. marches
& quand on eft en
haut , on peut voir toute
l'eftenduë de la ville ,
qui n'eft pas grande. On
remarque de la quelle
eft adoffée fur une coline
, fur laquelle on à
baſti une Citadelle , qui
ne paroift plus que par
la ruine de quelques
Baſtions. Au pied de
112 MERCURE
cette colline tou eft aujourd'huy
le convent
des Auguſtins , on avoit
autre fois bafti une autre
Citadelle , dont il
refte encore au milieu
le chaft au du Roy ,
qui fervoit ancienncment
demeure aux comtes
de faintes . On voit
fur le haut , le grand
Arfenal , ou l'on fait
plufieurs canons de fonte
le cofé de la muraille
de la ville qui eſt
proche
GALANT . 113
proche cet Arſenal
paroift avoir efté baſti
du temps des Romains ;
On le juge par des colomnes
prefque toutes
entieres qu'on y voit
encore , par des pieces
de marbres ,
&
par
quelque parties de figures
maçonnées avec cette
muraille ancienne , à la
qu'elle on a ajouté par
derriere de belles Fortifications
afin de rendre
ce cofté de la ville où
Février 1711. K
114 MERCURE
11
eftoit la Citadelle le
plus difficile à attaquer.
Antoine du Pas Marquis
de Feuquieres , Lieutenant
General des Armées
du Roy & Gouver
neur de Verdun mourut
le 27. Janvier 1711. âgé
de 61. an , laiffant pofterité
de Marie Magdelaine
Therefe Genevieve
Monchi fille de George &
de Monchi Marquis d'Hoquincourt
, Chevalier des
Ordres du Roy, & de Maric
Molé.
de
GALANT. IT'S
+
REMARQUES .
Monfieur de Feuquieres
tire l'Origine de fon illuftre
nom de la Ville de Pas en
Artois , fituée fur la riviere
d'Ori dans la Comté de
faint Pol.
En 13-0 . Jean de Pas
Seigneur de Martinfart ſe
rendit celebre fous le nom
de jeune Feuquieres ; il fit
une fin femblable à celle
d'Epaminondas
? car fe
voyant bleffé à mort , il ſe
fit porter fur un Brancard
pour reconnoistre la ville
Kij
116 MERCURE
de la Charité fur Loire ,
qu'il affiegeoit comme
Maréchal de camp du
Prince Palatin Cafimir Duc
de Deux - ponts ; & employa
les derniers moinens
de fa vie à faire emporter
cette ville d'affaut. Il
y mourut avec la gloire
d'avoir fauvé l'Armée de
fon parti , qui eftoit pourfuivie
par celle de fes En .
$
(
nemis beaucoup plus puif.
fante , & à qui cette vil'e
fervoit de pallage pour alles
joindre le Roy de Navarre
.
GALANT. N7
Voicy la Lettre que
Mr de Feuquieres à écrire
au Roy dans les derniers
momens de fa vie,
SIRE ,
Aprés avoir mis entre les
mains de Dieu ma vie que je
vais luy rendre , il ne me refte
plus rien à faire avant de la
quitter , que de me jetter aux
pieds de voſtre Majefté. Si je
croyois avoir encore plus de: 4.
heures à paffer en ce monde
je n'oferois pas prendre la liberté
que je prends. Je feay
que j'ay déplû à V M. &
118 MERCURE
quoyque je ne fache pas en
quoi,je ne m'en crois pas moins
coupable .Fefpere SIRE¸que
Dieu me pardonnera
, parceque
jefens en moy un repentir
fincere. Vous eftes l'image de
Dieu, &jofe vousfupplier de
pardonner du moins à mon
fils les fautes queje voudrois
avoir expicés de mon fang.
Ce font elles , SIRE , qui
ont donné à V. M. de l'éloignement
pour moy , & qui
font caufe que je meurs dans
mon lit , au lieu que je devrois.
facrifier à vostre fervice les
derniers momens de ma vie
GALANT. 119
les dernieres goutes de mon
fang. Comme je l'ay toûjours
fouhaité , SIRE , au nom
du Roy des Rois devant qui
je vais paroifire , daignez jetter
des yeux de compaffionfur
un fils unique que je laiffe en
ce monde fans appuy & fans
bien. Il eft innocent de mes
malheurs , & forti d'un fang
qui a toujours bien fervi V
M. Je prends confiance en la
bonté de vostre coeur , & aprés
vous avoir demandé encore
une fois pardon , je vais me
remettre entre les mains de
Dieu à qui je demande pour
120 MERCURE
Voftre Majefté toutes les profperités
que meritent vos vertus.
desMorts & desMa
riages , où l'on trou
vera plufieurs remar
ques biftoriques.
Ferdinand
Obizzi
Marquis
du Saint Empire
Chambellan
& Confeiller
d'Etat , Maréchal General
de Camp , Sur-Intendant
General des Ordonnances
de fa M. I. & cy- devant
Colonel & Commandant
à
Vienne
, eft mort en cette
Ville le 12. Decembre
GALANT. 83
1710. âgé de 70. ans , dont
il en avoit paffé so . au fervice
de la Maiſon d'Autriche
; ſon corps a eſté tranſporté
dans le tombeau de
ces Anceftres.Il avoit épousé
en premieres nôces Marie-
Thereſe Palfi , veuve
d'Augufte
Comte de Sin,
zendolfe
; & en fecondes
;
Anne Marie Elizabeth
Comteffe de Rathmansdorf.
II prit enfuite une
troifiéme alliance avecMarie
Claire - Apolline Comteſſe
de Staremberg
, veuve
de François LeopoldComte
84 MERCURE
臭
de Sclavata , defquelles if
n'a point eu d'Enfants . Ce
fut luy qui enleva en 1674.
le Cardinal Furftemberg.
La Marquife d'Obizzi
fa mere nous a donné
un ſecond exemple de
ces chaftetez à l'épreuve
du poignard dont Lucrece
nous fournit jadis
le premier exemple ; cela
nous fait voir qu'il nous
en viendra peut-eftre un
troifiéme dans quelques
fiécles d'icy , & que la
GALANT : 85
chafteté n'eſt pas ſi rare
qu'on
croit.
Un Gentilhomme de
Padoue fort amoureux
de cette Marquife , qui
eftoit jeune & belle
trouva le moyen d'entrer
dans fa chambrependant
qu'elle dormoit encore
au lit ; fon fils unique
âgé de cinq ans y eftoit
avec elle , mais le Gentilhomme
le transporta
dans une chambre voifine,
afin qu'il nevift pas
86 MERCURE
ce qui fe pafferoit , &
revint enfuite dans la
chambre de laMarquiſe
.
Il fe fervit d'abord des
voyes de douceur & de
perfuafion , avant que
d'en venir auxactions de
violence , & n'ayant pû
rien obtenir ni d'une façon
, ni d'autre fon
amour degenera en fureur
, & fa rage le porta
à un tel point , qu'il poignarda
cette vertueufe
Dame.
GALANT. 87.
La chofe ayant éclatté
, on arreſta le Gentilhomme
fur les foupçons
qu'on cuft contre luy.
On fçavoit qu'il avoiteu
de l'attachement pour la
Marquiſe ; l'Enfant dit
quelque chofe , des voi
fins rapporterent qu'on
avoit vû ce Gentilhomme
dans le quartier ; &
l'on trouva fur le Lit un
bouton de manchette
tout femblable à un autre
bouton , qu'il avoit
88 MERCURE
encore : Tout cela donna
de grands indices
contre lui , on l'appliqua
diverfes fois à la
queftion ordinaire &
extraordinaire , mais il
nia toûjours le fait ; enfin
aprés 15. ans de Prifon
fes amis firent fi
bien qu'ils le fauverent ,
mais quelque tems aprés
le jeune Marquis.
d'Obizzi qui eft ce mef
me Enfant dont j'ay
parlé , luy donna un
coup
GALANT. 89
coup de Pistolet dans
la tefte & vangea ainſi
la mort de fa mere.
VOICI L'EPITAPHE
Latine qu'on a miſe .
1 fur fon Tombeau.
victi
Venerare pudicitia
fimulacrum
mam,lucretiam de Dondis
ab horrologio Pranca
de ObizZonibus , Or
ciani Marchionis uxorem.
Hac inter noctis t
Fevrier
1711..
P
90 MERCURE
nebras , maritales afferent
tades , furiales recentis
Tarquini faces ,
cafto cruore extinxit . Sicque
Romanam Lucretiam
intemerati - tori
gloria vincit. Tanta fua
heroine generofis Manibus
hanc dicavit aram
civitas Patavina.
François Marie Pico ,
Prince de la Mirandole &
de Concordia , accablé de
douleur de fe voir dépouillé
de fon Patrimoine par
GALANT DI
l'Empereur , eft mort à Bologne
en Italie le mois de
Decembre 1710. Il eftoit né
le 50. Septembre 1688. fils
unique de François Pico ,
Prince de la Mirandole ,
mort le 19. Avril 1689. &
d'Anne Camille Borgheze
fille du Prince de Sulmone
Mirandola , ou Mirandole
, eft une petite
Ville d'Italie , à cinq
lieu de Mantoue avec
titre de Duché dont
la Maifon des Pies eft
en poffeffion depuis
*
Hij
92 MERGURE
l'an 1300. Cette Souveraineté
qui ne contient
pas plus de 6000 , hommes
, rapporte environ
quatre vingt-mille ducats.
La Ville de Mi-
1
randole , a une Collegiale
tres - confiderable
& foumife à l'Evefque
de Modene ; Le Palais
du Dúc , eft bien meu
blé & rempli de Peintures
exquifes de l'Ecole
de Fologne. Cette
Ville qui eft fituée en
GALANT . 93
tre le Ferrarois , le Modenois
& le Mantouan,
eft reveſtuë de ſept Baftions
Royaux , avec
un fort Chateau outre
-le fort de la Rocca ,
& enceinte d'un large
& profond Foffe remply
d'eau , & qu'on ne
peut mettre à fec.
X
La nuit du 19. au 20 .
du Mois d'Avril 1795 .
Mr de Lapara fit ouvrir
la tranchée devant
Mirandole , où Mr del
94 MERCURE
Coningfexcommanaoit
elle fe rendit le Mois
fuivant , & le Baron
d Irtrik en apporta
au
Roy la Capitulation
qui fut fignée le 1.
May. La Garniſon fut
faite prifonniere deGuer
re , & l'on trouva dans
la Place so . picces de
Canon avec quelques
Mortiers. Plus de 350.
Officiers ou Soldats fe
deguiferent en Paifans
pour éviter d'eftre fait
GALANT .
25
Prifonniers. On Y mit
Garniſon Françoiſe , &
Eſpagnole , & le Duc
Jean de la Mirandole
qui eftoit au fervice
des deux Couronnes
fut remis en poffeffion
de fon Duché dont les
Imperiaux l'avoient depouillé
. Jean , & Jean
Francois Pics Princes
de la Mirandole, fe font
rendus plus illuftres
dans la Republique des
lettres que par leur rang
96 MERCURE
& leurs exploits 5 & le
plus grand adverfaire
qu'ait jamais eu l'Af
trologue Siennois a efté
le fçavant Jean Pic de
de la Mirandole
; cependant
il ne paffa pas
la 33. année de ſon âge,
comme le luy avoit predit
Lucius Bollentius
La conjecture de cet
Aftrologue eftoit fondée
fur la complexion
bilieufe de ce Prince.
Meffire François Verjus
Evêque ar
GALANT 97
Evefque de Graffe & Abbé
de Barbery eft mort le
mois de Janvier 1711 .
REMARQUES.
Graffe eft une Ville
Epifcopale de la Hautte
Provence , fituée fur une
colline : Son Eveſché.
eft fuffragant de l'Archevefché
d'Ambrun :
Sa Cathedrale,eft dediće
àla Vierge, & fon Chapitre
compoſé d'un Archidiacre
, d'un Sacrif-
Février 1711. I
28. MERCURE
tin d'un Capifcol
,
d'un Archipreftre
, d'un,
Theologal & de fix
Chanoines
: Il y a outre
cette Cathedrale , plu
fieurs Paroiffes avec di
verfes Maifons Reli-.
gicufes. La Prevofté qui
eftoit la premiere dignité
du Chapitre , a cſté
reumie à l'Evefché depuis
environ 30. années
.
Cette ville eft fituée .
dans un Terroir le plus
IBLIOT
LYON
DE
เกาะ
ALLE
GALANT.
agreable du monde tant
par fa fertilité que par
la beauté du payfage .
