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10451
p. 159-169
SUITE des Recherches sur la Taille du Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
Début :
Les événemens de différentes opérations ayant été malheureux, la réputation [...]
Mots clefs :
Méthode, Opération, Succès, Médecin, Anonymat, Instrument, Chirurgien
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Recherches sur la Taille du Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
SUITE des Recherches fur la Taille
du Frère JACQUES , par M. BORDENAVE
, Profeſſeur Royal de Chirurgie
, &c .
Les événemens de différentes opéra
و
tions ayant été malheureux , la réputation
de l'Opérateur en fouffrit néceſſairement.
Les papiers publics , reffources
ordinaires des Empyriques , des Apologiftes
gagés foutinrent pendant
trois ou quatre années la confiance
aveugle , dont le Public prévenu ſe
départ fi difficilement: Enfin le Frère
Jacques voyant le diſcrédit abſolu dont
il étoit menacé , publia au commencement
de 1702 , un écrit , intitulé ,
Nouvelle méthode de tailler & tirer la
Pierre de la veſſie , à la fin duquel il eut
foin de donner ſa demeure , que probablement
on commençoit alors à ignorer.
Dans cet écrit ( pag. 2 ) Frère Jacques
convient d'abord qu'il a perfectionnée
en 1701 , l'inciſion qu'il fait , pourdécouvrir
avec le ſcalpel la rainure de la
*CetEcrit in-4°. ſe trouve à la Bibliothèque
du Roi .
:
160 MERCURE DE FRANCE.
fonde ; mais ce qui prouve invinci
blement qu'il ne ſe ſervoitpas de fonde
cremelée , dans le temps que M Méry a
écrit , c'eſt qu'il ajoûte enfuite , & ce
font ſes termes : ( pag. 4. ) , Il eſt venu
>>ſe préfenter à Meffieurs Fagon & Felix,
>>premiers Médecin & Chirurgien du
>> Roi , & a fait pluſieurs incifions en
>> leur préſence , tant fur des cadavres
»& Sujets vivans ; ils ont rrès - bien
>> connu que l'Opération étoit bonne en
>> elle-même & préférable à l'ancienne
>> mais qu'ilfalloit rectifier les Instrumens
» pourfureté de l'incifion , & la rappro-
>>>cher un peu du Sphincter à côté de
» l'anus& du rectum , & quitter le petit
>> appareil ; c'eſt ce que Frère Jacques a
>> fait & a
6
travaillé pendant quatre
» années , tant fur des cadavres que
>>> Sujets vivans , & a remarqué d'autres
>>> circonstances à rectifier , tant dans les
inftrumens que pour l'incifion , & même
>> l'année dernière 1701 , qui rendent
>> l'Opération très-parfaite.
Peu après , il s'éléve contre Mrs Méry
& Saviard , dont il ſe plaint en diſant,
>>>ils devoient du moins avouer
>>l'Opération étoit bonne en elle-même,
>> mais qu'il falloit ſeulement rectifier la
-
D
cet
F
M.
ME
prem
datés
tifca
Frère
partic
avis c
les in
& fai
lle
Jacqu
inftru
fa fo
pérati
le co
C'eft
fon
que
que
un ca
que
T
Opér
conf
pas c
fonde , comme il a été convenu ave
NOVEMBRE. 1763. 161
,
>> les Médecins du Roi & de l'Hôtel-
Dieu. Enfin , les certificats qui terminent
cet écrit & qui ont été donnés par M.
Fagon , premier Médecin du Roi , par
M. Felix ; premier Chirurgien , par
MM. Duchêne , Bourdelot & Boudin
Médecins de la Cour,& par M. Gervais ,
premier Chirurgien de la Reine , tous
datés de la fin de l'année 1701 ; ces certificats
, dis-je , portent que les tailles de
Frère Jacques ont été plus heureuſes ,
particulièrement depuis que fuivant les
avis qui lui ont été donnés , il a rectifié
les inftrumens dont il ſe ſert pour fonder
&faire l'incifion.
Il eſt donc certain d'après le Frère
Jacques lui-même , qu'il a rectifié les
inftrumens pour ſureté de l'incifion ; que
ſa fonde , ainſi que le manuel de l'Opération
ont fubi des changemens dans
le courant de l'année 1701 ſeulement.
C'eſt donc manquer à la vérité ſansaucun
fondement , & uniquement par paffion ,
que d'avancer avec autant de confiance ,
que le Frère Jacques n'a jamais taillé avec
un cathèter ou fonde non cannelée.
Telles ont été les variations de cer
Opérateur dans fes manoeuvres. Les
conſeils qui lui ont été donnés ne l'ont
pas conduit à la perfection , parce qu'il
162 MERCURE DE FRANCE.
rie ſçavoit pas en profiter , faute de
connoiſſances ſuffifantes ; & en le fuivant
dans ſes Opérations , on voit que
la hardieſſe étoit ſon mérite principal.
On ſçait à quoi s'en tenir ſur ſes fuccès
pendant le ſéjour qu'il a fait à Paris.
N'admettant pas ſeulement à fes Opérations
des Témoins affidés , opérant en
public , examiné avec attention par des
Gens éclairés , qui fuivoient la cure de
ſes malades , fans qu'on pút par aucun
artifice les ſouſtraire à leurs yeux ; on
connut enfin avec le temps , que fa méthode
n'avoit pas les avantages qu'on
lui avoit d'abord attribués avec tant de
crédulité. Il falloit un événement remar
quable pour fixer les jugemens.
La mort prompte de M. le Maréchal de
Lorge , qui arriva le lendemain de l'Opération
que lui fit Frère Jacques , a été
l'époque de ſon difcrédit ; elle a déſabufé
tout le monde. Dans le même
temps M. Fagon , premier Médecin du
Roi , qui étoit affligé de la pierre , &
que l'on preſſoit de ſe mettre entre les
mains du Frère , qu'il avoit quelque fois
vu opérer , auquel il avoit accordé un
certificat d'approbation ; dans le même
temps , dis-je , M. Fagon ſe fit opérer
de préférence par M. Maréchal , quile
NOVEMBRE. 1763. 163
guérit fort heureuſement. En cette circonſtance
M. Fagon éclairé de ſes propres
lumières , intereſſé pour ſa vie , a
prouvé par ſa conduite que le jugement
précipité de la multitude ne doit pas en
impoſer aux Gens de l'Art inſtruits ; &
le fuccès de M. Maréchal alors déja confirmé
, & foutenu depuis par un grand
nombre d'Opérations , fait voir aux Gens
impartiaux la différence qu'il y aura
toujours entre un Chirurgien méthodique
& un Opérateur guidé par une routine.
Le Frère Jacques parcourut différentes
Provinces du Royaume ſans y avoir plus
de ſuccès ; & ayant quitté Paris en 1702,
il ſe retira en Hollande. L'Anonyme
Provincial , (a) fécond en Anecdotes ,
qu'ildonne comme indubitables, avance
» que Rau attira le Frère Jacques à
» Amſterdam , où ils lierent une étroite
>> amitié ; & il eſt faux que Rau ſe ſoit
>> jamais élevé contre le Frère , comme
>> l'envie l'a publié pour déprimer ce
>> Frère par tous les côtés poffibles.
Cette allégation ſimple de l'Anonyme
n'eſt appuyée d'aucune preuve. Partiſan
zélé du Frère Jacques , il éléve fa méthode
, croyant la voir revivre aujour-
( a ) Mercurede France, Août 1762. p. 118.
en note.
164 MERCURE DE FRANCE.
1
d'hui; il ſe perfuade appercevoir des fimílitudes
, qu'il veut établir , & dans forn
Alufion il croit trouver ſa méthode où
elle n'eſt pas .
Il eſt certain que le Frère Jacques s'eſt
retiré à Amſterdam ; mais il n'eſt pas
également certain que Rau l'y ait attiré ,
qu'ils y aient été amis & que Rau ne ſe
ſoit jamais élevé contre lui . L'Auteur da
Difcours fur diverſes façons de tailler
qui fert de Préface à l'Ouvrage pofthume
de Colot , ( b ) nous apprend que
Frère Jacques aiant taillé à Amſterdam ;
» M. Rau , Spectateur éclairé s'éleva
>> contre lui ; mais le zéle qui l'animoit
>> fut foupçonné de jaloufie ; les Magif-
>> trats accorderent leur protection au
► Frère ; il fallut attendre que les mal-
>> heurs de ceux qui fe mettoient dans
>> ſes mains déſabuſaſſent le Public ;
>> dans peu de temps les plaintes fuc-
>> cédérent aux éloges. Les Protecteurs
» du Frère Jacques , chargés de ſes fau-
>> tes , priérent M. Rau d'en être le ré
>> parateur. M. Albinus , dans l'éloge
qu'il a fait de Rau ( c ) , dit qu'il défapprouvoit
abfolument & condamnoit
entierement l'opération du Frère ,
( b ) Traité de la Taille , Paris 1727. p. 48 .
( c)Garengeot , oper, tom . 2. p . 100.
NOVEMBRE. 1763: 165
furtout à cauſe des défauts de ſes inftrumens
, & que cette obſtination à blâmer
fut mal interprétée des Magiftrats.
Ces deux témoignages fournis , l'un par
un Médecin François , l'autre par un
Profeffeur en Anatomie & en Chirurgie
à Leyde , Contemporain de Rau ,
fuffifent pour prouver que Rau s'eſt élevé
contre le Frère. Cela ſemble d'autant
plus probable , que Rau paroît
avoir eu fa méthode de tailler avant
que le Frère arrivât à Amſterdam.
L'Auteur de la Préface dont j'ai par lé,
avance ( d ) que Rau avoit ſuivi à Paris
les opérations du Frère , & qu'inf
truit par ſes fautes , il établit enfuite ſa
méthode particulière . M. Heïfter ( e ) nie
que Rau ait vû opérer le Frère à Paris ;
mais cette négative paroîtra au moins
problématique , finon faufſe , lorſque
l'on ſçaura d'après la differtation deM.
Falconet , ( f) que M. Winslow , dont
le témoignage ne peut être ſuſpect , a
vû tailler Rau en Hollande par fa méthode
dès l'année 1698. On voit par là
combien il eſt douteux que Rau ait
attiré le Frère en Hollande en 1702 ,
(d) Ibid. p. 53 .
( e ) Inſt . chir. tom. 2. p. 913. in nota.
(f) V. Thèſe citée , p. 17.
166 MERCURE DE FRANCE .
furtout dans un temps où ſupérieur en
connoiſſances , il s'étoit déja frayé une
route nouvelle pour fon opération .
L'Anonyme provincial toujours prévenu
pour la méthode de Frère Jacques
, ne veut pas même que Rau y ait
ajouté quelques perfections (g) » Il n'a ,
>> dit-il , véritablement jamais éxiſté ,
>> ni à titre d'invention , ni à titre de
» perfection de méthode de tailler
>>propre & particulière à Rau ; & l'on
ne sçauroit abſolument en produire
>>> aucune preuve quelconque , quoi-
>> qu'on en parle avec éloge comme
>> d'unfait positifdans tous les Traités,
» & dans toutes les leçons de lithoto-
>> mie, & que le Frère Jacques, celui qui
» a rendu la taille méthodique , n'y
>> ſoit que pour les injures & les mépris .
L'Ecrivain anonyme en niant ce qui
a été écrit comme un fait poſitifdans
tous les Traités , veut ſeul être crû fur
fon allégation & détruit aujourd'hui
fans aucune restriction ce qu'ont vu ,
ce qu'ont écrit les Contemporains , &
les Sçavans de Pays différens. Mais
quand aveuglément on auroit la complaiſance
d'admettre ce qu'il avance
(g) Mercure cité , p. 121 .
NOVEMBRE. 1763. 167
avec autant de ſécurité , il reſte à demander
, pourquoi Raua eu des ſuccès
que le Frère Jacques n'avoit pas , &
pourquoi cette méthode a été plus heureuſe
dans les mains du prétendu Difciple
que dans celles du Maître. Le
Frère Jacques a taillé en Hollande avec
l'autorité& la protection des Magiftrats;
la prévention étoit en ſa faveur ; cependant
il a fallu céder aux accidens
dont ont été victimes les malheureux
qui lui étoient confiés ,& l'autorité publique
s'apperçut toujours trop tard du
danger qu'il y a d'abandonner la vie
des hommes à un Opérateur routinier.
On rendit enfin à Rau la juſtice qu'on
lui avoit d'abord refuſée : il tailla à
Amſterdam avec un ſuccès étonnant ;
la République de Leyde lui déféra bien
tôt le titre de ſon Lithotomiſte ; & des
cures heureuſes en grand nombre lui
ont afſuré une réputation qui a paffé
juſqu'à nous.
On convient que la lithotomie peut
n'être pas toujours également heureuſe ;
mais quand une pratique est bonne en
foi , au moins doit- elle avoir des ſuccès
à-peu-près conſtans. Frère Jacques en
quittant la Hollande parcourut diverſes
Provinces de l'Allemagne , & s'arrêta
168 MERCURE DE FRANCE.
particulièrement à Aix - la - Chapelle , à
Cologne, à Vienne en Autriche, à Strafbourg
, à Francfort fur le Mein & à
Heidelberg ; il n'y fut pas plus heureux
dans l'exercice de fon opération. M.
Heifter , nous apprend ( h) que Frère
Jacques inſtruit enfin par ſes malheurs ,
revint à Strasbourg , où ayant changé
fa méthode , il tailla avec ſuccès en
1712 , & au commencement de 1713 ;
& il ajoute que , M. Salzmann , Médecin
& Anatomiſte célébre de Strafbourg
ayant fait des reproches au Frère,
ſur ſa méthode , celui-ci lui avoit avoué
qu'il l'avoit abondonnée depuis environ
unan , & qu'il traitoit alors ſes ma-
Jades avec plus de précaution.
M. Rau tailloit en Hollande, avec ſuccès
, au moins depuis 1702 ; le Frère
n'a eu des ſuccès qu'après avoir abſolument
changé ſa méthode en 1712 .
D'après ce parallèle peut-on croire que
Rau n'ait été ſimplement qu'imitateur ,
& ne doit - on pas regarder comme
certain , que , pourvu de profondes connoiffances
en Anatomie, il s'étoit fait une
méthode fure & particuliere par la cou
pe déterminée des parties.
(h ) Inſt. Chir. tom. 2. p. 909.
U
Je
NOVEMBRE. 1763. 169
Je ne ſuivrai pas plus loin l'Anonyme
Provincial dans ſes afſertions . Cer
écrit obfcur produit dans les ténébres ,
dicté par la paffion , paroît uniquement
fait pour décrier des Chirurgiens recommandables
&déſignerun ſucceſſeur au
Frère Jacques. J'abandonne au temps
la cauſe actuelle ; la poſtérité ſeule peut
la juger. Mais j'ai cru devoir à la mémoire
de M. Méry , les recherches qui
ont été propoſées & qui prouvent incontestablement
la vérité & l'utilité de
fon Ouvrage contre toutes les déclamations
que l'on pourroit lui oppofer.
du Frère JACQUES , par M. BORDENAVE
, Profeſſeur Royal de Chirurgie
, &c .
Les événemens de différentes opéra
و
tions ayant été malheureux , la réputation
de l'Opérateur en fouffrit néceſſairement.
Les papiers publics , reffources
ordinaires des Empyriques , des Apologiftes
gagés foutinrent pendant
trois ou quatre années la confiance
aveugle , dont le Public prévenu ſe
départ fi difficilement: Enfin le Frère
Jacques voyant le diſcrédit abſolu dont
il étoit menacé , publia au commencement
de 1702 , un écrit , intitulé ,
Nouvelle méthode de tailler & tirer la
Pierre de la veſſie , à la fin duquel il eut
foin de donner ſa demeure , que probablement
on commençoit alors à ignorer.
Dans cet écrit ( pag. 2 ) Frère Jacques
convient d'abord qu'il a perfectionnée
en 1701 , l'inciſion qu'il fait , pourdécouvrir
avec le ſcalpel la rainure de la
*CetEcrit in-4°. ſe trouve à la Bibliothèque
du Roi .
:
160 MERCURE DE FRANCE.
fonde ; mais ce qui prouve invinci
blement qu'il ne ſe ſervoitpas de fonde
cremelée , dans le temps que M Méry a
écrit , c'eſt qu'il ajoûte enfuite , & ce
font ſes termes : ( pag. 4. ) , Il eſt venu
>>ſe préfenter à Meffieurs Fagon & Felix,
>>premiers Médecin & Chirurgien du
>> Roi , & a fait pluſieurs incifions en
>> leur préſence , tant fur des cadavres
»& Sujets vivans ; ils ont rrès - bien
>> connu que l'Opération étoit bonne en
>> elle-même & préférable à l'ancienne
>> mais qu'ilfalloit rectifier les Instrumens
» pourfureté de l'incifion , & la rappro-
>>>cher un peu du Sphincter à côté de
» l'anus& du rectum , & quitter le petit
>> appareil ; c'eſt ce que Frère Jacques a
>> fait & a
6
travaillé pendant quatre
» années , tant fur des cadavres que
>>> Sujets vivans , & a remarqué d'autres
>>> circonstances à rectifier , tant dans les
inftrumens que pour l'incifion , & même
>> l'année dernière 1701 , qui rendent
>> l'Opération très-parfaite.
Peu après , il s'éléve contre Mrs Méry
& Saviard , dont il ſe plaint en diſant,
>>>ils devoient du moins avouer
>>l'Opération étoit bonne en elle-même,
>> mais qu'il falloit ſeulement rectifier la
-
D
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M.
ME
prem
datés
tifca
Frère
partic
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les in
& fai
lle
Jacqu
inftru
fa fo
pérati
le co
C'eft
fon
que
que
un ca
que
T
Opér
conf
pas c
fonde , comme il a été convenu ave
NOVEMBRE. 1763. 161
,
>> les Médecins du Roi & de l'Hôtel-
Dieu. Enfin , les certificats qui terminent
cet écrit & qui ont été donnés par M.
Fagon , premier Médecin du Roi , par
M. Felix ; premier Chirurgien , par
MM. Duchêne , Bourdelot & Boudin
Médecins de la Cour,& par M. Gervais ,
premier Chirurgien de la Reine , tous
datés de la fin de l'année 1701 ; ces certificats
, dis-je , portent que les tailles de
Frère Jacques ont été plus heureuſes ,
particulièrement depuis que fuivant les
avis qui lui ont été donnés , il a rectifié
les inftrumens dont il ſe ſert pour fonder
&faire l'incifion.
Il eſt donc certain d'après le Frère
Jacques lui-même , qu'il a rectifié les
inftrumens pour ſureté de l'incifion ; que
ſa fonde , ainſi que le manuel de l'Opération
ont fubi des changemens dans
le courant de l'année 1701 ſeulement.
C'eſt donc manquer à la vérité ſansaucun
fondement , & uniquement par paffion ,
que d'avancer avec autant de confiance ,
que le Frère Jacques n'a jamais taillé avec
un cathèter ou fonde non cannelée.
Telles ont été les variations de cer
Opérateur dans fes manoeuvres. Les
conſeils qui lui ont été donnés ne l'ont
pas conduit à la perfection , parce qu'il
162 MERCURE DE FRANCE.
rie ſçavoit pas en profiter , faute de
connoiſſances ſuffifantes ; & en le fuivant
dans ſes Opérations , on voit que
la hardieſſe étoit ſon mérite principal.
On ſçait à quoi s'en tenir ſur ſes fuccès
pendant le ſéjour qu'il a fait à Paris.
N'admettant pas ſeulement à fes Opérations
des Témoins affidés , opérant en
public , examiné avec attention par des
Gens éclairés , qui fuivoient la cure de
ſes malades , fans qu'on pút par aucun
artifice les ſouſtraire à leurs yeux ; on
connut enfin avec le temps , que fa méthode
n'avoit pas les avantages qu'on
lui avoit d'abord attribués avec tant de
crédulité. Il falloit un événement remar
quable pour fixer les jugemens.
La mort prompte de M. le Maréchal de
Lorge , qui arriva le lendemain de l'Opération
que lui fit Frère Jacques , a été
l'époque de ſon difcrédit ; elle a déſabufé
tout le monde. Dans le même
temps M. Fagon , premier Médecin du
Roi , qui étoit affligé de la pierre , &
que l'on preſſoit de ſe mettre entre les
mains du Frère , qu'il avoit quelque fois
vu opérer , auquel il avoit accordé un
certificat d'approbation ; dans le même
temps , dis-je , M. Fagon ſe fit opérer
de préférence par M. Maréchal , quile
NOVEMBRE. 1763. 163
guérit fort heureuſement. En cette circonſtance
M. Fagon éclairé de ſes propres
lumières , intereſſé pour ſa vie , a
prouvé par ſa conduite que le jugement
précipité de la multitude ne doit pas en
impoſer aux Gens de l'Art inſtruits ; &
le fuccès de M. Maréchal alors déja confirmé
, & foutenu depuis par un grand
nombre d'Opérations , fait voir aux Gens
impartiaux la différence qu'il y aura
toujours entre un Chirurgien méthodique
& un Opérateur guidé par une routine.
Le Frère Jacques parcourut différentes
Provinces du Royaume ſans y avoir plus
de ſuccès ; & ayant quitté Paris en 1702,
il ſe retira en Hollande. L'Anonyme
Provincial , (a) fécond en Anecdotes ,
qu'ildonne comme indubitables, avance
» que Rau attira le Frère Jacques à
» Amſterdam , où ils lierent une étroite
>> amitié ; & il eſt faux que Rau ſe ſoit
>> jamais élevé contre le Frère , comme
>> l'envie l'a publié pour déprimer ce
>> Frère par tous les côtés poffibles.
Cette allégation ſimple de l'Anonyme
n'eſt appuyée d'aucune preuve. Partiſan
zélé du Frère Jacques , il éléve fa méthode
, croyant la voir revivre aujour-
( a ) Mercurede France, Août 1762. p. 118.
en note.
164 MERCURE DE FRANCE.
1
d'hui; il ſe perfuade appercevoir des fimílitudes
, qu'il veut établir , & dans forn
Alufion il croit trouver ſa méthode où
elle n'eſt pas .
Il eſt certain que le Frère Jacques s'eſt
retiré à Amſterdam ; mais il n'eſt pas
également certain que Rau l'y ait attiré ,
qu'ils y aient été amis & que Rau ne ſe
ſoit jamais élevé contre lui . L'Auteur da
Difcours fur diverſes façons de tailler
qui fert de Préface à l'Ouvrage pofthume
de Colot , ( b ) nous apprend que
Frère Jacques aiant taillé à Amſterdam ;
» M. Rau , Spectateur éclairé s'éleva
>> contre lui ; mais le zéle qui l'animoit
>> fut foupçonné de jaloufie ; les Magif-
>> trats accorderent leur protection au
► Frère ; il fallut attendre que les mal-
>> heurs de ceux qui fe mettoient dans
>> ſes mains déſabuſaſſent le Public ;
>> dans peu de temps les plaintes fuc-
>> cédérent aux éloges. Les Protecteurs
» du Frère Jacques , chargés de ſes fau-
>> tes , priérent M. Rau d'en être le ré
>> parateur. M. Albinus , dans l'éloge
qu'il a fait de Rau ( c ) , dit qu'il défapprouvoit
abfolument & condamnoit
entierement l'opération du Frère ,
( b ) Traité de la Taille , Paris 1727. p. 48 .
( c)Garengeot , oper, tom . 2. p . 100.
NOVEMBRE. 1763: 165
furtout à cauſe des défauts de ſes inftrumens
, & que cette obſtination à blâmer
fut mal interprétée des Magiftrats.
Ces deux témoignages fournis , l'un par
un Médecin François , l'autre par un
Profeffeur en Anatomie & en Chirurgie
à Leyde , Contemporain de Rau ,
fuffifent pour prouver que Rau s'eſt élevé
contre le Frère. Cela ſemble d'autant
plus probable , que Rau paroît
avoir eu fa méthode de tailler avant
que le Frère arrivât à Amſterdam.
L'Auteur de la Préface dont j'ai par lé,
avance ( d ) que Rau avoit ſuivi à Paris
les opérations du Frère , & qu'inf
truit par ſes fautes , il établit enfuite ſa
méthode particulière . M. Heïfter ( e ) nie
que Rau ait vû opérer le Frère à Paris ;
mais cette négative paroîtra au moins
problématique , finon faufſe , lorſque
l'on ſçaura d'après la differtation deM.
Falconet , ( f) que M. Winslow , dont
le témoignage ne peut être ſuſpect , a
vû tailler Rau en Hollande par fa méthode
dès l'année 1698. On voit par là
combien il eſt douteux que Rau ait
attiré le Frère en Hollande en 1702 ,
(d) Ibid. p. 53 .
( e ) Inſt . chir. tom. 2. p. 913. in nota.
(f) V. Thèſe citée , p. 17.
166 MERCURE DE FRANCE .
furtout dans un temps où ſupérieur en
connoiſſances , il s'étoit déja frayé une
route nouvelle pour fon opération .
L'Anonyme provincial toujours prévenu
pour la méthode de Frère Jacques
, ne veut pas même que Rau y ait
ajouté quelques perfections (g) » Il n'a ,
>> dit-il , véritablement jamais éxiſté ,
>> ni à titre d'invention , ni à titre de
» perfection de méthode de tailler
>>propre & particulière à Rau ; & l'on
ne sçauroit abſolument en produire
>>> aucune preuve quelconque , quoi-
>> qu'on en parle avec éloge comme
>> d'unfait positifdans tous les Traités,
» & dans toutes les leçons de lithoto-
>> mie, & que le Frère Jacques, celui qui
» a rendu la taille méthodique , n'y
>> ſoit que pour les injures & les mépris .
L'Ecrivain anonyme en niant ce qui
a été écrit comme un fait poſitifdans
tous les Traités , veut ſeul être crû fur
fon allégation & détruit aujourd'hui
fans aucune restriction ce qu'ont vu ,
ce qu'ont écrit les Contemporains , &
les Sçavans de Pays différens. Mais
quand aveuglément on auroit la complaiſance
d'admettre ce qu'il avance
(g) Mercure cité , p. 121 .
NOVEMBRE. 1763. 167
avec autant de ſécurité , il reſte à demander
, pourquoi Raua eu des ſuccès
que le Frère Jacques n'avoit pas , &
pourquoi cette méthode a été plus heureuſe
dans les mains du prétendu Difciple
que dans celles du Maître. Le
Frère Jacques a taillé en Hollande avec
l'autorité& la protection des Magiftrats;
la prévention étoit en ſa faveur ; cependant
il a fallu céder aux accidens
dont ont été victimes les malheureux
qui lui étoient confiés ,& l'autorité publique
s'apperçut toujours trop tard du
danger qu'il y a d'abandonner la vie
des hommes à un Opérateur routinier.
On rendit enfin à Rau la juſtice qu'on
lui avoit d'abord refuſée : il tailla à
Amſterdam avec un ſuccès étonnant ;
la République de Leyde lui déféra bien
tôt le titre de ſon Lithotomiſte ; & des
cures heureuſes en grand nombre lui
ont afſuré une réputation qui a paffé
juſqu'à nous.
On convient que la lithotomie peut
n'être pas toujours également heureuſe ;
mais quand une pratique est bonne en
foi , au moins doit- elle avoir des ſuccès
à-peu-près conſtans. Frère Jacques en
quittant la Hollande parcourut diverſes
Provinces de l'Allemagne , & s'arrêta
168 MERCURE DE FRANCE.
particulièrement à Aix - la - Chapelle , à
Cologne, à Vienne en Autriche, à Strafbourg
, à Francfort fur le Mein & à
Heidelberg ; il n'y fut pas plus heureux
dans l'exercice de fon opération. M.
Heifter , nous apprend ( h) que Frère
Jacques inſtruit enfin par ſes malheurs ,
revint à Strasbourg , où ayant changé
fa méthode , il tailla avec ſuccès en
1712 , & au commencement de 1713 ;
& il ajoute que , M. Salzmann , Médecin
& Anatomiſte célébre de Strafbourg
ayant fait des reproches au Frère,
ſur ſa méthode , celui-ci lui avoit avoué
qu'il l'avoit abondonnée depuis environ
unan , & qu'il traitoit alors ſes ma-
Jades avec plus de précaution.
M. Rau tailloit en Hollande, avec ſuccès
, au moins depuis 1702 ; le Frère
n'a eu des ſuccès qu'après avoir abſolument
changé ſa méthode en 1712 .
D'après ce parallèle peut-on croire que
Rau n'ait été ſimplement qu'imitateur ,
& ne doit - on pas regarder comme
certain , que , pourvu de profondes connoiffances
en Anatomie, il s'étoit fait une
méthode fure & particuliere par la cou
pe déterminée des parties.
(h ) Inſt. Chir. tom. 2. p. 909.
U
Je
NOVEMBRE. 1763. 169
Je ne ſuivrai pas plus loin l'Anonyme
Provincial dans ſes afſertions . Cer
écrit obfcur produit dans les ténébres ,
dicté par la paffion , paroît uniquement
fait pour décrier des Chirurgiens recommandables
&déſignerun ſucceſſeur au
Frère Jacques. J'abandonne au temps
la cauſe actuelle ; la poſtérité ſeule peut
la juger. Mais j'ai cru devoir à la mémoire
de M. Méry , les recherches qui
ont été propoſées & qui prouvent incontestablement
la vérité & l'utilité de
fon Ouvrage contre toutes les déclamations
que l'on pourroit lui oppofer.
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Résumé : SUITE des Recherches sur la Taille du Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
Le texte décrit la carrière controversée du frère Jacques, un chirurgien connu pour ses opérations de lithotomie. En 1702, il publie 'Nouvelle méthode de tailler & tirer la Pierre de la vessie', où il reconnaît des améliorations apportées en 1701. Ses travaux reçoivent des avis favorables de médecins éminents tels que Fagon et Félix, qui proposent des ajustements techniques. Frère Jacques critique cependant Méry et Saviard tout en affirmant la validité de sa méthode après modifications. La réputation de frère Jacques décline après la mort rapide du maréchal de Lorge suite à une opération. Fagon choisit alors un autre chirurgien, Maréchal, pour une intervention ultérieure. En 1702, frère Jacques se retire en Hollande. Un défenseur anonyme provincial soutient sa méthode sans fournir de preuves solides. Une controverse oppose frère Jacques à Rau, un autre praticien de la lithotomie établi à Amsterdam. Rau développe une méthode distincte et efficace, reconnue par la République de Leyde. En 1712, frère Jacques modifie sa propre méthode pour obtenir des résultats positifs. Un auteur anonyme favorable à frère Jacques nie les innovations de Rau, malgré les éloges reçus par ce dernier. Le texte mentionne également un individu aux connaissances approfondies en anatomie et une réfutation de l'écrit anonyme 'L'Anonyme Provincial', jugé passionné et visant à discréditer des chirurgiens respectables. L'auteur préfère laisser le jugement à la postérité et défend la mémoire de M. Méry.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10452
p. 169-173
ARTS AGRÉABLES. GRAVURE. PLAN de souscription pour une suite d'Estampes d'après les plus beaux Tableaux qui se trouvent en Angleterre, & pour la quelle on n'employera que les plus habiles Graveurs.
Début :
LA distribution de cet Ouvrage se fera par cayers numérotés ; & il sera imprimé [...]
Mots clefs :
Gravure, Tableau, Estampes, Graveur, Souscription
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTS AGRÉABLES. GRAVURE. PLAN de souscription pour une suite d'Estampes d'après les plus beaux Tableaux qui se trouvent en Angleterre, & pour la quelle on n'employera que les plus habiles Graveurs.
ARTS AGRÉABLES .
GRAVURE.
PLAN de ſouſcription pour une fuite
d'Estampes d'après les plus beaux
Tableaux qui se trouvent en Angleterre
, & pour la quelle on n'employera
que les plus habiles Graveurs.
Γ
LA diſtribution de cet Ouvrage ſe
fera par cayers numérotés ; & il ſera imprimé
ſur une demi-feuille de grand
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Aigle fin , ou fur une feuille entiere , fi
quelque Sujet l'exige ; chaque cayer
fera compofé de plus ou moins de pièces,
ſuivant l'exigence des ſujets ; mais
il n'y en aura jamais moins de quatre.
Le plus grand nombre de ces eftampes
ſera gravé d'après de ſuperbes tableaux
des plus grands maîtres , des écoles italienne
& flamande .
Le prix de la ſouſcription eſt de 36
livres pour le premier cayer ; pour les
ſuivans on ne payera que 24 livres,
Le premier eſt fait & ſe délivre actuellement
, à Paris chez les fieurs Joullain ,
Marchand d'Efſtampes , fur le Quai de
la Feraille, & Bafan , Graveur, rue du
Foin S. Jacques. Si quelque Soufcripteur
ne jugeoit pas à propos de continuer
, au delà du ſeptiéme cayer , on
lui rendroit les 12 livres avancées ſur le
premier cayer.
Les Souſcripteurs feront fürs d'avoir
des premières épreuves , & le prix ſera
beaucoup augmenté pour les Amat eurs
qui n'auront pas foufcrit.
T
SOUSCRIPTION proposée pour huit
Estampes gravées d'après des Tableaux
de M. Machy , Peintre du Roi , Eléve
de M. Servandoni,
NOVEMBRE. 1763. 171
1
Quatre de ces Estampes porteront
2 pieds de large fur environ 18 pouces
de haut ; les 4 autres porteront environ
quinze pouces de large ſur 10 à 12 de
haut. Les 4 grandes feront imprimées
fur la feuille entière de papier d'Aigle, &
les 4 autres fur la demi- feuille dudit papier;
elles feront gravées par d'habiles
mains, ſous la conduite de M. Aliamet ,
Graveur du RO1. Six de ces Tableaux repréſentent
la grande Gallerie ou le Périftile
du Louvre vu de différens côtés en
perſpective , ornés pittoreſquement des
-veſtiges des anciens Palais de François
I. d'Henry IV. & de Catherine de Médicis
au moment de la démolition defdits
Palais faite depuis quelques années
ſous les ordres de M. le Marquis de
Marigny , auquel on doit la vue du plus
beau morceau d'Achitecture qui ſoit
peut-être au monde , & dont on étoit
privé parles maiſons qui le maſquoient .
Les deux autres repréſentent l'incendie
de la Foire S. Germain, arrivée en Mars
1762; dans l'un on voit la Foire toute
en feu au milieu de la nuit avec beaucoup
de figures relatives à l'objet .
L'autre repréſente l'intérieur de la
Foire après l'incendie, où les Marchands
tâchent de raſſembler leurs effets échap-
1
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
pés aux flâmes : le talentde M. Machy
pour l'Architecture & les ruines, eſt trop
connu pour qu'il ait ici beſoin d'éloges ;
on a vu au dernier Sallon & à celui de
cette année , les morceaux que l'on ſe
propoſe de faire graver; on n'y employera
que d'habiles Artiſtes. Le prix de la
ſouſcription ſera de 36 livres pour les
huit Eſtampes; en ſouſcrivant on payera
12 livres ; dans le courant de l'année
1764 on en délivrera deux grandes &
deux petites. En les recevant on payera
12 livres , & 12 livres en recevant les
quatre autres dans le courant de l'année
1765. Leſdites Estampes ſe délivreront
chez le Sr Bafan, Graveur , rue
du Foin quartier S. Jacques , chez lequel
on pourra ſouſcrire , ainſi que chez
M. Aliamet , Graveur du ROI , rue des
Mathurins , & chez M. Machy, Peintre
du Roi , rue Froidmenteau , proche la
Place du Louvre , chez lequel on pourra
voir les Tableaux & Deſſeins que l'on
ſe propoſe de graver. La Souſcription
ſera ouverte juſqu'au premier Février
1764 , paffé ce temps on ne ſera plus
reçu pour foufcrire : on payera 48 livres
pour les huit Eſtampes , & on n'en aura
des épreuves qu'après que tous les Soufcripteurs
feront fournis. Les Amateurs
NOVEMBRE. 1763. 173
zélés du talent ſont priés de favorifer..
cette entrepriſe qui mérite d'être encouragée.
CONTINUATION du Journal de
Clavecin , compoſé ſur les Ariettes des
Comédies , Intermédes & Opéra-Comiques
, qui ont eu le plus de ſuccès ;
par M. Clément. A Paris , chez l'Auteur,
rue & Cloître S. Thomas du Louvre ,
& aux Adreſſes ordinaires. Avec Privilége
du Roi. Prix de l'Abonnement ,
12 liv. franc de port ; année 1764. MM.
les Souſcripteurs ſont priés de renouveller
leurs foufcriptions en Décembre
ou Janvier prochain .
CetOuvrage toujours favorablement
accueilli du Public, doit auffi être encouragé
; l'Auteur n'oubliant aucun ſoin
dans la compoſition , le choix & les
nouveautés qu'il fait entendre le plutôt
qu'il lui eſt poſſible.
Les deux Effais ſur l'accompagnement
du Clavecin , & fur la Baſſe fondamentale
, du même Auteur & aux
mêmes Adreſſes , ne ſe vendent plus
féparément , à cauſe de leur Analogie
néceſſaire ; le prix enſemble aſt fixé
pour toujours , à 1 liv. 16 f.
GRAVURE.
PLAN de ſouſcription pour une fuite
d'Estampes d'après les plus beaux
Tableaux qui se trouvent en Angleterre
, & pour la quelle on n'employera
que les plus habiles Graveurs.
Γ
LA diſtribution de cet Ouvrage ſe
fera par cayers numérotés ; & il ſera imprimé
ſur une demi-feuille de grand
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Aigle fin , ou fur une feuille entiere , fi
quelque Sujet l'exige ; chaque cayer
fera compofé de plus ou moins de pièces,
ſuivant l'exigence des ſujets ; mais
il n'y en aura jamais moins de quatre.
Le plus grand nombre de ces eftampes
ſera gravé d'après de ſuperbes tableaux
des plus grands maîtres , des écoles italienne
& flamande .
Le prix de la ſouſcription eſt de 36
livres pour le premier cayer ; pour les
ſuivans on ne payera que 24 livres,
Le premier eſt fait & ſe délivre actuellement
, à Paris chez les fieurs Joullain ,
Marchand d'Efſtampes , fur le Quai de
la Feraille, & Bafan , Graveur, rue du
Foin S. Jacques. Si quelque Soufcripteur
ne jugeoit pas à propos de continuer
, au delà du ſeptiéme cayer , on
lui rendroit les 12 livres avancées ſur le
premier cayer.
Les Souſcripteurs feront fürs d'avoir
des premières épreuves , & le prix ſera
beaucoup augmenté pour les Amat eurs
qui n'auront pas foufcrit.
T
SOUSCRIPTION proposée pour huit
Estampes gravées d'après des Tableaux
de M. Machy , Peintre du Roi , Eléve
de M. Servandoni,
NOVEMBRE. 1763. 171
1
Quatre de ces Estampes porteront
2 pieds de large fur environ 18 pouces
de haut ; les 4 autres porteront environ
quinze pouces de large ſur 10 à 12 de
haut. Les 4 grandes feront imprimées
fur la feuille entière de papier d'Aigle, &
les 4 autres fur la demi- feuille dudit papier;
elles feront gravées par d'habiles
mains, ſous la conduite de M. Aliamet ,
Graveur du RO1. Six de ces Tableaux repréſentent
la grande Gallerie ou le Périftile
du Louvre vu de différens côtés en
perſpective , ornés pittoreſquement des
-veſtiges des anciens Palais de François
I. d'Henry IV. & de Catherine de Médicis
au moment de la démolition defdits
Palais faite depuis quelques années
ſous les ordres de M. le Marquis de
Marigny , auquel on doit la vue du plus
beau morceau d'Achitecture qui ſoit
peut-être au monde , & dont on étoit
privé parles maiſons qui le maſquoient .
Les deux autres repréſentent l'incendie
de la Foire S. Germain, arrivée en Mars
1762; dans l'un on voit la Foire toute
en feu au milieu de la nuit avec beaucoup
de figures relatives à l'objet .
L'autre repréſente l'intérieur de la
Foire après l'incendie, où les Marchands
tâchent de raſſembler leurs effets échap-
1
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
pés aux flâmes : le talentde M. Machy
pour l'Architecture & les ruines, eſt trop
connu pour qu'il ait ici beſoin d'éloges ;
on a vu au dernier Sallon & à celui de
cette année , les morceaux que l'on ſe
propoſe de faire graver; on n'y employera
que d'habiles Artiſtes. Le prix de la
ſouſcription ſera de 36 livres pour les
huit Eſtampes; en ſouſcrivant on payera
12 livres ; dans le courant de l'année
1764 on en délivrera deux grandes &
deux petites. En les recevant on payera
12 livres , & 12 livres en recevant les
quatre autres dans le courant de l'année
1765. Leſdites Estampes ſe délivreront
chez le Sr Bafan, Graveur , rue
du Foin quartier S. Jacques , chez lequel
on pourra ſouſcrire , ainſi que chez
M. Aliamet , Graveur du ROI , rue des
Mathurins , & chez M. Machy, Peintre
du Roi , rue Froidmenteau , proche la
Place du Louvre , chez lequel on pourra
voir les Tableaux & Deſſeins que l'on
ſe propoſe de graver. La Souſcription
ſera ouverte juſqu'au premier Février
1764 , paffé ce temps on ne ſera plus
reçu pour foufcrire : on payera 48 livres
pour les huit Eſtampes , & on n'en aura
des épreuves qu'après que tous les Soufcripteurs
feront fournis. Les Amateurs
NOVEMBRE. 1763. 173
zélés du talent ſont priés de favorifer..
cette entrepriſe qui mérite d'être encouragée.
CONTINUATION du Journal de
Clavecin , compoſé ſur les Ariettes des
Comédies , Intermédes & Opéra-Comiques
, qui ont eu le plus de ſuccès ;
par M. Clément. A Paris , chez l'Auteur,
rue & Cloître S. Thomas du Louvre ,
& aux Adreſſes ordinaires. Avec Privilége
du Roi. Prix de l'Abonnement ,
12 liv. franc de port ; année 1764. MM.
les Souſcripteurs ſont priés de renouveller
leurs foufcriptions en Décembre
ou Janvier prochain .
CetOuvrage toujours favorablement
accueilli du Public, doit auffi être encouragé
; l'Auteur n'oubliant aucun ſoin
dans la compoſition , le choix & les
nouveautés qu'il fait entendre le plutôt
qu'il lui eſt poſſible.
Les deux Effais ſur l'accompagnement
du Clavecin , & fur la Baſſe fondamentale
, du même Auteur & aux
mêmes Adreſſes , ne ſe vendent plus
féparément , à cauſe de leur Analogie
néceſſaire ; le prix enſemble aſt fixé
pour toujours , à 1 liv. 16 f.
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Résumé : ARTS AGRÉABLES. GRAVURE. PLAN de souscription pour une suite d'Estampes d'après les plus beaux Tableaux qui se trouvent en Angleterre, & pour la quelle on n'employera que les plus habiles Graveurs.
Le document expose deux projets de souscription pour des estampes. Le premier projet, annoncé en 170, propose une série d'estampes gravées d'après des tableaux célèbres d'Angleterre, réalisées par des graveurs qualifiés. Ces estampes seront distribuées par cahiers numérotés, imprimés sur demi-feuille ou feuille entière selon les besoins. Le coût de la souscription est de 36 livres pour le premier cahier et de 24 livres pour les suivants. Les souscripteurs recevront les premières épreuves et bénéficieront d'un tarif réduit. Les estampes peuvent être obtenues chez les sieurs Joullain et Basan. Le second projet, daté de novembre 1763, concerne huit estampes gravées d'après des tableaux de M. Machy, peintre du Roi et élève de M. Servandoni. Quatre de ces estampes mesureront environ 2 pieds de large sur 18 pouces de haut, tandis que les quatre autres mesureront environ 15 pouces de large sur 10 à 12 pouces de haut. Six tableaux représentent la Grande Galerie du Louvre sous différents angles, ornés des vestiges des anciens palais de François Ier, Henri IV et Catherine de Médicis. Les deux autres tableaux illustrent l'incendie de la Foire Saint-Germain en mars 1762. Le prix de la souscription pour les huit estampes est de 36 livres, payable en trois versements. Les estampes seront disponibles chez M. Basan, M. Aliamet et M. Machy. La souscription sera ouverte jusqu'au 1er février 1764, après quoi le prix augmentera à 48 livres. Le document mentionne également la continuation du journal de clavecin de M. Clément, avec un abonnement annuel de 12 livres.
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10453
p. 174-181
SUITE des Spectacles de la Cour A FONTAINEBLEAU.
Début :
LE Jeudi 13 Octobre, les Comédiens François réprésenterent TANCREDE [...]
Mots clefs :
Opéra, Tragédie, Rôle, Pièce, Talents, Musique
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Spectacles de la Cour A FONTAINEBLEAU.
SUITE des Spectacles de la Cour
A FONTAINEBLEAU.
LE Jeudi 13 Octobre , les Comédiens
François répréſenterent TANCREDE
Tragédie de M. De Voltaire. La diſtribution
des rôles étoit la même qu'à
Paris : Mais la chaleur & l'art ſupérieur
avec lesquels cette Piéce fut jouée,mérite
qu'on en faffe une mention particuliére.
Quelque perfection , quelque fublimité
de Talens qu'y ait toujours fait éclater la
Dile CLAIRON , il n'eſt pas poffible
d'imaginer le degré continuel d'admiration
& de ſenſibilité qu'elle a excité
dans les Spectateurs. Malgré le refpect
qui retient , à la Cour , le bruit des applaudiſſemens
, ils ont été diſtinctement
marqués par des mouvemens involonaires
, pendant tout le temps qu'elle
ccupoitla Scène. Les autres rôles princiaux
furent auſſi rendus avec le plus
Prand art , & l'impreſſion en fut fenfi-
Element remarquable.
b
NOVEMBRE. 1763. 175
La ſeconde Piéce étoit l'agréable
Comédie en 1 acte & en proſe de M.
SAURIN, intitulée les Moeurs du Temps.
La Dlle DANGEVILLE y jouoit le rôle
de la Comteſſe ; cela ſuffit pour faire
connoître le plaifir que fit cette petite
Piéce.
L'intervalle entre la Tragédie & la
Comédie fut rempli , par la belle Chacone
d'Iphigénie , dont la Muſique eft
de M. LE BRETON , danſée par le Sr
VESTRIS avec le Ballet. La Cour a
paru fingulièrement fatisfaite du choix
& de l'exécution de ce Spectacle.
Le Samedi 15 on exécuta avec autant
de perfection & autant de ſuccès que la
premiére fois , une ſeconde Repréſentation
de Dardanus, Opéra - Tragédie ,
dont nous avons parlé dans le précédent
Volume.
2
Le Mardi 18 , la Comédie Françoiſe
donna la Réconciliation normande
Comédie en 5 Actes & en vers , de feu
M. DUFRESNY. Le comique de cette
Piéce fi difficile à bien rendre par le
caractère particulier du ſtyle de ſon ingénieux
Auteur , avec le fecours officieux
des Talens uniques de la Dlle DANGEVILLE
, a paru amufer la Cour ,
qui a vû auſſi avec plaifir le Sr BELLEA
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE.
1
COUR dans le Rôle du Chevalier , qui
éxige beaucoup de Talens & dont il
s'eſt acquitté avec ſuccès , ainſi que la
Dile DROUIN du Rôle de la Marquife.
L'intelligence de l'eſprit dont cette Piéce
eſt une forte d'effort , ne peut jamais
être mieux ſecondée que par les Acteurs
qu'on vient de nommer.
Pour ſeconde Piéce , on repréſenta
les Vendanges de Suréne , Comédie fi
connue , en I Acte & en proſe , du feu
Sr DANCOURT. La Cour a paru
fatisfaite du Sr BOURET dans le Rôle
de Vivien. Le Sr PREVILLE , dont les
Talens toujours fürs de plaire , jettent
de l'agrément ſur tous les Rôles , jouoit
celui de l'Orange. La Dile Luzi ,
jousit celui de Mde Du Buiſſon , & la
Dle DOLIGNI , celui de Marianne.
La Dile CLAIRON , non contente de
donner journellement de nouvelles
preuves de la ſupériorité de ſes grands
Talens , en a donné une de ſon zéle en
ſe chargeant dans cette Piéce d'un des
plus petits Rôles de rempliſſage , pour
faciliter le ſervice.
Dans l'intervalle de ces deux Comédies
on exécuta le Ballet des Vendangeurs
du Prologue de Platée.
Le Jeudi 20 , on repréſenta Venceslas,
NOVEMBRE . 1763. 177
Tragédie de ROTROU. Les rôles étoient
diſtribués ainfi. Venceslas , par le Sr
BRISARD , Ladislas , par le Sr le
KAIN . Alexandre ſecond , Fils de Venceflas
, par le Sr MCLÉ , le Duc , par le
Sr BELLECOUR , Caffandre , par la
Dile CLAIRON , Théodore , Infante ,
pat la Dile DUBOIS , Léonore , par la
Dile PREVILLE. Cette Tragédie fut
très-bien jouée , & fit autant d'honneur
auxTalens des Acteurs, que d'impreffion
touchante ſur les Spectateurs.
On connoît la Comédie du Legs en
un Acte & en proſe par feu M. DE
MARIVAUX , & le plaifir qu'y ont fait
toujours la Dile DANGEVILLE & le
Sr PREVILLE. Cette Piéce fut repréſenrée
après la Tragédie. Entre l'une &
l'autre on exécuta un Ballet de Guerriers
dans lequel le Sr GARDEL danſoit le
Pas ſeul.
Le Samedi 22 , jour destiné à l'Opéra ,
on exécuta Scanderberg , Tragédie ,
Poëme de feu M. DE LA MOTTE .
Muſique de MM. REBEL & FRANCOEUR
, Surintendans de la Muſique du
Roi.
Cet Opéra n'avoit pas été fini par M.
DE LA MOTTE. Lorſqu'il fut repréſenté
à Paris en 1735 , le cinquiéme Acte
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
étoit d'un autre Auteur. Le même Acte
a été changé en paroles & en Muſique.
C'eſt avec ce nouveau changement ,
&quelques autres en Muſique dans le
corps de l'Ouvrage , qu'il vient d'être
repréſenté à la Cour. Le Poëme de
Scanderberg ayant été anciennement
imprimé , nous ne devons compte à
nos Lecteurs que de ce nouveau 5 .
Acte.
La Scène eſt au commencement de
l'Acte dans le Périſtile de la grande
Moſquée , dont les Portes font fermées.
Amurat paroît au milieu des grands
Officiers de la Porte, aufquels il ordonne
d'aſſembler les Imans , pour annoncer
la Fête , ( celle de la nuit de Gloire. )
Il balance encore entre les fureurs
que lui inſpire la jalouſie , l'amitié qu'il
a pour fon Rival ( Scanderberg ) & fa
tendreſſe pour Servilie. On vient annoncer
que cette Princeſſe allarmée ſur le
fort du Vifir ( Scanderberg ) cédera aux
voeux du Sultan. Ce dernier ſe flatte
que ſa conſtance & fes foins obtiendront
le coeur de la Princeſſe , qu'il va
contraindre à lui donner la main. Les
Peuples arrivent. Les portes de la Mofquée
s'ouvrent , on voit tout l'intérieur
Les Imans yfont raffemblés , le
NOVEMBRE. 1763. 179
Muphty àleur tête. Ils s'avancent. Après
avoir célébré par des chants majestueux,
le fublime pouvoir de la Loi , Amurat
veut engager le Muphty à confacrer fon
union avec Servilie. Le Muphty étonné
de cette propoſition , lui répond par ces
vers.
>> Juſques - là ta fierté s'oublie !
Un Sultan par l'hymen oſe engager ſa foi !
>> Ce ſeroit te trahir , que de l'unir à toi.
Le Sultan s'offenſe de la fermeté du
Muphty.
>>Tu m'ofes menacer ! Tout tremble devant mei
Le Muphty répond avec dignité.
>> L'Univers t'eſt ſoumis , mais tu l'es à la Loi.
こい
:
Amurat , qui ne conſulte que ſa paffion,
preſſe Servilie de prononcer ; elle veut
lui oppoſer la colère du Prophéte ; il ſe
charge de l'appaiſer. Servilie apperçoit
Scanderberg. Elle en eſt plus déterminée
à ſe refuſer à l'hymen du Sultan , & ce
dernier plus diſpoſé à la vengeance. Les
deux Amans bravent à l'envi la colère
du Souverain jaloux ; & chacun d'eux
fe diſpute l'honneur d'en être la victime .
Il ſe livre à toute la fureur que doit naturellement
lui ſuggérer cette ſituation .
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Dans le temps qu'il veut frapper Scanderberg
, Servilie l'arrête. Il croît qu'elle va
céder pour ſauver ſon amant , lorſqu'elle
lui adreſſe fiérement les vers ſuivans .
Il faut te détromper , Amurat , connois -moi.
>>Ce Prince te fut cher ,& tu lui dois la vie ;
>> Je troublai ton bonheur , j'armai ta jalouſie;
- Je ne puis être à lui , je ne puis être à toi :
*>>Que ma mort vous réconcilie.
Elle veut ſe tuer , Amurat lui arrache
le poignard des mains. Elle veur
encore s'en reffaifir , Scanderberg s'offre
aux cous du Sultan. Celui - ci preſſé par
ſa tendreſſe & par ſon amitié , céde à
une généreuſe pitié. Il ne peut confentir
à immoler ou ſa maîtreffe ou l'ami
auquel il doit la vie.
» Oubliez vos tourmens ( leur dit-il ) que l'Hya
men les répare.
>> Je ſerai malheureux ; mais je ſerois barbare.
Il veut que Scanderberg & Servilie
lui dérobent les témoignages de leur
reconnoiffance & de leur bonheur. Il
veut qu'ils partent pour leurs Etats &
qu'ils y ramènent leurs Sujet . Il ordonne
aux Imans de rentrer dans l'intérieur
du Temple. !
NOVEMBRE. 1763. 18
* >> Je renonce à l'Hymen je triomphe de moi.
>> Du reſpect qu'éxige la Loi ,
Laiſſons à l'Univers un immortel exemple.
Amurat termine ainſi l'action de cette
Tragédie. Il ſe retire. Les Imans &_le
Muphty vont ſe ranger autour du Livre
de la Loi dans l'intérieur de la mofquée
. Servilie & Scanderberg demeurent
dans le Périſtile avec leurs Peuples
qui forment un Divertiſſement par lequel
l'Opéra eſt terminé.
Cet Ouvrage qui depuis très long
temps n'avoit paru fur leThéâtre & qui
avoit eu du ſuccès dans ſa nouveauté ,
en a eu beaucoup à cette repriſe pour
la Cour. On ne parlera point du mérite
connu dans les détails du Poëme ,
ainſi que dans ſa contexture ; le tout
plus dramatique peut- être qu'aucun des
Ouvrages lyriques modernes. On a trèsbien
ſenti , ainſi qu'autrefois , le prix
de l'analogie du récitatif muſical avec
le Dialogue des Scènes , dont quelquesunes
ſont dans le genre de la Tragédie
du Théâtre François. Pluſieurs airs
caractérisés &un très - bel enſemble de
muſique , en ont rendu l'exécution trèsagréable.
( * Ces derniers Vers ne ſont pas éxactement
tels dans les Livres de paroles , parce qu'ils ont
été changés après l'impreſſion.
A FONTAINEBLEAU.
LE Jeudi 13 Octobre , les Comédiens
François répréſenterent TANCREDE
Tragédie de M. De Voltaire. La diſtribution
des rôles étoit la même qu'à
Paris : Mais la chaleur & l'art ſupérieur
avec lesquels cette Piéce fut jouée,mérite
qu'on en faffe une mention particuliére.
Quelque perfection , quelque fublimité
de Talens qu'y ait toujours fait éclater la
Dile CLAIRON , il n'eſt pas poffible
d'imaginer le degré continuel d'admiration
& de ſenſibilité qu'elle a excité
dans les Spectateurs. Malgré le refpect
qui retient , à la Cour , le bruit des applaudiſſemens
, ils ont été diſtinctement
marqués par des mouvemens involonaires
, pendant tout le temps qu'elle
ccupoitla Scène. Les autres rôles princiaux
furent auſſi rendus avec le plus
Prand art , & l'impreſſion en fut fenfi-
Element remarquable.
b
NOVEMBRE. 1763. 175
La ſeconde Piéce étoit l'agréable
Comédie en 1 acte & en proſe de M.
SAURIN, intitulée les Moeurs du Temps.
La Dlle DANGEVILLE y jouoit le rôle
de la Comteſſe ; cela ſuffit pour faire
connoître le plaifir que fit cette petite
Piéce.
L'intervalle entre la Tragédie & la
Comédie fut rempli , par la belle Chacone
d'Iphigénie , dont la Muſique eft
de M. LE BRETON , danſée par le Sr
VESTRIS avec le Ballet. La Cour a
paru fingulièrement fatisfaite du choix
& de l'exécution de ce Spectacle.
Le Samedi 15 on exécuta avec autant
de perfection & autant de ſuccès que la
premiére fois , une ſeconde Repréſentation
de Dardanus, Opéra - Tragédie ,
dont nous avons parlé dans le précédent
Volume.
2
Le Mardi 18 , la Comédie Françoiſe
donna la Réconciliation normande
Comédie en 5 Actes & en vers , de feu
M. DUFRESNY. Le comique de cette
Piéce fi difficile à bien rendre par le
caractère particulier du ſtyle de ſon ingénieux
Auteur , avec le fecours officieux
des Talens uniques de la Dlle DANGEVILLE
, a paru amufer la Cour ,
qui a vû auſſi avec plaifir le Sr BELLEA
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE.
1
COUR dans le Rôle du Chevalier , qui
éxige beaucoup de Talens & dont il
s'eſt acquitté avec ſuccès , ainſi que la
Dile DROUIN du Rôle de la Marquife.
L'intelligence de l'eſprit dont cette Piéce
eſt une forte d'effort , ne peut jamais
être mieux ſecondée que par les Acteurs
qu'on vient de nommer.
Pour ſeconde Piéce , on repréſenta
les Vendanges de Suréne , Comédie fi
connue , en I Acte & en proſe , du feu
Sr DANCOURT. La Cour a paru
fatisfaite du Sr BOURET dans le Rôle
de Vivien. Le Sr PREVILLE , dont les
Talens toujours fürs de plaire , jettent
de l'agrément ſur tous les Rôles , jouoit
celui de l'Orange. La Dile Luzi ,
jousit celui de Mde Du Buiſſon , & la
Dle DOLIGNI , celui de Marianne.
La Dile CLAIRON , non contente de
donner journellement de nouvelles
preuves de la ſupériorité de ſes grands
Talens , en a donné une de ſon zéle en
ſe chargeant dans cette Piéce d'un des
plus petits Rôles de rempliſſage , pour
faciliter le ſervice.
Dans l'intervalle de ces deux Comédies
on exécuta le Ballet des Vendangeurs
du Prologue de Platée.
Le Jeudi 20 , on repréſenta Venceslas,
NOVEMBRE . 1763. 177
Tragédie de ROTROU. Les rôles étoient
diſtribués ainfi. Venceslas , par le Sr
BRISARD , Ladislas , par le Sr le
KAIN . Alexandre ſecond , Fils de Venceflas
, par le Sr MCLÉ , le Duc , par le
Sr BELLECOUR , Caffandre , par la
Dile CLAIRON , Théodore , Infante ,
pat la Dile DUBOIS , Léonore , par la
Dile PREVILLE. Cette Tragédie fut
très-bien jouée , & fit autant d'honneur
auxTalens des Acteurs, que d'impreffion
touchante ſur les Spectateurs.
On connoît la Comédie du Legs en
un Acte & en proſe par feu M. DE
MARIVAUX , & le plaifir qu'y ont fait
toujours la Dile DANGEVILLE & le
Sr PREVILLE. Cette Piéce fut repréſenrée
après la Tragédie. Entre l'une &
l'autre on exécuta un Ballet de Guerriers
dans lequel le Sr GARDEL danſoit le
Pas ſeul.
Le Samedi 22 , jour destiné à l'Opéra ,
on exécuta Scanderberg , Tragédie ,
Poëme de feu M. DE LA MOTTE .
Muſique de MM. REBEL & FRANCOEUR
, Surintendans de la Muſique du
Roi.
Cet Opéra n'avoit pas été fini par M.
DE LA MOTTE. Lorſqu'il fut repréſenté
à Paris en 1735 , le cinquiéme Acte
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
étoit d'un autre Auteur. Le même Acte
a été changé en paroles & en Muſique.
C'eſt avec ce nouveau changement ,
&quelques autres en Muſique dans le
corps de l'Ouvrage , qu'il vient d'être
repréſenté à la Cour. Le Poëme de
Scanderberg ayant été anciennement
imprimé , nous ne devons compte à
nos Lecteurs que de ce nouveau 5 .
Acte.
La Scène eſt au commencement de
l'Acte dans le Périſtile de la grande
Moſquée , dont les Portes font fermées.
Amurat paroît au milieu des grands
Officiers de la Porte, aufquels il ordonne
d'aſſembler les Imans , pour annoncer
la Fête , ( celle de la nuit de Gloire. )
Il balance encore entre les fureurs
que lui inſpire la jalouſie , l'amitié qu'il
a pour fon Rival ( Scanderberg ) & fa
tendreſſe pour Servilie. On vient annoncer
que cette Princeſſe allarmée ſur le
fort du Vifir ( Scanderberg ) cédera aux
voeux du Sultan. Ce dernier ſe flatte
que ſa conſtance & fes foins obtiendront
le coeur de la Princeſſe , qu'il va
contraindre à lui donner la main. Les
Peuples arrivent. Les portes de la Mofquée
s'ouvrent , on voit tout l'intérieur
Les Imans yfont raffemblés , le
NOVEMBRE. 1763. 179
Muphty àleur tête. Ils s'avancent. Après
avoir célébré par des chants majestueux,
le fublime pouvoir de la Loi , Amurat
veut engager le Muphty à confacrer fon
union avec Servilie. Le Muphty étonné
de cette propoſition , lui répond par ces
vers.
>> Juſques - là ta fierté s'oublie !
Un Sultan par l'hymen oſe engager ſa foi !
>> Ce ſeroit te trahir , que de l'unir à toi.
Le Sultan s'offenſe de la fermeté du
Muphty.
>>Tu m'ofes menacer ! Tout tremble devant mei
Le Muphty répond avec dignité.
>> L'Univers t'eſt ſoumis , mais tu l'es à la Loi.
こい
:
Amurat , qui ne conſulte que ſa paffion,
preſſe Servilie de prononcer ; elle veut
lui oppoſer la colère du Prophéte ; il ſe
charge de l'appaiſer. Servilie apperçoit
Scanderberg. Elle en eſt plus déterminée
à ſe refuſer à l'hymen du Sultan , & ce
dernier plus diſpoſé à la vengeance. Les
deux Amans bravent à l'envi la colère
du Souverain jaloux ; & chacun d'eux
fe diſpute l'honneur d'en être la victime .
Il ſe livre à toute la fureur que doit naturellement
lui ſuggérer cette ſituation .
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Dans le temps qu'il veut frapper Scanderberg
, Servilie l'arrête. Il croît qu'elle va
céder pour ſauver ſon amant , lorſqu'elle
lui adreſſe fiérement les vers ſuivans .
Il faut te détromper , Amurat , connois -moi.
>>Ce Prince te fut cher ,& tu lui dois la vie ;
>> Je troublai ton bonheur , j'armai ta jalouſie;
- Je ne puis être à lui , je ne puis être à toi :
*>>Que ma mort vous réconcilie.
Elle veut ſe tuer , Amurat lui arrache
le poignard des mains. Elle veur
encore s'en reffaifir , Scanderberg s'offre
aux cous du Sultan. Celui - ci preſſé par
ſa tendreſſe & par ſon amitié , céde à
une généreuſe pitié. Il ne peut confentir
à immoler ou ſa maîtreffe ou l'ami
auquel il doit la vie.
» Oubliez vos tourmens ( leur dit-il ) que l'Hya
men les répare.
>> Je ſerai malheureux ; mais je ſerois barbare.
Il veut que Scanderberg & Servilie
lui dérobent les témoignages de leur
reconnoiffance & de leur bonheur. Il
veut qu'ils partent pour leurs Etats &
qu'ils y ramènent leurs Sujet . Il ordonne
aux Imans de rentrer dans l'intérieur
du Temple. !
NOVEMBRE. 1763. 18
* >> Je renonce à l'Hymen je triomphe de moi.
>> Du reſpect qu'éxige la Loi ,
Laiſſons à l'Univers un immortel exemple.
Amurat termine ainſi l'action de cette
Tragédie. Il ſe retire. Les Imans &_le
Muphty vont ſe ranger autour du Livre
de la Loi dans l'intérieur de la mofquée
. Servilie & Scanderberg demeurent
dans le Périſtile avec leurs Peuples
qui forment un Divertiſſement par lequel
l'Opéra eſt terminé.
Cet Ouvrage qui depuis très long
temps n'avoit paru fur leThéâtre & qui
avoit eu du ſuccès dans ſa nouveauté ,
en a eu beaucoup à cette repriſe pour
la Cour. On ne parlera point du mérite
connu dans les détails du Poëme ,
ainſi que dans ſa contexture ; le tout
plus dramatique peut- être qu'aucun des
Ouvrages lyriques modernes. On a trèsbien
ſenti , ainſi qu'autrefois , le prix
de l'analogie du récitatif muſical avec
le Dialogue des Scènes , dont quelquesunes
ſont dans le genre de la Tragédie
du Théâtre François. Pluſieurs airs
caractérisés &un très - bel enſemble de
muſique , en ont rendu l'exécution trèsagréable.
( * Ces derniers Vers ne ſont pas éxactement
tels dans les Livres de paroles , parce qu'ils ont
été changés après l'impreſſion.
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Résumé : SUITE des Spectacles de la Cour A FONTAINEBLEAU.
Du 13 au 22 octobre 1763, plusieurs spectacles furent présentés à la cour de Fontainebleau. Le 13 octobre, les comédiens français jouèrent 'Tancrede' de Voltaire, avec une distribution identique à celle de Paris. La pièce fut acclamée, notamment grâce à la performance de l'actrice Clairon. La même journée, la comédie 'Les Moeurs du Temps' de Saurin fut représentée, avec la demoiselle Dangeville dans le rôle de la Comtesse. Entre les deux pièces, une chaconne d'Iphigénie, composée par Le Breton et dansée par Vestris, fut exécutée. Le 15 octobre, une seconde représentation de 'Dardanus', opéra-tragédie, eut lieu avec le même succès que la première. Le 18 octobre, la comédie 'La Réconciliation normande' de Dufresny fut jouée, avec Dangeville et Belleh dans les rôles principaux. La pièce 'Les Vendanges de Surène' de Dancourt suivit, avec Bourret, Préville, Luzi et Doligni dans les rôles principaux. Clairon joua un petit rôle pour faciliter le service. Entre les comédies, le ballet des Vendangeurs du prologue de 'Platée' fut exécuté. Le 20 octobre, la tragédie 'Venceslas' de Rotrou fut présentée, avec Brisard, Le Kain, McLé, Bellecour, Clairon, Dubois et Préville dans les rôles principaux. La comédie 'Le Legs' de Marivaux suivit, avec Dangeville et Préville. Le 22 octobre, l'opéra 'Scanderbeg' de La Motte, avec une musique de Rebel et Francoeur, fut joué. L'opéra 'Scanderbeg' raconte l'histoire d'Amurat, Servilie et Scanderberg. Amurat, poussé par sa passion, presse Servilie de l'épouser, mais elle refuse, invoquant la colère du Prophète et sa loyauté envers Scanderberg. La présence de Scanderberg renforce la détermination de Servilie et la soif de vengeance d'Amurat. Les deux amants défient la colère du sultan jaloux, chacun prêt à en subir les conséquences. Servilie, pour éviter un conflit, propose de se donner la mort, mais Amurat l'en empêche. Scanderberg s'offre alors comme victime. Touché par leur dévouement, Amurat décide de pardonner et de les laisser partir ensemble pour gouverner leurs États, tout en respectant la loi. La pièce se termine par un divertissement où Servilie et Scanderberg restent avec leurs peuples, tandis qu'Amurat et les Imams se retirent dans la mosquée.
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10454
p. 182-186
DISTRIBUTION des Rôles chantans dans l'Opéra de SCANDERBERG.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. AMURAT, Empereur des Turcs. Le Sieur Larrivée. ROXANE [...]
Mots clefs :
Opéra, Intelligence, Caractère, Spectacle, Acte
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texteReconnaissance textuelle : DISTRIBUTION des Rôles chantans dans l'Opéra de SCANDERBERG.
DISTRIBUTION des Rôles chantans
dans l'Opéra de SCANDERBERG.
PERSONNAGES.
AMURAT , Empereur des
Turcs .
ACTEURS .
LefieurLarrivée.
ROXANE , Sultane favorite , la Dlle Chevalier.
SCANDERBERG , Roi d'Albanie , le Sr Jéliote.
SERVILIE , Princeſſe , Fille du
Deſpote de Servie , la Dlle Arnoud.
OSMAN , Bostangi Bachi , le Sr Durand. :
Le MUPHTY , leSr Caffeignade.
L'AGA des Janiſſaires , le Sr Muguet.
RUSTAN , Officier de l'Empereur, le Sr Pillot.
UneGrecque & une Aſiatique , la Dlie du Bois.
:
Chacun de ces Rôles conforme aux
talens particuliers de l'Acteur qui en
étoit chargé , a été éxécuté de manière
a remplir ce qu'on devoit en attendre .
Le fieur LARRIVÉE a été très- brillant
dans le chantde ſon Rôle , noble & trèsjuſte
dans l'expreffion ainſi que dans
l'action. Cet Opéra eſt un de ceux où
il aura paru avec le plus de diſtinction.
Le fieur JÉLIOTE , toujours admirable,
paroiffant jouir de tout l'éclat & de
1
১১ স
1
1
NOVEMBRE. 1763. 183
toute la facilité de ſa voix , ne pou
voit manquer d'enchanter plus que jamais
, dans un grand Rôle qui fournit
des morceaux d'un chant agréable
& où il y a de fréquentes occafions
de faire briller les talens que l'on lui
connoît. L'intelligence du chant déclamé
& du Dialogue lyrique , finguliérement
propre aujourd'hui à la Dlle
CHEVALIER, étoit d'autant mieux placée
, que les Scènes de cet Opéra font
précisément d'un genre qui exige cette
forte de talent. Celui de la Dile ARNOULD
n'étoit pas moins convenable
aux morceaux touchans & fenfibles
qui forment le caractère du Rôle
de Servilie. Le ſieur CASSAIGNADE ,
reçu à l'Opéra depuis l'incendie , n'avoit
point encore paru fur le Théâtre.
C'eſt une fort belle voix de Baſſe-Taille
d'une grande étendue & de la plus
parfaite égalité dans tous les tons , les
cadences & autres agrémens du chant ,
faciles & naturels , le volume de voix
conſidérable , la qualité du ſon trèsnette.
Ce Débutant a fait d'autant plus
de plaifir dans le Rôle qu'il a chanté ,
que malgré ſon inexpérience&la crainte
que doit faire naître l'affemblée où il
paroiſſoit , ſes mouvemens ont paru
,
184MERCURE DE FRANCE.
diſpoſés au talent théâtral. Sa figure eſt
avantageuſe & d'un caractère propre
à l'expreffion.
LesBallets fort nombreux& fort variés
dans cet Opéra , compoſés avec beaucoup
d'agrément& d'intelligence , ont
contribué à la beauté générale de ce
Spectacle . Les principaux Danſeurs que
nous avons nommés dans le précédent
Opéra , ne ſe ſont pas moins diftingués
dans celui-ci. Le Sr d'AUBERVAL
dans le quatriéme Acte , a danſé avec
beaucoup de légéreré & d'agrement ,
un Pas fingulier & d'un comique autorifé
par le caractère d'Eſclave.
و
La profufion de richeſſes &de brillant
fur les habits de tous les genres, qu'occafionne
celui du Sujet , la variété des
décorations , & furtout l'éclat de la dernière
, ont rendu ce Spectacle un des
plus éblouiſſans qu'on puiſſe voir au
Théâtre. Comme la ſeule prodigalité de
richeſſes peut ſouvent n'offrir que de
pompeux travers aux yeux du goût ,
nous croyons devoir obſerver à l'égard
de cette derniére décoration repréſentant
une Moſquée , que la grande quantité
de pierreries qui en enrichiffoit la
partie intérieure , étoit diſtribuée avec
beaucoup de goût , d'ordre & de con
NOVEMBRE. 1763. 185.
-
venance , fur des Parties diſpoſées à
recevoir ces fortes d'Ornemens. L'Architecture
, dont les Membres étoient
fort distinctement & fort élégamment
deffinés par les pierresies , étoit un ordre
compoſite, dans le genre Turc,& chargé
d'Attributs convenables au Costume National
. La Moſquée contenoit un Périftile
, ou Porche , qui ſe réuniſſoit & fe
relioit très bien à la coupole intérieure
lorſqu'elle étoit ouverte. Cette
coupole arcadée & foutenue par des
colomnes & des pilaſtres , étoit ſeulement
decorée en diamans. On y
voyoit des Tribunes ou Travées remplies
de Peuple Mulſuman ; à travers les
ouvertures de ces Tribunes ou Travées ,
on en appercevoit d'autres dans des
points éloignés de perſpective qui
faifoient foupçonner une grande étendue
au Vaiſſeau. On eft convenu généralement
n'avoir rien vû d'auſſi magnifique
& d'un effer auffi brillant. Le concours
des Spectateurs a été desplus tumultueux
, long-temps après la fin du Spectacle,
pourjouir de ce merveilleux objet.
C'eſt au travail , aux soins , & à l'intelligence
de M. l'EVESQUE , Garde
général du Magaſin des Menus plaifirs
du Roi , que l'on doit le goût de diftri
186 MERCURE DE FRANCE.
bution de toutes les pierreries dans
cette brillante décoration. Les bornes
de notre Article ne nous permettent
pas de détailler les precédentes ; parmi
leſquelles celle du 1 Acte , repréſentant
une Grotte avec des effets d'eau finguliers
,& celle du quatriéme Acte , repréſentant
une partie de Jardin avec un
Canal,mériteroient des remarques particulières
. L'une & l'autre font ingénieufement
penſées & exécutées avec beau
coup d'Art & de goût.
dans l'Opéra de SCANDERBERG.
PERSONNAGES.
AMURAT , Empereur des
Turcs .
ACTEURS .
LefieurLarrivée.
ROXANE , Sultane favorite , la Dlle Chevalier.
SCANDERBERG , Roi d'Albanie , le Sr Jéliote.
SERVILIE , Princeſſe , Fille du
Deſpote de Servie , la Dlle Arnoud.
OSMAN , Bostangi Bachi , le Sr Durand. :
Le MUPHTY , leSr Caffeignade.
L'AGA des Janiſſaires , le Sr Muguet.
RUSTAN , Officier de l'Empereur, le Sr Pillot.
UneGrecque & une Aſiatique , la Dlie du Bois.
:
Chacun de ces Rôles conforme aux
talens particuliers de l'Acteur qui en
étoit chargé , a été éxécuté de manière
a remplir ce qu'on devoit en attendre .
Le fieur LARRIVÉE a été très- brillant
dans le chantde ſon Rôle , noble & trèsjuſte
dans l'expreffion ainſi que dans
l'action. Cet Opéra eſt un de ceux où
il aura paru avec le plus de diſtinction.
Le fieur JÉLIOTE , toujours admirable,
paroiffant jouir de tout l'éclat & de
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NOVEMBRE. 1763. 183
toute la facilité de ſa voix , ne pou
voit manquer d'enchanter plus que jamais
, dans un grand Rôle qui fournit
des morceaux d'un chant agréable
& où il y a de fréquentes occafions
de faire briller les talens que l'on lui
connoît. L'intelligence du chant déclamé
& du Dialogue lyrique , finguliérement
propre aujourd'hui à la Dlle
CHEVALIER, étoit d'autant mieux placée
, que les Scènes de cet Opéra font
précisément d'un genre qui exige cette
forte de talent. Celui de la Dile ARNOULD
n'étoit pas moins convenable
aux morceaux touchans & fenfibles
qui forment le caractère du Rôle
de Servilie. Le ſieur CASSAIGNADE ,
reçu à l'Opéra depuis l'incendie , n'avoit
point encore paru fur le Théâtre.
C'eſt une fort belle voix de Baſſe-Taille
d'une grande étendue & de la plus
parfaite égalité dans tous les tons , les
cadences & autres agrémens du chant ,
faciles & naturels , le volume de voix
conſidérable , la qualité du ſon trèsnette.
Ce Débutant a fait d'autant plus
de plaifir dans le Rôle qu'il a chanté ,
que malgré ſon inexpérience&la crainte
que doit faire naître l'affemblée où il
paroiſſoit , ſes mouvemens ont paru
,
184MERCURE DE FRANCE.
diſpoſés au talent théâtral. Sa figure eſt
avantageuſe & d'un caractère propre
à l'expreffion.
LesBallets fort nombreux& fort variés
dans cet Opéra , compoſés avec beaucoup
d'agrément& d'intelligence , ont
contribué à la beauté générale de ce
Spectacle . Les principaux Danſeurs que
nous avons nommés dans le précédent
Opéra , ne ſe ſont pas moins diftingués
dans celui-ci. Le Sr d'AUBERVAL
dans le quatriéme Acte , a danſé avec
beaucoup de légéreré & d'agrement ,
un Pas fingulier & d'un comique autorifé
par le caractère d'Eſclave.
و
La profufion de richeſſes &de brillant
fur les habits de tous les genres, qu'occafionne
celui du Sujet , la variété des
décorations , & furtout l'éclat de la dernière
, ont rendu ce Spectacle un des
plus éblouiſſans qu'on puiſſe voir au
Théâtre. Comme la ſeule prodigalité de
richeſſes peut ſouvent n'offrir que de
pompeux travers aux yeux du goût ,
nous croyons devoir obſerver à l'égard
de cette derniére décoration repréſentant
une Moſquée , que la grande quantité
de pierreries qui en enrichiffoit la
partie intérieure , étoit diſtribuée avec
beaucoup de goût , d'ordre & de con
NOVEMBRE. 1763. 185.
-
venance , fur des Parties diſpoſées à
recevoir ces fortes d'Ornemens. L'Architecture
, dont les Membres étoient
fort distinctement & fort élégamment
deffinés par les pierresies , étoit un ordre
compoſite, dans le genre Turc,& chargé
d'Attributs convenables au Costume National
. La Moſquée contenoit un Périftile
, ou Porche , qui ſe réuniſſoit & fe
relioit très bien à la coupole intérieure
lorſqu'elle étoit ouverte. Cette
coupole arcadée & foutenue par des
colomnes & des pilaſtres , étoit ſeulement
decorée en diamans. On y
voyoit des Tribunes ou Travées remplies
de Peuple Mulſuman ; à travers les
ouvertures de ces Tribunes ou Travées ,
on en appercevoit d'autres dans des
points éloignés de perſpective qui
faifoient foupçonner une grande étendue
au Vaiſſeau. On eft convenu généralement
n'avoir rien vû d'auſſi magnifique
& d'un effer auffi brillant. Le concours
des Spectateurs a été desplus tumultueux
, long-temps après la fin du Spectacle,
pourjouir de ce merveilleux objet.
C'eſt au travail , aux soins , & à l'intelligence
de M. l'EVESQUE , Garde
général du Magaſin des Menus plaifirs
du Roi , que l'on doit le goût de diftri
186 MERCURE DE FRANCE.
bution de toutes les pierreries dans
cette brillante décoration. Les bornes
de notre Article ne nous permettent
pas de détailler les precédentes ; parmi
leſquelles celle du 1 Acte , repréſentant
une Grotte avec des effets d'eau finguliers
,& celle du quatriéme Acte , repréſentant
une partie de Jardin avec un
Canal,mériteroient des remarques particulières
. L'une & l'autre font ingénieufement
penſées & exécutées avec beau
coup d'Art & de goût.
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Résumé : DISTRIBUTION des Rôles chantans dans l'Opéra de SCANDERBERG.
L'opéra 'Scanderberg' présente une distribution de personnages principaux incluant Amurat, Empereur des Turcs, Roxane, Sultane favorite, Scanderberg, Roi d'Albanie, Servilie, Princesse, Osman, Bostangi Bachi, le Mufty, l'Aga des Janissaires, Rustan, Officier de l'Empereur, ainsi que deux femmes, une Grecque et une Asiatique. Les acteurs interprètent ces rôles avec brio. Lefieur Larrivée incarne Amurat et se distingue par sa performance brillante. Le Sr Jéliote, en tant que Scanderberg, enchante le public avec sa voix et son jeu. La Dlle Chevalier, dans le rôle de Roxane, excelle dans le chant déclamé et le dialogue lyrique. La Dlle Arnoud interprète Servilie avec sensibilité. Le Sr Cassaignade, débutant dans le rôle du Mufty, impressionne par sa belle voix de basse-taille et son talent théâtral. Les ballets, nombreux et variés, enrichissent le spectacle. Le Sr d'Auberval se distingue parmi les danseurs. Les costumes et les décorations sont somptueux, notamment la mosquée du dernier acte, riche en pierreries et architecturée avec goût. Cette décoration est acclamée comme l'une des plus magnifiques et brillantes jamais vues. Le succès de l'opéra est marqué par un grand concours de spectateurs, soulignant l'appréciation du public pour les performances et la mise en scène.
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10455
p. 186
« ERRATA pour le précédent Article dans le II. Volume d'Octobre. [...] »
Début :
ERRATA pour le précédent Article dans le II. Volume d'Octobre. [...]
Mots clefs :
Errata, Volume, Spectacle
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texteReconnaissance textuelle : « ERRATA pour le précédent Article dans le II. Volume d'Octobre. [...] »
ERRATA pour le précédent Article dans le II.
Volume d'Octobre .