Son Evefché fut d'abord
eftabli à Antibe ,
mais le mauvais air &
les courfes continuelles
des Pirates ,
obligerent
Bertrand II. fon Evef
que , de transferer fon
Siege à Graffe vers l'an
cette tranflation
1250 .
fut
confirmée par les
Papes Innocent
IV. &
Gregoire X. Il n'y a
I ij
100 MERCURE
qu'une Abbaye dans ce
Diccefe , où l'on compte
feulement 22. Paroiffes.
Quelques Hiftoriens
veulent que Graflus
Conful Romain ait
donné , on nom à Graffe
, mais ce fentiment
n'eft pas general; Quoyqu'il
en foit les Latins
la nomment Gr.nnių r.
Meffire Alexandre de
Chevriere de faint Mau .
ris , Docteur de Sorbonne
& Evefque de Saintes
GALANT . 101
eft morr le mois de Jan
vier 71. Il avoit eſté
Chanoine
Macon . Il
& Doyen de
toit frere de
Claude Jofeph de Chevriere
Comte de S. Mauris
en Maçonnois , & Seigneur
du Til & de Salagny,
du Commandeur de
faint Mauris Treforier de
l'Ordre deMalthe, àLyon ,
& de l'Abbé de S. Mauris
Chanoine , & Treforier
de l'Eglife Noble de
S. Pierre de Macon aprés
fon frere. Honoré de Chevriere
leur Pere , Comte
I iij
101 MERCURE
de S. Mauris , qui avoit
époufé en 1604. Claudine
Damas du Breuil, Branche
de l'illuftre Maifon de
Damas - Thiange , eftoit
neveu de Francois de Chevriere
defaint Mauris Seigneur
de S. Salagni , qui
fut le premier pourveu de
la charge de Juge Géné
ral des Armes & des Blafons
de France , lorfqu'elle
fut créé en 1614. & ce
fut aprés fa mort arrivée
l'an 1641. que le celebre
Pierre d'Hofier y fucceda
la mefme année .
GALANT. 103
Venons prefentement
aux particularitez
de la
Ville de Saintes .
REMARQUES
.
Saintes ou Xaintes
,
eft la ville Capitale de
Saintonge
; les Latins la
nomment
Mediolanum
Santonum ou Vrbs
a
Santoria. Elle eft à 4 .
lieux de Coignac , à 7.
de Brouages , à 11. de
la Rochelle , & à vingt
de Bordeaux , & fitué
fur la Riviere de Charente
, dans un Terroir
104 MERCURE
fi charmant que les
Romains l'avoient choi- >
fie pour y faire leur fe
jour. C'eſt ce qui fait
qu'on y voit plufieurs
antiquitez , fur- tout un
Amphitheatre long de
80.pas communs & large
de 45. Le Parterre qui
fervoit à reprefenter les
jeux & les combats :
eft prefentement
un
champs qu'on laboure ;
& toutes les autres qui
fouftenoient les bancs
GALANT. 105
L
& les fieges font encore
en bon eſtat quoy qu'el
lesne foient faites que de
petites pierres ainſi que
l'Amphitheatre.
Ce qu'on y remarque
de plus curieux eft
une Fontaine qui fortant
d'un rocher audeffous
d'une de ces voutes
, va fe perdre dans
une prairie qu'on reconnoift
avoir efté fermée
de murailles. Il y
a grande apparence que
106 MERCURE
ce lieu eſtant rempli des
eaux de cette Fontaine
on y
faifoit des Naumachies
; il y paroift
naturellement difpofé ,
à caufe qu'il fait une
petite vallée bordée de
rochers , dont l'entrée
eft occupée par l'Amphitheatre.
On voit prés
de ce lieu dans un grand
Fauxbourg , l'Abbaye
de fainte Eutrope ; dont
le clocher eft bafti de '
petites pierres , & la nef
GALANT. 107
faite d'une facon particuliere
; les Reliques de
faint Eutrope font renfermées
fous le maiftre
Autel. Ce Fauxbourg
qui eft au pied du Chafteau
de Saintes, eft elévé
fur un rocher qui le
rend imprenable de ce
cofte- la . Le pont de cette
Ville a efté baſtie
par les Romains ; on
voit à fon entrée une
haute tour & plus avant
un Arc de triomphe fait
108 MERCURE
de deux portiques ; on
y lit ces paroles écrites
en groffes Lettres CASARI
NEP. D. JULII
PONTIFICI AUGURIS.
On voit fur le revers
quelques lettres à demi
effacés. Les pierres dont
eft fait l'Arc de triomphe
font fort groffes
& pofez feulement les
unes fur les autres , fans
mortier, qui eftoit la maniere
de baftir chez les
Romains . Le pont fert
GALANT. 109
à paffer de la ville au
Fauxbourg des Dames ,
ainfi appellé d'une Abbaye
de ce nom , où les
Religieufes font d'un
rang diftingué. On remarque
valléans
une
petite
vallée à main gauche
de cette Abbaye , les
reftes d'un ancien Aqueduc
des Romains , L'Eglife
Epifcopale de cette
ville , eft ded ée à S.
Pierre ; c'eft un Chapitre
compofé d'un
110 MERCURE
.
1
Doyen , d'un Archidiacre
& de 24. Chanoines
. Cette Eglife que
Charlemagne
avoit fait
baftir a esté fort endommagée
en fon toit
& en fes voutes par les
Religionnaires
. Sa tour,
l'une des plus groffes
du Royaume
eft demeurée
dans fon entier ;
on y remarque
deux
degrez : L'ancien qui
eft à main droite en entrant
eft merveilleux
1
GALANT. III
dans fon Architecture ,
mais il ne va que jufqu'à
la voute de l'Eglife
; L'autre a 246. marches
& quand on eft en
haut , on peut voir toute
l'eftenduë de la ville ,
qui n'eft pas grande. On
remarque de la quelle
eft adoffée fur une coline
, fur laquelle on à
baſti une Citadelle , qui
ne paroift plus que par
la ruine de quelques
Baſtions. Au pied de
112 MERCURE
cette colline tou eft aujourd'huy
le convent
des Auguſtins , on avoit
autre fois bafti une autre
Citadelle , dont il
refte encore au milieu
le chaft au du Roy ,
qui fervoit ancienncment
demeure aux comtes
de faintes . On voit
fur le haut , le grand
Arfenal , ou l'on fait
plufieurs canons de fonte
le cofé de la muraille
de la ville qui eſt
proche
GALANT . 113
proche cet Arſenal
paroift avoir efté baſti
du temps des Romains ;
On le juge par des colomnes
prefque toutes
entieres qu'on y voit
encore , par des pieces
de marbres ,
&
par
quelque parties de figures
maçonnées avec cette
muraille ancienne , à la
qu'elle on a ajouté par
derriere de belles Fortifications
afin de rendre
ce cofté de la ville où
Février 1711. K
114 MERCURE
11
eftoit la Citadelle le
plus difficile à attaquer.
Antoine du Pas Marquis
de Feuquieres , Lieutenant
General des Armées
du Roy & Gouver
neur de Verdun mourut
le 27. Janvier 1711. âgé
de 61. an , laiffant pofterité
de Marie Magdelaine
Therefe Genevieve
Monchi fille de George &
de Monchi Marquis d'Hoquincourt
, Chevalier des
Ordres du Roy, & de Maric
Molé.
de
GALANT. IT'S
+
REMARQUES .
Monfieur de Feuquieres
tire l'Origine de fon illuftre
nom de la Ville de Pas en
Artois , fituée fur la riviere
d'Ori dans la Comté de
faint Pol.
En 13-0 . Jean de Pas
Seigneur de Martinfart ſe
rendit celebre fous le nom
de jeune Feuquieres ; il fit
une fin femblable à celle
d'Epaminondas
? car fe
voyant bleffé à mort , il ſe
fit porter fur un Brancard
pour reconnoistre la ville
Kij
116 MERCURE
de la Charité fur Loire ,
qu'il affiegeoit comme
Maréchal de camp du
Prince Palatin Cafimir Duc
de Deux - ponts ; & employa
les derniers moinens
de fa vie à faire emporter
cette ville d'affaut. Il
y mourut avec la gloire
d'avoir fauvé l'Armée de
fon parti , qui eftoit pourfuivie
par celle de fes En .
$
(
nemis beaucoup plus puif.
fante , & à qui cette vil'e
fervoit de pallage pour alles
joindre le Roy de Navarre
.
GALANT. N7
Voicy la Lettre que
Mr de Feuquieres à écrire
au Roy dans les derniers
momens de fa vie,
SIRE ,
Aprés avoir mis entre les
mains de Dieu ma vie que je
vais luy rendre , il ne me refte
plus rien à faire avant de la
quitter , que de me jetter aux
pieds de voſtre Majefté. Si je
croyois avoir encore plus de: 4.
heures à paffer en ce monde
je n'oferois pas prendre la liberté
que je prends. Je feay
que j'ay déplû à V M. &
118 MERCURE
quoyque je ne fache pas en
quoi,je ne m'en crois pas moins
coupable .Fefpere SIRE¸que
Dieu me pardonnera
, parceque
jefens en moy un repentir
fincere. Vous eftes l'image de
Dieu, &jofe vousfupplier de
pardonner du moins à mon
fils les fautes queje voudrois
avoir expicés de mon fang.
Ce font elles , SIRE , qui
ont donné à V. M. de l'éloignement
pour moy , & qui
font caufe que je meurs dans
mon lit , au lieu que je devrois.
facrifier à vostre fervice les
derniers momens de ma vie
GALANT. 119
les dernieres goutes de mon
fang. Comme je l'ay toûjours
fouhaité , SIRE , au nom
du Roy des Rois devant qui
je vais paroifire , daignez jetter
des yeux de compaffionfur
un fils unique que je laiffe en
ce monde fans appuy & fans
bien. Il eft innocent de mes
malheurs , & forti d'un fang
qui a toujours bien fervi V
M. Je prends confiance en la
bonté de vostre coeur , & aprés
vous avoir demandé encore
une fois pardon , je vais me
remettre entre les mains de
Dieu à qui je demande pour
120 MERCURE
Voftre Majefté toutes les profperités
que meritent vos vertus.
Fermer
Résumé : ARTICLE des Morts & des Mariages, où l'on trouvera plusieurs remarques historiques.
Le texte présente plusieurs événements historiques et biographies. Ferdinand Obizzi, Marquis du Saint Empire, Chambellan et Conseiller d'État, Maréchal Général de Camp, Sur-Intendant Général des Ordonnances de la Maison d'Autriche, est décédé à Vienne le 12 décembre 1710 à l'âge de 70 ans. Il avait passé 50 ans au service de la Maison d'Autriche. Son corps a été transporté dans le tombeau de ses ancêtres. Il avait épousé Marie-Therese Palfi, veuve du Comte de Sinzendorf, puis Anne Marie Elizabeth Comtesse de Rathmansdorf, et enfin Marie Claire-Apolline Comtesse de Starhemberg, veuve du Comte de Slavata, mais n'a pas eu d'enfants. En 1674, il a enlevé le Cardinal Fürstenberg. La Marquise d'Obizzi, mère de Ferdinand, a été assassinée par un gentilhomme de Padoue amoureux d'elle. Cet homme a été arrêté et emprisonné pendant 15 ans avant d'être sauvé par ses amis. Plus tard, le jeune Marquis d'Obizzi, fils de la Marquise, a vengé sa mère en tuant le gentilhomme. François Marie Pico, Prince de la Mirandole et de Concordia, est mort à Bologne en décembre 1710, accablé de douleur après avoir été dépouillé de son patrimoine par l'Empereur. Né le 50 septembre 1688, il était fils unique de François Pico et d'Anne Camille Borgheze. Mirandole est une petite ville d'Italie, possession de la Maison des Pies depuis 1300, avec un Duché rapportant environ quatre-vingt-mille ducats. En avril 1795, Mirandole a été assiégée et capturée par les troupes françaises commandées par Monsieur de Lapara et Monsieur del Coningfex. La garnison a été faite prisonnière de guerre et la ville a été mise sous occupation française et espagnole. Le Duc Jean de la Mirandole a été remis en possession de son Duché. Le texte mentionne également plusieurs décès d'hommes d'Église et de nobles, tels que Meffire François Verjus, Évêque de Graffe et Abbé de Barbery, mort en janvier 1711, et Meffire Alexandre de Chevrière de Saint Mauris, Docteur de Sorbonne et Évêque de Saintes, également décédé en janvier 1711. Enfin, la ville de Saintes, capitale de la Saintonge, est décrite avec ses antiquités romaines, notamment un amphithéâtre et un aqueduc. La ville est située sur la rivière Charente et possède une cathédrale dédiée à Saint Pierre, endommagée par les religionnaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2428
p. 92-140
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIÉME.
Début :
J'ay découvert qui estoit l'Autheur des Dialogues que / Je n'ay pas ublié que vous m'avez promis de [...]
Mots clefs :
Dieux, Adoration, Peuples, Esprit, Volupté, Nature, Souverain, Extravagance, Politique, Coeur, Chagrin
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texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIÉME.
J'ay découvert qui eftoit
l'Autheur desDialogues que
yous trouvez depuis quatre
GALANT. 93
inois dans toutes mes Lettres
. Il eft de Bourges , &
s'appelle M. Bordelon . En
voicy un cinquiéme , qui eſt
une digne fuite de ceux que
vous avez déja veus de luy .
S$25525 SS SSSSSS
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGUE QUATRIE' ME.
BELOROND, LAMBRET.
BELORO N D.
JE n'ay pas ubliéque vous
m'avez promis de m'entretenir
aujourd'huy des ju94
MERCURE
dicieux fentimens de ceux
dont je vous rapportay les
opinions fur le fouverain
Bien, la derniere fois que je
Vous vis .
LAMBRE T.
Il eft vray que je vous
ay fait cette promeſſe ; mais
la matiere eft fi grande ,
qu'il faudroit, ou n'en point
parler , ou en parler dans
toute l'étenduë qu'elle merite
. Ainfi , je vous prie dé
me permettre d'eftre voftre
Diogenes Laerce , c'eſt à
dire de vous rapporter chaque
jour deftiné pour nos
GALANT. 95
Entretiens , un Abregé de la
vie & des opinions d'un des
anciens Philofophes , & autres
grands Hommes qui fe
font rendus recommandables
dans les Sciences , ou
dans la Politique , & meſme
dans les Armes. Je fuis affuré
que vous aurez plus de
plaiſir , ſi je m'étens fur chacun
d'euxautant que le tems
me le permettra , que fi je
parlois de tous en general
dans une feule converfation
.
BELORON D.
J'efpere tirer de grands
96 MERCURE
avantages
de ce deffein ; &
je vous prie inftamment
de
le reduire
en pratique
.
LAMBRET.
Je commenceray avec
beaucoup de plaifir , la
premiere fois que nous nous
verrons ; car vous voulez
bien que l'Entretien d'aujourd'huy
foit employé à
une reflexion que m'ont
fourny les opinions bizarres
que vous me rapportaſtes:
fur le fouverain Bien , dans
noftre derniere converfation.
Je me fuis étonné comme
d'une chofe qui paroift
tresGALANT.
97
tres - difficile à croire , que
tant de grands Hommes eftant
convaincus , comme il
n'en faut point douter , de
l'Existence de quelque Divinité
, & par confequent de
fes eminentes perfections ,
ils n'en ayent pas fait le fouverain
Bien de tous les hommes
; puis qu'en concevant
un Dieu , on conçoit ce qu'il
y a de plus parfait, & en mefme
temps ce qui feul peut
remplir la capacité du coeur
humain , car l'étude de la
Nature , & de tout ce qu'elle
contient, qui avoit efté leur
Juillet 1685.
1
I ¹
98 MERCURE
ordinaire occupation, ne devoit-
elle pas avoir appris la
fragilité de laNature, & que
par confequent ny les vangeances
, ny les navigations
heureuſes , my les amitiez ,
ny les Batailles gagnées , ny
les louanges receues , ny les
fuperbes Edifices , ny les voluptez,
ny la bonne renommée
, ny les Enfans , ny les
belles Femmes , ny l'Eloquence
, ny les Parens illuftres
, ny les biens temporels
, ny les grands trefors ,
ne pouvoient faire le veritable
bien de l'homme ; comGALANT.
99
me vous m'aſſeuraſtes que
les
Anacharfis ,les Crates ,les
Simonides , les Architas , les
Gorgias , les Chryfippes, les
Epicures , les Antifthenes ,
les
Sophocles , les Euripides,
les Palemons , les Themiſtocles
, les Ariftides, & les Heraclides
fe
l'eftoient imaginé.
N'avoient-ils pas experimenté
eux- mefmes , ou veu
experimenter par d'autres ,
que tout ce que ce monde
promet , n'eft que fourbe ,
tromperie ou vanité ? Que là
où il promet la liberté, comme
dans les
grandeurs , on
I ij
100 MERCURE
n'y trouve qu'embarras &
efclavage ; que là où il promet
la paix , comme dans les
folitudes les plus retirées, on
n'y trouve que des inquietudes
; que là où il promet
de la joye , comme dans les
voluptez , on n'y trouve que
des amertumes ? Ne fçavoient
- ils pas que les
plus
tendres
amitiez
finiffent, que
les honneurs
font des titres
fpecieux que
le temps effales
plaiſirs ne font
ce , que
que des amuſemens
accompagnez
de chagrins
, que les
richeffes
font
enlevées
par la
GALANT. 101
violence des hommes , ou
échappent par leur propre
fragilité, que les grandeurs
tombent d'elles- mefmes , &
que la gloire & la reputation
fe perdent enfin dans les
abyfines de l'oubly ? Ne ſentoient-
ils pas eux - mefines ,
ou ne voyoient-ils pas fentir
par les autres qu'il n'y a rien
dans toutes les creatures qui
puiffe rendre l'homme heureux
, parce qu'il n'y a rien
qui puiffe remplir la capacité
de fon coeur ; qu'elles font
trop petites en elles - mef
mes , & trop foibles en leur
I iij
102 MERCURE
pouvoir ; qu'il eft vray que
d'abord leur beauté donne
dans les yeux , leurs loüanflatent
l'oreille ,leur douceur
contente le gouft,leurs
richeffes accommodent le
ges
corps , mais que pas une ne
fatisfait pleinement l'efprit ;
qu'elles peuvent bien occuper
& embarraffer le coeur
humain , mais qu'elles ne
peuvent pas le fatisfaire, parce
que ce ne font des
que
faux biens , des illufions &
des ombres , ou plûtoft des
maux veritables , qui rendent
l'homine plus méchant , &
GALANT. 103
d'eftre
ne l'empefchent pas
malheureux , comme remarque
judicieuſement
un Autheur
de nos jours ? Enfin ,
les refus que quelques - uns
faifoient de la faveur des
Princes , ne devoient -ils pas
venir du mépris de leurs
grandeurs , comme d'un effet
de leurs reflexions qui
leur devoient avoir appris
que la fortune la plus éclatante,
eft non feulement vaine
& fragile, mais onereuſe ,
mais pleine d'amertumes
&
de chagrins, & que l'on foûpire
fur le Thrône auffi - bien
I iiij
104 MERCURE
que dans les fers ? Voilà les
penfées qu'ils pouvoient avoir
touchant les chofes du
monde , puis qu'ils eftoient
capables d'en avoir de bien
plus élevées , & de bien plus
abftraites , comme j'efpere
vous le faire voir dans l'hif
toire de leurs vies , que je
vous promets. Avoüez que
ces grands Hommes eſtant
capables de ces fentimens
fur les chofes humaines , &
les ayant en effet , comme
leurs Sentences judicieufes
le témoignent , il y a lieu de
s'étonner qu'ils ayent mis
GALANT. 105
le fouverain Bien de l'homme
dans les chofes d'icybas
, fans fonger à la poffeffion
& à l'amour du moins
de quelque eftre plus parfait
, comme de leurs fauffes.
Divinitez , s'ils ne connoif
foient pas la veritable , puis
qu'il eft conftant qu'ils reconnoiffoient
quelque Divinité.
Car s'il eft vray que
nous avons une impreffion
naturelle d'un Eftre divin ,
felon Ciceron , Omnes duce
naturá eo vehimur ut Deos effe
dicamus ; ou felon Ariftote ,
Omnes homines de dijs exiftima106
MERCURE
tionem habent ; & qu'il n'y a
aucune Nation , fi barbare
qu'elle foit , qui ne croye
quelques Dieux , felon Seneque
, Nulla quippe gens ufquam
eft adeo extra leges morefque projecta
, ut non aliquos Deos credat
; nous ne devons pas refufer
cette impreſſion
à tous
ces grands Genies qui en
eftoient affeurément les plus
capables , & qui l'avoient
renduë plus profonde par
leurs études & leurs meditations.
BELORO ND .
Voftre reflexion eft extreGALANT.
107
mement judicieuſe. Je vous
diray cependant que cette
impreffion naturelle de la
Divinité qu'Ariftote, Ciceró
& Seneque attribuent à tous
les Hommes,me ſemble une
chofe difficile à croire , fi
nous voulons nous en rapporter
à quelques Autheurs
qui nous apprennent le
contraire. En effet , Strabon
dit , que quelques Peuples
de la Zone Torride , ne
reconnoiffent aucuns Dieux,
ex ijs qui Torridam habitant nonnulli
funt qui deos effe non credunt.
Jean Leon nous en dit
108 MERCURE
autant des Peuples qui habitent
le Royaume de Borno
en Afrique. Acoſta va
encore plus loin , quand il
parle de quelques Indiens
Occidentaux , qui n'avoient
pas feulement le nom appellatif
de Dieu . Champlain
le confirme de quelques
Peuples de laNouvelle France
, & les Lettres des Jefuites
de l'an 1626. de quelques
Peuples qui font fur le Gange
. Non feulement des
Peuples Barbares font dans
ce déplorable état ; mais encore
des Hommes tres éclai
GALANT. 109
réz en toute autre matiere,
comme un Petrone qui s'imagine
que les merveilles de
la Nature , les Eclypfes des
Aftres, les Tremblemens de
Terre , le bruit des Tonnerres
& chofes femblables
font les caufes qui intimidant
le vulgaire , l'ont perfuadé
de l'Exiſtance d'un
Dieu.
,
Primus in orbe deos fecit timor,
ardua coelo
Fulmina dum caderent.
Comme un Sextus qui
rapporte cette impreffion
dont vous me parlez , aux
-
110 MERCURE
Vifions prodigieufes que
nous fournit noſtre imagination
pendant le Sommeil.
D'autres ont voulu ſe figurer
que l'opinion de l'Exiftence
d'un Dieu , eftoit un
effet de la Politique des Legiflateurs
, pour retenir les
Peuples , & les mener à leur :
fantaiſie. C'est ce que Jofeph
Acoſta ſemble confirmer
, quand il nous reprefente
les Mandarins qui
gouvernent la Chine , & qui
retiennent le Peuple dans la
Religion du Pays , quoy
qu'eux-mefmes ne croyent
GALANT. HI
point d'autre Dieu que la
Nature , point d'autre vie.
que celle-cy , point d'autre
Enfer que la Prifon , ny
d'autre Paradis , que d'avoir
un Office de Mandarin.
LAMBRE T..
Cette impreffion naturelle
de la Divinité , demande
pour paroiſtre au dehors
une raiſon parfaite dans celuy
qui doit la faire voir , &
c'eft cette perfection qui
manquoit à ces Peuples Barbares
dont parlent Strabon,
Jean Leon , Acoſta , Champlain
, & les Peres Jefuites,
112 MERCURE
s'il eft vray qu'ils ayent efté
dans une ignorance fi grof
fiere , ce que j'ay de la peine
à croire . L'Ecriture Sainte
me fournit ce raiſonnement
, quand elle nous apprend
que c'eft le fol ,l'Homme
fans raifon , qui dit qu'il
n'y a point Dieu ; Dixit infi
piens in corde fuo non eft Deus.
C'eft encore la perfection
de cette mefme raiſon qui
manquoit à ces habiles
Hommes , je veux dire que
c'eſt à caufe que cette raifon
eftoit corrompue par les
voluptez , ou par la prefomGALANT.
113
>
que
ption , autre eſpece de folie..
Ce font des efprits fuperbes
qui ne veulent pas croire ce
qu'ils ne connoiffent pas ..
Chofe étonnante
l'Homme qui eft fi foible
de fa nature
fi fterile en
fon pouvoir , fi limité dans
fes connoiffances
, foit ce
pendant affez aveugle, pour
fe perfuader qu'il eft capable
de penetrer l'effence de
toutes chofes , & que pouffé
par cét aveuglement
il pretend
tout fçavoir ! L'expe
rience a beau luy apprendre
tous les jours par l'ignoran--
Juillet 1685.