: Le Lundi , 11. lifez le Mardi , II il n'y a
point eu de Spectacle à la Cour le Lundi .
Volume d'Octobre .
: Le Lundi , 11. lifez le Mardi , II il n'y a
point eu de Spectacle à la Cour le Lundi .
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10456
p. 186-188
SPECTACLES DE PARIS.
Début :
DEPUIS le 15 Octobre, il n'y a eu de relâche au Théâtre de la Comédie [...]
Mots clefs :
Rôle, Troupe, Comédie, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS.
SPECTACLES DE PARIS.
DEPUIS le 15 Octobre , il n'y a eu
de relâche au Théâtre de la Comédie
Françoife , pour le ſervice de la Cour ,
que les 18 , 20 & 25. On a joué Tancréde
, Mithridate , & deux fois Hypermneftre
: la Scène a été plus occupée
par le genre comique. LeDimanche 16
:
NOVEMBRE . 1763. 187
on a repréſenté les Amans brouillés ,
Comédie en 5 Actes & en vers de
QUINAULT , plus connue sous le nom
de la Mère coquette. Cette Piéce a fait
le plus grand plaifir , & Mile Drouin y
a été fort applaudie dans le rôle de
Mère . Ce Drame a été donné au Public
dans un temps mémorable, en 1665 ,
l'année que la Troupe de Molière quitta
le titre de Troupe de Monfieur pour
celui de Troupe du Ror , ce qui efſt
l'époque du commencement de la haute
réputation qui a rendu immortelle la
mémoire de cet homme admirable.
Le Vendredi , 28 on a donné le
Tambour nocturne , de feu M. Néricault
Deftouches , Piéce fort amuſante & qui
doit principalement ſon ſuccès au jeu
des Acteurs , & furtout à la ſupériorité
de M. Préville , dans le rôle de
Pincé , Intendant de la Baronne ; & au
talent de M. Molé , dans le rôle du
Marquis , Fat. Mlle le Kain a joué le
rôle de la vieille Cathau avec tant de
vérité & d'agrément , qu'on n'a pas fait
lamoindre attention à ce que ſa figure ,
bien faite pour justifier l'amour du bonhomme
Pincé, avoit de difcordant par
l'âge avec celui de fon perſonnage.
Malgré tous les avantages d'un Spec188
MERCURE DE FRANCE.
tacle qui réunit l'utile à l'agréable , l'af
fluence des Spectateurs ſe porte aux
Italiens , qui en ſont à la fixiéme Repréſentation
des Nouvelles Métamorphofes
d'Arlequin. Le Public ne ſe laſſe
pas de voir Annette & Lubin , les Sultanes
, les deux Chaſſeurs & la Laitiere ,
&c. Un nouvel Acteur a débuté le 21 ,
par le Rôle de Richard , dans le Roi &
le Fermier , & par celui de Marcel ,
dans le Maréchal.
DEPUIS le 15 Octobre , il n'y a eu
de relâche au Théâtre de la Comédie
Françoife , pour le ſervice de la Cour ,
que les 18 , 20 & 25. On a joué Tancréde
, Mithridate , & deux fois Hypermneftre
: la Scène a été plus occupée
par le genre comique. LeDimanche 16
:
NOVEMBRE . 1763. 187
on a repréſenté les Amans brouillés ,
Comédie en 5 Actes & en vers de
QUINAULT , plus connue sous le nom
de la Mère coquette. Cette Piéce a fait
le plus grand plaifir , & Mile Drouin y
a été fort applaudie dans le rôle de
Mère . Ce Drame a été donné au Public
dans un temps mémorable, en 1665 ,
l'année que la Troupe de Molière quitta
le titre de Troupe de Monfieur pour
celui de Troupe du Ror , ce qui efſt
l'époque du commencement de la haute
réputation qui a rendu immortelle la
mémoire de cet homme admirable.
Le Vendredi , 28 on a donné le
Tambour nocturne , de feu M. Néricault
Deftouches , Piéce fort amuſante & qui
doit principalement ſon ſuccès au jeu
des Acteurs , & furtout à la ſupériorité
de M. Préville , dans le rôle de
Pincé , Intendant de la Baronne ; & au
talent de M. Molé , dans le rôle du
Marquis , Fat. Mlle le Kain a joué le
rôle de la vieille Cathau avec tant de
vérité & d'agrément , qu'on n'a pas fait
lamoindre attention à ce que ſa figure ,
bien faite pour justifier l'amour du bonhomme
Pincé, avoit de difcordant par
l'âge avec celui de fon perſonnage.
Malgré tous les avantages d'un Spec188
MERCURE DE FRANCE.
tacle qui réunit l'utile à l'agréable , l'af
fluence des Spectateurs ſe porte aux
Italiens , qui en ſont à la fixiéme Repréſentation
des Nouvelles Métamorphofes
d'Arlequin. Le Public ne ſe laſſe
pas de voir Annette & Lubin , les Sultanes
, les deux Chaſſeurs & la Laitiere ,
&c. Un nouvel Acteur a débuté le 21 ,
par le Rôle de Richard , dans le Roi &
le Fermier , & par celui de Marcel ,
dans le Maréchal.
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Résumé : SPECTACLES DE PARIS.
Du 15 octobre au 28 novembre 1763, le Théâtre de la Comédie-Française a proposé plusieurs spectacles pour la Cour, incluant 'Tancrède', 'Mithridate' et 'Hypermnestre'. La programmation était principalement axée sur le genre comique. Le 16 novembre, la pièce 'Les Amants brouillés' de Quinault, également connue sous le titre 'La Mère coquette', a été jouée avec succès. Mlle Drouin a particulièrement brillé dans le rôle de la mère. Cette pièce avait déjà été présentée en 1665, marquant le début de la renommée de la troupe de Molière, alors appelée la Troupe du Roi. Le 28 novembre, 'Le Tambour nocturne' de Néricault Destouches a été interprété, avec des performances notables de M. Préville, M. Molé et Mlle Le Kain. Malgré la qualité des spectacles à la Comédie-Française, le public préférait assister aux représentations des Italiens, notamment 'Les Nouvelles Métamorphoses d'Arlequin', mettant en vedette des personnages comme Annette, Lubin, les Sultanes, les deux Chasseurs et la Laitière. Un nouvel acteur a fait ses débuts le 21 novembre dans les rôles de Richard et Marcel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10457
p. 188-206
SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
Début :
M. DOYEN. AINSI que tous les Amateurs de la gloire de l'Art, nous avons déjà applaudi [...]
Mots clefs :
Tableau, Peintre, Peinture, Vieillard, Académie, Femme
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
SUITE de la Description des Tableaux
exposés au Sallon du Louvre.
M. DOYEN.
AINSI tous les Amateurs de la
que
gloire de l'Art , nous avons déjà applaudi
au beau feu & à la courageuſe
émulation de M. Doyen. C'eſt avec un
nouveau plaifir que nous le voyons continuer
de s'exercer dans le plus grand
genre & fur des Sujets empruntés du plus
grand Peintre en Poëfie . ( a )
Celuidu Tableau de cette année , eſt
le moment où Ulyffe vient de faire tirer
Aftianax du Tombeau de fon Père , &
( a) Homère.
:
NOVEMBRE. 1763. 189
où il commande de précipiter cet Enfant
du haut des murailles , malgré les
cris & tous les efforts d'Andromaque
pour arracher ſon fils des mains du
Soldat qui s'en eſt ſaiſi . ( b )
La compofition de ce Tableau eſt fans
contredit une des grandes machines ,
qu'on entreprenne en Peinture. L'Auteur
, foit pour la rendre plus diſtincte ,
foit pour quelqu'autre raiſon que nous
ignorons , ſemble avoir diviſé ſa Scène
en deux Parties . Un intervalle vuide &
affez confidérable ſépare Ulyffe & fa
fuite, des groupes que forment Andromaque
avec ſes ſuivantes,Aftianax , fes
Raviffeurs , &c. Pour comprendre comment
ſe trouve cet intervalle , il faut
ſçavoir que le fite ſur lequel font les
Perſonnages de l'action , eſt de beaucoup
plus élevé que le Plan éloigné où
paroiffent , au milieu , les troupes de Soldats
dont on n'apperçoit que le ſommet
des têtes. Les Connoiſſeurs , ainſi
que ceux qui ne jugent que par ſentiment
naturel , feront toujours également contens
dela grande &touchante expreffion
qui règne dans toute la partie qui com-
( b ) Ce Tableau a 21 pieds de large ſur 12
pieds de haut. Il appartient à l'Infant Duc de
Parme.
1
190 MERCURE DE FRANCE.
prend les groupes d'Andromaque & de
fes Suivantes. On reconnoît & on doit
être pénétré de la belle intention qui
caractériſe ſur-tout la douleur d'Andromaque.
La chaleur& le ſentiment n'ont
peut- être pas permis au Peintre de conferver
une forte de proportion fubordonnée
entre les fignes expreffifs de
cette Figure principale & ceux des Femmes
qui l'accompagnoient : mais plus
on connoîtra la grande expreſſion du Pathétique
en Peinture , plus on trouvera
de belles choses à remarquer dans cette
partie du Tableau. L'autre partie, où l'on
voit Ulyffe , à la tête des Chefs de l'Ar-.
mée , donner l'ordre barbare qui fait
le point de l'Action , pourroit peut-être
donner lieu à plus de critique. Nous
n'en entreprendrons pas la difcuffion.
Plein de fon Sujet , rempli du fublime
de fon Poëte , du caractère des Perfonnages
, il ne ſeroit pas étonnant que le
Peintre eût un peu exagéré les attitudes ;
&que la fageffe& les grâcesdes proportions
n'euffent cédé quelquefois , ainſi
que la vérité des couleurs locales, au feu
de l'inſpiration. Nous ne penſons être
démentis par perſonne & pas même par
ſes rivaux , en donnant de juſtes éloges
au beau génie de cet Artiſte , & en l'exNOVEMBRE.
1763. 191
/
hortant encore plus que jamais par une
application digne de ſes grands talens ,
de porter la perfection dans la pratique ,
au même degré d'élévation que nous re
connoiffonsdans ſes penſées.
Ce grand Morceau eſt le ſeul Ouvrage
de M. Doyen qui ait été expofé cette
année. La grandeur du Sujet & le méz
rite du genre,dédommagent du nombre,
M. FAVRAY , Chevalierde Malte ,
Académicien .
/
La curiofité du Public doit ſçavoir
tres-bon gré au laborieux & patient travail
de ce Chevalier Académicien . II
nous a mis en état de connoître l'Eglife
de S. Jean de Malte ( c ) , l'une des plus
confidérables de la Chrétienté , aufli
parfaitement , que fi chacun de nous ſe
fut tranſporté fur le lieu. La fidélité &
l'exactitude des détails , qui font innombrables
dans cet édifice , méritent confidération
& diftinguent particulièrement
ce Tableau. Il eſt animé de plus ,
par la repréſentation d'une très-grande
(c) CeTableau a fix pieds de haut fur de
large. Il a été fait à Malte , & il eſt du Cabinet
de M. le Chevalier de Caumartin.
192 MERCURE DE FRANCE.
cérémonie dans l'ordre. (d) On y diſtingue
toute la Nobleſſe de cette illuftre
Religion , chacun ſelon ſon rang & fa
dignité. On y voit auſſi , dans la partie
inférieure de ce Temple , tous les divers
Habitans de Malte. L'avantage de
voir & de connoître tous ces différens
Costumes , doit mériter à l'Auteur la reconnoiſſance
de tous ceux qui ont cette
louable curiofité. Pour la mériter encore
davantage , M. le Chevalier Favray a
développé d'une manière encore plus
diſtincte ces Costumes intéreſſans
dans trois Tableaux particuliers. L'un
nous ouvre l'intérieur d'un appartement
occupé par une Famille Maltoiſe. Les
deux autres des Femmes de la même
Ifle , de différentes conditions. Un de
ces derniers Tableaux a été accepté par
l'Académie pour la Réception de l'Auteur.
Les Artiſtes & les Amateurs doivent
être fatisfaits de voir un Membre
de cet Ordre ſe mettre dans la Peinture.
C'eſt renouveller un traité d'alliance
entre la Valeur , la Nobleffe , &
les Arts .
M. CASANOVA .
Le même feu d'imagination , la même
( d ) La fête de la Victoire inſtituée en mémoire
de la levée du fiége de Malte en 1563 .
chaleur
,
NOVEMBRE. 1763. 193
chaleur dans la compofition & dans la
couleur , qui avoient fait l'objet de nos
remarques en 1761 , éclatent dans les
Tableaux que M. Cafanova a expofés
cette année & principalement dans le
Combat de Cavalerie que l'Académie a
accepté pour ſa réception. Si
avions quelqu'obſervation nouvelle à
faire fur cet Artiſte , ce ſeroit pour remarquer
dans ſes Ouvrages plus de correction
de Deſſein qu'il n'y en avoit dans
les précédens.
M. GREUZE.
nous
La grande célébrité de cet Artiſte ,
celle particulièrement du fameux Tableau
de la dernière expofition , doivent
nous faire craindre avec raifon de ne
pas réuffir à donner une affez grande
idée de celui qui fait l'objet actuel de
notre admiration. Tout le monde connoît
le Sujet de l'agréable Scène du Père
de famille dans l'inſtant où M. Greuze
nous le montre donnant ſa fille , avec la
dot , à un honnête garçon qu'il inſtruifoit
de ſes devoirs. Dans une autre Scène
moins riante , mais peut- être encore
plus morale , il nous repréſente aujourd'hui
les fruits de ces ſages exhortations
& tout ce qu'elles peuvent faire
I
194 MERCURE DE FRANCE.
germer de vertus dans un bon naturel.
C'eſt la piété filiale qui fait le Sujet des
nouveaux fuccès de ce Peintre de la
Nature & du Sentiment.
Le Perſonnage dominant du Tableau
eſt un vénérable Vieillard de 80 ans ,
& paralytique ; un fils aîné qui le fert
& lui adminiſtre la nourriture qu'il ne
pourroit prendre de lui- mème , ſuſpend
ce refpectable office pour écouter les
expreffions de reconnoiſſance du Vieillard
qui ſemble prédire à ce tendre fils
qu'il trouvera un jour , dans ſes enfans,
la récompenſe du pieux ſervice qu'il lui
rend. La Bru , femme d'environ 23 ans ,
ceſſe ſa lecture pour écouter avec admirationla
ſageſſe des diſcours du véné
rable Vieillard,dont on s'aperçoit qu'elle
enviſage la fin prochaine avec douleur.
La femme du Paralytique , dont l'age
paroît être de 60 ans , a ſuſpendu fon
travail par le même motif , & regardę
avec attendriſſement le père & le fils.
Un garçon de 18 ans rapproche ſur les
jambes de ce Vieillard une couverture
qui s'étoit dérangée. Un autre de ſes
petits- fils , âgé de 15 ans , lui apporte à
boire ; il s'arrête pour écouter ; il paroîţ
touché de ce qu'il entend. Un enfant
de 3 ans vient lui préſenter un oiſeau
NOVEMBRE. 1763. 195
qui ſe débat dans ſes mains ; il eſt prêt
à témoigner de l'impatience de ce que
ſon grand-père ne répond pas à l'amuſement
qu'il penſe lui procurer. Un autre
petit frère , qui eft derrière le fauteuil
, fait effort pour paſſer du côté de
l'oiseau . Une jeune fille de 14 à 15 ans
ſoutient la tête du Vieillard avec un
air de peine & d'attention , mais dans
un caractère d'intérêt fubordonné aux
autres ; ce qui eſt naturel à la légéreté
de cet age , & fort ingénieuſement
placé , tant pour varier que pour établir
une proportion de ſentiment entre
les divers perſonnages d'une ſcène fi
touchante.
On fera peut être ſurpris de l'expo .
ſé que nous venons de faire , contre
P'opinion vulgairement répandue fur
les Perſonnages de ce Tableau. On
vouloit les retrouver entièrement les
mêmes que dans le Tableau du Père
de Famille. Nous croyons cependant
pouvoir affurer que la defcription
qu'on vient de lire eſt exactement
conforme à l'intention du Peintre .
Ce Vieillard paralytique n'eſt point celui
qu'on a vû faire les fiançailles de
ſa fille dans le précédent Tableau de
M. Grenze , on ne peut y trouver aucune
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
reſſemblance , & cela n'a pas dû entrer
dans le projet du Peintre. Puiſque fon
objet étoit de repréſenter la Piétéfiliale,
ce qu'on ne peut révoquer en doute ;
il faut donc an contraire que ce Vieillard
foit le Père du Garçon qui dans l'autre Tableau
recevoit la dot des mains du Père de
la femme , qui dans celui-ci , aſſiſte aux
derniers momens de fon Beau-Père. On
reconnoît en effet & l'on retrouve facilement
dans le Fils & dans la Bru les traits
des jeunes Fiancés de l'autre Tableau
unpeu flétris dans la femme par la fécondité&
par les ſoins du ménage , com
me dans le mari , par le travail de
la vie ruſtique : mais tous les petits calculs
de vraiſemblance ſur les âges &
fur les figures des Perſonnages , fon
dés fur l'intervalle du temps écoulé
entre l'expofition de ces deux Ouvra
ges , font détruits en obfervant 1° .
Que la ſcène eſt tranſportée dans la
famille du Marié. 2°. qu'il ſeroit puérile
de penser que les perſonnages de
cette action , n'ont pû vieillir que d'aurant
de temps qu'en a mis le Peintre
à les repréſenter : comme s'il n'étoit
pas permis à un Artiſte d'offrir en même
temps deux points différens d'hiſtoire ,
dont les perſonnages fuffent dans l'un ,
1
NOVEMBRE. 1763. 197
de la premiere jeuneſſe & dans l'autre
d'un âge bien avançé. On ne sçauroit
remarquer avec trop d'éloges , dans le
nouveau chef-d'oeuvre de M. Greuze ;
la relation d'intérêt , celle d'attention
& d'action , de chaque Perſonnage en
particulier au principal objet. C'eſt le
Père paralytique & mourant , qui eft
le centre de toutes les parties de la
compoſition , dans ce Tableau ; il eſt
en même temps le principe & le but
de tous les ſentimens , fi diſtinctement
exprimés par les airs de tête ainſi que
par les attitudes diverſes de tous les
perſonnages. Juſqu'à un acceſſoire épiſodique
d'une Chienne de baffe-cour
allaitant ſes petits , tout témoigne dans
cet ouvrage le génie de fon Auteur,attentif
à remplir les plus petites parties
de fon Sujet.
Nous n'entreprenons pas de détailler
tout ce que nous avons admirédans ce
Tableau , quant à la perfection des
moyens pratiques de l'art. Indépendamment
de ce que nous n'en expliquerions
jamais bien toute l'étendue , nous
répéterions ici ce que nous avons dit
dans nos précédentes obſervations en
1761 , fur le Tableau du Père de Fa-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
la
, mille. ( e ) C'eſt la même touche
même entente des lumières , la même
fonte des ombres avec les clairs , la
même vérité d'effets , en un mot c'eſt
toujours M. Greuze,& c'eſt ſuffisamment
défigner le mérite de la manière dont
ce morceau eſt éxécuté. On ne peut
ſe difpenfer cependant de faire mention
particulière de l'art judicieux avec
lequel la touche de ce Peintre a diftingué
tous les traits caractériſtiques
relativement au ſéxe , aux âges & même
aux nuances dans les âges de décrépitude.
La tête du vieillard eſt ſupérieurement
admirable. Celle de ſa Femme
, où la vieilleſſe eſt auſſi parfaitement
prononcée,laiſſe pourtant appercevoir
très-bien , la différence de la délicareſſe
de peau entre un ſéxe & l'autre , &
la diſtance de 60 à 80 ans.Les mains ne
méritent pas moins d'attention que les
têtes dans ce beau Tableau. On ne doit
pas taire non plus le fuccès d'une entrepriſe
hazardée en Peinture , qui eſt
l'eſpéce d'adjonction d'une partie du
viſage d'un des jeunes Garçons à l'une
( e ) V. les Obſervations de la Société d'Amateurs
ſur l'Expoſition des Tableaux dans l'Obſervateur
Littéraire , Tome IV. ou dans une Broehure
particulière chez Duchesne , à Paris , 1761 .
NOVEMBRE . 1763. 199
des mains du Vieillard , fans que ces
objets de carnation , ainſi rapprochés ,
nuiſent mutuellement à l'effet ni à la
juſte vérité du Plan de chacun d'eux.
Il y a des diſputes de préférence-entre
ce Tableau & celui du Pire de famille.
(f) Plus ces fortes de queſtions
reftent longtemps douteuſes , & plus
elles affurent la gloire des Auteurs &
le vrai mérite des Ouvrages.
Ace Tableau de distinction , on a joint
dans l'expofition , pluſieurs Têtes & un
affez grand nombre de Portraits par M.
Greuze. On connoit trop l'execllente
manière de ce Maître dans ces fortes
d'ouvrages pour nous y arrêter. On
diftingue parmi ſes Portraits celui de
Mgr le Duc de Chartres & de Made.
moiselle. On aime dans un autre , à
voir la fidéle & agréable reſſemblance
d'un célébre Amateur des Arts , auffi
cher à ſes amis qu'utile &éclairé pour
les talens qu'il cultive. ( g )
(f) Le Tableau du Père de Famille de la dernière
expoſition appartient a M. le Marquis de
Marigni ; celui - ci étoit encore à l'Auteur lors
de l'ouverture du Sallon .
(g) M. WATELET de l'Académie Françoiſe ,
Amateur de celle de Peinture & Sculpture.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
M. GUERIN.
Nous avons déja parlé de la manière
avec laquelle M. Guerin traite en petit &
àl'huile divers Sujets & Portraits hiftoriés.
On a expoſé de lui pluſieurs Ouvrages
de ce genre ( h ) qui ne démentent
point ce que nous avons dit defavorable
fur cet Artiſte dans nos précédentes
obſervations. ( i )
M. ROLAND DELA PORTE .
Ce Peintre , déjà fi célébre dans l'Art
de tromper les yeux par le preſtige de la
Peinture , ſemble en avoir atteint la perfection
, par l'imitation d'un bas- relief ,
avec ſa bordure , qui paroît attaché fur
un panneau de bois. Nous convenons
avoir nous-mêmes éprouvé l'illufion que
fait une carte à jouer , qui paroît à demi
enfoncée dans un joint du Pan
neau : l'erreur de la croire réelle & de
relief , nous a été commune avec les
plus habiles Maîtres de l'Art. Il y a
pluſieurs autres Tableaux du même
Peintre : Ils repréſentent des fruits , des,
( h ) Un entr'autres appartient à Madame la
Marquise de Pompadour , & eft copié d'après un
de ſes Portraits.
( i ) V. les obſervationsde 1761 chez Dachefne
Libraire , Brochure in- 12 .
NOVEMBRE. 1763. 201
déjeuners &c. Ils font tous d'un trèsbon
effet & de la plus grande vérité.
M. BRENET .
Si l'opinion des meilleurs Juges dans
un Art , fi l'avantage de concourir en
Public avec les grands Maîtres , de partager
avec eux l'attention d'un Public
Connoiffeur , ſont autant de motifs
d'encouragement , M. Brenet doit ſe
propofer& ſe promettre d'atteindre aux
premières places de la Scène, ſur laquelle
il a déjà les voix des Connoiffeurs . Il
ne peut trop s'attacher aux grands principes
dont ſes ouvrages annoncent
qu'il fuit fidélement les Loix. Ce Peintre
a expoſé des Tableaux du grand
genre & d'une très bonne touche.
Nous répétons encore qu'il ne peut re
cevoir trop d'encouragemens & qu'il
ne peut trop s'appliquer à y répondre.
-
M. BEAUDOUIN.
L'admiffion à l'Académie étoit déja
un titre ſuffiſant pour une réputation
très-honorable. M. Beaudouin vient de
la confirmer avec éclat , & de juſtifier
le fuffrage des Académiciens par le
Morceau accepté pour ſa réception. Le
Sujet de ce Tableau eſt Phriné accufée
d'impiété au Tribunal de l'Aréopa.
:
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
ge , & défendue par un Orateur qui découvre
en préſence des Juges la tête&
le ſein de cette belle Femme. Cet Ouvrage
eſt un des plus grands que l'on
puiffe exécuter dans le genre de la Miniature
, non ſeulement par l'étendue dela
forme , mais par celle de la compofition
& par la manière dont il eſt exécuté.
Tout y est bien entendu , & avec une
largeur peu commune dans cette forte
de Peinture. Les effets font vrais , les
caractères juſtes , les groupes artiſtement
diſpoſés , l'enſemble bien enchaîné , en
un mot c'eſt une belle & grande machine
dans un petit eſpace .
L'idée d'un petit Tableau à gouaſſe ,
repréſentant un Catéchiſme de jeunes
Filles est encore du même Artiſte ;
cette production d'une invention fort
agréable eſt ſecondée par beaucoup d'efprit
dans l'exécution .
Les Portraits , que l'on voit en grand
nombre par M. Beaudoin , ne font pas
moins d'honneur à fon talent , puiſqu'on
apperçoit dans prèſque tous , le fruit de
fon alliance avec le Peintre des grâces. (k)
M. LOUTHERBOURG.
Voici une nouvelle acquifition pour
( k M Beaudouin eſt un des gendres du célébre
M. Boucher.
NOVEMBRE. 1763. 203
l'Académie , qui promet d'en foutenir
l'éclat dans des genres très- intéreſſans
pour un grand nombre de Curieux. Ce
jeune Athléte , à l'âge de 22 ans , court
déja à pas de géant dans la carrière des
meilleurs Paysagistes & Peintres de
Batailles. Parmi un grand nombre d'ouvrages
expoſés par cet Artiſte , & dans
chacun deſquels on trouve des motifs
d'éloges , les Connoiffeurs en diftinguent
pluſieurs : entr'autres , un affez
grand Payſage , du meilleur ton
genre le plus eftimable , & qui peut
fans doute ſupporter la comparaiſon des
plus belles productions de cette efpéce.
du
Il paroît que M. Loutherbourg s'eſt
attaché à l'imitation des différens effets
de la lumière dans les différentes heures
du jour. On a lieu d'applaudir aux progrès
qu'il a déja faits dans cette utile
étude.
TABLEAU en Tapiſſerie , exécuté par
M. AUDRAN à la Manufacture
Royale des Gobelins .
Ceci eſt le miracle d'un Art que l'Europe
peut nous envier , mais qu'aucun
Peuple de la Terre ne ſçauroit nous
difputer. Cet effort de la Manufacture
2
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
,
des Gobelins , indépendament de ſon -
auguſte objet ( 1 ) , méritoit d'être placé
au milieu de nos chefs - d'oeuvres de
Peinture , avec laquelle prèſque tout le
Public l'auroit confondu non pas au
premier aſpect ſeulement , mais après
une attention très-repoſée , ſans l'indication
qui ſe trouve à la fin du Livre
d'explication . Nous n'exigeons pas qu'on
ſe prête à la nature des matières ni à la
main-d'oeuvre de cette fabrique , pour
vérifier la vérité que nous venons de
dire fur cet admirable Ouvrage en Tapiſſerie.
Ce qui fait encore plus d'honneur
à cette Manufacture , c'eſt que ce
Morceau n'eſt pas le ſeul de la même
perfection qui en ſoit forti, ſurtout depuis
quelque temps. Eh quel temps encore
! précisément celui où des circonftances
difficiles pouvoient très-naturellement
laiſſer languir ces fortes de travaux.
On ne peutdonc rendre affez de
grâces & applaudir affez hautement à la
protection fructueuse de M. le Marquis
deMarigny ( m ) qui a trouvé des reffources
pour infpirer une nouvelle ému-
( 1 ) Cette Tapiſſerie eſt d'après le Portrait da
Ron par M. LOUIS- MICHEL VANLOO qui étoit
expoſé au dernier Sallon en 1761 .
( m ) Directeur général des Bâtimens du Ror ,
Arts& Manufactures , &c.
NOVEMBRE. 1763. 205
lation , pour procurer un nouveau degré
de perfection à cette Manufacture ,
lors même qu'on eût dû ſçavoir gré d'en
avoir ſeulement empêché la ruine.
Nous n'avons pas dit peut-être fur
les Tableaux , tout ce qu'il y avoit à
dire , nous en convenons. Nous avons
dit moins bien que d'autres auroient.
pû faire , nous en convenons encore
plus volontiers. Mais au moins nous
avons la confiance de croire n'avoir
rien dit que de vrai.
Nous prions quelques Lecteurs qui
pourroient nous accuſer d'éxagérer en
certains endroits , de confidérer qu'il
ne peut y avoir d'exagération que lorfque
l'objet dont on parle eſt inférieur
àl'idée qu'on en conçoit ,& que nous
ne ſommes dans ce cas à l'égard d'aucun
des ouvrages dont nous avons parlé.
De plus , qu'il faut parler de certains
Arts , comme il faut les pratiquer, c'eſtà-
dire avec cette chaleur qui récuſe la
lévérité des régles didactiques.
M. BACHELIER , reçu à l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture en
1752 , en qualité de Peintre de Fleurs ,
vient de ſoumettre à cette Académie
le Tableau repréſentant la Mort d'Abel,
1
206 MERCURE DE FRANCE.
qui a paru avec ſuccès au dernier Sallon.
Cette Compagnie perfuadée du mérite
& des talens de M. BACHELIER
pour le genre de l'Hiſtoire , a accepté
ce Tableau comme morceau de réception
, & a accordé des Lettres en conſéquence
à cet Artiſte , pour le placer
dans la nouvelle Claſſe où elle l'a admis.
exposés au Sallon du Louvre.
M. DOYEN.
AINSI tous les Amateurs de la
que
gloire de l'Art , nous avons déjà applaudi
au beau feu & à la courageuſe
émulation de M. Doyen. C'eſt avec un
nouveau plaifir que nous le voyons continuer
de s'exercer dans le plus grand
genre & fur des Sujets empruntés du plus
grand Peintre en Poëfie . ( a )
Celuidu Tableau de cette année , eſt
le moment où Ulyffe vient de faire tirer
Aftianax du Tombeau de fon Père , &
( a) Homère.
:
NOVEMBRE. 1763. 189
où il commande de précipiter cet Enfant
du haut des murailles , malgré les
cris & tous les efforts d'Andromaque
pour arracher ſon fils des mains du
Soldat qui s'en eſt ſaiſi . ( b )
La compofition de ce Tableau eſt fans
contredit une des grandes machines ,
qu'on entreprenne en Peinture. L'Auteur
, foit pour la rendre plus diſtincte ,
foit pour quelqu'autre raiſon que nous
ignorons , ſemble avoir diviſé ſa Scène
en deux Parties . Un intervalle vuide &
affez confidérable ſépare Ulyffe & fa
fuite, des groupes que forment Andromaque
avec ſes ſuivantes,Aftianax , fes
Raviffeurs , &c. Pour comprendre comment
ſe trouve cet intervalle , il faut
ſçavoir que le fite ſur lequel font les
Perſonnages de l'action , eſt de beaucoup
plus élevé que le Plan éloigné où
paroiffent , au milieu , les troupes de Soldats
dont on n'apperçoit que le ſommet
des têtes. Les Connoiſſeurs , ainſi
que ceux qui ne jugent que par ſentiment
naturel , feront toujours également contens
dela grande &touchante expreffion
qui règne dans toute la partie qui com-
( b ) Ce Tableau a 21 pieds de large ſur 12
pieds de haut. Il appartient à l'Infant Duc de
Parme.
1
190 MERCURE DE FRANCE.
prend les groupes d'Andromaque & de
fes Suivantes. On reconnoît & on doit
être pénétré de la belle intention qui
caractériſe ſur-tout la douleur d'Andromaque.
La chaleur& le ſentiment n'ont
peut- être pas permis au Peintre de conferver
une forte de proportion fubordonnée
entre les fignes expreffifs de
cette Figure principale & ceux des Femmes
qui l'accompagnoient : mais plus
on connoîtra la grande expreſſion du Pathétique
en Peinture , plus on trouvera
de belles choses à remarquer dans cette
partie du Tableau. L'autre partie, où l'on
voit Ulyffe , à la tête des Chefs de l'Ar-.
mée , donner l'ordre barbare qui fait
le point de l'Action , pourroit peut-être
donner lieu à plus de critique. Nous
n'en entreprendrons pas la difcuffion.
Plein de fon Sujet , rempli du fublime
de fon Poëte , du caractère des Perfonnages
, il ne ſeroit pas étonnant que le
Peintre eût un peu exagéré les attitudes ;
&que la fageffe& les grâcesdes proportions
n'euffent cédé quelquefois , ainſi
que la vérité des couleurs locales, au feu
de l'inſpiration. Nous ne penſons être
démentis par perſonne & pas même par
ſes rivaux , en donnant de juſtes éloges
au beau génie de cet Artiſte , & en l'exNOVEMBRE.
1763. 191
/
hortant encore plus que jamais par une
application digne de ſes grands talens ,
de porter la perfection dans la pratique ,
au même degré d'élévation que nous re
connoiffonsdans ſes penſées.
Ce grand Morceau eſt le ſeul Ouvrage
de M. Doyen qui ait été expofé cette
année. La grandeur du Sujet & le méz
rite du genre,dédommagent du nombre,
M. FAVRAY , Chevalierde Malte ,
Académicien .
/
La curiofité du Public doit ſçavoir
tres-bon gré au laborieux & patient travail
de ce Chevalier Académicien . II
nous a mis en état de connoître l'Eglife
de S. Jean de Malte ( c ) , l'une des plus
confidérables de la Chrétienté , aufli
parfaitement , que fi chacun de nous ſe
fut tranſporté fur le lieu. La fidélité &
l'exactitude des détails , qui font innombrables
dans cet édifice , méritent confidération
& diftinguent particulièrement
ce Tableau. Il eſt animé de plus ,
par la repréſentation d'une très-grande
(c) CeTableau a fix pieds de haut fur de
large. Il a été fait à Malte , & il eſt du Cabinet
de M. le Chevalier de Caumartin.
192 MERCURE DE FRANCE.
cérémonie dans l'ordre. (d) On y diſtingue
toute la Nobleſſe de cette illuftre
Religion , chacun ſelon ſon rang & fa
dignité. On y voit auſſi , dans la partie
inférieure de ce Temple , tous les divers
Habitans de Malte. L'avantage de
voir & de connoître tous ces différens
Costumes , doit mériter à l'Auteur la reconnoiſſance
de tous ceux qui ont cette
louable curiofité. Pour la mériter encore
davantage , M. le Chevalier Favray a
développé d'une manière encore plus
diſtincte ces Costumes intéreſſans
dans trois Tableaux particuliers. L'un
nous ouvre l'intérieur d'un appartement
occupé par une Famille Maltoiſe. Les
deux autres des Femmes de la même
Ifle , de différentes conditions. Un de
ces derniers Tableaux a été accepté par
l'Académie pour la Réception de l'Auteur.
Les Artiſtes & les Amateurs doivent
être fatisfaits de voir un Membre
de cet Ordre ſe mettre dans la Peinture.
C'eſt renouveller un traité d'alliance
entre la Valeur , la Nobleffe , &
les Arts .
M. CASANOVA .
Le même feu d'imagination , la même
( d ) La fête de la Victoire inſtituée en mémoire
de la levée du fiége de Malte en 1563 .
chaleur
,
NOVEMBRE. 1763. 193
chaleur dans la compofition & dans la
couleur , qui avoient fait l'objet de nos
remarques en 1761 , éclatent dans les
Tableaux que M. Cafanova a expofés
cette année & principalement dans le
Combat de Cavalerie que l'Académie a
accepté pour ſa réception. Si
avions quelqu'obſervation nouvelle à
faire fur cet Artiſte , ce ſeroit pour remarquer
dans ſes Ouvrages plus de correction
de Deſſein qu'il n'y en avoit dans
les précédens.
M. GREUZE.
nous
La grande célébrité de cet Artiſte ,
celle particulièrement du fameux Tableau
de la dernière expofition , doivent
nous faire craindre avec raifon de ne
pas réuffir à donner une affez grande
idée de celui qui fait l'objet actuel de
notre admiration. Tout le monde connoît
le Sujet de l'agréable Scène du Père
de famille dans l'inſtant où M. Greuze
nous le montre donnant ſa fille , avec la
dot , à un honnête garçon qu'il inſtruifoit
de ſes devoirs. Dans une autre Scène
moins riante , mais peut- être encore
plus morale , il nous repréſente aujourd'hui
les fruits de ces ſages exhortations
& tout ce qu'elles peuvent faire
I
194 MERCURE DE FRANCE.
germer de vertus dans un bon naturel.
C'eſt la piété filiale qui fait le Sujet des
nouveaux fuccès de ce Peintre de la
Nature & du Sentiment.
Le Perſonnage dominant du Tableau
eſt un vénérable Vieillard de 80 ans ,
& paralytique ; un fils aîné qui le fert
& lui adminiſtre la nourriture qu'il ne
pourroit prendre de lui- mème , ſuſpend
ce refpectable office pour écouter les
expreffions de reconnoiſſance du Vieillard
qui ſemble prédire à ce tendre fils
qu'il trouvera un jour , dans ſes enfans,
la récompenſe du pieux ſervice qu'il lui
rend. La Bru , femme d'environ 23 ans ,
ceſſe ſa lecture pour écouter avec admirationla
ſageſſe des diſcours du véné
rable Vieillard,dont on s'aperçoit qu'elle
enviſage la fin prochaine avec douleur.
La femme du Paralytique , dont l'age
paroît être de 60 ans , a ſuſpendu fon
travail par le même motif , & regardę
avec attendriſſement le père & le fils.
Un garçon de 18 ans rapproche ſur les
jambes de ce Vieillard une couverture
qui s'étoit dérangée. Un autre de ſes
petits- fils , âgé de 15 ans , lui apporte à
boire ; il s'arrête pour écouter ; il paroîţ
touché de ce qu'il entend. Un enfant
de 3 ans vient lui préſenter un oiſeau
NOVEMBRE. 1763. 195
qui ſe débat dans ſes mains ; il eſt prêt
à témoigner de l'impatience de ce que
ſon grand-père ne répond pas à l'amuſement
qu'il penſe lui procurer. Un autre
petit frère , qui eft derrière le fauteuil
, fait effort pour paſſer du côté de
l'oiseau . Une jeune fille de 14 à 15 ans
ſoutient la tête du Vieillard avec un
air de peine & d'attention , mais dans
un caractère d'intérêt fubordonné aux
autres ; ce qui eſt naturel à la légéreté
de cet age , & fort ingénieuſement
placé , tant pour varier que pour établir
une proportion de ſentiment entre
les divers perſonnages d'une ſcène fi
touchante.
On fera peut être ſurpris de l'expo .
ſé que nous venons de faire , contre
P'opinion vulgairement répandue fur
les Perſonnages de ce Tableau. On
vouloit les retrouver entièrement les
mêmes que dans le Tableau du Père
de Famille. Nous croyons cependant
pouvoir affurer que la defcription
qu'on vient de lire eſt exactement
conforme à l'intention du Peintre .
Ce Vieillard paralytique n'eſt point celui
qu'on a vû faire les fiançailles de
ſa fille dans le précédent Tableau de
M. Grenze , on ne peut y trouver aucune
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
reſſemblance , & cela n'a pas dû entrer
dans le projet du Peintre. Puiſque fon
objet étoit de repréſenter la Piétéfiliale,
ce qu'on ne peut révoquer en doute ;
il faut donc an contraire que ce Vieillard
foit le Père du Garçon qui dans l'autre Tableau
recevoit la dot des mains du Père de
la femme , qui dans celui-ci , aſſiſte aux
derniers momens de fon Beau-Père. On
reconnoît en effet & l'on retrouve facilement
dans le Fils & dans la Bru les traits
des jeunes Fiancés de l'autre Tableau
unpeu flétris dans la femme par la fécondité&
par les ſoins du ménage , com
me dans le mari , par le travail de
la vie ruſtique : mais tous les petits calculs
de vraiſemblance ſur les âges &
fur les figures des Perſonnages , fon
dés fur l'intervalle du temps écoulé
entre l'expofition de ces deux Ouvra
ges , font détruits en obfervant 1° .
Que la ſcène eſt tranſportée dans la
famille du Marié. 2°. qu'il ſeroit puérile
de penser que les perſonnages de
cette action , n'ont pû vieillir que d'aurant
de temps qu'en a mis le Peintre
à les repréſenter : comme s'il n'étoit
pas permis à un Artiſte d'offrir en même
temps deux points différens d'hiſtoire ,
dont les perſonnages fuffent dans l'un ,
1
NOVEMBRE. 1763. 197
de la premiere jeuneſſe & dans l'autre
d'un âge bien avançé. On ne sçauroit
remarquer avec trop d'éloges , dans le
nouveau chef-d'oeuvre de M. Greuze ;
la relation d'intérêt , celle d'attention
& d'action , de chaque Perſonnage en
particulier au principal objet. C'eſt le
Père paralytique & mourant , qui eft
le centre de toutes les parties de la
compoſition , dans ce Tableau ; il eſt
en même temps le principe & le but
de tous les ſentimens , fi diſtinctement
exprimés par les airs de tête ainſi que
par les attitudes diverſes de tous les
perſonnages. Juſqu'à un acceſſoire épiſodique
d'une Chienne de baffe-cour
allaitant ſes petits , tout témoigne dans
cet ouvrage le génie de fon Auteur,attentif
à remplir les plus petites parties
de fon Sujet.
Nous n'entreprenons pas de détailler
tout ce que nous avons admirédans ce
Tableau , quant à la perfection des
moyens pratiques de l'art. Indépendamment
de ce que nous n'en expliquerions
jamais bien toute l'étendue , nous
répéterions ici ce que nous avons dit
dans nos précédentes obſervations en
1761 , fur le Tableau du Père de Fa-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
la
, mille. ( e ) C'eſt la même touche
même entente des lumières , la même
fonte des ombres avec les clairs , la
même vérité d'effets , en un mot c'eſt
toujours M. Greuze,& c'eſt ſuffisamment
défigner le mérite de la manière dont
ce morceau eſt éxécuté. On ne peut
ſe difpenfer cependant de faire mention
particulière de l'art judicieux avec
lequel la touche de ce Peintre a diftingué
tous les traits caractériſtiques
relativement au ſéxe , aux âges & même
aux nuances dans les âges de décrépitude.
La tête du vieillard eſt ſupérieurement
admirable. Celle de ſa Femme
, où la vieilleſſe eſt auſſi parfaitement
prononcée,laiſſe pourtant appercevoir
très-bien , la différence de la délicareſſe
de peau entre un ſéxe & l'autre , &
la diſtance de 60 à 80 ans.Les mains ne
méritent pas moins d'attention que les
têtes dans ce beau Tableau. On ne doit
pas taire non plus le fuccès d'une entrepriſe
hazardée en Peinture , qui eſt
l'eſpéce d'adjonction d'une partie du
viſage d'un des jeunes Garçons à l'une
( e ) V. les Obſervations de la Société d'Amateurs
ſur l'Expoſition des Tableaux dans l'Obſervateur
Littéraire , Tome IV. ou dans une Broehure
particulière chez Duchesne , à Paris , 1761 .
NOVEMBRE . 1763. 199
des mains du Vieillard , fans que ces
objets de carnation , ainſi rapprochés ,
nuiſent mutuellement à l'effet ni à la
juſte vérité du Plan de chacun d'eux.
Il y a des diſputes de préférence-entre
ce Tableau & celui du Pire de famille.
(f) Plus ces fortes de queſtions
reftent longtemps douteuſes , & plus
elles affurent la gloire des Auteurs &
le vrai mérite des Ouvrages.
Ace Tableau de distinction , on a joint
dans l'expofition , pluſieurs Têtes & un
affez grand nombre de Portraits par M.
Greuze. On connoit trop l'execllente
manière de ce Maître dans ces fortes
d'ouvrages pour nous y arrêter. On
diftingue parmi ſes Portraits celui de
Mgr le Duc de Chartres & de Made.
moiselle. On aime dans un autre , à
voir la fidéle & agréable reſſemblance
d'un célébre Amateur des Arts , auffi
cher à ſes amis qu'utile &éclairé pour
les talens qu'il cultive. ( g )
(f) Le Tableau du Père de Famille de la dernière
expoſition appartient a M. le Marquis de
Marigni ; celui - ci étoit encore à l'Auteur lors
de l'ouverture du Sallon .
(g) M. WATELET de l'Académie Françoiſe ,
Amateur de celle de Peinture & Sculpture.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
M. GUERIN.
Nous avons déja parlé de la manière
avec laquelle M. Guerin traite en petit &
àl'huile divers Sujets & Portraits hiftoriés.
On a expoſé de lui pluſieurs Ouvrages
de ce genre ( h ) qui ne démentent
point ce que nous avons dit defavorable
fur cet Artiſte dans nos précédentes
obſervations. ( i )
M. ROLAND DELA PORTE .
Ce Peintre , déjà fi célébre dans l'Art
de tromper les yeux par le preſtige de la
Peinture , ſemble en avoir atteint la perfection
, par l'imitation d'un bas- relief ,
avec ſa bordure , qui paroît attaché fur
un panneau de bois. Nous convenons
avoir nous-mêmes éprouvé l'illufion que
fait une carte à jouer , qui paroît à demi
enfoncée dans un joint du Pan
neau : l'erreur de la croire réelle & de
relief , nous a été commune avec les
plus habiles Maîtres de l'Art. Il y a
pluſieurs autres Tableaux du même
Peintre : Ils repréſentent des fruits , des,
( h ) Un entr'autres appartient à Madame la
Marquise de Pompadour , & eft copié d'après un
de ſes Portraits.
( i ) V. les obſervationsde 1761 chez Dachefne
Libraire , Brochure in- 12 .
NOVEMBRE. 1763. 201
déjeuners &c. Ils font tous d'un trèsbon
effet & de la plus grande vérité.
M. BRENET .
Si l'opinion des meilleurs Juges dans
un Art , fi l'avantage de concourir en
Public avec les grands Maîtres , de partager
avec eux l'attention d'un Public
Connoiffeur , ſont autant de motifs
d'encouragement , M. Brenet doit ſe
propofer& ſe promettre d'atteindre aux
premières places de la Scène, ſur laquelle
il a déjà les voix des Connoiffeurs . Il
ne peut trop s'attacher aux grands principes
dont ſes ouvrages annoncent
qu'il fuit fidélement les Loix. Ce Peintre
a expoſé des Tableaux du grand
genre & d'une très bonne touche.
Nous répétons encore qu'il ne peut re
cevoir trop d'encouragemens & qu'il
ne peut trop s'appliquer à y répondre.
-
M. BEAUDOUIN.
L'admiffion à l'Académie étoit déja
un titre ſuffiſant pour une réputation
très-honorable. M. Beaudouin vient de
la confirmer avec éclat , & de juſtifier
le fuffrage des Académiciens par le
Morceau accepté pour ſa réception. Le
Sujet de ce Tableau eſt Phriné accufée
d'impiété au Tribunal de l'Aréopa.
:
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
ge , & défendue par un Orateur qui découvre
en préſence des Juges la tête&
le ſein de cette belle Femme. Cet Ouvrage
eſt un des plus grands que l'on
puiffe exécuter dans le genre de la Miniature
, non ſeulement par l'étendue dela
forme , mais par celle de la compofition
& par la manière dont il eſt exécuté.
Tout y est bien entendu , & avec une
largeur peu commune dans cette forte
de Peinture. Les effets font vrais , les
caractères juſtes , les groupes artiſtement
diſpoſés , l'enſemble bien enchaîné , en
un mot c'eſt une belle & grande machine
dans un petit eſpace .
L'idée d'un petit Tableau à gouaſſe ,
repréſentant un Catéchiſme de jeunes
Filles est encore du même Artiſte ;
cette production d'une invention fort
agréable eſt ſecondée par beaucoup d'efprit
dans l'exécution .
Les Portraits , que l'on voit en grand
nombre par M. Beaudoin , ne font pas
moins d'honneur à fon talent , puiſqu'on
apperçoit dans prèſque tous , le fruit de
fon alliance avec le Peintre des grâces. (k)
M. LOUTHERBOURG.
Voici une nouvelle acquifition pour
( k M Beaudouin eſt un des gendres du célébre
M. Boucher.
NOVEMBRE. 1763. 203
l'Académie , qui promet d'en foutenir
l'éclat dans des genres très- intéreſſans
pour un grand nombre de Curieux. Ce
jeune Athléte , à l'âge de 22 ans , court
déja à pas de géant dans la carrière des
meilleurs Paysagistes & Peintres de
Batailles. Parmi un grand nombre d'ouvrages
expoſés par cet Artiſte , & dans
chacun deſquels on trouve des motifs
d'éloges , les Connoiffeurs en diftinguent
pluſieurs : entr'autres , un affez
grand Payſage , du meilleur ton
genre le plus eftimable , & qui peut
fans doute ſupporter la comparaiſon des
plus belles productions de cette efpéce.
du
Il paroît que M. Loutherbourg s'eſt
attaché à l'imitation des différens effets
de la lumière dans les différentes heures
du jour. On a lieu d'applaudir aux progrès
qu'il a déja faits dans cette utile
étude.
TABLEAU en Tapiſſerie , exécuté par
M. AUDRAN à la Manufacture
Royale des Gobelins .
Ceci eſt le miracle d'un Art que l'Europe
peut nous envier , mais qu'aucun
Peuple de la Terre ne ſçauroit nous
difputer. Cet effort de la Manufacture
2
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
,
des Gobelins , indépendament de ſon -
auguſte objet ( 1 ) , méritoit d'être placé
au milieu de nos chefs - d'oeuvres de
Peinture , avec laquelle prèſque tout le
Public l'auroit confondu non pas au
premier aſpect ſeulement , mais après
une attention très-repoſée , ſans l'indication
qui ſe trouve à la fin du Livre
d'explication . Nous n'exigeons pas qu'on
ſe prête à la nature des matières ni à la
main-d'oeuvre de cette fabrique , pour
vérifier la vérité que nous venons de
dire fur cet admirable Ouvrage en Tapiſſerie.
Ce qui fait encore plus d'honneur
à cette Manufacture , c'eſt que ce
Morceau n'eſt pas le ſeul de la même
perfection qui en ſoit forti, ſurtout depuis
quelque temps. Eh quel temps encore
! précisément celui où des circonftances
difficiles pouvoient très-naturellement
laiſſer languir ces fortes de travaux.
On ne peutdonc rendre affez de
grâces & applaudir affez hautement à la
protection fructueuse de M. le Marquis
deMarigny ( m ) qui a trouvé des reffources
pour infpirer une nouvelle ému-
( 1 ) Cette Tapiſſerie eſt d'après le Portrait da
Ron par M. LOUIS- MICHEL VANLOO qui étoit
expoſé au dernier Sallon en 1761 .
( m ) Directeur général des Bâtimens du Ror ,
Arts& Manufactures , &c.
NOVEMBRE. 1763. 205
lation , pour procurer un nouveau degré
de perfection à cette Manufacture ,
lors même qu'on eût dû ſçavoir gré d'en
avoir ſeulement empêché la ruine.
Nous n'avons pas dit peut-être fur
les Tableaux , tout ce qu'il y avoit à
dire , nous en convenons. Nous avons
dit moins bien que d'autres auroient.
pû faire , nous en convenons encore
plus volontiers. Mais au moins nous
avons la confiance de croire n'avoir
rien dit que de vrai.
Nous prions quelques Lecteurs qui
pourroient nous accuſer d'éxagérer en
certains endroits , de confidérer qu'il
ne peut y avoir d'exagération que lorfque
l'objet dont on parle eſt inférieur
àl'idée qu'on en conçoit ,& que nous
ne ſommes dans ce cas à l'égard d'aucun
des ouvrages dont nous avons parlé.
De plus , qu'il faut parler de certains
Arts , comme il faut les pratiquer, c'eſtà-
dire avec cette chaleur qui récuſe la
lévérité des régles didactiques.
M. BACHELIER , reçu à l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture en
1752 , en qualité de Peintre de Fleurs ,
vient de ſoumettre à cette Académie
le Tableau repréſentant la Mort d'Abel,
1
206 MERCURE DE FRANCE.
qui a paru avec ſuccès au dernier Sallon.
Cette Compagnie perfuadée du mérite
& des talens de M. BACHELIER
pour le genre de l'Hiſtoire , a accepté
ce Tableau comme morceau de réception
, & a accordé des Lettres en conſéquence
à cet Artiſte , pour le placer
dans la nouvelle Claſſe où elle l'a admis.
Fermer
Résumé : SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
En novembre 1763, le Salon du Louvre a accueilli plusieurs œuvres remarquables. François-Guillaume Ménageot, connu sous le nom de M. Doyen, a présenté un tableau représentant Ulysse ordonnant la mort d'Astyanax, inspiré de l'œuvre d'Homère. Cette œuvre, mesurant 21 pieds de large sur 12 pieds de haut, a été saluée pour l'expression pathétique des personnages, bien que certaines critiques aient porté sur les proportions. Le Chevalier de Malte, M. Favray, a exposé un tableau de l'église Saint-Jean de Malte, apprécié pour sa fidélité et son exactitude dans les détails. Il a également réalisé trois autres tableaux illustrant les costumes et intérieurs maltais, dont un a été accepté par l'Académie. Jacques Casanova a présenté des œuvres caractérisées par une imagination vive et une chaleur dans la composition et la couleur. Son tableau 'Combat de Cavalerie' a été accepté par l'Académie pour sa réception. Jean-Baptiste Greuze a exposé 'La Piété filiale', représentant un vieillard de 80 ans entouré de sa famille. Chaque membre de la famille exprime un sentiment distinct mais complémentaire, mettant en avant la piété filiale et les vertus familiales. Greuze est particulièrement loué pour sa capacité à représenter les émotions et les détails avec précision. D'autres artistes présents incluent M. Guerin, M. Roland de la Porte, M. Brenet, M. Beaudouin et Philippe-Jacques de Loutherbourg. La Manufacture Royale des Gobelins a produit une tapisserie basée sur un portrait de Louis-Michel Vanloo, exécutée par Audran. M. Bachelier, peintre de fleurs, a présenté 'La Mort d'Abel', accepté par l'Académie comme morceau de réception.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10458
p. 206-218
OUVRAGES DE SCULPTURE.
Début :
N. B. On distribuera gratis aux personnes qui ont la Description des Tableaux [...]
Mots clefs :
Artiste, Marbre, Sculpture, Morceau, Caractère, Modèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OUVRAGES DE SCULPTURE.
OUVRAGES DESCULPTURE.
N. B. On diftribuera gratis aux per-
Sonnes qui ont la Description des Tableaux
en brochure in- 12 , ce Supplement
pour les Ouvrages de Sculpture.
On s'adreſſera au Bureau du Mercure
de France, rue Ste Anne , à Paris.
M. LE MΟΙΝΕ .
L
,
E plus apparent des Ouvrages de ce
célébre Artiſte , eſt un Buſte du kor ,
éxécuté en marbre. On reconnoît dans
ce morceau l'application que M. le
Moine a toujours employée à ſuivre
dans tous les âges , le Portrait d'un
Monarque , toujours également cher à
ſes Peuples ; dont le grand caractère
de la tête fournit aux Arts dans toutes
les époques , l'objet d'une étude intéreffante
& de la plus louable émulation.
Comme cet Ouvrage ne paroît
NOVEMBRE. 1763. 207
pas encore entiérement fini dans toutes
ſes parties , on ne s'arrêtera pas fur ce
qu'il y auroit à defirer actuellement
dans le travail de la Draperie & de la
chevelure ; ce qui ſe trouvera certainement
terminé , avec toute la perfection
ordinaire à ce grand Artiſte , lorfqu'il
y aura mis la dernière main.
Le Buſte de Madame la Comteſſe
DE BRIONNE , par le même Auteur ,
réunit à l'avantage de repréſenter fidélement
toutes les grâces & la beauté
de l'original , la fineſſe & la légéreté
de la touche , ce qui fait paffer avec
agrément dans le travail de l'Art , le
caractère ſpirituel de la Nature.
Nous avons cru , au premier aſpect ,
appercevoir dans ce Buſte en terre cuite ,
le fecours étranger de la couleur , légérement
employé dans quelques parties
; mais comme cet artifice eſt aujourd'hui
décidément profcrit dans la
Sculpture , nous n'ofons affirmer qu'un
Artiſte auffi éclairé ſur les vrais principes
de ſon Art , ait employé ce moyen.
Le Buſte qui repréſente M. de la
TOUR , Peintre , doit être regardé comme
un modéle de perfection à tous
égards : de même que l'eſt en Peinture
le Portrait de M. le MOINE par
M. DE LA TOUR,
208 MERCURE DE FRANCE.
M. FALCONET.
Le Groupe de marbre , qui a fi
fingulierement attiré l'admiration de
tout le Public , repréſente Pigmalion
aux pieds de ſa Statue dans le moment
qu'elle s'anime. Un petit Amour
qui a la bouche ſur un des bras de
cette figure , ſemble être la ſource &
l'auteur du feu qui lui donne l'âme &
dont par le plus agréable des preſtiges ,
l'Art indique aux yeux du Spectateur
les progrès du ſouffle embrâfé de cet
Amour. C'eſt cette diſtinction des parties
déja animées de la ſtatue d'avec
celles qui ne font encore que matière ,
qui paroiffoit rendre ce ſujet ſupérieur
aux poffibilités de l'art , & qu'en effet
nous ne ſcavons pas avoir été traité
en Sculpture précédemment par aucun
Maître antique ou moderne.
Plus on conſidère ce Groupe , plus
on y remarque , avec ſurpriſe , dans la
ſtatuedela femme,une expreſſion ſijuſte
&fi habilement ſaiſie , quelle préſente
les nuances délicates de l'étonnement,
du mouvement , prèſque inſenſible dans
ſes effets , & des premiers ſentimens ..
d'un Etre qui tient la vie du pouvoir
de l'Amour & reçoit en même temps
toutes les paffions , fi douces dans leur
NOVEMBRE. 1763. 209
naiſſance , qui réſultent de ſes premiers
feux. Le ſentiment naif & fidèle d'où
provient l'intérêt , la fimplicité du caractère
de deſſein , l'unité ( ſi l'on peut
dire ) fuavedu trait , diftinguent éminemment
cette charmante figure. Telle
eſt par rapport à cet objet la foible
idée que nous pouvons donner de l'art
du Sculpteur. Dans la figure de Pigmalion
, cet art n'eſt pas moins éloquent.
Il eſt , comme nous l'avons déja dit ,
aux pieds de la ſtatue ; on ſent à fa
poſition le mouvement par lequel il
eſt prêt à s'élancer vers elle; ſes deux
mains font ferrées l'une dans l'autre ,
action naturelle à la fituation & qui
marque en même temps & le prodige
& le ſentiment qui en réſulte. La joie ,
la ſurpriſe & l'amour ſont exprimés
avec un tel enthouſiaſme dans ce
Pigmalion , qu'on doute fi ce n'eſt pas
plutôt par ſes regards que la ſtatue eſt
animée , que par le pouvoir furnaturel
des Dieux qu'il invoque. L'action du
petit Amour , ſur la ſtatue , eſt un des
plus heureux traits de l'invention. C'eſt
par ce moyen que l'Artiſte a très-bien
ſuppléé à celui que pourroit employer
la Peinture , & qui ſembloit manquer
à la Sculpture . Il a rendu plus ſenſible
l'effet par la cauſe , & moyennant cet
,
210 MERCURE DE FRANCE.
Amour, on apperçoit plus clairement en
core le changement de la matière en
une figure animée. En un mot , on ne
prendra qu'une idée juſte de ce Groupe
, en ſe figurant voir réaliſer la fable
même qu'il repréſente.
M. VASSÉ.
Le morceau qui nous à le plus frappé
, eſt une figure de 4 pieds 6 pouces
faiſant partie du Tombeau de Madame la
Princeſſe de Galitzin. Cette figure repréſente
une femme couchée ſur un
focle carré , pleurant ſur une urne cinéraire
qu'elle couvre de ſa Draperie.
Elle est d'un fort beau genre , & dans
le goût de l'antique ; les Draperies légères
laiſſent appercevoir les contours&
la foupleſſe des mouvemens du nud.
On voit du même Auteur plufieurs
buſtes, entre leſquels on doit en rémarquer
un très -bien modelé , qui repréſente
PASSERAT . C'eſt un des monumens
de la munificence d'un Citoyen
de Troyes * pour immortalifer les hommes
illuftres de fa Patrie.
*
M. GROSLEY , Avocat , Correſpondant de
l'Académie Royale des Inſcriptions , fait préſent
à l'Hôtel -de- Ville de Troyes , de ce Buſte pour
completter la ſuite des Hommes illuſtres de
Gerte Ville.
NOVEMBRE. 1763. 211
7 On a vu par le deſſein qu'a expoſé
M. VASSÉ, quel devoit être l'en'emble
du Mauſolée de Madame la Princeffe
de Galitzin . Il eſt noble , touchant & digne
de la mémoire de cette Princeffe
chère aux Lettres & aux Arts .
M. PAJON.
Un modele en plâtre , d'une figure
d'environ quatre pieds & demi de proportion
, a fait beaucoup d'honneur aux
talens & à l'application de cet Artiſte.
Il repréſente la Peinture. On peut dire ,
fans outrer l'éloge , que cette figure eſt
le triomphe du ſtyle Antique. La naïveté&
la tranquillité de la poſition dans
la figure , de même que le caractère des
étoffes & la conduite des plis , forment
un heureux enſemble de grâces & de
fimplicité intéreſſante. C'eſt ainſi que
l'on doit traiter ce genre , pour le traiter
fans froideur & avec un ſuccès général.
On a remarqué avec plaiſir pluſieurs
Portraits , entre autres celui de M. Aved,
Peintre . La vérité de la touche & celle
de la reſſembance y font réunies.
Un fort joli Ouvrage du même Artifte
a mérité des obſervations très-favobles.
C'eſt un enfant , de pierre de
Tonnerre , qui mange des raiſins en
212 MERCURE DE FRANCE.
marchant. Il ſemble animé par lagaîte
de l'age & par le plaifir. Cette figure
eſt très-bien faite ; la pâte & les molleſſes
de la nature y font exprimées avec
vérité. C'eſt en terminer l'éloge que
d'annoncer qu'elle a ſcu plaire affez au
célébre M. BOUCHER , pour s'en rendre
propriétaire.
Nous ne pouvons garder le filence fur
un deſſein- efquiſſe , par le même. Ma
PAJON , qui repréſente Lycurgue , donnant
un Roi aux Lacédémoniens . S'il
étoit permis à la vérité de ſe livrer aux
expreſſions del'enthousiasme,nous pourrions
dire , en parlant de ce deffein ,
que l'on est tranſporté à Lacédémone,
même , où l'on voit avec une fidélité
fingulière , l'auſtère fimplicité d'un Peuple
Philofophe , dans ſes moeurs , dans
ſes vêtemens , dans ſes meubles , dans
tous ſes uſages& juſques dans les fa-.
briques de ſes bâtimens,
M. CHALLE.
Nous avons vû , de M. CHALLE ,
une petite figure en marbre repréſentant
une Vierge enveloppée de ſes vêtemens.
Il y a dans le tour de tête &
dans le croiſement des mains une intention
heureuſe , & auffi agréable ,
qu'elle puiſſe être dans un Sujet ſérieux.
?
L
NOVEMBRE. 1763. 213
Cette figure traitée en plus grand, prendroit
fans doute plus de régularité dans
l'enſemble & plus d'ordre dans les plis ;
ce qui en feroit une très-belle Statue.
On devroit peut-être laiſſer ſous les
voiles du filence un morceau par lequel
l'Auteur a voulu repréſenter la décou
verte de l'Amérique par Christophe Colomb,
Ce fameux voyageur y paroît
nud , levant d'une main une draperie
pour découvrir le Globe terreftre du
côté où eſt décrite la partie de l'Améri
que. Nous n'entrerons pas dans une dif
cuffion critique ſur cet Ouvrage qui
n'eſt pas fans mérite , mais qui , à beaucoup
près , n'est pas auſſi heureux dans
l'invention ; attendu le peu de ſuccès
qu'on doit eſpérer toutes les fois qu'on
voudra emprunter pour une compofition
figurée , ce qui en eſt ſi peu fuf
ceptible.
Un petit modéle de Castor fur un
cheval defcendant aux enfers , mérite
des éloges dans la compofition.
M. CAFFIERI.
Parmi les trois Buſtes de M. CAFFIERI
, qui tous trois ontdu mérite du
côté de l'art, ainſi que pour la reffemblance
, on diftingue ſurtout le Portrait
de S. A. S. Mgr le Prince de Condé,
214 MERCURE DE FRANCE .
Celui de M. Taitbouft , Conful de France
à Naples , a un caractère frappant
qui ne laiſſe pas douter de la fidélité du
Portrait à ceux mêmes qui ne connoifſent
pas l'original. On doit ſçavoir gré
auffi à cet Artiſte d'avoir déposé à la
Poſtérité les traits d'un homme auſſi célébre
dans la Poësie que l'eſt M. PIRON.
Nous avons remarqué auffi combien les
Connoiffeurs & les Amateurs des belles
formes ont donné d'éloges à de petits
vaſes de marbre qu'a expoſés M. CAFFIERI
. Ce genre quoique très - fubordonné
à la figure , eſt cependant fi
intéreſſant pour la belle & ric he décoration
, qu'on ne sçauroit lui donner
trop d'encouragement,
M. ADAM.
Le Prométhée a fait l'objet de l'attention
du Public. On doit tenir Compte
à M. ADAM , du déſintéreſſement & du
zele qui lui ont fait offrir à ſa compagnie
un morceau tel que celui - ci. Le
prix du travail & les recherches laborieuſes
y donnent une double valeur
pour le Public & pour les Connoiffeurs.
Si jamais les difficultés vaincues ont
eu l'avantage d'obtenir l'admiration &
l'étonnement c'eſt particulièrement
dans cet Ouvrage. Malgré tout le mérite
,
15
NOVEMBRE. 1763. 215
de ce morceau , on ne peut ſe diſpenſer
néanmoins pour l'intérêt du goût , d'avertir
que les plumes de l'Aigle font
travaillées d'une manière entierement
oppoſée à la vérité de la Nature , ainſi
que la fumée du flambeau jetté aux pieds
du Rocher. Il n'eſt pas plus poffible de
ſe diffimuler que la tête du Prométhée
prononce plutôt des efforts chargés
qu'elle n'exprime le ſentiment vrai de la
douleur. Nuance , a la verité , difficile
à ſaiſir dans une juſte préciſion lorſque
la ſituation eſt auſſi violente que celle
de cette figure : mais en tout , il n'eſt
peut- être pas hors de propos de remarquer
qu'en général , les yeux du vulgaire
confondent ſouvent l'exagération du
Sujet repréſenté, avec la force de l'Art.
M. D'HUÉS.
La figure de S. André , rendant graces
à Dieu fur la Croix , est très - bonne ,
d'un deffein correct , d'un ſentiment
juſte&, en tout, a fait beaucoup d'honneur
aux Talens de l'Artiste. A l'inſpection
de cet Ouvrage , on est bien fondé
à préſumer par la fuite des productions
les plus avantageuſes à la gloire de cet
Académicien,
216 MERCURE DE FRANCE .
M. MIGNOT .
On a vû au Sallon, de cet Artiſte, des
Médaillons exécutés en marbre pour
être placés à l'Hôtel-de-Ville de Paris ,
qui repréſentent M. Le Duc DE CHEVREUSE
, Gouverneur. M. PONTCARRÉ
DE VIARMES , Prévôt des
Marchands . M. le Mercier premier
Echevin & M. Mabil ſecond Echevin .
CesMonumens conſerveront la mémoire
de l'époque heureuſe où les plus fidéles
Sujets ont conſacré un pompeuxMonument
de leur zéle au plus aimé des
Souverains,
On ne parlera point dans cettedeſcription
générale,des Estampes expoſées par
lesGraveurs de l'Académie; non qu'elles
ne méritent toutes des éloges , & qu'il
n'y en ait même un 'grand nombre qui
en éxigeaſſent de diftingués : mais parce
que l'uſage étant d'en faire mention
dans chacun de nos Mercures , à mefure
que ces heureuſes productions d'un Art
ſi eſtimable paroiſſent au jour , ce
ſeroit en quelque forte ici , un double
emploi.
N. B. On a remarqué en commençant
cette deſcription , quelle gloire il
réſultoit pour la Nation , de pouvoir dans
l'eſpace
NOVEMBRE. 1763. 217
tant en
l'eſpace de deux ans raſſembler un aufli
grand nombre de Chefs - d'oeuvre que
l'on en voyoit au Sallon. Combien cet
étonnement doit-il augmenter , lorſque
l'on confidère. 1º. Dans les Tableaux,
la quantité de ceux qui reſtent ou dans
les Cabinets des Peintres ou entre les
mains des Particuliers & qui ne peuvent
être placés à l'expofition. 2°. Un plus
grand nombre encore de Monumens
précieux dans la Sculpture ,
Modèles qu'en Statues finies , dont
la grande proportion ne peut être admiſe
au Sallon. En effet ce qu'on y voit , ce
qu'on y admire dans cetArt , n'est qu'un
très-foible extrait de ſes productions
annuelles. Par exemple , c'eſt avec un
juſte regret , fans doute , que le célébre
M. le MOINE n'a pû expoſer aux yeux
du Public le Modèle en grand, du Maufolée
de l'Illuſtre CRÉBILLON , Monumentd'honneur
pour la LittératureFrancoiſe
,& d'une éternelle reconnoiffance
de ceux qui la cultivent , pour la bonté
du Souverain. Le Sujet de ce Mauſolée
qui doit être exécuté en Marbre , eſt
la Muſe de la Tragédie qui pleure fur
le Buſte de l'Illuſtre Poëte , dont elle
regrette la perte. On ne peut rien voir
de plus noble & d'une expreffion plus
K
=
218 MERCURE DE FRANCE .
juſte que cette Figure , dans toutes ſes
parties ,& même dans tous les acceſſoires
qui concourent à l'expofition du Sujet.
N. B. On diftribuera gratis aux per-
Sonnes qui ont la Description des Tableaux
en brochure in- 12 , ce Supplement
pour les Ouvrages de Sculpture.
On s'adreſſera au Bureau du Mercure
de France, rue Ste Anne , à Paris.
M. LE MΟΙΝΕ .
L
,
E plus apparent des Ouvrages de ce
célébre Artiſte , eſt un Buſte du kor ,
éxécuté en marbre. On reconnoît dans
ce morceau l'application que M. le
Moine a toujours employée à ſuivre
dans tous les âges , le Portrait d'un
Monarque , toujours également cher à
ſes Peuples ; dont le grand caractère
de la tête fournit aux Arts dans toutes
les époques , l'objet d'une étude intéreffante
& de la plus louable émulation.
Comme cet Ouvrage ne paroît
NOVEMBRE. 1763. 207
pas encore entiérement fini dans toutes
ſes parties , on ne s'arrêtera pas fur ce
qu'il y auroit à defirer actuellement
dans le travail de la Draperie & de la
chevelure ; ce qui ſe trouvera certainement
terminé , avec toute la perfection
ordinaire à ce grand Artiſte , lorfqu'il
y aura mis la dernière main.
Le Buſte de Madame la Comteſſe
DE BRIONNE , par le même Auteur ,
réunit à l'avantage de repréſenter fidélement
toutes les grâces & la beauté
de l'original , la fineſſe & la légéreté
de la touche , ce qui fait paffer avec
agrément dans le travail de l'Art , le
caractère ſpirituel de la Nature.
Nous avons cru , au premier aſpect ,
appercevoir dans ce Buſte en terre cuite ,
le fecours étranger de la couleur , légérement
employé dans quelques parties
; mais comme cet artifice eſt aujourd'hui
décidément profcrit dans la
Sculpture , nous n'ofons affirmer qu'un
Artiſte auffi éclairé ſur les vrais principes
de ſon Art , ait employé ce moyen.
Le Buſte qui repréſente M. de la
TOUR , Peintre , doit être regardé comme
un modéle de perfection à tous
égards : de même que l'eſt en Peinture
le Portrait de M. le MOINE par
M. DE LA TOUR,
208 MERCURE DE FRANCE.
M. FALCONET.
Le Groupe de marbre , qui a fi
fingulierement attiré l'admiration de
tout le Public , repréſente Pigmalion
aux pieds de ſa Statue dans le moment
qu'elle s'anime. Un petit Amour
qui a la bouche ſur un des bras de
cette figure , ſemble être la ſource &
l'auteur du feu qui lui donne l'âme &
dont par le plus agréable des preſtiges ,
l'Art indique aux yeux du Spectateur
les progrès du ſouffle embrâfé de cet
Amour. C'eſt cette diſtinction des parties
déja animées de la ſtatue d'avec
celles qui ne font encore que matière ,
qui paroiffoit rendre ce ſujet ſupérieur
aux poffibilités de l'art , & qu'en effet
nous ne ſcavons pas avoir été traité
en Sculpture précédemment par aucun
Maître antique ou moderne.
Plus on conſidère ce Groupe , plus
on y remarque , avec ſurpriſe , dans la
ſtatuedela femme,une expreſſion ſijuſte
&fi habilement ſaiſie , quelle préſente
les nuances délicates de l'étonnement,
du mouvement , prèſque inſenſible dans
ſes effets , & des premiers ſentimens ..
d'un Etre qui tient la vie du pouvoir
de l'Amour & reçoit en même temps
toutes les paffions , fi douces dans leur
NOVEMBRE. 1763. 209
naiſſance , qui réſultent de ſes premiers
feux. Le ſentiment naif & fidèle d'où
provient l'intérêt , la fimplicité du caractère
de deſſein , l'unité ( ſi l'on peut
dire ) fuavedu trait , diftinguent éminemment
cette charmante figure. Telle
eſt par rapport à cet objet la foible
idée que nous pouvons donner de l'art
du Sculpteur. Dans la figure de Pigmalion
, cet art n'eſt pas moins éloquent.
Il eſt , comme nous l'avons déja dit ,
aux pieds de la ſtatue ; on ſent à fa
poſition le mouvement par lequel il
eſt prêt à s'élancer vers elle; ſes deux
mains font ferrées l'une dans l'autre ,
action naturelle à la fituation & qui
marque en même temps & le prodige
& le ſentiment qui en réſulte. La joie ,
la ſurpriſe & l'amour ſont exprimés
avec un tel enthouſiaſme dans ce
Pigmalion , qu'on doute fi ce n'eſt pas
plutôt par ſes regards que la ſtatue eſt
animée , que par le pouvoir furnaturel
des Dieux qu'il invoque. L'action du
petit Amour , ſur la ſtatue , eſt un des
plus heureux traits de l'invention. C'eſt
par ce moyen que l'Artiſte a très-bien
ſuppléé à celui que pourroit employer
la Peinture , & qui ſembloit manquer
à la Sculpture . Il a rendu plus ſenſible
l'effet par la cauſe , & moyennant cet
,
210 MERCURE DE FRANCE.
Amour, on apperçoit plus clairement en
core le changement de la matière en
une figure animée. En un mot , on ne
prendra qu'une idée juſte de ce Groupe
, en ſe figurant voir réaliſer la fable
même qu'il repréſente.
M. VASSÉ.
Le morceau qui nous à le plus frappé
, eſt une figure de 4 pieds 6 pouces
faiſant partie du Tombeau de Madame la
Princeſſe de Galitzin. Cette figure repréſente
une femme couchée ſur un
focle carré , pleurant ſur une urne cinéraire
qu'elle couvre de ſa Draperie.
Elle est d'un fort beau genre , & dans
le goût de l'antique ; les Draperies légères
laiſſent appercevoir les contours&
la foupleſſe des mouvemens du nud.
On voit du même Auteur plufieurs
buſtes, entre leſquels on doit en rémarquer
un très -bien modelé , qui repréſente
PASSERAT . C'eſt un des monumens
de la munificence d'un Citoyen
de Troyes * pour immortalifer les hommes
illuftres de fa Patrie.
*
M. GROSLEY , Avocat , Correſpondant de
l'Académie Royale des Inſcriptions , fait préſent
à l'Hôtel -de- Ville de Troyes , de ce Buſte pour
completter la ſuite des Hommes illuſtres de
Gerte Ville.
NOVEMBRE. 1763. 211
7 On a vu par le deſſein qu'a expoſé
M. VASSÉ, quel devoit être l'en'emble
du Mauſolée de Madame la Princeffe
de Galitzin . Il eſt noble , touchant & digne
de la mémoire de cette Princeffe
chère aux Lettres & aux Arts .
M. PAJON.
Un modele en plâtre , d'une figure
d'environ quatre pieds & demi de proportion
, a fait beaucoup d'honneur aux
talens & à l'application de cet Artiſte.
Il repréſente la Peinture. On peut dire ,
fans outrer l'éloge , que cette figure eſt
le triomphe du ſtyle Antique. La naïveté&
la tranquillité de la poſition dans
la figure , de même que le caractère des
étoffes & la conduite des plis , forment
un heureux enſemble de grâces & de
fimplicité intéreſſante. C'eſt ainſi que
l'on doit traiter ce genre , pour le traiter
fans froideur & avec un ſuccès général.
On a remarqué avec plaiſir pluſieurs
Portraits , entre autres celui de M. Aved,
Peintre . La vérité de la touche & celle
de la reſſembance y font réunies.
Un fort joli Ouvrage du même Artifte
a mérité des obſervations très-favobles.
C'eſt un enfant , de pierre de
Tonnerre , qui mange des raiſins en
212 MERCURE DE FRANCE.
marchant. Il ſemble animé par lagaîte
de l'age & par le plaifir. Cette figure
eſt très-bien faite ; la pâte & les molleſſes
de la nature y font exprimées avec
vérité. C'eſt en terminer l'éloge que
d'annoncer qu'elle a ſcu plaire affez au
célébre M. BOUCHER , pour s'en rendre
propriétaire.
Nous ne pouvons garder le filence fur
un deſſein- efquiſſe , par le même. Ma
PAJON , qui repréſente Lycurgue , donnant
un Roi aux Lacédémoniens . S'il
étoit permis à la vérité de ſe livrer aux
expreſſions del'enthousiasme,nous pourrions
dire , en parlant de ce deffein ,
que l'on est tranſporté à Lacédémone,
même , où l'on voit avec une fidélité
fingulière , l'auſtère fimplicité d'un Peuple
Philofophe , dans ſes moeurs , dans
ſes vêtemens , dans ſes meubles , dans
tous ſes uſages& juſques dans les fa-.
briques de ſes bâtimens,
M. CHALLE.
Nous avons vû , de M. CHALLE ,
une petite figure en marbre repréſentant
une Vierge enveloppée de ſes vêtemens.
Il y a dans le tour de tête &
dans le croiſement des mains une intention
heureuſe , & auffi agréable ,
qu'elle puiſſe être dans un Sujet ſérieux.
?
L
NOVEMBRE. 1763. 213
Cette figure traitée en plus grand, prendroit
fans doute plus de régularité dans
l'enſemble & plus d'ordre dans les plis ;
ce qui en feroit une très-belle Statue.
On devroit peut-être laiſſer ſous les
voiles du filence un morceau par lequel
l'Auteur a voulu repréſenter la décou
verte de l'Amérique par Christophe Colomb,
Ce fameux voyageur y paroît
nud , levant d'une main une draperie
pour découvrir le Globe terreftre du
côté où eſt décrite la partie de l'Améri
que. Nous n'entrerons pas dans une dif
cuffion critique ſur cet Ouvrage qui
n'eſt pas fans mérite , mais qui , à beaucoup
près , n'est pas auſſi heureux dans
l'invention ; attendu le peu de ſuccès
qu'on doit eſpérer toutes les fois qu'on
voudra emprunter pour une compofition
figurée , ce qui en eſt ſi peu fuf
ceptible.
Un petit modéle de Castor fur un
cheval defcendant aux enfers , mérite
des éloges dans la compofition.
M. CAFFIERI.
Parmi les trois Buſtes de M. CAFFIERI
, qui tous trois ontdu mérite du
côté de l'art, ainſi que pour la reffemblance
, on diftingue ſurtout le Portrait
de S. A. S. Mgr le Prince de Condé,
214 MERCURE DE FRANCE .
Celui de M. Taitbouft , Conful de France
à Naples , a un caractère frappant
qui ne laiſſe pas douter de la fidélité du
Portrait à ceux mêmes qui ne connoifſent
pas l'original. On doit ſçavoir gré
auffi à cet Artiſte d'avoir déposé à la
Poſtérité les traits d'un homme auſſi célébre
dans la Poësie que l'eſt M. PIRON.
Nous avons remarqué auffi combien les
Connoiffeurs & les Amateurs des belles
formes ont donné d'éloges à de petits
vaſes de marbre qu'a expoſés M. CAFFIERI
. Ce genre quoique très - fubordonné
à la figure , eſt cependant fi
intéreſſant pour la belle & ric he décoration
, qu'on ne sçauroit lui donner
trop d'encouragement,
M. ADAM.
Le Prométhée a fait l'objet de l'attention
du Public. On doit tenir Compte
à M. ADAM , du déſintéreſſement & du
zele qui lui ont fait offrir à ſa compagnie
un morceau tel que celui - ci. Le
prix du travail & les recherches laborieuſes
y donnent une double valeur
pour le Public & pour les Connoiffeurs.
Si jamais les difficultés vaincues ont
eu l'avantage d'obtenir l'admiration &
l'étonnement c'eſt particulièrement
dans cet Ouvrage. Malgré tout le mérite
,
15
NOVEMBRE. 1763. 215
de ce morceau , on ne peut ſe diſpenſer
néanmoins pour l'intérêt du goût , d'avertir
que les plumes de l'Aigle font
travaillées d'une manière entierement
oppoſée à la vérité de la Nature , ainſi
que la fumée du flambeau jetté aux pieds
du Rocher. Il n'eſt pas plus poffible de
ſe diffimuler que la tête du Prométhée
prononce plutôt des efforts chargés
qu'elle n'exprime le ſentiment vrai de la
douleur. Nuance , a la verité , difficile
à ſaiſir dans une juſte préciſion lorſque
la ſituation eſt auſſi violente que celle
de cette figure : mais en tout , il n'eſt
peut- être pas hors de propos de remarquer
qu'en général , les yeux du vulgaire
confondent ſouvent l'exagération du
Sujet repréſenté, avec la force de l'Art.