K
114 MERCURE
ce qu'il a de tant de choſes
qui font dans la Nature , &
auſquelles fes connoiffances
ne peuvent arriver , combien
fes lumieres font foibles
, l'orgueil qui le domine
, ne laiffe pas de luy faire .
croire qu'il n'a qu'à vouloir
pour connoiftre ce qu'il defire
, & que fi d'un coſté la
maffe de fon corps luy eft un
grand obftacle à cette avidité
qu'il a de tout fçavoir,
d'un autre cofté , il a un eſprit
qui par fa promptitude
& fa fubtilité peut Télever
au deffus de tous les
GALANT. 115
obftacles que fa prifon luy
veut oppofer. C'eſt à caufe
de ce raifonnement de l'orgueil
, que l'Homme dans
noftre Religion a tant de
peine à captiver fon eſprit
fous la Foy , & que ces fçavans
Athées tâchent de ne
pas croire qu'il y ait un
Dieu. Leur prefomption ne
leur permet pas de faire reflexion
, que ce Dieu fur l'Exiftence
duquel ils voudroient
bien s'aveugler , eft
un abîme où fe perd la raifon
humaine , un Ocean où
toute la Sageffe du monde
Kij
116 MERCURE
eft fubmergée , Sapientia corum
devorata eft. En effet,
quelle folie, de vouloir connoiftre
l'effence d'un Dieu !
Ces grands Hommes raiſonnent-
ils ? Ne doivent- ils pas
eftre perfuadez , quand tout
les convainc , qu'il eft un
Dieu , qu'il faut que ce Dieu
foit un Eftre incomprehenfible,
en mefme temps qu'il
comprend tout , invifible en
mefme temps qu'il voit tout,
inacceffible en mefine temps.
qu'il eft dás tout.Encore une
fois ne doivent- ils pas eftre
perfuadez qu'il faut que ce
GALANT. 117
4
Dieu foit un eftre , grand
fans quantité , bon fans qualité
, infiny fans nombre ,
étendu fans mefure , & par
confequent impénetrable
aux raifonnemens humains ?
Cependant il s'eft trouvé
dans le quatriéme Siecle de
Eglife , un Herefiarque
nommé Eunomius de Galatie
, & non pas de Capadoce
, comme l'a écrit Sozo
mene , qui fe vantoit avec
fes Sectateurs , de connoiftre
Dieu auffi bien que Dieu
fe connoiffoit luy mefme ;
tant il eft vray que la pre18
MERCURE
·
la
fomption de l'Homme n'a
point de limites. Mais fi la
prefomption produit des Athées
, il faut avouer que
corruption que les voluptez
engendrent dans l'efprit,
n'eft pas une des moindres
caufes de l'Atheïſme. Un
efprit voluptueux ne croit
pas volontiers l'Existence
d'un Dieu , qu'on ne peut
connoiftre fans eftre obligé
de l'adorer & de l'aimer , &
qu'on ne peut veritablement
adorer & aimer , fans
renoncer aux plaiſirs & aux
voluptez criminelles . Pour
GALANT. 119
croire volontiers un Dieu,
il faut fouhaiter qu'il foit,
& pour fouhaiter qu'il foit ,
il faut en attendre des faveurs
& des liberalitez , &
c'eft ce que les Hommes
charnels fçavent bien qu'ils
n'ont aucun fujet d'efperer.
BELORON D.
,
Je croy avec vous que
c'eſt l'ignorance ou la prefomption
, ou la corruption
qui a introduit l'Atheiſme
dans le monde , s'il eft vray
qu'il y ait de veritables Athées
, & ce font apparem120
MERCURE
mét les mêmescaufes qui ont
produit l'Idolatrie, comme il
eft conftant qu'il y en a eu, &
qu'il yena encore à prefent.
Il n'y a aucune chofe fur la
quelle lesHommes devoient
eftre plus raiſonnables , que
fur l'obligation indiſpenſable
de reconnoiftre une Di
vinité , & cependant il n'y
a aucun fujet fur lequel ils
ayent fait voir plus d'extravagance
que fur céluy - là.
On ne le pourroit croire , fi
nous n'en avions des témoi
gnages qu'on ne sçauroit
démentir. L'occaſion eſt
trop
GALANT. 121
trop favorable pour ne pas
entrer dans le détail de ces
extravagances. Je vais vous
faire un recit abregé à la
confufion de l'efprit humain
, de toutes les chofes
(fans parler desHommes)qui
ont été les objets de fon adoration.
Je ne garderay point
d'autre ordre que celuy
que ma memoire me fournira.
Ceux de la Province de
Cardandan adorent le plus
vieux de la Maiſon , au rapport
de Marc Paul . Bouldefelle
raconte en fes Voyages
de l'an 1326. que ceux
Juillet 1685.
L
126 MERCURE
qui portoient la qualité de
grand Cham du Cathay ,
prenoient garde le premier
Jour de l'An , au fortir du lit,
à ce qui leur venoit premierement
à la rencontre , afin
de le tenir pour leur Dieu
toute l'année ; de forte que
fi c'eftoit un Rat ou un
Chien , ils datoient leurs
Expeditions de l'an du Rat
ou du Chien . Gaguin dit
dans fa Sarmatie , que des
Lithuaniens adorent les plus
grands Arbres de leurs Forefts.
Le Roy de Bellegat
avoit pour fon Dieu une
GALANT. 127
dent de Guenon
;
c'eſt
Pigafetta qui nous apprend
cette ridicule Divinité. Des
Calicutois adorent le Diable
, fe perfuadant qu'aprés
la Création du monde , Dieu
l'a laiffé fous fa conduite.
L'Hiftoire des Incas affeute
que dans une Vallée du Perou
on adoroit une Emeraude
prefque auffi groffe qu'un
oeuf d'Auftruche. Les Tunquinois
rendent leurs adorations
aux Ames de ceux
qui font morts faute de
nourriture , & leur offrent
du Ris au premier des jours
Lij
128 MERCURE
de chaque Lune. Une Secte
de Perfans n'admettoit point
d'autre Dieu que les
quatre
Elemens . Olearius dit que
les Tartares Ceremiffes adorent
tout ce qu'ils fe font
reprefentez la nuit en fonge.
Y a-t-il rien de pareil à
l'extravagance des Egyptiens
qui adoroient des Oignons
, des Chats , & les
plus abjectes Créatures?
C'eft en fe mocquant d'eux
que Juvenal dit agréeablement,
Sat. 15.
O fortunati quibus hæc nafcuntur
in hortis
Numina!
1
GALANT. 129
O qu'ils font heureux,
puis que les Dieux naiffent ,
& font produits dans leurs
Jardins! Les Lacédemoniens
n'ont-ils pas efté affez fous
pour élever des Autels à la
Mort , quelque implacable
qu'elle foit ; les Romains a
la Crainte , à la Pafleur , à la
Fiévre , & les Atheniens à
l'Impudence ? Empedocles
regardoit les Cieux comme
autant de Dieux , les Pythagoriciens
les Aftres . Il y a
des Tartares qui adorent la
Lune. Des Africains de Lybie
& de Numidie font des
Li
130 MERCURE
Sacrifices aux Planettes . Si
nous en croyons Jean Leon,
les Habitans des Ifles fortunées
, les Maffagettes , & les
Gentils de la cofte des Malabares
adorent le Soleil , comme
fi ces paroles , Soli Deo
gloria , fe devoient honor
interpreter en faveur de ce
premier de tous les Aftres ; ce
qui me fait reffouvenir d'un
Portugais, qui s'eftant rendu
agréable par fes fervices au
Roy Henry III.luy demanda
dans Lyon par grace finguliere
, de ne contraindre
perfonne dás tous fes Etats ,
d'adorer d'autre Divinité
GALANT. 131
que celle du Soleil . Chez
Diogénes , Platon reconnoit
le Feu pour une Divinité,
Les Perfes chez Herodote
adorent les Fleuves avec
tant de devotion qu'ils n'ofent
feulement fe fervir de
leurs Eaux , pour en laver
leurs mains . Les Syriens alloient
foüiller jufques dans
la Mer pour y chercher les
Poiffons , & en faire leurs
Dieux. Les Americains Septentrionaux
de Cevola
rendoient leurs adorations
à l'Eau , les Theffaliens aux
Cicognes ; les Habitans du
L iiij
132 MERCURE
Mont Caffin aux Oyfeaux
Seleucides ; Les Affyriens
aux Colombes; les Habitans
de l'Empire du grand' Mogor
aux Vaches ; ceux de
Calicut aux Boeufs , les Tartares
que Jofeph Barbaro
appelle Moxij , à un Cheval
remply de Paille ; les
Gentils de Bengala & autres
Indiens à un Elephant
blanc ; les Samogiciens aux
Serpens , felon Sigifmond
de Herbeftin en fa Mofcovie.
De bonne foy , fi tous
ces Gens là avoient eu un
peu de raiſon , ne fe feroient-
د
GALANT. 133
1
ils pas mocquez d'eux-meſmes
, en confiderant leurs
extravagances
? & n'avoient-
ils pas fujet de dire
comme un certain, Stulte verebor
ipfe cum faciam Deos ; ô
fols que nous fommes d'adorer
des Dieux qui ne le
font que parce que nous le
voulons ! Enfin pour derniere
preuve de l'extravagance
de l'efprit humain fur ce fujet
, il ne faut que ſe reſſouvenir
des adorations qu'on
rendoit à l'infame Priape.
Comme on ne peut pas
pouffer plus loin la folie , je
134 MERCURE
n'a
ne poufferay pas auffi plus
loin ce recit. Je me contenteray
d'ajoûter , qu'on
pas feulement erré dans
la qualité, mais encore dans
le nombre , puis qu'il y a fur
les Coftes des Indes Orientales
des Peuples qui font
monter celuy de leurs Dieux
jufqu'à trente millions , &
que Tales affeuroit que tout
cét Univers eftoit remply
d'une infinité de Dieux.
LAMBRET .
Ces extravagances m'étonnent
, je l'avouë ; mais
je fuis encore plus furpris
GALANT. 135
de
de ce qu'il y en a eu , qui
ont ofé rendre leurs Dieux
favorables à leurs crimes,
ou les honorer par des infamies
, ou leur donner des
qualitez odieufes , & cela , à
la veuë de l'Univers avec
autant d'impunité que
hardieffe . Voyez , je vous
prie , chez Pline un Pompée
qui fit bâtir un Temple à
Minerve , fur le Portail duquel
il fit graver qu'il avoit
pris , rompu , & tue deux millions
& cent quatre- vingt
trois mille Hommes , pillé
ou ſubmergé 846. Navires ,
136 MERCURE
defolé 1538. Villes & Bourgades
, comme s'il euft voulu
honorer cette Déeffe , en
luy faifant le recit de toutes
fes cruautez . Lifez chez
Plutarque , comme chez les
Romains le jour de la Feſte
des Supercales , les plus nobles
, & beaucoup de Magiftrats
couroient tout nuds
par la Ville ainfi que des infenfez
, frappant avec des
courroyes les Perfonnes
qu'ils trouvoient en leur
chemin , avec cette fotte
fuperftition , que quantité
de Femmes de la plus hau
GALANT. 137
te condition venoient au devant
d'eux , leur prefentant
à deffein les mains , comme
les Enfans font icy à leurs
Maiftres dans les Colléges,
pour recevoir des coups de
•fouet , perfuadées que cela
avoit une grande vertu pour
faire accoucher plus aifément
celles qui eftoient enceintes
, & pour faire concevoir
celles qui eftoient
fteriles. Les Paphlagoniens
en Afie , difoient au rapport
de Daviſi , que Dieu eftoit
détenu prifonnier en Hyver
, mais qu'au Printemps
138 MERCURE
on le délioit , fi bien qu'il
commençoit à fe mouvoir.
Quelle impertinence ! Nous
lifons que dans la Ville de
Lynde en l'Ile de Rhodes,
on celébroit les Sacrifices
d'Hercule en maudiffant ·
& déteftant. Quelle pieté !
Aux Indes Orientales il
y a
des Matrones notables qui
s'abandonnent aux premiers
venus dans de certaines
Pagodes ou Chapelles au
profit des Idoles qu'on y
adore , fans parler de celles
qui fe proftituoient en l'honneur
de Venus. Quelle pu-
>
·
GALANT. 139
reté de Religion Y a-t- il
rien encore de plus effronté,
que de prier une Divinité de
donner moyen
de tromper,
& en mefme temps de
roiſtre juſte & faint, comme
on lit chez Horace.