M. D'HUÉS.
La figure de S. André , rendant graces
à Dieu fur la Croix , est très - bonne ,
d'un deffein correct , d'un ſentiment
juſte&, en tout, a fait beaucoup d'honneur
aux Talens de l'Artiste. A l'inſpection
de cet Ouvrage , on est bien fondé
à préſumer par la fuite des productions
les plus avantageuſes à la gloire de cet
Académicien,
216 MERCURE DE FRANCE .
M. MIGNOT .
On a vû au Sallon, de cet Artiſte, des
Médaillons exécutés en marbre pour
être placés à l'Hôtel-de-Ville de Paris ,
qui repréſentent M. Le Duc DE CHEVREUSE
, Gouverneur. M. PONTCARRÉ
DE VIARMES , Prévôt des
Marchands . M. le Mercier premier
Echevin & M. Mabil ſecond Echevin .
CesMonumens conſerveront la mémoire
de l'époque heureuſe où les plus fidéles
Sujets ont conſacré un pompeuxMonument
de leur zéle au plus aimé des
Souverains,
On ne parlera point dans cettedeſcription
générale,des Estampes expoſées par
lesGraveurs de l'Académie; non qu'elles
ne méritent toutes des éloges , & qu'il
n'y en ait même un 'grand nombre qui
en éxigeaſſent de diftingués : mais parce
que l'uſage étant d'en faire mention
dans chacun de nos Mercures , à mefure
que ces heureuſes productions d'un Art
ſi eſtimable paroiſſent au jour , ce
ſeroit en quelque forte ici , un double
emploi.
N. B. On a remarqué en commençant
cette deſcription , quelle gloire il
réſultoit pour la Nation , de pouvoir dans
l'eſpace
NOVEMBRE. 1763. 217
tant en
l'eſpace de deux ans raſſembler un aufli
grand nombre de Chefs - d'oeuvre que
l'on en voyoit au Sallon. Combien cet
étonnement doit-il augmenter , lorſque
l'on confidère. 1º. Dans les Tableaux,
la quantité de ceux qui reſtent ou dans
les Cabinets des Peintres ou entre les
mains des Particuliers & qui ne peuvent
être placés à l'expofition. 2°. Un plus
grand nombre encore de Monumens
précieux dans la Sculpture ,
Modèles qu'en Statues finies , dont
la grande proportion ne peut être admiſe
au Sallon. En effet ce qu'on y voit , ce
qu'on y admire dans cetArt , n'est qu'un
très-foible extrait de ſes productions
annuelles. Par exemple , c'eſt avec un
juſte regret , fans doute , que le célébre
M. le MOINE n'a pû expoſer aux yeux
du Public le Modèle en grand, du Maufolée
de l'Illuſtre CRÉBILLON , Monumentd'honneur
pour la LittératureFrancoiſe
,& d'une éternelle reconnoiffance
de ceux qui la cultivent , pour la bonté
du Souverain. Le Sujet de ce Mauſolée
qui doit être exécuté en Marbre , eſt
la Muſe de la Tragédie qui pleure fur
le Buſte de l'Illuſtre Poëte , dont elle
regrette la perte. On ne peut rien voir
de plus noble & d'une expreffion plus
K
=
218 MERCURE DE FRANCE .
juſte que cette Figure , dans toutes ſes
parties ,& même dans tous les acceſſoires
qui concourent à l'expofition du Sujet.
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Résumé : OUVRAGES DE SCULPTURE.
Le document met en lumière plusieurs œuvres de sculpture et leurs auteurs. M. Le Moine a créé un buste en marbre inachevé du roi et un buste en terre cuite de Madame la Comtesse de Brionne, apprécié pour sa fidélité et sa légèreté. M. Falconet est reconnu pour son groupe de marbre représentant Pigmalion et sa statue animée par un petit Amour. M. Vassé est distingué pour une figure du tombeau de Madame la Princesse de Galitzin et plusieurs bustes, dont un de Passerat. M. Pajon est loué pour un modèle en plâtre représentant la Peinture, qualifié de triomphe du style antique. Le texte décrit également diverses œuvres présentées lors d'un salon. Une figure représentant la Peinture est saluée pour son style antique et sa simplicité. Plusieurs portraits sont notés, notamment celui de M. Aved, apprécié pour la vérité de la touche et de la ressemblance. Une sculpture en pierre de Tonnerre représentant un enfant mangeant des raisins est louée pour sa vivacité. Une esquisse de Lycurgue par Ma Pajon est remarquée pour sa fidélité à l'esprit lacédémonien. M. Challe présente une Vierge en marbre prometteuse. Une sculpture représentant la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb est mentionnée, mais critiquée pour son invention. Les bustes de M. Caffieri, notamment ceux du Prince de Condé et de M. Taitbouf, sont distingués pour leur mérite artistique. Les vases de marbre de M. Caffieri sont appréciés pour leur décoration. Le Prométhée de M. Adam attire l'attention pour ses difficultés techniques. La figure de Saint-André par M. D'Hués est saluée pour son dessin correct. M. Mignot expose des médaillons en marbre représentant des personnalités parisiennes. Le texte souligne la gloire nationale de rassembler un grand nombre de chefs-d'œuvre en deux ans, notant que de nombreux tableaux et modèles de sculptures précieuses ne sont pas exposés. Par exemple, M. Le Moine n'a pas pu exposer le modèle en grandeur nature du mausolée de Crébillon, représentant la Muse de la Tragédie pleurant sur le buste du poète défunt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10459
p. 218
« C'est par erreur que l'on a dit à l'Article de Madame VIEN, que sans l'exemple de Mlle ROSA [...] »
Début :
C'est par erreur que l'on a dit à l'Article de Madame VIEN, que sans l'exemple de Mlle ROSA [...]
Mots clefs :
Erreur, Fleurs, Fille, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « C'est par erreur que l'on a dit à l'Article de Madame VIEN, que sans l'exemple de Mlle ROSA [...] »
C'eſt par erreur que l'on a dit à l'Article de
Madame VIEN,que ſans l'exemple de Mlle RoSA
ALBA , l'honneur d'être admiſe à l'Académie
Royale ſeroit unique pour cette Dame. Mieux
inftruits , nous croyons que l'on trouvera ici
avec plaiſir les noms & les genres de talens
des femmesdiſtinguées dans les Arts , par cette
honorable admiffion .
Dile Catherine DUCHEMIN , femme de Gra
RARDON ,peignoit les fleurs & fut reçue en
1663 .
,
Dile Géneviève de BOULONGNE , Fille aînée
de Louis de BOULONGNE, peignoit l'Hiſtoire , les
fleurs & les fruits. Elle fut reçue en 1669 .
Magdeleine de BOULONGNE , ſeconde fille de
Louis de BOULONGNE , peignoit auſſi l'Hiſtoire ,
les fleurs & les fruits , elle fut reçue le mêmejour
que ſa foeur.
Dlle Elizabeth CHERON , peignoit l'Hiſtoire ,
le Portrait ,&gravoit , elle fut reçue en 1672 .
Dile ROSA-ALBA-CARIERA , dont tout lemon
de connoît le genre de talens, avoit été reçue en
1720. C
Voilà les Virtuoses qui ont précédé Mde VIEN ,
àlamémoire deſquelles nous nous empreſſons
de reftituer ce que notre précédente erreur
avoit innocemment dérobé.
Madame VIEN,que ſans l'exemple de Mlle RoSA
ALBA , l'honneur d'être admiſe à l'Académie
Royale ſeroit unique pour cette Dame. Mieux
inftruits , nous croyons que l'on trouvera ici
avec plaiſir les noms & les genres de talens
des femmesdiſtinguées dans les Arts , par cette
honorable admiffion .
Dile Catherine DUCHEMIN , femme de Gra
RARDON ,peignoit les fleurs & fut reçue en
1663 .
,
Dile Géneviève de BOULONGNE , Fille aînée
de Louis de BOULONGNE, peignoit l'Hiſtoire , les
fleurs & les fruits. Elle fut reçue en 1669 .
Magdeleine de BOULONGNE , ſeconde fille de
Louis de BOULONGNE , peignoit auſſi l'Hiſtoire ,
les fleurs & les fruits , elle fut reçue le mêmejour
que ſa foeur.
Dlle Elizabeth CHERON , peignoit l'Hiſtoire ,
le Portrait ,&gravoit , elle fut reçue en 1672 .
Dile ROSA-ALBA-CARIERA , dont tout lemon
de connoît le genre de talens, avoit été reçue en
1720. C
Voilà les Virtuoses qui ont précédé Mde VIEN ,
àlamémoire deſquelles nous nous empreſſons
de reftituer ce que notre précédente erreur
avoit innocemment dérobé.
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Résumé : « C'est par erreur que l'on a dit à l'Article de Madame VIEN, que sans l'exemple de Mlle ROSA [...] »
Le texte corrige une erreur relative à l'admission de Madame VIEN à l'Académie Royale en soulignant que plusieurs femmes talentueuses avaient été admises avant elle. Catherine DUCHEMIN, épouse de GRARDON, fut reçue en 1663 pour ses peintures de fleurs. En 1669, Géneviève de BOULONGNE et sa sœur Magdeleine furent admises pour leurs œuvres historiques, florales et fruitières. Elizabeth CHERON, reconnue pour ses portraits et gravures, fut acceptée en 1672. Enfin, Rosa ALBA CARIERA, célèbre pour ses talents, fut admise en 1720. Ce texte rend hommage à ces artistes femmes distinguées dans les arts.
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10460
p. 119
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure du mois de [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
3
J''AAIT lu,parordredeMonſeigneur le Chancelier,
leMercuredu mois de Novembre 1763 ,& je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſ
fion. A Paris , ce 31 Octobre 1763. GUIROΥ.
3
J''AAIT lu,parordredeMonſeigneur le Chancelier,
leMercuredu mois de Novembre 1763 ,& je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſ
fion. A Paris , ce 31 Octobre 1763. GUIROΥ.
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10461
p. 219-220
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Piéces Fugitives en Vers et en Prose. Article Premier. Imitation d'Horace, Ode. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE
ARTICLE PREMIER.
IMITATION d'Horace , Ode .
Lettre de M. D. R. à M. de Genonville.
CONSEIL à un ami.
A
Page
9
II
VERS à M. L. C. D. B. ſur ſa petite vérole. 12
VERS pour mettre au bas du portrait de
M. le Chevalier de Ch**. ibid.
HISTOIRE d'Henriette écrite par elle-même. 13
ODE à M. Thomas ſur l'éloge de Sully.
VERS adreffé à M. de Saint-Foix .
CINQUIEME & dernier caractère du vrai Philoſophe.
VERS ſur la convalescence de M. l'Evêque
d'Orléans.
44
47
ibid.
54 LE PAPILLON & l'Immortelle , Fable. 55
VERS a M. Deleurye Fils.
$7
CONSEILS à Eglé. 8
LE SONGE de Scipion , traduit par M. D.... 59
EPITRE à M. le Comte de S****. 78
ÉNIGMES.
:
80&81
LOGOGRYPHES.
: 183 & 84
CHANSON. 8
220 MERCURE DE FRANCE.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES.
SUITE du troifiéme Livre de la Pharfale ,
par M. Marmontel.
SUITF de la Poëtique Françoiſe de M.Marmontel.
!
PRINCIPES généraux & particuliers de la
86
108
Langue Françoiſe. Par M. de Wailly. 121
ANNONCES de Livres . 126&fuiv.
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
ACADÉMIES .
SUJETS propoſés par l'Académiedes Sciences,
Belles-Lettres &Arts deBesançon.
LETTRE de M. de Parcieux , de l'Académie
Royale des Sciences , à M. De la Place ,
Auteur du Mercure.
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES.
SUITE de l'Abrégé des propriétés des Miroirs
concaves ,
SUITE des Recherches ſur la Taille du Frère
Jacques , par M. Bordenave .
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
ART. V. SPECTACLES.
SUITE des Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
SPECTACLES de Paris.
SUITS de la Deſcription des Tableaux expofés
au Sallon du Louvre.
DESCRIPTION des Ouvrages de Sculpture
expoſés au Sallon duLouvre en 1763 .
C
138
140
143
152
169
172
186
21
188
20
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE
ARTICLE PREMIER.
IMITATION d'Horace , Ode .
Lettre de M. D. R. à M. de Genonville.
CONSEIL à un ami.
A
Page
9
II
VERS à M. L. C. D. B. ſur ſa petite vérole. 12
VERS pour mettre au bas du portrait de
M. le Chevalier de Ch**. ibid.
HISTOIRE d'Henriette écrite par elle-même. 13
ODE à M. Thomas ſur l'éloge de Sully.
VERS adreffé à M. de Saint-Foix .
CINQUIEME & dernier caractère du vrai Philoſophe.
VERS ſur la convalescence de M. l'Evêque
d'Orléans.
44
47
ibid.
54 LE PAPILLON & l'Immortelle , Fable. 55
VERS a M. Deleurye Fils.
$7
CONSEILS à Eglé. 8
LE SONGE de Scipion , traduit par M. D.... 59
EPITRE à M. le Comte de S****. 78
ÉNIGMES.
:
80&81
LOGOGRYPHES.
: 183 & 84
CHANSON. 8
220 MERCURE DE FRANCE.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES.
SUITE du troifiéme Livre de la Pharfale ,
par M. Marmontel.
SUITF de la Poëtique Françoiſe de M.Marmontel.
!
PRINCIPES généraux & particuliers de la
86
108
Langue Françoiſe. Par M. de Wailly. 121
ANNONCES de Livres . 126&fuiv.
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
ACADÉMIES .
SUJETS propoſés par l'Académiedes Sciences,
Belles-Lettres &Arts deBesançon.
LETTRE de M. de Parcieux , de l'Académie
Royale des Sciences , à M. De la Place ,
Auteur du Mercure.
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES.
SUITE de l'Abrégé des propriétés des Miroirs
concaves ,
SUITE des Recherches ſur la Taille du Frère
Jacques , par M. Bordenave .
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
ART. V. SPECTACLES.
SUITE des Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
SPECTACLES de Paris.
SUITS de la Deſcription des Tableaux expofés
au Sallon du Louvre.
DESCRIPTION des Ouvrages de Sculpture
expoſés au Sallon duLouvre en 1763 .
C
138
140
143
152
169
172
186
21
188
20
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles d'une publication structurée en cinq sections. La première, 'Pièces fugitives en vers et en prose', inclut des poèmes et lettres, tels qu'une imitation d'Horace et des vers adressés à divers individus. La deuxième section, 'Nouvelles littéraires', contient la suite du troisième livre de la Pharsale de Marmontel, la suite de la Poétique Françoise de Marmontel, des principes de la langue française par de Wailly, et des annonces de livres. La troisième section, 'Sciences et Belles-Lettres', mentionne des sujets proposés par l'Académie des Sciences de Besançon et une lettre de Parcieux. La quatrième section, 'Beaux-Arts', est divisée en arts utiles et arts agréables, incluant des recherches sur les miroirs concaves et des descriptions de gravures. Enfin, la cinquième section, 'Spectacles', détaille les spectacles de la cour à Fontainebleau, les spectacles de Paris, et les descriptions des tableaux et sculptures exposés au Salon du Louvre en 1763.
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10462
p. 220
« De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY2
rue & vis- à-vis la Comédie Françoiſe.
rue & vis- à-vis la Comédie Françoiſe.
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10463
p. 3-4
AVERTISSEMENT.
Début :
LE Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, Greffier Commis [...]
Mots clefs :
Commis, Greffier, Libraires des Provinces et des Pays étrangers, Format, Volume, Poste, Pièces, Table
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer ,
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourfeize volumes
, à raison de 30 fols pièce.
Les perſonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte ,
payeront pour ſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
lefaire venir , ou qui prendront les frais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raison de 30fols
parvolume, c'est-à- dire 24 liv. d'avance ,
en s'abonnant pour ſeize volumes.
Les Libraires des provinces ou des
Aij
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les personnes des provinces
d'envoyer par la poſte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, resteront au rebut.
On prie les personnes qui envoyent
des Livres , Estampes & Muſique à annoncer
, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pièces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , ſe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a jufqu'à
préſent cent volumes. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
fe trouve à la fin du ſoixante-douziéme .
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer ,
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourfeize volumes
, à raison de 30 fols pièce.
Les perſonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte ,
payeront pour ſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
lefaire venir , ou qui prendront les frais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raison de 30fols
parvolume, c'est-à- dire 24 liv. d'avance ,
en s'abonnant pour ſeize volumes.
Les Libraires des provinces ou des
Aij
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les personnes des provinces
d'envoyer par la poſte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, resteront au rebut.
On prie les personnes qui envoyent
des Livres , Estampes & Muſique à annoncer
, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pièces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , ſe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a jufqu'à
préſent cent volumes. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
fe trouve à la fin du ſoixante-douziéme .
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le document traite de la distribution et de l'abonnement au 'Mercure'. Le Bureau du Mercure se trouve chez M. Lutton, avocat et greffier, rue Sainte Anne, Butte Saint Roch. Les abonnés doivent envoyer leurs paquets et lettres à cette adresse. Le prix d'un volume est de 36 sols, mais un abonnement pour seize volumes coûte 24 livres à l'avance, soit 30 sols par volume. Pour les provinciaux, le coût est de 32 livres pour seize volumes avec livraison gratuite, ou 24 livres si les frais de port sont pris en charge par l'acheteur. Les libraires des provinces ou des pays étrangers doivent contacter le bureau pour recevoir le Mercure. Les commandes des provinces doivent être envoyées par la poste avec paiement à l'avance, les paquets non affranchis étant rejetés. Les expéditeurs de livres, estampes ou musique doivent indiquer le prix. Le 'Nouveau Choix de Pièces tirées des Mercures & autres Journaux' par M. De La Place est également disponible au Bureau du Mercure, avec les mêmes conditions de format et de nombre de volumes pour une année, totalisant actuellement cent volumes. Une table générale des matières est disponible à la fin du soixante-douzième volume.
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10464
p. 5-8
ÉPITRE de M. D. R... à M. le Marquis D....
Début :
QUE Dieu te console [...]
Mots clefs :
Château, Troupe, Transports, Prêtre, Mémoire, Respect, Grâce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE de M. D. R... à M. le Marquis D....
ÉPITRE de M. D. R... * à M. le
Marquis D...
QuUE Dieu te conſole
Dans ton vieux Château ,
Je le crois fort beau ..
La troupe frivole
De maint houbereau.
Sourit , te cajole ,
Humblement t'accole ,
*On prétend queces vers , ainſi que ceux que nous avons
déja inférés ſous les mêmes Lettres , font de feú M. le Comte
de Rochemont..
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Tu réponds deux mots ,
Plus froid qu'une idole ,
En tournant le dos
A ces étourneaux.
Mais quel bruit étrange ,
Quels cris , quels tranſports !
On brife ; on dérange ;
C'eſt un Peuple en corps
Qui veut voir ſon Maître.
D'un air de héros ,
En voyant paroître
Tes humbles vaffaux
Conduits par un Prêtre ,
Qui s'en vient le traître
Tout haut dégorger
D'un ton puérile
Sa proſe imbécile
Pour te louanger ;
Plus de morgue encore ;
Prends- toi le menton ,
Songe qu'on t'honore :
Roule les yeux : bon !
L'entrevue eſt faite ,
On fert le dîné .
D'un figne de tête
Grave , combiné
Plein de dignité ,
Bois à la ſanté
DECEMBRE. 1763 . 7
(
De ton gros Curé
Craſſeux , mais poudré ,
Prompt à ſe courber ;
Qui comblé de gloire ,
Perdant la mémoire ,
Laiſſera tomber
Son pain , ſa fourchette ,
Avec ſa ſerviette ,
Saiſi de reſpect ,
A ton noble aſpect.
A chaque parole
Fais ronfier le nom
De la Mirandole ,
Toujours fans raiſon.
Plus bruyant qu'Eole ,
Vante ton drapeau ;
De mainte hyperbole
Embellis le rôle
Qu'aux rives du Pô
Le Dieu de la Thrace
Sûr de ton audace ,
Commit à ta foi ,
Découvrant en toi
Le mâle courage ,
L'eſprit ferme & fage
Du fameux Vauban ,
Qui t'a donné l'être ,
Dont tu fais renaître
A iv
8 MERCURE DE FRANCE..
Le génie ardent ,
Et pour ſa parrie
Le tendre penchant.
C'eſt ſans flatterie
Et fans compliment
Que je le publie :
Toute l'Italie ſera mon garant.
Chaque bec t'embraffe :
Mais reviens de grace!
Marquis D...
QuUE Dieu te conſole
Dans ton vieux Château ,
Je le crois fort beau ..
La troupe frivole
De maint houbereau.
Sourit , te cajole ,
Humblement t'accole ,
*On prétend queces vers , ainſi que ceux que nous avons
déja inférés ſous les mêmes Lettres , font de feú M. le Comte
de Rochemont..
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Tu réponds deux mots ,
Plus froid qu'une idole ,
En tournant le dos
A ces étourneaux.
Mais quel bruit étrange ,
Quels cris , quels tranſports !
On brife ; on dérange ;
C'eſt un Peuple en corps
Qui veut voir ſon Maître.
D'un air de héros ,
En voyant paroître
Tes humbles vaffaux
Conduits par un Prêtre ,
Qui s'en vient le traître
Tout haut dégorger
D'un ton puérile
Sa proſe imbécile
Pour te louanger ;
Plus de morgue encore ;
Prends- toi le menton ,
Songe qu'on t'honore :
Roule les yeux : bon !
L'entrevue eſt faite ,
On fert le dîné .
D'un figne de tête
Grave , combiné
Plein de dignité ,
Bois à la ſanté
DECEMBRE. 1763 . 7
(
De ton gros Curé
Craſſeux , mais poudré ,
Prompt à ſe courber ;
Qui comblé de gloire ,
Perdant la mémoire ,
Laiſſera tomber
Son pain , ſa fourchette ,
Avec ſa ſerviette ,
Saiſi de reſpect ,
A ton noble aſpect.
A chaque parole
Fais ronfier le nom
De la Mirandole ,
Toujours fans raiſon.
Plus bruyant qu'Eole ,
Vante ton drapeau ;
De mainte hyperbole
Embellis le rôle
Qu'aux rives du Pô
Le Dieu de la Thrace
Sûr de ton audace ,
Commit à ta foi ,
Découvrant en toi
Le mâle courage ,
L'eſprit ferme & fage
Du fameux Vauban ,
Qui t'a donné l'être ,
Dont tu fais renaître
A iv
8 MERCURE DE FRANCE..
Le génie ardent ,
Et pour ſa parrie
Le tendre penchant.
C'eſt ſans flatterie
Et fans compliment
Que je le publie :
Toute l'Italie ſera mon garant.
Chaque bec t'embraffe :
Mais reviens de grace!
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Résumé : ÉPITRE de M. D. R... à M. le Marquis D....
M. D. R... adresse une épître au Marquis D... pour lui présenter ses condoléances suite à la perte du Comte de Rochemont. Le texte décrit des visiteurs, qualifiés de 'troupe frivole' et d''étourneaux', qui cherchent à obtenir l'attention et l'approbation du Marquis. Ce dernier réagit avec froideur et dignité face à leurs flatteries. Lors d'une rencontre, un prêtre et un curé témoignent de leur admiration pour le Marquis, ce dernier restant impassible. Le Marquis est comparé à Pic de la Mirandole et à Vauban, soulignant son courage et son esprit. L'auteur affirme que toute l'Italie peut attester de ces qualités sans flatterie excessive. L'épître se conclut par un appel au Marquis à revenir, sans préciser les circonstances.
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10465
p. 8-9
LE SIÉGE DE L'AME, A PHILIS.
Début :
Sur le siége de l'âme en vain [...]
Mots clefs :
Âme, Siège, Haleine, Odorat, Délicatesse, Baiser, Bouche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE SIÉGE DE L'AME, A PHILIS.
LE SIÉGE DE L'AME ,
A PHILIS.
Sur le fiége de l'âme en vain
Toujours on diſpute , on raiſonne.
Aiofi que Nature le donne ,
En voici le ſiége certain :
Quand l'aîle des Zéphirs m'amène
La douce odeur de ton haleine ,
Je crois l'odorat ſon ſéjour.
D'un mets que ta main me préſente ,
La délicateſſe m'enchante ;
Je la place au goût à ſon tour.
Si ta voix frappe mon oreille ,
Epriſe de cette merveille ,
Mon âme occupe le contour.
Si ſur ton incarnat ma bouche
Veut ravir un tendre baifer ,
DECEMBRE. 1763 . 9
Mon âme vient s'y repoſer.
Quelqu'endroit que ma main te touche,
Mon âme la ſuit en tous lieux .
Je te vois : elle eſt dans mes yeux.
Mais ſi de plus près j'examine
De ce charme ſi ſéducteur ,
Quelle peut être l'origines:
Son fiége alors eſt dans mon coeur.
DUJARDIN DE NEUILLY S. FRONT
A PHILIS.
Sur le fiége de l'âme en vain
Toujours on diſpute , on raiſonne.
Aiofi que Nature le donne ,
En voici le ſiége certain :
Quand l'aîle des Zéphirs m'amène
La douce odeur de ton haleine ,
Je crois l'odorat ſon ſéjour.
D'un mets que ta main me préſente ,
La délicateſſe m'enchante ;
Je la place au goût à ſon tour.
Si ta voix frappe mon oreille ,
Epriſe de cette merveille ,
Mon âme occupe le contour.
Si ſur ton incarnat ma bouche
Veut ravir un tendre baifer ,
DECEMBRE. 1763 . 9
Mon âme vient s'y repoſer.
Quelqu'endroit que ma main te touche,
Mon âme la ſuit en tous lieux .
Je te vois : elle eſt dans mes yeux.
Mais ſi de plus près j'examine
De ce charme ſi ſéducteur ,
Quelle peut être l'origines:
Son fiége alors eſt dans mon coeur.
DUJARDIN DE NEUILLY S. FRONT
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Résumé : LE SIÉGE DE L'AME, A PHILIS.
Le poème 'Le Siège de l'Âme' examine les perceptions sensorielles révélant la présence de l'âme. Chaque sens suggère un emplacement différent : l'odorat, le goût, l'oreille, la bouche, la main et les yeux. Après réflexion, l'auteur conclut que l'âme réside dans le cœur. Le poème est daté de décembre 1763 et signé Dujardin de Neuilly S. Front.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10466
p. 9-15
LETTRE en prose & en vers, à Mde la M ... de M ... par M. de C*** à Lyon.
Début :
QUE vous êtes éxigeante, Madame ! Quoi ? par le même ordinaire il faut [...]
Mots clefs :
Amour, Cœur, Plaisirs, Pudeur, Sentiments, Jalousie, Rêves, Inconstance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE en prose & en vers, à Mde la M ... de M ... par M. de C*** à Lyon.
LETTRE en profe & en vers , à Mde
la M ... de M ... par M. de C ****
à Lyon.
QUE UE vous êtes éxigeante , Madame !'
Quoi ? par le même ordinaire il faut
que je réponde à votre charmante Epî--
tre. Il faut que le Courier qui me l'a .
apportée ſoit abſolument chargé de vous
remettre une réponſe de quatre pages ,
lardée d'une centaine de vers au moins !
J'ouvre mon magafin de poëfies & je
commence. D'abord vous aurez pour
agréable de recevoir cette chanson, furr
l'air : ton humeur est Catherine. Vous enn
ferez l'application ..
Dema gentille brunette
Je m'occupe nuit & jour : 4
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
Son humeur un peu coquette
Fut propice à mon amour.
Je fixai cette hirondelle
Dans le Temple des plaiſirs :
Une conquête i belle
Fut le prix de mes ſoupirs.
Lorſque je vous vis pour la premiere
fois , vous vous rappellez que je vous
témoignai affez cavaliérement combien
vos charmes étoient puiſſans pour réduire
un coeur. Vous vous mîtes à rire
de ma déclaration , & je ſoupirai de
bonne foi de vous avoir vu rire. Je vous
fis ma cour affidûment , & je ne ceſſai
pas de foupirer tant , que vous vous divertîtes
de mon martyre. On auroit cru
à me voir , que Céladon étoit reffufcité ,
& l'on étoit tout étonné de le rencontrer
ſous l'uniforme que je portois. A
préſent que j'ai quitté le plumet pour le
bonnet carré , je ſoupire tout à mon
aiſe , ſans que perſonne y trouve à
redire. Permettez-moi de prendre ici le
parti de la Magiftrature.
L'Officier perit-maître ,
Plus vite que le ſalpêtre ,
Par ſes airs & par ſon ton ,
Dangereux pour l'innocence ,
Annonce fon aſſurance.
DECEMBRE. 1763 . II
Ce volage papillon
Se mocque d'une inhumaine ,
Il voltige , il ſe proméne ;
On l'admire , il éblouit :
Au loin la pudeur s'enfuit.
Rempli d'une erreur extrême ,
Toujours certain d'être aimé ,
Dès qu'il déclare qu'il aime;
Au triomphe accoutumé ,
Par ſon audace il outrage
La Beauté qui l'a charmé.
Mais le Magiſtrat plus ſage ,
Plus digne d'un prix flatteur,
Par ſes ſoins , par ſon hommage ,
Se rend le maître d'un coeur.
Jamais ſon hardi langage
Ne révolte la pudeur.
L'amour fincère eſt timide ,
Et dans ſes voeux circonſpects :
Le tendre eſpoir qui le guide ,
Eſt compagnon du reſpect.
AIR: fous un ormeau.
Vos yeux furpris
Accordent un trop tendre priz
à nos étourdis .
Un Adonis ,
En jurant,
Ment.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE .
Mais un fincére amant
Qui partage le feu qu'on reſſent ,.
Fait naître dans le coeur
Le defir , le trouble & la langueur.
Madame hélas !
Que ces momens ſont pleins d'appas !
O charmans combats !:
Otranſports délicieux !
Dieux !
Par des feux indiſcrets
On s'attire de cuilans regrets .
Dans la fimplicité ,
On goûte à longs traits la volupté :
L'ardent defir
Prépare le coeur au plaiſir う
La Pudeur rougit ,
L'Amour fans bruit,
S'applaudir ,
Rit.
Oui , Madame , l'amour d'un homme
vrai eſt préférable aux fadeurs d'un
tas defrivolités , qui ſe font un art de
la dimulation & de la perfidie. On
n'apperçoit pas toute la difformité de
ces vers luifans , quand le préjugé a
plongé notre âme dans une nuit profonde.
Mais dès que la raiſon y répand
la lumière , ces infectes n'en impoſent
DECEMBRE. 1763 . 13
plus. La légèreté & l'inconſtance font
les défauts de ces hommes nouveaux
dont l'organiſation n'eſt pas encore bien
connue. Ce font les plus grands enne--
mis de la beauté. Ils ne portent que
des chaînes de fleurs qu'ils rompent
à leur gré. Si une jolie femme prête
Poreille à leurs diſcours , elle eſt perdue..
Ils goûtent un inſtant leur gloire ,.
Mais bientôt las de leurs lauriers ,
Les doux plaiſirs de la victoire ,
De leurs plaiſirs ſont les derniers..
Que mes fentimens différent des leurs !
Malgré l'abſence & la jaloufie , je ne
fuis pas encore parvenu à bannir votre
image de la place qu'elle a priſe dans
mon coeur. Abfolument privé de con--
folation , je languis dans l'éxil que je
me ſuis impofé. Je ne compte pas
au nombre des plaiſirs , ces rêves agréa
bles qui n'apportent aucun changement
réel dans notre fituation .
Un ſonge, enfant de l'impoſture ,
Préſente l'ombre du bonheur .
Aflis auprès d'une onde pure,
Plongé dans une douce erreur ,.
Un Berger remplit d'allégreſſe ,
Trouve aux genoux de ſa Maîtreffe,
14 MERCURE DE FRANCE.
1
Le terme d'un cruel deſtin .
En ſa faveur tout l'intéreſſe ;
Le ciel eſt plus beau , plus ſerein :
Le Zéphir un peu libertin ,
De ſon Amant ſert la tendreſſe
Par ſon ſouffle doux & badin
Sa perſévérance la touche.
L'Amour , ce petit Dieu malin ,
Conduit ſes lévres ſur ſa bouche
Et les approche de ſon ſein.
Par ſon chant l'aimable Fauvette ,
D'Eglé célébre ladéfaite.
Autour de ce couple amoureux ,
Les hôtes des bois en ſilence ,
Partagent à l'envi ſes feux.
De tantde biens la jouiſſance
Ne dure , hélas ! qu'un ſeul inſtant :
Tout diſparoît , ruiſſeau , fougère ,
Roffignol , Fauvette , Bergère.
Vaine douceur , tableau charmant ,
Si ſeduiſans quand on fommeille,
Vous n'êtes plus , Ticis s'éveille ,
Et fent accroître ſon tourment !
Je crois bien , Madame , qu'il vous
manque quelques vers ; d'autant plus
qu'il s'en eft gliffé de fi petits , que ce
feroit une honte à moi de vous les
compter : mais je vous demande grace
DECEMBRE. 1763 . 15
pour cette fois . Le Courier va partir ; il
faut finir malgré moi.
J'ai l'honneur d'être , & c.
la M ... de M ... par M. de C ****
à Lyon.
QUE UE vous êtes éxigeante , Madame !'
Quoi ? par le même ordinaire il faut
que je réponde à votre charmante Epî--
tre. Il faut que le Courier qui me l'a .
apportée ſoit abſolument chargé de vous
remettre une réponſe de quatre pages ,
lardée d'une centaine de vers au moins !
J'ouvre mon magafin de poëfies & je
commence. D'abord vous aurez pour
agréable de recevoir cette chanson, furr
l'air : ton humeur est Catherine. Vous enn
ferez l'application ..
Dema gentille brunette
Je m'occupe nuit & jour : 4
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
Son humeur un peu coquette
Fut propice à mon amour.
Je fixai cette hirondelle
Dans le Temple des plaiſirs :
Une conquête i belle
Fut le prix de mes ſoupirs.
Lorſque je vous vis pour la premiere
fois , vous vous rappellez que je vous
témoignai affez cavaliérement combien
vos charmes étoient puiſſans pour réduire
un coeur. Vous vous mîtes à rire
de ma déclaration , & je ſoupirai de
bonne foi de vous avoir vu rire. Je vous
fis ma cour affidûment , & je ne ceſſai
pas de foupirer tant , que vous vous divertîtes
de mon martyre. On auroit cru
à me voir , que Céladon étoit reffufcité ,
& l'on étoit tout étonné de le rencontrer
ſous l'uniforme que je portois. A
préſent que j'ai quitté le plumet pour le
bonnet carré , je ſoupire tout à mon
aiſe , ſans que perſonne y trouve à
redire. Permettez-moi de prendre ici le
parti de la Magiftrature.
L'Officier perit-maître ,
Plus vite que le ſalpêtre ,
Par ſes airs & par ſon ton ,
Dangereux pour l'innocence ,
Annonce fon aſſurance.
DECEMBRE. 1763 . II
Ce volage papillon
Se mocque d'une inhumaine ,
Il voltige , il ſe proméne ;
On l'admire , il éblouit :
Au loin la pudeur s'enfuit.
Rempli d'une erreur extrême ,
Toujours certain d'être aimé ,
Dès qu'il déclare qu'il aime;
Au triomphe accoutumé ,
Par ſon audace il outrage
La Beauté qui l'a charmé.
Mais le Magiſtrat plus ſage ,
Plus digne d'un prix flatteur,
Par ſes ſoins , par ſon hommage ,
Se rend le maître d'un coeur.
Jamais ſon hardi langage
Ne révolte la pudeur.
L'amour fincère eſt timide ,
Et dans ſes voeux circonſpects :
Le tendre eſpoir qui le guide ,
Eſt compagnon du reſpect.
AIR: fous un ormeau.
Vos yeux furpris
Accordent un trop tendre priz
à nos étourdis .
Un Adonis ,
En jurant,
Ment.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE .
Mais un fincére amant
Qui partage le feu qu'on reſſent ,.
Fait naître dans le coeur
Le defir , le trouble & la langueur.
Madame hélas !
Que ces momens ſont pleins d'appas !
O charmans combats !:
Otranſports délicieux !
Dieux !
Par des feux indiſcrets
On s'attire de cuilans regrets .
Dans la fimplicité ,
On goûte à longs traits la volupté :
L'ardent defir
Prépare le coeur au plaiſir う
La Pudeur rougit ,
L'Amour fans bruit,
S'applaudir ,
Rit.
Oui , Madame , l'amour d'un homme
vrai eſt préférable aux fadeurs d'un
tas defrivolités , qui ſe font un art de
la dimulation & de la perfidie. On
n'apperçoit pas toute la difformité de
ces vers luifans , quand le préjugé a
plongé notre âme dans une nuit profonde.
Mais dès que la raiſon y répand
la lumière , ces infectes n'en impoſent
DECEMBRE. 1763 . 13
plus. La légèreté & l'inconſtance font
les défauts de ces hommes nouveaux
dont l'organiſation n'eſt pas encore bien
connue. Ce font les plus grands enne--
mis de la beauté. Ils ne portent que
des chaînes de fleurs qu'ils rompent
à leur gré. Si une jolie femme prête
Poreille à leurs diſcours , elle eſt perdue..
Ils goûtent un inſtant leur gloire ,.
Mais bientôt las de leurs lauriers ,
Les doux plaiſirs de la victoire ,
De leurs plaiſirs ſont les derniers..
Que mes fentimens différent des leurs !
Malgré l'abſence & la jaloufie , je ne
fuis pas encore parvenu à bannir votre
image de la place qu'elle a priſe dans
mon coeur. Abfolument privé de con--
folation , je languis dans l'éxil que je
me ſuis impofé. Je ne compte pas
au nombre des plaiſirs , ces rêves agréa
bles qui n'apportent aucun changement
réel dans notre fituation .
Un ſonge, enfant de l'impoſture ,
Préſente l'ombre du bonheur .
Aflis auprès d'une onde pure,
Plongé dans une douce erreur ,.
Un Berger remplit d'allégreſſe ,
Trouve aux genoux de ſa Maîtreffe,
14 MERCURE DE FRANCE.
1
Le terme d'un cruel deſtin .
En ſa faveur tout l'intéreſſe ;
Le ciel eſt plus beau , plus ſerein :
Le Zéphir un peu libertin ,
De ſon Amant ſert la tendreſſe
Par ſon ſouffle doux & badin
Sa perſévérance la touche.
L'Amour , ce petit Dieu malin ,
Conduit ſes lévres ſur ſa bouche
Et les approche de ſon ſein.
Par ſon chant l'aimable Fauvette ,
D'Eglé célébre ladéfaite.
Autour de ce couple amoureux ,
Les hôtes des bois en ſilence ,
Partagent à l'envi ſes feux.
De tantde biens la jouiſſance
Ne dure , hélas ! qu'un ſeul inſtant :
Tout diſparoît , ruiſſeau , fougère ,
Roffignol , Fauvette , Bergère.
Vaine douceur , tableau charmant ,
Si ſeduiſans quand on fommeille,
Vous n'êtes plus , Ticis s'éveille ,
Et fent accroître ſon tourment !
Je crois bien , Madame , qu'il vous
manque quelques vers ; d'autant plus
qu'il s'en eft gliffé de fi petits , que ce
feroit une honte à moi de vous les
compter : mais je vous demande grace
DECEMBRE. 1763 . 15
pour cette fois . Le Courier va partir ; il
faut finir malgré moi.
J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : LETTRE en prose & en vers, à Mde la M ... de M ... par M. de C*** à Lyon.
La lettre est une missive poétique adressée à une dame, exprimant l'admiration et l'amour de l'auteur. Ce dernier souligne d'abord l'exigence de la dame, qui attend une réponse détaillée et poétique à sa lettre. Il mentionne une chanson intitulée 'Ton humeur est Catherine' dédiée à elle. L'auteur raconte leur première rencontre, où il a été charmé par ses attraits et a souffert en silence de son indifférence initiale. Il compare ensuite les officiers et les magistrats, notant que ces derniers sont plus sincères et respectueux dans leurs avances amoureuses. L'auteur exprime son amour sincère et profond pour la dame, contrastant avec les comportements légers et inconstants des hommes volages. Il déplore son exil volontaire et l'absence de la dame, affirmant que son amour reste constant malgré la distance et la jalousie. La lettre se conclut par une comparaison avec un berger rêvant de sa maîtresse, soulignant la fugacité et la douleur des rêves agréables. L'auteur reconnaît manquer peut-être de vers, mais doit conclure en raison du départ imminent du courrier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10467
p. 15-16
ÉLÉGIE.
Début :
EST-CE pour moi que tu verses des larmes, [...]
Mots clefs :
Tristesse, Larmes, Aurore, Fleurs, Nature, Compagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉLÉGIE.
ÉLÉGIE. *
EST- CE
ST- CE pour moi que tu verſes des larmes ,
Senſible Aurore ? Et vous légers zéphirs ,
Quand Ménalie eſt ſourde à mes allarmes ,
Eſt-ce mon fort qui cauſe vos ſoupirs ?
Ah! fi mes maux affligent laNature ,
Que vous avez longtemps à ſoupirer ,
Zéphirs plaintifs , dont j'entends le murmure,
Et que l'Aurore a longtemps à pleurer !
Depuis mes jours de deuil & de triſteſſe ,
e vois fleurir le troiſiéme Printemps : **
Ah ! ſi j'échappe à la mort qui me preſſe ,
Combien j'en dois compter par mes tourmens !
Quels fons plaintifs ! j'entends dans la campagne
Gémir au loin le Ramier amoureux :
Il a perdu ſa fidéle compagne.
Tous les Amans ſont-ils donc malheureux
* On trouvera ces paroles miſes en musique dans
un Recueil qui est actuellement chez le Graveur , &
qui doit paroître inceſſamment.
** Cette Piéce a été composée vers Pâques.
16 MERCURE DE FRANCE.
Sür mille objets ma triſteſſe eſt tracée ;
C'eſt ſon pinceau qui colora ces fleurs .
La Violette& la fombre Pensée
Dans nos jardins expriment mes douleurs..
Aimables fleurs , fi ma jeune Maîtreſſe
A ſon côté vous plaçoit quelque jour ;
Dans vos couleurs peignez-lui ma triſteſſe ,
Dans vos parfumsexhalez mon amour.
En vous voyant ſécher près de ſes charmes ,
Et fur. ſon ſein vous pencher en mourant ,
Qu'elle ſe diſe en verſant quelques larmes :
Ainſi périt mon malheureux Amant !
:
Et vous , mes vers , ſi l'on vous chante encore
Quand le trépas aura fermé mes yeux ;
Dites mon nom à celle que j'adore ,
Et d'un ſoupir faites payer mes feux .
Par l'Auteur de l'Epitre à Mélanie.
EST- CE
ST- CE pour moi que tu verſes des larmes ,
Senſible Aurore ? Et vous légers zéphirs ,
Quand Ménalie eſt ſourde à mes allarmes ,
Eſt-ce mon fort qui cauſe vos ſoupirs ?
Ah! fi mes maux affligent laNature ,
Que vous avez longtemps à ſoupirer ,
Zéphirs plaintifs , dont j'entends le murmure,
Et que l'Aurore a longtemps à pleurer !
Depuis mes jours de deuil & de triſteſſe ,
e vois fleurir le troiſiéme Printemps : **
Ah ! ſi j'échappe à la mort qui me preſſe ,
Combien j'en dois compter par mes tourmens !
Quels fons plaintifs ! j'entends dans la campagne
Gémir au loin le Ramier amoureux :
Il a perdu ſa fidéle compagne.
Tous les Amans ſont-ils donc malheureux
* On trouvera ces paroles miſes en musique dans
un Recueil qui est actuellement chez le Graveur , &
qui doit paroître inceſſamment.
** Cette Piéce a été composée vers Pâques.
16 MERCURE DE FRANCE.
Sür mille objets ma triſteſſe eſt tracée ;
C'eſt ſon pinceau qui colora ces fleurs .
La Violette& la fombre Pensée
Dans nos jardins expriment mes douleurs..
Aimables fleurs , fi ma jeune Maîtreſſe
A ſon côté vous plaçoit quelque jour ;
Dans vos couleurs peignez-lui ma triſteſſe ,
Dans vos parfumsexhalez mon amour.
En vous voyant ſécher près de ſes charmes ,
Et fur. ſon ſein vous pencher en mourant ,
Qu'elle ſe diſe en verſant quelques larmes :
Ainſi périt mon malheureux Amant !
:
Et vous , mes vers , ſi l'on vous chante encore
Quand le trépas aura fermé mes yeux ;
Dites mon nom à celle que j'adore ,
Et d'un ſoupir faites payer mes feux .
Par l'Auteur de l'Epitre à Mélanie.
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Résumé : ÉLÉGIE.
L'élégie est un poème lyrique exprimant la douleur et la tristesse du poète. L'auteur s'interroge sur les larmes de l'Aurore et les soupirs des zéphyrs, se demandant s'ils reflètent ses propres malheurs. Il évoque trois printemps écoulés depuis le début de sa tristesse et anticipe de nombreuses souffrances futures. Le poète entend le ramier gémir, symbole de la perte de sa compagne, et se questionne sur le malheur des amants. Il décrit sa tristesse présente dans la nature, notamment à travers la violette et la pensée, fleurs de son jardin. Il souhaite que sa maîtresse, en voyant ces fleurs, se souvienne de lui et de son amour. Le poète espère que ses vers survivront après sa mort pour rappeler son nom et son amour à celle qu'il adore. Le poème a été composé vers Pâques et sera inclus dans un recueil de musique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10468
p. 16-46
SUITE de l'Histoire d'HENRIETTE.
Début :
JE commençois à desirer le retour du Banian, dans l'espérance qu'il me rapporteroit [...]
Mots clefs :
Femmes, Yeux, Pouvoir, Sentiments, Répugnance, Esclave, Tendresse, Lieu, Amour, Dieux, Religion, Larmes, Bonheur, Inquiétudes, Emportement, Affection, Genoux, Sincérité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire d'HENRIETTE.
SUITE de l'Histoire d'HENRIETTE .
J E commençois à defirer le retour du
Banian , dans l'espérance qu'il me rapporteroit
une réponſe favorable : un
mois entier ſe paſſa ſans qu'il nous
DECEMBRE. 1763 . 17
donnât de ſes nouvelles ; à la fin , il arriva.
Il prétendit ( car hélas ! je n'eus
que trop lieu , dans la ſuite , de connoître
ſa mauvaiſe foi ) qu'il avoit
paflé tout ce - temps là , & cela trèsinutilement
, à attendre le rétabliſſement
du Gouverneur , qui ne vouloit
voir perſonne pendant ſa maladie ; que
mon Hiſtoire qu'il avoit racontée à plufieurs
Anglois , avoit été reçue de leur
part très - froidement , ce qu'il attribuoit
à la guerre , qui étoit entre eux & les
François ; qu'enfin le Vaiſſeau de mon
Père ayant péri avec toute ſa Cargaiſon
, il n'y avoit plus à eſpérer
de recouvrer aucuns de ſes effets.
Cette nouvelle m'arracha des larmes ,
dont il parut extrêmement touché. Il me
dit dans les termes les plus tendres , ainfi
que l'Interpréte me les rendit , que
j'avois tort de me livrer à un chagrin
auffi immodéré , qu'il ſe flattoit que
dans peu de temps il pourroit engager
quelques Anglois à ſe montrer plus humains
à mon égard ; qu'au ſurplus tant
que je reſterois chez lui , dût- ce être
pour toujours , tout ce qu'il poffédoit
feroit à mon ſervice & à mes ordres .
Je le remerciai comme ſi ſes offres n'a18
MERCURE DE FRANCE .
voient eu que l'hoſpitalité pour motif;
je diffimulai mes craintes avec toute l'adreſſe
dont j'étois capable , en ne faifant
rouler mes inquiétudes que fur
l'embarras que je lui caufois. Ses foins
les plus empreſſés étoient de diffiper
ma mélancolie par tous les divertiſſemens
qu'il pouvoit imaginer. L'interpréte
lui ayant fait part des progrès
que j'avois faits dans la langue du Pays,
il en parut enchanté & s'écria : je puis
donc eſpérer que tout ce qui eſt dans
l'Inde n'eſt pas déſagréable à ma charmante
Henriette ! Comme j'entendis
fort bien ces mots , je pris fur moi de
répondre ſans le fecours de l'Interpréte.
Je lui dis que n'y ayant juſqu'à préfent
rien trouvé qui me fut déſagréa
ble , j'eſpérois de conſerver cette façon
de penſer. Il faut , dit-il , au Hollandois
, que vous soyez un excellent
Maître , ou que votre Ecolière ait un
génie ſupérieur , pour être en état nonſeulement
d'entendre , mais même de
prononcer avec autant de grâces une
Langue qu'elle n'a entendue qu'il y a
environ un mois. Depuis ce moment ,
quand nous étions à table , il me faifoit
nommer en Malayan tous les plats
DECEMBRE. 1763 . 19
dont je voulois goûter ; me faiſoit boire
à ſa ſanté , & tâchoit de me faire
converſer avec lui. Les femmes qui me
fervoient , charmées de pouvoir ſe faire
entendre , me parloientfans ceſſe , & je
parvins bientôt à ſçavoir leur Langue
au point de n'être embarraffée dans aucune
eſpéce de converſation .
Quelques jours ſe paſſerent où tout
fut employé à me diſtraire de mes trif
tes idées & rien à confirmer mes foupcons
, juſqu'au moment où le Banian
ſe trouvant un jour ſeul avec moi dans
le Jardin ,me conduifit dans une grotte
dont la délicieuſe fraîcheur tempéroit
l'ardeur du Soleil , fans nous priver
de l'effet brillant qu'il produiſoit fur le
fommet des arbres. Cet endroit n'eſt il
pas charmant , belle Henriette , me ditil
? & faut-il defirer de quitter l'Inde
pour ſe croire heureux ? Sans doute ,
répondis-je , ceux qui ont leur établiſ
ſement dans ce Pays-ci auroient tort de
ſe plaindre de leur fort ; mais ceux qui
font nés dans une autre partie du monde&
y ont toujours vécu , pourroient ,
fans qu'on leur en ſçût mauvais gré ,
n'y pas goûter les mêmes agrémens. Le
moyen de vous les faire goûter , reprit- il,
eft de vous y fixer ; mais je crains que
1
20 MERCURE DE FRANCE .
ce que le Pays a d'agréable ne puiffe
pas racheter à vos yeux la couleur difforme
de ſes habitans. L'on m'a toujours
enſeigné , lui dis-je , que la ſeule
beauté vraiment eftimable étoit celle
de l'âme. Fidelle à cette leçon je n'ai
juſqu'ici eſtimé les hommes que par
leurs actions . Les miennes vous ont-elles
jamais offenſée ? s'écria- t il vivement.
Vous , Monfieur ! repris-je avec
ſurpriſe , je n'ai qu'à me louer de votre
bienfaiſance. Non , Henriette , non ,
reprit-il avec un ſoupir , vous ne m'avez
aucune obligation. Etoit-il en moi
d'en ufer autrement avec vous ? L'inf
tant où je vous vis fut celui de madéfaite
; & vous ne me laidsâtes que le
titre d'Eſclave , ajouta- t- il en me prenant
la main & en la portant à fa
bouche..
Quelles furent alors mes craintes ! ....
Je rougis , je tremblai , & n'eus pas la
force de parler. Le Banian trembloit
auſſi. Mais mon filence qu'il interprétoit
mal , l'enhardit bientôt au point de hazarderdes
careffes qui redoublerent mon
éffroi... Arrêtez , lui dis -je , en m'élançant
hors de la grotte ; n'achevez pas de
perdre le mérite de votre générofité.
J'ai appris à ſupporter le malheur : mais
DECEMBRE . 1763 . 21
la mort me délivreroit de l'infamie . Ces
mots firent fur lui toute l'impreffion
quej'en avois attendu. Pourquoi , dit- il,
en foupirant , pourquoi , belle Henriette
, donner des noms ſi odieux au témoignage
innocent de mon amour ?
Les Dieux ſeuls ſçavent ce qu'il m'en
a coûté pour ne pas vous le déclarer
plutôt; & je jure par eux que mes defſeins
furent toujours dignes d'être avoués
par l'honneur & la vertu Serois-je affez
malheureux pour que des ſentimens
fi purs , vous fuſſent odieux de la part
de celui à qui vous les inſpirez ?
Quoiqu'un peu raffurée par ces derniers
mots , j'étois embarraſſée de ma
réponſe . La franchiſe de mon caractère
ne me permettoit pas d'autoriſer un ſentiment
que je ne pouvois lui ſouffrir fans
une répugnance invincible. Vous héſitez
, s'écria- t- il , ma chère Henriette !
Mais en réfléchiſſant ſur les moyens extraordinaires
qui vous ont conduite jufqu'à
moi , vous fentirez fans doute que
le Ciel nous avoit deſtinés l'un pour
l'autre. Oui ! poursuivit-il avec chaleur ,
oui ! la plus aimable des Créatures , je
re regarde comme la récompenſe de ma
piété & de mon zéle pour les Dieux
que je fers.
22 MERCURE DE FRANCE.
Ah ! Monfieur , interprétez mieux la
volonté de Dieu qui m'envoye à vous
feulement comme une occafion d'exercer
votre humanité. Quel plaifir plus
flatteur que celui de faire le bien !
Ceux qu'offre l'amour peuvent-ils lui
être comparés ? Oubliez- vous enfin que
nos cultes font différens , & que rien
ne pourroit me réfoudre à une alliance
profcrite par le mien ?
Oh! quant à cet Article , interrompit
le Banian , dès que vous connoîtrez
mieux mon culte , vous prendrez ,
& j'en fuis certain , une idée plus avanrageuſe
de la clémence de nos Dieux ,
que celle que vous pouvez avoir du
vôtre.
Ce blafphême me fit horreur. Je le
témoignai vivement ; mais le Banian
avoit trop d'art pour continuer une
converſation plus propre à augmenter
mes inquiétudes qu'à les diffiper ; il
m'affura au contraire qu'il ne tenteroit
jamais de rien changer à ma façon de
penſer ſur ma Religion.
La nuit qui s'approchoit , me preſſoit
de quitter la grotte ; & je n'y parvins ,
qu'en m'engageant à écouter patiemment
à l'avenir les témoignages de fon
amour. Cette converfation occupa en
DECEMBRE. 1763 . 23
core tout le ſouper ; & quand je parus
defirer de me retirer : cruelle Hentiette !
s'écria -t- il , je vois avec douleur , le
peu de progrés de ma tendreſſe : vous
me haïflez ; & je crains bien qu'il ne
ſoit jamais en mon pouvoir de changer
votre coeur. Je ne veux pas pourtant
vous retenir plus longtemps ; peutêtre
que , rendue à vous-même , vous
me jugerez moins fait pour tant de rigueurs.
Il prononça ces mots , d'un air
fi pénétré , que , cédant malgré moimême
à la pitié qu'il m'inſpira : Ah !
Monfieur , lui dis -je avec émotion
pourrois-je en effet vous haïr ? Ai-je un
autre appui dans ces lieux ? Ai-je un
autre protecteur que vous ? Rendez
plus de juſtice à une inforunée , trop
accablée encore par la perte récente de
tout ce qu'elle avoit de plus cher
& qui ſe croiroit heureuſe de trouver
un frère en vous .
O charmante Henriette ! interrompit
le Banian , avec une expreffion qui mar
quoit autant de joie qu'il avoit montré
de douleur , tout ce que tu as perdu , tu
peux le retrouver en moi : je ferai à.
toi , & à toi ſeule ; tu feras le monde
entier pour moi. Mais , ajouta-t-il , s'il
eſt vrai que tu m'aimerois comme un
24 MERCURE DE FRANCE.
frère ; confirme cet aveu , en permettant
que je t'embraſſe comme tel. Je
me repentis alors de ce que j'avois dit.
Il me tint pendant quelques minutes
étroitement ferrée entre ſes bras , &
vivement tenté de profiter de l'occa -
fion , comme il me l'a avoué depuis ;
mais le ſentiment de ce qu'il croyoit
me devoir , l'emporta fur les mouvemens
fougueux de ſa paffion ; & il me
laiſſa la liberté de me retirer , avec un
air qui me fit ſentir tous les riſques que
j'avois courus.
L Je paſſai la plus mauvaiſe nuit. L'idée
d'être au pouvoir d'un homme qui ne
diffimuloit plus ſes vues ; l'impoffibilité
apparente de m'y ſouſtraire , me
cauſoient de mortelles inquiétudes , &
je ne me voyois de reſſources , que
dans les ſecours du Ciel. J'étois encore
dans cette douloureuſe ſituation , lorfqu'une
des femmes entra dans
chambre , & me dit que le Hollandois
prêt à partir , demandoit à prendre congé
de moi : ſur quoi , j'ordonnai qu'on
le fit entrer. Après m'avoir témoigné
l'intérêt qu'il prenoit à mon bonheur ,
il chercha à détruire ce qui me reſtoit
d'eſpérance du côté des Anglois , en
ma
m'aſſurant qu'il étoit plus que vraiſemblable
DECEMBRE. 1763 . 25
blable qu'ils ne feroient rien pour moi.
Il ajouta , qu'il avoit démêlé que le
Banian m'aimoit , & qu'il le ſoupçonnoit
d'avoir conçu le projet de m'épouſer.
M'époufer ? Interrompis - je ,
une Chrétienne épouſer un Idolâtre !
Tous mariages font bons aux yeux de
Dieu , reprit - il , la différence des cérémonies
ne détruit point leur validité
; & je ne vois pas qu'une auſſi foible
raiſon doive vous faire renoncer à
la fortune qui vous eſt offerte. Elle fetoit
plus grande encore , lui répondisje
, que je préférerois la mort au malheur
de recevoir un infidéle dans mon
lit. Puffiez-vous n'avoir pas à en gémir
, me dit-il : mais oubliez-vous que
vous n'êtes pas maîtreſſe de vous -même
dans ce Palais ? Je ne le ſçais que trop ,
repris -je , fondant en larmes. L'émotion
que je crus remarquer dans ſes yeux ,
me donna l'idée de ſaiſir cette oсса-
fion de tenter ſa cupidité. Je lui ouvris
donc mon âme , ſans lui cacher la déclaration
que m'avoit faite le Banian ;
ma répugnance à répondre, & la frayeur
où j'étois à chaque inſtant fur ce qui
en pourroit réſulter. Si vous étiez affez
généreux , lui dis-je , pour avoir pitié
de moi & me procurer dequoi me dé-
B
26 MERCURE DE FRANCE.
guifer , je partirois la nuit & j'irois
trouver quelque Facteur Anglois qui
fûrement ne feroit pas aſſez barbare pour
me refuſer le paſſage ſur un de leurs
vaiſſeaux. Croyez que je ne ſerai point
ingrate , & qu'auſſitôt que je ferai rendue
au comptoir , je vous donnerai cette
bague qui eſt un diamantde prix &
tout ce que m'a laiſſé ma malheureuſe
fortune. Je lui montrai la bague dont
l'éclat produifit tout l'effet que j'en attendois.
Après avoir réfléchi un moment
, il m'aſſura qu'avant trois jours
j'entendrois parler de lui , & me recommanda
pendant ce temps de traiter le
Banian de manière à lui donner lieu
d'eſpérer que je ne ſerois pas toujours
infenfible à ſa flamme , pour éviter
qu'une conduite différente ne ledéterminât
à tenter la violence. Je le conjurai
en pleurant d'être fidéle à ſes promeſſes.
Après me les avoir réïtérées par
ferment , il prit congé de moi , & me
laiſſa dans la diſpoſition de ſuivre fes
avis, quelle que fût ma répugnance pour
tout ce qui reſſembloit à la fauffeté.
Je penſai d'abord que fi je reſtois
plus longtemps dans ma chambre , le
Banian pourroit me ſoupçonner l'intention
de l'éviter ; je deſcendis dans
DECEMBRE. 1763 . 27
la Salle où je comptois le trouver. Il n'y
vint que deux heures après avec une
lettre à la main. Ma chère Henriette ,
me dit- il , je ſuis fâché d'être porteur
de nouvelles qui pourroient bien ne pas
vous plaire ; un Négociant Anglois me
mande que l'animofité entre ſa Nation
& la vôtre eſt portée au point qu'il n'oferoit
riſquer de vous fervir , & d'autant
plus que vous appartenez à celui
qui avoit été nommé Gouverneur d'Iranadab
, & dont les ordres étoient
fûrement de nuire à leur commerce.
De façon , continua-t- il , que vous ne
dépendez plus que de moi. Je ſentis
d'abord fon artifice , qui n'avoit d'autre
but que celui de me réduire à la néceffité
de céder enfin à ſes volontés . Je
me contentai de répondre : il ſe trouve
donc des Barbares parmi les Chrétiens ?
Oui , reprit- il avec chaleur , & tels que
vous auriez peine à en trouver parmi
les Indiens . Il s'étendit alors fur les
cruautés & fur les perfidies des Nations
Européennes . Mais quoique peu perfuadée
de tout ce qu'il diſoit à leur
déſavantage , j'évitai de le contredire ;
& fon humeur fut fi agréable pendant
tout le reſte du jour , que je n'y foupconnai
rien de contraint.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Dès ce moment je parus écouter ſans
répugnance les témoignages de ſa tendreſſe.
Je fouffris même qu'il prît ma
main entre les fiennes , & croyois devoir
acheter ainſi le temps dont j'avois
beſoin. Mais le Banian ſe troubla en
me preſſant ſur ſon ſein. O ! trop chère
Henriette , s'écria-t-il , d'une voix émue ,
ne vous perfuaderai - je jamais que votre
bonheur & le mien ſeroient le prix de
votre ſenſibilité ? Je m'apperçus alors
combien j'avois à craindre en pouffant
fi loin ma complaiſance : je me débarraffai
de lui. Rappellez-vous , lui dis-je ,
le ferment que vous avez fait de ne ja
mais m'offenfer par des libertés qui me
rendroient indigne de votre affection fi
je les permettois: laiſſez au temps à déci
der mon coeur. Vous aurez tout celui
que vous éxigerez , repliqua-t-il , mais
qu'il foit limité : dites ſeulement que
vous ferez à moi , & fixez le terme de
mon fupplice ; il ſeroit peut être au-deſſus
des forces humaines de vous adorer , de
vous voir fans ceſſe , d'être fans eſpérance
, & de vous refpecter toujours. Je
ne puis rien vous promettre , repris -je ;
mais fi vous m'aimez en effet , vous
eſſayerez du moins juſqu'où la reconnoiffance
peut me conduire. Eh bien ,
DECEMBRE. 1763 . 29
dit-il , je m'y foumets ; car je prétends
vous plaire . A partir de ce moment , le
Banian ſe conduifit avec moi de façon
à ne me rien laiſſer à defirer pendant
deux jours & une partie du troifiéme.
Ce fut alors que le Hollandois revint
pour chercher , diſoit-il , quelques papiers
qu'il avoit oubliés ,& dont la perte
lui eût été de la plus grande importance ;
mais dans le vrai , pour me remettre
ſecrettement un billet où je trouvai ces
mots : " Si vous perſiſtez dans la réſolu-
» tion de quitter la maiſon du Banian
rendez-vous vers minuit dans le jardin ;
> vous trouverez à côté de la ſalle à man-
» ger un habit d'eſclave : c'eſt le dégui-
>>ſement le plus propre à vous cacher.
» Mais je vous exhorte de nouveau à
» abandonner ce projet , dans la crainte
» où je ſuis encore que vous n'ayez à
>> vous plaindre de la réception des An-
» glois. Quoiqu'il en ſoit, je tiendrai ma
>> promeffe, &je me trouverai derrière le
» jardin , d'où je vous conduirai où vous
>>> defirez vous rendre .
Ce billet me donna plus de tranquilli
té ; car malgré notre petit traité , leBanian
renouvelloit vivement ſes perfécutions
, & ce foir- là même il me preſſa
tellement de fixer le moment de ſon
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
bonheur , je vis tant d'égarement dans
fes yeux , qu'effrayée de ſes regards , je
pais le parti de lui donner le change. Demain
, lui dis-je , vous faurez ma derniere
réſolution. Votre réſolution , s'écria-
t- il ? Elle ſera peut- être l'Arrêt de
ma mort. Au moins dites-moi ſi je puis
efperer qu'elle ſera en ma faveur. Je le
crois , lui dis -je , fi vous continuez de
defirer. Dieux ! pourriez-vous en douter,
reprit-il ? Demain ..... Atteſtez donc votre
Dieu que vous ferez demain à moi. Je
ne fuis pas garant des événemens , repris-
je ; mais fi je vis & fi vous êtes dans
les mêmes ſentimens ... Jurez-le - moi, interrompit-
il avec une eſpéce d'emportement
indéfiniſſable ,&dontje fus glacée.
Confirmez cette adorable promefle : affurez-
la-moi par un ferment qui vous ſoit
inviolable. Eh bien , répondis - je en
tremblant, & fur la certitude intérieure
que le lendemain je ferois loin de lui ,
jejure par celui qui régit ce vaſte Univers
que demain nous ferons l'un à
l'autre fi vous continuez de vouloir &
de pouvoir former cette union. Le Banian
parut tranſporté & me baiſa plufieurs
fois la main. Cependant à travers
ſes tranſportsje crus lui voir moins d'ardeur
que de coutume. Il parla peu , &
. DECEMBRE. 1763 3
quand je me diſpoſai à me retirer , il ne
s'y oppoſa point : il me dit ſeulement en
m'embraſſant ; prenez garde , aimable
Henriette , à remplir votre voeu ! Je fouris
, & le quittai avec d'autant plus de
plaifir , que je me flattois de ne le plus
revoir.
Je me laiſſai deshabiller à l'ordinaire ;
& quand je crus que tout dormoit dans
la maiſon , je deſcendis , j'ouvris doucement
la porte du jardin ; j'y trouvai au
lieu marqué l'habit d'eſclave ; je m'en
revêtis promptement , & après avoir
franchi une paliſſade qui ſéparoit lejardin
d'une prairie , je rencontrai mon
guide. Il faut , dit- il , vous armer de patience
, car nous avons pluſieurs milles
à faire avant que de pouvoir nous repofer
en fùrété. J'étois fi ravie de ma délivrance
, que je me croyois infatigable.
Nous prîmes notre route à travers un
bois , dont la ſombre horreur me rappella
tout ce que j'ai fouffert dans la
forêt de Malayan ; mais l'âge avancé de
mon conducteur me raſſura .
Nous avions fait à peine une demie
lieue , que nous nous vîmes environnés
de pluſieurs hommes. Ce ſpectacle me
fit tomber ſans connoiffance. Lorſque
je revins de ma foibleſſe , la vue de mon
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
appartement , & des deux femmes qui
étoient dans l'uſage de me ſervir , ne
me laiſſerent plus douter de mon infortune.
Ce que je ne pouvois comprendre ,
c'eſt que le Banian eût pû fitôt être informé
de ma fuite. En vain je queſtionnai
les femmes ; je n'en pus tirer autre
choſe , finon que leur maître me répondroit.
La honte de l'avoir trompé , jointe
à ce que j'en avois eu précédemment à
craindre , fut prête à me jetter dans une
ſeconde foibleſſe. Dieu ! m'écriai-je ,
quels crimes ai-je donc commis pour
être auffi cruellement perfécutée ? Les
larmes que je répandis , & l'agitation de
mon âme , que je ne m'efforçois plus
de cacher , auroient ému le coeur le plus
barbare .
Dès qu'il fut jour je vis paroître le Banian
: j'étois encore au lit , & mon premier
mouvement fut de me cacher ſous
la couverture . Vous avez raiſon de vous
cacher, perfide créature, s'écria-t- il ; non .
"ſeulementvous me trompiez , mais vous
trompiez le Dieu que vous ſembliez refpecter.
Voyons , continua-t- il , fi cette
phyſionomie trompeuſe conſerveencore
affez de charmes pour défarmer tout
mon reſſentiment. Plaiſe au Ciel que
non ! m'écriai-je avec tout le courage
DECEMBRE. 1763 . 33
:
,
dont je pus m'armer ; je ne demande
d'autres faveurs que celle de mourir ; ce
ſera finir mon fupplice , & vous vous
épargnerez bien des tourmens. Non , reprit-
il , ma vengeance ſera plus ingénieuſe
& moins au gré de votre haine
pour moi. Préparez , dit- il , en fortant ,
& en ſe retournant vers les femmes
préparez cette créature perverſe à paffer
bientôt dans mon appartement. Alors les
miniſtres de ce maître impérieux me dépouillerent
de mon habit d'eſclave pour
me revêtir d'une robe très- riche . Si j'avois
eu en ma diſpoſition quelque inftrument
propre à me donner la mort , je
me ferois trouvée heureuſe : mais les
marques de mon déſeſpoir avoient fait
prendre aux femmes des précautions
pour m'empêcher d'y fuccomber. Elles
me conduifirent, ou plutôt me traînerent
chez le Banian , qui fit figne à celles
qui m'avoient amenée de nous laiffer
ſeuls . Eh bien , Henriette , me dit- il ,
eſt-ce ainſi que vous vous éfforcez de
calmer mon reſſentiment ? Est-ce par
des fanglots , & par un filence opiniâtre ,
que vous comptez obtenir votre grace ?
Je tentai vainement de parler : mes foupirs
m'étouffoient la voix, Fille obſtinée
! s'écria-t- il , où ſont maintenant ces
By
34 MERCURE DE FRANCE.
,
regards , cette douceur perfide que vous
employates fi bien hier pour me tromper
? Ce reproche me fit ſentir tout le
poidsdes remords ſur un intérieur coupable.
Dieu feul , lui dis-je en tremblant ,
ſçait ce qu'il m'en a coûté pour diffimuler
avec vous ; & j'avoue avec la plus grande
fincérité , que fans avoir pû être touchée
de votre amour , je n'ai jamais été inſenſible
à vos bontés.... Et tu me fuis
interrompit- il , pour me prouver ta reconnoiffance
? Mais ſi je n'ai eu d'autres
motifs que celui de l'amour pour t'accorder
ma protection , tu devois à la
cauſe les ſentimens que tu accordois à
l'efet. Je vous ai aimé , Henriette , & je
vous aime encore malgré moi: mais me
voici décidé à rompre un enchantement
qui m'avilit ; je ne vois plus en vous
qu'une eſclave faite pour obéir à fon
maître .... Ah , Seigneur ! lui dis-je en
tombant à ſes pieds , vous avez juré par
vos Dieux de ne jamais me faire violence.....
Songez que le parjure .....Hypocrite
! s'écria-t-il , oſez-vous parler de
parjure , quand vous -même en êtes doublement
coupable ? N'avez-vous pas juré
par votre Dieu , que fi vous étiez en vie
&en mon pouvoir aujourd'hui , vous céderiez
à ma rendreſſe ? Je conviens du
DÉCEMBRE. 1763. 35
ferment que j'ai fait , repliquai-je ; mais
fi vos ſentimens ont ceſſé d'être les mêmes
, hélas ! fuis-je tenuede les remplir ?
Ainfi vous avouez être liée , en ſuppofant
que mon coeur ſoit le même ? Eh
bien , vous êtes condamnée par vos propres
paroles ; & pour vous en donner
la preuve , apprenez que j'étois inſtruit
de tout ce que vous avez fait pour me
tromper. La Lettre du Hollandois étoit
écrite de ma main ; votre déguiſement
étoit choiſi par moi ; ce ſont mes gens
qui vous ont arrêtée : je vous ai toujours
fuivie. Ainfi mes fentimens n'ont pas
plus changé que les vôtres. Alors auffi
humiliée que confondue, que me reſtoitil
à oppoſer au Banian ? Je me récriai
contre la perfidie du Hollandois , qui
après avoir favoriſé mon projet & m'avoir
féduite par ſes pernicieux avis ,
m'avoit fi lâchement trahie . Le Banian,
après m'avoir laiſſé exhaler ma colère ,
me pritdans ſes bras : allons , ma chère
Henriette , il eſt écrit que nous ferons
tous deux parjures ; vous en refuſant ce
que vous avez juré de m'accorder , &
moi en ufant de violence pour l'obtenir.
Il ne nous reſte qu'un moyen de
fauver nos âmes d'un crime dont la
mienne frémit , tout déterminé que je
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
ſuis à le commettre : c'eſt de vous donner
à moi fans répugnance.
Dans l'impoffibilité de me ſouſtraire
à ma deſtinée ; engagée par un ferment
à ne pouvoir plus refuſer ce que l'attente
d'une mort cruelle ne m'eût jamais
fait accorder , ſi j'avois pu prévoir
l'avenir ; forcée enfin à cet odieux facrifice
, je me bornai à éxiger que la
décence la plus rigoureuſe y mît le
ſceau. Je n'ai plus rien , Monfieur , à
objecter contre vos droits , lui répondis-
je ; je reconnois que le ferment me
lie malgré la façon artificieuſe dont
vous me l'avez arraché : mais ſi vos
ſentimens ſont purs , une cérémonie
authentique doit en précéder la récompenſe.
Je vous entends , s'écria-t-il ; &
pour vous prouver combien je méritois
plus de retour de votre part , je
veux que vous soyez ma femme. Ne
rappellons point le paſſé , repris-je , ſi
vous voulez rétablir dans mon âme les
ſentimens qui ſeuls peuvent nous rendre
heureux. Quantà moi , je vous jure
avec la plus grande fincérité , que quelque
répugnance que j'aye marquée
pour cet engagement , je m'efforcerai
déſormais à ne voir en vous qu'un
époux digne de ma tendreſſe , & à me
DECEMBRE . 1763 . 37
conduire à votre égard comme une
épouſe devenue telle par fon choix .
Le Banian au comble de ſes voeux ,
eût volontiers folemnifé ce mariage dès
le jour même ; mais je gagnai ſur lui de
le différer juſqu'au lendemain. L'état
violent d'où je ſortois demandoit au
moins une nuit tranquille. Vous ne devez
pas craindre , lui dis - je , d'être
trompé une ſeconde fois , j'ai eu trop
à me repentir de la première ; le
temps de mon abfence ne ſera employé
qu'à étudier les moyens de réparer ma
faute.
Le lendemain matin les femmes qui
m'avoient toujours ſervie , m'apportérent
les habits de nôce les plus fomptueux
& me conduifirent chez le Banian
, que je trouvai auſſi magnifiquement
vêtu. Une nombreuſe ſuite
de Banians qui avoient été invités pour
être témoins de notre mariage entrerent
immédiatement après , & nous nous
rendîmes au lieu deſtiné pour la cérémonie.
Ici finirent les calamités attachées à
mon état de fille ! mais hélas ! pour en
éprouver d'autres dans celui de femme.
Malgré tous mes efforts pour remplir
mes devoirs envers mon mari , il ne
38 MERCURE DE FRANCE.
fut jamais en moi d'éprouver les délices
qui , dit- on , font le charme de pareilles
unions. Le Banian s'en plaignit
d'une façon délicate & ne négligea rien
de ce qui pouvoit donner plus de chaleur
à mes ſentimens. Soins inutiles !
chaque jour ajoûtoit à la vivacité de ſa
paffion , & à mon invincible froideur.
Ses intérêts l'ayant quelque temps
appellé à la ville , où il defiroit que je
l'accompagnaſſe ; je me contraignis pour
paroître defirer ce voyage , auquel j'euffe
volontiers préféré la folitude.
Anotre arrivée à Bombay , nous reçumes
la viſite de pluſieurs familles Indiennes
, qui féliciterent mon mari fur
fon choix ; & je ne tardai pas à m'appercevoir
de fa répugnance à me laiffer fortir
du logis: mais peu curieuſe de former
aucune fociété avec les Indiens , j'étois
fur ce point très-d'accord avec lui. Dès
l'inſtant où il put fe flatter de ma groffefſe
, il infiſta pour que je l'accompagnafle
au Temple , afin d'invoquer l'Idole
adorée pour une heureuſe délivrance
: c'étoit , dit-il , un ufage dont
perſonne ne pouvoit ſe diſpenſer , bien
moins encore la femme d'un Banian .
Je cédai à cette néceſſité , en me réſervant
de faire de mon coeur le temple de
DECEMBRE. 1763 . 39
ma dévotion , & de diriger mes penſées
vers le Dieu qui en connoiffoit les plus
fecrettes.
Je fus conduite à la Pagode, dans une
chaiſe fermée & fuivie par tous nos domeſtiques.
Le Banian , avec pluſieurs
de ſes amis , vint me prendre à la porte
, & me mena à la Colomne , fur laquelle
l'Idole eſt placée. Je feignis d'y
faire ma prière , quoiqu'indignée du
ſpectacle ridicule de leurs cérémonies ,
& le Banian ſeul me reconduifit à
ma chaiſe. Mais cet acte de complaifance
ne fervit qu'à m'attirer bientôt
de nouveaux chagrins , puiſque le Banian
, aveuglement attaché à ſa religion
, employa tout pour m'engager
à l'embraffer . Un jour qu'il m'en preffoit
le plus : Ah ! ne l'éxigez pas , lui
dis-je : en même temps qu'il me feroit
impoffible de fléchir le genoux devant
vos Idoles , je ſens que je ſerois capable
de mourir , pour vous prouver qu'après
mon Dieu , vous êtes au monde ce
que j'ai de plus cher. La vivacité avec
laquelle je prononçai ces mots , lui en
démontra la fincérité ; il parut moins
ſenſible au mépris que je témoignois
pour ſa religion ; & ſes ſollicitations
furent ſuſpenduesjuſqu'au moment de
40 MERCURE DE FRANCE.
,
votre naiſſance. C'est alors , ô ma chère
Zoa ! que je me vis livrée aux plus terribles
amertumes , en voyant que ma
fille ſeroit élevée dans l'erreur : je frémiffois
en penſant que vous n'aviez
même pas reçu le baptême ; & j'étois
un jour occupée à vous adminiſtrer de
mon mieux ce Sacrement , quand le
Banian s'offrit à mes yeux. Vaine &
trop crédule femme ! s'écria-t-il avec
des yeux étincelans de rage ; comment
ofes-tu pratiquer ces extravagances
fur mon enfant ? Mais tu gémiras
de ton crime , & d'avoir abuſé de mon
indulgence. Emportez cet enfant , dit- il
à mes femmes qui parurent alors , &
que les premières paroles qu'il pourra
prononcer , foient autant de malédictions
contre les Chrétiens. Je fuppliai
vainement votre barbare père de modé
rer l'excès de fon reſſentim ent ; il vous
arracha de mes bras , & vous fit diſparoître
à mes yeux. Alors oubliant mes
devoirs & combien fon culte lui étoit
cher , je déplorai le ſort fara! qui m'avoit
ſoumiſe à un idolâtre ; & mon emportement
alla juſqu'à lui dire , que fa
méchanceté étoit auſſi infernale que la
couleur de ſa peau. A ce dernier trait
contre ſa perſonne , qu'il avoit toujours
DECEMBRE . 1763 . 41
ſoupçonné m'être déſagréable , le Banian
hors de lui-même tira ſa dague &
m'en frappa la tête affez violemment
pour que je perdiſſe connoiſſance.
Revenue a moi- même , je ne m'oc
cupai que de ma chère Zoa . Je demandai
où l'on vous avoit emportée. Les
femmes ine dirent que vous étiez dans
la maiſon , mais qu'elles craignoient
que vous ne me fuffiez pas rendue fi
je refuſois de me foumettre au Banian ;
que néanmoins il étoit éſſentiel de ne
vous pas donner un autre lait que le
mien. Je vous aimois trop pour ne pas
céder à la néceffité ; mais il n'étoit pas
poſſible que je montraſſe déſormais
les plus foibles apparences d'attachement
à un homme qui m'avoit traitée
en eſclave. Ma tendreſſe pour vous
l'emporta cependant bientôt ſur mon
reffentiment , & je conſentis qu'elles
allafſent intercéder en ma faveur auprès
de leur Maitre , dans les termes qu'elles
jugeroient les plus propres à lui faire
impreffion. Elles ne tarderent guères à
vous rapporter dans mes bras. Mais en
m'apprenant que l'unique moyen de regagner
l'affection de leur Maître & de
vous garder toujours avec moi, étoit de
reconnoître ma faute , de m'humilier
42 MERCURE DE FRANCE.
devant lui. Soumiſe à ſa puiſſance &
ſans eſpoir de m'affranchir , je ne voyois
que ce parti à prendre : mais un ſentiment
de fierté plus fort que ma Raifon
ne put me le permettre , & me rendit
mon Tyran plus inſupportable que
jamais. Il eſt certain , ma chère Zoa
que nul autre motif que le danger
d'être ſéparée de vous , n'auroit pû me
faire profterner devant un homme qui
m'étoit auffi inférieur en tout , & pour
qui il ne me reſtoit plus la moindre
eftime.
Quelques jours ſe paſſerent , pendant
leſquels mes femmes me repréſentoient
ſans ceffe que mon obſtination , non
ſeulement ajoûteroit à la colère du
Banian , mais qu'elle me coûteroit la
perte de mon enfant. Cette idée m'éf
fraya d'abord ; mais ma vanité me ſuggéra
bientôt que ces mêmes charmes
dont je lui avois vû tant de fois éprouver
le pouvoir , l'emporteroient ſur ſa
hauteur , & que l'impoſſibilité de vivre
ſans moi , le forceroit à defirer le premier
une réconciliation : mais ma vanité
me trompa ; & je ne reçus d'autre nou
velle du Banian , que l'ordre cruel de
vous retirer de mes mains. Malgré mon
déſeſpoir je ſentis qu'il falloit céder : je
,
DECEMBRE. 1763 . 43
demandai à genoux qu'il me fut permis
de revoir mon Tyran. A l'air dont il me
reçut , je jugeai d'un coup d'oeil que fa
foibleffe pour moi, ſur laquelle j'avois
tant compté , ne pouvoit plus me promettre
d'eſpoir. Femme ! que voulezvous
? medit-il d'un ton de Sultan irrité.
Rien , Monfieur , lui dis-je , auſſi tremblante
de la violence queje me faifois à
moi-même, quede la crainte d'être refuſée
, rien que vous remettre cet enfant ,
&vous fupplier en même tems d'ordonner
ma mort : privée de votre affection
&de la préſence de ma fille , la vie n'a
plus rien qui me touche. La mort , répondit-
il , peut en effet vous ſembler
préférable au tourment de vivre avec
moi ; j'ai cependant été affez bon pour
ne plus offrir à vos yeux ce monſtre , qui
en couleur comme en malice..... Ahl
Monfieur , interrompis-je avec tranf
port , pardonnez cet emportement au
coeur déchiré d'une mère , qui depuis
notre union n'a jamais cherché qu'à ſe
rendre agréable à vos yeux. Si cela étoit
vrai , s'écria-t-il , auriez-vous tant différé
à implorer le pardon que vous demandez
? Eh ! m'écriai-je , en tombant à
fes pieds , cet acte de ſoumiſſion vous
touchera-t-il ? C'eſt à genoux que je de
44 MERCURE DE FRANCE.
mande cette grace;& fur-tout, que vous
vouliez bien ne pas me ſéparer de mon
enfant ! ....
Ces mots parurent l'émouvoir. Soit
par intérêt pour vous , foit par quelque
retour de tendreſſe pour moi , il daigna
quoiqu'avec fierté , ſe rendre à condition
toutefois , que je ne m'engagerois
par le ferment le plus folemnel
àne jamais vous inſpirer la moindre
notion de la Religion Chrétienne
quand vous avanceriez en âge. Quelque
rigoureuſes qu'elles fuſſent , il fallut
ſe ſoumettre à ces conditions ; & vous
ſçavez , ma chère Zoa , combien religieuſement
je les ai obſervées. Mais
toutes mes obligations ceffent avec ma
vie.
Au moment où je vous écris , il y
a douze ans que cette querelle eſt arrivée;
& depuis cette époque il n'y eutjamais
de parfaite intelligence entre votre
père & moi très-convaincu que toute
ſa tendreſſe n'avoit nullement touché
mon coeur , il s'en vengeoit en cédant
aux mouvemens d'un caractère dur
&jaloux. Quant à moi , le ſouvenir
des humiliations que j'avois eſſuyées ,
ne me permettoit pas le moindre effort
pour regagner ſon amitié. Etrangère
DECEMBRE. 1763. 45
aujourd'hui dans un lieu où j'ai paffé
tant d'années , à peine ai-je la liberté de
jouir de la fraîcheur de l'air : je ſupporte
mes peines avec une patience apparente ;
mais je ne ſens pas moins que le chagrin
détruit infenfiblement les principes de
ma vie. Sans vous , ma chère Zoa , ce
ſeroit pour moi une conſolation d'en enviſager
la fin. Tout ce que je demande
aux Cieux , c'eſt que cette hiſtoire vous
fafſe aſſez d'impreſſion , pour faire germerdans
votre coeur les ſentimens d'une
Chrétienne . Vous ne fauriez l'être tant
que le Banian vivra : mais j'oſe encore
eſpérer que le Ciel attendri par mes larmes
, & touché de votre innocence
ſçaura peut- être un jour , par des événemens
dont à peine j'enviſage la poffibilité
, vous rendre au culte facré de vos
Pères &à votre Patrie .
Adieu , ma chère Zoa ! je ne ſerai
plus quand vous lirez ce manufcrit , &
mes derniers voeux ſont pour vous .
N. B. Quand ma mère , ajoute Zoa ,
ſe ſentit proche de fa fin , elle me fit
appeller ; & après m'avoir donné fa bénédiction
, elle mit dans mes mains une
petite caffette , dans laquelle elle gardoit
quelques bijoux que lui avoit autrefois
donnes mon père. Ma chère enfant
46 MERCURE DE FRANCE.
dit- elle , voilà tout ce dont je puis difpoſer
; mais vous trouverez dans cette
caffette quelque choſe digne d'être conſervé.
Je vous ordonne cependant de ne
pas l'ouvrir avant ma mort , & de prendre
garde que d'autres que vous ne
voyent ce qu'elle contient : fans cette
précaution vous iſqueriez d'être privée
du plus riche tréſor , & vous me feriez
perdre le fruit des ſoins que j'ai cru devoir
prendre pour votre bonheur futur.
Ce ne fut que longtemps après la mort
de ma mère , que j'ouvris une caffette
, où , avec le récit de ſes malheurs ,
je trouvai une très-ample inſtruction
fur les Myſtères de la Religion Catholique
, que Dieu m'a fait enfin la
grâce d'embraffer , par des moyens
dont je rendrai compte un jour ; &
j'eſpére qu'il me fera ſans doute auffi
celle de me pardonner , d'avoir déſobéi
fur ce point à mon père.
J E commençois à defirer le retour du
Banian , dans l'espérance qu'il me rapporteroit
une réponſe favorable : un
mois entier ſe paſſa ſans qu'il nous
DECEMBRE. 1763 . 17
donnât de ſes nouvelles ; à la fin , il arriva.
Il prétendit ( car hélas ! je n'eus
que trop lieu , dans la ſuite , de connoître
ſa mauvaiſe foi ) qu'il avoit
paflé tout ce - temps là , & cela trèsinutilement
, à attendre le rétabliſſement
du Gouverneur , qui ne vouloit
voir perſonne pendant ſa maladie ; que
mon Hiſtoire qu'il avoit racontée à plufieurs
Anglois , avoit été reçue de leur
part très - froidement , ce qu'il attribuoit
à la guerre , qui étoit entre eux & les
François ; qu'enfin le Vaiſſeau de mon
Père ayant péri avec toute ſa Cargaiſon
, il n'y avoit plus à eſpérer
de recouvrer aucuns de ſes effets.
Cette nouvelle m'arracha des larmes ,
dont il parut extrêmement touché. Il me
dit dans les termes les plus tendres , ainfi
que l'Interpréte me les rendit , que
j'avois tort de me livrer à un chagrin
auffi immodéré , qu'il ſe flattoit que
dans peu de temps il pourroit engager
quelques Anglois à ſe montrer plus humains
à mon égard ; qu'au ſurplus tant
que je reſterois chez lui , dût- ce être
pour toujours , tout ce qu'il poffédoit
feroit à mon ſervice & à mes ordres .
Je le remerciai comme ſi ſes offres n'a18
MERCURE DE FRANCE .
voient eu que l'hoſpitalité pour motif;
je diffimulai mes craintes avec toute l'adreſſe
dont j'étois capable , en ne faifant
rouler mes inquiétudes que fur
l'embarras que je lui caufois. Ses foins
les plus empreſſés étoient de diffiper
ma mélancolie par tous les divertiſſemens
qu'il pouvoit imaginer. L'interpréte
lui ayant fait part des progrès
que j'avois faits dans la langue du Pays,
il en parut enchanté & s'écria : je puis
donc eſpérer que tout ce qui eſt dans
l'Inde n'eſt pas déſagréable à ma charmante
Henriette ! Comme j'entendis
fort bien ces mots , je pris fur moi de
répondre ſans le fecours de l'Interpréte.
Je lui dis que n'y ayant juſqu'à préfent
rien trouvé qui me fut déſagréa
ble , j'eſpérois de conſerver cette façon
de penſer. Il faut , dit-il , au Hollandois
, que vous soyez un excellent
Maître , ou que votre Ecolière ait un
génie ſupérieur , pour être en état nonſeulement
d'entendre , mais même de
prononcer avec autant de grâces une
Langue qu'elle n'a entendue qu'il y a
environ un mois. Depuis ce moment ,
quand nous étions à table , il me faifoit
nommer en Malayan tous les plats
DECEMBRE. 1763 . 19
dont je voulois goûter ; me faiſoit boire
à ſa ſanté , & tâchoit de me faire
converſer avec lui. Les femmes qui me
fervoient , charmées de pouvoir ſe faire
entendre , me parloientfans ceſſe , & je
parvins bientôt à ſçavoir leur Langue
au point de n'être embarraffée dans aucune
eſpéce de converſation .
Quelques jours ſe paſſerent où tout
fut employé à me diſtraire de mes trif
tes idées & rien à confirmer mes foupcons
, juſqu'au moment où le Banian
ſe trouvant un jour ſeul avec moi dans
le Jardin ,me conduifit dans une grotte
dont la délicieuſe fraîcheur tempéroit
l'ardeur du Soleil , fans nous priver
de l'effet brillant qu'il produiſoit fur le
fommet des arbres. Cet endroit n'eſt il
pas charmant , belle Henriette , me ditil
? & faut-il defirer de quitter l'Inde
pour ſe croire heureux ? Sans doute ,
répondis-je , ceux qui ont leur établiſ
ſement dans ce Pays-ci auroient tort de
ſe plaindre de leur fort ; mais ceux qui
font nés dans une autre partie du monde&
y ont toujours vécu , pourroient ,
fans qu'on leur en ſçût mauvais gré ,
n'y pas goûter les mêmes agrémens. Le
moyen de vous les faire goûter , reprit- il,
eft de vous y fixer ; mais je crains que
1
20 MERCURE DE FRANCE .
ce que le Pays a d'agréable ne puiffe
pas racheter à vos yeux la couleur difforme
de ſes habitans. L'on m'a toujours
enſeigné , lui dis-je , que la ſeule
beauté vraiment eftimable étoit celle
de l'âme. Fidelle à cette leçon je n'ai
juſqu'ici eſtimé les hommes que par
leurs actions . Les miennes vous ont-elles
jamais offenſée ? s'écria- t il vivement.
Vous , Monfieur ! repris-je avec
ſurpriſe , je n'ai qu'à me louer de votre
bienfaiſance. Non , Henriette , non ,
reprit-il avec un ſoupir , vous ne m'avez
aucune obligation. Etoit-il en moi
d'en ufer autrement avec vous ? L'inf
tant où je vous vis fut celui de madéfaite
; & vous ne me laidsâtes que le
titre d'Eſclave , ajouta- t- il en me prenant
la main & en la portant à fa
bouche..
Quelles furent alors mes craintes ! ....
Je rougis , je tremblai , & n'eus pas la
force de parler. Le Banian trembloit
auſſi. Mais mon filence qu'il interprétoit
mal , l'enhardit bientôt au point de hazarderdes
careffes qui redoublerent mon
éffroi... Arrêtez , lui dis -je , en m'élançant
hors de la grotte ; n'achevez pas de
perdre le mérite de votre générofité.
J'ai appris à ſupporter le malheur : mais
DECEMBRE . 1763 . 21
la mort me délivreroit de l'infamie . Ces
mots firent fur lui toute l'impreffion
quej'en avois attendu. Pourquoi , dit- il,
en foupirant , pourquoi , belle Henriette
, donner des noms ſi odieux au témoignage
innocent de mon amour ?
Les Dieux ſeuls ſçavent ce qu'il m'en
a coûté pour ne pas vous le déclarer
plutôt; & je jure par eux que mes defſeins
furent toujours dignes d'être avoués
par l'honneur & la vertu Serois-je affez
malheureux pour que des ſentimens
fi purs , vous fuſſent odieux de la part
de celui à qui vous les inſpirez ?
Quoiqu'un peu raffurée par ces derniers
mots , j'étois embarraſſée de ma
réponſe . La franchiſe de mon caractère
ne me permettoit pas d'autoriſer un ſentiment
que je ne pouvois lui ſouffrir fans
une répugnance invincible. Vous héſitez
, s'écria- t- il , ma chère Henriette !
Mais en réfléchiſſant ſur les moyens extraordinaires
qui vous ont conduite jufqu'à
moi , vous fentirez fans doute que
le Ciel nous avoit deſtinés l'un pour
l'autre. Oui ! poursuivit-il avec chaleur ,
oui ! la plus aimable des Créatures , je
re regarde comme la récompenſe de ma
piété & de mon zéle pour les Dieux
que je fers.
22 MERCURE DE FRANCE.
Ah ! Monfieur , interprétez mieux la
volonté de Dieu qui m'envoye à vous
feulement comme une occafion d'exercer
votre humanité. Quel plaifir plus
flatteur que celui de faire le bien !
Ceux qu'offre l'amour peuvent-ils lui
être comparés ? Oubliez- vous enfin que
nos cultes font différens , & que rien
ne pourroit me réfoudre à une alliance
profcrite par le mien ?
Oh! quant à cet Article , interrompit
le Banian , dès que vous connoîtrez
mieux mon culte , vous prendrez ,
& j'en fuis certain , une idée plus avanrageuſe
de la clémence de nos Dieux ,
que celle que vous pouvez avoir du
vôtre.
Ce blafphême me fit horreur. Je le
témoignai vivement ; mais le Banian
avoit trop d'art pour continuer une
converſation plus propre à augmenter
mes inquiétudes qu'à les diffiper ; il
m'affura au contraire qu'il ne tenteroit
jamais de rien changer à ma façon de
penſer ſur ma Religion.
La nuit qui s'approchoit , me preſſoit
de quitter la grotte ; & je n'y parvins ,
qu'en m'engageant à écouter patiemment
à l'avenir les témoignages de fon
amour. Cette converfation occupa en
DECEMBRE. 1763 . 23
core tout le ſouper ; & quand je parus
defirer de me retirer : cruelle Hentiette !
s'écria -t- il , je vois avec douleur , le
peu de progrés de ma tendreſſe : vous
me haïflez ; & je crains bien qu'il ne
ſoit jamais en mon pouvoir de changer
votre coeur. Je ne veux pas pourtant
vous retenir plus longtemps ; peutêtre
que , rendue à vous-même , vous
me jugerez moins fait pour tant de rigueurs.
Il prononça ces mots , d'un air
fi pénétré , que , cédant malgré moimême
à la pitié qu'il m'inſpira : Ah !
Monfieur , lui dis -je avec émotion
pourrois-je en effet vous haïr ? Ai-je un
autre appui dans ces lieux ? Ai-je un
autre protecteur que vous ? Rendez
plus de juſtice à une inforunée , trop
accablée encore par la perte récente de
tout ce qu'elle avoit de plus cher
& qui ſe croiroit heureuſe de trouver
un frère en vous .
O charmante Henriette ! interrompit
le Banian , avec une expreffion qui mar
quoit autant de joie qu'il avoit montré
de douleur , tout ce que tu as perdu , tu
peux le retrouver en moi : je ferai à.
toi , & à toi ſeule ; tu feras le monde
entier pour moi. Mais , ajouta-t-il , s'il
eſt vrai que tu m'aimerois comme un
24 MERCURE DE FRANCE.
frère ; confirme cet aveu , en permettant
que je t'embraſſe comme tel. Je
me repentis alors de ce que j'avois dit.
Il me tint pendant quelques minutes
étroitement ferrée entre ſes bras , &
vivement tenté de profiter de l'occa -
fion , comme il me l'a avoué depuis ;
mais le ſentiment de ce qu'il croyoit
me devoir , l'emporta fur les mouvemens
fougueux de ſa paffion ; & il me
laiſſa la liberté de me retirer , avec un
air qui me fit ſentir tous les riſques que
j'avois courus.
L Je paſſai la plus mauvaiſe nuit. L'idée
d'être au pouvoir d'un homme qui ne
diffimuloit plus ſes vues ; l'impoffibilité
apparente de m'y ſouſtraire , me
cauſoient de mortelles inquiétudes , &
je ne me voyois de reſſources , que
dans les ſecours du Ciel. J'étois encore
dans cette douloureuſe ſituation , lorfqu'une
des femmes entra dans
chambre , & me dit que le Hollandois
prêt à partir , demandoit à prendre congé
de moi : ſur quoi , j'ordonnai qu'on
le fit entrer. Après m'avoir témoigné
l'intérêt qu'il prenoit à mon bonheur ,
il chercha à détruire ce qui me reſtoit
d'eſpérance du côté des Anglois , en
ma
m'aſſurant qu'il étoit plus que vraiſemblable
DECEMBRE. 1763 . 25
blable qu'ils ne feroient rien pour moi.
Il ajouta , qu'il avoit démêlé que le
Banian m'aimoit , & qu'il le ſoupçonnoit
d'avoir conçu le projet de m'épouſer.
M'époufer ? Interrompis - je ,
une Chrétienne épouſer un Idolâtre !
Tous mariages font bons aux yeux de
Dieu , reprit - il , la différence des cérémonies
ne détruit point leur validité
; & je ne vois pas qu'une auſſi foible
raiſon doive vous faire renoncer à
la fortune qui vous eſt offerte. Elle fetoit
plus grande encore , lui répondisje
, que je préférerois la mort au malheur
de recevoir un infidéle dans mon
lit. Puffiez-vous n'avoir pas à en gémir
, me dit-il : mais oubliez-vous que
vous n'êtes pas maîtreſſe de vous -même
dans ce Palais ? Je ne le ſçais que trop ,
repris -je , fondant en larmes. L'émotion
que je crus remarquer dans ſes yeux ,
me donna l'idée de ſaiſir cette oсса-
fion de tenter ſa cupidité. Je lui ouvris
donc mon âme , ſans lui cacher la déclaration
que m'avoit faite le Banian ;
ma répugnance à répondre, & la frayeur
où j'étois à chaque inſtant fur ce qui
en pourroit réſulter. Si vous étiez affez
généreux , lui dis-je , pour avoir pitié
de moi & me procurer dequoi me dé-
B
26 MERCURE DE FRANCE.
guifer , je partirois la nuit & j'irois
trouver quelque Facteur Anglois qui
fûrement ne feroit pas aſſez barbare pour
me refuſer le paſſage ſur un de leurs
vaiſſeaux. Croyez que je ne ſerai point
ingrate , & qu'auſſitôt que je ferai rendue
au comptoir , je vous donnerai cette
bague qui eſt un diamantde prix &
tout ce que m'a laiſſé ma malheureuſe
fortune. Je lui montrai la bague dont
l'éclat produifit tout l'effet que j'en attendois.
Après avoir réfléchi un moment
, il m'aſſura qu'avant trois jours
j'entendrois parler de lui , & me recommanda
pendant ce temps de traiter le
Banian de manière à lui donner lieu
d'eſpérer que je ne ſerois pas toujours
infenfible à ſa flamme , pour éviter
qu'une conduite différente ne ledéterminât
à tenter la violence. Je le conjurai
en pleurant d'être fidéle à ſes promeſſes.
Après me les avoir réïtérées par
ferment , il prit congé de moi , & me
laiſſa dans la diſpoſition de ſuivre fes
avis, quelle que fût ma répugnance pour
tout ce qui reſſembloit à la fauffeté.
Je penſai d'abord que fi je reſtois
plus longtemps dans ma chambre , le
Banian pourroit me ſoupçonner l'intention
de l'éviter ; je deſcendis dans
DECEMBRE. 1763 . 27
la Salle où je comptois le trouver. Il n'y
vint que deux heures après avec une
lettre à la main. Ma chère Henriette ,
me dit- il , je ſuis fâché d'être porteur
de nouvelles qui pourroient bien ne pas
vous plaire ; un Négociant Anglois me
mande que l'animofité entre ſa Nation
& la vôtre eſt portée au point qu'il n'oferoit
riſquer de vous fervir , & d'autant
plus que vous appartenez à celui
qui avoit été nommé Gouverneur d'Iranadab
, & dont les ordres étoient
fûrement de nuire à leur commerce.
De façon , continua-t- il , que vous ne
dépendez plus que de moi. Je ſentis
d'abord fon artifice , qui n'avoit d'autre
but que celui de me réduire à la néceffité
de céder enfin à ſes volontés . Je
me contentai de répondre : il ſe trouve
donc des Barbares parmi les Chrétiens ?
Oui , reprit- il avec chaleur , & tels que
vous auriez peine à en trouver parmi
les Indiens . Il s'étendit alors fur les
cruautés & fur les perfidies des Nations
Européennes . Mais quoique peu perfuadée
de tout ce qu'il diſoit à leur
déſavantage , j'évitai de le contredire ;
& fon humeur fut fi agréable pendant
tout le reſte du jour , que je n'y foupconnai
rien de contraint.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Dès ce moment je parus écouter ſans
répugnance les témoignages de ſa tendreſſe.
Je fouffris même qu'il prît ma
main entre les fiennes , & croyois devoir
acheter ainſi le temps dont j'avois
beſoin. Mais le Banian ſe troubla en
me preſſant ſur ſon ſein. O ! trop chère
Henriette , s'écria-t-il , d'une voix émue ,
ne vous perfuaderai - je jamais que votre
bonheur & le mien ſeroient le prix de
votre ſenſibilité ? Je m'apperçus alors
combien j'avois à craindre en pouffant
fi loin ma complaiſance : je me débarraffai
de lui. Rappellez-vous , lui dis-je ,
le ferment que vous avez fait de ne ja
mais m'offenfer par des libertés qui me
rendroient indigne de votre affection fi
je les permettois: laiſſez au temps à déci
der mon coeur. Vous aurez tout celui
que vous éxigerez , repliqua-t-il , mais
qu'il foit limité : dites ſeulement que
vous ferez à moi , & fixez le terme de
mon fupplice ; il ſeroit peut être au-deſſus
des forces humaines de vous adorer , de
vous voir fans ceſſe , d'être fans eſpérance
, & de vous refpecter toujours. Je
ne puis rien vous promettre , repris -je ;
mais fi vous m'aimez en effet , vous
eſſayerez du moins juſqu'où la reconnoiffance
peut me conduire. Eh bien ,
DECEMBRE. 1763 . 29
dit-il , je m'y foumets ; car je prétends
vous plaire . A partir de ce moment , le
Banian ſe conduifit avec moi de façon
à ne me rien laiſſer à defirer pendant
deux jours & une partie du troifiéme.
Ce fut alors que le Hollandois revint
pour chercher , diſoit-il , quelques papiers
qu'il avoit oubliés ,& dont la perte
lui eût été de la plus grande importance ;
mais dans le vrai , pour me remettre
ſecrettement un billet où je trouvai ces
mots : " Si vous perſiſtez dans la réſolu-
» tion de quitter la maiſon du Banian
rendez-vous vers minuit dans le jardin ;
> vous trouverez à côté de la ſalle à man-
» ger un habit d'eſclave : c'eſt le dégui-
>>ſement le plus propre à vous cacher.
» Mais je vous exhorte de nouveau à
» abandonner ce projet , dans la crainte
» où je ſuis encore que vous n'ayez à
>> vous plaindre de la réception des An-
» glois. Quoiqu'il en ſoit, je tiendrai ma
>> promeffe, &je me trouverai derrière le
» jardin , d'où je vous conduirai où vous
>>> defirez vous rendre .
Ce billet me donna plus de tranquilli
té ; car malgré notre petit traité , leBanian
renouvelloit vivement ſes perfécutions
, & ce foir- là même il me preſſa
tellement de fixer le moment de ſon
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
bonheur , je vis tant d'égarement dans
fes yeux , qu'effrayée de ſes regards , je
pais le parti de lui donner le change. Demain
, lui dis-je , vous faurez ma derniere
réſolution. Votre réſolution , s'écria-
t- il ? Elle ſera peut- être l'Arrêt de
ma mort. Au moins dites-moi ſi je puis
efperer qu'elle ſera en ma faveur. Je le
crois , lui dis -je , fi vous continuez de
defirer. Dieux ! pourriez-vous en douter,
reprit-il ? Demain ..... Atteſtez donc votre
Dieu que vous ferez demain à moi. Je
ne fuis pas garant des événemens , repris-
je ; mais fi je vis & fi vous êtes dans
les mêmes ſentimens ... Jurez-le - moi, interrompit-
il avec une eſpéce d'emportement
indéfiniſſable ,&dontje fus glacée.
Confirmez cette adorable promefle : affurez-
la-moi par un ferment qui vous ſoit
inviolable. Eh bien , répondis - je en
tremblant, & fur la certitude intérieure
que le lendemain je ferois loin de lui ,
jejure par celui qui régit ce vaſte Univers
que demain nous ferons l'un à
l'autre fi vous continuez de vouloir &
de pouvoir former cette union. Le Banian
parut tranſporté & me baiſa plufieurs
fois la main. Cependant à travers
ſes tranſportsje crus lui voir moins d'ardeur
que de coutume. Il parla peu , &
. DECEMBRE. 1763 3
quand je me diſpoſai à me retirer , il ne
s'y oppoſa point : il me dit ſeulement en
m'embraſſant ; prenez garde , aimable
Henriette , à remplir votre voeu ! Je fouris
, & le quittai avec d'autant plus de
plaifir , que je me flattois de ne le plus
revoir.
Je me laiſſai deshabiller à l'ordinaire ;
& quand je crus que tout dormoit dans
la maiſon , je deſcendis , j'ouvris doucement
la porte du jardin ; j'y trouvai au
lieu marqué l'habit d'eſclave ; je m'en
revêtis promptement , & après avoir
franchi une paliſſade qui ſéparoit lejardin
d'une prairie , je rencontrai mon
guide. Il faut , dit- il , vous armer de patience
, car nous avons pluſieurs milles
à faire avant que de pouvoir nous repofer
en fùrété. J'étois fi ravie de ma délivrance
, que je me croyois infatigable.
Nous prîmes notre route à travers un
bois , dont la ſombre horreur me rappella
tout ce que j'ai fouffert dans la
forêt de Malayan ; mais l'âge avancé de
mon conducteur me raſſura .
Nous avions fait à peine une demie
lieue , que nous nous vîmes environnés
de pluſieurs hommes. Ce ſpectacle me
fit tomber ſans connoiffance. Lorſque
je revins de ma foibleſſe , la vue de mon
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
appartement , & des deux femmes qui
étoient dans l'uſage de me ſervir , ne
me laiſſerent plus douter de mon infortune.
Ce que je ne pouvois comprendre ,
c'eſt que le Banian eût pû fitôt être informé
de ma fuite. En vain je queſtionnai
les femmes ; je n'en pus tirer autre
choſe , finon que leur maître me répondroit.
La honte de l'avoir trompé , jointe
à ce que j'en avois eu précédemment à
craindre , fut prête à me jetter dans une
ſeconde foibleſſe. Dieu ! m'écriai-je ,
quels crimes ai-je donc commis pour
être auffi cruellement perfécutée ? Les
larmes que je répandis , & l'agitation de
mon âme , que je ne m'efforçois plus
de cacher , auroient ému le coeur le plus
barbare .
Dès qu'il fut jour je vis paroître le Banian
: j'étois encore au lit , & mon premier
mouvement fut de me cacher ſous
la couverture . Vous avez raiſon de vous
cacher, perfide créature, s'écria-t- il ; non .
"ſeulementvous me trompiez , mais vous
trompiez le Dieu que vous ſembliez refpecter.
Voyons , continua-t- il , fi cette
phyſionomie trompeuſe conſerveencore
affez de charmes pour défarmer tout
mon reſſentiment. Plaiſe au Ciel que
non ! m'écriai-je avec tout le courage
DECEMBRE. 1763 . 33
:
,
dont je pus m'armer ; je ne demande
d'autres faveurs que celle de mourir ; ce
ſera finir mon fupplice , & vous vous
épargnerez bien des tourmens. Non , reprit-
il , ma vengeance ſera plus ingénieuſe
& moins au gré de votre haine
pour moi. Préparez , dit- il , en fortant ,
& en ſe retournant vers les femmes
préparez cette créature perverſe à paffer
bientôt dans mon appartement. Alors les
miniſtres de ce maître impérieux me dépouillerent
de mon habit d'eſclave pour
me revêtir d'une robe très- riche . Si j'avois
eu en ma diſpoſition quelque inftrument
propre à me donner la mort , je
me ferois trouvée heureuſe : mais les
marques de mon déſeſpoir avoient fait
prendre aux femmes des précautions
pour m'empêcher d'y fuccomber. Elles
me conduifirent, ou plutôt me traînerent
chez le Banian , qui fit figne à celles
qui m'avoient amenée de nous laiffer
ſeuls . Eh bien , Henriette , me dit- il ,
eſt-ce ainſi que vous vous éfforcez de
calmer mon reſſentiment ? Est-ce par
des fanglots , & par un filence opiniâtre ,
que vous comptez obtenir votre grace ?
Je tentai vainement de parler : mes foupirs
m'étouffoient la voix, Fille obſtinée
! s'écria-t- il , où ſont maintenant ces
By
34 MERCURE DE FRANCE.
,
regards , cette douceur perfide que vous
employates fi bien hier pour me tromper
? Ce reproche me fit ſentir tout le
poidsdes remords ſur un intérieur coupable.
Dieu feul , lui dis-je en tremblant ,
ſçait ce qu'il m'en a coûté pour diffimuler
avec vous ; & j'avoue avec la plus grande
fincérité , que fans avoir pû être touchée
de votre amour , je n'ai jamais été inſenſible
à vos bontés.... Et tu me fuis
interrompit- il , pour me prouver ta reconnoiffance
? Mais ſi je n'ai eu d'autres
motifs que celui de l'amour pour t'accorder
ma protection , tu devois à la
cauſe les ſentimens que tu accordois à
l'efet. Je vous ai aimé , Henriette , & je
vous aime encore malgré moi: mais me
voici décidé à rompre un enchantement
qui m'avilit ; je ne vois plus en vous
qu'une eſclave faite pour obéir à fon
maître .... Ah , Seigneur ! lui dis-je en
tombant à ſes pieds , vous avez juré par
vos Dieux de ne jamais me faire violence.....
Songez que le parjure .....Hypocrite
! s'écria-t-il , oſez-vous parler de
parjure , quand vous -même en êtes doublement
coupable ? N'avez-vous pas juré
par votre Dieu , que fi vous étiez en vie
&en mon pouvoir aujourd'hui , vous céderiez
à ma rendreſſe ? Je conviens du
DÉCEMBRE. 1763. 35
ferment que j'ai fait , repliquai-je ; mais
fi vos ſentimens ont ceſſé d'être les mêmes
, hélas ! fuis-je tenuede les remplir ?
Ainfi vous avouez être liée , en ſuppofant
que mon coeur ſoit le même ? Eh
bien , vous êtes condamnée par vos propres
paroles ; & pour vous en donner
la preuve , apprenez que j'étois inſtruit
de tout ce que vous avez fait pour me
tromper. La Lettre du Hollandois étoit
écrite de ma main ; votre déguiſement
étoit choiſi par moi ; ce ſont mes gens
qui vous ont arrêtée : je vous ai toujours
fuivie. Ainfi mes fentimens n'ont pas
plus changé que les vôtres. Alors auffi
humiliée que confondue, que me reſtoitil
à oppoſer au Banian ? Je me récriai
contre la perfidie du Hollandois , qui
après avoir favoriſé mon projet & m'avoir
féduite par ſes pernicieux avis ,
m'avoit fi lâchement trahie . Le Banian,
après m'avoir laiſſé exhaler ma colère ,
me pritdans ſes bras : allons , ma chère
Henriette , il eſt écrit que nous ferons
tous deux parjures ; vous en refuſant ce
que vous avez juré de m'accorder , &
moi en ufant de violence pour l'obtenir.
Il ne nous reſte qu'un moyen de
fauver nos âmes d'un crime dont la
mienne frémit , tout déterminé que je
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
ſuis à le commettre : c'eſt de vous donner
à moi fans répugnance.
Dans l'impoffibilité de me ſouſtraire
à ma deſtinée ; engagée par un ferment
à ne pouvoir plus refuſer ce que l'attente
d'une mort cruelle ne m'eût jamais
fait accorder , ſi j'avois pu prévoir
l'avenir ; forcée enfin à cet odieux facrifice
, je me bornai à éxiger que la
décence la plus rigoureuſe y mît le
ſceau. Je n'ai plus rien , Monfieur , à
objecter contre vos droits , lui répondis-
je ; je reconnois que le ferment me
lie malgré la façon artificieuſe dont
vous me l'avez arraché : mais ſi vos
ſentimens ſont purs , une cérémonie
authentique doit en précéder la récompenſe.
Je vous entends , s'écria-t-il ; &
pour vous prouver combien je méritois
plus de retour de votre part , je
veux que vous soyez ma femme. Ne
rappellons point le paſſé , repris-je , ſi
vous voulez rétablir dans mon âme les
ſentimens qui ſeuls peuvent nous rendre
heureux. Quantà moi , je vous jure
avec la plus grande fincérité , que quelque
répugnance que j'aye marquée
pour cet engagement , je m'efforcerai
déſormais à ne voir en vous qu'un
époux digne de ma tendreſſe , & à me
DECEMBRE . 1763 . 37
conduire à votre égard comme une
épouſe devenue telle par fon choix .
Le Banian au comble de ſes voeux ,
eût volontiers folemnifé ce mariage dès
le jour même ; mais je gagnai ſur lui de
le différer juſqu'au lendemain. L'état
violent d'où je ſortois demandoit au
moins une nuit tranquille. Vous ne devez
pas craindre , lui dis - je , d'être
trompé une ſeconde fois , j'ai eu trop
à me repentir de la première ; le
temps de mon abfence ne ſera employé
qu'à étudier les moyens de réparer ma
faute.
Le lendemain matin les femmes qui
m'avoient toujours ſervie , m'apportérent
les habits de nôce les plus fomptueux
& me conduifirent chez le Banian
, que je trouvai auſſi magnifiquement
vêtu. Une nombreuſe ſuite
de Banians qui avoient été invités pour
être témoins de notre mariage entrerent
immédiatement après , & nous nous
rendîmes au lieu deſtiné pour la cérémonie.
Ici finirent les calamités attachées à
mon état de fille ! mais hélas ! pour en
éprouver d'autres dans celui de femme.
Malgré tous mes efforts pour remplir
mes devoirs envers mon mari , il ne
38 MERCURE DE FRANCE.
fut jamais en moi d'éprouver les délices
qui , dit- on , font le charme de pareilles
unions. Le Banian s'en plaignit
d'une façon délicate & ne négligea rien
de ce qui pouvoit donner plus de chaleur
à mes ſentimens. Soins inutiles !
chaque jour ajoûtoit à la vivacité de ſa
paffion , & à mon invincible froideur.
Ses intérêts l'ayant quelque temps
appellé à la ville , où il defiroit que je
l'accompagnaſſe ; je me contraignis pour
paroître defirer ce voyage , auquel j'euffe
volontiers préféré la folitude.
Anotre arrivée à Bombay , nous reçumes
la viſite de pluſieurs familles Indiennes
, qui féliciterent mon mari fur
fon choix ; & je ne tardai pas à m'appercevoir
de fa répugnance à me laiffer fortir
du logis: mais peu curieuſe de former
aucune fociété avec les Indiens , j'étois
fur ce point très-d'accord avec lui. Dès
l'inſtant où il put fe flatter de ma groffefſe
, il infiſta pour que je l'accompagnafle
au Temple , afin d'invoquer l'Idole
adorée pour une heureuſe délivrance
: c'étoit , dit-il , un ufage dont
perſonne ne pouvoit ſe diſpenſer , bien
moins encore la femme d'un Banian .
Je cédai à cette néceſſité , en me réſervant
de faire de mon coeur le temple de
DECEMBRE. 1763 . 39
ma dévotion , & de diriger mes penſées
vers le Dieu qui en connoiffoit les plus
fecrettes.
Je fus conduite à la Pagode, dans une
chaiſe fermée & fuivie par tous nos domeſtiques.
Le Banian , avec pluſieurs
de ſes amis , vint me prendre à la porte
, & me mena à la Colomne , fur laquelle
l'Idole eſt placée. Je feignis d'y
faire ma prière , quoiqu'indignée du
ſpectacle ridicule de leurs cérémonies ,
& le Banian ſeul me reconduifit à
ma chaiſe. Mais cet acte de complaifance
ne fervit qu'à m'attirer bientôt
de nouveaux chagrins , puiſque le Banian
, aveuglement attaché à ſa religion
, employa tout pour m'engager
à l'embraffer . Un jour qu'il m'en preffoit
le plus : Ah ! ne l'éxigez pas , lui
dis-je : en même temps qu'il me feroit
impoffible de fléchir le genoux devant
vos Idoles , je ſens que je ſerois capable
de mourir , pour vous prouver qu'après
mon Dieu , vous êtes au monde ce
que j'ai de plus cher. La vivacité avec
laquelle je prononçai ces mots , lui en
démontra la fincérité ; il parut moins
ſenſible au mépris que je témoignois
pour ſa religion ; & ſes ſollicitations
furent ſuſpenduesjuſqu'au moment de
40 MERCURE DE FRANCE.
,
votre naiſſance. C'est alors , ô ma chère
Zoa ! que je me vis livrée aux plus terribles
amertumes , en voyant que ma
fille ſeroit élevée dans l'erreur : je frémiffois
en penſant que vous n'aviez
même pas reçu le baptême ; & j'étois
un jour occupée à vous adminiſtrer de
mon mieux ce Sacrement , quand le
Banian s'offrit à mes yeux. Vaine &
trop crédule femme ! s'écria-t-il avec
des yeux étincelans de rage ; comment
ofes-tu pratiquer ces extravagances
fur mon enfant ? Mais tu gémiras
de ton crime , & d'avoir abuſé de mon
indulgence. Emportez cet enfant , dit- il
à mes femmes qui parurent alors , &
que les premières paroles qu'il pourra
prononcer , foient autant de malédictions
contre les Chrétiens. Je fuppliai
vainement votre barbare père de modé
rer l'excès de fon reſſentim ent ; il vous
arracha de mes bras , & vous fit diſparoître
à mes yeux. Alors oubliant mes
devoirs & combien fon culte lui étoit
cher , je déplorai le ſort fara! qui m'avoit
ſoumiſe à un idolâtre ; & mon emportement
alla juſqu'à lui dire , que fa
méchanceté étoit auſſi infernale que la
couleur de ſa peau. A ce dernier trait
contre ſa perſonne , qu'il avoit toujours
DECEMBRE . 1763 . 41
ſoupçonné m'être déſagréable , le Banian
hors de lui-même tira ſa dague &
m'en frappa la tête affez violemment
pour que je perdiſſe connoiſſance.
Revenue a moi- même , je ne m'oc
cupai que de ma chère Zoa . Je demandai
où l'on vous avoit emportée. Les
femmes ine dirent que vous étiez dans
la maiſon , mais qu'elles craignoient
que vous ne me fuffiez pas rendue fi
je refuſois de me foumettre au Banian ;
que néanmoins il étoit éſſentiel de ne
vous pas donner un autre lait que le
mien. Je vous aimois trop pour ne pas
céder à la néceffité ; mais il n'étoit pas
poſſible que je montraſſe déſormais
les plus foibles apparences d'attachement
à un homme qui m'avoit traitée
en eſclave. Ma tendreſſe pour vous
l'emporta cependant bientôt ſur mon
reffentiment , & je conſentis qu'elles
allafſent intercéder en ma faveur auprès
de leur Maitre , dans les termes qu'elles
jugeroient les plus propres à lui faire
impreffion. Elles ne tarderent guères à
vous rapporter dans mes bras. Mais en
m'apprenant que l'unique moyen de regagner
l'affection de leur Maître & de
vous garder toujours avec moi, étoit de
reconnoître ma faute , de m'humilier
42 MERCURE DE FRANCE.
devant lui. Soumiſe à ſa puiſſance &
ſans eſpoir de m'affranchir , je ne voyois
que ce parti à prendre : mais un ſentiment
de fierté plus fort que ma Raifon
ne put me le permettre , & me rendit
mon Tyran plus inſupportable que
jamais. Il eſt certain , ma chère Zoa
que nul autre motif que le danger
d'être ſéparée de vous , n'auroit pû me
faire profterner devant un homme qui
m'étoit auffi inférieur en tout , & pour
qui il ne me reſtoit plus la moindre
eftime.
Quelques jours ſe paſſerent , pendant
leſquels mes femmes me repréſentoient
ſans ceffe que mon obſtination , non
ſeulement ajoûteroit à la colère du
Banian , mais qu'elle me coûteroit la
perte de mon enfant. Cette idée m'éf
fraya d'abord ; mais ma vanité me ſuggéra
bientôt que ces mêmes charmes
dont je lui avois vû tant de fois éprouver
le pouvoir , l'emporteroient ſur ſa
hauteur , & que l'impoſſibilité de vivre
ſans moi , le forceroit à defirer le premier
une réconciliation : mais ma vanité
me trompa ; & je ne reçus d'autre nou
velle du Banian , que l'ordre cruel de
vous retirer de mes mains. Malgré mon
déſeſpoir je ſentis qu'il falloit céder : je
,
DECEMBRE. 1763 . 43
demandai à genoux qu'il me fut permis
de revoir mon Tyran. A l'air dont il me
reçut , je jugeai d'un coup d'oeil que fa
foibleffe pour moi, ſur laquelle j'avois
tant compté , ne pouvoit plus me promettre
d'eſpoir. Femme ! que voulezvous
? medit-il d'un ton de Sultan irrité.
Rien , Monfieur , lui dis-je , auſſi tremblante
de la violence queje me faifois à
moi-même, quede la crainte d'être refuſée
, rien que vous remettre cet enfant ,
&vous fupplier en même tems d'ordonner
ma mort : privée de votre affection
&de la préſence de ma fille , la vie n'a
plus rien qui me touche. La mort , répondit-
il , peut en effet vous ſembler
préférable au tourment de vivre avec
moi ; j'ai cependant été affez bon pour
ne plus offrir à vos yeux ce monſtre , qui
en couleur comme en malice..... Ahl
Monfieur , interrompis-je avec tranf
port , pardonnez cet emportement au
coeur déchiré d'une mère , qui depuis
notre union n'a jamais cherché qu'à ſe
rendre agréable à vos yeux. Si cela étoit
vrai , s'écria-t-il , auriez-vous tant différé
à implorer le pardon que vous demandez
? Eh ! m'écriai-je , en tombant à
fes pieds , cet acte de ſoumiſſion vous
touchera-t-il ? C'eſt à genoux que je de
44 MERCURE DE FRANCE.
mande cette grace;& fur-tout, que vous
vouliez bien ne pas me ſéparer de mon
enfant ! ....
Ces mots parurent l'émouvoir. Soit
par intérêt pour vous , foit par quelque
retour de tendreſſe pour moi , il daigna
quoiqu'avec fierté , ſe rendre à condition
toutefois , que je ne m'engagerois
par le ferment le plus folemnel
àne jamais vous inſpirer la moindre
notion de la Religion Chrétienne
quand vous avanceriez en âge. Quelque
rigoureuſes qu'elles fuſſent , il fallut
ſe ſoumettre à ces conditions ; & vous
ſçavez , ma chère Zoa , combien religieuſement
je les ai obſervées. Mais
toutes mes obligations ceffent avec ma
vie.
Au moment où je vous écris , il y
a douze ans que cette querelle eſt arrivée;
& depuis cette époque il n'y eutjamais
de parfaite intelligence entre votre
père & moi très-convaincu que toute
ſa tendreſſe n'avoit nullement touché
mon coeur , il s'en vengeoit en cédant
aux mouvemens d'un caractère dur
&jaloux. Quant à moi , le ſouvenir
des humiliations que j'avois eſſuyées ,
ne me permettoit pas le moindre effort
pour regagner ſon amitié. Etrangère
DECEMBRE. 1763. 45
aujourd'hui dans un lieu où j'ai paffé
tant d'années , à peine ai-je la liberté de
jouir de la fraîcheur de l'air : je ſupporte
mes peines avec une patience apparente ;
mais je ne ſens pas moins que le chagrin
détruit infenfiblement les principes de
ma vie. Sans vous , ma chère Zoa , ce
ſeroit pour moi une conſolation d'en enviſager
la fin. Tout ce que je demande
aux Cieux , c'eſt que cette hiſtoire vous
fafſe aſſez d'impreſſion , pour faire germerdans
votre coeur les ſentimens d'une
Chrétienne . Vous ne fauriez l'être tant
que le Banian vivra : mais j'oſe encore
eſpérer que le Ciel attendri par mes larmes
, & touché de votre innocence
ſçaura peut- être un jour , par des événemens
dont à peine j'enviſage la poffibilité
, vous rendre au culte facré de vos
Pères &à votre Patrie .
Adieu , ma chère Zoa ! je ne ſerai
plus quand vous lirez ce manufcrit , &
mes derniers voeux ſont pour vous .
N. B. Quand ma mère , ajoute Zoa ,
ſe ſentit proche de fa fin , elle me fit
appeller ; & après m'avoir donné fa bénédiction
, elle mit dans mes mains une
petite caffette , dans laquelle elle gardoit
quelques bijoux que lui avoit autrefois
donnes mon père. Ma chère enfant
46 MERCURE DE FRANCE.
dit- elle , voilà tout ce dont je puis difpoſer
; mais vous trouverez dans cette
caffette quelque choſe digne d'être conſervé.
Je vous ordonne cependant de ne
pas l'ouvrir avant ma mort , & de prendre
garde que d'autres que vous ne
voyent ce qu'elle contient : fans cette
précaution vous iſqueriez d'être privée
du plus riche tréſor , & vous me feriez
perdre le fruit des ſoins que j'ai cru devoir
prendre pour votre bonheur futur.
Ce ne fut que longtemps après la mort
de ma mère , que j'ouvris une caffette
, où , avec le récit de ſes malheurs ,
je trouvai une très-ample inſtruction
fur les Myſtères de la Religion Catholique
, que Dieu m'a fait enfin la
grâce d'embraffer , par des moyens
dont je rendrai compte un jour ; &
j'eſpére qu'il me fera ſans doute auffi
celle de me pardonner , d'avoir déſobéi
fur ce point à mon père.
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Résumé : SUITE de l'Histoire d'HENRIETTE.
Henriette attend le retour du Banian, qui rapporte que le gouverneur était malade et que les Anglais ont mal accueilli son histoire en raison de la guerre entre la France et l'Angleterre. Le navire du père d'Henriette a sombré, rendant impossible la récupération de ses effets. Bouleversée, Henriette reçoit le soutien du Banian, qui admire ses progrès en langue malayenne. Un jour, le Banian déclare son amour à Henriette, qui refuse ses avances. Le Banian jure que ses intentions étaient pures, mais Henriette reste embarrassée. Lors d'une conversation, le Banian voit Henriette comme une récompense divine, mais elle rappelle leurs différences religieuses. Le Banian assure respecter ses croyances et Henriette accepte d'écouter ses déclarations d'amour à l'avenir. Le Banian exprime sa douleur face à l'indifférence d'Henriette, mais elle reconnaît qu'il est son seul protecteur. Un Hollandais révèle à Henriette que le Banian envisage de l'épouser et lui conseille d'accepter pour éviter la violence. Henriette refuse et tente de fuir. En décembre 1763, Henriette feint de céder pour gagner du temps. Elle accepte une évasion déguisée en esclave, mais est rattrapée. Le Banian lui propose de sauver leurs âmes en acceptant sa condition. Henriette accepte à condition que la décence soit respectée. Ils se marient, mais Henriette ne parvient pas à éprouver de tendresse pour son mari. À Bombay, elle refuse de se convertir à la religion du Banian, provoquant sa colère. Lors de la naissance de leur fille Zoa, Henriette tente de la baptiser secrètement, ce qui déclenche la fureur du Banian. Il la blesse et exige qu'elle se soumette pour revoir son enfant. La mère finit par céder. Douze ans plus tard, la relation entre les parents reste tendue. La mère écrit à Zoa, souhaitant qu'elle embrasse la foi chrétienne après la mort du Banian. Avant de mourir, elle donne à Zoa une cassette contenant des bijoux et un récit de ses malheurs.
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10469
p. 47-50
EPITRE. A Madame du B***, sur la préférence qu'elle donna aux cheveux de l'Auteur sur une perruque.
Début :
QUAND de ma tête blanchissante [...]
Mots clefs :
Âge, Cheveux, Beauté, Appas, Pinceaux, Image, Mesure, Chevelure, Jeunesse, Sagesse, Art trompeur
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE. A Madame du B***, sur la préférence qu'elle donna aux cheveux de l'Auteur sur une perruque.
EPITRE
A Madame du B *** , fur la préférence
qu'elle donna aux cheveux de
l'Auteur fur une perruque.
QUAND de ma tête blanchiſſante
Vous daignez venger la couleur ,
Charmante Du B *** , cet honneur
De la vieilletſe enlaidillante
Me rend l'approche ſans frayeur.
A la voix de votre ſuffrage
Je parfume mes cheveux blancs ,
Je leur trouve , en dépit des ans ,
Les grâces de mon premier âge.
Je crois ſur mon front ſurranné,
Sentir flotter la chevelure
Qui faisoit jadis la parure
Du Dieu qui chériſſoit Daphné.
Dans l'éſſor d'une noble audace
Jevas fixément en ce jour ,
Elever ſur les pas d'Horace
Ma tête au celeſte ſéjour.
Oui raviſſante Bienfaitrice !
Ma chevelure maintenant
Pourra figurer hardiment
Avec celle de Bérénice ,
48 MERCURE DE FRANCE.
Ou cette boucle de cheveux
Si fubtilement enlevée
Et pompeuſement élevée
A l'honneur d'embellir les Cieux.
Par ma tête aujourd'hui j'en jure ,
Ces fils qu'ont blanchi mes travaux
Du tranchant des cruels ciſeaux
N'éprouveront jamais l'injure ;
Et ſi quelques traits imprévus
Les arrachoient à mon envie ,
A l'inſtant ainſi que Nifus
Je finirois ma triſte vie.
De ces tiffus qu'un art trompeur
Treffe pour maſquer la Nature ,
Je n'emploirai point l'impoſture
Pour diſſimuler la couleur
De mon antique chevelure ,
Dont les reſtes que l'âge épure
Des lys égalent la blancheur,
Un front que la neige de l'âge
Rend éclatant & qu'elle ombrage ,
Offre ſouvent plus d'agrément ,
Que la tournure ſymétrique
Des cheveux qu'un fer tyrannique
Fait plier à l'arrangement
Qu'imprime la main deſpotique
D'un mercénaire fatiguant.
Aux regards purs de la ſageſſe ,
La
DECEMBRE. 1763. 49
La tête blanche de Neftor :
Plaiſoit autant que la jeuneſſe
Qui brilloit fur le front d'Hector.
De ma tête ſexagénaire ,
Ornement ſimple & précieux ,
Croiſſez encore mes cheveux
Juſques à mon heure derniere !
Imitez ces rameaux conftans ,
Qu'on voit couronner un vieux chêne ;
De la cime àqui les enchaîne
La main rigoureuſe du Temps ,
Ils ne s'arrachent qu'avec peine ;
Et quand la foudre & les autans
Renverſent ſon tronc ſur l'arène ,
Dans la chûte alors qui l'entraîne ,
Avec lui tombent ſes enfans.
Doux rejetton de mon jeune âge ,
Des ans ainſi bravez l'outrage ,
Autour de ma tête attachés ,
N'en foyez jamais détachés
Qu'au moment du dernier orage.
Non moins précieux qu'un tréſor ,
Vous aurez mes ſoins , ma tendreſſe;
Vous embellirez ma vieilleſſe
Sous le contour de mon caſtor :
Etvotre couleur vénérable
Sera le ſigne reſpectable
Demon amour pour l'âge d'or.
C
50 MERCURE DE FRANCE.
Jours d'innocence où la Nature
Brilloit par la ſimplicité !
Où les moeurs par leur pureté
Des humains faiſoient la parurel
Vous n'êtes plus qu'une peinture
Sans force& fans réalité ;
Le luxe qui vous défigure ,
Acorrompu la ſource pure
De la véritable Beauté.
Vous qui reçures ſans meſure ,
Sage Du B*** , ces dons divers ,
Pour m'acquitter avecuſure ,
Eſt-ce aſſez pour moi que des vers ?
Commentpareux dans la balance
De l'exacte reconnoiffance ,
Puis-je dignement compenfer
Ce que vous venez de penſer
Pour ma tête& pour ſa décence ?
Un pinceau, mieux que mes accords,
Embelliroit mon tendre hommage ;
Votre tête ſeroit l'image
Que crayonneroient mes efforts.
Pour rendre mon coeuvre complette ;
Grâces, volez à mon ſecours;
Prenez les pinceaux , la palette
Etle coloris des Amours.
Mais ma prière eſt indiſcrette :
J'entends Cypris qui larejette ,
DECEMBRE. 1763. 50
M'accuſer de témérité.
Ah! je le vois , la jalouſie
Lui montre dans votre copie
La rivale de ſa Beauté.
Vengez-moi de ſa réſiſtance ,
Le châtiment eſt dans vos yeux ;
Vous-même paroiſſez : bien mieux
Vous montrerez ſa reſſenıblance.
Mais d'autres traits plus glorieux
Relévent cette Nymphe aimable:
De l'eſprit ſource intarillable ,
Elle laiſſe échapper les feux ,
Dont l'éclat perçant , radieux ,
Sans nul apprêt , ravit , enchante
Mieux que la Beauté ſéduiſante
Qui neſçait flatter que les yeux.
Elle eſt un ombre fugitive ,
Qui ſediſſipe ſous nos pas ;
L'eſprit eſt une flame active
Dont le foyer ne s'éteint pas.
En vous cette flâme ſi vive
Eſt l'âme de tous vos appas.
DE SAULX.
A Madame du B *** , fur la préférence
qu'elle donna aux cheveux de
l'Auteur fur une perruque.
QUAND de ma tête blanchiſſante
Vous daignez venger la couleur ,
Charmante Du B *** , cet honneur
De la vieilletſe enlaidillante
Me rend l'approche ſans frayeur.
A la voix de votre ſuffrage
Je parfume mes cheveux blancs ,
Je leur trouve , en dépit des ans ,
Les grâces de mon premier âge.
Je crois ſur mon front ſurranné,
Sentir flotter la chevelure
Qui faisoit jadis la parure
Du Dieu qui chériſſoit Daphné.
Dans l'éſſor d'une noble audace
Jevas fixément en ce jour ,
Elever ſur les pas d'Horace
Ma tête au celeſte ſéjour.
Oui raviſſante Bienfaitrice !
Ma chevelure maintenant
Pourra figurer hardiment
Avec celle de Bérénice ,
48 MERCURE DE FRANCE.
Ou cette boucle de cheveux
Si fubtilement enlevée
Et pompeuſement élevée
A l'honneur d'embellir les Cieux.
Par ma tête aujourd'hui j'en jure ,
Ces fils qu'ont blanchi mes travaux
Du tranchant des cruels ciſeaux
N'éprouveront jamais l'injure ;
Et ſi quelques traits imprévus
Les arrachoient à mon envie ,
A l'inſtant ainſi que Nifus
Je finirois ma triſte vie.
De ces tiffus qu'un art trompeur
Treffe pour maſquer la Nature ,
Je n'emploirai point l'impoſture
Pour diſſimuler la couleur
De mon antique chevelure ,
Dont les reſtes que l'âge épure
Des lys égalent la blancheur,
Un front que la neige de l'âge
Rend éclatant & qu'elle ombrage ,
Offre ſouvent plus d'agrément ,
Que la tournure ſymétrique
Des cheveux qu'un fer tyrannique
Fait plier à l'arrangement
Qu'imprime la main deſpotique
D'un mercénaire fatiguant.
Aux regards purs de la ſageſſe ,
La
DECEMBRE. 1763. 49
La tête blanche de Neftor :
Plaiſoit autant que la jeuneſſe
Qui brilloit fur le front d'Hector.
De ma tête ſexagénaire ,
Ornement ſimple & précieux ,
Croiſſez encore mes cheveux
Juſques à mon heure derniere !
Imitez ces rameaux conftans ,
Qu'on voit couronner un vieux chêne ;
De la cime àqui les enchaîne
La main rigoureuſe du Temps ,
Ils ne s'arrachent qu'avec peine ;
Et quand la foudre & les autans
Renverſent ſon tronc ſur l'arène ,
Dans la chûte alors qui l'entraîne ,
Avec lui tombent ſes enfans.
Doux rejetton de mon jeune âge ,
Des ans ainſi bravez l'outrage ,
Autour de ma tête attachés ,
N'en foyez jamais détachés
Qu'au moment du dernier orage.
Non moins précieux qu'un tréſor ,
Vous aurez mes ſoins , ma tendreſſe;
Vous embellirez ma vieilleſſe
Sous le contour de mon caſtor :
Etvotre couleur vénérable
Sera le ſigne reſpectable
Demon amour pour l'âge d'or.
C
50 MERCURE DE FRANCE.
Jours d'innocence où la Nature
Brilloit par la ſimplicité !
Où les moeurs par leur pureté
Des humains faiſoient la parurel
Vous n'êtes plus qu'une peinture
Sans force& fans réalité ;
Le luxe qui vous défigure ,
Acorrompu la ſource pure
De la véritable Beauté.
Vous qui reçures ſans meſure ,
Sage Du B*** , ces dons divers ,
Pour m'acquitter avecuſure ,
Eſt-ce aſſez pour moi que des vers ?
Commentpareux dans la balance
De l'exacte reconnoiffance ,
Puis-je dignement compenfer
Ce que vous venez de penſer
Pour ma tête& pour ſa décence ?
Un pinceau, mieux que mes accords,
Embelliroit mon tendre hommage ;
Votre tête ſeroit l'image
Que crayonneroient mes efforts.
Pour rendre mon coeuvre complette ;
Grâces, volez à mon ſecours;
Prenez les pinceaux , la palette
Etle coloris des Amours.
Mais ma prière eſt indiſcrette :
J'entends Cypris qui larejette ,
DECEMBRE. 1763. 50
M'accuſer de témérité.
Ah! je le vois , la jalouſie
Lui montre dans votre copie
La rivale de ſa Beauté.
Vengez-moi de ſa réſiſtance ,
Le châtiment eſt dans vos yeux ;
Vous-même paroiſſez : bien mieux
Vous montrerez ſa reſſenıblance.
Mais d'autres traits plus glorieux
Relévent cette Nymphe aimable:
De l'eſprit ſource intarillable ,
Elle laiſſe échapper les feux ,
Dont l'éclat perçant , radieux ,
Sans nul apprêt , ravit , enchante
Mieux que la Beauté ſéduiſante
Qui neſçait flatter que les yeux.
Elle eſt un ombre fugitive ,
Qui ſediſſipe ſous nos pas ;
L'eſprit eſt une flame active
Dont le foyer ne s'éteint pas.
En vous cette flâme ſi vive
Eſt l'âme de tous vos appas.
DE SAULX.
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Résumé : EPITRE. A Madame du B***, sur la préférence qu'elle donna aux cheveux de l'Auteur sur une perruque.
L'épître est destinée à Madame du B*** et exprime la reconnaissance de l'auteur pour sa préférence pour ses cheveux naturels plutôt qu'une perruque. L'auteur voit cette préférence comme un honneur qui lui permet d'accepter sereinement la vieillesse. Il compare ses cheveux blancs à ceux du dieu Apollon et souhaite les conserver jusqu'à sa mort, rejetant l'idée de porter une perruque. Il valorise la beauté naturelle et la sagesse associées aux cheveux blancs, en prenant l'exemple de Nestor. L'auteur espère que ses cheveux continueront à pousser jusqu'à son dernier jour, symbolisant ainsi la constance et la résistance face au passage du temps. Il oppose la pureté et la simplicité des mœurs anciennes au luxe corrupteur actuel. Enfin, il reconnaît les qualités intellectuelles et spirituelles de Madame du B***, les jugeant supérieures à la simple beauté physique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10470
p. 52
VERS présentés à M.... le 9 Octobre, jour de la célébration de son mariage avec Mlle H....
Début :
L'HYMEN, la Raison & l'Amour [...]
Mots clefs :
Mariage, Hymen, Raison, Amour, Divinités, Inquiétude, Amants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS présentés à M.... le 9 Octobre, jour de la célébration de son mariage avec Mlle H....
VERS préſentés à M.... le 9 Octobre ,
jour de la célébration de fon mariage
avec Mlle H....
1
L'HYMEN , la Raifon & l'Amour
Sont trois Divinités , qui ne s'accordent guère
Si l'Amour à l'Hymen vient déclarer la guèrre
La Raiſon auſſitôt la lui fait à ſon tour.
Et lorſque l'Amour & Minerve
Sont à terminer leur débat ,
L'Hymen , qui ſe tient en réſerve ,
Accourt ; & ſe ſaiſit de l'objet du combat.
De-là naît des Amans la tendre inquiésude.
Vous ſeul , heureux M..... fans craindre de retour
Vous trouvez réunis avec l'aimable H ....
La Raiſon , l'Hymen & l'Amour.
Par CHA... DE VOA
jour de la célébration de fon mariage
avec Mlle H....
1
L'HYMEN , la Raifon & l'Amour
Sont trois Divinités , qui ne s'accordent guère
Si l'Amour à l'Hymen vient déclarer la guèrre
La Raiſon auſſitôt la lui fait à ſon tour.
Et lorſque l'Amour & Minerve
Sont à terminer leur débat ,
L'Hymen , qui ſe tient en réſerve ,
Accourt ; & ſe ſaiſit de l'objet du combat.
De-là naît des Amans la tendre inquiésude.
Vous ſeul , heureux M..... fans craindre de retour
Vous trouvez réunis avec l'aimable H ....
La Raiſon , l'Hymen & l'Amour.
Par CHA... DE VOA
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Résumé : VERS présentés à M.... le 9 Octobre, jour de la célébration de son mariage avec Mlle H....
La poésie célèbre le mariage de M. et Mlle H. le 9 octobre. Trois divinités y apparaissent : l'Hymen, la Raison et l'Amour. Initialement en conflit, elles s'harmonisent pour ce couple. La Raison apaise les tensions entre l'Amour et l'Hymen, permettant une union équilibrée entre passion, sagesse et engagement. Le poète félicite M. pour cette harmonie rare.
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10471
p. 53
CONSEIL à un Gentilhomme d'un grand âge, qui vouloit épouser une très - jeune Demoiselle qui feignoit de l'aimer à cause de son bien. Air, à mettre en chant.
Début :
N'ABUSEZ point du sacrifice [...]
Mots clefs :
Sacrifice, Sacrifice, Faveur, Vertu, Honneur, Époux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONSEIL à un Gentilhomme d'un grand âge, qui vouloit épouser une très - jeune Demoiselle qui feignoit de l'aimer à cause de son bien. Air, à mettre en chant.
CONSEIL à un Gentilhomme d'un
grand áge , qui vouloit épouser une
très - jeune Demoiselle qui feignoit
de l'aimer à cause de fon bien.
Air , à mettre en chant.
N'ABUSEZ point du ſacrifice
Qu'on veut faire en votre faveur :
Vous ſeriez l'ayeul de Clarice ,
Et vous croyez avoir ſon coeur.
Ne voudrez -vous jamais connoître
Qu'un tel choix doit vous allarmer2
Vous n'ouvrirez les yeux peut- être
Que quand il faudra les fermer.
Pour faire un choix & le bien faire,
Que votre coeur parle: il le faut .
Mais le Sentiment doit ſe taire .
Lorſque la Raiſon ne dit mot.
La vertu d'une femme ſage
N'eſt que trop ſujette aux dégoûts ;
Et quand ſon honneur fait naufrage ,
On ſe mocque encor de l'époux.
1
Par M. Le Chev. de JUILLY- THOMASSIN
grand áge , qui vouloit épouser une
très - jeune Demoiselle qui feignoit
de l'aimer à cause de fon bien.
Air , à mettre en chant.
N'ABUSEZ point du ſacrifice
Qu'on veut faire en votre faveur :
Vous ſeriez l'ayeul de Clarice ,
Et vous croyez avoir ſon coeur.
Ne voudrez -vous jamais connoître
Qu'un tel choix doit vous allarmer2
Vous n'ouvrirez les yeux peut- être
Que quand il faudra les fermer.
Pour faire un choix & le bien faire,
Que votre coeur parle: il le faut .
Mais le Sentiment doit ſe taire .
Lorſque la Raiſon ne dit mot.
La vertu d'une femme ſage
N'eſt que trop ſujette aux dégoûts ;
Et quand ſon honneur fait naufrage ,
On ſe mocque encor de l'époux.
1
Par M. Le Chev. de JUILLY- THOMASSIN
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Résumé : CONSEIL à un Gentilhomme d'un grand âge, qui vouloit épouser une très - jeune Demoiselle qui feignoit de l'aimer à cause de son bien. Air, à mettre en chant.
Le Chevalier de Juilly-Thomassin conseille un gentilhomme âgé contre l'union avec une jeune demoiselle intéressée par sa fortune. Il met en garde contre cette différence d'âge et recommande de suivre la raison plutôt que les sentiments. Une mauvaise décision pourrait entraîner des regrets et des moqueries.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10472
p. 54-60
DIALOGUE entre ALEXANDRE & DIOGENE.
Début :
Nota. L'opinion générale des Historiens est qu'Alexandre & Diogene moururent le même / DIOGENE. HÉ bien, grand Aléxandre ! vous voilà donc remis au [...]
Mots clefs :
Monde, Tonneau, Vainqueur, Couronnes, Actions, Amitié, Batailles
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texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE entre ALEXANDRE & DIOGENE.
DIALOGUE entre ALEXANDRE &
DIOGENE .
Nota. L'opinion générale des Hiſtoriens eft
qu'Alexandre & Diogene moururent le même
jour. C'eſt dans cette circonſtance qu'ils font ſuppoſés
ici ſe rencontrer & s'entretenir chez les
Morts.
H
DIOGENE.
bien, grand Alexandre ! vous
voilà donc remis au niveau de Diogene?
ALEXANDRE.
Au niveau ! Un Cynique de ton efpéce
ofe-t-il s'égaler au vainqueur de
l'Afie , ou l'abaiffer juſqu'à foi?
DIOGENE.
Ce vainqueur de l'Afie , qui donnoit
&déroboit des couronnes , me paroît
auſſi mal meublé dans ce Monde , que
Diogene le fut dans l'autre.
ALEXANDRE .
D'accord; mais toutes mes vues font
remplies ; je laiſſe un nom qui ne périra
jamais.
DIOGENE.
Je doute qu'il vive plus longtemps
que le mien.
DECEMBRE. 1763. 55
ALEXANDRE.
Il y a bien de la préſomption dans
ce doute. J'avoue qu'une conduite bifarre
frappe quelquefois autant que les
actions les plus fublimes.
DIOGENE.
Je laiſſe àMinos le ſoin dejuger laquelle
de votre conduite ou de la mienne
fut la plus ſenſée. Vous-même parutes
approuver ma manière de vivre.
Si je n'étois Alexandre , difiez- vous
alors , je voudrois étre Diogene.
ALEXANDRE.
C'eſt que je ne voulois reſſembler en
aucun point au commun des hommes.
Pour cela , il falloit m'élever infiniment
au-deſſus d'eux , ou defcendre infiniment
au-deſſous. Je pris le premier parti
, comme toi-même avois pris le fecond.
DIOGENE.
Tu te trompes , Alexandre. Je me
montrai , pour le moins , ton égal. Je
fixai ton attention , & tu ne pus fixer
la mienne : je t'avois mis hors d'état de
rien m'ôter , & tu ne pus me contraindre
à rien recevoir. La feule choſe que
j'éxigeai de toi , & qui n'eſt pas du
reffort de ton ambition , fut que tu me
laiſſaſſes jouir de mon foleil.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
ALEXANDRE.
je-N'ai pas oui dire que ce Diogene ,
qui refuſoit l'amitié d'Alexandre , vécut
fort long-temps l'eſclave d'un obfcur
citoyen de Corinthe ?
DIOGENE .
Il y a encore de l'erreur dans cet
article. En voulant paffer à l'ifle d'Egine
, je fus pris par des Corfaires ,
comme tant de Souverains ont été pris.
par toi. Ils me mirent en vente : mais.
lorſqu'on me demanda ce que je ſçavois
faire , je répondis que je ſçavois commander
aux hommes , & le crieur difoit
à haute voix par mon ordre : Qui est- ce
qui veut acheter fon maître ? Xeniade
m'acheta fur ce pied , & s'en trouva
bien. Je vécus chez lui quelque temps.
Mais réponds - moi : les lions font- ils
eſclaves de ceux qui les nourriffent , ou
ceux- ci sont-ils valets des lions ?
ALEXANDRE.
D'après ce raiſonnement , il eût fallu
vivre à la Cour d'Alexandre .
DIOGENE.
Oh c'eût été toute autre choſe. Un
Roi , furtout un Alexandre , veut des
flatteurs & non des maîtres . Vous ne
m'euffiez pas mieux traité que Califthe- -
ne , parce qu'à coup sûr je n'eufſe pas
été plus docile que lui.
1
DECEMBRE . 1763. 57
ALEXANDRE .
Oublions Calisthene.
DIOGENE.
Et Clitus?
ALEXANDRE.
:
Ne l'ai-je pas pleuré ?
DIOGENE .
Et Parménion ?
ALEXANDRE .
Pafſons encore cet Article. N'ai -je
pas dans d'autres circonstances montré
autant d'humanité que de grandeur d'âme
? N'ai-je pas rendu à Porus & fa
couronne & fa liberté ?
DIOGEN E.
Il eût encore mieux valu ne pas le
forcer d'abord à les perdre.
ALEXANDRE.
N'ai -je pas reſpecté la femme & les
filles de Darius , malgré leur extrême
beauté ?
DIOGENE.
D'accord ; il falloit , en même temps,
ne pas bruler une des plus fuperbes Villes
du Monde pour plaire à la Courtiſanne
Thaïs , fi belle qu'on puiſſe la
ſuppoſer. Je fus moi- même afſez l'ami
d'une autte Courtiſanne qui valoit bien
la vôtre ; mais je n'euſſe pas même brulé
mon tonneau pour fatisfaire fon ca-
1
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
price. Avouez que pour un Prince qui
voulut ſe faire adorer comme un Dieu....
ALEXANDRE.
Cette prétention fur l'effetde ma politique
encore plus que de ma vanité.
DIOGENE.
Quelle qu'en ait été la caufe, je m'en
tiens aux effets. Ils juſtifient la maxime
que j'eus ſouvent à la bouche. Tout
Philofophe , difois-je, qui l'eft affezpour
vivre de légumes , doit fuir les Cours &
les Princes.
ALEXANDRE.
Ainfi Ariftote qui m'inſtruifit , me
forma , & à qui je rendois une partie
des hommages que j'éxigeois des Souverains
mêmes ; Ariftote auroit mieux
fait de fuir la Cour de mon Père , &
d'habiter un tonneau comme Diogene.
DIOGENE.
Il eût encore mieux valu pour lebonheur
du Monde qu'un tonneau eût été
Punique habitation , l'unique domaine
d'Alexandre.
ALEXANDRE.
Oh ça, Diogene, raifonnons : auffi-bien
n'avons-nous rien de mieux à faire ici.
Penſes -tu ſérieusement que le repos ſoit
préférable à l'action , fur-tout quand
c'eſt la gloire qui nous fait agir ?
DECEMBRE. 1763 . 59
DIOGENE.
La gloire véritable eſt de ſe ſuffire à
ſoi-même : mais puiſque tu avois le
malheur d'être né Roi , il falloit te borner
à faire le bonheur de tes Peuples ;
choſe infiniment plus difficile que d'en
conquérir d'autres.
ALEXANDRE.
,
Quoi ! le paſſage du Granique , de
l'Indus & de l'Hydaſpe ; les batailles
d'Iſſus & d'Arbelles & tant d'autres ;
tant de Nations ſoumiſes tant de
Villes forcées , tant d'obstacles vaincus ,
tant de périls bravés , tant de projets
remplis , ne vaudroient pas l'indolente
ſageſſe d'un Prince , qui pour maintenir
le repos parmi ſes Sujets , laiſſe énerver
leur courage , & à juſte titre douter du
fien ?
DIOGENE.
Non ; & ce Roi , s'il en eſt un de ce
caractère , eût obtenu l'hommage de
Diogene , ce que n'a pû obtenir Alexandre.
Souvenez- vous de la réponſe que
vous fit certain Corſaire. Je ne fuis ,
vous diſoit- il , qu'un Pirate , parce que
je n'ai qu'un vaiſſeau : je ſerois un Conquérant
ſi j'avois une Armée. Qui empêche
de conclure que ſi Alexandre , au
lieu d'une Armée , n'avoit eu qu'un
:
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
vaiſſeau , il ſe ſeroit également fait Pirate?
ALEXANDRE.
Je vois que Diogene a confervé le ton
'cinique juſques dans ce bas-monde .
DIOGENE .
*
Je vois qu'Alexandre n'a pas déposé
toute fon ambition dans l'autre : mais
elle eſt bien fuperflue dans celui- ci. Du
tout au rien il n'eſt ſouvent qu'un pas à :
faire. Nous voici tous deux arrivés au
même terme , vous à force de bouleverſer
des Etats , moi à force de rouler
mon tonneau ,
DIOGENE .
Nota. L'opinion générale des Hiſtoriens eft
qu'Alexandre & Diogene moururent le même
jour. C'eſt dans cette circonſtance qu'ils font ſuppoſés
ici ſe rencontrer & s'entretenir chez les
Morts.
H
DIOGENE.
bien, grand Alexandre ! vous
voilà donc remis au niveau de Diogene?
ALEXANDRE.
Au niveau ! Un Cynique de ton efpéce
ofe-t-il s'égaler au vainqueur de
l'Afie , ou l'abaiffer juſqu'à foi?
DIOGENE.
Ce vainqueur de l'Afie , qui donnoit
&déroboit des couronnes , me paroît
auſſi mal meublé dans ce Monde , que
Diogene le fut dans l'autre.
ALEXANDRE .
D'accord; mais toutes mes vues font
remplies ; je laiſſe un nom qui ne périra
jamais.
DIOGENE.
Je doute qu'il vive plus longtemps
que le mien.
DECEMBRE. 1763. 55
ALEXANDRE.
Il y a bien de la préſomption dans
ce doute. J'avoue qu'une conduite bifarre
frappe quelquefois autant que les
actions les plus fublimes.
DIOGENE.
Je laiſſe àMinos le ſoin dejuger laquelle
de votre conduite ou de la mienne
fut la plus ſenſée. Vous-même parutes
approuver ma manière de vivre.
Si je n'étois Alexandre , difiez- vous
alors , je voudrois étre Diogene.
ALEXANDRE.
C'eſt que je ne voulois reſſembler en
aucun point au commun des hommes.
Pour cela , il falloit m'élever infiniment
au-deſſus d'eux , ou defcendre infiniment
au-deſſous. Je pris le premier parti
, comme toi-même avois pris le fecond.
DIOGENE.
Tu te trompes , Alexandre. Je me
montrai , pour le moins , ton égal. Je
fixai ton attention , & tu ne pus fixer
la mienne : je t'avois mis hors d'état de
rien m'ôter , & tu ne pus me contraindre
à rien recevoir. La feule choſe que
j'éxigeai de toi , & qui n'eſt pas du
reffort de ton ambition , fut que tu me
laiſſaſſes jouir de mon foleil.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
ALEXANDRE.
je-N'ai pas oui dire que ce Diogene ,
qui refuſoit l'amitié d'Alexandre , vécut
fort long-temps l'eſclave d'un obfcur
citoyen de Corinthe ?
DIOGENE .
Il y a encore de l'erreur dans cet
article. En voulant paffer à l'ifle d'Egine
, je fus pris par des Corfaires ,
comme tant de Souverains ont été pris.
par toi. Ils me mirent en vente : mais.
lorſqu'on me demanda ce que je ſçavois
faire , je répondis que je ſçavois commander
aux hommes , & le crieur difoit
à haute voix par mon ordre : Qui est- ce
qui veut acheter fon maître ? Xeniade
m'acheta fur ce pied , & s'en trouva
bien. Je vécus chez lui quelque temps.
Mais réponds - moi : les lions font- ils
eſclaves de ceux qui les nourriffent , ou
ceux- ci sont-ils valets des lions ?
ALEXANDRE.
D'après ce raiſonnement , il eût fallu
vivre à la Cour d'Alexandre .
DIOGENE.
Oh c'eût été toute autre choſe. Un
Roi , furtout un Alexandre , veut des
flatteurs & non des maîtres . Vous ne
m'euffiez pas mieux traité que Califthe- -
ne , parce qu'à coup sûr je n'eufſe pas
été plus docile que lui.
1
DECEMBRE . 1763. 57
ALEXANDRE .
Oublions Calisthene.
DIOGENE.
Et Clitus?
ALEXANDRE.
:
Ne l'ai-je pas pleuré ?
DIOGENE .
Et Parménion ?
ALEXANDRE .
Pafſons encore cet Article. N'ai -je
pas dans d'autres circonstances montré
autant d'humanité que de grandeur d'âme
? N'ai-je pas rendu à Porus & fa
couronne & fa liberté ?
DIOGEN E.
Il eût encore mieux valu ne pas le
forcer d'abord à les perdre.
ALEXANDRE.
N'ai -je pas reſpecté la femme & les
filles de Darius , malgré leur extrême
beauté ?
DIOGENE.
D'accord ; il falloit , en même temps,
ne pas bruler une des plus fuperbes Villes
du Monde pour plaire à la Courtiſanne
Thaïs , fi belle qu'on puiſſe la
ſuppoſer. Je fus moi- même afſez l'ami
d'une autte Courtiſanne qui valoit bien
la vôtre ; mais je n'euſſe pas même brulé
mon tonneau pour fatisfaire fon ca-
1
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
price. Avouez que pour un Prince qui
voulut ſe faire adorer comme un Dieu....
ALEXANDRE.
Cette prétention fur l'effetde ma politique
encore plus que de ma vanité.
DIOGENE.
Quelle qu'en ait été la caufe, je m'en
tiens aux effets. Ils juſtifient la maxime
que j'eus ſouvent à la bouche. Tout
Philofophe , difois-je, qui l'eft affezpour
vivre de légumes , doit fuir les Cours &
les Princes.
ALEXANDRE.
Ainfi Ariftote qui m'inſtruifit , me
forma , & à qui je rendois une partie
des hommages que j'éxigeois des Souverains
mêmes ; Ariftote auroit mieux
fait de fuir la Cour de mon Père , &
d'habiter un tonneau comme Diogene.
DIOGENE.
Il eût encore mieux valu pour lebonheur
du Monde qu'un tonneau eût été
Punique habitation , l'unique domaine
d'Alexandre.
ALEXANDRE.
Oh ça, Diogene, raifonnons : auffi-bien
n'avons-nous rien de mieux à faire ici.
Penſes -tu ſérieusement que le repos ſoit
préférable à l'action , fur-tout quand
c'eſt la gloire qui nous fait agir ?
DECEMBRE. 1763 . 59
DIOGENE.
La gloire véritable eſt de ſe ſuffire à
ſoi-même : mais puiſque tu avois le
malheur d'être né Roi , il falloit te borner
à faire le bonheur de tes Peuples ;
choſe infiniment plus difficile que d'en
conquérir d'autres.
ALEXANDRE.
,
Quoi ! le paſſage du Granique , de
l'Indus & de l'Hydaſpe ; les batailles
d'Iſſus & d'Arbelles & tant d'autres ;
tant de Nations ſoumiſes tant de
Villes forcées , tant d'obstacles vaincus ,
tant de périls bravés , tant de projets
remplis , ne vaudroient pas l'indolente
ſageſſe d'un Prince , qui pour maintenir
le repos parmi ſes Sujets , laiſſe énerver
leur courage , & à juſte titre douter du
fien ?
DIOGENE.
Non ; & ce Roi , s'il en eſt un de ce
caractère , eût obtenu l'hommage de
Diogene , ce que n'a pû obtenir Alexandre.
Souvenez- vous de la réponſe que
vous fit certain Corſaire. Je ne fuis ,
vous diſoit- il , qu'un Pirate , parce que
je n'ai qu'un vaiſſeau : je ſerois un Conquérant
ſi j'avois une Armée. Qui empêche
de conclure que ſi Alexandre , au
lieu d'une Armée , n'avoit eu qu'un
:
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
vaiſſeau , il ſe ſeroit également fait Pirate?
ALEXANDRE.
Je vois que Diogene a confervé le ton
'cinique juſques dans ce bas-monde .
DIOGENE .
*
Je vois qu'Alexandre n'a pas déposé
toute fon ambition dans l'autre : mais
elle eſt bien fuperflue dans celui- ci. Du
tout au rien il n'eſt ſouvent qu'un pas à :
faire. Nous voici tous deux arrivés au
même terme , vous à force de bouleverſer
des Etats , moi à force de rouler
mon tonneau ,
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Résumé : DIALOGUE entre ALEXANDRE & DIOGENE.
Le texte relate un dialogue imaginaire post-mortem entre Alexandre le Grand et Diogène. Diogène remarque qu'Alexandre est désormais à son niveau, tandis qu'Alexandre se considère supérieur grâce à ses conquêtes en Asie. Diogène critique les actions d'Alexandre, soulignant ses excès et affirmant que sa propre manière de vivre était plus sage. Alexandre justifie ses actions par son désir de se distinguer des autres hommes. Diogène évoque brièvement sa capture et sa vie en esclavage, comparant sa situation à celle des lions. Le dialogue aborde les actions humaines d'Alexandre, telles que sa clémence envers Porus et le respect envers la famille de Darius, mais Diogène critique la destruction de villes et les influences négatives de la cour. Diogène conclut que la véritable gloire réside dans l'autosuffisance et le bonheur des peuples, plutôt que dans la conquête. Alexandre défend ses actions militaires et ses réalisations. Le dialogue oppose deux figures historiques contrastées : Alexandre, le conquérant, et Diogène, le philosophe cynique, qui conserve son attitude philosophique même après la mort. Diogène souligne que l'ambition d'Alexandre est superflue dans l'au-delà et que, malgré leurs parcours différents, ils se retrouvent au même point final.
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10473
p. 60-61
VERS à M. GREUZE, sur son Tableau de la PIÉTÉ FILIALE.
Début :
MAITRE & Rival de la Nature, [...]