Pulchra Laverna,
ра-
Da mihifallere , da juftum ,fan-
Atumque videri.
Mais c'eft affez pour fai
re rougir , pour ainsi dire ,
l'efprit humain , en luy reprefentant
les extravagances
, & les folies dont il a efté
capable. Difons que ce qui
eft le plus conforme à ſa foi140
MERCURE
bleffe , c'eft de croire l'Exiftence
d'un Dieu , fans en
vouloir penétrer la nature,
& fans prolonger davantage
noftre converſation , qui
eft beaucoup plus longue
que les précedentes , retirons-
nous avec ce beau Paf
fage de Tacite , en nous fervant
pourtant de la Circoncifion
, dont nous avons par
' lé autrefois . Sanctius ac reverentius
videtur de Exiftentia Dei
credere quam fcire.
l'Autheur desDialogues que
yous trouvez depuis quatre
GALANT. 93
inois dans toutes mes Lettres
. Il eft de Bourges , &
s'appelle M. Bordelon . En
voicy un cinquiéme , qui eſt
une digne fuite de ceux que
vous avez déja veus de luy .
S$25525 SS SSSSSS
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGUE QUATRIE' ME.
BELOROND, LAMBRET.
BELORO N D.
JE n'ay pas ubliéque vous
m'avez promis de m'entretenir
aujourd'huy des ju94
MERCURE
dicieux fentimens de ceux
dont je vous rapportay les
opinions fur le fouverain
Bien, la derniere fois que je
Vous vis .
LAMBRE T.
Il eft vray que je vous
ay fait cette promeſſe ; mais
la matiere eft fi grande ,
qu'il faudroit, ou n'en point
parler , ou en parler dans
toute l'étenduë qu'elle merite
. Ainfi , je vous prie dé
me permettre d'eftre voftre
Diogenes Laerce , c'eſt à
dire de vous rapporter chaque
jour deftiné pour nos
GALANT. 95
Entretiens , un Abregé de la
vie & des opinions d'un des
anciens Philofophes , & autres
grands Hommes qui fe
font rendus recommandables
dans les Sciences , ou
dans la Politique , & meſme
dans les Armes. Je fuis affuré
que vous aurez plus de
plaiſir , ſi je m'étens fur chacun
d'euxautant que le tems
me le permettra , que fi je
parlois de tous en general
dans une feule converfation
.
BELORON D.
J'efpere tirer de grands
96 MERCURE
avantages
de ce deffein ; &
je vous prie inftamment
de
le reduire
en pratique
.
LAMBRET.
Je commenceray avec
beaucoup de plaifir , la
premiere fois que nous nous
verrons ; car vous voulez
bien que l'Entretien d'aujourd'huy
foit employé à
une reflexion que m'ont
fourny les opinions bizarres
que vous me rapportaſtes:
fur le fouverain Bien , dans
noftre derniere converfation.
Je me fuis étonné comme
d'une chofe qui paroift
tresGALANT.
97
tres - difficile à croire , que
tant de grands Hommes eftant
convaincus , comme il
n'en faut point douter , de
l'Existence de quelque Divinité
, & par confequent de
fes eminentes perfections ,
ils n'en ayent pas fait le fouverain
Bien de tous les hommes
; puis qu'en concevant
un Dieu , on conçoit ce qu'il
y a de plus parfait, & en mefme
temps ce qui feul peut
remplir la capacité du coeur
humain , car l'étude de la
Nature , & de tout ce qu'elle
contient, qui avoit efté leur
Juillet 1685.
1
I ¹
98 MERCURE
ordinaire occupation, ne devoit-
elle pas avoir appris la
fragilité de laNature, & que
par confequent ny les vangeances
, ny les navigations
heureuſes , my les amitiez ,
ny les Batailles gagnées , ny
les louanges receues , ny les
fuperbes Edifices , ny les voluptez,
ny la bonne renommée
, ny les Enfans , ny les
belles Femmes , ny l'Eloquence
, ny les Parens illuftres
, ny les biens temporels
, ny les grands trefors ,
ne pouvoient faire le veritable
bien de l'homme ; comGALANT.
99
me vous m'aſſeuraſtes que
les
Anacharfis ,les Crates ,les
Simonides , les Architas , les
Gorgias , les Chryfippes, les
Epicures , les Antifthenes ,
les
Sophocles , les Euripides,
les Palemons , les Themiſtocles
, les Ariftides, & les Heraclides
fe
l'eftoient imaginé.
N'avoient-ils pas experimenté
eux- mefmes , ou veu
experimenter par d'autres ,
que tout ce que ce monde
promet , n'eft que fourbe ,
tromperie ou vanité ? Que là
où il promet la liberté, comme
dans les
grandeurs , on
I ij
100 MERCURE
n'y trouve qu'embarras &
efclavage ; que là où il promet
la paix , comme dans les
folitudes les plus retirées, on
n'y trouve que des inquietudes
; que là où il promet
de la joye , comme dans les
voluptez , on n'y trouve que
des amertumes ? Ne fçavoient
- ils pas que les
plus
tendres
amitiez
finiffent, que
les honneurs
font des titres
fpecieux que
le temps effales
plaiſirs ne font
ce , que
que des amuſemens
accompagnez
de chagrins
, que les
richeffes
font
enlevées
par la
GALANT. 101
violence des hommes , ou
échappent par leur propre
fragilité, que les grandeurs
tombent d'elles- mefmes , &
que la gloire & la reputation
fe perdent enfin dans les
abyfines de l'oubly ? Ne ſentoient-
ils pas eux - mefines ,
ou ne voyoient-ils pas fentir
par les autres qu'il n'y a rien
dans toutes les creatures qui
puiffe rendre l'homme heureux
, parce qu'il n'y a rien
qui puiffe remplir la capacité
de fon coeur ; qu'elles font
trop petites en elles - mef
mes , & trop foibles en leur
I iij
102 MERCURE
pouvoir ; qu'il eft vray que
d'abord leur beauté donne
dans les yeux , leurs loüanflatent
l'oreille ,leur douceur
contente le gouft,leurs
richeffes accommodent le
ges
corps , mais que pas une ne
fatisfait pleinement l'efprit ;
qu'elles peuvent bien occuper
& embarraffer le coeur
humain , mais qu'elles ne
peuvent pas le fatisfaire, parce
que ce ne font des
que
faux biens , des illufions &
des ombres , ou plûtoft des
maux veritables , qui rendent
l'homine plus méchant , &
GALANT. 103
d'eftre
ne l'empefchent pas
malheureux , comme remarque
judicieuſement
un Autheur
de nos jours ? Enfin ,
les refus que quelques - uns
faifoient de la faveur des
Princes , ne devoient -ils pas
venir du mépris de leurs
grandeurs , comme d'un effet
de leurs reflexions qui
leur devoient avoir appris
que la fortune la plus éclatante,
eft non feulement vaine
& fragile, mais onereuſe ,
mais pleine d'amertumes
&
de chagrins, & que l'on foûpire
fur le Thrône auffi - bien
I iiij
104 MERCURE
que dans les fers ? Voilà les
penfées qu'ils pouvoient avoir
touchant les chofes du
monde , puis qu'ils eftoient
capables d'en avoir de bien
plus élevées , & de bien plus
abftraites , comme j'efpere
vous le faire voir dans l'hif
toire de leurs vies , que je
vous promets. Avoüez que
ces grands Hommes eſtant
capables de ces fentimens
fur les chofes humaines , &
les ayant en effet , comme
leurs Sentences judicieufes
le témoignent , il y a lieu de
s'étonner qu'ils ayent mis
GALANT. 105
le fouverain Bien de l'homme
dans les chofes d'icybas
, fans fonger à la poffeffion
& à l'amour du moins
de quelque eftre plus parfait
, comme de leurs fauffes.
Divinitez , s'ils ne connoif
foient pas la veritable , puis
qu'il eft conftant qu'ils reconnoiffoient
quelque Divinité.
Car s'il eft vray que
nous avons une impreffion
naturelle d'un Eftre divin ,
felon Ciceron , Omnes duce
naturá eo vehimur ut Deos effe
dicamus ; ou felon Ariftote ,
Omnes homines de dijs exiftima106
MERCURE
tionem habent ; & qu'il n'y a
aucune Nation , fi barbare
qu'elle foit , qui ne croye
quelques Dieux , felon Seneque
, Nulla quippe gens ufquam
eft adeo extra leges morefque projecta
, ut non aliquos Deos credat
; nous ne devons pas refufer
cette impreſſion
à tous
ces grands Genies qui en
eftoient affeurément les plus
capables , & qui l'avoient
renduë plus profonde par
leurs études & leurs meditations.
BELORO ND .
Voftre reflexion eft extreGALANT.
107
mement judicieuſe. Je vous
diray cependant que cette
impreffion naturelle de la
Divinité qu'Ariftote, Ciceró
& Seneque attribuent à tous
les Hommes,me ſemble une
chofe difficile à croire , fi
nous voulons nous en rapporter
à quelques Autheurs
qui nous apprennent le
contraire. En effet , Strabon
dit , que quelques Peuples
de la Zone Torride , ne
reconnoiffent aucuns Dieux,
ex ijs qui Torridam habitant nonnulli
funt qui deos effe non credunt.
Jean Leon nous en dit
108 MERCURE
autant des Peuples qui habitent
le Royaume de Borno
en Afrique. Acoſta va
encore plus loin , quand il
parle de quelques Indiens
Occidentaux , qui n'avoient
pas feulement le nom appellatif
de Dieu . Champlain
le confirme de quelques
Peuples de laNouvelle France
, & les Lettres des Jefuites
de l'an 1626. de quelques
Peuples qui font fur le Gange
. Non feulement des
Peuples Barbares font dans
ce déplorable état ; mais encore
des Hommes tres éclai
GALANT. 109
réz en toute autre matiere,
comme un Petrone qui s'imagine
que les merveilles de
la Nature , les Eclypfes des
Aftres, les Tremblemens de
Terre , le bruit des Tonnerres
& chofes femblables
font les caufes qui intimidant
le vulgaire , l'ont perfuadé
de l'Exiſtance d'un
Dieu.
,
Primus in orbe deos fecit timor,
ardua coelo
Fulmina dum caderent.
Comme un Sextus qui
rapporte cette impreffion
dont vous me parlez , aux
-
110 MERCURE
Vifions prodigieufes que
nous fournit noſtre imagination
pendant le Sommeil.
D'autres ont voulu ſe figurer
que l'opinion de l'Exiftence
d'un Dieu , eftoit un
effet de la Politique des Legiflateurs
, pour retenir les
Peuples , & les mener à leur :
fantaiſie. C'est ce que Jofeph
Acoſta ſemble confirmer
, quand il nous reprefente
les Mandarins qui
gouvernent la Chine , & qui
retiennent le Peuple dans la
Religion du Pays , quoy
qu'eux-mefmes ne croyent
GALANT. HI
point d'autre Dieu que la
Nature , point d'autre vie.
que celle-cy , point d'autre
Enfer que la Prifon , ny
d'autre Paradis , que d'avoir
un Office de Mandarin.
LAMBRE T..
Cette impreffion naturelle
de la Divinité , demande
pour paroiſtre au dehors
une raiſon parfaite dans celuy
qui doit la faire voir , &
c'eft cette perfection qui
manquoit à ces Peuples Barbares
dont parlent Strabon,
Jean Leon , Acoſta , Champlain
, & les Peres Jefuites,
112 MERCURE
s'il eft vray qu'ils ayent efté
dans une ignorance fi grof
fiere , ce que j'ay de la peine
à croire . L'Ecriture Sainte
me fournit ce raiſonnement
, quand elle nous apprend
que c'eft le fol ,l'Homme
fans raifon , qui dit qu'il
n'y a point Dieu ; Dixit infi
piens in corde fuo non eft Deus.
C'eft encore la perfection
de cette mefme raiſon qui
manquoit à ces habiles
Hommes , je veux dire que
c'eſt à caufe que cette raifon
eftoit corrompue par les
voluptez , ou par la prefomGALANT.
113
>
que
ption , autre eſpece de folie..
Ce font des efprits fuperbes
qui ne veulent pas croire ce
qu'ils ne connoiffent pas ..