Mots clefs :
Cœur, Tableau, Enfants, Maître, Nature, Volupté, Chefs-d'œuvre, Temple, Flamme, Sentiment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à M. GREUZE, sur son Tableau de la PIÉTÉ FILIALE.
VERS à M. GREUZE , furfon Tableau
de la PIÉTÉ FILIALE.
MAITRE & Rival de la Nature ,
Greuze , où ſont tes pinceaux ? Daigne me les prêter....
Mais tu peins la Volupté pure ,
Et je ne ſçai que la chanter.
Ces Ouvrages charmans , chefs -d'oeuvre de ta
gloire ,
Nous apprennent à la goûter ; :
Et qui veut parvenir au Temple de Mémoire
Necherchera qu'à t'imiter.rfa .
DECEMBRE. 1763. 61
Dans cet âge folâtre , où pour une âme tendre
: Tout eſt l'image des Plaisirs ,
Où le philtre de nos defirs
Eſt un Phénix qui renaît de ſa cendre ;
Les contours élégans d'un bras né pour l'amour ;
Une taille légère , une gorge naiſſante ,
Tout nourrit dans mon coeur cette flamme vivante
Dont naît Vénus , qu'elle enfante à ſon tour....
Aurois-je penſé que mon âme
Pût s'enivrer d'un plaiſir plus flatteur ?
Eſt- il de voluptés que celle dont la fiamme
Brule des mêmes feux & les ſens & le coeur ?
Il en eſt une,oui ! tendre , moins agitée ,
Douce , durable , âme du Sentiment :
Greuze l'a peinte , & mon coeur l'a goûtée ! ....
Avec tranſport , dans ce moment ,
Je me ſuis dit : Je ſerai Père !
Mes enfans en pleurant me fermeront les yeux :
Sur mes petits enfans ma mourante paupière
{ 118 ID
Fixera ſes derniers adieux ;
Etmon dernier regard élancé vers les cieux ,
Les bénira dans les bras de leur mère.
Que te dirai-je enfin ? quand l'aimable Glicere
Dévorant ton tableau , ſoupiroit près de moi ,
Oui je defirois être ou le Gendre ou le Pere ! ...
N'aurois -je eu que ces voeux à faire ,
Si j'euſſe oſé deſirer être toi ?
de la PIÉTÉ FILIALE.
MAITRE & Rival de la Nature ,
Greuze , où ſont tes pinceaux ? Daigne me les prêter....
Mais tu peins la Volupté pure ,
Et je ne ſçai que la chanter.
Ces Ouvrages charmans , chefs -d'oeuvre de ta
gloire ,
Nous apprennent à la goûter ; :
Et qui veut parvenir au Temple de Mémoire
Necherchera qu'à t'imiter.rfa .
DECEMBRE. 1763. 61
Dans cet âge folâtre , où pour une âme tendre
: Tout eſt l'image des Plaisirs ,
Où le philtre de nos defirs
Eſt un Phénix qui renaît de ſa cendre ;
Les contours élégans d'un bras né pour l'amour ;
Une taille légère , une gorge naiſſante ,
Tout nourrit dans mon coeur cette flamme vivante
Dont naît Vénus , qu'elle enfante à ſon tour....
Aurois-je penſé que mon âme
Pût s'enivrer d'un plaiſir plus flatteur ?
Eſt- il de voluptés que celle dont la fiamme
Brule des mêmes feux & les ſens & le coeur ?
Il en eſt une,oui ! tendre , moins agitée ,
Douce , durable , âme du Sentiment :
Greuze l'a peinte , & mon coeur l'a goûtée ! ....
Avec tranſport , dans ce moment ,
Je me ſuis dit : Je ſerai Père !
Mes enfans en pleurant me fermeront les yeux :
Sur mes petits enfans ma mourante paupière
{ 118 ID
Fixera ſes derniers adieux ;
Etmon dernier regard élancé vers les cieux ,
Les bénira dans les bras de leur mère.
Que te dirai-je enfin ? quand l'aimable Glicere
Dévorant ton tableau , ſoupiroit près de moi ,
Oui je defirois être ou le Gendre ou le Pere ! ...
N'aurois -je eu que ces voeux à faire ,
Si j'euſſe oſé deſirer être toi ?
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Résumé : VERS à M. GREUZE, sur son Tableau de la PIÉTÉ FILIALE.
Le poème est adressé à Jean-Baptiste Greuze, peintre renommé pour ses œuvres illustrant la piété filiale et la volupté pure. L'auteur exprime son admiration pour les tableaux de Greuze, soulignant leur pouvoir d'enseignement et d'inspiration. Le texte oppose les plaisirs fugaces de l'amour physique à la volupté plus durable et profonde qu'est la piété filiale. L'auteur aspire à devenir père et imagine ses enfants lui fermant les yeux à sa mort et bénissant ses petits-enfants. Il évoque également son admiration pour un tableau de Greuze contemplé avec Glicère, souhaitant être soit le gendre, soit le père des personnages représentés. Enfin, il se questionne sur la possibilité d'avoir voulu être Greuze lui-même.
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10474
p. 62-64
LA POLITESSE, ODE AUX FRANÇOIS.
Début :
L'ART de plaire est votre partage, [...]
Mots clefs :
Art, Politesse, Appas, Grâces, Sexe, Gaîté, Misanthropie, Charme, Stratagème, Vertu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA POLITESSE, ODE AUX FRANÇOIS.
LA POLITESSE ,
ODE AUX FRANÇOIS .
L'ART
'ART de plaire eſt votre partage ,
Heureux & ſéduiſans Français !
Vos appas , vos brillans attraits
De la Nature ſont l'ouvrage.
Tous vos agrémens font fans fard.
L'Etranger veut ſuivre vos traces :
Effort inutile ! ſes graces
Ne font que les filles de l'Art.
Prévenans , pleins de politeffe ,
Souples , attrayans , ingénus ,
Partout aimés & reconnus .
Le Séxe pour vous s'intéreſſe ,
Partout vos talens ſont chéris.
Eſt-il un plus doux avantage ?
Chez le Peuple le plus fauvage,
La gaîtévous faitdes amis.
Quel eſt l'homme qui ſait nous plaire ?
C'eſt l'homme complaiſant , poli ,
Qui jamais n'eſt enfeveli
Sous un air ſottement ſévère ;
Qui tient pour principes certains
Que pour être vraiment aimables
:
DECEMBRE. 1763. 63
Il faut vivre avec ſes ſemblables ,
Sans trop éxiger des humains.
Envaindans ſa miſantropie
Ce Philofophe ténébreux
Blâme ces ſoins officieux
Qui font le charme de la vie.
Froids & frivoles argumens !
Quelquefois contraire à toi-même ,
Cynique , malgré ton ſyſtème ,
Tu fais tout ceque tu défends.
J'abhorre ce bas ſtratagême ,
Par qui tant de Sots ſont dupés ,
Quoique dignes d'être trompés .
Tu devrois l'abhorrer toi- même :
Pourquoi donc le pratiques-tu ?
J'entrevois ce que tu médites ;
Et le Vice a ſes hypocrites
Sans doute ainſi que la Vertu .
Le.... tient de la Nature
Un coeur franc, droit , ſenſible , bon ;
Mais de plaire il n'a pas le don
Il lui faut un peu de parure.
Il manque de piquans attraits
Aſa civilité trop nue ;
Et pour charmer , quoiqu'ingénue ,
-> Elle a beſoin des airs français.
64 MERCURE DE FRANCE.
Heureux qui poſſede l'aiſance ,
Le langage ,le ton , le goût ,
Qui ſans éffort embellit tour ,
Et dont le germe n'eſt qu'en France !
Cet aimableje ne fais quoi
Qui plaît , & que l'inſtant fait naître ,
Et ces petits riens que peut- être
On aime ſans ſçavoir pourquoi.
François , en dépit de l'envie ,
Cultivez ces talens flatteurs ;
Bornez à l'art de plaire aux coeurs
Toute votre philoſophie ;
Laiſſez murmurer les jaloux.
L'Atticisme fin de la Grèce ,
Brilla moins que la politeffe
Qui regne aujourd'hui parmi vous.
Par le Solitaire des montagnes du Bugey.
ODE AUX FRANÇOIS .
L'ART
'ART de plaire eſt votre partage ,
Heureux & ſéduiſans Français !
Vos appas , vos brillans attraits
De la Nature ſont l'ouvrage.
Tous vos agrémens font fans fard.
L'Etranger veut ſuivre vos traces :
Effort inutile ! ſes graces
Ne font que les filles de l'Art.
Prévenans , pleins de politeffe ,
Souples , attrayans , ingénus ,
Partout aimés & reconnus .
Le Séxe pour vous s'intéreſſe ,
Partout vos talens ſont chéris.
Eſt-il un plus doux avantage ?
Chez le Peuple le plus fauvage,
La gaîtévous faitdes amis.
Quel eſt l'homme qui ſait nous plaire ?
C'eſt l'homme complaiſant , poli ,
Qui jamais n'eſt enfeveli
Sous un air ſottement ſévère ;
Qui tient pour principes certains
Que pour être vraiment aimables
:
DECEMBRE. 1763. 63
Il faut vivre avec ſes ſemblables ,
Sans trop éxiger des humains.
Envaindans ſa miſantropie
Ce Philofophe ténébreux
Blâme ces ſoins officieux
Qui font le charme de la vie.
Froids & frivoles argumens !
Quelquefois contraire à toi-même ,
Cynique , malgré ton ſyſtème ,
Tu fais tout ceque tu défends.
J'abhorre ce bas ſtratagême ,
Par qui tant de Sots ſont dupés ,
Quoique dignes d'être trompés .
Tu devrois l'abhorrer toi- même :
Pourquoi donc le pratiques-tu ?
J'entrevois ce que tu médites ;
Et le Vice a ſes hypocrites
Sans doute ainſi que la Vertu .
Le.... tient de la Nature
Un coeur franc, droit , ſenſible , bon ;
Mais de plaire il n'a pas le don
Il lui faut un peu de parure.
Il manque de piquans attraits
Aſa civilité trop nue ;
Et pour charmer , quoiqu'ingénue ,
-> Elle a beſoin des airs français.
64 MERCURE DE FRANCE.
Heureux qui poſſede l'aiſance ,
Le langage ,le ton , le goût ,
Qui ſans éffort embellit tour ,
Et dont le germe n'eſt qu'en France !
Cet aimableje ne fais quoi
Qui plaît , & que l'inſtant fait naître ,
Et ces petits riens que peut- être
On aime ſans ſçavoir pourquoi.
François , en dépit de l'envie ,
Cultivez ces talens flatteurs ;
Bornez à l'art de plaire aux coeurs
Toute votre philoſophie ;
Laiſſez murmurer les jaloux.
L'Atticisme fin de la Grèce ,
Brilla moins que la politeffe
Qui regne aujourd'hui parmi vous.
Par le Solitaire des montagnes du Bugey.
Fermer
Résumé : LA POLITESSE, ODE AUX FRANÇOIS.
Le texte célèbre la politesse et les qualités des Français, tels que leur prévenance, leur politesse, leur souplesse, leur attrait et leur ingénuité. Ces traits les rendent appréciés partout pour leurs talents et leur gaieté. Le texte dénonce ceux qui critiquent ces qualités, les qualifiant de 'froids & frivoles arguments'. Il souligne l'importance de la complaisance et de la politesse pour être aimable et vivre harmonieusement avec autrui sans exiger trop des autres. Certaines personnes, malgré leurs bonnes intentions, manquent de charme naturel et nécessitent une 'parure' pour plaire. Le texte encourage les Français à cultiver l'art de plaire et à ignorer les jaloux, affirmant que la politesse française surpasse même l'atticisme de la Grèce antique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10475
p. 64-69
TRADITION LAPPONE.
Début :
HACHO, ancien Roi de la Lapponie, étoit dans sa jeunesse le plus renommé [...]
Mots clefs :
Luxe, Forêt, Usage, Miel, Armées, Indolence, Fruits, Austérité , Intempérance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADITION LAPPONE.
TRADITION LAPPONE.
HACHO , ancien Roi de la Lapponie,
étoit dans ſa jeuneſſe le plus renommé
des guerriers du Nord. Ses différens exploits
ſe liſent , dit- on , encore aujourd'hui
, fur une colonne de pierre à fufil
parmi les rochers de Hanga , & font
chantés ſur les harpes des Lappons auDECEMBRE.
1763. 63
Il faut vivre avec ſes ſemblables ,
Sans trop éxiger des humains.
Envaindans ſa mifantropie
Ce Philoſophe ténébreux
Blâme ces ſoins officieux
Qui font le charme de la vie.
Froids & frivoles argumens !
Quelquefois contraire à toi-même ,
Cynique , malgré ton ſyſtème ,
Tu fais tout ce que tu défends.
J'abhorre ce bas ſtratagême ,
Par qui tant de Sots ſont dupés ,
Quoique dignes d'être trompés.
Tu devrois l'abhorrer toi-même :
Pourquoi donc le pratiques- tu ?
J'entrevois ce que tu médites ;
Et le Vice a fes hypocrites
Sans doute ainſi que la Vertu .
Le.... tient de la Nature
Un coeur franc, droit , ſenſible , bon ;
Mais de plaire il n'a pas le don
Il lui faut un peu de parure.
Il manque de piquans attraits
Aſa civilité trop nue ;
Et pour charmer , quoiqu'ingénue ,
Elle a beſoin des airs français.
>
64 MERCURE DE FRANCE.
Heureux qui poſſede l'aiſance ,
Le langage , le ton , le goût ,
Qui ſans éffort embellit tout ,
Et dont le germe n'eſt qu'en France !
Cet aimableje nefais quoi
Qui plaît , & que l'inſtant fait naître ,
Et ces petits riens que peut- être
On aime ſans ſçavoir pourquoi.
François , en dépit de l'envie ,
Cultivez ces talens flatteurs ;
Bornez à l'art de plaire aux coeurs
Toute votre philofophie ;
Laiſſez murmurer les jaloux .
L'Atticiſine fin de la Grèce ,
Brilla moins que la politeffe
Qui regne aujourd'hui parmi vous.
Par le Solitaire des montagnes du Bugey.
TRADITION LAPPONE.
HACHO , ancien Roi de la Lapponie,
étoit dans ſa jeuneſſe le plus renommé
des guerriers du Nord, Ses différens exploits
ſe liſent , dit- on , encore aujourd'hui
, fur une colonne de pierre à fufil
parmi les rochers de Hanga , & font
chantés ſur les harpes des Lappons au
DECEMBRE. 1763. 63
tour des feux qu'ils allument la nuit
dans leurs fêtes folemnelles. Il pouffa
l'intrépidité au point de tenter le dan
gereux paſſage du lac Vether vis-à- vis de
P'Iſle de Wisard ; de descendre ſeul
dans le vaſte ſouterrain où un Magicien
étoit renfermé & lié depuis fix fiecles ,
& où il déchiffra les caractères gothiques
gravés ſur ſa maſſue d'airain . Sa
vue étoit , dit-on , fi perçante, que d'un
coup d'oeil il émouſſoit les fléches de
ſes ennemis. A l'âge de douze ans il entreprit
de porter un vaſe d'airain d'un
poids prodigieux pendant une heure entière
, en préfence de tous les Chefs qui
ſe trouvoient alors dans le château de
ſon père.
Hacho n'étoit pas moins célébre par
ſa prudence : deux de ſes proverbes
font encore dans la bouche des Lappons.
Pour exprimer la vigilance de l'Etre
Suprême , il avoit coutume de dire
que le verrouil d'ODIN * étoit toujours
mis à sa porte. Pour prouver que la
condition de la vie la plus heureuſe
n'eſt pas toujours la plus affurée , il difoit
à ſes amis : Quand vous passezfur
une glace unie & douce , craignez l'abîme
qu'elle couvre. Ses compatriotes s'é-
* Divinité des anciens Scandinaves..
66 MERCURE DE FRANCE.
tant unjour déterminés à quitter leurs
forêts glacées pour chercher un climat
plus doux ; Hacho eut l'adreſſe de les
retenir& en même tempsde les confoler,
en leur diſant que les Peuples Orientaux
, malgré la fertilité de leur terre ,
étoient encore moins heureux. Vos.
nuits , ajoutoit-il , font du moins tranquilles
& paisibles , tandis que leurfommeil
està chaque inſtant interrompupar
le bruit effrayam que produisent fur
leur tête les préparatifs du lever du
Soleil.
Sa tempérance & l'austérité de fes
moeurs étoient ſes vertus principales. Il
s'étoit interdit le vin ,à plus forte rai--
ſon les liqueurs fortes ſi recherchées &
fi chériesdans les Pays Septentrionaux.
Il couchoit régulièrement tout armé
avec ſa lance dans la main , & auroit
dédaigné de ſe ſervir d'une hache de
bataille dont la poignée eût été garnie
de cuivre. Il ne persévéra pourtant pas
dans ce mépris du luxe : tant il eſtdifficile
de n'y pas céder tôt ou tard !
Un foir , après la chaffe du Gulos , ou
Chien Sauvage , ſe trouvant égaré dans
une vaſte forêt , après avoir fatigué tout
le jour fans avoir rencontré dequoi ſe
raffraîchir ; le hazard lui fit trouver
DECEMBRE. 1763 . 67
dansletroncd'un ſapin quelques rayons
de miel. Le beſoin les lui fit goûter ;
il trouva ce mets admirable & s'en rafſaſia
avec plaifir. Adater de cet inſtant,
lemiel devint tellement de ſon goût ,
qu'on en ſervoit tous les jours à ſa table.
Son palais , par degrés , ſe raffina
&ne tarda pas à devenir trop délicat
pour les anciens alimens dont ce Prince
faisoit uſage ; ſes repas furent plus
recherchés ; ſes jardins , où les plus
beaux fruits mûriſſoient & tomboient
en pourriture ſans qu'il daignât y faire
attention , furent alors mieux cultivés ,
& fuffifoient à peine au luxe de ſes
deſſerts. Les fruits qu'il ne tarda pas à
trouver trop rafraîchiſſans , lui rendirent
bientôt l'uſage du vin néceſſaire ;
&l'uſage lui en parut ſi agréable , qu'il
ne tarda pas à en abuſer. Sa façon de
vivre enfin changea au point de parfumer
ſes appartemens en y brulant les
bois & les aromatiques les plus rares ,&
de vouloir que ſon héaume fût décoré
d'une couronne de dents de Rhenne :
l'indolence en un mot & l'amour outré
du bien- être , éteignirent enfin en lui
tout ſentiment de gloire & de vertus
militaires.
Mais tandis que le voluptueux Hacho
68 MERCURE DE FRANCE.
étoit ainſi plongé dans la moleffe , un
Courriſantrès- effrayé vint un matin lui
annoncer que la nuit précédente un
oiſeau de mauvaiſe augure avoit bû
l'huile de la lampe perpétuelle du Temple
d'Odin. Un autre Meſſager ſurvint ,
qui lui apprit que le Roi de Norvége ,
avec une armée formidable , étoit entré
dans la Lapponie. Hacho déja
frappé des finiſtres préſages, de la nuit ,
& depuis long-temps énervé par le
luxe , fortit de ſa voluptueuſe léthargie
, efſſaya de ranimer en lui quelques
étincelles de ſon ancienne valeur , &
marcha vers ſon ennemi,
,
Les deux armées ſe rencontrerent :
dans la forêt où le Roi Hacho s'étoit
ci-devant égaré à la chaſſe ; & le hazard
voulut que le Roi de Norvége
lui proposât de terminer leurs différends
par un combat fingulier , précisément
à l'endroit même où ſon adverſaire
avoit trouvé les rayons de miel. Hacho ,
trop affoibli du ſeul poids de ſes propres
armes , fut bientôt terraffé ; & avant
que fon infolent adverſaire lui abbattit
la tête , il prononca cette exclamamation
, que les Lappons modernes
répétent chaque jour à leurs enfans :
» L'homme adonné au vice doit dater
DECEMBRE. 1763. 69
> ſa perte du jour où il a cédé pour la
>> première fois à la tentation. Avec
>> quelle juſtice je me vois aujourd'hui
>> victime de ma foibleſſe , dans les lieux
» même où j'ai cédé au funefte attrait qui
» m'a détourné des voies de l'innocence
>> de mes moeurs ! C'eſt le miel que
» j'ai goûté dans cette forêt , & non
>> le bras du tyran de Norvége , qui
>> vient de ſubjuguer Hacho,
D. L. P.
HACHO , ancien Roi de la Lapponie,
étoit dans ſa jeuneſſe le plus renommé
des guerriers du Nord. Ses différens exploits
ſe liſent , dit- on , encore aujourd'hui
, fur une colonne de pierre à fufil
parmi les rochers de Hanga , & font
chantés ſur les harpes des Lappons auDECEMBRE.
1763. 63
Il faut vivre avec ſes ſemblables ,
Sans trop éxiger des humains.
Envaindans ſa mifantropie
Ce Philoſophe ténébreux
Blâme ces ſoins officieux
Qui font le charme de la vie.
Froids & frivoles argumens !
Quelquefois contraire à toi-même ,
Cynique , malgré ton ſyſtème ,
Tu fais tout ce que tu défends.
J'abhorre ce bas ſtratagême ,
Par qui tant de Sots ſont dupés ,
Quoique dignes d'être trompés.
Tu devrois l'abhorrer toi-même :
Pourquoi donc le pratiques- tu ?
J'entrevois ce que tu médites ;
Et le Vice a fes hypocrites
Sans doute ainſi que la Vertu .
Le.... tient de la Nature
Un coeur franc, droit , ſenſible , bon ;
Mais de plaire il n'a pas le don
Il lui faut un peu de parure.
Il manque de piquans attraits
Aſa civilité trop nue ;
Et pour charmer , quoiqu'ingénue ,
Elle a beſoin des airs français.
>
64 MERCURE DE FRANCE.
Heureux qui poſſede l'aiſance ,
Le langage , le ton , le goût ,
Qui ſans éffort embellit tout ,
Et dont le germe n'eſt qu'en France !
Cet aimableje nefais quoi
Qui plaît , & que l'inſtant fait naître ,
Et ces petits riens que peut- être
On aime ſans ſçavoir pourquoi.
François , en dépit de l'envie ,
Cultivez ces talens flatteurs ;
Bornez à l'art de plaire aux coeurs
Toute votre philofophie ;
Laiſſez murmurer les jaloux .
L'Atticiſine fin de la Grèce ,
Brilla moins que la politeffe
Qui regne aujourd'hui parmi vous.
Par le Solitaire des montagnes du Bugey.
TRADITION LAPPONE.
HACHO , ancien Roi de la Lapponie,
étoit dans ſa jeuneſſe le plus renommé
des guerriers du Nord, Ses différens exploits
ſe liſent , dit- on , encore aujourd'hui
, fur une colonne de pierre à fufil
parmi les rochers de Hanga , & font
chantés ſur les harpes des Lappons au
DECEMBRE. 1763. 63
tour des feux qu'ils allument la nuit
dans leurs fêtes folemnelles. Il pouffa
l'intrépidité au point de tenter le dan
gereux paſſage du lac Vether vis-à- vis de
P'Iſle de Wisard ; de descendre ſeul
dans le vaſte ſouterrain où un Magicien
étoit renfermé & lié depuis fix fiecles ,
& où il déchiffra les caractères gothiques
gravés ſur ſa maſſue d'airain . Sa
vue étoit , dit-on , fi perçante, que d'un
coup d'oeil il émouſſoit les fléches de
ſes ennemis. A l'âge de douze ans il entreprit
de porter un vaſe d'airain d'un
poids prodigieux pendant une heure entière
, en préfence de tous les Chefs qui
ſe trouvoient alors dans le château de
ſon père.
Hacho n'étoit pas moins célébre par
ſa prudence : deux de ſes proverbes
font encore dans la bouche des Lappons.
Pour exprimer la vigilance de l'Etre
Suprême , il avoit coutume de dire
que le verrouil d'ODIN * étoit toujours
mis à sa porte. Pour prouver que la
condition de la vie la plus heureuſe
n'eſt pas toujours la plus affurée , il difoit
à ſes amis : Quand vous passezfur
une glace unie & douce , craignez l'abîme
qu'elle couvre. Ses compatriotes s'é-
* Divinité des anciens Scandinaves..
66 MERCURE DE FRANCE.
tant unjour déterminés à quitter leurs
forêts glacées pour chercher un climat
plus doux ; Hacho eut l'adreſſe de les
retenir& en même tempsde les confoler,
en leur diſant que les Peuples Orientaux
, malgré la fertilité de leur terre ,
étoient encore moins heureux. Vos.
nuits , ajoutoit-il , font du moins tranquilles
& paisibles , tandis que leurfommeil
està chaque inſtant interrompupar
le bruit effrayam que produisent fur
leur tête les préparatifs du lever du
Soleil.
Sa tempérance & l'austérité de fes
moeurs étoient ſes vertus principales. Il
s'étoit interdit le vin ,à plus forte rai--
ſon les liqueurs fortes ſi recherchées &
fi chériesdans les Pays Septentrionaux.
Il couchoit régulièrement tout armé
avec ſa lance dans la main , & auroit
dédaigné de ſe ſervir d'une hache de
bataille dont la poignée eût été garnie
de cuivre. Il ne persévéra pourtant pas
dans ce mépris du luxe : tant il eſtdifficile
de n'y pas céder tôt ou tard !
Un foir , après la chaffe du Gulos , ou
Chien Sauvage , ſe trouvant égaré dans
une vaſte forêt , après avoir fatigué tout
le jour fans avoir rencontré dequoi ſe
raffraîchir ; le hazard lui fit trouver
DECEMBRE. 1763 . 67
dansletroncd'un ſapin quelques rayons
de miel. Le beſoin les lui fit goûter ;
il trouva ce mets admirable & s'en rafſaſia
avec plaifir. Adater de cet inſtant,
lemiel devint tellement de ſon goût ,
qu'on en ſervoit tous les jours à ſa table.
Son palais , par degrés , ſe raffina
&ne tarda pas à devenir trop délicat
pour les anciens alimens dont ce Prince
faisoit uſage ; ſes repas furent plus
recherchés ; ſes jardins , où les plus
beaux fruits mûriſſoient & tomboient
en pourriture ſans qu'il daignât y faire
attention , furent alors mieux cultivés ,
& fuffifoient à peine au luxe de ſes
deſſerts. Les fruits qu'il ne tarda pas à
trouver trop rafraîchiſſans , lui rendirent
bientôt l'uſage du vin néceſſaire ;
&l'uſage lui en parut ſi agréable , qu'il
ne tarda pas à en abuſer. Sa façon de
vivre enfin changea au point de parfumer
ſes appartemens en y brulant les
bois & les aromatiques les plus rares ,&
de vouloir que ſon héaume fût décoré
d'une couronne de dents de Rhenne :
l'indolence en un mot & l'amour outré
du bien- être , éteignirent enfin en lui
tout ſentiment de gloire & de vertus
militaires.
Mais tandis que le voluptueux Hacho
68 MERCURE DE FRANCE.
étoit ainſi plongé dans la moleffe , un
Courriſantrès- effrayé vint un matin lui
annoncer que la nuit précédente un
oiſeau de mauvaiſe augure avoit bû
l'huile de la lampe perpétuelle du Temple
d'Odin. Un autre Meſſager ſurvint ,
qui lui apprit que le Roi de Norvége ,
avec une armée formidable , étoit entré
dans la Lapponie. Hacho déja
frappé des finiſtres préſages, de la nuit ,
& depuis long-temps énervé par le
luxe , fortit de ſa voluptueuſe léthargie
, efſſaya de ranimer en lui quelques
étincelles de ſon ancienne valeur , &
marcha vers ſon ennemi,
,
Les deux armées ſe rencontrerent :
dans la forêt où le Roi Hacho s'étoit
ci-devant égaré à la chaſſe ; & le hazard
voulut que le Roi de Norvége
lui proposât de terminer leurs différends
par un combat fingulier , précisément
à l'endroit même où ſon adverſaire
avoit trouvé les rayons de miel. Hacho ,
trop affoibli du ſeul poids de ſes propres
armes , fut bientôt terraffé ; & avant
que fon infolent adverſaire lui abbattit
la tête , il prononca cette exclamamation
, que les Lappons modernes
répétent chaque jour à leurs enfans :
» L'homme adonné au vice doit dater
DECEMBRE. 1763. 69
> ſa perte du jour où il a cédé pour la
>> première fois à la tentation. Avec
>> quelle juſtice je me vois aujourd'hui
>> victime de ma foibleſſe , dans les lieux
» même où j'ai cédé au funefte attrait qui
» m'a détourné des voies de l'innocence
>> de mes moeurs ! C'eſt le miel que
» j'ai goûté dans cette forêt , & non
>> le bras du tyran de Norvége , qui
>> vient de ſubjuguer Hacho,
D. L. P.
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Résumé : TRADITION LAPPONE.
Hacho, ancien roi de la Lapponie, était célèbre pour ses prouesses militaires, notamment le franchissement du lac Vether et la libération d'un magicien. Doté d'une vue exceptionnelle, il pouvait arrêter les flèches ennemies. À l'âge de douze ans, il impressionna les chefs en portant un vase d'airain au château de son père. Prudence et sagesse caractérisaient son règne ; il mettait en garde ses compatriotes contre les périls cachés et les dissuadait de quitter leurs forêts glacées. Connu pour sa tempérance et son austérité, Hacho finit par succomber aux plaisirs du luxe et de la volupté, modifiant ainsi son mode de vie. Affaibli par ce changement, il apprit que le roi de Norvège envahissait la Lapponie après qu'un oiseau de mauvais augure eut éteint la lampe du temple d'Odin. Hacho tenta de rassembler son courage et affronta l'armée norvégienne dans une forêt où il s'était autrefois perdu. Le roi de Norvège lui proposa un combat singulier à l'endroit où Hacho avait découvert des rayons de miel. En raison de son état de faiblesse, Hacho fut rapidement vaincu. Avant de mourir, il prononça une phrase célèbre : 'L'homme adonné au vice doit dater sa perte du jour où il a cédé pour la première fois à la tentation.' Il attribua sa défaite au miel qu'il avait goûté plutôt qu'à la force de son adversaire.
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10476
p. 69
« LE mot de la première Énigme du mois de Novembre est Caractère. Celui [...] »
Début :
LE mot de la première Énigme du mois de Novembre est Caractère. Celui [...]
Mots clefs :
Caractère, Pilule, Migraine, Rouge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la première Énigme du mois de Novembre est Caractère. Celui [...] »
LE mot de la première Enigme du
mois de Novembre eſt Caractère. Celui
de la feconde eſt la Pilule. Celui du
premier Logogryphe eſt Migraine , où
l'on trouve Mi , Graine , Mine , quia
cinq fignifications différentes , Mein ,
rivière , Riga , Maire , Magie , Ange ,
& Niger. Celui du ſecond Logogryphe
eſt le Rouge , où se trouvent les
mots or , grue , ver , orgue , orge &
roue.
mois de Novembre eſt Caractère. Celui
de la feconde eſt la Pilule. Celui du
premier Logogryphe eſt Migraine , où
l'on trouve Mi , Graine , Mine , quia
cinq fignifications différentes , Mein ,
rivière , Riga , Maire , Magie , Ange ,
& Niger. Celui du ſecond Logogryphe
eſt le Rouge , où se trouvent les
mots or , grue , ver , orgue , orge &
roue.
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10477
p. 70
ENIGME. A Madame M..., qui devine prèsque toutes celles qui sont dans le Mercure.
Début :
Aglaé, dont l'esprit pénétrant & fertile [...]
Mots clefs :
Fusil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME. A Madame M..., qui devine prèsque toutes celles qui sont dans le Mercure.
ENIGME.
८
:
AMadame M... , qui devine prèſque
toutes celles qui font dans le Mercure.
Aglaé, dont l'esprit pénétrant & fertile
Dans chaque genre a réuſſi ,
Vous allez deviner l'Enigme que voici ;
Mais un moment au moins , trouvez-la difficile.
UTILE en certains cas, dansbien d'autresj'ai nuiis
J'ai produit des plaiſirs , des chagrins , de l'ennui :
Digne d'être ſorti du cerveau de Minerve ,
Pourtant formé par l'homme , &deſtiné pour lui .
Je le détruis , je le conſerve.
Qu'on m'aime ou qu'on me craigne , on me fuit?
on m'obſerve ,
On a les yeux fixés ſur moi.
Mais pour me poſſéder&me mettre enuſage.
Il faut avoir un certain âge
Et ſe conformer à la Loi.
On metrouve à la Cour, àla Ville, auVillage,
Etj'ai ma place chez le Roi.
८
:
AMadame M... , qui devine prèſque
toutes celles qui font dans le Mercure.
Aglaé, dont l'esprit pénétrant & fertile
Dans chaque genre a réuſſi ,
Vous allez deviner l'Enigme que voici ;
Mais un moment au moins , trouvez-la difficile.
UTILE en certains cas, dansbien d'autresj'ai nuiis
J'ai produit des plaiſirs , des chagrins , de l'ennui :
Digne d'être ſorti du cerveau de Minerve ,
Pourtant formé par l'homme , &deſtiné pour lui .
Je le détruis , je le conſerve.
Qu'on m'aime ou qu'on me craigne , on me fuit?
on m'obſerve ,
On a les yeux fixés ſur moi.
Mais pour me poſſéder&me mettre enuſage.
Il faut avoir un certain âge
Et ſe conformer à la Loi.
On metrouve à la Cour, àla Ville, auVillage,
Etj'ai ma place chez le Roi.
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10478
p. 71
AUTRE.
Début :
D'une de mes moitiés j'amuse les enfans, [...]
Mots clefs :
Cerf-volant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
D'une de mes moitiés j'amuſe les enfans ,
Et de l'autrej'occupe un grand nombrede gens.
A l'aide ſeulement d'une foible lumière
J'ai ſurpris un moment l'Académie entière ;
Mais bientôt éprouvant le ſort de Phaëton ,
Je devins inutile & n'eus plus qu'un vain nom.
D'une de mes moitiés j'amuſe les enfans ,
Et de l'autrej'occupe un grand nombrede gens.
A l'aide ſeulement d'une foible lumière
J'ai ſurpris un moment l'Académie entière ;
Mais bientôt éprouvant le ſort de Phaëton ,
Je devins inutile & n'eus plus qu'un vain nom.
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10479
p. 71-72
LOGOGRYPHE.
Début :
Huit pieds composent ma structure. [...]
Mots clefs :
Lavement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPΗ Ε.
HUIT pieds compoſent ma ſtructure.
Soulagement de la Nature ,
Pour divers maux on trouve en moi
Ce que l'on dit d'un Juge inique
Qui vend à ſes Cliens la loi ;
Certaine note de Muſique ;
Une Ville près de Paris ;
Les rôles d'Armand , de Prévilles
Le nom d'un animal utile ,
Que l'on accable de mépris ;
Ceque l'on rend quand on expire ;
Ce que le Matelot deſire
Pour arriver bientôt au Port ;
Ce qui tourmente notre vie;
D'unearme la ſeule partie
MERCURE DE FRANCE.
Quitrop ſouvent donne la mort ;
Certaine matière qui coule
Au pied du Mont-Veſuve en feu.
Aces traits rafſſemblés en foule ,
Cher Lecteur , me préſſens- tu peu ?
En ce cas il fautque j'ajoute
Un meuble néceſſaire en route ;
L'agret principal d'un vaiſſeau ;
Un animal de qui la peau
Sert quelquefois à ton uſage;
L'inſtrument fatal de la rage
Des fiers Tyrans de l'Orient;
Ce que reçoit de ſon Régent
L'Ecolier avec indolence ;
Qui plus eſt le nom d'une danſe.
Par M. PEYRE , Apoticaire- Chymiſte
de Montpellier.
HUIT pieds compoſent ma ſtructure.
Soulagement de la Nature ,
Pour divers maux on trouve en moi
Ce que l'on dit d'un Juge inique
Qui vend à ſes Cliens la loi ;
Certaine note de Muſique ;
Une Ville près de Paris ;
Les rôles d'Armand , de Prévilles
Le nom d'un animal utile ,
Que l'on accable de mépris ;
Ceque l'on rend quand on expire ;
Ce que le Matelot deſire
Pour arriver bientôt au Port ;
Ce qui tourmente notre vie;
D'unearme la ſeule partie
MERCURE DE FRANCE.
Quitrop ſouvent donne la mort ;
Certaine matière qui coule
Au pied du Mont-Veſuve en feu.
Aces traits rafſſemblés en foule ,
Cher Lecteur , me préſſens- tu peu ?
En ce cas il fautque j'ajoute
Un meuble néceſſaire en route ;
L'agret principal d'un vaiſſeau ;
Un animal de qui la peau
Sert quelquefois à ton uſage;
L'inſtrument fatal de la rage
Des fiers Tyrans de l'Orient;
Ce que reçoit de ſon Régent
L'Ecolier avec indolence ;
Qui plus eſt le nom d'une danſe.
Par M. PEYRE , Apoticaire- Chymiſte
de Montpellier.
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10480
p. 72-73
AUTRE.
Début :
Mon entier, cher Lecteur, propre à ta nourriture, [...]
Mots clefs :
Poisson
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Mon entier , cher Lecteur , propre à ta nourri
ture ,
Devient , ôtant mon centre , un être malfaiſant;
Et l'ennemi de la Nature.
Retranche encor mon chef , & dans les airs volant
Je reçois une autre figure,
Et redeviens un aliment:
Rends-moi ma première ſtructure ,
Mes
Chantenaivement ses Feux,
Lise amoureusement réplique, Est-il un
couple plus heureux ?
1
MERCURE DE FRANCE
Tendre berger,jeune bergère,Ah quevous pas
Guitarre.
sés dheureuxjoursVous vousaimés etsans mis
- tèreVous vous lere- di
+
= tes toujours: Hilas sur un pipeau rus- tique
W
W
W
W
W
W
DECEMBRE. 1763. 73
Mes moitiés t'offriront fans peine & ſans torture
Un légume ; un pronom ; ce que rend l'inſtru.
ment.
Mon entier , cher Lecteur , propre à ta nourri
ture ,
Devient , ôtant mon centre , un être malfaiſant;
Et l'ennemi de la Nature.
Retranche encor mon chef , & dans les airs volant
Je reçois une autre figure,
Et redeviens un aliment:
Rends-moi ma première ſtructure ,
Mes
Chantenaivement ses Feux,
Lise amoureusement réplique, Est-il un
couple plus heureux ?
1
MERCURE DE FRANCE
Tendre berger,jeune bergère,Ah quevous pas
Guitarre.
sés dheureuxjoursVous vousaimés etsans mis
- tèreVous vous lere- di
+
= tes toujours: Hilas sur un pipeau rus- tique
W
W
W
W
W
W
DECEMBRE. 1763. 73
Mes moitiés t'offriront fans peine & ſans torture
Un légume ; un pronom ; ce que rend l'inſtru.
ment.
Fermer
10481
p. 73
AUTRE.
Début :
Noms d'une belle-mère & de sa belle-fille, [...]
Mots clefs :
Sarah et Rachel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Noms d'une belle- mere & de fa belle- fille ,
Femmes,d'une très-ſainte & très-noble famille ,
Mais charmantes furtout , fi Moyse en eft cru :
Rêve , Lecteur , pour percer ce myſtère.
Nos deux Chefs joints nomment la mère ,
Et les reſtes unis la Bru.
A Rennes en Bretagne , 20 Septembre 1763.
Noms d'une belle- mere & de fa belle- fille ,
Femmes,d'une très-ſainte & très-noble famille ,
Mais charmantes furtout , fi Moyse en eft cru :
Rêve , Lecteur , pour percer ce myſtère.
Nos deux Chefs joints nomment la mère ,
Et les reſtes unis la Bru.
A Rennes en Bretagne , 20 Septembre 1763.
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10482
p. 73-74
L'AMOUR SANS FARD.
Début :
TENDRE Berger, jeune Bergère, [...]
Mots clefs :
Fard, Berger, Bergère, Pipeau, Village, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR SANS FARD.
L'AMOUR SANS FARD .
TENDRE Berger , jeune Bergère ,
Ah ! que vous paffez d'heureux jours :
Vous vous aimez , & fans myſtère
Vous vous le redîtes toujours.
Hilas , ſur un pipeau ruſtique
Chante naïvement ſes feux ;
Life amoureuſement replique ,
Eſt- il un couple plus heureux ?
D
74 MERCURE DE FRANCE.
C Le plaifir d'aimer au village
Ne ſe transforme point en art :
La Nature a tout l'avantage ,
Les coeurs y paroiſſent ſans fard ;
On n'y voit point , comme à laVille ,
Soupirer méthodiquement ;
Si ce n'eſt par l'eſprit qu'on brille ,
On yplaît par le ſentiment.
Lesparoles font de M. RENAUD DUMESNIL,
Avocat: la musique de M. DELLAIN.
TENDRE Berger , jeune Bergère ,
Ah ! que vous paffez d'heureux jours :
Vous vous aimez , & fans myſtère
Vous vous le redîtes toujours.
Hilas , ſur un pipeau ruſtique
Chante naïvement ſes feux ;
Life amoureuſement replique ,
Eſt- il un couple plus heureux ?
D
74 MERCURE DE FRANCE.
C Le plaifir d'aimer au village
Ne ſe transforme point en art :
La Nature a tout l'avantage ,
Les coeurs y paroiſſent ſans fard ;
On n'y voit point , comme à laVille ,
Soupirer méthodiquement ;
Si ce n'eſt par l'eſprit qu'on brille ,
On yplaît par le ſentiment.
Lesparoles font de M. RENAUD DUMESNIL,
Avocat: la musique de M. DELLAIN.
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Résumé : L'AMOUR SANS FARD.
Le poème 'L'AMOUR SANS FARD' célèbre l'amour rural entre un berger et une bergère, Hilas et Life. Leur amour est simple, authentique et ouvert. Contrairement à la ville, l'amour à la campagne est naturel et sincère. Les sentiments ne dépendent pas de l'intelligence mais du cœur. Les paroles sont de M. Renaud Duménil, avocat, et la musique de M. Dellaïn.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10483
p. 75-82
LA Morale Evangélique expliquée par les SS. Pères, ou Homélies choisies des Peres de l'Eglise surtous les Evansgiles des Dimanches & Fêtes de l'année, Ouvrage nécessaire aux Curés, à tous les Ecclésiastiques chargés d'instruire les Peuples, & généralement utile aux Fideles qui veulent s'instruire à fond des vérités de la Religion, par M. l'Abbé Merri de la Canorgue, Prêtre, Licentié en Théologie, 2. vol. in-12. 1763, chez Lottin le jeune, Libraire, rue S. Jacques.
Début :
L'ÉVANGILE est la règle du Chrétien ; c'est le Livre qu'il doit lire & pratiquer [...]
Mots clefs :
Homélies, Évangile, Fidèles, Instructions, Morale, Fêtes, Tâche, Simplicité, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA Morale Evangélique expliquée par les SS. Pères, ou Homélies choisies des Peres de l'Eglise surtous les Evansgiles des Dimanches & Fêtes de l'année, Ouvrage nécessaire aux Curés, à tous les Ecclésiastiques chargés d'instruire les Peuples, & généralement utile aux Fideles qui veulent s'instruire à fond des vérités de la Religion, par M. l'Abbé Merri de la Canorgue, Prêtre, Licentié en Théologie, 2. vol. in-12. 1763, chez Lottin le jeune, Libraire, rue S. Jacques.
NOUVELLES LITTERAIRES *
LA Morale Evangélique expliquée par
les SS . Peres , ou Homélies choifies
des Peres de l'Egliſe ſurtous les Evans
giles des Dimanches & Fêtes de l'année
, Ouvrage néceſſaire aux Curés , à
tous les Ecclésiastiques chargés d'inftruire
les Peuples , & généralement
utile aux Fideles qui veulent s'inftruire
àfond des vérités de la Religion , par
M. l'Abbé Merri de la Canorgue ,
Prêtre , Licentié en Théologie , 2. vol.
in - 12. 1763 , chez Lottin le jeune ,
Libraire , rue S. Jacques.
L'ÉVANGILE eſt la règle du Chrétien
; c'eſt le Livre qu'il doit lire & pratiquer
; mais il faut qu'il diftingue l'eſprit
de la Lettre ; car fi l'une tue comme
*N. B. On donnera dans le Mercure prochain la
ſuitede l'Extrait de la Poëtique de M. Marmontel.
Dij
76. MERCURE DE FRANCE.
,
l'autre vivifie ce Livre , le ſceau du
falut , deviendroit ſa réprobation. Il faut
donc qu'en le lifant il tâche d'en comprendre
l'eſprit & le ſens pour les mettre
en pratique. Dans cette vué , pour l'édification
des Fidéles , & pour leur infpirer
le goût de ce ſaint Livre , en leur
en facilitant l'intelligence , beaucoup
d'Auteurs pieux & zélés ſe ſont appliqués
dans tous les ſiècles , & fur-tout
dans ces derniers temps , à commenter
cette partie des Ecritures. Le nombre
desExplications , des Penſées , des Réflexions
, & d'autres Traités faits fur
cette matière , eft immenſe , dont quelques-
uns font excellens , fort goûtés &
beaucoup lus . Cependant il y a ſujet de
s'étonner que l'on n'ait point penſé d'abord
à remonter à la fource , c'est-à-dire
qu'en fait de Livres ſpirituels les anciens
étant les plus fùrs & les meilleurs , il
eft certain que ceux des ſaints Docteurs
doivent tenir le premier rang , puiſqu'ils
font auffi anciens que l'Eglife , & qu'ils
nous ont conſervé la tradition dans
toute fa force & dans toute ſa pureté. Il
eſt donc furprenant que l'on n'ait pas
encore fongé à raffembler & traduire ce
que les SS. Peres ont écrit & prêché même
ſur les Evangiles. Il étoit d'autant
DECEMBRE. 1763. 77
plus naturel d'y penfer , que l'on ne fait
guères d'inſtructions ſans les citer , &
que s'il ſe préſente un endroit difficile à
expliquer , obfcur ou à double ſens , on
a recours à leur lumière : que fi l'on recommande
aux Fidéles une vérité effenrielle
, ils viennent à l'appui ; qu'ils font
enfin nos maîtres , & qu'ils doivent toujours
nous fervir de guides ; & où pourroit-
on mieux puiſer que dans fes fources?
Quel choix ne peut- on pas faire
dans tous leurs Ouvrages ? Quelle variété
n'y trouve-t-on pas ? On admirera toujours
la force & la douceur d'un S. Jean
Chryfoftome , la ſcience d'un S. Jérôme ,
la fécondité&l'élévation d'un S. Auguftin.
Quelle énergie dans Saint Hilaire !
Quelle admirable fimplicité dans les
Ecrits du vénérable Bede ! Quelle onction
dans ceux de S. Bernard ! L'Auteur
adonc pensé qu'un Recueil choifi de
leurs Homélies , qui euſſent le mieux
expliqué l'Evangile , & placées par ordre
des Dimanches & Fêtes , feroit très - inftructif
pour toute forte de perſonnes.
Dès -lors il a regardé cette Bibliothèque
immenſe des Pères comme un chainp
vaſte & fertile qui étoit à lui , & dans
lequel il pourroit prendre & cueillir librement.
Il a tâché de le faire avec un
Diij
78 MERCURE DE FRANCE .
choix & un difcernement dont on lui
ſçaura gré.
Chaque Homélie a un rapport viſible
& diftinct à l'Evangile qui la précéde ,
parce que le plus ſouvent elle a été faite
àdeſſein par un Père pour l'expliquer.
Quelquefois on a ſcu la tirer d'un Traité
qui y paroiſſoit étranger , & dans lequel
tout ce qui la précede & ce qui la
fuit n'a aucun rapport à l'Evangile du
jour. Toujours elles renferment une inftrution
folide , jointe à une onction à
laquelle on auroit peine à ne pas fe
rendre. En général elles ſont écrites avec
une grande clarté: fans enflure & fans
pompe , leur fimplicité fait leur parure ;
ſeulement quelquefois elles étincelent
d'un trait ſublime qui fort du ſujet : lorfqu'en
paffant l'on peint la divinité de Jefus-
Chriſt , que l'on parle de la Trinité
ſainte , ou que l'on explique quelqu'un
de nos redoutables myſtères. De temps
en temps on y rencontre de belles comparaiſons
, qui jettent une grande lumière:
elles ne ſont pas bourfoufflées ni
giganteſques , comme le font celles de
la plupart de nos Prédicateurs modernes
, mais ſimples & naturelles : elles
fervent autant à éclaircir qu'à orner & à
embellir la fuite du diſcours . Enfin cet
DECEMBRE. 1763. 79
Ouvrage eſt un choix tiré de différens
Traités , qui par leur nombre & leur variété
, forment un corps de morale & de
doctrine , que l'on peut regarder comme
un précis des vérités eſſentielles de la
Religion : on y verra avec fatisfaction
que ſes dogmes , que les SS. Docteurs
ont enfeignés de fiécles en fiécles , font
les mêmes que l'Egliſe a conſervés fans
altération , & qu'elle nous enſeigne encore
aujourd'hui,
Quelques perſonnes au premier coup
d'oeil avoient cru que ces Homélies
étoient celles qui se trouvent dans le
Bréviaire , que l'on avoit raffemblées&
ſimplement traduites. Il y a une grande
différence entre les unes & les autres. II
n'étoit guères poſſible de faire un Recueil
comme celui-ci ſans ſe rencontrer fréquemment
avec celles-là : d'ailleurs , on
ne trouve dans le Breviaire qu'un morceau
qui a rapport à un endroit ou à
une partie de l'Evangile ,& ici preſque
toutes les Homélies paraphrafent le texte
de l'Evangile entier : ſouvent elles expliquent
le ſens moral,le figuré & allégorique
; elles renferment même quel
quefois une triple explication .
Voilà l'idée que l'on peut ſe former
de ces Homélies : le Traducteur de fon
:
1
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
côté a tâché de répondre à l'excellence
& à la fublimité de ces Auteurs ſacrés ,
&de ne point affoiblir ni gâter par un
ſtyle vainement recherché , la force &
la folidité de leurs inſtructions : il a penfé
que le ſtyle le moins brillant feroit le
plus convenable , & que la clarté & la
fimplicité faifoient le plus bel ornement
de cette forte de diſcours .
Cet Ouvrage fera d'une utilité trèsétendue
, fi l'on conſidére qu'il y a bien
un certain nombre de Curés & d'Eccléſiaſtiques
chargés d'inſtruire les Fidéles ,
qui ont les Pères de l'Eglife ; mais parmi
ceux mêmes qui les ont , combien
peu ont affez de temps pour puiſer dans
ſes ſources ? Les ſoins qu'exigent les
follicitudes paftorales , le temps qu'emporte
le tribunal de la Pénitence , la vifite
des Malades , l'adminiſtration des
Sacremens , les en empêchent. Et quelle
recherche ne faudroit- il pas faire le plus
fouvent pour trouver dans un Père quel
ques pages , ou un endroit qui commente
directement l'Evangile du jour! Il faudra
lire quelquefois un Traité ou un Livre
entier , dont tout le reſte n'aura aucun
rapport à cet Evangile. Combien d'autres
Pasteurs n'ont point les Pères , ni
même d'autres Livres , ou du moins bien
DECEMBRE. 1763 . 81
peu , parce que la modicité de leur revenu
ne leur permet pas de s'en procurer.
Combien d'entre eux n'ont pas d'ailleurs
une grande facilité pour compofer ;
& quand ils l'auroient avec les plus
grands talens , ils ne dédaigneront pas
un choix d'Homelies qui peuvent fervir
de modéles aux maîtres & aux plus habiles.
S'il nous eſt ici permis de faire un
fouhait & de le témoigner ; les Campagnes
d'un côté manquant le plus fouvent
d'inſtructions par la négligence ,
la pareſſe de compoſer ou l'incapacité
des Curés ; d'un autre côté ces Homélies
étant des diſcours familiers , folides ,
pleins de morale & d'on&ion , & faits
la plupart par les Pères pour inſtruire les
Fidéles les moins inſtruits & les plus
bornés ; il feroit , dis je , à ſouhaiter
que nos Evêques adoptaſſent cet excel.
lent Livre , & qu'ils fiffent en même
temps à ce ſujet ce que vient de faire M.
de Soiffons en publiant ſes admirables
Prônes ; d'ordonner dans leur Diocèſe
aux Curés de ſe munir de ces Homélies ;
de les lire , & de fe former fur ces modèles;
& à ceux qui ne pourroient d'après
cette lecture faire des Prônes & inftructions
à leurs Paroiffiens , de leur
ordonner de lire , ou au moins de leur
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
faire lire l'Homélie du jour tous les Dimanches
& Fêtes .
Cet Ouvrage peut être utile aux Fidéles;
d'abord à ceux qui ſaintement
affamés de la parole de Dieu , & non
raffafiés du pain ſpirituel que leur diftribuent
les Paſteurs , ſe nourriffent
l'âme par de pieuſes lectures , fur-tout à
ceux qui retenus dans leurs maiſons par
des infirmités ou par les foins qu'ils donnent
aux Malades ,ne peuvent ſuivre les
Inſtructions Paroiffiales . ToutEccléſiaftique
& Laïc , Pasteurs & fimples Fidéles
y trouveront dequoi s'édifier &
s'inſtruire ; & l'on aura eu l'avantage
d'avoir multiplié & répandu dans les
mains d'un grand nombre de perſonnes
à qui la langue des Pères eſt inconnue
ou peu familière , un choix d'inftructions
folides , dont la plupart n'avoient
point encore été traduites. Enfin l'idée la
plus avantageuſe que l'on puiſſe donner
de cet Ouvrage , ou l'éloge qu'on en
peut faire en deux mots , & qui doit le
rendre cher à tous les Chrétiens , c'eſt
qu'il renferme la partie la plus précieuſe
des ſaintes Ecritures ,& en même temps
la portion la plus recommandable de
tous les Ouvrages des SS. Pères.
LA Morale Evangélique expliquée par
les SS . Peres , ou Homélies choifies
des Peres de l'Egliſe ſurtous les Evans
giles des Dimanches & Fêtes de l'année
, Ouvrage néceſſaire aux Curés , à
tous les Ecclésiastiques chargés d'inftruire
les Peuples , & généralement
utile aux Fideles qui veulent s'inftruire
àfond des vérités de la Religion , par
M. l'Abbé Merri de la Canorgue ,
Prêtre , Licentié en Théologie , 2. vol.
in - 12. 1763 , chez Lottin le jeune ,
Libraire , rue S. Jacques.
L'ÉVANGILE eſt la règle du Chrétien
; c'eſt le Livre qu'il doit lire & pratiquer
; mais il faut qu'il diftingue l'eſprit
de la Lettre ; car fi l'une tue comme
*N. B. On donnera dans le Mercure prochain la
ſuitede l'Extrait de la Poëtique de M. Marmontel.
Dij
76. MERCURE DE FRANCE.
,
l'autre vivifie ce Livre , le ſceau du
falut , deviendroit ſa réprobation. Il faut
donc qu'en le lifant il tâche d'en comprendre
l'eſprit & le ſens pour les mettre
en pratique. Dans cette vué , pour l'édification
des Fidéles , & pour leur infpirer
le goût de ce ſaint Livre , en leur
en facilitant l'intelligence , beaucoup
d'Auteurs pieux & zélés ſe ſont appliqués
dans tous les ſiècles , & fur-tout
dans ces derniers temps , à commenter
cette partie des Ecritures. Le nombre
desExplications , des Penſées , des Réflexions
, & d'autres Traités faits fur
cette matière , eft immenſe , dont quelques-
uns font excellens , fort goûtés &
beaucoup lus . Cependant il y a ſujet de
s'étonner que l'on n'ait point penſé d'abord
à remonter à la fource , c'est-à-dire
qu'en fait de Livres ſpirituels les anciens
étant les plus fùrs & les meilleurs , il
eft certain que ceux des ſaints Docteurs
doivent tenir le premier rang , puiſqu'ils
font auffi anciens que l'Eglife , & qu'ils
nous ont conſervé la tradition dans
toute fa force & dans toute ſa pureté. Il
eſt donc furprenant que l'on n'ait pas
encore fongé à raffembler & traduire ce
que les SS. Peres ont écrit & prêché même
ſur les Evangiles. Il étoit d'autant
DECEMBRE. 1763. 77
plus naturel d'y penfer , que l'on ne fait
guères d'inſtructions ſans les citer , &
que s'il ſe préſente un endroit difficile à
expliquer , obfcur ou à double ſens , on
a recours à leur lumière : que fi l'on recommande
aux Fidéles une vérité effenrielle
, ils viennent à l'appui ; qu'ils font
enfin nos maîtres , & qu'ils doivent toujours
nous fervir de guides ; & où pourroit-
on mieux puiſer que dans fes fources?
Quel choix ne peut- on pas faire
dans tous leurs Ouvrages ? Quelle variété
n'y trouve-t-on pas ? On admirera toujours
la force & la douceur d'un S. Jean
Chryfoftome , la ſcience d'un S. Jérôme ,
la fécondité&l'élévation d'un S. Auguftin.
Quelle énergie dans Saint Hilaire !
Quelle admirable fimplicité dans les
Ecrits du vénérable Bede ! Quelle onction
dans ceux de S. Bernard ! L'Auteur
adonc pensé qu'un Recueil choifi de
leurs Homélies , qui euſſent le mieux
expliqué l'Evangile , & placées par ordre
des Dimanches & Fêtes , feroit très - inftructif
pour toute forte de perſonnes.
Dès -lors il a regardé cette Bibliothèque
immenſe des Pères comme un chainp
vaſte & fertile qui étoit à lui , & dans
lequel il pourroit prendre & cueillir librement.
Il a tâché de le faire avec un
Diij
78 MERCURE DE FRANCE .
choix & un difcernement dont on lui
ſçaura gré.
Chaque Homélie a un rapport viſible
& diftinct à l'Evangile qui la précéde ,
parce que le plus ſouvent elle a été faite
àdeſſein par un Père pour l'expliquer.
Quelquefois on a ſcu la tirer d'un Traité
qui y paroiſſoit étranger , & dans lequel
tout ce qui la précede & ce qui la
fuit n'a aucun rapport à l'Evangile du
jour. Toujours elles renferment une inftrution
folide , jointe à une onction à
laquelle on auroit peine à ne pas fe
rendre. En général elles ſont écrites avec
une grande clarté: fans enflure & fans
pompe , leur fimplicité fait leur parure ;
ſeulement quelquefois elles étincelent
d'un trait ſublime qui fort du ſujet : lorfqu'en
paffant l'on peint la divinité de Jefus-
Chriſt , que l'on parle de la Trinité
ſainte , ou que l'on explique quelqu'un
de nos redoutables myſtères. De temps
en temps on y rencontre de belles comparaiſons
, qui jettent une grande lumière:
elles ne ſont pas bourfoufflées ni
giganteſques , comme le font celles de
la plupart de nos Prédicateurs modernes
, mais ſimples & naturelles : elles
fervent autant à éclaircir qu'à orner & à
embellir la fuite du diſcours . Enfin cet
DECEMBRE. 1763. 79
Ouvrage eſt un choix tiré de différens
Traités , qui par leur nombre & leur variété
, forment un corps de morale & de
doctrine , que l'on peut regarder comme
un précis des vérités eſſentielles de la
Religion : on y verra avec fatisfaction
que ſes dogmes , que les SS. Docteurs
ont enfeignés de fiécles en fiécles , font
les mêmes que l'Egliſe a conſervés fans
altération , & qu'elle nous enſeigne encore
aujourd'hui,
Quelques perſonnes au premier coup
d'oeil avoient cru que ces Homélies
étoient celles qui se trouvent dans le
Bréviaire , que l'on avoit raffemblées&
ſimplement traduites. Il y a une grande
différence entre les unes & les autres. II
n'étoit guères poſſible de faire un Recueil
comme celui-ci ſans ſe rencontrer fréquemment
avec celles-là : d'ailleurs , on
ne trouve dans le Breviaire qu'un morceau
qui a rapport à un endroit ou à
une partie de l'Evangile ,& ici preſque
toutes les Homélies paraphrafent le texte
de l'Evangile entier : ſouvent elles expliquent
le ſens moral,le figuré & allégorique
; elles renferment même quel
quefois une triple explication .
Voilà l'idée que l'on peut ſe former
de ces Homélies : le Traducteur de fon
:
1
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
côté a tâché de répondre à l'excellence
& à la fublimité de ces Auteurs ſacrés ,
&de ne point affoiblir ni gâter par un
ſtyle vainement recherché , la force &
la folidité de leurs inſtructions : il a penfé
que le ſtyle le moins brillant feroit le
plus convenable , & que la clarté & la
fimplicité faifoient le plus bel ornement
de cette forte de diſcours .
Cet Ouvrage fera d'une utilité trèsétendue
, fi l'on conſidére qu'il y a bien
un certain nombre de Curés & d'Eccléſiaſtiques
chargés d'inſtruire les Fidéles ,
qui ont les Pères de l'Eglife ; mais parmi
ceux mêmes qui les ont , combien
peu ont affez de temps pour puiſer dans
ſes ſources ? Les ſoins qu'exigent les
follicitudes paftorales , le temps qu'emporte
le tribunal de la Pénitence , la vifite
des Malades , l'adminiſtration des
Sacremens , les en empêchent. Et quelle
recherche ne faudroit- il pas faire le plus
fouvent pour trouver dans un Père quel
ques pages , ou un endroit qui commente
directement l'Evangile du jour! Il faudra
lire quelquefois un Traité ou un Livre
entier , dont tout le reſte n'aura aucun
rapport à cet Evangile. Combien d'autres
Pasteurs n'ont point les Pères , ni
même d'autres Livres , ou du moins bien
DECEMBRE. 1763 . 81
peu , parce que la modicité de leur revenu
ne leur permet pas de s'en procurer.
Combien d'entre eux n'ont pas d'ailleurs
une grande facilité pour compofer ;
& quand ils l'auroient avec les plus
grands talens , ils ne dédaigneront pas
un choix d'Homelies qui peuvent fervir
de modéles aux maîtres & aux plus habiles.
S'il nous eſt ici permis de faire un
fouhait & de le témoigner ; les Campagnes
d'un côté manquant le plus fouvent
d'inſtructions par la négligence ,
la pareſſe de compoſer ou l'incapacité
des Curés ; d'un autre côté ces Homélies
étant des diſcours familiers , folides ,
pleins de morale & d'on&ion , & faits
la plupart par les Pères pour inſtruire les
Fidéles les moins inſtruits & les plus
bornés ; il feroit , dis je , à ſouhaiter
que nos Evêques adoptaſſent cet excel.
lent Livre , & qu'ils fiffent en même
temps à ce ſujet ce que vient de faire M.
de Soiffons en publiant ſes admirables
Prônes ; d'ordonner dans leur Diocèſe
aux Curés de ſe munir de ces Homélies ;
de les lire , & de fe former fur ces modèles;
& à ceux qui ne pourroient d'après
cette lecture faire des Prônes & inftructions
à leurs Paroiffiens , de leur
ordonner de lire , ou au moins de leur
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
faire lire l'Homélie du jour tous les Dimanches
& Fêtes .
Cet Ouvrage peut être utile aux Fidéles;
d'abord à ceux qui ſaintement
affamés de la parole de Dieu , & non
raffafiés du pain ſpirituel que leur diftribuent
les Paſteurs , ſe nourriffent
l'âme par de pieuſes lectures , fur-tout à
ceux qui retenus dans leurs maiſons par
des infirmités ou par les foins qu'ils donnent
aux Malades ,ne peuvent ſuivre les
Inſtructions Paroiffiales . ToutEccléſiaftique
& Laïc , Pasteurs & fimples Fidéles
y trouveront dequoi s'édifier &
s'inſtruire ; & l'on aura eu l'avantage
d'avoir multiplié & répandu dans les
mains d'un grand nombre de perſonnes
à qui la langue des Pères eſt inconnue
ou peu familière , un choix d'inftructions
folides , dont la plupart n'avoient
point encore été traduites. Enfin l'idée la
plus avantageuſe que l'on puiſſe donner
de cet Ouvrage , ou l'éloge qu'on en
peut faire en deux mots , & qui doit le
rendre cher à tous les Chrétiens , c'eſt
qu'il renferme la partie la plus précieuſe
des ſaintes Ecritures ,& en même temps
la portion la plus recommandable de
tous les Ouvrages des SS. Pères.
Fermer
10483
LA Morale Evangélique expliquée par les SS. Pères, ou Homélies choisies des Peres de l'Eglise surtous les Evansgiles des Dimanches & Fêtes de l'année, Ouvrage nécessaire aux Curés, à tous les Ecclésiastiques chargés d'instruire les Peuples, & généralement utile aux Fideles qui veulent s'instruire à fond des vérités de la Religion, par M. l'Abbé Merri de la Canorgue, Prêtre, Licentié en Théologie, 2. vol. in-12. 1763, chez Lottin le jeune, Libraire, rue S. Jacques.
10484
p. 83-89
DISCOURS prononcé au Collège de l'Oratoire de BOULOGNE sur Mer, le Mercredi 17 Août 1763, à l'ouverture d'un Exercice Académique sur les régles de l'Eloquence, qui a précédé la distribution générale des Prix. Par M. Dauphin d'Halinghen, Président & Lieutenant - Général Honoraire en la Sénéchaussé du Boulonnois.
Début :
MM. JE me croyois condamné pour toujours au silence mais comment ne [...]
Mots clefs :
Éloquence, Discours, Rhétorique, Orateur, Auditeur, Art divin, Passion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé au Collège de l'Oratoire de BOULOGNE sur Mer, le Mercredi 17 Août 1763, à l'ouverture d'un Exercice Académique sur les régles de l'Eloquence, qui a précédé la distribution générale des Prix. Par M. Dauphin d'Halinghen, Président & Lieutenant - Général Honoraire en la Sénéchaussé du Boulonnois.
DISCOURS prononcé au Collège de
l'Oratoire de BOULOGNEfur Mer, le
Mercredi 17 Août 1763 , à l'ouverture
d'un Exercice Académiquefur
les régles de l'Eloquence , qui a précédé
la diftribution générale des Prix.
Par M. Dauphin d'Halinghen , Préfident
& Lieutenant - Général Honoraire
en la Sénéchauſſé du Boulonnois.
MM.
JEE me croyois condamné pour toujours
au filence mais comment ne
point ſeconder votre noble émulation?"
Je reparois donc dans le Lycée , pour
m'entretenir avec vous des myſtères
d'un Art qui me fut toujours cher ,&
dont vous connoiſſez vous -même toute
l'excellence. :
Oui , Meffieurs , l'Eloquence eft un
Art qu'on ne sçauroit trop cultiver ,
puiſqu'il importe dans tous les états &
à toute forte de perſonnes de parler toujours
convenablement auxcirconstances
&de ne rien dire qui ne ſoit propre
7
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
às artirer l'eſtime & la confiance
avec qui nous avons à traiter.
wall- ce point-là , Meſſieurs tout
de la Rhétorique ? & l'Eloque
est- elle autre choſe que l'heure
ralent de gagner les coeurs pour
umettre les efprits ?
fe
Mais s'il eſt peu d'états où cet Art
ne foit utile , c'eſt principalement dans
la Chaire & dans le Barreau qu'on en
reconnoît toute l'utilité.
C'eſt là que l'Eloquence déploye toutes
fes richeſſes , & qu'elle s'eſt établi
un trône d'où elle exerce avec
plus d'éclat & avec plus d'autorité fon
empire.
,
Mais quels moyen employe - t - elle
pour exercer cet empire ? :
Instruire , plaire & toucher ; voilà ,
Meffieurs , toutes ſes armes , & c'eſt
en les maniant avec adreſſe , que tant de
grands Hommes ont remplil'Univers du
bruit de leurs noms , & feront l'admiration
de tous les fiécles. :
S'il ne s'agiffoit pour l'Orateur que
d'expoſer un fait , que d'établir un droit
ou de propoſer une vérité, le ſtyle le
plus fimple lui fuffiroit pour en inſtruire
fes Auditeurs .
Mais l'expérience ne nous apprend
DECEMBRE. 1763 . 85
que trop qu'il ne ſuffit point de faire
connoître aux hommes la vérité , qu'il
faut encore la leur rendre aimable , &
Ies exciter par leur propre intérêt à l'embraſſer.
Il faut donc leur plaire , en les
inſtruiſant , pour leur faire goûter la
vérité ; & quand on leur a plu , il
refte encore à vaincre tous les obſtacles
qui les empêchent de la pratiquer.
De-là , Meffieurs , la néceffité de répandre
des grâces dans les diſcours , &
demettre enjeu toutes ces paffions , toutes
cesgrandes &vives figures qui émeuventl'âme,
qui l'agitent, qui l'ébranlent,
qui l'étonnent , & qui à la faveur de
cet heureux défordre , & par une douce
violence , triomphent de ſa volonté.
Mais comment plaire , me direz-vous ,
& par quel fecret ſe rendre l'Auditeur
favorable ?
Il en eſt , Meſſieurs , de la parole
comme de la nourriture , qui doit être
affaifonnée pour être reçue avec plaifir.
Si vous voulez donc plaire à votre
Auditeur , gardez- vous de bleffer fa
délicateffe , & ne lui offrez que des
chofes qui puiffent le flatter.
Vous le flatterez , en prononçant avec
dignité, avec graces , avec intelligence ,
en forte que le gefte & la voix foient
86 MERCURE DE FRANCE.
toujours d'accord avec la nature des
choſes ; partieſi eſſentielle dans le Difcours
, que DEMOSTHENES regardoit
laprononciation comme le plus ferme
foutien de l'éloquence , comme le talent
le plus puiſſant de l'Orateur.
Vous le flatterez en ſecond lieu , en
donnant à toutes vos expreffions ce tour
heureux , cette douceur , ce nombre
cette harmonie , dont l'impreſſion fait
un effet fi agréable , & à l'occaſion de
laquelle je vais vous apprendre , Meffieurs
, ce que j'aiappris moi-même d'un
grand. Maître de l'Art , du célébre M.
GIBERT , dont j'ai pris les leçons de
Rhétorique.
Voulez-vous ſçavoir , nous diſoit- il ,
fi votre Proſe eſt bonne , & fi elle eft
dans le goût oratoire ? voyez fi elle eft
auſſi nombreuſe , auſſi harmonieuſe que
de beaux vers : & dans un ſens contraire
, voulez-vous ſçavoir fi des vers
font bons ? Voyez s'ils font auffi coulans
, auſſi aiſés , auſſi faciles qu'une belle
Profe ; & c'eſt ce qu'on remarque ,
Meſſieurs , en liſant les Diſcours de Cicéron
& les vers de Virgile , où tout est
nombreux , cadencé , harmonieux , &
où rien ne reſpire le travail , la difficulté
& la gêne. Il en eſt ainſi des vers de
DECEMBRE. 1763. 87
Racine , comparés aux Diſcours de nos
meilleurs Orateurs.
Soyez Peintres enfin , ſi vous voulez
plaire ; je veux dire , Meſſieurs , préfentez
toujours les objets dans leur naturel
&fous leur plus belle face : rendez-les
vivans , animés aux yeux de l'Auditeur ,
& qu'il s'imagine être par-tout où vous.
letranſportez en eſprit, par la peinture
fidéle& touchante que vous lui ferez des
choſes..
Tel étoit le grand art des Boffuet ,des
Fenelon , & tel eſt de nos jours celuidu
fameux M. de Voltaire , dont on ne peut
lire les Ouvrages ſans ſe croire préſent à
tout ce qu'il décrit.
Mais ce n'eſt point aſſez de plaire à
l'eſprit , ni de charmer l'imagination par
la beauté des images ; il faut encore toucher
, & c'eſt en cela que conſiſte le vrai
triomphe de l'éloquence.
En vain , Meſſieurs , tenterois-je ici
de vous développer ce grand Art. Je le
crois dans le coeur plus que dans les préceptes
, & quand les ſentimens le font
parler , il n'a beſoin ni d'art ni de maître ,
foit pour en faire ſentir les mouvemens ,
foit pour en trouver les expreffions.
N'est-ce point par un cri général de
cette éloquencedu coeur que nous avons
88 MERCURE DE FRANCE .
vû la Nation décerner au ROI le titre
glorieux de BIEN- AI MÉ ?
Ce n'est qu'autant qu'on est touché
foi-même , que l'on peut toucher les
autres : foyez donc animés , pénétrés des
mêmes paffions que vous voulez infpirer.
Mais ne négligez point de connoître
les inclinations , les moeurs & le caractère
de celui que vous cherchez à perfuader.
Etudiez ſa paffion dominante
& tâchez de lui plaire , de le gagner par
tout ce qui peut la flatter.
,
C'en est fait , diſoit Cefar , Ligarius
périra , le parti en eſt pris. Qui eût cru
qu'un Juge ainfi courroucé , déjà décidé
àcondamner; qui eût cru , dis-je , qu'un
tel Juge pût ſe laiſſer fléchir ? Mais Ciceron
connoît le foible de César , & c'en
eſt affez pour le vaincre.
Il flatte ſa vanité pour défarmer ſa
vengeance ; & déja le Vainqueur de
Pharſale eſt dans les chaînes de l'Orateur
: déja le trouble de fon viſage annonce
malgré lui ſa défaite ; il ne ſe connoît
plus ; il n'eſt plus à lui -même : les
papiers lui tombent de la main , & Ligarius
eft abſous.
Que ce ſeul exemple nous ſuffiſe pour
vous faire admirer la douce magie , l'ef
DECEMBRE. 1763. 89
pèce d'enchantement de l'éloquence ;
& ne ſoyons plus ſurpris fi les grands
Orateurs marchent de pair avec les
plus grands Conquérans dans les Faſtes
de l'Histoire. Comme eux , ils ont ſou
vaincre & régner , quoique d'une manière
différente , ceux- ci par les charmes
de la parole , ceux-là par la force
des armes.
Mais c'eſt trop retarder votre zéle ,
& c'eſt de vous , Meſſieurs , que nous
devons apprendre tout le pouvoir de cet
Art divin. Vous pouvez d'autant mieux
nous en inſtruire , que vous avez eu le
double avantage d'en puiſer les exemples&
les préceptes ſous l'habile Maître
qui a préſidé à vos études.
* Le Père Bertrand , Profeſſeur de Rhétorique.
l'Oratoire de BOULOGNEfur Mer, le
Mercredi 17 Août 1763 , à l'ouverture
d'un Exercice Académiquefur
les régles de l'Eloquence , qui a précédé
la diftribution générale des Prix.
Par M. Dauphin d'Halinghen , Préfident
& Lieutenant - Général Honoraire
en la Sénéchauſſé du Boulonnois.
MM.
JEE me croyois condamné pour toujours
au filence mais comment ne
point ſeconder votre noble émulation?"
Je reparois donc dans le Lycée , pour
m'entretenir avec vous des myſtères
d'un Art qui me fut toujours cher ,&
dont vous connoiſſez vous -même toute
l'excellence. :
Oui , Meffieurs , l'Eloquence eft un
Art qu'on ne sçauroit trop cultiver ,
puiſqu'il importe dans tous les états &
à toute forte de perſonnes de parler toujours
convenablement auxcirconstances
&de ne rien dire qui ne ſoit propre
7
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
às artirer l'eſtime & la confiance
avec qui nous avons à traiter.
wall- ce point-là , Meſſieurs tout
de la Rhétorique ? & l'Eloque
est- elle autre choſe que l'heure
ralent de gagner les coeurs pour
umettre les efprits ?
fe
Mais s'il eſt peu d'états où cet Art
ne foit utile , c'eſt principalement dans
la Chaire & dans le Barreau qu'on en
reconnoît toute l'utilité.
C'eſt là que l'Eloquence déploye toutes
fes richeſſes , & qu'elle s'eſt établi
un trône d'où elle exerce avec
plus d'éclat & avec plus d'autorité fon
empire.
,
Mais quels moyen employe - t - elle
pour exercer cet empire ? :
Instruire , plaire & toucher ; voilà ,
Meffieurs , toutes ſes armes , & c'eſt
en les maniant avec adreſſe , que tant de
grands Hommes ont remplil'Univers du
bruit de leurs noms , & feront l'admiration
de tous les fiécles. :
S'il ne s'agiffoit pour l'Orateur que
d'expoſer un fait , que d'établir un droit
ou de propoſer une vérité, le ſtyle le
plus fimple lui fuffiroit pour en inſtruire
fes Auditeurs .
Mais l'expérience ne nous apprend
DECEMBRE. 1763 . 85
que trop qu'il ne ſuffit point de faire
connoître aux hommes la vérité , qu'il
faut encore la leur rendre aimable , &
Ies exciter par leur propre intérêt à l'embraſſer.
Il faut donc leur plaire , en les
inſtruiſant , pour leur faire goûter la
vérité ; & quand on leur a plu , il
refte encore à vaincre tous les obſtacles
qui les empêchent de la pratiquer.
De-là , Meffieurs , la néceffité de répandre
des grâces dans les diſcours , &
demettre enjeu toutes ces paffions , toutes
cesgrandes &vives figures qui émeuventl'âme,
qui l'agitent, qui l'ébranlent,
qui l'étonnent , & qui à la faveur de
cet heureux défordre , & par une douce
violence , triomphent de ſa volonté.
Mais comment plaire , me direz-vous ,
& par quel fecret ſe rendre l'Auditeur
favorable ?
Il en eſt , Meſſieurs , de la parole
comme de la nourriture , qui doit être
affaifonnée pour être reçue avec plaifir.
Si vous voulez donc plaire à votre
Auditeur , gardez- vous de bleffer fa
délicateffe , & ne lui offrez que des
chofes qui puiffent le flatter.
Vous le flatterez , en prononçant avec
dignité, avec graces , avec intelligence ,
en forte que le gefte & la voix foient
86 MERCURE DE FRANCE.
toujours d'accord avec la nature des
choſes ; partieſi eſſentielle dans le Difcours
, que DEMOSTHENES regardoit
laprononciation comme le plus ferme
foutien de l'éloquence , comme le talent
le plus puiſſant de l'Orateur.
Vous le flatterez en ſecond lieu , en
donnant à toutes vos expreffions ce tour
heureux , cette douceur , ce nombre
cette harmonie , dont l'impreſſion fait
un effet fi agréable , & à l'occaſion de
laquelle je vais vous apprendre , Meffieurs
, ce que j'aiappris moi-même d'un
grand. Maître de l'Art , du célébre M.
GIBERT , dont j'ai pris les leçons de
Rhétorique.
Voulez-vous ſçavoir , nous diſoit- il ,
fi votre Proſe eſt bonne , & fi elle eft
dans le goût oratoire ? voyez fi elle eft
auſſi nombreuſe , auſſi harmonieuſe que
de beaux vers : & dans un ſens contraire
, voulez-vous ſçavoir fi des vers
font bons ? Voyez s'ils font auffi coulans
, auſſi aiſés , auſſi faciles qu'une belle
Profe ; & c'eſt ce qu'on remarque ,
Meſſieurs , en liſant les Diſcours de Cicéron
& les vers de Virgile , où tout est
nombreux , cadencé , harmonieux , &
où rien ne reſpire le travail , la difficulté
& la gêne. Il en eſt ainſi des vers de
DECEMBRE. 1763. 87
Racine , comparés aux Diſcours de nos
meilleurs Orateurs.
Soyez Peintres enfin , ſi vous voulez
plaire ; je veux dire , Meſſieurs , préfentez
toujours les objets dans leur naturel
&fous leur plus belle face : rendez-les
vivans , animés aux yeux de l'Auditeur ,
& qu'il s'imagine être par-tout où vous.
letranſportez en eſprit, par la peinture
fidéle& touchante que vous lui ferez des
choſes..
Tel étoit le grand art des Boffuet ,des
Fenelon , & tel eſt de nos jours celuidu
fameux M. de Voltaire , dont on ne peut
lire les Ouvrages ſans ſe croire préſent à
tout ce qu'il décrit.
Mais ce n'eſt point aſſez de plaire à
l'eſprit , ni de charmer l'imagination par
la beauté des images ; il faut encore toucher
, & c'eſt en cela que conſiſte le vrai
triomphe de l'éloquence.
En vain , Meſſieurs , tenterois-je ici
de vous développer ce grand Art. Je le
crois dans le coeur plus que dans les préceptes
, & quand les ſentimens le font
parler , il n'a beſoin ni d'art ni de maître ,
foit pour en faire ſentir les mouvemens ,
foit pour en trouver les expreffions.
N'est-ce point par un cri général de
cette éloquencedu coeur que nous avons
88 MERCURE DE FRANCE .
vû la Nation décerner au ROI le titre
glorieux de BIEN- AI MÉ ?
Ce n'est qu'autant qu'on est touché
foi-même , que l'on peut toucher les
autres : foyez donc animés , pénétrés des
mêmes paffions que vous voulez infpirer.
Mais ne négligez point de connoître
les inclinations , les moeurs & le caractère
de celui que vous cherchez à perfuader.
Etudiez ſa paffion dominante
& tâchez de lui plaire , de le gagner par
tout ce qui peut la flatter.
,
C'en est fait , diſoit Cefar , Ligarius
périra , le parti en eſt pris. Qui eût cru
qu'un Juge ainfi courroucé , déjà décidé
àcondamner; qui eût cru , dis-je , qu'un
tel Juge pût ſe laiſſer fléchir ? Mais Ciceron
connoît le foible de César , & c'en
eſt affez pour le vaincre.
Il flatte ſa vanité pour défarmer ſa
vengeance ; & déja le Vainqueur de
Pharſale eſt dans les chaînes de l'Orateur
: déja le trouble de fon viſage annonce
malgré lui ſa défaite ; il ne ſe connoît
plus ; il n'eſt plus à lui -même : les
papiers lui tombent de la main , & Ligarius
eft abſous.
Que ce ſeul exemple nous ſuffiſe pour
vous faire admirer la douce magie , l'ef
DECEMBRE. 1763. 89
pèce d'enchantement de l'éloquence ;
& ne ſoyons plus ſurpris fi les grands
Orateurs marchent de pair avec les
plus grands Conquérans dans les Faſtes
de l'Histoire. Comme eux , ils ont ſou
vaincre & régner , quoique d'une manière
différente , ceux- ci par les charmes
de la parole , ceux-là par la force
des armes.
Mais c'eſt trop retarder votre zéle ,
& c'eſt de vous , Meſſieurs , que nous
devons apprendre tout le pouvoir de cet
Art divin. Vous pouvez d'autant mieux
nous en inſtruire , que vous avez eu le
double avantage d'en puiſer les exemples&
les préceptes ſous l'habile Maître
qui a préſidé à vos études.
* Le Père Bertrand , Profeſſeur de Rhétorique.
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10484
DISCOURS prononcé au Collège de l'Oratoire de BOULOGNE sur Mer, le Mercredi 17 Août 1763, à l'ouverture d'un Exercice Académique sur les régles de l'Eloquence, qui a précédé la distribution générale des Prix. Par M. Dauphin d'Halinghen, Président & Lieutenant - Général Honoraire en la Sénéchaussé du Boulonnois.
10485
p. 89-91
LETTRE à M. Maillet du Boullay, Secrétaire perpétuel de l'Académie de Rouen pour la partie des Belles-Lettres.
Début :
PERMETTEZ, je vous prie, Monsieur, de vous demander quelque éclaircissement [...]
Mots clefs :
Lettre, Secrétaire perpétuel, Délivrance, Poème, Chevaliers, Action, Concours, Chants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. Maillet du Boullay, Secrétaire perpétuel de l'Académie de Rouen pour la partie des Belles-Lettres.
LETTRE à M. Maillet du Boullay ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie de
Rouen pour la partie des Belles-
Lettres .
PERMETTEZ , je vous prie , Monfieur ,
de vous demander quelque éclairciffement
ſur le ſujet de Poëfie que l'Académie
de Rouen propoſe depuis trois an
90 MERCURE DE FRANCE .
nées , & entr'autres dans ſon dernier
Programe pour le prix de 1764. C'étoit
d'abord , fi je ne me trompe , la délivrance
de Salerne par quarante. Chevaliers
Normans , & l'établissement du
Royaume de Sicile. Aujourd'hui ce n'eſt
plus que la délivrance de Salerne. Si
P'Académie de Rouen s'en tient purementaudernier
énoncé , il ya , je crois ,
peu de matière pour un Poëme. Si elle
perſiſte dans le premier énoncé , la matière
est très-vaſte ; mais l'action eft
double , les quarante Chevaliers qui délivrerent
Salerne n'étant pointles mêmes
qui fonderent le Royaumede Sicile: je
crois que l'action principale d'un Poëme
fur cette matière ne peut être en effet
que l'établiſſement du Royaume de Sicile,
à laquelle la délivrance de Salerne
ne feroitqu'un acceffoire.
Jevous prie,Monfieur, de vouloir bien
faire inférer plus particulièrement dans
leMercure , quelles font les intentions de
l'Académiede Rouen ſur ceſujet. Je vous
prie de vouloir bien déclarer auffi fi
l'Académie recevroit au concours des
Ouvrages plus étendus que ne le font
pour l'ordinaire ceux qu'on lit dans les
Séances académiques ; enfin fi elle recevroit
un Poëme épique dans les règles ,
diviſéparchants.
(
DECEMBR E. 1763. 91
J'eſpére que je verrai votre réponſe
dans le Mercure , & je ſuis en l'attendant
très- reſpectueufement , Monfieur ,
&c.
20 Octobre 1763 ..
Secrétaire perpétuel de l'Académie de
Rouen pour la partie des Belles-
Lettres .
PERMETTEZ , je vous prie , Monfieur ,
de vous demander quelque éclairciffement
ſur le ſujet de Poëfie que l'Académie
de Rouen propoſe depuis trois an
90 MERCURE DE FRANCE .
nées , & entr'autres dans ſon dernier
Programe pour le prix de 1764. C'étoit
d'abord , fi je ne me trompe , la délivrance
de Salerne par quarante. Chevaliers
Normans , & l'établissement du
Royaume de Sicile. Aujourd'hui ce n'eſt
plus que la délivrance de Salerne. Si
P'Académie de Rouen s'en tient purementaudernier
énoncé , il ya , je crois ,
peu de matière pour un Poëme. Si elle
perſiſte dans le premier énoncé , la matière
est très-vaſte ; mais l'action eft
double , les quarante Chevaliers qui délivrerent
Salerne n'étant pointles mêmes
qui fonderent le Royaumede Sicile: je
crois que l'action principale d'un Poëme
fur cette matière ne peut être en effet
que l'établiſſement du Royaume de Sicile,
à laquelle la délivrance de Salerne
ne feroitqu'un acceffoire.
Jevous prie,Monfieur, de vouloir bien
faire inférer plus particulièrement dans
leMercure , quelles font les intentions de
l'Académiede Rouen ſur ceſujet. Je vous
prie de vouloir bien déclarer auffi fi
l'Académie recevroit au concours des
Ouvrages plus étendus que ne le font
pour l'ordinaire ceux qu'on lit dans les
Séances académiques ; enfin fi elle recevroit
un Poëme épique dans les règles ,
diviſéparchants.
(
DECEMBR E. 1763. 91
J'eſpére que je verrai votre réponſe
dans le Mercure , & je ſuis en l'attendant
très- reſpectueufement , Monfieur ,
&c.
20 Octobre 1763 ..
Fermer
10486
p. 91
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
J'AI lû, Monsieur, page 78 de votre Mercure d'Août, des remarques sur [...]
Mots clefs :
Lettre, Vers, Sens, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
J'AAII lû , Monfieur, page78 de votre
Mercure d'Août , des remarques fur
deux vers de Martial , & dont M.
Furmey cherche le véritable fens.
J'ai cru devoir lui ſoumettre mes idées :
les voici , dans ces quatre vers hazardés
pour traduire les deux de Martial.
Qui paſſedes talens l'ordinaire meſure ,
Ne les porte pas loin , & rarement vieillit
Ileſt àdefirer que ce que l'on chérit
N'outre point , même en bien,les loixdela naturel
J'ai l'honneur d'être , &c.
N .... Avocat.
J'AAII lû , Monfieur, page78 de votre
Mercure d'Août , des remarques fur
deux vers de Martial , & dont M.
Furmey cherche le véritable fens.
J'ai cru devoir lui ſoumettre mes idées :
les voici , dans ces quatre vers hazardés
pour traduire les deux de Martial.
Qui paſſedes talens l'ordinaire meſure ,
Ne les porte pas loin , & rarement vieillit
Ileſt àdefirer que ce que l'on chérit
N'outre point , même en bien,les loixdela naturel
J'ai l'honneur d'être , &c.
N .... Avocat.
Fermer
10487
p. 91-92
Au Même.
Début :
EN lisant le Mercure de France du mois d'Août dernier, j'ai trouvé, Monsieur [...]
Mots clefs :
Traduction, Désirs, Plaisirs, Tendresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Au Même.
Au Même.
EN lifant le Mercure de France du
mois d'Août dernier,j'ai trouvé,Manr
92 MERCURE DE FRANCE .
fieur , une Traduction de ces deux vers
deMartial :
Immodicis brevis eſt atas & rarafenectus ,
Quidquid ames , cupias , non placuiſſe nimis.
Voici , Monfieur , comment j'ai cru
devoir les traduire :
Tout homme qui ne ſçait modérer ſes defirs ,
Rarement peut atteindre à l'heureuſe vieilleſſe :
Quel que puiſſe être ou non l'objet de vos plaiſirs ,
N'ayez jamais pour lui de trop vive tendreſſe.
Si vous jugez à propos de les inférer
dans votre Mercure , vous obligerez infiniment
un jeune homme qui fait de
l'étude ſes plus chères délices.
J'ai l'honneur d'être &c .
Par un Abonné au Mercure.
Bruxelles , le 13 Septembre 1763.
EN lifant le Mercure de France du
mois d'Août dernier,j'ai trouvé,Manr
92 MERCURE DE FRANCE .
fieur , une Traduction de ces deux vers
deMartial :
Immodicis brevis eſt atas & rarafenectus ,
Quidquid ames , cupias , non placuiſſe nimis.
Voici , Monfieur , comment j'ai cru
devoir les traduire :
Tout homme qui ne ſçait modérer ſes defirs ,
Rarement peut atteindre à l'heureuſe vieilleſſe :
Quel que puiſſe être ou non l'objet de vos plaiſirs ,
N'ayez jamais pour lui de trop vive tendreſſe.
Si vous jugez à propos de les inférer
dans votre Mercure , vous obligerez infiniment
un jeune homme qui fait de
l'étude ſes plus chères délices.
J'ai l'honneur d'être &c .
Par un Abonné au Mercure.
Bruxelles , le 13 Septembre 1763.
Fermer
10488
p. 92-99
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
DICTIONNAIRE portatif de Jurisprudence & de Pratique, à l'usage de [...]
Mots clefs :
Libraire, Imprimeur, Parlement, Chapelle, Ville, Dictionnaire, Gravure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
tous les Citoyens , & principalement.de
ceux qui ſe deſtinent au Barreau. Con
DECEMBRE. 1763. 93
tenant les difpofitions des Ordonnances
, Edits & Déclarations du Roi , les
Statuts particuliers des Coutumes , la Jurifprudence
des Arrêts, les Uſages obſervés
dans les différens Tribunaux , & la
définition des termes de Droit & de
Pratique.
Ony a joint ce qui regarde les Chambres
des Comptes , un Abrégé des Prérogatives
& Priviléges des Jurisdictions,
des Offices de Judicature & autres , &
une Notice des plus célébres Juriſconfultes
anciens & modernes , François &
Etrangers . Par M. D. P. D. C. Avocat
en Parlement. In-8° 3 volumes ;Paris,
1763. Chez le Clerc , Libraire , quai des
Auguſtins , près la rue Gît-le-Coeur ;
Despilly , Libraire rue S. Jacques ;
le Clerc , au Palais ; Celot , Imprimeur-
Libraire , au Palais ; Saugrain le jeune ,
rue da Hurepoix , & Fournier , quai
des Auguftins .
,
RECHERCHES ſur la manière d'agir
de la Saignée , & fur les effets qu'elle
produit , relativement à la partie où on
la fait. Par M. David.Seconde édition ,
revue&corrigée. In-12. Paris , 1763.
chez Vallat-la- Chapelle , Libraire au
Palais , fur le Perron de la Sainte Chapelle
, au Château de Champlâtreux.
94 MERCURE DE FRANCE.
>
:
L'ART de communiquer ſes idées.
Enrichi de Notes Hiſtoriques & Philofophiques.
Par M. de la Chapelle , Cenſeur
Royal , Membre des Académies de
Lyon , Rouen , & de la Société Royale
de Londres. In- 12. Londres , 1763 .
chez David Wilson ; & ſe vend à Paris
, chez Debure Père , quai des Auguſtins
, à l'Image S. Paul.
DÉFENSE de la doctrine des Combinaiſons
, & Réfutation du Mémoire
X des Opufcules Mathématiques de
M. d'Alembert , avec des Lettres au même;
l'une ſur ſa Differtation lue dans
l'Académie des Sciences , pour prouver
qu'on ne peut ſoumettre l'inoculation
au calcul des probabilités. Et l'autre ,
ſur un Article du Dictionnaire de l'Encyclopédie
, au mot de Croix & Pile.
In- 12 , 1763. Se trouve à Paris , chez
Chaubert , rue du Hurepoix ; Moreau ,
rue Galande ; Knapen , au Palais ; &
Durand, rue S. Jacques.
OPÉRATIONS toutes faites pour la
régle du Cent; par le moyen deſquelles
on réfoudra tous calculs , pour les
Marchandiſes qui ſe vendent au Cent ,
depuis un denier le cent juſqu'à400 1.
DECEMBRE. 1763 . 95
le cent; avec une Table pour connoître
les intérêts compoſés d'un Capital
quelconque. Par J. Cl. Ouvrierde Lille ,
Expert-Juré-Ecrivain , à Paris. In- 16,
Paris , 1763. Chez Defaint & Saillant,
rue S. Jean de Beauvais ; & chez Savoie
, Despilly , Lottin l'aîné , & Durand
, Libraires , rue S. Jacques.
N. B. On trouve chez les mêmes Libraires,
un autre Ouvrage du même Auteur
, intitulé . L'Arithmétique méthodique
, avec un Traité des Changes Etrangers
, &Arbitrages opérés par la régle
conjointe. 1761. vol. in-8°. de 240 ра-
ges , relié , 2 liv. 10 f.
4
ELOGE de Maximilien de Bethune ,
Marquis deRofny , Duc de Sully, Principal
Miniftre de Henri-le-Grand , avec
des Notes hiſtoriques tirées du cahos
des Mémoires de Sully , & raffemblées
de différentes Piéces découſues , des
réfléxions , des particularités curieuſes
de ces deux grands hommes , relatives
au difcours ; un Plan abrégé du grand
Deſſein de Henri IV, un Tableau de
la France , &c. Par M. l'Abbé Conanier
Defiandes.
Reftituit rem.
Nonponebat enim rumores ante falutem,
96 MERCURE DE FRANCE.
:
• Ergo magisque magiſque viri nunc gloria claret.
Ennius.
In-8°. Paris , 1764. Chez Pierre- Guillaume
Simon , Imprimeur du Parlement,
rue de la Harpe , à l'Hercule.
ELOGE de Maximilien de Bethune
Duc de Sully , Sur- Intendant des Finances
, ſous Henri IV; par Mile Mazarelly.
Chez Duchesne , rue S. Jacques.
In-8°.
* LETTRE à M*** , ſervant de réponſe
à une critique de la Bibliographie
instructive , inférée dans le premier
Volume du mois de Juillet 1763 , du
Journal de Trévoux , page 1617.
Naturæ fequiturfemina quiſque ſue.
! 3
1
2
Propert
T
In-8°. Paris , 1763. Chez Debure le
jeune , quai des Auguſtins .
20
!
SOUSCRIPTIONS pour les chaînes
élastiques , à ſubſtituer aux ſoupentes
•& refforts des carroffes , berlines , chaiſes
de pofte & autres ſemblables voitures
; propofées par le fieur Guillaume
Zacharie le jeune , Horloger de la ville
1
de
DECEMBRE. 1763 . 97
,
de Lyon , Inventeur & Privilégié du
Roi pour la monture de ces chaines
par Lettres-Patentes du 28 Août 1761 ,
enregiſtrées au Parlement de Paris le 17
Juin 1763. In-8". Lyon , de l'Imprimerie
d'Aimé de la Roche , Imprimeur-
Libraire de la Ville & du Gouvernement
, aux Halles de la Grenette .
ANALYSE des Principes de M. J. J.
Rouffeau. In- 12. La Haye , 1763 ; & fe
trouve à Paris , chez les Libraires qui
débitent les Nouveautés.
PROSPECTUS du Canal de Bourgogne
pour la jonction des deux Mers par
le centre du Royaume. Brochure in-8°.
Paris , 163. De l'Imprimerie de C. F.
Simon , Imprimeur de la Reine & de
l'Archevêché.
EPITRE d'Héloïse à Abailard. Imitation
nouvelle de Pope. In-8°.Londres,
1763. Se trouve chez les Libraires qui
vendent les Nouveautés.
ETRENNES aux Dames , avec le Calendrier
de l'année 1764 , première partie
, contenant la notice des Femmes
illuftres dans les Belles-Lettres , nou
E
8 MERCURE DE FRANCE.
velle édition augmentée. In- 16. Paris ,
1764. Chez Mufier fils , quai des Auguſtins
, au coin de la rue Pavée , à
S. Etienne.
ALMANACH Iconologique ou des
Arts , pour l'année 1764 , ornéde figures
, avec leurs explications , parM.Gravelot
. A Paris , chez Latré , Graveur ,
fue S. Jacques ,à la ville de Bordeaux.
L'Iconologie comprendla ſcience des
Emblêmes , dont le premier eſſai qu'on
donne ici contient l'article des Arts ,&
n'est qu'une tentative fur le goût du Public.
Si ce début a l'avantage de lui
plaire , Fintention eſt de poursuivre l'entrepriſe
, juſqu'à en former un Traité
complet. On ſe flatte que ſi quelques
idées neuves s'y font remarquer , ce ne
ſera point aux dépens de la noble fimplicité
, dont l'antiquité nous donne
l'exemple. Non-ſeulement on ſe pro
poſe de l'imiter ; on veut même faire
ufage de toures les richeſſes qu'elle nous
a laiffées , auxquelles on ne voit point
d'équivalens : autrement ce ferpit vouloir
fubftituer un langage nouveau à
celui qui eſt déja généralement reçu .
Au reſte de ce que le deffein des figures
leurs explications partent de la même
DECEMBRE. -1763 .
99
main , il n'en peut réſulter entre les deux
parties de l'Ouvrage , que cette intime
correſpondance , propre à en faire naître
la précifion & la clarté.
On reconnoîtra par le nom des Artiftes
employés à la gravure des Planches,
le foin qu'on a pris pour qu'elles fuſſent
parfaitement éxécutées.
ceux qui ſe deſtinent au Barreau. Con
DECEMBRE. 1763. 93
tenant les difpofitions des Ordonnances
, Edits & Déclarations du Roi , les
Statuts particuliers des Coutumes , la Jurifprudence
des Arrêts, les Uſages obſervés
dans les différens Tribunaux , & la
définition des termes de Droit & de
Pratique.
Ony a joint ce qui regarde les Chambres
des Comptes , un Abrégé des Prérogatives
& Priviléges des Jurisdictions,
des Offices de Judicature & autres , &
une Notice des plus célébres Juriſconfultes
anciens & modernes , François &
Etrangers . Par M. D. P. D. C. Avocat
en Parlement. In-8° 3 volumes ;Paris,
1763. Chez le Clerc , Libraire , quai des
Auguſtins , près la rue Gît-le-Coeur ;
Despilly , Libraire rue S. Jacques ;
le Clerc , au Palais ; Celot , Imprimeur-
Libraire , au Palais ; Saugrain le jeune ,
rue da Hurepoix , & Fournier , quai
des Auguftins .
,
RECHERCHES ſur la manière d'agir
de la Saignée , & fur les effets qu'elle
produit , relativement à la partie où on
la fait. Par M. David.Seconde édition ,
revue&corrigée. In-12. Paris , 1763.
chez Vallat-la- Chapelle , Libraire au
Palais , fur le Perron de la Sainte Chapelle
, au Château de Champlâtreux.
94 MERCURE DE FRANCE.
>
:
L'ART de communiquer ſes idées.
Enrichi de Notes Hiſtoriques & Philofophiques.
Par M. de la Chapelle , Cenſeur
Royal , Membre des Académies de
Lyon , Rouen , & de la Société Royale
de Londres. In- 12. Londres , 1763 .
chez David Wilson ; & ſe vend à Paris
, chez Debure Père , quai des Auguſtins
, à l'Image S. Paul.
DÉFENSE de la doctrine des Combinaiſons
, & Réfutation du Mémoire
X des Opufcules Mathématiques de
M. d'Alembert , avec des Lettres au même;
l'une ſur ſa Differtation lue dans
l'Académie des Sciences , pour prouver
qu'on ne peut ſoumettre l'inoculation
au calcul des probabilités. Et l'autre ,
ſur un Article du Dictionnaire de l'Encyclopédie
, au mot de Croix & Pile.
In- 12 , 1763. Se trouve à Paris , chez
Chaubert , rue du Hurepoix ; Moreau ,
rue Galande ; Knapen , au Palais ; &
Durand, rue S. Jacques.
OPÉRATIONS toutes faites pour la
régle du Cent; par le moyen deſquelles
on réfoudra tous calculs , pour les
Marchandiſes qui ſe vendent au Cent ,
depuis un denier le cent juſqu'à400 1.
DECEMBRE. 1763 . 95
le cent; avec une Table pour connoître
les intérêts compoſés d'un Capital
quelconque. Par J. Cl. Ouvrierde Lille ,
Expert-Juré-Ecrivain , à Paris. In- 16,
Paris , 1763. Chez Defaint & Saillant,
rue S. Jean de Beauvais ; & chez Savoie
, Despilly , Lottin l'aîné , & Durand
, Libraires , rue S. Jacques.
N. B. On trouve chez les mêmes Libraires,
un autre Ouvrage du même Auteur
, intitulé . L'Arithmétique méthodique
, avec un Traité des Changes Etrangers
, &Arbitrages opérés par la régle
conjointe. 1761. vol. in-8°. de 240 ра-
ges , relié , 2 liv. 10 f.
4
ELOGE de Maximilien de Bethune ,
Marquis deRofny , Duc de Sully, Principal
Miniftre de Henri-le-Grand , avec
des Notes hiſtoriques tirées du cahos
des Mémoires de Sully , & raffemblées
de différentes Piéces découſues , des
réfléxions , des particularités curieuſes
de ces deux grands hommes , relatives
au difcours ; un Plan abrégé du grand
Deſſein de Henri IV, un Tableau de
la France , &c. Par M. l'Abbé Conanier
Defiandes.
Reftituit rem.
Nonponebat enim rumores ante falutem,
96 MERCURE DE FRANCE.
:
• Ergo magisque magiſque viri nunc gloria claret.
Ennius.
In-8°. Paris , 1764. Chez Pierre- Guillaume
Simon , Imprimeur du Parlement,
rue de la Harpe , à l'Hercule.
ELOGE de Maximilien de Bethune
Duc de Sully , Sur- Intendant des Finances
, ſous Henri IV; par Mile Mazarelly.
Chez Duchesne , rue S. Jacques.
In-8°.
* LETTRE à M*** , ſervant de réponſe
à une critique de la Bibliographie
instructive , inférée dans le premier
Volume du mois de Juillet 1763 , du
Journal de Trévoux , page 1617.
Naturæ fequiturfemina quiſque ſue.
! 3
1
2
Propert
T
In-8°. Paris , 1763. Chez Debure le
jeune , quai des Auguſtins .
20
!
SOUSCRIPTIONS pour les chaînes
élastiques , à ſubſtituer aux ſoupentes
•& refforts des carroffes , berlines , chaiſes
de pofte & autres ſemblables voitures
; propofées par le fieur Guillaume
Zacharie le jeune , Horloger de la ville
1
de
DECEMBRE. 1763 . 97
,
de Lyon , Inventeur & Privilégié du
Roi pour la monture de ces chaines
par Lettres-Patentes du 28 Août 1761 ,
enregiſtrées au Parlement de Paris le 17
Juin 1763. In-8". Lyon , de l'Imprimerie
d'Aimé de la Roche , Imprimeur-
Libraire de la Ville & du Gouvernement
, aux Halles de la Grenette .
ANALYSE des Principes de M. J. J.
Rouffeau. In- 12. La Haye , 1763 ; & fe
trouve à Paris , chez les Libraires qui
débitent les Nouveautés.
PROSPECTUS du Canal de Bourgogne
pour la jonction des deux Mers par
le centre du Royaume. Brochure in-8°.
Paris , 163. De l'Imprimerie de C. F.
Simon , Imprimeur de la Reine & de
l'Archevêché.
EPITRE d'Héloïse à Abailard. Imitation
nouvelle de Pope. In-8°.Londres,
1763. Se trouve chez les Libraires qui
vendent les Nouveautés.
ETRENNES aux Dames , avec le Calendrier
de l'année 1764 , première partie
, contenant la notice des Femmes
illuftres dans les Belles-Lettres , nou
E
8 MERCURE DE FRANCE.
velle édition augmentée. In- 16. Paris ,
1764. Chez Mufier fils , quai des Auguſtins
, au coin de la rue Pavée , à
S. Etienne.
ALMANACH Iconologique ou des
Arts , pour l'année 1764 , ornéde figures
, avec leurs explications , parM.Gravelot
. A Paris , chez Latré , Graveur ,
fue S. Jacques ,à la ville de Bordeaux.
L'Iconologie comprendla ſcience des
Emblêmes , dont le premier eſſai qu'on
donne ici contient l'article des Arts ,&
n'est qu'une tentative fur le goût du Public.
Si ce début a l'avantage de lui
plaire , Fintention eſt de poursuivre l'entrepriſe
, juſqu'à en former un Traité
complet. On ſe flatte que ſi quelques
idées neuves s'y font remarquer , ce ne
ſera point aux dépens de la noble fimplicité
, dont l'antiquité nous donne
l'exemple. Non-ſeulement on ſe pro
poſe de l'imiter ; on veut même faire
ufage de toures les richeſſes qu'elle nous
a laiffées , auxquelles on ne voit point
d'équivalens : autrement ce ferpit vouloir
fubftituer un langage nouveau à
celui qui eſt déja généralement reçu .
Au reſte de ce que le deffein des figures
leurs explications partent de la même
DECEMBRE. -1763 .
99
main , il n'en peut réſulter entre les deux
parties de l'Ouvrage , que cette intime
correſpondance , propre à en faire naître
la précifion & la clarté.
On reconnoîtra par le nom des Artiftes
employés à la gravure des Planches,
le foin qu'on a pris pour qu'elles fuſſent
parfaitement éxécutées.
Fermer
10489
p. 97
« ANALYSE des Principes de M. J. J. Rousseau. In-12. La Haye, 1763 ; & se [...] »
Début :
ANALYSE des Principes de M. J. J. Rousseau. In-12. La Haye, 1763 ; & se [...]
Mots clefs :
Analyse, Princpies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ANALYSE des Principes de M. J. J. Rousseau. In-12. La Haye, 1763 ; & se [...] »
ANALYSE des Principes de M. J. J.
Rouffeau. In- 12. La Haye , 1763 ; & fe
trouve à Paris , chez les Libraires qui
débitent les Nouveautés.
Rouffeau. In- 12. La Haye , 1763 ; & fe
trouve à Paris , chez les Libraires qui
débitent les Nouveautés.
Fermer
10490
p. 99-112
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, des Belles-Lettres & des Arts de ROUEN.
Début :
Du Mercredi 3 Août 1763. M. LECAT, Secrétaire des Sciences [...]
Mots clefs :
Prix, Mémoire, Sciences, Botanique, Pensées, Parties, Mœurs , Extrait, Fleurs, Architecture, Littérature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, des Belles-Lettres & des Arts de ROUEN.
SEANCE publique de l'Académie des
Sciences , des Belles-Lettres & des
Arts de RoUEN.
Du Mercredi 3 Août 1763 .
M. LECAT , Secrétaire des Sciences ,
ouvrit cette Séance ſelon l'uſage , parle
détail ſuccinct des travaux de l'année
académique , détail trop confidérable
- pour trouver place ici : après quoi il annonça
les vainqueurs au concours pour
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
les prix des Ecoles protégées par l'Académie.
Prix d'Anatomie.
1
Le premier a été remporté par Barthelemi
la Porterie , d'Ecouy près Gifors.
Le ſecond , par Michel Damonceaux ,
de Monroye , Diocèſe de Tours.
Le troifiéme , par Michel-Armand
Mulot, de Paris .
Le premier acceffit, par Jacques-René
Boulard, d'Evreux,
Le second acceffit , par Claude Guerin ,
deGenève.
Des trois Prix de Chirurgie , un ſeul
Mémoire , mais très-bon , a été jugé
digne d'en avoir un. L'Auteur est Jacques-
René Boulard, le même qui l'an
paffé remporta le premier Prix du même
genre , avec la note longè primus. Les
deux autres Prix ſont réſervés pour l'année
prochaine.
L'acceffit , par Alexandre- Charles ,
de Rouen.
Il y aura en 1764 deux Prix d'émulation
pour la nouvelle Ecole des Accouchemens
, dont nous avons annoncé la
création dans une des Feuilles hebdomadaires
de Rouen,
DECEMBRE. 1763. 101
Botanique.
Les Prix de Botanique ont été remportés:
Le 1er , par M. Dorignac. de Rouen
Le 2me , par M. Langlois.
Le troifiéme Prix & une quatriéme
Médaille réſervée de l'an paſſe , ſeront
offerts aux Concurrens l'année prochaine.
Il n'y a point eude concours pour les
Prix deMathématique cette année.
Deffeins
Le ſujet pour la Peinture étoit Jofeph
dans la prison , expliquant les ſonges
aux deux Officiers de Pharaon . Le Prix
à été donné à Pierre-Amable Beaufils ,
deRouen.
:
Le premier Prix d'après nature , à
Jean-Baptiste Marc-Antoine Descamps ,
fils de M. le Profeſſeur.
Le ſecond , à Anicet - Charles - Gabriel
Lemonnier , de Rouen.
Le Prix d'après la boſſe , à Jean-Martin
Paulet , de Rouen.
:
Un Prix extraordinaire d'après la boffe,
àMademoiselle de Jouy , de Rouen.
Le Prix d'après le deſſein , à Made-
E nj
102 MERCURE DE FRANCE.
moiselle Bonne- FélicitéDescamps , fille
de M. le Profeſſeur.
L'acceffità Nicolas Milon, de Rouen.
Le Prix d'Architecture , à Jean-Jo
Seph Godefroy, de Dernetal.
L'acceffit , à François Grout, de Sotteville.
• Meſſieurs les Secrétaires lurent enfuite
les Programmes des Prix de leurs Claf
ſes , qu'on a inférés dans le Mercure
précédent : après quoi M. Vregeon fit
la lecture des obfervations météorologiques
, auxquelles il ajouta celles des
maladies qui ont regné dans le cours de
cette année académique.
Enfuite M. Lecat , Secrétaire des
Sciences , lut l'extrait de la ſeconde partie
de ſon Traité du Sommeil , dont la
première , lue à la Séance publique de
l'an paſſé ,a été confumée dans l'incendie
de fon Etude du 26 Décembre dernier.
Cetre ſeconde Partie traite de ce quife
paffe ennouspendant le sommeil, ou des
pensées & des actions d'un homme qui
dort.
Ces Penſées comprennent les fonges
ordinaires , les fonges à preſſentimens ,
à viſions , à prétendues prophéties , &c.
M. Lecat y a fait entrer une maladie
particuliere au fommeil , le cochemart ,
DECEMBRE. 1763 . 103
parce que l'imagination du dormeur y
joue un grand rôle. Par les actions d'un
homme qui dort , il entend les mouvemens&
les cris imparfaits qu'on obferve
dans les dormeurs , &les phénomènes
finguliers des ſomnambules , qu'il diviſe
en pluſieurs claſſes. Cette differtation ,
dont il n'a pû donner qu'un extrait , a
dans tous fes articles deux parties ; une
hiſtorique , dont M. Lecat donne pour
garant lesAuteurs ſeuls dont il l'a tirée ,
&une phyſico-ſyſtématique , qui eft
bien à lui , mais qu'il n'offre au Public
que comme un eſſai d'hypothèſe , &
fur certains points , comme la fimple
lueur d'une vraie lumière qu'il lui a éré
impoffible de répandre fur des ſujets auffi
obfcurs.
M. du Boullay , Secrétaire desBelles-
Lettres , dut l'éloge de M. Titon du Tillet,
Affocié de l'Académie, connu par
fon Parnasse François , né à Paris le 16
Janvier 1677 , mort dans la même ville
le 26 Décembre 1762, âgé de 84 ans ,
11 mois 10 jours. Son exemple , ditM.
du Boullay , a prouvé que l'amour des
Sciences , des Lettres & des Arts , eſt
une paſſion ſi noble , qu'elle mérite
quelquefois à ceux qui en donnent des
marques publiques & éclatantes , une
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
réputation qui ſemble être réſervée aux
talens ſupérieurs.
Le même M. du Boullay lut enſuite
unDifcours intitulé : Eſſaifur l'influence
réciproque des moeurs fur le goût , & du
goût fur les moeurs , dans lequel , après
avoir établi que le goût, Juge de tous
les beaux Arts , eſt un ſentiment vif&
rapide qui précéde toute réflexion , que
la nature donne , que l'étude approfondie
& raiſonnée des principes perfectionne
, & que l'opinion corrompt; il fit
voir que le ſentiment par lequel notre
coeur juge du vice&de la vertu , eft
précisément de même nature , ſe perfectionne
& fe déprave par les mêmes
moyens ; d'où il ſuit que la corruption
des moeurs doit entraîner celle du goût ,
& que la corruption du goût doit à fon
tour accélérer celle des moeurs ; réſultat
conforme à la théorie & à l'expérience.
M. Pinard , Docteur en Médecine ,
& Profeffeur Royal de Botanique , lut
un Mémoire fur le Mufa , connu en
France ſous le nom de Figuier bananier
, ou Figuier d'Adam. Cette plante ,
cultivée dans la Serre de l'Académie ,
ayant donné ſa fleur au mois d'Août
1762 , & fon fruit s'étant trouvé parfaitement
mûr au commencement de Fé
DECEMBRE. 1763. 1ος
vrier ſuivant , notre Profeſſeur n'a pas
laiſſé échapper l'occaſion d'en examiner
toutes les parties avec l'attention la plus
fcrupuleuſe , & de les faire deffiner. Les
fleurs étant l'objet le plus intéreſſant de
ce Mémoire , nous ne le ſuivrons point
dans les détails curieux où il eſt entré
par rapport aux racines , aux feuilles &
à la ſtructure intérieure tant de la tige
que du régime. On donne communément
ce nom à la collection des fruits
diſpoſés en grape du Bananier , du Dattier
, du Cocotier , &c .
On obſerve fut le régime deux ſortes
de fleurs ; celles qui paroiſſent les pre .
mières portent des fruits , & les autres
avortent :
La Corole eſt irrégulière : elle eſt compoſée
de deux pétales , ou ſi l'on veut
d'un pétale & d'un nectarium , qui forment
enſemble une eſpéce de gueule.
Le pétale placé à la partie ſupérieure eſt
plié en gouttière à ſa baſe , cannelé , applati
& relevé par le haut , ou il eſt découpé
ordinairement en cinq parties
roulées en-dehors. Le nectarium poſé
inférieurement eſt creusé en nacelle. Son
extrémité antérieure eſt repliée en-dedans
, légérement déchiquetée , & terminée
dans ſon milieu par une lan
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
guette * qui n'est pas toujours portée
en-dehors . Sa cavité eſt remplie d'une
liqueur très-claire & fucrée.
On trouve dans cette fleur cinq filets
égaux applatis , qui n'ont point de fommets
, & dont l'extrémité eſt flétrie &
brune.
Ces parties font foutenues par un
germe fort grand, terminé par un ſtyle
relevé de trois côtes à ſa baſe , dont le
ſtigmate eft brun , creuſé dans fon milieu
, & divifé dans fes bords en plufieurs
parties.
Les fleurs auxquelles il ne fuccéde
point de fruits , ont le pétale& le nectarium
plus petits : le germe & le ſtyle
font très-grêles . Il n'en est pas ainſi des
cinq filets , qui ſont grands &terminés
par des ſommets chargés dans leurs bords
d'une pouffière que M. Pinard prouve
n'être d'aucune utilité pour féconder les
fleurs ſupérieures.
Cette deſcription de la fleur du Bannier
eſt ſuivie d'une critique judicieuſe
de ce qu'en ont écrit & fait graver
Rheede&le Pere Plumier. Il en réfulte
*Ne feroit-ce pas cette languette que le ſçavant
Profeſſeur d'Upfal auroit priſe pour une fixieme
étamine ?
J
DECEMBRE. 1763 . 107
que l'un & l'autre lui ont donné une
plus grande quantité de pétales qu'elle
n'en a , & que ne ſe trouvant pas même
d'accord entre eux fur le nombre & fur
la forme , ils s'en font rapportés à des
Aides , qui n'ont pas copié la nature
telle qu'elle eſt .
M. l'Abbé Yart lut un Difcours fur
les Pensées détachées.
Combien de perſonnes qui ont beaucoup
de talens & de goût pour la Littérature
& les Sciences , n'ont pas le
temps de donner fur ces ſujets des Ouvrages
fuivis , conſidérables , & à qui il
ſe préſente cependant des idées neuves ,
des traits de génie , matériaux précieux
qui feroient perdus pour la République
des Lettres , fi les Auteurs négligeoient
de les produire. Telles ſont les OEuvres
du plus grand nombre de nos Poëtes ,
de nos meilleurs Ecrivains , anciens &
modernes : on en peut juger par lesMêlanges
de Littérature des Voltaire , des
Dalembert , &c . :
Qu'est-ce qui ignore que ceux même
qui méditent un grand Ouvrage n'en
ont ſouvent conçu le plan que dans un
de ces momens heureux où ſe préfentent
les Pensées détachées ; que ceux de
ces plans qui font les mieux remplis ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
les plus propres à mériter à leurs auteurs
les fuffrages de leur fiécle & ceux de la
poſtérité, ne font dans leur origine qu'une
collection de Pensées détachées , qui ſe
rapportent à un même ſujet.
-
Les Penſées de Pascal, le Livre de
l'Eſprit des Loix de Montesquieu , ces
Ouvrages immortels , font ils autre
choſe?Q'uest-ce qui a manqué à leursAuteurs
pour en faire des Ouvrages ſuivis ,
complets , des chefs-d'oeuvre ? Le temps
ſeulement pour lier entre elles toutes
ces Penfées détachées. M. l'Abbé Yart
entre fur les Pensées détachées dans des
détails où nous ne pouvons le ſuivre ,
fur l'origine , les qualités , les devoirs ,
les avantages , & enfin le méchaniſme de
cesPensées.Toutce que nous en pouvons
dire , c'eſt que ce Difcours , qui fut très
applaudi, inſpira à tous lesGens de Lettres
de l'Auditoire le defir de cultiver cette
facile & folide Littérature..:
M. Dornay termina la Séance par la
lecture d'un Mémoire fur les Edifices
que le Roi Stanislas a fait conſtruire en
Lorraine , &particulièrementfur les embelliſſemens
de la ville de Nancy.
Ce Mémoire eſt le réſumé d'un plus
long ouvrage ,& par conféquent il n'eſt
guères fufceptible d'extrait. On ſe con
DECEMBRE. 1763. 109
tentera doncde dire en général que tous
les plans en ont été finis ſous les yeuxdu
Roi & d'après ſes idées . 4 :
« Ce Prince profondément inſtruit
>> des vrais principes de l'Architecture ,
>>& doué d'un goût exquis , a réuni
>> ſupérieurement,dans ces monumens ,
>> la folidité , la magnificence & l'utilité
>> publique. Les décorations extérieures
>> font tantôt brillantes & riches , tantôt
>> gaies & riantes , quelquefois fimples
» & même ruſtiques , ſelon que l'éxigent
>>les lieux , le goût des bâtimens ou leur
>> deftination. Ces rapports jettent tout
> le monde dans une forte d'enchante-
>>>ment ; & les gens inſtruits les admirent
>> d'autant plus , qu'ils en voyent rare-
>>ment des exemples. Chaque Palais ,
>>chaque Monument , eſt varié au gré
>>d'une imagination qui ne s'épuiſe ja-
>> mais , & qui ne ſe répéte en aucun
>> endroit. On y admire fur-tout l'habi-
-> leté avec laquelle ce Prince a ſçu tirer
>>parti des avantages du local , avec
>> laquelle il a même ſcu faire ſervir des
» obſtacles , des rochers énormes , par
>> exemple, à la production d'un nouveau
>> genre de beautés frappantes, tout-à- fait
>> fingulières , qu'on ne trouve dans au- ,
>> cune de nos grandes maiſons deFrance.
1
110 MERCURE DE FRANCE.
Les eaux concourent , comme on
peut l'imaginer , à embellir , à animer
toutes ces délicieuſes habitations , &
c'eſt vraiment par cette partie qu'on les
prendroit volontiers pour des Palais de
Fées. Le Roi Stanislas non-feulementy
a fait former à cet élément toutes les
eſpéces de fpectacles agréables que la
ſcience de l'hydraulique & le goût lui
font exécuter par-tout ailleurs ; mais ce
qu'on ne voit nulle part, ila fait prendre
à ce fluide toutes les formes ſolides d'utilité
& de décoration que donnent aux
pierres , aux métaux & aux glaces , les
Arts deſtinés à traiter ces matières.
"Dans les dehors on voit les eaux
>>paroître ſous la figure de vafes , de
>>foleils , de colonnes auffi polies &
>> auffi transparentes que le cristal , &
>>qui conſervent éxactement toutes les
>>>proportions de l'ordre d'architecture
>> qu'on leur a aſſignés.
>>Etes-vous dans l'intérieur ? Les portes
& les fenêtres ſe ferment tout-à-
>>coup par des glaces liquides qui vous
>>>laiſſent obſerver toute la tranſparence
>> de celles de nos Manufactures , avec
>>>l'étonnement de les voir imitées par
un élément auſſi inconftant , & qui
>communique bientôt à tout l'appar
DECEMBRE. 1763. 111
>> tement la fraîcheur la plus délicieufe.
Que ne pourroit- on pas dire des formes
agréables qu'on leur a fait prendre
dans l'intérieur de ces ſalles enchantées ,
& au milieu des tables deſtinées à manger
? Il faut lire dans le Mémoire deM.
D. ces deſcriptions charmantes
>> C'eſt , dit cet Académicien , l'uſage le
>>plus ingénieux que l'on ait encore vu
>> faire de cet élément , que de l'avoir
>> fait fervir fur-tout dans des falles de
>> feſtin , où tout doit être gai & vivant,
» & où l'on ne peut raſſembler trop
>>d'objets intéreffans , fi l'on veut parer
>> le beſoin de tous les charmes du
>> plaifir.
>> Le progrès des Arts & l'embelliffe-
>>>ment des Pays qu'il gouverne , n'oc-
>> cupent pas uniquement ce Prince
>>bienfaiſant. Les monumensde ſa pié-
>> té & de ſa charité ſont bien plus
>>nombreux encore. Sa bonté pater-
>> nelle s'étend à tout ,& il eſt incom-
>> préhenſible à quel point il a porté
>> l'attention & la prévoyance non ſeu-
>>>lement pour le foulagement des maux
>>préfens , mais pour remédier d'avan-
>> ce à toutes les calamités auſquelles
>> l'humanité eſt expoſée.
C'eſt au moyen du bel ordre qui ré
112 MERCURE DE FRANCE .
gne dans ſes finances &de leur ſage adminiſtration
, qui , comme le remarque
M. D. multiplie les tréſors des Princes ,
que le Roi Stanislas s'eſt trouvé en état
d'élever un auſſi grand nombre de monumens
utiles , qui le rendront à jamais
cher à l'Etat qu'il gouverne , qu'il décore
& qu'il enrichit ,aux Sciences &
aux Arts qu'il protége , qu'il éclaire , &
qu'il cultive avec ſuccès , à l'humanité
enfindont il eſt le Bienfaiteur & le Père.
On ne rendroit pas à ce Mémoire la
juſtice qui lui eſt due , ſi l'on en jugeoit
par cet Extrait , trop court pour en faire
fentir toutes les beautés..
Sciences , des Belles-Lettres & des
Arts de RoUEN.
Du Mercredi 3 Août 1763 .
M. LECAT , Secrétaire des Sciences ,
ouvrit cette Séance ſelon l'uſage , parle
détail ſuccinct des travaux de l'année
académique , détail trop confidérable
- pour trouver place ici : après quoi il annonça
les vainqueurs au concours pour
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
les prix des Ecoles protégées par l'Académie.
Prix d'Anatomie.
1
Le premier a été remporté par Barthelemi
la Porterie , d'Ecouy près Gifors.
Le ſecond , par Michel Damonceaux ,
de Monroye , Diocèſe de Tours.
Le troifiéme , par Michel-Armand
Mulot, de Paris .
Le premier acceffit, par Jacques-René
Boulard, d'Evreux,
Le second acceffit , par Claude Guerin ,
deGenève.
Des trois Prix de Chirurgie , un ſeul
Mémoire , mais très-bon , a été jugé
digne d'en avoir un. L'Auteur est Jacques-
René Boulard, le même qui l'an
paffé remporta le premier Prix du même
genre , avec la note longè primus. Les
deux autres Prix ſont réſervés pour l'année
prochaine.
L'acceffit , par Alexandre- Charles ,
de Rouen.
Il y aura en 1764 deux Prix d'émulation
pour la nouvelle Ecole des Accouchemens
, dont nous avons annoncé la
création dans une des Feuilles hebdomadaires
de Rouen,
DECEMBRE. 1763. 101
Botanique.
Les Prix de Botanique ont été remportés:
Le 1er , par M. Dorignac. de Rouen
Le 2me , par M. Langlois.
Le troifiéme Prix & une quatriéme
Médaille réſervée de l'an paſſe , ſeront
offerts aux Concurrens l'année prochaine.
Il n'y a point eude concours pour les
Prix deMathématique cette année.
Deffeins
Le ſujet pour la Peinture étoit Jofeph
dans la prison , expliquant les ſonges
aux deux Officiers de Pharaon . Le Prix
à été donné à Pierre-Amable Beaufils ,
deRouen.
:
Le premier Prix d'après nature , à
Jean-Baptiste Marc-Antoine Descamps ,
fils de M. le Profeſſeur.
Le ſecond , à Anicet - Charles - Gabriel
Lemonnier , de Rouen.
Le Prix d'après la boſſe , à Jean-Martin
Paulet , de Rouen.
:
Un Prix extraordinaire d'après la boffe,
àMademoiselle de Jouy , de Rouen.
Le Prix d'après le deſſein , à Made-
E nj
102 MERCURE DE FRANCE.
moiselle Bonne- FélicitéDescamps , fille
de M. le Profeſſeur.
L'acceffità Nicolas Milon, de Rouen.
Le Prix d'Architecture , à Jean-Jo
Seph Godefroy, de Dernetal.
L'acceffit , à François Grout, de Sotteville.
• Meſſieurs les Secrétaires lurent enfuite
les Programmes des Prix de leurs Claf
ſes , qu'on a inférés dans le Mercure
précédent : après quoi M. Vregeon fit
la lecture des obfervations météorologiques
, auxquelles il ajouta celles des
maladies qui ont regné dans le cours de
cette année académique.
Enfuite M. Lecat , Secrétaire des
Sciences , lut l'extrait de la ſeconde partie
de ſon Traité du Sommeil , dont la
première , lue à la Séance publique de
l'an paſſé ,a été confumée dans l'incendie
de fon Etude du 26 Décembre dernier.
Cetre ſeconde Partie traite de ce quife
paffe ennouspendant le sommeil, ou des
pensées & des actions d'un homme qui
dort.
Ces Penſées comprennent les fonges
ordinaires , les fonges à preſſentimens ,
à viſions , à prétendues prophéties , &c.
M. Lecat y a fait entrer une maladie
particuliere au fommeil , le cochemart ,
DECEMBRE. 1763 . 103
parce que l'imagination du dormeur y
joue un grand rôle. Par les actions d'un
homme qui dort , il entend les mouvemens&
les cris imparfaits qu'on obferve
dans les dormeurs , &les phénomènes
finguliers des ſomnambules , qu'il diviſe
en pluſieurs claſſes. Cette differtation ,
dont il n'a pû donner qu'un extrait , a
dans tous fes articles deux parties ; une
hiſtorique , dont M. Lecat donne pour
garant lesAuteurs ſeuls dont il l'a tirée ,
&une phyſico-ſyſtématique , qui eft
bien à lui , mais qu'il n'offre au Public
que comme un eſſai d'hypothèſe , &
fur certains points , comme la fimple
lueur d'une vraie lumière qu'il lui a éré
impoffible de répandre fur des ſujets auffi
obfcurs.
M. du Boullay , Secrétaire desBelles-
Lettres , dut l'éloge de M. Titon du Tillet,
Affocié de l'Académie, connu par
fon Parnasse François , né à Paris le 16
Janvier 1677 , mort dans la même ville
le 26 Décembre 1762, âgé de 84 ans ,
11 mois 10 jours. Son exemple , ditM.
du Boullay , a prouvé que l'amour des
Sciences , des Lettres & des Arts , eſt
une paſſion ſi noble , qu'elle mérite
quelquefois à ceux qui en donnent des
marques publiques & éclatantes , une
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
réputation qui ſemble être réſervée aux
talens ſupérieurs.
Le même M. du Boullay lut enſuite
unDifcours intitulé : Eſſaifur l'influence
réciproque des moeurs fur le goût , & du
goût fur les moeurs , dans lequel , après
avoir établi que le goût, Juge de tous
les beaux Arts , eſt un ſentiment vif&
rapide qui précéde toute réflexion , que
la nature donne , que l'étude approfondie
& raiſonnée des principes perfectionne
, & que l'opinion corrompt; il fit
voir que le ſentiment par lequel notre
coeur juge du vice&de la vertu , eft
précisément de même nature , ſe perfectionne
& fe déprave par les mêmes
moyens ; d'où il ſuit que la corruption
des moeurs doit entraîner celle du goût ,
& que la corruption du goût doit à fon
tour accélérer celle des moeurs ; réſultat
conforme à la théorie & à l'expérience.
M. Pinard , Docteur en Médecine ,
& Profeffeur Royal de Botanique , lut
un Mémoire fur le Mufa , connu en
France ſous le nom de Figuier bananier
, ou Figuier d'Adam. Cette plante ,
cultivée dans la Serre de l'Académie ,
ayant donné ſa fleur au mois d'Août
1762 , & fon fruit s'étant trouvé parfaitement
mûr au commencement de Fé
DECEMBRE. 1763. 1ος
vrier ſuivant , notre Profeſſeur n'a pas
laiſſé échapper l'occaſion d'en examiner
toutes les parties avec l'attention la plus
fcrupuleuſe , & de les faire deffiner. Les
fleurs étant l'objet le plus intéreſſant de
ce Mémoire , nous ne le ſuivrons point
dans les détails curieux où il eſt entré
par rapport aux racines , aux feuilles &
à la ſtructure intérieure tant de la tige
que du régime. On donne communément
ce nom à la collection des fruits
diſpoſés en grape du Bananier , du Dattier
, du Cocotier , &c .
On obſerve fut le régime deux ſortes
de fleurs ; celles qui paroiſſent les pre .
mières portent des fruits , & les autres
avortent :
La Corole eſt irrégulière : elle eſt compoſée
de deux pétales , ou ſi l'on veut
d'un pétale & d'un nectarium , qui forment
enſemble une eſpéce de gueule.
Le pétale placé à la partie ſupérieure eſt
plié en gouttière à ſa baſe , cannelé , applati
& relevé par le haut , ou il eſt découpé
ordinairement en cinq parties
roulées en-dehors. Le nectarium poſé
inférieurement eſt creusé en nacelle. Son
extrémité antérieure eſt repliée en-dedans
, légérement déchiquetée , & terminée
dans ſon milieu par une lan
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
guette * qui n'est pas toujours portée
en-dehors . Sa cavité eſt remplie d'une
liqueur très-claire & fucrée.
On trouve dans cette fleur cinq filets
égaux applatis , qui n'ont point de fommets
, & dont l'extrémité eſt flétrie &
brune.
Ces parties font foutenues par un
germe fort grand, terminé par un ſtyle
relevé de trois côtes à ſa baſe , dont le
ſtigmate eft brun , creuſé dans fon milieu
, & divifé dans fes bords en plufieurs
parties.
Les fleurs auxquelles il ne fuccéde
point de fruits , ont le pétale& le nectarium
plus petits : le germe & le ſtyle
font très-grêles . Il n'en est pas ainſi des
cinq filets , qui ſont grands &terminés
par des ſommets chargés dans leurs bords
d'une pouffière que M. Pinard prouve
n'être d'aucune utilité pour féconder les
fleurs ſupérieures.
Cette deſcription de la fleur du Bannier
eſt ſuivie d'une critique judicieuſe
de ce qu'en ont écrit & fait graver
Rheede&le Pere Plumier. Il en réfulte
*Ne feroit-ce pas cette languette que le ſçavant
Profeſſeur d'Upfal auroit priſe pour une fixieme
étamine ?
J
DECEMBRE. 1763 . 107
que l'un & l'autre lui ont donné une
plus grande quantité de pétales qu'elle
n'en a , & que ne ſe trouvant pas même
d'accord entre eux fur le nombre & fur
la forme , ils s'en font rapportés à des
Aides , qui n'ont pas copié la nature
telle qu'elle eſt .
M. l'Abbé Yart lut un Difcours fur
les Pensées détachées.
Combien de perſonnes qui ont beaucoup
de talens & de goût pour la Littérature
& les Sciences , n'ont pas le
temps de donner fur ces ſujets des Ouvrages
fuivis , conſidérables , & à qui il
ſe préſente cependant des idées neuves ,
des traits de génie , matériaux précieux
qui feroient perdus pour la République
des Lettres , fi les Auteurs négligeoient
de les produire. Telles ſont les OEuvres
du plus grand nombre de nos Poëtes ,
de nos meilleurs Ecrivains , anciens &
modernes : on en peut juger par lesMêlanges
de Littérature des Voltaire , des
Dalembert , &c . :
Qu'est-ce qui ignore que ceux même
qui méditent un grand Ouvrage n'en
ont ſouvent conçu le plan que dans un
de ces momens heureux où ſe préfentent
les Pensées détachées ; que ceux de
ces plans qui font les mieux remplis ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
les plus propres à mériter à leurs auteurs
les fuffrages de leur fiécle & ceux de la
poſtérité, ne font dans leur origine qu'une
collection de Pensées détachées , qui ſe
rapportent à un même ſujet.
-
Les Penſées de Pascal, le Livre de
l'Eſprit des Loix de Montesquieu , ces
Ouvrages immortels , font ils autre
choſe?Q'uest-ce qui a manqué à leursAuteurs
pour en faire des Ouvrages ſuivis ,
complets , des chefs-d'oeuvre ? Le temps
ſeulement pour lier entre elles toutes
ces Penfées détachées. M. l'Abbé Yart
entre fur les Pensées détachées dans des
détails où nous ne pouvons le ſuivre ,
fur l'origine , les qualités , les devoirs ,
les avantages , & enfin le méchaniſme de
cesPensées.Toutce que nous en pouvons
dire , c'eſt que ce Difcours , qui fut très
applaudi, inſpira à tous lesGens de Lettres
de l'Auditoire le defir de cultiver cette
facile & folide Littérature..:
M. Dornay termina la Séance par la
lecture d'un Mémoire fur les Edifices
que le Roi Stanislas a fait conſtruire en
Lorraine , &particulièrementfur les embelliſſemens
de la ville de Nancy.
Ce Mémoire eſt le réſumé d'un plus
long ouvrage ,& par conféquent il n'eſt
guères fufceptible d'extrait. On ſe con
DECEMBRE. 1763. 109
tentera doncde dire en général que tous
les plans en ont été finis ſous les yeuxdu
Roi & d'après ſes idées . 4 :
« Ce Prince profondément inſtruit
>> des vrais principes de l'Architecture ,
>>& doué d'un goût exquis , a réuni
>> ſupérieurement,dans ces monumens ,
>> la folidité , la magnificence & l'utilité
>> publique. Les décorations extérieures
>> font tantôt brillantes & riches , tantôt
>> gaies & riantes , quelquefois fimples
» & même ruſtiques , ſelon que l'éxigent
>>les lieux , le goût des bâtimens ou leur
>> deftination. Ces rapports jettent tout
> le monde dans une forte d'enchante-
>>>ment ; & les gens inſtruits les admirent
>> d'autant plus , qu'ils en voyent rare-
>>ment des exemples. Chaque Palais ,
>>chaque Monument , eſt varié au gré
>>d'une imagination qui ne s'épuiſe ja-
>> mais , & qui ne ſe répéte en aucun
>> endroit. On y admire fur-tout l'habi-
-> leté avec laquelle ce Prince a ſçu tirer
>>parti des avantages du local , avec
>> laquelle il a même ſcu faire ſervir des
» obſtacles , des rochers énormes , par
>> exemple, à la production d'un nouveau
>> genre de beautés frappantes, tout-à- fait
>> fingulières , qu'on ne trouve dans au- ,
>> cune de nos grandes maiſons deFrance.
1
110 MERCURE DE FRANCE.
Les eaux concourent , comme on
peut l'imaginer , à embellir , à animer
toutes ces délicieuſes habitations , &
c'eſt vraiment par cette partie qu'on les
prendroit volontiers pour des Palais de
Fées. Le Roi Stanislas non-feulementy
a fait former à cet élément toutes les
eſpéces de fpectacles agréables que la
ſcience de l'hydraulique & le goût lui
font exécuter par-tout ailleurs ; mais ce
qu'on ne voit nulle part, ila fait prendre
à ce fluide toutes les formes ſolides d'utilité
& de décoration que donnent aux
pierres , aux métaux & aux glaces , les
Arts deſtinés à traiter ces matières.
"Dans les dehors on voit les eaux
>>paroître ſous la figure de vafes , de
>>foleils , de colonnes auffi polies &
>> auffi transparentes que le cristal , &
>>qui conſervent éxactement toutes les
>>>proportions de l'ordre d'architecture
>> qu'on leur a aſſignés.
>>Etes-vous dans l'intérieur ? Les portes
& les fenêtres ſe ferment tout-à-
>>coup par des glaces liquides qui vous
>>>laiſſent obſerver toute la tranſparence
>> de celles de nos Manufactures , avec
>>>l'étonnement de les voir imitées par
un élément auſſi inconftant , & qui
>communique bientôt à tout l'appar
DECEMBRE. 1763. 111
>> tement la fraîcheur la plus délicieufe.
Que ne pourroit- on pas dire des formes
agréables qu'on leur a fait prendre
dans l'intérieur de ces ſalles enchantées ,
& au milieu des tables deſtinées à manger
? Il faut lire dans le Mémoire deM.
D. ces deſcriptions charmantes
>> C'eſt , dit cet Académicien , l'uſage le
>>plus ingénieux que l'on ait encore vu
>> faire de cet élément , que de l'avoir
>> fait fervir fur-tout dans des falles de
>> feſtin , où tout doit être gai & vivant,
» & où l'on ne peut raſſembler trop
>>d'objets intéreffans , fi l'on veut parer
>> le beſoin de tous les charmes du
>> plaifir.
>> Le progrès des Arts & l'embelliffe-
>>>ment des Pays qu'il gouverne , n'oc-
>> cupent pas uniquement ce Prince
>>bienfaiſant. Les monumensde ſa pié-
>> té & de ſa charité ſont bien plus
>>nombreux encore. Sa bonté pater-
>> nelle s'étend à tout ,& il eſt incom-
>> préhenſible à quel point il a porté
>> l'attention & la prévoyance non ſeu-
>>>lement pour le foulagement des maux
>>préfens , mais pour remédier d'avan-
>> ce à toutes les calamités auſquelles
>> l'humanité eſt expoſée.
C'eſt au moyen du bel ordre qui ré
112 MERCURE DE FRANCE .
gne dans ſes finances &de leur ſage adminiſtration
, qui , comme le remarque
M. D. multiplie les tréſors des Princes ,
que le Roi Stanislas s'eſt trouvé en état
d'élever un auſſi grand nombre de monumens
utiles , qui le rendront à jamais
cher à l'Etat qu'il gouverne , qu'il décore
& qu'il enrichit ,aux Sciences &
aux Arts qu'il protége , qu'il éclaire , &
qu'il cultive avec ſuccès , à l'humanité
enfindont il eſt le Bienfaiteur & le Père.
On ne rendroit pas à ce Mémoire la
juſtice qui lui eſt due , ſi l'on en jugeoit
par cet Extrait , trop court pour en faire
fentir toutes les beautés..
Fermer
10491
p. 112-121
SÉANCE publique de l'Académie des Belles-Lettres de MONTAUBAN.
Début :
LE 25 Août 1763, Fête de Saint Louis, l'Académie des Belles-Lettres [...]
Mots clefs :
Génie, Académie, Manière, Abbé, Lettres, Vers, Décadence, Lumière, Artistes, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie des Belles-Lettres de MONTAUBAN.
SÉANCE publique de l'Académie des
Belles-Lettres de MONTAUBAN.
LE 25 Août 1763 , Fête de Saint
Louis , l'Académie des Belles - Lettres
de Montauban a affifté le matin à une
Meſſe qui a été ſuivie de l'Exaudiat
pour le Roi & du Panégyrique du Saint ,
prononcé par M. de Reyras , Chanoine
Régulier de l'Abbaye de la Chancelade
de Cahors , Correſpondant de l'Académie
des Sciences de Bordeaux. Il
:
:
DECEMBRE. 1763. 113
a donné à ce ſujet usé une forme
nouvelle & intéreſſante par la manière
dont il a peint & développé les merveilles
du Gouvernement & la conduite
du faint Roi. Son ſtyle plein de feu
& rempli d'images , s'eſt reffenti du
génie poëtique qui eft encore ſon talent
; & les grâces du débit ont fingulièrement
répondu en lui à la douceur
de fon langage.
L'après - midi , l'Académie à renu
une aſſemblée publique dans la Salle
de l'Hôtel de Ville. M. l'Abbé de la
Tour , Doyen de l'Eglise de Montauban
, Directeur de quartier , a ouvert
la Séance par une ingénieuſe differta
tion contre les Romans. Il a montré
dans le plus grand détail , qu'ils font
nuiſibles aux Sciences & aux Lettres ,
parce qu'ils entretiennent la frivolité ,
le menfonge & la paffion qui les ont
enfantés. Les preuves de toute eſpéce
qu'il en a données , formoient un tableau
agréable & très-varié , où le
ridicule de ce genre de compoſition
étoit peint au naturel. 2
M. de Bernoi a lû enfuite une piéce
de vers ſur les différens penchans des
hommes & fur les mépriſes groffières
de la plupart d'entr'eux dans le choix
$14 MERCURE DE FRANCE.
de l'état qu'ils embraſſent. En les indiquant
, il a pris le ton convenable à
fon fujet & à la manière dont il l'envi
lageoit ; par exemple.
Au riſque de mille revers ,
>>Dans un pénible & long voyage ,
>>Même au péril de l'eſclavage,
>> Celui-là va courir les Mers
:
Pour aggrandir ſon héritage;
>>> Il trouve au bout de l'Univers ,
>>>Nonpas de l'or , mais le naufrage.. !
Cette lecture a été ſuivie de celle
d'un difcours de M. Teulieres , fur la
décadence du génie & fur les caufes
qui la produisent. Après avoir obfer+
véqu'il n'y a dans les annales duMonde
que quatre brillantes époques du génie :
que la Gréce , l'ancienne Rome , l'Italie
moderne & la France ont été
le théâtre de ſes plus puiſſans effets ;
que le génie méprifé & outragé aban
donne ordinairement pour toujours les
hommes ingrats qui ne profitent pas
de ſa lumière ; & qu'il eſt en cola ſemblable
à ces fleuves qui ayant arrofé
& fécondé certaines contrées , ſe précipitent
tout-à-coupdansdes gouffres pour
ne reparoître quedans des climats éloiDECEMBRE
. 1763 . 115
gnés où ils coulent avec plus d'éclat &
de majeſté , il en caractériſe la marche
& les effets chez différens Peuples ,
en ajoutant qu'ayant été gêné dans ſa
courſe , il paroît vouloir rentrer dans
le ſein de la Terre , pour porter fes
eaux dans les contrées du Nord , après
avoir fertiliſé celles du Midi , depuis
T'origine du Monde. Parmi les caufes
que M. Teulieres a indiquées de la décadence
du génie , il a d'abord affigné
la nature du Gouvernement. Le
génie eſt fingulièrement ami de la
liberté. Il s'élève juſqu'aux plus hautes
régions de l'Univers intellectuel & fenfible;
& les entraves ne peuvent qu'arrêter
ſon éſſor. Voilà pourquoi il s'eſt
long-temps arrêté dans la Gréce. Voilà
pourquoi il n'a pointparu dans les Etats
deſpotiques. Le deſpotiſme craint la lumière
du génie ; &le génie redoute le
caprice & les abfurdités du deſpotifme ...
Le défaut d'encouragement eſt une
autre cauſe de la décadence du génie.
Sa fierté& ſon indépendance ne le rendent
pas infenfible aux honneurs & aux
distinctions. Il brilla dans la Gréce tant
que la route aux premières Places lui fut
ouverte, Il prend bientôt la fuite, quand
il croit appercevoir qu'on le craint ou
116 MERCURE DE FRANCE .
qu'on l'oublie... Les moeurs générales
d'une Nation peuvent encore contri
buer à éloigner le génie. Il ne ſe fixé
quelque part qu'autant qu'il y trouve
des objets de grandeur & de nobleſſe
qui puiffent nourrir & fortifier ſa propre
élévation. Des objets vils & mépriſables
l'abaiſſent , le dégradent,&c... Les
moeurs particulières des Ecrivains & des
Artiſtes , fi elles font corrompues comme
celles de la Nation , hâtent finguliérement
la chute du génie. Les forces
de l'ame s'uſent ainſi que celles du
corps par les excès des paffions. Auffi
les hommes de génie furent prèſque
toujours des hommes vertueux, Homère,
Virgile , Platon , & c. Le luxe porte un
coup mortel au génie , en s'efforçant
de le plier à ſon goût biſarre , en le
furchargeant d'ornemens faux & étrangers
, &c. Enfin la mode , cet Etre léger&
inconftant , oblige le génie de ſe
retirer , quand elle imagine de l'aſſujettir
à des loix ridicules & à des changemens
continuels. Les beautés réelles
font toujours les mêmes , &c.
M. l'Abbé Bellet pour montrer que la
plus ancienne Poësie que nous ayons ,
eſt la meilleure qui ait jamais exiſté , a
Iû une verſion littérale , mais en vers ,
DECEMBRE. 1763. 117
du Pſeaume 49°. Il s'eſt attaché à rendre
verſet par verſet , dans autant de
ſtrophes , toutes les figures& toutes les
images de David. Si les Cantiques du
Prophéte Roi , diſoit cet Académicien ,
font un Livre de prières pour un homme
religieux , c'eſt un recueil d'Odes
fublimes & touchantes pour un homme
de goût. Il y a apparence que M. l'Abbé
Bellet foumettra un jour au jugement
du Public fes divers eſſais dans ce
genre.
LesReſſourcesde l'Hiftoire ont fourni
à M Marqueyret la matière de pluſieurs
utiles obfervations qui ont été lues dans
cette Séance. L'Histoire , a-t-il dit , nous
prête la lumière la plus fûre & la plus
abondante pour diriger nos pas & pour
épurer nos moeurs. Les Faſtes des Nations
nous préſentent les événemens de
tous les fiècles , le caractère particulier
de chaque homme qui a joué quelque
rôle important , les merveilles des Arts ,
de la Politique, de la Morale, &c. Quelle
Ecole ! Là , les hommes dépouillés des
traits impoſteurs dont la flatterie ou l'amour-
propre les a peints quelquefois ,
paroiffent au vrai ce qu'ils font... Les
jeux de la fortune , la bizarrerie des caprices
, les revers de toute eſpèce , tour
118 MERCURE DE FRANCE.
ydevient une leçon pour nous. M. Marqueyret
entrant dans quelque détail , a
marqué les refſources différentes que le
Guerrier , le Négociateur & P'Homme
d'Etat , trouvent certainementdans l'His
foire .... Le hazard n'eſt point l'arbitre
des opérations importantes & déciſives :
elles font le chef-d'oeuvre d'une ſage po
litique , à laquelle l'étude de l'Hiſtoire a
appris à préparer les événemens & à former
le noeud qui lie les peuples ... C'eſt
par l'Hiſtoire qu'on ſe précautionne
contre les ſurpriſes ſi difficiles à éviter
dans le cours des choſes humaines : elle
ſupplée au défaut d'expérience : elle enſeigne
à prévoir les obstacles & à les
furmonter : elle épargne l'incertitude
des conjectures ; elle dévoile le danger
des eſſais téméraires , &c. Les fonctions
du Guerrier , du Négociateur & de
l'Homme d'Etat , ont été ici expliquées
ou indiquées par des traits hiſtoriques.....
L'Hiſtoire n'eſt pas moins utile aux Artiſtes:
elle leur offre des modèles : elle
leur inſpire le defir & leur préſente la
manière de les imiter... Enfinl'homme
netrouve nulle-part une plus fidéle image
du coeur humain , de ſes paffions & de
ſes vertus.... Fertile en exemples , elle en
apour tous les temps, pour toutes les
DECEMBRE. 1763. 119
..
conditions , pour toutes les circonftan
ces . Mais un ſage avis donné par M.
Marqueyret , c'eſt de ne ne point parcourir
rapidement& au hazard , un tas
de Volumes. Le ſuccès de l'étude de
'Histoire dépenddu choix des Hiſtoriens
qu'on lit ,&c,
,
M. de Gaujac de S. Hubert , Che
valier de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , a lû enſuite des Stances : compoſition
didactique où l'Auteur a luimême
donné l'exemple de ce qu'il ſe
propoſoit de peindre & de développer,
c'est-à-dire , du naturel dans les ouvrages.
Ses vers n'étoient pas compoſés
ſeulement de mots fonores mais ils
étoient remplis de vérités utiles. Il a
obſervé& fait ſentir que le naturel eſt
plus difficile à ſaiſir qu'on ne penſe ;
qu'il ne faut pas le confondre avec une
facilité qui n'en a qu'une fauffe reffemblance;
que c'eſt un don que les Dieux
diſpenſent d'une main avare ; qu'on s'en
écarte communément parce qu'on ne
s'applique point affez à connoître le
talent qu'on a reçu de la Nature ; que
c'eſt elle qui faitles bons Artiſtes : qu'elle
ſeule leur garantit & leur affurer l'immortalité
; qu'une noble ſimplicité eſt
bien au-deſſus de l'impoſture de l'Art.
:
120 MERCURE DE FRANCE.
qui a toujours tant de peine à l'imiter ;
qu'elle n'eſt point le partage de ce
qu'on appelle Bel- eſprit qu'un faux étalage
trompe ſi ſouvent ; qu'on prend
quelquefois mal-à-propos une étincelle
de cet efprit pour le plus beau feu du
génie ; que le langage des Dieux eft celui
qui ſe fait entendre ; & que le ſens
commun qu'on affecte de dédaigner,eft
ſouvent ce qu'on devroit ambitionner
davantage. Pour faire connoître la manière
de l'Auteur , voici quelques-unes
de ſes Stances :
>>Don précieux de la Nature ,
>> Belle & noble ſimplicité ,
>>>Compagne de la Vérité ,
>>>De l'Art vous fuyez l'impoſture.
>>>Belle de vos propres attraits,
>>>Toujours agréable & facile ,
>> On ne trouve dans vos portraits
>> Rien de forcé , rien d'inutile.
» Les Grâces mêlent vos couleurs ;
>>>Le goût les embellit encore ;
Sous votre main naiſſent les fleurs ;
>>>Vous parlez ; on les voit éclorre.
>>>Tout fait image , & chaque trait
>>Digne de ſervir de modéle ,
Prend
DECEMBRE. 1763 121
>>>Prend la Nature ſur le fait,
>>> Et pourroit être pris pour elle.
Au ton de la frivolité
>> Le Poëte accorde ſa lyre;
.Et vole à l'Immortalité
>> Sur les aîles de ſon délire.
>>>Souvent à force de ſçavoir ,
>>>Loin d'avancer on rétrograde ;
>> Le ſens commun que l'on dégrade
>> Eſt celui que l'on doit avoir.
M. l'Abbé Bellet reprenant la parole
, a lù l'éloge hiſtorique de M. l'Evêque
de Montauban , Michel de Verthamont
, l'un des Académiciens nommés
par le Roi ; & c'eſt avec les cou
leurs les plus vraies , qu'il a tracé le
portrait reſſemblant de ce Prélat vertueux
.
Belles-Lettres de MONTAUBAN.
LE 25 Août 1763 , Fête de Saint
Louis , l'Académie des Belles - Lettres
de Montauban a affifté le matin à une
Meſſe qui a été ſuivie de l'Exaudiat
pour le Roi & du Panégyrique du Saint ,
prononcé par M. de Reyras , Chanoine
Régulier de l'Abbaye de la Chancelade
de Cahors , Correſpondant de l'Académie
des Sciences de Bordeaux. Il
:
:
DECEMBRE. 1763. 113
a donné à ce ſujet usé une forme
nouvelle & intéreſſante par la manière
dont il a peint & développé les merveilles
du Gouvernement & la conduite
du faint Roi. Son ſtyle plein de feu
& rempli d'images , s'eſt reffenti du
génie poëtique qui eft encore ſon talent
; & les grâces du débit ont fingulièrement
répondu en lui à la douceur
de fon langage.
L'après - midi , l'Académie à renu
une aſſemblée publique dans la Salle
de l'Hôtel de Ville. M. l'Abbé de la
Tour , Doyen de l'Eglise de Montauban
, Directeur de quartier , a ouvert
la Séance par une ingénieuſe differta
tion contre les Romans. Il a montré
dans le plus grand détail , qu'ils font
nuiſibles aux Sciences & aux Lettres ,
parce qu'ils entretiennent la frivolité ,
le menfonge & la paffion qui les ont
enfantés. Les preuves de toute eſpéce
qu'il en a données , formoient un tableau
agréable & très-varié , où le
ridicule de ce genre de compoſition
étoit peint au naturel. 2
M. de Bernoi a lû enfuite une piéce
de vers ſur les différens penchans des
hommes & fur les mépriſes groffières
de la plupart d'entr'eux dans le choix
$14 MERCURE DE FRANCE.
de l'état qu'ils embraſſent. En les indiquant
, il a pris le ton convenable à
fon fujet & à la manière dont il l'envi
lageoit ; par exemple.
Au riſque de mille revers ,
>>Dans un pénible & long voyage ,
>>Même au péril de l'eſclavage,
>> Celui-là va courir les Mers
:
Pour aggrandir ſon héritage;
>>> Il trouve au bout de l'Univers ,
>>>Nonpas de l'or , mais le naufrage.. !
Cette lecture a été ſuivie de celle
d'un difcours de M. Teulieres , fur la
décadence du génie & fur les caufes
qui la produisent. Après avoir obfer+
véqu'il n'y a dans les annales duMonde
que quatre brillantes époques du génie :
que la Gréce , l'ancienne Rome , l'Italie
moderne & la France ont été
le théâtre de ſes plus puiſſans effets ;
que le génie méprifé & outragé aban
donne ordinairement pour toujours les
hommes ingrats qui ne profitent pas
de ſa lumière ; & qu'il eſt en cola ſemblable
à ces fleuves qui ayant arrofé
& fécondé certaines contrées , ſe précipitent
tout-à-coupdansdes gouffres pour
ne reparoître quedans des climats éloiDECEMBRE
. 1763 . 115
gnés où ils coulent avec plus d'éclat &
de majeſté , il en caractériſe la marche
& les effets chez différens Peuples ,
en ajoutant qu'ayant été gêné dans ſa
courſe , il paroît vouloir rentrer dans
le ſein de la Terre , pour porter fes
eaux dans les contrées du Nord , après
avoir fertiliſé celles du Midi , depuis
T'origine du Monde. Parmi les caufes
que M. Teulieres a indiquées de la décadence
du génie , il a d'abord affigné
la nature du Gouvernement. Le
génie eſt fingulièrement ami de la
liberté. Il s'élève juſqu'aux plus hautes
régions de l'Univers intellectuel & fenfible;
& les entraves ne peuvent qu'arrêter
ſon éſſor. Voilà pourquoi il s'eſt
long-temps arrêté dans la Gréce. Voilà
pourquoi il n'a pointparu dans les Etats
deſpotiques. Le deſpotiſme craint la lumière
du génie ; &le génie redoute le
caprice & les abfurdités du deſpotifme ...
Le défaut d'encouragement eſt une
autre cauſe de la décadence du génie.
Sa fierté& ſon indépendance ne le rendent
pas infenfible aux honneurs & aux
distinctions. Il brilla dans la Gréce tant
que la route aux premières Places lui fut
ouverte, Il prend bientôt la fuite, quand
il croit appercevoir qu'on le craint ou
116 MERCURE DE FRANCE .
qu'on l'oublie... Les moeurs générales
d'une Nation peuvent encore contri
buer à éloigner le génie. Il ne ſe fixé
quelque part qu'autant qu'il y trouve
des objets de grandeur & de nobleſſe
qui puiffent nourrir & fortifier ſa propre
élévation. Des objets vils & mépriſables
l'abaiſſent , le dégradent,&c... Les
moeurs particulières des Ecrivains & des
Artiſtes , fi elles font corrompues comme
celles de la Nation , hâtent finguliérement
la chute du génie. Les forces
de l'ame s'uſent ainſi que celles du
corps par les excès des paffions. Auffi
les hommes de génie furent prèſque
toujours des hommes vertueux, Homère,
Virgile , Platon , & c. Le luxe porte un
coup mortel au génie , en s'efforçant
de le plier à ſon goût biſarre , en le
furchargeant d'ornemens faux & étrangers
, &c. Enfin la mode , cet Etre léger&
inconftant , oblige le génie de ſe
retirer , quand elle imagine de l'aſſujettir
à des loix ridicules & à des changemens
continuels. Les beautés réelles
font toujours les mêmes , &c.
M. l'Abbé Bellet pour montrer que la
plus ancienne Poësie que nous ayons ,
eſt la meilleure qui ait jamais exiſté , a
Iû une verſion littérale , mais en vers ,
DECEMBRE. 1763. 117
du Pſeaume 49°. Il s'eſt attaché à rendre
verſet par verſet , dans autant de
ſtrophes , toutes les figures& toutes les
images de David. Si les Cantiques du
Prophéte Roi , diſoit cet Académicien ,
font un Livre de prières pour un homme
religieux , c'eſt un recueil d'Odes
fublimes & touchantes pour un homme
de goût. Il y a apparence que M. l'Abbé
Bellet foumettra un jour au jugement
du Public fes divers eſſais dans ce
genre.
LesReſſourcesde l'Hiftoire ont fourni
à M Marqueyret la matière de pluſieurs
utiles obfervations qui ont été lues dans
cette Séance. L'Histoire , a-t-il dit , nous
prête la lumière la plus fûre & la plus
abondante pour diriger nos pas & pour
épurer nos moeurs. Les Faſtes des Nations
nous préſentent les événemens de
tous les fiècles , le caractère particulier
de chaque homme qui a joué quelque
rôle important , les merveilles des Arts ,
de la Politique, de la Morale, &c. Quelle
Ecole ! Là , les hommes dépouillés des
traits impoſteurs dont la flatterie ou l'amour-
propre les a peints quelquefois ,
paroiffent au vrai ce qu'ils font... Les
jeux de la fortune , la bizarrerie des caprices
, les revers de toute eſpèce , tour
118 MERCURE DE FRANCE.
ydevient une leçon pour nous. M. Marqueyret
entrant dans quelque détail , a
marqué les refſources différentes que le
Guerrier , le Négociateur & P'Homme
d'Etat , trouvent certainementdans l'His
foire .... Le hazard n'eſt point l'arbitre
des opérations importantes & déciſives :
elles font le chef-d'oeuvre d'une ſage po
litique , à laquelle l'étude de l'Hiſtoire a
appris à préparer les événemens & à former
le noeud qui lie les peuples ... C'eſt
par l'Hiſtoire qu'on ſe précautionne
contre les ſurpriſes ſi difficiles à éviter
dans le cours des choſes humaines : elle
ſupplée au défaut d'expérience : elle enſeigne
à prévoir les obstacles & à les
furmonter : elle épargne l'incertitude
des conjectures ; elle dévoile le danger
des eſſais téméraires , &c. Les fonctions
du Guerrier , du Négociateur & de
l'Homme d'Etat , ont été ici expliquées
ou indiquées par des traits hiſtoriques.....
L'Hiſtoire n'eſt pas moins utile aux Artiſtes:
elle leur offre des modèles : elle
leur inſpire le defir & leur préſente la
manière de les imiter... Enfinl'homme
netrouve nulle-part une plus fidéle image
du coeur humain , de ſes paffions & de
ſes vertus.... Fertile en exemples , elle en
apour tous les temps, pour toutes les
DECEMBRE. 1763. 119
..
conditions , pour toutes les circonftan
ces . Mais un ſage avis donné par M.
Marqueyret , c'eſt de ne ne point parcourir
rapidement& au hazard , un tas
de Volumes. Le ſuccès de l'étude de
'Histoire dépenddu choix des Hiſtoriens
qu'on lit ,&c,
,
M. de Gaujac de S. Hubert , Che
valier de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , a lû enſuite des Stances : compoſition
didactique où l'Auteur a luimême
donné l'exemple de ce qu'il ſe
propoſoit de peindre & de développer,
c'est-à-dire , du naturel dans les ouvrages.
Ses vers n'étoient pas compoſés
ſeulement de mots fonores mais ils
étoient remplis de vérités utiles. Il a
obſervé& fait ſentir que le naturel eſt
plus difficile à ſaiſir qu'on ne penſe ;
qu'il ne faut pas le confondre avec une
facilité qui n'en a qu'une fauffe reffemblance;
que c'eſt un don que les Dieux
diſpenſent d'une main avare ; qu'on s'en
écarte communément parce qu'on ne
s'applique point affez à connoître le
talent qu'on a reçu de la Nature ; que
c'eſt elle qui faitles bons Artiſtes : qu'elle
ſeule leur garantit & leur affurer l'immortalité
; qu'une noble ſimplicité eſt
bien au-deſſus de l'impoſture de l'Art.
:
120 MERCURE DE FRANCE.
qui a toujours tant de peine à l'imiter ;
qu'elle n'eſt point le partage de ce
qu'on appelle Bel- eſprit qu'un faux étalage
trompe ſi ſouvent ; qu'on prend
quelquefois mal-à-propos une étincelle
de cet efprit pour le plus beau feu du
génie ; que le langage des Dieux eft celui
qui ſe fait entendre ; & que le ſens
commun qu'on affecte de dédaigner,eft
ſouvent ce qu'on devroit ambitionner
davantage. Pour faire connoître la manière
de l'Auteur , voici quelques-unes
de ſes Stances :
>>Don précieux de la Nature ,
>> Belle & noble ſimplicité ,
>>>Compagne de la Vérité ,
>>>De l'Art vous fuyez l'impoſture.
>>>Belle de vos propres attraits,
>>>Toujours agréable & facile ,
>> On ne trouve dans vos portraits
>> Rien de forcé , rien d'inutile.