Chofe étonnante
l'Homme qui eft fi foible
de fa nature
fi fterile en
fon pouvoir , fi limité dans
fes connoiffances
, foit ce
pendant affez aveugle, pour
fe perfuader qu'il eft capable
de penetrer l'effence de
toutes chofes , & que pouffé
par cét aveuglement
il pretend
tout fçavoir ! L'expe
rience a beau luy apprendre
tous les jours par l'ignoran--
Juillet 1685.
K
114 MERCURE
ce qu'il a de tant de choſes
qui font dans la Nature , &
auſquelles fes connoiffances
ne peuvent arriver , combien
fes lumieres font foibles
, l'orgueil qui le domine
, ne laiffe pas de luy faire .
croire qu'il n'a qu'à vouloir
pour connoiftre ce qu'il defire
, & que fi d'un coſté la
maffe de fon corps luy eft un
grand obftacle à cette avidité
qu'il a de tout fçavoir,
d'un autre cofté , il a un eſprit
qui par fa promptitude
& fa fubtilité peut Télever
au deffus de tous les
GALANT. 115
obftacles que fa prifon luy
veut oppofer. C'eſt à caufe
de ce raifonnement de l'orgueil
, que l'Homme dans
noftre Religion a tant de
peine à captiver fon eſprit
fous la Foy , & que ces fçavans
Athées tâchent de ne
pas croire qu'il y ait un
Dieu. Leur prefomption ne
leur permet pas de faire reflexion
, que ce Dieu fur l'Exiftence
duquel ils voudroient
bien s'aveugler , eft
un abîme où fe perd la raifon
humaine , un Ocean où
toute la Sageffe du monde
Kij
116 MERCURE
eft fubmergée , Sapientia corum
devorata eft. En effet,
quelle folie, de vouloir connoiftre
l'effence d'un Dieu !
Ces grands Hommes raiſonnent-
ils ? Ne doivent- ils pas
eftre perfuadez , quand tout
les convainc , qu'il eft un
Dieu , qu'il faut que ce Dieu
foit un Eftre incomprehenfible,
en mefme temps qu'il
comprend tout , invifible en
mefme temps qu'il voit tout,
inacceffible en mefine temps.
qu'il eft dás tout.Encore une
fois ne doivent- ils pas eftre
perfuadez qu'il faut que ce
GALANT. 117
4
Dieu foit un eftre , grand
fans quantité , bon fans qualité
, infiny fans nombre ,
étendu fans mefure , & par
confequent impénetrable
aux raifonnemens humains ?
Cependant il s'eft trouvé
dans le quatriéme Siecle de
Eglife , un Herefiarque
nommé Eunomius de Galatie
, & non pas de Capadoce
, comme l'a écrit Sozo
mene , qui fe vantoit avec
fes Sectateurs , de connoiftre
Dieu auffi bien que Dieu
fe connoiffoit luy mefme ;
tant il eft vray que la pre18
MERCURE
·
la
fomption de l'Homme n'a
point de limites. Mais fi la
prefomption produit des Athées
, il faut avouer que
corruption que les voluptez
engendrent dans l'efprit,
n'eft pas une des moindres
caufes de l'Atheïſme. Un
efprit voluptueux ne croit
pas volontiers l'Existence
d'un Dieu , qu'on ne peut
connoiftre fans eftre obligé
de l'adorer & de l'aimer , &
qu'on ne peut veritablement
adorer & aimer , fans
renoncer aux plaiſirs & aux
voluptez criminelles . Pour
GALANT. 119
croire volontiers un Dieu,
il faut fouhaiter qu'il foit,
& pour fouhaiter qu'il foit ,
il faut en attendre des faveurs
& des liberalitez , &
c'eft ce que les Hommes
charnels fçavent bien qu'ils
n'ont aucun fujet d'efperer.
BELORON D.
,
Je croy avec vous que
c'eſt l'ignorance ou la prefomption
, ou la corruption
qui a introduit l'Atheiſme
dans le monde , s'il eft vray
qu'il y ait de veritables Athées
, & ce font apparem120
MERCURE
mét les mêmescaufes qui ont
produit l'Idolatrie, comme il
eft conftant qu'il y en a eu, &
qu'il yena encore à prefent.
Il n'y a aucune chofe fur la
quelle lesHommes devoient
eftre plus raiſonnables , que
fur l'obligation indiſpenſable
de reconnoiftre une Di
vinité , & cependant il n'y
a aucun fujet fur lequel ils
ayent fait voir plus d'extravagance
que fur céluy - là.
On ne le pourroit croire , fi
nous n'en avions des témoi
gnages qu'on ne sçauroit
démentir. L'occaſion eſt
trop
GALANT. 121
trop favorable pour ne pas
entrer dans le détail de ces
extravagances. Je vais vous
faire un recit abregé à la
confufion de l'efprit humain
, de toutes les chofes
(fans parler desHommes)qui
ont été les objets de fon adoration.
Je ne garderay point
d'autre ordre que celuy
que ma memoire me fournira.
Ceux de la Province de
Cardandan adorent le plus
vieux de la Maiſon , au rapport
de Marc Paul . Bouldefelle
raconte en fes Voyages
de l'an 1326. que ceux
Juillet 1685.
L
126 MERCURE
qui portoient la qualité de
grand Cham du Cathay ,
prenoient garde le premier
Jour de l'An , au fortir du lit,
à ce qui leur venoit premierement
à la rencontre , afin
de le tenir pour leur Dieu
toute l'année ; de forte que
fi c'eftoit un Rat ou un
Chien , ils datoient leurs
Expeditions de l'an du Rat
ou du Chien . Gaguin dit
dans fa Sarmatie , que des
Lithuaniens adorent les plus
grands Arbres de leurs Forefts.
Le Roy de Bellegat
avoit pour fon Dieu une
GALANT. 127
dent de Guenon
;
c'eſt
Pigafetta qui nous apprend
cette ridicule Divinité. Des
Calicutois adorent le Diable
, fe perfuadant qu'aprés
la Création du monde , Dieu
l'a laiffé fous fa conduite.
L'Hiftoire des Incas affeute
que dans une Vallée du Perou
on adoroit une Emeraude
prefque auffi groffe qu'un
oeuf d'Auftruche. Les Tunquinois
rendent leurs adorations
aux Ames de ceux
qui font morts faute de
nourriture , & leur offrent
du Ris au premier des jours
Lij
128 MERCURE
de chaque Lune. Une Secte
de Perfans n'admettoit point
d'autre Dieu que les
quatre
Elemens . Olearius dit que
les Tartares Ceremiffes adorent
tout ce qu'ils fe font
reprefentez la nuit en fonge.
Y a-t-il rien de pareil à
l'extravagance des Egyptiens
qui adoroient des Oignons
, des Chats , & les
plus abjectes Créatures?
C'eft en fe mocquant d'eux
que Juvenal dit agréeablement,
Sat. 15.
O fortunati quibus hæc nafcuntur
in hortis
Numina!
1
GALANT. 129
O qu'ils font heureux,
puis que les Dieux naiffent ,
& font produits dans leurs
Jardins! Les Lacédemoniens
n'ont-ils pas efté affez fous
pour élever des Autels à la
Mort , quelque implacable
qu'elle foit ; les Romains a
la Crainte , à la Pafleur , à la
Fiévre , & les Atheniens à
l'Impudence ? Empedocles
regardoit les Cieux comme
autant de Dieux , les Pythagoriciens
les Aftres . Il y a
des Tartares qui adorent la
Lune. Des Africains de Lybie
& de Numidie font des
Li
130 MERCURE
Sacrifices aux Planettes . Si
nous en croyons Jean Leon,
les Habitans des Ifles fortunées
, les Maffagettes , & les
Gentils de la cofte des Malabares
adorent le Soleil , comme
fi ces paroles , Soli Deo
gloria , fe devoient honor
interpreter en faveur de ce
premier de tous les Aftres ; ce
qui me fait reffouvenir d'un
Portugais, qui s'eftant rendu
agréable par fes fervices au
Roy Henry III.luy demanda
dans Lyon par grace finguliere
, de ne contraindre
perfonne dás tous fes Etats ,
d'adorer d'autre Divinité
GALANT. 131
que celle du Soleil . Chez
Diogénes , Platon reconnoit
le Feu pour une Divinité,
Les Perfes chez Herodote
adorent les Fleuves avec
tant de devotion qu'ils n'ofent
feulement fe fervir de
leurs Eaux , pour en laver
leurs mains . Les Syriens alloient
foüiller jufques dans
la Mer pour y chercher les
Poiffons , & en faire leurs
Dieux. Les Americains Septentrionaux
de Cevola
rendoient leurs adorations
à l'Eau , les Theffaliens aux
Cicognes ; les Habitans du
L iiij
132 MERCURE
Mont Caffin aux Oyfeaux
Seleucides ; Les Affyriens
aux Colombes; les Habitans
de l'Empire du grand' Mogor
aux Vaches ; ceux de
Calicut aux Boeufs , les Tartares
que Jofeph Barbaro
appelle Moxij , à un Cheval
remply de Paille ; les
Gentils de Bengala & autres
Indiens à un Elephant
blanc ; les Samogiciens aux
Serpens , felon Sigifmond
de Herbeftin en fa Mofcovie.
De bonne foy , fi tous
ces Gens là avoient eu un
peu de raiſon , ne fe feroient-
د
GALANT. 133
1
ils pas mocquez d'eux-meſmes
, en confiderant leurs
extravagances
? & n'avoient-
ils pas fujet de dire
comme un certain, Stulte verebor
ipfe cum faciam Deos ; ô
fols que nous fommes d'adorer
des Dieux qui ne le
font que parce que nous le
voulons ! Enfin pour derniere
preuve de l'extravagance
de l'efprit humain fur ce fujet
, il ne faut que ſe reſſouvenir
des adorations qu'on
rendoit à l'infame Priape.
Comme on ne peut pas
pouffer plus loin la folie , je
134 MERCURE
n'a
ne poufferay pas auffi plus
loin ce recit. Je me contenteray
d'ajoûter , qu'on
pas feulement erré dans
la qualité, mais encore dans
le nombre , puis qu'il y a fur
les Coftes des Indes Orientales
des Peuples qui font
monter celuy de leurs Dieux
jufqu'à trente millions , &
que Tales affeuroit que tout
cét Univers eftoit remply
d'une infinité de Dieux.
LAMBRET .
Ces extravagances m'étonnent
, je l'avouë ; mais
je fuis encore plus furpris
GALANT. 135
de
de ce qu'il y en a eu , qui
ont ofé rendre leurs Dieux
favorables à leurs crimes,
ou les honorer par des infamies
, ou leur donner des
qualitez odieufes , & cela , à
la veuë de l'Univers avec
autant d'impunité que
hardieffe . Voyez , je vous
prie , chez Pline un Pompée
qui fit bâtir un Temple à
Minerve , fur le Portail duquel
il fit graver qu'il avoit
pris , rompu , & tue deux millions
& cent quatre- vingt
trois mille Hommes , pillé
ou ſubmergé 846. Navires ,
136 MERCURE
defolé 1538. Villes & Bourgades
, comme s'il euft voulu
honorer cette Déeffe , en
luy faifant le recit de toutes
fes cruautez . Lifez chez
Plutarque , comme chez les
Romains le jour de la Feſte
des Supercales , les plus nobles
, & beaucoup de Magiftrats
couroient tout nuds
par la Ville ainfi que des infenfez
, frappant avec des
courroyes les Perfonnes
qu'ils trouvoient en leur
chemin , avec cette fotte
fuperftition , que quantité
de Femmes de la plus hau
GALANT. 137
te condition venoient au devant
d'eux , leur prefentant
à deffein les mains , comme
les Enfans font icy à leurs
Maiftres dans les Colléges,
pour recevoir des coups de
•fouet , perfuadées que cela
avoit une grande vertu pour
faire accoucher plus aifément
celles qui eftoient enceintes
, & pour faire concevoir
celles qui eftoient
fteriles. Les Paphlagoniens
en Afie , difoient au rapport
de Daviſi , que Dieu eftoit
détenu prifonnier en Hyver
, mais qu'au Printemps
138 MERCURE
on le délioit , fi bien qu'il
commençoit à fe mouvoir.
Quelle impertinence ! Nous
lifons que dans la Ville de
Lynde en l'Ile de Rhodes,
on celébroit les Sacrifices
d'Hercule en maudiffant ·
& déteftant. Quelle pieté !