» Les Grâces mêlent vos couleurs ;
>>>Le goût les embellit encore ;
Sous votre main naiſſent les fleurs ;
>>>Vous parlez ; on les voit éclorre.
>>>Tout fait image , & chaque trait
>>Digne de ſervir de modéle ,
Prend
DECEMBRE. 1763 121
>>>Prend la Nature ſur le fait,
>>> Et pourroit être pris pour elle.
Au ton de la frivolité
>> Le Poëte accorde ſa lyre;
.Et vole à l'Immortalité
>> Sur les aîles de ſon délire.
>>>Souvent à force de ſçavoir ,
>>>Loin d'avancer on rétrograde ;
>> Le ſens commun que l'on dégrade
>> Eſt celui que l'on doit avoir.
M. l'Abbé Bellet reprenant la parole
, a lù l'éloge hiſtorique de M. l'Evêque
de Montauban , Michel de Verthamont
, l'un des Académiciens nommés
par le Roi ; & c'eſt avec les cou
leurs les plus vraies , qu'il a tracé le
portrait reſſemblant de ce Prélat vertueux
.
Fermer
10492
p. 121-129
PHYSIQUE. LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
LA Lettre, Monsieur, que vous avez insérée dans votre Mercure du mois de [...]
Mots clefs :
Anonyme, Système, Analyse, Physique, Critique, Objections, Principes, Occasion, Direction, Opinions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PHYSIQUE. LETTRE à l'Auteur du Mercure.
PHYSIQUE.
LETTRE à l'Auteur du Mercure .
LAA Lettre , Monfieur , que vous avez
* Elle s'étoit égarée dans le dépôt du Mercure.
On en fait bien des excuſes à l'Auteur.
F
122 MERCURE DE FRANCE .
inférée dans votre Mercure du mois de
Juin , page 68 , fur l'Ouvrage de M.
l'Abbé de Saintignon , & fur mon nouveau
ſyſtême général de Phyſique &
d'Aftronomie qu'il y a adopté , ne me
paroît être exactement ni une analyſe ,
comme l'Auteur Anonyme l'appelle , ni
une critique , comme il s'efforce de le
perfuader , puiſqu'il n'y analyſe ni ne
critique en effet aucun de nos principes.
Plus il s'y dit verſé & éclairé dans
la matière , moins fa critique , qui ſe
réduit à des diſcuſſions de mots , d'expreffions
& d'autres minuties de cette
eſpéce , doit faire ſenſation ſur des
Lecteurs éclairés. Il faut qu'avec toutes
* ſes lumières , il n'ait pas trouvé à re-
*dire au fond , puiſqu'il ne l'attaque pas ;
il ne ſe nomme point non plus , & cela
eſt fort fage , pour l'honneur que cette
démarche peut & doit lui faire , ſous
quelque aſpect qu'on l'enviſage.
Je laiſſe donc à M. l'Abbé de Saintignonle
foin de répondre à l'Anonyme
fur ce qui le concerne , pour en venir
à ce qui me regarde ; quoiqu'il y
ait etropié mon nom , je ne puis m'empêcher
de m'y reconnoître. Il ne con-
-noiſſoit , dit-il , pas mon ſyſtême ; il
a cependant dès 1756 été annoncé ,
DECEMBRE. 1763. 123
dans les Journaux , ainſi que l'Extrait
ou eſpéce de Prospectus que j'en ai fait
imprimer en 1760 , dont la feuille de
l'Avant - Coureur du 15 Juin 1761 a
parlé ; & le Journal de Trévoux du
mois de Novembre de la même année ,
en a donné une ample & exacte analyſe.
Comment étant auſſi verſé qu'il prétend
l'être dans cette matière , est- il fi
peu curieux des découvertes & des productions
nouvelles qui y ont rapport ?
Quoiqu'il ne foit pas neuf, continuet-
il , en cette matière , il n'a pu jufqu'ici
parvenir à entendre ce ſyſtéme ,
c'est-à-dire , à le concilier avec les principes
de lafaine méchanique. ( il le connoiffoit
donc. ) Ce jugement au reſte
indifini , n'expoſant ni ce ſyſtême , ni
lesprincipes de la ſaine méchanique avec
leſquels il n'a pû le concilier , ne porte
le caractère ni d'une critique , ni d'une
analyſe , & il ne ſuffit pas pour fixer
le cas que le Public en doit faire ; prétexte
ſous lequel il s'eſt attribué la
compétence d'en connoître & d'en juger.
Il falloit , pour appuyer & autorifer
fon officieux avis , & montrer en
effet qu'il n'est pas neuf en cette matière,
expoſer fes raiſons& les miennes,
pour mettre le Public , qui n'eſt pas
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
1
moins fon Juge que le mien , à même
d'en apprécier le mérite & de décider
entre lui & moi. Il ſe flatte en vain
de ſurprendre la religion d'un Juge auſſi
intégre & de lui faire prendre le change
fur le motif qui l'anime , qui n'eſt viſiblement
pas celui qu'il a pris,
L'Anonyme , Monfieur , n'abuſe-t- il
pas des termes. 1º. en appellant Phyfique
expérimentale , l'art lucratif de
faire & d'écrire élégamment des expériences
& l'uſage des planches , pour
leſquels il témoigne un goût , un intérêt
& une prédilection marquée; comme
il ne faut pour y exceller , que des
yeux , des mains , des inſtrumens , il
pourroit y être très-habile & très-neuf
dans la ſcience des cauſes ou véritable
Phyſique. 2º. En mettant mon ſyſtême
fondé précisément en raiſon , en expérience,
& ſur des cauſes méchaniques,
en contraſte & en oppofition avec la
Phyſique expérimentale , dont il porte
tous les caractères. 3 °. En affectant de
lui donner le nom de Phyſique ſyſtématique
, que les qualités occultes, dont
celles de nos jours eſt encore infectée
, ont rendu avec fondement auſſi
mépriſable.
J'ai déja , Monfieur , par les feuilles
DECEMBRE. 1763. 125
de l'Avant- Coureur , des 6 & 13 Juillet
, 17 & 24 Août 1761 propoſé , contre
l'applatiſſement des Pôles de la Terre,
auquel le fort du ſyſtême Newtonien
eſt attaché , des objections & des démonstrations
Mathématiques , fur lefquelles
ſes partiſans ont gardé un filence
qui emporte conviction contre eux.
Je me propoſe , en démontrant que
les éclipſes aſtronomiques ſont même
inconciliables avec les phénomènes pour
l'explication deſquels on les invoque ,
déffectuer & d'amener inceſſament à
éxécution la menace de porter les derniers
coups à ce ſyſtême dans ſon dernier
& plus fort retranchement ; à
moins que l'Anonyme , qui ſe dit n'être
pas neuf en cette matière & qui ſe rit
de cette redoutable menace , ne trouve
moyen de les parer& de le couvrir
de ſon Egide pour l'en garantir ,
que je n'ai pas lieu de craindre , les
raiſons que j'ai à propoſer étant auſſi
infaillibles que celles que j'ai déja propoſées
ſur l'applatiſſement des Pôles.
L'Anonyme croit bonnement l'inertie
& la peſanteur des propriétés inhérentes
& propres à la matière , comme
la dureté & l'étendue , & ſéparées &
diſtinctes l'une de l'autre par les expéce
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
riences & les raiſonnemens apportés
en preuve de leur ſéparation , dans
l'excellent Traité , qu'il prend & propoſe
pour régle ; il ne penſe pas ,
fur ce fondement , que perſonne
puiffe s'avifer de les confondre enſemble
ſans ſe déshonorer ; & je
compte , puiſqu'il n'est pas neuf en
cette matière , qu'il changera bientôt
de langage , en lui en démontrant l'identité
, même dans les expériences ,
fur leſquelles il en affirme auffi confidemment
la ſéparation .
A l'occaſion de la dureté & de la cohéſionque
nous attribuons à la preſſion
des fluides ambians , l'Anonyme nous
défie de luifaire voir , par exemple , que
les corps font preſſes tout à lafois perpendiculairement
à leurs furfaces &
dans la direction de leurs centres. Ignore-
t- il donc que par la force expanfive
en tous ſens qui fait le caractère des
fluides , ils agiffent perpendiculairement
fur tous les points de la circonférence
des corps plongés dans leur fein & dans
la direction de leurs centres en même
temps ; qu'en raiſon de leur denfité ils,
en pouffent & compriment les partie,s
propres les unes fur les autres & vers,
ce même centre ; que le Soleil eſt preffé
DECEMBRE. 1763 . 127
ainſi dans le ſein du fluide univerſel ,
les Planetes principales dans la ſphère
folaire , & les Satellites dans les ſphères
de leurs Planetes principales ; que le
globule d'air qui paſſe du fond à la furface
de l'eau ,, n'y prend & garde la
figure ſphérique , que par la preffion
verticale ambiante qu'il y éprouve dans
la direction de ſon centre &par la force
expanfive qu'il y exerce verticalement
par tous les points de fa circonférence
fur le liquide ambiant qu'il traverſe
,& qu'il n'y monte du fond à la
furface , que parce qu'il y eſt continuellement
plus comprimé par ſon hémisphère
inférieur que par le ſupérieur. Il
n'étoit pas , comme on voit , fi difficile
de répondre & de fatisfaire à ce défi ,
que l'Anonyme le penſoit.
Dire que l'Electricité entre les mains
de M. l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur
fort chez M. de Saintignon , que
l'attraction entre celles de Newton , &
qu'il ſemble qu'il n'ait fait mention de
ces deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raiſonnemens
les idées de M. de la Perriere ;
n'eſt ni dire ni démontrer qu'il a eu
tort de les y ſubſtituer. Les opinions
des Scavans ſont ſujettes à caution & à
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
réviſion autant que celles des autres,
dans les cas pour lesquels ils ſe paſfionnent
& ſe préviennent ;& le titre
de Sçavans n'en impoſe à ceux qui y
regardent de près , qu'autant qu'il eſt
bien fondé , & que les opinions y répondent.
Reprocher à M. de Saintignon
qu'il ne fait que répéter des objections
que d'autres ont faites avant lui , eſt
convenir qu'il n'eſt ni le premier ni le
ſeul qui en ait fait : & s'il y a inſiſté ,
c'eſt que les réponſes qu'on y a faites ,
ne l'ont pas fatisfait , & que les opinions
dont il s'agit ne ſont pas à couvert
de tout reproche à ſes yeux , comme
celles qu'il y ſubſtitue.
Sur l'article de la peſanteur , il fait
tomber fur le fond de mon ſyſtême , ce
que M. l'Abbé de Saintignon ne dit
qu'à l'occaſion de quelques objections
qu'il ſe fait à lui-même , & il n'en rapporte
fidélement ni l'occaſion ni les
termes , pour en amener le ſens au
deſſein qu'il a de décrier nos ouvrages ,
fans en expoſer ni attaquer ouvertement
les principes. Je ne tarderai pas ,
par un Mémoire particulier , à lever ces
foibles objections , & à m'expliquer
fur les ellipfes & l'inertie , pour juſtifier
le choix de M. de Saintignon ; mais
DECEMBRE. 1763. 129
, y
comme ces objets , qui paroiſſent avoir
finguliérement affecté l'Anonyme , demandent
une étendue qui ne permettroit
pas , fans indifcrétion , de vous
folliciter pour lui accorder une place
dans votre Journal , j'oſe me flatterque
vous voudrez bien , en attendant
inférer la préſente , pour ſuſpendre le
jugement du Public & balancer la
conſidération que la complaiſance que
vous avez eue d'y inférer la prétendue
analyſe de l'Anonyme y a donnée. J'attens
avec confiance la justice que vous
me devez la-deſſus , vous priant d'être
perfuadé des ſentimens , &c.
,
DE LA PERRIERE DE ROIFFE , de la Société
Royale des Sciences & des Arts de Metz.
Paris , le 20 Juillet 1763 .
LETTRE à l'Auteur du Mercure .
LAA Lettre , Monfieur , que vous avez
* Elle s'étoit égarée dans le dépôt du Mercure.
On en fait bien des excuſes à l'Auteur.
F
122 MERCURE DE FRANCE .
inférée dans votre Mercure du mois de
Juin , page 68 , fur l'Ouvrage de M.
l'Abbé de Saintignon , & fur mon nouveau
ſyſtême général de Phyſique &
d'Aftronomie qu'il y a adopté , ne me
paroît être exactement ni une analyſe ,
comme l'Auteur Anonyme l'appelle , ni
une critique , comme il s'efforce de le
perfuader , puiſqu'il n'y analyſe ni ne
critique en effet aucun de nos principes.
Plus il s'y dit verſé & éclairé dans
la matière , moins fa critique , qui ſe
réduit à des diſcuſſions de mots , d'expreffions
& d'autres minuties de cette
eſpéce , doit faire ſenſation ſur des
Lecteurs éclairés. Il faut qu'avec toutes
* ſes lumières , il n'ait pas trouvé à re-
*dire au fond , puiſqu'il ne l'attaque pas ;
il ne ſe nomme point non plus , & cela
eſt fort fage , pour l'honneur que cette
démarche peut & doit lui faire , ſous
quelque aſpect qu'on l'enviſage.
Je laiſſe donc à M. l'Abbé de Saintignonle
foin de répondre à l'Anonyme
fur ce qui le concerne , pour en venir
à ce qui me regarde ; quoiqu'il y
ait etropié mon nom , je ne puis m'empêcher
de m'y reconnoître. Il ne con-
-noiſſoit , dit-il , pas mon ſyſtême ; il
a cependant dès 1756 été annoncé ,
DECEMBRE. 1763. 123
dans les Journaux , ainſi que l'Extrait
ou eſpéce de Prospectus que j'en ai fait
imprimer en 1760 , dont la feuille de
l'Avant - Coureur du 15 Juin 1761 a
parlé ; & le Journal de Trévoux du
mois de Novembre de la même année ,
en a donné une ample & exacte analyſe.
Comment étant auſſi verſé qu'il prétend
l'être dans cette matière , est- il fi
peu curieux des découvertes & des productions
nouvelles qui y ont rapport ?
Quoiqu'il ne foit pas neuf, continuet-
il , en cette matière , il n'a pu jufqu'ici
parvenir à entendre ce ſyſtéme ,
c'est-à-dire , à le concilier avec les principes
de lafaine méchanique. ( il le connoiffoit
donc. ) Ce jugement au reſte
indifini , n'expoſant ni ce ſyſtême , ni
lesprincipes de la ſaine méchanique avec
leſquels il n'a pû le concilier , ne porte
le caractère ni d'une critique , ni d'une
analyſe , & il ne ſuffit pas pour fixer
le cas que le Public en doit faire ; prétexte
ſous lequel il s'eſt attribué la
compétence d'en connoître & d'en juger.
Il falloit , pour appuyer & autorifer
fon officieux avis , & montrer en
effet qu'il n'est pas neuf en cette matière,
expoſer fes raiſons& les miennes,
pour mettre le Public , qui n'eſt pas
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
1
moins fon Juge que le mien , à même
d'en apprécier le mérite & de décider
entre lui & moi. Il ſe flatte en vain
de ſurprendre la religion d'un Juge auſſi
intégre & de lui faire prendre le change
fur le motif qui l'anime , qui n'eſt viſiblement
pas celui qu'il a pris,
L'Anonyme , Monfieur , n'abuſe-t- il
pas des termes. 1º. en appellant Phyfique
expérimentale , l'art lucratif de
faire & d'écrire élégamment des expériences
& l'uſage des planches , pour
leſquels il témoigne un goût , un intérêt
& une prédilection marquée; comme
il ne faut pour y exceller , que des
yeux , des mains , des inſtrumens , il
pourroit y être très-habile & très-neuf
dans la ſcience des cauſes ou véritable
Phyſique. 2º. En mettant mon ſyſtême
fondé précisément en raiſon , en expérience,
& ſur des cauſes méchaniques,
en contraſte & en oppofition avec la
Phyſique expérimentale , dont il porte
tous les caractères. 3 °. En affectant de
lui donner le nom de Phyſique ſyſtématique
, que les qualités occultes, dont
celles de nos jours eſt encore infectée
, ont rendu avec fondement auſſi
mépriſable.
J'ai déja , Monfieur , par les feuilles
DECEMBRE. 1763. 125
de l'Avant- Coureur , des 6 & 13 Juillet
, 17 & 24 Août 1761 propoſé , contre
l'applatiſſement des Pôles de la Terre,
auquel le fort du ſyſtême Newtonien
eſt attaché , des objections & des démonstrations
Mathématiques , fur lefquelles
ſes partiſans ont gardé un filence
qui emporte conviction contre eux.
Je me propoſe , en démontrant que
les éclipſes aſtronomiques ſont même
inconciliables avec les phénomènes pour
l'explication deſquels on les invoque ,
déffectuer & d'amener inceſſament à
éxécution la menace de porter les derniers
coups à ce ſyſtême dans ſon dernier
& plus fort retranchement ; à
moins que l'Anonyme , qui ſe dit n'être
pas neuf en cette matière & qui ſe rit
de cette redoutable menace , ne trouve
moyen de les parer& de le couvrir
de ſon Egide pour l'en garantir ,
que je n'ai pas lieu de craindre , les
raiſons que j'ai à propoſer étant auſſi
infaillibles que celles que j'ai déja propoſées
ſur l'applatiſſement des Pôles.
L'Anonyme croit bonnement l'inertie
& la peſanteur des propriétés inhérentes
& propres à la matière , comme
la dureté & l'étendue , & ſéparées &
diſtinctes l'une de l'autre par les expéce
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
riences & les raiſonnemens apportés
en preuve de leur ſéparation , dans
l'excellent Traité , qu'il prend & propoſe
pour régle ; il ne penſe pas ,
fur ce fondement , que perſonne
puiffe s'avifer de les confondre enſemble
ſans ſe déshonorer ; & je
compte , puiſqu'il n'est pas neuf en
cette matière , qu'il changera bientôt
de langage , en lui en démontrant l'identité
, même dans les expériences ,
fur leſquelles il en affirme auffi confidemment
la ſéparation .
A l'occaſion de la dureté & de la cohéſionque
nous attribuons à la preſſion
des fluides ambians , l'Anonyme nous
défie de luifaire voir , par exemple , que
les corps font preſſes tout à lafois perpendiculairement
à leurs furfaces &
dans la direction de leurs centres. Ignore-
t- il donc que par la force expanfive
en tous ſens qui fait le caractère des
fluides , ils agiffent perpendiculairement
fur tous les points de la circonférence
des corps plongés dans leur fein & dans
la direction de leurs centres en même
temps ; qu'en raiſon de leur denfité ils,
en pouffent & compriment les partie,s
propres les unes fur les autres & vers,
ce même centre ; que le Soleil eſt preffé
DECEMBRE. 1763 . 127
ainſi dans le ſein du fluide univerſel ,
les Planetes principales dans la ſphère
folaire , & les Satellites dans les ſphères
de leurs Planetes principales ; que le
globule d'air qui paſſe du fond à la furface
de l'eau ,, n'y prend & garde la
figure ſphérique , que par la preffion
verticale ambiante qu'il y éprouve dans
la direction de ſon centre &par la force
expanfive qu'il y exerce verticalement
par tous les points de fa circonférence
fur le liquide ambiant qu'il traverſe
,& qu'il n'y monte du fond à la
furface , que parce qu'il y eſt continuellement
plus comprimé par ſon hémisphère
inférieur que par le ſupérieur. Il
n'étoit pas , comme on voit , fi difficile
de répondre & de fatisfaire à ce défi ,
que l'Anonyme le penſoit.
Dire que l'Electricité entre les mains
de M. l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur
fort chez M. de Saintignon , que
l'attraction entre celles de Newton , &
qu'il ſemble qu'il n'ait fait mention de
ces deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raiſonnemens
les idées de M. de la Perriere ;
n'eſt ni dire ni démontrer qu'il a eu
tort de les y ſubſtituer. Les opinions
des Scavans ſont ſujettes à caution & à
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
réviſion autant que celles des autres,
dans les cas pour lesquels ils ſe paſfionnent
& ſe préviennent ;& le titre
de Sçavans n'en impoſe à ceux qui y
regardent de près , qu'autant qu'il eſt
bien fondé , & que les opinions y répondent.
Reprocher à M. de Saintignon
qu'il ne fait que répéter des objections
que d'autres ont faites avant lui , eſt
convenir qu'il n'eſt ni le premier ni le
ſeul qui en ait fait : & s'il y a inſiſté ,
c'eſt que les réponſes qu'on y a faites ,
ne l'ont pas fatisfait , & que les opinions
dont il s'agit ne ſont pas à couvert
de tout reproche à ſes yeux , comme
celles qu'il y ſubſtitue.
Sur l'article de la peſanteur , il fait
tomber fur le fond de mon ſyſtême , ce
que M. l'Abbé de Saintignon ne dit
qu'à l'occaſion de quelques objections
qu'il ſe fait à lui-même , & il n'en rapporte
fidélement ni l'occaſion ni les
termes , pour en amener le ſens au
deſſein qu'il a de décrier nos ouvrages ,
fans en expoſer ni attaquer ouvertement
les principes. Je ne tarderai pas ,
par un Mémoire particulier , à lever ces
foibles objections , & à m'expliquer
fur les ellipfes & l'inertie , pour juſtifier
le choix de M. de Saintignon ; mais
DECEMBRE. 1763. 129
, y
comme ces objets , qui paroiſſent avoir
finguliérement affecté l'Anonyme , demandent
une étendue qui ne permettroit
pas , fans indifcrétion , de vous
folliciter pour lui accorder une place
dans votre Journal , j'oſe me flatterque
vous voudrez bien , en attendant
inférer la préſente , pour ſuſpendre le
jugement du Public & balancer la
conſidération que la complaiſance que
vous avez eue d'y inférer la prétendue
analyſe de l'Anonyme y a donnée. J'attens
avec confiance la justice que vous
me devez la-deſſus , vous priant d'être
perfuadé des ſentimens , &c.
,
DE LA PERRIERE DE ROIFFE , de la Société
Royale des Sciences & des Arts de Metz.
Paris , le 20 Juillet 1763 .
Fermer
10493
p. 130-133
EXTRAIT d'une Lettre de M. P. de M. Docteur-Régent en Médecine de Paris, de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne, à M. l'Abbé MANGENOT, Doyen des Chanoines du Temple, en réponse à une par laquelle il lui demandoit la cause d'un sanglotage qu'il éprouve lorsqu'il voit ou entend parler d'un sujet attendrissant ou capable de causer de l'admiration.
Début :
CETTE précieuse sensibilité que vous éprouvez lorsque vos sens sont frappés [...]
Mots clefs :
Sensibilité, Admiration, Larmes, Anatomie, Physique, Émotion, Agitations, Nerfs, Gêne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de M. P. de M. Docteur-Régent en Médecine de Paris, de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne, à M. l'Abbé MANGENOT, Doyen des Chanoines du Temple, en réponse à une par laquelle il lui demandoit la cause d'un sanglotage qu'il éprouve lorsqu'il voit ou entend parler d'un sujet attendrissant ou capable de causer de l'admiration.
EXTRAIT d'une Lettre de M. P. deM.
Docteur-Régent en Médecine de Paris
, de la Société Littéraire de Châ
lons-fur-Marne , à M. l'Abbé MANGENOT
, Doyen des Chanoines dit
Temple , en réponse à une par laquelle
il lui demandoit la cauſe d'un
fanglotage qu'il éprouve lorſqu'il voit
ou entend parler d'unſujet attendriffant
ou capable de caufer de l'admiration.
CETTE précieuſe ſenſibilité que vous
éprouvez lorſque vos ſens ſont frappés
par quelque objet attendrifſant ou capable
de produire une vive admiration ,
fait honneur à votre coeur autant qu'à
votre eſprit. Si ce méchaniſme qui opére
l'agitation que vous reffentez alors &
qui fait couler de délicieuſes larmes , eſt
caché à ceux qui ne connoiſſent point
l'Anatomie & le Phyſique de nos fonDECEMBRE.
1763. 131
tions , tout le monde penſant doit
être d'accord ſur les inductions avantageuſes
pour les qualités de l'âme qu'on
peut tirer de cette émotion. De quelle
volupté la vie des coeurs tendres ne
doit-elle pas être accompagnée , puifque
juſqu'à leurs fanglots tout eſt raviſſement
! Momens délectables que les
âmes de fer ignorent abfolument. Je
ne veux point étaler davantage le prix
de ces généreuſes agitations : qui peut
mieux que vous les peindre ? Vous avez.
fait connoître dans une tendre jeuneſſe ,
où le ſentiment eſt encore à peine développé
, par des Ouvrages qui vous immortaliſeront
, que votre coeur étoit
déja fufceptible de ces agréables impreſſions
que l'Amour accorde à fes
Favoris . Vos Ouvrages vous ont dépeint
, & vous avez gagné infiniment
à l'idée qu'ils ont donnée de vous. Je
viens actuellement au fait: il s'agit de
vous expliquer par quel méchaniſme
cette affection de l'âme imprime fur
votre reſpiration des mouvemens irré-!
guliers , que l'on nomme ſanglorage.
Les nerfs étant le principe de notre
fenfibilité & de nos mouvemens , c'eſt
donc à ces parties que l'on doit attribuer
la cauſe de cette agitation irrégu
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
,
lière. Ce ſentiment tendre forme en
vous une ſuſpenſion dans la reſpiration
pour occuper toute la machine de l'objet
qui l'affecte . Alors les véſicules pulmonaires
demeurant dans leur extenfion
, gênent le mouvement du fang
qui ne coule plus librement. En cet état
il fait effort contre les parois des vaifſeaux
qui le contiennent. Du gonflement
de ces vaiſſeaux ſuit une preffion
contre les nerfs qui font plus ou moins
tiraillés . Enfuite par la gêne que les
nerfs éprouvent , cette gêne augmentant
chez vous par la paralyfie que plufieurs
de ces parties ont ſouffertes * , il
doit furvenir des mouvemens forcés
&ces parties reprendront ſucceſſivement
leur agitation ou leur repos à raifon
de cette preffion ou du relâchement
de ces parties.
,
On voit tout naturellement que cette
fufpenfion doit produire une circulation
& une refpiration entrecoupée , dont
les mouvemens feront plus ou moins
lents en proportion de la réſiſtance
que l'affection de l'âme , ou pour mieux
dire , l'extafe , apportera au jeu des autres
fonctions. Si les mouvemens ſympa-
,
* M. L'Abbé Mangenot eſt paralytique depuis
grand nombre d'années.
DECEMBRE. 1763. 133
thiques font merveilleux , étonnans au
premier coup-d'oeil , ils n'en font pas
plus difficiles à expliquer. Tous les Medecins
ont lieu de remarquer très-fouvent
cette intimité , cette union des
fonctions intellectuelles avec les corporelles
, de façon qu'elles s'entr'aident ou
ſe nuifent réciproquement. Si la plus
légère tenfion dans l'eſprit trouble la
digeftion , on ſçait auſſi qu'elle peut
influer ſur la reſpiration. Je croirois
inutile d'entrer dans un plus grand détail
en parlant à un Phyficien .
J'ai l'honneur d'être , & c .
Docteur-Régent en Médecine de Paris
, de la Société Littéraire de Châ
lons-fur-Marne , à M. l'Abbé MANGENOT
, Doyen des Chanoines dit
Temple , en réponse à une par laquelle
il lui demandoit la cauſe d'un
fanglotage qu'il éprouve lorſqu'il voit
ou entend parler d'unſujet attendriffant
ou capable de caufer de l'admiration.
CETTE précieuſe ſenſibilité que vous
éprouvez lorſque vos ſens ſont frappés
par quelque objet attendrifſant ou capable
de produire une vive admiration ,
fait honneur à votre coeur autant qu'à
votre eſprit. Si ce méchaniſme qui opére
l'agitation que vous reffentez alors &
qui fait couler de délicieuſes larmes , eſt
caché à ceux qui ne connoiſſent point
l'Anatomie & le Phyſique de nos fonDECEMBRE.
1763. 131
tions , tout le monde penſant doit
être d'accord ſur les inductions avantageuſes
pour les qualités de l'âme qu'on
peut tirer de cette émotion. De quelle
volupté la vie des coeurs tendres ne
doit-elle pas être accompagnée , puifque
juſqu'à leurs fanglots tout eſt raviſſement
! Momens délectables que les
âmes de fer ignorent abfolument. Je
ne veux point étaler davantage le prix
de ces généreuſes agitations : qui peut
mieux que vous les peindre ? Vous avez.
fait connoître dans une tendre jeuneſſe ,
où le ſentiment eſt encore à peine développé
, par des Ouvrages qui vous immortaliſeront
, que votre coeur étoit
déja fufceptible de ces agréables impreſſions
que l'Amour accorde à fes
Favoris . Vos Ouvrages vous ont dépeint
, & vous avez gagné infiniment
à l'idée qu'ils ont donnée de vous. Je
viens actuellement au fait: il s'agit de
vous expliquer par quel méchaniſme
cette affection de l'âme imprime fur
votre reſpiration des mouvemens irré-!
guliers , que l'on nomme ſanglorage.
Les nerfs étant le principe de notre
fenfibilité & de nos mouvemens , c'eſt
donc à ces parties que l'on doit attribuer
la cauſe de cette agitation irrégu
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
,
lière. Ce ſentiment tendre forme en
vous une ſuſpenſion dans la reſpiration
pour occuper toute la machine de l'objet
qui l'affecte . Alors les véſicules pulmonaires
demeurant dans leur extenfion
, gênent le mouvement du fang
qui ne coule plus librement. En cet état
il fait effort contre les parois des vaifſeaux
qui le contiennent. Du gonflement
de ces vaiſſeaux ſuit une preffion
contre les nerfs qui font plus ou moins
tiraillés . Enfuite par la gêne que les
nerfs éprouvent , cette gêne augmentant
chez vous par la paralyfie que plufieurs
de ces parties ont ſouffertes * , il
doit furvenir des mouvemens forcés
&ces parties reprendront ſucceſſivement
leur agitation ou leur repos à raifon
de cette preffion ou du relâchement
de ces parties.
,
On voit tout naturellement que cette
fufpenfion doit produire une circulation
& une refpiration entrecoupée , dont
les mouvemens feront plus ou moins
lents en proportion de la réſiſtance
que l'affection de l'âme , ou pour mieux
dire , l'extafe , apportera au jeu des autres
fonctions. Si les mouvemens ſympa-
,
* M. L'Abbé Mangenot eſt paralytique depuis
grand nombre d'années.
DECEMBRE. 1763. 133
thiques font merveilleux , étonnans au
premier coup-d'oeil , ils n'en font pas
plus difficiles à expliquer. Tous les Medecins
ont lieu de remarquer très-fouvent
cette intimité , cette union des
fonctions intellectuelles avec les corporelles
, de façon qu'elles s'entr'aident ou
ſe nuifent réciproquement. Si la plus
légère tenfion dans l'eſprit trouble la
digeftion , on ſçait auſſi qu'elle peut
influer ſur la reſpiration. Je croirois
inutile d'entrer dans un plus grand détail
en parlant à un Phyficien .
J'ai l'honneur d'être , & c .
Fermer
10493
EXTRAIT d'une Lettre de M. P. de M. Docteur-Régent en Médecine de Paris, de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne, à M. l'Abbé MANGENOT, Doyen des Chanoines du Temple, en réponse à une par laquelle il lui demandoit la cause d'un sanglotage qu'il éprouve lorsqu'il voit ou entend parler d'un sujet attendrissant ou capable de causer de l'admiration.
10494
p. 133-139
NOUVEL Avis concernant le Spécifique Anti-vénérien du Docteur FELS, premier Médecin & Bourgmestre de la Ville de Schelestat en Alsace.
Début :
LA Dame Veuve du Docteur Fels, ayant obtenu un Arrêt du Confeil d'Etat [...]
Mots clefs :
Remède, Docteur, Maladie, Usage, Chirurgiens, Médecins, Attestations, Symptômes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVEL Avis concernant le Spécifique Anti-vénérien du Docteur FELS, premier Médecin & Bourgmestre de la Ville de Schelestat en Alsace.
NOUVEL Avis concernant le Spécifique
Anti-vénérien du Docteur FELS ,
premier Médecin & Bourgmestre de
la Ville de Scheleftat en Alface.
LAA Dame Veuve du Docteur Fels ,
ayant obtenu un Arrêt du Confeild' Etat
du Roi , par lequel Sa Majesté lui a
permis de continuer , de compofer &
d'adminiftrer , où faire adminiſtrer par
ſes Préposés , tant à Paris , ſous l'infpection
& direction de M. Caumont,
134 MERCURE DE FRANCE.
Médecin ordinaire du Roi , que dans
les Provinces du Royaume , le Reméde
ou Spécifique Anti-vénérien , dont
fon mari a fait la découverte , en fit
publier peu après cette obtention
les propriétés effentielles & très- intéreſſantes
pour le Public. ( Voyez le Mercure
d'Août 1762 , & la feuille des
Affiches du19 Juillet, meme année, &c.)
Mais , comme elle ne put alors accompagner
fon Avis ou Inſtruction , d'un Extrait
des Piéces juſtificatives , propres à
prouver & conſtater l'excellence & les
avantages de ce Spécifique , ces Piéces
étant pour lors ſous les ſcellés appoſes
après le décès de fon mari , elle croit de--
voir maintenant faire part au Public de
quelques- uns des principaux faits qui y
font énoncés & atteſtés par plufieurs Médecins
& Chirurgiens très-célébres.
1º. Trois atteſtations qui prouvent
très-authentiquement , qu'une femme
de la Paroiſſe d'Ablincourt , Diocèſe
de Noyon , enceinte de quatre mois
& demi , ayant tous les ſymptômes
les plus graves & les plus caractériſtiques
de la V .... a été pafaitement
guérie en vingt-huit jours par l'uſage
de la Tifanne ou Apozême du Docteur
Fels. Ces atteſtations ſont ſignées
DECEMBRE. 1763. 135
par M. Petit , premier Médecin de
S. A. S. Mgr le Duc d'Orléans ; par
M. Guérin , Chirurgien Major des
Mouſquetaires. Noirs , & M. Moreau
premier Chirurgien de l'Hôtel- Dieu de
Paris. Il eſt à remarquer que le reſte
du temps de la groſſeſſe de cette fem--
me s'eſt paſſé en parfaite ſanté , &
que l'enfant dont elle eſt accouchée à
terme & très- heureuſement , ne s'eſt
trouvé affecté d'aucun ſymptôme de
maladie vénérienne.
2°. Trois autres atteſtations par lefquellesle
même M. Petit , M. le Thieullier
& M. Cantewel , Docteurs-Régens
de la Faculté de Médecine de Paris , certifient
que le Mari de cette même femme
avoit auſſi les ſymptômes véroliques
les plus graves , leſquels ſymptômes
ont de plus été reconnus tels par M.
de Senac , premier Médecin du Roi ,
par M. Queſnav , M. de la Sône , MM.
le Gagneur , Caumont , Hévin , Duval
, & autres Médecins & Chirurgiens
de la Cour & de la Ville de Verfailles
, où ce malade a été traité ſous
leurs yeux , juſqu'à parfaite guérifon ,
obtenue en pareil eſpace de temps que
la précédente.
3. Un Certificat de M. M ....
136 MERCURE DE FRANCE.
Capitaine de Dragons & Chevalier de
S. Louis , par lequel cet Officier atteſte
qu'il a été parfaitement guéri par
la Tiſanne du Docteur Fels , d'une
maladie vénérienne très-grave & trèsinvétérée
, qui l'avoit réduit à une
telle extrémité , que l'on déſeſpéroit
de ſa vie.
,
4° . Une déclaration volontaire , paffée
devant Me Deruelle , & fon Confrère
Notaires à Paris par le Sı . D ....
Bourgeois de Paris contenant , qu'après
avoir été traité d'une maladie vénérienne
par pluſieurs Chirurgiens , qui l'avoient
manqué ( ce ſont ſes termes) il a été
parfaitement guéri par le Reméde ſpécifique
qui lui a été conſeillé & adminiftré
par M. Fels.
5° . Une Lettre de M. Monnet , par
laquelle il déclare que dès le neuviéme
jour qu'il a fait uſage de la Tifane du
Docteur Fels , il a été délivré de trèsvives
douleurs de tête , de bras & de
jambes , qui le tourmentoient depuis
long temps , & qu'aucuns remédes n'avoient
pu guérir : qu'il avoit confulté
pluſieurs Médecins , qui n'avoient pu
découvrir aucun ſymptôme qui caractérifat
la V......mais que , fur quelques
ſoupçons , il s'étoit déterminé à prendre
ce Reméde , par lequel il certifie avoir
DECEMBRE. 1763. 137
été parfaitement guéri en vingt-quatre
jours , jouiſſant préſentement de la meilleure
ſanté : en foi de quoi ce généreux
Citoyen a confenti que ce fait fût rendu
public , & qu'on le nommât , pour lui
donner plus d'authenticité.
On pourroit encore rapporter pluſieurs
autres guériſons de maux vénériens
de toutes eſpéces , & notamment
de pluſieurs caries , exoſtoſes , & au
tres maladies affectant les os , les cartilages
, &c. que cet excellent Spécifique
a radicalement détruites ; mais les perſonnes
qui ont été guéries , ne confentant
pas d'être citées , on les doit pafſer
ſous filence , d'autant plus que les
faits ci-deſſus rapportés ſuffiſent pour
faire connoître évidemment que ce Reméde
eſt un Spécifique certain contre
toute maladie vénérienne, ſoit récente,
ſoit invétérée , ſoit héréditaire , & c , &
que de plus , un de ſes effets particuliers
eſt de réuffir parfaitement dans la
cure des maladies vénériennes qui ont
réſiſté à l'uſage du mercure le mieux
adminiſtré ; avantage dont l'humanité
étoit privée avant la découverte de ce
précieux Reméde. Une remarque qu'il
eſt encore très-néceſſaire de faire &
qui ajoûte beaucoup à l'importance de
,
138 MERCURE DE FRANCE.
ce Spécifique , c'eſt qu'il eſt compoſé
ſfans aucun ingrédient mercuriel , & par
conféquent exemt de tous les inconvéniens
inféparables du mercure.
M. Caumont efpére donner dans peu
les obſervations qu'il a faites fur ce Reméde
& fur ſes effets , depuis qu'il eſt
fous ſa direction ..
Sa demeure eſt à Paris , rue de Bourgogne
, près de la rue de Varenne.
Madame Fels demeure toujours rue
Quincampoix , près de la rue de Veniſe
, même maiſon que M. Arnoult , ancien
Epicier-Droguifte.
Il eſt bon de rappeller ici , en faveur
des perſonnes qui pourroient n'avoir
pas été à portée de lire les Ouvrages
périodiques où il a été fait mentionde
ce Reméde , ce qui a déja été dit fur
fes propriétés..
Ce Spécifique eſt un Apozême dont
on boit trois verres par jour.
Il a l'avantage , 1º. de guérir les maladies
vénériennes , ſans jamais caufer
de ſalivation , étant compoſé , comme
on vient de le faire remarquer , ſans
aucun ingrédient mercuriel.
2º. Les préparations qui le précédent
fe font en très-peu de jours ,les bains
n'y érant pas néceffaires.
DECEMBRE. 1763. 139
3°. Pendant l'uſage de ce Reméde ,
qui ne dure ordinairement que 24jours,
on n'eſt point aftreint à garder la chambre
: on peut même vaquer aux affaires
qui ne caufent point trop de fatigue &
n'exigent point une trop longue contention
d'eſprit , ayant foin néanmoins
de ne ſe pas expofer aux injures de
Fair.
4°. Ce Spécifique n'a riende contraire
aux eftomachs débiles ni aux poitrines
délicates : il en est même ſouvent le vé.
ritable antidote , principalement lorſque
la langueur ou le mal- aiſe de ces organes
provient de quelques anciens réſidus vénériens
maſqués ou dégénérés , comme
il n'arrive que trop communément à
ceux qui ont eu dans la jeuneſſe certaines
galanteries imparfaitement terminées.
5º. Ce Reméde agit avec tant de dou.
ceur , que M. Fels , ainſi qu'on l'a vu
ci-deſſus , l'a employé pendantle cours
de la groſſeſſe même , avec les plus heu--
reux fuccès , & de même pour les enfans
à la mammelle , en le faiſant boire
à leurs nourrices.
€ 6°. Loin d'être affoibli ou maigri
par fon uſage , on y recouvre les forces
& l'embonpoint détruits ou diminués
par la maladie.
Anti-vénérien du Docteur FELS ,
premier Médecin & Bourgmestre de
la Ville de Scheleftat en Alface.
LAA Dame Veuve du Docteur Fels ,
ayant obtenu un Arrêt du Confeild' Etat
du Roi , par lequel Sa Majesté lui a
permis de continuer , de compofer &
d'adminiftrer , où faire adminiſtrer par
ſes Préposés , tant à Paris , ſous l'infpection
& direction de M. Caumont,
134 MERCURE DE FRANCE.
Médecin ordinaire du Roi , que dans
les Provinces du Royaume , le Reméde
ou Spécifique Anti-vénérien , dont
fon mari a fait la découverte , en fit
publier peu après cette obtention
les propriétés effentielles & très- intéreſſantes
pour le Public. ( Voyez le Mercure
d'Août 1762 , & la feuille des
Affiches du19 Juillet, meme année, &c.)
Mais , comme elle ne put alors accompagner
fon Avis ou Inſtruction , d'un Extrait
des Piéces juſtificatives , propres à
prouver & conſtater l'excellence & les
avantages de ce Spécifique , ces Piéces
étant pour lors ſous les ſcellés appoſes
après le décès de fon mari , elle croit de--
voir maintenant faire part au Public de
quelques- uns des principaux faits qui y
font énoncés & atteſtés par plufieurs Médecins
& Chirurgiens très-célébres.
1º. Trois atteſtations qui prouvent
très-authentiquement , qu'une femme
de la Paroiſſe d'Ablincourt , Diocèſe
de Noyon , enceinte de quatre mois
& demi , ayant tous les ſymptômes
les plus graves & les plus caractériſtiques
de la V .... a été pafaitement
guérie en vingt-huit jours par l'uſage
de la Tifanne ou Apozême du Docteur
Fels. Ces atteſtations ſont ſignées
DECEMBRE. 1763. 135
par M. Petit , premier Médecin de
S. A. S. Mgr le Duc d'Orléans ; par
M. Guérin , Chirurgien Major des
Mouſquetaires. Noirs , & M. Moreau
premier Chirurgien de l'Hôtel- Dieu de
Paris. Il eſt à remarquer que le reſte
du temps de la groſſeſſe de cette fem--
me s'eſt paſſé en parfaite ſanté , &
que l'enfant dont elle eſt accouchée à
terme & très- heureuſement , ne s'eſt
trouvé affecté d'aucun ſymptôme de
maladie vénérienne.
2°. Trois autres atteſtations par lefquellesle
même M. Petit , M. le Thieullier
& M. Cantewel , Docteurs-Régens
de la Faculté de Médecine de Paris , certifient
que le Mari de cette même femme
avoit auſſi les ſymptômes véroliques
les plus graves , leſquels ſymptômes
ont de plus été reconnus tels par M.
de Senac , premier Médecin du Roi ,
par M. Queſnav , M. de la Sône , MM.
le Gagneur , Caumont , Hévin , Duval
, & autres Médecins & Chirurgiens
de la Cour & de la Ville de Verfailles
, où ce malade a été traité ſous
leurs yeux , juſqu'à parfaite guérifon ,
obtenue en pareil eſpace de temps que
la précédente.
3. Un Certificat de M. M ....
136 MERCURE DE FRANCE.
Capitaine de Dragons & Chevalier de
S. Louis , par lequel cet Officier atteſte
qu'il a été parfaitement guéri par
la Tiſanne du Docteur Fels , d'une
maladie vénérienne très-grave & trèsinvétérée
, qui l'avoit réduit à une
telle extrémité , que l'on déſeſpéroit
de ſa vie.
,
4° . Une déclaration volontaire , paffée
devant Me Deruelle , & fon Confrère
Notaires à Paris par le Sı . D ....
Bourgeois de Paris contenant , qu'après
avoir été traité d'une maladie vénérienne
par pluſieurs Chirurgiens , qui l'avoient
manqué ( ce ſont ſes termes) il a été
parfaitement guéri par le Reméde ſpécifique
qui lui a été conſeillé & adminiftré
par M. Fels.
5° . Une Lettre de M. Monnet , par
laquelle il déclare que dès le neuviéme
jour qu'il a fait uſage de la Tifane du
Docteur Fels , il a été délivré de trèsvives
douleurs de tête , de bras & de
jambes , qui le tourmentoient depuis
long temps , & qu'aucuns remédes n'avoient
pu guérir : qu'il avoit confulté
pluſieurs Médecins , qui n'avoient pu
découvrir aucun ſymptôme qui caractérifat
la V......mais que , fur quelques
ſoupçons , il s'étoit déterminé à prendre
ce Reméde , par lequel il certifie avoir
DECEMBRE. 1763. 137
été parfaitement guéri en vingt-quatre
jours , jouiſſant préſentement de la meilleure
ſanté : en foi de quoi ce généreux
Citoyen a confenti que ce fait fût rendu
public , & qu'on le nommât , pour lui
donner plus d'authenticité.
On pourroit encore rapporter pluſieurs
autres guériſons de maux vénériens
de toutes eſpéces , & notamment
de pluſieurs caries , exoſtoſes , & au
tres maladies affectant les os , les cartilages
, &c. que cet excellent Spécifique
a radicalement détruites ; mais les perſonnes
qui ont été guéries , ne confentant
pas d'être citées , on les doit pafſer
ſous filence , d'autant plus que les
faits ci-deſſus rapportés ſuffiſent pour
faire connoître évidemment que ce Reméde
eſt un Spécifique certain contre
toute maladie vénérienne, ſoit récente,
ſoit invétérée , ſoit héréditaire , & c , &
que de plus , un de ſes effets particuliers
eſt de réuffir parfaitement dans la
cure des maladies vénériennes qui ont
réſiſté à l'uſage du mercure le mieux
adminiſtré ; avantage dont l'humanité
étoit privée avant la découverte de ce
précieux Reméde. Une remarque qu'il
eſt encore très-néceſſaire de faire &
qui ajoûte beaucoup à l'importance de
,
138 MERCURE DE FRANCE.
ce Spécifique , c'eſt qu'il eſt compoſé
ſfans aucun ingrédient mercuriel , & par
conféquent exemt de tous les inconvéniens
inféparables du mercure.
M. Caumont efpére donner dans peu
les obſervations qu'il a faites fur ce Reméde
& fur ſes effets , depuis qu'il eſt
fous ſa direction ..
Sa demeure eſt à Paris , rue de Bourgogne
, près de la rue de Varenne.
Madame Fels demeure toujours rue
Quincampoix , près de la rue de Veniſe
, même maiſon que M. Arnoult , ancien
Epicier-Droguifte.
Il eſt bon de rappeller ici , en faveur
des perſonnes qui pourroient n'avoir
pas été à portée de lire les Ouvrages
périodiques où il a été fait mentionde
ce Reméde , ce qui a déja été dit fur
fes propriétés..
Ce Spécifique eſt un Apozême dont
on boit trois verres par jour.
Il a l'avantage , 1º. de guérir les maladies
vénériennes , ſans jamais caufer
de ſalivation , étant compoſé , comme
on vient de le faire remarquer , ſans
aucun ingrédient mercuriel.
2º. Les préparations qui le précédent
fe font en très-peu de jours ,les bains
n'y érant pas néceffaires.
DECEMBRE. 1763. 139
3°. Pendant l'uſage de ce Reméde ,
qui ne dure ordinairement que 24jours,
on n'eſt point aftreint à garder la chambre
: on peut même vaquer aux affaires
qui ne caufent point trop de fatigue &
n'exigent point une trop longue contention
d'eſprit , ayant foin néanmoins
de ne ſe pas expofer aux injures de
Fair.
4°. Ce Spécifique n'a riende contraire
aux eftomachs débiles ni aux poitrines
délicates : il en est même ſouvent le vé.
ritable antidote , principalement lorſque
la langueur ou le mal- aiſe de ces organes
provient de quelques anciens réſidus vénériens
maſqués ou dégénérés , comme
il n'arrive que trop communément à
ceux qui ont eu dans la jeuneſſe certaines
galanteries imparfaitement terminées.
5º. Ce Reméde agit avec tant de dou.
ceur , que M. Fels , ainſi qu'on l'a vu
ci-deſſus , l'a employé pendantle cours
de la groſſeſſe même , avec les plus heu--
reux fuccès , & de même pour les enfans
à la mammelle , en le faiſant boire
à leurs nourrices.
€ 6°. Loin d'être affoibli ou maigri
par fon uſage , on y recouvre les forces
& l'embonpoint détruits ou diminués
par la maladie.
Fermer
10495
p. 140-141
ASTRONOMIE ET GÉOGRAPHIE.
Début :
GLOBES Celestes de 9 pouces & de 6 pouces & demi de diamétre, nouvelle [...]
Mots clefs :
Géographie, Globes célestes, Astronomie, Mappemonde, Plan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASTRONOMIE ET GÉOGRAPHIE.
ASTRONOMIE ET GÉOGRAPHIE .
GLOBES Celestes de 9 pouces & de
6 pouces & demi de diamétre , nouvelle
édition , augmentée des nouvelles
Constellations de feu M. l'Abbé de la
Caille , par M. Robert de Vaugondy ,
Géographe ordinaire du Roi , de S. M.
Polonoiſe, Duc de Lorraine & de Bar ,
&de la Société Royale de Nancy 1763 .
Ces Globes ſe trouvent chez M.
Robert , Géographe ordinaire du Roi
Quai de l'Horloge du Palais près
le Pont-neuf.
,
L'on trouve chez le même , les Ouvrages
ſuivans du même Auteur.
Les quatre Parties du Monde & la
Mappemonde , en quatre feuilles chacune.
Les Environs de Paris , de Londress
&d'Edimbourg.
La Picardie ; la Normandie ; la
Bretagne ; le Poitou , Aunis , Saintonge
& Angoûmois ; le Berry , Nivernois
& Bourbonnois ; le Languedocs
Le Plan de Paris , grand aigle ,
augmenté en 1762 ,& un Mémoire.
Le même , réduit in-8° , chef-d'oeuvre
de gravure.
DECEMBRE. 1763. 141
Tablettes Parifiennes , ou Plan de
Paris portatif, in-8°.
Promenades de Paris , en quatre Cartes
topographiques ,& une deſcription ,
in-8°.
NouvelAtlas portatif, pour l'intelligence
de la Géographie de M. l'Abbé
dela Croix.
GLOBES Celestes de 9 pouces & de
6 pouces & demi de diamétre , nouvelle
édition , augmentée des nouvelles
Constellations de feu M. l'Abbé de la
Caille , par M. Robert de Vaugondy ,
Géographe ordinaire du Roi , de S. M.
Polonoiſe, Duc de Lorraine & de Bar ,
&de la Société Royale de Nancy 1763 .
Ces Globes ſe trouvent chez M.
Robert , Géographe ordinaire du Roi
Quai de l'Horloge du Palais près
le Pont-neuf.
,
L'on trouve chez le même , les Ouvrages
ſuivans du même Auteur.
Les quatre Parties du Monde & la
Mappemonde , en quatre feuilles chacune.
Les Environs de Paris , de Londress
&d'Edimbourg.
La Picardie ; la Normandie ; la
Bretagne ; le Poitou , Aunis , Saintonge
& Angoûmois ; le Berry , Nivernois
& Bourbonnois ; le Languedocs
Le Plan de Paris , grand aigle ,
augmenté en 1762 ,& un Mémoire.
Le même , réduit in-8° , chef-d'oeuvre
de gravure.
DECEMBRE. 1763. 141
Tablettes Parifiennes , ou Plan de
Paris portatif, in-8°.
Promenades de Paris , en quatre Cartes
topographiques ,& une deſcription ,
in-8°.
NouvelAtlas portatif, pour l'intelligence
de la Géographie de M. l'Abbé
dela Croix.
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10496
p. 141-149
ARTS AGRÉABLES. GRAVURE.
Début :
M. LE COMTE DE RIAUCOUR, Ministre Plénipotentiaire du feu Roi de [...]
Mots clefs :
Royaume, Géographe, Public, Cartes, Villes, Académie, Ouvrage, Ornements, Ingénieur, Commerce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTS AGRÉABLES. GRAVURE.
ARTS AGRÉABLES .
GRAVURE.
M. LE COMTE DE RIAUCOUR ,
Miniſtre Plénipotentiaire du feu Roi de
Pologne , Electeur de Saxe , à la Cour
Palatine , vient d'adreſſer à la Société
-Littéraire d'Arras , dont il eſt Honoraire
, un préſent qui paroît mériter d'être
- annoncé au Public. Ce ſont deux In
folio d'une grandeur extraordinaire &
fort proprement reliés , contenant outre
les Portraits de Leurs Majestés Polonoifes
, cent belles Eſtampes d'après les
142 MERCURE DE FRANCE.
plus célébres Tableaux de la Gallerie
Royale de Dreſde , avec des explications
très-amples ſur tout ce qui peut
concerner ces Tableaux . La Collection
dont nous parlons en préſente 6 du
Corrége , parmi lesquels eſt ſa fameuſe
Nuit , 2 du Parmesan , 1 de Nicolo
de l'Abbate , 2 d'André del Sarte , I de
Jules Romain , 1 de Jérôme Mazzuoli ,
I de Léonard de Vinci , 1 de Jean Bellin
, 1 du Doffe , 5 du Titien, de Paul
Véronèse , 1 du Tintoret , de Jules-
César Procaccini , 1 de Camille Procaccini
, 5 d'Annibal Carrache , I de Jo-
Jofeph Porta , I de Jacques da Ponte ,
dit le Bassan , 1 de François Baſſan ,
I d'Alexandre Turchi ou Véronèse , 1
de Sébastien Ricci , de François Francia
, + du Guide , de l'Albane , 2 du
Guerchin , 1 du Vanni , 3 du Féti , 7
de Espagnolet , 1 d'André Vaccaro ,
I de Jean Lanfranc , I du Tiarini , 1
de Simon Cantarini , dit le Pefarefe ,
I d'Hippolyte Scarfellino , 1 de Michel-
Ange de Caravage , 3 de Mathias Préti
, dit le Calabrese , ou le Chevalier Calabrois
, 10 de Luc Jordane , 2 du Bénédette
, I de Barthelemi Bifcaïno , 3
de Carlin Dolce , 2. de Carle Maratte ,
I de François Solimene , I de Paul
DECEMBRE. 1763. 143
Pagani , I de Charles Cignani , 1 de
Jean - Baptiste Langhetti , 1 de Jean
Holben , 6 de Rubens , 2 de Rembrant,
1de Vandyck, & I de Nicolas Berghem .
Ces deux Volumes ont été publiés à
Dreſde en 1753 & 1757; mais on doit
à des Graveurs François environ la
moitié des Estampes qu'ils renferment.
Le Portrait du feu Roi de Pologne, qui
ſe voit à la tête du premier Tome , a
été peint par Hiacinthe Rigaud , dans
un ſéjour que ce Monarque , alors Prince
Royal & Electoral , fit à Paris en
1715 ; & il a été gravé en 1750 , par
J. J. Baléchou , pour ſa réception à l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture.
Le Portrait de la feue Reine , qui
ouvre le ſecond Tome , eſt de Jean-
Louis Silveftre , premier Peintre de la
Courde Dreſde ; & l'Eſtampe ,de Jean
Daulle, dont il s'en trouve pluſieurs
autres dans le corps du Recueil.
On trouve chez le Sieur Lattre ,
Graveur , rue S. Jacques , près la Fontaine
S. Severin , à la Ville de Bordeaux
, un petit Tableau de la France ,
ou Carte de tous les Gouvernemens
militaires de ce Royaume , avec une
defcription géographique , vol. in-16.
144 MERCURE DE FRANCE.
Ce petit Ouvrage eſt travaillé avec beaucoup
de foin , & fait fuite avec le petit
Atlas géographique , l'Atlas militaire ,
l'Atlas maritime de nos côtes , & les
environs de Paris.
On trouve chez ledit ſieur Latré pluſieurs
ornemens riches & très-proprement
gravés pour encadrer des Almanachs
de cabinets de toutes grandeurs ,
& auffi plufieurs ornemens ou bordures
detrès-bon goût à l'uſage des Bureaux.
Une Carte du paſſage de l'ombre de
la lune au travers de l'Europe dans la
fameuſe Eclipse centrale & annulaire de
Soleil du premier Avril 1764 , calculée
par Mde Lepaute , gravée pour la partie
géographique par M. Lattré & pour
les ornemens par Mde Tardieu. L'Atlas
moderne pour l'étude de la Géographie
& pour la lecture de l'Histoire & des
Voyages , volume in-folio de Librairie.
19. 1. 10 f.
Une Carte réduite de la Méditerranée
& une autre des Ifles Britanniques
chacune avec une analyſe. Par M. Bonne.
Le Public jouit depuis quelques
mois de ces deux Cartes intéreſſantes.
Une Carte de la Terre - Sainte par
feu M. Delisle , premier Géographe du
RoI ; ce célébre Géographe promit
cette
DECEMBRE. 1763. 145
Cette Carte quelque temps avant de
mourir , & le Public la defiroit.
Une Carte de l'Ifle de France dans
'Océan Indien , levée géométriquement
par M. l'Abbé de la Caille , de
l'Académie des Sciences , qui fut fi
consommé dans l'Astronomie & dans
des Mathématiques ; ce fonds qui contient
plufieurs Cartes de la grandeur
d'une feuille ordinaire d'Atlas tels que
les quatre Parties du Monde , différentes
Mappemondes très-intéreſſantes , les
différens Etats de l'Europe , &plufieurs
Plans de nos principales Villes qui font
très-bien gravés ; ce fonds , dis -je,s'augmente
chaque jour & devient recommandable
par pluſieurs excellens Mor
ceaux.
TABLES avec leſquelles on peut trouver
d'un capital donné à quelle ſomme
ledit capital & les intérêts compoſés
puiſſent ſe monter , depuis la première
année juſques &compris la dixiéme ,
depuis le denier premier ou cent pour
cent juſques& compris le denier 25 ou
4 pour cent.
Le Sieur DESNOS , Ingénieur-Géographe
pour les Globes & Sphères , rue
S. Jacques , à l'enſeigne du Globe à
G
146 MERCURE DE FRANCE.
Paris , vient de faire l'acquiſition de fa
Planche du beau portrait du célébre
Rollin , ancien Re&eur de l'Univerſité ,
&c . Ce portrait , gravé par M. Balechou
d'après M. Coypel, a toujours été trèsrecherché
, & ſe vendoit très- cher . Le
ſieur Denos , quoique la Planche ſoit
encore neuve , puiſqu'elle n'a pas été
tirée à plus d'un cent , a fixé le prix de
l'Eſtampe , pour la ſatifaction du Public ,
au prix modique de 2 liv. 8 ſols .
::
ATLAS de France , dans lequel on
donne une connoiſſance générale & détaillée
du Royaume , conſidéré ſous ſes
différentes formes de Gouvernement ,
tant Civil , qu'Eccléſiaſtique & Militaire
, dreſſé relativement au Commerce
& aux Finances , & diftribué en dixhuit
Cartes d'une manière méthodique
& intelligible en faveur des jeunes gens
&des Amateurs de Géographie , contenant
la longitude & la latitude du
Royaume , compriſes dans les grands
triangles de la Méridienne & de la Perpendiculaire
de Paris , déterminées par
les Obſervations aſtronomiques de l'Académie
Royale des Sciences , les Gouvernemens
généraux & particuliers , tant
anciens que modernes ; l'enceinte des
DECEMBRE. 1763. 147
Places fortes & Villes de guerre ; les Parlemens
& Confeils ſupérieurs ; les trente
Hôtels des Monnoyes , Maiſons Royales
& Préfidiaux ; les Intendances & Pays
d'Etat ; les Chefs - lieux d'Elections , Bailliages
, Vigueries , Diocèses , Subdélégations.
La France Eccléſiaſtique ; ſes
Archevêchés , Evêchés ; le cours des
Rivières navigables & des principales
routes du Royaume ; les diftances itinéraires
des principales Villes de France à
Paris & aux Entrepôts les plus célébres
du Commerce ; les Métropoles de l'Europe
; toutes les Côtes maritimes du
Royaume ; les Ports ; les Sondes ; les
Bancs de fable , Rochers , Ecueils ,
Caps , &c. Enfin tout ce qui peut
contribuer à faire connoître la France
dans toutes ſes parties ; par L. C. Def-
Ingénieur-Géographe pour les
Globes & Sphéres , volume in -4°. Prix ,
10 liv. 4 fols broché. A Paris. On diſtribue
le Profpectus chez l'Auteur
S. Jacques , à l'enſeigne du Globe.
nos
,
,
rue
ATLAS chorographique , hiſtorique
& portatif des Elections du Royaume.
Généralité de Paris, diviſée en ſes vingtdeux
Elections , & repréſentée dans
toutes ſes parties par autant de Cartes
Gij
1
148 MERCURE DE FRANCE.
particulières , d'une manière chorographique
& complette , avec le nombre
des Paroiſſes & des Feux, la poſition des
Villes , des Bourgs , des Villages , des
Hameaux , des Abbayes , des Bois , des
Prairies , des Montagnes , des Etangs ,
des Marais , des Rivières , des Routes ,
de tous les lieux enfin qui la compoſent ,
levées ſur le terrein , par une Société
d'Ingénieurs , dirigées & données au
Public par leſieur Defnos , Ingénieur ,
Géographe pour les Globes & Spheres ,
accompagnées d'une Deſcription , dans
laquelle on explique l'hiſtoire particulière
de chaque Ville , ſa ſituation , ſes
embelliffemens , ſes principaux édifices,
fes événemens remarquables , fon terroir
, ſes foires , fon commerce , ſes manufactures
, ſes curiofités naturelles ; enfin
, toutes les productions de la nature
&de l'art qui s'y trouvent. Par M. l'Abbé
Regley. Ouvrage utile à l'Etranger
comme au Citoyen , qui veut avoir une
connoiffance détaillée de la France , &
particulierement à ceux qui font intéreffés
dans l'adminiſtration de la Juſtice ,
leCommerce& les Finances , auxVoyageurs
& aux jeunes gens qui veulent apprendre
notre Hiſtoire. Dédié au Roi
par ſon très-humble & très- obéiffant
DECEMBRE. 1763. 149
,
Serviteur & fidéle Sujet , Defnos. A
Paris , chez Savoye , rue' S. Jacques ,
Defpilly , rue S. Jacques , Duchefne ,
rue S. Jacques , Deſſaint & Saillant
rue S. Jean de Beauvais , Guillyn , quai
des Augustins , Grange & Dufour , au
Cabinet Littéraire , chez l'Auteur , rue
S. Jacques , à l'enſeigne du Globe. Vol.
in-4°. Prix , relié en maroquin , 27 liv.
relié en veau , 17 liv. broché , 18 livres .
en feuilles, 17 liv. Le Profpectus de cet
Ouvrage ſe diſtribue chez l'Auteur.
GRAVURE.
M. LE COMTE DE RIAUCOUR ,
Miniſtre Plénipotentiaire du feu Roi de
Pologne , Electeur de Saxe , à la Cour
Palatine , vient d'adreſſer à la Société
-Littéraire d'Arras , dont il eſt Honoraire
, un préſent qui paroît mériter d'être
- annoncé au Public. Ce ſont deux In
folio d'une grandeur extraordinaire &
fort proprement reliés , contenant outre
les Portraits de Leurs Majestés Polonoifes
, cent belles Eſtampes d'après les
142 MERCURE DE FRANCE.
plus célébres Tableaux de la Gallerie
Royale de Dreſde , avec des explications
très-amples ſur tout ce qui peut
concerner ces Tableaux . La Collection
dont nous parlons en préſente 6 du
Corrége , parmi lesquels eſt ſa fameuſe
Nuit , 2 du Parmesan , 1 de Nicolo
de l'Abbate , 2 d'André del Sarte , I de
Jules Romain , 1 de Jérôme Mazzuoli ,
I de Léonard de Vinci , 1 de Jean Bellin
, 1 du Doffe , 5 du Titien, de Paul
Véronèse , 1 du Tintoret , de Jules-
César Procaccini , 1 de Camille Procaccini
, 5 d'Annibal Carrache , I de Jo-
Jofeph Porta , I de Jacques da Ponte ,
dit le Bassan , 1 de François Baſſan ,
I d'Alexandre Turchi ou Véronèse , 1
de Sébastien Ricci , de François Francia
, + du Guide , de l'Albane , 2 du
Guerchin , 1 du Vanni , 3 du Féti , 7
de Espagnolet , 1 d'André Vaccaro ,
I de Jean Lanfranc , I du Tiarini , 1
de Simon Cantarini , dit le Pefarefe ,
I d'Hippolyte Scarfellino , 1 de Michel-
Ange de Caravage , 3 de Mathias Préti
, dit le Calabrese , ou le Chevalier Calabrois
, 10 de Luc Jordane , 2 du Bénédette
, I de Barthelemi Bifcaïno , 3
de Carlin Dolce , 2. de Carle Maratte ,
I de François Solimene , I de Paul
DECEMBRE. 1763. 143
Pagani , I de Charles Cignani , 1 de
Jean - Baptiste Langhetti , 1 de Jean
Holben , 6 de Rubens , 2 de Rembrant,
1de Vandyck, & I de Nicolas Berghem .
Ces deux Volumes ont été publiés à
Dreſde en 1753 & 1757; mais on doit
à des Graveurs François environ la
moitié des Estampes qu'ils renferment.
Le Portrait du feu Roi de Pologne, qui
ſe voit à la tête du premier Tome , a
été peint par Hiacinthe Rigaud , dans
un ſéjour que ce Monarque , alors Prince
Royal & Electoral , fit à Paris en
1715 ; & il a été gravé en 1750 , par
J. J. Baléchou , pour ſa réception à l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture.
Le Portrait de la feue Reine , qui
ouvre le ſecond Tome , eſt de Jean-
Louis Silveftre , premier Peintre de la
Courde Dreſde ; & l'Eſtampe ,de Jean
Daulle, dont il s'en trouve pluſieurs
autres dans le corps du Recueil.
On trouve chez le Sieur Lattre ,
Graveur , rue S. Jacques , près la Fontaine
S. Severin , à la Ville de Bordeaux
, un petit Tableau de la France ,
ou Carte de tous les Gouvernemens
militaires de ce Royaume , avec une
defcription géographique , vol. in-16.
144 MERCURE DE FRANCE.
Ce petit Ouvrage eſt travaillé avec beaucoup
de foin , & fait fuite avec le petit
Atlas géographique , l'Atlas militaire ,
l'Atlas maritime de nos côtes , & les
environs de Paris.
On trouve chez ledit ſieur Latré pluſieurs
ornemens riches & très-proprement
gravés pour encadrer des Almanachs
de cabinets de toutes grandeurs ,
& auffi plufieurs ornemens ou bordures
detrès-bon goût à l'uſage des Bureaux.
Une Carte du paſſage de l'ombre de
la lune au travers de l'Europe dans la
fameuſe Eclipse centrale & annulaire de
Soleil du premier Avril 1764 , calculée
par Mde Lepaute , gravée pour la partie
géographique par M. Lattré & pour
les ornemens par Mde Tardieu. L'Atlas
moderne pour l'étude de la Géographie
& pour la lecture de l'Histoire & des
Voyages , volume in-folio de Librairie.
19. 1. 10 f.
Une Carte réduite de la Méditerranée
& une autre des Ifles Britanniques
chacune avec une analyſe. Par M. Bonne.
Le Public jouit depuis quelques
mois de ces deux Cartes intéreſſantes.
Une Carte de la Terre - Sainte par
feu M. Delisle , premier Géographe du
RoI ; ce célébre Géographe promit
cette
DECEMBRE. 1763. 145
Cette Carte quelque temps avant de
mourir , & le Public la defiroit.
Une Carte de l'Ifle de France dans
'Océan Indien , levée géométriquement
par M. l'Abbé de la Caille , de
l'Académie des Sciences , qui fut fi
consommé dans l'Astronomie & dans
des Mathématiques ; ce fonds qui contient
plufieurs Cartes de la grandeur
d'une feuille ordinaire d'Atlas tels que
les quatre Parties du Monde , différentes
Mappemondes très-intéreſſantes , les
différens Etats de l'Europe , &plufieurs
Plans de nos principales Villes qui font
très-bien gravés ; ce fonds , dis -je,s'augmente
chaque jour & devient recommandable
par pluſieurs excellens Mor
ceaux.
TABLES avec leſquelles on peut trouver
d'un capital donné à quelle ſomme
ledit capital & les intérêts compoſés
puiſſent ſe monter , depuis la première
année juſques &compris la dixiéme ,
depuis le denier premier ou cent pour
cent juſques& compris le denier 25 ou
4 pour cent.
Le Sieur DESNOS , Ingénieur-Géographe
pour les Globes & Sphères , rue
S. Jacques , à l'enſeigne du Globe à
G
146 MERCURE DE FRANCE.
Paris , vient de faire l'acquiſition de fa
Planche du beau portrait du célébre
Rollin , ancien Re&eur de l'Univerſité ,
&c . Ce portrait , gravé par M. Balechou
d'après M. Coypel, a toujours été trèsrecherché
, & ſe vendoit très- cher . Le
ſieur Denos , quoique la Planche ſoit
encore neuve , puiſqu'elle n'a pas été
tirée à plus d'un cent , a fixé le prix de
l'Eſtampe , pour la ſatifaction du Public ,
au prix modique de 2 liv. 8 ſols .
::
ATLAS de France , dans lequel on
donne une connoiſſance générale & détaillée
du Royaume , conſidéré ſous ſes
différentes formes de Gouvernement ,
tant Civil , qu'Eccléſiaſtique & Militaire
, dreſſé relativement au Commerce
& aux Finances , & diftribué en dixhuit
Cartes d'une manière méthodique
& intelligible en faveur des jeunes gens
&des Amateurs de Géographie , contenant
la longitude & la latitude du
Royaume , compriſes dans les grands
triangles de la Méridienne & de la Perpendiculaire
de Paris , déterminées par
les Obſervations aſtronomiques de l'Académie
Royale des Sciences , les Gouvernemens
généraux & particuliers , tant
anciens que modernes ; l'enceinte des
DECEMBRE. 1763. 147
Places fortes & Villes de guerre ; les Parlemens
& Confeils ſupérieurs ; les trente
Hôtels des Monnoyes , Maiſons Royales
& Préfidiaux ; les Intendances & Pays
d'Etat ; les Chefs - lieux d'Elections , Bailliages
, Vigueries , Diocèses , Subdélégations.
La France Eccléſiaſtique ; ſes
Archevêchés , Evêchés ; le cours des
Rivières navigables & des principales
routes du Royaume ; les diftances itinéraires
des principales Villes de France à
Paris & aux Entrepôts les plus célébres
du Commerce ; les Métropoles de l'Europe
; toutes les Côtes maritimes du
Royaume ; les Ports ; les Sondes ; les
Bancs de fable , Rochers , Ecueils ,
Caps , &c. Enfin tout ce qui peut
contribuer à faire connoître la France
dans toutes ſes parties ; par L. C. Def-
Ingénieur-Géographe pour les
Globes & Sphéres , volume in -4°. Prix ,
10 liv. 4 fols broché. A Paris. On diſtribue
le Profpectus chez l'Auteur
S. Jacques , à l'enſeigne du Globe.
nos
,
,
rue
ATLAS chorographique , hiſtorique
& portatif des Elections du Royaume.
Généralité de Paris, diviſée en ſes vingtdeux
Elections , & repréſentée dans
toutes ſes parties par autant de Cartes
Gij
1
148 MERCURE DE FRANCE.
particulières , d'une manière chorographique
& complette , avec le nombre
des Paroiſſes & des Feux, la poſition des
Villes , des Bourgs , des Villages , des
Hameaux , des Abbayes , des Bois , des
Prairies , des Montagnes , des Etangs ,
des Marais , des Rivières , des Routes ,
de tous les lieux enfin qui la compoſent ,
levées ſur le terrein , par une Société
d'Ingénieurs , dirigées & données au
Public par leſieur Defnos , Ingénieur ,
Géographe pour les Globes & Spheres ,
accompagnées d'une Deſcription , dans
laquelle on explique l'hiſtoire particulière
de chaque Ville , ſa ſituation , ſes
embelliffemens , ſes principaux édifices,
fes événemens remarquables , fon terroir
, ſes foires , fon commerce , ſes manufactures
, ſes curiofités naturelles ; enfin
, toutes les productions de la nature
&de l'art qui s'y trouvent. Par M. l'Abbé
Regley. Ouvrage utile à l'Etranger
comme au Citoyen , qui veut avoir une
connoiffance détaillée de la France , &
particulierement à ceux qui font intéreffés
dans l'adminiſtration de la Juſtice ,
leCommerce& les Finances , auxVoyageurs
& aux jeunes gens qui veulent apprendre
notre Hiſtoire. Dédié au Roi
par ſon très-humble & très- obéiffant
DECEMBRE. 1763. 149
,
Serviteur & fidéle Sujet , Defnos. A
Paris , chez Savoye , rue' S. Jacques ,
Defpilly , rue S. Jacques , Duchefne ,
rue S. Jacques , Deſſaint & Saillant
rue S. Jean de Beauvais , Guillyn , quai
des Augustins , Grange & Dufour , au
Cabinet Littéraire , chez l'Auteur , rue
S. Jacques , à l'enſeigne du Globe. Vol.
in-4°. Prix , relié en maroquin , 27 liv.
relié en veau , 17 liv. broché , 18 livres .
en feuilles, 17 liv. Le Profpectus de cet
Ouvrage ſe diſtribue chez l'Auteur.
Fermer
10497
p. 149-172
SUITE des Spectacles de la Cour. A FONTAINEBLEAU.
Début :
LE Mardi 25 Octobre, les Comédiens François représenterent la Mère [...]
Mots clefs :
Rôle, Comédie, Ballet, Salon, Opéra, Bal, Spectacles, Pièce, Théâtre, Acteurs
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Spectacles de la Cour. A FONTAINEBLEAU.
SUITE des Spectacles de la Cour
A FONTAINEBLEAU.
LEE Mardi 25 Octobre , les Comédiens
François repréſenterent la Mère
Coquette , Comédie en cinq Actes &
en vers de feu M. Quinaut. ( a ) Elle
(a) Voyez dans le Mercure de Novembre , à
l'article des Spectacles de Paris , l'Anecdote rapportée
à l'occaſion de l'époque mémorable où
cettePiécefut donnée pour la première fois.
Gij
150 MERCURE DE FRANCE.
fut bien jouée par les principaux Acteurs.
Le rôle de la Mère Coquette ,
entre autres fit honneur à la Dile
DROUIN.Il eſt inutile de dire comment
fut rendu celui de Laurette en avertiffant
que la Dile DANGEVILLE le
jouoit. Cette Piéce fut ſuivie du Somnambule
, Comédie en un Acte & en
profe d'un Auteur anonyme. La Piéce ,
à-peu-près nouvelle pour la Cour ,
amuſa beaucoup. On ſcait avec quel
art le Geur BELCOUR , dans le rôle
du Somnambule , donne par l'imitation
même l'idée d'un modéle peu connu
& rarement fous les yeux. Ce font
de ces Portraits où l'art montre tant de
vérité que l'on juge de la reſſemblance
ſans en avoir và les Originaux. Tous
les autres rôles furent remplis avec l'agrément
& toute la fineſſe qui en font
le fuccès à Paris.
Le Jeudi 27 du même mois , la ſcène
fut occupée par Mitridate , Tragédie
de RACINE , dans laquelle la Dile
CLAIRON joua le rôle de Monime.
Il ſeroit difficile de déterminer , fi cette
excellente Actrice a tourné le caractère
de ce rôle vers celui qu'on
croyoit particulier à fon jeu ; ou fi
DECEMBRE. 1763. 151
elle avoit fait prêter le caractère de
fon jeu à celui du rôle : ce qui en
refulte , c'eſt qu'il ne peut jamais être
rendu avec plus de vérité, d'intelligence,
de dignité & en même-temps d'intérêt
, qu'il l'a été par elle. Le Sieur
BRISART joua Mithridate avec une
admiration très- méritée & très - honorable
pour ſes talens . Ceux de Pharnace
& de Xipharès rendus par les Sieurs
LE KAIN & MOLÉ , achevoient de
donner à cette repréſentation le mérite
d'un enſemble , que dans toute l'Europe
, la Cour de France a l'avantage
exclufif de pouvoir réunir.
,
entre
La ſeconde Piéce étoit le Préjugé
vaincu , petite Comédie en un Acte &
en vers de feu M. DE MARIVAUX ;
qui lorſqu'elle fut donnée en 1748 ,
n'avoit eu qu'un ſuccès douteux &
dont le talent des Comédiens
autres de l'inimitable Mlle DANGEVILLE
, a fait mieux goûter l'efprit
à la remiſe. Elle y jouoit à la Cour
le même role de Lisette dans lequel
elle avoit ſi ſouvent fait les plaiſirs
de Paris. Le Sr MOLÈ celui de Dorante
, le Sr ARMAND celui de l'Epine
, le Sr BONNEVAL celui du Père
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
& la Dile Huss celui d'Angélique.
Le Samedi 29 du même mois , on
éxécuta pour la ſeconde fois l'Opéra
de Scanderberg , avec autant de magnificence
qu'il l'avoit été précédemment
, & l'exécution en fut parfaite
dans toutes les parties . ( b )
Hypermnestre , Tragédie de M. LE
MIERRE , fut repréſentée le Jeudi 3
Novembre . Les Acteurs étoient les
mêmes qu'à Paris lorſqu'on y donne
cette Piéce. Elle parut faire une trèsvive
impreſſion ſur tous les Spectateurs.
La Dile CLAIRON après y
avoir joué le rôle d'Hypermnestre avec
la plus grande perfection , joua un
petit rôle acceſſoire du Cocher Suppofé
, Comédie en un Acte & en profe
de feu M. HAUTEROCHE. Comme
on donne ſouvent cette Comédie
en petite Piéce à Paris , les Acteurs en
ſont ſuffisamment connus. La Dlle
DANGEVILLE y jouoit le rôle de
Rozette.
On a toujours continué de donner
un Ballet entre les deux Piéces les jours
( b ) Le Mercure de Novembre , article des
Spectacles de la Cour , où la Repréſentation de
cetOpéra ſe trouve rapportée avec beaucoup de
détails.
DECEMBRE. 1763. 153
de la Comédie , depuis celui que nous
avons indiqué dans le volume précédent.
On plaça après Hypermneftre
le Ballet , en Pantomime Heroïque , de
Médée & Jafon qui faisoit partie de
Théagène & Chariclée , Opéra repréſenté
à Choiſy cette année , Poëme
de M. LAUJON N , Muſique de M. de
la B **. Ce Ballet ingénieux d'un
grand genre & admirablement éxécuté ,
ne fit pas moins d'effet qu'il en avoit
produit la premiere fois , & répondit
au defir que la Cour avoit marqué
de le revoir.
,
Le Samedi 5 Novembre , on éxécuta
pour la premiere fois l'Opéra de
Caftor & Pollux , Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Les Acteurs chantans étoient :
POLLUX , Fils de Jupiter& de
Léda , Roi de Sparte ,
CASTOR ,Fils de Tindare & de
leSr Gelin.
Léda , le Sr Jéliote.
THELAIRE, Filles du
PHEBÉ , }
la DileArnoud.
Soleil , la Dile Chevalier.
JUPITER , le Sr Larrivée.
MERCURE , leSrPilot
CLÉONE , Confidente
de Phébé , la Dile la Malle , de laMusique
du Roi ,& non de l'Académie.
Gy
1
154 MERCURE DE FRANCE.
La Dile DUBOIS chantant les Airs des Divertiſſemens
& repréſentant divers Perſonnages ,
1
&c. &c. &c.
On ne s'étendra point ſur le mérite
de cet Opéra , dont le Poëme & la Muſique
font également connus , & ont
fait les délices de tous les Amateurs de
ce Spectacle. L'exécution des Rôles en
a été d'autant plus intéreſſante , qu'elle
étoit foutenue de la chaleur & du ſentiment
qui animent le talentde la Dlle
ARNOULD , de tout l'éclat & de l'art
enchanteur du célébre Acteur que le
Public a perdu ( le Sr JELIOTE ) lequel
ſembloit avoir recueilli de nouvelles
forces , & s'il étoit poſſible ,
ajoûté de nouveaux talens à ceux
qui l'ont fait exceller. Ges avantages
étoient ſecondés par les autres principaux
Acteurs qui ont rempli tous les
rôles avec le plus grand art. Les Bal
lets ont été déffinés & exécutés de
manière à faire bien ſentir les progrès
que cet Art a fait depuis quelques années.
On a été frappé ſurtout d'une
Entrée qui peignoit avec les traits les
plus forts & les plus vrais , les Jeux
célébres des Athletes & des Gladiateurs.
Cette Entrée , exécutée par les Srs LAVAL
, GARDEL , LYONNOIS,& HYADECEMBRE.
1763. 155
CYNTHE pour les Lutteurs , & par les
Srs LEGER & DAUBERVAL pour les
Gladiateurs , étoit d'un grand effet ainſi
que celle des Furies au 4º Acte, exécutée
par le Sr DAUBERVAL , les Diles
LIONNOIS & ALLARD . L'Entrée de
Démons liée à la précédente dans le
même Acte & primée par les Srs LAVAL
, GARDEL & LYONNOIS , refpiroit
le trouble & la terreur , tout y
étoit caractériſé avec feu.
:
Au cinquiéme Acte le Sr VESTRIS
éxécutoit , au milieu de l'Entrée des
Génies qui préſident aux Planettes,celui
du Soleil , avec la distinction de talent
analogue à celle du perſonnage qu'il
figuroit , ainſi que la Dlle LANI celui
dela Lune : les Dlles ALLARD , VES
TRIS & les Sieurs GARDEL & CAMPIONI
, &c. figuroient les autres Planettes.