Aux Indes Orientales il
y a
des Matrones notables qui
s'abandonnent aux premiers
venus dans de certaines
Pagodes ou Chapelles au
profit des Idoles qu'on y
adore , fans parler de celles
qui fe proftituoient en l'honneur
de Venus. Quelle pu-
>
·
GALANT. 139
reté de Religion Y a-t- il
rien encore de plus effronté,
que de prier une Divinité de
donner moyen
de tromper,
& en mefme temps de
roiſtre juſte & faint, comme
on lit chez Horace.
Pulchra Laverna,
ра-
Da mihifallere , da juftum ,fan-
Atumque videri.
Mais c'eft affez pour fai
re rougir , pour ainsi dire ,
l'efprit humain , en luy reprefentant
les extravagances
, & les folies dont il a efté
capable. Difons que ce qui
eft le plus conforme à ſa foi140
MERCURE
bleffe , c'eft de croire l'Exiftence
d'un Dieu , fans en
vouloir penétrer la nature,
& fans prolonger davantage
noftre converſation , qui
eft beaucoup plus longue
que les précedentes , retirons-
nous avec ce beau Paf
fage de Tacite , en nous fervant
pourtant de la Circoncifion
, dont nous avons par
' lé autrefois . Sanctius ac reverentius
videtur de Exiftentia Dei
credere quam fcire.
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Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIÉME.
Belorond et Lambret discutent du souverain bien et de la croyance en une divinité. Lambret remarque que des philosophes anciens, tels qu'Anacharsis, Crates et Epicure, reconnaissaient l'éphémérité des plaisirs, honneurs, richesses et grandeurs, mais ne faisaient pas de la divinité le souverain bien. Leur échange explore la croyance universelle en une divinité, citant des auteurs comme Cicéron, Aristote et Sénèque. Cependant, des peuples incroyants sont mentionnés par Strabon et Champlain. La peur des phénomènes naturels ou la politique des législateurs pourrait expliquer cette croyance, tandis que l'ignorance ou la corruption de la raison pourrait expliquer l'incrédulité. Le texte aborde les causes de l'athéisme et de l'idolâtrie, les attribuant à l'ignorance, la présomption et la corruption morale. Eunomius de Galatie illustre cette présomption en prétendant connaître Dieu parfaitement. La volupté et les plaisirs peuvent également conduire à l'athéisme. Des exemples d'idolâtrie à travers différentes cultures sont listés, comme l'adoration d'animaux, d'objets inanimés ou d'éléments naturels. Les Égyptiens, Grecs et Romains avaient des pratiques idolâtres variées, critiquées comme absurdes. Le texte discute également des extravagances et folies humaines liées à l'adoration des dieux, mentionnant des croyances anciennes et des pratiques impies. Il conclut en affirmant que la croyance la plus sensée est de reconnaître l'existence de Dieu sans chercher à en comprendre la nature, citant Tacite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2429
p. 733
LOGOGRYPHE.
Début :
Ma moitié fut jadis en butte, [...]
Mots clefs :
Carmel
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
MA moitié fut jadis en butte ,
A nos plus celebres Sçavans ,
Qui travaillerent à ma chute ;
Mais ils y perdirent leur temps.
Mon tout offre le lieu du féjour d'un Propheté ,
Et fi vous retranchez ma feule extrémité ,
Je deviens auffi - tôt un bon Anachorete ,
Qui malgré fon auſterité ,
A toûjours fa cuifine prête.
Si vous daignez m'ôter & le pied & la tête.
Vous trouverez avec facilité ,
Qu'il n'eft point fans moi de conquête.
I. L. D. C.
MA moitié fut jadis en butte ,
A nos plus celebres Sçavans ,
Qui travaillerent à ma chute ;
Mais ils y perdirent leur temps.
Mon tout offre le lieu du féjour d'un Propheté ,
Et fi vous retranchez ma feule extrémité ,
Je deviens auffi - tôt un bon Anachorete ,
Qui malgré fon auſterité ,
A toûjours fa cuifine prête.
Si vous daignez m'ôter & le pied & la tête.
Vous trouverez avec facilité ,
Qu'il n'eft point fans moi de conquête.
I. L. D. C.
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2430
p. 101
DEUXIÈME ENIGME.
Début :
Je suis, je ne suis plus, j'étois, & je vais être. [...]
Mots clefs :
Temps
2431
p. 93
« Dispensez-moy maintenant, s'il vous plaist, des Nouvelles [...] »
Début :
Dispensez-moy maintenant, s'il vous plaist, des Nouvelles [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dispensez-moy maintenant, s'il vous plaist, des Nouvelles [...] »
Diſpenſez - moy maintenant
, s'il vous plaiſt , des Nouvelles
des autres Païs , les Gazettes
vous les diront & rediront
affez.
, s'il vous plaiſt , des Nouvelles
des autres Païs , les Gazettes
vous les diront & rediront
affez.
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2432
p. 97
PREMIERE ENIGME.
Début :
Rien n'est plus inconstant que moy, [...]
Mots clefs :
Mode
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texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
PREMIERE ENIGME.
R
Ien n'eſt plus inconſtant que moy ,
Cependant chacun ſuit ma loy ,
Et je coëffe à mon gré les hommes & les femmes;
Le Miſantrope altier me turlupine envain,
Quand il me trouve chez les Dames
Je triomphe de ſon chagrin.
J'ajuſte à ma fantaiſie
La voiſine & le voifin ;
L'Europe me connoît cent fois mieux que l'Afie.
Jeune je charme , & vieille on rit de mes atours,
(A d'autres , cas pareil arrive tous les jours. )
Je meurs bien vite aux rives de la ſeine ,
Mais auſſi l'on ne peut m'ôter
Le plaifir d'y reffuſciter:
Sur les rives du Tage on me tue avec peine
Et plus d'un fiecle j'y tiens bon ,
Je nais rarement d'un barbon ,
Plus rarement encor d'un ſage.
Cependant à Paris il n'eſt point de Caton -
Qui m'oſe obſtinément refuſer ſon hommage
Sans s'expoſer à ſouffrir le lardon .
R
Ien n'eſt plus inconſtant que moy ,
Cependant chacun ſuit ma loy ,
Et je coëffe à mon gré les hommes & les femmes;
Le Miſantrope altier me turlupine envain,
Quand il me trouve chez les Dames
Je triomphe de ſon chagrin.
J'ajuſte à ma fantaiſie
La voiſine & le voifin ;
L'Europe me connoît cent fois mieux que l'Afie.
Jeune je charme , & vieille on rit de mes atours,
(A d'autres , cas pareil arrive tous les jours. )
Je meurs bien vite aux rives de la ſeine ,
Mais auſſi l'on ne peut m'ôter
Le plaifir d'y reffuſciter:
Sur les rives du Tage on me tue avec peine
Et plus d'un fiecle j'y tiens bon ,
Je nais rarement d'un barbon ,
Plus rarement encor d'un ſage.
Cependant à Paris il n'eſt point de Caton -
Qui m'oſe obſtinément refuſer ſon hommage
Sans s'expoſer à ſouffrir le lardon .
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2433
p. 1975
« LETTRES PASTORALES de M. l'Evêque de Londres, aux Fideles de son [...] »
Début :
LETTRES PASTORALES de M. l'Evêque de Londres, aux Fideles de son [...]
Mots clefs :
Lettres pastorales
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRES PASTORALES de M. l'Evêque de Londres, aux Fideles de son [...] »
Laurade PASTOR,ALEX die eles deven ر
Diocèse , contre les Libertins et les Incrédules , traduites de l'Anglois , par
Abrah. le Moine , Prêtre de l'Eglise Anglicane , et Chapelain du Duc de Portland. Ala Haye , chez Gosse et Neaulme,
1732. in 18. 1 Lettre, pag. 82. 2de Lettre,
pag. 108. 3 Lettre , avec un Appendix
aux Lettres Pastorales , pag. 158.
Diocèse , contre les Libertins et les Incrédules , traduites de l'Anglois , par
Abrah. le Moine , Prêtre de l'Eglise Anglicane , et Chapelain du Duc de Portland. Ala Haye , chez Gosse et Neaulme,
1732. in 18. 1 Lettre, pag. 82. 2de Lettre,
pag. 108. 3 Lettre , avec un Appendix
aux Lettres Pastorales , pag. 158.
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2434
p. 739
EXPLICATION des deux Enigmes du Mercure de Mars.
Début :
Non, oüi, nenny, si-fait, ah ! parbleu m'y voilà. [...]
Mots clefs :
Chanvre, Quenouille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des deux Enigmes du Mercure de Mars.
EXPLICATION des deux Enigmes
du Mercure de Mars .
Non , oui, nenny, fi-fait , ah ! parbleu m'y voilà ,
L'Enigme enfin à mes yeux fe débrouille :
C'eſt le Chanvre. Qu'il eft bon là ;
Nous en coëfferons la Quenoüille.
du Mercure de Mars .
Non , oui, nenny, fi-fait , ah ! parbleu m'y voilà ,
L'Enigme enfin à mes yeux fe débrouille :
C'eſt le Chanvre. Qu'il eft bon là ;
Nous en coëfferons la Quenoüille.
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2436
p. *1975-1975
« On a dû expliquer l'Enigme du Mercure d'Aoust, par Coquette; et les deux [...] »
Début :
On a dû expliquer l'Enigme du Mercure d'Aoust, par Coquette; et les deux [...]
Mots clefs :
Coquette, Chien, Castor
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a dû expliquer l'Enigme du Mercure d'Aoust, par Coquette; et les deux [...] »
On a dû expliquer l'Enigme du Mercure d'Aoust , par Coquette ; et les deux
Logogryphes , par Chien , et Castor.
88888
Logogryphes , par Chien , et Castor.
88888
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2437
p. 93
AUTRE.
Début :
De la loi du trépas Ministre rédoutable, [...]
Mots clefs :
Fièvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E la loi du trépas Miniſtre rédoutable ,
J'exerce mafureur fous maintdéguiſement,
Et de la Faculté le pouvoir reſpectable ,
Souvent pour m'expulfer s'efforce vainement.
Diffequé , cher Lecteur , à tes yeux je préfente
Un arbre toujours verd , un terme de mépris ,
Un infecte rempant , la beauté raviſſante
Que notre premier pere , avec plaifir furpris ,
A fon reveil reçut de Dieu pour fa compagne ;
Un mortel fuccombant fous le jus de Champagne;
Une ville de France ; un tréfor précieux
Que pour fi peu de tems le deftin nous accorde ;
Ce que tout Marinier joyeuſement aborde ;
Un légume commun , que fuperftitieux ,
A tous les Sectateurs interdit Pythagore ;
Un utile métal ; un homme qu'on abhorre ;
En Latin la faifon , qui chaffant les frimats ,
Ramene les plaifirs dans nos heureux climats ;
L'ouvrage du fommeil : enfin une épithéte
Qui convient à tout corps , qui refpire ou végete.
Par J. C. Thiolliere , C. D. S. A. D. L.
en Saintonge.
E la loi du trépas Miniſtre rédoutable ,
J'exerce mafureur fous maintdéguiſement,
Et de la Faculté le pouvoir reſpectable ,
Souvent pour m'expulfer s'efforce vainement.
Diffequé , cher Lecteur , à tes yeux je préfente
Un arbre toujours verd , un terme de mépris ,
Un infecte rempant , la beauté raviſſante
Que notre premier pere , avec plaifir furpris ,
A fon reveil reçut de Dieu pour fa compagne ;
Un mortel fuccombant fous le jus de Champagne;
Une ville de France ; un tréfor précieux
Que pour fi peu de tems le deftin nous accorde ;
Ce que tout Marinier joyeuſement aborde ;
Un légume commun , que fuperftitieux ,
A tous les Sectateurs interdit Pythagore ;
Un utile métal ; un homme qu'on abhorre ;
En Latin la faifon , qui chaffant les frimats ,
Ramene les plaifirs dans nos heureux climats ;
L'ouvrage du fommeil : enfin une épithéte
Qui convient à tout corps , qui refpire ou végete.
Par J. C. Thiolliere , C. D. S. A. D. L.
en Saintonge.
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2438
p. 945
EXPLICATION du Logogryphe du Mercure d'Avril, sur les mêmes rimes.
Début :
La moitié de mon nom est Car, qui fut en butte [...]
Mots clefs :
Carmel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION du Logogryphe du Mercure d'Avril, sur les mêmes rimes.
EXPLICATION du Logogryphe
du Mercure d'Avril , fur les mêmes rimes.
L
A moitié de mon nom eft Car , qui fut en
butte
Autrefois à bien des Sçavans ;
On ne parvint point à fa chute ,
Car on s'en fert depuis ce temps.
Mon tout eft le Carmel , où Jadis le Prophete
Elie étoit . Ótez ma ſeule extremité ,
Vous verrez un Anachorete ,
Ou bon Carme , vivant avec aufterité ,
Quoiqu'en cuifine toûjours prête .
Retranchant à prefent & la queue & la tête ,
On voit avec facilité ,
Que fansArme on ne peut
faire aucune conquête.
Par Mlle d'Orvilliers de Vernon .
du Mercure d'Avril , fur les mêmes rimes.
L
A moitié de mon nom eft Car , qui fut en
butte
Autrefois à bien des Sçavans ;
On ne parvint point à fa chute ,
Car on s'en fert depuis ce temps.
Mon tout eft le Carmel , où Jadis le Prophete
Elie étoit . Ótez ma ſeule extremité ,
Vous verrez un Anachorete ,
Ou bon Carme , vivant avec aufterité ,
Quoiqu'en cuifine toûjours prête .
Retranchant à prefent & la queue & la tête ,
On voit avec facilité ,
Que fansArme on ne peut
faire aucune conquête.
Par Mlle d'Orvilliers de Vernon .
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Résumé : EXPLICATION du Logogryphe du Mercure d'Avril, sur les mêmes rimes.
Le texte explique un logogryphe sur le mot 'Carmel' publié dans le Mercure d'Avril. 'Car' évoque une figure résistante aux savants. 'Carmel' désigne le mont où séjourna Élie. 'Carme' désigne un ermite austère. 'Arme' souligne l'importance des armes pour la conquête. L'auteur est Mlle d'Orvilliers de Vernon.
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2439
p. 95
AUTRE.
Début :
J'ai huit membres, j'ai huit natures, [...]
Mots clefs :
Aiguille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
' Ai huit membres , j'ai huit natures ,
Et huit differentes figures.
Suis moi , Lecteur , dans tous états ,
La même tu me trouveras .
D'abord , je fuis d'un grand uſage
Chez ceux qui , grace à leur ouvrage ,
Te fauvent maint rhume en hyver,
Souvent , tu me viens obſerver ,
Pour régler tes oeuvres divers .
Je fuis dans les longues traverſes ,
Sar mer d'inestimable prix.
A la toilette des Iris
J'ai deux emplois des plus utiles ,
Dans les Pays des Crocodiles
J'eus grande réputation .
Dans la fainte Religion ,
Souvent , au- deffus des Chapelles ,
Je fers d'étendart aux Fidéles.
Mais pour à coup sûr me trouver ,
Tu peux dans la iner me chercher .
Par le même.
' Ai huit membres , j'ai huit natures ,
Et huit differentes figures.
Suis moi , Lecteur , dans tous états ,
La même tu me trouveras .
D'abord , je fuis d'un grand uſage
Chez ceux qui , grace à leur ouvrage ,
Te fauvent maint rhume en hyver,
Souvent , tu me viens obſerver ,
Pour régler tes oeuvres divers .
Je fuis dans les longues traverſes ,
Sar mer d'inestimable prix.
A la toilette des Iris
J'ai deux emplois des plus utiles ,
Dans les Pays des Crocodiles
J'eus grande réputation .
Dans la fainte Religion ,
Souvent , au- deffus des Chapelles ,
Je fers d'étendart aux Fidéles.
Mais pour à coup sûr me trouver ,
Tu peux dans la iner me chercher .
Par le même.
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2440
p. 921
AUTRE.
Début :
Je nais pour rapiner et pour faire la guerre ; [...]
Mots clefs :
Chatte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E nais pour rapiner et pour faire la guèrrėž
J'éxerce mes talens , et sçais purger la terre
D'un genre de brigaus , dangereux ennemis ,
Qui se cache , qui fuit , qui redoute le hâle.
Otés ma queuë etje deviens mon mâle ;
"Combinés moi je gâte vos habits.
E nais pour rapiner et pour faire la guèrrėž
J'éxerce mes talens , et sçais purger la terre
D'un genre de brigaus , dangereux ennemis ,
Qui se cache , qui fuit , qui redoute le hâle.
Otés ma queuë etje deviens mon mâle ;
"Combinés moi je gâte vos habits.
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2441
p. 1791
PREMIERE ENIGME.
Début :
Nous ne nous disons pas d'un rang fort élevé, [...]
Mots clefs :
Bottes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
PREMIERE ENIGME.
Nou
Ous ne nous difons
élevé ,
pas
d'un
rang fort
On nous met au plus bas étage ,
Et fouvent on nous fait l'outrage,
De nous traîner fur le pavé.
Pour mettre à la raison qui contre nous s'obftine
,
On nous arme d'un fer qui fi bien le chagrine,
Qu'il ne cede que par dépit.
Comme deux foeurs on nous unit enſemble ,
Et l'on peut dire avec raiſon , me ſemble,
Malheur à qui l'une de nous fuffit.
Nou
Ous ne nous difons
élevé ,
pas
d'un
rang fort
On nous met au plus bas étage ,
Et fouvent on nous fait l'outrage,
De nous traîner fur le pavé.
Pour mettre à la raison qui contre nous s'obftine
,
On nous arme d'un fer qui fi bien le chagrine,
Qu'il ne cede que par dépit.
Comme deux foeurs on nous unit enſemble ,
Et l'on peut dire avec raiſon , me ſemble,
Malheur à qui l'une de nous fuffit.
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2442
p. 93
ENIGMES ET LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis d'un grand usage à la Cour, à la Ville ; [...]
Mots clefs :
Mouchoir
2444
p. 1791
DEUXIÈME ENIGME.
Début :
Je suis ce qu'on aime le mieux, [...]
Mots clefs :
Or
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEUXIÈME ENIGME.
DEUXIE' ME ENIGME.
JE fuis ce qu'on aime le mieux ,
Prefque entous les lieux de la terre ;
Et fouvent on fe fait la guerre ,
Pour m'avoir comme un bien & rare & précieux
.
Mais quand on a fait ma conquête ,
Celui qui me poffede a le coeur fi leger ,
Qu'à m'a poffeffion jamais il ne s'arrête ,
Il ne me garde pas long- temps fans me changer.
De Bellefoffe , de Vernon.
JE fuis ce qu'on aime le mieux ,
Prefque entous les lieux de la terre ;
Et fouvent on fe fait la guerre ,
Pour m'avoir comme un bien & rare & précieux
.
Mais quand on a fait ma conquête ,
Celui qui me poffede a le coeur fi leger ,
Qu'à m'a poffeffion jamais il ne s'arrête ,
Il ne me garde pas long- temps fans me changer.
De Bellefoffe , de Vernon.
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2445
p. 945
Explication de l'Enigme, Virelay.
Début :
La peste soit du Cordonnier ! [...]
Mots clefs :
Soulier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explication de l'Enigme, Virelay.
Explication de l'Enigme . Virelay.
LA pefte foit du Cordonnier !
Je voudrois qu'il eût la pépie ;
Il m'a fait un maudit Soulier ,
Qui depuis deux jours m'eftropie.
LA pefte foit du Cordonnier !
Je voudrois qu'il eût la pépie ;
Il m'a fait un maudit Soulier ,
Qui depuis deux jours m'eftropie.
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2446
p. 1975-1976
Bibliotheque raisonnée &c. [titre d'après la table]
Début :
BIBLIOTHEQUE RAISONNÉE des Ouvrages des Sçavants de l'Europe, pour les mois [...]
Mots clefs :
Bibliothèque raisonnée des ouvrages des savants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bibliotheque raisonnée &c. [titre d'après la table]
BIBLIOTHEQUE RAISONNE'E des Ouvrages des Sçavans de l'Europe, pour les mois
de Juillet, Aoust, Septembre, 1730. tom.
5.
1976 MERCURE DE FRANCE
5. e Partie d'Octobre , Novembre , et
Decembre. Amsterdam , chez les Wetsteins et Smith , 1730. in 12. de 483. pag.
sans les Tables.
·
Le premier article de ce Recueil repre
sente TOUTES LES OEUVRES de François.
Bacon, Seigneur de Verulam, Vicomte de
S. Alban , et Grand Chancelier d'Angleterre ; en 7. vol. nouvelle Edition , à
laquelle on a ajouté ses Opuscules historiques et politiques , traduits depuis peu
de l'Anglois. A Amsterdam, chez les Wetsteins et Smith. 1730. Tout l'ouvrage est en Latin.
NOT
de Juillet, Aoust, Septembre, 1730. tom.
5.
1976 MERCURE DE FRANCE
5. e Partie d'Octobre , Novembre , et
Decembre. Amsterdam , chez les Wetsteins et Smith , 1730. in 12. de 483. pag.
sans les Tables.
·
Le premier article de ce Recueil repre
sente TOUTES LES OEUVRES de François.
Bacon, Seigneur de Verulam, Vicomte de
S. Alban , et Grand Chancelier d'Angleterre ; en 7. vol. nouvelle Edition , à
laquelle on a ajouté ses Opuscules historiques et politiques , traduits depuis peu
de l'Anglois. A Amsterdam, chez les Wetsteins et Smith. 1730. Tout l'ouvrage est en Latin.
NOT
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Résumé : Bibliotheque raisonnée &c. [titre d'après la table]
Le document est un compte-rendu de la 'BIBLIOTHEQUE RAISONNEE des Ouvrages des Sçavans de l'Europe' pour juillet, août et septembre 1730, publié en octobre 1730. Il mentionne la publication du 'MERCURE DE FRANCE' pour octobre, novembre et décembre 1730, à Amsterdam, chez les Wetssteins et Smith. Le premier article présente les œuvres de François Bacon en sept volumes, incluant des opuscules historiques et politiques traduits de l'anglais.
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2447
p. 945-946
PREMIERE ENIGME.
Début :
Je suis depuis long-tems au monde, [...]
Mots clefs :
Tonneau
2448
p. 921-922
« Six membres font mon tout, et c'est un fruit aimable ; [...] »
Début :
Six membres font mon tout, et c'est un fruit aimable ; [...]
Mots clefs :
Fraise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Six membres font mon tout, et c'est un fruit aimable ; [...] »
Six membres font mon tout , et c'est un fruig
aimable ;
Otés-en le dernier, on me trouve agréable ,
Au tems où le Soleil fait sentir ses rayons:
Sans rien changer , ôtés tête et col aux maisons,
Je sers à séparer la chambre et la chambrette :
Que l'on m'ajoute , alors , mon dernier pied ,
Je suis le sentiment qui fait rire Lisette ;
En cet état tranchés les deux derniers , je puis
Exprimer la douleur , le chagrin , les ennuis :
Prenés
922 MERCURE DE FRANCE
ôtés de ma figure
Prenés mon tout ,
Le membre trois , je suis piece d'Architecture :
Remettés-le , mais , pour raison ,
Tranchés un pied avec ma tête ,
Alors je deviens un poisson ,
Qui fait une assez laide bête :
Que vous dirai- je encore , en moi vous trou
verrés
Pour peu qu'à me chercher votre tête saplique
,
Un terme de dédain ; trois notes de musique ,
Pour me connoître en voilà bien assez.
E. M.J.D.L , Solitaire des bords de la
Marne.
aimable ;
Otés-en le dernier, on me trouve agréable ,
Au tems où le Soleil fait sentir ses rayons:
Sans rien changer , ôtés tête et col aux maisons,
Je sers à séparer la chambre et la chambrette :
Que l'on m'ajoute , alors , mon dernier pied ,
Je suis le sentiment qui fait rire Lisette ;
En cet état tranchés les deux derniers , je puis
Exprimer la douleur , le chagrin , les ennuis :
Prenés
922 MERCURE DE FRANCE
ôtés de ma figure
Prenés mon tout ,
Le membre trois , je suis piece d'Architecture :
Remettés-le , mais , pour raison ,
Tranchés un pied avec ma tête ,
Alors je deviens un poisson ,
Qui fait une assez laide bête :
Que vous dirai- je encore , en moi vous trou
verrés
Pour peu qu'à me chercher votre tête saplique
,
Un terme de dédain ; trois notes de musique ,
Pour me connoître en voilà bien assez.
E. M.J.D.L , Solitaire des bords de la
Marne.
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2449
p. 93-94
LOGOGRYPHE.
Début :
Jadis au bon vieux tems je n'étois point d'usage : [...]
Mots clefs :
Monsieur