La Dile VESTRIS danſoit ſous
la forme d'HÉBÉ , au troiſiéme Acte ,
l'enchantement céléſte , qui eſt l'objet
de cette Entrée. Uu jeune Sujet ( la
Dlle GUIMARD ) déja connue & applaudie
ſur les Théâtres de Paris , a don
né des preuves agréables de ſes progrès
,& particulièrement dans les Ballets
de cet.Opéra où elle danſoit plufleurs
Pas de deux.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
La pompe du Spectacle dans cet
Opéra a furpaffé encore celle des précédens
en habits & en décorations . Les
plus remarquables étoient celles d'un
Palais éclatant de Jupiter , au troifiéme
Acte, & celle du Palais celeſte du même
Dieu & des Divinités des Planettes.
La première , repréſentant l'intérieur
du Palais de Jupiter , offroit l'aſpect
de trois grandes galleries formées par
quatre rangs de Colonnes torſes d'ordre
compofite , dont la matière paroiffoit
d'émeraudes. Les Tores des Colonnes
étoient environnés d'une guirlande
de Diamans dans toute la hauteur.
Les Chapitaux , en or , étoient pareillement
ornés de Diamans avec des
foudres en rubis ſur les principales faces.
La même richeſſe régnoit fur les
bâſes , ainſi que ſur l'entablement
dont les fonds étoient en or dans la
corniche ainſi que dans l'achitrave ,
& en émeraude dans la friſe. Les moulures
, les roſettes , les modillons &
tous les autres ornemens des Plafonds,
dont les fonds étoient en or & diviſés
par platebandes , étoient auſſi enrichis
de Pierres précieuſes diſtribuées ſuivant
fordre d'architecture. Les aîles de cette
C
DECEMBRE. 1763. 157
décoration n'étoient formées que de
vapeurs ou nuages reflettés des couleurs
du Palais & qui ſe répandoient auſſi en
pluſieurs endroits du plafonds.
L'embelliſſement de cette décoration
en pierreries étoit encore un des fruits
de la vigilance & des talens , en cette
partie , de M. LÉVÉQUE , Garde-Magaſin
général des menus Plaiſirs. Ce genre
d'ornement n'avoit jamais été mieux
placé que dans cette occafion où un
pouvoir furnaturel admet la probabilité
idéale d'un éclat ſi précieux par fa rareté
dans la nature phyſique . D'ailleurs
la diſtribution n'en pouvoit être plus
agréable & d'un meilleur effet , en ce
que les guirlandes de diamans dans toute
lahauteurdes colonnes , produiſoient
degrandes maſſes continuées & prolongées;
avantage que n'occaſionnoit pas
la ſtructure des autres décorations en
richies de cette brillante matière .
L'autre décoration avoit à repréſenter
les cieux ouverts. Le fond étoit l'extérieur
du Palais de Jupiter formé par une
colonade. Dans un lointain ſupérieur ,
le Zodiaque avec le Signe des Gémeaux
nouvellement inſtallés. Le Soleil fur
fon char , paarrccoouurraanntt ſa lumineufe car158
MERCURE DE FRANCE.
rière. Sur les côtés les pavillons ou Pa
lais des principales divinités céleftės, indiqués
par les couleurs & par des attributs
; le tout porté ſur des nuages
éclatans. Tout cet Enſemble , qui étoit
en tranſparent juſques aux premiers
chaſſis du bord du Théâtre , étoit d'une
telle force de lumière & d'un tel éclat
que la vue en ſupportoit à peine l'ef
fet , & par là ne figuroit pas mal le lieu
où l'on ſuppoſe être le principe & la
fource de la lumière. On connoiffoit
déja les effets du transparent , mais on
ne l'avoit guères employé que dans des
parties de lointain, des. Gloires , ou autres
objets repouffés par des maſſes
éclairées ſeulement de reflet : ceci eſt
un eſſai qui eſt ſuſceptible de perfection
pour parvenir à la juſteſſe des effets
perſpectifs , par une gradation combinée
des lumières , par le choix des
couleurs , par la fonte inſenſible des
ombres avec les clairs dans la Peinture ,
en un mot par beaucoup d'études & de
recherches de l'Art. On devra aux Ordonnateurs
de ces Spectacles une voie
qui peut conduire à des moyens propres
pour le merveilleux , ſi ſouvent
&peut-être fi néceſſairement en ufage
dans la repréſentation des Opéra.
DECEMBRE . 1763. 159
Nous n'avons pû donner que cette
foible eſquiſſe de la magnificence avec
laquelle on a décoré le Poëme ingénieux
d'un des plus agréables de nos
Poëtes & l'un des chefs - d'oeuvres du
plus célébre de nos Muficiens.
,
Le 8 du même mois , on repréſenta
Britannicus , Tragédie de RACINE ;
dans laquelle le Sr BRISART , quelqu'idée
qu'on ait de la chaleur vraie&
pathétique avec laquelle il joue le rôle
de Burrhus , furpaſſa encore de beaucoup
ce qu'on a vû de lui à Paris dans
ce rôle. On peut dire auſſi que les
autres Acteurs ſçavoir la Dlle Du-
MESNIL dans le rôle d'Aggrippine ,
le Sr le KAIN dans celui de Neron ,
la DHE DUBO15 , dans le rôle de Junie
& le Sr MOLÉ dans celui de Britan
nicus , donnerent chacun des preuves
du zéle qui les animoit pour ſatisfaire,
proportionnellement à l'intérêt des rôles.
Celui de Narciffe , dont l'impref
fion quoiqu'odieuſe eft fi néceſſaire
au contraſte des deux plus belles ſcénes
de la Piéce , fut rendu avec tout l'art
qu'on peut defirer , par le Sr DUBOIS .
Pour petite Piéce on repréſenta la
Matinée à la mode , Comédie en proſe
& en un Acte de M. ROCHON DE
,
160 MERCURE DE FRANCE .
:
1
CHABANNES. Elle étoit rendue par
les mêmes Acteurs qui jouent à Paris.
,
Le lendemain 9 du même mois , on
repréſenta Caftor & Pollux Opéra,avec
les mêmes Acteurs , la même pompe
, & encore plus de fatisfaction de
la part des Spectateurs. L'exécution
très-difficile dans un eſpace auffi gêné
que le Théâtre de la Cour , avoit été
très-bień , dès la premiere repréſentation
, elle fut dans le plus grand degré
de préciſion à celle- ci , &d'une perfection
générale dans toutes les parties
d'un auſſi grand Spectacle.
Le Jeudi 10 , les Spectacles furent
terminés par la repréſentation de Dupuis
& Defronais , Comédie en trois
Acte & en vers de M. COLLÉ & par
les trois Coufines , Comédie en trois
Actes & en proſe du feu Sr DANCOURT
, avec trois divertiſſemens.
La première de ces Piéces attacha
intéreſſa & fit la plus ſenſible impreffion
fur tous les Sepectateurs. On ſçait
qu'elle ne porte que fur trois Perfonnages
qui étoient rendus par la Dile
PRÉVILLE , les Sieurs BRISART &C
MOLE. Il ne feroit pas poſſible d'affigner
de préférence à aucun de ces fujets,
fur la vérité , l'intelligence & le
1
DECEMBRE. 1763. 161
feu avec lequel ils jouerent, principalement
le troifiémel Acte , partie de l'onvrage
qui en eſt le plus fufceptible , &
où ces grands talens font néceſſaires ,
pour remplir le but de l'Auteur. La Dile
PRÉVILLE méritoit en particulier tous
les éloges qu'elle reçut , en ce qu'elle
jouoit le rôle de Marianne pour la première
fois , qu'elle le jouoit après une
Actrice regrettée ( la Dile GAUSSIN )
&que ce genre même fort un peu de
celui des emplois qu'elle avoit exercés
juſqu'à préſent.
Les rôles des trois Coufines étoient
remplis dans la ſeconde Piéce par les
jeunes Sujets de la Comédie (les Dlles
DOLIGNI , D'EPINAY & Luzi , la
Dile DROUIN le rôle de la Meuniere.
Ce ne ſera pas une anecdote indifférente
par la ſuite pour les Curieux de
'Hiſtoire de notre Théâtre , de ſçavoir
que le ſieur ARMAND jouoit encore
cette année le rôle de Blaise dans cette
Comédie. Les divertiſſemens , dont on
avoit orné cette dernière,repréſentation
, avoient été enrichis de plufieurs
airs choiſis avec goût,tant pour le chant
que pour la danſe , ajoutés à ceux des
anciens divertiſſemens de la Comédie.Le
Sr JELIOTE & la Dile ARNOULD Y
:
162 MERCURE DE FRANCE.
chanterent. Le Sr VESTRIS., la Dile
LANI & les premiers Sujets de la Danſe
exécuterent différentes Entrées dans
les Ballets , leſquels étoient nombreux ,
analogues à la Piéce , & très-agréablement
compotes.
Depuis 1754 , où il y avoit eu fous
les ordres de M. le Duc d'AUMONT
4 grands & pompeux Spectacles d'Opéra
&des Intermédes en grand nombre,
pendant le ſéjour de Fontainebleau ,
la Cour n'en avoit pas eu une fuite
auſſi conſidérable que cette année. Le
Roi a daigné témoigner publiquement
ſa ſatisfaction tant ſur l'ordonnance que
für le zéle & les talens de tous ceux qui
ont concouru à la belle exécution de ces
fortes de Fêtes. Le peu d'eſpace de la
Salle n'a permis qu'à un petit nombre
de Curieux d'en jouir; mais elles ont raf
ſemblé une Cour des plus nombreufes&
des plus brillantes pendant tout
le voyage.
BAL & SALLON DE JEU:
Ayant été déterminé que l'on donneroit
les Bals & le Jeu dans la Salle des
Spectacles , on avoit conſtruit une décoration
facile à ſe placer dans l'eſpace
du Théâtre, pour former un Sallon carré
DECEMBRE. 1763. 163
de 25 pieds de long fur autantde large.
L'ordonnance générale de ce Salion
eſt Corinthienne , contenant 14 pilaftres
au pourtour des trois parties fermées
& quatre colonnes iſolées fur la
partie de devant qui joint l'avant- ſcène,
le tout avec piédeſtaux & ſur un focle
de marbre verd campant. Les pilaſtres
portent une corniche architravée, décorée
de tous les ornemens propres a l'ordre
Corinthien. Ils font eſpacés à diftance
égale , ils diviſent ſur chaque face
trois arcades ; celles du milieu, au fond
&aux parties latérales, en glace au tein,
ſervent en même temps de portes au
Sallon. Dans les autres arcades accompagnant
les glaces , font placés fix Tableaux
dont les quatre des côtés repréfentent
les Saiſons figurées par des jeux
d'enfans , ceux du fond , la chaſſe & les
Arts. De grands rideaux peints ſur les
Tableaux les encadrent dans les embraſures
où ils ſe trouvent. Chaque arcade
de glace eſt ornée au-deſſus d'une
urne ou caffolette en bas-relief de marbre-
blanc , accompagnée d'enfans dont
chacun porte un attribut relatif au ſujet
du tableau auquel il touche , ce qui
lie l'eſprit de cette compoſition. Les
Marcades des Tableaux font furmontées,
164 MERCURE DE FRANCE.
de Médaillons en marbre blanc , con
tenant les têtes des Divinités qui préſident
à chaque ſujet des Tableaux. Les
pilaſtres , colonnes & renfoncemens
des panneaux ainſi que l'entablement
font en marbre de brêche violette &
les corps en blanc veiné. Les chapiteaux&
tous les autres ornemens d'architecture
en of. De l'entablement s'é
léve une vouſſure en blanc veiné avec
cannaux & autres ornemens convenables
en or. La vouſſurefert d'encadrement
à un plafond carré enrichi de
guillochis , au milieu duquel eſt un Tableau,
dans une forme circulaire ,encadré
par une guirlande de feuillage en
or. On a repréſenté dans ce Tableau
l'Aurore ſur ſon char,accompagnée de
pluſieurs enfans répandant des fleurs.
Les guirlandes qu'ils tiennent paroifſent
ſervir à ſuſpendre un gros luſtre de
criſtal au centre du Sallon ; 4 autres
luftres , dont les cordons font attachés
aux roſettes des angles ,accompagnent
celui du milieu &éclairent ce Sallon ,
avec les girandoles chargées de lumières
poſées fur fix tables de marbre à
pieds dorés , fort riches , au bas des
arcades des Tableaux.
Le bord du Théâtre étoit fermé par
DECEMBRE . 1763. 165
A
,
une balustrade de fer doré , ouverte
dans le milieu fur un eſcalier de mar.
bre de huit marches à deux rampes
fervant à monter & à deſcendre de la
Salle du Bal au Sallon de Jeu . Cette
Salle étoit la même que celle des Spectacles
, mais décorée avec des étoffes
d'or à fonds cramoiſi avec franges ,
cartiſanes & glands difpoſées en feftons
aux ceintres des loges , une quantité
de luftres & de girandoles éclairoient
ce lieu. On avoit adapté dans la partie
cintrée du fond une grande tribune décorée
comme les loges , fur des piliers
qui laiſſoient libre le paſſage d'en
trée. Cette tribune ſervoit à un orchef
tre rempli de Symphonistes . Au-deffous
, dans les angles ceintrés , on avoit
dreffé de riches buffets chargésde tout
ce qui eft néceſſaire pour les raffraîchiſſemens
.
La richeſſe , l'élégance & en même
temps la pureté d'une belle & ſage architecture
caractériſent la décoration
de ce Sallon. Il a été exécuté ſur les
deſſeins du célébre M. MICHEL-ANGE
SCHLODTZ , Deffinateur du Cabinet
du Roi , ainfi que toutes les décorations
de Théâtre nouvellement faites .
Par un mechaniſme fimple & facile ,
166 MERCURE DE FRANCE.
1
tel qu'eſt ſi capable d'inventer& d'éxécuter
M. ARNOULD , Ingénieur- Machiniſte
du ROI pour les Théâtres ,
talent dont il avoit déja donné tant de
preuves , toute cette décoration de Sallon
mobile, ſe ſubſtitue en deux heures,
avec tous les acceſſoires , au nombre
immenfe&embaraſſant des décorations,
portans & machines d'un Théâtre d'Opéra
; en forte que dans le même lieu
où l'on venoit de voir la 2. repréſentation
de Scanderberg finie à près de
10 heures du ſoir (le Samedi29 Octobre
) à minuit , la Cour trouva ce lieu
diſpoſé de manière à paroître n'avoir
jamais eu d'autre deſtination que le
nouvel uſage qu'on en faiſoit. Le Roi
fe plaça dans le Sallon , d'où après avoir
vû danſer pendant quelque temps , il ſe
mit au jeu. La Reine vint dans ſa loge
à ce Bal , fans aucun cérémonial ; elle
avoit trouvé bon que dans les autres
loges on plaçatdes femmes non préfentées
de la ſuite de la Cour ou de la
Ville. Lorſque Leurs Majestés furent
retirées , on continua de danſer juſqu'à
cinq heures du matin .
Le Dimanche 6 Novembre , il y
eut Bal & Appartement de Jeu , avec
plus de pompe que la première fois. Une
DECEMBRE. 1763. 167
partie des Princes , Seigneurs & Dames
de la Cour avoit préparé des Entrées
ou cadrilles , dans les habits de caractère
, ainſi qu'il s'étoit pratiqué
l'hyver dernier à Versailles. Lorſque
le Roi fut placé dans le Sallon , &
la Reine aſſiſe à l'ouverture de la
balustrade, au haut de l'eſcalier qui defcendoit
dans la Salle , on ouvrit le Bal
par les danſes ordinaires. Enſuite parut
le premier Ballet , dont le Sujet étoit
une Affemblée de Sauvages Indiens ,
dans un jour de Fête.
DISTRIBUTION DES CADRILLES
& Perſonnages du Ballet.
Premier Cadrille composé de Caciques
&de leurs femmes.
M. le Duc de CHARTRES .
Mde la Comteſſe de BELSUNCE.
M. le Prince de CONDÉ .
Mde la Marquiſe de DURAS.
M. le Duc de COIGNI .
Mde la Marquiſe de BRANCAS.
M. le Comte de COIGNI.
Mde la Ducheſſe de MAZARIN.
86 MERCURE DE FRANCE .
:
:
Le Grand Cacique ou Chef de toute
la Nation .
M. le Comte d'AVAREY.
Un Chef ou Capitaine des Gardes.
M. le Prince de BOURNONVILLE .
Deuxième Quadrille.
t
INDIENS ET INDIENNES,
M. le Duc de FRONSAC .
Mde la Comteſſe de JUMILHAC,
M. le Marquis de BELSUNCE.
Mde la Marquiſe de LEVI
M. le Comte de POLIGNAC,
Mde la Marquiſe de VALBELE. T
M. le Baron de FISSENDORFF .
Mde la Ducheſſe d'AVRÉ . こ
Gardes , Joueurs d'Instrumens , & Porteurs du
Hamac.
1
La marche ouvroit par les Gardes
du Grand Cacique , armés d'arcs & de
carquois , ayant leur Chef à leur tête,
Une troupe d'Indiens , jouant de divers
inſtrumens, accompagnoit le Grand
CACIQUE porté ſur un Hamac décoré
ſelon l'uſage du Pays , à la ſuite de
de
DECEMBRE. 1763. 169
de ce Hamac marchoient les autres Caciques
ou Principaux de la Nation. Ils
étoient ſuivis par le Quadrille des jeunes
gens de l'un & de l'autre Séxe.
Les Caciques étoient diftingués par des
ornemens plus riches en plumes & autres
genres de parure nationa'e.
: Parvenu au milieu de l'aſſemblée &
defcendu de ſon Hamac , le Grand
CACIQUE ſe mêloit aux Danſes de la
Nation ; enſuite les autres Caciques
lui pofoient fur la tête , une coëffure
à triple étage de Plumes en Pannache ,
enrichie de Diamans , le tout au fon
des inſtrumens & avec un cérémonial
particulier : après quoi , les Grands
&le Peuple faifoient le ſalut d'hommage.
Le Grand CACIQUE , remonté dans
ſon Hamac élevé ſur les épaules de
quatre Sauvages , préſidoit de la aux
différentes danſes. Le Ballet étoit
terminé par une Contredanſe générale
qui ſe formoit autour du Grand
CACIQUE & à la fin de laquelle il
emmenoit tous les Perſonnages qui
l'avoient formé. Les Habits étoient
bien caractériſés , très-ornés de Plumes
d'Autruches & autres , dont la variété
des couleurs & la fingularité du
genre produiſoient un effet agréable &
H
170 MERCURE DE FRANCE.
un Spectacle diftingué. On peut juger
fi ce ſpectacle devoit avoir de l'éclat, en
ſcachant que par l'eſtimation des Jouailliers
les plus experts , qui avoient fait
attacher les Diamans & Pierres de cou
leurs en fin fur les habits de ce Ballet ,
la valeur de ce que l'on en avoit raffemblé
, ne pouvoit être au- deſſous de dix
millions . Ces Brillans & pierres de couleur
étoient ſubſtitués aux grains de verre
dont ſe parent les Sauvages.
Un autre Ballet moins nombreux
que le précédent , mais dont le carac
tére d'habillemens étoit intéreſſant ,
noble & élégant , fuccéda aux Indiens.
Ceux qui formoient ce Ballet , avoient
choiſi l'usage des François dans leurs
habits & dans leurs parures , à-peu .
près vers l'avant dernier fiécle . Les Da.
mes avoient des Colets montés , les
Chevaliers des pourpoints , petits manteaux
& Toques à bouquets de plumes.
Ils étoient tous en blanc, avec de riches
parures en brillans & en perles.
Les Seigneurs & les Dames qui dan
foient dans ce Ballet étoient :
LES DAMES.
Mde la Comteſſe d'EGMONT,
Mde la Princeſſe de MONACO.
DECEMBRE. 1763. 171
Mde la Comteſſe de LILLEBONNE.
Mde la Comteſſe de BLOT.
LES CHEVALIERS .
M. le Marquis de VAUDREUIL.
M. le Comte de l'EGLE .
M. le Marquis de SERAN.
M. le Vicomte de CHABот.
L'un & l'autre Ballet furent exécutés
avec beaucoup de grâces & de préciſion .
Ils furent redemandés par Leurs Majeftés
dans le courant du Bal.
Le Ballet des Indiens étoit de la compofition
du Sr DE HESSE , de la Comédie
Italienne , l'autre du Sr HYACINTHE
, de l'Académie Royale de
Muſique.
La Reine daigna faire, pour ainſi dirė,
elle-même les honneurs de cette brillante
& auguſte aſſemblée. Elle defcendit
pluſieurs fois du Sallon dans l'eſpace
de la Salle où l'on danſoit , pour donner
des éloges en particulier à ceux qui
venoient d'exécuter foit les Entrées du
Ballet , foit différentes Contredanſes
qai remplirent tout le Bal. Leurs Majeſtés
jouerentdans le Sallon ; la Rene
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
:
à une grande table de Cavagnole & le
Roi à des tables particulières. Ce dernier
Bal dura juſqu'a ſept heures du
matin.
L'ordre & l'arrangement de ce Bal ,
dont M. le Duc de DURAS , premier
Gentilhomme de la Chambre en exercice
, faifoit les honneurs , ſecondé de
MM. les Gentilshommes de la Chambre,
étoient tels que malgré l'extrême empreſſement
qu'il y avoit d'être admis ,
il n'y eût pas un moment de tumulte
aux entrées. Les perſonnes à qui l'on
avoit bien voulu permettre d'être Spectateurs,
étoient dans les loges de la Salle
ou fur des gradins renfermés dans des
enceintes , enforte que rien ne troubloit
ni n'interrompoit le Spectacle des Danſes
dans le cercle de la Cour.
Le Dimanche matin , le Roi , M. le
Dauphin &une partie dela Cour,avoient
voulu voir la manoeuvre prompte &
fingulière de la ſubſtitution du Sallon
aux Décorations du Théâtre .
Nota. Dans le Volume prochain on
donnera le Journal des Spectacles de
la Cour à Versailles , depuis le retour
de Leurs Majestés.
A FONTAINEBLEAU.
LEE Mardi 25 Octobre , les Comédiens
François repréſenterent la Mère
Coquette , Comédie en cinq Actes &
en vers de feu M. Quinaut. ( a ) Elle
(a) Voyez dans le Mercure de Novembre , à
l'article des Spectacles de Paris , l'Anecdote rapportée
à l'occaſion de l'époque mémorable où
cettePiécefut donnée pour la première fois.
Gij
150 MERCURE DE FRANCE.
fut bien jouée par les principaux Acteurs.
Le rôle de la Mère Coquette ,
entre autres fit honneur à la Dile
DROUIN.Il eſt inutile de dire comment
fut rendu celui de Laurette en avertiffant
que la Dile DANGEVILLE le
jouoit. Cette Piéce fut ſuivie du Somnambule
, Comédie en un Acte & en
profe d'un Auteur anonyme. La Piéce ,
à-peu-près nouvelle pour la Cour ,
amuſa beaucoup. On ſcait avec quel
art le Geur BELCOUR , dans le rôle
du Somnambule , donne par l'imitation
même l'idée d'un modéle peu connu
& rarement fous les yeux. Ce font
de ces Portraits où l'art montre tant de
vérité que l'on juge de la reſſemblance
ſans en avoir và les Originaux. Tous
les autres rôles furent remplis avec l'agrément
& toute la fineſſe qui en font
le fuccès à Paris.
Le Jeudi 27 du même mois , la ſcène
fut occupée par Mitridate , Tragédie
de RACINE , dans laquelle la Dile
CLAIRON joua le rôle de Monime.
Il ſeroit difficile de déterminer , fi cette
excellente Actrice a tourné le caractère
de ce rôle vers celui qu'on
croyoit particulier à fon jeu ; ou fi
DECEMBRE. 1763. 151
elle avoit fait prêter le caractère de
fon jeu à celui du rôle : ce qui en
refulte , c'eſt qu'il ne peut jamais être
rendu avec plus de vérité, d'intelligence,
de dignité & en même-temps d'intérêt
, qu'il l'a été par elle. Le Sieur
BRISART joua Mithridate avec une
admiration très- méritée & très - honorable
pour ſes talens . Ceux de Pharnace
& de Xipharès rendus par les Sieurs
LE KAIN & MOLÉ , achevoient de
donner à cette repréſentation le mérite
d'un enſemble , que dans toute l'Europe
, la Cour de France a l'avantage
exclufif de pouvoir réunir.
,
entre
La ſeconde Piéce étoit le Préjugé
vaincu , petite Comédie en un Acte &
en vers de feu M. DE MARIVAUX ;
qui lorſqu'elle fut donnée en 1748 ,
n'avoit eu qu'un ſuccès douteux &
dont le talent des Comédiens
autres de l'inimitable Mlle DANGEVILLE
, a fait mieux goûter l'efprit
à la remiſe. Elle y jouoit à la Cour
le même role de Lisette dans lequel
elle avoit ſi ſouvent fait les plaiſirs
de Paris. Le Sr MOLÈ celui de Dorante
, le Sr ARMAND celui de l'Epine
, le Sr BONNEVAL celui du Père
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
& la Dile Huss celui d'Angélique.
Le Samedi 29 du même mois , on
éxécuta pour la ſeconde fois l'Opéra
de Scanderberg , avec autant de magnificence
qu'il l'avoit été précédemment
, & l'exécution en fut parfaite
dans toutes les parties . ( b )
Hypermnestre , Tragédie de M. LE
MIERRE , fut repréſentée le Jeudi 3
Novembre . Les Acteurs étoient les
mêmes qu'à Paris lorſqu'on y donne
cette Piéce. Elle parut faire une trèsvive
impreſſion ſur tous les Spectateurs.
La Dile CLAIRON après y
avoir joué le rôle d'Hypermnestre avec
la plus grande perfection , joua un
petit rôle acceſſoire du Cocher Suppofé
, Comédie en un Acte & en profe
de feu M. HAUTEROCHE. Comme
on donne ſouvent cette Comédie
en petite Piéce à Paris , les Acteurs en
ſont ſuffisamment connus. La Dlle
DANGEVILLE y jouoit le rôle de
Rozette.
On a toujours continué de donner
un Ballet entre les deux Piéces les jours
( b ) Le Mercure de Novembre , article des
Spectacles de la Cour , où la Repréſentation de
cetOpéra ſe trouve rapportée avec beaucoup de
détails.
DECEMBRE. 1763. 153
de la Comédie , depuis celui que nous
avons indiqué dans le volume précédent.
On plaça après Hypermneftre
le Ballet , en Pantomime Heroïque , de
Médée & Jafon qui faisoit partie de
Théagène & Chariclée , Opéra repréſenté
à Choiſy cette année , Poëme
de M. LAUJON N , Muſique de M. de
la B **. Ce Ballet ingénieux d'un
grand genre & admirablement éxécuté ,
ne fit pas moins d'effet qu'il en avoit
produit la premiere fois , & répondit
au defir que la Cour avoit marqué
de le revoir.
,
Le Samedi 5 Novembre , on éxécuta
pour la premiere fois l'Opéra de
Caftor & Pollux , Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Les Acteurs chantans étoient :
POLLUX , Fils de Jupiter& de
Léda , Roi de Sparte ,
CASTOR ,Fils de Tindare & de
leSr Gelin.
Léda , le Sr Jéliote.
THELAIRE, Filles du
PHEBÉ , }
la DileArnoud.
Soleil , la Dile Chevalier.
JUPITER , le Sr Larrivée.
MERCURE , leSrPilot
CLÉONE , Confidente
de Phébé , la Dile la Malle , de laMusique
du Roi ,& non de l'Académie.
Gy
1
154 MERCURE DE FRANCE.
La Dile DUBOIS chantant les Airs des Divertiſſemens
& repréſentant divers Perſonnages ,
1
&c. &c. &c.
On ne s'étendra point ſur le mérite
de cet Opéra , dont le Poëme & la Muſique
font également connus , & ont
fait les délices de tous les Amateurs de
ce Spectacle. L'exécution des Rôles en
a été d'autant plus intéreſſante , qu'elle
étoit foutenue de la chaleur & du ſentiment
qui animent le talentde la Dlle
ARNOULD , de tout l'éclat & de l'art
enchanteur du célébre Acteur que le
Public a perdu ( le Sr JELIOTE ) lequel
ſembloit avoir recueilli de nouvelles
forces , & s'il étoit poſſible ,
ajoûté de nouveaux talens à ceux
qui l'ont fait exceller. Ges avantages
étoient ſecondés par les autres principaux
Acteurs qui ont rempli tous les
rôles avec le plus grand art. Les Bal
lets ont été déffinés & exécutés de
manière à faire bien ſentir les progrès
que cet Art a fait depuis quelques années.
On a été frappé ſurtout d'une
Entrée qui peignoit avec les traits les
plus forts & les plus vrais , les Jeux
célébres des Athletes & des Gladiateurs.
Cette Entrée , exécutée par les Srs LAVAL
, GARDEL , LYONNOIS,& HYADECEMBRE.
1763. 155
CYNTHE pour les Lutteurs , & par les
Srs LEGER & DAUBERVAL pour les
Gladiateurs , étoit d'un grand effet ainſi
que celle des Furies au 4º Acte, exécutée
par le Sr DAUBERVAL , les Diles
LIONNOIS & ALLARD . L'Entrée de
Démons liée à la précédente dans le
même Acte & primée par les Srs LAVAL
, GARDEL & LYONNOIS , refpiroit
le trouble & la terreur , tout y
étoit caractériſé avec feu.
:
Au cinquiéme Acte le Sr VESTRIS
éxécutoit , au milieu de l'Entrée des
Génies qui préſident aux Planettes,celui
du Soleil , avec la distinction de talent
analogue à celle du perſonnage qu'il
figuroit , ainſi que la Dlle LANI celui
dela Lune : les Dlles ALLARD , VES
TRIS & les Sieurs GARDEL & CAMPIONI
, &c. figuroient les autres Planettes.
La Dile VESTRIS danſoit ſous
la forme d'HÉBÉ , au troiſiéme Acte ,
l'enchantement céléſte , qui eſt l'objet
de cette Entrée. Uu jeune Sujet ( la
Dlle GUIMARD ) déja connue & applaudie
ſur les Théâtres de Paris , a don
né des preuves agréables de ſes progrès
,& particulièrement dans les Ballets
de cet.Opéra où elle danſoit plufleurs
Pas de deux.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
La pompe du Spectacle dans cet
Opéra a furpaffé encore celle des précédens
en habits & en décorations . Les
plus remarquables étoient celles d'un
Palais éclatant de Jupiter , au troifiéme
Acte, & celle du Palais celeſte du même
Dieu & des Divinités des Planettes.
La première , repréſentant l'intérieur
du Palais de Jupiter , offroit l'aſpect
de trois grandes galleries formées par
quatre rangs de Colonnes torſes d'ordre
compofite , dont la matière paroiffoit
d'émeraudes. Les Tores des Colonnes
étoient environnés d'une guirlande
de Diamans dans toute la hauteur.
Les Chapitaux , en or , étoient pareillement
ornés de Diamans avec des
foudres en rubis ſur les principales faces.
La même richeſſe régnoit fur les
bâſes , ainſi que ſur l'entablement
dont les fonds étoient en or dans la
corniche ainſi que dans l'achitrave ,
& en émeraude dans la friſe. Les moulures
, les roſettes , les modillons &
tous les autres ornemens des Plafonds,
dont les fonds étoient en or & diviſés
par platebandes , étoient auſſi enrichis
de Pierres précieuſes diſtribuées ſuivant
fordre d'architecture. Les aîles de cette
C
DECEMBRE. 1763. 157
décoration n'étoient formées que de
vapeurs ou nuages reflettés des couleurs
du Palais & qui ſe répandoient auſſi en
pluſieurs endroits du plafonds.
L'embelliſſement de cette décoration
en pierreries étoit encore un des fruits
de la vigilance & des talens , en cette
partie , de M. LÉVÉQUE , Garde-Magaſin
général des menus Plaiſirs. Ce genre
d'ornement n'avoit jamais été mieux
placé que dans cette occafion où un
pouvoir furnaturel admet la probabilité
idéale d'un éclat ſi précieux par fa rareté
dans la nature phyſique . D'ailleurs
la diſtribution n'en pouvoit être plus
agréable & d'un meilleur effet , en ce
que les guirlandes de diamans dans toute
lahauteurdes colonnes , produiſoient
degrandes maſſes continuées & prolongées;
avantage que n'occaſionnoit pas
la ſtructure des autres décorations en
richies de cette brillante matière .
L'autre décoration avoit à repréſenter
les cieux ouverts. Le fond étoit l'extérieur
du Palais de Jupiter formé par une
colonade. Dans un lointain ſupérieur ,
le Zodiaque avec le Signe des Gémeaux
nouvellement inſtallés. Le Soleil fur
fon char , paarrccoouurraanntt ſa lumineufe car158
MERCURE DE FRANCE.
rière. Sur les côtés les pavillons ou Pa
lais des principales divinités céleftės, indiqués
par les couleurs & par des attributs
; le tout porté ſur des nuages
éclatans. Tout cet Enſemble , qui étoit
en tranſparent juſques aux premiers
chaſſis du bord du Théâtre , étoit d'une
telle force de lumière & d'un tel éclat
que la vue en ſupportoit à peine l'ef
fet , & par là ne figuroit pas mal le lieu
où l'on ſuppoſe être le principe & la
fource de la lumière. On connoiffoit
déja les effets du transparent , mais on
ne l'avoit guères employé que dans des
parties de lointain, des. Gloires , ou autres
objets repouffés par des maſſes
éclairées ſeulement de reflet : ceci eſt
un eſſai qui eſt ſuſceptible de perfection
pour parvenir à la juſteſſe des effets
perſpectifs , par une gradation combinée
des lumières , par le choix des
couleurs , par la fonte inſenſible des
ombres avec les clairs dans la Peinture ,
en un mot par beaucoup d'études & de
recherches de l'Art. On devra aux Ordonnateurs
de ces Spectacles une voie
qui peut conduire à des moyens propres
pour le merveilleux , ſi ſouvent
&peut-être fi néceſſairement en ufage
dans la repréſentation des Opéra.
DECEMBRE . 1763. 159
Nous n'avons pû donner que cette
foible eſquiſſe de la magnificence avec
laquelle on a décoré le Poëme ingénieux
d'un des plus agréables de nos
Poëtes & l'un des chefs - d'oeuvres du
plus célébre de nos Muficiens.
,
Le 8 du même mois , on repréſenta
Britannicus , Tragédie de RACINE ;
dans laquelle le Sr BRISART , quelqu'idée
qu'on ait de la chaleur vraie&
pathétique avec laquelle il joue le rôle
de Burrhus , furpaſſa encore de beaucoup
ce qu'on a vû de lui à Paris dans
ce rôle. On peut dire auſſi que les
autres Acteurs ſçavoir la Dlle Du-
MESNIL dans le rôle d'Aggrippine ,
le Sr le KAIN dans celui de Neron ,
la DHE DUBO15 , dans le rôle de Junie
& le Sr MOLÉ dans celui de Britan
nicus , donnerent chacun des preuves
du zéle qui les animoit pour ſatisfaire,
proportionnellement à l'intérêt des rôles.
Celui de Narciffe , dont l'impref
fion quoiqu'odieuſe eft fi néceſſaire
au contraſte des deux plus belles ſcénes
de la Piéce , fut rendu avec tout l'art
qu'on peut defirer , par le Sr DUBOIS .
Pour petite Piéce on repréſenta la
Matinée à la mode , Comédie en proſe
& en un Acte de M. ROCHON DE
,
160 MERCURE DE FRANCE .
:
1
CHABANNES. Elle étoit rendue par
les mêmes Acteurs qui jouent à Paris.
,
Le lendemain 9 du même mois , on
repréſenta Caftor & Pollux Opéra,avec
les mêmes Acteurs , la même pompe
, & encore plus de fatisfaction de
la part des Spectateurs. L'exécution
très-difficile dans un eſpace auffi gêné
que le Théâtre de la Cour , avoit été
très-bień , dès la premiere repréſentation
, elle fut dans le plus grand degré
de préciſion à celle- ci , &d'une perfection
générale dans toutes les parties
d'un auſſi grand Spectacle.
Le Jeudi 10 , les Spectacles furent
terminés par la repréſentation de Dupuis
& Defronais , Comédie en trois
Acte & en vers de M. COLLÉ & par
les trois Coufines , Comédie en trois
Actes & en proſe du feu Sr DANCOURT
, avec trois divertiſſemens.
La première de ces Piéces attacha
intéreſſa & fit la plus ſenſible impreffion
fur tous les Sepectateurs. On ſçait
qu'elle ne porte que fur trois Perfonnages
qui étoient rendus par la Dile
PRÉVILLE , les Sieurs BRISART &C
MOLE. Il ne feroit pas poſſible d'affigner
de préférence à aucun de ces fujets,
fur la vérité , l'intelligence & le
1
DECEMBRE. 1763. 161
feu avec lequel ils jouerent, principalement
le troifiémel Acte , partie de l'onvrage
qui en eſt le plus fufceptible , &
où ces grands talens font néceſſaires ,
pour remplir le but de l'Auteur. La Dile
PRÉVILLE méritoit en particulier tous
les éloges qu'elle reçut , en ce qu'elle
jouoit le rôle de Marianne pour la première
fois , qu'elle le jouoit après une
Actrice regrettée ( la Dile GAUSSIN )
&que ce genre même fort un peu de
celui des emplois qu'elle avoit exercés
juſqu'à préſent.
Les rôles des trois Coufines étoient
remplis dans la ſeconde Piéce par les
jeunes Sujets de la Comédie (les Dlles
DOLIGNI , D'EPINAY & Luzi , la
Dile DROUIN le rôle de la Meuniere.
Ce ne ſera pas une anecdote indifférente
par la ſuite pour les Curieux de
'Hiſtoire de notre Théâtre , de ſçavoir
que le ſieur ARMAND jouoit encore
cette année le rôle de Blaise dans cette
Comédie. Les divertiſſemens , dont on
avoit orné cette dernière,repréſentation
, avoient été enrichis de plufieurs
airs choiſis avec goût,tant pour le chant
que pour la danſe , ajoutés à ceux des
anciens divertiſſemens de la Comédie.Le
Sr JELIOTE & la Dile ARNOULD Y
:
162 MERCURE DE FRANCE.
chanterent. Le Sr VESTRIS., la Dile
LANI & les premiers Sujets de la Danſe
exécuterent différentes Entrées dans
les Ballets , leſquels étoient nombreux ,
analogues à la Piéce , & très-agréablement
compotes.
Depuis 1754 , où il y avoit eu fous
les ordres de M. le Duc d'AUMONT
4 grands & pompeux Spectacles d'Opéra
&des Intermédes en grand nombre,
pendant le ſéjour de Fontainebleau ,
la Cour n'en avoit pas eu une fuite
auſſi conſidérable que cette année. Le
Roi a daigné témoigner publiquement
ſa ſatisfaction tant ſur l'ordonnance que
für le zéle & les talens de tous ceux qui
ont concouru à la belle exécution de ces
fortes de Fêtes. Le peu d'eſpace de la
Salle n'a permis qu'à un petit nombre
de Curieux d'en jouir; mais elles ont raf
ſemblé une Cour des plus nombreufes&
des plus brillantes pendant tout
le voyage.
BAL & SALLON DE JEU:
Ayant été déterminé que l'on donneroit
les Bals & le Jeu dans la Salle des
Spectacles , on avoit conſtruit une décoration
facile à ſe placer dans l'eſpace
du Théâtre, pour former un Sallon carré
DECEMBRE. 1763. 163
de 25 pieds de long fur autantde large.
L'ordonnance générale de ce Salion
eſt Corinthienne , contenant 14 pilaftres
au pourtour des trois parties fermées
& quatre colonnes iſolées fur la
partie de devant qui joint l'avant- ſcène,
le tout avec piédeſtaux & ſur un focle
de marbre verd campant. Les pilaſtres
portent une corniche architravée, décorée
de tous les ornemens propres a l'ordre
Corinthien. Ils font eſpacés à diftance
égale , ils diviſent ſur chaque face
trois arcades ; celles du milieu, au fond
&aux parties latérales, en glace au tein,
ſervent en même temps de portes au
Sallon. Dans les autres arcades accompagnant
les glaces , font placés fix Tableaux
dont les quatre des côtés repréfentent
les Saiſons figurées par des jeux
d'enfans , ceux du fond , la chaſſe & les
Arts. De grands rideaux peints ſur les
Tableaux les encadrent dans les embraſures
où ils ſe trouvent. Chaque arcade
de glace eſt ornée au-deſſus d'une
urne ou caffolette en bas-relief de marbre-
blanc , accompagnée d'enfans dont
chacun porte un attribut relatif au ſujet
du tableau auquel il touche , ce qui
lie l'eſprit de cette compoſition. Les
Marcades des Tableaux font furmontées,
164 MERCURE DE FRANCE.
de Médaillons en marbre blanc , con
tenant les têtes des Divinités qui préſident
à chaque ſujet des Tableaux. Les
pilaſtres , colonnes & renfoncemens
des panneaux ainſi que l'entablement
font en marbre de brêche violette &
les corps en blanc veiné. Les chapiteaux&
tous les autres ornemens d'architecture
en of. De l'entablement s'é
léve une vouſſure en blanc veiné avec
cannaux & autres ornemens convenables
en or. La vouſſurefert d'encadrement
à un plafond carré enrichi de
guillochis , au milieu duquel eſt un Tableau,
dans une forme circulaire ,encadré
par une guirlande de feuillage en
or. On a repréſenté dans ce Tableau
l'Aurore ſur ſon char,accompagnée de
pluſieurs enfans répandant des fleurs.
Les guirlandes qu'ils tiennent paroifſent
ſervir à ſuſpendre un gros luſtre de
criſtal au centre du Sallon ; 4 autres
luftres , dont les cordons font attachés
aux roſettes des angles ,accompagnent
celui du milieu &éclairent ce Sallon ,
avec les girandoles chargées de lumières
poſées fur fix tables de marbre à
pieds dorés , fort riches , au bas des
arcades des Tableaux.
Le bord du Théâtre étoit fermé par
DECEMBRE . 1763. 165
A
,
une balustrade de fer doré , ouverte
dans le milieu fur un eſcalier de mar.
bre de huit marches à deux rampes
fervant à monter & à deſcendre de la
Salle du Bal au Sallon de Jeu . Cette
Salle étoit la même que celle des Spectacles
, mais décorée avec des étoffes
d'or à fonds cramoiſi avec franges ,
cartiſanes & glands difpoſées en feftons
aux ceintres des loges , une quantité
de luftres & de girandoles éclairoient
ce lieu. On avoit adapté dans la partie
cintrée du fond une grande tribune décorée
comme les loges , fur des piliers
qui laiſſoient libre le paſſage d'en
trée. Cette tribune ſervoit à un orchef
tre rempli de Symphonistes . Au-deffous
, dans les angles ceintrés , on avoit
dreffé de riches buffets chargésde tout
ce qui eft néceſſaire pour les raffraîchiſſemens
.
La richeſſe , l'élégance & en même
temps la pureté d'une belle & ſage architecture
caractériſent la décoration
de ce Sallon. Il a été exécuté ſur les
deſſeins du célébre M. MICHEL-ANGE
SCHLODTZ , Deffinateur du Cabinet
du Roi , ainfi que toutes les décorations
de Théâtre nouvellement faites .
Par un mechaniſme fimple & facile ,
166 MERCURE DE FRANCE.
1
tel qu'eſt ſi capable d'inventer& d'éxécuter
M. ARNOULD , Ingénieur- Machiniſte
du ROI pour les Théâtres ,
talent dont il avoit déja donné tant de
preuves , toute cette décoration de Sallon
mobile, ſe ſubſtitue en deux heures,
avec tous les acceſſoires , au nombre
immenfe&embaraſſant des décorations,
portans & machines d'un Théâtre d'Opéra
; en forte que dans le même lieu
où l'on venoit de voir la 2. repréſentation
de Scanderberg finie à près de
10 heures du ſoir (le Samedi29 Octobre
) à minuit , la Cour trouva ce lieu
diſpoſé de manière à paroître n'avoir
jamais eu d'autre deſtination que le
nouvel uſage qu'on en faiſoit. Le Roi
fe plaça dans le Sallon , d'où après avoir
vû danſer pendant quelque temps , il ſe
mit au jeu. La Reine vint dans ſa loge
à ce Bal , fans aucun cérémonial ; elle
avoit trouvé bon que dans les autres
loges on plaçatdes femmes non préfentées
de la ſuite de la Cour ou de la
Ville. Lorſque Leurs Majestés furent
retirées , on continua de danſer juſqu'à
cinq heures du matin .
Le Dimanche 6 Novembre , il y
eut Bal & Appartement de Jeu , avec
plus de pompe que la première fois. Une
DECEMBRE. 1763. 167
partie des Princes , Seigneurs & Dames
de la Cour avoit préparé des Entrées
ou cadrilles , dans les habits de caractère
, ainſi qu'il s'étoit pratiqué
l'hyver dernier à Versailles. Lorſque
le Roi fut placé dans le Sallon , &
la Reine aſſiſe à l'ouverture de la
balustrade, au haut de l'eſcalier qui defcendoit
dans la Salle , on ouvrit le Bal
par les danſes ordinaires. Enſuite parut
le premier Ballet , dont le Sujet étoit
une Affemblée de Sauvages Indiens ,
dans un jour de Fête.
DISTRIBUTION DES CADRILLES
& Perſonnages du Ballet.
Premier Cadrille composé de Caciques
&de leurs femmes.
M. le Duc de CHARTRES .
Mde la Comteſſe de BELSUNCE.
M. le Prince de CONDÉ .
Mde la Marquiſe de DURAS.
M. le Duc de COIGNI .
Mde la Marquiſe de BRANCAS.
M. le Comte de COIGNI.
Mde la Ducheſſe de MAZARIN.
86 MERCURE DE FRANCE .
:
:
Le Grand Cacique ou Chef de toute
la Nation .
M. le Comte d'AVAREY.
Un Chef ou Capitaine des Gardes.
M. le Prince de BOURNONVILLE .
Deuxième Quadrille.
t
INDIENS ET INDIENNES,
M. le Duc de FRONSAC .
Mde la Comteſſe de JUMILHAC,
M. le Marquis de BELSUNCE.
Mde la Marquiſe de LEVI
M. le Comte de POLIGNAC,
Mde la Marquiſe de VALBELE. T
M. le Baron de FISSENDORFF .
Mde la Ducheſſe d'AVRÉ . こ
Gardes , Joueurs d'Instrumens , & Porteurs du
Hamac.
1
La marche ouvroit par les Gardes
du Grand Cacique , armés d'arcs & de
carquois , ayant leur Chef à leur tête,
Une troupe d'Indiens , jouant de divers
inſtrumens, accompagnoit le Grand
CACIQUE porté ſur un Hamac décoré
ſelon l'uſage du Pays , à la ſuite de
de
DECEMBRE. 1763. 169
de ce Hamac marchoient les autres Caciques
ou Principaux de la Nation. Ils
étoient ſuivis par le Quadrille des jeunes
gens de l'un & de l'autre Séxe.
Les Caciques étoient diftingués par des
ornemens plus riches en plumes & autres
genres de parure nationa'e.
: Parvenu au milieu de l'aſſemblée &
defcendu de ſon Hamac , le Grand
CACIQUE ſe mêloit aux Danſes de la
Nation ; enſuite les autres Caciques
lui pofoient fur la tête , une coëffure
à triple étage de Plumes en Pannache ,
enrichie de Diamans , le tout au fon
des inſtrumens & avec un cérémonial
particulier : après quoi , les Grands
&le Peuple faifoient le ſalut d'hommage.
Le Grand CACIQUE , remonté dans
ſon Hamac élevé ſur les épaules de
quatre Sauvages , préſidoit de la aux
différentes danſes. Le Ballet étoit
terminé par une Contredanſe générale
qui ſe formoit autour du Grand
CACIQUE & à la fin de laquelle il
emmenoit tous les Perſonnages qui
l'avoient formé. Les Habits étoient
bien caractériſés , très-ornés de Plumes
d'Autruches & autres , dont la variété
des couleurs & la fingularité du
genre produiſoient un effet agréable &
H
170 MERCURE DE FRANCE.
un Spectacle diftingué. On peut juger
fi ce ſpectacle devoit avoir de l'éclat, en
ſcachant que par l'eſtimation des Jouailliers
les plus experts , qui avoient fait
attacher les Diamans & Pierres de cou
leurs en fin fur les habits de ce Ballet ,
la valeur de ce que l'on en avoit raffemblé
, ne pouvoit être au- deſſous de dix
millions . Ces Brillans & pierres de couleur
étoient ſubſtitués aux grains de verre
dont ſe parent les Sauvages.
Un autre Ballet moins nombreux
que le précédent , mais dont le carac
tére d'habillemens étoit intéreſſant ,
noble & élégant , fuccéda aux Indiens.
Ceux qui formoient ce Ballet , avoient
choiſi l'usage des François dans leurs
habits & dans leurs parures , à-peu .
près vers l'avant dernier fiécle . Les Da.
mes avoient des Colets montés , les
Chevaliers des pourpoints , petits manteaux
& Toques à bouquets de plumes.
Ils étoient tous en blanc, avec de riches
parures en brillans & en perles.
Les Seigneurs & les Dames qui dan
foient dans ce Ballet étoient :
LES DAMES.
Mde la Comteſſe d'EGMONT,
Mde la Princeſſe de MONACO.
DECEMBRE. 1763. 171
Mde la Comteſſe de LILLEBONNE.
Mde la Comteſſe de BLOT.
LES CHEVALIERS .
M. le Marquis de VAUDREUIL.
M. le Comte de l'EGLE .
M. le Marquis de SERAN.
M. le Vicomte de CHABот.
L'un & l'autre Ballet furent exécutés
avec beaucoup de grâces & de préciſion .
Ils furent redemandés par Leurs Majeftés
dans le courant du Bal.
Le Ballet des Indiens étoit de la compofition
du Sr DE HESSE , de la Comédie
Italienne , l'autre du Sr HYACINTHE
, de l'Académie Royale de
Muſique.
La Reine daigna faire, pour ainſi dirė,
elle-même les honneurs de cette brillante
& auguſte aſſemblée. Elle defcendit
pluſieurs fois du Sallon dans l'eſpace
de la Salle où l'on danſoit , pour donner
des éloges en particulier à ceux qui
venoient d'exécuter foit les Entrées du
Ballet , foit différentes Contredanſes
qai remplirent tout le Bal. Leurs Majeſtés
jouerentdans le Sallon ; la Rene
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
:
à une grande table de Cavagnole & le
Roi à des tables particulières. Ce dernier
Bal dura juſqu'a ſept heures du
matin.
L'ordre & l'arrangement de ce Bal ,
dont M. le Duc de DURAS , premier
Gentilhomme de la Chambre en exercice
, faifoit les honneurs , ſecondé de
MM. les Gentilshommes de la Chambre,
étoient tels que malgré l'extrême empreſſement
qu'il y avoit d'être admis ,
il n'y eût pas un moment de tumulte
aux entrées. Les perſonnes à qui l'on
avoit bien voulu permettre d'être Spectateurs,
étoient dans les loges de la Salle
ou fur des gradins renfermés dans des
enceintes , enforte que rien ne troubloit
ni n'interrompoit le Spectacle des Danſes
dans le cercle de la Cour.
Le Dimanche matin , le Roi , M. le
Dauphin &une partie dela Cour,avoient
voulu voir la manoeuvre prompte &
fingulière de la ſubſtitution du Sallon
aux Décorations du Théâtre .
Nota. Dans le Volume prochain on
donnera le Journal des Spectacles de
la Cour à Versailles , depuis le retour
de Leurs Majestés.
Fermer
10498
p. 173-175
SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
LE 18 Novembre on a recommencé les Concerts François, interrompus [...]
Mots clefs :
Théâtre, Salle, Plafond, Gravure, Travaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
SPECTACLES DE PARIS.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE 18 Novembre on a recommencé
les Concerts François , interrompus
par le ſervicede la Cour ; ils continueront
juſqu'à l'ouverture du nouveau
Théâtre de l'Opéra.
On travaille d'une part à préparer
dans les magaſins de l'Opéra tout ce
qui est néceſſaire pour Castor & Pollux
, d'un autre côté les travaux de la
nouvelle Salle font au point que l'on
peut préſumer , avec une forte de certitude
, que le Public en jouira dans les
premiers jours de Janvier. Nous ne
voulons point affoiblir ſa fatisfaction
en le prévenant trop tôt ſur toutes les
commodités , fur les dégagemens multipliés
,& enfin fur tous les autres agrémens
que l'on doit trouver dans cette
nouvelle Salle. Nous nous réſervons
d'en donner une deſcription détaillée
dans un des prochains Mercures. En
attendant, nous ne pouvons nous refuſer
une obſervation ſur le Plafond
que nous avons vu entiérement fini de
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
puis plufieurs jours. Une inatention
fingulière,avoitjuſqu'à préſent fait peindre
fur ces fortes de Plafonds un Ciel ,
comme s'ils étoient percés & que le
lieu fùt découvert. Indépendamment
de la contradiction où cela ſe trouve
avec tout ce qui caractériſe un intérieur
& qui doit le caractériſer ; plus
ces Plafonds font bien éxécutés , plus
ils imitent fidélement la vue du Ciel ,
& plus ils diſputent avec le Théâtre
où il y a ſi ſouvent des Scènes qui
éxigent la repréſentation de l'air. Pour
achever de ſe convaincre du mauvais
effet que cela produit , il n'y a qu'à
jetter les yeux ſur l'image en peinture
ou en gravure des Salles de Théâtre ,
de cette eſpéce. Les deux parties , dont
l'une doit principalement faire toujours
valoir l'autre , y sont confondues aux
yeux. Joignez-y encore l'abſurdité des
luftres ſuſpendus par de gros cordons
à des vapeurs d'air. Ce Plafond eſt en ornemens
dorés , ſur un fond de couleur
agréable. Il eſt riche , de bon goût ,
& très - convenable au lieu quil décore .
On voit , près du Théâtre ,un grand
compartiment de forme diftinguée des
autres & plus enrichi , lequel doit
faire le centre , lorſque la partie des
DECEMBRE. 1763 . 175
Spectateurs fera répétée ſur le Théâtre
pour les Bals , & que le tout ne fera
qu'une Salle de forme régulière , ayant
TOO pieds de long ſur 30 de largeur.
Les lyres qu'on a peintes dans les autres
compartimens de ce Plafond , déterminent
l'emblême & la juſteſſe de ſon
application.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE 18 Novembre on a recommencé
les Concerts François , interrompus
par le ſervicede la Cour ; ils continueront
juſqu'à l'ouverture du nouveau
Théâtre de l'Opéra.
On travaille d'une part à préparer
dans les magaſins de l'Opéra tout ce
qui est néceſſaire pour Castor & Pollux
, d'un autre côté les travaux de la
nouvelle Salle font au point que l'on
peut préſumer , avec une forte de certitude
, que le Public en jouira dans les
premiers jours de Janvier. Nous ne
voulons point affoiblir ſa fatisfaction
en le prévenant trop tôt ſur toutes les
commodités , fur les dégagemens multipliés
,& enfin fur tous les autres agrémens
que l'on doit trouver dans cette
nouvelle Salle. Nous nous réſervons
d'en donner une deſcription détaillée
dans un des prochains Mercures. En
attendant, nous ne pouvons nous refuſer
une obſervation ſur le Plafond
que nous avons vu entiérement fini de
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
puis plufieurs jours. Une inatention
fingulière,avoitjuſqu'à préſent fait peindre
fur ces fortes de Plafonds un Ciel ,
comme s'ils étoient percés & que le
lieu fùt découvert. Indépendamment
de la contradiction où cela ſe trouve
avec tout ce qui caractériſe un intérieur
& qui doit le caractériſer ; plus
ces Plafonds font bien éxécutés , plus
ils imitent fidélement la vue du Ciel ,
& plus ils diſputent avec le Théâtre
où il y a ſi ſouvent des Scènes qui
éxigent la repréſentation de l'air. Pour
achever de ſe convaincre du mauvais
effet que cela produit , il n'y a qu'à
jetter les yeux ſur l'image en peinture
ou en gravure des Salles de Théâtre ,
de cette eſpéce. Les deux parties , dont
l'une doit principalement faire toujours
valoir l'autre , y sont confondues aux
yeux. Joignez-y encore l'abſurdité des
luftres ſuſpendus par de gros cordons
à des vapeurs d'air. Ce Plafond eſt en ornemens
dorés , ſur un fond de couleur
agréable. Il eſt riche , de bon goût ,
& très - convenable au lieu quil décore .
On voit , près du Théâtre ,un grand
compartiment de forme diftinguée des
autres & plus enrichi , lequel doit
faire le centre , lorſque la partie des
DECEMBRE. 1763 . 175
Spectateurs fera répétée ſur le Théâtre
pour les Bals , & que le tout ne fera
qu'une Salle de forme régulière , ayant
TOO pieds de long ſur 30 de largeur.
Les lyres qu'on a peintes dans les autres
compartimens de ce Plafond , déterminent
l'emblême & la juſteſſe de ſon
application.
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10499
p. 175-180
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Nous ne craignons point de répéter les éloges si bien mérités que nous avons [...]
Mots clefs :
Talents, Robe, Rôle, Succès, Tragédie, Mérite, Auteur, Pièce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
Nous ne craignons point de répéter
les éloges ſi bien mérités que nous avons
précédemment donnés aux Acteurs &
Actrices de ce Théâtre , ſur les ſoins
pénibles qu'ils ont pris,pour que le fervice
de la Cour ne préjudiciât pas à
l'amusement du Public. Ils ont porté ce
zéle juſqu'à intervertir l'ordre de leurs
emplois , & même les femmes ſe ſont
prêtées à jouer des rôles d'hommes,dans
quelques Piéces , ne pouvant autrement
remplir le ſervice.
Une des nouveautés les plus intéreffantes
pour les Amateurs du grand
genre a récompenſé , par un ſucces
brillant & foutenu , le zéle & l'étude
des Comédiens qui s'étoient mis en état
de la faire paroître avant le retour de
la Cour : c'eſt le Comte de Warvik,
Η iv
'176 MERCURE DE FRANCE.
,
Tragédie par M. DE LA HARPE , dont
la première repréſentation fut donnée
le 7 du mois dernier. Il paroît généralement
convenu , que l'on a peu vu
d'exemples d'un début auſſi heureux
dans cette difficile carrière,& qui donne
d'auſſi hautes eſpérances , attendu la
jeuneſſe de l'Auteur & le talent recommandable
dont il a déja produitde fi glorieuſes
preuves. La Piéce marche , fe
conduit attache , & enfin obtient
un ſuccès univerſel fans le ſecours,
inconnu aux grands Maîtres, de
ces Machines dramatiques , que nous
appellerons coups de Théâtre en tableau.
Un Dialogue juſte , de grandes
penſées, énoncées ſimplement , dans un
ſtyle noble ſans enflure , & qui ne
confond pas l'Epique avec le Drame :
voilà ce qui caractériſe à-peu-près les
détails & le coloris général de cette
nouvelle Tragédie. Une Lettre qui
nous a été adreſſée à cette occafion
& que l'on trouvera jointe à ce volume
, nous diſpenſe d'en faire l'anaiyfe.
Cependant , comme les Ouvrages
du mérite de celui-ci & d'un ſuccès
décidé , ſont précisément ceux dont la
* A la fin du Vol. la Lettre adreſſée aux Au
teurs du Mer cure.
*
:
DECEMBRE. 1763. 177
difcuffion critique peut fournir le plus
de lumiéres pour l'art , nous hazarderons
quelques obſervations ſur la nouvelle
Tragédie. Il pourroit être échappé à
la jeuneſſe de l'Auteur , des choſes que
des beautés réelles compenferoient, mais
qui n'en ſeroient pas plus autoriſées.
Nous ne diſſimulerons point les reproches
que la critique ou d'autres ſentimens
auroient dictés ; ces derniers mê
mes , quelque mépriſables qu'ils foient
par eux-mêmes , devroient être connus
aux Auteurs & aux talens de grande
efpérance. Il étoit permis aux Soldats
Romains de chanter des Satyres contre
le Général autour de fon char de
triomphe , & un Efclave affis à côté
de lui , étoit chargé de le rappeller fans
ceſſe à l'idée de la foibleſſe humaine ,
pour tempérer les excès où la gloire de
ce grand jour pouvoit porter l'amourpropre
dans les âmes les plus fortes.
Que cette fage précaution auroit d'avantages
pour les talens ! Que de génies ,
égarés trop tôt dans les vaines fumées
des premiers ſuccès , ont négligé l'étu
de néceſſaire à diriger les dons heureux
de la Nature ! Mais ſans ſe livrer trop
àcette réflexion , nous balancerons les
critiques & les défenſes , & nous nous
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
1
ferons honneur de contribuer avec le
Public à l'encouragement le mieux mérité
& le plus confirmé par le concours
égal & conſtant des Spectateurs.
,
Les détails des Spectacles de la Cour
nous ayant indiſpenſablement rempli
une grande partie de cet Article
nous ſommes forcés de remettre ces
Obſervations fur le Comte de Warvik
au mois prochain. Elles feront d'autant
moins déplacées alors , que cette Piéce ,
imprimée à Paris chez Duchesne , aura
été ſous les yeux de tous nos Lecteurs,
Il ſeroit injuſte de ne pas faire re
marquer combien les principaux Acteurs
, par leurs talens , ont fervi à faire
ſentir le mérite de cette Tragédie.Les
traits hardis d'un naturel qui devient
fublime quand il atteint précisément le
but , rendent frappant le rôledeMarguerite
que joue Mlle DUMESNIL,
On ne peut mettre plus d'énergie &
mieux remplir toutes les parties d'un
beau rôle qu'a fait M. le Kaip dans
celui du Comte de Warvik. Les defirs
impérieux d'un jeune Prince nouvellement
le maître des autres , qui ne peut
l'être encore de lui-même , qui cependant,
par reſpect pour la vertu , ne peut
DECEMBRE. 1763. 179
pas non plus manquer à la reconnoiſſance
, & qui s'expoſe par-là
aux reproches téméraires d'un Sujet
; le ſoin de conſerver la dignité
de fon état ; tant de mouvemens
difficiles à concilier conſtituent le rôle
d'Edouard , auquel les talens naturels
& l'intelligence acquiſe de M. MOLÉ
ne pouvoient être que très-utiles.
,
Mile DUBOIS de laquelle nous
cherchons toujours à exciter l'émulation
pour le travail par de juſtes éloges
ſur ſes diſpoſitions , rend intéreſfante
dans le rôle d'Elizabeth , la ſituation
d'une Princeffe partagée entre la
fidélité de fon coeur pour fon amant
& l'obéifſance qu'elle doit à ſon Roi.
On donne quelquefois , dans ce qu'on
appelle les Petits Jours , des Piéces où
l'on fait jouer de grands rôles par les
jeunes Sujets. On croit devoir faire une
mention particulière d'une repréſentation
du Glorieux , dans laquelle Mlle
DOLIGN I repréſentoit le rôle de laSoeur,
d'autant plus remarquable que ce rôle
eft mixte entre celui des Soubrettes
&celui des Amoureuſes. Si dans la façon
dont elle s'en acquitta, il y avoit encore
des perfections à deſirer que le remps
& l'expérience peuvent ſeuls donner ,
,
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
il y avoit plus que ſuffisamment de quoi
confirmer les eſpérances univerſelles du
Public fur ce jeune Sujet , & le defir
de jouir ſouvent de ſes talens, On peut
hazarder d'ailleurs que cette Piéce eſt
peut-être jouée aujourd'hui d'une manière
que l'Auteur eût lui-même defirée,
particulièrement à l'égard d'un des rôles.
( celui de Philinte) rendu par M. DAUBERVAL
, dans le véritable ſens de ce
caractère , dont le trivial , dans lequel il
avoit été pris , faiſoit une diſparate défavantageuſe
a l'Ouvrage.
MM. BELLECOUR , MOLÉ , PRÉ-
VILLE , BONNEVAL , AUGER & Mde
PRÉVILLE , chacun dans les rôles de
leur emploi, doivent exciter le concours
des Amateurs de notre Scène , lorſque
Pon donne cette Comédie.
Mile DOLIGNI jouoit le même jour
dans la Pupille , où elle avoit attiré &
touché tant de Spectateurs pendant fon
début.
Nous ne craignons point de répéter
les éloges ſi bien mérités que nous avons
précédemment donnés aux Acteurs &
Actrices de ce Théâtre , ſur les ſoins
pénibles qu'ils ont pris,pour que le fervice
de la Cour ne préjudiciât pas à
l'amusement du Public. Ils ont porté ce
zéle juſqu'à intervertir l'ordre de leurs
emplois , & même les femmes ſe ſont
prêtées à jouer des rôles d'hommes,dans
quelques Piéces , ne pouvant autrement
remplir le ſervice.
Une des nouveautés les plus intéreffantes
pour les Amateurs du grand
genre a récompenſé , par un ſucces
brillant & foutenu , le zéle & l'étude
des Comédiens qui s'étoient mis en état
de la faire paroître avant le retour de
la Cour : c'eſt le Comte de Warvik,
Η iv
'176 MERCURE DE FRANCE.
,
Tragédie par M. DE LA HARPE , dont
la première repréſentation fut donnée
le 7 du mois dernier. Il paroît généralement
convenu , que l'on a peu vu
d'exemples d'un début auſſi heureux
dans cette difficile carrière,& qui donne
d'auſſi hautes eſpérances , attendu la
jeuneſſe de l'Auteur & le talent recommandable
dont il a déja produitde fi glorieuſes
preuves. La Piéce marche , fe
conduit attache , & enfin obtient
un ſuccès univerſel fans le ſecours,
inconnu aux grands Maîtres, de
ces Machines dramatiques , que nous
appellerons coups de Théâtre en tableau.
Un Dialogue juſte , de grandes
penſées, énoncées ſimplement , dans un
ſtyle noble ſans enflure , & qui ne
confond pas l'Epique avec le Drame :
voilà ce qui caractériſe à-peu-près les
détails & le coloris général de cette
nouvelle Tragédie. Une Lettre qui
nous a été adreſſée à cette occafion
& que l'on trouvera jointe à ce volume
, nous diſpenſe d'en faire l'anaiyfe.
Cependant , comme les Ouvrages
du mérite de celui-ci & d'un ſuccès
décidé , ſont précisément ceux dont la
* A la fin du Vol. la Lettre adreſſée aux Au
teurs du Mer cure.
*
:
DECEMBRE. 1763. 177
difcuffion critique peut fournir le plus
de lumiéres pour l'art , nous hazarderons
quelques obſervations ſur la nouvelle
Tragédie. Il pourroit être échappé à
la jeuneſſe de l'Auteur , des choſes que
des beautés réelles compenferoient, mais
qui n'en ſeroient pas plus autoriſées.
Nous ne diſſimulerons point les reproches
que la critique ou d'autres ſentimens
auroient dictés ; ces derniers mê
mes , quelque mépriſables qu'ils foient
par eux-mêmes , devroient être connus
aux Auteurs & aux talens de grande
efpérance. Il étoit permis aux Soldats
Romains de chanter des Satyres contre
le Général autour de fon char de
triomphe , & un Efclave affis à côté
de lui , étoit chargé de le rappeller fans
ceſſe à l'idée de la foibleſſe humaine ,
pour tempérer les excès où la gloire de
ce grand jour pouvoit porter l'amourpropre
dans les âmes les plus fortes.
Que cette fage précaution auroit d'avantages
pour les talens ! Que de génies ,
égarés trop tôt dans les vaines fumées
des premiers ſuccès , ont négligé l'étu
de néceſſaire à diriger les dons heureux
de la Nature ! Mais ſans ſe livrer trop
àcette réflexion , nous balancerons les
critiques & les défenſes , & nous nous
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
1
ferons honneur de contribuer avec le
Public à l'encouragement le mieux mérité
& le plus confirmé par le concours
égal & conſtant des Spectateurs.
,
Les détails des Spectacles de la Cour
nous ayant indiſpenſablement rempli
une grande partie de cet Article
nous ſommes forcés de remettre ces
Obſervations fur le Comte de Warvik
au mois prochain. Elles feront d'autant
moins déplacées alors , que cette Piéce ,
imprimée à Paris chez Duchesne , aura
été ſous les yeux de tous nos Lecteurs,
Il ſeroit injuſte de ne pas faire re
marquer combien les principaux Acteurs
, par leurs talens , ont fervi à faire
ſentir le mérite de cette Tragédie.Les
traits hardis d'un naturel qui devient
fublime quand il atteint précisément le
but , rendent frappant le rôledeMarguerite
que joue Mlle DUMESNIL,
On ne peut mettre plus d'énergie &
mieux remplir toutes les parties d'un
beau rôle qu'a fait M. le Kaip dans
celui du Comte de Warvik. Les defirs
impérieux d'un jeune Prince nouvellement
le maître des autres , qui ne peut
l'être encore de lui-même , qui cependant,
par reſpect pour la vertu , ne peut
DECEMBRE. 1763. 179
pas non plus manquer à la reconnoiſſance
, & qui s'expoſe par-là
aux reproches téméraires d'un Sujet
; le ſoin de conſerver la dignité
de fon état ; tant de mouvemens
difficiles à concilier conſtituent le rôle
d'Edouard , auquel les talens naturels
& l'intelligence acquiſe de M. MOLÉ
ne pouvoient être que très-utiles.
,
Mile DUBOIS de laquelle nous
cherchons toujours à exciter l'émulation
pour le travail par de juſtes éloges
ſur ſes diſpoſitions , rend intéreſfante
dans le rôle d'Elizabeth , la ſituation
d'une Princeffe partagée entre la
fidélité de fon coeur pour fon amant
& l'obéifſance qu'elle doit à ſon Roi.
On donne quelquefois , dans ce qu'on
appelle les Petits Jours , des Piéces où
l'on fait jouer de grands rôles par les
jeunes Sujets. On croit devoir faire une
mention particulière d'une repréſentation
du Glorieux , dans laquelle Mlle
DOLIGN I repréſentoit le rôle de laSoeur,
d'autant plus remarquable que ce rôle
eft mixte entre celui des Soubrettes
&celui des Amoureuſes. Si dans la façon
dont elle s'en acquitta, il y avoit encore
des perfections à deſirer que le remps
& l'expérience peuvent ſeuls donner ,
,
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
il y avoit plus que ſuffisamment de quoi
confirmer les eſpérances univerſelles du
Public fur ce jeune Sujet , & le defir
de jouir ſouvent de ſes talens, On peut
hazarder d'ailleurs que cette Piéce eſt
peut-être jouée aujourd'hui d'une manière
que l'Auteur eût lui-même defirée,
particulièrement à l'égard d'un des rôles.
( celui de Philinte) rendu par M. DAUBERVAL
, dans le véritable ſens de ce
caractère , dont le trivial , dans lequel il
avoit été pris , faiſoit une diſparate défavantageuſe
a l'Ouvrage.
MM. BELLECOUR , MOLÉ , PRÉ-
VILLE , BONNEVAL , AUGER & Mde
PRÉVILLE , chacun dans les rôles de
leur emploi, doivent exciter le concours
des Amateurs de notre Scène , lorſque
Pon donne cette Comédie.
Mile DOLIGNI jouoit le même jour
dans la Pupille , où elle avoit attiré &
touché tant de Spectateurs pendant fon
début.
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10500
p. 180-183
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
AVEC quelqu'éloge que nous ayons parlé précédemment des Amours d'Arlequin & de Camille [...]
Mots clefs :
Genre, Pièce, Auteur, Comédie, Personnages, Talents, Égard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE
AVEC quelqu'éloge que- nous ayons parlé précédemment
des Amours d'Arlequin & e Camille ,
peut être encore moins que n'en mérite cette
Piéce de M. GOLDONI ; Le Public , dont nous
DECEMBRE. 1763. 18г
ne ſommes que l'écho , nous force d'en ajoûter
encorepour celle des Jalousies d'Arlequin, Piéce
Italienne du même Auteur & ſuite de la première.
On en attendoit une troifiéme ſuite , co
qui formera en tout neuf Actes du même Sujet.
Cette fingularité bleſſe d'abord nos préjugés
d'habitude. Trois dénoûmens ! Toujours les
mêmes perſonnages ! Toujours les mêmes intérêts
! On ne contracteroit pas ces préjugés fi
l'on penſoit que la Comédie n'étant ou plutôt
ne devant être qu'un tableau fidéle de la vie
& des actions familières des Particuliers , rien
ne s'oppoſe à ce que les époques ou divers inci
dens de leurs avantures ne produiſent des dénoû
mens ſuffifans. Ce que je dis ici , eſt pour les
Lecteurs qui n'auront pas vu ces Piéces; les autres
n'ont beſoin pour perdre ces préventions
que du plaifir & de la ſurpriſe continuels que
donne cette fécondité du plus rare génie ,
qui diſpoſe des incidens ſi néceſſaires , fi
propres d'ailleurs à intriguer , qu'il eſt impoſſible
que les Perſonnages ne ſe trouvent pas danss
les ſituations comiques , ſouvent intéreſſantes
&toujours vives , où l'Auteur les préſente.
Il faut rendre juſtice en même temps aux
grands talens des Acteurs de ce genre ,le Pan
zalon , l'Arlequin , ( l'un des deux Perſonnages
eſſentiels du Sujet ) particulièrement de Mile
CAMILLE. On affoibliroit la vérité en eſſayant
dedonner une idée du jeu de cette Actrice
du naturel , du pathétique , de la juſteſſe , de la
variété & des détails ſans nombre qu'éxige le
caractère de ce genre de Drame.
Il n'a paru ſur ce Théâtre , dans le genre
qui y prime aujourd'hui pour la multitude , que
182 MERCURE DE FRANCE .
deux nouveautés : Zélie & Lindor , ( le 12 Novembre
) & le Rendez- vous , chacune de ces
Piéces en un Acte , mêlées d'Ariettes. N'ayant ,
ou ne nous convenant d'avoir , d'autres motifs
pour déterminer les divers ſuccès des Ouvrages
de Théâtre que l'empreſſement ſuivi da Public ,
nous ſommes toujours embarrallés pour les Piéces
de ce genre , parce que la mode conduit la
même foule & avec la même conſtance aux
Piéces dont les connoiffeurs en ce nouvel art
font le moins de cas , qu'à celles qu'ils regardent
comme des chefs-d'oeuvres . Tout ce que
nous pouvons dire à l'égard de Zélie & Lindor,
eft qu'il y a quelques Ariettes fort agréables;
à l'égard du Rendez-vous , que la Muſique , de
l'un des plus intelligens & des plus fenfibles
Muſiciens qui ayent appliqué leurs talens à ce
genre , a des beautés & des agrémens pour
ceux-même qui adoptent avec le moins de fanatifine
ces fortes de Drames , moitié lyriques ,
moitié comiques. Les Vers font bien écrits ; ils
font d'un Auteur qui ſouvent , dans ce Journal,
a donné des preuves d'elégance , de délicateſſe
& d'agrément dans la verſification. Le fond
du Drame manque peut- être de ces petits refforts
qui donnent du piquant à ces fortes d'Ouvrages
; talent communément plus facile pour
qui n'a pas ceux de l'Auteur. Il ſeroit à defirer,
pour prévenir la décadence entiére du goût théatral
parmi nous , que les jeunes Auteurs, capables
de plus grandes chofes , ſe rendiſſent juficedebonne
heure fur celles- ci,& qu'ils ſe défendiffent
de la ſéduction des ſuccès trop faciles , &
ſouvent trop bizarres , pour fatisfaire l'amourpropre.
Le 27 Novembre , on reprit ſur ce Théâtre
DECEMBRE. 1763. 183
>
ane Piéce de ſon genre naturel , les nouvelles
Métamorphofes d'Arlequin. M. CARRELIN , Sujet,
Acteur , & pour ainſi dire , Spectacle principal
de cette Piéce en eſt en même temps l'Auteur.
Elle avoit attiré beaucoup de monde , &
il y fut partout applaudi avec autant de vivacité
que s'il n'étoit pas en poſſeſſion depuis fi
longtemps de ces flatteuſes careſſes du Public ,
&toujours appliquées avec juftice à fon égard.
Ce genre de Comédie eſt un tiſſu bien formé
d'incidens , fondés ſur la magie , par leſquels
Arlequin eſt obligé de prendre douze fois des
formes différentes & fi ſubitement, pour la plûpart
, que le preſtige eſt complet & le moyen
preſqu'incroyable au Spectateur. M. CARRELIN
y fait uſage de quelques-uns des talens qu'il
pofféde entr'autres de la Mandoline & du Violon ,
dont il joue au-deſſus de la médiocrité.
AVEC quelqu'éloge que- nous ayons parlé précédemment
des Amours d'Arlequin & e Camille ,
peut être encore moins que n'en mérite cette
Piéce de M. GOLDONI ; Le Public , dont nous
DECEMBRE. 1763. 18г
ne ſommes que l'écho , nous force d'en ajoûter
encorepour celle des Jalousies d'Arlequin, Piéce
Italienne du même Auteur & ſuite de la première.
On en attendoit une troifiéme ſuite , co
qui formera en tout neuf Actes du même Sujet.
Cette fingularité bleſſe d'abord nos préjugés
d'habitude. Trois dénoûmens ! Toujours les
mêmes perſonnages ! Toujours les mêmes intérêts
! On ne contracteroit pas ces préjugés fi
l'on penſoit que la Comédie n'étant ou plutôt
ne devant être qu'un tableau fidéle de la vie
& des actions familières des Particuliers , rien
ne s'oppoſe à ce que les époques ou divers inci
dens de leurs avantures ne produiſent des dénoû
mens ſuffifans. Ce que je dis ici , eſt pour les
Lecteurs qui n'auront pas vu ces Piéces; les autres
n'ont beſoin pour perdre ces préventions
que du plaifir & de la ſurpriſe continuels que
donne cette fécondité du plus rare génie ,
qui diſpoſe des incidens ſi néceſſaires , fi
propres d'ailleurs à intriguer , qu'il eſt impoſſible
que les Perſonnages ne ſe trouvent pas danss
les ſituations comiques , ſouvent intéreſſantes
&toujours vives , où l'Auteur les préſente.
Il faut rendre juſtice en même temps aux
grands talens des Acteurs de ce genre ,le Pan
zalon , l'Arlequin , ( l'un des deux Perſonnages
eſſentiels du Sujet ) particulièrement de Mile
CAMILLE. On affoibliroit la vérité en eſſayant
dedonner une idée du jeu de cette Actrice
du naturel , du pathétique , de la juſteſſe , de la
variété & des détails ſans nombre qu'éxige le
caractère de ce genre de Drame.
Il n'a paru ſur ce Théâtre , dans le genre
qui y prime aujourd'hui pour la multitude , que
182 MERCURE DE FRANCE .
deux nouveautés : Zélie & Lindor , ( le 12 Novembre
) & le Rendez- vous , chacune de ces
Piéces en un Acte , mêlées d'Ariettes. N'ayant ,
ou ne nous convenant d'avoir , d'autres motifs
pour déterminer les divers ſuccès des Ouvrages
de Théâtre que l'empreſſement ſuivi da Public ,
nous ſommes toujours embarrallés pour les Piéces
de ce genre , parce que la mode conduit la
même foule & avec la même conſtance aux
Piéces dont les connoiffeurs en ce nouvel art
font le moins de cas , qu'à celles qu'ils regardent
comme des chefs-d'oeuvres . Tout ce que
nous pouvons dire à l'égard de Zélie & Lindor,
eft qu'il y a quelques Ariettes fort agréables;
à l'égard du Rendez-vous , que la Muſique , de
l'un des plus intelligens & des plus fenfibles
Muſiciens qui ayent appliqué leurs talens à ce
genre , a des beautés & des agrémens pour
ceux-même qui adoptent avec le moins de fanatifine
ces fortes de Drames , moitié lyriques ,
moitié comiques. Les Vers font bien écrits ; ils
font d'un Auteur qui ſouvent , dans ce Journal,
a donné des preuves d'elégance , de délicateſſe
& d'agrément dans la verſification. Le fond
du Drame manque peut- être de ces petits refforts
qui donnent du piquant à ces fortes d'Ouvrages
; talent communément plus facile pour
qui n'a pas ceux de l'Auteur. Il ſeroit à defirer,
pour prévenir la décadence entiére du goût théatral
parmi nous , que les jeunes Auteurs, capables
de plus grandes chofes , ſe rendiſſent juficedebonne
heure fur celles- ci,& qu'ils ſe défendiffent
de la ſéduction des ſuccès trop faciles , &
ſouvent trop bizarres , pour fatisfaire l'amourpropre.
Le 27 Novembre , on reprit ſur ce Théâtre
DECEMBRE. 1763. 183
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ane Piéce de ſon genre naturel , les nouvelles
Métamorphofes d'Arlequin. M. CARRELIN , Sujet,
Acteur , & pour ainſi dire , Spectacle principal
de cette Piéce en eſt en même temps l'Auteur.
Elle avoit attiré beaucoup de monde , &
il y fut partout applaudi avec autant de vivacité
que s'il n'étoit pas en poſſeſſion depuis fi
longtemps de ces flatteuſes careſſes du Public ,
&toujours appliquées avec juftice à fon égard.
Ce genre de Comédie eſt un tiſſu bien formé
d'incidens , fondés ſur la magie , par leſquels
Arlequin eſt obligé de prendre douze fois des
formes différentes & fi ſubitement, pour la plûpart
, que le preſtige eſt complet & le moyen
preſqu'incroyable au Spectateur. M. CARRELIN
y fait uſage de quelques-uns des talens qu'il
pofféde entr'autres de la Mandoline & du Violon ,
dont il joue au-deſſus de la médiocrité.
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